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Cette\n                          nouvelle station balnéaire n'a pas tardé a attirer\n                          l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                         villégiature agréable, hygiénique.unissant le confort\n                         à la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                         Une chapelle est érigée où le service religieux se fait\n                         régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                         gratuits; le service de sauvetage est organisé et\n                         placé sous la surveillance communale. Location de\n                         cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                         garages. Kursaal-restaurant. Routes carrossables et\n                         cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes- et\n  Villas et Terrains     luxueuses installations de lawn-tennis, de jeux de           Villas et Cottages\n                         golf et de croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n       A TBIDRB          Tentes sur la plage. Communications faciles avec                     à\n                         tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par annuité*        que d'Ostende à Westende de dix en dix minutes.                   LOUER\n                         Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                         villas et Cottages. — Demander le prospectus détaillé.\n                                                ^W^AMA^W^VW^\n\n\n                            Agence immobilière pour la Tente et location des villas\n                                               « M W B W M ^ I W W I I\n\n\n                                 HALLES WESTENDAISES\n                        comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                        cles d'alimentation, de nécessité et articles de luxe.\n                            Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                           L» WESTEND' HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                           partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                         Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au com-\n                                                         mencement et à la fin des saisons, arran-\n           DIGUE DE MER                                  gements très avantageux pour les familles\n                                                            faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n                                                             75 chambres parfaitement aménagées.\n     TÉLÉPHONE N» 4 1                                           Vie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                  Cbambres spacieuses. Ameuble-\n Réseau du                                                              ment moderne esthétique et\nlittoral par                                                             confortable. Balcons et ter-\n                                                                          rasses. Salle de musique.\n Nieuport.                                                                 Salle de billard. Salle de\n                                                                             récréation poui-les en-\n                                                                                     fants. S a l o n s\n                                                                          *rSa!Ç I de lecture etde\n                                                                                      correspondan-\n                                                                                      ce Cuisine soi-\n                                                                                      gnée. Caves\n                                                                                      recomman-\n                                                                                      dées.\n  * Appartements avec salon. — Service d'omnibus de l'Hôtel au vicinal. — Service postal et\ntélégraphique réguliers. — Communications téléphoniques avec loute la Belgique et les réseaux\nétrangers voisins. — Hôtellerie LE LEKKERBEEK ouverte toute l'année.\n\n\n                                      I\n                                     A BRUXELLES, 5 8 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 S 6 ) .\n                                     A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Téléphone\n                                      8 3 du littoral) on au Westend' Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-203", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3065, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n                                    1905 — 12* Année\n\n\n                    Sommaire du n° 3 (Mars)\nL'abbé HENRY M Œ L L E R . — Le Monument              au T r a v a i l . . . .        129\nJ U L E S BOIS. — Renoncement          païen :\n                        L'Hymne d'Hippolyte                                           i33\n                     Renoncement chrétien :\n                       L'Hymne du mystique Pèlerin                                    i34\nP A U L LAMBOTTE. — Julien Dillens, statuaire (suite) . . . .                         i36\nH É L È N E CANIVET. — Contre le vent                               . .               i^3\nFIRMIN YANDEN BOSCH. — La cité ardente                                                i45\nE R N E S T DE LAMINNE. — Amour d'antan                                               149\nFRANZ H E L L E N S . —• Le miracle de l'âne . . . . . . . . .                        i5o\nARNOLD G O F F I N . — La « Florentine     » de l'Institut Staedel et\n                           la sainte Catherine     de     l'Appartement\n                           Borgia au Vatican                                          157\n\n       Chronique musicale :\nGEORGES DE GOLESCO. — Second        Concert du Conservatoire. —\n                             Troisième Concert Ysaye..— Troi~\n                             sième Concert Populaire. — F o n -\n                             dation J.~S. Bach.—Séance    William\n                             Vowles                                                   162.\nTroisième Concert Delune (Guide Musical). . . . . . . .                               i65\nH . R. — Audition d œuvres de L. Wallner et G. Huberti.       . .                     166\nJ O S E P H RYELANDT. — Sonate pour violon et piano de Vincent\n                                                                                      l6\n                         d'Indy                            t • •                           7\nJ E A N MARNOLD. — Saint-Saëns                                                        168\nConcert annuel des Chanteurs de Saint-Boniface                                        169\n\n      Conférences :\nGEORGES DE GOLESCO. — Shakspeare              (M. Reul). — Sommes-\n                                    nous à une époque de décadence?\n                                    (M. Dreux). — Le féminisme (Mu<\n                                    Popelin)                                          170\n\nP . L. — Chronique        artistique                                         '.   .   174\nFIRMIN VANDEN BOSCH. — Gazette               des Livres                               175\nLivres et Revues                                                     .   .    . .     179\nNotules                                                                               187\nIllustrations : Le Droit                 l   T            „\n                T    _,        .,        {   JULIEN       DILLENS.\n                Le Travail               j\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-204", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 165, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 345, "texte": "DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     A B O N N E M E N T : 1 0 francs par an; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n         (pou* tâtonnement s'adresser à la Rédaction, ru* du Grand-Cerf, 32, à Bruxelles)\n                                 P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-205", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les collaborateurs. sont seuls", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 165, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 345, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "Comité de rédaction de DURENDAL :\n                           MM.      H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                    L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n                                    F I R M I N VANDEN B O S C H .\n\n                    Secrétaire de la Rédaction : G E O R G E S V I R R È S\n                               Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n\n                   M..' H E N R I M A Z E L , avenue Niel, 32, P a r i s .\n\n               PRINCIPA0X COLLABORATEURS\n      FRANZ A N S E L .         ARNOLD GOFPIN. :\n      MAURICE BEKAERT.                                      JOSÉ HENNEBICQ.\n      EDGAR BONEHILL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                       J . - K . HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                      JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                         EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                      VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET. .                                GODEFROID K U R T H .\n      MARIE GLOSSET.                                        L . DE LA L A U R E N C I E .\n      L'abbé AUG. CUPPENS.                                  L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                              GEORGES L E CARDONNEL.\n      Le comte G. D'ARSCHOT.                               S É B . - C H . LECONTE.\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                            GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GPLESCO.                                  CHARLES MARTENS.\n      GEORGES DELAUNOY.                                    PAUL MUSSCHE.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKE.                     EDOUARD N E D .\n      L e barort G. DÉLLA FAILLE:                          MAURICE OLIVAINT.\n      E U G È N E DEMOLDER.                                ERNEST PÉRIER.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                 GEORGES RAMAEKERS.\n      J U L E S DESTRÉE.                                   GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL.                                  BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.                                      JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                    FERNAND SEVERIN.\n      J. ESQUIROL.                                         HENRY V A E S\n      EMILE FERMAUD.                                       ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT FIERENS.                                     CHARLES VAN LERBERGHE.\n      H . FIÉRENS-GEVAERT.                                 E M I L E VERHAEREN.\n      IWAN GlLKIt                                          L'abbé F R . VERHELST.\n                                                           LÉOPOLD WALLNER.etc, etc.\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-206", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les collaborateurs. sont seuls", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 165, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3117, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "Les collaborateurs. sont seuls responsables de leurs articles\n\n// ura rendu compte dans DURENDAL de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adresser au\nsiège de la Revue, 2 2 , rue du Orand-Cerf; pour la publicité, 2 6 , rue Faider, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-001", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 132, "titre_corps": "Le Monument au Travail", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Le Monument au Travail TOUT le monde", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 166, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1927, "texte": "Le Monument au Travail\n\n              TOUT le   monde connaît le superbe Monument au\n                   Travail de CONSTANTIN MEUNIER qui, avec\n                   Rodin, est sans conteste un des plus puissants\n                  artistes sculpteurs de ce siècle.\n                     Personne, avant Meunier, n'avait eu l'idée\n                  d'étudier au point de vue esthétique et de\n                  tenter d'incarner dans une œuvre d'art le geste\n                  du travail. Cette idée germa spontanément\ndans son cerveau, sans qu'il y fût poussé par personne, sans\nl'exemple d'aucun ancêtre, lors d'une excursion au pays de\nl'industrie minière. La vue du monde ouvrier fut une révélation\npour lui. Il découvrit d'instinct sa vocation et eut, du coup,\nl'intuition de l'idéal vers lequel il devait orienter la personnalité\nde son génie pour mener celui-ci à son plein épanouissement.\nSur l'heure il se mit à l'œuvre. Et de son atelier est sorti ce mer-\nveilleux Monument au Travail qui, exposé en fragments, — bas-\nreliefs grandioses et figures d'une sérénité et d'une majesté\nincomparables — fit l'admiration du monde entier et affirma,\nd'une façon décisive, la formidable originalité de Meunier.\n   D'autres artistes tenteront peut-être à leur tour d'exalter le\nTravail par leur art, mais ils auront toujours l'infériorité de\nvenir après lui. Ils ne seront que les plagiaires de son idée, car\nil restera éternellement vrai que c'est Meunier — et lui seul\n— qui a eu le hautain mérite de découvrir et de dégager, le\npremier, la beauté esthétique du monde ouvrier, pour l'affirmer\nensuite dans un chef-d'œuvre immortel, avec une rare ingénio-\nsité, avec un art ineffable, avec un talent presque inégalable\net qu'en tous cas aucun artiste, quel que soit son savoir-faire,\nne dépassera jamais.\n   Meunier a été vraiment un créateur. Il a créé en art le type\nidéal du travailleur moderne. Ce type est définitif.\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "130                         DURENDAL\n\n\n   Les admirateurs de Meunier avaient espéré, un instant, que\nl'État aurait fait ériger le Monument au Travail, tel que l'artiste\nl'avait conçu, sur une de nos places publiques. Il s'est contenté,\nhélas! de ne lui en commander que les fragments pour les\nplacer dans ses musées.\n   Mais ne voilà-t-il pas que le gouvernement de la province\nreprend l'idée d'un Monument au Travail. Sans doute, direz-\nvous, il va en confier l'exécution à Meunier? Point du tout. Il\nlui prend son idée, avec un sans-gêne sans pareil, et il en\ndemande la réalisation à d'autres.\n   Camille Lemonnier s'est ému avec raison à la vue de, cette\nespèce de larcin artistique et en termes très modérés, du reste,\nmais d'une magnifique envolée, il a protesté contre ce déni de\njustice.\n   Nous nous empressons de nous joindre à lui avec toute notre\nâme et de protester à notre tour avec toute l'énergie que nous\ndonne notre admiration enthousiaste et sans réserve pour\nConstantin Meunier. Nous faisons nôtres les paroles de Lemon-\nnier quand il dit :\n   « Meunier avait conçu une grande, noble et simple idée. Lui\nqui avait composé son art avec l'âme de la substance du peuple\nindustriel, il avait rêvé de lui édifier, en une action de grâces\nreconnaissante, un groupe, une pierre dédicatoire, un monu-\nment piaculaire. De grandes figures devaient, au soubassement,\nexprimer quelques aspects du travail moderne. Aux quatre\nsurfaces de l'édifice, des bas-reliefs, sous la forme d'allégories\nréelles, montraient les forces élémentaires. Ces bas-reliefs, vous\nles connaissez : ils ont fait l'admiration du monde. Les quatre\nmotifs ensemble combinaient un schéma des activités humaines\nen corrélation avec les puissances de la nature. C'était à la fois\nla plus noble pensée sous laquelle se pouvait ouvrir le cycle\nd'un siècle nouveau et le testament d'une grande vie d'art.\n L'Etat, malgré le vœu du pays entier, n'acquiesça pas à l'idée\ndu monument : il lut jugé préférable que l'œuvre se fragmentât\net constituât un fond de musée. Malheureusement la grande\nstatuaire ne vit qu'en plein air : elle risque de n'être plus que\nde la plastique morte sous les clartés indigentes des lanternaux.\n Meunier, qui tout un temps avait vécu fiévreusement la vie de\nson idée, voila son esquisse et se remit à un autre travail. Telle\nest toutefois la puissance secrète des grandes choses apparues à\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "                        LE   MONUMENT        AU   TRAVAIL                         131\n\n\nleur heure qu'elles ne cessent pas de vivre au fond des esprits.\nOn vit tout à coup se produire une initiative qui mérite\nl'applaudissement. La province reprenait pour son compte le\nprojet du Monument du Travail. Mais, ô stupeur! ce monu-\nment qui avait pris corps dans les méditations d'un artiste\nconsidérable et dont la maquette, exposée et reproduite par les\njournaux, avait obtenu la louange publique, — on se compor-\ntait vis-à-vis de lui comme s'il n'existait pas, comme s'il ne\ndevait jamais exister.\n    » Je sais bien qu'il ne s'agissait là que d'une idée générale;\nmais l'oeuvre déjà est en puissance dans l'idée et une idée\nappartient à celui qui le premier espéra la réaliser. Quand elle\némane d'un artiste comme Meunier, c'est l'effort admirable\nd'une vie entière, ce sont les battements pressés d'un cœur qui\nvécut un siècle d'art et d'humanité, c'est la souffrance des\nobscures foules millénaires enfin rachetées dans un signe\n matériel de charité fraternelle, c'est tout cela qu'il faut\n considérer.\n    » N'abaissons pas les grandes idées et respectons le génie qui\n les tira de ses creusets brûlants. Il ne faut pas qu'au déclin de\n la vie, le créateur magnifique qui dota l'art d'un élément de\n beauté inconnue subisse l'humiliation de voir retirer de ses\n mains, heureusement toujours vaillantes, la part de propriété\n spirituelle qui lui demeure acquise devant le temps et devant\n les siècles (1). »\n    L'Académie libre de Belgique, dont Lemonnier fut le porte-\n parole en cette circonstance, a envoyé son magnifique et vigou-\n reux discours au gouverneur de la province, avec une adresse\n très suggestive dont voici un extrait :\n   Dans sa séance du 14 novembre, le Conseil provincial du Brabant\ndécida : Il sera élevé, devant le futur hôtel du G o u v e r n e m e n t provincial du\nBrabant, u n m o n u m e n t en l'honneur du Travail.\n   Celte résolution a é m u l'opinion p u b l i q u e .\n   Il lui a paru inexplicable qu'il fût question d'élever un « m o n u m e n t en\nl'honneur du Travail » sans que ce m o n u m e n t fût celui que conçut et réalisa\nun des plus g r a n d s parmi nos sculpteurs, Constantin Meunier.\n   Sans doute, il n'entre pas d a n s notre pensée de solliciter le Conseil provin-\ncial de revenir sur le principe de sa délibération du 14 n o v e m b r e ; mais il\n\n\n  (1) Le beau discours de Lemonnier a été reproduit dans l'Art Moderne du 19 février.\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "l32                                DURENDAL\n\n\nnous paraît que cette délibération n'est point inconciliable avec le premier\net le plus impérieux des mobiles qui dictent notre d é m a r c h e : le vœu de voir\nla province charger Constantin Meunier d'exécuter l'œuvre admirable que\nlui-même baptisa le Monument au Travail.\n   L e Conseil provincial, en même temps qu'il assurerait à son projet la plus\nmagnifique réalisation, rendrait un légitime h o m m a g e à celui qui fut, à n'en\npoint douter, l'inspirateur de son initiative.\n\n   Nous osons espérer que la voix vibrante de Camille Lemon-\nnier sera e n t e n d u e et que le gouvernement provincial se ralliera\nà son sentiment qui est aussi le nôtre. C'est non seulement son\ndroit, mais son plus strict devoir.\n   T o u s les admirateurs de notre grand artiste Meunier —\net ils sont légion, non seulement en Belgique, mais dans\nle monde entier — applaudiront avec nous les paroles flam-\nboyantes de justice et de vérité lancées avec u n e si noble\nvaillance par L e m o n n i e r du haut de la t r i b u n e de la L i b r e\nAcadémie. Tous proclameront, avec lui et avec nous, que si l'on\ndoit ériger en Belgique un M o n u m e n t au T r a v a i l , l'artiste\ns'impose, sans délibération préalable, et doit être élu sans hési-\ntation. Cet artiste, c'est celui-là qui seul en a eu la conception\nprimordiale et à qui, par conséquent, l'idée appartient absolu-\nment. Il a prouvé, avec éclat et avec gloire, qu'il avait en lui\nla puissance de la réaliser de la façon la plus fastueuse qu'il\nsoit possible d'imaginer et de l'incarner dans un marbre d'une\nbeauté éternelle qui serait un des plus beaux chefs-d'œuvre de\nl'art sculptural de notre t e m p s .\n   Cet artiste, c'est, ce ne peut être que CONSTANTIN M E U N I E R .\n\n                                                         HENRY M Œ L L E R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-002", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 133, "page_fin": 133, "titre_corps": "Renoncement païen : L’Hymne d’Hippolyte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bois", "ancre_debut": "Renoncement Païen L'Hymne d'Hippolyte Tu 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l'Obscurité.\n\nEt je ne rirai pas non plus parmi les fêtes.\nJe resterai morose au milieu de vos fleurs;\nMes yeux vers l'invisible amante dont je meurs,\nEt le front exilé des humaines    tempêtes,\nPuisque je n'ai trouvé mes frères ni mes sœurs,\nJe clorai la maison de mes fiertés muettes,\nEt je mépriserai la joie et les douleurs.\n\nAlors ils railleront ma solitude  austère,\nIls voudront de leur poing, de leur glaive     outrager\nLa porte qui n'est pas ouverte à     l'Etranger;\nMais le seuil surhumain   vaincra toute la terre,\nEt je ne craindrai pas cet assaut   passager\nDe l'Amour qui s'allie enfin avec la Guerre,\nMoi qui n'implore pas l'Etoile du Berger!\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-003", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 134, "page_fin": 135, "titre_corps": "Renoncement chrétien : L’Hymne du mystique pèlerin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bois", "ancre_debut": "Renoncement Chrétien L'Hymne du mystique Pèlerin L'humanité", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 171, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1236, "texte": "Renoncement Chrétien\n\n        L'Hymne du mystique Pèlerin\nL'humanité    tremblante et la vie incertaine\nMe tentent vainement de leur fugace espoir;\nJe suis le pèlerin d'une route    lointaine,\nEt je ne m'assieds point à l'auberge du soir.\n\nLa montagne est pourtant solitaire et cruelle,\nLes pierres du sentier sont tristes de mes pleurs,\nLa nuit étend déjà le crêpe de son aile;\nUn nuage a rempli le ciel de mes      douleurs...\n\n                            *\n\nAu-dessus des maisons de la calme vallée\nUne brume s'élève en flocons délicats,\nEt c'est la vie humaine en bas, toute envolée,\nLe foyer qui rassemble enfin les enfants las.\n\nSi la nature est sombre, une vitre   s'allume;\nL'homme veille, et la femme auprès de lui s'endort ;\nEt la lampe, éternelle et petite, consume\nL'huile des volontés aux flammes de la mort.\n\nUn conseil d'apaiser ma fièvre et l'aventure,\nOù s'exaltent mes nerfs irrités d'idéal,\nVient de la vitre claire et de la ville sûre,\nQui voudraient me guérir de mon glorieux      mal.\n\n                             *\n\n Pourtant je n'irai point vers la cité    charmante;\n Je resterai parmi les arbres et le vent,\n Car je sais un destin beau comme      l'épouvante,\n Et je liais le repos suave et décevant...\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "              RENONCEMENT CHRÉTIEN                         l35\n\n\nJe préfère souffrir rebelle, et sur les cimes\nMeurtrir mes pieds sanglants avides de tout fuir.\nL'aigle tournoie au loin et ses ailes sublimes\nNe palpitent jamais plus haut que mon désir.\n\nMais serai-je déçu par mon rêve, et mon âme\nN'atteindra-t-elle point le but qu'elle poursuit?...\nDe la ténèbre enfin vient de naître la flamme,\nL'opaque firmament se déchire et reluit,\n\nEt voici que l'étoile a vaincu les nuages!\nLa ruche de la nuit s'ouvre en rayons de miel...\nDormez, dormez encore, ô mes frères trop sages,\nMon lit et mon flambeau m'appellent dans le ciel!\n\n                                                  JULES BOIS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-004", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 136, "page_fin": 142, "titre_corps": "Julien Dillens, statuaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Lambotte", "ancre_debut": "Julien Dillens, statuaire (Suite) Les idées générales", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 173, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "Julien Dillens, statuaire\n                               (Suite)\n\n\n                LES idées générales, les notions simples parurent\n                  à Julien Dillens pouvoir seules s'exprimer pla-\n                  stiquement. Il ne concevait point la matéria-\n                   lisation de symboles abstraits, de subtilités\n                   compliquées, qu'il n'admettait guère en pein-\n                   ture et répudiait absolument en statuaire.\n                      L'immobilité concrète de la forme fixée dans\n                   la pierre, le marbre, le bronze, se refuse à de\ntrop complexes intentions. Voulant personnifier des allégories\ndiverses, Dillens ne s'embarrassait point de renouveler les\nformules consacrées. Avec la beauté du corps h u m a i n , l'agen-\ncement à grandes lignes des draperies, des formes ornementales\nhabilement maniées et quelques accessoires traditionnels, il\nréalisait des conceptions d'allure décorative, adéquates à la\ndestination architecturale et définitive de chaque œuvre.\n   Considérez les statues de la maison du Renard, les deux\ndéesses du m o n u m e n t Anspach et ces figures d'un style si\n magistral du nouvel Hôtel communal de Saint-Gilles. Elles vous\n affirmeront l'entente du geste, le goût inné de l'allure ample,\n mouvementée et ornée qui convient à la place publique, au plein\n air, à la distance, et que personne mieux que Dillens n'a pos-\n sédé de nos jours.\n    Les Quatre Parties du Monde, sculptées sur la façade de la\n maison du Renard, s'inspirent de l'ambiance, de la splendeur\n vétusté et pompeuse de notre admirable G r a n d ' P l a c e . Rehaus-\n sées de dorures, animées et brillantes, elles font corps avec les\n saillies, les moulures, les corniches, le bosselage, la couleur\n même des architectures bourgeoises et cossues de la série de\n maisons qui va de l'Hôtel de ville à la rue au Beurre. Série\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "                  JULIEN DILLENS, STATUAIRE                   137\n\n\npittoresque opposant au gothique noble du Palais communal,\nau gothique fleuri de la Maison du Roi, ses formes dérivées du\nstyle de la Renaissance, accentuées à la brabançonne, plus\nriches et même boursoufflées que très pures de goût, mais si\nabondantes, d'une veine si opulente et heureuse, réalisant, par\nl'accumulation des détails, un si bel aspect de prospérité, qu'il\nen émane comme une joie. Les statues de Dillens y sont à\nl'unisson, et c'est la preuve de la sensibilité de sa nature\nd'artiste.\n   Ces Quatre Parties du Monde encadrent une Justice qui n'est\npas de Dillens. J'ignore la cause de pareille disparate.\n   Puisqu'on voulait éviter l'anachronisme de personnifier\nl'Océanie, — de découverte trop récente pour le style des mai-\nsons de la Grand'Place, — on eût pu tout au moins demander\nau même statuaire la composition des cinq statues alignées au\nmême étage et éviter ce fâcheux contraste de manière.\n\n   Les déesses du monument Anspach sont d'autre sorte.\n   Ce monument, d'abord confié à Paul De Vigne, ne put être\nachevé par lui. L'architecture en est composite et bizarre. La\npartie sculpturale n'en est pas seulement l'accessoire orne-\nmental, mais, au contraire, le principal élément d'intérêt.\nL'obélisque, les vasques, les degrés aménagés par l'architecte\nne sont que le soubassement et comme le socle compliqué des-\ntiné à la présentation collective de divers objets d'art. Tandis\nque le saint Michel de Paul De Vigne s'érige au pinacle, qu'un\nmédaillon, des bas-reliefs de marbre, des chimères, des masca-\nrons de bronze sont disposés un peu partout, les deux statues\nen haut-relief, modelées par Julien Dillens, constituent les\nmorceaux les plus importants de l'ensemble. Elles doivent, par\nleur silhouette et leur rythme, se conformer à tous les aspects\ndu petit édifice. Elles accentuent de saillies prononcées les con-\ntours de la face principale du Mémorial et remplissent sur les\nparois latérales des surfaces importantes dont elles justifient\nl'agencement.\n   Magistralement, Dillens a résolu ce complexe problème en\ninscrivant ses statues dans des contours très étendus, qu'elles\nremplissent du geste accentué de leurs bras, du flottement\nallongé de leurs draperies, des pointes aiguës de leurs hautes\ncouronnes, de leurs palmes longues et sinueuses!...\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "138                         DURENDAL\n\n\n   Ces statues, si joliment fermes et souples, sont la cohésion\nde tout l'ensemble; c'est à Dillens que tous les collaborateurs\ndu m o n u m e n t Anspach doivent le succès total de leurs efforts\net cette bonne grâce générale qui atténue les différences de pro-\nportion, de compréhension, d'exécution.\n\n    Au nouvel Hôtel communal de Saint-Gilles, Dillens, enfin\nlibéré de toutes entraves, put inspirer à son tour la composition\ngénérale de la décoration statuaire et diriger l'exécution des\ntravaux confiés à une pléiade de jeunes sculpteurs. Il se réserva\nde modeler deux figures imposantes qu'il dressa en un geste\nhiératique, qu'il enferma dans le galbe architectural d'un fût\nde colonne.\n    Logique et définitif aboutissement de recherches et de médi-\ntations, cette simplification ample et stylisée de la cariatide se\nrattache aux sources saines de l'art originel et, toutes propor-\ntions gardées, ressuscite l'eurythmie de la statuaire m o n u m e n -\ntale athénienne.\n    Cette fois encore, le destin, arrachant Dillens au chantier\navant l'achèvement de la mise au point des modèles qu'il avait\ncréés, empêcha que l'exécution définitive de ces deux figures fût\ntout à fait parfaite et telle que l'artiste, en y mettant la der-\nnière main, eût seul pu la réaliser...\n    L e Mémorial t'Serclaes, sous les arcades de la maison de\nl'Etoile, se rattache à la série des œuvres monumentales du\nmaître. Ce mémorial aussi doit à l'impressionnante harmonie\nsynthétique de la Grand'Place son invention touffue. T r a i t é en\njoyau, enrichi de tant d'éléments de forme et de couleur, il ne\nvise pas à la pureté, à la délicatesse de goût d'un tombeau\nflorentin de Mino da Fiesole. L'œuvre est brabançonne, exubé-\nrante et fleurie, comme elle devait l'être près de ce cadre, en cet\nendroit, et Dillens l'a compris, qui y a accumulé les détails, pro-\ndigué les formules ornementales, marié les émaux et les dorures.\n    On sait l'agencement des diverses parties de cet ensemble, la\nd r a m a t i q u e dépouille mortelle du héros bruxellois étendue si\npathétiquement au bas de la composition, les trois bas-reliefs\nsuperposés, d'une échelle très réduite et tout grouillants de l'ani-\nmation de la bataille, au sommet un guerrier à cheval, mouve-\nmenté du flottement de l'étendard, du luxe du caparaçon, des\ncomplications de l'armure et du harnais, couronnant l'ensemble,\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2097, "texte": "                 JULIEN DILLENS, STATUAIRE                   130.\n\n\ntandis que des colonnes, un entablement, des guirlandes, des\nornements dessinent une architecture foisonnante.\n\n    Pressé de composer un motif pour écussonner le contour de\nl'arche principale du nouvel arc gigantesque en construction au\nCinquantenaire, Dillens, malade déjà et si inquiet, ébaucha un\nimmense écu royalement couronné, porté par deux génies ailés\nclaironnant.\n    Composition asymétrique d'un jet irrésistible dans son équi-\nlibre imposant, elle réalise, à l'échelle des proportions formi-\ndables de l'édifice, un ornement architectonique à larges oppo-\nsitions d'ombre et de lumière dont l'effet promet d'être\nexcellent.\n    Hélas ! des amitiés pieuses en surveilleront sans doute la\n précise et froide exécution, mais le souffle de l'animateur, de\n l'improvisateur qui en eut, chemin faisant, allégé ou mouve-\n menté l'aspect, lui fera cruellement défaut.\n\n   Le Silence de la Tombe forme à lui seul un monument total et\ndéfinitif.\n   Destinée à surmonter un pilastre à l'entrée du cimetière\nd'Ixelles, cette figure ne devait exprimer que des idées générales\nde mystère et d'irrévocabilité.\n   Dillens a conçu un sombre génie tout enveloppé de voiles,\nassis dans l'attitude du recueillement, ne laissant apercevoir —\nsous l'ombre portée des draperies — que des yeux de mystère,\nun visage aux traits rigides et secrets, le geste deviné d'une\nmain posée comme un sceau éternel sur des lèvres closes à\njamais. L'allure massive et tapie de la composition, les grands\nplis expressifs des étoffes parlent de pérennité.\n   C'est la force invincible qui s'impose, funèbrement. C'est le\ngénie des recommencements de la nature, une puissance non\npoint désolée, mais insensible et sereine, non point personnifi-\ncation d'une déesse mythologique, mais la forme matérielle et\ncomme une apparition concrétée d'une sorte d'Erda omni-\n sciente.\n   En concevant une telle œuvre, Dillens résumait un cycle de\n pensées dont deux morceaux déjà avaient préparé l'apparition :\n la figurine tombale du monument Moselli au cimetière de\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "140                          DURENDAL\n\n\nLaeken et la Petite pleureuse agenouillée du Musée de Bru-\nxelles.\n   Graciles fillettes inclinées prématurément vers les plus\ncruelles réalités de la mort, elles effeuillent d'un geste tendre des\nroses symboliques, marquant la fin de toutes les joies q u ' u n e\nvie terrestre réserve à la jeunesse avide d'admirations, de sensa-\ntions, de voluptés... Avec quelle grave éloquence Dillens, d a n s\nsa compréhension païenne, a su indiquer cet apitoiement décou-\nragé, cette tristesse que ne soutient pas l'espérance et le mol\nabandon qui semble dire : « A quoi bon ».\n   E t puisqu'une œuvre d'art n'existe — en tant qu'œuvre d'art\n— que pour autant qu'elle soit belle non seulement par la\nconception et la pensée, mais encore par le prestige de la perfec-\ntion technique et matérielle, j'insiste sur la délicatesse, la sou-\nplesse de modelé de ces morceaux, l'ingénuité et la grâce\nconservées dans la précision du rendu, la logique des m a n œ u -\nvres du geste et des étoffes, la ligne suivie de la silhouette\ngénérale.\n   Faut-il ajouter que la figurine funéraire, qui appartient au\nMusée de Bruxelles, n'obtint pas d'emblée les suffrages des\ncommissaires et connut les interminables incertitudes de l'anti-\nchambre préalable... Il était écrit que toujours des déceptions\nempoisonneraient la sérénité de l'artiste.\n\n   P a r m i les morceaux marquants qui parurent en ces vingt der-\nnières années, il faut signaler aussi l'Allegretto, figure de jeune\nlemrae aux bras charmants, d'une verve peut-être un peu vul-\ngaire, mais dont la réduction en ivoire fournit un bibelot réussi ;\nle Génie offert à l'architecte Jamart après la reconstruction de la\nMaison du Roi, ingénieux hommage en forme de grand bijou\nd'ivoire et d'or; la Minerve, au masque réfléchi, pur profil inex-\npressif, casqué de métal lourd, ciselé en une ornementation\ncompliquée; l'Eau du Bocq, une série de bustes, des bas-reliefs\ndes plaquettes, des médailles...\n   Sans doute, l'inventeur de grandes figures, de décorations\narchitectoniques, se trouvait dépaysé un peu quand il lui fallait\nréaliser des portraits, des œuvrettes précieuses, des composi-\ntions de petites proportions.\n   Mais, puisque l'occasion de donner libre cours à sa force pro-\nductrice était parcimonieusement mesurée à l'artiste, que les\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2376, "texte": "                    JULIEN DILLENS, STATUAIRE                         141\n\n\n\ncommandes d'œuvres conformes à son t e m p é r a m e n t surgissaient\ninfiniment rares, il dérivait en ces travaux divers la fougue et la\nsurabondance de son talent.\n    Parfois aussi, un hasard lui offrait le moyen de livrer, en une\nœuvre éphémère, le secret de ses songes et de ses tendances.\nC'est ainsi que Dillens composa, pour je ne sais plus quei cor-\ntège de fête, un char de la Presse tout doré, dont l'harmonie de\nlignes, la pompeuse et juste ordonnance, la spontanéité d'inven-\ntion suscitèrent l'admiration.\n    Cette improvisation brillante révélait des facultés rares dont\non eût pu attendre par la suite la cristallisation en grandes\nœuvres décoratives et architecturales. Mais la chance ne voulut\npoint que ces œuvres fussent commandées, et Dillens se reprit\nà ronger son frein.\n    Il fut question de transmuer en une fontaine, en un monu-\nment allégorique quelconque l'éphémère Char de la Presse.\nL ' a d a p t a t i o n précise ne s'en trouva pas à point nommé et l'idée\nfut abandonnée sans en avoir fait germer, comme il arrive, une\nautre, plus judicieuse...\n    Il existe encore la m a q u e t t e d'un Persée chevauchant Pégase,\npétri par Dillens dans la fougue d'une inspiration débridée.\nT u m u l t u e u x de silhouette, véhément d'accent, compliqué de\nmasses, le groupe déborde de vie et de sève. Jeté en avant, d'une\nallure folle, le coursier ailé entraîne le cavalier vers l'audace des\naventures et des dangers. Ce morceau, de verve et de virtuosité,\nest demeuré tel, depuis l'heure où le statuaire l'enfanta, et, sans\ndoute, l'œuvre est condamnée à disparaître sans merci, comme\nle bloc de plâtre fragile qui conserve encore, pour combien\nd'années? — l'invention du maître.\n\n   Les bustes de Dillens sont divers par le caractère, l'interpré-\ntation, le style.\n   S'il s'en trouve de physionomiques comme celui de l'avocat\nMonville, visage t o u r m e n t é et expressif, ou celui de M. J...,\n— connu parmi les artistes sous les noms de « Buste de l'homme\nà la grande barbe » ou de « Buste d'un original », — d'autres\nn'avèrent que de la conscience appliquée — comme celui du\nvénérable gouverneur du B r a b a n t — ou bien une fantaisie qui\ntransforme un portrait en un bibelot expressif, non plus ressem-\nblant, mais précieux par la saveur du travail, la souplesse de\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "142                          DURENDAL\n\n\n\nl'épiderme ou même la beauté des surfaces préparées pour l'effet\ndes patines lustrées du bronze. L e buste de M. Charles J a n s -\nsens, en dehors même de l'observation du type du modèle,\nrespire l'aisance et même l'allégresse du travail, la liberté de\nl'observation étendue peut-être jusqu'au dédain du modèle, mais\nréalisant un ouvrage qui, sitôt les premières années de compa-\nraison réalisable passées, demeurera comme une œuvre d'art\nnerveuse et belle.\n   Les portraits de femmes, M m e H e r b o , la comtesse de\nFlotow, créations de grâce et de charme, apportent un sourire,\nune séduction, un attendrissement éphémère et r a y o n n a n t dans\nla série des sculptures de Dillens. E t quand, d r a p a n t d'un\nample voile le buste de M m e de Flotow, n i m b a n t le visage régu-\nlier et fin d'une ombre de marbre, Dillens intitule Pax la nou-\nvelle apparition de ce t y p e délicat fervemment étudié, il réalise\nencore une œuvre d'allure puissante et de lignes stables, aux\nplans justes, aux aspects fuyants, agrandissant de possibilités\nles limites de la matière.\n\n   Ce que fut l'homme, ce que valut le professeur, des voix\némues l'ont exprimé devant le cercueil de Julien Dillens.\n   E n insistant sur les particularités de son art, j'ai tenté seule-\nment d'augmenter un peu le nombre de ceux qui le comprennent\net le goûtent, et aussi souhaité qu'il ne fût pas, faute d'un peu\nd'or, perdu stérilement un peu de Pensée humaine formulée en\nun peu de Beauté.\n                                                PAUL   LAMBOTTE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-005", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 143, "page_fin": 144, "titre_corps": "Contre le vent", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Canivet", "ancre_debut": "Contre le Vent Le géant aux pieds liés", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 184, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 928, "texte": "Contre le Vent\n\nLe géant aux pieds liés,\nLe grand       marronnier,\nLà, devant mon seuil,\nDéploie en trophée ses feuilles.\nSes feuilles, espoirs et orgueil,\nSes belles et vertes feuilles.\n\nL'orage gronde, la pluie tombe.\nLe ciel que les nuages   plombent,\nS'abaisse vers la terre.\nLe vent lourd vient par à-coups,\nPuis violemment il resserre\nLe quadrige de ses chevaux    fous.\n\nMon géant calme et fort,\nA pris dans ses bras qu'il tord,\nSes innombrables espoirs verts,\nRetroussés et pâlis;\nEt à tout moment il les serre\nAvec fureur, contre lui.\n\nComme la flamme plus haut s'élance,\nQuand le vent rue sa violence;\nMon grand arbre de vie dardée,\nBrûlant de son orgueil si beau,\nFlambe et s'élève plus haut,\nTelle une torche sacrée.\n\nComme les bras levés d'officiants,\nElèvent l'hostie  blanche;\nNoblement ses fortes   branches\nElèvent leurs espoirs   vibrants,\nAinsi qu'un sacrement      divin,\nDans l'orage qui les étreint.\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 925, "texte": "144                   DURENDAL\n\n\n\n         Vouloir sublime qui se redresse,\n         A chaque coup de vent du sort,\n         Qui s'exalte et lutte sans cesse,\n         Et ne s'affaisse que pour la mort.\n\n         Longue bataille de l'immobile,\n         Qui ne veut voir que ce qu'il veut,\n         Dont le tronc dur, tremble fébrile,\n         Et secoué jusqu'en ses nœuds,\n         Mais retient fièrement  fermée,\n         La toison verte de sa feuillée.\n\n         Et quand les forts coursiers  sauvages\n         Auront déchiré les nuages,\n         Et que seront,    inaperçus.\n         Tombés quelques espoirs déçus;\n         Réchauffé par la lumière pure,\n         Mon bel arbre et sa parure\n         D'ardent vouloir et de jeunesse,\n         Sera toujours devant mon seuil,\n         Où royalement il se dresse,\n         Exemple altier, à l'âme en deuil.\n\n                                          HÉLÈNE   CANIVET.\n 1904.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-006", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 145, "page_fin": 148, "titre_corps": "La Cité ardente", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Vanden Bosch", "ancre_debut": "La Cité Ardente (1) PUT-ON m'accuser", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 186, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "La Cité Ardente (1)\n                       PUT-ON m'accuser de brûler un encens\n                                                        complaisant\n                 sur l'autel de l'amitié, il me plait de dire, bien\n                 haut, que, par la Cité ardente, Henry Carton\n                 de Wiart vient de faire, dans les Lettres, une\n                 rentrée triomphale.\n                     Lorsque la Politique entraîna Henry Carton\n                  de Wiart dans son orbite absorbant, à voir l'ac-\n                 tivité combative, généreuse et passionnée que\ndéployait le député, beaucoup de nos amis craignirent que\nl'auteur des Contes hétéroclites ne fût perdu pour l'ait. Je ne par-\ntageais point ces appréhensions et je disais : « Laissez donc,\nil nous reviendra — car il ne nous a jamais quittés. »\n   Je suis très heureux, et un peu lier, d'avoir été aussi bon pro-\nphète : voici Henry Carton de Wiart de « retour» — avec un\nlivre qui fera date, et sera un succès, parce que c'est une œuvre à\nla fois de probité et de beauté.\n   La Cité ardente est un roman historique.\n   « Roman historique » — cet accouplement de mots dit par\nlui-même toutes les difficultés du genre. L'histoire déborde de\nsituations susceptibles de transpositions littéraires. Il suffit\nd'ouvrir surtout nos annales patriales pour que, de toutes les\npages, se dégagent les émotions sublimes, facteurs potentiels\nd'une œuvre d'art. Mais si le choix du sujet est aisé, l'adapta-\ntion l'est moins. Il convient d'assouplir les incidents historiques\naux lois de la composition, tout en prenant garde de ne pas\ndépasser les limites au delà desquelles la vérité protesterait.\nCette sorte de transaction à ménager entre l'imagination de\nl'écrivain et les événements réels exige un doigté délicat et\nsouple.\n   Ce partage fait de la fantaisie et de la réalité, une égale\nadresse s'imposera pour l'établissement du décor où l'action\n\n (1) Paris, P e r r i n .\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "146                         DURENDAL\n\n\nse mouvra. Scrupuleusement et minutieusement documenté sur\nles mœurs, les habitudes, les costumes et les armes du temps,\nl'auteur dispensera assez d'érudition pour caractériser d'époque\nses personnages. Mais il ralentirait l'intrigue et paralyserait\nl'émotion en prodiguant l'érudition.\n    Un juste et discret dosage des éléments historiques est la\npremière qualité que je veux relever dans la Cité ardente.\n   Mais cette qualité, quelque ingénieuse science qu'elle sup-\npose, n'est en somme qu'accessoire : le milieu situé et le décor\nbâti, il y faut appeler, à la vie, des âmes immortelles, proches de\nnos cœurs et de notre chair, parce que les mêmes idées, les\nmêmes songes et les mêmes souffrances nous animent, nous\nhantent et nous émeuvent, êtres de jadis que nous sentions fra-\nternels par delà les siècles, et avec lesquels nous communiions\nen « ce qui ne meurt pas ».\n   Dans son rêve d'histoire et de beauté, Henry Carton de\nWiart appareilla vers les heures tragiques du XVe siècle, où la\nprincipauté de Liége — et sa Cité ardente — se débattaient en\nsursauts héroïques d'indépendance sous la main de fer et\nd'astuce de Charles le Téméraire.\n    Charles le Téméraire paraît à peine, en personne, au cours\ndu livre; et l'auteur a résisté à la tentation d'un facile portrait\nà brosser. L'Attila de Bourgogne reste à la cantonade — mais,\ninvisible, il plane néanmoins sur l'œuvre en menace perpé-\ntuelle de domination. Il est « l'intrus » redoutable, dont le\ngeste se projette perpétuellement à travers l'action comme une\nombre d'oppression et de mort.\n    Henry Carton de Wiart demeure avec ceux de sa race qui\ndéfendent leurs franchises et luttent et meurent pour la liberté.\nAprès le sac de Dinant, il les accompagne, sur un plateau\nd'Ardenne, en ce camp de partisans d'une physionomie si sau-\nvage et si pittoresque; il rentre avec eux à Liége et vit avec eux\nles instants de joyeuse détente qu'amène le marché franc de la\nSaint-Jean; il suit, à côté d'eux, les péripéties vaillantes et\nangoissantes de la journée de Brusthem; et, rentré dans la ville,\nvaincue et divisée contre elle-même, il assiste au tragique con-\nflit de l'expérience des anciens et de la témérité des jeunes; il\ncôtoie l'inquiétante et énigmalique silhouette de Dame Pente-\ncôte, mixture d'intrigue et de volupté où il y a quelque chose\nd'Agrippine et un peu de lady Macbeth; il savoure la bohème\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "                        LA CITÉ ARDENTE                          147\n\ndébridée de cette façon de Falstaff de Wallonnie qu'est le baron\nde Bueren, amant de la vie et contempteur de la mort, ingénu\net brave, endetté et fastueux, paillard et héroïque — personnage\nd'exception que Barbey eût adoré; mais surtout il se fait le\ncompagnon de tous les jours et de toutes les heures de Josse de\nStrailhe et de Johanne de Berlo.\n   Josse et Johanne sont deux pures essences de chevalerie —\nl'un par sa généreuse vaillance, l'autre par son exquise senti-\nmentalité.\n   Au geste de création de l'auteur, Josse de Strailhe semble\ns'être levé, tout armé et casqué, du seuil de quelque héraldique\nmausolée — et c'est bien du fond du moyen-âge qu'il vient\nvers nous, tout frémissant de juvénile fougue désintéressée. Et\nquant à Johanne de Berlo, elle apparaît comme une sainte de\nvitrail qui soudain prendrait vie dans un délicieux halo de\njeunesse, de candeur et d'amour.