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Cette\n                          nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à attirer\n                         l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                         villégiature agréable, hjgienique,unissant le confort\n                         à la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                         Une chapelle est érigée où le service religieux se. fait\n                         régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                         gratuits; le service de sauvetage «st organisé et\n                         placé sous la surveillance communale. Location de\n                         cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                         garages. Kursaal restaurant. Routes carrossables et\n                         cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n  Villas et Terrains     luxueuses installations de lawn-tennis, de jeux de\n                         golf et de croquet, gymnase. Promenades à ânes.               Villas et Cottages\n       A VENDRE          Tentes sur la plage. Communications faciles avec                      à\n                         tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par annuités        que d'Ostende a Westende de dix en dix minutes.                    LOUER\n                         Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                         villas et cottages. — Demander le prospectus détaillé.\n Çi^bôoif^\n                             Agence immobilière pour la vente et location Ses villas\n                                   HALLES WESTENOAISES\n uJjS-lliW-;- cles\n              comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                   d'alimentation, de nécessité et articles de luxe.\n                             Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                            Le WEST END'         HOTEL est ouvert\nWESTEND' HOTEL                                            partir de Pâques jusque fin septembre\n                                                          Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au corn\n                                                          mencement et à la fin des saisons, arran\n           DIGUE DE MER                                   gements très avantageux pour les famill\n                                                             faisant un séjour prolongé à lhote\n                                                              75 chambres parfaitement aménagée*.\n     TÉLÉPHONE N» -41                                            Vie de famille. Éclairage électrique\n                                                                   Chambres spacieuses. Ameub\n Réseau du                                                                 ment moderne esthétique e\n                                                                             confortable. Balcons et ter\nlittoral par                                                                  rasses. Salle de musique\n Nieuport.                                           iiÇj rrw* ~^tfgjJft&i. Salle de billard. Salled\n                                                        jËÉrf~fll a Ha il if.i recréation pour les en\n                                                                                         fants. Salon*\n                                                                                         de lecture etd\n                                                                                         correspond»»\n                                                                                         ce Cuisine soi\n                                                                                         g n é e . Cave*\n                                                                                          recomman\n                                                                                         dées.\n     Appartements avec salon. — Service d'omnibus de l'Hôtel au vicinal. — Service postal **\ntélégraphique réguliers — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les reseau\nétrangers voisins — Hôtellerie LE LEKKERBB.EK ouverte toute l'année.\n                                    A BRUXELLES, 5 3 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 3 6 )\nPour renseignements s'adresser < A 'WESTENDE, à. l'Administration d e l à Plage (Télépho»*\n                                      3 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-203", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DUREtfDAL REVUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 398, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "DUREtfDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n                             1905 — I2« A n n é e\n\n\n\n                   Sommaire du n° 6 {Ju*ri)\n Don BRUNO DESTRÉE.       AU milieu\n                                 du chemin de la vie Poèmes\n                         religieux et symboliques :\n                       Dans la foret ;\n                       A la fontaine;\n                       Je suis venu vers vous, un bandeau\n                         sur les yeux;\n                       La voix intérieure ;\n                       L'ange du porche;\n                      Alix vêpres de la> fêté dé lai Très\n                         Sainte    rrinité;\n                      Pour les oiseaux ;\n                       Vieilles femmes qui priez à l'entrée\n                         des églises;\n                      Land's End ;\n                       Trois aspects de Dieu                         321\nEMILE VERHAEREN. — Les pêcheurs de la côte                           33g\nHELKNH CAKIVET. ~ - Printemps     :\n                      Les bourgeons ;\n                      Nostalgie,\n                      Spleen                              .   34i\n                    Le jardin de mon amie                     346\nFiEKBNs-GitVAbKT, •*— Jordaens décorateur                   .   348\nFRANZ ANSEIM >~6 Les heures d'apres-midi  Emile \\ erhaeren .   356\nPAUL LAMBOTTE. —L Thomas \\ inçotte                           .   .   36o\nL'abbé HENRY \\LFLLER. — La fête des arbres.        . . . . . .       363\nGEORGES DE GoLEbco.       Chronique musicale :\n                            Sixième concert \\saye.     Quatrième\n                              concert du Conservatoire. — Con-\n                            certs divers.      Purgatorium     de\n                            Joseph Ryelnndt                          367\nHENRI MLA-CEL. —- Lettre de Paris                            ., ,    3~o\nLivres et Revue» . , r                                 . , . ,       374\nNotules 1. j . u                                            „ *      38i\nIllustrations : Le monument de Naejer THOMAS \"\\ INÇOTTE .\n                Le doigt de Dieu 1\n               Le fonctionnaire       FRANÇOIS BEACCTC.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-204", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 399, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 454, "texte": "DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE                                     D'ART ET DE                             LITTÉRATURE\n     A B O N N E M E N T : 1 0 francs p a r a n ; E T R A N G E R : 1 2 f i a n c s (port comprit\n         (pour labonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à Bruxelles\n                                          P R I X D ' U N NUMÉRO            : FR.      1.50\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-205", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les collaborateurs sont seuls", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 399, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 454, "fin_caractere_exclue": 4092, "texte": "Comité de rédaction                                de D u REND AL :\n                                   MM.         H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                                                L'abbé H E N R Y M CELLE R.\n                                               F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                         Secrétaire de la Rédaction : G E O R G E S V I R R È S\n                                       Correspondant de la rédaction à Paris :\n                       M.      HENRI          MAZEL,            avenue Niel, 32, Paris.\n\n                  PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n       FRANZ A N S E L .                                                            ARNOLD GOFFIN.\n       MAUKICE BEKAERT.                                                             JOSÉ HENNEBICQ.\n       EDGAR BONEHILL.                                                               L'abbe H . HOORNAERT.\n       HENRY BORDEAUX.                                                              J.-K. HUYSMANS.\n       ALEXANDRE BRAUN.                                                             JOSEPH JANSSENS.\n       THOMAS B R A U N .                                                           E D M O N D JOLY.\n       GEORGES BRIGODE.                                                             VICTOR K I N O N .\n       H É L È N E CANIVET.                                                         GODEFROID K U R T H\n       MARIE CLOSSET.                                                               L : D E L A LAURENCIB.\n       L ' a b b é A U G . CUPPKNS».                                                L ' a b b é L . L E CARDONNEL.\n       L'abbé P A U L CUYLITS.                                                      GEORGES L E CARDONNEL.\n       L e c o m t e G. D'ARSCHOT.                                                  S E B . - C H . LECONTE.\n       L e bai o n J O S É D E COPPIN.                                              GEORGES MARLOW.\n       GEORGES DE GOLESCO.                                                          CHARLES MARTENS.\n       GEORGES DELAUNOY.                                                            PAUL MUSSCHE.\n       L a c o m t e s s e E D D E L I E U I KFKKE.                                 EDOUARD N E D .\n       L e b a ï q n G . PEL,LA F A I L L E .                                       MAURICE OLIVAINT.\n       E U G È N E DEMOLDER.                                                        ERNEST PÉRIER.\n       D o m B R U N O Ï>ESTREE.                                                    G E O R G E S RAMAEKERS.\n       JULES DESTRÉE.                                                               GEORGES RENCY.\n       Vicomte D'HENNEZEL                                                           BLANCHE ROUSSEAU.\n       EDOUARD DUCOTÉ                                                               JOSEPH RYELANDT.\n       MAURICE DULXABRT.                                                            FERNAND SÉVERIN.\n       J. ESQUIROL.                                                                 HENRY VAES.\n       EMILE FERMAUD.                                                               R O B E R T VAN D E R E L S T .\n       LAURENT FIERENS.                                                             CHARLES V A N LERBERGHB.\n       H . FIERENS GEVAERT.                                                         EMILE VEKHAEREN.\n       IWAN GILKIN.                                                                  L'abbé F R . V E R H E L S T .\n                                                                                     L E O P O L D WALLNBR.etC, etC\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-206", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les collaborateurs sont seuls", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 399, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4092, "fin_caractere_exclue": 4522, "texte": "L e s c o l l a b o r a t e u r s s o n t s e u l s r e s p o n s a b l e s d e l e u r s articles\n\nIl sera rendu compte dans VURENDA                  L de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoy è à la Rid*\"*\n\n          Pour la Rédaction, l'Administration e t l e s demandes d'abonnements, s'adresser **\ns i è g e de la Revue, 2 2 , r n e d u G r a n d Cerf; pour la publicité, 4 6 , r u e N e a f c h a t e l , B r u i r f *\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-001", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 322, "titre_corps": "Au milieu du chemin de notre vie : Dans la forêt", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée", "ancre_debut": "Poèmes religieux et symboliques (1) Dans la forêt Les voix de la forêt", "ancre_fin": "tous ceux qui ont la Foi", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "À la Fontaine", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 402, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "P o è m e s r e l i g i e u x e t s y m b o l i q u e s (1)\n\n\n\n\n                                     Dans la forêt\nLes voix de la forêt\n\n                  TRANGER    qui traverses la forêt, repose-toi un\n                   instant en cette clairière fleurie. Baigne tes\n                   pieds fatigués dans l'eau vive qui coule à pleins\n                   bords et m u r m u r e en cette douce prairie. Vois\n                   les fleurs qui partout la jonchent, et le chant\n                   des oiseaux, entends comme il résonne ! Relève\n                   aussi les yeux. Contemple par-dessus le cercle\n                   des bois sombres entourant de tous côtés la\nclairière, ce g r a n d ciel bleu, où planent majestueux de blancs\nnuages immobiles. As-tu jamais rencontré ciel plus clément,\nséjour plus paisible, plus enviable repos?\n\n\n\n   O Voyageur, tu te troubles à la pensée du bonheur que tu\npourrais goûter en te fixant ici! Demeure avec nous. Pourquoi\nvouloir encore marcher à l'aventure, vers cette T e r r e Promise\nqui peut-être nulle part n'existe, et que tant d'autres avant toi\nont opiniâtrement et vainement cherchée.\n   O Pèlerin lassé, d e m e u r e auprès de nous et préfère désormais\nle certain à l'incertain! Ici tu n'auras plus ni périls à braver, ni\nfatigues, ni dures épreuves et longues souffrances à supporter,\nmais tu vivras heureux, dans un calme repos, laissant les\nconseillers téméraires, qui t'ont guidé jusqu'ici, poursuivre\naveuglément leur recherche insensée.\n\n\n\n (1) Tirés d'un volume qui paraîtra prochainement sous ce titre.\n"}, {"page_pdf": 403, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "322                         DURENDAL\n\n\n   Tu ne nous réponds point. Pourquoi, ô Voyageur, rester\nsourd à nos voix? Du moins, si ton cœur demeure défiant à\nnotre égard, prends pitié de toi-même, ô pauvre frère! Vois!\ntes pieds tout ensanglantés peuvent à peine te porter. La faim\net la fatigue se lisent sur ton visage, et tes yeux las s'épuiseront\nà chercher vainement le pays de tes rêves. Par delà la clairière,\nil n'est plus de chemin, et si tu veux rentrer dans la sombre\nforêt, tu tenteras vainement d'y trouver un passage, et comme\ntant d'autres tu périras solitaire, parmi les lianes inextricables\net les ronces, que partout tu rencontreras devant toi.\n\n\nLe V o y a g e u r\n\n   O voix trompeuses, vous mentez, et mes oreilles à jamais sont\nfermées à vos appels, et demeureront sourdes à vos conseils per-\nfides. Déjà, perçant la nuit de la sombre forêt, je vois au loin,\ndroit devant moi, la vraie lumière briller sur la Terre Promise.\n   O voix trompeuses, vos invitations insidieuses et vos prédic-\ntions de malheur ne sauraient me retenir! Car je sais, en effet,\nqu'avant de parvenir au terme du voyage j'aurai de nouveaux\ncombats à livrer, de plus rudes épreuves à endurer, des périls\neffrayants à affronter, et de plus cruelles souffrances encore à\nsupporter. Je sais que les lianes et les ronces — en apparence\nimpénétrables — existent, dont vous parlez. Mais je sais aussi\nqu'après tous les maux, les labeurs, les tourments et les angoisses\nincessantes de la route, je parviendrai enfin à cette Terre Bénie,\nsur laquelle pour toujours brille la vraie Lumière, et où ceux\nqui, comme moi, méprisèrent vos réelles mais périssables joies,\nvivent dans le Bonheur immuable, éternel, auquel sont appelés\ntous ceux qui ont la Foi.\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-002", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 322, "page_fin": 324, "titre_corps": "Au milieu du chemin de notre vie : À la fontaine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée", "ancre_debut": "À la Fontaine L'Ange Pourquoi t'arrêtes-tu", "ancre_fin": "l'amour véritable et désintéressé", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Je suis venu vers vous, un bandeau sur les yeux", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 403, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1766, "fin_caractere_exclue": 2061, "texte": "À la Fontaine\nL'Ange\n\n   Pourquoi t'arrêtes-tu près de cette fontaine, ô Pèlerin? Dans\nle miroir uni des eaux tranquilles, que peux-tu contempler avec\ntant de soupirs? Pourquoi ces larmes coulent-elles à présent de\ntes yeux, et qu'as-tu vu dans cette eau pure qui puisse causer\ntant de douleur?\n"}, {"page_pdf": 404, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "              AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                      323\n\n\nLe Pèlerin\n   O bon Ange, j ' y vois, bien qu'à travers un voile — mon visage\nhideux et tout rongé de lèpre. J ' y vois mon corps couvert et\ndévoré d'ulcères, et t o u t au fond de l'eau, m u e t t e , inexorable,\nla Mort, qui sournoise s'apprête à fondre sur moi.\nL'Ange\n\n   O pauvre Pèlerin, exalte et bénis Dieu, qui permet qu'enfin\ntu puisses ouvrir les y e u x ! Combien de fois déjà, pleurant\nauprès de toi, j ' a i voulu te faire voir et guérir ces plaies, que\ntoi-même, malheureux, tu t'étais infligées. Combien de fois,\ndéfiant et sourd à ma voix, m'as-tu dédaigneusement, d u r e m e n t\nrepoussé, p r é t e n d a n t ne point voir et ne point redouter les\nmaux sans cesse croissants provoqués par ta vie mauvaise.\n   Or, puisqu'à présent, le repentir enfin est entré dans ton cœur,\nrends grâce à Dieu qui en te dévoilant l'horreur de tes maux\nt'en offre en m ê m e t e m p s le remède assuré. P r e n d s de cette\neau limpide dans tes mains, verses-en sur ta tête, laves-en avec\nsoin tes plaies et tes ulcères, et par le repentir, l'espérance et\nla foi, recouvre la santé que tu avais p e r d u e .\n\n\nLe Pèlerin\n\n  O bon Ange, hélas! je ne puis accomplir ce que tu d e m a n d e s !\nCette eau si pure et claire, et qui semble à la vue si fraîche et\nbienfaisante, brûle en réalité comme le feu. C o m m e de la\nchaux vive qu'on verserait sur elles, elle enflamme mes plaies\nd'ardeurs intolérables, et comme un fer rouge appliqué sur mes\nchairs, elle dévore et consume tout ce qu'elle a touché. O pour-\nquoi, pourquoi toi aussi m'as-tu t r o m p é ?\n\nL'Ange\n\n  Je ne t'ai pas t r o m p é , et je sais la douleur que cause la vertu\nde cette eau purifiante, mais comme le cautère ne guérit les\nblessures qu'au prix d'une intense et cruelle douleur, ainsi\ndoit-il en être de cette eau salutaire. Reprends donc courage et,\nbravant la souffrance, lave sans défaillances ce corps rongé\nd'ulcères. Vois, déjà se referment et déjà s'assainissent les plaies\nde ton visage, et ainsi en est-il de toutes celles que sur ton\ncorps l'eau bienfaisante a purifiées.\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "324                              DURENDAL\n\n\nLe Pèlerin.\n\n   Il est vrai, et déjà les dartres qui couvraient mes yeux sont\ntombées. E t voici que dans le miroir uni des eaux tranquilles, je\nvois se transformer l'image que je pouvais tantôt à peine recon-\nnaître. O j o i e ! la pâle mort disparaît à son tour. E t surprise\nnouvelle! la plus douce figure que j a m a i s il me fut donné de\nvoir, la remplace dans l'eau derrière mon visage. O bon Ange,\ndis-moi quelle est donc cette sainte, suave et r a y o n n a n t e face?\nL a P u r e t é , la Bonté, la Sagesse et la Force, toutes les perfec-\ntions y semblent reflétées, mais par-dessus toutes y rayonne\nl'Amour qui l'éclairE et la n i m b e d'une auréole divine. O bon\nAnge, que je voudrais pouvoir lui ressembler!\n\nL'Ange.\n\n   O frère bien-aimé, jamais tu ne formas meilleur souhait.\nCelui que tu contemples au fond des eaux tranquilles, c'est\nl'auteur de tout bien, de t o u t salut. C'est lui qui donne à tous\net qui seul peut donner la vie, étant la Vie. O frère, tu le sais,\nc'est lui qui t'a créé, c'est lui qui t'a racheté, c'est lui qui pal-\nmes soins te conduisit ici, et qui dans l'eau purifiante de cette\nfontaine de grâce, te guérit de la lèpre de tes iniquités. E t si\nrécompensant l'effort de ta foi, il d a i g n a t ' a p p a r a î t r e pour un\ninstant glorieux et pacifique au fond des eaux tranquilles, c'est\npour que tu comprennes, à son divin aspect, que la vraie vie\nconsiste à vivre à son exemple, d a n s l'amour véritable et désin-\ntéressé.\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-003", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 324, "page_fin": 325, "titre_corps": "Au milieu du chemin de notre vie : Je suis venu vers vous, un bandeau sur les yeux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée", "ancre_debut": "Je suis venu vers vous, un bandeau sur les yeux Je suis venu vers vous", "ancre_fin": "et la vraie liberté", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Voix Intérieure", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 405, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 1526, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "Je suis venu vers vous, un bandeau sur les yeux\nJe suis venu vers vous, un baudeau sur les yeux,\nJ'avais des chaînes aux mains, des chaînes autour des pieds.\nJ'avais longtemps erré. — Je me suis repenti,\net comme autrefois, lorsque j'étais enfant,\nJe suis venu prier dans une de vos maisons.\nEt là confiant enfin, obéissant enfin à votre voix,\nj'ai soudain arraché le voile ténébreux\nqui m'avait si longtemps empêché de vous voir.\nAlors, ô mon Dieu je vous ai vu. — J'ai vu votre bonté, votre miséricorde,\net pénitent, confus, baissant les yeux, je me suis vu aussi dans toute ma\n                                                                  [misère.\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "               AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                         325\n\n\nO bien-aimé Seigneur, amour que j'ai si longtemps délaissé,\ncombien, suivant l'exemple de ceux qui vous ont ici voué toute leur vie,\nje voudrais vous servir libre de ces entraves,\nqui m'ont t a n t d'années r e t e n u loin de vous.\nMais depuis si longtemps je les porte ces chaînes,\nqu'elles ont profondément p é n é t r é dans mes chairs\net qu'il faudrait m a i n t e n a n t pour les en a r r a c h e r\nun effort surhumain magnanime, héroïque.\n\nE t je n'ai de moi-même, ni force, ni courage, ni vaillance\nni vertu aucune — mais vous, ô bon J é s u s ,\nqui pendant tant d'années passées si loin de vous\nm'avez rappelé, m'avez suivi, m'avez prié sans vous lasser.\nVous, ô miséricorde incroyable infinie,\nqui toujours m'avez si tendrement aimé\ncoupable, impénitent, obstiné dans le mal,\ncomment pourrais-je croire, ô guide secourable,\nqu'après m'avoir au prix de t a n t d'amour et de t a n t de fatigues\nramené de si loin et remis dans la voie,\nvous délaisseriez l'âme qui veut vous suivre\net que ses chaînes seules empêchent de m a r c h e r .\n\n                                     *\n                                    * *\n\n Seigneur exaucez-moi, achevez votre ouvrage,\net puisque vous m'avez fait voir et haïr ces entraves,\ndonnez-moi le courage et donnez-moi la force,\nde les rompre à jamais, de les anéantir,\npour pouvoir, évadé du monde, vous servir\net comprendre à mon tour que vous êtes le seul maître\nauquel on puisse se soumettre sans déchéance,\net dont la toute-puissance et l'infinie bonté\nprocure à ceux-là que le monde estime prisonniers,\nle bonheur sans remords, et la vraie liberté.\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-004", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 325, "page_fin": 326, "titre_corps": "Au milieu du chemin de notre vie : La voix intérieure", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée", "ancre_debut": "La Voix Intérieure Pieusement, pieusement", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 406, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 1707, "fin_caractere_exclue": 2072, "texte": "La Voix Intérieure\n   Pieusement, pieusement, franchis le seuil de l'Eglise. Mar-\nches-y doucement, n'en trouble point la paix! Vois au fond de\nla nef briller les rouges lampes — les trois lampes, symboles de\nl'Amour et de la Foi fidèles, qui brûlent jour et nuit devant le\ntabernacle.\n                                     *\n                                    * *\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "326                         DURENDAL\n\n\n    Quel silence et quelle paix t'ont saisi tout à coup!\n    Les soucis, les affaires, tous les bruits du dehors, comme tout\n cela meurt et semble vain ici. — Ainsi, dans les forêts, loin du\n tracas des villes — ou bien encore marchant le long des flots\n amers, tu t'es senti parfois seul à seul avec Lui — et dans la\n voix du vent qui passait dans les branches, et dans le bruit des\n flots, retombant en cadence, tu l'entendis qui te parlait et t'ap-\n pelait.\n                                  * *\n    Mais combien mieux ici tout te dit sa présence, dans l'ombre\nrecueillie des nefs où traîne encore un doux parfum d'encens\nportant à la prière. Oh! songe qu'il est là derrière la porte d'or,\nderrière la porte d'or et les rideaux mobiles, Celui qui par\namour demeure ici captif. Songe que là derrière ces voiles,\nprisonnier se tient l'Amour, l'Amour, qui d'amour fait trembler\ntous les anges, et que le ciel entier adore prosterné.\n                                *\n   Adore-le donc aussi prosterné à ton tour, et demande pardon\npour ceux qui l'abandonnent. Laisse parler ton cœur, dis-Lui\ntout ton amour, mais surtout dis-Lui bien tes fautes et ta fai-\nblesse, dévoile ta misère et ta lâche inconstance; humilie-toi,\net plein d'un sincère repentir, implore son pardon pour tant\nd'ingratitude. Oh! de quel lourd fardeau ton cœur s'est dé-\nchargé, quelle douceur suave, quelle joie, et quelle paix, après\nl'aveu confiant pénètre maintenant tout ton être.\n\n\n   Ouvre les yeux! Auprès du tabernacle, vois-tu dans la lumière\nles beaux anges venus du ciel, qui l'entourent. Resplendissants\nils passent avec un doux bruit d'ailes, effleurent d'un baiser\nl'autel où vit leur Maître, et légers vers le ciel, ils remontent\nportant — dans leurs bras reployés, des soupirs et des prières.\n   Mais si ta vue encore ne peut les suivre — écoute — écoute\nau moins la Voix qui parle ici, dans le silence près de Lui!\nCesse à présent de prier — retiens jusqu'à ton souffle. Tu es\nseul avec Lui. Il parle à ton cœur — et dans ton cœur descend\ncette paix infinie — qu'il donne à ceux qui l'aiment, à ceux qui\ns'humilient — à ceux qui se renoncent et confiants s'aban-\ndonnent, — à la Voix Intérieure qui les guide vers Lui.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-005", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 327, "page_fin": 328, "titre_corps": "Au milieu du chemin de notre vie : L’ange du porche", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée", "ancre_debut": "L'Ange du Porche Sous le porche de pierre", "ancre_fin": "naissent au cœur les bons désirs", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Aux Vêpres de la Fête de la Très Sainte Trinité", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 408, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "L'Ange du Porche\n  Sous le porche de pierre, de la très vieille église, je vis un\nAnge assis, qui jouait de la lyre. Ses doigts légers frôlant les\ncordes harmonieuses, il chantait doucement — appuyé sur la\nlyre — un chant suave et tendre — d'une voix enfantine —\nattentif à rythmer les paroles d'amour, que la grâce et l'amour\ndéposaient sur ses lèvres.\n                                 *\n\n  Je l'écoutai longtemps, et quand il se tut : « O doux chantre,\nlui dis-je, ô bienheureux habitant du paradis, pourquoi as-tu\nquitté ta céleste patrie, et pourquoi chantes-tu au seuil de cette\néglise, au lieu d'offrir près de l'autel, l'harmonie de ton chant\net tes adorations au Seigneur caché dans le Saint Tabernacle? »\n\n                                * *\n   « Frère, » me dit le doux Esprit, « d'autres anges plus puis-\nsants que moi, mieux que moi lui rendent ces hommages.\nL'église comme le monde, ó frère, est pleine d'anges, et chacun\nd'eux choisi par Dieu y remplit avec joie sa mission céleste.\nPour moi, je suis l'ange gardien de cette ville, et c'est pour\nplaire à Dieu que je me tiens ici, au porche de la plus vieille\néglise de la ville.\n                                 * ,\n\n   » Perçant les ombres et les murailles, mes yeux vqient tout\nce qui se fait dans la cité. Jour et nuit je la garde et je veille\nsur elle, pour elle je prie jour et nuit, jour et nuit je chante pour\nelle. Contre les pièges du malin je la protège, contre la haine\ndu démon je la défends, et j'avertis mes frères les bons anges\ngardiens des périls que courent ceux qui leur sont confiés.\n\n\n   » Quand sonnent les cloches de l'église, à chacune des heures\nmarquées pour la prière, avec elles je prie, appelant avec elles\nles âmes pieuses à l'oraison : toutes les prières qui sont dites en\ncette ville, sans en omettre aucune, pieusement je les recueille,\net comme un pur encens s'élevant de l'autel, je les fais monter\njusqu'au trône de Dieu.\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 483, "texte": "328                             DURENDAL\n\n\n\n   » A ma voix, au chant de ma lyre — naissent au cœur les\nbons désirs. Les mauvaises pensées et les songes pervers —\ns'évanouissent et fuient en désordre devant elle; dans les âmes\ntroublées la foi renaît plus pure : l'espérance refleurit parmi les\néprouvés, et l'amour de mon chant remplit de joie, de paix et\nde conformité le cœur de ceux qui cherchent Dieu. A ma voix,\nau chant de ma lyre naissent au cœur les bons désirs. »\n\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-006", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 328, "page_fin": 330, "titre_corps": "Au milieu du chemin de notre vie : Aux vêpres de la fête de la Très Sainte Trinité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée", "ancre_debut": "Aux Vêpres de la Fête de la Très Sainte Trinité Fecisti nos ad te Domine", "ancre_fin": "pour qui il fut créé", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Pour les Oiseaux", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 409, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 483, "fin_caractere_exclue": 2049, "texte": "Aux Vêpres de la Fête de la Très Sainte Trinité\n                                Fecisti nos ad te Domine, et cor nostrun inquietum\n                             est dovec requiescat in te.\n                                                      ( S T A U C , Conf. I, c. 1.)\n\n                                      I\n\n   O h ! combien douce et pieuse semble la voix des cloches qui\nsonnent et se répondent, harmonieuses en ce beau jour par\ntoute la ville! De la tour de S a i n t - P i e r r e , au cœur de la ville,\nle bourdon vibre — et sa voix grave — en lents appels, plane\net proclame solennelle, l'heure venue de la prière. C'est l'heure\ncalme des vêpres, et dans l'heureuse paix du d i m a n c h e d'été,\ndes cloches de couvents et d'humbles monastères, des cloches\nplus petites et plus frêles répondent, à la voix grave et lente du\nlourd bourdon d'église.\n                                 *\n\n  P a r delà les toits et les tours de la ville, les bois verts s'éten-\ndent luxuriants, pleins de vie — et, çà et là d a n s le lointain,\nun clocher les traverse érigé vers le ciel — qui dit que là aussi\navec foi on vous prie et que l'on vous invoque à cette heure,\nô mon D i e u ! D e lumineux nuages aux formes arrondies sont\narrêtés là-haut, resplendissants dans le ciel bleu, et de blancs\nramiers, les ailes étendues, volent en troupe heureuse — bril-\nlants et pacifiques — décrivant de grands cercles au-dessus de\nla ville.\n\n\n  D a n s le j a r d i n , sous nos fenêtres, des grillons chantent sans\nrépit; des merles familiers sifflent joyeusement, et des fourrés\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "              AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                      320,\n\n\net des taillis s'élève l'incessant et frais gazouillis des moi-\nneaux, des pinsons, des mésanges et des fauvettes; — et de par-\ntout, des c h a m p s , des rues et des places de la ville — et des\nvillages au loin perdus dans la forêt, des voix heureuses mon-\ntent, s'appellent et se répondent, des voix claires, chantantes,\ndes voix mélodieuses, mariées aux voix des cloches résonnant\n par la ville.\n                                   II\n   O h ! que de souvenirs — ce décor paisible et ces voix douces\névoquent en moi. Combien de fois ainsi j'ai cru vous découvrir,\nô Seigneur, d a n s de calmes, sereins et vastes paysages, où les\nlignes, les sons, les formes et les couleurs semblaient s'unir en\nun cantique h a r m o n i e u x d'amour et de louange au Créateur!\nCombien de fois alors, m'arrêtant interdit, ai-je souhaité vivre\nen ces sites bénis, où je croyais trouver à j a m a i s le bonheur.\n\n\n                                  III\n  Seigneur, tous ces décors que j ' a d m i r a i jadis au cours de mes\nvoyages repassent à cette heure un à un devant moi, et je vois\nque ces formes, ces sons et ces couleurs, qui charmèrent un\ninstant mes sens et mon esprit, ne pouvaient par eux-mêmes\nassurer le bonheur. Mais ce qui m'attirait si puissamment en\neux, c'est que sous leur beauté matérielle et visible, l'âme qui\ntoujours vous cherche et vous désire, ô parfaite, suprême et\ndivine B e a u t é — vous devinait, vous cherchait, vous entre-\nvoyait un instant, et goûtait un instant l'indicible bonheur que\ncause pour toujours aux habitants du Ciel la claire vue de vos\nperfections infinies.\n                                IV\n\n   Mon Dieu ! je vous rends grâce et je vous remercie de m'avoir\npermis de vous apercevoir jadis en ces visions. Vous avez bien\nvoulu depuis m'éclairer davantage, et vous m'avez montré que\ncette incomparable et toujours nouvelle Beauté de la nature\nn'est q u ' u n aspect seulement de vos perfections. E t surtout,\nvous avez daigné me faire voir, ô très sainte, auguste et bénie\nT r i n i t é , que toutes les merveilles de votre création matérielle et\nvisible ne furent voulues par vous, ne furent créées par vous, que\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 502, "texte": "330                         DURENDAL\n\n\npour nous faire comprendre, et pour nous rappeler, partout,\nincessamment, votre amour et l'unique but de notre vie. Car\nvous nous avez fait pour vous, ô Bonté Infinie, qui trouvez\nvotre gloire à vous communiquer. C'est vous que nous cher-\nchions, c'est vous que nous aimions sans vous connaître encore,\nen ces sites bénis, en tous ces paysages, — et notre cœur depuis\nn'a trouvé le repos, qu'en vous seul, ô mon Dieu, pour qui il fut\ncréé.\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-007", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 330, "page_fin": 331, "titre_corps": "Au milieu du chemin de notre vie : Pour les oiseaux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée", "ancre_debut": "Pour les Oiseaux Qu'est-ce qui te saisit soudain", "ancre_fin": "chantent au Créateur toutes les créatures", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Vieilles femmes qui priez à l'entrée des églises", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 411, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 502, "fin_caractere_exclue": 2171, "texte": "Pour les Oiseaux\n   Qu'est-ce qui te saisit soudain, ô mon enfant, tandis que tu\nretiens dans tes mains ce pauvre oiseau tremblant de s'être laissé\nprendre? Pourquoi demeures-tu à ton tour interdit, alors que\nde ses petits yeux luisants et ronds, il te fixe et contemple avec\ntant d'épouvante? Qu'est-ce donc qui te trouble et qui t'émeut\ntoi-même, alors que tu le tiens captif et plein d'effroi, dans la\nprison de tes mains.\n\n   O mon enfant, laisse-moi te dire, pour que ton jeune cœur se\nremplisse d'amour et de tendre piété pour toutes les créatures.\nCe qui t'émeut, ce qui te trouble — ce qui te plaît et t'effraye\ntout à la fois, c'est le doux mystère caché dans ce cœur d'oiseau\nqui bat si fort à présent, et que tu sens palpiter, à petits coups\nprécipités, dans la chaude prison de tes mains. Ce qui\nt'émeut, ce qui te trouble — et bénie soit cette émotion ! — c'est\nla vie que tu sens dans cette petite créature, ta prisonnière. Car\ncette vie, ô mon enfant, tu le devines et le comprends confu-\nsément, elle vient à ce pauvret, elle lui est donnée, par Celui qui\nla donne et la conserve à tous et à toi-même.\n                                  *\n   Cette vie que tu tiens ainsi à ta merci, elle vient de ton Dieu,\net ce que tu perçois, bien que confusément, dans les battements\neffarés de ce cœur d'oiseau, c'est un rayonnement encore bien\nque lointain de cette vie divine, source de toute autre vie. Et\nc'est pourquoi, ô mon enfant, par vénération pour ce Dieu tout-\npuissant qui l'a créé, par amour pour les œuvres de Dieu si bon,\nqui te soutient toi aussi dans l'existence, garde-toi de faire\naucun mal à cet oiseau et ne détruis sans cause aucune créature.\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 768, "texte": "               AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                          33l\n\n\n     Songe que la moindre d'entre elles, Dieu l'a voulue!\n     Vois avec quel soin Il revêtit celle-ci ! avec quel a m o u r Il l'a\nformée, avec quel art Il disposa ce petit gosier, d'où jailliront\ntout à l'heure dans la lumière de si doux chants! Et c'est pour-\nquoi si tu veux témoigner de ton pieux a m o u r pour Celui qui\nvit invisible et caché en toute la nature, rends donc sans plus\nt a r d e r à ce t r e m b l a n t oiseau sa liberté, et que vers le ciel, il\nremonte joyeux pour prendre, au clair soleil, dans le vent et\nl'air libre, sa part dans le cantique de louanges et d'action de\ngrâces, q u e d a n s leur joie de vivre, chantent au Créateur toutes\nles créatures.\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-008", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 331, "page_fin": 332, "titre_corps": "Au milieu du chemin de notre vie : Vieilles femmes qui priez à l’entrée des églises", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée", "ancre_debut": "Vieilles femmes qui priez à l'entrée des églises Vieilles femmes qui priez à l'entrée des églises, que dites-vous", "ancre_fin": "vieilles femmes qui priez à l'entrée des églises", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Land's End", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 412, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 768, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "Vieilles femmes qui priez à l'entrée des églises\n  Vieilles femmes qui priez à l'entrée des églises, que dites-vous\nau Seigneur, p e n d a n t les longues heures que vous passez assises\nà l'entrée des églises, égrenant d a n s vos mains débiles d'inter-\nminables chapelets?\n                                   * *\n  T o u t en priant, vous regardez devant vous, les yeux perdus\ncomme d a n s un rêve. Q u e voyez-vous dans vos rêves, vieilles\nfemmes qui priez à l'entrée des églises? Ceux qui passent devant\nvous vous méprisent pour la plupart, à vous voir si pauvrement\nvêtues, et ceux dont le cœur est plus miséricordieux, vous plai-\ngnent et vous contemplent avec pitié, en se penchant vers vous\npour vous faire l'aumône.\n                                 *\n\n   Mais pour moi, qui partout où je vous ai vues, vous ai aimées,\nvieilles femmes qui priez à l'entrée des églises, je vous envie\nvotre sort méprisé, votre place à l'entrée de la maison de Dieu,\net les longues heures que vous passez en tête à tête avec lui dans\nl'oraison.\n\n\n  Au pied du crucifix, à l'entrée des églises, sous la lampe rouge\nqui toujours brûle, et dont la flamme vacillante ressemble à la\nlumière t r e m b l a n t e de votre vie, depuis si longtemps vous priez\nchaque jour, que les petits sacrifices accumulés de vos prières\nont touché le cœur de Dieu, et que dans la misère apparente de\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "332                            DURENDAL\n\n\nvotre solitude, N o t r e - S e i g n e u r Jésus vient lui-même vous tenir\ncompagnie, et qu'il vous met au cœur la paix et la douceur de\nces consolations, qu'il refuse à ceux-là qui passent dédaigneux\ndevant vous.\n                                       *\n                                   *       *\n\n   Vieilles femmes qui priez à l'entrée des églises, lorsque sur\nles autels, les prêtres au matin disent la sainte messe, vous ne\ncomprenez point peut-être toute la profondeur du mystère\nd'amour qui s'accomplit. Mais du moins vous savez que celui\nqui s'immole ainsi chaque matin, que celui qui vit enfermé j o u r\net nuit, par a m o u r pour vous, au tabernacle, c'est votre Dieu,\nle bon Jésus. Vous le priez, vous l'adorez, vous l'invoquez avec\nferveur p e n d a n t ces longues heures que vous passez assises à\nl'entrée des églises. E t c'est pourquoi Dieu qui vous aime, et\nqui, sous les misérables haillons qui vous recouvrent, voit briller\nl'humble trésor de votre foi, se c o m m u n i q u e à vous chaque j o u r\ndavantage et se révèle à vous toujours plus désirable, et tel que\nvous le verrez bientôt dans la lumière, — alors que le m o n d e\nqui vous méprise, marche à tâtons dans les ténèbres — vieilles\nfemmes qui priez à l'entrée des églises.\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-009", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 332, "page_fin": 334, "titre_corps": "Au milieu du chemin de notre vie : Land’s End", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée", "ancre_debut": "Land's End A Monsieur Laurence Binyon", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 413, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 1332, "fin_caractere_exclue": 2049, "texte": "Land's End\nA Monsieur Laurence Binyon.\n                                                     L'omniprésence divine\n\n  U n m u r m u r e du vent dans le j a r d i n tout près de moi .\n\n\n    U n m u r m u r e du vent, un léger souffle de vent. Combien\nn'est-il pas vrai, cela semble à première vue peu de chose! E t\np o u r t a n t pour qui veut y réfléchir — dans ce simple et doux\nbruit — quel profond mystère, et quelle puissance, et quelle\nvie dans ce souffle aérien, fugace et passager!\n\n                                       *\n\n  Car ce souffle, ô mon Dieu, vient de vous, comme tout,\nô mon Dieu, vient de vous! Mais comment se fait-il qu'ici —\ndans le j a r d i n paisible et tout fleuri de ce couvent — ce mur-\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "             AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                 333\n\n\nmure me fait soudain ressouvenir d'un pareil soupir impres-\nsionnant du vent — entendu il y a des années bien loin d'ici.\n                                *\n                               * *\n   Je m'en souviens si bien à cette heure. C'était dans ce pays\nsauvage de Cornouailles, dans un pauvre village situé au som-\nmet des falaises, au bord de l'Océan. Nous y étions arrivés à la\nfin d'une calme après-midi d'été, et pendant que l'on préparait\ndans un rustique cottage notre gîte. Je me tenais debout sur le\nseuil de la porte, regardant par-delà les maigres pâturages, la\nmer qui s'étendait au pied de la falaise, immense, luisante et\nglauque, sous un ciel bleu et blanc aux nuages immobiles.\n                                  *\n\n   O Dieu! après les inutiles et vains affairements de la vie\nquotidienne, quel recueillement grave et doux et pénétrant,\nc'était que cette vision de l'immense Océan. Il n'y avait alors\nnul bruit dans le village, et sur la mer, on n'entendait, là-bas,\nque l'appel continu, plaintif, mélancolique des mouettes agiles,\nqui près de grands rochers au pied de la falaise, volaient et\ns'appelaient et pêchaient diligentes, de leurs grandes ailes\nblanches rasant les flots.\n                               *\n                              * *\n   Et tandis que mes yeux ravis vous contemplaient, ô mon\nDieu, sous ce calme et grandiose aspect du ciel et de la mer,\ntandis que mon âme, devant cette révélation de votre gran-\ndeur infinie, se remplissait d'amour et que tout mon être vous\nappelait et soupirait après vous, un petit souffle de vent, un\nléger souffle de vent, soudain se fit entendre derrière moi, et\nd'instinct fit que je me retournai, comme si quelqu'un m'eût\nparlé.\n                                  *\n                              *       *\n  Or, celui qui parlait à cette heure dans le vent, c'était vous,\nô mon Dieu! Et vous disiez alors ces mots, qu'en évoquant\ncette lointaine vision, je crois entendre encore, et que je com-\nprends mieux à présent : « Pense, me disiez-vous, que je suis\nainsi partout au même instant! Réfléchis qu'en tout lieu du\nciel, des mers et de la terre, partout où ta pensée peut\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "334                          DURENDAL\n\n\natteindre, partout je suis en même temps, et que ma seule\npuissance partout à la fois, donne, soutient et règle en toute\nchose l'existence. Songe que cette secrète et pourtant manifeste\nprésence, n'est qu'un appel constant, sans cesse renouvelé, par\nlequel mon amour redit aux âmes pures, leur dépendance\nentière, incessante, absolue, et le but pour lequel elles furent\ntoutes créées. »\n\n   Or, je veux que toujours tu le retiennes, et que tu le graves\nbien avant dans ton esprit, incessant et constant, est pour celui\nqui veut l'entendre cet appel de mon amour. Partout et toujours\nil voudrait se faire entendre. Et si parfois tu l'as plus claire-\nment reconnu, — comme en cette muette contemplation du ciel\ncalme et de la mer, qui remplissait ton cœur de désirs d'Infini,\nou comme encore dans le soupir aérien, immatériel de la brise,\ngonflant soudain ton cœur du salutaire désir des joies spiri-\ntuelles, — c'est que dans ces instants ce cœur fait pour aimer,\nétait plus libre, plus pur et plus dégagé.\n\n    Voilà ce que jadis, dans les soupirs du vent, vous disiez, ô mon\n Dieu, au bord de la falaise. — Et maintenant dans ce léger\nsouffle qui vient de passer sur le jardin paisible et tout fleuri de\nce couvent c'est Vous encore qui me parlez et qui me dites :\n« O fils, qui docile à mon appel, laissas tout pour venir me\nservir en cet asile, puisque tu te rappelles à cette heure la joie\nsereine et la suave paix de ces rares instants où dans ta vie\npassée ton cœur dégagé me reconnut dans la nature, veille à les\nrendre ici plus durables et fréquents par la reconnaissante et\nconstante pensée de cette universelle et divine présence, en la\nprotection de laquelle tu vis toi-même.\n   » Vis donc désormais plus soucieux de moi; en tout ce que\ntu fais, en tout ce que tu vois, considère attentif Celui de qui\ntout vient, Celui vers qui tout va, et plein d'un saint respect,\nme recherchant partout, reconnais-moi partout par les yeux de\nla foi, jusqu'au jour, — où le temps des épreuves étant fini, — tu\nme contempleras dans la lumière de gloire, et tu verras en moi\ncomme en un clair miroir, une terre nouvelle, un monde puri-\nfié, et l'assemblée des Saints plus belle à elle seule que l'Uni-\nvers entier.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-010", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 335, "page_fin": 338, "titre_corps": "Au milieu du chemin de notre vie : Trois aspects de Dieu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée", "ancre_debut": "Trois aspects de Dieu I Puissance En traversant la Suisse", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "Trois aspects de Dieu\n                                 I\n                                                        Puissance\n\n   En traversant la Suisse, le train s'était arrêté à un petit vil-\nlage au pied des montagnes. C'était le matin. Des vapeurs\nrecouvraient encore toutes les choses. Aux abords de la gare,\nd'un côté le village était groupé, avec ses pittoresques chalets\nrangés autour de son église et dominés par les masses carrées,\nprétentieuses et banales des grands hôtels, aux façades badi-\ngeonnées de couleurs claires. Le village s'éveillait. Des fenêtres\ns'ouvraient, des groupes se formaient sur la route et dans la\ngare des paysans s'affairaient.