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Cette\n                          nouvelle station balnéaire n'a pas tarde à attirer\n                          l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n  ^ïïpSwT—T]             villégiature agréable, hjgienique.unissant le confort\n                         a la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                         Une chapelle est érigée ou le service religieux se fait\n                         régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                         gratuits ; le service de sauvetage est organisé et\n                         place sous la surveillance communale. Location de\n                         cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                         garages. Kursaal restaurant. Routes carrossables et\n                         cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n  Villas et Terrains     luxueuses installations de lawn-tennis, de jeux de            Villas et Cottages\n                         golf et de croquet, gymnase. Promenades à Anes.\n       A YETOR*          Tentes sur la plage. Communications faciles avec                      à\n                         tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par annuités        que d'Ostende à Westende do dix en dix minutes.                    LOUER\n                         Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                         villas et cottages. — Demander le prospectus détaillé.\n Ç4»&6\"U\\>\n                             Agence Immobilière pour la vente et location les villas\n                                                IWWHVWIMI^^A\n\n\n                                  HALLES WESTENDAISES\n                         comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                         cles d'alimentation, de nécessité et articles de luxe.\n        ^idL           1     Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                            Le WESTEND' HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                           partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                          Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au com-\n                                                         mencement et à la fin des saisons, arran-\n           DIGUE DE MER                                   gements très avantageux pour les familles\n                                                             faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n                                        . f AT*               75 chambres parfaitement aménagées.\n     TÉLÉPHONE N» 4 1                                            Vie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                   Chambres spacieuses. Ameuble-\n Réseau du                                                               ment moderne esthétique et\nlittoral par                                                              confortable. Balcons et ter-\n                                                                           rasses. Salle de musique.\n Nieuport.                                                                  Salle de billard. Salle de\n                                                                              récréation pour les en-\n                                                                                       fants. S a l o n s\n                                                                                 'S I de lecture et de\n                                                                                       correspondan-\n                                                                                       ce Cuisine soi-\n                                                                                       gnée. Caves\n                                                                                        recomman-\n                                                                                       dées.\n                                                                                    Service postal et\n    Appartements avec salon. — Service d'omnibus        l'Hôtel au vicinal. —\ntélégraphique réguliers. — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux\nétrangers voisins. — Hôtellerie LE LEKKERBKEK ouverte toute l'année.\n                                   | A BRUXELLES, 5 3 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 3 6 ) .\nPour renseignements s'adresser ' A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Téléphone\n                                   (  3 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-203", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL KKVUK", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 240, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "DURENDAL\n          KKVUK C A T I I Q L I Q U E D ' A R T E T D E U T T É K A T U K K\n\n\n                                        1905 — ii« Année\n\n\n\n                        Sommaire du n° 4 (Avril)\n\n L ' a b b é H E N R Y M Œ L L E R . — Constantin           Meunier                                    193\n JEAN     R E R N A R D . — La plainte        du barde                                                  197\n G E O R E S R E N C Y . — Le petit       fleuriste                                                     igg\n ARNOLD GOFFIN.          — John         Ruskin                                                         208\n MARIE     D A U C T E T . — Poèmes                                                                     219\n G E O R G E S V I K K K S . — Firmin      Van den Bosch                                               221\n FRANZ ANSEL,        — Les      poèmes                                                                  225\n\n\n          L a Libre Esthétique :\nP . L . — Le Salon                                                                                     233\nD . L . — Les auditions           musicales                                                 ,      .   237\n\nE R N E S T CLOSSON. — Marlille             d'ALBERT D U P U I S           (Théâtre de\n                                la M o n n a i e )                                                 ,   239\n\n          Chronique musicale t\nG E O R G E S DE GOLESCO. — Troisième                 Concert     du       Conservatoire.\n                                    — Quatrième            Concert      Populaire          ( Le\n                                    S o n g e do G e r o n t i u s ( I ' E D W A K D E L -\n                                    GAR).             Cinquième        Concert            Ysaye.\n                                    — Concert           de,Greef-Pugno           au Cercle\n                                    Artistique.          — Quatrième                  Concert\n                                    Delune.       — Les Chanteurs                de       Saint-\n                                    Iionijace.         — Concerts        divers       .    .       .   242\n\nL ' a b b é H E N R Y M Œ L L E R . — La médaille           jubilaire                                  247\nF I R M I N V A N DEN B O S C H . — Billets           d'auteurs                                ,   ,   248\nNotules                                                                                                253\nIllustrations     : C o n s t a n t i n M e u n i e r ( B u s t e d e VICTOR ROU&SEAU).\n                   Le Semeur       (CONSTANTIN             MEUNIER).\n                   Fête aux Invalides {HENRI                    EVENEPOELI.\n                   Médailles jubilaires.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-204", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 241, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 359, "texte": "DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     A B O N N E M l - N T : 1 0 francs pai a n ; ETRANGKR : 1 2 flancs (poit conipiis)\n         (pour l'abonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand Cerf, 23, à llruaclles)\n                                       P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-205", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les collaborateurs sont seuls", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 241, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 359, "fin_caractere_exclue": 3399, "texte": "Comité de rédaction de DuRENDAL\n                              MM.         HENRY      CARTON      DE W I A R T .\n                                          L'abbé H E N R Y       MŒLLER.\n                                          F I R M I N VAN DEN BOSCH.\n\n                       Secrétaire de la Rédaction .- GEORGES V I R R È S\n                                    Correspondant Jit la rédaction à Paris :\n                    M. H E N R I MAZEL, avenue Niel, 32, Paris.\n\n                PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ A N S E L .                                            ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAEKT.                                             JOSK H E N N E B I C Q .\n      EDGAR BONEHII.L.                                             L'abbé H . H O O R N A E R I .\n      HENRY BORDEAUX.                                             J . - K . HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                            JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                               EDMOND JOLY.\n      GEORGES B R I G O D E .                                     VICTOR K I N O N .\n      H É L È N E CANIVET.                                        GODEFROID K U R T H\n      MARIE CLOSSET.                                              L . DE LA LAURENCIE.\n      L'abbé A U G . C U P P E N S .                               L'abbé L . L E CARDONNEI .\n      L ' a b b é P A U L CUYLITS.                                GEORGES L E CARDONNEL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                                     S É B . - C H . LECONTE.\n      L e b a r o n J O S É DE COPPIN.                            GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                         CHARLES MARTENS\n      GEORGUS DEI.AUNOY.                                          PAUL MUSSCHE.\n      La comtesse E D DE LIEDI-KHRKE.                              EDOUARD N E D .\n       Le baron G. DELLA F A I L L E .                            MAURICE OI.IVAINT.\n      E U G È N E DEMOI.DER.                                      ERNEST PÉRIER.\n      Dom BRUNO D E S T R É E .                                   G E O R G E S RAMAEKERS.\n      JULES DESTREE.                                              GEORGES RENCY.\n      Vicomte D ' H E N N E Z E L                                 BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ                                              J O S E P H RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                           FERNAND SÉVERIN.\n      J . ESQUIROL.                                               HENRY V A E S .\n      E M I L E FERMAUD,                                          ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT F I E R E N S .                                     CHARLES VAN LERBERGHE.\n      H . FIÉREN'S-GEVÀER'T.                                      EMILE VERHAEREN.\n      IWAN GILKIN.                                                 L'abbé F R . V E R H E L S T .\n                                                                   LÉOPOLD WALLNER.etC, etc.\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-206", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les collaborateurs sont seuls", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 241, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3399, "fin_caractere_exclue": 3755, "texte": "Les collaborateurs sont seuls responsables d e leurs articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL           de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les dmnandes d'abonueincuts, s'adresser au\nsiègo de la Revue, 2 2 , r u e du Orand-Cerf; pour la publicité, 2 6 , r u e Faider, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-001", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 196, "titre_corps": "Constantin Meunier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Constantin Meunier Dis la personne de Constantin Meunier", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 244, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2050, "texte": "Constantin Meunier\n\n                     Dis la personne de Constantin Meunier, la Bel-\n                      gique vient de perdre un des plus illustres de\n                      ses enfants, notre école de sculpture son Maître\n                      et son Roi, l'art contemporain u n des plus\n                      glorieux génies de notre t e m p s . E n art, Meunier\n                      n'a q u ' u n égal, Rodin. Personne n'est son\n                      supérieur. I1 fut le plus puissant de nos\n                      sculpteurs, parce qu'il fut de tous le plus\noriginal et le plus personnel.\n   Ce qui a fait la force de Meunier, c'est qu'il a d e m a n d é son\ninspiration à la vie même, c'est qu'il a étudié l'humanité dans\nson évolution actuelle et sur le vif, c'est qu'il a observé les\nhommes qui vivaient à ses côtés, dans leurs mouvements à la\nfois les plus naturels et les plus essentiels.\n    Il n'eut q u ' u n modèle, l'être h u m a i n , non pas celui qui pose\ndans l'atelier, mais celui qui marche, celui qui vit en plein air,\ncelui qui fait jouer tous ses muscles et fait vibrer tous ses nerfs.\nIl a regardé et scruté sur place l'humanité au travail, il a saisi\ndirectement et sur le fait son geste, il s'est rempli les yeux de\nla vision de ses mouvements, de ses attitudes, de ses efforts et\nde la tension de tous ses m e m b r e s .\n    Meunier a compris, avant tout autre, le premier, tout seul,\n le parti que l'artiste pouvait tirer de la contemplation du monde\ndes travailleurs et a eu d'instinct l'intuition de la beauté qu'il\n\n\n  (1) Nous engageons vivement nos lecteurs, qui désireraient conserver un souvenir\nde Constantin Meunier, d'acheter l'album : L'œuvre de Constantin Meunier, publié par\nla maison Buschmann, d'Anvers. Elle contient une intéressante étude de M. Vermeylen\net, outre le superbe portrait qui orne la couverture, elle donne quatorze magnifiques\nplanches reproduites d'après les œuvres de l'artiste. En vente à la librairie Van Oest,\nrue du Musée, 16, à Bruxelles, au prix de fr. 3.50.\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "194                           DURENDAL\n\n\ny avait à en dégager. Aussitôt qu'il fut frappé de cette idée\nvitale et maîtresse, il étudia l'ouvrier à l'œuvre, il le suivit sur\nle chantier, il descendit avec lui dans la mine, il l'accompagna\naux champs, il pénétra dans son usine. Il n'eut désormais plus\nq u ' u n idéal en vue, celui de représenter le monde du travail\ndans tous les détails de son activité fébrile, dans la plénitude\nde sa force et dans l'épanouissement de son geste multiple.\n   C'est précisément ce qui fait la splendeur du gigantesque\nM o n u m e n t au Travail qui devait être le couronnement de toute\nla carrière de Meunier, et ce qui le met tellement au-dessus de\nla banalité coutumière et lui donne une place tellement à part,\nsi spéciale, si bellement originale au milieu de tant de monu-\nments contemporains dont la vue finit par nous lasser. D a n s la\nplupart de ceux-ci, les personnages sont figés dans une attitude\nde convention. Ils sont artificiels. Ils posent absolument comme\nle modèle a posé avant eux et pour eux à l'atelier. Ils m a n q u e n t\nde vie. Ce sont des m a n n e q u i n s , modelés avec élégance peut-être\net parfois même avec une certaine maîtrise, mais sans â m e .\n    Chez Meunier, tout vibre, tout est vie, tout est âme, tout est\nmouvement. Vous voyez son ouvrier lutter contre les éléments,\nvous le voyez terrasser la matière, vous le voyez ployer, puis se\nredresser sous l'effort, vous le voyez triompher de l'obstacle.\n    Mais Meunier a porté son art plus haut encore. Il ne s'est pas\ncontenté de jeter un regard superficiel autour de lui. Il ne s'est\npas arrêté à l'écorce des choses. Son œil perçant a pénétré jusque\ndans l'intime de la vie de l'ouvrier, et alors le travail lui a apparu\ndans toute sa noblesse. Sous sa main d'artiste, l'ouvrier n'est plus\nun être banal et quelconque, ni un être brutal et vulgaire, c'est\n un héros, au même titre que les héros antiques. Sur lui reposent\n les destinées de l'humanité qui, en somme, vit de son effort.\n    D e là que ses figures d'ouvriers ont une envergure inouïe.\n Meunier leur a inoculé, en quelque sorte, la conscience de\n leur dignité, la conviction de l'importance de la fonction qu'ils\n remplissent, le sentiment de leur utilité sociale et du service\n immense qu'ils rendent à l'humanité, qui pivote sur le travail.\n De là encore cette sérénité incomparable qui auréole le front\n criblé de rides et perlé de sueur de ses travailleurs et qui est la\n note caractéristique et dominante de tous les traits si tour-\n mentés pourtant par la lutte pour l'existence de leur physio-\n nomie.\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "                      CONSTANTIN    MEUNIER                     195\n\n\n   Les ouvriers de Meunier ont une si grande allure, une allure\nqu'on ne retrouve que dans les marbres antiques. Leur port\nest majestueux. Ils gardent toute leur fierté au sein du travail\nle plus déprimant et le plus avilissant.\n   Meunier a vraiment, par le prestige de son art, relevé\nl'ouvrier à ses propres yeux et aux yeux du monde en faisant\nressortir sa haute dignité, la beauté de son geste et la grandeur\nde sa mission.\n    Pour comprendre tout à fait l'art de Meunier, il faut avoir\nconnu l'homme. Ce fut un être d'une bonté souveraine et uni-\nverselle. La candeur foncière de cette âme d'élite que l'égoïsme\nmoderne n'avait point touchée, lui avait infusé une immense\ncompassion pour cet être de douleurs, de privations et de\nrésignation qu'est l'ouvrier qui ne parvient à gagner sa misé-\nrable vie qu'au prix du plus rude des labeurs. C'est grâce à\ncette pitié profondément sentie que Meunier éprouvait pour\nle travailleur, qu'il pénétra si bien le fond de sa nature, qu'il\nsut exprimer d'une façon si vivace les sentiments héroïques des\n martyrs du travail et qu'il parvint à représenter d'une façon\nsi poignante la tragédie douloureuse et pitoyable de la vie\nouvrière. Tout son art est imprégné de commisération, de\n sympathie et d'amour.\n    Constantin Meunier, ainsi que nous l'écrivions précédem-\n ment, a été dans toute la force du terme un créateur. Il a vrai-\n ment créé le type idéal de l'ouvrier moderne. Il a idéalisé\n celui-ci, mais sans rien lui enlever de sa réalité ni de sa vie.\n Ce type est définitif et il est son œuvre. Il est sorti tout entier\n et tout d'une pièce de son cerveau. La tradition ne lui en a pas\n fourni le modèle. Aucun précurseur ne l'a précédé dans cette\n voie. Meunier n'a pas d'ancêtre dans son art. La découverte\n qu'il a faite de la beauté et de la grandeur du travail a consacré\n définitivement sa réputation d'artiste absolument personnel et\n d'une originalité sans antécédent.\n    Mais voici que l'inexorable mort a paralysé le cerveau génial\n du maître incomparable arrivé au sommet de la gloire. Elle a\n brisé sa main pour toujours et en a fait tomber l'outil créateur\n en pleine fièvre de travail et alors qu'il était encore plein de\n vaillance et de ferveur.\n    Il appartient maintenant à la nation de rendre à ce grand\n mort l'honneur que tout pays doit aux hommes de génie qui\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "196                         DURENDAL\n\n\nl'ont glorifié par leurs œuvres, en élevant à leur mémoire un\nmonument commémoratif qui fasse passer leurs noms à la\npostérité. U n seul monument serait digne de Meunier : celui du\nTravail qui est l'incarnation vivante de la personnalité de\nl'artiste. L e s maquettes des bas-reliefs et des figures sont ter-\nminées. Il est du devoir de l ' E t a t belge d'en faire réaliser\nl'exécution définitive pour éterniser à jamais le nom de celui\nqui fut le plus grand sculpteur de la Belgique et l'un des plus\npuissants artistes du siècle. E t nous espérons bien, pour\nl'honneur de notre pays et pour la gloire de Meunier, qu'on\nn'enterrera pas son admirable Monument au Travail dans ces\ncimetières de l'art que sont les musées, mais qu'on l'érigera\nfièrement au soleil sur une des places publiques de la capitale,\nainsi que le voulait l'artiste lui-même.\n\n                                              HENRY   MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-002", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 197, "page_fin": 198, "titre_corps": "La plainte du barde", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Bernard", "ancre_debut": "La Plainte du Barde A Monsieur l'abbé Henry Moeller", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 250, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "La Plainte du Barde\n                         A Monsieur l'abbé Henry   Moeller,\n                          en témoignage  de  reconnaissance.\n\nDu sang      flamand\ncircule dans mes veines et se mêle\nau sang latin de mes ancêtres.\nDes rêves de gloire         sommeillent\net des rêves de meurtre, au plus intime de mon     être.\nPar     instants,\nsurgissent des fantômes de villes brûlées\net mes yeux       reflètent\nla lueur sanglante des incendies.\nDans ma tête,\nstrident d'aigus       buccins\net des tocsins\nsonnent l'horreur splendide des conquêtes!\net je vois s'éclairer des faces affolées,\naux reflets de torches brandies !\n\n J'avais pensé, barde du Nord,\n barde aux rousses moustaches      tombantes,\nj'avais pensé faire revivre\n ce qui est mort\n et réveiller tout ce qui dort,\n aux durs accents de mes rythmes de cuivre!\n Car je voulais savoir si vous pouviez encore\n sentir votre cœur battre,\n comme battait celui des premiers     hommes.\n Mais, bétail fatigué par les ans,\n vous n'avez plus      maintenant\n le repos puissant des bêtes de somme,\n mais le sommeil paisible\n des bêtes domestiques près de l'âtre.\n\nJe suis venu féroce et vous m'avez cru fou.\nJ'ai parlé de ma voix haute et rauque;\nmais vous vous êtes détournés...\net j'ai pleuré\nde me voir seul contre vous tous.\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 967, "texte": "198                             DURENDAL\n\n\n\n            Puis j'ai douté,\n            hélas! j'ai douté de moi-même :\n            car je sentais\n            mon sang latin couler plus calme dans mes     veines.\n\n        Peu à peu, j'oubliai mes sauvages      cadences\n        et je compris alors la sereine   puissance\n        et le rythme toujours égal de vos poèmes,\n        qui se traînent, pareils à des reines lassées.\n\n        Ce fut en moi ainsi qu'un charme nostalgique        :\n        un vague souvenir de rêves oubliés;\n        tels les sons imprécis de lointaines musiques.\n\n        Pauvre barbare ridicule ! je pleurais\n        dès lors de me sentir méconnu de vous autres\n        et d'avoir cru pouvoir commander à des maîtres.\n\n        Mais je pleurais surtout de penser que, peut-être,\n        mes vers n'auraient jamais la beauté qu'ont les vôtres?\n\n                                                          JEAN BERNARD.\n Valence,    octobre   1904-\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-003", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 199, "page_fin": 207, "titre_corps": "Le petit fleuriste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "Le Petit Fleuriste LA boutique s'ouvrait dans un passage", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 252, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "Le Petit Fleuriste\n              LA boutique s'ouvrait dans un passage où voisinent\n                  des marchands de vieux livres et de fleurs.\n                     Ce passage relie deux rues bruyantes, pleines\n                  de foule, de voitures et de tramways. Mais,\n                  brusquement, quand on entre sous ses voûtes,\n                  c'est un silence, une paix profonde, la sensation\n                  qu'on se trouve dans un petit monde à part, où\n                  ne pénètre pas la vie de la cité. En été, des nappes\n de soleil, tombant du plafond vitré, incendient les étalages de\n livres jaunes et les gradins chargés de fleurs. Devant chaque\n porte, les marchands et les marchandes, sur une chaise basse\nqui les force à s'accroupir, feuillettent nonchalamment un livre\nà gravures, ou, de leurs doigts rapides, roulent des bouquets\n dans du papier blanc. Parfois, un promeneur se traîne le long\ndes étalages, une dame vient acheter une botte de roses. On\n n'entend que le bourdonnement des mouches sous les vitres\nchaudes, un bruit de talons se mourant au loin sur les dalles.\n En hiver, tous les vents de la ville se rencontrent en cet endroit.\nLe froid en chasse les clients. Et les étalages, mornes, demeu-\nrent solitaires dans une lumière humide de caveau.\n    La boutique s'ouvrait là, depuis trente ans, entre deux bou-\ntiques toutes pareilles, et l'on voyait, derrière les carreaux ternis\nde la vitrine, un comptoir encombré de vases où se penchaient\ndes fleurs coupées. A l'étalage, des palmiers nains épanouis-\nsaient leur verdure froide. Quelques géraniums piquaient çà et\nlà leur note écarlate. Et, toujours, de petits bouquets de\nviolettes poussaient timidement entre les pots leurs têtes\nchiffonnées.\n   Dans le passage, on disait communément de cette boutique :\nchez Petit-Louis. Un grêle bonhomme, pas plus haut que cela,\nce petit Louis, avec une grosse tète entre de maigres épaules,\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "200                            DURENDAL\n\n\nun gros nez rouge, de gros yeux sans couleur, une allure dou-\nçâtre et caressante. Il portait sans cesse une casquette de soie\nnoire enfoncée sur les oreilles et un tablier de toile bleue qui\nl'enveloppait tout entier. Il se tenait au seuil de sa b o u t i q u e et,\nd'une voix sucrée, appelait les passants. Ses deux voisins ne\nsavaient pas comment il s'y prenait, mais le fait était bien\nconstaté : s'il ne se vendait dans tout le passage qu'un bouquet\nsur la journée, c'était toujours chez P e t i t - L o u i s qu'on l'avait\nacheté. Connaissait-il son métier mieux que les autres? Peut-\nêtre, quoique le secret de sa réussite consistât plutôt dans le\nsourire irrésistible qu'il dispensait à tout venant et qui lui\nconciliait la s y m p a t h i e de la clientèle. Il s'occupait seul de la\nvente, et sa femme demeurait assise, tout le jour, derrière le\ncomptoir, où sa pauvre petite figure de vieille languissait\ncomme une fleur fanée, parmi les arrivages frais de roses du\nBengale et de lys du J a p o n .\n    Ayant perdu j a d i s une belle j e u n e fille de seize ans, morte\nsans doute d'avoir respiré trop de fleurs, ils gardaient en eux la\ndouleur de cette perte et ne fréquentaient pas leurs voisins. Ils\nn'allaient pas, de porte en porte, comme les autres, pour se\nconfier de petites médisances. L e u r courage tranquille, leur\nréserve, le succès de leurs affaires leur avaient valu la haine et\nla jalousie de tout le passage. On colportait sur eux, sans qu'ils\ns'en doutassent, les bruits les plus faux. A en croire leurs voi-\nsins i m m é d i a t s , Petit-Louis battait sa femme : on entendait\ncelle-ci pousser des cris et des gémissements d u r a n t toute la\nnuit. C'était un sournois, d'ailleurs, un petit vieux plein de\nvices. Où allait-il, quand par hasard il sortait du passage?\nAcheter des fleurs, disait-il. Allons, d o n c ! Son hypocrisie ne\ntrompait personne. Il allait assouvir ses sales passions. Voilà\npourquoi, alors qu'il aurait dû être retiré depuis l o n g t e m p s , il\nse montrait encore si âpre au gain. Un gaillard dangereux, en\ns o m m e ! Et bien que chacun le saluât q u a n d il passait, de longs\nregards haineux suivaient sa maigre petite personne, entre les\néchoppes, avec sa grosse tête penchée en arrière, ses épaules\nétroites et rêches de polichinelle et ses vieilles mains b o u d i -\nnées, énormes, toutes rouges, qui tombaient comme des battoirs\nle long de son tablier bleu.\n\n                                   ***\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": "                      LE PETIT   FLEURISTE                    201\n\n\n\n   Un matin d'hiver, une nouvelle étrange courut le long des\nboutiques dans le passage. Le vent du nord l'avait prise à\nl'entrée sur ses ailes et portée avec lui de porte en porte.\n M me Petit-Louis était morte subitement pendant la nuit. La\nvoisine de Petit-Louis, Mme Paul, fleuriste de mère en fille\ndepuis un demi-siècle, toute recroquevillée dans son vieux\nchâle, avec des mèches grises qui s'échappaient de son maigre\nchignon et une goutte pendant au bout de son nez pointu,\nquitta de bonne heure son échoppe et s'en alla frapper chez les\nautres voisins, le ménage Mouche, qui vendait de vieux livres\net des médailles. M. Mouche, vêtu seulement d'une culotte et\nd'un tricot, lui ouvrit aussitôt. On aurait dit que, s'attendant à\ncette visite, il se tenait en permanence derrière la porte. Tout\nde suite, d'ailleurs, M me Mouche, une grosse commère aux\npetits yeux en vrille dans un visage mafflu, se montra en haut\nde l'escalier des sous-sol. Tous trois se regardèrent un instant\nsans parler, espérant que l'un ou l'autre prononcerait les pre-\nmiers mots compromettants. Mais nul ne se décidant, tous les\ntrois ensemble poussèrent un grand soupir.\n   « Vous savez déjà la chose? » murmura M me Paul d'un air\ndésolé, en hochant sa tête de squelette, ce qui fit tomber la\ngoutte de son nez dans les plis de son châle crasseux. Le ménage\nMouche, d'un signe, en levant les yeux au ciel, indiqua qu'il la\nsavait.\n   « C'est affreux, n'est-ce pas? continua la voisine. Pauvre\nfemme ! »\n   Le ménage Mouche poussa un second soupir qui prouvait\nson bon cœur, mais ni l'homme, ni la femme ne répondirent\nrien.\n   « C'est égal, poursuivit Mme Paul d'une voix un peu hési-\ntante, voilà une mort qui fera jaser bien des gens...\n   — Bah! dit Mme Mouche d'un air étonné, croyez-vous? L a\npauvre femme a eu assez de chagrin dans sa vie : on mourrait\nà moins...\n   — Sans doute, sans doute! répliqua vivement Mme Paul.\nChacun sait qu'elle a été plus malheureuse que les pierres avec\nson mari. C'est terrible, savez-vous, d'avoir un homme qui vous\nenferme dans votre boutique et ne vous laisse même pas parler\naux clients! Et puis, sa fille qu'elle n'avait jamais oubliée...\nVous vous rappelez, cette belle jeune fille qui s'est mise tout\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": " 202                          DURENDAL\n\n\n\n d'un coup à dépérir... Dieu sait de quoi elle est morte aussi,\n celle-là!...\n    — Il me semble, dit M. Mouche en paraissant fouiller dans\n ses souvenirs, qu'on a parlé dans le temps de mauvais traite-\n ments qu'elle aurait eu à subir de la part de son père...\n    — S'il n'y avait eu que cela! s'écria M m e P a u l en levant les\n mains avec horreur. Si ceux qui savent pouvaient parler! Il s'en\n passe de drôles dans les familles, le j o u r d'aujourd'hui!...\n    — Oui, convint M. Mouche, ce Petit-Louis a une bien mau-\n vaise r é p u t a t i o n . . .\n    — C'est pour ça, ajouta M m e P a u l , que la mort de sa femme\n fera du bruit d a n s le monde ! »\n    E t d'un geste circulaire, elle montra toutes les boutiques du\n passage, leur monde, à ces gens-là.\n    \" Est-ce que vous voulez dire, peut-être, interrogea M m e Mou-\n che, que cette mort n'est pas naturelle?\n    — Mon Dieu, m a d a m e , répondit M me P a u l en pinçant les\n lèvres, moi je ne dis rien. J e vous donne mon impression sans\naccuser personne. Nous avons tous vu hier M m e P e t i t - L o u i s\nderrière son comptoir. Aujourd'hui, elle n'y est plus, et l'on\nnous apprend qu'elle est morte. Remarquez qu'on ne nous dit\npas de quoi : elle est morte, voilà t o u t . Est-ce que c'est c o m m e\nça qu'on meurt, dans votre famille, m a d a m e Mouche?\n   — Grâce à Dieu, non! répondit la grosse commère. P a p a et\nm a m a n nous ont même assez coûté, avant de fermer les yeux,\nen frais de remèdes et de médecins !\n   — Vous voyez bien, dit l'autre. Qu'est-ce que vous trouveriez\nd'étonnant à ce que Petit-Louis, avec ses vices, ait eu l'idée de\nse débarrasser de sa femme? Il lui en fallait probablement une\nplus j e u n e ! Ce ne serait pas la première fois qu'on verrait des\nchoses pareilles...\n   — Vous allez peut-être un peu loin», objecta M. Mouche, avec\nun petit geste hésitant des deux mains. Mais sa femme approu-\nvait complètement l'argumentation de la voisine. Ainsi, pour le\nmoment, elle lisait dans son journal un feuilleton où un h o m m e\nempoisonnait sa femme. Des crimes de ce genre, on ne voit\nplus que cela, maintenant. L a seule chose malheureuse, c'est\nqu'on ne puisse pas toujours pincer les assassins et les brûler\nvifs sur la place p u b l i q u e ! Au moins, cela ferait réfléchir les\nautres! E t M me Mouche secouant ses grosses joues, faisait\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "                       LE PETIT   FLEURISTE                      203\n\n\nrouler ses petits yeux d'un air furieux. M me Paul se pencha\nplus fort et assourdit encore sa voix :\n   « Si on ne les pince pas plus souvent les assassins, dit-elle,\nc'est que les gens sont lâches et n'osent pas les dénoncer. Est-ce\nque ce n'est pas un devoir de prévenir la justice quand on a des\nsoupçons sur quelqu'un? Ainsi, par exemple, je ne sais pas\nencore au juste ce qu'il faut penser de la mort de notre pauvre\nvoisine; mais, en attendant, ne serait-il pas prudent d'écrire au\ncommissaire? »\n   Le ménage Mouche, un peu effrayé, ne répondit à cette\ninvite directe que par des hochements de tête dubitatifs.\nMme Paul se hâta d'ajouter :\n   « Ce que je vous en dis, c'est entre nous. On parle, on\ns'explique, on s'éclaire l'un l'autre. Rien ne brûle, d'ailleurs.\nN'empêche que si quelqu'un avait la bonne idée d'écrire à la\njustice, on en découvrirait de fortes, peut-être, chez Petit-Louis,\net le passage serait débarrassé d'un gaillard qui ne lui fait pas\nhonneur!\n   — Là-dessus nous sommes d'accord, approuvèrent les\nMouche. Pour un vilain coco, c'est un vilain coco!...\n   — Eh bien, nous reparlerons de tout cela tantôt, dit\n   me\n M Paul en sortant. Pensez à ce que je vous ai dit. C'est une\nbelle occasion! »\n   Et elle s'en fut plus loin semer la graine du soupçon, tandis\nque le ménage Mouche, une fois la porte refermée, souriait\nd'un mauvais sourire, en se frottant doucement les mains.\n\n\n\n   Pendant ce temps-là, dans l'arrière-boutique où se trouvait\nleur lit, Petit-Louis veillait le corps de sa femme. Il était là,\naffalé sur une chaise, avec son tablier bleu et sa casquette noire,\nles mains sur les genoux, une expression d'hébétude dans ses\ngros yeux pâles. Qu'est-ce qui lui arrivait, là, maintenant? Hier\nelle s'était couchée comme d'habitude. Tout à coup, au milieu\nde la nuit, il entend soupirer, puis un cri. Il s'éveille. Elle était\naccroupie dans le lit, serrant son ventre à deux mains.\n   « Qu'est-ce que tu as, ma bonne? »\n   Ah! bien oui. Elle n'avait pas eu seulement le temps de\nrépondre! Sous ses yeux, brusquement, elle s'était tordue,\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "204                             DURENDAL\n\n\n tordue, comme un enfant qui a des convulsions, puis elle s'était\nétalée et n'avait plus bougé. Elle était morte, tout simplement.\n L e pauvre vieux court, en pleine nuit, chercher un médecin.\n Il sonne à vingt portes. Il en vient un, enfin, qui parle de\n miséréré foudroyant et s'en va aussitôt en soulevant son cha-\npeau. E t depuis ce moment, il est là, P e t i t - L o u i s , dans\nl'arrière-boutique toute noire, devant ce lit où joue la lumière\nj a u n e d'une bougie, tandis que par la porte ouverte se glisse\nl'odeur des violettes et des roses, avec la lueur triste de ce matin\nd'hiver et le bruit du passage qui s'éveille. Il écoute vaguement\n les volets qu'on enlève, les portes qui s'ouvrent, des glissements\nde paniers sur les dalles. Est-ce possible? C h a q u e matin tout\ncela recommencera donc, et celle qui est là ne se lèvera plus\njamais? Alors, quoi ! Il restera tout seul, lui ? Q u a n d il rentrera,\n il ne la verra plus, derrière son comptoir, avec son pauvre petit\nsourire souffrant, si doux? Les voisins ne l'aiment pas, il le\nsait bien : qui le consolera dans sa peine ? Déjà sa fille est au\ncimetière. Sa femme demain ira la rejoindre. Mais qu'est-ce\nqu'il reste taire ici, lui, tout seul, tout seul au m o n d e , comme\nun chien perdu? E t il se lève, avec de grands sanglots, se\nfrappe la poitrine, prend sa casquette, la jette contre le m u r .\nIl est comme fou. Il pleure, il boit ses larmes. Ses longs che-\nveux gris dépeignés lui couvrent le visage. Il a tout à fait l'air,\nle pauvre h o m m e , d'un gaillard qui a fait un mauvais coup.\n    E t c'est dans cet état-là qu'il sort pour faire les démarches\nobligatoires. M me P a u l n'a pas perdu son temps, depuis tantôt.\nElle est entrée dans toutes les boutiques et, derrière elle, les\nmarchands viennent à la porte pour attendre les événements.\nT o u t le passage est attentif. Q u a n d Petit-Louis, la marche\nhésitante, les yeux affolés, paraît, un long m u r m u r e court et\ng r a n d i t . Il éclate dès que le pauvre b o n h o m m e a gagné la rue :\n    « Avez-vous vu ?\n    — Quelle tête, h e i n !\n    — U n e tête d'assassin, ma chère!\n    — On voit bien qu'il n'est pas tranquille !\n    — C'est lui qui a fait le coup, c'est certain ! »\n    Mme Paul crie plus fort que les autres :\n    « E t un crime pareil resterait impuni ! »\n    Les innombrables romans lus pendant les longues heures où\n  on attend le client, alimentent les soupçons de chacun. Plus\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "                      LE PETIT   FLEURISTE                     205\n\n\nde doute : Petit-Louis est un grand criminel, un type comme\nil y en a dans tous les romans populaires. Il faut le démasquer !\nIl faut que quelqu'un soit le vengeur de la pauvre victime!\n   « Et pourquoi ne seraient-ce pas nous, les vengeurs? » se dit\nchaque ménage à part soi.\n   Bientôt, le passage a repris son aspect tranquille. Plus per-\nsonne sur les portes Les marchands sont fort occupés chez\neux, sans doute. Au moment où Petit-Louis rentre chez lui,\nnul ne semble plus épier ses allures. Il en profite pour pleurer\ntout à son aise, dès qu'il a mis le pied sous les voûtes de verre :\net sa plainte se traîne, misérable et haletante, le long des bou-\ntiques fermées et hostiles.\n   Cependant, Mme Paul a obtenu un succès inespéré. Devant\nle tas de lettres anonymes qui ne cessent de lui arriver et qui,\ntoutes, accusent nettement Petit-Louis d'avoir empoisonné sa\nfemme, le commissaire se décide à prendre les mesures d'usage.\nIl obtient du Parquet l'autorisation de faire enlever le cadavre\npour qu'il soit procédé aussitôt à son autopsie. La voiture\nfunèbre s'arrête, à la tombée du jour, devant l'entrée du passage\net un petit groupe d'hommes noirs s'avance vers la maison\nmortuaire. C'est Petit-Louis lui-même qui vient leur ouvrir.\nLe commissaire est là en personne. Il explique au bonhomme\nde quoi il s'agit. Le veuf ne comprend pas très bien : on doit\nlui répéter la chose. Et, comme il demeure là, tout tremblant,\nà barrer la porte, on le pousse de côté et on pénètre chez lui.\nOh! ça ne traîne pas : les hommes de l'hôpital ont l'habitude.\nLe pauvre petit cadavre est emballé en moins de rien dans un\ncercueil provisoire que les porteurs enlèvent comme une plume.\nMaintenant, le passage est plein de nuit, avec quelques flammes\nde gaz qui oscillent au vent. Les voisins sont massés, silen-\ncieux, à l'entrée. Le pas rythmé des porteurs sonne sur les\ndalles. Petit-Louis suit machinalement le cortège. Il a toujours\nsa casquette et son tablier. Ses gros yeux pâles ne quittent pas\nle pauvre cercueil de sapin. Et quand la voiture s'éloigne, il\ncourt derrière, comme un fou, en poussant de petits sanglots,\ntrès drôles, qui font sourire les passants.\n\n                               ** *\n\n  A l'hôpital, on ne voulut pas le laisser entier.\n  « Vous aurez des nouvelles demain! » lui cria le portier que\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "206                           DURENDAL\n\n\nses sollicitations importunaient. D e m a i n ! Qu'allait-il faire\njusqu'à demain? L o n g t e m p s il se promena de long en large\ndans la rue. L a nuit était complète. Les passants se faisaient\nrares. L e froid sortait des pierres et tombait du ciel noir. U n e\ndétresse infinie s'empara de lui. Quel changement d e p u i s la\nveille! Hier, à pareille heure, il était dans sa boutique et lisait\nle journal qu'on venait de glisser sous la porte. Il fumait sa\npipe dans la bonne chaleur du poêle tout rouge. L a l a m p e le\nbaignait de sa lueur paisible. E t , à côté, il entendait sa vieille\nqui préparait le lit. Qu'était-il donc arrivé? Cette mort sou-\ndaine, cette longue journée de douleur, et puis, ces h o m m e s\nqui l'avaient prise et conduite ici, dans cette sinistre maison!\nPeu à peu, les paroles du commissaire s'éclairaient en lui. On\nl'accusait, et de quoi, Seigneur ! D'avoir empoisonné celle qui\nétait sa seule joie sur terre! L'idée lui parut comique. Il poussa\nun éclat de rire qui s'acheva dans un grand sanglot. Alors, il\nt o m b a sur la marche d'un seuil et demeura là, la tête entre les\npoings, dans un désespoir farouche. Plus tard, il se leva et se\nmit à marcher au hasard. Il passa par des rues qu'il ne con-\nnaissait pas, et tout à coup se trouva au canal. L'eau clapotait\ndoucement contre les chalands au repos. Il la regarda longue-\nment, a p p u y é à la pierre d'un pont. Il s'en alla pourtant, comme\nà regret, et reprit sa marche vagabonde. Vers l'aube, il était à\nl'autre bout de la ville, dans un bois, où ses yeux semblaient\nchercher, en l'air, quelque chose parmi les branches. L a cloche\nd'une église le tira soudain de sa rêverie. C'était donc le matin !\nIl prit sa course et arriva tout haletant devant l'hôpital au\nmoment où l'on ouvrait les portes.\n    « C'est vous, déjà! dit le portier qui le reconnut. Vous venez\npour l'autopsie? Vous pouvez reprendre le cadavre : on n'a rien\ntrouvé. »\n    Il dut attendre, dans la loge, que les formalités fussent rem-\nplies. Enfin, la même voiture que la veille s'avança et des\nhommes y poussèrent un cercueil. Cette fois, c'était un cercueil\ndéfinitif, d û m e n t vissé et scellé, où reposaient les débris de celle\nqu'il avait tant aimée. Il faisait grand jour q u a n d la pauvre\nmorte rentra chez elle. L e passage tout entier était d e b o u t . L e\ncortège défila entre deux rangs de visages inquiets et désap-\npointés. Mauvaise affaire! On n'avait rien trouvé de suspect.\nL e misérable, sans doute, avait choisi un poison qui ne laisse\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "                       LE PETIT FLEURISTE                     207\n\n\npas de traces. S'il s'avisait, à présent, de poursuivre les déla-\nteurs? Et chacun, pour détourner les soupçons du bonhomme, se\nhâta de lui faire une visite. Les condoléances et les bouquets\naffluèrent. Mme Paul apporta une énorme botte de roses. Le\nménage Mouche arriva avec une grande couronne de violettes\nnaturelles. L'étroite boutique était pleine de monde. Au fond,\ns'allongeait le cercueil entre des bougies allumées. Petit-Louis\nétait assis auprès : il tenait sa casquette à deux mains, sur ses\ngenoux, et il reniflait sans cesse, avec de grands hoquets qui le\nsecouaient comme un arbre. Il flottait une odeur lourde de\nfleurs et de phénol.\n   Au soir, quand tout le monde fut parti, sans même prendre\nla précaution de fermer sa porte, Petit-Louis monta sur une\ntable, détacha la suspension, passa une corde dans l'anneau et\nse pendit au plafond. Son corps eut quelques soubresauts, puis\nil se détendit, très droit, dans les plis de son tablier bleu, sur\nlequel les grosses mains difformes tombaient comme des bat-\ntoirs. Autour du cercueil, la flamme des bougies vacillait triste-\nment. Et il n'y eut plus, dans la boutique envahie par l'ombre\néternelle que le parfum de toutes les fleurs, violettes de France,\nlys du Japon, roses du Bengale, exhalant vers cette humble\nvictime de la méchanceté humaine, leurs petites âmes com-\npatissantes.\n\n                                             GEORGES RENCY.\n\n    25 février 1905.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-004", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 208, "page_fin": 218, "titre_corps": "John Ruskin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "John Raskin L'ATTRAIT puissant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 261, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 101, "fin_caractere_exclue": 2665, "texte": "John Raskin\n\n                  L'ATTRAIT puissant, l'irrésistible séduction de Ruskin, c'est\n                    que l'on ne rencontre point en lui un théoricien, un profes-\n                     seur d'esthétique et, non plus, u n philosophe, mais, avant\n                     tout, u n h o m m e . . . « N a t u r e , s'écrie F a u s t , q u e je puisse\n                     seulement être un h o m m e devant toi! » E t il semble q u e ,\n                     devant les h o m m e s et les œuvres, aussi bien que devant la\n                     nature, Ruskin fut cela, dans la droiture de son cœur et la\n                     sincérité de son esprit, également généreux.\n                        Il aimait l'humanité à tous les instants, d a n s toutes les\nphases et les expressions de son évolution ; dans toutes les traces qu'elle a\nlaissées d'elle-même, et particulièrement les plus pures, les plus directes,\ncelles en lesquelles la spontanéité des conceptions était servie par la sponta-\nnéité d'un art, où la pensée qui inventait et la main qui exécutait étaient\npleinement libres.\n   E n toute matière, il veut aller lui-même aux choses, s'abreuver aux sources,\napprécier la saveur de l'eau à même où elle jaillit, avec son goût agreste,\nlimpide et sauvage. L e Christ, c'est du Christ m ê m e qu'il l ' a p p r e n d r a ; de\nceux qui furent les plus proches de lui, les plus semblables à lui et d a n s\nl'esprit desquels son esprit a parlé d a v a n t a g e ; de ceux, enfin, qui ont vécu\nses enseignements plutôt que de ceux qui les ont enseignés.\n   T o u t Anglais et protestant qu'il est, insoucieux des préjugés régnant\nautour de lui, il cherchera à connaître dans la vérité et la bienfaisance de\nleur action, l'Eglise catholique, les saints et les moines; et il en parlera avec\ncordialité et admiration, non par défi aux sectaires ou à ceux qu'il\n\n\n  (1) A propos de la Bible d'Amiens, dont M. Marcel Proust vient de publier une remar-\nquable traduction au Mercure de France.\n  Consulter également le beau travail de M. Robert de la Sizeranne : Ruskin et la Religion\nde la Beauté. Paris, Hachette.\n  Nous rappellerons aussi que notre ami Olivier-Georges Destrée a été des premiers\nà faire connaître au public français la pensée originale de Ruskin par l'élégante traduction\nde quelques chapitres des Sept Lampes de l'Architecture, parue jadis dans la Revue\nGénérale. Nous nous permettrons enfin d'ajouter que nous avons donné dans ce même\npériodique (octobre-novembre 1897) deux études sur Ruskin, que les pages qui\nsuivent sont destinées à compléter.\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "                                 JOHN    RUSKIN                               209\n\n\nappelle avec humour « les modernes infidèles de demi-culture », mais\nsurtout à cause de la joie intime qu'il a ressentie dans cette fréquentation.\n    L'art lui inspire une vénération mélangée de tendresse : à ses yeux, il est\nune œuvre d'amour que l'amour seul aussi peut parfaitement comprendre.\nIl ne vient point à lui, armé de dogmes et de principes, dire doctement ce que\nl'artiste aurait dû faire, mais bien, dans un grand sentiment d'attention et de\nrespect, étudier ce qu'il a fait. Et, s'il a des théories, elles sont issues en lui\nde la fréquentation et de l'expérience des œuvres et non point empruntées à\nla tradition sans racines des écoles et des académies.\n   Il repousse tout intermédiaire, toute préconception étrangère entre lui et\nl'artiste; il l'aborde d'homme à homme, en quelque sorte, et c'est l'œuvre elle-\nmême qu'il interroge pour savoir d'elle le secret de sa propre loi. Et,\ndans le même esprit, le jour où il se reproche d'avoir négligé les masses\npopulaires et tente de remplir son devoir à leur égard, il se consacre\nà elles, non par les chemins stériles de la politique, mais par ceux des\nœuvres de confraternité et d'éducation.