{"numero_id": "ulb-durendal-1905-livraison10", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-201", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BRUXELLES, rue du Grand-Cerf", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 704, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 731, "fin_caractere_exclue": 805, "texte": "BRUXELLES, rue du Grand-Cerf, aa. — PARIS, avenue de la Grande-Armée, 61.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-202", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine de la SûClÉIé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 705, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 4967, "texte": "Domaine de la SûClÉIé \" Lfl WESTEJIDJIISE \"\n\n                                  LB PLH6E DE WESTENDE\n                                         (BELGIQUE)\n\n                                est située aux bords de la mer du Nord,\n                        entre Ostendeet Nieuport; elle est de sable fin. Cette\n                        nouvelle station balnéaire n'a pas tardé & attirer\n                       l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                       villégiature agréable, h} giénique,unissant le confort\n                       à la simplicité dans de« condition» très avantageuses.\n                       Une chapelle est érigée ou le service religieux se fait\n                       régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                       gratuits; le service de sauvetage est organisé et\n                       placé sous la surveillance communale Location de\n                       cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                       garages Kursaal-restaurant Routes carrossables et\n                       cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n                       luxueuses installations de- lawn-tennis, do jeux de\n  Villas et Terrains   golf et de croquet, gjmnase. Promenades a ânes.                Villas et Cottages\n       A TZHDRB\n                       Tentes sur la plage. Communications faciles avec                        à\n                       tout le pajs. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par aaanités      que d'Ostende à Westende de dix en dix minutes.                     LOUER\n                       Eclairage électrique do la digue, des avenues, des\n                       villas et cottages. — Demander le prospectât détaillé\n                                             «W«WWWMWMXW»««W»\n\n\n                          Mente Immobilière pour b rente et location les nilas\n                               HALLES W E S T E N D A I S E 8\n                       comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                       cles d'alimentation, de nécessite et articles de luxe\n                           Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie\n                                                                  Le WESTEND* HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                                  partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                                Pension de 6 & 16 fr. par jour. Au com-\n                                                                mencement et à la fin des saisons, arran-\n            DIGUE DE MER                                        gements très avantageux pour les familles\n                                                                   faisant on séjour prolongé à l'hôtel.\n                                                                    75 chambres parfaitement aménagées.\n                                                                       Vie de famille. Éclairage électrique.\n    TÉLÉPHONE N* 4 1\n                                                                         Chambres spacieuses. Ameuble-\n Réseau du                                                                     ment moderne esthétique et\n                                                                                confortable. Balcons et ter-\nlittoral par\n                                                                                 rasses. Salle de musique.\nNieuport.                                                                         Salle de billard. Salle de\n                                                                                   recréation pour les en-\n                                                                                       , . fants. S a l o n s\n                                                                                       '*   de lecture et de\n                                                                              correspondan-\n                                                                                   M\n                                                                              ce Cuisine soi-\n                                                                              g n é e . Caves\n                                                                               recomman-\n                                                                              dées.\n    Appartements avec salon — Service d'omnibus de l'Hôtel au vicinal — Service postal et\ntélégraphique réguliers — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux\nétrangers voisins. — Hôtellerie LE LEKKERBEEK ouverte toute l'année.\n                                   I A BRUXELLES, 6 8 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 3 6 )\nPour renseignements s'adresser J A WESTENSE, à l'Administration de la Plage (Téléphone\n                                   (  8 8 du littoral) on an Westend' Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-203", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 706, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2922, "texte": "DURENDAL\n         REVUE CATHOLIQUE D ' A R T - E T DE L I T T É R A T U R E\n\n\n                                            1905 >— la» Année\n\n\n\n                     Sommaire du n° 10 (Octobre)\n\nFRANZ A N S E L . — José-Maria                   de Heredia                           .                                         577\nAMÉDKE P R O U V O S T . — Poèmes                                                             ,       ,                         582\n                                   Prière.           .        ,       .       .       . ^             .   .       .   .,•       584\nL'abbé F R . V E R H E L S T . — Jacob Jordaens                                                                                 585\nJEAN BERNARD. — l'hrène.                     .       .    .       ;       .       ,       .       .       1 ,         •   » •   5g2\nH E N R I D'HENNEZEL. — Le transfuge                                  (suite)                                                   5g4\nM A R I E DAUGUET. — C'est l'heure                                                                                          ,   608\n                              Sainte Sabine                                                                                     608\nJOZEF JANS&ENS. — Fra Angelico                            (suite et fin)                                                        610\nP . L. — Chronique           artistique          :\n                Exposition         d'art ancien bruxellois                                                                      616\n                Exposition         rétrospective                  de l'art belge                                                616\nGEORGES DE GOLESCO.                — J.-S.               Bach, le musicien-poète,                                         par\n                                            Albert Schœeitzer                                                                   619\nH E N R I MAZEL. — Lettre de Paris                                                                                              6^5\nLivres    et Revues                                                                                                         ,   628\nNotules                                                                                                                         636\nIllustrations       : L a fête des rois                                                                       \\\n                     Soo d'oude songeu, soo pepen de \\ JACOB JORDAEKS.\n                         jonge                                                                                )\n                Saint Laurent distribuant les aumônes . 1\n                „    .    -»-, .        ,                 ,       <-*             J T. -                      ( F R A ANGELICO.\n                Saint Etienne devant le Grand-Prêt re )\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-204", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 707, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 373, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE                                      LITTÉRATURE\n    A B O N N E M E N T : 1 0 francs pai a n ; ETRANGER : 1 2 flancs (port compris)\n         (pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, i2, à    Bruxelles)\n\n                               PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 5 0\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-205", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les collaborateurs sont seuls", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 707, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 373, "fin_caractere_exclue": 3155, "texte": "Comité de rédaction                de D u REND AL :\n                          MM. HENRY CARTON DE WIART.\n                              L'abbé HENRY MŒLLER.\n                                  F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                    Secrétaire de la Rédaction ; G E O R G E S V I R R È S\n                             Correspondant de la rédaction à Pat is :\n       M.    HENRI     MAZEL,     avenue d e la Grande-Armée, 6 i , P a r i s .\n\n              PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ ANSEL.                                          ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAEKI .                                     JOSÉ HENNEBICQ.\n      EDGAR BONEHILL.                                        L'abbe H . HOORNAERT.\n       HENRY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                      JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                         EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                      VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                  GODEFROID KURTH.\n      MARIE CLOSSET.                                        L. DE LA LAURENCIE.\n      L'abbe A U G . CUPPENS.                               L'abbe L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                               GEORGES L E CARDONNEL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                               S E B . - C H . LECONTE.\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                             GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                   CHARLES MARTENS\n      GEORGES DELAUNOY.                                     PAUL MUSSCHE.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKFKKB.                      EDOUARD N E D .\n      L e baron G. DELLA FAILLE.                            MAURICE OLIVAINT.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                      ERNEST PÉRIER.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                  GEORGES RAMAEKERS.\n      JULES DESTREE.                                        GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL.                                   BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.                                       JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                     FERNAND SÉVERIN.\n      J. EsguiROL.                                          HENRY V A E S\n      EMILE FERMAUD.                                        ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT FIERENS.                                      CHARLES VAN LERBERGHB.\n      H . FIÉRENS-GEVAERT.                                  EMILE VERHAEREN.\n      IWAN GlLKIN.                                          L'abbé F R . VERHELST.\n                                                            LÉOPOLD WALLNER,etc, etc.\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-206", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les collaborateurs sont seuls", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 707, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3155, "fin_caractere_exclue": 3504, "texte": "Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\nIl sera rendu compte dans DURENDAL     de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à la Rédaction\n\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adresser au\nsiège de la Revue, 2 2 , rue du Grand Cerf; pour la publicité, 4 6 , rue Neufchatel, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-001", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 577, "page_fin": 581, "titre_corps": "José-Maria de Heredia", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "José=Maria de Heredia Ad augusta per angusta", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 708, "page_imprimee": 577, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "José=Maria de Heredia\n                                               Ad augusta per angusta.\n\n               HÉLAS ! les   poètes s'en vont : Verlaine, Mallarmé,\n                  Samain, viennent à peine de disparaître, et voici\n                  que José-Maria de Heredia entre à son tour dans\n                  l'immortalité. C'était l'un des plus glorieux\n                  survivants de la petite armée des Parnassiens ;\n                  et je crois exprimer la pensée de tous les artistes,\n                  en assurant que ses Trophées résisteront aux\n                  outrages du temps avec plus de bonheur qu'au-\ncune autre œuvre de ses frères d'armes.\n   Descendant d'une race héroïque, sa plume valait bien\nl'inflexible épée des ancêtres. On a voulu voir, dans le poète\nlui-même, un héros « en puissance », qu'un siècle trop banal et\ntrop veule empêcha d'accomplir les exploits qu'il avait rêvés,\net qui versa en des sonnets épiques le trop-plein d'un cœur\norageux. Cette opinion me semble moins le reflet de la vérité,\nqu'un motif d'agréable exercice littéraire. La vie de Heredia\nfut simple, digne et paisible : elle n'offrit jamais ce mouvement\npassionné qui fait du pèlerinage terrestre des Pétrarque, des\nGœthe, des Byron ou des Lamartine, de pathétiques poèmes\nque leurs plus hautes songeries parviennent à peine à sur-\npasser. Le pacifique conquérant des Trophées n'apparaîtra point,\naux générations futures, couronné de ce singulier prestige\nqu'un amour romanesque, une grande souffrance ou un\néclatant destin confèrent aux poètes qui furent, dès leur vivant,\nles idoles d'une foule innombrable : son existence, que l'on ne\nsaurait mieux comparer qu'à celle d'un probe et laborieux\nouvrier, s'effacera tôt dans la mémoire des hommes, laissant\ntoute la place à son œuvre, dont la splendeur éblouissante\néclipse les menus faits qui ont pu l'entourer.\n    Pour nous qui assumons la tâche d'étudier en quelques\n"}, {"page_pdf": 709, "page_imprimee": 578, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "578                         DURENDAL\n\n\npages la figure de ce pur artiste, peu de chose dans sa vie est à\nretenir ici : les deux aspects divers de son enfance et de sa\njeunesse suffiront à nous découvrir les origines de son talent.\nL'enfance de Heredia s'écoula doucement parmi les somp-\ntueux paysages des Tropiques, dans l'île de Cuba, où il était\nné, et dont ses vers nous donnent quelques chaudes impres-\nsions. Sa jeunesse fut studieuse : il suivit avec zèle les cours de\nl'Ecole des Chartes; humaniste et paléographe, tel le révèlent\nbien ses sonnets.\n    Car le « métier » de Heredia tient à la fois de deux labeurs\négalement ardus, également patients : celui de l'érudit, et\ncelui du ciseleur. On imagine volontiers qu'il commençait ses\ncourts poèmes dans la bibliothèque obscure d'un historien,\npour les achever amoureusement devant un établi de joaillier,\nla fenêtre ouverte sur le ciel, dans la lumière joyeuse qui lait\nmieux étinceler les gemmes. Ne vous y trompez pas : de\npénétrantes études et de sérieuses méditations furent néces-\nsaires à ce sévère artiste. Soucieux, avant tout, d'une absolue\nloyauté d'idée et de langage, il a choisi, pour y enfermer ses\nidées sur la nature et sur l'humanité, la forme la plus stricte,\nla plus rigoureuse, la plus pénible qu'on puisse concevoir; il\ns'est imposé à lui-même une discipline de fer, sans jamais\ntenter un effort pour la briser ou seulement l'assouplir : il a\nresserré ses conceptions les plus vastes dans les bornes étroites\ndu sonnet, de ce moule infrangible dont les seuls poètes par-\nnassiens connaissent toute la tyrannie. Et, renonçant à l'élo-\nquence profuse des déclamateurs romantiques, il a su résumer,\ndans une Légende des Siècles en miniature, qui survivra peut-\n être aux fresques géantes de Hugo, sa compréhension si juste,\nsi savante, mais surtout si artiste, de la Fable et de l'Histoire,\n du rêve et de la vie, de la nature et de l'art; il a su, sans\n enfreindre nulle part les lois rigides qu'il s'était d'avance\n assignées, unir l'épopée à l'idylle, la légende à la science, la\n peinture à la philosophie.\n   Tour à tour, et sans une minute de défaillance, avec une\nplénitude d'idée et d'expression constamment égale à elle-\nmême, il suscita victorieusement, du fond des ténèbres du\npassé, les radieuses époques abolies : la Grèce et la Sicile, Rome\net les Barbares, le Moyen Age et la Renaissance. Il faudrait\nêtre un historien et un philologue avertis, pour juger à toute\n"}, {"page_pdf": 710, "page_imprimee": 579, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "                        JOSE-MARIA DE HEREDIA                             579\n\n\nleur valeur ces brèves reconstitutions. H e r e d i a est sans doute,\navec L e c o n t e de Lisle, celui des poètes français qui a le mieux\nsaisi, jusqu'en ses plus subtiles nuances, l'âme de l'antiquité.\nIl semble avoir assisté, en une vie antérieure, à cette rayon-\nnante aurore de l'humanité, où les belles choses et les nobles\npensées s'incarnaient naturellement dans un peuple riant de\ndieux ou de héros. Il goûte et c o m m u n i q u e une émotion sacrée,\nlorsqu'il évoque les divinités supérieures ou familières dont\nl'influence, le plus souvent bénigne, accompagne et guide les\nmortels.\n    C'est que le poète des Trophées est p r o p r e m e n t un vision-\nnaire : il a vu la double corne du S a t y r e accrocher les rayons\nde la l u n e ; il a vu la trirème d'argent de Cléopâtre s'avancer\nau-devant d'Antoine; il a vu le jeune Cellini ciseler « le combat\ndes T i t a n s au p o m m e a u d'une dague ». E t , par un miracle de\nl'art, quatorze vers lui suffisent pour rendre ces grandioses et\nmagnifiques visions, plus fidèlement et plus é n e r g i q u e m e n t\n que ne le saurait faire la description copieuse d'un docte\n professeur : instruire par des joyaux, cette devise eût pu être\n la sienne. Réfléchissez-y bien : ceci est une merveille incom-\n parable, et dont j a m a i s , peut-être, l'histoire de la poésie\n n'enregistra un aussi surprenant exemple. Heredia appartient à\n la rare et vaillante lignée de ces Orfèvres de la Renaissance,\n qui sertissaient les pierres précieuses, tordaient l'anse d'un\n vase, peignaient et sculptaient sur l'émail les aventures\n héroïques ou divines, et faisaient tenir, au pommeau d'une\n épée, les conceptions gigantesques du génie.\n   H e r e d i a était j e u n e encore, que déjà T h é o p h i l e Gautier lui\ndisait pittoresquement : « Je t'aime, Heredia, parce que tu as\nun nom exotique et sonore, et parce que tu fais des vers qui se\nrecourbent comme des lambrequins héraldiques. » Ce j u g e m e n t\nne m a n q u e pas de justesse : l'auteur des Trophées fut toujours\nexotique et sonore comme son vieux nom espagnol ; et son vers,\npompeusement recourbé, s'apparente à la prose majestueuse de\nBossuet et de Chateaubriand : on y sent la « période» classique.\nMais, trop exclusivement artiste, Gautier était enclin à n'aper-\ncevoir d a n s cet art que ce qu'il révélait d'éclat, de couleur et\nde précision. E n vérité, les Trophées apportèrent autre chose.\nLe pur profil de ces camées offre mieux qu'une ligne ferme et\nfine : une pensée flotte dessus, qui manifeste une â m e . On n'a\n"}, {"page_pdf": 711, "page_imprimee": 580, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "580                          DURENDAL\n\n\npeut-être pas assez dit ce que ces strophes lapidaires conte-\nnaient de pathétique humanité, et quelquefois de fraternelle\npitié, — oui, de pitié : la Prière dît mort, l'Esclave, le Laboureur,\nprouvent d'une manière irréfutable que Heredia fut accessible à\nce sentiment tout chrétien.\n   Sans doute, cette poésie nous apparaît essentiellement plas-\ntique, l'image y domine tous les autres moyens d'expression,\net sa perfection même lui impose un masque de froideur.\nPourtant, si les Trophées sont le triomphe de la synthèse\nlittéraire, de l'ampleur dans le raccourci et de l'éloquence dans\nla précision, on ne doit pas en conclure qu'ils s'adressent à\nl'intelligence plutôt qu'à la sensibilité. La plupart de ces\nsonnets trahissent un sentiment qui, pour fuir la déclamation,\nn'en est pas moins sincère; ceux d'entre eux qui ne sont que\nplastiques tressaillent intérieurement d'un tel amour de la\nBeauté, que cette seule émotion les défend bien assez contre le\nreproche d'impassibilité. Impeccables et impersonnels, certes\nils le sont; impassibles, non pas! Une émotion, d'autant plus\nforte qu'elle est plus sévèrement contenue, s'abrite sous cette\nforme austère, comme le cœur fervent des Croisés palpitait sous\nl'armure ciselée.\n   Il n'en est pas moins vrai, du reste, que les Trophées valent\navant tout par cette incomparable perfection formelle qui en\nfait des modèles suprêmes, et qui les place pour jamais à côté\ndes Oraisons funèbres de Bossuet, des Caractères de La\nBruyère, des Lettres de Madame de Sévigné, des Fables de\nLa Fontaine, et de quelques autres livres qui ont doté un genre\nlittéraire de sa formule définitive.\n   Les sonnets de Heredia sont d'insurpassables chefs-d'œuvre.\nUn grand artiste pourrait les égaler : les surpasser semble\nimpossible. C'est la perfection même, poussée à ses extrêmes\nlimites. Rien n'y reste inachevé, rien n'y a figure d'ébauche :\nles plus rigoureuses exigences s'y trouvent complètement satis-\nfaites. Les yeux s'y rassasient de nobles formes et de fas-\ntueuses couleurs, les oreilles s'y enchantent de sonorités triom-\nphales, et les aspirations mystérieuses de l'âme y rencontrent\nelles-mêmes d'intimes correspondances. Pour moi, j ' y admire\nsurtout le fini et le relief des moindres détails, la signification\nqu'ils prennent dans l'ensemble du tableau, la ferme délicatesse\ndes contours accessoires, le choix — on ne peut plus heureux —\n"}, {"page_pdf": 712, "page_imprimee": 581, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2243, "texte": "                     JOSÉ-MARIA DE HEREDIA                       58l\n\n\ndes rimes et des épithètes, et cet alexandrin final qui couronne\nle clair édifice en lui prêtant sa valeur véritable et en dégageant\nlumineusement ses harmonieuses proportions.\n   Les Trophées passeront « aux époques lointaines », comme un\ninfrangible héritage de beauté et de probité artistique. Aux\npoètes de l'avenir, ils pourront servir d'exemple; à ceux mêmes\nqui n'en comprendront point toute la haute portée, ils enseigne-\nront désormais que l'œuvre loyale et laborieuse d'un bon ouvrier\nlittéraire résiste à l'effritement des siècles, aussi victorieusement\nque le marbre ou le diamant.\n   La Muse hautaine de Heredia ne s'est jamais accommodée au\nmauvais goût du jour; plutôt que de sacrifier aux faux dieux de\nson temps, il eût brisé son fier burin, comme ses aïeux eussent\nbrisé leur épée plutôt que de la vouer à des tâches indignes\nd'elle. José-Maria de Heredia fut un artiste de la Renaissance\négaré au XIXe siècle; et cependant, il était bien de son époque,\nil en était par ses deux qualités les plus marquantes : par son\nsouci de l'exactitude historique et de la vérité psychologique,\net par son culte de la beauté formelle.\n   Sans doute, nous devons pleurer la mort de Heredia, saluer\nson cercueil avec un respect douloureux, et regretter qu'une si\nnoble vie se soit si tôt éteinte. Mais son exemple demeure\nparmi nous, inviolable et sacré; et je ne crois pas diminuer le\ngrand poète, en disant que quelques années de plus n'auraient\najouté à son œuvre, dès à présent définitive, que fort peu de\nchose en vérité. Heredia laisse derrière lui la réalisation com-\nplète et magnifique d'un rêve de gloire et de beauté que pour-\nraient lui envier les plus illustres de ses rivaux. Les Trophées\nont épanoui la fleur suprême de l'école parnassienne, qui fut si\nuniquement et si splendidement artiste : ne fût-ce qu'à ce titre,\nce mince recueil de sonnets tracera, dans l'histoire de la poésie,\nun long sillage lumineux. Comme la barque de César, ce petit\nlivre est chargé d'un auguste fardeau : il porte un poète et sa\nfortune; il les fera, soyez-en sûrs, aborder heureusement aux\nrivages de l'avenir.\n                                               FRANZ ANSEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-002", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 582, "page_fin": 584, "titre_corps": "Poèmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Amédée Prouvost", "ancre_debut": "Poèmes I Pour ma mère Dans le rayonnement", "ancre_fin": "Et des hommes, je sais, sourirent en passant", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Prière", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 713, "page_imprimee": 582, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "Poèmes\n                            I\n                                                    Pour ma mère.\n\nDans le rayonnement doré de vos sept filles,\nMère, vous paraissez comme une grande sœur,\nSi jeune avec vos yeux bleu clair où toujours brillent\nL'intelligence vive et l'exquise douceur.\n\nCombien j'aime évoquer de mon enfance blonde\nLes rires et les jeux, aux beaux après-midis\nOù la blanche maison me semblait être un monde,\nE t le jardin ensoleillé le paradis.\n\nLa chambre résonnait comme une creuse amphore\nSous les échos mélodieux de votre voix,\nE t nos yeux, s'attardaient sur le clavier souore,\nAvides et joyeux d'y voir frémir vos doigts.\n\nJ e revois les Noëls intimes, où les braises,\nRouges, sous le halo discret des abat-jour\nFaisaient trembler aux murs les gravures anglaises\nE t s'allonger notre ombre en fantasques contours...\n\nAlors, vous unissiez nos mains pour la prière\nDevant la crèche d'or, où parmi la caudeur\nDes agneaux, l'Enfant-Dieu riait à la lumière,\nE t , ferventes, nos voix suppliaient le Seigneur\n\nQu'il bénisse les huit enfants avec leur mère!\n\n                                *\n                           *        *\n\nVous fûtes l'ange doux de mon adolescence !\nAux regards inconnus qui nous voyaient passer\nQuand j'inclinais, tremblant, vers vous ma confidence,\nNous avions l'air ému de nouveaux fiancés.\n"}, {"page_pdf": 714, "page_imprimee": 583, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "                        POEMES                                583\n\nVotre jeunesse avait rapproché nos deux âges\nIdentiques de goûts, et de pensers jumeaux,\nE t nos deux cœurs étaient semblables aux feuillages\nEmmêlés de la branche-mère et du rameau.\n\nE t vous m'avez conduit doucement vers la vie,\nM'indiquant les chemins abrupts de la Beauté,\nE t vous suiviez mes pas comme une grande amie,\nComme une sœur discrète et tendre à mon côté.\n\nPuis mon esprit docile, en vos mains maternelles\nComme une pâte riche aux fécondants levains\nF u t pétri pour qu'au sein des Muses éternelles\nIl s'abîmât, charmé par les rythmes divins.\n\nE t mon âme pareille au léger coquillage,\nQui dans son cœur nacré relient le bruit des flots,\nGarde comme la voix d'un lointain paysage,\nMère, pour me bercer de bienfaisants échos.\n\n                            II\n                                                  Pour mes sœurs.\n\nVos yeux couleur de ciel, vos chevelures blondes,\nVos visages pourprés comme de beaux fruits mûrs\nQue gonfle le soleil sur l'espalier des murs,\nLe fol énervement de vos joyeuses rondes,\n\nL'été, sous le poirier qui semblait vous unir\nE n inclinant sur vous la fraîcheur de ses branches\nOù scintillait l'éclat de vos sept robes blanches,\nCes visions, mes sœurs, hantent mon souvenir.\n\nLe jardin, tout vibrant de jeux et de querelles\nOffrait, tel un bouquet, ses subtiles odeurs\nQuand sur l'épais gazon, vos naïves candeurs\nLégères, s'ébattaient comme des tourterelles.\n\nE t dans la « nursery » les hivers aux longs soirs,\nVos voix douces chantaient de douces mélopées\nAfin que calmement s'endorment vos poupées\nDans les petits berceaux alignés en dortoirs...\n\nE t je vécus enveloppé de vos tendresses\nDans la molle douceur de la blanche maison,\nE t mon isolement n'avait pour horizon\nQue l'azur de vos yeux et l'or blond de vos tresses.\n"}, {"page_pdf": 715, "page_imprimee": 584, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 550, "texte": "584                           DURENDAL\n\n\n      J e fus l'enfant gâté de vos r i r e s vermeils\n      Comme un cygne ondulant sur les flots clairs et lisses,\n      Votre bonté suivait le gré de mes caprices,\n      Les mêmes rêves bleus enchantaient nos sommeils.\n\n      Aussi, petites sœurs, la beauté de vos âmes\n      Frôla si longuement mon cœur d'adolescent\n      Que la féminité se glissa dans mon sang\n      Ainsi que dans les bois un parfum de cinnames,...\n\n      E t des hommes, je sais, sourirent en passant.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-003", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 584, "page_fin": 584, "titre_corps": "Prière", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Amédée Prouvost", "ancre_debut": "Prière Protège ô Seigneur Dieu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 715, "page_imprimee": 584, "debut_caractere": 550, "fin_caractere_exclue": 1454, "texte": "Prière\n      Protège, ô Seigneur Dieu, notre enfant qui va n a î t r e ,\n      De nos jeunes amours, il est le premier fruit,\n      Ainsi qu'au port tranquille une barque, conduis\n      Au but heureux l'espoir que tu daignas p e r m e t t r e .\n\n      Vois, avec quelle a r d e u r notre rêve poursuit\n      L'avènement joyeux de ce cher petit être,\n      E t comme notre cœur déjà sans le connaître\n      Tressaille, impatient du jour et de la nuit.\n\n      Vois, pareil au beau cygne éployant ses deux ailes,\n      Le berceau blanc est p r ê t que les mains maternelles\n      Ont avec soin vêtu de soie et de satin;\n\n       Sous les voiles de tulle, oh ! vienne l'enfant rose\n       Animer de ses cris la chambre tiède et close\n       Comme un gazouillis clair d'oiseau dans le m a t i n !\n\n                                                  A M É D É E PROUVOST.\n\n\n\n\n                                TÏT\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-004", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 585, "page_fin": 591, "titre_corps": "Jacob Jordaens", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. Verhelst", "ancre_debut": "Jacob Jordaens Jordaens, par Fierens-Gevaert", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 718, "page_imprimee": 585, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "Jacob Jordaens\n\nJordaens, par FIERENS-GEVAERT (Paris, Henri Laurens). —\n  J. J o r d a e n s e t son œ u v r e , par P . BUSCHMANN. Tra-\n  duit du néerlandais par G. EEKHOUD (Bruxelles, Van Oest).\n\n                ANS la pensée de ceux qui ont organisé à Anvers\n                  l'exposition des œuvres de Jordaens, nous\n                  devions rencontrer « l'occasion désirée de le\n                  mieux connaître, de l'étudier et de l'admirer\n                  comme il convient ».\n                     Le chroniqueur d'art de DurendaL est d'avis\n                  que « la glorification de Jordaens par ses\n                  œuvres n'avait plus besoin d'être faite. Les\nséries qui s'en trouvent aux musées de Bruxelles et de plusieurs\ncapitales étrangères y suffisent... Il reste certain que le vrai\nJordaens est visible principalement ailleurs qu'à l'exposition\nde ses œuvres » (1).\n   Rien n'est plus vrai. D'ailleurs l'abondance de l'œuvre de\nJordaens n'exalte pas l'admiration que méritent ses belles\ntoiles, et cette abondance même ne révèle pas une réelle fécon-\ndité. Il n'y a pas de maître qui ait repris si souvent un même\nsujet, et encore la série ne suit-elle pas une marche ascendante.\nToutes ces répétitions, intéressantes pour qui veut mieux\nconnaître l'artiste, sont plutôt préjudiciables à sa gloire. Ce\nqui est plus désastreux encore, à ce point de vue, c'est\nd'avoir rassemblé les quatre-vingt-trois tableaux de l'exposition\nd'Anvers, sans compter les dessins et gravures, où abondent\ntant de choses médiocres et même insignifiantes. A ceux qui\n\n\n (1) Durendal, septembre 1905.\n"}, {"page_pdf": 719, "page_imprimee": 586, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "586                        DURENDAL\n\n\n peut-être ne le soupçonnaient pas, cette exposition fait décou-\n vrir un Jordaens peu soucieux de la dignité de son art,\n bâclant à la hâte des sujets auxquels il ne croyait pas, sans\n même dissimuler son dédain et son scepticisme gouailleur,\nsignant des machines entreprises par amour du lucre, et dont\nil abandonnait l'exécution aux manœuvres de son atelier,\ndonnant la pleine mesure de son mauvais goût et de ses préfé-\nrences pour le détail matériel, scurrile ou obcène, gâchant de\n plus en plus son talent en des recherches de colorations invrai-\nsemblables et déplaisantes, jusqu'à renier ce qui avait fait le\ngrand charme de ses bonnes compositions : l'éclat et la vigueur\ndu coloris. Nous avons donc appris à reconnaître en Jordaens\nle plus inégal des peintres, qui eut le malheur de survivre\nlongtemps à l'apogée de son talent, et dont l'œuvre méritoire\nse borne à une douzaine de belles toiles.\n    L'exposition d'Anvers nous a valu deux monographies excel-\nlentes, l'une par M. Fierens-Gevaert, l'autre, très docu-\nmentée, écrite en néerlandais par M. P. Buschmann, dont\nM. Georges Eekhoud a donné une élégante traduction fran-\nçaise. Il convient de signaler aussi le travail que prépare\n M. Max Rooses.\n    Bien que MM. Fierens-Gevaert et Buschmann embouchent\nla trompette lyrique pour célébrer la gloire du maître flamand,\n ils ne dissimulent pas les faiblesses de son œuvre. En\ncela ils se montrent critiques avisés et sincères. Il est\npiquant de rapprocher leurs appréciations de certaines autres\nqui datent de loin, telles ces lignes de Michiels, dans son his-\ntoire de la peinture flamande et hollandaise. Il s'agit d'un\ntableau du Louvre : « Quel visiteur n'admire le tableau de ce\nmaître, où Jésus chasse du temple les vendeurs qui le souillent?\nPâle, la barbe et les cheveux incultes, il lève le fouet vengeur.\nSon type est bien celui d'un homme que dévore sa pensée : la\nnoblesse des traits s'accorde avec la noblesse de l'expression...\nL'exécution de ce tableau n'est pas inférieure à la pensée :\nagencement, dessin, couleur, tout flatte les regards... La puis-\nsance de Shakespeare anime cette toile, etc.... »\n    Ce soi-disant chef-d'œuvre se réduit pour M. Fierens-Gevaert\nà « une toile importante, tumultueuse, théâtrale, d'un peintre\nplein de verve qui s'amuse, non d'un maître qui a médité le\nsujet. L'insignifiance de Jésus est frappante... »\n"}, {"page_pdf": 720, "page_imprimee": 587, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "                              JACOB JORDAENS                               587\n\n\n     A propos d'un tableau analogue : Paul et Barnabe à Lystra,\nM. B u s c h m a n n écrit :\n     « Cette œuvre m a n q u e d'unité et de composition. Elle ne\ncomporte pas moins d'une q u a r a n t a i n e de personnages, entassés\nles uns sur les autres, sans le moindre souci de la g r a n d e ligne\nqui subsiste dans les compositions les plus compliquées et les\nplus étoffées de R u b e n s . D'ailleurs, l'ensemble n'est guère\na t t r a y a n t . L e s t y p e s sont à la fois vulgaires et prétentieux, les\narchitectures et les accessoires d'un goût d o u t e u x . »\n     L e plus grand nombre des toiles de J o r d a e n s sont, comme\ncelles-ci, « pléthoriques et assourdissantes », et trop souvent\nelles attestent chez le peintre, avec une formidable exubérance\ndé vie, l'absence de pondération et de goût.\n     M. Fierens-Gevaert caractérise d'un trait pittoresque le\nProméthée du Musée de Cologne : « U n grand diable de débar-\ndeur anversois, la carcasse bombée de muscles baroques, se\nd é m è n e avec fureur et braille à pleines mâchoires. » Que de\nSatyres et de Silènes ventrus, que de Bacchus et de N e p t u n e s\ndébraillés, que de D i a n e s , de Vénus et de chastes Suzannes\naux chairs flasques, présentent cet aspect de laideur vulgaire,\nmalgré la maîtrise de l'exécution! Cette débauche de grossiè-\nreté devient, avec le temps, un vrai délire, qui se déchaîne dans\nles Banquets et dans les Cortèges orgiastiques au delà de ce que\nl'on peut rêver. « L e réalisme du maître ne s'y contient plus,\nécrit M. Fierens-Gevaert, les scurrilités a b o n d e n t ; l'ordon-\nnance ne connaît plus de lois; l'excès seul est la règle. » Mais\nj'avoue ne plus comprendre M. Fierens-Gevaert quand il\najoute : « Cela même place les Banquets dans les sphères du\nlyrisme supérieur. » M. Buschmann est moins complaisant.\nAprès avoir loué sans réserves la petite Fête des Rois du Musée\nde Bruxelles, il consent encore à nommer un chef-d'œuvre la\nFête qu'on a d m i r e à Vienne, bien qu'elle soit moins sympa-\nt h i q u e . « L e potentat, ajoute-t-il, a pris du ventre et n'a guère\nembelli depuis que nous le vîmes à Bruxelles. L e gourmet\néveillé de tout à l'heure a fait place à u n e grossière outre à vin. »\nP a r l a n t ensuite du g r a n d exemplaire de Bruxelles, M. Busch-\nm a n n constate la fatigue de l'artiste : « Les couleurs sont\nveules, les formes alourdies... P l u s le moindre souci de beauté\net de distinction dans ses modèles. L a belle h u m e u r même a\nentièrement disparu pour céder la place à la grossièreté...\n"}, {"page_pdf": 721, "page_imprimee": 588, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "588                          DURENDAL\n\n\nQuant à la Fête des Rois de Brunswick, elle m'a franchement\nrépugné. C'est de l'ouvrage d'atelier du plus méchant aloi. La\ntonalité est fausse, d'un jaune déplaisant; les types représentent\nde stupides caricatures. »\n   Ce progrès à rebours est malheureusement le sort de la plu-\npart des répliques successives où Jordaens traite ses sujets pré-\nférés. Tel est le cas de la fable du Satyre et du Paysan. Dans l'exem-\nplaire de Munich, le premier en date, le Satyre, au dire de\nM. Fierens-Gevaert, « est délicieusement sardonique ». Plus\ntard, « le Satyre, vieilli et veule, tient de vagues propos ; sa barbe\nen désordre empeste le vin... Le même Satyre, adipeux, ridé,\nbedonnant, avec des pampres flétris sur sa face vineuse, repa-\nraît dans le tableau de la collection Cels »...\n   L'exposition d'Anvers, où le sujet était représenté six fois,\nmettait en évidence cette chute de plus en plus profonde dans\nla brutalité.\n   Mais par-dessus tout, Jordaens est lubrique, tristement et\nplatement. C'est la note de presque tous ses tableaux mytho-\nlogiques. Mettons à part, cependant, \\z célèbre toile de\nBruxelles, qu'on désigne par les titres : Abondance ou Fécondité,\nconvenant bien à l'œuvre dont la pensée reste imprécise, et où\nl'on peut ne voir qu'une scène décorative. Le charme sensuel\ndu nu y joue le grand rôle, mais encore est-il ennobli par la\nbeauté supérieure d'un art presque parfait. « C'est du Jordaens\napollinien, dit M. Fierens-Gevaert. Il est infiniment rare. Le\nJordaens dionysien ne tarde pas à apparaître. » Charmant\neuphémisme dont on devine assez le sens. Et cette verve ero-\ntique (pour nommer la chose par son nom) se permet toutes les\naudaces, depuis l'anecdote grivoise et la scène d'alcôve de la\nFemme de Candaule, avec ses complaisantes répliques (Jordaens\naimait fort cette œuvre!), jusqu'au Triomphe de Bacchus du\nMusée de Bruxelles, qui pue le vin et la luxure. Je me demande\nsi l'adresse du dessin et la somptuosité de la couleur suffisent\nà faire admirer cette toile dévergondée. Est-il indifférent qu'une\nœuvre d'art évoque des visions de beauté noble et pure, ou\nqu'elle flatte les plus bas instincts de l'animalité humaine ?\n   La critique moderne oppose volontiers une fin de non-rece-\nvoir à ces questions, sous prétexte qu'elles relèvent de la morale,\net que l'art n'a rien à démêler avec la morale. Passons sur cette\nmanière de voir, qui pourrait bien n'être qu'un parti-pris com-\n"}, {"page_pdf": 722, "page_imprimee": 589, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "                         JACOB JORDAENS                       589\n\n\nmode. Mais enfin, l'œuvre d'art éveille toujours quelque émo-\ntion, qui n'est pas seulement le charme de la couleur et de la\nligne. Enlevez donc ce prestige de la technique au fameux cor-\ntège de Bacchus. Que reste-t-il, si ce n'est la glorification de\nl'ivresse et du plaisir charnel, symbolisée par une théorie de\nbrutes chancelantes et chargées de graisse. Il n'est pas indis-\npensable d'appartenir à « l'esprit latin », comme dit M. Fierens-\nGevaert, pour refuser de « sympathiser avec cette force tapa-\ngeuse de demi-dieu (?) en liesse». Et celui qui trouve un tel spec-\ntacle simplement répugnant, et qui ose le dire, n'est pas néces-\nsairement pour cela un cagot ou un Tartufe. Tout le monde,\ngrâce à Dieu, n'est pas encore parvenu à cette conception sim-\npliste d'une de nos célébrités contemporaines et nationales, pour\nlequel l'amour n'est sale que si l'on ne s'est pas lavé.\n    A compter le nombre considérable de toiles religieuses ou de\nretables d'autels brossés par ce licencieux personnage, il y\naurait lieu d'être surpris, si l'on ne se reportait à la mentalité\ntrès spéciale de l'époque. Au point de vue absolu de la conve-\nnance de l'œuvre avec le sujet, il n'y a pas à hésiter : la pein-\nture religieuse de Jordaens est nulle. Au point de vue de l'art\ndu peintre, sa valeur est très inégale. Pour deux ou trois\ntableaux dont l'ensemble donne une réelle satisfaction (citons\nl'Adoration des Mages à l'église Saint-Nicolas, de Dixmude,\n Saint Martin guérissant un possédé au Musée de Bruxelles, Jésus\nparmi les Docteurs au Musée de Mayence), tous les autres sont\nou incomplets, médiocres dans leur ensemble tout en présen-\ntant de beaux fragments, ou totalement mauvais. Même les\n meilleurs sont encore discutables. L'Adoration des Mages est\n d'une construction bizarre; les personnages sont étages on ne\nsait comment, et le fond jaunâtre sur lequel ils s'enlèvent n'a\n aucune réalité. Les types sont boursouflés et l'Enfant Jésus est\n bien laid!\n    Pour M. Buschmann, le Saint Martin de Bruxelles est une\n œuvre surfaite : « Le saint en son beau manteau de brocart\n d'or est sans contredit une figure imposante et crânement peinte ;\n mais les corps nus nous suggèrent plutôt des sacs de pommes\n de terre que des hommes vivants, et une très désagréable tona-\n lité roussâtre est répandue sur le tout... Nous n'éprouvons donc\n qu'une admiration très relative pour cette œuvre tant vantée. »\n M Fierens-Gevaert est plus indulgent pour la « tonalité rous-\n"}, {"page_pdf": 723, "page_imprimee": 590, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "590                              DURENDAL\n\n\n sâtre », qui lui parait « un rouge nuancé, calculé, inter-\n prété... »\n    Les deux critiques s'accordent davantage à a d m i r e r (M. Busch-\n mann y met p o u r t a n t peu de chaleur) Jésus au milieu des Doc-\nteurs, une des dernières œuvres du maître Elle offre, en effet,\nune incomparable s y m p h o n i e de couleurs chaudes, h a r m o -\nnieuses, éclatantes par endroits, et distribuées avec un rare\ntalent. Mais il est impossible de n'être point choqué par la vul-\ngarité des personnages principaux. L ' E n f a n t Jésus est un petit\nbellâtre prétentieux, saint Joseph est quelconque, et la Vierge\n Marie d'une laideur triviale à faire pleurer. P a r m i les docteurs,\non retrouve les types b e d o n n a n t s des Banquets.\n   Je n'insisterai pas sur les autres toiles religieuses, bien que\ncertaines d'entre elles aient pu plaire tantôt à l'un, tantôt à\nl'autre de nos deux critiques. Ainsi M. Fierens-Gevaert trouve\ndans les Evangélistes du L o u v r e « de rares accents pour l'élo-\nquence des visages. Saint Jean surtout captive par son a t t i t u d e\nde respect juvénile ». Les soi-disant Evangélistes ressemblent\ntrop aux paysans et même aux satyres bien connus, pour mériter\ncet éloge.\n   L e Martyre de Sainte Appoline, qui passe parfois pour un chef-\nd'œuvre, est sévèrement jugé par M. B u s c h m a n n (le t r a d u c t e u r\na tort d'écrire Apollonie) : « Des gens de bonne volonté y décou-\nvriront peut-être des m é r i t e s ; pour nous, cette machine avec\nses âpres tons rouge-brique, avec ses formes contorsionnées,\navec sa tendance à l'emphase et à la déclamation, est tout bon-\nnement i n s u p p o r t a b l e . C'est du pire ouvrage de c o m m a n d e . »\nM. Fierens-Gevaert note en outre le défaut de cohésion de cette\nœuvre, qui ne se r e c o m m a n d e que par la beauté des détails.\nO n y a d m i r e , en effet, un très beau cheval. Avouons que c'est\npeu pour un retable d'autel.\n   J e ne sais comment M. B u s c h m a n n est tombé en extase\ndevant le Crucifiement de la F o n d a t i o n T e r n i n c k à Anvers, qui\nlui parait plus beau qu'un R u b e n s ! Si le Christ est rubénien\n(ce qui n'est pas d'un grand mérite), la Vierge est bien vulgaire,\net saint Jean paraît siffloter un petit air b a d i n . D'ailleurs la\nfacture est molle. C'est bien aussi du pire ouvrage de com-\nmande.\n   L a Cène du Musée d'Anvers vaut mieux. Mais quel triste\ncoloris! P a t h o s funéraire, déclare M. Fierens-Gevaert, et lumière\n"}, {"page_pdf": 726, "page_imprimee": 591, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "                                JACOB JORDAENS                             591\n\nde cave. Ajoutons que les apôtres ont des mines patibulaires.\nL e Christ lui-même est insignifiant.\n   U n mot encore d'une petite toile de l'exposition d'Anvers,\ndéconcertante par sa perfection, par son charme intime dont il\nn'existe pas un autre exemple dans toute l'oeuvre de Jordaens,\net par son coloris exotique. J e veux parler d'une Adoration des\nBergers, a p p a r t e n a n t au prince Lichnowsky. Il existe plusieurs\nrépliques de ce tableau, dont l'une, au Musée de Stockholm,\nest signée et datée : I IORDAENS FECIT 1618. C'est donc une\nœuvre de jeunesse du peintre. L a monographie de M. Busch-\nm a n n d o n n e une reproduction de ce tableau de Stockholm.\nA comparer celle-ci avec l'exemplaire exposé à Anvers, on\ns'aperçoit que les deux œuvres ne sont pas identiques. L a\nm a d o n e du prince Lichnowsky est c h a r m a n t e , et d'une grâce\ndistinguée. Celle de Stockholm est laide à souhait. Ne serait-il\npas permis de voir dans le premier tableau une œuvre italienne\nou espagnole, et dans le second u n e copie dénaturée de cet\noriginal a n o n y m e ? On sait que si J o r d a e n s ne visita pas l'Italie,\nil ne m a n q u a pas d'étudier les œuvres italiennes qu'il put trou-\nver aux P a y s - B a s . Cette hypothèse rendrait compte d'une ano-\nmalie d'ailleurs inexplicable. P o u r des raisons analogues,\nM. B u s c h m a n n refuse d'attribuer à Jordaens la Sainte Catherine\ndu Musée du P r a d o , d'une si belle allure classique.\n    D a n s cette rapide étude, je n'ai pas eu l'occasion de men-\ntionner l'admirable tableau du Musée d'Anvers, intitulée par le\nmaître lui-même : Soo d'onde songen, soo pepen de jonge (1). Je\npartage pleinement l'appréciation de M. B u s c h m a n n : « Ce\ntableau est complet et parfait... Il nous donne l'impression\nsereine et réconfortante d'une œuvre venue en la pleine cons-\ncience de la force du maître, sans t â t o n n e m e n t s , sans recherche\npénible... »\n     Mais il nous sera permis de regretter que Jordaens ne nous\nait donné qu'une fois en sa vie cette impression sereine et\nréconfortante, pure de tout mélange équivoque. C'est pourquoi,\n malgré qu'il fut exceptionnellement doué, il demeure antipa-\nt h i q u e aux esprits délicats, qui s'accommodent mal de ses\ngrossièretés coutumières.\n                                                                F . VERHELST.\n\n\n  (1) Comme chantaient les vieux, ainsi piaillent les jeunes.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-005", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 592, "page_fin": 593, "titre_corps": "Thrène", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Bernard", "ancre_debut": "Thrène Est-il venu le jour", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 727, "page_imprimee": 592, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "Thrène\n\nEst-il venu le jour, ô mon père, de dire\n      L'amour profond dont je t'aimais,\nEt saurai-je toucher les cordes de ma lyre\n     Pour qu'elles vibrent à jamais?\n\nOu, simplement pieux à tes mânes absents,\n     Me faudra-t-il attendre encore\nL'heure où je trouverai les éternels accents\n     Que je devine prêts d'éclore?\n\nJe te vois, anxieux, étendu sur ta couche,\n     Trempant les linges de sueur,\nCependant que les cris indistincts de ta bouche\n     Disaient l'angoisse de ton cœur.\n\nEt le regret m'étreint de n'avoir pas été\n     Cet enfant dont la main bénie,\nFraîche à ton front brûlant de fièvre, eût écarté\n     Les visions de l'agonie.\n\nQue ce thrène du moins si douloureux    efface,\n    En mon cœur, les remords      nouveaux,\nEt que le dur granit de mes rimes te fasse\n    Le plus durable des tombeaux.\n\nQue ma stance funèbre et son rythme     pesant,\n    Ainsi qu'un marteau qui retombe,\nEvoque le bruit sourd d'un cercueil qu'on descend,\n     Sur des graviers, dans une tombe.\n\n0 père, toi qui fus attentif à mes gestes,\n    Tu suscitas l'âpre     chanteur\nQui sommeillait au fond de moi-même, et tu restes\n    Mon invisible     inspirateur.\n"}, {"page_pdf": 728, "page_imprimee": 593, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 689, "texte": "                        THRÈNE                                   5g3\n\n   Par toi, j'ai soupçonné ma jeunesse, croissant\n       Ainsi qu'une force nouvelle,\n   Et mon âme a chanté l'abondance du sang\n       Qu'elle sentait courir en elle.\n\n    Et lorsque tu compris que ton œuvre était faite,\n         O le plus tendre des amis,\n    Sur l'oreiller, couchant ta longue et pâle tête,\n         En souriant tu t'endormis;\n\n    Pareil à la brillante étoile, dans la nuit,\n         Dont la lumière    s'évapore,\n    A l'instant où, plus claire et plus précise,    luit\n         La clarté fraîche de l'aurore !\n\n                                                   JEAN    BERNARD.\n\n\nValence, 1905.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-006", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 594, "page_fin": 607, "titre_corps": "Le Transfuge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri d’Hennezel", "ancre_debut": "Le Transfuge ROMAN Suite IV FAISONS-nous une âme antique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 729, "page_imprimee": 594, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "Le Transfuge\n                                  (ROMAN)\n\n\n\n                                      (Suite)\n\n\n                                       IV\n\n                  FAISONS-nous une âme antique, se disait Jacques d'Ardemont;\n                     élevons-nous au-dessus des contrariétés et tenons pour vul-\n                     gaires les événements misérables dont nous sommes les\n                     jouets. Epictète enseignait la sagesse, lorsqu'il conseillait\n                     à son disciple de ne s'émouvoir de rien. O l'admirable\n                     précepte! S'il arrive à un homme de trouver en sa maison,\n                     après un long voyage, sa vaisselle brisée et son enfant\n                     mort, qu'il ne se lamente point; mais qu'il dise seulement :\n                      Ma vaisselle est brisée, mon enfant est mort. C'est le destin\nqui l'a voulu. Voyons, ajouta-t-il, en pressant le pas, ne pourrais-je pas\nm'écrier à mon tour : Ma maîtresse se moque de moi. C'est le destin qui l'a\nvoulu. »\n   Jacques s'admonestait ainsi en descendant la rue de Berne, par un soir\nd'été chargé d'ennui et de chaleur. Il avait beau s'inciter à la plus stoïque\nrésignation, il ne parvenait pas à chasser de son esprit l'image de l'apparte-\nment vide et de la bonne lui annonçant, d'une voix humblement narquoise,\nque madame ne rentrerait pas de la soirée. Ainsi elle le trompait, cette petite\nRosine Bonjour, si blonde, si menue, si fine et qu'il aimait tant! Il l'avait\nprise par désœuvrement plus que par vice, dans la crainte d'interminables\njournées graves d'une oisiveté noire.