\n   En ces deux êtres de choix, tout chante à l'unisson; l'âme du\nhéros sourit à l'âme de la vierge; une lointaine prédestination\nles conduit l'un vers l'autre; ils tendent les mains... mais,\nhélas! l'antagonisme de la Cité à laquelle ils tiennent tous\ndeux par leurs fibres ancestrales, a mis entre eux l'obstacle de\ndeux cadavres ; leur passion se résoud en souffrances et leurs\nsouffrances s'épurent en sacrifice; après s'être aimés un instant des\nyeux de l'âme, ils se disent adieu : Josse se libère dans la mort\nhéroïque pour la Cité, Johanne offre en holocauste à Dieu son\npauvre cœur fêlé au premier contact avec l'existence.\n   Et sur les ruines de la ville terrassée, dans le désespoir des\nsuprêmes révoltes, parmi l'odeur du carnage et le reflet des\ndévastations, l'idylle brisée de Josse et de Johanne intercède\npour l'ardente Cité « qui ne veut pas mourir ».\n   Sur ces créations d'épopée et de rêve — dont j'ai le sentiment\nde n'avoir donné qu'une imparfaite esquisse — Henry Carton\nde Wiart a modelé un style qui, selon les circonstances, déploie\nune martelante énergie ou s'adoucit en une enveloppante sou-\nplesse. Tel récit de guerre déborde de frénésie verbale. Telle\nscène d'amour est modulée au rythme d'une chanson de\ntrouvère.\n   Et c'est ainsi que la Cité ardente, outre qu'elle prouve une\nconsciencieuse érudition et rend le son d'une belle âme, atteste\naussi un écrivain de race.\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1324, "texte": "148                         DURENDAL\n\n\n   Henry Carton de Wiart m'a dit, l'autre jour, le bonheur qu'il\néprouva de sentir germer en lui la première idée de son livre,\nson pieux enthousiasme à prendre contact avec l'âme des\nancêtres, son ardeur à élaborer et à souder les diverses péri-\npéties, la sévère volupté de l'érudition jointe aux exaltantes\nfièvres de la création, enfin le plaisir d'écrire son œuvre dans\nce délicieux cottage de Hastière-par-delà, au bord de la Meuse\nglorieusement miroitante, non loin du coin inviolé d'Ardenne\noù Josse de Strailhe rencontra pour la première fois Johanne\nde Berlo...\n   A cette joie de l'auteur, une autre joie aujourd'hui fait écho :\nses amis et ses frères d'armes affirment que l'écrivain de la\nCité ardente a réalisé leurs plus amicales espérances. Ils se sou-\nviennent des heures, lointaines déjà, des communs débuts, de la\nfraternité dans la lutte pour un même idéal et ils constatent,\navec une allégresse où se mêle l'orgueil d'une vieille affection,\nque c'est un des leurs, un des initiateurs du mouvement litté-\nraire catholique, qui vient d'enrichir le patrimoine national\ndu livre le plus artistement et le plus foncièrement patrial\nqui ait été écrit, depuis que la Belgique recommença à avoir\nune littérature.\n\n                                     FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-007", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 149, "page_fin": 149, "titre_corps": "Amour d’antan", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest de Laminne", "ancre_debut": "Amour d'autan C'était un soir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "Amour d'autan\n\nC'était un soir, un soir d'avril, t'en    souviens-tu?\nLa lune sommeillait sur les nuages roses\nCaressant de son vol le peuplier     pointu,\nEt le baiser du soir enveloppait les choses.\nSur le vieux banc — au bord du lac — te          souviens-tu?\n\nUne bénédiction descendait sur la terre\nEtendant un silence auguste autour de nous,\nEt volontiers nous nous serions mis à genoux,\nD'un geste spontané, sous l'arbre  solitaire.\n\nEmus de cette nuit nous ne disions plus rien;\nNous écoutions les voix sereines de l'espace;\nNous songions au printemps et à l'heure qui passe,\nEt nos cœurs se gonflaient au souffle aérien.\n\nO l'écho de la nuit sur les pentes lointaines !\nLes heures qu'elle épèle au sommet des clochers!\nO le chant du crapaud sonneur dans les rochers,\nPur grelot qui se mêle au grelot des fontaines !\n\nC'était un soir — un soir d'avril — t'en     souviens-tu?\nL'amour chantait, sous le ciel bleu, sa mélodie,\nEt des frissons couraient dans la nuit   attiédie.\nIl émanait — de toute chose — une vertu.\n\nJe t'avais pris la main et je voulus ta lèvre.\nOh ! pardonne ! Vois-tu, j'étais triste et si las,\nEl je m'étais grisé au parfum des lilas,\nEt le souffle du soir m'avait donné la fièvre...\n\nJe restai seul. Le ciel venait de se couvrir.\nUne branche tomba, des oiseaux       s'envolèrent.\nLes chiennes du bouvier dans la plaine       hurlèrent.\nC'était un soir. — Un vent passa. — J'ai cru mourir.\n\n                                          E R N E S T DE LAMINNE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-008", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 150, "page_fin": 156, "titre_corps": "Le Miracle de l’âne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Hellens", "ancre_debut": "Le Miracle de l'Ane LES chiens", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 191, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "Le Miracle de l'Ane\n                   LES chiens, trois dogues terreux, étaient vautrés sous la rou-\n                     lotte, la tête entre les pattes.\n                        Le Huchot leur donna la pâtée :\n                        — H é ! Top...\n                        Il réveilla, d'un coup de botte sur les fesses, le vieux\n                     Top qui rêvait, le corps étendu. Les deux autres s'étaient\n                     levés, à l'odeur du repas; ils secouaient paresseusement\n                     les mouches collées à leur peau, tandis qu'ils dévoraient la\n                     maigre pitance. Le Huchot les regardait manger. Il aimait\nces bêtes qui partagaient sa vie vagabonde, buvaient la même eau, mangeaient\nle même pain, respiraient le même air. Elles formaient la domesticité de son\ndomaine. Bien que Top fût grand mangeur, il n'avait jamais songé à s'en\ndéfaire; il avait pour l'impotent les égards dus à la vieillesse, lui réservait un\nos ou quelque morceau fin dont il se privait lui-même.\n   Le Huchot passa sa main sur le poil sombre du goulu et ramassa l'assiette\nqu'emplissait un rayon de soleil. On entendait un mioche qui pleurait dans\nla roulotte et là-bas, pour le bercer, la mer avait une chanson cares-\nsante et rythmée.\n   Sur la route, un baudet passa au trot. Un enfant le montait, assis à cali-\nfourchon sur une peau de mouton qui lui servait de selle. Le vieil ânier,\nderrière lui, traînait la jambe ; il tannait à coups de trique la croupe endurante\nde l'animal.\n   Le Huchot fit « hue », en riant, et, devenu rêveur tout à coup, regarda\ns'éloigner l'âne.\n   A ce moment, la Huchotte descendit l'escalier.\n   — Dis donc, femme, il nous manque bien encore un baudet ?\n   La petite femme dit en répandant une pelletée de cendres :\n   — Où as-tu cherché ça?\n   — Avec quarante francs on trouverait bien quelque vieille bourrique?\n   — C'est vrai, nos chiens mangent trop !\n   — Ils deviennent vieux. Faudrait un baudet pour tirer la maison.\n   La Huchotte soupira :\n   — Nous n'avons pas l'argent !\n   — On travaillerait, dis...\n   Il montrait ses mains de rachitique, de longues mains durcies de cal,\n exécuta un entrechat et fit mine de tenir quelque chose sur son nez.\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3408, "texte": "                          LE MIRACLE DE L'ANE                                 151\n\n\n   Il riait de tout son être. La Huchotte dit :\n   — Tu es fou ! et remonta l'escalier.\n   L'homme siffla, imitant une fauvette qui vocalisait à côté, dans un massif.\nIl avait oublié l'âne.\n   La roulotte sommeillait en marge de la route ; elle avait les pattes des bran-\ncards étendus en avant pour dormir, comme les chiens. Le Huchot se mon-\ntrait jaloux de son domaine, passait ses heures précieuses à sa toilette. Elle\nétait pimpante sous sa robe verte, parée de soleil. Des rideaux, comme de\ngrandes toiles d'araignées blanches, adornaient les fenêtres où naissaient et\nmouraient, selon l'heure, les rayons de la grande nature. Une fumée légère\net bleue montait de la cheminée, se tordait, virait comme une girouette sous\nl'impulsion du vent : suivant le chemin qu'elle prenait, le Huchot pronosti-\nquait la pluie ou le soleil. La femme avait eu soin qu'il ne manquât rien à\nl'intérieur. Comme tous deux étaient menus, le lit prenait peu de place, au\nfond de la roulotte, séparé de la cuisine par une cloison de serge verte ; le\nmioche couchait à leurs pieds. Au-dessus du poêle, un crucifix avait sa\nbranche de buis séché. La Huchotte allait fréquemment puiser de l'eau à la\ntinette; elle frottait le plancher, lessivait la vaisselle qu'elle rangeait ensuite\ndans les encoignures. Cependant elle faisait tout cela sans plaisir, et bien\nqu'ellene soupirât jamais, ses yeux de chien battu avaientdes lueurs farouches\ncomme si la vie y avait concentré une amertume. Une maternité continue,\ndouloureuse, impuissante l'avait épuisée, la ravinait de rides précoces, lui\ndonnait l'altitude et le geste alourdis des valétudinaires. Tous les enfants\nétaient morts, à peine nés, sauf le dernier qui traînait depuis deux ans sa tête\népaisse et ses membres grêles de souffreteux. Une nouvelle grossesse la tra-\nvaillait, hâtive comme les autres.\n    Le Huchot salua d'une chanson galante les premiers soleils d'août. Il était\ngrotesque quand il chantait. Ces refrains lui revenaient de son service à\nl'armée; il en connaissait aussi de son pays, en Tournaisis, du temps qu'il\ngardait les vaches. Parfois, il aidait les maçons à décharger les briques;\nceux-ci l'aimaient à cause de sa gaîté, partageaient avec lui leur croûte et lui\nfaisaient boire de grandes gorgées de genièvre pour le mettre en verve. Alors\nle Huchot leur contait des gaudrioles, imitait le cri des mouettes ou jonglait\navec les bidons. Son humeur égrillarde faisait des tâches claires sur sa maigre\ncarcasse de pauvre, comme le soleil sur une défroque. Ou bien, lorsque le\ntemps était beau, il allait faire des tours devant les villas. Il ne mendiait pas\ncomme les vulgaires maupiteux; il avait conscience de son art longuement\nétudié et ne cherchait d'autre boniment que son rire large et sonore. Avec\nquelques sous qu'il faisait danser dans sa poche, il descendait sur la plage,\ncontemplait la mer huileuse panachée d'écume blanche. Il observait le vol\ndes mouches, au-dessus des flaques. Elles tournoyaient avec des geignements\nd'enfant, les ailes étendues, se poursuivaient et, avant de se poser, viraient\nun moment, les pattes en l'air, d'un mouvement gracieux. Quand il rentrait,\nles soirs où il s'attardait à regarder tremper le soleil dans la mer, la Huchotte\nen gésine se tordait sur son lit. L'enfant pleurait, la tête enfoncée dans les\ncouvertures.\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "l52                               DURENDAL\n\n\n   L'homme disait alors :\n   — Faudrait aller attacher le mal à la chapelle de Saint-Idesbald...\n   Puis, la douleur lâchait prise. La Huchotte reprenait sa vie lasse, comme\nrivant.\n   Un jour, le Huchot rentra tard. Il avait aidé des pêcheurs qui hâlaient une\nchaloupe sur l'estran. Il revenait, les oreilles pleines encore de l'ahan, les\npaumes brûlantes. Le jour baissait. Tout à coup, du côté de la mer, il perçut\nun cri rauque avec des éclats stridents et répétés. C'était sinistre comme un\nhurlement humain, comme l'appel d'une sirène sur la mer.\n   Tranquillement, le Huchot pensa :\n   — L'âne!\n   Mais son désir se réveillait. De nouveau, il entrevit la possibilité du bon-\nheur rêvé. Dans son cerveau des images se formaient, aussi nettes qu'une\nréalité. C'était la silhouette fantastique d'un onagre dans les dunes; c'était un\nbaudet qui passait sur la route, avec sur son dos un enfant rieur; enfin, un\nbouricot harnaché, pomponné, qui porterait un nom sonore, brouterait les\nscabieuses au bord de la route ou ferait tinter ses grelots entre les bras de la\nroulotte. Il pressa le pas. Sa femme faisait bouillir des têtes de pavot pour le\nmioche qui refusait de dormir. Le Huchot prit un bout de chandelle dont ils\nse servaient quand il n'y avait plus d'huile dans la veilleuse.\n   La Huchotte demanda :\n   — Où vas-tu ?\n   Il dit :\n   — C'est veille de l'Assomption. Je vais prier Notre-Dame.\n   Le soir assombrissait la route. Il marchait lentement, troublé par cette idée\nqui le hantait : « J'allumerai un cierge devant la statue de la Vierge, je lui\ndemanderai de nous donner un baudet, parce que les chiens deviennent\nvieux et ne sauront bientôt plus tirer la maison; je lui demanderai aussi de\nsoulager ma femme et un harnais pour l'âne, si ce n'est trop. » Il se sentait\nune âme mystique en ce chaud crépuscule d'août. Son espoir était vague. La\nVierge pouvait faire un miracle; en tous cas, elle l'aiderait à trouver l'argent\nqu'il fallait pour acheter l'âne.\n   L'église était restée ouverte plus tard qu'à l'ordinaire. Une odeur d'encens\net de cire adhérait aux murs. Il s'orienta sur la veilleuse du chœur, heurta\nquelques chaises, les mains étendues pour éviter les obstacles. La nef parais-\nsait déserte. Il alluma la chandelle dont la flamme fumeuse se mit à danser\ndans l'ombre et lécha la statue de lueurs blafardes. Puis, comme on récite une\npatenôtre, il ânonna la phrase invocatoire. Sa voix vacillait comme la lumière\nde la chandelle. Une chaise grinça sur les dalles; le Huchot ne l'en-\ntendit pas.\n   Quand il fut dehors, la nuit était piquée d'étoiles.\n\n                                       *\n                                      * *\n  Le lundi suivant, de bonne heure, les chiens se mirent à aboyer; ils tiraient\nleur chaîne avec un bruit tel que la roulotte en était toute secouée. Le Huchot\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "                           LE MIRACLE DE L'ANE                                153\n\n\n s'éveilla. Il ouvrit les rideaux et vit qu'un âne broutait devant lui. D'un bond,\n il fut dehors. Les chiens hélaient l'intrus. Il cria, moitié rêvant :\n    — H é ! femme, viens donc voir!\n     La Huchotte accourait.\n    — Un baudet ! un baudet!\n    — Il s'est échappé pendant la nuit. Faut attendre qu'on le réclame.\n    Brusquement, l'homme lui saisit le bras :\n    — Regarde, il est attaché à la roue!\n     La longe était solidement nouée à l'une des roues de la roulotte. Des ban-\n derolies de couleur serpentaient entre les attelles.\n    Le Huchot répétait, gambadant comme un enfant :\n    — Un baudet! un baudet! un baudet!\n    — Qu'est-ce qui te prend? demanda la femme : il n'est pas à nous. .\n    — Faudrait t'en assurer...\n    La Huchotte ronchonnait :\n    — Où as-tu cherché l'argent?\n    Il eut un rire clair, un geste de triomphe :\n    — Il est tombé du ciel, je n'en sais rien !\n    Alors ils se mirent à caresser l'animal, avec des douceurs, de la tête à la\n croupe. Il avait le poil brun taché de gris sur le dos. Le Huchot lui ouvrit la\nbouche, examina les dents :\n    — Et pas vieux!\n    — Il a dû coûter cher! insinuait la Huchotte, accalmée.\n    Il répondit :\n    — Faut croire !\n    Le soleil, comme jamais, l'inondait de bien-être. Il se sentait visité par\ntoutes les joies du ciel, pénétré de Dieu dont il était l'élu ; et l'image de la\nVierge était confondue dans les choses, comme une vision bienheureuse\nque prolongerait un rêve familier.\n    Des pêcheurs passèrent. Ils ressemblaient à des crabes sous leur carapace\nde toile brune. Habitués au roulis, ils semblaient osciller à chaque pas, dans\nleur marche. Les plus jeunes portaient des paniers sur leurs épaules.\n    — Bonne pêche! cria le Huchot.\n    Ils s'arrêtèrent devant l'âne. Un vieux demanda :\n    — Tu as fait un héritage, le Huchot, que tu fais paître un baudet à présent?\n    — Il m'est tombé du ciel ce matin...\n    Le Huchot riait. L'ancien le fouilla de ses petits yeux en triangle. Il y\navait une défiance dans ces yeux mobiles qui le sondaient, comme s'ils obser-\nvaient quelque point de l'horizon.\n    Les pêcheurs s'éloignaient. Le Huchot répéta :\n    — Bonne pêche !\n    Et il se mit à chanter. Il pensait, tout en chantant : « Ma femme ne saura\njamais que la Vierge a fait un miracle. Il ne faut pas qu'elle le sache : elle ne\nle croirait pas et c'est vrai, cependant. » Puis, une idée: « Comment la\nremercier? » Longtemps, tandis qu'il dessellait l'âne, avec mille soins et de\ncaressants vocables, il réfléchit à ce grave problème. Il reçut une inspiration\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3377, "texte": "154                               DURENDAL\n\n\nsoudaine, comme il accrochait la sangle et le harnais dans un coin de la\nroulotte.\n   Quand le Huchot descendit, il portait quelque chose sous son bras, soigneu-\nsement enveloppé dans une serviette à carreaux bleus. Tout en marchant, il\nne pouvait s'empêcher de penser à l'âne. L'image le poursuivait, enveloppée\nde lumière comme une apparition miraculeuse. Il apercevait ses oreilles dres-\nsées, attentives aux paroles qu'il prononçait : elles les comprenaient sans doute,\npar cette intuition céleste d'animaux d'élection auxquels les saints ont fait le\ndon d'humanité. Il retrouvait ses anciennes naïvetés d'enfant que rien n'étonne,\nhabitué au miracle perpétuel de la nature. Une pensée encore l'occupait : il\nfallait donner un nom à son baudet. Aucun ne vibrait assez clair. Il savait des\nnoms de chiens, des noms d'hommes, très doux et chantants, mais il en vou-\nlait un plus sonore qu'il ne trouvait pas. Arrivé devant l'église, il cherchait\nencore.\n   Derrière les peupliers de la route, moutonnaient au loin les dunes. Les\noyas aux verts glauques inclinés sous le vent leur donnait une agitation\nfactice, comme d'une mer houleuse, marbrée de soleil, où les sables ressem-\nblaient à des crêtes d'écume. L'église était perdue dans une vasque, entre\ndeux dunes. Aux heures angéliques la cloche s'échappait du nid, planait sur\ncette mer d'un vol élégant, remontait, renvoyée de vague en vague, comme\nune mouette. Et les sables vibraient longtemps, jusqu'à ce que l'oiseau fût\nrentré au clocher.\n   Quand le Huchot se fut assuré que l'église était déserte, il marcha résolu-\nment vers l'autel. Ses pieds battaient sur les dalles une musique cadencée;\nles saints qu'il rencontrait en chemin semblaient lui sourire : ils avaient l'air\naccueillants, les bras ouverts, ébahis des offrandes étalées devant eux.\nC'étaient des cœurs en argent, des bras ou des jambes minuscules en cire\nverte, appendus à leurs doigts et qui remuaient au moindre vent entré par la\nporte. Le Huchot s'arrêta devant une goélette sculptée dans le bois par\nun pêcheur; rien n'y manquait, jusqu'aux cordages les plus délicats, elle\nportait un nom et, tout au bout du grand mât, un pavillon aux trois couleurs.\nPlus loin, le Huchot en vit d'autres; elles se balançaient à une corde fixée\nà la voûte, comme si des vagues invisibles soulevaient leurs carènes. Il\ncontemplait ces choses avec inquiétude, émerveillé et confus à la fois. Il\nn'avait rien de pareil, pas même un âne en cire comme il convenait, sans\ndoute, qu'il eût offert! Le silence le remuait; au milieu de ces statues qui le\nsuivaient avec des yeux fixes, il n'entendait que le bruit de ses pas.\n   Il arriva devant la Vierge. Aujourd'hui, dans la lumière du soleil, elle lui\nparut plus belle ; son visage maigre était doux, l'enfant qu'elle portait semblait\nvouloir s'échapper de ses bras, tendait ses deux mains vers le Huchot qui\nriait, déjà rassuré. Sur le chandelier il vit un bout de cierge à demi consumé ;\nc'était le même qu'il avait allumé la veille de l'Assomption, pour faire sa\nprière. Le brimborion de suif lamentable et larmoyant avait l'air d'un loque-\nteux parmi les grands cierges bariolés d'emblèmes. Le Huchot le ralluma.\nAlors il se retourna, pour voir s'il était seul et retira ses vêtements. Les\nsaints virent un petit homme aux jambes torses passées dans un maillot clair.\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3425, "texte": "                           LE MIRACLE DE L'ANE                                  155\n\n\nSa poitrine de gnome était anguleuse et sa tête démesurée et lourde était\nenfoncée entre les épaules; des mains énormes pendaient au bout des bras\nnoueux, des mains qui ressemblaient à des araignées repues. Il ouvrit mysté-\nrieusement le paquet et en retira des verres, une bouteille et des anneaux\nqu'il rangea sur les marches de l'autel. Puis il voulut parler, faire un boni-\nment; mais la première parole lui resta dans la gorge et il ne sut plus rien\ndire à cause de l'émotion. Une larme s'écrasa sur les dalles; il s'essuya les\nyeux du revers de la main.\n    Il prit d'abord le verre, l'emplit d'eau jusqu'au bord et le posa sur son\nfront. Ainsi, la tête rejetée sur le dos, les mains étendues, il s'agenouillait\nlentement, fixant des yeux la voûte; alors ses genoux glissaient, ses jambes\ns'allongeaient derrière lui; il était étendu sur le ventre et le verre n'avait pas\nbougé. Pour se relever, il se raidit sur ses bras. Quand il fut debout il craignit\nque la Vierge se moquât de lui, car ce tour était facile. Mais elle souriait, l'en-\nfant s'amusait beaucoup et ses mains étaient tendues comme s'il criait : « En-\ncore ! » Ce succès l'enhardit. Il leva le verre dont pas une goutte n'était tombée :\n    — Regarde, je l'ai depuis dix ans, il n'est pas encore brisé I\n    Puis, avec les anneaux, il décrivit d'ingénieuses arabesques ; ils se croisaient,\nformaient chaînes et se séparaient, avec un cliquetis joyeux, si vite qu'on ne\npouvait apercevoir par quel artifice. Il s'assit sur les dalles, passa un anneau\nsous ses genoux et se recroquevilla jusqu'à ce que son corps ne formât plus\nqu'une boule. Dans cette masse informe d'oripeaux et de chair, le front se\nbombait comme une baudruche sillonnée de veines, les yeux s'exorbitaient ;\nla sueur collait les cheveux à ses tempes. Au milieu du silence, on entendait\nles chocs mous du corps sur les dalles. Il replia l'anneau derrière sa tête et,\nlentement, par secousses, il le fit descendre le long du dos. On eût dit que la\npoitrine, les bras et les cuisses s'écrasaient dans ce cercle étroit; toute sa car-\ncasse craquait. Il s'arrêta un moment, puis, par un mouvement brusque, le\ncorps sedégagea. L'anneau tinta sur les dalles; le Huchot était debout. Hors\nd'haleine, tout pantelant de fatigue, il essuyait son front et regardait l'enfant\ndont les yeux brillaient de joie. De temps en temps, il parlait :\n    — C'est pas pour me vanter, mais il faut de la patience dans ce métier !\n    Ou bien :\n    — Ceci n'est rien encore, vous allez voir...\n    Maintenant, il rampait entre les chaises, sur le dos. Tout son corps était\nétendu, ses bras ne bougeaient pas, et, sur son front, le verre d'eau s'équilibrait.\nIl se rétrécissait comme un serpent, puis s'étirait d'un mouvement sinueux\nqui dessinait les côtes à travers le maillot; sa pauvre ossature disloquée\nse mouvait dans le tissu, comme dans un sac. Quand le passage devenait\npérilleux, il s'arrêtait, repliait les bras sur sa poitrine, s'allongeait, glissait\nentre les prie-dieu sans les frôler; et le verre restait rivé à son front, comme\ns'il en eût fait partie.\n    De nouveau, une chaise grinça derrière un pilier.\n    La chandelle à l'agonie crépitait. La flamme se débattait au milieu du suif\noù baignait la mèche consumée; après un effort pour se relever, elle bleuit,\ncharbonna et suffoqua dans une fumée jaune.\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1489, "texte": "156                              DURENDAL\n\n\n\n   Le Huchot, dans l'entraînement du travail, ne tarissait pas. Il épuisait\ntoute la série de ses tours mirifiques. Quand il s'aperçut que la chandelle ne\nbrûlait plus, il s'arrêta, pensant qu'il avait oublié l'heure et que la Vierge\ns'ennuierait, à la fin. Comme il se baissait pour ramasser ses anneaux, il se\nredressa tout à coup, disant :\n   — Regarde ces mains !\n   Ce n'étaient pas des mains. Deux lambeaux de chair pendaient aux poignets,\nsans vie; les doigts flasques, exsangues, semblaient de cire molle; on aurait\ndit que les os s'étaient retirés dans les bras. Un rai de soleil traversant les\nvitraux, éclairait obliquement les traits du bohémien. Ses yeux caressants\navaient l'air de supplier un miracle. Mais soudain il se mit à rire bruyamment,\nde toute sa figure ridée et maigre. Ses mains avaient repris leur forme nor-\nmale et il décrivit un grand signe de croix.\n   Alors il revêtit ses hardes, et sortit en songeant à l'âne.\n   L'angelus de midi sonnait.\n   Deux dames qui s'étaient blotties derrière un pilier, pendant que le\nHuchot travaillait, se levèrent. La plus âgée avait des cheveux blancs et\nessuyait, avec un fin mouchoir de batiste, ses yeux rouges. Comme elles\nvenaient de quitter l'église, la plus jeune dit en prenant le bras de sa\ncompagne :\n   — C'est bon de faire du bien à ceux qui savent comprendre !\n   Elle aussi pensait à l'âne.\n\n                                                          FRANZ HELLENS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-009", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 157, "page_fin": 161, "titre_corps": "La « Florentine » de l’Institut Staedel et la sainte Catherine de l’Appartement Borgia au Vatican", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "La Florentine de l'Institut Staedel et la sainte Catherine de l'Appartement Borgia au Vatican IL arrive", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 198, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "La \" Florentine „ de l'Institut Staedel\net la sainte Catherine de l'Appartement Borgia au Vatican\n\n\n                   IL arrive, sans doute, aux fidèles les plus assidus et les plus\n                      respectueux des travaux d'Huijsmans d'emporter, avec la\n                      joie d'art ou l'admiration qu'ils ont reçue de lui, une sorte\n                      d'arrière-dépit, une vague contrariété et comme du ressen-\n                      timent d'avoir conservé, imprimée trop vivement, découpée\n                      trop à l'emporte-pièce dans le souvenir, quelque image d'un\n                      pittoresque violemment familier ou qui, au premier abord,\n                      leur a paru presque caricaturale. Mais, pour peu que l'on\n                      y songe, on aperçoit que ces images ne semblent insolites\nque si on les évoque, isolées, dans la mémoire; car, à les prendre dans leur\ncontexte, dans la trame savoureuse et colorée du style du maître, dans le\nmilieu de leur création, elles y apparaissent toutes naturelles et normales.\n   Il n'esi pas surprenant, cependant, qu'en certains milieux dévots ou ecclé-\nsiastiques le langage, inusité jusqu'ici dans l'hagiographie, d'un artiste tel\nque Huijsmans, ait dû ébouriffer les scrupules et sembler irrévérencieuse-\nment révolutionnaire. De là à mettre en doute la profondeur d'une conversion\nsignifiée en un idiome inouï dans les sacristies et les séminaires, il n'y avait\npas loin, alors que, tout au contraire, ainsi que nous le faisions remarquer\nà propos d'En Route, l'évolution de l'écrivain prenait un caractère de loyauté\net de netteté d'autant plus sensible qu'elle s'exprimait dans une langue dont\nil n'aurait pu se départir qu'au prix d'une feinte préjudiciable à la fois à son\noriginalité et à l'accent même de sa sincérité.\n   En réalité, il eut fallu, pour satisfaire certaines gens, que Huijsmans\ndépouillât non seulement le \" vieil homme \", mais l'homme même! — toute\nsa personnalité, en somme, avec les particularités de vision précise et de\nrendu coloré qui sont l'essence même: de son art; avec le tour d'esprit\ninquiet, mécontent, caustique, l'insatisfaction spirituelle, ferment des expé-\nriences de Des Esseintes et de Durtal et dont l'action a fait que, d'étape en\nétape, sa pensée a atteint le point où elle est actuellement venue.\n   Au fond, il y a dans les opinions émises à son sujet un peu de l'épouvante\nusuelle devant l'énergie, gestes ou paroles, trop affirmée : pour leur compte,\nla plupart des êtres préfèrent se défiler, ne pas se faire d'affaires ! Et les catho-\nliques, surtout, par humeur pacifique autant que par humilité religieuse,\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3188, "texte": "158                                 DURENDAL\n\n\nprobablement, accordent leur suffrage plutôt aux effacés qu'aux catégoriques,\naux tranquilles qu'aux ardents, à ceux qui restent dans le rang qu'à ceux qui\nen sortent ou qui, manifestement, sont rebelles à l'alignement!\n   Certes, ce n'est point à ces timorés que s'adresse le verbe de Huijsmans,\navec ses comparaisons vivaces de réalité, le relief et le contour vigoureuse-\nment marqués de ses images et ces vocables imprévus, qui n'insinuent point\nla conception de l'écrivain dans l'intelligence du lecteur, mais, dirait-on, l'y\nprécipitent!\n   Elle triomphe, par-dessus tout, cette langue saisissante, dans la description\nintense des œuvres où toutes les dilections esthétiques du maître se sont\népanouies et exaltées. Qu'on se rappelle de quel œil analytique et compré-\nhensif il a vu les œuvres capitales des sculpteurs de Chartres, de certains\nPrimitifs flamands et allemands, et, jadis, les pages célèbres de Rops, de\nRedon, de Moreau, des Impressionnistes; et quelles étonnantes transposi-\ntions il nous en a données, brossées en pleine pâte, avec des mots de pres-\ntige et de couleur, ou burinées comme une morsure d'eau-forte dans la subti-\nlité acide de la phrase.\n   Et voici un nouveau recueil (1) de ces planches d'une gravure en même\ntemps âpre et fine, avec des traits qui crient et des traits qui caressent : com-\nmentaire graphique de chefs-d'œuvre, où toute la splendeur terrifiante ou\nmystique et les significations latentes des originaux sont mis dans une lumière\ncomplète.\n   C'est d'abord à Colmar, de Griinewald, une Crucifixion farouche et désolée,\navec un Christ convulsé, la douleur, abîmée dans la stupeur d'une soumission\nsurhumaine, de la Mère, et l'indicible détresse de saint Jean. Et sur un des\nvolets de la même œuvre, une Résurrection où, dit Huijsmans, l'artiste a su\nmerveilleusement exprimer « avec la pauvreté des couleurs terrestres, la\nvision de la divinité mise en suspens sur la croix et revenant, visible à l'œil\nnu, au sortirde la tombe: ».\n   A Francfort, métropole sémite dont il trace un rapide et amusant croquis,\n Huijsmans étudie deux œuvres, l'une italienne, l'autre flamande ou française,\nselon l'autorité que l'on accorde aux notices du catalogue de la récente Expo-\nsition des Primitifs fiançais. Il s'agit, en effet, d'une Vierge à l'Enfant,\nattribuée à ce Maître de Flémalle, que M. Hulin identifie, comme on sait,\navec Jacques Dnret, élève, en même temps que Roger Van der Weyden, d'un\ncertain peintre tournaisien, Robert Campin, et dont M. Henri Bouchot a\ndextrement confisqué l'œuvre au profit de 1' « école de l'Artois ».\n    L'examen de la Vierge du musée Staedel donne l'occasion à Huijsmans de\ndégager l'état de la question, en élaguant toutes les argumentations nourries\nde probabilités et impuissantes à déterminer la conviction, surtout lorsque\nl'on se trouve en présence des peintures contestées.\n   A propos des indices et particularités de sites, d'attitudes des personnages\n\n\n  (1) J.-K. HUIJSMANS. — Trois primitifs : Les Grûnewald du Musée de Colmar. — Le Maître\nde Flémalle et La Florentine du Musée de Francfort-sur-le-Mein.     U n volume illustré\n(Paris, Vanier).\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "        LA « FLORENTINE » DE L'INSTITUT STAEDEL, ETC.                         l59\n\n\net d'emblèmes dont on a tiré si grand parti pour classer mainte œuvre, il fait\nremarquer la fragilité de telles inductions et à quelles chances d'erreurs elles\nexposent, rien n'étant plus usuel, en ces temps-là, que des emprunts presque\ntextuels d'un artiste à un autre : « A cette époque, constate-t-il excellemment,\nle plagiat entre gens qui se considéraient tels que des artisans n'existait pas;\nl'on se prêtait tout naturellement une figure qui avait plu ; et cela est si vrai,\nque le saint Joseph de la Nativité de Berlin a été, avec à peine une variante,\nrepris par Memlinc dans son Adoration des Mages, dé l'hôpital Saint-Jean, à\nBruges, et que je le retrouve également, avec le même visage, la même\nattitude, le même geste de la main abritant une bougie, dans la Nativité du\nMaître de Flémalle, à Dijon. »\n    Des constatations analogues et fondées sur les mêmes raisons s'imposent à\nceux qui s'occupent des Primitifs italiens. Les œuvres anonymes ou d'attri-\nbution douteuse abondent de ce côté aussi; et c'est un vaste champ à\nl'activité un peu brouillonne des critiques et des historiens d'art. Ces investi-\ngations ne peuvent, d'ailleurs, être que profitables, en amenant parfois la\ndécouverte de documents ignorés; et, pour le surplus, il n'y a pas grand mal\nà voir constituer, de temps à autre, avec des ouvrages appariés un peu au\npetit bonheur, l'œuvre conjecturale de quelque artiste dont l'existence\nfabuleuse n'a pour garant qu'une vague allusion de Vasari, tel que l'Amico di\nSaudro (Botticeli) ou l'Alunno di Domenico (Ghirlandaio), découverts ou\ninventés par M. Berenson.\n    Le musée Staedel possède un étrange portrait de femme, communément\nqualifié de Jeune Florentine, bien que le type ne réponde guère à cette dési-\ngnation, et qui a déjà fourni matière à nombre de conjectures. Quel en est\nl'auteur? Quelle est cette jeune femme, ambiguë d'expression et de costume,\nfaite, certes, à la ressemblance d'une individualité déterminée, et qui, cepen-\ndant, dans la nudité où elle apparaît, avec la préciosité de sa chevelure\ntressée, son voile en turban et sa couronne de sombre buis, avec les joyaux\nde son front et de sa poitrine et les cinq fleurs sauvages qu'elle arbore d'une\nmain cérémonieuse, semble incarner quelque allégorie ? Et le mystère de son\nincognito s'ajoute au mystère obsédant de cette physionomie occulte, dont\nl'apparente placidité paraît dissimuler mille secrets corrompus.\n    Huijsmans, interrogeant cette énigmatique figure et l'histoire, suggère le\nnom de Giulia Farnèse, une des favorites d'Alexandre VI, Borgia; et les\narguments sur lesquels il fonde son opinion, corroborés par nos propres\nobservations, nous paraissent de nature à créer de fortes présomptions en\nfaveur de cette identification.\n    C'est vers 1490 que Giulia Farnèse apparaît dans la vie de Rodrigue\n Borgia, dont la mort survint en 1503 ; si le panneau de Francfort représente\ncette femme, il aurait donc dû être exécuté vraisemblablement entre ces\ndeux dates. L'œuvre ne saurait être, par conséquent, comme on l'a pensé, de\nla main de Domenico Veneziano (+ 1461), ni, sans doute, de celle de Piero\ndella Francesca (+ 1492); mais, à en juger d'après la netteté aiguë du dessin\n et la couleur « d'un éclat inaltéré et qui semble soudaine », comme dit Huijs-\n mans, on peut, pensons-nous, affirmer que l'auteur de ce chef-d'œuvre appar-\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3582, "texte": "160                                     DURENDAL\n\n\ntenait bien à la lignée de ces beaux peintres, dont la technique, à la fois\nprimitive, à certains égards, et raffinée, et les procédés de coloris se différen-\ncient si fort de ceux de l'école florentine.\n    On pourrait peut-être hasarder aussi le n o m du P i n t u r i c c h i o , issu de cette\nécole du P é r u g i n , dont quelquefois la manière brillante, avec des éclats et\ndes précisions de miniature, procède de celle de P i e r o della Francesca. Mais\nle réalisme u n peu superficiel du P i n t u r i c c h i o aurait-il p u s'élever j u s q u ' a u\nprodige de cette effigie incantatoire?\n    Quoi qu'il en soit, cet artiste peignit, comme on sait, entre 1492 et 1495,\nla merveilleuse décoration à fresque des A p p a r t e m e n t s Borgia, a u Vatican.\nS u r la paroi principale de la troisième salle, il a représenté, dans u n décor\na n i m é et peuplé de n o m b r e u x personnages, sainte Catherine d'Alexandrie\nd é m o n t r a n t la vérité du Christianisme à l'empereur Maxence, « en faisant\nforce syllogismes et se livrant à une foule de considérations allégoriques et\nmystiques », comme le rapporte la Légende dorée, qui ajoute qu'elle « avait\nétudié avec assiduité les arts libéraux ».\n    Or, si nous ne nous trompons, les traits que le Pinturicchio a d o n n é s à la\nsavante sainte ont une analogie frappante avec ceux de la Florentine de F r a n c -\nfort, et il semble q u e ce soit la m ê m e femme, à quelques années d'intervalle\npeut-être, car la physionomie, encore u n peu indécise et enfantine au Vatican,\na pris d a n s le tableau u n contour plus ferme et plus décis. Mais, d a n s les\ndeux œuvres, la chevelure, disposée, du reste, différemment, est d'un blond\ndoré, et il y a identité parfaite dans la coupe régulière du nez et des y e u x ,\nle galbe ovale du visage, la petite bouche avec la légère proéminence de la\nlèvre inférieure, le menton pointu et u n peu replet.\n    Maintenant, doit-on reconnaître d a n s cette image le portrait de L u c r è c e\nBorgia, dont u n écrivain contemporain, Niccolo Cagnolo, cité par P a s t o r (1),\nnous fait cette description : « Elle est de taille moyenne et faite à ravir; elle\na le visage ovale, le nez d'un b e a u profil, des cheveux d'un b l o n d d o r é . . . , le\ncou est long et blanc, fort et pourtant parfaitement proportionné. »\n    U n e tradition veut que les enfants du P a p e , César et Lucrèce, aient servi\nde modèles pour Maxence et pour sainte C a t h e r i n e ; mais, au moment où\n le P i n t u r i c c h i o travaillait à R o m e , ils n'avaient, l'un que de 17 à 20 a n s , la\nseconde que de 14 à 17 a n s . E t cette circonstance rend l'identification tout\nà fait i m p r o b a b l e . M.. Boyer d'Agen, d a n s son ouvrage sur le Pinturicchio,\nl'a c e p e n d a n t adoptée, et dans sa fantaisie tragique il voit, tandis que\nsainte Catherine-Lucrèce compte sur ses doigts les personnes de la T r i n i t é ,\n Maxence-César qui « pose à la prévenue des questions auxquelles, seul, il\np e u t r é p o n d r e : O ù est G a s p a r d de Procida? Où est Sforza de P e s a r o ? Où\nest Alphonse d'Aragon? L e sait-il, lui, qui n'ignore pas où est le d u c de\nG a n d i e et où sont les invités du bal funèbre de Finigaglia ? Elle, innocente,\ncompte sur ses trois premiers doigts le n o m des trois infortunés maris qui ne\nfixèrent pas son triste sort... (2) ».\n\n  (1) Histoire des Papes, traduction Furcy-Raynaud, V, p. 385. Paris, 1898.\n  (2) BOYER D'AGEN : Pinturicchio. Paris, 1901, p. 46, enrichi de très belles repro-\nductions.\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "        LA « FLORENTINE » DE L'INSTITUT STAEDEL, ETC.                      l6l\n\n\n   Commentaire saisissant, où Hugo aurait reconnu sa manière historique,\nlarge et synthétique, insoucieuse des chronologies? Car il est prophète, sans\ndoute, ce Maxence de la fresque, pour parler ainsi de tous les crimes que César\ncommettra des années après l'achèvement de ces décorations ?...\n   Vasari ne mentionne nulle part Lucrèce Borgia, au sujet des travaux du\nPinturicchio au Vatican, mais il rapporte que l'artiste « peignit, au-dessus de\nla porte d'une chambre du palais, la Vierge sous les traits de Giulia Farnèse,\net Alexandre VI en contemplation devant elle ».\n   Les investigations pratiquées lors de la restauration pour vérifier ce détail\npermettent de le considérer comme faux. Mais cela n'implique point que les\nrenseignements recueillis par Vasari — et rapportés, erronément, par lui,\nsans doute — soient tout à fait controuvés. En effet, il se peut qu'il ait opéré\nune confusion en indiquant comme réunies, dans la même fresque, la figure\nd'Alexandre VI, à genoux et adorant, que l'on voit dans une représentation\nde la Résurrection, et celle de Giulia Farnèse qui, sans contredit, ne pourrait\nêtre que la sainte Catherine de la troisième chambre. Giulia avait de 17 à\n20 ans à l'époque où elle aurait posé devant le Pinturicchio, âge qui corres-\npond bien a celui de la femme représentée. Le portrait de Francfort serait,\nvraisemblablement, postérieur de quelques années.\n   Toutes les probabilités sont donc pour que la judicieuse hypothèse de\n Huijsmans soit la bonne, et, en tout cas, il ne nous paraît point douteux que\nla femme du panneau du musée Staedel et celle de la fresque de l'Appar-\ntement Borgia soient un même et unique personnage.\n\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-010", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 162, "page_fin": 169, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique musicale Second Concert du Conservatoire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 203, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "Chronique musicale\n\n   Second Concert du Conservatoire. — Il a été un ravissement.\nP e u t - o n imaginer interprétations plus vivantes, plus limpides, plus délicate-\nment ciselées que celles dont nous avons eu le régal en ce j o u r ? Au\np r o g r a m m e u n e délicieuse sélection de pièces instrumentales de R a m e a u , la\np l u p a r t empruntées à son Castor et Pollux. P u i s u n Concerto-Symphonie de Bach\npour violons, altos et basses, u n e merveille de force r a y o n n a n t e et de grâce\nexquise tout à la fois, avec cet Andante Affettuoso qui, inséré également dans\nle Concerto pour deux violons, apparaît ici c o m m e u n dialogue sublime entre\nle violon et l'alto. Il a été éloquemment chanté par T h o m s o n et Van H o u t .\n    L'interprétation de la Symphonie Pastorale a été riche en immenses signifi-\ncations. E n l'écoutant, nous éprouvions u n e impression très puissante et en\nm ê m e temps très spéciale que pour ce dernier motif nous craignons de ne\npouvoir exprimer ici aussi clairement que nous l'avons ressentie a u fond de\nnous-même.\n    Il existe u n e tendance assez accréditée m a i n t e n a n t d a n s l'opinion et dans la\ncritique à considérer la Symphonie Pastorale comme u n e expression d'art située\nà mi-côte du sublime et que surplombent les faîtes merveilleux où t r ô n e n t la\nNeuvième et la Septième S y m p h o n i e , l'Ut mineur et l'Héroïque. Telle n'est\npoint notre manière de voir, dont nous avons longuement exposé les motifs\nen u n e étude spéciale parue jadis dans cette revue. Si l'on se place\nau point de vue musical pur, ce n'est sans doute pas dans la Pastorale que l'on\np o u r r a admirer ces précieuses et étonnantes conquêtes dont le maître de\nBonn a doté et enrichi l'art de la s y m p h o n i e . Ajoutons qu'ici apparaît d'une\nfaçon moins sensible tout le côté H u g o du génie de Beethoven, avec ses\ncolossales expansions lyriques, ses violentes et sublimes antithèses opposant\naux paroles d'insondable douleur les explosions de joie ensoleillée et triom-\nphante.\n     E t c e p e n d a n t la Pastorale de Beethoven est assurément p a r m i ses sympho-\nnies u n e de celles qui font le plus penser. La haute poésie qu'elle recèle y\njaillit en effusions douces et discrètes. D a n s leur suave h a r m o n i e de lignes,\nces liais paysages captivent encore moins par ce qu'ils expriment que par ce\nqu'ils suggèrent, par ces aspects d'humanité profonds et éternels où se\ncomplaisent les méditatifs, les esprits curieux de corrélation entre la vie de\nl'âme et la vie de l'univers qui en est comme le miroir symbolique. L a scène\nAm Bâche où le cantique ingénu du ruisseau marie sa voix douce et lointaine\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                 163\n\n\nà celle des oiseaux, fleurs mobiles de l'infini, n'est-il pas comme l'image de ce\nbonheur essentiel et sans limites fait avant tout de sérénité, de ces contrées\nroyalement lumineuses et pacifiques vers lesquelles s'envole noire âme sur les\nailes des rêves, ces rêves qu'on dit fragiles mais qui, fils de l'intuition, sont\npourtant les meilleurs guides aux pays de la vérité?... Il nous semblait que la\nprison de la vie terrestre s'était soudainement éclairée, qu'une fenêtre s'y\nétait ouverte en haut sur les régions glorieuses et divines qui l'entourent de\ntoute part, régions couronnées d'horizons ineffables, baignées dans des atmo-\nsphères de cristal fleuries de rayons roses, que nous sentons toutes pioches et\ndont nous sépare seulement la faible muraille des contingences, fantômes\nimportuns mais inexorables.\n\n    T r o i s i è m e C o n c e r t Y s a y e . — Mengelberg, capellmeister au\nConcertgebouw d'Amsterdam, est un admirable conducteur d'orchestre dont\nla place est marquée à côté des grands chefs d'outre-Rhin, des Weingartner,\ndes Nikisch et des Steinbach. Il unit l'ampleur à la précision, la fougue à la\npoésie, la pénétration synthétique de l'ensemble à la perfection analytique du\ndétail. Il galvanise victorieusement son orchestre d'un noble courant d'en-\nthousiasme et en obtient des effets de crescendo d'une rare puissance (Ouver-\nture de Léonore, Don Juan). Une partie de son triomphe revient légitime-\nment aux éléments d'élite qui composent l'orchestre des Concerts Ysaye,\néléments si admirablement intelligents et disciplinés, comme le manifeste\nsurtout l'aisance et la rapidité de compréhension avec lesquelles ces vrais\nartistes assouplissent et transforment leur jeu suivant la conception inter-\nprétative personnelle aux différents chefs.\n    Le Don Juan de Strauss était le joyau du concert. Par ses harmonies\nsomptueuses et la structure géante de ses polyphonies, par l'opulence de ses\ncolorations, la saveur et la variété infinie de ses moyens expressifs, le Don\nJuan peut être considéré comme une des plus belles œuvres du grand sym-\nphoniste allemand.\n    Avec la Symphonie pathétique de Tchaïkowsky, que nous sommes loin de ces\nsplendeurs! Sans doute l'Allegro molto vivace est ingénieusement harmonisé\net de coupe charmante, mais dans l'ensemble de l'œuvre l'indigence d'idées\net l'absence de souffle sont vraiment trop sensibles. Pour n'être pas un poète\nde génie, Tchaïkowsky n'en a pas moins écrit des œuvres plus solides et\nplus substantielles que celle-ci.\n    La virtuosité était représentée par le pianiste Mark Hambourg, qui dans\nle Concerto de Liszt a affirmé une fois de plus ses qualités exceptionnelles de\nfougue, de verve emportée, d'extraordinaire sûreté dans l'attaque des accords.\n Mais dans Chopin, les lacunes et les défaillances d'interprétation ont été\n nombreuses. Il a joué la Polonaise en la bémol de Chopin avec un brio\n surprenant, dans une allure rapide, que l'exemple donné par maints grands\n pianistes semble autoriser, mais qui ne réalise point l'interprétation ample\n et fière voulue et indiquée expressément par l'auteur (Maestoso). Quant a\n l'interprétation de la tragique ballade en fa mineur, rendue avec une préci-\n pitation enfantine, elle trahit une incompréhension absolue de l'œuvre qu'elle\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3559, "texte": "164                                      DURENDAL\n\n\ndépouille entièrement de sa majesté et de sa poésie. Enfin, si n o u s ne\npouvons a p p r o u v e r dans la Berceuse d e Chopin ces accélérations injustifiées\nde l'accompagnement en complète contradiction avec l'esprit du p o è m e , il\nfaut reconnaître que Mark H a m b o u r g a su la parer de jolies colorations.\nBref, et pour nous résumer, les dons remarquables du j e u n e virtuose\nd e m a n d e n t à être guidés, harmonisés, disciplinés, sous la forte direction\nd'un maître. Mais ce t e m p é r a m e n t excessif et anormal pourra-t-il être\nassoupli, se laisser initier à la vraie et poétique signification des chefs-\nd'œuvre? L a très pénible impression que nous a laissé son récital a u Cercle\nArtistique nous rend fort sceptique à cet égard.\n\n   T r o i s i è m e Concert P o p u l a i r e . — Le concert s'est ouvert par\nun Prélude Symphoniqtu de Gaetani, œ u v r e joliment écrite et d ' u n e belle ligne\nmélodique. La Deuxième Symphonie en si mineur de Borodine fut jadis e n t e n d u e\nà Bruxelles au temps de la direction de J o s e p h D u p o n t . Borodine est p a r m i\nles compositeurs russes un des plus originaux et des plus captivants. T o u t e -\nfois son génie purement pittoresque, qui se manifeste en la série d e ses L i e d e r\nde façon si poétiquement expressive, n'a pas l'envergure et la faculté d'essor\nnécessaire pour les vastes compositions s y m p h o n i q u e s . Assurément, on\nn'adressera point à cette musique le reproche de banalité. L a Symphonie en si\nest émaillée de bien jolies colorations, animée par des rythmes spirituels\nd'une\" saveur caractérisée, mais d'un b o u t à l'autre elle d e m e u r e p u r e m e n t\nextérieure et ornementale sans s'élever jamais à des significations un peu\n hautes. A côté de cette œuvre de structure élégante mais frêle figuraient au\n p r o g r a m m e des fragments symphoniques de W a g n e r (les Murmures de la forêt,\n l'Ouverture du Vaisseau fantôme), pages purement descriptives, elles aussi, mais\n combien a u t r e m e n t puissantes par la majesté de l'accent, le ruissellement de\n vie scintillante qui les traverse, comme par l'intensité de leur réalisme musical.\n U n e mention spéciale pour l'exécution vibrante de l'Ouverture du Vaisseau\n fantôme.