{"numero_id": "ulb-durendal-1905-livraison11", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-201", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Sfovembre 1905", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 784, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 797, "texte": "Sfovembre 1905.                                ia\"* Année.                                   N° 11.\n\n\n\n\n             REVUE CATHOLIQUE ©Al\n                ©E LITTERATURE\n\n\n\n\n                                                     £••:\n                                                            • •\n\n                                                                              •   •   •\n\n\n\n\n                                     •       »\n\n                 •     •   •     •       .       m\n                 • •           • • • • . * .\n\n\n                                                                  •   • • •\n                                                                                          .   • •\n\n\n\n\nB R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue de la Grande-Armée, 61.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-202", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Domaine de la société", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 785, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 4789, "texte": "Domaine de la société \" LU WESTEJIDJIISE\n\n                                      LB PLACE DE WESTENDE\n                                             (BELGIQUE)\n\n                                    est située aux bords de la mer du Nord,\n                            entre Ostende et Nleuport; elle est do sable fin. Cette]\n                            nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à attirer\n                           l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                           villégiature agréable,hygiénique,unissant le confort\n                           à la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                           Une chapelle est érigée où le service religieux se fait\n                           régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                           gratuits; le service de sauvetage est organisé ot\n                           placé sous la surveillance communale Location do\n                           cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                          garages Kursaai-restaurant. Routes carrossables et\n                          cjclables, accessibles aux automobiles. Vastes ot\n    Villas et Terrains    luxueuses Installations de lawn-tennis, de jeux de           Villas et Cottages\n                          golf et de croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n        A TKXDRI          Tentes sur la plage. Communications facilos avec                     à\n                          tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n      par annuités        que d'Ostende à Westende de dix en dix minutes.                  LOUER\n                          Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                          villas et cottages. — Demander le prospectus détaillé\n  Ç<^i»6«w.\n                             Attice ta!)! Hère pour h Tente et Iocîtlm in villas\n                                  HALLES WESTEMDAISES\n               :\n  pm^                     comprenant différents magasins reunissant les arti-\n                          cles d'alimentation, de nécessite et articles de luxa\n                              Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie\n                                                          Le WESTEND' HOTEL est ouvert à\n WESTEND' HOTEL                                         partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                        Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au com-\n                                                        mencement et à la fin des saisons, arran-\n            DIGUE DE MER                                gements très avantageux pour les familles\n                                                          faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n                                                               chambres parfaitement aménagées.\n      TÉLÉPHONE N* 4 1                                         V ie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                 Chambres spacieuses. Ameuble-\n   Réseau dn                                                            ment moderne esthétique et\n littoral par                                                            confortable. Balcons et ter-\n                                                                          rasses. Salle de musique.\n  Nieuport.                                                                 Salle de billard. Salle de\n                                                                             récréation pour les en-\n                                                                         g J L j , , . fants. S a l o n s\n                                                                         JrSf.TR I de lecture et de\n                                                                                       correspondan-\n                                                                                       ce Cuisine soi-\n                                                                                       gnée. Caves\n                                                                                       recomman-\n                                                                                       dées.\n     Appartements aveo salon — Service d'omnibus do l'Hôtel au vicinal — Service postal et\ntélégraphique réguliers — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux\n«tranKers voisins — Hôtellerie LE LEKKERBEEK ouverte toute l'année.\n                                  | A BRUXELLES, 5 3 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 8 6 )\nPour renseignements s'adresser | A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Téléphona\n                                  (  8 8 du littoral) on an Westend' Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-203", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURE^DAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 786, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2028, "texte": "DURE^DAL\n      REVUE CATHOLIQUE H'ART ET DE L I T T É R A T U R E\n\n                             *9°5 — ' 3 \" Année\n\n\n              Sommaiïe du n° 11 (Notrmbre)\nL'abbé J I K M I Y MtytbER. —î Iiextauration    de l'industrie de la\n                                  tapisserie en lielgique : L'ate-\n                                  lier d'Hénerlé (Louuain)     . . .     641\nHENRI D'HENNEZEL. — Le transfuge         (unité)                         G44\nJ O S E P H RYELANDT. — Princes   Zonneschijn  de P. Gilson an\n                           théâtre de la Monnaie                         670\nGEORGES RAMAEKEKS. — Poèmes :\n                        La gloire des marbres;\n                        Le cristal ;\n                        La cité bien-aimée                               673\nL'abbé HENRY MCKM.EK. — Cours d'art et d'archéologie         .   . .     677\n\n      Chronique artistique :\nP. L. — Isidore Verheyden                                                679\nG. S. — Les expositions : Le Labeur; Nicholson                           679\nINTÉRIM. — Le premier concert Ysaye                                      681\nE. C. — Artémisc Colonna                                         ,   .   681\n\nFIRMIN VAN DEN BOSCU. — Billets        d'auteurs :\n                               Fierens-Gevaert ; Maurice des Otn-\n                                 bkiux ; Ernest-Charles ; Deux\n                                 critiques                , . .          683\nHENRI MAZEL. — Lettre de Paris                                           689\nLivres et Revues • . ,                                             69a\nNotules                                                            701\nIllustrations : Fragment de tapisserie ancienne reproduite en couleurs.\n               Tapisserie exécutée à l'atelier d'Héverlé.\n               Ancienne tapisserie de Bruxelles, d'après nu carton de\n                 VAN OIU-EY.\n              Portrait de Maurice des Ombiaux, d'après uu dessin de\n                 FRANÇOIS BEAUCK.