\n   Jacques, sans occupation, sans autre goût que celui de quelques discus-\nsions avec de jeunes apprentis de lettres, redoutait la solitude de son domi-\ncile, où il n'avait que faire, et n'éprouvait non plus aucun attrait pour les\npromenades sans but dans Paris. A vingt-sept ans il se trouvait dans la\nsituation d'un homme désemparé qui ne sait quelle tournure donner à sa vie\net qui n'a au monde qu'une idée fixe, celle de ne se soumettre à aucun travail\nassidu. Il n'était ni meilleur ni pire que ceux de sa génération. Il ressem-\n blait aux jeunes gens qui ont perdu le goût des croyances fortes et qui, sans\n énergie et sans idéal, regardent passer ceux qui luttent, bien décidés à ne pas\n se joindre à eux. C'était plutôt un impulsif qu'un imaginatif, car il se laissait\nfacilement entraîner : mais il n'eût pas été capable d'échafauder des aven-\n"}, {"page_pdf": 730, "page_imprimee": 595, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3467, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                   595\n\ntures auxquelles il se serait ensuite pris. Ses sens ne le troublaient pas non\nplus beaucoup et lorsqu'il lui arrivait de connaître une femme, il lui prodi-\nguait surtout sa jalousie : une jalousie où il entrait de l'orgueil et de la\nvanité.\n    Une certaine nonchalance physique l'éloignait des sports. Il lui devait,\nmais à elle seule, de ne pas se mêler à l'odieuse tourbe des hommes de\ncourses et de méconnaître l'automobile. Sinon, il aurait, tout comme un\nautre, discuté les mérites d'un moteur et parlé le jargon des maréchaux-fer-\nrants et des mécaniciens. Rien ne l'aurait empêché de se vouer à l'étude des\néliminatoires et des circuits, d'énumérer toutes les marques des voitures ;\nde vivre, en un mot, des trépidations et des pannes qui ont remplacé les occu-\npations intelligentes de l'ancienne société française.\n    Mais, comme il fallait bien tuer son temps, il lisait des livres et des revues.\nL'activité de son cerveau qui était fort grande et son intelligence admirable-\nment préparée à tout comprendre, le portaient vers les idées humanitaires et\nsociales. A force de fréquenter les utopistes aux belles paroles, à force de lire\nleurs articles, il vivait de leurs illusions. La magie d'un style caressant et\ntout pétillant de mots rares, la séduction d'une éloquence souvent convaincue,\nfaisaient miroiter devant lui le bonheur du monde régénéré par la justice. La\njustice régnant sur la société, rendant inutile l'appareil des lois et vain l'an-\ncien ordre social basé sur la famille et sur la religion ; la justice répartissant\n également les fortunes et faisant, d'un coup de baguette magique, disparaître\n les haines, les meurtres et les guerres, voilà le rêve qui éblouissait les yeux\n de Jacques et qui le leurrait ainsi que beaucoup de ses contemporains. Oui,\n il espérait un avenir meilleur, comme s'il suffisait de démolir les vieilles\n demeures des usages, des coutumes et des conventions pour voir apparaître\n une terre vierge de préjugés et regorgeante de biens! Comme si l'homme\n était susceptible de changements, c'est-à-dire capable d'abandonner un jour\n ses passions! Ces chimères occupaient Jacques, mais pas au point cependant\n de le déterminer au travail de la plume ou de la parole. Et cependant ni le\n temps, ni le talent lui manquaient, mais seulement le courage de se mettre\n à l'œuvre une bonne fois.\n    Ses camarades l'avaient engagé à écrire. On l'avait même présenté au\n célèbre romancier Léon Servais, qui promettait de lui ouvrir les portes de la\n Justice de demain. Cette revue philosophique jouissait, parmi les jeunes amis\n de Jacques, d'une autorité indiscutable. Elle remplaçait la Bible et les Evan-\n giles.\n    Cédant à des sollicitations cent fois répétées, il avait donc un jour publié\n dans ce recueil de violentes pages, où selon la mode actuelle, il garrottait le\n tsar et son gouvernement. Léon Servais s'était déclaré content et se plaisait,\n dès lors, à pronostiquer l'avenir littéraire du jeune d'Ardemont. Mais celui-ci\n trompa toutes les prévisions, en s'enfermant de nouveau dans son farniente.\n Il n'en sortait que pour assister aux leçons de scepticisme et d'ironie que don-\n nait chez lui le romancier lorsqu'il était de belle humeur. Car à côté du Ser-\n vais anarchiste, destructeur d'empires et de républiques, protecteur-né des\n grévistes et des compagnons, il y avait le Servais lettré, qui s'intéressait aux\n"}, {"page_pdf": 731, "page_imprimee": 596, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3366, "texte": "596                                DURENDAL\n\n\n actions humaines et qui tirait du spectacle de l'univers des réflexions admi-\n rables sur l'hypocrisie des mœurs et sur la féconde bêtise des hommes.\n    En dehors de ce commerce, Jacques n'avait rien qui le sollicitât. C'est pour-\n quoi il était devenu l'amant de Rosine Bonjour.\n    « Elle me trompe, fit-il, en s'engageant sur le pont du chemin de fer. Elle\n me trompe par métier et aussi par besoin, car elle sent bien que mes res-\n sources ne suffisent plus à ses folies de luxe, à son insatiable appétit de\n dépenses imbéciles. Aussi ne devrais-je pas m'affliger autrement d'une aven-\n ture banale et qui d'ailleurs était prévue. »\n    Le soleil flambait à l'horizon derrière l'écran des brumes et des fumées. Le\n ciel était éclairé d'une lumière jaune qui s'imbibait de rouges liquescences\n par delà les toits violemment découpés. En cette fin de soirée l'on ne savait\n lequel était le plus factice, du jour projeté sur l'asphalte desséché par un ciel\n mourant ou de l'anémique lueur des réverbères que l'on allumait. Et ce pont\nenjambant les lignes de la gare Saint-Lazare prenait, à cette heure-là, des\nallures inquiétantes, recélait dans ses fontes puissamment boulonnées des\ngrondements de ferrailles, montrait à travers les losanges de son armature des\nfuites de locomotives saignantes de feu et endiguait une foule de bizarres pié-\ntons. Des ouvriers regagnaient leur domicile ; des filles, aux approches de la\n nuit, se tenaient à l'affût.\n   Jacques, amolli par la déconvenue de sa visite à Rosine et par la suffocante\nlourdeur de l'air, continuait, tout en gagnant la rue de Rome, ses solitaires\nréflexions.\n   La pensée que Rosine s'adressait à d'autres amateurs provoqua, après un\npremier mouvement de colère, où il entrait plus de jalousie que le jeune\nhomme ne croyait, une sorte d'hébétude sombre. Le défaut d'argent allait\nrendre nécessaire un séjour prolongé à Froide-Etape. C'était le lieu ordinaire\nde sa réfection, après l'épuisement méthodique de sa bourse par la belle\nenfant. Et parce qu'il se voyait réduit à fuir Paris, afin de se mettre quelque\ntemps au vert, il lui semblait que sa tête s'encerclait de fer, et des bruits de\ncascade lui emplissaient les oreilles. Froide-Etape! ce nom seul suffisait à\nfaire galoper dans sa poitrine des terreurs de solitude et d'ennui! Mais quoi ! il\nfaudrait bien se résoudre à s'y ancrer, à y subir, ainsi que dans un bassin de\nradoub, des calfatages, puisqu'il faisait eau de toutes parts. La fortune qu'il\navait héritée de son père, si elle lui permettait de mener une large existence\net de s'aventurer même dans la zone dangereuse des noces, n'autorisait\ncependant pas des ripailles continuelles, avec l'entretien soi-disant exclusif\nd'une Rosine qui ne connaissait que les premiers fournisseurs et les grands\nrestaurants.\n   Alors, lorsque la débandade des revenus, accrue de la défection d'une\npartie du capital, était dûment constatée, la raison et la nécessité conseil-\nlaient une halte au sein de la pacifiante nature. A vrai dire, Jacques ne\nprenait contact avec la campagne qu'à ces occasions-là, qui d'ailleurs se\nmultipliaient depuis quelque temps. De Froide-Etape il avait l'horreur et de\nsa mère il redoutait le calme et profond regard posé sur lui. Il appréhen-\ndait toujours de se trouver devant Mme d'Ardemont, car il lui paraissait\n"}, {"page_pdf": 732, "page_imprimee": 597, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   597\n\nimpossible que cette femme ne lût pas jusqu'au plus intime de son âme et ne\ndécouvrît ainsi ses dévergondages sensuels et ses avatars de pensée. Qu'il se\nreconnût lui-même très différent et de sa mère et de ce qu'il était autrefois,\n cela n'est pas douteux. Mais il avait beau se donner du cœur en se disant\n qu'après tout sa conduite ne regardait que lui, il éprouvait toujours quelque\n gêne à partager la vie si droite, si charitable et si profondément chrétienne de\n Mme d'Ardemont. Quand il pénétrait dans le grand salon, où se tenaient les\n perpétuelles assises des d'Ardemont en simarres d'écarlate, dans leurs cadres\n sculptés, une chape de glace lui tombait sur les épaules et, malgré lui. il faisait\n le mouvement d'un homme qui éprouve un brusque frisson. Mais cette impres-\n sion n'était que passagère ; il avait vite retrouvé l'assurance avec laquelle il\n soutenait, devant l'abbé Firelin,les plus éhontés paradoxes, auxquels il finissait\n lui-même par se laisser prendre. Et parce que la diversité habitait son esprit\n et qu'aussi le travail des idées modernes le transmuait, il en arrivait à ne\n plus croire qu'à ses propres fantaisies et que la vérité la mieux démontrée\n était chose illusoire et digne de mépris.\n    Devant l'hôtel Terminus il s'arrêta un moment. Le trottoir exhalait des\n bouffées tièdes et des relents de foule qui avait piétiné là dans la poussière.\n  Des cafés, où s'empilaient sous les bâches rayées de rouge et de blanc les\n buveurs ruisselants et cuits par le soleil, il venait des souffles d'absinthe\n mêlés à de fades odeurs de bière et de pipes refroidies. Au fond d'une taverne,\n par-dessus les ilôts des tables de marbre et fluctuant au remous des garçons\n déchaînés, des valses tziganes envoyaient de stridentes phrases qu'un mon-\n sieur costumé d'amarante et soutaché d'or débitait à tour de bras, tandis que\n s'exténuaient d'invisibles violons et un problématique piano.\n    Le charivari de ces râcleurs de cordes énervait le jeune d'Ardemont. Il s'y\n mêlait le souvenir d'anciens soupers avec Rosine, en des restaurants qui infli-\n geaient aussi à leurs patientes victimes des régals de serinettes endiablées. Il\n revoyait le geste de la femme dévêtant son manteau pour apparaître dans\nquelque enviable toilette qui gainait son corps charmant, et sa façon de\ns'asseoir, en donnant à la robe un petit coup à droite qui faisait mousser au\nbas de la jupe le lait des fines dentelles.\n    « Ah ! la rosse ! s'écria-t-il ; si elle croit que je tiens à elle ! »\n    Il disait cela principalement parce que son esprit n'était occupé que de\nRosine Bonjour et qu'il lui était très désagréable de penser qu'en ce moment\nelle exhibait loin de lui des charmes appréciés. Il se demandait aussi, tout en\nenvoyant aux cinq cents diables la maîtresse infidèle, ce qu'il ferait bien de\ncette interminable soirée. Les bruits de la ville lui exaspéraient les nerfs.\nTout lui devenait odieux, depuis l'étalage des journaux illustrés qui réper-\ncutaient à l'infini les mêmes vignettes au bout des mêmes pinces en bois,\njusqu'aux fiacres qui piétaient les uns derrière les autres, le long des trottoirs,\nportant tous sur leur siège d'invariables trognes de cochers et présentant aux\npassants insensibles leurs banquettes vides.\n   Tout à coup il entendit derrière lui les abois d'un couple d'Anglais. Puis,\ncomme instinctivement il prêta l'oreille, il perçut de tous les côtés des meugle-\nments, des piailleries, des gazouillis et des borborygmes qui représentaient\n"}, {"page_pdf": 733, "page_imprimee": 598, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3242, "texte": "598                                DURENDAL\n\n\n les dialectes des peuples européens et américains se déversant, à cette\n époque-là, dans Paris. Il eut un sentiment de dégoût pour cette ville qui se\n prostituait aux errants des races étrangères et qui abritait, dans quelque coin\nignoré, les nouvelles amours de sa maîtresse. Il lui vint, à la fois, l'envie\nd'accabler de basses injures ces cosmopolites qui se ruaient vers l'hôtel Ter-\nminus aux fanfares de leur jargon et le désir de poursuivre Rosine jusque\ndans les bras de son amant. Dans sa colère, il mêlait à ses infortunes passion-\nnelles les placides vociférations et l'ahurissement inquiet des gens de Chicago\n et de Bukarest.\n    Et comme il n'était plus question ni d'Epictète, ni de stoïcisme, Jacques\nfurieux se fit servir, dans un restaurant voisin, un dîner qu'il expédia, après\ns'être juré qu'il retrouverait Rosine le soir même.\n    Du fiacre qui le transportait vers les Champs-Elysées, il voyait fuir, à sa\ndroite et à sa gauche, le petit village de Fay-le-Montel et le château de Froide-\nEtape. Derrière les fanaux qui étageaient en triangle des bols blancs rem-\nplis de lumière, derrière les arbres déjà roussis, derrière les music-halls\nenguirlandés de feux et dégorgeant leurs couplets canailles, les maisons\ncampagnardes tassées dans leur calme quotidien, et les horizons de collines\nposées au bout du silence ensoleillé des plaines, s'évanouissaient à la façon\ndes paysages qui galopent, à peine entrevus, aux portières des trains.\n   Soudain, comme Jacques mettait pied à terre devant le théâtre Marigny, il\naperçut une automobile d'imposante allure, filant à toute vitesse, avec des\nvacarmes de trompe et des jets aveuglants de phares. Et dedans, près d'un\ndoux vieillard qui ne la lâchait pas des yeux, il y avait la petite Rosine riant\naux éclats.\n\n                                         V\n\n   Ce matin-là, parmi les premières brumes de l'automne, M. Dégosses\nmusardait dans Fay-le-Montel. Il s'en allait de son pas cotonneux, rendant\nles courtes bouffées d'air qu'il avait aspirées à petites saccades et vêtu d'un\nample veston de forme carrée qui lui faisait descendre le buste jusqu'aux\ngenoux. Sur sa tête il achevait un antique panama que les pluies avaient\ngondolé et dont la paille délavée prenait des teintes de vieux balai.\n   Il s'en allait, M. Dégosses, avec sa barbiche grise et ses joues creuses, l'œil\nvif derrière les paupières clignotantes et portant un visage exsangue de moine\nsécularisé. Tout le monde le connaissait dans le pays. En arrivant à Ser-\npigny, il avait déclaré qu'il ne resterait que cinq jours et, depuis bientôt trois\nmois, il vivait de l'hospitalité bienfaisante de M. Milleret. Il s'était plu d'abord\nà proclamer la bonté de cet homme qui ne voulait point le laisser partir et il\navait coutume de dire, en parlant de l'abbaye : « On sait bien quand on y\nentre, mais on ne sait pas quand on en sort. » Et parce qu'il trouvait le vivre\nabondant et le couvert confortable, il coulait des jours égaux dans cette\nmaison qu'il avait élue entre toutes pour oublier le misérable appartement\nd'Auxonne, où il terminait une existence besogneuse et sans gloire.\n   M. Dégosses n'avait pas l'esprit spéculatif. Il ne l'avait pas non plus\n"}, {"page_pdf": 734, "page_imprimee": 599, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3439, "texte": "                                 LE TRANSFUGE                                   599\n\ncultivé, ni rompu à la belle discipline des lettres qui rendent plus humain.\nEt il ne l'avait pas davantage poli par l'usage et affiné par les mœurs. L'esprit\nde M. Dégosses était un esprit simple, qui vivait dans le présent et qui\ns'accommodait de toutes choses, pourvu qu'elles fussent congruentes à ses\naises. Il s'enorgueillissait d'un goût très vif pour les arts ; mais, à dire vrai, ce\ngoût se manifestait surtout par la manie de collectionner des objets inutiles\net bizarres. M. Dégosses aimait, avec une égale ignorance, les jolies hor-\nloges duXVIIIEsiècle qui conservent, dans leurs formes de longues violes, des\nâmes d'aïeules poudrées et fanfreluchées, et les coucous pleurards qui se\nvident, ainsi que des carcasses, chaque fois qu'ils expectorent les heures.\n Il s'extasiait, avec la même rudesse, devant les faïences de Moustiers ou de\n Niedervillac et devant les potiches qui exhibent sur leur ventre des portraits\n du général Foy. Tout entrait dans ses collections, aussi bien les boîtes à\n miniature et les étuis en galuchat que les tabatières en corne et les cadres de\n photographie entourés de coquillages. Il accueillait tout, pourvu que ce fût\n vieux et endommagé.\n    M. Milleret déplorait en lui-même la présence de cet hôte inélégant. Mais\n bien qu'il trouvât que M. Dégosses s'éternisait au delà de toute convenance,\n il le supportait néanmoins chez lui; car il était doué d'une âme bénévole et\n d'un cœur excellent. L'autre en abusait sous couleur de se rendre utile et\n d'aider à l'embellissement de Serpigny par des recherches de bibelots.\n    Ainsi sa promenade matinale dans Fay-le-Montel avait pour but de\n découvrir, chez quelque paysan, une huche à pain destinée à l'ancienne cuisine\n du monastère.\n    M. Dégosses arpenta longtemps l'unique rue du village, qui alignait, de\n chaque côté d'une chaussée imbibée de fumier et drainée par les larges roues\ndes charrettes, ses maisons affaissées sous la masse rousse et brune des toits.\nEn cette saison des semailles, les paysans peinaient aux champs. Enfoncés\njusqu'aux genoux dans les terres molles, que les charrues avaient éventrées,\nils lançaient le grain d'un geste automatique et s'empêtraient dans la glaise à\nchaque enjambée. Le village désert semblait frappé de léthargie sous un\nciel frotté d'étain. On n'y entendait que des gloussements de poules qui\nbecquetaient les crottins et, de loin en loin, la chute d'une heure qui tom-\nbait du clocher. C'était comme une voix aigrelette de vieux qu'on aurait\noublié là et qui demandait secours.\n    Chaque maison close attendait que 1'Angelus de midi vînt rouvrir sa porte,\ndevant laquelle se groupait la volaille, et ses fenêtres, dont les vitres sem-\nblaient lutées par les poussières et les toiles d'araignée.\n    Silencieux et lent, M. Dégosses progressa jusqu'à l'église, dont on aper-\ncevait, dès les premières habitations, le chevet écrasé et le clocher sans\nenvol. De très vieux tilleuls, rongés de chancres et de lupus enserraient\nl'édifice de leurs branches malades qui étaient pelées et qui portaient\nseulement des touffes de feuilles grillées par l'automne. Elle était juchée,\ncette église, sur un terre-plein que des murs bardaient de toutes parts. Et\ncela ressemblait à un bandage appliqué à des terres qui s'éboulent, avec des\nbrèches par lesquelles dégringolaient les cailloux, avec des fourrés d'orties\n"}, {"page_pdf": 735, "page_imprimee": 600, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3191, "texte": " 600                              DURENDAL\n\n\n  salies par la boue avec des renflements qui faisaient penser à des abdomens\n  de buveurs de bière ou à des tumeurs qui ne tarderaient pas à crever sous la\n  poussée du sol.\n     A l'instant où M. Dégosses examinait, le nez en l'air, une batterie de trois\n petites cloches accrochées au-dessous de l'horloge et protégées contre la\n  pluie, par une manière de chapeau en fer-blanc, Mme d'Ardemont sortait de\n l'église et contournait le terre-plein. Il la vit venir de son pas menu. La\n baronne, en dépit de ses soixante ans, conservait une allure juvénile vrai-\n ment incroyable. Petite et mince dans ses vêtements noirs, les cheveux à\n peine gris, le corps rapide et nerveux, elle sautillait sur le bout de ses pieds\n que l'on apercevait fins et pointus, sous la jupe pincée de chaque côté. Ainsi\n s'en allait-elle, preste comme une fauvette dans un taillis, chaque matin que\n Dieu faisait, distribuer des aumônes et des consolations à tous les pauvres\n gens de Fay-le-Montel.\n    Elle était la seule personne qui fût unanimement saluée dans le village.\n Devant elle les calomnies des rustres s'arrêtaient. Ces paysans cupides et\nhypocrites qui alimentaient, par de basses inventions, leur haine contre les\nchâtelains des environs, se taisaient sur le compte de Mme d'Ardemont. Ces\nâmes fétides adonnées aux gains et aux ruts admiraient, malgré elles, la\ncharité de cette femme qui imposait silence à ses dégoûts pour visiter les plus\nimmondes taudis, pour parler à de vils chenapans et à de patentées drôlesses,\npour soigner les plaies et braver la vermine. L'es uns l'aimaient à cause de\nson intarissable bonté; les autres savaient qu'elle donnait avec largesse et\nqu'en se tenant bien l'on obtiendrait tout d'elle. Enfin le reste, composé des\nfortes têtes du cru, des enrichis qui serraient dans leurs coffres les écus de\nleur lucre et de leur ladrerie, n'osaient pas élever la voix lorsqu'ils enten-\ndaient les gueux raconter des largesses dont le village entier profitait.\nEt cependant il y avait là de farouches canailles qui en voulaient à mort aux\npossesseurs de biens vivant en dehors du travail de la terre : il y avait là des\ncroquants en révolte, prêts à faire le coup de feu sur les « aristos », pour peu\nque la ville voisine en donnât le signal. Ils se taisaient tous. Leur vilénie\nétait impuissante à jeter quelque ombre soupçonneuse sur la figure merveil-\nleusement pure de Mme d'Ardemont,\n    « Bonjour, monsieur Dégosses, fit-elle en apercevant le poussif promeneur,\ndont on voyait monter et descendre les épaules au rythme précipité de la\nrespiration.\n    — Madame la baronne, répondit-il tout haletant, je vous présente mes\nrespects. »\n    Il l'appelait Mme la baronne, comme font les valets de chambre et les héros\ndu grand monde qu'a peint M. Georges Ohnet, parce qu'il manquait d'édu-\ncation, et, qu'ayant peu l'habitude de fréquenter chez les nobles, il lui sem-\nblait bon d'employer le langage des Bottins. Milleret lui avait toujours paru\nde la dernière impertinence lorsqu'il lançait dans la conversation des\n« baronne » tout courts.\n    « Je croyais, questionna Mme d'Ardemont, que vous deviez quitter hier\nSerpigny.\n"}, {"page_pdf": 736, "page_imprimee": 601, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3170, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                601\n\n\n   — Oui, confessa Dégosses avec quelque gêne; mais je ne peux pas laisser\nM. Milleret seul en ce moment. Il a des ouvriers chez lui. Il se repose sur\nmoi du soin de les surveiller. Et puis... et puis, poursuivit-il d'une voix\nqu'il essayait de rendre mystérieuse, l'ancienne cuisine de l'abbaye manque\nd'une huche à pain. J'ai promis à M. Milleret de lui en trouver une. »\n   Cependant, Mme d'Ardemont s'était enquise de la santé de Mme Milleret et\nde M1le Germaine et Dégosses, tout en cheminant près d'elle, lui révélait que\nMme Milleret avait le tort de ne pas soigner de fâcheuses migraines. Chaque\nsoir, c'étaient des maux de tête qui nécessitaient une retraite hâtive\naprès le repas; de telle sorte que, Mlle Germaine accompagnant sa mère,\nil restait, lui, Dégosses, seul en face de Milleret plongé dans la lecture de\nquelque revue.\n   « Or, je ne lis jamais le soir, madame la baronne ; comprenez-vous? Quand\nje lis le soir, j'ai des fatigues d'estomac ; je n'aime pas beaucoup parler, non\nplus, à cause des insomnies qui en résultent pour moi. Mais rien ne m'est\nplus agréable que d'entendre des causeries auxquelles je ne me mêle point et\nqui me divertissent. »\n   Puis il ajouta : « Les migraines, pourtant, cela se soigne. J'en ai aussi\nlorsque j'ai travaillé; je les conjure à l'aide du pyramidon. J'ai conseillé le\npyramidon à Mme Milleret. Mais elle préfère, à ce qu'il paraît, monter dans\nsa chambre sur le coup de 8 heures. »\n   Mme d'Ardemont trottait sur les pointes de ses bottines et Dégosses\nsuivait, à grand ahan, s'arrêtant parfois, afin de mieux exhaler ses doléances.\n   Soudain il demanda :\n   « Pensez-vous vraiment que je puisse trouver une huche à pain?\n   — Il n'en manque pas à Fay-le-Montel, répondit la baronne. Cela dépend\nde ce que vous cherchez.\n   — Je voudrais, fit Dégosses, une huche à pain... »\n   Mais il n'acheva pas, car Mme d'Ardemont accélérait de plus en plus sa\nmarche. Il allait abandonner la partie lorsqu'elle lui dit :\n   « Venez avec moi. Je connais de pauvres gens qui ont peut-être ce qu'il\nvous faut. »\n   Et bientôt ils furent devant une très vieille petite maison qui s'accroupis-\nsait dans un renfoncement, au bord de la route. Elle s'adossait à des bâtisses\nassez modestes, qui prenaient cependant une allure colossale, à cause du\ncontraste qu'il y avait entre elles et cette masure. De vilains murs fendus\nexhibaient de profondes cicatrices remplies de la bourre des lichens et des\nherbes sèches ; et, par endroits, le ciment destiné à retarder une ruine fatale\nformait des plaques blanches semblables à des taies sur une peau rugueuse.\nLe toit avait cédé sous la violence des bourrasques et se gondolait comme la\ncroûte d'un godiveau que l'on aurait oublié longtemps dans un four.\n   « C'est là, » prononça Mme d'Ardemont.\n   Assise auprès des deux marches disjointes de la porte, en un fauteuil\ndépaillé, une vieille calamiteuse étalait au grand air ses haillons sordides et\nson visage tout gris de la poussière des ans. Ses yeux aveugles se mainte-\nnaient sur quelque invisible objet très lointain. De son bonnet de calicot\n"}, {"page_pdf": 737, "page_imprimee": 602, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3144, "texte": "602                               DURENDAL\n\n\nviolet s'échappaient de petites mèches blanches pareilles à la soie qui\ns'envole des chardons aux souffles de l'automne. Elle était miraculeusement\nvieille; si vieille qu'elle donnait, avec ses vêtements de teintes incertaines et\nson visage ébréché, l'impression d'une antique statue de cathédrale qui serait\ntombée de son socle et qu'on aurait remisée là, parmi les pisenlits et les\ngravats. D'une main noueuse elle tenait un bâton.\n    « Eh bien ! mère Fine, comment allons-nous ce matin? »\n    Elle eut un soubresaut et se cramponna à son bâton, parce qu'elle était\némue.\n    « Tout doucement, madame la baronne, fit-elle d'une voix cassée ; on a\nbien des maux.\n   — Pauvre mère Fine ! » dit Mme d'Ardemont en s'approchant d'elle, cepen-\ndant que M. Dégosses, interdit, contemplait ce tableau.\n   Et alors il vit la baronne s'empresser auprès de la vieille; il l'entendit lui\ndemander mille et mille détails sur ses maladies et sur sa misère; lui donner\ndes encouragements; lui promettre du linge et du vin, s'intéresser enfin aux\nmoindres accidents de cette vie lamentable. Elle n'avait pas toujours été\nl'infirme abandonnée dans son fauteuil, sur le seuil d'une bicoque ouverte\nà tous les vents. Mais un fils ivrogne l'avait ruinée, ne lui laissant pour tout\nbien, après sa mort et celle de sa femme, qu'une nichée de petits vagabonds\nqu'il fallait nourrir. Et de son passé assombri par les catastrophes il ne lui\nrestait que son nom de Fine.\n   Jadis, elle était la Fine, lorsque, souple et jolie, elle courait dans les prés,\nmettant parmi l'herbe drue les taches éclatantes de ses cheveux blonds et de\nsa chair lumineuse. Elle était la Fine, et les garçons l'avaient ainsi nommée\npour les menues attaches de ses bras et de ses jambes, pour la courbe\nlégère de ses hanches et pour son cou tout blanc qui portait un visage en\nfleur.\n    Bientôt il y eut autour de Mme d'Ardemont un grouillement de gosses qui\nse fourraient les doigts dans le nez. Les petits enfants de la Fine regardaient\navec des yeux ébahis et des bouches ouvertes. A force de cadeaux, ils finis-\nsaient tous par avoir une culotte ou un jupon, mais la pauvre aveugle n'arri-\nvait jamais à les laver et à les habiller. Ils se ventrouillaient, en compagnie\ndes canards, dans les mares et dans les tas de fumier, et ils en revenaient\navec des cheveux englués d'immondices, des visages gras de boue et des\nhardes maintenues par des ficelles sur leurs corps qu'avait noircis la crasse et\ngrillés le soleil.\n    La baronne remarqua que Dégosses restait planté au milieu de la rue.\n    « Entrez avec moi, monsieur Dégosses, » lui cria-t-elle en pénétrant dans\nla maison.\n    D'abord il ne vit rien et fut saisi à la gorge par une impérieuse pestilence\nde logis toujours clos. Il s'y mêlait des relents de nippes jamais éventées et\ndes âcretés de marmite où devaient moisir des restes de mangeaille. Le pla-\nfond et les murs n'avaient reçu d'autre badigeon que celui des fumées et des\nsuies. Cependant lorsque les yeux de Dégosses se furent habitués à ces\nténèbres nauséabondes, il distingua d'abord sur la pierre de l'évier, devant\n"}, {"page_pdf": 738, "page_imprimee": 603, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3475, "texte": "                              LE TRANSFUGE                                 603\n\n\nla fenêtre, un seau au-dessus duquel était accrochée une sorte de louche en\ncuivre jaune qui servait à puiser l'eau. Puis un vague mobilier surgit de\nl'ombre; une table longue qui supportait, à moitié pliée dans une serviette de\ngrosse toile grise, une miche entamée; un lit encadré par des planches de\nnoyer, disposées en manière de boiserie; une armoire à linge sombre et\npansue, et enfin, près de la cheminée, la huche à pain qu'avait fait espérer\nMme d'Ardemont.\n    A vrai dire, M. Dégosses ne la découvrit pas immédiatement. Elle était\nencombrée d'écuelles de grès, de pots égueulés, de bouteilles vides et de litres\ndébouchés qui contenaient des fonds de vin. Et d'ailleurs un tel vêtement de\npoussière l'enveloppait, qu'il eût été impossible d'apprécier à première vue le\ncharme rustique de ses formes. Elle avait plutôt l'aspect d'un buffet, avec ses\npanneaux pleins, ornés de légères moulures de style Louis XVI et dont l'un,\nqui avait été enlevé, reposait contre la muraille. Le couvercle, que l'on ne\npouvait soulever à cause des innombrables débris de vaisselle, fermait le\npétrin et tout le bas du meuble était arrangé en placards pourvus de rayons.\nDégosses se baissa pour examiner les boiseries. Il constata que malgré les\npiqûres des cirons elles n'étaient que fort peu vermoulues et qu'une fois\npassées à la cire elles feraient très bonne figure. Il reconnut que les serrures\nétaient intactes et qu'elles possédaient des contre-plaques en cuivre vraiment\nestimables. Enfin, poursuivant ses investigations, il voulut explorer le pla-\ncard béant, et s'enfouit à mi-corps dans le meuble. Mais aussitôt il poussa un\ncri d'effroi et manqua de tomber à la renverse, en même temps que du buffet\nsortaient de charivariques caquets de poule et que la bête effrayée voletait à\ntravers la chambre, les ailes râclant le sol. Dégosses venait de déranger une\nponte. Assis par terre, il contemplait avec une terreur comique la poule qui\nfaisait manoeuvrer la crécelle assourdissante de ses cris. Il avait posé la main\nsur ces plumes toutes chaudes et il gardait encore l'impression de la chair\nmolle sous le duvet, ainsi que du formidable coup de bec qu'il avait failli\nrecevoir au passage. Mme d'Ardemont riait de bon cœur et admirait l'ingé-\nnieuse destination du buffet de la Fine, qui servait à la fois de garde-manger,\nde cave et de poulailler.\n    Cependant, lorsque le vacarme fut apaisé, un silence profond manifesta\nl'indignation de M. Dégosses, si bassement humilié dans ses prétentions d'an-\ntiquaire. D'un revers de doigts il essuya son pantalon et ramassa son chapeau\nqui avait filé sous le lit. Puis, comme tout se taisait, l'on entendit bientôt,\nvenant d'on ne savait où, de petits miaulements plaintifs semblables à ceux\n d'un chat qui appelle sa mère. La baronne prêta l'oreille. Cela sortait d'une\npièce voisine qu'elle ne connaissait pas.\n    Une porte apparaissait entre le lit et l'armoire à linge. Mme d'Ardemont\n l'ouvrit et resta sans voix devant ce qu'elle aperçut.\n    Debout au milieu d'un réduit qui donnait sur un jardin potager, les manches\n troussées et la taille ceinte d'un méchant tablier bleu, Mlle Germaine Milleret\n procédait à la toilette d'une petite maugrabine déguenillée et pleurnicheuse.\n Et c'était une scène vraiment pittoresque et touchante que celle-là. Un Gérard\n Dow l'aurait illustrée avec des recherches minutieuses de détails et d'habiles\n"}, {"page_pdf": 739, "page_imprimee": 604, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "604                               DURENDAL\n\n\njeux de lumière. Il aurait transporté sur sa toile exacte la jeune fille souriante\net belle, éclairée par un jour que tamisait la vigne grimpante. Il aurait rendu\nles tons d'or et de vert qui flambaient dans ses cheveux d'acajou, les harmo-\nnies de rose qui rendaient lumineux le fin corsage de mousseline et transpa-\nrente la chair des bras et des mains. Sous son pinceau réaliste, la petite\nloqueteuse aurait vécu, tout ébouriffée, présentant au peigne les broussailles\nde sa tignasse, dans son maintien craintif de morveuse qu'on récure, les bas\ntombés sur les talons, le visage boucané, les yeux gonflés de larmes et de ses\ngrosses lèvres, suçant un doigt boudiné et court. Et ce tableau aurait aussi\nmontré, dans l'obscur ruissellement des bitumes et des terres de sienne, les\nflèches de soleil poudrées d'or et le somptueux éclat des vieux chaudrons,\n allumant, sous leurs toiles d'araignée, les braises du cuivre rouge.\n    Certes, Mme d'Ardemont ne s'attendait pas à rencontrer Germaine chez la\nmère Fine. Elle en fut à la fois très surprise et très émue. Comment, c'était\ncette jolie Germaine, si élégante, qui besognait ainsi chez des miséreux! Elle\nqui passait, coquettement attifée, dans les sentiers campagnards et qui soule-\nvait à peine, sous ses jupes agiles, de blonds nuages de poussière, elle épouil-\nlait de pauvres gosses dans le fond empuanti d'un bouge! Mais bientôt\nl'acte de sublime charité toucha le cœur de la baronne. Elle comprit tout ce\nque supposait d'abnégation ce service obscur rendu à des enfants abandonnés.\nElle s'était souvent arrêtée à contempler Germaine agenouillée dans l'église\nde Fay-le-Montel, alors qu'une prière montait au bord de ses lèvres. Elle\nl'avait vue pieuse et assidue, courber son corps léger sur le prie-Dieu et jeter\nparmi la morne tristesse des pierres grises la note vive de sa beauté. Elle la\nsavait bonne et fidèle à ses devoirs religieux. Et voilà qu'aujourd'hui une\nautre Germaine se révélait, compatissante aux humbles et cachant son dévoue-\nment avec tant de soin qu'un hasard seul avait trahi sa présence en une maison\nque la baronne visitait cependant tous les jours.\n   Mme d'Ardemont fit un mouvement. Elle voulut aller vers Germaine. Celle-\nci s'était arrêtée, le peigne en l'air et, toute souriante :\n   « Oh ! madame, s'écria-t-elle, avec une naïveté délicieuse ; n'approchez\npas, je n'ai pas fini. »\n\n                                       VI\n\n    En marchant le long des hauts peupliers qui mènent à Froide-Etape,\n M me d'Ardemont songeait. Elle songeait à son fils revenu depuis une semaine.\nJacques était plus sombre et plus ennuyé que jamais. Il passait de longues\nheures dans des fauteuils, le front lourd de pensées mauvaises. Il lisait peu et\nseulement quelques revues dont les titres nouveaux faisaient à la baronne\nl'effet d'étiquettes collées à des vases élégants qui auraient contenu de sub-\ntils poisons. Elle qui ne fréquentait que d'honnêtes périodiques vêtus de\npapiers éteints, elle éprouvait une gêne morale devant ces couvertures\nenluminées, de jaune, de violet et de rouge.\n    Comme elle avait dépassé les maisons de Fay-le-Montel, un souffle câlin\ndispersa les dernières bandes de brouillard accrochées aux arbres. Le\n"}, {"page_pdf": 740, "page_imprimee": 605, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3563, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   605\n\ntemps était doux en cette prime automne qui lui ramenait son enfant que\nParis lui avait trop souvent arraché. Elle revoyait autour d'elle les champs,\nles prés et les bois que le gamin parcourait jadis. Et de même que les années\navaient disposé leur tissu nuageux sur des espoirs d'avenir, de même les\npremières brumes matinales enveloppaient, de leurs teintes mystérieuses, la\nnature où il avait vécu. Elle sentait qu'un accord de tristesse unissait son\nêtre douloureux aux symptômes d'un deuil prochain et universel. Et déjà il\ny avait des langueurs dans cette lumière qui baignait les saules d'argent au\nbord des ruisseaux. On surprenait la lassitude des feuilles qui triomphaient\nnaguère en pleine gloire de soleil, et la terre dépouillée de ses javelles mon-\ntrait sa chair mise à vif pour les farouches brûlures des gelées.\n   Elle songeait à cet enfant unique. Elle ramenait à lui ses affections et ses\nangoisses. Elle se souvenait de cette lointaine enfance, si jalousement sur-\nveillée par elle et par son mari ; de cette éducation faite sous ses yeux jusqu'à\nl'entrée au collège; de ces leçons où le père mettait sa rectitude de jugement,\nsa fermeté de principes et sa science profonde de la vie, où elle-même inter-\nvenait pour bercer cette âme toute blanche aux paroles de sa tendresse et\npour présenter à une intelligence déjà vive l'idée austère du devoir conduisant\nnos actions. Puis le collège avait ouvert ses portes. Jacques s'y était dès\nl'abord posé en travailleur. Les succès scolaires, sans se ralentir jamais,\nl'avaient conduit à de brillants examens et cette persévérance pouvait passer\npour méritoire, étant donné le caractère aident du jeune homme, son besoin\nd'activité et ses élans d'imagination.\n   Qu'il était gai et gentil, lorsqu'aux dernières vacances, avant d'entreprendre\nson droit, il remplissait du bruit de ses paroles et de ses projets la vaste soli-\ntude de Froide-Etape! Et quel joli garçon c'était que ce Jacques de 18 ans,\nsi distingué dans ses allures et si bien découplé! Brun comme son père, il\navait de grands yeux francs au milieu d'un clair visage et ce beau front des\nd'Ardemont qui semblait encore plus blanc sous les cheveux noirs.\n   Elle se rappelait encore les adieux au bas du perron, lorsque son fils était\nparti pour Paris et le dernier baiser du père qu'il ne devait plus revoir.\nM. d'Ardemont mourut, en effet, à quelques semaines de là, lui laissant, à\nelle seule, la responsabilité effroyable de faire de Jacques un homme.\n   Ce que furent ces premières années de Paris, ce qu'elles apportèrent de\ntristesses àson cœur maternel, ce qu'elles provoquèrent de larmes silencieuses,\nelle seule le savait et n'en gardait le souvenir au fond d'elle-même que pour\naccuser sa faiblesse et son inexpérience. Et cependant elle n'avait épargné\nni ses conseils, ni ses soins. Mais voilà, son Jacques lui échappait et si elle\nfaisait mine de s'immiscer dans sa conduite ou de pénétrer sa pensée, elle\nendurait de maussades paroles et s'exposait à des mois entiers d'oubli.\n Il assurait qu'il avait besoin de son indépendance. A un jeune homme\ncomme lui il fallait une entière liberté et, certes, il s'estimait assez raisonnable\n pour se conduire tout seul. Et puis vraiment s'il n'était pas libre maintenant\n quand donc le serait-il? La bonne Mme d'Ardemont s'inclinait devant ces\nraisons. Elle se résignait à l'isolement de Froide-Etape, afin de ne pas\n déranger, par sa présence à Paris, l'existence de Jacques. Mais alors quelle\n"}, {"page_pdf": 741, "page_imprimee": 606, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "606                               DURENDAL\n\n\nincessante torture elle éprouvait dans son bannissement ! On l'avait expulsée\nd'une vie qui lui appartenait de par tous les droits de la chair et de l'esprit;\net du fond de son exil elle assistait à la débâcle fatale.\n    Au malheur toujours récent d'avoir perdu son mari s'ajoutait cette certitude\ntrès nette que l'autorité paternelle aurait seule arrêté les incartades de son\nenfant. Elle n'avait pas la force de sévir ou de morigéner; et d'ailleurs la\ncrainte d'être complètement mise de côté l'empêchait peu à peu d'élever\nla voix.\n    Alors, n'ayant plus avec Jacques que de vagues rapports épistolaires,\nréduite à se contenter de quelques banales conversations, elle devinait tout\nle mal qui minait cette âme de jour en jour plus fermée. Elle pressentait les\nliaisons avec des gandins noceurs et fats; les abêtissantes débauches, les\nnuits vides et la déchéance morale qui guette le coureur de filles au sortir des\nébats. Et ce qui lui apparaissait aussi clairement, c'étaient les évolutions de\npensée, la pesée des idées modernes sur une cervelle malléable, la défor-\nmation intellectuelle due aux lectures et aux paroles des théoriciens les plus\naventureux. A des mots échappés, elle avait compris que Jacques ne prati-\nquait plus et qu'il tenait la religion pour un ramas de légendes édifiantes,\nmais destinées à fausser la raison des hommes. Elle souffrait de savoir son\n fils éloigné de Dieu et plein d'un mépris superbe pour les préceptes\nimmuables, grâce auxquels des \"générations de braves gens ont perpétué\nla race et la patrie. Qu'il ait abandonné ses devoirs de chrétien et qu'il ait\nversé dans les chimères que la raison et la science proposent au lieu de la foi\n et de la tradition, c'est ce qui, par-dessus tout, la bouleversait jusqu'au plus\nintime de son être. Elle n'admettait pas, dans la droiture de son esprit et dans\n la simplicité de son âme, que l'on pût transiger avec le devoir et, en parti-\n culier, avec le devoir religieux. Elle était une femme d'une merveilleuse\n énergie, qui avait toujours regardé la vie en face. Cet acte transitoire que\n nous accomplissons ici-bas en vivant, elle en rapportait la cause à la volonté\n de Dieu, qui nous a imposé les jours et les ans. Et, en dehors de cette volonté,\n rien pour elle n'existait qui valût la peine d'une capitulation ou même d'un\n accommodement. C'est pourquoi elle passait au milieu des difficultés,\n des contrariétés et des deuils, trouvant en sa foi robuste de quoi soutenir son\n sacrifice.\n    Comment, de cette mère qui portait la figure des fortes chrétiennes du\n XVIIe siècle, était-il sorti un fils libre penseur et rationaliste? Comment cette\n épouse d'un magistrat conservateur, ami des lois et défenseur de l'ordre\n établi, avait-elle donné le jour à un révolté, qui mettait en avant les progrès\n sociaux et qui prônait l'égalité des conditions? Elle se le demandait, la\n bonne Mme d'Ardemont et, tout bas, elle rejetait la faute des désordres de\n Jacques sur un siècle émancipé, plus épris des nouveautés que fidèle aux\n leçons de la coutume et de l'histoire. Et il fallait qu'il en fût ainsi, puis-\n qu'elle avait épuisé toutes les ressources de son amour et de sa sollicitude,\n sans parvenir à ramener son enfant dans la voie des bonnes doctrines.\n     Rêveuse, elle agitait d'obscurs problèmes. Des bandes d'oiseaux migrateurs\n s'abattaient avec des cris sur les peupliers frémissants. Ils remplissaient l'air\n"}, {"page_pdf": 742, "page_imprimee": 607, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   607\n\n\nde leur vacarme. Et quand ils s'étaient un instant reposés, ils s'envolaient de\nnouveau, ainsi que des nuées vagabondes, vers des régions inconnues. Où\nallaient-ils ces oiseaux, qu'on ne voit qu'à l'automne et qui naviguent sur le\nvent? Où portaient-ils le bruit de leurs ailes rapides qui déchirent dans le\nciel des étendards mystérieux?\n   Nous traversons aussi des espaces infinis. Les rafales nous poussent, nous\nenlèvent et nous font plonger. Nous allons au gré de nos désirs. Nous n'habi-\ntons aucun pays, mais nous sommes les visiteurs étonnés de contrées enchan-\nteresses, et rien n'est plus différent de nous que nous-même. Si bien que\nl'homme n'est pas l'homme, mais une réunion de personnages tapageurs et\ninquiets, qui se connaissent à peine et qui s'en vont, masqués, par des chemins\n sans fin.\n    Elle arriva devant la grille de Froide-Etape. Le château s'étendait au\nmilieu des bois. Il ressemblait à un vieux seigneur que l'on ne visite plus et\nqui s'ennuie dans son faste. Un d'Ardemont l'avait commencé sous Louis X I I I ,\nun autre l'acheva sous Louis XIV. Les briques évoquaient l'époque des\nmousquetaires et les mansardes à œils-de-bœuf le règne assommant des per-\nruques. Il était serré, tout rose et tout gris, entre des arbres sombres qui s'ar-\nrondissaient ainsi que des coupoles.\n    Puis, comme elle traversait, sur les minces ponts de bois, les douves qui\n s'endorment aux pieds du portail, le souvenir de Germaine l'assaillit d'une\nfaçon étrange. Il lui sembla que la jeune fille apparue tout à l'heure chez la\n Fine marchait à ses côtés. Elle revit ses gestes harmonieux et le charme de\nson joli visage. Elle entendit sa voix qui riait. Elle l'imagina dans cette cour\noù elle entrait. Faraud, le chien de garde, sortit de sa niche traînant derrière\nlui une longue chaîne qui sonnait sur le gravier et mêlant ses abois et ses\ngambades. Elle fut sur le point de se retourner pour rassurer Germaine,\n qu'elle croyait effectivement là.\n    Toute seule, cependant, elle pénétra dans le château désert; mais elle se\n disait que si elle avait eu une fille, elle ne l'aurait souhaitée ni plus belle, ni\n plus gracieuse, ni meilleure que Mlle Milleret.\n\n                                                           HENRI D'HENNEZEL.\n   (A continuer.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-007", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 608, "page_fin": 608, "titre_corps": "C’est l’heure", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marie Dauguet", "ancre_debut": "C'est l'heure C'est l'heure où la vitre étincel", "ancre_fin": "Au nez du compère Isengrin", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Sainte Sabine", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 743, "page_imprimee": 608, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 963, "texte": "C'est l'heure\n       C'est l'heure où la vitre étincel\n       Des anciens logis que tavèle\n       L'automne aux soirs diluviés.\n\n       Sous la brume qui s'amoncelle\n       La ligne des toits bas chancelle,\n       Se perd en contours déviés.\n\n       C'est l'heure où, des cendres, explose,\n       Effleurant les murailles roses,\n       L a tiède chanson des tisons ;\n\n       Où derrière l'épaisse taque,\n       Inlassable, b r u i t et craque\n       Le refrain maigre des grillons.\n\n       C'est l'heure où tourne la fillette\n       Avec un branle de musette\n       P a r les cbamps où renaît Avril.\n\n       Où près du lit d'indienne mauve\n       L'aïeule répète la fiauve\n       De Chanteclair et du Goupil,\n\n       (Tandis que vendu par ses frères,\n       Joseph indéfiniment erre\n       Sur les pentes du baldaquin)\n\n       L a fable de Dame Hermeline\n       Qui mangeait si bien les gallines\n       Au nez du compère Isengrin.\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-008", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 608, "page_fin": 609, "titre_corps": "Sainte-Sabine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marie Dauguet", "ancre_debut": "Sainte Sabine Beaux lys qui vous dressiez", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 743, "page_imprimee": 608, "debut_caractere": 963, "fin_caractere_exclue": 1164, "texte": "Sainte Sabine\nBeaux lys qui vous dressiez parmi les reliquaires,\nLes chandeliers d'or fin et les orfèvreries,\nDont montaient les parfums, telles des hymnes claires,\n      Aux pieds de la Vierge Marie,\n"}, {"page_pdf": 744, "page_imprimee": 609, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1165, "texte": "                           SAINTE-SABINE                               609\n\n\n      J e me souviens de vous; de ces vapeurs d'encens\n      Qui bleuissaient les parvis de Sainte-Sabine\n      Sur l'Aventin, de leurs volutes opalines,\n             Au long des murs blancs s'amassant;\n\n      De mon cœur qui soudain s'abandonne et s ' e n t r o u v r e ,\n      P a r cet entour divin tendrement exalté ;\n      Comme en la paix tombant du feuillage des rouvres,\n      Oubliant la vie dure et son aridité.\n\n      J e me souviens aussi de vous, Vierge un peu mièvre,\n             Que peignit Sassoferrato,\n      Du sourire enfantin qui pare votre lèvre.\n             Des plis flous de votre manteau.\n\n      E t p a r l'effort de vivre ardemment abusé,\n      J e me souviens encor, éphémère passant,\n      Au seuil des cloîtres doux, comme emparadisés,\n      Du moine m'accueillant d'un air compatissant ;\n\n             Du grand silence rituel,\n      Où l'orgeuil de vouloir intensément abdique,\n      E t d'avoir pu goûter à ce rayon de miel :\n             La solitude monastique.\n\n                                                      MARIE    DAUGUET.\nRome, 20 mai 1900.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-009", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 610, "page_fin": 615, "titre_corps": "Fra Angelico", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jozef Janssens", "ancre_debut": "Fra Angelico Suite et fin VERS la fin de son règne", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 745, "page_imprimee": 610, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "Fra Angelico\n                                 (Suite et fin)\n\n\n\n                VERS la fin de son règne, Eugène IV appela à Rome le grand\n                     et saint artiste dont il avait tant admiré les œuvres à\n                     Florence, lors du séjour prolongé qu'il y fit durant le\n                     concile. Le couvent de Saint-Marc lui était resté bien\n                     cher. Il avait aidé à le fonder et il y connaissait trois\n                     hommes auxquels il voulut, avant de mourir, rendre un\n                     suprême et magnifique hommage. Le saint prieur Antonin\n                     fut nommé archevêque de Florence, le savant Thomas de\n                     Sarzane reçut le chapeau de cardinal et le grand artiste\nchrétien Fra Angelico fut appelé à peindre au Vatican. Jamais peut-être les\npapes ne rendirent à l'art un hommage plus significatif et plus conforme à\nleur mission.\n   Les fresques de la chapelle du Saint-Sacrement, commencées du vivant\nd'Eugène IV, ne furent achevées que sous Nicolas V, son successeur. Celui-ci\nn'était autre que Thomas de Sarzane, à peine nommé cardinal. Pour Fra\nGiovanni ce fut une grande joie que de pouvoir, dans ces conditions réelle-\nment extraordinaires, cohabiter avec son ancien confrère de San Marco, au-\nquel l'attachait une étroite amitié.\n   Cette chapelle du Sacrement doit avoir été bien belle. Les peintures repré-\nsentaient des scènes de la vie du Christ. Vasari en vit encore quelques frag-\nments échappés à sa destruction qui eut lieu sous le pontificat de Paul III.\nOn y admirait, entre autres portraits de grands hommes, ceux de Nicolas V\net de l'empereur Frédéric I I I .\n   Aucun ami de l'art ne pourra pardonner aux savants vandales du\nXVIesiècle d'avoir si peu respecté l'une des œuvres les plus intéressantes du\nsiècle précédent au double point de vue artistique et historique. La chapelle\ndu Saint-Sacrement fut démolie pour faire place à un escalier et on a dit que\nc'est par cet escalier que l'art pieux méconnu en haut lieu quitta le Vatican.\nC'est une exagération. Il en reste assez pour nous réjouir.\n   Après l'achèvement de la chapelle du Saint-Sacrement, Nicolas V voulut\nque Fra Angelico peignît l'appartement qui lui servait de chambre de travail\net de chapelle privée, son studio, comme l'appelle Müntz dans son livre L'Art\n"}, {"page_pdf": 748, "page_imprimee": 611, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3320, "texte": "                                FRA   ANGELICO                               6ll\n\n\nà la cour des Papes, et connu actuellement sous le nom de chapelle de\nNicolas V.\n   Fidèle aux exemples d'éclectisme de son prédécesseur, le grand pape con-\ntinua sa faveur aux deux artistes qu'Eugène IV avait appelés à Rome pour la\ndécoration de l'église de Saint-Jean de Latran : Gentile da Fabriano et Vittore\nPisano. Pour les peintures du Vatican, en même temps qu'il y retint son ami\nFra Giovanni, le peintre mystique, il fit venir un maître ombrien très\nconnu déjà, Pierro della Francesca, naturaliste, novateur et chercheur infati-\ngable. Il lui fit peindre des sujets historiques dans une des stanze, peintures\nqui firent place sous Jules II aux fresques de Raphaël : le miracle de Bolsena\net la délivrance de saint Pierre.\n   Fra Giovanni avait probablement déjà mis la main à l'œuvre ou tout au\nmoins préparait-on déjà les trois murs qu'il allait bientôt revêtir d'une série\nd'immortels chefs-d'œuvre, lorsque par l'intermédiaire de Don Francesco\nBarone de Pérouse, moine bénédictin et célèbre peintre verrier, il fut mis en\nrapport avec le Conseil de fabrique du Dôme d'Orvieto pour la peinture de\nla grande chapelle de la madone de Saint-Brizio.\n   Supino publie un document de cette époque disant : « Considérant que la\nchapelle neuve en face de celle du Corporal est encore toute vide et non\npeinte, il faut la faire décorer par un bon et célèbre maître : le religieux\ndominicain qui a peint et qui peint la chapelle pour le Saint-Père dans le\npalais de Saint-Pierre à Rome et c'est le plus célèbre de tous les peintres\nd'Italie. »\n   Fra Angelico accepta les offres qu'on lui fit à condition qu'il ne travaillerait\nà Orvieto qu'au fort de l'été, en juin, juillet et août. Il s'associa trois aides\npour ce travail : Benozzo de Lese ou Benozzo Gozzoli, Giovanni d'Antonio\nde Florence et Jacomo di Poli. Avec eux il acheva durant l'été de 1447 deux\ngrands compartiments de la voûte en croix, dont l'un représente le groupe\ndes prophètes. Prophetarum laudabilis numerus, ainsi qu'il y est inscrit, compte\nparmi les œuvres les plus parfaites du maître. Cette fresque admirablement\nconservée est très pure de dessin, la couleur est lumineuse et puissante. A côté\nd'elle, la tonalité des fresques de Signorelli qui recouvrent les murs paraît\npresque noire. Jamais Fra Angelico n'a rassemblé dans une même compo-\nsition un aussi grand nombre de belles têtes d'hommes de types aussi divers\net caractérisant aussi bien les personnages représentés. Les figures de David\nde Daniel et de Jérémie restent gravées dans la mémoire du spectateur.