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No 5.\n\n\n\n\n   REVUE CATHOLIQUE «'ART\n   ET ©E LITTERATURE^\n\n\n\n\n*UXELLES, rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-202", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PiAgt", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 321, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 4981, "texte": "PiAgt \" g % | r a ^\n\n\n\n\n                                Domaine de la société \"LBWESTEKD0ISE\n\n                                     LH PLHBE DE WESTENDE\n                                             (BELGIQUE)\n                                   est située aux bords de la mer du Nord,\n                          entre Ostendeet Nieuport; elle est de sable fin. Cette\n                          nouvelle station balnéaire n'a pas tarde à attirer\n                          l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n  ^ïïpSwT—T]             villégiature agréable, hjgienique.unissant le confort\n                         a la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                         Une chapelle est érigée ou le service religieux se fait\n                         régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                         gratuits ; le service de sauvetage est organisé et\n                         place sous la surveillance communale. Location de\n                         cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                         garages. Kursaal restaurant. Routes carrossables et\n                         cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n  Villas et Terrains     luxueuses installations de lawn-tennis, de jeux de            Villas et Cottages\n                         golf et de croquet, gymnase. Promenades à Anes.\n       A YETOR*          Tentes sur la plage. Communications faciles avec                      à\n                         tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par annuités        que d'Ostende à Westende do dix en dix minutes.                    LOUER\n                         Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                         villas et cottages. — Demander le prospectus détaillé.\n Ç4»&6\"U\\>\n                             Agence Immobilière pour la vente et location les villas\n                                                IWWHVWIMI^^A\n\n\n                                  HALLES WESTENDAISES\n                         comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                         cles d'alimentation, de nécessité et articles de luxe.\n        ^idL           1     Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                            Le WESTEND' HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                           partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                          Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au com-\n                                                         mencement et à la fin des saisons, arran-\n           DIGUE DE MER                                   gements très avantageux pour les familles\n                                                             faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n                                        . f AT*               75 chambres parfaitement aménagées.\n     TÉLÉPHONE N» 4 1                                            Vie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                   Chambres spacieuses. Ameuble-\n Réseau du                                                               ment moderne esthétique et\nlittoral par                                                              confortable. Balcons et ter-\n                                                                           rasses. Salle de musique.\n Nieuport.                                                                  Salle de billard. Salle de\n                                                                              récréation pour les en-\n                                                                                       fants. S a l o n s\n                                                                                 'S I de lecture et de\n                                                                                       correspondan-\n                                                                                       ce Cuisine soi-\n                                                                                       gnée. Caves\n                                                                                        recomman-\n                                                                                       dées.\n                                                                                    Service postal et\n    Appartements avec salon. — Service d'omnibus        l'Hôtel au vicinal. —\ntélégraphique réguliers. — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux\nétrangers voisins. — Hôtellerie LE LEKKERBKEK ouverte toute l'année.\n                                   | A BRUXELLES, 5 3 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 3 6 ) .\nPour renseignements s'adresser ' A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Téléphone\n                                   (  3 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-203", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 322, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE LITTÉRATURE\n\n                                   1905 — 12e Année\n\n\n\n                     Sommaire du n° 5 {Mai)\n\nCAMILLE LKMONKIKR. — Constantin    Meunier :\n                         Les heures suprêmes                                       257\nVICTOR KINUN. — Rivière tropicale    . . . . , ,                                   262\nEUGÈNE DEMOLDER. — L'histoire de Marie Saoonneau.        . . .                     264\nERNEST DE LAMINNE. — La mort du vautour , . . « ^ » .                              271\nComte G. D'ARSCUOT. — Le coiffeur                                                  272\nERNEST CLOSSÛN. — A propos de Miss Isadora Duncan :\n                     Une prêtresse de l'Orchestique   . . . .                      275\nP. L. — Emile Claus :\n         (Exposition de ses tableaux au Cercle Artistique.)   .                    281\nL'abbé AuuUhTK Cui'PKNS.—Littérature flamande.        , . . .                      284\n\n      Les conférences :\nGEORGES ME GOLESCO. — M™                  J.   de    Tallenay    (E.   JOLY). —\n                                   L'art en place et à sa place (VINCENT\n                                   D'INDY).         — Napoléon     'III   (M. DE\n                                   LA GORCE)           . . . . . . . . . .         288\n\n      Théâtre du Parc :\nV. — Auteurs     belges    .   t                                               *   2yi\nD. — Paternité       de M. LANDAY                                                  291\n\n                                                                                   2\nLivres et Revues                                                                    92\nNotules     . . . ,                                                                3i8\nIllustrations : L a Mine           ) ,.\n                 7                 > CONSTANTIN         MEUNIER.\n                 L'Industrie |\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-204", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 323, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 291, "texte": "DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE UTTÊRATVl\n\n   ABONNEMENT : 10 francs par an; ETBANQBR : 12 fiança (port coi\n     (P«ur tahnntmmt t'adrtsur i k MdaeUm, nu du Grand-Orf. t», è Bnmém\n                            PRIX D'UN NUMÉRO : PR.       1.60\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-205", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les collaborateurs sont seuls", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 323, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 291, "fin_caractere_exclue": 2904, "texte": "Comité de rédaction            de D u REND AL :\n                       MM.     HENRY CARTON DE WIART.\n                               L'abbé HENRY MŒLLER.\n                               FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n                  Secrétaire de la Rédaction : GEORGES VIRRÈS\n                          Correspondant di la rédaction i Parts :\n                M. HENRI MAZEL, avenue Niel, 32, Paris.\n\n             PRINCIPAUX COLLABORATEURS:\n     FRANZ ANSEL.                                    ARNOLD GOFFIN.\n     MAUKICB BRKABRT.                                 OSÉ HBNNBBICQ.\n     EDGAR BONBIULL.                                  ^'abbé H. HOORNABRT.\n     HBNKV BORDEAUX.                                  .-K. HUVSMANS.\n     ALBXANDKB BRAUN.                                 OSEPII JANSSBNS.\n     THOMAS BRAI N.                                   EDMOND IGLY.\n     GBORGBS BRICOUB.                                VICTOR KINON.\n     HBLBNB CANIVBT.                                 GoDBPROlD KURTH.\n     MARIB CLOSSET.                                  L. DE LA LAURBNCIB.\n     L'abbé Auc. CUPPENS.                             L'abbé L. LE CARDON».\n     L'abbé PAUL CUYLITS.                            GEORGES L E CARDONMBL»\n     Le comte G. D'ARSCHOT.                          SÉB.-CH. LECONTB.\n     Le baron JOSÉ DE COPPIN.                        GEORGES MARLOW.\n     GEORGES DE GOI BSCO.                            CHARLES MARTENS\n     GBORCBS DELAUNOV.                               PAUL MUSSCIIB.\n     La comtesse E D DB LIBDEKFHKB.                  EDOUARD NBD.\n     Le baron G. DEIXA FAILLE.                       MAURICB OLIVAINT.\n     EUGÈNE DBMOLDBR.                                ERNBST PÉRIBR.\n     Dom BRUNO DBSTRÉE.                              GEORGES RAMABKBRS.\n     JULES DESTRÉE.                                  GBORGBS KBNCY.\n     Vicomte D'HENNEZBL                              BLANCHE ROUSSEAU.\n     EDOUARD DUCOTÉ\n     MAURICE DULI ABRT.\n     I. ESQUIROL.\n                                                     JOSEPH RYBLANDT.\n                                                      'ERNAND SBVERIN.\n                                                     HENRY VABS\n     EMILE FERMAUD.                                  ROBBRT VAN DER E U T .\n     LAURENT FIBRBNS.\n     H. FIÉRBNS-GBVABRT.\n                                                     CHAKI.ES VAN LBRBBRGHB.\n                                                      EMILE VBRHABRBN.\n     IWAN GILKIN.                                     L'abbé FR. VBRHBLST.\n                                                      LÉOPOLD WALLNBi.etC, **\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-206", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les collaborateurs sont seuls", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 323, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2904, "fin_caractere_exclue": 3203, "texte": "Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n// ura rtndu tompU dan* UURENDA L d* tout ouvragt dont un ixtmplairt ura tnvyi\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, l'adC\nsiège de la Revue, 88, me du Grand Cerf, pour la publicité, 86, me Faider.Br*\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-001", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 257, "page_fin": 261, "titre_corps": "Constantin Meunier : Les heures suprêmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Camille Lemonnier", "ancre_debut": "Constantin Meunier Les heures suprêmes J'ÉCRIS ceci au lendemain", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 326, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "Constantin Meunier\n\n                      Les heures suprêmes\n                J'ÉCRIS ceci au     lendemain de sa mort. Je ne puis\n                    croire qu'il nous ait quittés : il semblait y\n                    avoir chez lui une matière d'éternité. Son corps,\n                    qui d'un poids si lourd lui pendait des épaules,\n                    était bâti comme la charpente de ses usines.\n                     U s é par le temps et les maux, il reverdissait sous\n                    la ruine. Sa stature était basse, carrée, noueuse,\n                    écrasée par la tête, lourde comme un mont.\n   A la voir, cette tête massive, dans ses flots de poils, d'un\nvolume qu'exagérait le renflement du sinciput, elle évoquait\nl'idée d'une h u m a n i t é élémentale. Meunier avait le torse et le\ncrâne d'un h o m m e des âges mégaliques qui aurait été fauché\naux genoux. Aux bras s'attachaient de très grandes mains ner-\nveuses, cordées, d'un magnétisme délicat et puissant. Quand\non les voyait pétrir l'argile, elles avaient l'air d'accoucher de\nla vie.\n   Ses hanches cassées et larges donnaient l'idée d'un labeur\nexténué d'ouvrier : dès sa voie retrouvée, il ressembla à ses\ntape-à-la-veine dans l'horreur écrasée d'un bouvreau. Déjà alors\nil portait sa vie comme une croix; un de ses bras sous le faix\navait fléchi j u s q u ' à toucher terre. Il avait souffert dans sa force\net sa fierté. T o u t e s les humiliations, il les avait subies. U n peu\npartout, la maladie l'avait tâté, à la tête, dans les reins, aux\npoumons ; mais surtout la meule lui avait passé sur le cœur.\nToujours cependant, il renaissait par en haut ; il était le chêne\nqui, les pieds à nu, sans terre, semble de toutes ses ramures\navoir pris racine dans le soleil et le vent.\n   Il y a deux ans, une grande figure voilée s'assit à son chevet :\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "2 58                          DURENDAL\n\n\n\ntoute la maison t r e m b l a ; on l'avait reconnue. L à haut, à l'étage,\ndes râles, quelque chose qui tout à coup l'étranglait, de longs\nétouffements... Il me serrait la main sans parler, le visage ter-\nreux roulé au blanc des oreillers avec des yeux pâles de petit\nenfant malade.\n    L'atelier près d'un mois fut mort; derrière les portes fermées\nles bruits s'étouffaient. Et puis un jour elles se rouvraient\nà la vie, à la délivrance, aux rires en tumulte de ses petits-\nenfants. T r è s simplement, comme si un drame terrible ne\ns'était pas joué dans la maison, un énorme bonhomme com-\nmença de monter sur la grande selle, un de ces admirables\nassemblages d'os, de muscles et de chairs, qui, avec ses creux et\nses reliefs, suggérait l'idée d'une espèce d'homme primordial\npétri d'après les formes de la terre. C'est le grand Pudleur\naccroupi qui devait faire une impression si profonde au Champ-\nde Mars.\n    Les manœuvres de ce puissant ouvrier étaient calmes et\ndécidées, d'une activité lente, continue et définitive. Il attaquait\nsa figure par tous les côtés à la fois. L'argile à mesure s'ani-\nmait, maniée par ces pouces larges, flexibles, excurvés et\nqui goûtaient une sensualité à caresser la substance.\n    Il tournait autour de la masse, façonnant une boulette qu'il\najoutait ensuite au bloc et lissait d'une caresse de l'index. Puis\nil s'écartait, embrassait d'un plissementdes yeux le jeu entier des\n formes, la tête de côté, un sifflement léger au bout des lèvres.\n E t la vie affleurait, grandissait, jouait aux saillies, avec des\n fleurs d'ombre et de lumière aux retroussis de la peau.\n    C'était généralement l'affaire de quatre ou cinq mois, pas\n davantage, au bout desquels toute cette énorme matière\n humaine, avec ses nœuds de fibres, ses remous de sève, ses lacis\n frémissants de nerfs, était sur pied.\n    Presque toujours il commençait par dégrossir au crayon gras,\n  sur de larges feuilles de papier grenu, taillé au rouleau, la sil-\n  houette ou tel détail de son personnage. C'était large, sobre,\n  concret, puissant; ses dessins sont parmi les plus beaux que\n  nous aient laissés les maîtres. D'un trait appuyé, il obtenait le\n  volume, le contour et la couleur; l'architecture définitive déjà\n  dardait, mobile, grasse, nerveuse, de ces quelques lignes\n  initiales où courait la vie.\n     Je le vis ainsi travailler à ses dernières œuvres. A peine\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "                       CONSTANTIN     MEUNIER                       259\n\n\neut-il terminé son Pudleur qu'il rêva de refaire un Semeur\nen lui donnant, cette fois encore, les proportions de la grande\nstatuaire. C'était, ce fils des glèbes, une des figures représenta-\ntives auxquelles sa pensée attachait une valeur de symbole.\nJamais il ne parut plus près de la vie ; jamais il ne m a r q u a\nmieux l'éternelle beauté d'un geste qui évoque le renouveau\néternel du m o n d e . Lui-même, aux pentes de la vieillesse, si la\nvieillesse n'avait été pour lui l'âge héroïque perpétué, sembla\navoir rajeuni en pétrissant le bel ouvrier des semailles fendant\nd'un large pas r y t h m i q u e la plaine qu'il ensemence. Il avait\ndonné à la figure la grâce juvénile, souple et forte d'un dieu\ndescendu de la nue.\n   L ' h o m m e , en effet, descendait d'un sol légèrement déclive,\nportant en avant le poids d'un torse cambré par le h a n c h e m e n t .\nL a statique fut merveilleuse comme le doigté dont avaient été\nmodelés la cuisse, les reins, la poitrine et le dos.\n   L'antiquité, mais une antiquité sans le savoir, de nouveau se\nrévéla dans ce qu'elle a d'essentiel, sa simplicité, son équilibre,\nses volumes nourris, image de l'harmonie et des pondérations\ndu monde.\n   On espéra qu'il allait se reposer un peu de t e m p s ; sa force\nn'avait pas défailli; ses énergies étaient toujours admirables\nmais d'inquiétants symptômes s'étaient renouvelés. L u i , dont le\nsouffle avait animé un peuple spirituel, parfois pantelait, sans\nhaleine, dans des spasmes de vraie agonie. L e grand m o t e u r\nalors pour un instant s'arrêtait, ce cœur qui s'était usé à saigner,\nà rebondir sur les calvaires, à battre, ce semblait, toute une\nhumanité millénaire.\n   L a mort encore une fois l'ausculta, lui plongea ses poings au\nflanc. Q u a n d il dut cesser tout travail, ce fut, chez cet exem-\nplaire travailleur qui jamais n'avait perdu une heure, comme\nsi déjà elle était maîtresse de ses suprêmes résistances.\n   L e cœur parfois n'était plus q u ' u n frisson qui va s'arrêter; il\nfallut l'activer artificiellement; les médecins n'attendaient plus\nrien que de précaire à la fois et d'irrémissible. Cependant,\ntouché partout, il redressa encore la tête. J e le trouvai un matin\nà son atelier, un peu plus cassé seulement. Il ne mangeait\npresque plus; il redoutait toujours une de ces surprises de\nl'étouffement où il demeurait parfois des heures. Ah! le sourire\ndans la grande barbe, le bleu limpide et avivé des yeux, la\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "260                            DURENDAL\n\n\nlarge main chaude dont il vous accueillait! Quelqu'un, le jour\ndu grand départ, put dire avec raison que jamais plus on ne les\nrencontrerait après lui! Il était devant son Zola qu'il avait\nrepris, sa petite calotte noire entravers de son front spacieux, un\ncol de chemise mou sortant de son éternel gersey brun, à peine\nvieilli d'ailleurs, les cheveux abondants et colorés, de faufilures\npâles à travers les poils blonds de sa b a r b e .\n   — T u vois, je m ' y remets, me dit-il.\n   Ça avait été, on peut bien le dire à présent, la grande souf-\nfrance de la fin de sa vie, ce m o n u m e n t quitté et repris, seul ou\nen collaboration, et qui était si peu fait pour son réalisme\ngrandiose. L'œil avait des dessous noirs q u a n d il en parlait ;\nla bouche s'amertumait.\n   — J'en crèverai ! criait-il, d'une colère qui le secouait tout\nentier.\n   Il l'avait conçu simplement, avec grandeur : une mère allai-\ntait son enfant à la droite ; un de ses rudes marteleurs s'appuyait\nà la g a u c h e ; tous deux symbolisaient le travail et la race. Mais\non lui avait d e m a n d é par surcroît une Vérité, une Vérité nue, une\nallégorie callisthénique. Cet « h u m a i n » irréductible, ce pétris-\nseur de vie frémissante n'en put venir à bout. Il s'était décidé\nfinalement pour l'idée d'une figure de fille du peuple qui, le\nmasque déchiré par l'hiatus de la bouche, proférait une cla-\nmeur. Il y travaillait avec une ardeur égale et calme, revenu\nlui-même à la vérité de sa nature. T o u t le monde autour de lui\navait repris confiance.\n   E t un jour on montait m ' a p p r e n d r e qu'il était mort. Il avait\npassé, la veille, une journée de labeur j o y e u x ; il nourrissait des\nprojets, il parlait de la vie comme d'une durée sans limites; et\nau matin tout à coup, sans cassure, sans choc, le cœur s'était\narrêté comme il s'habillait pour descendre travailler avec le\nmodèle. U n vieil ami, le peintre Verheyden, lui voyant les\nyeux très grands et la bouche fléchie, lui posa la main sur la\npoitrine et ne sentit plus rien. L'autre, celle qui rôdait, l'y\navait mise avant lui.\n   J'arrivai presque aussitôt; je le vis étendu sur le petit lit de\nfer où allaient venir à lui les derniers hommages du m o n d e . L a\npiété touchante d'une de ses filles déjà l'avait enseveli et lui, pour\nqui la vie si longtemps n'avait été q u ' u n e course harassée, lui\nqui même plus t a r d , aux heures d'aisance et de sécurité, ne\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1034, "texte": "                           CONSTANTIN        MEUNIER                            261\n\n\ndormait que des sommeils toujours réveillés par la pensée de\nson art, reposait sous les draps dans l'énormité tranquille de la\ncessation de tout. Son visage aux longues paupières avait gardé\nla beauté égalisée de la pensée et du travail : il ressemblait à un\nde ces austères trappistes qu'au commencement de sa carrière\nil avait aimé peindre. Du masque, légèrement e m p â t é aux\nnarines, sortait le h a u t front labouré sous les arches chevelues\ndu sourcil. E t tout était fini : gloire, fécondité, génie. U n e\ndes forces du m o n d e gisait là, expirée. Mais l'âme, chez ce\nmort, avait été forgée d'une trempe si irréductible sous les mar-\nteaux de la vie qu'elle semblait palpiter encore au reflet des\ncierges, dans l'ombre illimitée de la chambre (1).\n\n                                                    CAMILLE LEMONNIER.\n\n\n\n\n  (1) Ces pages font partie d'un livre : La Vie Belge, qui paraît à la librairie Char-\npentier à la fin du mois.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-002", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 262, "page_fin": 263, "titre_corps": "Rivière tropicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Rivière Tropicale Songe aux rivières de Bernardin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 333, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "Rivière Tropicale\nSonge aux rivières de Bernardin de         Saint-Pierre,\nSonge aux vertes et mystérieuses     rivières\nQue sucre le parfum puissant des      ananas.\nSonge aux rivières d'Atala et de Chactas,\nSonge aux rivières tropicales dont les berges\nSe voûtent dans la nuit verte des forêts vierges\nEt dont le cours uni charrie    indolemment\nDes troncs d'arbre et des dos squameux de caïman...\n\nC'est en Floride, ou bien à la Louisiane.\nUn entrelacement de vigne et de liane\nDe l'une à l'autre rive, en ponts      irréguliers,\nRelie en les courbant les têtes des palmiers\nEt forme des arceaux arborescents, où pendent\nDes figues et des noix de coco, des       guirlandes\nSauvages de raisins, de feuilles et de fleurs...\nMoustiques et frelons vibrent avec fureur.\nDans l'eau tiède, parmi de larges feuilles plates,\nDes tulipes de neige et des lis écarlates\nEclatent... On entend continûment       les cris\nDes perroquets, des bengalis, des colibris\nLes arbres monstrueux      et tortueux     transpirent\nDes caoutchoucs gluants, des gommes et des            myrrhes.\nParfois, sous quelque étrange plante en parasol.\nUn tamanoir au groin pointu fouille le sol,\nOu quelque porc-épic ou quelque iguane mâche\nDes patates, du manioc on des pistaches.\nDans le profond miroir de l'eau glauque on dirait\nQue vit, plus fantastique encore, la forêt.\nEt telle est la chaleur étouffante qui pèse\nQu'on voit des fruits pareils à des fraises de braise,\nQue les magnolias aux grosses fleurs ont l'air\nDe se baigner ainsi que des buissons de chair,\nEt que les cardinaux au bec criard, s'ils bougent.\nCrépitent dans l'air vert comme des flammes          rouges...\nVers le soir, un tumulte de cris et de bonds\nFait onduler an loin les cocotiers. Ce sont\nLes singes inégaux aux mouvantes       bajoues\nQui sautent d'arbre en arbre et qui grimpent        et jouent\nEt s'accrochent, pareils à des enfants   velus,\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "                  RIVIÈRE TROPICALE                              263\n\n\nAux bignones en fleur et aux      convolvulus.\nIl en arrive par milliers. Ils se répandent\nSur les ponts de liane. On en voit qui s'y pendent\nPar la queue et, montrant les dents      affreusement,\nJettent des fleurs et des amandes aux     flamants,\nQui parallèlement debout sur une patte,\nParmi les nymphéas aux roses écarlates,\nNe répondent aux gestes fous des sapajous\nQu'en hérissant un peu le duvet de leurs cous...\nMais, au cœur de la nuit, dans les ténèbres      glauques,\nUn silence de guet, formé d'haleines     rauques,\nDe pas furtifs, de rampements dans les roseaux,\nEcrase lourdement la surface des eaux.\n[Sombre est voluptueuse et dangereuse où rôdent\nDes yeux de braise jaune à reflets     d'émeraude.\nDes parfums orageux flottent dans l'air. Parfois,\nUn bref rugissement fait tressaillir les bois,\nSuivi d'un choc et d'un craquement de vertèbres...\nPuis tout s'apaise. On n'entend plus dans les ténèbres\nQue le râle d'un faon dont le flanc tiède bat\nEl un très doux miaulement, comme d'un chat...\n\nAinsi, sans fin, pendant des lunes et des lunes,\nDans un vaste assoupissement    que    n'importune\nNul geste humain, le rêve étrange se poursuit,\nQui bourdonne le jour et halète la nuit...\n\nPourtant un jour, au lent tournant de la rivière,\nOn voit une pirogue et, debout à l'arrière,\nDominant les rameurs nègres au dos ployé,\nUn blanc, en pantalon de calicot rayé\nDe rouge... Un caïman curieusement         pointe\nVers le canot sa gueule aux mâchoires         mi-jointes.\nOr, le coude au canon du fusil, le héros,\nTanné et boucané sous son grand       sombrero.\nTandis que le mousson, parfumé de goyaves,\nDistille dans son sang, comme une sourde lave,\nLe suc voluptueux des violentes    fleurs,\nEt que le double rang des hommes de couleur\nA coups de rames bien parallèles     pagaie,\nSonge à la fille de Monsieur La      Bourdonnaie,\nBelle comme le jour et prisonnière    chez\nLes sanguinaires   et redoutables   Natchez,\nQui ont le front cerclé de plumes    scarlatines.\nEt des anneaux de cuivre accrochés aux          narines...\n                                                  VICTOR K I N O N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-003", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 264, "page_fin": 270, "titre_corps": "L’histoire de Marie Savonneau", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eugène Demolder", "ancre_debut": "L'histoire de Marie Savonneau GRAND'MÈRE sous sa fanchon rose", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 335, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "L'histoire de Marie Savonneau\n\n                GRAND'MÈRE, SOUS       sa fanchon rose, un lorgnon\n                      bordé d'or au bout de son nez, lisait son journal :\n                      le plus vieux des journaux, le seul qui n'eût\n                      changé ni son titre, ni ses opinions, ni son\n                      format. Bien que ses fils s'en moquassent,\n                      grand'mère n'en voulut jamais d ' a u t r e ; elle y\n                      était abonnée depuis son mariage, et il était si\n                      modéré que, malgré d'innombrables change-\nments de ministères, grand'mère avait pu croire en être restée\nà celui de M. Guizot.\n   L a petite Rosette, tout en berçant une poupée sur ses\ngenoux, observait la lectrice; Rosette avait de ces grands\nyeux d'enfant qui paraissent offerts au vol des papillons.\n  T o u t à coup elle appela :\n   — Grand'mère!\n   — Rosette?\n   — Pourquoi ouvres-tu la bouche toute ronde q u a n d tu lis?\n   — Parce que mon lorgnon me ferme le nez et m'empêche de\nrespirer autrement.\n   — Ce n'est pas joli. Ote ton lorgnon! Au lieu de lire, conte-\nmoi une histoire!\n   — U n e histoire, Rosette! reprit grand'mère, qui aimait à\nêtre priée. Mais tu me fais rabâcher! Je te les ai toutes répétées\nplus de vingt fois !\n   — Alors, chante une chanson!\n   — Si tu veux, soupira grand'mère.\n   Elle regarda Rosette :\n   — L a q u e l l e ? Celle des Rois? Nous sommes le 10 janvier. Ce\nserait de circonstance.\n   — O u i , celle des Rois.\n"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "                L ' H I S T O I R E DE MARIE SAVONNEAU            265\n\n\n   G r a n d ' m è r e ôta son lorgnon, se recueillit comme les chan-\nteuses quand elles vont lancer la première note ; puis elle\nesquissa une moue et elle m u r m u r a d'une voix flûtée, aigre-\nlette et cassée — la voix d'une fée vieillotte qui sort de la\ncoudraie pour offrir des noisettes aux enfants :\n\n                  Aussitôt que la lumière\n                  Darde ses rayons sur moi\n                  Je commence ma prière\n                  Par crier : Vive le Roi!\n\n   Rosette interrompit :\n   — Pourquoi as-tu une toute petite voix?\n   — C'est parce que j ' e u s pour maître un grillon.\n   — U n grillon ! Il venait te voir?\n   — N o n , j ' a l l a i s l'écouter.\n   — Où?\n   — D a n s la c h a m b r e de Marie Savonneau.\n   — D e Marie Savonneau?\n   — Ma bonne, à ton âge : une fille qui avait été soldat.\n   Rosette écarquilla les yeux :\n  — O h ! raconte!\n   Elle s'était levée, déposa sa poupée, s'empressa :\n   — G r a n d ' m è r e , veux-tu que j ' a l l u m e la lampe?\n  — N o n , fillette, restons entre chien et loup : la lampe\nn'éclairerait pas la nuit des t e m p s .\n   — C'est si ancien, si ancien!\n   — O h ! oui, d e p u i s , j ' a i accroché au mur soixante-treize\ncalendriers.\n   Ce disant, grand'mère approcha sa bergère du feu : des\nclartés dansaient sur les murs déjà tendus d'ombre. Rosette se\ncoucha aux pieds de son aïeule et flaira le parfum de berga-\nmote que répandait la robe en soie puce de la conteuse.\n   — C'était en Beauce, dit grand'mère, un pays où il poussait\nautrefois assez de blé pour donner du pain à toute la France.\nDans ce temps-là j ' é t a i s une petite fille comme toi. Mon père\nfabriquait des couvertures de laine et nous habitions un ancien\nchâteau qu'il avait approprié à son industrie : on y entrait par\nune porte si haute que des charretées de trois mille bottes de\npaille y pouvaient passer sans accrocher u n fétu au fronton.\nDu h a u t en bas cette porte était garnie de clous : leurs grosses\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "266                         DURENDAL\n\n\ntêtes formaient une cuirasse de fer, qui, au temps de J e a n n e\nd'Arc, permit qu'elle restât fermée au nez des Anglais.\n   Rosette frappa des mains.\n   — Donc, ce soir-là, reprit grand'mère, on venait de me\nmettre au lit. L e dernier troupeau de moutons rentrait. T o u -\npanse, le berger, poussa les verrous.\n   Rosette interrompit :\n   — Si on allumait la lampe?\n   — P a s encore, petite!\n   L'aïeule continua :\n   — Ma mère fit sa prière, papa y répondait debout, le bonnet\nde coton à la main. T o u t à coup le gros marteau frappa trois\nfois la porte, qui t re m b l a de tous ses clous. Les chiens aboyè-\nrent en tirant sur leurs chaînes et T o u p a n s e vint dire :\n   « — U n soldat d e m a n d e à passer la nuit dans la bergerie.\n Faut-il ouvrir?\n   » — E h bien, garçon, répondit mon père, est-ce q u ' u n soldat\nplus qu'un mendiant doit coucher à la belle étoile? Mets-lui\nune botte de paille fraîche et souhaite à ce voyageur la bien-\nvenue de ma part. J e le verrai au jour. Surtout fais-lui déposer\nson fusil et sa pipe : le feu, c'est ce qu'il y a de plus à craindre\ndans l'homme.\n   » Ma mère qui, pour écouter, avait brûlé la politesse au bon\nDieu, reprit son pater et, après un signe de croix, se coucha.\nQuant à moi, l'idée q u ' u n soldat logeait sous notre toit me tint\néveillée une partie de la nuit. Avait-il un bonnet à poils ou bien\nun casque avec une crinière? Était-ce un lancier d e la garde\nou un troupier coiffé d'un bonnet de police? Avait-il des épe-\nrons, des bottes? O h ! le jour serait long à venir!\n   » P o u r t a n t l'aube me trouva seule, endormie dans ma\nchambre.\n   » Mon père surveillait déjà ses fileuses de laine et ma mère\npréparait le repas du matin. C o m m e de coutume elle m'apporta\nau lit un petit pain chauffé au four et une bonne tasse de lait\nmousseux. »\n   — Il était bon? fit Rosette.\n   — On n'en boit plus de semblable. P e n d a n t que je grignotais\nma croûte, je m'écriai tout à coup : Où est le soldat? » E t\njuste au même instant mon père entra, suivi du militaire. Pour\nle mieux voir, je me penchai sur mes oreillers. Mais j e ne\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2130, "texte": "                 L'HISTOIRE DE MARIE SAVONNEAU                        267\n\n\nlui trouvai point l'air martial que j'imaginais : il avait une petite\nfigure ridée, où brillaient des yeux très noirs et un nez en trom-\npette, au-dessus d'une bouche sans moustache.\n    — Il était vilain ! s'écria Rosette.\n    — D a m e ! Je le trouvai bien laid! Q u a n t à son costume, il\nparaissait trop grand. L e shako s'enfonçait jusqu'aux sourcils,\nles buffleteries étaient lâches, le veston trop large aux épaules.\nDepuis son entrée, il se tenait au port d'armes, muet, devant\nmon père : il me fit songer aux soldats de plomb de mon cousin\nMagloire.\n    — Il avait un drôle de nom, ton cousin ! interrompit\nRosette.\n    — U n nom à la mode du temps ! Mais mon père dit au\nsoldat :\n    « — Alors, mon garçon, vous voudriez entrer à mon service ?\n    » — Oui, maître Leroy, répondit l'homme d'une voix si\ndouce que je regardai par la chambre s'il ne s'y trouvait pas une\nfemme que je n'avais pas vue.\n    » — Malheureusement, dit mon père, notre berger t'a déjà\nannoncé qu'il n'y avait pas d'ouvrage pour toi ! C'est une bonne\nd'enfants qu'il me faut!\n    » — Dieu soit loué! s'écria le soldat. Car sur mon Dieu, mon\nâme, je suis une femme! P o u r t a n t j ' a i fait deux congés, trois\ncampagnes. E t , crénom! sans l'occasion qui se présente, je ne\nme serais peut-être j a m a i s souvenu que j ' a i porté des cottes!\n    » D ' é t o n n e m e n t ma mère laissa tomber la tasse vide qu'elle\ntenait. L e soldat en ramassa les morceaux; puis il s'exclama :\n    « — Quel d o m m a g e ! De si belle pourccline!\n    Rosette interrompit, moqueuse :\n    — H e u r e u s e m e n t que ce n'est pas lui qui t'a enseigné le\nfrançais !\n    G r a n d ' m è r e hocha la tête :\n    — Pauvre Marie Savonneau! Elle m'a appris des choses\naussi utiles! Mais écoute la fin de l'histoire.\n    « Mon père, a y a n t fermé la porte, dit au soldat :\n    « — Explique-moi, mon garçon, pourquoi n'es-tu pas resté\nfille?\n    » Sans répondre, le soldat fit glisser sur son ventre une sorte\nde sac en toile bise qu'il portait au dos : il l'ouvrit avec précau-\ntion.\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "268                          DURENDAL\n\n\n   » J'écarquillais les yeux pour voir ce qui allait sortir de cette\nchose mystérieuse, qui n'était ni le havresac du militaire, ni la\npanetière des bergers, ni le bissac du m e n d i a n t .\n   » L e soldat en tira d'abord un archet, puis un violon, qu'il\ndéposa religieusement sur la table.\n   » Mes parents furent ébahis, et moi charmée à tel point que\nje sautai de mon lit pour être prête à danser, si la fantaisie\nprenait au violoniste de jouer un air.\n   » P o u r t a n t il continuait ses recherches : une pipe en\nbois et un peigne rejoignirent l'instrument de musique, avec un\ndébris de miroir, un vieux pistolet, des aiguilles à tricoter.\nEnfin, une vessie : au lieu de tabac, le militaire y prit une\ntresse brune qu'il montra en disant :\n   » — Voilà mes cheveux q u a n d j'étais j e u n e !\n   » Quelques écus sonnèrent au fond de la blague.\n   » — M a fortune fait plus de bruit qu'elle n'est grosse, mur-\nm u r a le militaire.\n   » P a r m i les pièces d'argent il saisit un morceau de parche-\nmin : il le déploya, le montra à mon père.\n   » Mon père n'y vit que le chiffre 7, m a r q u é en noir, juste au\nmilieu.\n   » — Cela ne vous dit rien, maître? d e m a n d a le soldat. E h\nbien, pour moi, c'est comme les sept clous de la Passion. Sans\nce méchant numéro que tira mon frère Jean-Marie, mon nez\nn'eût point gelé pendant la retraite de Russie.\n   » Notre visiteur soupira et reprit :\n   » — Quand au jour de la conscription, Jean-Marie rentra avec\nce 7 là cousu à son chapeau, il nous sembla que la faux de la\nmort était tombée sur sa tête et toute la famille se mit à pleurer.\nC'est que Jean-Marie était aussi utile à la charrue que le grand\npercheron et la grise : à eux trois ils chassaient la faim\ndu logis. Rude besogne quand tous les jours on est quatorze\nautour de la m a r m i t e , — quatorze, et la moitié des bouches\ninutiles — car les pères grands étaient perclus et les quatre\nderniers garçons ne savaient travailler que des mâchoires !\nEnfin, c'était de leur â g e ! . . . Moi, j'étais la plus vieille et\nla plus avisée. Je dis à mon frère, en me torchonnant les\nyeux : « Assez pleuré. Viens, j ' a i une idée qui pourrait bien\ntout arranger. » Mon frère me suivit. « Monte avec moi et\nfais ce que je te commanderai », lui dis-je. U n e fois là\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "                L'HISTOIRE DE MARIE SAVONNEAU\n\n\n h a u t : « Si mon idée ne vaut guère, ce sera toujours une\n farce pour les faire rire; allons! donne-moi tes hardes et\n prends les miennes. »\n     » Il le fit et se vêtit en femme avec mes jupes et ma taille.\n Mais moi, quand j ' e u s bouté ses habits, que sur ma tête fut le\n chapeau avec ce numéro 7, je me regardai dans le miroir : « O h !\n c'est-y possible! c'est-y possible! m'écriai-je. Je suis Jean-Marie\n en personne ! »\n    » — C'est moi! c'est tout moi, répétait mon frère ahuri.\n    » — E h b i e n ! ferme les y e u x ! lui dis-je.\n    » P r e n a n t une paire de cisailles à tondre les moutons, je\ncoupai mes deux tresses juste au-dessus des oreilles.\n    » Au bruit, Jean-Marie leva les paupières.\n    » — Deviens-tu folle, ma sœur?\n    » — Non, que je lui réponds.\n    » E t me c a m p a n t devant lui, le chapeau sur l'oreille :\n    » — A présent, je suis Jean-Marie Savonneau, conscrit, et\nd e m a i n je rejoins mon régiment!\n    » Qui fut dit fut fait. Vous devinez le reste, not' maître ! »\n    G r a n d ' m è r e , après un instant de silence, ajouta :\n    — Mon père prit le soldat par la main et lui dit :\n    « — Vous êtes une brave fille! Votre place est ici! »\n    — E t après? dit Rosette qui aimait les histoires très\nlongues.\n    — Après? reprit la vieille d a m e . Ma mère lui a donné des\nhabits de femme.\n   — Elle les a mis?\n    — Oui, mais elle n'a jamais voulu quitter son pantalon de\nsoldat. Comme elle était toujours écourtée, on le voyait par en\ndessous, et tout le m o n d e nous regardait quand nous allions en\npromenade?\n   — E t son violon?\n   — A h ! son violon! C'était celui de son père, qui avait été\nménétrier. E n mourant il avait dit que si jamais elle revenait,\nce serait sa part d'héritage, car toute petite il lui avait appris à\nen jouer. Aussi demanda-t-elle la permission de faire danser aux\nmariages et aux assemblées, q u a n d ça tomberait le dimanche.\nL e jour des Rois, elle frappait aux portes en disant la chanson\nque je répétais tout à l'heure : on lui donnait la part au bon\nDieu.\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 437, "texte": "270                       DURENDAL\n\n\n  — T u allais avec elle?\n  — Non, Rosette, mais je l'entendais jouer et je criais\nbravo !\n  — On lui donnait de l'argent?\n  — Oui, et de la galette. Les écus étaient pour elle, le gâteau\npour moi. Comme Marie Savonneau logeait dans le fournil elle\nme faisait réchauffer la galette au four et j'allais la manger\nen écoutant chanter le grillon.\n\n                                      EUGÈNE DEMOLDER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-004", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 271, "page_fin": 271, "titre_corps": "La mort du vautour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest de Laminne", "ancre_debut": "La mort du vautour Frappé dans la pourpre du soir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 342, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "La mort du vautour\n        Frappé dans la pourpre du soir\n  Par le plomb meurtrier du pâtre des vallées\n  Le vautour remontait les ailes étalées\n        S'efforçant vers son rocher noir.\n\n         II arriva le bec ouvert\n  Et trois fois il manqua, malgré ses grands coups      d'ailes,\n  Le roc où chaque jour il portait les gazelles\n         Ravies au fond du désert.\n\n        Penché sur le gouffre     béant,\n  Le vautour s'endormit bercé par la tempête,\n  Et tandis que le vent lui hérissait la crête\n         Le vautour rêvait au néant.\n\n         Le vautour rêvait sous les c i e u x\n  Et le brouillard du soir, montant de cime en cime\n  Comme un linceul de mort enveloppait        l'abîme\n         De ses voiles  silencieux.\n\n         Il y resta triste et sanglant\n  Accroupi sur la pierre et polluant la mousse.\n  Laissant au ras du sol trainer sa tête rousse,\n         Où pendait un caillot    tremblant.\n\n         Il y resta jusqu'au    matin,\n  Et ses rouges forfaits jusqu'à l'aube   sanglante\n  Hurlèrent sans relâche en sa tête branlante.\n         Le vautour ne regretta     rien.\n\n        Et quand se leva le soleil\n  Ayant battu de l'aile un instant sur la glace,\n  Et sans pousser de cris il tomba dans l'espace\n        Jusqu'au fond du gave vermeil.\n\n                                         E R N E S T DE LAMINNE.\nAu pied du Cervin,   le 16 août.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-005", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 272, "page_fin": 274, "titre_corps": "Le Coiffeur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Comte d’Arschot", "ancre_debut": "Le Coiffeur C'ÉTAIT un brave homme", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 343, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "Le Coiffeur\n\n              C'ÉTAIT un brave     homme.\n                       Il y avait près de quinze ans qu'il était\n                    coiffeur dans sa petite ville. De sa jeunesse,\n                    on ne connaissait rien; on savait seulement\n                    qu'il avait été soldat, qu'il avait séjourné aux\n                    colonies et fait des voyages extraordinaires;\n                    mais c'était un peu mystérieux.\n                      Comme il avait un caractère doux et obli-\ngeant, et comme, quand il était en verve, il racontait des\nhistoires drôles, il s'était acquis une belle et fidèle clientèle.\nIl était grand, un peu maigre, sa figure était bonne, encadrée\n de cheveux abondants, bouclés au sommet de la tête et aux\ntempes en grosses touffes, — un peu comme s'il eût voulu faire\nune enseigne de sa chevelure. Ses yeux étaient souriants,\nquoique parfois bizarres. Ils paraissaient avoir gardé un per-\npétuel étonnement des choses qu'ils avaient vues, il y avait\npourtant bien longtemps. Il leur arrivait même, quand il\nparlait, de s'emplir de phosphorescences étranges, presque\ninquiétantes.\n   Cet homme n'était pas heureux!\n   Il coiffait, il rasait avec des minuties de femme; sa boutique\nne restait jamais vide; il gagnait de l'argent. Mais que de fois,\npendant que ses mains, agiles et inconscientes, traçaient des\nraies, ramenaient des mèches, que de fois sa pensée remontait\nvers sa jeunesse. Malgré sa prospérité, il sentait ne pas accom-\nplir sa destinée. Il revoyait les contrées parcourues naguère, les\ngrandes îles peuplées d'hommes noirs, couvertes de végétations\ncompliquées, les heures de tempête, les nuits calmes sur la mer\nadmirable. Il se souvenait de ses chasses, fatigantes et passion-\nnantes. U n e âme de chasseur enragé sommeillait en lui. A h !\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1934, "texte": "                              LE COIFFEUR                               273\n\n\naujourd'hui... tandis q u ' a l o r s ! . . . E t , devant ses yeux pleins de\nflammes, repassaient les scènes anciennes : les antilopes atten-\ndues dans l'ombre au bord des lacs, les aigles guettés dans les\nroches, des sangliers énormes et deux panthères achevés au\npoignard.\n   Alors, tout à coup, au client stupéfait d'une violence si\nsubite, il racontait cette chasse émouvante qu'il venait de\nrevivre, avec tous les détails, de la fièvre d a n s les mots. E t il\ndisait :\n   — J'ai tiré mon couteau, et...\n   E t , prenant son rasoir, il passait le dos de la lame froide,\nrapidement, sur le cou de l'homme inquiet.\n   — J'ai fait comme ça...\n\n\n\n  Peu à peu, jour par jour, avec cette lenteur perfide qui\nempêche de s'apercevoir des progrès qui se font, ses souvenirs\nfurent si vivants, leurs retours si fréquents, qu'ils devinrent une\nobsession douloureuse. L u i , le brave homme, d'apparence\npaisible comme celle de sa petite ville, et resté si longtemps\ndiscret sur son passé, le raconta tout entier. Il multiplia les\nrécits extraordinaires, presque invraisemblables, de ses aven-\ntures et de ses chasses.\n  On s'étonna.\n  — Vous savez, répéta-t-on partout, on dit que le coiffeur va\nrepartir pour les I n d e s . . .\n   Il y songeait.\n   L'argent ne lui m a n q u a i t point, mais on ne s'en va pas là-bas\ncomme on s'en va, le dimanche matin, pour pêcher dans la\nSeine. Ç'aurait été la perte de son commerce, le retour dans\nune maison ruinée. E t puis, il y avait sa femme et ses deux\nenfants!\n   Il sentit toute son impuissance, et comme la vie moderne,\nautant que la vie antique, attache les hommes à la glèbe.\n   Il pâlit, ses yeux s'agrandirent, sa fièvre augmenta. Il ne\ntarissait plus en récits fantastiques, en descriptions de terres\nfabuleuses.\n   — J'ai tiré mon couteau...\n   Et pour chacun il renouvelait le geste ancien ; le revers du\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "274                            DURENDAL\n\n\nrasoir glissait rapidement sous chaque menton, donnant un\nfrisson tragique comme l'approche de la mort.\n\n                                  ***\n    Les clients diminuèrent.\n    On avait peur maintenant de l'homme, on le trouvait trop\nfrémissant, on sentait ses doigts trop nerveux; trop d'éclairs\n illuminaient ses yeux.\n    Alors, il resta pensif dans sa boutique devenue trop grande.\nSolitaire et attristé, il était plus que jamais fasciné par ses\nvisions, et q u a n d un inconnu imprudent entrait, il fondait sur\nlui, l'accablait avec une ardeur joyeuse de ses histoires et finis-\nsait par le geste terrible.\n    Terrible, car sa main appuyait m a i n t e n a n t ; ses regards se\ntroublaient. Il ne voyait plus l'être h u m a i n , il voyait la bête, la\nbête vigoureuse et vaincue, avec l'œil larmoyant, le cou fendu,\nsaignant, — tout le sang vivant et chaud, coulant comme un\nfleuve. Parfois il s'arrêtait, pris de la terreur affolante de s'être\ntrompé sur le côté de la lame d'acier. U n jour, il la laissa\ntomber, s'enfuyant épouvanté devant un client, qui ne compre-\nnait pas.\n\n   On regarda bientôt sa maison d'un air étrange q u a n d on pas-\nsait. O n plaignit sa femme.\n   U n matin, la devanture ne s'ouvrit pas. On avait trouvé\nl'homme la gorge béante, les boucles pleines de sang, mort d'un\ngrand coup de rasoir qu'il s'était donné.\n   L a semaine suivante, un autre coiffeur vint s'installer dans la\nboutique.\n\n                                                Comte D'ARSCHOT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-006", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 275, "page_fin": 280, "titre_corps": "À propos de Miss Isadora Duncan : Une prêtresse de l’orchestique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Closson", "ancre_debut": "À propos de Miss Isadora Duncan Une prêtresse de l'orchestique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "À propos de Miss Isadora Duncan\n\n                    Une prêtresse de l'orchestique\n                  LA mime et danseuse américaine miss D u n c a n a d o n n é le\n                     mois dernier, au théâtre de l'Alhambra, quatre r e p r é -\n                     sentations qui ont excité chez nous u n e vive curiosité et\n                     un enthousiasme sans cesse croissant. A ses première et\n                     troisième séances, elle nous a montré des interprétations\n                     vivantes de toiles célèbres, — la Primavera de Botticelli,\n                     un ange musicien de R a p h a ë l , — de pièces de danse\n                      classique de R a m e a u et Couperin, puis des réalisations\n                      de scènes mythologiques comme « Narcisse », « P a n et\nl'Écho » et de quelques scènes d'Orphée de Gluck. Les deux autres séances,\nde loin plus attrayantes, étaient consacrées e n t i è r e m e n t à des airs de ballet\net à des scènes des deux Iphigénie, du même maître.\n   Toutes ces choses soulèvent des problèmes esthétiques d'une complexité\ntelle qu'elles dépassent de loin la portée d'un simple compte r e n d u . Celui-ci,\nsuffisant à la rigueur au sujet des manifestations les plus élevées même\nd'un art h o m o g è n e , classé, ne l'est plus lorsqu'il s'agit de procédés\ndéduits de conceptions nouvelles, qu'il importe d'analyser tout d'abord. P r o -\ncédons donc par o r d r e , en résumant brièvement les idées en question.\n    Ce qu'il y a de plus a p p a r e n t d a n s les exercices de miss D u n c a n (fille d'un\nhelléniste-poète californien distingué), ce sont des essais de restitution de la\nchorégraphie a n t i q u e , d'après les m o n u m e n t s plastiques et graphiques qui\nnous en sont restés. C'est d o n c de l'orchestique, la « plastique en mouvement »,\ndes Hellènes, la correspondante de la plastique d a n s le d o m a i n e des arts\nmusique (ceux qui s'inscrivent, non dans l'espace, mais dans le temps).\n    Mais ce sont là, encore u n e fois, les côtés extérieurs d'un art dont la\nspontanéité séduisante atteste cependant à elle seule une origine plus intime,\nplus personnelle. L'artiste remonte plus haut que l'antique et c'est justement\nparce qu'elle poursuit l'art antique d a n s son essence, la nature, que ses\nexercices évoquent la vie m ê m e , et non u n pastiche plus ou moins habile.\n L'idée directrice de miss D u n c a n est celle-ci : Elle considère la danse (dans\n le sens le plus large du mot) c o m m e une expression élémentaire, au m ê m e titre\nque la parole, le geste, le jeu de physionomie et tout ensemble comme le\n moyen d'extériorisation le plus intense du sentiment; — d o n c à la fois un\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3303, "texte": "276                                  DURENDAL\n\n\npoint de départ et un aboutissement. A l'appui de sa thèse, elle observe avec\nraison que tels gestes, telles attitudes expriment avec tant de force le senti-\nment correspondant, qu'ils le contiennent en puissance et sont susceptibles\nde l'éveiller d'une manière réflexe. A un enfant, faites courberla tête au-dessus\ndu bras étendu : l'expression du visage se fait aussitôt grave et concentrée.