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-204", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE CATHOLIQUE DURENDAL", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 787, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "REVUE CATHOLIQUE\n                           DURENDAL               D'ART ET DE                     LITTÉRATURE\n\n    ABONNEMENT                : 1 0 francs p a r a n ; ETRANGER          : 1 2 fiancs (port compris)\n          (pour ïabonnement s'adresser à ta Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à             Bruxelles)\n\n                                     P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-205", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les collaborateurs sont seuls", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 787, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 418, "fin_caractere_exclue": 3537, "texte": "Comité de rédaction                    de D u R E N D A L                :\n                              MM. HENRY CARTON DE WIART.\n                                  L'abbé HENRY MŒLLER.\n                                        F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                       Secrétaire de la Rédaction : G E O R G E S V I R R È S\n                                   Correspondant de la rédaction à Paris :\n        M.     HENRI       MAZEL,       avenue de la Grande-Armée, 6 i , Paris.\n\n                 PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n       FRANZ A N S E L .                                            ARNOLD G O F F I N .\n       MAURICE BEKAERT.                                             JobF. H E N N E B I C Q .\n       EDGAR B O N E H I L L .                                       L ' a b b é H . HOORNAERT.\n       HENRY BORDEAUX.,                                             J . - K . HUYSMANS.\n       ALEXANDRE BRAUN.                                             JOSEPH JANSSENS.\n       THOMAS BRAUN.                                                EDMOND JGLY.\n       GEORGES .BRIGOPE                                             VICTOR K I N O N .\n       H É L È N E CANIVET.                                         GODEFKOID K U R T H .\n       MARIE CLOSSE I . •—                                          L. DE I A LAURENCIE.\n       L'abbé AUG. CTHCINS.                                         L ' a b b é L . L E CARDONNEL.\n       L ' a b b é P A U L (\"UVI.ITS.                               GEORGES L E CARDONNEL.\n       L e c o m t e G. D'AKSCHOI .                                 S É B . - C H . LECONTE.\n       L e baion JOSK DE COI-PIN.                                   GFOKGES MARLOW.\n       G E O R G E S DE G O I KSCO.                                 CHAKI.ES MAKTENS.\n       GEORGhS      DEI.AI'NCJY.                                    PAUL MUSSCHE.\n       L a comtesse E D . DE LILDI M KKE.                           EDOUARD N E D .\n       Le baron G. DELLA FAII.1.1-.                                 MAURICE OLIVAINT.\n       E U G È N E DEMOLDER.                                         ERNEST    PlsKlEK.\n       D o m BRUNO DESTKF.E.                                        GEORCHS RAMAEKERS.\n       JULES DESTREE.                                               GEORGES RENCY.\n       Vicomte D ' H E N N E Z E L .                                BLANCHE ROUSSEAU.\n       EDOUARD D U C O T É .                                        JOSEPH RYELANDT.\n       MAURICE DULLAERT.                                            FERNAND SEVERIN.\n       J . ESQUIROL.                                                HENRY VAES\n       E M I L E FERMAUD.                                           ROBERT VAN DER E L S T .\n       LAURENT FIERENS.                                             CHAKI.ES VAN LERBERGHE.\n       H . FIÉRENS-GEVAERT.                                         EMILE VERHAEREN.\n       IWAN G l L K I N .                                           L'abbé F R . VERHELST.\n                                                                    LÉOPOLD W A L L N E R , etc., etc.\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-206", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les collaborateurs sont seuls", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 787, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3537, "fin_caractere_exclue": 3922, "texte": "L e s collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\n71 sera rendu compte dans DURENDAL           de tout ouvrage dont un exemplaire sera entojé à ta Rédaction-\n\n\n      Pour l a Rédaction, l'Administration e t les d e m a n d e s d'abonnements, s'adresser a u\nsiège de la Revue, 2 8 , r u e du G r a n d Cerf; pour la publicité, 4 6 , r u e Nenfchatel, B r u x e l l e s .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-207", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Colophon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Imprimerie Charles BULENS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 788, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 68, "texte": "Imprimerie Charles BULENS, Editeur, 75, rue Terre-Neuve, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-001", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 641, "page_fin": 643, "titre_corps": "Restauration de l’industrie de la tapisserie en Belgique : L’atelier d’Héverlé (Louvain)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Restauration de l'Industrie de la Tapisserie en Belgique L'atelier d'Héverlé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 790, "page_imprimee": 641, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "Restauration de l'Industrie\n          de la Tapisserie en Belgique\n\n                  L'atelier d'Héverlé (Louvain) (1)\n              ous ce titre, M. Joseph Dcstrée, conservateur du\n                 musée du Cinquantenaire, a fait connaître briè-\n                vement, dans une brochure très instructive, ce\n                que fut le passé si florissant de l'industrie de\n                 la tapisserie en Belgique et la haute opportunité\n                de son rétablissement.\n                    Dès le XVe siècle, il y eut des ateliers de\n                tapisserie importants et tout à fait remarquables\n— de vrais ateliers d'art — à T o u r n a i , Bruxelles, Bruges, Aude-\nnarde, Anvers, Enghien, Binche, et un peu partout, au point\nque l'on peut dire que jamais industrie ne fut plus vraiment\nnationale.\n   Les princes d'antan se firent un devoir de protéger cette\nindustrie, entre autres nos souverains de jadis, les ducs de\nBourgogne, Philippe le Beau, Marguerite d'Autriche, Charles-\nQuint et les archiducs Albert et Isabelle.\n   Mais cette industrie atteignit surtout le degré de splendeur\nincomparable que nous révélèrent les merveilleuses tapisseries\nque nous avons pu admirer lors de l'exposition rétrospective de\nl'art ancien à Bruxelles, en 1880, et celles qui décoraient tout\nrécemment le Cercle Artistique (2), et que confirment les trésors\n\n\n  (1) Louvain, Imprimerie Nova et Velera.\n  (2) M. Joseph Désirée a publié un catalogue très complet de cette Exposition de l'Art\nAncien Bruxelles, qui a été luxueusement édité, avec de superbes reproductions, par la\nMaison Van Oest, de Bruxelles. Ce catalogue contient, outre une description très\nexacte des objets exposés, quatre intéressantes introductions sur les Tapisseries, les\nSculptures, les Arts du métal et la Faïence de Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 791, "page_imprimee": 642, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "642                          DURENDAL\n\n\nde nos musées, grâce au concours d'artistes de tout premier\nordre, qui mirent leur talent au service des tapissiers, tels que\n Roger Van der W e y d e n au XVe siècle, plus tard J e a n Van Room,\nMaître P h i l i p p e , Bernard Van Orley, Jean Vermeylen, et au\nXVIIe siècle, Rubens, Jordaens, Teniers, Van der Meulen et\nd'autres.\n     E n contemplant les chefs-d'œuvre de notre école défunte de\ntapisserie nationale, on ne peut que regretter amèrement la\ndisparition de ces foyers d'art, éparpillés jadis par tout le pays,\net à souhaiter leur prompt rétablissement.\n     U n e tentative de ce genre a été faite, il y a quelques mois.\nSous l'inspiration et la direction intelligente de Joseph Destrée,\net avec le concours dévoué du chanoine T h i e r r y , on a ouvert,\ncette année, un atelier de tapisserie dans la grande école\nprofessionnelle pour jeunes filles d'Héverlé, près de Louvain.\n     On a pu voir travailler ces jeunes ouvrières au Cercle Artis-\nt i q u e . Elles avaient modestement dressé un métier de haute\nlisse, dans une petite salle attenante à celles où étaient expo-\nsées les oeuvres maîtresses de leurs illustres ancêtres.\n     L'atelier d'Héverlé, en pleine activité à l'heure actuelle, fut\ncréé le I e r avril, et placé sous la direction de M lle Marie Verges-\nserat, qui avait rempli les mêmes fonctions à l'école de\nChampfleur, en France.\n     D'après des cartons dessinés par M. de Geetere, professeur\nde dessin à H a l , plusieurs tapisseries ont déjà été exécutées,\nnotamment un Sacré Cœur (1m50 X 0 m 70), dont nous donnons ici\nla reproduction, un bandeau de cheminée et une tapisserie\nhistoriée. On y a exécuté aussi un antependium de 1m10 sur\n0 m 73, d'après un croquis de l'ouvrière en chef.