{"numero_id": "ulb-durendal-1905-livraison02", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-201", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine le la société", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 4271, "texte": "Domaine le la société* \" u WESTElDfliSE \"\n\n                                    LE PLB&E DE ÏÏESÏÏNOE\n                               est située aux bords de la mer du Nord,\n                         entre Ostende et Nieuport; elle est de sable fia.\n                         Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                         attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                         d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                         le confort a la simplicité dans des conditions très\n                         avantageuses. Une ohapelle est érigée à la plage où\n                         le sorvioe religieux se fait régulièrement pendant la\n                         saison. Les bains sont gratuite; le servies de sauve-\n                         tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                         munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                         aux automobiles. Installations de jeux de Lawa\n                         tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à Anes.\n Villas et Terrains      Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-      Villas et Cottages\n                         phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n      A VKNDRK           d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n                          digue, des avenues, des villas et des cottages.\n    par annuités\n\n                                 HALLES WE3TEN0AI3E8\n                  Ce vaste magasin d'approvisionnements desserties\n                villas et cottages Toutes les marchandise* : épiceries,\n                conserves, eharouterles, vins, bières, liqueurs, meu-\n                bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                jours de premier choix.\n                                                      Lie Westend* H6tol est ouvert du 35 mai\n                                                      au a8 septembre          Pension de 6 & 1S fr\n                                                     par jour. Aux commencements et'fins de\n                                                     saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                       tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                      prolongé à l'hôtel. <fi chambres parfaite-\n                                                      ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n    DIGUE DE MER                                         rage électrique. Chambres spacieuses.\n          MmMM»IMMMff»                                     Ameublement moderne esthétique et\nTéléphone u» 10                                                   confortable. Balcons et Ter-\n                                                                   rasses. Balle de musique.\n                                                                     Salle de billard. Salle de\n                                                                        récréations p» enfante.\nSNODELKERfce\n                                                                              Salons de lecture, de\n                                                                                    correspondait-\n                                                                         • „ , $ I ce. Cuisine sol-\n                                                                        iWfckfl gné*- Caves re-\n                                                                                    commandées.\n                                                                                    Appartements\n                                                                                    avec saloa.\n\n    Serrice d'omnibus de l'Hdtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique réguliers\n   Communications téléphoniques aveo toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n                                    A. B R U X E L L E S , 5 3 » , r u e C a p o n i l l e t ;\n     renseignements, s'adresaei { A W E S T E N D E , a l ' A d m i n i s t r a t i o n d e 1*\n                                         P l a g e ou au Westend'HôteL\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-202", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1789, "texte": "DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n                            1905 — 12* Année\n\n\n\n               Sommaire du n° 2 (Février)\nPAUL LAMBOTTE. — Julien      Dillens, statuaire                      65\nHÉLÈNE CANIVET. — Tombée de nuit        sur Florence                 73\nJOSEPH RYELANDT. — Le rêve de Gerontius d'Edward Elgar          .    76\nMARIE DAUGUET. — Noël                                                84\nFRANZ ANSEL. - Gabriel Nigond                                        86\nGABRIEL NIGOND. — Convalescence                                      g5\nGEORGES DE GOLESCO. — Chronique musicale :\n                           Les œuvres d'Albeniz au théâtre de la\n                              Monnaie et au concert Merck. —\n                              Second concert Ysaye. — Soirée\n                              Bauer-Casals. — Second concert\n                             Delune. — Le théâtre de Verdure.\n                              — Concerts Merck, Myczs- Gmeiner,\n                              du Chastain, Max Donner et Barat.      97\nG. B. — La Gioconda de Gabrielle d'Annunzio                         104\nP. L. — Les expositions :\n             Le Cercle « Pour l'Art »;\n             Au Cercle Artistique : Salonnets de Coenraets, de\n               \"Baugnies, Delsaux, Reckelbus, Allard, Cambier\n               et Heintz;\n             A la Galerie Boute                                     106\nLivres et Revues                                                    110\nNotules                                                             120\nIllustrations : Buste de Julien Dillens par JULES LAGAE.\n                La Justice         / T          ~\n                                  }   JULIEN   DILLENS.\n               Tête de MiDerve\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-203", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE DURENDAL", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 381, "texte": "REVUE\n                      DURENDAL\n                  CATHOLIQUE               D'ART ET DE                 LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T : 1 0 francs par an; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n        (pour {abonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 32, à Bruxelles)\n                                PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-204", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les collaborateurs sont seuls", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 381, "fin_caractere_exclue": 3063, "texte": "Comité de rédaction de D u REND AL :\n                         MM.      HENRY CARTON DE W I A R T .\n                                   L'abbé HENRY MŒLLER.\n                                  FIRMIN VANDEN BOSCH.\n\n                   Secrétaire de la Rédaction ; GEORGES VIRRÈS\n                             Correspondant de la rédaction à Paris :\n                 M. HENRI MAZEL, avenue Niel, 32, Paris.\n\n              PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n      FRANZ A N S B L .                                   ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERT.                                    JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONEHILL.                                     L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                     J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                    JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                       EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                    VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                GODEFROID KURTH\n      MARIE CLOSSET.                                      L . DE LA LAURENCIE.\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                             L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                             GEORGES L E CARDONNEL.\n      Le comte G. D'ARSCHOT.                              S É B . - C H . LECONTE.\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                           GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                 CHARLES MARTENS.\n      GEORGES DELAUNOY.                                   P A U L MUSSCHE.\n      La comtesse E D . DE LIEDBKERKB.                    EDOUARD N E D .\n      L e baron G. DELLA FAILLE.                          MAURICE OLIVAINT.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                    E R N E S T PÉRIER.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                GEORGES RAMAEKERS.\n      JULES DESTRÉE.                                      GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                  BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.                                     JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                   FERNAND SÉVKRIN.\n      J. ESQUIROL.                                        HENRY V A E S .\n      EMILE FERMAUD.                                      ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT FIERENS.                                    CHARLES VAN LERBERGHB.\n      H . FIÉRENS-GEVAERT.                                EMILE VERHAEREN.\n      IWAN GlLKIN.                                        L'abbé F R . VERHELST.\n                                                          LÉopoLDWALLNER.etc, etc.\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-205", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les collaborateurs sont seuls", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3063, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\nIl sera rendu compte dans DURENDAL     de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adresser au\nsiège de la Revue, 2 2 , rue du Orand-Cerf; pour la publicité, 2 6 , rue Faider, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-001", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 72, "titre_corps": "Julien Dillens, statuaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Lambotte", "ancre_debut": "Julien Dillens, statuaire LA disparition de Julien Dillens", "ancre_fin": "PAUL LAMBOTTE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1835, "texte": "Julien Dillens, statuaire\n             LA disparition de Julien Dillens ouvre une brèche\n                  énorme dans le groupe compact de nos sta-\n                  tuaires belges.\n                      T e l un grand chêne déraciné laisse un vide\n                  béant parmi les autres chênes de la même\n                  futaie, vide qui semble plus ample que l'espace\n                  jadis occupé par le tronc, les branches, la\n                  ramure, la frondaison du géant disparu et\ndont on mesure seulement alors, avec stupeur, la (stature\ninsoupçonnée.\n   Plus tardivement que notre école de peinture belge, notre\nécole de sculpture a fleuri, multiple épanouissement de person-\nnalités s'afhrmant presque simultanément. Mignon, P a u l\nDe Vigne ont succombé précocement, mais Dillens, Constantin\nMeunier, T h o m a s Vinçotte, L a m b e a u x , Van der Stappen,\nJacques de L a l a i n g et, plus jeunes un peu, Jules L a g a e , Victor\nRousseau, E g i d e Rombeaux, pour ne citer que les plus émi-\nnents, forment une élite d'artistes ayant atteint la pleine maî-\ntrise, révélé des t e m p é r a m e n t s caractéristiques, des personna-\nlités nettement originales.\n   Julien Dillens, entre tant de talents, s'est particularisé par\nun instinct du rythme, de l'allure décorative, de l'adaptation\nde l'œuvre statuaire à sa destination monumentale, le sens de la\ncollaboration du sculpteur avec l'architecte.\n   D'autres ont pu faire preuve de plus de pathétique dans\nl'émotion, ou d'une élégance plus châtiée, ou d'une intellectua-\nlité plus pensive, ou d'un sens plus aigu de l'expression signifi-\ncative. Aucun n'a trouvé avec un tel bonheur, et comme sans y\npenser, l'harmonie de la forme, l'équilibre des masses, le pitto-\nresque de la silhouette, ni ressenti en toutes choses la propor-\ntion, la mesure.\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "66                           DURENDAL\n\n\n\n   Certes, l'art de Dillens est un art orné, un art coloré — et par\nces dons il se rattache incontestablement à l'art des grands\nAnversois du XVIIe siècle, dont un peu de sang, de génération en\ngénération, sans doute lui fut transmis. — Mais cette faculté\nd'animer les lignes, de mouvementer les plans, d'agencer les\ndraperies, de disposer des ornements, n'est pas exclusive d'une\nsimplicité générale, de l'entente d'une allure suivie dans l'inté-\ngralité de la conception d'un groupe ou d'une figure, simplicité\nqui n'est point la sobriété d'une imagination pauvre, mais u n e\nabondance pondérée toujours appropriée à la destination défi-\nnitive des œuvres.\n                                •s * *\n\n   L a carrière de Julien Dillens — féconde cependant — ne fut\npoint harmonieuse. L ' h o m m e ne fut pas heureux. L'artiste fut\nparalysé longtemps dans l'expansion de son génie.\n   Ses débuts furent pénibles, ses succès discutés et tardifs. L e\nstatuaire, trop longtemps asservi aux dures nécessités du pain\nquotidien, dut accepter des travaux collectifs et sans gloire. Sa\nmort, à 55 ans, si prématurée, n'est pas le logique couronne-\nment d'une existence achevée, mais l'ironique victoire d'un\ndestin cruel brisant en pleine maturité une force créatrice, une\nforce encore grandissante et s'épandant en ouvrages définitifs.\n   Oh ! la lutte pour la vie de chaque jour, pour le gîte et le\nvêtement! L u t t e arrière, desséchante, épuisante, depuis qu'il fut\nen état de travailler, Julien Dillens la connut. Son enfance en\nfut assombrie. Adolescent, nous le trouvons besognant en sous-\nordre, avec Rodin, à l'exécution des bas-reliefs de la nouvelle\nBourse commandés au statuaire français Carrier-Belleuse.\n   Ensuite, d'atelier en atelier, il « trime », modelant un mas-\ncaron ici, une cariatide ailleurs, un détail d'ornementation plus\nloin, gagnant péniblement de quoi subsister.\n   E t , déjà artiste au grand cœur, insouciant, bohême, il a\nassumé des charges de famille.\n   U n hasard lui permit, enfin, de faire œuvre de statuaire, de\nréaliser une conception personnelle.\n   L a Compagnie des Bronzes, à Bruxelles, avait institué un\nconcours. Dillens y participa. Sa statuette, intitulée De Tijd,\nlui valut le prix — ou plutôt la prime en espèces offerte au\nconcurrent classé premier.\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "                   JULIEN DILLENS, STATUAIRE                         67\n\n    Ce viatique lui fournit les moyens de travailler à une statue\nqui fut exposée au Salon de Bruxelles. C'était l'Enigme, étude\nde femme accroupie, que Dillens modela et voulut réaliste,\nhumaine, expressive, inspirée u n i m e n t par la nature inépui-\nsable en ses beautés et non tirée d'un fond de formules gréco-\nromaines. Œ u v r e individuelle par l'observation et non point\nsynthétique, par une justaposition de ressouvenirs. Dillens\npressentait que le moment était venu de vaincre la convention\nacadémique encore en honneur, la monotonie impersonnelle\ndes types et des attitudes imités de « l'Antique », tous les canons\nclassiques et surannés.\n    Sa jeune audace fut une surprise. Des polémiques s'enga-\ngèrent. Sans l'avoir cherché, Dillens devint en quelque sorte le\nchef d'un petit groupe d'artistes novateurs qui s'organisa en 1876\nsous le nom de « Cercle d'élèves et d'anciens élèves de l'Aca-\ndémie de Bruxelles». C'était le germe de « L ' E s s o r » constitué\nplus tard, dont les expositions ne furent point indifférentes au\ndéveloppement de l'Ecole belge.\n    L a devise du Cercle soulignait l'altruisme de Dillens : H e l p\nu zelf — un pour tous et tous pour un — et cette devise inspira\nréellement l'attitude des affiliés.\n    J'ai sous les yeux un commencement d'autobiographie rédigé\njadis par Dillens à la d e m a n d e d'un ami. P a r l a n t du « Cercle\ndes élèves de l'Académie », il écrit :\n    « Nous exposions entre nous ce que nous ne pouvions\nexposer ailleurs. Nous avions des soirées littéraires et scienti-\nfiques et nos réunions étaient très souvent pimentées de farces\ntapageuses, de ces « grosses zwanzes » locales auxquelles les\njeunes rapins prêtaient une imagination folle.\n    Cependant, les années s'écoulaient. Julien Dillens avait\n27 ans. Il s'impatientait d'enfanter une œuvre décisive, une\nœuvre qui le classât hors pair. L a nécessité des travaux « à la\njournée », du salaire d'ouvrier à gagner, lui prenait tout son\ntemps et le désespérait.\n     Enfin, le concours pour le Prix de Rome lui offrit la planche\n de salut. L e sujet imposé était un « Gaulois prisonnier ». Il en\n fit une figure d'énergie sombre, un vaincu révolté sous les liens,\n aussi un morceau de modelé observé et réel. L e jury lui décerna\n le premier prix.\n     L'artiste connut alors des heures belles, des heures eni-\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "68                           DURENDAL\n\n\n vrantes, des heures de bonheur sans mélange, heures trop\n courtes et qui demeurèrent uniques dans son existence.\n    « Jour heureux, bonheur inespéré, dix ou quinze ans de rêve\n » réalisé, d'ambition assouvie, peut-être de gloire! Je triomphe\n » enfin!... j'obtiens le prix! Quatre années de vie assurée, de\n » voyages, d'inattendu, de cieux nouveaux. Je vais voir, tou-\n    cher, étudier les grands maîtres de l'art! Je vais pouvoir me\n» mesurer avec eux... Je vais, moi aussi, produire... »\n    E t il poursuit, clans sa juvénile exaltation :\n    « Quelle belle institution que le Prix de Rome et combien\n» ils ont tort ceux qui le combattent. Il éveille des sentiments,\n» des audaces bien faits pour faciliter l'éclosion du génie chez\n» celui qui en porte le germe et possède le pouvoir, l'énergie de\n» le développer, de l'entretenir et de le féconder! »\n   H é l a s ! le pauvre artiste devait retomber bien vite et combien\ndésespérément du haut de son rêve!\n   Sa première grande œuvre, La Justice entre la Clémence et le\nDroit, exécutée à Florence, fut très froidement accueillie en\nBelgique, refusée à l'Exposition de 1880 à Bruxelles, très mal\nplacée et vraiment annihilée au Salon triennal de 1881, où elle\ndisparaissait au pied d'un escalier obscur.\n   Cette même œuvre, sans retouches, devait, par la suite,\nobtenir à l'étranger les plus hautes récompenses.\n   Dillens était à Sorrente lorsqu'il apprit l'échec du groupe\ndevant le j u r y de Bruxelles. Atterré, doutant de l'avenir et de\nlui-même, désespéré, il manqua se suicider. L'instinct obscur\nde la conservation seul le ramena épuisé sur la rive du golfe où\nil s'était laissé glisser et flottait en épave.\n   L a nature lui redonna l'énergie et le goût de vivre. Mais cet\néchec injuste avait néanmoins et définitivement brisé en lui un\nressort d'enthousiasme, atténué sa vaillance, détruit en leur\ngerme des œuvres importantes dont la conception obsédait le\nstatuaire et qu'il ne réalisa jamais.\n   Des groupes symbolisant le Châtiment et le Pardon devaient\ncompléter la Justice. U n ensemble de bas-reliefs et de statues\naurait composé une décoration éloquente pour une salle de\nPalais de justice.\n   Rien de tout cela ne vit le jour.\n   E t tandis que la Justice remportait par la suite, devant\ndes jurys internationaux formés de l'élite des artistes du monde,\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "                        JULIEN DILLENS, STATUAIRE                                     69\n\ntrois médailles d'honneur successives (1), Dillens ne parvenait\npas à obtenir le moyen d'exprimer cette œuvre en marbre ou en\nbronze. L e modèle de plâtre demeurait vainement soumis au\njugement des pouvoirs publics et de la foule, aucune commande\nne s'en suivait; le gouvernement, malgré l'émotion des artistes\net de la critique, demeurait aveugle et sourd.\n   Encore en igo3, le pénétrant et délicat Arnold Goffin consa-\ncrait une page éloquente à cette œuvre m é c o n n u e . On ne saurait\nmieux dire :\n   « Julien Dillens a personnifié la Justice en un vieillard\n» auguste, investi de toute la majesté d'un aréopagite, les orbites\n» creusées, les traits fatigués de méditations et de scrupules, et\n» dont le visage, pour s'être longuement penché sur les douleurs\n» et les misères humaines, a contracté une expression d'anxiété\n» mélangée de douceur profonde et de grave commisération.\n   » Il est assis, dans l'attitude de la délibération, entre le Droit\n» qui lui dicte le verdict inévitable et la Clémence qui n'im-\n» plore que de son silence. L e Droit, c'est une femme, — non,\n» une déité pure et froide qui élève, en démonstration, la\n » balance aux plateaux inégaux : elle appuie son argumentation\n » irréprochable d'un admirable geste de la main qui paraît\n » enfermer dans l'angle étroit compris entre ses doigts écartés\n » les termes obligatoires de la sentence. E n face, se dresse la\n» Clémence, frémissante, oppressée, dont la supplication\n» muette invoque l'innocence de l'enfant qu'elle serre dans ses\n» bras.\n   » Cependant le vieillard n'écoute plus, n'entend plus ni\n» conseil, ni regrets : — il s'est retiré dans le for de sa pensée,\n» au sein d'une réflexion pleine de contradiction et d'angoisse;\n 1 il pèse, il compare; il évoque en même temps la loi qui con-\n» damne, la société qui défend et qui se défend, et le Verbe\n» d'amour, de charité, de pardon, très doux et très impérieux...\n» Ne jugez pas!... — La teneur autoritaire des textes prévau-\n» dra-t-elle, ou la plainte de la créature, criminelle, certes,\n» mais victime aussi, sans doute, et qui crie d'avance sous la\n» menace du glaive? — Il faut conclure; le juge hésite encore,\n» mais toute sa posture, le geste a b a n d o n n é de la main qui\n\n\n (1) Amsterdam, exposition universelle, 1883 ; Anvers, id., 1884; Paris, id., 1889.\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "                           DURENDAL\n7°\n\n» tient le sceptre révèlent la solution magnanime du débat qui\n» s'agite en son âme. . >•\n   ... « Telle apparaît cette œuvre superbe d'éloquence sobre\n» et expressive, excellente parmi les meilleures qu'ait produites\n» notre école de sculpture... »\n   ... « On peut se demander comment il se fait que l'ouvrage\n» d'un de nos maîtres les plus réputés, qui, dans le fond comme\n» dans la forme, par son sujet comme par sa perfection et sa\n» belle ordonnance décorative, s'adapte si complètement au\n» cadre où il est placé, figure encore au Palais de justice en une\n» reproduction, d'ailleurs détériorée, de plâtre? Vraiment, on\n» concevrait difficilement quels motifs plausibles pourraient\n» faire différer indéfiniment l'exécution, en marbre ou en\n» bronze, d'une œuvre qui, de toutes façons, s'impose. »\n   Cette lance, vaillamment rompue, ne fit pas triompher cette\ncause j u s t e ! E t maintenant que le maître a succombé, empor-\ntant la rancœur d'un déni de justice qui empoisonna dans sa\nsource sa fécondité d'artiste, une réhabilitation posthume de\nl'œuvre jadis méconnue ne va-t-elle pas enfin être ordonnée ?\nN'accordera-t-on pas à la mémoire de Dillens une consécration\ntoujours refusée à l'homme tant qu'il fut sur la brèche et que\nles Pouvoirs publics n'ont pas le plus petit prétexte de différer\nencore... ? Ou bien cette œuvre, fixée seulement dans la fragilité\néphémère du plâtre, est-elle condamnée à disparaître, à se\nperdre à jamais, à appauvrir d'autant le patrimoine artistique\nde l'humanité? Ceux qui seraient la cause de ce malheur en\nporteraient une responsabilité exécrable...\n                                *\n\n   T a n d i s que Dillens achevait à Florence ce groupe mal-\nchanceux, il modelait encore quelques bustes, une grande allé-\ngorie de la Belgique — dont le modèle s'est perdu depuis, —\nil visitait Rome, Naples, séjournait à Sorrente, explorait\nPompéi, entassant des monceaux de documents, des projets,\ndes ébauches et, surtout, des aquarelles et des croquis...\n   Cette existence d'insouciance idéale—•« telle qu'on l'attribue\naux Dieux» — allait cesser avec les arrérages du Prix de Rome.\nDillens quitta l'Italie délicieuse pour rentrer à Bruxelles.\nImmédiatement il retomba dans une sombre période de labeur\nstérile et de rude épreuve.\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "                  JULIEN DILLENS,    STATUAIRE                  7i\n\n\n   L e directeur des Beaux-Arts d'alors, M. R..., crut devoir\nachever la dépression produite, comme u n coup de massue, par\nl'inexplicable verdict du j u r y de 1880, en décourageant complè-\ntement Dillens de rêver encore à quelque grande œuvre de\nstatuaire monumentale.\n    « Faites de petites choses, pas encombrantes, soyez pratique,\n» ne visez pas à ce grand art dont on ne sait que faire », insi-\nnuait ce fonctionnaire incompréhensif, attaché à morceler son\nbudget en petits encouragements, en petites commandes, en\npetites faveurs...\n    L e pauvre grand Dillens reprit sa vie de galérien, acceptant\ndes besognes disparates sous l'inspiration de statuaires quel-\nconques, décorant de cariatides anonymes des façades bour-\ngeoises, créant des modèles pour des ornemanistes, tâcheron\nmercenaire d'un art impersonnel et sans joie !\n    Enfin vinrent quelques commandes. « Je les cherchais natu-\n rellement », avoue le pauvre sculpteur.\n    Ce fut un fronton pour l'Hospice des Deux-Alice, à Uccle,\n — théorie de personnages en costumes actuels — puis, grâce à\n la perspicacité esthétique, à l'intelligence généreuse de M. Buis,\n bourgmestre de Bruxelles, qui voulut tirer ce lauréat du Prix\n de Rome, cet auteur de La Justice de la médiocrité où il\n s'enlisait, Dillens fut chargé d'exécuter les huit lansquenets de\n métal doré qui surmontent — tels des aigrettes — les lucarnes\nde la Maison du Roi restaurée. D'autres travaux suivirent. Ce\nn'est pas encore la vie indépendante, la liberté offerte au\ncréateur d'exprimer sa pensée originale, mais c'est déjà l'élar-\ngissement de l'horizon, un peu de répit, peut-être un peu de rêve.\n    C'est alors que furent exécutés, en partage avec quelques\nélèves de l'Académie, des statuettes de style gothique pour les\nniches de l'Hôtel de ville de Bruxelles, le Van Orley en marbre\ndu square du Petit-Sablon — d'après un dessin de Mellery, —\nplus tard L'Art Flamand et L'Art Allemand du Palais des Beaux-\nArts, encore d'après Mellery, — vingt bas-reliefs au Palais de\nLaeken, terminés par contrat en deux mois! — H é l a s ! . . .\n   Entre-temps, des œuvres personnelles, nettement originales,\nont affirmé la réputation de Dillens, six ou sept médailles d'hon-\nneur, des succès à Paris, à Berlin, à Munich ont consacré sa\nmaîtrise. L e gouvernement belge croit opportun de lui confier\nune commande. E t c'est une figure : Le Laurier, faisant partie\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "72                           DURENDAL\n\n\n\ndu triste ensemble décoratif du J a r d i n Botanique, à exécuter\nd'après la maquette de Van der Stappen et de Meunier!\n   L e malheureux artiste ressentit cruellement cette méfiance,\nsubit avec peine ces entraves, ce programme étroit, cette défense\nd'être lui-même, enfin... Il n'en exécuta pas moins une statue\nde galbe soigné, de geste élégant, de travail sinon très fouillé,\ndu moins très probe.\n   Cependant, des œuvres qui révélaient complètement les aspi-\nrations, la compréhension, le style de Dillens avaient paru : les\nquatre superbes figures décoratives qui surmontent la maison\ndu Renard — G r a n d ' P l a c e — entourant une statue centrale que\nl'on eut le tort de demander à un autre artiste ; un groupe d'ani-\nmaux qui ne fut pas réalisé définitivement et dont le statuaire\nJules Lagae a sauvé et conserve pieusement un fragile et unique\nexemplaire de plâtre ; deux nobles figures religieuses pour une\nchapelle privée à E p e r n a y , — le saint Louis et le saint Sébas-\ntien — réalisées en marbre et dont les modèles sont conservés au\nMusée d'Ixelles; la statue de Metdepenningen,à Gand, une des\nplus réussies des statues modernes des places publiques euro-\npéennes. C'est sous la toge de l'avocat, ouverte et flottante, la\nredingote à grandes lignes du bourgeois contemporain, le ter-\nrible pantalon en tuyau de poêle, et néanmoins l'ordonnance\ndes lignes est excellente, la silhouette garde, sous tous les angles\nde vision, de la grandeur, une simplicité noble, que souligne\nle masque expressif, ciselé par la vie et l'habitude de la parole,\ncouronné comme de lauriers d'une chevelure mouvementée...\nL a réussite de ce bronze, horriblement ingrat, acheva de classer\nDillens au premier plan.\n   Il produisit alors les figures allégoriques du monument\nAnspach, trois génies funèbres qui sont parmi ses chefs-d'œuvre,\ndes statues diverses, des figurines d'ivoire, des plaquettes, des\nmédailles, des bustes, des statues architecturales, des bas-reliefs,\nenfin les admirables morceaux que l'on vient de placer à la façade\ndu nouvel Hôtel communal de Saint-Gilles et qui sont comme\nle résumé et la quintescence de cet art volontaire, sain et dru.\n   Cette série d'ouvrages constitue proprement le bagage artis-\ntique de Julien Dillens. C'est en l'étudiant avec ferveur que l'on\npeut pénétrer et définir les côtés caractéristiques de son talent.\n\n     (A suivre.)                               P A U L LAMBOTTE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-002", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 75, "titre_corps": "Tombée de nuit sur Florence", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Canivet", "ancre_debut": "Tombée de nuit sur Florence Le ciel est pur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "Tombée de nuit sur Florence\n                   LEciel est pur et transparent comme un lac d'or\n                      clair, d'où le soleil s'irradie en longs rayons,\n                      qui vont, en se pulvérisant, couvrir Florence\n                      d'un poudroiement d'or et de clarté.\n                         Vu des hauteurs d'Arcetri, le spectacle revêt\n                      la magie et la poétique splendeur d'une vision\n                      de rêve.\n                         Florence s'étend, c h a u d e m e n t b l a n c h e , se-\nreine, lumineuse, avec, la d o m i n a n t de leur masse fière et\ncolorée, le D u o m o et le C a m p a n i l e de m a r b r e .\n   Quelle quiétude, quel a m p l e bonheur, et que loin nous\nsommes de toi, Florence, avec nos violentes villes flamandes, nos\nvilles de peine et de labeur, avec nos cathédrales de beauté\nfarouche et presque cruelle, toutes noires et comme ciselées et\nfouillées de crainte.\n   L ' A r n o , qui débouche en coude au pied de la colline, et vient\nfuir sous les arches des ponts, luit comme s'il prenait sa source\nau lac éblouissant du ciel.\n   E t tout à l'entour de la ville, ceinture superbe, se dressent\nles petites montagnes de Fiesole, de San Miniato et d'Arcetri,\nque renforcent, de leurs dos accroupis, les contreforts des\nApennins.\n   Fiesole, avec ses grandes villas blanches, face au soleil,\ntoutes perdues en de royales frondaisons d'arbres, est d'une\nopulence noble et seigneuriale.\n   D'autres monts s'étagent, venant en pentes douces offrir à\nFlorence les oliviers veloutés de blanc, et les vignes tordues et\nfolles, t a n d i s que les cyprès, hauts et touffus, sombres ainsi\nqu'une fourrure arborescente, élèvent partout leurs silhouettes\nsomptueuses, régulières et parfaites, donnant au paysage\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "74                          DURENDAL\n\n\nl'allure ardente et mystiquement chevaleresque d'un c o n t e\nde fée.\n   Une paix profonde règne, faite de l'accord exquis de tous les\nbruits de la vie ambiante.\n   Mais voici que le soleil est descendu jusqu'à la cime des\nmonts. Son disque, tantôt imprécis et fondu dans l'or fluide, se\ndessine n e t ; il est pareil à un fruit mûr dont la sève s'échappe\nen longues coulées, il est d'un rouge pourpré translucide et\ntragique, comme si cette sève était du sang.\n   Peu à peu la poussière dorée qui couvrait tout de ses scintil-\nlements diffus, se fond et s'éteint sous l'envahissante marée\nrouge, comme la mer éteint et noie le sable brûlant de la plage.\n   Des monts, invisibles avant, apparaissent profilant leurs\ncroupes puissantes et colossales, ou l'arête hérissée de leur\ndos.\n   E t plus le soleil s'empourpre, plus les monts s'envahissent\nd'ombre, une ombre bleue, légère, presque un brouillard d'un\nimpalpable et suave azur.\n   Les cyprès semblent de sombres dieux présidant aux rites\ndu crépuscule, ils sont droits et massifs comme des tours.\n   T o u t s'obscurcit et tout se dessine, Florence émerge de ses\nvoiles, rougissante en sa marmoréenne beauté.\n   L a cathédrale d'abord s'érige claire, évoquant un temple de\nl'amour, nuancée comme un joyau. E t son campanile, l'admi-\nrable Campanile du Giotto, édifie sa force et sa grâce sans\négale, s'élevant avec l'aisance d'une beauté complète où trans-\nparaît une âme.\n   P l u s loin Santa-Croce, avec son abside divisée et sa tourelle\najourée où vibre une cloche. L a tour du Bargello, crénelée et\nplus sombre. Le Palais-Vieux, d'une beauté froide mais forte\net harmonieuse, surmonté presque à l'un de ses angles de son\ncampanile qui s'épanouit à mi-hauteur, et telle une fleur\nprolifère, donne naissance à une seconde tourelle crénelée où\ns'ébranle un carillon.\n   L e long des rives de l'Arno s'alignent les palais à terrasses et\nà colonnades, où viennent échouer les reflets rouges du soleil.\n   L e fleuve lui-même charrie, parmi l'or de ses ondes, de larges\nmoirures de pourpre.\n   Les ponts posent leurs arches puissantes de l'une à l'autre\nrives, et le plus vieux d'entre eux, dont les piles sont pareilles à\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "               TOMBÉE DE NUIT SUR FLORENCE                      75\n\ndes avants de navire, semble, sous ses minuscules maisons,\nune jetée couverte de balanes.\n   Vers le nord-ouest s'élève la jolie tourelle rougeoyante de\nSanta Maria Novella; d'autres, plus petites, dépassent encore\nles toitures plates.\n   Et, ici-là, de grands espaces plantés d'arbres d'un vert savou-\nreux : les jardins en terrasse du Palais Boboli et le beau parc\ndes Cascine, qui s'étend vers la plaine débordante de richesse,\nde la superbement fertile Toscane.\n   Le soleil a disparu, bénissant de ses derniers rayons le\nsommet du Campanile et ia montagne de Fiesole.\n   Au-dessus des contreforts des Apennins, dont l'ombre bleue\ndescend vers Florence, se lève un pâle et brillant croissant de\nlune, qui baigne dans l'indéfinissable lueur d'un ciel de fabu-\nleuse pureté.\n   Tout s'estompe de mystère, les grands cyprès semblent\ndégager la nuit. L'ombre bleue atteint Florence et la couvre\nde sa gaze molle.\n   Un calme ineffable plane et semble célébrer par son recueil-\nlement la naissance divine des étoiles, tandis que les lauriers\nodorants et les roses voluptueuses les encensent de leurs nostal-\ngiques parfums.\n   Dans Florence apparaissent, reflet terrestre et fiévreux du\nspectacle du ciel, les lumières.\n   Et tandis que se forment, merveilleusement virginales, les\nconstellations célestes, les girandoles de la ville s'allument et\nsurgissent, comme bondissantes de la nuit qu'elles traversent,\nen s'entourant d'un halo de mousseuse clarté.\n   Fête suprême, capiteuse et pénétrante           d'innombrables\ngrillons sonnent comme de timides grelots d'or, et semblent la\nvoix troublée et tremblante des choses de la terre      , une émo-\ntion immense s'exude, presque poignante, et d'une douceur\n sublime !\n                                             H É L È N E CANIVET.\n  Arcetri-Florence, 1904.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-003", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 83, "titre_corps": "Le Rêve de Gerontius d’Edward Elgar", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph Ryelandt", "ancre_debut": "Le Rêve de Gerontius d'Edward Elgar EDWARD Elgar n'est pas", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 105, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1860, "texte": "Le Rêve de Gerontius\n                  *\n                             d'Edward Elgar\n\n                 EDWARDElgar n'est pas encore connu chez nous.   Il\n                  y a deux ou trois ans, Ysaye a fait entendre de\n                  lui des variations symphoniques ; mais le public,\n                  peu averti, — à moins que trop averti clans ses\n                  préventions contre la musique anglaise — ne\n                  retint pas le nom de celui qui triomphe actuel-\n                   lement dans tous les festivals d'outre-Rhin et\n                   d'outre-Manche. L'exécution du Rêve de Geron-\ntius, annoncée par M. Sylvain Dupuis, équivaut donc à une\nprésentation officielle au public belge. Notre but est de donner\nici une petite introduction à cette audition sensationnelle.\n   Nous ne connaissons la biographie du maître anglais que par\nun article du Guide Musical (30 mars 1902). Il est né, en 1857, à\nBroadheath. Il l'a échappé belle, car, au lieu de devenir une des\ngloires artistiques de sa patrie, il faillit être avocat!...\n   L'œuvre présente a été composée pour un festival à Birmin-\ngham en 1900. Nous l'analyserons prise isolément, car il nous\nm a n q u e une connaissance suffisante des autres compositions de\nce maître et de l'école anglaise en général pour pouvoir juger\nde la place exacte — sans doute considérable — que cet admi-\nrable oratorio occupe dans l'histoire musicale de son pays.\n   L a personnalité d'Elgar s'affirme surtout dans les passages\nempreints de sentiment religieux. Son éloquence procède de\nprofondes convictions chrétiennes, cela ne peut faire de doute.\nCe caractère le rapproche de T i n e l et de Frank, et l'on peut\ndire de lui, comme de ces maîtres belges, qu'il se sent d'autant\n\n\n  (1) Cette œuvre sera exécutée au prochain Concert Populaire sous la direction de\nSylvain Dupuis.\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "                       LE REVE DE GERONTIUS                             77\n\nplus à l'aise qu'il plane plus haut. D'autres sont impuissants à\ns'élever, ceux-ci à descendre... voilà la différence!\n   L e « librettiste » (!) d'Elgar n'est autre que le célèbre\ncardinal N e w m a n , l'un des grands hommes de l'Église et l'une\ndes plus hautes intelligences du XIXe siècle. N e w m a n , dont la\nconversion m a r q u e le point de départ du grand mouvement de\nrenaissance catholique en Angleterre, fut, à ses heures de délas-\nsement, poète et grand poète; the dream of Gerontius en fait foi.\nExposons-en brièvement le sujet.\n   I. Gerontius est sur son lit de mort. Il se prépare à paraître\ndevant Dieu, tandis que les assistants font entendre les prières\ndes agonisants. Il s'endort dans le Seigneur et le prêtre avec le\nchœur chante le départ de l'âme chrétienne.\n   I I . Gerontius se réveille dans l'autre monde. Il éprouve un\nsentiment étrange de l'immobilité du temps, de solitude et de\npaix qui produit comme une peine douce. Il se sent poussé par\nune main invisible, celle de son ange gardien, avec lequel il\nentre en conversation. Les démons hurlent, les anges chantent\net Gerontius comparaît devant le juge divin. L'ange le conduit\nensuite au p u r g a t o i r e o ù il doit achever sa purification avant de\njouir de l'éternelle béatitude.\n   Certains critiques ont été scandalisés jadis de ce que cette\nâme, qui paraît pure et sainte, soit ainsi envoyée au purgatoire.\nIls y voient une cruauté de la part de Dieu. Il n'y a pas moyen\nde discuter cette idée avec ceux qui méconnaissent un des plus\nprofonds mystères d'amour de la religion, et qui ne savent pas\nque ce lieu de douleur est en même temps un lieu de paix et de\nconsolation. C'est bien ainsi q u ' E l g a r a compris le sujet, et pour\ns'en convaincre il suffit d'entendre l'admirable chant de l'ange\nqui mène l'âme à l'expiation.\n\n                                   *   *\n\n   Parlons de l'interprétation musicale de ce sujet aussi curieux\nqu'élevé.\n   L a première partie s'ouvre par un long prélude où se dessinent\nde belles mélodies que nous retrouverons dans la partition; là\nelles acquerront toute leur force d'expression, car l'auteur fait\nun emploi très fréquent de thèmes conducteurs. Ce prélude\nmanque d'architecture, d'un lien entre les thèmes qui en fasse\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "78                             DURENDAL\n\n\nce qu'on peut appeler un morceau bien construit. Il ne paraît\nprésenter qu'une juxtaposition de thèmes. Remarquons parti-\nculièrement le tout premier que nous baptiserons du nom de\n« thème mystique » pour pouvoir le désigner q u a n d il reparaîtra\ndans le courant de l'œuvre.\n   Après que les dernières notes du prélude se sont éteintes,\nsurgit une phrase passionnée et Gerontius appelle :\n                  J e s u , Maria — I am near to death,\n                  And T h o u art calling me ;. .\n\n   T o u t ce chant est plein d'expression et d'allure variée d'après\nles divers sentiments qu'éprouve le moribond. L e discours\nrenferme comme des parenthèses d'invocations. L e chœur des\namis assistants s'élève discrètement ; c'est une espèce de litanie\noù sont invoqués la Vierge, les anges, les apôtres, les mar-\ntyrs, etc. L e style musical en est très pur, très religieux et\ntémoigne de la grande habileté d'Elgar dans le maniement\npolyphonique des voix.\n   Chiffre 33. Gerontius élève de nouveau la voix et se prépare\nà comparaître devant Dieu et à bien employer ses derniers\nmoments de vie.\n   Suit un chœur d'imploration assez développé :\n            Be merciful, be gracious; spare h i m , L o r d .\n\n   Malgré d'incontestables beautés, ceci me semble un peu long\net moins intéressant. Peut-être cette impression disparaîtra-\nt-elle à l'audition.\n    Chiffre 40. Gerontius reprend la parole avec une ardeur et\n une force qu'on est un peu étonné de trouver chez un moribond,\n malgré les conventions indispensables. Ce discours assez long,\n sorte de proclamation de foi, contient un refrain latin : Sanctus,\nfortis, etc., dont la répétition semble un peu déclamatoire.\n    Chiffre 50. L'intérêt se rallume : Gerontius sent lasouffrance,\n la peine, l'approche du démon, et un cri pathétique sort de son\n cœur :\n              O JESU, help ! pray for me, Mary, pray!\n              Some Angel, J e s u ! such as came to thee\n              In thine own agony...\n\n   T o u t ce passage est très dramatique. L e chœur s'élève de\n nouveau et se dédouble (8 parties) pour chanter une psalmodie\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2152, "texte": "                     LE RÊVE DE GERONTIUS                         79\n\nimpressionnante. Mais il y a mieux encore : toute la fin de la\npremière partie est d'une beauté surnaturelle et profondément\némouvante.\n   Gerontius s'endort du sommeil du juste. Alors le prêtre chante\nsolennellement le Proficiscerc anima christiana ; et aux mots :\n« Allez au nom de Dieu, au nom du Christ, » etc., l'accom-\npagnement s'élève comme un encens pur au-dessus d'une pédale\nscandant doucement chaque temps de la mesure. C'est aussi\nsimple qu'original. A la fin de cette période, le chœur reprend\nle thème du Proficiscere et ensuite une mélodie ardente entendue\ndéjà dans le prélude. Puis, selon un procédé cher à Elgar, le\nchœur se dédouble, tandis que le prêtre répète les paroles pro-\nnoncées plus haut. L a fin est toute extatique.\n   Nous le répétons : cela est génial et peut être mis en regard\ndes plus belles pages de Franck.\n\n                                  *\n\n   Vingt-cinq mesures d'un sentiment calme, quelque peu pas-\ntoral, nous introduisent dans la seconde partie. On s'attendait\nà quelque chose de plus en ouvrant les portes de l'autre\nmonde !...\n   Mais voici l'âme de Gerontius qui nous décrit ses impressions\nen des pages traitées très délicatement, en des harmonies très\npoétiques. Au moment où la « pression douce » d'une m a i n\nmystérieuse se fait sentir, la mesure se divise en cinq temps et\nl'accompagnement orchestral est d'une fluidité extraordinaire.\n Mais voici l'ange gardien :\n\n                        My work is done,\n                        My task is o'er...\n\n   Il se félicite d'avoir sauvé cette âme et chante l'alleluia. Ce\nchant si doux, si pénétrant, est teinté de mélancolie... on dirait\nune figure ravissante légèrement voilée. C'est que l'âme n'est\npas encore admise à la contemplation divine. U n dialogue tou-\nchant commence ici entre l'âme et l'ange. « J'ai cru, dit Geron-\ntius, qu'aussitôt après la mort j ' a u r a i s été mis en présence de\nmon juge. » E t cette phrase est soulignée du thème m y s t i q u e\ndu prélude. L'ange répond que cela ne tardera plus.\n   — Pourquoi, reprend l'âme, n'éprouvai-je pas de crainte\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "80                         DURENDAL\n\n\nmaintenant, alors que la pensée seule de la mort et du juge-\nment me remplissait jadis d'effroi ?\n   — C'est, dit l'ange, parce que tu redoutais les luttes de\nl'agonie. Maintenant, elle est passée, le jugement est déjà\ncommencé dans ton âme et tu as le pressentiment de ta récom-\npense.\n   A ces mots, l'âme entonne un chant de joie et sa voix se mêle\nà celle de l'ange. C'est un moment vraiment émouvant, comme\nd'ailleurs tout le dialogue précédent.\n   Soudain, des harmonies sinistres passent à l'orchestre, des\nlueurs étranges brillent, une odeur de soufre nous pénètre!...\nNous sommes arrivés au seuil de la Cour du Jugement, et on\nentend un effroyable concert de démons. Pour juger exactement\nde la valeur de ce chœur diabolique, il faudra l'entendre exé-\ncuter en de bonnes conditions. Je doute que ce soit une des\npages dominantes de la partition. Pourtant, elle vient bien en\nplace pour contraster avec les autres parties de style plus\nreposé. Après ce chœur mouvementé, le calme renaît et le\ndialogue de l'âme et de son gardien reprend plus beau encore.\n   — Je ne vois pas les esprits mauvais, mais verrai-je mon\nMaître bien-aimé?\n   — Oui, un moment, mais ce seul moment te percera l'âme.\n   — Quels propos obscurs, ô Ange, et j'éprouve une sorte de\nterreur...\n    Ici reparaît le t h è m e mystique, tandis que l'ange chante :\n   Il fut un mortel, qui maintenant est là-haut en pleine gloire;\ncelui-là, déjà proche de la mort, entra en communion avec le\ncrucifié; de telle sorte que les plaies du Maître s'imprimèrent\ndans sa chair... » Nous planons bien haut, comme on voit;\naussi, le chœur d'anges qui commence sur la dernière note de\nce récit sublime semble en être le complément indispensable.\nL'impression de cette entrée des voix célestes n'est pas sans\nanalogie avec celle, si saisissante, du chœur séraphique à la\nmort de saint François, de T i n e l .\n    « Praise to the Holiest », ces paroles résonneront désormais\nà travers toute la partition sur des thèmes d'une fraîcheur\nexquise, et jusqu'à la fin nous croirons entendre bruire des ailes\nd'anges. C'est vraiment le parvis du Ciel.\n   Ce chœur est chanté par les voix féminines divisées en six\nparties. Il se développe quelque temps en fines vocalises, tandis\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "                      LE RÊVE DE GERONTIUS                      8l\n\n\nque l'ange et l'âme de Gerontius continuent leur invisible\nascension. Bientôt l'ange annonce que l'on est arrivé au lieu du\njugement. Alors les voix masculines se mêlent au chœur qui se\ndédouble en grand chœur et demi-chœur, tous deux à quatre\nparties mixtes. L'entrée douce des voix d'hommes donne\nl'impression q u ' u n e nouvelle région s'ouvre devant nous, qu'on\nest monté d'un cercle.\n   E t l'âme, entendant le bruissement de ces voix et des harmo-\nnies célestes, s'écrie :\n              The sound is like the rushing of the wind.\n              The summer wind-among the lofty pines.\n\n  Peu après elle entend d'autres sons et les compare\n           ... like the deep and solemn sound of many waters.\n\n   Et bientôt commence, fort et puissant, le chœur capital de\nl'œuvre, véritable h y m n e à la grandeur et à l'amour de Dieu.\nForce nous est cependant de reconnaître que toute la partie en\n6|4 semble, à la lecture, d'inspiration plus faible. L'intérêt\nreprend au chiffre 86, et la péroraison pour double chœur, où\nreviennent les vocalises précédentes des anges, est superbe.\n   Nous avons presque perdu de vue notre héros. Q u a n d le\nsilence se rétablit, nous le retrouvons avec son fidèle compagnon.\nL'ange lui annonce qu'ils se trouvent en la « présence voilée »\nde Dieu. E n ce moment solennel, Gerontius entend monter les\nprières de la terre. E t l'orchestre rappelle le chant du départ de\nl'âme. « Devant le trône, dit l'ange, se trouve le grand Ange de\nl'agonie, le même qui s'est approché de Jésus à Gethsémani. »\n   Figure grandiose que celle de l'ange de l'agonie, l'interces-\nseur des âmes. Combien son plaidoyer est austère et émouvant\ndans le poème et quelle admirable page de style parsifalesque\ndans la partition! Il invoque la pitié de Jésus au nom de ses\ndivines douleurs et de ses propres perfections qu'il énumère\npathétiquement :\n           Jesu, spare these souls which are so dear to Thee.\n\n   Les voix de la terre implorent aussi la pitié du Maître, et\nl'ange, en quelques mesures admirables, loue le Seigneur et\nfélicite l'âme élue, consumée et pourtant vivifiée par l'éclat de\nDieu.\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "82                                  DURENDAL\n\n\n\n   L e thème mystique sonne ensuite à l'orchestre, mais il a ici\nun caractère dramatique et tourmenté : c'est sans doute le\nmoment précis du jugement. Il est suivi d'une explosion pas-\nsionnée, un cri de l'âme qui, ayant vu Dieu, sent sa propre\nindignité et veut se purifier davantage. « T a k e me away »,\nemportez m o i ! . . . Encore une fois, rien de plus beau que ce\nchant, et les vers sont, je crois, parmi ce qu'on a écrit de plus\ntouchant sur le Purgatoire.