\n     Ce concert était rehaussé par le talent si fin et lumineux de Mme Kleeberg-\n Samuel qui a joué le Concerto en ut mineur de Beethoven et les Variations Sym-\nphoniques de César Franck. L a grâce et la distinction qui caractérisent toute\n la personne de M m e Kleeberg-Samuel se retrouvent à u n égal degré en son\njeu à la fois si ferme et si souple, où la précision des r y t h m e s et l'enviable\n perfection de la technique viennent se j o i n d r e à l'élégance de la diction, à\n l'art exquis des nuances si intelligemment distribuées sur l'ensemble et les\n détails de l'œuvre interprétée. P a r la réunion de ces qualités si rares et si\n h e u r e u s e m e n t harmonisées, M m e Kleeberg-Samuel a sa place m a r q u é e parmi\n les représentants les plus autorisés de cet art pianistique français dont\n F r a n c i s P l a n t é est le roi. Combien poétiquement suggestive nous a p a r u son\n interprétation des Arabesques de S c h u m a n n , dessinées au piano avec autant\n de délicatesse que de fantaisie spirituelle. L a s y m p a t h i q u e et éloquente\n interprète a reçu aux P o p u l a i r e s u n accueil aussi c h a l e u r e u s e m e n t enthou-\n siaste que justement mérité, et il est à espérer que nous l'entendions souvent\n à Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3121, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                 165\n\n\n  Fondation Jean-Sébastien Bach (de Paris).— M. Charles\nBouvet, violoniste, fondateur et directeur de cette association artistique, est\nvenu donner à la salle Erard, avec quelques-uns de ses collaborateurs, un\nconcert fort intéressant. Programme des plus variés où l'œuvre de Bach était\nlargement représentée, mais où se trouvaient aussi inscrits les noms de\nHaendel, Lulli, Pergolèse, Mozart, Campra, Gluck. Il sied de rendre hom-\nmage à l'initiative généreuse de M. Charles Bouvet.\n   Il nous a fait passer une charmante et instructive soirée. M. Charles\nBouvet possède un jeu plein de style et d'autorité. M. Jemain, pianiste, se\ndistingue par une technique ferme et une interprétation élégante. La cantatrice,\nMlle Marie Lasne, dit avec autant d'intelligence que de grâce et de goût. Le\nflûtiste, M. Blanquart, est absolument charmeur. Parmi les choses qui nous\nont causé le plus vif plaisir, nous mentionnerons l'exquise Sonate en mi bémol\npour flûte et piano de Bach, les chants populaires de France (XVIIIe siècle)\ndits par Mlle Lasne, enfin la Sonate de Bach en sol majeur pour flûte, violon\net piano.\n\n  Séance William Vowles à la salle de l'Ecole allemande.\n — M. William Vowles, pianiste, a donné un concert. L'exécution d'un pro-\ngramme fort abondant et varié a attesté ses réels progrès tant au point de vue\nde la technique qu'au point de vue des nuances et de la compréhension des\nœuvres. Il a joué du Bach, du Schubert, du Brahms, du Chopin et une\nœuvre de l'école anglaise moderne, signée Cyril Scott. Une mention spé-\nciale pour la sélection de pièces de Brahms, d'exécution ardue et vétilleuse,\nauxquelles M. Vowles a intéressé ses auditeurs en leur imprimant de l'allure\net de l'accent. Signalons aussi le Caprice sur le départ d'un ami, de Bach, dont\nil a donné une interprétation grave et spirituelle tout à la fois. Le sympa-\nthique artiste a été chaleureusement applaudi par un auditoire très choisi.\nMlle Delhez, cantatrice, qui prêtait son concours à ce concert, y a recueilli\nsa part du succès.\n                                                        GEORGES DE GOLESCO.\n\n   T r o i s i è m e C o n c e r t D e l u n e . — M. Delune y a fait entendre des\nœuvres de choix, puisées dans son répertoire symphonique, et, dans l'exé-\ncution de deux concertos, l'un de Bach, l'autre de Mozart, notre grand\npianiste Arthur De Greef, faisant valoir de façon particulièrement heureuse\nses éminentes qualités de virtuose et d'interprète, a remporté un véritable\ntriomphe.\n   Empêché d'assister nous-même au concert, nous reproduisons ici le\ncompte rendu du Guide Musical :\n   Le succès favorise les séances de la Société symphonique des Nouveaux\nConcerts. C'est devant une salle fort brillante qu'a eu lieu le troisième\nconcert de la saison. M. Louis Delune a pris soin d'ailleurs de s'assurer régu-\nlièrement le concours de virtuoses de tout premier ordre. Cette fois, c'était\nM. Arthur De Greef qui lui prêtait sa précieuse collaboration.\n   Le réputé pianiste a exécuté le concerto en ré mineur de Bach et le concerto\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3458, "texte": "166                                    DURENDAL\n\n\nen ut mineur de Mozart, deux œuvres bien appropriées à son talent, si probe,\nsi p u r e m e n t musical. P r é o c c u p é seulement de rendre les pages interprétées\ndans leur véritable sentiment, sans maniérisme, sans recherche de l'effet,\nM. De Greef a traduit excellemment l'austérité, si attrayante en sa simplicité\nde moyens, du concerto de Bach, montrant toute la carrure de rythme dési-\nrable d a n s les deux allegros qui encadrent l'éloquent adagio, noblement enve-\nloppé par les sonorités des cordes, s ' a p p u y a n t elles-mêmes sur la gravité\nsolennelle des basses. D a n s le concerto de Mozart, l'éminent virtuose s'est\ndistingué surtout par sa délicatesse d e toucher, si adéquate au style de\nl'œuvre, et toutes les qualités de c h a r m e de celle-ci furent mises par lui en\nplein relief. Son interprétation, à la fois sobre et brillante, lui valut des ova-\ntions sans fin, qui se renouvelèrent, plus chaleureuses encore, après l'exécu-\ntion, en bis, de variations de Saint Saëns sur des thèmes de l'Alceste de Gluck\n— u n morceau tout d'actualité au lendemain des représentations du\nthéâtre de la Monnaie — et, en second bis, d'une œuvrette délicieuse de\nScarlatti.\n   L'orchestre des Nouveaux Concerts se montre en progrès à chaque audition\nnouvelle. Après s'être fait très justement applaudir d a n s l'ouverture\nde Lèonore (n° 3), il a recueilli un honorable succès avec la première s y m -\nphonie (en si bémol) de S c h u m a n n , dont M. D e l u n e a d o n n é u n e exécution\nartistement colorée et dont il a bien rendu la variété r y t h m i q u e . Il lui reste-\nrait à contenir quelque peu l'ardeur juvénile de ses instrumentistes, tentés,\navec ensemble d'ailleurs, de précipiter la réalisation de certains m o u v e m e n t s .\nCette tendance s'affirma dans les deux concertos comme d a n s les œ u v r e s pure-\nment symphoniques, et M. D e Greef ne put résister toujours à la force d'en-\ntraînement de ses fougueux accompagnateurs.\n   Au total, une soirée fort réussie, qui est venue consolider encore l'institution\nd u e à l'artistique initiative de M. D e l u n e .\n\n   Audition d'oeuvres de L. Wallner et G. Huberti. — Une\nheure de musique belge et le public attentif et captivé! Voilà qui n'est pas\nhabituel ni banal. Ce miracle a été réalisé p a r M. Engel et M m e Bathori, le\nmercredi 15 février dernier, avec la complicité de deux de nos p l u s intéres-\nsants compositeurs, MM. L . W a l l n e r et G. H u b e r t i .\n    Du premier, dix mélodies ont été exécutées, dont les plus applaudies ont\nété Brise printanière, la Belle Nuit, le Passé qui file, l'Aubépine. Ces œuvrettes\nc h a r m a n t e s se distinguent par la manière originale et curieuse avec laquelle\nles paroles se reflètent d a n s l'accompagnement. Aucune des banalités usa-\ngères, ni des rythmes usés ne vient ternir le plaisir de gourmet que l'on\néprouve à les entendre A noter aussi une chanson de la petite Russie,\nL'Enguignonné, très primesautière dans sa forme mi-narquoise, mi-attristée.\n    Du second, les quatre Wanderlieder sont connus depuis longtemps et,\nmalgré tout leur mérite, elles accusent moins fortement la personnalité de\nleur a u t e u r que les cinq mélodies nouvelles qu'il nous a fait e n t e n d r e . P a r m i\n elles, Berceuse, le Monde est méchant, A la dérive, ont tout spécialement conquis\n le public, la dernière surtout remarquable par son caractère âpre et sauvage.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3015, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                167\n\n  Les deux auteurs accompagnaient au piano leurs éminents partenaires, ce\nqui n'était pas sans ajouter un intérêt tout particulier à la remarquable inter-\nprétation de Mme Bathori et M. Engel.\n                                                                       H.R.\n\n  Sonate pour violon et piano de Vincent d'Indy. — Cette\ndernière œuvre — comme d'ailleurs toutes celles du maître français — ne se\nlivre pas à une lecture superficielle. Mais quelle joie pour l'artiste et l'amateur\nsérieux d'analyser patiemment l'architecture savante de pareille composition\noù l'inspiration, cachée d'abord sous les complications de la forme, se\nmanifeste ensuite d'autant plus précieuse.\n   Comme dans la symphonie en si bémol, mais avec d'autres caractères, deux\nthéines traversent les quatre parties de la sonate. Pour la facilité du lecteur,\nmettons-lui le doigt dessus. L'un (thème A) se dessine dès la première\nmesure de la sonate. L'autre (thème B) est celui que le violon chante, exqui-\nsement pénétrant, au chiffre 2, se superposante une autre phrase que joue le\npiano.\n   Le premier morceau en 9/8 n'est pas sans analogie de style avec celui qui\nouvre la célèbre sonate de Franck. Il est très mélodieux et largement déve-\nloppé en forme de sonate.\n   Le deuxième morceau est charmant de légèreté et de vivacité. Le thème\nprincipal semble dériver du thème B. Aussi nous y retrouvons épisodique-\nment la contre-partie de ce thème comme dans le premier morceau. Ce\nmouvement est coupé par un intermède expressif en 7/4 où reparaît, d'une\n noblesse admirable, le thème A.\n   Le « très lent » commence par une plainte touchante au piano à laquelle\nle violon répond, compatissant, par le thème B. A la mesure 22 paraît un\nautre motif aussi très expressif qui aboutit à une longue tenue du violon. Le\npiano murmure un accompagnement estompé — perfectionnement du brouillard\ndans le poème des montagnes. Au-dessus, comme une voix céleste, s'élève le\nthème A.\n   Le finale, d'une belle architecture, expose au début une phrase ardente\napparentée à la fois aux deux thèmes principaux et (5e mesure) au thème du\nchiffre 22. Plus loin — à la dernière mesure, page 39, — on trouvera un\nthème de rythme entraînant se terminant par un bout de phrase qui rappelle\ntel motif du premier allegro de la symphonie. Ensuite, une 'nouvelle période\nen mi majeur présente d'autres motifs.\n   Une ressemblance plus profonde avec la symphonie c'est la péroraison en\nforme d'hymne ou de choral sur le thème A, auquel se joint, avant de\nconclure, un rappel du thème B.\n   Tel est le court résumé de cette sonate, production de tout premier ordre,\ndont la forme savante et harmonieuse est mise au service d'une inspiration\ntrès sentie et non purement cérébrale, comme on la suppose trop souvent chez\nd'Indy.\n   Ajoutons que cette œuvre est d'une exécution très difficile, abordable aux\nseuls vrais artistes.                                            J. RYELANDT.\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3506, "texte": "168                               DURENDAL\n\n\n   S a i n t - S a ë n s . — Le critique musical si averti et si compétent du\n Mercure de France, JEAN MARNOLD, énonce cet intéressant jugement sur Saint-\nSaëns, à l'occesion de l'exécution de son œuvre, Hélène, à l'Opéra-Comique de\nParis :\n   « Le nom de Saint-Saëns a droit, chez nous, à tous les respects. On peut\ndiscuter aujourd'hui son œuvre et surtout ses opinions, d'ailleurs versatiles,\nmais, pour apprécier équitablement son activité, sincère toujours et souvent\nmagistrale, on ne doit point oublier la génération à laquelle il appartient.\nA une époque où notre art était en situation plutôt lamentable hors du\nthéâtre, où l'audition d'une symphonie constituait un privilège inaccessible à\ntout autre qu'aux rares et immuables « abonnés du Conservatoire », il osa\nfaire: de la musique pure et, le premier des musiciens français du siècle, il\nréussit bientôt à imposer la sienne. Son classicisme élégant, panaché d'un\ndiscret romantisme, la précision voltairienne et la logique d'une pensée\ndénuée de pathos et volontiers spirituelle lui assurèrent peu à peu, sur un\npublic concitoyen, une influence incontestablement bienfaisante en ce qu'elle\nfut d'abord éducatrice. On imagine mal que la musique de Saint-Saëns ait\npu jamais passer pour « wagnérienne ». Il n'y a pas si longtemps qu'on lui\nen octroyait couramment l'épithète, et, si cela nous paraît invraisemblable à\nl'heure qu'il est, notre culture actuelle en est peut être plus qu'on ne croit\nredevable à l'éducateur d'antan, — lequel eut, par surcroît, l'inestimable\nmérite présent et à venir de n'être pas chef d'école et de n'en point susciter.\nEt puis, dans l'œuvre en soi de cet indépendant, il est des pages délicieuses;\non en trouve de fortes et même de poignantes; il y a des instants d'indé-\nniable génialité. Si le musicien n'a que frisé le génie, c'est peut-être que\nl'artiste fut trop « intelligent », je veux dire, ait gardé un cerveau trop lucide\npeut-être en présence de l'inspiration. De sa plume alerte et féconde, capable\nindifféremment le tout accomplir, il semble que Saint-Saëns n'ait écrit que\nce qu'il « voulait ». Aussi n'a-t-il pas donné, très probablement, toute sa\nmesure, et peut-être même laissera-t-il un œuvre assez profondément diffé-\nrent de ce qu'il eût dû produire. Nul ne discerna plus nettement les courants\net les réactions nécessaires. Il fut l'apôtre de Liszt et préconisa Wagner en\nun moment d'entêtée autant que stupide ignorance, puis se fit antiwagnérien\npour vouloir enrayer un engouement devenu aveugle, et plus dangereux\npeut être pour notre art que l'ostracisme précédent, grâce à l'outrance logique\nbien connue de notre subjectivité assimilatrice. Il s'évertua de diriger son\ntemps et l'événement a prouvé depuis qu'il voyait juste. Malheureusement il\nne s'est pas borné aux polémiques : l'artiste créateur voulut prêcher d'exemple\ndans son œuvre. Il tenta d'y guider les essors, au lieu de planer impassible.\nParmi les aigles de l'Olympe, du Pinde ou du Parnasse, on ne connaît qu'un\nGœthe qui ne s'y soit pas cassé les ailes. Malgré le sans-gêne absolu d'une\ncourte réminiscence, le petit acte d'Hélène ne se manifeste plausiblement\ncontaminé de wagnérisme que par la fantaisie du poète d'y avoir versifié son\nlivret; mais de si peu qu'elle augmente le catalogue de ses ouvrages, cette\n mince partition ajoutera moins encore à la renommée de l'auteur. Le passé\n de celui-ci dissuade de railler le poète : on n'aurait qu'à citer. L'ombre de feu\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2208, "texte": "                             CHRONIQUE        MUSICALE                            169\n\n\nGallet semble avoir inspiré le penseur. La virtuosité du polyphoniste\ns'essouffle en des évolutions futiles et prévues, dont la science fait un peu\nl'effet d'un Traité de physique élémentaire d'il y a quarante ans, feuilleté sur\nles quais dans la boîte aux bouquins classiques. Le « métier » même est\ndécidément fatigué. Du musicien qui fit Samson et frôla quelquefois la gloire,\non ne retrouve guère ici que l'impertubable conviction et la sincérité volon-\ntaire. Il y a quelque tristesse à en devoir constater les résultats. »\n                                                                  JEAN MARNOLD.\n\n  Le Concert annuel de l'Association des Chanteurs de\nS a i n t - B o n i f a c e aura lieu le vendredi 31 mars, à 8 h. 1/2, dans la salle de\nla Grande-Harmonie.\n   MmeD. Demest, M. E. Vanderborght, le violoniste Emile Chaumont et\nnoire organiste M. Aug. De Boeck ont bien voulu prêter leur gracieux\nconcours.\n   Nous avons l'espoir que la réussite de cette soirée égalera celle de l'an\n dernier et que l'Association des Chanteurs de Saint-Boniface se trouvera de\nla sorte à même de poursuivre la réalisation de son but hautement artistique :\nla restauration de la musique sacrée par le retour à la pure tradition grégo-\nrienne, par l'interprétation d'oeuvres oubliées des grands maîtres de l'époque\npalestrinienne et d'oeuvres modernes conçues dans un esprit vraiment\nreligieux.\n   Nous engageons vivement tous nos amis à assister au concert du 31 mars,\net à donner ainsi une nouvelle preuve de l'intérêt que tous nous devons\nporter à la belle œuvre, si artistique et si sérieuse, des Chanteurs de Saint-\nBoniface.\n   On peut se procurer des cartes chez les Dames du Comité de patronage,\nles membres du Comité administratif de l'Association (entre autres chez\nM. l'abbé Hallaux, rue de la Paix, 19, et chez M. Carpay, directeur des\nChanteurs de Saint-Boniface, chaussée de Wavre, 158).\n   Le concert sera honoré de la présence de S. A. R. Mme la Comtesse de\nFlandre.\n   Prix des cartes : réservées, 10 francs; premières, 5 francs; galeries, 3 francs;\ncartes de famille pour 5 personnes, réservées, 40 francs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-011", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 170, "page_fin": 173, "titre_corps": "Conférences", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Conférences Shakspeare Conférence de M. 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L e leitmotiv du poète c'est l'illusion, c'est l'amour aveugle\nqui crée lui-même son objet, objet souvent indigne alors que le sentiment est\ndivin. Au Songe d'une Nuit d'Été succède la série des d r a m e s historiques et les\nfraîches comédies teintées de lyrisme. Mais au t o u r n a n t du siècle vers 1601,\nla Muse de Shakspeare s'assombrit. La même mélancolie d o n t les sonnets\nsont empreints, vous la rencontrerez aussi dans les g r a n d s drames h u m a i n s\nde Hamlet, de Macbeth, d'Othello, dans la comédie amère intitulée i r o n i q u e -\nment Tout est bien qui finit bien, dans Troïlus et Cressida, dans Timon d'Athènes.\nC'est la crise du pessimisme.\n   P u i s le ciel sourit. Périclès, Conte d'hiver, Cymbelinc, la Tempête sont des\nœuvres de salut, d'apaisement. Si la vie déçoit, le bonheur attend l ' h o m m e\nau pays du rêve. La femme y apparaît u n miracle de grâce, de pureté, de\nsuavité en ces créations délicieuses de P e r d i t a , d'Imogène, de Miranda. E t\nsi l'on retrouve encore u n faible écho de l'ancien pessimisme d a n s Cymbelinc,\nqui est d'ailleurs une pièce assez décousue, si 1'invraisemblance s'accentue\ndans le Conte d'hiver, la Tempête semble comme le couronnement de l'œuvre de\nShakspeare.\n    D a n s cette pièce de la Tempête, la plus courte qu'il ait écrite, Shakspeare\nrevient aux éléments fabuleux du Songe d'une Nuit d'Été. De forme, elle est\na b s o l u m e n t classique (l'action d u r e trois heures et il n'y a point de c h a n g e -\nment de décor). Mais en revanche, elle est située dans une a t m o s p h è r e toute\nsurnaturelle. Les deux féeries revêtent des caractères bien tranchés. D a n s la\nTempête, le merveilleux prend un sens b e a u c o u p plus symbolique. D a n s le\nSonge, les h o m m e s sont les jouets des esprits. Dans la Tempête, les esprits sont\nles serviteurs et les ministres de l'homme de génie. D a n s la Tempête, le style\nest infiniment plus sobre et c o m m e c o u r o n n é d'une gravité a u t o m n a l e .\nP r o s p e r o i n c a r n e la supériorité sans orgueil, l'indulgence, la modestie, le\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3177, "texte": "                               CONFÉRENCES                                 171\n\n\nmépris du médiocre. Prospero c'est Shakspeare lui-même, et Ariel aspirant\nà la liberté, c'est le génie de Shakspeare aspirant au repos.\n   Le poète prend sa retraite en pleine efflorescence créatrice, retourne dans\nsa ville natale, s'y installe entre sa femme et ses enfants, cultive son jardin,\ns'attable familièrement avec des paysans ne se doutant guère qu'ils avaient en\nface d'eux un des princes de l'humanité. Mais Shakspeare lui-même ne\ncroyait pas que ses œuvres lui survivraient. Le plus grand génie littéraire des\ntemps modernes n'a jamais pensé à publier ses œuvres. Shakspeare, dit\nexcellemment M. Reul, ne semble-t-il pas avoir agi comme le Dieu du\npoète qui crée un monde, le lance dans l'espace et rentre ensuite en son\nrepos?\n\n  Sommes-nous à une époque de décadence? — Conférence de\nM. DREUX aux Matinées Littéraires. — M. Dreux ne croit pas que la société\ncontemporaine soit en proie à la décadence. L'humanité n'est pas destinée à\nvieillir comme les individus, à parcourir comme eux les étapes successives\nde la jeunesse, de la maturité et du déclin vital. Il n'est pas de conception\nmoins historiquement établie, comme l'explique en une page magistrale le\nphilosophe Carlyle, resté confiant dans l'avenir. Pour ne citer qu'un\nexemple, le livre immortel de La Bruyère montre à l'évidence que les vices\ndu XVIIe siècle n'étaient guère différents des nôtres. Un fait paraît d'ailleurs\nconstant, nous dit M. Dreux, c'est que les hommes de tous les âges ont\nconsidéré l'époque où ils vivaient comme un temps de décadence par rap-\nport au passé. La raison de ce fait est que, par un effet inévitable des lois\nde la perspective, lorsqu'il cherche à découvrir le passé, l'homme, trompé\npar l'éloignement, l'aperçoit seulement dans ses grandes lignes et ses\nmasses lumineuses, tandis que les aspérités et les ombres de ce passé se\ndérobent à son regard. Garons-nous de cette erreur d'optique où ont versé\nnos prédécesseurs et, pour résoudre la question, circonscrivons-la dans ses\nvéritables barrières.\n   Pour juger le degré de perfection d'une société, il faut se demander le\ndegré de force morale qui la gouverne. Or, notre époque (prenons ce terme en\nsa plus large extension dans l'espace comme dans le temps) est envahie par\nun mal que le XVIIe siècle ne connaissait pas. Ce mal, c'est le manque de\ndirection sûre et énergique dans le gouvernement des esprits, c'est le\nscepticisme qui atteint, à leur insu même, les gens à principes. Là se trouve\nla blessure saignante qui paralyse les forces vives des intelligences les plus\nradieuses de notre temps.\n    Voyez le portrait de Bossuet par Rigaud. Il respire la santé morale,\nl'équilibre, la force pacifique. Armé de l'extraordinaire puissance du dogme,\n muni sur tout point de réponses claires et précises, sachant pertinemment le\n but à atteindre dans la vie et les moyens d'y parvenir, Bossuet ne s'est\njamais posé de question angoissante et toute son œuvre écrite est celle d'un\n homme d'action. Bossuet est par excellence le type représentatif de son\n siècle. Venez voir maintenant le portrait de Renan par Bonnat. Ce regard\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3568, "texte": "172                                   DURENDAL\n\n\nvoilé et oblique se dérobe c o m m e la pensée dont il est l'interprète. Ce visage\nn'est pas celui d'un h o m m e heureux, il révèle u n e g r a n d e intelligence\ndépourvue toutefois de vaillance, d'énergie et de majesté. Tel est notre siècle\noù la pensée m o d e r n e a été remuée et labourée en tous sens sans q u ' o n\np r e n n e la peine d'y jeter des semences fructifères. Qu'y a-t-il de l'autre côté\nde la mort? Est-ce le silence, le sommeil ou le songe éternel ? Les solutions\ndonnées par les plus hauts esprits c o n t e m p o r a i n s restent impuissantes et\nincohérentes. Les morales positivistes sont on ne peut plus diverses l'une de\nl'autre. H o r s de F r a n c e , Tolstoï et Nietzche, Stuart Mill et R u s k i n se\ndébattent vainement dans les cycles d'idées les plus opposés. Les divergences\nétant infiniment plus nombreuses que les idées c o m m u n e s , lasse et désabusée,\nl'humanité apparaît c o m m e u n ensemble de d é r a c i n é s . C'est q u e l'incertitude\nde la pensée a pour corollaire l'incertitude des actes, d'où la d i m i n u t i o n des\nénergies et l'atrophie de la volonté. Si autrefois les h o m m e s n'étaient pas\nmeilleurs qu'aujourd'hui, le mal rencontrait alors u n e résistance égale à sa\nforce d'expansion; maintenant on parle b e a u c o u p des croyances, mais on\nn'en vit plus.\n    Cet état moral de l'humanité contemporaine a son reflet expressif d a n s la\nlittérature, et entre mille exemples, M. Dreux cite le symbolisme s o m b r e de\nBaudelaire, le panthéisme b o u d d h i q u e d e Leconte d e L i s l e , le m o r n e\ndésespoir que distillent les romans de Tourguéneff, enfin (détail caracté-\nristique) le prodigieux succès qui de l'autre côté du R h i n a accueilli certaines\nœuvres empreintes de mélancolie démoralisante, d'un lyrisme berceur mais\nalangui et plaintif.\n    M. Dreux ne prétend pas indiquer le remède à cet état de choses. Il\nsuggère toutefois u n e idée qui, bien comprise et appliquée, semblerait suscep-\ntible de bienfaisantes conséquences. N o u s ne savons plus lire, dit-il, et n o u s\ndevrions r é a p p r e n d r e cet art de méditer une œuvre, de transformer la pensée\nqui en émane en notre propre substance et cela en nous limitant strictement\nà quelques auteurs de choix. L a littérature et l'art nous apparaissent trop\ncomme des passe-temps de dilettanti. Sous le couvert d'être au courant de tout\net préoccupés de mériter l'appellation de gens cultivés, nous morcelons et\ndissipons vainement notre activité qui devrait, au contraire, se concentrer de\nfaçon énergique pour nous assimiler la ferme discipline des g r a n d s penseurs\nbeaucoup trop négligés. De nos jours les h o m m e s de talent pulullent, sont\nlégion. Mais les génies sont rares. N'appelons génies (dans la haute acception\nd u mot) que ceux d o n t l'œuvre renferme une philosophie saine, forte, lumi-\nneuse au lieu de la torpeur m o r n e , n o n c h a l a n t e , vide d'affirmations qu'on\ndécore trop souvent du nom de philosophie. T o u s les plus fiers génies ont\nc o u r o n n é leur carrière par u n e grande affirmation et sont arrivés ainsi à cet\noptimisme qui conquis, au prix de la souffrance, s'oriente peu à peu vers les\nhorizons de lumière et de sérénité. C'est i'optimisme que Beethoven célèbre\ndans la Neuvième Symphonie, faisant succé 1er aux interrogations de l'Allegro et\ndu Scherzo, aux supplications de l'Andante, une conclusion triomphale d'espoir\net de confiance.\n    Mais le mal dont souffre notre temps est passager. Sommes-nous à une\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "                               CONFÉRENCES                                 173\n\n\népoque de décadence? Non, mille fois non. Pour ne parler que du roman,\nles symptômes d'une glorieuse renaissance se manifestent dans les nobles\nouvrages de Paul Bourget, de Maurice Barrès, de René Bazin, d'Henry\nBordeaux, et de tant d'autres. Jamais n'a éclaté avec plus d'acuité ni plus\nd'âpreté que de nos jours le grand conflit entre les deux doctrines adverses\ndu paganisme et du christianisme, du paganisme proclamant les théories\nd'individualisme absolu et le droit pour chacun au libre épanouissement de\nses instincts naturels, du christianisme cherchant à instaurer partout dans le\ninonde son œuvre d'ordre, de bonheur, de force et de paix. M. Dreux conclut\navec Paul Bourget qu'actuellementle christianisme est le seul moyen de salut\npour l'individu comme pour la société. C'est sur cette pensée qu'il a terminé\nsa conférence, conférence riche d'idées fortes et généreuses exposées avec\nautant d'impartialité et de hauteur de vues que de vigueur démonstrative,\nattestant non seulement des connaissances étendues, mais encore et surtout\ncette pénétration intelligente possédant l'art de faire porter à ces connais-\nsances tous leurs fruits en dégageant de l'ensemble des faits observés des\naperçus synthétiques qui viennent y jeter la lumière.\n\n   L e F é m i n i s m e . — Mlle POPELIN a fait, au Cercle Artistique, une\nconférence dans laquelle elle a longuement parlé du Congrès féministe\ninternational tenu l'an passé à Berlin. Elle y a relaté divers incidents et\népisodes curieux relatifs à ce Congrès, au nombre desquels nous signalerons\nspécialement le récit de la réception des déléguées par l'Impératrice d'Alle-\nmagne, qui témoigna aux congressistes une affabilité charmante et la plus\nhaute bienveillance. Puis, en un exposé fort complet et instructif, Mlle Pope-\nlin a résumé les revendications du féminisme dans l'ordre social et politique,\nen matière de droit privé et d'éducation, par rapport aussi à l'amélioration de\nla situation juridique, morale et matérielle des femmes appartenant à la\nclasse ouvrière.\n   C'est en ce dernier ordre d'idées qu'apparaît le côté le plus intéressant et\nle plus sympathique du féminisme qui peut représenter ici une forme d'acti-\nvité sociale très féconde et utile. Une des meilleures parties de la conférence\nde Mlle Popelin était consacrée à décrire certains types perfectionnés d'écoles\nménagères et professionnelles organisées en Allemagne et dirigées par des\nfemmes.\n   Si les théories féministes telles que Mlle Popelin les a présentées au Cercle\nnous semblent renfermer leur part d'illusions (notamment en ce qui con-\ncerne la participation des femmes aux choses politiques et la régénération\nsociale qui devrait en résulter), il est incontestable qu'elles s'inspirent de\nmobiles élevés et généreux et que certains articles du programme proposé\npar Mlle Popelin sont de tout point excellents. La conférence de MIle Pope-\nlin au Cercle a été écoutée avec un vif intérêt.\n                                                     GEORGES DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-012", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 174, "page_fin": 174, "titre_corps": "Chronique artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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J a m a i s plus de conscience, de\n                           ferveur, de naïveté sans truquage ne furent mis au service\n                           d'une exécution plus observatrice et plus précise.\n    L e s Petites Paysannes revenant de la procession devraient s'en aller tout droit au\nMusée de Bruxelles, p u r bijou de saveur, de fraîcheur, de sincérité u n i e s à\nune expérience technique magistrale.\n    L e tableau : Deux Enfants de chœur, malgré le m a n q u e de p l a n s du vitrail\nqui lui sert de fond, témoigne des plus curieux mérites et, en outre de ses\ncôtés expressifs, est tellement intéressant par la difficulté vaincue d a n s le\nr e n d u des visages modelés à contre-jour.\n    Délicieux aussi de foi et de sérénité le tryptique : Saint François dans la forât,\nm o r c e a u x achevé et précieux. L e Saint François prêchant les cygnes garde quel-\nques acidités de couleur que la patine des années harmonisera sans d o u t e .\nL e s divers paysages, d'une vision large, mais u n p e u trop précisée et froide,\ns o n t plus personnels q u e vraiment a t t a c h a n t s .\n     L e s pastels de M lle B E R T H E A R T , savoureux et fins, de si belle tenue artis-\ntique et de si sensible vision, complétaient à souhait ce Salonnet excep-\ntionnel.\n    M. SMEERS a précédé Léon Frédéric. Ce j e u n e artiste possède des qualités\nde coloris, u n e fougue d'exécution très prometteuses.\n    Son c o m p a g n o n , M. EVARISTE CARPENTIER, u n vétéran apprécié, exposait\ndes peintures dignes de sa r e n o m m é e .\n   Enfin, M. J U L . POTVIN et H E N R Y BINARD, ce d e r n i e r trop spécialisé au\nr e n d u d'effets d'exception dans le paysage, ont formé u n e autre expositionnette\nintéressante.\n                                            *\n\n   L ' o u v e r t u r e du Salon a n n u e l de la Libre Esthétique est toujours u n des\névénements d u cycle artistique. Consacré aux continuateurs d u m o u v e m e n t\nimpressionniste français, dont les œuvres furent rassemblés l'an dernier,\nil offre u n intérêt très intense. J'y reviendrai à loisir le mois p r o c h a i n .\n                                                                                 P. 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Paul\n                     Bourget, en dépit des incontestables beautés de l'Etape et\n                     du Divorce, avait peut-être « forcé son talent « en abordant\n                     le roman à thèse sociale. Une telle constatation, je le sais\n                     bien, est de nature à contrarier les calculs de ceux qui\n                     voient avant tout, dans le cas de M. Bourget, une « con-\n                     version » à exploiter. Cet argument, relevant de l'apologé-\n                     tique, ne peut point, n'est-ce pas, annihiller les droits de\n                     la critique littéraire. C'est vraiment un spécieux sophisme,\npour ériger en évangéliste d'idées et de style, le Bourget de l'Elape, de lui\nopposer le dilettante voluptueux de Mensonges.\n    Entre les deux, il y a place pour un autre Bourget, le vrai Bourget, le\nnoble, éloquent et perspicace analyste des très simples cas psychologiques\nqui sont comme les linéaments essentiels de l'âme humaine, l'historien attentif\net émouvant des problèmes de la conscience générale de l'humanité! Ce\nBourget-là, ne le cherchez donc point dans les romans de longue haleine, où\nla complication de l'intrigue, la multiplicité des incidents et la coquetterie\nde la prédication voilent, d'une façon déroutante, la pensée mère de\nl'œuvre !\n    Un chef-d'oeuvre ne se mesure point au nombre des pages. Flaubert\nn'eût-il point écrit Madame Bovary que la Légende de saint Jean l'Hospitalier\nimmortaliserait encore son nom. J'estime de même que la gloire littéraire de\nM. Bourget tiendra moins aux grandes machines sociologiques, laborieuse-\nment montées ces temps derniers, et autour desquelles batèle la politique,\nqu'à tels petits contes, écrits sans efforts apparents, sur une très simple trame,\net qui rendent le son d'une belle âme et d'un grand talent. Lisez, par exemple,\nUn Saint, que la librairie Plon (1) vient de rééditer avec quelques autres\ncontes. Voilà, ou je me trompe fort, une pure merveille en go pages. Et je\nne parle pas seulement du décor emprunté à ces coins ignorés d'Italie dont\nnul, mieux que M. Bourget, n'a fait voir et sentir l'élyséenne et frémissante\nbeauté. Quel milieu pouvait être mieux approprié pour la confrontation,\nimaginée par M. Bourget entre l'âme restée pure, jeune et droite d'un vieux\nmoine, trahi par la vie et gardé par Dieu, et les instincts fiévreusement arri-\n\n\n    (1) Paris, Plon.\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3211, "texte": "176                               DURENDAL\n\n\nvistes d'un « gendelettre » du dernier bateau. Il n'est point besoin ici que\nM. Bourget commente et prêche à la cantonade; des paroles et des gestes\nseuls des personnages irradie une magnifique leçon morale. Dans ce même\nvolume, je dirais presque autant de bien d'Antigone, une analyse aigûment\nvécue de l'illusion de l'amour fraternel. Et, en un mot, tout ce livre où les\néditeurs ont réuni des contes datant tous de plus de dix an?, tout ce livre\nnous restitue le Bourget tel qu'on doit l'aimer quand on l'aime en artiste...\nA relire ces fragments de psychologie non frelatée d'apologétique, tous ceux\nqui jugent que la joie littéraire se suffit à elle-même, regretteront que l'auteur\nd'Un Saint soit devenu l'auteur de l'Etape. Par cette transformation, j'ignore\nce que la sociologie a gagné, mais je vois trop, hélas! ce que l'art a perdu.\n\n   A l'instar du Bourget de l'Etape, M. Henri d'Hennezel a tenté d'écrire le\nroman à thèse de l'éducation : La Seconde faute (1). Pas plus que son illustre\ndevancier, il ne m'a convaincu. Et voici tout de suite pourquoi : Marc\nHersent, artificiellement élevé et conventionnellement marié, se libère, de tout\nle factice qui l'enveloppe, dans l'amour coupable d'une jeune fille, rencontrée\npar un de ces hasards fréquents au temps du défunt Romantisme. Voilà\ntoute l'intrigue de la Seconde faute — un fait divers très plausible. J'ai deux\nobjections à faire : d'abord M. d'Hennezel a entouré son Marc Hersent d'une\nsi monotone collection de ganaches intellectuelles, qu'un ensemble tant\nhomogène me paraît difficile à réunir, même à Lyon, patrie des parvenus de\nla soie. On m'assure pourtant que depuis l'apparition de son livre, l'auteur\nde la Seconde faute aurait été mis au ban de la haute société lyonnaise... C'est\nque donc celle-ci s'est reconnue? En ce cas, je retire ma première objection.\nMais je tiens à la seconde : Marc Hersent brise le cercle des étroitesses\nfamiliales pour se jeter dans la volupté ; il veut rentrer dans l'état de nature.\nCela est humain, sans être excusable. Mais sur quel singulier être se pose\nson rêve! J'eusse compris qu'il s'éprît de quelque fillette, simple et spontanée,\nproche, par la pensée et par le cœur, de cette nature dont ses parents, ses\nmaîtres et sa femme l'avaient obstinément sevré. Et voici qu'il ouvre les bras\nà la plus pédante des pimbêches, femme de lettres comme on est femme\navocat ou femme médecin, et qui lui restituera, avec usure, toutes les conven-\ntions et tous les artifices où fut enchaîné son passé.\n   Je ne voudrais point perpétuer ce jeu facile d'objections, de peur d'être\ninjuste pour le réel talent d'écrivain de M. Henri d'Hennezel — et cela\nimporte surtout. La Seconde faute est dédiée à J.-K. Huysmans, et le maître\nd' En Route doit aimer, dans ce livre, trois choses qui en font l'originalité : un\nstyle nerveux, émaillé de jolies trouvailles corrosives, la peinture aigûment\npoussée de l'incompréhensivité bourgeoise, et enfin la notation très vivante\ndes révoltes que doit provoquer en tout être jeune, libre et fier, le dangereux\narchaïsme moral — gros de réactions — qu'en certains milieux, on substitue\nau Décalogue.\n\n\n  (1) Paris, Stock.\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "                                GAZETTE DES LIVRES                                        177\n\n   La critique peut avoir foi d a n s l'avenir littéraire de M. H e n r i d ' H e n n e z e l :\nla Seconde faute n'est pas qu'une promesse.\n\n                                               *\n                                             * *\n   Dans l'Amant passionné (1) — u n r o m a n au titre s u r a b o n d a n t , car je n e sais\npas d'amant qui n e soit passionné — Camille Lemonnier, charrieur l u x u r i a n t\nd'images, analyse la hâte folle et frénétique, d a n s l'amour, des êtres qui se\nsentent mourir : il y a là un m a l h e u r e u x , que la vie délaisse lentement, et\nqui de ses bras fiévreux se raccroche é p e r d û m e n t à la c r é a t u r e ; et la créature,\nfrivole et féroce, lui distille u n e enivrante mixture faite de volupté et\nde souffrance. U n e excitation maladive et malsaine s'exhale de ce livre —\nqui a d'ailleurs des côtés littérairement puissants. On a c o m m e la vision\nsymbolique d'un chat j o u a n t cruellement avec u n oiseau blessé. Mais pour-\nquoi Camille L e m o n n i e r , artiste si libéralement d o u é , évolue-t-il toujours\ndans la m ê m e et monotone orbite de la chair en délire ?... Relisons —\npour n o u s consoler — relisons la Belgique!...\n\n                                               *\n                                              * *\n   Deux livres de souvenirs — où les auteurs tisonnent avec complaisance\nleurs j e u n e s a n s .\n   C'est d'abord la Maison Espagnole (2) d e M. L é o p o l d C o u r o u b l e . . .\n   — L ' é p i l o g u e des « Kaekebroeck » ?\n   — N o n , plutôt la g e n è s e . . .\n   Car M. Courouble, tout en contant avec u n e fraîcheur c h a r m a n t e et une\némotion un peu détachée ses exploits et ses sensations de potache, nous\nconfie q u a n d , ou et c o m m e n t — et cela devient u n point d'histoire littéraire —\nlui a p p a r u r e n t les silhouettes premières et encore falotes qui gravitent\ndans ses s a v o u r e u x livres de vie bruxelloise.\n   Mais M. Courouble n e plaide pas q u e pour la réalité vécue et vivante\ndes P a u l i n e P l a t b r o o d et des J o s e p h Capellemans ; des confrères envieux\nosèrent insinuer q u e l'historien de la Famille Kaekebroeck ne sait point écrire\nen français — étant trop foncièrement « Brusseleer u pour s'approprier les\nnuances de la langue de Loti, de F r a n c e et d e B a r r è s . . . Or, voici que\nM. Courouble n o u s révèle, en de très vivants « mémoires de lycéen », qu'il fut\nélevé en u n a u t h e n t i q u e collège français... E t plus encore q u e cette révéla-\ntion, le style fin, délié, impeccable et nerveux de la Maison Espagnole et\ndes Mémoires d'un Lycéen d é m o n t r e r a — u n e fois de plus — que celui d o n t\ndédaigneusement on voulait faire « u n Marollien » est bien un a u t h e n t i q u e\nécrivain d'expression française.\n\n\n\n\n  (1) Paris, Charpentier.\n  (2) Bruxelles, Le Bègue.\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2018, "texte": "178                                  DURENDAL\n\n\n\n   J'ai, pour les Douces Empreintes (1) de M. Auguste R o u v e z une particulière\ndilection. J e voudrais peut-être à ce livre u n e « écriture » moins facile et plus\npailletée d'art. Mais que je p a r d o n n e volontiers ce défaut — qui n'est que de\nlittérature — en faveur de la jolie sensibilité d'âme qui circule à travers toute\nl'œuvre. Voici — rara avis! — le volume d'un journaliste qui ne recèle\na u c u n e « rosserie » et même a u c u n reflet du professionnel scepticisme\ngouailleur. M. R o u v e z a l'idolâtrie de ses attaches patriales et familiales.\nR i e n en lui d'un « déraciné ». L a noble et légitime fierté avec laquelle il\nparle de ceux qui pétrirent son â m e à la vie, la notation t o u c h a n t e et pitto-\nresque qu'il esquisse de la petite ville wallonne où vécut son enfance, les\n portraits si vivants et si « tapés » qu'il dresse de ses é d u c a t e u r s divers —\nd u maître d'école au professeur d'université — tout cela révèle u n esprit qui,\n en se rappelant, sait voir et, ce qui vaut mieux encore, u n c œ u r qui, en se\n souvenant, sait aimer.\n    Certains souvenirs évoqués par M. Rouvez m'ont plu jusqu'à l'émotion. C'est\n que l'auteur et moi nous avons subi d a n s notre passé q u e l q u e s - u n e s des\n m ê m e s « empreintes ». Deux de ces empreintes surtout nous sont demeurées\n ineffaçables : nous leur devons ce que peut valoir n o t r e intellectualité. D'avoir\n fait œuvre de justice et de réparation vis-à-vis des deux g r a n d s é d u c a t e u r s\n que notre c o m m u n e jeunesse eut l'heur de rencontrer sur sa route — ven-\n geant, l'un, d a n s la mort, d'une méconnaissance qui fut u n c r i m e , et allant\nfleurir, d'une lointaine réminiscence, la solitude de l'autre — je sais à\n M. Auguste Rouvez la plus fraternelle g r a t i t u d e . . .\n\n                                                            FIRMIN VANDEN BOSCH.\n\n\n\n\n                                         *\n\n\n\n\n   (1) Bruxelles, Vromant.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-014", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 186, "titre_corps": "Livres et revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES Vivia Perpetua", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 220, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\nV i v i a P e r p e t u a , par J. DE TALLENAY. — (Paris, Lemerre.)\n   « . . . Dans le bleu et l'or des fumées flottantes, au-dessus de l'amas con-\nfus des têtes, dominant l'inquiétude de tous, la patricienne apparaissait\nseule, réalisation soudaine d'un monde nouveau. »\n   Ces mots, pris au livre nouveau de J. de Tallenay, en résument curieuse-\nment toute la splendeur. On rêve a l'efficacité des marbres parfaits dont\nchaque fragment dit l'œuvre entière, parce que celle-ci fut toute entière\nvivante d'une suprême vie. Le bleu et l'or d'une vision surhumaine y\néclairent, en effet, le nombre confus, terrible et nombreux de la foule, tantôt\npareille à une église d'anges, tantôt à une ruée de bêles ou à un enlacement\nde démons. Et cette ruée se trouve fixée, exaucée par l'aristocratie d'une âme\nunique réalisant, d'un monde nouveau, le chaos convulsé qui la porte.\n   Ceux qui suivent les œuvres de J. de Tallenay : Treize douleurs, Au\nSanatorium, le Réveil de l'âme, peuvent imaginer de quelle sorte, dans\n Vivia Perpetua, la « Patricienne apparaissait seule ». En effet, ces œuvres\nnous montrent une compréhension de plus en plus profonde de tout par la\nplaie rayonnante de la douleur, la nuit amoureuse de la mort. La mort, pour\ncette génialité jeune et totale, semble ces nuits astronomiques dont l'intime\nonde noire livre, frémissants, les astres invisibles du jour. La douleur\nforme la bordure hallucinante du puits, les lèvres amoureuses de la plaie, le\nmystère de défense et de vertige de l'eau de mort noire et constellée. Que\ncette vision suprême, plongeant comme une main au cœur palpitant de l'être,\nse soit rencontrée avec le geste chrétien, il n'en faut pas s'étonner ; ce serait\ndouter de Dieu ou de l'art. La rencontre au même cœur ardent, atteste que la\nfoides martyrs fut véritable comme l'art; que l'art de l'écrivain fut, ici, sublime\ncomme la foi des martyrs. Aussitôt s'explique la forme des intuitions de la\nsainte qui présentent moins une formule qu'un geste; moins une idée qu'une\npensée. Elle étreint le Christ de toute son âme et meurt pour ne pas lâcher un\ninstant la robe de Celui qui remonta vers le Père. Son esprit délicieusement\nalerte en même temps que naïf comme la vie et stable comme la mort,\ns'insurge avec des malices rappelant sainte Thérèse raillant l'évêque d'Osma\ncontre le dur montanisme de Tertullien dont le portrait est définitif. Cette\nchrétienne victoire de l'amour sur la haine qui est celle où le Seigneur\nvainquit le monde, s'achève par l'agenouillement du docteur orgueilleux\ndevant l'objet de ses plus furieux mépris : le corps nu et condamné de la\nmartyre.\n   Cette vision d'art est totale. D'abord, elle sut créer un monde aboli, cette\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3398, "texte": "180                               DURENDAL\n\n\n\n Cartilage romaine tellement éloignée de la Carthage punique ranimée par\n Flaubert! Et puisque nous touchons à ces rapports de deux chefs-d'œuvre,\n précisons de suite, que l'analogie locale est seule à les rapprocher. Rien ne\nsaurait être plus loin de l'objectivisme du sublime Flaubert que le subjecti-\n visme de l'essentiel J. de Tallenay.\n    Le monde de la Carthage romaine nous est donc rendu avec une curieuse\nérudition. Mais cette énorme « matière » est complètement animée par\n « l'esprit » du livre, dont il y a là une des plus hautes puissances. Tout le\ntemps, la masse effrayante de détails, le nombre prodigieux de la vie, trans-\nparaissent pour des gestes essentiels, des vues définitives. Le mot de Maeter-\nlinck sur la transparence ininterrompue d'un visage se réalise ici pour les\ninnombrables visages de la vie. Alors, comme si nous y vivions un état sur-\nhumain, cet univers d'écrasantes splendeurs s'éclaire constamment pour les\ndoubles abîmes de vie et de mort, de haine et d'amour, de luxure et de sacri-\nfice; tel ce double abîme montré dans le temple d'Isis et qui, en haut ou\nen bas, gardait également l'image de la Mère infinie ! Le haut et le bas, le\ndivin et le bestial de l'homme et du monde chantent et rugissent ici ineffa-\nblement, à cause de l'ineffable patricienne qui « dans le bleu et l'or des\nfuries flottantes, au-dessus de l'amas confus des têtes, dominant l'inquiétude\nde tous » « apparaissait seule réalisation soudaine d'un monde nouveau ».\n   Tel est la gloire de ce livre. Il réalise un monde nouveau, le monde des\nsplendeurs extérieures pour les splendeurs essentielles; il est, par son écriture\nadmirable et par la vision qui enflamme celle-ci, pareil au beau corps de la\nsainte, révélant l'âme et l'amour plus beaux par le sang de mort.\n                                                                     E . JOLY.\n\nP l a c e a u x G é a n t s , par H.-G. W E L L S , trad. DAVRAY-KOZOEKIEWICZ. —\n   (Paris, Mercure de France.)\n   Deux dignes et probes, et quelque peu naïfs savants de Londres ont réussi\nà isoler la substance spéciale qui est la cause chimico-organique de la Crois-\nsance. Ils se proposent, dans un but d'amélioration sociale, de provoquer\nl'éclosion d'une race de géants, une humanité supérieure, tout au moins phy-\nsiquement. Ils achètent une ferme aux environs de Londres, la Ferme Expé-\nrimentale, où les premiers essais sont tentés sur des poulets et produisent des\nrésultats merveilleux; puis l'aliment est donné au bébé d'un des inventeurs et\namène, en peu de temps, des résultats merveilleux encore. Malheureuse-\nment, le couple singulier et sordide auquel nos peu perspicaces scientistes\nconfient, en leur ferme, le gavage et l'élevage des poulets, manient l'aliment\navec une incurie parfaite; des boîtes entières restent ouvertes sur le coin\ngraillonneux d'une table, des guêpes rôdeuses y viennent butiner, et voilà\nqu'une race naît subitement, aux environs, de guêpes monstrueusement\ngrandes, voraces et agressives, qui désole bientôt tout le comté; l'aliment a\ncoule, à la faveur d'une marmite imprudemment vidée à l'évier, l'aliment a\ncoulé dans le fossé qui ceint la ferme et aussitôt se lève une floraison gran-\ndiose d'orties, de capucines, de liserons, d'herbes et de plantes variés... ; des\nrats fureteurs, pendant la nuit, grignotent l'aliment et, en quelques jours,\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                               l8l\n\n\ndeviennent formidables, attaquent les habitants des alentours, promènent la\nterreur et sèment la fuite à leur approche.