\n                                 *\n   Et, de l'autre côté, le lac bleu longeait la voie ferrée. On ne\nle voyait qu'en partie à cause des vapeurs qui traînaient encore\nà sa surface; et, sur la rive opposée, la base seule des mon-\ntagnes s'apercevait, voilées à hauteur d'homme de denses nuées\nblanches, qui les dérobaient à la vue. Or, tandis que nous cher-\nchions à percer du regard ces vapeurs, un vent frais se leva, les\npoussant devant lui, — et tout à coup — pendant qu'une cein-\nture de brumes restait encore, comme accrochée aux flancs de\nla montage, — par-dessus, — dans les hauteurs, les vapeurs se\ndispersèrent, laissant apercevoir la masse de granit prodi-\ngieuse immense et noire des montagnes, les petits bois de pin\naccrochés par places à leurs durs parois, puis plus haut des\nchalets solitaires témérairement abrités sous de. grands blocs\nde pierre arrêtés comme par miracle dans une précédente\navalanche, et puis, plus haut encore, miroitants et scintillants\nau soleil d'éblouissants glaciers resplendissants dans le ciel\nbleu.\n                                * *\n   Et, pendant que le vent matinal chassait ainsi devant lui les\nbrumes grises, je songeais, contemplant, ébloui, la masse\nénorme des montagnes — que je ne voyais là dans cette immen-\nsité qu'un aspect seulement d'un monde créé par Vous parmi\ndes milliers et des milliers de mondes — attestant votre force,\nattestant votre science, et votre souveraine toute-puissance,\nô mon Dieu.\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "336                        DURENDAL\n\n\n\n                                   II\n                                                         Harmonie\n\n  En marchant la nuit par les rues de Florence, je vous ai de\nnouveau senti près de moi. On était au printemps. L'air était\npur et doux. Le firmament par-dessus la ville resplendissait\ntout criblé d'étoiles et dans les jardins les arbres en fleurs\nembaumaient.\n                              * *\n   Au bout de la rue silencieuse que je suivais, les montagnes\nde Fiesole se dressaient doucement éclairées de la lumière de\nla lune, avec ses groupes de maisons roses et blanches serrées\nlà-haut autour de son église, et semées plus bas, comme des\nbouquets d'arbres en fleurs le long des routes.\n                                   *\n                               *       *\n   Et je songeais tout en marchant : — ainsi en Palestine, dans\nla Terre Sainte de Judée — par une nuit pareille lumineuse,\nétoilée, — Bethléem — dut apparaître aux yeux ravis des\nBergers.\n\n  Songeant ainsi, pris de respect pour le calme auguste de\ncette nuit, je m'arrêtai, devant la grille blasonnée d'un jardin\nentourant l'un des plus anciens palais de la ville. Mais com-\nment dire la paix bienheureuse qui régnait alors sur ce jardin !\n                                   *\n\n  Couronnant les murs et sertissant la grille, des roses de Ben\ngale et des glycines en fleurs y mêlaient avec art leur forme et\nleurs parfums. Immobiles et sombres à l'entrée du jardin, de\nhauts cyprès coniques semblaient en garder les avenues; des\npins parasols étalaient plus loin leur gracieuse couronne de\nverdure perpétuelle, et le long des allées, toutes blanches de\nlune, sommeillaient des parterres de roses et d'iris. Au-dessus\ndu jardin, le ciel, lui aussi, semblait un lumineux et vaste\nchamp de fleurs, mais les fleurs du ciel n'étaient point comme\ncelles de la terre endormies; se renvoyant l'une à l'autre leur\npure lumière, elles brillaient de feux clairs et sans cesse avivés,\njonchant le firmament de scintillantes gemmes de diamant et\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "               AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                           337\n\n\nde rubis, de topazes et d'émeraude. E t tandis que charmé,\nj ' a d m i r a i s l'harmonieuse splendeur de ce ciel constellé, des\n massifs pleins d'ombre et de paix du j a r d i n , une voix tout à\ncoup jaillit suave et t e n d r e , la voix d'un rossignol invisible et\ncaché, qui confiait t r e m b l a n t son bonheur à la nuit.\n      Oh ! comme dans le silence parfumé de la nuit, ce doux chant\n montait mélodieux vers les étoiles. Il semblait emporter avec\n lui notre âme, et pour un court instant, unissant le ciel à la\n terre, il faisait mieux comprendre et mieux apprécier la paisible\n splendeur de ce ciel constellé, de cette nuit sereine ; et dans ces\n astres clairs, ces fleurs et ces parfums, et dans la poésie pro-\n fonde de ce chant apparaissait plus vif et plus impressionnant,\n le reflet de cette harmonieuse et divine beauté, que les âmes\n  pieuses et les contemplatives recherchent avec amour et\n retrouvent ravies, — dans toutes vos créatures et dans toutes\n  vos œuvres, ô mon D i e u .\n\n                                     III\n                                                                     Amour\n\n   Et m a i n t e n a n t dans la tranquille cellule où je viens d'achever\naujourd'hui le traité de l'Incarnation, fermant ce livre écrit par\nle Docteur Angélique, je repasse en esprit les choses que j ' y ai\nlues, et je revois confus, l'incroyable série d'abaissements, de\nsouffrances et d'humiliations qu'ont été les trente-trois années\nde votre vie, ô J é s u s .\n\n   J e vous revois naissant, couché nu dans l'étable ouverte à tous\nles vents, seul abri qui vous fût offert à votre entrée dans le\nmonde. Je vous revois petit enfant, fuyant la nuit en hâte avec\nJoseph et Marie, et passant avec eux sept années dans l'exil\nparmi les E g y p t i e n s barbares et idolâtres. Je vous vois revenu\nensuite à N a z a r e t h , peinant et travaillant h u m b l e m e n t dans la\npauvre échoppe du charpentier, et souffrant la défiance et l'in-\ncrédulité de vos proches, qui ne voulurent croire ni la prédiction\nfaite par Zacharie, ni les paroles confiantes des bergers et des\nmages, ni la reconnaissance de votre mission faite au temple par\nAnne et par S i m é o n .\n\n   Je vous a d m i r e encore dans votre vie cachée, montant au\nT e m p l e chaque année — et priant dans ce lieu qui vous est\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2026, "texte": "338                           DURENDAL\n\n\nconsacré — en silence, au milieu de tout un peuple prosterné\nqui vous adore et vous implore sans vous connaître.\n                                    *\n\n    Puis c'est votre vie publique qui m'apparaît : les trois années\npassées à instruire, à prêcher, et à faire connaître au m o n d e la\nVérité. E t c'est pour prix de t a n t d'efforts et de tant de bienfaits,\nl'indifférence aveugle et l'incrédulité presque complète en G a -\nlilée, et d a n s J é r u s a l e m la haine impie, sournoise, dissimulée\ndes docteurs et des scribes qui dans leur cœur ont j u r é votre\nperte, et qui t r a m e n t féroces votre mort lorsque par vos mira-\ncles et par vos discours vous vous révélez devant eux.\n\n                                  * *\n\n  Je vous contemple enfin souffrant cette Passion que vous aviez\ntant de fois prédite et désirée. J e vous revois trahi au jardin des\nOlives, lié de cordes et traîné ensuite comme un être malfai-\nsant par les rues. J e vous vois souffleté chez Anne, insulté et\ncouvert de crachats chez Caïphe, et je pense, à ces longues\nheures que, délaissé de tous, vous passâtes, la nuit, dans la cour\ndu grand-prêtre, exposé à tous les outrages des valets.\n  Je vous suis chez Pilate, je vous suis au Calvaire, et sur la\ncroix infâme agonisant, je vous entends prier jusqu'au dernier\nsoupir, pour tous ceux que vous êtes venu racheter, et pour\nceux-là m ê m e qui vous ont crucifié.\n\n\n   E t relevant enfin les yeux, c o n t e m p l a n t aux murs blancs de\nla cellule ce crucifix qui rappelle votre mort et résume toute\nvotre vie, je songe confondu que toutes ces souffrances, ces\ntourments, ces outrages, et ces humiliations, — ont toutes été\nvoulues, ont toutes été réglées, par votre Providence, de toute\néternité, — pour nous faire connaître et pour nous faire aimer,\nun aspect tout au moins de votre miséricorde et de votre bonté,\n— et de votre amour infini pour toutes vos créatures, ô mon\nDieu.\n\n                                            DOM BRUNO DESTRÉE\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-011", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 339, "page_fin": 340, "titre_corps": "Les pêcheurs de la côte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "Les pêcheurs de la côte Pour les marins d'Anvers", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 422, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "Les pêcheurs de la côte\n\nPour les marins d'Anvers, la mer\n— Roule immense de lucre cl de tempête —\nDe l'un à l'autre bout de sa splendeur,     reflète\nLes ors du monde en ses vallons amers;\nMais pour ceux-ci, ceux de Flandre, la mer\nN'est que leur blond pays qui se prolonge\nSous le manteau tumultueux        des flots hagards,\nAvec ses terrains plats et les éponges\nDe ses brouillards ;\nC'est la plaine des mâts des voiles cl des hunes\nEl des filets qui s'acharnent à la moisson\nCoruscante des beaux       poissons,\nCouleur de lune.\n\nA droite, à gauche, à l'infini,\nAu long de la côte âpre et nue,\nDorment, en leur repos que les courants       remuent,\nLes sables blancs, jaunes et gris.\nLe pêcheur les connaît : son œil sagace\nVoit, dirait-on, à travers l'eau :\nIl arrête toujours l'élan de son bateau\nJuste à la place,\nOù le butin     s'amasse.\n\nIl va du banc des Chiens      marins\nAux bancs d'Ostende ou de Wendune,\nFouillant les flots d'argent, fouillant les flots d'airain.\nL'hiver, l'été, selon l'heure opportune ;\nLes bruns varechs el les goëmons bleus\nDéveloppent, en longs jardins        visqueux,\nLeurs verdures qui se soulèvent\nAu va-et-vient des poissons clairs.\nLes uns passent sous l'eau, comme l'éclair,\nD'autres luisent, pareils aux glaives,\nParfois y apparaît, ainsi que la folie,\nL'œil fixe et phosphoreux     des cabillauds   rôdeurs,\n"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "340                                DURENDAL\n\n\n         Tandis qu'au fond calmé des     profondeurs,\n         Raie et turbot, sole, limande ou plie,\n         Sur un sol plane et finement sablé,\n         Se reposent, se combattent, se   multiplient.\n\n         Les vieux patrons et leurs mousses hâlés\n         Savent, d'après le vent et l'heure,\n         Quelle pèche sera la meilleure,\n         Et quel filet solide et long-,\n         Avec ses rêts pesants de plomb,\n         Il faut descendre, au long des barques lentes ;\n         Patiemment,    ils vont traçant des sentes\n         Sur l'arène des flots pâles, là-bas,\n         Jusqu'à l'instant que tous les bras sont las\n         Et qu'après mille efforts ligués, la cale\n         Déborde et luit, sous un amas de poissons    gras.\n\n         Ils reviennent   sans faire    escale.\n\n         De loin, au soir tombant,\n         On voit surgir leur flottille dorée,\n         Avec les fleurs d'écume des marées,\n         Autour d'elle, superbement ;\n         Et l'on descend la voile et la barque inlassable\n         Jusques au lendemain s'échoue et pèse sur le sable.\n\n         Et les vieilles et leurs filles et leurs gamins\n         Heureux, impatients,        avides,\n         Attendent là, avec des paniers vides,\n         Et la hâte et la fièvre au bout des mains ;\n         On travaille dans l'eau, culotte         retroussée,\n         On boit gaiement un coup d'alcool,\n         Les ancres sûrs mordent le sol,\n         Une glissoire d'or, sur la mer embrasée,\n         Court. Et chacun regagne à larges pas,\n         Avec sa charge au dos lourdement             cadencée,\n         Par les dunes et leurs sillages,\n         Le village\n         Dont les chaumes fument,          là-bas.\n\n\n                                                          EMILE   VERHAEREN.\n\n\n      Westende, 1905.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-012", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 341, "page_fin": 342, "titre_corps": "Printemps : Les bourgeons", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Canivet", "ancre_debut": "Printemps Les Bourgeons HIVER lent et triste", "ancre_fin": "lourde d'avenir", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Nostalgie", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 424, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "Printemps\n\n                           Les Bourgeons\n               HIVER lent et triste, qui invinciblement       poursuis la\n                   route des t e m p s , hiver lent et triste qui me fis\n                   tant souffrir, je te vois, fuyant sur la route des\n                   temps, et ta face glacée et dure m'est à jamais\n                   cachée. T o n dos large et rugueux, sous son\n                   armure de gel, porte le vent fougueux attaché\n                   par les ailes, et qui hurle et crie de se voir\n                   banni.\n   Les traces de tes pas étendent leurs crevasses, qui derrière\ntoi s'emplissent d ' h u m i d e espoir. L'eau gonfle ses globules vifs,\net casse les scellées de glace, que tu mis sur ses trésors féconds.\nT o u t ce que tu figeas en l'immobile plaine, fermente et s'étire,\nsous la baisante bouche du clair printemps.\n   L'air encore est froid de ton passage, et l'ombre bleue se\nsouvient de toi, mais le printemps arrive, semant d'une main\nclaire la poussière chaude et dorée de la vie.\n   Hiver, rude et effrayant hiver, je te vois au loin, minci par\nla distance, et le souffle mordant du vent fait à peine bouger\nmes cheveux.\n   P l u s ne grince la lugubre complainte des feuilles mortes et\ndes branches sèches : les rameaux amollis se frôlent souple-\nment; tout se touche, et plus rien ne se heurte, une harmonie\ncaressante et grave préside au réveil des forêts.\n   Sur les grands troncs muets, et les arbustes grêles, mon œil\nse pose émerveillé, une douceur de miel se répand en mon\ncœur, une joie troublée m'enivre et me fait sourire inconsciem-\nment !\n   O promesse de vie, enchantement de te revoir, ardeur\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1045, "texte": "342                            DURENDAL\n\n\nheureuse, ardeur émue, par toute la terre fervente, les arbres,\nmalgré leur mutisme, proclament le retour des sèves...\n   Petit bourgeon, solide espoir, qui de ta juvénile force, brise\nton écaille et apparais vivant, annonciateur si frêle, de si\ngrandes choses, petit bourgeon velu qui prédis les moissons !\n  Chaton luisant comme une perle, pousse tendre comme un\nnouveau-né, gros bourgeons bruns des marronniers, grain qui\ngerme, brin de gazon nouveau...\n\n... quand je vous découvre, je revis avec vous, et me sens\nrenaître à de nouveaux efforts. U n e vision sublime de forêts et\nde landes, de plaines et de champs, me grise et m'exalte...\n    Fortement alors, me vient le souvenir, que mes yeux ont\ncueillis extasiés ; de la blanche arrivée, sur la mer immense,\ndes navires aux voiles déployées.\n    Et je vous compare à eux, bourgeons infimes et glorieux, car\nvous êtes aussi une splendide arrivée, toute bruissante d'espoir,\net lourde d'avenir !\n\n      Mars 1905.\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-013", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 342, "page_fin": 344, "titre_corps": "Printemps : Nostalgie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Canivet", "ancre_debut": "Nostalgie La lumière d'or nimbe 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         Raide et clair comme une voile,\n                   Prêt à voguer par les plaines.\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1352, "texte": "             PRINTEMPS                              343\n\nLa nappe est blanche, le pain doré,\nEt la porte vers le jardin\nS'est déclose tout au matin,\nPour découvrir la terre parée.\n\nAu-dessus du pavé rouge,\nSur un fond brun et      pelucheux,\nSe pavane le ton frileux,\nDes frêles feuilles, qui dans l'air   bougent.\n\nDes odeurs flottent, suaves et douces,\nDes pétales roses    s'acheminent,\nGirent, tournoient, puis     s'inclinent,\nEt mollement choient parmi les pousses.\n\nSur le mur blanc, les mouches     paradent\nAlertes et vives, en pleine lumière,\nUn merle entame la filière\nDe sa cristalline   sonate.\n\nMon cœur troublé aspire fort,...\nA gros bouillons monte un désir,\nQu'il semble vain de contenir,\nCar déjà il prend  l'essor...\n\nLes campagnes à perte de vue\nSont là, derrière ce mur,\nEt plus loin sont les flots purs\nDe la mer verte et nue.\n\nEt au delà... pays   lointains,\nMystères aimés, choses ignorées,\nLongues courses    aventurées,\nQue je voudrais connaître demain !\n\nO partir, partir à travers tout,\nBoire l'espace neuf    longuement,\nEt me sentir poussée, tel un esquif     charmant,\nPar le désir volage et fou...\n\nSur toute l'immensité des champs,\nClaquent au vent de la vie\nLes oriflammes   fleuries\nDu jeune et cher printemps.\n\nEtrange fièvre de départ,\nAu moment où s'entr'ouvre\nLe bonheur qu'avril  découvre...\nToujours trop tard?\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "344                                DURENDAL\n\n\n                      Et pourquoi faut-il    languir,\n                      L'hiver entier vers les beaux jours,\n                      Pour ne vouloir avec amour\n                      Regarder mes fleurs     sourire!\n\n\n\n                      Un nuage blanc comme neige\n                      Passe, majestueux et lent...\n                      Le nuage va, docile au vent,\n                      Où le mène-t-il... qu'en sais-je?\n\n      Avril   1905.\n\n\n\n\n                                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-014", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 344, "page_fin": 345, "titre_corps": "Printemps : Spleen", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Canivet", "ancre_debut": "Spleen L'aube diaphane s'est évaporée", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 427, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 535, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "Spleen\n                      L'aube diaphane s'est évaporée.\n                      Le jour est splendide et chaud déjà,\n                      Un grand courant de brise vient et va,\n                      Mariant les senteurs, fortement  émanées.\n\n                      Charme de vivre en ce moment ;\n                      Beauté du ciel, candeur des choses.\n                      Mon âme tout à coup s'est déclose,\n                      A la joie pure,   tendrement.\n\n                      Mon âme s'est aéclose    tendrement,\n                      Mais fébrile déjà elle s'agite!...\n                      La feuille bouge et palpite,\n                      L'oiseau s'envole en   criant!...\n\n                      C'est l'heure enfin de partir...\n                      Ici, c'est la ville cruelle,\n                      Qui jamais ne se renouvelle,\n                      C'est la ville qui ne peut fleurir.\n\n                       C'est la ville et ses rues droites,\n                       Et ses marbres      échafaudés,\n                       Et ses palais de fer bardés,\n                       Et ses maisons comme des boites.\n\n                       C'est l'horrible vie murée,\n                       C'est le bonheur entre des murs,\n                       C'est lajoie tranquille et sûre,\n                       C'est la faible joie mesurée!\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1541, "texte": "                         PRINTEMPS                           345\n\n           Fuyons...    là-bas la terre   vit,\n           L'eau murmure, saute et        coule,\n           Les arbres nobles sont la      foule,\n           Et les palais des champs       infinis.\n\n           Le ciel entier est sur nos tètes,\n           L'air entier en nos poitrines,\n           Tous les parfums en nos narines,\n           En nos yeux toutes les fêtes !\n\n           Fuyons, mon cœur si fort   languit.\n           Mon cœur malade est en détresse,\n           Mon cœur souffre de son ivresse,\n           Mon cœur est saignant de son bruit !\n\n           Aimant de vie qui m'attire,\n           Je tends les bras vers toi,\n           Tout s'élance en moi...\n           Mais je reste immobile et soupire!\n\n           Tous mes désirs aventureux      s'en vont,\n           Intrépides enfants dont la venue      m'épuise,\n           El dont les regards ardemment        luisent,\n            Vers je ne sais quel espoir profond !\n\n           Tout ce qui vit en moi me quitte,\n           Et je reste, triste et pâlie,\n           Brûlante et froide et affaiblie,\n           A compter le temps qui s'effrite !\n\n\n\n            O qu'un vent de délire    m'emporte,\n            Ainsi qu'un atome vivant,\n            Par les mers vastes et les c i e u x mouvants.\n            0 nature, fais-moi   forte!\n\n            Fais de moi l'être  inconscient,\n            Que ta sagesse dirige,\n            Et que ta grandeur    corrige\n            De son orgueil impuissant !\n\n\nMai 1905\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-015", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 346, "page_fin": 347, "titre_corps": "Le jardin de mon amie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Canivet", "ancre_debut": "Le jardin de mon amie A Nelly Van der Stappen", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 429, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "Le jardin de mon amie\n                                                 A Nelly Van der Stappen.\n\n                 J'AI trouvé mon amie, rayonnante en son ample et\n                    savoureux jardin, comme en un paradis.\n                        Elle s'y promenait charmée, et elle me parut\n                    le posséder, comme on possède ce qu'on a\n                    édifié, presque en conquête.\n                        Ses regards, tels de douces abeilles, en buti-\n                   naient la beauté et la distillaient en joie.\n                       E n ce jardin flottaient des souffles de confiance\net de bonté, il était aussi familier, aussi clair à l'œil, que la\nchambre où l'on vit d'habitude, et que l'on aborde d'un geste\nsûr.\n   J'ai fait le tour des allées, mon amie me montrait ses fleurs,\ncomme une reine eût montré sa couronne.\n   Elle s'arrêtait sous l'arbuste envahissant, qui poussait ses\nbranches échevelées, s'écrasait de vigueur et faisait presque\nployer son tronc mince, elle le regardait avec tendresse, étonnée\net inquiète, ce regard de la mère qui voit son fils grandit, et\nqu'appelle la vie.\n   Elle avait laissé à toute fleur sa beauté, car elles se dévelop-\npaient libres; chaque plante y dévoilait son galbe, sa grâce\nspéciale, et se dressait seule, tels les esprits bien faits que\nn'etaye aucun préjugé, aucune inutile influence.\n   Il n'y avait pas de parterres, dont les floraisons se massent, en\nlourdes cocardes, où se noient les formes.\n   P a s non plus, en ce jardin de mon amie, de plantes forcées et\nmaladives, qui éclosent avant le t e m p s . Elle craignait ces pâles\ncorolles artificielles; sa simplicité vraiment intime se révélait\npleinement dans le choix de ses fleurs, simples aussi, et dont\nelle câlinait du doigt les honnêtes et saines petites figures.\n   Elle avait pour elles de l'encouragement dans la voix, de\nl'admiration dans les yeux, et de l'amour au cœur.\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "                             LE JARDIN DE MON AMIE              347\n\n  Elle connaissait leurs goûts, leur nature, et d'après que leur\npetite âme est fougueuse et éclatante et avide de lumière, ou\nqu'elle aime l'ombre paisible et fraîche, mon amie les avait\nplantées en plein soleil, jusqu'au milieu des gazons, ou au pied\ndes m u r s , dans la terre h u m i d e et grasse.\n  E t cependant il y avait un parterre, un seul parterre de\nnobles roses; ces fleurs de large beauté, ces fleurs d'ivresse et\nde candeur ne pouvaient être absentes.\n  Elles étaient colorées, comme si le vent chaud qui passait en\ncaresse, les faisait rosir, rougir ou s'empourprer, sans doute\nparce qu'il cueillait leur parfum comme se cueillent les baisers.\n   Il y avait tant de belles et touchantes choses, dans ce jardin\nde mon amie, depuis le charmant petit coin des boutures,\nqu'elle soignait avec d'infinies précautions, jusqu'aux grands\narbres, qui étaient ses dieux superbes et adorés.\n\n   J'ai laissé mon amie dans son jardin, je n'ai pas voulu qu'elle\nle quitte, car j ' a i senti qu'elle en était l'âme. Comment se\nferait-il autrement, qu'en lui disant au revoir, j ' a i subitement\nretrouvé en elle la simplicité claire des visages de fleurs, la\ntranquille splendeur des roses, la souplesse courageuse des\nvrilles ciselées, et la droite fierté des troncs énergiques?\n\n                                                 HÉLÈNE   CANIVET.\n  10 n o v e m b r e 1904.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-016", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 348, "page_fin": 355, "titre_corps": "Jordaens décorateur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fiérens-Gevaert", "ancre_debut": "Jordaens décorateur Les Peintures de Greenwich", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 431, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "Jordaens décorateur\nL e s P e i n t u r e s de G r e e n w i c h . — Le T r i o m p h e de la M a i s o n a u    Bois\n  à La H a y e . — Les p l a f o n d s du p a l a i s de J o r d a e n s . — L e s p l a f o n d s\n  offerts par le M a î t r e à la Gilde de S a i n t - L u c d ' A n v e r s (1).\n\n\n                    TOUT semblait destiner le maître aux travaux de décoration\n                      proprement dite : sa verve, son goût des o r d o n n a n c e s\n                      magnifiques, ses débuts de water-schil der, sa collaboration\n                      à l'arc « philippien », ses nombreux cartons de tapisseries.\n                      N é a n m o i n s , il est permis de se d e m a n d e r si J o r d a e n s fut\n                      réellement u n décorateur. N o u s tâcherons d'éviter tout\n                      dogmatisme dans notre réponse et d'étudier la q u e s t i o n\n                      en examinant les œuvres\n                        U n mot d'abord d'un vaste ensemble que l'artiste\nentreprit au m o m e n t où il faisait construire son hôtel de la rue H a u t e , en\npartie conservé.\n    Charles Ier avait chargé le fameux abbé Scaglia de. c o m m a n d e r a u maître\nanversois vingt-deux p a n n e a u x destinés aux a p p a r t e m e n t s de la reine H e n -\nriette à Greenwich. Cette c o m m a n d e s'entoura de mystère et d'intrigues.\nScaglia devait cacher à J o r d a e n s la destination de ces peintures. D'autre part,\nle remuant Balthazar Gerbier, qu'on est toujours certain de rencontrer à cette\né p o q u e d a n s les négociations un peu troubles, voulut priver le maître de ce\ntravail et mit en avant le n o m de R u b e n s . Mais Charles I e r ne se laissa point\ncirconvenir. J o r d a e n s p u t se mettre à l'œuvre et, le 2 juin 1640, Gerbier lui-\nmême fit paît au roi, dit M. H y m a n s , « de l'envoi d'un spécimen » (2).\nCharles 1er en fut satisfait et, peu après, le maître reçut les dimensions\nnécessaires à l'achèvement des vingt-deux toiles. Quels en étaient les sujets?\nOn ne sait. Il y avait sûrement un plafond ; c'est même la raison qu'invoqua\nGerbier pour risquer le nom de R u b e n s , « mieux au fait des raccourcis »,\n\n\n  (1) Ces pages sont extraites d'un Jordaens qui paraîtra sous peu chez H. Laurens\nà Paris. Ce sera le premier travail d'ensemble et la première étude critique sur le grand\nmaître La publication du livre de noire collaborateur coïncidera avec l'exposition\nJordaens, qui s'ouvrira dans quelques jours a Anvers.\n  (2) Cf. Biographie Nationale, art. Jordaens, t. X, p. 519 à 533.\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3544, "texte": "                              JORDAENS DECORATEUR                                         349\n\ndisait-il, opinion parfaitement injuste, car s'il était un genre où J o r d a e n s\npouvait se mesurer glorieusement avec le chef de l'école, c'était bien, nous\nne tarderons pas à le voir, dans ce que Sandrart appelle joliment la figure\nracourtante. R u b e n s mort, Balthazar Gerbier ne manqua sans doute point de\ntraiter avec plus de m é n a g e m e n t celui qu'il tenait désormais pour le plus\ngrand peintre « prime painter » des F l a n d r e s . On ne sait, au surplus, ce qu'il\nadvint des vingt-deux toiles. Q u a n d Scaglia m o u r u t , le 21 mai 1641,\nJ o r d a e n s avait d a n s son atelier sept peintures qui lui avaient été c o m m a n -\ndées par le célèbre a b b é ; il y a tout lieu de croire qu'elles appartenaient à\nla décoration de Greenwich.\n     U n e dizaine d'années plus tard, J o r d a e n s peignait le Triomphe de Frédéric-\nHenri de Nassau, qui non seulement est sa décoration la plus considérable,\nmais encore son œuvre la plus gigantesque. « U n e fois qu'on l'a vue, elle vous\nhante p o u r la vie,» dit M. Max Rooses (I). L'éminent historien a raison; mais\nla beauté de la peinture assure-t-elle seule celte impression ?\n     C'est u n de mes plus chers souvenirs que mon pèlerinage â l'énorme chef-\nd'œuvre, avec le prélude d'une p r o m e n a d e dans le bois de La H a y e , et la\nvisite d a n s ce petit palais exquisement baroque, la Maison au Bois, où\ns'accumulent les chinoiseries frêles, les céramiques paradoxales, les élé-\ngances a d o r a b l e s d'une Hollande convertie au goût français. Après un trop\np r o m p t c o u p d'œil sur ces mièvres splendeurs, on pénètre dans la grande\nsalle d ' O r a n g e . On a devant soi un immense parquet nu, puis partout, par-\ntout, d e p u i s le sol jusqu'à la calotte d'un dôme exigu, de la peinture et\nencore de la p e i n t u r e ! Sur une paroi de quarante pieds de hauteur s'étale le\n Triomphe! N o u s ne sortons point du b a r o q u e , mais celui-ci affecte soudain\nje ne sais quel air violent, brutal, grandiose.\n     J o r d a e n s est le Michel-Ange de cette Sixtine, où s'assembla le premier Con-\n grès de la paix.\n      Commencée en 1645 par les architectes Pieter P o s t et Jacob Van C a m p e n ,\n la Maison au Bois — Huis ten Bosch — n'était point terminée q u a n d mourut\n celui qui en avait décidé la construction : le prince Frédéric-Henri de Nassau,\n s t a d h o u d e r de la république des Provinces-Unies. Sa veuve, Amélie de\n Solms, décida de lui dédier la salle d'honneur du château et d e m a n d a des\n plans nouveaux à l'architecte Van C a m p e n . Il importait de réserver de\n grandes murailles aux peintres. Van Campen éleva u n e vaste salle, à croix\n grecque, coupa les angles des bras et surmonta le tout d'une petite lanterne.\n Cette conception, fort discutable, ménageait seize belles parois à M M . les\n décorateurs, q u a t r e grandes et douze petites. Il fallut ensuite choisir les\n peintres. C o n s t a n t i n H u y g e n s , conseiller et secrétaire du défunt, s'en chargea,\n d'accord avec Van C a m p e n . Ceci se passait en l'année 1649. R e m b r a n d t ,\n F r a n z H a l s , F e r d i n a n d Bol, Govert Flinck, Bartholomé Van der Helst\n vivaient encore, mais la cour de Hollande ne leur fit a u c u n e ouverture. On\n voulait des F l a m a n d s , des disciples de ce R u b e n s , qui avait enfanté les gigan-\n\n\n   (1) Cf. L'œuvre de Jordaens dans la salle d'Orange. L'Art flamand et hollandais, 2e année.\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3382, "texte": "350                                DURENDAL\n\n\ntesques peintures du Luxembourg, de White Hall, de la Parada, et on tenta\nde réunir, en un suprême groupement, ce qui restait de la grande pléiade\nanversoise. Malheureusement, il y eut des refus — celui de Gaspar De\nCrayer, par exemple; d'autres maîtres, comme Thomas Willeborts, Bos-\nschaert, Gonzalès Coques et Daniel Seghers, après avoir soumis des esquisses,\nse retirèrent, on ne sait pourquoi. Bientôt il ne resta plus que Jordaens comme\n Flamand habitant le pays de Flandre. Mais les autres décorateurs de la salle\nd'Orange : Van Thulden, Soulman, De Grebber, Van Everdingen, Jean\nLievens, Gérard Honthorst, avaient connu Rubens de près ou de loin et se\nflattaient de peindre dans sa manière. Pour les accessoires, on eut recours\nà quelques peintres de nature-morte : Corneille Brizé, Couwenberg, Albert\nDe Valck et Pierre Claesz.\n   En quatre ans, tout était achevé; les seize parois disparaissaient sous les\ncompositions allégoriques ou historiques célébrant les hauts faits du stad-\nhouder défunt. On peignit même des trophées sur les portes; des anges s'agi-\ntèrent dans le dôme et, tout au fond de la lanterne, comme une martyre au\nciel, on mit le portrait d'Amélie de Solms, « veuve inconsolable », dit une\ncopieuse inscription latine. Peut-être s'attriste-t-elle d'avoir favorisé une telle\norgie de peinture, car il ne semble pas qu'elle aimât le tapage. Dans la salle\ndes Ravensteyn, au musée communal de La Haye, on voit son portrait, en\nrabat blanc, le cou relevé d'un rang de grosses perles; une fine mélancolie\nemplit ses yeux noirs, intelligents et tendres. J'imagine que cette délicate stad-\nhouderesse fut étourdie du bruit que faisaient les glorificateurs de son\népoux. Elle avait rêvé, semble-t-il, de créer un Luxembourg néerlandais;\nmais le génie de Rubens, si merveilleusement circonspect dans ses\naudaces, n'était plus là pour inspirer et maîtriser cette foule d'épigones.\n   Je ne puis songer à décrire les peintures de la salle du Triomphe; mes\nnotes, au surplus, ne me signalent que quelques bons morceaux de Van\nThulden et Jean Lievens, et multiplient les épithètes dédaigneuses pour les\npeintures sèchement solennelles de De Grebber. Tournons-nous vers l'œuvre\nde Jordaens.\n   M. Max Rooses nous a appris que le sujet de l'ordonnance du Triomphe\nde Frédéric-Henri fut conçu par l'architecte Van Campen qui dessina\nun croquis et le fit parvenir à Jordaens. Mais celui-ci n'entendait point subir\nde pareilles tutelles. Ce ne fut qu'après de longs échanges de vue que le\nmaître consentit à peindre la Mort dans sa composition. Il tenait beaucoup au\nTemps, par contre, et dut se résoudre finalement à l'abandonner. Des quatre\nou cinq esquisses qu'il soumit à la veuve de Frédéric-Henri en 1651, trois\nsont conservées. Les musées d'Anvers, de Bruxelles, de Varsovie, en ont\nchacun une. Celle d'Anvers est insignifiante et assez criarde; elle présente\ntoutefois une particularité dans la disposition du portique, placé de côté, ce\nqui entraîne le peintre à montrer le char du stadhouder de profil. L'esquisse\nde Bruxelles est une des plus merveilleuses improvisations qui se puisse\nadmirer. Autour de trois taches claires — la Paix en robe blanche, les che-\nvaux éclatants, les trois jeunes femmes à droite — tout est prétexte aux\nnuances les plus rares : quadrige lumineux, cuirasse d'acier bruni, anges tra-\n"}, {"page_pdf": 434, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3860, "texte": "                               JORDAENS DECORATEUR                                          35l\n\nversant un poudroiement d'or. Le pinceau, très chargé, se débarrasse aussitôt\nposé sur la toile et achève sa touche avec un m i n i m u m de couleurs. A h ! la\nfière et riche é b a u c h e ! L e s ombres ont la douceur du velours, les lumières\nont la mystérieuse beauté des rayons du soleil pénétrant la luxuriance des\nforêts. T o u t pâlit à côté de cette esquisse. J e ne connais point la version de\nVarsovie ; je doute qu'elle vaille celle de Bruxelles ; et devant cette réussite\ngéniale, ce prodigieux « coup de dé » on se répète le mot du dangereux\nDiderot : « L e s esquisses ont c o m m u n é m e n t un feu que le tableau n'a pas. »\n     P o u r t a n t u n feu superbe a n i m e l'immense Triomphe de la Maison au Bois\net c'est par excès de virtuosité que J o r d a e n s va pêcher. Nulle description ne\nvaudrait celle que le maître rédigea lui-même en français et envoya en 1642\nà L a H a y e sous ce titre : « Explication d u g r a n d tableau triomphal du feu très\nillustre P r i n c e F r é d é r i c - H e n r i de N a s s a u , P r i n c e d'Orange, de louable\nmémoire pour M a d a m e son Altesse la princesse douairière. » Ce document\nsavoureux, dont on doit la publication à M. Max Rooses, nous informe des\nmultiples intentions symboliques du maître. N o u s savions que R u b e n s , dans\nses allégories, se plaisait à d'élégants rebus. J o r d a e n s avec moins de finesse\ns'amuse aux mêmes jeux. R e g a r d o n s le Triomphe en consultant le c o m m e n -\ntaire d u peintre. Au centre est le P r i n c e , dominé par u n e statue de bronze :\nla Victoire. Celle-ci d ' u n e main couronne F r é d é r i c - H e n r i et de l'autre « le\nP r i n c e G u i l l a u m e son fils, lequel est m o n t é sur u n genêt d'Espagne, et car-\nbettant en gayeté de cœur à l'entour du chariot où son père est m o n t é ». Les\nquatre chevaux blancs attelés au char « dénottent la candeur et l'intégrité de\ncœur de c'est (!) exellent héros » ; ils sont menés par Mercure « Dieu des prat-\n- i q u e s , ruses et subtilitez » et par Pallas « déesse de sagesse et de p r u d e n c e ».\nL e s lions représentent « le courage du prince; les n y m p h e s , les cupidons\nindiquent la gayeté des provinces ». U n adolescent, couronné de roses, con-\nduit joyeusement l'un des coursiers; il porte u n m a n t e a u bleu et cette cou-\nleur montre que la félicité des Provinces vient « de la providence et béni-\ngnité de Dieu ! » On voit encore le c o m m u n peuple m o n t é sur le « pied\nd'estail » où se dressent les statues des prédécesseurs de F r é d é r i c - H e n r i , puis la\nP a i x entourée d'amours tenant les instruments de la science et des arts, puis\nencore des a m o u r s qui sont « de touttes entiquitez signes d'éjouissance ».\nEnfin la Mort et la R e n o m m é e « s'ébattent pour à qui mieux ; la Mort voulant\nsuivre son naturel de destruire la personne du Prince et la louable R e n o m m é e » ;\ncelle-ci au contraire « se défendant, réserve une trompette, pour en blasonner\net éterniser partout l'univers la gloire et louange en l'honneur de ce très\nillustre héros ».\n     J o r d a e n s fléchit un peu sous cette érudition et le spectateur tout d'abord\ns'égare avec lui p a r m i tant de figures et d'accessoires. On ne sent l'ordonnance\nqu'après c o u p . L e cortège du prince sort d'un portico; les anges décorent\nl'architecture de lourdes guirlandes florales et par-dessus le quadrige s'en-\ntassent les figures s y m b o l i q u e s . Si l'architecte Van C a m p e n a conçu cette\n disposition, il l'a surtout e m p r u n t é e à R u b e n s , qui avait imaginé des chars de\ntriomphe identiques p o u r les fêtes anversoises de 1635. Mais j e crois plutôt\n que J o r d a e n s modifia le projet du constructeur hollandais en se laissant\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3572, "texte": "352                                 DURENDAL\n\n\nguider par ses souvenirs rubéniens. Que n'apporta-t-il un peu plus de rigueur\ndans sa mise en scène! Trop de richesses, trop de figures, trop de fleurs! On\naime à croire que le maître s'en rendit compte et regretta encore une fois de\nn'avoir point reçu au début de sa carrière l'enseignement classique de l'Italie,\nqui seul aurait pu faire de lui un décorateur rival de Rubens. Jordaens est la\npremière victime de sa fougue. Et puis le luminarisme, auquel il s'était converti\ndepuis quelques années et qui ne l'empêchait pas encore de peindre des chefs-\nd'œuvre, était peu favorable à la décoration. Non seulement la bousculade des\nfigures enlève toute atmosphère au Triomphe, mais le système lumineux du\nmaître place tous les personnages au premier plan ; sous les chevaux, des\nombres épaisses ne permettent plus de distinguer les corps de la Haine et de\nla Discorde; les draperies les plus tendres sont salies de taches noires, un\nsquelette berninesque gesticule dans des nuages lourdement ombrés. Il est\nvrai qu'en s'approchant, bien des nuances se perçoivent dans ces ombres;\n mais de tels effets sont perdus dans une décoration.\n   Je n'étonnerai point toutefois en disant que cette œuvre est « pleine de\ngénie » elle aussi, qu'il n'y manque après tout qu'une certaine discipline et\nque les plus rares morceaux y abondent. Dans le détail tout est à citer : les\nquatre chevaux blancs taillés dans un marbre qui palpite; les cavaliers « car-\nbettants » autour du prince Guillaume et si splendidement peints avec leurs\ncuirasses luisantes et leurs écharpes d'or qu'ils ont dû faire pâlir d'envie les\nplus fiers peintres des réunions civiques d'Amsterdam, de La Haye, de Haar-\n lem; les nymphes, les cupidons, les statues de bronze, les rustres, les ban-\nnières joyeuses, la belle figure de la Paix, autant de réussites où le pinceau\nqui a brossé l'esquisse de Bruxelles rallume perpétuellement sa flamme.\nAuprès des figures de Jordaens, les personnages de Grebber ne sont plus que\nplats héros de théâtre ; à côté de l'ardent foyer du maître anversois, toute\ncouleur est anémiée. C'est à peine si l'on accorde un coup d'œil à la deuxième\ncomposition que Jordaens peignit pour la salle d'Orange où l'on voit le\nTemps fauchant la Calomnie et le Vice, et la Mort étouffant l'Envie. Cette\nœuvre est dans la manière brune du maître ; elle semble plus tardive et le\nregard ne s'arrête volontiers que sur la superbe figure du Temps, aux chairs\nmordues par le hâle. Il faut revenir au Triomphe avant de quitter la Maison au\nBois. Au milieu des « anversois » dégénérés qui l'entourent, Jordaens appa-\nraît comme un géant solitaire et d'autant plus formidable. Il est le survivant\nd'une race qui meurt. Dans la Gotterdâmmerung anversoise, sa stature\npuissante se hausse sur un ciel où son génie a mélangé l'ombre et l'or.\n   Le Triomphe de la salle d'Orange n'est pas la seule œuvre de Jordaens qui\ns'embellisse d'un cadre vivant. Dans sa demeure patricienne de la chaussée\nde Malines, à Anvers, M. Ch. Van der Linden a disposé de la manière la plus\nheureuse la plupart des plafonds qu'il a retrouvés dans le palais du maître.\nLe Triomphe achevé, Jordaens s'était mis à décorer sa propre maison et ce ne\nfut pas la moindre de ses entreprises, ainsi que l'indique la simple énuméra-\ntion des sujets : les douze Apôtres, les douze signes du Zodiaque, Suzanne et les deux\nVieillards, l'Olympe, l'Offrande à Apollon, Homme transportant une femme nue,\nl'Amour moribond, l'Ange coupant le fil de ses jours, Vénus et l'Amour, Cupidon fuyant\n"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3527, "texte": "                              JORDAENS DÉCORATEUR                                         353\n\n\nune femme nue, Amours avec guirlandes de fleurs, Amours avec guirlandes de fruits.\nLes huit dernières compositions décorent l'hôtel de M. Van der L i n d e n .\nLOffrande      à Apollon est placée à la voûte de la cage d'escalier. Ce qui n o u s\nfrappe tout de suite, c'est l'habileté des raccourcis; la cérémonie est célébrée\ndans un petit temple octogone qui dresse sur nos têtes sa coupole trouée en\nplein centre. Au pied de la statue d'Apollon un grand prêtre balance l'encen-\nsoir et devant la pierre du sacrifice u n servant immole un bélier. U n e vestale,\nun pontife en t u r b a n , quelques gens du peuple, font face à l'autel. L'illusion\n« racourtante » de ces personnages est prodigieuse, n o t a m m e n t pour la\nvestale dont les draperies blanches rayonnent sur toute la scène. Au palier du\npremier étage est Vénus et Cupidon (?) où nous retrouvons les m ê m e s effets\nde colonnes en perspective, ramenées vers u n e coupole ajourée. Mais u n e\ncharmante surprise n o u s attend d a n s u n petit salon voisin.\n   Voici la cheminée du palais de Jordaens (1) avec ses masques fouillés et\nrailleurs, ses rinceaux et ses treillis, voici des portraits, des meubles et des\ntentures évoquant le XVIIe siècle et voici a u plafond l'Olympe et les deux\nGuirlandes d'Amours. On se croirait dans quelque coin de l'hôtel J o r d a e n s res-\npecté par les siècles. Ces peintures que le maître exécuta pour son palais à\nsoixante ans ne se classent point parmi ses chefs-d'œuvre notoires. Mais\ncomme on les a d m i r e et comme elles nous parlent dans u n e telle atmos-\nphère ! Nulle œuvre, au s u r p l u s , ne proclame mieux q u e l'Olympe la maîtrise\nunique de l'artiste dans les raccourcis; les prouesses de l'Offrande à Apollon\nsont dépassées. J u p i t e r , J u n o n , G a n y m è d e , le jeune Bacchus sont au centre,\nauréolés c o m m e une Sainte Famille. P u i s tout autour, accroupis, vus de bas\nen haut, avec des rétrécissements souvent baroques, mais toujours vraisem-\nblables, se groupent Vulcain avec son marteau, Cérés avec sa faucille, Diane\navec son croissant, V é n u s , H e r c u l e , la foule des héros. Des deux côtés\nde cet empyrée, où s'affichent quelques fortes dames d'Anvers, M. Van der\nLinden a disposé les deux Guirlandes de fleurs et de fruits. N o u s y reconnais-\nsons les anges du Triomphe, mais avec je ne sais quelle délicatesse corrégienne\nen plus. L e s fruits sont admirables pommes ardentes, figues ouvertes, courges\nénormes, tout u n symbolisme de b o m b a n c e . E t les fleurs ont une fraîcheur\nd'aurore; le beau magnolia blanc qui s'effeuille d a n s le jardin de M. Van der\nLinden n'en a point de plus éclatantes...\n   Les autres peintures conservées dans la m ê m e maison se distinguent par\nla trivialité du sujet et des étranges accessoires. On ne sait ce que sont\ndevenus les Douze Apôtres et la Suzanne qui décoraient également l'hôtel de la\nrue H a u t e . Q u a n t aux Signes du Zodiaque, ils sont au palais du L u x e m b o u r g ,\nà Paris, depuis l'an X I de la première République. M. H u s t i n a raconté ce\nque l'on sait de leur histoire (2). Après la mort de Van H e u r c k , l'un des p r o -\npriétaires de l'hôtel J o r d a e n s , ils furent vendus à la C h a m b r e des A r q u e b u -\n\n\n  (1) Retrouvée également par M. Van der Linden dans l'hôtel Jordaens dont il est\npropriétaire.\n  (2) Cf. Hustin. Les Jordaens du Sénat. Extrait de l'Art. Janvier 1904.\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3036, "texte": "354                               DURENDAL\n\n\nsiers d'Anvers et passèrent de là chez un prince allemand, A la fin du\nXVIIIe siècle ils étaient à Paris, chez le « citoyen Langlier », marchand de\ntableaux. Comme la galerie du Luxembourg venait d'être transformée en\nmusée, on songea à décorer la voûte de peintures. Le contrôleur des travaux,\nBaraguey, pensa que les plafonds de Jordaens rempliraient admirablement le\nbut et il en proposa l'acquisition à la Commission administrative du sénat\nconservateur, le 19 frimaire an XI (10 décembre 1802). Voici le curieux début\nde sa requête :\n                   « CITOYENS,\n   » J'ai vu, chés un Marchand, douze Tableaux de Jacques Jordaens contem-\n  porain et élève de Rubens; c'est un de ceux qui a le plus coopéré à l'exécu-\n  tion des ouvrages de ce grand Peintre; sa touche et son coloris sont aussi\n» vigoureux et souvent plus brillants; enfin je pense que les Tableaux de cet\n» artiste ne déshonoreraient point ceux de son Maître. Ils représentent les\n» douze mois de l'année, et comme ils sont faits pour décorer un plafond, ce\n» serait à la décoration de la voûte de votre Galerie qu'ils pourraient être\n» destinés. »\n\n   Baraguey fut autorisé à acheter les Jordaens ; il les obtint pour 4,500 francs !\nQuelques mois plus tard, les peintures décoraient les retombées d'une voûte\nen berceau très élevée, où il était presque impossible de les apercevoir. Elles\ny sont restées tout un siècle, ignorées des Parisiens. Elles viennent d'être\ndétachées et, comme elles ont souffert des mouvements de la voûte, elles sont\nactuellement chez un restaurateur. Nous n'avons pu les voir et nous nous\nbornons à enregistrer l'opinion de M. Hustin, pour qui ces douze toiles sont\n« des morceaux de très grande allure, d'une orchestration triomphante et\nd'une fougueuse exubérance ». Au signalement, on voit tout de suite de quel\npeintre il s'agit...