\n   L'autre panneau représentant le Juge suprême entouré d'anges est inférieur\nau premier. Les groupes d'anges paraissent un peu raides et entassés. On dit\nque Fra Giovanni se contenta de faire la composition et que ses élèves la pei-\ngnirent.\n   Ici le Christ se tourne du côté des maudits. Son attitude est certainement\ngrandiose et ressemble beaucoup à celle que Michel-Ange traça plus tard\ndans la chapelle Sixtine avec plus de science et de puissance, mais déci-\ndément Fra Giovanni n'aimait pas à représenter le Christ condamnant\nau feu éternel. Son âme conserva toujours une candeur presque enfantine et\nchaque fois qu'il fallait mettre le Sauveur en contact avec l'enfer il regimbait.\n"}, {"page_pdf": 749, "page_imprimee": 612, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "6l2                               DURENDAL\n\n\n Il rappelle cet aimable enfant, qui, chaque fois que sa mère lui faisait prier\nle Credo et en arrivait à l'article est descendu aux enfers, tournait sa blonde tête\nd'un air suppliant et disait : « Non, pas cela, maman! »\n    Après avoir terminé ses deux panneaux, Fra Angelico ne peignit plus à\n Orvieto malgré tout ce qu'on mit en œuvre pour lui faire terminer le travail\ncommencé. Sentait-il déjà quelque peu le poids de l'âge et voulait-il réserver\ntoutes ses forces pour terminer dignement les travaux que Nicolas V\nvenait de lui confier; ou bien la représentation du Jugement dernier, telle qu'il\naurait fallu la traiter sur les grands murs de cette chapelle, lui semblait-elle\ndépasser les moyens dont il disposait? Le nu allait forcément jouer un grand\nrôle dans les scènes de la résurrection des corps et dans les groupes de\ndamnés. Ses études n'étaient pas dirigées de ce côté et sa délicatesse d'âme\ny répugnait certainement. Quoi qu'il en soit, nous ne devons pas trop\nregretter que cette fois Fra Angelico faillit à ses engagements. Il avait donné\ntoute la mesure de son inspiration vraiment céleste par la représentation des\nélus et des anges dans la célèbre composition du Jugement dernier, qu'il\navait peinte en petite dimension et dont nous avons parlé plus haut. Il ne\npouvait pas aller au delà et ce beau rêve ne pouvait que perdre à être trans-\nposé pour la fresque. Peinte en grand et sur mur, cette scène eût été moins\nsuggestive.\n    L'abstention de Fra Angelico nous a valu du reste les puissants chefs-\nd'œuvre de Luca Signorelli.\n   Fra Giovanni retourna donc à Rome et n'y interrompit ses travaux que\npour un temps relativement court. Lors de l'année jubilaire 1450, en janvier,\nnous le trouvons au couvent d'Orvieto dont il était élu prieur. Il y a des rai-\nsons pour croire qu'il s'y trouvait aussi en 1452. A cette époque, en effet,\nl'archevêque de Florence, Saint Antonin, lui écrit à Orvieto pour lui deman-\nder au nom des administrateurs de la commune de Prato, ville très voisine de\nFlorence, de vouloir décorer de fresques la chapelle majeure de leur église.\nFra Angelico ne crut pas pouvoir accepter cette offre et l'ouvrage fut confié\nà Fra Filippo Lippi, alors très en vogue et très soutenu par les Médicis.\n    Revenu au Vatican, il y reprit son œuvre chérie, les peintures de\nla chapelle de Nicolas V. Jusqu'à sa mort, survenue en 1455, alors qu'il\navait accompli sa 68e année, il y vécut en constante intimité avec le Pape,\nqui ne consentit plus à le laisser s'éloigner. Nicolas V avait également appelé\nprès de lui deux chartreux pieux et érudits qu'il avait connus à Florence,\net c'est par la société de ces amis dévoués qu'il tâchait de se consoler des\namertumes du pouvoir qui ne lui furent pas épargnées dans les dernières\nannées de son règne. Lors du jubilé de 1450, où le Pape avait eu la conso-\nlation de voir affluer des foules extraordinaires de pèlerins du monde entier,\n un grand malheur, qui coûta la vie à plusieurs centaines d'hommes, se pro-\n duisit sur le pont Saint-Ange, trop étroit pour laisser passer les deux cou-\n rants qui allaient à Saint-Pierre et en revenaient. Cette catastrophe coïnci-\n dant, pour ainsi dire, avec la mort subite de la mère octogénaire du pieux\n Pontife, fut une bien rude épreuve. Les sommes importantes que le Pape\n aurait voulu consacrer à l'embellissement et au relèvement des ruines de la\n"}, {"page_pdf": 750, "page_imprimee": 613, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3199, "texte": "                               FRA   ANGELICO                               613\n\n\nville éternelle, si rudement éprouvée au siècle passé, durent être toutes\naffectées à l'armement des troupes que, de concert avec les princes chrétiens,\nil envoya combattre les Turcs, menaçant alors d'envahir l'Europe de plusieurs\ncôtés à la fois.\n   Alors déjà le concert des puissances était plutôt une conception idéale\nqu'une réalité, et, malgré toutes les démarches d'habiles délégués, entre autres\ndu fameux AEneas-Sylvius Piccolomini, qui devint pape lui-même sous le\nnom de Pie I I , c'est à peine si le Pontife parvint à grouper quelques\nbonnes volontés. La prise de Constantinople par les Turcs lui sembla une\ntache et une honte pour son règne, et depuis lors il ne connut plus une heure\nde joie.\n    Lorsque les troupes chrétiennes, commandées par Huniade et Jean\nCapistran, lavèrent l'injure de Constantinople par la glorieuse victoire de\nBelgrade, Nicolas V était mort depuis une année. Il avait suivi de quelques\nsemaines son ami Fra Giovanni dans la tombe, et l'épitaphe qu'il rédigea\npour le tombeau de son ami le pieux peintre furent les dernières lignes qu'il\ntraça.\n    Le sujet des peintures de la chapelle est bien en harmonie avec les senti-\nments éprouvés alors par le Pape et son entourage. C'est l'histoire des deux\ndiacres martyrs de la primitive Eglise, saint Etienne et saint Laurent, toujours\nassociés dans le souvenir des chrétiens depuis qu'un même tombeau réunit\nleurs cendres dans la basilique de Saint-Laurent hors les murs. Tous ceux\nqui ont visité le Vatican connaissent la petite porte conduisant de la grande\nsalle de la Victoire de Constantin, dans une chapelle de modestes propor-\ntions et où une lumière discrète éclaire cette série de belles compositions,\nqu'au déclin de sa vie, mais encore dans la pleine vigueur de son talent,\nle maître de la peinture sacrée y traça. Ces pages émues et éloquentes furent\nen quelque sorte son testament artistique. Tout ce qu'il avait acquis d'expé-\nrience et réalisé de progrès au point de vue technique, tout ce que son noble\ncœur avait éprouvé de sentiments profonds, pieux et tendres se trouve\nrésumé là.\n   Voici comment Supino décrit en quelques lignes la disposition de ces\npeintures :\n      La chapelle où sont conservées les précieuses peintures de Fra Angelico\npeut être regardée comme l'un des monuments les plus remarquables, véri-\ntable sanctuaire de l'art. En deux rangées et sur trois murailles, l'artiste a\nreprésenté la Vocation, l'Apostolat et le Martyre de saint Etienne et de saint\nLaurent; d'abord saint Pierre confère le diaconat à saint Etienne, puis le\nsaint distribue les aumônes; sur la seconde muraille, sa prédication et sa\njustification devant le Grand Conseil; sur la troisième, le saint est traîné au\nsupplice. Au-dessous : la consécration de saint Laurent ; le Pape remet à son\ndiacre les trésors de l'Eglise; la distribution des aumônes aux pauvres et aux\nestropiés; sa mise en prison et la conversion du geôlier; enfin, le saint livré\nau feu.\n    » Le dessin de ces peintures a de la franchise et de la sûreté, mais il reste\ndans le caractère habituel de l'artiste; l'exécution en est mieux finie et plus\n"}, {"page_pdf": 751, "page_imprimee": 614, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3353, "texte": "614                                DURENDAL\n\n\négale. Moins réaliste que Masaccio, Angelico atteint le vrai en donnant aux\nformes plus de grâce et aux personnages plus de douceur dans l'expression ;\nmais jamais peintre n'a retrouvé le sentiment qu'il a répandu dans ces créa-\ntions; il se trouve exprimé là d'une façon admirable, comme il ne l'a été à un\négal degré dans aucune autre de ses productions. »\n   Tous les auteurs qui ont écrit sur Fra Angelico s'accordent pour décerner\ndes éloges très sentis à cette œuvre ultime, et j'ai cité ce qu'en dit Supino,\nparce que son ouvrage est un des derniers parus et semble résumer assez bien\nles appréciations des écrivains venus avant lui.\n   Tout est beau dans cette chapelle, et il est difficile d'en détacher quelque\nmorceau pour l'exalter au détriment du reste. Néanmoins, l'admiration va\ntoujours ainsi que dans la contemplation d'un beau panorama à quelque\nsommet ou à quelque silhouette plus caractéristique. Ici, c'est bien, me\nsemble-t-il, saint Laurent distribuant les aumônes aux pauvres qui retiendra\nle plus longtemps les regards. Tout est ici d'une vérité de rendu et d'une\nsimplicité de moyen qu'on ne retrouve que bien rarement. Les physionomies\nrelèvent une profonde étude des types et des caractères, et l'aisance des atti-\ntudes relèvent un maître de toute première force.\n    Le groupe des femmes assises à terre, pour écouter l'exhortation de saint\nEtienne, n'est certainement pas inférieur, comme naturel dans les poses et\ncomme sentiment du beau dans la ligne et dans la couleur. Il semble môme\nsurpasser tout ce que le maître créa de plus séduisant. Et quelle pureté d'in-\ntention dans tous ces regards! et comme elles semblent avidement boire les\nenseignements divins sans aucune autre préoccupation !\n    Saint Laurent, sacré diacre, est aussi de tous points admirable. Et que\ndire de cette figure expressive qui attire d'emblée le regard dans le panneau\noù saint Laurent est jeté en prison ! C'est celle d'un homme jeune\n encore qui, en entendant les nobles réponses de saint Laurent à l'empereur\n Decius, se détourne et jette vers le Ciel un regard où se lit si bien l'effet de la\n grâce. Jamais on ne peignit d'une manière aussi tangible le moment psycho-\n logique de la conversion. C'est absolument frappant.\n    Les peintures de la voûte, où sont représentés les Evangélistes sur un fond\n de lapis lazuli constellé d'or, sont pleines de style et de noblesse, et les\n figures isolées des docteurs de l'Eglise étagées dans l'encadrement des\n tableaux vaudraient chacune une description spéciale. Où trouver, par\n exemple, une figure isolée plus expressive, mieux pondérée et plus savam-\n ment dessinée que le saint Bonaventure, le livre ouvert entre les mains et les\n yeux si profonds, si pensifs!\n    Mais on se perdrait à vouloir tout décrire : il faut voir et se laisser longue-\n ment imprégner. En sortant de ce sanctuaire et en repassant devant les\n immortelles fresques du divin Raphaël, on est tout étonné de trouver tant de\n convention, tant de poses uniquement pittoresques, mais manquant d'inten-\n tion, et on se prend à douter si la pompeuse beauté de cet art-ci vaut bien le\n  charme intime de celui-là.\n    On ne sait rien de la mort de Fra Angelico, si ce n'est qu'il s'éteignit dou-\n  cement à Rome et qu'on l'ensevelit dans le couvent dominicain de la Minerve.\n"}, {"page_pdf": 754, "page_imprimee": 615, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": "                                  FRA ANGELICO                                      6I5\n\n\nDe nos jours encore, on y voit sa pierre tombale, où se trouve gravée son\nimage avec l'inscription latine composée par Nicolas V, comme nous l'avons\ndit, et où se reflète l'humilité et le désintéressement du défunt, et dont voici\nla traduction :\n                          Ici repose le vénérable peintre frère\n                      Jean de Florence de l'ordre des Prêcheurs\n                                          1455.\n  Ne me louez pas d'avoir été comme un second Apelle. Mon seul titre, ô Christ, est\n    d'avoir donné aux tiens tout ce que je gagnai. Ainsi la terre gagne une partie de mes\n    œuvres; les autres sont au Ciel. Jean fut mon nom. La ville, fleur de l'Etrurie,\n    fut ma patrie.\n\n   J'ai parlé, au début de cette étude, de la touchante unanimité d'admi-\nration des amis de l'art et des écrivains de toutes les époques groupés autour\nde ce nom béni. Ceux qui semblent en penser le moins de bien se contentent\nde dire : c'était un charmant rêveur, naïf, candide, mais pas profond. Si par\nprofondeur on entend la puissance à sonder bien avant les misères et les\nvices de l'humanité et à remuer les passions troublantes qui l'agitent, ces\ncritiques peuvent avoir raison, mais Fra Angelico rachète bien en hauteur\net en élévation ce qu'il n'a pas su ou pas voulu chercher dans les abîmes.\nToujours ses regards sont dirigés vers le Ciel et il les y a fait pénétrer plus\nprofondément qu'aucun autre artiste. Ce n'est pas en vain que la postérité l'a\nappelé bienheureux et angélique. Il méritait le nom d'Angelico pour avoir\ntrouvé, en représentant les anges, cette forme pittoresque, la moins maté-\nrielle possible, où les grâces de l'enfance, la beauté de la jeunesse et la\nsagesse d'un âge plus avancé semblent se confondre, dans des êtres auxquels\non ne saurait attribuer ni un âge ni un sexe déterminé, mais il le méritait\nencore plus pour avoir lui-même tout regardé et tout admiré dans la\nnature, comme le ferait un ange, avec une pleine science, mais sans aucun\nappétit sensuel. Cette vision artistique spéciale ne manque aucunement de\nprofondeur; il serait plus juste de dire qu'elle ne connaît pas de bassesse.\nSon élévation ne lui vient pas uniquement d'un effort terrestre et passager,\nil faut y reconnaître la force d'attraction de la Beauté essentielle et éternelle.\n\n                                                                JOZEF JANSSENS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-010", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 616, "page_fin": 618, "titre_corps": "Chronique artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. L.", "ancre_debut": "Chronique Artistique Exposition d'Art Ancien Bruxellois", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 755, "page_imprimee": 616, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "Chronique Artistique\n       Exposition d'Art Ancien Bruxellois au Cercle Artistique\n\n       L'EXPOSITION              organisée par le Cercle Artistique groupait des\n                       tapisseries merveilleuses.\n                         Cette exposition n'a pas obtenu tout le succès qu'escomp-\n                     taient ses promoteurs. Elle ne s'adressait pas, évidemment,\n                     à la masse du public, mais à une élite de connaisseurs.\n                         Les collections de sculptures sur bois, de dinanderies,\n                     de céramiques annexées aux tapisseries, n'avaient d'autre\n                     intérêt que de meubler agréablement les salles et d'en varier\n                      l'aspect. Elles étaient trop incomplètes et réunies au hasard\npour attirer les spécialistes dans un but d'étude et de comparaison.\n   Les amateurs connaissaient de longue date les belles tapisseries prêtées au\nCercles par les Musées Royaux de l'Etat Belge, qui n'avaient fait que changer\ntemporairement de local d'exhibition.\n   Ils n'ont pas retrouvé, parmi les pièces recrutées ailleurs, un ensemble aussi\nprestigieux que celui réalisé à Paris, en 1900, par le gouvernement espagnol\ndans son pavillon de la rue des Nations.\n   La beauté de cette exposition précieuse a donc été méconnue par la foule et\ndiscutée par les initiés qui s'accordèrent seulement dans l'admiration unanime\nde cinq ou six tapisseries tout à fait incomparables et d'indéniable splendeur.\n   Il ne faut pas s'étonner dès lors que le total des entrées, malgré la situation\nsi centrale du Cercle, ait été minime. Le local, un peu exigu et manquant de\ncette ampleur qui eût été proportionnée à l'effet décoratif des tapisseries,\nn'offrait pas le recul voulu pour l'effet complet de ces grandes fresques de\nlaine, de soie et d'or tissées par nos anciens artisans de haute lisse d'après les\ncartons de nos meilleurs peintres. Le soin, le goût, le raffinement des organi-\nsateurs, le luxe des éléments décoratifs ne pouvaient remédier à cela. La tran-\nquillité apaisée de ces salles peuplées de belles choses adoucies par la patine\ndes ans n'en était pas moins d'un charme très grand. Il était doux d'y flâner,\nles yeux flattés par les aspects exquis de chaque paroi, de chaque enfilade de\nsalonnets. Le cadre était suggestif de rêveries et d'enthousiasmes!\n\n\n  Exposition     Rétrospective de l'Art Belge au Cinquantenaire\n\n   L'Exposition Rétrospective de l'Art Belge est un hommage éclatant rendu\nà l'Ecole. C'est une sélection d'oeuvres ayant toutes une valeur esthétique.\nIl n'y faut pas réclamer une compilation complète, historique ou documentaire.\n   Les organisateurs n'ont pas cherché à représenter les nombreux peintres ou\n"}, {"page_pdf": 756, "page_imprimee": 617, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3269, "texte": "                          CHRONIQUE ARTISTIQUE                               617\n\n\nsculpteurs qui durent à des circonstances accessoires une heure d'influence\nou de notoriété et dont, à cette heure, l'œuvre n'offre plus le moindre intérêt\nplastique. Ils n'ont voulu réunir que des ouvrages parés de quelque beauté\nde style, d'interprétation, de l'orme, de couleur, de métier...\n   La Rétrospective constitue en réalité le complément formidable — et mal-\nheureusement éphémère — des collections modernes formées par l'Etat ou les\nédilités des grandes communes à Bruxelles et dans les principales cités\nprovinciales.\n   Des maîtres les plus éminents, il a été groupé des séries considérables\nd'oeuvres. Henry Leys, Alfred Stevens, Alfred Verwée, Henri de Braekeleer,\nLiévin De Winne, Paul De Vigne, Constantin Meunier. Les autres, selon\nleur importance et l'idée que nous nous faisons actuellement de leur rôle et\nde leur mérite sont représentés par des contingents proportionnels.\n   La peinture belge doit, avant toute autre préoccupation, s'affranchir des\ninfluences étrangères, du classicisme d'origine italienne amené de France par\nLouis David et qui trouva chez nous, en François Navez, son principal pro-\ntagoniste.\n   Depuis le moment où nos artistes, en remontant aux sources originelles de\nl'Art flamand, redemandèrent aux maîtres primitifs de Bruges, aux maîtres\nrenaissants d'Anvers, les traditions fécondes de leur art, tous, malgré les diffé-\nrences profondes de leurs personnalités, s'apparentèrent entre eux par le sens\nde leur vision coloriste, la saveur et l'opulence de leurs harmonies soutenues.\n   Les recherches sont divergentes, les personnalités nettement originales se\nprécisent. Un air de famille, une compréhension analogue, une semblable\nsanté de vision s'affirment néanmoins. C'est la même préoccupation des\naspects purement externes, l'examen exclusif de la surface des choses, une\nnégligence de l'intellectualité, de la pensée, sacrifiées au pittoresque de la\ncouleur, à la saveur du morceau d'exécution. Peinture admirable dont les yeux\nsont caressés voluptueusement, mais devant laquelle la cérébralité ne s'émeut\npas, qui ne remue aucune idée.\n   Quelques exceptions évidemment font contraste violent avec la masse de\nnos artistes.\n   C'est Antoine Wiertz, croyant ressusciter Rubens et son école et peignant\ndes compositions fougueuses où le génie de l'artiste s'effrondre et révèle seule-\nment l'absence de talent du peintre. C'est Charles Degroux, penché sur les\nmisères et les tares des humbles ; c'est Félicien Rops, suggestif et nerveux\nillustrateur d'imaginations curieuses où la préoccupation sexuelle obsédante\nfinit par monotoniser son rare et précis tempérament.\n   C'est Constantin Meunier, peintre dénué de dons plastiques, sculpteur\nfruste et incomplet, mais interprète pathétique de la pitié généreuse et de la\nsolidarité humaine. Les autres, les deux Stevens, Verwée, Leys, de Braekeleer,\nLouis Dubois, Agneessens, Artan, Boulenger, ne sont que peintres, mais ils le\nsont extrêmement, exclusivement et comme peut-être, sauf Vermeer de Delft,\non ne le fut jamais ici ni ailleurs.\n   Et cette qualité primordiale qui va jusqu'à l'atrophie de toute autre préoc-\ncupation suffit à faire de ces artistes des maîtres complets.\n"}, {"page_pdf": 757, "page_imprimee": 618, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3532, "texte": "618                                DURENDAL\n\n\n   Alfred Stevens, Alfred Verwée personnifient l'aboutissement de cette beauté\ntechnique, la joie de la couleur délicieuse et de l'exécution souple : impossible\nd'aller plus loin, avec plus de largeur et de brio, dans cette voie simple. Et,\ncomme M. Jourdain faisait de la prose, ces deux peintres ont chanté tout le\npoème réaliste et sain de la féminité et de la nature contemporaines, variations\ninfinies et modulations recommencées sans monotonie.\n   L'exposition a remis en lumière aussi des artistes qui ne furent jamais dis-\ncutés et dont les œuvres maîtresses reparaissent avec tout leur prestige\nd'antan, les fameuses Têtes Coupées de Louis Gallait comme les probes et\nsavants paysages de Joseph Coosemans, les portraits de Liévin De Winne, de\nSacré, de Van Camp, de Cluysenaer, les paysages d'Alfred de Knyft, d'Henri\nVan der Hecht et de Théodore Verstraete, les tableaux de Madou et de Willems,\nles marines de Clays, les vues du Dauphiné et les moulins en Campine de\nFourmois. Même Navez et Simoneau y revivent en quelques portraits véné-\nrables, tandis qu'ailleurs les plus récents et les plus novateurs d'entre les jeunes\nmorts, Evenepoel, Paul Blieck, Hannotiau, marquent leur place dans l'école.\n   Et c'est aussi des noms moins notoires réimposés à l'attention oublieuse et\ndistraite, les deux Linnig, Louis Crépin, Egide Léemans, peintres habiles,\nsonores ou délicats, dont la vogue ne manquera pas, quelque jour, de faire\nrechercher les œuvres.\n   A la sculpture c'est, avec Constantin Meunier, les séries d'oeuvres de Paul\nDe Vigne, amoureux de la ligne élégante et du style pur, de Julien Dillens,\nimprovisateur et décorateur fécond, le rappel de Gaston Marchant, mort si\njeune, laissant si peu d'ouvrages, puis, depuis Godecharle et Kessels, les Geefs,\nSimonis, Fraikin, les Bourré, une pléiade de statuaires annonçant l'éclosion\nde la grande école contemporaine dont la plupart des maîtres, heureusement,\nne peuvent être représentés en une rétrospective.\n   C'est aussi une série de médailles appréciées, des gravures, des eaux-fortes,\npuis, en place des plans, coupes et élévations qui rendent habituellement si\nrebutames les sections d'architecture, un choix d'excellentes photographies\nreproduisant les aspects des principaux édifices érigés en Belgique depuis 1830.\nCette glorification de nos meilleurs architectes intéresse même les profanes\net popularise des noms trop peu connus. Elle donne une animation, une vie\nréelle à des travaux très spéciaux.\n   La disposition du Monument au Travail, œuvre de M. l'architecte Acker,\nprésente de la façon la plus harmonieuse et la plus habile les diverses inven-\ntions statuaires que Constantin Meunier voulait voir réunies sous ce titre. Il\nsemble que ce simulacre réclame impérieusement une exécution définitive.\n   On s'est accordé à louer l'excellente disposition du local de l'exposition,\nses proportions parfaites, le soin de la décoration architecturale. M. Théo\nSerrure, architecte des Batîments Civils, en le réalisant pour une durée éphé-\nmère, a préparé à tous ceux qui, plus tard, auront à dresser les plans de\nsemblable construction, un modèle définitif et parfait. La Société des Beaux-\nArts a prodigué avec un goût discret et sûr les éléments meublants, les plantes\net les fleurs et donné à l'ensemble cette atmosphère heureuse qui fait que l'on\ns'attarde en ces séduisantes galeries peuplées de chefs-d'œuvre et qu'on y\nrevient.                                                                    P. L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-011", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 619, "page_fin": 624, "titre_corps": "J.-S. Bach, le musicien-poète, par Albert Schweitzer", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "J.-S. Bach, le musicien=poète par Albert Schweitzer", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 758, "page_imprimee": 619, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "J.-S. Bach, le musicien=poète\n                         par Albert Schweitzer (1)\n\n\n                Voici une des études les plus complètes et les plus appro-\n                   fondies qu'on ait jusqu'ici écrite sur Bach. Ce qui fait\n                   la valeur de ce livre, ce n'est pas seulement l'abondance\n                   et la sûreté de la documentation, c'est encore la largeur\n                   de la critique, l'élévation des points de vue où se place\n                   l'auteur et surtout un don merveilleux d'intuition poétique\n                   qui lui permet de préciser les significations esthétiques\n                   de l'œuvre de Bach, de marquer ce qui en constitue la\n                    force intime, la vie essentielle et symbolique.\n   Dans une intéressante préface, l'éminent organiste Widor raconte comment\nAlbert Schweitzer fut amené à écrire ce livre, comment l'étude, ayant primi-\ntivement pour objet les chorals de Bach, prit insensiblement plus d'ampleur,\nplus d'étendue et finit par embrasser l'œuvre entière du maître d'Eisenach.\n   Albert Schweitzer n'est pas seulement un savant musicologue et un remar-\nquable organiste. Docteur en philosophie et maître de conférences à la\nFaculté de théologie de Strasbourg, il a publié un livre très apprécié sur\nKant. Accoutumé de par ses tendances d'esprit et ses occupations universi-\ntaires à explorer les domaines les plus élevés de la pensée, il devait mieux\nque tout autre pénétrer le véritable sens de l'œuvre de Bach, qui se rattache\npar des rapports si étroits et si directs avec l'écriture sacrée, sa principale et\nplus haute source d'inspiration. Mieux que tout autre, il devait expliquer ce\nqui fait de l'œuvre de Bach un monument d'art éternel; comment, par delà\nla beauté musicale proprement dite et au-dessus d'elle, s'y découvre une\nincroyable puissance d'expression poétique et descriptive, où resplendit\ncomme la synthèse de tous les arts.\n   Il n'entre point dans notre intention de résumer ici l'ouvrage d'Albert\nSchweitzer. Vouloir condenser en quelques lignes, voire même en quelques\npages, la matière d'un livre aussi riche d'idées et de vues nouvelles sur Bach,\nce serait tenter une œuvre vaine. Nous voudrions simplement indiquer\nsommairement le plan de l'ouvrage et en signaler certaines considérations\nparticulièrement intéressantes, qui pourront donner quelque idée de la haute\nvaleur du livre.\n\n\n  (1) Leipzig. Editeur, Breitkopf et Härtel.\n"}, {"page_pdf": 759, "page_imprimee": 620, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3414, "texte": "620                              DURENDAL\n\n\n    Tout d'abord, le choral étant un des éléments essentiels de l'œuvre de\n Bach, à la différence de l'œuvre de Haendel basée sur l'invention libre,\n Schweitzer consacre ses premiers chapitres à l'étude du choral et de la\n musique sacrée en Allemagne depuis le moyen âge jusqu'au XVIIIe siècle.\n Nous ne faisons qu'indiquer cette savante introduction, ainsi que l'intéres-\n sant récit de la vie de Bach, et, sans nous y attarder, nous abordons la partie\n de l'ouvrage qui expose la genèse des œuvres de Bach, pour se compléter et\nse synthétiser ensuite dans les chapitres relatifs au langage musical du maître\n d'Eisenach.\n    Schweitzer y étudie d'abord les compositions pour orgue, où l'on admire\npour la première fois cet art de l'architecture musicale, dont les devanciers\n allemands de Bach ne possédaient point le secret et que les sonates et les\nconcertos des Italiens révélèrent au maître saxon. Architecture d'une somp-\ntueuse richesse (esprit allemand), mais en même temps nette et simple de\nplan (influence italienne). « Ce qui donne à ces compositions pour orgue\nleur grandeur et leur valeur d'œuvres classiques, c'est précisément la fusion\n intime de l'esprit allemand et de la forme pure italienne. » Parmi ces compo-\nsitions pour orgue, les œuvres destinées à l'enseignement tiennent une place\nimportante. Signalons surtout l'Orgelbüchlein, le recueil des petits chorals. La\n « luxuriante abondance de poésie musicale » dont ce livre déborde le range\nparmi les chefs-d'œuvre de l'art du maître, et, au point de vue pédagogique,\nils sont restés « l'école d'orgue par excellence ».\n    Le chapitre suivant traite des œuvres pour clavecin. Signalons, parmi les\nconsidérations les plus intéressantes du chapitre, cette remarque que les\nInventions et les Sinfonies sont des créations absolument nouvelles; Bach y\nabandonne, en effet, la forme du Lied en deux parties. Les Inventions et les\nSinfonies n'ont point de plan déterminé, point de parties répétées, d'où une\nliberté absolue dans le développement du motif. C'est encore une fois ici le\ntriomphe du génie allemand, exigeant des formes libres et souples, sur la\nconception d'art italienne qui est avant tout mélodique. Ce sont les Toccates\nqui doivent être considérées comme les véritables grandes sonates de Bach.\nCes Toccates sont au nombre de sept, dont les deux dernières « œuvres monu-\nmentales d'idée et d'inspiration ne peuvent se comparer qu'aux dernières\nsonates de Beethoven ». Les huit Fantaisies qui nous sont parvenues sont\nde structure plus régulière que les Toccates, auxquelles on serait plus tenté\nd'appliquer la dénomination de Fantaisies. La plus grande fugue de Bach\npour clavecin, celle en la mineur, est si débordante de vie et d'entrain qu'elle\napparaît comme l'idéal de la fugue pour clavecin.\n   Schweitzer aborde ensuite l'étude des œuvres de musique de chambre et\ndes œuvres pour différents instruments. A propos des sonates de violon,\nsignalons cette remarque si ingénieuse et si juste qu' « aux yeux de Bach, le\nstyle de violon représente le style universel. Quand il compose, il compose\npour le violon ou plutôt pour un instrument idéal qui aurait de l'orgue la\npuissance du son et du violon la souplesse du phrasé ».\n   Le chapitre sur les cantates profanes est très détaillé et intéressant. Les\ncantates profanes représentent en effet une des parties les plus importantes\n"}, {"page_pdf": 760, "page_imprimee": 621, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3519, "texte": "                    J.-S. BACH, LE MUSICIEN-POÈTE                            621\n\n\nde l'œuvre de Bach, elles renferment plusieurs pages souverainement belles,\net sont les seules qui nous renseignent sur les événements peu nombreux de\nla vie du Cantor de Saint-Thomas. A vrai dire, si on ne les connaît pas mieux,\nsi on ne les exécute pas plus souvent, c'est que les textes médiocres et de cir-\nconstance sur lesquels elles ont été écrites les déparent et enlèvent de leur\nintérêt. Mais ajoute, très justement Schweitzer, n'oublions pas qu'ici comme\npartout ailleurs, Bach cherche à illustrer par la musique ce que le texte\ncomporte de véritable poésie. L'on pourrait donc s'inspirer de l'idée poétique\nessentielle qui à guidé Bach et composer de nouveaux textes, en complète\nharmonie ceux-là avec la musique du maître. Quelle belle tâche pour un\npoète !\n   Les cantates d'église sont réparties par Albert Schweitzer en quatre caté-\ngories : 1° celles de la première année de Leipzig qui se caractérisent par le\nrôle prépondérant de l'orchestre. Plusieurs d'entre elles ont comme introduc-\ntion une Sinfonia orchestrale.\n   2° Les cantates de 1724 à 1727, œuvres plus riches, plus travaillées que\ncelles de la première année et où les symphonies se rattachent au texte par\nun lien intime. Citons la cantate Liebster Gott, wann werd ich sterben, merveilleux\ntableau musical « qui se compose en quelque sorte de sons de cloches et de\nparfums de fleurs et respire la poésie des cimetières aux jours de printemps »,\nla cantate Leichtgesinnte Flattergeister, dont le sujet est la parabole du semeur\net où se révèle la même intensité d'imagination ; la cantate intitulée Herr,\nwie du willst, so schicks mit mir le chef-d'œuvre du genre contenant un arioso en\ntrois phrases d'une déclamation fort simple planant sur une description\norchestrale saisissante ; la cantate pour la Saint-Michel, Es erhab sich ein Streit,\noù le combat céleste est figuré par une fugue gigantesque semblable à une\nvision de Michel-Ange, « masse enchevêtrée qu'on voit choir lentement avec\ndes efforts vains pour se retenir ». A ce moment Bach cherche à revenir à\nl'ancienne cantate allemande s'inspirant exclusivement de versets bibliques et\nde strophes de choral sans le concours d'aucun librettiste. Bach n'eût jamais\ncomposé autrement s'il n'eût subi l'influence italienne venant combattre son\ninspiration naturelle et foncière, influence dont malheureusement il ne réus-\nsit pas à s'émanciper, n'osant pas notamment rompre ouvertement avec la\nformule commode du Da capo. 3° Les cantates de 1728 à 1734. Pendant cette\npériode, les cantates pour solistes abondent. Elles sont toutes plus belles les\nunes que les autres. C'est le moment où le maître avait l'âme hantée par la\nsublime nostalgie de la mort. L'œuvre « où éclate plus que partout ailleurs\nla merveilleuse richesse musicale des cantates d'alors », c'est la cantate Was\nsoll ich ans dir machen, Ephratm. 4° Les cantates écrites après 1734, où les ten\n dances descriptives se développent de plus en plus, chacune de ces cantates\n pouvant être citée comme un chef-d'œuvre de description musicale. Ces cantates\n se caractérisent aussi par l'importance plus grande qu'y joue la parole bibli-\n que, par le rétablissement du récitatif-arioso rappelant ceux de la Passion\n selon saint Mathieu, et, au point de vue musical, par une jeunesse et une\n fraîcheur d'inspiration encore plus captivantes que dans les œuvres de la\n maturité. On serait tenté même de les classer parmi les compositions de\n"}, {"page_pdf": 761, "page_imprimee": 622, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": " 622                              DURENDAL\n\n\n  Weimar, si on n'y découvrait une certaine perfection formelle attestant l'expé-\n  rience d'un maître et si l'on n'était aussi frappé par cette « particularité\n  annonçant l'œuvre de l'homme mûr, l'absence de toute recherche de formes\n nouvelles ». Le chœur de la cantate pour la Saint-Jean, Christ miser Herr zum\n Jordan Kam, renferme la description musicale la plus grandiose des cantates\n  de cette dernière époque.\n     Albert Schweitzer étudie ensuite le Magnificat qui, avec 1' Oratorio de Noël,\n restera l'œuvre la plus populaire de Bach, la Passion selon saint Jean, œuvre\n hâtive, écrite sans disposition préalable du plan de l'ensemble et qui à cet\n égard comme à bien d'autres n'égale point la Passion selon saint Mathieu.\n Cependant ici encore, Bach traduit fidèlement par sa musique le texte de\n saint Jean, admirable de profondeur, mais dramatiquement inférieur à celui\n de saint Mathieu. La Passion selon saint Jean est belle, d'une beauté sévère,\n  « intelligible comme celle d'une idée philosophique. C'est que la musique\n de Bach est philosophique comme l'Evangile selon saint Jean, qui n'est\n qu'une méditation sur la révélation de la divinité dans l'humilité ».\n     Albert Schweitzer fait de la Passion selon saint Mathieu une très belle ana-\n lyse, il marque la part prépondérante que prit le maître d'Eisenach au tra-\n vail du librettiste Picander, dont le rôle fut ici tout à fait secondaire, et la\n supériorité incomparable du texte de cette Passion sur le langage de la plu-\n  part des cantates. « Simple et grandiose d'architecture, profonde d'inspira-\n tion, toute imprégnée de mysticisme, toute parfumée de poésie de la nature,\n l'œuvre sacrée lait partie de ces chefs-d'œuvre qui n'appartiennent plus à\naucun art : architecture, poésie et peinture s'y trouvent représentées. »\n    M. Schweitzer termine cette partie de son livre par l'analyse des Oratorios,\n des Messes, où il développe cette idée que « la messe en si, l'œuvre la plus\n vigoureuse et la plus grandiose du maître, manque pourtant de cette unité\n qui fait la beauté de la Passion selon saint Mathieu » ; enfin, des motets dont\n il ne nous reste plus qu'une demi-douzaine, mais qui sont d'absolues mer-\nveilles où la musique confère la vie aux strophes sacrées et qui, en raison de\nl'unité d'impression, émeuvent peut-être encore plus que les cantates. Ils n'en\ndiffèrent point d'ailleurs totalement, car les motets comme les cantates sont\nsoutenus par l'orchestre; seulement on n'y rencontre point de soli. Les trois\ngrands motets : Jesu meineFrtude, Komm, Jesu, Komm et Der Geist hilft unse-\nrer Schwackheit auf, « sont l'expression la plus complète du mysticisme du\nmaître ».\n    Arrivons à la partie qui traite du symbolisme de Bach. La question de la\nlégitimité de la musique descriptive a toujours donné lieu à un conflit d'opi-\nnions, les uns prétendant que ce caractère descriptif constitue la fin et la\nbeauté suprême de toute musique, les autres, qu'il doit être considéré comme\nune dégénérescence par rapport à la musique pure. A ce sujet, M. Albert\nSchweitzer émet de très justes et originales réflexions sur les rapports étroits\nqui unissent entre eux les différents arts. « Tout art », dit excellemment\nSchweitzer, « manifeste des tendances descriptives en tant qu'il veut exprimer\nplus que ne lui permettent ses moyens propres d'expression. La peinture\nveut exprimer les sentiments du poète, la poésie veut évoquer des visions\n"}, {"page_pdf": 762, "page_imprimee": 623, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "                    J , - S . BACH, LE MUSICIEN-POÈTE                       623\n\n\nplastiques, la musique veut peindre et exprimer des idées. L'impression\nartistique est d'autant plus forte que la complexité des associations d'idées\nconscientes et subconscientes de l'artiste se communique par l'entremise de\nson œuvre d'une façon plus intense et plus complète ». Ainsi l'inspiration de\nSchiller est de caractère surtout musical, l'œuvre de Gœthe, qui adorait la\npeinture et songea un moment à se faire peintre, est constituée presque toute\nentière de paysages et de portraits. Le peintre Böcklin est moins préoccupé\nde l'exactitude des lignes et des couleurs que de l'idée à exprimer, chose\nqui est pour lui l'essentiel, et c'est pour cette raison qu'il est poète plus\nencore que peintre.\n   Puisque la peinture et la poésie sont comme les éléments inconscients de la\nmusique, la musique descriptive est légitime. Pendant les deux générations\nqui précédèrent Bach, la musique descriptive existe mais avec un caractère\nnaïf et rudimentaire, car elle prétend traduire par le langage des sons tout ce\nqui se trouve dans le texte. De nos jours où le genre du poème symphonique\na pris un aussi grand développement, qu'on ne s'y trompe point, la musique\ndescriptive reste primitive parce qu'elle nécessite un commentaire et ne s'ex-\nplique point par elle-même (« tels les anciens peintres qui figuraient les\nparoles de leurs personnages par une guirlande de mots qui s'élançait de leur\nbouche, au lieu de se contenter du geste et de l'expression ») et aussi parce\nqu'elle prétend tout exprimer.\n   Rien de tel chez Bach. Bach est un poète et un peintre tout à la fois. Bach\nest un poète dans l'âme parce qu'avant toute chose il cherche en un texte la\npoésie qu'il contient. Tandis que Mozart, purement musicien, se borne à\nrevêtir un texte de mélodies caressantes sans se soucier de la justesse et de la\nforce d'expression, Bach approfondit ce texte et il en pénètre la poésie essen-\ntielle que sa musique illustrera et amplifiera. Bach est encore poète par son\ninstinct dramatique que révèle, par exemple, la Passion selon saint Mathieu\ndont le plan si admirablement conçu est son œuvre.\n   Bach est aussi un peintre. C'est la poésie picturale qui tient dans son œuvre\nla plus large place.\n   « Avant tout, Bach recherche l'image, très différent en cela de Wagner, qui\nest plutôt un dramatique lyrique. Vient-il à découvrir une idée picturale, elle\nlui tient lieu du texte tout entier; il s'attache à elle au risque d'aller à ren-\ncontre de l'idée dominante qu'il renferme. La poésie de la nature dans son\nœuvre n'est point lyrique, comme chez Wagner : elle est plutôt vue que\nsentie. Ce sont des tourbillons de vent, des nuages qui s'avancent à l'horizon,\ndes feuilles qui tombent, des vagues qui s'agitent. » Le symbolisme de Bach\nest visuel comme celui d'un peintre.\n   Schubert seul peut être comparé à Bach, en ce sens que les accompagne-\nments de ses Lieder sont admirablement descriptifs, mais avec moins de pré-\ncision que chez Bach.\n   Le langage musical de Bach est effectivement le plus développé et le plus\nprécis qui existe. Il repose sur un petit nombre de thèmes élémentaires\ndécoulant d'images visuelles (thème de la démarche traduisant la fermeté ou\nl'hésitation, thème syncopé de la lassitude, thème de la quiétude, aux ondu-\n"}, {"page_pdf": 763, "page_imprimee": 624, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "624                                DURENDAL\n\n\nlations calmes, thème aux inflexions de reptile figuratif de Satan, thèmes de\nla paix sereine, de la souffrance noblement supportée, thèmes chromatiques\nde la douleur aiguë, la grande catégorie des thèmes de la joie, la joie paci-\nfique et la joie-extase, figurée par une arabesque qui « fuyante et insaisissable,\nse déroule sur des harmonies calmes ». Chacun de ces thèmes en se modifiant\nsuivant la nuance de l'idée à exprimer, donne naissance à un nombre consi-\ndérable de thèmes dérivés, en sorte que la richesse du langage musical de\nBach « ne consiste pas dans l'abondance de thèmes différents, mais dans les\ndifférentes inflexions que prend le même thème suivant les occasions ».\n   Il importe de noter que tous les éléments typiques de ce langage, si admi-\nrable de précision et de variété, sont déjà fixés dans l'Orgelbüchlein, à l'époque\nde Weimar, lorsque Bach avait trente ans, et qu'ils n'ont jamais changé\ndepuis. Ils ne sont donc point le fruit de l'expérience ou du travail, mais celui\nd'une géniale intuition de poète. L'Orgelbücklein est donc le véritable diction-\nnaire donnant la clef du langage symbolique de Bach et il faut l'étudier\nd'abord pour arriver à comprendre ensuite les cantates et les passions.\n   Le langage de Bach est tellement précis qu'il outrepasse parfois les limites\nnaturelles de la musique. On rencontre en son œuvre, surtout à l'époque de\nla maturité, des thèmes incomparablement suggestifs au point de vue poé-\ntique, mais qui, procédant trop exclusivement de l'imagination visuelle, n'ont\nplus rien de la phrase musicale. Mais « si dans son œuvre l'intérêt pictural\nl'emporte parfois sur l'intérêt musical, cette erreur a sa source dans l'excep-\ntionnelle hauteur de l'inspiration de Bach ». Tel Gœthe écrivant son Faust\npour le théâtre sans penser que ce poème était trop grand et trop profond\npour s'accommoder de la représentation scénique.\n   La cinquième partie de l'ouvrage d'Albert Schweitzer s'adresse plus spé-\ncialement aux musiciens exécutants et renferme de très solides et excellentes\nconsidérations sur la manière d'interpréter les œuvres de Bach, aux points de\nvue du mouvement et du phraser, des nuances, de la registration et de l'ins-\ntrumentation.\n                                                        GEORGES DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-012", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 625, "page_fin": 627, "titre_corps": "Lettre de Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Lettre de Paris ON rentre On rentre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 764, "page_imprimee": 625, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "Lettre de Paris\n                   ON rentre ! On rentre ! Et bien sagement attablé sous la lampe,\n                     tout chroniqueur qui se respecte y va de sa petite « Médi-\n                     tation sur l'automne ». Premier point : Description de la\n                     campagne aux premiers jours d'octobre. Quelques cita-\n                     tions de bon aloi : « Salut, bois couronnés d'un reste de\n                     verdure!... » ou bien « Une rose d'automne est plus\n                     qu'une autre exquise... » Développements faciles, sym-\n                     phonie en gris-perle, lamento en brouillard mineur. Second\n                     point : Evocation de la saison mondaine aux premiers feux\n des lustres. On puise à tour de bras dans le tiroir aux métaphores corus-\n cantes, dans le seau aux anecdotes croustilleuses, on remue, on cuit, on\n dresse et on sert. Bons chroniqueurs, quel dommage qu'il n'y ait que quatre\n saisons par an !\n    Au fait, pourquoi n'y en a-t-il que quatre? Il pourrait y en avoir davan-\n tage. Primavera, gioventu dell'anno... Même dans la jeunesse, que de stades\n divers ! L'enfant n'est pas l'adolescent, pas plus que le poupon n'est le\n bambin. Et il pourrait aussi y en avoir moins. En réalité il n'y a que deux\nsaisons nettement marquées; les autres sont d'équivoques passages. Comment\nse fait-il qu'en un temps si amoureux de simplification, un de nos lycurgues\nn'ait pas déposé un projet de loi portant la suppression du printemps et de\nl'automne, ces groupes au programme si peu sur?\n   Seriez-vous embarrassé pour dire en quoi la science a fait banqueroute ?\nComparez le calendrier et le thermomètre ! Que d'années où il se trouve que\nc'est du 10 au 20 décembre qu'il fait le plus froid. N'est-ce pas scandaleux\nquand l'hiver ne commence justement que le 21 ? Pis encore, la marche vers\nla chaleur ne coïncide pas avec la marche vers la lumière. Les jours dimi-\nnuent, les crépuscules se précipitent, la nature s'attriste, et cependant les\nchaleurs ne font que croître et embellir! En vérité la nature, à l'origine des\nchoses, avait-elle oublié qu'elle devait avoir dans l'homme un juge épris de\nlogique, et sévère pour de telles incohérences?\n   Pour les savants, on est encore en automne le 19 décembre quand il gêle à\npierre fendre et que pas une feuille ne reste aux arbres! Et l'on est en hiver\nle 19 mars quand le ciel est clair, le soleil brillant et que les amandiers sont\nen fleurs ! Pauvres savants, quelle confiance peut-on désormais avoir en vous ?\n   L'automne, ce sont les mois de septembre et d'octobre. Pas un chasseur,\n"}, {"page_pdf": 765, "page_imprimee": 626, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "626                              DURENDAL\n\n\npas un pêcheur, pas un agriculteur n'en démordra. L'été est fini depuis\n longtemps quand les astronomes nous font part officiellement de son décès;\n ces contemplateurs sont en retard de trois semaines. L'été expire le jour où\n les mois à sonorité pleine et mâle font place aux mois à désinence mélan-\ncolique. Cette plainte féminine qu'est le mot de septembre est à elle seule\n l'arrêt de mort du dieu rayonnant.\n    Et l'hiver, ce sont les mois de novembre et de décembre. Le jour des\n Morts ouvre légitimement cette période dont la Nativité annonce le point final.\n Aussitôt après, presque, les jours grandissent, ce n'est plus l'hiver. Les\n rimes lourdes de novembre et de décembre enchaînent à bon droit cette\nsaison pesante. Et comme il est fâcheux, à ce propos, que nos pères n'aient\npas modifié légèrement la prononciation de septembre ! S'ils avaient modulé,\npar exemple, septèbre, ils auraient laissé au vieil hiver le monopole des noms de\nmois assourdis comme par la neige et ils auraient créé une couple harmo-\nnieuse de mots fraternels : septèbre, octobre, où semble gémir la plainte\n sonore de la bise.\n    L'été ne peut être que juillet et août. Voltaire regrettait que l'usage n'eût\npas fait prédominer auguste; il n'entendait pas le chant des mots; jamais\nauguste n'éveillera l'idée d'un soleil estival ; août, qu'il faut prononcer en\nfaisant sonner l'a, donne l'impression d'un ahan haletant et trempé de sueur.\nJuillet a également quelque chose de moite avec ses ll mouillées, et pourtant\nde viril avec sa terminaison masculine. C'est l'été qui commence avec lui.\nJuin, c'est encore le printemps, le temps des fleurs et des feuillages. Le\nsoleil ne devient vraiment torride qu'en juillet.\n    Alors le printemps serait juin et mai. Ces deux noms se ressemblent aussi,\nils ont quelque chose de frais et de bref, de clair et de doux. Juin, notam-\nment, est charmant. Mai est peut-être un peu sourd; il est malheureux que la\n langue d'oil n'ait pas gardé la diphtongue ai comme la langue d'oc. Prononcé\nmai, comme en provençal, le nom du mois des fleurs aurait pris une teinte\n exquise.\n    Mais que faire des quatre autres mois qui restent? Par analogie, deux\nsaisons de plus! Janvier et février c'est un hiver retardataire. Mars et\navril c'est un printemps précoce. Il s'agirait ici de trouver des noms\nnouveaux. Printemps évoque une idée de corbeilles de fleurs, de prés luxu-\nriants, de bocages touffus; on ne peut en dénommer le mois de mars où à\npeine, le vingtième jour, une feuille se montre sur le marronnier traditionnel.\n Avril même ne mérite guère ce nom ; il y a trop de giboulées encore. Pour-\n quoi ne pas appeler ces deux mois le Renouveau. Le renouveau n'est pas le\nprintemps, c'est son avant-courrier.\n    Restent enfin janvier et février, noms un peu tristes, mais point désespérés\ncomme novembre et décembre. Ce sont des mois de froid intense mais clair;\non y pressent le renouveau, comme dans le renouveau on pressent le prin-\ntemps. Pourquoi ne créerait-on pas à leur intention le nom de Froidelair ? Si\nle mot vous déplaît, ami lecteur, proposez-en un autre. L'important c'est\nque la distinction soit faite entre le vieil hiver, celui de l'année mourante, et\nle jeune hiver, celui de l'année renaissante.\n"}, {"page_pdf": 766, "page_imprimee": 627, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2915, "texte": "                              LETTRE DE PARIS                                627\n\n\n     Mais alors, allez-vous me dire, pourquoi ne pas proposer le retour au calen-\ndrier révolutionnaire ? Les astronomes seront contents, d'un côté, et de l'autre les\nesthètes;nos noms de mois sont piteux en comparaison des siens; ils sont même\nridicules, ceux qui rappellent des chiffres étant en retard de quatre semaines,\npuisque septembre devrait être dit novembre et décembre duodécembre.\nAdoptons donc ces beaux panaches de Messidor et de Floréal.\n     Oui, sans doute, ce sont des finales sonores, al printanier, or torride, aire\nmélancolique, ose morose. Mais d'abord notre calendrier a l'avantage du\nnombre, et si quelques finales er, ai, et, sont grises, les autres ars, il, in, oui,\nobre et embre chatoient convenablement. L'objection tirée du nom des chiffres\nest négligeable : qui va se rappeler, en prononçant ce beau mot d'octobre\nqu'il veut dire huitième et qu'il est mal justifié? Avec ça que les mois de\nRomme le sont beaucoup plus. Quand le mois de Vendémiaire s'ouvre, les\nvendanges sont finies depuis longtemps dans nos vignobles, et quand le mois\nde Messidor se clôt, les moissons ne sont pas entamées dans beaucoup de nos\ndépartements.\n     En outre, il vaut mieux que l'année commence à la date qui semble\narbitraire du I er janvier qu'à celle du 21 septembre. A choisir un stade\nastronomique, il aurait fallu prendre le solstice d'hiver dont se rapproche\nd'ailleurs notre jour de l'an. Quant à décider entre le 20 actuel ou le 1er pour\ncommencer les saisons et les mois, on peut préférer notre système; les\nI er sont des dates météorologiques si les 20 sont des stades astronomiques, et\npuis les fêtes religieuses, les événements politiques, les simples usages sont\nvenus donner une âme à certains de ces jours; le I er janvier, le I er avril, le\n I er mai, le I e r novembre sont des points de repère autrement vivants que les\nquatre solstices.\n     Mais qu'importent ces divagations aux amateurs de chroniques tradition-\nnelles? Le 20 septembre est passé et le 1er novembre est encore loin. Poul-\nies savants comme pour les humbles nous sommes en pur automne. Tout ce\nque je viens de dire manque donc, hélas! d'actualité. Il aurait fallu attendre\nquelques semaines pour jeter le trouble dans les âmes : « Vous vous\ncroyez encore en automne? Erreur, Messieurs, vous êtes en hiver! » Ainsi,\ndans Lucrèce Borgia s'annoncent les plus fatales surprises. Du moins, la\nsurprise que recèle le calendrier quand on le scrute comme je viens de le\nfaire, est-elle moins tragique; les deux saisons nouvelles que, lycurgue moi\naussi, je propose, sont des dédoublements de printemps. Il y a donc six mois\nde printemps en réalité, contre six mois d'automne, d'hiver et d'été. C'est la\nglorification de la gioventu dell'anno. Vive le printemps !