\n   Gerontius a fini son rôle, sa voix s'éteint et nous approchons\nd'une autre région, car on entend un chœur à peine m u r m u r é\nd'âmes du purgatoire. Ceci nous mène au finale.\n   C'est un Andante tranquillo, une des perles de la partition.\nL'ange a pris l'âme « softly and gently » dans ses bras et la\nplonge dans le bain purifiant avec des paroles de consolation,\ntandis que les âmes sœurs m u r m u r e n t leur douce prière. L a\nmélodie est digne de Bach par son caractère d'onction religieuse.\nBientôt un double chœur d'anges se superpose aux voix infé-\nrieures, les thèmes du « praise to the Holiest » se mêlent à\ncelui de l'andante et forment une péroraison d'une douceur\ncéleste.\n   Voilà un résumé de cette œuvre émouvante dont l'audition\nseule peut révéler toutes les beautés. Certainement Elgar a été\nservi par un poème admirable et très musical, un poème qui\navait besoin de musique. E n l'écrivant, l'illustre Newman\ns'est-il douté q u ' u n de ses compatriotes y trouverait matière à\nl'œuvre musicale la plus belle peut-être que l'Angleterre ait\nproduite. Chose curieuse, à l'heure où Newman apparaît de plus\nen plus glorieux, où ses écrits comme sa vie sont l'objet de tant\nde travaux importants, même en France (1), voilà q u ' u n musi-\ncien va faire connaître en Europe le côté le moins connu, mais\nnon le moins attachant de son génie.\n    P o u r conclure, le Rêve de Gerontius, en sa première partie,\n atteint au sublime au moment où l'âme prend son vol. L a\nseconde partie est presque toute entière de la plus haute inspi-\n ration. Les dialogues de l'âme avec son ange gardien, entre-\n coupés de chœurs célestes, les implorations de l'ange de l'agonie,\n\n\n  (1) Newman: sa vie et ses œuvres, par Lucie Félix-Faure. — L'Inquiétude religieuse, par\nHenri Brémond. — Surtout l'ouvrage capital : La renaissance catholique en Angleterre,\npar Thureau-Dangin (Plon).\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1480, "texte": "                     LE RÊVE DE     GERONTIUS                         83\n\n\nle dernier chant de l'âme et le morceau final sont d'un grand\nmaître et l'on y sent passer le souffle du génie.\n   Ceci paraîtra paradoxal à certains esthètes qui, dans la\nmusique moderne, ne voient pas la beauté des oeuvres simples\net naturelles et n'admirent q u ' u n e certaine simplicité, raffine-\nment suprême d'esprits blasés et de cœurs usés.\n   Telle n'est pas la musique d'Elgar. Son inspiration est pleine\nde verdeur et sort d'une âme que l'amour (caritas) vivifie. Elle\nest bien personnelle aussi, quoique l'auteur ait lu Bach, les\nBéatitudes et Parsifal. Chez d'autres compositeurs, le métier\néblouit davantage, leur inspiration porte la trace d'un travail\ncérébral ardu qui ne laisse rien aux hasards de la p l u m e . Mais\nil en est peu qui émeuve comme celui-ci et qui nous donne le\nfrisson de l'Art supérieur, celui qui sort du cœur, qui en retrouve\nle chemin et qui seul porte le vrai germe de vie !\n   L e Rêve de Gerontius — de même que le dernier oratorio\nd'Elgar, les Apôtres — a été maintes fois acclamé en Angle-\nterre et en Allemagne L a F r a n c e ignorera encore longtemps ces\nœuvres étrangères, parce que cela est dans ses habitudes chau-\nvines. Souhaitons que le public belge fasse preuve de plus\nd'éclectisme et apprécie à sa valeur un compositeur qui peut\ncompter parmi les grands maîtres contemporains.\n\n                                              J O S E P H RYELANDT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-004", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 84, "page_fin": 85, "titre_corps": "Noël", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marie Dauguet", "ancre_debut": "Noël Prosternans-nous", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1542, "texte": "Noël\n                              Prosternans-nous et l'aidourans,\n                              Basans-li las pies, l'hounourans.\n                                      (Vieux Noël Comtois.)\n\nO tout petit Jésus aux menottes de cire,\nDont la chair luit ainsi qu'un fruit  délicieux,\nSous l'auréole d'or de vos cheveux   soyeux,\nVous que baise Marie et que Joseph admire.\n\n0 tout petit Jésus, que mon amour vous soit,\nRépandue à vos pieds cette haleine    fervente\nDe l'âne et du bœuf doux, quand il neige et qu'il     vente\nDans l'étable mal close et dont branle le toit.\n\nQu'il soit, parmi la nuit où leur vol s'évapore,\nLe chant des anges blonds que la lune revêt\nDe ses flottants rayons, près de votre chevet\nPromenant leurs doigts purs aux cordes des mandores.\n\nCe bleu roucoulement des pigeons réveillés\nSortant des trous noircis du mur qui les abrite;\nLeur aile s'agitant comme un cœur qui palpite,\nComme un verger d'avril sous le vent effeuillé.\n\nQue mon cœur remplaçant la crèche, vous devienne\nLe nid tendre et profond tressé par les oiseaux,\nOù leurs becs ont mêlé aux tiédeurs de la laine\nDes brebis, le duvet fragile des roseaux ;\n\nLe berceau lumineux dont rayonnent les langes,\nTissés de l'argent clair des lys    d'Angélico,\nLe berceau musical et qui rythme à l'écho,\nDes bergers attardés les lointaines     louanges.\n\nQue mon amour vous soit ce concert pastoral\nOù vibrent les accords des syrinx et des flûtes\nEt le son du hautbois rauque et des saquebutes.\nDes sistres égrénant leurs notes de cristal;\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "                         NOËL                                  85\n\nDu cuivreux tambourin, de la musette     fraîche,\nDe tous les instruments que peignit   Gozzoli.\nLes voix de ce cortège emmy le soir pâli\nErrant et que conduit un astre vers la crèche.\n\nQue mon amour vous soit, sous l'humble toit croulant.\nEvoquant les splendeurs d'Assur et de Palmyre,\nL'effluve de l'encens vertigineux,   la myrrhe,\nDes cassolettes d'or lentement     s'exhalant.\n\nLe sourire adorant et timide des mages,\nQuand inclinés vers vous, alors que vous dormiez,\nN'osant pas effleurer votre divin visage,\nIls appuyaient leur bouche à ces roses, vos pieds.\n\n                                         MARIE      DAUGUET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-005", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 86, "page_fin": 94, "titre_corps": "Gabriel Nigond", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Gabriel Nigond LAPIDÉS de sarcasmes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "Gabriel Nigond\n\n                LAPIDÉS de    sarcasmes par les multitudes hostiles qui ne\n                    les comprenaient plus, la plupart des poètes s'étaient,\n                    vers la fin du XIXe siècle, réfugiés dans une tour\n                    d'ivoire, si haute que son sommet se perdait dans la\n                    brume et que les lumineuses projections de ce phare\n                    d'orgueil ne parvenaient pas à percer les opaques\n                    nuages de ces altitudes. Ténébreusement enfermés\n                    dans un a r t grandiose et inaccessible, ils laissaient\n                    tomber, de ce faîte sublime, de mystérieux oracles que\nquelques initiés écoutaient à genoux, et dont liaient à gorge déployée\nceux que des paroles creuses, si magnifiques qu'elles fussent, ne suffi-\nsaient pas à convaincre. Le grand Lama de cette religion hermétique fut\nStéphane Mallarmé, d'incompréhensible mémoire... Mais les cérémonies\npompeuses du culte qu'il instaura prêtaient à la parodie : de joyeux\nfumistes survinrent, qui s'affublèrent à la hâte des oripeaux sacrés et,\ndevant l'assemblée plénière des fidèles, se mirent à singer les pontifes\nvénérés avec une telle abondance de gestes cocasses et de grimaces déso-\npilantes, que la religion de l'Obscurité, fondée à peine, sombra lamenta-\nblement dans l'abîme du ridicule : car les plus innocents des néophytes,\nqui se trouvaient être aussi les plus fervents, avaient confondu la\ncontrefaçon avec la pure doctrine... Un phénomène inattendu acheva\nde ruiner ce nouveau « culte des Ténèbres » : les meilleurs disciples du\nPontife suprême abjurèrent solennellement les erreurs de leur folle\njeunesse et reçurent, avec une reconnaissante humilité, le baptême de\nl'Académie. Les anciens apôtres des Ténèbres se prosternaient devant\n le Soleil ! Les plus chers espoirs de l'art hermétique s'oubliaient, hélas!\n au point de prononcer des paroles intelligibles ! En présence d'une telle\n catastrophe, les derniers dévots qui demeuraient dans le Temple,\n s'attendant à le voir crouler sous le courroux des dieux, s'enfuirent\n épouvantés. Seules quelques âmes ingénues, qui, dans leurs provinces\n lointaines, ignoraient ces grands événements, s'obstinèrent à balancer\n leurs encensoirs de fer-blanc aux pieds des idoles détrônées.\n    Sur ces entrefaites, d'autres poètes étaient venus : nés sous uue étoile\n moins fatale, ceux-ci, sans courtiser la foule ni briguer ses suffrages,\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3228, "texte": "                              GABRIEL NIGOND                                  87\n\nne s'érigèrent p o u r t a n t pas en incompris volontaires. Ils se conten-\ntèrent de suivre, t r è s simplement, les aspirations de leur coeur ou les\ncaprices de leur fantaisie, de r e g a r d e r le monde autour d'eux — le\nmonde avec ses splendeurs comme avec ses misères — et de le\nréfléchir loyalement à t r a v e r s leur tempérament n a t u r e l . P o u r com-\nprendre et goûter ces poètes-là, pas n'est besoin de s'initier au préa-\nlable à une esthétique plus ou moins compliquée, à une philosophie\nplus ou moins subtile : le dieu qui parle en eux se révèle à tous les\nhommes de bonne volonté, incarné qu'il est dans un Verbe qui, bien\nque divin, participe de l'humaine n a t u r e : c'est le seul vrai Dieu. Aussi\nson culte gagne-t-il de jour en jour de plus nombreux adeptes et de\nplus éloquents confesseurs; on peut prévoir le moment où il n'y aura\nplus, pour croire aux absurdes fétiches de la fausse foi, que quelques\nBarbares crasseux de qui l'âme ténébreuse est close irrémédiablement\nà la sainte L u m i è r e . Que servirait de catéchiser ces sauvages? Les pré-\nceptes de l'Evangile poétique ne sauraient éclairer leur aveugle enten-\ndement, pas plus que le savon — fût-il baptisé « du Congo » — ne saurait\nblanchir nos bons nègres !\n   Dans la foule des poètes d'aujourd'hui (je ne parle ici que de la\nFrance) qui, en r a n g s toujours plus pressés, se précipitent vers la vie\net vers la lumière comme vers les seules sources de beauté véritable,\non distingue entre tous les autres : Charles Guérin, dont le Semeur de\nCendres, dans sa tristesse si profondément humaine et sa forme impec-\ncable, est bien l'un des plus admirables livres de ces dix dernières\nannées; la comtesse de Noailles, l'ardente panthéiste du Cœur innom-\nbrable et de l'Ombre des Jours, et sa sœur en Apollon, Mme Marie\nDauguet; F r a n c i s J a m m e s , si tendre, si pur, si douloureux, si savou-\nreusement original; J e a n Moréas, dont les Stances ont une si simple et\nsi sobre majesté ; Louis Mercier, l'âpre poète, trop peu connu, des Voix\nde la Terre et du Temps; quelques autres enfin, parmi lesquels je cite-\nrai Maurice Magre, F e r n a n d Gregh, H e n r y Bataille. Tous ces jeunes\npoètes se sont enrichis à la fois de l'héritage du \" P a r n a s s e \" défunt et\ndes dépouilles du « Symbolisme » moribond : au Parnasse, ils ont pris\nl'amour de la ligne et de la couleur, le souci de la forme parfaite, la\nsûreté d'une technique s a v a n t e ; au Symbolisme, ils ont emprunté sa\npréoccupation du r y t h m e et de la musicalité, et aussi ce sens du Mys-\ntère par quoi l'école symboliste avait incontestablement rafraîchi et\nrenouvelé les sources de la poésie. Il ne serait peut-être point para-\ndoxal d'affirmer que, par dessus la tête du grand Baudelaire, les poètes\ndont je parle se r a t t a c h e n t au romantisme et à sa conception plus large,\nplus humaine surtout et plus vivante, de ce que doit être une œuvre\nlyrique.\n\n   Dans ce groupe si glorieux déjà, Gabriel Nigond est le dernier venu,\n— puisque son Novembre date à peine d'un an, — mais non le moindre.\nIl a plus d'un trait commun avec la plupart des poètes que j ' a i nommés\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2963, "texte": "88                               DURENDAL\n\n\ntout à l'heure : je dirai même que son œuvre, exceptionnellement nom-\nbreuse et diverse, résume en elle les principaux aspects de ce mouve-\nment né d'hier, et qu'elle en groupe harmonieusement les différentes\nbeautés. Comme Charles Guérin, Gabriel Nigond célèbre les ferveurs\ncatholiques, et les élans panthéistes comme la comtesse de Noailles;\ncomme F r a n c i s J a m m e s , il aime d'amour profond les bêtes les moins\nnobles et les choses les plus humbles, et, comme Marie Dauguet, il\ndéfaille de tendresse sur le sein de la T e r r e et n'ignore rien des secrets\ndes bois ou des étables Il est en même temps simple et splendide, natu-\nraliste et naturiste, épris de beauté païenne et de pitié chrétienne. E t\ns'il a, avec ses frères de l'heure présente, et surtout avec F r a n c i s\nJ a m m e s , quelque air de parenté, il s'en distingue essentiellement par\nune physionomie très caractéristique, une allure très accentuée, un\nlangage très personnel. Rarement il me fut donné de voir surgir un\nartiste aussi opulemment doué, un écrivain aussi original, un poète\naussi sincère, aussi spontané, aussi charmant. La révélation de ce\nradieux et sympathique talent me fut une joie sans égale, que je vou-\ndrais vous faire partager en ces quelques pages d'étude. Aussi bien\nl'apparition de l'Ombre des Pins (1), suivant celle de Novembre à un an\nd'intervalle, m'offre-t-elle une occasion propice de réaliser ce désir.\nDans ma hâte à vous annoncer l'heureux avènement d'un poète nou-\nveau, — il n'en naît pas, Dieu merci! un par année, — j'avais rédigé,\nen janvier dernier, un laconique et rapide compte rendu, qui était bien\nplutôt un billet de faire-part qu'un article de critique. Souffrez donc\nqu'aujourd'hui je vous dise à loisir les mérites de M. Nigond, en y met-\nt a n t un peu de cette complaisance vaniteuse qu'un bon parrain apporte\nà détailler les charmes, vertus et qualités de l'enfant qu'il a tenu sur\nles fonts baptismaux.\n\n\n   Comme la plupart des poètes, anciens ou modernes, Gabriel Nigond\ns'inspire surtout de la Nature et de l'Amour. Mais on ne trouve chez lui\nni paysages de convention ni déclamations ampoulées ; vérité et sincé-\nrité triomphent ici pour le plus grand plaisir de l'âme, et les moindres\nartifices sont relégués au magasin des accessoires hors d'usage.\nL'auteur de Novembre peint la nature telle qu'il la voit, franchement\net hardiment, et sans nulle sélection : tantôt un coin ensoleillé de forêt,\ntantôt un coin lépreux de banlieue parisienne. Quant à l'amour, il le décrit\ntrès simplement, tel que nous l'éprouvons tous, avec ses amertumes\net ses douceurs, ses cris et ses silences, ses grandes beautés et ses\npetites misères. Cette poésie est le reflet fidèle des bonheurs et des\npeines d'un cœur loyal et transparent, qui se livre sans mesure et sans\nhypocrisie.\n   Quelques extraits vous dévoileront du reste, mieux que tous les\n\n\n  (1) L'Ombre des Pins (Paris, P.-V. Stock).\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2705, "texte": "                                GABRIEL NIGOND                                      89\n\n\ncommentaires, la qualité exquise et j u s t e t o u t ensemble de ce qui est,\nchez Gabriel Nigond, le sentiment de la n a t u r e :\n\n             Viens, puisqu'Octobre émeut la forêt nonchalante:\n             Laisse-la, de ses bras sauvages, t'entourer\n             Et respire en chemin, tendre à faire pleurer,\n             L'universel parfum du sol et de la plante\n\n             Le feuillage agonise en sa grâce et sa force,\n             Son casque d'or jamais n'eut un plus pur reflet\n             Et, comme si quelqu'un de vivant s'en allait,\n             Chaque feuille en tombant baise l'arbre a l'écorce.\n\n             Le bois souffre, plus doux d'être plus solitaire,\n             Sa bouche végétale ouverte au frais repos,\n             Endormi par la brise à la voix des crapauds,\n             Couleur de feuille morte et couleur de la terre...\n\n  Vous apprécierez la finesse de cette notation crépusculaire :\n\n             Au bord de l'eau, le pré, sous la vapeur légère,\n             Flotte. On entend gémir les meules du pressoir.\n             Les vendangeurs, s'en revenant, disent bonsoir.\n             Le troupeau passe, avec les chiens et la bergère.\n\n              La cour est blanche entre sa barrière et son buis,\n              Une entêtante odeur sort de l'étable ouverte\n              Et la lune est comme un quartier d'orange verte\n              Qui, du fond du ciel pur, se mire au fond du puits...\n\n  Voici une strophe qui évoque, précise dans sa préciosité, cette m y s -\ntérieuse c o r r e s p o n d a n c e des sons et des couleurs qui était si chère au\npoète des Fleurs du Mal :\n\n              L'angélus tinte et la forêt va succomber;\n              Ses feuilles que le vent chasse comme un plumage\n              Du tintement des glas sont la visible image :\n              Entends sonner la cloche en les voyant tomber....\n\n  E n voici une a u t r e où flotte, ainsi qu'une Ombre voilée, le doux\nsouvenir d'Albert Samain ; il s'agit d'une demeure abandonnée :\n\n              Nul bruit. L'herbe d'oubli frémit et se balance,\n              Le chèvrefeuille grimpe à l'assaut des volets\n              Et, baissant vers le sol ses longs doigts violets,\n              Le crépuscule, ému, passe avec le silence\n\n  Les i n t é r i e u r s de Gabriel Nigond ne le cèdent en rien à ses p a y s a g e s :\nvieux logis provinciaux, moisis et revêches, peuplés de figures maus-\nsades, et p o u r t a n t r e g r e t t é s ; calmes demeures campagnardes, où de\nbonnes vieilles en bonnet blanc achèvent doucement de vivre, « l'été\ndans la fraîcheur, l'hiver sur le chenêt » ; pauvres églises de village\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "90                                DURENDAL\n\n\noù « la corde du clocher tremble dans la poussière » ... tout cela,\nbrossé avec une sobre ampleur, baigne dans ce clair-obscur des maîtres\nhollandais, qui met les moindres choses puissamment en valeur.\n  E n t r e tant de tableautins également énergiques, je choisis ce croquis\nd'étable:\n            L'étable tiède sent la paille et la luzerne.\n            Voici les râteliers, une auge, une lanterne,\n            Le collier de cuir fauve aveo ses pompons bleus,\n            La cape, pour la pluie et les matins frileux,\n            Une herse, un billot, les seaux, une cognée,\n            Le plafond bas sous la poussière où l'araignée\n            Tisse une toile ainsi que l'oiseau fait un nid....\n\n   Mais, plus volontiers encore que paysagiste ou peintre d'intérieurs,\nl'auteur de Novembre et de l'Ombre des Pins est animalier.\n   J e ne pense pas que, depuis La Fontaine, aucun poète français ait\nsaisi plus justement et plus exactement rendu la physionomie, les\nattitudes, les m œ u r s propres des bêtes, et en particulier des animaux\ndomestiques. Il faut, ici, que je m'arrête de nouveau, pour vous m e t t r e\nsous les yeux quelques-unes de ces pittoresques merveilles :\n\n            La paix s'étend dans la grand'chambre qui sommeille,\n            Le petit corps ballant et vif du perroquet\n            Etale sa fraîcheur d'exotique bouquet\n            Et scintille au perchoir comme une fleur vermeille ..\n\n            La vache, qui meuglait après la nuit prochaine,\n            Tourne son front égal au rythme de sa chaîne,\n            S'émouche, lente, avec sa queue, et, sur le seuil,\n            Fixant l'étonnement limpide de son œil,\n            Reste ainsi, ruminant, pacifique et luisante\n\n  Voyez avec quel art il décrit les diverses manières de paître des trois\namis de Claudine, la vieille servante de curé :\n\n            L'âne s'en va, flairant les cailloux et l'ornière,\n            Broyer placidement les chardons emplumés;\n            La vache, dans le foin sur ses pas refermé,\n            Accorde avec lenteur sa marche et ses bouchées;\n            La chèvre sur le bord d'un ravin s'est penchée,\n            Choisit sa touffe d'herbe au ventre du rocher,\n            Tire brutalement dessus pour l'arracher,\n            L'arrache, puis, d'un tour de langue, enfourne, broute\n            Et galope en faisant sauter sa barbe en route....\n\n  Ailleurs, c'est le chien « qui balance, couché dans sa fourrure noire,\nsa tête de géant aux yeux de nouveau-né » ; « les écureuils touffus qui\ndansent dans l'allée » ; les cygnes « gonflés en galères antiques « ; le\nchat qui \" détend son souple corps \"; « les lapins blancs et furtifs, dont\nles yeux roses semblent peints »; les « chèvres combattantes »; « les\ncrapauds gonflés, dont le petit cœur en leurs flancs grelotte », et bien\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "                               GABRIEL NIGOND                                  91\n\nd'autres encore. Ces courts exemples témoignent éloquemment de\nl'heureux emploi que M. Nigond sait faire du mot r a r e , pittoresque et\nimagé, qui se trouve bien souvent être le plus précis, le plus juste et le\nplus expressif; comme l'a fort bien dit M. Marcel Ballot, « les vers où\nil peint nos frères inférieurs ont, avec l'art instantané, avec le trait\nd'un J u l e s R e n a r d , l'accent ému d'un François de Sales ».\n   Cette émotion, du reste, est la caractéristique dominante du poète\nde Novembre ; c'est avec la même ferveur débordante, le même accent\nprofondément touchant et persuasif, qu'il célèbre les douceurs d'un site\nfamilier, m u r m u r e des confidences mélancoliques ou plaint la détresse\nd'un vagabond, le malheur des petites orphelines, la souffrance des\nmalades. Il va jusqu'à p r ê t e r aux choses inanimées — aux maisons, aux\nmeubles, aux vêtements — une sorte de tendresse grave et forte : sem-\nblablement à Francis J a m m e s et à notre ami Thomas Braun, Gabriel\nNigond sait que rien n'est à dédaigner de ce qui nous accompagne dans\nla vie, que les moindres choses revêtent, pour qui les regarde avec les\nyeux de l'âme, une signification essentielle et une beauté insoupçonnée.\nC'est ainsi que « les toits fument vers Dieu pour le remercier »; la\nmaison « s'endort aux b r a s de la forêt » ou bien « presse son seuil\ncontre la t e r r e » ; les tombes m o n t r e n t « leurs fronts de marbre pur et\nleurs longs cheveux d'herbe »; « le verger sent les fruits, la fumée et la\nmort; son cœur, gonflé de pluie et de résine, pleure ». Ah ! les chères\nmaisons où l'on a g r a n d i , aimé, souffert, comme Gabriel Nigond en\nconnaît bien le charme tendre et douloureux !\n\n             Une maison parfois console d'un visage,\n\ns'écrie-t-il avec une philosophique amertume, qui n'a rien de commun,\nd'ailleurs, avec la farouche et imbécile misanthropie de ceux qui sont\nmécontents des autres parce qu'ils sont mécontents d'eux-mêmes.\nL'amour des choses le console de la sécheresse des hommes :\n\n             Que d'atomes errants ont posé leur poussière\n             Sur la table, la chaise basse et le dressoir !\n\n             Le dressoir où luisait l'orgueil de la servante\n             Luit encore d'un vieil et reposant éclat\n             Avec son sel, ses fruits, ses réchauds et ses plats\n             Dont chaque fleur, peinte ardemment, semble vivante....\n\n             Admets cette amitié des choses : elle est sûre.. .\n\n   Ce cœur mélancolique semble avoir été cruellement meurtri par\ntoutes les épines de la vie : Novembre est vraiment le poème du funèbre\net pensif automne, des chrysanthèmes du souvenir que la pluie a mouil-\nlés, des âcres brumes et des glas sanglotants; les plus joyeux\npaysages eux-mêmes s'y voilent comme d'un 'brouillard de larmes.\nMais, aux dernières pages du volume, il semble qu'un rayon d'espé-\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2936, "texte": "92                                  DURENDAL\n\n\nrance dissipe tout à coup ces ténèbres ; et voici que, devant l'été qui\nse réveille avec ses fleurs et ses lumières, le poète se prend à rêver\nd'un tranquille et simple destin :\n              O Dieu ! qu'à la faveur de ta grâce, ma vie\n              Soit celle du beau fruit croissant au long du mur\n              Et qui tout simplement tombe quand il est mur,\n              Sans regret, sans effort, sans tourment, sans envie !\n\n              Ou qu'elle soit pareille, en son cours cadencé,\n              Aux bateaux plats glissant par les canaux de France\n              Qui, sur l'eau pacifique et couleur d'espérance.\n              S'avancent vers le but sans paraître avancer !\n\n\n              Sainte Vierge ! Pouvoir, un jour, à votre exemple,\n              Trouver, pour y vieillir dans l'ordre et la fraîcheur,\n              Le seuil d'apaisement, de rêve et de blancheur\n              Qu'un feuillage éternel accompagne et contemple !\n\n              S'endormir, sans souci de jamais s'éveiller,\n              Au fil de chaque soir, devant son paysage,\n              Avec le chaud baiser du soleil au visage,\n              Entre son puits, ses fleurs, sa treille et son noyer !\n\n  Il faut souhaiter, à notre tour, que ces nobles vers nous présagent\nun prochain recueil de mélodieux épanchements, où l'amer songeur de\nNovembre, renouvelant et transformant sa pensée, nous dira comme la\nvie est belle et douce à qui sait la comprendre...\n\n  J'ai esquissé à g r a n d s t r a i t s les caractères saillants de cette œ u v r e\ndiverse et touffue, en confondant d'ailleurs, dans mon analyse,\nNovembre et l'Ombre des Pins. Il me reste à souligner en quelques\nmots le côté le plus intéressant, peut-être, et le plus original, du talent\nde M. Nigond : s'il me fallait baptiser ce jeune poète d'une épithète dis-\ntinctive, je l'appellerais volontiers « le poète de la pitié ». La plupart\ndes misères, la plupart des infortunes de ce siècle douloureux ont\ntrouvé en lui un interprète éloquent: il met, à s'incliner vers les hum-\nbles, les pauvres, les malheureux, une sorte d'ardeur passionnée et\nd'obstination apostolique. E t par là, il se sépare nettement de la plu-\npart des poètes actuels, de qui le souriant dilettantisme ne saurait\navoir, au spectacle des plaies qu'étale l'humanité qui souffre, qu'une\nmoue de dégoût. P a r n a s s i e n s et symbolistes semblent avoir oublié que\nleur P è r e à tous, Victor Hugo, n'avait pas dédaigné de faire vibrer les\ncordes de la pitié ; réfugié chez quelques écrivains russes — les Dos-\ntoïewsky, les Tolstoï, les Gorki, — et chez quelques artistes belges —\nles Meunier, les L a e r m a n s , les Maréchal, — le sentiment de la pitié\nn'était plus traduit, chez les poètes français, que par les niaises pleur-\nnicheries de deux ou trois débris du romantisme finissant. Gabriel\nNigond a pensé que leur sensiblerie grotesque pouvait faire place à\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3307, "texte": "                              GABRIEL NIGOND                                    93\n\n\nune saine sensibilité, leur sentimentalité convenue à un sentiment\nsincère : et ce lurent, d'abord, les Contes de la Limousine, un premier\nrecueil de vers en patois berrichon; puis, t a n t de pièces émouvantes de\nNovembre, où les détresses des hommes et les souffrances des bêtes\nsont plaintes avec la même compassion fraternelle; ce furent, enfin,\nles trois contes de l'Ombre des Pins: le Cœur de Solange, l'Ane et la\nPie, et surtout Claudine, cette admirable et naïve histoire d'une vieille\nservante de curé, à laquelle j'ai déjà emprunté plusieurs fragments\ndélicieux, et qui apparaît comme un résumé magnifique des qualités\npersonnelles de l'auteur. J e ne saurais achever cette étude sans déta-\ncher encore un morceau de la touchante prière que la bonne Claudine\nadresse à Dieu, dans la simplicité de son cœur droit et de son âme\nrésignée :\n             « Mon Dieu, que je vous aime et vous dois grand merci\n             Pour m'avoir commandé d'être servante ici,\n             Chez monsieur le curé Bernard, devant l'église ;\n             Pour permettre, ô mon Dieu, qu'en épelant je lise\n             — Après avoir sonné dès l'aube un angélus —\n             Les prières, dit-on, que vous aimez le plus,\n             Par lesquelles notre âme en souffrance est guérie :\n             Le « Notre Père » et le « Je vous salue, Marie » !...\n             Ainsi, matin et soir, mon Dieu, je vous prierai\n             Pour monseigneur l'évêque et monsieur le curé,\n             Pour tous les pauvres gens, pour Fanchon, ma voisine,\n             Pour moi, qui ne sais rien, que faire la cuisine,\n             Que guérir la blessure aux mains en y touchant,\n             Chauffer le four, tailler la vigne, aller aux champs,\n             Tenir pour votre autel les nappes toujours blanches\n             Et chanter près des sœurs les vêpres des dimanches. ..\n             J e vous prierai, mon Dieu, — mon maître l'a permis, —\n             Pour tous les animaux qui me sont bons amis\n             Et m'appellent, au soir, de leur étable fraîche :\n             Pour l'âne, — en souvenir de l'âne de la crèche, —\n             Vieux comme moi, boiteux et couleur de pain bis,\n             Pour ma vache Garelle et Prison ma brebis,\n             Pour la chèvre gourmande, avec sa langue alerte,\n             Dont les yeux dans la nuit font deux étoiles vertes,\n             Et pour les poules même et les lapins grimpeurs\n             Que j'aime parce que je ne leur fais pas peur\n             Et qu'ils m'écoutent, moi qui suis une servante !. .\n\n\n  J e ne prétends point que tout soit parfait dans ces contes de pitié :\nmais réfléchissez, s'il vous plaît, que ce genre est d'autant plus difficile\nqu'il est plus neuf, que le prosaïsme y est un redoutable écueil, et qu'il\ny faut une sûreté de main qui est l'apanage de l'âge mûr et de l'expé-\nrience. Or, M. Nigond est très jeune; et s'il y a, dans Fait-divers, dans\nla Chère sœur, dans Françoise et dans le Cœur de Solange,                 quelques\nvers ça et là qui, à force d'être simples, se r a p p r o c h e n t de la prose, on\ny découvre aussi de rares et fortes beautés. E t les pièces qui échap-\npent à ce reproche, — la Grand'mère,         les Petites Bleues, tous les\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2951, "texte": " 94                                  DURENDAL\n\n\n sonnets de Sœur 'Elise, — ne sauraient se lire sans larmes. Tentez\n l'aventure, et dites-moi si je me trompe.\n     E n quatre courts poèmes dramatiques, qui composent, avec les trois\n contes dont j'ai parlé, l'Ombre des Pins, Gabriel Nigond s'essaie au\n t h é â t r e de rêve. Ici, sa personnalité se cherche encore en d'inquiets\n tâtonnements, si parfois elle se trouve avec un sûr bonheur. Daphnis\n et Chloé, une mélodieuse idylle d'une pureté toute antique; Cornaline,\nun spirituel et adorable conte bleu, où la radieuse aurore de l'amour se\nmêle harmonieusement à son douloureux crépuscule ; et enfin le Visage\n accompli de la Vierge Marie, un épisode fictif et vraisemblable de la\nvie de F r a Angelico, m'ont plu sans réserve. J'ai moins goûté Tristan,\nqui effleure de trop près le périlleux et exécrable mélodrame ... Mais,\n dans Cornaline surtout, Gabriel Nigond manie avec la plus gracieuse\naisance un dialogue léger, naturel, d'une fantaisie fleurie et d'une\nsobre finesse; quand il possédera complètement les complexes res-\nsources de l'art du théâtre, il nous donnera sans doute un très g r a n d et\ntrès émouvant poète dramatique.\n    « Il y a d'autres lyrismes, c'est entendu, de plus vives fantaisies et\ndes rêveries plus r a r e s . Mais un premier volume dont on puisse\nextraire d'un coup t a n t de pièces à relire, cela n'est déjà pas si fré-\nquent.... » Ainsi s'exprimait, à propos de Novembre, M. Paul Léautaud,\nqui qualifiait d'admirable un sonnet que j ' a i admiré, comme lui, de\ntoute mon ardeur, et que je regrette de ne pouvoir t r a n s c r i r e ici :\n\n              O Seigneur, je vivrai difforme et solitaire....\n\n    E t M. J . Ernest-Charles, le franc et judicieux critique de la Revue\nBleue, émettait, sur le style de Gabriel Nigoud, cette appréciation que\nje fais mienne sans réserves : « C'est toujours un privilège d'être\nplaint en beaux vers. Les siens sont précis, forts, harmonieux et variés\ncomme ses impressions funèbres, variés et si simples, d'autant plus\nbeaux. L'inspiration les anime; la virtuosité les affaiblit un peu... »\n    S'il est vrai, en effet, que l'auteur de Novembre et de l'Ombre des\nPins est l'an des plus puissamment inspirés parmi les poètes d'au-\njourd'hui, il est manifeste aussi qu'une discipline plus sévère encore et\nplus étroite serait utile au définitif épanouissement de son riche talent.\nL'inspiration, qui déborde de son cœur à flots impétueux, est précisé-\nment ce qui l'empêche de se soumettre au joug d'une règle rigou-\nr e u s e : on ne canalise pas un t o r r e n t déchaîné; il faut a t t e n d r e qu'il\ns'épande dans la plaine en un large et calme fleuve. Gabriel Nigond\nest jeune ; et son œuvre, telle qu'elle apparaît dès à présent, nous fait\nreconnaître en lui l'un des plus généreux et plus certains espoirs de la\npéosie française.\n\n                                                                  FRANZ A N S E L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-006", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 96, "titre_corps": "Convalescence", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Nigond", "ancre_debut": "Convalescence Reposez-vous, mon adoré", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 124, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "Convalescence\n\nReposez-vous, mon adoré,\nNe vous mettez pas en colère :\nVous aurez une soupe claire\nEt trois grains de raisin doré.\n\nLe doux printemps s'ouvre     passage,\nLe soleil commence à donner :\nPour pouvoir vous y promener,\nRestez bien tranquille et bien sage !\n\n... Le papier des murs est joli;\nDès l'aube, la lumière arrose\nLes grandes fleurs jaunes et roses,\nPeintes sur les rideaux du lit.\n\nVos livres dorment sur la planche\nEt j'ai garni le compotier\nD'oranges, dont chaque     quartier\nS'emmaillote de gaze blanche.\n\nUn rayon darde son épi\nDont les caresses alternées\nRavivent les couleurs fanées\nSur la rosace du tapis...\n\nEtes vous calme et bien à l'aise ?\nA présent, toute la maison,\nSûre de votre   guérison,\nEn même temps que vous s'apaise !\n\nTous ils viendront, jeunes et vieux,\n— Sans poser les talons par terre ! —\nQuand, fringant comme un        mousquetaire,\nVous irez absolument     mieux!\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "96                      DURENDAL\n\n\n\n     Sur la table, devant la porte,\n     — Le voyez-vous, tenez! — j'ai mis,\n     De leur part, un bouquet permis\n     Dont la senteur n'est pas trop forte...\n\n     Voyons ! n'est-ce point  engageant,\n     Dites-moi, de se reconnaître,\n     Et de se voir, prêt à renaître,\n     Aimé par de si braves gens?\n\n     Oui, je sais, la tête vous sonne\n     Encore un peu, comme un grelot;\n     Votre doux visage est pâlot...\n     Bah ! la fièvre est si polissonne !\n\n     Mais c'est fini! Je lui défends\n     Désormais de tendre sa chaîne...\n     A partir de la nuit    prochaine,\n     Vous dormirez comme un enfant!\n\n     Votre cœur, — ô paix radieuse, —\n     Du même rythme égal battra.\n     Et vos mains, calmes sur le drap,\n     Seront belles, sous la veilleuse...\n\n     Vous prendrez, petit à petit,\n     Au repos des jours qui vont suivre,\n     Le désir ému de revivre,\n     Avec la force et l'appétit !\n\n     Vous aurez au cœur d'autres sèves,\n     De neuves ardeurs au cerveau,\n     Dans les veines du sang nouveau\n     Et, dans l'âme, de plus beaux rêves...\n\n     Les jardins vous seront plus chers\n     — Bordés d'ifs et de coquillages —\n     Nous y trouverons les feuillages,\n     Les soirs tièdes et les ciels clairs,\n\n     Les charmilles en enfilade,\n     Le buisson de pampre vêtu.\n     Et vous direz : « Te souviens-tu,\n     La fois que j'étais si malade?...\n\n                                             GABRIEL NIGOND.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-007", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 103, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Chronique musicale Les œuvres d'Albeniz au Théâtre de la Monnaie", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 126, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "Chronique musicale\n   Les œuvres d'Albeniz au Théâtre de la Monnaie et au\nC o n c e r t H e n r i M e r c k . — M. Albeniz est parmi les j e u n e s composi-\nteurs du m o m e n t u n e des figures les plus s y m p a t h i q u e s et les plus intéres-\nsantes. Il n'est pas p o u r n o u s u n i n c o n n u . Elève du Conservatoire de\nBruxelles, dans la classe et sous la haute direction du grand artiste Brassin,\n  il y remporta les plus éclatantes distinctions et fut bientôt considéré comme\nun pianiste d'envergure dont maintes interprétations et n o t a m m e n t , si nous\nne nous t r o m p o n s , celle de la S o n a t e en si bémol de Chopin, firent autrefois\nsensation. P e n d a n t quelque temps, Albeniz disparut de nos parages ; il\nretourna en E s p a g n e , sa patrie, se mit avec un zèle fervent au travail de la\ncomposition, et il nous revient ici avec deux œ u v r e s , l'Ermitage fleuri et Pepita\nJimenez, que la direction de la M o n n a i e a eu l'heureuse idée de monter à la\nscène.\n     L''Ermitage fleuri, que M. Albeniz considère, paraît-il, c o m m e un essai de\njeunesse sans portée, est un badinage gracieux, p i m p a n t et coquet, u n e\na uvrette pleine de gaîté charmante, a b o n d a n t e en jolies mélodies, en c h œ u r s\nentraînants accentués de rythmes joyeux, mais d ' u n e tenue toujours parfaite-\nment distinguée et se rattachant bien moins au style des opérettes modernes\nqu'à celui de l'ancien opéra-bouffe italien ou de l'opéra-comique français, tel\nqu'il fleurissait d a n s la p r e m i è r e partie du XIXe siècle.\n     L'Ermitage fleuri a été interprété avec entrain et enjouement par M lle Ey-\n reams (qui possède u n e voix d'un cristal si p u r ) , M m e P a u l i n , M M . F o r g e u r ,\n Caisso et L u b e t .\n     Rien de plus différent comme forme typique musicale que Pepita Jimenez,\n comédie lyrique composée sur un livret que l'Anglais Money-Coutts a tiré\n d'une nouvelle de J u a n Valera et dont M. Maurice Kufferath a écrit une\n excellente traduction française, ingénieusement adaptée aux exigences ryth-\n miques et aux cadences de la p h r a s e musicale.\n      Nous estimons trop haut le talent de M. Albeniz pour ne point faire\n d'expresses réserves relativement à la pièce qu'il a illustrée musicalement. L e\n livret de Pepita Jimenez ne m a n q u e pas seulement de fond, cela est trop\n évident, mais il n'est même pas habilement charpenté, et, exception faite pour\n le rôle d'Antonona, qui ne m a n q u e pas d'un certain relief, les caractères des\n protagonistes de la pièce sont inconsistants, mollement et enfantinement\n tracés, sans physionomie ni vitalité a u c u n e . D o n P e d r o , le comte Genazahar\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3452, "texte": "98                                DURENDAL\n\n\n\nsont des intrus inutiles à l'intrigue, qu'ils encombrent sans nécessité, et une\nfois qu'on a élagué l'action de ces surcharges amplificatives et parasitaires, la\nsource unique d'intérêt qu'on y découvre se confine dans les scrupules étroits\nde Don Louis, ce jeune candidat en théologie singulièrement hésitant, appa-\nraissant parfois aussi comique que l'Irrésolu de Destouches, sorte de person-\nnage falot et neutre, dont le langage aux puériles alternances reflète aussi peu\nd'enthousiasme fervent pour ce qu'il croit être sa vocation que d'amour pro-\nfond pour la jeune beauté qui fait le siège de son cœur.\n    Si la donnée de Pepita Jimenez est froide et vide, la musique de la partition\nd'Albeniz est riche de substance savoureuse, de verve ardente, de sève\nchaude et parfumée. A vrai dire, cette musique se concentre presque tout\nentière dans la symphonie orchestrale qui, s'épanouissant librement et vivant\nde sa vie propre, se meut et se développe fort souvent dans la plus entière indé-\npendance du poème, indépendance précieuse en l'occurrence et à propos de\nlaquelle on serait mal venu d'incriminer le compositeur. L'écriture orches-\ntrale de Pepita est d'une absolue originalité et ne semble se rattacher à\nl'influence d'aucune école. Un des traits les plus frappants de cette originalité\nréside en cette considération que le style musical du compositeur catalan, très\ntravaillé et trituré même, si nous pouvons nous exprimer ici au point de vue\nmétier, apparaît, quand on entend l'œuvre au théâtre, tout à fait limpide,\nnaturel, primesautier, coulant de source sans aucune contrainte. Bien que\nfort saturée de chromatismes, la symphonie demeure presque constamment\nattachante et charmeuse, parée de reflets doux et changeants, étoilée d'har-\nmonies délicates s'enfuyant d'un vol rapide en d'éphémères irisations qui\nenveloppent le sens auditif de caresses subtiles et, malgré ces affinements de\nforme et de style, il règne en toute cette musique une spontanéité et une\nforce d'expansion victorieuse qui en demeurent le caractère dominant. C'est\ncomme un souffle de printemps qui s'élèverait doucement et volerait au\ntravers de toute cette œuvre pour y répandre la joie, la fraîcheur et la\njeunesse. Notons particulièrement la scène entre Pepita et le vicaire, la\nromance de Pepita au second acte, le charmant Noël a bocca chiusa chanté\npar le chœur d'enfants, enfin la scène finale que M. David et Mlle Baux ont\ndit avec tout le sentiment et la puissance désirables. Mlle Maubourg est très\nintéressante dans le rôle d'Antonona et la partie si fouillée de l'orchestre a été\nrendue par l'excellente phalange de Dupuis avec autant de clarté que\nd'esprit.\n    Pepita Jimtnez ne semble pas avoir obtenu auprès du public bruxellois\nle succès qu'elle méritait. Faut-il en chercher la cause dans les tendances\ntrop affinées de la musique ou bien dans les évidentes défectuosités du\n livret? Nous ne prétendons point résoudre la question. Quoi qu'il en soit,\n M. Albeniz est un musicien trop remarquablement doué pour ne pas se\n montrer plus sévère à l'avenir dans le choix des œuvres poétiques qu'il\n revêtira de son inspiration musicale. Cette inspiration qu'il la puise désor-\n mais soit dans des poèmes de large humanité, soit même dans des œuvres\n lyriques d'ordre moyen, mais présentant au moins l'intérêt de peintures de\n caractères ou de belles et fortes situations dramatiques. Albeniz semble\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "                           CHRONIQUE      MUSICALE                            99\n\nd'ailleurs vouloir marcher actuellement dans cette voie, car il a en portefeuille\nles deux premières parties d'une trilogie empruntée au Cycle de la Table\nronde et dont la première journée, Merlin, est précédée d'un prologue que\nnous entendîmes au concert de M. Henri Merck. Cette page musicale est\nassurément de plus large envergure que la musique de Pepita. L'accent en\nest ample avec de belles et fières envolées planant au-dessus de régions\norageuses, et elle semble assez bien se rattacher, peut-être encore plus par le\ntour d'idées que par le style, à l'esthétique wagnérienne. La Catalonia, sorte\nde fantaisie populaire catalane, de rhapsodie, si l'on aime mieux, dirigée avec\nune flamme entraînante par l'auteur, est d'une surprenante originalité en son\nexubérance déchaînée, ses rythmes trépidants, ses colorations ultra-rutilantes.\nOn a acclamé chaleureusement le compositeur chef d'orchestre, qui s'est révélé\nencore sous un troisième aspect dans de très intelligents et poétiques accom-\npagnements au piano.\n\n    S e c o n d C o n c e r t Y s a y e . — C'était M. Brahy, le directeur des\nConcerts d'Angers, qui était cette fois en possession du bâton directorial. Le\njeune capellmeister, qui est notre compatriote, fait grand honneur à l'école\nmusicale belge. Il dirige de mémoire avec une sûreté, une précision, une\nscience des gradations absolument remarquables. Si l'ouverture d'Egmont a paru\nun peu opaque et alourdie; si, au contraire, la verve flamboyante et l'envolée\ngénéreuse déployées dans l'ouverture d'Obéron ne suffisent point à absoudre\ncette interprétation d'avoir trop dissimulé dans la pénombre les aspects\npoétiques et profonds de l'œuvre, il faut, sans restriction aucune, rendre\nhommage à la maîtrise avec laquelle Brahy a dirigé la Symphonie Fantastique\nde Berlioz. Rien de plus vivant, de plus approfondi, de plus suggestivement\ncoloré que cette évocation. Il nous semble avoir, pour la première fois,\npénétré le sens et jaugé le fond de cette conception étrange mais vaste, syn-\nthétisant musicalement les aspirations et l'état d'âme de toute une géné-\nration, celle qui se complaisait à grandir et à auréoler d'idéal les souffrances\nfactices de Werther, de Manfred, de René, croyant naïvement y découvrir un\n reflet éternel de l'Humanité.\n    Comme nous l'avons dit plus longuement l'an dernier, à propos du concert\n Berlioz, ce qui manque au maître français, c'est la sérénité, c'est cette paix\nlumineuse et puissante qui sacre et couronne l'œuvre de Beethoven, de Schu-\n mann, de Wagner, œuvre si éloquente, elle aussi, et probablement encore\n plus que celle de Berlioz lorsqu'elle raconte passagèrement l'effroi des orages\n qui désolent et assombrissent l'âme humaine.\n    La Symphonie Fantastique, poème de ligne tourmentée, inégal comme la plu-\n part des œuvres d'inspiration purement romantique, est sillonnée de magni-\n fiques élans lyriques et de glorieux éclairs de beauté. L'on y entend des\n appels tragiques d'une infinie désespérance remémorant à l'esprit l'horreur\n sublime des, Burgraves de Hugo ou encore les hallucinations spectrales des\n fantaisies hoffmanesques.\n    Ces stridences infernales, rendues encore plus incisives et poignantes par\n l'exécution dramatique de l'orchestre des Ysaye, étaient encadrées par les\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3292, "texte": "100                                DURENDAL\n\n\nexquises interprétations du violoniste Thibaut : fleuve de miel, cieux d'azur,\nflots de cristal.\n   Son interprétation du Concerto de Max Bruch en sol mineur, exécuté en\nsecond lieu, nous a paru sensiblement supérieure à celle du Concerto de Lalo\nen fa. Si le jeu de Thibaut ne possède pas l'incomparable ampleur lyrique\nde notre Ysaye, il en a le persuasif phrasé de velours, le charme berceur et\ninsinuant. Mais pourquoi donc se confiner ainsi obstinément dans la littéra-\nture des concertos, forme musicale sûrement intéressante, puisqu'elle a été\nconsacrée par les plus illustres compositeurs, mais qui, en raison de la pré-\npondérance qu'elle accorde communément à la virtuosité, aux extériorités\nconventionnelles et de surface, apparaîtra toujours secondaire en regard de\nces œuvres plus solides, plus profondes en leur discrétion et où, jaillissant\nd'une source éternelle, s'est fixé de façon définitive le génie des grands\nmaîtres.\n\n    S o i r é e B a u e r - C a s a l s . — Soirée d'un intérêt d'art exceptionnel,\ntant par la qualité des interprètes que par celle des œuvres inscrites au pro-\ngramme. Les natures de Pablo Casais et d'Harold Bauer s'accordent mer-\nveilleusement, et c'est une joie de rendre hommage à ces deux purs artistes\nque distinguent également cette ampleur, cette pénétration interprétative\nfaisant jaillir la vie essentielle et le sens profond des œuvres, comme aussi ce\nnoble souci de l'art véritable dédaignant les succès faciles et conséquemment\naffranchi de toute mesquine et vaniteuse préoccupation de virtuosité. L'affi-\nnement de ces tendances se préjugeait facilement d'après le choix des pièces\ninterprétées en soli.\n   Pablo Casais a joué la suite en ré mineur de J.-S. Bach pour violoncelle\nsolo, œuvre de forte pensée, d'admirable structure, de saine, savoureuse et\npuissante musicalité, mais assurément peu propice à l'éclosion de ces fleurs\nde sensibilité cultivées avec tant d'amour par la plupart des violoncellistes et\ndont les fragrances capiteuses agissent avec tant d'empire sur la masse du\ngrand public. Casais a joué la suite de Bach avec cet art simple, grave et\nprofond qu'on avait tant goûté au dernier Concert populaire.\n   Harold Bauer avait fixé son choix sur la Fantaisie en ut de Schumann, un\ndes poèmes les plus significativement lyriques du chantre de Zwickau. La\nhaute poésie qu'il recèle y est légèrement voilée comme par l'ombre d'un\nmystère immense planant sur toute l'œuvre, mystère qui, attirance pour les\nintuitifs, demeure une barrière pour les autres et qui range cette fantaisie,\npoème d'intériorité par excellence malgré la diversion passagère de la\nmarche d'apothéose centrale, au nombre de ces œuvres dont on dit, suivant\nl'expression consacrée, qu'elles ne portent pas au concert. L'exécution de la\nFantaisie en ut peut être considérée comme la pierre de touche marquant le\ndegré de compréhension plus ou moins profonde chez un interprète du piano.\n Harold Bauer a exécuté cette fantaisie en poète, la première partie avec une\nenvolée superbe et une rare justesse d'expression illuminée de colorations ravis-\nsantes, et si dans la seconde partie le pianiste a affirmé surtout sa puissance\net son remarquable sens rythmique, laissant quelque chose à désirer sous le\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3294, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                               101\n\n\nrapport de la majesté, de l'ampleur lyrique de l'accent, il a dit de façon péné-\ntrante la troisième partie, laissant flotter par-dessus tout ce chant suprême,\nchant de l'Infini qui, planant dans des sphères rêveuses et azurées, couronne\nl'œuvre en guise de douce et céleste péroraison.\n   L'interprétation de Casais a plus de profondeur, celle de Bauer peut-être\nplus de chaleur enveloppante, mais elles sont toutes deux hautement probes\net sincères, et elles se sont très heureusement fusionnées dans l'exécution de\ndeux œuvres de musique de chambre, la Sonate pour piano et violoncelle en\nfa majeur (op. 99) de Brahms, où on a particulièrement remarqué la clarté\nd'exposition, la subtilité de nuances, la rectitude et l'aisance rythmiques\ndéployées par les deux partenaires dans l'Allegro appasionato si charmeur et\ncurieusement construit, puis la Sonate pour piano et violoncelle en la majeur\nde Beethoven (op. 69), ruissellement continu de beauté et de lumière triom-\nphante, qui, terminant le concert, a valu aux deux interprètes une ovation\nchaleureuse et assurément bien méritée.