\n   Dans deux ans, les Signes du Zodiaque, grâce à M. Hustin, plafonneront\nune salle moins haute; Jordaens sera honoré au Luxembourg comme\nRubens l'est au Louvre, et nul doute que « l'orchestration » des douze\npeintures ne produise le meilleur effet dans le beau cadre du palais\nmédicéen.\n   Vers la soixantième année, Jordaens se remit à travailler pour un souverain,\net Sandrart parle d'une commande de douze sujets de la Passion qui lui fut\nfaite par le roi Charles-Gustave de Suède. M. Hymans a démontré que ces\npeintures sont postérieures à l'année 1654. C'est à cet ensemble que fait\nallusion le texte inscrit sous un portrait gravé de Jordaens et qui parle « des\nbelles choses racourtantes » peintes par le maître pour le roi de Suède.\nD'autre part, le catalogue de la collection Jordaens vendue à La Haye\nen 1734 mentionnait un plafond avec l'Histoire de Psyché « peint pour la reine\n Christine de Suède ».\n    Enfin, le 14 août 1665, Jordaens offrit à la Corporation des peintres trois\nplafonds conservés aujourd'hui au musée d'Anvers : Pégase, le Commerce et\nl'Industrie protégeant les Beaux-Arts, la Loi humaine basée sur la Loi divine. Nous\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3015, "texte": "                               JORDAENS DECORATEUR                                         355\n\n savons par M. V a n den B r a n d e n (1) que la Gilde d e S a i n t - L u c fêta de son\n mieux à cette occasion le vieillard de soixante-douze a n s , qui incarnait\n toute u n e époque de gloire impérissable. L e s trois œuvres mises en place\n dans l'hôtel corporatif, des flots de vin coulèrent en l'honneur de « Monsieur\nJ o r d a e n s » On remit au vieux maître une buire en argent avec bassin\n du prix de 336 florins, et l'un des jeunes confrères lut une pièce de vers où\n la P o é s i e , h e u r e u s e d'être mise au rang des Divinités, remercie la P e i n -\n ture qui lui accorde cette faveur inappréciable. E t cette m ê m e Poésie toute\nrouge de b o n h e u r , charge le jeune confrère de remercier Monsieur Jordaens :\n « Puisqu'il Vous a plu, par a m o u r p o u r notre corporation, de lui faire h o m -\n    mage d'un objet d'art d'une valeur inestimable, nul h o n n e u r ne saurait\n » lui être plus agréable : Voilà pourquoi Elle chante vos louanges au sommet\n » du P a r n a s s e . T a n d i s que l'Envie se rongera les doigts, Elle transmettra\n » d'âge en âge votre nom et la r e n o m m é e de votre talent. Elle écrira sur sa\n    poitrine : J o r d a e n s est cher a t o u s . »\n    Même sous sa forme ampoulée, cet h o m m a g e est attendrissant. Il est\nréconfortant de penser que d a n s le mortel déclin de la gilde anversoise,\non honorait de la sorte le vieux lion solitaire. Mais, au fond de l'âme, que\ndevaient penser les jeunes confrères en regardant les peintures offertes par\nJordaens? Elles sont médiocres, brossées sommairement, sombres, avec\nquelques faux éclats d a n s u n e atmosphère caverneuse. Son gros Pégase, après\ndeux battements de ses courtes ailes, ira se briser sur les r c c h e s ; le\nCommerce et l'Industrie protégeant les Beaux-Arts                 est u n e banale assemblée\nd'académies c o n v e n t i o n n e l l e s ; q u a n d à la Loi humaine basée sur la Loi divine,\nc'est u n e peinture littéraire à prétentions m o r a l e s ; J o r d a e n s lui a d o n n é\ndes dimensions énormes pour se mieux faire e n t e n d r e . L e s vieillards qui\nont aimé le rire d a n s leur jeunesse n e se gardent pas suffisamment de\nces tardifs accès d e morosité. Cette grande m a c h i n e allégorique n'ajoutait\nrien au prestige d u vieux maître q u i , deux ans auparavant, avait dépensé\nla réserve de son génie d a n s le grand tableau de Mayence. Au fond,\nles jeunes peintres d'Anvers devaient trouver Jordaens furieusement d é m o d é .\nIls en arrivaient, sans d o u t e , à penser de bonne foi que la gloire de l'école\nrubénienne était bien un peu surfaite. Ils s'aveuglaient sur leurs faiblesse\net marchaient avec inconscience vers le n é a n t . Ainsi va le m o n d e , ainsi\nva l'art.\n                                                                   FIÉRENS-GEVAERT.\n\n\n\n\n  (1) Cf. Vanden Branden. Histoire de l'Ecole de Peinture d'Anvers, ch.XXVI, Jordaens.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-017", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 356, "page_fin": 359, "titre_corps": "Les Heures d’après-midi", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Les Heures d'après-midi APRÈS avoir célébré", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 439, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1921, "texte": "Les Heures d'après-midi\n                APRÈS avoir célébré les      Heures claires des limpides\n                   matinées de la jeunesse et de l'amour, voici\n                   q u ' E m i l e Verhaeren interprète, en y apportant\n                   le même charme pénétrant et fort, la grave\n                   douceur et l'ardeur passionnée des Heures\n                   d'après-midi (1).\n                      E t l'on doit admirer, une fois de plus, la\n                   souple aisance avec laquelle, également sensible\naux voix profondes de l'univers et au battement léger du coeur\nqui palpite sur le sien, l'auteur des Villes tentaculaires passe des\ncris violents aux tendres aveux et aux simples confidences.\n   A la fois réceptif et créateur, miroir et lumière tout ensemble,\nl'incomparable artiste, de tous ses sens tendus vers la beauté,\nrecueille les impressions errantes pour les éterniser en d'harmo-\nnieuses images. P l u s généreusement peut-être qu'aucun poète\nd'aujourd'hui, E m i l e Verhaeren fut comblé du don merveilleux\nde fixer tour à tour, avec un bonheur constamment égal à lui-\nm ê m e , les divers visages de la vie et les faces changeantes de son\npropre destin.\n   T o u t e heure qui passe éveille en lui un éloquent écho ; la\nmaladie elle-même, si elle abat son corps, semble ajouter des\nailes à sa rêverie, et l'on connaît les émouvants accents qu'elle\nsut lui arracher.\n   T o u t e sensation nouvelle se cristallise dans cet esprit sans\ncesse ouvert et sans cesse frémissant ; selon qu'elle est de joie ou\nde douleur, elle devient d i a m a n t ou larme, — mais la franche\nlumière du ciel s'y reflète toujours.\n   L e s Heures d'après-midi sont le poème de l'amour conjugal\nparvenu à sa m a t u r i t é . Quinze ans de vie côte à côte, de\ntendresse constante et de pleine confiance, n'ont pas lassé le\n\n (1) Les Heures d'après-midi, par EMILE VERHAEREN. Bruxelles, Deman.\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "                     LES HEURES      D'APRÈS-MIDI            357\n\nbonheur des époux. Chaque jour, ils découvrent en eux-mêmes\nde nouvelles sources d'émerveillement. Cette maturité leur est\nune seconde jeunesse. Cet amour, vieux de trois lustres, ne\ns'attiédit pas encore en un crépuscule d'amitié. Cette radieuse\naprès-midi garde une pureté d'aurore : une chasteté passionnée\nimprègne, comme une rosée matinale, chacune des pages du\nlivre... Et c'est, chaudement modulée, la chanson des belles\nheures d'été; dans le jardin plein de «roses violentes et tran-\nquilles», ou bien dans la maison où l'horloge de chêne berce\n«le bon travail, fenêtre ouverte». Gardienne et consolatrice,\nl'épouse est là, aux côtés du poète; leur mutuelle présence les\nenfièvre, comme aux premiers jours, d'une ivresse presque\ndouloureuse. Non émoussé par la longue habitude, leur amour\nsait encore les émois puérils : car, lorsqu'on aime de la sorte,\n« on lie une pensée ardente aux moindres choses ».\n   Une fleur qui se fane, un oiseau qui s'envole, l'ombre et le\nvent, les inquiètent obscurément : « tout est crainte ; tout est\nespoir ». Ils communient ensemble à la splendeur éternelle du\nmonde, et leur union y prend quelque chose d'impérissable :\n       L'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles;\n       Ce que la nuit recèle ou montre entre ses voiles,\n       Se mêle à la ferveur de notre être exalté.\n       Ceux qui vivent d'amour, vivent d'éternité...\n\n   Qu'importe que l'âge ait flétri les roses du visage? Leurs\ncœurs sont trop profonds «pour que l'amour dépende encore de\nla beauté», et c'est sans trouble que le poète dit à l'épouse :\n       Je ne vois plus ta bouche et tes grands yeux\n            Luire, comme un matin de fête,\n           Ni, lentement, se reposer ta tête,\n       Dans le jardin massif et noir de tes cheveux...\n\n   Qu'importe « l'heure morose ou l'humeur malévole ? » Ils les\nont connues, comme tout le monde; mais ces misères n'ont pas\nterni leurs âmes, qu'emplit « la sincérité claire, ardente, illu-\nminée», et qui renaissent, après l'aveu des fautes ou la confi-\ndence des tristesses,\n           Comme renaît après la pluie,\n       Quand le soleil la chauffe et doucement l'essuie,\n       La pureté de verre et d'or d'une fenêtre....\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2041, "texte": "358                              DURENDAL\n\n\n   Ces courts poèmes d'amour, tout gracieux qu'ils sont, ont\nplus de force encore que de grâce : E m i l e Verhaeren y demeure\nle penseur un peu âpre et l'écrivain volontiers paroxyste qu'il a\ntoujours été. Aux strophes doucement m u r m u r a n t e s , succèdent\nsouvent de ces vers énergiques et haletants où le poète est passé\nmaître :\n\n        L'espace entier, entre ses bras de vivante clarté,\n        Ivre et fervent et sanglotant m'a emporté,\n        Et j'ai marché je ne sais où, très loin, là-bas,\n        Avec des cris captifs qui délivraient mes pas\n\n  De-ci de-là, un trait hardi rappelle les pathétiques décors\ndes Villages illusoires :\n\n        La pluie et ses cheveux fouettent notre croisée...\n\n   F r é q u e m m e n t aussi, telle une guerrière casquée d'airain qui\nse dresserait d'entre les roses, une grande image épique étonne\n— sans détonner — parmi ces effusions intimes :\n\n        Être une arme de force et de beauté,\n          Aux poings d'or d'une vie insigne...\n\n        Ton corps s'est affaissé comme un pavois,\n        Pour laisser choir les victoires de la jeunesse...\n\n        Les mâts au clair, comme une ardente caravelle,\n        Notre bonheur parcourt les mers de nos désirs...\n\n        Lorsque la vie est belle ainsi qu'une conquête...\n\n  L'ensemble des Heures d'après-midi, « ces poèmes francs et\ndoux », n'en est pas moins u n e sûre et profonde analyse des\ntendresses déjà mûres. Il y faut louer, par-dessus tout autre\nmérite, cette sincérité entière, cette droiture d'esprit et de\ncœur, cette loyauté de langage, qui caractérisent depuis\ntoujours le génie d ' E m i l e Verhaeren. Sa Muse ignore les\ncoquetteries inutiles et les fards salissants : sa simplicité fait sa\ngrâce, sa « vérité » son éloquence. U n e sauvagesse ? peut-être ;\nmais, à coup sûr, une belle sauvagesse, et dont les francs\nbaisers sentent la bonne nature !\n   Il vous est sans doute arrivé déjà de rencontrer, en pleine\nforêt, deux arbres si étroitement noués que la même sève devait\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 831, "texte": "                    LES HEURES D'APRÈS-MIDI                      359\n\n\ncirculer dans leurs branches, les mêmes pluies mouiller leurs\nfeuilles, les mêmes rayons dorer leurs cimes. Voilà l'image qui,\ninvinciblement, s'impose à moi, lorsque je songe au poète des\nHeures claires et à celle qu'il a si fidèlement aimée et si pieuse-\nment célébrée : il n'est pas une pensée qui, du cœur de l'un\nd'eux, ne monte au front de l'autre; il n'est pas une souffrance\nqui ne les courbe tous deux en même t e m p s ; mais aussi, il n'est\npas une joie qui ne leur soit commune. E t la gloire qui, de jour\nen jour, baigne d'un rayon plus tendre et plus ardent les tempes\nméditatives du grand poète, illumine du même coup le front\ndoux et c h a r m a n t de celle qui vit à ses côtés.\n\n                                                  FRANZ ANSEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-018", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 360, "page_fin": 362, "titre_corps": "Thomas Vinçotte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Lambotte", "ancre_debut": "Thomas Vinçotte ES débuts de la carrière", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 443, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "Thomas Vinçotte\n                    ES débuts de la carrière de T h o m a s Vinçotte furent tout de\n                        suite éclatants. Dès l'abord il s'imposa à l'attention et des\n                         productions i m p o r t a n t e s j a l o n n e n t sa carrière dès sa\n                        jeunesse.\n                            L a province en garde jalousement plusieurs. C'est les\n                        deux groupes de la gare de L o u v a i n , une figure décorative\n                        à la gare de T o u r n a i , la statue dePalfyn à Courtrai, le monu-\n                        ment De Naeyer (2), deux compositions de g r a n d e allure\n                        pour le château d ' A r d e n n e ! D'autres travaux sont placés à\nAnvers, à Bruxelles et ailleurs, les Génies du Musée d'Anvers, le magistral\nbas-relief du Musée de Bruxelles, le m o n u m e n t Godecharles, la statue\nd'Annessens, le Dompteur de chevaux de l'avenue Louise, le Giotto, une Captive,\nla Méduse, le Catilina dont des épreuves en bronze figurent aux Musées de\nBruxelles, Berlin, Budapesth et G a n d , le Chevreau, les deux Sainte-Cécile, etc.\n  Vinçotte est un grand laborieux. T o u s ses travaux menés avec la plus fer-\nvente application, simultanément avec un professorat sérieux à l'Académie\ndes Beaux-Arts à Anvers, n'interrompent point la production du portraitiste\nassailli de c o m m a n d e s et toujours respectueux de son art et de lui-même.\n\n   D a n s tous les ouvrages exécutés par Vinçotte, deux éléments primordiaux\naffirment les recherches du sculpteur, la F i g u r e H u m a i n e ou m ê m e plus\nexactement la T ê t e H u m a i n e , considérée c o m m e le miroir expressif et carac-\ntéristique de toute l'humanité, l'extériorisation des compréhensions indivi-\nduelles à élément psychologique et intime — et d'autre part le galbe mouve-\nmenté du cheval — élément plastique et décoratif — permettant les larges\napparitions de masses, l'invention de silhouettes pittoresques, les composi-\ntions de belle allure architecturale adaptées aux perspectives distantes du\nplein air.\n\n\n  (1) Résumé d'une étude de Paul Lambotte, parue dans le numéro de mai de la belle\nrevue L'Art flamant et hollandais, éditée par M. Buschmann d'Anvers.\n  (2) Nous donnons une reproduction de ce gracieux monument élevé à la mémoire de\nM. De Naeyer à Willebroeck. M. Vinçotte s'y affirme sous un aspect tout différent de ce\nqu'il avait fait jusqu'ici, et qui démontre la fécondité de son beau talent.\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "                                 THOMAS VINÇOTTE                                        36l\n\n\n    U n e série de recherches jalonnent d'œuvres d e ce type toute la carrière de\nVinçotte.\n    C'est le Dompteur de chevaux de l'avenue L o u i s e , à Bruxelles, c'est les d e u x\ngroupes du P a r c d'Ardenne qui en forment jusqu'à présent les expressions\nles plus r e m a r q u a b l e s .\n    U n réalisme tout nouveau d a n s l'agencement des formes plastiques a brisé\nl'ancienne formule. T o u t e convention a disparu. Plus d'allure héraldique ou\nde draperies préparées. Le g r o u p e issu directement de l'observation perspi-\ncace et judicieuse de la nature immobilise, en un r y t h m e choisi, u n équilibre\nde formes surprises d a n s leur m o u v a n t e h a r m o n i e .\n    L'exécution est adéquate à cette conception nouvelle. F e r m e , sobre, con-\ncise, nerveuse, elle ne s'encombre point de détails inutiles et se m e u t en de\nlarges plans qui prêtent à la lumière d u ciel des surfaces et des contours\nsuivis ou se jouer et miroiter d'accents les grands p a n s d'ombre simplifiés.\n    L'impression du « premier jet » p e r d u r e dans l'ouvrage achevé et réside\nd a n s ces coulées ménagées de clartés qui cisèlent les silhouettes. Les chevaux\nmarins du château d ' A r d e n n e , menés par une Néréide, conservent à distance\ntoute la simplicité d'exposition, toute la netteté de contours, toute l'impor-\ntance de masses pondérées que leur destination m o n u m e n t a l e comporte; et,\nvus de près, affirment la joie saine d'un métier savant, l'exécution sans esca-\nmotages d'un technicien e x p é r i m e n t é .\n    L a maquette des Biges, qui doit c o u r o n n e r le Musée d'Anvers, est si exac-\ntement c o n ç u e , pour un emplacement à 3o mètres du sol, qu'elle déconcerte le\nspectateur qui l'examine de près, non seulement par son a m p l e u r et ses sim-\nplifications, mais encore par tout l'espace béant entre les divers détails coor-\nd o n n é s de cette composition décorative. Ce large intervalle qui sépare les\ndeux coursiers, le flottement des h a r n a c h e m e n t s p r e n d r o n t à distance leur\nexacte proportion et donneront de l'unité à l'ensemble sans en altérer la clarté\nd'ordonnance.\n    L e s mérites judicieux de ces ouvrages d o n n e n t de sûres promesses pour la\nréussite du q u a d r i g e qui va s'enlever en plein ciel au-dessus du fameux arc\ndu C i n q u a n t e n a i r e . Vinçotte, confraternellement, se loue de la collaboration\nde Jules L a g a e , qu'il a désirée. Cette fois, les artistes travaillent en des\ndimensions inusitées pour le c o u r o n n e m e n t d'un édifice gigantesque, et il\nfallait le juste instinct et la pratique expérience de leur talent éprouvé pour\nnous rassurer sur la réussite harmonieuse de l'ensemble.\n\n   Le bas-relief de marbre blanc qui rehausse la façade de l'aile g a u c h e du\npalais des Beaux-Arts de Bruxelles symbolise la Musique. C'est une des pre-\nmières œuvres importantes de Vinçotte. Il s'est plu à y renouveler partielle-\nm e n t le mythe d'Orphée, et sa composition lui a permis d'associer la grâce\nnoble des corps h u m a i n s dévêtus à la souplesse animale des félins. T r è s\narchitecturale par l'eurythmie des lignes, d'un modèle généralisé, d'une tenue\nhiératique, cette œuvre révèle déjà l'entente des ensembles et les proportions\nqui devait caractériser par la suite de n o m b r e u x ouvrages de l'artiste.\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "362                                DURENDAL\n\n\n   Mais j'ai hâte d'arriver à cette incomparable série de bustes qui d e p u i s\nvingt-cinq ans a paru successivement, enrichissant notre futur P a n t h é o n\nnational de merveilleux portraits, dont chacun constitue un objet d'art distinct\net complet (1)\n   C'est ainsi que sans jamais avoir produit u n e œuvre à scandale, exposé\ndes « nus » faits pour ameuter les polémiques, mais avec une technique\nchâtiée, une élégance sobre, ennemie des ornements inutiles, par le persévé-\nrant et probe effort d'un labeur immense, un statuaire s'est invinciblement\nimposé au respect, à l'admiration de tous. Cette r e n o m m é e ne fera que\ns'étendre et grandir, elle a dépassé les proches frontières de notre patrie\nexiguë; elle continuera à gagner dans le temps et dans l'espace les consé-\ncrations qu'elle mérite.\n\n                                                             PAUL    LAMBOTTE.\n\n\n\n\n  (1) Nous croyons inutile de résumer ce passage, vu que nous avons publié ici même\nune très belle étude de Paul Lambotte sur Thomas Vinçotte considéré comme Statuaire\nportraitiste dans le numéro de juin de l'an passé.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-019", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 363, "page_fin": 366, "titre_corps": "La Fête des arbres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "La Fête des Arbres L'AN passé, un de nos plus sympathiques poètes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 448, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "La Fête des Arbres\n\n               L'AN passé, un de nos plus sympathiques poètes,\n                  Léon Souguenet, eut une idée charmante, celle\n                  d'instaurer en notre pays une fête champêtre qui\n                  est établie ailleurs depuis longtemps, la fête\n                  des arbres. Nous pensions alors que jamais cette\n                  idée ne serait mise à exécution. Qui, en effet,\n                  se préoccupe ici-bas des idées qui germent\n                  dans la tête des poètes? Idée de poète, idée de\nfous, disent les bourgeois! Et cependant voilà qu'à une année\nde distance il s'est trouvé un mayeur campagnard intelligent que\nl'idée du poète a séduit. C'est le bourgmestre d'Esneux, un des\nplus délicieux coins de la Belgique. Il s'appelle M. Grégoire.\nCe nom, il faut le citer et le retenir. A lui revient tout l'honneur\nde la fête dont il a pris l'initiative. Nous reçûmes donc de lui\nune invitation toute familière à venir fêter chez lui nos frères\nles arbres, pour employer le langage d'un autre poète, un saint,\nFrançois d'Assise, le petit pauvre du Christ, l'amant de Dieu\net de sa belle nature. Nous regrettâmes vivement de ne pouvoir\nnous rendre à l'appel du brave mayeur. Cependant Durendal en\nfut. Car un des nôtres, mayeur campagnard aussi et chez qui\nnous fêterons les arbres l'an prochain, Georges Virrès, notre\nsecrétaire de rédaction, représenta Durendal à la fête.\n   Donc le 21 mai 1905, date à noter, cinquante personnes, la\nplupart artistes ou poètes, célébrèrent en une liturgie rustique\nla première fête des arbres. Les enfants des écoles y lurent.\n N'est-ce pas à eux avant tout qu'il faut inculquer l'amour et le\n respect de l'arbre? Et le Conseil communal de l'endroit, et la\n fanfare, et des curieux, tout un public sympathique, qu'un beau\n soleil de juin illumina de ses rayons d'or, formèrent un contin-\ngent suffisant d'assistants.\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3000, "texte": "364                                DURENDAL\n\n\n  L e bourgmestre d ' E s n e u x fit un petit speach sans p r é t e n t i o n\naucune, mais très gentiment t o u r n é . Voici quelques-unes de ses\nparoles :\n   Nous autres, à la campagne, ce que nous avons de plus beau, ce sont\nnos arbres, et la fête que nous avons instituée a pour but de nous apprendre\nà nous-mêmes, et surtout aux enfants, le respect des arbres.\n   Les arbres sont de vieux amis. Un arbre est presque toujours associé à nos\nsouvenirs d'enfants. C'est celui à l'ombre duquel on se reposait l'été ; c'est\ncelui qui, de loin, annonçait le pays quand on y revenait.\n   Les arbres, dans les cimetières, ont été témoins des larmes de toutes les\ngénérations qui sont venues près d'eux.\n   Ils joignent ainsi une beauté morale à leur beauté physique.\n   On peut faire un palais en un an ou deux; il faut cinquante ans ou même\nun siècle pour faire un bel arbre. C'est pourquoi il faut respecter les arbres;\nil ne faut pas les abattre, sauf le cas d'urgente nécessité. Un arbre dans un\npaysage n'appartient pas seulement à celui qui le possède. Certes, celui-ci a\njuridiquement le droit d'en faire ce qu'il veut, mais cet arbre est pourtant\nsolidaire du paysage.\n   Je m'adresse tout spécialement aux enfants. Qu'ils n'abîment pas les arbres ;\nqu'ils respectent les feuilles, les nids; qu'ils apprennent cela à l'école et qu'ils\naiment bien les arbres qui les abritent du soleil l'été, qui leur donne un\nexemple de calme, de patience et qui souffrent la pluie, le vent pour nous\nabriter ou abriter nos maisons.\n    N'est-elle pas t o u c h a n t e cette petite allocution du m a y e u r\nd ' E s n e u x et surtout dans ses exhortations paternelles aux petits\nvillageois ! Elle fut suivie d'un discours vibrant et éloquent\nde J e a n d'Ardenne dont il importe de citer aussi, pour les\nincruster en nos esprits et en nos cœurs, les paroles essentielles\net par lesquelles il établit d'une façon si nette la vraie signifi-\ncation de la fête :\n    Il s'agirait d'accoutumer les esprits à considérer que l'arbre, debout et\nvivant, n'a point pour seule raison d'être, pour destinée unique d'attendre qu'on\nl'abatte; qu'il n'existe pas à seule fin de croître et de se développer jusqu'à\nl'heure marquée où, ayant atteint toute sa vigueur, il sera livrable au bûcheron\ncomme le bétail élevé pour l'alimentation est livrable au boucher, qu'avant\nd'être bon à faire des planches et des bûches, il est surtout et avant tout bon\nà faire la joie de nos yeux, à décorer splendidement notre domaine terrestre,\nà nous donner le bienfait de ses ombrages, à maintenir dans l'atmosphère où\nnous vivons, un précieux équilibre sans quoi notre existence serait précaire\net douloureuse; — à considérer ensuite que l'arbre ne se fabrique pas, que si\nle plus bel édifice détruit par aventure peut se rebâtir en un temps très court,\nil faut toute une vie d'homme et plus encore pour remettre un bel arbre à la\nplace de celui que quelques coups de cognée ont jeté à bas.\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "                           LA FÊTE DES ARBRES                               365\n\n   Il conviendrait, accessoirement, de se persuader que le traitement qui\nconsiste à élaguer l'arbre de façon à lui ôter la ligne, le galbe, la physio-\nnomie, le caractère que lui donna la nature, pour en faire une caricature\ngrotesque ne résulte point d'une nécessité arboricole et qu'elle constitue chez\nnous une spécialité plutôt fâcheuse...\n   C'est dans les écoles que doivent germer et grandir les nobles sentiments\nqui auront pour conséquences directes le culte de la beauté, l'amour de la\nnature, le respect de la vie.\n   La terre est belle partout. Partout elle mérite l'attachement que lui gardent\nau plus profond de leur cœur ses enfants, ceux qui ont appris à la connaître\net à l'aimer sous les aspects où elle leur est apparue lorsque leurs yeux se sont\nouverts.\n   La nôtre n'a point, sans doute, les ineffables séductions des pays méditer-\nranéens, où la légende humaine est écrite dans toute sa splendeur parce qu'ils\nfurent toujours le centre d'attraction par excellence.\n   Nous n'avons ni les oliviers de Campanie, ni la plaine toscane enguirlandée\nde vignes, ni la montagne bleue de l'Ombrie, ni les bois sacrés de Tivoli, ni\nles hauts cyprès, ni les pins de Ravenne, aux rives de l'Adriatique, « pareils\naux colonnes épargnées dans les ruines d'un temple », — tout cela baigné de\nlumière, dans l'azur éclatant.\n   Mais nous avons le sol de la vieille Ardenne, de l'antique forêt aux enchan-\ntements, qui garde pour nous, avec les lambeaux sacrés de sa parure d'autre-\nfois, un attrait particulier et souverain!\n   Il faut éveiller de bonne heure, dans l'âme des petits, le sentiment qui\narrachait à l'illustre poète Ronsard son fameux cri de pitié, cette apostrophe\naux abatteurs d'arbres où il adjurait le bûcheron d'épargner le sang des\nNymphes, cruellement répandu par sa brutale cognée; celui qui faisait dire à\nChateaubriand, ramené à sa forêt natale (et je termine sur ces paroles toutes\n simples d'un grand amoureux de la nature) :\n    « On vient d'abattre un vieux bois de chênes et d'ormes parmi lesquels j'ai\n » été élevé. Je serais tenté de pousser des plaintes comme ces êtres dont la\n » vie était attachée aux arbres de la magique forêt du Tasse. »\n   L'assemblée fit à Jean d'Ardenne une ovation.\n   De M. Jules Carlier, président de la Société nationale pour\nla protection des sites, nous retenons cette image : « On connaît\ndes arbres de Napoléon, souvenirs militaires; nos arbres à nous\nseront des symboles de paix. »\n   Enfin, M. Crahay, le délégué du gouvernement,— un enfant\nd'Esneux — se joignit aux orateurs dans une même ferveur.\n   Et un arbre fut planté.\n   Une heure plus tard, de cordiales agapes réunissaient écri-\nvains, peintres, sculpteurs... Jean d'Ardenne, Jules Carlier,\nLéon Souguenet toastèrent, et l'on décida que la prochaine fête\ndes arbres aurait lieu à Lummen-en-Campine, un village dont\nnotre ami Georges Virrès est le bourgmestre.\n"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1282, "texte": "366                          DURENDAL\n\n\n    On avait aujourd'hui loué l'arbre dans la jeune verdure.\nLà-bas, devant un chêne de mille ans, qui nargue l'éternité, on\nse retrouvera sous le feuillage rouge et or du prochain automne.\n    Telle fut, en sa candide simplicité, ainsi qu'elle nous fut\ndécrite par un assistant, la fête des arbres à Esneux. Les\nimbéciles en riront. T a n t pis pour eux! E t qu'importe après\nt o u t ! Nous n'avons cure de l'opinion des sots. Libre à chacun\nde penser comme il lui plaît. Chacun cherche son bonheur où\net comme il le peut, très haut ou très bas, selon la hauteur ou\nla bassesse de son instinct. Ce qui est mesquin aux yeux des\nmédiocres est généralement très grand et parait tel q u a n d on\nsait s'élever jusqu'à la cime des êtres. L'idée magnifie les\nmoindres choses. Celles-ci ne sont bien souvent petites qu'en\napparence et dans les cervelles trop étroites pour en percevoir\nla valeur essentielle. Quant à nous, nous croyons que tout ce\nqui a pour effet de distraire un instant les esprits des contin-\ngences mesquines de ce piètre m o n d e , est bon et réconfortant, et\nque tout geste qui a pour but de faire aimer la beauté doit être\nloué à l'égal d'un geste héroïque.\n\n                                               HENRY    MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-020", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 367, "page_fin": 369, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Chronique Musicale Sixième Concert Ysaye", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 452, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "Chronique Musicale\n\n  Sixième Concert Ysaye. — Quatrième Concert du Con-\nservatoire. — Concerts divers. — Purgatorium de Joseph\n R y e l a n d t . — Au sixième et dernier concert Ysaye, c'était M. Muck, chef\nd'orchestre de l'Opéra de Berlin, qui tenait le bâton directorial. Les interpré-\ntations de Muck se caractérisent par l'absolue et limpide netteté de l'exposi-\ntion, par la fermeté et la précision rythmiques, par la manière grave et noble\ndont les œuvres sont comprises et rendues, mais elles laissent quelque peu à\ndésirer sous le rapport de la chaleur, de la puissance et de l'envolée lyrique.\nRetenons cependant l'interprétalion de la Siegfrieds Idyl, qui nous a charmé\nsans restriction aucune et où le poème printanier de Wagner a atteint toute\nsa signification poétique et expressive, se parant discrètement de bonheur\net de tendresse, s'épanouissant doucement dans une atmosphère de recueille-\nment et de calme divin. La Symphonie en ré mineur de Sinding, dont nous\ngoûtons surtout la dernière partie, est une œuvre ingénieusement construite\net développée, mais que ne distingue ni la richesse de l'invention musicale,\nni aucune originalité bien saisissante. Quant au poème symphonique M a z e p p a ,\nil ne peut être assurément considéré comme le chef-d'œuvre de Liszt en un\ngenre de composition où le maître hongrois a pourtant excellé. Muck en a\ndonné une exécution assez molle et rythmée de taçon absolument trop uni-\nforme. Le baryton Frölich, à qui nous souhaiterions plus de charme et de\npuissance émotive, a été surtout applaudi dans le monologue de Hans Sachs,\nqu'il a dit d'une voix fort ample et généreuse. Bref, le dernier concert Ysaye\nn'a pas présenté l'intérêt très marqué des auditions précédentes. Cette appré-\nciation n'est certes pas un blâme, mais le simple résultat d'une comparaison.\n   Le quatrième concert du Conservatoire nous a rendu le Judas Machabée de\nHasndel, dont on a goûté pour la seconde fois les altières beautés, les chants\nde gloire s'envolant triomphalement à travers le superbe édifice de poly-\nphonies grandioses. Interprétation de premier ordre assurée par le précieux\nconcours de MM. Laffitte et Seguin, de Mlles Flament, Latinis et Van Crae-\nnenbroeck, qui a tout particulièrement charmé par sa claire et moelleuse\nvoix de soprano. Cette seconde exécution de l'oratorio de Hœndel a renouvelé\ntoutes les nobles impressions d'art de décembre dernier.\n   Un mot du récital que M. Georges Sadler, violoniste, a donné à la salle\nErard. M. Sadler est un artiste de race, qui a fait admirer une fois de plus les\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3513, "texte": " 368                                     DURENDAL\n\n\n\n fines qualités d e son interprétation si personnelle : vigueur r y t h m i q u e , a m p l e u r\n expressive, beauté charmeuse d e la sonorité, qualités q u e l'exécution d ' u n\n p r o g r a m m e fort varié a mis pleinement en relief. Il a joué d e façon vibrante\n et poétique le célèbre Aria de Bach, diverses pages de B r a h m s , Tschaïkowsky,\n Dvorak, B é o n . D'autre part, les Variations de Tartini, le Concert en la de Sin-\n ding, le Zapateado de Sarasate ont fait surtout ressortir la technique ferme,\n souple et brillante d e l'artiste, qui a paru très en progrès et a été fort chaleu-\n reusement acclamé.\n     Mentionnons aussi le récital q u e M. Max D o n n e r a d o n n é à la salle de la\n G r a n d e - H a r m o n i e et où le jeune violoniste s'est montré l'artiste c h a r m e u r ,\n élégant et délicat que l'on sait. Les interprétations subtiles et suggestives d u\n deuxième Concerto de Bach, de pièces de Haendel, d e Mozart et d'Arbos ont\n spécialement obtenu un très franc et légitime succès.\n     Signalons enfin u n e intéressante audition qui a eu lieu a u Conservatoire\n à l'occasion d e l'examen public pour le diplôme de virtuosité d u c h a n t .\n M l l e s D a s et Seroen, élèves de M m e Cornélis, lauréates d u concours d e 1903,\n ont obtenu leur diplôme à l'unanimité et par acclamation. M lles Das et Seroen\n sont des artistes fort douées. U n peu paralysée p a r l'émotion dans le rôle\n d'Annette d u Freyschütz, dont elle a chanté avec M lle Das les premières scènes\nd u second acte, M lle Seroen a interprété avec beaucoup de largeur et d'accent\ndes fragments d u rôle d'Eisa (Lohengrin).\n    Mlle Das a d o n n é la mesure d e son talent dans la Servante Maîtresse (La Serva\nPadrona) d e Pergolèse, qu'elle a j o u é avec M M . R e n é Vermandele et Achten.\nL a Servante Maîtresse, accompagnée p a r le quatuor et le clavecin, sous la\ndirection de M. Gevaert, est restée la composition la plus populaire et la plus\njustement célèbre que Pergolèse ait écrite pour le théâtre; Pergolèse, dont la\nproduction fut si abondante et la carrière si brève, puisqu'il mourut à l'âge\nde 26 a n s . L a Serva Padrona d e Pergolèse fut représentée p o u r la première\nfois en 1733. Cette gracieuse partition, dont les motifs ont u n tour alerte et\nspirituel, est d'un bout à l'autre pleine de verve et de fine gaîté. M lle D a s\npossède u n e fort jolie voix, qu'elle conduit avec u n e aisance remarquable, et\nelle a interprété le rôle de Zerlme avec u n entrain c h a r m a n t , avec autant\nd'esprit q u e d e pétulance et d'enjouement.\n\n\nP u r g a t o r i u m , Oratorium soprana voce choroque concinendum cum Symphonia.\n   (Textus e Psalmis),   par J O S E P H RYELANDT.\n    L'oratorio de Ryelandt, dont u n e réduction pour piano faite p a r l'auteur\nvient d e paraître chez l'éditeur Muraille, à L i é g e , se compose d'une série de\nchants lyriques religieux et de c h œ u r s écrits sur différents textes sacrés\ne m p r u n t é s aux P s a u m e s , et exprimant a d m i r a b l e m e n t les sentiments de\ncrainte, d'amour, de confiance et d'adoration qu'éprouve tour à tour l'âme\néloignée m o m e n t a n é m e n t de Dieu et q u i , épurée, grandie p a r l'expiation,\narrive enfin palpitante et enivrée au seuil du b o n h e u r sans fin (In limine Para-\ndisi). Cette œuvre est assurément u n e des plus hautes et des plus impression-\nnantes qu'ait écrit jusqu'ici le distingué compositeur brugeois. D a n s u n cadre\n"}, {"page_pdf": 454, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1101, "texte": "                            CHRONIQUE       MUSICALE                             369\n\n\nplus restreint on y retrouve l'inspiration profonde, la pénétrante éloquence\nexpressive qui caractérisent sa Sainte Cecile, mais avec un fonds d'harmonies\npeut-être plus riche et u n e maîtrise d'écriture encore plus affermie. N o u s cite-\nrons n o t a m m e n t le Prélude suivi du De profundis, complainte grandiose où\nretentit l'écho d'une douleur profonde, mais calme et grave dans son expres-\nsion, la douleur d'une âme qui pleure mais dont la blessure est adoucie par\nle b a u m e de l'espoir et de l'amour. P u i s le chant Quemadmodum desiderat cervus\nad fontes aquarum, chant d'une puissante envolée et d'une singulière intensité\nd'accent, aspiration toute empreinte de ce mysticisme ardent et passionné qui\nest un des aspects les plus significatifs de l'art de R y e l a n d t , enfin le chœur\nradieux, pacifique et extasié (In limine Paradisi) qu'illuminent de glorieuses\nlueurs, reflet des splendeurs toutes p r o c h e s .\n\n                                                        GEORGES DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-021", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 370, "page_fin": 373, "titre_corps": "Lettre de Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Lettre de Paris LE petit roi d'Espagne a passé par Paris", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 455, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "Lettre de Paris\n\n                  LE petit roi d'Espagne a passé par Paris. Oriflammes, mâts\n                     vénitiens, corbeilles vertes, girandoles électriques, ce fut\n                     à peu près comme pour le roi d'Italie, et pour le roi\n                     d'Angleterre, et pour tous les souverains qui sont venus et\n                     qui viendront. Or, la première idée qui naît est celle-ci :\n                     ne pourrait-on pas varier cette inexorable monotonie?\n                     Quoi, pour ceux qui descendent du nord comme pour ceux\n                     qui montent du midi, le même gala à l'Opéra et la même\n                     revue à Châlons ! Alors, qu'il n'y ait plus de Pyrénées, c'est\ncomme s'il n'y avait plus de Manche ! Mais, qui sait pourtant s'il ne faut pas, de\npréférence, se réjouir de cette fidélité aux usages protocolaires?Qu'arriverait-il,\ngrand Dieu, si les créateurs de joie officielle voulaient y introduire le souci de\nla couleur locale, et accueillaient Alphonse XIII dans un décor de carton\nrenouvelé de l'Andalousie au temps des Maures de la dernière exposition?\nToutefois, sans tomber dans cet enfantillage, peut-être pourrait-on essayer\nd'insuffler dans la baudruche de ce cérémonial quelques bouffées d'esprit\nnouveau. Si, à chaque arrivée de souverain, à chaque occasion de réjouis-\nsance populaire, on nommait un grand-maître des décorations publiques,\njamais le même, avec liberté absolue de dépenser à sa guise le total des cré-\ndits accordés, le résultat serait à chaque fois original. Puvis de Chavannes\nou Gustave Moreau n'auraient pas compris, il y a quelques années, le pavoi-\nsement et l'illumination de Paris comme le comprendraient aujourd'hui\nHenri Martin ou Besnard. Tel concentrerait l'ornementation dans un quar-\ntier unique, tel l'allongerait plutôt en serpent de lumière d'un point à un\nautre. Celui-ci organiserait une fête de verdure dans les bois de Vincennes ou\nde Boulogne. Celui-là préférerait un embrasement nocturne de la Seine. Cet\nautre essaierait d'une franche kermesse tourbillonnant dans les quartiers\npopulaires. Et le souvenir des fêtes les mieux réussies survivrait longtemps\ndans les mémoires des hommes, comme dure encore celui d'une fête véni-\ntienne de l'Exposition de 1889 dont rien n'approcha en vérité lors de l'Expo-\nsition de 1900.\n\n   Mme Roland disait : « Je ne vois guère dans le monde d'autre rôle qui me\nconvienne que celui de Providence. » On se surprend à former le même vœu\nnaïf quand on pense à l'Espagne. Tant de gloire historique jadis et une si\n"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3495, "texte": "                             LETTRE DE PARIS                                371\n\nlongue torpeur depuis, pourtant encore aujourd'hui tant de ressources, tant\nde qualités profondes, tant de bons vouloirs ! A quoi tiennent les décadences,\nle problème est plus passionnant encore qu'à quoi tiennent les progrès.\nPauvre Espagne, si haut, et si bas et si vite! En cinquante ans à peine, au\nXVIe siècle, les 16,000 métiers à soie de Séville tombèrent à 400. Pourquoi ?\nAh! ce ne sont pas les explications qui ont manqué : inquisition, despotisme,\nguerres, émigration, couvents, mesta, almojarifazgo, aucune n'est pleinement\nsatisfaisante. Et d'ailleurs quand l'Espagne a produit ses grands hommes,\nCalderon et Velasquez notamment, elle était en pleine décadence déjà. Y est-\nelle toujours? Peut-être moins qu'il semble. Il y a un long apprentissage à\nfaire quand il s'agit d'agir par soi-même, de se libérer du despotisme royal\ncomme du despotisme parlementaire, et l'Espagne commence à peine. Beau-\ncoup affirment que ses progrès sont énergiques, dus même à ses dernières\ndéfaites. Il ne lui manquerait plus, pour tenir sa digne place dans le monde,\nque quelques représentative men comme M. Ramon y Casal, car c'est par ses\ngrands hommes qu'un pays compte, et que serait la Norvège sans Ibsen ou\n la Provence sans Mistral? Mais ceci est en dehors des prérogatives habituelles\nde la Providence, telle que la concevait Mme Roland. Il n'y a donc qu'à laisser\nfaire et à souhaiter que se fasse. Tout ce qui relèvera l'Espagne ne peut que\n profiter à la civilisation de langue française, puisque celle-ci sera toujours\n l'intermédiaire entre le tras-os-montes et le reste de l'Europe. Supposez que\n toute notre culture occidentale s'éteigne, et que les deux pôles de la civilisa-\n tion soient l'Europe centrale de l'Orient, de quel énorme avantage ne bénéfi-\n cierait pas soudain la Russie !\n\n   Qu'est d'ailleurs le problème espagnol en comparaison de l'énigme musul-\nmane? Où sont les splendeurs des Mille et une nuits? Ont-elles jamais existé?\nCes descriptions merveilleuses de Cordoue, de Grenade, de Bagdad, ne\nseraient-elles pas l'œuvre de Tartarins en burnous? Allez donc dire aux agri-\nculteurs tunisiens que leur pays a été jadis le grenier à blé du monde, ils\nplisseront une grimace sceptique. La terre carthaginoise était prédestinée à\nservirdechamp de bataille; aujourd'hui, ce sont deux cohortes criardes d'érudits\nqui s'y heurtent, les uns veulent que tout y ait changé, les autres que tout y\nsoit le même. Et en avant Salluste contre Antonin Martyr! La victoire semble\nappartenir à ces derniers. On a jaugé toutes les citernes, repéré tous les points\nd'eau, compté tous les aqueducs, le contemporain des Césars n'avait pas\nplus d'humidité à sa disposition que celui de Loubet. C'est mathématique.\nSeulement, comment, diantre, faisaient les éléphants de Salammbô pour vivre\nen liberté dans ce suffétat anhydre? Et le Maroc, que nous réserve-t-il ?\nDepuis qu'on en parle dans les Dernières Nouvelles, c'est un paradis terrestre :\ndes prairies, des alpes ruisselantes de cascades, des rivières portant bateaux,\ndes forêts à vertes chevelures, et des millions d'habitants. Comme il serait\nprudent d'accepter tous ces bénéfices sous celui d'inventaire ! Les Almora-\nvides sont bien morts, et jusqu'ici ce que le Maroc a révélé de plus curieux\nà ses derniers explorateurs, ce sont quelques casques à pointe poussés comme\ndes champignons d'un nouveau genre sur le jardin potager de Tanger. Noli me\n"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3367, "texte": "372                               DURENDAL\n\n\ntangere, si le sultan de Marakesh a besoin d'une devise, qu'il charge son\nblason de celle-ci.\n\n   Le troisième centenaire de Don Quichotte, 8 avril 1905, avait été une\noccasion moins officielle mais plus profonde de glorifier l'Espagne. Il n'y a\npas beaucoup de livres qui fassent partie du patrimoine incontestable de\nl'esprit humain; Don Quichotte est un de ceux-là. Pas une bibliothèque où il\nne doive être, en n'importe quel coin du monde. On n'en pourrait dire autant\nni de Rabelais, ni de Goethe, je suppose, quel que soit leur génie. On doit se\nfaire une âme particulière pour goûter Pantagruel, et il faut quelque provi-\nsion de bonne volonté pour se plaire à Faust. Mais Don Quichotte et Sancho,\nqui ne les a pas aimés, compris, admirés? Ils sont de tous les temps et de\ntous les pays. On a voulu les espagnoliser, quelle erreur ! Don Quichotte\nn'est pas plus Castillan que Gil Blas. Ce n'est pas à lui qu'il faut recourir\npour expliquer l'épopée des conquistadors; il n'a ni la folie de l'or, ni même\nla folie de la croix; c'est un chevalier errant, préoccupé de faire régner la\njustice sur terre beaucoup plus que de pourfendre les mécréants, et par là il\ns'apparente à nos actuels redresseurs de torts sociaux, mais combien plus\namusant, plus sympathique et plus sensé que nos bons démocsocs! Car Don\nQuichotte n'est pas fou. Il raisonne pertinemment, et de façon à ne pouvoir\nêtre fait quinaud. Quand il arrive la lance en arrêt sur un troupeau de mou-\ntons et qu'il sème la plaine de toisons sanglantes, il ne nie pas que ce soient\ndes moutons, seulement il est sûr que, l'instant d'auparavant, c'étaient des\nchevaliers, et qu'un méchant enchanteur lui a joué le tour de les métamor-\nphoser brusquement. Qui pourra lui prouver qu'il se trompe? Et remarquez\nque ce point de vue mis à part, tout est parfait dans notre bon paladin ; indul-\ngence, courtoisie, gravité aisée, sagesse et courage, il a toutes les vertus. Or,\ntout homme a ses oeillères ; et quel est celui de nous qui, ce détail de harnois\nnégligé, peut faire preuve des qualités du seigneur don Quixote de la Manca ?\n\n   Si l'on veut savoir ce qu'est un conquistador, qu'on ne s'adresse pas à Cer-\nvantès, mais au simple et brave Bernard Diaz dont je viens, le hasard aidant,\nde lire la Verdadera Historia. Quels hommes! « On dit que le grand général\net guerrier Jules César assista à cinquante-trois batailles rangées, eh bien !\nmoi je dis que je me suis trouvé dans plus de batailles que Jules César...\nIl résulte de cette énumération que je me suis trouvé dans cent dix-neuf\nbatailles ou rencontres. » Bernard Diaz écrivait ses souvenirs quarante-sept\nans après ses grands exploits, il survivait presque seul à ses compagnons :\n« Des 550 soldats qui partîmes avec Cortès de l'île de Cuba, cinq seulement\nvivons encore; nous sommes bien vieux, affligés de maladies, très pauvres,\nchargés de fils, de filles à marier et de petits enfants avec de fort mesquins\nrevenus et nous passons ainsi notre triste vie au milieu des fatigues et des\nmisères. » Et pourtant quelles jeunesses avaient été plus enivrantes, plus\ninouïes que les leurs ! Cet incroyable empire du Mexique découvert, forcé,\nconquis, au prix de quelles luttes! Et en vue de quelques perspectives! Si on\nétait vaincu et pris, ce n'était pas la mort du soldat qui vous attendait, maie\n"}, {"page_pdf": 458, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "                              LETTRE DE PARIS                                 373\n\nla mort horrible sur la table des sacrifices humains, devant de hideuses\nidoles, le couteau d'obsidienne plongeant dans la poitrine, et le prêtre\naztèque arrachant le cœur encore palpitant pour l'offrir à ses divinités. Dans\nune tentative sur Mexico, soixante Espagnols tombèrent ainsi entre les mains\ndes Indiens, et leurs frères les virent périr l'un après l'autre, car on se battait\nde près et le grand temple de Mexico, pyramide en plein air, hissait sa table\nde sacrifices à la vue de tous. Bernard Diaz avoue que c'est de ce jour-là\nseulement qu'il connut la peur : « Nous voyions ces malheureuses victimes\npoussées, frappées, souffletées par leurs bourreaux. Quelques-unes furent\nforcées de recevoir des couronnes de plumes sur leur tête, et tenant des éven-\ntails à la main, ils étaient obligés de se livrer à la danse devant les maudites\nidoles. Après cet exercice dérisoire, ils étaient enlevés et étendus sur la pierre\ndes sacrifices... »\n\n   Que l'œil se détourne de ces atrocités pour ne voir que les résultats obtenus\net consolidés par trois siècles, un monde immense rattaché à la civilisation, le\npays où l'on trouvait des amoncellements de cent mille crânes humains\ndevenu une république prospère et puissante. Quel que fut leur fièvre de l'or\nou leur mépris de la vie humaine, les conquistadors ont droit à une gloire\néternelle. C'est par eux surtout que l'Espagne vivra dans l'histoire. En un\ncertain sens, on peut dire qu'elle ne méritait pas le bonheur qui lui échut.\nRien ne la prédestinait à la destinée des navigateurs et des explorateurs.