\n                                                               HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-013", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 628, "page_fin": 635, "titre_corps": "Livres et revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES De Profundis", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 767, "page_imprimee": 628, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\n D e P r o f u n d i s , précédé de lettres écrites de la prison et suivi de la Ballade de la\n    geôle de Reading, par OSCAR W I L D E . T r a d u c t i o n DAVRAY. — ( P a r i s , Mercure\n    de France.)\n    Ce livre est a d m i r a b l e . C'est la confession, écrite en prison, p a r u n h o m m e\nqui s'étant égaré, a été châtié effroyablement de ses égarements et se trouve\ndans u n dépouillement et u n o p p r o b r e affreux. Il examine sa vie et la vie,\nlui-même et les autres ; il se juge et se c o n d a m n e , sans faiblesse et sans osten-\ntation, il élague de lui, rejette et bafoue les principes pernicieux dont il\navait nourri sa pensée jusque-là et, parce qu'il a senti en lui la capacité supé-\nrieure de la douleur, l'aptitude à s'enivrer de l'amertume et de l'exaltation\nfécondes qu'elle recèle, il reconquiert la foi et la fierté de son avenir.\n    La loi de la douleur, il n e semble pas qu'elle ait jamais été définie en\nparoles plus désespérées et plus éloquentes, et dont c h a q u e mot ait plus visi-\nblement jailli d'une âme que sa s o u d a i n e et irrévocable 'détresse a remplie\nd e la clairvoyance et des éclats d'une lumière inattendue.\n    H J e pris mon plaisir où il n e plut, écrit-il en songeant à cette existence\npassée où, p o u r lui, « la perversité était dans la sphère de la passion, et que\nle paradoxe était dans la sphère de la pensée ». « J'oubliai que c h a q u e m e n u e\naction quotidienne forme ou déforme le caractère et que, par conséquent, ce\nqu'on a fait dans le secret du cabinet on devra quelque j o u r le crier sur les\ntoits. J e cessai d'être le maître de m o i - m ê m e , je ne fus plus le capitaine de\nmon âme et je l'ignorai. J e permis au plaisir de me dominer et j ' a b o u t i s à une\nhorrible disgrâce. Il n e me reste plus à présent q u ' u n e chose : l'humilité\nabsolue. »\n    E t ailleurs : « J e vois à présent que, la douleur étant la s u p r ê m e émotion\ndont l'homme soit capable, elle est à la fois le type et le modèle de tout\ngrand a r t . . . »\n    « Derrière la joie et le rire, il p e u t y avoir un t e m p é r a m e n t grossier,\ndur et r u g u e u x . Mais derrière la douleur, il y a toujours la d o u l e u r . . . »\n    « La douleur est u n e blessure qui saigne q u a n d toute autre main que celle\nde l'amour la touche, et, même alors, elle saigne, bien que ce ne soit pas de\nsouffrance... »\n    <: P a r le seul fait d'être a m e n é en présence de Christ, on devient quelque\nchose. E t c h a c u n de nous est prédestiné à cette présence. U n e fois au moins\nd a n s sa vie tout h o m m e c h e m i n e avec Christ jusqu'à E m m a i i s . . . »\n    « Christ ne fut pas seulement le s u p r ê m e individualiste, mais il fut le pre-\n"}, {"page_pdf": 768, "page_imprimee": 629, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                      62g\n\n\nmier individualiste de l'histoire. Des gens ont essayé de faire de lui un ordi-\nnaire philosophe, ou l'ont rangé comme altruiste avec les ignorants et les\nsentimentaux, mais il ne fut réellement ni l'un ni l'autre. Il a senti de la pitié\npour les pauvres... mais il a beaucoup plus de pitié pour les riches... pour\nceux qui sacrifient leur liberté et deviennent les esclaves des choses... La\nrichesse et le plaisir lui paraissaient être réellement des tragédies plus grandes\nque la pauvreté et la douleur. Et quant à l'altruisme, qui, mieux que lui,\nsavait que c'est la vocation et non la volonté qui nous détermine et qu'on ne\nsaurait cueillir des raisins sur les ronces et des figues sur les chardons?... »\n   Il faudrait tout citer, mais ces extraits, pris au hasard, suffiront à faire\napprécier la gravité forte et émouvante, la hauteur constante de pensée de\nces pages qui sont certainement parmi les plus belles et les plus riches de\nsubstance vive et de réalité soufferte que ces dernières années aient vu\nparaître.\n\nP o r t r a i t s d ' a r t i s t e s , par SANDER PIERRON, I vol. illustré. — (Bruxelles,\n   Havermans.)\n   Les artistes passent, généralement, pour des êtres irritables. C'est une gent\nprompte à la colère, comme, d'ailleurs, à l'expression de tous les sentiments\nles plus contradictoires, et capable d'unir, avec la sincérité la plus naïve, la\ngénérosité à l'injustice ou la vanité à l'abnégation. Et il est très difficile\nd'écrire sur eux sans risquer d'indisposer soit celui dont on parle, soit ses\nconfrères : et il y a une secrète proportion entre la satisfaction ou le mécon-\ntentement de l'un et la mauvaise ou la bonne humeur des autres.\n   Nous ne disons pas cela, naturellement, pour les nombreux artistes dont\nM. Pierron a collectionné les portraits et les propos dans son livre, notam-\nment Gilsoul, Stobbaerts, Alfred Verhaeren, Lagae, Rombaux, Rousseau et\nVinçotte. Il n'y avait rien de nouveau à dire sur des maîtres aussi évidents\npar leur œuvre; aussi M. Pierron a-t-il pris le bon parti de les faire parler\neux-mêmes, les accouchant de leurs idées, à la manière de Socrate, qui peut\npasser pour le premier des interviewers!\n   L'auteur a, du reste, la principale qualité de l'interviewer, c'est-à-dire outre\nl'agilité de l'esprit, un éclectisme qui lui permet d'associer dans une commune\nadmiration des œuvres d'essence diamétralement opposée. Il n'a pas de parti\npris : C'est à son grand dommage, naturellement, que l'artiste n'a pas une\nfoi exclusive dans la forme d'art où la vocation de son tempérament l'a\ninduit; il faut qu'il ait un parti-pris... Mais le critique ?\n\nEspagnols et Flamands a u X V I e s i è c l e : L'établissement du régime\n  espagnol dans les Pays-Bas et l'insurrection, par M. ERNEST GOSSART. —\n  (Bruxelles, Lamertin.)\n  C'est la plus sombre période de l'histoire de nos provinces que M. Gossart\na entrepris de narrer dans cet ouvrage, celle durant laquelle Philippe II et\nson lieutenant, le duc d'Albe, mirent tout en œuvre pour asservir le pays,\nsans autre résultat que la perte d'une grande partie du territoire et la ruine\nde la prospérité de l'autre.\n"}, {"page_pdf": 769, "page_imprimee": 630, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "630                                       DURENDAL\n\n\n    Mais quelque intérêt qu'ait en elle-même, et pour nous surtout, la longue\net sanglante contention entre Espagnols et F l a m a n d s , M. Gossart a voulu\nreplacer ces épisodes mémorables de notre histoire d a n s leur vrai jour et en\nraconter les événements, en les considérant au point de vue de la politique\ngénérale de P h i l i p p e I I , qui, en ce qui nous regardait, visait « à retenir sous\nle joug u n pays qui lui servait de point d'appui aussi bien pour remplir son\nrôle de chef de la famille de H a b s b o u r g que pour s'acquitter de sa mission de\nchampion du catholicisme ».\n   C'est dire que l'œuvre consciencieuse et documentée de M. Gossart est d'un\nintérêt très vif et très s o u t e n u .\n                                                                           ARNOLD G O F F I N .\n\n\n    L'Art         flamand    e t h o l l a n d a i s . — ( A n v e r s , B u s c h m a n ; Van Oest,\n Bruxelles. N u m é r o s d'août et de septembre.) L e n u m é r o d'août contient u n article\nde F . Coenen sur la collection intéressante et curieuse d'anciens objets d'orfè-\nvrerie et d'argenterie du Musée Willet-Holthuysen.                    B e a u c o u p de ces objets\ndatent des XVIIe et XVIIIe siècles et, pris en bloc, ils d o n n e n t u n e idée complète\nde l'orfèvrerie allemande à cette époque. Voici ensuite u n e étude de M. J . de\nBosschere sur : Les vitraux de la cathédrale d'Anvers, étude qui est poursuivie\nau n u m é r o de septembre. Elle est rehaussée par de très belles reproductions\ndes vitraux de N o t r e - D a m e . L'auteur nous d o n n e , avec b e a u c o u p de talent,\nà la fois l'histoire et la description de ces verrières, dont il discute la valeur\navec compétence. Ce dernier fascicule contient encore un article à lire, sur le\ncurieux artiste Vincent Van Gogh, a l'occasion d'une exposition de ses œuvres,\nexposition qui suscita les critiques les plus contradictoires. L'art de V a n\nGogh, malgré sa puissante et sauvage originalité, ou plutôt à cause d'elle, ne\nplaira j a m a i s à ceux pour lesquels l'art n'est q u ' u n élément de jouissance\nfacile et d'attrait superficiel, ainsi que le dit très justement Ch. Vogelsang,\nl'auteur d e cette é t u d e . Les reproductions d'œuvres de Van Gogh, de ce\nn u m é r o , sont du plus h a u t intérêt.\n                                                                                           H . M.\n\nL e s A r t s a n c i e n s d e F l a n d r e . — L'association pour la publication des\n   monuments de l'art flamand, présidée par M. CAMILLE TULPINCK, le distingué\n   érudit brugeois, vient de faire paraître les deux premiers fascicules d'un\n   périodique de g r a n d luxe qui porte le titre reproduit en tête de cet arti-\n   culet.\n   L a publication a pour but, comme son titre l'annonce du reste, l'exaltation\net l'étude de ce merveilleux art flamand, dont les œuvres et l'influence se\nretrouvent d a n s tout le monde civilisé. On sait combien de controverses et de\nproblèmes soulève l'histoire de l'art flamand, tant d a n s ses origines que dans\nsa propagation à l'étranger et l'action qu'il a exercée sur les écoles française\net italienne. L e s Arts anciens de Flandre contribueront à la solution de ces ques-\ntions, autant par la publication des travaux de ses n o m b r e u x et réputés colla-\nborateurs, que par celle de magnifiques reproductions, très claires et très\nexactes, d'œuvres des maîtres de l'école.\n"}, {"page_pdf": 770, "page_imprimee": 631, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3059, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                  631\n\n\n   C'est ainsi que M. Tulpinck analyse, avec sagacité, une Vierge entourée de\nsaintes, œuvre d'un maître brugeois de la fin du XVe siècle, appartenant\naujourd'hui à la collection Benziger, à Soleure. Outre cet intéressant travail,\nles deux premiers numéros conliennent, à côté d'attachantes pages de\nMM. Hartmann et Boissel, sur les tapisseries et les manuscrits flamands à\nl'Exposition de Dusseldorf, les premiers chapitres d'une étude de M. Durand-\nGréville sur Hubert Van Eyck, son œuvre et son influence : l'auteur résume\navec précision et netteté l'état de la très obscure question de l'attribution à\nHubert ou à Jean des œuvres dont l'honneur leur était accordé en commun\njusqu'ici. Son article est émaillé de remarques fécondes, notamment à propos\ndes portraits supposés des deux grands artistes sur un des volets de l'Adoration\nde l'Agneau. M. Durand-Gréville confronte l'effigie hypothétique de Jean Van\n Eyck, qui figure dans cette œuvre avec l'Homme au turban, de la National\n Gallery, et il semble que les conclusions qu'il tire de ce rapprochement\npuissent être acceptées.\n   Chacun des fascicules des Arts anciens est accompagné de dix reproductions\n de tableaux, de tapisseries, de miniatures, etc., dont la fidélité et la finesse\nfont grand honneur aux éditeurs.\n\n   L ' A r t e t l e s A r t i s t e s . — (Septembre.) Quelques pages embrouillées\nde M. Utrillo, sur le maître espagnol Theotokopuli, dit le Greco (reproduc-\ntions en grand nombre, parmi lesquelles deux portraits de l'artiste par lui-\nmême). Une bonne étude de M. Payre sur le peintre J.-J. Henner; un\naperçu rapide de l'Exposition rétrospective de l'art belge, par M. Vanzype.\n                                                                          A. G.\n\n   V e r s e t P r o s e . — Tel est le titre d'une nouvelle revue qui paraît tri-\nmestriellement à Paris sous la direction de PAUL FORT. Les deux premiers\nfascicules en ont paru. Ils sont tous deux, spécialement le second, du plus\nhaut intérêt et d'une tenue littéraire irréprochable. Voici la déclaration qui\nouvre les deux premiers tomes :\n   « Vers et. Prose entreprend de réunir à nouveau le groupe héroïque des\npoètes et des écrivains de prose qui rénovèrent le fond et la forme des lettres\nfrançaises, suscitant le goût de la haute littérature et du lyrisme longtemps\nabandonné.\n   » Pour mieux affirmer que leur œuvre demeure impérissable, à leurs côtés\nprendront place ceux d'entre les jeunes écrivains qui, sans abdiquer leur neuve\npersonnalité, peuvent se réclamer d'aînés initiateurs.\n   » De nombreuses traductions seront données, dans Vers et Prose, des\npoètes et des écrivains étrangers les plus remarquables.\n   » Aux œuvres inédites et à ces traductions s'ajouteront de rares pages\nanthologiques n'ayant pas encore été réunies en volume et choisies entre\ntoutes.\n   » Ainsi se continuera le glorieux mouvement qui prend ses origines aux\npremiers jours du Symbolisme, ainsi pourra être réalisée l'œuvre littéraire la\n"}, {"page_pdf": 771, "page_imprimee": 632, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "632                                   DURENDAL\n\n\nplus significative et la plus noble et tel sera l'unique effort de Vers et Prose. »\n   Nous souhaitons bonne chance et longue vie à ce nouveau périodique litté-\nraire dont les deux fascicules parus sont pleins de promesses pour l'avenir.\n\n\n     L ' A r t M o d e r n e . — Nous extrayons du bel article consacré par\nGeorges Rency à la mémoire du g r a n d poète de Heredia, ce passage inté-\nressant nos écrivains :\n    « La Belgique littéraire perd en José-Maria de H e r e d i a u n ami compré-\nhensif et sincère. A maintes reprises il a parlé, m ê m e à l'Académie, de nos\nbons écrivains. Il admirait beaucoup E m i l e Verhaeren, qu'il appelait u n\n« puissant génie ». Il estimait l'art Iwan Gilkin « plus ciselé, plus plastique-\n    ment parfait ». Mais toutes ses préférences allaient à F e r n a n d Séverin,\nqu'il trouvait le plus vraiment poète de n o u s tous. Q u e sa mémoire n o u s soit\nd o u b l e m e n t chère, puisque, non content de n o u s avoir d o n n é la hautaine joie\nd'art de ses poèmes, il n o u s avait accordé aussi u n e part de son cœur. »\n                                                                                 H . M.\n\nP e t e r B r e u g h e l l ' a n c i e n . — Son œuvre et son temps, p a r R. VAN BAS-\n   TELAER et G . - H . D E L o o (Bruxelles, Van Oest).\n   L e second fascicule de cette importante publication de la maison Van Oest\net C ie , de Bruxelles, vient de paraître. Il comprend 3 feuilles de texte accom-\npagnées de 18 reproductions excellentes, 6 de tableaux et 12 de dessins d u\nmaître. E n attendant que la publication plus avancée d e ce bel ouvrage n o u s\npermette de lui consacrer l'étude qu'il mérite, nous le signalons de nouveau\nà toute l'attention des artistes et des amateurs d'art.\n\n\nH e n r i D e B r a e k e l e e r , peintre de la lumière, par   CAMILLE L E M O N N I E R .\n   (Portrait et 4 r e p r o d u c t i o n s d'eaux-fortes). — (Bruxelles, Van Oest.)\n   L'éditeur Van Oest nous d o n n e en ces pages le texte de la conférence faite\npar L e m o n n i e r à l'exposition L e y s - D e Braekeleer, à Anvers. Et l'écrivain\ncélèbre l'artiste ami avec des paroles fraternelles et pénétrantes ; il le\nmontre dans sa vie silencieuse et d a n s son art expressif — g r a n d , simple,\ncordial, sans ostentation, sans p a r a d e , sans théories, — poursuivant le\nchemin obstiné et magnifique de sa vocation m é c o n n u e .\n   Bel et éloquent h o m m a g e du g r a n d écrivain au g r a n d peintre, et digne de\nl'un et de l'autre.\n\n\nSancti Antonii              de Padua          vitae     duae      quarum           altera\n   h u c u s q u e i n e d i t a — edidit, nous et commentario illustravit L É O N DE\n   KERVAL. U n vol. in-8°. — (Paris, Fischbacher.)\n   Les documents et les témoignages s u r a b o n d e n t sur saint François ; certains\nsouhaiteraient même qu'il y en eût moins, et qui présentassent moins de\ndifficultés pour leur classement et leur sûre utilisation; quoi qu'il en soit, la\npersonnalité du petit pauvre, g r a n d e , lumineuse, candide, toute la succession\nde sa vie délicieuse ou admirable se présentent à nous d a n s une pleine clarté.\n"}, {"page_pdf": 772, "page_imprimee": 633, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                               633\n\nIl en va tout autrement de saint Antoine de Padoue : nous savons peu de\nchose de lui-même, presque rien de sa carrière franciscaine; certains faits,\nrares, racontés par les légendaires, sont attestés par ailleurs : son origine\nportugaise, sa venue en Italie, les succès de sa prédication, sa tentative —\nvaine — pour convertir le tyran Ezzelino, sa mort à l'Arcella, près de Padoue,\net les émeutes de piété auxquelles donnèrent lieu ses funérailles. Mais lui,\non ne le discerne pas distinctement en tous ces récits; les traits manquent\ntout à fait, les paroles significatives, les actes caractéristiques qui nous ren-\ndraient sensibles l'homme, son caractère, son génie, le feraient sortir pour\nnous du nimbe doré du saint. L'esprit de théologie était-il plus accentué chez\nlui que celui de pauvreté? Etait-il François ou Elie? On ne saurait le dire\navec quelque assurance.\n   M. Léon de Kerval, auquel l'histoire franciscaine doit de nombreux et\nréputés travaux, s'est attaché, en publiant une légende inédite de saint\nAntoine et en réimprimant à la fois, avec tout l'appareil scientifique, la\nlégende déjà connue, à marquer nettement tout ce que ces textes, à peu près\ncontemporains de la mort et de la canonisation du saint (1231-1232), con-\ntiennent de renseignements certains. M. de Kerval a enrichi ainsi la\nCollection historique franciscaine d'une étude documentaire du plus vif intérêt.\n   Et, puisque l'occasion nous en est offerte, signalons un opuscule de\nM. Fr. Pennacchi (Assise, 1905), qui voudrait réhabiliter la mémoire de\nfrère Elie et reconnaître en lui un enfant d'Assise, comme François. Nous\nsignalons simplement la thèse de M. Pennacchi, dont les arguments\ningénieux devraient être discutés. Nous devons nous borner à annoncer\négalement le dernier numéro des Opuscules de critique historique (juillet 1904),\ndans lequel M. Paul Sabatier publie un Examen de la vie de frère Elie du\nSPECULUM VITVE, suivi de trois fragments inédits : l'illustre historien ne se\nlasse pas d'ajouter à ses titres à notre admiration et à notre gratitude.\n\nO l y m p i a , par CAMILLE GASPAR. — (Paris, Hachette.)\n   Cette belle étude critique et historique est extraite du Dictionnaire des Anti-\nquités grecques et romaines, dont la publication a été entreprise par MM. Darem-\nberg, Saglio et Pottier. Sa participation à un ouvrage d'une si haute autorité\nest suffisamment honorable à la science de notre distingué collaborateur pour\nque nous puissions nous dispenser de faire valoir la grande valeur de son\ntravail, qui constitue une histoire complète des festivités célébrées durant\ndouze cents ans à Olympie.\n   Les jeux que M. Gaspar étudie et définit en détail, en utilisant de la façon\nla plus remarquable toutes les sources et en discutant avec perspicacité les\npoints nombreux qui ont donné lieu à doute ou à controverse; les jeux aux-\nquels le stade et l'hippodrome d'Olympie servaient de théâtre tous les quatre\nans et qui attiraient les populations de toutes les parties du monde hellénique\nfurent « l'un des facteurs les plus puissants de l'unité morale de celui-ci ».\nC'était, en quelque sorte, un centre de panhellénisme, le foyer religieux com-\nmun des peuples, souvent antagonistes et concurrents, éparpillés sur le\ncontinent d'Europe et d'Asie, et dans les îles : « L'Ionien d'Asie, dit excel-\n"}, {"page_pdf": 773, "page_imprimee": 634, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "634                                         DURENDAL\n\n\nlemment M. Gaspar, le Dorien de Sicile, de T a r e n t e ou de Cyrène, revenait\nchez lui fier d'être Hellène avant tout et faisait partager sa fierté à tous ceux\nà qui il racontait les splendeurs d o n t il venait d'être témoin... E t puis, pen-\ndant la trêve de Z e u s , les inimitiés de ville à ville, de peuple à peuple,\nétaient m o m e n t a n é m e n t oubliées : dans l'enceinte du dieu et autour de son\nautel... il n'y avait plus d'ennemis, il n'y avait plus que des Hellènes réunis\np o u r une solennité toute pacifique autour d u sanctuaire le plus sacré de l'hel-\nlénisme, dans u n e pensée religieuse c o m m u n e . »\n    L ' a u t e u r nous dit les cérémonies, les sacrifices et les jeux ; leurs m o d e s ,\nleur succession et leurs variations, des temps légendaires à l'ère romaine —\net la gloire et l'ardeur des v a i n q u e u r s c o u r o n n é s d'olivier, depuis l'imperti-\nnent Alcibiade j u s q u ' a u vaniteux N é r o n . . . E t la concision forte et d o c u m e n t é e\nde son travail plaît non moins que l'enthousiasme dont on le sent a n i m é p a r\ntoute cette beauté morte — et immortelle !...\n                                                                              ARNOLD G O F F I N .\n\n\nUn couvent persécuté au temps de Luther. Mémoires de\n   CHARITÉ PIRKHEIMER, abbesse du couvent d e Sainte-Claire, à N u r e m b e r g .\n   T r a d u i t s de l'allemand et précédés d'une introduction p a r J U L E S - P H I L I P P E\n   H E U Z E Y . Préface de GEORGES G O Y A U . — ( P a r i s , P e r r i n . )\n   L a lutte héroïque soutenue par l'abbesse des Clarisses de N u r e m b e r g\ncontre la Réforme, est u n des épisodes les plus intéressants de cette triste\npériode de l'histoire d u m o n d e . C'est l'héroïne elle-même, Charité Pirkheimer,\nqui nous en a g a r d é le souvenir d a n s ses Mémoires, écrits en a l l e m a n d .\n   M. H e u z e y a pensé q u e l'intérêt de ces événements n e se b o r n a i t p a s a u x\nlecteurs de langue g e r m a n i q u e et « qu'il serait doublement intéressant p o u r\nle public français de connaître cette vaillante et noble femme à u n e é p o q u e\noù la liberté h u m a i n e est violée journellement, où de pieuses filles n'ont plus\nle droit, elles n o n plus, de prier Dieu à leur guise, d a n s les asiles qu'elles\ns'étaient choisis ».\n   L a préface d e M. Georges G o y a u souligne, avec la hauteur de vues qu'on\nlui connaît, les traits caractéristiques des Mémoires de Charité P i r k h e i m e r .\nC'est d'abord la revendication énergique de la liberté de conscience contre la\nfamille et contre l'État, q u e la Réforme a faits également t y r a n n i q u e s . C'est\nensuite la magnifique défense de la doctrine religieuse p a r de faibles femmes\nremplies de l'esprit de Dieu, contre tous les sophismes d u nouvel É v a n g i l e .\nL e s Clarisses de N u r e m b e r g , enfin, font entrevoir « quel rôle aurait p u jouer\nle féminisme monastique dans la Renaissance allemande, si la Réforme n e\nl'avait pas anéanti. »\n\n\nL'Ommeganck                 de Bruxelles.             Son histoire véritable et      légendaire,par\n  MARGUERITE VANDE W I E L E . — (Bruxelles, Xavier H a v e r m a n s . )\n    É l é g a n t e plaquette, d o n t la couverture reproduit l'excellente gravure\nreprésentant la façade de l'hôtel de ville de Bruxelles et l'Ommeganck de 1646\nd a n s la Bruxella Septunaria d ' E r y c i u s P u t e a n u s .\n    L a brochure de M lle V a n d e Wiele d o n n e à ceux qui n e savent rien de\n"}, {"page_pdf": 774, "page_imprimee": 635, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1446, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                635\n\n\nl'Ommeganck de Bruxelles des idées précises sur l'origine et l'histoire de cette\ncurieuse cérémonie.\n   Mais, comme on le pense bien, l'historien ne saurait se contenter de cet\nessai un peu sommaire, où l'on pourrait relever des inexactitudes de détail,\ndes appréciations contestables et des omissions. L'oubli le plus regrettable\nest celui de l'Ommeganck de 1615, qui est demeuré célèbre par les tableaux de\nDenis Van Alsloot, dont une partie est conservée au Musée de peinture à\nBruxelles. (Voir l'érudit travail du R. P . V. Baesten, S. J. L'Ommeganck de\nBruxelles en 1615, d'après les tableaux de Denis Van Alsloot. (Bruxelles, Vromant,\n1890.)\n                                                                        J.G.\nGestes de P r o v e n c e , par D. JAUBERT. — (Paris, Fontemoing.)\n  C'est, dans un livre compact de 550 pages, — décidément ces bons Méri-\ndionaux ne doutent de rien — un roman historique qui porte sur cinquante\nans de l'histoire de la Provence, à l'époque des guerres de Religion.\nM. Perrette, qui en fit rapport à l'Académie du Var, en dit le plus grand\nbien. C'est assez naturel. Peut-être n'en dirions-nous pas autant; n'est pas\nMéridional qui veut. Car, encore que l'on rencontre parfois une page\némouvante, l'ensemble est plutôt lourd et d'un style incolore.\n                                                                   E. N.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-014", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 636, "page_fin": 640, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES L'Art Moderne a publié récemment", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 775, "page_imprimee": 636, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2845, "texte": "NOTULES\n\n      L'Art Moderne a publié récemment, en plusieurs n u m é r o s , u n e étude\nde P I E R R E LALO, sur les Symphonies de Beethoven, d'un intérêt palpitant. Voici\nl'interprétation d o n n é e par l'auteur de la Neuvième symphonie avec un chœur final\nsur l'Ode à la joie.\n      « Douze années séparent la s y m p h o n i e en fa de la Symphonie avec chœurs.\nCe sont les plus sombres de la vie de B e e t h o v e n . L e t e m p s d e puissance et\nde gloire s'est évanoui. L a frivolité viennoise s'est lassée d ' u n génie trop\nsublime pour elle; la mode est à l'opéra italien, à ses roulades et à ses\nc h a n t e u r s . P l u s le goût du public devient banal et superficiel, plus l'art de\nBeethoven a de retraite et de profondeur; c'est l'époque où commencent les\ndernières sonates et les derniers quatuors : il n ' y a plus rien de c o m m u n\nentré ce peuple et lui. Il travaille dans la pauvreté, pressé par le besoin, en\nproie aux soucis d'argent. Depuis I 8 I 5 , il est complètement s o u r d ; aucun\nson n e parvient plus à son oreille; il n'a d'entretion et de liens avec les\nh o m m e s que par l'écriture. E t les h o m m e s lui sont étrangers : il n'a plus\npersonne à qui communiquer sa pensée intime. Ses meilleurs amis ont\nquitté Vienne, ou sont morts. Son isolement est a b s o l u ; sa vie est m u r é e .\nP a r m i tant de maux, u n bonheur lui est a p p a r u ; mais pour se tourner aussi-\ntôt en a m e r t u m e dernière. Il a recueilli un neveu orphelin, et son grand\ncœur solitaire, affamé d'affection, a concentré sur cet enfant toute la force\nd'amour dont il est gonflé. Il écrit orgueilleusement à son fidèle Wegeler :\n« T u es m a r i , tu es père. Moi, je n'ai pas de femme, mais je suis père aussi. »\nCe « fils » tant aimé est u n misérable. Il désespère Beethoven par son ingra-\nt i t u d e ; il le désespère par ses instincts de bassesse et de vice. E t pourtant\nBeethoven l'aime toujours : il faut lire les lettres, d'une affection poignante,\noù il l'adjure d'avoir un peu de sincérité, u n p e u d'honnêteté, u n peu de\ntendresse. Effort inutile : de plus en plus, l'enfant indigne s'enfonce dans\nson i n d i g n i t é ; de plus en plus, il délaisse le père d o n t la b o n t é l'humilie et\nl'irrite. Il ne l'assistera pas dans sa dernière maladie. A l'heure de la mort, il\nne sera pas là.\n   » T o u t le malheur du m o n d e semble écraser Beethoven : c'est alors qu'il\nchante la Joie. L a vie la lui a refusé; il l'aura malgré la vie. Il est seul,\nretranché des êtres et des choses, n'entendant plus rien de ses oreilles\nmortes, renonçant à rien voir, les yeux presque toujours fermés, tout entier\nen lui-même : c'est là qu'il trouve la j o i e ; c'est là qu'il la crée pour la donner\naux h o m m e s . Chanter la joie, c'était la volonté de toute sa vie de douleur.\n"}, {"page_pdf": 776, "page_imprimee": 637, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3545, "texte": "                                   NOTULES                                    637\n\n Elle était en lui dès sa jeunesse; elle ne l'a jamais abandonné : ses propos,\nses lettres, ses cahiers d'esquisses, témoignent de cette pensée sans cesse\n présente. Il ne l'a réalisée qu'à la fin, lorsqu'il eut épuisé toute la souffrance,\naccompli tout le sacrifice, sur le seuil de la mort : ainsi, dans la Symphonie\navec chœurs, la Joie n'apparaît qu'au moment suprême. Le premier morceau,\ngrandiose et formidable, couvert de ténèbres, plein de foudre et d'éclairs,\n « plein de destinée », disait Nietzche, c'est un combat encore, un combat\naussi tragique, aussi sombre qu'aucun de ceux que Beethoven ait soutenus.\nLe scherzo étincelant et vivace, dont on dit qu'il conçut la forme en voyant\ndu haut d'une colline les lumières de Vienne s'allumer l'une après l'autre\ndans le soir, c'est l'allégresse qui éblouit, mais qui n'apaise pas le cœur et ne\nle fait pas maître du sort. L'admirable adagio n'est que mélancolie pathétique,\nprière et résignation. Enfin, voici le finale; mais avant que la joie se révèle\naux hommes, quels orages déchaîne une dernière fois la colère du destin !\nQuels ébranlements, quelles convulsions terribles de l'orchestre, quels réci-\ntatifs furieux et désolés! Puis la tempête effroyable cède peu à peu. Le\ncalme descend sur le monde; un grand silence se fait soudain. Et la Joie\nparaît; si douce, si profonde, si sublime, qu'elle pénètre, qu'elle agrandit\ntous les cœurs, qu'elle emplit l'humanité tout entière. Joie guerrière, superbe\net juvénile, joie religieuse, solennelle et magnifique, joie éperdue, délire,\nivresse, qui unissent les hommes dans une fraternelle exaltation d'amour :\ntoutes les joies, Beethoven les possède et les annonce; son œuvre n'est plus\nque joie répandue. Des victoires qu'il a remportées, c'est ici la plus merveil-\nleuse, une victoire en vérité plus qu'humaine. Elle fait mieux que triompher\ndes forces mauvaises de la vie et de la destinée ; elle les efface comme le jour\nefface la nuit. Les passions, les douleurs, les combats ne sont plus; le mal\nn'est plus. Par oubli héroïque de la souffrance, la Joie règne sur l'âme et sur\nle monde.\n   » Si légère, si vaine que fût la foule viennoise, l'œuvre toute-puissante du\ngrand homme l'éleva un instant au-dessus d'elle-même. Le 7 mai 1824,\nlorsque la Symphonie avec chœurs fut exécutée pour la première fois, le succès\néclata comme un coup de tonnerre. Les applaudissements, les acclamations\nne cessaient point. Beethoven, assis à côté du chef d'orchestre, et le dos à la\nsalle, n'entendait rien, ne se doutait de rien. Un de ses interprètes le prit par\nles épaules et le tourna vers le public. Il vit cet enthousiasme frénétique ; il\nchancela sous le choc de son triomphe, et faillit s'évanouir. Au spectacle de\ntant de génie et de tant d'infortune, l'émotion grandit jusqu'au délire;\nbeaucoup de gens pleuraient... L'impression des Viennois ne dura guère;\nle lendemain ils retournaient à leurs amusements italiens. Cependant, un\njour du moins, ils avaient senti le souffle de l'esprit; ils avaient entrevu\nque quelque chose de surhumain passait devant eux. Parmi les contempo-\nrains, quelques-uns, les plus sensibles ou les plus grands, eurent l'intuition\nprofonde que l'homme qui faisait de telles œuvres dominait les autres\nhommes, que son royaume dépassait le présent et s'étendait sur l'avenir. Le\npoète Grillparzer, devant la tombe de Beethoven, prononçait ces clair-\nvoyantes paroles : \" Ceux qui viendront après lui n'iront pas plus loin que\n"}, {"page_pdf": 777, "page_imprimee": 638, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3094, "texte": "638                               DURENDAL\n\n\n\nlui. Car lui, le précurseur, s'est arrêté seulement où l'art et la pensée\ns'arrêtent. » Bettina Brentano écrivait à Goethe : « Lorsque je l'ai vu pour\nla première fois, l'univers entier a disparu pour moi. Beethoven m'a fait\noublier le monde, et toi-même, ô Goethe... Je te le dis, cet homme devance\nde bien loin le temps où nous sommes. » Et Goethe, l'olympien, Goethe aussi\ndisait : « Je sacrifierais beaucoup pour le connaître, pour échanger nos\npensées et nos sentiments... Pour l'écouter plutôt, que pour lui parler :\ncomment lui apprendre quelque chose ? Son grand esprit voit ce qui nous est\nobscur; les éclairs de son génie lui montrent le monde en pleine lumière,\ntandis que nous sommes assis dans les ténèbres, et que nous pressentons à\npeine de quel côté se lèvera l'aurore. » L'aurore, l'aurore intérieure qui\nchasse les ténèbres de la vie, Beethoven l'avait vu se lever, elle emplissait ses\nyeux et son âme lorsqu'il créa la Symphonie de la Joie. »\n\n                                          * *\n   L e s C o n c e r t s Y s a y e . — Voici les noms des artistes qui participeront\nà ces concerts au cours de la saison 1905-1906 :\n   Chant : Mme Marie Bréma et M. A. Van Rooy, baryton. Piano :\nMM. Ferruccio Busoni, Raoul Pugno et Arthur De Greef. Violon :\nMM. Jacques Thibaud et Eugène Ysaye. Violoncelle : M. Marix Loevensohn.\nLes concerts seront dirigés par M. Eugène Ysaye.\n   Les six concerts de l'abonnement ainsi que les répétitions générales\npubliques auront lieu aux dates ci-après :\n           Premier concert et répétition générale : 21-22 octobre.\n           Deuxième »                  »          »      18-19 novembre.\n           Troisième »                 »          »       9-10 décembre.\n           Quatrième »                 »          »      24.-25 février.\n            Cinquième »                »          »      24-25 mars.\n           Sixième         »           »          »      21-22 avril.\n   Voulant marquer tout spécialement à l'occasion de leur dixième année\nd'existence les tendances nationales qui furent le principal but de leur fon-\ndation, les Concerts Ysaye consacreront la plus grande partie de leurs\nprogrammes de cette saison à la musique belge. C'est ainsi qu'outre une\nsorte de revue de la symphonie belge, représentée par César Franck, H u -\nberti, Raway, Théo Ysaye, Jongen, A. Dupuis et Delune, ils exécuteront\ndes compositions de Jan Blockx, Lekeu, Vreuls, Duyssens, Mortelmans, etc.,\nconcurremment avec quelques oeuvres étrangères, de d'Indy (Sauge fleurie),\n Magnard (Chant funèbre), Chausson (Viviane), Sibélius (Légende Scandinave), etc.\n   L'administration rappelle que le prix de mille francs qu'elle a institué pour\nles compositeurs belges sera décerné à la meilleure œuvre symphonique\n inédite qui lui sera présentée. Cette oeuvre sera exécutée à l'un des concerts\n de la saison.\n    Le premier concert (21-22 octobre) aura lieu avec le concours du baryton\n Anton Van Rooy.\n    Les inscriptions pour l'abonnement sont reçues chez MM. Breitkopf et\n Hsertel, Montagne de la Cour, 45.\n"}, {"page_pdf": 778, "page_imprimee": 639, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2811, "texte": "                                      NOTULES                                      639\n\n\n   L e p r i x d e R o m e . — Le grand concours biennal de composition\nmusicale a été jugé mercredi, après deux séances consacrées à l'audition des\ncantates.\n  Il y avait huit concurrents, dont une jeune fille, Mlle Busine, de Gand.\n   Le jury était composé de MM. Huberti, président; Jan Blockx, Léon\nDu Bois, Sylvain Dupuis, Emile Mathieu, Edgard Tinel et Van den Eeden,\nmembres.\n   Le 1er prix a été accordé, à l'unanimilé, à M. Delune, d'Ixelles; — un\npremier 2e prix à M. Herberigs, de Gand, et un deuxième 2e prix à\nMlle Busine; mention honorable à M. Verheyden, d'Anvers.\n   Le sujet de la cantate était : La Mort du roi Jean Raynaud, d'après une\nvieille chanson française, très populaire aussi en Wallonie. Le texte français\nest de M. Eugène Landoy, notre confrère du Matin d'Anvers, et c'est\nM. De Clercq, d'Ostende, qui avait traité le sujet en flamand.\n   L'œuvre de M. Delune sera exécutée publiquement au mois de novembre,\nà la séance annuelle de la classe des beaux-arts de l'Académie.\n                                         ***\n   C o n c e r t s P o p u l a i r e s . — Voici la date des quatre concerts de\ncette année :\n   11-12 novembre : premier concert, avec le concours de M. Pablo Casais,\nvioloncelliste;\n   2-3 décembre : deuxième concert avec le concours de M. Valerio-\nFranchetti Oliveira, violoniste espagnol;\n   17-18 février : troisième concert, consacré à l'exécution intégrale de la\nlégende dramatique : Le Chant de la Cloche, pour soli, chœur et orchestre,\npoème et musique de VINCENT D'INDY, dont les principaux rôles seront\ninterprétés par M mes Donalda et Bourgeois, et M. Laffitte, du théâtre de la\nMonnaie;\n   17-18 mars : quatrième concert, entièrement consacré à Richard Wagner,\navec le concours de Mme Félicie Kaschouwska, cantatrice du théâtre royal\nde Stuttgart.\n    Le bureau d'abonnement est ouvert chez MM. Schott frères, 56 Montagne\n de la Cour. A partir du 15 octobre, les places non réclamées seront mises à\n la disposition du public.\n                                            ***\n   V i e n t d e p a r a î t r e : Etudes sur l'art flamand : La Renaissance Septentrionale\net les Premiers Maîtres des Flandres. — Les Origines — Le XIVe Siècle — Les\nVan Eyck, par FIERENS-GEVAERT.\n  Voici la table des matières de ce nouveau livre de notre ami et collabo-\nrateur, dont nous rendrons compte prochainement. Nos lecteurs ont eu la\nprimeur du premier chapitre de cet intéressant travail :\n     CHAPITRE I.       Le rôle de l'art flamand dans la Renaissance Septen-\n                          trionale. Considérations d'ensemble.\n          »     II.    Œuvres conservées en Belgique (XIIe, XIIIe et XIVe\n                          siècles) et apparition des principes nouveaux.\n"}, {"page_pdf": 779, "page_imprimee": 640, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "640                                      DURENDAL\n\n\n         CHAPITRE I I I .       L e rôle des Valois d a n s la 1re Renaissance des Valois.\n                »     IV.       L'Ecole de Dijon. L e s chefs-d'œuvre de Claes Sluter.\n                »    V.         L'Ecole de Dijon (suite). Sculpture et P e i n t u r e .\n                 »    VI.       Les débuts des Van E y c k .\n                »     VII.      L a m b e r t , Marguerite et H u b e r t Van Eyck.\n                »     V I I I . Jean Van E y c k .\n                »    IX.        Le retable de l'Adoration de l'Agneau.\n    L'ouvrage est illustré d'environ cent reproductions, d o n t vingt-quatre\np l a n c h e s hors texte.\n    Prix du volume : 10 francs. Au I e r janvier 1906, ce prix sera porté à\n12 francs net l'exemplaire. E n vente chez l'éditeur Ch. Van Oest, rue du\nMusée, 16, Bruxelles.\n                                                   *\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — VAN BASTELAER et G. DE L O O : Peter\nBreughel l'ancien, son œuvre et son t e m p s ; 2e fascicule : (Bruxelles, Van Oest).\n— ESHMER VALDOR : Les T h u r i b u l u m s apaisés ( P a r i s , E d . de La vie). —\nA. R E T T É : Contes de la forêt de F o n t a i n e b l e a u (Paris, Messein). — E . DUBUS :\nPoésies complètes (ibid). — V. DE S A I N T - P O I N T : P o è m e s de la mer et\ndu soleil (ibid). — G. P I O C H : L a bonté d'aimer (ibid.) — J. BOUBÉE :\nL'éternel a m o u r (Paris, Lemerre). — P . R É E : L e s villes d'art célèbres :\nN u r e m b e r g (Paris, L a u r e n s ) . — A. CRESSON : L e malaise de la pensée\n(Paris, Alcan). — P . L E ROHU : La faillite de J a c q u e s L e b l a n c (Paris,\nPerrin). — EDMOND PICARD : La joyeuse entrée de Charles le Téméraire,\ndrame historique en sept tableaux (Bruxelles, Lacomblez et Larcier, édi-\nteurs). — R . P . LONGHAYE : Dix-neuvième siècle. Esquisses littéraires et\nmorales, I I I e volume (Paris, Retaux). — P A U L LAFOND : Le musée de R o u e n\n(Paris, Larousse). — P A U L ANDRÉ : Max Waller et la j e u n e Belgique\n(Bruxelles, E d . du Thyrse).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison10-208", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "99, rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 780, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 79, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "99, rue Royale, 99\n\n    PIANOS DE SIET '                                                               BRUXELLES\n\n\n\n    FABRIQUE IDE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                      BERVOET^WIELEMANS\n                                     FOURNISSEUR D E L A COUR\n\n           6, 8, 10,12, Rue du Midi *t» BRUXELLES\n U s i n e à vapeu*», Lavoit» d e l a i n e s : nWB OES GOUJONS, 120\n\n\n                                                 J. © O N T H I E S\n                                                              Maison fondée en 1 8 5 0\n                                           31-33, rue d el ' E m p e r e u r , B R U X E L L E S\n                                                       TÉLÉPHONE 3659\n\n                                           Encadrements d'art — Miroiterie\n                                                          Vitraux riches et ordinaires\n                                               Cadres pour tableaux, aquarelles, gravures\n\n                                                           AMEUBLEMENTS\n                                           Entreprise générale de vitrerie\n                                                   LA MAISON      N'A PAS DE SUCCURSALE\n\n\n\n\n    PIANOS STEIKWAY                                                         & SONS\n                    NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n   de Suède et d'Italie, du Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     E x t r a i t de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach paraît main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway R. Wagner). »« Le Stein-\nway est un superbe chef d'oeuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\n  arfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « Vos\nE eaux instruments incomparables ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance (A Rubinstein . » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici (F Busoni). » « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a io ou i5 ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d'Albert. » « Ils sont tellement au dessus do toute critique, qu'un\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter). »\n    Ageuce générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 781, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 7449, "texte": "tA paru à la Lifarnirtg VROMflNT\n                                                                                                                                                                            Prix : fr. 3 . 5 0\n\n                        _«_FJRMIN VAN DEN BOSCH\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                          BRUNÉTTÈRE J BOURGET -1- HTJYSMÀNS\n                             D E QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n                                 VERHAEREN E T DEMOLDEK\n                         P . D E HAULLEVILLE — GUIDO GEZELXE\n                           GEORGES R O D E N U \\ Ù H — MAX W A L L E R\n              EDMOND PICARD     GUILLAUME VERSPEYEN — H. CARTON D E WIART\n                                      E T Ç r ETC„\n                                         ^ 1       1 '..\" y\n  En vente chez l'éditeur Vromant, 3, rue de la Chapelle, Bruxelles\n\n                  THE dRESHAM\n                XCoiup*(fnie d'ussnraticet «or la vie)\n                                                                                                 RELIURE D'ART & D'A DATEURS\n                                                                                                                                                                            -MI   'f\n                      Fondée à. Londres 1 8 4 8\n                   Etablie en Belgique en 1 8 5 5\n                       Aouf : plu* de 8 1 7 • II on*\n                  S sires po^és eu Belgique . 3 0 milliuus\n                                                                                                 Paul Claesset)s\n                                                                                                              Relieur-doreur e t S A R M \" \" la Comte*** de Flandre\n                     #RIMI9                M[NSUttt,(S\"\n                    LoulB HBUVELMANS, illieete»                                                               24, rue de Berlalmont, Bruxelles\n                   H. SCOTT. ou»-direct. delà SiicrursuleBcIge\n                  3, place Royale, B R U X E L L E S\n\n\n\n I     <•''\n                                       i\n                                             Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                     FABRIQUE ET ATELIERS :\n                                           37, Rue de la Charité - BRUXELLES\n\n                                              Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                           S p é c i a l i t é d o t o u s l e s a i t i r l e s c o n c e r n a n t la p e i n t u r e , la s c y l p t u r e\n                                                                      la g r a v u i e , l'aichitecture et l e d e s s i n .\n                                           RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                                  Vente et location de modèles pour la peinture\n\n                                              Grand prix et médaille d'or i l'Exposition de Saint-Louis 1904\nPiexnl6.es médailles aux Expositions Omsterflam, Paris, llveipool, Le Havre, Binxelles, Chjcago, etc.\n                     CtlJeU \"'   im^i\n\n\n\n                                                         *\n                                                         u\n                                                                EVCADREMENTS»»•                                                                                        • •             Par suite de décès\n                                   •                     !_      q\n                                                                DOEl'RE ET SCULP-\n   •\n\n\n\n\n   1\n                                                         V               ' •,                    Tèiie        t .              -            « J I M              »•••••\n                                                          E\n                                                                                                                                                                                   LIQUIDATION\n                                                          R     TU RE $UR BOIS                                                                                                                DE\n                                                         D       i\n                                                         U ESTAMPES                                                                                      ift»t\n                                                         • 5\n\n                                                         S\n                                                          ^      I\n                                                                     '\n\n                                                                 GRAVURES ANCIENNES\n                                                                             I       I   I   ,\n                                                                                                     - — •     i    • « • • • i. . — — ^ . . M 4\n\n\n\n                                                                                                                    I J                 |\n                                                                                                                                                                  — — •\n\n\n\n                                                                                                                                                                            i\n                                                                                                                                                                                  300 ÏOITOBES\n                                                         N       # # « • # # • • • • « • • • • • •\n                                                                                                                                                                                  Vente à tonte\n                                                                         .       i       i                j                                      ,   i       i\n                                                         s\n                                                         u       N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES                                                                                    offre acceptable\n                                                         e\n                                                          O      rr\n                                                          *\n                                                          8\n                                                                 SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                                                                                      71, rue Goffart\n                                                          S                                           '       'l'Ml' ) \" ,                   | ii i '                  |\n                                                          *     ^)AUTHEIj!TICfJ$ • • • • » • • • • « • •                                                                                CELLES\n                                                          R                                      1                    ,    I       ti        !           •         ,       •-'\n"}, {"page_pdf": 782, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3956, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                   ta, Marché-au-Boi» - BRUXELLES\n Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles à v u e : 1 1 2 p . c. sans commission\n    Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt v a r i a b l e ; moyenne 1 9 0 3 : 2 . 9 7 p . c.\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                   ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques s u r tous p a y s\n         P r ê t s s u r Titres — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n  LA RÉSERVE MUTUELLE                                       LE STANDARD\n                                                         Compagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n            de»         ÊTATS-VVtS                                   ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COMPAGNIE O'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n           s r u r l a ~\\r±&                               Prlnoipaux avantages d * la Compagnie\n                                                         i° Polices incontesta-          3» Tarif avantageux.\n                                                           bles après deux ans           4° Participation impor-\n                                                           de date.                        tante des assurésdans\n                                                         s° Prêts sur polices              les bénéfices de la\n                                                           ajant trois ans de              Compagnie.\n                                                           date.                         5° Prêts hypothécaires.\n                                                            S'adresser pour renseignements et prospectus à la\n                                                                     DmiOTION'QiNÉNALI\n                                                         28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                           Téléphone 949 — Adrette télégraphique : Standard-Bruxelles\n  EncAifsnairr AIUIUBL . . . .        40 Millions\n  SmuTRis PATts                     250 Millions\n      Combinaisons très intéressantes                    CHAUDRONNERIE DE LA COUR\n   DIRECTIOI GENERALE POUR LE CONTINENT DE L'EUROPE           37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n       8 , r u e H a l é - y y , P A R I S (9*)                           TÉLÉPHONE 1 5 9 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  19, r u e du Rouleau, B R U X E L L E S                 Batteries de cuisine. — Articles de ménage\n            On demande des Agents\n                                                                         ÉTAMAGE\n\n\n    ives Nobiliaires le Belgl\n     52, rue Stévin, BRUXELLES\n                  Recherches de généalogies et d'ar-\n                   moiries en Belgique et a l'Etran-\n                   ger. — Attestations officielles de\n                   noblesse, de filiations et d'armoi-\n                   ries.