\n\n    S e c o n d C o n c e r t D e l u n e . — Bien qu'au programme de ce concert\nfussent inscrits les noms de Mozart, de Beethoven, Schumann et Berlioz, et\nque les diverses œuvres orchestrales exécutées aient été conduites par\n M. Delune avec cette sollicitude affectueuse, ce souci des nuances et cette\nénergie vivace qui caractérisent sa direction, ce second concert n'offrait pas\nl'intérêt très marqué du premier.\n   Malgré le charme captivant de la phrase principale de l'Andante, malgré les\ngracieux rythmes de scherzo qui en décorent les deux dernières parties, la\nSymphonie en si bémol de Schumann manque d'ampleur, de cohésion archi-\ntecturale, n'atteint point ces pures régions où plane d'ordinaire le céleste\nessor du grand génie lyrique qui, dans Manfred, dans les Etudes Symphoniques\net dans l'Amour du Poète, a laissé gravée son immortelle empreinte.\n   Quant au violoniste Marsick, que nous entendîmes il y a quelques vingt-\ncinq ans, lors de ses débuts, il nous avait laissé le souvenir d'un jeu senti,\nsincère et prenant. Mais on ne peut assurément dire que depuis lors son\ntalent se soit mûri et développé. Du Concerto de Beethoven, il a joué à la\nvérité toutes les notes qui y sont contenues, mais rien de plus. Dans cette\nexécution claire, mais amorphe et monochrome, il eut été impossible de\ndécouvrir la chose sublime qu'Ysaye nous révéla en son interprétation trans-\ncendante d'avril dernier. C'est ainsi que la surprenante puissance d'une\ngrande interprétation fait vivre et crée une seconde fois l'œuvre d'art, brisant\nla gangue qui recouvre et retient prisonnier l'éiincelant joyau. Marsick a été\nmeilleur dans le Trille du Diable de Tartini, il s'y est montré précis et habile,\nmais avec mollesse, sans la verve et l'esprit nécessaires à l'interprétation de\nce genre de compositions.\n\n   L e T h é â t r e d e V e r d u r e . — Ces intéressantes reconstitutions ont\nobtenu le plus grand succès. Au programme, la Guirlande, pastorale-ballet de\nRameau et le cinquième acte d'Armide de Gluck, deux œuvres qui, entendues\nainsi à la suite l'une de l'autre, offraient un instructif rapprochement. Rameau\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3496, "texte": "102                                    DURENDAL\n\n\net Gluck ne furent-ils point tous deux apôtres de vérité artistique, travaillant\nl'un comme l'autre à fixer le style musical dramatique en le libérant de tant\nd'ornements factices et mensongers, misérable alliage introduit par le goût et\nles t e n d a n c e s de l'opéra italien? R a m e a u , avec sa robustesse h a r m o n i q u e\nn'excluant pas la grâce limpide et souple, avec ses rythmes nobles et doux,\nses naïis et savoureux archaïsmes ; Gluck, avec sa gravité et sa majesté idéales,\nson intense r a y o n n e m e n t de chaleur expressive, son incomparable a m p l e u r\nd'accent. Cependant, les similitudes de style entre les deux maîtres, qui ont\npoursuivi le même idéal artistique, sont plus apparentes que réelles. Musicien\nde race, si R a m e a u partage avec B a c h l'honneur d'avoir posé les assises sur\nlesquelles s'est élevé par la suite tout le merveilleux édifice de l'harmonie\nmoderne, il ne semble pas contradictoire de dire que cet art apparaît le reflet\net l'expression d'une époque, u n de ses non moindres charmes résidant préci-\nsément en ce parfum évocatif de lointain passé qu'exhale toute cette musique\net que nous nommons archaïsme. Aucune épithète, au contraire, ne peut\nmoins convenir à Gluck que celle d'archaïque. Son art ne date pas, il est éter-\nnellement j e u n e , éternellement vivant, éternellement g r a n d .\n    L'interprétation des œuvres de R a m e a u et de Gluck au Cercle n'était pas\nirréprochable. D a n s la pastorale, M l l e P i r o n e t a chanté, avec un joli senti-\nment, le rôle de Zélide la bergère. M. David était fort malheureusement\ngrippé, mais le courageux artiste s'est dépensé en généreux efforts pour rester\nà la hauteur de sa tâche. M lle de la Rouvière a déployé, dans le rôle d'Armide,\nles ressources d'une voix puissante, mais laissant a désirer sous le rapport de la\nsouplesse et de la douceur. Elle a chanté avec une belle énergie, où nous eussions\nc e p e n d a n t souhaité p l u s d e variété dans les n u a n c e s expressives, les adieux\ndésolés d'Armide à R e n a u d . L'orchestre et les choeurs étaient confiés à la direc-\ntion experte et érudite de Ch. B o r d t s . Les sœurs Mante, de l'Opéra, exécutant\ndes danses de style avec leur grâce coutumière, ont fait les délices de l'assem-\nblée. Signalons, enfin, l'ingénieuse décoration de la salle et de la scène qui,\nparées de guirlandes de fleurs et de feuillage, présentaient un charmant aspect\nen ce cadre de fraîcheur printanière et accueillante.\n\n\n Concerts Merck, Mycsz-Gmeiner, du Chastain, Max\nDonner et Barat. — Notre chronique musicale étant déjà très chargée\net les auditions intéressantes se présentant fort uombreuses en ce moment de\nl'année, nous ne pourrons que signaler d'une façon générale certains\nconcerts qui eussent mérité des comptes rendus plus détaillés. D'abord le\nconcert donné par le violoncelliste H E N R I MERCK, avec le concours d'un\norchestre dirigé par ALBENIZ, concert au cours duquel le jeune artiste n o u s\na charmé par de belles, larges et expressives interprétations. P u i s le\nconcert de M m e MYCSZ-GMEINER, l'admirable cantatrice applaudie l'an der-\nnier aux Concerts Ysaye et au Cercle Artistique et qui a u n e fois de plus puis-\nsamment captivé son auditoire par les séductions de sa voix si c h a u d e , de\nson art si vibrant et parfois si profond. Elle a été supérieure d a n s les\nSchubert, les S c h u m a n n et les H u g o Wolf. C'était M. JEAN DU CHASTAIN qui\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "                            CHRONIQUE MUSICALE                                           103\n\n\nl'accompagnait au piano et il s'est acquitté de sa mission avec un goût délicat\net en véritable musicien. Dans les pièces de piano qu'il a jouées en soliste\n(Bach, Beethoven, Chopin), il a paru très en progrès. Son interprétation s'est\naffermie et a pris du caractère, s'éclairant de nuances et d'intentions poétiques.\nIl a n o t a m m e n t joué avec un sentiment très sincère le Nocturne en ré bémol\nde Chopin, et a eu un très bel effet de crescendo d a n s l'épisode central de la\nPolonaise en la bémol du même auteur. N o t o n s encore au rappel u n e délicieuse\nexécution de la Campanella de Liszt.\n   M. MAX DONNER, violoniste, élève de T h o m s o n et d'Ysaye, a organisé un\nconcert à la G r a n d e - H a r m o n i e . Il y a fait entendre des œuvres de\nMendelssohn, S a i n t - S a ë n s , Max Bruch et de lui-même. C'est d a n s le Concerto\nde Mendelsshon qu'il a été le plus intéressant. Il joue avec goût, avec u n joli\nsentiment et il phrase bien, mais la sonorité manque encore d'ampleur. De\nbelles exécutions de l'ouverture de Freischüz et de la Siegfried-Idyl, sous la\ndirection de Crickboom, constituaient un des non moindres attraits du\nconcert.\n   Signalons enfin le récital de M. BARAT, pianiste, qui, au cours d'un pro-\ngramme composé d'œuvres excellemment choisies, a affirmé de n o u v e a u ses\nqualités d'éclat, de technique sûre et de brillante virtuosité.\n\n                                                           G E O R G E S DE G O L E S C O .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-008", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 104, "page_fin": 105, "titre_corps": "La Gioconda : Drame en quatre actes de Gabrielle d’Annunzio", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. 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Elle est le « modèle «exceptionnel dont\n                     chaque geste inspire son ciseau. Et Lucio le sculpteur est\n                     pris entre ces deux pôles, pourrait-on dire, de l'Eternel\nféminin, entre ces deux beautés, l'une infiniment touchante qui le précipite tout\néperdu de vénération aux genoux de sa femme, aux pieds de sa perfection\nmorale d'épouse et de mère, l'autre effroyablement enivrante pour son\ncerveau et ses sens d'artiste, la beauté matérielle et plastique de la Gioconda.\nVoilà le « conflit » sur lequel s'érige le drame.\n    Ces deux forces antagonistes, par une composante fatale, l'ont conduit au\nsuicide. Il se rate et sort de cette crise effroyable grâce aux soins de sa\nfemme. Mais il n'est pas guéri de la Gioconda... Silvia, l'épouse, apprend\nqu'il va aller la rejoindre dans son atelier... Silvia tente un dernier effort,\nelle rencontre la rivale dans cet atelier, et c'est le troisième acte d'une admi-\nrable véhémence où les deux femmes clament face à face leurs droits, l'une\nd'Epouse, l'autre d'Inspiratrice... La première pour vaincre invente un\nmensonge; elle se dit envoyée par son mari pour annoncer à sa rivale que\n Lucio la chasse... La Gioconda éperdue se précipite au fond de l'atelier où,\nderrière une draperie, la dernière œuvre du sculpteur, érige la Splendeur de\nl'amante... et voilà que Silvia, oubliant tout à coup que cette statue est la\nconcrétisation et le symbole du malheur de sa vie, emportée par son amour\n total de Lucio, défend en une courte lutte le chef-d'œuvre de Beauté, d'une\n beauté dont elle fut absente... mais la statue s'écroule et broie les mains, les\n belles mains de Silvia, le seul charme « physique » qu'elle eût. Ce dénoue-\n ment, ce premier dénouement, car il en est un second qui remplit d'une\n atroce tristesse le quatrième et dernier acte, aurait certes pu suffire; tel,\n il a été critiqué; l'on aurait préféré — bien entendu au strict point de vue\n dramatique — l'on aurait peut-être préféré voir Silvia succomber en son\n  héroïsme d'épouse et d'amante. Pour ma part, je l'ai admiré; j'ai goûté la\n délicatesse ingénieuse, si je puis dire, de cette idée et l'élément de haut\n dramatisme poignant dont elle couronnait la pièce. Le geste de Silvia est\n  magnifique; il m'a paru un trait de génie; la catastrophe une curieuse\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3590, "texte": "                                LA   GIOCONDA                                105\n\n\ninvention cruelle. Mais j'eusse à mon tour préféré qu'il terminât, sans la\nsolutionner autrement, cette poignante histoire. De la sorte nous aurions\nignoré que Lucio repris par la fatale Gioconda, avait abandonné définiti-\nvement sa femme, et lui qui ne nous est pas donné, notez-le bien,\npour une brute, nous n'aurions pas été forcé de le juger durement...\ncar cet homme il a beau s'écrier au premier acte, lorsqu'il exalte la\ngrandeur et la hauteur d'âme de Silvia, qu'il ne sculpte pas des âmes\net essayer de faire comprendre — et pardonner — ainsi son entraîne-\nment fatal vers la Gioconda, dont chaque mouvement est pour ainsi dire\nune virtualité de chef-d'œuvre, cet homme ne se comprend plus quand il\nquitte sa femme après son sublime dévouement, après cet atroce broye-\nment qui devait la lui rendre, maintenant, infiniment plus encore, et belle et\ntouchante et digne de tous les renoncements. Et je saisis mal, puisque\nd'Annunzio a introduit une tentative de suicide dans sa pièce, pourquoi\nil ne l'a pas placée à ce moment; elle fut venue en accord logique avec la\npsychologie des personnages telle qu'il nous la décrivait... Nous voilà bien\nforcé de ranger le personnage parmi les « fauves intellectuels », selon la\nforte expression de Schuré en parlant des héros d'Annunzio. Mais quelle est\nla portée de ce théâtre. Est-il autre chose que purement lyrique? Je ne le crois\nguère. Et en somme s'il pose un cas de conscience ou un conflit aigu, il se\nmeut tout entier dans une conception de la vie, qui demeure exceptionnelle.\nLe poète italien est visiblement pénétré de la philosophie de Nietzche et\nson drame en est une sorte d'illustration. L'oeuvre est peut-être vraie\nesthétiquement, elle ne l'est guère moralement. Sa signification lyrique et\nesthétique est seule importante donc. Voilà pourquoi ce quatrième acte où\nSilvia apparaît abandonnée de son mari, pâlie, défaillante de malheur\npresque, mais toujours admirable de courage, où nous la retrouvons mutilée\nmoralement et physiquement, revoyant pour la première fois sa fille, qui\nne sait rien encore de l'atroce vérité, ce quatrième a paru viser un peu trop\ndirectement à tordre, d'une espèce d'angoisse physique, les nerfs des specta-\nteurs, et l'art et l'inspiration ont semblé moins hauts qui l'avaienc dicté. Je le\nveux, encore que Suzanne Desprès, l'admirable interprète du rôle de Silvia,\ny ait été d'une mesure et d'une vérité splendides. Ah! quel art profond que\nle sien fait de sincérité, de simplicité et de force, et cette physionomie où la\nmoindre nuance de sentiment apparaît spontanément dans les traits intelli-\ngents du visage et commande les gestes délicieux, d'une justesse parfaite!\nTout se réunit pour faire d'elle une des plus intenses et compréhensives\n artistes de maintenant. M. H . Burguet a joué le rôle dur et épuisant de\n Lucio avec une maîtrise incontestable. J'ai rarement vu, pour ma part, un\nartiste « se donner » avec plus d'abandon et d'intelligence. Il a composé un\n Lucio ardent, lyrique, emporté et déprimé tout ensemble, nerveux jusqu'au\n déséquilibrement, qui a fait grande impression. Lugné-Poë avait un rôle de\n demi-teinte où il a été parfait. Et pour terminer, félicitons vivement la\n direction du Cercle Artistique et remercions-la pour cette belle et intéressante\n manifestation d'art; et admirons comment avec des ressources scéniques\n restreintes elle est parvenue pourtant à entourer l'œuvre et ses interprètes\n d'une mise en scène d'un goût excellent.                               G. B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-009", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 109, "titre_corps": "Les Expositions", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. L.", "ancre_debut": "Les Expositions Le Cercle « Pour l'Art » a coutume", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 135, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "Les Expositions\n      L e C e r c l e « P o u r l ' A r t » a coutume d'organiser des Salons où les\nenvois des statuaires dépassent en intérêt ceux des peintres. Cette fois,\n M. Victor Rousseau s'est abstenu de rien exposer et cette abstention\nmarquante renverserait la proportion coutumière si des œuvres de\n M M . Wolfers, Braecke, B o n c q u e t et De R u d d e r , par leur n o m b r e , leur\nallure et leur mérite ne nous offraient des compensations appréciables.\n     Les ouvrages des peintres sont suspendus sur u n e tenture nouvelle, d u n\njaune c l a i r e t l u m i n e u x , au-dessus de laquelle règne la couleur brun rouge de la\nmuraille. L'effet en est malheureux. D'abord par la juxtaposition de ces deux\ntons en zones parallèles, tons discords, de valeurs disparates. E n s u i t e parce\n que le « j a u n e » choisi est trop lumineux, trop bavard et annihile toutes les\n lumières des tableaux Un peu plus sobre, un peu plus neutre et ce jaune\neût été délicieux, confondant l'or des cadres en u n e tenue générale tranquille,\n opulente, laissant sonner uniquement les harmonies colorées des peintures.\n L a tentative était intelligente, mais un peu de goût délicat, d'instinct sen-\nsitif a m a n q u é au décorateur, à défaut d'avoir pu tenter un essai partiel et\npréparatoire.\n     MM. Verhaeren, R e n é Janssens, F r a n z Van Holder, Orner C o p p e n s ,\nEmile Fabry, E u g è n e L a e r m a n s , J e a n Van den Eeckhoudt, Amédée L y n e n ,\n P r o s p e r Colmant, H u i b L u n s , François De H a s p e , Firmin Baes, Richard\nViandier, E m m n n u e l Vierin et leurs collègues sont représentés par des toiles\nintéressantes, caractéristiques de leurs personnalités si diverses. M m e De R u d d e r\na exécuté avec son art délicat, sa technique curieuse un « panneau brodé »\nd'une finesse de coloris ravissante, mais dont la composition est peu digne\nd'une telle dépense de talent et de t e m p s ; M. Léon Snyers a composé une\np e n d u l e en sycomore de dessin linéaire et de style effarant, enfin les bijoux\nsomptueux, aux émaux de rêve, signés Wolfers, confèrent au Salon une\nindéniable force d'attraction sur le public...\n    FRANZ VAN HOLDER me paraît, parmi tous les peintres, le premier d o n t il\nfaille constater l'immense progrès et l'acheminement tout proche vers\nune maîtrise incontestée. L'Enfant en bleu, la Dame en blanc et le Portrait\nd'homme sont des morceaux à la fois substantiels et subtils affirmant un\ntempérament curieux, le sens de la forme, l'entente des harmonies, une belle\nvaillance enthousiaste et — déjà — une expérience technique i m p o r t a n t e .\n    Les coins d'intérieur de M. R E N É JANSSENS continuent la série de ces\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3521, "texte": "                                   LES EXPOSITIONS                                        107\n\n\ntoiles patientes où l'artiste sait faire parler l'intimité immobile des choses.\nLes aspects d'une vieille Demeure patricienne révèlent, sous leur allure médita-\ntive, le « grand air » d'arrangements qui furent fastueux et que les généra-\ntions successives ont respectés. Cela est noble avec mélancolie. M. J a n s s e n s\ny a observé des modulations de couleur très suivies et les a exprimées d'un\npinceau a p p l i q u é , sage, u n peu trop p r u d e n t peut-être et retenu, capable\ncependant de réaliser des h a r m o n i e s soutenues et fortes.\n    L e s natures-mortes et les paysages de M. ALFRED VERHAEREN ont l'inten-\nsité, l'éclat, l'émail de ses pages coutumières. Les études féminines de\nM. LAERMANS soulignent ce qui fait défaut à ce curieux talent, plus à l'aise\ndans les inventions chromatiques qu'il intitule « études (?) de paysages » et\nqui sont des paysages rêvés, des visions colorées entièrement inventées avec\nune vivacité et u n e a m p l e u r singulières.\n     M. VAN DEN EECKHOUDT, dans la manière d'Isidore Verheyden, trace des\nportraits intimes, psychologiques, discrets, d'exécution u n peu molle.\n     Le style décoratif de M. E M I L E FABRY, d'un galbe si p u r , s'affirme en u n\npanneau, Conception, qui fait regretter l'absence des autres œuvres a n n o n -\ncées au catalogue : le Semeur de blé et le Semeur de chardons, destinés à com-\npléter la décoration de la Villa Wolfers, à L a H u l p e , décoration dont la\npremière partie fit sensation au Salon triennal de 1903.\n     L a couleur arbitraire de M. F a b r y , l'allure stylisée de ses compositions\nsont très caractéristiques et intelligemment ornementales.\n     M. FIRMIN BAES ne s'affranchit pas de la hantise de Léon F r é d é r i c , tout\nau moins dans sa peinture à l'huile, encore acide et d é c o u s u e . Ses dessins\nsont plus personnels, de mise en page expressive et d'exécution large.\n     PROSPER COLMANT demeure le peintre excessif, véhément, de forme lourde\net de couleur brutale que nous connaissons bien. Il paraît se préoccuper cette\nannée — tout au moins d a n s le Jupon bleu — de réaliser u n morceau de\ndessin plus châtié et de couleur plus r a r e . . .\n     OMER COPPENS se spécialise de plus en plus dans ses coins pittoresques et\nses intérieurs r u s t i q u e s . Il y a p p o r t e u n e vision précisa, un choix judicieux,\ndes juxtapositions de couleurs imprévues, non sans parfois quelque séche-\n resse ou quelque dureté.\n     Les envois de De H a s p e , H a m e s s e , M m e Lacroix, Vierin, Viandier, ne\n nous a p p o r t e n t a u c u n e révélation imprévue sur le travail de ces conscien-\ncieux paysagistes, non plus que les amusantes imaginations d'AMÉDÉE LYNEN\n ne se distinguent b e a u c o u p de ses précédents travaux. M. H U I B L U N S\ncherche, tâtonne, se t r o m p e , mais son labeur acharné ne sera pas stérile, on\n peut espérer le voir bientôt en possession d'une technique obéissante, réali-\n sant des œuvres m û r i e s .\n     P a r m i les sculpteurs, P H I L I P P E W O L F E R S s'affirme très fécond, très souple,\n très habile, très artiste.\n     Le Cycle des Heures, ingénieuse a r a b e s q u e de douze figurines c h a r m a n t e s ,\nest une œuvre d'invention toute heureuse, d'exécution délicate. L a Jeune\n fille au paon, déjà exposée en plâtre, reparaît définitive en m a r b r e , bronze\n et émaux. L a juxtaposition d e ces matières précieuses, aux nuances froides\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "108                                         DURENDAL\n\n\net brillantes, réalise une h a r m o n i e très nouvelle. L e Coffret, orné de\nmédaillons d'ivoire, d'argent ciselé, d'émaux sur or, de perles rosées et\nd'opales aux feux mystérieux, — fantaisie de haut goût, d'opulence réelle et\ndiscrète — devrait, ainsi que certains bijoux particulièrement h e u r e u x ,\ntrouver place en quelque musée d'art décoratif.\n   L e buste de Jeune Flamande, par P I E R R E BRAECKE, est une œuvre de\nbeauté saine; les Cariatides d'HENRI BONCQUET, mouvementées à l'excès,\nmontrent une invention ingénieuse, son Vieillard est de beau caractère;\nenfin, la Figure tombale d'ISIDORE D E RUDDER et la Lionne de JEAN GASPAR\ncomplètent ce contingent r e m a r q u a b l e .\n\nAU CERCLE ARTISTIQUE :\n   M M . C h a r l e s G o e n r a e t s , R e n é de B a u g n i e s , J é r é m i e D e l s a u x ont à\nleur tour occupé la cimaise.\n   Les grisailles — visions des bords de l'Ourthe — de M. JÉRÉMIE DELSAUX\nont de la finesse et de la grâce. M. CHARLES COENRAETS se m o n t r e exécutant\nadroit et coloriste aimable. Peinture brillante, superficielle et facile. R E N É\nDE BAUGNIES, plus a p p l i q u é , n'est point très heureux en ses harmonies colo-\nristes, qui manquent parfois de fraîcheur et de sincérité. On voudrait, p o u r\ncet artiste méritant et travailleur, des réussites plus franches.\n\n   M M . R e c k e l b u s et A l l a r d , N e s t o r Cambier et R i c h a r d H e i n t z .\n    Deux aquarellistes et deux « huilistes ».\n    M. RECKELBUS, Brugeois, a trouvé d a n s l'amour du sol natal et d a n s la\nfervente observation des coins pittoresques de la vieille cité matière à u n e\nsérie importante d'aquarelles séduisantes. B r u g e s , terrain inépuisable, offre\nà tous les artistes des beautés neuves et diverses. R o d e n b a c h , Baertsoen ont\nexprimé, en pénétrant ses secrets, des œuvres définitives, d'autres se sont\narrêtés à la joliesse archaïque, à la mélancolie superficielle de ses aspects\nles plus c o n n u s . Vieilles murailles, tourelles, canaux — « miroirs du ciel » —\ncygnes blancs, pauvresses en mantes noires, atmosphère de piété recueillie,\non peut formuler en variations infinies ce charme prenant, cette séduction\nu n a n i m e . M. Reckelbus, avec adresse et respect, nous apporte ses impres-\nsions personnelles après tant d'autres. L É O N ALLARD est habile, ingénieux,\npaisible. Ses paysages bien établis, sagement peints ne méritent que des\nqualificatifs amènes.\n   N E S T O R CAMBIER, très j e u n e artiste, voit u n peu sombre et l o u r d . Il a de\nl'énergie, un accent convaincu, la ferveur de son art et, sans doute, il affir-\nmera une personnalité. Des œuvres de M. RICHARD H E I N T Z , peintre liégeois,\n— d'exécution incertaine, — complétaient ce salonnet.\n\n    A l a G a l e r i e B o u t e . — Quelques artistes ont eu l'idée d'une expo-\nsition exclusivement réservées aux études et aux pochades.\n   Sans doute, ces œuvres rapides, inachevées, ont u n c h a r m e , u n e sponta-\nnéité, un mystère que l'on ne trouve pas aux ouvrages définitifs. L'imagi-\nnation du connaisseur — collaborant avec l'exposant — réalise le complément\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "                             LES EXPOSITIONS                                109\n\n\nindispensable à des morceaux à peine indiqués. Mais le gros public n'a guère\ncette imagination esthétique, il demeure déconcerté comme devant des rébus.\nEn règle générale, je considère que l'étude, la pochade, l'ébauche, le croquis,\nla maquette, le projet, — toute préparation, en un mot, — est un document\nprécieux à l'atelier, mais qu'à l'exposition on veut constater l'affirmation plus\ncomplète et rassise de talents sans escamotages.\n   A côté d'œuvres mûries et d'exécution voulue, l'exhibition de simples\n « indications » est généralement déplacée. Celte fois, les exposants ont formé\nun ensemble homogène et j'avoue que l'effet en est assez piquant.\n    Peintres et statuaires y font preuve de tempérament, d'invention, d'inten-\ntions louables.\n    F . BEAUCK possède un curieux tempérament; il trace des dessins où fris-\nsonne du mystère angoissant, où passe la terreur des ténèbres et de la mort.\nC'est particulièrement dans l'immobilité des paysages ou des intérieurs assom-\nbris qu'il révèle un étrange pouvoir de suggestion.\n   J.-M. CANNEEL a des pochades qui sont en elles-mêmes complètes. Illustra-\ntions, affiches, dessins habilement enlevés, vignettes de ligne souple, tout son\nenvoi témoigne qu'il ne faut pas réclamer de lui des œuvres patientes et\nappuyées. Ses résumés ont le mouvement de la vie, un aspect non point\ninachevé, mais voulu. Particulièrement caractéristiques sont le Danseur hindou,\nla Jeune Fille maigre, quelques croquis de types accusés, sans charge ni exces-\nsive outrance.\n   Les envois de M. PAREELS sont d'invention ingénieuse, d'observation déli-\ncate, de finesse aimable.\n   Et MM. Blandin, René Deman, W. Jelley, F . Lantoine et E. Mahaux ne\nmanquent pas d'adresse, de savoir-faire dans des études où la fraîcheur,\nl'émotion du travail exécuté sur nature gardent une saveur primesautière.\n    Le statuaire E U G . CANNEEL expose des maquettes, des impressions de\nnature, des indications de mouvement et de draperie souples et bien venues.\nSes bustes de jeunes filles sont un peu trop sommaires, et cette négligence\nn'est point justifiée dans des portraits.\n   A. D E KAT a beaucoup admiré les Japonais et peut-être Jean Carriès. Ses\nbustes, ses figurines d'animaux ont une curieuse recherche d'allure, de pré-\nsentation, de surface.\n   Et M. AUG. BOUTE, avec plus d'ambition et de vaillance, a réalisé de\ngrands morceaux très laborieux, un peu compacts en ce milieu, mais dignes\nd'intérêt et d'encouragement.\n\n\n   Après cette exposition de pochades, la Galerie Boute a abrité des œuvres\nde M. F. MAGLIN, peintre français quelque peu artificiel et précieux, qui se\ncomplait à des notations de passage volontairement arbitraires, d'exécution\nun peu sèche et dont la précision étroite n'est point embellie d'une science ou\nd'un style appréciables. Néanmoins, plusieurs panneaux sont agréables\nd'effet et l'artiste y fait montre d'ingéniosité et de goût, souvent même de\nréelles qualités d'observation mises au service d'une interprétation rape-\ntissante.                                                               P . L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-010", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 110, "page_fin": 120, "titre_corps": "Livres et revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES La Peinture Vénitienne par Pompeo Molmenti", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 139, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2787, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\nLa P e i n t u r e V é n i t i e n n e , par POMPEO MOLMENTI, traduction de\n    M. J. DE CROZALS, un vol. ill. — (Florence, Alinari.)\n    Les travaux de M. P o m p e o Molmenti sur l'histoire politique et artistique\nde Venise ont acquis à leur auteur une réputation méritée. A propos d'une\nde ses publications récentes, consacrée à la Légende de Sainte Ursule, de\nCarpaccio, nous tracions, à l'intention des lecteurs de cette revue, en juillet\ndernier, un précis de l'histoire de le peinture vénitienne, de ses origines au\nXVIe siècle; depuis Jacobello del Fiore et les Vivarini jusqu'au Giorgione et\nau Titien, en passant par les beaux quattrocentisti, Carpaccio et les Bellini...\nLes considérations que nous avons émises au sujet des différents âges de\nl'école, il n o u s aurait été précieux de les a p p u y e r de l'autorité de M. Mol-\nmenti, si n o u s avions connu son livre au moment où nous écrivions. Il\nadmire comme ils doivent l'être les grands maîtres du XVIe siècle, mais n o n\nsans voir les germes de décadence que leurs œuvres recèlent, p a r la lente\ninfiltration des principes d'un faux idéalisme : « Les artistes du XVe siècle,\nobserve-t-il excellemment, se dégagent de la tradition et s'approchent avec\na m o u r de la réalité. L e s sujets sacrés deviennent plus voisins de n o u s , les\nanges et les saints présentent plus de liberté et de variété dans leur a t t i t u d e ;\nmais le sentiment de la vie terrestre s'allie encore à la foi profonde en u n e\nvie céleste; et dans les formes physiques on découvre en même temps que la\nréalité matérielle, la sublimité de l'idéal. Sans doute, il fallait le XVIe siècle\n pour que l'on vît se manifester toute la p o m p e et la vigueur de la beauté et\nde la santé. Mais en présence de l'art des Vivarini, des Bellini, de Carpaccio,\non ne saurait nier la fascination irrésistible qu'exercent tous ces dons admi-\n rables de la jeunesse, cet art splendide dans sa sincérité et robuste dans son\n honnêteté, qui entre d'abord triomphalement dans le royaume des idées,\n pour marcher plus tard à la conquête des formes elles-mêmes. »\n    M. Molmenti n ' a b a n d o n n e pas l'art vénitien après l'âge d'or, lorsque la mort\n a fait tomber la palette des mains du grand Titien et du trop exubérant T i n -\n toret. Il nous en raconte les fastes amoindris pendant la décadence du XVIIe\n siècle; nous le montre reprenant u n peu de vigueur au XVIIIe siècle, sous l'in-\n fluence du fougueux Ticpolo, puis subissant, dans le siècle suivant, la réaction\n déprimante de la servitude sous laquelle Venise gémissait et réfractant de loin\n les tendances successives de l'école française, classique avec David et I n g r e s ;\n romantique avec Delacroix... E t le judicieux annaliste termine par l'analyse\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "                             LIVRES    ET   REVUES                           I I I\n\n\n\nd( s travaux des peintres modernes, qui, puissamment stimulés par l'organisa-\ntion bisannuelle à Venise, depuis 1895, d'expositions internationales de\npeinture, ont donné un nouveau lustre d'art à la vieille cité de gloire des\nlagunes.\n    Il est superflu d'ajouter, l'ouvrage étant édité par la maison Alinari, que\nl'illustration en est copieuse et parfaite.\n\n L a p e i n t u r e b e l g e a u X I X e s i è c l e , par RICHARD MÜTHER; tra-\n   duction de M. Jean De Mot; un volume illustré. — (Bruxelles, Misch\n   et Thron).\n   Notre école moderne de peinture, tout en conservant ses caracté-\nristique sautochtones,le don de la couleur forte etsavoureuse et sa propension\nau réalisme, a subi presque constamment, depuis le début du siècle dernier,\nla réaction des évolutions de l'art français. Classiques, romantiques, impres-\nsionnistes, symbolistes et les autres ont eu, ainsi, leurs adeptes chez nous,\nadeptes qui, il faut le dire, ont parfois égalé ou surpassé les maîtres dont ils\navaient reçu l'impulsion. On peut marquer, du reste, à ce propos, que, depuis\nla Révolution, surtout, la littérature a pris une influence de plus en plus\ngrande — directe ou indirecte, peu importe, — sur l'art, et il n'y a rien de\nsurprenant, dès lors, à ce que l'initiative des mouvements esthétiques soit\ntoujours partie du centre de rayonnement des lettres dans cette partie de\nl'Europe.\n   Mais, naturellement, la répercussion de ces mouvements est très inégale\nselon les milieux et les éléments plus ou moins jeunes et novateurs dont\nceux-ci sont composés. Il y a les novices, les débutants, qui se précipitent\navec ardeur et tumulte dans la nouvelle voie, parce que, étant nouvelle, elle\nparaît révolutionnaire ; il y a les artistes arrivés, qui appartiennent déjà à une\ntradition et se montrent peu soucieux de la renier pour adopter des méthodes\ndifférentes; enfin, il y a encore les maîtres d'une originalité trop foncière et\ntrop personnelle pour être accessibles à des idées esthétiques issues d'ailleurs\nque de leur propre réflexion ou qui, s'ils reçoivent les influences extérieures,\nne les accueillent que dans la mesure où elles peuvent se concilier avec les\ninclinations de leur tempérament.\n   La vitalité de notre école de peinture est entretenue par ces divers courants\nqui se combattent et s'entre-croisent, créant de la sorte une rivalité et une ému-\nlation perpétuelles, au grand profit de la valeur d'ensemble de nos artistes et\nde l'influence que notre art exerce, à son tour, dans le monde.\n   M. Muther, professeur d'histoire de l'art à l'Université de Breslau,qui s'est\nrendu compte du « rôle décisif joué par la Belgique dans l'évolution de l'art\nm o d e r n e , a voulu esquisser à grands traits l'histoire de notre peinture au\nXIXe siècle. C'est comme une revue à vol d'oiseau, par perspectives larges et\nrapides, et où l'auteur s'est efforcé surtout, en insistant sur les exemples,\nmaîtres et œuvres les plus caractéristiques, de signaler les tendances et les\nmérites des générations et des écoles artistiques qui se sont succédées en\nnotre pays durant cette période. Quoique M. Muther se soit servi uniquement\npour son étude des tableaux du Musée de Bruxelles (où il se plaint avec\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3352, "texte": " 112                               DURENDAL\n\n\nraison de n'avoir point trouvé de catalogue critique), alors que le Musée\nd'Anversauraitutilementcomplété ses informations sur des points importants,\nson ouvrage offre un précis fort nettement développé et fort complet de la\nmatière. Nous ajouterons que, hormis l'usage peut-être un peu trop fréquent\nde qualificatifs qui sont de style lorsque l'on parle de la peinture flamande,\ntels que gras, puissant, flegmatique, lymphatique, les appréciations de\nM.Muther sont, en général (sauf, par exemple, pour Wiertz et quelques-uns de\nnos contemporains), judicieuses et témoignent d'un goût perspicace. (Il\ns'entend que je veux seulement dire que je suis d'accord avec lui!).\n   M. Jean De Mot, auquel nous devons une élégante version de cet agréable\nouvrage, a fait précéder celui-ci d'un intéressant et judicieux avant-propos.\nOn ne peut que louer aussi l'illustration du livre, tout en ne s'expliquant\npoint de n'y voir rien figurer de certains artistes considérables, De Braecke-\nleer notamment. L'adjonction d'un répertoire chronologique n'aurait pas, non\nplus, été inutile.\n\n C h o i x d ' œ u v r e s e n p r o s e , par GIACOMO LEOPARDI, traduction, intro-\n    duction et commentaire de M. MARIO TURIELLO. — (Paris, Perrin.)\n    Les quelques dialogues philosophiques de Leopardi, dont M. Turiello\n nous donne l'élégante traduction en ce volume, sont accompagnés d'une très\nintéressante introduction et de nombreuses notes. Leopardi, comme on sait,\n avait une conception pessimiste de l'existence; M. Turiello la partage,\n mais avec tonte la méthode d'un disciple fervent de Shopenhauer : et il ne\n laisse pas de morigéner, parfois, son auteur lorsque celui-ci énonce une\n proposition dérogeant quelque peu à la rigueur accentuée de ses jugements\nsur la vie. De sorte qu'il arrive que le lecteur soit légèrement impatienté de\ntrouver toujours le commentateur en tiers entre lui et l'écrivain !\n    Leopardi, qui était poète, n'a pas systématisé son pessimisme. Les événe-\n ments de sa carrière, certaines disgrâces personnelles, contribuèrent,\n peut-être, à développer en lui sa prédisposition à une vision douloureuse de\n la vie, mais il est sans doute que tout homme privé de la foi, clairvoyant et\nqui pense, ne saurait arriver à d'autres conclusions : à plus forte raison,\nun artiste, avec sa sensibilité plus vive, son aptitude à souffrir extraordinai-\nrement des déceptions, des disparates et des malencontres de la vie. Mais les\nexpressions les plus poignantes du pessimisme de Leopardi sont dans son\nœuvre poétique plutôt qu'en ces froids dialogues, sans flamme et sans image.\n Peut-être les a-t-il écrits pour justifier ses inspirations sombres aux yeux de\nses contemporains, tout engoués encore des sophismes de Jean-Jacques? En\ntout cas, si l'autorité de la démonstration a gagné à l'emploi de cette forme\nrationnelle, l'art y a perdu.\n    L'insatisfaction inapaisable de l'homme que Montaigne et Pascal, déjà,\navaient marquée en traits immortels, Leopardi l'analyse et la déplore. Cepen-\npant, n'est-elle pas la condition de la perpétuité de la vie; et, satisfait, le\nmonde ne s'arrêterait-il point d'agir? Parce que la paix persistante, la\njouissance durable n'appartiennent point à la terre, Leopardi proclame le\nnéant de la vie — mais, probablement, celle-ci serait-elle plus néant encore,\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3395, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                113\n\n\ndès l'instant où fixée pour jamais dans l'absolu de la perfection, il n'y aurait\nplus en elle la possibilité d'une aspiration! Cette conséquence aurait dû,\ncependant, être tout indiquée pour le poète, puisque, parlant du séjour des\nJustes, où ceux-ci seront soustraits à jamais aux tribulations de ce monde, il\nestime que l'éternelle félicité de ce Paradis ou de cet Elysée ne pourra être\nqu'un éternel ennui.\n   Nous sommes si peu prédestinés à la joie qu'un bonheur trop égal et\ntrop continu finit par nous lasser et par engendrer en nous une anxiété\nindéfinie et comme l'attente superstitieuse d'un désastre. Et, d'un autre côté,\nsi nous avons été dévastés par une souffrance morale prolongée, la désuétude\nde cette souffrance, et sa disparition, nous les accueillons comme un\namoindrissement plutôt que comme une délivrance.\n   M ais, s'écrie Leopardi, que vaut une vie, qui n'est qu'au prix d'une inces-\nsante douleur? Cependant, l'homme aime la vie... Et, on ne sait : peut-être\nson horreur de la mort est-elle surtout la crainte du moment où il n'aura plus\ndevant lui l'espace où situer son désir, son espoir d'un bonheur que, quel que\nsoit son âge, il cherche encore...\n   La vie, pour lui, c'est l'étoffe, la trame, le champ de ce bonheur, toujours\npossible et toujours attendu... La mort ferme la porte aux expériences.\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\nLa Maternelle, par LÉON FRAPIÉ. — (Paris, Librairie Universelle.)\n   Le prix Goncourt de cette année a révélé Léon Frapié en couronnant son\nroman La Maternelle. Le voici à la mode : les périodiques, les journaux,\ncertaines revues publient ses nouvelles, il est connu, si non célèbre. Quelle est\ncette Maternelle et quel est ce nouveau talent?... Le roman n'est un roman\nqu'à peine. C'est le journal de vie d'une jeune normalienne qui, ne parvenant\nà se « caser » dans une situation sociale adéquate à ses diplômes, s'engage en\nqualité de femme de charge dans l'école maternelle d'un quartier ouvrier pari-\nsien, c'est-à-dire, sans air, pauvre, malsain, encombré de mastroquets, de\nvice, de maladies et où la misère flotte dans l'atmosphère parmi les relents\nd'absinthe. Et elle note et décrit jour par jour toutes les ambiances qui l'entou-\nrent. Et tout le livre n'est qu'une monographie aiguë et poignante de cette\nécole pour petits enfants du peuple, de la vie qu'ils y mènent, de leurs âmes\ncomplexes et curieuses, en somme une étude très fouillée de misère sociale,\nmorale et physique. Le livre est poignant et aigu, d'un réalisme prenant et\nsans recherches d'effets. Il constitue un document sincère dressé par un\nhomme de talent, et d'un cœur vibrant malgré l'allure narquoise de la prose\nalerte, vivante, nerveuse. Et j'adrnire pour ma part comment, avec une\n matière aussi « pauvre », l'écrivain a pu écrire un livre aussi vrai et aussi\nattachant. Car ce livre m'a passionné, oh péniblement, à force de vérité, et\nje ne crois pas, hélas! que les choses et les gens y soient « forcés ». Il révèle\n un monde, un petit monde de mioches pour la plupart coxalgiques, fripés et\n déjà déterminés par atavismes moraux et physiques vers des devenirs de\n misère louche et suintante. Voilà sommairement le livre. L'écrivain apparaît\n et s'individualise dans le style, la conception. Il est bien uniquement,\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3603, "texte": "114                                    DURENDAL\n\n\njusqu'ici au moins, u n conteur de misérables. Mais à l'inverse de Gorki,\n qui met d a n s ses peintures comme un dramatisme lyrique, F r a p i é se\npose plutôt comme un simple annotateur, froid et désintéressé, devant le\ntableau, qu'il peint traits par traits, au fur et à mesure qu'ils se présentent à\n son observation. E t pourtant u n e œuvre comme la Maternelle est vibrante\nde pitié Mais l'écrivain a grand soin de n'y point intervenir. Il n'y a a u c u n e\nportée morale ou moralisante apparente annexée au livre, aux c o n t e s ; mais\ndans la composition même de l'œuvre — et c'en est là l'art et la valeur — tout\nconcourt, sans arrangement factice, à faire naître une émotion intense.\n      L'originalité est dans' le style incisif, d'une forme courante, positif,\nsans recherche et pourtant très personnel. C'est le style d'un h o m m e\npositif « qui n e fait pas de littérature », qui voit dur et juste, et conte sans\nphrases des choses sans b e a u t é ; mais tout cela n'est qu'apparence, car la\nmanière, je l'ai dit, comporte une puissance de pitié é m o t i o n n a n t e et\np r e n a n t e . E t ce roman, cette étude est, si l'on veut bien y regarder de près,\nu n e œuvre vraie, forte, vigoureuse et sincère, c'est-à-dire vécue avec cœur et\nfinesse, et qui découle de cette théorie d'art, qu'elle justifie mieux que tous\nr a i s o n n e m e n t s , à savoir que p o u r exprimer esthétiquement la vie il n'est en\na u c u n e façon nécessaire d'en embellir les d o n n é e s ; l'observation la plus\nexacte suffit à l'écrivain, à condition qu'il ait le sens du choix'. L e livre de\nL é o n F r a p i é est sous cet angle une belle œuvre, toute i m p r é g n é e d ' h u m a -\nnité, qu'on ne lit qu'étreint d'angoisse, de l'angoisse sourdante de toute cette\nmisère, avec parfois l'allégement de tel mot d'enfant, frais et curieusement\nprécoce, ou de tel épisode exquis, comme l'histoire du chat de la b o n n e\nvieille d a m e qui se rendait, c h a q u e après-dînée d'été, dans son petit jardin\nde banlieue... O h ! cet horrible Mistigris qui mangea la première couvée de\n la mésange domiciliée en l'arbre voisin, et c o n n u t le remords, et ne fut par-\nd o n n é que lorsqu'une autre couvée, éclose dans l'arbre c h a n t a n t de la vie,\n fut ainsi venue effacer le souvenir de la mort. Celte histoire, ce petit conte est\n u n e chose exquise qui, à elle seule, vaudrait l'achat du livre.\n                                                                                  G. B .\n\nC o n t e s d e l a V i e i l l e F r a n c e , par JEAN MORÉAS. — ( P a r i s , Mercure\n   de France.)\n   M. Moréas offre ce livre aux amateurs de belles histoires. J e compte que\nvous en êtes, lecteur, comme j'en suis et que, très loin des psychologues et\ndes sociologues, vous vous rajeunissez volontiers, de temps en t e m p s , à\nsavourer les bons vieux contes qui débutent ingénûment par le traditionnel :\nIl était une fois... Plusieurs des charmants récits de M. Moréas d é b u t e n t\nainsi. On y rencontre le g r a n d Saladin et T r i s t a n , neveu du roi Marke; de\nbelles princesses, gentilles de corps et de façon, amoureuses de chevaliers\npreux et courtois, riches de cœur autant que pauvres d'avoir, et des a m a n t s\nqui se déguisent en tiercelets de faucon pour visiter leur mie, et des jaloux,\ndes félons et des traîtres, sans compter les bêtes qui parlent et le diable en\np e r s o n n e . C'est délicieux. M. Moréas a voulu, n o u s dit-il en un bref aver-\ntissement, que ce livre fût comme un miroir du Moyen-Age français : tendre,\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3545, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                     115\n\n\ntragique ou plaisant. Il a trouvé le sujet et les principaux ornements de ses\ncontes d a n s les fabliaux, les poèmes, les chroniques d'antan. Parfois il\nadapte; d'autres fois, simplement, il transcrit. Q u a n t au style, il est fort\nsimple; mais, en archaïste érudit qu'il reste, M. Moréas n'a point m a n q u é\nd'y mettre « quelque chose de ces gracieuses façons de jadis ».        M. D .\n\nC o n t e s d e B o n n e P e r r e t t e , par R E N É BAZIN. — (Paris, C a l m a n n -\n   Lévy.)\n   Qui ne se souvient de la brave Peggotty de Dickens, u n e des figures les\nplus sympathiques en m ê m e temps que les plus vivantes de cette inoubliable\ngaleriede portraits à travers laquelle n o u s p r o m è n e le g r a n d romancier anglais\ndans son David Copperfield? Telle est la b o n n e Perrette de R e n é Bazin. C'est un\nde ces types de vieille domestique dont l'affection forte et dévouée illumine le\nsanctuaire familial de sa tendresse un p e u fruste, mais à toute épreuve.\n   René Bazin nous raconte la touchante histoire de cette b o n n e Perrette\ndans un de ses Souvenirs d'enfant. (C'est sous cette dénomination que l'auteur\ncomprend tous les récits qui se trouvent dans la première partie du recueil.)\n   Ces Souvenirs d'enfant, où nous signalerons tout particulièrement la déli-\ncieuse historiette intitulée Le Petit Chantre, sont comme de fines notations des\nimpressions si vivaces du jeune âge où les moindres incidents de la vie sem-\nblent des événements. Ils renferment n o m b r e de pages que caractérisent la\ngrâce familière et souriante de l'inspiration, la fraîcheur et la précision\ncolorée des paysages.\n    Quant aux contes dont b o n n e P e r r e t t e « berçait l'heureuse enfance » de\nl'auteur et qui forment la seconde partie du recueil, nous s o u p ç o n n o n s\nRené Bazin d'y avoir une part de collaboration très p r é p o n d é r a n t e .\n   Ces contes sont exquis et, s'il fallait qu'elle se fixât sur l'un d'entre eux, ma\npréférence d e m e u r e r a i t longtemps hésitante. Ce qu'il faut surtout noter ici,\nc'est avec quelle s u r p r e n a n t e diversité de signification et d'accent apparais-\nsent en c h a c u n de ces récits les qualités de pensée et d e style qui sont\nl'apanage de l'éminent écrivain. L e trait p r é d o m i n a n t de certains d'entre eux,\nc'est ce parfum d'émotion domestique, cette pointe d ' h u m o u r attendrie qui\ncaractérisent Alph. D a u d e t (la Boite aux lettres, Souvenir d'artiste). D'autres\nsont des récits de gloire militaire où plane triomphante l'âme de la patrie\nfrançaise (la Jument Bleue, le Grenadier de la Belle Neuvième). Vous y trouverez\naussi de gracieuses légendes (le Pois fleuri, les Chardonnerets de Galilée) ; une fine\nétude de psychologie sentimentale (les Deux Chagrins) ; des contes m o r a u x (le\nMoulin qui ne tourne plus, le Quatrième Pauvre, ce dernier d'une singulière\ngrandeur). La Réponse du Vent est un mignon poème lyrique en p r o s e ; le Brin\ndeLavande, u n conte moyenageux à la W a l t e r Scott; la Veuve du Loup, un drama-\n tique épisode de la guerre des C h o u a n s .\n    Signalons enfin le Retour, u n e étude de caractère fortement burinée où se\n retrouve l'inspiration du poète qui écrivit la Terre qui meurt et le conte intitulé\n Celui qui menait lariviere, conte que, pour sa portée et son ampleur symboliques\n à ia manière de Villiers de l'Isle-Adam, je serais assez tenté d'indiquer comme\n le plus puissant de tous ces récits.\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3208, "texte": "116                               DURENDAL\n\n\n   Notons enfin que ces contes, morceaux de littérature achevés, propres à\ncharmer les lecteurs les plus raffinés et les plus friands d'art délicat, sont\nabsolument à la portée des jeunes imaginations et de nature à être goûtés par\nelles. C'est d'ailleurs aux enfants que ce livre s'adresse, ainsi que René Bazin\nle dit dans une jolie préface.\n                                                                      G. DE G.\n\nL a M a i s o n d e l a P e t i t e L i v i a , par PIERRE DE QUERLON. — (Paris,\n  Mercure de France.)\n   Regrettons, en lisant cette œuvre charmante et claire, la disparition préma-\nturée de l'auteur, qui donnait déjà infiniment plus et mieux que des promesses.\nCe roman, sans vouloir apparaître comme un roman historique ni concrétiser\nentre les fils d'une trame doucement et joliment sentimentale les mœurs\nromaines dans leur totalité, donne un agréable chapitre de la vie amoureuse\net élégante de l'époque. Ecrit en un style châtié, très pur sans recherches, il\nmêle, à un génie discrètement descriptif et évocateur, une note de tendresse\ntoute en touches légères, qui rend l'œuvre émouvante, gracieuse et touchante.\nSuivent de courts poèmes en prose : Odesvernales, qui ont beaucoup de poésie\net de grâce. Le recueil entier est écrit pour les délicats; il leur plaira par\nl'émotion fine qui accompagnait chez l'auteur, trop tôt disparu, une vision\ntendrement pittoresque et sans doute légèrement fausse de la civilisation\nromaine sous les Césars.\n\nExploits de Tom Sawyer, détective, et autres Nouvelles,\n   par MARK TWAIN, traduction F . DE GAIL. — (Paris, Mercure de France.)\n   La traduction des œuvres de Mark Twain est un régal pour les amateurs\nd'humour. Voici un dernier recueil qui fortifie la bonne opinion qu'on doit\navoir de l'esprit inventif et ingénieux de l'auteur américain. La première his-\ntoire est un long conte, mathématiquement construit et très habilement agencé\npour produire son effet total dans la dernière scène qui se passe aux assises,\net où éclate le génie perspicace du jeune Tom. Des histoires pareilles valent\npar les détails et la manière; on ne peut qu'y renvoyer. A noter le Journal\nd'Adam, une perle vraiment d'esprit, et un conte californien d'une émotion\nprofonde. Le volume se clot par une réponse à Bourget et à son livre sur\nl'Amérique pleine du plus spirituel des bons-sens et qui est fort amusante\npar l'indication qu'elle donne de la manière dont Outremer fut reçu et com-\npris de l'autre côté de l'Atlantique.\n                                                                       G. B.