\n   Nos deux savants deviennent inquiets; l'opinion publique s'est effrayée; ils\nse voient forcés de faire le siège de la ferme expérimentale, foyer de gigan-\ntisme végétal et animal, pour détruire les repaires, les tanières de rats. A la\ntête de toute une expédition, ils parviennent à leurs fins. Cependant l'aliment\nest administré, assez sporadiquement, Dieu merci, à quelques poupons, et une\nrace apparaît d'enfants bientôt hauts comme des maisons et vigoureux en\nconséquence... Mais l'Angleterre est émue, une campagne est menée contre\nla substance, ses inventeurs, ses produits..., et tout le pays est en grand\ntrouble politique et social à cause d'elle. Voilà la « donnée » du dernier\nroman de Wells, le prodigieux écrivain anglais... Vous comprenez quelle\nrichesse de développements elle comporte. . Et puisque Wells a tous les dons :\nimagination, observation, humour, finesse, psychologie, le sens du délicat\ncomme celui du grandiose, un esprit singulièrement analytique, logique, en\nmême temps que capable des plus vastes synthèses, puisqu'il sait aussi bien\nfouiller et camper un type que faire évoluer des foules entières, puisqu'il\nexcelle à « déduire, dans l'ordre positif et réel, selon une induction la plus\ncurieusement imaginée », dirai-je, qu'il est à la fois le plus fantaisiste des\nréalistes et le plus mordant — mais à la manière anglaise : sans fiel, — le\nplus mordant des ironistes à froid, puisque Wells est tel, vous comprendrez\ncombien ce roman peut être original, intéressant et captivant... En somme,\nWells apparaît bien comme l'inventeur d'une forme nouvelle de roman. De\nla plupart de ceux qu'il a déjà écrits se dégage une formule qu'on résu-\nmerait peut-être bien ainsi : un point de départ irréel, fantasmagorique,\nscientifiquement fantasmagorique, mais plausible encore, puis une fois\nce postulat admis, la description et l'histoire de tous les résultats,\naventures, changements et perturbations que l'introduction de cet élément\nimaginatif insère dans notre monde et notre société telles qu'ils sont. Et à\nla faveur de cette fiction, des caractères délicieusement tracés, des types\nsavoureux de toutes les classes de la société anglaise, des tableaux de\nmœurs vivement peints, une vision colorée, humouristique, cordiale de\nla vie anglaise, et par dessus tout cela, sans en avoir l'air, une critique\nsociale ironique sans aigreur, vivante sans pessimisme, des institutions\nactuelles. Voilà, me semble-t-il, les traits caractéristiques de Wells, de cet\nécrivain infiniment curieux, amusant et profond, dont l'originalité est sans\ndoute, littérairement et intellectuellement, la chose la plus exquise et forte\ndans la littérature de maintenant.                                    G. B.\n\n L ' O m b r i e , par M. RENÉ SCHNEIDER. — (Un vol. Paris, Hachette.)\n   Ombrie! Ce nom étincelle sur la couverture jaune du volume et, derrière\nlui, s'ouvrent et s'élargissent à nos yeux de soudaines perspectives de douceur\net d'émotion; il fait dans notre pensée comme un son de cloche qui nous tire\ndu présent dans le souvenir... Et il y a peut-être, en nous, un peu de secrète\njalousie pour l'heureux auteur qui a pu le long séjour et la flânerie en cette\nterre de violence et de suavité; y vivre, errer, revenir dans les pas de sa joie\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3737, "texte": "l82                                    DURENDAL\n\n\npour la savourer davantage. U n peu de jalousie et un peu de regret : car ne\nsommes-nous pas ainsi faits que n o u s avons le désir et à la fois la crainte que\nl'on nous parle de ce que n o u s aimons? T o u t e parole, qui n'est pas d e n o u s ,\nnous semble ici une usurpation et, ce mauvais sentiment étouffé, il reste que\nnous a p p r é h e n d o n s toujours quelque mot qui contredise aux partialités de\nnotre admiration ou ne les froisse... Mais cette i n q u i é t u d e disparaît dès les\npremières pages de l'ouvrage; l'accent en est celui du ravissement, et on sent\nque le voyageur a a p p o r t é d a n s le p a y s , non seulement la curiosité, mais\nl'esprit d'amour, seul capable de nous en donner la connaissance parfaite.\n    L ' O m b r i e , dans l'antiquité illustre de ses j o u r s , est c o m m e un palimpseste\noù, sous les dernières écritures, de vieux textes réapparaissent de-ci de-là. Les\nmontagnes, les bois, les sources et les fontaines subsistent, que les grima-\nçantes divinités étrusques habitaient, ou les n y m p h e s latines, diva virgines; et\naussi, les a n i m a u x que E p o n a ou B u b o n a protégeaient; les lieux solitaires\nque Vacuna remplissait de sa p r é s e n c e . . .\n    D e p u i s les origines, dans la continuité et la solidarité des j o u r s , chacun\nd'eux apportant, chacun d'eux e m p o r t a n t q u e l q u e chose, l'Ombrie des\nO m b r i e n s , et celle des E t r u s q u e s , et celle de R o m e a pris la physionomie\nque n o u s lui voyons : et c'est le d o m a i n e de saint F r a n ç o i s . L'antiquité des\ndieux et des batailles n'est que le fond de majesté sur lequel apparaît partout\nla silhouette du Petit P a u v r e : Annibal et F l a m i n i u s ont débattu le sort du\nm o n d e sur les bords du lac T r a s i m è n e ; — saint François j e û n a quarante\njours dans u n e île de ce lac (Fioretti, 7) : et la m é m o i r e de ce j e û n e est plus\nvivante que celle de la bataille, parce que le souvenir de cette dernière appar-\ntient à l'érudition — et l'autre, à l'amour...\n     L e passage du Poverello dispersa, s'il en restait, les derniers vestiges de la\nfoule plébéienne des pelits dieux indigètes, agraires ou s y l v e s t r e s ; des\naimables et familières divinités du foyer, des bois et des champs, vénérées long-\n temps et, « à tout hasard ». après la destruction du P a n t h é o n romain, par les\n paysans p r u d e n t s . . . T o u s les n o m s de l'Ombrie évoquent des paroles ou des\n actes de François : toutes les hauteurs du pays, et les cités et les h o m m e s , et les\n âmes sa volonté était de les unir en un immense Gloria in excelsis... Aussi l'a-t-il\n imprégné tout entier de sa personnalité et reconnaît-on l'identité de celle-ci\n  et de sa patrie, j u s q u e d a n s « les aspects physiques de douceur et de force\n  de la contrée, qui correspondent à ces deux caractéristiques de saint\n  F r a n ç o i s , la suavité parfaite et l'héroïsme poussé à l'extrême » (1).\n      Cette dualité, plus particulièrement marquée en Italie et en O m b r i e , mais\n  que l'exercice de forces nouvelles et juvéniles fait apparaître d a n s toute l'his-\n  toire, la religion et l'art du m o y e n âge, M. Schneider en a relevé les traits\n  a b o n d a n t s avec une sagacité heureuse et délicate.\n       « L'Ombrie, dit l'auteur, est, avec R o m e , la vraie patrie de l'âme, et chacun\n  p e u t à son gré y choisir sa volupté ». E t , en familier des origines et des\n  temps, M. Schneider guide son lecteur, à la source virgilienne d u Cli-\n\n\n   (1) ARNOLD GOFFIN : La Légende de saint François d'Assise écrite par trois de ses com-\n pagnons. Introduction, p. 29. Bruxelles, Lamertin, 1902.\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "                                   LIVRES ET REVUES                                           183\n\n\nt u m n e , d a n s la cité d'énergie et de b e a u t é , P é r o u s e , ou à Assise, à Monte-\nfalco, d a n s les sanctuaires pleins de la gloire ou des fastes de saint F r a n -\nçois (1). C'est le livre d ' u n périégète pénétré de piété p o u r la terre et p o u r la\nvie, pour tous les passés remplis de la pensée et de l'effort des hommes — et\nqui a su n o u s transmettre tout entière et toute vibrante l'émotion qu'il\navait reçue à leur contact.\n\nL ' E u r o p e e t l a R é v o l u t i o n f r a n ç a i s e , par ALBERT SOREL. Hui-\n   tième partie : La coalition, les traités de 1815. (1812-15). U n vol. — (Paris,\n   Plon.)\n    M. Albert Sorel achève, en ce volume, l'œuvre grandiose qui a occupé\ntrente a n s d e s a vie : et s a n s d o u t e , l'épopée prodigieuse d o n t il a retracé\ntoutes los phases de prestiges, de b e a u t é et de mort ne lui a-t-elle jamais\nparu p l u s émouvante qu'en cet épilogue dont la splendeur fatale a été écla-\nboussée de tant de perfidies et de tant d'avilissements.\n   T o u t en analysant les raisons visibles de la lente désagrégation du « G r a n d\nE m p i r e » : réprobation u n a n i m e des peuples o p p r i m é s ; opposition s o u r d e ,\npuis déclarée, des princes assujettis; lassitude des F r a n ç a i s , altérés de paix,\net des prétoriens avides d e jouir du fluit de leurs pillages; — l'historien fait\nsentir à toute page, c o m m e le moteur invisible de l'action convergente des\nh o m m e s , cette force i m m a n e n t e q u e les a n c i e n s appelaient le Destin et que\nnous n o m m o n s la P r o v i d e n c e — et qui, à certaines heures du temps, à cer-\ntains m o m e n t s de l'histoire, tels que celui-ci, semble jeter sa volonté entre\nles c o m b a t t a n t s , et parler d u r a n t les brefs intervalles où, harassés, haletants,\nils ont i n t e r r o m p u d e froisser leurs a r m e s . « L e s physiciens, dit-il, pour\nexpliquer les p h é n o m è n e s d e la lumière, d u son, de la chaleur, s u p p o s e n t\nl'existence d'un fluide i m p o n d é r a b l e où n o u s vivons baignés et dont les\nvibrations ébranlent nos nerfs. Il faut b i e n admettre q u e l q u e chose d'ana-\nlogue d a n s le m o n d e des â m e s , d a n s le m o n d e de l'émotion, d e la passion et\nde l'action h u m a i n e . . . Bref, c o m m e dit le p e u p l e , il y a l'air du t e m p s , qui\ninflue sur toutes choses. Or, le vent a t o u r n é . Il souffle en o u r a g a n contre\nles F r a n ç a i s , il les aveugle, tantôt de poussière, tantôt de pluie, toujours de\n\n\n   (1) Quelques erreurs se sont glissées dans les indications que M. Schneider donne sur\nles fresques de Giotto, dans la basilique d'Assise (notamment, pp. 161, 166 et suiv.). Il\nn'est pas probable que l'inspiration des peintures de la voûte de l'église basse provienne\ndu Dante, et il n'est pas exact que celle des fresques de l'église haute soit puisée dans les\nFioretti et les Trois Compagnons : la Légende de saint Bonaventure est l'unique source\nqu'ait utilisée Giotto. Nous nous permettons de renvoyer à ce sujet à notre étude sur la\nLégende franciscaine dans l'art primitif italien, Bruxelles, Lamertin, 1905.\n   M.Schneider rapporte (p. 77) que « Pérouse tout entière sur ses remparts regardait passer\ndans la vallée, avec une envie mal contenue », saint François malade, reconduit de Cor-\ntone à Assise,quelque temps avant sa mort. Or, ce transfert eut lieu par Gubbio et Nocera\n(Cf. Speculum perfectionis, 22 et II Celano 3, 23), précisément pour éviter les entreprises\npossibles des Pérugins.\n   Enfin, le nom de fraticelli, appliqué aux rères mineurs, prête à confusion, et la quali-\nfication d' « ancien évêque d'Assise », donnée à Joachim de Flore (p. 199), résulte évi-\ndemment d'un lapsus.\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3377, "texte": "184                              DURENDAL\n\n\nla fumée de leurs propres armes. Il porte, au contraire, l'ennemi et fait le\njour devant ses pas. »\n    « Il contresignait les événements — disait Chateaubriand de Talleyrand —\nil ne les faisait pas! «. Et cette parole peut, sans doute, s'appliquer aux\nprinces, aux chefs de peuples et aux conquérants, qui n'ont de force et de\npouvoir et, aussi, de succès, souvent, que dans la mesure où ils incarnent les\nvouloirs et les aspirations obscurs ou manifestes de la foule qui marche sur\nleurs traces... Vers la moitié de son règne, la source de cette force et de cette\npuissance se tarit pour Napoléon : il avait été l'instrument invincible du salut\npublic, et il en devint « le péril » — la France qui, en 1792, luttait pour son\nexistence contre les intérêts dynastiques des rois ligués, se trouvait, en 1812,\npar un complet renversement des rôles, combattre contre les nations insur-\ngées, au profit d'une dynastie polycéphale... On peut exalter les bienfaits de\nl'administration napoléonienne hors de France; attester même que les\npeuples entraînés dans l'orbe impérial étaient plus libres que sous leurs\nanciens gouvernants : ne suffit-il pas de répondre que cette liberté, ils vou-\nlaient la tenir d'eux-mêmes, façonnée à leur gré, et non de la main de\nl'étranger et conforme aux conceptions de celui-ci? En somme, il y eut contre\nNapoléon et sa domination une insurrection générale de toutes les volontés\net de toutes les énergies européennes.\n     Voilà le grand fait dont M. Sorel développe, avec éloquence, toutes les\n conséquences : depuis la campagne de Russie, l'Empire était atteint mortel-\n lement : ce n'était plus qu'une bête blessée qui pouvait se retourner encore,\n pour foncer et faire tête, mais qui, dans chaque effort, laissait un peu de vie\n irréparable, et qu'un dernier coup devait achever. L'activité amoindrie de\n l'Empereur; les habiletés retorses de l'Autriche, les défections successives\n des Allemands; la lâcheté des Napoléonides : Jérôme, Louis, qui fuyent\n leur royaume et refusent de combattre pour l'Empire; Joseph qui, tandis que\n Napoléon mène la campagne, tente de séduire l'Impératrice; Murât qui\n trahit; la bassesse des grands dignitaires, plus soucieux « du bagage que de\n l'honneur », de sauver leurs titres et leur opulence faite de rapines, de négo-\n cier avec l'ennemi, que de le combattre... Ce sont là les éléments, quelques-\n  uns des éléments qui, à travers les péripéties de la campagne et des traités de\n  1813, les Cent jours, Waterloo et les traités de 1815 ont ramené dans ses\n  anciennes limites la France, qui avait débordé sur l'Europe, pour la dévaster\n  et, aussi, sans doute, pour laisser dans le sillon de ses bouleversements des\n  germes féconds d'avenir... Car aucune souffrance n'est stérile...\n     L'œuvre de M. Sorel est digne des grandes choses qu'elle retrace et, malgré\n  l'intérêt passionnant du récit, le lecteur, parfois, s'arrête involontairement\n  pour admirer l'art du narrateur qui montre les événements et, à la fois, les\n  causes proches ou lointaines, dissimulées ou apparentes qui les ont déterminés.\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\n L e s E t a t s - U n i s a u X X e s i è c l e , par PIERRE LEROY-BEAULIEU. —\n   (Paris, Colin.)\n   C'est un tableau d'ensemble que nous donne M. Leroy-Beaulieu, des États-\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                l85\n\n\nUnis, au point de vue économique et social. S'appuyant sur les renseignements\nstatistiques du dernier des Census, espèces de gigantesques enquêtes décen-\nnales qui recensent dans le détail toutes les forces industrielles, commerciales,\ntoutes les ressources de la nation, s'appuyant sur des données, des études\npersonnelles et d'autres documents qu'il rassemble depuis longtemps, le\nsavant économiste dresse l'inventaire des États-Unis au XX e siècle. Ce livre,\nécrit avec la conscience, la perspicacité et l'intelligence que l'on connaît à\nson auteur, est vivement intéressant. Il est tout positif d'ailleurs et sa suprême\néloquence il la doit aux faits et aux chiffres. Dans une première partie,\nl'auteur examine le Pays et la Population en consacrant un chapitre entier à\ncette inquiétante question nègre qu'il envisage avec quelque pessimisme.\nPuis il parle de l'Agriculture et de l'Industrie et termine son copieux ouvrage\npar une étude approfondie des Moyens de transport du commerce et de l'Expan-\nsion économique au dehors. Sans phrases ni généralisations inutiles, l'auteur\nmet en lumière admirablement les facteurs essentiels du prodigieux dévelop-\npement des Etats-Unis, c'est-à-dire les richesses du sol et la qualité morale\nde la race, restée foncièrement, malgré l'immigration, anglo-saxonne. Tout le\nmonde sait plus ou moins ce que les Américains sont et font. Mais il est infini-\nment instructif de l'apprendre dans le détail et l'on ne pourrait, pour ce\nfaire, trouver guide plus sûr et mieux informé que l'auteur de cette très\n intéressante étude.\n                                                                           G. B.\n\nA u t o u r d e l a B i b l e , par JOHN VAUGHAN, traduction de l'abbé JULES\n   RICHE. — (Paris, Bloud.)\n   Ceci est un très bon livre, et qui sera le bien venu en ce temps où les\nquestions bibliques sont partout agitées. Le caractère dominant de cet\nouvrage est la clarté la plus limpide, la netteté la plus précise. Avec une\npointe d'humour d'excellent aloi, le bon sens anglais s'affirme tout le long de\nces pages. Et ce n'est pas dommage, car on a souvent raisonné d'étrange\nfaçon au sujet de la Bible, alors qu'il suffirait de traiter le livre sacré d'une\nmanière raisonnable.\n   Mgr Vaughan a aussi le grand mérite de faire saisir des questions difficiles\npar des rapprochements et des comparaisons populaires, dont l'application\naux sujets bibliques éclaire ceux-ci d'une vive lumière. On remarquera, sous\nce rapport, le chapitre I qui fait merveilleusement comprendre de quelle\nmanière s'est constitué le texte de la Bible, et le chapitre XI, où l'authen-\nticité du texte sacré est péremptoirement expliquée, et cela par une ingénieuse\n supposition à la portée de tous.\n   On devra lire en son entier le chapitre VIII, dans lequel, de façon\ncinglante, Mgr Vaughan montre que les protestants, sous couleur de\nrépandre la Bible, ont été cause de véritables profanations. Les saints livres\nsont réellement déshonorés par les traductions de la Société biblique et l'in-\n discrète propagation de la Bible aboutit à la faire servir à des usages souvent\n ignobles, toujours profanes.\n    Très bonnes pages aussi, 130-142, que celles qui prouvent que notre\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1547, "texte": "186                              DURENDAL\n\n\ninterprétation de l'Écriture est déjà celle des premiers chrétiens, de nos pères\ndans la foi, aux Catacombes.\n   C'est avec un patriotique intérêt, et non sans quelque émotion, que nous\navons lu, page 176, ce que Mgr Vaughan raconte de la pratique en usage au\ngrand séminaire de Bruges, où il est prescrit de lire, chaque matin ou\nchaque soir, un passage de l'Écriture Sainte à genoux.\n   Mais il faut nous borner et résister à l'envie que nous aurions de citer\nencore bien des traits intéressants du livre de Mgr Vaughan. Ce que nous\navons dit suffira, croyons-nous, à justifier la recommandation très chaleu-\nreuse que nous faisons de son livre appelé à rendre de réels services.\n                                                                       J. G.\n\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s (Buschmann, éditeur, Anvers). —\nLe numéro de Février de cette magnifique revue d'art est édité avec un luxe\ninouï et une richesse de reproductions remarquable. Il est consacré tout entier\naux Dinanderies (expositions de Dinant et de Middelbourg). Il ne contient pas\nmoins de septante et une illustrations dans le texte et hors texte, admirable-\nment faites et reproduisant les œuvres les plus intéressantes, les plus curieuses\net les plus rares. Le texte est fait par un des hommes les plus savants et les\nplus compétents en la matière, Joseph Destrée, le distingué conservateur de nos\nmusées royaux des arts décoratifs.\n                                                                      H . M.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-015", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 187, "page_fin": 192, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Paraît à la Librairie", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 228, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 755, "texte": "NOTULES\n\n\nP a r a î t à la Librairie V r o m a n t :\n\n                    FIRMIN VANDEN BOSCH\n\n\n\n   Impressions de Littérature Contemporaine\n               BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n\n                    DE QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n\n                          VERHAEREN ET DEMOLDER\n\n              P.    DE HAULLEVILLLE — GUIDO GEZELLE\n\n                   GEORGES RODENBACH — MAX WALLER\n\nEDMOND PICARD — GUILLAUME VERSPEYEN — H. CARTON DE WIART\n\n                                ETC.,   ETC.\n\n\n\n         On souscrit a u x b u r e a u x de la Revue\n\n                    22, rue du Grand-Cerf,       Bruxelles\n\n\n\n     3   francs      en    souscription\n\n                                         3     fr.   50   en   librairie\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3205, "texte": "188                               DURENDAL\n\n\n    L ' A r t à A n v e r s . — A deux reprises, à peu d'intervalle, un groupe\nd'artistes et d'intellectuels a fait à Anvers appel à l'initiative privée pour des\nentreprises d'art et a reçu l'accueil le plus empressé. I1 y a un an, c'était\npour constituer la Société des Nouveaux Concerts. En quelques jours, un capital\nd'une centaine de mille francs fut réuni. On sait le brillant succès qui a\ncouronné cette entreprise. D'excellents concerts se sont succédés à Anvers;\nles chefs d'orchestre et les artistes les plus réputés continuent à se suivre et\nl'ensemble de l'œuvre garde une allure très élevée et très digne. Non\ncontente de ces exécutions, la Société des Nouveaux Concerts vient de créer un\nconcours annuel pour la meilleure œuvre symphonique belge. Le jury,\ncomposé de MM. Vincent d'Indy, Blockx, Mortelmans et Humperdinck,\ndonne toutes garanties. Enfin, pour l'un des prochains concerts, M. Gilson a\nécrit une ouverture qui sera dirigée par le jeune et brillant chef que la Société\na révélé, M. L. Mortelmans. Bref, il y a là un très bel effort qui se caractérise\npar le cordial concours de toute une population.\n    Or, dans le même esprit désintéressé, voici que les initiateurs de cette\nrenaissance viennent de créer pour les arts plastiques une œuvre de propa-\ngande et de diffusion. Et cette nouvelle initiative a rencontré les mêmes\nsympathies que la première.\n    Sans appartenir à une tendance particulière, la nouvelle association, qui\na pris le titre de l'Art contemporain, a demandé la collaboration de quinze\nartistes, qui se renouvelleront de deux en deux ans par tiers et dont les noms\n— mieux qu'un programme — affirment les tendances d'art probe, original et\nsincère de la Société. Ce sont : Constantin Meunier, E. Claus, A. Baertsoen,\nCh. Mertens, V. Rousseau, E. Laermans, Jacob Smits, R. Baeseleer, G. Mor-\nren, J. Delvin, H . Luytens, V. Hageman et Walter Vaes.\n    MM. Van Rysselberghe et G. Minne ont été également sollicités de prêter\nleur concours. Des invitations, tant en Belgique qu'à l'étranger, viendront\ncompléter ce groupe et l'on peut espérer qu'elles seront faites dans un même\nsouci d'art pur, sans préoccupation de coterie, mais en excluant le rabâchage,\nle poncif et le mercantilisme.\n    L'Association se propose d'organiser annuellement des expositions rétro-\nspectives, consacrées aux grands peintres du siècle passé. Elle débutera de la\nmi-mai à la mi-juin prochain, par une exposition des œuvres de Leys et\nd'Henri de Braekeleer. Viendra ensuite, probablement à l'automne, un Salon\n Moderne dans lequel les œuvres seront présentées autant que possible par\nséries, de façon à montrer dans son ensemble la personnalité des artistes\nexposants. Il y aura des conférences, des albums, des publications d'art;\nbref un ensemble de nature à former, à développer le goût du public, à\n faire connaître et apprécier les artistes.\n                                      ***\n   Exposition de l'Art ancien bruxellois. — L'Exposition des\nArts anciens bruxellois aura lieu, dans les locaux agrandis pour la circons-\ntance, du Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles, au Waux-Hall, du\nmois de juillet au mois d'octobre.\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "                                    NOTULES                                l89\n\n\n   Le Roi a daigné lui accorder son haut patronage et le prince Albert a\naccepté la présidence du Comité d'honneur, composé des ministres et du\nbourgmestre de Bruxelles.\n   Citons, parmi les membres protecteurs belges (la liste des membres étran-\ngers n'est pas encore close) : Mmes la marquise d'Arcounti Visconti et Isabelle\nErrera; MM. Beernaert, Buls, Henry Hymans, baron Kervyn de Lettenhove,\nVan Overloop, Vermeersch, etc.\n   Le Comité se compose de MM. Paul Hymans, président; Verlant et le\nbaron. Lambert, vice-présidents; Jean De Mot et Systermans, secrétaires;\nEdouard Hauman, trésorier; Barbier, Cardon, Crespin, Joseph Destrée,\nKeym, Khnopff, Lenain, Mabille, Malfail, Patris, Schleisinger et\nCh. Tardieu.\n   On construira une annexe provisoire qui sera réservée aux chefs-d'œuvre des\nateliers bruxellois duXVeet du XVIe siècle, tapisseries, sculptures, retables en\nbois sculpté et polychrome, etc. L'Exposition se prolongera dans les locaux\ndu Cercle. La salle des concerts, dont la charmante décoration évoque le\nXVIIIe siècle, sera plus spécialement réservée aux œuvres du XVIIe et du\nXVIIIe siècle.\n   L'Exposition comprendra des spécimens choisis de la faïencerie bruxelloise\net des arts anciens.\n   A côté des grandes salles, auxquelles on donnera un cachet d'ensemble,\nles salles plus petites seront consacrées aux objets de vitrines et, dans l'une\nd'elles, l'on établira des métiers de haute et basse lisse. En un mot,\nl'Exposition aura pour but de montrer quel intense foyer d'art Bruxelles a été\n dans le passé.\n                                       **\n  Salon international de la dentelle. — Un double concours est\norganisé à l'occasion de l'Exposition de Liége.\n  1. Un concours de dentelle à la main. Les objets mis au concours sont :\nun col pour parure de dame; un éventail.\n  2. Un concours de dessin destiné à la dentelle à la main. Il n'est limité à\naucun objet déterminé.\n  S'adresser pour les renseignements au secrétariat, 19, rue de la Loi,\nBruxelles.\n                                  ***\n   Le groupe triomphal de l'arcade du Cinquantenaire. —\nOn sait que les sculpteurs Vinçotte et Lagae étaient chargés d'exécuter en\ncollaboration cette œuvre importante. Le thème de celle-ci, inévitable étant\ndonnée sa destination, était la glorification de la Belgique. Les deux\nexcellents maîtres, qui ont achevé leur travail il y a quelques jours, ont\nsu trouver, par l'union de leurs qualités si diverses, une formule belle et\ngrande d'une allégorie où il était difficile de n'avoir pas l'esprit opprimé par\nle souvenir de tant d'œuvres classiques inspirées de motifs analogues. La belle\nfigure féminine qui symbolise la patrie n'est pas, dans son galbe et son atti-\ntude, forcément classiques, une représentation académique, mais un être plein\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2872, "texte": "190                               DURENDAL\n\n\nde vie, qui exprime celle-ci et l'exalte. Elle triomphe, mais tout est paci-\nfique en elle, même ses victoires : c'est pourquoi les quatre chevaux attelés de\nfront qui tirent le char glorieux ne nous apparaissent point cabrés, au galop\nenivré de la bataille, mais allant, en relevant leur tête fière, d'un pas noble et\nmesuré, dans la quiétude de la force et de la sécurité.\n   Le groupe a grande allure. Il est de lignes sobres, harmonieuses et, si l'on\npeut dire, chantantes, et fera, à l'arcade du Cinquantenaire enfin achevée, un\ncouronnement magnifique de grâce et de beauté héroïque.\n                                                                       A. G.\n                                       ***\n  L a Société h o l l a n d o - b e l g e des A m i s de la Médaille\ns'est réunie récemment en assemblée générale sous la présidence de M. A. De\nWitte. Les rapports du secrétaire, du trésorier et une intéressante allocution\ndu président ont constaté la prospérité croissante de la Société, qui compte\nactuellement 120 membres et 67 hollandais, parmi lesquels S. M. la reine\nde Hollande.\n   L'état des finances des Amis de la Médaille a permis à ceux-ci d'éditer cette\nannée deux médailles, — chiffre qui sera vraisemblablement maintenu dans\nl'avenir.\n   La compagnie, après une discussion sur l'organisation des concours et\nquelques autres objets, a examiné les diverses médailles parues en Belgique\net à l'étranger depuis la dernière réunion et spécialement celles de\nMM. Vander Stappen, G. Devreese, Ch. Samuel, J. de Lalaing, L. Deviller\net L. Dupuis.\n                                      ***\n  Acquisition officielle d'oeuvres d'art. — Le gouvernement a\nachetérécemmentpour le Musée un tableau très original de GASTON LATOUCHE:\nLe Christ aux outrages qui fut exposé pour la première fois à notre Salon d'art\nreligieux et tout dernièrement au Salon des Aquarellistes.\n   Il vient d'acquérir également pour le Musée une des plus belles et des plus\nartistiques œuvres de PHILIPPE WOLFERS, cet exquis coffret à bijoux : La\nParure qui fut exposé au dernier Salon du cercle Pour l'Art, où il fit l'admira-\ntion de tous les visiteurs, non moins que la superbe cheminée artistique, la\nFemme au Paon et toutes les autres œuvres de l'artiste.\n\n                                     ***\n   J o s e p h R y e l a n d t , notre collaborateur, vient de faire paraître une\nnouvelle œuvre musicale op. 39 : Purgatorium, oratorium soprana voce ckoroque\nconcinandum cum symphonia. Réduction, chant et piano par l'auteur, in-8°,\n5 francs. En vente chez l'éditeur Muraille, de Liége, et chez les principaux édi-\nteurs de musique du pays, où l'on peut se procurer aussi : Sainte-Cécile, drame\nmusical en trois actes, partition réduite pour chant et piano par l'auteur,\nin-8°, prix 15 francs.\n                                     ** *\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3805, "texte": "                                                  NOTULES                                                     igi\n\n\n    N e c r o l o g i e . — M. FRANÇOIS F O L I E , père de notre ami et collaborateur,\nF r a n z Ansel, ancien directeur de l'Observatoire royal d e Bruxelles, vient de\nmourir à L i é g e . C'était u n h o m m e des plus savants, d o u é d'une intelligence\nhaute et large, d'une rare distinction, d'un caractère foncièrement bon et\naffectueux. Il était très estimé d a n s le m o n d e scientifique. Il fut adoré des\nsiens et de ses a m i s , d a n s le cœur desquels son souvenir est impérissable.\n    L'Art Moderne d u 12 m a r s a n n o n c e en ces termes la triste nouvelle de la\nmort de la m è r e de son directeur : « N o t r e directeur M. Octave Maus\nvient d'être frappé d'un deuil d o u l o u r e u x par la m o r t inopinée de sa m è r e ,\ns u r v e n u e le 10 m a r s . M m e M a u s avait atteint, sans q u e sa santé p a r û t affaiblie,\nun âge auquel il est r a r e m e n t d o n n é de parvenir, e n conservant avec u n e\naussi précieuse vivacité, les dons d'esprit et d'activité, particulièrement\nt o u c h a n t s lorsque des cheveux blancs les auréolent. Ceux qui eurent la for-\ntune de l'approcher ont apprécié l'aménité de son accueil, la fraîcheur de sa\np e n s é e . U n accident cruel prive b r u s q u e m e n t Octave Maus d'une mère\nqu'il ne quitta jamais » et qu'il entoura, t o u t e sa vie — ajouterons-nous —\nd'une affection filiale vraiment t o u c h a n t e .\n     N o u s offrons à nos amis F r a n z Ansel et Octave Maus, ainsi q u ' à notre\n ami M. L é o p o l d W a l l n e r , qui vient d'avoir la douleur de perdre u n e s œ u r\n aimée, nos plus sincères, s y m p a t h i q u e s et affectueuses condoléances.\n\n                                                       ***\n     R e v u e s d ' A r t e t d e L i t t é r a t u r e . — Le Mercure de France. P a r i s ,\n26, rue d e C o n d é (abonnement : 20 f r a n c s ; étranger, 24 francs). — L'Ermi-\ntage. P a r i s , 19, rue J e a n - J a c q u e s - R o u s s e a u ( a b o n n e m e n t : 8 f r a n c s ; étranger,\n10 francs). — La Renaissance latine. P a r i s , 2 3 , rue Boissy-d'Anglas (abonne-\nm e n t : 20 francs; étranger, 24 francs). — L'Occident. P a r i s , rue E b l é (abonne-\nment : 10 francs; étranger, 12 francs). — L'Art flamand et hollandais, revue\nillustrée. E d i t e u r : B u s c h m a n n , à Anvers, 15, R h i j n p o o r t v e s t ; Bruxelles,\n16, rue d u Musée (abonnement : 16 francs; étranger, 20 francs;. — L'Art\nModerne. Bruxelles, 32, rue de l ' I n d u s t r i e ( a b o n n e m e n t : 10 francs; étranger,\n i3 francs). — Le Guide Musical. Bruxelles, 7, rue M o n t a g n e d e s - A v e u g l e s\n ( a b o n n e m e n t : 12 francs; étranger, 14 francs). — Le Thyrse. Bruxelles,\n 14, rue d e la F i l a t u r e ( a b o n n e m e n t : 5 francs; étranger, p o r t en sus). —\nLa Revue de Belgique. B r u x e l l e s , W e i s s e n b r u c h éditeur ( a b o n n e m e n t : 12 francs;\n étranger : 15 francs).\n                                                        **\n    Livres à l i r e . — La légende de saint François d'Assise écrite par trois de\nses compagnons, traduction, introduction et notes d'Arnold Goffin; prix : 3 fr. 50.\n— I Fioretti : Les petites Fleurs de la vie du petit pauvre de Jésus-Christ saint Fran-\nçois d'Assise, traduction avec i n t r o d u c t i o n et notes d'Arnold Goffin; p r i x :\n3 francs. — I Fioretti : Appendices. Considérations sur les stigmates de saint François\nd'Assise. Vie de frère Junipère. Vie et Doctrine de frire Egide, traduction avec\nnotes d ' A r n o l d Goffin; prix : 2 fr. 50. — L'Oblat, par J . - K . H u y s m a n s ; prix :\n 3 fr. 50. — Cherchons l'Hérétique, p a r J. Esquirol ; prix : 3 fr. 50. — Les Gens\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2935, "texte": "192                                     DURENDAL\n\n\nde Tiest, par Georges Virrès; prix : 3 fr. 50. — La Rose et l'Epée, p a r Charles\nde S p r i m o n t ; épuisé. — Sur quelques Primitifs               de Sienne, p a r J u l e s\nD e s t r é e ; prix : 15 francs; Le Jardin clos, p a r P a u l M u s s c h e ; prix : 3 fr. 30.\n— La Solitude heureuse, par F e r n a n d Séverin; prix : 2 francs.\n   On p e u t se procurer ces livres en s'adressant à notre éditeur, M. Charles\nBulens, 75, rue T e r r e - N e u v e , à Bruxelles.\n\n                                             ***\n    A c c u s é d e r é c e p t i o n . — A. FRANCE : S u r la pierre blanche ( P a r i s ,\nC a l m a n n - L é v y ) . — M. GORKI : T h o m a s Gordeieff (ibid.). — A. S O R E L :\nL ' E u r o p e et la révolution française. H u i t i è m e partie : La coalition, les\ntraités de 1815 ( P a r i s , P l o n ) . — STÉPHANE : G r a n d ' m a m a n (ibid.). —\nCARDELINE : L e s destinées rivales (ibid.). — P . et V. MARGUERITE : L e\nprisme (ibid.). — H . MAISONNEUVE : E p r o u v é (ibid.). — E . DE VOGUE :\nMaxime Gorki (ibid.). — JACQUINET : Q u e l q u e s considérations sur notre\nt e m p s (Paris, P e r r i n ) . — E . BOURGES : La nef ( P a r i s , Stock). — J . BARBEY\nD'AUREVILLY : Romanciers d'hier et d'avant-hier ( P a r i s , L e m e r r e ) . —\nH . LICHTENBERGER : H e n r i H e i n e , penseur (Paris, Alcan).— R . SCHNEIDER :\nL ' O m b r i e (Paris, H a c h e t t e ) . — T . BENTZON : Le château de Bois-Vipère\n( P a r i s , H a t i e r ) . — F . VANDERLINDEN : Mon confrère Asmodée (Mons, E d . de\nLa Verveine).— H . D U N A N D : J e a n n e d'Arc ( P a r i s , Lethielleux).— G. DESMA-\nREZ : L'organisation du travail à Bruxelles au XVe siècle (Bruxelles, L a m e r t i n ) .\nE . GOSSART : L'établissement du régime espagnol d a n s les P a y s - B a s et l'in-\nsurrection (ibid.).— P . CLAUDEL : O d e : Les Muses ( P a r i s , Bibliothèque de\n('Occident). — F . PENNACCHI : F r a t e Elia d'Assisi (Assisi, T i p . Metastasio).\n— L . DE KERVAL : S' Antonii de P a d u a vitae duse (Paris, F i s c h b a c h e r ) . —\nL . DE LANZAC DE LABORIE : P a r i s sous N a p o l é o n . Consulat provisoire et\nconsulat à temps (Paris, P l o n ) . — J. PRAVIEUX : S é p a r o n s - n o u s (ibid.). —\nM. et J. NERVAT : Les rêves unis (Paris, Mercure de France).— H . BORDEAUX :\nL a petite mademoiselle ( P a r i s , F o n t e m o i n g ) . — H . LIEBRECHT : L'école\ndes valets (Bruxelles, éd. du Thyrse).— E . VERHAEREN : Les heures d'après-\nmidi (Bruxelles, D e m a n ) . — H . BORDEAUX : Deux méditations sur la mort\n(Paris, Sansot). — P H . L E B È G U E : L'âme du destin (ibid.). — H . H o u s -\nSAYE : 1815 ( P a r i s , P e r r i n ) . — H . ROUSSEAU : L e s fonts b a p t i s m a u x de\nLiége ( C o u r t - S a i n t - E t i e n n e , Chevalier). — A. GOFFIN : L a légende francis-\ncaine d a n s l'art primitif italien (Bruxelles, Schepens).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison03-207", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "99, rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 234, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 4101, "texte": "99, rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SMET ;                                                                           BRUXELLES\n\n                THE GRESHAM\n              (Compagnie d'assurances sur la vie)\n                                                               HEIilUHE D'ART & D'fljVIflTEaRS\n                      Fondée à. Londres 1 848\n                  Etablie en Belgique en 1 8 6 5\n                       Aclit : plus de BÏ7 millions\n                Sinistres payés en Belgique : 80 millions\n                                                               Paul Claesset)S\n                                                                  Relieur-doreur d« S.4. R. Mme la Comteue de Flandre\n                   PRIMES       M C N S U C l_l_K«\n                  Louis HETJVELMAN8, directeur\n            John H. SCOTT, sous-direct. delà SuccursuleBelge\n                                                                   24, rue de Berlalmont, Bruxelles\n               3 , place Royale, B R U X E L L E S\n\n\nFABRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                          médaille d'Or à l'Exposition, internationale de Bruxelles 1897\n\n                      BERVOET^WIELEMÀNS\n                                        FOURNISSEUR DE LA COUR\n          6, 8, 10,12, Rue du Midf ^                                           BRUXELLES\nUsine à vapeut», Lavoit» de laines : f(UE DES GOUJONS, 120\n                                      Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                         FABRIQUE      E T ATELIERS :\n                                 37, R u e d e 1% Charité - B R U X E L L E S\n                                                            TÉLÉPHONE 1 9 4 7\n                                   Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                 Spécialité d e tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                  la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                 RKNTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                        Vente et location de modèles pour la peinture\n                                  Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam. Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Chicago, etc.\n\n  PIANOS STEINWAY                                                                   & SONS\n                     NEW-YORK — LdNDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n   de Su^de et d'Italie, du Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     E x t r a i t de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway fli. Wagner). »« Le Stein-\nway est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfails, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance (A. llubinstein). » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu'ici (F Busoni). » «La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a JO ou i5 ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, la produit idéal du siècle Eug. d'Albert). » « Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu'un\néloge mtme paraîtrait ridicule (Sofia MenterV »\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. Ml^CII, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1758, "texte": "A p a r a î t r e à la L i b r a i r i e VROMANT\n\n                                                            3 francs en souscription\n                                                             3 fr. BO en librairie\n\n\n                      FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                          BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n                            DE QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n                              VERHAEEEN ET DEMOLDER\n                     P.    DE HAULLEV1LLE — GUIDO GEZELLE\n                          GEORGES RODEKBACH — MAX WALLER\n       EDMOND PICARD — GUILLAUME VERSPEYEN - H. CARTON DE WIART\n                                   ETC.,   ETC.\n\n\n\n On sooserit aux bureaux de la Revue : 22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n\n\n\n\n                                    ENCADREMENTS » » • » »              Pai solte de décès\n        N. LEMBREE                  D O R U R E ET       SCULP-\n                                    TURE SUR BOIS » » « » »            MQUlDATIOfl\n    17, AVENUE LOUISE, 17                                                      DE\n                                     ESTAMPE6 # » • # « * » # #\n           BRUXELLES\n                                     GRAVURES ANCIENNES               300 VOITURES\n                                                                      Vente à tonte\n   PaulVERDUSSEN                     • •««•»«••«««••*«•\n                                     N. B. — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                                          offre acceptable\n             SUCCESSEUR\n                                     SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT      71, rue Goffart\n                                     D'AUTHENTICITÉ                      1XBLLES\n"}, {"page_pdf": 236, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4000, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                   12, IVIarché-au-Pots - BRUXELLES\n  Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles & vue : 1 1/2 p. e. sans commission\n     Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. e.\n                      Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n          Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n   LA RÉSERVE MUTUELLE                                      LE STANDARD\n                                                         Compagnie d'assurances sur la vie, tondée en 1825\n           de»         ÈTATS-VXMS\n                                                                     ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n              sur       la v i e\n                                                           P r i n c i p a u x avantages de la Compagnie\n                                                         i° Polices incontesta- 3° Tarif avantageux.\n                                                           bles après deux ans 4° Participation impor-\n                                                           de date.                   tantedesassurésdans\n                                                         a» Prêts sur polices         les bénéfices de la\n                                                           ayant trois ans de         Compagnie.\n                                                           date.                    5° Prêts hypothécaires.\n                                                            S'adresser pour renseignements et prospectus à la\n                                                                     DIRECTION           OtNtRALE\n                                                         28, PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                           Téléphone 949 — Adresse télégraphique : Standard-Bruxelles\n  ENCAISSEMENT ANNUEL . . . .        40 Millions\n  SINISTRES PAYÉS            .      250 Millions\n\n      Combinaisons très intéressantes                    CHADDEOUNERIE -DE LA GODB\n   DIRECTION 6ÉNÉMLE POUR LE CONTINENT DE L'EUROPE            37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n       8 , r u e H a l é - r y , P A R I S (9«)                        . TÉLÉPHONE 1 5 9 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  10, rue du Rouleau, B R U X E L L E S                   Batteries de cuisine. — Articles de ménage\n          On. demande dos Agents                                         ÉTAMAGE\n\n\nPreuves Nobiliaires de Belgique\n     52, rue Stévin, BRUXELLES\n                 Recherches de généalogies et d'ar-\n                  moiries en Belgique et à l'Etran-\n                  ger. — Attestations officielles de\n                  noblesse-, de filiations et d'armoi-\n                  ries.— Copiesofficielles de lettres\n                  de patentes de noblesse. —\n                                                               18, ]VIarehé-au«Bois, 18\n                  Inscriptions à la liste des nobles.\n                  — Insertions de généalogies dans\n                  des publications belges et étran-\n                  gères. — Rectifications d'actes\n                  de l'état civil et adjonctions des\n                  noms. — Correspondants en pro-\n                                                                        BRUXELLES\n                  vinceet à l'étranger —Armoiries\n                  et documents généalogiques sur\n                  plus de 100,000 familles nobles\n                   et patriciennes.\n   R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                                         Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       B\\ E S W A L\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L                     LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3554, "texte": " APPAREILS                           PHOTOGRAPHIQUES\n                                                   OiJECTIFS, JUMELLES\n                                                               JUMELLES A PRISMES\n                                                            P A P I E R S , PLAQUES\n                                                   PELLICULES      PHOTOGRAPHIQUES\n                                                   SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                              MICROSCOPES\n\n                                                       Grand choix de photographie!\n                                                          artistiques et décoratives\n\n\n\n                                                   ALBERT                HOFMANN,                                BRUXELLES\n                                                         Salle     d'exposition          '. rue de la      Régence,         57\n\n\n\n\n                                 Reniolleuis et restauraient de musées neiges el étrangers\n      J.       EXPERT\n                                                       MAISON FONDÉE EN 1867                                   P.      EXPERT\n                                 Rentollage, transposition, restauration et parquetage de tableaux\n      2-4,    RUE DE LIGNE               VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES                        24, me da BentlHiomme\n             Bruxelles                           ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                           Bruxelles\n\n\n\n\n           POUR VOS CIGARES FIflS                                                          Les Houes GaoutcQoutfies\n                        • dressex-vous à l e                                                 TAIxBOT\n                                                                                              inusables         l\\    inarrachables\n\n\n MAISON AMÉRICAINE                                                                                    EXIGER LA MARQUE\n\n\n                    DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                                       Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n\n       15      —    Avenue           Louise—            15\n                                                                             Maison SNYERS-RANG & Cla\n                   BRUXELLES                                          Fondé* en 1815                  —          Téléphona 1 3 8 9\n\nF.