\n   L'admiration chez lui est une adhésion enthousiaste. La raison lui semble\nune mauvaise voie pour pénétrer les œuvres de la foi et du génie, et, dans\ncette disposition d'âme accueillante et exaltée pour tout art loyal et fervent,\nil se jette tout entier du côté de ce qu'il aime, pour en célébrer les mérites\navec le verbe magnifique d'un prophète et les élans lyriques d'un poète.\n\n\n\n    « Les formes architecturales ne pourront jamais vraiment nous ravir si\n nous ne sommes pas en sympathie avec la conception spirituelle dont elles\n sont sorties. » En note à cette opinion exprimée par Ruskin, M. Proust rap-\n porte ce passage d'un ouvrage de M. Brunschwig : « Pour éprouver la joie\n esthétique, pour apprécier l'édifice non plus comme bien construit, mais\ncomme vraiment beau, il faut... le sentir en harmonie, non plus avec quelque\n fin extérieure, mais avec l'état intime de la conscience actuelle. C'est pourquoi\nles anciens monuments, qui n'ont plus la destination pour laquelle ils ont été\nfaits ou dont la destination s'efface plus vite de notre souvenir, se prêtent si\nfacilement et si complètement à la contemplation esthétique. Une cathédrale\nest une œuvre d'art quand on ne voit plus en elle l'instrument du salut, le\ncentre de la vie sociale dans une cité. »\n   On n'élabore pas la traduction d'un livre tel que la Bible d'Amiens, et une\ntraduction aussi étudiée et aussi intuitive que celle-ci, sans ressentir pour\nl'ouvrage les sentiments précisément auxquels Ruskin subordonne l'existence\nd'une véritable et clairvoyante admiration, c'est-à-dire sans un accord presque\nabsolu de pensée et de conception avec son auteur. Aussi, M. Proust ne\ncite-t-il les déductions spéculatives de M. Brunschwig qu'à titre d'antithèse\ncurieuse, de « contre-partie » des idées fondamentales de l'exégète\nde la Bible d'Amiens : négation de ces idées serait plus exact encore,\nou même négation de tout art vivant, adhérant au monde parmi lequel il est\napparu !\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3487, "texte": "210                                     DURENDAL\n\n\n   L'étrange formule de M. B r u n s c h w i g n'est, au fond, q u ' u n corollaire étroit\nde la théorie de l'art pour l'an. Elle implique nécessairement que la pensée\nne fait pas partie intégrante et indispensable de la beauté de l'œuvre qui, eu\nétant l'incarnation, n'existerait pas à son défaut! Dès lors, par exemple, la\nbeauté organique d'un m o n u m e n t n'exigerait a u c u n e corrélation obligée entre\nsa structure et sa destination!\n   Q u e l'impression esthétique n e prédomine point chez les personnes qui\nhantent les églises dans u n but de dévotion, c'est certain (1), encore qu'il soit\ndifficile de nier l'influence directe ou réflexe sur la foule de l'aspect gran-\ndiose, triste ou triomphal de la construction, comme aussi de la splendeur et\nde la solennité des offices liturgiques. Mais la thèse de M. Brunschwig a cette\nautre conséquence paradoxale, que la beauté des cathédrales devait rester\nplus q u ' à moitié voilée pour ceux-là mêmes qui les ont érigées et, peut-on dire,\ninventées, — puisqu'ils les élevaient d a n s u n dessein utilitaire de piété ! D'où il\nsuit que les hommes qui manifestèrent leur foi religieuse ou civique par\nl'érection de ces cathédrales, de ces maisons de ville, de ces beffrois, etc.,\nqui, sous l'impulsion de cette foi, imaginèrent les formes architecturales\nsusceptibles de la figurer publiquement, — ces h o m m e s , au j u g e m e n t de\nnoire philosophe, furent les aveugles ministres d'une beauté destinée à devenir\npleinement évidente à l'heure seulement où leur ouvrage aurait perdu les\nsignifications pour lesquelles il avait été créé!\n   U n e telle théorie tend, un somme, à établir que notre émotion esthétique\ngrandit d a n s la mesure où nous sommes capables de dissocier la matérialité\nde l'œuvre des origines et intentions intellectuelles ou morales de celle-ci; de\nl'époque dont la mentalité s'y perpétue, ou autrement, d a n s la mesure où ces\néléments, desquels elle a reçu son caractère, la vie même qui vibre en elle,\nnous sont inconnus ou obscurcis. A peine est-il besoin de dire que l'œuvre\nqui vaille dans ces conditions est encore à trouver; quelle pourrait-elle être,\ndu reste, que la réalisation abstraite d'un idéal utopique, d'une esthétique,\nhors de l'espace, hors du temps, enfantée dans la cervelle, fumeuse à force\nde subtilités et d'inexpérience de la réalité, de quelque sophiste?\n   Sinon, sans contredit, les frises et les statues du fronton du P a r t h é n o n ,\ntoutes mutilées qu'elles soient, devraient revêtir à nos yeux une majesté bien\nsupérieure à celle qu'elles avaient pour les Athéniens qui gravissaient\nl'Acropole, au jour des P a n a t h é n é e s . E t pour pousser à toute la logique\ndu système, il faudrait dire que leur splendeur s'accroîtrait encore pour\nnous, si nous ne connaissions par leur provenance et n'avions nulle lueur\ndes croyances qu'elles extériorisaient.\n   Et, certes, ils travaillent contre la perfection de notre jouissance les\narchéologues qui forment des conjectures sur le n o m de l'auteur de tels ou\ntels travaux, car cet auteur étant homme et ayant vécu à un moment de\n\n\n  (1) Pas toujours. Un des messieurs de Port-Royal. M Hamon, disait que le charme\ndes lieux distrayait de la méditation : « Et cela est si vrai, ajoutait-il naïvement, qu'il y a\nplusieurs personnes qui sont obligées de fermer les yeux lorsqu'elles prient dans des\néglises qui sont trop belles. (SAINTE-BEUVE : Port-Royal, I, 29.)\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3686, "texte": "                                      JOHN     RUSKIN                                     211\n\n\nl'histoire, son n o m tire après lui u n ensemble de conceptions et de circon-\nstances contemporaines qui situent l'œuvre, d a n s notre pensée, lui font u n\nc a d r e et u n e a t m o s p h è r e , d o m m a g e a b l e s à la perception intégrale de la\nbeauté qu'elle recèle!\n    L'œuvre, par conséquent, échouerait à n o u s d o n n e r u n e véritable impres-\nsion esthétique, qui ne serait p a s , pour ainsi dire, expropriée des idées dont\nelle est la cristallisation plastique ou g r a p h i q u e ; tant qu'elle ne se présentera\npas dépouillée d e cette infériorité de manifester ce que l'artiste, de toute\nl'effervescence de sa pensée et de son art, a voulu y m e t t r e ! De sorte que,\npour r e p r e n d r e l'exemple de M. B r u n s c h w i g , u n e cathédrale atteindrait\nl'apogée de ses prestiges esthétiques à la condition d'être laïcisée, q u a n d\nl'ardeur mystique d o n t elle est née et dont le rayonnement continue en elle\nsera éteint; lorsque les images de mort, de résurrection ou de salut taillées\naux porches du sanctuaire, enluminées sur ses murailles ou sur ses vitraux\nseront tombées d a n s l'anéantissement d u silence, parce q u e p e r s o n n e ne les\nécoutera ou ne les e n t e n d r a plus et q u e les leçons ou les promesses de misé-\nricorde énoncées par elles, leurs gestes de bénédiction ou de pardon seront.\nles unes, taries ou d é d a i g n é e s ; les autres, figés ou retombés, faute de\nquelqu'un pour venir encore s'abriter sous leur protection ou s'incliner devant\neux ?\n    L e lieu par excellence de la délectation esthétique, quel serait-il dans ce\ncas? Les musées, les collections, ces « cimetières de l'art », pour user du\nmot si juste de M. de la S i z e r a n n e ; ces nécropoles où, forcément et quelle\nque soit l'habileté des organisateurs, régnent le pêle-mêle et le d i s p a r a t e ; où\nles œuvres sont dépaysées, détachées de leur a m b i a n c e , du site naturel ou de\nla place p u b l i q u e , du t o m b e a u ou du temple qu'elles ornaient et de la m a g n i -\nficence desquels elles participaient. C a r , déracinées de la patrie de leur\napparition, privées de leur rôle primitif de piété, de faste ou de c o m m é m o -\nration pour être disposées le long de la cimaise triste et uniforme, elles ont\nmerveilleusement p e r d u , selon le vœu de M. B r u n s c h w i g , tout ce qui leur\nétait « extérieur » (1).\n    E n vérité, ce sont là aspirations d'algébriste de la pensée qui ratiocine sur\ndes entités n u m é r i q u e s malléables et non sur des choses a n i m é e s , rebelles\npar essence aux définitions générales et aux principes absolus. Ils ne pensent\npas de la sorte, les artistes et les a m o u r e u x de l'art : c o m m e les autres amou-\nreux, ils sont insatiables d e connaître ce qu'ils a i m e n t d a n s l'intégralité de\nses aspects. Rien ne leur en est oiseux; rien, superflu; et, si bien qu'ils le\nsachent, ils y reviennent toujours pour le pénétrer mieux encore, s u r p r e n d r e\navec joie en lui quelque détail inaperçu, q u e l q u e particularité attachante et\n\n\n   (1) Dans une de ses études sur l'Exposition des Primitifs français, M. Lafenestre dit\ntrès bien : Aucune œuvre d'art, à celte époque, ne s'imagine qu'elle puisse vivre isolée.\nElle fait partie d'un milieu, elle veut rester dans ce milieu, et dès qu'on l'en sépare, on la\ntrahit et on l'altère. » (Gazette des Beaux~Arts, mai 1904). Cette adhérence avec le milieu,\ncette solidarité avec la vie ambiante, la conception académique de l'art, née de sophismes\ndu genre de celui de M. Brunschwig, a toujours tendu à les détruire.\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3326, "texte": "212                                DURENDAL\n\n\n négligée, afin de n'en rien laisser, les replis, les ombres, et de trouver partout,\n dans ses grandeurs comme dans ses petitesses et, même, ses puérilités, des\n raisons nouvelles d'aimer. Ne savent-ils pas, en effet, que le charme d'une\n créature, les prises qu'elle a sur nous ne sont pas seulement de sa grâce\n physique, mais, surtout, de tout ce que la vie, la fierté du cœur et la hauteur\n de l'esprit ont ajouté, pour le rendre plus accompli et plus lumineux, à ce\n que la nature avait donné?\n   Elles paraîtront absurdes et, cependant, rigoureusement logiques, les\nconséquences de la thèse de M. Brunschwig, d'autant plus surprenante qu'on\nla rencontre sous la plume de l'érudit auquel nous devons la belle édition des\nPensées de Pascal, où il n'a épargné aucun effort pour nous restituer, avec\ntoutes les ressources d'un patient amour, une version définitive de l'éblouis-\nsant ouvrage inachevé, et pour nous faire aimer et nous montrer, à côté du\nlivre, dont il n'est pas encore détaché, l'homme...\n   Et que cherchons-nous dans l'art, sinon l'homme? C'est lui qui y parle, c'est-\nà-dire nous : l'homme dont les œuvres reçoivent et pour qui elles donnent\nleurs significations. De quoi un savant, comme Max Muller, est-il en quête\ndans ses études linguistiques? Rien d'autre que de l'homme éternel et\nsuccessif qui a forgé les mots pour dénombrer sa propre existence, ses adora-\ntions et ses épouvantes, les objets de son labeur et de sa convoitise, son cœur\ninquiet et son intelligence agitée...\n   Ruskin était de cette race forte et fervente, possédée d'un esprit de réalité\net de religion qui ne s'élève pas vers les sommets par bonds et caprices, mais\nd'un pas ferme et réfléchi, sans jamais perdre pied, dans une saine et grave\nexaltation. Il ne se grise point de paroles spéculatives; nous le répétons, lui\naussi, c'est à l'homme qu'il va directement dans l'art, comme dans l'histoire\net la légende, parce qu'il connaît que l'art en ce qu'il a de plus noble, la vie\ndans ses événements les plus féconds, la légende sous ses aspects les plus\nsignificatifs, sont des œuvres de l'amour.\n   Pas de création sans amour : « Il y a, dit-il, dans la Bible d'Amiens, un\nsecret de tendresse dans tout art vraiment grand. » En effet, l'artiste donne\nde la sympathie; il chante ou peint pour émouvoir et ravir, et, de son côté,\nil attend de la sympathie qui réplique à la sienne, de l'admiration qui renou-\nvelle en lui l'énergie de l'inspiration. La tour d'ivoire est favorable peut-être\nà certains poètes, mais il faut que leurs vers « volent, comme dit Joachim du\nBellay, par la bouche des hommes », car l'œuvre est morte qui n'a rencontré\naucun applaudissement.\n   Tellement que la douleur, qui nous retire tout à nous-mêmes et nous éloigne\nde la communion avec les autres, Ruskin la tenait pour funeste à l'art.\nCependant, l'œuvre qui raille, se moque ou souffre n'est-elle pas issue\négalement de l'amour — déçu, flétri ou trompé, qu'importe ? Et les plus\naltières expressions de la pensée humaine sont sorties de bouches tristes ou\namères.\n   Cet amour peut assumer bien des formes chez l'artiste, selon l'envergure\nde son génie et les capacités de son cœur. Chez Ruskin, c'était l'amour de la\nvie dans les êtres et dans les choses, de l'humanité vivante et immémoriale,\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3408, "texte": "                                  JOHN    RUSKIN                                2l3\n\n\nimmémorialement souffrante. Cet amour ne s'épanche point, comme celui de\n Michelet, par exemple, en déclamations superbes et chimériques; il est joyeux\net compatissant, mais perspicace; il voit les hommes et les aime, non ainsi\nque des héros, mais tels qu'ils sont, faibles, divers, contradictoires, toujours\nen lutte entre eux et contre eux-mêmes. Car il sait que toute leur noblesse est\ndans leur insatisfaction éternelle.\n   Il voulait « sympathiser avec la foi des âmes candides de tout temps et de\ntout pays ». Et ainsi, nulle œuvre d'art dont son âme ne se fit contemporaine,\nparce qu'il attendait d'elle non pas des modèles pour opprimer les initiatives,\nmais la pensée profonde qui y était enclose... La technique, les procédés ne\nle préoccupent guère en dehors de leurs particularités caractéristiques. Le\ntravail de l'artiste le retient, le captive, l'enchante, mais bientôt il voit au delà\nde la pierre et de la couleur : la statue, la fresque ou la miniature s'anime\ndevant ses yeux et parle; c'est de l'humanité fixée qu'il a devant lui; il la\nquestionne et, sous son regard insistant, elle se galvanise, recommence à\ns'agiter dans les longues perspectives des âges. Un édifice tel que la cathé-\ndrale d'Amiens ou Saint-Marc de Venise, S. Maria del Fiore, de Florence,\nest un aboutissement; la conclusion d'un effort héréditaire, d'un travail qui,\npourrait-on dire, a pris cours dès le moment où ont commencé à se concrétrer\ndans le sol du pays les pierres destinées à sa durable glorification. Les\nmarbres qui gisent, bruts, dans la carrière, ne sont-ils pas une cristallisation\nd'histoire? « En eux est écrite une histoire, et dans leurs veines et leurs\nzones, et leurs lignes brisées, leurs couleurs écrivent les légendes diverses\ntoujours exactes des anciens régimes politiques du royaume des mon-\ntagnes auxquelles ces marbres ont appartenu, de ses infirmités et de ses\nénergies, de ses convulsions et de ses consolidations depuis le commencement\ndes temps. »\n   Ces pierres, extraites de la terre même qui doit les porter, dressées,\ntaillées, les maîtres d'Amiens les ont assemblées pour la confection de ce\nprodigieux récit en relief de l'histoire messianique, figurée sur la façade de\nl'église par les rois d'Israël, à la lignée desquels Jésus appartint ; par les\nprophètes qui annoncèrent sa venue; par la Vierge et les apôtres; par\nles saints qui évangélisèrent la contrée — ces pierres, Ruskin les a\nétudiées une à une, dans tous leurs détails, dans chacun des épisodes\nqu'elles racontent, des idées qu'elles énoncent, avec une intelligence allègre\net sûre.\n   Mais il pousse plus loin : l'édifice étant le terme d'une pensée longtemps\nnourrie et caressée, le rêve réalisé de nombreuses générations qui prend\nforme, pour marquer et rester, il faut qu'il pénètre cette fin dans ses origines,\nses éléments, dans tout ce qui l'a conduite à maturité, sentiments, aspirations,\nvolontés... Les œuvres d'art sont comme les témoins des jours; elles détiennent\nle secret de ceux-ci, et le signifient et le révèlent à ceux qui le leur demandent\ndans un esprit d'amour; ce sont les hiéroglyphes, les écritures sacrées de la\npensée humaine, mais elles ne sont hermétiques et taciturnes que pour les\nindifférents ou les railleurs.\n   La maigre et solennelle statue que le patient Egyptien a taillée subtilement\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3638, "texte": "214                                  DURENDAL\n\n\ndans le basalte ou la diorite; le marbre que Phidias, Praxitèle ou Scopas a\ntouché ; les fresques qui mettent toutes les intensités enchantées de la vie\nautour de la terre funéraire du Camposanto de Pise; le retable où l'artisan\nflamand a fusionné sa vision perçante de la réalité et les suggestions de sa\nsilencieuse spiritualité, ces œuvres sont là devant nos yeux, comme elles\nl'étaient devant ceux des contemporains de leur exécution. Il semble que\nleurs auteurs nous les tendent par-dessus tout l'intervalle séculaire qui\nnous sépare ; et il n'y a ni histoire, ni annales dont puisse émaner pour nous\nplus de lumières, intuitions plus étendues sur l'Ancien Empire d'Egypte, sur\nAthènes, Pise, Florence ou Bruges que de la contemplation de ces ouvrages.\n   On peut appliquer aux peuples la parole de Ruskin sur les hommes de\ngénie, « qu'ils sont appelés à une oeuvre qui se dévoile à eux-mêmes, à\nmesure » (1). Tous les dieux préhistoriques de l'Hellade, xoana, fétiches\ninformes, effigies embryonnaires sont présents, à qui sait regarder, dans\nl'ombre radieuse de l'Athéné Poliade de l'Acropole ou del'Hermèsd'Olympie;\nde même, la peinture et la sculpture des primitifs, français, italiens, flamands\nou allemands, dans la sincérité de leur langage ingénu, dénué de tout alliage\nsuspect ou hétéroclite, sont les interprètes admirables du présent de leur\népoque et à la fois de tout l'obscur et laborieux passé qui vient se résumer en\nelles; de toute cette « vie souffrante, cœur profond de l'humanilé primitive »,\nqui, « se développant dans une éternelle douceur » et « ne pouvant être vaincue\npar la douleur, ni par la mort, « est devenue » la semence de tout l'avenir qui\nétait appelé à naître et, le moment venu, donna à l'humanité mortelle ce\nqu'elle était capable de recevoir d'espérance, de foi ou de génie » (2).\n   Toute œuvre était donc pour lui comme un monde dont la surface n'était\nque la moindre partie; et il voulait la connaître aussi bien dans son essence\nque dans sa substance, poursuivre jusqu'en leurs ramifications lointaines les\nracines de la sensibilité de l'artiste qui l'avait conçue. Il sentait la solidarité\n lui unit, dans la continuité des jours et la part de désagrégation et de\nreconslitution de chacun d'eux, les années aux années, les siècles aux siècles,\nl'ère moderne à l'antiquité, le christianisme au paganisme, qu'il considérait,\n comme Max Muller, ainsi qu'une «préparation à des choses plus grandes» (3).\n\n   (1) Bible d'Amiens, p. 217.\n   (2) Bible d'Amiens, p. 156.\n   (3) Nouvelles Leçons sur la science du angage (traduction Harris et Perrot), Paris, 1868,\nt. I, p. 159. Le savant mythologue dit encore : Nous pouvons chercher hardiment dans\nles religions de l'antiquité ces conceptions religieuses fondamentales sur lesquelles repose\nle christianisme lui-même et sans lesquelles, pour les assises naturelles et historiques,\nmême le christianisme n'aurait jamais pu être ce qu'il est.. Plus nous remonterons dans\nle passé, plus nous trouverons le langage humain impuissant dans ses efforts pour\nexprimer ces notions (du divin), qui étaient, entre toutes, les plus difficiles à rendre.\nL'histoire de la religion est, en un sens, une histoire du langage. Beaucoup des idées\nexprimées dans le langage de l'Evangile eussent été incompréhensibles cl en même temps\ninexprimables si quelque intervention miraculeuse avait dû les communiquer aux habi-\ntants primitifs de la terre.» (I, p. 161.)\n   On sent, sans que nous insistions, la parité expérimentale de la méthode scientifique\nde Max Muller et des procédés d'investigation intuitive de Ruskin.\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3356, "texte": "                                      JOHN RUSKIN                                     215\n\n\n   « Qui bâtit Amiens? demanderons-nous. Dieu et l'homme est la première\net la plus fidèle réponse. Les étoiles dans leur cours la bâtirent, et les nations.\nL'Athéné des Grecs a travaillé ici, et le Père des dieux romains, Jupiter et\nMars Gardien. Le Gaulois a travailléici, et le Franc, et le chevalier normand,\nle puissant Ostrogoth, et l'Anachorète amaigri de l'Idumée (1). » Et, ailleurs,\ndans S. Mark's Rest : « Il n'y a qu'un art grec de l'époque d'Homère à celle\ndu doge Salvo », sous le règne duquel les mosaïques de la basilique vénitienne\nfurent exécutées. Assertion vérifiée par toutes les découvertes de l'archéo-\nlogie moderne, dont Courajod se serait réjoui, et qui aurait fait bondir ce bon\nPrésident de Brosses, qui décrit Saint-Marc avec le dernier mépris : « Une\néglise à la grecque, basse, impénétrable à la lumière, d'un goût misérable,\ntant en dedans qu'au dehors, couverte de sept dômes revêtus en dedans de\nmosaïques à fond d'or, qui les font ressembler bien mieux à des chaudières\nqu'à des coupoles (2). »\n   On aperçoit de quels prestiges s'enveloppaient les choses dans cette âme\npuissante et fastueuse, où rien ne passait qui ne s'y pénétrât de grandeur.\nChaque œuvre se présentait à sa pensée, dans l'évolution de l'art, comme un\npoint où tout le passé rejoignait tout l'avenir : toute l'efflorescence de l'un, tout\nle germe de l'autre. Et il ressentait devant elle un trouble religieux : il lui\nparaissait qu'il ne la connaîtrait jamais toute, jamais assez pour reconstituer\nen lui-même tout ce qu'elle recelait de vie révolue ou promise.\n    « Nos PÈRES NOUS ONT DIT. Esquisses de l'histoire de la chrétienté pour les garçons\net les filles qui ont été tenus sur les fonts baptismaux », tel est le titre collectif de la\nsérie d'études à laquelle appartient la Bible d'Amiens. Et. dans le développe-\nment erratique des discours de Ruskin à ses jeunes auditeurs, l'éloquence sura-\nbonde, familière, à la fois, et grandiose, débordante de sève et de substance, et\némouvante, et, parfois, ironique. L'ironie, dans son accent de bonhomie, va,\nsurtout aux demi-savants, aux historiens de parti, aux hommes aveuglés ou\nlimités par des doctrines a priori, pour lesquels tous la vie est mauvaise et le\nmonde, réprouvé, qui sont en contradiction avec les axiomes de leur science\nimparfaite et de leur petite raison déraisonnante. Ces gens-là sont pour lui de\nmême que des œuvres d'art qui, ayant résulté de la pénible élaboration d'un\nesprit indigent et faussé par des principes factices, ne parlent pas au specta-\nteur ou ne rendent qu'un son creux.\n   Tel Gibbon, écrivant son Histoire de l'empire romain, où la redondance anti-\nchrétienne n'a de pair que celle de son style, grandiloquent et vague, et\nqui, remarque Ruskin, « donne toujours les épithètes gratis... » Tels, « ces\nlivres... écrits par des banquiers, des membres du Parlement ou des cler-\ngymen orthodoxes... » qui « montrent que le progrès de la civilisation\nconsiste dans la victoire de l'usure sur le préjugé ecclésiastique ou dans\nl'extension des privilèges parlementaires de quelque bourg de Puddlecombe,\nou dans l'extinction des ténébreuses superstitions de la Papauté en la\n\n\n (1) Bible d''Amiens, p. 267.\n (2) Lettres familières écrites d'Italie, I, 130. (Paris, 185S.)\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3197, "texte": "2l6                               DURENDAL\n\n\n\nglorieuse lumière de la Réforme ». « Finalement, ajoute-t-il, vous avez un\nrésumé d'histoire philosophique qui vous prouve qu'il n'y a aucune appa-\nrence que jamais, en quoi que ce soit, la Providence ait gouverné les affaires\nhumaines; que toutes les actions vertueuses ont des motifs égoïstes, et qu'un\négoïsme scientifique avec des communications télégraphiques appropriées et\nune connaissance parfaite de toutes les espèces de bactéries assureront d'une\nmanière cemplète le futur bien-être des classes supérieures de la société et la\nrésignation respectueuse des classes inférieures (1). »\n   C'est à ceux-là, aussi, isolés de la réalité à force de préjugés intéressés, de\ndédains et de présomptions, qu'il s'adresse, à propos du renoncement\nmonastique : « Aucun homme ne possède d'équivalent pour apprécier,\nencore moins pour juger d'une manière certaine, jusqu'à ce qu'il ait eu le\ncourage de l'essayer lui-même, les résultats d'une vie de renoncement\nsincère; mais je ne crois pas qu'aucune personne raisonnable voulût ou osât\nnier les avantages à la fois de corps et d'esprit qu'elle a ressentis durant les\npériodes où elle a été accidentellement privée de luxe ou exposée au danger.\nL'extrême vanité de l'Anglais moderne qui fait de lui-même un Stylite\nmomentané sur la pointe d'un Horn ou d'une Aiguille et sa confession occa-\nsionnelle du charme de la solitude dans les rochers, dont il modifie\nnéanmoins l'âpreté en ayant son journal dans sa poche et à la prolongation\nde laquelle il échappe avec reconnaissance grâce à la plus prochaine table\nd'hôte, devrait nous rendre plus compréhensifs de l'état d'âme dans lequel les\nanachorètes des montagnes d'Arabie et de Palestine se condamnaient à une\nvie de retraite et de souffrance sans autre réconfort que des visions surnatu-\nrelles ou l'espoir céleste (2). »\n   La méthode de Ruskin, si l'on peut se servir de ce mot à son sujet, est\nvagabonde et accidentée : elle semble suivre les sinuosités d'une réflexion\ntoujours prête à s'évader ou à bifurquer, et qui muse et badaude, au hasard. Il\nl'avoue lui-même, et joliment : \" Relisant quelques-uns de mes livres pour\nune édition revue et corrigée, j'ai remarqué et non sans remords, que toutes\nles fois que dans un paragraphe ou un chapitre je promets pour le chapitre\nsuivant un examen attentif de quelque point particulier, le paragraphe\nsuiv.ant n'a trait en quoi que ce soit au point promis, mais ne manque pas de\ns'attacher passionnément à quelque point antithétique... (3) »\n   Au fond, cette manière, dont Swift, Sterne, Carlyle ont donné des\nexemples célèbres, est proprement naturelle aux Anglo-Saxons, très adonnés\nau fait, toujours disposés à s'affranchir de l'ordre, nécessairement un peu\nartificiel, de la logique, pour saisir la preuve dans le vif de la réalité. Elle\nest, peut-être, plus favorable à la persuasion du lecteur que le défilé aride et\nmonotone de raisonnements, strictement encadrés, dont l'absence de relief\nlasse l'attention la mieux en éveil.\n   Chez Ruskin, la pensée surabonde; elle est soudaine, profonde, alimentée\n\n  (1) Bible d'Amiens, p. 124.\n  (2) Bible d'Amiens, p. 215.\n  (3) Bible d'Amiens, p. 177.\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3293, "texte": "                                  JOHN     RUSKIN                             217\n\n\ndes mêmes conceptions fondamentales auxquelles sa méditation découvre\ntoujours des conséquences nouvelles et inattendues. Et elle est d'autant plus\nattrayante qu'elle ne paraît jamais dans l'appareil d'une démonstration\ndogmatique, mais, en quelque sorte, sous l'aspect d'une expérience que\nl'auteur et le lecteur feraient ensemble et dont, ensemble, ils recevraient\nl'enseignement.\n    On a signalé de nombreuses contradictions dans son œuvre, mais il est\nsans doute qu'il serait absurde d'attendre d'une intelligence active et, comme\ntelle, en éclosion perpétuelle, se rectifiant et se précisant constamment, la\nfixité qui n'appartient qu'aux choses mortes ou imbéciles. Tout son labeur\nintellectuel, certes, a procédé du même foyer, du même centre de rayonne-\nment, de l'idée-mère de sa pensée : Art-Amour. Et l'on pourrait inscrire au\nfronton de cette œuvre et appliquer à l'écrivain ses propres et belles paroles :\n « La première caractéristique universelle de tout grand art est la tendresse,\ncomme la seconde est la vérité. Je trouve ceci chaque jour de plus en plus\nvrai : un infini de tendresse est le don par excellence et l'héritage de tous les\nhommes vraiment grands. Il implique sûrement en eux une intensité relative\nde dédain pour les choses basses, et leur donne une apparence sévère et\narrogante aux yeux de tous les gens durs, stupides et vulgaires » (1).\n     La Bible d'Amiens qui, dans cette édition, se présente au public français,\n enrichie d'une introduction et de commentaires qui ajoutent encore au prix\n d'une traduction dont l'auteur s'est identifié d'une façon surprenante avec\nl'esprit de l'original; la Bible d'Amiens offre un exemple topique du procédé\nde Ruskin : point de livre plus contraire à toutes nos habitudes latines\nd'exposition et d'argumentation; point, non plus, que l'on ferme avec un\nsentiment plus plénier de satisfaction intellectuelle. Le propos de l'auteur\nest Notre-Dame d'Amiens, et si loin que sa pensée trop sollicitée et de trop\nde côtés; que son imagination opulente en similitudes et en rapprochements\n l'entraînent, il n'en perd jamais de vue les belles tours graves. Toutes les\n inspirations de cette pensée et de cette imagination s'orientent vers elles.\n Et il dit le pays depuis toujours, les races, les combats des guerriers et\n l'apostolat des saints, les moines, défricheurs de la terre, puis des âmes,\n les paysans de la contrée et les ouvriers de la cité — l'unanimité héréditaire,\n la perpétuité en ces populations de l'esprit de délibération claire, de force\n heureuse et de dévotion confiante qui a pris figure, sous le ciel, en cet\n édifice.\n     Un peu narquois, il amène par la main son auditeur anglais, non-confor-\n miste ou puritain, qui, tout en feuilletant son Baedeker, marmotte des invec-\n tives empruntées à l'Apocalypse, devant les images de la Vierge Marie et des\n saints, devant ces emblèmes dressés par « la Bête de Rome », et il lui\n apprend que ces œuvres ne sont pas seulement d'art et de curiosité, mais de\n vie et de vérité, puisqu'elles sont le témoignage et le legs fier des générations,\n  l'expression la plus fidèle de leurs vœux, de leurs souffrances et de leurs\n\n\n   (1) The two Paths, § 17, cité par M. Proust.\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "218                                 DURENDAL\n\n\nespoirs... Les effigies qui font relief et magnificence aux porches de Notre-\nD a m e d'Amiens, il le leur d é m o n t r e , représentent des forces, les plus puis-\nsantes qui aient agi sur l'humanité : et il suit à la trace l'influence et l'action\nde celles-ci d a n s les légendes, dans les chroniques et d a n s l'histoire,\ndont il semble qu'à la magie de son évocation les mots se r a n i m e n t et se\nremettent à frémir.\n   T o u t e s ces pensées, ces rêves, ces prières, ces gestes d'orgueil, d'humilité\nou de foi, ces cris de victoire ou de désastre, sont contenus dans ces\npierres sculptées, muettes pour votre froideur et votre indifférence, m a i s\nqui, à la flamme de sa vision tendre et violente, ressuscitent, m o u v a n t e s ,\nilluminées...\n   Ah ! il ne croit point que cette église gagnerait en beauté ce qu'elle perdrait\nen spiritualité! S a n s doute, aurait-il même eu peine à concevoir la pensée\nque la merveilleuse façade avec son imposante christologie parlera d'autant\nplus à l'esprit qu'elle se sera tue p o u r l'âme, lorsque le passant regardera\ncomme des énigmes insolubles et des signes vidés la Vierge dorée, parmi\nl'efflorescence des roses, des lys et des p a m p r e s de vigne, et le Fils de\nDavid qui, au porche central, s'élève sur l'aspic et le basilic, le lion et le\ndragon...\n   Il ne néglige aucun détail; il veut tout savoir et tout dire de la symbolique\ninnocente du m o y e n âge. Tel quel, pris en masse, le m o n u m e n t impressionne\npar son énergique majesté; mais Ruskin connaît que la vraie admiration est\nfaite, comme la tendresse, d'intimité : tout suggère ici, commémore et\nsignifie; il le m o n t r e , et d'où les expressions de ces œuvres leur sont venues\n— le lent cheminement, à travers les âges, des pensées qui sont arrivées\nà cette place, finalement, comme des pèlerins p o u d r e u x et las, p o u r y\nêtre glorifiées... E t il célèbre aussi les h o m m e s , presque a n o n y m e s e t\nabsorbés, en quelque sorte, dans leur p r o p r e ferveur, qui, assise par assise,\nérigèrent ces murailles et en taillèrent les ornements, avec des actions de\ngrâce et de jubilation devant la perfection d'un ouvrage dont ils attribuaient\nle mérite, non à leur génie personnel, mais à la protection et au secours de\nDieu...\n\n                                                                ARNOLD    GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-005", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 219, "page_fin": 220, "titre_corps": "Poèmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marie Dauguet", "ancre_debut": "Poèmes I Sous les tilleuls pâles et tendres", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 272, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1026, "texte": "Poèmes\n\n                      I\n\nSous les tilleuls pâles et tendres\nLa blême lune vient      suspendre\nSes écharpes où le vent joue,\nTissu clair qu'il froisse et dénoue,\nDont les paillettes qu'il secoue\nParent de lueurs     azurées\nAmaranthes      et  germandrées.\n\nEt les quinconces      s'inflnisent\nOu les formes      s'allégorisent,\nOu parmi les buis        léthargiques\nDort, sentimentale       relique,\nLe vieux banc de marbre.            Rythmique\nSanglotement    blanc de colombe.\nLa plainte des jets d'eau retombe.\n\nEt mon cœur mollement        succombe,\nComme un grand lys sur une tombe.\nJe suis l'eau sourdement qui pleure,\nGlissant aux mousses qu'elle effleure;\nVoix dont la charmille     s'épeure,\nJe suis, violant le silence,\nL'âme des anciennes      romances.\n\nMais dans la nuit qui se recueille,\nLa lune au bord du ciel s'effeuille,\nFleur agonisante et lointaine,\nPendant que, musique     incertaine.\nLyre d'ivoire ou luth d'ébène.\nDont le son fléchissant expire.\nLe vent romantique    soupire.\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "220                          DURENDAL\n\n\n             Et, perdue, ouvrant mes mains vides,\n             J'écoute à travers l'ombre aride\n             L'écho languissant   qui s'efface,\n             Les baisers fanés et la trace\n             Des pas qu'on abandonne et, lasse,\n             Une rose joncher ma porte :\n             Je suis toutes les amours   mortes.\n\n\n                                 II\n\n      Voici qu'au bord du ciel surgit la lune énorme;\n      La viole du vent pleure sous les grands    ormes\n      Un vieil air désolé qui s'entourne et flageole\n      Et que reprend le chœur bruissant des feuilles molles;\n\n      Un vieil air désolé qui flageole et s'entourne.\n      Et son rhytme dément réveille au fond des sens\n      Le caressant écho qui dans la chair séjourne\n      Des baisers de jadis. Les spectres  enlaçants\n\n      Des rêves que l'on fit semblent ressusciter\n      Au gré d'un lent parfum lointain de roses mortes,\n      En la bleuâtre nuit tombant des branches lortes\n      Ou la lune lilas embrouille des clartés.\n\n      Le présent irréel et vague se déforme\n      Et le passé me tend ses deux bras éloquents\n      Dans l'ombre frissonnante   et douloureuse   quand\n      La viole du vent pleure sous les grands    ormes.\n\n                                                  MARIE    DAUGUET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-006", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 221, "page_fin": 224, "titre_corps": "Firmin Van den Bosch", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Virrès", "ancre_debut": "Firmin Van den Bosch C'EST en 1892 que je vis", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 274, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1930, "texte": "Firmin Van den Bosch\n                C'ESTen       1892 que je vis, pour la première fois,\n                   F i r m i n Van den Bosch. Le Drapeau venait de\n                   naître. Nous étions quelques-uns, sur les bancs\n                   de l'Université de Louvain, qui suivions avec\n                   un intérêt fiévreux le hardi mouvement littéraire\n                   des jeunes catholiques, dont Van den Bosch était\n                   le chef. D'emblée, m a s y m p a t h i e alla vers lui.\n                   Nous nous tendîmes la m a i n . J e sentis, dans\n la poigne nerveuse de l'écrivain, sa cordialité franche, son\nardeur. J e le regardai, — j u s q u ' a u cœur. Nous fûmes des amis,\nnous sommes demeurés de grands amis.\n   T e l que Van den Bosch nous apparaît au début de sa carrière\nlittéraire, tel nous le retrouvons aujourd'hui. L e ton de ses\nécrits, ou mieux leur accent est toujours à mille lieues des affir-\nmations solennelles et pontifiantes. On aperçoit, au-dessus de\nses études les plus sérieuses, l'artiste qui d'un geste gamin fait\nla nique à l'opinion reçue. L a curiosité du public — de ce\npublic trop restreint, a y a n t chez nous des préoccupations étran-\ngères au trantran des affaires et de la politique — se fixa, en\npremier lieu, sur celui qui, hautement, proclamait le droit pour\nses frères en F o i religieuse, d'être à l'avant-garde de toutes les\nmanifestations modernes de l'Art. A-t-il réussi? L'existence de\ncette revue pourrait suffire à notre réponse.\n   U n e plaquette intitulée Coups de Plume, où les chiquenaudes,\nles pointes acérées, la raillerie mordante alternaient avec de\nsonores éclats de rire, eut l'avantage de faire bondir les parti-\nsans de la routine dans notre enseignement. Ce n'était là q u ' u n\nprélude. Van den Bosch avait trouvé sa voie; récoltant le\nmépris du doctrinarisme, il se rendit i m m é d i a t e m e n t compte\nqu'il marchait bien.\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "222                           DURENDAL\n\n\n   Sa combativité toncière devait se manifester bientôt large-\nment. Les Essais de critique catholique, multiples aperçus sur le\nmouvement intellectuel de notre temps, sur les initiateurs,\nGoncourt, F l a u b e r t , Gautier, Barrès, H u y s m a n s , Hello, Ver-\nlaine, Godefroid Kurth et d'autres attestaient la culture de l'au-\nteur, résumaient ses aspirations, et évoquaient le c h a m p des\nidées dans lequel il avait livré bataille d u r a n t cinq années.\nChacun se souvient des pages, térébrantes comme des vrilles et\n« dédiées » au R. P . Delattre qui avait, i m p r u d e m m e n t , engagé\npartie avec le bouillant écrivain. Ces pages sont peut-être d'un\npamphlétaire, mais il me semble que dans leur genre elles font\nfigure de chef-d'œuvre. Cela leur aura valu, sans doute, l'abso-\nlution du bon père.\n   Ah ! mon ami Van den Bosch, je vous vois dans u n de ces\nmoments de fièvre. L e pli de vos lèvres se contracte, vos yeux\nfureteurs, vos yeux espiègles se sont agrandis derrière le\nbinocle. Vous avancez la tète et vos épaules remontent, tandis\nque gesticule une main à l'index nerveusement t e n d u . E t la\nvoix est r a u q u e et le visage se colore. Puis, le côté plaisant de\nl'aventure s'offre à vous. U n ridicule surgit, l'adversaire n'est\nplus que comique, vous avez saisi sa difformité morale, et voilà\nque vous grossissez son travers, que vous soulignez la tare,\njusqu'à ce que parte, soudain, le bon rire franc, tapageur, et le\nmot — le mot que vous trouvez si facilement dans vos écrits\ncomme dans votre conversation — triomphe. Il t r i o m p h e de\nvotre emportement, de la sainte colère de tout à l'heure; sur vos\nlèvres ne reste plus qu'un sourire léger, et dans vos yeux une\npétillante malice.\n   Bon artiste, probe artiste, dont j ' a i souvent partagé les joies\nau cours des vacances d'été... Devant l'horizon de notre L i m -\nbourg — car tous deux nous sommes nés dans la province bien-\nvoulue — l'ai-je écouté penser tout haut, fixer dans une image les\nbeautés de notre sol! Dites, vous souvenez-vous, ami, de la\nlumière ardente de l'août dernier dans la bruyère de Zonhoven?\nJ'assiste encore à nos réunions cléricales... Comme le sable de\nvotre jardin s'intensifiait autour des soutanes noires, parfois\neffrayées de vos paradoxes et momentanément agitées, pour\nse convaincre, après coup, que votre orthodoxie avait seulement\nvoulu s'amuser un b r i n ! . . .\n   Bon esprit, libre esprit, ouvert à chaque apport de la pensée,\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "                          FIRMIN    VAN DEN BOSCH                    223\n\n\nd'où qu'il vienne, et qui démêle, en se jouant, l'erreur et la\nvérité confuses.\n   L e travail, le travail ardu de la prose n'a jamais fait souffrir\nVan den Bosch. Il porte ses phrases toutes faites, définitive-\nm e n t composées, avant de les réaliser matériellement par\nl'écriture.\n   P e n d a n t l'exposition de Paris, je l'ai vu maints soirs, installé\ndevant un cabaret, au milieu du mouvement de la foule, et\njetant sur les pages d'un carnet ses sensations de la journée.\nDurendal publia ces notules sans corrections pour ainsi dire.\nJ e viens de les relire. E n dehors de l'œuvre critique de Van\nden Bosch, c'est peut-être ce qu'il a fait de mieux. Car, nous\nne devons pas oublier dans la nomenclature de ses écrits, des\nvisions de nature, de nostalgiques souvenirs d'adolescence...\nSous le Bleu, tendres paysages italiens, et les Fantômes de jeunesse,\nqui constituent, croirait-on, une autobiographie.\n   E t à côté de l'artiste et de son œuvre déjà copieuse, tous\nsavent les travaux juridiques de F i r m i n Van den Bosch. A h !\npar exemple, au seuil du cabinet du Procureur du roi, dans ces\nrébarbatifs couloirs du tribunal de T e r m o n d e , j e pense bien\nque la science austère n'accueille plus un poète... Mais viennent\nle soir, la lampe familiale, les livres, et voici renaître les\namours d'hier, d'aujourd'hui, de toujours...\n   Ce nouveau livre : Impressions de littérature contemporaine (1),\nsera discuté comme la plupart des productions où t r a n c h e une\npersonnalité intransigeante; je devine d'ailleurs le désappointe-\nment de l'auteur si personne ne s'avisait d'y trouver à redire.\nDès les premières pages, lorsque la portée des travaux de\nM. Brunetière est mesurée à la sensibilité extrêmement déliée\ndu critique, apparaît la verve, presque l'irrespect d'un esprit\nperpétuellement jeune envers la gravité un peu puritaine du\ncélèbre académicien. N e croyez pas que M . P a u l Bourget en\nimpose davantage à M. Van den Bosch, parce que les catho-\nliques se plaisent à lui reconnaître du génie, depuis qu'il est\ndes leurs... Non, il saura rendre h o m m a g e aux vertus litté-\nraires de l'auteur du Disciple, et évitera le panégyrique que\ncertains entonnent pour des motifs extra-littéraires. Remar-\n\n\n (1) Bruxelles, Vromant. éditeur, 3, rue de la Chapelle.\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 856, "texte": "224                         DURENDAL\n\n\n\nquons cependant combien les sentiments religieux de l'écrivain\ns'exaltent à voir sur le chemin de D a m a s d'aussi notables\nconvertis, et spécifions encore que ses croyances religieuses ne\nl'ont jamais empêché de reconnaître tous les talents. E d m o n d\nPicard, Eugène Demolder, Verhaeren ont trouvé chez Van den\nBosch un commentateur perspicace de leur œuvre.\n   Dois-je recommander aux lecteurs de Durendal le livre d'un\ncollaborateur dont ils lisent chaque mois une Gazette des Faits et\ndes Livres, chronique alerte, vibrante, et en même temps sagace\net frondeuse... Dites-moi, lecteur, votre coupe-papier ne se\nglisse-t-il pas tout d'abord entre les feuillets de la revue, à\nl'endroit où la prose de Firmin Van den Bosch frétille et brille ?\n\n                                             GEORGES V I R R È S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-007", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 225, "page_fin": 232, "titre_corps": "Les poèmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Les Poèmes A travers le Voile, par MARIE DAUGUET", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 278, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "Les Poèmes\nA travers le Voile, par MARIE DAUGUET (Paris, Vanier). — Le Poème du Travail\n  et du Rêve, par AMÉDÉE PROUVOST (Lille, édition du Beffroi). — La Divine\n  Aventure, par ROGER ALLARD (Lille, édition du Beffroi). — La Sonate des\n  Heures, par ALBERT REGGIO (Paris, librairie académique Perrin et Cie). —\n  Emile Nelligan et son œuvre (Montréal, librairie Beauchemin). — L'Offertoire,\n  par JULES DELACRE (Bruxelles, Lamertin). — L'Ecole des Valets, par HENRI\n  LIEBRECHT (Bruxelles, éditions du Thyrse).\n\n\n   Mme Marie Dauguet, auteur de Par l'Amour, dont je vous ai récemment\nentretenus, habite la Franche-Comté, riant et luxuriant pays que le Jura lointain\nceint d'une écharpe bleue et que traversent, d'un sinueux ruban d'argent, la\nSaône flâneuse et le Doubs bondissant. J'ai visité naguère cette bienheu-\nreuse contrée, par un été magnifique de soleil et d'azur; et son charme de\nsauvage douceur me prit l'âme à ce point, qu'une fois arrivé « dans Besançon,\nvieille ville espagnole », je ne songeai plus du tout à m'enquérir de la maison\noù naquit Victor Hugo, mais seulement à promener, par les vertes collines\nd'alentour, la rêverie de mes dix-huit ans. Je me souviens, entre autres,\nd'une chaude matinée passée sur la terrasse d'une vieille auberge de cam-\npagne, qu'un antique châtaignier couvrait toute de son ombre bienfaisante :\nCharles Nodier avait dû s'y reposer à l'aurore du siècle, et je serais surpris si\nM. Louis Mercier ne s'y était assis plus d'une fois, méditant quelque strophe\nchampêtre. C'était un pays de bois, de prairies et de vignobles; les cimes\nconfuses du Jura ondulaient à l'horizon, comme de rondes épaules voilées\nd'une gaze légère. On entendait, parmi l'herbe odorante, des bourdonnements\nd'abeilles et le cri-cri des grillons invisibles, des appels d'enfants dans les\ncombes voisines, des grincements de chariots sur la route poudreuse, le\ntintement d'une enclume dans la lumière limpide, et je ne sais quel vague\nbruissement universel qui semblait sortir à la fois de la terre, des arbres et\ndu ciel. Et le vent, parfumé d'un arome de fruits mûrissants, apportait aux\nlèvres comme le goût même de la vie, qui est si bonne entre les bras\nmaternels de la Terre, si belle sous le soleil de Dieu... L'heure était harmo-\nnieuse entre toutes.\n   Ces impressions de nature, tout ensemble si ardentes et si fraîches, je les\nai retrouvées, magnifiées par un rare talent et encore accentuées par l'émotion\nlyrique, dans le premier livre de Mme Marie Dauguet : A travers le Voile.\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3347, "texte": "226                                   DURENDAL\n\n\nE t si je m e suis u n peu attardé à évoquer ce souvenir ancien d'un voyage en\nFranche-Comté, c'est parce qu'il me semble caractériser assez j u s t e m e n t cette\nœuvre pleine de soleil, de musique et de parfums. L o n g u e m e n t filtrée aux\nplus secrètes profondeurs de l'âme, la poésie de Mme D a u g u e t est claire,\nfraîche et p u r e c o m m e les sources qui jaillissent du sein m ê m e de la terre.\nA travers le Voile a n n o n c e du reste Par l'Amour, à. la façon d o n t u n e aube hési-\ntante présage le g r a n d jour. On y rencontre aussi des chansons de folklore,\nd'étranges rêveries r o m a n e s q u e s , d'intéressantes transpositions d'œuvres\nmusicales (Bach, Chopin). L'Odorante Paix, le Gueux, la Baraque, I remember,\nAu Jardin, A la Nuitée, Au Village, la Grange, la Maison de Nanette, l'Hôte sont\nde savoureuses pages de charme et d'âpreté champêtres, dont l'éloquence\ntoute de sincérité est aussi différente de la rhétorique banale qu'un clair de\nlune d'un feu de Bengale. E t la conscience achevée qu'apporte M m e D a u g u e t à\ndécrire, p a r exemple, le labeur du forgeron, en vers retentissants et doux\nn o u s fait vivement désirer de lire quelque jour, signé d'elle, u n r o m a n de\nm œ u r s r u s t i q u e s ; tandis que la simple chanson à'Ophélie :\n\n                          J'ai vraiment du chagrin,\n                          J'ai vraiment trop de peine...\n\nreste d a n s la mémoire comme une petite chose très fragile, très vaine, et par\nfaitement délicieuse... Cendres et Pourpres : tel est ce livre où l'amertume de la\npensée h u m a i n e se mêle souvent, en un tout h a r m o n i e u x , d'un attrait indéfi-\nnissable, à la lumière joyeuse de la N a t u r e é p a n o u i e .