\n\nL e s D i e u x F a m i l i e r s , par JEAN BERTHEROY. — (Paris, Fontemoing.)\n   Le dernier roman de Mme Bertheroy est, à sa façon, un réquisitoire contre\nle « déracinement ». Pour s'être détachés de leur race et de leur sol, pour\navoir cherché l'amour et la gloire loin des dieux familiers, ses héros ont connu\nle désenchantement et la douleur. Ils ne retrouvent la paix qu'au foyer natal.\nCe qu'il y a de plus intéressant dans ce livre, d'une tenue littéraire irrépro-\nchable, c'est l'évocation du noble décor némausien.\n                                                                        M, D.\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3074, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                117\n\n\nJ o u r n a l de bord d'un aspirant, par AVESNES. — (Paris, Plon.)\n   Ce sont des notes, des croquis ou des rêves, des impressions pleines de\ncharme et d'imprévu. On y voit la transformation de l'écolier qui devient\nofficier de marine. Et c'est d'une psychologie d'autant plus intéressante que\na vie du marin est plus près de la nature, qu'elle passe tour à tour des cieux\nsombres du nord aux lumières vibrantes du midi, du calme serein des mers\nchantantes aux colères farouches des océans en tempête.\n\nD o i t - o n a i m e r ? par GEORGES SAUVIN. — (Paris, Plon.)\n    Cette question, Gaston de Tersac ne se la pose guère. Mal averti contre la\nvie, il tombe d'abord dans le filet d'une institutrice ambitieuse, puis dans les\nrêts d'une intrigante. Henry Mercier, son ami, l'ayant sauvé de ces deux\namours, veut panser ce cœur endolori en lui faisant partager son indiffé-\nrence, mais Gaston trouve enfin l'âme-sœur et le bonheur.\n\nE p é e b r i s é e , par LÉON BARRACAND. — (Paris, Plon.)\n   Le lieutenant de Beaucroissant, belle âme de soldat, de ceux de la vieille\nFrance, écœuré de voir la délation implantée partout, les sentiments de\nl'honneur et de la loyauté oubliés, l'amour lui-même, un amour feint au ser-\nvice des plus basses besognes, est amené à briser une épée qu'il avait prise\npour servir sa patrie. Nommé député, il ne trouve à la Chambre qu'intrigues\net mauvaise foi. Là encore, il jette sa démission à la tête de gens qu'il méprise.\nEt il se retire dans ses terres, où un amour heureux le console un peu de ses\ndéboires militaires et politiques.\n   Le livre est écrit d'enthousiasme, parfois tendre, délicieusement aux pages\nd'amour, flagellant aux heures de colère.\n                                                                          E. N.\n\nM   aurice Maeterlinck, par AD. VAN BEVER. — (Paris, Sansot.)\n   Cette étude, parue dans la collection : Les Célébrités d'aujourd'hui, est peut-\nêtre la plus intéressante, la plus sérieuse et la plus fouillée de toute la\ncollection. Elle donne, en quelques pages brèves, mais fortes, la vraie physio-\nnomie de Maeterlinck, de son talent et de son œuvre.\n   Nous avons rarement lu une critique à la fois plus limpide et plus\njudicieuse, et en même temps plus complète, en dépit de sa concision, des\nécrits de Maeterlinck. Cette belle étude se lit avec d'autant plus de plaisir\nqu'elle est très finement écrite.\n                                                                       H . M.\n\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s (Anvers, Buschmann).— Le numéro\nde Janvier s'ouvre par une étude très judicieuse et approfondie de l'art du\npeintre hollandais Albert Neuhuys. Cet article de W. STEENHOFF est remar-\nquable à tous les points de vue. 11 commence par d'excellentes considérations\nsur l'art moderne et qui mériteraient d'être reproduites tellement elles sont\nfrappées au coin du bon sens. Ensuite, l'auteur nous donne une idée très\nnette du talent du beau peintre dont il analyse l'œuvre. Parmi les reproduc-\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3602, "texte": "118                                  DURENDAL\n\n\ntions qui illustrent cet article, il faut signaler u n Intérieur brabançon qui est u n e\npetite merveille.— Viennent ensuite deux articles fort intéressants aussi, l'un\nde H . WALENKAMP sur Quelques œuvres nouvelles de Jan Eisenhœffel, œuvres d'art\nindustriel ou appliqué (l'auteur de l'article loue avec raison l'artiste de ne pas\nchercher à faire à tout prix du neuf aux d é p e n s de l'usage auquel les objets\nsont destinés) et l'autre de R. D E VRIES sur L'imagerie japonaise, imagerie si\ncurieuse, si originale, si profondément nationale, qui a réalisé des chefs-\nd'œuvre et atteint une hauteur incomparable, mais qui est en g r a n d d a n g e r\nde disparaître totalement et, en tout cas, de perdre toute sa personnalité en\ns'assimilant la civilisation occidentale.\n                                                                            H . M.\n\n    T h e B u r l i n g t o n M a g a z i n e . Novembre 1904. — M. L I O N E L C U S T\npoursuit les études qu'il n o u s avait a n n o n c é e s sur les collections royales\nd'Angleterre, encore incomplètement c o n n u e s , et s'occupe, cette fois, de\ndeux portraits allemands, l'un de Michel Ostendorffer, l'autre attribué à H a n s\nBaldung Grtin. Ils sont tous deux très intéressants, mais le dernier, daté de\n1509, est spécialement c h a r m a n t . C'est une douce figure de j e u n e h o m m e\nélégant, vêtu d'un ample m a n t e a u de fourrures à la m o d e du temps. L'attri-\nbution à B a l d u n g n'est pas certaine, mais l'œuvre appartient a s s u r é m e n t à\nl'école de D ü r e r . — M. LÉONCE AMAUDRY a découvert un Titien dans la\ncollection Carvalho, à P a r i s . — M. CECIL SMITH nous parle d'un bas-relief\ngrec, en bronze; qui vient d'entrer au British Museum. U n e belle reproduc-\ntion nous permet d'apprécier le mérite h a r m o n i e u x de cette œuvre remar-\nquable. — M. H E R B E R T COOK étudie deux Giorgione des débuts d u p e i n t r e .\nIls se trouvent d a n s la collection Conway. — M. DURAND GRÉVILLE t e r m i n e\nu n compte rendu, copieusement illustré, de l'Exposition des Primitifs français\nà P a r i s , en passant en revue les œuvres d u XVIe siècle qui y figuraient. —\nEnfin, des articles sur la vaisselle de cuivre (collection Wolseley), les den-\ntelles (collection Blackborne), les tapis d'Orient, et les notes habituelles sur\nles expositions du mois, les livres et les acquisitions des m u s é e s .\n    Décembre 1904. — M. LIONEL CUST n o u s parle, cette fois, d'un triptyque\n de Lucas Cranach, conservé dans la collection royale d'Angleterre. C'est\n une œuvre magistrale et exquise, avec cette grâce maniérée particulière au\n maître : au centre, la Vierge entre sainte B a r b e et sainte Catherine d'Alexan-\n drie, d o n t les figures rappellent celles de D r e s d e , et sur les volets, divers\n saints. U n e fort belle reproduction accompagne l'intéressant commentaire d e\n M. L . Cust. — M. LÉONCE AMAUDRY continue son étude de la collection\n Carvalho, à P a r i s , par les peintres espagnols Z u z b a r a n , Morales, Goya,\n  L u c a s . — M. CECIL SMITH décrit u n e autre sculpture grecque venant de\n P a r a m y t h i a , entrée au British Museum. — M m e JULIA CARTWRIGHT d o n n e\n un troisième article sur les dessins de Millet de la collection F o r b e s . — Des\n notes sur u n Clouet non catalogué (M. C. Philipps), sur des dessins\n florentins, à Berlin (M. von Beckenrath), etc., et une bibliographie très\n nombreuse complètent ce n u m é r o .\n     Janvier 1905. — M. L . AMAUDRY poursuit le d é n o m b r e m e n t des richesses\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3513, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                     119\n\n\nde la collection Carvalho. Cette fois, il s'agit de peintres primitifs de diverses\nécoles, flamande, italienne, française et espagnole. P a r m i les reproductions,\npresque toutes dignes d'attention, signalons u n e belle descente de croix,\nattribuée à Gérard David. — M. J . - P - RICHTER étudie u n art plus primitif\nencore, celui du Christianisme dans les Catacombes. U n e p l a n c h e m a g n i -\nfique, Le Bon Pasteur, illustre son texte érudit. M. J . HODGKIN termine l'étude,\ncommencée déjà d a n s le numéro précédent, sur l'invention de l'impression\nsur porcelaine. — M. SMITH décrit les Sculptures grecques de la collection\nL a n d s d o w n e . — Signalons enfin une étude de Miss May Morris, la fille de\nWilliam Morris, sur la « Syon Cope ».\n\n   M a s t e r s i n A r t . (Bâtes a n d Guild c o m p a n y , 42, C h a u n c y street,\nBoston.) — N o u s avons signalé déjà la judicieuse manière dont se poursuit\ncette publication. Chaque livraison est consacrée à u n maître de l'art ancien\nou m o d e r n e , dix planches reproduisant ses œuvres principales, des notes\nbiographiques, u n e liste d'oeuvres, et de nombreuses références pour u n e\nétude complète constituant une excellente méthode de vulgarisation esthé-\ntique. E t 15 cents, ce n'est vraiment pas c h e r ! — N o v e m b r e (59) fut con-\nsacré à Véronèse; décembre (60) à Copley et janvier (61) à Watts. Les deux\nderniers artistes sont loin d'avoir d a n s le m o n d e latin la notoriété qu'ils ont\ndans les pays de langue anglaise; raison de plus pour n o u s renseigner sur\nleur œ u v r e qui renferme de réelles beautés.\n                                                                               J. D.\nLa Vie future devant la Sagesse antique et la Science\n    m o d e r n e , par L . E L B E . — ( P a r i s , P e r r i n . )\n   Ce livre a pour objet le problème capital que l'esprit humain voit se\nposer à lui, la question qui est de tous les t e m p s , de toutes les races\net, peut-on dire, qui gît d a n s toute individualité comme le thème p e r m a -\nnent de pensées d r a m a t i q u e m e n t fécondes, comme le moteur intérieur des\nplus hautes aspirations et des plus angoissantes spéculations. Quel h o m m e\nvraiment conscient n'a point souvent, aux heures où il se recueille en\nlui-même, affronté sa raison à l'angoissant problème : l'âme a-t-elle une\nessence i n d é p e n d a n t e de la matière et du moins, quelle qu'elle soit réelle-\nment, sa vie n'excède-t-elle point les bornes de la vie du corps. L ' h u m a n i t é ,\ndepuis les âges les plus reculés, répond inlassablement par l'affirmation de la\nsurvivance de l'Ame à la Mort. E t si l'on pouvait accorder valeur plénière\nà cet a r g u m e n t du consensus omnium, si étroitement connexe à celui d'autorité,\nla question posséderait sa réponse. Car cette affirmation est universelle et la\nvie future apparaît dans tous les systèmes religieux de l'humanité c o m m e le\nleit motor moral de l'espérance h u m a i n e . C'est ce que montre l'auttur d a n s la\npremière partie historique et explicative de son livre, très intéressante, très\nclaire, é m i n e m m e n t instructive et curieuse. Il l'intitule : La vie future devant\nla sagesse antique. Mais cette réponse de la Survivance, c'est le cœur qui la\ndonne plutôt que la Raison et l'on peut bien se d e m a n d e r si celte croyance\nuniverselle est plus que la consolante illusion d'une réalité passionnément\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": "120                                  DURENDAL\n\n\nvoulue et qui n'a, elle-même, d'autre source et d'autre preuve que la perma-\nnence touchante d'un haut désir fondamental de la nature morale de l'homme\ns'affirmant dans cette forme héroïque, ditais-je, de l'Individualisme h u m a i n ,\ndans cette immortalitatis sacra fames. Cette affirmation ne peut donc suffire. Aussi\nl'auteur, après l'avoir mise en lumière dans toutes les civilisations antiques,\ndepuis celles qui n'apparaissent dans le c h a m p de l'Histoire que par les affleu-\nr e m e n t s de quelques traditions conservées et de rares m o n u m e n t s , jusqu'au\nChristianisme, en passant par les Chinois, les É g y p t i e n s , les H i n d o u s ,\nles Grecs, les R o m a i n s , consacre-t-il toute la seconde partie de son\nouvrage à dégager la réponse que d o n n e ou que peut donner la Science\nm o d e r n e au P r o b l è m e capital. D'après lui « la Survivance se rattache, par\nune conséquence qu'il croit nécessaire, aux lois scientifiques aujourd'hui\nadmises ». Il s'appuie sur cette conception des plus autorisées d'un élément\nsemi-matériel, de cet éther invisible qui se retrouve à chaque instant dans\ntoutes les théories scientifiques, et il invoque, en même temps, cette loi de la\nP e r m a n e n c e « qui régit toutes les manifestations de la vie moderne ». Il en\nconclut qu'elle ne peut laisser périr la force consciente, elle qui veille, avec\nu n e fidélité incorruptible, à la conservation du moindre atome matériel,\naussi bien qu'à la transformation de l'énergie physique et à l'enregistrement\nde tous les faits passés. Voilà l'ouvrage en ses deux parties essentielles. Si\nl'auteur, comme il le dit modestement, n'espère pas avoir r é p o n d u à toutes\nles objections fondées, toujours est-il qu'il arrive à une probabilité de g r a n d e\nvaleur, d a n s sa conclusion historico-scientifique à l'immatérialité et à la\nsurvie de l'âme.\n                                                                              G. B .\n\nHet Schoothondje van de Koningin, kluchtig spel in drij\n   bedrijven met zang, door AUGUST CUPPENS. — (Waereghem, P a l m e r -\n   Putman).\n   U n b e a u poète, u n artiste à la sensibilité toujours en éveil, — Auguste C u p -\npens, — voulut nous représenter, cette fois, les aventures d'un brave paysan\nqui retrouva le joli chien de la Reine, le rapporta au palais, et reçut une\nroyale récompense. De ce sujet, qui paraît banal, l'auteur a su tirer le parti\nle plus imprévu et le plus amusant. L e s poètes ont toujours raison, même\nlorsque la fantaisie les prend d'écrire u n vaudeville en simple p r o s e .\n   A h ! la c h a r m a n t e ironie que celle déployée par le bon Aert, d a n s sa ren-\ncontre avec u n factionnaire grandiloquent et imbécile, devant la grille du\npalais, où il entrera tout à l'heure pour paraître chez le R o i . muni de son\npetit panier qui contient le petit chien de la Souveraine. J'ai lu et relu le\ndialogue, exquis d'observation et de raillerie légère, entre l'humble fils de la\nterre et l'auguste chef d'un royaume.\n   Mais toute cette mousse s'évaporerait si l'on tentait de transposer la\ndélicieuse historiette. Mieux vaut renvoyer le lecteur au livre. Il rira\nparfois largement, et plus souvent il sourira, l'esprit en fête.\n                                                                              G. V.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-011", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 121, "page_fin": 128, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES L'Ecole de Musique d'Ixelles", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 150, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "NOTULES\n\n    L ' E c o l e d e M u s i q u e d ' I x e l l e s . — Cette Ecole dont l'enseigne-\nment est absolument remarquable et dont la réputation est définitivement\nétablie est très insuffisamment subsidiée par la commune. Quelques mem-\nbres du Conseil communal font une guerre aussi systématique qu'absurde à\ncette Ecole dont toute autre commune serait fière à juste titre. Cette année,\nils voudraient réduire encore le crédit déjà insuffisant que la commune\nalloue à l'Ecole de Musique. Voici la lettre collective que les directeurs de\nnos conservatoires royaux ont adressée spontanément au Conseil communal\nd'ixelles à cette occasion :\n    « Les soussignés, membres du Jury du dernier concours de l'Ecole de\n Musique et de Déclamation d'ixelles (Classe d'Interprétation vocale du Directeur)\ncroient devoir, en leur nom et en celui de leurs collègues, vous signaler le\nhaut intérêt artistique qu'a offert ce concours et les remarquables résultats\nqu'a obtenu M. Thiébaut dans l'enseignement de l'Art musical.\n    » Ils estiment que cet établissement rend de très grands et réels services et\nmériterait l'appui efficace de la commune. Ayant appris qu'il est question\nde diminuer le chiffre déjà extrêmement minime si on le met en rapport avec\nl'importance de l'Ecole, du subside accordé à celle-ci par l'Administration\ncommunale, ils espèrent que ce projet de réduction sera rejeté.\n    « Ils se permettent, Messieurs, de vous prier de vouloir bien tenir compte,\n dans le vote que vous émettrez, des efforts persévérants, opiniâtres même\n du fondateur de l'Ecole, lequel, avec des ressources aussi modiques que celles\ndont il dispose, a pu arriver à de tels résultats et a ainsi réussi à doter la\ncommune d'ixelles d'un établissement d'instruction musicale tout spécial où\n l'enseignement, bien qu'étant établi sur les bases inébranlables des classiques,\n tient largement compte des besoins artistiques modernes et particulièrement\n favorise dans la mesure de ses moyens l'expansion de l'Art national.\n      Les considérations ci-dessus, le grand nombre d'élèves, l'extension donnée\n au programme d'études, le succès des concours publics, tout concourt à\njustifier non-seulement le maintien, mais la majoration du subside alloué\n actuellement à l'Ecole. Il serait, en effet, vraiment regrettable pour la com-\n mune d'ixelles, si remarquablement organisée au point de vue des autres\n branches de l'enseignement qu'une somme relativement très faible, propor-\n tionnellement aux sacrifices qu'elle s'impose pour l'Instruction publique, la\n fasse reculer pour empêcher la perte d'un établissement dont, nous le répétons,\n la valeur et l'utilité sont incontestables.\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "122                                     DURENDAL\n\n\n    » E m e t t a n t le vœu q u ' u n accueil favorable soit fait à la présente, ils vous\nprient d'agréer, Messieurs, l'assurance de leur haute considération. »\n    Cette lettre est signée par J. BLOCKX, directeur du Conservatoire d'Anvers,\nE . MATHIEU, directeur du Conservatoire de G a n d , E . WAMBACH, inspecteur\ndes Ecoles de Musique. M. GEVAERT, directeur du Conservatoire de\nBruxelles, s'est joint à eux de la façon suivante :\n    \" Je m'associe de grand cœur au vœu exprimé par mes éminents confrères, et je me\npermet de recommander à la sollicitude des édiles d'Ixelles l'œuvre si méritante et si utile\nqu'est l'institution fondée par M. Henri Thiébaut. \" F . - O . GEVAERT.\n    Voici maintenant la lettre que M. A. BOURGAULD DUCOUDRAY, professeur\nau Conservatoire de Paris, a adressée à son tour au Conseil communal\nd'Ixelles. Cette lettre d é m o n t r e combien l'École de musique d'Ixelles est\nappréciée à l'étranger :\n    « Permettez à u n artiste étranger qui porte le plus vif intérêt au dévelop-\npement de l'art musical dans u n e ville où il reçut le meilleur accueil, de faire\nappel à votre dévouemenl éclairé, en faveur de l'Ecole de musique et décla-\nmation d'Ixelles,\n    » F e r m e m e n t convaincu de la puissance éducatrice de l'ait, de la mission\nconsidérable qu'il doit remplir à une époque de trouble et de renouvellement\nsocial, je ne puis m'empêcher de former des vœux ardents pour que des\neffoits tendant à élever le niveau intellectuel de la masse soient encouragés\nautant que le méritent les apirations élevées de ceux dont ils émanent.\n    » J e partage absolument les convictions de M. H e n r i T h i é b a u t , dont\nj'apprécie hautement les t e n d a n c e s fécondes et l'effort persévérant.\n    » Le peuple, pour jouir d'une existence meilleure, n'a pas besoin seule-\nment de la nourriture du corps : il lui faut de plus un aliment « moral ».\n    » Il trouvera dans l'Art, et particulièrement dans la Musique, cette m a n n e\nsacrée, ce viatique de l'âme.\n    » Profondément dévoués aux intérêts de la c o m m u n e d'Ixelles, vous\ndonnerez un nouveau témoignage d'une haute compréhension des besoins de\nnotre époque, en encourageant, plus que jamais, une institution d o n t\nl'esprit est si parfaitement conforme à l'idéal qu'il faut atteindre, et qui a déjà\nproduit de très remarquables résultats, grâce à l'esprit d'initiative et au\ndévouement de M. T h i é b a u t .\n    » Si j'ose, Messieurs, m'adresser à vous et vous écrire en toute sincérité,\nc o m m e je le fais aujourd'hui, c'est que j'ai donné le meilleur de ma vie, afin\nde servir la cause qu'il a embrassée et de hâter la venue des temps\nmeilleurs où l'Humanité entière, vibrant dans u n commun a m o u r de l'Idéal,\ntrouvera, dans les jouissances de l'Art, un élément d'apaisement, de concorde\net de b o n h e u r . »\n    Ces éloges magnifiques et spontanés, à l'adresse de l'École de musique\nd'Ixelles, é m a n a n t d'hommes aussi éminents et aussi compétents, se passent\nde c o m m e n t a i r e s .\n    Malgré l'éloquente intervention de MM. Gevaert, Blockx, Mathieu, W a m -\nbach et B o u r g a u l d - D u c o u d r a y , en dépit de la protestation u n a n i m e de la\npresse artistique, contrairement à tout attente, le Conseil communal d'Ixelles a,\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "                                  NOTULES                                   123\n\n\npar 16 voix contre 13, réduit à 2,000 francs — une aumône plutôt qu'un\nsubside, — la somme insuffisante déjà qui était allouée à une des plus\nsérieuses et des plus importantes écoles de musique de la capitale.\n\n                                      * *\n\n    L e F o r u m r o m a i n . — Conférence de M.BULSau Cercle Artistique.—\nAvec toute l'autorité de son érudition si avertie, M. Buls a retracé devant le\npublic du Cercle Artistique l'histoire du Forum romain et des vicissitudes, qu'il\na traversé. Sur cette conférence d'ordre purement archéologique, il ne nous\nappartient pas d'entrer ici dans des détails circonstanciés qui ne cadreraient\npoint avec le caractère strictement littéraire et artistique de notre revue. Mais\nil sied de rendre hommage au talent d'exposition de l'orateur, au charme de\nson langage clair, précis, élégant, à l'habileté avec laquelle, en l'espace\nd'une heure et demie, il a su concentrer l'histoire du monde pendant près de\ndix siècles, depuis les époques légendaires et mythiques de la Rome primi-\ntive jusqu'à la chute de l'Empire d'Occident. Car, durant tout ce laps de\ntemps, l'histoire du monde c'est l'histoire de Rome qui se reflète et se résume\nà son tour dans celle du Forum. De nombreuses projections lumineuses,\nsuperbes photographies recueillies par M. Buls au cours de son voyage, ont\nrehaussé et complété l'intérêt de cette belle conférence.\n                                                                      G. DE G.\n                                          *\n                                        * *\n\n   G o d e f r o i d D e v r e e s e . — Deux revues étrangères, The Studio, de\nLondres, et la Gazette Numismatique, de Paris, viennent de rendre un éclatant\nhommage au talent superbe avec lequel notre artiste belge, G. Devreese,\ns'est affirmé dans l'art de la gravure en médaille. Les pages élogieuses que\nces deux périodiques lui ont consacrées sont accompagnées de plusieurs\nmagnifiques reproductions de quelques-unes de ses plus belles médailles.\nNous souscrivons avec enthousiasme à ces éloges bien mérités. A notre avis,\nDevreese doit être mis sur le même rang que les grands artistes médailleurs\nfrançais, dont il a définitivement atteint la maîtrise.\n   Notre admiration est partagée par l'Art Moderne où nous lisons ceci :\n   Deux nouvelles médailles de Godefroid Devreese. — Pour remercier les généreux\ndonateurs qui ont offert au Musée de Bruxelles la statue de Septime Sévère\nacquise au prix de 250,000 francs à la vente de la collection Somzée et parmi\nlesquels se trouvaient Mme Jacques Errera, MM. Beernaert, ministre d'Etat,\nEmile De Mot, bourgmestre de Bruxelles, Ernest Solvay, F . Philippson,\nEdouard et François Empain, R. Warocqué, e t c , le gouvernement a fait exé-\ncuter par M. Godefroid Devreese une plaquette commémorative qui sera\nremise à chacun d'eux.\n   Cette plaquette, dont le tirage a été strictement limité au nombre des sous-\ncripteurs, porte l'effigie, fidèlement reproduite, du célèbre antique; au revers,\nle nom du destinataire et une inscription rappelant l'événement à l'occasion\n duquel elle fut frappée.\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3150, "texte": " 124                                DURENDAL\n\n\n     M. Devreese vient de terminer u n e autre médaille offerte à l'occasion du\nI e r janvier par M. Paul Fisch, l'éditeur d'un g r a n d nombre d'œuvres du\nstatuaire-médailleur, à ses amis. C'est le profil, très ressemblant, de M. Fisch,\nau revers duquel sont gravés la signature et l'adresse de l'éditeur; carte de\nvisite vraiment artistique, qui échappe à toute banalité.\n     L'exécution de ces deux médailles fait honneur à M. Devreese et affirme\nun talent universellement reconnu.\n\n                                         #*»\n\n Exemple à imiter par les curés de nos paroisses en\nBelgique. — Nous lisons d a n s le Guide Musical, sous le titre : La réforme\ngrégorienne de nos paroisses, cette notule concernant u n e paroisse de P a r i s :\n « L a mort imprévue de Samuel Rousseau a tout à coup hâté la solution de\nla question dans une de nos premières paroisses de P a r i s , celle de S a i n t e -\nClotilde. C'est M. Maurice E m m a n u e l qui a été choisi comme maître de\nchapelle, et la petite circulaire qu'il vient de distribuer ne laisse a u c u n\ndoute sur la marche qu'il compte suivre. « E n me confiant (dit-il) la direc-\ntion de la maîtrise, le curé et le conseil de fabrique de la basilique Sainte-Clotilde\nm ' o n t d o n n é mission d'appliquer les prescriptions récemment formulées par S. S.\nPie X. J e suis heureux d'avoir à obéir à des ordres qui, loin d'être u n e\nentrave à la liberté de l'art et à son expansion, orientent la musique religieuse\nvers un idéal supérieur. Leur application, devant laquelle mon très regretté\nprédécesseur ne se fût point dérobé, doit avoir pour premier résultat la\nrestauration du plain-chant, a u t r e m e n t dit des antiques mélopées de l'Eglise\nchrétienne. »\n   E n Belgique nous sommes loin de là, hélas ! Dans la plupart de nos\nparoisses et d a n s les chapelles de nos couvents, les prescriptions d u P a p e\nne sont pas observées. On n'en tient aucun c o m p t e . L a lettre du P a p e y est\nconsidérée comme non existante. On continue à faire de la musique antireli-\ngieuse et antiartistique comme auparavant, tantôt de la musique à g r a n d\norchestre avec t a m b o u r , grosse caisse, trompettes, etc., etc., tantôt de la\nmusique d'un sentimentalisme féminin, fade et niais, qui diminue les âmes\nau lieu de les élever et de les fortifier. C'est absolument comme si le P a p e\nn'avait rien dit !\n                                        ***\n\n   La messe de Saint-Hubert à Notre-Dame du Sablon. —\nL a revue Musica Sacra, qui est un organe très sage et très charitable, ne se\ndéfend pas de stigmatiser comme il faut la fameuse messe cynégétique de N o t r e -\nD a m e du Sablon, où s'ébaudit chaque année le public bruxellois. L ' a u t e u r\nde l'article, E d . Michel, n'y va pas de main morte. « C'est là, dit-il, un spec-\ntacle indécent bien fait pour attrister les chrétiens qui ont le respect de la\nmaison de Dieu et pour affliger ceux qui s'intéressent à la rénovation de la\nmusique sacrée! Comment s'expliquer cette béate admiration de l'assistance\npour ce qui, précisément, est le contre-pied de la musique religieuse et le\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "                                         NOTULES                                          125\n\n\nplus en opposition avec les récents (?) enseignements du Chef de l'Eglise !...\nN o n , mille fois n o n . P a s plus que la musique de théâtre, les fanfares de\nchasse ne conviennent au lieu saint... » Je te crois, mon bon M. Michel.\nMais il paraît que cela attire les fidèles au lieu saint. Alors ! . .\n    U n joli propos que M. Michel entendit « de ses p r o p r e s oreilles, au sortir\nde l'office ». P r o p o s de dame, naturellement. « L e s chiens ont bien mal aboyé\ncette a n n é e , fit-elle (il s'agit d'un offertoire intitulé : Sortie du chenil!...); l'an\ndernier, c'était bien mieux : on eût dit une vraie m e u t e ! »\n   Avec M. Michel, « n o u s n'insistons pas sur ces écœurants propos et nous\nd e m a n d o n s s'il sera vrai que, sous le couvert de la tolérance, etc. »...\n   On a fait courir le bruit q u ' u n e commission de musique sacrée est consti-\ntuée à Malines. N ' e n croyez rien : ce doit être u n faux bruit.\n                                                                           F.   VERHELST.\n\n   N o u s comprenons d'autant moins la persistance déplorable de la maîtrise\ndu Sablon à maintenir cette grotesque messe cynégétique q u e , d'autre part, elle\na plusieurs fois exécuté des messes en chant grégorien ou palestrinien, —\nce d o n t on ne saurait assez la louer — n o t a m m e n t à la fête de sainte L y d w i n e ,\noù cette maîtrise exécuta u n e messe spécialement composée par Dom Pothier,\nle célèbre restaurateur du plain-chant en F r a n c e .\n\n\n\n   L ' A r t d e l a m é d a i l l e . — L e j u r y des médailles de l'Exposition de\nLiége a arrêté son choix sur les artistes suivants :\n   Médaille de l'Exposition des B e a u x - A r t s : 1er prix (3,000 francs), M. Gode-\nfroid D e v r e e s e ; 2 e prix (1,000 francs), M P a u l D u Bois.\n   Médaille de l'Exposition industrielle : 1er prix (2,500 francs), à M. P a u l\nDu B o i s ; 2 e prix (800 francs), M M . G. Devreese et Louis D u p u i s .\n   Le j u r y était composé de M M . Alph. De W i t t e , président, vicomte\nde J o n g h e , Ch. Buls, Ch. De Groote, Alvin, Legrelle, Micha, baron de\nBeeckman.\n   Nous a p p r e n o n s , d'autre part, q u ' u n concours limité à u n e vingtaine d'ar-\ntistes belges vient d'être ouvert par le g o u v e r n e m e n t pour l'exécution d'une\nmédaille destinée à c o m m é m o r e r le Jubilé de l'Indépendance nationale.\n   Le premier prix sera de 7,000 francs, le deuxième de 1,500, le troisième\nde 1,000, le quatrième de 500 francs.\n   L'avers portera le médaillon de Léopold I L L a composition du revers est\nlaissée au choix des c o n c u r r e n t s . Le j u r y est composé de M M . Alvin, mar-\nquis de Beauffort, Ch. De Groote, E d m . Evenepoel, C. Meunier, E . Verlant\net Alph. De W i t t e .\n                                                 ***\n\n   L'Ecrivai n p u b l i c , tel est le titre d'une alerte et fine comédie en vers\nde M. Félix Bodson, que le théâtre de la Renaissance, de Liége, a repré-\nsentée avec un très franc succès au mois de novembre. C'est là u n e tentative\ndigne de tous éloges et assez rare pour qu'il convienne de la signaler ici...\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3035, "texte": "126                               DURENDAL\n\n\n   Une intrigue à la fois simple et mouvementée, beaucoup de fantaisie et\nd'esprit du meilleur aloi, une langue pittoresque et gracieuse, une versifi-\ncation éloquente, font de l'Ecrivain public une pièce délicieuse à entendre.\nEt puisque M. Bodson détient dans ses tiroirs plusieurs drames encore\ninédits, nous souhaitons qu'une grande scène nous donne bientôt quelque\nœuvre plus considérable de ce jeune poète, qui est incontestablement l'un des\nplus brillants espoirs du théâtre belge.\n\n                                       ***\n\n   L e M e r c u r e d e F r a n c e , l'intéressante revue littéraire de Paris, est\n devenu bi-mensuelle depuis le I er janvier de cette année. Le directeur,\n M. Vallette, publie, à cette occasion, une très curieuse préface dont nous\ndétachons ces paroles :\n   « L'histoire du Mercure de France n'est pas sans intérêt, dit-il, au triple\npoint de vue littéraire, psychologique et financier, et j'essaierai peut-être un\njour de la dire : on y verrait comment la bonne volonté d'un groupe d'écri-\nvains, l'esprit de suite et aussi quelque désintéressement valent mieux\nparfois que de gros capitaux; comment un périodique né indépendant,\nformé des cléments les plus hétérogènes, a pu garder sa liberté tout entière,\nsuivi du reste par un public compréhensif qui voulut bien entendre les\nparoles les plus contradictoires; on y verrait surtout qu'il fallait son effort\npersonnel pour rassembler l'effort épars de publications d'une vitalité\nmoindre et disparues depuis 1884, et qu'il est ainsi l'expression de plusieurs\ngénérations. Sa naissance était marquée, son développement fut logique et\nchacun de ses accroissements nécessaire : il n'y eut qu'à savoir l'écouter\nvivre pour ne point l'orienter dans une fausse direction. Et, si aujourd'hui\nnous modifions sa périodicité, c'est, avant tout, que les besoins de son orga-\nnisme nous indiquent cette mesure. »\n   La partie la plus intéressante, la plus utile et la plus instructive des\nfascicules du Mercure de France est la partie « revue ». C'est un véritable\nrésumé du mouvement des idées du monde entier. Et c'est précisément afin\nde mettre plus complètement et plus rapidement ses lecteurs au courant de\nla pensée contemporaine que la direction a pris la décision de faire\nparaître la revue deux fois par mois.\n\n                                       ***\n  L a L i b r e E s t h é t i q u e . — Indépendamment des membres du Cercle\nVie et Lumière, dont les œuvres synthétiseront au prochain Salon de la Libre\nEsthétique l'évolution belge de l'impressionnisme, les nations où s'est princi-\npalement développée l'esthétique nouvelle seront représentées par quelques-\nuns de leurs peintres les plus significatifs : l'Allemagne par MM. L. von\nHofmann. Curt-Hermann, J.-G Dreydorff, etc.; l'Angleterre par MM.Roderic\nO'Conor, Wynford Dewhurst et Moffat Lindner; la Hollande par\nMM. J. Toorop et F. Hart-Nibbrig; l'Espagne par MM. H. Anglada\nCamarasa, Dario de Regoyo, X. Gosé, S. Rusinol, etc.; la Russie par\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2936, "texte": "                                        NOTULES                                         127\n\n\nM. Nicolas Tarkhoff; les É t a t s - U n i s p a r M M . T h . - E . Butler, Childe-\nHassam et Ch.-Alex. R o b i n s o n ; le Canada p a r M. J . - W . Morrice.\n   Ce choix permettra d'étudier les transformations qu'ont subies, selon la\ndiversité des influences ethniques combinées avec les t e m p é r a m e n t s indivi-\nduels, les théories formulées et appliquées p a r les initiateurs de l'impres-\nsionnisme.\n                                          ***\n\n   L ' a c a d é m i e l i b r e d e B e l g i q u e a décerné, cette a n n é e , le prix\nde la fondation E d m o n d P i c a r d à E d m o n d Glesener, à l'occasion d e la\npublication de son roman : Le Cœur de François Remy, dont notre collaborateur\nFirmin V a n d e n Bosche a fait u n si grand éloge, justifié d u reste, d a n s\nnotre fascicule de janvier. Ce prix E d m o n d P i c a r d a été décerné u n e première\nfois, à u n compositeur musicien, Victor Vreuls, ensuite à E u g è n e Baie pour\nson livre : Epopée flamande.\n   N o u s félicitons cordialement notre ami E d m o n d Glesener pour ce brillant\nsuccès.\n                                               *\n\n   L'Art Moderne vient d'inaugurer la vingt-cinquième année de son\nexistence. N o u s offrons, à l'occasion de ce jubilé, n o s félicitations les plus\naffectueuses et les plus cordiales à notre ami OCTAVE MAUS, qui dirige cette\nbelle revue avec u n e si rare c o m p é t e n c e , d ' u n e façon si artistique et avec u n\ndévouement q u e n'ont lassé ni les difficultés ni les critiques. Aucune revue\nn'a r e n d u à l'art contemporain a u t a n t de service q u e l'Art Moderne. N o u s\nformons les vœux les plus ardents pour qu'elle continue le plus longtemps\npossible à lutter vaillamment pour l'art, p o u r la beauté et pour les artistes\nqui l'incarnent d a n s leurs chefs-d'œuvre.\n\n\n\n   L a C i t é A r d e n t e . — Ce beau r o m a n de notre a m i et collaborateur\nH E N R I CARTON DE W I A R T vient d e paraître chez l'éditeur P e r r i n , d e P a r i s .\nN o u s en rendrons compte p r o c h a i n e m e n t .\n\n\n\n   Compositions de M. Joseph Ryelandt :\nOp. 19. S i x mélodies (textes Verlaine, Villiers de l'Isle-Adam, etc.),\n           chacune                                                     fr.              1   25\n » 27. Deuxième sonate pour violon et piano                                             5   »\n \" 28. Sonatine pour hautbois et piano                                                  4   »\n \" 32. Quintette en la mineur pour piano et archets                                     6   »\n » 36. Sainte-Cécile, d r a m e musical en 3 actes et 4 tableaux, partition\n           réduite pour chant et piano par l'auteur, in-8°          15                      »\n  N. B. L'ouverture de Sainte Cécile a. été exécutée le d i m a n c h e 13 novembre\naux Concerts Populaires de Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1709, "texte": "128                                        DURENDAL\n\n\n   Sous presses : op. 39, Purgatorium oratorio, soli, chœur et orchestre (latin),\nréduit au chant et piano par l'auteur.\n   On peut se procurer ces œuvres de notre collaborateur en s'adressant à\nl'éditeur Muraille, à Liége, ou aux principaux éditeurs de m u s i q u e .\n\n                                                   *\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — P . BOURGET : U n saint (Paris, Plon). —\nM. BARRAS : De Hegel aux cantines d u N o r d (Paris, Sansot).— M. BARRÈS :\nLa vierge assassinée (ibid.).— L . RICHARD : F . Brunetière ( i b i d . ) . — D O M\nBRUNO D E S T R É E : U n e mystique i n c o n n u e du XVIIe siècle (Lille, Desclée).—\nG. BUISSERET : La vie profonde (Liége, Edition Artistique).— M. SANGNIER :\nL'esprit démocratique (Paris, Perrin). — H . CARTON DE W I A R T : L a cité\nardente (ibid.) — L . DEUZÈLE : L e recueillement (ibid). — H . LARDANCHET :\nLes enfants perdus du romantisme (ibid.). — J. DELACRE : L'offertoire\n(Bruxelles, L a m e r t i n ) . — J. DE TALLENAY : Vivia P e r p e t u a (Paris, Lemerre).\n— C. STRYENSKI : Soirées du Stendhal Club ( P a r i s , Mercure de France). —\nR É T I F DE LA BRETONNE : Collection des plus belles pages (ibid) — GÉRARD\nDE NERVAL : Collection des plus belles pages (ibid.). — S.-CI-I. LECONTE :\nL e sang de Méduse (ibid). — J. DE FOLLEVILLE : Servitude ( P a r i s , P l o n ) .\n— A. SCHWEITZER : I . - S . Bach (Leipzig, Breitkoff et Härtel). — A. FRANCE :\nS u r la pierre blanche ( P a r i s , C a l m a n n - L é v y ) . — L . HENNEBICQ : L a défense\nde l'Occident (Bruxelles, Université Nouvelle).—                     G. D E G R E E F ; L ' è r e de la\nmondialité (ibid).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-208", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "99, rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 158, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 89, "fin_caractere_exclue": 3760, "texte": "99, rue Royale, 99\n\n    PIANOS DE SMET                                                                            BRUXELLES\n\n\n                    LE GRESHAM                                 REMISE D'ART & D'AMATEURS\n               Compagnie anglaise d'assurances sur la rie\n                 ACTIF : 206,999,247 francs\n                       Sinistres payés en Belgique\n                                                               Paul Claesseiis\n                                                                  Relieur-doreur de S. A. R. Mme l i Comtesse de Flendre\n                depuis 1 8 5 6 : 2 8 , 5 0 0 , 0 0 0 francs\n                    Prwpevtu* et retueignements gratuite          24, rue de Berlaimont, Bruxelles\n               8, plao* Royale, 8, BRUXELLES\n\n\n    FABRIQUE DE MATELAS\n                         Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                            médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                        BERVOETÏTWÏELEMÀNSFOURNISSEUR DE LA COUR\n\n            6, 8, 10,12, Rue du Midi <** BRUXELLES\n  Usine à vapeUt», I*avoi*« d e l a i d e s : f?UE JDES GOUJONS, 120\n\n                                        Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                           FABRIQUE    ET ATELIERS :\n                                   3 7 , Ru© d e l a C k a r l t é - B R U X E L L E S\n                                                              TÉLÉPHONE 1947\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  Spécialité d e tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                   la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                  RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                         Vente et location de modèles pour la peinture\n\n Premières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Cnjcago, etc\n\n    PIANOS STEINWAY                                                                 & SONS\n                      NEW-YORK — LONDRES — HAMROURG\n  Fournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n     de Suéde et d'Italie, du Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n       E x t r a i t de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\n  tenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway (R. Wagner). »« Le Stein-\n  way est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\n    arfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « Vos\nE   eaux instruments incomparables ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\n  résistance (A. Rubinstein). » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\n  instruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu'ici (F Busoni). » « La plénitude, la puis-\n  sance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n  (J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vou»\n• fait des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\n  avis, la produit idéal du siècle (Kug. d'Albert). » « Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu'un\n  éloge même paraîtrait ridicule (Sofia Menter). »\n    Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Royale\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison02-209", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Viennent de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENÏTErfcTT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "J. 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HUYSMANS (Paris, Stock). — Un vol. in-ia . . . . fr. 3 5 0\nCHERCHONS L'HÉRÉTIQUE, par J.ESQUIROL (Paris, Stock).—Un vol. in-12 » 3 5 0\nLES GENS DE TIEST, par GEORGES ViRRfcs(Bruxelles,Vromant).—Un vol.in-12 » 3 5 0\nSUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE, par JULES DESTRÉE. — Edition de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par M. Auguste Danze et cinq par Mœe Jules\nDestrée, et de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires\n(Editeurs : Bruxelles, Dietrich; Florence, Alinari)                        fr. 15 0 0\nLES JARDINS CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE. — (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                           fr. 3 5 0\n       On peut st procurer ces ouvrages en s'adressant à notre éditeur CH. 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BDÉSO Fis\n       EXPERT\n                                              MAISON FONDEE EN 1867\n                      Rentollagt, trantpMltttn, retUiiratlon et parquetage de tableaux            EXPERT\n\n  2-4, EDE DE U&SE            VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES               24, rue i l BeiUlioine\n     Bruxelles                       ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                 Bruxelles\n\n\n                                        P\n                                        A      ENCADREMENTS•»•» »                          Par suite m décès\n                                         U\n                                         v      D O R U R E ET            SCULP-\n                                         E                                                LIQUIDATION\n                                         R      TURE SUR BOIS • • • * •\n                                         D      •                                                   DE\n                                         U      ESTAMPES           •»•»•*#».\n                                         S\n                                         S      GRAVURES ANCIENNES                       300 ÏOITOBES\n                                         E                                               Vente à tonte\n                                         N                           „\n                                         s                                                  offre acceptable\n                                         U      N. B. — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                         o\n                                         o\n                                         •:\n                                         S\n                                                SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT              71, rue Goffart\n                                         s       —-———^————^————\n                                         *      D'AUTHENTICITÉ • • • • • • • • • • •         lXELIiES\n                                         U\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4077, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE                                 DE REPORTS                    ET DE               DÉPOTS\n                    t a , Marcké-au-Boia - BRUXELLES\n  Dépôts de fonds en Comptes-Chèques, disponibles à vue : 1 1/8 p. e. sans commission\n     Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 8 : 8 . 9 7 p. e.\n                      Encaissement de Coupons, Titres, Effets, eto.\n                                ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit e t Chèques sur tous pays\n          Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n   LA RÉSERVE MUTUELLE                                      LE STANDARD\n                                                         Compagnie d'assurances sur h vie,fondéeen 1825\n         de»      ÊTATS-VXMS                                    ACTIF : 278 MILLIONS\n   COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n               arax* l a V i e\n                                                           Prlnoipaux avantages de la Compagnie :\n                                                         i° Polices incontesta- 3° Tarif avantageux.\n                                                           bles après deux ans 4* Participation impor-\n                                                           de date.                   tantedes assurés dans\n                                                         a° Prêts sur polices         les bénéfices de la\n                                                           ayant trois ans de Compagnie.\n                                                           date                     5° Prêts hypothécaires.\n                                                            S'adresser pour renseignements et prospectus à la\n                                                                     DIRIOTION          QtNÉRALI\n                                                         28. PLACE DE BROUCKÊRE, 28, BRUXELLES\n                                                           Téléphone 949 — Adressa télégraphique ) Standard-BnusIlM\n  ENCADSIMEKT ANNUEL . . . . 40 Millions\n  SINISTRKS PÂTES           250 Millions\n\n       Combinaisons très intéressantes                   CHAUDRONNERIE DE LA COUfi\n    DI1ECTI0N 6ÉNÊIUE POU* LE CONTINENT DE L'EUROPE          37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n        S, r u e H a l é T y , P A R I S (9*)                            TÉLÉPHONE 1 5 9 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n   19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S                  Batteries de cuisine. — Articles de ménage\n           On demande des Agents\n                                                                      ÉTAMA6E\n\n\nHrcfiives Nobiliaires ne Belgique\n      52, rue Stévin, BRUXELLES\n                  Recherches de généalogies et d'ar-\n                   moiries en Belgique et à l'Etran-\n                   ger. — Attestations officielles de\n                   noblesse, de filiations et d'armoi-\n                                                         maison BB10S& 6                                              le\n\n\n\n\n                   ries.— Copiesofficiellesde lettres         18, IWatehé-au-Bois, 18\n                   de patentes de noblesse. —\n                   Inscriptions à la liste des nobles.\n                   — Insertions de généalogies dans\n                   des publications belges et étran-\n                   gères. — Rectifications d'actes\n                   <ie l'état civil et adjonctions des\n                   noms. — Correspondants en pro-\n                                                                       BRUXELLES\n                   vince et à l'étranger —Armoiries\n                   et documents généalogiques sur\n                   plus de 100,000 familles nobles\n                   et patriciennes.\n   RENSEIGNEMENTS\n\n                                                         Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                       BlESWAL\nCHOCOLAT                       BlESWAL\nCHOCOLAT                        BlESWAL\nCHOCOLAT                        BlESWAL                        LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1780, "texte": " APPAREILS                 PHOTOGRAPHIQUES\n                                       OBJECTIFS, J U M E L L E S\n                                                  JUMELLES A PRISMES\n                                               P A P I E R S , PLAQUES\n                                       PELLICULES     PHOTOQRAPHIQUES\n                                       SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                 MICROSCOPES\n\n                                          Grand choix de photographie»\n                                            artistiques et décorative*\n\n\n                                       ALBERT               HOFMANN,                              BRUXELLES\n                                             Salle d'exposition : rue de la Régence, 5 7\n\n\n\n\n     POUR VOS CIGARES flHS                                                         Les Roues Caouicîiouiées\n               • dressez-vous à la                                                     TAIxBOT\n                                                                                  SODl inusables tt   inarrachables\nMAISON AMÉRICAINE                                           ^       ,   |   a              EXIGER LA MARQUE\n\n\n              DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                          Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n   15 — Avenue Louise— 15\n                                                                 Maison SNYERS-RANG & C*\n             BRUXELLES                                   Fondée en 1815                    —      Téléphone 1 3 8 9\n\nP.