\nDes villes comme Gênes, Venise ou Dieppe avaient fait preuve d'une autre\ninitiative, et le hasard aurait dû envoyer Colomb à d'autres cours que celle de\nCastille. L'Espagne joua de bonheur en enfantant Cortès et Pizarre, comme\nen enfantant Cervantes et Vélasquez. Aucun long effort littéraire ou pictural\nne légitimait l'apparition de ces derniers génies. Mais ce qu'on peut dire en\nfaveur de la belle et grande Espagne, ce qui définitivement légitime sa gloire,\nc'est que cette chance la trouva digne d'elle, et que, pendant plus d'un siècle,\nelle entassa sans compter, presque follement, les héroïsmes, les audaces, les\nvictoires, et qu'elle s'épuisa presque à jamais pour bâtir un monde qui ne le\npaye aujourd'hui que d'ingratitude.\n\n                                                                HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-022", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 374, "page_fin": 380, "titre_corps": "Livres et revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES La psychologie des romanciers russes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 459, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\nL a psychologie des r o m a n c i e r s russes au XIX e siècle, par\n   M. OSSIP-LOURIÉ. — (Paris, Alcan.)\n   « La foi existe chez l'enfant parce qu'il n'a aucun moyen d'investigation\npersonnelle à sa disposition... Mais, dès l'instant qu'il raisonne, il substitue\nla raison à la foi, soit qu'il reconnaisse cette dernière la trouvant juste, soit\nqu'il la rejette la trouvant absurde, cela dépend du degré de développement\nde la raison et de l'esprit de l'individu. Somme toute, les deux phénomènes\nsont naturels. L'esprit critique rejette la foi, l'esprit borné l'admet, yuand la\nfoi existe encore à l'âge adulte, c'est qu'il y a dans l'organisme une dispo-\nsition qui nuit à la raison et qui l'arrête à tout jamais... »\n   Ainsi parle l'auteur de ce livre, à propos de Gogol, oubliant, il semble, les\nexcellents principes énoncés par lui-même dans son Introduction : « Toute\nformule, même lorsqu'elle synthétise l'analyse, est dogmatique, et tout dogma-\ntisme, de quelque nature qu'il soit, a des dangers, il est forcément conven-\ntionnel, ennemi de la curiosité, de la libre recherche et de la libre critique. »\n   Et, en effet, les axiomes tranchants de M. Ossip-Lourié sur l'infirmité\ndes esprits religieux font un étrange préliminaire à l'étude d'écrivains de génie\nappartenant à une race chez laquelle la négation même revêt une apparence\nmystique et qui, à peu près tous, se sont montrés hommes de foi dans leur\nœuvre. Il est vrai que M. Ossip-Lourié explique cette inconséquence en des\nêtres comme Gogol, Dostoiewsky et Tolstoï, par exemple, auxquels il serait\ndifficile de nier l'esprit d'observation ou d'analyse, la faculté de voir, de\ncomprendre et de raisonner leur expérience, par la pathologie : les deux\npremiers étaient épileptiques, et, chez le dernier, la crise de crédulité a\ncoïncidé avec la sénilité!... C'est la psychologie du nœud gordien! M. Ossip-\n Lourié a raison : toute formule dogmatique aveugle, surtout si elle est\nscientifique, convaincue de sa propre infaillibilité, et prétend soumettre à son\n uniformité inintelligente la pensée et le cœur irrationnels de l'artiste ou du\n poète !\n    Cette âme russe, âme de nomade, dirait-on, de contemplateur de la steppe,\nétrange, émouvante, insatisfaite, avec les aspirations idéales qui la tra-\n vaillent, le mélange de sauvagerie forcenée et d'exquise sensibilité qui sont\n en elle ; cette âme qui s'incarne en tant de personnages de Tolstoï, de Dos-\n toiewsky et de Gorki, à la fois énigmatique et attirante, elle échappe, elle\n aussi, aux prises avides et sèches de la science : au fond, il n'y a pas assez\n de définitions et de catégories pour la complexité des âmes, et c'est dans un\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3352, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                375\n\nesprit de sympathie humaine qu'il faut étudier celles-ci. En les aimant, nous\nles comprendrons ; en les aimant, nous les devinerons et les créerons, dans\nleur virtualité, en nous; mais jamais, en les fourrant de gré ou de force dans\nles anguleux et arbitraires compartiments d'un système.\n   Ces réserves faites, nous pouvons louer le livre de M. Ossip-Lourié pour\nl'abondance des renseignements qu'il réunit sur tous les écrivains russes du\nXIXe siècle. La partie analytique du travail de l'auteur est très bien comprise\net très complète et il a mis parfaitement en lumière les caractéristiques des\nécrivains de génie ou de talent qui ont donné un si grand éclat à la littérature\nrusse contemporaine.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\n   Œ u v r e s Complètes d u Comte T o l s t o ï . — Le treizième volume\ndes œuvres complètes du comte Tolstoï, dans la belle traduction de M. Bien-\nstock, vient de paraître à la librairie Stock de Paris. Ce sont avec les articles\npédagogiques de la revue Iasnaia-Poliana, toutes les idées et les théories de\nl'illustre écrivain sur l'éducation et l'instruction. Cet immense problème,\ndont on peut dire qu'il a préoccupé tous les grands esprits, Tolstoï le retourne\nsous toutes ses faces, en apportant à cet examen si complexe ses dons prodi-\ngieux d'observation et d'analyse. En ces pages vivantes, il décrit la psycho-\nlogie des enfants, leur sensibilité inquiète, leurs défauts, leur intuition du\nbeau. Il crée l'instruction libre en la confondant avec l'éducation. Il raconte\nl'histoire de cette école de Iasnaïa-Poliana qu'il a dirigée, dont il a formé\nl'enseignement jusqu'en ses plus petits détails. On lira avec étonnement les\ncompositions des élèves de Léon Tolstoï, reproduites dans l'intéressant\nappendice au début duquel M. Paul Birukov rappelle — fait peu connu en\nFrance — que l'auteur de Guerre et Paix a inventé un alphabet qui, violem-\nment excommunié à son origine par l'administration, est maintenant en\nusage dans toutes les écoles de Russie.\n\nLes L é g e n d e s hagiographiques, par le R. P. H. DELEHAYE,\n   S. J., bollandiste. — (Bruxelles, Bureaux de la Société des Bollandistes.)\n   On sait assez la réputation et l'autorité que les bollandistes se sont acquises\ndans le monde scientifique par la rigueur de leur méthodes historiques, par\nleur science et par la perspicacité de leurs recherches. Elle doit être souvent\nardue la mission des rédacteurs des Acta Sanctorum, et plus d'une fois, sans\ndoute, l'inflexibilité de leur critique et leur clairvoyance ont dû susciter\ncontre eux le dépit et la colère des promoteurs des fastes apocryphes de saints\nimaginaires, ou aussi induire à la tristesse les bonnes gens accoutumées à\nvénérer quelque vieux saint, dont toute la gloire locale n'était faite que de\ncrédulité et de fables populaires accumulées pendant des générations.\n   Le R. P . Delehaye met admirablement en relief les difficultés de la matière,\nà cause de la rareté des sources authentiques, de la confusion des textes et\ndes falsifications inconscientes ou volontaires que ceux-ci ont subies. La\nmémoire du peuple simplifie à la fois et complique : le merveilleux l'attire,\nmais elle le prend de toutes parts pour l'amalgamer, en quelque sorte, autour\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3271, "texte": "376                                DURENDAL\n\n\n\ndes faits ou des hommes dont elle est actuellement préoccupée; de sorte que\nl'on découvre dans les légendes, dont les hagiographes ont été les interprètes\n(et parfois aussi les fauteurs) des traces considérables de tout ce qui, d'âge\nen âge, a hanté le souvenir des hommes : événements réels ou mythiques de\nl'antiquité et de l'ère chrétienne; contes, histoires de tout genre; romans de\nchevalerie; chansons de geste, etc., etc.\n    Il faut toute la sagacité et la patience imperturbable des bollandistes pour\nanalyser des écrits donr, après élision de tout ce qu'ils comportent de douteux\nou de controuvé, le résidu de réalité est presque imperceptible. Quelquefois\nmême, il se réduit à rien. Tel est le cas, par exemple, pour saint Vidian,\nmartyr local honoré à Martres-Tolosanos, dont la légende se confond avec\ncelle de Vivien, héros de deux chansons de geste : les Enfances Vivien et\nAliscans; pour sainte Dymphne, qui tient ses origines du célèbre conte de\n Peau-d'Ane, etc.\n    On se rappelle la légende des saints Barlaam et Joseph, dérivée, dans ses\n parties essentielles, du Lalita Vistara, de la légende du bouddha Çàkya-Mouni ;\n celle des Sept-Dormants, issue d'un roman pieux; celles des saints Cosme et\n Damien, patrons des Médicis, illustrées si souvent par le pinceau charmant\n de l'Angelico, et dont on ne connaît rien de certain. — C'est presque un\n axiome, en hagiographie, que plus un récit est chargé, plus il surabonde en\n détails, en circonstances et aussi en miracles, plus il est récent et sujet à cau-\n tion ; le savant auteur nous fournit une brillante démonstration de ce prin-\n cipe dans le chapitre qu'il consacre à l'étude des formes successives de la\n légende de saint Procope, forte et belle dans les quelques lignes de sa version\n primitive et défigurée peu à peu par les hagiographes, soucieux avant tout\n d'orner leur « matière », d'en accroître l'attrait et l'édification pour leurs\n lecteurs.\n    La substantielle et élégante étude du R. P . Delehaye, qui traite également,\n d'une façon approfondie la difficile question des réminiscences et des survi-\n vances païennes dans les fêtes et les commémorations chrétiennes, prendra\n nécessairement place dans la bibliothèque de tous ceux qui s'intéressent aux\n sciences historiques.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\nEen Rooske v a n          O v e r z e e (Duimpjesuitgave), par AUGUST CUPPENS.\n  J'aime ce poème d'amour — d'amour divin — frais et parfumé comme une\nrose dans les lumières douces de l'aurore...\n   Une humble petite sœur des pauvres était issue de grande race et pour-\ntant, dans le triste hôpital, nul ne put égaler jamais son tendre dévoûment\nauprès des misérables. Elle était belle à rendre jaloux les anges; autour de\nsa première jeunesse, dans le manoir familial d'Irlande, soupirèrent et espé-\nrèrent les plus nobles gentilshommes. Elle préféra Dieu aux gloires vaines de\nce monde, et Dieu la combla royalement de douleurs. Elle mourut, ravagée\npar une maladie épouvantable. « La belle petite sœur » — ainsi l'appelaient\nles petits vieux et petites vieilles de l'hôpital — mourut en souriant...\n   C'est l'accent de ces pages qui est intraduisible et qui émeut et qui nous\n"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                   377\n\nmet aux yeux des larmes bonnes, des larmes douces. Artiste épris de simpli-\ncité, d'autant plus rapproché de la réalité qu'il l'exprime dans un chant plus\ncontenu, mais néanmoins vibrant, August Cuppens vient peut-être de\nréaliser sa meilleure œuvre.\n   Qu'ils sont « prenants » ces aspects journaliers de la vie dans le monotone\nasile, ou chaque parole, chaque geste s'enveloppent, de par le charme du\npoète, d'une atmosphère odorante et légère comme une bonne conscience.\nIl y a ici un ennoblissement de la matière, sans le secours d'images écla-\ntantes.\n   Cette poésie murmure et prie; des vers pittoresques, des vers « peuple » y\nfaçonnent les pekes, les mekes, et quand August Cuppens s'agenouille devant\nla tombe où repose Marget, la petite sœur des pauvres, fleur d'Irlande, rose\nd'outre-mer, nos genoux plient aussi, et notre cœur se fond avec le cœur du\npoète.                                                                 G. V.\n\nLine, par ANDRÉ LICHTENBERGER. — (Paris, Plon.)\n   Voici un charmant petit livre. C'est la délicieuse et touchante histoire de\nl'épanouissement d'une âme de fillette, l'analyse profonde d'une psychologie\nenfantine, le tableau très naturel, très vrai, des sentiments naïfs d'une enfant\nqui cherche à affirmer et développer sa petite personnalité dans la vie. C'est\nle livre d'un observateur et d'un philosophe. Il faut être un psychologue\npénétrant pour savoir analyser l'âme de l'enfant avec une acuité aussi rare,\navec autant de finesse, de subtilité et de délicatesse que M. Lichtenberger\nle fait dans ce livre, qui est un petit chef-d'œuvre.                   H. M.\n\nÉ t u d e s e t P o r t r a i t s l i t t é r a i r e s , par FRANÇOIS CAREZ. — (Paris,\n   Retaux.)\n   M. Carez nous prévient, dans un avant-propos, que nul lien n'unit ses\nétudes et portraits. On y voit, en effet, figurer côte à côte André Van Hasselt\net la comtesse de Noailles, Edmond Rostand et Mgr Freppel... Ce qui\npourrait sembler une idée figaresque. Rien n'est plus loin de la pensée de\nM. Carez, critique soucieux, avant tout, des responsabilités morales de\nl'homme de lettres et épris, par ailleurs, de beauté traditionnelle, de coutume\nlittéraire.\n    On n'a guère mieux dit la vérité à propos d'Edmond Rostand, que dans\nl'es trop courtes pages que M. Carez lui consacre. J'aime beaucoup aussi son\nétude plus substantielle sur l'œuvre de René Bazin. Et je le remercie de nous\navoir rappelé quelques-uns des bons poètes de la province française : Charles\n Guérin, — pour qui M. Carez a des tendresses inattendues et d'autant plus\n précieuses — François Fabié, chantre inspiré du Rouergue, Auguste Gaud,\n le fidèle Poitevin, Léonce Depont qui ne nous fit guère deviner l'aspect de sa\n Saintonge, malgré la perfection matérielle de ses vers, enfin Paul Harel que\n la Normandie, pays de Sapience, peut revendiquer comme l'un de ses meil-\n leurs enfants. Un trait juste, une remarque nette signalent, chez tous ceux-là,\n les qualités et parfois le défaut. M. Carez regrettera, par exemple, que la\n rhétorique nous gâte de temps à autre François Fabié, un poète qui fut aussi\n"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3702, "texte": "378                                     DURENDAL\n\n\nun professeur. Voilà qui est parfait. P o u r q u o i M. Carez regrette-t-il, de\nm ê m e , chez F e r n a n d Gregh, dont il ne conteste nullement les mérites\n« quelque chose de trop moderniste ». Je ne comprends pas et je ne discu-\nterai point, bien que j ' e n aie g r a n d e envie. C e p e n d a n t je triompherai u n p e u ,\nlorsque M. Carez n o u s affirmera que J. Ernest-Charles — u n critique très\nsûr, d'après l'opinion même de notre auteur, — n'a surfait q u ' u n e seule fois\nu n h o m m e de lettres. C'est quand il a tiré l'horoscope d ' H u g u e s Rebell :\n« On dira de lui, avant p e u d'années, qu'il est le premier romancier de notre\népoque. » Soit. Rebell qui était bien parti, n'est jamais arrivé... Mais M. Carez\nsait-il ce que J . Ernest-Charles écrivit de notre V e r h a e r e n ? J e ne résiste pas\nau plaisir de le lui a p p r e n d r e : « Il (Verhaeren) résume en son œ u v r e toutes\nles évolutions de la poésie — et du vers — depuis quelques a n n é e s . O n a\nentendu des poétereaux crier, avec tout le petit fracas qu'ils étaient capables\nde produire, qu'enfin ils allaient sortir d e leur T o u r d'Ivoire, quitter la\nrégion du Rêve où les symbolistes avaient vécu sans efficacité, se mêler à la\nfoule, l'exalter, l'inspirer, la conduire, et qu'on allait voir ce qu'on allait\nv o i r ! . . . E n vérité, je vous le dis, c'est à Verhaeren que tous ces p o è t e s\ndoivent apporter leur h o m m a g e , à Verhaeren qui les a devancés, qui les a\npréparés, et qui pour longtemps les a déjà dépassés. T o u t e la poésie nou-\nvelle qu'ils a n n o n c e n t , il l'a déjà réalisée. Les g r a n d s mystères de la vie\ncontemporaine ont eu en lui leur interprète. E t il fut le premier apôtre, écla-\ntant, de la foi nouvelle parmi les poètes... » J'aime à rapprocher, d a n s m a\nmémoire, ce juste témoignage de certain article bien acerbe dirigé contre\nl'art de ce m ê m e poète par M. Carez... P a s s o n s et recherchons ce qui n o u s\nunit.\n   Voici une jolie pointe décochée à Alphonse d ' E n n e r y : « Ses pièces jouées\ndes centaines de fois et si souvent reprises ne seront jamais lues. » Voici des\ncomparaisons ingénieuses entre les amours de Loti et les tendresses de\nL a m a r t i n e ; Aziyadé et Graziella ressuscitent d a n s nos rêves... U n j e u n e\npoète de Belgique, M. Pierre Gens, requiert l'hommage ému de F r a n ç o i s\nCarez. L'œuvre trop oubliée d'André Van Hasselt est rappelée ici dans ses\nmeilleures parties. E t il me semble que, sous leur apparence ironique, les\npages où le critique persifle quelque peu les poèmes de M m e Mathieu de\nNoailles, avouent q u a n d même u n e secrète complaisance. S i n o n M. Carez\nn'offrirait pas à ses lecteurs tels fragments qui doivent provoquer leur a d m i r a -\ntion. H e n r y Bordeaux trouvera en M. Carez un juge assez sévère. T o u c h a n t\nla Peur de Vivre, le critique r e m a r q u e r a néanmoins que « c'est un livre d'une\nbeauté grave et d'où se dégage u n e haute leçon morale » tout en paraissant\nlui reprocher des scènes qui ne sont pas écrites p o u r jeunes filles...\n   Il y a, chez M. Carez, u n e préoccupation trop constante de juger la qualité\nmorale des livres, qui lui sont soumis, à un point de vue restreint, à la ques-\ntion de savoir si le livre « peut être mis entre toutes les mains ».\n   M. René Bazin a jadis combattu fort h e u r e u s e m e n t cette erreur dans le\nCorrespondant. « On ne doit, disait il, sans exagération, sans péril pour l'art,\nétendre cette obligation aux écrivains. Ceux-ci r é p o n d r o n t , avec raison, qu'ils\nn'écrivent pas pour des enfants; qu'ils n'ont pas à se préoccuper de l'âge de\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3619, "texte": "                                  LIVRES ET REVUES                                          379\n\nceux qui les liront; qu'ils ne sauraient être astreints à peindre la vie autrement\nqu'elle n'est, sous prétexte qu'ils a u r o n t peut-être d e s lecteurs ignorants de la\nvie; ils prétendront, et je crois qu'ils n ' a u r o n t pas tort, qu'ils sont quittes\nenvers la morale s'ils écrivent ce que d'honnêtes gens peuvent h o n n ê t e m e n t\net utilement lire. » E t M. R e n é Bazin précise les limites des droits de l'écri-\nvain. L a licence de tout dire n'existe pas. L'œuvre d'art est soumise à la loi\nmorale, car elle est u n e œuvre d'enseignement, une leçon, un acte d'influence\net de direction sur a u t r u i . J e songeais p r i n c i p a l e m e n t à l'étude de M. R e n é\nBazin en lisant la critique q u e M. F r a n ç o i s Carez n o u s a d o n n é e de Quo\n Vadis.\n    J'ai voulu signaler les qualités de ce n o u v e a u livre, je me suis permis d'in-\nd i q u e r où nous différons d'opinion. Il importe de reconnaître l'effort très\nfranc de M. Carez. Depuis plusieurs années, il rend compte, d a n s un impor-\ntant journal, du m o u v e m e n t littéraire en F r a n c e et en Belgique. D o u é de\nstyle — d'un style u n peu n u , mais précis et ferme, — il suscite, parmi ses\nlecteurs, des curiosités, sinon des préoccupations, qui les soustraient m o m e n -\nt a n é m e n t aux vilaines hantises de la politique. E t c'est t a n t mieux pour les\nb e a u x vers et la belle prose, nos c o m m u n e s révérences.                       G. V.\n\n    M a s t e r s i n A r t . — Monographies illustrées. Bâtes a n d Guild Com-\np a n y , C h a u n c y street, 42, Boston. — Numéro d'avril 1905. — MANTEGNA.\nQuelques excellentes reproductions des œ u v r e s principales du grand maître de\nP a d o u e , la Madone entre saint Jean et Marie-Madeleine, de la National Gallery,\nla Rencontre de Louis de Gonzague et du cardinal Francesco, de Mantoue, la Sainte\nFamille de la collection Mond, de L o n d r e s , la Crucifixion du L o u v r e , la\nMadone aux Chérubins, de Milan, le portrait du Cardinal Scarampi, de Berlin,\navec des notes biographiques et critiques, u n e liste d'ouvrages, et des indica-\ntions bibliographiques, n u m é r o r e m a r q u a b l e .\n    Numéro de mai 1905. — CHARDIN. Conçu sur le même plan très intelligem-\nment vulgarisateur, ce n u m é r o n'est pas moins intéressant. Chardin est l'un\ndes maîtres les plus curieux de l'école française du XVIIIe siècle, et ses tableaux\ndu L o u v r e (La Bénédiction), de la galerie Lichtenstein (La Cuisinière), du\nmusée de Stockholm (La Toilette du Matin), de P o s t d a m (Le Jeune Dessinateur,\nDame cachant une lettre), sont délicieux d'élégance et d'intimité.\n    Numero de juin 1905. — BENOZZO GOZZOLI. Ce fascicule est digne des précé-\nd e n t s . T o u t e l'œuvre du c h a r m a n t Florentin, élève de fra Angelico, parti des\npetits sujets de sainteté pour aboutir aux vastes compositions décoratives, est\névoquée par u n choix judicieux : Montefalco, San G i m i g n a n o , Florence\n (Palais Riccardi), P i s e (Campo Santo), sont les étapes de ce talent magni-\nfique et les illustrations sont fort belles.\n    R a p p e l o n s q u e ces m o n o g r a p h i e s ne coûtent que 15 cents.\n\n    B u r l i n g t o n M a g a z i n e . — L o n d r e s , Berners street, 17. — Numéro\n d'avril 1905. — U n article de M. F R . LATHROP sur u n Nouveau Velasquez au\n musée de Boston. Il s'agit d'un portrait de P h i l i p p e IV que l'auteur compare à\n celui d u musée du P r a d o . U n article de M. HOLMES sur u n Saint Jérome dans le\n"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3383, "texte": "380                                 DURENDAL\n\n\nDésert, de la collection Davies, attribué au Titien. — L a première partie d'une\nétude sur Andrea del Castagno par M. H E R B E R T P . H O R N E . — U n e note d e\nM. J. W E A L E sur u n primitif flamand inconnu a p p a r t e n a n t à M. Grivau. —\nLa suite de la polémique Bouchot-Weale à propos des Van E y c k . — P u i s\nu n e série d'importants articles sur des objets d'art et de curiosité, bronzes\nchinois, argenterie, broderie, mobilier; — et des notes bibliographiques.\n   Numéro de mai 1905. — U n article, peu intéressant, — la revue nous a\nhabitué à des études plus nourries de détails inédits, — de M. EDW.. H U T T O N ,\nsur B. Bonfigli qu'il appelle le père de la peinture pérugine ; — une note de\nM. W E A L E sur une Annonciation de R . Vanderweyden ; — Les Préraphaélites et\nles Hérésies impressionnistes de M. B . SICKERT; — et des articles sur Constantin\nMeunier, l'aquarelle, la porcelaine de R o u e n , etc. Ce n u m é r o est moins\nnotable, tant comme texte et illustrations, que de c o u t u m e .\n    Numéro de juin 1905. — E n revanche, la livraison de juin est fort belle. Elle\ns'ouvre par la reproduction d'un admirable tableau de Vermeer de Delft, le\nSoldat et la jeune fille qui rit, se trouvant dans la collection de M. J o s e p h . —\nU n e étude sur Constantin Meunier, avec quelques remarquables illustrations,\npar MM. R . PETRUCCI et C H . RICKETTS, rend au grand sculpteur belge qui\nvient de disparaître, l'hommage qui lui est d û . M. Pelrucci y ajoute quelques\nsouvenirs personnels intéressants. — M. MAUNDE THOMSON nous fait con-\nnaître u n manuscrit du British Museum : Les Cas des malheureux Nobles Hommes\net Femmes, ouvrage français du commencement du XVe siècle. — M. H E R B E R T\nH O R N E termine son étude sur Andrea del Castagno. — Enfin, des notes com-\nmentées par des reproductions, de M. W E A L E sur les volets d'un t r i p t y q u e de\nGérard David, et de M. ROBINSON sur la Vierge de Salamanque, du maître de\nFlémalle ; quelques articles sur des objets de curiosité, le mobilier anglais, les\npremières pâtes tendres françaises, etc., et des renseignements biblio-\ngraphiques.                                                                   J. D.\n\n\nL a L é g e n d e d o r é e d e l ' A l s a c e , par MARIE DIEMER. Préface de\n   M. SCHURÉ. — ( P a r i s , P e r r i n . )\n   Récits pénétrés de grâce et d'émotion des temps primitifs de la foi et du\nmiracle de l'Alsace. L ' a u t e u r nous dit saint Materne et sainte Odile, les\napôtres illustres de l'Alsace, et il a mis en œuvre avec b e a u c o u p de science\net d'habileté tous les éléments que l'histoire et la légende fournissaient à sa\n« matière ».                                                               A. G.\n\nLivret critique du Salon de 1905 à la Société nationale\n   d e s B e a u x - A r t s , par O. MÉGA. — (Bruxelles, Van Oest.)\n   A ceux qui craignent de se jeter sans guide d a n s le m a q u i s d u Salon de\nla Société des Beaux-Arts de P a r i s , ou d'en sortir sans avoir découvert les\nœuvres qui, véritablement, méritent qu'on s'y arrête, nous signalons ce livret\nélaboré, à leur intention, par un critique, un peu tranchant, parfois, mais\nexpert, et que l'on a intérêt et a g r é m e n t à suivre et à écouter.\n                                                                            ALPHA.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-023", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 381, "page_fin": 384, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Conférences jubilaires à l'Hôtel de ville de Bruxelles", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 466, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2895, "texte": "NOTULES\n\n  Conférences jubilaires à l'Hôtel de ville de Bruxelles.\n— Du 16 au 23 mai dernier, ce spectacle étrange a été donné à nos fières\npopulations de voir six Belges et un étranger : un historien, un savant,\nquatre écrivains et un « collaborateur scientifique à l'institut de sociologie »\nglorifier, tour à tour, la Belgique, commémorer ses fastes, les étapes doulou-\nreuses et magnifiques de son développement historique, l'éclat prépondérant\net la mission de son art aux jours de la Renaissance réaliste, son passé et les\npromesses de son avenir, sans qu'aucune voix s'élevât pour les blâmer d'une\nentreprise aussi suspecte, sans qu'on les inculpât d'avoir assujetti l'indépen-\ndance de leur pensée et accepté d'exalter, sournoisement, sous couleur de\njubilé, l'administration de M. Buls ou de M. De Mot, moyennant l'octroi\nd'une maigre sportule ou de quelque plat de lentilles dérisoire!... Aucun jour-\nnal, fier d'être belge — au Congo! et noblement soucieux de la liberté de\npenser des écrivains qui n'appartiennent pas à sa rédaction, n'a entrepris de\nrompre une lance pour eux — ou contre eux — à la manière de Joseph\nPrud'homme! — pour les défendre d'une oppression et d'une contrainte qu'il\nétait seul à connaître et que, dans sa magnanime sollicitude pour l'honneur\net la dignité des lettres, il leur dénonçait, quitte à les représenter comme\ndomestiqués, comme asservis à l'obéissance et au silence par leur situation\nou leur pauvreté s'ils ne se ralliaient pas à ses avis désintéressés!...\n   MM. Pirenne, Wilmotte, Verlant, Verhaeren, etc., l'ont échappé belle.\nQue serait-il advenu si, au lieu de parler dans une salle de l'Hôtel de ville\nde Bruxelles, librement, en terre libre! ils eussent dû faire entendre les\nmêmes paroles, sous les auspices corrupteurs du Gouvernement, dans le\ndécor tendancieux de la salle du Palais des académies?...\n   Ce sort sinistre leur fut heureusement épargné et le public nombreux, aux\nsoirs indiqués, a écouté les orateurs qui se sont succédé : M. Pirenne, dans\nle résumé net, puissant et lucide de l'histoire de nos provinces que ses beaux\ntravaux, la magnifique Histoire de Belgique dont la suite est impatiemment\nattendue, permettaient d'escompter de sa part; M. Wilmotte, l'avisé et disert\nprofesseur de Liége, dans son étude du développement des sciences morales\nen Belgique depuis 1830; M. Baie, dans le tableau qu'il a retracé du\nXVIIe siècle flamand (Jacques Jordaens et la société anversoise sous (?) la Renaissance)\net, même, M. Petrucci, venu en Belgique comme, jadis, Dante-Gabriel\nRossetti, en Angleterre, pour le grand bénéfice des lettres et de l'art indigène,\ndans son discours sur le XVe siècleflamand,sujet qui, peut-être, lui a évité de\nrencontrer la Jeune Belgique sur son chemin et de démontrer, avec la verve et\nla compétence qu'on lui accorde, la médiocrité du rôle et l'inanité des travaux\n"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3242, "texte": "382                               DURENDAL\n\n\nde cette revue dans le renouveau littéraire de notre pays!.. Car, il est venu\ndu dehors, avec la mission, semble-t-il, de nous apprendre à nous connaître\net de nous faire connaître à l'étranger!..\n   La foule a été, particulièrement, considérable aux conférences de MM. Ver-\nlant et Verhaeren, qui devaient s'occuper, l'un, du Développement des Beaux-Arts ;\nl'autre, de celui de la littérature en Belgique depuis 1830. Et, en réalité, le grand\nsuccès des séances jubilaires de l'Hôtel de ville a été pour ce poète et pour ce\ncritique : on sait la science, la précision forte et claire de celui-ci, la compré-\nhension vive et pénétrante dont il est doué, et que la sensibilité émue de\nl'artiste achève toujours chez lui l'examen et l'étude de l'homme de pensée.\nQuant à Verhaeren, c'est l'éclat de la pensée et de la sensation, qui jaillissent\net illuminent; l'image soudaine, le raccourci subit qui montre tout à coup les\nêtres et les choses et les fait vivre et palpiter devant nous... Chez l'un et chez\nl'autre, et c'était comme l'âme généreuse de leurs paroles, ce respect profond,\ncet amour de l'art qui fait que toute aspiration dans ce domaine, tout effort, si\nétrangers qu'ils soient aux tendances de notre personnalité, sollicitent notre\nsympathie et notre curiosité et nous permettent de discerner leurs caractères\nde beauté et de les célébrer avec discernement et délicatesse.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\n                                        **\n   E x p o s i t i o n A u g u s t e D a n s e . — Notre critique d'art ayant été\nempêché au moment de l'intéressante exposition de A. Danse au Cercle Artis-\ntique, nous reproduisons le compte rendu de l'Art Moderne, dont nous parta-\n geons l'admiration pour le célèbre artiste graveur :\n   « L'œuvre gravé de M. Auguste Danse, que chaque année accroît de\nquelques planches nouvelles, embrasse toute une carrière laborieuse et digne.\n Outre de nombreuses et fidèles reproductions de peintures anciennes et\n modernes, le maître graveur a signé une foule d'oeuvres originales, figures,\nportraits, paysages, dont l'observation scrupuleuse s'allie à un métier sûr,\nd'une variété et d'une souplesse rares. A l'heure où les procédés mécaniques\nenvahissent de plus en plus le domaine de l'illustration, il faut se réjouir de\nvoir quelques artistes — et M. Danse est de ceux-là — demeurer fidèles à la\nbelle technique de la pointe sèche et du burin. Parmi eux, le graveur montois\ns'atteste l'un des plus personnels et des plus habiles.\n   » Les gravures et dessins qu'il avait réunis au Cercle artistique le montrent\nen pleine possession de son art. On a particulièrement admiré les portraits du\nRoi et de la Reine d'après les bustes de M. Vinçotte, celui de M. Loubet\nd'après Bonnat, les portraits des archiducs Albert et Isabelle d'après Rubens,\nle Chien au Miroir d'après J. Stevens. Une suite de portraits originaux exécutés\nà la sanguine, au crayon Conté ou à l'eau-forte, une série d'études de paysa-\nges évoquant le pittoresque village de Knocke montraient, sous deux aspects\ndifférents, le talent multiple de M. Danse, dont l'exposition a vivement inté-\nressé les artistes et le public. »\n"}, {"page_pdf": 468, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "                                   NOTULES                                   383\n\n  Chansons p o p u l a i r e s des P r o v i n c e s Belges. — La maison\nSchott annonce, sous ce titre, la publication prochaine d'un ouvrage de notre\ncollaborateur ERNEST CLOSSON. Ce recueil de chansons populaires aura un\ndouble intérêt artistique et national.\n    Le grand public ignore généralement quels trésors notre pays possède\ndans ce domaine si intéressant de la culture populaire. Les revues de folk-\nlore, les recueils spéciaux fournissent une quantité de ces productions char-\nmantes, le plus grand nombre déjà disparues de la tradition et bientôt vouées,\nhélas! à l'oubli définitif, par la propagation incessante des chansons de rue\net de café-concert et la dissolution des anciennes caractéristiques régionales\ndans l'uniformité de la vie moderne.\n    I1 était donc intéressant, tant au point de vue de l'art qu'à celui de l'exal-\ntation de notre âme nationale, de présenter au public un tableau complet des\ndivers aspects de la chanson populaire dans nos provinces, naguère et aujour-\nd'hui, la chanson flamande et la chanson wallonne (d'expressions française\net patoise), ainsi réunies pour la première fois. Dans ce but, M. Closson a\ncomposé une anthologie réunissant plus de deux cents mélodies populaires,\n réparties suivant leurs différents genres :\n    Chansons nationales, religieuses, locales; chansons de circonstance; chan-\n sons d'amour; chansons satiriques et comiques; chansons morales; chansons\n de métier; danses chantées; chansons enfantines.\n    Chaque pièce est munie d'un accompagnement de piano et suivie d'une\n brève notice : référence bibliographique, chronologie, origine, ramifications\n éventuelles-, caractéristiques spéciales. Les textes donnés sont les originaux,\n les chansons flamandes et les quelques chansons wallonnes patoises pourvues\n en outre d'une traduction en prose (non chantée).\n     Un détail important est celui-ci : l'accompagnement est conçu de manière\n qu'il constitue à lui seul un tout complet, renfermant la mélodie. L'ensemble\n représente donc à la fois un recueil de pièces pour piano seul, auxquelles\n l'auteur s'est efforcé de donner, pour la stylisation, une allure essentiellement\n artistique, sans toutefois dépasser une moyenne difficulté d'exécution et en\n s'inspirant du caractère propre des chansons.\n     Le volume s'ouvre par une introduction dans laquelle l'auteur met en\n  lumière les contrastes intéressants qui s'affirment entre les chansons populaires\n  flamandes et wallonnes ainsi rapprochées et résume, spécialement au point\n  de vue de nos provinces, les diverses caractéristiques de la chanson popu-\n  laire, ses origines, ses tranformations, ses groupements, ses migrations, ses\n  propriétés musicales et poétiques, son interprétation.\n     Nous ne doutons pas que le public n'accueille avec la faveur qu'elle mérite\n  cette publication si intéressante au triple point de vue folklorique, artistique\n  et national.\n     Le prix de vente du recueil est fixé à 6 francs ; en souscription, 5 francs.\n   De plus, il sera fait un tirage limité, sur papier Japon, au prix de 15 francs\n  l'exemplaire.\n     On souscrit chez Schott frères, éditeurs de Musique, 56, Montagne de la\n   Cour, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "384                               DURENDAL\n\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — COLETTE WILLY : Sept dialogues de bêtes.\nPréface de Francis Jammes. Portrait de l'auteur par J. Blanche (Paris,\nMercure de France). — MAXIME GORKI : L'annonciateur de la tempête. Traduit\net précédé d'une étude sur M. Gorki, sa vie, son œuvre, par E. Seménoff\n(ibid.). — Comte TOLSTOÏ : Œuvres complètes. Tome X I I I . Articles péda-\ngogiques. La revue « Jasnaïa Poliana ». Traduction de Z.-W. Bienstock\n(Paris, Stock).— Louis PAYEN : Les voiles blanches (ibid.). — Comte DE\nGOLINEAU : Pages           choisies précédées d'une étude sur le comte de\nGolineau, par Jacques Morland (ibid.). — HENRI MAZEL : Les amazones\n(ibid.). — PIERRE DE QUERLON : Céline fille des champs (ibid.).— JACQUES\nDEBOUT :   Le monde des vivants (Paris, Beauchenne). — JEAN LIONNET :\nL'évolution des idées chez quelques-uns de nos contemporains. Deuxième\nsérie (Paris, Perrin). — MYRIAM TELEN : L'aube (ibid.). — CHARITÉ\nPIRKHEIMER : Un couvent persécuté au temps de Luther. Mémoires de\nCharité Pirkheimer, abbesse du couvent de Sainte-Claire, à Nuremberg.\nTraduits de l'allemand et précédés d'une introduction par Jules-Philippe\nHeuzey. Préface de Georges Goyau (ibid.).— GEORGES-MARÉCHAL DE BIÈVRE :\nUn mari en loterie (Paris, Plon). — ANDRÉ LICHTENBERGER Line (ibid.). —\nEDGY : La servante (ibid.). — CHARLES MAURRAS : L'avenir de l'intelligence\n(Paris, Fontemoing). — EDOUARD DUCOTÉ : Le servage (Paris, Calmann-\nLévy). — FRANZ MAHUTTE : Feuilles au vent (Bruxelles, Lebègue). —\nC.-A. CUDEL : Udinji (Bruxelles, Lacomblez). — GABRIELLE REMY : L'édu-\ncation de Charles-Quint. Drame historique en 5 actes en vers (Bruxelles,\nLebègue). — COMTESSE C H . DE NOAILLES : La domination (Paris, Calmann-\nLévy). — ANATOLE L E BRAZ : Le théâtre celtique (ibid.). — LUCIE FAURE-\nGOYAU : La vie nuancée (Paris, Plon).— K. WALISZEWSKI : Les carossiers\ndu roi (ibid.). — URBIN MENGIN : Fleurs et rêves (ibid.). — GODEFROID\nKURTH : Notger de Liége et la civilisation au Xe siècle, 2 vol. (Bruxelles,\nSchepens). — CAMILLE LEMONNIER : La vie belge (Paris, Fasquelle). —\nREMY DE GOURMONT : Promenades philosophiques (Paris, Mercure de France).\n— PAUL FLAT : L'illusion sentimentale (Paris, Fontemoing). — CAMILLE\nLEMONNIER : Henri de Brackeleer, peintre de la Lumière. Avec un portrait\ndu Maître et quatre reproductions d'eaux-fortes (Bruxelles, Van Oest). —\nL E LIVRE D'OR DE SAINTE-BEUVE publié à l'occasion du centenaire de sa\nnaissance, 1804-1904 (Paris, Fontemoing). — ANDRÉ BELLESSORT : La\nRoumanie contemporaine (Paris, Perrin).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison06-209", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "rn 99, rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 470, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 4558, "texte": "rn        9 9 , rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SMET                                                                                               BRUXELLES •\n\n                     THE GRESHAM\n                  (Compagnie d'assurances sur la vie~)\n                          Fondée à. Londres 1 8 4 8\n                      Etablie en Belgique en 1 8 5 S\n                          Actif : plus de 2 1 7 millious\n                    Sinistres payée eu Belgique : 3 0 mUlioiis\n                                                                           Paul Claessens\n                                                                                  Relieur-doreur d* S A B M\"»-la Camtotse as Flandre\n                        PRIMES       MCNSUEI_(.CS\n                       LOUIS H E U V E L M A N S , directeur\n                 John H. SCOTT, sous-djreot. delà SnccursaleBelge                 2 4 , rue de Berlalmont, Bruxelles\n                    3, plaoe Royale, BRUXELLES\n\n\nFABRIQUE DE MATELAS\n                              Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                                 médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                             BERVOEÏS^LEMÀNS\n                                                FOURNISSEUR DE LA COUR\n              6, 8, 10, 12, Rue du Midi ^                                                       BRUXELLES\nUsine à vetpeut», Lavoitt d e l a i n e s : RUE DES GOUJONS, 120\n                                         3 Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                                    FABRIQUE             E T ATELIERS :\n                                         37, R u e d e l a C h a r i t é - . B R U X E I , I , S 9\n                                                                       TT?.T . T » . F H Q 3 S r E        ±94??\n                                           Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                         S p é c i a l i t é d e t o u s l e s articles c o n c e r n a n t la peinture, la s c u l p t u r e ,\n                                                                    Ja g r a v u r e , l'architecture et le d e s s i n .\n                                         RENTOILAGE, NETTOYAGE E T VERNISSAGE DE TABLEAUX\n\n                                                       Vente     et location       de modèles        pour     la      peinture\n\n                                          Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\nPremières médailles, aui expositions d'Amsterdam, Paris, llverpooï, Le Havre, Bruxelles, CQicago, etc.\n    PIANOS S T E I N W A Y                                                                           & SONS\n                           NEW-YORK — LONDRES                                             HAMBOURG\nF o u r n i s s e u r s d e s e m p e r e u r s d'Allemagne, d ' A u t r i c h e e t de R u s s i e , d e s r o i s d'Angleterre, d e S a x e ,\n   de S u è d e e t d'Italie, d u S u l t a n , d e l a r e i n e r é g e n t e d'Espagne, du s e b a h d e P e r s e , e t c . , e t c .\n     E x t r a i t d e q u e l q u e s a t t e s t a t i o n s : « Une S o n a t e de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre s a vraie signification que jouée sur les Steinway (R. Wagner . »« Le Stein-\nway est un suporbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\n  arfaits, qui jettent dans le ravissement m e s vieilles mains fatiguées dn clavier (Frans Liszt). » « V o s\nE eaux instruments incomparables o n t justifié leur réputation-universelle par leur distinction et leur\nrésistance              Rubinstein). » « Depuis dix a n s que j e les joue, je me fortifie dans la conviction que v o s\ninstrumei            ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu'ici (F Busoni » « La plénitude, la puis-\nsance, l'inouïe beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i 5 ans, je n'étais p a s très enthousiaste de vos instruments. Aves-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il a mon m a u v a i s goût? En tous cas i l s sont maintenant, à m o n\navis, l e produit idéal du siècle Eug. d'Albert). » « I l s sont tellement s u dessus de toute critique, qu un\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter). »\n    Agi'iir* ^nêralp et dépôt exclusif a Bruxelles : FP. \\ll'SCH, 221, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4631, "texte": "St. p a r u à l a l i b r a i r i e             VROMANT\n\n                                                                                                                         Prix       : fr. X3.5CI\n\n\n                                         F4RMÎNVAN DEN BÔSCH\n                                                             f     »—•-\n\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                                B R U N É T I È R E — BOURGET, — H U Y S M A N 8\n                                    D E Q U E L Q U E S L E Ç O N S D'ÉNERGJJE\n                                        VP:RHAEREN E T D E M O L D E R\n                               P / D E JÎAULLEVILTE — GUIDO GEZEL^E\n                                G E O R G E S R O D E N B A C H —*>IAX W A L L E R\n          E D M O N D P I C A R D — G U I L L A U M E V E R S P E Y E N -R- J3C P A R T Q N D E W I A R T\n                                                      ETC., \"ETC.\n                                                                                                                                                    *Tt-|\n\n #n souserit aux bureaux de la Revue ^32y rue du Grand-Cerf, Bruxelle^\n\n\n                                                                 J. QORTBIBB\n                                                                    Maison fondée en 1850\n                                                      31-33, r u 4 de l'Empereur J ' R R U X E L L E S\n                                                                    TÉLÉPHONE 3 6 5 9\n\n                                                      Encadrements d'art— Miroiterie\n                                                                                    Vitraux riches et ordinaires\n                                                         Cadres pour tableaux^ aquarelles,                                                     gravures\n\n                                                                                     AMEUBLEMENTS\n                                                      ~E,nb#eptiise> g é n é r a l e                                             de            yifefefie\n                                                                       LA    MAISON             N'A PAS DE                    SUCCURSALE\n\n         •**—»»•- T35_- **i,KCK4Ï^*jaLffin3 *\n\n                                                P                  -9- T*T7*\n                                                -A\n                                                 U\n                                                       ENCADREME&T&fcJUfcS-*                                                      Par suite de ÛÉCÈL-\n                                                 L.    -<—       •» • — - — j - x    *\"\"\" n m**»*—i^                          f * „ f I i ,T   ?»   g 4T9\n\n                                                V LIORURE-ET SCULP<\n                                                E —\"                *\"\"> i                  \\i»    n\\f     ItlQMDATIOfl\n                                                R T U E E $TTR BOIS * * ******\n                                                D '' '' i' ' • • < i i — r - n — n                j—?\n                                                U ESTAMPES * * * * <¥>i* * w\n                                                S     1         ! 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B . — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                «s\n                                                c\n                                                       SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                                             7 1 , rue Goffart\n                                                •      D'AUTHENTICITÉ                        ••*••*••*•*                            1XELLE8\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4218, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                    a a, SAareîLé-atx-Boia - B R T J X E t t E S\n  DépAts d e fonds e n Comptes Chèques, disponibles à v u e : 1 1 2 p . c . s a n s c o m m i s s i o n\n     DépAts e n Comptes d e Q u i n z a i n e ; i n t é r ê t v a r i a b l e ; m o y e n n e 1 9 0 3 : 2 9 7 p . c\n                              E n c a i s s e m e n t d e Coupons, T i t r e s , Effets, e t o\n                                                 ORDRES DE BOURSE\n             S e r v i c e s p é c i a l d e L e t t r e s d e Crédit e t Chèques s u r t o u s p a y s\n           P r ê t s s u r T i t r e s — G a r d e d s T i t r e s . — L o c a t i o n d e Coffres-Forts\n\n\n\n   LA RESERVE MUTUELLE                                          L E STANDARD\n             Aem            ÈTATS-V\\iS\n                                                            Compagnie d'assurances sur la vie, t ndée en 1825\n   COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES                                 ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n               s u r     le». \" V i ©                          Prlneipaux avantages de la Compagnie\n                                                            i* P o l i c e s incontesta   H° Tarif avantageux\n                                                              blés après deux a n s 4° Participation impor-\n                                                              de date                        tante des assurésdans\n                                                            a» Prêts s u r polices           l e s bénéfices de la\n                                                              a j a n t trois a n s de       Compagnie.\n                                                              date                         5» Prêts hypothécaires\n                                                                 S'adresser four renseignements et prospectus à la\n                                                                         OIKICTION            QtNtRALI\n                                                            28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                               Téléphona 949 — Adresse télégraphique : Staitdard-Bnutellet\n  ENCAISSEMENT ANNUEL . . . .          40 Millions\n  SINISTRES PAYES                    StSO M i l l i o n s\n\n       Combinaisons très intéressantes                      CHAUDRONNERIE DE LA COOB\n    DIRECTION GENERALE POUR LE CONTINENT DE L'EUROPE              37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n        8 , r u e H a l f T y , P A R I S <&•)                                TÉLÉPHONE 1 6 9 3\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  19, r u e d u R o u l e a u , B R U X E L L E S\n            On demande «les Asents\n                                                              Batteries de cuisine. — Articles de ménage\n                                                                              É'fAMAGK\n\n\npreuves Nobiliaires le Belgique\n      52, rue Stévin, BRUXELLES\n                   Recherches de genéalog es et d ar-\n                    moiries en Belgique et a 1 Etran-\n                    ger — Attestations offic e les de\n                    noblesse, de filiations e t d armoi\n                    ries.