\nLe visage et le regard tournés vers le ciel évoquent l'élévation d'âme, l'idéa-\nlisme. De même encore, la tête fortement rejetée en arrière, la bouche\nentr'ouverte font s'éveiller dans l'âme quelque chose de dyonisiaque et\nd'orgiastique. Les animaux même offrent, dans des attitudes similaires, des\ncorrespondantes sentimentales identiques. La dernière attitude, par exemple,\n— la tête vivement rejetée en arrière, correspond chez les animaux nobles :\nles grands fauves, l'éléphant, l'aigle, à un moment de vive exaltation, dont\nnous étendons instinctivement l'expression aux choses inanimées, un rocher\nhardiment cabré, la vague prête à déferler, etc.\n   Ce contrôle permanent de la nature fournira des principes du genre de\ncelui-ci : Un mouvement ou une attitude ne peuvent jamais demeurer isolés\n(comme on le voit dans la chorégraphie théâtrale), mais doivent se relier\nd'une manière indiscontinue à ceux qui précèdent et à ceux qui suivent,\ncomme le « mouvement » de la statuaire grecque nous en donne la très\nvive impression ; en d'autres termes, le schéma chorégraphique ne doit pas\nêtre la ligne brisée, figure factice, mais l'ondulation, l'« onde » des physiciens,\nmouvement essentiel des forces élémentaires (1).\n   Il doit donc exister, pour la danse, un « matériel » d'expression\norchestique élémentaire, éternellement beau et compréhensible, parce que\n« vrai ». La nature en est facile à déterminer : il émane du sentiment\nlui-même et se limite par les possibilités physiologiques du corps humain,—\ndonc encore une fois par la nature.\n   « Devant l'Océan [nous citons miss Duncan elle-même (2)], nous ne nous\ndemandons pas comment il se mouvait jadis, comment il se mouvra demain ;\nnous sentons que ses mouvements, propres à sa nature, resteront éternelle-\nment les mêmes. De même, les mouvements des animaux en liberté sont la\nsuite nécessaire de leur constitution et de leur relation avec la terre qui les\nporte; du moment seulement où l'homme les captive et asservit leur liberté,\nils perdent cette faculté de se mouvoir en harmonie avec la grande Nature,\net leurs mouvements deviennent empruntés et sans beauté.»\n   L'orchestique rationnelle ne doit pas seulement se conformer à la nature de\nl'homme en général, mais encore s'individualiser suivant le sexe, l'âge, la\nconformation physique et le tempérament de chacun. Aussi, dans l'école de\n\n\n   (1) C'est la théorie que miss Duncan s'efforce d'appliquer notamment dans ses inter-\nprétations mobiles de toiles célèbres, comme la Primavera, en essayant de reconstiluer\nl'ensemble probable du mouvement dont la toile nous montre un moment seulement,\ncelui-ci étant pris non comme point de départ, mais comme « centre » de l'enchaî-\nnement général.\n   (2) ISADORA. DUNCAN : Der Tanz der Zukunft (the Dance of the Future), tint\n Vorlesung, übersetzt uni eingeleitet von K. Federn (Leipzig, 1903).\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3671, "texte": "                   A PROPOS DE MISS ISADORA DUNCAN                                   277\n\ndanse fondée par l'artiste (1), s'efforce-t-elle, non d'imposer à ses élèves des\nprincipes chorégraphiques immuables, mais d e développer et d e g u i d e r les\nmouvements propres et instinctifs de chacune d'elles.\n   On voit qu'il ne s'agit pas tout à fait d'une interprétation servile de l'art\ngrec, lequel n'est invoqué que parce qu'il n e r e p r é s e n t e rien autre que des\n« attitudes essentiellement naturelles » — mais d a n s u n e réalisation s u p é -\nrieurement esthétique. C'est, en effet, que cette simplicité séduisante, outre\nla monotonie relative engendrée p a r la limitation même des « matériaux »\nexpressifs, comporte u n grave d a n g e r : celui de la vulgarité dans la réalisa-\ntion. Mais c'est ici précisément que triomphe l'artiste, en recréant ces gestes,\nces attitudes élémentaires, dans u n langage plastique h a r m o n i e u s e m e n t sty-\nlisé, placé sous le contrôle direct des chefs-d'œuvre de l'art a n t i q u e , des sta-\ntues, des dessins de vases, etc., qui peuvent être considérés c o m m e fixant\nautant d'attitudes orchestiques.\n   Il est à peine nécessaire d'ajouter que miss D u n c a n traite sans tendresse le\nballet théâtral contemporain, qui lui paraît antiesthétique, paradoxal, incon-\nvenant au premier chef.\n\n   Les mouvements enseignés dans nos écoles de ballet théâtral s'insurgent puérilement\ncontre les lois de la gravitation, de la volonté individuelle; ils sont en contradiction\navec les mouvements et les formes créés par la nature; ils doivent donc demeurer\nstériles, hors d'état de tirer d'eux-mêmes des mouvements consécutifs, et mourir\ncomme ils sont nés. L'expression émanant de cette action qui s'arrête et expire constam-\nment, dans laquelle aucun mouvement, aucune pose, aucun rythme ne possède de causa-\nlité et ne se développe en actions consécutives, est une expression de la dégénérescence,\nc'est celle de la mort vivante... A ceux qui prennent plaisir au ballet théâtral et lui\ntrouvent une justification historique ou chorégraphique, je dirai qu'ils n'oseraient songer\naux corps qui, sous les oripeaux, s'agitent devant eux : des muscles déviés dans des atti-\ntudes contre-nature et, sous ces muscles, des os non moins dévoyés de leurs fonctions\nnaturelles; c'est un corps déjeté, un squelette tourmenté qui danse devant eux!\n\n                                          * **\n   Nous nous s o m m e s intentionnellement é t e n d u sur la partie théorique et\nabstraite de l'expression d'art imaginée par miss D u n c a n , en raison de l'in-\ntérêt intrinsèque d e ces idées, généralement ignorées de ceux m ê m e qui en\napplaudirent l'application. Q u a n t à cette dernière, encore présente à tous\nles yeux, elle fut a b o n d a m m e n t décrite p a r nos confrères de la presse\nquotidienne (2).\n\n\n  (1) A Berlin. Ce curieux conservatoire, qui absorbe la totalité des ressources de\n miss Duncan, est un véritable orphelinat, où les enfants (au nombre d'une trentaine\nenviron) reçoivent la pension complète, l'instruction, etc., dans une saine et joyeuse\nambiance physique et morale. Miss Duncan, qui espère fonder une espèce de\n« chœur orchestique » où seraient cultivées ses traditions, n'admet que des sujets très\njeunes, des enfants, parce que ceux ci dansent dans l'ignorance de toute convention.\nElle attribue la rapidité des résultats acquis à ce fait que les enfants ne sortent pas\ndu milieu, tout pénétré de ses traditions, dans lequel ils vivent.\n  (2) L'appréciation la plus juste en fut donnée par le XXe Siècle, sous la signature\nde M. G. Systermans, le pénétrant critique musical du journal.\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "278                              DURENDAL\n\n\n   Partant des principes reproduits ci-dessus, miss Duncan rejette expressé-\nment toutes les absurdes conventions du ballet contemporain, jetés-battus,\npointes, etc., pour ne conserver que les moyens d'expression corporelle\ninspirés par les états d'âme élémentaires : gestes, attitudes, modalités diverses\nde la danse et de la course impulsives. Non moins logiquement, elle se débar-\nrasse de tous les attributs dont prétend s'orner la chorégraphie traditionnelle\n(parures, bijoux, vêtements ornés, accessoires divers) et pousse la conscience\njusqu'à danser nu-pieds ; — détail paradoxal à première vue, mais qui, réalisé,\ns'impose aussitôt comme une nécessité esthétique.\n   Et tout ce qu'elle fait réunit une grâce, une harmonie de ligne, de mouve-\nment et de rythme dont rien jusqu'ici ne nous avait permis de soupçonner la\n surprenante beauté. On peut dire qu'un seul « pas » (il faut bien conserverie\nmot) de miss Duncan fournirait, cinématographié, de quoi peupler de statues\ntout un parc. L'art antique est continuellement présent à notre souvenir.\n Dans sa danse, ses attitudes, ses pas, repassent à tout instant, comme une\nvision fugitive, les apparences plastiques avec lesquelles nos yeux se sont\nfamiliarisés dans les musées, les recueils d'art ancien : mais, encore une\nfois, non d'une façon forcée et « voulue », mais d'une allure spontanée et\ndans un enchaînement naturel avec l'ensemble. L'impression se précise par\nl'apparence physique même de la mime, — malgré sa physionomie nettement\nanglo-saxonne, — par une harmonieuse robustesse corporelle (résultat d'un\nexercice rationnel), la vigueur et la fermeté des attaches, rappelant le carac-\ntère presque athlétique de la beauté féminine dans la statuaire grecque.\n    L'impression morale et intellectuelle est curieuse à noter. Ce spectacle a\nquelque chose de reposant, d'une clarté calme, de convenable et d'ingénu à la\nfois, d'une chasteté essentielle qui contraste violemment avec les agitations\nsavantes, l'effort acrobatique difficilement dissimulé sous le sourire des\n visages, et — disons le mot — la lubricité ingénieuse du ballet théâtral.\n    Les programmes entiers seraient à citer. Il suffira de rappeler ici, dans le\n divertissement du troisième acte d'Iphigénie en Aulide, le «jeu de balle », le\n « jeu des osselets », « la course » ; « Iphigénie marchant à l'autel pour accom-\n plir son sacrifice » ; les attitudes et les poses durant le chœur des prêtresses\n du premier acte d'Iphigénie en Tauride; la charmante danse naïve pour la\n Musette du ballet final du même ouvrage; enfin et surtout, pour la danse\n des Scythes, une sorte de \" pas des javelots \", interprétation très habilement\n adéquate du dessin mélodique, une merveille de ligne, d'attitudes, de rythme,\n d'énergie transfigurés dans de la grâce.\n\n                                      ***\n  Revenons encore une fois à la question de principe, pour élucider un\npoint important de la nouvelle école de danse imaginée par miss Duncan, —\nce qu'elle nomme elle-même la « danse de l'avenir ». Il s'agit de l'accompa-\ngnement musical de ses performances.\n  Nous disons bien « accompagnement musical ». Il convient de constater,\nen effet, que la conception d'après laquelle nous considérons parfois, au\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3687, "texte": "                      A PROPOS DE MISS ISADORA DUNCAN                                           279\n\nthéâtre, la danse comme la figuration, le c o m m e n t a i r e de la s y m p h o n i e , est\narbitraire et ne résiste pas à l'analyse de nos sensations. C'est la musique\nqui accompagne la danse, et non l'inverse. L e discrédit dans lequel les choré-\ngraphes ont laissé sombrer leur art, l'importance fabuleuse que la m u s i q u e\na prise d a n s notre civilisation, ont seuls pu renverser en nous ces n o t i o n s .\n Dès que la danse (comme d a n s le cas qui nous occupe) reprend sa dignité\net sa noblesse originelles, la musique reprend vis-à-vis d'elle son caractère\n subalterne en tant que musique de danse.\n    Ceci dit, quelle musique accompagnera la danse «élémentaire »? N o u s\nrépondrons sans hésitation : u n e m u s i q u e composée ad hoc, sauf en ce qui\nconcerne les airs de ballet des tragédies musicales sur des sujets a n t i q u e s ,\nou du moins dont la réalisation n'est pas trop obligatoirement localisée\n et datée.\n    Tout d'abord, la musique instrumentale absolue, composée en dehors de\ntout objet autre qu'elle-même, doit être écartée a priori. Miss D u n c a n a\n « dansé» (pas ici, mais ailleurs) des s y m p h o n i e s , des sonates de Beethoven (1).\nOutre que l'abaissement des chefs-d'œuvre de la m u s i q u e au r a n g d e sym-\n phonies chorégraphiques n'est pas tolérable, c'est là u n e erreur de principe.\n U n e œuvre de m u s i q u e absolue est, à notre sens, complète en soi, c o m m e\n une sphère ; son interprétation « plastique » nous paraît aussi illégitime,\narbitraire et superfétatoire que le serait u n e interprétation picturale ou p o é -\ntique; en outre, c'est d i m i n u e r la portée de l'expression musicale, infinie\nparce qu'indéfinie, que de la concrétiser d a n s u n geste ou u n e attitude.\n    La musique instrumentale « dansable » se limiterait d o n c à la musique\np r o p r e m e n t c h o r é g r a p h i q u e . Mais ici encore, la logique c o m m a n d e les plus\nexpresses réserves. L'interprétation orchestique « élémentaire » est inconci-\nliable avec des m o r c e a u x de danse, menuets, valses, etc., ayant leurs\ncorrespondantes chorégraphiques bien déterminées, localisées et datées.\nReste d o n c le ballet des œuvres lyriques sur sujets a n t i q u e s , lequel se limite\naux pages pantomimiques et chorégraphiques du seul Gluck, qui prêtèrent\naux deux inoubliables soirées des Iphigénie le r a y o n n e m e n t de leur majes-\ntueuse simplicité, de leur énergie r y t h m i q u e et de leur incomparable inten-\nsité d'expression (2).\n    Mais c'est p e u . R e m a r q u o n s , en outre, que miss D u n c a n , envisageant son\n\n\n   (1) Elle ne l'a fait, dit-elle, que dans l'espoir de trouver, dans cette rencontre de\nsa danse avec les œuvres en question, de nouveaux éléments de rythmique orchestique ;\nmais dans ce cas ces essais devaient être perpétrés en particulier, non en public.\n   (2) On pourrait dire (et telle fut l'idée exprimée dans l'Art Moderne par notre\nconfrère M. Ch. V.), que le ballet de Gluck — lequel écrivait à une époque où\nl'archéologie théâtrale était encore à naître — n'a rien d'antique et de grec et n'a en\nvue que l'art chorégraphique du temps. Ceci, h notre sens, ne répond pas à la réalité\ndes faits. Par une intuition géniale, Gluck évoque absolument le sentiment de l'âme\nantique, notamment par la simplicité et la grandeur de la ligne mélodique et l'accent\nd'implacable fatalité de son expression musicale. Il suffira, pour s'en convaincre, de\nconfronter ses partitions sur des sujets antiques, les Iphigcnie, Orphée, Alceste, avec\nle romantisme chevaleresque d'Armide.\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "280                                      DURENDAL\n\n\nart comme objet et non comme illustration accessoire d'un autre art, renverse\nillogiquement les rôles en s'exerçant « sur « un air d o n n é ; c'est le contraire\nqu'il faudrait faire. Enfin, notre musique occidentale, d'une g r a n d e richesse\nh a r m o n i q u e , est d ' u n e relative indigence rythmique comparativement, par\nexemple, aux agrégats r y t h m i q u e s de la musique orientale. L'artiste n e peut\ndonc prétendre y trouver les correspondantes sonores des i n n o m b r a b l e s\n« possibilit'és » rythmiques de la danse élémentaire. Elle avoua elle-même\navoir senti naître sous ses pas des combinaisons rythmiques qu'elle n e pouvait\nmalheureusement appliquer, faute d'accompagnement adéquat. Il serait donc\nlogique de faire composer a posteriori cet accompagnement, d'après un\nschéma r y t h m i q u e d o n n é . Mais pareil travail ne devrait être confié qu'à\nun artiste d'inspiration délicate et de goût averti, qui trouverait d a n s un\nm i n i m u m d'ensemble instrumental — u n quatuor d'archets limité à quelques\nunités, quelques bois, — le matériel nécessaire à un commentaire discrète-\nment expressif.\n\n   J u s q u ' à présent, miss D u n c a n est demeurée isolée, — d'où l'allure assez\nspécieuse des « p a s » comportant une action collective ; de quel effet ne\nserait pas un groupe de chorégraphes évoluant sur scène, d'après les mêmes\nprincipes, d a n s u n e harmonieuse diversité d'attitudes et de m o u v e m e n t !\n   E n attendant que le d é v e l o p p e m e n t de son conservatoire c h o r é g r a p h i q u e\npermette à l'artiste de réaliser ce projet, avouons ici l'admiration sin-\ncère que nous a inspirée un spectacle d a n s lequel nous avions a p p r é h e n d é\nne trouver qu'une banale et peu édifiante exhibition de music-hall. Au lieu\nde cela, il s'agit bel et bien de la régénération d'un des plus nobles moyens\nd'expression que l'art ait cristallisés d a n s ses formules, d'un « frisson esthé-\ntique » nouveau. L e point délicat gît d a n s les accointances de cet art avec les\narts voisins, — en l'occurrence, la musique. Mais de toute manière, nous\nsommes redevables à miss D u n c a n d'une conception artistique nouvelle\n(ou ingénieusement renouvelée, si l'on veut), dont l'application a pu l'égarer\nparfois d a n s sa complexité, mais qui n'en force pas moins l'attention et\nl'estime de tous les artistes.\n\n                                                                         E R N E S T CLOSSON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-007", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 281, "page_fin": 283, "titre_corps": "Émile Claus : Exposition de ses tableaux au Cercle Artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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Près d'un Claus il ne faut placer\nni un H i p p o l y t e Boulenger ni un Alfred Verwée si l'on veut\ngoûter en toute sérénité la pureté, la fraîcheur, la limpidité\nlumineuse du maître d'Astène et aussi pour que les mérites de\nBoulenger ou de Verwée ne paraissent point non plus trop\nassombris.\n   L'ensemble de tableaux de Claus, récemment réunis au\nCercle Artistique, fut la consécration éclatante d'une maîtrise\nvolontairement mûrie, d'une recherche vaillamment poursuivie,\nd'une affirmation originale très convaincue. Claus n'est plus\ndiscuté. L e s gens les plus récalcitrants à sa tendance s'accou-\ntument à l'aspect de sa peinture, ils n'en sont plus déconcertés\net finissent par constater parfois que la nature n'a pas toujours\nl'aspect d'un tableau vieilli dans un musée.\n   Ce Salon, au Cercle, contenait une cinquantaine de toiles,\ndont plusieurs importantes et plusieurs inédites. L e u r réunion\néclairait la salle un peu profonde et triste d'une joie de soleil\nblond et d'une vivacité de colorations saines.\n   Interprète sédentaire d'un coin charmant de la F l a n d r e ,\nEmile Claus promène son chevalet sur les bords de la L y s\nlente, sinueuse, molle, dont la vallée n'est q u ' u n e large plaine\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "282                          DURENDAL\n\n\ndiaprée de prés et de cultures. Chaque ferme, chaque tournant\nde chemin, chaque verger, chaque détour de la berge ont requis\nl'attention fervente du peintre. Il a su surprendre les variations\ninnombrables que l'heure du jour ou l'aspect de la saison\nimpriment à des thèmes de nature simple. L a magie d'art n'eût\npas dans le choix des sites, mais dans la beauté de la lumière,\n« cette reine des couleurs », clarté toujours éclatante des aubes,\nsplendeur toujours vibrante des midis, rayonnement toujours\nopulent des soirs, aubes, midis, soirs de mai ou de juillet,\nd'octobre ou de janvier, brillants sur les pommiers en fleurs,\nsur les foins coupés, sur les blés mûris, sur les frondaisons\nTouillées, sur les givres et les nacrures du gel hivernal.\n     Claus est le preste et habile annotateur des fugaces phéno-\nmènes solaires. L'ombre, le lourd nuage, le temps gris, le ciel\ncouvert, l'émeuvent peu, la tranquillité nocturne des clairs de\nlune dont il surprit jadis les secrets semblent cesser de l'inté-\nresser, mais q u ' u n rayon d'aurore filtre à travers les buées\nblanches de la nuit finissante, voilà l'artiste en émoi. Il fixera\ndéfinitivement les prestiges d'une minute fuyante, il enregis-\ntrera des reflets éphémères glissant dans les cieux et sur les\neaux, il saura discerner et exprimer les gradations les plus\nténues d'un lever de soleil ou d'un coucher glorieux.\n    L a lumière préoccupe si exclusivement Emile Claus que les\nchoses ne prennent à ses yeux qu'une valeur relative d'objet\néclairé, réfléchissant de la clarté ou l'absorbant toute. L a\nsubstance de ces objets le retient peu, ni leur structure ni leur\ncube. Terrains, arbres, murailles, ciels n'expriment pour lui que\ndes surfaces diversement colorées sur lesquelles se jouent les\nrayons, les reflets, les ombres; et même un personnage humain\ndont il trace le portrait ne prend pour lui d'autre intérêt que\ncelui que lui vaut u n éclairage diurne éclatant.\n   Ce parti-pris enthousiaste unifie dans une interprétation de\npoète toutes les impressions que Claus ressent devant la nature\net qu'il croit exprimer avec le plus naïf réalisme. J a m a i s mieux\nq u ' à cette compréhension du paysage ne s'appliqueront les\ndéfinitions usées : « L a nature vue à travers un tempérament »,\n« un paysage est un état d'âme », etc., etc.\n    L'œil de Claus mue inconsciemment et transforme tout ce\nqu'il s'assimile selon les rites d'un culte fervent voué à la\nclarté solaire.\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "                            ÉMILE CLAUS                            283\n\n\n   E n dehors de l'observation de la lumière claire, point de\nsalut! E t que le peintre peigne la récolte du lin, le vieux sapin,\nla cueillette des p o m m e s , la L y s en n o v e m b r e , la gelée\nblanche ou le portrait de Camille Lemonnier, il n'aperçoit\nque l'épiderme des surfaces éclairées et s'évertue à rendre uni-\nquement leur aspect extérieur, sauf à les sertir dans les contours\nflottants qui contiennent la forme des êtres et des choses. Ce\nrésultat atteint, il se tient pour content. E t combien il a raison,\npuisqu'il fixe son émotion et la fait partager aux spectateurs de\nsa p e i n t u r e .\n   T o u t e recherche spécialisée vers un but exclusif réclame le\nsacrifice d'autres recherches accessoires. C l a u s , instinctive-\nment peut-être, s'est conformé à cette exigence. D'autres pour-\nsuivent d'exprimer le r y t h m e de la forme en mouvements, le\nrendu des matières diverses, l'agrément de symphonies colo-\nristes, l'opulence ou l'intimité des choses, le mystère des\ndessous, leur peinture parle de rêve imprécis ou de solidité\npuissante. L a peinture de Claus est une ode au soleil ; tout\nconcourt à le révéler, le choix du motif, l'heure et la saison du\ntableau, et jusqu'à la technique, directe, spontanée, les touches\nde couleur pure juxtaposées sans mélanges sur la blancheur\n d'une toile neuve.\n    Faut-il énumérer les morceaux les plus m a r q u a n t s de cette\nsérie d'œuvres où se continue si sainement l'affirmation de la\n vision de Claus. Cette Récolte de lin que l ' E t a t vient d'acquérir\n pour les musées royaux de Bruxelles, cet Automne appartenant\n au Musée de Venise, cette journée de soleil, du Musée de\n Gand, l'extraordinaire soleil levant (février) aux avant-plans\n d'eau pâle et de roseaux séchés, au ciel crémeux et froid où\n monte le disque rose, énorme, de l'astre, à travers les rameaux\n nus. Peut-être ce tableau est-il le plus étonnant d'exécution et\n d'effet et résume-t-il plus que tout autre les caractères de cet\n art étrange.\n    P u i s , c'étaient encore le radieux soir de juillet éblouissant\n et doré, la Gelée blanche, et le Givre aux suprêmes délicatesses de\n pâleur argentée, les Brumes du Soir, le quai à l'Ecluse, les Bords\n de la Lys, tous enfin un à un évoqués, dans leur spontanéité,\n leur verdeur, leur éclat...\n\n                                                           P. L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-008", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 284, "page_fin": 287, "titre_corps": "Littérature flamande", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Cuppens", "ancre_debut": "Littérature Flamande De Paneelschildering in de Nederlanden", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 355, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "Littérature Flamande\n\nDe Paneelschildering in de Nederlanden, gedurende de\n XIV e , XVe en de eerste helft van de XVI e eeuw, naar\n aanleiding van de in 1902 te Brugge gehouden tentoon-\n stelling, gezeid « van Vlaamsche Priemietievend », door\n    P O L DE M O N T . Met 20 platen in fototiepie. — ( H a a r l e m , H . Kleinman\n    en C°. L a e k e n - B r u s s e l . R . - B . - J . P o s t e m a . )\n    Cet ouvrage de M. Pol de Mont, le poète flamand et critique d'art bien connu,\nqui fut n o m m é récemment — à notre g r a n d e satisfaction — conservateur d u\nMusée d'Anvers, est dédié à M. A. Beernaert, ministre d'Etal. C'est l'œuvre\nla mieux écrite, la plus d o c u m e n t é e et la plus décisive qu'on ait faite sur\ncette inoubliable exposition de B r u g e s . C'est un volume, in-folio, accom-\np a g n é de vingt planches séparées, reproduisant quelques-uns des p a n n e a u x\nles plus caractéristiques exposés à B r u g e s . Les planches seules valent plus,\nà mon sens, que le prix minime de tout l'ouvrage; elles formeront, pour\nl'amateur passionné de nos vieux peintres néerlandais, un souvenir délicieux\nqui leur fera moins regretter d'avoir p e r d u à tout jamais l'occasion de jouir\ndu trésor artistique splendide que Bruges offrit à notre admiration durant\nces quelques mois de l'an 1902.\n   Mais c'est du texte m ê m e , de ces quatre-vingt-trois pages in folio, qu'il me\nfaut parler; c'est la partie essentielle de l'œuvre.\n   Aucun de ceux de nos lecteurs qui savent le flamand et qui aiment l'Art ne\ndoit m a n q u e r de se procurer cette étude capitale du critique si perspicace, du\nbel écrivain qu'est P o l de Mont.\n   L'ouvrage est divisé en douze chapitres.\n   L e premier chapitre raconte l'histoire de l'expositon de Bruges, la n o m e n -\nclature des œuvres exposées et de leurs propriétaires, etc.\n   D a n s le chapitre I I , P o l de Mont entame une des thèses principales de son\nouvrage, à savoir « que tout le m o u v e m e n t artistique européen d'avant la\nRenaissance est au fond, vu de près, une seule g r a n d e évolution. Cette\névolution embrasse un certain nombre de tendances spécifiques plus ou\nmoins distinctes, de courants qui se dirigent du sud au nord, ou de l'est à\nl'ouest et réciproquement... Les théories et les styles divers qui caractérisent\nces courants, on les voit paraître plus tôt ou plus tard, se maintenir plus ou\nmoins longtemps, dans les différents pays qu'ils parcourent, mais on les\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3325, "texte": "                         LITTÉRATURE       FLAMANDE                          285\n\nretrouve on réalité dans chaque pays d'Art qui nous occupera à des époques\ndifférentes ».\n    L'école flamande n'est donc qu'une section de l'école européenne, et elle\ndoit autant à l'Italie et à la France que les écoles italienne et française lui\ndoivent à elle-même.\n    CHAPITRE I I I . — « La seconde erreur que je désire combattre, dit l'auteur,\nest l'application du nom de primitif's aux peintres de panneaux de l'époque qui\nnous occupe. Etymologiquement, cette appellation peut difficilement signifier\nautre chose que les tout premiers « essayistes » de n'importe quel art. Les\npremiers artistes de la mosaïque en Italie, les premiers peintres de panneaux\nmystiques comme Cimabué, Duccio, Lorenzetto, en Italie; Maître Thierry,\nà Prague; Guilleaume de Heerlen, à Cologne; oui, Giotto lui-même, l'inven-\nteur du style épique, furent ces vrais primitifs. Les frères Van Eyck, et ceux\nqui sont venus après eux dans nos régions, sont en réalité si peu « primi-\ntifs », non, ils le sont moins que della Francesca, Mantegna et les maîtres du\ntemps de « Lorenzo il Magnifico », ou que, plus près de nous, le colonais\nEtienne Lochner. Ce qui commence avec eux, c'est une période qu'on\npeut appeler pleinement classique.\n    CHAPITRE IV. — Coup d'oeil historique sur le caractère de l'époque précé-\ndant la première période classique inaugurée par les frères Van Eyck. Rigo-\nrisme de la conception religieuse de cette époque, manque de sentiments\nhumains dans les produits artistiques. Certaines affirmations de l'auteur sont\nsujettes à discussion dans celte partie de son ouvrage. Il est vrai que l'histoire\nde ces temps troublés, où l'Europe était comparable à un monde encore\nchaotique, est si obscure. Cependant je n'admets pas que saint Bernard ait\nété le premier à parler d'un Dieu de bonté et de miséricorde. Qu'on lise, par\nexemple, la description du purgatoire faite par le vénérable Bède : c'est plus\n printanier et plus gracieux que les descriptions païennes les plus délicieuses\n de l'Elysée.\n    CHAPITRE V. — Ce chapitre est un des plus intéressants du livre. L'auteur\ny montre la raison principale de l'admirable métier que possédaient les\n peintres du XVe siècle, de ce coloris « veiné d'or » qu'on admire chez eux, de\n cette honnêteté de matière et de travail. Ce sont les fruits de leur organisa-\ntion corporative. Ils n'étaient que des membres anonymes, souvent, du\n Métier, mais combien consciencieux et artistes originaux quand même!\n    CHAPITRE VI. — Ici, l'auteur esquisse la formation artistique de toute\n l'époque et il démontre sa thèse de tantôt : que les différentes régions d'art,\n la Bourgogne, Cologne, la Provence, Sienne et la Flandre se sont compéné-\n trées réciproquement. Les arguments de l'auteur sont à méditer; ils jettent\n sur la question tant discutée de l'origine de notre art flamand une lumière toute\n nouvelle.\n    CHAPITRE VII. — Entre Melchior Broederlam, le dernier primitif, et les\n frères Van Eyck, — trente années environ, — l'art fait un pas de géant, il\n devient classique ! L'auteur s'étonne de cette solution de continuité absolue,\n explicable seulement par le... génie des deux frères Mosans. Il traite, dans\n ce chapitre magnifique, de l'invention de la peinture à l'huile attribuée aux\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3662, "texte": "286                                     DURENDAL\n\n\nVan Eyck, et surtout — avec quelle attention, avec quel a m o u r , avec quelle\nfièvre de passion artistique ! — de la part qui revient à c h a c u n dans le chef-\nd'œuvre définitif de la première époque classique de notre é p o q u e , l'Adoration\nde l'Agneau. Comme on désire revoir le célèbre p a n n e a u de G a n d , après la\nlecture de ce chapitre, ne fût-ce que pour y chercher les portraits de H u b e r t\net de J e a n , découverts, me semble-t-il, par Pol de Mont.\n    CHAPITRE V I I I . — « Après Van Eyck, l'expansion artistique se fait plus\nconséquente, plus naturelle; elle procède avec plus de logique, de m é t h o d e ,\ndirais-je. » C'est ainsi que l'auteur introduit la suite de l'étude des maîtres de\nla première époque classique de la peinture d a n s notre pays. Après les\nhommes de génie qu'étaient les Van E y c k , viennent les h o m m e s de grand\ntalent : Roger de la P a s t u r e , H u g u e s Van der Goes et — bien inférieurs à ces\ndeux — le maître encore a n o n y m e de Flémalle et T h i e r r y Bouts. « Roger est\nle créateur du g r o u p e dramatique, comme Van E y c k (Jean) est le maître clas-\nsique d u repos parfait. » Van der Goes, « beaucoup moins d r a m a t i q u e que le\ng r a n d B r a b a n ç o n , se révèle d a n s ses œuvres trop rares, c o m m e u n artiste qui\na p p u i e surtout sur l'analyse d'un caractère et qui, pour cette raison sans\ndoute, attache u n e i m p o r t a n c e extraordinaire à la puissance et à la profondeur\ndu dessin. Si l'on veut se former une idée de son coloris (la Mort de la Vierge,\nque nous possédons, est devenue c o m m e u n e aquarelle défraîchie a u soleil),\nil faut aller à F l o r e n c e ou à Berlin ».\n    L'auteur traite ensuite de P e t r u s Christus et de T h i e r r y B o u t s , d o n t il\ncaractérise la manière et la valeur.\n    CHAPITRE I X . — « Si l'on considère l'ensemble de leur œuvre on pourrait,\nnon sans raison, caractériser les deux V a n E y c k c o m m e les représentants de\nla peinture épique, Roger de la P a s t u r e et le maître de Flémalle c o m m e ceux\ndu d r a m e ; mais l'honneur d'être le plus pur représentant du lyrisme en pein-\nture écherrait à H a n s Memlinc. » Caractérisant ensuite H a n s Memlinc, qu'il\nn'admire pas autant que b e a u c o u p d'autres critiques d'art, M. de Mont dit\n « que le principal mérite de ce peintre consiste d a n s son agréable coloris, la\nnoble distinction de ses gestes, même là où ceux-ci sont un peu déclamatoires\net superficiels, dans la grâce de ses enfants et de ses femmes, et surtout dans\nl'arrangement inimitable de ses draperies. Sur ce dernier point, il apporta\nau monde quelque chose de vraiment neuf ». P a r l a n t de Gérard David, — qui\nparaît bien avoir remporté le plus de gloire p o s t h u m e à B r u g e s , — l'auteur\nle n o m m e « un des artistes les plus nobles et les plus universels de son\nt e m p s », dont « les deux grands p a n n e a u x du Musée de B r u g e s peuvent être\nconsidérés, à b o n droit, c o m m e les premiers chefs-d'œuvre de la peinture\nd'histoire néerlandaise ». « David est le dernier grand peintre du groupe\nbrugeois. » Mais J é r ô m e Bos est plus g r a n d artiste que Memlinc et David,\naffirme P o l de Mont. S'il est encore moins apprécié, c'est qu'il est moins\nconnu.\n    D a n s les trois derniers chapitres de son ouvrage magistral, l'auteur parle\ndes artistes de moindre importance de cette époque, ainsi que de ceux de la\n« décadence », qui furent c e p e n d a n t presque tous de remarquables, d'illustres\npeintres de portraits. Il y parle enfin longuement de ses artistes préférés,\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1176, "texte": "                         LITTÉRATURE       FLAMANDE                         287\n\n\nintroducteurs d'une nouvelle renaissance : Quinten Massijs et le grand,\nl'énorme Pietcr Breughel, qui amena une révolution dans l'art flamand, qui\nfit enfin... rire l'art, du rire sain du peuple et qui fut plus moderne que beau-\ncoup de peintres de notre temps 1 Ces derniers chapitres sont pleins de saveur,\ncomme tout l'ouvrage, du reste. Ajoutons que ces quatre-vingt-trois grandes\npages se lisent avec le même intérêt qu'on lirait un beau poème ou un beau\nroman.\n    Les aperçus nouveaux et hardis de l'auteur, le style coloré qui fait presque\n« voir » certains tableaux, dans toute la splendeur de leur coloris, ce\nsouffle poétique répandu partout, mais contenu sans cesse par les raisonne-\nments judicieux de l'écrivain-critique d'art et historien qu'est Pol de Mont,\ntout cela fait qu'on n'oublie plus ce livre après l'avoir lu, qu'on y revient avec\nplaisir et qu'on doit remercier le brillant écrivain flamand d'avoir condensé\ntant de science historique et artistique en des pages si vivantes et si\nvibrantes.\n\n                                                          AUGUSTE CUPPENS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-009", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 288, "page_fin": 290, "titre_corps": "Les Conférences", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Les Conférences Mme J. de Tallenay", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 359, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2431, "texte": "Les Conférences\n   M m e J. d e T a l l e n a y . - Conférence de M. A. JOLY. — L'Asso-\nciation pour l'amélioration du sort de la femme, dirigée avec autant de zèle\nque d'intelligence par Mme Baeckman, a organisé une soirée fort intéressante,\nconsacrée à l'œuvre de J. de Tallenay. En une conférence subtile et pleine\nde vues élevées, notre collaborateur M. Joly a exposé la formation et l'ascen-\nsion progressive d'un des talents les plus fins et les plus originaux dont puisse\ns'enorgueillir notre littérature. La puissance objective de la description ne\ndoit pas nous donner ici le change et absorber exclusivement notre atten-\ntion. En effet, sous la parure de ce style, si harmonieusement beau, pur et\nsuggestif, vit un art qui est avant tout intérieur, psychologique et profond. Et\nM. Joly nous raconte toute l'œuvre de J. de Tallenay, œuvre si variée et déjà\nsi vaste, depuis les Souvenirs de Venezuela jusqu'à Vivia Perpetua, son livre le\nplus puissant. M. Joly approfondit les significations et définit les caractères\nde cette œuvre en les coordonnant à une idée dominante qui la pénètre et\nl'éclaire tout entière, la sérénité devant la mort et son acceptation simple et\nforte. Ensuite, Mlle Eve Cladel a dit, avec beaucoup de talent, deux beaux\nrécits extraits des Treize Douleurs, le Songe d'Attila et Noël en mer, ce dernier\nune des inspirations les plus profondément émouvantes du poète.\n\n   L ' A r t e n p l a c e e t à Sa p l a c e . — Conférence de VINCENT D'INDY\naux Matinées Littéraires.\n   Le principe fondamental qui sert de base à cette belle conférence est le\nsuivant : Toute œuvre ou manifestation d'art doit être vue ou entendue à sa\nplace. C'est ainsi que les mosaïques des églises de Ravenne impressionnent\nbien plus vivement que les mosaïques des autres églises d'Italie parce que\ndans l'ancienne capitale de l'Exarchat, elles s'harmonisent de tout point avec\nles monuments qu'elles décorent. De même au Panthéon les admirables\nfresques de Puvis de Chavannes retraçant l'histoire de sainte Geneviève\nsont seules à leur place. Ainsi encore des tableaux remarquables enlevés\nà leur milieu naturel et transportés dans un de ces caravansérails d'art\nqu'on appelle musées apparaissent diminués, et découronnés de leur force\nsignificative.\n   Il en est de même de la musique. Vouloir faire jouer un quatuor de\nBeethoven sur la place de la Concorde serait tout aussi ridicule que vouloir\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3400, "texte": "                             LES CONFÉRENCES                                289\n\nfaire exécuter l'hymne russe par toutes les musiques militaires de la garnison\nde Paris dans la salle du Conservatoire. Et c'est cette même faute énorme de\ngoût que commettent chaque jour les maîtres de chapelle, en faisant entendre\nà l'église des œuvres qui ne lui sont nullement appropriées.\n   Voici que pour la troisième fois l'autorité ecclésiastique suprême a pris la\nparole afin de déterminer à quelles conditions essentielles doit répondre la\nvéritable musique d'église. Après Grégoire le Grand au VIe siècle, après le\nconcile de Trente au XVIe, c'est au XXe le tour du pape Pie X en son Motu\nproprio.\n   Vincent d'Indy résume magistralement en conformité avec les enseigne-\nments pontificaux l'ensemble des conditions vitales que doit réunir la\nmusique d'église. Ces conditions sont au nombre de quatre. La musique\nd'église doit être : 1° vocale, à l'exclusion de tout instrument autre que l'orgue.\nCar on vient à l'église pour prier. Et comment prier sans employer le lan-\ngage des mots, car si Dieu connaît nos désirs sans que nous les énoncions,\nnous, êtres imparfaits, avons besoin de ce langage matériel pour nous con-\nvaincre nous-mêmes que nous prions. A côté de cette raison d'ordre méta-\nphysique, il en est une autre d'ordre physique. Si l'on place un orchestre\ndans la tribune, la sonorité en sera confuse et sans netteté. Un solo de violon\ny paraîtra comme l'aigre petite voix d'un nain criard. L'orgue seul peut être\nemployé sans crainte, car cet instrument est impersonnel, l'organiste n'étant\npas appelé comme le virtuose ou le chef d'orchestre à déverser sur un audi-\ntoire sa propre sensibilité et ayant uniquement pour mission d'éveiller la\nvoix de l'église même. Les messes de Bach et de Beethoven, incomparables\ncréations d'art, occupent le premier rang dans la musique religieuse; à l'église,\nces admirables messes ne seraient point à leur place. 20 La musique d'église\ndoit être collective. L'église est la réunion de tous les fidèles sans distinction\nde rang en une communauté de prières et de chants. Faire chanter dans le\ntemple l'assistance tout entière, voilà l'idéal à atteindre et on l'atteindra\nlorsqu'on aura enseigné aux âmes simples l'admirable musique qui est le\nchant grégorien. En attendant, c'est le chœur qui représente l'assemblée des\nfidèles. L'unique soliste, c'est l'interprète entre le peuple et la Divinité,\nc'est-à-dire l'officiant, le prêtre.\n   3° La musique d'église doit être respectueuse du texte liturgique. C'est-à-dire\nque le texte ne doit être ni tronqué, ni altéré, ni ridiculisé, soit par la sup-\npression d'un ou plusieurs mots dans le but de favoriser le tour de la phrase\nmusicale, soit par la trop grande importance donnée sans raison à certain\nmot, soit par la répétition inintelligente des mêmes paroles, cette redite n'étant\nadmissible que comme renforcement musical de l'idée déjà exprimée, ainsi\nque l'entend Bach. 4 0 La musique d'église doit être orante, n'employant\nd'autres moyens d'expression rythmique, mélodique ou harmonique que ceux\nqui conviennent à un état de prière.\n   Vincent d'Indy termine sa remarquable conférence par cette considération\nmaîtresse que, pour écrire de la musique d'église, il faut avoir la foi. Le créa-\nteur qui ne croit pas sûrement et profondément à ce qu'il veut créer n'est pas\ndigne du beau nom d'artiste.\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3628, "texte": "290                                      DURENDAL\n\n\n     N a p o l é o n I I I . — Conférence de M. DE LA GORCE, aux Matinées\nLittéraires.\n      M. de la Gorce est actuellement u n des historiens les plus p é n é t r a n t s de la\nF r a n c e . Autant par la b e a u t é vivante et imagée du style que par l'ampleur\ndes vues et la perspicacité aiguisée du psychologue qui s'y manifestent, ses\ntravaux sur Napoléon I I I p r e n d r o n t place à côté des a d m i r a b l e s m o n u m e n t s\nhistoriques p a t i e m m e n t et arlistement édifiés par les Taine, les T h u r e a u -\nD a n g i n , les Sorel, les H e n r y H o u s s a y e . P e r s o n n e mieux que M. de la Gorce\nn'était donc autorisé à n o u s parler de Napoléon I I I et d a n s l'obligation\nabsolue de se limiter, il a retracé les deux grands faits internationaux du\nSecond E m p i r e , la formation de l'unité italienne et la formation de l'unité\na l l e m a n d e , en c h e r c h a n t au fond de l'âme si compliquée de l ' E m p e r e u r les\nmotifs qui ont guidé c h a c u n de ses actes d a n s toutes les étapes décisives de\nces d e u x g r a n d s événements historiques.\n    Elle apparaît en effet fort étrange et complexe cette â m e d e Napoléon I I I ,\non la sent traversée par des courants contradictoires, machiavélique et cheva-\nleresque tout à la fois, funeste mais non vulgaire, chimérique mais non haïs-\nsable.\n    M. de la Gorce étudie Napoléon I I I aux trois périodes nettement tranchées\nde son existence, la période d'exil où d a n s ses écrits publics et privés se des-\nsinent deux traits caractérisés, la sollicitude pleine de bonté p o u r l e s pauvres\net les déshérités et le souci perpétuel de tout refondre, de tout remanier, de\ntout corriger dans l'ordre politique et social. A cette époque où il n'existait\nguère de politique mondiale, les projets de réforme de Napoléon s'égaraient\njusqu'en Afrique et en A m é r i q u e .\n    L a seconde période est celle où Napoléon I I I est p r o m u à la présidence\nde la R é p u b l i q u e . Il apparaît alors édulcoré, assagi par la surveillance de\nses ministres qui le tiennent en bride. C'est alors que sont p r o m u l g u é e s la loi\n Falloux sur la liberté de l'enseignement et la loi conservatrice du 31 mai\nrestreignant le principe du suffrage universel.\n    U n e fois arrivé à l ' E m p i r e , Napoléon, affranchi de la tutelle i m p o r t u n e de\n ses conseillers, se souvient qu'il fut autrefois victime de la Sainte-Alliance et\n il se porte à l'appui de ceux q u e la Sainte-Alliance froissait. M. de la Gorce\n met ici excellemment en lumière cette dualité de nature de Napoléon I I I ,\n conservateur par son rang, révolutionnaire par son origine et, en un exposé\n magistral, il explique c o m m e n t Cavour et Bismarck exploitèrent adroitement\n les chimériques générosités de l ' E m p e r e u r , trouvant ainsi en lui l'instrument\n le plus efficace qui p u t servir à la réalisation de leurs desseins. P e n d a n t tout\n son règne, N a p o l é o n I I I m a n q u a a b s o l u m e n t d'esprit politique. C'est que les\n dynasties anciennes seules se soudent aux peuples qu'elles ont mission de\n gouverner et acquièrent ainsi u n sens affiné pour discerner les besoins et les\n  périls nationaux. N a p o l é o n I I I était trop l'ami de tous les peuples pour être\n u n bienfaisant ami de la F r a n c e car, à l'encontre des théories dont se récla-\n  ment actuellement les h u m a n i t a i r e s , le véritable patriotisme n e se conçoit\n pas sans u n peu d'exclusivisme.\n                                                                    GEORGES DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-010", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 291, "page_fin": 291, "titre_corps": "Théâtre du Parc", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Théâtre du Parc Auteurs belges La direction du Parc", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 362, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "Théâtre du Parc\n   A u t e u r s b e l g e s . — La direction du Parc a voulu encourager l'art\nbelge en représentant Miss Lui, une pièce en trois actes de nos jeunes con-\nfrères Henri Liebrecht et Charles Morisseaux. Le spectacle était complété\npar Pierrot Millionnaire, deux actes en vers de M. Félix Bodson.\n   Dans Miss Lui, M. Henri Liebrecht, qui sait être plus personnel dans ses\npoèmes et ses études critiques, semble avoir apporté des réminiscences de\nla Souris de Pailleron, tandis que M. Charles Morisseaux — notre Jean Lor-\nrain national! — fournissait des souvenirs de la Claudine de Willy.\n   Il faut retenir de la pièce les quelques jolies vivacités de dialogue du premier\nacte... que firent oublier, hélas! les niaiseries « jardin d'enfants » du second\nacte et les « pataugages » du troisième acte.\n   Le public se c.onsola de cette déconvenue en écoutant chanter et claquer\nles vers à panaches de M. Félix Bodson, qui encadra d'une harmonieuse\nverve imagée le sujet plutôt banal de Pierrot Millionnaire, adulé quand il est\ncru riche, vilipendé quand il est supposé pauvre.\n   M. Félix Bodson est une belle promesse poétique ; mais MM. Liebrecht\net Morisseaux nous doivent une réparation.                                     V.\n\n    P a t e r n i t é , par MAURICE LANDAY.\n    Dans cette pièce à thèse, M. Maurice Landay revendique, contre le père,\nles droits de l'enfant naturel. On ne peut dire que ce soit un thème neuf;\nmais il est permis d'affirmer que, parmi les pièces à thèse qui nous sub-\nmergent, beaucoup sont meilleures que Paternité, où quelques scènes vrai-\nment poignantes rachètent à peine maint épisode inutile ou faux. Un premier\nacte excellent ; un second acte fort décousu, où l'on voit un député exagéré-\nment niais qui, désireux de se documenter sur la situation juridique des\nfilles-mères vis-à-vis de leurs parents, s'adresse à... un commissaire de police;\nun troisième acte qui verse résolument dans le mélodrame. Ce qu'on ne\ncontestera pas, c'est l'irréprochable interprétation de la pièce, où Mlle Clarel\nsurtout, pour son profond sentiment dramatique, pour son art remarquable\nde composition, s'est fait applaudir.                                       D.\n\n\n\n\n                                      *\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-011", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 292, "page_fin": 317, "titre_corps": "Livres et Revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES LE ROMAN L'Autre Vue", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 363, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\nLE ROMAN :\nL ' A u t r e V u e , roman par GEORGES E E K H O U D . U n v o l u m e . — (Paris,\n    Mercure de France.)\n    P a r m i les personnalités originales qu'unit, quelques années, d a n s l'es-\ncouade ardente de la Jeune Belgique, u n e volonté u n a n i m e d'art, il n ' e n est\na u c u n e , sans doute, dont l'œuvre se soit développée selon u n e n o r m e plus\nlogique, u n e progression plus suivie que celle de Georges E e k h o u d .\n    L a pensée qui l'anime et la vivifie tout entière est organique, en quelque\nsorte, chez lui : elle était en germe d a n s ses pages d u début, et, depuis, elle a\ng r a n d i , s'est fortifiée, étendue, à la faveur de l'air, du soleil et du vent — par\nl'expérience de la vie, de l'art et des h o m m e s , — toujours semblable à elle-\nm ê m e , n o u r r i e de la m ê m e sève, mais toujours plus vigoureuse. Kees Doorik,\nle Cycle patibulaire et ses autres livres sont les étapes généalogiques, si l'on peut\ndire, de la pensée qui s'exprime d a n s cette Autre Vue, où les courants d'inspi-\nration qui traversent tous ses ouvrages antérieurs viennent à u n e espèce de\nrésolution parfaite.\n    Les plus secrètes et les plus cordiales prédilections d ' E e k h o u d n'ont\njamais cessé d'appartenir à sa terre patriale, âpre et douce, sauvage et tendre\n— au pays campinois, à ses populations rurales, à ces âmes de paysans où\nfermente la violence c o m m e la songerie, mais qui sont ignorantes des\nleurres et des indispensables mensonges des civilisés.\n    T o u t e son existence, pourrait-on dire, il l'a vécue en nostalgie, exilé de ces\ncontrées aimées et des êtres avec lesquels, seuls, il se sentait en véritable\nc o m m u n i o n — d a n s la tension et la contrainte d'un déracinement définitif,\ndont chaque jour ravivait les sourdes r a n c œ u r s .\n    T o u t grand art, disait Ruskin, recèle u n secret de tendresse — et plus sou-\nvent, ajouterons-nous, de tendresse souffrante et contrariée q u e de tendresse\nheureuse. Et chez E e k h o u d , cette nostalgie, cet exil, c'est le sang et la chair\nde son œ u v r e ; c'est d'eux q u e son art a pris son acuité, ses accents émouvants\net ses teintes exaspérées.\n    Les Kermesses, les Nouvelles Kermesses, les Milices de saint François sont comme\nla première effervescence du souvenir et du regret, mais ces belles évocations\nde la terre et du peuple flamands ne sont que le jet initial d'une pensée qui\ncontinue d'évoluer : le parallèle perpétuel institué chez l'écrivain par ses\npréoccupations d o m i n a n t e s et les froissements de son existence quotidienne,\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3613, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                293\n\n\nentre l'habitant des campagnes, fruste, grossier, mais sans affectations mes-\nquines, et celui de la ville, atténué et asservi par les conventions sociales; —\nce parallèle poursuit ses conséquences en lui et va, bientôt, à embrasser dans\nles termes de la comparaison, d'un côté, tous ceux qui commandent,\nexploitent, jouissent, à la fois maîtres de la société et esclaves de ses pré-\njugés; — de l'autre, tous ceux qui se révoltent contre la loi formelle ou tacite,\nqui s'y soustrayent ou qui l'éludent : vagabonds, las d'aller de toute espèce;\nréfractaires, nativement inaptes à toute subordination...\n    Ainsi, écrivions-nous dans la Jeune Belgique à propos de Mes Communions,\nainsi, « le doux et hargneux canton flamand — théâtre des Kermesses —\ns'élargit en une mouvante et diverse patrie, dont les sauvages enfants, hum-\n bles mais indisciplinables, errent, sans gîte cadastré, dans l'indifférente capi-\n tale, sur les quais mercantiles de la métropole maritime ou le long des routes\n vicinales. Chacun de ces pauvres efflanqués garde, pourtant, à la plante racornie\n de ses pieds déchaux, à ses sabots ou à la semelle lamentable de ses bottes,\n l'empreinte brûlante du sol originel, de l'idéale et séduisante terre promise\n qu'un irrésistible instinct leur enjoint de regagner à tout prix et dont leur\n destin les repousse toujours, tandis que, chaque soir, la providence com-\n patissante leur en fait apparaître le mirage à l'horizon éternel...