\n\n   M. Amédée P r o u v o s t est u n sonnettiste impénitent : Dieu m e garde de le\nlui reprocher! Car, à force d'avoir caressé cette forme difficile où n e triomphe\nqu'un petit nombre de poètes, il y est arrivé à u n e très sûre maîtrise. E t si les\nsonnets de l'Ame voyageuse évoquaient, par leurs qualités aimables, de\ncoqueltes aquarelles, soigneusement lavées et un peu banales de ton, ceux du\n'présent livre feraient penser plutôt à de sombres eaux-fortes, avec des\nhachures violentes, des audaces de contour et, dans l'ensemble, je ne sais\nquoi de robuste, d'âpre et de douloureux : je les louerai surtout de révéler une\npersonnalité très caractérisée, et qui va h a r d i m e n t loin des chemins battus.\n   L e P o è m e du T r a v a i l e t du R ê v e chante la vie formidable et retentissante\ndes grandes cités industrielles, la tristesse ténébreuse des usines où le labeur\nimpitoyable agite ses mille bras d'acier, la misère sordide des logis sans air\net sans fleur, le grouillement des faubourgs ouvriers, tout le m o u v e m e n t et\ntout le bruit des sombres ruches m o d e r n e s ; mais aussi les joies brèves des\ntravailleurs, \\a.Ducasse, le Carrousel, les Joueurs de Boules, les Combats de Coqs et\nles Concours de Pinsons, plaisirs u n peu grossiers, u n peu b r u t a u x , où, comme\nle remarque fort justement M. Prouvost,\n\n                 Frémit la cruauté du vieux sang espagnol...\n\n    E t sur tout cela, s'étend un ciel tragique traversé de b r u s q u e s lueurs, où\nl'incessante fumée des usines monstrueuses drape d'un crêpe la splendeur des\n"}, {"page_pdf": 280, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3070, "texte": "                                      LES POÈMES                                           227\n\n\nétoiles, mais où la songerie d u poète, éployant toutes larges ses ailes\nblanches, paraît plus chaste et plus auguste encore que si elle s'essorait sur\ndes c a m p a g n e s fleuries ou sur des mers sereines. Car, à le bien examiner, ce\npoème est plutôt celui du rêve q u e celui du travail : manifestement, l'auteur\ns'efforce, en ces enfers de nuit et de v a c a r m e , à découvrir u n e b e a u t é qui n'y\nest peut-être point et que, seul, le prestige d'un très grand talent est capable\nd'en d é g a g e r ; ressemblant ainsi à un obstiné chercheur qui, d ' u n e m i n e de\nhouille, extrairait des d i a m a n t s !\n   C'est que M. Prouvost, à la fois artiste et p o è t e , connaît le secret mer-\nveilleux de transfigurer et d'ennoblir les choses peu nobles auxquelles il ose\ntoucher,\n                  Et change leur laideur en une âpre beauté !\n\nCe secret consiste à mêler perpétuellement les clartés de la n a t u r e aux\nténèbres qui viennent de l'homme, le sourire de la Mère éternelle aux\nlarmes de ses fils d é c h u s :\n\n                  L'eau vient, calme fraîcheur des sources printanières,\n                  Fonte des névés blancs, cristal des purs glaciers\n                  Où les troupeaux ont bu comme les chevriers,\n                  Porter en tourbillons de la vie aux chaudières...\n\nLes h a u t e s cheminées industrielles sont, aux yeux de M. P r o u v o s t ,\n\n                  Sœurs des clochers d'ardoise et des beffrois hautains...\n\nE t devant les ballots de laine qui s'éventrent p a r milliers,\n\n                  C'est une vision d'immensités fleuries,\n                  De plaines, de ravins, de coteaux, de halliers ..\n\ntandis q u e les métiers m é c a n i q u e s , monstres sonores et c o m p l i q u é s , le font\nsonger « aux vieux rouets des paisibles grand'mères ».\n   T o u t cela est d'un art très h a u t et d'une très vivante poésie, et ce Poème du\nTravail et du Rêve, d a n s sa forme précise, énergique et sobre, enferme u n e saine\net forte pensée. U n e pareille œuvre est bien faite pour n o u s consoler des\nmièvreries puériles et des élucubrations insensées dont nous p o u r s u i v e n t\nencore quelques décadents i n g é n u s , et M. A m é d é e P r o u v o s t a droit autant\nà nos éloges qu'à notre g r a t i t u d e .\n\n   Si q u e l q u e influence a présidé à l'élaboration de la D i v i n e A v e n t u r e ,\nde M. R o g e r Allard, c'est assurément celle d ' H e n r i de R é g n i e r : ses j a r d i n s\nmajestueux et mélancoliques, ses énigmatiques figures féminines, ses dieux\nsi jeunes et si vivants, ses méditatives statues a p p a r a i s s e n t souvent d a n s ces\npoèmes, volontiers décoratifs et s y m b o l i q u e s . L e s Bucoliques, p o u r t a n t , —\nqui sont peut-être, de ce recueil, la partie q u e je préfère — semblent trahir\nun souvenir léger de l'exquis S a m a i n . . . J e me garderai bien de reprocher à\nM. Allard le choix de tels modèles : s'appliquer à d'aussi hautes émulations\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2997, "texte": "228                                    DURENDAL\n\n\nest déjà u n effort assez louable par lui-même. Et M. Allard y réussit avec\ncette souple aisance et cet i n c o m p a r a b l e b o n h e u r que d o n n e la jeunesse.\nSes p o è m e s d'amour ont u n e grâce vaporeuse et t e n d r e , u n e jolie élégance\nsensuelle, et aussi je ne sais quelle ferveur douloureuse, qui en font de\nm e n u s cantiques d'un charme fort émouvant. On y reconnaît bien les\ntroubles ineffables des adolescences pensives, on y sent bien flotter, suave\net angoissant,\n\n                 Le parfum de la mort qui survit aux baisers...\n\net l'on y entend, ainsi q u ' u n e        musique indistincte        accompagnant         les\ndiverses émotions du poète,\n\n                 Ce que chantent de l'un jusqu'à l'autre Printemps\n                 La lyre du Matin et la flûte du Soir...\n\n Musique indistincte, accords en sourdine, lumières indécises de crépuscule\nou d'aurore : tels sont ces poèmes n u a n c é s , o n d o y a n t s , délices de l'oreille et\ne n c h a n t e m e n t des y e u x .\n   E n c o r e que la délicatesse en soit vraiment accomplie, et la mélodie très\nsavante, j'ai moins aimé les sonnets de la Sagesse de l'Amour : volontairement\nobscurs, précieux et contournés, ils disent é l o q u e m m e n t les ferveurs\nmallarméennes d e M. Allard. E t je souhaiterais ici une lumière plus\ngénéreuse, n'étant pas de ceux qui pensent qu'un voile impénétrable sied\naux nobles idées. P o u r q u o i tous les vers de cet aimable recueil n'ont-ils pas\nla limpidité de ceux-ci :\n\n                 Je ne te dirai plus les mots que tu redoutes;\n                 J'ai tant laissé de moi sur les bords de la route\n                 Que mon cœur est ainsi que le cœur d'un enfant;\n\n                 Mais quand pour te ravir à moi la douzième heure\n                 Viendra silencieuse au long des lilas blancs,\n                 Je baiserai ta main comme on fait une fleur.\n\n   Celte obscurité volontaire de la Sagesse de l'Amour s'étend du reste aux\nPoèmes par quoi se ferme le livre : l'imprécision de la pensée s'y unit à celles\nd e l'image et du verbe, en u n e impression générale de vague et de « flou » qui\nfinit par vous fatiguer... Mais M. Roger Allard possède, heureusement,\nles qualités de ses défauts; et il y a là, je le répète, un sens extrêmement délicat\ndes n u a n c e s . Ses allégories, toutes nuageuses qu'elles p u i s s e n t être par\nm o m e n t s , révèlent sous le voile qui les drape une noblesse de lignes peu\ncommune.\n   J e n'oserais affirmer qu'il n'y a point, d a n s la mélancolie de la Divine\nAventure, u n e o m b r e de \" littérature \". Si les R o m a n t i q u e s cultivaient la\ntristesse farouche pour l'occasion qu'elle leur offrait de faire des gestes\nviolents et de pousser de grands cris, les poètes d'aujourd'hui aiment\n la Mélancolie pour ses attitudes harmonieuses et ses soupirs gracieux.\nAu P a r n a s s e comme ailleurs, la m o d e règne en maîtresse t y r a n n i q u e ;\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3258, "texte": "                                            LES POÈMES                                                229\n\n\n il n'y a guère que quelques excentriques qui osent remonter le courant, —\n porter des feutres L o u i s X I I I ou enfler des strophes enflammées. Aussi b i e n ,\n M. Allard semble-t-il p o u s s é à suivre cette m o d e par u n t e m p é r a m e n t\n naturel, qui trouve, d a n s u n art un peu fragile, u n peu mièvre et un peu\n précieux, son expression logique. Accueillons-le d o n c tel qu'il se d o n n e à\n nous, et reconnaissons en lui, bien h a u t e m e n t , u n jeune poète o p u l e m m e n t\n d o u é , et dans cette Divine Aventure une œuvre qui nous a p p o r t e les meilleures\n promesses. S o u h a i t o n s qu'il persévère courageusement d a n s la voie glorieuse\n où ses pas a u d a c i e u x ont déjà laissé une trace, et que lui non plus ne jette\n pas trop tôt le bâton de voyage, p o u r « asseoir a u h a s a r d u n précoce repos ! »\n\n    La S o n a t e d e s H e u r e s de M. Albert Reggio ne contient guère que des\n sonnets, d'une facture sans doute assez originale, mais dont l'expression,\n tantôt d'une rudesse heurtée et tantôt d'une préciosité c o n t o u r n é e , ne laisse\n pas d'énerver. Je leur préférerai d o n c , pour le transcrire ici, ce délicat\n croquis de vieille fille, où je vous souhaite de reconnaître l'une de ces bonnes\n âmes, si jeunes sous les rides du front, que l'on rencontre parfois au hasard\n de la vie :\n                             Elle se conserve enfantine,\n                             — car dans son âme rien ne meurt —\n                             et sa voix que le rêve affine,\n                             garde encor son timbre endormeur.\n\n                               Et nulle autant qu'elle peut-être,\n                               ayant bercé son rêve entier,\n                               ne fut pareille à l'églantier\n                               qu'elle cultive à sa fenêtre\n\n                              Son cœur n'eut jamais nos névroses,\n                              et toujours sa lèvre a souri,\n                              et son langage est si rleuri\n                              qu'il en tombe encore des roses,\n\n                              des roses qu'un hiver bénin\n                              ne punit pas d'être tardives,\n                              et dont le charme féminin\n                              a des douceurs définitives\n\n Les autres pièces n'ont pas toutes, tant s'en faut, cette h e u r e u s e clarté :\nje s o u p ç o n n e l'influence de Mallarmé d'avoir passé par là, — e n c o r e ! E t\ndans son ensemble, cette Sonate des Heures me s e m b l e plutôt u n e longue et\nsavante s y m p h o n i e , d ' i n s t r u m e n t a t i o n o p u l e n t e , d'orchestration touffue, et\nd'interprétation malaisée.\n\n   Il s'est conservé au C a n a d a , possession anglaise d e p u i s bientôt un siècle et\ndemi, u n e sorte de petite patrie française où le culte de la langue maternelle\ns'est m a i n t e n u fidèle, vivace et fructueux. Montréal est le foyer d'où rayonne\njusqu'à n o u s cette flamme obstinée : il y a là des sociétés littéraires, des écri-\nvains, des poètes non négligeables. — E m i l e Nelligan est né sur celte terre\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "230                                 DURENDAL\n\n\noù fleurit et prospère l'irréductible traditionnalisme du cœur et d e l'esprit; je\nn'oserais assurer qu'il y est mort : car la préface qui n o u s présente E m i l e\nN e l l i g a n e t s o n œ u v r e , parle de sa vie en termes volontairement ambigus\net qui laissent la porte ouverte à toutes les hypothèses. On y devine seule-\nment, à travers toutes sortes de réticences, de détours et de précautions, que\nl'intelligence, lueur de l'âme, est éteinte chez Nelligan. E t la figure inquiète,\nu n peu hallucinante, qui orne la couverture d u livre, est plus éloquente à\nmon sens que toutes les révélations. — P a r exemple, il n'y a rien d a n s ces\npoèmes qui s e n t e l e Nouveau-Monde : n'était que Nelligan appelle un piano\nu n « Bruxelle », on pourrait imaginer lire l'œuvre d ' u n j e u n e Parisien de\nP a r i s , qui serait très pénétré de Gautier, de Baudelaire et de R o d e n b a c h .\n(Certains sonnets font même songer à ce bon Soulary, dont la gloire, fort\néclipsée de ce côté ci de l'Océan, semble avoir retrouvé des dévots sur les\nbords de l'Ottawa.) Emile Neiligan interprète le charme des souvenirs\nd'enfance, la mélancolie de l'amour et les affres de la mort, avec u n e élégance\nplus souple que personnelle, et u n souci de la rime riche qui se rapproche\n moins de l'art que d e la virtuosité. Mais son vers, qui a la fluidité soyeuse et\nle glissement léger des syllabes verlainiennes, est agréable à l'oreille. Cette\npoésie sentimentale et sensuelle, étrange, morbide, nerveuse, et avant tout\n« virtuose », ne laisse pas de ressembler, vide d'ailleurs de hautes pensées et\nd'émotions puissantes, à la musique si souple, si p r e n a n t e et si délicieuse-\nment maladive, mais souvent si superficielle, de celui que Nelligan n o m m e\n « le grand Chopin ».\n\n   Il y a quelque virtuosité aussi dans l'Offertoire de M. Jules Delacre ; je\nn'en veux pour preuve que cet extrait :\n\n                Des bleus pleuvent sur le fond calme du ciel d'or ..\n                Des bleus câlins, des bleus exquis, toujours, encor,\n                Qui tombent, lents, avec des gestes de pétales. .\n                Des bleus mauves, des bleus de bluets et d'opales,\n                Des bleus de clair de lune et de gorges d'iris,\n                Des bleus pâles, glissant sur la candeur des lys,\n                Si pâles qu'on dirait, à les voir, des fantômes. .\n                Des bleus vagues d'encens sous l'or divin des dômes,\n                Des bleus de mers, des bleus de lacs et de ruisseaux,\n                Des bleus de libellule effleurant les roseaux...\n\n   Mais, tout virtuoses qu'ils soient, ces vers légers font u n e musique char-\nm a n t e , où l'on reconnaît à la fois u n e technique déjà savante et un \" don \"\nincontestable. M . J u l e s Delacre excelle à dérouler, avec une souplesse facile,\nu n alexandrin délié, mélodieux, tissu de mots lumineux et de pensées jolies;\nil triomphe moins sûrement d a n s les vers de huit syllabes, sa sincérité se\ntrouvant mieux à l'aise dans un cadre plus large. Car cette poésie semble le\njaillissement spontané d'une âme tendre et mélancolique, qui s'exprime en\nvers tout naturellement. S a n s doute, la n u a n c e de son émotion est faite de\nsentimentalité plutôt que de sentiment véritable, et ces p o è m e s ont plus de\n grâce que de p r o f o n d e u r ; le talent de M. Delacre est tout en demi-teintes, en\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3077, "texte": "                                      LES POÈMES                                        23l\n\n\ndouceur voilée, en caresses à fleur de p e a u . Mais qu'importe? P r e n o n s d o n c ,\nune fois pour toules, les poètes tels qu'ils sont! Q u a n d u n cœur s'offre à nous\nd a n s sa simplicité, ne cherchons pas s'il y en a de plus g r a n d s . L a puissance\nest belle, la délicatesse est c h a r m a n t e . E t l'auteur de l'Offertoire est bien l'un\ndes plus délicats poètes que nous possédions en Belgique ; jugez-en vous\nmêmes :\n\n                 Votre geste, quand on s'en va, c'est tout un charme,\n                 C'est plus clair qu'un sourire et plus pur qu'une larme,\n                 Votre geste menu de petit mouchoir blanc,\n                 Votre geste enfantin déjà grave et troublant\n                 Encadré dans le chèvrefeuille de la porte,\n                 Et qui semble bénir, de loin, ce que j'emporte...\n\nN'est-ce pas, q u e cela est tout à fait exquis, et finement senti, et adorable-\nment h a r m o n i e u x ? Paradou, Dimanche, l'Heure grise, Convalescence, Banlieue,\nsont de m e n u e s aquarelles pleines de clarté, de vérité sentimentale, d'élé-\ngance discrète et h a b i l e m e n t n u a n c é e . D u reste, M. J u l e s Delacre a plus\nd'une corde à sa lyre, et certains vers de l'Offertoire ont u n accent grave et\nfort qui fait bien a u g u r e r de sa maturité. Qu'il se garde, pourtant, d'une\ncertaine philosophie d e dilettante qui pourrait bien, s'il s'y a b a n d o n n a i t\ndavantage, nous gâter déplorablement la b o n n e et saine fraîcheur de son\ninspiration ; il y a quelque enfantillage à appeler Jésus\n\n                 L'apôtre blond que la foule écoutait ravie,\n                 Et qui serait un dieu s'il eût aimé la vie!...\n\nMais j ' a p p l a u d i s sans réserve à des strophes comme celles-ci, qui sont vérita-\nblement, d a n s leur fragilité gracile, d'une beauté très p u r e et très s u a v e m e n t\nvaporeuse :\n                 Rejouez-moi cet air de Schumann que j'adore. .\n\n                 Rejouez-moi cet air étrange et doux que j'aime,\n                 C'est comme un souffle de baiser aérien ..\n                 J'aurais tant à vous dire et je ne trouve rien...\n                 Schumann vous parlera beaucoup mieux que moi-même ..\n\n                 Le vent du clair de lune a frôlé vos cheveux...\n                 Le clair de lune entier entre par la fenêtre...\n                 N'allons pas au jardin, car la nuit me pénètre,\n                 Et la nuit, je ne sais plus bien ce que je veux...\n\n                 Rejouez moi cet air en harpèges de harpe,\n                 Lentement, lentement, sans nous quitter des yeux...\n                 La lampe a des reflets orangés et soyeux\n                 Drapés le long de votre cou, comme une écharpe...\n\n  Je ne prétends point que nulle lèvre h u m a i n e ne se soit posée encore sur la\nflûte dont j o u e M. Delacre; mais elle est, à sa bouche, mélodieuse et j u s t e :\nje n'en d e m a n d e pas d a v a n t a g e . C o m m e Mme Marie P h i l i p p e , c o m m e\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1426, "texte": "232                                   DURENDAL\n\n\nMM. H e n r i Belmont et Pierre Gérard, trois excellents poètes belges d o n t j'ai\neu l'occasion de parler en ces derniers temps, M. Jules Delacre est inconnu\ndans le m o n d e des jeunes revues, et son arrivée au Parnasse cause u n e joie\nmêlée de surprise.\n\n   L'Ecole d e s V a l e t s , un acte de M. H e n r i Liebrecht, n'a d'autre prétention\nque de servir d' « entrée » à quelque spectacle plus copieux : accommodée\nsuivant les préceptes de Molière et de Banville, cette entrée pourra plaire â\nceux qui n e réclament pas des mets très épicés ou extrêmement inédits.\n Mais le vers libre est-il bien fait pour le théâtre? S a n s doute, il y a Amphitryon,\net aussi quelques tentatives intéressantes de Richepin, d e R o s t a n d et de\nSilvestre. J e pense c e p e n d a n t que l'alexandrin, si justement proportionné à\nla m e s u r e d u souffle h u m a i n , restera toujours le vrai vers de théâtre. Au sur-\nplus, les vers libres exigent u n e rare et parfaite maîtrise, et ceux de M. Lie-\nbrecht contiennent, a u point de vue du rythme, des erreurs ou des\ndéfaillances qui ne laissent pas de n u i r e à l'effet que l'on en a t t e n d . — Les\nalexandrins du prologue me plaisent davantage : ils sont aisés, pittoresques,\njoyeux, et la rime en est d ' u n franc et sonore métal.\n\n                                                                      FRANZ    ANSEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-008", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 233, "page_fin": 236, "titre_corps": "La Libre Esthétique : Le Salon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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Maus a continué la série de ses manifesta-\n                  tions éducatives; il nous montre, cette fois,\n                  l'évolution externe — c'est-à-dire hors de\nFrance — de l'Impressionnisme.\n   Au total, cette collection d'oeuvres n'offre point l'intérêt ni\nl'attrait de celle qui fut réunie l'an dernier. Les artistes belges\ny occupent une place prépondérante, tant dans la section rétros-\npective que parmi les notations les plus récentes. Malgré leurs\nrares mérites, ils ont le tort, à mes yeux, de n'être point des\ninnovateurs, et, aux yeux du grand public, celui de nous être\ninfiniment connus. Les meilleurs, les plus personnels des nôtres\nsont néanmoins des « influencés » et non des inventeurs, leur\nvision a subi des avatars divers. La révélation des peintures de\nClaude Monnet, de Degas, de Renoir a manifestement orienté\ndes recherches, nettoyé des palettes, purifié des yeux d'abord\nenthousiasmés par des tableaux de Musée, et qui n'ont ressenti\nque tardivement l'éblouissement des rayonnants soleils ou des\nclartés limpides.\n   Le catalogue se subdivise en sections et leur ordre — qui en\nvaut un autre — peut servir de guide en cette galerie, malgré\ntout disparate.\n   Quatre peintres forment la section rétrospective : trois Belges\net un Grec presque naturalisé Bruxellois; c'est : Eugène\n"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "234                        DURENDAL\n\n\nVerdyen, Guillaume Vogels, Périclès Pantazis et Henri\nEvenepoel.\n   Le seul tableau qui représente VERDYEN est une œuvre déli-\ncieuse de fraîcheur lumineuse et de séduction décorative. C'est\ncette Aurore, déjà vue au Salon de 1903, un étang brumeux où\nnagent des cygnes parmi des vapeurs, des buées, des brumes\nque percent déjà les premiers rayons du Levant.\n   Les VOGELS résument un tempérament de peintre très doué,\nmais vraiment trop expéditif et incapable de réalisations défini-\ntives. Ses grandes pochades magistrales n'ont point l'aspect\nprécieux que donnent aux tableaux les techniques suivies et les\nmatières devenues précieuses par le travail du bon ouvrier,\nelles demeurent fatalement incomplètes, vaillantes mais essouf-\nflées, indiquées mais non voulues, pleines d'intentions non con-\nduites jusqu'à l'affirmation.\n   Les PANTAZIS s'apparentent à Manet, fauves, tièdes, moelleux,\ncouleur de gant de Suède ou de fondant pâté truffé en croûte...\n   H E N R I EVENEPOEL, mort à 27 ans, a donné la mesure d'un\ntalent personnel, les promesses d'une nature d'exception, si\npénétrante, si intellectuelle, si plastique!... Une délicatesse\nrare dans la perception des valeurs, un instinct coloriste exquis\nembellissent ses moindres peintures, et la série qui s'en trouve\ncette fois réunie renouvelle les regrets qu'une fin si prématurée\nnous a causé en privant l'école belge d'une quantité de chefs-\nd'œuvre espérés avec la plus légitime confiance.\n   La section étrangère réunit plusieurs noms de ces artistes\ndéracinés, originaires des Amériques ou d'ailleurs, éduqués à\nParis. C'est Theo Earl Butler, Childe Hassam, J.-W. Mor-\nrice, Alexandre Robinson, peintres hardis, aventureux, bru-\ntaux et pillards comme de modernes « condottieri », adaptateurs\nde techniques simplistes, sabrées, délibérément prestigieuses,\nvues déjà un peu partout chez les innovateurs et les maîtres,\ncombinées en gammes coloristes artificiellement claires chez\nChilde Hassam, grises et fines chez Morrice, violentes chez\nRobinson.\n   Des Hollandais, des Espagnols, des Anglais, des Allemands,\nun Russe complètent le contingent, continuateurs excessifs dé\nla vibration luministe partie des ateliers parisiens et dont\nl'ondulation concentrique, en s'étendant autour de ce point cen-\ntral, a formé des remous de plus en plus marqués.\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "                         LA LIBRE ESTHÉTIQUE                            235\n\n\n   O n ne saurait dénier aux Allemands des hardiesses, des\naudaces, u n désintéressement extrêmes. Toujours littéraires et\nanecdotiques, en dépit de tout, ils sont rebelles à l'harmonie\ncoloriste que nous voulons trouver dans des peintures et ne peu-\nvent ressentir un accord juste de valeurs.\n   Voyez les Danses et les Jardins d'Amour de L u d w i g von Hoff-\nm a n n , les natures-mortes de Curt H e r r m a n n , puis songez à un\nClaude Monet, à un J a m e s Ensor, l'ingrate discordance des\nœuvres g e rm a n i q u e s vous étonnera...\n   L ' E s p a g n o l SANTIAGO R U S I N O L peint des jardins artificiels\ndélicieux de séduction méridionale, d'ambiance parfumée, et\nc'est peut-être, parmi les artistes à la suite de Claude Monet,\nun des plus intéressants.\n   L e H o l l a n d a i s T O O R O P affirme u n e personnalité si spéciale\net si tranchée, tente des recherches si diverses, mêle t a n t de\nrêve et de fantaisie à son observation réaliste, rassemble des\nœuvres si différentes entre elles, qu'il déconcerte, poète frisson-\nnant ou brutal et inquiétant toujours.\n   H A R T N I B B R I G dresse procès-verbal à la lumière avec des\ncruautés acides, une vibration pénible, un t e m p é r a m e n t dénué\nde grâce, brutal et a n t i p a t h i q u e . . .\n   Cela est respectable, mais rebutant.\n   L'envoi de plusieurs autres artistes étrangers n'est q u ' u n acte\nde présence, la « carte de visite » d'un peintre prodigue de\nquelques aquarelles ou de quelques croquis aux pastels, sans\ni m p o r t an c e . . .\n                                    *   *\n\n   T o u t e la participation belge a été organisée par le cercle V I E\nET L U M I È R E et déjà exposée à Anvers avant d'être montrée à\nBruxelles.\n   Vie et Lumière, c'est l'étiquette d'un g ro u p emen t nouveau de\nnos luministes, le grand A.-J. H e y m a n s et le grand E m i l e\nClaus, Georges Buysse, J a m e s Ensor, Georges Morren, Georges\nL e m m e n , comme chefs de file, et à leur suite M m e s Anna Boch,\nAnna D e W e e r t , J e n n y Montigny ; M M . D e Gouve de\nN u n c q u e s , Aloïs Delaet, Rodolphe De Saegher, Alfred Hazle-\ndine, E d m o n d Verstraeten, tous les fervents des colora-\ntions claires, des fraîcheurs vertes et violâtres du plein air\nhumide...\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": " 236                             DURENDAL\n\n\n    Encore faut-il en excepter E N S O R , coloriste bien distinct et\n comme fourvoyé en ce groupe, dont la place eût été mieux\n marquée entre Evenepoel et Vogels que parmi les pointil-\n listes et les vibristes de la dernière heure. T o u t e s ses toiles,\n d'ailleurs, sont parées déjà de la patine de vingt années\n mûrissantes...\n    Que redire d'HEYMANS et de C L A U S ? Leurs peintures nou-\n velles ne nous apportent plus de révélations sur les ressources\n de ces talents consacrés et aimés. Elles sont dignes des œuvres\n qui établirent leur notoriété, elles sont sincères, raffinées,\n délicates, elles sont la gaîté des yeux en ce Salon, où presque\n tous les cadres enferment des colorations tendres, vives, fon-\n dantes...\n    Claus a réservé, pour sa prochaine exposition générale au\n Cercle Artistique de Bruxelles, ses derniers chefs-d'œuvre : la\n Récolte du lin et quelques paysages aux notations infiniment\n ténues et subtiles. Son Soir d'été, exposé à la L i b r e E s t h é t i q u e ,\n ne révèle pas, sur la tenture malheureuse qui l'entoure, toute la\nsplendeur vibrante que lui ménageait l'atelier de l'artiste, mais\nil se trouve, parmi les petites études, des morceaux tout à fait\ndélicieux de vision et de rendu.\n    G E O R G E S BUYSSE poursuit avec ferveur ses recherches sin-\ncères. Son exécution spontanée, enthousiaste et fraîche lui\npermet des indications très personnelles, l'affirmation d'un sens\ntrès fin des valeurs et des harmonies claires.\n    GEORGES M O R R E N a fait, en ces derniers mois, des progrès\nétonnants. Certes, la hantise de Renoir nous gêne un peu\ndevant ses fillettes et ses jeunes filles aux tonalités vives, mais,\ndès que l'artiste se sera enfin dégagé des successives influences\nqui l'ont guidé, il se montrera technicien habile et peintre\ndoué.\n   L E M M E N a de petits morceaux charmants, des indications\nqui sont d'un peintre très artiste, et leurs collègues des deux\nsexes, appliqués à des études consciencieuses, exposent une\nsérie d'ouvrages incomplets, certes, mais séduisants comme des\nbouquets de mai ou des frondaisons d'octobre.\n\n                                                                  P. L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-009", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 237, "page_fin": 238, "titre_corps": "La Libre Esthétique : Les auditions musicales", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "D. 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Il a été supérieurement joué par Mlle Blanche Selva, MM. Chaurnont\net Merck. Egalement une mention spéciale pour l'interprétation de la sonate\nen ut pour violon et piano de Vincent d'Indy (Mlle Blanche Selva et M. Chau-\nrnont), composition aussi belle d'idée que d'architecture où s'accusent, d'une\nfaçon de plus en plus accentuée, les tendances du maître vers la simplification\nharmonique du style et dont les horizons larges et sereins, que découvre le\nmouvement intitulé très lent, marquent le summum d'intensité et de signifi-\ncation poétiques.\n   Parmi les lieder ou poèmes vocaux entendus à ces auditions, les Ancêtres\ndu Lys de Blanche Selva, O mes morts de Charles Bordes, A la Chanson Russe\net Nocturne printanier de Balakireff nous ont plus particulièrement impres-\nsionné. Mme Georges Marty les a dits avec un sentiment fort juste. Les Heures\nClaires de Lowis de Serres (poème de Verhaeren), chantées avec beaucoup de\ncharme par Mlle Marguerite Chabry, ne sont assurément pas des œuvres\nquelconques, mais elles ne nous paraissent pas répondre musicalement, d'une\nfaçon adéquate, à l'inspiration du poète. Signalons, enfin, les belles exécu-\ntions de M me Béon sur l'harmonium Mustel (deux pièces pour orgue, de\nGuy Ropartz) et trois œuvrettes caractéristiques d'Albeniz, ravissantes de\nrythme et de colorations, Préludes et Séguedille des Chants d'Espagne que\n MIle Selva a rendues au piano avec son art si pénétrant.\n   Au troisième concert, MM. Merkx et Bosquet ont interprété (violoncelle et\npiano) une Légende pleine de poésie de Herbert, une Romance et une Humo-\nresque de M. Leone Sinigaglia d'un rythme remarquable. Mlle Wybauw a\nchanté La Caravanne de Chausson, dont elle a rendu avec puissance la\ngrandeur tragique, le Lied maritime de Vincent d'Indy, où s'affirme un\nmerveilleux sentiment de la nature, et deux belles œuvres de G. Lekeu,\nSur une tombe et Ronde. Miss Evelyn Suart a interprété avec une rare vaillance\net beaucoup d'habileté des œuvres très intéressantes, mais d'une exécution\nfort ardue de Cyril Scott et Claude Debussy. La belle sonate pour violon et\npiano de M. Jongen a été jouée d'une façon parfaite et très artistique par\n MM. Chaurnont et Bosquet.\n   Le quatrième concert servait de début en public à Mme Demest,\ncantatrice, épouse du distingué professeur de chant au Conservatoire de\n Bruxelles. Voix très agréable et soigneusement cultivée, diction intelligente,\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "238                              DURENDAL\n\n\nprononciation encore à soigner. Mme Demest s'est fait applaudir dans trois\nmélodies assez peu heureuses de M. Albert Dupuis et deux fragments\npathétiques de Briséis, le drame lyrique inachevé de Chabrier, le maître trop\ntôt disparu. MM. Bosquet, Chaumont et Merck ont interprété avec chaleur\nun beau Trio de M. J. Jongen, un de ceux, parmi nos jeunes compositeurs,\ndont on peut attendre le plus, parce que son modernisme résolu se corrobore\nd'une invention réelle et d'une émotion sincère, s'appuie sur une forme\nrobuste et sûre d'elle-même. M. Bosquet a exécuté, avec sa maestria habi-\ntuelle, une jolie Sérénade, de Jongen encore, une Isle joyeuse, de Debussy, d'une\nverve brillante et de l'imprécision tonale habituelle au compositeur, enfin un\ntableau provençal de Séverac, qui est certainement une des choses les plus\n« tripotées » qu'oncques entendis sur le clavier. La séance débutait par un\nSextuor d'un jeune compositeur anglais, Cyrill Scott, pour trois violons, alto,\nvioloncelle et piano, œuvre d'une certaine invention, mais de procédé mono-\ntone et combien bizarre : les quatre instruments à archet supérieurs montant et\ndescendant sans cesse parallèlement, en un faisceau sonore serré et, partant,\néclatant ; par là-dessous, le violoncelle, naturellement étouffé dans son isole-\nment, et le piano, ici confié à une jeune artiste anglaise, au toucher agréable,\nmais de poigne insuffisante pour lutter contre le déchaînement sonore susdit.\n   Un concert supplémentaire a clôturé dignement la session de cette année\nde la Libre Esthétique. On y a entendu le superbe quatuor à cordes [mi majeur)\nde Vincent d'Indy, et le lumineux quatuor en ut mineur de Faure, exécutés\ntous deux avec la dernière perfection par Théo Ysaye et le quatuor Zimmer.\nM. Surlemont, qui est doué d'une admirable voix de baryton, a chanté avec\nun goût exquis des œuvres de Magnard, Duparc et Bonheur.\n\n                                                                      D. L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-010", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 239, "page_fin": 241, "titre_corps": "Martille", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Closson", "ancre_debut": "Martille Drame lyrique en deux actes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 294, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "Martille\nDrame lyrique en deux actes, texte de M. EDMOND CATTIER, musique de\n  M. ALBERT DUPUIS. Première représentation au Théâtre royal de la\n  Monnaie, à Bruxelles, le 3 mars 1905.\n\n\n\n\n   MM. Kufferath et Guidé, qui nous ont donné, l'an dernier, Jean Michel de\nM. Dupuis, — cette œuvre charmante par l'émotion qui s'en dégage, la verve\nvraiment wallonne qui l'anime et le « métier » exceptionnel dont elle témoigne\nd'un bout à l'autre, nous ont fait connaître cette année une œuvre nouvelle\ndu jeune compositeur.\n   Le texte, dû à notre confrère M. Edm. Cattier, le critique écouté de la\nGazette, se résume ainsi :\n   On célèbre la ducace dans un village des bords de la Semois. Un brave\ngarçon, Etienne, malheureusement uni à une coquette qui le trompe, Betsy,\naime d'un amour profond et respectueux Martille, une jeune fille que sa pau-\nvreté a contrainte à s'engager comme servante dans une auberge. Martille, qui\nlui rend son affection sans l'oser montrer, est aimée, d'autre part, d'un brutal\nDon Juan de village, Pierre, qu'elle dédaigne. Pierre trouve un aide incon-\nscient dans Betsy, qui s'est prise de passion pour lui, lequel ne se soucie\nguère de la femme d'Etienne. Mais cette passion lui servira à réduire l'indif-\nférence de Martille, en supprimant Etienne. Dans ce but, Pierre laisse croire\nà Betsy qu'il deviendrait son amant si le mari venait à disparaître; et, à deux,\nils imaginent d'accuser Etienne, auprès du braconnier Jérôme, d'avoir dénoncé\ncelui-ci au garde. Jérôme va assommer Etienne, quand Martille, qui a\nentendu, s'avance et, pour sauver son ami, affirme à Jérôme que, la nuit où\nil posait ses collets, Etienne était chez elle. Jérôme se calme, le coup est\nmanqué, il faudra trouver autre chose. Pierre, cette fois, déclare ouvertement\nà Martille que si elle ne renonce à Etienne, c'est lui-même qui tuera celui-ci.\nMartille est ainsi amenée à formuler un nouveau et non moins généreux men-\nsonge, en affirmant à Etienne qu'elle ne l'aime pas, qu'elle ne l'aime plus,\nque c'est Pierre seul qu'elle aime. Désespoir d'Etienne. Mais Betsy, présente\nà cette explication, se figure que réellement Martille lui a ravi l'affection de\nPierre et, se jetant furieuse sur la jeune fille, elle la frappe de ses ciseaux.\nMartille meurt, non sans avoir révélé la vérité à Etienne, en lui disant qu'elle\nn'a menti que pour lui sauver la vie.\n   Ce drame, rapide et violent, se déroulant dans le cadre animé et joyeux de\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3185, "texte": "240                               DURENDAL\n\n\nla ducace, avec lequel il offre de vigoureuses oppositions, est certes de nature\nà inspirer un musicien. On pourrait lui reprocher la langue un peu trop\nélégante du livret (voir, par exemple, celui de Louise, où l'auteur a trouvé\nla note populaire, sans cependant verser dans la trivialité), ainsi que le\ncaractère un peu voulu, spécieux de certaines scènes : Martille n'aurait-elle\nvraiment pu laisser deviner à Etienne que son renoncement était contraint\net forcé? Elle est femme pourtant, et Wallonne par-dessus le marché. .\n\n                                          *\n                                      *       *\n\n   Lors de l'apparition de Jean Michel, j'ai publié dans Wallonia (1) une étude\ndéveloppée sur cette œuvre, trop tôt disparue du répertoire. Je viens de la\nrelire et, à l'analyse de la partition, reparue depuis, je n'ai pas à modifier\nune seule des appréciations enthousiastes que j'énonçais à cette occasion.\nJ'y essayais de « situer » la personnalité artistique de M. A. Dupuis; dont\nl'oeuvre me paraissait se rattacher directement à la tradition lyrique française,\nsi heureusement rénovée par Charpentier (Jean Michel contient même quelques\nréminiscences avérées de Louise), considérée en opposition avec l'école\nfranckiste-wagnérienne du drame lyrique telle qu'elle s'affirme dans Fervaal,\nl'Etranger, le Roi Arthus.\n    Or, Martille me semble précisément manifester une évolution radicale du\ncompositeur vers cette dernière école,— je dirai même vers le wagnérisme sans\nalliage. On peut le regretter, car tandis que chacun s'attendait au dégage-\nment résolu de la personnalité qui s'annonçait dans Jean Michel, Martille nous\nmontre plutôt l'absorption de cette personnalité par l'ogre insatiable de\n Bayreuth. On retrouve dans Martille, à un degré supérieur même, les excep-\ntionnelles qualités de métier révélées dans Jean Michel : la variété et la trans-\nparence de l'orchestration, l'originalité essentielle de l'harmonie, une maîtrise\n particulière dans le maniement des voix en général et des parties chorales en\nparticulier, ces dernières traitées dans une indépendance réciproque du plus\nheureux effet; par-dessus tout, le sens profond du théâtre, de son optique\nspéciale, des gradations, des culminations, et la souplesse avec laquelle s'en-\nchaînent et s'équilibrent les scènes du caractère le plus tranché.\n    Mais ce n'est plus l'abondance mélodique, l'ingénue spontanéité d'expres-\n sion et l'émotion communicative de Jean Michel. Les caractères de chaque\n personnage sont dessinés d'un trait habile et vigoureux; le sentiment drama-\n tique n'est pas moins juste, mais les « mots » musicaux par lesquels il s'ex-\n prime sont plus cherchés, plus voulus. Suivant un phénomène d'observation\n constante, l'influence wagnérienne est partout et nulle part. Il serait difficile\n d'étiqueter telles des harmonies ou des thèmes donnés. C'est l'ensemble qui\n baigne dansuneatmosphère nettement wagnérienne et, par conséquent, dénuée\n d'originalité; les passions et les sentiments élémentaires de ces paysans arden-\n nais manquent de simplicité d'expression, et cette remarque s'étend aux\n\n\n  (1) 1903, p. 114.\n"}, {"page_pdf": 296, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "                                  MARTILLE                                   241\n\n\népisodes les plus accessoires : par exemple, ces danses de paysans, au\ndeuxième acte, quel déploiement polyphonique et orchestral, excluant par\navance toute possibilité d'une impression vraiment fraîche et rustique ! On\nregrette la fête dans l'atelier de Hubert, dans Jean Michel, le cramignon :\n« J'ai mon amant pour rire avec moi n et la charmante chanson à boire.\n   Tout ceci n'empêche pas Martilîe d'être une œuvre de valeur et de très réel\nintérêt; mais M. Dupuis est de ceux envers lesquels on peut se montrer très\ndifficile et il est à l'âge où l'on doit attendre, d'une œuvre à l'autre, une pro-\ngression à divers points de vue ; on peut regretter que sa nouvelle œuvre\nengage surtout à désirer revoir la précédente.\n   Martille a reçu des directeurs de la Monnaie une interprétation de choix.\nQu'il me suffise de citer Mme Dratz-Barat, si touchante dans le rôle principal,\nM. d'Assy (Pierre), ténébreux et violent à souhait, Mme Paquot-d'Assy (Betsy),\nM. Laffitte (Etienne). Et les décorateurs de la Monnaie, artistes incompa-\nrables dans leur spécialité, ont encadré l'action dans un décor (unique) qui\noffre, en un véritable tableau de musée, une synthèse charmante des sites\némouvants de notre plus jolie rivière belge.\n\n                                                            ERNEST CLOSSON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-011", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 242, "page_fin": 246, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. de G.", "ancre_debut": "Chronique Musicale Troisième concert du Conservatoire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 297, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "Chronique Musicale\n  Troisième concert du Conservatoire. — Au programme quatre\noeuvres de style fort divers, mais toutes absolument charmeuses. La Sym-\nphonie en si bémol majeur de Mozart, dont l'orchestre du Conservatoire a donné\nune poétique interprétation, est un hymne de bonheur tout imprégné de rayons\net de grâce fleurie, un paysage vêtu d'azur et de lumière que n'assombrit pas\nmême un instant le vol passager du moindre nuage.\n   Le Concerto en ut majeur que Jean S. Bach écrivit pour deux clavecins est\nune œuvre de ferme architecture somptueusement édifiée. Il a été supérieu-\nrement joué sur deux pianos, par MM. de Greef et Gurickx qui en ont exposé\nles trois parties avec autant de lucidité dans la diction que de puissance ryth-\nmique et de perfection au point de vue de la fusion sonore et des enchaîne-\nments de thèmes. Les deux interprètes ont été associés par le public en un\nhommage très chaleureux et mérité.\n   Puis, on a entendu les chants de Brahms (op. 17) où de persuasives voix\nde femmes résonnent dans des atmosphères claires et pures que poétise le\nbercement exquis de la harpe, et que mélancolise la plainte douce des cors.\nEn faisant intervenir de façon ingénieuse ces instruments qui semblent peu\nfaits pour un rapprochement (harpe et cors), Brahms a trouvé le secret de\ncommuniquer à ces chants une signification pathétique et un accent d'éléva-\ntion tout particuliers. Les deux derniers surtout (Partout où je regarde et le\nchant de Fingal d'Ossian) exhalent un charme tout à fait enveloppant. Ce\nsont des poèmes délicats où planent des harmonies graves et généreuses et\ndont le lyrisme discret, pour être contenu, n'en est pas moins expressif.\n   Le concert s'est terminé par une belle exécution de la Symphonie italienne,\nune des œuvres les plus variées et les plus attachantes qu'ait écrit Mendels-\nsohn.\n\n   Quatrième Concert Populaire. — A son quatrième concert,\nDupuis a donné la première audition, en Belgique, du Songe de Gerontins, par\nEdward Elgar. Notre collaborateur, Joseph Ryelandt, ayant dans la dernière\nlivraison de Durendal présenté à ce sujet une étude développée et appro-\nfondie, nous ne reparlerons pas ici en détail de cette œuvre, œuvre si noble,\nsi remplie de ferveur et d'émotion, si ample de conception et de réalisation,\ninspirée à Elgar par un admirable poème du cardinal Newman, dont\nJ. d'Offoël a écrit une excellente traduction.\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3438, "texte": "                           CHRONIQUE       MUSICALE                          243\n\n\n   Nous voudrions cependant résumer, en quelques mots, l'impression que\nnous a laissée l'audition du Songe de Gerontius au concert. En premier lieu, l'art\nd'Elgar nous apparaît essentiellement sincère, procédant d'une inspiration\nprofonde et généreuse d'où résultent son efficacité et sa puissance, confirmant\ncette belle pensée exprimée par Vincent d'Indy dans sa dernière conférence\naux Matinées Littéraires, que pour écrire de la musique vraiment religieuse,\nil faut avoir la foi. En second lieu, l'art d'Elgar revêt un second caractère, il\nest très personnel et original en ce sens qu'il se base, tant dans les procédés\nd'orchestration que dans le gouvernement des chœurs, sur des moyens,\nd'expression et de développement fort particuliers, où l'on ne perçoit nullement\nl'influence des deux grandes écoles actuellement prépondérantes, celles de\nStrauss et de d'Indy.\n   Assurément, le Songe de Gerontius n'est pas exempt de faiblesses et de lon-\ngueurs, mais si on ne peut le dénommer chef-d'œuvre au sens absolu du mot,\nen ce sens de composition belle en toutes ses parties et sans aucun fléchisse-\nment, il est aussi vrai de dire que ces imperfections sont très largement\ncompensées par les pures et célestes beautés qui s'y épanouissent nombreuses\ncomme des fleurs idéales d'espoir et d'amour, et au premier rang desquelles\nnous signalerons tout le couronnement de la première partie, une page\nd'envolée rayonnante qui, en son ascension triomphale, atteint les sommets\nde l'émotion, puis le dialogue de l'ange et de l'âme émancipée, la sublime\ninvocation de l'ange de l'agonie; enfin, la péroraison de l'œuvre où l'auteur\ninspiré a versé toute la flamme, toutes les intimes énergies de son cœur\ncroyant, pour célébrer, dans des accents de haute et sereine majesté, l'avè-\nnement de l'âme aux régions de l'éternelle lumière.\n   Rendons hommage à la belle exécution du Concert Populaire. Sans doute,\nl'on eût souhaité des chœurs plus de sérénité, plus de profondeur mystique\net de recueillement attendri, mais les solistes méritent tout éloge, en première\nligne M. Laffite, avec sa voix chaude, généreuse, d'un métal si clair, si\npur et cet art parfait de diction qui ne laisse tomber dans l'ombre aucune\nsyllabe; puis M. Bourbon (le prêtre, l'ange de l'agonie), avec son accen-\ntuation large et vibrante; enfin, Mme Laffite, qui a chanté le rôle de l'ange\navec autant de poésie que de charme expressif.\n\n   C i n q u i è m e C o n c e r t Y s a y e . — A la grande joie de tous les dilet-\ntanti, Mengelberg a reparu au pupitre directorial. Il a donné de la Symphonie\nHéroïque une interprétation aussi profonde que grandiose et émouvante. Puis\nont été entendus des fragments symphoniques de Psyché, la plus belle œuvre\nde Franck, après les Béatitudes. Sous la direction magistrale de Mengelberg,\nl'orchestre des Ysaye a été merveilleux de souplesse, de clarté et d'intuition\npénétrante. Il a rendu avec une exquise finesse de touche et comme en une son-\ngeuse fluidité de contours les paysages suaves et enchantés des deux premières\nparties [Sommeil de Psyché, Psyché enlevée par les Zéphyrs), puis dans les Jardins\nd'Eros, dans le dialogue entre Psyché et Eros, d'admirables gradations expres-\nsives planant attendries dans un infini lumineux ont raconté le pacifique essor\ndu symbolique et immortel amour. L'ouverture de Tannhäuser et tout spécia-\n"}, {"page_pdf": 299, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": " 244                                DURENDAL\n\n\nlement le finale dit avec une incomparable largeur d'accent a couronné le\nconcert comme une apothéose.\n   A côté de ces splendeurs d'art, on a goûté les interprétations de Raoul\nPugno, un des plus délicats et des plus puissants coloristes du piano. Le\nConcerto en mi bémol de Mozart a été sous ses doigts une merveille de douceur\ncaressante, de grâce ailée teintée d'émotion et les Variations Symphoniques de\nFranck soutenues par la généreuse et compréhensive collaboration de l'or-\nchestre ont été exposées par le maître avec une subtilité de colorations, une\nsomptueuse beauté de sonorités et une ampleur lyrique prestigieuses. Au\nrappel, il a joué supérieurement un Caprice de Scarlatti.\n\n   Concert de Greef-Pugno au Cercle Artistique. — Le mardi\nsuivant, le Cercle Artistique offrait à ses membres un véritable régal d'art.\nPugno et de Greef s'y sont fait entendre dans une série de composilions pour\ndeux pianos. La pièce capitale du concert était le Concerto en ut mineur pour\ndeux pianos de Bach que les deux grands artistes ont interprété avec une\n verve, un rythme et une fusion admirables. Puis ils ont joué un Caprice Arabe\nde Saint-Saëns, sorte de fantaisie pittoresque non dénuée de saveur et un\nScherzo du même auteur fort curieusement bâti et hérissé de difficultés qui\nont mis en relief la maîtrise technique des deux virtuoses, enfin le Concerto\nen mi bémol pour deux pianos, de Mozart, où de Greef et Pugno ont rivalisé de\npoésie et de grâce. Sous la direction pleine d'autorité de Théo Ysaye, le très\ndistingué compositeur et pianiste, les archets des Concerts Ysaye ont donné\nune belle interprétation de la symphonie en si bémol de Haydn, puis ont joué\nune Habanera de Chabrier et se sont fait particulièrement applaudir dans une\nadaptation orchestrale de Saint-Saëns, le Chant du soir de Schumann, qu'ils\nont chanté de façon délicieusement expressive.