\n     Nous félicitons de tout cœur nos amis Joseph Destrée et le\nchanoine T h i e r r y pour leur louable initiative. C'est une belle\nœuvre, bien méritoire, tant au point de vue artistique qu'au\npoint du vue social, qu'ils ont fondée à Héverlé, et elle doit\nêtre secondée. Nous offrons à cette nouvelle école d'art nos\nplus vifs souhaits de vitalité artistique et de succès auprès\n du public. L e seul obstacle qui, de prime abord, semblerait\n s'opposer à sa prospérité serait le temps énorme qu'exigerait\n et, par suite, le prix élevé que pourraient coûter ces tapisseries.\n Mais, ainsi que M . Destrée le montre d'une façon péremptoire,\n l'industrie de la tapisserie conçue d'une façon rationnelle et\n"}, {"page_pdf": 794, "page_imprimee": 643, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "       RESTAUR. DE L ' I N D . DE LA TAPISSERIE EN BELGIQUE        643\n\n\nréglée par l'usage de laines en nombre restreint, bien choisies,\nd'une teinture irréprochable, à l'exclusion de la soie et des fils\nd'argent et or, est à môme d'exécuter r a p i d e m e n t de véritables\ntentures d'art, à des prix incomparablement moins chers que\nles Gobelins et qui ne seront pas moins artistiques pour cela.\n   Si cette intéressante industrie pouvait redevenir nationale\ncomme jadis, si les débouchés s'ouvraient et permettaient à de\nnouveaux ateliers de s'installer un peu partout en Belgique, à\nl'instar de celui d'Héverlé ; si surtout nos grands artistes dessina-\nteurs et peintres daignaient, comme jadis, s'aboucher avec\nd'habiles ouvriers tapissiers, mettre leur talent à leur service, et\ndessiner pour eux des cartons spécialement appropriés à leur\ntravail, il n'est pas douteux que nous aurions de nouveau, à\nbref délai, une école belge de tapisserie aussi féconde et aussi\nflorissante que celle d'autrefois.\n   P o u r atteindre ce résultat, il faut que l'on encourage large-\nment les initiatives pareilles à celle de l'école professionnelle\nd'Héverlé.\n   L'art de la tapisserie est un art extraordinairement décoratif.\nRien ne donne un cachet plus somptueux à un monument,\nà un palais, à une église, à un hôtel particulier que de belles\ntapisseries finement exécutées d'après des cartons bien dessinés,\nc'est-à-dire dessinés par de vrais artistes, et d'un coloris chaud\net vibrant.-\n   C'est à l'Etat, aux administrations communales, au clergé et\naux riches particuliers qu'il appartient d'y pourvoir. L a restau-\nration de notre vieille école de tapisserie est entre leurs mains.\nElle dépendra de la largesse avec laquelle ils stimuleront le\nzèle des ateliers qui s'ouvriront.\n\n                                                 HENRY MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-002", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 644, "page_fin": 669, "titre_corps": "Le Transfuge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry d’Hennezel", "ancre_debut": "Le Transfuge (ROMAN) (Suite) VII", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 795, "page_imprimee": 644, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "Le Transfuge\n                                     (ROMAN)\n\n\n\n                                         (Suite)\n\n\n\n                                          VII\n\n                      HON... grogna Cormevielle, quel pantalon convient-il d'arborer\n                         jeudi pour le déjeuner de Serpigny? Ce n'est pas u n e\n                         petite affaire que de décider cela... h o n . . . je détiens\n                         exactement trois pantalons qui peuvent, pour des motifs\n                         divers, figurer à cette cérémonie : u n noir qui est sérieux,\n                         un gris ardoise qui est noble, et un chamois qui est b a d i n . »\n                             E t l'idée de parader devant les hôtes de Serpigny en\n                         pantalon chamois fit courir sur les traits de M. Cormevielle\n                          de petits sourires égrillards.\n    « O u i , l'on peut dire qu'il est b a d i n . La couleur en est tendre et la coupe\nfait h o n n e u r à ma j a m b e . Si je mettais le pantalon c h a m o i s . . . »\n    E t il pensa qu'il y aurait des d a m e s , dont deux peut-être ne seraient pas\ninsensibles à la galanterie de ce vêtement. M. Cormevielle s'étudiait à\nplaire aux dames. Il se vantait de posséder un ton et des manières propres à\nlui valoir des succès féminins. E t il est vrai que la receveuse des postes et la\nfemme du percepteur le regardaient d'un œil chargé de passion.\n    Il fut sur le point de ne pas résister aux blandices du pantalon chamois.\nCe qui l'incitait à s'en revêtir, c'était l'idée que Mme et Mlle Milleret le\nverraient ainsi p a r é . L a mère lui produisait u n e g r a n d e impression ; car, en\nvrai connaisseur, il prisait cette beauté mûre conservée dans ses cheveux\npoudrés, ainsi q u ' u n fruit délicat dans du coton. E t Mlle Germaine le touchait\ntrès vivement par sa joliesse p i m p a n t e et sa grâce sans apprêts.\n    Cependant, à la réflexion, il lui p a r u t que le pantalon chamois témoigne-\nrait d'un laisser-aller qui ne conviendrait ni à son âge, ni à la qualité de la\nréception. Les Milleret n'avaient encore reçu personne. Fallait-il, pour la\npremière fois, se présenter chez eux avec les attributs de l'élégance et de la\nlégèreté?\n    « Après tout, se dit Cormevielle, je suis bien bon de me mettre martel en\ntête. Il est une personne d'une compétence avérée en pareilles matières :\n c'est Mme Brogniart; je vais la consulter. »\n"}, {"page_pdf": 796, "page_imprimee": 645, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3252, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                 645\n\n   Mmc Brogniart méditait précisément dans le silence de sa garde-robe sur\ntrois toilettes, dont le choix remplissait son âme d'une angoissante perplexité.\nUne robe de soie aubergine se révélait dolente et épiscopale; une autre de\ndrap grenat lançait de somptueuses fulgurances, évoquait à la fois les\ntentures officielles et le feu des lanternes d'omnibus; et la dernière, qui\nsemblait tissée de mousse, ouvrait à l'œil des horizons champêtres et donnait\nenvie de s'étendre sur le dos.\n   Qui allait l'emporter du violet, de la pourpre ou du vert? La dame, en\ndétresse, confia ses peines à M. Cormevielle, dans le temps même que celui-\nci se disposait à lui faire part des siennes. Serais-je paré de noir, de gris\nbleu ou de jaune chamois? questionnait l'un. Me pavoiserai-je de violet, ou\nde pourpre ou de vert? interrogeait l'autre. Et les deux de répondre en un\nchœur alterné :\n   « Le noir ce serait la ténèbre spéciale des noces de banlieue et des pompes\nfunèbres. — Le violet étendrait sur cette fête le réseau de ses langueurs\nfiévreuses. — Le gris bleu montrerait un ciel obscurci par lesplombs d'un\norage. — Le rouge aurait l'impudeur des festins orgiaques et la truculence\ndes trognes avinées. — Le vert, oh ! le vert idyllique et bocager! semblerait\nune plaine herbue ondoyante au soleil. — Et le chamois, madame, inviterait\nà des courses folâtres, à travers les bruyères et les cyclamens, jusqu'aux\npieds des glaciers. »\n   Le noir, le violet, le bleu, le rouge, le vert et le jaune illuminaient leur\nverbe et suscitaient leurs désirs. Ils découvraient le sens mystagogique d'une\njupe ou d'un pantalon. Ils ressemblaient à ce poète qui nous initia jadis aux\n « naissances latentes » des voyelles et qui, dans un sonnet, magnifia les\nsymboles colorés de l'A, de l'E, de l'I, de l'O et de l'U.\n   Cependant Mme Brogniart, n'y tenant plus, décréta qu'en sa robe sylvestre,\ntissée de mousse, elle apparaîtrait chez les Milleret à la façon des dryades et\ndes hamadryades. « Quant à vous, dit-elle au pensif Cormevielle, quant à\nvous, c'est bien simple. Le sort décidera du pantalon qui convient à cette fête.\n   — Alors, reprit Cormevielle, tirerai-je à la courte paille, ou bien jouerai-je\n à pile ou face? Non, j'inscrirai plutôt sur trois identiques feuillets les trois\nnuances en litige et, les confiant à la cache de mon chapeau, j'extrairai, d'une\nmain prudente, la réponse sibylline. »\n   Et donc M. Cormevielle prit trois morceaux de papier semblables et, afin\nde se rendre propice le hasard, il écrivit sur chacun des trois le même mot :\nchamois, chamois, chamois. Puis, ayant procédé à trois expériences qu'il\nproclamait contradictoires, il acquit la certitude que le sort lui avait, de\ntoute éternité, réservé la gloire de porter à Serpigny le pantalon de ses\n rêves.\n   Ce déjeuner de l'abbaye fut pour le jeune d'Ardemont, pendant une hui-\ntaine de jours, l'occasion de plaintes sourdes. Depuis son retour de Paris,\nil souffrait d'une recrudescence d'ennui et, comme il advient en pareil cas,\nil refusait la moindre distraction, sous prétexte que la vue de ses sem-\nblables lui devenait odieuse. Sa mère eut toutes les peines du monde à le\n décider.