\n    « Inhabiles aux labeurs normaux, à prendre la filière des ambitions auto-\n risées, ces dépaysés dolents et chimériques, contumax prédestinés s'appa-\n rient par leur passive résistance à la raison légale au regnicole campinois,\n ennemi des propagandes sectaires et des chemins de fer! Incapables d'hypo-\n crisie sociale, les uns comme les autres sont de natifs insurgés, frustes,\n brutaux et, quelquefois, sanguinaires. Un soir sinistre, leurs yeux luiront de\n malice malfaisante ou de férocité narquoise; la convoitise, la luxure aigui-\n seront leur regard, mais la bassesse, point, ni l'obséquiosité; leur voix\n s'infléchira de tendresse frénétique ou de colère, scandera les équivoques\n distiques d'une « psalmodie patitulaire », d'un chant de récidivistes, mais\n ignorera toujours les euphémismes pharisaïques et les poncifs du savoir-\n vivre... Poussière humaine, balayée âprement d'un bout à l'autre du terri-\n toire, et que les nécessités de l'ordre vouent aux dépôts de mendicité et aux\n maisons centrales; — irresponsables épaves, emportées à vau-l'eau, livrées\n aux tourbillons ou prises dans le calme de quelque zone stagnante, parmi\n l'écume putrescente du fleuve et le décombre empoisonné de la rive. Au\n milieu de ces hordes végètent, cependant, des apôtres, d'inconscients artistes\n dévoyés : cordiaux et débonnaires individus, contaminés superficiellement,\n et dont la moindre circonstance propice fera jaillir l'âme intacte ; candides\n escarpes, dociles révoltés, réconciliés à la première effusion charitable, qu'une\n fortuite parole apitoyée bouleverse et conjure, sans retour, et desquels, aussi,\n  un mot déterminera la vocation vers le crime ou le martyre... »\n    Le domaine de l'œuvre de Georges Eckhoud s'étend de la sorte à toutes les\n  régions hantées par la misère et le délit : brousses campinoises sillonnées de\n  chaussées infinies et désertes; bas-fonds des villes; quartiers usiniers; berges\n  désolées et sinistres des canaux; partout où les pauvres vont par troupes\n  fourmillantes ou, isolés et clandestins, sur le qui-vive du gendarme...\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3418, "texte": " 294                               DURENDAL\n\n\n     Et ce qui, en dépit des tares, des déformations, des défectuosités morales\n  que ces êtres tiennent de la vie ou de l'hérédité, les rend attirants et sympathi-\n  ques pour l'artiste, c'est que, chez eux, l'homme foncier, avec ses capacités\n  originelles de crime et de générosité, la naïveté de ses instincts de solidarité\n  et d'égoïsme, apparaît dans une netteté et une simplicité mélangées d'une\n  sorte de grandeur animale et de farouche noblesse.\n     Peut-être, des anthropologistes ou des sociologues pourraient-ils affirmer\n que les membres du corps social, quelle que soit la classe dont ils sont issus,\n sont également distants de l'hypothétique homme naturel — n'y ayant de\n différence entre eux que le genre et le caractère de la culture artificielle qu'ils\n ont subie, chacun dans son milieu. En tout cas, ne suffirait-il point pour\n déterminer la partialité du penseur et de l'artiste, et pour l'expliquer, de\n songer que ces spontanés, ces indépendants et ces incompatibles sont aussi les\n rejetés, les abandonnés et les souffrants?...\n    Les pages du Cycle patibulaire et de Mes communions, extrêmes et suraiguës,\n sont remplies du piétinement de cette humanité vagabonde, étranges types\nde pitoyables et d'insolites, dessinés d'une main puissante et magnétique,\net qui remémorent certaines figures obsédantes de Velasquez ou de Goya.\nGorki est venu depuis, qui s'est penché aussi sur ce monde interlope,\nvaguant sur les lisières de la société, mais pour saisissantes que soient les\nétudes qu'il en a données, il n'en est point parmi elles d'un art plus suggestif\net plus orageux que celles d'Eekhoud.\n    La conception totale de la vie et des choses de laquelle toute l'œuvre de ce\ndernier a dérivé, il l'a incarnée dans le personnage principal de la Nouvelle\nCarthage, ce Laurent Paridael, ébauché seulement dans la première édition\nde ce roman, auquel l'auteur est revenu ensuite, à plusieurs fois, et qui\nn'a pris sa physionomie définitive qu'avec le développement complet de la\npensée initiale de l'écrivain.\n    Paridael, c'est le héros encore de l'Autre Vue. Il a continué à progresser dans\nla voie où il était engagé, c'est dire qu'il se trouve plus que jamais incapable\nde pactiser avec le monde bourgeois parmi lequel il est né : tout, idées,\nsentiments, manières, y sonne faux à ses oreilles; toute source y paraît cor-\nrompue pour lui; toute atmosphère, irrespirable. Et, malgré lui, toutes les\nparoles raisonnables qu'il entend dans ce milieu, il les accompagne mentale-\nment du persiflage d'une chanson incohérente et dérisoire... La mentalité\nqu'il s'est formée, sa sensibilité exaspérée d'homme et d'artiste lui rendent\ninsupportable les notions, les jugements, les opinions dont l'agglomérat\nconstitue cet « ordre établi » qui se regarde lui-même comme inattaquable\net sacré... Il ne songe pas à la politique, sachant bien que toutes ses con-\nquêtes n'auront nul résultat que de tirer du peuple d'aujourd'hui le bour-\ngeois de demain. Il veut s'évader en un milieu où sa vision de la vie et de la\nsociété ne paraisse point singulière et folle, scandaleuse, où il puisse voir\nautrement, d'un point de vue diamétralement opposé à celui auquel les\nhonnêtes gens se placent d'ordinaire...\n    L'odyssée poignante et tragique de Paridael parmi le bas peuple de\nBruxelles, dans la maison de correction où il s'engage comme surveillant, sa\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                295\n\n\nfin hallucinée — tel est le sujet de l'Autre Vue. Et c'est comme une granJc\nfresque réaliste, pleine de fougue et de flammes, de vie pittoresque, inquiète\net douloureuse, et à laquelle, dans la maturité de son art volontaire,\nEekhoud a conféré une extraordinaire hauteur d'allure et de couleur.\n\nS u r l a P i e r r e B l a n c h e , par ANATOLE FRANCE. — (Paris, Calmann-Lévy. )\n   Divers personnages qui, au coucher du soleil, causent dans le chantier\nd'archéologie qu'est, aujourd'hui, le Forum romain : quelques Français, plus\nou moins loquaces etun Italien, le directeur des fouilles, loquace, également,\net « se plaisant à parler comme les anciens », bien que ses compagnons\nne lui laissent guère l'intervalle de parler à son tour ; mais les quelques mots\nqu'il énonce sont solides, il ne théorise point, comme ses interlocuteurs, ni\nne conjecture, et on dirait qu'il parle toujours, comme le commandeur\nMarucchi, la main sur la pierre déterrée qui prouve ce qu'il dit. Et il y a une\ngrande beauté émouvante dans l'évocation de tout ce que l'antique sol des\nQuirites, cette terre bondée de siècles, a livré déjà aux investigateurs du\npassé.\n   Les réalités posthumes du Forum amorcent une conversation, qui, ainsi\nqu'il sied entre gens cultivés, dérive rapidement vers les idées générales : à\nl'exception de M. Goubin, « licencié ès-lettres, annotateur », « qui évitait\nsoigneusement les paradoxes », souci qui, nécessairement, lui donne l'air\ngrotesque, — chacun des assistants émet de précieuses considérations sur les\ndestinées des Empires, l'inquiétude naturelle et la monotone inconstance des\nhommes, les incertitudes des religions et des métaphysiques; et comme ils\ns'expliquent tous avec clarté, ordre et nombre, plus préoccupés de l'atticisme\nde leur langage que de sa force de persuasion, il semble toujours que l'avis du\ndernier qui a parlé soit le meilleur et le plus raisonnable.\n   Cet intéressant entretien, qui, après le coucher du soleil, se poursuit dans\nune trattoria, est interrompu par la lecture de deux contes, l'un, du passé,\nGallion; l'autre, de l'avenir : Par la porte de corne ou par la porte d'ivoire, rêve\ncollectiviste de l'an 2270.\n   Gallion est comme un doublet du Procurateur de Judée. Ici, Ponce-Pilate,\nrentré en Italie, ne se souvenait point d'avoir abandonné le Christ à la haine\ndes juifs; là, c'est le proconsul d'Achaïe qui renvoie dédaigneusement de\nla basilique où il rend la justice ou, du moins, des jugements, saint Paul\naccusé devant son tribunal par les juifs de Corinthe. Ainsi le destin de l'Em-\npire et du monde s'est dressé aux yeux de Gallion, comme il était apparu à\nceux de Ponce-Pilate, et ni l'un, ni l'autre, ne l'ont reconnu. Rien de plus\nordinaire; les hommes ne reconnaissent le destin que lorsqu'il a agi — et\nces fiers Romains peut-être plus que les autres, eux qui croyaient que le sort\ndes batailles était écrit dans l'estomac des poulets!... Un des auditeurs de ce\nconte s'étonne de l'aveuglement de Gallion et de ce qu'il n'ait point pressenti\nchez ces juifs en querelle la force mystérieuse dont le travail allait miner par\nla base l'Empire qui, de toute manière, sans doute, aurait fini par se décom-\nposer dans sa propre infamie. On lui répond que le langage, la culture, les\npréoccupations, comme aussi les origines et la situation sociale, d'un juif\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3583, "texte": " 296                                     DURENDAL\n\n\n  oriental tel q u e P a u l , et d'un patricien latin tel q u e Gallion, étaient trop\n  différentes p o u r qu'ils pussent se c o m p r e n d r e : c'étaient deux m o n d e s en pré-\n  sence l'un de l'autre — celui de la F o r c e et du Droit et celui de la F o i . L a vic-\n  toire, inévitablement, a p p a r t i e n d r a toujours à ce dernier. Gallion, probable-\n  ment, ne savait pas cela ou, s'il l'avait su, n'en aurait guère tiré de fruit,\n  puisqu'il n'avait point aperçu en saint P a u l l'annonciateur de la puissance\n  antagoniste du pouvoir qu'il représentait.\n      C e p e n d a n t , l'objection tirée de ces incompatibilités n'est pas tout à fait\n  p r o b a n t e , car elles ne furent pas une entrave au prosélytisme chrétien parmi\n  les hautes classes de R o m e , dont plus d'un m e m b r e fut converti p a r u n de\n ses esclaves hébreux ou par quelque infime plébéien.\n      M. Anatole F r a n c e rêve, toutefois, q u e celte c o m m u n i o n intellectuelle et\n morale, irréalisable entre Gallion et saint P a u l , le progrès l'accomplira, dans\n un délai quelconque, entre tous les peuples et entre toutes les classes d e chaque\n nation, réduits, en quelque sorte, au m ê m e d é n o m i n a t e u r , si opposés que\n soient leur génie, leur mentalité et leur degré de civilisation! A u c u n des per-\n sonnages du livre n'explique la genèse miraculeuse de cette transformation,\n et, d'autre part, bien que l'un d'eux ait marqué fort justement l'antinomie\n irréductible du principe de l'égalité avec la loi scientifique de la Sélection,\n on attend vainement qu'il oppose cette même loi à la chimère collectiviste. Il\n est vrai que le collectivisme étant, n o n u n e opinion, mais u n e foi; un objet,\n non d e raisonnement, mais de religion, cette objection est de nulle impor-\n tance.\n     O n a dit que la description du P a r a d i s devait forcément être m o n o t o n e et\nfastidieuse, parce que, transportés en ce séjour de perfection, les h o m m e s\nsont dépouillés, précisément, de ce qui les faisait pareils à n o u s et nous\nles rendait intéressants, c'est-à-dire la passion, la faiblesse, la capacité du\nm a l h e u r , les luttes de l'ambition et du désir. L e P a r a d i s collectiviste\nn ' é c h a p p e r a point à cette tare foncière, à en juger d'après la p e i n t u r e que\ntout le prestigieux talent de M. Anatole F r a n c e n'empêche point d'être\ne n n u y e u s e . L e thème fondamental, c'est la pitance rationnelle, la gamelle\nscientifique et égalitaire; l'uniformité rectangulaire étendue à tous les\nd o m a i n e s et jusqu'à la toilette des femmes, revêtues de la même livrée\ncitoyenne que les h o m m e s ! E t ce dernier détail est comme le petit souffle de\nl'ironique conteur qui fait écrouler d'un c o u p le château de cartes de son\nrêve !...\n\n C o l l e c t i o n d e s p l u s b e l l e s p a g e s : Restif de la Bretonne.— Girard de\n    Nerval, 2 vol. — (Paris, Mercure de France.)\n    C'est une heureuse idée qu'a eue le Mercure d'inaugurer sa nouvelle collec-\ntion par u n choix des meilleures parmi les excellentes pages de Gérard\nde Nerval : la plupart ne connaissent de lui q u e sa fin tragique et ignorent\ntout de son œuvre, relativement a b o n d a n t e , et dont on n'oublie plus le\nparfum délicat, l'originalité c h a r m a n t e et vagabonde, lorsqu'on l'a u n e fois\nfréquentée. Gérard fut u n voyageur, u n e r r a n t — d a n s la distance et d a n s le\nt e m p s . Il p r o m e n a b e a u c o u p sa rêverie dans les provinces françaises et, tout\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3204, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                               297\n\ncomme Byron, Chateaubriand et Lamartine, il fut en Orient, il flâna dans\nles livres et les papiers jaunis du passé, et de même dans les littératures\nétrangères, — et de ces flâneries et de ses voyages, il rapportait des notes,\nécrites, selon ce que prétendait Théophile Gautier, sur des feuilles de papier\nà cigarettes, mais exquises.... Parmi ses poésies, on trouve quelques pièces\ntrès belles, où il y a comme un pressentiment de la pensée de Baudelaire.\n   Restif de la Bretonne, qui, par tant de côtés, surtout par le cynisme\ndes peintures, la prétention à un réalisme véridique et la boursouflure\nhumanitaire, fait songer à Emile Zola, Restif de la Bretonne avait séduit\nla curiosité de Gérard de Nerval qui, dans ses Illuminés, et sous le titre de\nConfidences de Monsieur Nicolas, coordonna des extraits de l'auto-biographie de\nce singulier et prolixe écrivain. Il dut, nécessairement, élaguer nombre des\nconfessions de Restif qui avait la confidence scabreuse et les souvenirs\nindiscrets.\n   Il y a chez Restif une sorte d'immoralité naïve et que l'on pourrait dire\nmême pavée de bonnes intentions, comme l'Enfer : la crudité de ses tableaux,\nn'est, dans sa pensée, qu'une leçon de continence et si, en certaines pages de\nses mémoires, il dépasse toute licence, c'est dans un dessein pédagogique et,\npour ainsi dire, en ilote volontaire !\n   Le volume publié par le Mercure a été composé d'extraits intelligemment\nchoisis, dans le but de donner une idée complète de la manière de l'auteur, avec\ntoutes ses qualités, mais, aussi, avec toutes ses tares — c'est dire qu'il n'est\npas destiné à être mis dans toutes les mains.\n\nT h o m a s G o r d e i e f f , par MAXIME GORKI. — (Paris, Calmann-Lévy.)\nM a x i m e G o r k i , par le Vte E. DE VOGUÉ. — ( Paris, Plon.)\n   La lecture de l'étude consacrée à Gorki par M. de Vogué vous laisse, en\nmême temps que l'admiration pour la méthode experte et déliée du critique,\nl'impression qu'entre la pensée de l'un et la curiosité de l'autre, de telles\nincompatibilités morales et intellectuelles s'interposent, que jamais il ne sera\ndonné à celle-ci de prendre une notion complète de celle-là, de dissiper ce\nque la disparité des mentalités et des origines ajoute de mystérieux et d'inac-\ncessible dans des mots identiques, selon qu'ils sont prononcés sur les rives de\nla Seine ou sur celles du Volga.\n   Le Thomas Gordeieff de Gorki est un de ces êtres intelligents, mais\nrebelles à la culture et dans l'esprit instinctif desquels certaines questions\ninsolubles de vie et de destinée ne peuvent plus cesser d'agir, dès le moment\noù elles s'y sont une fois formulées. Dès lors, ils se débattent, au milieu du\nmonde organisé, avec les soubresauts, les cris impuissants et les secousses,\nd'un fauve, avide d'espace et de liberté, et pris en quelque piège avilissant.\n L'idée fixe du mensonge de la vie, de ses ressorts honteux et de ses buts\nincompréhensibles bat, nécessairement, les parois d'un tel cerveau, sans que\nrien atténue la violence de ses chocs, discipline ou habitude blasée de la\npensée métaphysique, qui connaît qu'il y a des problèmes, mais de solutions,\n point.\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3599, "texte": "298                                       DURENDAL\n\n\n     « P a u v r e T h o m a s , s'écrie M. de Vogué. Votre père littéraire vous tient\n pour u n esprit en a v a n c e , u n allumeur des fanaux de l'avenir ; et quoique —\nou parce que — s c h o p e n h a u e r i e n , nietzschéen, et le reste, vous datez tout\nb o n n e m e n t de 1830. »\n     L a vision amère et douloureuse de la vie, d o n t manifeste toute l'œuvre\ncorrosive de G o r k i , M. de Vogué l'étudié avec la perspicacité, mais\naussi les susceptibilités de goût, du fin lettré qu'il est ; avec son esprit exqui-\nsement équilibré, un p e u sceptique à force d'avoir examiné des idées et d'avoir\naperçu qu'aucune n'est tout à fait fausse, a u c u n e tout à fait vraie, et, en m ê m e\ntemps, à force d'avoir été témoin, dans la salle ou d a n s les coulisses, d'événe-\nments sans n o m b r e d a n s la ville la plus policée de la t e r r e . . . Dès lors, com-\nment la vision de ce vagabond du Volga ne lui paraîtrait-elle point o u t r a n -\ncière, c'est-à-dire fomentée par u n e réflexion et u n e philosophie insuffisantes,\nengendrée plutôt par les inspirations de l'imagination et les impulsions du\ncœur que par les déductions de la raison — excessive, par conséquent, et\nr o m a n t i q u e , et un peu ridicule ?...\n    L a question obstinée et angoissante qui est au fond de toutes les pages de\nGorki, c o m m e le c h œ u r invisible, monotone et fatidique de ses d r a m e s , l'écri-\nvain français la considère avec toute l'expérience spéculative — sage ou\nvaine ? — de n o t r e Occident : « Les r o m a n s russes, constate-t-il, a b o n d e n t et\nr e p r e n n e n t naïvement tous les problèmes que l'humanité a provisoirement\nrésolus, au moins en p r a t i q u e . . . » Mais, ne p o u r r a i t - o n répliquer qu'il est des\nAmériques que c h a q u e h o m m e , c h a q u e peuple, doit redécouvrir lui-même ? et\nque, pour les âmes neuves, il n'y a point de vieux problèmes ?...\n    Car, ces problèmes qui, pour n o u s , sont u n jeu et un exercice presque\ndésintéressé de pensée, Gorki ne se les est pas proposés comme u n thème\nabstrait, mais c'est l'expérience de la vie en cet E m p i r e s o m b r e , p a r m i ces\npeuples confondus et écrasés, qui les a posés devant lui : c'est sa vie parmi\nle m o n d e de misère, de douleur et de crime, d o n t il s'est fait l'étrange\net poignant révélateur, qui en a créé en lui la conscience i n a p a i s a b l e . . .\n                                                                          ARNOLD     GOFFIN.\n\n\n D o u b l e j e u , par H E N R I VIGNEMAL. — ( P a r i s , Ollendorff.)\n   Q u a t r e volumes, q u a t r e r o m a n s , depuis 1899 : Vain effort, Méprise tragique,\nla Chaîne, Double jeu; voilà u n b\"au labeur littéraire. Il est d'autant plus remar-\nquable que M. Vignemal a d o n n é , dans chaque volume nouveau, u n e impres-\nsion plus vraie et plus profonde de la vie, et m o n t r é que son talent, p o u r t a n t\ndéjà très sûr, était toujours en progrès.\n   L e Double jeu est certainement, à part peut-être Vain effort, rempli d'un\ncharme pénétrant, mais déparé p a r des longueurs, l'œuvre la mieux c o n ç u e et\nla mieux r e n d u e de notre j e u n e écrivain. Je ne dirai pas que la d o n n é e en est\nbien s y m p a t h i q u e , mais réussir à nous la faire accepter a, sans doute, été ce\nqui a tenté précisément la p l u m e de M. Vignemal, séduit par le plaisir de\nvaincre u n e difficulté plus g r a n d e . D e u x sœurs aiment le même h o m m e , l'une\npresque depuis son enfance, et avec tout son cœur, l'autre en passe-temps\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2947, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                299\n\npassionné. Celle-là triomphe de celle-ci et épouse celui qui a compris un jour\nquelle différence séparait les deux tendresses. Le livre est l'histoire des luttes\net des petits incidents, — de ceux-là qui mènent notre vie à notre insu — qui\nfont se heurter ces deux amours, détruisent l'un très ordinaire et relève encore\nl'autre déjà très pur.\n    M. Vignemal a gardé son style charmant et son don d'observer. De temps\nen temps, mais avec la discrétion que l'expérience lui a fait acquérir, il donne\nencore de ces descriptions si délicates, dont il avait un peu abusé autrefois,\npaysages, nuances du ciel, et de petits couplets délicieux comme celui-ci :\n« Elle s'appuya sur le bras de son fauteuil. Pour paraître se rapprocher d'elle\n» il lui prit les mains. Il aimait les considérer, car elles étaient belles. Elles\n» étaient longues, souples et transparentes, les ongles lamés de rose comme\n» un feu d'aurore. Elles étaient subtiles et ingénieuses, comme pour appri-\n   voiser des oiseaux ou charmer des serpents. Mains de rêve qui se\n» mouvaient d'un geste qu'on ne voyait jamais poindre ; mains qui cares-\n   saient jusque dans leur immobilité, jusque dans leur sommeil sur les\n» genoux, jusque dans leur garde fidèle de beaux lévriers, allongés devant\n» la porte... »\n   Un chapitre tout entier est à signaler particulièrement : celui où est\nracontée la mort d'un diplomate français à Cintra. Quel ramassé et quelle\nexactitude !\n   Il faut souhaiter au Double jeu la fortune de ces livres qu'il n'est point\npermis de n'avoir point lus et qui, pourtant, pour la plupart, valent moins\nque lui.\n                                                                       G. D'A.\n\nLe v e n t e m p o r t e l a p o u s s i è r e , par GEORGES BONNAMOUR. —(Paris,\n   Plon.)\n   Un livre de pessimisme. Poussière, l'amour. Poussière, l'amitié. Le vent\nqui souffle les emporte à jamais. Elle est profondément triste, l'histoire de\ncette femme pour l'amour de laquelle deux bons amis se brouillent à mort,\nqui ne trouve elle-même dans l'amour de celui qu'elle a choisi — un écrivain\négoïste de l'école du Disciple de Bourget — que déboires et amertumes. Est-ce\nbien la vie, cela ? M. Bonnamour analyse en bon psychologue l'âme, vile\naprès tout, de son héros qui s'amuse à broyer un cœur de femme pour en\néprouver des jouissances intellectuelles.\n\nL a F u g i t i v e , par J . - H . ROSNY. — (Paris, Fontemoing.)\n  Les frères Rosny sont des maîtres de la nouvelle. Il en est parmi ce recueil\nde délicieusement sentimentales, comme cette Fugitive qui a donné le titre\nau volume. D'autres sont imprévues et loufoques, comme la Vengeance de\nM. Tourte. D'autres encore, comme les contes sportifs, mettent en scène, avec\nparfois une pointe d'émotion attendrissante, les polichinelles que sont deve-\nnus certains de nos contemporains dont la vie veut être uniquement méca-\nnique.\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "300                               DURENDAL\n\n\nH i s t o i r e s à m a d a m e , par LÉON WAUTHY. — (Liége, l'Edition artis-\n   tique.)\n   Une plaquette de douze petites histoires un peu mièvres sans doute, jolies,\nrien que de la joliesse, écrites dans le goût ancien. Dirons-nous à M. Wauthy\nque nous préférons ses vers avec leur grâce et leur sentimentalité à fleur de\npeau ?\n                                                                       E. N.\n\nS é p a r o n s - n o u s , par JULES TRARIEUX. — (Paris, Plon.)\n   C'est la description, sous forme de journal anecdotique, en un style gai,\ntrès alerte et plein d'humour, de la lutte qui met actuellement aux prises en\nFrance deux Eglises, celle du diable, la franc-maçonnerie, et celle de Dieu,\nl'Eglise catholique.\n                                                                  H . M.\n\nL'ART :\nLes deux Lippi : Filippo et Filippino, par J.-B. SUPINO, tra-\n  duction DE CROZALS. Un volume illustré. — (Florence, Alinari.)\n   Filippo Lippi s'est représenté lui-même dans la partie inférieure du beau\nCouronnement de la Vierge, conservé au Musée ancien et moderne de Florence,\ndont, au reste, nombre de personnages ont des physionomies trop carac-\ntérisées pour n'être point, eux aussi, des portraits.\n   Tête massive dont la calvitie s'entoure d'une couronne de cheveux ; visage\nlourd qui, avec ses petits yeux aigus, son nez bref et le rictus de sa bouche\ndure et matérielle, révèle une âme positive et entêtée, peu encline au lève\net à la méditation. Tel apparaît Filippo Lippi dans cette image; et, ni sa\nvie de moine peu exemplaire, habile à sauver les irrégularités de sa situation;\nni son art, puissant par le réalisme, mais rarement imprégné de véritable\némotion, ne démentent l'impression que l'on reçoit d'elle. Son œuvre, on la\nconnaît, avec les innombrables cadres, d'une ordonnance et d'un faire de\nplus en plus sûrs d'eux-mêmes, de plus en plus attachés au réalisme corrigé\npar le sens décoratif, si naturel chez les artistes florentins. Et, nulle part, les\nqualités de ce génie facile et heureux, stimulées par le milieu dans lequel il\ns'exerçait, ne parurent plus éclatantes et remplies de plus de séduction\nqu'en ses fresques de la cathédrale de Prato, qui illustrent des épisodes de\nla vie de saint Etienne et de celle de saint Jean-Baptiste. M. Supino étudie\ncette grande œuvre avec détail et prédilection ; il en fait saisir à merveille le\ncharme extrême, la composition toute de vie, de mouvement, et il marque\navec perspicacité tout ce que le tempérament de l'artiste et ses penchants ont\najouté aux inspirations de son talent pour créer la figure ensorcelante de\nSalomé dansant devant Hérode et ses convives.\n   Chose rare, Filippino, le fils que Filippo avait eu de Lucrezia Buti, la\nreligieuse qu'il enleva, en 1457, du couvent de Sainte-Marguerite, à Prato,\ndont il était chapelain, ne dérogea point de la valeur de son père dans leur\ncommune profession. Il fut l'élève de l'exquis Botticelli, et de la fréquen-\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                               301\n\n\ntalion de celui ci, son art, moins vigoureux que celui de Filippo, et moins\nrésolu, prit une délicatesse qui manqua, parfois, à ce dernier. On sait\nqu'il termina dans la célèbre chapelle Brancacci, au Carminé, la déco-\nration commencée dans le premier quart du XVe siècle, par Masolino\net Masaccio.\n   La grandeur noble, l'exécution magistrale et la technique savante — où\nles enseignements! des ouvrages antiques n'ont eu, il faut le dire, aucune\npart — des fresques de Masaccio restèrent comme un exemple profondément\nadmiré par les artistes florentins; et l'on conçoit que la mission de peindre\nà côté de tels chefs-d'œuvre n'allait pas sans péril. Filippo n'a pas égalé son\ndevancier, cela va de soi, mais ses travaux, pour lesquels, d'après une opi-\nnion récente, il aurait été aidé de cartons préparés par Masaccio, sont remar-\nquables, et il n'est pas possible d'étudier sans joie ces ouvrages où le réalisme\nse tempère d'une élégance et d'une harmonie parfaites.\n   Et c'est déjà un plaisir très vif que de parcourir, avec un guide tel que\n M. Supino, la fructueuse carrière de Filippo et de Filippino Lippi, d'autant\nplus que le texte substantiel de l'auteur sert de savant commentaire à une\nillustration nombreuse et soignée, en tout digne de la perfection à laquelle\nles frères Alinari nous ont habitués.\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n\n\n   L ' a r t flamand e t h o l l a n d a i s (Anvers, Buschmann, éditeur. —\nBruxelles, Librairie Van Oest, rue du Musée, 16). — Le numéro d'Avril\ndébute par un article très étudié et très fouillé de MAX ROOSES sur le célèbre\ntableau de Jordaens : Le triomphe de Frédéric-Henri, exécuté pour la Salle\nd'Orange, Maison du Bois, à La Haye, salle somptueusement décorée par\ndifférents artistes, pour perpétuer les hauts faits du prince, par ordre de sa\nveuve. Max Rooses appelle cette peinture « l'oeuvre la plus considérable de\nJordaens ». Et il écrit un peu plus loin : « Le motif principal de ce tableau,\nle char avec le grouillement de foule qui l'entoure, a été profondément mûri\net étudié ; comme composition et exécution, il représente bien un des plus\nprodigieux morceaux de peinture que l'art universel ait créé. » Il termine son\nétude par ces mots : « Jordaens se lève dans son gigantesque tableau et\ndévoile, quand on entre dans la Salle d'Orange, toutes les merveilles créées\npour la volupté de l'œil humain, dans un monde plus beau et plus coloré que\nle nôtre ; et lorsque la porte s'est refermée derrière nous, cette radieuse vision\nnous hante pour la vie. » Cet intéressant article est rehaussé par une splen-\ndide reproduction du tableau lui-même de Jordaens et des trois esquisses\nqui se trouvent aux Musées de Bruxelles, d'Anvers et de Varsovie.\n    L'étude de Max Rooses est suivie d'un article de D E VOOYS sur le Meuble\nde I. W. De Graaff, article émaillé de réflexions très judicieuses sur la néces-\nsité d'abandonner la routine et la pastiche des anciens et de travailler à la\ncréation d'un art qui exprime notre vie et notre temps. De nombreuses repro-\nductions donnent une idée des efforts tentés par De Graaff dans ce sens.\n                                                                       H . M.\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "302                                     DURENDAL\n\n\n   Peter Breugel l'ancien, son œuvre et son temps. Etude\nhistorique suivie d'un catalogue raisonné d e son œ u v r e dessiné et gravé\npar R e n é Van Bastelaer, et d'un catalogue raisonné d e son œ u v r e peint par\nG e o r g e s - H . de L o o (M. G. H u l i n ) . Bruxelles, Librairie nationale d'art et\nd'histoire, Van Oest et C i e .\n    N o u s nous bornons à a n n o n c e r l'apparition de la première livraison de\ncette s u p e r b e publication, d o n t la valeur, tant au point de vue du fond qu'à\ncelui de la forme, répond à la réputation de ses a u t e u r s et éditeurs. N o u s\nreviendrons à loisir sur cet ouvrage, lorsque l'impression en sera plus\navancée, mais nous voulons signaler immédiatement aux curieux de l'œuvre\ndu g r a n d maître flamand l'illustration de ce premier fascicule qui ne\nc o m p r e n d pas moins d e dix-huit planches, r e p r o d u c t i o n s , six d e tableaux,\ndouze d e dessins, et toutes d'une perfection et d'une netteté accomplies.\n    E t puisque n o u s signalons particulièrement ce beau travail de la librairie\nbelge, n o u s m e n t i o n n e r o n s également, en a t t e n d a n t que nous puissions leur\nconsacrer des articles plus é t e n d u s , deux œuvres historiques d ' u n e rare\nexcellence, éditées l'une et l'autre par M. H e n r i L a m e r t i n , à Bruxelles, d o n t\nle catalogue, riche déjà en r e m a r q u a b l e s publications d'histoire, s'accroît\nchaque année : l'une, le Travail à Bruxelles au XVe siècle, par M. G. Des Marez,\nmonographie aussi attrayante que substantielle ; l'autre, l'Etablissement du\nrégime espagnol dans les Pays-Bas et l'Insurrection par M. E r n e s t Gossart, forte\nétude de l'une des périodes les plus troublées et les plus décisives de l'histoire\nde notre p a y s .\n    N o u s attirons également l'attention de nos lecteurs sur l'apparition récente,\nchez l'éditeur Ulrico H o e p l i , de Milan, du troisième volume de la Storia\ndell' Arte italiana, d u célèbre érudit et critique A. Venturi, consacré à l'art\nroman. T o u s les m o n u m e n t s q u e cet art a laissés dans la P é n i n s u l e sont\nclassés et étudiés d a n s ce volume, le plus complet que l'on ait écrit sur la\nmatière et dont le texte est illustré de plus de neuf cents excellentes r e p r o d u c -\ntions. N o u s consacrerons p r o c h a i n e m e n t u n article à cet ouvrage. L a maison\nH o e p l i nous p r o m e t aussi, incessamment, la nouvelle édition de la Storia di\nVenezia nella vita privata, de M. P o m p e o Molmenti, le savant historien, dont\nn o u s entretenions dernièrement nos lecteurs à propos des travaux qu'il a fait\nparaître, l'an dernier, sur l'Histoire de la Peinture vénitienne et le beau peintre\nCarpaccio.\n\n\nHISTOIRE :\n\n   L ' I t a l i e a n t i q u e (Origines et Croyances), par ANDRÉ L E F È V R E . — (Paris,\nde R u d e v a l . )\n   H e n r i H e i n e affirme d a n s les Reisebilder que la r a n c u n e persistait, chez\nses compatriotes, de la défaite et de la mort de Manfred, à B e n e v e n t o , et de\nla décapitation, o r d o n n é e par l'implacable Charles d'Anjou, du jeune\nConradin. De même, pourrait-on attester l'existence, parmi n o u s , de person-\nnes qui ne sont pas encore consolées d e la chute de l ' E m p i r e R o m a i n et qui\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3445, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                303\n\n\nnourrissent, avec une constance étonnante, un dépit colère contre le\nchristianisme, principal agent de cette chute. Certes, la religion qui appor-\ntait l'amour pour remplacer la force ne contribua point médiocrement à la\nsubversion de l'antique organisation du monde, mais le secret de sa propre\nruine n'était-il pas contenu dans celle-ci même ? Les causes en sont écrites\ndans les historiens et les poètes romains. Un principe pourri était dans le\nfruit, qui l'a détaché de l'arbre — et de la vie — et livré, sur le sol, aux\ninsectes et aux vers. Si la sélection est une loi, les Empires n'y échappent\npoint : une force faiblit, se désagrège, n'a plus foi en elle-même ; une autre\nvient, qui la renverse et la remplace. A un moment, il y eut déséquilibre entre\nla pression extérieure des Barbares et l'énergie de résistance de l'Empire ;\net, dès lors, ce dernier était condamné\n    Des causes ont engendré des effets qui, à leur tour, ont agi — rien de\nplus positif, et il est difficile de concevoir que des hommes, ennemis du\nlibre-arbitre et de l'action providentielle, se laissent aller à récriminer contre\nle christianisme, qui, à leur point de vue même, n'est qu'un fait de l'évo-\nlution, inévitable et, dès lors, nécessaire : tellement que l'on pourrait dire\nque la première assise de Saint-Pierre de Rome a été posée par Romulus,\nle jour où il délimita le pomerium, l'enceinte première de la cité naissante.\n    L'Empire, à la fin, n'était plus qu'une parade de solennité, au fronton de\nlaquelle un histrion siégeait, ou un fou lubrique ou quelque soldat obtus,\nacclamé par les légions et divinisé par une religion, en quelque sorte admi-\nnistrative, qui, n'étant qu'une chose morte et de protocole, était inapte à\ncréer dans les âmes la solidarité et la volonté cohérentes, indispensables pour\nrepousser l'invasion des doctrines et des hommes.\n    Mais cette religion, desséchée dans les formules et les rites, réduite à\nn'être plus qu'une froide allégorie gouvernementale; cette religion, dans les\nfondements de sa mythologie prolifique, remontait aux premiers âges, était\nvenue des hauts plateaux de l'Asie avec les ancêtres nomades des populations\nitaliques, aux jours obscurs des migrations vers les rivages européens et\norientaux.\n    La pensée innombrable des générations se révèle dans les dieux qu'elles\nont façonnés à l'image de leurs rêves et de leurs vouloirs et dont elles on:\n peuplé leurs temples, leurs foyers et la terre qu'elles habitaient. Si différente\n que soit notre pensée, elle participe de la leur ; et la noblesse de l'humanité\n est faite de tout ce qu'il y a eu de beauté et de grandeur parmi les hommes.\n    Ces générations de divinités, c'est, pour ainsi dire, les Travaux et les Jours,\n chaque jour apportant le lendemain ; chaque travail son fruit — sans solu-\n tion de continuité... Et ainsi, par la tradition ininterrompue, nous sentons\n que nous en sommes aussi de ce passé si lointain, et que notre pensée d'au-\njourd'hui lui est redevable.\n    De là notre émotion devant des pierres usées, des inscriptions presque\n effacées, des mots caducs, pleins de souvenirs et de significations — et le\n charme d'un ouvrage tel que celui de M. André Lefèvre, familier de tous les\n Olympes et de tous les Panthéons antiques, savant dans les mystères de\n toutes les divinités, les citadines comme les rustiques, les grandes comme\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3743, "texte": "304                                         DURENDAL\n\n\nles chétives, et qui, en des pages remplies de sciences, de précision et de\ngrâce, en trace pour n o u s l'immense et fourmillant tableau.\n\nP a r i s SOUS N a p o l é o n : Consulat provisoire et Consulat à temps, par M. de\n  LANZAC DE LABORIE. U n vol. in-18°. — ( P a r i s , Plon.)\n1815 : La dernière abdication, la Terreur Blanche, p a r HENRY HOUSSAYE. U n\n     vol. in-18°. — ( P a r i s , Perrin.)\n     L ' a u r o r e et le crépuscule du prodigieux et météorique E m p i r e ! L e début\nplein de promesses, après dix a n n é e s de massacres, de victoires et de pros-\ncriptions, après le g r a n d effort frénétique de la T e r r e u r et le t r é b u c h e m e n t , à\nla fin, d a n s les orgies sadiques et sanglantes du Directoire. T o u t courbait\ndevant la volonté du j e u n e h é r o s au front si fier et si p u r sous les ondes négli-\ngentes de sa chevelure, et dont la b o u c h e mince et passionnée et les g r a n d s\nyeux magnifiques éclatent d'une si indicible majesté d a n s la belle esquisse\nexécutée par David. P l u s tard, le César nerveux et hardi, qui marchait à\npied à la tête de ses légions, est devenu Auguste, sa physionnomie s'est fixée,\na pris, d a n s les effigies officielles, le caractère de maturité et de g r a n d e u r\nsemi-divine de l'empereur romain. Cependant, le b e a u m o n a r q u e puissant et\n impérieux s'épaississaient, ses traits se fondaient dans l'embonpoint et un\n dessin pris sur le vif, par Girodet, en 1812, n o u s m o n t r e u n Napoléon presque\n p o u p i n , presque boursouflé et avec des y e u x dont la lueur est éteinte sous le\n front resté s p l e n d i d e .\n      Il ne s'était, cependant, pas engraissé d a n s le repos, et il n e le voulait ni\n pour lui-même, ni p o u r les a u t r e s . M. L a n z a c de L a b o r i e n o u s le m o n t r e ,\n attaché, avec son vouloir énergique et lucide, à la réorganisation matérielle\n et morale de la F r a n c e , soucieux de satisfaire tous les intérêts, d'utiliser toutes\n les forces tombées dans la décomposition de l'anarchie, en proie à u n e activité\n impatiente à la fois et o r d o n n é e . A la date que porte le dernier volume du\n beau récit épique de M. H . H o u s s a y e , en I 8 I 5 , l'anarchie a r e c o m m e n c é , les\n Cent-Jours a p p r o c h e n t de leur fin, Waterloo a détruit les espoirs s u p r ê m e s de\n l ' E m p e r e u r et autour de lui, c'est la conspiration de tous ceux qu'il a entraînés\n  à sa suite, au retour de l'île d ' E l b e , dans u n e exaltation de souvenirs et de\n  gloire et qui, à présent, la défaite v e n u e , ont recouvré le sang-froid de leurs\n intérêts et cherchent à dissocier leur fortune de la sienne. O n le pousse à\n  l'abdication; on l'y accule et p a r m i ceux qui pèsent sur ses résolutions, il ne\n  rencontre pas seulement le fourbe F o u c h é , m a i s les plus chers de ses c o m p a -\n  g n o n s d'armes et j u s q u ' à N e y qui devait si n o b l e m e n t m o u r i r . . . E t la vigueur,\n  la p r o m p t i t u d e de conception qui, par moments, lui semblent revenues tout\n  entières, parmi ces b o u r r a s q u e s , restent inutiles, car on ne veut plus de lui,\n  de son génie et de sa science de la g u e r r e — et, sans vouloir se d o n n e r la\n  honte de le livrer à l'ennemi, on ourdit autour de lui la trame qui l'obligera\n  à se livrer lui-même entre les mains de celui-ci.\n       L e livre de M. H o u s s a y e n'a pas la sérénité de celui de M. Sorel, dont\n  nous parlions dernièrement : son point de vue est différent, d'ailleurs. I1 est\n  d a n s la mêlée des é v é n e m e n t s ; il en contracte la fièvre et la passion, et com-\n   m u n i q u e celles-ci à ses lecteurs.\n"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                305\n\n\n  La période que M. de Lanzac de Laborie étudie dans ce premier volume\nde l'ouvrage qu'il se propose de consacrer à l'histoire de Paris sous le Con-\nsulat et sous l'Empire, est comme un entr'acte dans le drame napoléonien :\ndéjà, la République est finie, mais l'Empire n'est pas encore commencé; il y\na expectative, incertitude, attente... Et l'auteur a noté les traits, tous, les\ngrands, les petits, les graves et les frivoles pour en composer l'attrayant\ntableau de cette heure singulière.\n\nL'organisation du travail à Bruxelles au XVe siècle,\n    par G. DES MAREZ. Un vol. in-8°. — (Bruxelles, Lamertin.)\n    L'histoire est un peu comme une grande tapisserie, tissée maille à maille,\nmais dont, le plus souvent, nous ne considérons que les grands traits, les\nfigures qui, sur le fond continu et complexe de soie ou de laine, se profilent\nen éclat et en gloire : silhouettes de chevaucheurs héroïques; apôtres dans la\nlumière de leur auréole ou de leur supplice; législateurs... Tous les épo-\nnymes, enfin, et les rois et, mieux que les rois, les poètes, et, aussi, les grands\ncarnassiers, illustres par l'éclaboussure de sang qu'ils ont laissée sur leur\ntrace... Peut-être, tous ceux-là sont-ils seulement délégués, placés en\nvedette, pour faire les gestes et dire les paroles, dont la force et la volonté\némanent en eux de la puissance fourmillante et obscure qui forme le chœur\n de la tragédie éternelle?\n    Ils ne sont que les noms commémoratifs des faits, et pour saisir ceux-ci\n dans la réalité, comme dans le cheminement de leur élaboration et des causes\n agissantes qui les ont, finalement, déterminés, il faut se mêler à l'ordinaire,\n au quotidien de la vie des nations, fréquenter les humbles de l'atelier, de la\n boutique ou de la terre, savoir leur labeur, leur condition, leurs peines et\n leurs réjouissances ; et connaissant que, nécessairement, ils souffrent, con-\n naître pourquoi, et quelle aspiration, nourrie dans leur cœur, coalisa, un\n jour, le vouloir secret ou manifeste de tous leurs pareils, pour l'émeute ou\n pour la révolution.\n     Des livres tels que celui-ci servent d'instruments à une telle étude.\n     La vie populaire, mouvementée, ardente, toujours en éveil ou en désir, on\n la sent à toute page du Travail à Bruxelles. L'auteur nous met dans la fami-\n liarité des artisans du moyen âge, du patron, du membre envié de la gilde,\n  du patricien fier du lignage auquel il appartient, et, grâce à lui, nous\n apprenons les prétentions contradictoires qui les divisent; les habiletés et les\n  coups de force dont ils usent les uns à l'égard des autres et la succession et\n  le résultat de leurs longues luttes, poursuivies sans trêve, par la violence ou\n  par la politique, à travers les âges. Rien de plus passionnant : les privilégiés\n  d'aujourd'hui sont les insurgés d'hier : la Gilde puissante et oligarchique a\n  été annihilée par les corporations, mais celles-ci, unies pour vaincre, se\n  divisent ensuite les unes contre les autres ou chacune dans son propre\n  sein : les maîtres s'efforcent de restreindre le patronat et de le rendre\n  inaccessible aux ouvriers et ceux-ci, à leur tour, s'agitent pour mettre\n  obstacle à l'initiation de trop nombreux apprentis. Ils se disputent les uns\n  aux autres le gain, le profit, la subsistance, et ils ne sont d'accord que pour\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3703, "texte": "3o6                                       DURENDAL\n\n\nréclamer des prohibitions contre les trafiquants et les artisans étrangers à la\nville...\n   M. Des Marez nous fait pénétrer dans l'intimité de l'existence municipale\nbruxelloise au XVe siècle, et a v a n t ; il étudie n o t a m m e n t , avec u n e a b o n d a n c e\nde détails et de preuves saisissants, les causes de la g r a n d e révolution démo-\ncratique de 1421, qui transforma les conditions du travail à Bruxelles...\nL'excellent é r u d i t a tiré le meilleur parti des n o m b r e u x documents qu'il a mis\nau jour et utilisés tout à la fois avec une méthode critique rigoureuse et un\nsentiment très vif de la vie. E t l'on peut dire qu'il a fixé, d'une façon à peu près\ndéfinitive, u n e des pages les plus passionnantes de l'histoire de la capitale\n                                                                           ARNOLD      GOFFIN.\n\n    L e s R u p e l m o n d e à V e r s a i l l e s , 1685-1784, par CH. DE VILLER-\nMONT. — ( P a r i s , P e r r i n . )\n    L e n o m de Villermont n'est pas u n nouveau venu d a n s les lettres belges.\nLes historiens n'ont pas oublié les solides études que feu le comte de Viller-\nm o n t , il y a de cela q u a r a n t e a n s , consacrait à deux g r a n d s capitaines de la\ng u e r r e de T r e n t e - A n s , Belges tous deux, Tilly et Mansfeld. T o u t récemment,\nMlle la comtesse de Villermont n o u s présentait u n tableau très exact de la\ncour de Bruxelles sous les a r c h i d u c s , en racontant la carrière qu'y firent les\nBournonville. E t voici M. Ch. de Villermont qui nous arrive à son tour avec\nun livre sur les derniers des R u p e l m o n d e , dont les destinées se sont achevées\nà la cour de Versailles. Ces livres, surtout les deux derniers, ont u n air de\nfamille. Ils sont consacrés à des p e r s o n n a g e s de second p l a n . Ils a b o n d e n t\nen détails sur leur vie domestique, généalogie, éducation, a m o u r s , mariage,\nhéritage, détails qui sont exclus de la g r a n d e histoire, et qui n e laissent pas\nd'être intéressants, puisqu'ils n o u s permettent, mieux que celle-ci, de revivre\nun chapitre de l'existence de nos ancêtres. Ce genre de livres a de plus cet\navantage de nous faire connaître le rôle du féminisme d a n s le passé, puisque\nce rôle ne s'est guère exercé que d a n s les coulisses de l'histoire.\n    Ainsi, d a n s le présent volume, les deux comtes de R u p e l m o n d e sont com-\nplètement éclipsés par leurs femmes, deux Françaises celles ci, la première\nu n e d'Allègre, la seconde u n e de G r a m m o n t , toutes deux veuves de b o n n e\nh e u r e , mais la première u n e veuve galante, amie de Voltaire, d a n s un sens\ntrop complet du mot, u n vrai type XVIIIe siècle, la seconde, veuve édifiante,\navec laquelle le n o m historique de R u p e l m o n d e s'éteint d a n s les expiations\ndu Carmel. C'est assez dire que ce volume a le charme de la v a r i é t é . Il est de\nplus écrit d a n s u n style à la fois pittoresque et châtié, ce qui n'est pas c o m m u n\naujourd'hui.\n    Notre littérature historique est encore fort pauvre en œuvres de ce genre,\nautant que la F r a n c e est riche en Mémoires historiques.\n    A nos jeunes auteurs d'enrichir nos lettres belges, en n o u s fournissant un\nplus g r a n d n o m b r e de ces ouvrages qui ont l'intérêt du r o m a n , sans sortir du\ndomaine du réel. Cela réconcilierait avec notre histoire nationale notre grand\npublic, qui réclame quelque chose de moins austère q u e les in-4 0 d e notre\nCommission royale d'histoire, e n m ê m e temps q u ' u n aliment plus nutritif\nque nos Manuels de collège.                                                            C. M.\n"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3586, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                  307\n\n\nLA CRITIQUE :\nH e n r i H e i n e , p e n s e u r , par HENRI LICHTENBERGER.— (Paris-Alcan.)\n    Il est difficile d'aimer Heine et, également, de ne l'aimer pas. Sa sensibilité\nest si vive, si profond l'abandon de son émotion ! Les accents de l'une vous\nexaltent; le courant rapide de l'autre vous entraîne ; vous allez perdre pied,\nmais un rire sardonique retentit qui dissipe, soudain, le rêve et vous fait\nretomber, meurtri, avec le poète, dans la réalité du monde et des êtres.\nEt toutes les effusions du vagabond des Reisebildersont pour une fin de\nsarcasmes; tellement qu'on se lasse de cette résolution inévitable, de toutes\nces méditations lyriques que l'ironie, chaque fois, dissipe, et que l'on soup-\nçonne le procédé, l'artifice, où il n'y a que la manifestation sincère de l'esprit\net du cœur contradictoires de l'homme qui se parle en ces poèmes.\n     L'espoir et la volonté, chez lui, ne vont pas longtemps, dans leur passagère\ngriserie, sans se heurter au sentiment du néant ou de l'inanité. La mort ne\n marche-t-elle pas dans l'ombre de l'amour, pour effacer, à mesure, la trace de\n ses pas? Les anciens associaient les mânes à toutes les fêtes de la vie et leur\n dieu bifrons, Janus, ne conjugue-t-il pas l'Amour et la Mort, l'Avenir et le Passé,\n pour un Présent, qui n'existe que de leur combinaison? De sorte qu'il n'y a\n pas duplicité dans la pensée de Heine : Qui peut se fixer dans le rire ou dans\n les larmes? Il est vain et elles sont vaines ... L'âme du poète s'agite dans sa\n cage de chair, de la porte du plaisir à la porte de la souffrance, et elle aper-\n çoit que, toutes deux, elles ouvrent sur la mort...\n     Aucune stabilité pour un tel esprit, aucune sécurité philosophique ou reli-\n gieuse. M. Lichtenberger, avec le talent de dialectique et d'analyse précise\n qu'on lui connaît, étudie la mentalité de Heine dans les phases multiples de\n ses évolutions. Et dans l'ordre de la réflexion comme dans celui de l'inspira-\n tion, dans l'expression de ses idées métaphysiques ou confessionnelles, aussi\n  bien qu'en ses effusions les plus lyriques, nous le voyons osciller fatidique-\n  ment de la foi et de l'enthousiasme au doute et à la raillerie. Et selon que l'on\n  considère, on verra là une infirmité de son esprit — ou une supériorité...\n     Ses impulsions, quelles qu'elles soient, se décomposent à la réflexion. Il va\n  du mysticisme au positivisme; il célèbre la Raison et la bafoue; le mystère\n  l'attire et il se persuade, bientôt, qu'il ne contient que le vide ; il s'affilie au\n  saint-simonisme, puis le renie, puis se convertit au protestantisme ; il rêve\n  une « démocratie de dieux terrestres, égaux en béatitude et en sainteté »; il est\n  révolutionnaire, mais il a peur de la foule, dont le règne amènera la ruine de\n  toute beauté sur la terre... Avant Nietzsche, et bien que son admiration\n  pour l'antiquité fût très tiède, il voulait éloigner l'humanité du nazarénisme\n  pour la pousser vers l'hellénisme, substituer le panthéisme, l'optimisme à la\n  conception chrétienne, pessimiste — tout en sentant, avec intensité, pour\n  avoir vécu et souffert, que celle-ci est le véritable visage de la vie, tandis que\n  l'autre n'en est que le masque...\n      M. Lichtenberger fait revivre devant nous, dans sa physionomie intellec-\n  tuelle, dans ses faiblesses et, même, dans ses tares, l'étrange poète déçu — et\n  décevant. C'est une belle étude ajoutée à toutes celles que nous lui devons\n   déjà sur l'ait et la philosophie de l'Allemagne moderne.\n"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3429, "texte": "308                                DURENDAL\n\n\n S o i r é e s d u S t e n d h a l C l u b , par CASIMIR STRYIENSKI. Un vol. —\n    (Paris, Mercure de France.)\n    Dans une des lettres de Mérimée à Stendhal, publiées en ce volume, on lit :\n « Je m'imaginais avoir compris votre Julien (Sorel de Le Rouge et le Noir , et\nil n'y a pas une seule de ses actions qui n'ait contredit le caractère que je lui\nsupposais. » Et il semble que cette remarque porte à faux — et que l'on se\nsoit beaucoup mépris sur le caractère que Beyle a prétendu donner à son\nhéros : on a voulu voir en celui-ci une sorte d'ambitieux machiavélique, se\nservant froidement de son intelligence et même de son cœur pour parvenir\nà la domination sur des gens que, du reste, il méprise... Il serait comme le\njoueur flegmatique, dont chaque coup est étudié et prémédité, et qui joue la\npartie de son avenir. Et, par moments, ce rôle, que Julien a rêvé réellement,\nil le joue, en effet, mais plutôt, à ce qu'il semble, par une sorte de dilettantisme\nsceptique, de dandysme de volonté, que dans la poursuite convaincue d'un\nbut. En réalité, tous les événements décisifs de sa carrière sont advenus non\ncomme le résultat de combinaisons savantes de Julien, mais par hasard — et\ns'il lui arrive de songer aux moyens de profiter de ces hasards, il y réussit, en\ngénéral, fort mal. Les circonstances, il ne les a pas créées, et, lorsqu'elles se\nproduisent, il les subit, s'en sert ou tâche de réagir contre elles, selon les dis-\npositions où il est, résolues ou impropres à la résistance, faibles ou fortes,\npassionnées ou indifférentes. Ce n'est pas un « caractère » ; c'est un homme,\ndivers, livré aux vicissitudes du monde et de sa propre âme, — mais qui agit\ntoujours avec le plus parfait naturel, — y compris parfois la feinte, qui est de\nson naturel également...