\n\n   Q u a t r i è m e c o n c e r t D e l u n e . — Il terminait et couronnait digne-\nment la série des belles auditions qu'a inauguré cette année le jeune capell-\nmeister. M. Delune avait cette fois inscrit à son programe la radieuse cinquième\nSymphonie de Beethoven, un des sommets de l'art, qu'il a dirigé avec une con-\nviction, un élan et une finesse de nuances dignes de tout éloge. En second\nlieu, les curieuses et caractéristiques Danses Slaves de Dvorak. M. César\nThomson rehaussait de son concours ce dernier concert. Il a magistralement\nexécuté le Concerto de Tartini et a ensuite joué le Concerto de Brahms. Inter-\nprétation pleine de fermeté, d'ampleur, aussi remarquable de style que de\nrythme. Au rappel, il a dit, avec autant d'élévation que de sérénité, l'Adagio\ndu Concerto de Max Bruch.\n\n   Les Chanteurs de Saint-Boniface. — Leur concert annuel,\nhonoré de l'auguste présence de S. A. R. Mme la Comtesse de Flandre, qui\ns'intéresse tout particulièrement à cette œuvre, a obtenu plein succès. Il a mis\nde nouveau en lumière les progrès que réalise chaque annéecette phalange tant\nau point de vue de la fusion sonore que sous le rapport de la justesse de l'expres-\nsion et de la finesse des nuances, progrès dus au sens artistique, à la direction\n"}, {"page_pdf": 300, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3461, "texte": "                           CHRONIQUE       MUSICALE                          245\n\n\nferme et éclairée de leur vaillant chef, M. Carpay. Le programme était varié,\nabondant et choisi à souhait. Signalons parmi les œuvres les plus impression-\nnantes exécutées ce soir-là l'Agnus Dei de la messe Aeterna Christi de Pales-\ntrina, se dressant comme un majestueux et glorieux édifice sonore, l'admira-\nble choral final de la Passion selon saint Jean de Bach, le Deus Israël de Vincent\nd'Indy, motet à six voix, aussi beau d'inspiration que de facture, les chœurs\nde Blanche Lucas (Regina cœli et Stetit Angelus) empreints d'un sentiment\nmystique si profond et où les voix fraîches du chœur de dames amateurs ont\nfait merveille, le ravissant Noël d'Albeniz, etc.\n   Des artistes d'élite rehaussaient le concert de leur concours. M. Vander-\nborght a chanté avec un style parfait un air de la Passion selon saint Mathieu de\nBach, des mélodies de Schubert et de Schumann. Mme Demest a une voix\ndélicieuse, aussi souple qu'elle est limpide et expressive. Elle a chanté supé-\nrieurement l'air de la Création de Haydn et l'Alouette, fantaisie vocale d'Albert\nDupuis. M. Chaumont n'est pas seulement un violoniste virtuose, c'est un\npoète exquis. Il a interprété avec une admirable profondeur d'accent le\ncélèbre Aria de Bach et a joué ensuite une très remarquable fantasia de Jongen.\nCe bel ensemble était complété par les accompagnements à l'harmonium\nMustel de MM. De Boeck et Jongen. Trois fraîches et gracieuses chansons\npopulaires des provinces françaises harmonisées par Tiersot et dites par le\nchœur des dames terminaient fort agréablement le concert.\n\n   C o n c e r t s d i v e r s . — M. le baron Buffin avait convié L L . AA. RR. la\nComtesse de Flandre et la Princesse Albert de Belgique, ainsi que quelques\namateurs de musique, à une audition de ses œuvres écrites pour orchestre\nd'harmonie, œuvres exécutées par la musique du premier régiment des\nguides, sous la direction autorisée de M. Walpot, dans la salle de la Grande-\nHarmonie. La plus importante d'entre elles, intitulée Suite pour orchestre et\ncontenant les quatre mouvements classiques, a été écoutée avec un vif intérêt.\nElle est écrite avec ingéniosité, animée d'une inspiration mélodique qui\ns'élargit et s'amplifie de la façon la plus heureuse dansl'Andanteappassionato\noù se dessine une phrase pleine de noblesse et d'accent, et qui revêt dans le\nScherzando grazioso un tour vif, alerte et spirituel. Non seulement cette compo-\nsition est habilement conduite, mais elle décèle encore une réelle entente des\nressources (si limitées) que l'on peut tirer d'un orchestre d'harmonie sans trop\nse heurter à cet inévitable écueil de la monochromie sonore.\n   Mon cher Hameau, poème musical, que M. Bourbon a chanté de sa voix\npuissante et expressive, a plu par son inspiration simple et franche, mais ici\nl'opacité de l'accompagnement orchestral dessert la partie vocale du poème\net les archets eussent été préférables. M. le baron Buffin a été très applaudi\net chaleureusement félicité par S. A. R. la Comtesse de Flandre.\n   Signalons aussi le concert consacré aux œuvres de Tschaïkowsky, organisé\npar trois excellents artistes, MM. Maurice Geeraert, pianiste; Florencio\nMora, violoniste, et Marix Loevensohn, violoncelliste. L'orchestre, très intel-\nligemment conduit par Albert Dupuis, a interprété l'Ouverture solennelle pour\norchestre et un Andante pour quatuor. M. Florencio Mora a exécuté le Con-\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "246                                    DURENDAL\n\n\ncerto en ré majeur pour violon. Son jeu est très brillant, séduisant et n u a n c é ;\nil n e lui m a n q u e qu'un peu plus de puissance pour être parfait. M. Marix\n L o e v e n s o h n a j o u é avec infiniment de goût deux bluettes, Barcarolle et\nSouvenir d'Upsal. L e Concerto en si bémol pour piano de Tschaïkowsky n o u s\nsemble u n e œuvre plus solide et plus personnelle que son concerto pour\nviolon. M. Maurice Geeraert, dont l'art interprétatif si probe et sincère a\ngagné depuis l'an dernier b e a u c o u p plus d'ampleur et d'envergure, a inter-\nprété ce concerto avec u n e ferveur intense, dans u n e alternance de sonorités\nmagnifiques et de subtils raffinements.\n    U n mot, enfin, d e la c h a r m a n t e audition de c h a n s o n s anciennes d o n n é e\nà la salle E r a r d par M lle Michaux, cantatrice. Mlle Michaux avait choisi\nquelques types caractérisés de la chanson française depuis le XIVe jusqu'au\nXVIIIe siècle. L e public, qui assistait à cette audition, a vivement goûté les\ninterprétations charmeuses de la sympathique artiste, interprétations se carac-\ntérisant surtout par la justesse d'accent, le souci des n u a n c e s , la beauté de la\ndiction. On a b e a u c o u p fêté aussi une j e u n e pianiste qui prenait part à ce\nconcert, M lle J e a n n e Maison. Elle a j o u é du Beethoven, du Scarlatti, du\nB r a h m s , du Chopin, du Saint-Saëns, avec u n e délicatesse de toucher et u n e\nvirtuosité précoce qui ont été fort appréciées.\n\n                                                                               G. 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Le jury,\n                   présidé par le marquis de Beauffort et compre-\n                   nant MM. Verlant, Evenepoel, Alvin, De Witte\n                   et Degroote, a classé les concurrents primés de\n                   la façon suivante :\n                      M. GODEFROID DEVREESE, dont l'éloge n'est\n plus à faire et dont la réputation comme artiste médailleur\nest définitive, a remporté le premier prix. M. Charles Samuel\n a été classé deuxième. M. Franz Vermeylen a obtenu le troi-\nsième prix. MM. Paul Du Bois et Jules Jourdain ont obtenu\nen partage le quatrième prix.\n   Nous donnons dans ce fascicule la reproduction des médailles\n qui ont obtenu une récompense. Nous ne pouvons nous empê-\n cher d'attirer l'attention du public sur la médaille de M. Jules\nJourdain. C'est un tout jeune artiste, le plus jeune sans doute\ndes concurrents. Il s'est déjà signalé par de beaux morceaux de\nsculpture. Il est l'auteur de bustes d'enfant qui sont absolument\nremarquables. Les visiteurs de notre Salon d'art religieux se\nrappelleront sa belle Tête de Christ. Notre grand et immortel\nartiste Constantin Meunier, que nous venons de perdre, l'avait\nremarqué et nous en fit l'éloge. Il prit part à un premier con-\ncours de médailles organisé par la Société des amis de la médaille.\nDepuis lors, il a fait des pas de géant dans cet art, des pro-\ngrès tels que, nous en sommes convaincus, il deviendra, avec le\ntemps et l'effort, un vrai artiste aussi bien dans la gravure de la\nmédaille que dans la sculpture en général. Le revers de la\nmédaille, qu'il a présenté au concours, outre qu'il a le mérite\nd'une vraie et saine originalité, est d'une belle conception et\nd'une exécution presque parfaite.\n   Nous tenons à le féliciter tout spécialement et à l'encourager,\nparce qu'il est jeune, et que c'est toujours une joie pour nous\nque de constater la naissance d'un nouveau talent; en outre, il\nest du devoir de la critique d'encourager les jeunes artistes\nquand on voit, comme c'est manifestement le cas pour M.Jules\nJourdain, qu'ils ont un don réel qui ne demande qu'à être sou-\ntenu pour s'épanouir complètement. Nous attendons avec con-\nfiance les œuvres que ce jeune artiste exécutera dans l'avenir.\n                                             HENRY MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-013", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 248, "page_fin": 252, "titre_corps": "Billets d’auteurs : Les critiques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Billets d'auteurs Les critiques Ferdinand Brunetière", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 305, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "Billets d'auteurs\n                                     Les critiques\n                                                             Ferdinand        Brunetière\n\n                           L'IMAGINE qu'un jour l'histoire décernera à M. F e r d i n a n d\n                              Brunetière le titre glorieux et redoutable de « p r o p h è t e du\n                             passé ». E t la postérité sera stupéfaite tout autant de\n                             l'incompréhension dont cet h o m m e éminent fit preuve\n                             à l'égard de l'art de son temps que de l'intelligente vision\n                             dont il enveloppa les littératures antérieures. R e m a r q u e z\n                             que je ne prétends pas que M. Brunetière dénie tout\n                             l'acquit esthétique contemporain, mais dans l'analyse d'une\n                             œuvre d'aujourd'hui, il aura une façon telle de la comparer\naux œuvres-types d'autrefois que le point de comparaison apparaît comme\nla thèse, tandis que l'œuvre c o m p a r é e est reléguée au r a n g subsidiaire\nd'hypothèse. Lorsque M. Brunetière ainsi s'occupe du Dédale de M. P a u l\nHervieu (1), ne lui demandez point de discuter la pièce en elle-même, de la\nsituer dans son atmosphère de p r o d u c t i o n . . . E t Corneille d o n c , monsieur,\net R a c i n e ! . . . E t Athalie, et Andromaque et Bajazet!... J e ne conteste point que\nla critique, ainsi conçue, ne soit génératrice de développements ingénieux et\nde parallèles éloquents, mais il n'est pas douteux qu'elle doit aboutir à écraser\nle présent de tout le poids mort et vénérable du passé... Ce que vaut M. Paul\n Hervieu, mesuré à l'aune de Corneille et de R a c i n e , ne me préoccupe\nguère ; ce qui m'intéresse, c'est de savoir à quel degré, de quelle manière,\navec quel talent les œuvres de M. P a u l Hervieu sont représentatives de\n l'âme contemporaine — et cela M. Brunetière ne nous le dit point.\n    M. Brunetière n'est vraiment lui — et chez lui — que d a n s le classicisme.\n Q u a n d sa pensée évolue entre 1515 et 1830 (ce sont les deux dates extrêmes\n qu'il assigne à son Histoire de la littérature française classique, toutes les pré-\n ventions, j'allais dire toutes les rancunes, tombent, qu'on peut avoir contre\n ce tenace contempteur de la Modernité. A voir et à savourer le h a u t relief\n et la pénétration psychologique avec lesquels M. Brunetière, d a n s la\n première partie de son Histoire (2), campe les portraits de Clément Marot, de\n\n\n  (1) F . BRUNETIÈRE : Variétés littéraires. Paris, Calmann-Lévy.\n  (2) F . BRUNETIÈRE : Histoire de la littérature française classique. T o m e I. Première\npartie : Le mouvement de la Renaissance. T o m e II. Deuxième partie : La Pléiade (Paris,\nDelagrave).\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "                             BILLETS    D'AUTEURS                             249\n\nRabelais et de Calvin, on finirait par croire à la métempsycose... Oui, il\nsemble, tant les maîtres évoqués revivent d'intensité, qu'en M. Brunetière\nait émigré l'âme d'un homme de la Renaissance, extrêmement intelligent et\npassionnément observateur et qui, à la fois, serait monté dans la chaire de\nCalvin à Genève, aurait fréquenté la cure de Meudon et aurait partagé la\ngeôle de Marot... Hélas! pourquoi M. Brunetière, oublieux du précepte de\nBoileau et « ne sachant se borner », ne cantonna-t il pas ses merveilleuses\net puissantes facultés dans un glorieux passé qu'il est fait pour comprendre\net pour ressusciter, au lieu de s'acharner, au nom de ce passé, à grever le pré-\nsent d'illusoires hypothèques ?...\n                                                        Remy de Gourmont\n\n    C'est bien plutôt en M. Remy de Gourmont que l'avenir reconnaîtra un\ninterprète autorisé des tendances intellectuelles de notre temps.\n    Je le dis sans ambages : M. de Gourmont est, en ce moment, le premier\ncritique littéraire de France. Et toute la levée de boucliers, sur lesquels préa-\nlablement on aurait assis l'académique ou quasi-académique gloire des\nFaguet et des Doumic ne me ferait point changer d'avis.\n    Il y a deux manières de faire de la critique : la première consiste à ranger\nchronologiquement sur sa table les livres d'un écrivain, à les lire consciencieu-\nsement l'un après l'autre, à les disséquer soigneusement, et, arrivé à l'ultime\ntome, à proférer sur la destinée artistique de l'auteur quelques vagues et\nsomptueux pronostics ; la seconde manière est tout autre : le critique\ns'assimillera l'œuvre complète de l'écrivain, la portera longuement en lui, la\ncouvera de sa propre personnalité, et de cette communion intime naîtra une\nsynthèse d'idées générales, où les détails accessoires seront sacrifiés aux\ngrandes lignes essentielles; l'auteur jugé et l'auteur qui juge fusionneront\nleur intellectualité en un tout original et harmonique.\n    De ces deux formes de la critique, M. de Gourmont tient de la seconde,\nj'allais presque dire qu'il l'a inventée, si je n'avais songé à Sainte-Beuve.\n    A l'appui de mon appréciation, je feuillette les Promenades littéraires (1) et je\n remarque ceci : que M. de Gourmont s'occupe de M. Barrès, de M. Huys-\n mans, de M. Rostand ou de M. Paul Adam, on remarque immédiatement,\n sans qu'il doive nous le prouver par de traînants résumés, que le critique\n possède en lui tous les livres de ces écrivains; de ces livres, il a extrait\n l'essence, et cette essence, il nous l'offre, concentrée en quelques pages, aussi\n fortes que brèves ; il s'agira moins de M. Barrès que du sentimentalisme;\n M. Huysmans sera un prétexte à disserter sur la littérature catholique ; la\n question de la « fécondité littéraire » sera discutée à propos de M. Paul\n Adam; enfin la personnalité de M. Rostand évoluera dans cette exquise\n périphrase : le Bonheur littéraire.\n    Voulez-vous une distinction encore entre les critiques : la plupart font lire ;\n quelques-uns font penser!\n     M. 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Même q u a n d ce manteau de faste n'enve-\nloppe plus qu'une œuvre morte, il intéresse et séduit par sa richesse p r o p r e .\nBarbey ainsi daigna s'occuper de R a n c et de son très défunt Roman d'une\nconspiration, et voilà que ces pages datant de 1869 apparaissent comme u n\nimpérissable objet d'art suspendu à une patère b a n a l e .\n    Mais le Connétable des Lettres françaises jouit — disparu — d'un plus h a u t\nprivilège encore : l'histoire littéraire — comme l'autre — est u n éternel r e -\ncommencement, et le flux et reflux des idées a ramené au cœur de nos pré-\noccupations des problèmes qui intéressèrent la génération à laquelle appartenait\nBarbey. A quels papotages et à quels déballages ne d o n n a pas lieu, ces\ntemps derniers, l'incident, plus épidermique qu'artistique, entre Alfred de\n Musset et George Sand, avec, à la cantonade, Pagello, le plus h e u r e u x des\ntrois. Barbey prévoit et prédit cette débauche d ' e n c r e ; écoutez-le: « A h !\nnous en aurons des Elle et Lui, des Lui et Elle, des Lui sans Elle et des Elle\nsans Lui. E t nous n'en finirons jamais dans cette époque philanthropique et\nh u m a n i t a i r e , qu'en faisant le livre de Tous ensemble, qui serait peut-être le\nplus vrai et le plus triste de tous. » Voici qui est plus attachant encore :\nl'évolution morale, en ces années dernières, de quelques écrivains en v u e ,\nramène l'attention vers la conversion de P a u l F é v a l , ce prédécesseur de\nJ.-K. H u y s m a n s . D e cette conversion, B a r b e y en u n e longue et forte étude, a\nd é n o n c é les premières lueurs, a noté les rayons progressifs et a finalement\nproclamé la fulgurante lumière. Et ces pages sontrestées intensément vivantes,\nde la vie de l'idée et de la vie du style ; vieilles de trente ans, elles pourraient\nêtre de m a i n t e n a n t ; écrites sur P a u l Féval, elles peuvent s'appliquer à\nJ.-K. H u y s m a n s , de l'En route de qui, à plus juste titre encore, on dirait « q u e\nla critique impie p o u r r a bien rire du catholicisme de l'auteur, mais elle ne\ntouchera pas à l'essence de son livre; elle ne mordra pas sur ce m a r b r e ; elle\névitera de s'y cogner. Si les ennemis du surnaturel ne sentent pas, en lisant\ncette histoire, le vent de l'aile de l'Archange qui y passe, ils y sentiront du\nmoins le vent d'une p l u m e assez formidable p o u r qu'on la p r e n n e pour cette\naile ».\n   L e s romanciers dont traite le dernier volume posthume de Barbey d'Aure-\nvilly sont d'hier et d'avant-hier (1) ; mais Barbey lui-même est d'aujourd'hui\net sera de demain.\n\n\n  (1) BARBEY D AUREVILLY : Romanciers d'hier et d'avant-hier. Paris, Lemerre\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3224, "texte": "                            BILLETS     D'AUTEURS                             251\n\n\n                                                            Henry Bordeaux\n   Lorsqu'un auteur à plusieurs cordes à sa lyre, — ou à son arc — que, par\nexemple, il est à la fois romancier et critique, il est intéressant de rechercher\nlaquelle de ces formes d'art s'adapte le mieux au tempérament de l'auteur.\n   Certes, le jeu n'est point sans périls d'erreurs ; les personnalités des artistes\nne se développent point toujours d'après une règle logique ; Sainte-Beuve que\nses débuts semblèrent prédestiner à la poésie, devint le plus grand critique\ndu XIXe siècle ; M. Jules Lemaître, qui, lui aussi, se révéla d'abord comme\npoète, s'affirma ensuite comme critique, s'imposa enfin comme dramaturge,\nsans parler de l'écrivain politique qui n'est point négligeable non plus. Or,\nsi l'on peut dire avec sûreté que le poète en Sainte-Beuve fut inférieur au cri-\ntique, et que la critique était la vocation de l'éminent « Lundiste », qui oserait\nprétendre, de façon certaine, que tel ou tel des avatars de M. Lemaître soit\ndavantage dans la norme de son talent. Ce sont là appréciations qui ne\nsauraient être émises qu'après la mort de l'écrivain ; avant cela, elles risque-\nraient d'être démenties ou déjouées par les surprises déconcertantes de\nla vie..\n   Ce n'est donc que sous le bénéfice des inventaires futurs que, du critique ou\ndu romancier, je me permettrai, en M. Henry Bordeaux, de préférer le\ncritique.\n   M. Bordeaux, romancier, est l'auteur de la Peur de vivre— comme Coppée\nest l'auteur du Passant et Sully-Prudhomme l'auteur du Vase brisé. J'espère —\nsans trop y compter — que M. Bordeaux un jour refera — autrement — ce\nlivre de beauté simple et humaine ; en vérité, ni le Lac noir, ni la Petite\nDemoiselle (1), son tout récent volume qui filtre pourtant une grâce charmante,\nne me donnent pleines garanties à cet égard.\n   Mais si je ne réponds point, pour l'avenir, des progrès de M. Bordeaux\nromancier, M Bordeaux critique me paraît en ascension vers la maîtrise.\n   Il y a prèsde vingt ans, j'ai connu les premiers essaisde M. Bordeaux publiés\ndans le Magasin littéraire de Gand, auquel nous collaborions tous deux ; ces\npages initiales révélaient déjà deux qualités, magnifiquement développées\ndepuis : une grande curiosité intellectuelle et une ardente sensibilité.\n   M. Bordeaux a réellement la fièvre de connaître ; il est à l'aguet de toutes\nles manifestations de la modernité littéraire; aucun écrivain un peu en vue,\naucune œuvre en valant la peine qui n'aura sollicité l'analyse du critique ;\nen bien des cas aussi, il est arrivé « bon premier » dans l'appréciation d'une\ntendance nouvelle ou dans le jugement d'un écrivain brusquement surgi sur\nle chemin de l'art. C'est ainsi que les Ames modernes nous apportèrent la sur-\nprise et la primeure d'une étude sur Ibsen qui est demeurée la plus complète\net la plus compréhensive que je sache, même aujourd'hui.\n   Mais, vis-à-vis de la littérature actuelle, toute pétrie d'émotion, le souci\nde savoir et même la faculté de comprendre ne suffisent plus au critique,\nquand le don de sentir ne s'y ajoute point. Or, M. Bordeaux sent profondé-\n\n\n  (1) Paris, Fontemoing.\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "232                               DURENDAL\n\n\n ment et finement. Si son jugement a toute la conscience de la maturité, sa\nsensibilité a tout l'émouvant frémissement de la jeunesse. A travers tous ses\nlivres circule un ardent enthousiasme, délicieusement tamisé de songe.\nQu'un tel penchant d'âme a merveilleusement servi à M. Bordeaux pour\npénétrer les âmes de Barrès et de Loti, qui doivent lui être particulièrement\nfraternelles, et pour en extraire l'essence de rêve voluptueux et triste, les\nDeux méditations sur la mort (1), qu'il vient de publier à leur propos, en sont la\ntrès attachante démonstration. Là pourtant où la sensibilité de M. Bordeaux\natteint ses plus grands et plus méritoires effets, c'est lorsqu'elle évolue vers\ndes sujets qui paraîtraient à première vue devoir la faire moins vibrer. Je\nviens de lire le plus récent volume de M. Bordeaux, intitulé : Vies intimes (2).\nC'est une série d'études sur « les dessous » ou, si vous aimez mieux, les « à\ncôté » de la littérature Il s'agit moins des écrivains que des hommes dont\nils sont doublés, de leurs illusions de leurs amours et de leurs souffrances. De\nl'art d'anecdotes, plutôt que de l'art d'idées. Que ce « genre » ait donné lieu\nà beaucoup d'ergoteries et de tatillionneries, il suffit de se souvenir de\n M. Edmond Biré pour en être convaincu. Comme M. Bordeaux nous sait\nconsoler de cette critique d'antichambre et d'office, en ressuscitant avec son\nimagination et avec son cœur, sur la base de documents d'ailleurs sévèrement\nchoisis et contrôlés, des fragments de la vie morale et sentimentale des\nhommes et des femmes que la gloire marqua de son signe : Victor Hugo fiancé,\nles Amours de Xavier de Maistre, Balzac et Mme de Hanska, la Vie de George\nSand ! — autant de pages alertes, touchantes et fortes, allégées de fantaisie,\nmiroitantes d'images, serties de mélancolies! On a comme la sensation im-\nprévue et exquise de riches coffrets anciens, lentement ouverts et d'où se\ndégageraient les immatérielles et nuancées effluves parfumées de douces et\ngrandes âmes d'autrefois...\n   J'ai dit de M. Remy de Gourmont que c'était un critique qui fait penser.\n   M. Henry Bordeaux est un critique qui apprend à sentir.\n\n                                                    FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n       25 mars\n\n\n\n\n                                    *\n\n\n\n\n (1) Paris, Sansot.\n (2) Paris, Fontemoing\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-014", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 253, "page_fin": 256, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Salonnets d'Art", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 312, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "NOTULES\n\n   S a l o n n e t S d ' A r t . — La' chronique mensuelle des salonnets éphé-\nmères ne peut plus se piquer d'être quelque peu complète; trop de galeries\nprivées et même d'ateliers s'ouvrent incessamment à la curiosité des visiteurs\namis pour qu'il soit matériellement possible d'avoir tout visité.\n   Les aquarellistes STACQUET et UYTTERSCHAUT, au Cercle Artistique, ont\nremporté un grand succès très unanime. STACQUET se renouvelle incessam-\nment par des recherches de matières, de procédés, de rendu. Doué d'un œil\nfin, d'une « patte » alerte, il est toujours artiste, piquant, ingénieux, frisson-\nnant, enveloppé, et ses moindres œuvrettes sont amusantes, ont une valeur\nd'art.\n   UYTTERSCHAUT plus appliqué, plus volontaire, conscient de la valeur d'un\ndessin soigné et d'une peinture attentive est moins chatoyant, moins divers\net non moins goûté.\n   Le statuaire D E HAEN avait peuplé de quelques bustes bien meublants ce\nsalonnet très visité.\n   Les peintures de MAURICE HAGEMANS, — amant inconstant de l'aquarelle,\n— réunies rue Royale, ont tous les mérites un peu superficiels, monotones et\ndécoratifs des œuvres bien connues du peintre. On lui voudrait un peu plus\nd'inquiétude, un peu moins de facilité                                   P. L.\n   M. ALVIM CORREA vient d'exposer à la salle Boute quelques tableaux\net dessins qui, pour être d'allure assez disparate, ne manquent pourtant pas\nd'intérêt. Nous nous y arrêtons surtout pour signaler les illustrations de\nWells: La Guerre des mondes. Ces dessins hallucinants dénotent chez leur\nauteur de rares facultés d'imagination et d'interprétation, ils lui feraient par-\ndonner le besoin qu'il a de peindre des uniformes militaires dans de la fumée\nblanche.\n   Ses petits paysages à contre-jour ne sont pas dépourvus d'enchantement ;\nà citer aussi : Les pommiers, plein de poésie.\n   M. Correa expose quelques croquis; certains cachent mal l'étude et le tra-\nvail trop réfléchi : de Moltke, par exemple; d'autres sont bien saisis du\nprimesaut.\n   En un mot, une exposition qui par la diversité des œuvres et le mérite\nde certaines montre que l'artiste cherche et trouvera sa voie.\n   Si M. Correa pouvait oublier à tout jamais le siège de Paris, je ne l'en\naimerais pas moins; mais s'il veut faire des panoramas, que n'abandonne-t-il\ntout de suite la peinture?                                               L. C.\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3512, "texte": "2 54                              DURENDAL\n\n\n   L e P a s s é , comédie de Georges de Porto-Riche, représentée pour la pre-\nmière fois à la Comédie-Française en 1902 et qui vient d'être représentée au\nCercle Artistique, se rattache à ce genre de pièces dont le théâtre contemporain\nrenferme des exemplaires nombreux et où, bien que l'action soit fort mince\net les caractères dénués de relief puissant, l'attention du spectateur se trouve\ncaptivée et son intérêt retenu pendant de longs et copieux actes. L'action se\ndéploie en un milieu fort peu sympathique et où règne la plus flagrante\nimmoralité. Le François Prieur de Porto-Riche, ce type de Lovelace que\nplus ou moins modifié on retrouve à chaque instant dans la production dra-\nmatique française contemporaine est veule, lâche et perfide à souhait. C'est\nun Don Juan sans l'envergure qui caractérise le type modèle. Quant à Domi-\nnique Brienne, l'amoureuse déçue devant laquelle le passé se dresse, barrière\ndéfinitive la séparant de celui qu'elle aime, ce caractère ne manque pas de\npsychologie et il est assez fermement tracé. Il est d'ailleurs entendu que ce\nn'est pas dans le théâtre, tel qu'on le comprend de nos jours en France, que\nles esprits en quête d'horizons larges et de philosophie robuste viendront\npuiser des leçons de hauteur et d'énergie morale. Ce qui constitue surtout le\nmérite et l'originalité de la pièce de Georges de Porto-Riche, c'est la vie et la\nverve du dialogue, dialogue nerveux, incisif, entraînant, mouvementé comme\nune bataille, émaillé de traits spirituels, d'observations tantôt fines, tantôt\nparadoxales, avec quelques hardiesses de langage dont l'auteur aurait pu aisé-\nment se passer. L'intérêt de cette représentation résidait, en outre, dans\nl'excellence de l'interprétation. Douée d'une voix grave, chaude, riche d'in-\nflexions, Mlle Delvair a été supérieure dans le rôle de Dominique Brienne où\nelle s'est montrée fière, vibrante, pathétique. Mlle Géniat (Antoinette Bellange)\na été remarquable de naturel, de souplesse, de vérité. M. Raphaël Duflos,\ndans le rôle ingrat de François Prieur, a déployé ces qualités de mesure, de\ntact, de distinction qui demeurent l'apanage traditionnel et précieux des\nartistes de la Comédie-Française. Signalons, enfin, MM. Dessonnes (Maurice\nArnault) et Gribouval (Maroitte). En résumé, soirée absolument intéressante,\npour laquelle il convient de féliciter la direction du Cercle Artistique.\n                                                                    G. DE G.\n                                      ***\n   M . E r n e s t V e r l a n t , directeur des Beaux-Arts, a prononcé, aux funé-\nrailles de Constantin Meunier, un discours absolument remarquable, d'une\ngrande élévation d'idées et qui dénote une belle et parfaite compréhension de\nl'œuvre du glorieux défunt, de sa vie admirable si intègre et si noble, et de\nson grand caractère. Ce superbe discours a communiqué à toute l'assistance\nqui entourait le cercueil du grand mort l'émotion dont il était tout imprégné\nlui-même. Il se terminait par cette magnifique et touchante péroraison :\n   « Un jour Constantin Meunier dépassant son art réaliste, voulut en consa-\ncrer l'expression' dans un symbole mystique. Et il sculpta l'Homme des dou-\nleurs, le Christ des humiliés et des offensés, pauvre corps anguleux tel qu'en\npeignirent les vieux maîtres gothiques, tête lourde de toutes les agonies\nassumées, penchée dans un immense accablement comme si elle ne devait\njamais entendre au Ciel une promesse de rédemption.\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3220, "texte": "                                   NOTULES                                  255\n\n\n   » En ce suprême aboutissement s'affirma une fois de plus le caractère noir\nde l'œuvre de Meunier, considérée dans son ensemble, telle qu'on peut déjà\net qu'on pourra dans l'avenir l'étudier au Musée de Bruxelles, dans son déve\nloppement intégral.\n   » La tombe vers laquelle sa pensée grave l'orientait toujours, va recevoir\naujourd'hui sa dépouille mortelle. Nous avons la confiance que l'homme si\ngrand, si bon, qui nous fut cher, n'a pas travaillé, n'a pas lutté, n'a pas souf-\nfert en vain. Mort, il ne disparaît pas. Il s'épanouit dans un rayonnement\nglorieux. »\n\n    L ' a r t flamand e t h o l l a n d a i s (Anvers, Buschmann).— Le numéro\n de Mars de cette revue contient comme article de fond, deux études sur deux\n beaux peintres, dont l'un est Belge Richard Baseleer, et l'autre Hollandais,\n Willy Shtyter, tous deux très personnels, tous deux artistes probes et conscien-\n cieux. Combien de Belges ignorent les œuvres de leur compatriote Baseleer\n Le grand public ne va pas à lui parce que son originalité l'effarouche et qu'il\n ne comprend que les œuvres qui ne dépassent pas son petit horizon. Et\n cependant à lire l'article de M. V. de Meyere et à voir les reproductions qui\nillustrent cet article, il est clair que R. Baseleer est doué d'un grand et vrai\ntalent. Les belles reproductions de ses œuvres n'en donnent pas une idée\ncomplète parce qu'il y manque la couleur. Celle-ci cependant se devine\npresque dans les illustrations si fines de ce numéro, spécialement dans\ncelles intitulées : Devant le Port, Matinée d'été. Pêcheurs, Matin, L'averse.\nToutes ces œuvres paraissent très belles. J'en dirai autant des enfants, des\npêcheurs, et de toutes les scènes et de tout le mouvement d'une plage mari-\ntime qui font l'objet de l'art du peintre hollandais W. Sluyter. Les repro-\nductions en donnent, autant que l'étude consacrée à cet artiste, une très haute\nidée.                                                                    H. M.\n                                           * **\n    T h e B u r l i n g t o n M a g a z i n e . — 17, Berners Street, Londres. —\nFévrier 1905 : Miss CARTWRIGHT continue ses études sur les Dessins de Millet\ndans la collection Forbes. — M. LIONEL CUST poursuit ses investigations\ndans les collections royales d'Angleterre et nous parle cette fois de Lucas\nChranach, tableaux intéressants, mais qui n'apprennent rien de neuf sur la\nvaleur du maître allemand. — M. CHARLES RICKETTS parle des Watts qui\nsont à Burlington house. — Enfin divers articles sur la poterie, la dentelle\net le mobilier. Parmi la correspondance, signalons la polémique Wheale-\nBouchot, à propos de Van Eyck.\n   Mars 1905. — Des reproductions magnifiques de Whistler illustrent une\nétude de M. BERNHARDT SICKERT à propos de l'exposition commémorative\nqui vient d'avoir lieu à Londres. — Dans ce même numéro, le hasard de\nl'actualité rapproche du maître portraitiste anglais le maître portraitiste\nfrançais Fantin Latour,, à l'occasion de l'admirable portrait de M. et\nMme Edwards qui vient d'entrer à la National Gallery. — Miss MORRIS\ndécrit la Chape d'Ascoli qui a fait couler tant d'encre naguère. — M. GRAHAM\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3021, "texte": "256                                 DURENDAL\n\n\ncherche à identifier certaines fresques de San Gimignano. — M. P H .\n                                                                   e\nAUGUIER ressuscite le souvenir de Françoise Duparc, peintre duXVIII siècle.\n— Des articles sur la porcelaine chinoise, sur une tapisserie de Windsor,\nsur l'armure des chevaliers au début du XIVe siècle. — La réponse de\nM. Bouchot à M. Wheale, à propos de Van Eyck. — Bref, un très copieux\net intéressant numéro.\n                                        ***\n  M a s t e r s i n A r t . — Editeurs : Bates and Guild Company, Boston.\n  Les numéros de février et de mars 1905 de ces intéressantes monographies\nsont consacrées à PALMA VECCHIO, le beau maître vénitien et à M me VIGÉE-\nLEBRUN. Comme toujours, un heureux choix de belles reproductions des\nœuvres les plus célèbres, des notes critiques et bibliographiques. L'art\npompeux et décoratif du Vénitien et l'art gracieux et un peu fade de la\nFrançaise sont tous deux dignes de cette commémoration.\n\n                                        ***\n   L ' E c o l e d e M u s i q u e d ' I x e l l e s . — La distribution solennelle des\nprix de l'écolede musique d'Ixelles dirigée par M. Thibaut aura lieu le 29 avril,\nà 8 heures, dans la grande salle du Musée Communal, rue Van Volxem. On\ndonnera, à celte occasion, une audition d'œuvres du directeur et l'on\nexécutera La conjuration des fleurs de M. Bourgault-Ducoudray, que celui-ci\ndirigera lui-même.\n\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — R. VAN BASTELAER et G. DE Loo : Peter\nBreugel l'ancien, son œuvre et son temps. Etude historique suivie d'un\ncatalogue raisonné de son œuvre dessiné, gravé et peint. Ouvrage illustré\nd'un grand nombre de planches hors-texte d'après les œuvres du maître. Pre-\nmier fascicule (Bruxelles, Van Oest). — E. NELLIGAN et son œuvre avec une\npréface de L. DANTIN (Montréal, Beauchemin). — P . LEBÈSGUE : L'âme du\ndestin (Paris, Sansot).— R. L E BRUN : F . de Curel (ibid.).— OSSIP-LOURIÉ :\nLa psychologie des romanciers russes du XIXe siècle (Paris, Alcan). —\nA. PASCAL : Pierre Julien, sculpteur (1731-1804) (Paris, Fontemoing). —\nI.-H. ROSNY : Le millionnaire (Paris, Joanin). — A. GERMAIN : Le bien-\nheureux Vianney (Paris, Poussielgue). — I. LEROUX : Le livre d'heure de\nmon oncle Barberousse (Bruxelles, Lacomblez). — F . BRUNETIÈRE : Histoire\nde la littérature classique. Deuxième partie : La pléiade (Paris, Delagrave).\n— GŒTHE : Faust. Traduction nouvelle strictement conforme à l'original\navec une préface par R. SCHROPP (Paris, Perrin).— D. JAUBERT : Gestes de\nProvence (Paris, Fontemoing).— H . REBELL : Le diable est à table (Paris,\nMercure de France). — E. RAYNAUD : La couronne des jours (ibid.). —\nT. VARLET : Notes et poèmes (Lille, éd. du Beffroi).— G. BATY : La passion.\nDrame en 5 actes en prose (Lyon, Phily). — H . DE RÉGNIER : Le passé\nvivant (Paris, Mercure de France). — J. LEMAITRE : La Massière (Paris,\nCalmann-Lévy).— G. LOTI : La troisième jeunesse de Madame Prune (ibid.).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison04-211", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "99, rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 316, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 3998, "texte": "99, rue Royale, 99\n\nPIANOS DE SMET                                                                                • BRUXELLES •\n\n              THE GRESHAM                                           RELIURE D'ART & D'AMATEURS\n           (Compagnie d'assurances sur la vie)\n                     Fondée à Londres 1 848\n               Etablie en Belgique en 18 6 6\n                     Ai tu : plus d< 217 million\n             SiiiibtreR po\\és i'ii Hi Inique : 80 millions\n                                                                    Paul Claessefjs\n                                                                       Relieur-doreur de S A R. M\"\"' la Comtesse de Flandre\n                   PRIMES         M I N S U t L U t S\n               Louis HEUVELMAN9, Jir.oirur                             24, rue de Berlaimont, Bruxelles\n          John H. SCOTT, soilb-direi t. d e l à KurrllrsuleBelge\n             3, plao* Royale, B R U X E L L E S\n\n\n[^AimiQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                          médaille d'Or à l'Exposition Internationale ne Bruxelles 1897\n\n                      BERVOET^wiELEMÀNS\n                                          FOURNISSEUR DE LA COUR\n        6, 8, 10,12, Rue du Midi <n> BRUXELLES\nJsine à vapeur, Lavoitt de laines : « U E DES GOUJONS, 120\n                                       Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                              FABRIQUE       E T ATELIERS :\n                                  37, Ru© d© la Charité - BRU2CEI,I«ES\n                                                                   TÉLÉPHONE 1 9 4 7\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  Spécialité de tous les articles concernant la peintuie, la sculpture,\n                                                  la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                  RENTOILAGE, NETTOYAGE E T VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                            Vente et location de modèles pour la peinture\n\n                                    Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\nimjères médailles aux Expositions d'Bmsterdain, Paris, Llverpool, Le Ravie, Bruxelles, Cnjeago, etc.\n\nPIANOS STEINWAY                                                                          & SOUS\n                    NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nlurnisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\nle Suéde et d'Italie, du Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n   E x t r a i t de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach paraît main-\nlant ne pouvoir atteindre sa vraio signification que jouée sur les Steinway (R. Wagner). »« Le Stein-\nly est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nrfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « Vos\naux instruments incomparables ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\ndistance (A ltubinstein). » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\nitruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu'ici (F Busoni). » « La plénitude, la puis-\nace, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n  Paderewski). » « Il y a 10 ou iô ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\n t des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\nis, le produit idéal du siècle (Eug. d'Albert). » « Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu'un\n>ge miuM paraîtrait ridicule (Sofia Menter). »\n\\geuce générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fp. MUSCII. 22'», rue Royale\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "A p a r a î t r e à la Librairie        VROMANT\n                                                                             3 francs en souscription\n                                                                             3 fr, £ 0 e n librairie\n\n                      FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                    15RUXETIÈRE — BOURGET — HUYSMAN8\n                       DE QUELQUES LEVONS D'ÉNERGIE\n                          VERHAEKEX ET DEMOLDER\n                   P. DE HAULLEV1LLK — GUIDO GEZELLE\n                     GEORGES RODENBACH — MAX WALLER\n       EDMOND PICARI) — GUILLAUME VERSPEYEN — IL CARTON DE AVI ART\n                               ETC., ETC.\n\n\n On souscrit aux bureaux de la Revue : 22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n\n                                           J. GONTSIBB\n                                                           Maison fondée en 1 8 5 0\n                                   31-33, rue de l'Empereur, B R U X E L L E S\n                                               TÉLÉPHONE 3 6 5 9\n\n                                   Encadrements d'art ~« Miroiterie\n                                                       Vitraux riches et ordinaires\n                                        Cadres pour tabfeaux, aquarelles, gravures\n\n                                                         AMEUBLEMENTS\n                                   Entreprise générale de vitrerie\n                                               LA ( M A I S O N        N'A   PAS   DE     SUCCURSALE\n\n\n\n\n                                    ENCADREMENTS» * • * «                                           Par suite de décès\n                                                                                        •r-   • •     •   •   '    • i   •   i—   —\n\n\n                                    DORURE               ET            SCULP-\n\n                                    T U R E SUR BOIS * * * * »\n                                                                                              IilQUlDRTION\n                                                                                                              DE\n                                    ESTAMPES * * » » » * ) * » »\n\n                                   GRAVURES ANCIENNES                                   300 VOITURES\n                                                                                        Vente à tonte\n                                   N. B. - LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                                                           offre acceptable\n                                    i   i' i       •          i   'i     J\n\n                                   SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                               71, rue Goffart\n                                   D'AUTHENTICITÉ                                                    IXELLK8\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3811, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                   12, Mnrché-au-Boi» - BRUXELLES\n  Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles à vue : 1 1/2 p. e. sans commission\n     Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. ••\n                      Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n          Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n   LA RÉSERVE MUTUELLE                                  LE STANDARD\n                                                     Compagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n        de»        ÈTATS-VXMS\n                                                                ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n              •soir- i « ,      v i e\n                                                       Prinoipaux avantages de la Compagnie\n                                                     t» Polices incontesta- H» Tarif avantageux.\n                                                       bles après deux ans 4* Participation impor-\n                                                       de date.                    tant e des assurés dans\n                                                     a» Prêts sur polices          les bénéfices de la\n                                                       ayant trois ans de          Compagnie.\n                                                       date.                     5° Prêts hypothécaires.\n                                                         S'adresser pour renseigntmtnts tt prospectus à la\n                                                                 DIRECTION            atNtRALI\n                                                     28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                       Téléphone 949 — Adresse télégraphique : Standird-Bruxelles\n  EtiCATSSiratT ANNUEL . . . .       40 Millions\n  SINISTRES PAYÉS                   250 Millions\n\n      Combinaisons très intéressantes                CHAUDRONNERIE DE LA COUS\n   DIRECTION GÊNtRUE POUR LE CONTINENT OE L'EUROPE        37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n       8 , n i e H a l f t T y , P A R I S (S«)                       TÉLÉPHONE 1 6 9 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S               Batteries de cuisine. — Articles de ménage\n            On demande «les Acenls\n                                                                     ÉTAMAGE\n\n\nRrctlves nobiliaires ne Belgique\n     52, rue Stévin, BRUXELLES\n            Recherches de généalogies et d'ar-\n             moiries en Belgique et à l'Etran-\n             ger. — Attestations officielles de\n             noblesse, de filiations et d'armoi-\n             ries.— Copiesofficiellesde lettres\n             de patentes de noblesse. —\n                                                           18, JVIarehé-aa-Bois, 18\n             Inscriptions a la liste des nobles.\n             — Insertions de généalogies dans\n             des publications belges et étran-\n             gères. — Rectifications d'actes\n             de l'état civil et adjonctions des                     BRUXELLES\n             noms. — Correspondants enpro-\n             vinceet à l'étranger —Armoiries\n             et documents généalogiques sur\n             plus de 100,000 familles nobles\n             et patriciennes.\n   R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                                     Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L                 LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": " APPAREILS\n                                           OBJECTIFS, JUMELLES\n                                                       JUMELLES A P R I S M E !\n                                                    P A P I E R S , PLAQUES\n                                           PELLICULES      PHOTOGRAPHIQUES\n                                           SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                      MICROSCOPES\n\n                                               Grand choix de photographie*\n                                                 artistiques et décorative*\n\n\n\n                                           ALBERT                HOFMANN,                            B RUXELLES\n                                                 Salle d'exposition '. rue de la Régence, 5 7\n\n\n\n\n  J, BDESO Père mmm • , e s ™ . ^ Mseseltmm, P. BOESO Fils\n                         Rentollage, transposition, restauration et parquetage de tableaux                EXPERT\n\n  2-4, BUE DE LISSE              VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES I 24, f u t ÛQ SÊltllllOIDIIie\n      Bruxelles                        ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                       Bruxelles\n                                                                                                 1\n\n     POUR VOS CIGARES FIflS                                                        Les Boues GaouicDouiâes\n               adrtssei-vous à la                                                      TALBOT                             I\n                                                                                 SOlt inusables      et   inarrachables\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                                            EXIGER LA MARQUE\n\n\n              DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                               Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n   15 — Avenue              Louise— 15\n                                                                     Maison SNYERS-RANG & C\"\n             BRUXELLES\n                                                              Fond.e en 1816                 —        Téléphone 1389\nP.