-S. - Arrivages réguliers de cigares de la Havane             27,         rue    d'Or,     BRUXELLES\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve, 75. Uruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 84, "texte": "Février igo5.                         ia\"* Année.                            N° 2.\n                                         lil\n                                                              »\n\n\n\n\n           REVUE CATHOLIQUE\n              <OE LITTERATUR\n\n\n\n B9E\n                                         à• ••• •\n                                                                  ••,\n\n\n\n\n                •   •    • • • • • •       •\n                        .V   ••    • ••:   •\n                            • • • • • • • • •\n                                                    •   • •\n\n\n                                                                        •   • •\n\n\n\n\n     BRUXELLES, rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                              Domaine le la société* \" u WESTElDfliSE \"\n\n                                    LE PLB&E DE ÏÏESÏÏNOE\n                               est située aux bords de la mer du Nord,\n                         entre Ostende et Nieuport; elle est de sable fia.\n                         Cette nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à\n                         attirer l'attention des familles désireuses de jouir\n                         d'une villégiature agréable, hygiénique, unissant\n                         le confort a la simplicité dans des conditions très\n                         avantageuses. Une ohapelle est érigée à la plage où\n                         le sorvioe religieux se fait régulièrement pendant la\n                         saison. Les bains sont gratuite; le servies de sauve-\n                         tage est organisé et placé sous la surveillance com-\n                         munale. Routes carrossables et cyclables, accessibles\n                         aux automobiles. Installations de jeux de Lawa\n                         tennis, de golf-croquet, gymnase. Promenades à Anes.\n Villas et Terrains      Tentes sur la plage. Communications faciles. Télé-      Villas et Cottages\n                         phone. Tramways à vapeur et tramway électrique\n      A VKNDRK           d'Ostende à Westende. Eclairage électrique de la\n                          digue, des avenues, des villas et des cottages.\n    par annuités\n\n                                 HALLES WE3TEN0AI3E8\n                  Ce vaste magasin d'approvisionnements desserties\n                villas et cottages Toutes les marchandise* : épiceries,\n                conserves, eharouterles, vins, bières, liqueurs, meu-\n                bles, objets de toilette et de luxe, etc., s'y vendent\n                dans des conditions très avantageuses et sont tou-\n                jours de premier choix.\n                                                      Lie Westend* H6tol est ouvert du 35 mai\n                                                      au a8 septembre          Pension de 6 & 1S fr\n                                                     par jour. Aux commencements et'fins de\n                                                     saison arrangements spéciaux très avan-\nWESTEND' HOTEL                                       tageux pour les familles faisant un séjour\n                                                      prolongé à l'hôtel. <fi chambres parfaite-\n                                                      ment aménagées. Vie de famille. Eclai-\n    DIGUE DE MER                                         rage électrique. Chambres spacieuses.\n          MmMM»IMMMff»                                     Ameublement moderne esthétique et\nTéléphone u» 10                                                   confortable. Balcons et Ter-\n                                                                   rasses. Balle de musique.\n                                                                     Salle de billard. Salle de\n                                                                        récréations p» enfante.\nSNODELKERfce\n                                                                              Salons de lecture, de\n                                                                                    correspondait-\n                                                                         • „ , $ I ce. Cuisine sol-\n                                                                        iWfckfl gné*- Caves re-\n                                                                                    commandées.\n                                                                                    Appartements\n                                                                                    avec saloa.\n\n    Serrice d'omnibus de l'Hdtel au Vicinal. — Services postal et télégraphique réguliers\n   Communications téléphoniques aveo toute la Belgique et les réseaux étrangers voisins\n                                    A. B R U X E L L E S , 5 3 » , r u e C a p o n i l l e t ;\n     renseignements, s'adresaei { A W E S T E N D E , a l ' A d m i n i s t r a t i o n d e 1*\n                                         P l a g e ou au Westend'HôteL\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                       DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n                            1905 — 12* Année\n\n\n\n               Sommaire du n° 2 (Février)\nPAUL LAMBOTTE. — Julien      Dillens, statuaire                      65\nHÉLÈNE CANIVET. — Tombée de nuit        sur Florence                 73\nJOSEPH RYELANDT. — Le rêve de Gerontius d'Edward Elgar          .    76\nMARIE DAUGUET. — Noël                                                84\nFRANZ ANSEL. - Gabriel Nigond                                        86\nGABRIEL NIGOND. — Convalescence                                      g5\nGEORGES DE GOLESCO. — Chronique musicale :\n                           Les œuvres d'Albeniz au théâtre de la\n                              Monnaie et au concert Merck. —\n                              Second concert Ysaye. — Soirée\n                              Bauer-Casals. — Second concert\n                             Delune. — Le théâtre de Verdure.\n                              — Concerts Merck, Myczs- Gmeiner,\n                              du Chastain, Max Donner et Barat.      97\nG. B. — La Gioconda de Gabrielle d'Annunzio                         104\nP. L. — Les expositions :\n             Le Cercle « Pour l'Art »;\n             Au Cercle Artistique : Salonnets de Coenraets, de\n               \"Baugnies, Delsaux, Reckelbus, Allard, Cambier\n               et Heintz;\n             A la Galerie Boute                                     106\nLivres et Revues                                                    110\nNotules                                                             120\nIllustrations : Buste de Julien Dillens par JULES LAGAE.\n                La Justice         / T          ~\n                                  }   JULIEN   DILLENS.\n               Tête de MiDerve\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "      REVUE\n                      DURENDAL\n                  CATHOLIQUE               D'ART ET DE                 LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T : 1 0 francs par an; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n        (pour {abonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 32, à Bruxelles)\n                                PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                Comité de rédaction de D u REND AL :\n                         MM.      HENRY CARTON DE W I A R T .\n                                   L'abbé HENRY MŒLLER.\n                                  FIRMIN VANDEN BOSCH.\n\n                   Secrétaire de la Rédaction ; GEORGES VIRRÈS\n                             Correspondant de la rédaction à Paris :\n                 M. HENRI MAZEL, avenue Niel, 32, Paris.\n\n              PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n      FRANZ A N S B L .                                   ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAERT.                                    JOSÉ HENNEBICQ,\n      EDGAR BONEHILL.                                     L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                     J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                    JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                       EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                    VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                GODEFROID KURTH\n      MARIE CLOSSET.                                      L . DE LA LAURENCIE.\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                             L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                             GEORGES L E CARDONNEL.\n      Le comte G. D'ARSCHOT.                              S É B . - C H . LECONTE.\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                           GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                 CHARLES MARTENS.\n      GEORGES DELAUNOY.                                   P A U L MUSSCHE.\n      La comtesse E D . DE LIEDBKERKB.                    EDOUARD N E D .\n      L e baron G. DELLA FAILLE.                          MAURICE OLIVAINT.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                    E R N E S T PÉRIER.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                GEORGES RAMAEKERS.\n      JULES DESTRÉE.                                      GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL                                  BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.                                     JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                   FERNAND SÉVKRIN.\n      J. ESQUIROL.                                        HENRY V A E S .\n      EMILE FERMAUD.                                      ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT FIERENS.                                    CHARLES VAN LERBERGHB.\n      H . FIÉRENS-GEVAERT.                                EMILE VERHAEREN.\n      IWAN GlLKIN.                                        L'abbé F R . VERHELST.\n                                                          LÉopoLDWALLNER.etc, etc.\n\n               Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\nIl sera rendu compte dans DURENDAL     de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adresser au\nsiège de la Revue, 2 2 , rue du Orand-Cerf; pour la publicité, 2 6 , rue Faider, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": ""}, {"page_pdf": 89, "texte": "           (Cliché de la Maison Buschman. d'Anvers)\n\n\n  JULIEN DILLENS\n(BUSTE DE JULES LAGAE)\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "             Julien Dillens, statuaire\n             LA disparition de Julien Dillens ouvre une brèche\n                  énorme dans le groupe compact de nos sta-\n                  tuaires belges.\n                      T e l un grand chêne déraciné laisse un vide\n                  béant parmi les autres chênes de la même\n                  futaie, vide qui semble plus ample que l'espace\n                  jadis occupé par le tronc, les branches, la\n                  ramure, la frondaison du géant disparu et\ndont on mesure seulement alors, avec stupeur, la (stature\ninsoupçonnée.\n   Plus tardivement que notre école de peinture belge, notre\nécole de sculpture a fleuri, multiple épanouissement de person-\nnalités s'afhrmant presque simultanément. Mignon, P a u l\nDe Vigne ont succombé précocement, mais Dillens, Constantin\nMeunier, T h o m a s Vinçotte, L a m b e a u x , Van der Stappen,\nJacques de L a l a i n g et, plus jeunes un peu, Jules L a g a e , Victor\nRousseau, E g i d e Rombeaux, pour ne citer que les plus émi-\nnents, forment une élite d'artistes ayant atteint la pleine maî-\ntrise, révélé des t e m p é r a m e n t s caractéristiques, des personna-\nlités nettement originales.\n   Julien Dillens, entre tant de talents, s'est particularisé par\nun instinct du rythme, de l'allure décorative, de l'adaptation\nde l'œuvre statuaire à sa destination monumentale, le sens de la\ncollaboration du sculpteur avec l'architecte.\n   D'autres ont pu faire preuve de plus de pathétique dans\nl'émotion, ou d'une élégance plus châtiée, ou d'une intellectua-\nlité plus pensive, ou d'un sens plus aigu de l'expression signifi-\ncative. Aucun n'a trouvé avec un tel bonheur, et comme sans y\npenser, l'harmonie de la forme, l'équilibre des masses, le pitto-\nresque de la silhouette, ni ressenti en toutes choses la propor-\ntion, la mesure.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "66                           DURENDAL\n\n\n\n   Certes, l'art de Dillens est un art orné, un art coloré — et par\nces dons il se rattache incontestablement à l'art des grands\nAnversois du XVIIe siècle, dont un peu de sang, de génération en\ngénération, sans doute lui fut transmis. — Mais cette faculté\nd'animer les lignes, de mouvementer les plans, d'agencer les\ndraperies, de disposer des ornements, n'est pas exclusive d'une\nsimplicité générale, de l'entente d'une allure suivie dans l'inté-\ngralité de la conception d'un groupe ou d'une figure, simplicité\nqui n'est point la sobriété d'une imagination pauvre, mais u n e\nabondance pondérée toujours appropriée à la destination défi-\nnitive des œuvres.\n                                •s * *\n\n   L a carrière de Julien Dillens — féconde cependant — ne fut\npoint harmonieuse. L ' h o m m e ne fut pas heureux. L'artiste fut\nparalysé longtemps dans l'expansion de son génie.\n   Ses débuts furent pénibles, ses succès discutés et tardifs. L e\nstatuaire, trop longtemps asservi aux dures nécessités du pain\nquotidien, dut accepter des travaux collectifs et sans gloire. Sa\nmort, à 55 ans, si prématurée, n'est pas le logique couronne-\nment d'une existence achevée, mais l'ironique victoire d'un\ndestin cruel brisant en pleine maturité une force créatrice, une\nforce encore grandissante et s'épandant en ouvrages définitifs.\n   Oh ! la lutte pour la vie de chaque jour, pour le gîte et le\nvêtement! L u t t e arrière, desséchante, épuisante, depuis qu'il fut\nen état de travailler, Julien Dillens la connut. Son enfance en\nfut assombrie. Adolescent, nous le trouvons besognant en sous-\nordre, avec Rodin, à l'exécution des bas-reliefs de la nouvelle\nBourse commandés au statuaire français Carrier-Belleuse.\n   Ensuite, d'atelier en atelier, il « trime », modelant un mas-\ncaron ici, une cariatide ailleurs, un détail d'ornementation plus\nloin, gagnant péniblement de quoi subsister.\n   E t , déjà artiste au grand cœur, insouciant, bohême, il a\nassumé des charges de famille.\n   U n hasard lui permit, enfin, de faire œuvre de statuaire, de\nréaliser une conception personnelle.\n   L a Compagnie des Bronzes, à Bruxelles, avait institué un\nconcours. Dillens y participa. Sa statuette, intitulée De Tijd,\nlui valut le prix — ou plutôt la prime en espèces offerte au\nconcurrent classé premier.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                   JULIEN DILLENS, STATUAIRE                         67\n\n    Ce viatique lui fournit les moyens de travailler à une statue\nqui fut exposée au Salon de Bruxelles. C'était l'Enigme, étude\nde femme accroupie, que Dillens modela et voulut réaliste,\nhumaine, expressive, inspirée u n i m e n t par la nature inépui-\nsable en ses beautés et non tirée d'un fond de formules gréco-\nromaines. Œ u v r e individuelle par l'observation et non point\nsynthétique, par une justaposition de ressouvenirs. Dillens\npressentait que le moment était venu de vaincre la convention\nacadémique encore en honneur, la monotonie impersonnelle\ndes types et des attitudes imités de « l'Antique », tous les canons\nclassiques et surannés.\n    Sa jeune audace fut une surprise. Des polémiques s'enga-\ngèrent. Sans l'avoir cherché, Dillens devint en quelque sorte le\nchef d'un petit groupe d'artistes novateurs qui s'organisa en 1876\nsous le nom de « Cercle d'élèves et d'anciens élèves de l'Aca-\ndémie de Bruxelles». C'était le germe de « L ' E s s o r » constitué\nplus tard, dont les expositions ne furent point indifférentes au\ndéveloppement de l'Ecole belge.\n    L a devise du Cercle soulignait l'altruisme de Dillens : H e l p\nu zelf — un pour tous et tous pour un — et cette devise inspira\nréellement l'attitude des affiliés.\n    J'ai sous les yeux un commencement d'autobiographie rédigé\njadis par Dillens à la d e m a n d e d'un ami. P a r l a n t du « Cercle\ndes élèves de l'Académie », il écrit :\n    « Nous exposions entre nous ce que nous ne pouvions\nexposer ailleurs. Nous avions des soirées littéraires et scienti-\nfiques et nos réunions étaient très souvent pimentées de farces\ntapageuses, de ces « grosses zwanzes » locales auxquelles les\njeunes rapins prêtaient une imagination folle.\n    Cependant, les années s'écoulaient. Julien Dillens avait\n27 ans. Il s'impatientait d'enfanter une œuvre décisive, une\nœuvre qui le classât hors pair. L a nécessité des travaux « à la\njournée », du salaire d'ouvrier à gagner, lui prenait tout son\ntemps et le désespérait.\n     Enfin, le concours pour le Prix de Rome lui offrit la planche\n de salut. L e sujet imposé était un « Gaulois prisonnier ». Il en\n fit une figure d'énergie sombre, un vaincu révolté sous les liens,\n aussi un morceau de modelé observé et réel. L e jury lui décerna\n le premier prix.\n     L'artiste connut alors des heures belles, des heures eni-\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "68                           DURENDAL\n\n\n vrantes, des heures de bonheur sans mélange, heures trop\n courtes et qui demeurèrent uniques dans son existence.\n    « Jour heureux, bonheur inespéré, dix ou quinze ans de rêve\n » réalisé, d'ambition assouvie, peut-être de gloire! Je triomphe\n » enfin!... j'obtiens le prix! Quatre années de vie assurée, de\n » voyages, d'inattendu, de cieux nouveaux. Je vais voir, tou-\n    cher, étudier les grands maîtres de l'art! Je vais pouvoir me\n» mesurer avec eux... Je vais, moi aussi, produire... »\n    E t il poursuit, clans sa juvénile exaltation :\n    « Quelle belle institution que le Prix de Rome et combien\n» ils ont tort ceux qui le combattent. Il éveille des sentiments,\n» des audaces bien faits pour faciliter l'éclosion du génie chez\n» celui qui en porte le germe et possède le pouvoir, l'énergie de\n» le développer, de l'entretenir et de le féconder! »\n   H é l a s ! le pauvre artiste devait retomber bien vite et combien\ndésespérément du haut de son rêve!\n   Sa première grande œuvre, La Justice entre la Clémence et le\nDroit, exécutée à Florence, fut très froidement accueillie en\nBelgique, refusée à l'Exposition de 1880 à Bruxelles, très mal\nplacée et vraiment annihilée au Salon triennal de 1881, où elle\ndisparaissait au pied d'un escalier obscur.\n   Cette même œuvre, sans retouches, devait, par la suite,\nobtenir à l'étranger les plus hautes récompenses.\n   Dillens était à Sorrente lorsqu'il apprit l'échec du groupe\ndevant le j u r y de Bruxelles. Atterré, doutant de l'avenir et de\nlui-même, désespéré, il manqua se suicider. L'instinct obscur\nde la conservation seul le ramena épuisé sur la rive du golfe où\nil s'était laissé glisser et flottait en épave.\n   L a nature lui redonna l'énergie et le goût de vivre. Mais cet\néchec injuste avait néanmoins et définitivement brisé en lui un\nressort d'enthousiasme, atténué sa vaillance, détruit en leur\ngerme des œuvres importantes dont la conception obsédait le\nstatuaire et qu'il ne réalisa jamais.\n   Des groupes symbolisant le Châtiment et le Pardon devaient\ncompléter la Justice. U n ensemble de bas-reliefs et de statues\naurait composé une décoration éloquente pour une salle de\nPalais de justice.\n   Rien de tout cela ne vit le jour.\n   E t tandis que la Justice remportait par la suite, devant\ndes jurys internationaux formés de l'élite des artistes du monde,\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": ""}, {"page_pdf": 95, "texte": " LA J U S T I C E\n(JULIEN   DILLENS)\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                        JULIEN DILLENS, STATUAIRE                                     69\n\ntrois médailles d'honneur successives (1), Dillens ne parvenait\npas à obtenir le moyen d'exprimer cette œuvre en marbre ou en\nbronze. L e modèle de plâtre demeurait vainement soumis au\njugement des pouvoirs publics et de la foule, aucune commande\nne s'en suivait; le gouvernement, malgré l'émotion des artistes\net de la critique, demeurait aveugle et sourd.\n   Encore en igo3, le pénétrant et délicat Arnold Goffin consa-\ncrait une page éloquente à cette œuvre m é c o n n u e . On ne saurait\nmieux dire :\n   « Julien Dillens a personnifié la Justice en un vieillard\n» auguste, investi de toute la majesté d'un aréopagite, les orbites\n» creusées, les traits fatigués de méditations et de scrupules, et\n» dont le visage, pour s'être longuement penché sur les douleurs\n» et les misères humaines, a contracté une expression d'anxiété\n» mélangée de douceur profonde et de grave commisération.\n   » Il est assis, dans l'attitude de la délibération, entre le Droit\n» qui lui dicte le verdict inévitable et la Clémence qui n'im-\n» plore que de son silence. L e Droit, c'est une femme, — non,\n» une déité pure et froide qui élève, en démonstration, la\n » balance aux plateaux inégaux : elle appuie son argumentation\n » irréprochable d'un admirable geste de la main qui paraît\n » enfermer dans l'angle étroit compris entre ses doigts écartés\n » les termes obligatoires de la sentence. E n face, se dresse la\n» Clémence, frémissante, oppressée, dont la supplication\n» muette invoque l'innocence de l'enfant qu'elle serre dans ses\n» bras.\n   » Cependant le vieillard n'écoute plus, n'entend plus ni\n» conseil, ni regrets : — il s'est retiré dans le for de sa pensée,\n» au sein d'une réflexion pleine de contradiction et d'angoisse;\n 1 il pèse, il compare; il évoque en même temps la loi qui con-\n» damne, la société qui défend et qui se défend, et le Verbe\n» d'amour, de charité, de pardon, très doux et très impérieux...\n» Ne jugez pas!... — La teneur autoritaire des textes prévau-\n» dra-t-elle, ou la plainte de la créature, criminelle, certes,\n» mais victime aussi, sans doute, et qui crie d'avance sous la\n» menace du glaive? — Il faut conclure; le juge hésite encore,\n» mais toute sa posture, le geste a b a n d o n n é de la main qui\n\n\n (1) Amsterdam, exposition universelle, 1883 ; Anvers, id., 1884; Paris, id., 1889.\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                           DURENDAL\n7°\n\n» tient le sceptre révèlent la solution magnanime du débat qui\n» s'agite en son âme. . >•\n   ... « Telle apparaît cette œuvre superbe d'éloquence sobre\n» et expressive, excellente parmi les meilleures qu'ait produites\n» notre école de sculpture... »\n   ... « On peut se demander comment il se fait que l'ouvrage\n» d'un de nos maîtres les plus réputés, qui, dans le fond comme\n» dans la forme, par son sujet comme par sa perfection et sa\n» belle ordonnance décorative, s'adapte si complètement au\n» cadre où il est placé, figure encore au Palais de justice en une\n» reproduction, d'ailleurs détériorée, de plâtre? Vraiment, on\n» concevrait difficilement quels motifs plausibles pourraient\n» faire différer indéfiniment l'exécution, en marbre ou en\n» bronze, d'une œuvre qui, de toutes façons, s'impose. »\n   Cette lance, vaillamment rompue, ne fit pas triompher cette\ncause j u s t e ! E t maintenant que le maître a succombé, empor-\ntant la rancœur d'un déni de justice qui empoisonna dans sa\nsource sa fécondité d'artiste, une réhabilitation posthume de\nl'œuvre jadis méconnue ne va-t-elle pas enfin être ordonnée ?\nN'accordera-t-on pas à la mémoire de Dillens une consécration\ntoujours refusée à l'homme tant qu'il fut sur la brèche et que\nles Pouvoirs publics n'ont pas le plus petit prétexte de différer\nencore... ? Ou bien cette œuvre, fixée seulement dans la fragilité\néphémère du plâtre, est-elle condamnée à disparaître, à se\nperdre à jamais, à appauvrir d'autant le patrimoine artistique\nde l'humanité? Ceux qui seraient la cause de ce malheur en\nporteraient une responsabilité exécrable...\n                                *\n\n   T a n d i s que Dillens achevait à Florence ce groupe mal-\nchanceux, il modelait encore quelques bustes, une grande allé-\ngorie de la Belgique — dont le modèle s'est perdu depuis, —\nil visitait Rome, Naples, séjournait à Sorrente, explorait\nPompéi, entassant des monceaux de documents, des projets,\ndes ébauches et, surtout, des aquarelles et des croquis...\n   Cette existence d'insouciance idéale—•« telle qu'on l'attribue\naux Dieux» — allait cesser avec les arrérages du Prix de Rome.\nDillens quitta l'Italie délicieuse pour rentrer à Bruxelles.\nImmédiatement il retomba dans une sombre période de labeur\nstérile et de rude épreuve.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                  JULIEN DILLENS,    STATUAIRE                  7i\n\n\n   L e directeur des Beaux-Arts d'alors, M. R..., crut devoir\nachever la dépression produite, comme u n coup de massue, par\nl'inexplicable verdict du j u r y de 1880, en décourageant complè-\ntement Dillens de rêver encore à quelque grande œuvre de\nstatuaire monumentale.\n    « Faites de petites choses, pas encombrantes, soyez pratique,\n» ne visez pas à ce grand art dont on ne sait que faire », insi-\nnuait ce fonctionnaire incompréhensif, attaché à morceler son\nbudget en petits encouragements, en petites commandes, en\npetites faveurs...\n    L e pauvre grand Dillens reprit sa vie de galérien, acceptant\ndes besognes disparates sous l'inspiration de statuaires quel-\nconques, décorant de cariatides anonymes des façades bour-\ngeoises, créant des modèles pour des ornemanistes, tâcheron\nmercenaire d'un art impersonnel et sans joie !\n    Enfin vinrent quelques commandes. « Je les cherchais natu-\n rellement », avoue le pauvre sculpteur.\n    Ce fut un fronton pour l'Hospice des Deux-Alice, à Uccle,\n — théorie de personnages en costumes actuels — puis, grâce à\n la perspicacité esthétique, à l'intelligence généreuse de M. Buis,\n bourgmestre de Bruxelles, qui voulut tirer ce lauréat du Prix\n de Rome, cet auteur de La Justice de la médiocrité où il\n s'enlisait, Dillens fut chargé d'exécuter les huit lansquenets de\n métal doré qui surmontent — tels des aigrettes — les lucarnes\nde la Maison du Roi restaurée. D'autres travaux suivirent. Ce\nn'est pas encore la vie indépendante, la liberté offerte au\ncréateur d'exprimer sa pensée originale, mais c'est déjà l'élar-\ngissement de l'horizon, un peu de répit, peut-être un peu de rêve.\n    C'est alors que furent exécutés, en partage avec quelques\nélèves de l'Académie, des statuettes de style gothique pour les\nniches de l'Hôtel de ville de Bruxelles, le Van Orley en marbre\ndu square du Petit-Sablon — d'après un dessin de Mellery, —\nplus tard L'Art Flamand et L'Art Allemand du Palais des Beaux-\nArts, encore d'après Mellery, — vingt bas-reliefs au Palais de\nLaeken, terminés par contrat en deux mois! — H é l a s ! . . .\n   Entre-temps, des œuvres personnelles, nettement originales,\nont affirmé la réputation de Dillens, six ou sept médailles d'hon-\nneur, des succès à Paris, à Berlin, à Munich ont consacré sa\nmaîtrise. L e gouvernement belge croit opportun de lui confier\nune commande. E t c'est une figure : Le Laurier, faisant partie\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "72                           DURENDAL\n\n\n\ndu triste ensemble décoratif du J a r d i n Botanique, à exécuter\nd'après la maquette de Van der Stappen et de Meunier!\n   L e malheureux artiste ressentit cruellement cette méfiance,\nsubit avec peine ces entraves, ce programme étroit, cette défense\nd'être lui-même, enfin... Il n'en exécuta pas moins une statue\nde galbe soigné, de geste élégant, de travail sinon très fouillé,\ndu moins très probe.\n   Cependant, des œuvres qui révélaient complètement les aspi-\nrations, la compréhension, le style de Dillens avaient paru : les\nquatre superbes figures décoratives qui surmontent la maison\ndu Renard — G r a n d ' P l a c e — entourant une statue centrale que\nl'on eut le tort de demander à un autre artiste ; un groupe d'ani-\nmaux qui ne fut pas réalisé définitivement et dont le statuaire\nJules Lagae a sauvé et conserve pieusement un fragile et unique\nexemplaire de plâtre ; deux nobles figures religieuses pour une\nchapelle privée à E p e r n a y , — le saint Louis et le saint Sébas-\ntien — réalisées en marbre et dont les modèles sont conservés au\nMusée d'Ixelles; la statue de Metdepenningen,à Gand, une des\nplus réussies des statues modernes des places publiques euro-\npéennes. C'est sous la toge de l'avocat, ouverte et flottante, la\nredingote à grandes lignes du bourgeois contemporain, le ter-\nrible pantalon en tuyau de poêle, et néanmoins l'ordonnance\ndes lignes est excellente, la silhouette garde, sous tous les angles\nde vision, de la grandeur, une simplicité noble, que souligne\nle masque expressif, ciselé par la vie et l'habitude de la parole,\ncouronné comme de lauriers d'une chevelure mouvementée...\nL a réussite de ce bronze, horriblement ingrat, acheva de classer\nDillens au premier plan.\n   Il produisit alors les figures allégoriques du monument\nAnspach, trois génies funèbres qui sont parmi ses chefs-d'œuvre,\ndes statues diverses, des figurines d'ivoire, des plaquettes, des\nmédailles, des bustes, des statues architecturales, des bas-reliefs,\nenfin les admirables morceaux que l'on vient de placer à la façade\ndu nouvel Hôtel communal de Saint-Gilles et qui sont comme\nle résumé et la quintescence de cet art volontaire, sain et dru.\n   Cette série d'ouvrages constitue proprement le bagage artis-\ntique de Julien Dillens. C'est en l'étudiant avec ferveur que l'on\npeut pénétrer et définir les côtés caractéristiques de son talent.\n\n     (A suivre.)                               P A U L LAMBOTTE.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                   (Photo d'Alexandre, ik* Hruxclksï\n\n\n   MINERVA\n\n(JULIEN DILLENS)\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": ""}, {"page_pdf": 102, "texte": "         Tombée de nuit sur Florence\n                   LEciel est pur et transparent comme un lac d'or\n                      clair, d'où le soleil s'irradie en longs rayons,\n                      qui vont, en se pulvérisant, couvrir Florence\n                      d'un poudroiement d'or et de clarté.\n                         Vu des hauteurs d'Arcetri, le spectacle revêt\n                      la magie et la poétique splendeur d'une vision\n                      de rêve.\n                         Florence s'étend, c h a u d e m e n t b l a n c h e , se-\nreine, lumineuse, avec, la d o m i n a n t de leur masse fière et\ncolorée, le D u o m o et le C a m p a n i l e de m a r b r e .\n   Quelle quiétude, quel a m p l e bonheur, et que loin nous\nsommes de toi, Florence, avec nos violentes villes flamandes, nos\nvilles de peine et de labeur, avec nos cathédrales de beauté\nfarouche et presque cruelle, toutes noires et comme ciselées et\nfouillées de crainte.\n   L ' A r n o , qui débouche en coude au pied de la colline, et vient\nfuir sous les arches des ponts, luit comme s'il prenait sa source\nau lac éblouissant du ciel.\n   E t tout à l'entour de la ville, ceinture superbe, se dressent\nles petites montagnes de Fiesole, de San Miniato et d'Arcetri,\nque renforcent, de leurs dos accroupis, les contreforts des\nApennins.\n   Fiesole, avec ses grandes villas blanches, face au soleil,\ntoutes perdues en de royales frondaisons d'arbres, est d'une\nopulence noble et seigneuriale.\n   D'autres monts s'étagent, venant en pentes douces offrir à\nFlorence les oliviers veloutés de blanc, et les vignes tordues et\nfolles, t a n d i s que les cyprès, hauts et touffus, sombres ainsi\nqu'une fourrure arborescente, élèvent partout leurs silhouettes\nsomptueuses, régulières et parfaites, donnant au paysage\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "74                          DURENDAL\n\n\nl'allure ardente et mystiquement chevaleresque d'un c o n t e\nde fée.\n   Une paix profonde règne, faite de l'accord exquis de tous les\nbruits de la vie ambiante.\n   Mais voici que le soleil est descendu jusqu'à la cime des\nmonts. Son disque, tantôt imprécis et fondu dans l'or fluide, se\ndessine n e t ; il est pareil à un fruit mûr dont la sève s'échappe\nen longues coulées, il est d'un rouge pourpré translucide et\ntragique, comme si cette sève était du sang.\n   Peu à peu la poussière dorée qui couvrait tout de ses scintil-\nlements diffus, se fond et s'éteint sous l'envahissante marée\nrouge, comme la mer éteint et noie le sable brûlant de la plage.\n   Des monts, invisibles avant, apparaissent profilant leurs\ncroupes puissantes et colossales, ou l'arête hérissée de leur\ndos.\n   E t plus le soleil s'empourpre, plus les monts s'envahissent\nd'ombre, une ombre bleue, légère, presque un brouillard d'un\nimpalpable et suave azur.\n   Les cyprès semblent de sombres dieux présidant aux rites\ndu crépuscule, ils sont droits et massifs comme des tours.\n   T o u t s'obscurcit et tout se dessine, Florence émerge de ses\nvoiles, rougissante en sa marmoréenne beauté.\n   L a cathédrale d'abord s'érige claire, évoquant un temple de\nl'amour, nuancée comme un joyau. E t son campanile, l'admi-\nrable Campanile du Giotto, édifie sa force et sa grâce sans\négale, s'élevant avec l'aisance d'une beauté complète où trans-\nparaît une âme.\n   P l u s loin Santa-Croce, avec son abside divisée et sa tourelle\najourée où vibre une cloche. L a tour du Bargello, crénelée et\nplus sombre. Le Palais-Vieux, d'une beauté froide mais forte\net harmonieuse, surmonté presque à l'un de ses angles de son\ncampanile qui s'épanouit à mi-hauteur, et telle une fleur\nprolifère, donne naissance à une seconde tourelle crénelée où\ns'ébranle un carillon.\n   L e long des rives de l'Arno s'alignent les palais à terrasses et\nà colonnades, où viennent échouer les reflets rouges du soleil.\n   L e fleuve lui-même charrie, parmi l'or de ses ondes, de larges\nmoirures de pourpre.\n   Les ponts posent leurs arches puissantes de l'une à l'autre\nrives, et le plus vieux d'entre eux, dont les piles sont pareilles à\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "               TOMBÉE DE NUIT SUR FLORENCE                      75\n\ndes avants de navire, semble, sous ses minuscules maisons,\nune jetée couverte de balanes.\n   Vers le nord-ouest s'élève la jolie tourelle rougeoyante de\nSanta Maria Novella; d'autres, plus petites, dépassent encore\nles toitures plates.\n   Et, ici-là, de grands espaces plantés d'arbres d'un vert savou-\nreux : les jardins en terrasse du Palais Boboli et le beau parc\ndes Cascine, qui s'étend vers la plaine débordante de richesse,\nde la superbement fertile Toscane.\n   Le soleil a disparu, bénissant de ses derniers rayons le\nsommet du Campanile et ia montagne de Fiesole.\n   Au-dessus des contreforts des Apennins, dont l'ombre bleue\ndescend vers Florence, se lève un pâle et brillant croissant de\nlune, qui baigne dans l'indéfinissable lueur d'un ciel de fabu-\nleuse pureté.\n   Tout s'estompe de mystère, les grands cyprès semblent\ndégager la nuit. L'ombre bleue atteint Florence et la couvre\nde sa gaze molle.\n   Un calme ineffable plane et semble célébrer par son recueil-\nlement la naissance divine des étoiles, tandis que les lauriers\nodorants et les roses voluptueuses les encensent de leurs nostal-\ngiques parfums.\n   Dans Florence apparaissent, reflet terrestre et fiévreux du\nspectacle du ciel, les lumières.\n   Et tandis que se forment, merveilleusement virginales, les\nconstellations célestes, les girandoles de la ville s'allument et\nsurgissent, comme bondissantes de la nuit qu'elles traversent,\nen s'entourant d'un halo de mousseuse clarté.\n   Fête suprême, capiteuse et pénétrante           d'innombrables\ngrillons sonnent comme de timides grelots d'or, et semblent la\nvoix troublée et tremblante des choses de la terre      , une émo-\ntion immense s'exude, presque poignante, et d'une douceur\n sublime !\n                                             H É L È N E CANIVET.\n  Arcetri-Florence, 1904.\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "              Le Rêve de Gerontius\n                  *\n                             d'Edward Elgar\n\n                 EDWARDElgar n'est pas encore connu chez nous.   Il\n                  y a deux ou trois ans, Ysaye a fait entendre de\n                  lui des variations symphoniques ; mais le public,\n                  peu averti, — à moins que trop averti clans ses\n                  préventions contre la musique anglaise — ne\n                  retint pas le nom de celui qui triomphe actuel-\n                   lement dans tous les festivals d'outre-Rhin et\n                   d'outre-Manche. L'exécution du Rêve de Geron-\ntius, annoncée par M. Sylvain Dupuis, équivaut donc à une\nprésentation officielle au public belge. Notre but est de donner\nici une petite introduction à cette audition sensationnelle.\n   Nous ne connaissons la biographie du maître anglais que par\nun article du Guide Musical (30 mars 1902). Il est né, en 1857, à\nBroadheath. Il l'a échappé belle, car, au lieu de devenir une des\ngloires artistiques de sa patrie, il faillit être avocat!...\n   L'œuvre présente a été composée pour un festival à Birmin-\ngham en 1900. Nous l'analyserons prise isolément, car il nous\nm a n q u e une connaissance suffisante des autres compositions de\nce maître et de l'école anglaise en général pour pouvoir juger\nde la place exacte — sans doute considérable — que cet admi-\nrable oratorio occupe dans l'histoire musicale de son pays.\n   L a personnalité d'Elgar s'affirme surtout dans les passages\nempreints de sentiment religieux. Son éloquence procède de\nprofondes convictions chrétiennes, cela ne peut faire de doute.\nCe caractère le rapproche de T i n e l et de Frank, et l'on peut\ndire de lui, comme de ces maîtres belges, qu'il se sent d'autant\n\n\n  (1) Cette œuvre sera exécutée au prochain Concert Populaire sous la direction de\nSylvain Dupuis.\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                       LE REVE DE GERONTIUS                             77\n\nplus à l'aise qu'il plane plus haut. D'autres sont impuissants à\ns'élever, ceux-ci à descendre... voilà la différence!\n   L e « librettiste » (!) d'Elgar n'est autre que le célèbre\ncardinal N e w m a n , l'un des grands hommes de l'Église et l'une\ndes plus hautes intelligences du XIXe siècle. N e w m a n , dont la\nconversion m a r q u e le point de départ du grand mouvement de\nrenaissance catholique en Angleterre, fut, à ses heures de délas-\nsement, poète et grand poète; the dream of Gerontius en fait foi.\nExposons-en brièvement le sujet.\n   I. Gerontius est sur son lit de mort. Il se prépare à paraître\ndevant Dieu, tandis que les assistants font entendre les prières\ndes agonisants. Il s'endort dans le Seigneur et le prêtre avec le\nchœur chante le départ de l'âme chrétienne.\n   I I . Gerontius se réveille dans l'autre monde. Il éprouve un\nsentiment étrange de l'immobilité du temps, de solitude et de\npaix qui produit comme une peine douce. Il se sent poussé par\nune main invisible, celle de son ange gardien, avec lequel il\nentre en conversation. Les démons hurlent, les anges chantent\net Gerontius comparaît devant le juge divin. L'ange le conduit\nensuite au p u r g a t o i r e o ù il doit achever sa purification avant de\njouir de l'éternelle béatitude.\n   Certains critiques ont été scandalisés jadis de ce que cette\nâme, qui paraît pure et sainte, soit ainsi envoyée au purgatoire.\nIls y voient une cruauté de la part de Dieu. Il n'y a pas moyen\nde discuter cette idée avec ceux qui méconnaissent un des plus\nprofonds mystères d'amour de la religion, et qui ne savent pas\nque ce lieu de douleur est en même temps un lieu de paix et de\nconsolation. C'est bien ainsi q u ' E l g a r a compris le sujet, et pour\ns'en convaincre il suffit d'entendre l'admirable chant de l'ange\nqui mène l'âme à l'expiation.\n\n                                   *   *\n\n   Parlons de l'interprétation musicale de ce sujet aussi curieux\nqu'élevé.\n   L a première partie s'ouvre par un long prélude où se dessinent\nde belles mélodies que nous retrouverons dans la partition; là\nelles acquerront toute leur force d'expression, car l'auteur fait\nun emploi très fréquent de thèmes conducteurs. Ce prélude\nmanque d'architecture, d'un lien entre les thèmes qui en fasse\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "78                             DURENDAL\n\n\nce qu'on peut appeler un morceau bien construit. Il ne paraît\nprésenter qu'une juxtaposition de thèmes. Remarquons parti-\nculièrement le tout premier que nous baptiserons du nom de\n« thème mystique » pour pouvoir le désigner q u a n d il reparaîtra\ndans le courant de l'œuvre.\n   Après que les dernières notes du prélude se sont éteintes,\nsurgit une phrase passionnée et Gerontius appelle :\n                  J e s u , Maria — I am near to death,\n                  And T h o u art calling me ;. .\n\n   T o u t ce chant est plein d'expression et d'allure variée d'après\nles divers sentiments qu'éprouve le moribond. L e discours\nrenferme comme des parenthèses d'invocations. L e chœur des\namis assistants s'élève discrètement ; c'est une espèce de litanie\noù sont invoqués la Vierge, les anges, les apôtres, les mar-\ntyrs, etc. L e style musical en est très pur, très religieux et\ntémoigne de la grande habileté d'Elgar dans le maniement\npolyphonique des voix.\n   Chiffre 33. Gerontius élève de nouveau la voix et se prépare\nà comparaître devant Dieu et à bien employer ses derniers\nmoments de vie.\n   Suit un chœur d'imploration assez développé :\n            Be merciful, be gracious; spare h i m , L o r d .\n\n   Malgré d'incontestables beautés, ceci me semble un peu long\net moins intéressant. Peut-être cette impression disparaîtra-\nt-elle à l'audition.\n    Chiffre 40. Gerontius reprend la parole avec une ardeur et\n une force qu'on est un peu étonné de trouver chez un moribond,\n malgré les conventions indispensables. Ce discours assez long,\n sorte de proclamation de foi, contient un refrain latin : Sanctus,\nfortis, etc., dont la répétition semble un peu déclamatoire.\n    Chiffre 50. L'intérêt se rallume : Gerontius sent lasouffrance,\n la peine, l'approche du démon, et un cri pathétique sort de son\n cœur :\n              O JESU, help ! pray for me, Mary, pray!\n              Some Angel, J e s u ! such as came to thee\n              In thine own agony...\n\n   T o u t ce passage est très dramatique. L e chœur s'élève de\n nouveau et se dédouble (8 parties) pour chanter une psalmodie\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                     LE RÊVE DE GERONTIUS                         79\n\nimpressionnante. Mais il y a mieux encore : toute la fin de la\npremière partie est d'une beauté surnaturelle et profondément\némouvante.\n   Gerontius s'endort du sommeil du juste. Alors le prêtre chante\nsolennellement le Proficiscerc anima christiana ; et aux mots :\n« Allez au nom de Dieu, au nom du Christ, » etc., l'accom-\npagnement s'élève comme un encens pur au-dessus d'une pédale\nscandant doucement chaque temps de la mesure. C'est aussi\nsimple qu'original. A la fin de cette période, le chœur reprend\nle thème du Proficiscere et ensuite une mélodie ardente entendue\ndéjà dans le prélude. Puis, selon un procédé cher à Elgar, le\nchœur se dédouble, tandis que le prêtre répète les paroles pro-\nnoncées plus haut. L a fin est toute extatique.\n   Nous le répétons : cela est génial et peut être mis en regard\ndes plus belles pages de Franck.\n\n                                  *\n\n   Vingt-cinq mesures d'un sentiment calme, quelque peu pas-\ntoral, nous introduisent dans la seconde partie. On s'attendait\nà quelque chose de plus en ouvrant les portes de l'autre\nmonde !...\n   Mais voici l'âme de Gerontius qui nous décrit ses impressions\nen des pages traitées très délicatement, en des harmonies très\npoétiques. Au moment où la « pression douce » d'une m a i n\nmystérieuse se fait sentir, la mesure se divise en cinq temps et\nl'accompagnement orchestral est d'une fluidité extraordinaire.\n Mais voici l'ange gardien :\n\n                        My work is done,\n                        My task is o'er...\n\n   Il se félicite d'avoir sauvé cette âme et chante l'alleluia. Ce\nchant si doux, si pénétrant, est teinté de mélancolie... on dirait\nune figure ravissante légèrement voilée. C'est que l'âme n'est\npas encore admise à la contemplation divine. U n dialogue tou-\nchant commence ici entre l'âme et l'ange. « J'ai cru, dit Geron-\ntius, qu'aussitôt après la mort j ' a u r a i s été mis en présence de\nmon juge. » E t cette phrase est soulignée du thème m y s t i q u e\ndu prélude. L'ange répond que cela ne tardera plus.\n   — Pourquoi, reprend l'âme, n'éprouvai-je pas de crainte\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "80                         DURENDAL\n\n\nmaintenant, alors que la pensée seule de la mort et du juge-\nment me remplissait jadis d'effroi ?\n   — C'est, dit l'ange, parce que tu redoutais les luttes de\nl'agonie. Maintenant, elle est passée, le jugement est déjà\ncommencé dans ton âme et tu as le pressentiment de ta récom-\npense.\n   A ces mots, l'âme entonne un chant de joie et sa voix se mêle\nà celle de l'ange. C'est un moment vraiment émouvant, comme\nd'ailleurs tout le dialogue précédent.\n   Soudain, des harmonies sinistres passent à l'orchestre, des\nlueurs étranges brillent, une odeur de soufre nous pénètre!...\nNous sommes arrivés au seuil de la Cour du Jugement, et on\nentend un effroyable concert de démons. Pour juger exactement\nde la valeur de ce chœur diabolique, il faudra l'entendre exé-\ncuter en de bonnes conditions. Je doute que ce soit une des\npages dominantes de la partition. Pourtant, elle vient bien en\nplace pour contraster avec les autres parties de style plus\nreposé. Après ce chœur mouvementé, le calme renaît et le\ndialogue de l'âme et de son gardien reprend plus beau encore.\n   — Je ne vois pas les esprits mauvais, mais verrai-je mon\nMaître bien-aimé?\n   — Oui, un moment, mais ce seul moment te percera l'âme.\n   — Quels propos obscurs, ô Ange, et j'éprouve une sorte de\nterreur...\n    Ici reparaît le t h è m e mystique, tandis que l'ange chante :\n   Il fut un mortel, qui maintenant est là-haut en pleine gloire;\ncelui-là, déjà proche de la mort, entra en communion avec le\ncrucifié; de telle sorte que les plaies du Maître s'imprimèrent\ndans sa chair... » Nous planons bien haut, comme on voit;\naussi, le chœur d'anges qui commence sur la dernière note de\nce récit sublime semble en être le complément indispensable.\nL'impression de cette entrée des voix célestes n'est pas sans\nanalogie avec celle, si saisissante, du chœur séraphique à la\nmort de saint François, de T i n e l .\n    « Praise to the Holiest », ces paroles résonneront désormais\nà travers toute la partition sur des thèmes d'une fraîcheur\nexquise, et jusqu'à la fin nous croirons entendre bruire des ailes\nd'anges. C'est vraiment le parvis du Ciel.\n   Ce chœur est chanté par les voix féminines divisées en six\nparties. Il se développe quelque temps en fines vocalises, tandis\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                      LE RÊVE DE GERONTIUS                      8l\n\n\nque l'ange et l'âme de Gerontius continuent leur invisible\nascension. Bientôt l'ange annonce que l'on est arrivé au lieu du\njugement. Alors les voix masculines se mêlent au chœur qui se\ndédouble en grand chœur et demi-chœur, tous deux à quatre\nparties mixtes. L'entrée douce des voix d'hommes donne\nl'impression q u ' u n e nouvelle région s'ouvre devant nous, qu'on\nest monté d'un cercle.\n   E t l'âme, entendant le bruissement de ces voix et des harmo-\nnies célestes, s'écrie :\n              The sound is like the rushing of the wind.\n              The summer wind-among the lofty pines.\n\n  Peu après elle entend d'autres sons et les compare\n           ... like the deep and solemn sound of many waters.\n\n   Et bientôt commence, fort et puissant, le chœur capital de\nl'œuvre, véritable h y m n e à la grandeur et à l'amour de Dieu.\nForce nous est cependant de reconnaître que toute la partie en\n6|4 semble, à la lecture, d'inspiration plus faible. L'intérêt\nreprend au chiffre 86, et la péroraison pour double chœur, où\nreviennent les vocalises précédentes des anges, est superbe.\n   Nous avons presque perdu de vue notre héros. Q u a n d le\nsilence se rétablit, nous le retrouvons avec son fidèle compagnon.\nL'ange lui annonce qu'ils se trouvent en la « présence voilée »\nde Dieu. E n ce moment solennel, Gerontius entend monter les\nprières de la terre. E t l'orchestre rappelle le chant du départ de\nl'âme. « Devant le trône, dit l'ange, se trouve le grand Ange de\nl'agonie, le même qui s'est approché de Jésus à Gethsémani. »\n   Figure grandiose que celle de l'ange de l'agonie, l'interces-\nseur des âmes. Combien son plaidoyer est austère et émouvant\ndans le poème et quelle admirable page de style parsifalesque\ndans la partition! Il invoque la pitié de Jésus au nom de ses\ndivines douleurs et de ses propres perfections qu'il énumère\npathétiquement :\n           Jesu, spare these souls which are so dear to Thee.\n\n   Les voix de la terre implorent aussi la pitié du Maître, et\nl'ange, en quelques mesures admirables, loue le Seigneur et\nfélicite l'âme élue, consumée et pourtant vivifiée par l'éclat de\nDieu.