\n    L'analyse n'avait pas desséché en Stendhal le sens de la vie et de la réalité,\net l'idée de développer l'existence d'un être selon la logique abstraite du\ncaractère qu'il lui aurait prêté ne lui serait pas venue. Notre vie n'est-elle pas\nune perpétuelle combinaison de nous-mêmes avec tout ce qui nous entoure\net nous influence, proche ou lointain, et dont les éléments se mélangent en\nproportions incessamment variées? Il y a quelque chose de permanent et de\nfoncier en chacun de nous, mais qui, au gré des heures et des conjonctures,\npâlit, se voile, puis éclate, puis de nouveau s'efface...\n    Stendhal, on dirait qu'il pousse ses personnages dans les chemins sinueux\net entrecroisés du monde, et les regarde aller, semblables à eux-mêmes et\ndifférents... A ceux qui les observent, ils paraissent inconséquents, parce\nqu'ils agissent avec naturel, et ce naturel aussi donne souvent à leur\nconduite, comme dans le cas de Julien, l'apparence de la plus infernale\n duplicité !...\n    Le captivant volume de M. Stryienski contient des plans de travaux, qui\n pourraient sembler contredire ces considérations, mais ce ne sont que des\n plans qui, certainement, se seraient transformés à l'exécution — des person-\n nages ébauchés dont les traits, trop simples et trop nets, se seraient compli-\n qués si l'auteur les avait animés et fait passer dans l'engrenage de la vie. Le\n compte rendu du procès d'Antoine Berthet, séminariste, accusé d'assassinat\n commis dans une église et jugé en septembre 1827, qui, indubitablement,\n servit de point de départ à la conception de Le Rouge et le Noir, présente un\n"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3029, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                309\n\nbien autre intérêt pour l'étude des méthodes de travail et d'élaboration de\nStendhal. En réalité, comme le constate M. Stryienski, tous les linéaments\ndu chef-d'œuvre de Stendhal sont contenus dans ce procès-verbal judiciaire.\nCelui-ci a été, en quelque sorte, le noyau de réalité autour duquel la pensée\nde l'écrivain a cristallisé...\n   Les Soirées du Stendhal Club ne relatent qu'une seule séance de cette...\ncongrégation! Mais, pour rester dans l'esprit de l'homme sous le vocable\nduquel celle-ci est placée, on parla de tout en cette réunion, sauf de Beyle!\nMais le reste du recueil se compose de nombre de documents inédits et\ncurieux, qui ajouteront encore à la reconnaissance que les Stendhaliens\ndoivent déjà à l'érudit qui les a rassemblés et publiés.\n\nDe Hegel aux cantines du Nord.— La Vierge assassinée,\n   par MAURICE BARRÈS, deux vol. petit in-12. — (Paris, E. Sansot et Cie.)\n    « L'orgueilleux Hegel croyait avoir fixé sa pensée du même coup\nqu'il la décrit, mais une fois mise au monde, cette pensée pour vivre\nn'avait que faire de son créateur. » Chateaubriand exprimait, magnifi-\nquement, une pensée analogue, lorsque montrant l'action invincible dans\nle monde de l'œuvre d'un génie funeste, il ajoutait : « Et c'est une beauté\nirréparable. »\n    Mais, elle est singulière la contradiction, chez Hegel, et comment pouvait-il\ncroire « avoir fixé sa pensée », alors que, selon son système, rien n'est dans le\nmonde qui ne soit en un devenir indéfini, à commencer par la vérité qu'il\nsitue à l'intersection de deux courbes contradictoires qui tendent sans cesse\nl'une vers l'autre, sans se rejoindre jamais ? Jeux de pensée ! jeux de princes\nintellectuels, et dont les conséquences, dans la vie morale et sociale, ne\ncessent plus de s'exercer.\n    On a raillé la scolastique et ses catégories, ses mots sans substance, ses\n« innéités », mais que nous apporte de plus la philosophie moderne, celle, du\nmoins, qui ne s'est pas nourrie de vie et d'expérience? Quelles certitudes tirer\ndes conceptions de Hegel; quel appui y trouver? « Tout est légitime, qui a été »\net \" chacun de nous est providentiel \". Voilà les principes directeurs que l'on\npourrait déduire de sa philosophie. En mettant la vérité dans le « devenir »,\nil l'a mise, en réalité, hors du monde, et il n'y a plus ni juste, ni faux, puis-\nqu'on ne sait si c'est celui-ci ou celui-là qui est la voie de cette vérité toujours\néventuelle.\n   Maurice Barrès, dans cet opuscule, étudie avec la lucidité et la dextérité\nde son esprit latin, quelques répercussions de l'hégélianisme dans les mouve-\nments sociaux de ce temps; et c'est une étude pleine de saveur et d'intérêt,\net qui ne va pas sans ironie.\n    La Vierge assassinée, republiée dans la même collection, nous rend l'auteur\nde la Mort de Venise, au début de sa carrière, illustrant d'images fières un\népisode de la fin du paganisme.\n\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3988, "texte": "310                                        DURENDAL\n\n\nL e s R o u t e s d ' A r l e s , par ANDRÉ GODARD. — (Paris, P e r r i n . )\n     N o t r e auteur est Angevin et a b e a u c o u p réfléchi en parcourant la B r e t a g n e .\nRien d'étonnant dès lors à ce que la P r o v e n c e se découvre à lui dans sa\nfraîcheur d e p h é n o m è n e et avec le soutien du contraste. Il y entre c o m m e u n\nbarbare soucieux mais é t o n n é . Ce recul qui permet la comparaison, M. P a u l\nMariéton ne l'avait pas p u p r e n d r e . Il ne descendit que de L y o n pour rédiger\nles intéressantes chroniques que sont La Terre Provençale (Paris, L e m e r r e , 1894).\nE t ainsi il ne n a r r a que ce qui est p r o p r e m e n t m é m o r a b l e , s'émut surtout\ndevant ce qui est excessif ou déplacé, c o n n u t des bibliothèques ou des statues,\ndes b a n q u e t s et d u fébrilige, et en s o m m e se complaisait d'autant mieux à un\ntype provençal que celui-ci l'était m o i n s et, par exemple, plus mograbin.\nM. Mariéton fut annaliste, M. Godard est analyste. Ce dernier observe la\nP r o v e n c e quotidienne en elle-même tout en la situant d a n s l'absolu. La\nchaussée b l a n c h e ; le c h a m p résilié de canaux bordés de claies; les écrans\nlointains de cyprès sont aussi expressifs que la chevelure rousse de la princesse\ndes B a u x ou le pèlerinage des mules harnachées à Saint-Gilles.\n     Mais M. Godard a deux p a r t i s - p r i s . Ils sont h e u r e u s e m e n t tels qu'on ne\ns'en trouve que meilleurs c a m a r a d e s : il est, en effet, hellène et catholique.\nDès lors, l'influence de R o m e et celle de la I I I e R é p u b i q u e le c h o q u e n t . E t les\noccasions ne m a n q u e n t pas d'être scandalisé : c'est la faute aux constructeurs\ndes Arènes et aux parlementaires de Toulouse si les linéaires artésiennes se\ncrispent aux corridas et si les m a r c h a n d s radotent le d i m a n c h e matin, à la\n P l a c e des H o m m e s , devant le Café du Commerce.                                ,\n     Car Arles est grecque. A presque égale distance N î m e s est romaine,\nAvignon italienne, Aix aussi française que N a n c y , T o u r s ou R i o m , Marseille\nlevantine à l'égal d'Alexandrie. Mais Arles se découvre hellénique. Déjà\n P h o c é e n n e e t h n i q u e m e n t . oui, mais peu importe. Elle est grecque, mieux et\n a u t r e m e n t . C o m m e n t ? A l'insu des éléments qui la c o n d i t i o n n e n t ; car « ces\n arènes sont r o m a i n e s , ces statuettes de la Vierge sont gothiques, ces costumes\n datent de cent a n n é e s ; cependant de tout cela surgit l'art grec ». P o u r q u o i ?\n A h ! cela ne saute p'as aux y e u x . « A qui u n e première fois l'aborde, Arles\n apparaît u n e pauvre sous-préfecture avec des églises de village. » E t quelle\n déception accueille les voyages de noces distraits... Ce sont, oui, de longs\n regards que ceux qui tirent de cette pierre u n aveu. Mais à qui persiste en\n cette exploitation mystique, est consenti tout de m ê m e une éclaircie plénière.\n « L'élégante solennité des deux colonnes-sœurs du T h é â t r e règne sur Arles. »\n Pallas, conseillère de raison et d'esthétique, préside à la concision tendrement\n biendisante des épitaphes du Musée L a p i d a i r e ; elle a o r d o n n é la proportion\n des b o r n e s et des cippes, c o m m e elle plisse les j u p e s des danseuses et les\n rochets des évêques; c'est elle qui m o d è r e les miracles sur les sarcophages\n gallo-romains et qui retient la théorie des élus et d a m n é s au long de l'archi-\n trave du portail de S a i n t - T r o p h i m e ; elle a sans doute planté la rangée de\n  peupliers des A l y s c a m p s ; ce doit être elle encore qui allonge les cils discrets\n  sur les yeux excessifs des Mireilles. Ni ingénues, spontanées, ni passionnelles,\n  t u m u l t u e u s e s , n a t u r e c o m m e m é t h o d e se montrent ici volontaires, délibérées,\n  constructives et retenues ; tout ici est h a r m o n i e .\n"}, {"page_pdf": 382, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3009, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                    311\n\n\n   Au surplus, la Grâce a débarqué en Provence et Platon y serait mort\narchiprêtre. Et c'est ainsi que a les routes d'Arles » mènent aux Saintes\nMaries de la Mer — Marie Madeleine, Marie Jacobé, Marie Salomé! et leur\nbrave moricaude Sarah là servante, patronne des parias des roulottes;— elles\nconduisent au tombeau de sainte Marthe qui écrasa la Tarasque et les fléaux,\nà la crypte de saint Victor, au sarcophage de saint Maximin et à cette Baume\noù se tapit la Pénitente aux boucles blondes épandues sur sa draperie de\nsoie bleue et pleurant des larmes de cristal...\n   Sur tout cela, sur ce qui en rapproche ou en écarte, M. Godard a com-\nposé des essais un peu haletants, assez elliptiques mais enivrants de\nconnaissance profonde et par de subtiles associations d'idées.\n   Alluvion de cette Mer Intérieure sur laquelle souffla l'Esprit, l'Arlésie\noù Ulysse eût pu échouer en même temps que Lazare est une des parties\nnobles du monde. Mais le naviculaire italiote, le sarrazin qui rit stupi-\ndement de toutes ses dents, le courtier-voyageur démagogique y ont\nmétissé la race. Tout de même, ce répugnant Méridional contient un\nancêtre qui a lancé le disque et chanté la mort de Pan. C'est avec longanimité\nqu'il faut l'aimer. Le premier baiser de « la Vénus d'Arles » est frotté d'ail.\n                                                               EDMOND DE BRUYN.\n\n\nQUESTIONS MORALES ET RELIGIEUSES :\nS u r l e s C h e m i n s d e l a C r o y a n c e . Première étape : L'Utilisation du\n   Positivisme, par FERDINAND BRUNETIÈRE. — (Paris, Perrin.)\n   Des influences fort diverses semblent être intervenues dans la conversion\nde M Brunetière et dans la constitution de sa philosophie complexe, aux\naspects multiples et variés. « Pascal, écrit M. Victor Giraud, me paraît —\navec George Eliot, Auguste Comte et Darwin — l'une des grandes influences\nqu'il a, je ne dis pas subies, mais acceptées, mais recherchées, mais\naimées (1) «. A cette liste nous nous permettons d'ajouter Emmanuel Kant,\ndont M. Brunetière semble avoir subi l'action, soit directement par la lecture\ndes Deux Critiques, soit indirectement, par exemple, par l'intermédiaire de\nCh. Renouvier, qu'il connaît et cite en plusieurs endroits (2).\n  Auguste Comte contribua puissamment à la formation de la philosophie ou\nmieux des idées philosophiques de M. Brunetière.\n   Dans le présent ouvrage que nous analysons, M. Brunetière a tâché d'in-\ncorporer à la philosophie et à l'apologétique chrétiennes les vues qui lui\nsemblent justes et les idées qui lui paraissent vraies du fondateur du Positi-\nvisme.\n  Pendant toute sa carrière de critique, M. Brunetière a particulièrement\n\n\n  (1) VICTOR GIRAUD : La philosophie de Pascal et la pensée contemporaine, p. 46, Paris,\nBloud, 1904.\n  (2) Voyez, notamment, F- BRUNETIÈRE : Discours de combat,1resérie : Le besoin de croire,\npp. 319 et 320 en note, et 1''Utilisation du Positivisme, pp. 9, 131 et 168.\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3128, "texte": "312                                DURENDAL\n\n\n\npoursuivi sous toutes leurs formes et dans toutes leurs conséquences deux\nerreurs : le « subjectivisme » et la « religion de la science ». Et c'est au posi-\ntivisme d'Auguste Comte qu'il demanda dans le présent ouvrage des armes\npour livrer ce combat. Nous le reconnaissons bien volontiers, M. Brunetière\na parfois le choix heureux, dans son travail d' « Utilisation du positi-\nvisme ».\n   Il peut renverser ainsi les sophismes des hommes de l'encyclopédie dans\nl'ordre social et moral.\n   Cependant nous regrettons que M. Brunetière professe une théorie sur la\nrelativité de la connaissance qui ne peut que l'embarrasser dans l'édification\nde son apologie du christianisme et qui la rend même inévitablement\ncaduque.\n   D'autre part, sa preuve de l'existence de « l'Inconnaissable », empruntée à\nHubert Spencer, ne semble mériter nullement la confiance qu'il veut bien\nlui accorder. Et si M. Brunetière veut y voir une preuve de l'existence\nde Dieu, il verse, croyons-nous, dans l'erreur.\n                                                E. J.\n                                                e\nUne mystique inconnue du XVII siècle. La mère Jeanne\n de saint Mathieu Deleloë, par DOM BRUNO DESTRÉE, O. S. B.—\n   (Société Saint-Augustin, Desclée et Cie.)\n   C'est moins l'histoire d'un être que l'on trouvera dans les pages de ce\nlivre que celle d'une âme, le récit d'une vie tout intérieure, monotone à la\nsurface, mais, en réalité, sans cesse nouvelle et où rien, presque, ne s'émeut\nqui provienne des événements et tribulations terrestres.\n   La mère Deleloë appartenait à une communauté de Bénédictines, installée\nà Fauquembergues, en Artois, etqui dut, en 1635, se réfugier à Poperinghe,\nafin de se soustraire aux molestations des troupes françaises et espagnoles\nqui dévastaient le pays.\n   Les pauvres petites religieuses, fuyant dans la bourrasque, subirent plus\nd'une privation et plus d'une gêne dans leur nouvelle résidence : « Cette\nmaison d'emprunt offrait si peu de commodité, rapporte l'une d'elles, qu'une\nmême chambre devait servir aux religieuses de chœur pour chanter l'office\ndivin, de réfectoire et d'ouvroir pour le travail journalier. Les sœurs cou-\nchaient sur un peu de paille, dans un grenier joignant le toit; elles y étaient\n pendant l'été comme dans un four embrasé tant la chaleur y était grande ;\n tandis qu'en hiver, elles se trouvaient souvent le matin toutes chargées de\n neige et de pluie froide, que le vent faisait entrer par les tuiles mal serrées...\n Pour la nourriture, qui était maigre et petite, il fallait la gagner en travaillant\n jour et nuit à filoter tantôt de la laine, tantôt du lin, pour les bonnes gens\n qui leur donnaient à filer. » Misère supportée gaiement d'ailleurs, bien\n qu'elle fût éprouvée de plus par les maladies, et qui fait songer à l'installation\n de saint François et de ses premiers compagnons dans la hutte de Rivo-\n Torto, étroite et dénuée de tout.\n    La situation de la petite troupe s'améliora par la suite et, jusqu'à la fin de\n sa vie, survenue en 1660, la mère Deleloë en f ut la prieure. C'est durant cette\n"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                313\n\n\nlongue période que se placent les Communications, les phénomènes mystiques\ndont, par ordre de son confesseur, elle nota toutes les manifestations dans un\n « cahier » qui est parvenu jusqu'à nous. Le grand intérêt de ces pages, c'est\nqu'elles émanent d'une femme, sinon illettrée, du moins presque sans culture :\nl'expression des mystères de la grâce dont son âme est remplie rencontre sans\ncesse l'obstacle d'un esprit inhabile à la parole, toujours prêt à retomber dans\nl'ornière des mêmes mots qu'il sent insuffisants. Et, cependant, malgré\ntout, l'effusion dont la bonne religieuse est remplie transparaît et rayonne au\ntravers ses phrases maladroites. A la lecture, dit très bien Dom Bruno Des-\ntrée, « ces défauts de style... semblent peu à peu disparaître, ou plutôt leur\n souvenir graduellement s'efface devant les clartés et les lumières dont s'éclaire,\n à tout instant, ce journal, devant la pureté de vie qu'il révèle et, surtout,\n devant l'amour véritable, profond, constant, qui d'un bout à l'autre embrase\n tout ce récit. »\n    Dom Bruno Destrée a mis en œuvre la matière originale, peu abondante,\n souvent obscure ou embryonnaire, dont il disposait, de la façon la plus heu-\n reuse et la plus propre à rendre la fréquentation de ce livre attrayante. Il a\n encadré les documents qui étaient venus entre ses mains d'une introduction\n et de commentaires excellents qui en mettent la valeur dans tout son jour, et\n il n'est pas jusqu'à l'experte disposition typographique de l'ouvrage qui ne\n contribue à la perfection de la publication. Et, pour résumer notre impres-\n sion, nous dirons que Dom Destrée a uni dans l'élaboration de son travail\n tout son goût très fin d'artiste et toute sa ferveur religieuse.\n                                                                         A. G.\n\nL e s C r i s e s d ' u n e â m e , par ALEXANDRE MARTIN. 1905, in-12, pp. 351.\n   — (Paris, Perrin et O . )\n   Ce livre est-il l'histoire vraie d'une âme, ou la fiction ingénieuse d'un\nromancier ? Nous ne saurions le dire. Aussi bien, cela importe assez peu.\n   Que prétend l'auteur de ce récit? A-t-il une thèse à défendre? Nous ne le\npensons pas. Il s'est complu à analyser un état d'esprit, réel ou imaginaire,\nsimple psychologue sans prétention au prosélytisme doctrinal.\n   Le titre du volume est adéquat ; ce sont, en effet, de terribles crises que\ntraverse cet homme chrétiennement élevé, perdant, au contact de Paris, sa\nvertu et sa foi et cherchant, pendant deux ans, à la Grande-Chartreuse, à\nretrouver l'une et l'autre. Il n'y réussit point, du moins en ce qui concerne la\ncroyance religieuse; il rentre dans le siècle, se fait insurgé et pris sur les\n barricades est jeté en prison. Quand il en sort, « il veut se punir et réparer »\net entre, comme infirmier, dans l'hôpital parisien « où la souffrance est la\n plus répugnante». Il y meurt, dans le doute, où l'on voit toutefois poindre,\n bien que faible, une lueur de foi, qui est en même temps d'espérance :\n « Dieu juge, si tu es, pardon pour mes erreurs et mes fautes. »\n    Telle est la trame du récit que nous fait M. Alexandre Martin. Mais,\n faut-il le dire, cette histoire n'est qu'un cadre, et ce libertin, ce religieux\n manqué, ce révolutionnaire et ce philosophe d'hôpital défilent successive-\n"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3265, "texte": "314                              DURENDAL\n\n\nment sous nos yeux pour faire entendre, chacun à son tour, les objections\ncourantes contre la religion, l'ordre social et même la saine philosophie.\n   Je dis les objections « courantes » ; toutefois la façon de présenter\ncelles ci n'est nullement courante, ni banale. Rien de brutal, d'effronté, ni\nmême d'irrespectueux chez le libre-penseur de M. Alexandre Martin. Au\ncontraire, \" la libre pensée l'irrite, lorsqu'elle ricane... et qu'elle triomphe\navec sa science d'école primaire \".\n    Devenu socialiste militant, le héros n'est point tendre pour ses compagnons\nde lutte. \" Que d'ambitieux vils, avides du pouvoir pour satisfaire des\nrancunes et des convoitises, pour prendre leur part du gâteau, et conquérir\npar la force les jouissances dont la privation leur infligeait la souffrance de\nl'envie saignante et de l'appétit inassouvi! Que de sceptiques, embrassant le\nparti de la révolution parce qu'ils n'avaient pas su se faire leur place dans\ncelui de l'ordre, jouant des revendications sociales comme d'une guitare, et\nse servant du prolétaire comme d'un échelon ! \"\n    Il faut entendre aussi comme notre philosophe raille les décevantes\nthéories du matérialiste, l'infini de Spinoza, le devenir de Hegel, le pessi-\nmisme de Lucrèce, le nirvâna de Çakya-Mouni, la morale indépendante. Je\ncite ce qu'il pense de cette dernière : « Sans Dieu, sans l'âme et la vie à\nvenir, la morale n'est plus qu'un reste de préjugés traditionnels qui ne résiste\npas à l'analyse, une idole devant laquelle l'homme cesse de s'incliner le jour\noù il commence à s'apercevoir que lui-même l'a faite. »\n    Et néanmoins, ce livre est dangereux, plus hérissé de pièges que d'autres\noù l'objection antireligieuse s'étale grossière et impudente. Ainsi les poisons\nsubtilement distillés dans un doux élixir sont plus redoutables, parce que\nmieux dissimulés, que ceux des fioles sur lesquelles le pharmacien a collé la\ntête de mort.\n    Car à se sentir pitoyable au malheureux dont M. Martin a retracé les\ncrises d'âmes, on court le risque de respirer imprudemment les mortelles et\ncapiteuses effluves qui s'exhaltent de ce cœur et de ce cerveau malades.\n    Je viens de dire toute ma pensée; je crois bien, en effet, que le cas soi-\ngneusement décrit par M. Martin, relève directement de la pathologie\nmentale. Car, pour un esprit solide et dûment averti, les écueils où la foi du\nhéros de M. Martin est allé s'effondrer, peuvent être tournés sans trop de\npeine.\n    Le personnage mis en scène dit quelque part qu'il redevint chrétien, la\nveille de son entrée à la Chartreuse, mais que pour cela il ne s'est « point\nplongé dans les livres de théologie, d'apologétique ». « Je n'ai point, ajoute-\n t-il, entrepris une étude approfondie des dogmes. Je n'ai point pris corps à\ncorps, pour les détruire, les objections, les doutes, les négations qui avaient\nsi bien envahi mon intelligence, que ma première foi me semblait en avoir\nété complètement chassée. »\n    N'est-ce point le tort que vous eûtes, pauvre homme? Il y a, en effet, beau\ntemps que la théologie, l'apologétique et l'exégèse ont fourni des réponses\npertinentes aux doutes qui vous ont assailli.\n    La vie religieuse ne vous a pas davantage réussi. Il semble qu'à votre insu\n"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                    315\n\npeut-être, vous ayez vous-même indiqué la vraie raison de cet échec. « Si je\nne possède point la liberté d'esprit, dites-vous, si la paix m'est refusée, c'est\nque je ne me suis point soumis... je ne l'ai pu. »\n  Ainsi donc, un peu plus de science théologique et un peu plus d'obéis-\nsance religieuse eussent fait du malheureux de M. Martin un bon chrétien et\nun fidèle chartreux.\n  C'est, croyons-nous, la morale bien simple de son livre, qui, au demeu-\nrant, est fort bien écrit et ne manque pas d'intérêt psychologique.\n                                                                        J. G.\n\nE n H a u t ! Lettres de la comtesse DE SAINT-MARTIAL, Sœur Blanche,\n    fille de la charité. — (Paris, Plon.)\n    Titre éminemment approprié à ce beau livre qui, très simplement mais très\nfortement, raconte l'ascension d'une âme d'élite vers les cimes glorieuses de\nl'Idéal chrétien. Peu d'existences assurément furent aussi belles et aussi\nremplies que la brève carrière terrestre de Sœur Blanche. Issue d'une\nancienne famille helvétique patricienne et protestante, Blanche-Marie de\nFischer naquit à Berne en 1856. Elle passa son enfance studieuse et recueillie\nau bord des lacs enchantés, bercée par le charme de cette nature prestigieuse\ndont les horizons altiers entretiennent gravement l'âme de ses destinées\ninfinies et de la grandeur de Dieu. Mariée à 19 ans au comte de Saint-Martial,\ngentilhomme français possédant tous les dons de l'esprit et du cœur, elle\ngoûta pendant dix années les plus exquises douceurs d'une union admira-\n blement assortie. Aux premiers rayons du printemps de l'année 1885, le\n comte de Saint-Martial fut terrassé par une embolie. « Le bonheur, a dit un\n grand penseur, est un hôte que nous devons accueillir avec empressement,\n sitôt qu'il se présente à notre porte, mais avec lequel il ne faudrait pas trop se\n lier de peur qu'au moment de la séparation nous n'éprouvions une immense\n douleur. » Mais la noble femme était prête. Au lit de mort de son mari, elle\n avait fait la promesse d'embrasser la religion catholique. Cet engagement ne\n faisait d'ailleurs que confirmer ses plus intimes aspirations.\n     Dès ce moment Blanche de Saint-Martial orientera désormais sa vie vers\n le but suprême par la voie lumineuse du renoncement et de l'héroïsme.\n Après une courte probation à l'hôpital de Saint-Jean à Turin, elle part pour\n l'Afrique où elle va voir le cardinal Lavigerie auquel elle expose ses désirs et\n ses craintes. Le grand archevêque lui montre, dans l'Institut des Filles de la\n  Charité, le champ le plus vaste où elle puisse déployer son zèle. La prise d'habit eut\n  lieu à Paris le 10 novembre 1888. La vie de dévouement et d'activité inlas-\n  sable que mena Sœur Blanche depuis ce moment jusqu'à sa mort (en 1899),\n  est pleinement mise en lumière par le recueil de sa correspondance précédé\n  d'une touchante et fort intéressante notice biographique que le frère de cette\n  femme forte consacre pieusement au souvenir de sa sœur. Cette corres-\n  pondance embrasse une période de quatorze ans (1885-1899).\n      Les lettres que Sœur Blanche adresse à sa mère sont tout particulièrement\n  belles. L'impression que laisse dans l'âme la lecture de ce livre est douce et\n  puissante tout à la fois, tant par l'accent profond de ces lettres, par l'ardente\n"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3361, "texte": "316                               DURENDAL\n\n\nconviction qui les inspire et les échauffe, que par la vertu ineffable de cette\nphilosophie chrétienne dont elles sont imprégnées, philosophie sublime\nexaltant la poésie du devoir et du sacrifice comme la beauté unique, la raison\nsuprême et la seule vraie source de bonheur de l'existence terrestre qu'elle\nembaume du jaillissement de ses flots inaltérables, limpides et immortels.\nEcloses spontanément et sans contrainte des profondeurs d'un noble cœur,\nles lettres de Sœur Blanche, d'où toute préoccupation de littérature est natu-\nrellement absente, sont écrites dans la plus pure langue française avec une\nadorable simplicité qui n'est pas l'un de leurs moindres charmes. Encore plus\nsenties que pensées, elles valent surtout comme le reflet céleste et singulière-\nment expressif d'une âme claire, droite, exquise, aussi pieuse et tendre que\nfière et énergique.\n                                                                   G. DE G.\n\nL'Imitation de J é s u s - C h r i s t , divisée sous forme de lectures à l'usage\n   des personnes du monde, par un chanoine de Paris. — Traduction et\n   réflexions par l'abbé F. de LAMENNAIS. Prières par le Révérend Père DE\n   GONNELIEU, suivie etc. — (Paris, P . Lethielleux.)\n   « Un chanoine de Paris » ayant observé que « ce qui manque le plus même\naux personnes pieuses à notre époque si affairée, c'est le temps » et conclu\nqu' « on ne peut plus s'attarder à des lectures et à des méditations pro-\nlongées » lamine l'Imitation en tranches chacune d'une page.\n   C'est de cette façon qu'il nous porte à pratiquer le chap. 39, liv. III : « Qu'il\nfaut éviter l'empressement dans les affaires. »\n   « Nul doute, d'après lui, que l'Imitation ainsi comprise ne rende un grand\nservice aux personnes du monde et à la jeunesse chrétienne. »\n   Cette édition se distingue donc des précédentes par la mise en page. Ainsi,\nétant donné que la fin du chapitre III déborde des flancs, notre chanoine-\nmétronome y coupe court, et ce qu'il tire de l'édition du Révérend Père Gon-\nnelieu (ou du Révérend Père de Gonnelieu, comme il dit) ce sera soit la\no prière », soit la « pratique », selon que la dimension de l'une ou de l'autre\nrentre dans la justification et encore seront-elles coupées au bas de la page ou\nleurs phrases tondues d'après le besoin typographique.\n   Assez dire que tout cela est parfaitement sacrilège et illicite.\n   Ici comme partout, traductions et réflexions reslent attribuées à l'abbé\nFélicité de Lamennais. Cela importe à l'histoire littéraire, et à défaut d'une\nmeilleure édition et occasion pour provoquer le débat, signalons que cette\npaternité admet la discussion en désaveu. Cette œuvre de quiétude que veut\nêtre l'Imitation n'a pas fini d'attrouper les querelles : La question de l'auteur\nde l'Imitation : Thomas à Kempis, Gerson ? Mabillon racontait déjà la dispute\ndes augustins et bénédictins... La question des traducteurs français de l'Imi-\ntation : En 1812, M. A. A. Barbier, bibliothécaire du Roi, disserte sur soi-\nxante traductions françaises, et établit que la célèbre traduction de Gonnelieu,\nfaible copie de celle de Saci, est d'ailleurs du libraire Cusson (1673)... Or, il\ny a une question de l'auteur des Réflexions sur l'Imitation ! L' Univers (v. Mes-\nsager des Sciences historiques, Gand, 1893, p. 372) signalait qu'en 1828, à Gap,\n"}, {"page_pdf": 388, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3138, "texte": "                                   LIVRES ET REVUES                                           317\n\naprès avoir avoué que sa p r é t e n d u e traduction « était l'œuvre d'une main à\nlui c o n n u e . . . », l'abbé Féli aurait déclaré qu'il n'avait écrit que quelques\nréflexions et sur u n exemplaire présenté aurait m a r q u é d'une croix, liv. I,\nc h a p . 5, 17, 21 ; liv. I I , c h a p . 7, 8, 11, 12 ; liv. I I I , c h a p . 1, 5, 34, 4 3 , 50,\n51, 53, 54, 55, 5 8 ; liv. IV, a u c u n . D'autre part, en 1898, M. E u g è n e H e r p i n ,\ndans une brochure : Quel est l'auteur des Réflexions sur l'Imitation de J.-C., signées\ndu nom de Félicité de Lamennais (v. l'Hermine, R e n n e s , 20 janvier 1898,\nt. X V I I , p . 189) les a attribuées à l'abbé J e a n - M a r i e de L a m e n n a i s , le pieux\nfondateur des Frères de l'Instruction chrétienne. L a combinaison de ces\ndeux renseignements procure peut-être u n e solution. « L a main à lui connue »\nà Félicité était sans doute celle de J e a n - M a r i e et celui-ci aurait ainsi p r é p a r é\ntoute l'édition avec la collaboration de son frère, u n i q u e m e n t pour les\nréflexions ci-dessus é n u m é r é e s . A voir.\n    Mais « ne vous arrêtez pas (Imitation, liv. I, c h a p . V) à la réputation de\nl'auteur, ni s'il a p e u ou b e a u c o u p d'érudition ; mais que l'amour de la vérité\np u r e vous incite à le lire. N e d e m a n d e z point qui a dit telle chose : mais\nprenez garde seulement à ce qui est dit. »\n                                                                                       E . DE B .\n\n\nConférences aUX h o m m e s '. Le catholicisme dans les temps modernes, tome\n    premier ; Les résistances; Le concordat; Les événements; Les doctrines; par l'abbé\n    G I B I E R . — ( P a r i s , Lethielleux.)\n    Ce petit volume mérite d'être signalé et | r e c o m m a n d é . Il traite de q u e s -\ntions importantes et actuelles, le concordat, l'appréciation des pontificats de\nP i e V I I , L é o n X I I , P i e V I I I , Grégoire XVI et P i e IX, les principales erreurs\nm o d e r n e s , l'encyclique de Grégoire X V I , le syllabus de P i e IX, le concile du\nVatican.\n    S u r toutes ces questions, l'auteur p a r t a n t de principes très sûrs fournit des\nconclusions nettes et justifiées. Aussi cet ouvrage est-il à conseiller aux catho-\nliques, publicistes et polémistes, qui recherchent, sur les diverses questions\nétudiées d a n s le livre, des informations rapides et des solutions précises.\n    L ' a b b é Gibier d o n n e l'impression d'un esprit large et m e s u r é , ferme et\ntolérant. Bien que présentées sous forme de résumés, ses conférences sont\nloin d'être sèches et a r i d e s . Il y passe fréquemment un souffle d'éloquence.\nT r è s vivante, m a l g r é son caractère strictement didactique, l'expression est\ntoujours soignée. Si les paroissiens de S a i n t - P a t e r n e n'ont pas dû s'ennuyer\n au p r ô n e de leur c u r é , les lecteurs des conférences q u e nous signalons, ne\nregretteront point leur t e m p s .\n                                                                                          J. G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-012", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 318, "page_fin": 320, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Le Salon des peintres et sculpteurs de l'Enfant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 389, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "NOTULES\n\n  L e Salon des peintres et s c u l p t e u r s de l'Enfant, ouvert au\nMusée, renouvelle au profit d'une œuvre de bienfaisance une idée aimable\net pratique réalisée déjà avec plus d'ampleur à Paris voici quelques années.\n   Un peu improvisée et mêlée, cette exposition réunit des œuvres de mérite\nconsacré et des choses nouvelles dont quelques-unes sont de fort\nmédiocre et éphémère intérêt. Les organisateurs ne se sont piqués ni de\nchoisir ni d'être complets, mais seulement de remplir décemment les galeries,\nau hasard de la trouvaille. Parmi les morceaux les plus marquants, le célèbre\ngroupe des enfants Collard et quelques études d'Edouard Agneessens, plu-\nsieurs portraits d'art raffiné et de saveur exquise par Fernand Khnopff, un\nMellery — du temps clair —, des Evenepoel, d'une vision très artiste ; d'Eugène\nSmits, des morceaux précieux où se retrouve le beau peintre du Cortège des\nSaisons, de Léon Frédéric : un panneau du Ruisseau et des études menées\navec cette science, cette force, cette volonté définitives qui parent et feront\ndurer ses moindres œuvres, puis des portraits et des études signées J.-M.\nStevens, André Cluysenaer, Franz Charlet, Aug. Danse, J. Gouweloos,\nG. Lemmen, G. Morren, H . Richir, Isidore Verheyden, e t c . .\n   Les statuaires sont copieusement représentés.\n   Si les délicieux enfants romains de Paul De Vigne se trouvent omis,\ndes bustes et des bas-reliefs de Constantin Meunier, Dillens, Rousseau,\nLagae, De Vreese et de bien d'autres de nos sculpteurs confèrent à l'en\nsemble un réel intérêt d'art.\n                                           ***\n\n   L ' E x p o s i t i o n d u d e s s i n a t e u r R e n o u a r d , au Cercle Artistique,\nmet en vive lumière les qualités d'observation preste et aiguë de l'illustrateur.\n   Il ne faut pas analyser, scruter comment c'est fait, exiger des dessous, une\néducation de l'œil et de la main, mais se borner à subir l'impression juste,\nalertement saisie et fixée, un geste, un mouvement, le sens des allures et des\nensembles, crayonnés avec verve, entrain, esprit, le goût de la mise en page\net la dextérité de l'arrangement. Aussi la caractérisation des types, la ressem-\nblance attrapée, un peu accusée mais sans charge, avec mesure et brio.\n   Quelques études peintes alourdissent, inutilement, cette expositionnette.\n                                                                                 P. L.\n"}, {"page_pdf": 390, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3607, "texte": "                                            NOTULES                                            319\n\n   Exposition H . Leys et H . de Braekeleer. —Une exposition\nconsacrée à l'œuvre des d e u x plus grands maîtres anversois d u XIXe siècle,\nle baron H e n r i L e y s et Henri de Braekeleer, s'ouvrira à Anvers du 14 mai\nau 15 juin 1905.\n    L'œuvre d ' H e n r i L e y s , si variée et d'originalité si h a u t e , n'a jamais été\nréunie. Celle de son élève et neveu, le grand coloriste Henri de Braekeleer,\nest loin d'être c o n n u e c o m m e elle doit l'être. L ' u n e et l'autre sont la gloire de\nnotre E c o l e .\n    L a ville d'Anvers prêtera à l'exposition les œuvres importantes des deux\nmaîtres, qui sont u n des ornements de son Musée. L e s principaux collection-\nn e u r s d u pays et de l'étranger ont suivi cet exemple.\n    L'exposition, qui est d u e à l'initiative de l'association L'Art Contemporain,\naura lieu d a n s les salles du Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers.\n\n                                                ***\n   Quelques livres de n o s collaborateurs :\nARNOLD GOFFIN : La Légende de saint François d'Assise écrite par trois de ses com-\n                          pagnons. T r a d u c t i o n , avec introduction et notes. (Bruxelles,\n                           Lamertin.)                                                    fr.  3 50\n          —         I     Fioretti : Les petites fleurs de la vie du petit pauvre de\n                          Jésus-Christ saint François d'Assise. T r a d u c t i o n , avec\n                           introduction et notes                                              3 »\n          —         I     Fioretti : Appendices. Considérations sur les stigmates. Vie\n                           de frère Junipère. Vie et doctrine de frire Egide. T r a -\n                           duction avec notes                                                 2 50\nJ U L E S D E S T R É E : Sur quelques peintres de Sienne. Edition de luxe, illus-\n                           trée de huit eaux-fortes originales par A. D a n s e et\n                           M m e Destrée et de n o m b r e u s e s reproductions. T i r a g e\n                           limité à cent exemplaires. ( E d i t e u r s : Bruxelles,\n                           D i e t r i c h ; Florence, Alinari.)               15                »\nCHARLES DE SPRIMONT : La Rose et l'Epie. (Bruxelles, Bulens) épuisé.\nP A U L M U S S C H E : LES Jardins clos. (Paris, Société de Librairie.) . . .                3 50\nJ.-K. HUIJSMANS: Trois Primitifs : Les Griinewald de Colmar, Le Maître\n                           de Flémalle et la Florentine de Francfort. In-8° illustré.\n                           ( P a r i s , Messein)                                             5 »\nGEORGES V I R R È S : Les Gens de Tiest. (Bruxelles, Vromant.) . . . .                        3 50\nJ. ESQUIROL : Cherchons l'Hérétique. (Paris, Stock.)                                          3 50\nH E N R Y CARTON DE W I A R T : La Cité ardente. ( P a r i s , P e r r i n . ) .   .   .   .   3 50\nFIRMIN VAN DEN BOSCH : Essais de critique catholique. (Gand, Siffer.)                          3 50\n         —         Impressions de littérature contemporaine. ( Bruxelles,\n                     Vromant.)                                                                 3 50\n\n                                                 ***\n    Œuvres musicales de notre collaborateur Joseph Rye-\nl a n d t . — Sainte-Cécile, d r a m e musical en trois actes. Partition réduite pour\nchant et p i a n o p a r l'auteur. In-8°, prix : 15 francs.\n"}, {"page_pdf": 391, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "320                                    DURENDAL\n\n\n   Purgatorium, oratorium soprano voce choroque concinandum turn symphonia. Réduc-\ntion, chant et piano p a r l'auteur. In-8°, 5 francs.\n   E d i t e u r Muraille, 4 5 , rue de l'Université, à L i é g e .\n   On peut s'y procurer gratuitement le catalogue complet des œuvres de\nnotre collaborateur.\n                                            ***\n\n      A c c u s é d e r é c e p t i o n . — A. VENTURI : Storia dell' Arte italiana.\nI I I . L'Arte romanica. Con 900 incisioni in fototipografia (Milano, Hoepli édi-\ntore). — J . - E . CHARLES : Les samedis littéraires, 3 e série ( P a r i s , S a n s o t ) . —\nC. BOUTAHD : L a m e n n a i s (Paris, P e r r i n ) . — M. RIFAUX : L'agonie du catho-\nlicisme? ( P a r i s , P l o n ) . — J . THIERY : L e r o m a n d ' u n vieux garçon (Paris,\nH a t i e r ) . — V. SCHELFHOUDT : Lettres et nouvelles (Bruxelles, L a c o m b l e z ) .\n— M. GAUTIER : L a lumière dans l'ombre ( P a r i s , P e r r i n ) . — M. DIEMER :\nL a légende dorée de l'Alsace (Paris, P e r r i n ) . — DE TRANNOY : J u l e s Malou\n(Bruxelles, Dewit). — L . LEFÉBURE : Portraits de croyants a u XIXe siècle\n(Paris, P l o n ) . — P . L E N Z : L'esthétique de B e u r o n (Bibliothèque de l'Occi-\ndent). — P . ROIDOT : L e s poèmes pacifiques (Bruxelles, Société belge de\nlibrairie). — L . D E B I E : L e r a m e a u d'olivier (Ostende, B o u c h e r y ) . — H .\nDELEHAYE : L e s légendes hagiographiques (Bruxelles, Société des Bollandistes).\n— GASTON ROUTIER : L e capitaine Saint-Méry (Paris, F o n t e m o i n g ) . —\nC. RAMUZ : Aline ( P a r i s , P e r r i n ) . — M. C O R N E U S et A. VAN G R I N : Cité\nB r a b a n t (Bruxelles, Lebègue). — V I I I s t e J a a r b o e k van de Scalden : O u d e en\nnieuwe volksliederen, 1905 (Antwerpen, De Vos). — G. P E R R O T : Praxitèle,\nétude illustrée de 24 reproductions hors texte ( P a r i s , L a u r e n s ) . — E . P O T -\nTIER ; Douris et les peintres de vases grecs, étude illustrée de 24 r e p r o d u c -\ntions hors texte (ibid.).— M.COLLIGNON : L y s i p p e , étude illustrée de 24 repro-\nductions hors texte (ibid.).— E . VERHAEREN : R e m b r a n d t . Biographie illustrée\nde 24 reproductions hors texte (ibid.). — P . VITRY : T o u r s et les châteaux de\nT o u r a i n e . Ouvrage orné de 107 gravures (ibid.). — O. MEGA : Livret ctitique\ndu Salon 1905 à la Société Nationale des B e a u x - A r t s de P a r i s (itinéraire par\nsalle) (Bruxelles, librairie V a n Oest).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison05-207", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "1 9 9 , rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 392, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 4005, "texte": "1     9 9 , rue Royale, 99\n\n PIAIOS DE SMET                                                                            • BRUXELLES •\n\n\n                 THE GRESHAM\n               (Compagnie d'assurance» sur la oie)\n                       Fondée à Londres 1 8 4 8\n                   Etablie en Belgique en 1 8 Ç 6\n                        Actif : plus de S 1 7 raillions\n                 Sinistre» {uyés S* Bejgiqtle : 9 0 n)illipu>\n                                                                   Paul Claessetjs\n             0 Louis HEUVBLMAN8, directeur                           RellWMloreuf dt S. k. R. Mqe U Comteste de Flandre\n\n                                                                     24, rue de Berlatmont, Bruxelles\n             John H. SCOTT, sous-direcj. delà 8u«i'iirsu]eB<>lge\n                3, plao* Royale, B R U X E L L E S\n\n\n F A B R I Q U É £>_E! M A T E L A S\n                         Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                            médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                        BPYÛETVWÎELEMANS\n                           •*•            FOURNISSEUR £ E LA COUR\n\n           6, 8 , 1 0 , 1 2 , Rue du Midi <** BRUXELLES\n Usine à vapeut»; Lavoiftde laines : RUE DES GOUJONS, 120\n\n                                        Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                            FABRIQUE K * ATELIERS :\n                                   57, B u e de la Charité • BRUXELLES\n                                                                TÉIJÊPHONE 1 9 4 7\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  Spécialité de tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                 la gravure, l'architecture- et le dessin.\n                                  RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                         Vente et location de modèles pour la peinture\n                                                                *\n                                    Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Liverpool, le Havre, Bruxelles, CUicago, etc.\n   PIAI30S STEIKWAY                                                                   & SONS\n                      NEW-YORK — LONDRES —'' HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n   de Suéde et d'Italie, du Sultan, de la reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., eto.\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway (R. Wagner). »« Le Stein-\nway est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités «hantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « v o s\nbeaux instruments incomparable» ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance (A. Rubhistein). » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici (F Busoni). » n La plénitude, la puis-\nsance^ l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme tne procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski): » « Il y a 10 o> i5 ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès? Ou,bien cela tenait-il a mon mauvais goût? En tous cas 11» sont maintenant, à mon\navis, Je produit idéal du siècle (Eug. d'Alberty.-» « II» sont- tellement au-dessus de toute critique, qu'un\néloge même paraîtrait ridicule (Sofia Menter). »\n  Ageuee générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2930, "texte": "A paraîtra à la Librairie VBOMAOT*\n                                                                  3 frtuioa «n eduaetia\n                                                                      M r •       f ' l^\n                                                                  3 ftp. 5 0 en Ubralrif\n                          FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\nImpressions de Littérature Contemporafi\n                            URrSKTlÊRK - U<H lu.KT - HL'Y8MAX8\n                              U t ULLLULth LEVONS UÉMiRGlE\n                                  \\hUHAhl<l-\\ KT ÎH-MOJ.UKK.\n                          I- Dl- I U I I . I MII.LK I.I'IDO (iC/KJ.LK\n                           (.1 O lift* 8 ItOltKMtACII   M \\ \\ WAl.l.KK\n      H » \\ l o \\ | i | KAKI»   ullI.I.Al MK \\ HltHI'kïKN - II. CARTON DK WIART\n                                        hTC, KIT\n\n\n On souscrit aux bureaux de la Revue : 22, rue du Grand-Cerf, Broxctt\n\n                                              J. GONTHIER\n                                                         Maison fondée eu 1860\n                                          31*33, ru*» de l'Empereur, BRUXELL\n                                                         TÊLÉPH09B         866»\n\n                                          Encadrements d'art — Mlroltei\n                                                   Vitraux riches et ordinaires\n                                            Cadrée pour tableaux, aquarelles, gravur\n\n                                                        AMEUBLEMENTS\n                                          Entreprise générale de vibra\n                                                LA'MAISON NA PAS DE SUCCURSALE\n\n\n\n\n                                     u\n                                           ENCADREMENTS*                     raisiluitifcl\n                                     i.                                             *—*\n                                     v     DORURE ET SCUl P-\n                                     R TURE SUR H01S                        bIQUIDATK\n                                     D                                              M\n                                     U     ESTAMPES\n                                     S\n                                     S     GRAVURES ANCIENNES\n                                     E\n                                     N                                     Vente i toute\n                                     u     N S. - LES bRAVURbS ANCIENNES\n                                                                               offre accept\n                                     O                        ,\n                                     O       — — — — — — — — —\n                                     «•    SONT VKNDUES^AVBC CBRTIHCAT      7 1 , rut Goff\n                                     *     D AUTHENTICITÉ\n                                                                              1XKLLE!\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3961, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n        ta, Marché-au-Boiu - BRUXELLES\n  Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles a vue ; 1 1 1 p. t . sans commission\n     Dépots en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 3 : 2 . 9 7 p. «.\n                      Encaissement de Coupons, Titres, Effets, eto.\n                                ORDRES DE BOURSE\n            Servie» spécial de Lettres de Crédit e t Chèques sur tous pays\n          Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n   L i RÉSERVE MUTUELLE                                     LE STANDARD\n                                                         Compagnie d'assurances sur la rie, tonièe en 1825\n            de*          ÈTAT8-UNMS\n                                                                    ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n              STUJC- l a         v i e\n                                                           Principaux avantages de la Compagnie I\n                                                         i* Polices incontesta- 8» Tarif avantageux.\n                                                           bles après deux ans 4* Participation impor-\n                                                           de date                    tante des assurés dans\n                                                         a* Prêts sur polices         les bénéfices de la\n                                                           ayant trois ans de         Compagnie.\n                                                           date                     5° Prêts hypothécaires.\n                                                            S'adresser four rtnutgntments tt prospectus i la\n                                                                     DIRtOTION          GtNtRALI\n                                                         28. PLAIE SE BROUCKÊRE, 28, BRUXELLES\n                                                           Ttliphane 949 — AdretM télégraphique : StandirA-Bruxelles\n  ENCAISSMIBNT ARHDIL . . . .        40 Millions\n  SIMSTUB PATKS                     250 Millions\n\n      Combinaisons très intéressantes                    CHAUDRONNERIE DE LA COUR\n   DIIECTION GENERALE POUR LE CONTINENT DE L'EUROPE          37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n       8 , r u a H a l é T y , P A R I S (»•)                            TÉLÉPHONE 1 6 9 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S                   Batteries de cuisine. — articles de ménage\n            O n demande des Agents\n                                                                         ÉTAMA6E\n\n\nHrcnïves Solaires le Beigiaue\n     52, rue S té vin, BRUXELLES\n                  Recherches, de généalogies et d'ar-\n                   moiries en Belgique et à l'Etran-\n                   ger. — Attestations officielles de\n                   noblesse, de filiations et d'armoi-\n                   ries.—Copiesofficielles de lettres\n                   de patentes de noblesse. —                 18, Marehé-aa-Bois, 18\n                   Inscriptions à la liste des nobles.\n                   — Insertions de généalogies dans\n                   des publications   belges et étran-\n                   gères. •—; Rectifications d actes\n                   de l'état CITII et adjonctions des\n                   noms. — Correspondants en pro-\n                                                                       BRUXELLES\n                   vinceet a. l'étranger —Armoiries\n                   et documents généalogiques sur\n                   plus de 100,000 familles nobles\n                   et patriciennes.