-S. -- Arrivages réguliers de cigares de la Havane                       2 7 ,      r u e d'Or, B R U X E L L E S\n\n\n\n\n                 J. GONTHÏER                   MAISON FONDÉE E N 1 8 5 0\n\n\n3 1 - 3 3 , rue de l'Empereur, Bruxelles. — Téléphone 3659\n\n      E n c a d r e m e n t s d'art « Miroiterie\n              Cadres pour      tableaux, aquarelles,          gravures        — Vitraux       riches      et    ordinaires\n\n\n\n\nAMEUBLEMENTS                                                                                LA       MAISON\n                                                                                                               DE\n                                                                                                                     N'A   PAS\n                                                                                                                     SUCCURSALE\n\n\n                          ENTREPRISE GÉNÉRALE DE VITRERIE\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles    BULBNS,            Editeur,   rue\nTerre-Neuve,            75,   Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 162, "texte": "                        I2me Année.\n\n\n\n\nBRUXELLES, rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                               itnaine ne u Mt\\t \" uÏÏESTHDJISE•*\n                                   I l PLBGE DE WESTEHDE\n                                            (BELGIQUE)\n\n                                   est située aux bords de la mer du Nord,\n                          entre Ostende et Nieuport; elle est de sable fin. Cette\n                          nouvelle station balnéaire n'a pas tardé a attirer\n                          l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                         villégiature agréable, hygiénique.unissant le confort\n                         à la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                         Une chapelle est érigée où le service religieux se fait\n                         régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                         gratuits; le service de sauvetage est organisé et\n                         placé sous la surveillance communale. Location de\n                         cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                         garages. Kursaal-restaurant. Routes carrossables et\n                         cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes- et\n  Villas et Terrains     luxueuses installations de lawn-tennis, de jeux de           Villas et Cottages\n                         golf et de croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n       A TBIDRB          Tentes sur la plage. Communications faciles avec                     à\n                         tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par annuité*        que d'Ostende à Westende de dix en dix minutes.                   LOUER\n                         Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                         villas et Cottages. — Demander le prospectus détaillé.\n                                                ^W^AMA^W^VW^\n\n\n                            Agence immobilière pour la Tente et location des villas\n                                               « M W B W M ^ I W W I I\n\n\n                                 HALLES WESTENDAISES\n                        comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                        cles d'alimentation, de nécessité et articles de luxe.\n                            Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                           L» WESTEND' HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                           partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                         Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au com-\n                                                         mencement et à la fin des saisons, arran-\n           DIGUE DE MER                                  gements très avantageux pour les familles\n                                                            faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n                                                             75 chambres parfaitement aménagées.\n     TÉLÉPHONE N» 4 1                                           Vie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                  Cbambres spacieuses. Ameuble-\n Réseau du                                                              ment moderne esthétique et\nlittoral par                                                             confortable. Balcons et ter-\n                                                                          rasses. Salle de musique.\n Nieuport.                                                                 Salle de billard. Salle de\n                                                                             récréation poui-les en-\n                                                                                     fants. S a l o n s\n                                                                          *rSa!Ç I de lecture etde\n                                                                                      correspondan-\n                                                                                      ce Cuisine soi-\n                                                                                      gnée. Caves\n                                                                                      recomman-\n                                                                                      dées.\n  * Appartements avec salon. — Service d'omnibus de l'Hôtel au vicinal. — Service postal et\ntélégraphique réguliers. — Communications téléphoniques avec loute la Belgique et les réseaux\nétrangers voisins. — Hôtellerie LE LEKKERBEEK ouverte toute l'année.\n\n\n                                      I\n                                     A BRUXELLES, 5 8 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 S 6 ) .\n                                     A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Téléphone\n                                      8 3 du littoral) on au Westend' Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                             DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n                                    1905 — 12* Année\n\n\n                    Sommaire du n° 3 (Mars)\nL'abbé HENRY M Œ L L E R . — Le Monument              au T r a v a i l . . . .        129\nJ U L E S BOIS. — Renoncement          païen :\n                        L'Hymne d'Hippolyte                                           i33\n                     Renoncement chrétien :\n                       L'Hymne du mystique Pèlerin                                    i34\nP A U L LAMBOTTE. — Julien Dillens, statuaire (suite) . . . .                         i36\nH É L È N E CANIVET. — Contre le vent                               . .               i^3\nFIRMIN YANDEN BOSCH. — La cité ardente                                                i45\nE R N E S T DE LAMINNE. — Amour d'antan                                               149\nFRANZ H E L L E N S . —• Le miracle de l'âne . . . . . . . . .                        i5o\nARNOLD G O F F I N . — La « Florentine     » de l'Institut Staedel et\n                           la sainte Catherine     de     l'Appartement\n                           Borgia au Vatican                                          157\n\n       Chronique musicale :\nGEORGES DE GOLESCO. — Second        Concert du Conservatoire. —\n                             Troisième Concert Ysaye..— Troi~\n                             sième Concert Populaire. — F o n -\n                             dation J.~S. Bach.—Séance    William\n                             Vowles                                                   162.\nTroisième Concert Delune (Guide Musical). . . . . . . .                               i65\nH . R. — Audition d œuvres de L. Wallner et G. Huberti.       . .                     166\nJ O S E P H RYELANDT. — Sonate pour violon et piano de Vincent\n                                                                                      l6\n                         d'Indy                            t • •                           7\nJ E A N MARNOLD. — Saint-Saëns                                                        168\nConcert annuel des Chanteurs de Saint-Boniface                                        169\n\n      Conférences :\nGEORGES DE GOLESCO. — Shakspeare              (M. Reul). — Sommes-\n                                    nous à une époque de décadence?\n                                    (M. Dreux). — Le féminisme (Mu<\n                                    Popelin)                                          170\n\nP . L. — Chronique        artistique                                         '.   .   174\nFIRMIN VANDEN BOSCH. — Gazette               des Livres                               175\nLivres et Revues                                                     .   .    . .     179\nNotules                                                                               187\nIllustrations : Le Droit                 l   T            „\n                T    _,        .,        {   JULIEN       DILLENS.\n                Le Travail               j\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "                           DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     A B O N N E M E N T : 1 0 francs par an; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n         (pou* tâtonnement s'adresser à la Rédaction, ru* du Grand-Cerf, 32, à Bruxelles)\n                                 P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                 Comité de rédaction de DURENDAL :\n                           MM.      H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                    L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n                                    F I R M I N VANDEN B O S C H .\n\n                    Secrétaire de la Rédaction : G E O R G E S V I R R È S\n                               Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n\n                   M..' H E N R I M A Z E L , avenue Niel, 32, P a r i s .\n\n               PRINCIPA0X COLLABORATEURS\n      FRANZ A N S E L .         ARNOLD GOFPIN. :\n      MAURICE BEKAERT.                                      JOSÉ HENNEBICQ.\n      EDGAR BONEHILL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                       J . - K . HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                      JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                         EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                      VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET. .                                GODEFROID K U R T H .\n      MARIE GLOSSET.                                        L . DE LA L A U R E N C I E .\n      L'abbé AUG. CUPPENS.                                  L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                              GEORGES L E CARDONNEL.\n      Le comte G. D'ARSCHOT.                               S É B . - C H . LECONTE.\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                            GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GPLESCO.                                  CHARLES MARTENS.\n      GEORGES DELAUNOY.                                    PAUL MUSSCHE.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKE.                     EDOUARD N E D .\n      L e barort G. DÉLLA FAILLE:                          MAURICE OLIVAINT.\n      E U G È N E DEMOLDER.                                ERNEST PÉRIER.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                 GEORGES RAMAEKERS.\n      J U L E S DESTRÉE.                                   GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL.                                  BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.                                      JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                    FERNAND SEVERIN.\n      J. ESQUIROL.                                         HENRY V A E S\n      EMILE FERMAUD.                                       ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT FIERENS.                                     CHARLES VAN LERBERGHE.\n      H . FIÉRENS-GEVAERT.                                 E M I L E VERHAEREN.\n      IWAN GlLKIt                                          L'abbé F R . VERHELST.\n                                                           LÉOPOLD WALLNER.etc, etc.\n\n                Les collaborateurs. sont seuls responsables de leurs articles\n\n// ura rendu compte dans DURENDAL de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adresser au\nsiège de la Revue, 2 2 , rue du Orand-Cerf; pour la publicité, 2 6 , rue Faider, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "           Le Monument au Travail\n\n              TOUT le   monde connaît le superbe Monument au\n                   Travail de CONSTANTIN MEUNIER qui, avec\n                   Rodin, est sans conteste un des plus puissants\n                  artistes sculpteurs de ce siècle.\n                     Personne, avant Meunier, n'avait eu l'idée\n                  d'étudier au point de vue esthétique et de\n                  tenter d'incarner dans une œuvre d'art le geste\n                  du travail. Cette idée germa spontanément\ndans son cerveau, sans qu'il y fût poussé par personne, sans\nl'exemple d'aucun ancêtre, lors d'une excursion au pays de\nl'industrie minière. La vue du monde ouvrier fut une révélation\npour lui. Il découvrit d'instinct sa vocation et eut, du coup,\nl'intuition de l'idéal vers lequel il devait orienter la personnalité\nde son génie pour mener celui-ci à son plein épanouissement.\nSur l'heure il se mit à l'œuvre. Et de son atelier est sorti ce mer-\nveilleux Monument au Travail qui, exposé en fragments, — bas-\nreliefs grandioses et figures d'une sérénité et d'une majesté\nincomparables — fit l'admiration du monde entier et affirma,\nd'une façon décisive, la formidable originalité de Meunier.\n   D'autres artistes tenteront peut-être à leur tour d'exalter le\nTravail par leur art, mais ils auront toujours l'infériorité de\nvenir après lui. Ils ne seront que les plagiaires de son idée, car\nil restera éternellement vrai que c'est Meunier — et lui seul\n— qui a eu le hautain mérite de découvrir et de dégager, le\npremier, la beauté esthétique du monde ouvrier, pour l'affirmer\nensuite dans un chef-d'œuvre immortel, avec une rare ingénio-\nsité, avec un art ineffable, avec un talent presque inégalable\net qu'en tous cas aucun artiste, quel que soit son savoir-faire,\nne dépassera jamais.\n   Meunier a été vraiment un créateur. Il a créé en art le type\nidéal du travailleur moderne. Ce type est définitif.\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "130                         DURENDAL\n\n\n   Les admirateurs de Meunier avaient espéré, un instant, que\nl'État aurait fait ériger le Monument au Travail, tel que l'artiste\nl'avait conçu, sur une de nos places publiques. Il s'est contenté,\nhélas! de ne lui en commander que les fragments pour les\nplacer dans ses musées.\n   Mais ne voilà-t-il pas que le gouvernement de la province\nreprend l'idée d'un Monument au Travail. Sans doute, direz-\nvous, il va en confier l'exécution à Meunier? Point du tout. Il\nlui prend son idée, avec un sans-gêne sans pareil, et il en\ndemande la réalisation à d'autres.\n   Camille Lemonnier s'est ému avec raison à la vue de, cette\nespèce de larcin artistique et en termes très modérés, du reste,\nmais d'une magnifique envolée, il a protesté contre ce déni de\njustice.\n   Nous nous empressons de nous joindre à lui avec toute notre\nâme et de protester à notre tour avec toute l'énergie que nous\ndonne notre admiration enthousiaste et sans réserve pour\nConstantin Meunier. Nous faisons nôtres les paroles de Lemon-\nnier quand il dit :\n   « Meunier avait conçu une grande, noble et simple idée. Lui\nqui avait composé son art avec l'âme de la substance du peuple\nindustriel, il avait rêvé de lui édifier, en une action de grâces\nreconnaissante, un groupe, une pierre dédicatoire, un monu-\nment piaculaire. De grandes figures devaient, au soubassement,\nexprimer quelques aspects du travail moderne. Aux quatre\nsurfaces de l'édifice, des bas-reliefs, sous la forme d'allégories\nréelles, montraient les forces élémentaires. Ces bas-reliefs, vous\nles connaissez : ils ont fait l'admiration du monde. Les quatre\nmotifs ensemble combinaient un schéma des activités humaines\nen corrélation avec les puissances de la nature. C'était à la fois\nla plus noble pensée sous laquelle se pouvait ouvrir le cycle\nd'un siècle nouveau et le testament d'une grande vie d'art.\n L'Etat, malgré le vœu du pays entier, n'acquiesça pas à l'idée\ndu monument : il lut jugé préférable que l'œuvre se fragmentât\net constituât un fond de musée. Malheureusement la grande\nstatuaire ne vit qu'en plein air : elle risque de n'être plus que\nde la plastique morte sous les clartés indigentes des lanternaux.\n Meunier, qui tout un temps avait vécu fiévreusement la vie de\nson idée, voila son esquisse et se remit à un autre travail. Telle\nest toutefois la puissance secrète des grandes choses apparues à\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                        LE   MONUMENT        AU   TRAVAIL                         131\n\n\nleur heure qu'elles ne cessent pas de vivre au fond des esprits.\nOn vit tout à coup se produire une initiative qui mérite\nl'applaudissement. La province reprenait pour son compte le\nprojet du Monument du Travail. Mais, ô stupeur! ce monu-\nment qui avait pris corps dans les méditations d'un artiste\nconsidérable et dont la maquette, exposée et reproduite par les\njournaux, avait obtenu la louange publique, — on se compor-\ntait vis-à-vis de lui comme s'il n'existait pas, comme s'il ne\ndevait jamais exister.\n    » Je sais bien qu'il ne s'agissait là que d'une idée générale;\nmais l'oeuvre déjà est en puissance dans l'idée et une idée\nappartient à celui qui le premier espéra la réaliser. Quand elle\némane d'un artiste comme Meunier, c'est l'effort admirable\nd'une vie entière, ce sont les battements pressés d'un cœur qui\nvécut un siècle d'art et d'humanité, c'est la souffrance des\nobscures foules millénaires enfin rachetées dans un signe\n matériel de charité fraternelle, c'est tout cela qu'il faut\n considérer.\n    » N'abaissons pas les grandes idées et respectons le génie qui\n les tira de ses creusets brûlants. Il ne faut pas qu'au déclin de\n la vie, le créateur magnifique qui dota l'art d'un élément de\n beauté inconnue subisse l'humiliation de voir retirer de ses\n mains, heureusement toujours vaillantes, la part de propriété\n spirituelle qui lui demeure acquise devant le temps et devant\n les siècles (1). »\n    L'Académie libre de Belgique, dont Lemonnier fut le porte-\n parole en cette circonstance, a envoyé son magnifique et vigou-\n reux discours au gouverneur de la province, avec une adresse\n très suggestive dont voici un extrait :\n   Dans sa séance du 14 novembre, le Conseil provincial du Brabant\ndécida : Il sera élevé, devant le futur hôtel du G o u v e r n e m e n t provincial du\nBrabant, u n m o n u m e n t en l'honneur du Travail.\n   Celte résolution a é m u l'opinion p u b l i q u e .\n   Il lui a paru inexplicable qu'il fût question d'élever un « m o n u m e n t en\nl'honneur du Travail » sans que ce m o n u m e n t fût celui que conçut et réalisa\nun des plus g r a n d s parmi nos sculpteurs, Constantin Meunier.\n   Sans doute, il n'entre pas d a n s notre pensée de solliciter le Conseil provin-\ncial de revenir sur le principe de sa délibération du 14 n o v e m b r e ; mais il\n\n\n  (1) Le beau discours de Lemonnier a été reproduit dans l'Art Moderne du 19 février.\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "l32                                DURENDAL\n\n\nnous paraît que cette délibération n'est point inconciliable avec le premier\net le plus impérieux des mobiles qui dictent notre d é m a r c h e : le vœu de voir\nla province charger Constantin Meunier d'exécuter l'œuvre admirable que\nlui-même baptisa le Monument au Travail.\n   L e Conseil provincial, en même temps qu'il assurerait à son projet la plus\nmagnifique réalisation, rendrait un légitime h o m m a g e à celui qui fut, à n'en\npoint douter, l'inspirateur de son initiative.\n\n   Nous osons espérer que la voix vibrante de Camille Lemon-\nnier sera e n t e n d u e et que le gouvernement provincial se ralliera\nà son sentiment qui est aussi le nôtre. C'est non seulement son\ndroit, mais son plus strict devoir.\n   T o u s les admirateurs de notre grand artiste Meunier —\net ils sont légion, non seulement en Belgique, mais dans\nle monde entier — applaudiront avec nous les paroles flam-\nboyantes de justice et de vérité lancées avec u n e si noble\nvaillance par L e m o n n i e r du haut de la t r i b u n e de la L i b r e\nAcadémie. Tous proclameront, avec lui et avec nous, que si l'on\ndoit ériger en Belgique un M o n u m e n t au T r a v a i l , l'artiste\ns'impose, sans délibération préalable, et doit être élu sans hési-\ntation. Cet artiste, c'est celui-là qui seul en a eu la conception\nprimordiale et à qui, par conséquent, l'idée appartient absolu-\nment. Il a prouvé, avec éclat et avec gloire, qu'il avait en lui\nla puissance de la réaliser de la façon la plus fastueuse qu'il\nsoit possible d'imaginer et de l'incarner dans un marbre d'une\nbeauté éternelle qui serait un des plus beaux chefs-d'œuvre de\nl'art sculptural de notre t e m p s .\n   Cet artiste, c'est, ce ne peut être que CONSTANTIN M E U N I E R .\n\n                                                         HENRY M Œ L L E R .\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "         Renoncement Païen\n\n                L'Hymne d'Hippolyte\nTu dévoras mon cœur, Diane insatiable !\nL'élégiaque cri qui naissait clans mon sein\nMourut à la beauté de ton flambleau    divin;\nEt je verrai passer les amants sur le sable,\nMordant leur lèvre chaude et s'étreignant   la main,\nSans joindre à leurs baisers un désir périssable,\nMoi pris dans l'Eternel comme en un piège saint !\n\nJe ne pleurerai pas, le soir, quand les collines\nApaisent de leur ombre étrange la cité,\nJe ne pleurerai pas quelque amour       redouté,\nTandis qu'en les chemins d'ivresses      clandestines,\nDeux par deux et suivi du désir irrité,\nL'idyllique  troupeau, rapprochant ses poitrines,\nGlisse vers le Mystère et vers   l'Obscurité.\n\nEt je ne rirai pas non plus parmi les fêtes.\nJe resterai morose au milieu de vos fleurs;\nMes yeux vers l'invisible amante dont je meurs,\nEt le front exilé des humaines    tempêtes,\nPuisque je n'ai trouvé mes frères ni mes sœurs,\nJe clorai la maison de mes fiertés muettes,\nEt je mépriserai la joie et les douleurs.\n\nAlors ils railleront ma solitude  austère,\nIls voudront de leur poing, de leur glaive     outrager\nLa porte qui n'est pas ouverte à     l'Etranger;\nMais le seuil surhumain   vaincra toute la terre,\nEt je ne craindrai pas cet assaut   passager\nDe l'Amour qui s'allie enfin avec la Guerre,\nMoi qui n'implore pas l'Etoile du Berger!\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "      Renoncement Chrétien\n\n        L'Hymne du mystique Pèlerin\nL'humanité    tremblante et la vie incertaine\nMe tentent vainement de leur fugace espoir;\nJe suis le pèlerin d'une route    lointaine,\nEt je ne m'assieds point à l'auberge du soir.\n\nLa montagne est pourtant solitaire et cruelle,\nLes pierres du sentier sont tristes de mes pleurs,\nLa nuit étend déjà le crêpe de son aile;\nUn nuage a rempli le ciel de mes      douleurs...\n\n                            *\n\nAu-dessus des maisons de la calme vallée\nUne brume s'élève en flocons délicats,\nEt c'est la vie humaine en bas, toute envolée,\nLe foyer qui rassemble enfin les enfants las.\n\nSi la nature est sombre, une vitre   s'allume;\nL'homme veille, et la femme auprès de lui s'endort ;\nEt la lampe, éternelle et petite, consume\nL'huile des volontés aux flammes de la mort.\n\nUn conseil d'apaiser ma fièvre et l'aventure,\nOù s'exaltent mes nerfs irrités d'idéal,\nVient de la vitre claire et de la ville sûre,\nQui voudraient me guérir de mon glorieux      mal.\n\n                             *\n\n Pourtant je n'irai point vers la cité    charmante;\n Je resterai parmi les arbres et le vent,\n Car je sais un destin beau comme      l'épouvante,\n Et je liais le repos suave et décevant...\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "              RENONCEMENT CHRÉTIEN                         l35\n\n\nJe préfère souffrir rebelle, et sur les cimes\nMeurtrir mes pieds sanglants avides de tout fuir.\nL'aigle tournoie au loin et ses ailes sublimes\nNe palpitent jamais plus haut que mon désir.\n\nMais serai-je déçu par mon rêve, et mon âme\nN'atteindra-t-elle point le but qu'elle poursuit?...\nDe la ténèbre enfin vient de naître la flamme,\nL'opaque firmament se déchire et reluit,\n\nEt voici que l'étoile a vaincu les nuages!\nLa ruche de la nuit s'ouvre en rayons de miel...\nDormez, dormez encore, ô mes frères trop sages,\nMon lit et mon flambeau m'appellent dans le ciel!\n\n                                                  JULES BOIS.\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "            Julien Dillens, statuaire\n                               (Suite)\n\n\n                LES idées générales, les notions simples parurent\n                  à Julien Dillens pouvoir seules s'exprimer pla-\n                  stiquement. Il ne concevait point la matéria-\n                   lisation de symboles abstraits, de subtilités\n                   compliquées, qu'il n'admettait guère en pein-\n                   ture et répudiait absolument en statuaire.\n                      L'immobilité concrète de la forme fixée dans\n                   la pierre, le marbre, le bronze, se refuse à de\ntrop complexes intentions. Voulant personnifier des allégories\ndiverses, Dillens ne s'embarrassait point de renouveler les\nformules consacrées. Avec la beauté du corps h u m a i n , l'agen-\ncement à grandes lignes des draperies, des formes ornementales\nhabilement maniées et quelques accessoires traditionnels, il\nréalisait des conceptions d'allure décorative, adéquates à la\ndestination architecturale et définitive de chaque œuvre.\n   Considérez les statues de la maison du Renard, les deux\ndéesses du m o n u m e n t Anspach et ces figures d'un style si\n magistral du nouvel Hôtel communal de Saint-Gilles. Elles vous\n affirmeront l'entente du geste, le goût inné de l'allure ample,\n mouvementée et ornée qui convient à la place publique, au plein\n air, à la distance, et que personne mieux que Dillens n'a pos-\n sédé de nos jours.\n    Les Quatre Parties du Monde, sculptées sur la façade de la\n maison du Renard, s'inspirent de l'ambiance, de la splendeur\n vétusté et pompeuse de notre admirable G r a n d ' P l a c e . Rehaus-\n sées de dorures, animées et brillantes, elles font corps avec les\n saillies, les moulures, les corniches, le bosselage, la couleur\n même des architectures bourgeoises et cossues de la série de\n maisons qui va de l'Hôtel de ville à la rue au Beurre. Série\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "(Hôtel de ville de Saint-Gilles)                      (Photo Hellemans)\n\n\n                                     LE DROIT\n\n                                   (JULIEN DILLENS)\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": ""}, {"page_pdf": 176, "texte": "                  JULIEN DILLENS, STATUAIRE                   137\n\n\npittoresque opposant au gothique noble du Palais communal,\nau gothique fleuri de la Maison du Roi, ses formes dérivées du\nstyle de la Renaissance, accentuées à la brabançonne, plus\nriches et même boursoufflées que très pures de goût, mais si\nabondantes, d'une veine si opulente et heureuse, réalisant, par\nl'accumulation des détails, un si bel aspect de prospérité, qu'il\nen émane comme une joie. Les statues de Dillens y sont à\nl'unisson, et c'est la preuve de la sensibilité de sa nature\nd'artiste.\n   Ces Quatre Parties du Monde encadrent une Justice qui n'est\npas de Dillens. J'ignore la cause de pareille disparate.\n   Puisqu'on voulait éviter l'anachronisme de personnifier\nl'Océanie, — de découverte trop récente pour le style des mai-\nsons de la Grand'Place, — on eût pu tout au moins demander\nau même statuaire la composition des cinq statues alignées au\nmême étage et éviter ce fâcheux contraste de manière.\n\n   Les déesses du monument Anspach sont d'autre sorte.\n   Ce monument, d'abord confié à Paul De Vigne, ne put être\nachevé par lui. L'architecture en est composite et bizarre. La\npartie sculpturale n'en est pas seulement l'accessoire orne-\nmental, mais, au contraire, le principal élément d'intérêt.\nL'obélisque, les vasques, les degrés aménagés par l'architecte\nne sont que le soubassement et comme le socle compliqué des-\ntiné à la présentation collective de divers objets d'art. Tandis\nque le saint Michel de Paul De Vigne s'érige au pinacle, qu'un\nmédaillon, des bas-reliefs de marbre, des chimères, des masca-\nrons de bronze sont disposés un peu partout, les deux statues\nen haut-relief, modelées par Julien Dillens, constituent les\nmorceaux les plus importants de l'ensemble. Elles doivent, par\nleur silhouette et leur rythme, se conformer à tous les aspects\ndu petit édifice. Elles accentuent de saillies prononcées les con-\ntours de la face principale du Mémorial et remplissent sur les\nparois latérales des surfaces importantes dont elles justifient\nl'agencement.\n   Magistralement, Dillens a résolu ce complexe problème en\ninscrivant ses statues dans des contours très étendus, qu'elles\nremplissent du geste accentué de leurs bras, du flottement\nallongé de leurs draperies, des pointes aiguës de leurs hautes\ncouronnes, de leurs palmes longues et sinueuses!...\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "138                         DURENDAL\n\n\n   Ces statues, si joliment fermes et souples, sont la cohésion\nde tout l'ensemble; c'est à Dillens que tous les collaborateurs\ndu m o n u m e n t Anspach doivent le succès total de leurs efforts\net cette bonne grâce générale qui atténue les différences de pro-\nportion, de compréhension, d'exécution.\n\n    Au nouvel Hôtel communal de Saint-Gilles, Dillens, enfin\nlibéré de toutes entraves, put inspirer à son tour la composition\ngénérale de la décoration statuaire et diriger l'exécution des\ntravaux confiés à une pléiade de jeunes sculpteurs. Il se réserva\nde modeler deux figures imposantes qu'il dressa en un geste\nhiératique, qu'il enferma dans le galbe architectural d'un fût\nde colonne.\n    Logique et définitif aboutissement de recherches et de médi-\ntations, cette simplification ample et stylisée de la cariatide se\nrattache aux sources saines de l'art originel et, toutes propor-\ntions gardées, ressuscite l'eurythmie de la statuaire m o n u m e n -\ntale athénienne.\n    Cette fois encore, le destin, arrachant Dillens au chantier\navant l'achèvement de la mise au point des modèles qu'il avait\ncréés, empêcha que l'exécution définitive de ces deux figures fût\ntout à fait parfaite et telle que l'artiste, en y mettant la der-\nnière main, eût seul pu la réaliser...\n    L e Mémorial t'Serclaes, sous les arcades de la maison de\nl'Etoile, se rattache à la série des œuvres monumentales du\nmaître. Ce mémorial aussi doit à l'impressionnante harmonie\nsynthétique de la Grand'Place son invention touffue. T r a i t é en\njoyau, enrichi de tant d'éléments de forme et de couleur, il ne\nvise pas à la pureté, à la délicatesse de goût d'un tombeau\nflorentin de Mino da Fiesole. L'œuvre est brabançonne, exubé-\nrante et fleurie, comme elle devait l'être près de ce cadre, en cet\nendroit, et Dillens l'a compris, qui y a accumulé les détails, pro-\ndigué les formules ornementales, marié les émaux et les dorures.\n    On sait l'agencement des diverses parties de cet ensemble, la\nd r a m a t i q u e dépouille mortelle du héros bruxellois étendue si\npathétiquement au bas de la composition, les trois bas-reliefs\nsuperposés, d'une échelle très réduite et tout grouillants de l'ani-\nmation de la bataille, au sommet un guerrier à cheval, mouve-\nmenté du flottement de l'étendard, du luxe du caparaçon, des\ncomplications de l'armure et du harnais, couronnant l'ensemble,\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                 JULIEN DILLENS, STATUAIRE                   130.\n\n\ntandis que des colonnes, un entablement, des guirlandes, des\nornements dessinent une architecture foisonnante.\n\n    Pressé de composer un motif pour écussonner le contour de\nl'arche principale du nouvel arc gigantesque en construction au\nCinquantenaire, Dillens, malade déjà et si inquiet, ébaucha un\nimmense écu royalement couronné, porté par deux génies ailés\nclaironnant.\n    Composition asymétrique d'un jet irrésistible dans son équi-\nlibre imposant, elle réalise, à l'échelle des proportions formi-\ndables de l'édifice, un ornement architectonique à larges oppo-\nsitions d'ombre et de lumière dont l'effet promet d'être\nexcellent.\n    Hélas ! des amitiés pieuses en surveilleront sans doute la\n précise et froide exécution, mais le souffle de l'animateur, de\n l'improvisateur qui en eut, chemin faisant, allégé ou mouve-\n menté l'aspect, lui fera cruellement défaut.\n\n   Le Silence de la Tombe forme à lui seul un monument total et\ndéfinitif.\n   Destinée à surmonter un pilastre à l'entrée du cimetière\nd'Ixelles, cette figure ne devait exprimer que des idées générales\nde mystère et d'irrévocabilité.\n   Dillens a conçu un sombre génie tout enveloppé de voiles,\nassis dans l'attitude du recueillement, ne laissant apercevoir —\nsous l'ombre portée des draperies — que des yeux de mystère,\nun visage aux traits rigides et secrets, le geste deviné d'une\nmain posée comme un sceau éternel sur des lèvres closes à\njamais. L'allure massive et tapie de la composition, les grands\nplis expressifs des étoffes parlent de pérennité.\n   C'est la force invincible qui s'impose, funèbrement. C'est le\ngénie des recommencements de la nature, une puissance non\npoint désolée, mais insensible et sereine, non point personnifi-\ncation d'une déesse mythologique, mais la forme matérielle et\ncomme une apparition concrétée d'une sorte d'Erda omni-\n sciente.\n   En concevant une telle œuvre, Dillens résumait un cycle de\n pensées dont deux morceaux déjà avaient préparé l'apparition :\n la figurine tombale du monument Moselli au cimetière de\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "140                          DURENDAL\n\n\nLaeken et la Petite pleureuse agenouillée du Musée de Bru-\nxelles.\n   Graciles fillettes inclinées prématurément vers les plus\ncruelles réalités de la mort, elles effeuillent d'un geste tendre des\nroses symboliques, marquant la fin de toutes les joies q u ' u n e\nvie terrestre réserve à la jeunesse avide d'admirations, de sensa-\ntions, de voluptés... Avec quelle grave éloquence Dillens, d a n s\nsa compréhension païenne, a su indiquer cet apitoiement décou-\nragé, cette tristesse que ne soutient pas l'espérance et le mol\nabandon qui semble dire : « A quoi bon ».\n   E t puisqu'une œuvre d'art n'existe — en tant qu'œuvre d'art\n— que pour autant qu'elle soit belle non seulement par la\nconception et la pensée, mais encore par le prestige de la perfec-\ntion technique et matérielle, j'insiste sur la délicatesse, la sou-\nplesse de modelé de ces morceaux, l'ingénuité et la grâce\nconservées dans la précision du rendu, la logique des m a n œ u -\nvres du geste et des étoffes, la ligne suivie de la silhouette\ngénérale.\n   Faut-il ajouter que la figurine funéraire, qui appartient au\nMusée de Bruxelles, n'obtint pas d'emblée les suffrages des\ncommissaires et connut les interminables incertitudes de l'anti-\nchambre préalable... Il était écrit que toujours des déceptions\nempoisonneraient la sérénité de l'artiste.\n\n   P a r m i les morceaux marquants qui parurent en ces vingt der-\nnières années, il faut signaler aussi l'Allegretto, figure de jeune\nlemrae aux bras charmants, d'une verve peut-être un peu vul-\ngaire, mais dont la réduction en ivoire fournit un bibelot réussi ;\nle Génie offert à l'architecte Jamart après la reconstruction de la\nMaison du Roi, ingénieux hommage en forme de grand bijou\nd'ivoire et d'or; la Minerve, au masque réfléchi, pur profil inex-\npressif, casqué de métal lourd, ciselé en une ornementation\ncompliquée; l'Eau du Bocq, une série de bustes, des bas-reliefs\ndes plaquettes, des médailles...\n   Sans doute, l'inventeur de grandes figures, de décorations\narchitectoniques, se trouvait dépaysé un peu quand il lui fallait\nréaliser des portraits, des œuvrettes précieuses, des composi-\ntions de petites proportions.\n   Mais, puisque l'occasion de donner libre cours à sa force pro-\nductrice était parcimonieusement mesurée à l'artiste, que les\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "(Hôtel de ville de Saint-Gilles)                      (Photo Hellemans)\n\n\n                                    LE TRAVAIL\n\n                                   (JULIEN DILLENS)\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": ""}, {"page_pdf": 182, "texte": "                    JULIEN DILLENS, STATUAIRE                         141\n\n\n\ncommandes d'œuvres conformes à son t e m p é r a m e n t surgissaient\ninfiniment rares, il dérivait en ces travaux divers la fougue et la\nsurabondance de son talent.\n    Parfois aussi, un hasard lui offrait le moyen de livrer, en une\nœuvre éphémère, le secret de ses songes et de ses tendances.\nC'est ainsi que Dillens composa, pour je ne sais plus quei cor-\ntège de fête, un char de la Presse tout doré, dont l'harmonie de\nlignes, la pompeuse et juste ordonnance, la spontanéité d'inven-\ntion suscitèrent l'admiration.\n    Cette improvisation brillante révélait des facultés rares dont\non eût pu attendre par la suite la cristallisation en grandes\nœuvres décoratives et architecturales. Mais la chance ne voulut\npoint que ces œuvres fussent commandées, et Dillens se reprit\nà ronger son frein.\n    Il fut question de transmuer en une fontaine, en un monu-\nment allégorique quelconque l'éphémère Char de la Presse.\nL ' a d a p t a t i o n précise ne s'en trouva pas à point nommé et l'idée\nfut abandonnée sans en avoir fait germer, comme il arrive, une\nautre, plus judicieuse...\n    Il existe encore la m a q u e t t e d'un Persée chevauchant Pégase,\npétri par Dillens dans la fougue d'une inspiration débridée.\nT u m u l t u e u x de silhouette, véhément d'accent, compliqué de\nmasses, le groupe déborde de vie et de sève. Jeté en avant, d'une\nallure folle, le coursier ailé entraîne le cavalier vers l'audace des\naventures et des dangers. Ce morceau, de verve et de virtuosité,\nest demeuré tel, depuis l'heure où le statuaire l'enfanta, et, sans\ndoute, l'œuvre est condamnée à disparaître sans merci, comme\nle bloc de plâtre fragile qui conserve encore, pour combien\nd'années? — l'invention du maître.\n\n   Les bustes de Dillens sont divers par le caractère, l'interpré-\ntation, le style.\n   S'il s'en trouve de physionomiques comme celui de l'avocat\nMonville, visage t o u r m e n t é et expressif, ou celui de M. J...,\n— connu parmi les artistes sous les noms de « Buste de l'homme\nà la grande barbe » ou de « Buste d'un original », — d'autres\nn'avèrent que de la conscience appliquée — comme celui du\nvénérable gouverneur du B r a b a n t — ou bien une fantaisie qui\ntransforme un portrait en un bibelot expressif, non plus ressem-\nblant, mais précieux par la saveur du travail, la souplesse de\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "142                          DURENDAL\n\n\n\nl'épiderme ou même la beauté des surfaces préparées pour l'effet\ndes patines lustrées du bronze. L e buste de M. Charles J a n s -\nsens, en dehors même de l'observation du type du modèle,\nrespire l'aisance et même l'allégresse du travail, la liberté de\nl'observation étendue peut-être jusqu'au dédain du modèle, mais\nréalisant un ouvrage qui, sitôt les premières années de compa-\nraison réalisable passées, demeurera comme une œuvre d'art\nnerveuse et belle.\n   Les portraits de femmes, M m e H e r b o , la comtesse de\nFlotow, créations de grâce et de charme, apportent un sourire,\nune séduction, un attendrissement éphémère et r a y o n n a n t dans\nla série des sculptures de Dillens. E t quand, d r a p a n t d'un\nample voile le buste de M m e de Flotow, n i m b a n t le visage régu-\nlier et fin d'une ombre de marbre, Dillens intitule Pax la nou-\nvelle apparition de ce t y p e délicat fervemment étudié, il réalise\nencore une œuvre d'allure puissante et de lignes stables, aux\nplans justes, aux aspects fuyants, agrandissant de possibilités\nles limites de la matière.\n\n   Ce que fut l'homme, ce que valut le professeur, des voix\némues l'ont exprimé devant le cercueil de Julien Dillens.\n   E n insistant sur les particularités de son art, j'ai tenté seule-\nment d'augmenter un peu le nombre de ceux qui le comprennent\net le goûtent, et aussi souhaité qu'il ne fût pas, faute d'un peu\nd'or, perdu stérilement un peu de Pensée humaine formulée en\nun peu de Beauté.\n                                                PAUL   LAMBOTTE.\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "     Contre le Vent\n\nLe géant aux pieds liés,\nLe grand       marronnier,\nLà, devant mon seuil,\nDéploie en trophée ses feuilles.\nSes feuilles, espoirs et orgueil,\nSes belles et vertes feuilles.\n\nL'orage gronde, la pluie tombe.\nLe ciel que les nuages   plombent,\nS'abaisse vers la terre.\nLe vent lourd vient par à-coups,\nPuis violemment il resserre\nLe quadrige de ses chevaux    fous.\n\nMon géant calme et fort,\nA pris dans ses bras qu'il tord,\nSes innombrables espoirs verts,\nRetroussés et pâlis;\nEt à tout moment il les serre\nAvec fureur, contre lui.\n\nComme la flamme plus haut s'élance,\nQuand le vent rue sa violence;\nMon grand arbre de vie dardée,\nBrûlant de son orgueil si beau,\nFlambe et s'élève plus haut,\nTelle une torche sacrée.\n\nComme les bras levés d'officiants,\nElèvent l'hostie  blanche;\nNoblement ses fortes   branches\nElèvent leurs espoirs   vibrants,\nAinsi qu'un sacrement      divin,\nDans l'orage qui les étreint.\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "144                   DURENDAL\n\n\n\n         Vouloir sublime qui se redresse,\n         A chaque coup de vent du sort,\n         Qui s'exalte et lutte sans cesse,\n         Et ne s'affaisse que pour la mort.\n\n         Longue bataille de l'immobile,\n         Qui ne veut voir que ce qu'il veut,\n         Dont le tronc dur, tremble fébrile,\n         Et secoué jusqu'en ses nœuds,\n         Mais retient fièrement  fermée,\n         La toison verte de sa feuillée.\n\n         Et quand les forts coursiers  sauvages\n         Auront déchiré les nuages,\n         Et que seront,    inaperçus.\n         Tombés quelques espoirs déçus;\n         Réchauffé par la lumière pure,\n         Mon bel arbre et sa parure\n         D'ardent vouloir et de jeunesse,\n         Sera toujours devant mon seuil,\n         Où royalement il se dresse,\n         Exemple altier, à l'âme en deuil.\n\n                                          HÉLÈNE   CANIVET.\n 1904.\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                            La Cité Ardente (1)\n                       PUT-ON m'accuser de brûler un encens\n                                                        complaisant\n                 sur l'autel de l'amitié, il me plait de dire, bien\n                 haut, que, par la Cité ardente, Henry Carton\n                 de Wiart vient de faire, dans les Lettres, une\n                 rentrée triomphale.\n                     Lorsque la Politique entraîna Henry Carton\n                  de Wiart dans son orbite absorbant, à voir l'ac-\n                 tivité combative, généreuse et passionnée que\ndéployait le député, beaucoup de nos amis craignirent que\nl'auteur des Contes hétéroclites ne fût perdu pour l'ait. Je ne par-\ntageais point ces appréhensions et je disais : « Laissez donc,\nil nous reviendra — car il ne nous a jamais quittés. »\n   Je suis très heureux, et un peu lier, d'avoir été aussi bon pro-\nphète : voici Henry Carton de Wiart de « retour» — avec un\nlivre qui fera date, et sera un succès, parce que c'est une œuvre à\nla fois de probité et de beauté.\n   La Cité ardente est un roman historique.\n   « Roman historique » — cet accouplement de mots dit par\nlui-même toutes les difficultés du genre. L'histoire déborde de\nsituations susceptibles de transpositions littéraires. Il suffit\nd'ouvrir surtout nos annales patriales pour que, de toutes les\npages, se dégagent les émotions sublimes, facteurs potentiels\nd'une œuvre d'art. Mais si le choix du sujet est aisé, l'adapta-\ntion l'est moins. Il convient d'assouplir les incidents historiques\naux lois de la composition, tout en prenant garde de ne pas\ndépasser les limites au delà desquelles la vérité protesterait.\nCette sorte de transaction à ménager entre l'imagination de\nl'écrivain et les événements réels exige un doigté délicat et\nsouple.\n   Ce partage fait de la fantaisie et de la réalité, une égale\nadresse s'imposera pour l'établissement du décor où l'action\n\n (1) Paris, P e r r i n .\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "146                         DURENDAL\n\n\nse mouvra. Scrupuleusement et minutieusement documenté sur\nles mœurs, les habitudes, les costumes et les armes du temps,\nl'auteur dispensera assez d'érudition pour caractériser d'époque\nses personnages. Mais il ralentirait l'intrigue et paralyserait\nl'émotion en prodiguant l'érudition.\n    Un juste et discret dosage des éléments historiques est la\npremière qualité que je veux relever dans la Cité ardente.\n   Mais cette qualité, quelque ingénieuse science qu'elle sup-\npose, n'est en somme qu'accessoire : le milieu situé et le décor\nbâti, il y faut appeler, à la vie, des âmes immortelles, proches de\nnos cœurs et de notre chair, parce que les mêmes idées, les\nmêmes songes et les mêmes souffrances nous animent, nous\nhantent et nous émeuvent, êtres de jadis que nous sentions fra-\nternels par delà les siècles, et avec lesquels nous communiions\nen « ce qui ne meurt pas ».\n   Dans son rêve d'histoire et de beauté, Henry Carton de\nWiart appareilla vers les heures tragiques du XVe siècle, où la\nprincipauté de Liége — et sa Cité ardente — se débattaient en\nsursauts héroïques d'indépendance sous la main de fer et\nd'astuce de Charles le Téméraire.\n    Charles le Téméraire paraît à peine, en personne, au cours\ndu livre; et l'auteur a résisté à la tentation d'un facile portrait\nà brosser. L'Attila de Bourgogne reste à la cantonade — mais,\ninvisible, il plane néanmoins sur l'œuvre en menace perpé-\ntuelle de domination. Il est « l'intrus » redoutable, dont le\ngeste se projette perpétuellement à travers l'action comme une\nombre d'oppression et de mort.\n    Henry Carton de Wiart demeure avec ceux de sa race qui\ndéfendent leurs franchises et luttent et meurent pour la liberté.\nAprès le sac de Dinant, il les accompagne, sur un plateau\nd'Ardenne, en ce camp de partisans d'une physionomie si sau-\nvage et si pittoresque; il rentre avec eux à Liége et vit avec eux\nles instants de joyeuse détente qu'amène le marché franc de la\nSaint-Jean; il suit, à côté d'eux, les péripéties vaillantes et\nangoissantes de la journée de Brusthem; et, rentré dans la ville,\nvaincue et divisée contre elle-même, il assiste au tragique con-\nflit de l'expérience des anciens et de la témérité des jeunes; il\ncôtoie l'inquiétante et énigmalique silhouette de Dame Pente-\ncôte, mixture d'intrigue et de volupté où il y a quelque chose\nd'Agrippine et un peu de lady Macbeth; il savoure la bohème\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                        LA CITÉ ARDENTE                          147\n\ndébridée de cette façon de Falstaff de Wallonnie qu'est le baron\nde Bueren, amant de la vie et contempteur de la mort, ingénu\net brave, endetté et fastueux, paillard et héroïque — personnage\nd'exception que Barbey eût adoré; mais surtout il se fait le\ncompagnon de tous les jours et de toutes les heures de Josse de\nStrailhe et de Johanne de Berlo.\n   Josse et Johanne sont deux pures essences de chevalerie —\nl'un par sa généreuse vaillance, l'autre par son exquise senti-\nmentalité.\n   Au geste de création de l'auteur, Josse de Strailhe semble\ns'être levé, tout armé et casqué, du seuil de quelque héraldique\nmausolée — et c'est bien du fond du moyen-âge qu'il vient\nvers nous, tout frémissant de juvénile fougue désintéressée. Et\nquant à Johanne de Berlo, elle apparaît comme une sainte de\nvitrail qui soudain prendrait vie dans un délicieux halo de\njeunesse, de candeur et d'amour.