\n"}, {"page_pdf": 797, "page_imprimee": 646, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "646                                   DURENDAL\n\n\n     « J'aime mieux, répélait-il, rester d a n s mon trou. E t , d'ailleurs, vous\n savez bien que je n'éprouve a u c u n e sympathie pour les personnages que je\n rencontrerai là-bas. L e Brogniart t me porte sur les nerfs avec ses invariables\nhistoires du temps de la L i g u e . Sa femme est une pimbêche pincée et collée,\ndevant laquelle il est interdit de risquer la m o i n d r e plaisanterie. Cormevielle\n distille l'ennui, soit qu'il se lance dans ses donqnichottesques récits de chasse,\n soit qu'il narre ses prouesses d'empailleur de bêtes ou ses découvertes imbé-\nciles. Q u a n t aux Milleret, ils ne m'intéressent point : je ne les connais pas.\n    — Ce sont, fit remarquer la b a r o n n e , des gens fort aimables et que tout le\n inonde estime dans lu pays.\n    — P e u m'importe, grogna J a c q u e s . J e ne leur ai pas d e m a n d é d e\n m'inviter. J e n'ai a u c u n e raison ni a u c u n e envie d'aller chez eux.\n    — T u aurais tort, mon cher enfant, prononça Mme d'Ardemont, de bouder\ndans ton coin. Crois-moi, tu ne regretteras pas ta j o u r n é e à Serpigny.\n D'abord, tu n'as pas vu l'abbaye réparée et M. Milleret a vraiment accompli\ndes merveilles. Ensuite, je ne saurais trop te répéter combien ces gens sont\ncharmants. On s'est méfié d'eux lorsqu'ils sont venus ici. L'arrivée d'étran-\ngers, au milieu de gens qui sont liés intimement, produit toujours quelque\ngène, quelques e m b a r r a s ; on les tient en suspicion, et c'est tout juste si on ne\nleur montre pas grise mine. Les Milleret ont certainement souffert de la\ncontrainte qu'ils provoquaient jadis dans les réunions. Mais maintenant on\nles voit et on les aime. On sait qu'ils ont d'excellentes idées en politique et en\nreligion, et d'ailleurs il n'y a pas à vingt lieues à la r o n d e de meilleurs\ncatholiques. »\n    J a c q u e s eut envie de répliquer qu'il se souciait fort peu de l'esprit conser-\nvateur des Milleret et, qu'à tout p r e n d r e , il les préférerait bouddhistes ou\nadorateurs du feu, comme les G u è b r e s et les Parsis. Il plissa ses lèvres,\nagacé. E t sa mère, sentant sourdre, son irritation, voulut l'allécher a u t r e m e n t .\nElle ajouta :\n    « Les Milleret ont une fille ravissante.\n    — Oui, s'exclama l'autre, je vois ça d'ici! Quelque d i n d e !\n    — Ah! m o n ami, tu ne l'as jamais rencontrée, tu ne peux pas la juger. »\n    Mme d'Ardemont lança cette phrase d ' u n e voix claire, comme si elle pre-\nnait, avant m ê m e qu'on l'attaquât, la défense de G e r m a i n e . Elle était encore\ntout émue de la scène charitable qu'elle avait surprise dernièrement. Mais\nJacques continua cependant :\n    « Ma pauvre m a m a n , ta j e u n e fille ressemble à toutes celles qu'on fabrique\ndans le m o n d e . Il n'y en a que deux catégories. Les unes sont mal coiffées,\nmal chaussées, vêtues comme des novices, sans grâce et sans s é d u c t i o n ; ce\nsont celles que les mères chrétiennes, aidées du confesseur, passent aux petits\njeunes gens des cercles catholiques, ou aux noceurs impénitents qui ont\nbesoin d'une grosse dot pour entretenir leur maîtresse. Les autres savent\nb e a u c o u p de choses et devinent ce qu'elles ne savent pas : celles-là suivent\nla mo le, sont jolies, ou, si elles sont laides, deviennent affriolantes à force\nde coquetterie; elles épousent d'honnêtes gogos qu'elles trompent au b o u t de\nsix mois. Voilà. Bête ou perverse, il n'y a pas de milieu. »\n"}, {"page_pdf": 798, "page_imprimee": 647, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "                                 LE TRANSFUGE                                    647\n\n    Et il n'osa pas ajouter : j'aimerais mieux qu'elle fût perverse.\n    Mmed'Ardemont, épouvantée de cette sortie, regardait son fils avec des\nyeux où se lisait une tristesse infinie. De l'entendre ainsi déblatérer et\nrendre du haut de sa cervelle des arrêts qu'elle jugeait iniques, cela lui cau-\nsait un mal profond. Paris et la littérature avaient bien décidément dépravé\nson enfant.\n    « Mon pauvre Jacques! » soupira-t-elle, en joignant les mains comme si\n elle priait.\n    Néanmoins, au jour dit, Mme d'Ardemont et son fils se trouvèrent à Ser-\n pigny. Le jeune homme y porta cet air de dégoût goguenard qu'affectent\n volontiers certains Parisiens blasés qui traitent les gens de la province ainsi\n que des Holtentots. C'est à peine s'il répondait aux questions que M. Mil-\n leret se croyait obligé de multiplier. Assis à l'écart, auprès de Dégosses\n immuable et silencieux, il tordait sa moustache et lirait ses manchettes d'un\n geste nerveux. Il montrait son linge éblouissant et ses bagues.\n    Il n'y avait encore au salon que M. Cormevielle, en pantalon chamois, qui\n expliquait qu'au comice agricole de Virebelles, l'an passé, sa pompe à purin\n n'avait pas fonctionné. Mais il en étudiait une autre dont il faudrait bien, un\n jour venant, proclamer la perfection.\n     Il disait cela devant les fins lambris sculptés qui ornaient cette pièce. C'était\n la salle qui servait jadis aux réceptions de l'abbé de Serpigny. Un hasard\n l'avait conservée intacte; car le fermier, qui possédait Serpigny avant M. Mil-\n leret, avait entassé là sa provision de grains, de telle sorte qu'il avait, au\n moyen des sacs de blé et d'avoine, protégé les délicates sculptures des cham-\n branles et des trumeaux.\n    Avec ses quatre baies cintrées qui donnaient, les unes sur la cour d'hon-\n neur, les autres sur le parc, ce salon gardait une allure d'accueillante noblesse.\n Au-dessus des portes, des allégories qui furent si fort en honneur au\nXVIIIe siècle représentaient les quatre vertus cardinales : la Force, la Tempé-\nrance, la Prudence et la Justice. Et partout c'étaient des entrelacs et des\nrinceaux de feuillages et de fruits qui couraient sur les boiseries peintes en\n gris perle. Il y avait une harmonie délicieuse entre cette teinte et le chatoie-\nment précieux des meubles au petit point, dont les paysages de laine ressem-\nblaient à de vieilles toiles d'Hubert Robert. Milleret, très entendu aux\nbibelots, s'était attaché à ne mettre dans cette pièce, sur les consoles et les\npiédouches que des jolivetés coûteuses, figurines de Saxe, biscuits de Sèvres,\nou porcelaines du Japon, qui ressemblaient, avec leurs roses violacés et leurs\nverts céladons, à d'antiques joailleries finement serties de poussière.\n    Jacques décidé à tout dénigrer, faisait semblant de ne pas voir ce qui\nl'entourait. Mais, sans laisser paraître son impression, il examinait ces belles\nchoses qu'un goût si sûr avait réunies là.\n    Cependant Germaine entra. Elle portait une toilette de drap grenat sur\nlaquelle son teint mat ressortait. On eût dit que sa chair, aussi splendide que\nl'ivoire, se glaçait de reflets roses. Elle marchait, gracile et dansante. Le\njeune d'Ardemont lança un coup d'œil et se leva. Et lorsqu'il la vit venir, il\nmurmura entre ses dents : « Voilà la merveille. » Ils se saluèrent comme des\n"}, {"page_pdf": 799, "page_imprimee": 648, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3304, "texte": "648                                DURENDAL\n\n\nétrangers qui aimeraient autant ne pas se trouver face à face. Jacques afficha\nl'indifférence la plus glaciale; mais il fut quand même surpris. Sa mère lui\navait annoncé une jeune fille ravissante. Elle était belle, d'une beauté rare et\nmagnifique. Qu'il le voulût ou non, il admira Germaine l'espace d'une\nseconde ; mais à la façon d'un expert qui estime un objet d'art. Ce fut bref et\nnéanmoins décisif. Il se dit que celte figurine animée pourrait bien passer\npour le plus charmant bibelot des collections de Milleret. Il voulut la com-\nparer à quelqu'une de ces statues polychromes que des artistes modernes ont\nremises en honneur et que l'on expose dans des cages de verre, afin de mieux\nprotéger leurs draperies de jade ou d'onyx et leurs colliers de gemmes\nbizarres. Et le fait est que les cheveux de Germaine, lorsqu'ils étaient éclairés\nde reflets, paraissaient taillés dans la masse d'une sardoine merveilleuse.\nSon visage, dont la pâleur se teintait parfois de sang vermeil, avait l'aspect\nd'un marbre transparent et sa bouche était comme deux lèvres de corindon.\n Dans une albâtre immaculée l'on avait trouvé la forme de ses doigts, que les\n ongles recouvraient de leurs émaux lucides. En artiste, il analysa les traits à\n peine entrevus; il découvrit des similitudes, et se plut au galbe séduisant de\n la femme qu'il devinait en elle. Puis, étonné de s'être si longtemps arrêté à\n cet examen, il reprit en lui-même et par manière de bravade : « Elle est bête\n ou perverse. »\n     A vrai dire, il n'en pensait pas un mot; mais il fallait bien se donner une\n contenance.