— Gopiesofficiellesde lettres\n                    de patentes de noblesse —                      18, IWarché-aa-Bois, 18\n                    Inscriptions à la liste des nobles.\n                    — Insertions de généalogies dans\n                    des publications belges et étran-\n                    gères. — Rectifications d actes\n                    de 1 état c vil et adjonctions des\n                    noms — Correspondants en pro-\n                                                                            BRUXELLES\n                    vince et À étranger—Arraoi îes\n                    et documents genéa og ques sur\n                    plus de 100,000 familles n blés\n                    et patriciennes,\n    R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                                            Vins e t Spiritueux\nCH O C O L A T  BlESWAL\nC H O C O L A T B! E S W A L\nCHOCOLAT Bl ESWAL\nCH O C O L A T B l E S W A L                                        LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": " APPAREILS                    PHOTOGRAPHIQUES\n                                            OBJECTIFS, JUMELLES\n                                                          JUMELLES A PRISMES\n                                                     P A P I E R S , PLAQUES\n                                            PELLICULES         PHOTOGRAPHIQUES\n                                            SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                         MICROSCOPES\n\n                                                Grand choix de photographies\n                                                  artistiques et décoratives\n\n\n\n                                            ALBERT                    HOFMANN,                         BRUXELLES\n                                                  Salle d'exposition : rue de la Régence, 5 7\n\n\n\n\n i J. BDBSO Père Rentoileurs et restaurateurs de musées Belges et étrangers PJBESOPÉj\n         EXPERT\n                                                M A I S O N F O N D É E EN 1 8 6 7\n                                                                                                               EXPERT\n                          Rentoilage, transposition, restauration et parquetage de tableaux\n   2-4, BUE DE JJfi-KE            VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES                     24, me dn GeitilïnE\n      Bruxelles                            ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                     Bruxelles\n\n\n\n\n     POUR VOS CIGARES FIflS                                                           Les Roues Caouîcioi*\n                  adressez-vous à     la                                                 TALBOT\n                                                                                     SOllt inusables et inarrachables\n MAISON AMÉRICAINE                                                                            EXIGER LA MARQUE\n\n\n               DÉPÔT     DE   FABRIQUE\n                                                                    Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n    15 — Avenue Louise— 15\n                                                                           Maison SNYERS-RANG&C' 8\n              BRUXELLES                                            Fondée en 1815             —        Téléphone 1389\nP.-S. - Arrivages réguliers de cigares de la pavane                     2 7 , r u e d'Or, B R U X E L L E S\n\n\n\n\n                                                                                               aaaaaataaBMMB\n\nimprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre - Neuve, 75, Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 396, "texte": "luin igo5.                             12™ A n n é e .\n\n\n\n\n   ©URB\n    w REVUE\n      nrurrr CATHOLIQUE\n             r ATU      ©'ART\n             « X O E LITTERATU:\n\n\n\n\n     B R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — P A R I S , a v e n u e N i e l , 32.\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": "                                Domaine de la société \" Lfl WESTEPfliSE\n\n                                     Le PLAGE DE WESTENDE\n                                             (BKLGIQUE)\n\n                                  est située aux bords de la mer du Nord,\n                          entre Ostende et Nieuport; elle est do sable fin. Cette\n                          nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à attirer\n                         l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                         villégiature agréable, hjgienique,unissant le confort\n                         à la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                         Une chapelle est érigée où le service religieux se. fait\n                         régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                         gratuits; le service de sauvetage «st organisé et\n                         placé sous la surveillance communale. Location de\n                         cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                         garages. Kursaal restaurant. Routes carrossables et\n                         cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n  Villas et Terrains     luxueuses installations de lawn-tennis, de jeux de\n                         golf et de croquet, gymnase. Promenades à ânes.               Villas et Cottages\n       A VENDRE          Tentes sur la plage. Communications faciles avec                      à\n                         tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par annuités        que d'Ostende a Westende de dix en dix minutes.                    LOUER\n                         Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                         villas et cottages. — Demander le prospectus détaillé.\n Çi^bôoif^\n                             Agence immobilière pour la vente et location Ses villas\n                                   HALLES WESTENOAISES\n uJjS-lliW-;- cles\n              comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                   d'alimentation, de nécessité et articles de luxe.\n                             Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                            Le WEST END'         HOTEL est ouvert\nWESTEND' HOTEL                                            partir de Pâques jusque fin septembre\n                                                          Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au corn\n                                                          mencement et à la fin des saisons, arran\n           DIGUE DE MER                                   gements très avantageux pour les famill\n                                                             faisant un séjour prolongé à lhote\n                                                              75 chambres parfaitement aménagée*.\n     TÉLÉPHONE N» -41                                            Vie de famille. Éclairage électrique\n                                                                   Chambres spacieuses. Ameub\n Réseau du                                                                 ment moderne esthétique e\n                                                                             confortable. Balcons et ter\nlittoral par                                                                  rasses. Salle de musique\n Nieuport.                                           iiÇj rrw* ~^tfgjJft&i. Salle de billard. Salled\n                                                        jËÉrf~fll a Ha il if.i recréation pour les en\n                                                                                         fants. Salon*\n                                                                                         de lecture etd\n                                                                                         correspond»»\n                                                                                         ce Cuisine soi\n                                                                                         g n é e . Cave*\n                                                                                          recomman\n                                                                                         dées.\n     Appartements avec salon. — Service d'omnibus de l'Hôtel au vicinal. — Service postal **\ntélégraphique réguliers — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les reseau\nétrangers voisins — Hôtellerie LE LEKKERBB.EK ouverte toute l'année.\n                                    A BRUXELLES, 5 3 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 3 6 )\nPour renseignements s'adresser < A 'WESTENDE, à. l'Administration d e l à Plage (Télépho»*\n                                      3 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "                        DUREtfDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n                             1905 — I2« A n n é e\n\n\n\n                   Sommaire du n° 6 {Ju*ri)\n Don BRUNO DESTRÉE.       AU milieu\n                                 du chemin de la vie Poèmes\n                         religieux et symboliques :\n                       Dans la foret ;\n                       A la fontaine;\n                       Je suis venu vers vous, un bandeau\n                         sur les yeux;\n                       La voix intérieure ;\n                       L'ange du porche;\n                      Alix vêpres de la> fêté dé lai Très\n                         Sainte    rrinité;\n                      Pour les oiseaux ;\n                       Vieilles femmes qui priez à l'entrée\n                         des églises;\n                      Land's End ;\n                       Trois aspects de Dieu                         321\nEMILE VERHAEREN. — Les pêcheurs de la côte                           33g\nHELKNH CAKIVET. ~ - Printemps     :\n                      Les bourgeons ;\n                      Nostalgie,\n                      Spleen                              .   34i\n                    Le jardin de mon amie                     346\nFiEKBNs-GitVAbKT, •*— Jordaens décorateur                   .   348\nFRANZ ANSEIM >~6 Les heures d'apres-midi  Emile \\ erhaeren .   356\nPAUL LAMBOTTE. —L Thomas \\ inçotte                           .   .   36o\nL'abbé HENRY \\LFLLER. — La fête des arbres.        . . . . . .       363\nGEORGES DE GoLEbco.       Chronique musicale :\n                            Sixième concert \\saye.     Quatrième\n                              concert du Conservatoire. — Con-\n                            certs divers.      Purgatorium     de\n                            Joseph Ryelnndt                          367\nHENRI MLA-CEL. —- Lettre de Paris                            ., ,    3~o\nLivres et Revue» . , r                                 . , . ,       374\nNotules 1. j . u                                            „ *      38i\nIllustrations : Le monument de Naejer THOMAS \"\\ INÇOTTE .\n                Le doigt de Dieu 1\n               Le fonctionnaire       FRANÇOIS BEACCTC.\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "                              DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE                                     D'ART ET DE                             LITTÉRATURE\n     A B O N N E M E N T : 1 0 francs p a r a n ; E T R A N G E R : 1 2 f i a n c s (port comprit\n         (pour labonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à Bruxelles\n                                          P R I X D ' U N NUMÉRO            : FR.      1.50\n\n\n\n\n                    Comité de rédaction                                de D u REND AL :\n                                   MM.         H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n                                                L'abbé H E N R Y M CELLE R.\n                                               F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                         Secrétaire de la Rédaction : G E O R G E S V I R R È S\n                                       Correspondant de la rédaction à Paris :\n                       M.      HENRI          MAZEL,            avenue Niel, 32, Paris.\n\n                  PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n       FRANZ A N S E L .                                                            ARNOLD GOFFIN.\n       MAUKICE BEKAERT.                                                             JOSÉ HENNEBICQ.\n       EDGAR BONEHILL.                                                               L'abbe H . HOORNAERT.\n       HENRY BORDEAUX.                                                              J.-K. HUYSMANS.\n       ALEXANDRE BRAUN.                                                             JOSEPH JANSSENS.\n       THOMAS B R A U N .                                                           E D M O N D JOLY.\n       GEORGES BRIGODE.                                                             VICTOR K I N O N .\n       H É L È N E CANIVET.                                                         GODEFROID K U R T H\n       MARIE CLOSSET.                                                               L : D E L A LAURENCIB.\n       L ' a b b é A U G . CUPPKNS».                                                L ' a b b é L . L E CARDONNEL.\n       L'abbé P A U L CUYLITS.                                                      GEORGES L E CARDONNEL.\n       L e c o m t e G. D'ARSCHOT.                                                  S E B . - C H . LECONTE.\n       L e bai o n J O S É D E COPPIN.                                              GEORGES MARLOW.\n       GEORGES DE GOLESCO.                                                          CHARLES MARTENS.\n       GEORGES DELAUNOY.                                                            PAUL MUSSCHE.\n       L a c o m t e s s e E D D E L I E U I KFKKE.                                 EDOUARD N E D .\n       L e b a ï q n G . PEL,LA F A I L L E .                                       MAURICE OLIVAINT.\n       E U G È N E DEMOLDER.                                                        ERNEST PÉRIER.\n       D o m B R U N O Ï>ESTREE.                                                    G E O R G E S RAMAEKERS.\n       JULES DESTRÉE.                                                               GEORGES RENCY.\n       Vicomte D'HENNEZEL                                                           BLANCHE ROUSSEAU.\n       EDOUARD DUCOTÉ                                                               JOSEPH RYELANDT.\n       MAURICE DULXABRT.                                                            FERNAND SÉVERIN.\n       J. ESQUIROL.                                                                 HENRY VAES.\n       EMILE FERMAUD.                                                               R O B E R T VAN D E R E L S T .\n       LAURENT FIERENS.                                                             CHARLES V A N LERBERGHB.\n       H . FIERENS GEVAERT.                                                         EMILE VEKHAEREN.\n       IWAN GILKIN.                                                                  L'abbé F R . V E R H E L S T .\n                                                                                     L E O P O L D WALLNBR.etC, etC\n\n                    L e s c o l l a b o r a t e u r s s o n t s e u l s r e s p o n s a b l e s d e l e u r s articles\n\nIl sera rendu compte dans VURENDA                  L de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoy è à la Rid*\"*\n\n          Pour la Rédaction, l'Administration e t l e s demandes d'abonnements, s'adresser **\ns i è g e de la Revue, 2 2 , r n e d u G r a n d Cerf; pour la publicité, 4 6 , r u e N e a f c h a t e l , B r u i r f *\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "LE FONCTIONNAIRE\n\n (FRANÇOIS BEAUCK)\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": ""}, {"page_pdf": 402, "texte": "   Au milieu du chemin de notre vie\n                       P o è m e s r e l i g i e u x e t s y m b o l i q u e s (1)\n\n\n\n\n                                     Dans la forêt\nLes voix de la forêt\n\n                  TRANGER    qui traverses la forêt, repose-toi un\n                   instant en cette clairière fleurie. Baigne tes\n                   pieds fatigués dans l'eau vive qui coule à pleins\n                   bords et m u r m u r e en cette douce prairie. Vois\n                   les fleurs qui partout la jonchent, et le chant\n                   des oiseaux, entends comme il résonne ! Relève\n                   aussi les yeux. Contemple par-dessus le cercle\n                   des bois sombres entourant de tous côtés la\nclairière, ce g r a n d ciel bleu, où planent majestueux de blancs\nnuages immobiles. As-tu jamais rencontré ciel plus clément,\nséjour plus paisible, plus enviable repos?\n\n\n\n   O Voyageur, tu te troubles à la pensée du bonheur que tu\npourrais goûter en te fixant ici! Demeure avec nous. Pourquoi\nvouloir encore marcher à l'aventure, vers cette T e r r e Promise\nqui peut-être nulle part n'existe, et que tant d'autres avant toi\nont opiniâtrement et vainement cherchée.\n   O Pèlerin lassé, d e m e u r e auprès de nous et préfère désormais\nle certain à l'incertain! Ici tu n'auras plus ni périls à braver, ni\nfatigues, ni dures épreuves et longues souffrances à supporter,\nmais tu vivras heureux, dans un calme repos, laissant les\nconseillers téméraires, qui t'ont guidé jusqu'ici, poursuivre\naveuglément leur recherche insensée.\n\n\n\n (1) Tirés d'un volume qui paraîtra prochainement sous ce titre.\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "322                         DURENDAL\n\n\n   Tu ne nous réponds point. Pourquoi, ô Voyageur, rester\nsourd à nos voix? Du moins, si ton cœur demeure défiant à\nnotre égard, prends pitié de toi-même, ô pauvre frère! Vois!\ntes pieds tout ensanglantés peuvent à peine te porter. La faim\net la fatigue se lisent sur ton visage, et tes yeux las s'épuiseront\nà chercher vainement le pays de tes rêves. Par delà la clairière,\nil n'est plus de chemin, et si tu veux rentrer dans la sombre\nforêt, tu tenteras vainement d'y trouver un passage, et comme\ntant d'autres tu périras solitaire, parmi les lianes inextricables\net les ronces, que partout tu rencontreras devant toi.\n\n\nLe V o y a g e u r\n\n   O voix trompeuses, vous mentez, et mes oreilles à jamais sont\nfermées à vos appels, et demeureront sourdes à vos conseils per-\nfides. Déjà, perçant la nuit de la sombre forêt, je vois au loin,\ndroit devant moi, la vraie lumière briller sur la Terre Promise.\n   O voix trompeuses, vos invitations insidieuses et vos prédic-\ntions de malheur ne sauraient me retenir! Car je sais, en effet,\nqu'avant de parvenir au terme du voyage j'aurai de nouveaux\ncombats à livrer, de plus rudes épreuves à endurer, des périls\neffrayants à affronter, et de plus cruelles souffrances encore à\nsupporter. Je sais que les lianes et les ronces — en apparence\nimpénétrables — existent, dont vous parlez. Mais je sais aussi\nqu'après tous les maux, les labeurs, les tourments et les angoisses\nincessantes de la route, je parviendrai enfin à cette Terre Bénie,\nsur laquelle pour toujours brille la vraie Lumière, et où ceux\nqui, comme moi, méprisèrent vos réelles mais périssables joies,\nvivent dans le Bonheur immuable, éternel, auquel sont appelés\ntous ceux qui ont la Foi.\n\n\n                           À la Fontaine\nL'Ange\n\n   Pourquoi t'arrêtes-tu près de cette fontaine, ô Pèlerin? Dans\nle miroir uni des eaux tranquilles, que peux-tu contempler avec\ntant de soupirs? Pourquoi ces larmes coulent-elles à présent de\ntes yeux, et qu'as-tu vu dans cette eau pure qui puisse causer\ntant de douleur?\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "              AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                      323\n\n\nLe Pèlerin\n   O bon Ange, j ' y vois, bien qu'à travers un voile — mon visage\nhideux et tout rongé de lèpre. J ' y vois mon corps couvert et\ndévoré d'ulcères, et t o u t au fond de l'eau, m u e t t e , inexorable,\nla Mort, qui sournoise s'apprête à fondre sur moi.\nL'Ange\n\n   O pauvre Pèlerin, exalte et bénis Dieu, qui permet qu'enfin\ntu puisses ouvrir les y e u x ! Combien de fois déjà, pleurant\nauprès de toi, j ' a i voulu te faire voir et guérir ces plaies, que\ntoi-même, malheureux, tu t'étais infligées. Combien de fois,\ndéfiant et sourd à ma voix, m'as-tu dédaigneusement, d u r e m e n t\nrepoussé, p r é t e n d a n t ne point voir et ne point redouter les\nmaux sans cesse croissants provoqués par ta vie mauvaise.\n   Or, puisqu'à présent, le repentir enfin est entré dans ton cœur,\nrends grâce à Dieu qui en te dévoilant l'horreur de tes maux\nt'en offre en m ê m e t e m p s le remède assuré. P r e n d s de cette\neau limpide dans tes mains, verses-en sur ta tête, laves-en avec\nsoin tes plaies et tes ulcères, et par le repentir, l'espérance et\nla foi, recouvre la santé que tu avais p e r d u e .\n\n\nLe Pèlerin\n\n  O bon Ange, hélas! je ne puis accomplir ce que tu d e m a n d e s !\nCette eau si pure et claire, et qui semble à la vue si fraîche et\nbienfaisante, brûle en réalité comme le feu. C o m m e de la\nchaux vive qu'on verserait sur elles, elle enflamme mes plaies\nd'ardeurs intolérables, et comme un fer rouge appliqué sur mes\nchairs, elle dévore et consume tout ce qu'elle a touché. O pour-\nquoi, pourquoi toi aussi m'as-tu t r o m p é ?\n\nL'Ange\n\n  Je ne t'ai pas t r o m p é , et je sais la douleur que cause la vertu\nde cette eau purifiante, mais comme le cautère ne guérit les\nblessures qu'au prix d'une intense et cruelle douleur, ainsi\ndoit-il en être de cette eau salutaire. Reprends donc courage et,\nbravant la souffrance, lave sans défaillances ce corps rongé\nd'ulcères. Vois, déjà se referment et déjà s'assainissent les plaies\nde ton visage, et ainsi en est-il de toutes celles que sur ton\ncorps l'eau bienfaisante a purifiées.\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "324                              DURENDAL\n\n\nLe Pèlerin.\n\n   Il est vrai, et déjà les dartres qui couvraient mes yeux sont\ntombées. E t voici que dans le miroir uni des eaux tranquilles, je\nvois se transformer l'image que je pouvais tantôt à peine recon-\nnaître. O j o i e ! la pâle mort disparaît à son tour. E t surprise\nnouvelle! la plus douce figure que j a m a i s il me fut donné de\nvoir, la remplace dans l'eau derrière mon visage. O bon Ange,\ndis-moi quelle est donc cette sainte, suave et r a y o n n a n t e face?\nL a P u r e t é , la Bonté, la Sagesse et la Force, toutes les perfec-\ntions y semblent reflétées, mais par-dessus toutes y rayonne\nl'Amour qui l'éclairE et la n i m b e d'une auréole divine. O bon\nAnge, que je voudrais pouvoir lui ressembler!\n\nL'Ange.\n\n   O frère bien-aimé, jamais tu ne formas meilleur souhait.\nCelui que tu contemples au fond des eaux tranquilles, c'est\nl'auteur de tout bien, de t o u t salut. C'est lui qui donne à tous\net qui seul peut donner la vie, étant la Vie. O frère, tu le sais,\nc'est lui qui t'a créé, c'est lui qui t'a racheté, c'est lui qui pal-\nmes soins te conduisit ici, et qui dans l'eau purifiante de cette\nfontaine de grâce, te guérit de la lèpre de tes iniquités. E t si\nrécompensant l'effort de ta foi, il d a i g n a t ' a p p a r a î t r e pour un\ninstant glorieux et pacifique au fond des eaux tranquilles, c'est\npour que tu comprennes, à son divin aspect, que la vraie vie\nconsiste à vivre à son exemple, d a n s l'amour véritable et désin-\ntéressé.\n\n\n      Je suis venu vers vous, un bandeau sur les yeux\nJe suis venu vers vous, un baudeau sur les yeux,\nJ'avais des chaînes aux mains, des chaînes autour des pieds.\nJ'avais longtemps erré. — Je me suis repenti,\net comme autrefois, lorsque j'étais enfant,\nJe suis venu prier dans une de vos maisons.\nEt là confiant enfin, obéissant enfin à votre voix,\nj'ai soudain arraché le voile ténébreux\nqui m'avait si longtemps empêché de vous voir.\nAlors, ô mon Dieu je vous ai vu. — J'ai vu votre bonté, votre miséricorde,\net pénitent, confus, baissant les yeux, je me suis vu aussi dans toute ma\n                                                                  [misère.\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "               AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                         325\n\n\nO bien-aimé Seigneur, amour que j'ai si longtemps délaissé,\ncombien, suivant l'exemple de ceux qui vous ont ici voué toute leur vie,\nje voudrais vous servir libre de ces entraves,\nqui m'ont t a n t d'années r e t e n u loin de vous.\nMais depuis si longtemps je les porte ces chaînes,\nqu'elles ont profondément p é n é t r é dans mes chairs\net qu'il faudrait m a i n t e n a n t pour les en a r r a c h e r\nun effort surhumain magnanime, héroïque.\n\nE t je n'ai de moi-même, ni force, ni courage, ni vaillance\nni vertu aucune — mais vous, ô bon J é s u s ,\nqui pendant tant d'années passées si loin de vous\nm'avez rappelé, m'avez suivi, m'avez prié sans vous lasser.\nVous, ô miséricorde incroyable infinie,\nqui toujours m'avez si tendrement aimé\ncoupable, impénitent, obstiné dans le mal,\ncomment pourrais-je croire, ô guide secourable,\nqu'après m'avoir au prix de t a n t d'amour et de t a n t de fatigues\nramené de si loin et remis dans la voie,\nvous délaisseriez l'âme qui veut vous suivre\net que ses chaînes seules empêchent de m a r c h e r .\n\n                                     *\n                                    * *\n\n Seigneur exaucez-moi, achevez votre ouvrage,\net puisque vous m'avez fait voir et haïr ces entraves,\ndonnez-moi le courage et donnez-moi la force,\nde les rompre à jamais, de les anéantir,\npour pouvoir, évadé du monde, vous servir\net comprendre à mon tour que vous êtes le seul maître\nauquel on puisse se soumettre sans déchéance,\net dont la toute-puissance et l'infinie bonté\nprocure à ceux-là que le monde estime prisonniers,\nle bonheur sans remords, et la vraie liberté.\n\n\n\n                          La Voix Intérieure\n   Pieusement, pieusement, franchis le seuil de l'Eglise. Mar-\nches-y doucement, n'en trouble point la paix! Vois au fond de\nla nef briller les rouges lampes — les trois lampes, symboles de\nl'Amour et de la Foi fidèles, qui brûlent jour et nuit devant le\ntabernacle.\n                                     *\n                                    * *\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "326                         DURENDAL\n\n\n    Quel silence et quelle paix t'ont saisi tout à coup!\n    Les soucis, les affaires, tous les bruits du dehors, comme tout\n cela meurt et semble vain ici. — Ainsi, dans les forêts, loin du\n tracas des villes — ou bien encore marchant le long des flots\n amers, tu t'es senti parfois seul à seul avec Lui — et dans la\n voix du vent qui passait dans les branches, et dans le bruit des\n flots, retombant en cadence, tu l'entendis qui te parlait et t'ap-\n pelait.\n                                  * *\n    Mais combien mieux ici tout te dit sa présence, dans l'ombre\nrecueillie des nefs où traîne encore un doux parfum d'encens\nportant à la prière. Oh! songe qu'il est là derrière la porte d'or,\nderrière la porte d'or et les rideaux mobiles, Celui qui par\namour demeure ici captif. Songe que là derrière ces voiles,\nprisonnier se tient l'Amour, l'Amour, qui d'amour fait trembler\ntous les anges, et que le ciel entier adore prosterné.\n                                *\n   Adore-le donc aussi prosterné à ton tour, et demande pardon\npour ceux qui l'abandonnent. Laisse parler ton cœur, dis-Lui\ntout ton amour, mais surtout dis-Lui bien tes fautes et ta fai-\nblesse, dévoile ta misère et ta lâche inconstance; humilie-toi,\net plein d'un sincère repentir, implore son pardon pour tant\nd'ingratitude. Oh! de quel lourd fardeau ton cœur s'est dé-\nchargé, quelle douceur suave, quelle joie, et quelle paix, après\nl'aveu confiant pénètre maintenant tout ton être.\n\n\n   Ouvre les yeux! Auprès du tabernacle, vois-tu dans la lumière\nles beaux anges venus du ciel, qui l'entourent. Resplendissants\nils passent avec un doux bruit d'ailes, effleurent d'un baiser\nl'autel où vit leur Maître, et légers vers le ciel, ils remontent\nportant — dans leurs bras reployés, des soupirs et des prières.\n   Mais si ta vue encore ne peut les suivre — écoute — écoute\nau moins la Voix qui parle ici, dans le silence près de Lui!\nCesse à présent de prier — retiens jusqu'à ton souffle. Tu es\nseul avec Lui. Il parle à ton cœur — et dans ton cœur descend\ncette paix infinie — qu'il donne à ceux qui l'aiment, à ceux qui\ns'humilient — à ceux qui se renoncent et confiants s'aban-\ndonnent, — à la Voix Intérieure qui les guide vers Lui.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "             AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                    327\n\n\n\n                      L'Ange du Porche\n  Sous le porche de pierre, de la très vieille église, je vis un\nAnge assis, qui jouait de la lyre. Ses doigts légers frôlant les\ncordes harmonieuses, il chantait doucement — appuyé sur la\nlyre — un chant suave et tendre — d'une voix enfantine —\nattentif à rythmer les paroles d'amour, que la grâce et l'amour\ndéposaient sur ses lèvres.\n                                 *\n\n  Je l'écoutai longtemps, et quand il se tut : « O doux chantre,\nlui dis-je, ô bienheureux habitant du paradis, pourquoi as-tu\nquitté ta céleste patrie, et pourquoi chantes-tu au seuil de cette\néglise, au lieu d'offrir près de l'autel, l'harmonie de ton chant\net tes adorations au Seigneur caché dans le Saint Tabernacle? »\n\n                                * *\n   « Frère, » me dit le doux Esprit, « d'autres anges plus puis-\nsants que moi, mieux que moi lui rendent ces hommages.\nL'église comme le monde, ó frère, est pleine d'anges, et chacun\nd'eux choisi par Dieu y remplit avec joie sa mission céleste.\nPour moi, je suis l'ange gardien de cette ville, et c'est pour\nplaire à Dieu que je me tiens ici, au porche de la plus vieille\néglise de la ville.\n                                 * ,\n\n   » Perçant les ombres et les murailles, mes yeux vqient tout\nce qui se fait dans la cité. Jour et nuit je la garde et je veille\nsur elle, pour elle je prie jour et nuit, jour et nuit je chante pour\nelle. Contre les pièges du malin je la protège, contre la haine\ndu démon je la défends, et j'avertis mes frères les bons anges\ngardiens des périls que courent ceux qui leur sont confiés.\n\n\n   » Quand sonnent les cloches de l'église, à chacune des heures\nmarquées pour la prière, avec elles je prie, appelant avec elles\nles âmes pieuses à l'oraison : toutes les prières qui sont dites en\ncette ville, sans en omettre aucune, pieusement je les recueille,\net comme un pur encens s'élevant de l'autel, je les fais monter\njusqu'au trône de Dieu.\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "328                             DURENDAL\n\n\n\n   » A ma voix, au chant de ma lyre — naissent au cœur les\nbons désirs. Les mauvaises pensées et les songes pervers —\ns'évanouissent et fuient en désordre devant elle; dans les âmes\ntroublées la foi renaît plus pure : l'espérance refleurit parmi les\néprouvés, et l'amour de mon chant remplit de joie, de paix et\nde conformité le cœur de ceux qui cherchent Dieu. A ma voix,\nau chant de ma lyre naissent au cœur les bons désirs. »\n\n\n\n       Aux Vêpres de la Fête de la Très Sainte Trinité\n                                Fecisti nos ad te Domine, et cor nostrun inquietum\n                             est dovec requiescat in te.\n                                                      ( S T A U C , Conf. I, c. 1.)\n\n                                      I\n\n   O h ! combien douce et pieuse semble la voix des cloches qui\nsonnent et se répondent, harmonieuses en ce beau jour par\ntoute la ville! De la tour de S a i n t - P i e r r e , au cœur de la ville,\nle bourdon vibre — et sa voix grave — en lents appels, plane\net proclame solennelle, l'heure venue de la prière. C'est l'heure\ncalme des vêpres, et dans l'heureuse paix du d i m a n c h e d'été,\ndes cloches de couvents et d'humbles monastères, des cloches\nplus petites et plus frêles répondent, à la voix grave et lente du\nlourd bourdon d'église.\n                                 *\n\n  P a r delà les toits et les tours de la ville, les bois verts s'éten-\ndent luxuriants, pleins de vie — et, çà et là d a n s le lointain,\nun clocher les traverse érigé vers le ciel — qui dit que là aussi\navec foi on vous prie et que l'on vous invoque à cette heure,\nô mon D i e u ! D e lumineux nuages aux formes arrondies sont\narrêtés là-haut, resplendissants dans le ciel bleu, et de blancs\nramiers, les ailes étendues, volent en troupe heureuse — bril-\nlants et pacifiques — décrivant de grands cercles au-dessus de\nla ville.\n\n\n  D a n s le j a r d i n , sous nos fenêtres, des grillons chantent sans\nrépit; des merles familiers sifflent joyeusement, et des fourrés\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "              AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                      320,\n\n\net des taillis s'élève l'incessant et frais gazouillis des moi-\nneaux, des pinsons, des mésanges et des fauvettes; — et de par-\ntout, des c h a m p s , des rues et des places de la ville — et des\nvillages au loin perdus dans la forêt, des voix heureuses mon-\ntent, s'appellent et se répondent, des voix claires, chantantes,\ndes voix mélodieuses, mariées aux voix des cloches résonnant\n par la ville.\n                                   II\n   O h ! que de souvenirs — ce décor paisible et ces voix douces\névoquent en moi. Combien de fois ainsi j'ai cru vous découvrir,\nô Seigneur, d a n s de calmes, sereins et vastes paysages, où les\nlignes, les sons, les formes et les couleurs semblaient s'unir en\nun cantique h a r m o n i e u x d'amour et de louange au Créateur!\nCombien de fois alors, m'arrêtant interdit, ai-je souhaité vivre\nen ces sites bénis, où je croyais trouver à j a m a i s le bonheur.\n\n\n                                  III\n  Seigneur, tous ces décors que j ' a d m i r a i jadis au cours de mes\nvoyages repassent à cette heure un à un devant moi, et je vois\nque ces formes, ces sons et ces couleurs, qui charmèrent un\ninstant mes sens et mon esprit, ne pouvaient par eux-mêmes\nassurer le bonheur. Mais ce qui m'attirait si puissamment en\neux, c'est que sous leur beauté matérielle et visible, l'âme qui\ntoujours vous cherche et vous désire, ô parfaite, suprême et\ndivine B e a u t é — vous devinait, vous cherchait, vous entre-\nvoyait un instant, et goûtait un instant l'indicible bonheur que\ncause pour toujours aux habitants du Ciel la claire vue de vos\nperfections infinies.\n                                IV\n\n   Mon Dieu ! je vous rends grâce et je vous remercie de m'avoir\npermis de vous apercevoir jadis en ces visions. Vous avez bien\nvoulu depuis m'éclairer davantage, et vous m'avez montré que\ncette incomparable et toujours nouvelle Beauté de la nature\nn'est q u ' u n aspect seulement de vos perfections. E t surtout,\nvous avez daigné me faire voir, ô très sainte, auguste et bénie\nT r i n i t é , que toutes les merveilles de votre création matérielle et\nvisible ne furent voulues par vous, ne furent créées par vous, que\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "330                         DURENDAL\n\n\npour nous faire comprendre, et pour nous rappeler, partout,\nincessamment, votre amour et l'unique but de notre vie. Car\nvous nous avez fait pour vous, ô Bonté Infinie, qui trouvez\nvotre gloire à vous communiquer. C'est vous que nous cher-\nchions, c'est vous que nous aimions sans vous connaître encore,\nen ces sites bénis, en tous ces paysages, — et notre cœur depuis\nn'a trouvé le repos, qu'en vous seul, ô mon Dieu, pour qui il fut\ncréé.\n                       Pour les Oiseaux\n   Qu'est-ce qui te saisit soudain, ô mon enfant, tandis que tu\nretiens dans tes mains ce pauvre oiseau tremblant de s'être laissé\nprendre? Pourquoi demeures-tu à ton tour interdit, alors que\nde ses petits yeux luisants et ronds, il te fixe et contemple avec\ntant d'épouvante? Qu'est-ce donc qui te trouble et qui t'émeut\ntoi-même, alors que tu le tiens captif et plein d'effroi, dans la\nprison de tes mains.\n\n   O mon enfant, laisse-moi te dire, pour que ton jeune cœur se\nremplisse d'amour et de tendre piété pour toutes les créatures.\nCe qui t'émeut, ce qui te trouble — ce qui te plaît et t'effraye\ntout à la fois, c'est le doux mystère caché dans ce cœur d'oiseau\nqui bat si fort à présent, et que tu sens palpiter, à petits coups\nprécipités, dans la chaude prison de tes mains. Ce qui\nt'émeut, ce qui te trouble — et bénie soit cette émotion ! — c'est\nla vie que tu sens dans cette petite créature, ta prisonnière. Car\ncette vie, ô mon enfant, tu le devines et le comprends confu-\nsément, elle vient à ce pauvret, elle lui est donnée, par Celui qui\nla donne et la conserve à tous et à toi-même.\n                                  *\n   Cette vie que tu tiens ainsi à ta merci, elle vient de ton Dieu,\net ce que tu perçois, bien que confusément, dans les battements\neffarés de ce cœur d'oiseau, c'est un rayonnement encore bien\nque lointain de cette vie divine, source de toute autre vie. Et\nc'est pourquoi, ô mon enfant, par vénération pour ce Dieu tout-\npuissant qui l'a créé, par amour pour les œuvres de Dieu si bon,\nqui te soutient toi aussi dans l'existence, garde-toi de faire\naucun mal à cet oiseau et ne détruis sans cause aucune créature.\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "               AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                          33l\n\n\n     Songe que la moindre d'entre elles, Dieu l'a voulue!\n     Vois avec quel soin Il revêtit celle-ci ! avec quel a m o u r Il l'a\nformée, avec quel art Il disposa ce petit gosier, d'où jailliront\ntout à l'heure dans la lumière de si doux chants! Et c'est pour-\nquoi si tu veux témoigner de ton pieux a m o u r pour Celui qui\nvit invisible et caché en toute la nature, rends donc sans plus\nt a r d e r à ce t r e m b l a n t oiseau sa liberté, et que vers le ciel, il\nremonte joyeux pour prendre, au clair soleil, dans le vent et\nl'air libre, sa part dans le cantique de louanges et d'action de\ngrâces, q u e d a n s leur joie de vivre, chantent au Créateur toutes\nles créatures.\n\n\n      Vieilles femmes qui priez à l'entrée des églises\n  Vieilles femmes qui priez à l'entrée des églises, que dites-vous\nau Seigneur, p e n d a n t les longues heures que vous passez assises\nà l'entrée des églises, égrenant d a n s vos mains débiles d'inter-\nminables chapelets?\n                                   * *\n  T o u t en priant, vous regardez devant vous, les yeux perdus\ncomme d a n s un rêve. Q u e voyez-vous dans vos rêves, vieilles\nfemmes qui priez à l'entrée des églises? Ceux qui passent devant\nvous vous méprisent pour la plupart, à vous voir si pauvrement\nvêtues, et ceux dont le cœur est plus miséricordieux, vous plai-\ngnent et vous contemplent avec pitié, en se penchant vers vous\npour vous faire l'aumône.\n                                 *\n\n   Mais pour moi, qui partout où je vous ai vues, vous ai aimées,\nvieilles femmes qui priez à l'entrée des églises, je vous envie\nvotre sort méprisé, votre place à l'entrée de la maison de Dieu,\net les longues heures que vous passez en tête à tête avec lui dans\nl'oraison.\n\n\n  Au pied du crucifix, à l'entrée des églises, sous la lampe rouge\nqui toujours brûle, et dont la flamme vacillante ressemble à la\nlumière t r e m b l a n t e de votre vie, depuis si longtemps vous priez\nchaque jour, que les petits sacrifices accumulés de vos prières\nont touché le cœur de Dieu, et que dans la misère apparente de\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "332                            DURENDAL\n\n\nvotre solitude, N o t r e - S e i g n e u r Jésus vient lui-même vous tenir\ncompagnie, et qu'il vous met au cœur la paix et la douceur de\nces consolations, qu'il refuse à ceux-là qui passent dédaigneux\ndevant vous.\n                                       *\n                                   *       *\n\n   Vieilles femmes qui priez à l'entrée des églises, lorsque sur\nles autels, les prêtres au matin disent la sainte messe, vous ne\ncomprenez point peut-être toute la profondeur du mystère\nd'amour qui s'accomplit. Mais du moins vous savez que celui\nqui s'immole ainsi chaque matin, que celui qui vit enfermé j o u r\net nuit, par a m o u r pour vous, au tabernacle, c'est votre Dieu,\nle bon Jésus. Vous le priez, vous l'adorez, vous l'invoquez avec\nferveur p e n d a n t ces longues heures que vous passez assises à\nl'entrée des églises. E t c'est pourquoi Dieu qui vous aime, et\nqui, sous les misérables haillons qui vous recouvrent, voit briller\nl'humble trésor de votre foi, se c o m m u n i q u e à vous chaque j o u r\ndavantage et se révèle à vous toujours plus désirable, et tel que\nvous le verrez bientôt dans la lumière, — alors que le m o n d e\nqui vous méprise, marche à tâtons dans les ténèbres — vieilles\nfemmes qui priez à l'entrée des églises.\n\n\n\n                              Land's End\nA Monsieur Laurence Binyon.\n                                                     L'omniprésence divine\n\n  U n m u r m u r e du vent dans le j a r d i n tout près de moi .\n\n\n    U n m u r m u r e du vent, un léger souffle de vent. Combien\nn'est-il pas vrai, cela semble à première vue peu de chose! E t\np o u r t a n t pour qui veut y réfléchir — dans ce simple et doux\nbruit — quel profond mystère, et quelle puissance, et quelle\nvie dans ce souffle aérien, fugace et passager!\n\n                                       *\n\n  Car ce souffle, ô mon Dieu, vient de vous, comme tout,\nô mon Dieu, vient de vous! Mais comment se fait-il qu'ici —\ndans le j a r d i n paisible et tout fleuri de ce couvent — ce mur-\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "             AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                 333\n\n\nmure me fait soudain ressouvenir d'un pareil soupir impres-\nsionnant du vent — entendu il y a des années bien loin d'ici.\n                                *\n                               * *\n   Je m'en souviens si bien à cette heure. C'était dans ce pays\nsauvage de Cornouailles, dans un pauvre village situé au som-\nmet des falaises, au bord de l'Océan. Nous y étions arrivés à la\nfin d'une calme après-midi d'été, et pendant que l'on préparait\ndans un rustique cottage notre gîte. Je me tenais debout sur le\nseuil de la porte, regardant par-delà les maigres pâturages, la\nmer qui s'étendait au pied de la falaise, immense, luisante et\nglauque, sous un ciel bleu et blanc aux nuages immobiles.\n                                  *\n\n   O Dieu! après les inutiles et vains affairements de la vie\nquotidienne, quel recueillement grave et doux et pénétrant,\nc'était que cette vision de l'immense Océan. Il n'y avait alors\nnul bruit dans le village, et sur la mer, on n'entendait, là-bas,\nque l'appel continu, plaintif, mélancolique des mouettes agiles,\nqui près de grands rochers au pied de la falaise, volaient et\ns'appelaient et pêchaient diligentes, de leurs grandes ailes\nblanches rasant les flots.\n                               *\n                              * *\n   Et tandis que mes yeux ravis vous contemplaient, ô mon\nDieu, sous ce calme et grandiose aspect du ciel et de la mer,\ntandis que mon âme, devant cette révélation de votre gran-\ndeur infinie, se remplissait d'amour et que tout mon être vous\nappelait et soupirait après vous, un petit souffle de vent, un\nléger souffle de vent, soudain se fit entendre derrière moi, et\nd'instinct fit que je me retournai, comme si quelqu'un m'eût\nparlé.\n                                  *\n                              *       *\n  Or, celui qui parlait à cette heure dans le vent, c'était vous,\nô mon Dieu! Et vous disiez alors ces mots, qu'en évoquant\ncette lointaine vision, je crois entendre encore, et que je com-\nprends mieux à présent : « Pense, me disiez-vous, que je suis\nainsi partout au même instant! Réfléchis qu'en tout lieu du\nciel, des mers et de la terre, partout où ta pensée peut\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "334                          DURENDAL\n\n\natteindre, partout je suis en même temps, et que ma seule\npuissance partout à la fois, donne, soutient et règle en toute\nchose l'existence. Songe que cette secrète et pourtant manifeste\nprésence, n'est qu'un appel constant, sans cesse renouvelé, par\nlequel mon amour redit aux âmes pures, leur dépendance\nentière, incessante, absolue, et le but pour lequel elles furent\ntoutes créées. »\n\n   Or, je veux que toujours tu le retiennes, et que tu le graves\nbien avant dans ton esprit, incessant et constant, est pour celui\nqui veut l'entendre cet appel de mon amour. Partout et toujours\nil voudrait se faire entendre. Et si parfois tu l'as plus claire-\nment reconnu, — comme en cette muette contemplation du ciel\ncalme et de la mer, qui remplissait ton cœur de désirs d'Infini,\nou comme encore dans le soupir aérien, immatériel de la brise,\ngonflant soudain ton cœur du salutaire désir des joies spiri-\ntuelles, — c'est que dans ces instants ce cœur fait pour aimer,\nétait plus libre, plus pur et plus dégagé.\n\n    Voilà ce que jadis, dans les soupirs du vent, vous disiez, ô mon\n Dieu, au bord de la falaise. — Et maintenant dans ce léger\nsouffle qui vient de passer sur le jardin paisible et tout fleuri de\nce couvent c'est Vous encore qui me parlez et qui me dites :\n« O fils, qui docile à mon appel, laissas tout pour venir me\nservir en cet asile, puisque tu te rappelles à cette heure la joie\nsereine et la suave paix de ces rares instants où dans ta vie\npassée ton cœur dégagé me reconnut dans la nature, veille à les\nrendre ici plus durables et fréquents par la reconnaissante et\nconstante pensée de cette universelle et divine présence, en la\nprotection de laquelle tu vis toi-même.\n   » Vis donc désormais plus soucieux de moi; en tout ce que\ntu fais, en tout ce que tu vois, considère attentif Celui de qui\ntout vient, Celui vers qui tout va, et plein d'un saint respect,\nme recherchant partout, reconnais-moi partout par les yeux de\nla foi, jusqu'au jour, — où le temps des épreuves étant fini, — tu\nme contempleras dans la lumière de gloire, et tu verras en moi\ncomme en un clair miroir, une terre nouvelle, un monde puri-\nfié, et l'assemblée des Saints plus belle à elle seule que l'Uni-\nvers entier.\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "             AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                   335\n\n\n\n                     Trois aspects de Dieu\n                                 I\n                                                        Puissance\n\n   En traversant la Suisse, le train s'était arrêté à un petit vil-\nlage au pied des montagnes. C'était le matin. Des vapeurs\nrecouvraient encore toutes les choses. Aux abords de la gare,\nd'un côté le village était groupé, avec ses pittoresques chalets\nrangés autour de son église et dominés par les masses carrées,\nprétentieuses et banales des grands hôtels, aux façades badi-\ngeonnées de couleurs claires. Le village s'éveillait. Des fenêtres\ns'ouvraient, des groupes se formaient sur la route et dans la\ngare des paysans s'affairaient.\n                                 *\n   Et, de l'autre côté, le lac bleu longeait la voie ferrée. On ne\nle voyait qu'en partie à cause des vapeurs qui traînaient encore\nà sa surface; et, sur la rive opposée, la base seule des mon-\ntagnes s'apercevait, voilées à hauteur d'homme de denses nuées\nblanches, qui les dérobaient à la vue. Or, tandis que nous cher-\nchions à percer du regard ces vapeurs, un vent frais se leva, les\npoussant devant lui, — et tout à coup — pendant qu'une cein-\nture de brumes restait encore, comme accrochée aux flancs de\nla montage, — par-dessus, — dans les hauteurs, les vapeurs se\ndispersèrent, laissant apercevoir la masse de granit prodi-\ngieuse immense et noire des montagnes, les petits bois de pin\naccrochés par places à leurs durs parois, puis plus haut des\nchalets solitaires témérairement abrités sous de. grands blocs\nde pierre arrêtés comme par miracle dans une précédente\navalanche, et puis, plus haut encore, miroitants et scintillants\nau soleil d'éblouissants glaciers resplendissants dans le ciel\nbleu.