\n   En ces deux êtres de choix, tout chante à l'unisson; l'âme du\nhéros sourit à l'âme de la vierge; une lointaine prédestination\nles conduit l'un vers l'autre; ils tendent les mains... mais,\nhélas! l'antagonisme de la Cité à laquelle ils tiennent tous\ndeux par leurs fibres ancestrales, a mis entre eux l'obstacle de\ndeux cadavres ; leur passion se résoud en souffrances et leurs\nsouffrances s'épurent en sacrifice; après s'être aimés un instant des\nyeux de l'âme, ils se disent adieu : Josse se libère dans la mort\nhéroïque pour la Cité, Johanne offre en holocauste à Dieu son\npauvre cœur fêlé au premier contact avec l'existence.\n   Et sur les ruines de la ville terrassée, dans le désespoir des\nsuprêmes révoltes, parmi l'odeur du carnage et le reflet des\ndévastations, l'idylle brisée de Josse et de Johanne intercède\npour l'ardente Cité « qui ne veut pas mourir ».\n   Sur ces créations d'épopée et de rêve — dont j'ai le sentiment\nde n'avoir donné qu'une imparfaite esquisse — Henry Carton\nde Wiart a modelé un style qui, selon les circonstances, déploie\nune martelante énergie ou s'adoucit en une enveloppante sou-\nplesse. Tel récit de guerre déborde de frénésie verbale. Telle\nscène d'amour est modulée au rythme d'une chanson de\ntrouvère.\n   Et c'est ainsi que la Cité ardente, outre qu'elle prouve une\nconsciencieuse érudition et rend le son d'une belle âme, atteste\naussi un écrivain de race.\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "148                         DURENDAL\n\n\n   Henry Carton de Wiart m'a dit, l'autre jour, le bonheur qu'il\néprouva de sentir germer en lui la première idée de son livre,\nson pieux enthousiasme à prendre contact avec l'âme des\nancêtres, son ardeur à élaborer et à souder les diverses péri-\npéties, la sévère volupté de l'érudition jointe aux exaltantes\nfièvres de la création, enfin le plaisir d'écrire son œuvre dans\nce délicieux cottage de Hastière-par-delà, au bord de la Meuse\nglorieusement miroitante, non loin du coin inviolé d'Ardenne\noù Josse de Strailhe rencontra pour la première fois Johanne\nde Berlo...\n   A cette joie de l'auteur, une autre joie aujourd'hui fait écho :\nses amis et ses frères d'armes affirment que l'écrivain de la\nCité ardente a réalisé leurs plus amicales espérances. Ils se sou-\nviennent des heures, lointaines déjà, des communs débuts, de la\nfraternité dans la lutte pour un même idéal et ils constatent,\navec une allégresse où se mêle l'orgueil d'une vieille affection,\nque c'est un des leurs, un des initiateurs du mouvement litté-\nraire catholique, qui vient d'enrichir le patrimoine national\ndu livre le plus artistement et le plus foncièrement patrial\nqui ait été écrit, depuis que la Belgique recommença à avoir\nune littérature.\n\n                                     FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "              Amour d'autan\n\nC'était un soir, un soir d'avril, t'en    souviens-tu?\nLa lune sommeillait sur les nuages roses\nCaressant de son vol le peuplier     pointu,\nEt le baiser du soir enveloppait les choses.\nSur le vieux banc — au bord du lac — te          souviens-tu?\n\nUne bénédiction descendait sur la terre\nEtendant un silence auguste autour de nous,\nEt volontiers nous nous serions mis à genoux,\nD'un geste spontané, sous l'arbre  solitaire.\n\nEmus de cette nuit nous ne disions plus rien;\nNous écoutions les voix sereines de l'espace;\nNous songions au printemps et à l'heure qui passe,\nEt nos cœurs se gonflaient au souffle aérien.\n\nO l'écho de la nuit sur les pentes lointaines !\nLes heures qu'elle épèle au sommet des clochers!\nO le chant du crapaud sonneur dans les rochers,\nPur grelot qui se mêle au grelot des fontaines !\n\nC'était un soir — un soir d'avril — t'en     souviens-tu?\nL'amour chantait, sous le ciel bleu, sa mélodie,\nEt des frissons couraient dans la nuit   attiédie.\nIl émanait — de toute chose — une vertu.\n\nJe t'avais pris la main et je voulus ta lèvre.\nOh ! pardonne ! Vois-tu, j'étais triste et si las,\nEl je m'étais grisé au parfum des lilas,\nEt le souffle du soir m'avait donné la fièvre...\n\nJe restai seul. Le ciel venait de se couvrir.\nUne branche tomba, des oiseaux       s'envolèrent.\nLes chiennes du bouvier dans la plaine       hurlèrent.\nC'était un soir. — Un vent passa. — J'ai cru mourir.\n\n                                          E R N E S T DE LAMINNE.\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "                 Le Miracle de l'Ane\n                   LES chiens, trois dogues terreux, étaient vautrés sous la rou-\n                     lotte, la tête entre les pattes.\n                        Le Huchot leur donna la pâtée :\n                        — H é ! Top...\n                        Il réveilla, d'un coup de botte sur les fesses, le vieux\n                     Top qui rêvait, le corps étendu. Les deux autres s'étaient\n                     levés, à l'odeur du repas; ils secouaient paresseusement\n                     les mouches collées à leur peau, tandis qu'ils dévoraient la\n                     maigre pitance. Le Huchot les regardait manger. Il aimait\nces bêtes qui partagaient sa vie vagabonde, buvaient la même eau, mangeaient\nle même pain, respiraient le même air. Elles formaient la domesticité de son\ndomaine. Bien que Top fût grand mangeur, il n'avait jamais songé à s'en\ndéfaire; il avait pour l'impotent les égards dus à la vieillesse, lui réservait un\nos ou quelque morceau fin dont il se privait lui-même.\n   Le Huchot passa sa main sur le poil sombre du goulu et ramassa l'assiette\nqu'emplissait un rayon de soleil. On entendait un mioche qui pleurait dans\nla roulotte et là-bas, pour le bercer, la mer avait une chanson cares-\nsante et rythmée.\n   Sur la route, un baudet passa au trot. Un enfant le montait, assis à cali-\nfourchon sur une peau de mouton qui lui servait de selle. Le vieil ânier,\nderrière lui, traînait la jambe ; il tannait à coups de trique la croupe endurante\nde l'animal.\n   Le Huchot fit « hue », en riant, et, devenu rêveur tout à coup, regarda\ns'éloigner l'âne.\n   A ce moment, la Huchotte descendit l'escalier.\n   — Dis donc, femme, il nous manque bien encore un baudet ?\n   La petite femme dit en répandant une pelletée de cendres :\n   — Où as-tu cherché ça?\n   — Avec quarante francs on trouverait bien quelque vieille bourrique?\n   — C'est vrai, nos chiens mangent trop !\n   — Ils deviennent vieux. Faudrait un baudet pour tirer la maison.\n   La Huchotte soupira :\n   — Nous n'avons pas l'argent !\n   — On travaillerait, dis...\n   Il montrait ses mains de rachitique, de longues mains durcies de cal,\n exécuta un entrechat et fit mine de tenir quelque chose sur son nez.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                          LE MIRACLE DE L'ANE                                 151\n\n\n   Il riait de tout son être. La Huchotte dit :\n   — Tu es fou ! et remonta l'escalier.\n   L'homme siffla, imitant une fauvette qui vocalisait à côté, dans un massif.\nIl avait oublié l'âne.\n   La roulotte sommeillait en marge de la route ; elle avait les pattes des bran-\ncards étendus en avant pour dormir, comme les chiens. Le Huchot se mon-\ntrait jaloux de son domaine, passait ses heures précieuses à sa toilette. Elle\nétait pimpante sous sa robe verte, parée de soleil. Des rideaux, comme de\ngrandes toiles d'araignées blanches, adornaient les fenêtres où naissaient et\nmouraient, selon l'heure, les rayons de la grande nature. Une fumée légère\net bleue montait de la cheminée, se tordait, virait comme une girouette sous\nl'impulsion du vent : suivant le chemin qu'elle prenait, le Huchot pronosti-\nquait la pluie ou le soleil. La femme avait eu soin qu'il ne manquât rien à\nl'intérieur. Comme tous deux étaient menus, le lit prenait peu de place, au\nfond de la roulotte, séparé de la cuisine par une cloison de serge verte ; le\nmioche couchait à leurs pieds. Au-dessus du poêle, un crucifix avait sa\nbranche de buis séché. La Huchotte allait fréquemment puiser de l'eau à la\ntinette; elle frottait le plancher, lessivait la vaisselle qu'elle rangeait ensuite\ndans les encoignures. Cependant elle faisait tout cela sans plaisir, et bien\nqu'ellene soupirât jamais, ses yeux de chien battu avaientdes lueurs farouches\ncomme si la vie y avait concentré une amertume. Une maternité continue,\ndouloureuse, impuissante l'avait épuisée, la ravinait de rides précoces, lui\ndonnait l'altitude et le geste alourdis des valétudinaires. Tous les enfants\nétaient morts, à peine nés, sauf le dernier qui traînait depuis deux ans sa tête\népaisse et ses membres grêles de souffreteux. Une nouvelle grossesse la tra-\nvaillait, hâtive comme les autres.\n    Le Huchot salua d'une chanson galante les premiers soleils d'août. Il était\ngrotesque quand il chantait. Ces refrains lui revenaient de son service à\nl'armée; il en connaissait aussi de son pays, en Tournaisis, du temps qu'il\ngardait les vaches. Parfois, il aidait les maçons à décharger les briques;\nceux-ci l'aimaient à cause de sa gaîté, partageaient avec lui leur croûte et lui\nfaisaient boire de grandes gorgées de genièvre pour le mettre en verve. Alors\nle Huchot leur contait des gaudrioles, imitait le cri des mouettes ou jonglait\navec les bidons. Son humeur égrillarde faisait des tâches claires sur sa maigre\ncarcasse de pauvre, comme le soleil sur une défroque. Ou bien, lorsque le\ntemps était beau, il allait faire des tours devant les villas. Il ne mendiait pas\ncomme les vulgaires maupiteux; il avait conscience de son art longuement\nétudié et ne cherchait d'autre boniment que son rire large et sonore. Avec\nquelques sous qu'il faisait danser dans sa poche, il descendait sur la plage,\ncontemplait la mer huileuse panachée d'écume blanche. Il observait le vol\ndes mouches, au-dessus des flaques. Elles tournoyaient avec des geignements\nd'enfant, les ailes étendues, se poursuivaient et, avant de se poser, viraient\nun moment, les pattes en l'air, d'un mouvement gracieux. Quand il rentrait,\nles soirs où il s'attardait à regarder tremper le soleil dans la mer, la Huchotte\nen gésine se tordait sur son lit. L'enfant pleurait, la tête enfoncée dans les\ncouvertures.\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "l52                               DURENDAL\n\n\n   L'homme disait alors :\n   — Faudrait aller attacher le mal à la chapelle de Saint-Idesbald...\n   Puis, la douleur lâchait prise. La Huchotte reprenait sa vie lasse, comme\nrivant.\n   Un jour, le Huchot rentra tard. Il avait aidé des pêcheurs qui hâlaient une\nchaloupe sur l'estran. Il revenait, les oreilles pleines encore de l'ahan, les\npaumes brûlantes. Le jour baissait. Tout à coup, du côté de la mer, il perçut\nun cri rauque avec des éclats stridents et répétés. C'était sinistre comme un\nhurlement humain, comme l'appel d'une sirène sur la mer.\n   Tranquillement, le Huchot pensa :\n   — L'âne!\n   Mais son désir se réveillait. De nouveau, il entrevit la possibilité du bon-\nheur rêvé. Dans son cerveau des images se formaient, aussi nettes qu'une\nréalité. C'était la silhouette fantastique d'un onagre dans les dunes; c'était un\nbaudet qui passait sur la route, avec sur son dos un enfant rieur; enfin, un\nbouricot harnaché, pomponné, qui porterait un nom sonore, brouterait les\nscabieuses au bord de la route ou ferait tinter ses grelots entre les bras de la\nroulotte. Il pressa le pas. Sa femme faisait bouillir des têtes de pavot pour le\nmioche qui refusait de dormir. Le Huchot prit un bout de chandelle dont ils\nse servaient quand il n'y avait plus d'huile dans la veilleuse.\n   La Huchotte demanda :\n   — Où vas-tu ?\n   Il dit :\n   — C'est veille de l'Assomption. Je vais prier Notre-Dame.\n   Le soir assombrissait la route. Il marchait lentement, troublé par cette idée\nqui le hantait : « J'allumerai un cierge devant la statue de la Vierge, je lui\ndemanderai de nous donner un baudet, parce que les chiens deviennent\nvieux et ne sauront bientôt plus tirer la maison; je lui demanderai aussi de\nsoulager ma femme et un harnais pour l'âne, si ce n'est trop. » Il se sentait\nune âme mystique en ce chaud crépuscule d'août. Son espoir était vague. La\nVierge pouvait faire un miracle; en tous cas, elle l'aiderait à trouver l'argent\nqu'il fallait pour acheter l'âne.\n   L'église était restée ouverte plus tard qu'à l'ordinaire. Une odeur d'encens\net de cire adhérait aux murs. Il s'orienta sur la veilleuse du chœur, heurta\nquelques chaises, les mains étendues pour éviter les obstacles. La nef parais-\nsait déserte. Il alluma la chandelle dont la flamme fumeuse se mit à danser\ndans l'ombre et lécha la statue de lueurs blafardes. Puis, comme on récite une\npatenôtre, il ânonna la phrase invocatoire. Sa voix vacillait comme la lumière\nde la chandelle. Une chaise grinça sur les dalles; le Huchot ne l'en-\ntendit pas.\n   Quand il fut dehors, la nuit était piquée d'étoiles.\n\n                                       *\n                                      * *\n  Le lundi suivant, de bonne heure, les chiens se mirent à aboyer; ils tiraient\nleur chaîne avec un bruit tel que la roulotte en était toute secouée. Le Huchot\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                           LE MIRACLE DE L'ANE                                153\n\n\n s'éveilla. Il ouvrit les rideaux et vit qu'un âne broutait devant lui. D'un bond,\n il fut dehors. Les chiens hélaient l'intrus. Il cria, moitié rêvant :\n    — H é ! femme, viens donc voir!\n     La Huchotte accourait.\n    — Un baudet ! un baudet!\n    — Il s'est échappé pendant la nuit. Faut attendre qu'on le réclame.\n    Brusquement, l'homme lui saisit le bras :\n    — Regarde, il est attaché à la roue!\n     La longe était solidement nouée à l'une des roues de la roulotte. Des ban-\n derolies de couleur serpentaient entre les attelles.\n    Le Huchot répétait, gambadant comme un enfant :\n    — Un baudet! un baudet! un baudet!\n    — Qu'est-ce qui te prend? demanda la femme : il n'est pas à nous. .\n    — Faudrait t'en assurer...\n    La Huchotte ronchonnait :\n    — Où as-tu cherché l'argent?\n    Il eut un rire clair, un geste de triomphe :\n    — Il est tombé du ciel, je n'en sais rien !\n    Alors ils se mirent à caresser l'animal, avec des douceurs, de la tête à la\n croupe. Il avait le poil brun taché de gris sur le dos. Le Huchot lui ouvrit la\nbouche, examina les dents :\n    — Et pas vieux!\n    — Il a dû coûter cher! insinuait la Huchotte, accalmée.\n    Il répondit :\n    — Faut croire !\n    Le soleil, comme jamais, l'inondait de bien-être. Il se sentait visité par\ntoutes les joies du ciel, pénétré de Dieu dont il était l'élu ; et l'image de la\nVierge était confondue dans les choses, comme une vision bienheureuse\nque prolongerait un rêve familier.\n    Des pêcheurs passèrent. Ils ressemblaient à des crabes sous leur carapace\nde toile brune. Habitués au roulis, ils semblaient osciller à chaque pas, dans\nleur marche. Les plus jeunes portaient des paniers sur leurs épaules.\n    — Bonne pêche! cria le Huchot.\n    Ils s'arrêtèrent devant l'âne. Un vieux demanda :\n    — Tu as fait un héritage, le Huchot, que tu fais paître un baudet à présent?\n    — Il m'est tombé du ciel ce matin...\n    Le Huchot riait. L'ancien le fouilla de ses petits yeux en triangle. Il y\navait une défiance dans ces yeux mobiles qui le sondaient, comme s'ils obser-\nvaient quelque point de l'horizon.\n    Les pêcheurs s'éloignaient. Le Huchot répéta :\n    — Bonne pêche !\n    Et il se mit à chanter. Il pensait, tout en chantant : « Ma femme ne saura\njamais que la Vierge a fait un miracle. Il ne faut pas qu'elle le sache : elle ne\nle croirait pas et c'est vrai, cependant. » Puis, une idée: « Comment la\nremercier? » Longtemps, tandis qu'il dessellait l'âne, avec mille soins et de\ncaressants vocables, il réfléchit à ce grave problème. Il reçut une inspiration\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "154                               DURENDAL\n\n\nsoudaine, comme il accrochait la sangle et le harnais dans un coin de la\nroulotte.\n   Quand le Huchot descendit, il portait quelque chose sous son bras, soigneu-\nsement enveloppé dans une serviette à carreaux bleus. Tout en marchant, il\nne pouvait s'empêcher de penser à l'âne. L'image le poursuivait, enveloppée\nde lumière comme une apparition miraculeuse. Il apercevait ses oreilles dres-\nsées, attentives aux paroles qu'il prononçait : elles les comprenaient sans doute,\npar cette intuition céleste d'animaux d'élection auxquels les saints ont fait le\ndon d'humanité. Il retrouvait ses anciennes naïvetés d'enfant que rien n'étonne,\nhabitué au miracle perpétuel de la nature. Une pensée encore l'occupait : il\nfallait donner un nom à son baudet. Aucun ne vibrait assez clair. Il savait des\nnoms de chiens, des noms d'hommes, très doux et chantants, mais il en vou-\nlait un plus sonore qu'il ne trouvait pas. Arrivé devant l'église, il cherchait\nencore.\n   Derrière les peupliers de la route, moutonnaient au loin les dunes. Les\noyas aux verts glauques inclinés sous le vent leur donnait une agitation\nfactice, comme d'une mer houleuse, marbrée de soleil, où les sables ressem-\nblaient à des crêtes d'écume. L'église était perdue dans une vasque, entre\ndeux dunes. Aux heures angéliques la cloche s'échappait du nid, planait sur\ncette mer d'un vol élégant, remontait, renvoyée de vague en vague, comme\nune mouette. Et les sables vibraient longtemps, jusqu'à ce que l'oiseau fût\nrentré au clocher.\n   Quand le Huchot se fut assuré que l'église était déserte, il marcha résolu-\nment vers l'autel. Ses pieds battaient sur les dalles une musique cadencée;\nles saints qu'il rencontrait en chemin semblaient lui sourire : ils avaient l'air\naccueillants, les bras ouverts, ébahis des offrandes étalées devant eux.\nC'étaient des cœurs en argent, des bras ou des jambes minuscules en cire\nverte, appendus à leurs doigts et qui remuaient au moindre vent entré par la\nporte. Le Huchot s'arrêta devant une goélette sculptée dans le bois par\nun pêcheur; rien n'y manquait, jusqu'aux cordages les plus délicats, elle\nportait un nom et, tout au bout du grand mât, un pavillon aux trois couleurs.\nPlus loin, le Huchot en vit d'autres; elles se balançaient à une corde fixée\nà la voûte, comme si des vagues invisibles soulevaient leurs carènes. Il\ncontemplait ces choses avec inquiétude, émerveillé et confus à la fois. Il\nn'avait rien de pareil, pas même un âne en cire comme il convenait, sans\ndoute, qu'il eût offert! Le silence le remuait; au milieu de ces statues qui le\nsuivaient avec des yeux fixes, il n'entendait que le bruit de ses pas.\n   Il arriva devant la Vierge. Aujourd'hui, dans la lumière du soleil, elle lui\nparut plus belle ; son visage maigre était doux, l'enfant qu'elle portait semblait\nvouloir s'échapper de ses bras, tendait ses deux mains vers le Huchot qui\nriait, déjà rassuré. Sur le chandelier il vit un bout de cierge à demi consumé ;\nc'était le même qu'il avait allumé la veille de l'Assomption, pour faire sa\nprière. Le brimborion de suif lamentable et larmoyant avait l'air d'un loque-\nteux parmi les grands cierges bariolés d'emblèmes. Le Huchot le ralluma.\nAlors il se retourna, pour voir s'il était seul et retira ses vêtements. Les\nsaints virent un petit homme aux jambes torses passées dans un maillot clair.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                           LE MIRACLE DE L'ANE                                  155\n\n\nSa poitrine de gnome était anguleuse et sa tête démesurée et lourde était\nenfoncée entre les épaules; des mains énormes pendaient au bout des bras\nnoueux, des mains qui ressemblaient à des araignées repues. Il ouvrit mysté-\nrieusement le paquet et en retira des verres, une bouteille et des anneaux\nqu'il rangea sur les marches de l'autel. Puis il voulut parler, faire un boni-\nment; mais la première parole lui resta dans la gorge et il ne sut plus rien\ndire à cause de l'émotion. Une larme s'écrasa sur les dalles; il s'essuya les\nyeux du revers de la main.\n    Il prit d'abord le verre, l'emplit d'eau jusqu'au bord et le posa sur son\nfront. Ainsi, la tête rejetée sur le dos, les mains étendues, il s'agenouillait\nlentement, fixant des yeux la voûte; alors ses genoux glissaient, ses jambes\ns'allongeaient derrière lui; il était étendu sur le ventre et le verre n'avait pas\nbougé. Pour se relever, il se raidit sur ses bras. Quand il fut debout il craignit\nque la Vierge se moquât de lui, car ce tour était facile. Mais elle souriait, l'en-\nfant s'amusait beaucoup et ses mains étaient tendues comme s'il criait : « En-\ncore ! » Ce succès l'enhardit. Il leva le verre dont pas une goutte n'était tombée :\n    — Regarde, je l'ai depuis dix ans, il n'est pas encore brisé I\n    Puis, avec les anneaux, il décrivit d'ingénieuses arabesques ; ils se croisaient,\nformaient chaînes et se séparaient, avec un cliquetis joyeux, si vite qu'on ne\npouvait apercevoir par quel artifice. Il s'assit sur les dalles, passa un anneau\nsous ses genoux et se recroquevilla jusqu'à ce que son corps ne formât plus\nqu'une boule. Dans cette masse informe d'oripeaux et de chair, le front se\nbombait comme une baudruche sillonnée de veines, les yeux s'exorbitaient ;\nla sueur collait les cheveux à ses tempes. Au milieu du silence, on entendait\nles chocs mous du corps sur les dalles. Il replia l'anneau derrière sa tête et,\nlentement, par secousses, il le fit descendre le long du dos. On eût dit que la\npoitrine, les bras et les cuisses s'écrasaient dans ce cercle étroit; toute sa car-\ncasse craquait. Il s'arrêta un moment, puis, par un mouvement brusque, le\ncorps sedégagea. L'anneau tinta sur les dalles; le Huchot était debout. Hors\nd'haleine, tout pantelant de fatigue, il essuyait son front et regardait l'enfant\ndont les yeux brillaient de joie. De temps en temps, il parlait :\n    — C'est pas pour me vanter, mais il faut de la patience dans ce métier !\n    Ou bien :\n    — Ceci n'est rien encore, vous allez voir...\n    Maintenant, il rampait entre les chaises, sur le dos. Tout son corps était\nétendu, ses bras ne bougeaient pas, et, sur son front, le verre d'eau s'équilibrait.\nIl se rétrécissait comme un serpent, puis s'étirait d'un mouvement sinueux\nqui dessinait les côtes à travers le maillot; sa pauvre ossature disloquée\nse mouvait dans le tissu, comme dans un sac. Quand le passage devenait\npérilleux, il s'arrêtait, repliait les bras sur sa poitrine, s'allongeait, glissait\nentre les prie-dieu sans les frôler; et le verre restait rivé à son front, comme\ns'il en eût fait partie.\n    De nouveau, une chaise grinça derrière un pilier.\n    La chandelle à l'agonie crépitait. La flamme se débattait au milieu du suif\noù baignait la mèche consumée; après un effort pour se relever, elle bleuit,\ncharbonna et suffoqua dans une fumée jaune.\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "156                              DURENDAL\n\n\n\n   Le Huchot, dans l'entraînement du travail, ne tarissait pas. Il épuisait\ntoute la série de ses tours mirifiques. Quand il s'aperçut que la chandelle ne\nbrûlait plus, il s'arrêta, pensant qu'il avait oublié l'heure et que la Vierge\ns'ennuierait, à la fin. Comme il se baissait pour ramasser ses anneaux, il se\nredressa tout à coup, disant :\n   — Regarde ces mains !\n   Ce n'étaient pas des mains. Deux lambeaux de chair pendaient aux poignets,\nsans vie; les doigts flasques, exsangues, semblaient de cire molle; on aurait\ndit que les os s'étaient retirés dans les bras. Un rai de soleil traversant les\nvitraux, éclairait obliquement les traits du bohémien. Ses yeux caressants\navaient l'air de supplier un miracle. Mais soudain il se mit à rire bruyamment,\nde toute sa figure ridée et maigre. Ses mains avaient repris leur forme nor-\nmale et il décrivit un grand signe de croix.\n   Alors il revêtit ses hardes, et sortit en songeant à l'âne.\n   L'angelus de midi sonnait.\n   Deux dames qui s'étaient blotties derrière un pilier, pendant que le\nHuchot travaillait, se levèrent. La plus âgée avait des cheveux blancs et\nessuyait, avec un fin mouchoir de batiste, ses yeux rouges. Comme elles\nvenaient de quitter l'église, la plus jeune dit en prenant le bras de sa\ncompagne :\n   — C'est bon de faire du bien à ceux qui savent comprendre !\n   Elle aussi pensait à l'âne.\n\n                                                          FRANZ HELLENS.\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "              La \" Florentine „ de l'Institut Staedel\net la sainte Catherine de l'Appartement Borgia au Vatican\n\n\n                   IL arrive, sans doute, aux fidèles les plus assidus et les plus\n                      respectueux des travaux d'Huijsmans d'emporter, avec la\n                      joie d'art ou l'admiration qu'ils ont reçue de lui, une sorte\n                      d'arrière-dépit, une vague contrariété et comme du ressen-\n                      timent d'avoir conservé, imprimée trop vivement, découpée\n                      trop à l'emporte-pièce dans le souvenir, quelque image d'un\n                      pittoresque violemment familier ou qui, au premier abord,\n                      leur a paru presque caricaturale. Mais, pour peu que l'on\n                      y songe, on aperçoit que ces images ne semblent insolites\nque si on les évoque, isolées, dans la mémoire; car, à les prendre dans leur\ncontexte, dans la trame savoureuse et colorée du style du maître, dans le\nmilieu de leur création, elles y apparaissent toutes naturelles et normales.\n   Il n'esi pas surprenant, cependant, qu'en certains milieux dévots ou ecclé-\nsiastiques le langage, inusité jusqu'ici dans l'hagiographie, d'un artiste tel\nque Huijsmans, ait dû ébouriffer les scrupules et sembler irrévérencieuse-\nment révolutionnaire. De là à mettre en doute la profondeur d'une conversion\nsignifiée en un idiome inouï dans les sacristies et les séminaires, il n'y avait\npas loin, alors que, tout au contraire, ainsi que nous le faisions remarquer\nà propos d'En Route, l'évolution de l'écrivain prenait un caractère de loyauté\net de netteté d'autant plus sensible qu'elle s'exprimait dans une langue dont\nil n'aurait pu se départir qu'au prix d'une feinte préjudiciable à la fois à son\noriginalité et à l'accent même de sa sincérité.\n   En réalité, il eut fallu, pour satisfaire certaines gens, que Huijsmans\ndépouillât non seulement le \" vieil homme \", mais l'homme même! — toute\nsa personnalité, en somme, avec les particularités de vision précise et de\nrendu coloré qui sont l'essence même: de son art; avec le tour d'esprit\ninquiet, mécontent, caustique, l'insatisfaction spirituelle, ferment des expé-\nriences de Des Esseintes et de Durtal et dont l'action a fait que, d'étape en\nétape, sa pensée a atteint le point où elle est actuellement venue.\n   Au fond, il y a dans les opinions émises à son sujet un peu de l'épouvante\nusuelle devant l'énergie, gestes ou paroles, trop affirmée : pour leur compte,\nla plupart des êtres préfèrent se défiler, ne pas se faire d'affaires ! Et les catho-\nliques, surtout, par humeur pacifique autant que par humilité religieuse,\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "158                                 DURENDAL\n\n\nprobablement, accordent leur suffrage plutôt aux effacés qu'aux catégoriques,\naux tranquilles qu'aux ardents, à ceux qui restent dans le rang qu'à ceux qui\nen sortent ou qui, manifestement, sont rebelles à l'alignement!\n   Certes, ce n'est point à ces timorés que s'adresse le verbe de Huijsmans,\navec ses comparaisons vivaces de réalité, le relief et le contour vigoureuse-\nment marqués de ses images et ces vocables imprévus, qui n'insinuent point\nla conception de l'écrivain dans l'intelligence du lecteur, mais, dirait-on, l'y\nprécipitent!\n   Elle triomphe, par-dessus tout, cette langue saisissante, dans la description\nintense des œuvres où toutes les dilections esthétiques du maître se sont\népanouies et exaltées. Qu'on se rappelle de quel œil analytique et compré-\nhensif il a vu les œuvres capitales des sculpteurs de Chartres, de certains\nPrimitifs flamands et allemands, et, jadis, les pages célèbres de Rops, de\nRedon, de Moreau, des Impressionnistes; et quelles étonnantes transposi-\ntions il nous en a données, brossées en pleine pâte, avec des mots de pres-\ntige et de couleur, ou burinées comme une morsure d'eau-forte dans la subti-\nlité acide de la phrase.\n   Et voici un nouveau recueil (1) de ces planches d'une gravure en même\ntemps âpre et fine, avec des traits qui crient et des traits qui caressent : com-\nmentaire graphique de chefs-d'œuvre, où toute la splendeur terrifiante ou\nmystique et les significations latentes des originaux sont mis dans une lumière\ncomplète.\n   C'est d'abord à Colmar, de Griinewald, une Crucifixion farouche et désolée,\navec un Christ convulsé, la douleur, abîmée dans la stupeur d'une soumission\nsurhumaine, de la Mère, et l'indicible détresse de saint Jean. Et sur un des\nvolets de la même œuvre, une Résurrection où, dit Huijsmans, l'artiste a su\nmerveilleusement exprimer « avec la pauvreté des couleurs terrestres, la\nvision de la divinité mise en suspens sur la croix et revenant, visible à l'œil\nnu, au sortirde la tombe: ».\n   A Francfort, métropole sémite dont il trace un rapide et amusant croquis,\n Huijsmans étudie deux œuvres, l'une italienne, l'autre flamande ou française,\nselon l'autorité que l'on accorde aux notices du catalogue de la récente Expo-\nsition des Primitifs fiançais. Il s'agit, en effet, d'une Vierge à l'Enfant,\nattribuée à ce Maître de Flémalle, que M. Hulin identifie, comme on sait,\navec Jacques Dnret, élève, en même temps que Roger Van der Weyden, d'un\ncertain peintre tournaisien, Robert Campin, et dont M. Henri Bouchot a\ndextrement confisqué l'œuvre au profit de 1' « école de l'Artois ».\n    L'examen de la Vierge du musée Staedel donne l'occasion à Huijsmans de\ndégager l'état de la question, en élaguant toutes les argumentations nourries\nde probabilités et impuissantes à déterminer la conviction, surtout lorsque\nl'on se trouve en présence des peintures contestées.\n   A propos des indices et particularités de sites, d'attitudes des personnages\n\n\n  (1) J.-K. HUIJSMANS. — Trois primitifs : Les Grûnewald du Musée de Colmar. — Le Maître\nde Flémalle et La Florentine du Musée de Francfort-sur-le-Mein.     U n volume illustré\n(Paris, Vanier).\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "        LA « FLORENTINE » DE L'INSTITUT STAEDEL, ETC.                         l59\n\n\net d'emblèmes dont on a tiré si grand parti pour classer mainte œuvre, il fait\nremarquer la fragilité de telles inductions et à quelles chances d'erreurs elles\nexposent, rien n'étant plus usuel, en ces temps-là, que des emprunts presque\ntextuels d'un artiste à un autre : « A cette époque, constate-t-il excellemment,\nle plagiat entre gens qui se considéraient tels que des artisans n'existait pas;\nl'on se prêtait tout naturellement une figure qui avait plu ; et cela est si vrai,\nque le saint Joseph de la Nativité de Berlin a été, avec à peine une variante,\nrepris par Memlinc dans son Adoration des Mages, dé l'hôpital Saint-Jean, à\nBruges, et que je le retrouve également, avec le même visage, la même\nattitude, le même geste de la main abritant une bougie, dans la Nativité du\nMaître de Flémalle, à Dijon. »\n    Des constatations analogues et fondées sur les mêmes raisons s'imposent à\nceux qui s'occupent des Primitifs italiens. Les œuvres anonymes ou d'attri-\nbution douteuse abondent de ce côté aussi; et c'est un vaste champ à\nl'activité un peu brouillonne des critiques et des historiens d'art. Ces investi-\ngations ne peuvent, d'ailleurs, être que profitables, en amenant parfois la\ndécouverte de documents ignorés; et, pour le surplus, il n'y a pas grand mal\nà voir constituer, de temps à autre, avec des ouvrages appariés un peu au\npetit bonheur, l'œuvre conjecturale de quelque artiste dont l'existence\nfabuleuse n'a pour garant qu'une vague allusion de Vasari, tel que l'Amico di\nSaudro (Botticeli) ou l'Alunno di Domenico (Ghirlandaio), découverts ou\ninventés par M. Berenson.\n    Le musée Staedel possède un étrange portrait de femme, communément\nqualifié de Jeune Florentine, bien que le type ne réponde guère à cette dési-\ngnation, et qui a déjà fourni matière à nombre de conjectures. Quel en est\nl'auteur? Quelle est cette jeune femme, ambiguë d'expression et de costume,\nfaite, certes, à la ressemblance d'une individualité déterminée, et qui, cepen-\ndant, dans la nudité où elle apparaît, avec la préciosité de sa chevelure\ntressée, son voile en turban et sa couronne de sombre buis, avec les joyaux\nde son front et de sa poitrine et les cinq fleurs sauvages qu'elle arbore d'une\nmain cérémonieuse, semble incarner quelque allégorie ? Et le mystère de son\nincognito s'ajoute au mystère obsédant de cette physionomie occulte, dont\nl'apparente placidité paraît dissimuler mille secrets corrompus.\n    Huijsmans, interrogeant cette énigmatique figure et l'histoire, suggère le\nnom de Giulia Farnèse, une des favorites d'Alexandre VI, Borgia; et les\narguments sur lesquels il fonde son opinion, corroborés par nos propres\nobservations, nous paraissent de nature à créer de fortes présomptions en\nfaveur de cette identification.\n    C'est vers 1490 que Giulia Farnèse apparaît dans la vie de Rodrigue\n Borgia, dont la mort survint en 1503 ; si le panneau de Francfort représente\ncette femme, il aurait donc dû être exécuté vraisemblablement entre ces\ndeux dates. L'œuvre ne saurait être, par conséquent, comme on l'a pensé, de\nla main de Domenico Veneziano (+ 1461), ni, sans doute, de celle de Piero\ndella Francesca (+ 1492); mais, à en juger d'après la netteté aiguë du dessin\n et la couleur « d'un éclat inaltéré et qui semble soudaine », comme dit Huijs-\n mans, on peut, pensons-nous, affirmer que l'auteur de ce chef-d'œuvre appar-\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "160                                     DURENDAL\n\n\ntenait bien à la lignée de ces beaux peintres, dont la technique, à la fois\nprimitive, à certains égards, et raffinée, et les procédés de coloris se différen-\ncient si fort de ceux de l'école florentine.\n    On pourrait peut-être hasarder aussi le n o m du P i n t u r i c c h i o , issu de cette\nécole du P é r u g i n , dont quelquefois la manière brillante, avec des éclats et\ndes précisions de miniature, procède de celle de P i e r o della Francesca. Mais\nle réalisme u n peu superficiel du P i n t u r i c c h i o aurait-il p u s'élever j u s q u ' a u\nprodige de cette effigie incantatoire?\n    Quoi qu'il en soit, cet artiste peignit, comme on sait, entre 1492 et 1495,\nla merveilleuse décoration à fresque des A p p a r t e m e n t s Borgia, a u Vatican.\nS u r la paroi principale de la troisième salle, il a représenté, dans u n décor\na n i m é et peuplé de n o m b r e u x personnages, sainte Catherine d'Alexandrie\nd é m o n t r a n t la vérité du Christianisme à l'empereur Maxence, « en faisant\nforce syllogismes et se livrant à une foule de considérations allégoriques et\nmystiques », comme le rapporte la Légende dorée, qui ajoute qu'elle « avait\nétudié avec assiduité les arts libéraux ».\n    Or, si nous ne nous trompons, les traits que le Pinturicchio a d o n n é s à la\nsavante sainte ont une analogie frappante avec ceux de la Florentine de F r a n c -\nfort, et il semble q u e ce soit la m ê m e femme, à quelques années d'intervalle\npeut-être, car la physionomie, encore u n peu indécise et enfantine au Vatican,\na pris d a n s le tableau u n contour plus ferme et plus décis. Mais, d a n s les\ndeux œuvres, la chevelure, disposée, du reste, différemment, est d'un blond\ndoré, et il y a identité parfaite dans la coupe régulière du nez et des y e u x ,\nle galbe ovale du visage, la petite bouche avec la légère proéminence de la\nlèvre inférieure, le menton pointu et u n peu replet.\n    Maintenant, doit-on reconnaître d a n s cette image le portrait de L u c r è c e\nBorgia, dont u n écrivain contemporain, Niccolo Cagnolo, cité par P a s t o r (1),\nnous fait cette description : « Elle est de taille moyenne et faite à ravir; elle\na le visage ovale, le nez d'un b e a u profil, des cheveux d'un b l o n d d o r é . . . , le\ncou est long et blanc, fort et pourtant parfaitement proportionné. »\n    U n e tradition veut que les enfants du P a p e , César et Lucrèce, aient servi\nde modèles pour Maxence et pour sainte C a t h e r i n e ; mais, au moment où\n le P i n t u r i c c h i o travaillait à R o m e , ils n'avaient, l'un que de 17 à 20 a n s , la\nseconde que de 14 à 17 a n s . E t cette circonstance rend l'identification tout\nà fait i m p r o b a b l e . M.. Boyer d'Agen, d a n s son ouvrage sur le Pinturicchio,\nl'a c e p e n d a n t adoptée, et dans sa fantaisie tragique il voit, tandis que\nsainte Catherine-Lucrèce compte sur ses doigts les personnes de la T r i n i t é ,\n Maxence-César qui « pose à la prévenue des questions auxquelles, seul, il\np e u t r é p o n d r e : O ù est G a s p a r d de Procida? Où est Sforza de P e s a r o ? Où\nest Alphonse d'Aragon? L e sait-il, lui, qui n'ignore pas où est le d u c de\nG a n d i e et où sont les invités du bal funèbre de Finigaglia ? Elle, innocente,\ncompte sur ses trois premiers doigts le n o m des trois infortunés maris qui ne\nfixèrent pas son triste sort... (2) ».\n\n  (1) Histoire des Papes, traduction Furcy-Raynaud, V, p. 385. Paris, 1898.\n  (2) BOYER D'AGEN : Pinturicchio. Paris, 1901, p. 46, enrichi de très belles repro-\nductions.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "        LA « FLORENTINE » DE L'INSTITUT STAEDEL, ETC.                      l6l\n\n\n   Commentaire saisissant, où Hugo aurait reconnu sa manière historique,\nlarge et synthétique, insoucieuse des chronologies? Car il est prophète, sans\ndoute, ce Maxence de la fresque, pour parler ainsi de tous les crimes que César\ncommettra des années après l'achèvement de ces décorations ?...\n   Vasari ne mentionne nulle part Lucrèce Borgia, au sujet des travaux du\nPinturicchio au Vatican, mais il rapporte que l'artiste « peignit, au-dessus de\nla porte d'une chambre du palais, la Vierge sous les traits de Giulia Farnèse,\net Alexandre VI en contemplation devant elle ».\n   Les investigations pratiquées lors de la restauration pour vérifier ce détail\npermettent de le considérer comme faux. Mais cela n'implique point que les\nrenseignements recueillis par Vasari — et rapportés, erronément, par lui,\nsans doute — soient tout à fait controuvés. En effet, il se peut qu'il ait opéré\nune confusion en indiquant comme réunies, dans la même fresque, la figure\nd'Alexandre VI, à genoux et adorant, que l'on voit dans une représentation\nde la Résurrection, et celle de Giulia Farnèse qui, sans contredit, ne pourrait\nêtre que la sainte Catherine de la troisième chambre. Giulia avait de 17 à\n20 ans à l'époque où elle aurait posé devant le Pinturicchio, âge qui corres-\npond bien a celui de la femme représentée. Le portrait de Francfort serait,\nvraisemblablement, postérieur de quelques années.\n   Toutes les probabilités sont donc pour que la judicieuse hypothèse de\n Huijsmans soit la bonne, et, en tout cas, il ne nous paraît point douteux que\nla femme du panneau du musée Staedel et celle de la fresque de l'Appar-\ntement Borgia soient un même et unique personnage.\n\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                      Chronique musicale\n\n   Second Concert du Conservatoire. — Il a été un ravissement.\nP e u t - o n imaginer interprétations plus vivantes, plus limpides, plus délicate-\nment ciselées que celles dont nous avons eu le régal en ce j o u r ? Au\np r o g r a m m e u n e délicieuse sélection de pièces instrumentales de R a m e a u , la\np l u p a r t empruntées à son Castor et Pollux. P u i s u n Concerto-Symphonie de Bach\npour violons, altos et basses, u n e merveille de force r a y o n n a n t e et de grâce\nexquise tout à la fois, avec cet Andante Affettuoso qui, inséré également dans\nle Concerto pour deux violons, apparaît ici c o m m e u n dialogue sublime entre\nle violon et l'alto. Il a été éloquemment chanté par T h o m s o n et Van H o u t .\n    L'interprétation de la Symphonie Pastorale a été riche en immenses signifi-\ncations. E n l'écoutant, nous éprouvions u n e impression très puissante et en\nm ê m e temps très spéciale que pour ce dernier motif nous craignons de ne\npouvoir exprimer ici aussi clairement que nous l'avons ressentie a u fond de\nnous-même.\n    Il existe u n e tendance assez accréditée m a i n t e n a n t d a n s l'opinion et dans la\ncritique à considérer la Symphonie Pastorale comme u n e expression d'art située\nà mi-côte du sublime et que surplombent les faîtes merveilleux où t r ô n e n t la\nNeuvième et la Septième S y m p h o n i e , l'Ut mineur et l'Héroïque. Telle n'est\npoint notre manière de voir, dont nous avons longuement exposé les motifs\nen u n e étude spéciale parue jadis dans cette revue. Si l'on se place\nau point de vue musical pur, ce n'est sans doute pas dans la Pastorale que l'on\np o u r r a admirer ces précieuses et étonnantes conquêtes dont le maître de\nBonn a doté et enrichi l'art de la s y m p h o n i e . Ajoutons qu'ici apparaît d'une\nfaçon moins sensible tout le côté H u g o du génie de Beethoven, avec ses\ncolossales expansions lyriques, ses violentes et sublimes antithèses opposant\naux paroles d'insondable douleur les explosions de joie ensoleillée et triom-\nphante.\n     E t c e p e n d a n t la Pastorale de Beethoven est assurément p a r m i ses sympho-\nnies u n e de celles qui font le plus penser. La haute poésie qu'elle recèle y\njaillit en effusions douces et discrètes. D a n s leur suave h a r m o n i e de lignes,\nces liais paysages captivent encore moins par ce qu'ils expriment que par ce\nqu'ils suggèrent, par ces aspects d'humanité profonds et éternels où se\ncomplaisent les méditatifs, les esprits curieux de corrélation entre la vie de\nl'âme et la vie de l'univers qui en est comme le miroir symbolique. L a scène\nAm Bâche où le cantique ingénu du ruisseau marie sa voix douce et lointaine\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                 163\n\n\nà celle des oiseaux, fleurs mobiles de l'infini, n'est-il pas comme l'image de ce\nbonheur essentiel et sans limites fait avant tout de sérénité, de ces contrées\nroyalement lumineuses et pacifiques vers lesquelles s'envole noire âme sur les\nailes des rêves, ces rêves qu'on dit fragiles mais qui, fils de l'intuition, sont\npourtant les meilleurs guides aux pays de la vérité?... Il nous semblait que la\nprison de la vie terrestre s'était soudainement éclairée, qu'une fenêtre s'y\nétait ouverte en haut sur les régions glorieuses et divines qui l'entourent de\ntoute part, régions couronnées d'horizons ineffables, baignées dans des atmo-\nsphères de cristal fleuries de rayons roses, que nous sentons toutes pioches et\ndont nous sépare seulement la faible muraille des contingences, fantômes\nimportuns mais inexorables.\n\n    T r o i s i è m e C o n c e r t Y s a y e . — Mengelberg, capellmeister au\nConcertgebouw d'Amsterdam, est un admirable conducteur d'orchestre dont\nla place est marquée à côté des grands chefs d'outre-Rhin, des Weingartner,\ndes Nikisch et des Steinbach. Il unit l'ampleur à la précision, la fougue à la\npoésie, la pénétration synthétique de l'ensemble à la perfection analytique du\ndétail. Il galvanise victorieusement son orchestre d'un noble courant d'en-\nthousiasme et en obtient des effets de crescendo d'une rare puissance (Ouver-\nture de Léonore, Don Juan). Une partie de son triomphe revient légitime-\nment aux éléments d'élite qui composent l'orchestre des Concerts Ysaye,\néléments si admirablement intelligents et disciplinés, comme le manifeste\nsurtout l'aisance et la rapidité de compréhension avec lesquelles ces vrais\nartistes assouplissent et transforment leur jeu suivant la conception inter-\nprétative personnelle aux différents chefs.\n    Le Don Juan de Strauss était le joyau du concert. Par ses harmonies\nsomptueuses et la structure géante de ses polyphonies, par l'opulence de ses\ncolorations, la saveur et la variété infinie de ses moyens expressifs, le Don\nJuan peut être considéré comme une des plus belles œuvres du grand sym-\nphoniste allemand.\n    Avec la Symphonie pathétique de Tchaïkowsky, que nous sommes loin de ces\nsplendeurs! Sans doute l'Allegro molto vivace est ingénieusement harmonisé\net de coupe charmante, mais dans l'ensemble de l'œuvre l'indigence d'idées\net l'absence de souffle sont vraiment trop sensibles. Pour n'être pas un poète\nde génie, Tchaïkowsky n'en a pas moins écrit des œuvres plus solides et\nplus substantielles que celle-ci.\n    La virtuosité était représentée par le pianiste Mark Hambourg, qui dans\nle Concerto de Liszt a affirmé une fois de plus ses qualités exceptionnelles de\nfougue, de verve emportée, d'extraordinaire sûreté dans l'attaque des accords.\n Mais dans Chopin, les lacunes et les défaillances d'interprétation ont été\n nombreuses. Il a joué la Polonaise en la bémol de Chopin avec un brio\n surprenant, dans une allure rapide, que l'exemple donné par maints grands\n pianistes semble autoriser, mais qui ne réalise point l'interprétation ample\n et fière voulue et indiquée expressément par l'auteur (Maestoso). Quant a\n l'interprétation de la tragique ballade en fa mineur, rendue avec une préci-\n pitation enfantine, elle trahit une incompréhension absolue de l'œuvre qu'elle\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "164                                      DURENDAL\n\n\ndépouille entièrement de sa majesté et de sa poésie. Enfin, si n o u s ne\npouvons a p p r o u v e r dans la Berceuse d e Chopin ces accélérations injustifiées\nde l'accompagnement en complète contradiction avec l'esprit du p o è m e , il\nfaut reconnaître que Mark H a m b o u r g a su la parer de jolies colorations.\nBref, et pour nous résumer, les dons remarquables du j e u n e virtuose\nd e m a n d e n t à être guidés, harmonisés, disciplinés, sous la forte direction\nd'un maître. Mais ce t e m p é r a m e n t excessif et anormal pourra-t-il être\nassoupli, se laisser initier à la vraie et poétique signification des chefs-\nd'œuvre? L a très pénible impression que nous a laissé son récital a u Cercle\nArtistique nous rend fort sceptique à cet égard.\n\n   T r o i s i è m e Concert P o p u l a i r e . — Le concert s'est ouvert par\nun Prélude Symphoniqtu de Gaetani, œ u v r e joliment écrite et d ' u n e belle ligne\nmélodique. La Deuxième Symphonie en si mineur de Borodine fut jadis e n t e n d u e\nà Bruxelles au temps de la direction de J o s e p h D u p o n t . Borodine est p a r m i\nles compositeurs russes un des plus originaux et des plus captivants. T o u t e -\nfois son génie purement pittoresque, qui se manifeste en la série d e ses L i e d e r\nde façon si poétiquement expressive, n'a pas l'envergure et la faculté d'essor\nnécessaire pour les vastes compositions s y m p h o n i q u e s . Assurément, on\nn'adressera point à cette musique le reproche de banalité. L a Symphonie en si\nest émaillée de bien jolies colorations, animée par des rythmes spirituels\nd'une\" saveur caractérisée, mais d'un b o u t à l'autre elle d e m e u r e p u r e m e n t\nextérieure et ornementale sans s'élever jamais à des significations un peu\n hautes. A côté de cette œuvre de structure élégante mais frêle figuraient au\n p r o g r a m m e des fragments symphoniques de W a g n e r (les Murmures de la forêt,\n l'Ouverture du Vaisseau fantôme), pages purement descriptives, elles aussi, mais\n combien a u t r e m e n t puissantes par la majesté de l'accent, le ruissellement de\n vie scintillante qui les traverse, comme par l'intensité de leur réalisme musical.\n U n e mention spéciale pour l'exécution vibrante de l'Ouverture du Vaisseau\n fantôme.\n     Ce concert était rehaussé par le talent si fin et lumineux de Mme Kleeberg-\n Samuel qui a joué le Concerto en ut mineur de Beethoven et les Variations Sym-\nphoniques de César Franck. L a grâce et la distinction qui caractérisent toute\n la personne de M m e Kleeberg-Samuel se retrouvent à u n égal degré en son\njeu à la fois si ferme et si souple, où la précision des r y t h m e s et l'enviable\n perfection de la technique viennent se j o i n d r e à l'élégance de la diction, à\n l'art exquis des nuances si intelligemment distribuées sur l'ensemble et les\n détails de l'œuvre interprétée. P a r la réunion de ces qualités si rares et si\n h e u r e u s e m e n t harmonisées, M m e Kleeberg-Samuel a sa place m a r q u é e parmi\n les représentants les plus autorisés de cet art pianistique français dont\n F r a n c i s P l a n t é est le roi. Combien poétiquement suggestive nous a p a r u son\n interprétation des Arabesques de S c h u m a n n , dessinées au piano avec autant\n de délicatesse que de fantaisie spirituelle. L a s y m p a t h i q u e et éloquente\n interprète a reçu aux P o p u l a i r e s u n accueil aussi c h a l e u r e u s e m e n t enthou-\n siaste que justement mérité, et il est à espérer que nous l'entendions souvent\n à Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                 165\n\n\n  Fondation Jean-Sébastien Bach (de Paris).