\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "82                                  DURENDAL\n\n\n\n   L e thème mystique sonne ensuite à l'orchestre, mais il a ici\nun caractère dramatique et tourmenté : c'est sans doute le\nmoment précis du jugement. Il est suivi d'une explosion pas-\nsionnée, un cri de l'âme qui, ayant vu Dieu, sent sa propre\nindignité et veut se purifier davantage. « T a k e me away »,\nemportez m o i ! . . . Encore une fois, rien de plus beau que ce\nchant, et les vers sont, je crois, parmi ce qu'on a écrit de plus\ntouchant sur le Purgatoire.\n   Gerontius a fini son rôle, sa voix s'éteint et nous approchons\nd'une autre région, car on entend un chœur à peine m u r m u r é\nd'âmes du purgatoire. Ceci nous mène au finale.\n   C'est un Andante tranquillo, une des perles de la partition.\nL'ange a pris l'âme « softly and gently » dans ses bras et la\nplonge dans le bain purifiant avec des paroles de consolation,\ntandis que les âmes sœurs m u r m u r e n t leur douce prière. L a\nmélodie est digne de Bach par son caractère d'onction religieuse.\nBientôt un double chœur d'anges se superpose aux voix infé-\nrieures, les thèmes du « praise to the Holiest » se mêlent à\ncelui de l'andante et forment une péroraison d'une douceur\ncéleste.\n   Voilà un résumé de cette œuvre émouvante dont l'audition\nseule peut révéler toutes les beautés. Certainement Elgar a été\nservi par un poème admirable et très musical, un poème qui\navait besoin de musique. E n l'écrivant, l'illustre Newman\ns'est-il douté q u ' u n de ses compatriotes y trouverait matière à\nl'œuvre musicale la plus belle peut-être que l'Angleterre ait\nproduite. Chose curieuse, à l'heure où Newman apparaît de plus\nen plus glorieux, où ses écrits comme sa vie sont l'objet de tant\nde travaux importants, même en France (1), voilà q u ' u n musi-\ncien va faire connaître en Europe le côté le moins connu, mais\nnon le moins attachant de son génie.\n    P o u r conclure, le Rêve de Gerontius, en sa première partie,\n atteint au sublime au moment où l'âme prend son vol. L a\nseconde partie est presque toute entière de la plus haute inspi-\n ration. Les dialogues de l'âme avec son ange gardien, entre-\n coupés de chœurs célestes, les implorations de l'ange de l'agonie,\n\n\n  (1) Newman: sa vie et ses œuvres, par Lucie Félix-Faure. — L'Inquiétude religieuse, par\nHenri Brémond. — Surtout l'ouvrage capital : La renaissance catholique en Angleterre,\npar Thureau-Dangin (Plon).\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                     LE RÊVE DE     GERONTIUS                         83\n\n\nle dernier chant de l'âme et le morceau final sont d'un grand\nmaître et l'on y sent passer le souffle du génie.\n   Ceci paraîtra paradoxal à certains esthètes qui, dans la\nmusique moderne, ne voient pas la beauté des oeuvres simples\net naturelles et n'admirent q u ' u n e certaine simplicité, raffine-\nment suprême d'esprits blasés et de cœurs usés.\n   Telle n'est pas la musique d'Elgar. Son inspiration est pleine\nde verdeur et sort d'une âme que l'amour (caritas) vivifie. Elle\nest bien personnelle aussi, quoique l'auteur ait lu Bach, les\nBéatitudes et Parsifal. Chez d'autres compositeurs, le métier\néblouit davantage, leur inspiration porte la trace d'un travail\ncérébral ardu qui ne laisse rien aux hasards de la p l u m e . Mais\nil en est peu qui émeuve comme celui-ci et qui nous donne le\nfrisson de l'Art supérieur, celui qui sort du cœur, qui en retrouve\nle chemin et qui seul porte le vrai germe de vie !\n   L e Rêve de Gerontius — de même que le dernier oratorio\nd'Elgar, les Apôtres — a été maintes fois acclamé en Angle-\nterre et en Allemagne L a F r a n c e ignorera encore longtemps ces\nœuvres étrangères, parce que cela est dans ses habitudes chau-\nvines. Souhaitons que le public belge fasse preuve de plus\nd'éclectisme et apprécie à sa valeur un compositeur qui peut\ncompter parmi les grands maîtres contemporains.\n\n                                              J O S E P H RYELANDT.\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "                        Noël\n                              Prosternans-nous et l'aidourans,\n                              Basans-li las pies, l'hounourans.\n                                      (Vieux Noël Comtois.)\n\nO tout petit Jésus aux menottes de cire,\nDont la chair luit ainsi qu'un fruit  délicieux,\nSous l'auréole d'or de vos cheveux   soyeux,\nVous que baise Marie et que Joseph admire.\n\n0 tout petit Jésus, que mon amour vous soit,\nRépandue à vos pieds cette haleine    fervente\nDe l'âne et du bœuf doux, quand il neige et qu'il     vente\nDans l'étable mal close et dont branle le toit.\n\nQu'il soit, parmi la nuit où leur vol s'évapore,\nLe chant des anges blonds que la lune revêt\nDe ses flottants rayons, près de votre chevet\nPromenant leurs doigts purs aux cordes des mandores.\n\nCe bleu roucoulement des pigeons réveillés\nSortant des trous noircis du mur qui les abrite;\nLeur aile s'agitant comme un cœur qui palpite,\nComme un verger d'avril sous le vent effeuillé.\n\nQue mon cœur remplaçant la crèche, vous devienne\nLe nid tendre et profond tressé par les oiseaux,\nOù leurs becs ont mêlé aux tiédeurs de la laine\nDes brebis, le duvet fragile des roseaux ;\n\nLe berceau lumineux dont rayonnent les langes,\nTissés de l'argent clair des lys    d'Angélico,\nLe berceau musical et qui rythme à l'écho,\nDes bergers attardés les lointaines     louanges.\n\nQue mon amour vous soit ce concert pastoral\nOù vibrent les accords des syrinx et des flûtes\nEt le son du hautbois rauque et des saquebutes.\nDes sistres égrénant leurs notes de cristal;\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                         NOËL                                  85\n\nDu cuivreux tambourin, de la musette     fraîche,\nDe tous les instruments que peignit   Gozzoli.\nLes voix de ce cortège emmy le soir pâli\nErrant et que conduit un astre vers la crèche.\n\nQue mon amour vous soit, sous l'humble toit croulant.\nEvoquant les splendeurs d'Assur et de Palmyre,\nL'effluve de l'encens vertigineux,   la myrrhe,\nDes cassolettes d'or lentement     s'exhalant.\n\nLe sourire adorant et timide des mages,\nQuand inclinés vers vous, alors que vous dormiez,\nN'osant pas effleurer votre divin visage,\nIls appuyaient leur bouche à ces roses, vos pieds.\n\n                                         MARIE      DAUGUET.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "                      Gabriel Nigond\n\n                LAPIDÉS de    sarcasmes par les multitudes hostiles qui ne\n                    les comprenaient plus, la plupart des poètes s'étaient,\n                    vers la fin du XIXe siècle, réfugiés dans une tour\n                    d'ivoire, si haute que son sommet se perdait dans la\n                    brume et que les lumineuses projections de ce phare\n                    d'orgueil ne parvenaient pas à percer les opaques\n                    nuages de ces altitudes. Ténébreusement enfermés\n                    dans un a r t grandiose et inaccessible, ils laissaient\n                    tomber, de ce faîte sublime, de mystérieux oracles que\nquelques initiés écoutaient à genoux, et dont liaient à gorge déployée\nceux que des paroles creuses, si magnifiques qu'elles fussent, ne suffi-\nsaient pas à convaincre. Le grand Lama de cette religion hermétique fut\nStéphane Mallarmé, d'incompréhensible mémoire... Mais les cérémonies\npompeuses du culte qu'il instaura prêtaient à la parodie : de joyeux\nfumistes survinrent, qui s'affublèrent à la hâte des oripeaux sacrés et,\ndevant l'assemblée plénière des fidèles, se mirent à singer les pontifes\nvénérés avec une telle abondance de gestes cocasses et de grimaces déso-\npilantes, que la religion de l'Obscurité, fondée à peine, sombra lamenta-\nblement dans l'abîme du ridicule : car les plus innocents des néophytes,\nqui se trouvaient être aussi les plus fervents, avaient confondu la\ncontrefaçon avec la pure doctrine... Un phénomène inattendu acheva\nde ruiner ce nouveau « culte des Ténèbres » : les meilleurs disciples du\nPontife suprême abjurèrent solennellement les erreurs de leur folle\njeunesse et reçurent, avec une reconnaissante humilité, le baptême de\nl'Académie. Les anciens apôtres des Ténèbres se prosternaient devant\n le Soleil ! Les plus chers espoirs de l'art hermétique s'oubliaient, hélas!\n au point de prononcer des paroles intelligibles ! En présence d'une telle\n catastrophe, les derniers dévots qui demeuraient dans le Temple,\n s'attendant à le voir crouler sous le courroux des dieux, s'enfuirent\n épouvantés. Seules quelques âmes ingénues, qui, dans leurs provinces\n lointaines, ignoraient ces grands événements, s'obstinèrent à balancer\n leurs encensoirs de fer-blanc aux pieds des idoles détrônées.\n    Sur ces entrefaites, d'autres poètes étaient venus : nés sous uue étoile\n moins fatale, ceux-ci, sans courtiser la foule ni briguer ses suffrages,\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                              GABRIEL NIGOND                                  87\n\nne s'érigèrent p o u r t a n t pas en incompris volontaires. Ils se conten-\ntèrent de suivre, t r è s simplement, les aspirations de leur coeur ou les\ncaprices de leur fantaisie, de r e g a r d e r le monde autour d'eux — le\nmonde avec ses splendeurs comme avec ses misères — et de le\nréfléchir loyalement à t r a v e r s leur tempérament n a t u r e l . P o u r com-\nprendre et goûter ces poètes-là, pas n'est besoin de s'initier au préa-\nlable à une esthétique plus ou moins compliquée, à une philosophie\nplus ou moins subtile : le dieu qui parle en eux se révèle à tous les\nhommes de bonne volonté, incarné qu'il est dans un Verbe qui, bien\nque divin, participe de l'humaine n a t u r e : c'est le seul vrai Dieu. Aussi\nson culte gagne-t-il de jour en jour de plus nombreux adeptes et de\nplus éloquents confesseurs; on peut prévoir le moment où il n'y aura\nplus, pour croire aux absurdes fétiches de la fausse foi, que quelques\nBarbares crasseux de qui l'âme ténébreuse est close irrémédiablement\nà la sainte L u m i è r e . Que servirait de catéchiser ces sauvages? Les pré-\nceptes de l'Evangile poétique ne sauraient éclairer leur aveugle enten-\ndement, pas plus que le savon — fût-il baptisé « du Congo » — ne saurait\nblanchir nos bons nègres !\n   Dans la foule des poètes d'aujourd'hui (je ne parle ici que de la\nFrance) qui, en r a n g s toujours plus pressés, se précipitent vers la vie\net vers la lumière comme vers les seules sources de beauté véritable,\non distingue entre tous les autres : Charles Guérin, dont le Semeur de\nCendres, dans sa tristesse si profondément humaine et sa forme impec-\ncable, est bien l'un des plus admirables livres de ces dix dernières\nannées; la comtesse de Noailles, l'ardente panthéiste du Cœur innom-\nbrable et de l'Ombre des Jours, et sa sœur en Apollon, Mme Marie\nDauguet; F r a n c i s J a m m e s , si tendre, si pur, si douloureux, si savou-\nreusement original; J e a n Moréas, dont les Stances ont une si simple et\nsi sobre majesté ; Louis Mercier, l'âpre poète, trop peu connu, des Voix\nde la Terre et du Temps; quelques autres enfin, parmi lesquels je cite-\nrai Maurice Magre, F e r n a n d Gregh, H e n r y Bataille. Tous ces jeunes\npoètes se sont enrichis à la fois de l'héritage du \" P a r n a s s e \" défunt et\ndes dépouilles du « Symbolisme » moribond : au Parnasse, ils ont pris\nl'amour de la ligne et de la couleur, le souci de la forme parfaite, la\nsûreté d'une technique s a v a n t e ; au Symbolisme, ils ont emprunté sa\npréoccupation du r y t h m e et de la musicalité, et aussi ce sens du Mys-\ntère par quoi l'école symboliste avait incontestablement rafraîchi et\nrenouvelé les sources de la poésie. Il ne serait peut-être point para-\ndoxal d'affirmer que, par dessus la tête du grand Baudelaire, les poètes\ndont je parle se r a t t a c h e n t au romantisme et à sa conception plus large,\nplus humaine surtout et plus vivante, de ce que doit être une œuvre\nlyrique.\n\n   Dans ce groupe si glorieux déjà, Gabriel Nigond est le dernier venu,\n— puisque son Novembre date à peine d'un an, — mais non le moindre.\nIl a plus d'un trait commun avec la plupart des poètes que j ' a i nommés\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "88                               DURENDAL\n\n\ntout à l'heure : je dirai même que son œuvre, exceptionnellement nom-\nbreuse et diverse, résume en elle les principaux aspects de ce mouve-\nment né d'hier, et qu'elle en groupe harmonieusement les différentes\nbeautés. Comme Charles Guérin, Gabriel Nigond célèbre les ferveurs\ncatholiques, et les élans panthéistes comme la comtesse de Noailles;\ncomme F r a n c i s J a m m e s , il aime d'amour profond les bêtes les moins\nnobles et les choses les plus humbles, et, comme Marie Dauguet, il\ndéfaille de tendresse sur le sein de la T e r r e et n'ignore rien des secrets\ndes bois ou des étables Il est en même temps simple et splendide, natu-\nraliste et naturiste, épris de beauté païenne et de pitié chrétienne. E t\ns'il a, avec ses frères de l'heure présente, et surtout avec F r a n c i s\nJ a m m e s , quelque air de parenté, il s'en distingue essentiellement par\nune physionomie très caractéristique, une allure très accentuée, un\nlangage très personnel. Rarement il me fut donné de voir surgir un\nartiste aussi opulemment doué, un écrivain aussi original, un poète\naussi sincère, aussi spontané, aussi charmant. La révélation de ce\nradieux et sympathique talent me fut une joie sans égale, que je vou-\ndrais vous faire partager en ces quelques pages d'étude. Aussi bien\nl'apparition de l'Ombre des Pins (1), suivant celle de Novembre à un an\nd'intervalle, m'offre-t-elle une occasion propice de réaliser ce désir.\nDans ma hâte à vous annoncer l'heureux avènement d'un poète nou-\nveau, — il n'en naît pas, Dieu merci! un par année, — j'avais rédigé,\nen janvier dernier, un laconique et rapide compte rendu, qui était bien\nplutôt un billet de faire-part qu'un article de critique. Souffrez donc\nqu'aujourd'hui je vous dise à loisir les mérites de M. Nigond, en y met-\nt a n t un peu de cette complaisance vaniteuse qu'un bon parrain apporte\nà détailler les charmes, vertus et qualités de l'enfant qu'il a tenu sur\nles fonts baptismaux.\n\n\n   Comme la plupart des poètes, anciens ou modernes, Gabriel Nigond\ns'inspire surtout de la Nature et de l'Amour. Mais on ne trouve chez lui\nni paysages de convention ni déclamations ampoulées ; vérité et sincé-\nrité triomphent ici pour le plus grand plaisir de l'âme, et les moindres\nartifices sont relégués au magasin des accessoires hors d'usage.\nL'auteur de Novembre peint la nature telle qu'il la voit, franchement\net hardiment, et sans nulle sélection : tantôt un coin ensoleillé de forêt,\ntantôt un coin lépreux de banlieue parisienne. Quant à l'amour, il le décrit\ntrès simplement, tel que nous l'éprouvons tous, avec ses amertumes\net ses douceurs, ses cris et ses silences, ses grandes beautés et ses\npetites misères. Cette poésie est le reflet fidèle des bonheurs et des\npeines d'un cœur loyal et transparent, qui se livre sans mesure et sans\nhypocrisie.\n   Quelques extraits vous dévoileront du reste, mieux que tous les\n\n\n  (1) L'Ombre des Pins (Paris, P.-V. Stock).\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                                GABRIEL NIGOND                                      89\n\n\ncommentaires, la qualité exquise et j u s t e t o u t ensemble de ce qui est,\nchez Gabriel Nigond, le sentiment de la n a t u r e :\n\n             Viens, puisqu'Octobre émeut la forêt nonchalante:\n             Laisse-la, de ses bras sauvages, t'entourer\n             Et respire en chemin, tendre à faire pleurer,\n             L'universel parfum du sol et de la plante\n\n             Le feuillage agonise en sa grâce et sa force,\n             Son casque d'or jamais n'eut un plus pur reflet\n             Et, comme si quelqu'un de vivant s'en allait,\n             Chaque feuille en tombant baise l'arbre a l'écorce.\n\n             Le bois souffre, plus doux d'être plus solitaire,\n             Sa bouche végétale ouverte au frais repos,\n             Endormi par la brise à la voix des crapauds,\n             Couleur de feuille morte et couleur de la terre...\n\n  Vous apprécierez la finesse de cette notation crépusculaire :\n\n             Au bord de l'eau, le pré, sous la vapeur légère,\n             Flotte. On entend gémir les meules du pressoir.\n             Les vendangeurs, s'en revenant, disent bonsoir.\n             Le troupeau passe, avec les chiens et la bergère.\n\n              La cour est blanche entre sa barrière et son buis,\n              Une entêtante odeur sort de l'étable ouverte\n              Et la lune est comme un quartier d'orange verte\n              Qui, du fond du ciel pur, se mire au fond du puits...\n\n  Voici une strophe qui évoque, précise dans sa préciosité, cette m y s -\ntérieuse c o r r e s p o n d a n c e des sons et des couleurs qui était si chère au\npoète des Fleurs du Mal :\n\n              L'angélus tinte et la forêt va succomber;\n              Ses feuilles que le vent chasse comme un plumage\n              Du tintement des glas sont la visible image :\n              Entends sonner la cloche en les voyant tomber....\n\n  E n voici une a u t r e où flotte, ainsi qu'une Ombre voilée, le doux\nsouvenir d'Albert Samain ; il s'agit d'une demeure abandonnée :\n\n              Nul bruit. L'herbe d'oubli frémit et se balance,\n              Le chèvrefeuille grimpe à l'assaut des volets\n              Et, baissant vers le sol ses longs doigts violets,\n              Le crépuscule, ému, passe avec le silence\n\n  Les i n t é r i e u r s de Gabriel Nigond ne le cèdent en rien à ses p a y s a g e s :\nvieux logis provinciaux, moisis et revêches, peuplés de figures maus-\nsades, et p o u r t a n t r e g r e t t é s ; calmes demeures campagnardes, où de\nbonnes vieilles en bonnet blanc achèvent doucement de vivre, « l'été\ndans la fraîcheur, l'hiver sur le chenêt » ; pauvres églises de village\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "90                                DURENDAL\n\n\noù « la corde du clocher tremble dans la poussière » ... tout cela,\nbrossé avec une sobre ampleur, baigne dans ce clair-obscur des maîtres\nhollandais, qui met les moindres choses puissamment en valeur.\n  E n t r e tant de tableautins également énergiques, je choisis ce croquis\nd'étable:\n            L'étable tiède sent la paille et la luzerne.\n            Voici les râteliers, une auge, une lanterne,\n            Le collier de cuir fauve aveo ses pompons bleus,\n            La cape, pour la pluie et les matins frileux,\n            Une herse, un billot, les seaux, une cognée,\n            Le plafond bas sous la poussière où l'araignée\n            Tisse une toile ainsi que l'oiseau fait un nid....\n\n   Mais, plus volontiers encore que paysagiste ou peintre d'intérieurs,\nl'auteur de Novembre et de l'Ombre des Pins est animalier.\n   J e ne pense pas que, depuis La Fontaine, aucun poète français ait\nsaisi plus justement et plus exactement rendu la physionomie, les\nattitudes, les m œ u r s propres des bêtes, et en particulier des animaux\ndomestiques. Il faut, ici, que je m'arrête de nouveau, pour vous m e t t r e\nsous les yeux quelques-unes de ces pittoresques merveilles :\n\n            La paix s'étend dans la grand'chambre qui sommeille,\n            Le petit corps ballant et vif du perroquet\n            Etale sa fraîcheur d'exotique bouquet\n            Et scintille au perchoir comme une fleur vermeille ..\n\n            La vache, qui meuglait après la nuit prochaine,\n            Tourne son front égal au rythme de sa chaîne,\n            S'émouche, lente, avec sa queue, et, sur le seuil,\n            Fixant l'étonnement limpide de son œil,\n            Reste ainsi, ruminant, pacifique et luisante\n\n  Voyez avec quel art il décrit les diverses manières de paître des trois\namis de Claudine, la vieille servante de curé :\n\n            L'âne s'en va, flairant les cailloux et l'ornière,\n            Broyer placidement les chardons emplumés;\n            La vache, dans le foin sur ses pas refermé,\n            Accorde avec lenteur sa marche et ses bouchées;\n            La chèvre sur le bord d'un ravin s'est penchée,\n            Choisit sa touffe d'herbe au ventre du rocher,\n            Tire brutalement dessus pour l'arracher,\n            L'arrache, puis, d'un tour de langue, enfourne, broute\n            Et galope en faisant sauter sa barbe en route....\n\n  Ailleurs, c'est le chien « qui balance, couché dans sa fourrure noire,\nsa tête de géant aux yeux de nouveau-né » ; « les écureuils touffus qui\ndansent dans l'allée » ; les cygnes « gonflés en galères antiques « ; le\nchat qui \" détend son souple corps \"; « les lapins blancs et furtifs, dont\nles yeux roses semblent peints »; les « chèvres combattantes »; « les\ncrapauds gonflés, dont le petit cœur en leurs flancs grelotte », et bien\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                               GABRIEL NIGOND                                  91\n\nd'autres encore. Ces courts exemples témoignent éloquemment de\nl'heureux emploi que M. Nigond sait faire du mot r a r e , pittoresque et\nimagé, qui se trouve bien souvent être le plus précis, le plus juste et le\nplus expressif; comme l'a fort bien dit M. Marcel Ballot, « les vers où\nil peint nos frères inférieurs ont, avec l'art instantané, avec le trait\nd'un J u l e s R e n a r d , l'accent ému d'un François de Sales ».\n   Cette émotion, du reste, est la caractéristique dominante du poète\nde Novembre ; c'est avec la même ferveur débordante, le même accent\nprofondément touchant et persuasif, qu'il célèbre les douceurs d'un site\nfamilier, m u r m u r e des confidences mélancoliques ou plaint la détresse\nd'un vagabond, le malheur des petites orphelines, la souffrance des\nmalades. Il va jusqu'à p r ê t e r aux choses inanimées — aux maisons, aux\nmeubles, aux vêtements — une sorte de tendresse grave et forte : sem-\nblablement à Francis J a m m e s et à notre ami Thomas Braun, Gabriel\nNigond sait que rien n'est à dédaigner de ce qui nous accompagne dans\nla vie, que les moindres choses revêtent, pour qui les regarde avec les\nyeux de l'âme, une signification essentielle et une beauté insoupçonnée.\nC'est ainsi que « les toits fument vers Dieu pour le remercier »; la\nmaison « s'endort aux b r a s de la forêt » ou bien « presse son seuil\ncontre la t e r r e » ; les tombes m o n t r e n t « leurs fronts de marbre pur et\nleurs longs cheveux d'herbe »; « le verger sent les fruits, la fumée et la\nmort; son cœur, gonflé de pluie et de résine, pleure ». Ah ! les chères\nmaisons où l'on a g r a n d i , aimé, souffert, comme Gabriel Nigond en\nconnaît bien le charme tendre et douloureux !\n\n             Une maison parfois console d'un visage,\n\ns'écrie-t-il avec une philosophique amertume, qui n'a rien de commun,\nd'ailleurs, avec la farouche et imbécile misanthropie de ceux qui sont\nmécontents des autres parce qu'ils sont mécontents d'eux-mêmes.\nL'amour des choses le console de la sécheresse des hommes :\n\n             Que d'atomes errants ont posé leur poussière\n             Sur la table, la chaise basse et le dressoir !\n\n             Le dressoir où luisait l'orgueil de la servante\n             Luit encore d'un vieil et reposant éclat\n             Avec son sel, ses fruits, ses réchauds et ses plats\n             Dont chaque fleur, peinte ardemment, semble vivante....\n\n             Admets cette amitié des choses : elle est sûre.. .\n\n   Ce cœur mélancolique semble avoir été cruellement meurtri par\ntoutes les épines de la vie : Novembre est vraiment le poème du funèbre\net pensif automne, des chrysanthèmes du souvenir que la pluie a mouil-\nlés, des âcres brumes et des glas sanglotants; les plus joyeux\npaysages eux-mêmes s'y voilent comme d'un 'brouillard de larmes.\nMais, aux dernières pages du volume, il semble qu'un rayon d'espé-\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "92                                  DURENDAL\n\n\nrance dissipe tout à coup ces ténèbres ; et voici que, devant l'été qui\nse réveille avec ses fleurs et ses lumières, le poète se prend à rêver\nd'un tranquille et simple destin :\n              O Dieu ! qu'à la faveur de ta grâce, ma vie\n              Soit celle du beau fruit croissant au long du mur\n              Et qui tout simplement tombe quand il est mur,\n              Sans regret, sans effort, sans tourment, sans envie !\n\n              Ou qu'elle soit pareille, en son cours cadencé,\n              Aux bateaux plats glissant par les canaux de France\n              Qui, sur l'eau pacifique et couleur d'espérance.\n              S'avancent vers le but sans paraître avancer !\n\n\n              Sainte Vierge ! Pouvoir, un jour, à votre exemple,\n              Trouver, pour y vieillir dans l'ordre et la fraîcheur,\n              Le seuil d'apaisement, de rêve et de blancheur\n              Qu'un feuillage éternel accompagne et contemple !\n\n              S'endormir, sans souci de jamais s'éveiller,\n              Au fil de chaque soir, devant son paysage,\n              Avec le chaud baiser du soleil au visage,\n              Entre son puits, ses fleurs, sa treille et son noyer !\n\n  Il faut souhaiter, à notre tour, que ces nobles vers nous présagent\nun prochain recueil de mélodieux épanchements, où l'amer songeur de\nNovembre, renouvelant et transformant sa pensée, nous dira comme la\nvie est belle et douce à qui sait la comprendre...\n\n  J'ai esquissé à g r a n d s t r a i t s les caractères saillants de cette œ u v r e\ndiverse et touffue, en confondant d'ailleurs, dans mon analyse,\nNovembre et l'Ombre des Pins. Il me reste à souligner en quelques\nmots le côté le plus intéressant, peut-être, et le plus original, du talent\nde M. Nigond : s'il me fallait baptiser ce jeune poète d'une épithète dis-\ntinctive, je l'appellerais volontiers « le poète de la pitié ». La plupart\ndes misères, la plupart des infortunes de ce siècle douloureux ont\ntrouvé en lui un interprète éloquent: il met, à s'incliner vers les hum-\nbles, les pauvres, les malheureux, une sorte d'ardeur passionnée et\nd'obstination apostolique. E t par là, il se sépare nettement de la plu-\npart des poètes actuels, de qui le souriant dilettantisme ne saurait\navoir, au spectacle des plaies qu'étale l'humanité qui souffre, qu'une\nmoue de dégoût. P a r n a s s i e n s et symbolistes semblent avoir oublié que\nleur P è r e à tous, Victor Hugo, n'avait pas dédaigné de faire vibrer les\ncordes de la pitié ; réfugié chez quelques écrivains russes — les Dos-\ntoïewsky, les Tolstoï, les Gorki, — et chez quelques artistes belges —\nles Meunier, les L a e r m a n s , les Maréchal, — le sentiment de la pitié\nn'était plus traduit, chez les poètes français, que par les niaises pleur-\nnicheries de deux ou trois débris du romantisme finissant. Gabriel\nNigond a pensé que leur sensiblerie grotesque pouvait faire place à\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                              GABRIEL NIGOND                                    93\n\n\nune saine sensibilité, leur sentimentalité convenue à un sentiment\nsincère : et ce lurent, d'abord, les Contes de la Limousine, un premier\nrecueil de vers en patois berrichon; puis, t a n t de pièces émouvantes de\nNovembre, où les détresses des hommes et les souffrances des bêtes\nsont plaintes avec la même compassion fraternelle; ce furent, enfin,\nles trois contes de l'Ombre des Pins: le Cœur de Solange, l'Ane et la\nPie, et surtout Claudine, cette admirable et naïve histoire d'une vieille\nservante de curé, à laquelle j'ai déjà emprunté plusieurs fragments\ndélicieux, et qui apparaît comme un résumé magnifique des qualités\npersonnelles de l'auteur. J e ne saurais achever cette étude sans déta-\ncher encore un morceau de la touchante prière que la bonne Claudine\nadresse à Dieu, dans la simplicité de son cœur droit et de son âme\nrésignée :\n             « Mon Dieu, que je vous aime et vous dois grand merci\n             Pour m'avoir commandé d'être servante ici,\n             Chez monsieur le curé Bernard, devant l'église ;\n             Pour permettre, ô mon Dieu, qu'en épelant je lise\n             — Après avoir sonné dès l'aube un angélus —\n             Les prières, dit-on, que vous aimez le plus,\n             Par lesquelles notre âme en souffrance est guérie :\n             Le « Notre Père » et le « Je vous salue, Marie » !...\n             Ainsi, matin et soir, mon Dieu, je vous prierai\n             Pour monseigneur l'évêque et monsieur le curé,\n             Pour tous les pauvres gens, pour Fanchon, ma voisine,\n             Pour moi, qui ne sais rien, que faire la cuisine,\n             Que guérir la blessure aux mains en y touchant,\n             Chauffer le four, tailler la vigne, aller aux champs,\n             Tenir pour votre autel les nappes toujours blanches\n             Et chanter près des sœurs les vêpres des dimanches. ..\n             J e vous prierai, mon Dieu, — mon maître l'a permis, —\n             Pour tous les animaux qui me sont bons amis\n             Et m'appellent, au soir, de leur étable fraîche :\n             Pour l'âne, — en souvenir de l'âne de la crèche, —\n             Vieux comme moi, boiteux et couleur de pain bis,\n             Pour ma vache Garelle et Prison ma brebis,\n             Pour la chèvre gourmande, avec sa langue alerte,\n             Dont les yeux dans la nuit font deux étoiles vertes,\n             Et pour les poules même et les lapins grimpeurs\n             Que j'aime parce que je ne leur fais pas peur\n             Et qu'ils m'écoutent, moi qui suis une servante !. .\n\n\n  J e ne prétends point que tout soit parfait dans ces contes de pitié :\nmais réfléchissez, s'il vous plaît, que ce genre est d'autant plus difficile\nqu'il est plus neuf, que le prosaïsme y est un redoutable écueil, et qu'il\ny faut une sûreté de main qui est l'apanage de l'âge mûr et de l'expé-\nrience. Or, M. Nigond est très jeune; et s'il y a, dans Fait-divers, dans\nla Chère sœur, dans Françoise et dans le Cœur de Solange,                 quelques\nvers ça et là qui, à force d'être simples, se r a p p r o c h e n t de la prose, on\ny découvre aussi de rares et fortes beautés. E t les pièces qui échap-\npent à ce reproche, — la Grand'mère,         les Petites Bleues, tous les\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": " 94                                  DURENDAL\n\n\n sonnets de Sœur 'Elise, — ne sauraient se lire sans larmes. Tentez\n l'aventure, et dites-moi si je me trompe.\n     E n quatre courts poèmes dramatiques, qui composent, avec les trois\n contes dont j'ai parlé, l'Ombre des Pins, Gabriel Nigond s'essaie au\n t h é â t r e de rêve. Ici, sa personnalité se cherche encore en d'inquiets\n tâtonnements, si parfois elle se trouve avec un sûr bonheur. Daphnis\n et Chloé, une mélodieuse idylle d'une pureté toute antique; Cornaline,\nun spirituel et adorable conte bleu, où la radieuse aurore de l'amour se\nmêle harmonieusement à son douloureux crépuscule ; et enfin le Visage\n accompli de la Vierge Marie, un épisode fictif et vraisemblable de la\nvie de F r a Angelico, m'ont plu sans réserve. J'ai moins goûté Tristan,\nqui effleure de trop près le périlleux et exécrable mélodrame ... Mais,\n dans Cornaline surtout, Gabriel Nigond manie avec la plus gracieuse\naisance un dialogue léger, naturel, d'une fantaisie fleurie et d'une\nsobre finesse; quand il possédera complètement les complexes res-\nsources de l'art du théâtre, il nous donnera sans doute un très g r a n d et\ntrès émouvant poète dramatique.\n    « Il y a d'autres lyrismes, c'est entendu, de plus vives fantaisies et\ndes rêveries plus r a r e s . Mais un premier volume dont on puisse\nextraire d'un coup t a n t de pièces à relire, cela n'est déjà pas si fré-\nquent.... » Ainsi s'exprimait, à propos de Novembre, M. Paul Léautaud,\nqui qualifiait d'admirable un sonnet que j ' a i admiré, comme lui, de\ntoute mon ardeur, et que je regrette de ne pouvoir t r a n s c r i r e ici :\n\n              O Seigneur, je vivrai difforme et solitaire....\n\n    E t M. J . Ernest-Charles, le franc et judicieux critique de la Revue\nBleue, émettait, sur le style de Gabriel Nigoud, cette appréciation que\nje fais mienne sans réserves : « C'est toujours un privilège d'être\nplaint en beaux vers. Les siens sont précis, forts, harmonieux et variés\ncomme ses impressions funèbres, variés et si simples, d'autant plus\nbeaux. L'inspiration les anime; la virtuosité les affaiblit un peu... »\n    S'il est vrai, en effet, que l'auteur de Novembre et de l'Ombre des\nPins est l'an des plus puissamment inspirés parmi les poètes d'au-\njourd'hui, il est manifeste aussi qu'une discipline plus sévère encore et\nplus étroite serait utile au définitif épanouissement de son riche talent.\nL'inspiration, qui déborde de son cœur à flots impétueux, est précisé-\nment ce qui l'empêche de se soumettre au joug d'une règle rigou-\nr e u s e : on ne canalise pas un t o r r e n t déchaîné; il faut a t t e n d r e qu'il\ns'épande dans la plaine en un large et calme fleuve. Gabriel Nigond\nest jeune ; et son œuvre, telle qu'elle apparaît dès à présent, nous fait\nreconnaître en lui l'un des plus généreux et plus certains espoirs de la\npéosie française.\n\n                                                                  FRANZ A N S E L .\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "          Convalescence\n\nReposez-vous, mon adoré,\nNe vous mettez pas en colère :\nVous aurez une soupe claire\nEt trois grains de raisin doré.\n\nLe doux printemps s'ouvre     passage,\nLe soleil commence à donner :\nPour pouvoir vous y promener,\nRestez bien tranquille et bien sage !\n\n... Le papier des murs est joli;\nDès l'aube, la lumière arrose\nLes grandes fleurs jaunes et roses,\nPeintes sur les rideaux du lit.\n\nVos livres dorment sur la planche\nEt j'ai garni le compotier\nD'oranges, dont chaque     quartier\nS'emmaillote de gaze blanche.\n\nUn rayon darde son épi\nDont les caresses alternées\nRavivent les couleurs fanées\nSur la rosace du tapis...\n\nEtes vous calme et bien à l'aise ?\nA présent, toute la maison,\nSûre de votre   guérison,\nEn même temps que vous s'apaise !\n\nTous ils viendront, jeunes et vieux,\n— Sans poser les talons par terre ! —\nQuand, fringant comme un        mousquetaire,\nVous irez absolument     mieux!\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "96                      DURENDAL\n\n\n\n     Sur la table, devant la porte,\n     — Le voyez-vous, tenez! — j'ai mis,\n     De leur part, un bouquet permis\n     Dont la senteur n'est pas trop forte...\n\n     Voyons ! n'est-ce point  engageant,\n     Dites-moi, de se reconnaître,\n     Et de se voir, prêt à renaître,\n     Aimé par de si braves gens?\n\n     Oui, je sais, la tête vous sonne\n     Encore un peu, comme un grelot;\n     Votre doux visage est pâlot...\n     Bah ! la fièvre est si polissonne !\n\n     Mais c'est fini! Je lui défends\n     Désormais de tendre sa chaîne...\n     A partir de la nuit    prochaine,\n     Vous dormirez comme un enfant!\n\n     Votre cœur, — ô paix radieuse, —\n     Du même rythme égal battra.\n     Et vos mains, calmes sur le drap,\n     Seront belles, sous la veilleuse...\n\n     Vous prendrez, petit à petit,\n     Au repos des jours qui vont suivre,\n     Le désir ému de revivre,\n     Avec la force et l'appétit !\n\n     Vous aurez au cœur d'autres sèves,\n     De neuves ardeurs au cerveau,\n     Dans les veines du sang nouveau\n     Et, dans l'âme, de plus beaux rêves...\n\n     Les jardins vous seront plus chers\n     — Bordés d'ifs et de coquillages —\n     Nous y trouverons les feuillages,\n     Les soirs tièdes et les ciels clairs,\n\n     Les charmilles en enfilade,\n     Le buisson de pampre vêtu.\n     Et vous direz : « Te souviens-tu,\n     La fois que j'étais si malade?...\n\n                                             GABRIEL NIGOND.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                      Chronique musicale\n   Les œuvres d'Albeniz au Théâtre de la Monnaie et au\nC o n c e r t H e n r i M e r c k . — M. Albeniz est parmi les j e u n e s composi-\nteurs du m o m e n t u n e des figures les plus s y m p a t h i q u e s et les plus intéres-\nsantes. Il n'est pas p o u r n o u s u n i n c o n n u . Elève du Conservatoire de\nBruxelles, dans la classe et sous la haute direction du grand artiste Brassin,\n  il y remporta les plus éclatantes distinctions et fut bientôt considéré comme\nun pianiste d'envergure dont maintes interprétations et n o t a m m e n t , si nous\nne nous t r o m p o n s , celle de la S o n a t e en si bémol de Chopin, firent autrefois\nsensation. P e n d a n t quelque temps, Albeniz disparut de nos parages ; il\nretourna en E s p a g n e , sa patrie, se mit avec un zèle fervent au travail de la\ncomposition, et il nous revient ici avec deux œ u v r e s , l'Ermitage fleuri et Pepita\nJimenez, que la direction de la M o n n a i e a eu l'heureuse idée de monter à la\nscène.\n     L''Ermitage fleuri, que M. Albeniz considère, paraît-il, c o m m e un essai de\njeunesse sans portée, est un badinage gracieux, p i m p a n t et coquet, u n e\na uvrette pleine de gaîté charmante, a b o n d a n t e en jolies mélodies, en c h œ u r s\nentraînants accentués de rythmes joyeux, mais d ' u n e tenue toujours parfaite-\nment distinguée et se rattachant bien moins au style des opérettes modernes\nqu'à celui de l'ancien opéra-bouffe italien ou de l'opéra-comique français, tel\nqu'il fleurissait d a n s la p r e m i è r e partie du XIXe siècle.\n     L'Ermitage fleuri a été interprété avec entrain et enjouement par M lle Ey-\n reams (qui possède u n e voix d'un cristal si p u r ) , M m e P a u l i n , M M . F o r g e u r ,\n Caisso et L u b e t .\n     Rien de plus différent comme forme typique musicale que Pepita Jimenez,\n comédie lyrique composée sur un livret que l'Anglais Money-Coutts a tiré\n d'une nouvelle de J u a n Valera et dont M. Maurice Kufferath a écrit une\n excellente traduction française, ingénieusement adaptée aux exigences ryth-\n miques et aux cadences de la p h r a s e musicale.\n      Nous estimons trop haut le talent de M. Albeniz pour ne point faire\n d'expresses réserves relativement à la pièce qu'il a illustrée musicalement. L e\n livret de Pepita Jimenez ne m a n q u e pas seulement de fond, cela est trop\n évident, mais il n'est même pas habilement charpenté, et, exception faite pour\n le rôle d'Antonona, qui ne m a n q u e pas d'un certain relief, les caractères des\n protagonistes de la pièce sont inconsistants, mollement et enfantinement\n tracés, sans physionomie ni vitalité a u c u n e . D o n P e d r o , le comte Genazahar\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "98                                DURENDAL\n\n\n\nsont des intrus inutiles à l'intrigue, qu'ils encombrent sans nécessité, et une\nfois qu'on a élagué l'action de ces surcharges amplificatives et parasitaires, la\nsource unique d'intérêt qu'on y découvre se confine dans les scrupules étroits\nde Don Louis, ce jeune candidat en théologie singulièrement hésitant, appa-\nraissant parfois aussi comique que l'Irrésolu de Destouches, sorte de person-\nnage falot et neutre, dont le langage aux puériles alternances reflète aussi peu\nd'enthousiasme fervent pour ce qu'il croit être sa vocation que d'amour pro-\nfond pour la jeune beauté qui fait le siège de son cœur.\n    Si la donnée de Pepita Jimenez est froide et vide, la musique de la partition\nd'Albeniz est riche de substance savoureuse, de verve ardente, de sève\nchaude et parfumée. A vrai dire, cette musique se concentre presque tout\nentière dans la symphonie orchestrale qui, s'épanouissant librement et vivant\nde sa vie propre, se meut et se développe fort souvent dans la plus entière indé-\npendance du poème, indépendance précieuse en l'occurrence et à propos de\nlaquelle on serait mal venu d'incriminer le compositeur. L'écriture orches-\ntrale de Pepita est d'une absolue originalité et ne semble se rattacher à\nl'influence d'aucune école. Un des traits les plus frappants de cette originalité\nréside en cette considération que le style musical du compositeur catalan, très\ntravaillé et trituré même, si nous pouvons nous exprimer ici au point de vue\nmétier, apparaît, quand on entend l'œuvre au théâtre, tout à fait limpide,\nnaturel, primesautier, coulant de source sans aucune contrainte. Bien que\nfort saturée de chromatismes, la symphonie demeure presque constamment\nattachante et charmeuse, parée de reflets doux et changeants, étoilée d'har-\nmonies délicates s'enfuyant d'un vol rapide en d'éphémères irisations qui\nenveloppent le sens auditif de caresses subtiles et, malgré ces affinements de\nforme et de style, il règne en toute cette musique une spontanéité et une\nforce d'expansion victorieuse qui en demeurent le caractère dominant. C'est\ncomme un souffle de printemps qui s'élèverait doucement et volerait au\ntravers de toute cette œuvre pour y répandre la joie, la fraîcheur et la\njeunesse. Notons particulièrement la scène entre Pepita et le vicaire, la\nromance de Pepita au second acte, le charmant Noël a bocca chiusa chanté\npar le chœur d'enfants, enfin la scène finale que M. David et Mlle Baux ont\ndit avec tout le sentiment et la puissance désirables. Mlle Maubourg est très\nintéressante dans le rôle d'Antonona et la partie si fouillée de l'orchestre a été\nrendue par l'excellente phalange de Dupuis avec autant de clarté que\nd'esprit.\n    Pepita Jimtnez ne semble pas avoir obtenu auprès du public bruxellois\nle succès qu'elle méritait. Faut-il en chercher la cause dans les tendances\ntrop affinées de la musique ou bien dans les évidentes défectuosités du\n livret? Nous ne prétendons point résoudre la question. Quoi qu'il en soit,\n M. Albeniz est un musicien trop remarquablement doué pour ne pas se\n montrer plus sévère à l'avenir dans le choix des œuvres poétiques qu'il\n revêtira de son inspiration musicale. Cette inspiration qu'il la puise désor-\n mais soit dans des poèmes de large humanité, soit même dans des œuvres\n lyriques d'ordre moyen, mais présentant au moins l'intérêt de peintures de\n caractères ou de belles et fortes situations dramatiques. Albeniz semble\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                           CHRONIQUE      MUSICALE                            99\n\nd'ailleurs vouloir marcher actuellement dans cette voie, car il a en portefeuille\nles deux premières parties d'une trilogie empruntée au Cycle de la Table\nronde et dont la première journée, Merlin, est précédée d'un prologue que\nnous entendîmes au concert de M. Henri Merck. Cette page musicale est\nassurément de plus large envergure que la musique de Pepita. L'accent en\nest ample avec de belles et fières envolées planant au-dessus de régions\norageuses, et elle semble assez bien se rattacher, peut-être encore plus par le\ntour d'idées que par le style, à l'esthétique wagnérienne. La Catalonia, sorte\nde fantaisie populaire catalane, de rhapsodie, si l'on aime mieux, dirigée avec\nune flamme entraînante par l'auteur, est d'une surprenante originalité en son\nexubérance déchaînée, ses rythmes trépidants, ses colorations ultra-rutilantes.\nOn a acclamé chaleureusement le compositeur chef d'orchestre, qui s'est révélé\nencore sous un troisième aspect dans de très intelligents et poétiques accom-\npagnements au piano.\n\n    S e c o n d C o n c e r t Y s a y e . — C'était M. Brahy, le directeur des\nConcerts d'Angers, qui était cette fois en possession du bâton directorial. Le\njeune capellmeister, qui est notre compatriote, fait grand honneur à l'école\nmusicale belge. Il dirige de mémoire avec une sûreté, une précision, une\nscience des gradations absolument remarquables. Si l'ouverture d'Egmont a paru\nun peu opaque et alourdie; si, au contraire, la verve flamboyante et l'envolée\ngénéreuse déployées dans l'ouverture d'Obéron ne suffisent point à absoudre\ncette interprétation d'avoir trop dissimulé dans la pénombre les aspects\npoétiques et profonds de l'œuvre, il faut, sans restriction aucune, rendre\nhommage à la maîtrise avec laquelle Brahy a dirigé la Symphonie Fantastique\nde Berlioz. Rien de plus vivant, de plus approfondi, de plus suggestivement\ncoloré que cette évocation. Il nous semble avoir, pour la première fois,\npénétré le sens et jaugé le fond de cette conception étrange mais vaste, syn-\nthétisant musicalement les aspirations et l'état d'âme de toute une géné-\nration, celle qui se complaisait à grandir et à auréoler d'idéal les souffrances\nfactices de Werther, de Manfred, de René, croyant naïvement y découvrir un\n reflet éternel de l'Humanité.\n    Comme nous l'avons dit plus longuement l'an dernier, à propos du concert\n Berlioz, ce qui manque au maître français, c'est la sérénité, c'est cette paix\nlumineuse et puissante qui sacre et couronne l'œuvre de Beethoven, de Schu-\n mann, de Wagner, œuvre si éloquente, elle aussi, et probablement encore\n plus que celle de Berlioz lorsqu'elle raconte passagèrement l'effroi des orages\n qui désolent et assombrissent l'âme humaine.\n    La Symphonie Fantastique, poème de ligne tourmentée, inégal comme la plu-\n part des œuvres d'inspiration purement romantique, est sillonnée de magni-\n fiques élans lyriques et de glorieux éclairs de beauté. L'on y entend des\n appels tragiques d'une infinie désespérance remémorant à l'esprit l'horreur\n sublime des, Burgraves de Hugo ou encore les hallucinations spectrales des\n fantaisies hoffmanesques.\n    Ces stridences infernales, rendues encore plus incisives et poignantes par\n l'exécution dramatique de l'orchestre des Ysaye, étaient encadrées par les\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "100                                DURENDAL\n\n\nexquises interprétations du violoniste Thibaut : fleuve de miel, cieux d'azur,\nflots de cristal.\n   Son interprétation du Concerto de Max Bruch en sol mineur, exécuté en\nsecond lieu, nous a paru sensiblement supérieure à celle du Concerto de Lalo\nen fa. Si le jeu de Thibaut ne possède pas l'incomparable ampleur lyrique\nde notre Ysaye, il en a le persuasif phrasé de velours, le charme berceur et\ninsinuant. Mais pourquoi donc se confiner ainsi obstinément dans la littéra-\nture des concertos, forme musicale sûrement intéressante, puisqu'elle a été\nconsacrée par les plus illustres compositeurs, mais qui, en raison de la pré-\npondérance qu'elle accorde communément à la virtuosité, aux extériorités\nconventionnelles et de surface, apparaîtra toujours secondaire en regard de\nces œuvres plus solides, plus profondes en leur discrétion et où, jaillissant\nd'une source éternelle, s'est fixé de façon définitive le génie des grands\nmaîtres.\n\n    S o i r é e B a u e r - C a s a l s . — Soirée d'un intérêt d'art exceptionnel,\ntant par la qualité des interprètes que par celle des œuvres inscrites au pro-\ngramme. Les natures de Pablo Casais et d'Harold Bauer s'accordent mer-\nveilleusement, et c'est une joie de rendre hommage à ces deux purs artistes\nque distinguent également cette ampleur, cette pénétration interprétative\nfaisant jaillir la vie essentielle et le sens profond des œuvres, comme aussi ce\nnoble souci de l'art véritable dédaignant les succès faciles et conséquemment\naffranchi de toute mesquine et vaniteuse préoccupation de virtuosité. L'affi-\nnement de ces tendances se préjugeait facilement d'après le choix des pièces\ninterprétées en soli.\n   Pablo Casais a joué la suite en ré mineur de J.-S. Bach pour violoncelle\nsolo, œuvre de forte pensée, d'admirable structure, de saine, savoureuse et\npuissante musicalité, mais assurément peu propice à l'éclosion de ces fleurs\nde sensibilité cultivées avec tant d'amour par la plupart des violoncellistes et\ndont les fragrances capiteuses agissent avec tant d'empire sur la masse du\ngrand public. Casais a joué la suite de Bach avec cet art simple, grave et\nprofond qu'on avait tant goûté au dernier Concert populaire.\n   Harold Bauer avait fixé son choix sur la Fantaisie en ut de Schumann, un\ndes poèmes les plus significativement lyriques du chantre de Zwickau. La\nhaute poésie qu'il recèle y est légèrement voilée comme par l'ombre d'un\nmystère immense planant sur toute l'œuvre, mystère qui, attirance pour les\nintuitifs, demeure une barrière pour les autres et qui range cette fantaisie,\npoème d'intériorité par excellence malgré la diversion passagère de la\nmarche d'apothéose centrale, au nombre de ces œuvres dont on dit, suivant\nl'expression consacrée, qu'elles ne portent pas au concert. L'exécution de la\nFantaisie en ut peut être considérée comme la pierre de touche marquant le\ndegré de compréhension plus ou moins profonde chez un interprète du piano.\n Harold Bauer a exécuté cette fantaisie en poète, la première partie avec une\nenvolée superbe et une rare justesse d'expression illuminée de colorations ravis-\nsantes, et si dans la seconde partie le pianiste a affirmé surtout sa puissance\net son remarquable sens rythmique, laissant quelque chose à désirer sous le\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                               101\n\n\nrapport de la majesté, de l'ampleur lyrique de l'accent, il a dit de façon péné-\ntrante la troisième partie, laissant flotter par-dessus tout ce chant suprême,\nchant de l'Infini qui, planant dans des sphères rêveuses et azurées, couronne\nl'œuvre en guise de douce et céleste péroraison.\n   L'interprétation de Casais a plus de profondeur, celle de Bauer peut-être\nplus de chaleur enveloppante, mais elles sont toutes deux hautement probes\net sincères, et elles se sont très heureusement fusionnées dans l'exécution de\ndeux œuvres de musique de chambre, la Sonate pour piano et violoncelle en\nfa majeur (op. 99) de Brahms, où on a particulièrement remarqué la clarté\nd'exposition, la subtilité de nuances, la rectitude et l'aisance rythmiques\ndéployées par les deux partenaires dans l'Allegro appasionato si charmeur et\ncurieusement construit, puis la Sonate pour piano et violoncelle en la majeur\nde Beethoven (op. 69), ruissellement continu de beauté et de lumière triom-\nphante, qui, terminant le concert, a valu aux deux interprètes une ovation\nchaleureuse et assurément bien méritée.\n\n    S e c o n d C o n c e r t D e l u n e . — Bien qu'au programme de ce concert\nfussent inscrits les noms de Mozart, de Beethoven, Schumann et Berlioz, et\nque les diverses œuvres orchestrales exécutées aient été conduites par\n M. Delune avec cette sollicitude affectueuse, ce souci des nuances et cette\nénergie vivace qui caractérisent sa direction, ce second concert n'offrait pas\nl'intérêt très marqué du premier.