— Copiesofficielles de lettres\n                   de patentes de noblesse. —                  18, fflarehé-aa-Bois, 18\n                   Inscriptions à la liste des nobles.\n                   — Insertions de généalogies dans\n                   des publications belges et étran-\n                   gères. — Rectifications d'actes\n                   de l'état civil et adjonctions des\n                   noms. — Correspondants en pro-\n                                                                        BRUXELLES\n                   vince et à l'étranger —Armoiries\n                   et documents généalogiques sur\n                   plus de 100,000 familles nobles\n                   et patriciennes.\n   R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                                         Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                        BlESWAL\nCHOCO LAT                     Bl E S W A L\nCH OCO L A T Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       B I ESWAL                        LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 783, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": " APPAREILS                 PHOTOGRAPHIQUES\n                                          OBJECTIFS,      JUMELLES\n                                                       JUMELLES A PRISMES\n                                                   PAPUPS,      PLAQUES\n                                          P E L L I C U L : S PHOTOGRAPHIQUES\n                                          SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                      MICROSCOPES\n\n                                              Grand ckol> de photographies\n                                                artistiques et décoratives\n\n\n\n                                          ALBERT                H O F M A N N ,                    BRUXELLES\n                                                 Salle d'exposition '. rue de la Régence, 5 7\n\n\n\n\n                        Rentoileurs et restaoratens de musées belges et etrer gets p\n  J.    EXPERT\n                                              MAISON FONDÉE EN 1867\n                        Rentollage, transposition, restauration et parquetagc de tableaux\n                                                                                                 * •\n                                                                                                          EXPERT\n  2-4, RUE DE LIME              VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES ' 24, Mi; dD fleBtllllOMe\n      Bruxelles                         A N T I Q U I T É S & | O B J E T S D'ART                       Bruxelles\n\n\n\n\n       POUR VOS CIGARES FINS                                                         Les Roues Caouieipiées\n                                                                  ft4Év.'               TALBOT\n                                                                                    SOlt inusables et    inarrachables\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                ST.                        EXIGER LA MARQUE\n\n\n              DÉPÔT   DE   FABRIQUE\n                                                               Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n   15 — Avenue Louise— 15\n                                                                     Maison SNYEnS-RâNG & C\n             BRUXELLES\n                                                              Fond** en 1816                —          Téléphone 1389\nM . -- Arrivages réguliers de cigares ne la Havane                 1 7 . r^= d ' O r , B R U . X I I L L S S\n\n\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles BULENS, Editeur, rue\nTerre - Neuve, 75, Bruxelle*\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 704, "texte": "V - * *~ h ^ fc-# - w   4.^*-'*                         i^-- 1 - «kLii'n                            IV 10.   Ëk\n\n\n\n\n                            h 1VUE CATHOLIQUE^\n\n\n   fggm\n                                >E LITTERAT\n\n\n\n\n                                                                                         • • •_ •\n                                                                                   • •\n                                                                                         #\n              '• •\n                                              •   • •\n                  • •\n                                  • - •   •       •\n\n\n                                                                           • • •\n\n\n\n\nBRUXELLES, rue du Grand-Cerf, aa. — PARIS, avenue de la Grande-Armée, 61.\n"}, {"page_pdf": 705, "texte": "                             Domaine de la SûClÉIé \" Lfl WESTEJIDJIISE \"\n\n                                  LB PLH6E DE WESTENDE\n                                         (BELGIQUE)\n\n                                est située aux bords de la mer du Nord,\n                        entre Ostendeet Nieuport; elle est de sable fin. Cette\n                        nouvelle station balnéaire n'a pas tardé & attirer\n                       l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                       villégiature agréable, h} giénique,unissant le confort\n                       à la simplicité dans de« condition» très avantageuses.\n                       Une chapelle est érigée ou le service religieux se fait\n                       régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                       gratuits; le service de sauvetage est organisé et\n                       placé sous la surveillance communale Location de\n                       cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                       garages Kursaal-restaurant Routes carrossables et\n                       cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n                       luxueuses installations de- lawn-tennis, do jeux de\n  Villas et Terrains   golf et de croquet, gjmnase. Promenades a ânes.                Villas et Cottages\n       A TZHDRB\n                       Tentes sur la plage. Communications faciles avec                        à\n                       tout le pajs. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par aaanités      que d'Ostende à Westende de dix en dix minutes.                     LOUER\n                       Eclairage électrique do la digue, des avenues, des\n                       villas et cottages. — Demander le prospectât détaillé\n                                             «W«WWWMWMXW»««W»\n\n\n                          Mente Immobilière pour b rente et location les nilas\n                               HALLES W E S T E N D A I S E 8\n                       comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                       cles d'alimentation, de nécessite et articles de luxe\n                           Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie\n                                                                  Le WESTEND* HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                                  partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                                Pension de 6 & 16 fr. par jour. Au com-\n                                                                mencement et à la fin des saisons, arran-\n            DIGUE DE MER                                        gements très avantageux pour les familles\n                                                                   faisant on séjour prolongé à l'hôtel.\n                                                                    75 chambres parfaitement aménagées.\n                                                                       Vie de famille. Éclairage électrique.\n    TÉLÉPHONE N* 4 1\n                                                                         Chambres spacieuses. Ameuble-\n Réseau du                                                                     ment moderne esthétique et\n                                                                                confortable. Balcons et ter-\nlittoral par\n                                                                                 rasses. Salle de musique.\nNieuport.                                                                         Salle de billard. Salle de\n                                                                                   recréation pour les en-\n                                                                                       , . fants. S a l o n s\n                                                                                       '*   de lecture et de\n                                                                              correspondan-\n                                                                                   M\n                                                                              ce Cuisine soi-\n                                                                              g n é e . Caves\n                                                                               recomman-\n                                                                              dées.\n    Appartements avec salon — Service d'omnibus de l'Hôtel au vicinal — Service postal et\ntélégraphique réguliers — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux\nétrangers voisins. — Hôtellerie LE LEKKERBEEK ouverte toute l'année.\n                                   I A BRUXELLES, 6 8 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 3 6 )\nPour renseignements s'adresser J A WESTENSE, à l'Administration de la Plage (Téléphone\n                                   (  8 8 du littoral) on an Westend' Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 706, "texte": "                                   DURENDAL\n         REVUE CATHOLIQUE D ' A R T - E T DE L I T T É R A T U R E\n\n\n                                            1905 >— la» Année\n\n\n\n                     Sommaire du n° 10 (Octobre)\n\nFRANZ A N S E L . — José-Maria                   de Heredia                           .                                         577\nAMÉDKE P R O U V O S T . — Poèmes                                                             ,       ,                         582\n                                   Prière.           .        ,       .       .       . ^             .   .       .   .,•       584\nL'abbé F R . V E R H E L S T . — Jacob Jordaens                                                                                 585\nJEAN BERNARD. — l'hrène.                     .       .    .       ;       .       ,       .       .       1 ,         •   » •   5g2\nH E N R I D'HENNEZEL. — Le transfuge                                  (suite)                                                   5g4\nM A R I E DAUGUET. — C'est l'heure                                                                                          ,   608\n                              Sainte Sabine                                                                                     608\nJOZEF JANS&ENS. — Fra Angelico                            (suite et fin)                                                        610\nP . L. — Chronique           artistique          :\n                Exposition         d'art ancien bruxellois                                                                      616\n                Exposition         rétrospective                  de l'art belge                                                616\nGEORGES DE GOLESCO.                — J.-S.               Bach, le musicien-poète,                                         par\n                                            Albert Schœeitzer                                                                   619\nH E N R I MAZEL. — Lettre de Paris                                                                                              6^5\nLivres    et Revues                                                                                                         ,   628\nNotules                                                                                                                         636\nIllustrations       : L a fête des rois                                                                       \\\n                     Soo d'oude songeu, soo pepen de \\ JACOB JORDAEKS.\n                         jonge                                                                                )\n                Saint Laurent distribuant les aumônes . 1\n                „    .    -»-, .        ,                 ,       <-*             J T. -                      ( F R A ANGELICO.\n                Saint Etienne devant le Grand-Prêt re )\n"}, {"page_pdf": 707, "texte": "                       DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE                                      LITTÉRATURE\n    A B O N N E M E N T : 1 0 francs pai a n ; ETRANGER : 1 2 flancs (port compris)\n         (pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, i2, à    Bruxelles)\n\n                               PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 5 0\n\n\n\n                Comité de rédaction                de D u REND AL :\n                          MM. HENRY CARTON DE WIART.\n                              L'abbé HENRY MŒLLER.\n                                  F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                    Secrétaire de la Rédaction ; G E O R G E S V I R R È S\n                             Correspondant de la rédaction à Pat is :\n       M.    HENRI     MAZEL,     avenue d e la Grande-Armée, 6 i , P a r i s .\n\n              PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ ANSEL.                                          ARNOLD GOFFIN.\n      MAURICE BEKAEKI .                                     JOSÉ HENNEBICQ.\n      EDGAR BONEHILL.                                        L'abbe H . HOORNAERT.\n       HENRY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                      JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                         EDMOND JOLY.\n      GEORGES BRIGODE.                                      VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                  GODEFROID KURTH.\n      MARIE CLOSSET.                                        L. DE LA LAURENCIE.\n      L'abbe A U G . CUPPENS.                               L'abbe L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                               GEORGES L E CARDONNEL.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                               S E B . - C H . LECONTE.\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                             GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                   CHARLES MARTENS\n      GEORGES DELAUNOY.                                     PAUL MUSSCHE.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKFKKB.                      EDOUARD N E D .\n      L e baron G. DELLA FAILLE.                            MAURICE OLIVAINT.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                      ERNEST PÉRIER.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                  GEORGES RAMAEKERS.\n      JULES DESTREE.                                        GEORGES RENCY.\n      Vicomte D'HENNEZEL.                                   BLANCHE ROUSSEAU.\n      EDOUARD DUCOTÉ.                                       JOSEPH RYELANDT.\n      MAURICE DULLAERT.                                     FERNAND SÉVERIN.\n      J. EsguiROL.                                          HENRY V A E S\n      EMILE FERMAUD.                                        ROBERT VAN DER E L S T .\n      LAURENT FIERENS.                                      CHARLES VAN LERBERGHB.\n      H . FIÉRENS-GEVAERT.                                  EMILE VERHAEREN.\n      IWAN GlLKIN.                                          L'abbé F R . VERHELST.\n                                                            LÉOPOLD WALLNER,etc, etc.\n\n                Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\nIl sera rendu compte dans DURENDAL     de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à la Rédaction\n\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adresser au\nsiège de la Revue, 2 2 , rue du Grand Cerf; pour la publicité, 4 6 , rue Neufchatel, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 708, "texte": "             José=Maria de Heredia\n                                               Ad augusta per angusta.\n\n               HÉLAS ! les   poètes s'en vont : Verlaine, Mallarmé,\n                  Samain, viennent à peine de disparaître, et voici\n                  que José-Maria de Heredia entre à son tour dans\n                  l'immortalité. C'était l'un des plus glorieux\n                  survivants de la petite armée des Parnassiens ;\n                  et je crois exprimer la pensée de tous les artistes,\n                  en assurant que ses Trophées résisteront aux\n                  outrages du temps avec plus de bonheur qu'au-\ncune autre œuvre de ses frères d'armes.\n   Descendant d'une race héroïque, sa plume valait bien\nl'inflexible épée des ancêtres. On a voulu voir, dans le poète\nlui-même, un héros « en puissance », qu'un siècle trop banal et\ntrop veule empêcha d'accomplir les exploits qu'il avait rêvés,\net qui versa en des sonnets épiques le trop-plein d'un cœur\norageux. Cette opinion me semble moins le reflet de la vérité,\nqu'un motif d'agréable exercice littéraire. La vie de Heredia\nfut simple, digne et paisible : elle n'offrit jamais ce mouvement\npassionné qui fait du pèlerinage terrestre des Pétrarque, des\nGœthe, des Byron ou des Lamartine, de pathétiques poèmes\nque leurs plus hautes songeries parviennent à peine à sur-\npasser. Le pacifique conquérant des Trophées n'apparaîtra point,\naux générations futures, couronné de ce singulier prestige\nqu'un amour romanesque, une grande souffrance ou un\néclatant destin confèrent aux poètes qui furent, dès leur vivant,\nles idoles d'une foule innombrable : son existence, que l'on ne\nsaurait mieux comparer qu'à celle d'un probe et laborieux\nouvrier, s'effacera tôt dans la mémoire des hommes, laissant\ntoute la place à son œuvre, dont la splendeur éblouissante\néclipse les menus faits qui ont pu l'entourer.\n    Pour nous qui assumons la tâche d'étudier en quelques\n"}, {"page_pdf": 709, "texte": "578                         DURENDAL\n\n\npages la figure de ce pur artiste, peu de chose dans sa vie est à\nretenir ici : les deux aspects divers de son enfance et de sa\njeunesse suffiront à nous découvrir les origines de son talent.\nL'enfance de Heredia s'écoula doucement parmi les somp-\ntueux paysages des Tropiques, dans l'île de Cuba, où il était\nné, et dont ses vers nous donnent quelques chaudes impres-\nsions. Sa jeunesse fut studieuse : il suivit avec zèle les cours de\nl'Ecole des Chartes; humaniste et paléographe, tel le révèlent\nbien ses sonnets.\n    Car le « métier » de Heredia tient à la fois de deux labeurs\négalement ardus, également patients : celui de l'érudit, et\ncelui du ciseleur. On imagine volontiers qu'il commençait ses\ncourts poèmes dans la bibliothèque obscure d'un historien,\npour les achever amoureusement devant un établi de joaillier,\nla fenêtre ouverte sur le ciel, dans la lumière joyeuse qui lait\nmieux étinceler les gemmes. Ne vous y trompez pas : de\npénétrantes études et de sérieuses méditations furent néces-\nsaires à ce sévère artiste. Soucieux, avant tout, d'une absolue\nloyauté d'idée et de langage, il a choisi, pour y enfermer ses\nidées sur la nature et sur l'humanité, la forme la plus stricte,\nla plus rigoureuse, la plus pénible qu'on puisse concevoir; il\ns'est imposé à lui-même une discipline de fer, sans jamais\ntenter un effort pour la briser ou seulement l'assouplir : il a\nresserré ses conceptions les plus vastes dans les bornes étroites\ndu sonnet, de ce moule infrangible dont les seuls poètes par-\nnassiens connaissent toute la tyrannie. Et, renonçant à l'élo-\nquence profuse des déclamateurs romantiques, il a su résumer,\ndans une Légende des Siècles en miniature, qui survivra peut-\n être aux fresques géantes de Hugo, sa compréhension si juste,\nsi savante, mais surtout si artiste, de la Fable et de l'Histoire,\n du rêve et de la vie, de la nature et de l'art; il a su, sans\n enfreindre nulle part les lois rigides qu'il s'était d'avance\n assignées, unir l'épopée à l'idylle, la légende à la science, la\n peinture à la philosophie.\n   Tour à tour, et sans une minute de défaillance, avec une\nplénitude d'idée et d'expression constamment égale à elle-\nmême, il suscita victorieusement, du fond des ténèbres du\npassé, les radieuses époques abolies : la Grèce et la Sicile, Rome\net les Barbares, le Moyen Age et la Renaissance. Il faudrait\nêtre un historien et un philologue avertis, pour juger à toute\n"}, {"page_pdf": 710, "texte": "                        JOSE-MARIA DE HEREDIA                             579\n\n\nleur valeur ces brèves reconstitutions. H e r e d i a est sans doute,\navec L e c o n t e de Lisle, celui des poètes français qui a le mieux\nsaisi, jusqu'en ses plus subtiles nuances, l'âme de l'antiquité.\nIl semble avoir assisté, en une vie antérieure, à cette rayon-\nnante aurore de l'humanité, où les belles choses et les nobles\npensées s'incarnaient naturellement dans un peuple riant de\ndieux ou de héros. Il goûte et c o m m u n i q u e une émotion sacrée,\nlorsqu'il évoque les divinités supérieures ou familières dont\nl'influence, le plus souvent bénigne, accompagne et guide les\nmortels.\n    C'est que le poète des Trophées est p r o p r e m e n t un vision-\nnaire : il a vu la double corne du S a t y r e accrocher les rayons\nde la l u n e ; il a vu la trirème d'argent de Cléopâtre s'avancer\nau-devant d'Antoine; il a vu le jeune Cellini ciseler « le combat\ndes T i t a n s au p o m m e a u d'une dague ». E t , par un miracle de\nl'art, quatorze vers lui suffisent pour rendre ces grandioses et\nmagnifiques visions, plus fidèlement et plus é n e r g i q u e m e n t\n que ne le saurait faire la description copieuse d'un docte\n professeur : instruire par des joyaux, cette devise eût pu être\n la sienne. Réfléchissez-y bien : ceci est une merveille incom-\n parable, et dont j a m a i s , peut-être, l'histoire de la poésie\n n'enregistra un aussi surprenant exemple. Heredia appartient à\n la rare et vaillante lignée de ces Orfèvres de la Renaissance,\n qui sertissaient les pierres précieuses, tordaient l'anse d'un\n vase, peignaient et sculptaient sur l'émail les aventures\n héroïques ou divines, et faisaient tenir, au pommeau d'une\n épée, les conceptions gigantesques du génie.\n   H e r e d i a était j e u n e encore, que déjà T h é o p h i l e Gautier lui\ndisait pittoresquement : « Je t'aime, Heredia, parce que tu as\nun nom exotique et sonore, et parce que tu fais des vers qui se\nrecourbent comme des lambrequins héraldiques. » Ce j u g e m e n t\nne m a n q u e pas de justesse : l'auteur des Trophées fut toujours\nexotique et sonore comme son vieux nom espagnol ; et son vers,\npompeusement recourbé, s'apparente à la prose majestueuse de\nBossuet et de Chateaubriand : on y sent la « période» classique.\nMais, trop exclusivement artiste, Gautier était enclin à n'aper-\ncevoir d a n s cet art que ce qu'il révélait d'éclat, de couleur et\nde précision. E n vérité, les Trophées apportèrent autre chose.\nLe pur profil de ces camées offre mieux qu'une ligne ferme et\nfine : une pensée flotte dessus, qui manifeste une â m e . On n'a\n"}, {"page_pdf": 711, "texte": "580                          DURENDAL\n\n\npeut-être pas assez dit ce que ces strophes lapidaires conte-\nnaient de pathétique humanité, et quelquefois de fraternelle\npitié, — oui, de pitié : la Prière dît mort, l'Esclave, le Laboureur,\nprouvent d'une manière irréfutable que Heredia fut accessible à\nce sentiment tout chrétien.\n   Sans doute, cette poésie nous apparaît essentiellement plas-\ntique, l'image y domine tous les autres moyens d'expression,\net sa perfection même lui impose un masque de froideur.\nPourtant, si les Trophées sont le triomphe de la synthèse\nlittéraire, de l'ampleur dans le raccourci et de l'éloquence dans\nla précision, on ne doit pas en conclure qu'ils s'adressent à\nl'intelligence plutôt qu'à la sensibilité. La plupart de ces\nsonnets trahissent un sentiment qui, pour fuir la déclamation,\nn'en est pas moins sincère; ceux d'entre eux qui ne sont que\nplastiques tressaillent intérieurement d'un tel amour de la\nBeauté, que cette seule émotion les défend bien assez contre le\nreproche d'impassibilité. Impeccables et impersonnels, certes\nils le sont; impassibles, non pas! Une émotion, d'autant plus\nforte qu'elle est plus sévèrement contenue, s'abrite sous cette\nforme austère, comme le cœur fervent des Croisés palpitait sous\nl'armure ciselée.\n   Il n'en est pas moins vrai, du reste, que les Trophées valent\navant tout par cette incomparable perfection formelle qui en\nfait des modèles suprêmes, et qui les place pour jamais à côté\ndes Oraisons funèbres de Bossuet, des Caractères de La\nBruyère, des Lettres de Madame de Sévigné, des Fables de\nLa Fontaine, et de quelques autres livres qui ont doté un genre\nlittéraire de sa formule définitive.\n   Les sonnets de Heredia sont d'insurpassables chefs-d'œuvre.\nUn grand artiste pourrait les égaler : les surpasser semble\nimpossible. C'est la perfection même, poussée à ses extrêmes\nlimites. Rien n'y reste inachevé, rien n'y a figure d'ébauche :\nles plus rigoureuses exigences s'y trouvent complètement satis-\nfaites. Les yeux s'y rassasient de nobles formes et de fas-\ntueuses couleurs, les oreilles s'y enchantent de sonorités triom-\nphales, et les aspirations mystérieuses de l'âme y rencontrent\nelles-mêmes d'intimes correspondances. Pour moi, j ' y admire\nsurtout le fini et le relief des moindres détails, la signification\nqu'ils prennent dans l'ensemble du tableau, la ferme délicatesse\ndes contours accessoires, le choix — on ne peut plus heureux —\n"}, {"page_pdf": 712, "texte": "                     JOSÉ-MARIA DE HEREDIA                       58l\n\n\ndes rimes et des épithètes, et cet alexandrin final qui couronne\nle clair édifice en lui prêtant sa valeur véritable et en dégageant\nlumineusement ses harmonieuses proportions.\n   Les Trophées passeront « aux époques lointaines », comme un\ninfrangible héritage de beauté et de probité artistique. Aux\npoètes de l'avenir, ils pourront servir d'exemple; à ceux mêmes\nqui n'en comprendront point toute la haute portée, ils enseigne-\nront désormais que l'œuvre loyale et laborieuse d'un bon ouvrier\nlittéraire résiste à l'effritement des siècles, aussi victorieusement\nque le marbre ou le diamant.\n   La Muse hautaine de Heredia ne s'est jamais accommodée au\nmauvais goût du jour; plutôt que de sacrifier aux faux dieux de\nson temps, il eût brisé son fier burin, comme ses aïeux eussent\nbrisé leur épée plutôt que de la vouer à des tâches indignes\nd'elle. José-Maria de Heredia fut un artiste de la Renaissance\négaré au XIXe siècle; et cependant, il était bien de son époque,\nil en était par ses deux qualités les plus marquantes : par son\nsouci de l'exactitude historique et de la vérité psychologique,\net par son culte de la beauté formelle.\n   Sans doute, nous devons pleurer la mort de Heredia, saluer\nson cercueil avec un respect douloureux, et regretter qu'une si\nnoble vie se soit si tôt éteinte. Mais son exemple demeure\nparmi nous, inviolable et sacré; et je ne crois pas diminuer le\ngrand poète, en disant que quelques années de plus n'auraient\najouté à son œuvre, dès à présent définitive, que fort peu de\nchose en vérité. Heredia laisse derrière lui la réalisation com-\nplète et magnifique d'un rêve de gloire et de beauté que pour-\nraient lui envier les plus illustres de ses rivaux. Les Trophées\nont épanoui la fleur suprême de l'école parnassienne, qui fut si\nuniquement et si splendidement artiste : ne fût-ce qu'à ce titre,\nce mince recueil de sonnets tracera, dans l'histoire de la poésie,\nun long sillage lumineux. Comme la barque de César, ce petit\nlivre est chargé d'un auguste fardeau : il porte un poète et sa\nfortune; il les fera, soyez-en sûrs, aborder heureusement aux\nrivages de l'avenir.\n                                               FRANZ ANSEL.\n"}, {"page_pdf": 713, "texte": "                     Poèmes\n                            I\n                                                    Pour ma mère.\n\nDans le rayonnement doré de vos sept filles,\nMère, vous paraissez comme une grande sœur,\nSi jeune avec vos yeux bleu clair où toujours brillent\nL'intelligence vive et l'exquise douceur.\n\nCombien j'aime évoquer de mon enfance blonde\nLes rires et les jeux, aux beaux après-midis\nOù la blanche maison me semblait être un monde,\nE t le jardin ensoleillé le paradis.\n\nLa chambre résonnait comme une creuse amphore\nSous les échos mélodieux de votre voix,\nE t nos yeux, s'attardaient sur le clavier souore,\nAvides et joyeux d'y voir frémir vos doigts.\n\nJ e revois les Noëls intimes, où les braises,\nRouges, sous le halo discret des abat-jour\nFaisaient trembler aux murs les gravures anglaises\nE t s'allonger notre ombre en fantasques contours...\n\nAlors, vous unissiez nos mains pour la prière\nDevant la crèche d'or, où parmi la caudeur\nDes agneaux, l'Enfant-Dieu riait à la lumière,\nE t , ferventes, nos voix suppliaient le Seigneur\n\nQu'il bénisse les huit enfants avec leur mère!\n\n                                *\n                           *        *\n\nVous fûtes l'ange doux de mon adolescence !\nAux regards inconnus qui nous voyaient passer\nQuand j'inclinais, tremblant, vers vous ma confidence,\nNous avions l'air ému de nouveaux fiancés.\n"}, {"page_pdf": 714, "texte": "                        POEMES                                583\n\nVotre jeunesse avait rapproché nos deux âges\nIdentiques de goûts, et de pensers jumeaux,\nE t nos deux cœurs étaient semblables aux feuillages\nEmmêlés de la branche-mère et du rameau.\n\nE t vous m'avez conduit doucement vers la vie,\nM'indiquant les chemins abrupts de la Beauté,\nE t vous suiviez mes pas comme une grande amie,\nComme une sœur discrète et tendre à mon côté.\n\nPuis mon esprit docile, en vos mains maternelles\nComme une pâte riche aux fécondants levains\nF u t pétri pour qu'au sein des Muses éternelles\nIl s'abîmât, charmé par les rythmes divins.\n\nE t mon âme pareille au léger coquillage,\nQui dans son cœur nacré relient le bruit des flots,\nGarde comme la voix d'un lointain paysage,\nMère, pour me bercer de bienfaisants échos.\n\n                            II\n                                                  Pour mes sœurs.\n\nVos yeux couleur de ciel, vos chevelures blondes,\nVos visages pourprés comme de beaux fruits mûrs\nQue gonfle le soleil sur l'espalier des murs,\nLe fol énervement de vos joyeuses rondes,\n\nL'été, sous le poirier qui semblait vous unir\nE n inclinant sur vous la fraîcheur de ses branches\nOù scintillait l'éclat de vos sept robes blanches,\nCes visions, mes sœurs, hantent mon souvenir.\n\nLe jardin, tout vibrant de jeux et de querelles\nOffrait, tel un bouquet, ses subtiles odeurs\nQuand sur l'épais gazon, vos naïves candeurs\nLégères, s'ébattaient comme des tourterelles.\n\nE t dans la « nursery » les hivers aux longs soirs,\nVos voix douces chantaient de douces mélopées\nAfin que calmement s'endorment vos poupées\nDans les petits berceaux alignés en dortoirs...\n\nE t je vécus enveloppé de vos tendresses\nDans la molle douceur de la blanche maison,\nE t mon isolement n'avait pour horizon\nQue l'azur de vos yeux et l'or blond de vos tresses.\n"}, {"page_pdf": 715, "texte": "584                           DURENDAL\n\n\n      J e fus l'enfant gâté de vos r i r e s vermeils\n      Comme un cygne ondulant sur les flots clairs et lisses,\n      Votre bonté suivait le gré de mes caprices,\n      Les mêmes rêves bleus enchantaient nos sommeils.\n\n      Aussi, petites sœurs, la beauté de vos âmes\n      Frôla si longuement mon cœur d'adolescent\n      Que la féminité se glissa dans mon sang\n      Ainsi que dans les bois un parfum de cinnames,...\n\n      E t des hommes, je sais, sourirent en passant.\n\n\n\n\n                             Prière\n      Protège, ô Seigneur Dieu, notre enfant qui va n a î t r e ,\n      De nos jeunes amours, il est le premier fruit,\n      Ainsi qu'au port tranquille une barque, conduis\n      Au but heureux l'espoir que tu daignas p e r m e t t r e .\n\n      Vois, avec quelle a r d e u r notre rêve poursuit\n      L'avènement joyeux de ce cher petit être,\n      E t comme notre cœur déjà sans le connaître\n      Tressaille, impatient du jour et de la nuit.\n\n      Vois, pareil au beau cygne éployant ses deux ailes,\n      Le berceau blanc est p r ê t que les mains maternelles\n      Ont avec soin vêtu de soie et de satin;\n\n       Sous les voiles de tulle, oh ! vienne l'enfant rose\n       Animer de ses cris la chambre tiède et close\n       Comme un gazouillis clair d'oiseau dans le m a t i n !\n\n                                                  A M É D É E PROUVOST.\n\n\n\n\n                                TÏT\n"}, {"page_pdf": 716, "texte": ""}, {"page_pdf": 717, "texte": "Musée de Bruxelles   Cliché                     extrait de J. Jordaens et sur œuvre par P. BUSCHIMANN.\n                          LA FETE DES R O I S\n"}, {"page_pdf": 718, "texte": "                       Jacob Jordaens\n\nJordaens, par FIERENS-GEVAERT (Paris, Henri Laurens). —\n  J. J o r d a e n s e t son œ u v r e , par P . BUSCHMANN. Tra-\n  duit du néerlandais par G. EEKHOUD (Bruxelles, Van Oest).\n\n                ANS la pensée de ceux qui ont organisé à Anvers\n                  l'exposition des œuvres de Jordaens, nous\n                  devions rencontrer « l'occasion désirée de le\n                  mieux connaître, de l'étudier et de l'admirer\n                  comme il convient ».\n                     Le chroniqueur d'art de DurendaL est d'avis\n                  que « la glorification de Jordaens par ses\n                  œuvres n'avait plus besoin d'être faite. Les\nséries qui s'en trouvent aux musées de Bruxelles et de plusieurs\ncapitales étrangères y suffisent... Il reste certain que le vrai\nJordaens est visible principalement ailleurs qu'à l'exposition\nde ses œuvres » (1).\n   Rien n'est plus vrai. D'ailleurs l'abondance de l'œuvre de\nJordaens n'exalte pas l'admiration que méritent ses belles\ntoiles, et cette abondance même ne révèle pas une réelle fécon-\ndité. Il n'y a pas de maître qui ait repris si souvent un même\nsujet, et encore la série ne suit-elle pas une marche ascendante.\nToutes ces répétitions, intéressantes pour qui veut mieux\nconnaître l'artiste, sont plutôt préjudiciables à sa gloire. Ce\nqui est plus désastreux encore, à ce point de vue, c'est\nd'avoir rassemblé les quatre-vingt-trois tableaux de l'exposition\nd'Anvers, sans compter les dessins et gravures, où abondent\ntant de choses médiocres et même insignifiantes. A ceux qui\n\n\n (1) Durendal, septembre 1905.\n"}, {"page_pdf": 719, "texte": "586                        DURENDAL\n\n\n peut-être ne le soupçonnaient pas, cette exposition fait décou-\n vrir un Jordaens peu soucieux de la dignité de son art,\n bâclant à la hâte des sujets auxquels il ne croyait pas, sans\n même dissimuler son dédain et son scepticisme gouailleur,\nsignant des machines entreprises par amour du lucre, et dont\nil abandonnait l'exécution aux manœuvres de son atelier,\ndonnant la pleine mesure de son mauvais goût et de ses préfé-\nrences pour le détail matériel, scurrile ou obcène, gâchant de\n plus en plus son talent en des recherches de colorations invrai-\nsemblables et déplaisantes, jusqu'à renier ce qui avait fait le\ngrand charme de ses bonnes compositions : l'éclat et la vigueur\ndu coloris. Nous avons donc appris à reconnaître en Jordaens\nle plus inégal des peintres, qui eut le malheur de survivre\nlongtemps à l'apogée de son talent, et dont l'œuvre méritoire\nse borne à une douzaine de belles toiles.\n    L'exposition d'Anvers nous a valu deux monographies excel-\nlentes, l'une par M. Fierens-Gevaert, l'autre, très docu-\nmentée, écrite en néerlandais par M. P. Buschmann, dont\nM. Georges Eekhoud a donné une élégante traduction fran-\nçaise. Il convient de signaler aussi le travail que prépare\n M. Max Rooses.\n    Bien que MM. Fierens-Gevaert et Buschmann embouchent\nla trompette lyrique pour célébrer la gloire du maître flamand,\n ils ne dissimulent pas les faiblesses de son œuvre. En\ncela ils se montrent critiques avisés et sincères. Il est\npiquant de rapprocher leurs appréciations de certaines autres\nqui datent de loin, telles ces lignes de Michiels, dans son his-\ntoire de la peinture flamande et hollandaise. Il s'agit d'un\ntableau du Louvre : « Quel visiteur n'admire le tableau de ce\nmaître, où Jésus chasse du temple les vendeurs qui le souillent?\nPâle, la barbe et les cheveux incultes, il lève le fouet vengeur.\nSon type est bien celui d'un homme que dévore sa pensée : la\nnoblesse des traits s'accorde avec la noblesse de l'expression...\nL'exécution de ce tableau n'est pas inférieure à la pensée :\nagencement, dessin, couleur, tout flatte les regards... La puis-\nsance de Shakespeare anime cette toile, etc.... »\n    Ce soi-disant chef-d'œuvre se réduit pour M. Fierens-Gevaert\nà « une toile importante, tumultueuse, théâtrale, d'un peintre\nplein de verve qui s'amuse, non d'un maître qui a médité le\nsujet. L'insignifiance de Jésus est frappante... »\n"}, {"page_pdf": 720, "texte": "                              JACOB JORDAENS                               587\n\n\n     A propos d'un tableau analogue : Paul et Barnabe à Lystra,\nM. B u s c h m a n n écrit :\n     « Cette œuvre m a n q u e d'unité et de composition. Elle ne\ncomporte pas moins d'une q u a r a n t a i n e de personnages, entassés\nles uns sur les autres, sans le moindre souci de la g r a n d e ligne\nqui subsiste dans les compositions les plus compliquées et les\nplus étoffées de R u b e n s . D'ailleurs, l'ensemble n'est guère\na t t r a y a n t . L e s t y p e s sont à la fois vulgaires et prétentieux, les\narchitectures et les accessoires d'un goût d o u t e u x . »\n     L e plus grand nombre des toiles de J o r d a e n s sont, comme\ncelles-ci, « pléthoriques et assourdissantes », et trop souvent\nelles attestent chez le peintre, avec une formidable exubérance\ndé vie, l'absence de pondération et de goût.\n     M. Fierens-Gevaert caractérise d'un trait pittoresque le\nProméthée du Musée de Cologne : « U n grand diable de débar-\ndeur anversois, la carcasse bombée de muscles baroques, se\nd é m è n e avec fureur et braille à pleines mâchoires. » Que de\nSatyres et de Silènes ventrus, que de Bacchus et de N e p t u n e s\ndébraillés, que de D i a n e s , de Vénus et de chastes Suzannes\naux chairs flasques, présentent cet aspect de laideur vulgaire,\nmalgré la maîtrise de l'exécution! Cette débauche de grossiè-\nreté devient, avec le temps, un vrai délire, qui se déchaîne dans\nles Banquets et dans les Cortèges orgiastiques au delà de ce que\nl'on peut rêver. « L e réalisme du maître ne s'y contient plus,\nécrit M. Fierens-Gevaert, les scurrilités a b o n d e n t ; l'ordon-\nnance ne connaît plus de lois; l'excès seul est la règle. » Mais\nj'avoue ne plus comprendre M. Fierens-Gevaert quand il\najoute : « Cela même place les Banquets dans les sphères du\nlyrisme supérieur. » M. Buschmann est moins complaisant.\nAprès avoir loué sans réserves la petite Fête des Rois du Musée\nde Bruxelles, il consent encore à nommer un chef-d'œuvre la\nFête qu'on a d m i r e à Vienne, bien qu'elle soit moins sympa-\nt h i q u e . « L e potentat, ajoute-t-il, a pris du ventre et n'a guère\nembelli depuis que nous le vîmes à Bruxelles. L e gourmet\néveillé de tout à l'heure a fait place à u n e grossière outre à vin. »\nP a r l a n t ensuite du g r a n d exemplaire de Bruxelles, M. Busch-\nm a n n constate la fatigue de l'artiste : « Les couleurs sont\nveules, les formes alourdies... P l u s le moindre souci de beauté\net de distinction dans ses modèles. L a belle h u m e u r même a\nentièrement disparu pour céder la place à la grossièreté...\n"}, {"page_pdf": 721, "texte": "588                          DURENDAL\n\n\nQuant à la Fête des Rois de Brunswick, elle m'a franchement\nrépugné. C'est de l'ouvrage d'atelier du plus méchant aloi. La\ntonalité est fausse, d'un jaune déplaisant; les types représentent\nde stupides caricatures. »\n   Ce progrès à rebours est malheureusement le sort de la plu-\npart des répliques successives où Jordaens traite ses sujets pré-\nférés. Tel est le cas de la fable du Satyre et du Paysan. Dans l'exem-\nplaire de Munich, le premier en date, le Satyre, au dire de\nM. Fierens-Gevaert, « est délicieusement sardonique ». Plus\ntard, « le Satyre, vieilli et veule, tient de vagues propos ; sa barbe\nen désordre empeste le vin... Le même Satyre, adipeux, ridé,\nbedonnant, avec des pampres flétris sur sa face vineuse, repa-\nraît dans le tableau de la collection Cels »...\n   L'exposition d'Anvers, où le sujet était représenté six fois,\nmettait en évidence cette chute de plus en plus profonde dans\nla brutalité.\n   Mais par-dessus tout, Jordaens est lubrique, tristement et\nplatement. C'est la note de presque tous ses tableaux mytho-\nlogiques. Mettons à part, cependant, \\z célèbre toile de\nBruxelles, qu'on désigne par les titres : Abondance ou Fécondité,\nconvenant bien à l'œuvre dont la pensée reste imprécise, et où\nl'on peut ne voir qu'une scène décorative. Le charme sensuel\ndu nu y joue le grand rôle, mais encore est-il ennobli par la\nbeauté supérieure d'un art presque parfait. « C'est du Jordaens\napollinien, dit M. Fierens-Gevaert. Il est infiniment rare. Le\nJordaens dionysien ne tarde pas à apparaître. » Charmant\neuphémisme dont on devine assez le sens. Et cette verve ero-\ntique (pour nommer la chose par son nom) se permet toutes les\naudaces, depuis l'anecdote grivoise et la scène d'alcôve de la\nFemme de Candaule, avec ses complaisantes répliques (Jordaens\naimait fort cette œuvre!), jusqu'au Triomphe de Bacchus du\nMusée de Bruxelles, qui pue le vin et la luxure. Je me demande\nsi l'adresse du dessin et la somptuosité de la couleur suffisent\nà faire admirer cette toile dévergondée. Est-il indifférent qu'une\nœuvre d'art évoque des visions de beauté noble et pure, ou\nqu'elle flatte les plus bas instincts de l'animalité humaine ?\n   La critique moderne oppose volontiers une fin de non-rece-\nvoir à ces questions, sous prétexte qu'elles relèvent de la morale,\net que l'art n'a rien à démêler avec la morale. Passons sur cette\nmanière de voir, qui pourrait bien n'être qu'un parti-pris com-\n"}, {"page_pdf": 722, "texte": "                         JACOB JORDAENS                       589\n\n\nmode. Mais enfin, l'œuvre d'art éveille toujours quelque émo-\ntion, qui n'est pas seulement le charme de la couleur et de la\nligne. Enlevez donc ce prestige de la technique au fameux cor-\ntège de Bacchus. Que reste-t-il, si ce n'est la glorification de\nl'ivresse et du plaisir charnel, symbolisée par une théorie de\nbrutes chancelantes et chargées de graisse. Il n'est pas indis-\npensable d'appartenir à « l'esprit latin », comme dit M. Fierens-\nGevaert, pour refuser de « sympathiser avec cette force tapa-\ngeuse de demi-dieu (?) en liesse». Et celui qui trouve un tel spec-\ntacle simplement répugnant, et qui ose le dire, n'est pas néces-\nsairement pour cela un cagot ou un Tartufe. Tout le monde,\ngrâce à Dieu, n'est pas encore parvenu à cette conception sim-\npliste d'une de nos célébrités contemporaines et nationales, pour\nlequel l'amour n'est sale que si l'on ne s'est pas lavé.\n    A compter le nombre considérable de toiles religieuses ou de\nretables d'autels brossés par ce licencieux personnage, il y\naurait lieu d'être surpris, si l'on ne se reportait à la mentalité\ntrès spéciale de l'époque. Au point de vue absolu de la conve-\nnance de l'œuvre avec le sujet, il n'y a pas à hésiter : la pein-\nture religieuse de Jordaens est nulle. Au point de vue de l'art\ndu peintre, sa valeur est très inégale. Pour deux ou trois\ntableaux dont l'ensemble donne une réelle satisfaction (citons\nl'Adoration des Mages à l'église Saint-Nicolas, de Dixmude,\n Saint Martin guérissant un possédé au Musée de Bruxelles, Jésus\nparmi les Docteurs au Musée de Mayence), tous les autres sont\nou incomplets, médiocres dans leur ensemble tout en présen-\ntant de beaux fragments, ou totalement mauvais. Même les\n meilleurs sont encore discutables. L'Adoration des Mages est\n d'une construction bizarre; les personnages sont étages on ne\nsait comment, et le fond jaunâtre sur lequel ils s'enlèvent n'a\n aucune réalité. Les types sont boursouflés et l'Enfant Jésus est\n bien laid!\n    Pour M. Buschmann, le Saint Martin de Bruxelles est une\n œuvre surfaite : « Le saint en son beau manteau de brocart\n d'or est sans contredit une figure imposante et crânement peinte ;\n mais les corps nus nous suggèrent plutôt des sacs de pommes\n de terre que des hommes vivants, et une très désagréable tona-\n lité roussâtre est répandue sur le tout... Nous n'éprouvons donc\n qu'une admiration très relative pour cette œuvre tant vantée. »\n M Fierens-Gevaert est plus indulgent pour la « tonalité rous-\n"}, {"page_pdf": 723, "texte": "590                              DURENDAL\n\n\n sâtre », qui lui parait « un rouge nuancé, calculé, inter-\n prété... »\n    Les deux critiques s'accordent davantage à a d m i r e r (M. Busch-\n mann y met p o u r t a n t peu de chaleur) Jésus au milieu des Doc-\nteurs, une des dernières œuvres du maître Elle offre, en effet,\nune incomparable s y m p h o n i e de couleurs chaudes, h a r m o -\nnieuses, éclatantes par endroits, et distribuées avec un rare\ntalent. Mais il est impossible de n'être point choqué par la vul-\ngarité des personnages principaux. L ' E n f a n t Jésus est un petit\nbellâtre prétentieux, saint Joseph est quelconque, et la Vierge\n Marie d'une laideur triviale à faire pleurer. P a r m i les docteurs,\non retrouve les types b e d o n n a n t s des Banquets.\n   Je n'insisterai pas sur les autres toiles religieuses, bien que\ncertaines d'entre elles aient pu plaire tantôt à l'un, tantôt à\nl'autre de nos deux critiques. Ainsi M. Fierens-Gevaert trouve\ndans les Evangélistes du L o u v r e « de rares accents pour l'élo-\nquence des visages. Saint Jean surtout captive par son a t t i t u d e\nde respect juvénile ». Les soi-disant Evangélistes ressemblent\ntrop aux paysans et même aux satyres bien connus, pour mériter\ncet éloge.\n   L e Martyre de Sainte Appoline, qui passe parfois pour un chef-\nd'œuvre, est sévèrement jugé par M. B u s c h m a n n (le t r a d u c t e u r\na tort d'écrire Apollonie) : « Des gens de bonne volonté y décou-\nvriront peut-être des m é r i t e s ; pour nous, cette machine avec\nses âpres tons rouge-brique, avec ses formes contorsionnées,\navec sa tendance à l'emphase et à la déclamation, est tout bon-\nnement i n s u p p o r t a b l e . C'est du pire ouvrage de c o m m a n d e . »\nM. Fierens-Gevaert note en outre le défaut de cohésion de cette\nœuvre, qui ne se r e c o m m a n d e que par la beauté des détails.\nO n y a d m i r e , en effet, un très beau cheval. Avouons que c'est\npeu pour un retable d'autel.\n   J e ne sais comment M. B u s c h m a n n est tombé en extase\ndevant le Crucifiement de la F o n d a t i o n T e r n i n c k à Anvers, qui\nlui parait plus beau qu'un R u b e n s ! Si le Christ est rubénien\n(ce qui n'est pas d'un grand mérite), la Vierge est bien vulgaire,\net saint Jean paraît siffloter un petit air b a d i n . D'ailleurs la\nfacture est molle. C'est bien aussi du pire ouvrage de com-\nmande.\n   L a Cène du Musée d'Anvers vaut mieux. Mais quel triste\ncoloris! P a t h o s funéraire, déclare M. Fierens-Gevaert, et lumière\n"}, {"page_pdf": 724, "texte": ""}, {"page_pdf": 725, "texte": "Musée d'Anvers.                        Cliché extrait de J.Jordaenset son oeuvre, par P. B I U S C H M A N N\n\n                  SOO     D'OUDE   SONGEN,            SOO               PEPEN                 DE               JONGE\n                  (JORDAENS)\n"}, {"page_pdf": 726, "texte": "                                JACOB JORDAENS                             591\n\nde cave. Ajoutons que les apôtres ont des mines patibulaires.\nL e Christ lui-même est insignifiant.\n   U n mot encore d'une petite toile de l'exposition d'Anvers,\ndéconcertante par sa perfection, par son charme intime dont il\nn'existe pas un autre exemple dans toute l'oeuvre de Jordaens,\net par son coloris exotique. J e veux parler d'une Adoration des\nBergers, a p p a r t e n a n t au prince Lichnowsky. Il existe plusieurs\nrépliques de ce tableau, dont l'une, au Musée de Stockholm,\nest signée et datée : I IORDAENS FECIT 1618. C'est donc une\nœuvre de jeunesse du peintre. L a monographie de M. Busch-\nm a n n d o n n e une reproduction de ce tableau de Stockholm.\nA comparer celle-ci avec l'exemplaire exposé à Anvers, on\ns'aperçoit que les deux œuvres ne sont pas identiques. L a\nm a d o n e du prince Lichnowsky est c h a r m a n t e , et d'une grâce\ndistinguée. Celle de Stockholm est laide à souhait. Ne serait-il\npas permis de voir dans le premier tableau une œuvre italienne\nou espagnole, et dans le second u n e copie dénaturée de cet\noriginal a n o n y m e ? On sait que si J o r d a e n s ne visita pas l'Italie,\nil ne m a n q u a pas d'étudier les œuvres italiennes qu'il put trou-\nver aux P a y s - B a s . Cette hypothèse rendrait compte d'une ano-\nmalie d'ailleurs inexplicable. P o u r des raisons analogues,\nM. B u s c h m a n n refuse d'attribuer à Jordaens la Sainte Catherine\ndu Musée du P r a d o , d'une si belle allure classique.\n    D a n s cette rapide étude, je n'ai pas eu l'occasion de men-\ntionner l'admirable tableau du Musée d'Anvers, intitulée par le\nmaître lui-même : Soo d'onde songen, soo pepen de jonge (1). Je\npartage pleinement l'appréciation de M. B u s c h m a n n : « Ce\ntableau est complet et parfait... Il nous donne l'impression\nsereine et réconfortante d'une œuvre venue en la pleine cons-\ncience de la force du maître, sans t â t o n n e m e n t s , sans recherche\npénible... »\n     Mais il nous sera permis de regretter que Jordaens ne nous\nait donné qu'une fois en sa vie cette impression sereine et\nréconfortante, pure de tout mélange équivoque. C'est pourquoi,\n malgré qu'il fut exceptionnellement doué, il demeure antipa-\nt h i q u e aux esprits délicats, qui s'accommodent mal de ses\ngrossièretés coutumières.\n                                                                F . VERHELST.\n\n\n  (1) Comme chantaient les vieux, ainsi piaillent les jeunes.\n"}, {"page_pdf": 727, "texte": "                 Thrène\n\nEst-il venu le jour, ô mon père, de dire\n      L'amour profond dont je t'aimais,\nEt saurai-je toucher les cordes de ma lyre\n     Pour qu'elles vibrent à jamais?\n\nOu, simplement pieux à tes mânes absents,\n     Me faudra-t-il attendre encore\nL'heure où je trouverai les éternels accents\n     Que je devine prêts d'éclore?\n\nJe te vois, anxieux, étendu sur ta couche,\n     Trempant les linges de sueur,\nCependant que les cris indistincts de ta bouche\n     Disaient l'angoisse de ton cœur.\n\nEt le regret m'étreint de n'avoir pas été\n     Cet enfant dont la main bénie,\nFraîche à ton front brûlant de fièvre, eût écarté\n     Les visions de l'agonie.\n\nQue ce thrène du moins si douloureux    efface,\n    En mon cœur, les remords      nouveaux,\nEt que le dur granit de mes rimes te fasse\n    Le plus durable des tombeaux.\n\nQue ma stance funèbre et son rythme     pesant,\n    Ainsi qu'un marteau qui retombe,\nEvoque le bruit sourd d'un cercueil qu'on descend,\n     Sur des graviers, dans une tombe.\n\n0 père, toi qui fus attentif à mes gestes,\n    Tu suscitas l'âpre     chanteur\nQui sommeillait au fond de moi-même, et tu restes\n    Mon invisible     inspirateur.\n"}, {"page_pdf": 728, "texte": "                        THRÈNE                                   5g3\n\n   Par toi, j'ai soupçonné ma jeunesse, croissant\n       Ainsi qu'une force nouvelle,\n   Et mon âme a chanté l'abondance du sang\n       Qu'elle sentait courir en elle.\n\n    Et lorsque tu compris que ton œuvre était faite,\n         O le plus tendre des amis,\n    Sur l'oreiller, couchant ta longue et pâle tête,\n         En souriant tu t'endormis;\n\n    Pareil à la brillante étoile, dans la nuit,\n         Dont la lumière    s'évapore,\n    A l'instant où, plus claire et plus précise,    luit\n         La clarté fraîche de l'aurore !\n\n                                                   JEAN    BERNARD.\n\n\nValence, 1905.