— M. Charles\nBouvet, violoniste, fondateur et directeur de cette association artistique, est\nvenu donner à la salle Erard, avec quelques-uns de ses collaborateurs, un\nconcert fort intéressant. Programme des plus variés où l'œuvre de Bach était\nlargement représentée, mais où se trouvaient aussi inscrits les noms de\nHaendel, Lulli, Pergolèse, Mozart, Campra, Gluck. Il sied de rendre hom-\nmage à l'initiative généreuse de M. Charles Bouvet.\n   Il nous a fait passer une charmante et instructive soirée. M. Charles\nBouvet possède un jeu plein de style et d'autorité. M. Jemain, pianiste, se\ndistingue par une technique ferme et une interprétation élégante. La cantatrice,\nMlle Marie Lasne, dit avec autant d'intelligence que de grâce et de goût. Le\nflûtiste, M. Blanquart, est absolument charmeur. Parmi les choses qui nous\nont causé le plus vif plaisir, nous mentionnerons l'exquise Sonate en mi bémol\npour flûte et piano de Bach, les chants populaires de France (XVIIIe siècle)\ndits par Mlle Lasne, enfin la Sonate de Bach en sol majeur pour flûte, violon\net piano.\n\n  Séance William Vowles à la salle de l'Ecole allemande.\n — M. William Vowles, pianiste, a donné un concert. L'exécution d'un pro-\ngramme fort abondant et varié a attesté ses réels progrès tant au point de vue\nde la technique qu'au point de vue des nuances et de la compréhension des\nœuvres. Il a joué du Bach, du Schubert, du Brahms, du Chopin et une\nœuvre de l'école anglaise moderne, signée Cyril Scott. Une mention spé-\nciale pour la sélection de pièces de Brahms, d'exécution ardue et vétilleuse,\nauxquelles M. Vowles a intéressé ses auditeurs en leur imprimant de l'allure\net de l'accent. Signalons aussi le Caprice sur le départ d'un ami, de Bach, dont\nil a donné une interprétation grave et spirituelle tout à la fois. Le sympa-\nthique artiste a été chaleureusement applaudi par un auditoire très choisi.\nMlle Delhez, cantatrice, qui prêtait son concours à ce concert, y a recueilli\nsa part du succès.\n                                                        GEORGES DE GOLESCO.\n\n   T r o i s i è m e C o n c e r t D e l u n e . — M. Delune y a fait entendre des\nœuvres de choix, puisées dans son répertoire symphonique, et, dans l'exé-\ncution de deux concertos, l'un de Bach, l'autre de Mozart, notre grand\npianiste Arthur De Greef, faisant valoir de façon particulièrement heureuse\nses éminentes qualités de virtuose et d'interprète, a remporté un véritable\ntriomphe.\n   Empêché d'assister nous-même au concert, nous reproduisons ici le\ncompte rendu du Guide Musical :\n   Le succès favorise les séances de la Société symphonique des Nouveaux\nConcerts. C'est devant une salle fort brillante qu'a eu lieu le troisième\nconcert de la saison. M. Louis Delune a pris soin d'ailleurs de s'assurer régu-\nlièrement le concours de virtuoses de tout premier ordre. Cette fois, c'était\nM. Arthur De Greef qui lui prêtait sa précieuse collaboration.\n   Le réputé pianiste a exécuté le concerto en ré mineur de Bach et le concerto\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "166                                    DURENDAL\n\n\nen ut mineur de Mozart, deux œuvres bien appropriées à son talent, si probe,\nsi p u r e m e n t musical. P r é o c c u p é seulement de rendre les pages interprétées\ndans leur véritable sentiment, sans maniérisme, sans recherche de l'effet,\nM. De Greef a traduit excellemment l'austérité, si attrayante en sa simplicité\nde moyens, du concerto de Bach, montrant toute la carrure de rythme dési-\nrable d a n s les deux allegros qui encadrent l'éloquent adagio, noblement enve-\nloppé par les sonorités des cordes, s ' a p p u y a n t elles-mêmes sur la gravité\nsolennelle des basses. D a n s le concerto de Mozart, l'éminent virtuose s'est\ndistingué surtout par sa délicatesse d e toucher, si adéquate au style de\nl'œuvre, et toutes les qualités de c h a r m e de celle-ci furent mises par lui en\nplein relief. Son interprétation, à la fois sobre et brillante, lui valut des ova-\ntions sans fin, qui se renouvelèrent, plus chaleureuses encore, après l'exécu-\ntion, en bis, de variations de Saint Saëns sur des thèmes de l'Alceste de Gluck\n— u n morceau tout d'actualité au lendemain des représentations du\nthéâtre de la Monnaie — et, en second bis, d'une œuvrette délicieuse de\nScarlatti.\n   L'orchestre des Nouveaux Concerts se montre en progrès à chaque audition\nnouvelle. Après s'être fait très justement applaudir d a n s l'ouverture\nde Lèonore (n° 3), il a recueilli un honorable succès avec la première s y m -\nphonie (en si bémol) de S c h u m a n n , dont M. D e l u n e a d o n n é u n e exécution\nartistement colorée et dont il a bien rendu la variété r y t h m i q u e . Il lui reste-\nrait à contenir quelque peu l'ardeur juvénile de ses instrumentistes, tentés,\navec ensemble d'ailleurs, de précipiter la réalisation de certains m o u v e m e n t s .\nCette tendance s'affirma dans les deux concertos comme d a n s les œ u v r e s pure-\nment symphoniques, et M. D e Greef ne put résister toujours à la force d'en-\ntraînement de ses fougueux accompagnateurs.\n   Au total, une soirée fort réussie, qui est venue consolider encore l'institution\nd u e à l'artistique initiative de M. D e l u n e .\n\n   Audition d'oeuvres de L. Wallner et G. Huberti. — Une\nheure de musique belge et le public attentif et captivé! Voilà qui n'est pas\nhabituel ni banal. Ce miracle a été réalisé p a r M. Engel et M m e Bathori, le\nmercredi 15 février dernier, avec la complicité de deux de nos p l u s intéres-\nsants compositeurs, MM. L . W a l l n e r et G. H u b e r t i .\n    Du premier, dix mélodies ont été exécutées, dont les plus applaudies ont\nété Brise printanière, la Belle Nuit, le Passé qui file, l'Aubépine. Ces œuvrettes\nc h a r m a n t e s se distinguent par la manière originale et curieuse avec laquelle\nles paroles se reflètent d a n s l'accompagnement. Aucune des banalités usa-\ngères, ni des rythmes usés ne vient ternir le plaisir de gourmet que l'on\néprouve à les entendre A noter aussi une chanson de la petite Russie,\nL'Enguignonné, très primesautière dans sa forme mi-narquoise, mi-attristée.\n    Du second, les quatre Wanderlieder sont connus depuis longtemps et,\nmalgré tout leur mérite, elles accusent moins fortement la personnalité de\nleur a u t e u r que les cinq mélodies nouvelles qu'il nous a fait e n t e n d r e . P a r m i\n elles, Berceuse, le Monde est méchant, A la dérive, ont tout spécialement conquis\n le public, la dernière surtout remarquable par son caractère âpre et sauvage.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                167\n\n  Les deux auteurs accompagnaient au piano leurs éminents partenaires, ce\nqui n'était pas sans ajouter un intérêt tout particulier à la remarquable inter-\nprétation de Mme Bathori et M. Engel.\n                                                                       H.R.\n\n  Sonate pour violon et piano de Vincent d'Indy. — Cette\ndernière œuvre — comme d'ailleurs toutes celles du maître français — ne se\nlivre pas à une lecture superficielle. Mais quelle joie pour l'artiste et l'amateur\nsérieux d'analyser patiemment l'architecture savante de pareille composition\noù l'inspiration, cachée d'abord sous les complications de la forme, se\nmanifeste ensuite d'autant plus précieuse.\n   Comme dans la symphonie en si bémol, mais avec d'autres caractères, deux\nthéines traversent les quatre parties de la sonate. Pour la facilité du lecteur,\nmettons-lui le doigt dessus. L'un (thème A) se dessine dès la première\nmesure de la sonate. L'autre (thème B) est celui que le violon chante, exqui-\nsement pénétrant, au chiffre 2, se superposante une autre phrase que joue le\npiano.\n   Le premier morceau en 9/8 n'est pas sans analogie de style avec celui qui\nouvre la célèbre sonate de Franck. Il est très mélodieux et largement déve-\nloppé en forme de sonate.\n   Le deuxième morceau est charmant de légèreté et de vivacité. Le thème\nprincipal semble dériver du thème B. Aussi nous y retrouvons épisodique-\nment la contre-partie de ce thème comme dans le premier morceau. Ce\nmouvement est coupé par un intermède expressif en 7/4 où reparaît, d'une\n noblesse admirable, le thème A.\n   Le « très lent » commence par une plainte touchante au piano à laquelle\nle violon répond, compatissant, par le thème B. A la mesure 22 paraît un\nautre motif aussi très expressif qui aboutit à une longue tenue du violon. Le\npiano murmure un accompagnement estompé — perfectionnement du brouillard\ndans le poème des montagnes. Au-dessus, comme une voix céleste, s'élève le\nthème A.\n   Le finale, d'une belle architecture, expose au début une phrase ardente\napparentée à la fois aux deux thèmes principaux et (5e mesure) au thème du\nchiffre 22. Plus loin — à la dernière mesure, page 39, — on trouvera un\nthème de rythme entraînant se terminant par un bout de phrase qui rappelle\ntel motif du premier allegro de la symphonie. Ensuite, une 'nouvelle période\nen mi majeur présente d'autres motifs.\n   Une ressemblance plus profonde avec la symphonie c'est la péroraison en\nforme d'hymne ou de choral sur le thème A, auquel se joint, avant de\nconclure, un rappel du thème B.\n   Tel est le court résumé de cette sonate, production de tout premier ordre,\ndont la forme savante et harmonieuse est mise au service d'une inspiration\ntrès sentie et non purement cérébrale, comme on la suppose trop souvent chez\nd'Indy.\n   Ajoutons que cette œuvre est d'une exécution très difficile, abordable aux\nseuls vrais artistes.                                            J. RYELANDT.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "168                               DURENDAL\n\n\n   S a i n t - S a ë n s . — Le critique musical si averti et si compétent du\n Mercure de France, JEAN MARNOLD, énonce cet intéressant jugement sur Saint-\nSaëns, à l'occesion de l'exécution de son œuvre, Hélène, à l'Opéra-Comique de\nParis :\n   « Le nom de Saint-Saëns a droit, chez nous, à tous les respects. On peut\ndiscuter aujourd'hui son œuvre et surtout ses opinions, d'ailleurs versatiles,\nmais, pour apprécier équitablement son activité, sincère toujours et souvent\nmagistrale, on ne doit point oublier la génération à laquelle il appartient.\nA une époque où notre art était en situation plutôt lamentable hors du\nthéâtre, où l'audition d'une symphonie constituait un privilège inaccessible à\ntout autre qu'aux rares et immuables « abonnés du Conservatoire », il osa\nfaire: de la musique pure et, le premier des musiciens français du siècle, il\nréussit bientôt à imposer la sienne. Son classicisme élégant, panaché d'un\ndiscret romantisme, la précision voltairienne et la logique d'une pensée\ndénuée de pathos et volontiers spirituelle lui assurèrent peu à peu, sur un\npublic concitoyen, une influence incontestablement bienfaisante en ce qu'elle\nfut d'abord éducatrice. On imagine mal que la musique de Saint-Saëns ait\npu jamais passer pour « wagnérienne ». Il n'y a pas si longtemps qu'on lui\nen octroyait couramment l'épithète, et, si cela nous paraît invraisemblable à\nl'heure qu'il est, notre culture actuelle en est peut être plus qu'on ne croit\nredevable à l'éducateur d'antan, — lequel eut, par surcroît, l'inestimable\nmérite présent et à venir de n'être pas chef d'école et de n'en point susciter.\nEt puis, dans l'œuvre en soi de cet indépendant, il est des pages délicieuses;\non en trouve de fortes et même de poignantes; il y a des instants d'indé-\nniable génialité. Si le musicien n'a que frisé le génie, c'est peut-être que\nl'artiste fut trop « intelligent », je veux dire, ait gardé un cerveau trop lucide\npeut-être en présence de l'inspiration. De sa plume alerte et féconde, capable\nindifféremment le tout accomplir, il semble que Saint-Saëns n'ait écrit que\nce qu'il « voulait ». Aussi n'a-t-il pas donné, très probablement, toute sa\nmesure, et peut-être même laissera-t-il un œuvre assez profondément diffé-\nrent de ce qu'il eût dû produire. Nul ne discerna plus nettement les courants\net les réactions nécessaires. Il fut l'apôtre de Liszt et préconisa Wagner en\nun moment d'entêtée autant que stupide ignorance, puis se fit antiwagnérien\npour vouloir enrayer un engouement devenu aveugle, et plus dangereux\npeut être pour notre art que l'ostracisme précédent, grâce à l'outrance logique\nbien connue de notre subjectivité assimilatrice. Il s'évertua de diriger son\ntemps et l'événement a prouvé depuis qu'il voyait juste. Malheureusement il\nne s'est pas borné aux polémiques : l'artiste créateur voulut prêcher d'exemple\ndans son œuvre. Il tenta d'y guider les essors, au lieu de planer impassible.\nParmi les aigles de l'Olympe, du Pinde ou du Parnasse, on ne connaît qu'un\nGœthe qui ne s'y soit pas cassé les ailes. Malgré le sans-gêne absolu d'une\ncourte réminiscence, le petit acte d'Hélène ne se manifeste plausiblement\ncontaminé de wagnérisme que par la fantaisie du poète d'y avoir versifié son\nlivret; mais de si peu qu'elle augmente le catalogue de ses ouvrages, cette\n mince partition ajoutera moins encore à la renommée de l'auteur. Le passé\n de celui-ci dissuade de railler le poète : on n'aurait qu'à citer. L'ombre de feu\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                             CHRONIQUE        MUSICALE                            169\n\n\nGallet semble avoir inspiré le penseur. La virtuosité du polyphoniste\ns'essouffle en des évolutions futiles et prévues, dont la science fait un peu\nl'effet d'un Traité de physique élémentaire d'il y a quarante ans, feuilleté sur\nles quais dans la boîte aux bouquins classiques. Le « métier » même est\ndécidément fatigué. Du musicien qui fit Samson et frôla quelquefois la gloire,\non ne retrouve guère ici que l'impertubable conviction et la sincérité volon-\ntaire. Il y a quelque tristesse à en devoir constater les résultats. »\n                                                                  JEAN MARNOLD.\n\n  Le Concert annuel de l'Association des Chanteurs de\nS a i n t - B o n i f a c e aura lieu le vendredi 31 mars, à 8 h. 1/2, dans la salle de\nla Grande-Harmonie.\n   MmeD. Demest, M. E. Vanderborght, le violoniste Emile Chaumont et\nnoire organiste M. Aug. De Boeck ont bien voulu prêter leur gracieux\nconcours.\n   Nous avons l'espoir que la réussite de cette soirée égalera celle de l'an\n dernier et que l'Association des Chanteurs de Saint-Boniface se trouvera de\nla sorte à même de poursuivre la réalisation de son but hautement artistique :\nla restauration de la musique sacrée par le retour à la pure tradition grégo-\nrienne, par l'interprétation d'oeuvres oubliées des grands maîtres de l'époque\npalestrinienne et d'oeuvres modernes conçues dans un esprit vraiment\nreligieux.\n   Nous engageons vivement tous nos amis à assister au concert du 31 mars,\net à donner ainsi une nouvelle preuve de l'intérêt que tous nous devons\nporter à la belle œuvre, si artistique et si sérieuse, des Chanteurs de Saint-\nBoniface.\n   On peut se procurer des cartes chez les Dames du Comité de patronage,\nles membres du Comité administratif de l'Association (entre autres chez\nM. l'abbé Hallaux, rue de la Paix, 19, et chez M. Carpay, directeur des\nChanteurs de Saint-Boniface, chaussée de Wavre, 158).\n   Le concert sera honoré de la présence de S. A. R. Mme la Comtesse de\nFlandre.\n   Prix des cartes : réservées, 10 francs; premières, 5 francs; galeries, 3 francs;\ncartes de famille pour 5 personnes, réservées, 40 francs.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "                                  Conférences\n   S h a k s p e a r e . — Conférence de M. R E U L aux Matinées Littéraires.\n   P a s s a n t en revue l'œuvre de S h a k s p e a r e , M. Reul m a r q u e d a n s l'évolution\ndu plus grand génie de l'Angleterre une phase de pessimisme et une p h a s e d'opti-\nmisme. Cette étonnante carrière a pour point de départ initial le Songe d'une\nNuit d'Eté et p o u r aboutissement final la Tempête, deux féeries (au sens élevé d u\nmot) se trouvant aux deux extrémités de l'œuvre de S h a k s p e a r e . M. Reul n o u s\nexplique les similitudes et les différences de ces poèmes. L e Songe c'est u n\npaysage enchanté, traversé de légers pleurs et de légers rires qui se fondent en\nparfaite h a r m o n i e . L e leitmotiv du poète c'est l'illusion, c'est l'amour aveugle\nqui crée lui-même son objet, objet souvent indigne alors que le sentiment est\ndivin. Au Songe d'une Nuit d'Été succède la série des d r a m e s historiques et les\nfraîches comédies teintées de lyrisme. Mais au t o u r n a n t du siècle vers 1601,\nla Muse de Shakspeare s'assombrit. La même mélancolie d o n t les sonnets\nsont empreints, vous la rencontrerez aussi dans les g r a n d s drames h u m a i n s\nde Hamlet, de Macbeth, d'Othello, dans la comédie amère intitulée i r o n i q u e -\nment Tout est bien qui finit bien, dans Troïlus et Cressida, dans Timon d'Athènes.\nC'est la crise du pessimisme.\n   P u i s le ciel sourit. Périclès, Conte d'hiver, Cymbelinc, la Tempête sont des\nœuvres de salut, d'apaisement. Si la vie déçoit, le bonheur attend l ' h o m m e\nau pays du rêve. La femme y apparaît u n miracle de grâce, de pureté, de\nsuavité en ces créations délicieuses de P e r d i t a , d'Imogène, de Miranda. E t\nsi l'on retrouve encore u n faible écho de l'ancien pessimisme d a n s Cymbelinc,\nqui est d'ailleurs une pièce assez décousue, si 1'invraisemblance s'accentue\ndans le Conte d'hiver, la Tempête semble comme le couronnement de l'œuvre de\nShakspeare.\n    D a n s cette pièce de la Tempête, la plus courte qu'il ait écrite, Shakspeare\nrevient aux éléments fabuleux du Songe d'une Nuit d'Été. De forme, elle est\na b s o l u m e n t classique (l'action d u r e trois heures et il n'y a point de c h a n g e -\nment de décor). Mais en revanche, elle est située dans une a t m o s p h è r e toute\nsurnaturelle. Les deux féeries revêtent des caractères bien tranchés. D a n s la\nTempête, le merveilleux prend un sens b e a u c o u p plus symbolique. D a n s le\nSonge, les h o m m e s sont les jouets des esprits. Dans la Tempête, les esprits sont\nles serviteurs et les ministres de l'homme de génie. D a n s la Tempête, le style\nest infiniment plus sobre et c o m m e c o u r o n n é d'une gravité a u t o m n a l e .\nP r o s p e r o i n c a r n e la supériorité sans orgueil, l'indulgence, la modestie, le\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                               CONFÉRENCES                                 171\n\n\nmépris du médiocre. Prospero c'est Shakspeare lui-même, et Ariel aspirant\nà la liberté, c'est le génie de Shakspeare aspirant au repos.\n   Le poète prend sa retraite en pleine efflorescence créatrice, retourne dans\nsa ville natale, s'y installe entre sa femme et ses enfants, cultive son jardin,\ns'attable familièrement avec des paysans ne se doutant guère qu'ils avaient en\nface d'eux un des princes de l'humanité. Mais Shakspeare lui-même ne\ncroyait pas que ses œuvres lui survivraient. Le plus grand génie littéraire des\ntemps modernes n'a jamais pensé à publier ses œuvres. Shakspeare, dit\nexcellemment M. Reul, ne semble-t-il pas avoir agi comme le Dieu du\npoète qui crée un monde, le lance dans l'espace et rentre ensuite en son\nrepos?\n\n  Sommes-nous à une époque de décadence? — Conférence de\nM. DREUX aux Matinées Littéraires. — M. Dreux ne croit pas que la société\ncontemporaine soit en proie à la décadence. L'humanité n'est pas destinée à\nvieillir comme les individus, à parcourir comme eux les étapes successives\nde la jeunesse, de la maturité et du déclin vital. Il n'est pas de conception\nmoins historiquement établie, comme l'explique en une page magistrale le\nphilosophe Carlyle, resté confiant dans l'avenir. Pour ne citer qu'un\nexemple, le livre immortel de La Bruyère montre à l'évidence que les vices\ndu XVIIe siècle n'étaient guère différents des nôtres. Un fait paraît d'ailleurs\nconstant, nous dit M. Dreux, c'est que les hommes de tous les âges ont\nconsidéré l'époque où ils vivaient comme un temps de décadence par rap-\nport au passé. La raison de ce fait est que, par un effet inévitable des lois\nde la perspective, lorsqu'il cherche à découvrir le passé, l'homme, trompé\npar l'éloignement, l'aperçoit seulement dans ses grandes lignes et ses\nmasses lumineuses, tandis que les aspérités et les ombres de ce passé se\ndérobent à son regard. Garons-nous de cette erreur d'optique où ont versé\nnos prédécesseurs et, pour résoudre la question, circonscrivons-la dans ses\nvéritables barrières.\n   Pour juger le degré de perfection d'une société, il faut se demander le\ndegré de force morale qui la gouverne. Or, notre époque (prenons ce terme en\nsa plus large extension dans l'espace comme dans le temps) est envahie par\nun mal que le XVIIe siècle ne connaissait pas. Ce mal, c'est le manque de\ndirection sûre et énergique dans le gouvernement des esprits, c'est le\nscepticisme qui atteint, à leur insu même, les gens à principes. Là se trouve\nla blessure saignante qui paralyse les forces vives des intelligences les plus\nradieuses de notre temps.\n    Voyez le portrait de Bossuet par Rigaud. Il respire la santé morale,\nl'équilibre, la force pacifique. Armé de l'extraordinaire puissance du dogme,\n muni sur tout point de réponses claires et précises, sachant pertinemment le\n but à atteindre dans la vie et les moyens d'y parvenir, Bossuet ne s'est\njamais posé de question angoissante et toute son œuvre écrite est celle d'un\n homme d'action. Bossuet est par excellence le type représentatif de son\n siècle. Venez voir maintenant le portrait de Renan par Bonnat. Ce regard\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "172                                   DURENDAL\n\n\nvoilé et oblique se dérobe c o m m e la pensée dont il est l'interprète. Ce visage\nn'est pas celui d'un h o m m e heureux, il révèle u n e g r a n d e intelligence\ndépourvue toutefois de vaillance, d'énergie et de majesté. Tel est notre siècle\noù la pensée m o d e r n e a été remuée et labourée en tous sens sans q u ' o n\np r e n n e la peine d'y jeter des semences fructifères. Qu'y a-t-il de l'autre côté\nde la mort? Est-ce le silence, le sommeil ou le songe éternel ? Les solutions\ndonnées par les plus hauts esprits c o n t e m p o r a i n s restent impuissantes et\nincohérentes. Les morales positivistes sont on ne peut plus diverses l'une de\nl'autre. H o r s de F r a n c e , Tolstoï et Nietzche, Stuart Mill et R u s k i n se\ndébattent vainement dans les cycles d'idées les plus opposés. Les divergences\nétant infiniment plus nombreuses que les idées c o m m u n e s , lasse et désabusée,\nl'humanité apparaît c o m m e u n ensemble de d é r a c i n é s . C'est q u e l'incertitude\nde la pensée a pour corollaire l'incertitude des actes, d'où la d i m i n u t i o n des\nénergies et l'atrophie de la volonté. Si autrefois les h o m m e s n'étaient pas\nmeilleurs qu'aujourd'hui, le mal rencontrait alors u n e résistance égale à sa\nforce d'expansion; maintenant on parle b e a u c o u p des croyances, mais on\nn'en vit plus.\n    Cet état moral de l'humanité contemporaine a son reflet expressif d a n s la\nlittérature, et entre mille exemples, M. Dreux cite le symbolisme s o m b r e de\nBaudelaire, le panthéisme b o u d d h i q u e d e Leconte d e L i s l e , le m o r n e\ndésespoir que distillent les romans de Tourguéneff, enfin (détail caracté-\nristique) le prodigieux succès qui de l'autre côté du R h i n a accueilli certaines\nœuvres empreintes de mélancolie démoralisante, d'un lyrisme berceur mais\nalangui et plaintif.\n    M. Dreux ne prétend pas indiquer le remède à cet état de choses. Il\nsuggère toutefois u n e idée qui, bien comprise et appliquée, semblerait suscep-\ntible de bienfaisantes conséquences. N o u s ne savons plus lire, dit-il, et n o u s\ndevrions r é a p p r e n d r e cet art de méditer une œuvre, de transformer la pensée\nqui en émane en notre propre substance et cela en nous limitant strictement\nà quelques auteurs de choix. L a littérature et l'art nous apparaissent trop\ncomme des passe-temps de dilettanti. Sous le couvert d'être au courant de tout\net préoccupés de mériter l'appellation de gens cultivés, nous morcelons et\ndissipons vainement notre activité qui devrait, au contraire, se concentrer de\nfaçon énergique pour nous assimiler la ferme discipline des g r a n d s penseurs\nbeaucoup trop négligés. De nos jours les h o m m e s de talent pulullent, sont\nlégion. Mais les génies sont rares. N'appelons génies (dans la haute acception\nd u mot) que ceux d o n t l'œuvre renferme une philosophie saine, forte, lumi-\nneuse au lieu de la torpeur m o r n e , n o n c h a l a n t e , vide d'affirmations qu'on\ndécore trop souvent du nom de philosophie. T o u s les plus fiers génies ont\nc o u r o n n é leur carrière par u n e grande affirmation et sont arrivés ainsi à cet\noptimisme qui conquis, au prix de la souffrance, s'oriente peu à peu vers les\nhorizons de lumière et de sérénité. C'est i'optimisme que Beethoven célèbre\ndans la Neuvième Symphonie, faisant succé 1er aux interrogations de l'Allegro et\ndu Scherzo, aux supplications de l'Andante, une conclusion triomphale d'espoir\net de confiance.\n    Mais le mal dont souffre notre temps est passager. Sommes-nous à une\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                               CONFÉRENCES                                 173\n\n\népoque de décadence? Non, mille fois non. Pour ne parler que du roman,\nles symptômes d'une glorieuse renaissance se manifestent dans les nobles\nouvrages de Paul Bourget, de Maurice Barrès, de René Bazin, d'Henry\nBordeaux, et de tant d'autres. Jamais n'a éclaté avec plus d'acuité ni plus\nd'âpreté que de nos jours le grand conflit entre les deux doctrines adverses\ndu paganisme et du christianisme, du paganisme proclamant les théories\nd'individualisme absolu et le droit pour chacun au libre épanouissement de\nses instincts naturels, du christianisme cherchant à instaurer partout dans le\ninonde son œuvre d'ordre, de bonheur, de force et de paix. M. Dreux conclut\navec Paul Bourget qu'actuellementle christianisme est le seul moyen de salut\npour l'individu comme pour la société. C'est sur cette pensée qu'il a terminé\nsa conférence, conférence riche d'idées fortes et généreuses exposées avec\nautant d'impartialité et de hauteur de vues que de vigueur démonstrative,\nattestant non seulement des connaissances étendues, mais encore et surtout\ncette pénétration intelligente possédant l'art de faire porter à ces connais-\nsances tous leurs fruits en dégageant de l'ensemble des faits observés des\naperçus synthétiques qui viennent y jeter la lumière.\n\n   L e F é m i n i s m e . — Mlle POPELIN a fait, au Cercle Artistique, une\nconférence dans laquelle elle a longuement parlé du Congrès féministe\ninternational tenu l'an passé à Berlin. Elle y a relaté divers incidents et\népisodes curieux relatifs à ce Congrès, au nombre desquels nous signalerons\nspécialement le récit de la réception des déléguées par l'Impératrice d'Alle-\nmagne, qui témoigna aux congressistes une affabilité charmante et la plus\nhaute bienveillance. Puis, en un exposé fort complet et instructif, Mlle Pope-\nlin a résumé les revendications du féminisme dans l'ordre social et politique,\nen matière de droit privé et d'éducation, par rapport aussi à l'amélioration de\nla situation juridique, morale et matérielle des femmes appartenant à la\nclasse ouvrière.\n   C'est en ce dernier ordre d'idées qu'apparaît le côté le plus intéressant et\nle plus sympathique du féminisme qui peut représenter ici une forme d'acti-\nvité sociale très féconde et utile. Une des meilleures parties de la conférence\nde Mlle Popelin était consacrée à décrire certains types perfectionnés d'écoles\nménagères et professionnelles organisées en Allemagne et dirigées par des\nfemmes.\n   Si les théories féministes telles que Mlle Popelin les a présentées au Cercle\nnous semblent renfermer leur part d'illusions (notamment en ce qui con-\ncerne la participation des femmes aux choses politiques et la régénération\nsociale qui devrait en résulter), il est incontestable qu'elles s'inspirent de\nmobiles élevés et généreux et que certains articles du programme proposé\npar Mlle Popelin sont de tout point excellents. La conférence de MIle Pope-\nlin au Cercle a été écoutée avec un vif intérêt.\n                                                     GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "                    Chronique Artistique\n                      LES expositions éphémères d u Cercle Artistique se s o n t trou-\n                           vées rehaussées, en février 1905, p a r la participation de\n                           L É O N FRÉDÉRIC. Discuté ou glorifié, le j e u n e maître ne\n                           s'en impose p a s moins à tous les respects. S o n envoi\n                           comportait deux toiles admirables, deux chefs-d'œuvre\n                           qui compteront parmi les morceaux m a r q u a n t s de la pein-\n                          ture belge contemporaine. J a m a i s plus de conscience, de\n                           ferveur, de naïveté sans truquage ne furent mis au service\n                           d'une exécution plus observatrice et plus précise.\n    L e s Petites Paysannes revenant de la procession devraient s'en aller tout droit au\nMusée de Bruxelles, p u r bijou de saveur, de fraîcheur, de sincérité u n i e s à\nune expérience technique magistrale.\n    L e tableau : Deux Enfants de chœur, malgré le m a n q u e de p l a n s du vitrail\nqui lui sert de fond, témoigne des plus curieux mérites et, en outre de ses\ncôtés expressifs, est tellement intéressant par la difficulté vaincue d a n s le\nr e n d u des visages modelés à contre-jour.\n    Délicieux aussi de foi et de sérénité le tryptique : Saint François dans la forât,\nm o r c e a u x achevé et précieux. L e Saint François prêchant les cygnes garde quel-\nques acidités de couleur que la patine des années harmonisera sans d o u t e .\nL e s divers paysages, d'une vision large, mais u n p e u trop précisée et froide,\ns o n t plus personnels q u e vraiment a t t a c h a n t s .\n     L e s pastels de M lle B E R T H E A R T , savoureux et fins, de si belle tenue artis-\ntique et de si sensible vision, complétaient à souhait ce Salonnet excep-\ntionnel.\n    M. SMEERS a précédé Léon Frédéric. Ce j e u n e artiste possède des qualités\nde coloris, u n e fougue d'exécution très prometteuses.\n    Son c o m p a g n o n , M. EVARISTE CARPENTIER, u n vétéran apprécié, exposait\ndes peintures dignes de sa r e n o m m é e .\n   Enfin, M. J U L . POTVIN et H E N R Y BINARD, ce d e r n i e r trop spécialisé au\nr e n d u d'effets d'exception dans le paysage, ont formé u n e autre expositionnette\nintéressante.\n                                            *\n\n   L ' o u v e r t u r e du Salon a n n u e l de la Libre Esthétique est toujours u n des\névénements d u cycle artistique. Consacré aux continuateurs d u m o u v e m e n t\nimpressionniste français, dont les œuvres furent rassemblés l'an dernier,\nil offre u n intérêt très intense. J'y reviendrai à loisir le mois p r o c h a i n .\n                                                                                 P. L.\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                       Gazette des Livres\n                                                                        Février.\nA                  diverses reprises déjà, j'ai essayé de démontrer que M. Paul\n                     Bourget, en dépit des incontestables beautés de l'Etape et\n                     du Divorce, avait peut-être « forcé son talent « en abordant\n                     le roman à thèse sociale. Une telle constatation, je le sais\n                     bien, est de nature à contrarier les calculs de ceux qui\n                     voient avant tout, dans le cas de M. Bourget, une « con-\n                     version » à exploiter. Cet argument, relevant de l'apologé-\n                     tique, ne peut point, n'est-ce pas, annihiller les droits de\n                     la critique littéraire. C'est vraiment un spécieux sophisme,\npour ériger en évangéliste d'idées et de style, le Bourget de l'Elape, de lui\nopposer le dilettante voluptueux de Mensonges.\n    Entre les deux, il y a place pour un autre Bourget, le vrai Bourget, le\nnoble, éloquent et perspicace analyste des très simples cas psychologiques\nqui sont comme les linéaments essentiels de l'âme humaine, l'historien attentif\net émouvant des problèmes de la conscience générale de l'humanité! Ce\nBourget-là, ne le cherchez donc point dans les romans de longue haleine, où\nla complication de l'intrigue, la multiplicité des incidents et la coquetterie\nde la prédication voilent, d'une façon déroutante, la pensée mère de\nl'œuvre !\n    Un chef-d'oeuvre ne se mesure point au nombre des pages. Flaubert\nn'eût-il point écrit Madame Bovary que la Légende de saint Jean l'Hospitalier\nimmortaliserait encore son nom. J'estime de même que la gloire littéraire de\nM. Bourget tiendra moins aux grandes machines sociologiques, laborieuse-\nment montées ces temps derniers, et autour desquelles batèle la politique,\nqu'à tels petits contes, écrits sans efforts apparents, sur une très simple trame,\net qui rendent le son d'une belle âme et d'un grand talent. Lisez, par exemple,\nUn Saint, que la librairie Plon (1) vient de rééditer avec quelques autres\ncontes. Voilà, ou je me trompe fort, une pure merveille en go pages. Et je\nne parle pas seulement du décor emprunté à ces coins ignorés d'Italie dont\nnul, mieux que M. Bourget, n'a fait voir et sentir l'élyséenne et frémissante\nbeauté. Quel milieu pouvait être mieux approprié pour la confrontation,\nimaginée par M. Bourget entre l'âme restée pure, jeune et droite d'un vieux\nmoine, trahi par la vie et gardé par Dieu, et les instincts fiévreusement arri-\n\n\n    (1) Paris, Plon.\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "176                               DURENDAL\n\n\nvistes d'un « gendelettre » du dernier bateau. Il n'est point besoin ici que\nM. Bourget commente et prêche à la cantonade; des paroles et des gestes\nseuls des personnages irradie une magnifique leçon morale. Dans ce même\nvolume, je dirais presque autant de bien d'Antigone, une analyse aigûment\nvécue de l'illusion de l'amour fraternel. Et, en un mot, tout ce livre où les\néditeurs ont réuni des contes datant tous de plus de dix an?, tout ce livre\nnous restitue le Bourget tel qu'on doit l'aimer quand on l'aime en artiste...\nA relire ces fragments de psychologie non frelatée d'apologétique, tous ceux\nqui jugent que la joie littéraire se suffit à elle-même, regretteront que l'auteur\nd'Un Saint soit devenu l'auteur de l'Etape. Par cette transformation, j'ignore\nce que la sociologie a gagné, mais je vois trop, hélas! ce que l'art a perdu.\n\n   A l'instar du Bourget de l'Etape, M. Henri d'Hennezel a tenté d'écrire le\nroman à thèse de l'éducation : La Seconde faute (1). Pas plus que son illustre\ndevancier, il ne m'a convaincu. Et voici tout de suite pourquoi : Marc\nHersent, artificiellement élevé et conventionnellement marié, se libère, de tout\nle factice qui l'enveloppe, dans l'amour coupable d'une jeune fille, rencontrée\npar un de ces hasards fréquents au temps du défunt Romantisme. Voilà\ntoute l'intrigue de la Seconde faute — un fait divers très plausible. J'ai deux\nobjections à faire : d'abord M. d'Hennezel a entouré son Marc Hersent d'une\nsi monotone collection de ganaches intellectuelles, qu'un ensemble tant\nhomogène me paraît difficile à réunir, même à Lyon, patrie des parvenus de\nla soie. On m'assure pourtant que depuis l'apparition de son livre, l'auteur\nde la Seconde faute aurait été mis au ban de la haute société lyonnaise... C'est\nque donc celle-ci s'est reconnue? En ce cas, je retire ma première objection.\nMais je tiens à la seconde : Marc Hersent brise le cercle des étroitesses\nfamiliales pour se jeter dans la volupté ; il veut rentrer dans l'état de nature.\nCela est humain, sans être excusable. Mais sur quel singulier être se pose\nson rêve! J'eusse compris qu'il s'éprît de quelque fillette, simple et spontanée,\nproche, par la pensée et par le cœur, de cette nature dont ses parents, ses\nmaîtres et sa femme l'avaient obstinément sevré. Et voici qu'il ouvre les bras\nà la plus pédante des pimbêches, femme de lettres comme on est femme\navocat ou femme médecin, et qui lui restituera, avec usure, toutes les conven-\ntions et tous les artifices où fut enchaîné son passé.\n   Je ne voudrais point perpétuer ce jeu facile d'objections, de peur d'être\ninjuste pour le réel talent d'écrivain de M. Henri d'Hennezel — et cela\nimporte surtout. La Seconde faute est dédiée à J.-K. Huysmans, et le maître\nd' En Route doit aimer, dans ce livre, trois choses qui en font l'originalité : un\nstyle nerveux, émaillé de jolies trouvailles corrosives, la peinture aigûment\npoussée de l'incompréhensivité bourgeoise, et enfin la notation très vivante\ndes révoltes que doit provoquer en tout être jeune, libre et fier, le dangereux\narchaïsme moral — gros de réactions — qu'en certains milieux, on substitue\nau Décalogue.\n\n\n  (1) Paris, Stock.\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                GAZETTE DES LIVRES                                        177\n\n   La critique peut avoir foi d a n s l'avenir littéraire de M. H e n r i d ' H e n n e z e l :\nla Seconde faute n'est pas qu'une promesse.\n\n                                               *\n                                             * *\n   Dans l'Amant passionné (1) — u n r o m a n au titre s u r a b o n d a n t , car je n e sais\npas d'amant qui n e soit passionné — Camille Lemonnier, charrieur l u x u r i a n t\nd'images, analyse la hâte folle et frénétique, d a n s l'amour, des êtres qui se\nsentent mourir : il y a là un m a l h e u r e u x , que la vie délaisse lentement, et\nqui de ses bras fiévreux se raccroche é p e r d û m e n t à la c r é a t u r e ; et la créature,\nfrivole et féroce, lui distille u n e enivrante mixture faite de volupté et\nde souffrance. U n e excitation maladive et malsaine s'exhale de ce livre —\nqui a d'ailleurs des côtés littérairement puissants. On a c o m m e la vision\nsymbolique d'un chat j o u a n t cruellement avec u n oiseau blessé. Mais pour-\nquoi Camille L e m o n n i e r , artiste si libéralement d o u é , évolue-t-il toujours\ndans la m ê m e et monotone orbite de la chair en délire ?... Relisons —\npour n o u s consoler — relisons la Belgique!...\n\n                                               *\n                                              * *\n   Deux livres de souvenirs — où les auteurs tisonnent avec complaisance\nleurs j e u n e s a n s .\n   C'est d'abord la Maison Espagnole (2) d e M. L é o p o l d C o u r o u b l e . . .\n   — L ' é p i l o g u e des « Kaekebroeck » ?\n   — N o n , plutôt la g e n è s e . . .\n   Car M. Courouble, tout en contant avec u n e fraîcheur c h a r m a n t e et une\némotion un peu détachée ses exploits et ses sensations de potache, nous\nconfie q u a n d , ou et c o m m e n t — et cela devient u n point d'histoire littéraire —\nlui a p p a r u r e n t les silhouettes premières et encore falotes qui gravitent\ndans ses s a v o u r e u x livres de vie bruxelloise.\n   Mais M. Courouble n e plaide pas q u e pour la réalité vécue et vivante\ndes P a u l i n e P l a t b r o o d et des J o s e p h Capellemans ; des confrères envieux\nosèrent insinuer q u e l'historien de la Famille Kaekebroeck ne sait point écrire\nen français — étant trop foncièrement « Brusseleer u pour s'approprier les\nnuances de la langue de Loti, de F r a n c e et d e B a r r è s . . . Or, voici que\nM. Courouble n o u s révèle, en de très vivants « mémoires de lycéen », qu'il fut\nélevé en u n a u t h e n t i q u e collège français... E t plus encore q u e cette révéla-\ntion, le style fin, délié, impeccable et nerveux de la Maison Espagnole et\ndes Mémoires d'un Lycéen d é m o n t r e r a — u n e fois de plus — que celui d o n t\ndédaigneusement on voulait faire « u n Marollien » est bien un a u t h e n t i q u e\nécrivain d'expression française.\n\n\n\n\n  (1) Paris, Charpentier.\n  (2) Bruxelles, Le Bègue.\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "178                                  DURENDAL\n\n\n\n   J'ai, pour les Douces Empreintes (1) de M. Auguste R o u v e z une particulière\ndilection. J e voudrais peut-être à ce livre u n e « écriture » moins facile et plus\npailletée d'art. Mais que je p a r d o n n e volontiers ce défaut — qui n'est que de\nlittérature — en faveur de la jolie sensibilité d'âme qui circule à travers toute\nl'œuvre. Voici — rara avis! — le volume d'un journaliste qui ne recèle\na u c u n e « rosserie » et même a u c u n reflet du professionnel scepticisme\ngouailleur. M. R o u v e z a l'idolâtrie de ses attaches patriales et familiales.\nR i e n en lui d'un « déraciné ». L a noble et légitime fierté avec laquelle il\nparle de ceux qui pétrirent son â m e à la vie, la notation t o u c h a n t e et pitto-\nresque qu'il esquisse de la petite ville wallonne où vécut son enfance, les\n portraits si vivants et si « tapés » qu'il dresse de ses é d u c a t e u r s divers —\nd u maître d'école au professeur d'université — tout cela révèle u n esprit qui,\n en se rappelant, sait voir et, ce qui vaut mieux encore, u n c œ u r qui, en se\n souvenant, sait aimer.\n    Certains souvenirs évoqués par M. Rouvez m'ont plu jusqu'à l'émotion. C'est\n que l'auteur et moi nous avons subi d a n s notre passé q u e l q u e s - u n e s des\n m ê m e s « empreintes ». Deux de ces empreintes surtout nous sont demeurées\n ineffaçables : nous leur devons ce que peut valoir n o t r e intellectualité. D'avoir\n fait œuvre de justice et de réparation vis-à-vis des deux g r a n d s é d u c a t e u r s\n que notre c o m m u n e jeunesse eut l'heur de rencontrer sur sa route — ven-\n geant, l'un, d a n s la mort, d'une méconnaissance qui fut u n c r i m e , et allant\nfleurir, d'une lointaine réminiscence, la solitude de l'autre — je sais à\n M. Auguste Rouvez la plus fraternelle g r a t i t u d e . . .\n\n                                                            FIRMIN VANDEN BOSCH.\n\n\n\n\n                                         *\n\n\n\n\n   (1) Bruxelles, Vromant.\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "              LIVRES ET REVUES\n\nV i v i a P e r p e t u a , par J. DE TALLENAY. — (Paris, Lemerre.)\n   « . . . Dans le bleu et l'or des fumées flottantes, au-dessus de l'amas con-\nfus des têtes, dominant l'inquiétude de tous, la patricienne apparaissait\nseule, réalisation soudaine d'un monde nouveau. »\n   Ces mots, pris au livre nouveau de J. de Tallenay, en résument curieuse-\nment toute la splendeur. On rêve a l'efficacité des marbres parfaits dont\nchaque fragment dit l'œuvre entière, parce que celle-ci fut toute entière\nvivante d'une suprême vie. Le bleu et l'or d'une vision surhumaine y\néclairent, en effet, le nombre confus, terrible et nombreux de la foule, tantôt\npareille à une église d'anges, tantôt à une ruée de bêles ou à un enlacement\nde démons. Et cette ruée se trouve fixée, exaucée par l'aristocratie d'une âme\nunique réalisant, d'un monde nouveau, le chaos convulsé qui la porte.\n   Ceux qui suivent les œuvres de J. de Tallenay : Treize douleurs, Au\nSanatorium, le Réveil de l'âme, peuvent imaginer de quelle sorte, dans\n Vivia Perpetua, la « Patricienne apparaissait seule ». En effet, ces œuvres\nnous montrent une compréhension de plus en plus profonde de tout par la\nplaie rayonnante de la douleur, la nuit amoureuse de la mort. La mort, pour\ncette génialité jeune et totale, semble ces nuits astronomiques dont l'intime\nonde noire livre, frémissants, les astres invisibles du jour. La douleur\nforme la bordure hallucinante du puits, les lèvres amoureuses de la plaie, le\nmystère de défense et de vertige de l'eau de mort noire et constellée. Que\ncette vision suprême, plongeant comme une main au cœur palpitant de l'être,\nse soit rencontrée avec le geste chrétien, il n'en faut pas s'étonner ; ce serait\ndouter de Dieu ou de l'art. La rencontre au même cœur ardent, atteste que la\nfoides martyrs fut véritable comme l'art; que l'art de l'écrivain fut, ici, sublime\ncomme la foi des martyrs. Aussitôt s'explique la forme des intuitions de la\nsainte qui présentent moins une formule qu'un geste; moins une idée qu'une\npensée. Elle étreint le Christ de toute son âme et meurt pour ne pas lâcher un\ninstant la robe de Celui qui remonta vers le Père. Son esprit délicieusement\nalerte en même temps que naïf comme la vie et stable comme la mort,\ns'insurge avec des malices rappelant sainte Thérèse raillant l'évêque d'Osma\ncontre le dur montanisme de Tertullien dont le portrait est définitif. Cette\nchrétienne victoire de l'amour sur la haine qui est celle où le Seigneur\nvainquit le monde, s'achève par l'agenouillement du docteur orgueilleux\ndevant l'objet de ses plus furieux mépris : le corps nu et condamné de la\nmartyre.\n   Cette vision d'art est totale. D'abord, elle sut créer un monde aboli, cette\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "180                               DURENDAL\n\n\n\n Cartilage romaine tellement éloignée de la Carthage punique ranimée par\n Flaubert! Et puisque nous touchons à ces rapports de deux chefs-d'œuvre,\n précisons de suite, que l'analogie locale est seule à les rapprocher. Rien ne\nsaurait être plus loin de l'objectivisme du sublime Flaubert que le subjecti-\n visme de l'essentiel J. de Tallenay.\n    Le monde de la Carthage romaine nous est donc rendu avec une curieuse\nérudition. Mais cette énorme « matière » est complètement animée par\n « l'esprit » du livre, dont il y a là une des plus hautes puissances. Tout le\ntemps, la masse effrayante de détails, le nombre prodigieux de la vie, trans-\nparaissent pour des gestes essentiels, des vues définitives. Le mot de Maeter-\nlinck sur la transparence ininterrompue d'un visage se réalise ici pour les\ninnombrables visages de la vie. Alors, comme si nous y vivions un état sur-\nhumain, cet univers d'écrasantes splendeurs s'éclaire constamment pour les\ndoubles abîmes de vie et de mort, de haine et d'amour, de luxure et de sacri-\nfice; tel ce double abîme montré dans le temple d'Isis et qui, en haut ou\nen bas, gardait également l'image de la Mère infinie ! Le haut et le bas, le\ndivin et le bestial de l'homme et du monde chantent et rugissent ici ineffa-\nblement, à cause de l'ineffable patricienne qui « dans le bleu et l'or des\nfuries flottantes, au-dessus de l'amas confus des têtes, dominant l'inquiétude\nde tous » « apparaissait seule réalisation soudaine d'un monde nouveau ».\n   Tel est la gloire de ce livre. Il réalise un monde nouveau, le monde des\nsplendeurs extérieures pour les splendeurs essentielles; il est, par son écriture\nadmirable et par la vision qui enflamme celle-ci, pareil au beau corps de la\nsainte, révélant l'âme et l'amour plus beaux par le sang de mort.\n                                                                     E . JOLY.\n\nP l a c e a u x G é a n t s , par H.-G. W E L L S , trad. DAVRAY-KOZOEKIEWICZ. —\n   (Paris, Mercure de France.)\n   Deux dignes et probes, et quelque peu naïfs savants de Londres ont réussi\nà isoler la substance spéciale qui est la cause chimico-organique de la Crois-\nsance. Ils se proposent, dans un but d'amélioration sociale, de provoquer\nl'éclosion d'une race de géants, une humanité supérieure, tout au moins phy-\nsiquement. Ils achètent une ferme aux environs de Londres, la Ferme Expé-\nrimentale, où les premiers essais sont tentés sur des poulets et produisent des\nrésultats merveilleux; puis l'aliment est donné au bébé d'un des inventeurs et\namène, en peu de temps, des résultats merveilleux encore. Malheureuse-\nment, le couple singulier et sordide auquel nos peu perspicaces scientistes\nconfient, en leur ferme, le gavage et l'élevage des poulets, manient l'aliment\navec une incurie parfaite; des boîtes entières restent ouvertes sur le coin\ngraillonneux d'une table, des guêpes rôdeuses y viennent butiner, et voilà\nqu'une race naît subitement, aux environs, de guêpes monstrueusement\ngrandes, voraces et agressives, qui désole bientôt tout le comté; l'aliment a\ncoule, à la faveur d'une marmite imprudemment vidée à l'évier, l'aliment a\ncoulé dans le fossé qui ceint la ferme et aussitôt se lève une floraison gran-\ndiose d'orties, de capucines, de liserons, d'herbes et de plantes variés... ; des\nrats fureteurs, pendant la nuit, grignotent l'aliment et, en quelques jours,\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                               l8l\n\n\ndeviennent formidables, attaquent les habitants des alentours, promènent la\nterreur et sèment la fuite à leur approche.