-S. -- arrivages réguliers de cigares de la Havane               27,        r u e d'Or, B R U X E L L E S\n\n\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles B U L B N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve, 75, Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 238, "texte": "            UBE\n            VUE CATHOLIQUE W]\n         aïoE LITTERATJJ\n\n\n\n\nB R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "                              PiAgt \" g % | r a ^\n\n\n\n\n                                Domaine de la société \"LBWESTEKD0ISE\n\n                                     LH PLHBE DE WESTENDE\n                                             (BELGIQUE)\n                                   est située aux bords de la mer du Nord,\n                          entre Ostendeet Nieuport; elle est de sable fin. Cette\n                          nouvelle station balnéaire n'a pas tarde à attirer\n                          l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n  ^ïïpSwT—T]             villégiature agréable, hjgienique.unissant le confort\n                         a la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                         Une chapelle est érigée ou le service religieux se fait\n                         régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                         gratuits ; le service de sauvetage est organisé et\n                         place sous la surveillance communale. Location de\n                         cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                         garages. Kursaal restaurant. Routes carrossables et\n                         cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n  Villas et Terrains     luxueuses installations de lawn-tennis, de jeux de            Villas et Cottages\n                         golf et de croquet, gymnase. Promenades à Anes.\n       A YETOR*          Tentes sur la plage. Communications faciles avec                      à\n                         tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par annuités        que d'Ostende à Westende do dix en dix minutes.                    LOUER\n                         Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                         villas et cottages. — Demander le prospectus détaillé.\n Ç4»&6\"U\\>\n                             Agence Immobilière pour la vente et location les villas\n                                                IWWHVWIMI^^A\n\n\n                                  HALLES WESTENDAISES\n                         comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                         cles d'alimentation, de nécessité et articles de luxe.\n        ^idL           1     Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                            Le WESTEND' HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                           partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                          Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au com-\n                                                         mencement et à la fin des saisons, arran-\n           DIGUE DE MER                                   gements très avantageux pour les familles\n                                                             faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n                                        . f AT*               75 chambres parfaitement aménagées.\n     TÉLÉPHONE N» 4 1                                            Vie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                   Chambres spacieuses. Ameuble-\n Réseau du                                                               ment moderne esthétique et\nlittoral par                                                              confortable. Balcons et ter-\n                                                                           rasses. Salle de musique.\n Nieuport.                                                                  Salle de billard. Salle de\n                                                                              récréation pour les en-\n                                                                                       fants. S a l o n s\n                                                                                 'S I de lecture et de\n                                                                                       correspondan-\n                                                                                       ce Cuisine soi-\n                                                                                       gnée. Caves\n                                                                                        recomman-\n                                                                                       dées.\n                                                                                    Service postal et\n    Appartements avec salon. — Service d'omnibus        l'Hôtel au vicinal. —\ntélégraphique réguliers. — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux\nétrangers voisins. — Hôtellerie LE LEKKERBKEK ouverte toute l'année.\n                                   | A BRUXELLES, 5 3 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 3 6 ) .\nPour renseignements s'adresser ' A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Téléphone\n                                   (  3 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                                DURENDAL\n          KKVUK C A T I I Q L I Q U E D ' A R T E T D E U T T É K A T U K K\n\n\n                                        1905 — ii« Année\n\n\n\n                        Sommaire du n° 4 (Avril)\n\n L ' a b b é H E N R Y M Œ L L E R . — Constantin           Meunier                                    193\n JEAN     R E R N A R D . — La plainte        du barde                                                  197\n G E O R E S R E N C Y . — Le petit       fleuriste                                                     igg\n ARNOLD GOFFIN.          — John         Ruskin                                                         208\n MARIE     D A U C T E T . — Poèmes                                                                     219\n G E O R G E S V I K K K S . — Firmin      Van den Bosch                                               221\n FRANZ ANSEL,        — Les      poèmes                                                                  225\n\n\n          L a Libre Esthétique :\nP . L . — Le Salon                                                                                     233\nD . L . — Les auditions           musicales                                                 ,      .   237\n\nE R N E S T CLOSSON. — Marlille             d'ALBERT D U P U I S           (Théâtre de\n                                la M o n n a i e )                                                 ,   239\n\n          Chronique musicale t\nG E O R G E S DE GOLESCO. — Troisième                 Concert     du       Conservatoire.\n                                    — Quatrième            Concert      Populaire          ( Le\n                                    S o n g e do G e r o n t i u s ( I ' E D W A K D E L -\n                                    GAR).             Cinquième        Concert            Ysaye.\n                                    — Concert           de,Greef-Pugno           au Cercle\n                                    Artistique.          — Quatrième                  Concert\n                                    Delune.       — Les Chanteurs                de       Saint-\n                                    Iionijace.         — Concerts        divers       .    .       .   242\n\nL ' a b b é H E N R Y M Œ L L E R . — La médaille           jubilaire                                  247\nF I R M I N V A N DEN B O S C H . — Billets           d'auteurs                                ,   ,   248\nNotules                                                                                                253\nIllustrations     : C o n s t a n t i n M e u n i e r ( B u s t e d e VICTOR ROU&SEAU).\n                   Le Semeur       (CONSTANTIN             MEUNIER).\n                   Fête aux Invalides {HENRI                    EVENEPOELI.\n                   Médailles jubilaires.\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "                           DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     A B O N N E M l - N T : 1 0 francs pai a n ; ETRANGKR : 1 2 flancs (poit conipiis)\n         (pour l'abonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand Cerf, 23, à llruaclles)\n                                       P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                  Comité de rédaction de DuRENDAL\n                              MM.         HENRY      CARTON      DE W I A R T .\n                                          L'abbé H E N R Y       MŒLLER.\n                                          F I R M I N VAN DEN BOSCH.\n\n                       Secrétaire de la Rédaction .- GEORGES V I R R È S\n                                    Correspondant Jit la rédaction à Paris :\n                    M. H E N R I MAZEL, avenue Niel, 32, Paris.\n\n                PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ A N S E L .                                            ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAEKT.                                             JOSK H E N N E B I C Q .\n      EDGAR BONEHII.L.                                             L'abbé H . H O O R N A E R I .\n      HENRY BORDEAUX.                                             J . - K . HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                            JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                               EDMOND JOLY.\n      GEORGES B R I G O D E .                                     VICTOR K I N O N .\n      H É L È N E CANIVET.                                        GODEFROID K U R T H\n      MARIE CLOSSET.                                              L . DE LA LAURENCIE.\n      L'abbé A U G . C U P P E N S .                               L'abbé L . L E CARDONNEI .\n      L ' a b b é P A U L CUYLITS.                                GEORGES L E CARDONNEL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                                     S É B . - C H . LECONTE.\n      L e b a r o n J O S É DE COPPIN.                            GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                         CHARLES MARTENS\n      GEORGUS DEI.AUNOY.                                          PAUL MUSSCHE.\n      La comtesse E D DE LIEDI-KHRKE.                              EDOUARD N E D .\n       Le baron G. DELLA F A I L L E .                            MAURICE OI.IVAINT.\n      E U G È N E DEMOI.DER.                                      ERNEST PÉRIER.\n      Dom BRUNO D E S T R É E .                                   G E O R G E S RAMAEKERS.\n      JULES DESTREE.                                              GEORGES RENCY.\n      Vicomte D ' H E N N E Z E L                                 BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ                                              J O S E P H RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                           FERNAND SÉVERIN.\n      J . ESQUIROL.                                               HENRY V A E S .\n      E M I L E FERMAUD,                                          ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT F I E R E N S .                                     CHARLES VAN LERBERGHE.\n      H . FIÉREN'S-GEVÀER'T.                                      EMILE VERHAEREN.\n      IWAN GILKIN.                                                 L'abbé F R . V E R H E L S T .\n                                                                   LÉOPOLD WALLNER.etC, etc.\n\n                 Les collaborateurs sont seuls responsables d e leurs articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL           de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les dmnandes d'abonueincuts, s'adresser au\nsiègo de la Revue, 2 2 , r u e du Orand-Cerf; pour la publicité, 2 6 , r u e Faider, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": " CONSTANTIN        MEUNIER\n\n(BUSTE   DE   VICTOR   ROUSSEAU)\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": ""}, {"page_pdf": 244, "texte": "                 Constantin Meunier\n\n                     Dis la personne de Constantin Meunier, la Bel-\n                      gique vient de perdre un des plus illustres de\n                      ses enfants, notre école de sculpture son Maître\n                      et son Roi, l'art contemporain u n des plus\n                      glorieux génies de notre t e m p s . E n art, Meunier\n                      n'a q u ' u n égal, Rodin. Personne n'est son\n                      supérieur. I1 fut le plus puissant de nos\n                      sculpteurs, parce qu'il fut de tous le plus\noriginal et le plus personnel.\n   Ce qui a fait la force de Meunier, c'est qu'il a d e m a n d é son\ninspiration à la vie même, c'est qu'il a étudié l'humanité dans\nson évolution actuelle et sur le vif, c'est qu'il a observé les\nhommes qui vivaient à ses côtés, dans leurs mouvements à la\nfois les plus naturels et les plus essentiels.\n    Il n'eut q u ' u n modèle, l'être h u m a i n , non pas celui qui pose\ndans l'atelier, mais celui qui marche, celui qui vit en plein air,\ncelui qui fait jouer tous ses muscles et fait vibrer tous ses nerfs.\nIl a regardé et scruté sur place l'humanité au travail, il a saisi\ndirectement et sur le fait son geste, il s'est rempli les yeux de\nla vision de ses mouvements, de ses attitudes, de ses efforts et\nde la tension de tous ses m e m b r e s .\n    Meunier a compris, avant tout autre, le premier, tout seul,\n le parti que l'artiste pouvait tirer de la contemplation du monde\ndes travailleurs et a eu d'instinct l'intuition de la beauté qu'il\n\n\n  (1) Nous engageons vivement nos lecteurs, qui désireraient conserver un souvenir\nde Constantin Meunier, d'acheter l'album : L'œuvre de Constantin Meunier, publié par\nla maison Buschmann, d'Anvers. Elle contient une intéressante étude de M. Vermeylen\net, outre le superbe portrait qui orne la couverture, elle donne quatorze magnifiques\nplanches reproduites d'après les œuvres de l'artiste. En vente à la librairie Van Oest,\nrue du Musée, 16, à Bruxelles, au prix de fr. 3.50.\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "194                           DURENDAL\n\n\ny avait à en dégager. Aussitôt qu'il fut frappé de cette idée\nvitale et maîtresse, il étudia l'ouvrier à l'œuvre, il le suivit sur\nle chantier, il descendit avec lui dans la mine, il l'accompagna\naux champs, il pénétra dans son usine. Il n'eut désormais plus\nq u ' u n idéal en vue, celui de représenter le monde du travail\ndans tous les détails de son activité fébrile, dans la plénitude\nde sa force et dans l'épanouissement de son geste multiple.\n   C'est précisément ce qui fait la splendeur du gigantesque\nM o n u m e n t au Travail qui devait être le couronnement de toute\nla carrière de Meunier, et ce qui le met tellement au-dessus de\nla banalité coutumière et lui donne une place tellement à part,\nsi spéciale, si bellement originale au milieu de tant de monu-\nments contemporains dont la vue finit par nous lasser. D a n s la\nplupart de ceux-ci, les personnages sont figés dans une attitude\nde convention. Ils sont artificiels. Ils posent absolument comme\nle modèle a posé avant eux et pour eux à l'atelier. Ils m a n q u e n t\nde vie. Ce sont des m a n n e q u i n s , modelés avec élégance peut-être\net parfois même avec une certaine maîtrise, mais sans â m e .\n    Chez Meunier, tout vibre, tout est vie, tout est âme, tout est\nmouvement. Vous voyez son ouvrier lutter contre les éléments,\nvous le voyez terrasser la matière, vous le voyez ployer, puis se\nredresser sous l'effort, vous le voyez triompher de l'obstacle.\n    Mais Meunier a porté son art plus haut encore. Il ne s'est pas\ncontenté de jeter un regard superficiel autour de lui. Il ne s'est\npas arrêté à l'écorce des choses. Son œil perçant a pénétré jusque\ndans l'intime de la vie de l'ouvrier, et alors le travail lui a apparu\ndans toute sa noblesse. Sous sa main d'artiste, l'ouvrier n'est plus\nun être banal et quelconque, ni un être brutal et vulgaire, c'est\n un héros, au même titre que les héros antiques. Sur lui reposent\n les destinées de l'humanité qui, en somme, vit de son effort.\n    D e là que ses figures d'ouvriers ont une envergure inouïe.\n Meunier leur a inoculé, en quelque sorte, la conscience de\n leur dignité, la conviction de l'importance de la fonction qu'ils\n remplissent, le sentiment de leur utilité sociale et du service\n immense qu'ils rendent à l'humanité, qui pivote sur le travail.\n De là encore cette sérénité incomparable qui auréole le front\n criblé de rides et perlé de sueur de ses travailleurs et qui est la\n note caractéristique et dominante de tous les traits si tour-\n mentés pourtant par la lutte pour l'existence de leur physio-\n nomie.\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": ""}, {"page_pdf": 247, "texte": "    LE SEMEUR\n\n(CONSTANTIN MEUNIER)\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                      CONSTANTIN    MEUNIER                     195\n\n\n   Les ouvriers de Meunier ont une si grande allure, une allure\nqu'on ne retrouve que dans les marbres antiques. Leur port\nest majestueux. Ils gardent toute leur fierté au sein du travail\nle plus déprimant et le plus avilissant.\n   Meunier a vraiment, par le prestige de son art, relevé\nl'ouvrier à ses propres yeux et aux yeux du monde en faisant\nressortir sa haute dignité, la beauté de son geste et la grandeur\nde sa mission.\n    Pour comprendre tout à fait l'art de Meunier, il faut avoir\nconnu l'homme. Ce fut un être d'une bonté souveraine et uni-\nverselle. La candeur foncière de cette âme d'élite que l'égoïsme\nmoderne n'avait point touchée, lui avait infusé une immense\ncompassion pour cet être de douleurs, de privations et de\nrésignation qu'est l'ouvrier qui ne parvient à gagner sa misé-\nrable vie qu'au prix du plus rude des labeurs. C'est grâce à\ncette pitié profondément sentie que Meunier éprouvait pour\nle travailleur, qu'il pénétra si bien le fond de sa nature, qu'il\nsut exprimer d'une façon si vivace les sentiments héroïques des\n martyrs du travail et qu'il parvint à représenter d'une façon\nsi poignante la tragédie douloureuse et pitoyable de la vie\nouvrière. Tout son art est imprégné de commisération, de\n sympathie et d'amour.\n    Constantin Meunier, ainsi que nous l'écrivions précédem-\n ment, a été dans toute la force du terme un créateur. Il a vrai-\n ment créé le type idéal de l'ouvrier moderne. Il a idéalisé\n celui-ci, mais sans rien lui enlever de sa réalité ni de sa vie.\n Ce type est définitif et il est son œuvre. Il est sorti tout entier\n et tout d'une pièce de son cerveau. La tradition ne lui en a pas\n fourni le modèle. Aucun précurseur ne l'a précédé dans cette\n voie. Meunier n'a pas d'ancêtre dans son art. La découverte\n qu'il a faite de la beauté et de la grandeur du travail a consacré\n définitivement sa réputation d'artiste absolument personnel et\n d'une originalité sans antécédent.\n    Mais voici que l'inexorable mort a paralysé le cerveau génial\n du maître incomparable arrivé au sommet de la gloire. Elle a\n brisé sa main pour toujours et en a fait tomber l'outil créateur\n en pleine fièvre de travail et alors qu'il était encore plein de\n vaillance et de ferveur.\n    Il appartient maintenant à la nation de rendre à ce grand\n mort l'honneur que tout pays doit aux hommes de génie qui\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "196                         DURENDAL\n\n\nl'ont glorifié par leurs œuvres, en élevant à leur mémoire un\nmonument commémoratif qui fasse passer leurs noms à la\npostérité. U n seul monument serait digne de Meunier : celui du\nTravail qui est l'incarnation vivante de la personnalité de\nl'artiste. L e s maquettes des bas-reliefs et des figures sont ter-\nminées. Il est du devoir de l ' E t a t belge d'en faire réaliser\nl'exécution définitive pour éterniser à jamais le nom de celui\nqui fut le plus grand sculpteur de la Belgique et l'un des plus\npuissants artistes du siècle. E t nous espérons bien, pour\nl'honneur de notre pays et pour la gloire de Meunier, qu'on\nn'enterrera pas son admirable Monument au Travail dans ces\ncimetières de l'art que sont les musées, mais qu'on l'érigera\nfièrement au soleil sur une des places publiques de la capitale,\nainsi que le voulait l'artiste lui-même.\n\n                                              HENRY   MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "      La Plainte du Barde\n                         A Monsieur l'abbé Henry   Moeller,\n                          en témoignage  de  reconnaissance.\n\nDu sang      flamand\ncircule dans mes veines et se mêle\nau sang latin de mes ancêtres.\nDes rêves de gloire         sommeillent\net des rêves de meurtre, au plus intime de mon     être.\nPar     instants,\nsurgissent des fantômes de villes brûlées\net mes yeux       reflètent\nla lueur sanglante des incendies.\nDans ma tête,\nstrident d'aigus       buccins\net des tocsins\nsonnent l'horreur splendide des conquêtes!\net je vois s'éclairer des faces affolées,\naux reflets de torches brandies !\n\n J'avais pensé, barde du Nord,\n barde aux rousses moustaches      tombantes,\nj'avais pensé faire revivre\n ce qui est mort\n et réveiller tout ce qui dort,\n aux durs accents de mes rythmes de cuivre!\n Car je voulais savoir si vous pouviez encore\n sentir votre cœur battre,\n comme battait celui des premiers     hommes.\n Mais, bétail fatigué par les ans,\n vous n'avez plus      maintenant\n le repos puissant des bêtes de somme,\n mais le sommeil paisible\n des bêtes domestiques près de l'âtre.\n\nJe suis venu féroce et vous m'avez cru fou.\nJ'ai parlé de ma voix haute et rauque;\nmais vous vous êtes détournés...\net j'ai pleuré\nde me voir seul contre vous tous.\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "198                             DURENDAL\n\n\n\n            Puis j'ai douté,\n            hélas! j'ai douté de moi-même :\n            car je sentais\n            mon sang latin couler plus calme dans mes     veines.\n\n        Peu à peu, j'oubliai mes sauvages      cadences\n        et je compris alors la sereine   puissance\n        et le rythme toujours égal de vos poèmes,\n        qui se traînent, pareils à des reines lassées.\n\n        Ce fut en moi ainsi qu'un charme nostalgique        :\n        un vague souvenir de rêves oubliés;\n        tels les sons imprécis de lointaines musiques.\n\n        Pauvre barbare ridicule ! je pleurais\n        dès lors de me sentir méconnu de vous autres\n        et d'avoir cru pouvoir commander à des maîtres.\n\n        Mais je pleurais surtout de penser que, peut-être,\n        mes vers n'auraient jamais la beauté qu'ont les vôtres?\n\n                                                          JEAN BERNARD.\n Valence,    octobre   1904-\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                  Le Petit Fleuriste\n              LA boutique s'ouvrait dans un passage où voisinent\n                  des marchands de vieux livres et de fleurs.\n                     Ce passage relie deux rues bruyantes, pleines\n                  de foule, de voitures et de tramways. Mais,\n                  brusquement, quand on entre sous ses voûtes,\n                  c'est un silence, une paix profonde, la sensation\n                  qu'on se trouve dans un petit monde à part, où\n                  ne pénètre pas la vie de la cité. En été, des nappes\n de soleil, tombant du plafond vitré, incendient les étalages de\n livres jaunes et les gradins chargés de fleurs. Devant chaque\n porte, les marchands et les marchandes, sur une chaise basse\nqui les force à s'accroupir, feuillettent nonchalamment un livre\nà gravures, ou, de leurs doigts rapides, roulent des bouquets\n dans du papier blanc. Parfois, un promeneur se traîne le long\ndes étalages, une dame vient acheter une botte de roses. On\n n'entend que le bourdonnement des mouches sous les vitres\nchaudes, un bruit de talons se mourant au loin sur les dalles.\n En hiver, tous les vents de la ville se rencontrent en cet endroit.\nLe froid en chasse les clients. Et les étalages, mornes, demeu-\nrent solitaires dans une lumière humide de caveau.\n    La boutique s'ouvrait là, depuis trente ans, entre deux bou-\ntiques toutes pareilles, et l'on voyait, derrière les carreaux ternis\nde la vitrine, un comptoir encombré de vases où se penchaient\ndes fleurs coupées. A l'étalage, des palmiers nains épanouis-\nsaient leur verdure froide. Quelques géraniums piquaient çà et\nlà leur note écarlate. Et, toujours, de petits bouquets de\nviolettes poussaient timidement entre les pots leurs têtes\nchiffonnées.\n   Dans le passage, on disait communément de cette boutique :\nchez Petit-Louis. Un grêle bonhomme, pas plus haut que cela,\nce petit Louis, avec une grosse tète entre de maigres épaules,\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "200                            DURENDAL\n\n\nun gros nez rouge, de gros yeux sans couleur, une allure dou-\nçâtre et caressante. Il portait sans cesse une casquette de soie\nnoire enfoncée sur les oreilles et un tablier de toile bleue qui\nl'enveloppait tout entier. Il se tenait au seuil de sa b o u t i q u e et,\nd'une voix sucrée, appelait les passants. Ses deux voisins ne\nsavaient pas comment il s'y prenait, mais le fait était bien\nconstaté : s'il ne se vendait dans tout le passage qu'un bouquet\nsur la journée, c'était toujours chez P e t i t - L o u i s qu'on l'avait\nacheté. Connaissait-il son métier mieux que les autres? Peut-\nêtre, quoique le secret de sa réussite consistât plutôt dans le\nsourire irrésistible qu'il dispensait à tout venant et qui lui\nconciliait la s y m p a t h i e de la clientèle. Il s'occupait seul de la\nvente, et sa femme demeurait assise, tout le jour, derrière le\ncomptoir, où sa pauvre petite figure de vieille languissait\ncomme une fleur fanée, parmi les arrivages frais de roses du\nBengale et de lys du J a p o n .\n    Ayant perdu j a d i s une belle j e u n e fille de seize ans, morte\nsans doute d'avoir respiré trop de fleurs, ils gardaient en eux la\ndouleur de cette perte et ne fréquentaient pas leurs voisins. Ils\nn'allaient pas, de porte en porte, comme les autres, pour se\nconfier de petites médisances. L e u r courage tranquille, leur\nréserve, le succès de leurs affaires leur avaient valu la haine et\nla jalousie de tout le passage. On colportait sur eux, sans qu'ils\ns'en doutassent, les bruits les plus faux. A en croire leurs voi-\nsins i m m é d i a t s , Petit-Louis battait sa femme : on entendait\ncelle-ci pousser des cris et des gémissements d u r a n t toute la\nnuit. C'était un sournois, d'ailleurs, un petit vieux plein de\nvices. Où allait-il, quand par hasard il sortait du passage?\nAcheter des fleurs, disait-il. Allons, d o n c ! Son hypocrisie ne\ntrompait personne. Il allait assouvir ses sales passions. Voilà\npourquoi, alors qu'il aurait dû être retiré depuis l o n g t e m p s , il\nse montrait encore si âpre au gain. Un gaillard dangereux, en\ns o m m e ! Et bien que chacun le saluât q u a n d il passait, de longs\nregards haineux suivaient sa maigre petite personne, entre les\néchoppes, avec sa grosse tête penchée en arrière, ses épaules\nétroites et rêches de polichinelle et ses vieilles mains b o u d i -\nnées, énormes, toutes rouges, qui tombaient comme des battoirs\nle long de son tablier bleu.\n\n                                   ***\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                      LE PETIT   FLEURISTE                    201\n\n\n\n   Un matin d'hiver, une nouvelle étrange courut le long des\nboutiques dans le passage. Le vent du nord l'avait prise à\nl'entrée sur ses ailes et portée avec lui de porte en porte.\n M me Petit-Louis était morte subitement pendant la nuit. La\nvoisine de Petit-Louis, Mme Paul, fleuriste de mère en fille\ndepuis un demi-siècle, toute recroquevillée dans son vieux\nchâle, avec des mèches grises qui s'échappaient de son maigre\nchignon et une goutte pendant au bout de son nez pointu,\nquitta de bonne heure son échoppe et s'en alla frapper chez les\nautres voisins, le ménage Mouche, qui vendait de vieux livres\net des médailles. M. Mouche, vêtu seulement d'une culotte et\nd'un tricot, lui ouvrit aussitôt. On aurait dit que, s'attendant à\ncette visite, il se tenait en permanence derrière la porte. Tout\nde suite, d'ailleurs, M me Mouche, une grosse commère aux\npetits yeux en vrille dans un visage mafflu, se montra en haut\nde l'escalier des sous-sol. Tous trois se regardèrent un instant\nsans parler, espérant que l'un ou l'autre prononcerait les pre-\nmiers mots compromettants. Mais nul ne se décidant, tous les\ntrois ensemble poussèrent un grand soupir.\n   « Vous savez déjà la chose? » murmura M me Paul d'un air\ndésolé, en hochant sa tête de squelette, ce qui fit tomber la\ngoutte de son nez dans les plis de son châle crasseux. Le ménage\nMouche, d'un signe, en levant les yeux au ciel, indiqua qu'il la\nsavait.\n   « C'est affreux, n'est-ce pas? continua la voisine. Pauvre\nfemme ! »\n   Le ménage Mouche poussa un second soupir qui prouvait\nson bon cœur, mais ni l'homme, ni la femme ne répondirent\nrien.\n   « C'est égal, poursuivit Mme Paul d'une voix un peu hési-\ntante, voilà une mort qui fera jaser bien des gens...\n   — Bah! dit Mme Mouche d'un air étonné, croyez-vous? L a\npauvre femme a eu assez de chagrin dans sa vie : on mourrait\nà moins...\n   — Sans doute, sans doute! répliqua vivement Mme Paul.\nChacun sait qu'elle a été plus malheureuse que les pierres avec\nson mari. C'est terrible, savez-vous, d'avoir un homme qui vous\nenferme dans votre boutique et ne vous laisse même pas parler\naux clients! Et puis, sa fille qu'elle n'avait jamais oubliée...\nVous vous rappelez, cette belle jeune fille qui s'est mise tout\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": " 202                          DURENDAL\n\n\n\n d'un coup à dépérir... Dieu sait de quoi elle est morte aussi,\n celle-là!...\n    — Il me semble, dit M. Mouche en paraissant fouiller dans\n ses souvenirs, qu'on a parlé dans le temps de mauvais traite-\n ments qu'elle aurait eu à subir de la part de son père...\n    — S'il n'y avait eu que cela! s'écria M m e P a u l en levant les\n mains avec horreur. Si ceux qui savent pouvaient parler! Il s'en\n passe de drôles dans les familles, le j o u r d'aujourd'hui!...\n    — Oui, convint M. Mouche, ce Petit-Louis a une bien mau-\n vaise r é p u t a t i o n . . .\n    — C'est pour ça, ajouta M m e P a u l , que la mort de sa femme\n fera du bruit d a n s le monde ! »\n    E t d'un geste circulaire, elle montra toutes les boutiques du\n passage, leur monde, à ces gens-là.\n    \" Est-ce que vous voulez dire, peut-être, interrogea M m e Mou-\n che, que cette mort n'est pas naturelle?\n    — Mon Dieu, m a d a m e , répondit M me P a u l en pinçant les\n lèvres, moi je ne dis rien. J e vous donne mon impression sans\naccuser personne. Nous avons tous vu hier M m e P e t i t - L o u i s\nderrière son comptoir. Aujourd'hui, elle n'y est plus, et l'on\nnous apprend qu'elle est morte. Remarquez qu'on ne nous dit\npas de quoi : elle est morte, voilà t o u t . Est-ce que c'est c o m m e\nça qu'on meurt, dans votre famille, m a d a m e Mouche?\n   — Grâce à Dieu, non! répondit la grosse commère. P a p a et\nm a m a n nous ont même assez coûté, avant de fermer les yeux,\nen frais de remèdes et de médecins !\n   — Vous voyez bien, dit l'autre. Qu'est-ce que vous trouveriez\nd'étonnant à ce que Petit-Louis, avec ses vices, ait eu l'idée de\nse débarrasser de sa femme? Il lui en fallait probablement une\nplus j e u n e ! Ce ne serait pas la première fois qu'on verrait des\nchoses pareilles...\n   — Vous allez peut-être un peu loin», objecta M. Mouche, avec\nun petit geste hésitant des deux mains. Mais sa femme approu-\nvait complètement l'argumentation de la voisine. Ainsi, pour le\nmoment, elle lisait dans son journal un feuilleton où un h o m m e\nempoisonnait sa femme. Des crimes de ce genre, on ne voit\nplus que cela, maintenant. L a seule chose malheureuse, c'est\nqu'on ne puisse pas toujours pincer les assassins et les brûler\nvifs sur la place p u b l i q u e ! Au moins, cela ferait réfléchir les\nautres! E t M me Mouche secouant ses grosses joues, faisait\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "                       LE PETIT   FLEURISTE                      203\n\n\nrouler ses petits yeux d'un air furieux. M me Paul se pencha\nplus fort et assourdit encore sa voix :\n   « Si on ne les pince pas plus souvent les assassins, dit-elle,\nc'est que les gens sont lâches et n'osent pas les dénoncer. Est-ce\nque ce n'est pas un devoir de prévenir la justice quand on a des\nsoupçons sur quelqu'un? Ainsi, par exemple, je ne sais pas\nencore au juste ce qu'il faut penser de la mort de notre pauvre\nvoisine; mais, en attendant, ne serait-il pas prudent d'écrire au\ncommissaire? »\n   Le ménage Mouche, un peu effrayé, ne répondit à cette\ninvite directe que par des hochements de tête dubitatifs.\nMme Paul se hâta d'ajouter :\n   « Ce que je vous en dis, c'est entre nous. On parle, on\ns'explique, on s'éclaire l'un l'autre. Rien ne brûle, d'ailleurs.\nN'empêche que si quelqu'un avait la bonne idée d'écrire à la\njustice, on en découvrirait de fortes, peut-être, chez Petit-Louis,\net le passage serait débarrassé d'un gaillard qui ne lui fait pas\nhonneur!\n   — Là-dessus nous sommes d'accord, approuvèrent les\nMouche. Pour un vilain coco, c'est un vilain coco!...\n   — Eh bien, nous reparlerons de tout cela tantôt, dit\n   me\n M Paul en sortant. Pensez à ce que je vous ai dit. C'est une\nbelle occasion! »\n   Et elle s'en fut plus loin semer la graine du soupçon, tandis\nque le ménage Mouche, une fois la porte refermée, souriait\nd'un mauvais sourire, en se frottant doucement les mains.\n\n\n\n   Pendant ce temps-là, dans l'arrière-boutique où se trouvait\nleur lit, Petit-Louis veillait le corps de sa femme. Il était là,\naffalé sur une chaise, avec son tablier bleu et sa casquette noire,\nles mains sur les genoux, une expression d'hébétude dans ses\ngros yeux pâles. Qu'est-ce qui lui arrivait, là, maintenant? Hier\nelle s'était couchée comme d'habitude. Tout à coup, au milieu\nde la nuit, il entend soupirer, puis un cri. Il s'éveille. Elle était\naccroupie dans le lit, serrant son ventre à deux mains.\n   « Qu'est-ce que tu as, ma bonne? »\n   Ah! bien oui. Elle n'avait pas eu seulement le temps de\nrépondre! Sous ses yeux, brusquement, elle s'était tordue,\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "204                             DURENDAL\n\n\n tordue, comme un enfant qui a des convulsions, puis elle s'était\nétalée et n'avait plus bougé. Elle était morte, tout simplement.\n L e pauvre vieux court, en pleine nuit, chercher un médecin.\n Il sonne à vingt portes. Il en vient un, enfin, qui parle de\n miséréré foudroyant et s'en va aussitôt en soulevant son cha-\npeau. E t depuis ce moment, il est là, P e t i t - L o u i s , dans\nl'arrière-boutique toute noire, devant ce lit où joue la lumière\nj a u n e d'une bougie, tandis que par la porte ouverte se glisse\nl'odeur des violettes et des roses, avec la lueur triste de ce matin\nd'hiver et le bruit du passage qui s'éveille. Il écoute vaguement\n les volets qu'on enlève, les portes qui s'ouvrent, des glissements\nde paniers sur les dalles. Est-ce possible? C h a q u e matin tout\ncela recommencera donc, et celle qui est là ne se lèvera plus\njamais? Alors, quoi ! Il restera tout seul, lui ? Q u a n d il rentrera,\n il ne la verra plus, derrière son comptoir, avec son pauvre petit\nsourire souffrant, si doux? Les voisins ne l'aiment pas, il le\nsait bien : qui le consolera dans sa peine ? Déjà sa fille est au\ncimetière. Sa femme demain ira la rejoindre. Mais qu'est-ce\nqu'il reste taire ici, lui, tout seul, tout seul au m o n d e , comme\nun chien perdu? E t il se lève, avec de grands sanglots, se\nfrappe la poitrine, prend sa casquette, la jette contre le m u r .\nIl est comme fou. Il pleure, il boit ses larmes. Ses longs che-\nveux gris dépeignés lui couvrent le visage. Il a tout à fait l'air,\nle pauvre h o m m e , d'un gaillard qui a fait un mauvais coup.\n    E t c'est dans cet état-là qu'il sort pour faire les démarches\nobligatoires. M me P a u l n'a pas perdu son temps, depuis tantôt.\nElle est entrée dans toutes les boutiques et, derrière elle, les\nmarchands viennent à la porte pour attendre les événements.\nT o u t le passage est attentif. Q u a n d Petit-Louis, la marche\nhésitante, les yeux affolés, paraît, un long m u r m u r e court et\ng r a n d i t . Il éclate dès que le pauvre b o n h o m m e a gagné la rue :\n    « Avez-vous vu ?\n    — Quelle tête, h e i n !\n    — U n e tête d'assassin, ma chère!\n    — On voit bien qu'il n'est pas tranquille !\n    — C'est lui qui a fait le coup, c'est certain ! »\n    Mme Paul crie plus fort que les autres :\n    « E t un crime pareil resterait impuni ! »\n    Les innombrables romans lus pendant les longues heures où\n  on attend le client, alimentent les soupçons de chacun. Plus\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                      LE PETIT   FLEURISTE                     205\n\n\nde doute : Petit-Louis est un grand criminel, un type comme\nil y en a dans tous les romans populaires. Il faut le démasquer !\nIl faut que quelqu'un soit le vengeur de la pauvre victime!\n   « Et pourquoi ne seraient-ce pas nous, les vengeurs? » se dit\nchaque ménage à part soi.\n   Bientôt, le passage a repris son aspect tranquille. Plus per-\nsonne sur les portes Les marchands sont fort occupés chez\neux, sans doute. Au moment où Petit-Louis rentre chez lui,\nnul ne semble plus épier ses allures. Il en profite pour pleurer\ntout à son aise, dès qu'il a mis le pied sous les voûtes de verre :\net sa plainte se traîne, misérable et haletante, le long des bou-\ntiques fermées et hostiles.\n   Cependant, Mme Paul a obtenu un succès inespéré. Devant\nle tas de lettres anonymes qui ne cessent de lui arriver et qui,\ntoutes, accusent nettement Petit-Louis d'avoir empoisonné sa\nfemme, le commissaire se décide à prendre les mesures d'usage.\nIl obtient du Parquet l'autorisation de faire enlever le cadavre\npour qu'il soit procédé aussitôt à son autopsie. La voiture\nfunèbre s'arrête, à la tombée du jour, devant l'entrée du passage\net un petit groupe d'hommes noirs s'avance vers la maison\nmortuaire. C'est Petit-Louis lui-même qui vient leur ouvrir.\nLe commissaire est là en personne. Il explique au bonhomme\nde quoi il s'agit. Le veuf ne comprend pas très bien : on doit\nlui répéter la chose. Et, comme il demeure là, tout tremblant,\nà barrer la porte, on le pousse de côté et on pénètre chez lui.\nOh! ça ne traîne pas : les hommes de l'hôpital ont l'habitude.\nLe pauvre petit cadavre est emballé en moins de rien dans un\ncercueil provisoire que les porteurs enlèvent comme une plume.\nMaintenant, le passage est plein de nuit, avec quelques flammes\nde gaz qui oscillent au vent. Les voisins sont massés, silen-\ncieux, à l'entrée. Le pas rythmé des porteurs sonne sur les\ndalles. Petit-Louis suit machinalement le cortège. Il a toujours\nsa casquette et son tablier. Ses gros yeux pâles ne quittent pas\nle pauvre cercueil de sapin. Et quand la voiture s'éloigne, il\ncourt derrière, comme un fou, en poussant de petits sanglots,\ntrès drôles, qui font sourire les passants.\n\n                               ** *\n\n  A l'hôpital, on ne voulut pas le laisser entier.\n  « Vous aurez des nouvelles demain! » lui cria le portier que\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "206                           DURENDAL\n\n\nses sollicitations importunaient. D e m a i n ! Qu'allait-il faire\njusqu'à demain? L o n g t e m p s il se promena de long en large\ndans la rue. L a nuit était complète. Les passants se faisaient\nrares. L e froid sortait des pierres et tombait du ciel noir. U n e\ndétresse infinie s'empara de lui. Quel changement d e p u i s la\nveille! Hier, à pareille heure, il était dans sa boutique et lisait\nle journal qu'on venait de glisser sous la porte. Il fumait sa\npipe dans la bonne chaleur du poêle tout rouge. L a l a m p e le\nbaignait de sa lueur paisible. E t , à côté, il entendait sa vieille\nqui préparait le lit. Qu'était-il donc arrivé? Cette mort sou-\ndaine, cette longue journée de douleur, et puis, ces h o m m e s\nqui l'avaient prise et conduite ici, dans cette sinistre maison!\nPeu à peu, les paroles du commissaire s'éclairaient en lui. On\nl'accusait, et de quoi, Seigneur ! D'avoir empoisonné celle qui\nétait sa seule joie sur terre! L'idée lui parut comique. Il poussa\nun éclat de rire qui s'acheva dans un grand sanglot. Alors, il\nt o m b a sur la marche d'un seuil et demeura là, la tête entre les\npoings, dans un désespoir farouche. Plus tard, il se leva et se\nmit à marcher au hasard. Il passa par des rues qu'il ne con-\nnaissait pas, et tout à coup se trouva au canal. L'eau clapotait\ndoucement contre les chalands au repos. Il la regarda longue-\nment, a p p u y é à la pierre d'un pont. Il s'en alla pourtant, comme\nà regret, et reprit sa marche vagabonde. Vers l'aube, il était à\nl'autre bout de la ville, dans un bois, où ses yeux semblaient\nchercher, en l'air, quelque chose parmi les branches. L a cloche\nd'une église le tira soudain de sa rêverie. C'était donc le matin !\nIl prit sa course et arriva tout haletant devant l'hôpital au\nmoment où l'on ouvrait les portes.\n    « C'est vous, déjà! dit le portier qui le reconnut. Vous venez\npour l'autopsie? Vous pouvez reprendre le cadavre : on n'a rien\ntrouvé. »\n    Il dut attendre, dans la loge, que les formalités fussent rem-\nplies. Enfin, la même voiture que la veille s'avança et des\nhommes y poussèrent un cercueil. Cette fois, c'était un cercueil\ndéfinitif, d û m e n t vissé et scellé, où reposaient les débris de celle\nqu'il avait tant aimée. Il faisait grand jour q u a n d la pauvre\nmorte rentra chez elle. L e passage tout entier était d e b o u t . L e\ncortège défila entre deux rangs de visages inquiets et désap-\npointés. Mauvaise affaire! On n'avait rien trouvé de suspect.\nL e misérable, sans doute, avait choisi un poison qui ne laisse\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                       LE PETIT FLEURISTE                     207\n\n\npas de traces. S'il s'avisait, à présent, de poursuivre les déla-\nteurs? Et chacun, pour détourner les soupçons du bonhomme, se\nhâta de lui faire une visite. Les condoléances et les bouquets\naffluèrent. Mme Paul apporta une énorme botte de roses. Le\nménage Mouche arriva avec une grande couronne de violettes\nnaturelles. L'étroite boutique était pleine de monde. Au fond,\ns'allongeait le cercueil entre des bougies allumées. Petit-Louis\nétait assis auprès : il tenait sa casquette à deux mains, sur ses\ngenoux, et il reniflait sans cesse, avec de grands hoquets qui le\nsecouaient comme un arbre. Il flottait une odeur lourde de\nfleurs et de phénol.\n   Au soir, quand tout le monde fut parti, sans même prendre\nla précaution de fermer sa porte, Petit-Louis monta sur une\ntable, détacha la suspension, passa une corde dans l'anneau et\nse pendit au plafond. Son corps eut quelques soubresauts, puis\nil se détendit, très droit, dans les plis de son tablier bleu, sur\nlequel les grosses mains difformes tombaient comme des bat-\ntoirs. Autour du cercueil, la flamme des bougies vacillait triste-\nment. Et il n'y eut plus, dans la boutique envahie par l'ombre\néternelle que le parfum de toutes les fleurs, violettes de France,\nlys du Japon, roses du Bengale, exhalant vers cette humble\nvictime de la méchanceté humaine, leurs petites âmes com-\npatissantes.\n\n                                             GEORGES RENCY.\n\n    25 février 1905.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "                                                                  (1)\n                               John Raskin\n\n                  L'ATTRAIT puissant, l'irrésistible séduction de Ruskin, c'est\n                    que l'on ne rencontre point en lui un théoricien, un profes-\n                     seur d'esthétique et, non plus, u n philosophe, mais, avant\n                     tout, u n h o m m e . . . « N a t u r e , s'écrie F a u s t , q u e je puisse\n                     seulement être un h o m m e devant toi! » E t il semble q u e ,\n                     devant les h o m m e s et les œuvres, aussi bien que devant la\n                     nature, Ruskin fut cela, dans la droiture de son cœur et la\n                     sincérité de son esprit, également généreux.\n                        Il aimait l'humanité à tous les instants, d a n s toutes les\nphases et les expressions de son évolution ; dans toutes les traces qu'elle a\nlaissées d'elle-même, et particulièrement les plus pures, les plus directes,\ncelles en lesquelles la spontanéité des conceptions était servie par la sponta-\nnéité d'un art, où la pensée qui inventait et la main qui exécutait étaient\npleinement libres.\n   E n toute matière, il veut aller lui-même aux choses, s'abreuver aux sources,\napprécier la saveur de l'eau à même où elle jaillit, avec son goût agreste,\nlimpide et sauvage. L e Christ, c'est du Christ m ê m e qu'il l ' a p p r e n d r a ; de\nceux qui furent les plus proches de lui, les plus semblables à lui et d a n s\nl'esprit desquels son esprit a parlé d a v a n t a g e ; de ceux, enfin, qui ont vécu\nses enseignements plutôt que de ceux qui les ont enseignés.\n   T o u t Anglais et protestant qu'il est, insoucieux des préjugés régnant\nautour de lui, il cherchera à connaître dans la vérité et la bienfaisance de\nleur action, l'Eglise catholique, les saints et les moines; et il en parlera avec\ncordialité et admiration, non par défi aux sectaires ou à ceux qu'il\n\n\n  (1) A propos de la Bible d'Amiens, dont M. Marcel Proust vient de publier une remar-\nquable traduction au Mercure de France.\n  Consulter également le beau travail de M. Robert de la Sizeranne : Ruskin et la Religion\nde la Beauté. Paris, Hachette.\n  Nous rappellerons aussi que notre ami Olivier-Georges Destrée a été des premiers\nà faire connaître au public français la pensée originale de Ruskin par l'élégante traduction\nde quelques chapitres des Sept Lampes de l'Architecture, parue jadis dans la Revue\nGénérale. Nous nous permettrons enfin d'ajouter que nous avons donné dans ce même\npériodique (octobre-novembre 1897) deux études sur Ruskin, que les pages qui\nsuivent sont destinées à compléter.\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                                 JOHN    RUSKIN                               209\n\n\nappelle avec humour « les modernes infidèles de demi-culture », mais\nsurtout à cause de la joie intime qu'il a ressentie dans cette fréquentation.\n    L'art lui inspire une vénération mélangée de tendresse : à ses yeux, il est\nune œuvre d'amour que l'amour seul aussi peut parfaitement comprendre.\nIl ne vient point à lui, armé de dogmes et de principes, dire doctement ce que\nl'artiste aurait dû faire, mais bien, dans un grand sentiment d'attention et de\nrespect, étudier ce qu'il a fait. Et, s'il a des théories, elles sont issues en lui\nde la fréquentation et de l'expérience des œuvres et non point empruntées à\nla tradition sans racines des écoles et des académies.\n   Il repousse tout intermédiaire, toute préconception étrangère entre lui et\nl'artiste; il l'aborde d'homme à homme, en quelque sorte, et c'est l'œuvre elle-\nmême qu'il interroge pour savoir d'elle le secret de sa propre loi. Et,\ndans le même esprit, le jour où il se reproche d'avoir négligé les masses\npopulaires et tente de remplir son devoir à leur égard, il se consacre\nà elles, non par les chemins stériles de la politique, mais par ceux des\nœuvres de confraternité et d'éducation.\n   L'admiration chez lui est une adhésion enthousiaste. La raison lui semble\nune mauvaise voie pour pénétrer les œuvres de la foi et du génie, et, dans\ncette disposition d'âme accueillante et exaltée pour tout art loyal et fervent,\nil se jette tout entier du côté de ce qu'il aime, pour en célébrer les mérites\navec le verbe magnifique d'un prophète et les élans lyriques d'un poète.