\n   Malgré le charme captivant de la phrase principale de l'Andante, malgré les\ngracieux rythmes de scherzo qui en décorent les deux dernières parties, la\nSymphonie en si bémol de Schumann manque d'ampleur, de cohésion archi-\ntecturale, n'atteint point ces pures régions où plane d'ordinaire le céleste\nessor du grand génie lyrique qui, dans Manfred, dans les Etudes Symphoniques\net dans l'Amour du Poète, a laissé gravée son immortelle empreinte.\n   Quant au violoniste Marsick, que nous entendîmes il y a quelques vingt-\ncinq ans, lors de ses débuts, il nous avait laissé le souvenir d'un jeu senti,\nsincère et prenant. Mais on ne peut assurément dire que depuis lors son\ntalent se soit mûri et développé. Du Concerto de Beethoven, il a joué à la\nvérité toutes les notes qui y sont contenues, mais rien de plus. Dans cette\nexécution claire, mais amorphe et monochrome, il eut été impossible de\ndécouvrir la chose sublime qu'Ysaye nous révéla en son interprétation trans-\ncendante d'avril dernier. C'est ainsi que la surprenante puissance d'une\ngrande interprétation fait vivre et crée une seconde fois l'œuvre d'art, brisant\nla gangue qui recouvre et retient prisonnier l'éiincelant joyau. Marsick a été\nmeilleur dans le Trille du Diable de Tartini, il s'y est montré précis et habile,\nmais avec mollesse, sans la verve et l'esprit nécessaires à l'interprétation de\nce genre de compositions.\n\n   L e T h é â t r e d e V e r d u r e . — Ces intéressantes reconstitutions ont\nobtenu le plus grand succès. Au programme, la Guirlande, pastorale-ballet de\nRameau et le cinquième acte d'Armide de Gluck, deux œuvres qui, entendues\nainsi à la suite l'une de l'autre, offraient un instructif rapprochement. Rameau\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "102                                    DURENDAL\n\n\net Gluck ne furent-ils point tous deux apôtres de vérité artistique, travaillant\nl'un comme l'autre à fixer le style musical dramatique en le libérant de tant\nd'ornements factices et mensongers, misérable alliage introduit par le goût et\nles t e n d a n c e s de l'opéra italien? R a m e a u , avec sa robustesse h a r m o n i q u e\nn'excluant pas la grâce limpide et souple, avec ses rythmes nobles et doux,\nses naïis et savoureux archaïsmes ; Gluck, avec sa gravité et sa majesté idéales,\nson intense r a y o n n e m e n t de chaleur expressive, son incomparable a m p l e u r\nd'accent. Cependant, les similitudes de style entre les deux maîtres, qui ont\npoursuivi le même idéal artistique, sont plus apparentes que réelles. Musicien\nde race, si R a m e a u partage avec B a c h l'honneur d'avoir posé les assises sur\nlesquelles s'est élevé par la suite tout le merveilleux édifice de l'harmonie\nmoderne, il ne semble pas contradictoire de dire que cet art apparaît le reflet\net l'expression d'une époque, u n de ses non moindres charmes résidant préci-\nsément en ce parfum évocatif de lointain passé qu'exhale toute cette musique\net que nous nommons archaïsme. Aucune épithète, au contraire, ne peut\nmoins convenir à Gluck que celle d'archaïque. Son art ne date pas, il est éter-\nnellement j e u n e , éternellement vivant, éternellement g r a n d .\n    L'interprétation des œuvres de R a m e a u et de Gluck au Cercle n'était pas\nirréprochable. D a n s la pastorale, M l l e P i r o n e t a chanté, avec un joli senti-\nment, le rôle de Zélide la bergère. M. David était fort malheureusement\ngrippé, mais le courageux artiste s'est dépensé en généreux efforts pour rester\nà la hauteur de sa tâche. M lle de la Rouvière a déployé, dans le rôle d'Armide,\nles ressources d'une voix puissante, mais laissant a désirer sous le rapport de la\nsouplesse et de la douceur. Elle a chanté avec une belle énergie, où nous eussions\nc e p e n d a n t souhaité p l u s d e variété dans les n u a n c e s expressives, les adieux\ndésolés d'Armide à R e n a u d . L'orchestre et les choeurs étaient confiés à la direc-\ntion experte et érudite de Ch. B o r d t s . Les sœurs Mante, de l'Opéra, exécutant\ndes danses de style avec leur grâce coutumière, ont fait les délices de l'assem-\nblée. Signalons, enfin, l'ingénieuse décoration de la salle et de la scène qui,\nparées de guirlandes de fleurs et de feuillage, présentaient un charmant aspect\nen ce cadre de fraîcheur printanière et accueillante.\n\n\n Concerts Merck, Mycsz-Gmeiner, du Chastain, Max\nDonner et Barat. — Notre chronique musicale étant déjà très chargée\net les auditions intéressantes se présentant fort uombreuses en ce moment de\nl'année, nous ne pourrons que signaler d'une façon générale certains\nconcerts qui eussent mérité des comptes rendus plus détaillés. D'abord le\nconcert donné par le violoncelliste H E N R I MERCK, avec le concours d'un\norchestre dirigé par ALBENIZ, concert au cours duquel le jeune artiste n o u s\na charmé par de belles, larges et expressives interprétations. P u i s le\nconcert de M m e MYCSZ-GMEINER, l'admirable cantatrice applaudie l'an der-\nnier aux Concerts Ysaye et au Cercle Artistique et qui a u n e fois de plus puis-\nsamment captivé son auditoire par les séductions de sa voix si c h a u d e , de\nson art si vibrant et parfois si profond. Elle a été supérieure d a n s les\nSchubert, les S c h u m a n n et les H u g o Wolf. C'était M. JEAN DU CHASTAIN qui\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                            CHRONIQUE MUSICALE                                           103\n\n\nl'accompagnait au piano et il s'est acquitté de sa mission avec un goût délicat\net en véritable musicien. Dans les pièces de piano qu'il a jouées en soliste\n(Bach, Beethoven, Chopin), il a paru très en progrès. Son interprétation s'est\naffermie et a pris du caractère, s'éclairant de nuances et d'intentions poétiques.\nIl a n o t a m m e n t joué avec un sentiment très sincère le Nocturne en ré bémol\nde Chopin, et a eu un très bel effet de crescendo d a n s l'épisode central de la\nPolonaise en la bémol du même auteur. N o t o n s encore au rappel u n e délicieuse\nexécution de la Campanella de Liszt.\n   M. MAX DONNER, violoniste, élève de T h o m s o n et d'Ysaye, a organisé un\nconcert à la G r a n d e - H a r m o n i e . Il y a fait entendre des œuvres de\nMendelssohn, S a i n t - S a ë n s , Max Bruch et de lui-même. C'est d a n s le Concerto\nde Mendelsshon qu'il a été le plus intéressant. Il joue avec goût, avec u n joli\nsentiment et il phrase bien, mais la sonorité manque encore d'ampleur. De\nbelles exécutions de l'ouverture de Freischüz et de la Siegfried-Idyl, sous la\ndirection de Crickboom, constituaient un des non moindres attraits du\nconcert.\n   Signalons enfin le récital de M. BARAT, pianiste, qui, au cours d'un pro-\ngramme composé d'œuvres excellemment choisies, a affirmé de n o u v e a u ses\nqualités d'éclat, de technique sûre et de brillante virtuosité.\n\n                                                           G E O R G E S DE G O L E S C O .\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "                          La Gioconda\n       Drame en quatre actes de Gabrielle d'Annunzio\n\n                 LE drame du célèbre poète italien est en somme un des quelques\n                    aspects du problème ancien de l'Art et de la Morale. Lucio,\n                    sculpteur, est marié à une femme d'élite qui l'entoure d'un\n                    amour ardent, compréhensif et pitoyable. Mais il a rencon-\n                    tré la Gioconda qui a capté en quelque sorte toutes les\n                    énergies de son âme d'artiste par l'attirance féconde de sa\n                    beauté plastique... Elle est le « modèle «exceptionnel dont\n                     chaque geste inspire son ciseau. Et Lucio le sculpteur est\n                     pris entre ces deux pôles, pourrait-on dire, de l'Eternel\nféminin, entre ces deux beautés, l'une infiniment touchante qui le précipite tout\néperdu de vénération aux genoux de sa femme, aux pieds de sa perfection\nmorale d'épouse et de mère, l'autre effroyablement enivrante pour son\ncerveau et ses sens d'artiste, la beauté matérielle et plastique de la Gioconda.\nVoilà le « conflit » sur lequel s'érige le drame.\n    Ces deux forces antagonistes, par une composante fatale, l'ont conduit au\nsuicide. Il se rate et sort de cette crise effroyable grâce aux soins de sa\nfemme. Mais il n'est pas guéri de la Gioconda... Silvia, l'épouse, apprend\nqu'il va aller la rejoindre dans son atelier... Silvia tente un dernier effort,\nelle rencontre la rivale dans cet atelier, et c'est le troisième acte d'une admi-\nrable véhémence où les deux femmes clament face à face leurs droits, l'une\nd'Epouse, l'autre d'Inspiratrice... La première pour vaincre invente un\nmensonge; elle se dit envoyée par son mari pour annoncer à sa rivale que\n Lucio la chasse... La Gioconda éperdue se précipite au fond de l'atelier où,\nderrière une draperie, la dernière œuvre du sculpteur, érige la Splendeur de\nl'amante... et voilà que Silvia, oubliant tout à coup que cette statue est la\nconcrétisation et le symbole du malheur de sa vie, emportée par son amour\n total de Lucio, défend en une courte lutte le chef-d'œuvre de Beauté, d'une\n beauté dont elle fut absente... mais la statue s'écroule et broie les mains, les\n belles mains de Silvia, le seul charme « physique » qu'elle eût. Ce dénoue-\n ment, ce premier dénouement, car il en est un second qui remplit d'une\n atroce tristesse le quatrième et dernier acte, aurait certes pu suffire; tel,\n il a été critiqué; l'on aurait préféré — bien entendu au strict point de vue\n dramatique — l'on aurait peut-être préféré voir Silvia succomber en son\n  héroïsme d'épouse et d'amante. Pour ma part, je l'ai admiré; j'ai goûté la\n délicatesse ingénieuse, si je puis dire, de cette idée et l'élément de haut\n dramatisme poignant dont elle couronnait la pièce. Le geste de Silvia est\n  magnifique; il m'a paru un trait de génie; la catastrophe une curieuse\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                LA   GIOCONDA                                105\n\n\ninvention cruelle. Mais j'eusse à mon tour préféré qu'il terminât, sans la\nsolutionner autrement, cette poignante histoire. De la sorte nous aurions\nignoré que Lucio repris par la fatale Gioconda, avait abandonné définiti-\nvement sa femme, et lui qui ne nous est pas donné, notez-le bien,\npour une brute, nous n'aurions pas été forcé de le juger durement...\ncar cet homme il a beau s'écrier au premier acte, lorsqu'il exalte la\ngrandeur et la hauteur d'âme de Silvia, qu'il ne sculpte pas des âmes\net essayer de faire comprendre — et pardonner — ainsi son entraîne-\nment fatal vers la Gioconda, dont chaque mouvement est pour ainsi dire\nune virtualité de chef-d'œuvre, cet homme ne se comprend plus quand il\nquitte sa femme après son sublime dévouement, après cet atroce broye-\nment qui devait la lui rendre, maintenant, infiniment plus encore, et belle et\ntouchante et digne de tous les renoncements. Et je saisis mal, puisque\nd'Annunzio a introduit une tentative de suicide dans sa pièce, pourquoi\nil ne l'a pas placée à ce moment; elle fut venue en accord logique avec la\npsychologie des personnages telle qu'il nous la décrivait... Nous voilà bien\nforcé de ranger le personnage parmi les « fauves intellectuels », selon la\nforte expression de Schuré en parlant des héros d'Annunzio. Mais quelle est\nla portée de ce théâtre. Est-il autre chose que purement lyrique? Je ne le crois\nguère. Et en somme s'il pose un cas de conscience ou un conflit aigu, il se\nmeut tout entier dans une conception de la vie, qui demeure exceptionnelle.\nLe poète italien est visiblement pénétré de la philosophie de Nietzche et\nson drame en est une sorte d'illustration. L'oeuvre est peut-être vraie\nesthétiquement, elle ne l'est guère moralement. Sa signification lyrique et\nesthétique est seule importante donc. Voilà pourquoi ce quatrième acte où\nSilvia apparaît abandonnée de son mari, pâlie, défaillante de malheur\npresque, mais toujours admirable de courage, où nous la retrouvons mutilée\nmoralement et physiquement, revoyant pour la première fois sa fille, qui\nne sait rien encore de l'atroce vérité, ce quatrième a paru viser un peu trop\ndirectement à tordre, d'une espèce d'angoisse physique, les nerfs des specta-\nteurs, et l'art et l'inspiration ont semblé moins hauts qui l'avaienc dicté. Je le\nveux, encore que Suzanne Desprès, l'admirable interprète du rôle de Silvia,\ny ait été d'une mesure et d'une vérité splendides. Ah! quel art profond que\nle sien fait de sincérité, de simplicité et de force, et cette physionomie où la\nmoindre nuance de sentiment apparaît spontanément dans les traits intelli-\ngents du visage et commande les gestes délicieux, d'une justesse parfaite!\nTout se réunit pour faire d'elle une des plus intenses et compréhensives\n artistes de maintenant. M. H . Burguet a joué le rôle dur et épuisant de\n Lucio avec une maîtrise incontestable. J'ai rarement vu, pour ma part, un\nartiste « se donner » avec plus d'abandon et d'intelligence. Il a composé un\n Lucio ardent, lyrique, emporté et déprimé tout ensemble, nerveux jusqu'au\n déséquilibrement, qui a fait grande impression. Lugné-Poë avait un rôle de\n demi-teinte où il a été parfait. Et pour terminer, félicitons vivement la\n direction du Cercle Artistique et remercions-la pour cette belle et intéressante\n manifestation d'art; et admirons comment avec des ressources scéniques\n restreintes elle est parvenue pourtant à entourer l'œuvre et ses interprètes\n d'une mise en scène d'un goût excellent.                               G. B.\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                           Les Expositions\n      L e C e r c l e « P o u r l ' A r t » a coutume d'organiser des Salons où les\nenvois des statuaires dépassent en intérêt ceux des peintres. Cette fois,\n M. Victor Rousseau s'est abstenu de rien exposer et cette abstention\nmarquante renverserait la proportion coutumière si des œuvres de\n M M . Wolfers, Braecke, B o n c q u e t et De R u d d e r , par leur n o m b r e , leur\nallure et leur mérite ne nous offraient des compensations appréciables.\n     Les ouvrages des peintres sont suspendus sur u n e tenture nouvelle, d u n\njaune c l a i r e t l u m i n e u x , au-dessus de laquelle règne la couleur brun rouge de la\nmuraille. L'effet en est malheureux. D'abord par la juxtaposition de ces deux\ntons en zones parallèles, tons discords, de valeurs disparates. E n s u i t e parce\n que le « j a u n e » choisi est trop lumineux, trop bavard et annihile toutes les\n lumières des tableaux Un peu plus sobre, un peu plus neutre et ce jaune\neût été délicieux, confondant l'or des cadres en u n e tenue générale tranquille,\n opulente, laissant sonner uniquement les harmonies colorées des peintures.\n L a tentative était intelligente, mais un peu de goût délicat, d'instinct sen-\nsitif a m a n q u é au décorateur, à défaut d'avoir pu tenter un essai partiel et\npréparatoire.\n     MM. Verhaeren, R e n é Janssens, F r a n z Van Holder, Orner C o p p e n s ,\nEmile Fabry, E u g è n e L a e r m a n s , J e a n Van den Eeckhoudt, Amédée L y n e n ,\n P r o s p e r Colmant, H u i b L u n s , François De H a s p e , Firmin Baes, Richard\nViandier, E m m n n u e l Vierin et leurs collègues sont représentés par des toiles\nintéressantes, caractéristiques de leurs personnalités si diverses. M m e De R u d d e r\na exécuté avec son art délicat, sa technique curieuse un « panneau brodé »\nd'une finesse de coloris ravissante, mais dont la composition est peu digne\nd'une telle dépense de talent et de t e m p s ; M. Léon Snyers a composé une\np e n d u l e en sycomore de dessin linéaire et de style effarant, enfin les bijoux\nsomptueux, aux émaux de rêve, signés Wolfers, confèrent au Salon une\nindéniable force d'attraction sur le public...\n    FRANZ VAN HOLDER me paraît, parmi tous les peintres, le premier d o n t il\nfaille constater l'immense progrès et l'acheminement tout proche vers\nune maîtrise incontestée. L'Enfant en bleu, la Dame en blanc et le Portrait\nd'homme sont des morceaux à la fois substantiels et subtils affirmant un\ntempérament curieux, le sens de la forme, l'entente des harmonies, une belle\nvaillance enthousiaste et — déjà — une expérience technique i m p o r t a n t e .\n    Les coins d'intérieur de M. R E N É JANSSENS continuent la série de ces\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                   LES EXPOSITIONS                                        107\n\n\ntoiles patientes où l'artiste sait faire parler l'intimité immobile des choses.\nLes aspects d'une vieille Demeure patricienne révèlent, sous leur allure médita-\ntive, le « grand air » d'arrangements qui furent fastueux et que les généra-\ntions successives ont respectés. Cela est noble avec mélancolie. M. J a n s s e n s\ny a observé des modulations de couleur très suivies et les a exprimées d'un\npinceau a p p l i q u é , sage, u n peu trop p r u d e n t peut-être et retenu, capable\ncependant de réaliser des h a r m o n i e s soutenues et fortes.\n    L e s natures-mortes et les paysages de M. ALFRED VERHAEREN ont l'inten-\nsité, l'éclat, l'émail de ses pages coutumières. Les études féminines de\nM. LAERMANS soulignent ce qui fait défaut à ce curieux talent, plus à l'aise\ndans les inventions chromatiques qu'il intitule « études (?) de paysages » et\nqui sont des paysages rêvés, des visions colorées entièrement inventées avec\nune vivacité et u n e a m p l e u r singulières.\n     M. VAN DEN EECKHOUDT, dans la manière d'Isidore Verheyden, trace des\nportraits intimes, psychologiques, discrets, d'exécution u n peu molle.\n     Le style décoratif de M. E M I L E FABRY, d'un galbe si p u r , s'affirme en u n\npanneau, Conception, qui fait regretter l'absence des autres œuvres a n n o n -\ncées au catalogue : le Semeur de blé et le Semeur de chardons, destinés à com-\npléter la décoration de la Villa Wolfers, à L a H u l p e , décoration dont la\npremière partie fit sensation au Salon triennal de 1903.\n     L a couleur arbitraire de M. F a b r y , l'allure stylisée de ses compositions\nsont très caractéristiques et intelligemment ornementales.\n     M. FIRMIN BAES ne s'affranchit pas de la hantise de Léon F r é d é r i c , tout\nau moins dans sa peinture à l'huile, encore acide et d é c o u s u e . Ses dessins\nsont plus personnels, de mise en page expressive et d'exécution large.\n     PROSPER COLMANT demeure le peintre excessif, véhément, de forme lourde\net de couleur brutale que nous connaissons bien. Il paraît se préoccuper cette\nannée — tout au moins d a n s le Jupon bleu — de réaliser u n morceau de\ndessin plus châtié et de couleur plus r a r e . . .\n     OMER COPPENS se spécialise de plus en plus dans ses coins pittoresques et\nses intérieurs r u s t i q u e s . Il y a p p o r t e u n e vision précisa, un choix judicieux,\ndes juxtapositions de couleurs imprévues, non sans parfois quelque séche-\n resse ou quelque dureté.\n     Les envois de De H a s p e , H a m e s s e , M m e Lacroix, Vierin, Viandier, ne\n nous a p p o r t e n t a u c u n e révélation imprévue sur le travail de ces conscien-\ncieux paysagistes, non plus que les amusantes imaginations d'AMÉDÉE LYNEN\n ne se distinguent b e a u c o u p de ses précédents travaux. M. H U I B L U N S\ncherche, tâtonne, se t r o m p e , mais son labeur acharné ne sera pas stérile, on\n peut espérer le voir bientôt en possession d'une technique obéissante, réali-\n sant des œuvres m û r i e s .\n     P a r m i les sculpteurs, P H I L I P P E W O L F E R S s'affirme très fécond, très souple,\n très habile, très artiste.\n     Le Cycle des Heures, ingénieuse a r a b e s q u e de douze figurines c h a r m a n t e s ,\nest une œuvre d'invention toute heureuse, d'exécution délicate. L a Jeune\n fille au paon, déjà exposée en plâtre, reparaît définitive en m a r b r e , bronze\n et émaux. L a juxtaposition d e ces matières précieuses, aux nuances froides\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "108                                         DURENDAL\n\n\net brillantes, réalise une h a r m o n i e très nouvelle. L e Coffret, orné de\nmédaillons d'ivoire, d'argent ciselé, d'émaux sur or, de perles rosées et\nd'opales aux feux mystérieux, — fantaisie de haut goût, d'opulence réelle et\ndiscrète — devrait, ainsi que certains bijoux particulièrement h e u r e u x ,\ntrouver place en quelque musée d'art décoratif.\n   L e buste de Jeune Flamande, par P I E R R E BRAECKE, est une œuvre de\nbeauté saine; les Cariatides d'HENRI BONCQUET, mouvementées à l'excès,\nmontrent une invention ingénieuse, son Vieillard est de beau caractère;\nenfin, la Figure tombale d'ISIDORE D E RUDDER et la Lionne de JEAN GASPAR\ncomplètent ce contingent r e m a r q u a b l e .\n\nAU CERCLE ARTISTIQUE :\n   M M . C h a r l e s G o e n r a e t s , R e n é de B a u g n i e s , J é r é m i e D e l s a u x ont à\nleur tour occupé la cimaise.\n   Les grisailles — visions des bords de l'Ourthe — de M. JÉRÉMIE DELSAUX\nont de la finesse et de la grâce. M. CHARLES COENRAETS se m o n t r e exécutant\nadroit et coloriste aimable. Peinture brillante, superficielle et facile. R E N É\nDE BAUGNIES, plus a p p l i q u é , n'est point très heureux en ses harmonies colo-\nristes, qui manquent parfois de fraîcheur et de sincérité. On voudrait, p o u r\ncet artiste méritant et travailleur, des réussites plus franches.\n\n   M M . R e c k e l b u s et A l l a r d , N e s t o r Cambier et R i c h a r d H e i n t z .\n    Deux aquarellistes et deux « huilistes ».\n    M. RECKELBUS, Brugeois, a trouvé d a n s l'amour du sol natal et d a n s la\nfervente observation des coins pittoresques de la vieille cité matière à u n e\nsérie importante d'aquarelles séduisantes. B r u g e s , terrain inépuisable, offre\nà tous les artistes des beautés neuves et diverses. R o d e n b a c h , Baertsoen ont\nexprimé, en pénétrant ses secrets, des œuvres définitives, d'autres se sont\narrêtés à la joliesse archaïque, à la mélancolie superficielle de ses aspects\nles plus c o n n u s . Vieilles murailles, tourelles, canaux — « miroirs du ciel » —\ncygnes blancs, pauvresses en mantes noires, atmosphère de piété recueillie,\non peut formuler en variations infinies ce charme prenant, cette séduction\nu n a n i m e . M. Reckelbus, avec adresse et respect, nous apporte ses impres-\nsions personnelles après tant d'autres. L É O N ALLARD est habile, ingénieux,\npaisible. Ses paysages bien établis, sagement peints ne méritent que des\nqualificatifs amènes.\n   N E S T O R CAMBIER, très j e u n e artiste, voit u n peu sombre et l o u r d . Il a de\nl'énergie, un accent convaincu, la ferveur de son art et, sans doute, il affir-\nmera une personnalité. Des œuvres de M. RICHARD H E I N T Z , peintre liégeois,\n— d'exécution incertaine, — complétaient ce salonnet.\n\n    A l a G a l e r i e B o u t e . — Quelques artistes ont eu l'idée d'une expo-\nsition exclusivement réservées aux études et aux pochades.\n   Sans doute, ces œuvres rapides, inachevées, ont u n c h a r m e , u n e sponta-\nnéité, un mystère que l'on ne trouve pas aux ouvrages définitifs. L'imagi-\nnation du connaisseur — collaborant avec l'exposant — réalise le complément\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                             LES EXPOSITIONS                                109\n\n\nindispensable à des morceaux à peine indiqués. Mais le gros public n'a guère\ncette imagination esthétique, il demeure déconcerté comme devant des rébus.\nEn règle générale, je considère que l'étude, la pochade, l'ébauche, le croquis,\nla maquette, le projet, — toute préparation, en un mot, — est un document\nprécieux à l'atelier, mais qu'à l'exposition on veut constater l'affirmation plus\ncomplète et rassise de talents sans escamotages.\n   A côté d'œuvres mûries et d'exécution voulue, l'exhibition de simples\n « indications » est généralement déplacée. Celte fois, les exposants ont formé\nun ensemble homogène et j'avoue que l'effet en est assez piquant.\n    Peintres et statuaires y font preuve de tempérament, d'invention, d'inten-\ntions louables.\n    F . BEAUCK possède un curieux tempérament; il trace des dessins où fris-\nsonne du mystère angoissant, où passe la terreur des ténèbres et de la mort.\nC'est particulièrement dans l'immobilité des paysages ou des intérieurs assom-\nbris qu'il révèle un étrange pouvoir de suggestion.\n   J.-M. CANNEEL a des pochades qui sont en elles-mêmes complètes. Illustra-\ntions, affiches, dessins habilement enlevés, vignettes de ligne souple, tout son\nenvoi témoigne qu'il ne faut pas réclamer de lui des œuvres patientes et\nappuyées. Ses résumés ont le mouvement de la vie, un aspect non point\ninachevé, mais voulu. Particulièrement caractéristiques sont le Danseur hindou,\nla Jeune Fille maigre, quelques croquis de types accusés, sans charge ni exces-\nsive outrance.\n   Les envois de M. PAREELS sont d'invention ingénieuse, d'observation déli-\ncate, de finesse aimable.\n   Et MM. Blandin, René Deman, W. Jelley, F . Lantoine et E. Mahaux ne\nmanquent pas d'adresse, de savoir-faire dans des études où la fraîcheur,\nl'émotion du travail exécuté sur nature gardent une saveur primesautière.\n    Le statuaire E U G . CANNEEL expose des maquettes, des impressions de\nnature, des indications de mouvement et de draperie souples et bien venues.\nSes bustes de jeunes filles sont un peu trop sommaires, et cette négligence\nn'est point justifiée dans des portraits.\n   A. D E KAT a beaucoup admiré les Japonais et peut-être Jean Carriès. Ses\nbustes, ses figurines d'animaux ont une curieuse recherche d'allure, de pré-\nsentation, de surface.\n   Et M. AUG. BOUTE, avec plus d'ambition et de vaillance, a réalisé de\ngrands morceaux très laborieux, un peu compacts en ce milieu, mais dignes\nd'intérêt et d'encouragement.\n\n\n   Après cette exposition de pochades, la Galerie Boute a abrité des œuvres\nde M. F. MAGLIN, peintre français quelque peu artificiel et précieux, qui se\ncomplait à des notations de passage volontairement arbitraires, d'exécution\nun peu sèche et dont la précision étroite n'est point embellie d'une science ou\nd'un style appréciables. Néanmoins, plusieurs panneaux sont agréables\nd'effet et l'artiste y fait montre d'ingéniosité et de goût, souvent même de\nréelles qualités d'observation mises au service d'une interprétation rape-\ntissante.                                                               P . L.\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "               LIVRES ET REVUES\n\nLa P e i n t u r e V é n i t i e n n e , par POMPEO MOLMENTI, traduction de\n    M. J. DE CROZALS, un vol. ill. — (Florence, Alinari.)\n    Les travaux de M. P o m p e o Molmenti sur l'histoire politique et artistique\nde Venise ont acquis à leur auteur une réputation méritée. A propos d'une\nde ses publications récentes, consacrée à la Légende de Sainte Ursule, de\nCarpaccio, nous tracions, à l'intention des lecteurs de cette revue, en juillet\ndernier, un précis de l'histoire de le peinture vénitienne, de ses origines au\nXVIe siècle; depuis Jacobello del Fiore et les Vivarini jusqu'au Giorgione et\nau Titien, en passant par les beaux quattrocentisti, Carpaccio et les Bellini...\nLes considérations que nous avons émises au sujet des différents âges de\nl'école, il n o u s aurait été précieux de les a p p u y e r de l'autorité de M. Mol-\nmenti, si n o u s avions connu son livre au moment où nous écrivions. Il\nadmire comme ils doivent l'être les grands maîtres du XVIe siècle, mais n o n\nsans voir les germes de décadence que leurs œuvres recèlent, p a r la lente\ninfiltration des principes d'un faux idéalisme : « Les artistes du XVe siècle,\nobserve-t-il excellemment, se dégagent de la tradition et s'approchent avec\na m o u r de la réalité. L e s sujets sacrés deviennent plus voisins de n o u s , les\nanges et les saints présentent plus de liberté et de variété dans leur a t t i t u d e ;\nmais le sentiment de la vie terrestre s'allie encore à la foi profonde en u n e\nvie céleste; et dans les formes physiques on découvre en même temps que la\nréalité matérielle, la sublimité de l'idéal. Sans doute, il fallait le XVIe siècle\n pour que l'on vît se manifester toute la p o m p e et la vigueur de la beauté et\nde la santé. Mais en présence de l'art des Vivarini, des Bellini, de Carpaccio,\non ne saurait nier la fascination irrésistible qu'exercent tous ces dons admi-\n rables de la jeunesse, cet art splendide dans sa sincérité et robuste dans son\n honnêteté, qui entre d'abord triomphalement dans le royaume des idées,\n pour marcher plus tard à la conquête des formes elles-mêmes. »\n    M. Molmenti n ' a b a n d o n n e pas l'art vénitien après l'âge d'or, lorsque la mort\n a fait tomber la palette des mains du grand Titien et du trop exubérant T i n -\n toret. Il nous en raconte les fastes amoindris pendant la décadence du XVIIe\n siècle; nous le montre reprenant u n peu de vigueur au XVIIIe siècle, sous l'in-\n fluence du fougueux Ticpolo, puis subissant, dans le siècle suivant, la réaction\n déprimante de la servitude sous laquelle Venise gémissait et réfractant de loin\n les tendances successives de l'école française, classique avec David et I n g r e s ;\n romantique avec Delacroix... E t le judicieux annaliste termine par l'analyse\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                             LIVRES    ET   REVUES                           I I I\n\n\n\nd( s travaux des peintres modernes, qui, puissamment stimulés par l'organisa-\ntion bisannuelle à Venise, depuis 1895, d'expositions internationales de\npeinture, ont donné un nouveau lustre d'art à la vieille cité de gloire des\nlagunes.\n    Il est superflu d'ajouter, l'ouvrage étant édité par la maison Alinari, que\nl'illustration en est copieuse et parfaite.\n\n L a p e i n t u r e b e l g e a u X I X e s i è c l e , par RICHARD MÜTHER; tra-\n   duction de M. Jean De Mot; un volume illustré. — (Bruxelles, Misch\n   et Thron).\n   Notre école moderne de peinture, tout en conservant ses caracté-\nristique sautochtones,le don de la couleur forte etsavoureuse et sa propension\nau réalisme, a subi presque constamment, depuis le début du siècle dernier,\nla réaction des évolutions de l'art français. Classiques, romantiques, impres-\nsionnistes, symbolistes et les autres ont eu, ainsi, leurs adeptes chez nous,\nadeptes qui, il faut le dire, ont parfois égalé ou surpassé les maîtres dont ils\navaient reçu l'impulsion. On peut marquer, du reste, à ce propos, que, depuis\nla Révolution, surtout, la littérature a pris une influence de plus en plus\ngrande — directe ou indirecte, peu importe, — sur l'art, et il n'y a rien de\nsurprenant, dès lors, à ce que l'initiative des mouvements esthétiques soit\ntoujours partie du centre de rayonnement des lettres dans cette partie de\nl'Europe.\n   Mais, naturellement, la répercussion de ces mouvements est très inégale\nselon les milieux et les éléments plus ou moins jeunes et novateurs dont\nceux-ci sont composés. Il y a les novices, les débutants, qui se précipitent\navec ardeur et tumulte dans la nouvelle voie, parce que, étant nouvelle, elle\nparaît révolutionnaire ; il y a les artistes arrivés, qui appartiennent déjà à une\ntradition et se montrent peu soucieux de la renier pour adopter des méthodes\ndifférentes; enfin, il y a encore les maîtres d'une originalité trop foncière et\ntrop personnelle pour être accessibles à des idées esthétiques issues d'ailleurs\nque de leur propre réflexion ou qui, s'ils reçoivent les influences extérieures,\nne les accueillent que dans la mesure où elles peuvent se concilier avec les\ninclinations de leur tempérament.\n   La vitalité de notre école de peinture est entretenue par ces divers courants\nqui se combattent et s'entre-croisent, créant de la sorte une rivalité et une ému-\nlation perpétuelles, au grand profit de la valeur d'ensemble de nos artistes et\nde l'influence que notre art exerce, à son tour, dans le monde.\n   M. Muther, professeur d'histoire de l'art à l'Université de Breslau,qui s'est\nrendu compte du « rôle décisif joué par la Belgique dans l'évolution de l'art\nm o d e r n e , a voulu esquisser à grands traits l'histoire de notre peinture au\nXIXe siècle. C'est comme une revue à vol d'oiseau, par perspectives larges et\nrapides, et où l'auteur s'est efforcé surtout, en insistant sur les exemples,\nmaîtres et œuvres les plus caractéristiques, de signaler les tendances et les\nmérites des générations et des écoles artistiques qui se sont succédées en\nnotre pays durant cette période. Quoique M. Muther se soit servi uniquement\npour son étude des tableaux du Musée de Bruxelles (où il se plaint avec\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": " 112                               DURENDAL\n\n\nraison de n'avoir point trouvé de catalogue critique), alors que le Musée\nd'Anversauraitutilementcomplété ses informations sur des points importants,\nson ouvrage offre un précis fort nettement développé et fort complet de la\nmatière. Nous ajouterons que, hormis l'usage peut-être un peu trop fréquent\nde qualificatifs qui sont de style lorsque l'on parle de la peinture flamande,\ntels que gras, puissant, flegmatique, lymphatique, les appréciations de\nM.Muther sont, en général (sauf, par exemple, pour Wiertz et quelques-uns de\nnos contemporains), judicieuses et témoignent d'un goût perspicace. (Il\ns'entend que je veux seulement dire que je suis d'accord avec lui!).\n   M. Jean De Mot, auquel nous devons une élégante version de cet agréable\nouvrage, a fait précéder celui-ci d'un intéressant et judicieux avant-propos.\nOn ne peut que louer aussi l'illustration du livre, tout en ne s'expliquant\npoint de n'y voir rien figurer de certains artistes considérables, De Braecke-\nleer notamment. L'adjonction d'un répertoire chronologique n'aurait pas, non\nplus, été inutile.\n\n C h o i x d ' œ u v r e s e n p r o s e , par GIACOMO LEOPARDI, traduction, intro-\n    duction et commentaire de M. MARIO TURIELLO. — (Paris, Perrin.)\n    Les quelques dialogues philosophiques de Leopardi, dont M. Turiello\n nous donne l'élégante traduction en ce volume, sont accompagnés d'une très\nintéressante introduction et de nombreuses notes. Leopardi, comme on sait,\n avait une conception pessimiste de l'existence; M. Turiello la partage,\n mais avec tonte la méthode d'un disciple fervent de Shopenhauer : et il ne\n laisse pas de morigéner, parfois, son auteur lorsque celui-ci énonce une\n proposition dérogeant quelque peu à la rigueur accentuée de ses jugements\nsur la vie. De sorte qu'il arrive que le lecteur soit légèrement impatienté de\ntrouver toujours le commentateur en tiers entre lui et l'écrivain !\n    Leopardi, qui était poète, n'a pas systématisé son pessimisme. Les événe-\n ments de sa carrière, certaines disgrâces personnelles, contribuèrent,\n peut-être, à développer en lui sa prédisposition à une vision douloureuse de\n la vie, mais il est sans doute que tout homme privé de la foi, clairvoyant et\nqui pense, ne saurait arriver à d'autres conclusions : à plus forte raison,\nun artiste, avec sa sensibilité plus vive, son aptitude à souffrir extraordinai-\nrement des déceptions, des disparates et des malencontres de la vie. Mais les\nexpressions les plus poignantes du pessimisme de Leopardi sont dans son\nœuvre poétique plutôt qu'en ces froids dialogues, sans flamme et sans image.\n Peut-être les a-t-il écrits pour justifier ses inspirations sombres aux yeux de\nses contemporains, tout engoués encore des sophismes de Jean-Jacques? En\ntout cas, si l'autorité de la démonstration a gagné à l'emploi de cette forme\nrationnelle, l'art y a perdu.\n    L'insatisfaction inapaisable de l'homme que Montaigne et Pascal, déjà,\navaient marquée en traits immortels, Leopardi l'analyse et la déplore. Cepen-\npant, n'est-elle pas la condition de la perpétuité de la vie; et, satisfait, le\nmonde ne s'arrêterait-il point d'agir? Parce que la paix persistante, la\njouissance durable n'appartiennent point à la terre, Leopardi proclame le\nnéant de la vie — mais, probablement, celle-ci serait-elle plus néant encore,\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                113\n\n\ndès l'instant où fixée pour jamais dans l'absolu de la perfection, il n'y aurait\nplus en elle la possibilité d'une aspiration! Cette conséquence aurait dû,\ncependant, être tout indiquée pour le poète, puisque, parlant du séjour des\nJustes, où ceux-ci seront soustraits à jamais aux tribulations de ce monde, il\nestime que l'éternelle félicité de ce Paradis ou de cet Elysée ne pourra être\nqu'un éternel ennui.\n   Nous sommes si peu prédestinés à la joie qu'un bonheur trop égal et\ntrop continu finit par nous lasser et par engendrer en nous une anxiété\nindéfinie et comme l'attente superstitieuse d'un désastre. Et, d'un autre côté,\nsi nous avons été dévastés par une souffrance morale prolongée, la désuétude\nde cette souffrance, et sa disparition, nous les accueillons comme un\namoindrissement plutôt que comme une délivrance.\n   M ais, s'écrie Leopardi, que vaut une vie, qui n'est qu'au prix d'une inces-\nsante douleur? Cependant, l'homme aime la vie... Et, on ne sait : peut-être\nson horreur de la mort est-elle surtout la crainte du moment où il n'aura plus\ndevant lui l'espace où situer son désir, son espoir d'un bonheur que, quel que\nsoit son âge, il cherche encore...\n   La vie, pour lui, c'est l'étoffe, la trame, le champ de ce bonheur, toujours\npossible et toujours attendu... La mort ferme la porte aux expériences.\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\nLa Maternelle, par LÉON FRAPIÉ. — (Paris, Librairie Universelle.)\n   Le prix Goncourt de cette année a révélé Léon Frapié en couronnant son\nroman La Maternelle. Le voici à la mode : les périodiques, les journaux,\ncertaines revues publient ses nouvelles, il est connu, si non célèbre. Quelle est\ncette Maternelle et quel est ce nouveau talent?... Le roman n'est un roman\nqu'à peine. C'est le journal de vie d'une jeune normalienne qui, ne parvenant\nà se « caser » dans une situation sociale adéquate à ses diplômes, s'engage en\nqualité de femme de charge dans l'école maternelle d'un quartier ouvrier pari-\nsien, c'est-à-dire, sans air, pauvre, malsain, encombré de mastroquets, de\nvice, de maladies et où la misère flotte dans l'atmosphère parmi les relents\nd'absinthe. Et elle note et décrit jour par jour toutes les ambiances qui l'entou-\nrent. Et tout le livre n'est qu'une monographie aiguë et poignante de cette\nécole pour petits enfants du peuple, de la vie qu'ils y mènent, de leurs âmes\ncomplexes et curieuses, en somme une étude très fouillée de misère sociale,\nmorale et physique. Le livre est poignant et aigu, d'un réalisme prenant et\nsans recherches d'effets. Il constitue un document sincère dressé par un\nhomme de talent, et d'un cœur vibrant malgré l'allure narquoise de la prose\nalerte, vivante, nerveuse. Et j'adrnire pour ma part comment, avec une\n matière aussi « pauvre », l'écrivain a pu écrire un livre aussi vrai et aussi\nattachant. Car ce livre m'a passionné, oh péniblement, à force de vérité, et\nje ne crois pas, hélas! que les choses et les gens y soient « forcés ». Il révèle\n un monde, un petit monde de mioches pour la plupart coxalgiques, fripés et\n déjà déterminés par atavismes moraux et physiques vers des devenirs de\n misère louche et suintante. Voilà sommairement le livre. L'écrivain apparaît\n et s'individualise dans le style, la conception. Il est bien uniquement,\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "114                                    DURENDAL\n\n\njusqu'ici au moins, u n conteur de misérables. Mais à l'inverse de Gorki,\n qui met d a n s ses peintures comme un dramatisme lyrique, F r a p i é se\npose plutôt comme un simple annotateur, froid et désintéressé, devant le\ntableau, qu'il peint traits par traits, au fur et à mesure qu'ils se présentent à\n son observation. E t pourtant u n e œuvre comme la Maternelle est vibrante\nde pitié Mais l'écrivain a grand soin de n'y point intervenir. Il n'y a a u c u n e\nportée morale ou moralisante apparente annexée au livre, aux c o n t e s ; mais\ndans la composition même de l'œuvre — et c'en est là l'art et la valeur — tout\nconcourt, sans arrangement factice, à faire naître une émotion intense.\n      L'originalité est dans' le style incisif, d'une forme courante, positif,\nsans recherche et pourtant très personnel. C'est le style d'un h o m m e\npositif « qui n e fait pas de littérature », qui voit dur et juste, et conte sans\nphrases des choses sans b e a u t é ; mais tout cela n'est qu'apparence, car la\nmanière, je l'ai dit, comporte une puissance de pitié é m o t i o n n a n t e et\np r e n a n t e . E t ce roman, cette étude est, si l'on veut bien y regarder de près,\nu n e œuvre vraie, forte, vigoureuse et sincère, c'est-à-dire vécue avec cœur et\nfinesse, et qui découle de cette théorie d'art, qu'elle justifie mieux que tous\nr a i s o n n e m e n t s , à savoir que p o u r exprimer esthétiquement la vie il n'est en\na u c u n e façon nécessaire d'en embellir les d o n n é e s ; l'observation la plus\nexacte suffit à l'écrivain, à condition qu'il ait le sens du choix'. L e livre de\nL é o n F r a p i é est sous cet angle une belle œuvre, toute i m p r é g n é e d ' h u m a -\nnité, qu'on ne lit qu'étreint d'angoisse, de l'angoisse sourdante de toute cette\nmisère, avec parfois l'allégement de tel mot d'enfant, frais et curieusement\nprécoce, ou de tel épisode exquis, comme l'histoire du chat de la b o n n e\nvieille d a m e qui se rendait, c h a q u e après-dînée d'été, dans son petit jardin\nde banlieue... O h ! cet horrible Mistigris qui mangea la première couvée de\n la mésange domiciliée en l'arbre voisin, et c o n n u t le remords, et ne fut par-\nd o n n é que lorsqu'une autre couvée, éclose dans l'arbre c h a n t a n t de la vie,\n fut ainsi venue effacer le souvenir de la mort. Celte histoire, ce petit conte est\n u n e chose exquise qui, à elle seule, vaudrait l'achat du livre.\n                                                                                  G. B .\n\nC o n t e s d e l a V i e i l l e F r a n c e , par JEAN MORÉAS. — ( P a r i s , Mercure\n   de France.)\n   M. Moréas offre ce livre aux amateurs de belles histoires. J e compte que\nvous en êtes, lecteur, comme j'en suis et que, très loin des psychologues et\ndes sociologues, vous vous rajeunissez volontiers, de temps en t e m p s , à\nsavourer les bons vieux contes qui débutent ingénûment par le traditionnel :\nIl était une fois... Plusieurs des charmants récits de M. Moréas d é b u t e n t\nainsi. On y rencontre le g r a n d Saladin et T r i s t a n , neveu du roi Marke; de\nbelles princesses, gentilles de corps et de façon, amoureuses de chevaliers\npreux et courtois, riches de cœur autant que pauvres d'avoir, et des a m a n t s\nqui se déguisent en tiercelets de faucon pour visiter leur mie, et des jaloux,\ndes félons et des traîtres, sans compter les bêtes qui parlent et le diable en\np e r s o n n e . C'est délicieux. M. Moréas a voulu, n o u s dit-il en un bref aver-\ntissement, que ce livre fût comme un miroir du Moyen-Age français : tendre,\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                     115\n\n\ntragique ou plaisant. Il a trouvé le sujet et les principaux ornements de ses\ncontes d a n s les fabliaux, les poèmes, les chroniques d'antan. Parfois il\nadapte; d'autres fois, simplement, il transcrit. Q u a n t au style, il est fort\nsimple; mais, en archaïste érudit qu'il reste, M. Moréas n'a point m a n q u é\nd'y mettre « quelque chose de ces gracieuses façons de jadis ».        M. D .\n\nC o n t e s d e B o n n e P e r r e t t e , par R E N É BAZIN. — (Paris, C a l m a n n -\n   Lévy.)\n   Qui ne se souvient de la brave Peggotty de Dickens, u n e des figures les\nplus sympathiques en m ê m e temps que les plus vivantes de cette inoubliable\ngaleriede portraits à travers laquelle n o u s p r o m è n e le g r a n d romancier anglais\ndans son David Copperfield? Telle est la b o n n e Perrette de R e n é Bazin. C'est un\nde ces types de vieille domestique dont l'affection forte et dévouée illumine le\nsanctuaire familial de sa tendresse un p e u fruste, mais à toute épreuve.\n   René Bazin nous raconte la touchante histoire de cette b o n n e Perrette\ndans un de ses Souvenirs d'enfant. (C'est sous cette dénomination que l'auteur\ncomprend tous les récits qui se trouvent dans la première partie du recueil.)\n   Ces Souvenirs d'enfant, où nous signalerons tout particulièrement la déli-\ncieuse historiette intitulée Le Petit Chantre, sont comme de fines notations des\nimpressions si vivaces du jeune âge où les moindres incidents de la vie sem-\nblent des événements. Ils renferment n o m b r e de pages que caractérisent la\ngrâce familière et souriante de l'inspiration, la fraîcheur et la précision\ncolorée des paysages.\n    Quant aux contes dont b o n n e P e r r e t t e « berçait l'heureuse enfance » de\nl'auteur et qui forment la seconde partie du recueil, nous s o u p ç o n n o n s\nRené Bazin d'y avoir une part de collaboration très p r é p o n d é r a n t e .\n   Ces contes sont exquis et, s'il fallait qu'elle se fixât sur l'un d'entre eux, ma\npréférence d e m e u r e r a i t longtemps hésitante. Ce qu'il faut surtout noter ici,\nc'est avec quelle s u r p r e n a n t e diversité de signification et d'accent apparais-\nsent en c h a c u n de ces récits les qualités de pensée et d e style qui sont\nl'apanage de l'éminent écrivain. L e trait p r é d o m i n a n t de certains d'entre eux,\nc'est ce parfum d'émotion domestique, cette pointe d ' h u m o u r attendrie qui\ncaractérisent Alph. D a u d e t (la Boite aux lettres, Souvenir d'artiste). D'autres\nsont des récits de gloire militaire où plane triomphante l'âme de la patrie\nfrançaise (la Jument Bleue, le Grenadier de la Belle Neuvième). Vous y trouverez\naussi de gracieuses légendes (le Pois fleuri, les Chardonnerets de Galilée) ; une fine\nétude de psychologie sentimentale (les Deux Chagrins) ; des contes m o r a u x (le\nMoulin qui ne tourne plus, le Quatrième Pauvre, ce dernier d'une singulière\ngrandeur). La Réponse du Vent est un mignon poème lyrique en p r o s e ; le Brin\ndeLavande, u n conte moyenageux à la W a l t e r Scott; la Veuve du Loup, un drama-\n tique épisode de la guerre des C h o u a n s .\n    Signalons enfin le Retour, u n e étude de caractère fortement burinée où se\n retrouve l'inspiration du poète qui écrivit la Terre qui meurt et le conte intitulé\n Celui qui menait lariviere, conte que, pour sa portée et son ampleur symboliques\n à ia manière de Villiers de l'Isle-Adam, je serais assez tenté d'indiquer comme\n le plus puissant de tous ces récits.\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "116                               DURENDAL\n\n\n   Notons enfin que ces contes, morceaux de littérature achevés, propres à\ncharmer les lecteurs les plus raffinés et les plus friands d'art délicat, sont\nabsolument à la portée des jeunes imaginations et de nature à être goûtés par\nelles. C'est d'ailleurs aux enfants que ce livre s'adresse, ainsi que René Bazin\nle dit dans une jolie préface.\n                                                                      G. DE G.\n\nL a M a i s o n d e l a P e t i t e L i v i a , par PIERRE DE QUERLON. — (Paris,\n  Mercure de France.)\n   Regrettons, en lisant cette œuvre charmante et claire, la disparition préma-\nturée de l'auteur, qui donnait déjà infiniment plus et mieux que des promesses.\nCe roman, sans vouloir apparaître comme un roman historique ni concrétiser\nentre les fils d'une trame doucement et joliment sentimentale les mœurs\nromaines dans leur totalité, donne un agréable chapitre de la vie amoureuse\net élégante de l'époque. Ecrit en un style châtié, très pur sans recherches, il\nmêle, à un génie discrètement descriptif et évocateur, une note de tendresse\ntoute en touches légères, qui rend l'œuvre émouvante, gracieuse et touchante.\nSuivent de courts poèmes en prose : Odesvernales, qui ont beaucoup de poésie\net de grâce. Le recueil entier est écrit pour les délicats; il leur plaira par\nl'émotion fine qui accompagnait chez l'auteur, trop tôt disparu, une vision\ntendrement pittoresque et sans doute légèrement fausse de la civilisation\nromaine sous les Césars.\n\nExploits de Tom Sawyer, détective, et autres Nouvelles,\n   par MARK TWAIN, traduction F . DE GAIL. — (Paris, Mercure de France.)\n   La traduction des œuvres de Mark Twain est un régal pour les amateurs\nd'humour. Voici un dernier recueil qui fortifie la bonne opinion qu'on doit\navoir de l'esprit inventif et ingénieux de l'auteur américain. La première his-\ntoire est un long conte, mathématiquement construit et très habilement agencé\npour produire son effet total dans la dernière scène qui se passe aux assises,\net où éclate le génie perspicace du jeune Tom. Des histoires pareilles valent\npar les détails et la manière; on ne peut qu'y renvoyer. A noter le Journal\nd'Adam, une perle vraiment d'esprit, et un conte californien d'une émotion\nprofonde. Le volume se clot par une réponse à Bourget et à son livre sur\nl'Amérique pleine du plus spirituel des bons-sens et qui est fort amusante\npar l'indication qu'elle donne de la manière dont Outremer fut reçu et com-\npris de l'autre côté de l'Atlantique.\n                                                                       G. B.\n\nL e s D i e u x F a m i l i e r s , par JEAN BERTHEROY. — (Paris, Fontemoing.)\n   Le dernier roman de Mme Bertheroy est, à sa façon, un réquisitoire contre\nle « déracinement ». Pour s'être détachés de leur race et de leur sol, pour\navoir cherché l'amour et la gloire loin des dieux familiers, ses héros ont connu\nle désenchantement et la douleur. Ils ne retrouvent la paix qu'au foyer natal.\nCe qu'il y a de plus intéressant dans ce livre, d'une tenue littéraire irrépro-\nchable, c'est l'évocation du noble décor némausien.\n                                                                        M, D.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                117\n\n\nJ o u r n a l de bord d'un aspirant, par AVESNES. — (Paris, Plon.)\n   Ce sont des notes, des croquis ou des rêves, des impressions pleines de\ncharme et d'imprévu. On y voit la transformation de l'écolier qui devient\nofficier de marine. Et c'est d'une psychologie d'autant plus intéressante que\na vie du marin est plus près de la nature, qu'elle passe tour à tour des cieux\nsombres du nord aux lumières vibrantes du midi, du calme serein des mers\nchantantes aux colères farouches des océans en tempête.\n\nD o i t - o n a i m e r ? par GEORGES SAUVIN. — (Paris, Plon.)