\n     Il en était là de ses réflexions, lorsque l'abbé Firelin, en même temps que\n sonnait midi, parut à la porte du salon. Il s'arrêta sur le seuil, considéra\n l'assemblée et exécuta une série de petits saluts qui s'adressaient à tout le\n monde en général et à chacun en particulier. Il était splendide, rasé de frais,\n la tête blanche et rose sur une soutane de beau drap noir luisant, l'abdomen\n ceinturé d'une écharpe de moire, dont les franges avaient ramassé, en chemin,\n des houppes de bardane. Ses yeux riaient avec une bonté large. Il fit le tour\n du salon, reconnut ses amis et soudain tomba en arrêt devant Jacques qu'il\n n'avait pas vu depuis six ou sept mois.\n      « Ah! par exemple, monsieur Jacques, quelle bonne surprise! »\n      Et plein de tendresse pour le jeune homme qu'il avait baptisé et dont il\n avait dirigé les premières études de latin, il lui prit les mains et les lui tapota\n  longuement. Jacques, gêné par cette manifestation à laquelle il ne s'attendait\n  pas, cherchait à s'esquiver.\n      « Vous êtes pâle, monsieur Jacques, disait le curé; l'air de Paris\n  ne vous vaut rien. Mais laissez faire : six semaines de campagne remet-\n   tront cela. \"\n      Les douze coups de midi ne s'étaient pas plutôt éparpillés, que l'on\n  entendit, en manière d'atigelus un carillon s'envoler du clocher délabré de\n   l'ancienne église. Milleret avait installé là, parmi le lierre, quelques cloches\n  qu'il faisait sonner en l'honneur de ses hôtes. Leurs voix grêles semblaient\n  chanter dans les ruines fleuries les chansons cristallines d'autrefois et les\n   hymnes blanches qui s'enroulaient, comme des spirales d'encens, autour des\n   piliers de la nef.\n"}, {"page_pdf": 800, "page_imprimee": 649, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3202, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                  649\n\n   Quand la sonnerie se fut dispersée derrière les collines et les bois, Mme Mil-\nleret dit, au milieu du silence :\n   « Les Brogniart ne tarderont pas, je pense, à arriver. »\n   L'abbé Firelin fit remarquer que Le Perché se trouvait à une assez grande\ndistance de Serpigny. « Il y a bien onze kilomètres, dix au moins. »\n   Mais, au même instant, l'on entendit le roulement d'une voiture qui\namenait les retardataires.\n   Le couple Brogniart débarquait en phaéton, et c'était M. Brogniart qui\nconduisait. Il avait une peur bleue de son cheval, une grande bêle blanche\ndégingandée, qui donnait de la tête à droite et à gauche lorsqu'elle trottait et\nqui était bien l'animal le moins fringant que l'on pût imaginer. Néanmoins\nM. Brogniart, dont c'était la gloire de dompter un monstre, se persuadait\nque son cheval méditait toujours des farces et qu'il tenait en mains une sorte\nde centaure ardent, de la race de ceux qu'a chantés Hérédia et qui fuient\n« ivres de meurtre et de rébellion ». Cependant la pauvre haridelle ne frémis-\nsait qu'au fouet brandi sans relâche et butait, comme un pochard, à toutes\nles pierres du chemin.\n   Les Brogniart étaient seuls, car le jeune Victor ayant, avec une régularité\nadmirable, manqué ses examens de baccalauréat, marinait, pour le quart\nd'heure, en une boîte, où on l'imprégnait de l'essence des manuels et du suc\n des précis.\n   Jacques d'Ardemont fut placé, pendant le déjeuner, auprès de Mlle Ger-\nmaine. Il accueillit ce voisinage ainsi qu'une contrariété nouvelle. « Il faudra,\nse disait-il, subir des balivernes et s'intéresser à des niaiseries. La fête est\ncomplète. »\n   Et machinalement il regardait sa voisine. Des jeux de lumière mettaient\nune couche de soleil sur ses joues aux fins duvets et de petits points d'or au\n bout de ses cils. L'eau de ses yeux brillait comme une goutte de pluie tombée\nsur une coupe de bronze. Il la trouvait belle, et pour ne pas en convenir,\n même au dedans de lui-même, il répétait encore : « Elle est bête ou\nperverse. »\n   Le repas commencé au milieu du recueillement général permit d'abord\naux convives de contempler la salle à manger voûtée, par la fenêtre de la-\nquelle on apercevait le jardin français, tout fleuri de glaïeuls et de roses,\nmilgré la saison avancée. Aux murs, des dressoirs exhibaient des faïences\nanciennes récoltées par Milleret dans la région, des plats, des légumiers, et\ndes assiettes décorées de cobalt, de gomme-gutte et de carmin. Leurs enlumi-\n nures voyantes disaient la liesse villageoise des interminables festins et leur\n vernis, sur lequel se reflétaient les carreaux de la fenêtre, animaient d'une joie\n rustique le chêne sombre des meubles.\n   Jacques avait en face de lui une cheminée dont la boiserie peinte montrait\n un vol de petits amours soutenant les armes de Serpigny, l'S enroulée autour\n d'une crosse, avec la mitre abbatiale aux fanons épais. Et ces armes SE\n repétaient sur la vaisselle. Elles rappelaient, à tout moment, que des pro-\n cessions de moines avaient passé par là, dans des nuages d'encens, les\n cierges allumés et la croix haute, précédant le père abbé qui portait cette\n"}, {"page_pdf": 801, "page_imprimee": 650, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "650                               DURENDAL\n\n\n mitre et cette crosse ruisselante d'or et de cabochons. Mais les petits amours\naux ailes de colombe remémoraient aussi les galantes aventures des commen-\ndataires et c'étaient également les armes des grands seigneurs qui venaient\n en carrosse, avec leurs maîtresses et leurs laquais, toucher une fois l'an, les\n revenus abbatiaux.\n    On fit d'abord compliment à Milleret des magnifiques réparations qu'il\navait entreprises. Il acceptait les éloges en homme qui a cherché à faire\nœuvre d'art et qui reconnaît que ses efforts n'ont pas été stériles. Les soins\nde sa politesse n'arrivaient pas à chasser l'ennui qui semblait toujours\nl'occuper. Il était triste et tout de même gêné de sentir autour de lui ces gens\nqu'il connaissait à peine C'était alors que son visage s'immobilisait, grave et\nbistré, au milieu de sa barbe orientale et qu'il redevenait l'archer du Louvre\nfigé dans sa marche, parmi les briques émaillées. On eût dit qu'il venait\nd'être exhumé par M. Dieulafoy.\n    M. Dégosses aurait bien voulu qu'on l'associât aux travaux de son hôte et\nqu'on louât sa finesse de connaisseur ; mais il passait inaperçu et en concevait\nun dépit très vif.\n   Cependant les conversations s'étant engagées, Jacques chercha une phrase\npour sa voisine. Bien qu'il eût juré d'être grognon, il sentait néanmoins qu'il\nfallait faire montre d'amabilité. Et ce sentiment s'imposait à lui d'une façon\ntellement absolue qu'il ne le discutait pas. Il n'en était plus à se demander si\nGermaine était bête, il la voyait finement jolie et gracieuse, il éprouvait la\nnécessité de lui parler. « Elle aura, se disait-il, la conversation oiseuse de\ntoutes les jeunes filles et ce ne sera pas sa faute, puisqu'on ne l'a pas élevée\nautrement que ses compagnes. »\n    Enfin il se décida et ce fut d'une banalité splendide : « Vous vous plaisez\nbeaucoup à Serpigny, mademoiselle ? » Et comme elle répondait un oui des\nplus convaincus, il fut effrayé lui-même de la platitude de sa demande. Afin\nd'exhausser la misère de ses paroles, il n'eut que la force de vanter le pitto-\nresque de l'abbaye et l'heureux parti qu'en avait tiré M. Milleret. Mais il\nparlait d'une voix mal assurée, se perdait dans ses phrases qu'il n'achevait\npas et finissait par accumuler des inepties dont il rougissait. Brusquement il\ns'arrêta.\n    \" Ah! ça, pensa-t-il, mais c'est moi qui l'ai la conversation oiseuse. Voyons,\nje ne trouverai rien que de quelconque à dire à Mlle Milleret? Comme ça doit\nl'intéresser d'entendre un monsieur qui lui décrit une demeure qu'elle habite\ndepuis quatre ans! Après tout, ajouta-t-il, je ne la connais pas et pourvu que\nnous atteignions, sans encombres, la fin du déjeuner, tout ira bien. \"\n   Et se taisant un instant, il prêta l'oreille aux causeries des autres convives,\navec l'espoir qu'il y rencontrerait de quoi alimenter un nouvel entretien.\nM. Brogniart, le nez chevauché par son binocle d'écaillé était parvenu à placer,\nune fois de plus, ses histoires des guerres de religion. La question de la sépa-\nration des Eglises et de l'Etat lui en avait fourni le prétexte.\n    « Savez vous, disait-il à Milleret, savez-vous que Serpigny fut un repaire\nde huguenots? La chose assurément mérite d'être contée. C'était en 1578,\nquelques années après le sac de l'abbaye. Il y avait, en ce temps-là, un certain\n"}, {"page_pdf": 802, "page_imprimee": 651, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   651\n\n\ncapitaine de Rastaignac qui était marié et de plus calviniste convaincu.\n Quelques moines, rentrés timidement ici, se terraient dans leurs cellules. Ras-\n taignac vint les surprendre, à la tête d'une bande de soldats, leur imposa de\n loger cette garnison et s'improvisa abbé de Serpigny.\n    » On vit alors l'étrange spectacle de ce huguenot botté commandant à de\npauvres frocards aux abois. Il encombrait leur abbaye de fourrages qu'il\nentassait jusque dans l'église, ne laissait autour du chœur qu'un espace exigu\npour les offices des religieux et enfin transformait en haras les bâtiments con-\nventuels. Les Prémontrés durent vivre en commun avec les juments de Bresse,\nles étalons d'Allemagne et les ânes d'Auvergne destinés à former des mulets.