\n                                * *\n   Et, pendant que le vent matinal chassait ainsi devant lui les\nbrumes grises, je songeais, contemplant, ébloui, la masse\nénorme des montagnes — que je ne voyais là dans cette immen-\nsité qu'un aspect seulement d'un monde créé par Vous parmi\ndes milliers et des milliers de mondes — attestant votre force,\nattestant votre science, et votre souveraine toute-puissance,\nô mon Dieu.\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "336                        DURENDAL\n\n\n\n                                   II\n                                                         Harmonie\n\n  En marchant la nuit par les rues de Florence, je vous ai de\nnouveau senti près de moi. On était au printemps. L'air était\npur et doux. Le firmament par-dessus la ville resplendissait\ntout criblé d'étoiles et dans les jardins les arbres en fleurs\nembaumaient.\n                              * *\n   Au bout de la rue silencieuse que je suivais, les montagnes\nde Fiesole se dressaient doucement éclairées de la lumière de\nla lune, avec ses groupes de maisons roses et blanches serrées\nlà-haut autour de son église, et semées plus bas, comme des\nbouquets d'arbres en fleurs le long des routes.\n                                   *\n                               *       *\n   Et je songeais tout en marchant : — ainsi en Palestine, dans\nla Terre Sainte de Judée — par une nuit pareille lumineuse,\nétoilée, — Bethléem — dut apparaître aux yeux ravis des\nBergers.\n\n  Songeant ainsi, pris de respect pour le calme auguste de\ncette nuit, je m'arrêtai, devant la grille blasonnée d'un jardin\nentourant l'un des plus anciens palais de la ville. Mais com-\nment dire la paix bienheureuse qui régnait alors sur ce jardin !\n                                   *\n\n  Couronnant les murs et sertissant la grille, des roses de Ben\ngale et des glycines en fleurs y mêlaient avec art leur forme et\nleurs parfums. Immobiles et sombres à l'entrée du jardin, de\nhauts cyprès coniques semblaient en garder les avenues; des\npins parasols étalaient plus loin leur gracieuse couronne de\nverdure perpétuelle, et le long des allées, toutes blanches de\nlune, sommeillaient des parterres de roses et d'iris. Au-dessus\ndu jardin, le ciel, lui aussi, semblait un lumineux et vaste\nchamp de fleurs, mais les fleurs du ciel n'étaient point comme\ncelles de la terre endormies; se renvoyant l'une à l'autre leur\npure lumière, elles brillaient de feux clairs et sans cesse avivés,\njonchant le firmament de scintillantes gemmes de diamant et\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "               AU MILIEU DU CHEMIN DE NOTRE VIE                           337\n\n\nde rubis, de topazes et d'émeraude. E t tandis que charmé,\nj ' a d m i r a i s l'harmonieuse splendeur de ce ciel constellé, des\n massifs pleins d'ombre et de paix du j a r d i n , une voix tout à\ncoup jaillit suave et t e n d r e , la voix d'un rossignol invisible et\ncaché, qui confiait t r e m b l a n t son bonheur à la nuit.\n      Oh ! comme dans le silence parfumé de la nuit, ce doux chant\n montait mélodieux vers les étoiles. Il semblait emporter avec\n lui notre âme, et pour un court instant, unissant le ciel à la\n terre, il faisait mieux comprendre et mieux apprécier la paisible\n splendeur de ce ciel constellé, de cette nuit sereine ; et dans ces\n astres clairs, ces fleurs et ces parfums, et dans la poésie pro-\n fonde de ce chant apparaissait plus vif et plus impressionnant,\n le reflet de cette harmonieuse et divine beauté, que les âmes\n  pieuses et les contemplatives recherchent avec amour et\n retrouvent ravies, — dans toutes vos créatures et dans toutes\n  vos œuvres, ô mon D i e u .\n\n                                     III\n                                                                     Amour\n\n   Et m a i n t e n a n t dans la tranquille cellule où je viens d'achever\naujourd'hui le traité de l'Incarnation, fermant ce livre écrit par\nle Docteur Angélique, je repasse en esprit les choses que j ' y ai\nlues, et je revois confus, l'incroyable série d'abaissements, de\nsouffrances et d'humiliations qu'ont été les trente-trois années\nde votre vie, ô J é s u s .\n\n   J e vous revois naissant, couché nu dans l'étable ouverte à tous\nles vents, seul abri qui vous fût offert à votre entrée dans le\nmonde. Je vous revois petit enfant, fuyant la nuit en hâte avec\nJoseph et Marie, et passant avec eux sept années dans l'exil\nparmi les E g y p t i e n s barbares et idolâtres. Je vous vois revenu\nensuite à N a z a r e t h , peinant et travaillant h u m b l e m e n t dans la\npauvre échoppe du charpentier, et souffrant la défiance et l'in-\ncrédulité de vos proches, qui ne voulurent croire ni la prédiction\nfaite par Zacharie, ni les paroles confiantes des bergers et des\nmages, ni la reconnaissance de votre mission faite au temple par\nAnne et par S i m é o n .\n\n   Je vous a d m i r e encore dans votre vie cachée, montant au\nT e m p l e chaque année — et priant dans ce lieu qui vous est\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "338                           DURENDAL\n\n\nconsacré — en silence, au milieu de tout un peuple prosterné\nqui vous adore et vous implore sans vous connaître.\n                                    *\n\n    Puis c'est votre vie publique qui m'apparaît : les trois années\npassées à instruire, à prêcher, et à faire connaître au m o n d e la\nVérité. E t c'est pour prix de t a n t d'efforts et de tant de bienfaits,\nl'indifférence aveugle et l'incrédulité presque complète en G a -\nlilée, et d a n s J é r u s a l e m la haine impie, sournoise, dissimulée\ndes docteurs et des scribes qui dans leur cœur ont j u r é votre\nperte, et qui t r a m e n t féroces votre mort lorsque par vos mira-\ncles et par vos discours vous vous révélez devant eux.\n\n                                  * *\n\n  Je vous contemple enfin souffrant cette Passion que vous aviez\ntant de fois prédite et désirée. J e vous revois trahi au jardin des\nOlives, lié de cordes et traîné ensuite comme un être malfai-\nsant par les rues. J e vous vois souffleté chez Anne, insulté et\ncouvert de crachats chez Caïphe, et je pense, à ces longues\nheures que, délaissé de tous, vous passâtes, la nuit, dans la cour\ndu grand-prêtre, exposé à tous les outrages des valets.\n  Je vous suis chez Pilate, je vous suis au Calvaire, et sur la\ncroix infâme agonisant, je vous entends prier jusqu'au dernier\nsoupir, pour tous ceux que vous êtes venu racheter, et pour\nceux-là m ê m e qui vous ont crucifié.\n\n\n   E t relevant enfin les yeux, c o n t e m p l a n t aux murs blancs de\nla cellule ce crucifix qui rappelle votre mort et résume toute\nvotre vie, je songe confondu que toutes ces souffrances, ces\ntourments, ces outrages, et ces humiliations, — ont toutes été\nvoulues, ont toutes été réglées, par votre Providence, de toute\néternité, — pour nous faire connaître et pour nous faire aimer,\nun aspect tout au moins de votre miséricorde et de votre bonté,\n— et de votre amour infini pour toutes vos créatures, ô mon\nDieu.\n\n                                            DOM BRUNO DESTRÉE\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "     LE DOIGT DE DIEU\nDessin pour un conte de C. Lemonnier\n\n       (FRANÇOIS BEAUCK)\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": ""}, {"page_pdf": 422, "texte": "     Les pêcheurs de la côte\n\nPour les marins d'Anvers, la mer\n— Roule immense de lucre cl de tempête —\nDe l'un à l'autre bout de sa splendeur,     reflète\nLes ors du monde en ses vallons amers;\nMais pour ceux-ci, ceux de Flandre, la mer\nN'est que leur blond pays qui se prolonge\nSous le manteau tumultueux        des flots hagards,\nAvec ses terrains plats et les éponges\nDe ses brouillards ;\nC'est la plaine des mâts des voiles cl des hunes\nEl des filets qui s'acharnent à la moisson\nCoruscante des beaux       poissons,\nCouleur de lune.\n\nA droite, à gauche, à l'infini,\nAu long de la côte âpre et nue,\nDorment, en leur repos que les courants       remuent,\nLes sables blancs, jaunes et gris.\nLe pêcheur les connaît : son œil sagace\nVoit, dirait-on, à travers l'eau :\nIl arrête toujours l'élan de son bateau\nJuste à la place,\nOù le butin     s'amasse.\n\nIl va du banc des Chiens      marins\nAux bancs d'Ostende ou de Wendune,\nFouillant les flots d'argent, fouillant les flots d'airain.\nL'hiver, l'été, selon l'heure opportune ;\nLes bruns varechs el les goëmons bleus\nDéveloppent, en longs jardins        visqueux,\nLeurs verdures qui se soulèvent\nAu va-et-vient des poissons clairs.\nLes uns passent sous l'eau, comme l'éclair,\nD'autres luisent, pareils aux glaives,\nParfois y apparaît, ainsi que la folie,\nL'œil fixe et phosphoreux     des cabillauds   rôdeurs,\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "340                                DURENDAL\n\n\n         Tandis qu'au fond calmé des     profondeurs,\n         Raie et turbot, sole, limande ou plie,\n         Sur un sol plane et finement sablé,\n         Se reposent, se combattent, se   multiplient.\n\n         Les vieux patrons et leurs mousses hâlés\n         Savent, d'après le vent et l'heure,\n         Quelle pèche sera la meilleure,\n         Et quel filet solide et long-,\n         Avec ses rêts pesants de plomb,\n         Il faut descendre, au long des barques lentes ;\n         Patiemment,    ils vont traçant des sentes\n         Sur l'arène des flots pâles, là-bas,\n         Jusqu'à l'instant que tous les bras sont las\n         Et qu'après mille efforts ligués, la cale\n         Déborde et luit, sous un amas de poissons    gras.\n\n         Ils reviennent   sans faire    escale.\n\n         De loin, au soir tombant,\n         On voit surgir leur flottille dorée,\n         Avec les fleurs d'écume des marées,\n         Autour d'elle, superbement ;\n         Et l'on descend la voile et la barque inlassable\n         Jusques au lendemain s'échoue et pèse sur le sable.\n\n         Et les vieilles et leurs filles et leurs gamins\n         Heureux, impatients,        avides,\n         Attendent là, avec des paniers vides,\n         Et la hâte et la fièvre au bout des mains ;\n         On travaille dans l'eau, culotte         retroussée,\n         On boit gaiement un coup d'alcool,\n         Les ancres sûrs mordent le sol,\n         Une glissoire d'or, sur la mer embrasée,\n         Court. Et chacun regagne à larges pas,\n         Avec sa charge au dos lourdement             cadencée,\n         Par les dunes et leurs sillages,\n         Le village\n         Dont les chaumes fument,          là-bas.\n\n\n                                                          EMILE   VERHAEREN.\n\n\n      Westende, 1905.\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                         Printemps\n\n                           Les Bourgeons\n               HIVER lent et triste, qui invinciblement       poursuis la\n                   route des t e m p s , hiver lent et triste qui me fis\n                   tant souffrir, je te vois, fuyant sur la route des\n                   temps, et ta face glacée et dure m'est à jamais\n                   cachée. T o n dos large et rugueux, sous son\n                   armure de gel, porte le vent fougueux attaché\n                   par les ailes, et qui hurle et crie de se voir\n                   banni.\n   Les traces de tes pas étendent leurs crevasses, qui derrière\ntoi s'emplissent d ' h u m i d e espoir. L'eau gonfle ses globules vifs,\net casse les scellées de glace, que tu mis sur ses trésors féconds.\nT o u t ce que tu figeas en l'immobile plaine, fermente et s'étire,\nsous la baisante bouche du clair printemps.\n   L'air encore est froid de ton passage, et l'ombre bleue se\nsouvient de toi, mais le printemps arrive, semant d'une main\nclaire la poussière chaude et dorée de la vie.\n   Hiver, rude et effrayant hiver, je te vois au loin, minci par\nla distance, et le souffle mordant du vent fait à peine bouger\nmes cheveux.\n   P l u s ne grince la lugubre complainte des feuilles mortes et\ndes branches sèches : les rameaux amollis se frôlent souple-\nment; tout se touche, et plus rien ne se heurte, une harmonie\ncaressante et grave préside au réveil des forêts.\n   Sur les grands troncs muets, et les arbustes grêles, mon œil\nse pose émerveillé, une douceur de miel se répand en mon\ncœur, une joie troublée m'enivre et me fait sourire inconsciem-\nment !\n   O promesse de vie, enchantement de te revoir, ardeur\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "342                            DURENDAL\n\n\nheureuse, ardeur émue, par toute la terre fervente, les arbres,\nmalgré leur mutisme, proclament le retour des sèves...\n   Petit bourgeon, solide espoir, qui de ta juvénile force, brise\nton écaille et apparais vivant, annonciateur si frêle, de si\ngrandes choses, petit bourgeon velu qui prédis les moissons !\n  Chaton luisant comme une perle, pousse tendre comme un\nnouveau-né, gros bourgeons bruns des marronniers, grain qui\ngerme, brin de gazon nouveau...\n\n... quand je vous découvre, je revis avec vous, et me sens\nrenaître à de nouveaux efforts. U n e vision sublime de forêts et\nde landes, de plaines et de champs, me grise et m'exalte...\n    Fortement alors, me vient le souvenir, que mes yeux ont\ncueillis extasiés ; de la blanche arrivée, sur la mer immense,\ndes navires aux voiles déployées.\n    Et je vous compare à eux, bourgeons infimes et glorieux, car\nvous êtes aussi une splendide arrivée, toute bruissante d'espoir,\net lourde d'avenir !\n\n      Mars 1905.\n\n\n                               Nostalgie\n                La lumière d'or nimbe la fenêtre,\n                Et voici que tombent à l'oubli\n                Mes lourds cauchemars de la nuit;\n                Une journée de joie va naître!\n\n                L'eau fraîche lave mon sommeil,\n                Mes yeux ne dorment plus,\n                Et voici sur mes bras nus\n                Couler un ruisseau de soleil.\n                La rapide caresse de la brise,\n                Par la fenêtre, ouverte un peu,\n                Fait frissonner le rideau bleu.\n                Et pénètre mon cœur, qu'elle grise.\n                   Et là, entre les robes de laine,\n                   Pend le tablier de toile,\n                   Raide et clair comme une voile,\n                   Prêt à voguer par les plaines.\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "             PRINTEMPS                              343\n\nLa nappe est blanche, le pain doré,\nEt la porte vers le jardin\nS'est déclose tout au matin,\nPour découvrir la terre parée.\n\nAu-dessus du pavé rouge,\nSur un fond brun et      pelucheux,\nSe pavane le ton frileux,\nDes frêles feuilles, qui dans l'air   bougent.\n\nDes odeurs flottent, suaves et douces,\nDes pétales roses    s'acheminent,\nGirent, tournoient, puis     s'inclinent,\nEt mollement choient parmi les pousses.\n\nSur le mur blanc, les mouches     paradent\nAlertes et vives, en pleine lumière,\nUn merle entame la filière\nDe sa cristalline   sonate.\n\nMon cœur troublé aspire fort,...\nA gros bouillons monte un désir,\nQu'il semble vain de contenir,\nCar déjà il prend  l'essor...\n\nLes campagnes à perte de vue\nSont là, derrière ce mur,\nEt plus loin sont les flots purs\nDe la mer verte et nue.\n\nEt au delà... pays   lointains,\nMystères aimés, choses ignorées,\nLongues courses    aventurées,\nQue je voudrais connaître demain !\n\nO partir, partir à travers tout,\nBoire l'espace neuf    longuement,\nEt me sentir poussée, tel un esquif     charmant,\nPar le désir volage et fou...\n\nSur toute l'immensité des champs,\nClaquent au vent de la vie\nLes oriflammes   fleuries\nDu jeune et cher printemps.\n\nEtrange fièvre de départ,\nAu moment où s'entr'ouvre\nLe bonheur qu'avril  découvre...\nToujours trop tard?\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "344                                DURENDAL\n\n\n                      Et pourquoi faut-il    languir,\n                      L'hiver entier vers les beaux jours,\n                      Pour ne vouloir avec amour\n                      Regarder mes fleurs     sourire!\n\n\n\n                      Un nuage blanc comme neige\n                      Passe, majestueux et lent...\n                      Le nuage va, docile au vent,\n                      Où le mène-t-il... qu'en sais-je?\n\n      Avril   1905.\n\n\n\n\n                                     Spleen\n                      L'aube diaphane s'est évaporée.\n                      Le jour est splendide et chaud déjà,\n                      Un grand courant de brise vient et va,\n                      Mariant les senteurs, fortement  émanées.\n\n                      Charme de vivre en ce moment ;\n                      Beauté du ciel, candeur des choses.\n                      Mon âme tout à coup s'est déclose,\n                      A la joie pure,   tendrement.\n\n                      Mon âme s'est aéclose    tendrement,\n                      Mais fébrile déjà elle s'agite!...\n                      La feuille bouge et palpite,\n                      L'oiseau s'envole en   criant!...\n\n                      C'est l'heure enfin de partir...\n                      Ici, c'est la ville cruelle,\n                      Qui jamais ne se renouvelle,\n                      C'est la ville qui ne peut fleurir.\n\n                       C'est la ville et ses rues droites,\n                       Et ses marbres      échafaudés,\n                       Et ses palais de fer bardés,\n                       Et ses maisons comme des boites.\n\n                       C'est l'horrible vie murée,\n                       C'est le bonheur entre des murs,\n                       C'est lajoie tranquille et sûre,\n                       C'est la faible joie mesurée!\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                         PRINTEMPS                           345\n\n           Fuyons...    là-bas la terre   vit,\n           L'eau murmure, saute et        coule,\n           Les arbres nobles sont la      foule,\n           Et les palais des champs       infinis.\n\n           Le ciel entier est sur nos tètes,\n           L'air entier en nos poitrines,\n           Tous les parfums en nos narines,\n           En nos yeux toutes les fêtes !\n\n           Fuyons, mon cœur si fort   languit.\n           Mon cœur malade est en détresse,\n           Mon cœur souffre de son ivresse,\n           Mon cœur est saignant de son bruit !\n\n           Aimant de vie qui m'attire,\n           Je tends les bras vers toi,\n           Tout s'élance en moi...\n           Mais je reste immobile et soupire!\n\n           Tous mes désirs aventureux      s'en vont,\n           Intrépides enfants dont la venue      m'épuise,\n           El dont les regards ardemment        luisent,\n            Vers je ne sais quel espoir profond !\n\n           Tout ce qui vit en moi me quitte,\n           Et je reste, triste et pâlie,\n           Brûlante et froide et affaiblie,\n           A compter le temps qui s'effrite !\n\n\n\n            O qu'un vent de délire    m'emporte,\n            Ainsi qu'un atome vivant,\n            Par les mers vastes et les c i e u x mouvants.\n            0 nature, fais-moi   forte!\n\n            Fais de moi l'être  inconscient,\n            Que ta sagesse dirige,\n            Et que ta grandeur    corrige\n            De son orgueil impuissant !\n\n\nMai 1905\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "             Le jardin de mon amie\n                                                 A Nelly Van der Stappen.\n\n                 J'AI trouvé mon amie, rayonnante en son ample et\n                    savoureux jardin, comme en un paradis.\n                        Elle s'y promenait charmée, et elle me parut\n                    le posséder, comme on possède ce qu'on a\n                    édifié, presque en conquête.\n                        Ses regards, tels de douces abeilles, en buti-\n                   naient la beauté et la distillaient en joie.\n                       E n ce jardin flottaient des souffles de confiance\net de bonté, il était aussi familier, aussi clair à l'œil, que la\nchambre où l'on vit d'habitude, et que l'on aborde d'un geste\nsûr.\n   J'ai fait le tour des allées, mon amie me montrait ses fleurs,\ncomme une reine eût montré sa couronne.\n   Elle s'arrêtait sous l'arbuste envahissant, qui poussait ses\nbranches échevelées, s'écrasait de vigueur et faisait presque\nployer son tronc mince, elle le regardait avec tendresse, étonnée\net inquiète, ce regard de la mère qui voit son fils grandit, et\nqu'appelle la vie.\n   Elle avait laissé à toute fleur sa beauté, car elles se dévelop-\npaient libres; chaque plante y dévoilait son galbe, sa grâce\nspéciale, et se dressait seule, tels les esprits bien faits que\nn'etaye aucun préjugé, aucune inutile influence.\n   Il n'y avait pas de parterres, dont les floraisons se massent, en\nlourdes cocardes, où se noient les formes.\n   P a s non plus, en ce jardin de mon amie, de plantes forcées et\nmaladives, qui éclosent avant le t e m p s . Elle craignait ces pâles\ncorolles artificielles; sa simplicité vraiment intime se révélait\npleinement dans le choix de ses fleurs, simples aussi, et dont\nelle câlinait du doigt les honnêtes et saines petites figures.\n   Elle avait pour elles de l'encouragement dans la voix, de\nl'admiration dans les yeux, et de l'amour au cœur.\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                             LE JARDIN DE MON AMIE              347\n\n  Elle connaissait leurs goûts, leur nature, et d'après que leur\npetite âme est fougueuse et éclatante et avide de lumière, ou\nqu'elle aime l'ombre paisible et fraîche, mon amie les avait\nplantées en plein soleil, jusqu'au milieu des gazons, ou au pied\ndes m u r s , dans la terre h u m i d e et grasse.\n  E t cependant il y avait un parterre, un seul parterre de\nnobles roses; ces fleurs de large beauté, ces fleurs d'ivresse et\nde candeur ne pouvaient être absentes.\n  Elles étaient colorées, comme si le vent chaud qui passait en\ncaresse, les faisait rosir, rougir ou s'empourprer, sans doute\nparce qu'il cueillait leur parfum comme se cueillent les baisers.\n   Il y avait tant de belles et touchantes choses, dans ce jardin\nde mon amie, depuis le charmant petit coin des boutures,\nqu'elle soignait avec d'infinies précautions, jusqu'aux grands\narbres, qui étaient ses dieux superbes et adorés.\n\n   J'ai laissé mon amie dans son jardin, je n'ai pas voulu qu'elle\nle quitte, car j ' a i senti qu'elle en était l'âme. Comment se\nferait-il autrement, qu'en lui disant au revoir, j ' a i subitement\nretrouvé en elle la simplicité claire des visages de fleurs, la\ntranquille splendeur des roses, la souplesse courageuse des\nvrilles ciselées, et la droite fierté des troncs énergiques?\n\n                                                 HÉLÈNE   CANIVET.\n  10 n o v e m b r e 1904.\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "                      Jordaens décorateur\nL e s P e i n t u r e s de G r e e n w i c h . — Le T r i o m p h e de la M a i s o n a u    Bois\n  à La H a y e . — Les p l a f o n d s du p a l a i s de J o r d a e n s . — L e s p l a f o n d s\n  offerts par le M a î t r e à la Gilde de S a i n t - L u c d ' A n v e r s (1).\n\n\n                    TOUT semblait destiner le maître aux travaux de décoration\n                      proprement dite : sa verve, son goût des o r d o n n a n c e s\n                      magnifiques, ses débuts de water-schil der, sa collaboration\n                      à l'arc « philippien », ses nombreux cartons de tapisseries.\n                      N é a n m o i n s , il est permis de se d e m a n d e r si J o r d a e n s fut\n                      réellement u n décorateur. N o u s tâcherons d'éviter tout\n                      dogmatisme dans notre réponse et d'étudier la q u e s t i o n\n                      en examinant les œuvres\n                        U n mot d'abord d'un vaste ensemble que l'artiste\nentreprit au m o m e n t où il faisait construire son hôtel de la rue H a u t e , en\npartie conservé.\n    Charles Ier avait chargé le fameux abbé Scaglia de. c o m m a n d e r a u maître\nanversois vingt-deux p a n n e a u x destinés aux a p p a r t e m e n t s de la reine H e n -\nriette à Greenwich. Cette c o m m a n d e s'entoura de mystère et d'intrigues.\nScaglia devait cacher à J o r d a e n s la destination de ces peintures. D'autre part,\nle remuant Balthazar Gerbier, qu'on est toujours certain de rencontrer à cette\né p o q u e d a n s les négociations un peu troubles, voulut priver le maître de ce\ntravail et mit en avant le n o m de R u b e n s . Mais Charles I e r ne se laissa point\ncirconvenir. J o r d a e n s p u t se mettre à l'œuvre et, le 2 juin 1640, Gerbier lui-\nmême fit paît au roi, dit M. H y m a n s , « de l'envoi d'un spécimen » (2).\nCharles 1er en fut satisfait et, peu après, le maître reçut les dimensions\nnécessaires à l'achèvement des vingt-deux toiles. Quels en étaient les sujets?\nOn ne sait. Il y avait sûrement un plafond ; c'est même la raison qu'invoqua\nGerbier pour risquer le nom de R u b e n s , « mieux au fait des raccourcis »,\n\n\n  (1) Ces pages sont extraites d'un Jordaens qui paraîtra sous peu chez H. Laurens\nà Paris. Ce sera le premier travail d'ensemble et la première étude critique sur le grand\nmaître La publication du livre de noire collaborateur coïncidera avec l'exposition\nJordaens, qui s'ouvrira dans quelques jours a Anvers.\n  (2) Cf. Biographie Nationale, art. Jordaens, t. X, p. 519 à 533.\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                              JORDAENS DECORATEUR                                         349\n\ndisait-il, opinion parfaitement injuste, car s'il était un genre où J o r d a e n s\npouvait se mesurer glorieusement avec le chef de l'école, c'était bien, nous\nne tarderons pas à le voir, dans ce que Sandrart appelle joliment la figure\nracourtante. R u b e n s mort, Balthazar Gerbier ne manqua sans doute point de\ntraiter avec plus de m é n a g e m e n t celui qu'il tenait désormais pour le plus\ngrand peintre « prime painter » des F l a n d r e s . On ne sait, au surplus, ce qu'il\nadvint des vingt-deux toiles. Q u a n d Scaglia m o u r u t , le 21 mai 1641,\nJ o r d a e n s avait d a n s son atelier sept peintures qui lui avaient été c o m m a n -\ndées par le célèbre a b b é ; il y a tout lieu de croire qu'elles appartenaient à\nla décoration de Greenwich.\n     U n e dizaine d'années plus tard, J o r d a e n s peignait le Triomphe de Frédéric-\nHenri de Nassau, qui non seulement est sa décoration la plus considérable,\nmais encore son œuvre la plus gigantesque. « U n e fois qu'on l'a vue, elle vous\nhante p o u r la vie,» dit M. Max Rooses (I). L'éminent historien a raison; mais\nla beauté de la peinture assure-t-elle seule celte impression ?\n     C'est u n de mes plus chers souvenirs que mon pèlerinage â l'énorme chef-\nd'œuvre, avec le prélude d'une p r o m e n a d e dans le bois de La H a y e , et la\nvisite d a n s ce petit palais exquisement baroque, la Maison au Bois, où\ns'accumulent les chinoiseries frêles, les céramiques paradoxales, les élé-\ngances a d o r a b l e s d'une Hollande convertie au goût français. Après un trop\np r o m p t c o u p d'œil sur ces mièvres splendeurs, on pénètre dans la grande\nsalle d ' O r a n g e . On a devant soi un immense parquet nu, puis partout, par-\ntout, d e p u i s le sol jusqu'à la calotte d'un dôme exigu, de la peinture et\nencore de la p e i n t u r e ! Sur une paroi de quarante pieds de hauteur s'étale le\n Triomphe! N o u s ne sortons point du b a r o q u e , mais celui-ci affecte soudain\nje ne sais quel air violent, brutal, grandiose.\n     J o r d a e n s est le Michel-Ange de cette Sixtine, où s'assembla le premier Con-\n grès de la paix.\n      Commencée en 1645 par les architectes Pieter P o s t et Jacob Van C a m p e n ,\n la Maison au Bois — Huis ten Bosch — n'était point terminée q u a n d mourut\n celui qui en avait décidé la construction : le prince Frédéric-Henri de Nassau,\n s t a d h o u d e r de la république des Provinces-Unies. Sa veuve, Amélie de\n Solms, décida de lui dédier la salle d'honneur du château et d e m a n d a des\n plans nouveaux à l'architecte Van C a m p e n . Il importait de réserver de\n grandes murailles aux peintres. Van Campen éleva u n e vaste salle, à croix\n grecque, coupa les angles des bras et surmonta le tout d'une petite lanterne.\n Cette conception, fort discutable, ménageait seize belles parois à M M . les\n décorateurs, q u a t r e grandes et douze petites. Il fallut ensuite choisir les\n peintres. C o n s t a n t i n H u y g e n s , conseiller et secrétaire du défunt, s'en chargea,\n d'accord avec Van C a m p e n . Ceci se passait en l'année 1649. R e m b r a n d t ,\n F r a n z H a l s , F e r d i n a n d Bol, Govert Flinck, Bartholomé Van der Helst\n vivaient encore, mais la cour de Hollande ne leur fit a u c u n e ouverture. On\n voulait des F l a m a n d s , des disciples de ce R u b e n s , qui avait enfanté les gigan-\n\n\n   (1) Cf. L'œuvre de Jordaens dans la salle d'Orange. L'Art flamand et hollandais, 2e année.\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "350                                DURENDAL\n\n\ntesques peintures du Luxembourg, de White Hall, de la Parada, et on tenta\nde réunir, en un suprême groupement, ce qui restait de la grande pléiade\nanversoise. Malheureusement, il y eut des refus — celui de Gaspar De\nCrayer, par exemple; d'autres maîtres, comme Thomas Willeborts, Bos-\nschaert, Gonzalès Coques et Daniel Seghers, après avoir soumis des esquisses,\nse retirèrent, on ne sait pourquoi. Bientôt il ne resta plus que Jordaens comme\n Flamand habitant le pays de Flandre. Mais les autres décorateurs de la salle\nd'Orange : Van Thulden, Soulman, De Grebber, Van Everdingen, Jean\nLievens, Gérard Honthorst, avaient connu Rubens de près ou de loin et se\nflattaient de peindre dans sa manière. Pour les accessoires, on eut recours\nà quelques peintres de nature-morte : Corneille Brizé, Couwenberg, Albert\nDe Valck et Pierre Claesz.\n   En quatre ans, tout était achevé; les seize parois disparaissaient sous les\ncompositions allégoriques ou historiques célébrant les hauts faits du stad-\nhouder défunt. On peignit même des trophées sur les portes; des anges s'agi-\ntèrent dans le dôme et, tout au fond de la lanterne, comme une martyre au\nciel, on mit le portrait d'Amélie de Solms, « veuve inconsolable », dit une\ncopieuse inscription latine. Peut-être s'attriste-t-elle d'avoir favorisé une telle\norgie de peinture, car il ne semble pas qu'elle aimât le tapage. Dans la salle\ndes Ravensteyn, au musée communal de La Haye, on voit son portrait, en\nrabat blanc, le cou relevé d'un rang de grosses perles; une fine mélancolie\nemplit ses yeux noirs, intelligents et tendres. J'imagine que cette délicate stad-\nhouderesse fut étourdie du bruit que faisaient les glorificateurs de son\népoux. Elle avait rêvé, semble-t-il, de créer un Luxembourg néerlandais;\nmais le génie de Rubens, si merveilleusement circonspect dans ses\naudaces, n'était plus là pour inspirer et maîtriser cette foule d'épigones.\n   Je ne puis songer à décrire les peintures de la salle du Triomphe; mes\nnotes, au surplus, ne me signalent que quelques bons morceaux de Van\nThulden et Jean Lievens, et multiplient les épithètes dédaigneuses pour les\npeintures sèchement solennelles de De Grebber. Tournons-nous vers l'œuvre\nde Jordaens.\n   M. Max Rooses nous a appris que le sujet de l'ordonnance du Triomphe\nde Frédéric-Henri fut conçu par l'architecte Van Campen qui dessina\nun croquis et le fit parvenir à Jordaens. Mais celui-ci n'entendait point subir\nde pareilles tutelles. Ce ne fut qu'après de longs échanges de vue que le\nmaître consentit à peindre la Mort dans sa composition. Il tenait beaucoup au\nTemps, par contre, et dut se résoudre finalement à l'abandonner. Des quatre\nou cinq esquisses qu'il soumit à la veuve de Frédéric-Henri en 1651, trois\nsont conservées. Les musées d'Anvers, de Bruxelles, de Varsovie, en ont\nchacun une. Celle d'Anvers est insignifiante et assez criarde; elle présente\ntoutefois une particularité dans la disposition du portique, placé de côté, ce\nqui entraîne le peintre à montrer le char du stadhouder de profil. L'esquisse\nde Bruxelles est une des plus merveilleuses improvisations qui se puisse\nadmirer. Autour de trois taches claires — la Paix en robe blanche, les che-\nvaux éclatants, les trois jeunes femmes à droite — tout est prétexte aux\nnuances les plus rares : quadrige lumineux, cuirasse d'acier bruni, anges tra-\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                               JORDAENS DECORATEUR                                          35l\n\nversant un poudroiement d'or. Le pinceau, très chargé, se débarrasse aussitôt\nposé sur la toile et achève sa touche avec un m i n i m u m de couleurs. A h ! la\nfière et riche é b a u c h e ! L e s ombres ont la douceur du velours, les lumières\nont la mystérieuse beauté des rayons du soleil pénétrant la luxuriance des\nforêts. T o u t pâlit à côté de cette esquisse. J e ne connais point la version de\nVarsovie ; je doute qu'elle vaille celle de Bruxelles ; et devant cette réussite\ngéniale, ce prodigieux « coup de dé » on se répète le mot du dangereux\nDiderot : « L e s esquisses ont c o m m u n é m e n t un feu que le tableau n'a pas. »\n     P o u r t a n t u n feu superbe a n i m e l'immense Triomphe de la Maison au Bois\net c'est par excès de virtuosité que J o r d a e n s va pêcher. Nulle description ne\nvaudrait celle que le maître rédigea lui-même en français et envoya en 1642\nà L a H a y e sous ce titre : « Explication d u g r a n d tableau triomphal du feu très\nillustre P r i n c e F r é d é r i c - H e n r i de N a s s a u , P r i n c e d'Orange, de louable\nmémoire pour M a d a m e son Altesse la princesse douairière. » Ce document\nsavoureux, dont on doit la publication à M. Max Rooses, nous informe des\nmultiples intentions symboliques du maître. N o u s savions que R u b e n s , dans\nses allégories, se plaisait à d'élégants rebus. J o r d a e n s avec moins de finesse\ns'amuse aux mêmes jeux. R e g a r d o n s le Triomphe en consultant le c o m m e n -\ntaire d u peintre. Au centre est le P r i n c e , dominé par u n e statue de bronze :\nla Victoire. Celle-ci d ' u n e main couronne F r é d é r i c - H e n r i et de l'autre « le\nP r i n c e G u i l l a u m e son fils, lequel est m o n t é sur u n genêt d'Espagne, et car-\nbettant en gayeté de cœur à l'entour du chariot où son père est m o n t é ». Les\nquatre chevaux blancs attelés au char « dénottent la candeur et l'intégrité de\ncœur de c'est (!) exellent héros » ; ils sont menés par Mercure « Dieu des prat-\n- i q u e s , ruses et subtilitez » et par Pallas « déesse de sagesse et de p r u d e n c e ».\nL e s lions représentent « le courage du prince; les n y m p h e s , les cupidons\nindiquent la gayeté des provinces ». U n adolescent, couronné de roses, con-\nduit joyeusement l'un des coursiers; il porte u n m a n t e a u bleu et cette cou-\nleur montre que la félicité des Provinces vient « de la providence et béni-\ngnité de Dieu ! » On voit encore le c o m m u n peuple m o n t é sur le « pied\nd'estail » où se dressent les statues des prédécesseurs de F r é d é r i c - H e n r i , puis la\nP a i x entourée d'amours tenant les instruments de la science et des arts, puis\nencore des a m o u r s qui sont « de touttes entiquitez signes d'éjouissance ».\nEnfin la Mort et la R e n o m m é e « s'ébattent pour à qui mieux ; la Mort voulant\nsuivre son naturel de destruire la personne du Prince et la louable R e n o m m é e » ;\ncelle-ci au contraire « se défendant, réserve une trompette, pour en blasonner\net éterniser partout l'univers la gloire et louange en l'honneur de ce très\nillustre héros ».\n     J o r d a e n s fléchit un peu sous cette érudition et le spectateur tout d'abord\ns'égare avec lui p a r m i tant de figures et d'accessoires. On ne sent l'ordonnance\nqu'après c o u p . L e cortège du prince sort d'un portico; les anges décorent\nl'architecture de lourdes guirlandes florales et par-dessus le quadrige s'en-\ntassent les figures s y m b o l i q u e s . Si l'architecte Van C a m p e n a conçu cette\n disposition, il l'a surtout e m p r u n t é e à R u b e n s , qui avait imaginé des chars de\ntriomphe identiques p o u r les fêtes anversoises de 1635. Mais j e crois plutôt\n que J o r d a e n s modifia le projet du constructeur hollandais en se laissant\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "352                                 DURENDAL\n\n\nguider par ses souvenirs rubéniens. Que n'apporta-t-il un peu plus de rigueur\ndans sa mise en scène! Trop de richesses, trop de figures, trop de fleurs! On\naime à croire que le maître s'en rendit compte et regretta encore une fois de\nn'avoir point reçu au début de sa carrière l'enseignement classique de l'Italie,\nqui seul aurait pu faire de lui un décorateur rival de Rubens. Jordaens est la\npremière victime de sa fougue. Et puis le luminarisme, auquel il s'était converti\ndepuis quelques années et qui ne l'empêchait pas encore de peindre des chefs-\nd'œuvre, était peu favorable à la décoration. Non seulement la bousculade des\nfigures enlève toute atmosphère au Triomphe, mais le système lumineux du\nmaître place tous les personnages au premier plan ; sous les chevaux, des\nombres épaisses ne permettent plus de distinguer les corps de la Haine et de\nla Discorde; les draperies les plus tendres sont salies de taches noires, un\nsquelette berninesque gesticule dans des nuages lourdement ombrés. Il est\nvrai qu'en s'approchant, bien des nuances se perçoivent dans ces ombres;\n mais de tels effets sont perdus dans une décoration.\n   Je n'étonnerai point toutefois en disant que cette œuvre est « pleine de\ngénie » elle aussi, qu'il n'y manque après tout qu'une certaine discipline et\nque les plus rares morceaux y abondent. Dans le détail tout est à citer : les\nquatre chevaux blancs taillés dans un marbre qui palpite; les cavaliers « car-\nbettants » autour du prince Guillaume et si splendidement peints avec leurs\ncuirasses luisantes et leurs écharpes d'or qu'ils ont dû faire pâlir d'envie les\nplus fiers peintres des réunions civiques d'Amsterdam, de La Haye, de Haar-\n lem; les nymphes, les cupidons, les statues de bronze, les rustres, les ban-\nnières joyeuses, la belle figure de la Paix, autant de réussites où le pinceau\nqui a brossé l'esquisse de Bruxelles rallume perpétuellement sa flamme.\nAuprès des figures de Jordaens, les personnages de Grebber ne sont plus que\nplats héros de théâtre ; à côté de l'ardent foyer du maître anversois, toute\ncouleur est anémiée. C'est à peine si l'on accorde un coup d'œil à la deuxième\ncomposition que Jordaens peignit pour la salle d'Orange où l'on voit le\nTemps fauchant la Calomnie et le Vice, et la Mort étouffant l'Envie. Cette\nœuvre est dans la manière brune du maître ; elle semble plus tardive et le\nregard ne s'arrête volontiers que sur la superbe figure du Temps, aux chairs\nmordues par le hâle. Il faut revenir au Triomphe avant de quitter la Maison au\nBois. Au milieu des « anversois » dégénérés qui l'entourent, Jordaens appa-\nraît comme un géant solitaire et d'autant plus formidable. Il est le survivant\nd'une race qui meurt. Dans la Gotterdâmmerung anversoise, sa stature\npuissante se hausse sur un ciel où son génie a mélangé l'ombre et l'or.\n   Le Triomphe de la salle d'Orange n'est pas la seule œuvre de Jordaens qui\ns'embellisse d'un cadre vivant. Dans sa demeure patricienne de la chaussée\nde Malines, à Anvers, M. Ch. Van der Linden a disposé de la manière la plus\nheureuse la plupart des plafonds qu'il a retrouvés dans le palais du maître.\nLe Triomphe achevé, Jordaens s'était mis à décorer sa propre maison et ce ne\nfut pas la moindre de ses entreprises, ainsi que l'indique la simple énuméra-\ntion des sujets : les douze Apôtres, les douze signes du Zodiaque, Suzanne et les deux\nVieillards, l'Olympe, l'Offrande à Apollon, Homme transportant une femme nue,\nl'Amour moribond, l'Ange coupant le fil de ses jours, Vénus et l'Amour, Cupidon fuyant\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "                              JORDAENS DÉCORATEUR                                         353\n\n\nune femme nue, Amours avec guirlandes de fleurs, Amours avec guirlandes de fruits.\nLes huit dernières compositions décorent l'hôtel de M. Van der L i n d e n .\nLOffrande      à Apollon est placée à la voûte de la cage d'escalier. Ce qui n o u s\nfrappe tout de suite, c'est l'habileté des raccourcis; la cérémonie est célébrée\ndans un petit temple octogone qui dresse sur nos têtes sa coupole trouée en\nplein centre. Au pied de la statue d'Apollon un grand prêtre balance l'encen-\nsoir et devant la pierre du sacrifice u n servant immole un bélier. U n e vestale,\nun pontife en t u r b a n , quelques gens du peuple, font face à l'autel. L'illusion\n« racourtante » de ces personnages est prodigieuse, n o t a m m e n t pour la\nvestale dont les draperies blanches rayonnent sur toute la scène. Au palier du\npremier étage est Vénus et Cupidon (?) où nous retrouvons les m ê m e s effets\nde colonnes en perspective, ramenées vers u n e coupole ajourée. Mais u n e\ncharmante surprise n o u s attend d a n s u n petit salon voisin.\n   Voici la cheminée du palais de Jordaens (1) avec ses masques fouillés et\nrailleurs, ses rinceaux et ses treillis, voici des portraits, des meubles et des\ntentures évoquant le XVIIe siècle et voici a u plafond l'Olympe et les deux\nGuirlandes d'Amours. On se croirait dans quelque coin de l'hôtel J o r d a e n s res-\npecté par les siècles. Ces peintures que le maître exécuta pour son palais à\nsoixante ans ne se classent point parmi ses chefs-d'œuvre notoires. Mais\ncomme on les a d m i r e et comme elles nous parlent dans u n e telle atmos-\nphère ! Nulle œuvre, au s u r p l u s , ne proclame mieux q u e l'Olympe la maîtrise\nunique de l'artiste dans les raccourcis; les prouesses de l'Offrande à Apollon\nsont dépassées. J u p i t e r , J u n o n , G a n y m è d e , le jeune Bacchus sont au centre,\nauréolés c o m m e une Sainte Famille. P u i s tout autour, accroupis, vus de bas\nen haut, avec des rétrécissements souvent baroques, mais toujours vraisem-\nblables, se groupent Vulcain avec son marteau, Cérés avec sa faucille, Diane\navec son croissant, V é n u s , H e r c u l e , la foule des héros. Des deux côtés\nde cet empyrée, où s'affichent quelques fortes dames d'Anvers, M. Van der\nLinden a disposé les deux Guirlandes de fleurs et de fruits. N o u s y reconnais-\nsons les anges du Triomphe, mais avec je ne sais quelle délicatesse corrégienne\nen plus. L e s fruits sont admirables pommes ardentes, figues ouvertes, courges\nénormes, tout u n symbolisme de b o m b a n c e . E t les fleurs ont une fraîcheur\nd'aurore; le beau magnolia blanc qui s'effeuille d a n s le jardin de M. Van der\nLinden n'en a point de plus éclatantes...\n   Les autres peintures conservées dans la m ê m e maison se distinguent par\nla trivialité du sujet et des étranges accessoires. On ne sait ce que sont\ndevenus les Douze Apôtres et la Suzanne qui décoraient également l'hôtel de la\nrue H a u t e . Q u a n t aux Signes du Zodiaque, ils sont au palais du L u x e m b o u r g ,\nà Paris, depuis l'an X I de la première République. M. H u s t i n a raconté ce\nque l'on sait de leur histoire (2). Après la mort de Van H e u r c k , l'un des p r o -\npriétaires de l'hôtel J o r d a e n s , ils furent vendus à la C h a m b r e des A r q u e b u -\n\n\n  (1) Retrouvée également par M. Van der Linden dans l'hôtel Jordaens dont il est\npropriétaire.\n  (2) Cf. Hustin. Les Jordaens du Sénat. Extrait de l'Art. Janvier 1904.\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "354                               DURENDAL\n\n\nsiers d'Anvers et passèrent de là chez un prince allemand, A la fin du\nXVIIIe siècle ils étaient à Paris, chez le « citoyen Langlier », marchand de\ntableaux. Comme la galerie du Luxembourg venait d'être transformée en\nmusée, on songea à décorer la voûte de peintures. Le contrôleur des travaux,\nBaraguey, pensa que les plafonds de Jordaens rempliraient admirablement le\nbut et il en proposa l'acquisition à la Commission administrative du sénat\nconservateur, le 19 frimaire an XI (10 décembre 1802). Voici le curieux début\nde sa requête :\n                   « CITOYENS,\n   » J'ai vu, chés un Marchand, douze Tableaux de Jacques Jordaens contem-\n  porain et élève de Rubens; c'est un de ceux qui a le plus coopéré à l'exécu-\n  tion des ouvrages de ce grand Peintre; sa touche et son coloris sont aussi\n» vigoureux et souvent plus brillants; enfin je pense que les Tableaux de cet\n» artiste ne déshonoreraient point ceux de son Maître. Ils représentent les\n» douze mois de l'année, et comme ils sont faits pour décorer un plafond, ce\n» serait à la décoration de la voûte de votre Galerie qu'ils pourraient être\n» destinés. »\n\n   Baraguey fut autorisé à acheter les Jordaens ; il les obtint pour 4,500 francs !\nQuelques mois plus tard, les peintures décoraient les retombées d'une voûte\nen berceau très élevée, où il était presque impossible de les apercevoir. Elles\ny sont restées tout un siècle, ignorées des Parisiens. Elles viennent d'être\ndétachées et, comme elles ont souffert des mouvements de la voûte, elles sont\nactuellement chez un restaurateur. Nous n'avons pu les voir et nous nous\nbornons à enregistrer l'opinion de M. Hustin, pour qui ces douze toiles sont\n« des morceaux de très grande allure, d'une orchestration triomphante et\nd'une fougueuse exubérance ». Au signalement, on voit tout de suite de quel\npeintre il s'agit...\n   Dans deux ans, les Signes du Zodiaque, grâce à M. Hustin, plafonneront\nune salle moins haute; Jordaens sera honoré au Luxembourg comme\nRubens l'est au Louvre, et nul doute que « l'orchestration » des douze\npeintures ne produise le meilleur effet dans le beau cadre du palais\nmédicéen.\n   Vers la soixantième année, Jordaens se remit à travailler pour un souverain,\net Sandrart parle d'une commande de douze sujets de la Passion qui lui fut\nfaite par le roi Charles-Gustave de Suède. M. Hymans a démontré que ces\npeintures sont postérieures à l'année 1654. C'est à cet ensemble que fait\nallusion le texte inscrit sous un portrait gravé de Jordaens et qui parle « des\nbelles choses racourtantes » peintes par le maître pour le roi de Suède.\nD'autre part, le catalogue de la collection Jordaens vendue à La Haye\nen 1734 mentionnait un plafond avec l'Histoire de Psyché « peint pour la reine\n Christine de Suède ».\n    Enfin, le 14 août 1665, Jordaens offrit à la Corporation des peintres trois\nplafonds conservés aujourd'hui au musée d'Anvers : Pégase, le Commerce et\nl'Industrie protégeant les Beaux-Arts, la Loi humaine basée sur la Loi divine. Nous\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                               JORDAENS DECORATEUR                                         355\n\n savons par M. V a n den B r a n d e n (1) que la Gilde d e S a i n t - L u c fêta de son\n mieux à cette occasion le vieillard de soixante-douze a n s , qui incarnait\n toute u n e époque de gloire impérissable. L e s trois œuvres mises en place\n dans l'hôtel corporatif, des flots de vin coulèrent en l'honneur de « Monsieur\nJ o r d a e n s » On remit au vieux maître une buire en argent avec bassin\n du prix de 336 florins, et l'un des jeunes confrères lut une pièce de vers où\n la P o é s i e , h e u r e u s e d'être mise au rang des Divinités, remercie la P e i n -\n ture qui lui accorde cette faveur inappréciable. E t cette m ê m e Poésie toute\nrouge de b o n h e u r , charge le jeune confrère de remercier Monsieur Jordaens :\n « Puisqu'il Vous a plu, par a m o u r p o u r notre corporation, de lui faire h o m -\n    mage d'un objet d'art d'une valeur inestimable, nul h o n n e u r ne saurait\n » lui être plus agréable : Voilà pourquoi Elle chante vos louanges au sommet\n » du P a r n a s s e . T a n d i s que l'Envie se rongera les doigts, Elle transmettra\n » d'âge en âge votre nom et la r e n o m m é e de votre talent. Elle écrira sur sa\n    poitrine : J o r d a e n s est cher a t o u s . »\n    Même sous sa forme ampoulée, cet h o m m a g e est attendrissant. Il est\nréconfortant de penser que d a n s le mortel déclin de la gilde anversoise,\non honorait de la sorte le vieux lion solitaire. Mais, au fond de l'âme, que\ndevaient penser les jeunes confrères en regardant les peintures offertes par\nJordaens? Elles sont médiocres, brossées sommairement, sombres, avec\nquelques faux éclats d a n s u n e atmosphère caverneuse. Son gros Pégase, après\ndeux battements de ses courtes ailes, ira se briser sur les r c c h e s ; le\nCommerce et l'Industrie protégeant les Beaux-Arts                 est u n e banale assemblée\nd'académies c o n v e n t i o n n e l l e s ; q u a n d à la Loi humaine basée sur la Loi divine,\nc'est u n e peinture littéraire à prétentions m o r a l e s ; J o r d a e n s lui a d o n n é\ndes dimensions énormes pour se mieux faire e n t e n d r e . L e s vieillards qui\nont aimé le rire d a n s leur jeunesse n e se gardent pas suffisamment de\nces tardifs accès d e morosité. Cette grande m a c h i n e allégorique n'ajoutait\nrien au prestige d u vieux maître q u i , deux ans auparavant, avait dépensé\nla réserve de son génie d a n s le grand tableau de Mayence. Au fond,\nles jeunes peintres d'Anvers devaient trouver Jordaens furieusement d é m o d é .