\n   RENSEIGNEMENTS\n                                                         Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                       BlESWAL\nCHOCOLAT                       BlESWAL\nCHOCOLAT                       BlESWAL\nCHOCOLAT                       BlESWAL                         LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 395, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "APPAREILS                  PHOTOGRAPHIQUES\n                                          ourcnri. juMiuit\n                                                         J U M f l l l t A PPliMI»\n                                                     PAPIIM,         PIAQUI*\n                                                C u i t * PMOTOOMPMIQUC»\n                                          • P C »< l l f » P M O I U I I P . A P M I Q U l »\n\n                                                        • icooscopi»\n                                               %nmt C M i «• H>*i*r*P klr<\n\n\n\n                                          ALBERT                     HOFMANN,                                  BRUXCI\n                                                  S a l l e d ' o x p o t i t l o n '. rua do la Régence, 5]\n\n\n\n\n                         lenioiieuis ei resiiiiami                   uisets neiges ei enangeis D\n J.                                            « H K » »0«0< I\n                                     •M****)**.raeteareUMet\n  H        BUE DC UQME           IEITE ET ACHAT DE T I I I E I U I AACllRS ET BODERRIS                        M, U t i l\n       Kruxelle»                       ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                                 Urmcll,\n\n\n\n\n      POUR VOS CIGARES FINS\n\n\n\nMAISON AMÉRICAINE SaT.\n                         • « o u * a la                             a                          Les Boues CaoncM\n                                                                                                TA LB01\n                                                                                           jflll inusables tl inarract\n                                                                                                       t u a n t LA UARJUI\n\n\n                DÉPÔT OE FABRIQUE\n                                                                    Ameublements complets — BbénistM\n      15        Avenue      Louise               15\n                                                                           Maison SNYERSRANG k C\n               BRUXELLES                                           Fonder on 1815                      -         Télèphom\n\nP.-t. - inlTtfii réguliers le cigares le la l a m e                          r,    rue         d'Or,       BKUXKI.L1\n\n\n\n\nImprimerie .Scientifique Char-\nla* BULBNS, Editeur, ru*\nTerre-Neuve. 75, BruxeUee.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 320, "texte": "                       I2me Année.                      No 5.\n\n\n\n\n   REVUE CATHOLIQUE «'ART\n   ET ©E LITTERATURE^\n\n\n\n\n*UXELLES, rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue Niel, 32.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                              PiAgt \" g % | r a ^\n\n\n\n\n                                Domaine de la société \"LBWESTEKD0ISE\n\n                                     LH PLHBE DE WESTENDE\n                                             (BELGIQUE)\n                                   est située aux bords de la mer du Nord,\n                          entre Ostendeet Nieuport; elle est de sable fin. Cette\n                          nouvelle station balnéaire n'a pas tarde à attirer\n                          l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n  ^ïïpSwT—T]             villégiature agréable, hjgienique.unissant le confort\n                         a la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                         Une chapelle est érigée ou le service religieux se fait\n                         régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                         gratuits ; le service de sauvetage est organisé et\n                         place sous la surveillance communale. Location de\n                         cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                         garages. Kursaal restaurant. Routes carrossables et\n                         cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n  Villas et Terrains     luxueuses installations de lawn-tennis, de jeux de            Villas et Cottages\n                         golf et de croquet, gymnase. Promenades à Anes.\n       A YETOR*          Tentes sur la plage. Communications faciles avec                      à\n                         tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par annuités        que d'Ostende à Westende do dix en dix minutes.                    LOUER\n                         Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                         villas et cottages. — Demander le prospectus détaillé.\n Ç4»&6\"U\\>\n                             Agence Immobilière pour la vente et location les villas\n                                                IWWHVWIMI^^A\n\n\n                                  HALLES WESTENDAISES\n                         comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                         cles d'alimentation, de nécessité et articles de luxe.\n        ^idL           1     Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                            Le WESTEND' HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                           partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                          Pension de 6 à 15 fr. par jour. 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Salle de billard. Salle de\n                                                                              récréation pour les en-\n                                                                                       fants. S a l o n s\n                                                                                 'S I de lecture et de\n                                                                                       correspondan-\n                                                                                       ce Cuisine soi-\n                                                                                       gnée. Caves\n                                                                                        recomman-\n                                                                                       dées.\n                                                                                    Service postal et\n    Appartements avec salon. — Service d'omnibus        l'Hôtel au vicinal. —\ntélégraphique réguliers. — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux\nétrangers voisins. — Hôtellerie LE LEKKERBKEK ouverte toute l'année.\n                                   | A BRUXELLES, 5 3 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 3 6 ) .\nPour renseignements s'adresser ' A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Téléphone\n                                   (  3 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                          DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE LITTÉRATURE\n\n                                   1905 — 12e Année\n\n\n\n                     Sommaire du n° 5 {Mai)\n\nCAMILLE LKMONKIKR. — Constantin    Meunier :\n                         Les heures suprêmes                                       257\nVICTOR KINUN. — Rivière tropicale    . . . . , ,                                   262\nEUGÈNE DEMOLDER. — L'histoire de Marie Saoonneau.        . . .                     264\nERNEST DE LAMINNE. — La mort du vautour , . . « ^ » .                              271\nComte G. D'ARSCUOT. — Le coiffeur                                                  272\nERNEST CLOSSÛN. — A propos de Miss Isadora Duncan :\n                     Une prêtresse de l'Orchestique   . . . .                      275\nP. L. — Emile Claus :\n         (Exposition de ses tableaux au Cercle Artistique.)   .                    281\nL'abbé AuuUhTK Cui'PKNS.—Littérature flamande.        , . . .                      284\n\n      Les conférences :\nGEORGES ME GOLESCO. — M™                  J.   de    Tallenay    (E.   JOLY). —\n                                   L'art en place et à sa place (VINCENT\n                                   D'INDY).         — Napoléon     'III   (M. DE\n                                   LA GORCE)           . . . . . . . . . .         288\n\n      Théâtre du Parc :\nV. — Auteurs     belges    .   t                                               *   2yi\nD. — Paternité       de M. LANDAY                                                  291\n\n                                                                                   2\nLivres et Revues                                                                    92\nNotules     . . . ,                                                                3i8\nIllustrations : L a Mine           ) ,.\n                 7                 > CONSTANTIN         MEUNIER.\n                 L'Industrie |\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                     DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE UTTÊRATVl\n\n   ABONNEMENT : 10 francs par an; ETBANQBR : 12 fiança (port coi\n     (P«ur tahnntmmt t'adrtsur i k MdaeUm, nu du Grand-Orf. t», è Bnmém\n                            PRIX D'UN NUMÉRO : PR.       1.60\n\n\n\n              Comité de rédaction            de D u REND AL :\n                       MM.     HENRY CARTON DE WIART.\n                               L'abbé HENRY MŒLLER.\n                               FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n                  Secrétaire de la Rédaction : GEORGES VIRRÈS\n                          Correspondant di la rédaction i Parts :\n                M. HENRI MAZEL, avenue Niel, 32, Paris.\n\n             PRINCIPAUX COLLABORATEURS:\n     FRANZ ANSEL.                                    ARNOLD GOFFIN.\n     MAUKICB BRKABRT.                                 OSÉ HBNNBBICQ.\n     EDGAR BONBIULL.                                  ^'abbé H. HOORNABRT.\n     HBNKV BORDEAUX.                                  .-K. HUVSMANS.\n     ALBXANDKB BRAUN.                                 OSEPII JANSSBNS.\n     THOMAS BRAI N.                                   EDMOND IGLY.\n     GBORGBS BRICOUB.                                VICTOR KINON.\n     HBLBNB CANIVBT.                                 GoDBPROlD KURTH.\n     MARIB CLOSSET.                                  L. DE LA LAURBNCIB.\n     L'abbé Auc. CUPPENS.                             L'abbé L. LE CARDON».\n     L'abbé PAUL CUYLITS.                            GEORGES L E CARDONMBL»\n     Le comte G. D'ARSCHOT.                          SÉB.-CH. LECONTB.\n     Le baron JOSÉ DE COPPIN.                        GEORGES MARLOW.\n     GEORGES DE GOI BSCO.                            CHARLES MARTENS\n     GBORCBS DELAUNOV.                               PAUL MUSSCIIB.\n     La comtesse E D DB LIBDEKFHKB.                  EDOUARD NBD.\n     Le baron G. DEIXA FAILLE.                       MAURICB OLIVAINT.\n     EUGÈNE DBMOLDBR.                                ERNBST PÉRIBR.\n     Dom BRUNO DBSTRÉE.                              GEORGES RAMABKBRS.\n     JULES DESTRÉE.                                  GBORGBS KBNCY.\n     Vicomte D'HENNEZBL                              BLANCHE ROUSSEAU.\n     EDOUARD DUCOTÉ\n     MAURICE DULI ABRT.\n     I. ESQUIROL.\n                                                     JOSEPH RYBLANDT.\n                                                      'ERNAND SBVERIN.\n                                                     HENRY VABS\n     EMILE FERMAUD.                                  ROBBRT VAN DER E U T .\n     LAURENT FIBRBNS.\n     H. FIÉRBNS-GBVABRT.\n                                                     CHAKI.ES VAN LBRBBRGHB.\n                                                      EMILE VBRHABRBN.\n     IWAN GILKIN.                                     L'abbé FR. VBRHBLST.\n                                                      LÉOPOLD WALLNBi.etC, **\n\n              Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n// ura rtndu tompU dan* UURENDA L d* tout ouvragt dont un ixtmplairt ura tnvyi\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, l'adC\nsiège de la Revue, 88, me du Grand Cerf, pour la publicité, 86, me Faider.Br*\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": ""}, {"page_pdf": 325, "texte": ""}, {"page_pdf": 326, "texte": "                  Constantin Meunier\n\n                      Les heures suprêmes\n                J'ÉCRIS ceci au     lendemain de sa mort. Je ne puis\n                    croire qu'il nous ait quittés : il semblait y\n                    avoir chez lui une matière d'éternité. Son corps,\n                    qui d'un poids si lourd lui pendait des épaules,\n                    était bâti comme la charpente de ses usines.\n                     U s é par le temps et les maux, il reverdissait sous\n                    la ruine. Sa stature était basse, carrée, noueuse,\n                    écrasée par la tête, lourde comme un mont.\n   A la voir, cette tête massive, dans ses flots de poils, d'un\nvolume qu'exagérait le renflement du sinciput, elle évoquait\nl'idée d'une h u m a n i t é élémentale. Meunier avait le torse et le\ncrâne d'un h o m m e des âges mégaliques qui aurait été fauché\naux genoux. Aux bras s'attachaient de très grandes mains ner-\nveuses, cordées, d'un magnétisme délicat et puissant. Quand\non les voyait pétrir l'argile, elles avaient l'air d'accoucher de\nla vie.\n   Ses hanches cassées et larges donnaient l'idée d'un labeur\nexténué d'ouvrier : dès sa voie retrouvée, il ressembla à ses\ntape-à-la-veine dans l'horreur écrasée d'un bouvreau. Déjà alors\nil portait sa vie comme une croix; un de ses bras sous le faix\navait fléchi j u s q u ' à toucher terre. Il avait souffert dans sa force\net sa fierté. T o u t e s les humiliations, il les avait subies. U n peu\npartout, la maladie l'avait tâté, à la tête, dans les reins, aux\npoumons ; mais surtout la meule lui avait passé sur le cœur.\nToujours cependant, il renaissait par en haut ; il était le chêne\nqui, les pieds à nu, sans terre, semble de toutes ses ramures\navoir pris racine dans le soleil et le vent.\n   Il y a deux ans, une grande figure voilée s'assit à son chevet :\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "2 58                          DURENDAL\n\n\n\ntoute la maison t r e m b l a ; on l'avait reconnue. L à haut, à l'étage,\ndes râles, quelque chose qui tout à coup l'étranglait, de longs\nétouffements... Il me serrait la main sans parler, le visage ter-\nreux roulé au blanc des oreillers avec des yeux pâles de petit\nenfant malade.\n    L'atelier près d'un mois fut mort; derrière les portes fermées\nles bruits s'étouffaient. Et puis un jour elles se rouvraient\nà la vie, à la délivrance, aux rires en tumulte de ses petits-\nenfants. T r è s simplement, comme si un drame terrible ne\ns'était pas joué dans la maison, un énorme bonhomme com-\nmença de monter sur la grande selle, un de ces admirables\nassemblages d'os, de muscles et de chairs, qui, avec ses creux et\nses reliefs, suggérait l'idée d'une espèce d'homme primordial\npétri d'après les formes de la terre. C'est le grand Pudleur\naccroupi qui devait faire une impression si profonde au Champ-\nde Mars.\n    Les manœuvres de ce puissant ouvrier étaient calmes et\ndécidées, d'une activité lente, continue et définitive. Il attaquait\nsa figure par tous les côtés à la fois. L'argile à mesure s'ani-\nmait, maniée par ces pouces larges, flexibles, excurvés et\nqui goûtaient une sensualité à caresser la substance.\n    Il tournait autour de la masse, façonnant une boulette qu'il\najoutait ensuite au bloc et lissait d'une caresse de l'index. Puis\nil s'écartait, embrassait d'un plissementdes yeux le jeu entier des\n formes, la tête de côté, un sifflement léger au bout des lèvres.\n E t la vie affleurait, grandissait, jouait aux saillies, avec des\n fleurs d'ombre et de lumière aux retroussis de la peau.\n    C'était généralement l'affaire de quatre ou cinq mois, pas\n davantage, au bout desquels toute cette énorme matière\n humaine, avec ses nœuds de fibres, ses remous de sève, ses lacis\n frémissants de nerfs, était sur pied.\n    Presque toujours il commençait par dégrossir au crayon gras,\n  sur de larges feuilles de papier grenu, taillé au rouleau, la sil-\n  houette ou tel détail de son personnage. C'était large, sobre,\n  concret, puissant; ses dessins sont parmi les plus beaux que\n  nous aient laissés les maîtres. D'un trait appuyé, il obtenait le\n  volume, le contour et la couleur; l'architecture définitive déjà\n  dardait, mobile, grasse, nerveuse, de ces quelques lignes\n  initiales où courait la vie.\n     Je le vis ainsi travailler à ses dernières œuvres. A peine\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                       CONSTANTIN     MEUNIER                       259\n\n\neut-il terminé son Pudleur qu'il rêva de refaire un Semeur\nen lui donnant, cette fois encore, les proportions de la grande\nstatuaire. C'était, ce fils des glèbes, une des figures représenta-\ntives auxquelles sa pensée attachait une valeur de symbole.\nJamais il ne parut plus près de la vie ; jamais il ne m a r q u a\nmieux l'éternelle beauté d'un geste qui évoque le renouveau\néternel du m o n d e . Lui-même, aux pentes de la vieillesse, si la\nvieillesse n'avait été pour lui l'âge héroïque perpétué, sembla\navoir rajeuni en pétrissant le bel ouvrier des semailles fendant\nd'un large pas r y t h m i q u e la plaine qu'il ensemence. Il avait\ndonné à la figure la grâce juvénile, souple et forte d'un dieu\ndescendu de la nue.\n   L ' h o m m e , en effet, descendait d'un sol légèrement déclive,\nportant en avant le poids d'un torse cambré par le h a n c h e m e n t .\nL a statique fut merveilleuse comme le doigté dont avaient été\nmodelés la cuisse, les reins, la poitrine et le dos.\n   L'antiquité, mais une antiquité sans le savoir, de nouveau se\nrévéla dans ce qu'elle a d'essentiel, sa simplicité, son équilibre,\nses volumes nourris, image de l'harmonie et des pondérations\ndu monde.\n   On espéra qu'il allait se reposer un peu de t e m p s ; sa force\nn'avait pas défailli; ses énergies étaient toujours admirables\nmais d'inquiétants symptômes s'étaient renouvelés. L u i , dont le\nsouffle avait animé un peuple spirituel, parfois pantelait, sans\nhaleine, dans des spasmes de vraie agonie. L e grand m o t e u r\nalors pour un instant s'arrêtait, ce cœur qui s'était usé à saigner,\nà rebondir sur les calvaires, à battre, ce semblait, toute une\nhumanité millénaire.\n   L a mort encore une fois l'ausculta, lui plongea ses poings au\nflanc. Q u a n d il dut cesser tout travail, ce fut, chez cet exem-\nplaire travailleur qui jamais n'avait perdu une heure, comme\nsi déjà elle était maîtresse de ses suprêmes résistances.\n   L e cœur parfois n'était plus q u ' u n frisson qui va s'arrêter; il\nfallut l'activer artificiellement; les médecins n'attendaient plus\nrien que de précaire à la fois et d'irrémissible. Cependant,\ntouché partout, il redressa encore la tête. J e le trouvai un matin\nà son atelier, un peu plus cassé seulement. Il ne mangeait\npresque plus; il redoutait toujours une de ces surprises de\nl'étouffement où il demeurait parfois des heures. Ah! le sourire\ndans la grande barbe, le bleu limpide et avivé des yeux, la\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "260                            DURENDAL\n\n\nlarge main chaude dont il vous accueillait! Quelqu'un, le jour\ndu grand départ, put dire avec raison que jamais plus on ne les\nrencontrerait après lui! Il était devant son Zola qu'il avait\nrepris, sa petite calotte noire entravers de son front spacieux, un\ncol de chemise mou sortant de son éternel gersey brun, à peine\nvieilli d'ailleurs, les cheveux abondants et colorés, de faufilures\npâles à travers les poils blonds de sa b a r b e .\n   — T u vois, je m ' y remets, me dit-il.\n   Ça avait été, on peut bien le dire à présent, la grande souf-\nfrance de la fin de sa vie, ce m o n u m e n t quitté et repris, seul ou\nen collaboration, et qui était si peu fait pour son réalisme\ngrandiose. L'œil avait des dessous noirs q u a n d il en parlait ;\nla bouche s'amertumait.\n   — J'en crèverai ! criait-il, d'une colère qui le secouait tout\nentier.\n   Il l'avait conçu simplement, avec grandeur : une mère allai-\ntait son enfant à la droite ; un de ses rudes marteleurs s'appuyait\nà la g a u c h e ; tous deux symbolisaient le travail et la race. Mais\non lui avait d e m a n d é par surcroît une Vérité, une Vérité nue, une\nallégorie callisthénique. Cet « h u m a i n » irréductible, ce pétris-\nseur de vie frémissante n'en put venir à bout. Il s'était décidé\nfinalement pour l'idée d'une figure de fille du peuple qui, le\nmasque déchiré par l'hiatus de la bouche, proférait une cla-\nmeur. Il y travaillait avec une ardeur égale et calme, revenu\nlui-même à la vérité de sa nature. T o u t le monde autour de lui\navait repris confiance.\n   E t un jour on montait m ' a p p r e n d r e qu'il était mort. Il avait\npassé, la veille, une journée de labeur j o y e u x ; il nourrissait des\nprojets, il parlait de la vie comme d'une durée sans limites; et\nau matin tout à coup, sans cassure, sans choc, le cœur s'était\narrêté comme il s'habillait pour descendre travailler avec le\nmodèle. U n vieil ami, le peintre Verheyden, lui voyant les\nyeux très grands et la bouche fléchie, lui posa la main sur la\npoitrine et ne sentit plus rien. L'autre, celle qui rôdait, l'y\navait mise avant lui.\n   J'arrivai presque aussitôt; je le vis étendu sur le petit lit de\nfer où allaient venir à lui les derniers hommages du m o n d e . L a\npiété touchante d'une de ses filles déjà l'avait enseveli et lui, pour\nqui la vie si longtemps n'avait été q u ' u n e course harassée, lui\nqui même plus t a r d , aux heures d'aisance et de sécurité, ne\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "    L'INDUSTRIE\nMONUMENT   DU   TRAVAIL\n (CONSTANTIN MEUNIER)\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": ""}, {"page_pdf": 332, "texte": "                           CONSTANTIN        MEUNIER                            261\n\n\ndormait que des sommeils toujours réveillés par la pensée de\nson art, reposait sous les draps dans l'énormité tranquille de la\ncessation de tout. Son visage aux longues paupières avait gardé\nla beauté égalisée de la pensée et du travail : il ressemblait à un\nde ces austères trappistes qu'au commencement de sa carrière\nil avait aimé peindre. Du masque, légèrement e m p â t é aux\nnarines, sortait le h a u t front labouré sous les arches chevelues\ndu sourcil. E t tout était fini : gloire, fécondité, génie. U n e\ndes forces du m o n d e gisait là, expirée. Mais l'âme, chez ce\nmort, avait été forgée d'une trempe si irréductible sous les mar-\nteaux de la vie qu'elle semblait palpiter encore au reflet des\ncierges, dans l'ombre illimitée de la chambre (1).\n\n                                                    CAMILLE LEMONNIER.\n\n\n\n\n  (1) Ces pages font partie d'un livre : La Vie Belge, qui paraît à la librairie Char-\npentier à la fin du mois.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "             Rivière Tropicale\nSonge aux rivières de Bernardin de         Saint-Pierre,\nSonge aux vertes et mystérieuses     rivières\nQue sucre le parfum puissant des      ananas.\nSonge aux rivières d'Atala et de Chactas,\nSonge aux rivières tropicales dont les berges\nSe voûtent dans la nuit verte des forêts vierges\nEt dont le cours uni charrie    indolemment\nDes troncs d'arbre et des dos squameux de caïman...\n\nC'est en Floride, ou bien à la Louisiane.\nUn entrelacement de vigne et de liane\nDe l'une à l'autre rive, en ponts      irréguliers,\nRelie en les courbant les têtes des palmiers\nEt forme des arceaux arborescents, où pendent\nDes figues et des noix de coco, des       guirlandes\nSauvages de raisins, de feuilles et de fleurs...\nMoustiques et frelons vibrent avec fureur.\nDans l'eau tiède, parmi de larges feuilles plates,\nDes tulipes de neige et des lis écarlates\nEclatent... On entend continûment       les cris\nDes perroquets, des bengalis, des colibris\nLes arbres monstrueux      et tortueux     transpirent\nDes caoutchoucs gluants, des gommes et des            myrrhes.\nParfois, sous quelque étrange plante en parasol.\nUn tamanoir au groin pointu fouille le sol,\nOu quelque porc-épic ou quelque iguane mâche\nDes patates, du manioc on des pistaches.\nDans le profond miroir de l'eau glauque on dirait\nQue vit, plus fantastique encore, la forêt.\nEt telle est la chaleur étouffante qui pèse\nQu'on voit des fruits pareils à des fraises de braise,\nQue les magnolias aux grosses fleurs ont l'air\nDe se baigner ainsi que des buissons de chair,\nEt que les cardinaux au bec criard, s'ils bougent.\nCrépitent dans l'air vert comme des flammes          rouges...\nVers le soir, un tumulte de cris et de bonds\nFait onduler an loin les cocotiers. Ce sont\nLes singes inégaux aux mouvantes       bajoues\nQui sautent d'arbre en arbre et qui grimpent        et jouent\nEt s'accrochent, pareils à des enfants   velus,\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                  RIVIÈRE TROPICALE                              263\n\n\nAux bignones en fleur et aux      convolvulus.\nIl en arrive par milliers. Ils se répandent\nSur les ponts de liane. On en voit qui s'y pendent\nPar la queue et, montrant les dents      affreusement,\nJettent des fleurs et des amandes aux     flamants,\nQui parallèlement debout sur une patte,\nParmi les nymphéas aux roses écarlates,\nNe répondent aux gestes fous des sapajous\nQu'en hérissant un peu le duvet de leurs cous...\nMais, au cœur de la nuit, dans les ténèbres      glauques,\nUn silence de guet, formé d'haleines     rauques,\nDe pas furtifs, de rampements dans les roseaux,\nEcrase lourdement la surface des eaux.\n[Sombre est voluptueuse et dangereuse où rôdent\nDes yeux de braise jaune à reflets     d'émeraude.\nDes parfums orageux flottent dans l'air. Parfois,\nUn bref rugissement fait tressaillir les bois,\nSuivi d'un choc et d'un craquement de vertèbres...\nPuis tout s'apaise. On n'entend plus dans les ténèbres\nQue le râle d'un faon dont le flanc tiède bat\nEl un très doux miaulement, comme d'un chat...\n\nAinsi, sans fin, pendant des lunes et des lunes,\nDans un vaste assoupissement    que    n'importune\nNul geste humain, le rêve étrange se poursuit,\nQui bourdonne le jour et halète la nuit...\n\nPourtant un jour, au lent tournant de la rivière,\nOn voit une pirogue et, debout à l'arrière,\nDominant les rameurs nègres au dos ployé,\nUn blanc, en pantalon de calicot rayé\nDe rouge... Un caïman curieusement         pointe\nVers le canot sa gueule aux mâchoires         mi-jointes.\nOr, le coude au canon du fusil, le héros,\nTanné et boucané sous son grand       sombrero.\nTandis que le mousson, parfumé de goyaves,\nDistille dans son sang, comme une sourde lave,\nLe suc voluptueux des violentes    fleurs,\nEt que le double rang des hommes de couleur\nA coups de rames bien parallèles     pagaie,\nSonge à la fille de Monsieur La      Bourdonnaie,\nBelle comme le jour et prisonnière    chez\nLes sanguinaires   et redoutables   Natchez,\nQui ont le front cerclé de plumes    scarlatines.\nEt des anneaux de cuivre accrochés aux          narines...\n                                                  VICTOR K I N O N .\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "       L'histoire de Marie Savonneau\n\n                GRAND'MÈRE, SOUS       sa fanchon rose, un lorgnon\n                      bordé d'or au bout de son nez, lisait son journal :\n                      le plus vieux des journaux, le seul qui n'eût\n                      changé ni son titre, ni ses opinions, ni son\n                      format. Bien que ses fils s'en moquassent,\n                      grand'mère n'en voulut jamais d ' a u t r e ; elle y\n                      était abonnée depuis son mariage, et il était si\n                      modéré que, malgré d'innombrables change-\nments de ministères, grand'mère avait pu croire en être restée\nà celui de M. Guizot.\n   L a petite Rosette, tout en berçant une poupée sur ses\ngenoux, observait la lectrice; Rosette avait de ces grands\nyeux d'enfant qui paraissent offerts au vol des papillons.\n  T o u t à coup elle appela :\n   — Grand'mère!\n   — Rosette?\n   — Pourquoi ouvres-tu la bouche toute ronde q u a n d tu lis?\n   — Parce que mon lorgnon me ferme le nez et m'empêche de\nrespirer autrement.\n   — Ce n'est pas joli. Ote ton lorgnon! Au lieu de lire, conte-\nmoi une histoire!\n   — U n e histoire, Rosette! reprit grand'mère, qui aimait à\nêtre priée. Mais tu me fais rabâcher! Je te les ai toutes répétées\nplus de vingt fois !\n   — Alors, chante une chanson!\n   — Si tu veux, soupira grand'mère.\n   Elle regarda Rosette :\n   — L a q u e l l e ? Celle des Rois? Nous sommes le 10 janvier. Ce\nserait de circonstance.\n   — O u i , celle des Rois.\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                L ' H I S T O I R E DE MARIE SAVONNEAU            265\n\n\n   G r a n d ' m è r e ôta son lorgnon, se recueillit comme les chan-\nteuses quand elles vont lancer la première note ; puis elle\nesquissa une moue et elle m u r m u r a d'une voix flûtée, aigre-\nlette et cassée — la voix d'une fée vieillotte qui sort de la\ncoudraie pour offrir des noisettes aux enfants :\n\n                  Aussitôt que la lumière\n                  Darde ses rayons sur moi\n                  Je commence ma prière\n                  Par crier : Vive le Roi!\n\n   Rosette interrompit :\n   — Pourquoi as-tu une toute petite voix?\n   — C'est parce que j ' e u s pour maître un grillon.\n   — U n grillon ! Il venait te voir?\n   — N o n , j ' a l l a i s l'écouter.\n   — Où?\n   — D a n s la c h a m b r e de Marie Savonneau.\n   — D e Marie Savonneau?\n   — Ma bonne, à ton âge : une fille qui avait été soldat.\n   Rosette écarquilla les yeux :\n  — O h ! raconte!\n   Elle s'était levée, déposa sa poupée, s'empressa :\n   — G r a n d ' m è r e , veux-tu que j ' a l l u m e la lampe?\n  — N o n , fillette, restons entre chien et loup : la lampe\nn'éclairerait pas la nuit des t e m p s .\n   — C'est si ancien, si ancien!\n   — O h ! oui, d e p u i s , j ' a i accroché au mur soixante-treize\ncalendriers.\n   Ce disant, grand'mère approcha sa bergère du feu : des\nclartés dansaient sur les murs déjà tendus d'ombre. Rosette se\ncoucha aux pieds de son aïeule et flaira le parfum de berga-\nmote que répandait la robe en soie puce de la conteuse.\n   — C'était en Beauce, dit grand'mère, un pays où il poussait\nautrefois assez de blé pour donner du pain à toute la France.\nDans ce temps-là j ' é t a i s une petite fille comme toi. Mon père\nfabriquait des couvertures de laine et nous habitions un ancien\nchâteau qu'il avait approprié à son industrie : on y entrait par\nune porte si haute que des charretées de trois mille bottes de\npaille y pouvaient passer sans accrocher u n fétu au fronton.\nDu h a u t en bas cette porte était garnie de clous : leurs grosses\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "266                         DURENDAL\n\n\ntêtes formaient une cuirasse de fer, qui, au temps de J e a n n e\nd'Arc, permit qu'elle restât fermée au nez des Anglais.\n   Rosette frappa des mains.\n   — Donc, ce soir-là, reprit grand'mère, on venait de me\nmettre au lit. L e dernier troupeau de moutons rentrait. T o u -\npanse, le berger, poussa les verrous.\n   Rosette interrompit :\n   — Si on allumait la lampe?\n   — P a s encore, petite!\n   L'aïeule continua :\n   — Ma mère fit sa prière, papa y répondait debout, le bonnet\nde coton à la main. T o u t à coup le gros marteau frappa trois\nfois la porte, qui t re m b l a de tous ses clous. Les chiens aboyè-\nrent en tirant sur leurs chaînes et T o u p a n s e vint dire :\n   « — U n soldat d e m a n d e à passer la nuit dans la bergerie.\n Faut-il ouvrir?\n   » — E h bien, garçon, répondit mon père, est-ce q u ' u n soldat\nplus qu'un mendiant doit coucher à la belle étoile? Mets-lui\nune botte de paille fraîche et souhaite à ce voyageur la bien-\nvenue de ma part. J e le verrai au jour. Surtout fais-lui déposer\nson fusil et sa pipe : le feu, c'est ce qu'il y a de plus à craindre\ndans l'homme.\n   » Ma mère qui, pour écouter, avait brûlé la politesse au bon\nDieu, reprit son pater et, après un signe de croix, se coucha.\nQuant à moi, l'idée q u ' u n soldat logeait sous notre toit me tint\néveillée une partie de la nuit. Avait-il un bonnet à poils ou bien\nun casque avec une crinière? Était-ce un lancier d e la garde\nou un troupier coiffé d'un bonnet de police? Avait-il des épe-\nrons, des bottes? O h ! le jour serait long à venir!\n   » P o u r t a n t l'aube me trouva seule, endormie dans ma\nchambre.\n   » Mon père surveillait déjà ses fileuses de laine et ma mère\npréparait le repas du matin. C o m m e de coutume elle m'apporta\nau lit un petit pain chauffé au four et une bonne tasse de lait\nmousseux. »\n   — Il était bon? fit Rosette.\n   — On n'en boit plus de semblable. P e n d a n t que je grignotais\nma croûte, je m'écriai tout à coup : Où est le soldat? » E t\njuste au même instant mon père entra, suivi du militaire. Pour\nle mieux voir, je me penchai sur mes oreillers. Mais j e ne\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                 L'HISTOIRE DE MARIE SAVONNEAU                        267\n\n\nlui trouvai point l'air martial que j'imaginais : il avait une petite\nfigure ridée, où brillaient des yeux très noirs et un nez en trom-\npette, au-dessus d'une bouche sans moustache.\n    — Il était vilain ! s'écria Rosette.\n    — D a m e ! Je le trouvai bien laid! Q u a n t à son costume, il\nparaissait trop grand. L e shako s'enfonçait jusqu'aux sourcils,\nles buffleteries étaient lâches, le veston trop large aux épaules.\nDepuis son entrée, il se tenait au port d'armes, muet, devant\nmon père : il me fit songer aux soldats de plomb de mon cousin\nMagloire.\n    — Il avait un drôle de nom, ton cousin ! interrompit\nRosette.\n    — U n nom à la mode du temps ! Mais mon père dit au\nsoldat :\n    « — Alors, mon garçon, vous voudriez entrer à mon service ?\n    » — Oui, maître Leroy, répondit l'homme d'une voix si\ndouce que je regardai par la chambre s'il ne s'y trouvait pas une\nfemme que je n'avais pas vue.\n    » — Malheureusement, dit mon père, notre berger t'a déjà\nannoncé qu'il n'y avait pas d'ouvrage pour toi ! C'est une bonne\nd'enfants qu'il me faut!\n    » — Dieu soit loué! s'écria le soldat. Car sur mon Dieu, mon\nâme, je suis une femme! P o u r t a n t j ' a i fait deux congés, trois\ncampagnes. E t , crénom! sans l'occasion qui se présente, je ne\nme serais peut-être j a m a i s souvenu que j ' a i porté des cottes!\n    » D ' é t o n n e m e n t ma mère laissa tomber la tasse vide qu'elle\ntenait. L e soldat en ramassa les morceaux; puis il s'exclama :\n    « — Quel d o m m a g e ! De si belle pourccline!\n    Rosette interrompit, moqueuse :\n    — H e u r e u s e m e n t que ce n'est pas lui qui t'a enseigné le\nfrançais !\n    G r a n d ' m è r e hocha la tête :\n    — Pauvre Marie Savonneau! Elle m'a appris des choses\naussi utiles! Mais écoute la fin de l'histoire.\n    « Mon père, a y a n t fermé la porte, dit au soldat :\n    « — Explique-moi, mon garçon, pourquoi n'es-tu pas resté\nfille?\n    » Sans répondre, le soldat fit glisser sur son ventre une sorte\nde sac en toile bise qu'il portait au dos : il l'ouvrit avec précau-\ntion.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "268                          DURENDAL\n\n\n   » J'écarquillais les yeux pour voir ce qui allait sortir de cette\nchose mystérieuse, qui n'était ni le havresac du militaire, ni la\npanetière des bergers, ni le bissac du m e n d i a n t .\n   » L e soldat en tira d'abord un archet, puis un violon, qu'il\ndéposa religieusement sur la table.\n   » Mes parents furent ébahis, et moi charmée à tel point que\nje sautai de mon lit pour être prête à danser, si la fantaisie\nprenait au violoniste de jouer un air.\n   » P o u r t a n t il continuait ses recherches : une pipe en\nbois et un peigne rejoignirent l'instrument de musique, avec un\ndébris de miroir, un vieux pistolet, des aiguilles à tricoter.\nEnfin, une vessie : au lieu de tabac, le militaire y prit une\ntresse brune qu'il montra en disant :\n   » — Voilà mes cheveux q u a n d j'étais j e u n e !\n   » Quelques écus sonnèrent au fond de la blague.\n   » — M a fortune fait plus de bruit qu'elle n'est grosse, mur-\nm u r a le militaire.\n   » P a r m i les pièces d'argent il saisit un morceau de parche-\nmin : il le déploya, le montra à mon père.\n   » Mon père n'y vit que le chiffre 7, m a r q u é en noir, juste au\nmilieu.\n   » — Cela ne vous dit rien, maître? d e m a n d a le soldat. E h\nbien, pour moi, c'est comme les sept clous de la Passion. Sans\nce méchant numéro que tira mon frère Jean-Marie, mon nez\nn'eût point gelé pendant la retraite de Russie.\n   » Notre visiteur soupira et reprit :\n   » — Quand au jour de la conscription, Jean-Marie rentra avec\nce 7 là cousu à son chapeau, il nous sembla que la faux de la\nmort était tombée sur sa tête et toute la famille se mit à pleurer.\nC'est que Jean-Marie était aussi utile à la charrue que le grand\npercheron et la grise : à eux trois ils chassaient la faim\ndu logis. Rude besogne quand tous les jours on est quatorze\nautour de la m a r m i t e , — quatorze, et la moitié des bouches\ninutiles — car les pères grands étaient perclus et les quatre\nderniers garçons ne savaient travailler que des mâchoires !\nEnfin, c'était de leur â g e ! . . . Moi, j'étais la plus vieille et\nla plus avisée. Je dis à mon frère, en me torchonnant les\nyeux : « Assez pleuré. Viens, j ' a i une idée qui pourrait bien\ntout arranger. » Mon frère me suivit. « Monte avec moi et\nfais ce que je te commanderai », lui dis-je. U n e fois là\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                L'HISTOIRE DE MARIE SAVONNEAU\n\n\n h a u t : « Si mon idée ne vaut guère, ce sera toujours une\n farce pour les faire rire; allons! donne-moi tes hardes et\n prends les miennes. »\n     » Il le fit et se vêtit en femme avec mes jupes et ma taille.\n Mais moi, quand j ' e u s bouté ses habits, que sur ma tête fut le\n chapeau avec ce numéro 7, je me regardai dans le miroir : « O h !\n c'est-y possible! c'est-y possible! m'écriai-je. Je suis Jean-Marie\n en personne ! »\n    » — C'est moi! c'est tout moi, répétait mon frère ahuri.\n    » — E h b i e n ! ferme les y e u x ! lui dis-je.\n    » P r e n a n t une paire de cisailles à tondre les moutons, je\ncoupai mes deux tresses juste au-dessus des oreilles.\n    » Au bruit, Jean-Marie leva les paupières.\n    » — Deviens-tu folle, ma sœur?\n    » — Non, que je lui réponds.\n    » E t me c a m p a n t devant lui, le chapeau sur l'oreille :\n    » — A présent, je suis Jean-Marie Savonneau, conscrit, et\nd e m a i n je rejoins mon régiment!\n    » Qui fut dit fut fait. Vous devinez le reste, not' maître ! »\n    G r a n d ' m è r e , après un instant de silence, ajouta :\n    — Mon père prit le soldat par la main et lui dit :\n    « — Vous êtes une brave fille! Votre place est ici! »\n    — E t après? dit Rosette qui aimait les histoires très\nlongues.\n    — Après? reprit la vieille d a m e . Ma mère lui a donné des\nhabits de femme.\n   — Elle les a mis?\n    — Oui, mais elle n'a jamais voulu quitter son pantalon de\nsoldat. Comme elle était toujours écourtée, on le voyait par en\ndessous, et tout le m o n d e nous regardait quand nous allions en\npromenade?\n   — E t son violon?\n   — A h ! son violon! C'était celui de son père, qui avait été\nménétrier. E n mourant il avait dit que si jamais elle revenait,\nce serait sa part d'héritage, car toute petite il lui avait appris à\nen jouer. Aussi demanda-t-elle la permission de faire danser aux\nmariages et aux assemblées, q u a n d ça tomberait le dimanche.\nL e jour des Rois, elle frappait aux portes en disant la chanson\nque je répétais tout à l'heure : on lui donnait la part au bon\nDieu.\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "270                       DURENDAL\n\n\n  — T u allais avec elle?\n  — Non, Rosette, mais je l'entendais jouer et je criais\nbravo !\n  — On lui donnait de l'argent?\n  — Oui, et de la galette. Les écus étaient pour elle, le gâteau\npour moi. Comme Marie Savonneau logeait dans le fournil elle\nme faisait réchauffer la galette au four et j'allais la manger\nen écoutant chanter le grillon.\n\n                                      EUGÈNE DEMOLDER.\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "            La mort du vautour\n        Frappé dans la pourpre du soir\n  Par le plomb meurtrier du pâtre des vallées\n  Le vautour remontait les ailes étalées\n        S'efforçant vers son rocher noir.\n\n         II arriva le bec ouvert\n  Et trois fois il manqua, malgré ses grands coups      d'ailes,\n  Le roc où chaque jour il portait les gazelles\n         Ravies au fond du désert.\n\n        Penché sur le gouffre     béant,\n  Le vautour s'endormit bercé par la tempête,\n  Et tandis que le vent lui hérissait la crête\n         Le vautour rêvait au néant.\n\n         Le vautour rêvait sous les c i e u x\n  Et le brouillard du soir, montant de cime en cime\n  Comme un linceul de mort enveloppait        l'abîme\n         De ses voiles  silencieux.\n\n         Il y resta triste et sanglant\n  Accroupi sur la pierre et polluant la mousse.\n  Laissant au ras du sol trainer sa tête rousse,\n         Où pendait un caillot    tremblant.\n\n         Il y resta jusqu'au    matin,\n  Et ses rouges forfaits jusqu'à l'aube   sanglante\n  Hurlèrent sans relâche en sa tête branlante.\n         Le vautour ne regretta     rien.\n\n        Et quand se leva le soleil\n  Ayant battu de l'aile un instant sur la glace,\n  Et sans pousser de cris il tomba dans l'espace\n        Jusqu'au fond du gave vermeil.\n\n                                         E R N E S T DE LAMINNE.\nAu pied du Cervin,   le 16 août.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                        Le Coiffeur\n\n              C'ÉTAIT un brave     homme.\n                       Il y avait près de quinze ans qu'il était\n                    coiffeur dans sa petite ville. De sa jeunesse,\n                    on ne connaissait rien; on savait seulement\n                    qu'il avait été soldat, qu'il avait séjourné aux\n                    colonies et fait des voyages extraordinaires;\n                    mais c'était un peu mystérieux.\n                      Comme il avait un caractère doux et obli-\ngeant, et comme, quand il était en verve, il racontait des\nhistoires drôles, il s'était acquis une belle et fidèle clientèle.\nIl était grand, un peu maigre, sa figure était bonne, encadrée\n de cheveux abondants, bouclés au sommet de la tête et aux\ntempes en grosses touffes, — un peu comme s'il eût voulu faire\nune enseigne de sa chevelure. Ses yeux étaient souriants,\nquoique parfois bizarres. Ils paraissaient avoir gardé un per-\npétuel étonnement des choses qu'ils avaient vues, il y avait\npourtant bien longtemps. Il leur arrivait même, quand il\nparlait, de s'emplir de phosphorescences étranges, presque\ninquiétantes.\n   Cet homme n'était pas heureux!\n   Il coiffait, il rasait avec des minuties de femme; sa boutique\nne restait jamais vide; il gagnait de l'argent. Mais que de fois,\npendant que ses mains, agiles et inconscientes, traçaient des\nraies, ramenaient des mèches, que de fois sa pensée remontait\nvers sa jeunesse. Malgré sa prospérité, il sentait ne pas accom-\nplir sa destinée. Il revoyait les contrées parcourues naguère, les\ngrandes îles peuplées d'hommes noirs, couvertes de végétations\ncompliquées, les heures de tempête, les nuits calmes sur la mer\nadmirable. Il se souvenait de ses chasses, fatigantes et passion-\nnantes. U n e âme de chasseur enragé sommeillait en lui. A h !\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                              LE COIFFEUR                               273\n\n\naujourd'hui... tandis q u ' a l o r s ! . . . E t , devant ses yeux pleins de\nflammes, repassaient les scènes anciennes : les antilopes atten-\ndues dans l'ombre au bord des lacs, les aigles guettés dans les\nroches, des sangliers énormes et deux panthères achevés au\npoignard.\n   Alors, tout à coup, au client stupéfait d'une violence si\nsubite, il racontait cette chasse émouvante qu'il venait de\nrevivre, avec tous les détails, de la fièvre d a n s les mots. E t il\ndisait :\n   — J'ai tiré mon couteau, et...\n   E t , prenant son rasoir, il passait le dos de la lame froide,\nrapidement, sur le cou de l'homme inquiet.\n   — J'ai fait comme ça...\n\n\n\n  Peu à peu, jour par jour, avec cette lenteur perfide qui\nempêche de s'apercevoir des progrès qui se font, ses souvenirs\nfurent si vivants, leurs retours si fréquents, qu'ils devinrent une\nobsession douloureuse. L u i , le brave homme, d'apparence\npaisible comme celle de sa petite ville, et resté si longtemps\ndiscret sur son passé, le raconta tout entier. Il multiplia les\nrécits extraordinaires, presque invraisemblables, de ses aven-\ntures et de ses chasses.\n  On s'étonna.\n  — Vous savez, répéta-t-on partout, on dit que le coiffeur va\nrepartir pour les I n d e s . . .\n   Il y songeait.\n   L'argent ne lui m a n q u a i t point, mais on ne s'en va pas là-bas\ncomme on s'en va, le dimanche matin, pour pêcher dans la\nSeine. Ç'aurait été la perte de son commerce, le retour dans\nune maison ruinée. E t puis, il y avait sa femme et ses deux\nenfants!\n   Il sentit toute son impuissance, et comme la vie moderne,\nautant que la vie antique, attache les hommes à la glèbe.\n   Il pâlit, ses yeux s'agrandirent, sa fièvre augmenta. Il ne\ntarissait plus en récits fantastiques, en descriptions de terres\nfabuleuses.\n   — J'ai tiré mon couteau...\n   Et pour chacun il renouvelait le geste ancien ; le revers du\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "274                            DURENDAL\n\n\nrasoir glissait rapidement sous chaque menton, donnant un\nfrisson tragique comme l'approche de la mort.\n\n                                  ***\n    Les clients diminuèrent.\n    On avait peur maintenant de l'homme, on le trouvait trop\nfrémissant, on sentait ses doigts trop nerveux; trop d'éclairs\n illuminaient ses yeux.\n    Alors, il resta pensif dans sa boutique devenue trop grande.\nSolitaire et attristé, il était plus que jamais fasciné par ses\nvisions, et q u a n d un inconnu imprudent entrait, il fondait sur\nlui, l'accablait avec une ardeur joyeuse de ses histoires et finis-\nsait par le geste terrible.\n    Terrible, car sa main appuyait m a i n t e n a n t ; ses regards se\ntroublaient. Il ne voyait plus l'être h u m a i n , il voyait la bête, la\nbête vigoureuse et vaincue, avec l'œil larmoyant, le cou fendu,\nsaignant, — tout le sang vivant et chaud, coulant comme un\nfleuve. Parfois il s'arrêtait, pris de la terreur affolante de s'être\ntrompé sur le côté de la lame d'acier. U n jour, il la laissa\ntomber, s'enfuyant épouvanté devant un client, qui ne compre-\nnait pas.\n\n   On regarda bientôt sa maison d'un air étrange q u a n d on pas-\nsait. O n plaignit sa femme.\n   U n matin, la devanture ne s'ouvrit pas. On avait trouvé\nl'homme la gorge béante, les boucles pleines de sang, mort d'un\ngrand coup de rasoir qu'il s'était donné.\n   L a semaine suivante, un autre coiffeur vint s'installer dans la\nboutique.\n\n                                                Comte D'ARSCHOT.\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "   À propos de Miss Isadora Duncan\n\n                    Une prêtresse de l'orchestique\n                  LA mime et danseuse américaine miss D u n c a n a d o n n é le\n                     mois dernier, au théâtre de l'Alhambra, quatre r e p r é -\n                     sentations qui ont excité chez nous u n e vive curiosité et\n                     un enthousiasme sans cesse croissant. A ses première et\n                     troisième séances, elle nous a montré des interprétations\n                     vivantes de toiles célèbres, — la Primavera de Botticelli,\n                     un ange musicien de R a p h a ë l , — de pièces de danse\n                      classique de R a m e a u et Couperin, puis des réalisations\n                      de scènes mythologiques comme « Narcisse », « P a n et\nl'Écho » et de quelques scènes d'Orphée de Gluck. Les deux autres séances,\nde loin plus attrayantes, étaient consacrées e n t i è r e m e n t à des airs de ballet\net à des scènes des deux Iphigénie, du même maître.\n   Toutes ces choses soulèvent des problèmes esthétiques d'une complexité\ntelle qu'elles dépassent de loin la portée d'un simple compte r e n d u . Celui-ci,\nsuffisant à la rigueur au sujet des manifestations les plus élevées même\nd'un art h o m o g è n e , classé, ne l'est plus lorsqu'il s'agit de procédés\ndéduits de conceptions nouvelles, qu'il importe d'analyser tout d'abord. P r o -\ncédons donc par o r d r e , en résumant brièvement les idées en question.\n    Ce qu'il y a de plus a p p a r e n t d a n s les exercices de miss D u n c a n (fille d'un\nhelléniste-poète californien distingué), ce sont des essais de restitution de la\nchorégraphie a n t i q u e , d'après les m o n u m e n t s plastiques et graphiques qui\nnous en sont restés. C'est d o n c de l'orchestique, la « plastique en mouvement »,\ndes Hellènes, la correspondante de la plastique d a n s le d o m a i n e des arts\nmusique (ceux qui s'inscrivent, non dans l'espace, mais dans le temps).\n    Mais ce sont là, encore u n e fois, les côtés extérieurs d'un art dont la\nspontanéité séduisante atteste cependant à elle seule une origine plus intime,\nplus personnelle. L'artiste remonte plus haut que l'antique et c'est justement\nparce qu'elle poursuit l'art antique d a n s son essence, la nature, que ses\nexercices évoquent la vie m ê m e , et non u n pastiche plus ou moins habile.\n L'idée directrice de miss D u n c a n est celle-ci : Elle considère la danse (dans\n le sens le plus large du mot) c o m m e une expression élémentaire, au m ê m e titre\nque la parole, le geste, le jeu de physionomie et tout ensemble comme le\n moyen d'extériorisation le plus intense du sentiment; — d o n c à la fois un\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "276                                  DURENDAL\n\n\npoint de départ et un aboutissement. A l'appui de sa thèse, elle observe avec\nraison que tels gestes, telles attitudes expriment avec tant de force le senti-\nment correspondant, qu'ils le contiennent en puissance et sont susceptibles\nde l'éveiller d'une manière réflexe. A un enfant, faites courberla tête au-dessus\ndu bras étendu : l'expression du visage se fait aussitôt grave et concentrée.\nLe visage et le regard tournés vers le ciel évoquent l'élévation d'âme, l'idéa-\nlisme. De même encore, la tête fortement rejetée en arrière, la bouche\nentr'ouverte font s'éveiller dans l'âme quelque chose de dyonisiaque et\nd'orgiastique. Les animaux même offrent, dans des attitudes similaires, des\ncorrespondantes sentimentales identiques. La dernière attitude, par exemple,\n— la tête vivement rejetée en arrière, correspond chez les animaux nobles :\nles grands fauves, l'éléphant, l'aigle, à un moment de vive exaltation, dont\nnous étendons instinctivement l'expression aux choses inanimées, un rocher\nhardiment cabré, la vague prête à déferler, etc.\n   Ce contrôle permanent de la nature fournira des principes du genre de\ncelui-ci : Un mouvement ou une attitude ne peuvent jamais demeurer isolés\n(comme on le voit dans la chorégraphie théâtrale), mais doivent se relier\nd'une manière indiscontinue à ceux qui précèdent et à ceux qui suivent,\ncomme le « mouvement » de la statuaire grecque nous en donne la très\nvive impression ; en d'autres termes, le schéma chorégraphique ne doit pas\nêtre la ligne brisée, figure factice, mais l'ondulation, l'« onde » des physiciens,\nmouvement essentiel des forces élémentaires (1).