\nPuis bientôt, les soldats de Rastaignac se mirent à chauler leurs psaumes,\ntandis que les moines débitaient, comme ils pouvaient, leur office. Enfin, au\nbout de quelques mois de cette extraordinaire promiscuité, moines et soldats\nfinirent par s'entendre et même si bien qu'ils chassèrent de compagnie par\nles forêts et qu'ils tinrent le pays, montés sur des cavales, l'arquebuse à\nl'épaule et l'épée au côté. »\n    M. Brogniart s'étendait avec complaisance sur la vie de cette abbaye, où le\ncorps de garde touchait à la sacristie, où l'on brûlait de la poudre dans les\nencensoirs. Et c'étaient des dates à contusionner Larousse et des minuties de\ncostumes à causer le désespoir de M. Maindron.\n    De l'autre côté de la table, Cormevielle répandait une égale abondance\nd'ennui. Pour être moins volubile que M. Brogniart, il ne sévissait pas avec\nune moindre rage. Son débit était lent et sûr. Il racontait à ses deux voisines,\nM mes Milleret et Brogniart, qu'il se proposait de naturaliser un pic-vert qu'il\navait, le matin même, tué d'un coup de sarbacane. Les mots arrivaient pesam-\nment et ce qui les aggravait encore c'est que M. Cormevielle inaugurait des\nchaussures neuves, qui lui causaient d'intolérables souffrances et l'obligeaient\nde suspendre parfois le cours de son récit.\n   « Vous ne savez peut-être pas, mademoiselle, dit alors Jacques à Germaine,\nque M. Cormevielle empaille à merveille les oiseaux. »\n   Cormevielle entendit la phrase, car un élancement terrible venait de lui\ncouper la parole. Il dirigea vers le jeune d'Ardemont un regard sévère et,\ntout en réprimant une grimace de douleur :\n   « Mon cher monsieur, fit-il, je n'empaille pas. Vous saurez, pour votre\ngouverne, qu'il n'entre pas le moindre fétu de paille dans la naturalisation des\nanimaux. Empailleur! oui, c'est le terme de mépris qui sert à désigner des\nsavants et des artistes! Empailleur! c'est bien bon pour eux. Ils empaillent,\ncomme si cette science, qui est l'auxiliaire obligé de la zoologie, n'était pas\nbeaucoup différente du vil travail des réparateurs de chaises! E h ! que\nparlez vous d'empaillage ! Ignorez-vous le nom précis qui convient à cet\nobjet? C'est la taxidermie, je suis bien aise de vous l'apprendre. »\n   Et d'une voix sifflante il ajouta :\n   « Je suis un taxiderme, je ne suis pas un empailleur. »\n   M. Cormevielle avait l'âme la moins endurante du monde dès qu'il s'agis-\nsait de taxidermie. S'il faisait profession de libre-pensée, c'était afin de dépiter\nl'abbé Firelin, et s'il menaçait de se convertir au protestantisme, il n'avait\n"}, {"page_pdf": 803, "page_imprimee": 652, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3216, "texte": "652                                  DURENDAL\n\n\n\npour but que de scandaliser M m e d'Ardemont. Il admettait qu'on le\npoussât sur les questions religieuses, mais il ne fallait pas toucher à la\ntaxidermie.\n   Jacques subit cette mercuriale avec une b o n n e h u m e u r dont il ne se serait\npas cru capable. Il entendit, tout près de lui, le fou rire étouffé de Germaine\net la gaîté de sa voisine lui prouva, mieux que tout, qu'il convenait\nd'accueillir cette boutade sans aigreur. Aux côtés de Cormevielle, M m e Mil-\nleret se pinçait les lèvres et Mme Brogniart soutenait d'un doigt sa joue\ng a u c h e ; elle observait, malgré la pourpre de son teint congestionné, u n e\ndignité parfaile.\n    Les deux jeunes gens se regardèrent. L e u r s yeux exprimaient la même\ngaieté. Jacques fut frappé de découvrir en ceux de Germaine u n peu de ce\nqui occupait son esprit à cet instant. I1 y lisait u n e certaine malice à l'égard\nde Cormevielle. Mais, comme il persistait dans son examen, il connut que\nces beaux yeux profonds avaient aussi des caresses qui troublaient. C'était la\npremière fois qu'il se trouvait si près d'elle : il eut la sensation très nette qu'il\npénétrait jusqu'au seuil de cette âme et il en fut é m u .\n    Dès lors, les mots ne languirent plus. J a c q u e s abandonnait sa contrainte.\nIl oubliait sa bouderie. Maintenant que le son de celte voix lui devenait\nfamilier, il se laissait bercer à la mélodie des paroles et, sans même\nentendre ce qu'elles disaient, il en aimait l'harmonie très douce et très enve-\nloppante.\n   Elle racontait avec un naturel aisé ses occupations à Serpigny. Elle n'y\nmettait aucun apprêt ni aucune fausse modestie. Et Jacques suivait le joli\nm o u v e m e n t des lèvres qui riaient, tout humides, sur les dents éclatantes.\n   P o u r t a n t il eut peur de choir dans les bagatelles obligées, lorsque Germaine\nlui révéla qu'elle s'adonnait à la peinture. « B o n ! se dit-il, nous allons\nessuyer la description des éventails, des tambours de basque et des buvards\nsur lesquels ces demoiselles étalent des fleurs en celluloïde et des bergers de\nconfiserie ! »\n    Mais elle ajouta : « J e peins très peu et surtout je ne montre jamais ma\npeinture.\n   — Mademoiselle, répliqua-t-il poliment, vous avez tort.\n   — N o n , m o n s i e u r ; ne vous moquez pas. C'est une distraction que je me\nsuis d o n n é e , mais elle est pour moi seule. Lorsque je vais me promener\nj'emporte ma boîte d'aquarelle et je m'amuse à dessiner les arbres que je vois.\nJe suis sûre que c'est très laid et c e p e n d a n t j ' y prends quelque plaisir. »\n    P u i s elle confia à J a c q u e s qu'une de ses plus grandes joies était de visiter\nles musées. Ses parents l'emmenaient aussi à P a r i s , au moment du Salon ;\nelle comptait les quinze jours passés là-bas parmi les meilleurs de son\nannée.\n   Et soudain Germaine, évoquant mille souvenirs, discourut de peinture\nmoderne. Elle y mettait un entrain qui décélait ses goûts intimes. Ce fut\npour Jacques u n e révélation. Il l'écoutait avec u n e surprise qui augmentait\nà mesure que la jeune fille disait ses préférences. Elle sentait très vivement la\nsincérité de certains artistes et décrivait leur manière en des mots qui indi-\n"}, {"page_pdf": 804, "page_imprimee": 653, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                  653\n\n\n quaient à Jacques qu'elle appréciait surtout ceux qui expriment la vie et qui\n transposent sur leurs toiles la nature dans toute sa splendeur vraie.\n    Et dès lors des discussions à perte de vue s'élevèrent entre eux. Les noms\ndes plus illustres passaient et repassaient au milieu des fusées d'enthousiasme\n ou des dédains sarcastiques. Les Manet, les Pissarro, les Raffaëli, les Degas,\n les Carrière, les Sargent, les Jacques Blanche et les Whistler surgissaient\n tour à tour, étayés d'épithètes pittoresques, exaltés ou vilipendés. Jacques\n ravi se lançait dans des considérations folles, la poussait à des aveux, la pro-\n menait à travers les écoles et s'enivrait tout entier de cette très juste compré-\n hension de l'art qu'elle montrait à tout propos.\n' « Enfin ! se disait-il, en voilà donc une qui ne bêle pas d'admiration devant\n la peinture académique et qui n'invoque pas, ainsi que des divinités, les\n pitoyables raseurs du grand siècle, les Lebrun et les Lesueur qu'on leur\n apprend à vénérer ! »\n    Ah! il s'agissait bien maintenant de décider si elle était bête ou perverse :\n il lui tenait tête, riant et causant comme un emballé, ne la lâchant pas des\n yeux, s'imprégnant de tous ses mots, de tous ses sourires, de tous ses traits.\n     Mais voilà qu'au moment où tous deux s'en donnaient à cœur joie, Jacques\n rencontra un regard de sa mère qui se fixait sur Germaine et sur lui. Mme d'Ar-\n demont, la face radieuse, les observait depuis un instant avec une telle émo-\n tion qu'elle semblait les unir l'un et l'autre dans la même joie de son cœur. Il\n en rougit de honte et de dépit. Aussitôt il comprit pourquoi sa mère l'avait\n amené là. Simple qu'il était, il venait de se faire prendre au piège d'une\n entrevue!\n    On se levait de table. Il offrit son bras à sa voisine et, profitant du brou-\n haha de la sortie, rongea tout bas sa déconvenue. Irrité et muet il traversait\n les salles encombrées de bibelots, vouant une haine tacite à ces gens qui\nl'avaient invité, et décrétant, dans sa rage inconsciente, que cette rouée de\n Germaine, si ferrée en art moderne et en séduction, n'entendrait plus jamais\n parler de lui.\n                                      VIII\n   « Madame Perchoux ! Madame Perchoux! cria Cormevielle, je vous\nrépète pour la centième fois que je ne veux pas d'un pareil désordre! Ce\nn'est plus une maison, c'est un capharnaiim ! »\n   Le bonhomme vociférait ainsi, bizarrement accoutré d'une houppelande\nde toile jaune, sous laquelle son gros ventre sautait et qui recouvrait à peine\nses pieds éléphanlins bossués d'ognons et de cors.\n   « Qu'est-ce que c'est encore que ça! » hurla-t-il en jetant sous le nez de\nMme Perchoux une balayette d'ajoncs qu'il découvrit dans un coin.\n   « Et ça! fit-il avec un énorme coup de pied qui envoya rouler une boîte\nde conserves remplie d'une pâtée de morceaux de pain.