\nIls en arrivaient, sans d o u t e , à penser de bonne foi que la gloire de l'école\nrubénienne était bien un peu surfaite. Ils s'aveuglaient sur leurs faiblesse\net marchaient avec inconscience vers le n é a n t . Ainsi va le m o n d e , ainsi\nva l'art.\n                                                                   FIÉRENS-GEVAERT.\n\n\n\n\n  (1) Cf. Vanden Branden. Histoire de l'Ecole de Peinture d'Anvers, ch.XXVI, Jordaens.\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "             Les Heures d'après-midi\n                APRÈS avoir célébré les      Heures claires des limpides\n                   matinées de la jeunesse et de l'amour, voici\n                   q u ' E m i l e Verhaeren interprète, en y apportant\n                   le même charme pénétrant et fort, la grave\n                   douceur et l'ardeur passionnée des Heures\n                   d'après-midi (1).\n                      E t l'on doit admirer, une fois de plus, la\n                   souple aisance avec laquelle, également sensible\naux voix profondes de l'univers et au battement léger du coeur\nqui palpite sur le sien, l'auteur des Villes tentaculaires passe des\ncris violents aux tendres aveux et aux simples confidences.\n   A la fois réceptif et créateur, miroir et lumière tout ensemble,\nl'incomparable artiste, de tous ses sens tendus vers la beauté,\nrecueille les impressions errantes pour les éterniser en d'harmo-\nnieuses images. P l u s généreusement peut-être qu'aucun poète\nd'aujourd'hui, E m i l e Verhaeren fut comblé du don merveilleux\nde fixer tour à tour, avec un bonheur constamment égal à lui-\nm ê m e , les divers visages de la vie et les faces changeantes de son\npropre destin.\n   T o u t e heure qui passe éveille en lui un éloquent écho ; la\nmaladie elle-même, si elle abat son corps, semble ajouter des\nailes à sa rêverie, et l'on connaît les émouvants accents qu'elle\nsut lui arracher.\n   T o u t e sensation nouvelle se cristallise dans cet esprit sans\ncesse ouvert et sans cesse frémissant ; selon qu'elle est de joie ou\nde douleur, elle devient d i a m a n t ou larme, — mais la franche\nlumière du ciel s'y reflète toujours.\n   L e s Heures d'après-midi sont le poème de l'amour conjugal\nparvenu à sa m a t u r i t é . Quinze ans de vie côte à côte, de\ntendresse constante et de pleine confiance, n'ont pas lassé le\n\n (1) Les Heures d'après-midi, par EMILE VERHAEREN. Bruxelles, Deman.\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                     LES HEURES      D'APRÈS-MIDI            357\n\nbonheur des époux. Chaque jour, ils découvrent en eux-mêmes\nde nouvelles sources d'émerveillement. Cette maturité leur est\nune seconde jeunesse. Cet amour, vieux de trois lustres, ne\ns'attiédit pas encore en un crépuscule d'amitié. Cette radieuse\naprès-midi garde une pureté d'aurore : une chasteté passionnée\nimprègne, comme une rosée matinale, chacune des pages du\nlivre... Et c'est, chaudement modulée, la chanson des belles\nheures d'été; dans le jardin plein de «roses violentes et tran-\nquilles», ou bien dans la maison où l'horloge de chêne berce\n«le bon travail, fenêtre ouverte». Gardienne et consolatrice,\nl'épouse est là, aux côtés du poète; leur mutuelle présence les\nenfièvre, comme aux premiers jours, d'une ivresse presque\ndouloureuse. Non émoussé par la longue habitude, leur amour\nsait encore les émois puérils : car, lorsqu'on aime de la sorte,\n« on lie une pensée ardente aux moindres choses ».\n   Une fleur qui se fane, un oiseau qui s'envole, l'ombre et le\nvent, les inquiètent obscurément : « tout est crainte ; tout est\nespoir ». Ils communient ensemble à la splendeur éternelle du\nmonde, et leur union y prend quelque chose d'impérissable :\n       L'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles;\n       Ce que la nuit recèle ou montre entre ses voiles,\n       Se mêle à la ferveur de notre être exalté.\n       Ceux qui vivent d'amour, vivent d'éternité...\n\n   Qu'importe que l'âge ait flétri les roses du visage? Leurs\ncœurs sont trop profonds «pour que l'amour dépende encore de\nla beauté», et c'est sans trouble que le poète dit à l'épouse :\n       Je ne vois plus ta bouche et tes grands yeux\n            Luire, comme un matin de fête,\n           Ni, lentement, se reposer ta tête,\n       Dans le jardin massif et noir de tes cheveux...\n\n   Qu'importe « l'heure morose ou l'humeur malévole ? » Ils les\nont connues, comme tout le monde; mais ces misères n'ont pas\nterni leurs âmes, qu'emplit « la sincérité claire, ardente, illu-\nminée», et qui renaissent, après l'aveu des fautes ou la confi-\ndence des tristesses,\n           Comme renaît après la pluie,\n       Quand le soleil la chauffe et doucement l'essuie,\n       La pureté de verre et d'or d'une fenêtre....\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "358                              DURENDAL\n\n\n   Ces courts poèmes d'amour, tout gracieux qu'ils sont, ont\nplus de force encore que de grâce : E m i l e Verhaeren y demeure\nle penseur un peu âpre et l'écrivain volontiers paroxyste qu'il a\ntoujours été. Aux strophes doucement m u r m u r a n t e s , succèdent\nsouvent de ces vers énergiques et haletants où le poète est passé\nmaître :\n\n        L'espace entier, entre ses bras de vivante clarté,\n        Ivre et fervent et sanglotant m'a emporté,\n        Et j'ai marché je ne sais où, très loin, là-bas,\n        Avec des cris captifs qui délivraient mes pas\n\n  De-ci de-là, un trait hardi rappelle les pathétiques décors\ndes Villages illusoires :\n\n        La pluie et ses cheveux fouettent notre croisée...\n\n   F r é q u e m m e n t aussi, telle une guerrière casquée d'airain qui\nse dresserait d'entre les roses, une grande image épique étonne\n— sans détonner — parmi ces effusions intimes :\n\n        Être une arme de force et de beauté,\n          Aux poings d'or d'une vie insigne...\n\n        Ton corps s'est affaissé comme un pavois,\n        Pour laisser choir les victoires de la jeunesse...\n\n        Les mâts au clair, comme une ardente caravelle,\n        Notre bonheur parcourt les mers de nos désirs...\n\n        Lorsque la vie est belle ainsi qu'une conquête...\n\n  L'ensemble des Heures d'après-midi, « ces poèmes francs et\ndoux », n'en est pas moins u n e sûre et profonde analyse des\ntendresses déjà mûres. Il y faut louer, par-dessus tout autre\nmérite, cette sincérité entière, cette droiture d'esprit et de\ncœur, cette loyauté de langage, qui caractérisent depuis\ntoujours le génie d ' E m i l e Verhaeren. Sa Muse ignore les\ncoquetteries inutiles et les fards salissants : sa simplicité fait sa\ngrâce, sa « vérité » son éloquence. U n e sauvagesse ? peut-être ;\nmais, à coup sûr, une belle sauvagesse, et dont les francs\nbaisers sentent la bonne nature !\n   Il vous est sans doute arrivé déjà de rencontrer, en pleine\nforêt, deux arbres si étroitement noués que la même sève devait\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                    LES HEURES D'APRÈS-MIDI                      359\n\n\ncirculer dans leurs branches, les mêmes pluies mouiller leurs\nfeuilles, les mêmes rayons dorer leurs cimes. Voilà l'image qui,\ninvinciblement, s'impose à moi, lorsque je songe au poète des\nHeures claires et à celle qu'il a si fidèlement aimée et si pieuse-\nment célébrée : il n'est pas une pensée qui, du cœur de l'un\nd'eux, ne monte au front de l'autre; il n'est pas une souffrance\nqui ne les courbe tous deux en même t e m p s ; mais aussi, il n'est\npas une joie qui ne leur soit commune. E t la gloire qui, de jour\nen jour, baigne d'un rayon plus tendre et plus ardent les tempes\nméditatives du grand poète, illumine du même coup le front\ndoux et c h a r m a n t de celle qui vit à ses côtés.\n\n                                                  FRANZ ANSEL.\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "                                                                    (1)\n                        Thomas Vinçotte\n                    ES débuts de la carrière de T h o m a s Vinçotte furent tout de\n                        suite éclatants. Dès l'abord il s'imposa à l'attention et des\n                         productions i m p o r t a n t e s j a l o n n e n t sa carrière dès sa\n                        jeunesse.\n                            L a province en garde jalousement plusieurs. C'est les\n                        deux groupes de la gare de L o u v a i n , une figure décorative\n                        à la gare de T o u r n a i , la statue dePalfyn à Courtrai, le monu-\n                        ment De Naeyer (2), deux compositions de g r a n d e allure\n                        pour le château d ' A r d e n n e ! D'autres travaux sont placés à\nAnvers, à Bruxelles et ailleurs, les Génies du Musée d'Anvers, le magistral\nbas-relief du Musée de Bruxelles, le m o n u m e n t Godecharles, la statue\nd'Annessens, le Dompteur de chevaux de l'avenue Louise, le Giotto, une Captive,\nla Méduse, le Catilina dont des épreuves en bronze figurent aux Musées de\nBruxelles, Berlin, Budapesth et G a n d , le Chevreau, les deux Sainte-Cécile, etc.\n  Vinçotte est un grand laborieux. T o u s ses travaux menés avec la plus fer-\nvente application, simultanément avec un professorat sérieux à l'Académie\ndes Beaux-Arts à Anvers, n'interrompent point la production du portraitiste\nassailli de c o m m a n d e s et toujours respectueux de son art et de lui-même.\n\n   D a n s tous les ouvrages exécutés par Vinçotte, deux éléments primordiaux\naffirment les recherches du sculpteur, la F i g u r e H u m a i n e ou m ê m e plus\nexactement la T ê t e H u m a i n e , considérée c o m m e le miroir expressif et carac-\ntéristique de toute l'humanité, l'extériorisation des compréhensions indivi-\nduelles à élément psychologique et intime — et d'autre part le galbe mouve-\nmenté du cheval — élément plastique et décoratif — permettant les larges\napparitions de masses, l'invention de silhouettes pittoresques, les composi-\ntions de belle allure architecturale adaptées aux perspectives distantes du\nplein air.\n\n\n  (1) Résumé d'une étude de Paul Lambotte, parue dans le numéro de mai de la belle\nrevue L'Art flamant et hollandais, éditée par M. Buschmann d'Anvers.\n  (2) Nous donnons une reproduction de ce gracieux monument élevé à la mémoire de\nM. De Naeyer à Willebroeck. M. Vinçotte s'y affirme sous un aspect tout différent de ce\nqu'il avait fait jusqu'ici, et qui démontre la fécondité de son beau talent.\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": ""}, {"page_pdf": 445, "texte": "                           Cliché tiré de 1' « Art Flamand et Hollandais »\n\n\n\nLE MONUMENT LOUIS DE NAEYER A WILLEBROECK\n\n             (THOMAS VINÇOTTE)\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                                 THOMAS VINÇOTTE                                        36l\n\n\n    U n e série de recherches jalonnent d'œuvres d e ce type toute la carrière de\nVinçotte.\n    C'est le Dompteur de chevaux de l'avenue L o u i s e , à Bruxelles, c'est les d e u x\ngroupes du P a r c d'Ardenne qui en forment jusqu'à présent les expressions\nles plus r e m a r q u a b l e s .\n    U n réalisme tout nouveau d a n s l'agencement des formes plastiques a brisé\nl'ancienne formule. T o u t e convention a disparu. Plus d'allure héraldique ou\nde draperies préparées. Le g r o u p e issu directement de l'observation perspi-\ncace et judicieuse de la nature immobilise, en un r y t h m e choisi, u n équilibre\nde formes surprises d a n s leur m o u v a n t e h a r m o n i e .\n    L'exécution est adéquate à cette conception nouvelle. F e r m e , sobre, con-\ncise, nerveuse, elle ne s'encombre point de détails inutiles et se m e u t en de\nlarges plans qui prêtent à la lumière d u ciel des surfaces et des contours\nsuivis ou se jouer et miroiter d'accents les grands p a n s d'ombre simplifiés.\n    L'impression du « premier jet » p e r d u r e dans l'ouvrage achevé et réside\nd a n s ces coulées ménagées de clartés qui cisèlent les silhouettes. Les chevaux\nmarins du château d ' A r d e n n e , menés par une Néréide, conservent à distance\ntoute la simplicité d'exposition, toute la netteté de contours, toute l'impor-\ntance de masses pondérées que leur destination m o n u m e n t a l e comporte; et,\nvus de près, affirment la joie saine d'un métier savant, l'exécution sans esca-\nmotages d'un technicien e x p é r i m e n t é .\n    L a maquette des Biges, qui doit c o u r o n n e r le Musée d'Anvers, est si exac-\ntement c o n ç u e , pour un emplacement à 3o mètres du sol, qu'elle déconcerte le\nspectateur qui l'examine de près, non seulement par son a m p l e u r et ses sim-\nplifications, mais encore par tout l'espace béant entre les divers détails coor-\nd o n n é s de cette composition décorative. Ce large intervalle qui sépare les\ndeux coursiers, le flottement des h a r n a c h e m e n t s p r e n d r o n t à distance leur\nexacte proportion et donneront de l'unité à l'ensemble sans en altérer la clarté\nd'ordonnance.\n    L e s mérites judicieux de ces ouvrages d o n n e n t de sûres promesses pour la\nréussite du q u a d r i g e qui va s'enlever en plein ciel au-dessus du fameux arc\ndu C i n q u a n t e n a i r e . Vinçotte, confraternellement, se loue de la collaboration\nde Jules L a g a e , qu'il a désirée. Cette fois, les artistes travaillent en des\ndimensions inusitées pour le c o u r o n n e m e n t d'un édifice gigantesque, et il\nfallait le juste instinct et la pratique expérience de leur talent éprouvé pour\nnous rassurer sur la réussite harmonieuse de l'ensemble.\n\n   Le bas-relief de marbre blanc qui rehausse la façade de l'aile g a u c h e du\npalais des Beaux-Arts de Bruxelles symbolise la Musique. C'est une des pre-\nmières œuvres importantes de Vinçotte. Il s'est plu à y renouveler partielle-\nm e n t le mythe d'Orphée, et sa composition lui a permis d'associer la grâce\nnoble des corps h u m a i n s dévêtus à la souplesse animale des félins. T r è s\narchitecturale par l'eurythmie des lignes, d'un modèle généralisé, d'une tenue\nhiératique, cette œuvre révèle déjà l'entente des ensembles et les proportions\nqui devait caractériser par la suite de n o m b r e u x ouvrages de l'artiste.\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "362                                DURENDAL\n\n\n   Mais j'ai hâte d'arriver à cette incomparable série de bustes qui d e p u i s\nvingt-cinq ans a paru successivement, enrichissant notre futur P a n t h é o n\nnational de merveilleux portraits, dont chacun constitue un objet d'art distinct\net complet (1)\n   C'est ainsi que sans jamais avoir produit u n e œuvre à scandale, exposé\ndes « nus » faits pour ameuter les polémiques, mais avec une technique\nchâtiée, une élégance sobre, ennemie des ornements inutiles, par le persévé-\nrant et probe effort d'un labeur immense, un statuaire s'est invinciblement\nimposé au respect, à l'admiration de tous. Cette r e n o m m é e ne fera que\ns'étendre et grandir, elle a dépassé les proches frontières de notre patrie\nexiguë; elle continuera à gagner dans le temps et dans l'espace les consé-\ncrations qu'elle mérite.\n\n                                                             PAUL    LAMBOTTE.\n\n\n\n\n  (1) Nous croyons inutile de résumer ce passage, vu que nous avons publié ici même\nune très belle étude de Paul Lambotte sur Thomas Vinçotte considéré comme Statuaire\nportraitiste dans le numéro de juin de l'an passé.\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                La Fête des Arbres\n\n               L'AN passé, un de nos plus sympathiques poètes,\n                  Léon Souguenet, eut une idée charmante, celle\n                  d'instaurer en notre pays une fête champêtre qui\n                  est établie ailleurs depuis longtemps, la fête\n                  des arbres. Nous pensions alors que jamais cette\n                  idée ne serait mise à exécution. Qui, en effet,\n                  se préoccupe ici-bas des idées qui germent\n                  dans la tête des poètes? Idée de poète, idée de\nfous, disent les bourgeois! Et cependant voilà qu'à une année\nde distance il s'est trouvé un mayeur campagnard intelligent que\nl'idée du poète a séduit. C'est le bourgmestre d'Esneux, un des\nplus délicieux coins de la Belgique. Il s'appelle M. Grégoire.\nCe nom, il faut le citer et le retenir. A lui revient tout l'honneur\nde la fête dont il a pris l'initiative. Nous reçûmes donc de lui\nune invitation toute familière à venir fêter chez lui nos frères\nles arbres, pour employer le langage d'un autre poète, un saint,\nFrançois d'Assise, le petit pauvre du Christ, l'amant de Dieu\net de sa belle nature. Nous regrettâmes vivement de ne pouvoir\nnous rendre à l'appel du brave mayeur. Cependant Durendal en\nfut. Car un des nôtres, mayeur campagnard aussi et chez qui\nnous fêterons les arbres l'an prochain, Georges Virrès, notre\nsecrétaire de rédaction, représenta Durendal à la fête.\n   Donc le 21 mai 1905, date à noter, cinquante personnes, la\nplupart artistes ou poètes, célébrèrent en une liturgie rustique\nla première fête des arbres. Les enfants des écoles y lurent.\n N'est-ce pas à eux avant tout qu'il faut inculquer l'amour et le\n respect de l'arbre? Et le Conseil communal de l'endroit, et la\n fanfare, et des curieux, tout un public sympathique, qu'un beau\n soleil de juin illumina de ses rayons d'or, formèrent un contin-\ngent suffisant d'assistants.\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "364                                DURENDAL\n\n\n  L e bourgmestre d ' E s n e u x fit un petit speach sans p r é t e n t i o n\naucune, mais très gentiment t o u r n é . Voici quelques-unes de ses\nparoles :\n   Nous autres, à la campagne, ce que nous avons de plus beau, ce sont\nnos arbres, et la fête que nous avons instituée a pour but de nous apprendre\nà nous-mêmes, et surtout aux enfants, le respect des arbres.\n   Les arbres sont de vieux amis. Un arbre est presque toujours associé à nos\nsouvenirs d'enfants. C'est celui à l'ombre duquel on se reposait l'été ; c'est\ncelui qui, de loin, annonçait le pays quand on y revenait.\n   Les arbres, dans les cimetières, ont été témoins des larmes de toutes les\ngénérations qui sont venues près d'eux.\n   Ils joignent ainsi une beauté morale à leur beauté physique.\n   On peut faire un palais en un an ou deux; il faut cinquante ans ou même\nun siècle pour faire un bel arbre. C'est pourquoi il faut respecter les arbres;\nil ne faut pas les abattre, sauf le cas d'urgente nécessité. Un arbre dans un\npaysage n'appartient pas seulement à celui qui le possède. Certes, celui-ci a\njuridiquement le droit d'en faire ce qu'il veut, mais cet arbre est pourtant\nsolidaire du paysage.\n   Je m'adresse tout spécialement aux enfants. Qu'ils n'abîment pas les arbres ;\nqu'ils respectent les feuilles, les nids; qu'ils apprennent cela à l'école et qu'ils\naiment bien les arbres qui les abritent du soleil l'été, qui leur donne un\nexemple de calme, de patience et qui souffrent la pluie, le vent pour nous\nabriter ou abriter nos maisons.\n    N'est-elle pas t o u c h a n t e cette petite allocution du m a y e u r\nd ' E s n e u x et surtout dans ses exhortations paternelles aux petits\nvillageois ! Elle fut suivie d'un discours vibrant et éloquent\nde J e a n d'Ardenne dont il importe de citer aussi, pour les\nincruster en nos esprits et en nos cœurs, les paroles essentielles\net par lesquelles il établit d'une façon si nette la vraie signifi-\ncation de la fête :\n    Il s'agirait d'accoutumer les esprits à considérer que l'arbre, debout et\nvivant, n'a point pour seule raison d'être, pour destinée unique d'attendre qu'on\nl'abatte; qu'il n'existe pas à seule fin de croître et de se développer jusqu'à\nl'heure marquée où, ayant atteint toute sa vigueur, il sera livrable au bûcheron\ncomme le bétail élevé pour l'alimentation est livrable au boucher, qu'avant\nd'être bon à faire des planches et des bûches, il est surtout et avant tout bon\nà faire la joie de nos yeux, à décorer splendidement notre domaine terrestre,\nà nous donner le bienfait de ses ombrages, à maintenir dans l'atmosphère où\nnous vivons, un précieux équilibre sans quoi notre existence serait précaire\net douloureuse; — à considérer ensuite que l'arbre ne se fabrique pas, que si\nle plus bel édifice détruit par aventure peut se rebâtir en un temps très court,\nil faut toute une vie d'homme et plus encore pour remettre un bel arbre à la\nplace de celui que quelques coups de cognée ont jeté à bas.\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "                           LA FÊTE DES ARBRES                               365\n\n   Il conviendrait, accessoirement, de se persuader que le traitement qui\nconsiste à élaguer l'arbre de façon à lui ôter la ligne, le galbe, la physio-\nnomie, le caractère que lui donna la nature, pour en faire une caricature\ngrotesque ne résulte point d'une nécessité arboricole et qu'elle constitue chez\nnous une spécialité plutôt fâcheuse...\n   C'est dans les écoles que doivent germer et grandir les nobles sentiments\nqui auront pour conséquences directes le culte de la beauté, l'amour de la\nnature, le respect de la vie.\n   La terre est belle partout. Partout elle mérite l'attachement que lui gardent\nau plus profond de leur cœur ses enfants, ceux qui ont appris à la connaître\net à l'aimer sous les aspects où elle leur est apparue lorsque leurs yeux se sont\nouverts.\n   La nôtre n'a point, sans doute, les ineffables séductions des pays méditer-\nranéens, où la légende humaine est écrite dans toute sa splendeur parce qu'ils\nfurent toujours le centre d'attraction par excellence.\n   Nous n'avons ni les oliviers de Campanie, ni la plaine toscane enguirlandée\nde vignes, ni la montagne bleue de l'Ombrie, ni les bois sacrés de Tivoli, ni\nles hauts cyprès, ni les pins de Ravenne, aux rives de l'Adriatique, « pareils\naux colonnes épargnées dans les ruines d'un temple », — tout cela baigné de\nlumière, dans l'azur éclatant.\n   Mais nous avons le sol de la vieille Ardenne, de l'antique forêt aux enchan-\ntements, qui garde pour nous, avec les lambeaux sacrés de sa parure d'autre-\nfois, un attrait particulier et souverain!\n   Il faut éveiller de bonne heure, dans l'âme des petits, le sentiment qui\narrachait à l'illustre poète Ronsard son fameux cri de pitié, cette apostrophe\naux abatteurs d'arbres où il adjurait le bûcheron d'épargner le sang des\nNymphes, cruellement répandu par sa brutale cognée; celui qui faisait dire à\nChateaubriand, ramené à sa forêt natale (et je termine sur ces paroles toutes\n simples d'un grand amoureux de la nature) :\n    « On vient d'abattre un vieux bois de chênes et d'ormes parmi lesquels j'ai\n » été élevé. Je serais tenté de pousser des plaintes comme ces êtres dont la\n » vie était attachée aux arbres de la magique forêt du Tasse. »\n   L'assemblée fit à Jean d'Ardenne une ovation.\n   De M. Jules Carlier, président de la Société nationale pour\nla protection des sites, nous retenons cette image : « On connaît\ndes arbres de Napoléon, souvenirs militaires; nos arbres à nous\nseront des symboles de paix. »\n   Enfin, M. Crahay, le délégué du gouvernement,— un enfant\nd'Esneux — se joignit aux orateurs dans une même ferveur.\n   Et un arbre fut planté.\n   Une heure plus tard, de cordiales agapes réunissaient écri-\nvains, peintres, sculpteurs... Jean d'Ardenne, Jules Carlier,\nLéon Souguenet toastèrent, et l'on décida que la prochaine fête\ndes arbres aurait lieu à Lummen-en-Campine, un village dont\nnotre ami Georges Virrès est le bourgmestre.\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "366                          DURENDAL\n\n\n    On avait aujourd'hui loué l'arbre dans la jeune verdure.\nLà-bas, devant un chêne de mille ans, qui nargue l'éternité, on\nse retrouvera sous le feuillage rouge et or du prochain automne.\n    Telle fut, en sa candide simplicité, ainsi qu'elle nous fut\ndécrite par un assistant, la fête des arbres à Esneux. Les\nimbéciles en riront. T a n t pis pour eux! E t qu'importe après\nt o u t ! Nous n'avons cure de l'opinion des sots. Libre à chacun\nde penser comme il lui plaît. Chacun cherche son bonheur où\net comme il le peut, très haut ou très bas, selon la hauteur ou\nla bassesse de son instinct. Ce qui est mesquin aux yeux des\nmédiocres est généralement très grand et parait tel q u a n d on\nsait s'élever jusqu'à la cime des êtres. L'idée magnifie les\nmoindres choses. Celles-ci ne sont bien souvent petites qu'en\napparence et dans les cervelles trop étroites pour en percevoir\nla valeur essentielle. Quant à nous, nous croyons que tout ce\nqui a pour effet de distraire un instant les esprits des contin-\ngences mesquines de ce piètre m o n d e , est bon et réconfortant, et\nque tout geste qui a pour but de faire aimer la beauté doit être\nloué à l'égal d'un geste héroïque.\n\n                                               HENRY    MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "                  Chronique Musicale\n\n  Sixième Concert Ysaye. — Quatrième Concert du Con-\nservatoire. — Concerts divers. — Purgatorium de Joseph\n R y e l a n d t . — Au sixième et dernier concert Ysaye, c'était M. Muck, chef\nd'orchestre de l'Opéra de Berlin, qui tenait le bâton directorial. Les interpré-\ntations de Muck se caractérisent par l'absolue et limpide netteté de l'exposi-\ntion, par la fermeté et la précision rythmiques, par la manière grave et noble\ndont les œuvres sont comprises et rendues, mais elles laissent quelque peu à\ndésirer sous le rapport de la chaleur, de la puissance et de l'envolée lyrique.\nRetenons cependant l'interprétalion de la Siegfrieds Idyl, qui nous a charmé\nsans restriction aucune et où le poème printanier de Wagner a atteint toute\nsa signification poétique et expressive, se parant discrètement de bonheur\net de tendresse, s'épanouissant doucement dans une atmosphère de recueille-\nment et de calme divin. La Symphonie en ré mineur de Sinding, dont nous\ngoûtons surtout la dernière partie, est une œuvre ingénieusement construite\net développée, mais que ne distingue ni la richesse de l'invention musicale,\nni aucune originalité bien saisissante. Quant au poème symphonique M a z e p p a ,\nil ne peut être assurément considéré comme le chef-d'œuvre de Liszt en un\ngenre de composition où le maître hongrois a pourtant excellé. Muck en a\ndonné une exécution assez molle et rythmée de taçon absolument trop uni-\nforme. Le baryton Frölich, à qui nous souhaiterions plus de charme et de\npuissance émotive, a été surtout applaudi dans le monologue de Hans Sachs,\nqu'il a dit d'une voix fort ample et généreuse. Bref, le dernier concert Ysaye\nn'a pas présenté l'intérêt très marqué des auditions précédentes. Cette appré-\nciation n'est certes pas un blâme, mais le simple résultat d'une comparaison.\n   Le quatrième concert du Conservatoire nous a rendu le Judas Machabée de\nHasndel, dont on a goûté pour la seconde fois les altières beautés, les chants\nde gloire s'envolant triomphalement à travers le superbe édifice de poly-\nphonies grandioses. Interprétation de premier ordre assurée par le précieux\nconcours de MM. Laffitte et Seguin, de Mlles Flament, Latinis et Van Crae-\nnenbroeck, qui a tout particulièrement charmé par sa claire et moelleuse\nvoix de soprano. Cette seconde exécution de l'oratorio de Hœndel a renouvelé\ntoutes les nobles impressions d'art de décembre dernier.\n   Un mot du récital que M. Georges Sadler, violoniste, a donné à la salle\nErard. M. Sadler est un artiste de race, qui a fait admirer une fois de plus les\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": " 368                                     DURENDAL\n\n\n\n fines qualités d e son interprétation si personnelle : vigueur r y t h m i q u e , a m p l e u r\n expressive, beauté charmeuse d e la sonorité, qualités q u e l'exécution d ' u n\n p r o g r a m m e fort varié a mis pleinement en relief. Il a joué d e façon vibrante\n et poétique le célèbre Aria de Bach, diverses pages de B r a h m s , Tschaïkowsky,\n Dvorak, B é o n . D'autre part, les Variations de Tartini, le Concert en la de Sin-\n ding, le Zapateado de Sarasate ont fait surtout ressortir la technique ferme,\n souple et brillante d e l'artiste, qui a paru très en progrès et a été fort chaleu-\n reusement acclamé.\n     Mentionnons aussi le récital q u e M. Max D o n n e r a d o n n é à la salle de la\n G r a n d e - H a r m o n i e et où le jeune violoniste s'est montré l'artiste c h a r m e u r ,\n élégant et délicat que l'on sait. Les interprétations subtiles et suggestives d u\n deuxième Concerto de Bach, de pièces de Haendel, d e Mozart et d'Arbos ont\n spécialement obtenu un très franc et légitime succès.\n     Signalons enfin u n e intéressante audition qui a eu lieu a u Conservatoire\n à l'occasion d e l'examen public pour le diplôme de virtuosité d u c h a n t .\n M l l e s D a s et Seroen, élèves de M m e Cornélis, lauréates d u concours d e 1903,\n ont obtenu leur diplôme à l'unanimité et par acclamation. M lles Das et Seroen\n sont des artistes fort douées. U n peu paralysée p a r l'émotion dans le rôle\n d'Annette d u Freyschütz, dont elle a chanté avec M lle Das les premières scènes\nd u second acte, M lle Seroen a interprété avec beaucoup de largeur et d'accent\ndes fragments d u rôle d'Eisa (Lohengrin).\n    Mlle Das a d o n n é la mesure d e son talent dans la Servante Maîtresse (La Serva\nPadrona) d e Pergolèse, qu'elle a j o u é avec M M . R e n é Vermandele et Achten.\nL a Servante Maîtresse, accompagnée p a r le quatuor et le clavecin, sous la\ndirection de M. Gevaert, est restée la composition la plus populaire et la plus\njustement célèbre que Pergolèse ait écrite pour le théâtre; Pergolèse, dont la\nproduction fut si abondante et la carrière si brève, puisqu'il mourut à l'âge\nde 26 a n s . L a Serva Padrona d e Pergolèse fut représentée p o u r la première\nfois en 1733. Cette gracieuse partition, dont les motifs ont u n tour alerte et\nspirituel, est d'un bout à l'autre pleine de verve et de fine gaîté. M lle D a s\npossède u n e fort jolie voix, qu'elle conduit avec u n e aisance remarquable, et\nelle a interprété le rôle de Zerlme avec u n entrain c h a r m a n t , avec autant\nd'esprit q u e d e pétulance et d'enjouement.\n\n\nP u r g a t o r i u m , Oratorium soprana voce choroque concinendum cum Symphonia.\n   (Textus e Psalmis),   par J O S E P H RYELANDT.\n    L'oratorio de Ryelandt, dont u n e réduction pour piano faite p a r l'auteur\nvient d e paraître chez l'éditeur Muraille, à L i é g e , se compose d'une série de\nchants lyriques religieux et de c h œ u r s écrits sur différents textes sacrés\ne m p r u n t é s aux P s a u m e s , et exprimant a d m i r a b l e m e n t les sentiments de\ncrainte, d'amour, de confiance et d'adoration qu'éprouve tour à tour l'âme\néloignée m o m e n t a n é m e n t de Dieu et q u i , épurée, grandie p a r l'expiation,\narrive enfin palpitante et enivrée au seuil du b o n h e u r sans fin (In limine Para-\ndisi). Cette œuvre est assurément u n e des plus hautes et des plus impression-\nnantes qu'ait écrit jusqu'ici le distingué compositeur brugeois. D a n s u n cadre\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "                            CHRONIQUE       MUSICALE                             369\n\n\nplus restreint on y retrouve l'inspiration profonde, la pénétrante éloquence\nexpressive qui caractérisent sa Sainte Cecile, mais avec un fonds d'harmonies\npeut-être plus riche et u n e maîtrise d'écriture encore plus affermie. N o u s cite-\nrons n o t a m m e n t le Prélude suivi du De profundis, complainte grandiose où\nretentit l'écho d'une douleur profonde, mais calme et grave dans son expres-\nsion, la douleur d'une âme qui pleure mais dont la blessure est adoucie par\nle b a u m e de l'espoir et de l'amour. P u i s le chant Quemadmodum desiderat cervus\nad fontes aquarum, chant d'une puissante envolée et d'une singulière intensité\nd'accent, aspiration toute empreinte de ce mysticisme ardent et passionné qui\nest un des aspects les plus significatifs de l'art de R y e l a n d t , enfin le chœur\nradieux, pacifique et extasié (In limine Paradisi) qu'illuminent de glorieuses\nlueurs, reflet des splendeurs toutes p r o c h e s .\n\n                                                        GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "                        Lettre de Paris\n\n                  LE petit roi d'Espagne a passé par Paris. Oriflammes, mâts\n                     vénitiens, corbeilles vertes, girandoles électriques, ce fut\n                     à peu près comme pour le roi d'Italie, et pour le roi\n                     d'Angleterre, et pour tous les souverains qui sont venus et\n                     qui viendront. Or, la première idée qui naît est celle-ci :\n                     ne pourrait-on pas varier cette inexorable monotonie?\n                     Quoi, pour ceux qui descendent du nord comme pour ceux\n                     qui montent du midi, le même gala à l'Opéra et la même\n                     revue à Châlons ! Alors, qu'il n'y ait plus de Pyrénées, c'est\ncomme s'il n'y avait plus de Manche ! Mais, qui sait pourtant s'il ne faut pas, de\npréférence, se réjouir de cette fidélité aux usages protocolaires?Qu'arriverait-il,\ngrand Dieu, si les créateurs de joie officielle voulaient y introduire le souci de\nla couleur locale, et accueillaient Alphonse XIII dans un décor de carton\nrenouvelé de l'Andalousie au temps des Maures de la dernière exposition?\nToutefois, sans tomber dans cet enfantillage, peut-être pourrait-on essayer\nd'insuffler dans la baudruche de ce cérémonial quelques bouffées d'esprit\nnouveau. Si, à chaque arrivée de souverain, à chaque occasion de réjouis-\nsance populaire, on nommait un grand-maître des décorations publiques,\njamais le même, avec liberté absolue de dépenser à sa guise le total des cré-\ndits accordés, le résultat serait à chaque fois original. Puvis de Chavannes\nou Gustave Moreau n'auraient pas compris, il y a quelques années, le pavoi-\nsement et l'illumination de Paris comme le comprendraient aujourd'hui\nHenri Martin ou Besnard. Tel concentrerait l'ornementation dans un quar-\ntier unique, tel l'allongerait plutôt en serpent de lumière d'un point à un\nautre. Celui-ci organiserait une fête de verdure dans les bois de Vincennes ou\nde Boulogne. Celui-là préférerait un embrasement nocturne de la Seine. Cet\nautre essaierait d'une franche kermesse tourbillonnant dans les quartiers\npopulaires. Et le souvenir des fêtes les mieux réussies survivrait longtemps\ndans les mémoires des hommes, comme dure encore celui d'une fête véni-\ntienne de l'Exposition de 1889 dont rien n'approcha en vérité lors de l'Expo-\nsition de 1900.\n\n   Mme Roland disait : « Je ne vois guère dans le monde d'autre rôle qui me\nconvienne que celui de Providence. » On se surprend à former le même vœu\nnaïf quand on pense à l'Espagne. Tant de gloire historique jadis et une si\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "                             LETTRE DE PARIS                                371\n\nlongue torpeur depuis, pourtant encore aujourd'hui tant de ressources, tant\nde qualités profondes, tant de bons vouloirs ! A quoi tiennent les décadences,\nle problème est plus passionnant encore qu'à quoi tiennent les progrès.\nPauvre Espagne, si haut, et si bas et si vite! En cinquante ans à peine, au\nXVIe siècle, les 16,000 métiers à soie de Séville tombèrent à 400. Pourquoi ?\nAh! ce ne sont pas les explications qui ont manqué : inquisition, despotisme,\nguerres, émigration, couvents, mesta, almojarifazgo, aucune n'est pleinement\nsatisfaisante. Et d'ailleurs quand l'Espagne a produit ses grands hommes,\nCalderon et Velasquez notamment, elle était en pleine décadence déjà. Y est-\nelle toujours? Peut-être moins qu'il semble. Il y a un long apprentissage à\nfaire quand il s'agit d'agir par soi-même, de se libérer du despotisme royal\ncomme du despotisme parlementaire, et l'Espagne commence à peine. Beau-\ncoup affirment que ses progrès sont énergiques, dus même à ses dernières\ndéfaites. Il ne lui manquerait plus, pour tenir sa digne place dans le monde,\nque quelques représentative men comme M. Ramon y Casal, car c'est par ses\ngrands hommes qu'un pays compte, et que serait la Norvège sans Ibsen ou\n la Provence sans Mistral? Mais ceci est en dehors des prérogatives habituelles\nde la Providence, telle que la concevait Mme Roland. Il n'y a donc qu'à laisser\nfaire et à souhaiter que se fasse. Tout ce qui relèvera l'Espagne ne peut que\n profiter à la civilisation de langue française, puisque celle-ci sera toujours\n l'intermédiaire entre le tras-os-montes et le reste de l'Europe. Supposez que\n toute notre culture occidentale s'éteigne, et que les deux pôles de la civilisa-\n tion soient l'Europe centrale de l'Orient, de quel énorme avantage ne bénéfi-\n cierait pas soudain la Russie !\n\n   Qu'est d'ailleurs le problème espagnol en comparaison de l'énigme musul-\nmane? Où sont les splendeurs des Mille et une nuits? Ont-elles jamais existé?\nCes descriptions merveilleuses de Cordoue, de Grenade, de Bagdad, ne\nseraient-elles pas l'œuvre de Tartarins en burnous? Allez donc dire aux agri-\nculteurs tunisiens que leur pays a été jadis le grenier à blé du monde, ils\nplisseront une grimace sceptique. La terre carthaginoise était prédestinée à\nservirdechamp de bataille; aujourd'hui, ce sont deux cohortes criardes d'érudits\nqui s'y heurtent, les uns veulent que tout y ait changé, les autres que tout y\nsoit le même. Et en avant Salluste contre Antonin Martyr! La victoire semble\nappartenir à ces derniers. On a jaugé toutes les citernes, repéré tous les points\nd'eau, compté tous les aqueducs, le contemporain des Césars n'avait pas\nplus d'humidité à sa disposition que celui de Loubet. C'est mathématique.\nSeulement, comment, diantre, faisaient les éléphants de Salammbô pour vivre\nen liberté dans ce suffétat anhydre? Et le Maroc, que nous réserve-t-il ?\nDepuis qu'on en parle dans les Dernières Nouvelles, c'est un paradis terrestre :\ndes prairies, des alpes ruisselantes de cascades, des rivières portant bateaux,\ndes forêts à vertes chevelures, et des millions d'habitants. Comme il serait\nprudent d'accepter tous ces bénéfices sous celui d'inventaire ! Les Almora-\nvides sont bien morts, et jusqu'ici ce que le Maroc a révélé de plus curieux\nà ses derniers explorateurs, ce sont quelques casques à pointe poussés comme\ndes champignons d'un nouveau genre sur le jardin potager de Tanger. Noli me\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "372                               DURENDAL\n\n\ntangere, si le sultan de Marakesh a besoin d'une devise, qu'il charge son\nblason de celle-ci.\n\n   Le troisième centenaire de Don Quichotte, 8 avril 1905, avait été une\noccasion moins officielle mais plus profonde de glorifier l'Espagne. Il n'y a\npas beaucoup de livres qui fassent partie du patrimoine incontestable de\nl'esprit humain; Don Quichotte est un de ceux-là. Pas une bibliothèque où il\nne doive être, en n'importe quel coin du monde. On n'en pourrait dire autant\nni de Rabelais, ni de Goethe, je suppose, quel que soit leur génie. On doit se\nfaire une âme particulière pour goûter Pantagruel, et il faut quelque provi-\nsion de bonne volonté pour se plaire à Faust. Mais Don Quichotte et Sancho,\nqui ne les a pas aimés, compris, admirés? Ils sont de tous les temps et de\ntous les pays. On a voulu les espagnoliser, quelle erreur ! Don Quichotte\nn'est pas plus Castillan que Gil Blas. Ce n'est pas à lui qu'il faut recourir\npour expliquer l'épopée des conquistadors; il n'a ni la folie de l'or, ni même\nla folie de la croix; c'est un chevalier errant, préoccupé de faire régner la\njustice sur terre beaucoup plus que de pourfendre les mécréants, et par là il\ns'apparente à nos actuels redresseurs de torts sociaux, mais combien plus\namusant, plus sympathique et plus sensé que nos bons démocsocs! Car Don\nQuichotte n'est pas fou. Il raisonne pertinemment, et de façon à ne pouvoir\nêtre fait quinaud. Quand il arrive la lance en arrêt sur un troupeau de mou-\ntons et qu'il sème la plaine de toisons sanglantes, il ne nie pas que ce soient\ndes moutons, seulement il est sûr que, l'instant d'auparavant, c'étaient des\nchevaliers, et qu'un méchant enchanteur lui a joué le tour de les métamor-\nphoser brusquement. Qui pourra lui prouver qu'il se trompe? Et remarquez\nque ce point de vue mis à part, tout est parfait dans notre bon paladin ; indul-\ngence, courtoisie, gravité aisée, sagesse et courage, il a toutes les vertus. Or,\ntout homme a ses oeillères ; et quel est celui de nous qui, ce détail de harnois\nnégligé, peut faire preuve des qualités du seigneur don Quixote de la Manca ?\n\n   Si l'on veut savoir ce qu'est un conquistador, qu'on ne s'adresse pas à Cer-\nvantès, mais au simple et brave Bernard Diaz dont je viens, le hasard aidant,\nde lire la Verdadera Historia. Quels hommes! « On dit que le grand général\net guerrier Jules César assista à cinquante-trois batailles rangées, eh bien !\nmoi je dis que je me suis trouvé dans plus de batailles que Jules César...\nIl résulte de cette énumération que je me suis trouvé dans cent dix-neuf\nbatailles ou rencontres. » Bernard Diaz écrivait ses souvenirs quarante-sept\nans après ses grands exploits, il survivait presque seul à ses compagnons :\n« Des 550 soldats qui partîmes avec Cortès de l'île de Cuba, cinq seulement\nvivons encore; nous sommes bien vieux, affligés de maladies, très pauvres,\nchargés de fils, de filles à marier et de petits enfants avec de fort mesquins\nrevenus et nous passons ainsi notre triste vie au milieu des fatigues et des\nmisères. » Et pourtant quelles jeunesses avaient été plus enivrantes, plus\ninouïes que les leurs ! Cet incroyable empire du Mexique découvert, forcé,\nconquis, au prix de quelles luttes! Et en vue de quelques perspectives! Si on\nétait vaincu et pris, ce n'était pas la mort du soldat qui vous attendait, maie\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "                              LETTRE DE PARIS                                 373\n\nla mort horrible sur la table des sacrifices humains, devant de hideuses\nidoles, le couteau d'obsidienne plongeant dans la poitrine, et le prêtre\naztèque arrachant le cœur encore palpitant pour l'offrir à ses divinités. Dans\nune tentative sur Mexico, soixante Espagnols tombèrent ainsi entre les mains\ndes Indiens, et leurs frères les virent périr l'un après l'autre, car on se battait\nde près et le grand temple de Mexico, pyramide en plein air, hissait sa table\nde sacrifices à la vue de tous. Bernard Diaz avoue que c'est de ce jour-là\nseulement qu'il connut la peur : « Nous voyions ces malheureuses victimes\npoussées, frappées, souffletées par leurs bourreaux. Quelques-unes furent\nforcées de recevoir des couronnes de plumes sur leur tête, et tenant des éven-\ntails à la main, ils étaient obligés de se livrer à la danse devant les maudites\nidoles. Après cet exercice dérisoire, ils étaient enlevés et étendus sur la pierre\ndes sacrifices... »\n\n   Que l'œil se détourne de ces atrocités pour ne voir que les résultats obtenus\net consolidés par trois siècles, un monde immense rattaché à la civilisation, le\npays où l'on trouvait des amoncellements de cent mille crânes humains\ndevenu une république prospère et puissante. Quel que fut leur fièvre de l'or\nou leur mépris de la vie humaine, les conquistadors ont droit à une gloire\néternelle. C'est par eux surtout que l'Espagne vivra dans l'histoire. En un\ncertain sens, on peut dire qu'elle ne méritait pas le bonheur qui lui échut.\nRien ne la prédestinait à la destinée des navigateurs et des explorateurs.\nDes villes comme Gênes, Venise ou Dieppe avaient fait preuve d'une autre\ninitiative, et le hasard aurait dû envoyer Colomb à d'autres cours que celle de\nCastille. L'Espagne joua de bonheur en enfantant Cortès et Pizarre, comme\nen enfantant Cervantes et Vélasquez. Aucun long effort littéraire ou pictural\nne légitimait l'apparition de ces derniers génies. Mais ce qu'on peut dire en\nfaveur de la belle et grande Espagne, ce qui définitivement légitime sa gloire,\nc'est que cette chance la trouva digne d'elle, et que, pendant plus d'un siècle,\nelle entassa sans compter, presque follement, les héroïsmes, les audaces, les\nvictoires, et qu'elle s'épuisa presque à jamais pour bâtir un monde qui ne le\npaye aujourd'hui que d'ingratitude.\n\n                                                                HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "             LIVRES ET REVUES\n\nL a psychologie des r o m a n c i e r s russes au XIX e siècle, par\n   M. OSSIP-LOURIÉ. — (Paris, Alcan.)\n   « La foi existe chez l'enfant parce qu'il n'a aucun moyen d'investigation\npersonnelle à sa disposition... Mais, dès l'instant qu'il raisonne, il substitue\nla raison à la foi, soit qu'il reconnaisse cette dernière la trouvant juste, soit\nqu'il la rejette la trouvant absurde, cela dépend du degré de développement\nde la raison et de l'esprit de l'individu. Somme toute, les deux phénomènes\nsont naturels. L'esprit critique rejette la foi, l'esprit borné l'admet, yuand la\nfoi existe encore à l'âge adulte, c'est qu'il y a dans l'organisme une dispo-\nsition qui nuit à la raison et qui l'arrête à tout jamais... »\n   Ainsi parle l'auteur de ce livre, à propos de Gogol, oubliant, il semble, les\nexcellents principes énoncés par lui-même dans son Introduction : « Toute\nformule, même lorsqu'elle synthétise l'analyse, est dogmatique, et tout dogma-\ntisme, de quelque nature qu'il soit, a des dangers, il est forcément conven-\ntionnel, ennemi de la curiosité, de la libre recherche et de la libre critique. »\n   Et, en effet, les axiomes tranchants de M. Ossip-Lourié sur l'infirmité\ndes esprits religieux font un étrange préliminaire à l'étude d'écrivains de génie\nappartenant à une race chez laquelle la négation même revêt une apparence\nmystique et qui, à peu près tous, se sont montrés hommes de foi dans leur\nœuvre. Il est vrai que M. Ossip-Lourié explique cette inconséquence en des\nêtres comme Gogol, Dostoiewsky et Tolstoï, par exemple, auxquels il serait\ndifficile de nier l'esprit d'observation ou d'analyse, la faculté de voir, de\ncomprendre et de raisonner leur expérience, par la pathologie : les deux\npremiers étaient épileptiques, et, chez le dernier, la crise de crédulité a\ncoïncidé avec la sénilité!... C'est la psychologie du nœud gordien! M. Ossip-\n Lourié a raison : toute formule dogmatique aveugle, surtout si elle est\nscientifique, convaincue de sa propre infaillibilité, et prétend soumettre à son\n uniformité inintelligente la pensée et le cœur irrationnels de l'artiste ou du\n poète !\n    Cette âme russe, âme de nomade, dirait-on, de contemplateur de la steppe,\nétrange, émouvante, insatisfaite, avec les aspirations idéales qui la tra-\n vaillent, le mélange de sauvagerie forcenée et d'exquise sensibilité qui sont\n en elle ; cette âme qui s'incarne en tant de personnages de Tolstoï, de Dos-\n toiewsky et de Gorki, à la fois énigmatique et attirante, elle échappe, elle\n aussi, aux prises avides et sèches de la science : au fond, il n'y a pas assez\n de définitions et de catégories pour la complexité des âmes, et c'est dans un\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                375\n\nesprit de sympathie humaine qu'il faut étudier celles-ci. En les aimant, nous\nles comprendrons ; en les aimant, nous les devinerons et les créerons, dans\nleur virtualité, en nous; mais jamais, en les fourrant de gré ou de force dans\nles anguleux et arbitraires compartiments d'un système.