\n   Il doit donc exister, pour la danse, un « matériel » d'expression\norchestique élémentaire, éternellement beau et compréhensible, parce que\n« vrai ». La nature en est facile à déterminer : il émane du sentiment\nlui-même et se limite par les possibilités physiologiques du corps humain,—\ndonc encore une fois par la nature.\n   « Devant l'Océan [nous citons miss Duncan elle-même (2)], nous ne nous\ndemandons pas comment il se mouvait jadis, comment il se mouvra demain ;\nnous sentons que ses mouvements, propres à sa nature, resteront éternelle-\nment les mêmes. De même, les mouvements des animaux en liberté sont la\nsuite nécessaire de leur constitution et de leur relation avec la terre qui les\nporte; du moment seulement où l'homme les captive et asservit leur liberté,\nils perdent cette faculté de se mouvoir en harmonie avec la grande Nature,\net leurs mouvements deviennent empruntés et sans beauté.»\n   L'orchestique rationnelle ne doit pas seulement se conformer à la nature de\nl'homme en général, mais encore s'individualiser suivant le sexe, l'âge, la\nconformation physique et le tempérament de chacun. Aussi, dans l'école de\n\n\n   (1) C'est la théorie que miss Duncan s'efforce d'appliquer notamment dans ses inter-\nprétations mobiles de toiles célèbres, comme la Primavera, en essayant de reconstiluer\nl'ensemble probable du mouvement dont la toile nous montre un moment seulement,\ncelui-ci étant pris non comme point de départ, mais comme « centre » de l'enchaî-\nnement général.\n   (2) ISADORA. DUNCAN : Der Tanz der Zukunft (the Dance of the Future), tint\n Vorlesung, übersetzt uni eingeleitet von K. Federn (Leipzig, 1903).\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                   A PROPOS DE MISS ISADORA DUNCAN                                   277\n\ndanse fondée par l'artiste (1), s'efforce-t-elle, non d'imposer à ses élèves des\nprincipes chorégraphiques immuables, mais d e développer et d e g u i d e r les\nmouvements propres et instinctifs de chacune d'elles.\n   On voit qu'il ne s'agit pas tout à fait d'une interprétation servile de l'art\ngrec, lequel n'est invoqué que parce qu'il n e r e p r é s e n t e rien autre que des\n« attitudes essentiellement naturelles » — mais d a n s u n e réalisation s u p é -\nrieurement esthétique. C'est, en effet, que cette simplicité séduisante, outre\nla monotonie relative engendrée p a r la limitation même des « matériaux »\nexpressifs, comporte u n grave d a n g e r : celui de la vulgarité dans la réalisa-\ntion. Mais c'est ici précisément que triomphe l'artiste, en recréant ces gestes,\nces attitudes élémentaires, dans u n langage plastique h a r m o n i e u s e m e n t sty-\nlisé, placé sous le contrôle direct des chefs-d'œuvre de l'art a n t i q u e , des sta-\ntues, des dessins de vases, etc., qui peuvent être considérés c o m m e fixant\nautant d'attitudes orchestiques.\n   Il est à peine nécessaire d'ajouter que miss D u n c a n traite sans tendresse le\nballet théâtral contemporain, qui lui paraît antiesthétique, paradoxal, incon-\nvenant au premier chef.\n\n   Les mouvements enseignés dans nos écoles de ballet théâtral s'insurgent puérilement\ncontre les lois de la gravitation, de la volonté individuelle; ils sont en contradiction\navec les mouvements et les formes créés par la nature; ils doivent donc demeurer\nstériles, hors d'état de tirer d'eux-mêmes des mouvements consécutifs, et mourir\ncomme ils sont nés. L'expression émanant de cette action qui s'arrête et expire constam-\nment, dans laquelle aucun mouvement, aucune pose, aucun rythme ne possède de causa-\nlité et ne se développe en actions consécutives, est une expression de la dégénérescence,\nc'est celle de la mort vivante... A ceux qui prennent plaisir au ballet théâtral et lui\ntrouvent une justification historique ou chorégraphique, je dirai qu'ils n'oseraient songer\naux corps qui, sous les oripeaux, s'agitent devant eux : des muscles déviés dans des atti-\ntudes contre-nature et, sous ces muscles, des os non moins dévoyés de leurs fonctions\nnaturelles; c'est un corps déjeté, un squelette tourmenté qui danse devant eux!\n\n                                          * **\n   Nous nous s o m m e s intentionnellement é t e n d u sur la partie théorique et\nabstraite de l'expression d'art imaginée par miss D u n c a n , en raison de l'in-\ntérêt intrinsèque d e ces idées, généralement ignorées de ceux m ê m e qui en\napplaudirent l'application. Q u a n t à cette dernière, encore présente à tous\nles yeux, elle fut a b o n d a m m e n t décrite p a r nos confrères de la presse\nquotidienne (2).\n\n\n  (1) A Berlin. Ce curieux conservatoire, qui absorbe la totalité des ressources de\n miss Duncan, est un véritable orphelinat, où les enfants (au nombre d'une trentaine\nenviron) reçoivent la pension complète, l'instruction, etc., dans une saine et joyeuse\nambiance physique et morale. Miss Duncan, qui espère fonder une espèce de\n« chœur orchestique » où seraient cultivées ses traditions, n'admet que des sujets très\njeunes, des enfants, parce que ceux ci dansent dans l'ignorance de toute convention.\nElle attribue la rapidité des résultats acquis à ce fait que les enfants ne sortent pas\ndu milieu, tout pénétré de ses traditions, dans lequel ils vivent.\n  (2) L'appréciation la plus juste en fut donnée par le XXe Siècle, sous la signature\nde M. G. Systermans, le pénétrant critique musical du journal.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "278                              DURENDAL\n\n\n   Partant des principes reproduits ci-dessus, miss Duncan rejette expressé-\nment toutes les absurdes conventions du ballet contemporain, jetés-battus,\npointes, etc., pour ne conserver que les moyens d'expression corporelle\ninspirés par les états d'âme élémentaires : gestes, attitudes, modalités diverses\nde la danse et de la course impulsives. Non moins logiquement, elle se débar-\nrasse de tous les attributs dont prétend s'orner la chorégraphie traditionnelle\n(parures, bijoux, vêtements ornés, accessoires divers) et pousse la conscience\njusqu'à danser nu-pieds ; — détail paradoxal à première vue, mais qui, réalisé,\ns'impose aussitôt comme une nécessité esthétique.\n   Et tout ce qu'elle fait réunit une grâce, une harmonie de ligne, de mouve-\nment et de rythme dont rien jusqu'ici ne nous avait permis de soupçonner la\n surprenante beauté. On peut dire qu'un seul « pas » (il faut bien conserverie\nmot) de miss Duncan fournirait, cinématographié, de quoi peupler de statues\ntout un parc. L'art antique est continuellement présent à notre souvenir.\n Dans sa danse, ses attitudes, ses pas, repassent à tout instant, comme une\nvision fugitive, les apparences plastiques avec lesquelles nos yeux se sont\nfamiliarisés dans les musées, les recueils d'art ancien : mais, encore une\nfois, non d'une façon forcée et « voulue », mais d'une allure spontanée et\ndans un enchaînement naturel avec l'ensemble. L'impression se précise par\nl'apparence physique même de la mime, — malgré sa physionomie nettement\nanglo-saxonne, — par une harmonieuse robustesse corporelle (résultat d'un\nexercice rationnel), la vigueur et la fermeté des attaches, rappelant le carac-\ntère presque athlétique de la beauté féminine dans la statuaire grecque.\n    L'impression morale et intellectuelle est curieuse à noter. Ce spectacle a\nquelque chose de reposant, d'une clarté calme, de convenable et d'ingénu à la\nfois, d'une chasteté essentielle qui contraste violemment avec les agitations\nsavantes, l'effort acrobatique difficilement dissimulé sous le sourire des\n visages, et — disons le mot — la lubricité ingénieuse du ballet théâtral.\n    Les programmes entiers seraient à citer. Il suffira de rappeler ici, dans le\n divertissement du troisième acte d'Iphigénie en Aulide, le «jeu de balle », le\n « jeu des osselets », « la course » ; « Iphigénie marchant à l'autel pour accom-\n plir son sacrifice » ; les attitudes et les poses durant le chœur des prêtresses\n du premier acte d'Iphigénie en Tauride; la charmante danse naïve pour la\n Musette du ballet final du même ouvrage; enfin et surtout, pour la danse\n des Scythes, une sorte de \" pas des javelots \", interprétation très habilement\n adéquate du dessin mélodique, une merveille de ligne, d'attitudes, de rythme,\n d'énergie transfigurés dans de la grâce.\n\n                                      ***\n  Revenons encore une fois à la question de principe, pour élucider un\npoint important de la nouvelle école de danse imaginée par miss Duncan, —\nce qu'elle nomme elle-même la « danse de l'avenir ». Il s'agit de l'accompa-\ngnement musical de ses performances.\n  Nous disons bien « accompagnement musical ». Il convient de constater,\nen effet, que la conception d'après laquelle nous considérons parfois, au\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                      A PROPOS DE MISS ISADORA DUNCAN                                           279\n\nthéâtre, la danse comme la figuration, le c o m m e n t a i r e de la s y m p h o n i e , est\narbitraire et ne résiste pas à l'analyse de nos sensations. C'est la musique\nqui accompagne la danse, et non l'inverse. L e discrédit dans lequel les choré-\ngraphes ont laissé sombrer leur art, l'importance fabuleuse que la m u s i q u e\na prise d a n s notre civilisation, ont seuls pu renverser en nous ces n o t i o n s .\n Dès que la danse (comme d a n s le cas qui nous occupe) reprend sa dignité\net sa noblesse originelles, la musique reprend vis-à-vis d'elle son caractère\n subalterne en tant que musique de danse.\n    Ceci dit, quelle musique accompagnera la danse «élémentaire »? N o u s\nrépondrons sans hésitation : u n e m u s i q u e composée ad hoc, sauf en ce qui\nconcerne les airs de ballet des tragédies musicales sur des sujets a n t i q u e s ,\nou du moins dont la réalisation n'est pas trop obligatoirement localisée\n et datée.\n    Tout d'abord, la musique instrumentale absolue, composée en dehors de\ntout objet autre qu'elle-même, doit être écartée a priori. Miss D u n c a n a\n « dansé» (pas ici, mais ailleurs) des s y m p h o n i e s , des sonates de Beethoven (1).\nOutre que l'abaissement des chefs-d'œuvre de la m u s i q u e au r a n g d e sym-\n phonies chorégraphiques n'est pas tolérable, c'est là u n e erreur de principe.\n U n e œuvre de m u s i q u e absolue est, à notre sens, complète en soi, c o m m e\n une sphère ; son interprétation « plastique » nous paraît aussi illégitime,\narbitraire et superfétatoire que le serait u n e interprétation picturale ou p o é -\ntique; en outre, c'est d i m i n u e r la portée de l'expression musicale, infinie\nparce qu'indéfinie, que de la concrétiser d a n s u n geste ou u n e attitude.\n    La musique instrumentale « dansable » se limiterait d o n c à la musique\np r o p r e m e n t c h o r é g r a p h i q u e . Mais ici encore, la logique c o m m a n d e les plus\nexpresses réserves. L'interprétation orchestique « élémentaire » est inconci-\nliable avec des m o r c e a u x de danse, menuets, valses, etc., ayant leurs\ncorrespondantes chorégraphiques bien déterminées, localisées et datées.\nReste d o n c le ballet des œuvres lyriques sur sujets a n t i q u e s , lequel se limite\naux pages pantomimiques et chorégraphiques du seul Gluck, qui prêtèrent\naux deux inoubliables soirées des Iphigénie le r a y o n n e m e n t de leur majes-\ntueuse simplicité, de leur énergie r y t h m i q u e et de leur incomparable inten-\nsité d'expression (2).\n    Mais c'est p e u . R e m a r q u o n s , en outre, que miss D u n c a n , envisageant son\n\n\n   (1) Elle ne l'a fait, dit-elle, que dans l'espoir de trouver, dans cette rencontre de\nsa danse avec les œuvres en question, de nouveaux éléments de rythmique orchestique ;\nmais dans ce cas ces essais devaient être perpétrés en particulier, non en public.\n   (2) On pourrait dire (et telle fut l'idée exprimée dans l'Art Moderne par notre\nconfrère M. Ch. V.), que le ballet de Gluck — lequel écrivait à une époque où\nl'archéologie théâtrale était encore à naître — n'a rien d'antique et de grec et n'a en\nvue que l'art chorégraphique du temps. Ceci, h notre sens, ne répond pas à la réalité\ndes faits. Par une intuition géniale, Gluck évoque absolument le sentiment de l'âme\nantique, notamment par la simplicité et la grandeur de la ligne mélodique et l'accent\nd'implacable fatalité de son expression musicale. Il suffira, pour s'en convaincre, de\nconfronter ses partitions sur des sujets antiques, les Iphigcnie, Orphée, Alceste, avec\nle romantisme chevaleresque d'Armide.\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "280                                      DURENDAL\n\n\nart comme objet et non comme illustration accessoire d'un autre art, renverse\nillogiquement les rôles en s'exerçant « sur « un air d o n n é ; c'est le contraire\nqu'il faudrait faire. Enfin, notre musique occidentale, d'une g r a n d e richesse\nh a r m o n i q u e , est d ' u n e relative indigence rythmique comparativement, par\nexemple, aux agrégats r y t h m i q u e s de la musique orientale. L'artiste n e peut\ndonc prétendre y trouver les correspondantes sonores des i n n o m b r a b l e s\n« possibilit'és » rythmiques de la danse élémentaire. Elle avoua elle-même\navoir senti naître sous ses pas des combinaisons rythmiques qu'elle n e pouvait\nmalheureusement appliquer, faute d'accompagnement adéquat. Il serait donc\nlogique de faire composer a posteriori cet accompagnement, d'après un\nschéma r y t h m i q u e d o n n é . Mais pareil travail ne devrait être confié qu'à\nun artiste d'inspiration délicate et de goût averti, qui trouverait d a n s un\nm i n i m u m d'ensemble instrumental — u n quatuor d'archets limité à quelques\nunités, quelques bois, — le matériel nécessaire à un commentaire discrète-\nment expressif.\n\n   J u s q u ' à présent, miss D u n c a n est demeurée isolée, — d'où l'allure assez\nspécieuse des « p a s » comportant une action collective ; de quel effet ne\nserait pas un groupe de chorégraphes évoluant sur scène, d'après les mêmes\nprincipes, d a n s u n e harmonieuse diversité d'attitudes et de m o u v e m e n t !\n   E n attendant que le d é v e l o p p e m e n t de son conservatoire c h o r é g r a p h i q u e\npermette à l'artiste de réaliser ce projet, avouons ici l'admiration sin-\ncère que nous a inspirée un spectacle d a n s lequel nous avions a p p r é h e n d é\nne trouver qu'une banale et peu édifiante exhibition de music-hall. Au lieu\nde cela, il s'agit bel et bien de la régénération d'un des plus nobles moyens\nd'expression que l'art ait cristallisés d a n s ses formules, d'un « frisson esthé-\ntique » nouveau. L e point délicat gît d a n s les accointances de cet art avec les\narts voisins, — en l'occurrence, la musique. Mais de toute manière, nous\nsommes redevables à miss D u n c a n d'une conception artistique nouvelle\n(ou ingénieusement renouvelée, si l'on veut), dont l'application a pu l'égarer\nparfois d a n s sa complexité, mais qui n'en force pas moins l'attention et\nl'estime de tous les artistes.\n\n                                                                         E R N E S T CLOSSON.\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                       Emile Claus\n\n   Exposition de ses tableaux au Cercle Artistique\n                LES peintres qui ont une vision très personnelle et\n                     neuve ont tout intérêt à isoler leur œuvre dans\n                     une exposition où aucune autre compréhension,\n                     aucune autre formule d'art ne vienne troubler\n                     la quiétude des visiteurs. A côté d'un Claude\n                     Monet, la séduction d'un Corot ou la force\n                     grave d'un Rousseau suscitent des comparaisons\n                     troublantes. Près d'un Claus il ne faut placer\nni un H i p p o l y t e Boulenger ni un Alfred Verwée si l'on veut\ngoûter en toute sérénité la pureté, la fraîcheur, la limpidité\nlumineuse du maître d'Astène et aussi pour que les mérites de\nBoulenger ou de Verwée ne paraissent point non plus trop\nassombris.\n   L'ensemble de tableaux de Claus, récemment réunis au\nCercle Artistique, fut la consécration éclatante d'une maîtrise\nvolontairement mûrie, d'une recherche vaillamment poursuivie,\nd'une affirmation originale très convaincue. Claus n'est plus\ndiscuté. L e s gens les plus récalcitrants à sa tendance s'accou-\ntument à l'aspect de sa peinture, ils n'en sont plus déconcertés\net finissent par constater parfois que la nature n'a pas toujours\nl'aspect d'un tableau vieilli dans un musée.\n   Ce Salon, au Cercle, contenait une cinquantaine de toiles,\ndont plusieurs importantes et plusieurs inédites. L e u r réunion\néclairait la salle un peu profonde et triste d'une joie de soleil\nblond et d'une vivacité de colorations saines.\n   Interprète sédentaire d'un coin charmant de la F l a n d r e ,\nEmile Claus promène son chevalet sur les bords de la L y s\nlente, sinueuse, molle, dont la vallée n'est q u ' u n e large plaine\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "282                          DURENDAL\n\n\ndiaprée de prés et de cultures. Chaque ferme, chaque tournant\nde chemin, chaque verger, chaque détour de la berge ont requis\nl'attention fervente du peintre. Il a su surprendre les variations\ninnombrables que l'heure du jour ou l'aspect de la saison\nimpriment à des thèmes de nature simple. L a magie d'art n'eût\npas dans le choix des sites, mais dans la beauté de la lumière,\n« cette reine des couleurs », clarté toujours éclatante des aubes,\nsplendeur toujours vibrante des midis, rayonnement toujours\nopulent des soirs, aubes, midis, soirs de mai ou de juillet,\nd'octobre ou de janvier, brillants sur les pommiers en fleurs,\nsur les foins coupés, sur les blés mûris, sur les frondaisons\nTouillées, sur les givres et les nacrures du gel hivernal.\n     Claus est le preste et habile annotateur des fugaces phéno-\nmènes solaires. L'ombre, le lourd nuage, le temps gris, le ciel\ncouvert, l'émeuvent peu, la tranquillité nocturne des clairs de\nlune dont il surprit jadis les secrets semblent cesser de l'inté-\nresser, mais q u ' u n rayon d'aurore filtre à travers les buées\nblanches de la nuit finissante, voilà l'artiste en émoi. Il fixera\ndéfinitivement les prestiges d'une minute fuyante, il enregis-\ntrera des reflets éphémères glissant dans les cieux et sur les\neaux, il saura discerner et exprimer les gradations les plus\nténues d'un lever de soleil ou d'un coucher glorieux.\n    L a lumière préoccupe si exclusivement Emile Claus que les\nchoses ne prennent à ses yeux qu'une valeur relative d'objet\néclairé, réfléchissant de la clarté ou l'absorbant toute. L a\nsubstance de ces objets le retient peu, ni leur structure ni leur\ncube. Terrains, arbres, murailles, ciels n'expriment pour lui que\ndes surfaces diversement colorées sur lesquelles se jouent les\nrayons, les reflets, les ombres; et même un personnage humain\ndont il trace le portrait ne prend pour lui d'autre intérêt que\ncelui que lui vaut u n éclairage diurne éclatant.\n   Ce parti-pris enthousiaste unifie dans une interprétation de\npoète toutes les impressions que Claus ressent devant la nature\net qu'il croit exprimer avec le plus naïf réalisme. J a m a i s mieux\nq u ' à cette compréhension du paysage ne s'appliqueront les\ndéfinitions usées : « L a nature vue à travers un tempérament »,\n« un paysage est un état d'âme », etc., etc.\n    L'œil de Claus mue inconsciemment et transforme tout ce\nqu'il s'assimile selon les rites d'un culte fervent voué à la\nclarté solaire.\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                            ÉMILE CLAUS                            283\n\n\n   E n dehors de l'observation de la lumière claire, point de\nsalut! E t que le peintre peigne la récolte du lin, le vieux sapin,\nla cueillette des p o m m e s , la L y s en n o v e m b r e , la gelée\nblanche ou le portrait de Camille Lemonnier, il n'aperçoit\nque l'épiderme des surfaces éclairées et s'évertue à rendre uni-\nquement leur aspect extérieur, sauf à les sertir dans les contours\nflottants qui contiennent la forme des êtres et des choses. Ce\nrésultat atteint, il se tient pour content. E t combien il a raison,\npuisqu'il fixe son émotion et la fait partager aux spectateurs de\nsa p e i n t u r e .\n   T o u t e recherche spécialisée vers un but exclusif réclame le\nsacrifice d'autres recherches accessoires. C l a u s , instinctive-\nment peut-être, s'est conformé à cette exigence. D'autres pour-\nsuivent d'exprimer le r y t h m e de la forme en mouvements, le\nrendu des matières diverses, l'agrément de symphonies colo-\nristes, l'opulence ou l'intimité des choses, le mystère des\ndessous, leur peinture parle de rêve imprécis ou de solidité\npuissante. L a peinture de Claus est une ode au soleil ; tout\nconcourt à le révéler, le choix du motif, l'heure et la saison du\ntableau, et jusqu'à la technique, directe, spontanée, les touches\nde couleur pure juxtaposées sans mélanges sur la blancheur\n d'une toile neuve.\n    Faut-il énumérer les morceaux les plus m a r q u a n t s de cette\nsérie d'œuvres où se continue si sainement l'affirmation de la\n vision de Claus. Cette Récolte de lin que l ' E t a t vient d'acquérir\n pour les musées royaux de Bruxelles, cet Automne appartenant\n au Musée de Venise, cette journée de soleil, du Musée de\n Gand, l'extraordinaire soleil levant (février) aux avant-plans\n d'eau pâle et de roseaux séchés, au ciel crémeux et froid où\n monte le disque rose, énorme, de l'astre, à travers les rameaux\n nus. Peut-être ce tableau est-il le plus étonnant d'exécution et\n d'effet et résume-t-il plus que tout autre les caractères de cet\n art étrange.\n    P u i s , c'étaient encore le radieux soir de juillet éblouissant\n et doré, la Gelée blanche, et le Givre aux suprêmes délicatesses de\n pâleur argentée, les Brumes du Soir, le quai à l'Ecluse, les Bords\n de la Lys, tous enfin un à un évoqués, dans leur spontanéité,\n leur verdeur, leur éclat...\n\n                                                           P. L.\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "                  Littérature Flamande\n\nDe Paneelschildering in de Nederlanden, gedurende de\n XIV e , XVe en de eerste helft van de XVI e eeuw, naar\n aanleiding van de in 1902 te Brugge gehouden tentoon-\n stelling, gezeid « van Vlaamsche Priemietievend », door\n    P O L DE M O N T . Met 20 platen in fototiepie. — ( H a a r l e m , H . Kleinman\n    en C°. L a e k e n - B r u s s e l . R . - B . - J . P o s t e m a . )\n    Cet ouvrage de M. Pol de Mont, le poète flamand et critique d'art bien connu,\nqui fut n o m m é récemment — à notre g r a n d e satisfaction — conservateur d u\nMusée d'Anvers, est dédié à M. A. Beernaert, ministre d'Etal. C'est l'œuvre\nla mieux écrite, la plus d o c u m e n t é e et la plus décisive qu'on ait faite sur\ncette inoubliable exposition de B r u g e s . C'est un volume, in-folio, accom-\np a g n é de vingt planches séparées, reproduisant quelques-uns des p a n n e a u x\nles plus caractéristiques exposés à B r u g e s . Les planches seules valent plus,\nà mon sens, que le prix minime de tout l'ouvrage; elles formeront, pour\nl'amateur passionné de nos vieux peintres néerlandais, un souvenir délicieux\nqui leur fera moins regretter d'avoir p e r d u à tout jamais l'occasion de jouir\ndu trésor artistique splendide que Bruges offrit à notre admiration durant\nces quelques mois de l'an 1902.\n   Mais c'est du texte m ê m e , de ces quatre-vingt-trois pages in folio, qu'il me\nfaut parler; c'est la partie essentielle de l'œuvre.\n   Aucun de ceux de nos lecteurs qui savent le flamand et qui aiment l'Art ne\ndoit m a n q u e r de se procurer cette étude capitale du critique si perspicace, du\nbel écrivain qu'est P o l de Mont.\n   L'ouvrage est divisé en douze chapitres.\n   L e premier chapitre raconte l'histoire de l'expositon de Bruges, la n o m e n -\nclature des œuvres exposées et de leurs propriétaires, etc.\n   D a n s le chapitre I I , P o l de Mont entame une des thèses principales de son\nouvrage, à savoir « que tout le m o u v e m e n t artistique européen d'avant la\nRenaissance est au fond, vu de près, une seule g r a n d e évolution. Cette\névolution embrasse un certain nombre de tendances spécifiques plus ou\nmoins distinctes, de courants qui se dirigent du sud au nord, ou de l'est à\nl'ouest et réciproquement... Les théories et les styles divers qui caractérisent\nces courants, on les voit paraître plus tôt ou plus tard, se maintenir plus ou\nmoins longtemps, dans les différents pays qu'ils parcourent, mais on les\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                         LITTÉRATURE       FLAMANDE                          285\n\nretrouve on réalité dans chaque pays d'Art qui nous occupera à des époques\ndifférentes ».\n    L'école flamande n'est donc qu'une section de l'école européenne, et elle\ndoit autant à l'Italie et à la France que les écoles italienne et française lui\ndoivent à elle-même.\n    CHAPITRE I I I . — « La seconde erreur que je désire combattre, dit l'auteur,\nest l'application du nom de primitif's aux peintres de panneaux de l'époque qui\nnous occupe. Etymologiquement, cette appellation peut difficilement signifier\nautre chose que les tout premiers « essayistes » de n'importe quel art. Les\npremiers artistes de la mosaïque en Italie, les premiers peintres de panneaux\nmystiques comme Cimabué, Duccio, Lorenzetto, en Italie; Maître Thierry,\nà Prague; Guilleaume de Heerlen, à Cologne; oui, Giotto lui-même, l'inven-\nteur du style épique, furent ces vrais primitifs. Les frères Van Eyck, et ceux\nqui sont venus après eux dans nos régions, sont en réalité si peu « primi-\ntifs », non, ils le sont moins que della Francesca, Mantegna et les maîtres du\ntemps de « Lorenzo il Magnifico », ou que, plus près de nous, le colonais\nEtienne Lochner. Ce qui commence avec eux, c'est une période qu'on\npeut appeler pleinement classique.\n    CHAPITRE IV. — Coup d'oeil historique sur le caractère de l'époque précé-\ndant la première période classique inaugurée par les frères Van Eyck. Rigo-\nrisme de la conception religieuse de cette époque, manque de sentiments\nhumains dans les produits artistiques. Certaines affirmations de l'auteur sont\nsujettes à discussion dans celte partie de son ouvrage. Il est vrai que l'histoire\nde ces temps troublés, où l'Europe était comparable à un monde encore\nchaotique, est si obscure. Cependant je n'admets pas que saint Bernard ait\nété le premier à parler d'un Dieu de bonté et de miséricorde. Qu'on lise, par\nexemple, la description du purgatoire faite par le vénérable Bède : c'est plus\n printanier et plus gracieux que les descriptions païennes les plus délicieuses\n de l'Elysée.\n    CHAPITRE V. — Ce chapitre est un des plus intéressants du livre. L'auteur\ny montre la raison principale de l'admirable métier que possédaient les\n peintres du XVe siècle, de ce coloris « veiné d'or » qu'on admire chez eux, de\n cette honnêteté de matière et de travail. Ce sont les fruits de leur organisa-\ntion corporative. Ils n'étaient que des membres anonymes, souvent, du\n Métier, mais combien consciencieux et artistes originaux quand même!\n    CHAPITRE VI. — Ici, l'auteur esquisse la formation artistique de toute\n l'époque et il démontre sa thèse de tantôt : que les différentes régions d'art,\n la Bourgogne, Cologne, la Provence, Sienne et la Flandre se sont compéné-\n trées réciproquement. Les arguments de l'auteur sont à méditer; ils jettent\n sur la question tant discutée de l'origine de notre art flamand une lumière toute\n nouvelle.\n    CHAPITRE VII. — Entre Melchior Broederlam, le dernier primitif, et les\n frères Van Eyck, — trente années environ, — l'art fait un pas de géant, il\n devient classique ! L'auteur s'étonne de cette solution de continuité absolue,\n explicable seulement par le... génie des deux frères Mosans. Il traite, dans\n ce chapitre magnifique, de l'invention de la peinture à l'huile attribuée aux\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "286                                     DURENDAL\n\n\nVan Eyck, et surtout — avec quelle attention, avec quel a m o u r , avec quelle\nfièvre de passion artistique ! — de la part qui revient à c h a c u n dans le chef-\nd'œuvre définitif de la première époque classique de notre é p o q u e , l'Adoration\nde l'Agneau. Comme on désire revoir le célèbre p a n n e a u de G a n d , après la\nlecture de ce chapitre, ne fût-ce que pour y chercher les portraits de H u b e r t\net de J e a n , découverts, me semble-t-il, par Pol de Mont.\n    CHAPITRE V I I I . — « Après Van Eyck, l'expansion artistique se fait plus\nconséquente, plus naturelle; elle procède avec plus de logique, de m é t h o d e ,\ndirais-je. » C'est ainsi que l'auteur introduit la suite de l'étude des maîtres de\nla première époque classique de la peinture d a n s notre pays. Après les\nhommes de génie qu'étaient les Van E y c k , viennent les h o m m e s de grand\ntalent : Roger de la P a s t u r e , H u g u e s Van der Goes et — bien inférieurs à ces\ndeux — le maître encore a n o n y m e de Flémalle et T h i e r r y Bouts. « Roger est\nle créateur du g r o u p e dramatique, comme Van E y c k (Jean) est le maître clas-\nsique d u repos parfait. » Van der Goes, « beaucoup moins d r a m a t i q u e que le\ng r a n d B r a b a n ç o n , se révèle d a n s ses œuvres trop rares, c o m m e u n artiste qui\na p p u i e surtout sur l'analyse d'un caractère et qui, pour cette raison sans\ndoute, attache u n e i m p o r t a n c e extraordinaire à la puissance et à la profondeur\ndu dessin. Si l'on veut se former une idée de son coloris (la Mort de la Vierge,\nque nous possédons, est devenue c o m m e u n e aquarelle défraîchie a u soleil),\nil faut aller à F l o r e n c e ou à Berlin ».\n    L'auteur traite ensuite de P e t r u s Christus et de T h i e r r y B o u t s , d o n t il\ncaractérise la manière et la valeur.\n    CHAPITRE I X . — « Si l'on considère l'ensemble de leur œuvre on pourrait,\nnon sans raison, caractériser les deux V a n E y c k c o m m e les représentants de\nla peinture épique, Roger de la P a s t u r e et le maître de Flémalle c o m m e ceux\ndu d r a m e ; mais l'honneur d'être le plus pur représentant du lyrisme en pein-\nture écherrait à H a n s Memlinc. » Caractérisant ensuite H a n s Memlinc, qu'il\nn'admire pas autant que b e a u c o u p d'autres critiques d'art, M. de Mont dit\n « que le principal mérite de ce peintre consiste d a n s son agréable coloris, la\nnoble distinction de ses gestes, même là où ceux-ci sont un peu déclamatoires\net superficiels, dans la grâce de ses enfants et de ses femmes, et surtout dans\nl'arrangement inimitable de ses draperies. Sur ce dernier point, il apporta\nau monde quelque chose de vraiment neuf ». P a r l a n t de Gérard David, — qui\nparaît bien avoir remporté le plus de gloire p o s t h u m e à B r u g e s , — l'auteur\nle n o m m e « un des artistes les plus nobles et les plus universels de son\nt e m p s », dont « les deux grands p a n n e a u x du Musée de B r u g e s peuvent être\nconsidérés, à b o n droit, c o m m e les premiers chefs-d'œuvre de la peinture\nd'histoire néerlandaise ». « David est le dernier grand peintre du groupe\nbrugeois. » Mais J é r ô m e Bos est plus g r a n d artiste que Memlinc et David,\naffirme P o l de Mont. S'il est encore moins apprécié, c'est qu'il est moins\nconnu.\n    D a n s les trois derniers chapitres de son ouvrage magistral, l'auteur parle\ndes artistes de moindre importance de cette époque, ainsi que de ceux de la\n« décadence », qui furent c e p e n d a n t presque tous de remarquables, d'illustres\npeintres de portraits. Il y parle enfin longuement de ses artistes préférés,\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                         LITTÉRATURE       FLAMANDE                         287\n\n\nintroducteurs d'une nouvelle renaissance : Quinten Massijs et le grand,\nl'énorme Pietcr Breughel, qui amena une révolution dans l'art flamand, qui\nfit enfin... rire l'art, du rire sain du peuple et qui fut plus moderne que beau-\ncoup de peintres de notre temps 1 Ces derniers chapitres sont pleins de saveur,\ncomme tout l'ouvrage, du reste. Ajoutons que ces quatre-vingt-trois grandes\npages se lisent avec le même intérêt qu'on lirait un beau poème ou un beau\nroman.\n    Les aperçus nouveaux et hardis de l'auteur, le style coloré qui fait presque\n« voir » certains tableaux, dans toute la splendeur de leur coloris, ce\nsouffle poétique répandu partout, mais contenu sans cesse par les raisonne-\nments judicieux de l'écrivain-critique d'art et historien qu'est Pol de Mont,\ntout cela fait qu'on n'oublie plus ce livre après l'avoir lu, qu'on y revient avec\nplaisir et qu'on doit remercier le brillant écrivain flamand d'avoir condensé\ntant de science historique et artistique en des pages si vivantes et si\nvibrantes.\n\n                                                          AUGUSTE CUPPENS.\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "                      Les Conférences\n   M m e J. d e T a l l e n a y . - Conférence de M. A. JOLY. — L'Asso-\nciation pour l'amélioration du sort de la femme, dirigée avec autant de zèle\nque d'intelligence par Mme Baeckman, a organisé une soirée fort intéressante,\nconsacrée à l'œuvre de J. de Tallenay. En une conférence subtile et pleine\nde vues élevées, notre collaborateur M. Joly a exposé la formation et l'ascen-\nsion progressive d'un des talents les plus fins et les plus originaux dont puisse\ns'enorgueillir notre littérature. La puissance objective de la description ne\ndoit pas nous donner ici le change et absorber exclusivement notre atten-\ntion. En effet, sous la parure de ce style, si harmonieusement beau, pur et\nsuggestif, vit un art qui est avant tout intérieur, psychologique et profond. Et\nM. Joly nous raconte toute l'œuvre de J. de Tallenay, œuvre si variée et déjà\nsi vaste, depuis les Souvenirs de Venezuela jusqu'à Vivia Perpetua, son livre le\nplus puissant. M. Joly approfondit les significations et définit les caractères\nde cette œuvre en les coordonnant à une idée dominante qui la pénètre et\nl'éclaire tout entière, la sérénité devant la mort et son acceptation simple et\nforte. Ensuite, Mlle Eve Cladel a dit, avec beaucoup de talent, deux beaux\nrécits extraits des Treize Douleurs, le Songe d'Attila et Noël en mer, ce dernier\nune des inspirations les plus profondément émouvantes du poète.\n\n   L ' A r t e n p l a c e e t à Sa p l a c e . — Conférence de VINCENT D'INDY\naux Matinées Littéraires.\n   Le principe fondamental qui sert de base à cette belle conférence est le\nsuivant : Toute œuvre ou manifestation d'art doit être vue ou entendue à sa\nplace. C'est ainsi que les mosaïques des églises de Ravenne impressionnent\nbien plus vivement que les mosaïques des autres églises d'Italie parce que\ndans l'ancienne capitale de l'Exarchat, elles s'harmonisent de tout point avec\nles monuments qu'elles décorent. De même au Panthéon les admirables\nfresques de Puvis de Chavannes retraçant l'histoire de sainte Geneviève\nsont seules à leur place. Ainsi encore des tableaux remarquables enlevés\nà leur milieu naturel et transportés dans un de ces caravansérails d'art\nqu'on appelle musées apparaissent diminués, et découronnés de leur force\nsignificative.\n   Il en est de même de la musique. Vouloir faire jouer un quatuor de\nBeethoven sur la place de la Concorde serait tout aussi ridicule que vouloir\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                             LES CONFÉRENCES                                289\n\nfaire exécuter l'hymne russe par toutes les musiques militaires de la garnison\nde Paris dans la salle du Conservatoire. Et c'est cette même faute énorme de\ngoût que commettent chaque jour les maîtres de chapelle, en faisant entendre\nà l'église des œuvres qui ne lui sont nullement appropriées.\n   Voici que pour la troisième fois l'autorité ecclésiastique suprême a pris la\nparole afin de déterminer à quelles conditions essentielles doit répondre la\nvéritable musique d'église. Après Grégoire le Grand au VIe siècle, après le\nconcile de Trente au XVIe, c'est au XXe le tour du pape Pie X en son Motu\nproprio.\n   Vincent d'Indy résume magistralement en conformité avec les enseigne-\nments pontificaux l'ensemble des conditions vitales que doit réunir la\nmusique d'église. Ces conditions sont au nombre de quatre. La musique\nd'église doit être : 1° vocale, à l'exclusion de tout instrument autre que l'orgue.\nCar on vient à l'église pour prier. Et comment prier sans employer le lan-\ngage des mots, car si Dieu connaît nos désirs sans que nous les énoncions,\nnous, êtres imparfaits, avons besoin de ce langage matériel pour nous con-\nvaincre nous-mêmes que nous prions. A côté de cette raison d'ordre méta-\nphysique, il en est une autre d'ordre physique. Si l'on place un orchestre\ndans la tribune, la sonorité en sera confuse et sans netteté. Un solo de violon\ny paraîtra comme l'aigre petite voix d'un nain criard. L'orgue seul peut être\nemployé sans crainte, car cet instrument est impersonnel, l'organiste n'étant\npas appelé comme le virtuose ou le chef d'orchestre à déverser sur un audi-\ntoire sa propre sensibilité et ayant uniquement pour mission d'éveiller la\nvoix de l'église même. Les messes de Bach et de Beethoven, incomparables\ncréations d'art, occupent le premier rang dans la musique religieuse; à l'église,\nces admirables messes ne seraient point à leur place. 20 La musique d'église\ndoit être collective. L'église est la réunion de tous les fidèles sans distinction\nde rang en une communauté de prières et de chants. Faire chanter dans le\ntemple l'assistance tout entière, voilà l'idéal à atteindre et on l'atteindra\nlorsqu'on aura enseigné aux âmes simples l'admirable musique qui est le\nchant grégorien. En attendant, c'est le chœur qui représente l'assemblée des\nfidèles. L'unique soliste, c'est l'interprète entre le peuple et la Divinité,\nc'est-à-dire l'officiant, le prêtre.\n   3° La musique d'église doit être respectueuse du texte liturgique. C'est-à-dire\nque le texte ne doit être ni tronqué, ni altéré, ni ridiculisé, soit par la sup-\npression d'un ou plusieurs mots dans le but de favoriser le tour de la phrase\nmusicale, soit par la trop grande importance donnée sans raison à certain\nmot, soit par la répétition inintelligente des mêmes paroles, cette redite n'étant\nadmissible que comme renforcement musical de l'idée déjà exprimée, ainsi\nque l'entend Bach. 4 0 La musique d'église doit être orante, n'employant\nd'autres moyens d'expression rythmique, mélodique ou harmonique que ceux\nqui conviennent à un état de prière.\n   Vincent d'Indy termine sa remarquable conférence par cette considération\nmaîtresse que, pour écrire de la musique d'église, il faut avoir la foi. Le créa-\nteur qui ne croit pas sûrement et profondément à ce qu'il veut créer n'est pas\ndigne du beau nom d'artiste.\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "290                                      DURENDAL\n\n\n     N a p o l é o n I I I . — Conférence de M. DE LA GORCE, aux Matinées\nLittéraires.\n      M. de la Gorce est actuellement u n des historiens les plus p é n é t r a n t s de la\nF r a n c e . Autant par la b e a u t é vivante et imagée du style que par l'ampleur\ndes vues et la perspicacité aiguisée du psychologue qui s'y manifestent, ses\ntravaux sur Napoléon I I I p r e n d r o n t place à côté des a d m i r a b l e s m o n u m e n t s\nhistoriques p a t i e m m e n t et arlistement édifiés par les Taine, les T h u r e a u -\nD a n g i n , les Sorel, les H e n r y H o u s s a y e . P e r s o n n e mieux que M. de la Gorce\nn'était donc autorisé à n o u s parler de Napoléon I I I et d a n s l'obligation\nabsolue de se limiter, il a retracé les deux grands faits internationaux du\nSecond E m p i r e , la formation de l'unité italienne et la formation de l'unité\na l l e m a n d e , en c h e r c h a n t au fond de l'âme si compliquée de l ' E m p e r e u r les\nmotifs qui ont guidé c h a c u n de ses actes d a n s toutes les étapes décisives de\nces d e u x g r a n d s événements historiques.\n    Elle apparaît en effet fort étrange et complexe cette â m e d e Napoléon I I I ,\non la sent traversée par des courants contradictoires, machiavélique et cheva-\nleresque tout à la fois, funeste mais non vulgaire, chimérique mais non haïs-\nsable.\n    M. de la Gorce étudie Napoléon I I I aux trois périodes nettement tranchées\nde son existence, la période d'exil où d a n s ses écrits publics et privés se des-\nsinent deux traits caractérisés, la sollicitude pleine de bonté p o u r l e s pauvres\net les déshérités et le souci perpétuel de tout refondre, de tout remanier, de\ntout corriger dans l'ordre politique et social. A cette époque où il n'existait\nguère de politique mondiale, les projets de réforme de Napoléon s'égaraient\njusqu'en Afrique et en A m é r i q u e .\n    L a seconde période est celle où Napoléon I I I est p r o m u à la présidence\nde la R é p u b l i q u e . Il apparaît alors édulcoré, assagi par la surveillance de\nses ministres qui le tiennent en bride. C'est alors que sont p r o m u l g u é e s la loi\n Falloux sur la liberté de l'enseignement et la loi conservatrice du 31 mai\nrestreignant le principe du suffrage universel.\n    U n e fois arrivé à l ' E m p i r e , Napoléon, affranchi de la tutelle i m p o r t u n e de\n ses conseillers, se souvient qu'il fut autrefois victime de la Sainte-Alliance et\n il se porte à l'appui de ceux q u e la Sainte-Alliance froissait. M. de la Gorce\n met ici excellemment en lumière cette dualité de nature de Napoléon I I I ,\n conservateur par son rang, révolutionnaire par son origine et, en un exposé\n magistral, il explique c o m m e n t Cavour et Bismarck exploitèrent adroitement\n les chimériques générosités de l ' E m p e r e u r , trouvant ainsi en lui l'instrument\n le plus efficace qui p u t servir à la réalisation de leurs desseins. P e n d a n t tout\n son règne, N a p o l é o n I I I m a n q u a a b s o l u m e n t d'esprit politique. C'est que les\n dynasties anciennes seules se soudent aux peuples qu'elles ont mission de\n gouverner et acquièrent ainsi u n sens affiné pour discerner les besoins et les\n  périls nationaux. N a p o l é o n I I I était trop l'ami de tous les peuples pour être\n u n bienfaisant ami de la F r a n c e car, à l'encontre des théories dont se récla-\n  ment actuellement les h u m a n i t a i r e s , le véritable patriotisme n e se conçoit\n pas sans u n peu d'exclusivisme.\n                                                                    GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                       Théâtre du Parc\n   A u t e u r s b e l g e s . — La direction du Parc a voulu encourager l'art\nbelge en représentant Miss Lui, une pièce en trois actes de nos jeunes con-\nfrères Henri Liebrecht et Charles Morisseaux. Le spectacle était complété\npar Pierrot Millionnaire, deux actes en vers de M. Félix Bodson.\n   Dans Miss Lui, M. Henri Liebrecht, qui sait être plus personnel dans ses\npoèmes et ses études critiques, semble avoir apporté des réminiscences de\nla Souris de Pailleron, tandis que M. Charles Morisseaux — notre Jean Lor-\nrain national! — fournissait des souvenirs de la Claudine de Willy.\n   Il faut retenir de la pièce les quelques jolies vivacités de dialogue du premier\nacte... que firent oublier, hélas! les niaiseries « jardin d'enfants » du second\nacte et les « pataugages » du troisième acte.\n   Le public se c.onsola de cette déconvenue en écoutant chanter et claquer\nles vers à panaches de M. Félix Bodson, qui encadra d'une harmonieuse\nverve imagée le sujet plutôt banal de Pierrot Millionnaire, adulé quand il est\ncru riche, vilipendé quand il est supposé pauvre.\n   M. Félix Bodson est une belle promesse poétique ; mais MM. Liebrecht\net Morisseaux nous doivent une réparation.                                     V.\n\n    P a t e r n i t é , par MAURICE LANDAY.\n    Dans cette pièce à thèse, M. Maurice Landay revendique, contre le père,\nles droits de l'enfant naturel. On ne peut dire que ce soit un thème neuf;\nmais il est permis d'affirmer que, parmi les pièces à thèse qui nous sub-\nmergent, beaucoup sont meilleures que Paternité, où quelques scènes vrai-\nment poignantes rachètent à peine maint épisode inutile ou faux. Un premier\nacte excellent ; un second acte fort décousu, où l'on voit un député exagéré-\nment niais qui, désireux de se documenter sur la situation juridique des\nfilles-mères vis-à-vis de leurs parents, s'adresse à... un commissaire de police;\nun troisième acte qui verse résolument dans le mélodrame. Ce qu'on ne\ncontestera pas, c'est l'irréprochable interprétation de la pièce, où Mlle Clarel\nsurtout, pour son profond sentiment dramatique, pour son art remarquable\nde composition, s'est fait applaudir.                                       D.\n\n\n\n\n                                      *\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "               LIVRES ET REVUES\n\nLE ROMAN :\nL ' A u t r e V u e , roman par GEORGES E E K H O U D . U n v o l u m e . — (Paris,\n    Mercure de France.)\n    P a r m i les personnalités originales qu'unit, quelques années, d a n s l'es-\ncouade ardente de la Jeune Belgique, u n e volonté u n a n i m e d'art, il n ' e n est\na u c u n e , sans doute, dont l'œuvre se soit développée selon u n e n o r m e plus\nlogique, u n e progression plus suivie que celle de Georges E e k h o u d .\n    L a pensée qui l'anime et la vivifie tout entière est organique, en quelque\nsorte, chez lui : elle était en germe d a n s ses pages d u début, et, depuis, elle a\ng r a n d i , s'est fortifiée, étendue, à la faveur de l'air, du soleil et du vent — par\nl'expérience de la vie, de l'art et des h o m m e s , — toujours semblable à elle-\nm ê m e , n o u r r i e de la m ê m e sève, mais toujours plus vigoureuse. Kees Doorik,\nle Cycle patibulaire et ses autres livres sont les étapes généalogiques, si l'on peut\ndire, de la pensée qui s'exprime d a n s cette Autre Vue, où les courants d'inspi-\nration qui traversent tous ses ouvrages antérieurs viennent à u n e espèce de\nrésolution parfaite.\n    Les plus secrètes et les plus cordiales prédilections d ' E e k h o u d n'ont\njamais cessé d'appartenir à sa terre patriale, âpre et douce, sauvage et tendre\n— au pays campinois, à ses populations rurales, à ces âmes de paysans où\nfermente la violence c o m m e la songerie, mais qui sont ignorantes des\nleurres et des indispensables mensonges des civilisés.\n    T o u t e son existence, pourrait-on dire, il l'a vécue en nostalgie, exilé de ces\ncontrées aimées et des êtres avec lesquels, seuls, il se sentait en véritable\nc o m m u n i o n — d a n s la tension et la contrainte d'un déracinement définitif,\ndont chaque jour ravivait les sourdes r a n c œ u r s .\n    T o u t grand art, disait Ruskin, recèle u n secret de tendresse — et plus sou-\nvent, ajouterons-nous, de tendresse souffrante et contrariée q u e de tendresse\nheureuse. Et chez E e k h o u d , cette nostalgie, cet exil, c'est le sang et la chair\nde son œ u v r e ; c'est d'eux q u e son art a pris son acuité, ses accents émouvants\net ses teintes exaspérées.\n    Les Kermesses, les Nouvelles Kermesses, les Milices de saint François sont comme\nla première effervescence du souvenir et du regret, mais ces belles évocations\nde la terre et du peuple flamands ne sont que le jet initial d'une pensée qui\ncontinue d'évoluer : le parallèle perpétuel institué chez l'écrivain par ses\npréoccupations d o m i n a n t e s et les froissements de son existence quotidienne,\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                293\n\n\nentre l'habitant des campagnes, fruste, grossier, mais sans affectations mes-\nquines, et celui de la ville, atténué et asservi par les conventions sociales; —\nce parallèle poursuit ses conséquences en lui et va, bientôt, à embrasser dans\nles termes de la comparaison, d'un côté, tous ceux qui commandent,\nexploitent, jouissent, à la fois maîtres de la société et esclaves de ses pré-\njugés; — de l'autre, tous ceux qui se révoltent contre la loi formelle ou tacite,\nqui s'y soustrayent ou qui l'éludent : vagabonds, las d'aller de toute espèce;\nréfractaires, nativement inaptes à toute subordination...\n    Ainsi, écrivions-nous dans la Jeune Belgique à propos de Mes Communions,\nainsi, « le doux et hargneux canton flamand — théâtre des Kermesses —\ns'élargit en une mouvante et diverse patrie, dont les sauvages enfants, hum-\n bles mais indisciplinables, errent, sans gîte cadastré, dans l'indifférente capi-\n tale, sur les quais mercantiles de la métropole maritime ou le long des routes\n vicinales. Chacun de ces pauvres efflanqués garde, pourtant, à la plante racornie\n de ses pieds déchaux, à ses sabots ou à la semelle lamentable de ses bottes,\n l'empreinte brûlante du sol originel, de l'idéale et séduisante terre promise\n qu'un irrésistible instinct leur enjoint de regagner à tout prix et dont leur\n destin les repousse toujours, tandis que, chaque soir, la providence com-\n patissante leur en fait apparaître le mirage à l'horizon éternel...\n    « Inhabiles aux labeurs normaux, à prendre la filière des ambitions auto-\n risées, ces dépaysés dolents et chimériques, contumax prédestinés s'appa-\n rient par leur passive résistance à la raison légale au regnicole campinois,\n ennemi des propagandes sectaires et des chemins de fer! Incapables d'hypo-\n crisie sociale, les uns comme les autres sont de natifs insurgés, frustes,\n brutaux et, quelquefois, sanguinaires. Un soir sinistre, leurs yeux luiront de\n malice malfaisante ou de férocité narquoise; la convoitise, la luxure aigui-\n seront leur regard, mais la bassesse, point, ni l'obséquiosité; leur voix\n s'infléchira de tendresse frénétique ou de colère, scandera les équivoques\n distiques d'une « psalmodie patitulaire », d'un chant de récidivistes, mais\n ignorera toujours les euphémismes pharisaïques et les poncifs du savoir-\n vivre... Poussière humaine, balayée âprement d'un bout à l'autre du terri-\n toire, et que les nécessités de l'ordre vouent aux dépôts de mendicité et aux\n maisons centrales; — irresponsables épaves, emportées à vau-l'eau, livrées\n aux tourbillons ou prises dans le calme de quelque zone stagnante, parmi\n l'écume putrescente du fleuve et le décombre empoisonné de la rive. Au\n milieu de ces hordes végètent, cependant, des apôtres, d'inconscients artistes\n dévoyés : cordiaux et débonnaires individus, contaminés superficiellement,\n et dont la moindre circonstance propice fera jaillir l'âme intacte ; candides\n escarpes, dociles révoltés, réconciliés à la première effusion charitable, qu'une\n fortuite parole apitoyée bouleverse et conjure, sans retour, et desquels, aussi,\n  un mot déterminera la vocation vers le crime ou le martyre... »\n    Le domaine de l'œuvre de Georges Eckhoud s'étend de la sorte à toutes les\n  régions hantées par la misère et le délit : brousses campinoises sillonnées de\n  chaussées infinies et désertes; bas-fonds des villes; quartiers usiniers; berges\n  désolées et sinistres des canaux; partout où les pauvres vont par troupes\n  fourmillantes ou, isolés et clandestins, sur le qui-vive du gendarme...\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": " 294                               DURENDAL\n\n\n     Et ce qui, en dépit des tares, des déformations, des défectuosités morales\n  que ces êtres tiennent de la vie ou de l'hérédité, les rend attirants et sympathi-\n  ques pour l'artiste, c'est que, chez eux, l'homme foncier, avec ses capacités\n  originelles de crime et de générosité, la naïveté de ses instincts de solidarité\n  et d'égoïsme, apparaît dans une netteté et une simplicité mélangées d'une\n  sorte de grandeur animale et de farouche noblesse.