\n   — C'est le manger de Fifille, prononça doucement Mme Perchoux.\n   — Eh bien ! Fifille ira se repaître à la cuisine. Et vous savez, ajouta-t-il,\nque je ne la trouve plus par là votre chatte. Sinon je lui ferai son affaire et\nce ne sera pas long. »\n"}, {"page_pdf": 805, "page_imprimee": 654, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3570, "texte": "654                                    DURENDAL\n\n\n     Mme Perchoux figée dans ses vêtements noirs, les yeux ronds d'épouvante,\nle corps immobile sur le seuil de sa cuisine, figurait la statue de l'ahurisse-\nment. Depuis dix-huit ans qu'elle servait M. Cormevielle, elle ne l'avait pas\n encore vu d a n s un état pareil. Elle se demandait si son maître ne devenait\npas fou et s'il ne serait pas p r u d e n t de crier secours chez les voisins.\n    M. Cormevielle remarquait que sa maison était mal tenue et que son\nvestibule ressemblait à un c a p h a r n a ü m . Mais où allait-on, grand Dieu?\nComme s'il était d'usage de jamais balayer l'entrée du château? Et ce vesti-\nbule est-ce qu'il servait à autre chose qu'à recueillir les objets détériorés que\nM. Cormevielle lui-même y déposait chaque jour?\n    Il est vrai que c'était un bric-à-brac de saletés. L'incurie de M m e P e r c h o u x ,\njointe aux fantaisies taxidermiques de M. Cormevielle, y entassait la plus\nextraordinaire collection de chaises à trois pattes, de vieux bidons de fer-\nblanc, de terrines ébréchées, de godillots décousus et de sordides torchons\nen loques. Il n'était pas rare, non plus, d'y contempler sur des caisses les\npeaux écorchées que le naturaliste faisait sécher, en attendant les savantes\npréparations. E t sur tout cela il planait un firmament de poussière et de\ntoiles d'araignée q u ' a u c u n e divinité en courroux ne troublait. Ce matériel\nde revendeur dormait là, dans le silence paisible des ans, loin de la turbu-\nlente agitation des balais et des plumeaux. Ou si d'aventure un balai s'y\négarait c'était pour abriter, derrière un vieux bahut, le résidu de ses crins ou\nle désossement de son bois.\n    Et lorsqu'on entrait au Montel, on avait l'impression de pénétrer d a n s\nquelque arche de N o é , où le bon patriarche aurait toléré que son ménage ne\nfût jamais fait. Ce qui ajoutait à cette illusion c'est que, de tous côtés, des\nfantômes d'animaux se dressaient, d a n s des attitudes effarantes qui les assimi-\nlaient à des bêles de cauchemar. Empaillés par l'ingénieux Cormevielle, ils\npeuplaient ce vestibule de larves en détresse qui vous regardaient avec d'iden-\ntiques yeux de verre, semblables à d'énormes boutons de bottine, ou qui vous\nmenaçaient de leurs gestes terribles, en avançant des pattes pourvues de\ngriffes rigides ou de cornes ratatinées. Il y avait surtout, près de la porte, un\nchevreuil que M. Cormevielle s u r n o m m a i t E u s è b e , autant par fantaisie que\npar tendresse, car c'était son premier essai de taxidermie, et il lui avait\nd o n n é le nom dont il aurait baptisé son fils si le ciel avait permis qu'il r n eût\nu n . Eusèbe levait u n e tête de rhinocéros sur un corps de porc à l'engrais.\nM. Cormevielle s'était tellement appliqué à recoudre le mufle de l'animal,\nque les lèvres avaient fini par s'ériger en manière de corne et que les oreilles,\ntirées d'une façon indue, battaient les tempes ainsi que des pavillons atro-\nphiés de p a c h y d e r m e . E u s è b e était affreux. E u s è b e , bourré d'un ballot de\nfilasse, ressemblait à un traversin qu'une chambrière aurait comprimé long-\ntemps dans ses bras, pour lui donner du ventre. Et l'opération avait réussi\nà tel point q u ' E u s è b e paraissait prêt à mettre bas, et qu'il avait toutes les\npeines du m o n d e à maintenir cette h y p e r t r o p h i e alvine sur les fuseaux arc-\nboutés de ses jambes.\n    Mme Perchoux avait c o u t u m e de placer sur la tête d'Êusèbe son chapeau\nde jardin lorsqu'elle rentrait avec sa cueillette de carottes et de petits pois.\n"}, {"page_pdf": 806, "page_imprimee": 655, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3352, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                  655\n\nElle l'y accrochait comme à un porte-manteau, et parce qu'Eusèbe voisinait\nprécisément avec la cuisine, scus la cage où Caquet le geai, privé d'ailes et\nde queue, sautillait parmi les feuilles de salade. Ce chapeau était formé d'un\nfond de ruche à miel passé au noir, avec des bandelettes jadis rouges, qui\nflottaient en guise de brides et qui servaient à assujettir la coiffe les jours de\nvent.\n    Jusqu'alors le chapeau de Mme Perchoux, sur la tête d'Eusèbe, faisait un\nassemblage d'objets familiers qui réjouissait la vue de M. Cormevielle. Ils lui\nrappelaient que sa maison accueillait des êtres simples, une ménagère dili-\ngente et une bête domestique et qu'elle était la maison de l'homme des\nchamps, qui connaît son bonheur et le goûte, chaque jour, à dose égale.\n     Mais voilà qu'aujourd'hui, cédant à on ne sait quelle rage de tout boule-\nverser, Cormevielle, qui arpentait depuis un instant le pavé, saisit le cha-\npeau d'une main nerveuse et le lança dans la direction de sa gouvernante, en\nclamant du haut de sa tête :\n     « Enlevez-moi cette horreur ! »\n     M me Perchoux ramassa la coiffure et la serra piteusement sur son ventre,\ntandis qu'Eusèbe, encore ému de la secousse, tremblotait sur son fil de\nfer, et que Caquet dégoisait, derrière ses barreaux, de violentes et décisives\n injures.\n     Qu'est-ce que tout cela signifiait, Seigneur? Elle se le demanda, la brave\n MmePerchoux, au moment où Cormevielle fit claquer furieusement la porte\nde sa chambre et disparut dans un tourbillon de colère.\n     Il erra d'abord quelque temps à travers la pièce, où l'on respirait une âcre\nodeur de poils conservés et de drogues antiseptiques, car il y procédait au mon-\n tage de ses animaux. Puis il s'assit, auprès de la fenêtre, en un fauteuil Vol-\n taire qui était gardé par trois roquets, leur passa la main sur la tête à tous les\n trois et se perdit dans une immense rêverie.\n     I1 songeait que peut-être, tout à l'heure, Mlle Milleret viendrait. Elle lui\n avait, la veille, à ce déjeuner de Serpigny dont il gardait au fond de lui l'im-\n périssable souvenir, demandé la permission de peindre des coins de son parc.\n Et sans doute il la verrait, dans toute la splendeur de sa jeunesse, accourir\n chez lui, joyeuse, bien portante et babillarde. Oh ! si jamais elle tombait à\n l'improviste, au milieu de ses décombres; si le spectacle lamentable de ce\n décrochez-moi ça frappait ses yeux ce serait à en mourir de honte. Et fran-\n chement Mme Perchoux méritait d'être rabrouée sans faiblesse. Conçoit-on\n que la pâtée de Fifille fut placée dans une boîte de fer-blanc, juste au milieu\n du vestibule? Et ce chapeau ridicule sur la tête d'Eusèbe, n'était-ce pas le\n comble de l'impudence?\n     Elle lui avait demandé de peindre des coins de son parc et il avait remarqué\n qu'elle examinait alors le pantalon chamois. « Je ne pourrai jamais assez me\n féliciter de l'avoir revêtu, répétait-il, pour la centième fois. Elle l'examinait,\n elle l'étudiait, elle l'admirait. Hélas! ajouta-t-il avec un soupir, pourquoi\n suis-je vieux? »\n      Il leva vers le ciel un regard mélancolique, croisa ses jambes l'une sur\n  l'autre, joignit ses mains et poursuivit, après réflexion :\n      \" Suis-je vieux? La vieillesse n'est pas le fait de l'âge, mais des abus mul-\n"}, {"page_pdf": 807, "page_imprimee": 656, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3352, "texte": "656                                     DURENDAL\n\n\ntiples de la vie. J e n'ai pas abusé de la vie. J e n'ai c o n n u ni les catastrophes\nqui dépriment, ni les passions qui émoussent les sens et qui épuisent le cœur.\nJ'ai vécu, simple et digne, assouplissant mon corps à des exercices physiques\net mon esprit aux recherches de la science. J e n'ai pas aimé, je n'ai pas souf-\nfert, je n'ai pas vieilli. J e suis j e u n e . »\n    Mais bientôt il haussa les épaules et se dit à lui-même : « E s tu bête, m o n\np a u v r e vieux ! »\n    P u i s il se leva et, comme s'il embrassait d'un c o u p d'œil son existence\nentière, il considéra les m u r s , les objets et les meubles de cette chambre, où\ndepuis trente années il vivait. C'étaient les témoins de ses j o u r s é g a u x ; les\nconfidents de ses rêveries hivernales. Il leur savait gré d'avoir entouré sa soli-\ntude de leur présence muette et de rappeler, avec leurs formes surannées, les\népoques lointaines de son enfance et de sa jeunesse. Ces fauteuils d'acajou,\nhabillés de velours d'Utrecht j a u n e , ils avaient tenu entre leurs bras des\ngrands parents tout blancs qui racontaient de très vieilles histoires et qui pri-\nsaient. La pendule d'albâtre remémorait des doigts noueux qui soulevaient\npieusement le globe rapiécé à l'aide de bandelettes gommées, lorsqu'il s'agis-\nsait de remonter le mouvement. Elle s'était arrêtée sur des heures de mort,\npuis était repartie de n o u v e a u , ayant l'habitude de mesurer aux h o m m e s le\ntemps qu'elle dispensait. Les flambeaux de cuivre j a u n e avaient leur légende,\ncomm3 aussi les vases de porcelaine à petites fleurettes blanches et roses d a n s\nlesquels on mettait des panaches de roseaux secs.