\n"}, {"page_pdf": 729, "texte": "                          Le Transfuge\n                                  (ROMAN)\n\n\n\n                                      (Suite)\n\n\n                                       IV\n\n                  FAISONS-nous une âme antique, se disait Jacques d'Ardemont;\n                     élevons-nous au-dessus des contrariétés et tenons pour vul-\n                     gaires les événements misérables dont nous sommes les\n                     jouets. Epictète enseignait la sagesse, lorsqu'il conseillait\n                     à son disciple de ne s'émouvoir de rien. O l'admirable\n                     précepte! S'il arrive à un homme de trouver en sa maison,\n                     après un long voyage, sa vaisselle brisée et son enfant\n                     mort, qu'il ne se lamente point; mais qu'il dise seulement :\n                      Ma vaisselle est brisée, mon enfant est mort. C'est le destin\nqui l'a voulu. Voyons, ajouta-t-il, en pressant le pas, ne pourrais-je pas\nm'écrier à mon tour : Ma maîtresse se moque de moi. C'est le destin qui l'a\nvoulu. »\n   Jacques s'admonestait ainsi en descendant la rue de Berne, par un soir\nd'été chargé d'ennui et de chaleur. Il avait beau s'inciter à la plus stoïque\nrésignation, il ne parvenait pas à chasser de son esprit l'image de l'apparte-\nment vide et de la bonne lui annonçant, d'une voix humblement narquoise,\nque madame ne rentrerait pas de la soirée. Ainsi elle le trompait, cette petite\nRosine Bonjour, si blonde, si menue, si fine et qu'il aimait tant! Il l'avait\nprise par désœuvrement plus que par vice, dans la crainte d'interminables\njournées graves d'une oisiveté noire.\n   Jacques, sans occupation, sans autre goût que celui de quelques discus-\nsions avec de jeunes apprentis de lettres, redoutait la solitude de son domi-\ncile, où il n'avait que faire, et n'éprouvait non plus aucun attrait pour les\npromenades sans but dans Paris. A vingt-sept ans il se trouvait dans la\nsituation d'un homme désemparé qui ne sait quelle tournure donner à sa vie\net qui n'a au monde qu'une idée fixe, celle de ne se soumettre à aucun travail\nassidu. Il n'était ni meilleur ni pire que ceux de sa génération. Il ressem-\n blait aux jeunes gens qui ont perdu le goût des croyances fortes et qui, sans\n énergie et sans idéal, regardent passer ceux qui luttent, bien décidés à ne pas\n se joindre à eux. C'était plutôt un impulsif qu'un imaginatif, car il se laissait\nfacilement entraîner : mais il n'eût pas été capable d'échafauder des aven-\n"}, {"page_pdf": 730, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                   595\n\ntures auxquelles il se serait ensuite pris. Ses sens ne le troublaient pas non\nplus beaucoup et lorsqu'il lui arrivait de connaître une femme, il lui prodi-\nguait surtout sa jalousie : une jalousie où il entrait de l'orgueil et de la\nvanité.\n    Une certaine nonchalance physique l'éloignait des sports. Il lui devait,\nmais à elle seule, de ne pas se mêler à l'odieuse tourbe des hommes de\ncourses et de méconnaître l'automobile. Sinon, il aurait, tout comme un\nautre, discuté les mérites d'un moteur et parlé le jargon des maréchaux-fer-\nrants et des mécaniciens. Rien ne l'aurait empêché de se vouer à l'étude des\néliminatoires et des circuits, d'énumérer toutes les marques des voitures ;\nde vivre, en un mot, des trépidations et des pannes qui ont remplacé les occu-\npations intelligentes de l'ancienne société française.\n    Mais, comme il fallait bien tuer son temps, il lisait des livres et des revues.\nL'activité de son cerveau qui était fort grande et son intelligence admirable-\nment préparée à tout comprendre, le portaient vers les idées humanitaires et\nsociales. A force de fréquenter les utopistes aux belles paroles, à force de lire\nleurs articles, il vivait de leurs illusions. La magie d'un style caressant et\ntout pétillant de mots rares, la séduction d'une éloquence souvent convaincue,\nfaisaient miroiter devant lui le bonheur du monde régénéré par la justice. La\njustice régnant sur la société, rendant inutile l'appareil des lois et vain l'an-\ncien ordre social basé sur la famille et sur la religion ; la justice répartissant\n également les fortunes et faisant, d'un coup de baguette magique, disparaître\n les haines, les meurtres et les guerres, voilà le rêve qui éblouissait les yeux\n de Jacques et qui le leurrait ainsi que beaucoup de ses contemporains. Oui,\n il espérait un avenir meilleur, comme s'il suffisait de démolir les vieilles\n demeures des usages, des coutumes et des conventions pour voir apparaître\n une terre vierge de préjugés et regorgeante de biens! Comme si l'homme\n était susceptible de changements, c'est-à-dire capable d'abandonner un jour\n ses passions! Ces chimères occupaient Jacques, mais pas au point cependant\n de le déterminer au travail de la plume ou de la parole. Et cependant ni le\n temps, ni le talent lui manquaient, mais seulement le courage de se mettre\n à l'œuvre une bonne fois.\n    Ses camarades l'avaient engagé à écrire. On l'avait même présenté au\n célèbre romancier Léon Servais, qui promettait de lui ouvrir les portes de la\n Justice de demain. Cette revue philosophique jouissait, parmi les jeunes amis\n de Jacques, d'une autorité indiscutable. Elle remplaçait la Bible et les Evan-\n giles.\n    Cédant à des sollicitations cent fois répétées, il avait donc un jour publié\n dans ce recueil de violentes pages, où selon la mode actuelle, il garrottait le\n tsar et son gouvernement. Léon Servais s'était déclaré content et se plaisait,\n dès lors, à pronostiquer l'avenir littéraire du jeune d'Ardemont. Mais celui-ci\n trompa toutes les prévisions, en s'enfermant de nouveau dans son farniente.\n Il n'en sortait que pour assister aux leçons de scepticisme et d'ironie que don-\n nait chez lui le romancier lorsqu'il était de belle humeur. Car à côté du Ser-\n vais anarchiste, destructeur d'empires et de républiques, protecteur-né des\n grévistes et des compagnons, il y avait le Servais lettré, qui s'intéressait aux\n"}, {"page_pdf": 731, "texte": "596                                DURENDAL\n\n\n actions humaines et qui tirait du spectacle de l'univers des réflexions admi-\n rables sur l'hypocrisie des mœurs et sur la féconde bêtise des hommes.\n    En dehors de ce commerce, Jacques n'avait rien qui le sollicitât. C'est pour-\n quoi il était devenu l'amant de Rosine Bonjour.\n    « Elle me trompe, fit-il, en s'engageant sur le pont du chemin de fer. Elle\n me trompe par métier et aussi par besoin, car elle sent bien que mes res-\n sources ne suffisent plus à ses folies de luxe, à son insatiable appétit de\n dépenses imbéciles. Aussi ne devrais-je pas m'affliger autrement d'une aven-\n ture banale et qui d'ailleurs était prévue. »\n    Le soleil flambait à l'horizon derrière l'écran des brumes et des fumées. Le\n ciel était éclairé d'une lumière jaune qui s'imbibait de rouges liquescences\n par delà les toits violemment découpés. En cette fin de soirée l'on ne savait\n lequel était le plus factice, du jour projeté sur l'asphalte desséché par un ciel\n mourant ou de l'anémique lueur des réverbères que l'on allumait. Et ce pont\nenjambant les lignes de la gare Saint-Lazare prenait, à cette heure-là, des\nallures inquiétantes, recélait dans ses fontes puissamment boulonnées des\ngrondements de ferrailles, montrait à travers les losanges de son armature des\nfuites de locomotives saignantes de feu et endiguait une foule de bizarres pié-\ntons. Des ouvriers regagnaient leur domicile ; des filles, aux approches de la\n nuit, se tenaient à l'affût.\n   Jacques, amolli par la déconvenue de sa visite à Rosine et par la suffocante\nlourdeur de l'air, continuait, tout en gagnant la rue de Rome, ses solitaires\nréflexions.\n   La pensée que Rosine s'adressait à d'autres amateurs provoqua, après un\npremier mouvement de colère, où il entrait plus de jalousie que le jeune\nhomme ne croyait, une sorte d'hébétude sombre. Le défaut d'argent allait\nrendre nécessaire un séjour prolongé à Froide-Etape. C'était le lieu ordinaire\nde sa réfection, après l'épuisement méthodique de sa bourse par la belle\nenfant. Et parce qu'il se voyait réduit à fuir Paris, afin de se mettre quelque\ntemps au vert, il lui semblait que sa tête s'encerclait de fer, et des bruits de\ncascade lui emplissaient les oreilles. Froide-Etape! ce nom seul suffisait à\nfaire galoper dans sa poitrine des terreurs de solitude et d'ennui! Mais quoi ! il\nfaudrait bien se résoudre à s'y ancrer, à y subir, ainsi que dans un bassin de\nradoub, des calfatages, puisqu'il faisait eau de toutes parts. La fortune qu'il\navait héritée de son père, si elle lui permettait de mener une large existence\net de s'aventurer même dans la zone dangereuse des noces, n'autorisait\ncependant pas des ripailles continuelles, avec l'entretien soi-disant exclusif\nd'une Rosine qui ne connaissait que les premiers fournisseurs et les grands\nrestaurants.\n   Alors, lorsque la débandade des revenus, accrue de la défection d'une\npartie du capital, était dûment constatée, la raison et la nécessité conseil-\nlaient une halte au sein de la pacifiante nature. A vrai dire, Jacques ne\nprenait contact avec la campagne qu'à ces occasions-là, qui d'ailleurs se\nmultipliaient depuis quelque temps. De Froide-Etape il avait l'horreur et de\nsa mère il redoutait le calme et profond regard posé sur lui. Il appréhen-\ndait toujours de se trouver devant Mme d'Ardemont, car il lui paraissait\n"}, {"page_pdf": 732, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   597\n\nimpossible que cette femme ne lût pas jusqu'au plus intime de son âme et ne\ndécouvrît ainsi ses dévergondages sensuels et ses avatars de pensée. Qu'il se\nreconnût lui-même très différent et de sa mère et de ce qu'il était autrefois,\n cela n'est pas douteux. Mais il avait beau se donner du cœur en se disant\n qu'après tout sa conduite ne regardait que lui, il éprouvait toujours quelque\n gêne à partager la vie si droite, si charitable et si profondément chrétienne de\n Mme d'Ardemont. Quand il pénétrait dans le grand salon, où se tenaient les\n perpétuelles assises des d'Ardemont en simarres d'écarlate, dans leurs cadres\n sculptés, une chape de glace lui tombait sur les épaules et, malgré lui. il faisait\n le mouvement d'un homme qui éprouve un brusque frisson. Mais cette impres-\n sion n'était que passagère ; il avait vite retrouvé l'assurance avec laquelle il\n soutenait, devant l'abbé Firelin,les plus éhontés paradoxes, auxquels il finissait\n lui-même par se laisser prendre. Et parce que la diversité habitait son esprit\n et qu'aussi le travail des idées modernes le transmuait, il en arrivait à ne\n plus croire qu'à ses propres fantaisies et que la vérité la mieux démontrée\n était chose illusoire et digne de mépris.\n    Devant l'hôtel Terminus il s'arrêta un moment. Le trottoir exhalait des\n bouffées tièdes et des relents de foule qui avait piétiné là dans la poussière.\n  Des cafés, où s'empilaient sous les bâches rayées de rouge et de blanc les\n buveurs ruisselants et cuits par le soleil, il venait des souffles d'absinthe\n mêlés à de fades odeurs de bière et de pipes refroidies. Au fond d'une taverne,\n par-dessus les ilôts des tables de marbre et fluctuant au remous des garçons\n déchaînés, des valses tziganes envoyaient de stridentes phrases qu'un mon-\n sieur costumé d'amarante et soutaché d'or débitait à tour de bras, tandis que\n s'exténuaient d'invisibles violons et un problématique piano.\n    Le charivari de ces râcleurs de cordes énervait le jeune d'Ardemont. Il s'y\n mêlait le souvenir d'anciens soupers avec Rosine, en des restaurants qui infli-\n geaient aussi à leurs patientes victimes des régals de serinettes endiablées. Il\n revoyait le geste de la femme dévêtant son manteau pour apparaître dans\nquelque enviable toilette qui gainait son corps charmant, et sa façon de\ns'asseoir, en donnant à la robe un petit coup à droite qui faisait mousser au\nbas de la jupe le lait des fines dentelles.\n    « Ah ! la rosse ! s'écria-t-il ; si elle croit que je tiens à elle ! »\n    Il disait cela principalement parce que son esprit n'était occupé que de\nRosine Bonjour et qu'il lui était très désagréable de penser qu'en ce moment\nelle exhibait loin de lui des charmes appréciés. Il se demandait aussi, tout en\nenvoyant aux cinq cents diables la maîtresse infidèle, ce qu'il ferait bien de\ncette interminable soirée. Les bruits de la ville lui exaspéraient les nerfs.\nTout lui devenait odieux, depuis l'étalage des journaux illustrés qui réper-\ncutaient à l'infini les mêmes vignettes au bout des mêmes pinces en bois,\njusqu'aux fiacres qui piétaient les uns derrière les autres, le long des trottoirs,\nportant tous sur leur siège d'invariables trognes de cochers et présentant aux\npassants insensibles leurs banquettes vides.\n   Tout à coup il entendit derrière lui les abois d'un couple d'Anglais. Puis,\ncomme instinctivement il prêta l'oreille, il perçut de tous les côtés des meugle-\nments, des piailleries, des gazouillis et des borborygmes qui représentaient\n"}, {"page_pdf": 733, "texte": "598                                DURENDAL\n\n\n les dialectes des peuples européens et américains se déversant, à cette\n époque-là, dans Paris. Il eut un sentiment de dégoût pour cette ville qui se\n prostituait aux errants des races étrangères et qui abritait, dans quelque coin\nignoré, les nouvelles amours de sa maîtresse. Il lui vint, à la fois, l'envie\nd'accabler de basses injures ces cosmopolites qui se ruaient vers l'hôtel Ter-\nminus aux fanfares de leur jargon et le désir de poursuivre Rosine jusque\ndans les bras de son amant. Dans sa colère, il mêlait à ses infortunes passion-\nnelles les placides vociférations et l'ahurissement inquiet des gens de Chicago\n et de Bukarest.\n    Et comme il n'était plus question ni d'Epictète, ni de stoïcisme, Jacques\nfurieux se fit servir, dans un restaurant voisin, un dîner qu'il expédia, après\ns'être juré qu'il retrouverait Rosine le soir même.\n    Du fiacre qui le transportait vers les Champs-Elysées, il voyait fuir, à sa\ndroite et à sa gauche, le petit village de Fay-le-Montel et le château de Froide-\nEtape. Derrière les fanaux qui étageaient en triangle des bols blancs rem-\nplis de lumière, derrière les arbres déjà roussis, derrière les music-halls\nenguirlandés de feux et dégorgeant leurs couplets canailles, les maisons\ncampagnardes tassées dans leur calme quotidien, et les horizons de collines\nposées au bout du silence ensoleillé des plaines, s'évanouissaient à la façon\ndes paysages qui galopent, à peine entrevus, aux portières des trains.\n   Soudain, comme Jacques mettait pied à terre devant le théâtre Marigny, il\naperçut une automobile d'imposante allure, filant à toute vitesse, avec des\nvacarmes de trompe et des jets aveuglants de phares. Et dedans, près d'un\ndoux vieillard qui ne la lâchait pas des yeux, il y avait la petite Rosine riant\naux éclats.\n\n                                         V\n\n   Ce matin-là, parmi les premières brumes de l'automne, M. Dégosses\nmusardait dans Fay-le-Montel. Il s'en allait de son pas cotonneux, rendant\nles courtes bouffées d'air qu'il avait aspirées à petites saccades et vêtu d'un\nample veston de forme carrée qui lui faisait descendre le buste jusqu'aux\ngenoux. Sur sa tête il achevait un antique panama que les pluies avaient\ngondolé et dont la paille délavée prenait des teintes de vieux balai.\n   Il s'en allait, M. Dégosses, avec sa barbiche grise et ses joues creuses, l'œil\nvif derrière les paupières clignotantes et portant un visage exsangue de moine\nsécularisé. Tout le monde le connaissait dans le pays. En arrivant à Ser-\npigny, il avait déclaré qu'il ne resterait que cinq jours et, depuis bientôt trois\nmois, il vivait de l'hospitalité bienfaisante de M. Milleret. Il s'était plu d'abord\nà proclamer la bonté de cet homme qui ne voulait point le laisser partir et il\navait coutume de dire, en parlant de l'abbaye : « On sait bien quand on y\nentre, mais on ne sait pas quand on en sort. » Et parce qu'il trouvait le vivre\nabondant et le couvert confortable, il coulait des jours égaux dans cette\nmaison qu'il avait élue entre toutes pour oublier le misérable appartement\nd'Auxonne, où il terminait une existence besogneuse et sans gloire.\n   M. Dégosses n'avait pas l'esprit spéculatif. Il ne l'avait pas non plus\n"}, {"page_pdf": 734, "texte": "                                 LE TRANSFUGE                                   599\n\ncultivé, ni rompu à la belle discipline des lettres qui rendent plus humain.\nEt il ne l'avait pas davantage poli par l'usage et affiné par les mœurs. L'esprit\nde M. Dégosses était un esprit simple, qui vivait dans le présent et qui\ns'accommodait de toutes choses, pourvu qu'elles fussent congruentes à ses\naises. Il s'enorgueillissait d'un goût très vif pour les arts ; mais, à dire vrai, ce\ngoût se manifestait surtout par la manie de collectionner des objets inutiles\net bizarres. M. Dégosses aimait, avec une égale ignorance, les jolies hor-\nloges duXVIIIEsiècle qui conservent, dans leurs formes de longues violes, des\nâmes d'aïeules poudrées et fanfreluchées, et les coucous pleurards qui se\nvident, ainsi que des carcasses, chaque fois qu'ils expectorent les heures.\n Il s'extasiait, avec la même rudesse, devant les faïences de Moustiers ou de\n Niedervillac et devant les potiches qui exhibent sur leur ventre des portraits\n du général Foy. Tout entrait dans ses collections, aussi bien les boîtes à\n miniature et les étuis en galuchat que les tabatières en corne et les cadres de\n photographie entourés de coquillages. Il accueillait tout, pourvu que ce fût\n vieux et endommagé.\n    M. Milleret déplorait en lui-même la présence de cet hôte inélégant. Mais\n bien qu'il trouvât que M. Dégosses s'éternisait au delà de toute convenance,\n il le supportait néanmoins chez lui; car il était doué d'une âme bénévole et\n d'un cœur excellent. L'autre en abusait sous couleur de se rendre utile et\n d'aider à l'embellissement de Serpigny par des recherches de bibelots.\n    Ainsi sa promenade matinale dans Fay-le-Montel avait pour but de\n découvrir, chez quelque paysan, une huche à pain destinée à l'ancienne cuisine\n du monastère.\n    M. Dégosses arpenta longtemps l'unique rue du village, qui alignait, de\n chaque côté d'une chaussée imbibée de fumier et drainée par les larges roues\ndes charrettes, ses maisons affaissées sous la masse rousse et brune des toits.\nEn cette saison des semailles, les paysans peinaient aux champs. Enfoncés\njusqu'aux genoux dans les terres molles, que les charrues avaient éventrées,\nils lançaient le grain d'un geste automatique et s'empêtraient dans la glaise à\nchaque enjambée. Le village désert semblait frappé de léthargie sous un\nciel frotté d'étain. On n'y entendait que des gloussements de poules qui\nbecquetaient les crottins et, de loin en loin, la chute d'une heure qui tom-\nbait du clocher. C'était comme une voix aigrelette de vieux qu'on aurait\noublié là et qui demandait secours.\n    Chaque maison close attendait que 1'Angelus de midi vînt rouvrir sa porte,\ndevant laquelle se groupait la volaille, et ses fenêtres, dont les vitres sem-\nblaient lutées par les poussières et les toiles d'araignée.\n    Silencieux et lent, M. Dégosses progressa jusqu'à l'église, dont on aper-\ncevait, dès les premières habitations, le chevet écrasé et le clocher sans\nenvol. De très vieux tilleuls, rongés de chancres et de lupus enserraient\nl'édifice de leurs branches malades qui étaient pelées et qui portaient\nseulement des touffes de feuilles grillées par l'automne. Elle était juchée,\ncette église, sur un terre-plein que des murs bardaient de toutes parts. Et\ncela ressemblait à un bandage appliqué à des terres qui s'éboulent, avec des\nbrèches par lesquelles dégringolaient les cailloux, avec des fourrés d'orties\n"}, {"page_pdf": 735, "texte": " 600                              DURENDAL\n\n\n  salies par la boue avec des renflements qui faisaient penser à des abdomens\n  de buveurs de bière ou à des tumeurs qui ne tarderaient pas à crever sous la\n  poussée du sol.\n     A l'instant où M. Dégosses examinait, le nez en l'air, une batterie de trois\n petites cloches accrochées au-dessous de l'horloge et protégées contre la\n  pluie, par une manière de chapeau en fer-blanc, Mme d'Ardemont sortait de\n l'église et contournait le terre-plein. Il la vit venir de son pas menu. La\n baronne, en dépit de ses soixante ans, conservait une allure juvénile vrai-\n ment incroyable. Petite et mince dans ses vêtements noirs, les cheveux à\n peine gris, le corps rapide et nerveux, elle sautillait sur le bout de ses pieds\n que l'on apercevait fins et pointus, sous la jupe pincée de chaque côté. Ainsi\n s'en allait-elle, preste comme une fauvette dans un taillis, chaque matin que\n Dieu faisait, distribuer des aumônes et des consolations à tous les pauvres\n gens de Fay-le-Montel.\n    Elle était la seule personne qui fût unanimement saluée dans le village.\n Devant elle les calomnies des rustres s'arrêtaient. Ces paysans cupides et\nhypocrites qui alimentaient, par de basses inventions, leur haine contre les\nchâtelains des environs, se taisaient sur le compte de Mme d'Ardemont. Ces\nâmes fétides adonnées aux gains et aux ruts admiraient, malgré elles, la\ncharité de cette femme qui imposait silence à ses dégoûts pour visiter les plus\nimmondes taudis, pour parler à de vils chenapans et à de patentées drôlesses,\npour soigner les plaies et braver la vermine. L'es uns l'aimaient à cause de\nson intarissable bonté; les autres savaient qu'elle donnait avec largesse et\nqu'en se tenant bien l'on obtiendrait tout d'elle. Enfin le reste, composé des\nfortes têtes du cru, des enrichis qui serraient dans leurs coffres les écus de\nleur lucre et de leur ladrerie, n'osaient pas élever la voix lorsqu'ils enten-\ndaient les gueux raconter des largesses dont le village entier profitait.\nEt cependant il y avait là de farouches canailles qui en voulaient à mort aux\npossesseurs de biens vivant en dehors du travail de la terre : il y avait là des\ncroquants en révolte, prêts à faire le coup de feu sur les « aristos », pour peu\nque la ville voisine en donnât le signal. Ils se taisaient tous. Leur vilénie\nétait impuissante à jeter quelque ombre soupçonneuse sur la figure merveil-\nleusement pure de Mme d'Ardemont,\n    « Bonjour, monsieur Dégosses, fit-elle en apercevant le poussif promeneur,\ndont on voyait monter et descendre les épaules au rythme précipité de la\nrespiration.\n    — Madame la baronne, répondit-il tout haletant, je vous présente mes\nrespects. »\n    Il l'appelait Mme la baronne, comme font les valets de chambre et les héros\ndu grand monde qu'a peint M. Georges Ohnet, parce qu'il manquait d'édu-\ncation, et, qu'ayant peu l'habitude de fréquenter chez les nobles, il lui sem-\nblait bon d'employer le langage des Bottins. Milleret lui avait toujours paru\nde la dernière impertinence lorsqu'il lançait dans la conversation des\n« baronne » tout courts.\n    « Je croyais, questionna Mme d'Ardemont, que vous deviez quitter hier\nSerpigny.\n"}, {"page_pdf": 736, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                601\n\n\n   — Oui, confessa Dégosses avec quelque gêne; mais je ne peux pas laisser\nM. Milleret seul en ce moment. Il a des ouvriers chez lui. Il se repose sur\nmoi du soin de les surveiller. Et puis... et puis, poursuivit-il d'une voix\nqu'il essayait de rendre mystérieuse, l'ancienne cuisine de l'abbaye manque\nd'une huche à pain. J'ai promis à M. Milleret de lui en trouver une. »\n   Cependant, Mme d'Ardemont s'était enquise de la santé de Mme Milleret et\nde M1le Germaine et Dégosses, tout en cheminant près d'elle, lui révélait que\nMme Milleret avait le tort de ne pas soigner de fâcheuses migraines. Chaque\nsoir, c'étaient des maux de tête qui nécessitaient une retraite hâtive\naprès le repas; de telle sorte que, Mlle Germaine accompagnant sa mère,\nil restait, lui, Dégosses, seul en face de Milleret plongé dans la lecture de\nquelque revue.\n   « Or, je ne lis jamais le soir, madame la baronne ; comprenez-vous? Quand\nje lis le soir, j'ai des fatigues d'estomac ; je n'aime pas beaucoup parler, non\nplus, à cause des insomnies qui en résultent pour moi. Mais rien ne m'est\nplus agréable que d'entendre des causeries auxquelles je ne me mêle point et\nqui me divertissent. »\n   Puis il ajouta : « Les migraines, pourtant, cela se soigne. J'en ai aussi\nlorsque j'ai travaillé; je les conjure à l'aide du pyramidon. J'ai conseillé le\npyramidon à Mme Milleret. Mais elle préfère, à ce qu'il paraît, monter dans\nsa chambre sur le coup de 8 heures. »\n   Mme d'Ardemont trottait sur les pointes de ses bottines et Dégosses\nsuivait, à grand ahan, s'arrêtant parfois, afin de mieux exhaler ses doléances.\n   Soudain il demanda :\n   « Pensez-vous vraiment que je puisse trouver une huche à pain?\n   — Il n'en manque pas à Fay-le-Montel, répondit la baronne. Cela dépend\nde ce que vous cherchez.\n   — Je voudrais, fit Dégosses, une huche à pain... »\n   Mais il n'acheva pas, car Mme d'Ardemont accélérait de plus en plus sa\nmarche. Il allait abandonner la partie lorsqu'elle lui dit :\n   « Venez avec moi. Je connais de pauvres gens qui ont peut-être ce qu'il\nvous faut. »\n   Et bientôt ils furent devant une très vieille petite maison qui s'accroupis-\nsait dans un renfoncement, au bord de la route. Elle s'adossait à des bâtisses\nassez modestes, qui prenaient cependant une allure colossale, à cause du\ncontraste qu'il y avait entre elles et cette masure. De vilains murs fendus\nexhibaient de profondes cicatrices remplies de la bourre des lichens et des\nherbes sèches ; et, par endroits, le ciment destiné à retarder une ruine fatale\nformait des plaques blanches semblables à des taies sur une peau rugueuse.\nLe toit avait cédé sous la violence des bourrasques et se gondolait comme la\ncroûte d'un godiveau que l'on aurait oublié longtemps dans un four.\n   « C'est là, » prononça Mme d'Ardemont.\n   Assise auprès des deux marches disjointes de la porte, en un fauteuil\ndépaillé, une vieille calamiteuse étalait au grand air ses haillons sordides et\nson visage tout gris de la poussière des ans. Ses yeux aveugles se mainte-\nnaient sur quelque invisible objet très lointain. De son bonnet de calicot\n"}, {"page_pdf": 737, "texte": "602                               DURENDAL\n\n\nviolet s'échappaient de petites mèches blanches pareilles à la soie qui\ns'envole des chardons aux souffles de l'automne. Elle était miraculeusement\nvieille; si vieille qu'elle donnait, avec ses vêtements de teintes incertaines et\nson visage ébréché, l'impression d'une antique statue de cathédrale qui serait\ntombée de son socle et qu'on aurait remisée là, parmi les pisenlits et les\ngravats. D'une main noueuse elle tenait un bâton.\n    « Eh bien ! mère Fine, comment allons-nous ce matin? »\n    Elle eut un soubresaut et se cramponna à son bâton, parce qu'elle était\némue.\n    « Tout doucement, madame la baronne, fit-elle d'une voix cassée ; on a\nbien des maux.\n   — Pauvre mère Fine ! » dit Mme d'Ardemont en s'approchant d'elle, cepen-\ndant que M. Dégosses, interdit, contemplait ce tableau.\n   Et alors il vit la baronne s'empresser auprès de la vieille; il l'entendit lui\ndemander mille et mille détails sur ses maladies et sur sa misère; lui donner\ndes encouragements; lui promettre du linge et du vin, s'intéresser enfin aux\nmoindres accidents de cette vie lamentable. Elle n'avait pas toujours été\nl'infirme abandonnée dans son fauteuil, sur le seuil d'une bicoque ouverte\nà tous les vents. Mais un fils ivrogne l'avait ruinée, ne lui laissant pour tout\nbien, après sa mort et celle de sa femme, qu'une nichée de petits vagabonds\nqu'il fallait nourrir. Et de son passé assombri par les catastrophes il ne lui\nrestait que son nom de Fine.\n   Jadis, elle était la Fine, lorsque, souple et jolie, elle courait dans les prés,\nmettant parmi l'herbe drue les taches éclatantes de ses cheveux blonds et de\nsa chair lumineuse. Elle était la Fine, et les garçons l'avaient ainsi nommée\npour les menues attaches de ses bras et de ses jambes, pour la courbe\nlégère de ses hanches et pour son cou tout blanc qui portait un visage en\nfleur.\n    Bientôt il y eut autour de Mme d'Ardemont un grouillement de gosses qui\nse fourraient les doigts dans le nez. Les petits enfants de la Fine regardaient\navec des yeux ébahis et des bouches ouvertes. A force de cadeaux, ils finis-\nsaient tous par avoir une culotte ou un jupon, mais la pauvre aveugle n'arri-\nvait jamais à les laver et à les habiller. Ils se ventrouillaient, en compagnie\ndes canards, dans les mares et dans les tas de fumier, et ils en revenaient\navec des cheveux englués d'immondices, des visages gras de boue et des\nhardes maintenues par des ficelles sur leurs corps qu'avait noircis la crasse et\ngrillés le soleil.\n    La baronne remarqua que Dégosses restait planté au milieu de la rue.\n    « Entrez avec moi, monsieur Dégosses, » lui cria-t-elle en pénétrant dans\nla maison.\n    D'abord il ne vit rien et fut saisi à la gorge par une impérieuse pestilence\nde logis toujours clos. Il s'y mêlait des relents de nippes jamais éventées et\ndes âcretés de marmite où devaient moisir des restes de mangeaille. Le pla-\nfond et les murs n'avaient reçu d'autre badigeon que celui des fumées et des\nsuies. Cependant lorsque les yeux de Dégosses se furent habitués à ces\nténèbres nauséabondes, il distingua d'abord sur la pierre de l'évier, devant\n"}, {"page_pdf": 738, "texte": "                              LE TRANSFUGE                                 603\n\n\nla fenêtre, un seau au-dessus duquel était accrochée une sorte de louche en\ncuivre jaune qui servait à puiser l'eau. Puis un vague mobilier surgit de\nl'ombre; une table longue qui supportait, à moitié pliée dans une serviette de\ngrosse toile grise, une miche entamée; un lit encadré par des planches de\nnoyer, disposées en manière de boiserie; une armoire à linge sombre et\npansue, et enfin, près de la cheminée, la huche à pain qu'avait fait espérer\nMme d'Ardemont.\n    A vrai dire, M. Dégosses ne la découvrit pas immédiatement. Elle était\nencombrée d'écuelles de grès, de pots égueulés, de bouteilles vides et de litres\ndébouchés qui contenaient des fonds de vin. Et d'ailleurs un tel vêtement de\npoussière l'enveloppait, qu'il eût été impossible d'apprécier à première vue le\ncharme rustique de ses formes. Elle avait plutôt l'aspect d'un buffet, avec ses\npanneaux pleins, ornés de légères moulures de style Louis XVI et dont l'un,\nqui avait été enlevé, reposait contre la muraille. Le couvercle, que l'on ne\npouvait soulever à cause des innombrables débris de vaisselle, fermait le\npétrin et tout le bas du meuble était arrangé en placards pourvus de rayons.\nDégosses se baissa pour examiner les boiseries. Il constata que malgré les\npiqûres des cirons elles n'étaient que fort peu vermoulues et qu'une fois\npassées à la cire elles feraient très bonne figure. Il reconnut que les serrures\nétaient intactes et qu'elles possédaient des contre-plaques en cuivre vraiment\nestimables. Enfin, poursuivant ses investigations, il voulut explorer le pla-\ncard béant, et s'enfouit à mi-corps dans le meuble. Mais aussitôt il poussa un\ncri d'effroi et manqua de tomber à la renverse, en même temps que du buffet\nsortaient de charivariques caquets de poule et que la bête effrayée voletait à\ntravers la chambre, les ailes râclant le sol. Dégosses venait de déranger une\nponte. Assis par terre, il contemplait avec une terreur comique la poule qui\nfaisait manoeuvrer la crécelle assourdissante de ses cris. Il avait posé la main\nsur ces plumes toutes chaudes et il gardait encore l'impression de la chair\nmolle sous le duvet, ainsi que du formidable coup de bec qu'il avait failli\nrecevoir au passage. Mme d'Ardemont riait de bon cœur et admirait l'ingé-\nnieuse destination du buffet de la Fine, qui servait à la fois de garde-manger,\nde cave et de poulailler.\n    Cependant, lorsque le vacarme fut apaisé, un silence profond manifesta\nl'indignation de M. Dégosses, si bassement humilié dans ses prétentions d'an-\ntiquaire. D'un revers de doigts il essuya son pantalon et ramassa son chapeau\nqui avait filé sous le lit. Puis, comme tout se taisait, l'on entendit bientôt,\nvenant d'on ne savait où, de petits miaulements plaintifs semblables à ceux\n d'un chat qui appelle sa mère. La baronne prêta l'oreille. Cela sortait d'une\npièce voisine qu'elle ne connaissait pas.\n    Une porte apparaissait entre le lit et l'armoire à linge. Mme d'Ardemont\n l'ouvrit et resta sans voix devant ce qu'elle aperçut.\n    Debout au milieu d'un réduit qui donnait sur un jardin potager, les manches\n troussées et la taille ceinte d'un méchant tablier bleu, Mlle Germaine Milleret\n procédait à la toilette d'une petite maugrabine déguenillée et pleurnicheuse.\n Et c'était une scène vraiment pittoresque et touchante que celle-là. Un Gérard\n Dow l'aurait illustrée avec des recherches minutieuses de détails et d'habiles\n"}, {"page_pdf": 739, "texte": "604                               DURENDAL\n\n\njeux de lumière. Il aurait transporté sur sa toile exacte la jeune fille souriante\net belle, éclairée par un jour que tamisait la vigne grimpante. Il aurait rendu\nles tons d'or et de vert qui flambaient dans ses cheveux d'acajou, les harmo-\nnies de rose qui rendaient lumineux le fin corsage de mousseline et transpa-\nrente la chair des bras et des mains. Sous son pinceau réaliste, la petite\nloqueteuse aurait vécu, tout ébouriffée, présentant au peigne les broussailles\nde sa tignasse, dans son maintien craintif de morveuse qu'on récure, les bas\ntombés sur les talons, le visage boucané, les yeux gonflés de larmes et de ses\ngrosses lèvres, suçant un doigt boudiné et court. Et ce tableau aurait aussi\nmontré, dans l'obscur ruissellement des bitumes et des terres de sienne, les\nflèches de soleil poudrées d'or et le somptueux éclat des vieux chaudrons,\n allumant, sous leurs toiles d'araignée, les braises du cuivre rouge.\n    Certes, Mme d'Ardemont ne s'attendait pas à rencontrer Germaine chez la\nmère Fine. Elle en fut à la fois très surprise et très émue. Comment, c'était\ncette jolie Germaine, si élégante, qui besognait ainsi chez des miséreux! Elle\nqui passait, coquettement attifée, dans les sentiers campagnards et qui soule-\nvait à peine, sous ses jupes agiles, de blonds nuages de poussière, elle épouil-\nlait de pauvres gosses dans le fond empuanti d'un bouge! Mais bientôt\nl'acte de sublime charité toucha le cœur de la baronne. Elle comprit tout ce\nque supposait d'abnégation ce service obscur rendu à des enfants abandonnés.\nElle s'était souvent arrêtée à contempler Germaine agenouillée dans l'église\nde Fay-le-Montel, alors qu'une prière montait au bord de ses lèvres. Elle\nl'avait vue pieuse et assidue, courber son corps léger sur le prie-Dieu et jeter\nparmi la morne tristesse des pierres grises la note vive de sa beauté. Elle la\nsavait bonne et fidèle à ses devoirs religieux. Et voilà qu'aujourd'hui une\nautre Germaine se révélait, compatissante aux humbles et cachant son dévoue-\nment avec tant de soin qu'un hasard seul avait trahi sa présence en une maison\nque la baronne visitait cependant tous les jours.\n   Mme d'Ardemont fit un mouvement. Elle voulut aller vers Germaine. Celle-\nci s'était arrêtée, le peigne en l'air et, toute souriante :\n   « Oh ! madame, s'écria-t-elle, avec une naïveté délicieuse ; n'approchez\npas, je n'ai pas fini. »\n\n                                       VI\n\n    En marchant le long des hauts peupliers qui mènent à Froide-Etape,\n M me d'Ardemont songeait. Elle songeait à son fils revenu depuis une semaine.\nJacques était plus sombre et plus ennuyé que jamais. Il passait de longues\nheures dans des fauteuils, le front lourd de pensées mauvaises. Il lisait peu et\nseulement quelques revues dont les titres nouveaux faisaient à la baronne\nl'effet d'étiquettes collées à des vases élégants qui auraient contenu de sub-\ntils poisons. Elle qui ne fréquentait que d'honnêtes périodiques vêtus de\npapiers éteints, elle éprouvait une gêne morale devant ces couvertures\nenluminées, de jaune, de violet et de rouge.\n    Comme elle avait dépassé les maisons de Fay-le-Montel, un souffle câlin\ndispersa les dernières bandes de brouillard accrochées aux arbres. Le\n"}, {"page_pdf": 740, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   605\n\ntemps était doux en cette prime automne qui lui ramenait son enfant que\nParis lui avait trop souvent arraché. Elle revoyait autour d'elle les champs,\nles prés et les bois que le gamin parcourait jadis. Et de même que les années\navaient disposé leur tissu nuageux sur des espoirs d'avenir, de même les\npremières brumes matinales enveloppaient, de leurs teintes mystérieuses, la\nnature où il avait vécu. Elle sentait qu'un accord de tristesse unissait son\nêtre douloureux aux symptômes d'un deuil prochain et universel. Et déjà il\ny avait des langueurs dans cette lumière qui baignait les saules d'argent au\nbord des ruisseaux. On surprenait la lassitude des feuilles qui triomphaient\nnaguère en pleine gloire de soleil, et la terre dépouillée de ses javelles mon-\ntrait sa chair mise à vif pour les farouches brûlures des gelées.\n   Elle songeait à cet enfant unique. Elle ramenait à lui ses affections et ses\nangoisses. Elle se souvenait de cette lointaine enfance, si jalousement sur-\nveillée par elle et par son mari ; de cette éducation faite sous ses yeux jusqu'à\nl'entrée au collège; de ces leçons où le père mettait sa rectitude de jugement,\nsa fermeté de principes et sa science profonde de la vie, où elle-même inter-\nvenait pour bercer cette âme toute blanche aux paroles de sa tendresse et\npour présenter à une intelligence déjà vive l'idée austère du devoir conduisant\nnos actions. Puis le collège avait ouvert ses portes. Jacques s'y était dès\nl'abord posé en travailleur. Les succès scolaires, sans se ralentir jamais,\nl'avaient conduit à de brillants examens et cette persévérance pouvait passer\npour méritoire, étant donné le caractère aident du jeune homme, son besoin\nd'activité et ses élans d'imagination.\n   Qu'il était gai et gentil, lorsqu'aux dernières vacances, avant d'entreprendre\nson droit, il remplissait du bruit de ses paroles et de ses projets la vaste soli-\ntude de Froide-Etape! Et quel joli garçon c'était que ce Jacques de 18 ans,\nsi distingué dans ses allures et si bien découplé! Brun comme son père, il\navait de grands yeux francs au milieu d'un clair visage et ce beau front des\nd'Ardemont qui semblait encore plus blanc sous les cheveux noirs.\n   Elle se rappelait encore les adieux au bas du perron, lorsque son fils était\nparti pour Paris et le dernier baiser du père qu'il ne devait plus revoir.\nM. d'Ardemont mourut, en effet, à quelques semaines de là, lui laissant, à\nelle seule, la responsabilité effroyable de faire de Jacques un homme.\n   Ce que furent ces premières années de Paris, ce qu'elles apportèrent de\ntristesses àson cœur maternel, ce qu'elles provoquèrent de larmes silencieuses,\nelle seule le savait et n'en gardait le souvenir au fond d'elle-même que pour\naccuser sa faiblesse et son inexpérience. Et cependant elle n'avait épargné\nni ses conseils, ni ses soins. Mais voilà, son Jacques lui échappait et si elle\nfaisait mine de s'immiscer dans sa conduite ou de pénétrer sa pensée, elle\nendurait de maussades paroles et s'exposait à des mois entiers d'oubli.\n Il assurait qu'il avait besoin de son indépendance. A un jeune homme\ncomme lui il fallait une entière liberté et, certes, il s'estimait assez raisonnable\n pour se conduire tout seul. Et puis vraiment s'il n'était pas libre maintenant\n quand donc le serait-il? La bonne Mme d'Ardemont s'inclinait devant ces\nraisons. Elle se résignait à l'isolement de Froide-Etape, afin de ne pas\n déranger, par sa présence à Paris, l'existence de Jacques. Mais alors quelle\n"}, {"page_pdf": 741, "texte": "606                               DURENDAL\n\n\nincessante torture elle éprouvait dans son bannissement ! On l'avait expulsée\nd'une vie qui lui appartenait de par tous les droits de la chair et de l'esprit;\net du fond de son exil elle assistait à la débâcle fatale.\n    Au malheur toujours récent d'avoir perdu son mari s'ajoutait cette certitude\ntrès nette que l'autorité paternelle aurait seule arrêté les incartades de son\nenfant. Elle n'avait pas la force de sévir ou de morigéner; et d'ailleurs la\ncrainte d'être complètement mise de côté l'empêchait peu à peu d'élever\nla voix.\n    Alors, n'ayant plus avec Jacques que de vagues rapports épistolaires,\nréduite à se contenter de quelques banales conversations, elle devinait tout\nle mal qui minait cette âme de jour en jour plus fermée. Elle pressentait les\nliaisons avec des gandins noceurs et fats; les abêtissantes débauches, les\nnuits vides et la déchéance morale qui guette le coureur de filles au sortir des\nébats. Et ce qui lui apparaissait aussi clairement, c'étaient les évolutions de\npensée, la pesée des idées modernes sur une cervelle malléable, la défor-\nmation intellectuelle due aux lectures et aux paroles des théoriciens les plus\naventureux. A des mots échappés, elle avait compris que Jacques ne prati-\nquait plus et qu'il tenait la religion pour un ramas de légendes édifiantes,\nmais destinées à fausser la raison des hommes. Elle souffrait de savoir son\n fils éloigné de Dieu et plein d'un mépris superbe pour les préceptes\nimmuables, grâce auxquels des \"générations de braves gens ont perpétué\nla race et la patrie. Qu'il ait abandonné ses devoirs de chrétien et qu'il ait\nversé dans les chimères que la raison et la science proposent au lieu de la foi\n et de la tradition, c'est ce qui, par-dessus tout, la bouleversait jusqu'au plus\nintime de son être. Elle n'admettait pas, dans la droiture de son esprit et dans\n la simplicité de son âme, que l'on pût transiger avec le devoir et, en parti-\n culier, avec le devoir religieux. Elle était une femme d'une merveilleuse\n énergie, qui avait toujours regardé la vie en face. Cet acte transitoire que\n nous accomplissons ici-bas en vivant, elle en rapportait la cause à la volonté\n de Dieu, qui nous a imposé les jours et les ans. Et, en dehors de cette volonté,\n rien pour elle n'existait qui valût la peine d'une capitulation ou même d'un\n accommodement. C'est pourquoi elle passait au milieu des difficultés,\n des contrariétés et des deuils, trouvant en sa foi robuste de quoi soutenir son\n sacrifice.\n    Comment, de cette mère qui portait la figure des fortes chrétiennes du\n XVIIe siècle, était-il sorti un fils libre penseur et rationaliste? Comment cette\n épouse d'un magistrat conservateur, ami des lois et défenseur de l'ordre\n établi, avait-elle donné le jour à un révolté, qui mettait en avant les progrès\n sociaux et qui prônait l'égalité des conditions? Elle se le demandait, la\n bonne Mme d'Ardemont et, tout bas, elle rejetait la faute des désordres de\n Jacques sur un siècle émancipé, plus épris des nouveautés que fidèle aux\n leçons de la coutume et de l'histoire. Et il fallait qu'il en fût ainsi, puis-\n qu'elle avait épuisé toutes les ressources de son amour et de sa sollicitude,\n sans parvenir à ramener son enfant dans la voie des bonnes doctrines.\n     Rêveuse, elle agitait d'obscurs problèmes. Des bandes d'oiseaux migrateurs\n s'abattaient avec des cris sur les peupliers frémissants. Ils remplissaient l'air\n"}, {"page_pdf": 742, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   607\n\n\nde leur vacarme. Et quand ils s'étaient un instant reposés, ils s'envolaient de\nnouveau, ainsi que des nuées vagabondes, vers des régions inconnues. Où\nallaient-ils ces oiseaux, qu'on ne voit qu'à l'automne et qui naviguent sur le\nvent? Où portaient-ils le bruit de leurs ailes rapides qui déchirent dans le\nciel des étendards mystérieux?\n   Nous traversons aussi des espaces infinis. Les rafales nous poussent, nous\nenlèvent et nous font plonger. Nous allons au gré de nos désirs. Nous n'habi-\ntons aucun pays, mais nous sommes les visiteurs étonnés de contrées enchan-\nteresses, et rien n'est plus différent de nous que nous-même. Si bien que\nl'homme n'est pas l'homme, mais une réunion de personnages tapageurs et\ninquiets, qui se connaissent à peine et qui s'en vont, masqués, par des chemins\n sans fin.\n    Elle arriva devant la grille de Froide-Etape. Le château s'étendait au\nmilieu des bois. Il ressemblait à un vieux seigneur que l'on ne visite plus et\nqui s'ennuie dans son faste. Un d'Ardemont l'avait commencé sous Louis X I I I ,\nun autre l'acheva sous Louis XIV. Les briques évoquaient l'époque des\nmousquetaires et les mansardes à œils-de-bœuf le règne assommant des per-\nruques. Il était serré, tout rose et tout gris, entre des arbres sombres qui s'ar-\nrondissaient ainsi que des coupoles.\n    Puis, comme elle traversait, sur les minces ponts de bois, les douves qui\n s'endorment aux pieds du portail, le souvenir de Germaine l'assaillit d'une\nfaçon étrange. Il lui sembla que la jeune fille apparue tout à l'heure chez la\n Fine marchait à ses côtés. Elle revit ses gestes harmonieux et le charme de\nson joli visage. Elle entendit sa voix qui riait. Elle l'imagina dans cette cour\noù elle entrait. Faraud, le chien de garde, sortit de sa niche traînant derrière\nlui une longue chaîne qui sonnait sur le gravier et mêlant ses abois et ses\ngambades. Elle fut sur le point de se retourner pour rassurer Germaine,\n qu'elle croyait effectivement là.\n    Toute seule, cependant, elle pénétra dans le château désert; mais elle se\n disait que si elle avait eu une fille, elle ne l'aurait souhaitée ni plus belle, ni\n plus gracieuse, ni meilleure que Mlle Milleret.\n\n                                                           HENRI D'HENNEZEL.\n   (A continuer.)\n"}, {"page_pdf": 743, "texte": "              C'est l'heure\n       C'est l'heure où la vitre étincel\n       Des anciens logis que tavèle\n       L'automne aux soirs diluviés.\n\n       Sous la brume qui s'amoncelle\n       La ligne des toits bas chancelle,\n       Se perd en contours déviés.\n\n       C'est l'heure où, des cendres, explose,\n       Effleurant les murailles roses,\n       L a tiède chanson des tisons ;\n\n       Où derrière l'épaisse taque,\n       Inlassable, b r u i t et craque\n       Le refrain maigre des grillons.\n\n       C'est l'heure où tourne la fillette\n       Avec un branle de musette\n       P a r les cbamps où renaît Avril.\n\n       Où près du lit d'indienne mauve\n       L'aïeule répète la fiauve\n       De Chanteclair et du Goupil,\n\n       (Tandis que vendu par ses frères,\n       Joseph indéfiniment erre\n       Sur les pentes du baldaquin)\n\n       L a fable de Dame Hermeline\n       Qui mangeait si bien les gallines\n       Au nez du compère Isengrin.\n\n\n\n\n              Sainte Sabine\nBeaux lys qui vous dressiez parmi les reliquaires,\nLes chandeliers d'or fin et les orfèvreries,\nDont montaient les parfums, telles des hymnes claires,\n      Aux pieds de la Vierge Marie,\n"}, {"page_pdf": 744, "texte": "                           SAINTE-SABINE                               609\n\n\n      J e me souviens de vous; de ces vapeurs d'encens\n      Qui bleuissaient les parvis de Sainte-Sabine\n      Sur l'Aventin, de leurs volutes opalines,\n             Au long des murs blancs s'amassant;\n\n      De mon cœur qui soudain s'abandonne et s ' e n t r o u v r e ,\n      P a r cet entour divin tendrement exalté ;\n      Comme en la paix tombant du feuillage des rouvres,\n      Oubliant la vie dure et son aridité.\n\n      J e me souviens aussi de vous, Vierge un peu mièvre,\n             Que peignit Sassoferrato,\n      Du sourire enfantin qui pare votre lèvre.\n             Des plis flous de votre manteau.\n\n      E t p a r l'effort de vivre ardemment abusé,\n      J e me souviens encor, éphémère passant,\n      Au seuil des cloîtres doux, comme emparadisés,\n      Du moine m'accueillant d'un air compatissant ;\n\n             Du grand silence rituel,\n      Où l'orgeuil de vouloir intensément abdique,\n      E t d'avoir pu goûter à ce rayon de miel :\n             La solitude monastique.\n\n                                                      MARIE    DAUGUET.\nRome, 20 mai 1900.\n"}, {"page_pdf": 745, "texte": "                          Fra Angelico\n                                 (Suite et fin)\n\n\n\n                VERS la fin de son règne, Eugène IV appela à Rome le grand\n                     et saint artiste dont il avait tant admiré les œuvres à\n                     Florence, lors du séjour prolongé qu'il y fit durant le\n                     concile. Le couvent de Saint-Marc lui était resté bien\n                     cher. Il avait aidé à le fonder et il y connaissait trois\n                     hommes auxquels il voulut, avant de mourir, rendre un\n                     suprême et magnifique hommage. Le saint prieur Antonin\n                     fut nommé archevêque de Florence, le savant Thomas de\n                     Sarzane reçut le chapeau de cardinal et le grand artiste\nchrétien Fra Angelico fut appelé à peindre au Vatican. Jamais peut-être les\npapes ne rendirent à l'art un hommage plus significatif et plus conforme à\nleur mission.\n   Les fresques de la chapelle du Saint-Sacrement, commencées du vivant\nd'Eugène IV, ne furent achevées que sous Nicolas V, son successeur. Celui-ci\nn'était autre que Thomas de Sarzane, à peine nommé cardinal. Pour Fra\nGiovanni ce fut une grande joie que de pouvoir, dans ces conditions réelle-\nment extraordinaires, cohabiter avec son ancien confrère de San Marco, au-\nquel l'attachait une étroite amitié.\n   Cette chapelle du Sacrement doit avoir été bien belle. Les peintures repré-\nsentaient des scènes de la vie du Christ. Vasari en vit encore quelques frag-\nments échappés à sa destruction qui eut lieu sous le pontificat de Paul III.\nOn y admirait, entre autres portraits de grands hommes, ceux de Nicolas V\net de l'empereur Frédéric I I I .\n   Aucun ami de l'art ne pourra pardonner aux savants vandales du\nXVIesiècle d'avoir si peu respecté l'une des œuvres les plus intéressantes du\nsiècle précédent au double point de vue artistique et historique. La chapelle\ndu Saint-Sacrement fut démolie pour faire place à un escalier et on a dit que\nc'est par cet escalier que l'art pieux méconnu en haut lieu quitta le Vatican.\nC'est une exagération. Il en reste assez pour nous réjouir.\n   Après l'achèvement de la chapelle du Saint-Sacrement, Nicolas V voulut\nque Fra Angelico peignît l'appartement qui lui servait de chambre de travail\net de chapelle privée, son studio, comme l'appelle Müntz dans son livre L'Art\n"}, {"page_pdf": 746, "texte": "Rome (Vatican).                            Photo   N.G.P. (Alb. Hofmann, Bruxelles).\n\n                  SAINT ETIENNE DEVANT LE GRAND PRÊTRE\n                              (FRA ANGELICO)\n"}, {"page_pdf": 747, "texte": ""}, {"page_pdf": 748, "texte": "                                FRA   ANGELICO                               6ll\n\n\nà la cour des Papes, et connu actuellement sous le nom de chapelle de\nNicolas V.\n   Fidèle aux exemples d'éclectisme de son prédécesseur, le grand pape con-\ntinua sa faveur aux deux artistes qu'Eugène IV avait appelés à Rome pour la\ndécoration de l'église de Saint-Jean de Latran : Gentile da Fabriano et Vittore\nPisano. Pour les peintures du Vatican, en même temps qu'il y retint son ami\nFra Giovanni, le peintre mystique, il fit venir un maître ombrien très\nconnu déjà, Pierro della Francesca, naturaliste, novateur et chercheur infati-\ngable. Il lui fit peindre des sujets historiques dans une des stanze, peintures\nqui firent place sous Jules II aux fresques de Raphaël : le miracle de Bolsena\net la délivrance de saint Pierre.\n   Fra Giovanni avait probablement déjà mis la main à l'œuvre ou tout au\nmoins préparait-on déjà les trois murs qu'il allait bientôt revêtir d'une série\nd'immortels chefs-d'œuvre, lorsque par l'intermédiaire de Don Francesco\nBarone de Pérouse, moine bénédictin et célèbre peintre verrier, il fut mis en\nrapport avec le Conseil de fabrique du Dôme d'Orvieto pour la peinture de\nla grande chapelle de la madone de Saint-Brizio.\n   Supino publie un document de cette époque disant : « Considérant que la\nchapelle neuve en face de celle du Corporal est encore toute vide et non\npeinte, il faut la faire décorer par un bon et célèbre maître : le religieux\ndominicain qui a peint et qui peint la chapelle pour le Saint-Père dans le\npalais de Saint-Pierre à Rome et c'est le plus célèbre de tous les peintres\nd'Italie. »\n   Fra Angelico accepta les offres qu'on lui fit à condition qu'il ne travaillerait\nà Orvieto qu'au fort de l'été, en juin, juillet et août. Il s'associa trois aides\npour ce travail : Benozzo de Lese ou Benozzo Gozzoli, Giovanni d'Antonio\nde Florence et Jacomo di Poli. Avec eux il acheva durant l'été de 1447 deux\ngrands compartiments de la voûte en croix, dont l'un représente le groupe\ndes prophètes. Prophetarum laudabilis numerus, ainsi qu'il y est inscrit, compte\nparmi les œuvres les plus parfaites du maître. Cette fresque admirablement\nconservée est très pure de dessin, la couleur est lumineuse et puissante. A côté\nd'elle, la tonalité des fresques de Signorelli qui recouvrent les murs paraît\npresque noire. Jamais Fra Angelico n'a rassemblé dans une même compo-\nsition un aussi grand nombre de belles têtes d'hommes de types aussi divers\net caractérisant aussi bien les personnages représentés. Les figures de David\nde Daniel et de Jérémie restent gravées dans la mémoire du spectateur.\n   L'autre panneau représentant le Juge suprême entouré d'anges est inférieur\nau premier. Les groupes d'anges paraissent un peu raides et entassés. On dit\nque Fra Giovanni se contenta de faire la composition et que ses élèves la pei-\ngnirent.\n   Ici le Christ se tourne du côté des maudits. Son attitude est certainement\ngrandiose et ressemble beaucoup à celle que Michel-Ange traça plus tard\ndans la chapelle Sixtine avec plus de science et de puissance, mais déci-\ndément Fra Giovanni n'aimait pas à représenter le Christ condamnant\nau feu éternel. Son âme conserva toujours une candeur presque enfantine et\nchaque fois qu'il fallait mettre le Sauveur en contact avec l'enfer il regimbait.