\n   Ces réserves faites, nous pouvons louer le livre de M. Ossip-Lourié pour\nl'abondance des renseignements qu'il réunit sur tous les écrivains russes du\nXIXe siècle. La partie analytique du travail de l'auteur est très bien comprise\net très complète et il a mis parfaitement en lumière les caractéristiques des\nécrivains de génie ou de talent qui ont donné un si grand éclat à la littérature\nrusse contemporaine.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\n   Œ u v r e s Complètes d u Comte T o l s t o ï . — Le treizième volume\ndes œuvres complètes du comte Tolstoï, dans la belle traduction de M. Bien-\nstock, vient de paraître à la librairie Stock de Paris. Ce sont avec les articles\npédagogiques de la revue Iasnaia-Poliana, toutes les idées et les théories de\nl'illustre écrivain sur l'éducation et l'instruction. Cet immense problème,\ndont on peut dire qu'il a préoccupé tous les grands esprits, Tolstoï le retourne\nsous toutes ses faces, en apportant à cet examen si complexe ses dons prodi-\ngieux d'observation et d'analyse. En ces pages vivantes, il décrit la psycho-\nlogie des enfants, leur sensibilité inquiète, leurs défauts, leur intuition du\nbeau. Il crée l'instruction libre en la confondant avec l'éducation. Il raconte\nl'histoire de cette école de Iasnaïa-Poliana qu'il a dirigée, dont il a formé\nl'enseignement jusqu'en ses plus petits détails. On lira avec étonnement les\ncompositions des élèves de Léon Tolstoï, reproduites dans l'intéressant\nappendice au début duquel M. Paul Birukov rappelle — fait peu connu en\nFrance — que l'auteur de Guerre et Paix a inventé un alphabet qui, violem-\nment excommunié à son origine par l'administration, est maintenant en\nusage dans toutes les écoles de Russie.\n\nLes L é g e n d e s hagiographiques, par le R. P. H. DELEHAYE,\n   S. J., bollandiste. — (Bruxelles, Bureaux de la Société des Bollandistes.)\n   On sait assez la réputation et l'autorité que les bollandistes se sont acquises\ndans le monde scientifique par la rigueur de leur méthodes historiques, par\nleur science et par la perspicacité de leurs recherches. Elle doit être souvent\nardue la mission des rédacteurs des Acta Sanctorum, et plus d'une fois, sans\ndoute, l'inflexibilité de leur critique et leur clairvoyance ont dû susciter\ncontre eux le dépit et la colère des promoteurs des fastes apocryphes de saints\nimaginaires, ou aussi induire à la tristesse les bonnes gens accoutumées à\nvénérer quelque vieux saint, dont toute la gloire locale n'était faite que de\ncrédulité et de fables populaires accumulées pendant des générations.\n   Le R. P . Delehaye met admirablement en relief les difficultés de la matière,\nà cause de la rareté des sources authentiques, de la confusion des textes et\ndes falsifications inconscientes ou volontaires que ceux-ci ont subies. La\nmémoire du peuple simplifie à la fois et complique : le merveilleux l'attire,\nmais elle le prend de toutes parts pour l'amalgamer, en quelque sorte, autour\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "376                                DURENDAL\n\n\n\ndes faits ou des hommes dont elle est actuellement préoccupée; de sorte que\nl'on découvre dans les légendes, dont les hagiographes ont été les interprètes\n(et parfois aussi les fauteurs) des traces considérables de tout ce qui, d'âge\nen âge, a hanté le souvenir des hommes : événements réels ou mythiques de\nl'antiquité et de l'ère chrétienne; contes, histoires de tout genre; romans de\nchevalerie; chansons de geste, etc., etc.\n    Il faut toute la sagacité et la patience imperturbable des bollandistes pour\nanalyser des écrits donr, après élision de tout ce qu'ils comportent de douteux\nou de controuvé, le résidu de réalité est presque imperceptible. Quelquefois\nmême, il se réduit à rien. Tel est le cas, par exemple, pour saint Vidian,\nmartyr local honoré à Martres-Tolosanos, dont la légende se confond avec\ncelle de Vivien, héros de deux chansons de geste : les Enfances Vivien et\nAliscans; pour sainte Dymphne, qui tient ses origines du célèbre conte de\n Peau-d'Ane, etc.\n    On se rappelle la légende des saints Barlaam et Joseph, dérivée, dans ses\n parties essentielles, du Lalita Vistara, de la légende du bouddha Çàkya-Mouni ;\n celle des Sept-Dormants, issue d'un roman pieux; celles des saints Cosme et\n Damien, patrons des Médicis, illustrées si souvent par le pinceau charmant\n de l'Angelico, et dont on ne connaît rien de certain. — C'est presque un\n axiome, en hagiographie, que plus un récit est chargé, plus il surabonde en\n détails, en circonstances et aussi en miracles, plus il est récent et sujet à cau-\n tion ; le savant auteur nous fournit une brillante démonstration de ce prin-\n cipe dans le chapitre qu'il consacre à l'étude des formes successives de la\n légende de saint Procope, forte et belle dans les quelques lignes de sa version\n primitive et défigurée peu à peu par les hagiographes, soucieux avant tout\n d'orner leur « matière », d'en accroître l'attrait et l'édification pour leurs\n lecteurs.\n    La substantielle et élégante étude du R. P . Delehaye, qui traite également,\n d'une façon approfondie la difficile question des réminiscences et des survi-\n vances païennes dans les fêtes et les commémorations chrétiennes, prendra\n nécessairement place dans la bibliothèque de tous ceux qui s'intéressent aux\n sciences historiques.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\nEen Rooske v a n          O v e r z e e (Duimpjesuitgave), par AUGUST CUPPENS.\n  J'aime ce poème d'amour — d'amour divin — frais et parfumé comme une\nrose dans les lumières douces de l'aurore...\n   Une humble petite sœur des pauvres était issue de grande race et pour-\ntant, dans le triste hôpital, nul ne put égaler jamais son tendre dévoûment\nauprès des misérables. Elle était belle à rendre jaloux les anges; autour de\nsa première jeunesse, dans le manoir familial d'Irlande, soupirèrent et espé-\nrèrent les plus nobles gentilshommes. Elle préféra Dieu aux gloires vaines de\nce monde, et Dieu la combla royalement de douleurs. Elle mourut, ravagée\npar une maladie épouvantable. « La belle petite sœur » — ainsi l'appelaient\nles petits vieux et petites vieilles de l'hôpital — mourut en souriant...\n   C'est l'accent de ces pages qui est intraduisible et qui émeut et qui nous\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                   377\n\nmet aux yeux des larmes bonnes, des larmes douces. Artiste épris de simpli-\ncité, d'autant plus rapproché de la réalité qu'il l'exprime dans un chant plus\ncontenu, mais néanmoins vibrant, August Cuppens vient peut-être de\nréaliser sa meilleure œuvre.\n   Qu'ils sont « prenants » ces aspects journaliers de la vie dans le monotone\nasile, ou chaque parole, chaque geste s'enveloppent, de par le charme du\npoète, d'une atmosphère odorante et légère comme une bonne conscience.\nIl y a ici un ennoblissement de la matière, sans le secours d'images écla-\ntantes.\n   Cette poésie murmure et prie; des vers pittoresques, des vers « peuple » y\nfaçonnent les pekes, les mekes, et quand August Cuppens s'agenouille devant\nla tombe où repose Marget, la petite sœur des pauvres, fleur d'Irlande, rose\nd'outre-mer, nos genoux plient aussi, et notre cœur se fond avec le cœur du\npoète.                                                                 G. V.\n\nLine, par ANDRÉ LICHTENBERGER. — (Paris, Plon.)\n   Voici un charmant petit livre. C'est la délicieuse et touchante histoire de\nl'épanouissement d'une âme de fillette, l'analyse profonde d'une psychologie\nenfantine, le tableau très naturel, très vrai, des sentiments naïfs d'une enfant\nqui cherche à affirmer et développer sa petite personnalité dans la vie. C'est\nle livre d'un observateur et d'un philosophe. Il faut être un psychologue\npénétrant pour savoir analyser l'âme de l'enfant avec une acuité aussi rare,\navec autant de finesse, de subtilité et de délicatesse que M. Lichtenberger\nle fait dans ce livre, qui est un petit chef-d'œuvre.                   H. M.\n\nÉ t u d e s e t P o r t r a i t s l i t t é r a i r e s , par FRANÇOIS CAREZ. — (Paris,\n   Retaux.)\n   M. Carez nous prévient, dans un avant-propos, que nul lien n'unit ses\nétudes et portraits. On y voit, en effet, figurer côte à côte André Van Hasselt\net la comtesse de Noailles, Edmond Rostand et Mgr Freppel... Ce qui\npourrait sembler une idée figaresque. Rien n'est plus loin de la pensée de\nM. Carez, critique soucieux, avant tout, des responsabilités morales de\nl'homme de lettres et épris, par ailleurs, de beauté traditionnelle, de coutume\nlittéraire.\n    On n'a guère mieux dit la vérité à propos d'Edmond Rostand, que dans\nl'es trop courtes pages que M. Carez lui consacre. J'aime beaucoup aussi son\nétude plus substantielle sur l'œuvre de René Bazin. Et je le remercie de nous\navoir rappelé quelques-uns des bons poètes de la province française : Charles\n Guérin, — pour qui M. Carez a des tendresses inattendues et d'autant plus\n précieuses — François Fabié, chantre inspiré du Rouergue, Auguste Gaud,\n le fidèle Poitevin, Léonce Depont qui ne nous fit guère deviner l'aspect de sa\n Saintonge, malgré la perfection matérielle de ses vers, enfin Paul Harel que\n la Normandie, pays de Sapience, peut revendiquer comme l'un de ses meil-\n leurs enfants. Un trait juste, une remarque nette signalent, chez tous ceux-là,\n les qualités et parfois le défaut. M. Carez regrettera, par exemple, que la\n rhétorique nous gâte de temps à autre François Fabié, un poète qui fut aussi\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "378                                     DURENDAL\n\n\nun professeur. Voilà qui est parfait. P o u r q u o i M. Carez regrette-t-il, de\nm ê m e , chez F e r n a n d Gregh, dont il ne conteste nullement les mérites\n« quelque chose de trop moderniste ». Je ne comprends pas et je ne discu-\nterai point, bien que j ' e n aie g r a n d e envie. C e p e n d a n t je triompherai u n p e u ,\nlorsque M. Carez n o u s affirmera que J. Ernest-Charles — u n critique très\nsûr, d'après l'opinion même de notre auteur, — n'a surfait q u ' u n e seule fois\nu n h o m m e de lettres. C'est quand il a tiré l'horoscope d ' H u g u e s Rebell :\n« On dira de lui, avant p e u d'années, qu'il est le premier romancier de notre\népoque. » Soit. Rebell qui était bien parti, n'est jamais arrivé... Mais M. Carez\nsait-il ce que J . Ernest-Charles écrivit de notre V e r h a e r e n ? J e ne résiste pas\nau plaisir de le lui a p p r e n d r e : « Il (Verhaeren) résume en son œ u v r e toutes\nles évolutions de la poésie — et du vers — depuis quelques a n n é e s . O n a\nentendu des poétereaux crier, avec tout le petit fracas qu'ils étaient capables\nde produire, qu'enfin ils allaient sortir d e leur T o u r d'Ivoire, quitter la\nrégion du Rêve où les symbolistes avaient vécu sans efficacité, se mêler à la\nfoule, l'exalter, l'inspirer, la conduire, et qu'on allait voir ce qu'on allait\nv o i r ! . . . E n vérité, je vous le dis, c'est à Verhaeren que tous ces p o è t e s\ndoivent apporter leur h o m m a g e , à Verhaeren qui les a devancés, qui les a\npréparés, et qui pour longtemps les a déjà dépassés. T o u t e la poésie nou-\nvelle qu'ils a n n o n c e n t , il l'a déjà réalisée. Les g r a n d s mystères de la vie\ncontemporaine ont eu en lui leur interprète. E t il fut le premier apôtre, écla-\ntant, de la foi nouvelle parmi les poètes... » J'aime à rapprocher, d a n s m a\nmémoire, ce juste témoignage de certain article bien acerbe dirigé contre\nl'art de ce m ê m e poète par M. Carez... P a s s o n s et recherchons ce qui n o u s\nunit.\n   Voici une jolie pointe décochée à Alphonse d ' E n n e r y : « Ses pièces jouées\ndes centaines de fois et si souvent reprises ne seront jamais lues. » Voici des\ncomparaisons ingénieuses entre les amours de Loti et les tendresses de\nL a m a r t i n e ; Aziyadé et Graziella ressuscitent d a n s nos rêves... U n j e u n e\npoète de Belgique, M. Pierre Gens, requiert l'hommage ému de F r a n ç o i s\nCarez. L'œuvre trop oubliée d'André Van Hasselt est rappelée ici dans ses\nmeilleures parties. E t il me semble que, sous leur apparence ironique, les\npages où le critique persifle quelque peu les poèmes de M m e Mathieu de\nNoailles, avouent q u a n d même u n e secrète complaisance. S i n o n M. Carez\nn'offrirait pas à ses lecteurs tels fragments qui doivent provoquer leur a d m i r a -\ntion. H e n r y Bordeaux trouvera en M. Carez un juge assez sévère. T o u c h a n t\nla Peur de Vivre, le critique r e m a r q u e r a néanmoins que « c'est un livre d'une\nbeauté grave et d'où se dégage u n e haute leçon morale » tout en paraissant\nlui reprocher des scènes qui ne sont pas écrites p o u r jeunes filles...\n   Il y a, chez M. Carez, u n e préoccupation trop constante de juger la qualité\nmorale des livres, qui lui sont soumis, à un point de vue restreint, à la ques-\ntion de savoir si le livre « peut être mis entre toutes les mains ».\n   M. René Bazin a jadis combattu fort h e u r e u s e m e n t cette erreur dans le\nCorrespondant. « On ne doit, disait il, sans exagération, sans péril pour l'art,\nétendre cette obligation aux écrivains. Ceux-ci r é p o n d r o n t , avec raison, qu'ils\nn'écrivent pas pour des enfants; qu'ils n'ont pas à se préoccuper de l'âge de\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "                                  LIVRES ET REVUES                                          379\n\nceux qui les liront; qu'ils ne sauraient être astreints à peindre la vie autrement\nqu'elle n'est, sous prétexte qu'ils a u r o n t peut-être d e s lecteurs ignorants de la\nvie; ils prétendront, et je crois qu'ils n ' a u r o n t pas tort, qu'ils sont quittes\nenvers la morale s'ils écrivent ce que d'honnêtes gens peuvent h o n n ê t e m e n t\net utilement lire. » E t M. R e n é Bazin précise les limites des droits de l'écri-\nvain. L a licence de tout dire n'existe pas. L'œuvre d'art est soumise à la loi\nmorale, car elle est u n e œuvre d'enseignement, une leçon, un acte d'influence\net de direction sur a u t r u i . J e songeais p r i n c i p a l e m e n t à l'étude de M. R e n é\nBazin en lisant la critique q u e M. F r a n ç o i s Carez n o u s a d o n n é e de Quo\n Vadis.\n    J'ai voulu signaler les qualités de ce n o u v e a u livre, je me suis permis d'in-\nd i q u e r où nous différons d'opinion. Il importe de reconnaître l'effort très\nfranc de M. Carez. Depuis plusieurs années, il rend compte, d a n s un impor-\ntant journal, du m o u v e m e n t littéraire en F r a n c e et en Belgique. D o u é de\nstyle — d'un style u n peu n u , mais précis et ferme, — il suscite, parmi ses\nlecteurs, des curiosités, sinon des préoccupations, qui les soustraient m o m e n -\nt a n é m e n t aux vilaines hantises de la politique. E t c'est t a n t mieux pour les\nb e a u x vers et la belle prose, nos c o m m u n e s révérences.                       G. V.\n\n    M a s t e r s i n A r t . — Monographies illustrées. Bâtes a n d Guild Com-\np a n y , C h a u n c y street, 42, Boston. — Numéro d'avril 1905. — MANTEGNA.\nQuelques excellentes reproductions des œ u v r e s principales du grand maître de\nP a d o u e , la Madone entre saint Jean et Marie-Madeleine, de la National Gallery,\nla Rencontre de Louis de Gonzague et du cardinal Francesco, de Mantoue, la Sainte\nFamille de la collection Mond, de L o n d r e s , la Crucifixion du L o u v r e , la\nMadone aux Chérubins, de Milan, le portrait du Cardinal Scarampi, de Berlin,\navec des notes biographiques et critiques, u n e liste d'ouvrages, et des indica-\ntions bibliographiques, n u m é r o r e m a r q u a b l e .\n    Numéro de mai 1905. — CHARDIN. Conçu sur le même plan très intelligem-\nment vulgarisateur, ce n u m é r o n'est pas moins intéressant. Chardin est l'un\ndes maîtres les plus curieux de l'école française du XVIIIe siècle, et ses tableaux\ndu L o u v r e (La Bénédiction), de la galerie Lichtenstein (La Cuisinière), du\nmusée de Stockholm (La Toilette du Matin), de P o s t d a m (Le Jeune Dessinateur,\nDame cachant une lettre), sont délicieux d'élégance et d'intimité.\n    Numero de juin 1905. — BENOZZO GOZZOLI. Ce fascicule est digne des précé-\nd e n t s . T o u t e l'œuvre du c h a r m a n t Florentin, élève de fra Angelico, parti des\npetits sujets de sainteté pour aboutir aux vastes compositions décoratives, est\névoquée par u n choix judicieux : Montefalco, San G i m i g n a n o , Florence\n (Palais Riccardi), P i s e (Campo Santo), sont les étapes de ce talent magni-\nfique et les illustrations sont fort belles.\n    R a p p e l o n s q u e ces m o n o g r a p h i e s ne coûtent que 15 cents.\n\n    B u r l i n g t o n M a g a z i n e . — L o n d r e s , Berners street, 17. — Numéro\n d'avril 1905. — U n article de M. F R . LATHROP sur u n Nouveau Velasquez au\n musée de Boston. Il s'agit d'un portrait de P h i l i p p e IV que l'auteur compare à\n celui d u musée du P r a d o . U n article de M. HOLMES sur u n Saint Jérome dans le\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "380                                 DURENDAL\n\n\nDésert, de la collection Davies, attribué au Titien. — L a première partie d'une\nétude sur Andrea del Castagno par M. H E R B E R T P . H O R N E . — U n e note d e\nM. J. W E A L E sur u n primitif flamand inconnu a p p a r t e n a n t à M. Grivau. —\nLa suite de la polémique Bouchot-Weale à propos des Van E y c k . — P u i s\nu n e série d'importants articles sur des objets d'art et de curiosité, bronzes\nchinois, argenterie, broderie, mobilier; — et des notes bibliographiques.\n   Numéro de mai 1905. — U n article, peu intéressant, — la revue nous a\nhabitué à des études plus nourries de détails inédits, — de M. EDW.. H U T T O N ,\nsur B. Bonfigli qu'il appelle le père de la peinture pérugine ; — une note de\nM. W E A L E sur une Annonciation de R . Vanderweyden ; — Les Préraphaélites et\nles Hérésies impressionnistes de M. B . SICKERT; — et des articles sur Constantin\nMeunier, l'aquarelle, la porcelaine de R o u e n , etc. Ce n u m é r o est moins\nnotable, tant comme texte et illustrations, que de c o u t u m e .\n    Numéro de juin 1905. — E n revanche, la livraison de juin est fort belle. Elle\ns'ouvre par la reproduction d'un admirable tableau de Vermeer de Delft, le\nSoldat et la jeune fille qui rit, se trouvant dans la collection de M. J o s e p h . —\nU n e étude sur Constantin Meunier, avec quelques remarquables illustrations,\npar MM. R . PETRUCCI et C H . RICKETTS, rend au grand sculpteur belge qui\nvient de disparaître, l'hommage qui lui est d û . M. Pelrucci y ajoute quelques\nsouvenirs personnels intéressants. — M. MAUNDE THOMSON nous fait con-\nnaître u n manuscrit du British Museum : Les Cas des malheureux Nobles Hommes\net Femmes, ouvrage français du commencement du XVe siècle. — M. H E R B E R T\nH O R N E termine son étude sur Andrea del Castagno. — Enfin, des notes com-\nmentées par des reproductions, de M. W E A L E sur les volets d'un t r i p t y q u e de\nGérard David, et de M. ROBINSON sur la Vierge de Salamanque, du maître de\nFlémalle ; quelques articles sur des objets de curiosité, le mobilier anglais, les\npremières pâtes tendres françaises, etc., et des renseignements biblio-\ngraphiques.                                                                   J. D.\n\n\nL a L é g e n d e d o r é e d e l ' A l s a c e , par MARIE DIEMER. Préface de\n   M. SCHURÉ. — ( P a r i s , P e r r i n . )\n   Récits pénétrés de grâce et d'émotion des temps primitifs de la foi et du\nmiracle de l'Alsace. L ' a u t e u r nous dit saint Materne et sainte Odile, les\napôtres illustres de l'Alsace, et il a mis en œuvre avec b e a u c o u p de science\net d'habileté tous les éléments que l'histoire et la légende fournissaient à sa\n« matière ».                                                               A. G.\n\nLivret critique du Salon de 1905 à la Société nationale\n   d e s B e a u x - A r t s , par O. MÉGA. — (Bruxelles, Van Oest.)\n   A ceux qui craignent de se jeter sans guide d a n s le m a q u i s d u Salon de\nla Société des Beaux-Arts de P a r i s , ou d'en sortir sans avoir découvert les\nœuvres qui, véritablement, méritent qu'on s'y arrête, nous signalons ce livret\nélaboré, à leur intention, par un critique, un peu tranchant, parfois, mais\nexpert, et que l'on a intérêt et a g r é m e n t à suivre et à écouter.\n                                                                            ALPHA.\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                            NOTULES\n\n  Conférences jubilaires à l'Hôtel de ville de Bruxelles.\n— Du 16 au 23 mai dernier, ce spectacle étrange a été donné à nos fières\npopulations de voir six Belges et un étranger : un historien, un savant,\nquatre écrivains et un « collaborateur scientifique à l'institut de sociologie »\nglorifier, tour à tour, la Belgique, commémorer ses fastes, les étapes doulou-\nreuses et magnifiques de son développement historique, l'éclat prépondérant\net la mission de son art aux jours de la Renaissance réaliste, son passé et les\npromesses de son avenir, sans qu'aucune voix s'élevât pour les blâmer d'une\nentreprise aussi suspecte, sans qu'on les inculpât d'avoir assujetti l'indépen-\ndance de leur pensée et accepté d'exalter, sournoisement, sous couleur de\njubilé, l'administration de M. Buls ou de M. De Mot, moyennant l'octroi\nd'une maigre sportule ou de quelque plat de lentilles dérisoire!... Aucun jour-\nnal, fier d'être belge — au Congo! et noblement soucieux de la liberté de\npenser des écrivains qui n'appartiennent pas à sa rédaction, n'a entrepris de\nrompre une lance pour eux — ou contre eux — à la manière de Joseph\nPrud'homme! — pour les défendre d'une oppression et d'une contrainte qu'il\nétait seul à connaître et que, dans sa magnanime sollicitude pour l'honneur\net la dignité des lettres, il leur dénonçait, quitte à les représenter comme\ndomestiqués, comme asservis à l'obéissance et au silence par leur situation\nou leur pauvreté s'ils ne se ralliaient pas à ses avis désintéressés!...\n   MM. Pirenne, Wilmotte, Verlant, Verhaeren, etc., l'ont échappé belle.\nQue serait-il advenu si, au lieu de parler dans une salle de l'Hôtel de ville\nde Bruxelles, librement, en terre libre! ils eussent dû faire entendre les\nmêmes paroles, sous les auspices corrupteurs du Gouvernement, dans le\ndécor tendancieux de la salle du Palais des académies?...\n   Ce sort sinistre leur fut heureusement épargné et le public nombreux, aux\nsoirs indiqués, a écouté les orateurs qui se sont succédé : M. Pirenne, dans\nle résumé net, puissant et lucide de l'histoire de nos provinces que ses beaux\ntravaux, la magnifique Histoire de Belgique dont la suite est impatiemment\nattendue, permettaient d'escompter de sa part; M. Wilmotte, l'avisé et disert\nprofesseur de Liége, dans son étude du développement des sciences morales\nen Belgique depuis 1830; M. Baie, dans le tableau qu'il a retracé du\nXVIIe siècle flamand (Jacques Jordaens et la société anversoise sous (?) la Renaissance)\net, même, M. Petrucci, venu en Belgique comme, jadis, Dante-Gabriel\nRossetti, en Angleterre, pour le grand bénéfice des lettres et de l'art indigène,\ndans son discours sur le XVe siècleflamand,sujet qui, peut-être, lui a évité de\nrencontrer la Jeune Belgique sur son chemin et de démontrer, avec la verve et\nla compétence qu'on lui accorde, la médiocrité du rôle et l'inanité des travaux\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "382                               DURENDAL\n\n\nde cette revue dans le renouveau littéraire de notre pays!.. Car, il est venu\ndu dehors, avec la mission, semble-t-il, de nous apprendre à nous connaître\net de nous faire connaître à l'étranger!..\n   La foule a été, particulièrement, considérable aux conférences de MM. Ver-\nlant et Verhaeren, qui devaient s'occuper, l'un, du Développement des Beaux-Arts ;\nl'autre, de celui de la littérature en Belgique depuis 1830. Et, en réalité, le grand\nsuccès des séances jubilaires de l'Hôtel de ville a été pour ce poète et pour ce\ncritique : on sait la science, la précision forte et claire de celui-ci, la compré-\nhension vive et pénétrante dont il est doué, et que la sensibilité émue de\nl'artiste achève toujours chez lui l'examen et l'étude de l'homme de pensée.\nQuant à Verhaeren, c'est l'éclat de la pensée et de la sensation, qui jaillissent\net illuminent; l'image soudaine, le raccourci subit qui montre tout à coup les\nêtres et les choses et les fait vivre et palpiter devant nous... Chez l'un et chez\nl'autre, et c'était comme l'âme généreuse de leurs paroles, ce respect profond,\ncet amour de l'art qui fait que toute aspiration dans ce domaine, tout effort, si\nétrangers qu'ils soient aux tendances de notre personnalité, sollicitent notre\nsympathie et notre curiosité et nous permettent de discerner leurs caractères\nde beauté et de les célébrer avec discernement et délicatesse.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\n                                        **\n   E x p o s i t i o n A u g u s t e D a n s e . — Notre critique d'art ayant été\nempêché au moment de l'intéressante exposition de A. Danse au Cercle Artis-\ntique, nous reproduisons le compte rendu de l'Art Moderne, dont nous parta-\n geons l'admiration pour le célèbre artiste graveur :\n   « L'œuvre gravé de M. Auguste Danse, que chaque année accroît de\nquelques planches nouvelles, embrasse toute une carrière laborieuse et digne.\n Outre de nombreuses et fidèles reproductions de peintures anciennes et\n modernes, le maître graveur a signé une foule d'oeuvres originales, figures,\nportraits, paysages, dont l'observation scrupuleuse s'allie à un métier sûr,\nd'une variété et d'une souplesse rares. A l'heure où les procédés mécaniques\nenvahissent de plus en plus le domaine de l'illustration, il faut se réjouir de\nvoir quelques artistes — et M. Danse est de ceux-là — demeurer fidèles à la\nbelle technique de la pointe sèche et du burin. Parmi eux, le graveur montois\ns'atteste l'un des plus personnels et des plus habiles.\n   » Les gravures et dessins qu'il avait réunis au Cercle artistique le montrent\nen pleine possession de son art. On a particulièrement admiré les portraits du\nRoi et de la Reine d'après les bustes de M. Vinçotte, celui de M. Loubet\nd'après Bonnat, les portraits des archiducs Albert et Isabelle d'après Rubens,\nle Chien au Miroir d'après J. Stevens. Une suite de portraits originaux exécutés\nà la sanguine, au crayon Conté ou à l'eau-forte, une série d'études de paysa-\nges évoquant le pittoresque village de Knocke montraient, sous deux aspects\ndifférents, le talent multiple de M. Danse, dont l'exposition a vivement inté-\nressé les artistes et le public. »\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "                                   NOTULES                                   383\n\n  Chansons p o p u l a i r e s des P r o v i n c e s Belges. — La maison\nSchott annonce, sous ce titre, la publication prochaine d'un ouvrage de notre\ncollaborateur ERNEST CLOSSON. Ce recueil de chansons populaires aura un\ndouble intérêt artistique et national.\n    Le grand public ignore généralement quels trésors notre pays possède\ndans ce domaine si intéressant de la culture populaire. Les revues de folk-\nlore, les recueils spéciaux fournissent une quantité de ces productions char-\nmantes, le plus grand nombre déjà disparues de la tradition et bientôt vouées,\nhélas! à l'oubli définitif, par la propagation incessante des chansons de rue\net de café-concert et la dissolution des anciennes caractéristiques régionales\ndans l'uniformité de la vie moderne.\n    I1 était donc intéressant, tant au point de vue de l'art qu'à celui de l'exal-\ntation de notre âme nationale, de présenter au public un tableau complet des\ndivers aspects de la chanson populaire dans nos provinces, naguère et aujour-\nd'hui, la chanson flamande et la chanson wallonne (d'expressions française\net patoise), ainsi réunies pour la première fois. Dans ce but, M. Closson a\ncomposé une anthologie réunissant plus de deux cents mélodies populaires,\n réparties suivant leurs différents genres :\n    Chansons nationales, religieuses, locales; chansons de circonstance; chan-\n sons d'amour; chansons satiriques et comiques; chansons morales; chansons\n de métier; danses chantées; chansons enfantines.\n    Chaque pièce est munie d'un accompagnement de piano et suivie d'une\n brève notice : référence bibliographique, chronologie, origine, ramifications\n éventuelles-, caractéristiques spéciales. Les textes donnés sont les originaux,\n les chansons flamandes et les quelques chansons wallonnes patoises pourvues\n en outre d'une traduction en prose (non chantée).\n     Un détail important est celui-ci : l'accompagnement est conçu de manière\n qu'il constitue à lui seul un tout complet, renfermant la mélodie. L'ensemble\n représente donc à la fois un recueil de pièces pour piano seul, auxquelles\n l'auteur s'est efforcé de donner, pour la stylisation, une allure essentiellement\n artistique, sans toutefois dépasser une moyenne difficulté d'exécution et en\n s'inspirant du caractère propre des chansons.\n     Le volume s'ouvre par une introduction dans laquelle l'auteur met en\n  lumière les contrastes intéressants qui s'affirment entre les chansons populaires\n  flamandes et wallonnes ainsi rapprochées et résume, spécialement au point\n  de vue de nos provinces, les diverses caractéristiques de la chanson popu-\n  laire, ses origines, ses tranformations, ses groupements, ses migrations, ses\n  propriétés musicales et poétiques, son interprétation.\n     Nous ne doutons pas que le public n'accueille avec la faveur qu'elle mérite\n  cette publication si intéressante au triple point de vue folklorique, artistique\n  et national.\n     Le prix de vente du recueil est fixé à 6 francs ; en souscription, 5 francs.\n   De plus, il sera fait un tirage limité, sur papier Japon, au prix de 15 francs\n  l'exemplaire.\n     On souscrit chez Schott frères, éditeurs de Musique, 56, Montagne de la\n   Cour, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "384                               DURENDAL\n\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — COLETTE WILLY : Sept dialogues de bêtes.\nPréface de Francis Jammes. Portrait de l'auteur par J. Blanche (Paris,\nMercure de France). — MAXIME GORKI : L'annonciateur de la tempête. Traduit\net précédé d'une étude sur M. Gorki, sa vie, son œuvre, par E. Seménoff\n(ibid.). — Comte TOLSTOÏ : Œuvres complètes. Tome X I I I . Articles péda-\ngogiques. La revue « Jasnaïa Poliana ». Traduction de Z.-W. Bienstock\n(Paris, Stock).— Louis PAYEN : Les voiles blanches (ibid.). — Comte DE\nGOLINEAU : Pages           choisies précédées d'une étude sur le comte de\nGolineau, par Jacques Morland (ibid.). — HENRI MAZEL : Les amazones\n(ibid.). — PIERRE DE QUERLON : Céline fille des champs (ibid.).— JACQUES\nDEBOUT :   Le monde des vivants (Paris, Beauchenne). — JEAN LIONNET :\nL'évolution des idées chez quelques-uns de nos contemporains. Deuxième\nsérie (Paris, Perrin). — MYRIAM TELEN : L'aube (ibid.). — CHARITÉ\nPIRKHEIMER : Un couvent persécuté au temps de Luther. Mémoires de\nCharité Pirkheimer, abbesse du couvent de Sainte-Claire, à Nuremberg.\nTraduits de l'allemand et précédés d'une introduction par Jules-Philippe\nHeuzey. Préface de Georges Goyau (ibid.).— GEORGES-MARÉCHAL DE BIÈVRE :\nUn mari en loterie (Paris, Plon). — ANDRÉ LICHTENBERGER Line (ibid.). —\nEDGY : La servante (ibid.). — CHARLES MAURRAS : L'avenir de l'intelligence\n(Paris, Fontemoing). — EDOUARD DUCOTÉ : Le servage (Paris, Calmann-\nLévy). — FRANZ MAHUTTE : Feuilles au vent (Bruxelles, Lebègue). —\nC.-A. CUDEL : Udinji (Bruxelles, Lacomblez). — GABRIELLE REMY : L'édu-\ncation de Charles-Quint. Drame historique en 5 actes en vers (Bruxelles,\nLebègue). — COMTESSE C H . DE NOAILLES : La domination (Paris, Calmann-\nLévy). — ANATOLE L E BRAZ : Le théâtre celtique (ibid.). — LUCIE FAURE-\nGOYAU : La vie nuancée (Paris, Plon).— K. WALISZEWSKI : Les carossiers\ndu roi (ibid.). — URBIN MENGIN : Fleurs et rêves (ibid.). — GODEFROID\nKURTH : Notger de Liége et la civilisation au Xe siècle, 2 vol. (Bruxelles,\nSchepens). — CAMILLE LEMONNIER : La vie belge (Paris, Fasquelle). —\nREMY DE GOURMONT : Promenades philosophiques (Paris, Mercure de France).\n— PAUL FLAT : L'illusion sentimentale (Paris, Fontemoing). — CAMILLE\nLEMONNIER : Henri de Brackeleer, peintre de la Lumière. Avec un portrait\ndu Maître et quatre reproductions d'eaux-fortes (Bruxelles, Van Oest). —\nL E LIVRE D'OR DE SAINTE-BEUVE publié à l'occasion du centenaire de sa\nnaissance, 1804-1904 (Paris, Fontemoing). — ANDRÉ BELLESSORT : La\nRoumanie contemporaine (Paris, Perrin).\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "                                                                                               rn        9 9 , rue Royale, 9 9\n\n PIANOS DE SMET                                                                                               BRUXELLES •\n\n                     THE GRESHAM\n                  (Compagnie d'assurances sur la vie~)\n                          Fondée à. Londres 1 8 4 8\n                      Etablie en Belgique en 1 8 5 S\n                          Actif : plus de 2 1 7 millious\n                    Sinistres payée eu Belgique : 3 0 mUlioiis\n                                                                           Paul Claessens\n                                                                                  Relieur-doreur d* S A B M\"»-la Camtotse as Flandre\n                        PRIMES       MCNSUEI_(.CS\n                       LOUIS H E U V E L M A N S , directeur\n                 John H. SCOTT, sous-djreot. delà SnccursaleBelge                 2 4 , rue de Berlalmont, Bruxelles\n                    3, plaoe Royale, BRUXELLES\n\n\nFABRIQUE DE MATELAS\n                              Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                                 médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                             BERVOEÏS^LEMÀNS\n                                                FOURNISSEUR DE LA COUR\n              6, 8, 10, 12, Rue du Midi ^                                                       BRUXELLES\nUsine à vetpeut», Lavoitt d e l a i n e s : RUE DES GOUJONS, 120\n                                         3 Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                                    FABRIQUE             E T ATELIERS :\n                                         37, R u e d e l a C h a r i t é - . B R U X E I , I , S 9\n                                                                       TT?.T . T » . F H Q 3 S r E        ±94??\n                                           Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                         S p é c i a l i t é d e t o u s l e s articles c o n c e r n a n t la peinture, la s c u l p t u r e ,\n                                                                    Ja g r a v u r e , l'architecture et le d e s s i n .\n                                         RENTOILAGE, NETTOYAGE E T VERNISSAGE DE TABLEAUX\n\n                                                       Vente     et location       de modèles        pour     la      peinture\n\n                                          Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\nPremières médailles, aui expositions d'Amsterdam, Paris, llverpooï, Le Havre, Bruxelles, CQicago, etc.\n    PIANOS S T E I N W A Y                                                                           & SONS\n                           NEW-YORK — LONDRES                                             HAMBOURG\nF o u r n i s s e u r s d e s e m p e r e u r s d'Allemagne, d ' A u t r i c h e e t de R u s s i e , d e s r o i s d'Angleterre, d e S a x e ,\n   de S u è d e e t d'Italie, d u S u l t a n , d e l a r e i n e r é g e n t e d'Espagne, du s e b a h d e P e r s e , e t c . , e t c .\n     E x t r a i t d e q u e l q u e s a t t e s t a t i o n s : « Une S o n a t e de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre s a vraie signification que jouée sur les Steinway (R. Wagner . »« Le Stein-\nway est un suporbe chef-d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\n  arfaits, qui jettent dans le ravissement m e s vieilles mains fatiguées dn clavier (Frans Liszt). » « V o s\nE eaux instruments incomparables o n t justifié leur réputation-universelle par leur distinction et leur\nrésistance              Rubinstein). » « Depuis dix a n s que j e les joue, je me fortifie dans la conviction que v o s\ninstrumei            ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu'ici (F Busoni » « La plénitude, la puis-\nsance, l'inouïe beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a 10 ou i 5 ans, je n'étais p a s très enthousiaste de vos instruments. Aves-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il a mon m a u v a i s goût? En tous cas i l s sont maintenant, à m o n\navis, l e produit idéal du siècle Eug. d'Albert). » « I l s sont tellement s u dessus de toute critique, qu un\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter). »\n    Agi'iir* ^nêralp et dépôt exclusif a Bruxelles : FP. \\ll'SCH, 221, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "St. p a r u à l a l i b r a i r i e             VROMANT\n\n                                                                                                                         Prix       : fr. X3.5CI\n\n\n                                         F4RMÎNVAN DEN BÔSCH\n                                                             f     »—•-\n\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                                B R U N É T I È R E — BOURGET, — H U Y S M A N 8\n                                    D E Q U E L Q U E S L E Ç O N S D'ÉNERGJJE\n                                        VP:RHAEREN E T D E M O L D E R\n                               P / D E JÎAULLEVILTE — GUIDO GEZEL^E\n                                G E O R G E S R O D E N B A C H —*>IAX W A L L E R\n          E D M O N D P I C A R D — G U I L L A U M E V E R S P E Y E N -R- J3C P A R T Q N D E W I A R T\n                                                      ETC., \"ETC.\n                                                                                                                                                    *Tt-|\n\n #n souserit aux bureaux de la Revue ^32y rue du Grand-Cerf, Bruxelle^\n\n\n                                                                 J. QORTBIBB\n                                                                    Maison fondée en 1850\n                                                      31-33, r u 4 de l'Empereur J ' R R U X E L L E S\n                                                                    TÉLÉPHONE 3 6 5 9\n\n                                                      Encadrements d'art— Miroiterie\n                                                                                    Vitraux riches et ordinaires\n                                                         Cadres pour tableaux^ aquarelles,                                                     gravures\n\n                                                                                     AMEUBLEMENTS\n                                                      ~E,nb#eptiise> g é n é r a l e                                             de            yifefefie\n                                                                       LA    MAISON             N'A PAS DE                    SUCCURSALE\n\n         •**—»»•- T35_- **i,KCK4Ï^*jaLffin3 *\n\n                                                P                  -9- T*T7*\n                                                -A\n                                                 U\n                                                       ENCADREME&T&fcJUfcS-*                                                      Par suite de ÛÉCÈL-\n                                                 L.    -<—       •» • — - — j - x    *\"\"\" n m**»*—i^                          f * „ f I i ,T   ?»   g 4T9\n\n                                                V LIORURE-ET SCULP<\n                                                E —\"                *\"\"> i                  \\i»    n\\f     ItlQMDATIOfl\n                                                R T U E E $TTR BOIS * * ******\n                                                D '' '' i' ' • • < i i — r - n — n                j—?\n                                                U ESTAMPES * * * * <¥>i* * w\n                                                S     1         ! 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B . — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                «s\n                                                c\n                                                       SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                                             7 1 , rue Goffart\n                                                •      D'AUTHENTICITÉ                        ••*••*••*•*                            1XELLE8\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                    a a, SAareîLé-atx-Boia - B R T J X E t t E S\n  DépAts d e fonds e n Comptes Chèques, disponibles à v u e : 1 1 2 p . c . s a n s c o m m i s s i o n\n     DépAts e n Comptes d e Q u i n z a i n e ; i n t é r ê t v a r i a b l e ; m o y e n n e 1 9 0 3 : 2 9 7 p . c\n                              E n c a i s s e m e n t d e Coupons, T i t r e s , Effets, e t o\n                                                 ORDRES DE BOURSE\n             S e r v i c e s p é c i a l d e L e t t r e s d e Crédit e t Chèques s u r t o u s p a y s\n           P r ê t s s u r T i t r e s — G a r d e d s T i t r e s . — L o c a t i o n d e Coffres-Forts\n\n\n\n   LA RESERVE MUTUELLE                                          L E STANDARD\n             Aem            ÈTATS-V\\iS\n                                                            Compagnie d'assurances sur la vie, t ndée en 1825\n   COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES                                 ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n               s u r     le». \" V i ©                          Prlneipaux avantages de la Compagnie\n                                                            i* P o l i c e s incontesta   H° Tarif avantageux\n                                                              blés après deux a n s 4° Participation impor-\n                                                              de date                        tante des assurésdans\n                                                            a» Prêts s u r polices           l e s bénéfices de la\n                                                              a j a n t trois a n s de       Compagnie.\n                                                              date                         5» Prêts hypothécaires\n                                                                 S'adresser four renseignements et prospectus à la\n                                                                         OIKICTION            QtNtRALI\n                                                            28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                               Téléphona 949 — Adresse télégraphique : Staitdard-Bnutellet\n  ENCAISSEMENT ANNUEL . . . .          40 Millions\n  SINISTRES PAYES                    StSO M i l l i o n s\n\n       Combinaisons très intéressantes                      CHAUDRONNERIE DE LA COOB\n    DIRECTION GENERALE POUR LE CONTINENT DE L'EUROPE              37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n        8 , r u e H a l f T y , P A R I S <&•)                                TÉLÉPHONE 1 6 9 3\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  19, r u e d u R o u l e a u , B R U X E L L E S\n            On demande «les Asents\n                                                              Batteries de cuisine. — Articles de ménage\n                                                                              É'fAMAGK\n\n\npreuves Nobiliaires le Belgique\n      52, rue Stévin, BRUXELLES\n                   Recherches de genéalog es et d ar-\n                    moiries en Belgique et a 1 Etran-\n                    ger — Attestations offic e les de\n                    noblesse, de filiations e t d armoi\n                    ries.— Gopiesofficiellesde lettres\n                    de patentes de noblesse —                      18, IWarché-aa-Bois, 18\n                    Inscriptions à la liste des nobles.\n                    — Insertions de généalogies dans\n                    des publications belges et étran-\n                    gères. — Rectifications d actes\n                    de 1 état c vil et adjonctions des\n                    noms — Correspondants en pro-\n                                                                            BRUXELLES\n                    vince et À étranger—Arraoi îes\n                    et documents genéa og ques sur\n                    plus de 100,000 familles n blés\n                    et patriciennes,\n    R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                                            Vins e t Spiritueux\nCH O C O L A T  BlESWAL\nC H O C O L A T B! E S W A L\nCHOCOLAT Bl ESWAL\nCH O C O L A T B l E S W A L                                        LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": " APPAREILS                    PHOTOGRAPHIQUES\n                                            OBJECTIFS, JUMELLES\n                                                          JUMELLES A PRISMES\n                                                     P A P I E R S , PLAQUES\n                                            PELLICULES         PHOTOGRAPHIQUES\n                                            SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                         MICROSCOPES\n\n                                                Grand choix de photographies\n                                                  artistiques et décoratives\n\n\n\n                                            ALBERT                    HOFMANN,                         BRUXELLES\n                                                  Salle d'exposition : rue de la Régence, 5 7\n\n\n\n\n i J. BDBSO Père Rentoileurs et restaurateurs de musées Belges et étrangers PJBESOPÉj\n         EXPERT\n                                                M A I S O N F O N D É E EN 1 8 6 7\n                                                                                                               EXPERT\n                          Rentoilage, transposition, restauration et parquetage de tableaux\n   2-4, BUE DE JJfi-KE            VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES                     24, me dn GeitilïnE\n      Bruxelles                            ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                     Bruxelles\n\n\n\n\n     POUR VOS CIGARES FIflS                                                           Les Roues Caouîcioi*\n                  adressez-vous à     la                                                 TALBOT\n                                                                                     SOllt inusables et inarrachables\n MAISON AMÉRICAINE                                                                            EXIGER LA MARQUE\n\n\n               DÉPÔT     DE   FABRIQUE\n                                                                    Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n    15 — Avenue Louise— 15\n                                                                           Maison SNYERS-RANG&C' 8\n              BRUXELLES                                            Fondée en 1815             —        Téléphone 1389\nP.-S. - Arrivages réguliers de cigares de la pavane                     2 7 , r u e d'Or, B R U X E L L E S\n\n\n\n\n                                                                                               aaaaaataaBMMB\n\nimprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre - Neuve, 75, Bruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1905-06", "signet_source": "Douzième année - N°6 - Juin 1905", "preuve": "Couverture conservée (PDF 396) : « Juin 1905. 12me Année. N° 6 » ; sommaire (PDF 398) : « 1905 — 12e Année. Sommaire du n° 6 (Juin) ». Contenu concordant : poèmes datés mars, avril et mai 1905 ; première fête des arbres d’Esneux le 21 mai 1905 (« un beau soleil de juin ») ; conférences jubilaires de l’Hôtel de ville du 16 au 23 mai ; Masters in Art, « numéro de juin 1905 » ; pagination 321-384 à la suite de la livraison de mai.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}