\n     Peut-être, des anthropologistes ou des sociologues pourraient-ils affirmer\n que les membres du corps social, quelle que soit la classe dont ils sont issus,\n sont également distants de l'hypothétique homme naturel — n'y ayant de\n différence entre eux que le genre et le caractère de la culture artificielle qu'ils\n ont subie, chacun dans son milieu. En tout cas, ne suffirait-il point pour\n déterminer la partialité du penseur et de l'artiste, et pour l'expliquer, de\n songer que ces spontanés, ces indépendants et ces incompatibles sont aussi les\n rejetés, les abandonnés et les souffrants?...\n    Les pages du Cycle patibulaire et de Mes communions, extrêmes et suraiguës,\n sont remplies du piétinement de cette humanité vagabonde, étranges types\nde pitoyables et d'insolites, dessinés d'une main puissante et magnétique,\net qui remémorent certaines figures obsédantes de Velasquez ou de Goya.\nGorki est venu depuis, qui s'est penché aussi sur ce monde interlope,\nvaguant sur les lisières de la société, mais pour saisissantes que soient les\nétudes qu'il en a données, il n'en est point parmi elles d'un art plus suggestif\net plus orageux que celles d'Eekhoud.\n    La conception totale de la vie et des choses de laquelle toute l'œuvre de ce\ndernier a dérivé, il l'a incarnée dans le personnage principal de la Nouvelle\nCarthage, ce Laurent Paridael, ébauché seulement dans la première édition\nde ce roman, auquel l'auteur est revenu ensuite, à plusieurs fois, et qui\nn'a pris sa physionomie définitive qu'avec le développement complet de la\npensée initiale de l'écrivain.\n    Paridael, c'est le héros encore de l'Autre Vue. Il a continué à progresser dans\nla voie où il était engagé, c'est dire qu'il se trouve plus que jamais incapable\nde pactiser avec le monde bourgeois parmi lequel il est né : tout, idées,\nsentiments, manières, y sonne faux à ses oreilles; toute source y paraît cor-\nrompue pour lui; toute atmosphère, irrespirable. Et, malgré lui, toutes les\nparoles raisonnables qu'il entend dans ce milieu, il les accompagne mentale-\nment du persiflage d'une chanson incohérente et dérisoire... La mentalité\nqu'il s'est formée, sa sensibilité exaspérée d'homme et d'artiste lui rendent\ninsupportable les notions, les jugements, les opinions dont l'agglomérat\nconstitue cet « ordre établi » qui se regarde lui-même comme inattaquable\net sacré... Il ne songe pas à la politique, sachant bien que toutes ses con-\nquêtes n'auront nul résultat que de tirer du peuple d'aujourd'hui le bour-\ngeois de demain. Il veut s'évader en un milieu où sa vision de la vie et de la\nsociété ne paraisse point singulière et folle, scandaleuse, où il puisse voir\nautrement, d'un point de vue diamétralement opposé à celui auquel les\nhonnêtes gens se placent d'ordinaire...\n    L'odyssée poignante et tragique de Paridael parmi le bas peuple de\nBruxelles, dans la maison de correction où il s'engage comme surveillant, sa\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                295\n\n\nfin hallucinée — tel est le sujet de l'Autre Vue. Et c'est comme une granJc\nfresque réaliste, pleine de fougue et de flammes, de vie pittoresque, inquiète\net douloureuse, et à laquelle, dans la maturité de son art volontaire,\nEekhoud a conféré une extraordinaire hauteur d'allure et de couleur.\n\nS u r l a P i e r r e B l a n c h e , par ANATOLE FRANCE. — (Paris, Calmann-Lévy. )\n   Divers personnages qui, au coucher du soleil, causent dans le chantier\nd'archéologie qu'est, aujourd'hui, le Forum romain : quelques Français, plus\nou moins loquaces etun Italien, le directeur des fouilles, loquace, également,\net « se plaisant à parler comme les anciens », bien que ses compagnons\nne lui laissent guère l'intervalle de parler à son tour ; mais les quelques mots\nqu'il énonce sont solides, il ne théorise point, comme ses interlocuteurs, ni\nne conjecture, et on dirait qu'il parle toujours, comme le commandeur\nMarucchi, la main sur la pierre déterrée qui prouve ce qu'il dit. Et il y a une\ngrande beauté émouvante dans l'évocation de tout ce que l'antique sol des\nQuirites, cette terre bondée de siècles, a livré déjà aux investigateurs du\npassé.\n   Les réalités posthumes du Forum amorcent une conversation, qui, ainsi\nqu'il sied entre gens cultivés, dérive rapidement vers les idées générales : à\nl'exception de M. Goubin, « licencié ès-lettres, annotateur », « qui évitait\nsoigneusement les paradoxes », souci qui, nécessairement, lui donne l'air\ngrotesque, — chacun des assistants émet de précieuses considérations sur les\ndestinées des Empires, l'inquiétude naturelle et la monotone inconstance des\nhommes, les incertitudes des religions et des métaphysiques; et comme ils\ns'expliquent tous avec clarté, ordre et nombre, plus préoccupés de l'atticisme\nde leur langage que de sa force de persuasion, il semble toujours que l'avis du\ndernier qui a parlé soit le meilleur et le plus raisonnable.\n   Cet intéressant entretien, qui, après le coucher du soleil, se poursuit dans\nune trattoria, est interrompu par la lecture de deux contes, l'un, du passé,\nGallion; l'autre, de l'avenir : Par la porte de corne ou par la porte d'ivoire, rêve\ncollectiviste de l'an 2270.\n   Gallion est comme un doublet du Procurateur de Judée. Ici, Ponce-Pilate,\nrentré en Italie, ne se souvenait point d'avoir abandonné le Christ à la haine\ndes juifs; là, c'est le proconsul d'Achaïe qui renvoie dédaigneusement de\nla basilique où il rend la justice ou, du moins, des jugements, saint Paul\naccusé devant son tribunal par les juifs de Corinthe. Ainsi le destin de l'Em-\npire et du monde s'est dressé aux yeux de Gallion, comme il était apparu à\nceux de Ponce-Pilate, et ni l'un, ni l'autre, ne l'ont reconnu. Rien de plus\nordinaire; les hommes ne reconnaissent le destin que lorsqu'il a agi — et\nces fiers Romains peut-être plus que les autres, eux qui croyaient que le sort\ndes batailles était écrit dans l'estomac des poulets!... Un des auditeurs de ce\nconte s'étonne de l'aveuglement de Gallion et de ce qu'il n'ait point pressenti\nchez ces juifs en querelle la force mystérieuse dont le travail allait miner par\nla base l'Empire qui, de toute manière, sans doute, aurait fini par se décom-\nposer dans sa propre infamie. On lui répond que le langage, la culture, les\npréoccupations, comme aussi les origines et la situation sociale, d'un juif\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": " 296                                     DURENDAL\n\n\n  oriental tel q u e P a u l , et d'un patricien latin tel q u e Gallion, étaient trop\n  différentes p o u r qu'ils pussent se c o m p r e n d r e : c'étaient deux m o n d e s en pré-\n  sence l'un de l'autre — celui de la F o r c e et du Droit et celui de la F o i . L a vic-\n  toire, inévitablement, a p p a r t i e n d r a toujours à ce dernier. Gallion, probable-\n  ment, ne savait pas cela ou, s'il l'avait su, n'en aurait guère tiré de fruit,\n  puisqu'il n'avait point aperçu en saint P a u l l'annonciateur de la puissance\n  antagoniste du pouvoir qu'il représentait.\n      C e p e n d a n t , l'objection tirée de ces incompatibilités n'est pas tout à fait\n  p r o b a n t e , car elles ne furent pas une entrave au prosélytisme chrétien parmi\n  les hautes classes de R o m e , dont plus d'un m e m b r e fut converti p a r u n de\n ses esclaves hébreux ou par quelque infime plébéien.\n      M. Anatole F r a n c e rêve, toutefois, q u e celte c o m m u n i o n intellectuelle et\n morale, irréalisable entre Gallion et saint P a u l , le progrès l'accomplira, dans\n un délai quelconque, entre tous les peuples et entre toutes les classes d e chaque\n nation, réduits, en quelque sorte, au m ê m e d é n o m i n a t e u r , si opposés que\n soient leur génie, leur mentalité et leur degré de civilisation! A u c u n des per-\n sonnages du livre n'explique la genèse miraculeuse de cette transformation,\n et, d'autre part, bien que l'un d'eux ait marqué fort justement l'antinomie\n irréductible du principe de l'égalité avec la loi scientifique de la Sélection,\n on attend vainement qu'il oppose cette même loi à la chimère collectiviste. Il\n est vrai que le collectivisme étant, n o n u n e opinion, mais u n e foi; un objet,\n non d e raisonnement, mais de religion, cette objection est de nulle impor-\n tance.\n     O n a dit que la description du P a r a d i s devait forcément être m o n o t o n e et\nfastidieuse, parce que, transportés en ce séjour de perfection, les h o m m e s\nsont dépouillés, précisément, de ce qui les faisait pareils à n o u s et nous\nles rendait intéressants, c'est-à-dire la passion, la faiblesse, la capacité du\nm a l h e u r , les luttes de l'ambition et du désir. L e P a r a d i s collectiviste\nn ' é c h a p p e r a point à cette tare foncière, à en juger d'après la p e i n t u r e que\ntout le prestigieux talent de M. Anatole F r a n c e n'empêche point d'être\ne n n u y e u s e . L e thème fondamental, c'est la pitance rationnelle, la gamelle\nscientifique et égalitaire; l'uniformité rectangulaire étendue à tous les\nd o m a i n e s et jusqu'à la toilette des femmes, revêtues de la même livrée\ncitoyenne que les h o m m e s ! E t ce dernier détail est comme le petit souffle de\nl'ironique conteur qui fait écrouler d'un c o u p le château de cartes de son\nrêve !...\n\n C o l l e c t i o n d e s p l u s b e l l e s p a g e s : Restif de la Bretonne.— Girard de\n    Nerval, 2 vol. — (Paris, Mercure de France.)\n    C'est une heureuse idée qu'a eue le Mercure d'inaugurer sa nouvelle collec-\ntion par u n choix des meilleures parmi les excellentes pages de Gérard\nde Nerval : la plupart ne connaissent de lui q u e sa fin tragique et ignorent\ntout de son œuvre, relativement a b o n d a n t e , et dont on n'oublie plus le\nparfum délicat, l'originalité c h a r m a n t e et vagabonde, lorsqu'on l'a u n e fois\nfréquentée. Gérard fut u n voyageur, u n e r r a n t — d a n s la distance et d a n s le\nt e m p s . Il p r o m e n a b e a u c o u p sa rêverie dans les provinces françaises et, tout\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                               297\n\ncomme Byron, Chateaubriand et Lamartine, il fut en Orient, il flâna dans\nles livres et les papiers jaunis du passé, et de même dans les littératures\nétrangères, — et de ces flâneries et de ses voyages, il rapportait des notes,\nécrites, selon ce que prétendait Théophile Gautier, sur des feuilles de papier\nà cigarettes, mais exquises.... Parmi ses poésies, on trouve quelques pièces\ntrès belles, où il y a comme un pressentiment de la pensée de Baudelaire.\n   Restif de la Bretonne, qui, par tant de côtés, surtout par le cynisme\ndes peintures, la prétention à un réalisme véridique et la boursouflure\nhumanitaire, fait songer à Emile Zola, Restif de la Bretonne avait séduit\nla curiosité de Gérard de Nerval qui, dans ses Illuminés, et sous le titre de\nConfidences de Monsieur Nicolas, coordonna des extraits de l'auto-biographie de\nce singulier et prolixe écrivain. Il dut, nécessairement, élaguer nombre des\nconfessions de Restif qui avait la confidence scabreuse et les souvenirs\nindiscrets.\n   Il y a chez Restif une sorte d'immoralité naïve et que l'on pourrait dire\nmême pavée de bonnes intentions, comme l'Enfer : la crudité de ses tableaux,\nn'est, dans sa pensée, qu'une leçon de continence et si, en certaines pages de\nses mémoires, il dépasse toute licence, c'est dans un dessein pédagogique et,\npour ainsi dire, en ilote volontaire !\n   Le volume publié par le Mercure a été composé d'extraits intelligemment\nchoisis, dans le but de donner une idée complète de la manière de l'auteur, avec\ntoutes ses qualités, mais, aussi, avec toutes ses tares — c'est dire qu'il n'est\npas destiné à être mis dans toutes les mains.\n\nT h o m a s G o r d e i e f f , par MAXIME GORKI. — (Paris, Calmann-Lévy.)\nM a x i m e G o r k i , par le Vte E. DE VOGUÉ. — ( Paris, Plon.)\n   La lecture de l'étude consacrée à Gorki par M. de Vogué vous laisse, en\nmême temps que l'admiration pour la méthode experte et déliée du critique,\nl'impression qu'entre la pensée de l'un et la curiosité de l'autre, de telles\nincompatibilités morales et intellectuelles s'interposent, que jamais il ne sera\ndonné à celle-ci de prendre une notion complète de celle-là, de dissiper ce\nque la disparité des mentalités et des origines ajoute de mystérieux et d'inac-\ncessible dans des mots identiques, selon qu'ils sont prononcés sur les rives de\nla Seine ou sur celles du Volga.\n   Le Thomas Gordeieff de Gorki est un de ces êtres intelligents, mais\nrebelles à la culture et dans l'esprit instinctif desquels certaines questions\ninsolubles de vie et de destinée ne peuvent plus cesser d'agir, dès le moment\noù elles s'y sont une fois formulées. Dès lors, ils se débattent, au milieu du\nmonde organisé, avec les soubresauts, les cris impuissants et les secousses,\nd'un fauve, avide d'espace et de liberté, et pris en quelque piège avilissant.\n L'idée fixe du mensonge de la vie, de ses ressorts honteux et de ses buts\nincompréhensibles bat, nécessairement, les parois d'un tel cerveau, sans que\nrien atténue la violence de ses chocs, discipline ou habitude blasée de la\npensée métaphysique, qui connaît qu'il y a des problèmes, mais de solutions,\n point.\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "298                                       DURENDAL\n\n\n     « P a u v r e T h o m a s , s'écrie M. de Vogué. Votre père littéraire vous tient\n pour u n esprit en a v a n c e , u n allumeur des fanaux de l'avenir ; et quoique —\nou parce que — s c h o p e n h a u e r i e n , nietzschéen, et le reste, vous datez tout\nb o n n e m e n t de 1830. »\n     L a vision amère et douloureuse de la vie, d o n t manifeste toute l'œuvre\ncorrosive de G o r k i , M. de Vogué l'étudié avec la perspicacité, mais\naussi les susceptibilités de goût, du fin lettré qu'il est ; avec son esprit exqui-\nsement équilibré, un p e u sceptique à force d'avoir examiné des idées et d'avoir\naperçu qu'aucune n'est tout à fait fausse, a u c u n e tout à fait vraie, et, en m ê m e\ntemps, à force d'avoir été témoin, dans la salle ou d a n s les coulisses, d'événe-\nments sans n o m b r e d a n s la ville la plus policée de la t e r r e . . . Dès lors, com-\nment la vision de ce vagabond du Volga ne lui paraîtrait-elle point o u t r a n -\ncière, c'est-à-dire fomentée par u n e réflexion et u n e philosophie insuffisantes,\nengendrée plutôt par les inspirations de l'imagination et les impulsions du\ncœur que par les déductions de la raison — excessive, par conséquent, et\nr o m a n t i q u e , et un peu ridicule ?...\n    L a question obstinée et angoissante qui est au fond de toutes les pages de\nGorki, c o m m e le c h œ u r invisible, monotone et fatidique de ses d r a m e s , l'écri-\nvain français la considère avec toute l'expérience spéculative — sage ou\nvaine ? — de n o t r e Occident : « Les r o m a n s russes, constate-t-il, a b o n d e n t et\nr e p r e n n e n t naïvement tous les problèmes que l'humanité a provisoirement\nrésolus, au moins en p r a t i q u e . . . » Mais, ne p o u r r a i t - o n répliquer qu'il est des\nAmériques que c h a q u e h o m m e , c h a q u e peuple, doit redécouvrir lui-même ? et\nque, pour les âmes neuves, il n'y a point de vieux problèmes ?...\n    Car, ces problèmes qui, pour n o u s , sont u n jeu et un exercice presque\ndésintéressé de pensée, Gorki ne se les est pas proposés comme u n thème\nabstrait, mais c'est l'expérience de la vie en cet E m p i r e s o m b r e , p a r m i ces\npeuples confondus et écrasés, qui les a posés devant lui : c'est sa vie parmi\nle m o n d e de misère, de douleur et de crime, d o n t il s'est fait l'étrange\net poignant révélateur, qui en a créé en lui la conscience i n a p a i s a b l e . . .\n                                                                          ARNOLD     GOFFIN.\n\n\n D o u b l e j e u , par H E N R I VIGNEMAL. — ( P a r i s , Ollendorff.)\n   Q u a t r e volumes, q u a t r e r o m a n s , depuis 1899 : Vain effort, Méprise tragique,\nla Chaîne, Double jeu; voilà u n b\"au labeur littéraire. Il est d'autant plus remar-\nquable que M. Vignemal a d o n n é , dans chaque volume nouveau, u n e impres-\nsion plus vraie et plus profonde de la vie, et m o n t r é que son talent, p o u r t a n t\ndéjà très sûr, était toujours en progrès.\n   L e Double jeu est certainement, à part peut-être Vain effort, rempli d'un\ncharme pénétrant, mais déparé p a r des longueurs, l'œuvre la mieux c o n ç u e et\nla mieux r e n d u e de notre j e u n e écrivain. Je ne dirai pas que la d o n n é e en est\nbien s y m p a t h i q u e , mais réussir à nous la faire accepter a, sans doute, été ce\nqui a tenté précisément la p l u m e de M. Vignemal, séduit par le plaisir de\nvaincre u n e difficulté plus g r a n d e . D e u x sœurs aiment le même h o m m e , l'une\npresque depuis son enfance, et avec tout son cœur, l'autre en passe-temps\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                299\n\npassionné. Celle-là triomphe de celle-ci et épouse celui qui a compris un jour\nquelle différence séparait les deux tendresses. Le livre est l'histoire des luttes\net des petits incidents, — de ceux-là qui mènent notre vie à notre insu — qui\nfont se heurter ces deux amours, détruisent l'un très ordinaire et relève encore\nl'autre déjà très pur.\n    M. Vignemal a gardé son style charmant et son don d'observer. De temps\nen temps, mais avec la discrétion que l'expérience lui a fait acquérir, il donne\nencore de ces descriptions si délicates, dont il avait un peu abusé autrefois,\npaysages, nuances du ciel, et de petits couplets délicieux comme celui-ci :\n« Elle s'appuya sur le bras de son fauteuil. Pour paraître se rapprocher d'elle\n» il lui prit les mains. Il aimait les considérer, car elles étaient belles. Elles\n» étaient longues, souples et transparentes, les ongles lamés de rose comme\n» un feu d'aurore. Elles étaient subtiles et ingénieuses, comme pour appri-\n   voiser des oiseaux ou charmer des serpents. Mains de rêve qui se\n» mouvaient d'un geste qu'on ne voyait jamais poindre ; mains qui cares-\n   saient jusque dans leur immobilité, jusque dans leur sommeil sur les\n» genoux, jusque dans leur garde fidèle de beaux lévriers, allongés devant\n» la porte... »\n   Un chapitre tout entier est à signaler particulièrement : celui où est\nracontée la mort d'un diplomate français à Cintra. Quel ramassé et quelle\nexactitude !\n   Il faut souhaiter au Double jeu la fortune de ces livres qu'il n'est point\npermis de n'avoir point lus et qui, pourtant, pour la plupart, valent moins\nque lui.\n                                                                       G. D'A.\n\nLe v e n t e m p o r t e l a p o u s s i è r e , par GEORGES BONNAMOUR. —(Paris,\n   Plon.)\n   Un livre de pessimisme. Poussière, l'amour. Poussière, l'amitié. Le vent\nqui souffle les emporte à jamais. Elle est profondément triste, l'histoire de\ncette femme pour l'amour de laquelle deux bons amis se brouillent à mort,\nqui ne trouve elle-même dans l'amour de celui qu'elle a choisi — un écrivain\négoïste de l'école du Disciple de Bourget — que déboires et amertumes. Est-ce\nbien la vie, cela ? M. Bonnamour analyse en bon psychologue l'âme, vile\naprès tout, de son héros qui s'amuse à broyer un cœur de femme pour en\néprouver des jouissances intellectuelles.\n\nL a F u g i t i v e , par J . - H . ROSNY. — (Paris, Fontemoing.)\n  Les frères Rosny sont des maîtres de la nouvelle. Il en est parmi ce recueil\nde délicieusement sentimentales, comme cette Fugitive qui a donné le titre\nau volume. D'autres sont imprévues et loufoques, comme la Vengeance de\nM. Tourte. D'autres encore, comme les contes sportifs, mettent en scène, avec\nparfois une pointe d'émotion attendrissante, les polichinelles que sont deve-\nnus certains de nos contemporains dont la vie veut être uniquement méca-\nnique.\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "300                               DURENDAL\n\n\nH i s t o i r e s à m a d a m e , par LÉON WAUTHY. — (Liége, l'Edition artis-\n   tique.)\n   Une plaquette de douze petites histoires un peu mièvres sans doute, jolies,\nrien que de la joliesse, écrites dans le goût ancien. Dirons-nous à M. Wauthy\nque nous préférons ses vers avec leur grâce et leur sentimentalité à fleur de\npeau ?\n                                                                       E. N.\n\nS é p a r o n s - n o u s , par JULES TRARIEUX. — (Paris, Plon.)\n   C'est la description, sous forme de journal anecdotique, en un style gai,\ntrès alerte et plein d'humour, de la lutte qui met actuellement aux prises en\nFrance deux Eglises, celle du diable, la franc-maçonnerie, et celle de Dieu,\nl'Eglise catholique.\n                                                                  H . M.\n\nL'ART :\nLes deux Lippi : Filippo et Filippino, par J.-B. SUPINO, tra-\n  duction DE CROZALS. Un volume illustré. — (Florence, Alinari.)\n   Filippo Lippi s'est représenté lui-même dans la partie inférieure du beau\nCouronnement de la Vierge, conservé au Musée ancien et moderne de Florence,\ndont, au reste, nombre de personnages ont des physionomies trop carac-\ntérisées pour n'être point, eux aussi, des portraits.\n   Tête massive dont la calvitie s'entoure d'une couronne de cheveux ; visage\nlourd qui, avec ses petits yeux aigus, son nez bref et le rictus de sa bouche\ndure et matérielle, révèle une âme positive et entêtée, peu encline au lève\net à la méditation. Tel apparaît Filippo Lippi dans cette image; et, ni sa\nvie de moine peu exemplaire, habile à sauver les irrégularités de sa situation;\nni son art, puissant par le réalisme, mais rarement imprégné de véritable\némotion, ne démentent l'impression que l'on reçoit d'elle. Son œuvre, on la\nconnaît, avec les innombrables cadres, d'une ordonnance et d'un faire de\nplus en plus sûrs d'eux-mêmes, de plus en plus attachés au réalisme corrigé\npar le sens décoratif, si naturel chez les artistes florentins. Et, nulle part, les\nqualités de ce génie facile et heureux, stimulées par le milieu dans lequel il\ns'exerçait, ne parurent plus éclatantes et remplies de plus de séduction\nqu'en ses fresques de la cathédrale de Prato, qui illustrent des épisodes de\nla vie de saint Etienne et de celle de saint Jean-Baptiste. M. Supino étudie\ncette grande œuvre avec détail et prédilection ; il en fait saisir à merveille le\ncharme extrême, la composition toute de vie, de mouvement, et il marque\navec perspicacité tout ce que le tempérament de l'artiste et ses penchants ont\najouté aux inspirations de son talent pour créer la figure ensorcelante de\nSalomé dansant devant Hérode et ses convives.\n   Chose rare, Filippino, le fils que Filippo avait eu de Lucrezia Buti, la\nreligieuse qu'il enleva, en 1457, du couvent de Sainte-Marguerite, à Prato,\ndont il était chapelain, ne dérogea point de la valeur de son père dans leur\ncommune profession. Il fut l'élève de l'exquis Botticelli, et de la fréquen-\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                               301\n\n\ntalion de celui ci, son art, moins vigoureux que celui de Filippo, et moins\nrésolu, prit une délicatesse qui manqua, parfois, à ce dernier. On sait\nqu'il termina dans la célèbre chapelle Brancacci, au Carminé, la déco-\nration commencée dans le premier quart du XVe siècle, par Masolino\net Masaccio.\n   La grandeur noble, l'exécution magistrale et la technique savante — où\nles enseignements! des ouvrages antiques n'ont eu, il faut le dire, aucune\npart — des fresques de Masaccio restèrent comme un exemple profondément\nadmiré par les artistes florentins; et l'on conçoit que la mission de peindre\nà côté de tels chefs-d'œuvre n'allait pas sans péril. Filippo n'a pas égalé son\ndevancier, cela va de soi, mais ses travaux, pour lesquels, d'après une opi-\nnion récente, il aurait été aidé de cartons préparés par Masaccio, sont remar-\nquables, et il n'est pas possible d'étudier sans joie ces ouvrages où le réalisme\nse tempère d'une élégance et d'une harmonie parfaites.\n   Et c'est déjà un plaisir très vif que de parcourir, avec un guide tel que\n M. Supino, la fructueuse carrière de Filippo et de Filippino Lippi, d'autant\nplus que le texte substantiel de l'auteur sert de savant commentaire à une\nillustration nombreuse et soignée, en tout digne de la perfection à laquelle\nles frères Alinari nous ont habitués.\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n\n\n   L ' a r t flamand e t h o l l a n d a i s (Anvers, Buschmann, éditeur. —\nBruxelles, Librairie Van Oest, rue du Musée, 16). — Le numéro d'Avril\ndébute par un article très étudié et très fouillé de MAX ROOSES sur le célèbre\ntableau de Jordaens : Le triomphe de Frédéric-Henri, exécuté pour la Salle\nd'Orange, Maison du Bois, à La Haye, salle somptueusement décorée par\ndifférents artistes, pour perpétuer les hauts faits du prince, par ordre de sa\nveuve. Max Rooses appelle cette peinture « l'oeuvre la plus considérable de\nJordaens ». Et il écrit un peu plus loin : « Le motif principal de ce tableau,\nle char avec le grouillement de foule qui l'entoure, a été profondément mûri\net étudié ; comme composition et exécution, il représente bien un des plus\nprodigieux morceaux de peinture que l'art universel ait créé. » Il termine son\nétude par ces mots : « Jordaens se lève dans son gigantesque tableau et\ndévoile, quand on entre dans la Salle d'Orange, toutes les merveilles créées\npour la volupté de l'œil humain, dans un monde plus beau et plus coloré que\nle nôtre ; et lorsque la porte s'est refermée derrière nous, cette radieuse vision\nnous hante pour la vie. » Cet intéressant article est rehaussé par une splen-\ndide reproduction du tableau lui-même de Jordaens et des trois esquisses\nqui se trouvent aux Musées de Bruxelles, d'Anvers et de Varsovie.\n    L'étude de Max Rooses est suivie d'un article de D E VOOYS sur le Meuble\nde I. W. De Graaff, article émaillé de réflexions très judicieuses sur la néces-\nsité d'abandonner la routine et la pastiche des anciens et de travailler à la\ncréation d'un art qui exprime notre vie et notre temps. De nombreuses repro-\nductions donnent une idée des efforts tentés par De Graaff dans ce sens.\n                                                                       H . M.\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "302                                     DURENDAL\n\n\n   Peter Breugel l'ancien, son œuvre et son temps. Etude\nhistorique suivie d'un catalogue raisonné d e son œ u v r e dessiné et gravé\npar R e n é Van Bastelaer, et d'un catalogue raisonné d e son œ u v r e peint par\nG e o r g e s - H . de L o o (M. G. H u l i n ) . Bruxelles, Librairie nationale d'art et\nd'histoire, Van Oest et C i e .\n    N o u s nous bornons à a n n o n c e r l'apparition de la première livraison de\ncette s u p e r b e publication, d o n t la valeur, tant au point de vue du fond qu'à\ncelui de la forme, répond à la réputation de ses a u t e u r s et éditeurs. N o u s\nreviendrons à loisir sur cet ouvrage, lorsque l'impression en sera plus\navancée, mais nous voulons signaler immédiatement aux curieux de l'œuvre\ndu g r a n d maître flamand l'illustration de ce premier fascicule qui ne\nc o m p r e n d pas moins d e dix-huit planches, r e p r o d u c t i o n s , six d e tableaux,\ndouze d e dessins, et toutes d'une perfection et d'une netteté accomplies.\n    E t puisque n o u s signalons particulièrement ce beau travail de la librairie\nbelge, n o u s m e n t i o n n e r o n s également, en a t t e n d a n t que nous puissions leur\nconsacrer des articles plus é t e n d u s , deux œuvres historiques d ' u n e rare\nexcellence, éditées l'une et l'autre par M. H e n r i L a m e r t i n , à Bruxelles, d o n t\nle catalogue, riche déjà en r e m a r q u a b l e s publications d'histoire, s'accroît\nchaque année : l'une, le Travail à Bruxelles au XVe siècle, par M. G. Des Marez,\nmonographie aussi attrayante que substantielle ; l'autre, l'Etablissement du\nrégime espagnol dans les Pays-Bas et l'Insurrection par M. E r n e s t Gossart, forte\nétude de l'une des périodes les plus troublées et les plus décisives de l'histoire\nde notre p a y s .\n    N o u s attirons également l'attention de nos lecteurs sur l'apparition récente,\nchez l'éditeur Ulrico H o e p l i , de Milan, du troisième volume de la Storia\ndell' Arte italiana, d u célèbre érudit et critique A. Venturi, consacré à l'art\nroman. T o u s les m o n u m e n t s q u e cet art a laissés dans la P é n i n s u l e sont\nclassés et étudiés d a n s ce volume, le plus complet que l'on ait écrit sur la\nmatière et dont le texte est illustré de plus de neuf cents excellentes r e p r o d u c -\ntions. N o u s consacrerons p r o c h a i n e m e n t u n article à cet ouvrage. L a maison\nH o e p l i nous p r o m e t aussi, incessamment, la nouvelle édition de la Storia di\nVenezia nella vita privata, de M. P o m p e o Molmenti, le savant historien, dont\nn o u s entretenions dernièrement nos lecteurs à propos des travaux qu'il a fait\nparaître, l'an dernier, sur l'Histoire de la Peinture vénitienne et le beau peintre\nCarpaccio.\n\n\nHISTOIRE :\n\n   L ' I t a l i e a n t i q u e (Origines et Croyances), par ANDRÉ L E F È V R E . — (Paris,\nde R u d e v a l . )\n   H e n r i H e i n e affirme d a n s les Reisebilder que la r a n c u n e persistait, chez\nses compatriotes, de la défaite et de la mort de Manfred, à B e n e v e n t o , et de\nla décapitation, o r d o n n é e par l'implacable Charles d'Anjou, du jeune\nConradin. De même, pourrait-on attester l'existence, parmi n o u s , de person-\nnes qui ne sont pas encore consolées d e la chute de l ' E m p i r e R o m a i n et qui\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                303\n\n\nnourrissent, avec une constance étonnante, un dépit colère contre le\nchristianisme, principal agent de cette chute. Certes, la religion qui appor-\ntait l'amour pour remplacer la force ne contribua point médiocrement à la\nsubversion de l'antique organisation du monde, mais le secret de sa propre\nruine n'était-il pas contenu dans celle-ci même ? Les causes en sont écrites\ndans les historiens et les poètes romains. Un principe pourri était dans le\nfruit, qui l'a détaché de l'arbre — et de la vie — et livré, sur le sol, aux\ninsectes et aux vers. Si la sélection est une loi, les Empires n'y échappent\npoint : une force faiblit, se désagrège, n'a plus foi en elle-même ; une autre\nvient, qui la renverse et la remplace. A un moment, il y eut déséquilibre entre\nla pression extérieure des Barbares et l'énergie de résistance de l'Empire ;\net, dès lors, ce dernier était condamné\n    Des causes ont engendré des effets qui, à leur tour, ont agi — rien de\nplus positif, et il est difficile de concevoir que des hommes, ennemis du\nlibre-arbitre et de l'action providentielle, se laissent aller à récriminer contre\nle christianisme, qui, à leur point de vue même, n'est qu'un fait de l'évo-\nlution, inévitable et, dès lors, nécessaire : tellement que l'on pourrait dire\nque la première assise de Saint-Pierre de Rome a été posée par Romulus,\nle jour où il délimita le pomerium, l'enceinte première de la cité naissante.\n    L'Empire, à la fin, n'était plus qu'une parade de solennité, au fronton de\nlaquelle un histrion siégeait, ou un fou lubrique ou quelque soldat obtus,\nacclamé par les légions et divinisé par une religion, en quelque sorte admi-\nnistrative, qui, n'étant qu'une chose morte et de protocole, était inapte à\ncréer dans les âmes la solidarité et la volonté cohérentes, indispensables pour\nrepousser l'invasion des doctrines et des hommes.\n    Mais cette religion, desséchée dans les formules et les rites, réduite à\nn'être plus qu'une froide allégorie gouvernementale; cette religion, dans les\nfondements de sa mythologie prolifique, remontait aux premiers âges, était\nvenue des hauts plateaux de l'Asie avec les ancêtres nomades des populations\nitaliques, aux jours obscurs des migrations vers les rivages européens et\norientaux.\n    La pensée innombrable des générations se révèle dans les dieux qu'elles\nont façonnés à l'image de leurs rêves et de leurs vouloirs et dont elles on:\n peuplé leurs temples, leurs foyers et la terre qu'elles habitaient. Si différente\n que soit notre pensée, elle participe de la leur ; et la noblesse de l'humanité\n est faite de tout ce qu'il y a eu de beauté et de grandeur parmi les hommes.\n    Ces générations de divinités, c'est, pour ainsi dire, les Travaux et les Jours,\n chaque jour apportant le lendemain ; chaque travail son fruit — sans solu-\n tion de continuité... Et ainsi, par la tradition ininterrompue, nous sentons\n que nous en sommes aussi de ce passé si lointain, et que notre pensée d'au-\njourd'hui lui est redevable.\n    De là notre émotion devant des pierres usées, des inscriptions presque\n effacées, des mots caducs, pleins de souvenirs et de significations — et le\n charme d'un ouvrage tel que celui de M. André Lefèvre, familier de tous les\n Olympes et de tous les Panthéons antiques, savant dans les mystères de\n toutes les divinités, les citadines comme les rustiques, les grandes comme\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "304                                         DURENDAL\n\n\nles chétives, et qui, en des pages remplies de sciences, de précision et de\ngrâce, en trace pour n o u s l'immense et fourmillant tableau.\n\nP a r i s SOUS N a p o l é o n : Consulat provisoire et Consulat à temps, par M. de\n  LANZAC DE LABORIE. U n vol. in-18°. — ( P a r i s , Plon.)\n1815 : La dernière abdication, la Terreur Blanche, p a r HENRY HOUSSAYE. U n\n     vol. in-18°. — ( P a r i s , Perrin.)\n     L ' a u r o r e et le crépuscule du prodigieux et météorique E m p i r e ! L e début\nplein de promesses, après dix a n n é e s de massacres, de victoires et de pros-\ncriptions, après le g r a n d effort frénétique de la T e r r e u r et le t r é b u c h e m e n t , à\nla fin, d a n s les orgies sadiques et sanglantes du Directoire. T o u t courbait\ndevant la volonté du j e u n e h é r o s au front si fier et si p u r sous les ondes négli-\ngentes de sa chevelure, et dont la b o u c h e mince et passionnée et les g r a n d s\nyeux magnifiques éclatent d'une si indicible majesté d a n s la belle esquisse\nexécutée par David. P l u s tard, le César nerveux et hardi, qui marchait à\npied à la tête de ses légions, est devenu Auguste, sa physionnomie s'est fixée,\na pris, d a n s les effigies officielles, le caractère de maturité et de g r a n d e u r\nsemi-divine de l'empereur romain. Cependant, le b e a u m o n a r q u e puissant et\n impérieux s'épaississaient, ses traits se fondaient dans l'embonpoint et un\n dessin pris sur le vif, par Girodet, en 1812, n o u s m o n t r e u n Napoléon presque\n p o u p i n , presque boursouflé et avec des y e u x dont la lueur est éteinte sous le\n front resté s p l e n d i d e .\n      Il ne s'était, cependant, pas engraissé d a n s le repos, et il n e le voulait ni\n pour lui-même, ni p o u r les a u t r e s . M. L a n z a c de L a b o r i e n o u s le m o n t r e ,\n attaché, avec son vouloir énergique et lucide, à la réorganisation matérielle\n et morale de la F r a n c e , soucieux de satisfaire tous les intérêts, d'utiliser toutes\n les forces tombées dans la décomposition de l'anarchie, en proie à u n e activité\n impatiente à la fois et o r d o n n é e . A la date que porte le dernier volume du\n beau récit épique de M. H . H o u s s a y e , en I 8 I 5 , l'anarchie a r e c o m m e n c é , les\n Cent-Jours a p p r o c h e n t de leur fin, Waterloo a détruit les espoirs s u p r ê m e s de\n l ' E m p e r e u r et autour de lui, c'est la conspiration de tous ceux qu'il a entraînés\n  à sa suite, au retour de l'île d ' E l b e , dans u n e exaltation de souvenirs et de\n  gloire et qui, à présent, la défaite v e n u e , ont recouvré le sang-froid de leurs\n intérêts et cherchent à dissocier leur fortune de la sienne. O n le pousse à\n  l'abdication; on l'y accule et p a r m i ceux qui pèsent sur ses résolutions, il ne\n  rencontre pas seulement le fourbe F o u c h é , m a i s les plus chers de ses c o m p a -\n  g n o n s d'armes et j u s q u ' à N e y qui devait si n o b l e m e n t m o u r i r . . . E t la vigueur,\n  la p r o m p t i t u d e de conception qui, par moments, lui semblent revenues tout\n  entières, parmi ces b o u r r a s q u e s , restent inutiles, car on ne veut plus de lui,\n  de son génie et de sa science de la g u e r r e — et, sans vouloir se d o n n e r la\n  honte de le livrer à l'ennemi, on ourdit autour de lui la trame qui l'obligera\n  à se livrer lui-même entre les mains de celui-ci.\n       L e livre de M. H o u s s a y e n'a pas la sérénité de celui de M. Sorel, dont\n  nous parlions dernièrement : son point de vue est différent, d'ailleurs. I1 est\n  d a n s la mêlée des é v é n e m e n t s ; il en contracte la fièvre et la passion, et com-\n   m u n i q u e celles-ci à ses lecteurs.\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                305\n\n\n  La période que M. de Lanzac de Laborie étudie dans ce premier volume\nde l'ouvrage qu'il se propose de consacrer à l'histoire de Paris sous le Con-\nsulat et sous l'Empire, est comme un entr'acte dans le drame napoléonien :\ndéjà, la République est finie, mais l'Empire n'est pas encore commencé; il y\na expectative, incertitude, attente... Et l'auteur a noté les traits, tous, les\ngrands, les petits, les graves et les frivoles pour en composer l'attrayant\ntableau de cette heure singulière.\n\nL'organisation du travail à Bruxelles au XVe siècle,\n    par G. DES MAREZ. Un vol. in-8°. — (Bruxelles, Lamertin.)\n    L'histoire est un peu comme une grande tapisserie, tissée maille à maille,\nmais dont, le plus souvent, nous ne considérons que les grands traits, les\nfigures qui, sur le fond continu et complexe de soie ou de laine, se profilent\nen éclat et en gloire : silhouettes de chevaucheurs héroïques; apôtres dans la\nlumière de leur auréole ou de leur supplice; législateurs... Tous les épo-\nnymes, enfin, et les rois et, mieux que les rois, les poètes, et, aussi, les grands\ncarnassiers, illustres par l'éclaboussure de sang qu'ils ont laissée sur leur\ntrace... Peut-être, tous ceux-là sont-ils seulement délégués, placés en\nvedette, pour faire les gestes et dire les paroles, dont la force et la volonté\némanent en eux de la puissance fourmillante et obscure qui forme le chœur\n de la tragédie éternelle?\n    Ils ne sont que les noms commémoratifs des faits, et pour saisir ceux-ci\n dans la réalité, comme dans le cheminement de leur élaboration et des causes\n agissantes qui les ont, finalement, déterminés, il faut se mêler à l'ordinaire,\n au quotidien de la vie des nations, fréquenter les humbles de l'atelier, de la\n boutique ou de la terre, savoir leur labeur, leur condition, leurs peines et\n leurs réjouissances ; et connaissant que, nécessairement, ils souffrent, con-\n naître pourquoi, et quelle aspiration, nourrie dans leur cœur, coalisa, un\n jour, le vouloir secret ou manifeste de tous leurs pareils, pour l'émeute ou\n pour la révolution.\n     Des livres tels que celui-ci servent d'instruments à une telle étude.\n     La vie populaire, mouvementée, ardente, toujours en éveil ou en désir, on\n la sent à toute page du Travail à Bruxelles. L'auteur nous met dans la fami-\n liarité des artisans du moyen âge, du patron, du membre envié de la gilde,\n  du patricien fier du lignage auquel il appartient, et, grâce à lui, nous\n apprenons les prétentions contradictoires qui les divisent; les habiletés et les\n  coups de force dont ils usent les uns à l'égard des autres et la succession et\n  le résultat de leurs longues luttes, poursuivies sans trêve, par la violence ou\n  par la politique, à travers les âges. Rien de plus passionnant : les privilégiés\n  d'aujourd'hui sont les insurgés d'hier : la Gilde puissante et oligarchique a\n  été annihilée par les corporations, mais celles-ci, unies pour vaincre, se\n  divisent ensuite les unes contre les autres ou chacune dans son propre\n  sein : les maîtres s'efforcent de restreindre le patronat et de le rendre\n  inaccessible aux ouvriers et ceux-ci, à leur tour, s'agitent pour mettre\n  obstacle à l'initiation de trop nombreux apprentis. Ils se disputent les uns\n  aux autres le gain, le profit, la subsistance, et ils ne sont d'accord que pour\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "3o6                                       DURENDAL\n\n\nréclamer des prohibitions contre les trafiquants et les artisans étrangers à la\nville...\n   M. Des Marez nous fait pénétrer dans l'intimité de l'existence municipale\nbruxelloise au XVe siècle, et a v a n t ; il étudie n o t a m m e n t , avec u n e a b o n d a n c e\nde détails et de preuves saisissants, les causes de la g r a n d e révolution démo-\ncratique de 1421, qui transforma les conditions du travail à Bruxelles...\nL'excellent é r u d i t a tiré le meilleur parti des n o m b r e u x documents qu'il a mis\nau jour et utilisés tout à la fois avec une méthode critique rigoureuse et un\nsentiment très vif de la vie. E t l'on peut dire qu'il a fixé, d'une façon à peu près\ndéfinitive, u n e des pages les plus passionnantes de l'histoire de la capitale\n                                                                           ARNOLD      GOFFIN.\n\n    L e s R u p e l m o n d e à V e r s a i l l e s , 1685-1784, par CH. DE VILLER-\nMONT. — ( P a r i s , P e r r i n . )\n    L e n o m de Villermont n'est pas u n nouveau venu d a n s les lettres belges.\nLes historiens n'ont pas oublié les solides études que feu le comte de Viller-\nm o n t , il y a de cela q u a r a n t e a n s , consacrait à deux g r a n d s capitaines de la\ng u e r r e de T r e n t e - A n s , Belges tous deux, Tilly et Mansfeld. T o u t récemment,\nMlle la comtesse de Villermont n o u s présentait u n tableau très exact de la\ncour de Bruxelles sous les a r c h i d u c s , en racontant la carrière qu'y firent les\nBournonville. E t voici M. Ch. de Villermont qui nous arrive à son tour avec\nun livre sur les derniers des R u p e l m o n d e , dont les destinées se sont achevées\nà la cour de Versailles. Ces livres, surtout les deux derniers, ont u n air de\nfamille. Ils sont consacrés à des p e r s o n n a g e s de second p l a n . Ils a b o n d e n t\nen détails sur leur vie domestique, généalogie, éducation, a m o u r s , mariage,\nhéritage, détails qui sont exclus de la g r a n d e histoire, et qui n e laissent pas\nd'être intéressants, puisqu'ils n o u s permettent, mieux que celle-ci, de revivre\nun chapitre de l'existence de nos ancêtres. Ce genre de livres a de plus cet\navantage de nous faire connaître le rôle du féminisme d a n s le passé, puisque\nce rôle ne s'est guère exercé que d a n s les coulisses de l'histoire.\n    Ainsi, d a n s le présent volume, les deux comtes de R u p e l m o n d e sont com-\nplètement éclipsés par leurs femmes, deux Françaises celles ci, la première\nu n e d'Allègre, la seconde u n e de G r a m m o n t , toutes deux veuves de b o n n e\nh e u r e , mais la première u n e veuve galante, amie de Voltaire, d a n s un sens\ntrop complet du mot, u n vrai type XVIIIe siècle, la seconde, veuve édifiante,\navec laquelle le n o m historique de R u p e l m o n d e s'éteint d a n s les expiations\ndu Carmel. C'est assez dire que ce volume a le charme de la v a r i é t é . Il est de\nplus écrit d a n s u n style à la fois pittoresque et châtié, ce qui n'est pas c o m m u n\naujourd'hui.\n    Notre littérature historique est encore fort pauvre en œuvres de ce genre,\nautant que la F r a n c e est riche en Mémoires historiques.\n    A nos jeunes auteurs d'enrichir nos lettres belges, en n o u s fournissant un\nplus g r a n d n o m b r e de ces ouvrages qui ont l'intérêt du r o m a n , sans sortir du\ndomaine du réel. Cela réconcilierait avec notre histoire nationale notre grand\npublic, qui réclame quelque chose de moins austère q u e les in-4 0 d e notre\nCommission royale d'histoire, e n m ê m e temps q u ' u n aliment plus nutritif\nque nos Manuels de collège.                                                            C. M.\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                  307\n\n\nLA CRITIQUE :\nH e n r i H e i n e , p e n s e u r , par HENRI LICHTENBERGER.— (Paris-Alcan.)\n    Il est difficile d'aimer Heine et, également, de ne l'aimer pas. Sa sensibilité\nest si vive, si profond l'abandon de son émotion ! Les accents de l'une vous\nexaltent; le courant rapide de l'autre vous entraîne ; vous allez perdre pied,\nmais un rire sardonique retentit qui dissipe, soudain, le rêve et vous fait\nretomber, meurtri, avec le poète, dans la réalité du monde et des êtres.\nEt toutes les effusions du vagabond des Reisebildersont pour une fin de\nsarcasmes; tellement qu'on se lasse de cette résolution inévitable, de toutes\nces méditations lyriques que l'ironie, chaque fois, dissipe, et que l'on soup-\nçonne le procédé, l'artifice, où il n'y a que la manifestation sincère de l'esprit\net du cœur contradictoires de l'homme qui se parle en ces poèmes.\n     L'espoir et la volonté, chez lui, ne vont pas longtemps, dans leur passagère\ngriserie, sans se heurter au sentiment du néant ou de l'inanité. La mort ne\n marche-t-elle pas dans l'ombre de l'amour, pour effacer, à mesure, la trace de\n ses pas? Les anciens associaient les mânes à toutes les fêtes de la vie et leur\n dieu bifrons, Janus, ne conjugue-t-il pas l'Amour et la Mort, l'Avenir et le Passé,\n pour un Présent, qui n'existe que de leur combinaison? De sorte qu'il n'y a\n pas duplicité dans la pensée de Heine : Qui peut se fixer dans le rire ou dans\n les larmes? Il est vain et elles sont vaines ... L'âme du poète s'agite dans sa\n cage de chair, de la porte du plaisir à la porte de la souffrance, et elle aper-\n çoit que, toutes deux, elles ouvrent sur la mort...\n     Aucune stabilité pour un tel esprit, aucune sécurité philosophique ou reli-\n gieuse. M. Lichtenberger, avec le talent de dialectique et d'analyse précise\n qu'on lui connaît, étudie la mentalité de Heine dans les phases multiples de\n ses évolutions. Et dans l'ordre de la réflexion comme dans celui de l'inspira-\n tion, dans l'expression de ses idées métaphysiques ou confessionnelles, aussi\n  bien qu'en ses effusions les plus lyriques, nous le voyons osciller fatidique-\n  ment de la foi et de l'enthousiasme au doute et à la raillerie. Et selon que l'on\n  considère, on verra là une infirmité de son esprit — ou une supériorité...\n     Ses impulsions, quelles qu'elles soient, se décomposent à la réflexion. Il va\n  du mysticisme au positivisme; il célèbre la Raison et la bafoue; le mystère\n  l'attire et il se persuade, bientôt, qu'il ne contient que le vide ; il s'affilie au\n  saint-simonisme, puis le renie, puis se convertit au protestantisme ; il rêve\n  une « démocratie de dieux terrestres, égaux en béatitude et en sainteté »; il est\n  révolutionnaire, mais il a peur de la foule, dont le règne amènera la ruine de\n  toute beauté sur la terre... Avant Nietzsche, et bien que son admiration\n  pour l'antiquité fût très tiède, il voulait éloigner l'humanité du nazarénisme\n  pour la pousser vers l'hellénisme, substituer le panthéisme, l'optimisme à la\n  conception chrétienne, pessimiste — tout en sentant, avec intensité, pour\n  avoir vécu et souffert, que celle-ci est le véritable visage de la vie, tandis que\n  l'autre n'en est que le masque...\n      M. Lichtenberger fait revivre devant nous, dans sa physionomie intellec-\n  tuelle, dans ses faiblesses et, même, dans ses tares, l'étrange poète déçu — et\n  décevant. C'est une belle étude ajoutée à toutes celles que nous lui devons\n   déjà sur l'ait et la philosophie de l'Allemagne moderne.\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "308                                DURENDAL\n\n\n S o i r é e s d u S t e n d h a l C l u b , par CASIMIR STRYIENSKI. Un vol. —\n    (Paris, Mercure de France.)\n    Dans une des lettres de Mérimée à Stendhal, publiées en ce volume, on lit :\n « Je m'imaginais avoir compris votre Julien (Sorel de Le Rouge et le Noir , et\nil n'y a pas une seule de ses actions qui n'ait contredit le caractère que je lui\nsupposais. » Et il semble que cette remarque porte à faux — et que l'on se\nsoit beaucoup mépris sur le caractère que Beyle a prétendu donner à son\nhéros : on a voulu voir en celui-ci une sorte d'ambitieux machiavélique, se\nservant froidement de son intelligence et même de son cœur pour parvenir\nà la domination sur des gens que, du reste, il méprise... Il serait comme le\njoueur flegmatique, dont chaque coup est étudié et prémédité, et qui joue la\npartie de son avenir. Et, par moments, ce rôle, que Julien a rêvé réellement,\nil le joue, en effet, mais plutôt, à ce qu'il semble, par une sorte de dilettantisme\nsceptique, de dandysme de volonté, que dans la poursuite convaincue d'un\nbut. En réalité, tous les événements décisifs de sa carrière sont advenus non\ncomme le résultat de combinaisons savantes de Julien, mais par hasard — et\ns'il lui arrive de songer aux moyens de profiter de ces hasards, il y réussit, en\ngénéral, fort mal. Les circonstances, il ne les a pas créées, et, lorsqu'elles se\nproduisent, il les subit, s'en sert ou tâche de réagir contre elles, selon les dis-\npositions où il est, résolues ou impropres à la résistance, faibles ou fortes,\npassionnées ou indifférentes. Ce n'est pas un « caractère » ; c'est un homme,\ndivers, livré aux vicissitudes du monde et de sa propre âme, — mais qui agit\ntoujours avec le plus parfait naturel, — y compris parfois la feinte, qui est de\nson naturel également...\n    L'analyse n'avait pas desséché en Stendhal le sens de la vie et de la réalité,\net l'idée de développer l'existence d'un être selon la logique abstraite du\ncaractère qu'il lui aurait prêté ne lui serait pas venue. Notre vie n'est-elle pas\nune perpétuelle combinaison de nous-mêmes avec tout ce qui nous entoure\net nous influence, proche ou lointain, et dont les éléments se mélangent en\nproportions incessamment variées? Il y a quelque chose de permanent et de\nfoncier en chacun de nous, mais qui, au gré des heures et des conjonctures,\npâlit, se voile, puis éclate, puis de nouveau s'efface...\n    Stendhal, on dirait qu'il pousse ses personnages dans les chemins sinueux\net entrecroisés du monde, et les regarde aller, semblables à eux-mêmes et\ndifférents... A ceux qui les observent, ils paraissent inconséquents, parce\nqu'ils agissent avec naturel, et ce naturel aussi donne souvent à leur\nconduite, comme dans le cas de Julien, l'apparence de la plus infernale\n duplicité !...\n    Le captivant volume de M. Stryienski contient des plans de travaux, qui\n pourraient sembler contredire ces considérations, mais ce ne sont que des\n plans qui, certainement, se seraient transformés à l'exécution — des person-\n nages ébauchés dont les traits, trop simples et trop nets, se seraient compli-\n qués si l'auteur les avait animés et fait passer dans l'engrenage de la vie. Le\n compte rendu du procès d'Antoine Berthet, séminariste, accusé d'assassinat\n commis dans une église et jugé en septembre 1827, qui, indubitablement,\n servit de point de départ à la conception de Le Rouge et le Noir, présente un\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                309\n\nbien autre intérêt pour l'étude des méthodes de travail et d'élaboration de\nStendhal. En réalité, comme le constate M. Stryienski, tous les linéaments\ndu chef-d'œuvre de Stendhal sont contenus dans ce procès-verbal judiciaire.\nCelui-ci a été, en quelque sorte, le noyau de réalité autour duquel la pensée\nde l'écrivain a cristallisé...\n   Les Soirées du Stendhal Club ne relatent qu'une seule séance de cette...\ncongrégation! Mais, pour rester dans l'esprit de l'homme sous le vocable\nduquel celle-ci est placée, on parla de tout en cette réunion, sauf de Beyle!