\n    Cette question, Gaston de Tersac ne se la pose guère. Mal averti contre la\nvie, il tombe d'abord dans le filet d'une institutrice ambitieuse, puis dans les\nrêts d'une intrigante. Henry Mercier, son ami, l'ayant sauvé de ces deux\namours, veut panser ce cœur endolori en lui faisant partager son indiffé-\nrence, mais Gaston trouve enfin l'âme-sœur et le bonheur.\n\nE p é e b r i s é e , par LÉON BARRACAND. — (Paris, Plon.)\n   Le lieutenant de Beaucroissant, belle âme de soldat, de ceux de la vieille\nFrance, écœuré de voir la délation implantée partout, les sentiments de\nl'honneur et de la loyauté oubliés, l'amour lui-même, un amour feint au ser-\nvice des plus basses besognes, est amené à briser une épée qu'il avait prise\npour servir sa patrie. Nommé député, il ne trouve à la Chambre qu'intrigues\net mauvaise foi. Là encore, il jette sa démission à la tête de gens qu'il méprise.\nEt il se retire dans ses terres, où un amour heureux le console un peu de ses\ndéboires militaires et politiques.\n   Le livre est écrit d'enthousiasme, parfois tendre, délicieusement aux pages\nd'amour, flagellant aux heures de colère.\n                                                                          E. N.\n\nM   aurice Maeterlinck, par AD. VAN BEVER. — (Paris, Sansot.)\n   Cette étude, parue dans la collection : Les Célébrités d'aujourd'hui, est peut-\nêtre la plus intéressante, la plus sérieuse et la plus fouillée de toute la\ncollection. Elle donne, en quelques pages brèves, mais fortes, la vraie physio-\nnomie de Maeterlinck, de son talent et de son œuvre.\n   Nous avons rarement lu une critique à la fois plus limpide et plus\njudicieuse, et en même temps plus complète, en dépit de sa concision, des\nécrits de Maeterlinck. Cette belle étude se lit avec d'autant plus de plaisir\nqu'elle est très finement écrite.\n                                                                       H . M.\n\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s (Anvers, Buschmann).— Le numéro\nde Janvier s'ouvre par une étude très judicieuse et approfondie de l'art du\npeintre hollandais Albert Neuhuys. Cet article de W. STEENHOFF est remar-\nquable à tous les points de vue. 11 commence par d'excellentes considérations\nsur l'art moderne et qui mériteraient d'être reproduites tellement elles sont\nfrappées au coin du bon sens. Ensuite, l'auteur nous donne une idée très\nnette du talent du beau peintre dont il analyse l'œuvre. Parmi les reproduc-\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "118                                  DURENDAL\n\n\ntions qui illustrent cet article, il faut signaler u n Intérieur brabançon qui est u n e\npetite merveille.— Viennent ensuite deux articles fort intéressants aussi, l'un\nde H . WALENKAMP sur Quelques œuvres nouvelles de Jan Eisenhœffel, œuvres d'art\nindustriel ou appliqué (l'auteur de l'article loue avec raison l'artiste de ne pas\nchercher à faire à tout prix du neuf aux d é p e n s de l'usage auquel les objets\nsont destinés) et l'autre de R. D E VRIES sur L'imagerie japonaise, imagerie si\ncurieuse, si originale, si profondément nationale, qui a réalisé des chefs-\nd'œuvre et atteint une hauteur incomparable, mais qui est en g r a n d d a n g e r\nde disparaître totalement et, en tout cas, de perdre toute sa personnalité en\ns'assimilant la civilisation occidentale.\n                                                                            H . M.\n\n    T h e B u r l i n g t o n M a g a z i n e . Novembre 1904. — M. L I O N E L C U S T\npoursuit les études qu'il n o u s avait a n n o n c é e s sur les collections royales\nd'Angleterre, encore incomplètement c o n n u e s , et s'occupe, cette fois, de\ndeux portraits allemands, l'un de Michel Ostendorffer, l'autre attribué à H a n s\nBaldung Grtin. Ils sont tous deux très intéressants, mais le dernier, daté de\n1509, est spécialement c h a r m a n t . C'est une douce figure de j e u n e h o m m e\nélégant, vêtu d'un ample m a n t e a u de fourrures à la m o d e du temps. L'attri-\nbution à B a l d u n g n'est pas certaine, mais l'œuvre appartient a s s u r é m e n t à\nl'école de D ü r e r . — M. LÉONCE AMAUDRY a découvert un Titien dans la\ncollection Carvalho, à P a r i s . — M. CECIL SMITH nous parle d'un bas-relief\ngrec, en bronze; qui vient d'entrer au British Museum. U n e belle reproduc-\ntion nous permet d'apprécier le mérite h a r m o n i e u x de cette œuvre remar-\nquable. — M. H E R B E R T COOK étudie deux Giorgione des débuts d u p e i n t r e .\nIls se trouvent d a n s la collection Conway. — M. DURAND GRÉVILLE t e r m i n e\nu n compte rendu, copieusement illustré, de l'Exposition des Primitifs français\nà P a r i s , en passant en revue les œuvres d u XVIe siècle qui y figuraient. —\nEnfin, des articles sur la vaisselle de cuivre (collection Wolseley), les den-\ntelles (collection Blackborne), les tapis d'Orient, et les notes habituelles sur\nles expositions du mois, les livres et les acquisitions des m u s é e s .\n    Décembre 1904. — M. LIONEL CUST n o u s parle, cette fois, d'un triptyque\n de Lucas Cranach, conservé dans la collection royale d'Angleterre. C'est\n une œuvre magistrale et exquise, avec cette grâce maniérée particulière au\n maître : au centre, la Vierge entre sainte B a r b e et sainte Catherine d'Alexan-\n drie, d o n t les figures rappellent celles de D r e s d e , et sur les volets, divers\n saints. U n e fort belle reproduction accompagne l'intéressant commentaire d e\n M. L . Cust. — M. LÉONCE AMAUDRY continue son étude de la collection\n Carvalho, à P a r i s , par les peintres espagnols Z u z b a r a n , Morales, Goya,\n  L u c a s . — M. CECIL SMITH décrit u n e autre sculpture grecque venant de\n P a r a m y t h i a , entrée au British Museum. — M m e JULIA CARTWRIGHT d o n n e\n un troisième article sur les dessins de Millet de la collection F o r b e s . — Des\n notes sur u n Clouet non catalogué (M. C. Philipps), sur des dessins\n florentins, à Berlin (M. von Beckenrath), etc., et une bibliographie très\n nombreuse complètent ce n u m é r o .\n     Janvier 1905. — M. L . AMAUDRY poursuit le d é n o m b r e m e n t des richesses\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                     119\n\n\nde la collection Carvalho. Cette fois, il s'agit de peintres primitifs de diverses\nécoles, flamande, italienne, française et espagnole. P a r m i les reproductions,\npresque toutes dignes d'attention, signalons u n e belle descente de croix,\nattribuée à Gérard David. — M. J . - P - RICHTER étudie u n art plus primitif\nencore, celui du Christianisme dans les Catacombes. U n e p l a n c h e m a g n i -\nfique, Le Bon Pasteur, illustre son texte érudit. M. J . HODGKIN termine l'étude,\ncommencée déjà d a n s le numéro précédent, sur l'invention de l'impression\nsur porcelaine. — M. SMITH décrit les Sculptures grecques de la collection\nL a n d s d o w n e . — Signalons enfin une étude de Miss May Morris, la fille de\nWilliam Morris, sur la « Syon Cope ».\n\n   M a s t e r s i n A r t . (Bâtes a n d Guild c o m p a n y , 42, C h a u n c y street,\nBoston.) — N o u s avons signalé déjà la judicieuse manière dont se poursuit\ncette publication. Chaque livraison est consacrée à u n maître de l'art ancien\nou m o d e r n e , dix planches reproduisant ses œuvres principales, des notes\nbiographiques, u n e liste d'oeuvres, et de nombreuses références pour u n e\nétude complète constituant une excellente méthode de vulgarisation esthé-\ntique. E t 15 cents, ce n'est vraiment pas c h e r ! — N o v e m b r e (59) fut con-\nsacré à Véronèse; décembre (60) à Copley et janvier (61) à Watts. Les deux\nderniers artistes sont loin d'avoir d a n s le m o n d e latin la notoriété qu'ils ont\ndans les pays de langue anglaise; raison de plus pour n o u s renseigner sur\nleur œ u v r e qui renferme de réelles beautés.\n                                                                               J. D.\nLa Vie future devant la Sagesse antique et la Science\n    m o d e r n e , par L . E L B E . — ( P a r i s , P e r r i n . )\n   Ce livre a pour objet le problème capital que l'esprit humain voit se\nposer à lui, la question qui est de tous les t e m p s , de toutes les races\net, peut-on dire, qui gît d a n s toute individualité comme le thème p e r m a -\nnent de pensées d r a m a t i q u e m e n t fécondes, comme le moteur intérieur des\nplus hautes aspirations et des plus angoissantes spéculations. Quel h o m m e\nvraiment conscient n'a point souvent, aux heures où il se recueille en\nlui-même, affronté sa raison à l'angoissant problème : l'âme a-t-elle une\nessence i n d é p e n d a n t e de la matière et du moins, quelle qu'elle soit réelle-\nment, sa vie n'excède-t-elle point les bornes de la vie du corps. L ' h u m a n i t é ,\ndepuis les âges les plus reculés, répond inlassablement par l'affirmation de la\nsurvivance de l'Ame à la Mort. E t si l'on pouvait accorder valeur plénière\nà cet a r g u m e n t du consensus omnium, si étroitement connexe à celui d'autorité,\nla question posséderait sa réponse. Car cette affirmation est universelle et la\nvie future apparaît dans tous les systèmes religieux de l'humanité c o m m e le\nleit motor moral de l'espérance h u m a i n e . C'est ce que montre l'auttur d a n s la\npremière partie historique et explicative de son livre, très intéressante, très\nclaire, é m i n e m m e n t instructive et curieuse. Il l'intitule : La vie future devant\nla sagesse antique. Mais cette réponse de la Survivance, c'est le cœur qui la\ndonne plutôt que la Raison et l'on peut bien se d e m a n d e r si celte croyance\nuniverselle est plus que la consolante illusion d'une réalité passionnément\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "120                                  DURENDAL\n\n\nvoulue et qui n'a, elle-même, d'autre source et d'autre preuve que la perma-\nnence touchante d'un haut désir fondamental de la nature morale de l'homme\ns'affirmant dans cette forme héroïque, ditais-je, de l'Individualisme h u m a i n ,\ndans cette immortalitatis sacra fames. Cette affirmation ne peut donc suffire. Aussi\nl'auteur, après l'avoir mise en lumière dans toutes les civilisations antiques,\ndepuis celles qui n'apparaissent dans le c h a m p de l'Histoire que par les affleu-\nr e m e n t s de quelques traditions conservées et de rares m o n u m e n t s , jusqu'au\nChristianisme, en passant par les Chinois, les É g y p t i e n s , les H i n d o u s ,\nles Grecs, les R o m a i n s , consacre-t-il toute la seconde partie de son\nouvrage à dégager la réponse que d o n n e ou que peut donner la Science\nm o d e r n e au P r o b l è m e capital. D'après lui « la Survivance se rattache, par\nune conséquence qu'il croit nécessaire, aux lois scientifiques aujourd'hui\nadmises ». Il s'appuie sur cette conception des plus autorisées d'un élément\nsemi-matériel, de cet éther invisible qui se retrouve à chaque instant dans\ntoutes les théories scientifiques, et il invoque, en même temps, cette loi de la\nP e r m a n e n c e « qui régit toutes les manifestations de la vie moderne ». Il en\nconclut qu'elle ne peut laisser périr la force consciente, elle qui veille, avec\nu n e fidélité incorruptible, à la conservation du moindre atome matériel,\naussi bien qu'à la transformation de l'énergie physique et à l'enregistrement\nde tous les faits passés. Voilà l'ouvrage en ses deux parties essentielles. Si\nl'auteur, comme il le dit modestement, n'espère pas avoir r é p o n d u à toutes\nles objections fondées, toujours est-il qu'il arrive à une probabilité de g r a n d e\nvaleur, d a n s sa conclusion historico-scientifique à l'immatérialité et à la\nsurvie de l'âme.\n                                                                              G. B .\n\nHet Schoothondje van de Koningin, kluchtig spel in drij\n   bedrijven met zang, door AUGUST CUPPENS. — (Waereghem, P a l m e r -\n   Putman).\n   U n b e a u poète, u n artiste à la sensibilité toujours en éveil, — Auguste C u p -\npens, — voulut nous représenter, cette fois, les aventures d'un brave paysan\nqui retrouva le joli chien de la Reine, le rapporta au palais, et reçut une\nroyale récompense. De ce sujet, qui paraît banal, l'auteur a su tirer le parti\nle plus imprévu et le plus amusant. L e s poètes ont toujours raison, même\nlorsque la fantaisie les prend d'écrire u n vaudeville en simple p r o s e .\n   A h ! la c h a r m a n t e ironie que celle déployée par le bon Aert, d a n s sa ren-\ncontre avec u n factionnaire grandiloquent et imbécile, devant la grille du\npalais, où il entrera tout à l'heure pour paraître chez le R o i . muni de son\npetit panier qui contient le petit chien de la Souveraine. J'ai lu et relu le\ndialogue, exquis d'observation et de raillerie légère, entre l'humble fils de la\nterre et l'auguste chef d'un royaume.\n   Mais toute cette mousse s'évaporerait si l'on tentait de transposer la\ndélicieuse historiette. Mieux vaut renvoyer le lecteur au livre. Il rira\nparfois largement, et plus souvent il sourira, l'esprit en fête.\n                                                                              G. V.\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                           NOTULES\n\n    L ' E c o l e d e M u s i q u e d ' I x e l l e s . — Cette Ecole dont l'enseigne-\nment est absolument remarquable et dont la réputation est définitivement\nétablie est très insuffisamment subsidiée par la commune. Quelques mem-\nbres du Conseil communal font une guerre aussi systématique qu'absurde à\ncette Ecole dont toute autre commune serait fière à juste titre. Cette année,\nils voudraient réduire encore le crédit déjà insuffisant que la commune\nalloue à l'Ecole de Musique. Voici la lettre collective que les directeurs de\nnos conservatoires royaux ont adressée spontanément au Conseil communal\nd'ixelles à cette occasion :\n    « Les soussignés, membres du Jury du dernier concours de l'Ecole de\n Musique et de Déclamation d'ixelles (Classe d'Interprétation vocale du Directeur)\ncroient devoir, en leur nom et en celui de leurs collègues, vous signaler le\nhaut intérêt artistique qu'a offert ce concours et les remarquables résultats\nqu'a obtenu M. Thiébaut dans l'enseignement de l'Art musical.\n    » Ils estiment que cet établissement rend de très grands et réels services et\nmériterait l'appui efficace de la commune. Ayant appris qu'il est question\nde diminuer le chiffre déjà extrêmement minime si on le met en rapport avec\nl'importance de l'Ecole, du subside accordé à celle-ci par l'Administration\ncommunale, ils espèrent que ce projet de réduction sera rejeté.\n    « Ils se permettent, Messieurs, de vous prier de vouloir bien tenir compte,\n dans le vote que vous émettrez, des efforts persévérants, opiniâtres même\n du fondateur de l'Ecole, lequel, avec des ressources aussi modiques que celles\ndont il dispose, a pu arriver à de tels résultats et a ainsi réussi à doter la\ncommune d'ixelles d'un établissement d'instruction musicale tout spécial où\n l'enseignement, bien qu'étant établi sur les bases inébranlables des classiques,\n tient largement compte des besoins artistiques modernes et particulièrement\n favorise dans la mesure de ses moyens l'expansion de l'Art national.\n      Les considérations ci-dessus, le grand nombre d'élèves, l'extension donnée\n au programme d'études, le succès des concours publics, tout concourt à\njustifier non-seulement le maintien, mais la majoration du subside alloué\n actuellement à l'Ecole. Il serait, en effet, vraiment regrettable pour la com-\n mune d'ixelles, si remarquablement organisée au point de vue des autres\n branches de l'enseignement qu'une somme relativement très faible, propor-\n tionnellement aux sacrifices qu'elle s'impose pour l'Instruction publique, la\n fasse reculer pour empêcher la perte d'un établissement dont, nous le répétons,\n la valeur et l'utilité sont incontestables.\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "122                                     DURENDAL\n\n\n    » E m e t t a n t le vœu q u ' u n accueil favorable soit fait à la présente, ils vous\nprient d'agréer, Messieurs, l'assurance de leur haute considération. »\n    Cette lettre est signée par J. BLOCKX, directeur du Conservatoire d'Anvers,\nE . MATHIEU, directeur du Conservatoire de G a n d , E . WAMBACH, inspecteur\ndes Ecoles de Musique. M. GEVAERT, directeur du Conservatoire de\nBruxelles, s'est joint à eux de la façon suivante :\n    \" Je m'associe de grand cœur au vœu exprimé par mes éminents confrères, et je me\npermet de recommander à la sollicitude des édiles d'Ixelles l'œuvre si méritante et si utile\nqu'est l'institution fondée par M. Henri Thiébaut. \" F . - O . GEVAERT.\n    Voici maintenant la lettre que M. A. BOURGAULD DUCOUDRAY, professeur\nau Conservatoire de Paris, a adressée à son tour au Conseil communal\nd'Ixelles. Cette lettre d é m o n t r e combien l'École de musique d'Ixelles est\nappréciée à l'étranger :\n    « Permettez à u n artiste étranger qui porte le plus vif intérêt au dévelop-\npement de l'art musical dans u n e ville où il reçut le meilleur accueil, de faire\nappel à votre dévouemenl éclairé, en faveur de l'Ecole de musique et décla-\nmation d'Ixelles,\n    » F e r m e m e n t convaincu de la puissance éducatrice de l'ait, de la mission\nconsidérable qu'il doit remplir à une époque de trouble et de renouvellement\nsocial, je ne puis m'empêcher de former des vœux ardents pour que des\neffoits tendant à élever le niveau intellectuel de la masse soient encouragés\nautant que le méritent les apirations élevées de ceux dont ils émanent.\n    » J e partage absolument les convictions de M. H e n r i T h i é b a u t , dont\nj'apprécie hautement les t e n d a n c e s fécondes et l'effort persévérant.\n    » Le peuple, pour jouir d'une existence meilleure, n'a pas besoin seule-\nment de la nourriture du corps : il lui faut de plus un aliment « moral ».\n    » Il trouvera dans l'Art, et particulièrement dans la Musique, cette m a n n e\nsacrée, ce viatique de l'âme.\n    » Profondément dévoués aux intérêts de la c o m m u n e d'Ixelles, vous\ndonnerez un nouveau témoignage d'une haute compréhension des besoins de\nnotre époque, en encourageant, plus que jamais, une institution d o n t\nl'esprit est si parfaitement conforme à l'idéal qu'il faut atteindre, et qui a déjà\nproduit de très remarquables résultats, grâce à l'esprit d'initiative et au\ndévouement de M. T h i é b a u t .\n    » Si j'ose, Messieurs, m'adresser à vous et vous écrire en toute sincérité,\nc o m m e je le fais aujourd'hui, c'est que j'ai donné le meilleur de ma vie, afin\nde servir la cause qu'il a embrassée et de hâter la venue des temps\nmeilleurs où l'Humanité entière, vibrant dans u n commun a m o u r de l'Idéal,\ntrouvera, dans les jouissances de l'Art, un élément d'apaisement, de concorde\net de b o n h e u r . »\n    Ces éloges magnifiques et spontanés, à l'adresse de l'École de musique\nd'Ixelles, é m a n a n t d'hommes aussi éminents et aussi compétents, se passent\nde c o m m e n t a i r e s .\n    Malgré l'éloquente intervention de MM. Gevaert, Blockx, Mathieu, W a m -\nbach et B o u r g a u l d - D u c o u d r a y , en dépit de la protestation u n a n i m e de la\npresse artistique, contrairement à tout attente, le Conseil communal d'Ixelles a,\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                  NOTULES                                   123\n\n\npar 16 voix contre 13, réduit à 2,000 francs — une aumône plutôt qu'un\nsubside, — la somme insuffisante déjà qui était allouée à une des plus\nsérieuses et des plus importantes écoles de musique de la capitale.\n\n                                      * *\n\n    L e F o r u m r o m a i n . — Conférence de M.BULSau Cercle Artistique.—\nAvec toute l'autorité de son érudition si avertie, M. Buls a retracé devant le\npublic du Cercle Artistique l'histoire du Forum romain et des vicissitudes, qu'il\na traversé. Sur cette conférence d'ordre purement archéologique, il ne nous\nappartient pas d'entrer ici dans des détails circonstanciés qui ne cadreraient\npoint avec le caractère strictement littéraire et artistique de notre revue. Mais\nil sied de rendre hommage au talent d'exposition de l'orateur, au charme de\nson langage clair, précis, élégant, à l'habileté avec laquelle, en l'espace\nd'une heure et demie, il a su concentrer l'histoire du monde pendant près de\ndix siècles, depuis les époques légendaires et mythiques de la Rome primi-\ntive jusqu'à la chute de l'Empire d'Occident. Car, durant tout ce laps de\ntemps, l'histoire du monde c'est l'histoire de Rome qui se reflète et se résume\nà son tour dans celle du Forum. De nombreuses projections lumineuses,\nsuperbes photographies recueillies par M. Buls au cours de son voyage, ont\nrehaussé et complété l'intérêt de cette belle conférence.\n                                                                      G. DE G.\n                                          *\n                                        * *\n\n   G o d e f r o i d D e v r e e s e . — Deux revues étrangères, The Studio, de\nLondres, et la Gazette Numismatique, de Paris, viennent de rendre un éclatant\nhommage au talent superbe avec lequel notre artiste belge, G. Devreese,\ns'est affirmé dans l'art de la gravure en médaille. Les pages élogieuses que\nces deux périodiques lui ont consacrées sont accompagnées de plusieurs\nmagnifiques reproductions de quelques-unes de ses plus belles médailles.\nNous souscrivons avec enthousiasme à ces éloges bien mérités. A notre avis,\nDevreese doit être mis sur le même rang que les grands artistes médailleurs\nfrançais, dont il a définitivement atteint la maîtrise.\n   Notre admiration est partagée par l'Art Moderne où nous lisons ceci :\n   Deux nouvelles médailles de Godefroid Devreese. — Pour remercier les généreux\ndonateurs qui ont offert au Musée de Bruxelles la statue de Septime Sévère\nacquise au prix de 250,000 francs à la vente de la collection Somzée et parmi\nlesquels se trouvaient Mme Jacques Errera, MM. Beernaert, ministre d'Etat,\nEmile De Mot, bourgmestre de Bruxelles, Ernest Solvay, F . Philippson,\nEdouard et François Empain, R. Warocqué, e t c , le gouvernement a fait exé-\ncuter par M. Godefroid Devreese une plaquette commémorative qui sera\nremise à chacun d'eux.\n   Cette plaquette, dont le tirage a été strictement limité au nombre des sous-\ncripteurs, porte l'effigie, fidèlement reproduite, du célèbre antique; au revers,\nle nom du destinataire et une inscription rappelant l'événement à l'occasion\n duquel elle fut frappée.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": " 124                                DURENDAL\n\n\n     M. Devreese vient de terminer u n e autre médaille offerte à l'occasion du\nI e r janvier par M. Paul Fisch, l'éditeur d'un g r a n d nombre d'œuvres du\nstatuaire-médailleur, à ses amis. C'est le profil, très ressemblant, de M. Fisch,\nau revers duquel sont gravés la signature et l'adresse de l'éditeur; carte de\nvisite vraiment artistique, qui échappe à toute banalité.\n     L'exécution de ces deux médailles fait honneur à M. Devreese et affirme\nun talent universellement reconnu.\n\n                                         #*»\n\n Exemple à imiter par les curés de nos paroisses en\nBelgique. — Nous lisons d a n s le Guide Musical, sous le titre : La réforme\ngrégorienne de nos paroisses, cette notule concernant u n e paroisse de P a r i s :\n « L a mort imprévue de Samuel Rousseau a tout à coup hâté la solution de\nla question dans une de nos premières paroisses de P a r i s , celle de S a i n t e -\nClotilde. C'est M. Maurice E m m a n u e l qui a été choisi comme maître de\nchapelle, et la petite circulaire qu'il vient de distribuer ne laisse a u c u n\ndoute sur la marche qu'il compte suivre. « E n me confiant (dit-il) la direc-\ntion de la maîtrise, le curé et le conseil de fabrique de la basilique Sainte-Clotilde\nm ' o n t d o n n é mission d'appliquer les prescriptions récemment formulées par S. S.\nPie X. J e suis heureux d'avoir à obéir à des ordres qui, loin d'être u n e\nentrave à la liberté de l'art et à son expansion, orientent la musique religieuse\nvers un idéal supérieur. Leur application, devant laquelle mon très regretté\nprédécesseur ne se fût point dérobé, doit avoir pour premier résultat la\nrestauration du plain-chant, a u t r e m e n t dit des antiques mélopées de l'Eglise\nchrétienne. »\n   E n Belgique nous sommes loin de là, hélas ! Dans la plupart de nos\nparoisses et d a n s les chapelles de nos couvents, les prescriptions d u P a p e\nne sont pas observées. On n'en tient aucun c o m p t e . L a lettre du P a p e y est\nconsidérée comme non existante. On continue à faire de la musique antireli-\ngieuse et antiartistique comme auparavant, tantôt de la musique à g r a n d\norchestre avec t a m b o u r , grosse caisse, trompettes, etc., etc., tantôt de la\nmusique d'un sentimentalisme féminin, fade et niais, qui diminue les âmes\nau lieu de les élever et de les fortifier. C'est absolument comme si le P a p e\nn'avait rien dit !\n                                        ***\n\n   La messe de Saint-Hubert à Notre-Dame du Sablon. —\nL a revue Musica Sacra, qui est un organe très sage et très charitable, ne se\ndéfend pas de stigmatiser comme il faut la fameuse messe cynégétique de N o t r e -\nD a m e du Sablon, où s'ébaudit chaque année le public bruxellois. L ' a u t e u r\nde l'article, E d . Michel, n'y va pas de main morte. « C'est là, dit-il, un spec-\ntacle indécent bien fait pour attrister les chrétiens qui ont le respect de la\nmaison de Dieu et pour affliger ceux qui s'intéressent à la rénovation de la\nmusique sacrée! Comment s'expliquer cette béate admiration de l'assistance\npour ce qui, précisément, est le contre-pied de la musique religieuse et le\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                         NOTULES                                          125\n\n\nplus en opposition avec les récents (?) enseignements du Chef de l'Eglise !...\nN o n , mille fois n o n . P a s plus que la musique de théâtre, les fanfares de\nchasse ne conviennent au lieu saint... » Je te crois, mon bon M. Michel.\nMais il paraît que cela attire les fidèles au lieu saint. Alors ! . .\n    U n joli propos que M. Michel entendit « de ses p r o p r e s oreilles, au sortir\nde l'office ». P r o p o s de dame, naturellement. « L e s chiens ont bien mal aboyé\ncette a n n é e , fit-elle (il s'agit d'un offertoire intitulé : Sortie du chenil!...); l'an\ndernier, c'était bien mieux : on eût dit une vraie m e u t e ! »\n   Avec M. Michel, « n o u s n'insistons pas sur ces écœurants propos et nous\nd e m a n d o n s s'il sera vrai que, sous le couvert de la tolérance, etc. »...\n   On a fait courir le bruit q u ' u n e commission de musique sacrée est consti-\ntuée à Malines. N ' e n croyez rien : ce doit être u n faux bruit.\n                                                                           F.   VERHELST.\n\n   N o u s comprenons d'autant moins la persistance déplorable de la maîtrise\ndu Sablon à maintenir cette grotesque messe cynégétique q u e , d'autre part, elle\na plusieurs fois exécuté des messes en chant grégorien ou palestrinien, —\nce d o n t on ne saurait assez la louer — n o t a m m e n t à la fête de sainte L y d w i n e ,\noù cette maîtrise exécuta u n e messe spécialement composée par Dom Pothier,\nle célèbre restaurateur du plain-chant en F r a n c e .\n\n\n\n   L ' A r t d e l a m é d a i l l e . — L e j u r y des médailles de l'Exposition de\nLiége a arrêté son choix sur les artistes suivants :\n   Médaille de l'Exposition des B e a u x - A r t s : 1er prix (3,000 francs), M. Gode-\nfroid D e v r e e s e ; 2 e prix (1,000 francs), M P a u l D u Bois.\n   Médaille de l'Exposition industrielle : 1er prix (2,500 francs), à M. P a u l\nDu B o i s ; 2 e prix (800 francs), M M . G. Devreese et Louis D u p u i s .\n   Le j u r y était composé de M M . Alph. De W i t t e , président, vicomte\nde J o n g h e , Ch. Buls, Ch. De Groote, Alvin, Legrelle, Micha, baron de\nBeeckman.\n   Nous a p p r e n o n s , d'autre part, q u ' u n concours limité à u n e vingtaine d'ar-\ntistes belges vient d'être ouvert par le g o u v e r n e m e n t pour l'exécution d'une\nmédaille destinée à c o m m é m o r e r le Jubilé de l'Indépendance nationale.\n   Le premier prix sera de 7,000 francs, le deuxième de 1,500, le troisième\nde 1,000, le quatrième de 500 francs.\n   L'avers portera le médaillon de Léopold I L L a composition du revers est\nlaissée au choix des c o n c u r r e n t s . Le j u r y est composé de M M . Alvin, mar-\nquis de Beauffort, Ch. De Groote, E d m . Evenepoel, C. Meunier, E . Verlant\net Alph. De W i t t e .\n                                                 ***\n\n   L'Ecrivai n p u b l i c , tel est le titre d'une alerte et fine comédie en vers\nde M. Félix Bodson, que le théâtre de la Renaissance, de Liége, a repré-\nsentée avec un très franc succès au mois de novembre. C'est là u n e tentative\ndigne de tous éloges et assez rare pour qu'il convienne de la signaler ici...\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "126                               DURENDAL\n\n\n   Une intrigue à la fois simple et mouvementée, beaucoup de fantaisie et\nd'esprit du meilleur aloi, une langue pittoresque et gracieuse, une versifi-\ncation éloquente, font de l'Ecrivain public une pièce délicieuse à entendre.\nEt puisque M. Bodson détient dans ses tiroirs plusieurs drames encore\ninédits, nous souhaitons qu'une grande scène nous donne bientôt quelque\nœuvre plus considérable de ce jeune poète, qui est incontestablement l'un des\nplus brillants espoirs du théâtre belge.\n\n                                       ***\n\n   L e M e r c u r e d e F r a n c e , l'intéressante revue littéraire de Paris, est\n devenu bi-mensuelle depuis le I er janvier de cette année. Le directeur,\n M. Vallette, publie, à cette occasion, une très curieuse préface dont nous\ndétachons ces paroles :\n   « L'histoire du Mercure de France n'est pas sans intérêt, dit-il, au triple\npoint de vue littéraire, psychologique et financier, et j'essaierai peut-être un\njour de la dire : on y verrait comment la bonne volonté d'un groupe d'écri-\nvains, l'esprit de suite et aussi quelque désintéressement valent mieux\nparfois que de gros capitaux; comment un périodique né indépendant,\nformé des cléments les plus hétérogènes, a pu garder sa liberté tout entière,\nsuivi du reste par un public compréhensif qui voulut bien entendre les\nparoles les plus contradictoires; on y verrait surtout qu'il fallait son effort\npersonnel pour rassembler l'effort épars de publications d'une vitalité\nmoindre et disparues depuis 1884, et qu'il est ainsi l'expression de plusieurs\ngénérations. Sa naissance était marquée, son développement fut logique et\nchacun de ses accroissements nécessaire : il n'y eut qu'à savoir l'écouter\nvivre pour ne point l'orienter dans une fausse direction. Et, si aujourd'hui\nnous modifions sa périodicité, c'est, avant tout, que les besoins de son orga-\nnisme nous indiquent cette mesure. »\n   La partie la plus intéressante, la plus utile et la plus instructive des\nfascicules du Mercure de France est la partie « revue ». C'est un véritable\nrésumé du mouvement des idées du monde entier. Et c'est précisément afin\nde mettre plus complètement et plus rapidement ses lecteurs au courant de\nla pensée contemporaine que la direction a pris la décision de faire\nparaître la revue deux fois par mois.\n\n                                       ***\n  L a L i b r e E s t h é t i q u e . — Indépendamment des membres du Cercle\nVie et Lumière, dont les œuvres synthétiseront au prochain Salon de la Libre\nEsthétique l'évolution belge de l'impressionnisme, les nations où s'est princi-\npalement développée l'esthétique nouvelle seront représentées par quelques-\nuns de leurs peintres les plus significatifs : l'Allemagne par MM. L. von\nHofmann. Curt-Hermann, J.-G Dreydorff, etc.; l'Angleterre par MM.Roderic\nO'Conor, Wynford Dewhurst et Moffat Lindner; la Hollande par\nMM. J. Toorop et F. Hart-Nibbrig; l'Espagne par MM. H. Anglada\nCamarasa, Dario de Regoyo, X. Gosé, S. Rusinol, etc.; la Russie par\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                        NOTULES                                         127\n\n\nM. Nicolas Tarkhoff; les É t a t s - U n i s p a r M M . T h . - E . Butler, Childe-\nHassam et Ch.-Alex. R o b i n s o n ; le Canada p a r M. J . - W . Morrice.\n   Ce choix permettra d'étudier les transformations qu'ont subies, selon la\ndiversité des influences ethniques combinées avec les t e m p é r a m e n t s indivi-\nduels, les théories formulées et appliquées p a r les initiateurs de l'impres-\nsionnisme.\n                                          ***\n\n   L ' a c a d é m i e l i b r e d e B e l g i q u e a décerné, cette a n n é e , le prix\nde la fondation E d m o n d P i c a r d à E d m o n d Glesener, à l'occasion d e la\npublication de son roman : Le Cœur de François Remy, dont notre collaborateur\nFirmin V a n d e n Bosche a fait u n si grand éloge, justifié d u reste, d a n s\nnotre fascicule de janvier. Ce prix E d m o n d P i c a r d a été décerné u n e première\nfois, à u n compositeur musicien, Victor Vreuls, ensuite à E u g è n e Baie pour\nson livre : Epopée flamande.\n   N o u s félicitons cordialement notre ami E d m o n d Glesener pour ce brillant\nsuccès.\n                                               *\n\n   L'Art Moderne vient d'inaugurer la vingt-cinquième année de son\nexistence. N o u s offrons, à l'occasion de ce jubilé, n o s félicitations les plus\naffectueuses et les plus cordiales à notre ami OCTAVE MAUS, qui dirige cette\nbelle revue avec u n e si rare c o m p é t e n c e , d ' u n e façon si artistique et avec u n\ndévouement q u e n'ont lassé ni les difficultés ni les critiques. Aucune revue\nn'a r e n d u à l'art contemporain a u t a n t de service q u e l'Art Moderne. N o u s\nformons les vœux les plus ardents pour qu'elle continue le plus longtemps\npossible à lutter vaillamment pour l'art, p o u r la beauté et pour les artistes\nqui l'incarnent d a n s leurs chefs-d'œuvre.\n\n\n\n   L a C i t é A r d e n t e . — Ce beau r o m a n de notre a m i et collaborateur\nH E N R I CARTON DE W I A R T vient d e paraître chez l'éditeur P e r r i n , d e P a r i s .\nN o u s en rendrons compte p r o c h a i n e m e n t .\n\n\n\n   Compositions de M. Joseph Ryelandt :\nOp. 19. S i x mélodies (textes Verlaine, Villiers de l'Isle-Adam, etc.),\n           chacune                                                     fr.              1   25\n » 27. Deuxième sonate pour violon et piano                                             5   »\n \" 28. Sonatine pour hautbois et piano                                                  4   »\n \" 32. Quintette en la mineur pour piano et archets                                     6   »\n » 36. Sainte-Cécile, d r a m e musical en 3 actes et 4 tableaux, partition\n           réduite pour chant et piano par l'auteur, in-8°          15                      »\n  N. B. L'ouverture de Sainte Cécile a. été exécutée le d i m a n c h e 13 novembre\naux Concerts Populaires de Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "128                                        DURENDAL\n\n\n   Sous presses : op. 39, Purgatorium oratorio, soli, chœur et orchestre (latin),\nréduit au chant et piano par l'auteur.\n   On peut se procurer ces œuvres de notre collaborateur en s'adressant à\nl'éditeur Muraille, à Liége, ou aux principaux éditeurs de m u s i q u e .\n\n                                                   *\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — P . BOURGET : U n saint (Paris, Plon). —\nM. BARRAS : De Hegel aux cantines d u N o r d (Paris, Sansot).— M. BARRÈS :\nLa vierge assassinée (ibid.).— L . RICHARD : F . Brunetière ( i b i d . ) . — D O M\nBRUNO D E S T R É E : U n e mystique i n c o n n u e du XVIIe siècle (Lille, Desclée).—\nG. BUISSERET : La vie profonde (Liége, Edition Artistique).— M. SANGNIER :\nL'esprit démocratique (Paris, Perrin). — H . CARTON DE W I A R T : L a cité\nardente (ibid.) — L . DEUZÈLE : L e recueillement (ibid). — H . LARDANCHET :\nLes enfants perdus du romantisme (ibid.). — J. DELACRE : L'offertoire\n(Bruxelles, L a m e r t i n ) . — J. DE TALLENAY : Vivia P e r p e t u a (Paris, Lemerre).\n— C. STRYENSKI : Soirées du Stendhal Club ( P a r i s , Mercure de France). —\nR É T I F DE LA BRETONNE : Collection des plus belles pages (ibid) — GÉRARD\nDE NERVAL : Collection des plus belles pages (ibid.). — S.-CI-I. LECONTE :\nL e sang de Méduse (ibid). — J. DE FOLLEVILLE : Servitude ( P a r i s , P l o n ) .\n— A. SCHWEITZER : I . - S . Bach (Leipzig, Breitkoff et Härtel). — A. FRANCE :\nS u r la pierre blanche ( P a r i s , C a l m a n n - L é v y ) . — L . HENNEBICQ : L a défense\nde l'Occident (Bruxelles, Université Nouvelle).—                     G. D E G R E E F ; L ' è r e de la\nmondialité (ibid).\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                                                                         99, rue Royale, 99\n\n    PIANOS DE SMET                                                                            BRUXELLES\n\n\n                    LE GRESHAM                                 REMISE D'ART & D'AMATEURS\n               Compagnie anglaise d'assurances sur la rie\n                 ACTIF : 206,999,247 francs\n                       Sinistres payés en Belgique\n                                                               Paul Claesseiis\n                                                                  Relieur-doreur de S. A. R. Mme l i Comtesse de Flendre\n                depuis 1 8 5 6 : 2 8 , 5 0 0 , 0 0 0 francs\n                    Prwpevtu* et retueignements gratuite          24, rue de Berlaimont, Bruxelles\n               8, plao* Royale, 8, BRUXELLES\n\n\n    FABRIQUE DE MATELAS\n                         Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                            médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                        BERVOETÏTWÏELEMÀNSFOURNISSEUR DE LA COUR\n\n            6, 8, 10,12, Rue du Midi <** BRUXELLES\n  Usine à vapeUt», I*avoi*« d e l a i d e s : f?UE JDES GOUJONS, 120\n\n                                        Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                           FABRIQUE    ET ATELIERS :\n                                   3 7 , Ru© d e l a C k a r l t é - B R U X E L L E S\n                                                              TÉLÉPHONE 1947\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  Spécialité d e tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                   la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                  RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                         Vente et location de modèles pour la peinture\n\n Premières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Cnjcago, etc\n\n    PIANOS STEINWAY                                                                 & SONS\n                      NEW-YORK — LONDRES — HAMROURG\n  Fournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n     de Suéde et d'Italie, du Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n       E x t r a i t de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\n  tenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway (R. Wagner). »« Le Stein-\n  way est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\n    arfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « Vos\nE   eaux instruments incomparables ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\n  résistance (A. Rubinstein). » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\n  instruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu'ici (F Busoni). » « La plénitude, la puis-\n  sance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n  (J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vou»\n• fait des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\n  avis, la produit idéal du siècle (Kug. d'Albert). » « Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu'un\n  éloge même paraîtrait ridicule (Sofia Menter). »\n    Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                VIENÏTErfcTT DES F-A.R,-A-ITPtHI\nQUINZE MOIS DANS L'ANTARCTIQUE, par le commandant DE GERLACHE. — Magnifique\nédition in-8°, superbement illustrée. — Ouvrage couronné par l'Académie française (Bruxelles,\nCharles Bulens, éditeur)                                                           fr. 6 0 0\nLA ROSE ET L'ÉPÉE, par CHARLES DE SPRIMONT (Bruxelles, Ch. Bulens, édit.) » 3 5 0\nSAINT FRANÇOIS D'ASSISE.— Plaquette in-8», illustrée de plusieurs hors-texte (Louvain,\nInstitut supérieur de philosophie)                                                 fr. 1 2 5\nBRUGES. — LES PRIMITIFS. — Plaquette in-8°, illustrée de trois figures dans le texte\net de deux planches hors texte (Bruxelles, Charles Bulens, éditeur). . . . fr. 1 0 0\nL'OBLAT, par J.-K. HUYSMANS (Paris, Stock). — Un vol. in-ia . . . . fr. 3 5 0\nCHERCHONS L'HÉRÉTIQUE, par J.ESQUIROL (Paris, Stock).—Un vol. in-12 » 3 5 0\nLES GENS DE TIEST, par GEORGES ViRRfcs(Bruxelles,Vromant).—Un vol.in-12 » 3 5 0\nSUR QUELQUES PEINTRES DE SIENNE, par JULES DESTRÉE. — Edition de luxe,\nillustrée de huit eaux-fortes originales, trois par M. Auguste Danze et cinq par Mœe Jules\nDestrée, et de nombreuses reproductions photographiques. Tirage limité à cent exemplaires\n(Editeurs : Bruxelles, Dietrich; Florence, Alinari)                        fr. 15 0 0\nLES JARDINS CLOS, poèmes, par PAUL MUSSCHE. — (Paris, Société française d'imprimerie\net de librairie)                                                           fr. 3 5 0\n       On peut st procurer ces ouvrages en s'adressant à notre éditeur CH. BULENS, 7 5 , rue Terre-\n    Neuve, à Bruxelles.\n\n\n\n J. BDÉSO Père Rentoiieurs et restaurateurs ne musées neiges et étrangers P. BDÉSO Fis\n       EXPERT\n                                              MAISON FONDEE EN 1867\n                      Rentollagt, trantpMltttn, retUiiratlon et parquetage de tableaux            EXPERT\n\n  2-4, EDE DE U&SE            VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES               24, rue i l BeiUlioine\n     Bruxelles                       ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                 Bruxelles\n\n\n                                        P\n                                        A      ENCADREMENTS•»•» »                          Par suite m décès\n                                         U\n                                         v      D O R U R E ET            SCULP-\n                                         E                                                LIQUIDATION\n                                         R      TURE SUR BOIS • • • * •\n                                         D      •                                                   DE\n                                         U      ESTAMPES           •»•»•*#».\n                                         S\n                                         S      GRAVURES ANCIENNES                       300 ÏOITOBES\n                                         E                                               Vente à tonte\n                                         N                           „\n                                         s                                                  offre acceptable\n                                         U      N. B. — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                         o\n                                         o\n                                         •:\n                                         S\n                                                SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT              71, rue Goffart\n                                         s       —-———^————^————\n                                         *      D'AUTHENTICITÉ • • • • • • • • • • •         lXELIiES\n                                         U\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE                                 DE REPORTS                    ET DE               DÉPOTS\n                    t a , Marcké-au-Boia - BRUXELLES\n  Dépôts de fonds en Comptes-Chèques, disponibles à vue : 1 1/8 p. e. sans commission\n     Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 8 : 8 . 9 7 p. e.\n                      Encaissement de Coupons, Titres, Effets, eto.\n                                ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit e t Chèques sur tous pays\n          Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n   LA RÉSERVE MUTUELLE                                      LE STANDARD\n                                                         Compagnie d'assurances sur h vie,fondéeen 1825\n         de»      ÊTATS-VXMS                                    ACTIF : 278 MILLIONS\n   COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n               arax* l a V i e\n                                                           Prlnoipaux avantages de la Compagnie :\n                                                         i° Polices incontesta- 3° Tarif avantageux.\n                                                           bles après deux ans 4* Participation impor-\n                                                           de date.                   tantedes assurés dans\n                                                         a° Prêts sur polices         les bénéfices de la\n                                                           ayant trois ans de Compagnie.\n                                                           date                     5° Prêts hypothécaires.\n                                                            S'adresser pour renseignements et prospectus à la\n                                                                     DIRIOTION          QtNÉRALI\n                                                         28. PLACE DE BROUCKÊRE, 28, BRUXELLES\n                                                           Téléphone 949 — Adressa télégraphique ) Standard-BnusIlM\n  ENCADSIMEKT ANNUEL . . . . 40 Millions\n  SINISTRKS PÂTES           250 Millions\n\n       Combinaisons très intéressantes                   CHAUDRONNERIE DE LA COUfi\n    DI1ECTI0N 6ÉNÊIUE POU* LE CONTINENT DE L'EUROPE          37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n        S, r u e H a l é T y , P A R I S (9*)                            TÉLÉPHONE 1 5 9 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n   19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S                  Batteries de cuisine. — Articles de ménage\n           On demande des Agents\n                                                                      ÉTAMA6E\n\n\nHrcfiives Nobiliaires ne Belgique\n      52, rue Stévin, BRUXELLES\n                  Recherches de généalogies et d'ar-\n                   moiries en Belgique et à l'Etran-\n                   ger. — Attestations officielles de\n                   noblesse, de filiations et d'armoi-\n                                                         maison BB10S& 6                                              le\n\n\n\n\n                   ries.— Copiesofficiellesde lettres         18, IWatehé-au-Bois, 18\n                   de patentes de noblesse. —\n                   Inscriptions à la liste des nobles.\n                   — Insertions de généalogies dans\n                   des publications belges et étran-\n                   gères. — Rectifications d'actes\n                   <ie l'état civil et adjonctions des\n                   noms. — Correspondants en pro-\n                                                                       BRUXELLES\n                   vince et à l'étranger —Armoiries\n                   et documents généalogiques sur\n                   plus de 100,000 familles nobles\n                   et patriciennes.\n   RENSEIGNEMENTS\n\n                                                         Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                       BlESWAL\nCHOCOLAT                       BlESWAL\nCHOCOLAT                        BlESWAL\nCHOCOLAT                        BlESWAL                        LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": " APPAREILS                 PHOTOGRAPHIQUES\n                                       OBJECTIFS, J U M E L L E S\n                                                  JUMELLES A PRISMES\n                                               P A P I E R S , PLAQUES\n                                       PELLICULES     PHOTOQRAPHIQUES\n                                       SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                 MICROSCOPES\n\n                                          Grand choix de photographie»\n                                            artistiques et décorative*\n\n\n                                       ALBERT               HOFMANN,                              BRUXELLES\n                                             Salle d'exposition : rue de la Régence, 5 7\n\n\n\n\n     POUR VOS CIGARES flHS                                                         Les Roues Caouicîiouiées\n               • dressez-vous à la                                                     TAIxBOT\n                                                                                  SODl inusables tt   inarrachables\nMAISON AMÉRICAINE                                           ^       ,   |   a              EXIGER LA MARQUE\n\n\n              DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                          Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n   15 — Avenue Louise— 15\n                                                                 Maison SNYERS-RANG & C*\n             BRUXELLES                                   Fondée en 1815                    —      Téléphone 1 3 8 9\n\nP.-S. - Arrivages réguliers de cigares de la Havane             27,         rue    d'Or,     BRUXELLES\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve, 75. Uruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1905-02", "signet_source": "Douzième année - N°2 - Février 1905", "preuve": "Couverture conservée (PDF 84) : « Février 1905. 12me Année. N° 2. » ; sommaire imprimé « 1905 — 12e Année. Sommaire du n° 2 (Février) » (PDF 86). Indices internes : les Notules renvoient à « notre fascicule de janvier » (éloge d’Edmond Glesener par Firmin Vanden Bosch) et à l’inauguration de la vingt-cinquième année de l’Art Moderne ; le Mercure de France devenu bimensuel « depuis le 1er janvier de cette année » ; comptes rendus du Burlington Magazine de novembre 1904 à janvier 1905 ; article de Canivet daté « Arcetri-Florence, 1904 ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}