\n"}, {"page_pdf": 749, "texte": "6l2                               DURENDAL\n\n\n Il rappelle cet aimable enfant, qui, chaque fois que sa mère lui faisait prier\nle Credo et en arrivait à l'article est descendu aux enfers, tournait sa blonde tête\nd'un air suppliant et disait : « Non, pas cela, maman! »\n    Après avoir terminé ses deux panneaux, Fra Angelico ne peignit plus à\n Orvieto malgré tout ce qu'on mit en œuvre pour lui faire terminer le travail\ncommencé. Sentait-il déjà quelque peu le poids de l'âge et voulait-il réserver\ntoutes ses forces pour terminer dignement les travaux que Nicolas V\nvenait de lui confier; ou bien la représentation du Jugement dernier, telle qu'il\naurait fallu la traiter sur les grands murs de cette chapelle, lui semblait-elle\ndépasser les moyens dont il disposait? Le nu allait forcément jouer un grand\nrôle dans les scènes de la résurrection des corps et dans les groupes de\ndamnés. Ses études n'étaient pas dirigées de ce côté et sa délicatesse d'âme\ny répugnait certainement. Quoi qu'il en soit, nous ne devons pas trop\nregretter que cette fois Fra Angelico faillit à ses engagements. Il avait donné\ntoute la mesure de son inspiration vraiment céleste par la représentation des\nélus et des anges dans la célèbre composition du Jugement dernier, qu'il\navait peinte en petite dimension et dont nous avons parlé plus haut. Il ne\npouvait pas aller au delà et ce beau rêve ne pouvait que perdre à être trans-\nposé pour la fresque. Peinte en grand et sur mur, cette scène eût été moins\nsuggestive.\n    L'abstention de Fra Angelico nous a valu du reste les puissants chefs-\nd'œuvre de Luca Signorelli.\n   Fra Giovanni retourna donc à Rome et n'y interrompit ses travaux que\npour un temps relativement court. Lors de l'année jubilaire 1450, en janvier,\nnous le trouvons au couvent d'Orvieto dont il était élu prieur. Il y a des rai-\nsons pour croire qu'il s'y trouvait aussi en 1452. A cette époque, en effet,\nl'archevêque de Florence, Saint Antonin, lui écrit à Orvieto pour lui deman-\nder au nom des administrateurs de la commune de Prato, ville très voisine de\nFlorence, de vouloir décorer de fresques la chapelle majeure de leur église.\nFra Angelico ne crut pas pouvoir accepter cette offre et l'ouvrage fut confié\nà Fra Filippo Lippi, alors très en vogue et très soutenu par les Médicis.\n    Revenu au Vatican, il y reprit son œuvre chérie, les peintures de\nla chapelle de Nicolas V. Jusqu'à sa mort, survenue en 1455, alors qu'il\navait accompli sa 68e année, il y vécut en constante intimité avec le Pape,\nqui ne consentit plus à le laisser s'éloigner. Nicolas V avait également appelé\nprès de lui deux chartreux pieux et érudits qu'il avait connus à Florence,\net c'est par la société de ces amis dévoués qu'il tâchait de se consoler des\namertumes du pouvoir qui ne lui furent pas épargnées dans les dernières\nannées de son règne. Lors du jubilé de 1450, où le Pape avait eu la conso-\nlation de voir affluer des foules extraordinaires de pèlerins du monde entier,\n un grand malheur, qui coûta la vie à plusieurs centaines d'hommes, se pro-\n duisit sur le pont Saint-Ange, trop étroit pour laisser passer les deux cou-\n rants qui allaient à Saint-Pierre et en revenaient. Cette catastrophe coïnci-\n dant, pour ainsi dire, avec la mort subite de la mère octogénaire du pieux\n Pontife, fut une bien rude épreuve. Les sommes importantes que le Pape\n aurait voulu consacrer à l'embellissement et au relèvement des ruines de la\n"}, {"page_pdf": 750, "texte": "                               FRA   ANGELICO                               613\n\n\nville éternelle, si rudement éprouvée au siècle passé, durent être toutes\naffectées à l'armement des troupes que, de concert avec les princes chrétiens,\nil envoya combattre les Turcs, menaçant alors d'envahir l'Europe de plusieurs\ncôtés à la fois.\n   Alors déjà le concert des puissances était plutôt une conception idéale\nqu'une réalité, et, malgré toutes les démarches d'habiles délégués, entre autres\ndu fameux AEneas-Sylvius Piccolomini, qui devint pape lui-même sous le\nnom de Pie I I , c'est à peine si le Pontife parvint à grouper quelques\nbonnes volontés. La prise de Constantinople par les Turcs lui sembla une\ntache et une honte pour son règne, et depuis lors il ne connut plus une heure\nde joie.\n    Lorsque les troupes chrétiennes, commandées par Huniade et Jean\nCapistran, lavèrent l'injure de Constantinople par la glorieuse victoire de\nBelgrade, Nicolas V était mort depuis une année. Il avait suivi de quelques\nsemaines son ami Fra Giovanni dans la tombe, et l'épitaphe qu'il rédigea\npour le tombeau de son ami le pieux peintre furent les dernières lignes qu'il\ntraça.\n    Le sujet des peintures de la chapelle est bien en harmonie avec les senti-\nments éprouvés alors par le Pape et son entourage. C'est l'histoire des deux\ndiacres martyrs de la primitive Eglise, saint Etienne et saint Laurent, toujours\nassociés dans le souvenir des chrétiens depuis qu'un même tombeau réunit\nleurs cendres dans la basilique de Saint-Laurent hors les murs. Tous ceux\nqui ont visité le Vatican connaissent la petite porte conduisant de la grande\nsalle de la Victoire de Constantin, dans une chapelle de modestes propor-\ntions et où une lumière discrète éclaire cette série de belles compositions,\nqu'au déclin de sa vie, mais encore dans la pleine vigueur de son talent,\nle maître de la peinture sacrée y traça. Ces pages émues et éloquentes furent\nen quelque sorte son testament artistique. Tout ce qu'il avait acquis d'expé-\nrience et réalisé de progrès au point de vue technique, tout ce que son noble\ncœur avait éprouvé de sentiments profonds, pieux et tendres se trouve\nrésumé là.\n   Voici comment Supino décrit en quelques lignes la disposition de ces\npeintures :\n      La chapelle où sont conservées les précieuses peintures de Fra Angelico\npeut être regardée comme l'un des monuments les plus remarquables, véri-\ntable sanctuaire de l'art. En deux rangées et sur trois murailles, l'artiste a\nreprésenté la Vocation, l'Apostolat et le Martyre de saint Etienne et de saint\nLaurent; d'abord saint Pierre confère le diaconat à saint Etienne, puis le\nsaint distribue les aumônes; sur la seconde muraille, sa prédication et sa\njustification devant le Grand Conseil; sur la troisième, le saint est traîné au\nsupplice. Au-dessous : la consécration de saint Laurent ; le Pape remet à son\ndiacre les trésors de l'Eglise; la distribution des aumônes aux pauvres et aux\nestropiés; sa mise en prison et la conversion du geôlier; enfin, le saint livré\nau feu.\n    » Le dessin de ces peintures a de la franchise et de la sûreté, mais il reste\ndans le caractère habituel de l'artiste; l'exécution en est mieux finie et plus\n"}, {"page_pdf": 751, "texte": "614                                DURENDAL\n\n\négale. Moins réaliste que Masaccio, Angelico atteint le vrai en donnant aux\nformes plus de grâce et aux personnages plus de douceur dans l'expression ;\nmais jamais peintre n'a retrouvé le sentiment qu'il a répandu dans ces créa-\ntions; il se trouve exprimé là d'une façon admirable, comme il ne l'a été à un\négal degré dans aucune autre de ses productions. »\n   Tous les auteurs qui ont écrit sur Fra Angelico s'accordent pour décerner\ndes éloges très sentis à cette œuvre ultime, et j'ai cité ce qu'en dit Supino,\nparce que son ouvrage est un des derniers parus et semble résumer assez bien\nles appréciations des écrivains venus avant lui.\n   Tout est beau dans cette chapelle, et il est difficile d'en détacher quelque\nmorceau pour l'exalter au détriment du reste. Néanmoins, l'admiration va\ntoujours ainsi que dans la contemplation d'un beau panorama à quelque\nsommet ou à quelque silhouette plus caractéristique. Ici, c'est bien, me\nsemble-t-il, saint Laurent distribuant les aumônes aux pauvres qui retiendra\nle plus longtemps les regards. Tout est ici d'une vérité de rendu et d'une\nsimplicité de moyen qu'on ne retrouve que bien rarement. Les physionomies\nrelèvent une profonde étude des types et des caractères, et l'aisance des atti-\ntudes relèvent un maître de toute première force.\n    Le groupe des femmes assises à terre, pour écouter l'exhortation de saint\nEtienne, n'est certainement pas inférieur, comme naturel dans les poses et\ncomme sentiment du beau dans la ligne et dans la couleur. Il semble môme\nsurpasser tout ce que le maître créa de plus séduisant. Et quelle pureté d'in-\ntention dans tous ces regards! et comme elles semblent avidement boire les\nenseignements divins sans aucune autre préoccupation !\n    Saint Laurent, sacré diacre, est aussi de tous points admirable. Et que\ndire de cette figure expressive qui attire d'emblée le regard dans le panneau\noù saint Laurent est jeté en prison ! C'est celle d'un homme jeune\n encore qui, en entendant les nobles réponses de saint Laurent à l'empereur\n Decius, se détourne et jette vers le Ciel un regard où se lit si bien l'effet de la\n grâce. Jamais on ne peignit d'une manière aussi tangible le moment psycho-\n logique de la conversion. C'est absolument frappant.\n    Les peintures de la voûte, où sont représentés les Evangélistes sur un fond\n de lapis lazuli constellé d'or, sont pleines de style et de noblesse, et les\n figures isolées des docteurs de l'Eglise étagées dans l'encadrement des\n tableaux vaudraient chacune une description spéciale. Où trouver, par\n exemple, une figure isolée plus expressive, mieux pondérée et plus savam-\n ment dessinée que le saint Bonaventure, le livre ouvert entre les mains et les\n yeux si profonds, si pensifs!\n    Mais on se perdrait à vouloir tout décrire : il faut voir et se laisser longue-\n ment imprégner. En sortant de ce sanctuaire et en repassant devant les\n immortelles fresques du divin Raphaël, on est tout étonné de trouver tant de\n convention, tant de poses uniquement pittoresques, mais manquant d'inten-\n tion, et on se prend à douter si la pompeuse beauté de cet art-ci vaut bien le\n  charme intime de celui-là.\n    On ne sait rien de la mort de Fra Angelico, si ce n'est qu'il s'éteignit dou-\n  cement à Rome et qu'on l'ensevelit dans le couvent dominicain de la Minerve.\n"}, {"page_pdf": 752, "texte": ""}, {"page_pdf": 753, "texte": "Rome (Vatican).                                   Photo N. G. P. (Alb. Hoffman,   Bruxelles).\n\n                  SAINT LAURENT DISTRIBUANT LES AUMONES\n                               (FRA   ANGELICO)\n"}, {"page_pdf": 754, "texte": "                                  FRA ANGELICO                                      6I5\n\n\nDe nos jours encore, on y voit sa pierre tombale, où se trouve gravée son\nimage avec l'inscription latine composée par Nicolas V, comme nous l'avons\ndit, et où se reflète l'humilité et le désintéressement du défunt, et dont voici\nla traduction :\n                          Ici repose le vénérable peintre frère\n                      Jean de Florence de l'ordre des Prêcheurs\n                                          1455.\n  Ne me louez pas d'avoir été comme un second Apelle. Mon seul titre, ô Christ, est\n    d'avoir donné aux tiens tout ce que je gagnai. Ainsi la terre gagne une partie de mes\n    œuvres; les autres sont au Ciel. Jean fut mon nom. La ville, fleur de l'Etrurie,\n    fut ma patrie.\n\n   J'ai parlé, au début de cette étude, de la touchante unanimité d'admi-\nration des amis de l'art et des écrivains de toutes les époques groupés autour\nde ce nom béni. Ceux qui semblent en penser le moins de bien se contentent\nde dire : c'était un charmant rêveur, naïf, candide, mais pas profond. Si par\nprofondeur on entend la puissance à sonder bien avant les misères et les\nvices de l'humanité et à remuer les passions troublantes qui l'agitent, ces\ncritiques peuvent avoir raison, mais Fra Angelico rachète bien en hauteur\net en élévation ce qu'il n'a pas su ou pas voulu chercher dans les abîmes.\nToujours ses regards sont dirigés vers le Ciel et il les y a fait pénétrer plus\nprofondément qu'aucun autre artiste. Ce n'est pas en vain que la postérité l'a\nappelé bienheureux et angélique. Il méritait le nom d'Angelico pour avoir\ntrouvé, en représentant les anges, cette forme pittoresque, la moins maté-\nrielle possible, où les grâces de l'enfance, la beauté de la jeunesse et la\nsagesse d'un âge plus avancé semblent se confondre, dans des êtres auxquels\non ne saurait attribuer ni un âge ni un sexe déterminé, mais il le méritait\nencore plus pour avoir lui-même tout regardé et tout admiré dans la\nnature, comme le ferait un ange, avec une pleine science, mais sans aucun\nappétit sensuel. Cette vision artistique spéciale ne manque aucunement de\nprofondeur; il serait plus juste de dire qu'elle ne connaît pas de bassesse.\nSon élévation ne lui vient pas uniquement d'un effort terrestre et passager,\nil faut y reconnaître la force d'attraction de la Beauté essentielle et éternelle.\n\n                                                                JOZEF JANSSENS.\n"}, {"page_pdf": 755, "texte": "                   Chronique Artistique\n       Exposition d'Art Ancien Bruxellois au Cercle Artistique\n\n       L'EXPOSITION              organisée par le Cercle Artistique groupait des\n                       tapisseries merveilleuses.\n                         Cette exposition n'a pas obtenu tout le succès qu'escomp-\n                     taient ses promoteurs. Elle ne s'adressait pas, évidemment,\n                     à la masse du public, mais à une élite de connaisseurs.\n                         Les collections de sculptures sur bois, de dinanderies,\n                     de céramiques annexées aux tapisseries, n'avaient d'autre\n                     intérêt que de meubler agréablement les salles et d'en varier\n                      l'aspect. Elles étaient trop incomplètes et réunies au hasard\npour attirer les spécialistes dans un but d'étude et de comparaison.\n   Les amateurs connaissaient de longue date les belles tapisseries prêtées au\nCercles par les Musées Royaux de l'Etat Belge, qui n'avaient fait que changer\ntemporairement de local d'exhibition.\n   Ils n'ont pas retrouvé, parmi les pièces recrutées ailleurs, un ensemble aussi\nprestigieux que celui réalisé à Paris, en 1900, par le gouvernement espagnol\ndans son pavillon de la rue des Nations.\n   La beauté de cette exposition précieuse a donc été méconnue par la foule et\ndiscutée par les initiés qui s'accordèrent seulement dans l'admiration unanime\nde cinq ou six tapisseries tout à fait incomparables et d'indéniable splendeur.\n   Il ne faut pas s'étonner dès lors que le total des entrées, malgré la situation\nsi centrale du Cercle, ait été minime. Le local, un peu exigu et manquant de\ncette ampleur qui eût été proportionnée à l'effet décoratif des tapisseries,\nn'offrait pas le recul voulu pour l'effet complet de ces grandes fresques de\nlaine, de soie et d'or tissées par nos anciens artisans de haute lisse d'après les\ncartons de nos meilleurs peintres. Le soin, le goût, le raffinement des organi-\nsateurs, le luxe des éléments décoratifs ne pouvaient remédier à cela. La tran-\nquillité apaisée de ces salles peuplées de belles choses adoucies par la patine\ndes ans n'en était pas moins d'un charme très grand. Il était doux d'y flâner,\nles yeux flattés par les aspects exquis de chaque paroi, de chaque enfilade de\nsalonnets. Le cadre était suggestif de rêveries et d'enthousiasmes!\n\n\n  Exposition     Rétrospective de l'Art Belge au Cinquantenaire\n\n   L'Exposition Rétrospective de l'Art Belge est un hommage éclatant rendu\nà l'Ecole. C'est une sélection d'oeuvres ayant toutes une valeur esthétique.\nIl n'y faut pas réclamer une compilation complète, historique ou documentaire.\n   Les organisateurs n'ont pas cherché à représenter les nombreux peintres ou\n"}, {"page_pdf": 756, "texte": "                          CHRONIQUE ARTISTIQUE                               617\n\n\nsculpteurs qui durent à des circonstances accessoires une heure d'influence\nou de notoriété et dont, à cette heure, l'œuvre n'offre plus le moindre intérêt\nplastique. Ils n'ont voulu réunir que des ouvrages parés de quelque beauté\nde style, d'interprétation, de l'orme, de couleur, de métier...\n   La Rétrospective constitue en réalité le complément formidable — et mal-\nheureusement éphémère — des collections modernes formées par l'Etat ou les\nédilités des grandes communes à Bruxelles et dans les principales cités\nprovinciales.\n   Des maîtres les plus éminents, il a été groupé des séries considérables\nd'oeuvres. Henry Leys, Alfred Stevens, Alfred Verwée, Henri de Braekeleer,\nLiévin De Winne, Paul De Vigne, Constantin Meunier. Les autres, selon\nleur importance et l'idée que nous nous faisons actuellement de leur rôle et\nde leur mérite sont représentés par des contingents proportionnels.\n   La peinture belge doit, avant toute autre préoccupation, s'affranchir des\ninfluences étrangères, du classicisme d'origine italienne amené de France par\nLouis David et qui trouva chez nous, en François Navez, son principal pro-\ntagoniste.\n   Depuis le moment où nos artistes, en remontant aux sources originelles de\nl'Art flamand, redemandèrent aux maîtres primitifs de Bruges, aux maîtres\nrenaissants d'Anvers, les traditions fécondes de leur art, tous, malgré les diffé-\nrences profondes de leurs personnalités, s'apparentèrent entre eux par le sens\nde leur vision coloriste, la saveur et l'opulence de leurs harmonies soutenues.\n   Les recherches sont divergentes, les personnalités nettement originales se\nprécisent. Un air de famille, une compréhension analogue, une semblable\nsanté de vision s'affirment néanmoins. C'est la même préoccupation des\naspects purement externes, l'examen exclusif de la surface des choses, une\nnégligence de l'intellectualité, de la pensée, sacrifiées au pittoresque de la\ncouleur, à la saveur du morceau d'exécution. Peinture admirable dont les yeux\nsont caressés voluptueusement, mais devant laquelle la cérébralité ne s'émeut\npas, qui ne remue aucune idée.\n   Quelques exceptions évidemment font contraste violent avec la masse de\nnos artistes.\n   C'est Antoine Wiertz, croyant ressusciter Rubens et son école et peignant\ndes compositions fougueuses où le génie de l'artiste s'effrondre et révèle seule-\nment l'absence de talent du peintre. C'est Charles Degroux, penché sur les\nmisères et les tares des humbles ; c'est Félicien Rops, suggestif et nerveux\nillustrateur d'imaginations curieuses où la préoccupation sexuelle obsédante\nfinit par monotoniser son rare et précis tempérament.\n   C'est Constantin Meunier, peintre dénué de dons plastiques, sculpteur\nfruste et incomplet, mais interprète pathétique de la pitié généreuse et de la\nsolidarité humaine. Les autres, les deux Stevens, Verwée, Leys, de Braekeleer,\nLouis Dubois, Agneessens, Artan, Boulenger, ne sont que peintres, mais ils le\nsont extrêmement, exclusivement et comme peut-être, sauf Vermeer de Delft,\non ne le fut jamais ici ni ailleurs.\n   Et cette qualité primordiale qui va jusqu'à l'atrophie de toute autre préoc-\ncupation suffit à faire de ces artistes des maîtres complets.\n"}, {"page_pdf": 757, "texte": "618                                DURENDAL\n\n\n   Alfred Stevens, Alfred Verwée personnifient l'aboutissement de cette beauté\ntechnique, la joie de la couleur délicieuse et de l'exécution souple : impossible\nd'aller plus loin, avec plus de largeur et de brio, dans cette voie simple. Et,\ncomme M. Jourdain faisait de la prose, ces deux peintres ont chanté tout le\npoème réaliste et sain de la féminité et de la nature contemporaines, variations\ninfinies et modulations recommencées sans monotonie.\n   L'exposition a remis en lumière aussi des artistes qui ne furent jamais dis-\ncutés et dont les œuvres maîtresses reparaissent avec tout leur prestige\nd'antan, les fameuses Têtes Coupées de Louis Gallait comme les probes et\nsavants paysages de Joseph Coosemans, les portraits de Liévin De Winne, de\nSacré, de Van Camp, de Cluysenaer, les paysages d'Alfred de Knyft, d'Henri\nVan der Hecht et de Théodore Verstraete, les tableaux de Madou et de Willems,\nles marines de Clays, les vues du Dauphiné et les moulins en Campine de\nFourmois. Même Navez et Simoneau y revivent en quelques portraits véné-\nrables, tandis qu'ailleurs les plus récents et les plus novateurs d'entre les jeunes\nmorts, Evenepoel, Paul Blieck, Hannotiau, marquent leur place dans l'école.\n   Et c'est aussi des noms moins notoires réimposés à l'attention oublieuse et\ndistraite, les deux Linnig, Louis Crépin, Egide Léemans, peintres habiles,\nsonores ou délicats, dont la vogue ne manquera pas, quelque jour, de faire\nrechercher les œuvres.\n   A la sculpture c'est, avec Constantin Meunier, les séries d'oeuvres de Paul\nDe Vigne, amoureux de la ligne élégante et du style pur, de Julien Dillens,\nimprovisateur et décorateur fécond, le rappel de Gaston Marchant, mort si\njeune, laissant si peu d'ouvrages, puis, depuis Godecharle et Kessels, les Geefs,\nSimonis, Fraikin, les Bourré, une pléiade de statuaires annonçant l'éclosion\nde la grande école contemporaine dont la plupart des maîtres, heureusement,\nne peuvent être représentés en une rétrospective.\n   C'est aussi une série de médailles appréciées, des gravures, des eaux-fortes,\npuis, en place des plans, coupes et élévations qui rendent habituellement si\nrebutames les sections d'architecture, un choix d'excellentes photographies\nreproduisant les aspects des principaux édifices érigés en Belgique depuis 1830.\nCette glorification de nos meilleurs architectes intéresse même les profanes\net popularise des noms trop peu connus. Elle donne une animation, une vie\nréelle à des travaux très spéciaux.\n   La disposition du Monument au Travail, œuvre de M. l'architecte Acker,\nprésente de la façon la plus harmonieuse et la plus habile les diverses inven-\ntions statuaires que Constantin Meunier voulait voir réunies sous ce titre. Il\nsemble que ce simulacre réclame impérieusement une exécution définitive.\n   On s'est accordé à louer l'excellente disposition du local de l'exposition,\nses proportions parfaites, le soin de la décoration architecturale. M. Théo\nSerrure, architecte des Batîments Civils, en le réalisant pour une durée éphé-\nmère, a préparé à tous ceux qui, plus tard, auront à dresser les plans de\nsemblable construction, un modèle définitif et parfait. La Société des Beaux-\nArts a prodigué avec un goût discret et sûr les éléments meublants, les plantes\net les fleurs et donné à l'ensemble cette atmosphère heureuse qui fait que l'on\ns'attarde en ces séduisantes galeries peuplées de chefs-d'œuvre et qu'on y\nrevient.                                                                    P. L.\n"}, {"page_pdf": 758, "texte": "         J.-S. Bach, le musicien=poète\n                         par Albert Schweitzer (1)\n\n\n                Voici une des études les plus complètes et les plus appro-\n                   fondies qu'on ait jusqu'ici écrite sur Bach. Ce qui fait\n                   la valeur de ce livre, ce n'est pas seulement l'abondance\n                   et la sûreté de la documentation, c'est encore la largeur\n                   de la critique, l'élévation des points de vue où se place\n                   l'auteur et surtout un don merveilleux d'intuition poétique\n                   qui lui permet de préciser les significations esthétiques\n                   de l'œuvre de Bach, de marquer ce qui en constitue la\n                    force intime, la vie essentielle et symbolique.\n   Dans une intéressante préface, l'éminent organiste Widor raconte comment\nAlbert Schweitzer fut amené à écrire ce livre, comment l'étude, ayant primi-\ntivement pour objet les chorals de Bach, prit insensiblement plus d'ampleur,\nplus d'étendue et finit par embrasser l'œuvre entière du maître d'Eisenach.\n   Albert Schweitzer n'est pas seulement un savant musicologue et un remar-\nquable organiste. Docteur en philosophie et maître de conférences à la\nFaculté de théologie de Strasbourg, il a publié un livre très apprécié sur\nKant. Accoutumé de par ses tendances d'esprit et ses occupations universi-\ntaires à explorer les domaines les plus élevés de la pensée, il devait mieux\nque tout autre pénétrer le véritable sens de l'œuvre de Bach, qui se rattache\npar des rapports si étroits et si directs avec l'écriture sacrée, sa principale et\nplus haute source d'inspiration. Mieux que tout autre, il devait expliquer ce\nqui fait de l'œuvre de Bach un monument d'art éternel; comment, par delà\nla beauté musicale proprement dite et au-dessus d'elle, s'y découvre une\nincroyable puissance d'expression poétique et descriptive, où resplendit\ncomme la synthèse de tous les arts.\n   Il n'entre point dans notre intention de résumer ici l'ouvrage d'Albert\nSchweitzer. Vouloir condenser en quelques lignes, voire même en quelques\npages, la matière d'un livre aussi riche d'idées et de vues nouvelles sur Bach,\nce serait tenter une œuvre vaine. Nous voudrions simplement indiquer\nsommairement le plan de l'ouvrage et en signaler certaines considérations\nparticulièrement intéressantes, qui pourront donner quelque idée de la haute\nvaleur du livre.\n\n\n  (1) Leipzig. Editeur, Breitkopf et Härtel.\n"}, {"page_pdf": 759, "texte": "620                              DURENDAL\n\n\n    Tout d'abord, le choral étant un des éléments essentiels de l'œuvre de\n Bach, à la différence de l'œuvre de Haendel basée sur l'invention libre,\n Schweitzer consacre ses premiers chapitres à l'étude du choral et de la\n musique sacrée en Allemagne depuis le moyen âge jusqu'au XVIIIe siècle.\n Nous ne faisons qu'indiquer cette savante introduction, ainsi que l'intéres-\n sant récit de la vie de Bach, et, sans nous y attarder, nous abordons la partie\n de l'ouvrage qui expose la genèse des œuvres de Bach, pour se compléter et\nse synthétiser ensuite dans les chapitres relatifs au langage musical du maître\n d'Eisenach.\n    Schweitzer y étudie d'abord les compositions pour orgue, où l'on admire\npour la première fois cet art de l'architecture musicale, dont les devanciers\n allemands de Bach ne possédaient point le secret et que les sonates et les\nconcertos des Italiens révélèrent au maître saxon. Architecture d'une somp-\ntueuse richesse (esprit allemand), mais en même temps nette et simple de\nplan (influence italienne). « Ce qui donne à ces compositions pour orgue\nleur grandeur et leur valeur d'œuvres classiques, c'est précisément la fusion\n intime de l'esprit allemand et de la forme pure italienne. » Parmi ces compo-\nsitions pour orgue, les œuvres destinées à l'enseignement tiennent une place\nimportante. Signalons surtout l'Orgelbüchlein, le recueil des petits chorals. La\n « luxuriante abondance de poésie musicale » dont ce livre déborde le range\nparmi les chefs-d'œuvre de l'art du maître, et, au point de vue pédagogique,\nils sont restés « l'école d'orgue par excellence ».\n    Le chapitre suivant traite des œuvres pour clavecin. Signalons, parmi les\nconsidérations les plus intéressantes du chapitre, cette remarque que les\nInventions et les Sinfonies sont des créations absolument nouvelles; Bach y\nabandonne, en effet, la forme du Lied en deux parties. Les Inventions et les\nSinfonies n'ont point de plan déterminé, point de parties répétées, d'où une\nliberté absolue dans le développement du motif. C'est encore une fois ici le\ntriomphe du génie allemand, exigeant des formes libres et souples, sur la\nconception d'art italienne qui est avant tout mélodique. Ce sont les Toccates\nqui doivent être considérées comme les véritables grandes sonates de Bach.\nCes Toccates sont au nombre de sept, dont les deux dernières « œuvres monu-\nmentales d'idée et d'inspiration ne peuvent se comparer qu'aux dernières\nsonates de Beethoven ». Les huit Fantaisies qui nous sont parvenues sont\nde structure plus régulière que les Toccates, auxquelles on serait plus tenté\nd'appliquer la dénomination de Fantaisies. La plus grande fugue de Bach\npour clavecin, celle en la mineur, est si débordante de vie et d'entrain qu'elle\napparaît comme l'idéal de la fugue pour clavecin.\n   Schweitzer aborde ensuite l'étude des œuvres de musique de chambre et\ndes œuvres pour différents instruments. A propos des sonates de violon,\nsignalons cette remarque si ingénieuse et si juste qu' « aux yeux de Bach, le\nstyle de violon représente le style universel. Quand il compose, il compose\npour le violon ou plutôt pour un instrument idéal qui aurait de l'orgue la\npuissance du son et du violon la souplesse du phrasé ».\n   Le chapitre sur les cantates profanes est très détaillé et intéressant. Les\ncantates profanes représentent en effet une des parties les plus importantes\n"}, {"page_pdf": 760, "texte": "                    J.-S. BACH, LE MUSICIEN-POÈTE                            621\n\n\nde l'œuvre de Bach, elles renferment plusieurs pages souverainement belles,\net sont les seules qui nous renseignent sur les événements peu nombreux de\nla vie du Cantor de Saint-Thomas. A vrai dire, si on ne les connaît pas mieux,\nsi on ne les exécute pas plus souvent, c'est que les textes médiocres et de cir-\nconstance sur lesquels elles ont été écrites les déparent et enlèvent de leur\nintérêt. Mais ajoute, très justement Schweitzer, n'oublions pas qu'ici comme\npartout ailleurs, Bach cherche à illustrer par la musique ce que le texte\ncomporte de véritable poésie. L'on pourrait donc s'inspirer de l'idée poétique\nessentielle qui à guidé Bach et composer de nouveaux textes, en complète\nharmonie ceux-là avec la musique du maître. Quelle belle tâche pour un\npoète !\n   Les cantates d'église sont réparties par Albert Schweitzer en quatre caté-\ngories : 1° celles de la première année de Leipzig qui se caractérisent par le\nrôle prépondérant de l'orchestre. Plusieurs d'entre elles ont comme introduc-\ntion une Sinfonia orchestrale.\n   2° Les cantates de 1724 à 1727, œuvres plus riches, plus travaillées que\ncelles de la première année et où les symphonies se rattachent au texte par\nun lien intime. Citons la cantate Liebster Gott, wann werd ich sterben, merveilleux\ntableau musical « qui se compose en quelque sorte de sons de cloches et de\nparfums de fleurs et respire la poésie des cimetières aux jours de printemps »,\nla cantate Leichtgesinnte Flattergeister, dont le sujet est la parabole du semeur\net où se révèle la même intensité d'imagination ; la cantate intitulée Herr,\nwie du willst, so schicks mit mir le chef-d'œuvre du genre contenant un arioso en\ntrois phrases d'une déclamation fort simple planant sur une description\norchestrale saisissante ; la cantate pour la Saint-Michel, Es erhab sich ein Streit,\noù le combat céleste est figuré par une fugue gigantesque semblable à une\nvision de Michel-Ange, « masse enchevêtrée qu'on voit choir lentement avec\ndes efforts vains pour se retenir ». A ce moment Bach cherche à revenir à\nl'ancienne cantate allemande s'inspirant exclusivement de versets bibliques et\nde strophes de choral sans le concours d'aucun librettiste. Bach n'eût jamais\ncomposé autrement s'il n'eût subi l'influence italienne venant combattre son\ninspiration naturelle et foncière, influence dont malheureusement il ne réus-\nsit pas à s'émanciper, n'osant pas notamment rompre ouvertement avec la\nformule commode du Da capo. 3° Les cantates de 1728 à 1734. Pendant cette\npériode, les cantates pour solistes abondent. Elles sont toutes plus belles les\nunes que les autres. C'est le moment où le maître avait l'âme hantée par la\nsublime nostalgie de la mort. L'œuvre « où éclate plus que partout ailleurs\nla merveilleuse richesse musicale des cantates d'alors », c'est la cantate Was\nsoll ich ans dir machen, Ephratm. 4° Les cantates écrites après 1734, où les ten\n dances descriptives se développent de plus en plus, chacune de ces cantates\n pouvant être citée comme un chef-d'œuvre de description musicale. Ces cantates\n se caractérisent aussi par l'importance plus grande qu'y joue la parole bibli-\n que, par le rétablissement du récitatif-arioso rappelant ceux de la Passion\n selon saint Mathieu, et, au point de vue musical, par une jeunesse et une\n fraîcheur d'inspiration encore plus captivantes que dans les œuvres de la\n maturité. On serait tenté même de les classer parmi les compositions de\n"}, {"page_pdf": 761, "texte": " 622                              DURENDAL\n\n\n  Weimar, si on n'y découvrait une certaine perfection formelle attestant l'expé-\n  rience d'un maître et si l'on n'était aussi frappé par cette « particularité\n  annonçant l'œuvre de l'homme mûr, l'absence de toute recherche de formes\n nouvelles ». Le chœur de la cantate pour la Saint-Jean, Christ miser Herr zum\n Jordan Kam, renferme la description musicale la plus grandiose des cantates\n  de cette dernière époque.\n     Albert Schweitzer étudie ensuite le Magnificat qui, avec 1' Oratorio de Noël,\n restera l'œuvre la plus populaire de Bach, la Passion selon saint Jean, œuvre\n hâtive, écrite sans disposition préalable du plan de l'ensemble et qui à cet\n égard comme à bien d'autres n'égale point la Passion selon saint Mathieu.\n Cependant ici encore, Bach traduit fidèlement par sa musique le texte de\n saint Jean, admirable de profondeur, mais dramatiquement inférieur à celui\n de saint Mathieu. La Passion selon saint Jean est belle, d'une beauté sévère,\n  « intelligible comme celle d'une idée philosophique. C'est que la musique\n de Bach est philosophique comme l'Evangile selon saint Jean, qui n'est\n qu'une méditation sur la révélation de la divinité dans l'humilité ».\n     Albert Schweitzer fait de la Passion selon saint Mathieu une très belle ana-\n lyse, il marque la part prépondérante que prit le maître d'Eisenach au tra-\n vail du librettiste Picander, dont le rôle fut ici tout à fait secondaire, et la\n supériorité incomparable du texte de cette Passion sur le langage de la plu-\n  part des cantates. « Simple et grandiose d'architecture, profonde d'inspira-\n tion, toute imprégnée de mysticisme, toute parfumée de poésie de la nature,\n l'œuvre sacrée lait partie de ces chefs-d'œuvre qui n'appartiennent plus à\naucun art : architecture, poésie et peinture s'y trouvent représentées. »\n    M. Schweitzer termine cette partie de son livre par l'analyse des Oratorios,\n des Messes, où il développe cette idée que « la messe en si, l'œuvre la plus\n vigoureuse et la plus grandiose du maître, manque pourtant de cette unité\n qui fait la beauté de la Passion selon saint Mathieu » ; enfin, des motets dont\n il ne nous reste plus qu'une demi-douzaine, mais qui sont d'absolues mer-\nveilles où la musique confère la vie aux strophes sacrées et qui, en raison de\nl'unité d'impression, émeuvent peut-être encore plus que les cantates. Ils n'en\ndiffèrent point d'ailleurs totalement, car les motets comme les cantates sont\nsoutenus par l'orchestre; seulement on n'y rencontre point de soli. Les trois\ngrands motets : Jesu meineFrtude, Komm, Jesu, Komm et Der Geist hilft unse-\nrer Schwackheit auf, « sont l'expression la plus complète du mysticisme du\nmaître ».\n    Arrivons à la partie qui traite du symbolisme de Bach. La question de la\nlégitimité de la musique descriptive a toujours donné lieu à un conflit d'opi-\nnions, les uns prétendant que ce caractère descriptif constitue la fin et la\nbeauté suprême de toute musique, les autres, qu'il doit être considéré comme\nune dégénérescence par rapport à la musique pure. A ce sujet, M. Albert\nSchweitzer émet de très justes et originales réflexions sur les rapports étroits\nqui unissent entre eux les différents arts. « Tout art », dit excellemment\nSchweitzer, « manifeste des tendances descriptives en tant qu'il veut exprimer\nplus que ne lui permettent ses moyens propres d'expression. La peinture\nveut exprimer les sentiments du poète, la poésie veut évoquer des visions\n"}, {"page_pdf": 762, "texte": "                    J , - S . BACH, LE MUSICIEN-POÈTE                       623\n\n\nplastiques, la musique veut peindre et exprimer des idées. L'impression\nartistique est d'autant plus forte que la complexité des associations d'idées\nconscientes et subconscientes de l'artiste se communique par l'entremise de\nson œuvre d'une façon plus intense et plus complète ». Ainsi l'inspiration de\nSchiller est de caractère surtout musical, l'œuvre de Gœthe, qui adorait la\npeinture et songea un moment à se faire peintre, est constituée presque toute\nentière de paysages et de portraits. Le peintre Böcklin est moins préoccupé\nde l'exactitude des lignes et des couleurs que de l'idée à exprimer, chose\nqui est pour lui l'essentiel, et c'est pour cette raison qu'il est poète plus\nencore que peintre.\n   Puisque la peinture et la poésie sont comme les éléments inconscients de la\nmusique, la musique descriptive est légitime. Pendant les deux générations\nqui précédèrent Bach, la musique descriptive existe mais avec un caractère\nnaïf et rudimentaire, car elle prétend traduire par le langage des sons tout ce\nqui se trouve dans le texte. De nos jours où le genre du poème symphonique\na pris un aussi grand développement, qu'on ne s'y trompe point, la musique\ndescriptive reste primitive parce qu'elle nécessite un commentaire et ne s'ex-\nplique point par elle-même (« tels les anciens peintres qui figuraient les\nparoles de leurs personnages par une guirlande de mots qui s'élançait de leur\nbouche, au lieu de se contenter du geste et de l'expression ») et aussi parce\nqu'elle prétend tout exprimer.\n   Rien de tel chez Bach. Bach est un poète et un peintre tout à la fois. Bach\nest un poète dans l'âme parce qu'avant toute chose il cherche en un texte la\npoésie qu'il contient. Tandis que Mozart, purement musicien, se borne à\nrevêtir un texte de mélodies caressantes sans se soucier de la justesse et de la\nforce d'expression, Bach approfondit ce texte et il en pénètre la poésie essen-\ntielle que sa musique illustrera et amplifiera. Bach est encore poète par son\ninstinct dramatique que révèle, par exemple, la Passion selon saint Mathieu\ndont le plan si admirablement conçu est son œuvre.\n   Bach est aussi un peintre. C'est la poésie picturale qui tient dans son œuvre\nla plus large place.\n   « Avant tout, Bach recherche l'image, très différent en cela de Wagner, qui\nest plutôt un dramatique lyrique. Vient-il à découvrir une idée picturale, elle\nlui tient lieu du texte tout entier; il s'attache à elle au risque d'aller à ren-\ncontre de l'idée dominante qu'il renferme. La poésie de la nature dans son\nœuvre n'est point lyrique, comme chez Wagner : elle est plutôt vue que\nsentie. Ce sont des tourbillons de vent, des nuages qui s'avancent à l'horizon,\ndes feuilles qui tombent, des vagues qui s'agitent. » Le symbolisme de Bach\nest visuel comme celui d'un peintre.\n   Schubert seul peut être comparé à Bach, en ce sens que les accompagne-\nments de ses Lieder sont admirablement descriptifs, mais avec moins de pré-\ncision que chez Bach.\n   Le langage musical de Bach est effectivement le plus développé et le plus\nprécis qui existe. Il repose sur un petit nombre de thèmes élémentaires\ndécoulant d'images visuelles (thème de la démarche traduisant la fermeté ou\nl'hésitation, thème syncopé de la lassitude, thème de la quiétude, aux ondu-\n"}, {"page_pdf": 763, "texte": "624                                DURENDAL\n\n\nlations calmes, thème aux inflexions de reptile figuratif de Satan, thèmes de\nla paix sereine, de la souffrance noblement supportée, thèmes chromatiques\nde la douleur aiguë, la grande catégorie des thèmes de la joie, la joie paci-\nfique et la joie-extase, figurée par une arabesque qui « fuyante et insaisissable,\nse déroule sur des harmonies calmes ». Chacun de ces thèmes en se modifiant\nsuivant la nuance de l'idée à exprimer, donne naissance à un nombre consi-\ndérable de thèmes dérivés, en sorte que la richesse du langage musical de\nBach « ne consiste pas dans l'abondance de thèmes différents, mais dans les\ndifférentes inflexions que prend le même thème suivant les occasions ».\n   Il importe de noter que tous les éléments typiques de ce langage, si admi-\nrable de précision et de variété, sont déjà fixés dans l'Orgelbüchlein, à l'époque\nde Weimar, lorsque Bach avait trente ans, et qu'ils n'ont jamais changé\ndepuis. Ils ne sont donc point le fruit de l'expérience ou du travail, mais celui\nd'une géniale intuition de poète. L'Orgelbücklein est donc le véritable diction-\nnaire donnant la clef du langage symbolique de Bach et il faut l'étudier\nd'abord pour arriver à comprendre ensuite les cantates et les passions.\n   Le langage de Bach est tellement précis qu'il outrepasse parfois les limites\nnaturelles de la musique. On rencontre en son œuvre, surtout à l'époque de\nla maturité, des thèmes incomparablement suggestifs au point de vue poé-\ntique, mais qui, procédant trop exclusivement de l'imagination visuelle, n'ont\nplus rien de la phrase musicale. Mais « si dans son œuvre l'intérêt pictural\nl'emporte parfois sur l'intérêt musical, cette erreur a sa source dans l'excep-\ntionnelle hauteur de l'inspiration de Bach ». Tel Gœthe écrivant son Faust\npour le théâtre sans penser que ce poème était trop grand et trop profond\npour s'accommoder de la représentation scénique.\n   La cinquième partie de l'ouvrage d'Albert Schweitzer s'adresse plus spé-\ncialement aux musiciens exécutants et renferme de très solides et excellentes\nconsidérations sur la manière d'interpréter les œuvres de Bach, aux points de\nvue du mouvement et du phraser, des nuances, de la registration et de l'ins-\ntrumentation.\n                                                        GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 764, "texte": "                       Lettre de Paris\n                   ON rentre ! On rentre ! Et bien sagement attablé sous la lampe,\n                     tout chroniqueur qui se respecte y va de sa petite « Médi-\n                     tation sur l'automne ». Premier point : Description de la\n                     campagne aux premiers jours d'octobre. Quelques cita-\n                     tions de bon aloi : « Salut, bois couronnés d'un reste de\n                     verdure!... » ou bien « Une rose d'automne est plus\n                     qu'une autre exquise... » Développements faciles, sym-\n                     phonie en gris-perle, lamento en brouillard mineur. Second\n                     point : Evocation de la saison mondaine aux premiers feux\n des lustres. On puise à tour de bras dans le tiroir aux métaphores corus-\n cantes, dans le seau aux anecdotes croustilleuses, on remue, on cuit, on\n dresse et on sert. Bons chroniqueurs, quel dommage qu'il n'y ait que quatre\n saisons par an !\n    Au fait, pourquoi n'y en a-t-il que quatre? Il pourrait y en avoir davan-\n tage. Primavera, gioventu dell'anno... Même dans la jeunesse, que de stades\n divers ! L'enfant n'est pas l'adolescent, pas plus que le poupon n'est le\n bambin. Et il pourrait aussi y en avoir moins. En réalité il n'y a que deux\nsaisons nettement marquées; les autres sont d'équivoques passages. Comment\nse fait-il qu'en un temps si amoureux de simplification, un de nos lycurgues\nn'ait pas déposé un projet de loi portant la suppression du printemps et de\nl'automne, ces groupes au programme si peu sur?\n   Seriez-vous embarrassé pour dire en quoi la science a fait banqueroute ?\nComparez le calendrier et le thermomètre ! Que d'années où il se trouve que\nc'est du 10 au 20 décembre qu'il fait le plus froid. N'est-ce pas scandaleux\nquand l'hiver ne commence justement que le 21 ? Pis encore, la marche vers\nla chaleur ne coïncide pas avec la marche vers la lumière. Les jours dimi-\nnuent, les crépuscules se précipitent, la nature s'attriste, et cependant les\nchaleurs ne font que croître et embellir! En vérité la nature, à l'origine des\nchoses, avait-elle oublié qu'elle devait avoir dans l'homme un juge épris de\nlogique, et sévère pour de telles incohérences?\n   Pour les savants, on est encore en automne le 19 décembre quand il gêle à\npierre fendre et que pas une feuille ne reste aux arbres! Et l'on est en hiver\nle 19 mars quand le ciel est clair, le soleil brillant et que les amandiers sont\nen fleurs ! Pauvres savants, quelle confiance peut-on désormais avoir en vous ?\n   L'automne, ce sont les mois de septembre et d'octobre. Pas un chasseur,\n"}, {"page_pdf": 765, "texte": "626                              DURENDAL\n\n\npas un pêcheur, pas un agriculteur n'en démordra. L'été est fini depuis\n longtemps quand les astronomes nous font part officiellement de son décès;\n ces contemplateurs sont en retard de trois semaines. L'été expire le jour où\n les mois à sonorité pleine et mâle font place aux mois à désinence mélan-\ncolique. Cette plainte féminine qu'est le mot de septembre est à elle seule\n l'arrêt de mort du dieu rayonnant.\n    Et l'hiver, ce sont les mois de novembre et de décembre. Le jour des\n Morts ouvre légitimement cette période dont la Nativité annonce le point final.\n Aussitôt après, presque, les jours grandissent, ce n'est plus l'hiver. Les\n rimes lourdes de novembre et de décembre enchaînent à bon droit cette\nsaison pesante. Et comme il est fâcheux, à ce propos, que nos pères n'aient\npas modifié légèrement la prononciation de septembre ! S'ils avaient modulé,\npar exemple, septèbre, ils auraient laissé au vieil hiver le monopole des noms de\nmois assourdis comme par la neige et ils auraient créé une couple harmo-\nnieuse de mots fraternels : septèbre, octobre, où semble gémir la plainte\n sonore de la bise.\n    L'été ne peut être que juillet et août. Voltaire regrettait que l'usage n'eût\npas fait prédominer auguste; il n'entendait pas le chant des mots; jamais\nauguste n'éveillera l'idée d'un soleil estival ; août, qu'il faut prononcer en\nfaisant sonner l'a, donne l'impression d'un ahan haletant et trempé de sueur.\nJuillet a également quelque chose de moite avec ses ll mouillées, et pourtant\nde viril avec sa terminaison masculine. C'est l'été qui commence avec lui.\nJuin, c'est encore le printemps, le temps des fleurs et des feuillages. Le\nsoleil ne devient vraiment torride qu'en juillet.\n    Alors le printemps serait juin et mai. Ces deux noms se ressemblent aussi,\nils ont quelque chose de frais et de bref, de clair et de doux. Juin, notam-\nment, est charmant. Mai est peut-être un peu sourd; il est malheureux que la\n langue d'oil n'ait pas gardé la diphtongue ai comme la langue d'oc. Prononcé\nmai, comme en provençal, le nom du mois des fleurs aurait pris une teinte\n exquise.\n    Mais que faire des quatre autres mois qui restent? Par analogie, deux\nsaisons de plus! Janvier et février c'est un hiver retardataire. Mars et\navril c'est un printemps précoce. Il s'agirait ici de trouver des noms\nnouveaux. Printemps évoque une idée de corbeilles de fleurs, de prés luxu-\nriants, de bocages touffus; on ne peut en dénommer le mois de mars où à\npeine, le vingtième jour, une feuille se montre sur le marronnier traditionnel.\n Avril même ne mérite guère ce nom ; il y a trop de giboulées encore. Pour-\n quoi ne pas appeler ces deux mois le Renouveau. Le renouveau n'est pas le\nprintemps, c'est son avant-courrier.\n    Restent enfin janvier et février, noms un peu tristes, mais point désespérés\ncomme novembre et décembre. Ce sont des mois de froid intense mais clair;\non y pressent le renouveau, comme dans le renouveau on pressent le prin-\ntemps. Pourquoi ne créerait-on pas à leur intention le nom de Froidelair ? Si\nle mot vous déplaît, ami lecteur, proposez-en un autre. L'important c'est\nque la distinction soit faite entre le vieil hiver, celui de l'année mourante, et\nle jeune hiver, celui de l'année renaissante.\n"}, {"page_pdf": 766, "texte": "                              LETTRE DE PARIS                                627\n\n\n     Mais alors, allez-vous me dire, pourquoi ne pas proposer le retour au calen-\ndrier révolutionnaire ? Les astronomes seront contents, d'un côté, et de l'autre les\nesthètes;nos noms de mois sont piteux en comparaison des siens; ils sont même\nridicules, ceux qui rappellent des chiffres étant en retard de quatre semaines,\npuisque septembre devrait être dit novembre et décembre duodécembre.\nAdoptons donc ces beaux panaches de Messidor et de Floréal.\n     Oui, sans doute, ce sont des finales sonores, al printanier, or torride, aire\nmélancolique, ose morose. Mais d'abord notre calendrier a l'avantage du\nnombre, et si quelques finales er, ai, et, sont grises, les autres ars, il, in, oui,\nobre et embre chatoient convenablement. L'objection tirée du nom des chiffres\nest négligeable : qui va se rappeler, en prononçant ce beau mot d'octobre\nqu'il veut dire huitième et qu'il est mal justifié? Avec ça que les mois de\nRomme le sont beaucoup plus. Quand le mois de Vendémiaire s'ouvre, les\nvendanges sont finies depuis longtemps dans nos vignobles, et quand le mois\nde Messidor se clôt, les moissons ne sont pas entamées dans beaucoup de nos\ndépartements.\n     En outre, il vaut mieux que l'année commence à la date qui semble\narbitraire du I er janvier qu'à celle du 21 septembre. A choisir un stade\nastronomique, il aurait fallu prendre le solstice d'hiver dont se rapproche\nd'ailleurs notre jour de l'an. Quant à décider entre le 20 actuel ou le 1er pour\ncommencer les saisons et les mois, on peut préférer notre système; les\nI er sont des dates météorologiques si les 20 sont des stades astronomiques, et\npuis les fêtes religieuses, les événements politiques, les simples usages sont\nvenus donner une âme à certains de ces jours; le I er janvier, le I er avril, le\n I er mai, le I e r novembre sont des points de repère autrement vivants que les\nquatre solstices.\n     Mais qu'importent ces divagations aux amateurs de chroniques tradition-\nnelles? Le 20 septembre est passé et le 1er novembre est encore loin. Poul-\nies savants comme pour les humbles nous sommes en pur automne. Tout ce\nque je viens de dire manque donc, hélas! d'actualité. Il aurait fallu attendre\nquelques semaines pour jeter le trouble dans les âmes : « Vous vous\ncroyez encore en automne? Erreur, Messieurs, vous êtes en hiver! » Ainsi,\ndans Lucrèce Borgia s'annoncent les plus fatales surprises. Du moins, la\nsurprise que recèle le calendrier quand on le scrute comme je viens de le\nfaire, est-elle moins tragique; les deux saisons nouvelles que, lycurgue moi\naussi, je propose, sont des dédoublements de printemps. Il y a donc six mois\nde printemps en réalité, contre six mois d'automne, d'hiver et d'été. C'est la\nglorification de la gioventu dell'anno. Vive le printemps !\n                                                               HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 767, "texte": "                LIVRES ET REVUES\n\n D e P r o f u n d i s , précédé de lettres écrites de la prison et suivi de la Ballade de la\n    geôle de Reading, par OSCAR W I L D E . T r a d u c t i o n DAVRAY. — ( P a r i s , Mercure\n    de France.)\n    Ce livre est a d m i r a b l e . C'est la confession, écrite en prison, p a r u n h o m m e\nqui s'étant égaré, a été châtié effroyablement de ses égarements et se trouve\ndans u n dépouillement et u n o p p r o b r e affreux. Il examine sa vie et la vie,\nlui-même et les autres ; il se juge et se c o n d a m n e , sans faiblesse et sans osten-\ntation, il élague de lui, rejette et bafoue les principes pernicieux dont il\navait nourri sa pensée jusque-là et, parce qu'il a senti en lui la capacité supé-\nrieure de la douleur, l'aptitude à s'enivrer de l'amertume et de l'exaltation\nfécondes qu'elle recèle, il reconquiert la foi et la fierté de son avenir.\n    La loi de la douleur, il n e semble pas qu'elle ait jamais été définie en\nparoles plus désespérées et plus éloquentes, et dont c h a q u e mot ait plus visi-\nblement jailli d'une âme que sa s o u d a i n e et irrévocable 'détresse a remplie\nd e la clairvoyance et des éclats d'une lumière inattendue.\n    H J e pris mon plaisir où il n e plut, écrit-il en songeant à cette existence\npassée où, p o u r lui, « la perversité était dans la sphère de la passion, et que\nle paradoxe était dans la sphère de la pensée ». « J'oubliai que c h a q u e m e n u e\naction quotidienne forme ou déforme le caractère et que, par conséquent, ce\nqu'on a fait dans le secret du cabinet on devra quelque j o u r le crier sur les\ntoits. J e cessai d'être le maître de m o i - m ê m e , je ne fus plus le capitaine de\nmon âme et je l'ignorai. J e permis au plaisir de me dominer et j ' a b o u t i s à une\nhorrible disgrâce. Il n e me reste plus à présent q u ' u n e chose : l'humilité\nabsolue. »\n    E t ailleurs : « J e vois à présent que, la douleur étant la s u p r ê m e émotion\ndont l'homme soit capable, elle est à la fois le type et le modèle de tout\ngrand a r t . . . »\n    « Derrière la joie et le rire, il p e u t y avoir un t e m p é r a m e n t grossier,\ndur et r u g u e u x . Mais derrière la douleur, il y a toujours la d o u l e u r . . . »\n    « La douleur est u n e blessure qui saigne q u a n d toute autre main que celle\nde l'amour la touche, et, même alors, elle saigne, bien que ce ne soit pas de\nsouffrance... »\n    <: P a r le seul fait d'être a m e n é en présence de Christ, on devient quelque\nchose. E t c h a c u n de nous est prédestiné à cette présence. U n e fois au moins\nd a n s sa vie tout h o m m e c h e m i n e avec Christ jusqu'à E m m a i i s . . . »\n    « Christ ne fut pas seulement le s u p r ê m e individualiste, mais il fut le pre-\n"}, {"page_pdf": 768, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                      62g\n\n\nmier individualiste de l'histoire. Des gens ont essayé de faire de lui un ordi-\nnaire philosophe, ou l'ont rangé comme altruiste avec les ignorants et les\nsentimentaux, mais il ne fut réellement ni l'un ni l'autre. Il a senti de la pitié\npour les pauvres... mais il a beaucoup plus de pitié pour les riches... pour\nceux qui sacrifient leur liberté et deviennent les esclaves des choses... La\nrichesse et le plaisir lui paraissaient être réellement des tragédies plus grandes\nque la pauvreté et la douleur. Et quant à l'altruisme, qui, mieux que lui,\nsavait que c'est la vocation et non la volonté qui nous détermine et qu'on ne\nsaurait cueillir des raisins sur les ronces et des figues sur les chardons?... »\n   Il faudrait tout citer, mais ces extraits, pris au hasard, suffiront à faire\napprécier la gravité forte et émouvante, la hauteur constante de pensée de\nces pages qui sont certainement parmi les plus belles et les plus riches de\nsubstance vive et de réalité soufferte que ces dernières années aient vu\nparaître.