\n\n\n\n    « Les formes architecturales ne pourront jamais vraiment nous ravir si\n nous ne sommes pas en sympathie avec la conception spirituelle dont elles\n sont sorties. » En note à cette opinion exprimée par Ruskin, M. Proust rap-\n porte ce passage d'un ouvrage de M. Brunschwig : « Pour éprouver la joie\n esthétique, pour apprécier l'édifice non plus comme bien construit, mais\ncomme vraiment beau, il faut... le sentir en harmonie, non plus avec quelque\n fin extérieure, mais avec l'état intime de la conscience actuelle. C'est pourquoi\nles anciens monuments, qui n'ont plus la destination pour laquelle ils ont été\nfaits ou dont la destination s'efface plus vite de notre souvenir, se prêtent si\nfacilement et si complètement à la contemplation esthétique. Une cathédrale\nest une œuvre d'art quand on ne voit plus en elle l'instrument du salut, le\ncentre de la vie sociale dans une cité. »\n   On n'élabore pas la traduction d'un livre tel que la Bible d'Amiens, et une\ntraduction aussi étudiée et aussi intuitive que celle-ci, sans ressentir pour\nl'ouvrage les sentiments précisément auxquels Ruskin subordonne l'existence\nd'une véritable et clairvoyante admiration, c'est-à-dire sans un accord presque\nabsolu de pensée et de conception avec son auteur. Aussi, M. Proust ne\ncite-t-il les déductions spéculatives de M. Brunschwig qu'à titre d'antithèse\ncurieuse, de « contre-partie » des idées fondamentales de l'exégète\nde la Bible d'Amiens : négation de ces idées serait plus exact encore,\nou même négation de tout art vivant, adhérant au monde parmi lequel il est\napparu !\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "210                                     DURENDAL\n\n\n   L'étrange formule de M. B r u n s c h w i g n'est, au fond, q u ' u n corollaire étroit\nde la théorie de l'art pour l'an. Elle implique nécessairement que la pensée\nne fait pas partie intégrante et indispensable de la beauté de l'œuvre qui, eu\nétant l'incarnation, n'existerait pas à son défaut! Dès lors, par exemple, la\nbeauté organique d'un m o n u m e n t n'exigerait a u c u n e corrélation obligée entre\nsa structure et sa destination!\n   Q u e l'impression esthétique n e prédomine point chez les personnes qui\nhantent les églises dans u n but de dévotion, c'est certain (1), encore qu'il soit\ndifficile de nier l'influence directe ou réflexe sur la foule de l'aspect gran-\ndiose, triste ou triomphal de la construction, comme aussi de la splendeur et\nde la solennité des offices liturgiques. Mais la thèse de M. Brunschwig a cette\nautre conséquence paradoxale, que la beauté des cathédrales devait rester\nplus q u ' à moitié voilée pour ceux-là mêmes qui les ont érigées et, peut-on dire,\ninventées, — puisqu'ils les élevaient d a n s u n dessein utilitaire de piété ! D'où il\nsuit que les hommes qui manifestèrent leur foi religieuse ou civique par\nl'érection de ces cathédrales, de ces maisons de ville, de ces beffrois, etc.,\nqui, sous l'impulsion de cette foi, imaginèrent les formes architecturales\nsusceptibles de la figurer publiquement, — ces h o m m e s , au j u g e m e n t de\nnoire philosophe, furent les aveugles ministres d'une beauté destinée à devenir\npleinement évidente à l'heure seulement où leur ouvrage aurait perdu les\nsignifications pour lesquelles il avait été créé!\n   U n e telle théorie tend, un somme, à établir que notre émotion esthétique\ngrandit d a n s la mesure où nous sommes capables de dissocier la matérialité\nde l'œuvre des origines et intentions intellectuelles ou morales de celle-ci; de\nl'époque dont la mentalité s'y perpétue, ou autrement, d a n s la mesure où ces\néléments, desquels elle a reçu son caractère, la vie même qui vibre en elle,\nnous sont inconnus ou obscurcis. A peine est-il besoin de dire que l'œuvre\nqui vaille dans ces conditions est encore à trouver; quelle pourrait-elle être,\ndu reste, que la réalisation abstraite d'un idéal utopique, d'une esthétique,\nhors de l'espace, hors du temps, enfantée dans la cervelle, fumeuse à force\nde subtilités et d'inexpérience de la réalité, de quelque sophiste?\n   Sinon, sans contredit, les frises et les statues du fronton du P a r t h é n o n ,\ntoutes mutilées qu'elles soient, devraient revêtir à nos yeux une majesté bien\nsupérieure à celle qu'elles avaient pour les Athéniens qui gravissaient\nl'Acropole, au jour des P a n a t h é n é e s . E t pour pousser à toute la logique\ndu système, il faudrait dire que leur splendeur s'accroîtrait encore pour\nnous, si nous ne connaissions par leur provenance et n'avions nulle lueur\ndes croyances qu'elles extériorisaient.\n   Et, certes, ils travaillent contre la perfection de notre jouissance les\narchéologues qui forment des conjectures sur le n o m de l'auteur de tels ou\ntels travaux, car cet auteur étant homme et ayant vécu à un moment de\n\n\n  (1) Pas toujours. Un des messieurs de Port-Royal. M Hamon, disait que le charme\ndes lieux distrayait de la méditation : « Et cela est si vrai, ajoutait-il naïvement, qu'il y a\nplusieurs personnes qui sont obligées de fermer les yeux lorsqu'elles prient dans des\néglises qui sont trop belles. (SAINTE-BEUVE : Port-Royal, I, 29.)\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                                      JOHN     RUSKIN                                     211\n\n\nl'histoire, son n o m tire après lui u n ensemble de conceptions et de circon-\nstances contemporaines qui situent l'œuvre, d a n s notre pensée, lui font u n\nc a d r e et u n e a t m o s p h è r e , d o m m a g e a b l e s à la perception intégrale de la\nbeauté qu'elle recèle!\n    L'œuvre, par conséquent, échouerait à n o u s d o n n e r u n e véritable impres-\nsion esthétique, qui ne serait p a s , pour ainsi dire, expropriée des idées dont\nelle est la cristallisation plastique ou g r a p h i q u e ; tant qu'elle ne se présentera\npas dépouillée d e cette infériorité de manifester ce que l'artiste, de toute\nl'effervescence de sa pensée et de son art, a voulu y m e t t r e ! De sorte que,\npour r e p r e n d r e l'exemple de M. B r u n s c h w i g , u n e cathédrale atteindrait\nl'apogée de ses prestiges esthétiques à la condition d'être laïcisée, q u a n d\nl'ardeur mystique d o n t elle est née et dont le rayonnement continue en elle\nsera éteint; lorsque les images de mort, de résurrection ou de salut taillées\naux porches du sanctuaire, enluminées sur ses murailles ou sur ses vitraux\nseront tombées d a n s l'anéantissement d u silence, parce q u e p e r s o n n e ne les\nécoutera ou ne les e n t e n d r a plus et q u e les leçons ou les promesses de misé-\nricorde énoncées par elles, leurs gestes de bénédiction ou de pardon seront.\nles unes, taries ou d é d a i g n é e s ; les autres, figés ou retombés, faute de\nquelqu'un pour venir encore s'abriter sous leur protection ou s'incliner devant\neux ?\n    L e lieu par excellence de la délectation esthétique, quel serait-il dans ce\ncas? Les musées, les collections, ces « cimetières de l'art », pour user du\nmot si juste de M. de la S i z e r a n n e ; ces nécropoles où, forcément et quelle\nque soit l'habileté des organisateurs, régnent le pêle-mêle et le d i s p a r a t e ; où\nles œuvres sont dépaysées, détachées de leur a m b i a n c e , du site naturel ou de\nla place p u b l i q u e , du t o m b e a u ou du temple qu'elles ornaient et de la m a g n i -\nficence desquels elles participaient. C a r , déracinées de la patrie de leur\napparition, privées de leur rôle primitif de piété, de faste ou de c o m m é m o -\nration pour être disposées le long de la cimaise triste et uniforme, elles ont\nmerveilleusement p e r d u , selon le vœu de M. B r u n s c h w i g , tout ce qui leur\nétait « extérieur » (1).\n    E n vérité, ce sont là aspirations d'algébriste de la pensée qui ratiocine sur\ndes entités n u m é r i q u e s malléables et non sur des choses a n i m é e s , rebelles\npar essence aux définitions générales et aux principes absolus. Ils ne pensent\npas de la sorte, les artistes et les a m o u r e u x de l'art : c o m m e les autres amou-\nreux, ils sont insatiables d e connaître ce qu'ils a i m e n t d a n s l'intégralité de\nses aspects. Rien ne leur en est oiseux; rien, superflu; et, si bien qu'ils le\nsachent, ils y reviennent toujours pour le pénétrer mieux encore, s u r p r e n d r e\navec joie en lui quelque détail inaperçu, q u e l q u e particularité attachante et\n\n\n   (1) Dans une de ses études sur l'Exposition des Primitifs français, M. Lafenestre dit\ntrès bien : Aucune œuvre d'art, à celte époque, ne s'imagine qu'elle puisse vivre isolée.\nElle fait partie d'un milieu, elle veut rester dans ce milieu, et dès qu'on l'en sépare, on la\ntrahit et on l'altère. » (Gazette des Beaux~Arts, mai 1904). Cette adhérence avec le milieu,\ncette solidarité avec la vie ambiante, la conception académique de l'art, née de sophismes\ndu genre de celui de M. Brunschwig, a toujours tendu à les détruire.\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "212                                DURENDAL\n\n\n négligée, afin de n'en rien laisser, les replis, les ombres, et de trouver partout,\n dans ses grandeurs comme dans ses petitesses et, même, ses puérilités, des\n raisons nouvelles d'aimer. Ne savent-ils pas, en effet, que le charme d'une\n créature, les prises qu'elle a sur nous ne sont pas seulement de sa grâce\n physique, mais, surtout, de tout ce que la vie, la fierté du cœur et la hauteur\n de l'esprit ont ajouté, pour le rendre plus accompli et plus lumineux, à ce\n que la nature avait donné?\n   Elles paraîtront absurdes et, cependant, rigoureusement logiques, les\nconséquences de la thèse de M. Brunschwig, d'autant plus surprenante qu'on\nla rencontre sous la plume de l'érudit auquel nous devons la belle édition des\nPensées de Pascal, où il n'a épargné aucun effort pour nous restituer, avec\ntoutes les ressources d'un patient amour, une version définitive de l'éblouis-\nsant ouvrage inachevé, et pour nous faire aimer et nous montrer, à côté du\nlivre, dont il n'est pas encore détaché, l'homme...\n   Et que cherchons-nous dans l'art, sinon l'homme? C'est lui qui y parle, c'est-\nà-dire nous : l'homme dont les œuvres reçoivent et pour qui elles donnent\nleurs significations. De quoi un savant, comme Max Muller, est-il en quête\ndans ses études linguistiques? Rien d'autre que de l'homme éternel et\nsuccessif qui a forgé les mots pour dénombrer sa propre existence, ses adora-\ntions et ses épouvantes, les objets de son labeur et de sa convoitise, son cœur\ninquiet et son intelligence agitée...\n   Ruskin était de cette race forte et fervente, possédée d'un esprit de réalité\net de religion qui ne s'élève pas vers les sommets par bonds et caprices, mais\nd'un pas ferme et réfléchi, sans jamais perdre pied, dans une saine et grave\nexaltation. Il ne se grise point de paroles spéculatives; nous le répétons, lui\naussi, c'est à l'homme qu'il va directement dans l'art, comme dans l'histoire\net la légende, parce qu'il connaît que l'art en ce qu'il a de plus noble, la vie\ndans ses événements les plus féconds, la légende sous ses aspects les plus\nsignificatifs, sont des œuvres de l'amour.\n   Pas de création sans amour : « Il y a, dit-il, dans la Bible d'Amiens, un\nsecret de tendresse dans tout art vraiment grand. » En effet, l'artiste donne\nde la sympathie; il chante ou peint pour émouvoir et ravir, et, de son côté,\nil attend de la sympathie qui réplique à la sienne, de l'admiration qui renou-\nvelle en lui l'énergie de l'inspiration. La tour d'ivoire est favorable peut-être\nà certains poètes, mais il faut que leurs vers « volent, comme dit Joachim du\nBellay, par la bouche des hommes », car l'œuvre est morte qui n'a rencontré\naucun applaudissement.\n   Tellement que la douleur, qui nous retire tout à nous-mêmes et nous éloigne\nde la communion avec les autres, Ruskin la tenait pour funeste à l'art.\nCependant, l'œuvre qui raille, se moque ou souffre n'est-elle pas issue\négalement de l'amour — déçu, flétri ou trompé, qu'importe ? Et les plus\naltières expressions de la pensée humaine sont sorties de bouches tristes ou\namères.\n   Cet amour peut assumer bien des formes chez l'artiste, selon l'envergure\nde son génie et les capacités de son cœur. Chez Ruskin, c'était l'amour de la\nvie dans les êtres et dans les choses, de l'humanité vivante et immémoriale,\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                                  JOHN    RUSKIN                                2l3\n\n\nimmémorialement souffrante. Cet amour ne s'épanche point, comme celui de\n Michelet, par exemple, en déclamations superbes et chimériques; il est joyeux\net compatissant, mais perspicace; il voit les hommes et les aime, non ainsi\nque des héros, mais tels qu'ils sont, faibles, divers, contradictoires, toujours\nen lutte entre eux et contre eux-mêmes. Car il sait que toute leur noblesse est\ndans leur insatisfaction éternelle.\n   Il voulait « sympathiser avec la foi des âmes candides de tout temps et de\ntout pays ». Et ainsi, nulle œuvre d'art dont son âme ne se fit contemporaine,\nparce qu'il attendait d'elle non pas des modèles pour opprimer les initiatives,\nmais la pensée profonde qui y était enclose... La technique, les procédés ne\nle préoccupent guère en dehors de leurs particularités caractéristiques. Le\ntravail de l'artiste le retient, le captive, l'enchante, mais bientôt il voit au delà\nde la pierre et de la couleur : la statue, la fresque ou la miniature s'anime\ndevant ses yeux et parle; c'est de l'humanité fixée qu'il a devant lui; il la\nquestionne et, sous son regard insistant, elle se galvanise, recommence à\ns'agiter dans les longues perspectives des âges. Un édifice tel que la cathé-\ndrale d'Amiens ou Saint-Marc de Venise, S. Maria del Fiore, de Florence,\nest un aboutissement; la conclusion d'un effort héréditaire, d'un travail qui,\npourrait-on dire, a pris cours dès le moment où ont commencé à se concrétrer\ndans le sol du pays les pierres destinées à sa durable glorification. Les\nmarbres qui gisent, bruts, dans la carrière, ne sont-ils pas une cristallisation\nd'histoire? « En eux est écrite une histoire, et dans leurs veines et leurs\nzones, et leurs lignes brisées, leurs couleurs écrivent les légendes diverses\ntoujours exactes des anciens régimes politiques du royaume des mon-\ntagnes auxquelles ces marbres ont appartenu, de ses infirmités et de ses\nénergies, de ses convulsions et de ses consolidations depuis le commencement\ndes temps. »\n   Ces pierres, extraites de la terre même qui doit les porter, dressées,\ntaillées, les maîtres d'Amiens les ont assemblées pour la confection de ce\nprodigieux récit en relief de l'histoire messianique, figurée sur la façade de\nl'église par les rois d'Israël, à la lignée desquels Jésus appartint ; par les\nprophètes qui annoncèrent sa venue; par la Vierge et les apôtres; par\nles saints qui évangélisèrent la contrée — ces pierres, Ruskin les a\nétudiées une à une, dans tous leurs détails, dans chacun des épisodes\nqu'elles racontent, des idées qu'elles énoncent, avec une intelligence allègre\net sûre.\n   Mais il pousse plus loin : l'édifice étant le terme d'une pensée longtemps\nnourrie et caressée, le rêve réalisé de nombreuses générations qui prend\nforme, pour marquer et rester, il faut qu'il pénètre cette fin dans ses origines,\nses éléments, dans tout ce qui l'a conduite à maturité, sentiments, aspirations,\nvolontés... Les œuvres d'art sont comme les témoins des jours; elles détiennent\nle secret de ceux-ci, et le signifient et le révèlent à ceux qui le leur demandent\ndans un esprit d'amour; ce sont les hiéroglyphes, les écritures sacrées de la\npensée humaine, mais elles ne sont hermétiques et taciturnes que pour les\nindifférents ou les railleurs.\n   La maigre et solennelle statue que le patient Egyptien a taillée subtilement\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "214                                  DURENDAL\n\n\ndans le basalte ou la diorite; le marbre que Phidias, Praxitèle ou Scopas a\ntouché ; les fresques qui mettent toutes les intensités enchantées de la vie\nautour de la terre funéraire du Camposanto de Pise; le retable où l'artisan\nflamand a fusionné sa vision perçante de la réalité et les suggestions de sa\nsilencieuse spiritualité, ces œuvres sont là devant nos yeux, comme elles\nl'étaient devant ceux des contemporains de leur exécution. Il semble que\nleurs auteurs nous les tendent par-dessus tout l'intervalle séculaire qui\nnous sépare ; et il n'y a ni histoire, ni annales dont puisse émaner pour nous\nplus de lumières, intuitions plus étendues sur l'Ancien Empire d'Egypte, sur\nAthènes, Pise, Florence ou Bruges que de la contemplation de ces ouvrages.\n   On peut appliquer aux peuples la parole de Ruskin sur les hommes de\ngénie, « qu'ils sont appelés à une oeuvre qui se dévoile à eux-mêmes, à\nmesure » (1). Tous les dieux préhistoriques de l'Hellade, xoana, fétiches\ninformes, effigies embryonnaires sont présents, à qui sait regarder, dans\nl'ombre radieuse de l'Athéné Poliade de l'Acropole ou del'Hermèsd'Olympie;\nde même, la peinture et la sculpture des primitifs, français, italiens, flamands\nou allemands, dans la sincérité de leur langage ingénu, dénué de tout alliage\nsuspect ou hétéroclite, sont les interprètes admirables du présent de leur\népoque et à la fois de tout l'obscur et laborieux passé qui vient se résumer en\nelles; de toute cette « vie souffrante, cœur profond de l'humanilé primitive »,\nqui, « se développant dans une éternelle douceur » et « ne pouvant être vaincue\npar la douleur, ni par la mort, « est devenue » la semence de tout l'avenir qui\nétait appelé à naître et, le moment venu, donna à l'humanité mortelle ce\nqu'elle était capable de recevoir d'espérance, de foi ou de génie » (2).\n   Toute œuvre était donc pour lui comme un monde dont la surface n'était\nque la moindre partie; et il voulait la connaître aussi bien dans son essence\nque dans sa substance, poursuivre jusqu'en leurs ramifications lointaines les\nracines de la sensibilité de l'artiste qui l'avait conçue. Il sentait la solidarité\n lui unit, dans la continuité des jours et la part de désagrégation et de\nreconslitution de chacun d'eux, les années aux années, les siècles aux siècles,\nl'ère moderne à l'antiquité, le christianisme au paganisme, qu'il considérait,\n comme Max Muller, ainsi qu'une «préparation à des choses plus grandes» (3).\n\n   (1) Bible d'Amiens, p. 217.\n   (2) Bible d'Amiens, p. 156.\n   (3) Nouvelles Leçons sur la science du angage (traduction Harris et Perrot), Paris, 1868,\nt. I, p. 159. Le savant mythologue dit encore : Nous pouvons chercher hardiment dans\nles religions de l'antiquité ces conceptions religieuses fondamentales sur lesquelles repose\nle christianisme lui-même et sans lesquelles, pour les assises naturelles et historiques,\nmême le christianisme n'aurait jamais pu être ce qu'il est.. Plus nous remonterons dans\nle passé, plus nous trouverons le langage humain impuissant dans ses efforts pour\nexprimer ces notions (du divin), qui étaient, entre toutes, les plus difficiles à rendre.\nL'histoire de la religion est, en un sens, une histoire du langage. Beaucoup des idées\nexprimées dans le langage de l'Evangile eussent été incompréhensibles cl en même temps\ninexprimables si quelque intervention miraculeuse avait dû les communiquer aux habi-\ntants primitifs de la terre.» (I, p. 161.)\n   On sent, sans que nous insistions, la parité expérimentale de la méthode scientifique\nde Max Muller et des procédés d'investigation intuitive de Ruskin.\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                                      JOHN RUSKIN                                     215\n\n\n   « Qui bâtit Amiens? demanderons-nous. Dieu et l'homme est la première\net la plus fidèle réponse. Les étoiles dans leur cours la bâtirent, et les nations.\nL'Athéné des Grecs a travaillé ici, et le Père des dieux romains, Jupiter et\nMars Gardien. Le Gaulois a travailléici, et le Franc, et le chevalier normand,\nle puissant Ostrogoth, et l'Anachorète amaigri de l'Idumée (1). » Et, ailleurs,\ndans S. Mark's Rest : « Il n'y a qu'un art grec de l'époque d'Homère à celle\ndu doge Salvo », sous le règne duquel les mosaïques de la basilique vénitienne\nfurent exécutées. Assertion vérifiée par toutes les découvertes de l'archéo-\nlogie moderne, dont Courajod se serait réjoui, et qui aurait fait bondir ce bon\nPrésident de Brosses, qui décrit Saint-Marc avec le dernier mépris : « Une\néglise à la grecque, basse, impénétrable à la lumière, d'un goût misérable,\ntant en dedans qu'au dehors, couverte de sept dômes revêtus en dedans de\nmosaïques à fond d'or, qui les font ressembler bien mieux à des chaudières\nqu'à des coupoles (2). »\n   On aperçoit de quels prestiges s'enveloppaient les choses dans cette âme\npuissante et fastueuse, où rien ne passait qui ne s'y pénétrât de grandeur.\nChaque œuvre se présentait à sa pensée, dans l'évolution de l'art, comme un\npoint où tout le passé rejoignait tout l'avenir : toute l'efflorescence de l'un, tout\nle germe de l'autre. Et il ressentait devant elle un trouble religieux : il lui\nparaissait qu'il ne la connaîtrait jamais toute, jamais assez pour reconstituer\nen lui-même tout ce qu'elle recelait de vie révolue ou promise.\n    « Nos PÈRES NOUS ONT DIT. Esquisses de l'histoire de la chrétienté pour les garçons\net les filles qui ont été tenus sur les fonts baptismaux », tel est le titre collectif de la\nsérie d'études à laquelle appartient la Bible d'Amiens. Et. dans le développe-\nment erratique des discours de Ruskin à ses jeunes auditeurs, l'éloquence sura-\nbonde, familière, à la fois, et grandiose, débordante de sève et de substance, et\némouvante, et, parfois, ironique. L'ironie, dans son accent de bonhomie, va,\nsurtout aux demi-savants, aux historiens de parti, aux hommes aveuglés ou\nlimités par des doctrines a priori, pour lesquels tous la vie est mauvaise et le\nmonde, réprouvé, qui sont en contradiction avec les axiomes de leur science\nimparfaite et de leur petite raison déraisonnante. Ces gens-là sont pour lui de\nmême que des œuvres d'art qui, ayant résulté de la pénible élaboration d'un\nesprit indigent et faussé par des principes factices, ne parlent pas au specta-\nteur ou ne rendent qu'un son creux.\n   Tel Gibbon, écrivant son Histoire de l'empire romain, où la redondance anti-\nchrétienne n'a de pair que celle de son style, grandiloquent et vague, et\nqui, remarque Ruskin, « donne toujours les épithètes gratis... » Tels, « ces\nlivres... écrits par des banquiers, des membres du Parlement ou des cler-\ngymen orthodoxes... » qui « montrent que le progrès de la civilisation\nconsiste dans la victoire de l'usure sur le préjugé ecclésiastique ou dans\nl'extension des privilèges parlementaires de quelque bourg de Puddlecombe,\nou dans l'extinction des ténébreuses superstitions de la Papauté en la\n\n\n (1) Bible d''Amiens, p. 267.\n (2) Lettres familières écrites d'Italie, I, 130. (Paris, 185S.)\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "2l6                               DURENDAL\n\n\n\nglorieuse lumière de la Réforme ». « Finalement, ajoute-t-il, vous avez un\nrésumé d'histoire philosophique qui vous prouve qu'il n'y a aucune appa-\nrence que jamais, en quoi que ce soit, la Providence ait gouverné les affaires\nhumaines; que toutes les actions vertueuses ont des motifs égoïstes, et qu'un\négoïsme scientifique avec des communications télégraphiques appropriées et\nune connaissance parfaite de toutes les espèces de bactéries assureront d'une\nmanière cemplète le futur bien-être des classes supérieures de la société et la\nrésignation respectueuse des classes inférieures (1). »\n   C'est à ceux-là, aussi, isolés de la réalité à force de préjugés intéressés, de\ndédains et de présomptions, qu'il s'adresse, à propos du renoncement\nmonastique : « Aucun homme ne possède d'équivalent pour apprécier,\nencore moins pour juger d'une manière certaine, jusqu'à ce qu'il ait eu le\ncourage de l'essayer lui-même, les résultats d'une vie de renoncement\nsincère; mais je ne crois pas qu'aucune personne raisonnable voulût ou osât\nnier les avantages à la fois de corps et d'esprit qu'elle a ressentis durant les\npériodes où elle a été accidentellement privée de luxe ou exposée au danger.\nL'extrême vanité de l'Anglais moderne qui fait de lui-même un Stylite\nmomentané sur la pointe d'un Horn ou d'une Aiguille et sa confession occa-\nsionnelle du charme de la solitude dans les rochers, dont il modifie\nnéanmoins l'âpreté en ayant son journal dans sa poche et à la prolongation\nde laquelle il échappe avec reconnaissance grâce à la plus prochaine table\nd'hôte, devrait nous rendre plus compréhensifs de l'état d'âme dans lequel les\nanachorètes des montagnes d'Arabie et de Palestine se condamnaient à une\nvie de retraite et de souffrance sans autre réconfort que des visions surnatu-\nrelles ou l'espoir céleste (2). »\n   La méthode de Ruskin, si l'on peut se servir de ce mot à son sujet, est\nvagabonde et accidentée : elle semble suivre les sinuosités d'une réflexion\ntoujours prête à s'évader ou à bifurquer, et qui muse et badaude, au hasard. Il\nl'avoue lui-même, et joliment : \" Relisant quelques-uns de mes livres pour\nune édition revue et corrigée, j'ai remarqué et non sans remords, que toutes\nles fois que dans un paragraphe ou un chapitre je promets pour le chapitre\nsuivant un examen attentif de quelque point particulier, le paragraphe\nsuiv.ant n'a trait en quoi que ce soit au point promis, mais ne manque pas de\ns'attacher passionnément à quelque point antithétique... (3) »\n   Au fond, cette manière, dont Swift, Sterne, Carlyle ont donné des\nexemples célèbres, est proprement naturelle aux Anglo-Saxons, très adonnés\nau fait, toujours disposés à s'affranchir de l'ordre, nécessairement un peu\nartificiel, de la logique, pour saisir la preuve dans le vif de la réalité. Elle\nest, peut-être, plus favorable à la persuasion du lecteur que le défilé aride et\nmonotone de raisonnements, strictement encadrés, dont l'absence de relief\nlasse l'attention la mieux en éveil.\n   Chez Ruskin, la pensée surabonde; elle est soudaine, profonde, alimentée\n\n  (1) Bible d'Amiens, p. 124.\n  (2) Bible d'Amiens, p. 215.\n  (3) Bible d'Amiens, p. 177.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                                  JOHN     RUSKIN                             217\n\n\ndes mêmes conceptions fondamentales auxquelles sa méditation découvre\ntoujours des conséquences nouvelles et inattendues. Et elle est d'autant plus\nattrayante qu'elle ne paraît jamais dans l'appareil d'une démonstration\ndogmatique, mais, en quelque sorte, sous l'aspect d'une expérience que\nl'auteur et le lecteur feraient ensemble et dont, ensemble, ils recevraient\nl'enseignement.\n    On a signalé de nombreuses contradictions dans son œuvre, mais il est\nsans doute qu'il serait absurde d'attendre d'une intelligence active et, comme\ntelle, en éclosion perpétuelle, se rectifiant et se précisant constamment, la\nfixité qui n'appartient qu'aux choses mortes ou imbéciles. Tout son labeur\nintellectuel, certes, a procédé du même foyer, du même centre de rayonne-\nment, de l'idée-mère de sa pensée : Art-Amour. Et l'on pourrait inscrire au\nfronton de cette œuvre et appliquer à l'écrivain ses propres et belles paroles :\n « La première caractéristique universelle de tout grand art est la tendresse,\ncomme la seconde est la vérité. Je trouve ceci chaque jour de plus en plus\nvrai : un infini de tendresse est le don par excellence et l'héritage de tous les\nhommes vraiment grands. Il implique sûrement en eux une intensité relative\nde dédain pour les choses basses, et leur donne une apparence sévère et\narrogante aux yeux de tous les gens durs, stupides et vulgaires » (1).\n     La Bible d'Amiens qui, dans cette édition, se présente au public français,\n enrichie d'une introduction et de commentaires qui ajoutent encore au prix\n d'une traduction dont l'auteur s'est identifié d'une façon surprenante avec\nl'esprit de l'original; la Bible d'Amiens offre un exemple topique du procédé\nde Ruskin : point de livre plus contraire à toutes nos habitudes latines\nd'exposition et d'argumentation; point, non plus, que l'on ferme avec un\nsentiment plus plénier de satisfaction intellectuelle. Le propos de l'auteur\nest Notre-Dame d'Amiens, et si loin que sa pensée trop sollicitée et de trop\nde côtés; que son imagination opulente en similitudes et en rapprochements\n l'entraînent, il n'en perd jamais de vue les belles tours graves. Toutes les\n inspirations de cette pensée et de cette imagination s'orientent vers elles.\n Et il dit le pays depuis toujours, les races, les combats des guerriers et\n l'apostolat des saints, les moines, défricheurs de la terre, puis des âmes,\n les paysans de la contrée et les ouvriers de la cité — l'unanimité héréditaire,\n la perpétuité en ces populations de l'esprit de délibération claire, de force\n heureuse et de dévotion confiante qui a pris figure, sous le ciel, en cet\n édifice.\n     Un peu narquois, il amène par la main son auditeur anglais, non-confor-\n miste ou puritain, qui, tout en feuilletant son Baedeker, marmotte des invec-\n tives empruntées à l'Apocalypse, devant les images de la Vierge Marie et des\n saints, devant ces emblèmes dressés par « la Bête de Rome », et il lui\n apprend que ces œuvres ne sont pas seulement d'art et de curiosité, mais de\n vie et de vérité, puisqu'elles sont le témoignage et le legs fier des générations,\n  l'expression la plus fidèle de leurs vœux, de leurs souffrances et de leurs\n\n\n   (1) The two Paths, § 17, cité par M. Proust.\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "218                                 DURENDAL\n\n\nespoirs... Les effigies qui font relief et magnificence aux porches de Notre-\nD a m e d'Amiens, il le leur d é m o n t r e , représentent des forces, les plus puis-\nsantes qui aient agi sur l'humanité : et il suit à la trace l'influence et l'action\nde celles-ci d a n s les légendes, dans les chroniques et d a n s l'histoire,\ndont il semble qu'à la magie de son évocation les mots se r a n i m e n t et se\nremettent à frémir.\n   T o u t e s ces pensées, ces rêves, ces prières, ces gestes d'orgueil, d'humilité\nou de foi, ces cris de victoire ou de désastre, sont contenus dans ces\npierres sculptées, muettes pour votre froideur et votre indifférence, m a i s\nqui, à la flamme de sa vision tendre et violente, ressuscitent, m o u v a n t e s ,\nilluminées...\n   Ah ! il ne croit point que cette église gagnerait en beauté ce qu'elle perdrait\nen spiritualité! S a n s doute, aurait-il même eu peine à concevoir la pensée\nque la merveilleuse façade avec son imposante christologie parlera d'autant\nplus à l'esprit qu'elle se sera tue p o u r l'âme, lorsque le passant regardera\ncomme des énigmes insolubles et des signes vidés la Vierge dorée, parmi\nl'efflorescence des roses, des lys et des p a m p r e s de vigne, et le Fils de\nDavid qui, au porche central, s'élève sur l'aspic et le basilic, le lion et le\ndragon...\n   Il ne néglige aucun détail; il veut tout savoir et tout dire de la symbolique\ninnocente du m o y e n âge. Tel quel, pris en masse, le m o n u m e n t impressionne\npar son énergique majesté; mais Ruskin connaît que la vraie admiration est\nfaite, comme la tendresse, d'intimité : tout suggère ici, commémore et\nsignifie; il le m o n t r e , et d'où les expressions de ces œuvres leur sont venues\n— le lent cheminement, à travers les âges, des pensées qui sont arrivées\nà cette place, finalement, comme des pèlerins p o u d r e u x et las, p o u r y\nêtre glorifiées... E t il célèbre aussi les h o m m e s , presque a n o n y m e s e t\nabsorbés, en quelque sorte, dans leur p r o p r e ferveur, qui, assise par assise,\nérigèrent ces murailles et en taillèrent les ornements, avec des actions de\ngrâce et de jubilation devant la perfection d'un ouvrage dont ils attribuaient\nle mérite, non à leur génie personnel, mais à la protection et au secours de\nDieu...\n\n                                                                ARNOLD    GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "               Poèmes\n\n                      I\n\nSous les tilleuls pâles et tendres\nLa blême lune vient      suspendre\nSes écharpes où le vent joue,\nTissu clair qu'il froisse et dénoue,\nDont les paillettes qu'il secoue\nParent de lueurs     azurées\nAmaranthes      et  germandrées.\n\nEt les quinconces      s'inflnisent\nOu les formes      s'allégorisent,\nOu parmi les buis        léthargiques\nDort, sentimentale       relique,\nLe vieux banc de marbre.            Rythmique\nSanglotement    blanc de colombe.\nLa plainte des jets d'eau retombe.\n\nEt mon cœur mollement        succombe,\nComme un grand lys sur une tombe.\nJe suis l'eau sourdement qui pleure,\nGlissant aux mousses qu'elle effleure;\nVoix dont la charmille     s'épeure,\nJe suis, violant le silence,\nL'âme des anciennes      romances.\n\nMais dans la nuit qui se recueille,\nLa lune au bord du ciel s'effeuille,\nFleur agonisante et lointaine,\nPendant que, musique     incertaine.\nLyre d'ivoire ou luth d'ébène.\nDont le son fléchissant expire.\nLe vent romantique    soupire.\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "220                          DURENDAL\n\n\n             Et, perdue, ouvrant mes mains vides,\n             J'écoute à travers l'ombre aride\n             L'écho languissant   qui s'efface,\n             Les baisers fanés et la trace\n             Des pas qu'on abandonne et, lasse,\n             Une rose joncher ma porte :\n             Je suis toutes les amours   mortes.\n\n\n                                 II\n\n      Voici qu'au bord du ciel surgit la lune énorme;\n      La viole du vent pleure sous les grands    ormes\n      Un vieil air désolé qui s'entourne et flageole\n      Et que reprend le chœur bruissant des feuilles molles;\n\n      Un vieil air désolé qui flageole et s'entourne.\n      Et son rhytme dément réveille au fond des sens\n      Le caressant écho qui dans la chair séjourne\n      Des baisers de jadis. Les spectres  enlaçants\n\n      Des rêves que l'on fit semblent ressusciter\n      Au gré d'un lent parfum lointain de roses mortes,\n      En la bleuâtre nuit tombant des branches lortes\n      Ou la lune lilas embrouille des clartés.\n\n      Le présent irréel et vague se déforme\n      Et le passé me tend ses deux bras éloquents\n      Dans l'ombre frissonnante   et douloureuse   quand\n      La viole du vent pleure sous les grands    ormes.\n\n                                                  MARIE    DAUGUET.\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "               Firmin Van den Bosch\n                C'ESTen       1892 que je vis, pour la première fois,\n                   F i r m i n Van den Bosch. Le Drapeau venait de\n                   naître. Nous étions quelques-uns, sur les bancs\n                   de l'Université de Louvain, qui suivions avec\n                   un intérêt fiévreux le hardi mouvement littéraire\n                   des jeunes catholiques, dont Van den Bosch était\n                   le chef. D'emblée, m a s y m p a t h i e alla vers lui.\n                   Nous nous tendîmes la m a i n . J e sentis, dans\n la poigne nerveuse de l'écrivain, sa cordialité franche, son\nardeur. J e le regardai, — j u s q u ' a u cœur. Nous fûmes des amis,\nnous sommes demeurés de grands amis.\n   T e l que Van den Bosch nous apparaît au début de sa carrière\nlittéraire, tel nous le retrouvons aujourd'hui. L e ton de ses\nécrits, ou mieux leur accent est toujours à mille lieues des affir-\nmations solennelles et pontifiantes. On aperçoit, au-dessus de\nses études les plus sérieuses, l'artiste qui d'un geste gamin fait\nla nique à l'opinion reçue. L a curiosité du public — de ce\npublic trop restreint, a y a n t chez nous des préoccupations étran-\ngères au trantran des affaires et de la politique — se fixa, en\npremier lieu, sur celui qui, hautement, proclamait le droit pour\nses frères en F o i religieuse, d'être à l'avant-garde de toutes les\nmanifestations modernes de l'Art. A-t-il réussi? L'existence de\ncette revue pourrait suffire à notre réponse.\n   U n e plaquette intitulée Coups de Plume, où les chiquenaudes,\nles pointes acérées, la raillerie mordante alternaient avec de\nsonores éclats de rire, eut l'avantage de faire bondir les parti-\nsans de la routine dans notre enseignement. Ce n'était là q u ' u n\nprélude. Van den Bosch avait trouvé sa voie; récoltant le\nmépris du doctrinarisme, il se rendit i m m é d i a t e m e n t compte\nqu'il marchait bien.\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "222                           DURENDAL\n\n\n   Sa combativité toncière devait se manifester bientôt large-\nment. Les Essais de critique catholique, multiples aperçus sur le\nmouvement intellectuel de notre temps, sur les initiateurs,\nGoncourt, F l a u b e r t , Gautier, Barrès, H u y s m a n s , Hello, Ver-\nlaine, Godefroid Kurth et d'autres attestaient la culture de l'au-\nteur, résumaient ses aspirations, et évoquaient le c h a m p des\nidées dans lequel il avait livré bataille d u r a n t cinq années.\nChacun se souvient des pages, térébrantes comme des vrilles et\n« dédiées » au R. P . Delattre qui avait, i m p r u d e m m e n t , engagé\npartie avec le bouillant écrivain. Ces pages sont peut-être d'un\npamphlétaire, mais il me semble que dans leur genre elles font\nfigure de chef-d'œuvre. Cela leur aura valu, sans doute, l'abso-\nlution du bon père.\n   Ah ! mon ami Van den Bosch, je vous vois dans u n de ces\nmoments de fièvre. L e pli de vos lèvres se contracte, vos yeux\nfureteurs, vos yeux espiègles se sont agrandis derrière le\nbinocle. Vous avancez la tète et vos épaules remontent, tandis\nque gesticule une main à l'index nerveusement t e n d u . E t la\nvoix est r a u q u e et le visage se colore. Puis, le côté plaisant de\nl'aventure s'offre à vous. U n ridicule surgit, l'adversaire n'est\nplus que comique, vous avez saisi sa difformité morale, et voilà\nque vous grossissez son travers, que vous soulignez la tare,\njusqu'à ce que parte, soudain, le bon rire franc, tapageur, et le\nmot — le mot que vous trouvez si facilement dans vos écrits\ncomme dans votre conversation — triomphe. Il t r i o m p h e de\nvotre emportement, de la sainte colère de tout à l'heure; sur vos\nlèvres ne reste plus qu'un sourire léger, et dans vos yeux une\npétillante malice.\n   Bon artiste, probe artiste, dont j ' a i souvent partagé les joies\nau cours des vacances d'été... Devant l'horizon de notre L i m -\nbourg — car tous deux nous sommes nés dans la province bien-\nvoulue — l'ai-je écouté penser tout haut, fixer dans une image les\nbeautés de notre sol! Dites, vous souvenez-vous, ami, de la\nlumière ardente de l'août dernier dans la bruyère de Zonhoven?\nJ'assiste encore à nos réunions cléricales... Comme le sable de\nvotre jardin s'intensifiait autour des soutanes noires, parfois\neffrayées de vos paradoxes et momentanément agitées, pour\nse convaincre, après coup, que votre orthodoxie avait seulement\nvoulu s'amuser un b r i n ! . . .\n   Bon esprit, libre esprit, ouvert à chaque apport de la pensée,\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                          FIRMIN    VAN DEN BOSCH                    223\n\n\nd'où qu'il vienne, et qui démêle, en se jouant, l'erreur et la\nvérité confuses.\n   L e travail, le travail ardu de la prose n'a jamais fait souffrir\nVan den Bosch. Il porte ses phrases toutes faites, définitive-\nm e n t composées, avant de les réaliser matériellement par\nl'écriture.\n   P e n d a n t l'exposition de Paris, je l'ai vu maints soirs, installé\ndevant un cabaret, au milieu du mouvement de la foule, et\njetant sur les pages d'un carnet ses sensations de la journée.\nDurendal publia ces notules sans corrections pour ainsi dire.\nJ e viens de les relire. E n dehors de l'œuvre critique de Van\nden Bosch, c'est peut-être ce qu'il a fait de mieux. Car, nous\nne devons pas oublier dans la nomenclature de ses écrits, des\nvisions de nature, de nostalgiques souvenirs d'adolescence...\nSous le Bleu, tendres paysages italiens, et les Fantômes de jeunesse,\nqui constituent, croirait-on, une autobiographie.\n   E t à côté de l'artiste et de son œuvre déjà copieuse, tous\nsavent les travaux juridiques de F i r m i n Van den Bosch. A h !\npar exemple, au seuil du cabinet du Procureur du roi, dans ces\nrébarbatifs couloirs du tribunal de T e r m o n d e , j e pense bien\nque la science austère n'accueille plus un poète... Mais viennent\nle soir, la lampe familiale, les livres, et voici renaître les\namours d'hier, d'aujourd'hui, de toujours...\n   Ce nouveau livre : Impressions de littérature contemporaine (1),\nsera discuté comme la plupart des productions où t r a n c h e une\npersonnalité intransigeante; je devine d'ailleurs le désappointe-\nment de l'auteur si personne ne s'avisait d'y trouver à redire.\nDès les premières pages, lorsque la portée des travaux de\nM. Brunetière est mesurée à la sensibilité extrêmement déliée\ndu critique, apparaît la verve, presque l'irrespect d'un esprit\nperpétuellement jeune envers la gravité un peu puritaine du\ncélèbre académicien. N e croyez pas que M . P a u l Bourget en\nimpose davantage à M. Van den Bosch, parce que les catho-\nliques se plaisent à lui reconnaître du génie, depuis qu'il est\ndes leurs... Non, il saura rendre h o m m a g e aux vertus litté-\nraires de l'auteur du Disciple, et évitera le panégyrique que\ncertains entonnent pour des motifs extra-littéraires. Remar-\n\n\n (1) Bruxelles, Vromant. éditeur, 3, rue de la Chapelle.\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "224                         DURENDAL\n\n\n\nquons cependant combien les sentiments religieux de l'écrivain\ns'exaltent à voir sur le chemin de D a m a s d'aussi notables\nconvertis, et spécifions encore que ses croyances religieuses ne\nl'ont jamais empêché de reconnaître tous les talents. E d m o n d\nPicard, Eugène Demolder, Verhaeren ont trouvé chez Van den\nBosch un commentateur perspicace de leur œuvre.\n   Dois-je recommander aux lecteurs de Durendal le livre d'un\ncollaborateur dont ils lisent chaque mois une Gazette des Faits et\ndes Livres, chronique alerte, vibrante, et en même temps sagace\net frondeuse... Dites-moi, lecteur, votre coupe-papier ne se\nglisse-t-il pas tout d'abord entre les feuillets de la revue, à\nl'endroit où la prose de Firmin Van den Bosch frétille et brille ?\n\n                                             GEORGES V I R R È S .\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                           Les Poèmes\nA travers le Voile, par MARIE DAUGUET (Paris, Vanier). — Le Poème du Travail\n  et du Rêve, par AMÉDÉE PROUVOST (Lille, édition du Beffroi). — La Divine\n  Aventure, par ROGER ALLARD (Lille, édition du Beffroi). — La Sonate des\n  Heures, par ALBERT REGGIO (Paris, librairie académique Perrin et Cie). —\n  Emile Nelligan et son œuvre (Montréal, librairie Beauchemin). — L'Offertoire,\n  par JULES DELACRE (Bruxelles, Lamertin). — L'Ecole des Valets, par HENRI\n  LIEBRECHT (Bruxelles, éditions du Thyrse).\n\n\n   Mme Marie Dauguet, auteur de Par l'Amour, dont je vous ai récemment\nentretenus, habite la Franche-Comté, riant et luxuriant pays que le Jura lointain\nceint d'une écharpe bleue et que traversent, d'un sinueux ruban d'argent, la\nSaône flâneuse et le Doubs bondissant. J'ai visité naguère cette bienheu-\nreuse contrée, par un été magnifique de soleil et d'azur; et son charme de\nsauvage douceur me prit l'âme à ce point, qu'une fois arrivé « dans Besançon,\nvieille ville espagnole », je ne songeai plus du tout à m'enquérir de la maison\noù naquit Victor Hugo, mais seulement à promener, par les vertes collines\nd'alentour, la rêverie de mes dix-huit ans. Je me souviens, entre autres,\nd'une chaude matinée passée sur la terrasse d'une vieille auberge de cam-\npagne, qu'un antique châtaignier couvrait toute de son ombre bienfaisante :\nCharles Nodier avait dû s'y reposer à l'aurore du siècle, et je serais surpris si\nM. Louis Mercier ne s'y était assis plus d'une fois, méditant quelque strophe\nchampêtre. C'était un pays de bois, de prairies et de vignobles; les cimes\nconfuses du Jura ondulaient à l'horizon, comme de rondes épaules voilées\nd'une gaze légère. On entendait, parmi l'herbe odorante, des bourdonnements\nd'abeilles et le cri-cri des grillons invisibles, des appels d'enfants dans les\ncombes voisines, des grincements de chariots sur la route poudreuse, le\ntintement d'une enclume dans la lumière limpide, et je ne sais quel vague\nbruissement universel qui semblait sortir à la fois de la terre, des arbres et\ndu ciel. Et le vent, parfumé d'un arome de fruits mûrissants, apportait aux\nlèvres comme le goût même de la vie, qui est si bonne entre les bras\nmaternels de la Terre, si belle sous le soleil de Dieu... L'heure était harmo-\nnieuse entre toutes.\n   Ces impressions de nature, tout ensemble si ardentes et si fraîches, je les\nai retrouvées, magnifiées par un rare talent et encore accentuées par l'émotion\nlyrique, dans le premier livre de Mme Marie Dauguet : A travers le Voile.\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "226                                   DURENDAL\n\n\nE t si je m e suis u n peu attardé à évoquer ce souvenir ancien d'un voyage en\nFranche-Comté, c'est parce qu'il me semble caractériser assez j u s t e m e n t cette\nœuvre pleine de soleil, de musique et de parfums. L o n g u e m e n t filtrée aux\nplus secrètes profondeurs de l'âme, la poésie de Mme D a u g u e t est claire,\nfraîche et p u r e c o m m e les sources qui jaillissent du sein m ê m e de la terre.\nA travers le Voile a n n o n c e du reste Par l'Amour, à. la façon d o n t u n e aube hési-\ntante présage le g r a n d jour. On y rencontre aussi des chansons de folklore,\nd'étranges rêveries r o m a n e s q u e s , d'intéressantes transpositions d'œuvres\nmusicales (Bach, Chopin). L'Odorante Paix, le Gueux, la Baraque, I remember,\nAu Jardin, A la Nuitée, Au Village, la Grange, la Maison de Nanette, l'Hôte sont\nde savoureuses pages de charme et d'âpreté champêtres, dont l'éloquence\ntoute de sincérité est aussi différente de la rhétorique banale qu'un clair de\nlune d'un feu de Bengale. E t la conscience achevée qu'apporte M m e D a u g u e t à\ndécrire, p a r exemple, le labeur du forgeron, en vers retentissants et doux\nn o u s fait vivement désirer de lire quelque jour, signé d'elle, u n r o m a n de\nm œ u r s r u s t i q u e s ; tandis que la simple chanson à'Ophélie :\n\n                          J'ai vraiment du chagrin,\n                          J'ai vraiment trop de peine...\n\nreste d a n s la mémoire comme une petite chose très fragile, très vaine, et par\nfaitement délicieuse... Cendres et Pourpres : tel est ce livre où l'amertume de la\npensée h u m a i n e se mêle souvent, en un tout h a r m o n i e u x , d'un attrait indéfi-\nnissable, à la lumière joyeuse de la N a t u r e é p a n o u i e .\n\n   M. Amédée P r o u v o s t est u n sonnettiste impénitent : Dieu m e garde de le\nlui reprocher! Car, à force d'avoir caressé cette forme difficile où n e triomphe\nqu'un petit nombre de poètes, il y est arrivé à u n e très sûre maîtrise. E t si les\nsonnets de l'Ame voyageuse évoquaient, par leurs qualités aimables, de\ncoqueltes aquarelles, soigneusement lavées et un peu banales de ton, ceux du\n'présent livre feraient penser plutôt à de sombres eaux-fortes, avec des\nhachures violentes, des audaces de contour et, dans l'ensemble, je ne sais\nquoi de robuste, d'âpre et de douloureux : je les louerai surtout de révéler une\npersonnalité très caractérisée, et qui va h a r d i m e n t loin des chemins battus.\n   L e P o è m e du T r a v a i l e t du R ê v e chante la vie formidable et retentissante\ndes grandes cités industrielles, la tristesse ténébreuse des usines où le labeur\nimpitoyable agite ses mille bras d'acier, la misère sordide des logis sans air\net sans fleur, le grouillement des faubourgs ouvriers, tout le m o u v e m e n t et\ntout le bruit des sombres ruches m o d e r n e s ; mais aussi les joies brèves des\ntravailleurs, \\a.Ducasse, le Carrousel, les Joueurs de Boules, les Combats de Coqs et\nles Concours de Pinsons, plaisirs u n peu grossiers, u n peu b r u t a u x , où, comme\nle remarque fort justement M. Prouvost,\n\n                 Frémit la cruauté du vieux sang espagnol...\n\n    E t sur tout cela, s'étend un ciel tragique traversé de b r u s q u e s lueurs, où\nl'incessante fumée des usines monstrueuses drape d'un crêpe la splendeur des\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                                      LES POÈMES                                           227\n\n\nétoiles, mais où la songerie d u poète, éployant toutes larges ses ailes\nblanches, paraît plus chaste et plus auguste encore que si elle s'essorait sur\ndes c a m p a g n e s fleuries ou sur des mers sereines. Car, à le bien examiner, ce\npoème est plutôt celui du rêve q u e celui du travail : manifestement, l'auteur\ns'efforce, en ces enfers de nuit et de v a c a r m e , à découvrir u n e b e a u t é qui n'y\nest peut-être point et que, seul, le prestige d'un très grand talent est capable\nd'en d é g a g e r ; ressemblant ainsi à un obstiné chercheur qui, d ' u n e m i n e de\nhouille, extrairait des d i a m a n t s !