\nMais le reste du recueil se compose de nombre de documents inédits et\ncurieux, qui ajouteront encore à la reconnaissance que les Stendhaliens\ndoivent déjà à l'érudit qui les a rassemblés et publiés.\n\nDe Hegel aux cantines du Nord.— La Vierge assassinée,\n   par MAURICE BARRÈS, deux vol. petit in-12. — (Paris, E. Sansot et Cie.)\n    « L'orgueilleux Hegel croyait avoir fixé sa pensée du même coup\nqu'il la décrit, mais une fois mise au monde, cette pensée pour vivre\nn'avait que faire de son créateur. » Chateaubriand exprimait, magnifi-\nquement, une pensée analogue, lorsque montrant l'action invincible dans\nle monde de l'œuvre d'un génie funeste, il ajoutait : « Et c'est une beauté\nirréparable. »\n    Mais, elle est singulière la contradiction, chez Hegel, et comment pouvait-il\ncroire « avoir fixé sa pensée », alors que, selon son système, rien n'est dans le\nmonde qui ne soit en un devenir indéfini, à commencer par la vérité qu'il\nsitue à l'intersection de deux courbes contradictoires qui tendent sans cesse\nl'une vers l'autre, sans se rejoindre jamais ? Jeux de pensée ! jeux de princes\nintellectuels, et dont les conséquences, dans la vie morale et sociale, ne\ncessent plus de s'exercer.\n    On a raillé la scolastique et ses catégories, ses mots sans substance, ses\n« innéités », mais que nous apporte de plus la philosophie moderne, celle, du\nmoins, qui ne s'est pas nourrie de vie et d'expérience? Quelles certitudes tirer\ndes conceptions de Hegel; quel appui y trouver? « Tout est légitime, qui a été »\net \" chacun de nous est providentiel \". Voilà les principes directeurs que l'on\npourrait déduire de sa philosophie. En mettant la vérité dans le « devenir »,\nil l'a mise, en réalité, hors du monde, et il n'y a plus ni juste, ni faux, puis-\nqu'on ne sait si c'est celui-ci ou celui-là qui est la voie de cette vérité toujours\néventuelle.\n   Maurice Barrès, dans cet opuscule, étudie avec la lucidité et la dextérité\nde son esprit latin, quelques répercussions de l'hégélianisme dans les mouve-\nments sociaux de ce temps; et c'est une étude pleine de saveur et d'intérêt,\net qui ne va pas sans ironie.\n    La Vierge assassinée, republiée dans la même collection, nous rend l'auteur\nde la Mort de Venise, au début de sa carrière, illustrant d'images fières un\népisode de la fin du paganisme.\n\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "310                                        DURENDAL\n\n\nL e s R o u t e s d ' A r l e s , par ANDRÉ GODARD. — (Paris, P e r r i n . )\n     N o t r e auteur est Angevin et a b e a u c o u p réfléchi en parcourant la B r e t a g n e .\nRien d'étonnant dès lors à ce que la P r o v e n c e se découvre à lui dans sa\nfraîcheur d e p h é n o m è n e et avec le soutien du contraste. Il y entre c o m m e u n\nbarbare soucieux mais é t o n n é . Ce recul qui permet la comparaison, M. P a u l\nMariéton ne l'avait pas p u p r e n d r e . Il ne descendit que de L y o n pour rédiger\nles intéressantes chroniques que sont La Terre Provençale (Paris, L e m e r r e , 1894).\nE t ainsi il ne n a r r a que ce qui est p r o p r e m e n t m é m o r a b l e , s'émut surtout\ndevant ce qui est excessif ou déplacé, c o n n u t des bibliothèques ou des statues,\ndes b a n q u e t s et d u fébrilige, et en s o m m e se complaisait d'autant mieux à un\ntype provençal que celui-ci l'était m o i n s et, par exemple, plus mograbin.\nM. Mariéton fut annaliste, M. Godard est analyste. Ce dernier observe la\nP r o v e n c e quotidienne en elle-même tout en la situant d a n s l'absolu. La\nchaussée b l a n c h e ; le c h a m p résilié de canaux bordés de claies; les écrans\nlointains de cyprès sont aussi expressifs que la chevelure rousse de la princesse\ndes B a u x ou le pèlerinage des mules harnachées à Saint-Gilles.\n     Mais M. Godard a deux p a r t i s - p r i s . Ils sont h e u r e u s e m e n t tels qu'on ne\ns'en trouve que meilleurs c a m a r a d e s : il est, en effet, hellène et catholique.\nDès lors, l'influence de R o m e et celle de la I I I e R é p u b i q u e le c h o q u e n t . E t les\noccasions ne m a n q u e n t pas d'être scandalisé : c'est la faute aux constructeurs\ndes Arènes et aux parlementaires de Toulouse si les linéaires artésiennes se\ncrispent aux corridas et si les m a r c h a n d s radotent le d i m a n c h e matin, à la\n P l a c e des H o m m e s , devant le Café du Commerce.                                ,\n     Car Arles est grecque. A presque égale distance N î m e s est romaine,\nAvignon italienne, Aix aussi française que N a n c y , T o u r s ou R i o m , Marseille\nlevantine à l'égal d'Alexandrie. Mais Arles se découvre hellénique. Déjà\n P h o c é e n n e e t h n i q u e m e n t . oui, mais peu importe. Elle est grecque, mieux et\n a u t r e m e n t . C o m m e n t ? A l'insu des éléments qui la c o n d i t i o n n e n t ; car « ces\n arènes sont r o m a i n e s , ces statuettes de la Vierge sont gothiques, ces costumes\n datent de cent a n n é e s ; cependant de tout cela surgit l'art grec ». P o u r q u o i ?\n A h ! cela ne saute p'as aux y e u x . « A qui u n e première fois l'aborde, Arles\n apparaît u n e pauvre sous-préfecture avec des églises de village. » E t quelle\n déception accueille les voyages de noces distraits... Ce sont, oui, de longs\n regards que ceux qui tirent de cette pierre u n aveu. Mais à qui persiste en\n cette exploitation mystique, est consenti tout de m ê m e une éclaircie plénière.\n « L'élégante solennité des deux colonnes-sœurs du T h é â t r e règne sur Arles. »\n Pallas, conseillère de raison et d'esthétique, préside à la concision tendrement\n biendisante des épitaphes du Musée L a p i d a i r e ; elle a o r d o n n é la proportion\n des b o r n e s et des cippes, c o m m e elle plisse les j u p e s des danseuses et les\n rochets des évêques; c'est elle qui m o d è r e les miracles sur les sarcophages\n gallo-romains et qui retient la théorie des élus et d a m n é s au long de l'archi-\n trave du portail de S a i n t - T r o p h i m e ; elle a sans doute planté la rangée de\n  peupliers des A l y s c a m p s ; ce doit être elle encore qui allonge les cils discrets\n  sur les yeux excessifs des Mireilles. Ni ingénues, spontanées, ni passionnelles,\n  t u m u l t u e u s e s , n a t u r e c o m m e m é t h o d e se montrent ici volontaires, délibérées,\n  constructives et retenues ; tout ici est h a r m o n i e .\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                    311\n\n\n   Au surplus, la Grâce a débarqué en Provence et Platon y serait mort\narchiprêtre. Et c'est ainsi que a les routes d'Arles » mènent aux Saintes\nMaries de la Mer — Marie Madeleine, Marie Jacobé, Marie Salomé! et leur\nbrave moricaude Sarah là servante, patronne des parias des roulottes;— elles\nconduisent au tombeau de sainte Marthe qui écrasa la Tarasque et les fléaux,\nà la crypte de saint Victor, au sarcophage de saint Maximin et à cette Baume\noù se tapit la Pénitente aux boucles blondes épandues sur sa draperie de\nsoie bleue et pleurant des larmes de cristal...\n   Sur tout cela, sur ce qui en rapproche ou en écarte, M. Godard a com-\nposé des essais un peu haletants, assez elliptiques mais enivrants de\nconnaissance profonde et par de subtiles associations d'idées.\n   Alluvion de cette Mer Intérieure sur laquelle souffla l'Esprit, l'Arlésie\noù Ulysse eût pu échouer en même temps que Lazare est une des parties\nnobles du monde. Mais le naviculaire italiote, le sarrazin qui rit stupi-\ndement de toutes ses dents, le courtier-voyageur démagogique y ont\nmétissé la race. Tout de même, ce répugnant Méridional contient un\nancêtre qui a lancé le disque et chanté la mort de Pan. C'est avec longanimité\nqu'il faut l'aimer. Le premier baiser de « la Vénus d'Arles » est frotté d'ail.\n                                                               EDMOND DE BRUYN.\n\n\nQUESTIONS MORALES ET RELIGIEUSES :\nS u r l e s C h e m i n s d e l a C r o y a n c e . Première étape : L'Utilisation du\n   Positivisme, par FERDINAND BRUNETIÈRE. — (Paris, Perrin.)\n   Des influences fort diverses semblent être intervenues dans la conversion\nde M Brunetière et dans la constitution de sa philosophie complexe, aux\naspects multiples et variés. « Pascal, écrit M. Victor Giraud, me paraît —\navec George Eliot, Auguste Comte et Darwin — l'une des grandes influences\nqu'il a, je ne dis pas subies, mais acceptées, mais recherchées, mais\naimées (1) «. A cette liste nous nous permettons d'ajouter Emmanuel Kant,\ndont M. Brunetière semble avoir subi l'action, soit directement par la lecture\ndes Deux Critiques, soit indirectement, par exemple, par l'intermédiaire de\nCh. Renouvier, qu'il connaît et cite en plusieurs endroits (2).\n  Auguste Comte contribua puissamment à la formation de la philosophie ou\nmieux des idées philosophiques de M. Brunetière.\n   Dans le présent ouvrage que nous analysons, M. Brunetière a tâché d'in-\ncorporer à la philosophie et à l'apologétique chrétiennes les vues qui lui\nsemblent justes et les idées qui lui paraissent vraies du fondateur du Positi-\nvisme.\n  Pendant toute sa carrière de critique, M. Brunetière a particulièrement\n\n\n  (1) VICTOR GIRAUD : La philosophie de Pascal et la pensée contemporaine, p. 46, Paris,\nBloud, 1904.\n  (2) Voyez, notamment, F- BRUNETIÈRE : Discours de combat,1resérie : Le besoin de croire,\npp. 319 et 320 en note, et 1''Utilisation du Positivisme, pp. 9, 131 et 168.\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "312                                DURENDAL\n\n\n\npoursuivi sous toutes leurs formes et dans toutes leurs conséquences deux\nerreurs : le « subjectivisme » et la « religion de la science ». Et c'est au posi-\ntivisme d'Auguste Comte qu'il demanda dans le présent ouvrage des armes\npour livrer ce combat. Nous le reconnaissons bien volontiers, M. Brunetière\na parfois le choix heureux, dans son travail d' « Utilisation du positi-\nvisme ».\n   Il peut renverser ainsi les sophismes des hommes de l'encyclopédie dans\nl'ordre social et moral.\n   Cependant nous regrettons que M. Brunetière professe une théorie sur la\nrelativité de la connaissance qui ne peut que l'embarrasser dans l'édification\nde son apologie du christianisme et qui la rend même inévitablement\ncaduque.\n   D'autre part, sa preuve de l'existence de « l'Inconnaissable », empruntée à\nHubert Spencer, ne semble mériter nullement la confiance qu'il veut bien\nlui accorder. Et si M. Brunetière veut y voir une preuve de l'existence\nde Dieu, il verse, croyons-nous, dans l'erreur.\n                                                E. J.\n                                                e\nUne mystique inconnue du XVII siècle. La mère Jeanne\n de saint Mathieu Deleloë, par DOM BRUNO DESTRÉE, O. S. B.—\n   (Société Saint-Augustin, Desclée et Cie.)\n   C'est moins l'histoire d'un être que l'on trouvera dans les pages de ce\nlivre que celle d'une âme, le récit d'une vie tout intérieure, monotone à la\nsurface, mais, en réalité, sans cesse nouvelle et où rien, presque, ne s'émeut\nqui provienne des événements et tribulations terrestres.\n   La mère Deleloë appartenait à une communauté de Bénédictines, installée\nà Fauquembergues, en Artois, etqui dut, en 1635, se réfugier à Poperinghe,\nafin de se soustraire aux molestations des troupes françaises et espagnoles\nqui dévastaient le pays.\n   Les pauvres petites religieuses, fuyant dans la bourrasque, subirent plus\nd'une privation et plus d'une gêne dans leur nouvelle résidence : « Cette\nmaison d'emprunt offrait si peu de commodité, rapporte l'une d'elles, qu'une\nmême chambre devait servir aux religieuses de chœur pour chanter l'office\ndivin, de réfectoire et d'ouvroir pour le travail journalier. Les sœurs cou-\nchaient sur un peu de paille, dans un grenier joignant le toit; elles y étaient\n pendant l'été comme dans un four embrasé tant la chaleur y était grande ;\n tandis qu'en hiver, elles se trouvaient souvent le matin toutes chargées de\n neige et de pluie froide, que le vent faisait entrer par les tuiles mal serrées...\n Pour la nourriture, qui était maigre et petite, il fallait la gagner en travaillant\n jour et nuit à filoter tantôt de la laine, tantôt du lin, pour les bonnes gens\n qui leur donnaient à filer. » Misère supportée gaiement d'ailleurs, bien\n qu'elle fût éprouvée de plus par les maladies, et qui fait songer à l'installation\n de saint François et de ses premiers compagnons dans la hutte de Rivo-\n Torto, étroite et dénuée de tout.\n    La situation de la petite troupe s'améliora par la suite et, jusqu'à la fin de\n sa vie, survenue en 1660, la mère Deleloë en f ut la prieure. C'est durant cette\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                313\n\n\nlongue période que se placent les Communications, les phénomènes mystiques\ndont, par ordre de son confesseur, elle nota toutes les manifestations dans un\n « cahier » qui est parvenu jusqu'à nous. Le grand intérêt de ces pages, c'est\nqu'elles émanent d'une femme, sinon illettrée, du moins presque sans culture :\nl'expression des mystères de la grâce dont son âme est remplie rencontre sans\ncesse l'obstacle d'un esprit inhabile à la parole, toujours prêt à retomber dans\nl'ornière des mêmes mots qu'il sent insuffisants. Et, cependant, malgré\ntout, l'effusion dont la bonne religieuse est remplie transparaît et rayonne au\ntravers ses phrases maladroites. A la lecture, dit très bien Dom Bruno Des-\ntrée, « ces défauts de style... semblent peu à peu disparaître, ou plutôt leur\n souvenir graduellement s'efface devant les clartés et les lumières dont s'éclaire,\n à tout instant, ce journal, devant la pureté de vie qu'il révèle et, surtout,\n devant l'amour véritable, profond, constant, qui d'un bout à l'autre embrase\n tout ce récit. »\n    Dom Bruno Destrée a mis en œuvre la matière originale, peu abondante,\n souvent obscure ou embryonnaire, dont il disposait, de la façon la plus heu-\n reuse et la plus propre à rendre la fréquentation de ce livre attrayante. Il a\n encadré les documents qui étaient venus entre ses mains d'une introduction\n et de commentaires excellents qui en mettent la valeur dans tout son jour, et\n il n'est pas jusqu'à l'experte disposition typographique de l'ouvrage qui ne\n contribue à la perfection de la publication. Et, pour résumer notre impres-\n sion, nous dirons que Dom Destrée a uni dans l'élaboration de son travail\n tout son goût très fin d'artiste et toute sa ferveur religieuse.\n                                                                         A. G.\n\nL e s C r i s e s d ' u n e â m e , par ALEXANDRE MARTIN. 1905, in-12, pp. 351.\n   — (Paris, Perrin et O . )\n   Ce livre est-il l'histoire vraie d'une âme, ou la fiction ingénieuse d'un\nromancier ? Nous ne saurions le dire. Aussi bien, cela importe assez peu.\n   Que prétend l'auteur de ce récit? A-t-il une thèse à défendre? Nous ne le\npensons pas. Il s'est complu à analyser un état d'esprit, réel ou imaginaire,\nsimple psychologue sans prétention au prosélytisme doctrinal.\n   Le titre du volume est adéquat ; ce sont, en effet, de terribles crises que\ntraverse cet homme chrétiennement élevé, perdant, au contact de Paris, sa\nvertu et sa foi et cherchant, pendant deux ans, à la Grande-Chartreuse, à\nretrouver l'une et l'autre. Il n'y réussit point, du moins en ce qui concerne la\ncroyance religieuse; il rentre dans le siècle, se fait insurgé et pris sur les\n barricades est jeté en prison. Quand il en sort, « il veut se punir et réparer »\net entre, comme infirmier, dans l'hôpital parisien « où la souffrance est la\n plus répugnante». Il y meurt, dans le doute, où l'on voit toutefois poindre,\n bien que faible, une lueur de foi, qui est en même temps d'espérance :\n « Dieu juge, si tu es, pardon pour mes erreurs et mes fautes. »\n    Telle est la trame du récit que nous fait M. Alexandre Martin. Mais,\n faut-il le dire, cette histoire n'est qu'un cadre, et ce libertin, ce religieux\n manqué, ce révolutionnaire et ce philosophe d'hôpital défilent successive-\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "314                              DURENDAL\n\n\nment sous nos yeux pour faire entendre, chacun à son tour, les objections\ncourantes contre la religion, l'ordre social et même la saine philosophie.\n   Je dis les objections « courantes » ; toutefois la façon de présenter\ncelles ci n'est nullement courante, ni banale. Rien de brutal, d'effronté, ni\nmême d'irrespectueux chez le libre-penseur de M. Alexandre Martin. Au\ncontraire, \" la libre pensée l'irrite, lorsqu'elle ricane... et qu'elle triomphe\navec sa science d'école primaire \".\n    Devenu socialiste militant, le héros n'est point tendre pour ses compagnons\nde lutte. \" Que d'ambitieux vils, avides du pouvoir pour satisfaire des\nrancunes et des convoitises, pour prendre leur part du gâteau, et conquérir\npar la force les jouissances dont la privation leur infligeait la souffrance de\nl'envie saignante et de l'appétit inassouvi! Que de sceptiques, embrassant le\nparti de la révolution parce qu'ils n'avaient pas su se faire leur place dans\ncelui de l'ordre, jouant des revendications sociales comme d'une guitare, et\nse servant du prolétaire comme d'un échelon ! \"\n    Il faut entendre aussi comme notre philosophe raille les décevantes\nthéories du matérialiste, l'infini de Spinoza, le devenir de Hegel, le pessi-\nmisme de Lucrèce, le nirvâna de Çakya-Mouni, la morale indépendante. Je\ncite ce qu'il pense de cette dernière : « Sans Dieu, sans l'âme et la vie à\nvenir, la morale n'est plus qu'un reste de préjugés traditionnels qui ne résiste\npas à l'analyse, une idole devant laquelle l'homme cesse de s'incliner le jour\noù il commence à s'apercevoir que lui-même l'a faite. »\n    Et néanmoins, ce livre est dangereux, plus hérissé de pièges que d'autres\noù l'objection antireligieuse s'étale grossière et impudente. Ainsi les poisons\nsubtilement distillés dans un doux élixir sont plus redoutables, parce que\nmieux dissimulés, que ceux des fioles sur lesquelles le pharmacien a collé la\ntête de mort.\n    Car à se sentir pitoyable au malheureux dont M. Martin a retracé les\ncrises d'âmes, on court le risque de respirer imprudemment les mortelles et\ncapiteuses effluves qui s'exhaltent de ce cœur et de ce cerveau malades.\n    Je viens de dire toute ma pensée; je crois bien, en effet, que le cas soi-\ngneusement décrit par M. Martin, relève directement de la pathologie\nmentale. Car, pour un esprit solide et dûment averti, les écueils où la foi du\nhéros de M. Martin est allé s'effondrer, peuvent être tournés sans trop de\npeine.\n    Le personnage mis en scène dit quelque part qu'il redevint chrétien, la\nveille de son entrée à la Chartreuse, mais que pour cela il ne s'est « point\nplongé dans les livres de théologie, d'apologétique ». « Je n'ai point, ajoute-\n t-il, entrepris une étude approfondie des dogmes. Je n'ai point pris corps à\ncorps, pour les détruire, les objections, les doutes, les négations qui avaient\nsi bien envahi mon intelligence, que ma première foi me semblait en avoir\nété complètement chassée. »\n    N'est-ce point le tort que vous eûtes, pauvre homme? Il y a, en effet, beau\ntemps que la théologie, l'apologétique et l'exégèse ont fourni des réponses\npertinentes aux doutes qui vous ont assailli.\n    La vie religieuse ne vous a pas davantage réussi. Il semble qu'à votre insu\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                    315\n\npeut-être, vous ayez vous-même indiqué la vraie raison de cet échec. « Si je\nne possède point la liberté d'esprit, dites-vous, si la paix m'est refusée, c'est\nque je ne me suis point soumis... je ne l'ai pu. »\n  Ainsi donc, un peu plus de science théologique et un peu plus d'obéis-\nsance religieuse eussent fait du malheureux de M. Martin un bon chrétien et\nun fidèle chartreux.\n  C'est, croyons-nous, la morale bien simple de son livre, qui, au demeu-\nrant, est fort bien écrit et ne manque pas d'intérêt psychologique.\n                                                                        J. G.\n\nE n H a u t ! Lettres de la comtesse DE SAINT-MARTIAL, Sœur Blanche,\n    fille de la charité. — (Paris, Plon.)\n    Titre éminemment approprié à ce beau livre qui, très simplement mais très\nfortement, raconte l'ascension d'une âme d'élite vers les cimes glorieuses de\nl'Idéal chrétien. Peu d'existences assurément furent aussi belles et aussi\nremplies que la brève carrière terrestre de Sœur Blanche. Issue d'une\nancienne famille helvétique patricienne et protestante, Blanche-Marie de\nFischer naquit à Berne en 1856. Elle passa son enfance studieuse et recueillie\nau bord des lacs enchantés, bercée par le charme de cette nature prestigieuse\ndont les horizons altiers entretiennent gravement l'âme de ses destinées\ninfinies et de la grandeur de Dieu. Mariée à 19 ans au comte de Saint-Martial,\ngentilhomme français possédant tous les dons de l'esprit et du cœur, elle\ngoûta pendant dix années les plus exquises douceurs d'une union admira-\n blement assortie. Aux premiers rayons du printemps de l'année 1885, le\n comte de Saint-Martial fut terrassé par une embolie. « Le bonheur, a dit un\n grand penseur, est un hôte que nous devons accueillir avec empressement,\n sitôt qu'il se présente à notre porte, mais avec lequel il ne faudrait pas trop se\n lier de peur qu'au moment de la séparation nous n'éprouvions une immense\n douleur. » Mais la noble femme était prête. Au lit de mort de son mari, elle\n avait fait la promesse d'embrasser la religion catholique. Cet engagement ne\n faisait d'ailleurs que confirmer ses plus intimes aspirations.\n     Dès ce moment Blanche de Saint-Martial orientera désormais sa vie vers\n le but suprême par la voie lumineuse du renoncement et de l'héroïsme.\n Après une courte probation à l'hôpital de Saint-Jean à Turin, elle part pour\n l'Afrique où elle va voir le cardinal Lavigerie auquel elle expose ses désirs et\n ses craintes. Le grand archevêque lui montre, dans l'Institut des Filles de la\n  Charité, le champ le plus vaste où elle puisse déployer son zèle. La prise d'habit eut\n  lieu à Paris le 10 novembre 1888. La vie de dévouement et d'activité inlas-\n  sable que mena Sœur Blanche depuis ce moment jusqu'à sa mort (en 1899),\n  est pleinement mise en lumière par le recueil de sa correspondance précédé\n  d'une touchante et fort intéressante notice biographique que le frère de cette\n  femme forte consacre pieusement au souvenir de sa sœur. Cette corres-\n  pondance embrasse une période de quatorze ans (1885-1899).\n      Les lettres que Sœur Blanche adresse à sa mère sont tout particulièrement\n  belles. L'impression que laisse dans l'âme la lecture de ce livre est douce et\n  puissante tout à la fois, tant par l'accent profond de ces lettres, par l'ardente\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "316                               DURENDAL\n\n\nconviction qui les inspire et les échauffe, que par la vertu ineffable de cette\nphilosophie chrétienne dont elles sont imprégnées, philosophie sublime\nexaltant la poésie du devoir et du sacrifice comme la beauté unique, la raison\nsuprême et la seule vraie source de bonheur de l'existence terrestre qu'elle\nembaume du jaillissement de ses flots inaltérables, limpides et immortels.\nEcloses spontanément et sans contrainte des profondeurs d'un noble cœur,\nles lettres de Sœur Blanche, d'où toute préoccupation de littérature est natu-\nrellement absente, sont écrites dans la plus pure langue française avec une\nadorable simplicité qui n'est pas l'un de leurs moindres charmes. Encore plus\nsenties que pensées, elles valent surtout comme le reflet céleste et singulière-\nment expressif d'une âme claire, droite, exquise, aussi pieuse et tendre que\nfière et énergique.\n                                                                   G. DE G.\n\nL'Imitation de J é s u s - C h r i s t , divisée sous forme de lectures à l'usage\n   des personnes du monde, par un chanoine de Paris. — Traduction et\n   réflexions par l'abbé F. de LAMENNAIS. Prières par le Révérend Père DE\n   GONNELIEU, suivie etc. — (Paris, P . Lethielleux.)\n   « Un chanoine de Paris » ayant observé que « ce qui manque le plus même\naux personnes pieuses à notre époque si affairée, c'est le temps » et conclu\nqu' « on ne peut plus s'attarder à des lectures et à des méditations pro-\nlongées » lamine l'Imitation en tranches chacune d'une page.\n   C'est de cette façon qu'il nous porte à pratiquer le chap. 39, liv. III : « Qu'il\nfaut éviter l'empressement dans les affaires. »\n   « Nul doute, d'après lui, que l'Imitation ainsi comprise ne rende un grand\nservice aux personnes du monde et à la jeunesse chrétienne. »\n   Cette édition se distingue donc des précédentes par la mise en page. Ainsi,\nétant donné que la fin du chapitre III déborde des flancs, notre chanoine-\nmétronome y coupe court, et ce qu'il tire de l'édition du Révérend Père Gon-\nnelieu (ou du Révérend Père de Gonnelieu, comme il dit) ce sera soit la\no prière », soit la « pratique », selon que la dimension de l'une ou de l'autre\nrentre dans la justification et encore seront-elles coupées au bas de la page ou\nleurs phrases tondues d'après le besoin typographique.\n   Assez dire que tout cela est parfaitement sacrilège et illicite.\n   Ici comme partout, traductions et réflexions reslent attribuées à l'abbé\nFélicité de Lamennais. Cela importe à l'histoire littéraire, et à défaut d'une\nmeilleure édition et occasion pour provoquer le débat, signalons que cette\npaternité admet la discussion en désaveu. Cette œuvre de quiétude que veut\nêtre l'Imitation n'a pas fini d'attrouper les querelles : La question de l'auteur\nde l'Imitation : Thomas à Kempis, Gerson ? Mabillon racontait déjà la dispute\ndes augustins et bénédictins... La question des traducteurs français de l'Imi-\ntation : En 1812, M. A. A. Barbier, bibliothécaire du Roi, disserte sur soi-\nxante traductions françaises, et établit que la célèbre traduction de Gonnelieu,\nfaible copie de celle de Saci, est d'ailleurs du libraire Cusson (1673)... Or, il\ny a une question de l'auteur des Réflexions sur l'Imitation ! L' Univers (v. Mes-\nsager des Sciences historiques, Gand, 1893, p. 372) signalait qu'en 1828, à Gap,\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": "                                   LIVRES ET REVUES                                           317\n\naprès avoir avoué que sa p r é t e n d u e traduction « était l'œuvre d'une main à\nlui c o n n u e . . . », l'abbé Féli aurait déclaré qu'il n'avait écrit que quelques\nréflexions et sur u n exemplaire présenté aurait m a r q u é d'une croix, liv. I,\nc h a p . 5, 17, 21 ; liv. I I , c h a p . 7, 8, 11, 12 ; liv. I I I , c h a p . 1, 5, 34, 4 3 , 50,\n51, 53, 54, 55, 5 8 ; liv. IV, a u c u n . D'autre part, en 1898, M. E u g è n e H e r p i n ,\ndans une brochure : Quel est l'auteur des Réflexions sur l'Imitation de J.-C., signées\ndu nom de Félicité de Lamennais (v. l'Hermine, R e n n e s , 20 janvier 1898,\nt. X V I I , p . 189) les a attribuées à l'abbé J e a n - M a r i e de L a m e n n a i s , le pieux\nfondateur des Frères de l'Instruction chrétienne. L a combinaison de ces\ndeux renseignements procure peut-être u n e solution. « L a main à lui connue »\nà Félicité était sans doute celle de J e a n - M a r i e et celui-ci aurait ainsi p r é p a r é\ntoute l'édition avec la collaboration de son frère, u n i q u e m e n t pour les\nréflexions ci-dessus é n u m é r é e s . A voir.\n    Mais « ne vous arrêtez pas (Imitation, liv. I, c h a p . V) à la réputation de\nl'auteur, ni s'il a p e u ou b e a u c o u p d'érudition ; mais que l'amour de la vérité\np u r e vous incite à le lire. N e d e m a n d e z point qui a dit telle chose : mais\nprenez garde seulement à ce qui est dit. »\n                                                                                       E . DE B .\n\n\nConférences aUX h o m m e s '. Le catholicisme dans les temps modernes, tome\n    premier ; Les résistances; Le concordat; Les événements; Les doctrines; par l'abbé\n    G I B I E R . — ( P a r i s , Lethielleux.)\n    Ce petit volume mérite d'être signalé et | r e c o m m a n d é . Il traite de q u e s -\ntions importantes et actuelles, le concordat, l'appréciation des pontificats de\nP i e V I I , L é o n X I I , P i e V I I I , Grégoire XVI et P i e IX, les principales erreurs\nm o d e r n e s , l'encyclique de Grégoire X V I , le syllabus de P i e IX, le concile du\nVatican.\n    S u r toutes ces questions, l'auteur p a r t a n t de principes très sûrs fournit des\nconclusions nettes et justifiées. Aussi cet ouvrage est-il à conseiller aux catho-\nliques, publicistes et polémistes, qui recherchent, sur les diverses questions\nétudiées d a n s le livre, des informations rapides et des solutions précises.\n    L ' a b b é Gibier d o n n e l'impression d'un esprit large et m e s u r é , ferme et\ntolérant. Bien que présentées sous forme de résumés, ses conférences sont\nloin d'être sèches et a r i d e s . Il y passe fréquemment un souffle d'éloquence.\nT r è s vivante, m a l g r é son caractère strictement didactique, l'expression est\ntoujours soignée. Si les paroissiens de S a i n t - P a t e r n e n'ont pas dû s'ennuyer\n au p r ô n e de leur c u r é , les lecteurs des conférences q u e nous signalons, ne\nregretteront point leur t e m p s .\n                                                                                          J. G.\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "                              NOTULES\n\n  L e Salon des peintres et s c u l p t e u r s de l'Enfant, ouvert au\nMusée, renouvelle au profit d'une œuvre de bienfaisance une idée aimable\net pratique réalisée déjà avec plus d'ampleur à Paris voici quelques années.\n   Un peu improvisée et mêlée, cette exposition réunit des œuvres de mérite\nconsacré et des choses nouvelles dont quelques-unes sont de fort\nmédiocre et éphémère intérêt. Les organisateurs ne se sont piqués ni de\nchoisir ni d'être complets, mais seulement de remplir décemment les galeries,\nau hasard de la trouvaille. Parmi les morceaux les plus marquants, le célèbre\ngroupe des enfants Collard et quelques études d'Edouard Agneessens, plu-\nsieurs portraits d'art raffiné et de saveur exquise par Fernand Khnopff, un\nMellery — du temps clair —, des Evenepoel, d'une vision très artiste ; d'Eugène\nSmits, des morceaux précieux où se retrouve le beau peintre du Cortège des\nSaisons, de Léon Frédéric : un panneau du Ruisseau et des études menées\navec cette science, cette force, cette volonté définitives qui parent et feront\ndurer ses moindres œuvres, puis des portraits et des études signées J.-M.\nStevens, André Cluysenaer, Franz Charlet, Aug. Danse, J. Gouweloos,\nG. Lemmen, G. Morren, H . Richir, Isidore Verheyden, e t c . .\n   Les statuaires sont copieusement représentés.\n   Si les délicieux enfants romains de Paul De Vigne se trouvent omis,\ndes bustes et des bas-reliefs de Constantin Meunier, Dillens, Rousseau,\nLagae, De Vreese et de bien d'autres de nos sculpteurs confèrent à l'en\nsemble un réel intérêt d'art.\n                                           ***\n\n   L ' E x p o s i t i o n d u d e s s i n a t e u r R e n o u a r d , au Cercle Artistique,\nmet en vive lumière les qualités d'observation preste et aiguë de l'illustrateur.\n   Il ne faut pas analyser, scruter comment c'est fait, exiger des dessous, une\néducation de l'œil et de la main, mais se borner à subir l'impression juste,\nalertement saisie et fixée, un geste, un mouvement, le sens des allures et des\nensembles, crayonnés avec verve, entrain, esprit, le goût de la mise en page\net la dextérité de l'arrangement. Aussi la caractérisation des types, la ressem-\nblance attrapée, un peu accusée mais sans charge, avec mesure et brio.\n   Quelques études peintes alourdissent, inutilement, cette expositionnette.\n                                                                                 P. L.\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "                                            NOTULES                                            319\n\n   Exposition H . Leys et H . de Braekeleer. —Une exposition\nconsacrée à l'œuvre des d e u x plus grands maîtres anversois d u XIXe siècle,\nle baron H e n r i L e y s et Henri de Braekeleer, s'ouvrira à Anvers du 14 mai\nau 15 juin 1905.\n    L'œuvre d ' H e n r i L e y s , si variée et d'originalité si h a u t e , n'a jamais été\nréunie. Celle de son élève et neveu, le grand coloriste Henri de Braekeleer,\nest loin d'être c o n n u e c o m m e elle doit l'être. L ' u n e et l'autre sont la gloire de\nnotre E c o l e .\n    L a ville d'Anvers prêtera à l'exposition les œuvres importantes des deux\nmaîtres, qui sont u n des ornements de son Musée. L e s principaux collection-\nn e u r s d u pays et de l'étranger ont suivi cet exemple.\n    L'exposition, qui est d u e à l'initiative de l'association L'Art Contemporain,\naura lieu d a n s les salles du Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers.\n\n                                                ***\n   Quelques livres de n o s collaborateurs :\nARNOLD GOFFIN : La Légende de saint François d'Assise écrite par trois de ses com-\n                          pagnons. T r a d u c t i o n , avec introduction et notes. (Bruxelles,\n                           Lamertin.)                                                    fr.  3 50\n          —         I     Fioretti : Les petites fleurs de la vie du petit pauvre de\n                          Jésus-Christ saint François d'Assise. T r a d u c t i o n , avec\n                           introduction et notes                                              3 »\n          —         I     Fioretti : Appendices. Considérations sur les stigmates. Vie\n                           de frère Junipère. Vie et doctrine de frire Egide. T r a -\n                           duction avec notes                                                 2 50\nJ U L E S D E S T R É E : Sur quelques peintres de Sienne. Edition de luxe, illus-\n                           trée de huit eaux-fortes originales par A. D a n s e et\n                           M m e Destrée et de n o m b r e u s e s reproductions. T i r a g e\n                           limité à cent exemplaires. ( E d i t e u r s : Bruxelles,\n                           D i e t r i c h ; Florence, Alinari.)               15                »\nCHARLES DE SPRIMONT : La Rose et l'Epie. (Bruxelles, Bulens) épuisé.\nP A U L M U S S C H E : LES Jardins clos. (Paris, Société de Librairie.) . . .                3 50\nJ.-K. HUIJSMANS: Trois Primitifs : Les Griinewald de Colmar, Le Maître\n                           de Flémalle et la Florentine de Francfort. In-8° illustré.\n                           ( P a r i s , Messein)                                             5 »\nGEORGES V I R R È S : Les Gens de Tiest. (Bruxelles, Vromant.) . . . .                        3 50\nJ. ESQUIROL : Cherchons l'Hérétique. (Paris, Stock.)                                          3 50\nH E N R Y CARTON DE W I A R T : La Cité ardente. ( P a r i s , P e r r i n . ) .   .   .   .   3 50\nFIRMIN VAN DEN BOSCH : Essais de critique catholique. (Gand, Siffer.)                          3 50\n         —         Impressions de littérature contemporaine. ( Bruxelles,\n                     Vromant.)                                                                 3 50\n\n                                                 ***\n    Œuvres musicales de notre collaborateur Joseph Rye-\nl a n d t . — Sainte-Cécile, d r a m e musical en trois actes. Partition réduite pour\nchant et p i a n o p a r l'auteur. In-8°, prix : 15 francs.\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "320                                    DURENDAL\n\n\n   Purgatorium, oratorium soprano voce choroque concinandum turn symphonia. Réduc-\ntion, chant et piano p a r l'auteur. In-8°, 5 francs.\n   E d i t e u r Muraille, 4 5 , rue de l'Université, à L i é g e .\n   On peut s'y procurer gratuitement le catalogue complet des œuvres de\nnotre collaborateur.\n                                            ***\n\n      A c c u s é d e r é c e p t i o n . — A. VENTURI : Storia dell' Arte italiana.\nI I I . L'Arte romanica. Con 900 incisioni in fototipografia (Milano, Hoepli édi-\ntore). — J . - E . CHARLES : Les samedis littéraires, 3 e série ( P a r i s , S a n s o t ) . —\nC. BOUTAHD : L a m e n n a i s (Paris, P e r r i n ) . — M. RIFAUX : L'agonie du catho-\nlicisme? ( P a r i s , P l o n ) . — J . THIERY : L e r o m a n d ' u n vieux garçon (Paris,\nH a t i e r ) . — V. SCHELFHOUDT : Lettres et nouvelles (Bruxelles, L a c o m b l e z ) .\n— M. GAUTIER : L a lumière dans l'ombre ( P a r i s , P e r r i n ) . — M. DIEMER :\nL a légende dorée de l'Alsace (Paris, P e r r i n ) . — DE TRANNOY : J u l e s Malou\n(Bruxelles, Dewit). — L . LEFÉBURE : Portraits de croyants a u XIXe siècle\n(Paris, P l o n ) . — P . L E N Z : L'esthétique de B e u r o n (Bibliothèque de l'Occi-\ndent). — P . ROIDOT : L e s poèmes pacifiques (Bruxelles, Société belge de\nlibrairie). — L . D E B I E : L e r a m e a u d'olivier (Ostende, B o u c h e r y ) . — H .\nDELEHAYE : L e s légendes hagiographiques (Bruxelles, Société des Bollandistes).\n— GASTON ROUTIER : L e capitaine Saint-Méry (Paris, F o n t e m o i n g ) . —\nC. RAMUZ : Aline ( P a r i s , P e r r i n ) . — M. C O R N E U S et A. VAN G R I N : Cité\nB r a b a n t (Bruxelles, Lebègue). — V I I I s t e J a a r b o e k van de Scalden : O u d e en\nnieuwe volksliederen, 1905 (Antwerpen, De Vos). — G. P E R R O T : Praxitèle,\nétude illustrée de 24 reproductions hors texte ( P a r i s , L a u r e n s ) . — E . P O T -\nTIER ; Douris et les peintres de vases grecs, étude illustrée de 24 r e p r o d u c -\ntions hors texte (ibid.).— M.COLLIGNON : L y s i p p e , étude illustrée de 24 repro-\nductions hors texte (ibid.).— E . VERHAEREN : R e m b r a n d t . Biographie illustrée\nde 24 reproductions hors texte (ibid.). — P . VITRY : T o u r s et les châteaux de\nT o u r a i n e . Ouvrage orné de 107 gravures (ibid.). — O. MEGA : Livret ctitique\ndu Salon 1905 à la Société Nationale des B e a u x - A r t s de P a r i s (itinéraire par\nsalle) (Bruxelles, librairie V a n Oest).\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "                                                                                     1     9 9 , rue Royale, 99\n\n PIAIOS DE SMET                                                                            • BRUXELLES •\n\n\n                 THE GRESHAM\n               (Compagnie d'assurance» sur la oie)\n                       Fondée à Londres 1 8 4 8\n                   Etablie en Belgique en 1 8 Ç 6\n                        Actif : plus de S 1 7 raillions\n                 Sinistre» {uyés S* Bejgiqtle : 9 0 n)illipu>\n                                                                   Paul Claessetjs\n             0 Louis HEUVBLMAN8, directeur                           RellWMloreuf dt S. k. R. Mqe U Comteste de Flandre\n\n                                                                     24, rue de Berlatmont, Bruxelles\n             John H. SCOTT, sous-direcj. delà 8u«i'iirsu]eB<>lge\n                3, plao* Royale, B R U X E L L E S\n\n\n F A B R I Q U É £>_E! M A T E L A S\n                         Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                            médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                        BPYÛETVWÎELEMANS\n                           •*•            FOURNISSEUR £ E LA COUR\n\n           6, 8 , 1 0 , 1 2 , Rue du Midi <** BRUXELLES\n Usine à vapeut»; Lavoiftde laines : RUE DES GOUJONS, 120\n\n                                        Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                            FABRIQUE K * ATELIERS :\n                                   57, B u e de la Charité • BRUXELLES\n                                                                TÉIJÊPHONE 1 9 4 7\n                                     Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                  Spécialité de tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                 la gravure, l'architecture- et le dessin.\n                                  RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                         Vente et location de modèles pour la peinture\n                                                                *\n                                    Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Liverpool, le Havre, Bruxelles, CUicago, etc.\n   PIAI30S STEIKWAY                                                                   & SONS\n                      NEW-YORK — LONDRES —'' HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n   de Suéde et d'Italie, du Sultan, de la reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., eto.\n     Extrait de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway (R. Wagner). »« Le Stein-\nway est un superbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités «hantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « v o s\nbeaux instruments incomparable» ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance (A. Rubhistein). » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici (F Busoni). » n La plénitude, la puis-\nsance^ l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme tne procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski): » « Il y a 10 o> i5 ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès? Ou,bien cela tenait-il a mon mauvais goût? En tous cas 11» sont maintenant, à mon\navis, Je produit idéal du siècle (Eug. d'Alberty.-» « II» sont- tellement au-dessus de toute critique, qu'un\néloge même paraîtrait ridicule (Sofia Menter). »\n  Ageuee générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "A paraîtra à la Librairie VBOMAOT*\n                                                                  3 frtuioa «n eduaetia\n                                                                      M r •       f ' l^\n                                                                  3 ftp. 5 0 en Ubralrif\n                          FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\nImpressions de Littérature Contemporafi\n                            URrSKTlÊRK - U<H lu.KT - HL'Y8MAX8\n                              U t ULLLULth LEVONS UÉMiRGlE\n                                  \\hUHAhl<l-\\ KT ÎH-MOJ.UKK.\n                          I- Dl- I U I I . I MII.LK I.I'IDO (iC/KJ.LK\n                           (.1 O lift* 8 ItOltKMtACII   M \\ \\ WAl.l.KK\n      H » \\ l o \\ | i | KAKI»   ullI.I.Al MK \\ HltHI'kïKN - II. CARTON DK WIART\n                                        hTC, KIT\n\n\n On souscrit aux bureaux de la Revue : 22, rue du Grand-Cerf, Broxctt\n\n                                              J. GONTHIER\n                                                         Maison fondée eu 1860\n                                          31*33, ru*» de l'Empereur, BRUXELL\n                                                         TÊLÉPH09B         866»\n\n                                          Encadrements d'art — Mlroltei\n                                                   Vitraux riches et ordinaires\n                                            Cadrée pour tableaux, aquarelles, gravur\n\n                                                        AMEUBLEMENTS\n                                          Entreprise générale de vibra\n                                                LA'MAISON NA PAS DE SUCCURSALE\n\n\n\n\n                                     u\n                                           ENCADREMENTS*                     raisiluitifcl\n                                     i.                                             *—*\n                                     v     DORURE ET SCUl P-\n                                     R TURE SUR H01S                        bIQUIDATK\n                                     D                                              M\n                                     U     ESTAMPES\n                                     S\n                                     S     GRAVURES ANCIENNES\n                                     E\n                                     N                                     Vente i toute\n                                     u     N S. - LES bRAVURbS ANCIENNES\n                                                                               offre accept\n                                     O                        ,\n                                     O       — — — — — — — — —\n                                     «•    SONT VKNDUES^AVBC CBRTIHCAT      7 1 , rut Goff\n                                     *     D AUTHENTICITÉ\n                                                                              1XKLLE!\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n        ta, Marché-au-Boiu - BRUXELLES\n  Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles a vue ; 1 1 1 p. t . sans commission\n     Dépots en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 3 : 2 . 9 7 p. «.\n                      Encaissement de Coupons, Titres, Effets, eto.\n                                ORDRES DE BOURSE\n            Servie» spécial de Lettres de Crédit e t Chèques sur tous pays\n          Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n   L i RÉSERVE MUTUELLE                                     LE STANDARD\n                                                         Compagnie d'assurances sur la rie, tonièe en 1825\n            de*          ÈTAT8-UNMS\n                                                                    ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n              STUJC- l a         v i e\n                                                           Principaux avantages de la Compagnie I\n                                                         i* Polices incontesta- 8» Tarif avantageux.\n                                                           bles après deux ans 4* Participation impor-\n                                                           de date                    tante des assurés dans\n                                                         a* Prêts sur polices         les bénéfices de la\n                                                           ayant trois ans de         Compagnie.\n                                                           date                     5° Prêts hypothécaires.\n                                                            S'adresser four rtnutgntments tt prospectus i la\n                                                                     DIRtOTION          GtNtRALI\n                                                         28. PLAIE SE BROUCKÊRE, 28, BRUXELLES\n                                                           Ttliphane 949 — AdretM télégraphique : StandirA-Bruxelles\n  ENCAISSMIBNT ARHDIL . . . .        40 Millions\n  SIMSTUB PATKS                     250 Millions\n\n      Combinaisons très intéressantes                    CHAUDRONNERIE DE LA COUR\n   DIIECTION GENERALE POUR LE CONTINENT DE L'EUROPE          37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n       8 , r u a H a l é T y , P A R I S (»•)                            TÉLÉPHONE 1 6 9 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S                   Batteries de cuisine. — articles de ménage\n            O n demande des Agents\n                                                                         ÉTAMA6E\n\n\nHrcnïves Solaires le Beigiaue\n     52, rue S té vin, BRUXELLES\n                  Recherches, de généalogies et d'ar-\n                   moiries en Belgique et à l'Etran-\n                   ger. — Attestations officielles de\n                   noblesse, de filiations et d'armoi-\n                   ries.—Copiesofficielles de lettres\n                   de patentes de noblesse. —                 18, Marehé-aa-Bois, 18\n                   Inscriptions à la liste des nobles.\n                   — Insertions de généalogies dans\n                   des publications   belges et étran-\n                   gères. •—; Rectifications d actes\n                   de l'état CITII et adjonctions des\n                   noms. — Correspondants en pro-\n                                                                       BRUXELLES\n                   vinceet a. l'étranger —Armoiries\n                   et documents généalogiques sur\n                   plus de 100,000 familles nobles\n                   et patriciennes.\n   RENSEIGNEMENTS\n                                                         Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                       BlESWAL\nCHOCOLAT                       BlESWAL\nCHOCOLAT                       BlESWAL\nCHOCOLAT                       BlESWAL                         LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "APPAREILS                  PHOTOGRAPHIQUES\n                                          ourcnri. juMiuit\n                                                         J U M f l l l t A PPliMI»\n                                                     PAPIIM,         PIAQUI*\n                                                C u i t * PMOTOOMPMIQUC»\n                                          • P C »< l l f » P M O I U I I P . A P M I Q U l »\n\n                                                        • icooscopi»\n                                               %nmt C M i «• H>*i*r*P klr<\n\n\n\n                                          ALBERT                     HOFMANN,                                  BRUXCI\n                                                  S a l l e d ' o x p o t i t l o n '. rua do la Régence, 5]\n\n\n\n\n                         lenioiieuis ei resiiiiami                   uisets neiges ei enangeis D\n J.                                            « H K » »0«0< I\n                                     •M****)**.raeteareUMet\n  H        BUE DC UQME           IEITE ET ACHAT DE T I I I E I U I AACllRS ET BODERRIS                        M, U t i l\n       Kruxelle»                       ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                                 Urmcll,\n\n\n\n\n      POUR VOS CIGARES FINS\n\n\n\nMAISON AMÉRICAINE SaT.\n                         • « o u * a la                             a                          Les Boues CaoncM\n                                                                                                TA LB01\n                                                                                           jflll inusables tl inarract\n                                                                                                       t u a n t LA UARJUI\n\n\n                DÉPÔT OE FABRIQUE\n                                                                    Ameublements complets — BbénistM\n      15        Avenue      Louise               15\n                                                                           Maison SNYERSRANG k C\n               BRUXELLES                                           Fonder on 1815                      -         Télèphom\n\nP.-t. - inlTtfii réguliers le cigares le la l a m e                          r,    rue         d'Or,       BKUXKI.L1\n\n\n\n\nImprimerie .Scientifique Char-\nla* BULBNS, Editeur, ru*\nTerre-Neuve. 75, BruxeUee.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1905-05", "signet_source": "Douzième année - N°5 - Mai 1905", "preuve": "Couverture conservée (PDF 320) : « 1905. 12me Année. N° 5. » ; sommaire (PDF 322) : « 1905 — 12e Année. Sommaire du n° 5 (Mai) ». Indices internes : Constantin Meunier évoqué « au lendemain de sa mort » (avril 1905) ; Exposition H. Leys et H. de Braekeleer annoncée à Anvers du 14 mai au 15 juin 1905 ; La Vie Belge de Lemonnier annoncée « à la fin du mois » ; Salon Isadora Duncan « le mois dernier » à l’Alhambra. Pagination continue 257-320 après la livraison d’avril (p. 253-256).", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}