\n\nP o r t r a i t s d ' a r t i s t e s , par SANDER PIERRON, I vol. illustré. — (Bruxelles,\n   Havermans.)\n   Les artistes passent, généralement, pour des êtres irritables. C'est une gent\nprompte à la colère, comme, d'ailleurs, à l'expression de tous les sentiments\nles plus contradictoires, et capable d'unir, avec la sincérité la plus naïve, la\ngénérosité à l'injustice ou la vanité à l'abnégation. Et il est très difficile\nd'écrire sur eux sans risquer d'indisposer soit celui dont on parle, soit ses\nconfrères : et il y a une secrète proportion entre la satisfaction ou le mécon-\ntentement de l'un et la mauvaise ou la bonne humeur des autres.\n   Nous ne disons pas cela, naturellement, pour les nombreux artistes dont\nM. Pierron a collectionné les portraits et les propos dans son livre, notam-\nment Gilsoul, Stobbaerts, Alfred Verhaeren, Lagae, Rombaux, Rousseau et\nVinçotte. Il n'y avait rien de nouveau à dire sur des maîtres aussi évidents\npar leur œuvre; aussi M. Pierron a-t-il pris le bon parti de les faire parler\neux-mêmes, les accouchant de leurs idées, à la manière de Socrate, qui peut\npasser pour le premier des interviewers!\n   L'auteur a, du reste, la principale qualité de l'interviewer, c'est-à-dire outre\nl'agilité de l'esprit, un éclectisme qui lui permet d'associer dans une commune\nadmiration des œuvres d'essence diamétralement opposée. Il n'a pas de parti\npris : C'est à son grand dommage, naturellement, que l'artiste n'a pas une\nfoi exclusive dans la forme d'art où la vocation de son tempérament l'a\ninduit; il faut qu'il ait un parti-pris... Mais le critique ?\n\nEspagnols et Flamands a u X V I e s i è c l e : L'établissement du régime\n  espagnol dans les Pays-Bas et l'insurrection, par M. ERNEST GOSSART. —\n  (Bruxelles, Lamertin.)\n  C'est la plus sombre période de l'histoire de nos provinces que M. Gossart\na entrepris de narrer dans cet ouvrage, celle durant laquelle Philippe II et\nson lieutenant, le duc d'Albe, mirent tout en œuvre pour asservir le pays,\nsans autre résultat que la perte d'une grande partie du territoire et la ruine\nde la prospérité de l'autre.\n"}, {"page_pdf": 769, "texte": "630                                       DURENDAL\n\n\n    Mais quelque intérêt qu'ait en elle-même, et pour nous surtout, la longue\net sanglante contention entre Espagnols et F l a m a n d s , M. Gossart a voulu\nreplacer ces épisodes mémorables de notre histoire d a n s leur vrai jour et en\nraconter les événements, en les considérant au point de vue de la politique\ngénérale de P h i l i p p e I I , qui, en ce qui nous regardait, visait « à retenir sous\nle joug u n pays qui lui servait de point d'appui aussi bien pour remplir son\nrôle de chef de la famille de H a b s b o u r g que pour s'acquitter de sa mission de\nchampion du catholicisme ».\n   C'est dire que l'œuvre consciencieuse et documentée de M. Gossart est d'un\nintérêt très vif et très s o u t e n u .\n                                                                           ARNOLD G O F F I N .\n\n\n    L'Art         flamand    e t h o l l a n d a i s . — ( A n v e r s , B u s c h m a n ; Van Oest,\n Bruxelles. N u m é r o s d'août et de septembre.) L e n u m é r o d'août contient u n article\nde F . Coenen sur la collection intéressante et curieuse d'anciens objets d'orfè-\nvrerie et d'argenterie du Musée Willet-Holthuysen.                    B e a u c o u p de ces objets\ndatent des XVIIe et XVIIIe siècles et, pris en bloc, ils d o n n e n t u n e idée complète\nde l'orfèvrerie allemande à cette époque. Voici ensuite u n e étude de M. J . de\nBosschere sur : Les vitraux de la cathédrale d'Anvers, étude qui est poursuivie\nau n u m é r o de septembre. Elle est rehaussée par de très belles reproductions\ndes vitraux de N o t r e - D a m e . L'auteur nous d o n n e , avec b e a u c o u p de talent,\nà la fois l'histoire et la description de ces verrières, dont il discute la valeur\navec compétence. Ce dernier fascicule contient encore un article à lire, sur le\ncurieux artiste Vincent Van Gogh, a l'occasion d'une exposition de ses œuvres,\nexposition qui suscita les critiques les plus contradictoires. L'art de V a n\nGogh, malgré sa puissante et sauvage originalité, ou plutôt à cause d'elle, ne\nplaira j a m a i s à ceux pour lesquels l'art n'est q u ' u n élément de jouissance\nfacile et d'attrait superficiel, ainsi que le dit très justement Ch. Vogelsang,\nl'auteur d e cette é t u d e . Les reproductions d'œuvres de Van Gogh, de ce\nn u m é r o , sont du plus h a u t intérêt.\n                                                                                           H . M.\n\nL e s A r t s a n c i e n s d e F l a n d r e . — L'association pour la publication des\n   monuments de l'art flamand, présidée par M. CAMILLE TULPINCK, le distingué\n   érudit brugeois, vient de faire paraître les deux premiers fascicules d'un\n   périodique de g r a n d luxe qui porte le titre reproduit en tête de cet arti-\n   culet.\n   L a publication a pour but, comme son titre l'annonce du reste, l'exaltation\net l'étude de ce merveilleux art flamand, dont les œuvres et l'influence se\nretrouvent d a n s tout le monde civilisé. On sait combien de controverses et de\nproblèmes soulève l'histoire de l'art flamand, tant d a n s ses origines que dans\nsa propagation à l'étranger et l'action qu'il a exercée sur les écoles française\net italienne. L e s Arts anciens de Flandre contribueront à la solution de ces ques-\ntions, autant par la publication des travaux de ses n o m b r e u x et réputés colla-\nborateurs, que par celle de magnifiques reproductions, très claires et très\nexactes, d'œuvres des maîtres de l'école.\n"}, {"page_pdf": 770, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                  631\n\n\n   C'est ainsi que M. Tulpinck analyse, avec sagacité, une Vierge entourée de\nsaintes, œuvre d'un maître brugeois de la fin du XVe siècle, appartenant\naujourd'hui à la collection Benziger, à Soleure. Outre cet intéressant travail,\nles deux premiers numéros conliennent, à côté d'attachantes pages de\nMM. Hartmann et Boissel, sur les tapisseries et les manuscrits flamands à\nl'Exposition de Dusseldorf, les premiers chapitres d'une étude de M. Durand-\nGréville sur Hubert Van Eyck, son œuvre et son influence : l'auteur résume\navec précision et netteté l'état de la très obscure question de l'attribution à\nHubert ou à Jean des œuvres dont l'honneur leur était accordé en commun\njusqu'ici. Son article est émaillé de remarques fécondes, notamment à propos\ndes portraits supposés des deux grands artistes sur un des volets de l'Adoration\nde l'Agneau. M. Durand-Gréville confronte l'effigie hypothétique de Jean Van\n Eyck, qui figure dans cette œuvre avec l'Homme au turban, de la National\n Gallery, et il semble que les conclusions qu'il tire de ce rapprochement\npuissent être acceptées.\n   Chacun des fascicules des Arts anciens est accompagné de dix reproductions\n de tableaux, de tapisseries, de miniatures, etc., dont la fidélité et la finesse\nfont grand honneur aux éditeurs.\n\n   L ' A r t e t l e s A r t i s t e s . — (Septembre.) Quelques pages embrouillées\nde M. Utrillo, sur le maître espagnol Theotokopuli, dit le Greco (reproduc-\ntions en grand nombre, parmi lesquelles deux portraits de l'artiste par lui-\nmême). Une bonne étude de M. Payre sur le peintre J.-J. Henner; un\naperçu rapide de l'Exposition rétrospective de l'art belge, par M. Vanzype.\n                                                                          A. G.\n\n   V e r s e t P r o s e . — Tel est le titre d'une nouvelle revue qui paraît tri-\nmestriellement à Paris sous la direction de PAUL FORT. Les deux premiers\nfascicules en ont paru. Ils sont tous deux, spécialement le second, du plus\nhaut intérêt et d'une tenue littéraire irréprochable. Voici la déclaration qui\nouvre les deux premiers tomes :\n   « Vers et. Prose entreprend de réunir à nouveau le groupe héroïque des\npoètes et des écrivains de prose qui rénovèrent le fond et la forme des lettres\nfrançaises, suscitant le goût de la haute littérature et du lyrisme longtemps\nabandonné.\n   » Pour mieux affirmer que leur œuvre demeure impérissable, à leurs côtés\nprendront place ceux d'entre les jeunes écrivains qui, sans abdiquer leur neuve\npersonnalité, peuvent se réclamer d'aînés initiateurs.\n   » De nombreuses traductions seront données, dans Vers et Prose, des\npoètes et des écrivains étrangers les plus remarquables.\n   » Aux œuvres inédites et à ces traductions s'ajouteront de rares pages\nanthologiques n'ayant pas encore été réunies en volume et choisies entre\ntoutes.\n   » Ainsi se continuera le glorieux mouvement qui prend ses origines aux\npremiers jours du Symbolisme, ainsi pourra être réalisée l'œuvre littéraire la\n"}, {"page_pdf": 771, "texte": "632                                   DURENDAL\n\n\nplus significative et la plus noble et tel sera l'unique effort de Vers et Prose. »\n   Nous souhaitons bonne chance et longue vie à ce nouveau périodique litté-\nraire dont les deux fascicules parus sont pleins de promesses pour l'avenir.\n\n\n     L ' A r t M o d e r n e . — Nous extrayons du bel article consacré par\nGeorges Rency à la mémoire du g r a n d poète de Heredia, ce passage inté-\nressant nos écrivains :\n    « La Belgique littéraire perd en José-Maria de H e r e d i a u n ami compré-\nhensif et sincère. A maintes reprises il a parlé, m ê m e à l'Académie, de nos\nbons écrivains. Il admirait beaucoup E m i l e Verhaeren, qu'il appelait u n\n« puissant génie ». Il estimait l'art Iwan Gilkin « plus ciselé, plus plastique-\n    ment parfait ». Mais toutes ses préférences allaient à F e r n a n d Séverin,\nqu'il trouvait le plus vraiment poète de n o u s tous. Q u e sa mémoire n o u s soit\nd o u b l e m e n t chère, puisque, non content de n o u s avoir d o n n é la hautaine joie\nd'art de ses poèmes, il n o u s avait accordé aussi u n e part de son cœur. »\n                                                                                 H . M.\n\nP e t e r B r e u g h e l l ' a n c i e n . — Son œuvre et son temps, p a r R. VAN BAS-\n   TELAER et G . - H . D E L o o (Bruxelles, Van Oest).\n   L e second fascicule de cette importante publication de la maison Van Oest\net C ie , de Bruxelles, vient de paraître. Il comprend 3 feuilles de texte accom-\npagnées de 18 reproductions excellentes, 6 de tableaux et 12 de dessins d u\nmaître. E n attendant que la publication plus avancée d e ce bel ouvrage n o u s\npermette de lui consacrer l'étude qu'il mérite, nous le signalons de nouveau\nà toute l'attention des artistes et des amateurs d'art.\n\n\nH e n r i D e B r a e k e l e e r , peintre de la lumière, par   CAMILLE L E M O N N I E R .\n   (Portrait et 4 r e p r o d u c t i o n s d'eaux-fortes). — (Bruxelles, Van Oest.)\n   L'éditeur Van Oest nous d o n n e en ces pages le texte de la conférence faite\npar L e m o n n i e r à l'exposition L e y s - D e Braekeleer, à Anvers. Et l'écrivain\ncélèbre l'artiste ami avec des paroles fraternelles et pénétrantes ; il le\nmontre dans sa vie silencieuse et d a n s son art expressif — g r a n d , simple,\ncordial, sans ostentation, sans p a r a d e , sans théories, — poursuivant le\nchemin obstiné et magnifique de sa vocation m é c o n n u e .\n   Bel et éloquent h o m m a g e du g r a n d écrivain au g r a n d peintre, et digne de\nl'un et de l'autre.\n\n\nSancti Antonii              de Padua          vitae     duae      quarum           altera\n   h u c u s q u e i n e d i t a — edidit, nous et commentario illustravit L É O N DE\n   KERVAL. U n vol. in-8°. — (Paris, Fischbacher.)\n   Les documents et les témoignages s u r a b o n d e n t sur saint François ; certains\nsouhaiteraient même qu'il y en eût moins, et qui présentassent moins de\ndifficultés pour leur classement et leur sûre utilisation; quoi qu'il en soit, la\npersonnalité du petit pauvre, g r a n d e , lumineuse, candide, toute la succession\nde sa vie délicieuse ou admirable se présentent à nous d a n s une pleine clarté.\n"}, {"page_pdf": 772, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                               633\n\nIl en va tout autrement de saint Antoine de Padoue : nous savons peu de\nchose de lui-même, presque rien de sa carrière franciscaine; certains faits,\nrares, racontés par les légendaires, sont attestés par ailleurs : son origine\nportugaise, sa venue en Italie, les succès de sa prédication, sa tentative —\nvaine — pour convertir le tyran Ezzelino, sa mort à l'Arcella, près de Padoue,\net les émeutes de piété auxquelles donnèrent lieu ses funérailles. Mais lui,\non ne le discerne pas distinctement en tous ces récits; les traits manquent\ntout à fait, les paroles significatives, les actes caractéristiques qui nous ren-\ndraient sensibles l'homme, son caractère, son génie, le feraient sortir pour\nnous du nimbe doré du saint. L'esprit de théologie était-il plus accentué chez\nlui que celui de pauvreté? Etait-il François ou Elie? On ne saurait le dire\navec quelque assurance.\n   M. Léon de Kerval, auquel l'histoire franciscaine doit de nombreux et\nréputés travaux, s'est attaché, en publiant une légende inédite de saint\nAntoine et en réimprimant à la fois, avec tout l'appareil scientifique, la\nlégende déjà connue, à marquer nettement tout ce que ces textes, à peu près\ncontemporains de la mort et de la canonisation du saint (1231-1232), con-\ntiennent de renseignements certains. M. de Kerval a enrichi ainsi la\nCollection historique franciscaine d'une étude documentaire du plus vif intérêt.\n   Et, puisque l'occasion nous en est offerte, signalons un opuscule de\nM. Fr. Pennacchi (Assise, 1905), qui voudrait réhabiliter la mémoire de\nfrère Elie et reconnaître en lui un enfant d'Assise, comme François. Nous\nsignalons simplement la thèse de M. Pennacchi, dont les arguments\ningénieux devraient être discutés. Nous devons nous borner à annoncer\négalement le dernier numéro des Opuscules de critique historique (juillet 1904),\ndans lequel M. Paul Sabatier publie un Examen de la vie de frère Elie du\nSPECULUM VITVE, suivi de trois fragments inédits : l'illustre historien ne se\nlasse pas d'ajouter à ses titres à notre admiration et à notre gratitude.\n\nO l y m p i a , par CAMILLE GASPAR. — (Paris, Hachette.)\n   Cette belle étude critique et historique est extraite du Dictionnaire des Anti-\nquités grecques et romaines, dont la publication a été entreprise par MM. Darem-\nberg, Saglio et Pottier. Sa participation à un ouvrage d'une si haute autorité\nest suffisamment honorable à la science de notre distingué collaborateur pour\nque nous puissions nous dispenser de faire valoir la grande valeur de son\ntravail, qui constitue une histoire complète des festivités célébrées durant\ndouze cents ans à Olympie.\n   Les jeux que M. Gaspar étudie et définit en détail, en utilisant de la façon\nla plus remarquable toutes les sources et en discutant avec perspicacité les\npoints nombreux qui ont donné lieu à doute ou à controverse; les jeux aux-\nquels le stade et l'hippodrome d'Olympie servaient de théâtre tous les quatre\nans et qui attiraient les populations de toutes les parties du monde hellénique\nfurent « l'un des facteurs les plus puissants de l'unité morale de celui-ci ».\nC'était, en quelque sorte, un centre de panhellénisme, le foyer religieux com-\nmun des peuples, souvent antagonistes et concurrents, éparpillés sur le\ncontinent d'Europe et d'Asie, et dans les îles : « L'Ionien d'Asie, dit excel-\n"}, {"page_pdf": 773, "texte": "634                                         DURENDAL\n\n\nlemment M. Gaspar, le Dorien de Sicile, de T a r e n t e ou de Cyrène, revenait\nchez lui fier d'être Hellène avant tout et faisait partager sa fierté à tous ceux\nà qui il racontait les splendeurs d o n t il venait d'être témoin... E t puis, pen-\ndant la trêve de Z e u s , les inimitiés de ville à ville, de peuple à peuple,\nétaient m o m e n t a n é m e n t oubliées : dans l'enceinte du dieu et autour de son\nautel... il n'y avait plus d'ennemis, il n'y avait plus que des Hellènes réunis\np o u r une solennité toute pacifique autour d u sanctuaire le plus sacré de l'hel-\nlénisme, dans u n e pensée religieuse c o m m u n e . »\n    L ' a u t e u r nous dit les cérémonies, les sacrifices et les jeux ; leurs m o d e s ,\nleur succession et leurs variations, des temps légendaires à l'ère romaine —\net la gloire et l'ardeur des v a i n q u e u r s c o u r o n n é s d'olivier, depuis l'imperti-\nnent Alcibiade j u s q u ' a u vaniteux N é r o n . . . E t la concision forte et d o c u m e n t é e\nde son travail plaît non moins que l'enthousiasme dont on le sent a n i m é p a r\ntoute cette beauté morte — et immortelle !...\n                                                                              ARNOLD G O F F I N .\n\n\nUn couvent persécuté au temps de Luther. Mémoires de\n   CHARITÉ PIRKHEIMER, abbesse du couvent d e Sainte-Claire, à N u r e m b e r g .\n   T r a d u i t s de l'allemand et précédés d'une introduction p a r J U L E S - P H I L I P P E\n   H E U Z E Y . Préface de GEORGES G O Y A U . — ( P a r i s , P e r r i n . )\n   L a lutte héroïque soutenue par l'abbesse des Clarisses de N u r e m b e r g\ncontre la Réforme, est u n des épisodes les plus intéressants de cette triste\npériode de l'histoire d u m o n d e . C'est l'héroïne elle-même, Charité Pirkheimer,\nqui nous en a g a r d é le souvenir d a n s ses Mémoires, écrits en a l l e m a n d .\n   M. H e u z e y a pensé q u e l'intérêt de ces événements n e se b o r n a i t p a s a u x\nlecteurs de langue g e r m a n i q u e et « qu'il serait doublement intéressant p o u r\nle public français de connaître cette vaillante et noble femme à u n e é p o q u e\noù la liberté h u m a i n e est violée journellement, où de pieuses filles n'ont plus\nle droit, elles n o n plus, de prier Dieu à leur guise, d a n s les asiles qu'elles\ns'étaient choisis ».\n   L a préface d e M. Georges G o y a u souligne, avec la hauteur de vues qu'on\nlui connaît, les traits caractéristiques des Mémoires de Charité P i r k h e i m e r .\nC'est d'abord la revendication énergique de la liberté de conscience contre la\nfamille et contre l'État, q u e la Réforme a faits également t y r a n n i q u e s . C'est\nensuite la magnifique défense de la doctrine religieuse p a r de faibles femmes\nremplies de l'esprit de Dieu, contre tous les sophismes d u nouvel É v a n g i l e .\nL e s Clarisses de N u r e m b e r g , enfin, font entrevoir « quel rôle aurait p u jouer\nle féminisme monastique dans la Renaissance allemande, si la Réforme n e\nl'avait pas anéanti. »\n\n\nL'Ommeganck                 de Bruxelles.             Son histoire véritable et      légendaire,par\n  MARGUERITE VANDE W I E L E . — (Bruxelles, Xavier H a v e r m a n s . )\n    É l é g a n t e plaquette, d o n t la couverture reproduit l'excellente gravure\nreprésentant la façade de l'hôtel de ville de Bruxelles et l'Ommeganck de 1646\nd a n s la Bruxella Septunaria d ' E r y c i u s P u t e a n u s .\n    L a brochure de M lle V a n d e Wiele d o n n e à ceux qui n e savent rien de\n"}, {"page_pdf": 774, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                635\n\n\nl'Ommeganck de Bruxelles des idées précises sur l'origine et l'histoire de cette\ncurieuse cérémonie.\n   Mais, comme on le pense bien, l'historien ne saurait se contenter de cet\nessai un peu sommaire, où l'on pourrait relever des inexactitudes de détail,\ndes appréciations contestables et des omissions. L'oubli le plus regrettable\nest celui de l'Ommeganck de 1615, qui est demeuré célèbre par les tableaux de\nDenis Van Alsloot, dont une partie est conservée au Musée de peinture à\nBruxelles. (Voir l'érudit travail du R. P . V. Baesten, S. J. L'Ommeganck de\nBruxelles en 1615, d'après les tableaux de Denis Van Alsloot. (Bruxelles, Vromant,\n1890.)\n                                                                        J.G.\nGestes de P r o v e n c e , par D. JAUBERT. — (Paris, Fontemoing.)\n  C'est, dans un livre compact de 550 pages, — décidément ces bons Méri-\ndionaux ne doutent de rien — un roman historique qui porte sur cinquante\nans de l'histoire de la Provence, à l'époque des guerres de Religion.\nM. Perrette, qui en fit rapport à l'Académie du Var, en dit le plus grand\nbien. C'est assez naturel. Peut-être n'en dirions-nous pas autant; n'est pas\nMéridional qui veut. Car, encore que l'on rencontre parfois une page\némouvante, l'ensemble est plutôt lourd et d'un style incolore.\n                                                                   E. N.\n"}, {"page_pdf": 775, "texte": "                              NOTULES\n\n      L'Art Moderne a publié récemment, en plusieurs n u m é r o s , u n e étude\nde P I E R R E LALO, sur les Symphonies de Beethoven, d'un intérêt palpitant. Voici\nl'interprétation d o n n é e par l'auteur de la Neuvième symphonie avec un chœur final\nsur l'Ode à la joie.\n      « Douze années séparent la s y m p h o n i e en fa de la Symphonie avec chœurs.\nCe sont les plus sombres de la vie de B e e t h o v e n . L e t e m p s d e puissance et\nde gloire s'est évanoui. L a frivolité viennoise s'est lassée d ' u n génie trop\nsublime pour elle; la mode est à l'opéra italien, à ses roulades et à ses\nc h a n t e u r s . P l u s le goût du public devient banal et superficiel, plus l'art de\nBeethoven a de retraite et de profondeur; c'est l'époque où commencent les\ndernières sonates et les derniers quatuors : il n ' y a plus rien de c o m m u n\nentré ce peuple et lui. Il travaille dans la pauvreté, pressé par le besoin, en\nproie aux soucis d'argent. Depuis I 8 I 5 , il est complètement s o u r d ; aucun\nson n e parvient plus à son oreille; il n'a d'entretion et de liens avec les\nh o m m e s que par l'écriture. E t les h o m m e s lui sont étrangers : il n'a plus\npersonne à qui communiquer sa pensée intime. Ses meilleurs amis ont\nquitté Vienne, ou sont morts. Son isolement est a b s o l u ; sa vie est m u r é e .\nP a r m i tant de maux, u n bonheur lui est a p p a r u ; mais pour se tourner aussi-\ntôt en a m e r t u m e dernière. Il a recueilli un neveu orphelin, et son grand\ncœur solitaire, affamé d'affection, a concentré sur cet enfant toute la force\nd'amour dont il est gonflé. Il écrit orgueilleusement à son fidèle Wegeler :\n« T u es m a r i , tu es père. Moi, je n'ai pas de femme, mais je suis père aussi. »\nCe « fils » tant aimé est u n misérable. Il désespère Beethoven par son ingra-\nt i t u d e ; il le désespère par ses instincts de bassesse et de vice. E t pourtant\nBeethoven l'aime toujours : il faut lire les lettres, d'une affection poignante,\noù il l'adjure d'avoir un peu de sincérité, u n p e u d'honnêteté, u n peu de\ntendresse. Effort inutile : de plus en plus, l'enfant indigne s'enfonce dans\nson i n d i g n i t é ; de plus en plus, il délaisse le père d o n t la b o n t é l'humilie et\nl'irrite. Il ne l'assistera pas dans sa dernière maladie. A l'heure de la mort, il\nne sera pas là.\n   » T o u t le malheur du m o n d e semble écraser Beethoven : c'est alors qu'il\nchante la Joie. L a vie la lui a refusé; il l'aura malgré la vie. Il est seul,\nretranché des êtres et des choses, n'entendant plus rien de ses oreilles\nmortes, renonçant à rien voir, les yeux presque toujours fermés, tout entier\nen lui-même : c'est là qu'il trouve la j o i e ; c'est là qu'il la crée pour la donner\naux h o m m e s . Chanter la joie, c'était la volonté de toute sa vie de douleur.\n"}, {"page_pdf": 776, "texte": "                                   NOTULES                                    637\n\n Elle était en lui dès sa jeunesse; elle ne l'a jamais abandonné : ses propos,\nses lettres, ses cahiers d'esquisses, témoignent de cette pensée sans cesse\n présente. Il ne l'a réalisée qu'à la fin, lorsqu'il eut épuisé toute la souffrance,\naccompli tout le sacrifice, sur le seuil de la mort : ainsi, dans la Symphonie\navec chœurs, la Joie n'apparaît qu'au moment suprême. Le premier morceau,\ngrandiose et formidable, couvert de ténèbres, plein de foudre et d'éclairs,\n « plein de destinée », disait Nietzche, c'est un combat encore, un combat\naussi tragique, aussi sombre qu'aucun de ceux que Beethoven ait soutenus.\nLe scherzo étincelant et vivace, dont on dit qu'il conçut la forme en voyant\ndu haut d'une colline les lumières de Vienne s'allumer l'une après l'autre\ndans le soir, c'est l'allégresse qui éblouit, mais qui n'apaise pas le cœur et ne\nle fait pas maître du sort. L'admirable adagio n'est que mélancolie pathétique,\nprière et résignation. Enfin, voici le finale; mais avant que la joie se révèle\naux hommes, quels orages déchaîne une dernière fois la colère du destin !\nQuels ébranlements, quelles convulsions terribles de l'orchestre, quels réci-\ntatifs furieux et désolés! Puis la tempête effroyable cède peu à peu. Le\ncalme descend sur le monde; un grand silence se fait soudain. Et la Joie\nparaît; si douce, si profonde, si sublime, qu'elle pénètre, qu'elle agrandit\ntous les cœurs, qu'elle emplit l'humanité tout entière. Joie guerrière, superbe\net juvénile, joie religieuse, solennelle et magnifique, joie éperdue, délire,\nivresse, qui unissent les hommes dans une fraternelle exaltation d'amour :\ntoutes les joies, Beethoven les possède et les annonce; son œuvre n'est plus\nque joie répandue. Des victoires qu'il a remportées, c'est ici la plus merveil-\nleuse, une victoire en vérité plus qu'humaine. Elle fait mieux que triompher\ndes forces mauvaises de la vie et de la destinée ; elle les efface comme le jour\nefface la nuit. Les passions, les douleurs, les combats ne sont plus; le mal\nn'est plus. Par oubli héroïque de la souffrance, la Joie règne sur l'âme et sur\nle monde.\n   » Si légère, si vaine que fût la foule viennoise, l'œuvre toute-puissante du\ngrand homme l'éleva un instant au-dessus d'elle-même. Le 7 mai 1824,\nlorsque la Symphonie avec chœurs fut exécutée pour la première fois, le succès\néclata comme un coup de tonnerre. Les applaudissements, les acclamations\nne cessaient point. Beethoven, assis à côté du chef d'orchestre, et le dos à la\nsalle, n'entendait rien, ne se doutait de rien. Un de ses interprètes le prit par\nles épaules et le tourna vers le public. Il vit cet enthousiasme frénétique ; il\nchancela sous le choc de son triomphe, et faillit s'évanouir. Au spectacle de\ntant de génie et de tant d'infortune, l'émotion grandit jusqu'au délire;\nbeaucoup de gens pleuraient... L'impression des Viennois ne dura guère;\nle lendemain ils retournaient à leurs amusements italiens. Cependant, un\njour du moins, ils avaient senti le souffle de l'esprit; ils avaient entrevu\nque quelque chose de surhumain passait devant eux. Parmi les contempo-\nrains, quelques-uns, les plus sensibles ou les plus grands, eurent l'intuition\nprofonde que l'homme qui faisait de telles œuvres dominait les autres\nhommes, que son royaume dépassait le présent et s'étendait sur l'avenir. Le\npoète Grillparzer, devant la tombe de Beethoven, prononçait ces clair-\nvoyantes paroles : \" Ceux qui viendront après lui n'iront pas plus loin que\n"}, {"page_pdf": 777, "texte": "638                               DURENDAL\n\n\n\nlui. Car lui, le précurseur, s'est arrêté seulement où l'art et la pensée\ns'arrêtent. » Bettina Brentano écrivait à Goethe : « Lorsque je l'ai vu pour\nla première fois, l'univers entier a disparu pour moi. Beethoven m'a fait\noublier le monde, et toi-même, ô Goethe... Je te le dis, cet homme devance\nde bien loin le temps où nous sommes. » Et Goethe, l'olympien, Goethe aussi\ndisait : « Je sacrifierais beaucoup pour le connaître, pour échanger nos\npensées et nos sentiments... Pour l'écouter plutôt, que pour lui parler :\ncomment lui apprendre quelque chose ? Son grand esprit voit ce qui nous est\nobscur; les éclairs de son génie lui montrent le monde en pleine lumière,\ntandis que nous sommes assis dans les ténèbres, et que nous pressentons à\npeine de quel côté se lèvera l'aurore. » L'aurore, l'aurore intérieure qui\nchasse les ténèbres de la vie, Beethoven l'avait vu se lever, elle emplissait ses\nyeux et son âme lorsqu'il créa la Symphonie de la Joie. »\n\n                                          * *\n   L e s C o n c e r t s Y s a y e . — Voici les noms des artistes qui participeront\nà ces concerts au cours de la saison 1905-1906 :\n   Chant : Mme Marie Bréma et M. A. Van Rooy, baryton. Piano :\nMM. Ferruccio Busoni, Raoul Pugno et Arthur De Greef. Violon :\nMM. Jacques Thibaud et Eugène Ysaye. Violoncelle : M. Marix Loevensohn.\nLes concerts seront dirigés par M. Eugène Ysaye.\n   Les six concerts de l'abonnement ainsi que les répétitions générales\npubliques auront lieu aux dates ci-après :\n           Premier concert et répétition générale : 21-22 octobre.\n           Deuxième »                  »          »      18-19 novembre.\n           Troisième »                 »          »       9-10 décembre.\n           Quatrième »                 »          »      24.-25 février.\n            Cinquième »                »          »      24-25 mars.\n           Sixième         »           »          »      21-22 avril.\n   Voulant marquer tout spécialement à l'occasion de leur dixième année\nd'existence les tendances nationales qui furent le principal but de leur fon-\ndation, les Concerts Ysaye consacreront la plus grande partie de leurs\nprogrammes de cette saison à la musique belge. C'est ainsi qu'outre une\nsorte de revue de la symphonie belge, représentée par César Franck, H u -\nberti, Raway, Théo Ysaye, Jongen, A. Dupuis et Delune, ils exécuteront\ndes compositions de Jan Blockx, Lekeu, Vreuls, Duyssens, Mortelmans, etc.,\nconcurremment avec quelques oeuvres étrangères, de d'Indy (Sauge fleurie),\n Magnard (Chant funèbre), Chausson (Viviane), Sibélius (Légende Scandinave), etc.\n   L'administration rappelle que le prix de mille francs qu'elle a institué pour\nles compositeurs belges sera décerné à la meilleure œuvre symphonique\n inédite qui lui sera présentée. Cette oeuvre sera exécutée à l'un des concerts\n de la saison.\n    Le premier concert (21-22 octobre) aura lieu avec le concours du baryton\n Anton Van Rooy.\n    Les inscriptions pour l'abonnement sont reçues chez MM. Breitkopf et\n Hsertel, Montagne de la Cour, 45.\n"}, {"page_pdf": 778, "texte": "                                      NOTULES                                      639\n\n\n   L e p r i x d e R o m e . — Le grand concours biennal de composition\nmusicale a été jugé mercredi, après deux séances consacrées à l'audition des\ncantates.\n  Il y avait huit concurrents, dont une jeune fille, Mlle Busine, de Gand.\n   Le jury était composé de MM. Huberti, président; Jan Blockx, Léon\nDu Bois, Sylvain Dupuis, Emile Mathieu, Edgard Tinel et Van den Eeden,\nmembres.\n   Le 1er prix a été accordé, à l'unanimilé, à M. Delune, d'Ixelles; — un\npremier 2e prix à M. Herberigs, de Gand, et un deuxième 2e prix à\nMlle Busine; mention honorable à M. Verheyden, d'Anvers.\n   Le sujet de la cantate était : La Mort du roi Jean Raynaud, d'après une\nvieille chanson française, très populaire aussi en Wallonie. Le texte français\nest de M. Eugène Landoy, notre confrère du Matin d'Anvers, et c'est\nM. De Clercq, d'Ostende, qui avait traité le sujet en flamand.\n   L'œuvre de M. Delune sera exécutée publiquement au mois de novembre,\nà la séance annuelle de la classe des beaux-arts de l'Académie.\n                                         ***\n   C o n c e r t s P o p u l a i r e s . — Voici la date des quatre concerts de\ncette année :\n   11-12 novembre : premier concert, avec le concours de M. Pablo Casais,\nvioloncelliste;\n   2-3 décembre : deuxième concert avec le concours de M. Valerio-\nFranchetti Oliveira, violoniste espagnol;\n   17-18 février : troisième concert, consacré à l'exécution intégrale de la\nlégende dramatique : Le Chant de la Cloche, pour soli, chœur et orchestre,\npoème et musique de VINCENT D'INDY, dont les principaux rôles seront\ninterprétés par M mes Donalda et Bourgeois, et M. Laffitte, du théâtre de la\nMonnaie;\n   17-18 mars : quatrième concert, entièrement consacré à Richard Wagner,\navec le concours de Mme Félicie Kaschouwska, cantatrice du théâtre royal\nde Stuttgart.\n    Le bureau d'abonnement est ouvert chez MM. Schott frères, 56 Montagne\n de la Cour. A partir du 15 octobre, les places non réclamées seront mises à\n la disposition du public.\n                                            ***\n   V i e n t d e p a r a î t r e : Etudes sur l'art flamand : La Renaissance Septentrionale\net les Premiers Maîtres des Flandres. — Les Origines — Le XIVe Siècle — Les\nVan Eyck, par FIERENS-GEVAERT.\n  Voici la table des matières de ce nouveau livre de notre ami et collabo-\nrateur, dont nous rendrons compte prochainement. Nos lecteurs ont eu la\nprimeur du premier chapitre de cet intéressant travail :\n     CHAPITRE I.       Le rôle de l'art flamand dans la Renaissance Septen-\n                          trionale. Considérations d'ensemble.\n          »     II.    Œuvres conservées en Belgique (XIIe, XIIIe et XIVe\n                          siècles) et apparition des principes nouveaux.\n"}, {"page_pdf": 779, "texte": "640                                      DURENDAL\n\n\n         CHAPITRE I I I .       L e rôle des Valois d a n s la 1re Renaissance des Valois.\n                »     IV.       L'Ecole de Dijon. L e s chefs-d'œuvre de Claes Sluter.\n                »    V.         L'Ecole de Dijon (suite). Sculpture et P e i n t u r e .\n                 »    VI.       Les débuts des Van E y c k .\n                »     VII.      L a m b e r t , Marguerite et H u b e r t Van Eyck.\n                »     V I I I . Jean Van E y c k .\n                »    IX.        Le retable de l'Adoration de l'Agneau.\n    L'ouvrage est illustré d'environ cent reproductions, d o n t vingt-quatre\np l a n c h e s hors texte.\n    Prix du volume : 10 francs. Au I e r janvier 1906, ce prix sera porté à\n12 francs net l'exemplaire. E n vente chez l'éditeur Ch. Van Oest, rue du\nMusée, 16, Bruxelles.\n                                                   *\n\n   A c c u s é d e r é c e p t i o n . — VAN BASTELAER et G. DE L O O : Peter\nBreughel l'ancien, son œuvre et son t e m p s ; 2e fascicule : (Bruxelles, Van Oest).\n— ESHMER VALDOR : Les T h u r i b u l u m s apaisés ( P a r i s , E d . de La vie). —\nA. R E T T É : Contes de la forêt de F o n t a i n e b l e a u (Paris, Messein). — E . DUBUS :\nPoésies complètes (ibid). — V. DE S A I N T - P O I N T : P o è m e s de la mer et\ndu soleil (ibid). — G. P I O C H : L a bonté d'aimer (ibid.) — J. BOUBÉE :\nL'éternel a m o u r (Paris, Lemerre). — P . R É E : L e s villes d'art célèbres :\nN u r e m b e r g (Paris, L a u r e n s ) . — A. CRESSON : L e malaise de la pensée\n(Paris, Alcan). — P . L E ROHU : La faillite de J a c q u e s L e b l a n c (Paris,\nPerrin). — EDMOND PICARD : La joyeuse entrée de Charles le Téméraire,\ndrame historique en sept tableaux (Bruxelles, Lacomblez et Larcier, édi-\nteurs). — R . P . LONGHAYE : Dix-neuvième siècle. Esquisses littéraires et\nmorales, I I I e volume (Paris, Retaux). — P A U L LAFOND : Le musée de R o u e n\n(Paris, Larousse). — P A U L ANDRÉ : Max Waller et la j e u n e Belgique\n(Bruxelles, E d . du Thyrse).\n"}, {"page_pdf": 780, "texte": "                                                                               99, rue Royale, 99\n\n    PIANOS DE SIET '                                                               BRUXELLES\n\n\n\n    FABRIQUE IDE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                      BERVOET^WIELEMANS\n                                     FOURNISSEUR D E L A COUR\n\n           6, 8, 10,12, Rue du Midi *t» BRUXELLES\n U s i n e à vapeu*», Lavoit» d e l a i n e s : nWB OES GOUJONS, 120\n\n\n                                                 J. © O N T H I E S\n                                                              Maison fondée en 1 8 5 0\n                                           31-33, rue d el ' E m p e r e u r , B R U X E L L E S\n                                                       TÉLÉPHONE 3659\n\n                                           Encadrements d'art — Miroiterie\n                                                          Vitraux riches et ordinaires\n                                               Cadres pour tableaux, aquarelles, gravures\n\n                                                           AMEUBLEMENTS\n                                           Entreprise générale de vitrerie\n                                                   LA MAISON      N'A PAS DE SUCCURSALE\n\n\n\n\n    PIANOS STEIKWAY                                                         & SONS\n                    NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n   de Suède et d'Italie, du Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     E x t r a i t de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach paraît main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway R. Wagner). »« Le Stein-\nway est un superbe chef d'oeuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\n  arfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « Vos\nE eaux instruments incomparables ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance (A Rubinstein . » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici (F Busoni). » « La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. Paderewski). » « Il y a io ou i5 ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d'Albert. » « Ils sont tellement au dessus do toute critique, qu'un\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter). »\n    Ageuce générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 781, "texte": "tA paru à la Lifarnirtg VROMflNT\n                                                                                                                                                                            Prix : fr. 3 . 5 0\n\n                        _«_FJRMIN VAN DEN BOSCH\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                          BRUNÉTTÈRE J BOURGET -1- HTJYSMÀNS\n                             D E QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n                                 VERHAEREN E T DEMOLDEK\n                         P . D E HAULLEVILLE — GUIDO GEZELXE\n                           GEORGES R O D E N U \\ Ù H — MAX W A L L E R\n              EDMOND PICARD     GUILLAUME VERSPEYEN — H. CARTON D E WIART\n                                      E T Ç r ETC„\n                                         ^ 1       1 '..\" y\n  En vente chez l'éditeur Vromant, 3, rue de la Chapelle, Bruxelles\n\n                  THE dRESHAM\n                XCoiup*(fnie d'ussnraticet «or la vie)\n                                                                                                 RELIURE D'ART & D'A DATEURS\n                                                                                                                                                                            -MI   'f\n                      Fondée à. Londres 1 8 4 8\n                   Etablie en Belgique en 1 8 5 5\n                       Aouf : plu* de 8 1 7 • II on*\n                  S sires po^és eu Belgique . 3 0 milliuus\n                                                                                                 Paul Claesset)s\n                                                                                                              Relieur-doreur e t S A R M \" \" la Comte*** de Flandre\n                     #RIMI9                M[NSUttt,(S\"\n                    LoulB HBUVELMANS, illieete»                                                               24, rue de Berlalmont, Bruxelles\n                   H. SCOTT. ou»-direct. delà SiicrursuleBcIge\n                  3, place Royale, B R U X E L L E S\n\n\n\n I     <•''\n                                       i\n                                             Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                     FABRIQUE ET ATELIERS :\n                                           37, Rue de la Charité - BRUXELLES\n\n                                              Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                           S p é c i a l i t é d o t o u s l e s a i t i r l e s c o n c e r n a n t la p e i n t u r e , la s c y l p t u r e\n                                                                      la g r a v u i e , l'aichitecture et l e d e s s i n .\n                                           RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                                  Vente et location de modèles pour la peinture\n\n                                              Grand prix et médaille d'or i l'Exposition de Saint-Louis 1904\nPiexnl6.es médailles aux Expositions Omsterflam, Paris, llveipool, Le Havre, Binxelles, Chjcago, etc.\n                     CtlJeU \"'   im^i\n\n\n\n                                                         *\n                                                         u\n                                                                EVCADREMENTS»»•                                                                                        • •             Par suite de décès\n                                   •                     !_      q\n                                                                DOEl'RE ET SCULP-\n   •\n\n\n\n\n   1\n                                                         V               ' •,                    Tèiie        t .              -            « J I M              »•••••\n                                                          E\n                                                                                                                                                                                   LIQUIDATION\n                                                          R     TU RE $UR BOIS                                                                                                                DE\n                                                         D       i\n                                                         U ESTAMPES                                                                                      ift»t\n                                                         • 5\n\n                                                         S\n                                                          ^      I\n                                                                     '\n\n                                                                 GRAVURES ANCIENNES\n                                                                             I       I   I   ,\n                                                                                                     - — •     i    • « • • • i. . — — ^ . . M 4\n\n\n\n                                                                                                                    I J                 |\n                                                                                                                                                                  — — •\n\n\n\n                                                                                                                                                                            i\n                                                                                                                                                                                  300 ÏOITOBES\n                                                         N       # # « • # # • • • • « • • • • • •\n                                                                                                                                                                                  Vente à tonte\n                                                                         .       i       i                j                                      ,   i       i\n                                                         s\n                                                         u       N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES                                                                                    offre acceptable\n                                                         e\n                                                          O      rr\n                                                          *\n                                                          8\n                                                                 SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                                                                                      71, rue Goffart\n                                                          S                                           '       'l'Ml' ) \" ,                   | ii i '                  |\n                                                          *     ^)AUTHEIj!TICfJ$ • • • • » • • • • « • •                                                                                CELLES\n                                                          R                                      1                    ,    I       ti        !           •         ,       •-'\n"}, {"page_pdf": 782, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                   ta, Marché-au-Boi» - BRUXELLES\n Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles à v u e : 1 1 2 p . c. sans commission\n    Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt v a r i a b l e ; moyenne 1 9 0 3 : 2 . 9 7 p . c.\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                   ORDRES DE BOURSE\n            Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques s u r tous p a y s\n         P r ê t s s u r Titres — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n  LA RÉSERVE MUTUELLE                                       LE STANDARD\n                                                         Compagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n            de»         ÊTATS-VVtS                                   ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COMPAGNIE O'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n           s r u r l a ~\\r±&                               Prlnoipaux avantages d * la Compagnie\n                                                         i° Polices incontesta-          3» Tarif avantageux.\n                                                           bles après deux ans           4° Participation impor-\n                                                           de date.                        tante des assurésdans\n                                                         s° Prêts sur polices              les bénéfices de la\n                                                           ajant trois ans de              Compagnie.\n                                                           date.                         5° Prêts hypothécaires.\n                                                            S'adresser pour renseignements et prospectus à la\n                                                                     DmiOTION'QiNÉNALI\n                                                         28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                           Téléphone 949 — Adrette télégraphique : Standard-Bruxelles\n  EncAifsnairr AIUIUBL . . . .        40 Millions\n  SmuTRis PATts                     250 Millions\n      Combinaisons très intéressantes                    CHAUDRONNERIE DE LA COUR\n   DIRECTIOI GENERALE POUR LE CONTINENT DE L'EUROPE           37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n       8 , r u e H a l é - y y , P A R I S (9*)                           TÉLÉPHONE 1 5 9 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  19, r u e du Rouleau, B R U X E L L E S                 Batteries de cuisine. — Articles de ménage\n            On demande des Agents\n                                                                         ÉTAMAGE\n\n\n    ives Nobiliaires le Belgl\n     52, rue Stévin, BRUXELLES\n                  Recherches de généalogies et d'ar-\n                   moiries en Belgique et a l'Etran-\n                   ger. — Attestations officielles de\n                   noblesse, de filiations et d'armoi-\n                   ries.— Copiesofficielles de lettres\n                   de patentes de noblesse. —                  18, fflarehé-aa-Bois, 18\n                   Inscriptions à la liste des nobles.\n                   — Insertions de généalogies dans\n                   des publications belges et étran-\n                   gères. — Rectifications d'actes\n                   de l'état civil et adjonctions des\n                   noms. — Correspondants en pro-\n                                                                        BRUXELLES\n                   vince et à l'étranger —Armoiries\n                   et documents généalogiques sur\n                   plus de 100,000 familles nobles\n                   et patriciennes.\n   R E N S E I G N E M E N T S\n\n                                                         Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                        BlESWAL\nCHOCO LAT                     Bl E S W A L\nCH OCO L A T Bl E S W A L\nCHOCOLAT                       B I ESWAL                        LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 783, "texte": " APPAREILS                 PHOTOGRAPHIQUES\n                                          OBJECTIFS,      JUMELLES\n                                                       JUMELLES A PRISMES\n                                                   PAPUPS,      PLAQUES\n                                          P E L L I C U L : S PHOTOGRAPHIQUES\n                                          SPÉCIALITÉS PHOTOGRAPHIQUES\n                                                      MICROSCOPES\n\n                                              Grand ckol> de photographies\n                                                artistiques et décoratives\n\n\n\n                                          ALBERT                H O F M A N N ,                    BRUXELLES\n                                                 Salle d'exposition '. rue de la Régence, 5 7\n\n\n\n\n                        Rentoileurs et restaoratens de musées belges et etrer gets p\n  J.    EXPERT\n                                              MAISON FONDÉE EN 1867\n                        Rentollage, transposition, restauration et parquetagc de tableaux\n                                                                                                 * •\n                                                                                                          EXPERT\n  2-4, RUE DE LIME              VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES ' 24, Mi; dD fleBtllllOMe\n      Bruxelles                         A N T I Q U I T É S & | O B J E T S D'ART                       Bruxelles\n\n\n\n\n       POUR VOS CIGARES FINS                                                         Les Roues Caouieipiées\n                                                                  ft4Év.'               TALBOT\n                                                                                    SOlt inusables et    inarrachables\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                ST.                        EXIGER LA MARQUE\n\n\n              DÉPÔT   DE   FABRIQUE\n                                                               Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n   15 — Avenue Louise— 15\n                                                                     Maison SNYEnS-RâNG & C\n             BRUXELLES\n                                                              Fond** en 1816                —          Téléphone 1389\nM . -- Arrivages réguliers de cigares ne la Havane                 1 7 . r^= d ' O r , B R U . X I I L L S S\n\n\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles BULENS, Editeur, rue\nTerre - Neuve, 75, Bruxelle*\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 10, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1905-10", "signet_source": "Douzième année - N°10 - Octobre 1905", "preuve": "Couverture conservée (PDF 704) : « Octobre 1905 », « 12me Année », « N° 10 ». Sommaire (PDF 706) : « 1905 — 12e Année. Sommaire du n° 10 (Octobre) ». Indices internes : l’article sur Jordaens renvoie à Durendal, septembre 1905 ; poème de Marie Dauguet daté de Rome, 20 mai 1905 ; les Notules annoncent la saison des concerts Ysaye 1905-1906 (premier concert 21-22 octobre).", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}