\n   Nos deux savants deviennent inquiets; l'opinion publique s'est effrayée; ils\nse voient forcés de faire le siège de la ferme expérimentale, foyer de gigan-\ntisme végétal et animal, pour détruire les repaires, les tanières de rats. A la\ntête de toute une expédition, ils parviennent à leurs fins. Cependant l'aliment\nest administré, assez sporadiquement, Dieu merci, à quelques poupons, et une\nrace apparaît d'enfants bientôt hauts comme des maisons et vigoureux en\nconséquence... Mais l'Angleterre est émue, une campagne est menée contre\nla substance, ses inventeurs, ses produits..., et tout le pays est en grand\ntrouble politique et social à cause d'elle. Voilà la « donnée » du dernier\nroman de Wells, le prodigieux écrivain anglais... Vous comprenez quelle\nrichesse de développements elle comporte. . Et puisque Wells a tous les dons :\nimagination, observation, humour, finesse, psychologie, le sens du délicat\ncomme celui du grandiose, un esprit singulièrement analytique, logique, en\nmême temps que capable des plus vastes synthèses, puisqu'il sait aussi bien\nfouiller et camper un type que faire évoluer des foules entières, puisqu'il\nexcelle à « déduire, dans l'ordre positif et réel, selon une induction la plus\ncurieusement imaginée », dirai-je, qu'il est à la fois le plus fantaisiste des\nréalistes et le plus mordant — mais à la manière anglaise : sans fiel, — le\nplus mordant des ironistes à froid, puisque Wells est tel, vous comprendrez\ncombien ce roman peut être original, intéressant et captivant... En somme,\nWells apparaît bien comme l'inventeur d'une forme nouvelle de roman. De\nla plupart de ceux qu'il a déjà écrits se dégage une formule qu'on résu-\nmerait peut-être bien ainsi : un point de départ irréel, fantasmagorique,\nscientifiquement fantasmagorique, mais plausible encore, puis une fois\nce postulat admis, la description et l'histoire de tous les résultats,\naventures, changements et perturbations que l'introduction de cet élément\nimaginatif insère dans notre monde et notre société telles qu'ils sont. Et à\nla faveur de cette fiction, des caractères délicieusement tracés, des types\nsavoureux de toutes les classes de la société anglaise, des tableaux de\nmœurs vivement peints, une vision colorée, humouristique, cordiale de\nla vie anglaise, et par dessus tout cela, sans en avoir l'air, une critique\nsociale ironique sans aigreur, vivante sans pessimisme, des institutions\nactuelles. Voilà, me semble-t-il, les traits caractéristiques de Wells, de cet\nécrivain infiniment curieux, amusant et profond, dont l'originalité est sans\ndoute, littérairement et intellectuellement, la chose la plus exquise et forte\ndans la littérature de maintenant.                                    G. B.\n\n L ' O m b r i e , par M. RENÉ SCHNEIDER. — (Un vol. Paris, Hachette.)\n   Ombrie! Ce nom étincelle sur la couverture jaune du volume et, derrière\nlui, s'ouvrent et s'élargissent à nos yeux de soudaines perspectives de douceur\net d'émotion; il fait dans notre pensée comme un son de cloche qui nous tire\ndu présent dans le souvenir... Et il y a peut-être, en nous, un peu de secrète\njalousie pour l'heureux auteur qui a pu le long séjour et la flânerie en cette\nterre de violence et de suavité; y vivre, errer, revenir dans les pas de sa joie\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "l82                                    DURENDAL\n\n\npour la savourer davantage. U n peu de jalousie et un peu de regret : car ne\nsommes-nous pas ainsi faits que n o u s avons le désir et à la fois la crainte que\nl'on nous parle de ce que n o u s aimons? T o u t e parole, qui n'est pas d e n o u s ,\nnous semble ici une usurpation et, ce mauvais sentiment étouffé, il reste que\nnous a p p r é h e n d o n s toujours quelque mot qui contredise aux partialités de\nnotre admiration ou ne les froisse... Mais cette i n q u i é t u d e disparaît dès les\npremières pages de l'ouvrage; l'accent en est celui du ravissement, et on sent\nque le voyageur a a p p o r t é d a n s le p a y s , non seulement la curiosité, mais\nl'esprit d'amour, seul capable de nous en donner la connaissance parfaite.\n    L ' O m b r i e , dans l'antiquité illustre de ses j o u r s , est c o m m e un palimpseste\noù, sous les dernières écritures, de vieux textes réapparaissent de-ci de-là. Les\nmontagnes, les bois, les sources et les fontaines subsistent, que les grima-\nçantes divinités étrusques habitaient, ou les n y m p h e s latines, diva virgines; et\naussi, les a n i m a u x que E p o n a ou B u b o n a protégeaient; les lieux solitaires\nque Vacuna remplissait de sa p r é s e n c e . . .\n    D e p u i s les origines, dans la continuité et la solidarité des j o u r s , chacun\nd'eux apportant, chacun d'eux e m p o r t a n t q u e l q u e chose, l'Ombrie des\nO m b r i e n s , et celle des E t r u s q u e s , et celle de R o m e a pris la physionomie\nque n o u s lui voyons : et c'est le d o m a i n e de saint F r a n ç o i s . L'antiquité des\ndieux et des batailles n'est que le fond de majesté sur lequel apparaît partout\nla silhouette du Petit P a u v r e : Annibal et F l a m i n i u s ont débattu le sort du\nm o n d e sur les bords du lac T r a s i m è n e ; — saint François j e û n a quarante\njours dans u n e île de ce lac (Fioretti, 7) : et la m é m o i r e de ce j e û n e est plus\nvivante que celle de la bataille, parce que le souvenir de cette dernière appar-\ntient à l'érudition — et l'autre, à l'amour...\n     L e passage du Poverello dispersa, s'il en restait, les derniers vestiges de la\nfoule plébéienne des pelits dieux indigètes, agraires ou s y l v e s t r e s ; des\naimables et familières divinités du foyer, des bois et des champs, vénérées long-\n temps et, « à tout hasard ». après la destruction du P a n t h é o n romain, par les\n paysans p r u d e n t s . . . T o u s les n o m s de l'Ombrie évoquent des paroles ou des\n actes de François : toutes les hauteurs du pays, et les cités et les h o m m e s , et les\n âmes sa volonté était de les unir en un immense Gloria in excelsis... Aussi l'a-t-il\n imprégné tout entier de sa personnalité et reconnaît-on l'identité de celle-ci\n  et de sa patrie, j u s q u e d a n s « les aspects physiques de douceur et de force\n  de la contrée, qui correspondent à ces deux caractéristiques de saint\n  F r a n ç o i s , la suavité parfaite et l'héroïsme poussé à l'extrême » (1).\n      Cette dualité, plus particulièrement marquée en Italie et en O m b r i e , mais\n  que l'exercice de forces nouvelles et juvéniles fait apparaître d a n s toute l'his-\n  toire, la religion et l'art du m o y e n âge, M. Schneider en a relevé les traits\n  a b o n d a n t s avec une sagacité heureuse et délicate.\n       « L'Ombrie, dit l'auteur, est, avec R o m e , la vraie patrie de l'âme, et chacun\n  p e u t à son gré y choisir sa volupté ». E t , en familier des origines et des\n  temps, M. Schneider guide son lecteur, à la source virgilienne d u Cli-\n\n\n   (1) ARNOLD GOFFIN : La Légende de saint François d'Assise écrite par trois de ses com-\n pagnons. Introduction, p. 29. Bruxelles, Lamertin, 1902.\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                                   LIVRES ET REVUES                                           183\n\n\nt u m n e , d a n s la cité d'énergie et de b e a u t é , P é r o u s e , ou à Assise, à Monte-\nfalco, d a n s les sanctuaires pleins de la gloire ou des fastes de saint F r a n -\nçois (1). C'est le livre d ' u n périégète pénétré de piété p o u r la terre et p o u r la\nvie, pour tous les passés remplis de la pensée et de l'effort des hommes — et\nqui a su n o u s transmettre tout entière et toute vibrante l'émotion qu'il\navait reçue à leur contact.\n\nL ' E u r o p e e t l a R é v o l u t i o n f r a n ç a i s e , par ALBERT SOREL. Hui-\n   tième partie : La coalition, les traités de 1815. (1812-15). U n vol. — (Paris,\n   Plon.)\n    M. Albert Sorel achève, en ce volume, l'œuvre grandiose qui a occupé\ntrente a n s d e s a vie : et s a n s d o u t e , l'épopée prodigieuse d o n t il a retracé\ntoutes los phases de prestiges, de b e a u t é et de mort ne lui a-t-elle jamais\nparu p l u s émouvante qu'en cet épilogue dont la splendeur fatale a été écla-\nboussée de tant de perfidies et de tant d'avilissements.\n   T o u t en analysant les raisons visibles de la lente désagrégation du « G r a n d\nE m p i r e » : réprobation u n a n i m e des peuples o p p r i m é s ; opposition s o u r d e ,\npuis déclarée, des princes assujettis; lassitude des F r a n ç a i s , altérés de paix,\net des prétoriens avides d e jouir du fluit de leurs pillages; — l'historien fait\nsentir à toute page, c o m m e le moteur invisible de l'action convergente des\nh o m m e s , cette force i m m a n e n t e q u e les a n c i e n s appelaient le Destin et que\nnous n o m m o n s la P r o v i d e n c e — et qui, à certaines heures du temps, à cer-\ntains m o m e n t s de l'histoire, tels que celui-ci, semble jeter sa volonté entre\nles c o m b a t t a n t s , et parler d u r a n t les brefs intervalles où, harassés, haletants,\nils ont i n t e r r o m p u d e froisser leurs a r m e s . « L e s physiciens, dit-il, pour\nexpliquer les p h é n o m è n e s d e la lumière, d u son, de la chaleur, s u p p o s e n t\nl'existence d'un fluide i m p o n d é r a b l e où n o u s vivons baignés et dont les\nvibrations ébranlent nos nerfs. Il faut b i e n admettre q u e l q u e chose d'ana-\nlogue d a n s le m o n d e des â m e s , d a n s le m o n d e de l'émotion, d e la passion et\nde l'action h u m a i n e . . . Bref, c o m m e dit le p e u p l e , il y a l'air du t e m p s , qui\ninflue sur toutes choses. Or, le vent a t o u r n é . Il souffle en o u r a g a n contre\nles F r a n ç a i s , il les aveugle, tantôt de poussière, tantôt de pluie, toujours de\n\n\n   (1) Quelques erreurs se sont glissées dans les indications que M. Schneider donne sur\nles fresques de Giotto, dans la basilique d'Assise (notamment, pp. 161, 166 et suiv.). Il\nn'est pas probable que l'inspiration des peintures de la voûte de l'église basse provienne\ndu Dante, et il n'est pas exact que celle des fresques de l'église haute soit puisée dans les\nFioretti et les Trois Compagnons : la Légende de saint Bonaventure est l'unique source\nqu'ait utilisée Giotto. Nous nous permettons de renvoyer à ce sujet à notre étude sur la\nLégende franciscaine dans l'art primitif italien, Bruxelles, Lamertin, 1905.\n   M.Schneider rapporte (p. 77) que « Pérouse tout entière sur ses remparts regardait passer\ndans la vallée, avec une envie mal contenue », saint François malade, reconduit de Cor-\ntone à Assise,quelque temps avant sa mort. Or, ce transfert eut lieu par Gubbio et Nocera\n(Cf. Speculum perfectionis, 22 et II Celano 3, 23), précisément pour éviter les entreprises\npossibles des Pérugins.\n   Enfin, le nom de fraticelli, appliqué aux rères mineurs, prête à confusion, et la quali-\nfication d' « ancien évêque d'Assise », donnée à Joachim de Flore (p. 199), résulte évi-\ndemment d'un lapsus.\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "184                              DURENDAL\n\n\nla fumée de leurs propres armes. Il porte, au contraire, l'ennemi et fait le\njour devant ses pas. »\n    « Il contresignait les événements — disait Chateaubriand de Talleyrand —\nil ne les faisait pas! «. Et cette parole peut, sans doute, s'appliquer aux\nprinces, aux chefs de peuples et aux conquérants, qui n'ont de force et de\npouvoir et, aussi, de succès, souvent, que dans la mesure où ils incarnent les\nvouloirs et les aspirations obscurs ou manifestes de la foule qui marche sur\nleurs traces... Vers la moitié de son règne, la source de cette force et de cette\npuissance se tarit pour Napoléon : il avait été l'instrument invincible du salut\npublic, et il en devint « le péril » — la France qui, en 1792, luttait pour son\nexistence contre les intérêts dynastiques des rois ligués, se trouvait, en 1812,\npar un complet renversement des rôles, combattre contre les nations insur-\ngées, au profit d'une dynastie polycéphale... On peut exalter les bienfaits de\nl'administration napoléonienne hors de France; attester même que les\npeuples entraînés dans l'orbe impérial étaient plus libres que sous leurs\nanciens gouvernants : ne suffit-il pas de répondre que cette liberté, ils vou-\nlaient la tenir d'eux-mêmes, façonnée à leur gré, et non de la main de\nl'étranger et conforme aux conceptions de celui-ci? En somme, il y eut contre\nNapoléon et sa domination une insurrection générale de toutes les volontés\net de toutes les énergies européennes.\n     Voilà le grand fait dont M. Sorel développe, avec éloquence, toutes les\n conséquences : depuis la campagne de Russie, l'Empire était atteint mortel-\n lement : ce n'était plus qu'une bête blessée qui pouvait se retourner encore,\n pour foncer et faire tête, mais qui, dans chaque effort, laissait un peu de vie\n irréparable, et qu'un dernier coup devait achever. L'activité amoindrie de\n l'Empereur; les habiletés retorses de l'Autriche, les défections successives\n des Allemands; la lâcheté des Napoléonides : Jérôme, Louis, qui fuyent\n leur royaume et refusent de combattre pour l'Empire; Joseph qui, tandis que\n Napoléon mène la campagne, tente de séduire l'Impératrice; Murât qui\n trahit; la bassesse des grands dignitaires, plus soucieux « du bagage que de\n l'honneur », de sauver leurs titres et leur opulence faite de rapines, de négo-\n cier avec l'ennemi, que de le combattre... Ce sont là les éléments, quelques-\n  uns des éléments qui, à travers les péripéties de la campagne et des traités de\n  1813, les Cent jours, Waterloo et les traités de 1815 ont ramené dans ses\n  anciennes limites la France, qui avait débordé sur l'Europe, pour la dévaster\n  et, aussi, sans doute, pour laisser dans le sillon de ses bouleversements des\n  germes féconds d'avenir... Car aucune souffrance n'est stérile...\n     L'œuvre de M. Sorel est digne des grandes choses qu'elle retrace et, malgré\n  l'intérêt passionnant du récit, le lecteur, parfois, s'arrête involontairement\n  pour admirer l'art du narrateur qui montre les événements et, à la fois, les\n  causes proches ou lointaines, dissimulées ou apparentes qui les ont déterminés.\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\n L e s E t a t s - U n i s a u X X e s i è c l e , par PIERRE LEROY-BEAULIEU. —\n   (Paris, Colin.)\n   C'est un tableau d'ensemble que nous donne M. Leroy-Beaulieu, des États-\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                l85\n\n\nUnis, au point de vue économique et social. S'appuyant sur les renseignements\nstatistiques du dernier des Census, espèces de gigantesques enquêtes décen-\nnales qui recensent dans le détail toutes les forces industrielles, commerciales,\ntoutes les ressources de la nation, s'appuyant sur des données, des études\npersonnelles et d'autres documents qu'il rassemble depuis longtemps, le\nsavant économiste dresse l'inventaire des États-Unis au XX e siècle. Ce livre,\nécrit avec la conscience, la perspicacité et l'intelligence que l'on connaît à\nson auteur, est vivement intéressant. Il est tout positif d'ailleurs et sa suprême\néloquence il la doit aux faits et aux chiffres. Dans une première partie,\nl'auteur examine le Pays et la Population en consacrant un chapitre entier à\ncette inquiétante question nègre qu'il envisage avec quelque pessimisme.\nPuis il parle de l'Agriculture et de l'Industrie et termine son copieux ouvrage\npar une étude approfondie des Moyens de transport du commerce et de l'Expan-\nsion économique au dehors. Sans phrases ni généralisations inutiles, l'auteur\nmet en lumière admirablement les facteurs essentiels du prodigieux dévelop-\npement des Etats-Unis, c'est-à-dire les richesses du sol et la qualité morale\nde la race, restée foncièrement, malgré l'immigration, anglo-saxonne. Tout le\nmonde sait plus ou moins ce que les Américains sont et font. Mais il est infini-\nment instructif de l'apprendre dans le détail et l'on ne pourrait, pour ce\nfaire, trouver guide plus sûr et mieux informé que l'auteur de cette très\n intéressante étude.\n                                                                           G. B.\n\nA u t o u r d e l a B i b l e , par JOHN VAUGHAN, traduction de l'abbé JULES\n   RICHE. — (Paris, Bloud.)\n   Ceci est un très bon livre, et qui sera le bien venu en ce temps où les\nquestions bibliques sont partout agitées. Le caractère dominant de cet\nouvrage est la clarté la plus limpide, la netteté la plus précise. Avec une\npointe d'humour d'excellent aloi, le bon sens anglais s'affirme tout le long de\nces pages. Et ce n'est pas dommage, car on a souvent raisonné d'étrange\nfaçon au sujet de la Bible, alors qu'il suffirait de traiter le livre sacré d'une\nmanière raisonnable.\n   Mgr Vaughan a aussi le grand mérite de faire saisir des questions difficiles\npar des rapprochements et des comparaisons populaires, dont l'application\naux sujets bibliques éclaire ceux-ci d'une vive lumière. On remarquera, sous\nce rapport, le chapitre I qui fait merveilleusement comprendre de quelle\nmanière s'est constitué le texte de la Bible, et le chapitre XI, où l'authen-\nticité du texte sacré est péremptoirement expliquée, et cela par une ingénieuse\n supposition à la portée de tous.\n   On devra lire en son entier le chapitre VIII, dans lequel, de façon\ncinglante, Mgr Vaughan montre que les protestants, sous couleur de\nrépandre la Bible, ont été cause de véritables profanations. Les saints livres\nsont réellement déshonorés par les traductions de la Société biblique et l'in-\n discrète propagation de la Bible aboutit à la faire servir à des usages souvent\n ignobles, toujours profanes.\n    Très bonnes pages aussi, 130-142, que celles qui prouvent que notre\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "186                              DURENDAL\n\n\ninterprétation de l'Écriture est déjà celle des premiers chrétiens, de nos pères\ndans la foi, aux Catacombes.\n   C'est avec un patriotique intérêt, et non sans quelque émotion, que nous\navons lu, page 176, ce que Mgr Vaughan raconte de la pratique en usage au\ngrand séminaire de Bruges, où il est prescrit de lire, chaque matin ou\nchaque soir, un passage de l'Écriture Sainte à genoux.\n   Mais il faut nous borner et résister à l'envie que nous aurions de citer\nencore bien des traits intéressants du livre de Mgr Vaughan. Ce que nous\navons dit suffira, croyons-nous, à justifier la recommandation très chaleu-\nreuse que nous faisons de son livre appelé à rendre de réels services.\n                                                                       J. G.\n\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s (Buschmann, éditeur, Anvers). —\nLe numéro de Février de cette magnifique revue d'art est édité avec un luxe\ninouï et une richesse de reproductions remarquable. Il est consacré tout entier\naux Dinanderies (expositions de Dinant et de Middelbourg). Il ne contient pas\nmoins de septante et une illustrations dans le texte et hors texte, admirable-\nment faites et reproduisant les œuvres les plus intéressantes, les plus curieuses\net les plus rares. Le texte est fait par un des hommes les plus savants et les\nplus compétents en la matière, Joseph Destrée, le distingué conservateur de nos\nmusées royaux des arts décoratifs.\n                                                                      H . M.\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                           NOTULES\n\n\nP a r a î t à la Librairie V r o m a n t :\n\n                    FIRMIN VANDEN BOSCH\n\n\n\n   Impressions de Littérature Contemporaine\n               BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n\n                    DE QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n\n                          VERHAEREN ET DEMOLDER\n\n              P.    DE HAULLEVILLLE — GUIDO GEZELLE\n\n                   GEORGES RODENBACH — MAX WALLER\n\nEDMOND PICARD — GUILLAUME VERSPEYEN — H. CARTON DE WIART\n\n                                ETC.,   ETC.\n\n\n\n         On souscrit a u x b u r e a u x de la Revue\n\n                    22, rue du Grand-Cerf,       Bruxelles\n\n\n\n     3   francs      en    souscription\n\n                                         3     fr.   50   en   librairie\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "188                               DURENDAL\n\n\n    L ' A r t à A n v e r s . — A deux reprises, à peu d'intervalle, un groupe\nd'artistes et d'intellectuels a fait à Anvers appel à l'initiative privée pour des\nentreprises d'art et a reçu l'accueil le plus empressé. I1 y a un an, c'était\npour constituer la Société des Nouveaux Concerts. En quelques jours, un capital\nd'une centaine de mille francs fut réuni. On sait le brillant succès qui a\ncouronné cette entreprise. D'excellents concerts se sont succédés à Anvers;\nles chefs d'orchestre et les artistes les plus réputés continuent à se suivre et\nl'ensemble de l'œuvre garde une allure très élevée et très digne. Non\ncontente de ces exécutions, la Société des Nouveaux Concerts vient de créer un\nconcours annuel pour la meilleure œuvre symphonique belge. Le jury,\ncomposé de MM. Vincent d'Indy, Blockx, Mortelmans et Humperdinck,\ndonne toutes garanties. Enfin, pour l'un des prochains concerts, M. Gilson a\nécrit une ouverture qui sera dirigée par le jeune et brillant chef que la Société\na révélé, M. L. Mortelmans. Bref, il y a là un très bel effort qui se caractérise\npar le cordial concours de toute une population.\n    Or, dans le même esprit désintéressé, voici que les initiateurs de cette\nrenaissance viennent de créer pour les arts plastiques une œuvre de propa-\ngande et de diffusion. Et cette nouvelle initiative a rencontré les mêmes\nsympathies que la première.\n    Sans appartenir à une tendance particulière, la nouvelle association, qui\na pris le titre de l'Art contemporain, a demandé la collaboration de quinze\nartistes, qui se renouvelleront de deux en deux ans par tiers et dont les noms\n— mieux qu'un programme — affirment les tendances d'art probe, original et\nsincère de la Société. Ce sont : Constantin Meunier, E. Claus, A. Baertsoen,\nCh. Mertens, V. Rousseau, E. Laermans, Jacob Smits, R. Baeseleer, G. Mor-\nren, J. Delvin, H . Luytens, V. Hageman et Walter Vaes.\n    MM. Van Rysselberghe et G. Minne ont été également sollicités de prêter\nleur concours. Des invitations, tant en Belgique qu'à l'étranger, viendront\ncompléter ce groupe et l'on peut espérer qu'elles seront faites dans un même\nsouci d'art pur, sans préoccupation de coterie, mais en excluant le rabâchage,\nle poncif et le mercantilisme.\n    L'Association se propose d'organiser annuellement des expositions rétro-\nspectives, consacrées aux grands peintres du siècle passé. Elle débutera de la\nmi-mai à la mi-juin prochain, par une exposition des œuvres de Leys et\nd'Henri de Braekeleer. Viendra ensuite, probablement à l'automne, un Salon\n Moderne dans lequel les œuvres seront présentées autant que possible par\nséries, de façon à montrer dans son ensemble la personnalité des artistes\nexposants. Il y aura des conférences, des albums, des publications d'art;\nbref un ensemble de nature à former, à développer le goût du public, à\n faire connaître et apprécier les artistes.\n                                      ***\n   Exposition de l'Art ancien bruxellois. — L'Exposition des\nArts anciens bruxellois aura lieu, dans les locaux agrandis pour la circons-\ntance, du Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles, au Waux-Hall, du\nmois de juillet au mois d'octobre.\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                                    NOTULES                                l89\n\n\n   Le Roi a daigné lui accorder son haut patronage et le prince Albert a\naccepté la présidence du Comité d'honneur, composé des ministres et du\nbourgmestre de Bruxelles.\n   Citons, parmi les membres protecteurs belges (la liste des membres étran-\ngers n'est pas encore close) : Mmes la marquise d'Arcounti Visconti et Isabelle\nErrera; MM. Beernaert, Buls, Henry Hymans, baron Kervyn de Lettenhove,\nVan Overloop, Vermeersch, etc.\n   Le Comité se compose de MM. Paul Hymans, président; Verlant et le\nbaron. Lambert, vice-présidents; Jean De Mot et Systermans, secrétaires;\nEdouard Hauman, trésorier; Barbier, Cardon, Crespin, Joseph Destrée,\nKeym, Khnopff, Lenain, Mabille, Malfail, Patris, Schleisinger et\nCh. Tardieu.\n   On construira une annexe provisoire qui sera réservée aux chefs-d'œuvre des\nateliers bruxellois duXVeet du XVIe siècle, tapisseries, sculptures, retables en\nbois sculpté et polychrome, etc. L'Exposition se prolongera dans les locaux\ndu Cercle. La salle des concerts, dont la charmante décoration évoque le\nXVIIIe siècle, sera plus spécialement réservée aux œuvres du XVIIe et du\nXVIIIe siècle.\n   L'Exposition comprendra des spécimens choisis de la faïencerie bruxelloise\net des arts anciens.\n   A côté des grandes salles, auxquelles on donnera un cachet d'ensemble,\nles salles plus petites seront consacrées aux objets de vitrines et, dans l'une\nd'elles, l'on établira des métiers de haute et basse lisse. En un mot,\nl'Exposition aura pour but de montrer quel intense foyer d'art Bruxelles a été\n dans le passé.\n                                       **\n  Salon international de la dentelle. — Un double concours est\norganisé à l'occasion de l'Exposition de Liége.\n  1. Un concours de dentelle à la main. Les objets mis au concours sont :\nun col pour parure de dame; un éventail.\n  2. Un concours de dessin destiné à la dentelle à la main. Il n'est limité à\naucun objet déterminé.\n  S'adresser pour les renseignements au secrétariat, 19, rue de la Loi,\nBruxelles.\n                                  ***\n   Le groupe triomphal de l'arcade du Cinquantenaire. —\nOn sait que les sculpteurs Vinçotte et Lagae étaient chargés d'exécuter en\ncollaboration cette œuvre importante. Le thème de celle-ci, inévitable étant\ndonnée sa destination, était la glorification de la Belgique. Les deux\nexcellents maîtres, qui ont achevé leur travail il y a quelques jours, ont\nsu trouver, par l'union de leurs qualités si diverses, une formule belle et\ngrande d'une allégorie où il était difficile de n'avoir pas l'esprit opprimé par\nle souvenir de tant d'œuvres classiques inspirées de motifs analogues. La belle\nfigure féminine qui symbolise la patrie n'est pas, dans son galbe et son atti-\ntude, forcément classiques, une représentation académique, mais un être plein\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "190                               DURENDAL\n\n\nde vie, qui exprime celle-ci et l'exalte. Elle triomphe, mais tout est paci-\nfique en elle, même ses victoires : c'est pourquoi les quatre chevaux attelés de\nfront qui tirent le char glorieux ne nous apparaissent point cabrés, au galop\nenivré de la bataille, mais allant, en relevant leur tête fière, d'un pas noble et\nmesuré, dans la quiétude de la force et de la sécurité.\n   Le groupe a grande allure. Il est de lignes sobres, harmonieuses et, si l'on\npeut dire, chantantes, et fera, à l'arcade du Cinquantenaire enfin achevée, un\ncouronnement magnifique de grâce et de beauté héroïque.\n                                                                       A. G.\n                                       ***\n  L a Société h o l l a n d o - b e l g e des A m i s de la Médaille\ns'est réunie récemment en assemblée générale sous la présidence de M. A. De\nWitte. Les rapports du secrétaire, du trésorier et une intéressante allocution\ndu président ont constaté la prospérité croissante de la Société, qui compte\nactuellement 120 membres et 67 hollandais, parmi lesquels S. M. la reine\nde Hollande.\n   L'état des finances des Amis de la Médaille a permis à ceux-ci d'éditer cette\nannée deux médailles, — chiffre qui sera vraisemblablement maintenu dans\nl'avenir.\n   La compagnie, après une discussion sur l'organisation des concours et\nquelques autres objets, a examiné les diverses médailles parues en Belgique\net à l'étranger depuis la dernière réunion et spécialement celles de\nMM. Vander Stappen, G. Devreese, Ch. Samuel, J. de Lalaing, L. Deviller\net L. Dupuis.\n                                      ***\n  Acquisition officielle d'oeuvres d'art. — Le gouvernement a\nachetérécemmentpour le Musée un tableau très original de GASTON LATOUCHE:\nLe Christ aux outrages qui fut exposé pour la première fois à notre Salon d'art\nreligieux et tout dernièrement au Salon des Aquarellistes.\n   Il vient d'acquérir également pour le Musée une des plus belles et des plus\nartistiques œuvres de PHILIPPE WOLFERS, cet exquis coffret à bijoux : La\nParure qui fut exposé au dernier Salon du cercle Pour l'Art, où il fit l'admira-\ntion de tous les visiteurs, non moins que la superbe cheminée artistique, la\nFemme au Paon et toutes les autres œuvres de l'artiste.\n\n                                     ***\n   J o s e p h R y e l a n d t , notre collaborateur, vient de faire paraître une\nnouvelle œuvre musicale op. 39 : Purgatorium, oratorium soprana voce ckoroque\nconcinandum cum symphonia. Réduction, chant et piano par l'auteur, in-8°,\n5 francs. En vente chez l'éditeur Muraille, de Liége, et chez les principaux édi-\nteurs de musique du pays, où l'on peut se procurer aussi : Sainte-Cécile, drame\nmusical en trois actes, partition réduite pour chant et piano par l'auteur,\nin-8°, prix 15 francs.\n                                     ** *\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                                                  NOTULES                                                     igi\n\n\n    N e c r o l o g i e . — M. FRANÇOIS F O L I E , père de notre ami et collaborateur,\nF r a n z Ansel, ancien directeur de l'Observatoire royal d e Bruxelles, vient de\nmourir à L i é g e . C'était u n h o m m e des plus savants, d o u é d'une intelligence\nhaute et large, d'une rare distinction, d'un caractère foncièrement bon et\naffectueux. Il était très estimé d a n s le m o n d e scientifique. Il fut adoré des\nsiens et de ses a m i s , d a n s le cœur desquels son souvenir est impérissable.\n    L'Art Moderne d u 12 m a r s a n n o n c e en ces termes la triste nouvelle de la\nmort de la m è r e de son directeur : « N o t r e directeur M. Octave Maus\nvient d'être frappé d'un deuil d o u l o u r e u x par la m o r t inopinée de sa m è r e ,\ns u r v e n u e le 10 m a r s . M m e M a u s avait atteint, sans q u e sa santé p a r û t affaiblie,\nun âge auquel il est r a r e m e n t d o n n é de parvenir, e n conservant avec u n e\naussi précieuse vivacité, les dons d'esprit et d'activité, particulièrement\nt o u c h a n t s lorsque des cheveux blancs les auréolent. Ceux qui eurent la for-\ntune de l'approcher ont apprécié l'aménité de son accueil, la fraîcheur de sa\np e n s é e . U n accident cruel prive b r u s q u e m e n t Octave Maus d'une mère\nqu'il ne quitta jamais » et qu'il entoura, t o u t e sa vie — ajouterons-nous —\nd'une affection filiale vraiment t o u c h a n t e .\n     N o u s offrons à nos amis F r a n z Ansel et Octave Maus, ainsi q u ' à notre\n ami M. L é o p o l d W a l l n e r , qui vient d'avoir la douleur de perdre u n e s œ u r\n aimée, nos plus sincères, s y m p a t h i q u e s et affectueuses condoléances.\n\n                                                       ***\n     R e v u e s d ' A r t e t d e L i t t é r a t u r e . — Le Mercure de France. P a r i s ,\n26, rue d e C o n d é (abonnement : 20 f r a n c s ; étranger, 24 francs). — L'Ermi-\ntage. P a r i s , 19, rue J e a n - J a c q u e s - R o u s s e a u ( a b o n n e m e n t : 8 f r a n c s ; étranger,\n10 francs). — La Renaissance latine. P a r i s , 2 3 , rue Boissy-d'Anglas (abonne-\nm e n t : 20 francs; étranger, 24 francs). — L'Occident. P a r i s , rue E b l é (abonne-\nment : 10 francs; étranger, 12 francs). — L'Art flamand et hollandais, revue\nillustrée. E d i t e u r : B u s c h m a n n , à Anvers, 15, R h i j n p o o r t v e s t ; Bruxelles,\n16, rue d u Musée (abonnement : 16 francs; étranger, 20 francs;. — L'Art\nModerne. Bruxelles, 32, rue de l ' I n d u s t r i e ( a b o n n e m e n t : 10 francs; étranger,\n i3 francs). — Le Guide Musical. Bruxelles, 7, rue M o n t a g n e d e s - A v e u g l e s\n ( a b o n n e m e n t : 12 francs; étranger, 14 francs). — Le Thyrse. Bruxelles,\n 14, rue d e la F i l a t u r e ( a b o n n e m e n t : 5 francs; étranger, p o r t en sus). —\nLa Revue de Belgique. B r u x e l l e s , W e i s s e n b r u c h éditeur ( a b o n n e m e n t : 12 francs;\n étranger : 15 francs).\n                                                        **\n    Livres à l i r e . — La légende de saint François d'Assise écrite par trois de\nses compagnons, traduction, introduction et notes d'Arnold Goffin; prix : 3 fr. 50.\n— I Fioretti : Les petites Fleurs de la vie du petit pauvre de Jésus-Christ saint Fran-\nçois d'Assise, traduction avec i n t r o d u c t i o n et notes d'Arnold Goffin; p r i x :\n3 francs. — I Fioretti : Appendices. Considérations sur les stigmates de saint François\nd'Assise. Vie de frère Junipère. Vie et Doctrine de frire Egide, traduction avec\nnotes d ' A r n o l d Goffin; prix : 2 fr. 50. — L'Oblat, par J . - K . H u y s m a n s ; prix :\n 3 fr. 50. — Cherchons l'Hérétique, p a r J. Esquirol ; prix : 3 fr. 50. — Les Gens\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "192                                     DURENDAL\n\n\nde Tiest, par Georges Virrès; prix : 3 fr. 50. — La Rose et l'Epée, p a r Charles\nde S p r i m o n t ; épuisé. — Sur quelques Primitifs               de Sienne, p a r J u l e s\nD e s t r é e ; prix : 15 francs; Le Jardin clos, p a r P a u l M u s s c h e ; prix : 3 fr. 30.\n— La Solitude heureuse, par F e r n a n d Séverin; prix : 2 francs.\n   On p e u t se procurer ces livres en s'adressant à notre éditeur, M. Charles\nBulens, 75, rue T e r r e - N e u v e , à Bruxelles.\n\n                                             ***\n    A c c u s é d e r é c e p t i o n . — A. FRANCE : S u r la pierre blanche ( P a r i s ,\nC a l m a n n - L é v y ) . — M. GORKI : T h o m a s Gordeieff (ibid.). — A. S O R E L :\nL ' E u r o p e et la révolution française. H u i t i è m e partie : La coalition, les\ntraités de 1815 ( P a r i s , P l o n ) . — STÉPHANE : G r a n d ' m a m a n (ibid.). —\nCARDELINE : L e s destinées rivales (ibid.). — P . et V. MARGUERITE : L e\nprisme (ibid.). — H . MAISONNEUVE : E p r o u v é (ibid.). — E . DE VOGUE :\nMaxime Gorki (ibid.). — JACQUINET : Q u e l q u e s considérations sur notre\nt e m p s (Paris, P e r r i n ) . — E . BOURGES : La nef ( P a r i s , Stock). — J . BARBEY\nD'AUREVILLY : Romanciers d'hier et d'avant-hier ( P a r i s , L e m e r r e ) . —\nH . LICHTENBERGER : H e n r i H e i n e , penseur (Paris, Alcan).— R . SCHNEIDER :\nL ' O m b r i e (Paris, H a c h e t t e ) . — T . BENTZON : Le château de Bois-Vipère\n( P a r i s , H a t i e r ) . — F . VANDERLINDEN : Mon confrère Asmodée (Mons, E d . de\nLa Verveine).— H . D U N A N D : J e a n n e d'Arc ( P a r i s , Lethielleux).— G. DESMA-\nREZ : L'organisation du travail à Bruxelles au XVe siècle (Bruxelles, L a m e r t i n ) .\nE . GOSSART : L'établissement du régime espagnol d a n s les P a y s - B a s et l'in-\nsurrection (ibid.).— P . CLAUDEL : O d e : Les Muses ( P a r i s , Bibliothèque de\n('Occident). — F . PENNACCHI : F r a t e Elia d'Assisi (Assisi, T i p . Metastasio).\n— L . DE KERVAL : S' Antonii de P a d u a vitae duse (Paris, F i s c h b a c h e r ) . —\nL . DE LANZAC DE LABORIE : P a r i s sous N a p o l é o n . Consulat provisoire et\nconsulat à temps (Paris, P l o n ) . — J. PRAVIEUX : S é p a r o n s - n o u s (ibid.). —\nM. et J. NERVAT : Les rêves unis (Paris, Mercure de France).— H . BORDEAUX :\nL a petite mademoiselle ( P a r i s , F o n t e m o i n g ) . — H . LIEBRECHT : L'école\ndes valets (Bruxelles, éd. du Thyrse).— E . VERHAEREN : Les heures d'après-\nmidi (Bruxelles, D e m a n ) . — H . BORDEAUX : Deux méditations sur la mort\n(Paris, Sansot). — P H . L E B È G U E : L'âme du destin (ibid.). — H . H o u s -\nSAYE : 1815 ( P a r i s , P e r r i n ) . — H . ROUSSEAU : L e s fonts b a p t i s m a u x de\nLiége ( C o u r t - S a i n t - E t i e n n e , Chevalier). — A. GOFFIN : L a légende francis-\ncaine d a n s l'art primitif italien (Bruxelles, Schepens).\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "                                                                                        99, rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SMET ;                                                                           BRUXELLES\n\n                THE GRESHAM\n              (Compagnie d'assurances sur la vie)\n                                                               HEIilUHE D'ART & D'fljVIflTEaRS\n                      Fondée à. Londres 1 848\n                  Etablie en Belgique en 1 8 6 5\n                       Aclit : plus de BÏ7 millions\n                Sinistres payés en Belgique : 80 millions\n                                                               Paul Claesset)S\n                                                                  Relieur-doreur d« S.4. R. Mme la Comteue de Flandre\n                   PRIMES       M C N S U C l_l_K«\n                  Louis HETJVELMAN8, directeur\n            John H. SCOTT, sous-direct. delà SuccursuleBelge\n                                                                   24, rue de Berlalmont, Bruxelles\n               3 , place Royale, B R U X E L L E S\n\n\nFABRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                          médaille d'Or à l'Exposition, internationale de Bruxelles 1897\n\n                      BERVOET^WIELEMÀNS\n                                        FOURNISSEUR DE LA COUR\n          6, 8, 10,12, Rue du Midf ^                                           BRUXELLES\nUsine à vapeut», Lavoit» de laines : f(UE DES GOUJONS, 120\n                                      Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                         FABRIQUE      E T ATELIERS :\n                                 37, R u e d e 1% Charité - B R U X E L L E S\n                                                            TÉLÉPHONE 1 9 4 7\n                                   Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                 Spécialité d e tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                  la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                 RKNTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                        Vente et location de modèles pour la peinture\n                                  Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam. Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Chicago, etc.\n\n  PIANOS STEINWAY                                                                   & SONS\n                     NEW-YORK — LdNDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n   de Su^de et d'Italie, du Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     E x t r a i t de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway fli. Wagner). »« Le Stein-\nway est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfails, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance (A. llubinstein). » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu'ici (F Busoni). » «La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a JO ou i5 ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, la produit idéal du siècle Eug. d'Albert). » « Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu'un\néloge mtme paraîtrait ridicule (Sofia MenterV »\n  Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. Ml^CII, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "A p a r a î t r e à la L i b r a i r i e VROMANT\n\n                                                            3 francs en souscription\n                                                             3 fr. BO en librairie\n\n\n                      FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                          BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n                            DE QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n                              VERHAEEEN ET DEMOLDER\n                     P.    DE HAULLEV1LLE — GUIDO GEZELLE\n                          GEORGES RODEKBACH — MAX WALLER\n       EDMOND PICARD — GUILLAUME VERSPEYEN - H. CARTON DE WIART\n                                   ETC.,   ETC.\n\n\n\n On sooserit aux bureaux de la Revue : 22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n\n\n\n\n                                    ENCADREMENTS » » • » »              Pai solte de décès\n        N. LEMBREE                  D O R U R E ET       SCULP-\n                                    TURE SUR BOIS » » « » »            MQUlDATIOfl\n    17, AVENUE LOUISE, 17                                                      DE\n                                     ESTAMPE6 # » • # « * » # #\n           BRUXELLES\n                                     GRAVURES ANCIENNES               300 VOITURES\n                                                                      Vente à tonte\n   PaulVERDUSSEN                     • •««•»«••«««••*«•\n                                     N. B. — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                                          offre acceptable\n             SUCCESSEUR\n                                     SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT      71, rue Goffart\n                                     D'AUTHENTICITÉ                      1XBLLES\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                   12, IVIarché-au-Pots - BRUXELLES\n  Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles & vue : 1 1/2 p. e. sans commission\n     Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. e.\n                      Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n          Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n   LA RÉSERVE MUTUELLE                                      LE STANDARD\n                                                         Compagnie d'assurances sur la vie, tondée en 1825\n           de»         ÈTATS-VXMS\n                                                                     ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n              sur       la v i e\n                                                           P r i n c i p a u x avantages de la Compagnie\n                                                         i° Polices incontesta- 3° Tarif avantageux.\n                                                           bles après deux ans 4° Participation impor-\n                                                           de date.                   tantedesassurésdans\n                                                         a» Prêts sur polices         les bénéfices de la\n                                                           ayant trois ans de         Compagnie.\n                                                           date.                    5° Prêts hypothécaires.\n                                                            S'adresser pour renseignements et prospectus à la\n                                                                     DIRECTION           OtNtRALE\n                                                         28, PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                           Téléphone 949 — Adresse télégraphique : Standard-Bruxelles\n  ENCAISSEMENT ANNUEL . . . .        40 Millions\n  SINISTRES PAYÉS            .      250 Millions\n\n      Combinaisons très intéressantes                    CHADDEOUNERIE -DE LA GODB\n   DIRECTION 6ÉNÉMLE POUR LE CONTINENT DE L'EUROPE            37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n       8 , r u e H a l é - r y , P A R I S (9«)                        . TÉLÉPHONE 1 5 9 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  10, rue du Rouleau, B R U X E L L E S                   Batteries de cuisine. — Articles de ménage\n          On. demande dos Agents                                         ÉTAMAGE\n\n\nPreuves Nobiliaires de Belgique\n     52, rue Stévin, BRUXELLES\n                 Recherches de généalogies et d'ar-\n                  moiries en Belgique et à l'Etran-\n                  ger. — Attestations officielles de\n                  noblesse-, de filiations et d'armoi-\n                  ries.— Copiesofficielles de lettres\n                  de patentes de noblesse. —\n                                                               18, ]VIarehé-au«Bois, 18\n                  Inscriptions à la liste des nobles.\n                  — Insertions de généalogies dans\n                  des publications belges et étran-\n                  gères. — Rectifications d'actes\n                  de l'état civil et adjonctions des\n                  noms. — Correspondants en pro-\n                                                                        BRUXELLES\n                  vinceet à l'étranger —Armoiries\n                  et documents généalogiques sur\n                  plus de 100,000 familles nobles\n                   et patriciennes.\n   R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                                         Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       B\\ E S W A L\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L                     LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": " APPAREILS                           PHOTOGRAPHIQUES\n                                                   OiJECTIFS, JUMELLES\n                                                               JUMELLES A PRISMES\n                                                            P A P I E R S , PLAQUES\n                                                   PELLICULES      PHOTOGRAPHIQUES\n                                                   SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                              MICROSCOPES\n\n                                                       Grand choix de photographie!\n                                                          artistiques et décoratives\n\n\n\n                                                   ALBERT                HOFMANN,                                BRUXELLES\n                                                         Salle     d'exposition          '. rue de la      Régence,         57\n\n\n\n\n                                 Reniolleuis et restauraient de musées neiges el étrangers\n      J.       EXPERT\n                                                       MAISON FONDÉE EN 1867                                   P.      EXPERT\n                                 Rentollage, transposition, restauration et parquetage de tableaux\n      2-4,    RUE DE LIGNE               VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES                        24, me da BentlHiomme\n             Bruxelles                           ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                           Bruxelles\n\n\n\n\n           POUR VOS CIGARES FIflS                                                          Les Houes GaoutcQoutfies\n                        • dressex-vous à l e                                                 TAIxBOT\n                                                                                              inusables         l\\    inarrachables\n\n\n MAISON AMÉRICAINE                                                                                    EXIGER LA MARQUE\n\n\n                    DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                                       Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n\n       15      —    Avenue           Louise—            15\n                                                                             Maison SNYERS-RANG & Cla\n                   BRUXELLES                                          Fondé* en 1815                  —          Téléphona 1 3 8 9\n\nF.-S. -- Arrivages réguliers de cigares de la Havane                       2 7 ,      r u e d'Or, B R U X E L L E S\n\n\n\n\n                 J. GONTHÏER                   MAISON FONDÉE E N 1 8 5 0\n\n\n3 1 - 3 3 , rue de l'Empereur, Bruxelles. — Téléphone 3659\n\n      E n c a d r e m e n t s d'art « Miroiterie\n              Cadres pour      tableaux, aquarelles,          gravures        — Vitraux       riches      et    ordinaires\n\n\n\n\nAMEUBLEMENTS                                                                                LA       MAISON\n                                                                                                               DE\n                                                                                                                     N'A   PAS\n                                                                                                                     SUCCURSALE\n\n\n                          ENTREPRISE GÉNÉRALE DE VITRERIE\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles    BULBNS,            Editeur,   rue\nTerre-Neuve,            75,   Bruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1905-03", "signet_source": "Douzième année - N°3 - Mars 1905", "preuve": "Couverture conservée (PDF 162) : « Mars 1905. 12me Année. N° 3. » ; sommaire (PDF 164) : « 1905 — 12e Année. Sommaire du n° 3 (Mars) » ; Chronique artistique : expositions « en février 1905 » ; Gazette des Livres datée « Février » ; Notules : lettre de L’Art Moderne « du 12 mars » annonçant un décès du 10 mars ; Chanteurs de Saint-Boniface : concert annoncé pour le « vendredi 31 mars ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}