\n   C'est que M. Prouvost, à la fois artiste et p o è t e , connaît le secret mer-\nveilleux de transfigurer et d'ennoblir les choses peu nobles auxquelles il ose\ntoucher,\n                  Et change leur laideur en une âpre beauté !\n\nCe secret consiste à mêler perpétuellement les clartés de la n a t u r e aux\nténèbres qui viennent de l'homme, le sourire de la Mère éternelle aux\nlarmes de ses fils d é c h u s :\n\n                  L'eau vient, calme fraîcheur des sources printanières,\n                  Fonte des névés blancs, cristal des purs glaciers\n                  Où les troupeaux ont bu comme les chevriers,\n                  Porter en tourbillons de la vie aux chaudières...\n\nLes h a u t e s cheminées industrielles sont, aux yeux de M. P r o u v o s t ,\n\n                  Sœurs des clochers d'ardoise et des beffrois hautains...\n\nE t devant les ballots de laine qui s'éventrent p a r milliers,\n\n                  C'est une vision d'immensités fleuries,\n                  De plaines, de ravins, de coteaux, de halliers ..\n\ntandis q u e les métiers m é c a n i q u e s , monstres sonores et c o m p l i q u é s , le font\nsonger « aux vieux rouets des paisibles grand'mères ».\n   T o u t cela est d'un art très h a u t et d'une très vivante poésie, et ce Poème du\nTravail et du Rêve, d a n s sa forme précise, énergique et sobre, enferme u n e saine\net forte pensée. U n e pareille œuvre est bien faite pour n o u s consoler des\nmièvreries puériles et des élucubrations insensées dont nous p o u r s u i v e n t\nencore quelques décadents i n g é n u s , et M. A m é d é e P r o u v o s t a droit autant\nà nos éloges qu'à notre g r a t i t u d e .\n\n   Si q u e l q u e influence a présidé à l'élaboration de la D i v i n e A v e n t u r e ,\nde M. R o g e r Allard, c'est assurément celle d ' H e n r i de R é g n i e r : ses j a r d i n s\nmajestueux et mélancoliques, ses énigmatiques figures féminines, ses dieux\nsi jeunes et si vivants, ses méditatives statues a p p a r a i s s e n t souvent d a n s ces\npoèmes, volontiers décoratifs et s y m b o l i q u e s . L e s Bucoliques, p o u r t a n t , —\nqui sont peut-être, de ce recueil, la partie q u e je préfère — semblent trahir\nun souvenir léger de l'exquis S a m a i n . . . J e me garderai bien de reprocher à\nM. Allard le choix de tels modèles : s'appliquer à d'aussi hautes émulations\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "228                                    DURENDAL\n\n\nest déjà u n effort assez louable par lui-même. Et M. Allard y réussit avec\ncette souple aisance et cet i n c o m p a r a b l e b o n h e u r que d o n n e la jeunesse.\nSes p o è m e s d'amour ont u n e grâce vaporeuse et t e n d r e , u n e jolie élégance\nsensuelle, et aussi je ne sais quelle ferveur douloureuse, qui en font de\nm e n u s cantiques d'un charme fort émouvant. On y reconnaît bien les\ntroubles ineffables des adolescences pensives, on y sent bien flotter, suave\net angoissant,\n\n                 Le parfum de la mort qui survit aux baisers...\n\net l'on y entend, ainsi q u ' u n e        musique indistincte        accompagnant         les\ndiverses émotions du poète,\n\n                 Ce que chantent de l'un jusqu'à l'autre Printemps\n                 La lyre du Matin et la flûte du Soir...\n\n Musique indistincte, accords en sourdine, lumières indécises de crépuscule\nou d'aurore : tels sont ces poèmes n u a n c é s , o n d o y a n t s , délices de l'oreille et\ne n c h a n t e m e n t des y e u x .\n   E n c o r e que la délicatesse en soit vraiment accomplie, et la mélodie très\nsavante, j'ai moins aimé les sonnets de la Sagesse de l'Amour : volontairement\nobscurs, précieux et contournés, ils disent é l o q u e m m e n t les ferveurs\nmallarméennes d e M. Allard. E t je souhaiterais ici une lumière plus\ngénéreuse, n'étant pas de ceux qui pensent qu'un voile impénétrable sied\naux nobles idées. P o u r q u o i tous les vers de cet aimable recueil n'ont-ils pas\nla limpidité de ceux-ci :\n\n                 Je ne te dirai plus les mots que tu redoutes;\n                 J'ai tant laissé de moi sur les bords de la route\n                 Que mon cœur est ainsi que le cœur d'un enfant;\n\n                 Mais quand pour te ravir à moi la douzième heure\n                 Viendra silencieuse au long des lilas blancs,\n                 Je baiserai ta main comme on fait une fleur.\n\n   Celte obscurité volontaire de la Sagesse de l'Amour s'étend du reste aux\nPoèmes par quoi se ferme le livre : l'imprécision de la pensée s'y unit à celles\nd e l'image et du verbe, en u n e impression générale de vague et de « flou » qui\nfinit par vous fatiguer... Mais M. Roger Allard possède, heureusement,\nles qualités de ses défauts; et il y a là, je le répète, un sens extrêmement délicat\ndes n u a n c e s . Ses allégories, toutes nuageuses qu'elles p u i s s e n t être par\nm o m e n t s , révèlent sous le voile qui les drape une noblesse de lignes peu\ncommune.\n   J e n'oserais affirmer qu'il n'y a point, d a n s la mélancolie de la Divine\nAventure, u n e o m b r e de \" littérature \". Si les R o m a n t i q u e s cultivaient la\ntristesse farouche pour l'occasion qu'elle leur offrait de faire des gestes\nviolents et de pousser de grands cris, les poètes d'aujourd'hui aiment\n la Mélancolie pour ses attitudes harmonieuses et ses soupirs gracieux.\nAu P a r n a s s e comme ailleurs, la m o d e règne en maîtresse t y r a n n i q u e ;\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                                            LES POÈMES                                                229\n\n\n il n'y a guère que quelques excentriques qui osent remonter le courant, —\n porter des feutres L o u i s X I I I ou enfler des strophes enflammées. Aussi b i e n ,\n M. Allard semble-t-il p o u s s é à suivre cette m o d e par u n t e m p é r a m e n t\n naturel, qui trouve, d a n s u n art un peu fragile, u n peu mièvre et un peu\n précieux, son expression logique. Accueillons-le d o n c tel qu'il se d o n n e à\n nous, et reconnaissons en lui, bien h a u t e m e n t , u n jeune poète o p u l e m m e n t\n d o u é , et dans cette Divine Aventure une œuvre qui nous a p p o r t e les meilleures\n promesses. S o u h a i t o n s qu'il persévère courageusement d a n s la voie glorieuse\n où ses pas a u d a c i e u x ont déjà laissé une trace, et que lui non plus ne jette\n pas trop tôt le bâton de voyage, p o u r « asseoir a u h a s a r d u n précoce repos ! »\n\n    La S o n a t e d e s H e u r e s de M. Albert Reggio ne contient guère que des\n sonnets, d'une facture sans doute assez originale, mais dont l'expression,\n tantôt d'une rudesse heurtée et tantôt d'une préciosité c o n t o u r n é e , ne laisse\n pas d'énerver. Je leur préférerai d o n c , pour le transcrire ici, ce délicat\n croquis de vieille fille, où je vous souhaite de reconnaître l'une de ces bonnes\n âmes, si jeunes sous les rides du front, que l'on rencontre parfois au hasard\n de la vie :\n                             Elle se conserve enfantine,\n                             — car dans son âme rien ne meurt —\n                             et sa voix que le rêve affine,\n                             garde encor son timbre endormeur.\n\n                               Et nulle autant qu'elle peut-être,\n                               ayant bercé son rêve entier,\n                               ne fut pareille à l'églantier\n                               qu'elle cultive à sa fenêtre\n\n                              Son cœur n'eut jamais nos névroses,\n                              et toujours sa lèvre a souri,\n                              et son langage est si rleuri\n                              qu'il en tombe encore des roses,\n\n                              des roses qu'un hiver bénin\n                              ne punit pas d'être tardives,\n                              et dont le charme féminin\n                              a des douceurs définitives\n\n Les autres pièces n'ont pas toutes, tant s'en faut, cette h e u r e u s e clarté :\nje s o u p ç o n n e l'influence de Mallarmé d'avoir passé par là, — e n c o r e ! E t\ndans son ensemble, cette Sonate des Heures me s e m b l e plutôt u n e longue et\nsavante s y m p h o n i e , d ' i n s t r u m e n t a t i o n o p u l e n t e , d'orchestration touffue, et\nd'interprétation malaisée.\n\n   Il s'est conservé au C a n a d a , possession anglaise d e p u i s bientôt un siècle et\ndemi, u n e sorte de petite patrie française où le culte de la langue maternelle\ns'est m a i n t e n u fidèle, vivace et fructueux. Montréal est le foyer d'où rayonne\njusqu'à n o u s cette flamme obstinée : il y a là des sociétés littéraires, des écri-\nvains, des poètes non négligeables. — E m i l e Nelligan est né sur celte terre\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "230                                 DURENDAL\n\n\noù fleurit et prospère l'irréductible traditionnalisme du cœur et d e l'esprit; je\nn'oserais assurer qu'il y est mort : car la préface qui n o u s présente E m i l e\nN e l l i g a n e t s o n œ u v r e , parle de sa vie en termes volontairement ambigus\net qui laissent la porte ouverte à toutes les hypothèses. On y devine seule-\nment, à travers toutes sortes de réticences, de détours et de précautions, que\nl'intelligence, lueur de l'âme, est éteinte chez Nelligan. E t la figure inquiète,\nu n peu hallucinante, qui orne la couverture d u livre, est plus éloquente à\nmon sens que toutes les révélations. — P a r exemple, il n'y a rien d a n s ces\npoèmes qui s e n t e l e Nouveau-Monde : n'était que Nelligan appelle un piano\nu n « Bruxelle », on pourrait imaginer lire l'œuvre d ' u n j e u n e Parisien de\nP a r i s , qui serait très pénétré de Gautier, de Baudelaire et de R o d e n b a c h .\n(Certains sonnets font même songer à ce bon Soulary, dont la gloire, fort\néclipsée de ce côté ci de l'Océan, semble avoir retrouvé des dévots sur les\nbords de l'Ottawa.) Emile Neiligan interprète le charme des souvenirs\nd'enfance, la mélancolie de l'amour et les affres de la mort, avec u n e élégance\nplus souple que personnelle, et u n souci de la rime riche qui se rapproche\n moins de l'art que d e la virtuosité. Mais son vers, qui a la fluidité soyeuse et\nle glissement léger des syllabes verlainiennes, est agréable à l'oreille. Cette\npoésie sentimentale et sensuelle, étrange, morbide, nerveuse, et avant tout\n« virtuose », ne laisse pas de ressembler, vide d'ailleurs de hautes pensées et\nd'émotions puissantes, à la musique si souple, si p r e n a n t e et si délicieuse-\nment maladive, mais souvent si superficielle, de celui que Nelligan n o m m e\n « le grand Chopin ».\n\n   Il y a quelque virtuosité aussi dans l'Offertoire de M. Jules Delacre ; je\nn'en veux pour preuve que cet extrait :\n\n                Des bleus pleuvent sur le fond calme du ciel d'or ..\n                Des bleus câlins, des bleus exquis, toujours, encor,\n                Qui tombent, lents, avec des gestes de pétales. .\n                Des bleus mauves, des bleus de bluets et d'opales,\n                Des bleus de clair de lune et de gorges d'iris,\n                Des bleus pâles, glissant sur la candeur des lys,\n                Si pâles qu'on dirait, à les voir, des fantômes. .\n                Des bleus vagues d'encens sous l'or divin des dômes,\n                Des bleus de mers, des bleus de lacs et de ruisseaux,\n                Des bleus de libellule effleurant les roseaux...\n\n   Mais, tout virtuoses qu'ils soient, ces vers légers font u n e musique char-\nm a n t e , où l'on reconnaît à la fois u n e technique déjà savante et un \" don \"\nincontestable. M . J u l e s Delacre excelle à dérouler, avec une souplesse facile,\nu n alexandrin délié, mélodieux, tissu de mots lumineux et de pensées jolies;\nil triomphe moins sûrement d a n s les vers de huit syllabes, sa sincérité se\ntrouvant mieux à l'aise dans un cadre plus large. Car cette poésie semble le\njaillissement spontané d'une âme tendre et mélancolique, qui s'exprime en\nvers tout naturellement. S a n s doute, la n u a n c e de son émotion est faite de\nsentimentalité plutôt que de sentiment véritable, et ces p o è m e s ont plus de\n grâce que de p r o f o n d e u r ; le talent de M. Delacre est tout en demi-teintes, en\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                                      LES POÈMES                                        23l\n\n\ndouceur voilée, en caresses à fleur de p e a u . Mais qu'importe? P r e n o n s d o n c ,\nune fois pour toules, les poètes tels qu'ils sont! Q u a n d u n cœur s'offre à nous\nd a n s sa simplicité, ne cherchons pas s'il y en a de plus g r a n d s . L a puissance\nest belle, la délicatesse est c h a r m a n t e . E t l'auteur de l'Offertoire est bien l'un\ndes plus délicats poètes que nous possédions en Belgique ; jugez-en vous\nmêmes :\n\n                 Votre geste, quand on s'en va, c'est tout un charme,\n                 C'est plus clair qu'un sourire et plus pur qu'une larme,\n                 Votre geste menu de petit mouchoir blanc,\n                 Votre geste enfantin déjà grave et troublant\n                 Encadré dans le chèvrefeuille de la porte,\n                 Et qui semble bénir, de loin, ce que j'emporte...\n\nN'est-ce pas, q u e cela est tout à fait exquis, et finement senti, et adorable-\nment h a r m o n i e u x ? Paradou, Dimanche, l'Heure grise, Convalescence, Banlieue,\nsont de m e n u e s aquarelles pleines de clarté, de vérité sentimentale, d'élé-\ngance discrète et h a b i l e m e n t n u a n c é e . D u reste, M. J u l e s Delacre a plus\nd'une corde à sa lyre, et certains vers de l'Offertoire ont u n accent grave et\nfort qui fait bien a u g u r e r de sa maturité. Qu'il se garde, pourtant, d'une\ncertaine philosophie d e dilettante qui pourrait bien, s'il s'y a b a n d o n n a i t\ndavantage, nous gâter déplorablement la b o n n e et saine fraîcheur de son\ninspiration ; il y a quelque enfantillage à appeler Jésus\n\n                 L'apôtre blond que la foule écoutait ravie,\n                 Et qui serait un dieu s'il eût aimé la vie!...\n\nMais j ' a p p l a u d i s sans réserve à des strophes comme celles-ci, qui sont vérita-\nblement, d a n s leur fragilité gracile, d'une beauté très p u r e et très s u a v e m e n t\nvaporeuse :\n                 Rejouez-moi cet air de Schumann que j'adore. .\n\n                 Rejouez-moi cet air étrange et doux que j'aime,\n                 C'est comme un souffle de baiser aérien ..\n                 J'aurais tant à vous dire et je ne trouve rien...\n                 Schumann vous parlera beaucoup mieux que moi-même ..\n\n                 Le vent du clair de lune a frôlé vos cheveux...\n                 Le clair de lune entier entre par la fenêtre...\n                 N'allons pas au jardin, car la nuit me pénètre,\n                 Et la nuit, je ne sais plus bien ce que je veux...\n\n                 Rejouez moi cet air en harpèges de harpe,\n                 Lentement, lentement, sans nous quitter des yeux...\n                 La lampe a des reflets orangés et soyeux\n                 Drapés le long de votre cou, comme une écharpe...\n\n  Je ne prétends point que nulle lèvre h u m a i n e ne se soit posée encore sur la\nflûte dont j o u e M. Delacre; mais elle est, à sa bouche, mélodieuse et j u s t e :\nje n'en d e m a n d e pas d a v a n t a g e . C o m m e Mme Marie P h i l i p p e , c o m m e\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "232                                   DURENDAL\n\n\nMM. H e n r i Belmont et Pierre Gérard, trois excellents poètes belges d o n t j'ai\neu l'occasion de parler en ces derniers temps, M. Jules Delacre est inconnu\ndans le m o n d e des jeunes revues, et son arrivée au Parnasse cause u n e joie\nmêlée de surprise.\n\n   L'Ecole d e s V a l e t s , un acte de M. H e n r i Liebrecht, n'a d'autre prétention\nque de servir d' « entrée » à quelque spectacle plus copieux : accommodée\nsuivant les préceptes de Molière et de Banville, cette entrée pourra plaire â\nceux qui n e réclament pas des mets très épicés ou extrêmement inédits.\n Mais le vers libre est-il bien fait pour le théâtre? S a n s doute, il y a Amphitryon,\net aussi quelques tentatives intéressantes de Richepin, d e R o s t a n d et de\nSilvestre. J e pense c e p e n d a n t que l'alexandrin, si justement proportionné à\nla m e s u r e d u souffle h u m a i n , restera toujours le vrai vers de théâtre. Au sur-\nplus, les vers libres exigent u n e rare et parfaite maîtrise, et ceux de M. Lie-\nbrecht contiennent, a u point de vue du rythme, des erreurs ou des\ndéfaillances qui ne laissent pas de n u i r e à l'effet que l'on en a t t e n d . — Les\nalexandrins du prologue me plaisent davantage : ils sont aisés, pittoresques,\njoyeux, et la rime en est d ' u n franc et sonore métal.\n\n                                                                      FRANZ    ANSEL.\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": ""}, {"page_pdf": 287, "texte": "                        (Salon de la Libre Esthétique)\n\n\nFETE AUX INVALIDES\n (HENRI    EVENEPOEL)\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "               La Libre Esthétique\n\n                           Le Salon\n               LA XII e Exposition de la Libre Esthétique forme\n                  logiquement suite à la précédente. Le Salon de\n                  1904, consacré aux Impressionnistes français,\n                  fournit l'occasion de polémiques nationalistes\n                  assez misérables. Sans s'y arrêter beaucoup,\n                  M. Maus a continué la série de ses manifesta-\n                  tions éducatives; il nous montre, cette fois,\n                  l'évolution externe — c'est-à-dire hors de\nFrance — de l'Impressionnisme.\n   Au total, cette collection d'oeuvres n'offre point l'intérêt ni\nl'attrait de celle qui fut réunie l'an dernier. Les artistes belges\ny occupent une place prépondérante, tant dans la section rétros-\npective que parmi les notations les plus récentes. Malgré leurs\nrares mérites, ils ont le tort, à mes yeux, de n'être point des\ninnovateurs, et, aux yeux du grand public, celui de nous être\ninfiniment connus. Les meilleurs, les plus personnels des nôtres\nsont néanmoins des « influencés » et non des inventeurs, leur\nvision a subi des avatars divers. La révélation des peintures de\nClaude Monnet, de Degas, de Renoir a manifestement orienté\ndes recherches, nettoyé des palettes, purifié des yeux d'abord\nenthousiasmés par des tableaux de Musée, et qui n'ont ressenti\nque tardivement l'éblouissement des rayonnants soleils ou des\nclartés limpides.\n   Le catalogue se subdivise en sections et leur ordre — qui en\nvaut un autre — peut servir de guide en cette galerie, malgré\ntout disparate.\n   Quatre peintres forment la section rétrospective : trois Belges\net un Grec presque naturalisé Bruxellois; c'est : Eugène\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "234                        DURENDAL\n\n\nVerdyen, Guillaume Vogels, Périclès Pantazis et Henri\nEvenepoel.\n   Le seul tableau qui représente VERDYEN est une œuvre déli-\ncieuse de fraîcheur lumineuse et de séduction décorative. C'est\ncette Aurore, déjà vue au Salon de 1903, un étang brumeux où\nnagent des cygnes parmi des vapeurs, des buées, des brumes\nque percent déjà les premiers rayons du Levant.\n   Les VOGELS résument un tempérament de peintre très doué,\nmais vraiment trop expéditif et incapable de réalisations défini-\ntives. Ses grandes pochades magistrales n'ont point l'aspect\nprécieux que donnent aux tableaux les techniques suivies et les\nmatières devenues précieuses par le travail du bon ouvrier,\nelles demeurent fatalement incomplètes, vaillantes mais essouf-\nflées, indiquées mais non voulues, pleines d'intentions non con-\nduites jusqu'à l'affirmation.\n   Les PANTAZIS s'apparentent à Manet, fauves, tièdes, moelleux,\ncouleur de gant de Suède ou de fondant pâté truffé en croûte...\n   H E N R I EVENEPOEL, mort à 27 ans, a donné la mesure d'un\ntalent personnel, les promesses d'une nature d'exception, si\npénétrante, si intellectuelle, si plastique!... Une délicatesse\nrare dans la perception des valeurs, un instinct coloriste exquis\nembellissent ses moindres peintures, et la série qui s'en trouve\ncette fois réunie renouvelle les regrets qu'une fin si prématurée\nnous a causé en privant l'école belge d'une quantité de chefs-\nd'œuvre espérés avec la plus légitime confiance.\n   La section étrangère réunit plusieurs noms de ces artistes\ndéracinés, originaires des Amériques ou d'ailleurs, éduqués à\nParis. C'est Theo Earl Butler, Childe Hassam, J.-W. Mor-\nrice, Alexandre Robinson, peintres hardis, aventureux, bru-\ntaux et pillards comme de modernes « condottieri », adaptateurs\nde techniques simplistes, sabrées, délibérément prestigieuses,\nvues déjà un peu partout chez les innovateurs et les maîtres,\ncombinées en gammes coloristes artificiellement claires chez\nChilde Hassam, grises et fines chez Morrice, violentes chez\nRobinson.\n   Des Hollandais, des Espagnols, des Anglais, des Allemands,\nun Russe complètent le contingent, continuateurs excessifs dé\nla vibration luministe partie des ateliers parisiens et dont\nl'ondulation concentrique, en s'étendant autour de ce point cen-\ntral, a formé des remous de plus en plus marqués.\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                         LA LIBRE ESTHÉTIQUE                            235\n\n\n   O n ne saurait dénier aux Allemands des hardiesses, des\naudaces, u n désintéressement extrêmes. Toujours littéraires et\nanecdotiques, en dépit de tout, ils sont rebelles à l'harmonie\ncoloriste que nous voulons trouver dans des peintures et ne peu-\nvent ressentir un accord juste de valeurs.\n   Voyez les Danses et les Jardins d'Amour de L u d w i g von Hoff-\nm a n n , les natures-mortes de Curt H e r r m a n n , puis songez à un\nClaude Monet, à un J a m e s Ensor, l'ingrate discordance des\nœuvres g e rm a n i q u e s vous étonnera...\n   L ' E s p a g n o l SANTIAGO R U S I N O L peint des jardins artificiels\ndélicieux de séduction méridionale, d'ambiance parfumée, et\nc'est peut-être, parmi les artistes à la suite de Claude Monet,\nun des plus intéressants.\n   L e H o l l a n d a i s T O O R O P affirme u n e personnalité si spéciale\net si tranchée, tente des recherches si diverses, mêle t a n t de\nrêve et de fantaisie à son observation réaliste, rassemble des\nœuvres si différentes entre elles, qu'il déconcerte, poète frisson-\nnant ou brutal et inquiétant toujours.\n   H A R T N I B B R I G dresse procès-verbal à la lumière avec des\ncruautés acides, une vibration pénible, un t e m p é r a m e n t dénué\nde grâce, brutal et a n t i p a t h i q u e . . .\n   Cela est respectable, mais rebutant.\n   L'envoi de plusieurs autres artistes étrangers n'est q u ' u n acte\nde présence, la « carte de visite » d'un peintre prodigue de\nquelques aquarelles ou de quelques croquis aux pastels, sans\ni m p o r t an c e . . .\n                                    *   *\n\n   T o u t e la participation belge a été organisée par le cercle V I E\nET L U M I È R E et déjà exposée à Anvers avant d'être montrée à\nBruxelles.\n   Vie et Lumière, c'est l'étiquette d'un g ro u p emen t nouveau de\nnos luministes, le grand A.-J. H e y m a n s et le grand E m i l e\nClaus, Georges Buysse, J a m e s Ensor, Georges Morren, Georges\nL e m m e n , comme chefs de file, et à leur suite M m e s Anna Boch,\nAnna D e W e e r t , J e n n y Montigny ; M M . D e Gouve de\nN u n c q u e s , Aloïs Delaet, Rodolphe De Saegher, Alfred Hazle-\ndine, E d m o n d Verstraeten, tous les fervents des colora-\ntions claires, des fraîcheurs vertes et violâtres du plein air\nhumide...\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": " 236                             DURENDAL\n\n\n    Encore faut-il en excepter E N S O R , coloriste bien distinct et\n comme fourvoyé en ce groupe, dont la place eût été mieux\n marquée entre Evenepoel et Vogels que parmi les pointil-\n listes et les vibristes de la dernière heure. T o u t e s ses toiles,\n d'ailleurs, sont parées déjà de la patine de vingt années\n mûrissantes...\n    Que redire d'HEYMANS et de C L A U S ? Leurs peintures nou-\n velles ne nous apportent plus de révélations sur les ressources\n de ces talents consacrés et aimés. Elles sont dignes des œuvres\n qui établirent leur notoriété, elles sont sincères, raffinées,\n délicates, elles sont la gaîté des yeux en ce Salon, où presque\n tous les cadres enferment des colorations tendres, vives, fon-\n dantes...\n    Claus a réservé, pour sa prochaine exposition générale au\n Cercle Artistique de Bruxelles, ses derniers chefs-d'œuvre : la\n Récolte du lin et quelques paysages aux notations infiniment\n ténues et subtiles. Son Soir d'été, exposé à la L i b r e E s t h é t i q u e ,\n ne révèle pas, sur la tenture malheureuse qui l'entoure, toute la\nsplendeur vibrante que lui ménageait l'atelier de l'artiste, mais\nil se trouve, parmi les petites études, des morceaux tout à fait\ndélicieux de vision et de rendu.\n    G E O R G E S BUYSSE poursuit avec ferveur ses recherches sin-\ncères. Son exécution spontanée, enthousiaste et fraîche lui\npermet des indications très personnelles, l'affirmation d'un sens\ntrès fin des valeurs et des harmonies claires.\n    GEORGES M O R R E N a fait, en ces derniers mois, des progrès\nétonnants. Certes, la hantise de Renoir nous gêne un peu\ndevant ses fillettes et ses jeunes filles aux tonalités vives, mais,\ndès que l'artiste se sera enfin dégagé des successives influences\nqui l'ont guidé, il se montrera technicien habile et peintre\ndoué.\n   L E M M E N a de petits morceaux charmants, des indications\nqui sont d'un peintre très artiste, et leurs collègues des deux\nsexes, appliqués à des études consciencieuses, exposent une\nsérie d'ouvrages incomplets, certes, mais séduisants comme des\nbouquets de mai ou des frondaisons d'octobre.\n\n                                                                  P. L.\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                         LA LIBRE ESTHÉTIQUE                             237\n\n\n                      Les Auditions Musicales\n   Dans les deux premières auditions, on a entendu, comme œuvre de\nmusique de chambre, le trio pour piano, violon et violoncelle d'Albert\nRoussel (Mlle Marthe De Vos, MM. Crickboom et Prenez), composition\ndistinguée dont la partie centrale est d'une inspiration grave rehaussée de\nsonorités rêveuses. Puis la sonate de Guy Ropartz pour violoncelle et\npiano (Mlle De Vos et M. Prenez), œuvre solidement construite et fine-\nment harmonisée.\n   Malgré des longueurs, le trio en ri pour piano, violon et violoncelle de\nRené de Castéra, offre des parties tout à fait charmeuses de mélodie et de\ncoloris. Il a été supérieurement joué par Mlle Blanche Selva, MM. Chaurnont\net Merck. Egalement une mention spéciale pour l'interprétation de la sonate\nen ut pour violon et piano de Vincent d'Indy (Mlle Blanche Selva et M. Chau-\nrnont), composition aussi belle d'idée que d'architecture où s'accusent, d'une\nfaçon de plus en plus accentuée, les tendances du maître vers la simplification\nharmonique du style et dont les horizons larges et sereins, que découvre le\nmouvement intitulé très lent, marquent le summum d'intensité et de signifi-\ncation poétiques.\n   Parmi les lieder ou poèmes vocaux entendus à ces auditions, les Ancêtres\ndu Lys de Blanche Selva, O mes morts de Charles Bordes, A la Chanson Russe\net Nocturne printanier de Balakireff nous ont plus particulièrement impres-\nsionné. Mme Georges Marty les a dits avec un sentiment fort juste. Les Heures\nClaires de Lowis de Serres (poème de Verhaeren), chantées avec beaucoup de\ncharme par Mlle Marguerite Chabry, ne sont assurément pas des œuvres\nquelconques, mais elles ne nous paraissent pas répondre musicalement, d'une\nfaçon adéquate, à l'inspiration du poète. Signalons, enfin, les belles exécu-\ntions de M me Béon sur l'harmonium Mustel (deux pièces pour orgue, de\nGuy Ropartz) et trois œuvrettes caractéristiques d'Albeniz, ravissantes de\nrythme et de colorations, Préludes et Séguedille des Chants d'Espagne que\n MIle Selva a rendues au piano avec son art si pénétrant.\n   Au troisième concert, MM. Merkx et Bosquet ont interprété (violoncelle et\npiano) une Légende pleine de poésie de Herbert, une Romance et une Humo-\nresque de M. Leone Sinigaglia d'un rythme remarquable. Mlle Wybauw a\nchanté La Caravanne de Chausson, dont elle a rendu avec puissance la\ngrandeur tragique, le Lied maritime de Vincent d'Indy, où s'affirme un\nmerveilleux sentiment de la nature, et deux belles œuvres de G. Lekeu,\nSur une tombe et Ronde. Miss Evelyn Suart a interprété avec une rare vaillance\net beaucoup d'habileté des œuvres très intéressantes, mais d'une exécution\nfort ardue de Cyril Scott et Claude Debussy. La belle sonate pour violon et\npiano de M. Jongen a été jouée d'une façon parfaite et très artistique par\n MM. Chaurnont et Bosquet.\n   Le quatrième concert servait de début en public à Mme Demest,\ncantatrice, épouse du distingué professeur de chant au Conservatoire de\n Bruxelles. Voix très agréable et soigneusement cultivée, diction intelligente,\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "238                              DURENDAL\n\n\nprononciation encore à soigner. Mme Demest s'est fait applaudir dans trois\nmélodies assez peu heureuses de M. Albert Dupuis et deux fragments\npathétiques de Briséis, le drame lyrique inachevé de Chabrier, le maître trop\ntôt disparu. MM. Bosquet, Chaumont et Merck ont interprété avec chaleur\nun beau Trio de M. J. Jongen, un de ceux, parmi nos jeunes compositeurs,\ndont on peut attendre le plus, parce que son modernisme résolu se corrobore\nd'une invention réelle et d'une émotion sincère, s'appuie sur une forme\nrobuste et sûre d'elle-même. M. Bosquet a exécuté, avec sa maestria habi-\ntuelle, une jolie Sérénade, de Jongen encore, une Isle joyeuse, de Debussy, d'une\nverve brillante et de l'imprécision tonale habituelle au compositeur, enfin un\ntableau provençal de Séverac, qui est certainement une des choses les plus\n« tripotées » qu'oncques entendis sur le clavier. La séance débutait par un\nSextuor d'un jeune compositeur anglais, Cyrill Scott, pour trois violons, alto,\nvioloncelle et piano, œuvre d'une certaine invention, mais de procédé mono-\ntone et combien bizarre : les quatre instruments à archet supérieurs montant et\ndescendant sans cesse parallèlement, en un faisceau sonore serré et, partant,\néclatant ; par là-dessous, le violoncelle, naturellement étouffé dans son isole-\nment, et le piano, ici confié à une jeune artiste anglaise, au toucher agréable,\nmais de poigne insuffisante pour lutter contre le déchaînement sonore susdit.\n   Un concert supplémentaire a clôturé dignement la session de cette année\nde la Libre Esthétique. On y a entendu le superbe quatuor à cordes [mi majeur)\nde Vincent d'Indy, et le lumineux quatuor en ut mineur de Faure, exécutés\ntous deux avec la dernière perfection par Théo Ysaye et le quatuor Zimmer.\nM. Surlemont, qui est doué d'une admirable voix de baryton, a chanté avec\nun goût exquis des œuvres de Magnard, Duparc et Bonheur.\n\n                                                                      D. L.\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                                Martille\nDrame lyrique en deux actes, texte de M. EDMOND CATTIER, musique de\n  M. ALBERT DUPUIS. Première représentation au Théâtre royal de la\n  Monnaie, à Bruxelles, le 3 mars 1905.\n\n\n\n\n   MM. Kufferath et Guidé, qui nous ont donné, l'an dernier, Jean Michel de\nM. Dupuis, — cette œuvre charmante par l'émotion qui s'en dégage, la verve\nvraiment wallonne qui l'anime et le « métier » exceptionnel dont elle témoigne\nd'un bout à l'autre, nous ont fait connaître cette année une œuvre nouvelle\ndu jeune compositeur.\n   Le texte, dû à notre confrère M. Edm. Cattier, le critique écouté de la\nGazette, se résume ainsi :\n   On célèbre la ducace dans un village des bords de la Semois. Un brave\ngarçon, Etienne, malheureusement uni à une coquette qui le trompe, Betsy,\naime d'un amour profond et respectueux Martille, une jeune fille que sa pau-\nvreté a contrainte à s'engager comme servante dans une auberge. Martille, qui\nlui rend son affection sans l'oser montrer, est aimée, d'autre part, d'un brutal\nDon Juan de village, Pierre, qu'elle dédaigne. Pierre trouve un aide incon-\nscient dans Betsy, qui s'est prise de passion pour lui, lequel ne se soucie\nguère de la femme d'Etienne. Mais cette passion lui servira à réduire l'indif-\nférence de Martille, en supprimant Etienne. Dans ce but, Pierre laisse croire\nà Betsy qu'il deviendrait son amant si le mari venait à disparaître; et, à deux,\nils imaginent d'accuser Etienne, auprès du braconnier Jérôme, d'avoir dénoncé\ncelui-ci au garde. Jérôme va assommer Etienne, quand Martille, qui a\nentendu, s'avance et, pour sauver son ami, affirme à Jérôme que, la nuit où\nil posait ses collets, Etienne était chez elle. Jérôme se calme, le coup est\nmanqué, il faudra trouver autre chose. Pierre, cette fois, déclare ouvertement\nà Martille que si elle ne renonce à Etienne, c'est lui-même qui tuera celui-ci.\nMartille est ainsi amenée à formuler un nouveau et non moins généreux men-\nsonge, en affirmant à Etienne qu'elle ne l'aime pas, qu'elle ne l'aime plus,\nque c'est Pierre seul qu'elle aime. Désespoir d'Etienne. Mais Betsy, présente\nà cette explication, se figure que réellement Martille lui a ravi l'affection de\nPierre et, se jetant furieuse sur la jeune fille, elle la frappe de ses ciseaux.\nMartille meurt, non sans avoir révélé la vérité à Etienne, en lui disant qu'elle\nn'a menti que pour lui sauver la vie.\n   Ce drame, rapide et violent, se déroulant dans le cadre animé et joyeux de\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "240                               DURENDAL\n\n\nla ducace, avec lequel il offre de vigoureuses oppositions, est certes de nature\nà inspirer un musicien. On pourrait lui reprocher la langue un peu trop\nélégante du livret (voir, par exemple, celui de Louise, où l'auteur a trouvé\nla note populaire, sans cependant verser dans la trivialité), ainsi que le\ncaractère un peu voulu, spécieux de certaines scènes : Martille n'aurait-elle\nvraiment pu laisser deviner à Etienne que son renoncement était contraint\net forcé? Elle est femme pourtant, et Wallonne par-dessus le marché. .\n\n                                          *\n                                      *       *\n\n   Lors de l'apparition de Jean Michel, j'ai publié dans Wallonia (1) une étude\ndéveloppée sur cette œuvre, trop tôt disparue du répertoire. Je viens de la\nrelire et, à l'analyse de la partition, reparue depuis, je n'ai pas à modifier\nune seule des appréciations enthousiastes que j'énonçais à cette occasion.\nJ'y essayais de « situer » la personnalité artistique de M. A. Dupuis; dont\nl'oeuvre me paraissait se rattacher directement à la tradition lyrique française,\nsi heureusement rénovée par Charpentier (Jean Michel contient même quelques\nréminiscences avérées de Louise), considérée en opposition avec l'école\nfranckiste-wagnérienne du drame lyrique telle qu'elle s'affirme dans Fervaal,\nl'Etranger, le Roi Arthus.\n    Or, Martille me semble précisément manifester une évolution radicale du\ncompositeur vers cette dernière école,— je dirai même vers le wagnérisme sans\nalliage. On peut le regretter, car tandis que chacun s'attendait au dégage-\nment résolu de la personnalité qui s'annonçait dans Jean Michel, Martille nous\nmontre plutôt l'absorption de cette personnalité par l'ogre insatiable de\n Bayreuth. On retrouve dans Martille, à un degré supérieur même, les excep-\ntionnelles qualités de métier révélées dans Jean Michel : la variété et la trans-\nparence de l'orchestration, l'originalité essentielle de l'harmonie, une maîtrise\n particulière dans le maniement des voix en général et des parties chorales en\nparticulier, ces dernières traitées dans une indépendance réciproque du plus\nheureux effet; par-dessus tout, le sens profond du théâtre, de son optique\nspéciale, des gradations, des culminations, et la souplesse avec laquelle s'en-\nchaînent et s'équilibrent les scènes du caractère le plus tranché.\n    Mais ce n'est plus l'abondance mélodique, l'ingénue spontanéité d'expres-\n sion et l'émotion communicative de Jean Michel. Les caractères de chaque\n personnage sont dessinés d'un trait habile et vigoureux; le sentiment drama-\n tique n'est pas moins juste, mais les « mots » musicaux par lesquels il s'ex-\n prime sont plus cherchés, plus voulus. Suivant un phénomène d'observation\n constante, l'influence wagnérienne est partout et nulle part. Il serait difficile\n d'étiqueter telles des harmonies ou des thèmes donnés. C'est l'ensemble qui\n baigne dansuneatmosphère nettement wagnérienne et, par conséquent, dénuée\n d'originalité; les passions et les sentiments élémentaires de ces paysans arden-\n nais manquent de simplicité d'expression, et cette remarque s'étend aux\n\n\n  (1) 1903, p. 114.\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                                  MARTILLE                                   241\n\n\népisodes les plus accessoires : par exemple, ces danses de paysans, au\ndeuxième acte, quel déploiement polyphonique et orchestral, excluant par\navance toute possibilité d'une impression vraiment fraîche et rustique ! On\nregrette la fête dans l'atelier de Hubert, dans Jean Michel, le cramignon :\n« J'ai mon amant pour rire avec moi n et la charmante chanson à boire.\n   Tout ceci n'empêche pas Martilîe d'être une œuvre de valeur et de très réel\nintérêt; mais M. Dupuis est de ceux envers lesquels on peut se montrer très\ndifficile et il est à l'âge où l'on doit attendre, d'une œuvre à l'autre, une pro-\ngression à divers points de vue ; on peut regretter que sa nouvelle œuvre\nengage surtout à désirer revoir la précédente.\n   Martille a reçu des directeurs de la Monnaie une interprétation de choix.\nQu'il me suffise de citer Mme Dratz-Barat, si touchante dans le rôle principal,\nM. d'Assy (Pierre), ténébreux et violent à souhait, Mme Paquot-d'Assy (Betsy),\nM. Laffitte (Etienne). Et les décorateurs de la Monnaie, artistes incompa-\nrables dans leur spécialité, ont encadré l'action dans un décor (unique) qui\noffre, en un véritable tableau de musée, une synthèse charmante des sites\némouvants de notre plus jolie rivière belge.\n\n                                                            ERNEST CLOSSON.\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "                   Chronique Musicale\n  Troisième concert du Conservatoire. — Au programme quatre\noeuvres de style fort divers, mais toutes absolument charmeuses. La Sym-\nphonie en si bémol majeur de Mozart, dont l'orchestre du Conservatoire a donné\nune poétique interprétation, est un hymne de bonheur tout imprégné de rayons\net de grâce fleurie, un paysage vêtu d'azur et de lumière que n'assombrit pas\nmême un instant le vol passager du moindre nuage.\n   Le Concerto en ut majeur que Jean S. Bach écrivit pour deux clavecins est\nune œuvre de ferme architecture somptueusement édifiée. Il a été supérieu-\nrement joué sur deux pianos, par MM. de Greef et Gurickx qui en ont exposé\nles trois parties avec autant de lucidité dans la diction que de puissance ryth-\nmique et de perfection au point de vue de la fusion sonore et des enchaîne-\nments de thèmes. Les deux interprètes ont été associés par le public en un\nhommage très chaleureux et mérité.\n   Puis, on a entendu les chants de Brahms (op. 17) où de persuasives voix\nde femmes résonnent dans des atmosphères claires et pures que poétise le\nbercement exquis de la harpe, et que mélancolise la plainte douce des cors.\nEn faisant intervenir de façon ingénieuse ces instruments qui semblent peu\nfaits pour un rapprochement (harpe et cors), Brahms a trouvé le secret de\ncommuniquer à ces chants une signification pathétique et un accent d'éléva-\ntion tout particuliers. Les deux derniers surtout (Partout où je regarde et le\nchant de Fingal d'Ossian) exhalent un charme tout à fait enveloppant. Ce\nsont des poèmes délicats où planent des harmonies graves et généreuses et\ndont le lyrisme discret, pour être contenu, n'en est pas moins expressif.\n   Le concert s'est terminé par une belle exécution de la Symphonie italienne,\nune des œuvres les plus variées et les plus attachantes qu'ait écrit Mendels-\nsohn.\n\n   Quatrième Concert Populaire. — A son quatrième concert,\nDupuis a donné la première audition, en Belgique, du Songe de Gerontins, par\nEdward Elgar. Notre collaborateur, Joseph Ryelandt, ayant dans la dernière\nlivraison de Durendal présenté à ce sujet une étude développée et appro-\nfondie, nous ne reparlerons pas ici en détail de cette œuvre, œuvre si noble,\nsi remplie de ferveur et d'émotion, si ample de conception et de réalisation,\ninspirée à Elgar par un admirable poème du cardinal Newman, dont\nJ. d'Offoël a écrit une excellente traduction.\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "                           CHRONIQUE       MUSICALE                          243\n\n\n   Nous voudrions cependant résumer, en quelques mots, l'impression que\nnous a laissée l'audition du Songe de Gerontius au concert. En premier lieu, l'art\nd'Elgar nous apparaît essentiellement sincère, procédant d'une inspiration\nprofonde et généreuse d'où résultent son efficacité et sa puissance, confirmant\ncette belle pensée exprimée par Vincent d'Indy dans sa dernière conférence\naux Matinées Littéraires, que pour écrire de la musique vraiment religieuse,\nil faut avoir la foi. En second lieu, l'art d'Elgar revêt un second caractère, il\nest très personnel et original en ce sens qu'il se base, tant dans les procédés\nd'orchestration que dans le gouvernement des chœurs, sur des moyens,\nd'expression et de développement fort particuliers, où l'on ne perçoit nullement\nl'influence des deux grandes écoles actuellement prépondérantes, celles de\nStrauss et de d'Indy.\n   Assurément, le Songe de Gerontius n'est pas exempt de faiblesses et de lon-\ngueurs, mais si on ne peut le dénommer chef-d'œuvre au sens absolu du mot,\nen ce sens de composition belle en toutes ses parties et sans aucun fléchisse-\nment, il est aussi vrai de dire que ces imperfections sont très largement\ncompensées par les pures et célestes beautés qui s'y épanouissent nombreuses\ncomme des fleurs idéales d'espoir et d'amour, et au premier rang desquelles\nnous signalerons tout le couronnement de la première partie, une page\nd'envolée rayonnante qui, en son ascension triomphale, atteint les sommets\nde l'émotion, puis le dialogue de l'ange et de l'âme émancipée, la sublime\ninvocation de l'ange de l'agonie; enfin, la péroraison de l'œuvre où l'auteur\ninspiré a versé toute la flamme, toutes les intimes énergies de son cœur\ncroyant, pour célébrer, dans des accents de haute et sereine majesté, l'avè-\nnement de l'âme aux régions de l'éternelle lumière.\n   Rendons hommage à la belle exécution du Concert Populaire. Sans doute,\nl'on eût souhaité des chœurs plus de sérénité, plus de profondeur mystique\net de recueillement attendri, mais les solistes méritent tout éloge, en première\nligne M. Laffite, avec sa voix chaude, généreuse, d'un métal si clair, si\npur et cet art parfait de diction qui ne laisse tomber dans l'ombre aucune\nsyllabe; puis M. Bourbon (le prêtre, l'ange de l'agonie), avec son accen-\ntuation large et vibrante; enfin, Mme Laffite, qui a chanté le rôle de l'ange\navec autant de poésie que de charme expressif.\n\n   C i n q u i è m e C o n c e r t Y s a y e . — A la grande joie de tous les dilet-\ntanti, Mengelberg a reparu au pupitre directorial. Il a donné de la Symphonie\nHéroïque une interprétation aussi profonde que grandiose et émouvante. Puis\nont été entendus des fragments symphoniques de Psyché, la plus belle œuvre\nde Franck, après les Béatitudes. Sous la direction magistrale de Mengelberg,\nl'orchestre des Ysaye a été merveilleux de souplesse, de clarté et d'intuition\npénétrante. Il a rendu avec une exquise finesse de touche et comme en une son-\ngeuse fluidité de contours les paysages suaves et enchantés des deux premières\nparties [Sommeil de Psyché, Psyché enlevée par les Zéphyrs), puis dans les Jardins\nd'Eros, dans le dialogue entre Psyché et Eros, d'admirables gradations expres-\nsives planant attendries dans un infini lumineux ont raconté le pacifique essor\ndu symbolique et immortel amour. L'ouverture de Tannhäuser et tout spécia-\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": " 244                                DURENDAL\n\n\nlement le finale dit avec une incomparable largeur d'accent a couronné le\nconcert comme une apothéose.\n   A côté de ces splendeurs d'art, on a goûté les interprétations de Raoul\nPugno, un des plus délicats et des plus puissants coloristes du piano. Le\nConcerto en mi bémol de Mozart a été sous ses doigts une merveille de douceur\ncaressante, de grâce ailée teintée d'émotion et les Variations Symphoniques de\nFranck soutenues par la généreuse et compréhensive collaboration de l'or-\nchestre ont été exposées par le maître avec une subtilité de colorations, une\nsomptueuse beauté de sonorités et une ampleur lyrique prestigieuses. Au\nrappel, il a joué supérieurement un Caprice de Scarlatti.\n\n   Concert de Greef-Pugno au Cercle Artistique. — Le mardi\nsuivant, le Cercle Artistique offrait à ses membres un véritable régal d'art.\nPugno et de Greef s'y sont fait entendre dans une série de composilions pour\ndeux pianos. La pièce capitale du concert était le Concerto en ut mineur pour\ndeux pianos de Bach que les deux grands artistes ont interprété avec une\n verve, un rythme et une fusion admirables. Puis ils ont joué un Caprice Arabe\nde Saint-Saëns, sorte de fantaisie pittoresque non dénuée de saveur et un\nScherzo du même auteur fort curieusement bâti et hérissé de difficultés qui\nont mis en relief la maîtrise technique des deux virtuoses, enfin le Concerto\nen mi bémol pour deux pianos, de Mozart, où de Greef et Pugno ont rivalisé de\npoésie et de grâce. Sous la direction pleine d'autorité de Théo Ysaye, le très\ndistingué compositeur et pianiste, les archets des Concerts Ysaye ont donné\nune belle interprétation de la symphonie en si bémol de Haydn, puis ont joué\nune Habanera de Chabrier et se sont fait particulièrement applaudir dans une\nadaptation orchestrale de Saint-Saëns, le Chant du soir de Schumann, qu'ils\nont chanté de façon délicieusement expressive.\n\n   Q u a t r i è m e c o n c e r t D e l u n e . — Il terminait et couronnait digne-\nment la série des belles auditions qu'a inauguré cette année le jeune capell-\nmeister. M. Delune avait cette fois inscrit à son programe la radieuse cinquième\nSymphonie de Beethoven, un des sommets de l'art, qu'il a dirigé avec une con-\nviction, un élan et une finesse de nuances dignes de tout éloge. En second\nlieu, les curieuses et caractéristiques Danses Slaves de Dvorak. M. César\nThomson rehaussait de son concours ce dernier concert. Il a magistralement\nexécuté le Concerto de Tartini et a ensuite joué le Concerto de Brahms. Inter-\nprétation pleine de fermeté, d'ampleur, aussi remarquable de style que de\nrythme. Au rappel, il a dit, avec autant d'élévation que de sérénité, l'Adagio\ndu Concerto de Max Bruch.\n\n   Les Chanteurs de Saint-Boniface. — Leur concert annuel,\nhonoré de l'auguste présence de S. A. R. Mme la Comtesse de Flandre, qui\ns'intéresse tout particulièrement à cette œuvre, a obtenu plein succès. Il a mis\nde nouveau en lumière les progrès que réalise chaque annéecette phalange tant\nau point de vue de la fusion sonore que sous le rapport de la justesse de l'expres-\nsion et de la finesse des nuances, progrès dus au sens artistique, à la direction\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                           CHRONIQUE       MUSICALE                          245\n\n\nferme et éclairée de leur vaillant chef, M. Carpay. Le programme était varié,\nabondant et choisi à souhait. Signalons parmi les œuvres les plus impression-\nnantes exécutées ce soir-là l'Agnus Dei de la messe Aeterna Christi de Pales-\ntrina, se dressant comme un majestueux et glorieux édifice sonore, l'admira-\nble choral final de la Passion selon saint Jean de Bach, le Deus Israël de Vincent\nd'Indy, motet à six voix, aussi beau d'inspiration que de facture, les chœurs\nde Blanche Lucas (Regina cœli et Stetit Angelus) empreints d'un sentiment\nmystique si profond et où les voix fraîches du chœur de dames amateurs ont\nfait merveille, le ravissant Noël d'Albeniz, etc.\n   Des artistes d'élite rehaussaient le concert de leur concours. M. Vander-\nborght a chanté avec un style parfait un air de la Passion selon saint Mathieu de\nBach, des mélodies de Schubert et de Schumann. Mme Demest a une voix\ndélicieuse, aussi souple qu'elle est limpide et expressive. Elle a chanté supé-\nrieurement l'air de la Création de Haydn et l'Alouette, fantaisie vocale d'Albert\nDupuis. M. Chaumont n'est pas seulement un violoniste virtuose, c'est un\npoète exquis. Il a interprété avec une admirable profondeur d'accent le\ncélèbre Aria de Bach et a joué ensuite une très remarquable fantasia de Jongen.\nCe bel ensemble était complété par les accompagnements à l'harmonium\nMustel de MM. De Boeck et Jongen. Trois fraîches et gracieuses chansons\npopulaires des provinces françaises harmonisées par Tiersot et dites par le\nchœur des dames terminaient fort agréablement le concert.\n\n   C o n c e r t s d i v e r s . — M. le baron Buffin avait convié L L . AA. RR. la\nComtesse de Flandre et la Princesse Albert de Belgique, ainsi que quelques\namateurs de musique, à une audition de ses œuvres écrites pour orchestre\nd'harmonie, œuvres exécutées par la musique du premier régiment des\nguides, sous la direction autorisée de M. Walpot, dans la salle de la Grande-\nHarmonie. La plus importante d'entre elles, intitulée Suite pour orchestre et\ncontenant les quatre mouvements classiques, a été écoutée avec un vif intérêt.\nElle est écrite avec ingéniosité, animée d'une inspiration mélodique qui\ns'élargit et s'amplifie de la façon la plus heureuse dansl'Andanteappassionato\noù se dessine une phrase pleine de noblesse et d'accent, et qui revêt dans le\nScherzando grazioso un tour vif, alerte et spirituel. Non seulement cette compo-\nsition est habilement conduite, mais elle décèle encore une réelle entente des\nressources (si limitées) que l'on peut tirer d'un orchestre d'harmonie sans trop\nse heurter à cet inévitable écueil de la monochromie sonore.\n   Mon cher Hameau, poème musical, que M. Bourbon a chanté de sa voix\npuissante et expressive, a plu par son inspiration simple et franche, mais ici\nl'opacité de l'accompagnement orchestral dessert la partie vocale du poème\net les archets eussent été préférables. M. le baron Buffin a été très applaudi\net chaleureusement félicité par S. A. R. la Comtesse de Flandre.\n   Signalons aussi le concert consacré aux œuvres de Tschaïkowsky, organisé\npar trois excellents artistes, MM. Maurice Geeraert, pianiste; Florencio\nMora, violoniste, et Marix Loevensohn, violoncelliste. L'orchestre, très intel-\nligemment conduit par Albert Dupuis, a interprété l'Ouverture solennelle pour\norchestre et un Andante pour quatuor. M. Florencio Mora a exécuté le Con-\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "246                                    DURENDAL\n\n\ncerto en ré majeur pour violon. Son jeu est très brillant, séduisant et n u a n c é ;\nil n e lui m a n q u e qu'un peu plus de puissance pour être parfait. M. Marix\n L o e v e n s o h n a j o u é avec infiniment de goût deux bluettes, Barcarolle et\nSouvenir d'Upsal. L e Concerto en si bémol pour piano de Tschaïkowsky n o u s\nsemble u n e œuvre plus solide et plus personnelle que son concerto pour\nviolon. M. Maurice Geeraert, dont l'art interprétatif si probe et sincère a\ngagné depuis l'an dernier b e a u c o u p plus d'ampleur et d'envergure, a inter-\nprété ce concerto avec u n e ferveur intense, dans u n e alternance de sonorités\nmagnifiques et de subtils raffinements.\n    U n mot, enfin, d e la c h a r m a n t e audition de c h a n s o n s anciennes d o n n é e\nà la salle E r a r d par M lle Michaux, cantatrice. Mlle Michaux avait choisi\nquelques types caractérisés de la chanson française depuis le XIVe jusqu'au\nXVIIIe siècle. L e public, qui assistait à cette audition, a vivement goûté les\ninterprétations charmeuses de la sympathique artiste, interprétations se carac-\ntérisant surtout par la justesse d'accent, le souci des n u a n c e s , la beauté de la\ndiction. On a b e a u c o u p fêté aussi une j e u n e pianiste qui prenait part à ce\nconcert, M lle J e a n n e Maison. Elle a j o u é du Beethoven, du Scarlatti, du\nB r a h m s , du Chopin, du Saint-Saëns, avec u n e délicatesse de toucher et u n e\nvirtuosité précoce qui ont été fort appréciées.\n\n                                                                               G. DE G.\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": ""}, {"page_pdf": 303, "texte": "GODEFROID EEVREESE (1ER prix)\n\n\n\n\n                       e\n   P A U L SAMUEL (2       prix)\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "              La Médaille jubilaire\n                LE gouvernement avait organisé un concours pour\n                   une médaille destinée à commémorer les fêtes\n                   jubilaires du soixante-quinzième anniversaire\n                   de l'indépendance de la Belgique. Le jury,\n                   présidé par le marquis de Beauffort et compre-\n                   nant MM. Verlant, Evenepoel, Alvin, De Witte\n                   et Degroote, a classé les concurrents primés de\n                   la façon suivante :\n                      M. GODEFROID DEVREESE, dont l'éloge n'est\n plus à faire et dont la réputation comme artiste médailleur\nest définitive, a remporté le premier prix. M. Charles Samuel\n a été classé deuxième. M. Franz Vermeylen a obtenu le troi-\nsième prix. MM. Paul Du Bois et Jules Jourdain ont obtenu\nen partage le quatrième prix.\n   Nous donnons dans ce fascicule la reproduction des médailles\n qui ont obtenu une récompense. Nous ne pouvons nous empê-\n cher d'attirer l'attention du public sur la médaille de M. Jules\nJourdain. C'est un tout jeune artiste, le plus jeune sans doute\ndes concurrents. Il s'est déjà signalé par de beaux morceaux de\nsculpture. Il est l'auteur de bustes d'enfant qui sont absolument\nremarquables. Les visiteurs de notre Salon d'art religieux se\nrappelleront sa belle Tête de Christ. Notre grand et immortel\nartiste Constantin Meunier, que nous venons de perdre, l'avait\nremarqué et nous en fit l'éloge. Il prit part à un premier con-\ncours de médailles organisé par la Société des amis de la médaille.\nDepuis lors, il a fait des pas de géant dans cet art, des pro-\ngrès tels que, nous en sommes convaincus, il deviendra, avec le\ntemps et l'effort, un vrai artiste aussi bien dans la gravure de la\nmédaille que dans la sculpture en général. Le revers de la\nmédaille, qu'il a présenté au concours, outre qu'il a le mérite\nd'une vraie et saine originalité, est d'une belle conception et\nd'une exécution presque parfaite.\n   Nous tenons à le féliciter tout spécialement et à l'encourager,\nparce qu'il est jeune, et que c'est toujours une joie pour nous\nque de constater la naissance d'un nouveau talent; en outre, il\nest du devoir de la critique d'encourager les jeunes artistes\nquand on voit, comme c'est manifestement le cas pour M.Jules\nJourdain, qu'ils ont un don réel qui ne demande qu'à être sou-\ntenu pour s'épanouir complètement. Nous attendons avec con-\nfiance les œuvres que ce jeune artiste exécutera dans l'avenir.\n                                             HENRY MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                          Billets d'auteurs\n                                     Les critiques\n                                                             Ferdinand        Brunetière\n\n                           L'IMAGINE qu'un jour l'histoire décernera à M. F e r d i n a n d\n                              Brunetière le titre glorieux et redoutable de « p r o p h è t e du\n                             passé ». E t la postérité sera stupéfaite tout autant de\n                             l'incompréhension dont cet h o m m e éminent fit preuve\n                             à l'égard de l'art de son temps que de l'intelligente vision\n                             dont il enveloppa les littératures antérieures. R e m a r q u e z\n                             que je ne prétends pas que M. Brunetière dénie tout\n                             l'acquit esthétique contemporain, mais dans l'analyse d'une\n                             œuvre d'aujourd'hui, il aura une façon telle de la comparer\naux œuvres-types d'autrefois que le point de comparaison apparaît comme\nla thèse, tandis que l'œuvre c o m p a r é e est reléguée au r a n g subsidiaire\nd'hypothèse. Lorsque M. Brunetière ainsi s'occupe du Dédale de M. P a u l\nHervieu (1), ne lui demandez point de discuter la pièce en elle-même, de la\nsituer dans son atmosphère de p r o d u c t i o n . . . E t Corneille d o n c , monsieur,\net R a c i n e ! . . . E t Athalie, et Andromaque et Bajazet!... J e ne conteste point que\nla critique, ainsi conçue, ne soit génératrice de développements ingénieux et\nde parallèles éloquents, mais il n'est pas douteux qu'elle doit aboutir à écraser\nle présent de tout le poids mort et vénérable du passé... Ce que vaut M. Paul\n Hervieu, mesuré à l'aune de Corneille et de R a c i n e , ne me préoccupe\nguère ; ce qui m'intéresse, c'est de savoir à quel degré, de quelle manière,\navec quel talent les œuvres de M. P a u l Hervieu sont représentatives de\n l'âme contemporaine — et cela M. Brunetière ne nous le dit point.\n    M. Brunetière n'est vraiment lui — et chez lui — que d a n s le classicisme.\n Q u a n d sa pensée évolue entre 1515 et 1830 (ce sont les deux dates extrêmes\n qu'il assigne à son Histoire de la littérature française classique, toutes les pré-\n ventions, j'allais dire toutes les rancunes, tombent, qu'on peut avoir contre\n ce tenace contempteur de la Modernité. A voir et à savourer le h a u t relief\n et la pénétration psychologique avec lesquels M. Brunetière, d a n s la\n première partie de son Histoire (2), campe les portraits de Clément Marot, de\n\n\n  (1) F . BRUNETIÈRE : Variétés littéraires. Paris, Calmann-Lévy.\n  (2) F . BRUNETIÈRE : Histoire de la littérature française classique. T o m e I. Première\npartie : Le mouvement de la Renaissance. T o m e II. Deuxième partie : La Pléiade (Paris,\nDelagrave).\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                             BILLETS    D'AUTEURS                             249\n\nRabelais et de Calvin, on finirait par croire à la métempsycose... Oui, il\nsemble, tant les maîtres évoqués revivent d'intensité, qu'en M. Brunetière\nait émigré l'âme d'un homme de la Renaissance, extrêmement intelligent et\npassionnément observateur et qui, à la fois, serait monté dans la chaire de\nCalvin à Genève, aurait fréquenté la cure de Meudon et aurait partagé la\ngeôle de Marot... Hélas! pourquoi M. Brunetière, oublieux du précepte de\nBoileau et « ne sachant se borner », ne cantonna-t il pas ses merveilleuses\net puissantes facultés dans un glorieux passé qu'il est fait pour comprendre\net pour ressusciter, au lieu de s'acharner, au nom de ce passé, à grever le pré-\nsent d'illusoires hypothèques ?...\n                                                        Remy de Gourmont\n\n    C'est bien plutôt en M. Remy de Gourmont que l'avenir reconnaîtra un\ninterprète autorisé des tendances intellectuelles de notre temps.\n    Je le dis sans ambages : M. de Gourmont est, en ce moment, le premier\ncritique littéraire de France. Et toute la levée de boucliers, sur lesquels préa-\nlablement on aurait assis l'académique ou quasi-académique gloire des\nFaguet et des Doumic ne me ferait point changer d'avis.\n    Il y a deux manières de faire de la critique : la première consiste à ranger\nchronologiquement sur sa table les livres d'un écrivain, à les lire consciencieu-\nsement l'un après l'autre, à les disséquer soigneusement, et, arrivé à l'ultime\ntome, à proférer sur la destinée artistique de l'auteur quelques vagues et\nsomptueux pronostics ; la seconde manière est tout autre : le critique\ns'assimillera l'œuvre complète de l'écrivain, la portera longuement en lui, la\ncouvera de sa propre personnalité, et de cette communion intime naîtra une\nsynthèse d'idées générales, où les détails accessoires seront sacrifiés aux\ngrandes lignes essentielles; l'auteur jugé et l'auteur qui juge fusionneront\nleur intellectualité en un tout original et harmonique.\n    De ces deux formes de la critique, M. de Gourmont tient de la seconde,\nj'allais presque dire qu'il l'a inventée, si je n'avais songé à Sainte-Beuve.\n    A l'appui de mon appréciation, je feuillette les Promenades littéraires (1) et je\n remarque ceci : que M. de Gourmont s'occupe de M. Barrès, de M. Huys-\n mans, de M. Rostand ou de M. Paul Adam, on remarque immédiatement,\n sans qu'il doive nous le prouver par de traînants résumés, que le critique\n possède en lui tous les livres de ces écrivains; de ces livres, il a extrait\n l'essence, et cette essence, il nous l'offre, concentrée en quelques pages, aussi\n fortes que brèves ; il s'agira moins de M. Barrès que du sentimentalisme;\n M. Huysmans sera un prétexte à disserter sur la littérature catholique ; la\n question de la « fécondité littéraire » sera discutée à propos de M. Paul\n Adam; enfin la personnalité de M. Rostand évoluera dans cette exquise\n périphrase : le Bonheur littéraire.\n    Voulez-vous une distinction encore entre les critiques : la plupart font lire ;\n quelques-uns font penser!\n     M. Remy de Gourmont est un critique qui fait penser.\n\n\n  (1) Paris, Mercure de France.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "250                                   DURENDAL\n\n\n                                                              Barbey d'Aurevilly\n\n    Défunctus adhuc loquitur... Chaque année, une pieuse et fidèle affection n o u s\nvaut un livre de Barbey d'Aurevilly, fastueux c o m m a n d e u r du style, i m p é -\n ratif trancheur d'idées. R i e n décidément n'aura m a n q u é au paradoxe de\ncette destinée ; après avoir eu p e n d a n t sa vie toutes les déveines, B a r b e y ,\naprès sa mort, bénéficie de cette chance que ses études critiques, écrites il y\na cinquante a n s , ou a peu près, restent passionnément actuelles. P a r la forme\nd'abord : cette écriture, qui fut à lui seul, martelante et n u a n c é e , rutilante\nd'énergie et brillante de prismes. Même q u a n d ce manteau de faste n'enve-\nloppe plus qu'une œuvre morte, il intéresse et séduit par sa richesse p r o p r e .\nBarbey ainsi daigna s'occuper de R a n c et de son très défunt Roman d'une\nconspiration, et voilà que ces pages datant de 1869 apparaissent comme u n\nimpérissable objet d'art suspendu à une patère b a n a l e .\n    Mais le Connétable des Lettres françaises jouit — disparu — d'un plus h a u t\nprivilège encore : l'histoire littéraire — comme l'autre — est u n éternel r e -\ncommencement, et le flux et reflux des idées a ramené au cœur de nos pré-\noccupations des problèmes qui intéressèrent la génération à laquelle appartenait\nBarbey. A quels papotages et à quels déballages ne d o n n a pas lieu, ces\ntemps derniers, l'incident, plus épidermique qu'artistique, entre Alfred de\n Musset et George Sand, avec, à la cantonade, Pagello, le plus h e u r e u x des\ntrois. Barbey prévoit et prédit cette débauche d ' e n c r e ; écoutez-le: « A h !\nnous en aurons des Elle et Lui, des Lui et Elle, des Lui sans Elle et des Elle\nsans Lui. E t nous n'en finirons jamais dans cette époque philanthropique et\nh u m a n i t a i r e , qu'en faisant le livre de Tous ensemble, qui serait peut-être le\nplus vrai et le plus triste de tous. » Voici qui est plus attachant encore :\nl'évolution morale, en ces années dernières, de quelques écrivains en v u e ,\nramène l'attention vers la conversion de P a u l F é v a l , ce prédécesseur de\nJ.-K. H u y s m a n s . D e cette conversion, B a r b e y en u n e longue et forte étude, a\nd é n o n c é les premières lueurs, a noté les rayons progressifs et a finalement\nproclamé la fulgurante lumière. Et ces pages sontrestées intensément vivantes,\nde la vie de l'idée et de la vie du style ; vieilles de trente ans, elles pourraient\nêtre de m a i n t e n a n t ; écrites sur P a u l Féval, elles peuvent s'appliquer à\nJ.-K. H u y s m a n s , de l'En route de qui, à plus juste titre encore, on dirait « q u e\nla critique impie p o u r r a bien rire du catholicisme de l'auteur, mais elle ne\ntouchera pas à l'essence de son livre; elle ne mordra pas sur ce m a r b r e ; elle\névitera de s'y cogner. Si les ennemis du surnaturel ne sentent pas, en lisant\ncette histoire, le vent de l'aile de l'Archange qui y passe, ils y sentiront du\nmoins le vent d'une p l u m e assez formidable p o u r qu'on la p r e n n e pour cette\naile ».\n   L e s romanciers dont traite le dernier volume posthume de Barbey d'Aure-\nvilly sont d'hier et d'avant-hier (1) ; mais Barbey lui-même est d'aujourd'hui\net sera de demain.\n\n\n  (1) BARBEY D AUREVILLY : Romanciers d'hier et d'avant-hier. Paris, Lemerre\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                            BILLETS     D'AUTEURS                             251\n\n\n                                                            Henry Bordeaux\n   Lorsqu'un auteur à plusieurs cordes à sa lyre, — ou à son arc — que, par\nexemple, il est à la fois romancier et critique, il est intéressant de rechercher\nlaquelle de ces formes d'art s'adapte le mieux au tempérament de l'auteur.\n   Certes, le jeu n'est point sans périls d'erreurs ; les personnalités des artistes\nne se développent point toujours d'après une règle logique ; Sainte-Beuve que\nses débuts semblèrent prédestiner à la poésie, devint le plus grand critique\ndu XIXe siècle ; M. Jules Lemaître, qui, lui aussi, se révéla d'abord comme\npoète, s'affirma ensuite comme critique, s'imposa enfin comme dramaturge,\nsans parler de l'écrivain politique qui n'est point négligeable non plus. Or,\nsi l'on peut dire avec sûreté que le poète en Sainte-Beuve fut inférieur au cri-\ntique, et que la critique était la vocation de l'éminent « Lundiste », qui oserait\nprétendre, de façon certaine, que tel ou tel des avatars de M. Lemaître soit\ndavantage dans la norme de son talent. Ce sont là appréciations qui ne\nsauraient être émises qu'après la mort de l'écrivain ; avant cela, elles risque-\nraient d'être démenties ou déjouées par les surprises déconcertantes de\nla vie..\n   Ce n'est donc que sous le bénéfice des inventaires futurs que, du critique ou\ndu romancier, je me permettrai, en M. Henry Bordeaux, de préférer le\ncritique.\n   M. Bordeaux, romancier, est l'auteur de la Peur de vivre— comme Coppée\nest l'auteur du Passant et Sully-Prudhomme l'auteur du Vase brisé. J'espère —\nsans trop y compter — que M. Bordeaux un jour refera — autrement — ce\nlivre de beauté simple et humaine ; en vérité, ni le Lac noir, ni la Petite\nDemoiselle (1), son tout récent volume qui filtre pourtant une grâce charmante,\nne me donnent pleines garanties à cet égard.\n   Mais si je ne réponds point, pour l'avenir, des progrès de M. Bordeaux\nromancier, M Bordeaux critique me paraît en ascension vers la maîtrise.\n   Il y a prèsde vingt ans, j'ai connu les premiers essaisde M. Bordeaux publiés\ndans le Magasin littéraire de Gand, auquel nous collaborions tous deux ; ces\npages initiales révélaient déjà deux qualités, magnifiquement développées\ndepuis : une grande curiosité intellectuelle et une ardente sensibilité.\n   M. Bordeaux a réellement la fièvre de connaître ; il est à l'aguet de toutes\nles manifestations de la modernité littéraire; aucun écrivain un peu en vue,\naucune œuvre en valant la peine qui n'aura sollicité l'analyse du critique ;\nen bien des cas aussi, il est arrivé « bon premier » dans l'appréciation d'une\ntendance nouvelle ou dans le jugement d'un écrivain brusquement surgi sur\nle chemin de l'art. C'est ainsi que les Ames modernes nous apportèrent la sur-\nprise et la primeure d'une étude sur Ibsen qui est demeurée la plus complète\net la plus compréhensive que je sache, même aujourd'hui.\n   Mais, vis-à-vis de la littérature actuelle, toute pétrie d'émotion, le souci\nde savoir et même la faculté de comprendre ne suffisent plus au critique,\nquand le don de sentir ne s'y ajoute point. Or, M. Bordeaux sent profondé-\n\n\n  (1) Paris, Fontemoing.\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "232                               DURENDAL\n\n\n ment et finement. Si son jugement a toute la conscience de la maturité, sa\nsensibilité a tout l'émouvant frémissement de la jeunesse. A travers tous ses\nlivres circule un ardent enthousiasme, délicieusement tamisé de songe.\nQu'un tel penchant d'âme a merveilleusement servi à M. Bordeaux pour\npénétrer les âmes de Barrès et de Loti, qui doivent lui être particulièrement\nfraternelles, et pour en extraire l'essence de rêve voluptueux et triste, les\nDeux méditations sur la mort (1), qu'il vient de publier à leur propos, en sont la\ntrès attachante démonstration. Là pourtant où la sensibilité de M. Bordeaux\natteint ses plus grands et plus méritoires effets, c'est lorsqu'elle évolue vers\ndes sujets qui paraîtraient à première vue devoir la faire moins vibrer. Je\nviens de lire le plus récent volume de M. Bordeaux, intitulé : Vies intimes (2).\nC'est une série d'études sur « les dessous » ou, si vous aimez mieux, les « à\ncôté » de la littérature Il s'agit moins des écrivains que des hommes dont\nils sont doublés, de leurs illusions de leurs amours et de leurs souffrances. De\nl'art d'anecdotes, plutôt que de l'art d'idées. Que ce « genre » ait donné lieu\nà beaucoup d'ergoteries et de tatillionneries, il suffit de se souvenir de\n M. Edmond Biré pour en être convaincu. Comme M. Bordeaux nous sait\nconsoler de cette critique d'antichambre et d'office, en ressuscitant avec son\nimagination et avec son cœur, sur la base de documents d'ailleurs sévèrement\nchoisis et contrôlés, des fragments de la vie morale et sentimentale des\nhommes et des femmes que la gloire marqua de son signe : Victor Hugo fiancé,\nles Amours de Xavier de Maistre, Balzac et Mme de Hanska, la Vie de George\nSand ! — autant de pages alertes, touchantes et fortes, allégées de fantaisie,\nmiroitantes d'images, serties de mélancolies! On a comme la sensation im-\nprévue et exquise de riches coffrets anciens, lentement ouverts et d'où se\ndégageraient les immatérielles et nuancées effluves parfumées de douces et\ngrandes âmes d'autrefois...\n   J'ai dit de M. Remy de Gourmont que c'était un critique qui fait penser.\n   M. Henry Bordeaux est un critique qui apprend à sentir.\n\n                                                    FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n       25 mars\n\n\n\n\n                                    *\n\n\n\n\n (1) Paris, Sansot.\n (2) Paris, Fontemoing\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": " PAUL DUBOIS (4e prix, partagé)\n\n\n\n\nJULES JOURDAIN (4e prix, partagé)\n\n\n\n                        (Clichés de l'Illustration Européenne)\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": ""}, {"page_pdf": 312, "texte": "                           NOTULES\n\n   S a l o n n e t S d ' A r t . — La' chronique mensuelle des salonnets éphé-\nmères ne peut plus se piquer d'être quelque peu complète; trop de galeries\nprivées et même d'ateliers s'ouvrent incessamment à la curiosité des visiteurs\namis pour qu'il soit matériellement possible d'avoir tout visité.\n   Les aquarellistes STACQUET et UYTTERSCHAUT, au Cercle Artistique, ont\nremporté un grand succès très unanime. STACQUET se renouvelle incessam-\nment par des recherches de matières, de procédés, de rendu. Doué d'un œil\nfin, d'une « patte » alerte, il est toujours artiste, piquant, ingénieux, frisson-\nnant, enveloppé, et ses moindres œuvrettes sont amusantes, ont une valeur\nd'art.\n   UYTTERSCHAUT plus appliqué, plus volontaire, conscient de la valeur d'un\ndessin soigné et d'une peinture attentive est moins chatoyant, moins divers\net non moins goûté.\n   Le statuaire D E HAEN avait peuplé de quelques bustes bien meublants ce\nsalonnet très visité.\n   Les peintures de MAURICE HAGEMANS, — amant inconstant de l'aquarelle,\n— réunies rue Royale, ont tous les mérites un peu superficiels, monotones et\ndécoratifs des œuvres bien connues du peintre. On lui voudrait un peu plus\nd'inquiétude, un peu moins de facilité                                   P. L.\n   M. ALVIM CORREA vient d'exposer à la salle Boute quelques tableaux\net dessins qui, pour être d'allure assez disparate, ne manquent pourtant pas\nd'intérêt. Nous nous y arrêtons surtout pour signaler les illustrations de\nWells: La Guerre des mondes. Ces dessins hallucinants dénotent chez leur\nauteur de rares facultés d'imagination et d'interprétation, ils lui feraient par-\ndonner le besoin qu'il a de peindre des uniformes militaires dans de la fumée\nblanche.\n   Ses petits paysages à contre-jour ne sont pas dépourvus d'enchantement ;\nà citer aussi : Les pommiers, plein de poésie.\n   M. Correa expose quelques croquis; certains cachent mal l'étude et le tra-\nvail trop réfléchi : de Moltke, par exemple; d'autres sont bien saisis du\nprimesaut.\n   En un mot, une exposition qui par la diversité des œuvres et le mérite\nde certaines montre que l'artiste cherche et trouvera sa voie.\n   Si M. Correa pouvait oublier à tout jamais le siège de Paris, je ne l'en\naimerais pas moins; mais s'il veut faire des panoramas, que n'abandonne-t-il\ntout de suite la peinture?                                               L. C.\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "2 54                              DURENDAL\n\n\n   L e P a s s é , comédie de Georges de Porto-Riche, représentée pour la pre-\nmière fois à la Comédie-Française en 1902 et qui vient d'être représentée au\nCercle Artistique, se rattache à ce genre de pièces dont le théâtre contemporain\nrenferme des exemplaires nombreux et où, bien que l'action soit fort mince\net les caractères dénués de relief puissant, l'attention du spectateur se trouve\ncaptivée et son intérêt retenu pendant de longs et copieux actes. L'action se\ndéploie en un milieu fort peu sympathique et où règne la plus flagrante\nimmoralité. Le François Prieur de Porto-Riche, ce type de Lovelace que\nplus ou moins modifié on retrouve à chaque instant dans la production dra-\nmatique française contemporaine est veule, lâche et perfide à souhait. C'est\nun Don Juan sans l'envergure qui caractérise le type modèle. Quant à Domi-\nnique Brienne, l'amoureuse déçue devant laquelle le passé se dresse, barrière\ndéfinitive la séparant de celui qu'elle aime, ce caractère ne manque pas de\npsychologie et il est assez fermement tracé. Il est d'ailleurs entendu que ce\nn'est pas dans le théâtre, tel qu'on le comprend de nos jours en France, que\nles esprits en quête d'horizons larges et de philosophie robuste viendront\npuiser des leçons de hauteur et d'énergie morale. Ce qui constitue surtout le\nmérite et l'originalité de la pièce de Georges de Porto-Riche, c'est la vie et la\nverve du dialogue, dialogue nerveux, incisif, entraînant, mouvementé comme\nune bataille, émaillé de traits spirituels, d'observations tantôt fines, tantôt\nparadoxales, avec quelques hardiesses de langage dont l'auteur aurait pu aisé-\nment se passer. L'intérêt de cette représentation résidait, en outre, dans\nl'excellence de l'interprétation. Douée d'une voix grave, chaude, riche d'in-\nflexions, Mlle Delvair a été supérieure dans le rôle de Dominique Brienne où\nelle s'est montrée fière, vibrante, pathétique. Mlle Géniat (Antoinette Bellange)\na été remarquable de naturel, de souplesse, de vérité. M. Raphaël Duflos,\ndans le rôle ingrat de François Prieur, a déployé ces qualités de mesure, de\ntact, de distinction qui demeurent l'apanage traditionnel et précieux des\nartistes de la Comédie-Française. Signalons, enfin, MM. Dessonnes (Maurice\nArnault) et Gribouval (Maroitte). En résumé, soirée absolument intéressante,\npour laquelle il convient de féliciter la direction du Cercle Artistique.\n                                                                    G. DE G.\n                                      ***\n   M . E r n e s t V e r l a n t , directeur des Beaux-Arts, a prononcé, aux funé-\nrailles de Constantin Meunier, un discours absolument remarquable, d'une\ngrande élévation d'idées et qui dénote une belle et parfaite compréhension de\nl'œuvre du glorieux défunt, de sa vie admirable si intègre et si noble, et de\nson grand caractère. Ce superbe discours a communiqué à toute l'assistance\nqui entourait le cercueil du grand mort l'émotion dont il était tout imprégné\nlui-même. Il se terminait par cette magnifique et touchante péroraison :\n   « Un jour Constantin Meunier dépassant son art réaliste, voulut en consa-\ncrer l'expression' dans un symbole mystique. Et il sculpta l'Homme des dou-\nleurs, le Christ des humiliés et des offensés, pauvre corps anguleux tel qu'en\npeignirent les vieux maîtres gothiques, tête lourde de toutes les agonies\nassumées, penchée dans un immense accablement comme si elle ne devait\njamais entendre au Ciel une promesse de rédemption.\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                   NOTULES                                  255\n\n\n   » En ce suprême aboutissement s'affirma une fois de plus le caractère noir\nde l'œuvre de Meunier, considérée dans son ensemble, telle qu'on peut déjà\net qu'on pourra dans l'avenir l'étudier au Musée de Bruxelles, dans son déve\nloppement intégral.\n   » La tombe vers laquelle sa pensée grave l'orientait toujours, va recevoir\naujourd'hui sa dépouille mortelle. Nous avons la confiance que l'homme si\ngrand, si bon, qui nous fut cher, n'a pas travaillé, n'a pas lutté, n'a pas souf-\nfert en vain. Mort, il ne disparaît pas. Il s'épanouit dans un rayonnement\nglorieux. »\n\n    L ' a r t flamand e t h o l l a n d a i s (Anvers, Buschmann).— Le numéro\n de Mars de cette revue contient comme article de fond, deux études sur deux\n beaux peintres, dont l'un est Belge Richard Baseleer, et l'autre Hollandais,\n Willy Shtyter, tous deux très personnels, tous deux artistes probes et conscien-\n cieux. Combien de Belges ignorent les œuvres de leur compatriote Baseleer\n Le grand public ne va pas à lui parce que son originalité l'effarouche et qu'il\n ne comprend que les œuvres qui ne dépassent pas son petit horizon. Et\n cependant à lire l'article de M. V. de Meyere et à voir les reproductions qui\nillustrent cet article, il est clair que R. Baseleer est doué d'un grand et vrai\ntalent. Les belles reproductions de ses œuvres n'en donnent pas une idée\ncomplète parce qu'il y manque la couleur. Celle-ci cependant se devine\npresque dans les illustrations si fines de ce numéro, spécialement dans\ncelles intitulées : Devant le Port, Matinée d'été. Pêcheurs, Matin, L'averse.\nToutes ces œuvres paraissent très belles. J'en dirai autant des enfants, des\npêcheurs, et de toutes les scènes et de tout le mouvement d'une plage mari-\ntime qui font l'objet de l'art du peintre hollandais W. Sluyter. Les repro-\nductions en donnent, autant que l'étude consacrée à cet artiste, une très haute\nidée.                                                                    H. M.\n                                           * **\n    T h e B u r l i n g t o n M a g a z i n e . — 17, Berners Street, Londres. —\nFévrier 1905 : Miss CARTWRIGHT continue ses études sur les Dessins de Millet\ndans la collection Forbes. — M. LIONEL CUST poursuit ses investigations\ndans les collections royales d'Angleterre et nous parle cette fois de Lucas\nChranach, tableaux intéressants, mais qui n'apprennent rien de neuf sur la\nvaleur du maître allemand. — M. CHARLES RICKETTS parle des Watts qui\nsont à Burlington house. — Enfin divers articles sur la poterie, la dentelle\net le mobilier. Parmi la correspondance, signalons la polémique Wheale-\nBouchot, à propos de Van Eyck.\n   Mars 1905. — Des reproductions magnifiques de Whistler illustrent une\nétude de M. BERNHARDT SICKERT à propos de l'exposition commémorative\nqui vient d'avoir lieu à Londres. — Dans ce même numéro, le hasard de\nl'actualité rapproche du maître portraitiste anglais le maître portraitiste\nfrançais Fantin Latour,, à l'occasion de l'admirable portrait de M. et\nMme Edwards qui vient d'entrer à la National Gallery. — Miss MORRIS\ndécrit la Chape d'Ascoli qui a fait couler tant d'encre naguère. — M. GRAHAM\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "256                                 DURENDAL\n\n\ncherche à identifier certaines fresques de San Gimignano. — M. P H .\n                                                                   e\nAUGUIER ressuscite le souvenir de Françoise Duparc, peintre duXVIII siècle.\n— Des articles sur la porcelaine chinoise, sur une tapisserie de Windsor,\nsur l'armure des chevaliers au début du XIVe siècle. — La réponse de\nM. Bouchot à M. Wheale, à propos de Van Eyck. — Bref, un très copieux\net intéressant numéro.\n                                        ***\n  M a s t e r s i n A r t . — Editeurs : Bates and Guild Company, Boston.\n  Les numéros de février et de mars 1905 de ces intéressantes monographies\nsont consacrées à PALMA VECCHIO, le beau maître vénitien et à M me VIGÉE-\nLEBRUN. Comme toujours, un heureux choix de belles reproductions des\nœuvres les plus célèbres, des notes critiques et bibliographiques. L'art\npompeux et décoratif du Vénitien et l'art gracieux et un peu fade de la\nFrançaise sont tous deux dignes de cette commémoration.\n\n                                        ***\n   L ' E c o l e d e M u s i q u e d ' I x e l l e s . — La distribution solennelle des\nprix de l'écolede musique d'Ixelles dirigée par M. Thibaut aura lieu le 29 avril,\nà 8 heures, dans la grande salle du Musée Communal, rue Van Volxem. On\ndonnera, à celte occasion, une audition d'œuvres du directeur et l'on\nexécutera La conjuration des fleurs de M. Bourgault-Ducoudray, que celui-ci\ndirigera lui-même.\n\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — R. VAN BASTELAER et G. DE Loo : Peter\nBreugel l'ancien, son œuvre et son temps. Etude historique suivie d'un\ncatalogue raisonné de son œuvre dessiné, gravé et peint. Ouvrage illustré\nd'un grand nombre de planches hors-texte d'après les œuvres du maître. Pre-\nmier fascicule (Bruxelles, Van Oest). — E. NELLIGAN et son œuvre avec une\npréface de L. DANTIN (Montréal, Beauchemin). — P . LEBÈSGUE : L'âme du\ndestin (Paris, Sansot).— R. L E BRUN : F . de Curel (ibid.).— OSSIP-LOURIÉ :\nLa psychologie des romanciers russes du XIXe siècle (Paris, Alcan). —\nA. PASCAL : Pierre Julien, sculpteur (1731-1804) (Paris, Fontemoing). —\nI.-H. ROSNY : Le millionnaire (Paris, Joanin). — A. GERMAIN : Le bien-\nheureux Vianney (Paris, Poussielgue). — I. LEROUX : Le livre d'heure de\nmon oncle Barberousse (Bruxelles, Lacomblez). — F . BRUNETIÈRE : Histoire\nde la littérature classique. Deuxième partie : La pléiade (Paris, Delagrave).\n— GŒTHE : Faust. Traduction nouvelle strictement conforme à l'original\navec une préface par R. SCHROPP (Paris, Perrin).— D. JAUBERT : Gestes de\nProvence (Paris, Fontemoing).— H . REBELL : Le diable est à table (Paris,\nMercure de France). — E. RAYNAUD : La couronne des jours (ibid.). —\nT. VARLET : Notes et poèmes (Lille, éd. du Beffroi).— G. BATY : La passion.\nDrame en 5 actes en prose (Lyon, Phily). — H . DE RÉGNIER : Le passé\nvivant (Paris, Mercure de France). — J. LEMAITRE : La Massière (Paris,\nCalmann-Lévy).— G. LOTI : La troisième jeunesse de Madame Prune (ibid.).\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                                                                       ^     99, rue Royale, 99\n\nPIANOS DE SMET                                                                                • BRUXELLES •\n\n              THE GRESHAM                                           RELIURE D'ART & D'AMATEURS\n           (Compagnie d'assurances sur la vie)\n                     Fondée à Londres 1 848\n               Etablie en Belgique en 18 6 6\n                     Ai tu : plus d< 217 million\n             SiiiibtreR po\\és i'ii Hi Inique : 80 millions\n                                                                    Paul Claessefjs\n                                                                       Relieur-doreur de S A R. M\"\"' la Comtesse de Flandre\n                   PRIMES         M I N S U t L U t S\n               Louis HEUVELMAN9, Jir.oirur                             24, rue de Berlaimont, Bruxelles\n          John H. SCOTT, soilb-direi t. d e l à KurrllrsuleBelge\n             3, plao* Royale, B R U X E L L E S\n\n\n[^AimiQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                          médaille d'Or à l'Exposition Internationale ne Bruxelles 1897\n\n                      BERVOET^wiELEMÀNS\n                                          FOURNISSEUR DE LA COUR\n        6, 8, 10,12, Rue du Midi <n> BRUXELLES\nJsine à vapeur, Lavoitt de laines : « U E DES GOUJONS, 120\n                                       Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                              FABRIQUE       E T ATELIERS :\n                                  37, Ru© d© la Charité - BRU2CEI,I«ES\n                                                                   TÉLÉPHONE 1 9 4 7\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  Spécialité de tous les articles concernant la peintuie, la sculpture,\n                                                  la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                  RENTOILAGE, NETTOYAGE E T VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                            Vente et location de modèles pour la peinture\n\n                                    Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\nimjères médailles aux Expositions d'Bmsterdain, Paris, Llverpool, Le Ravie, Bruxelles, Cnjeago, etc.\n\nPIANOS STEINWAY                                                                          & SOUS\n                    NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nlurnisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\nle Suéde et d'Italie, du Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n   E x t r a i t de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach paraît main-\nlant ne pouvoir atteindre sa vraio signification que jouée sur les Steinway (R. Wagner). »« Le Stein-\nly est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nrfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « Vos\naux instruments incomparables ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\ndistance (A ltubinstein). » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\nitruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu'ici (F Busoni). » « La plénitude, la puis-\nace, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n  Paderewski). » « Il y a 10 ou iô ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\n t des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\nis, le produit idéal du siècle (Eug. d'Albert). » « Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu'un\n>ge miuM paraîtrait ridicule (Sofia Menter). »\n\\geuce générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fp. MUSCII. 22'», rue Royale\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "A p a r a î t r e à la Librairie        VROMANT\n                                                                             3 francs en souscription\n                                                                             3 fr, £ 0 e n librairie\n\n                      FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                    15RUXETIÈRE — BOURGET — HUYSMAN8\n                       DE QUELQUES LEVONS D'ÉNERGIE\n                          VERHAEKEX ET DEMOLDER\n                   P. DE HAULLEV1LLK — GUIDO GEZELLE\n                     GEORGES RODENBACH — MAX WALLER\n       EDMOND PICARI) — GUILLAUME VERSPEYEN — IL CARTON DE AVI ART\n                               ETC., ETC.\n\n\n On souscrit aux bureaux de la Revue : 22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n\n                                           J. GONTSIBB\n                                                           Maison fondée en 1 8 5 0\n                                   31-33, rue de l'Empereur, B R U X E L L E S\n                                               TÉLÉPHONE 3 6 5 9\n\n                                   Encadrements d'art ~« Miroiterie\n                                                       Vitraux riches et ordinaires\n                                        Cadres pour tabfeaux, aquarelles, gravures\n\n                                                         AMEUBLEMENTS\n                                   Entreprise générale de vitrerie\n                                               LA ( M A I S O N        N'A   PAS   DE     SUCCURSALE\n\n\n\n\n                                    ENCADREMENTS» * • * «                                           Par suite de décès\n                                                                                        •r-   • •     •   •   '    • i   •   i—   —\n\n\n                                    DORURE               ET            SCULP-\n\n                                    T U R E SUR BOIS * * * * »\n                                                                                              IilQUlDRTION\n                                                                                                              DE\n                                    ESTAMPES * * » » » * ) * » »\n\n                                   GRAVURES ANCIENNES                                   300 VOITURES\n                                                                                        Vente à tonte\n                                   N. B. - LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                                                           offre acceptable\n                                    i   i' i       •          i   'i     J\n\n                                   SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                               71, rue Goffart\n                                   D'AUTHENTICITÉ                                                    IXELLK8\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                   12, Mnrché-au-Boi» - BRUXELLES\n  Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles à vue : 1 1/2 p. e. sans commission\n     Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. ••\n                      Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n          Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n   LA RÉSERVE MUTUELLE                                  LE STANDARD\n                                                     Compagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n        de»        ÈTATS-VXMS\n                                                                ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n              •soir- i « ,      v i e\n                                                       Prinoipaux avantages de la Compagnie\n                                                     t» Polices incontesta- H» Tarif avantageux.\n                                                       bles après deux ans 4* Participation impor-\n                                                       de date.                    tant e des assurés dans\n                                                     a» Prêts sur polices          les bénéfices de la\n                                                       ayant trois ans de          Compagnie.\n                                                       date.                     5° Prêts hypothécaires.\n                                                         S'adresser pour renseigntmtnts tt prospectus à la\n                                                                 DIRECTION            atNtRALI\n                                                     28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                       Téléphone 949 — Adresse télégraphique : Standird-Bruxelles\n  EtiCATSSiratT ANNUEL . . . .       40 Millions\n  SINISTRES PAYÉS                   250 Millions\n\n      Combinaisons très intéressantes                CHAUDRONNERIE DE LA COUS\n   DIRECTION GÊNtRUE POUR LE CONTINENT OE L'EUROPE        37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n       8 , n i e H a l f t T y , P A R I S (S«)                       TÉLÉPHONE 1 6 9 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S               Batteries de cuisine. — Articles de ménage\n            On demande «les Acenls\n                                                                     ÉTAMAGE\n\n\nRrctlves nobiliaires ne Belgique\n     52, rue Stévin, BRUXELLES\n            Recherches de généalogies et d'ar-\n             moiries en Belgique et à l'Etran-\n             ger. — Attestations officielles de\n             noblesse, de filiations et d'armoi-\n             ries.— Copiesofficiellesde lettres\n             de patentes de noblesse. —\n                                                           18, JVIarehé-aa-Bois, 18\n             Inscriptions a la liste des nobles.\n             — Insertions de généalogies dans\n             des publications belges et étran-\n             gères. — Rectifications d'actes\n             de l'état civil et adjonctions des                     BRUXELLES\n             noms. — Correspondants enpro-\n             vinceet à l'étranger —Armoiries\n             et documents généalogiques sur\n             plus de 100,000 familles nobles\n             et patriciennes.\n   R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                                     Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       Bl E S W A L                 LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": " APPAREILS\n                                           OBJECTIFS, JUMELLES\n                                                       JUMELLES A P R I S M E !\n                                                    P A P I E R S , PLAQUES\n                                           PELLICULES      PHOTOGRAPHIQUES\n                                           SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                      MICROSCOPES\n\n                                               Grand choix de photographie*\n                                                 artistiques et décorative*\n\n\n\n                                           ALBERT                HOFMANN,                            B RUXELLES\n                                                 Salle d'exposition '. rue de la Régence, 5 7\n\n\n\n\n  J, BDESO Père mmm • , e s ™ . ^ Mseseltmm, P. BOESO Fils\n                         Rentollage, transposition, restauration et parquetage de tableaux                EXPERT\n\n  2-4, BUE DE LISSE              VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES I 24, f u t ÛQ SÊltllllOIDIIie\n      Bruxelles                        ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                       Bruxelles\n                                                                                                 1\n\n     POUR VOS CIGARES FIflS                                                        Les Boues GaouicDouiâes\n               adrtssei-vous à la                                                      TALBOT                             I\n                                                                                 SOlt inusables      et   inarrachables\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                                            EXIGER LA MARQUE\n\n\n              DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                               Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n   15 — Avenue              Louise— 15\n                                                                     Maison SNYERS-RANG & C\"\n             BRUXELLES\n                                                              Fond.e en 1816                 —        Téléphone 1389\nP.-S. -- arrivages réguliers de cigares de la Havane               27,        r u e d'Or, B R U X E L L E S\n\n\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles B U L B N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve, 75, Bruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1905-04", "signet_source": "Douzième année - N°4 - Avril 1905", "preuve": "Couverture conservée (PDF 238) sans mois ni numéro imprimés ; sommaire imprimé (PDF 240) : « 1905 — 12e Année. Sommaire du n° 4 (Avril) » (pages 193-253). Indices internes : Meunier, mort au début d’avril, est dit « que nous venons de perdre » (La Médaille jubilaire) et les Notules citent le discours d’Ernest Verlant à ses funérailles ; Le petit fleuriste est daté du 25 février 1905 ; Billets d’auteurs du 25 mars ; Martille a été créé à la Monnaie le 3 mars 1905 ; les Notules annoncent pour le 29 avril la distribution des prix de l’École de musique d’Ixelles et rendent compte des numéros de février et mars 1905 du Burlington Magazine ; le Salon de la Libre Esthétique est le douzième (1905). Livraison suivant mars (pages 129-192) : pages 193-256, plus couvertures et annonces.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}