\n    Pensif il ajouta : « Dire que jusqu'alors les joies du foyer m'ont été réfusées!\nCar je compte p o u r rien l'inactive sollicitude de M m e P e r c h o u x , qui soigne\nses misères séniles en m ê m e temps que mon pot-au-feu et qui m'entoure de\nl'appareil de ses rides, avec la m ê m e utilité que les murailles ruineuses de cette\nmaison. J'aurais pu, aussi bien qu'un autre, p r e n d r e femme et faire s o u c h e .\nMais non ! »\n    E t de nouveau il répéta : « J e n'ai pas aimé ! »\n    Il songea que M l l e Milleret était belle et que, sans risquer de se c o m p r o -\nmettre, elle viendrait chez lui.\n    « Allons! fit-il, je dois me contenter de balayer la route où elle passera. »\n\n\n                                              IX\n\n    Cinq ou six jours après avoir j u r é qu'il ne remettrait plus les pieds à Ser-\npigny, J a c q u e s se retrouvait dans le grand salon aux boiseries sculptées. Il\nétait assis sur le canapé de tapisserie qui représentait des ruines enjolivées\nde roses trémières, parmi lesquelles broutait u n t r o u p e a u de chèvres à longs\npoils que m e n a i t un pâtre d'opéra-comique. Anxieux il fixait la porte qui\nallait s'ouvrir tout à l'heure et il comptait ces minutes à la fois interminables et\nangoissantes. On lui avait dit que M. et Mlle Milleret étaient allés en visite,\nmais que M l l e Germaine le recevrait, et il était entré.\n    P o u r q u o i était-il entré et c o m m e n t avait-il accepté ce tête-à-tête! Il repassa\nd a n s sa mémoire tous les états qu'il avait traversés depuis ce déjeuner. Ces\ncinq j o u r s lui avaient révélé la faiblesse extrême de sa volonté, l'indécision\n"}, {"page_pdf": 808, "page_imprimee": 657, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3591, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   657\n\nde son esprit toujours influencé par des imaginations contraires, et toujours\nprêt à se déterminer suivant le caprice du moment.\n    D'abord il avait acquis la certitude qu'on s'était joué de lui et que sa mère\nlui ménageait depuis longtemps cette entrevue, car elle souhaitait de le voir\nmarié. Aussi avait-il été d'une humeur massacrante lorsque Mme d'Ardemont\nl'avait questionné au sujet de Germaine. Il n'avait répondu que par des oui\nde dédain aux appréciations enthousiastes de la baronne, qui ne tarissait pas\nsur le chapitre de la beauté, de l'élégance et de l'esprit de Mlle Milleret. A la\nfin Jacques en avait conçu un tel agacement qu'il avait déclaré qu'avant trois\njours il rejoindrait Paris. Là, au moins, il aurait la paix et il n'entendrait plus\nparler ni de Serpigny, ni des Milleret, ni de Germaine.\n    Puis succédant à cet accès d'irritation, une période de nostalgie parisienne\nl'avait plongé dans une mélancolie sauvage. Oui, Paris lui manquait. Qu'il\n trouvât seulement le moyen de réunir quelque pécule et il irait de nouveau se\n perdre dans le mouvement d'idées dont sa cervelle avait de plus en plus\n besoin. Il est vrai que Rosine Bonjour le trompait et qu'elle avait passé à\n travers sa bourse, comme un cyclone au vent duquel tourbillonnaient les\n billets et les louis. Mais ce ne serait pas une affaire d'emprunter quelques\n mille francs qui lui permettraient de subsister une couple de mois et de\n remplacer l'ingrate maîtresse par une autre. Cette autre emploierait d'iden-\n tiques procédés de duperie et Jacques s'exposerait aux mêmes aventures\n décevantes et banales. Cela il le savait, car depuis qu'il fréquentait les\n femmes c'était Rosine Bonjour qui revenait, au bout de tous les changements,\n avec d'autres visages. Et dès lors il fallait admettre la métempsycose galante\n d'une femme sempiternelle, dont l'âme sans mystères, se transvasait dans des\n corps différents. Mais vraiment est-ce qu'il ne pourrait pas s'affranchir du\n joug féminin? Le beau rêve que ce serait de vivre hors de la tutelle des jupes,\n  d'ignorer les manigances, les mensonges et les faussetés auxquels les hommes\n sont pris et de reconquérir cette liberté morale dont on ne jouit vraiment que\n  loin des intrigues! La compagnie de ses amis, un commerce plus assidu avec\n  les rédacteurs de la Justice de Demain, quelques visites à Léon Servais et sa vie\n gagnerait en dignité et en intelligence ce qu'elle avait jusque-là perdu au\n  milieu des godailles et des noces! Il se sentait le cœur de renoncer aux fasti-\n  dieux collages et il voyait devant lui un avenir réconfortant d'activité cérébrale,\n  parce que le souvenir de Rosine Bonjour s'imposait à lui pour lui faire mau-\n  dire les trahisons. Et ce qui contribuait encore à l'affermir dans ces idées de\n  retraite philosophique, c'était la déconvenue de sa première visite à l'abbaye,\n  ce déjeuner qui avait si rapidement pris des allures d'entrevue matrimoniale.\n  Puisqu'on voulait le marier malgré lui, il s'entoncerait plus avant dans le\n  célibat.\n     Et voilà qu'à force de retourner ces mêmes pensées dans sa tête, il en était\n  fatalement arrivé à ne plus s'occuper que de Germaine. Puis il cherchait à\n  éloigner son image, plus elle envahissait ses rêveries. Cette obsession carac-\n  térisait la troisième phase de la crise qu'il traversait. Et ce n'en était ni la\n  moins déconcertante, ni la moins douloureuse. Souvent il avait éprouvé le\n  malaise des discussions stériles et la gêne qui suivait d'ordinaire certains de\n"}, {"page_pdf": 809, "page_imprimee": 658, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "658                                      DURENDAL\n\n\nses entretiens avec sa mère. Il connaissait aussi, pour l'avoir ressenti cent\nfois, l'ennui térébrant qui le torturait dans l'isolement de F r o i d e - É t a q e , lors-\nqu'il lui arrivait d ' a b a n d o n n e r P a r i s quelque t e m p s . Mais la sensation d'être\nprivé de Germaine ne ressemblait à a u c u n e peine ou à a u c u n e incommodité.\n Elle affectait, à la fois, son être physique et son être m o r a l . Elle était u n e\nsouffrance impérieuse dont il n e s'expliquait ni l'origine, ni la n a t u r e . Car il\nn'en avait découvert le s y m p t ô m e q u ' a u moment m ê m e où il constatait qu'elle\nétait implantée d a n s son âme et dans sa c h a i r ; et les effets en demeuraient\nénigmatiques : tantôt ils se manifestaient par des envies folles de fuir, tantôt,\nau contraire, ils excluaient tout désir de mouvement et provoquaient une\napathie insurmontable, une annihilation totale de la personnalité. Cet h o m m e\nqui n'avait jamais eu de caractère déterminé et sur lequel les gens et les\nchoses avaient laissé leur empreinte, se perdait maintenant d a n s u n e pensée\nunique, toute faite des gestes et des paroles d'une jeune fille, et s'y fondait au\npoint d'oublier ses aspirations inquiètes, ses jaclances de verbe et ses t é m é -\nrités d'imagination.\n    L a figure de Germaine, encore vague à ses y e u x , remplaçait les chimères\npoursuivies. Elle s'imposait comme u n e vision qui renaît sans cesse et qu'on\nvoit se dresser partout entre soi et les objets fixés. Si J a c q u e s lisait, son livre\ns'abaissait de lui-même sur les genoux, et il restait ainsi de longs m o m e n t s\nà inventer les attitudes de G e r m a i n e , à forger de toutes pièces u n e conver-\nsation où revenaient des phrases qu'il lui avait entendu prononcer naguère.\nS'il se promenait, c'était elle qu'il rencontrait au détour des allées de F r o i d e -\nE t a p e , et il s'était tellement habitué à évoquer Germaine qu'il avait, d'un\naccord tacite avec le hasard, désigné les arbres derrière lesquels il la v e n a i t\na p p a r a î t r e . Il savait d'avance qu'au dernier tilleul de l'avenue elle viendrait\nà lui de son pas d a n s a n t , le visage tout illuminé de soleil et de beauté et\nqu'ils achèveraient alors tous deux la p r o m e n a d e solitaire.\n    Sa mère, accoutumée à ses mines renfermées et à ses silences maussades,\nne remarqua aucun c h a n g e m e n t dans la manière d'être de J a c q u e s , et la\nb a r o n n e c o n t i n u a de croire que si son fils ne montrait pas la moindre gaîté,\nc'est qu'il se morfondait loin de P a r i s . L u i , c e p e n d a n t , souffrait de cette\ninsistance de pensée qui absorbait tout et qui détruisait en lui les élans qui\nl'emportaient jadis vers la littérature et la sociologie.\n    A la fin, il n'y tint p l u s . I1 se dit : « J e m'abêtis dans cet exil de province.\nP a r c e que je n'ai rien ici qui me tienne en éveil, je me lance à la poursuite de\nfantômes qui troublent m a raison et m o n repos. Il n'est que temps de\nregagner P a r i s . » Il revenait ainsi au point initial de ses tergiversations.\nIl décida de quitter F r o i d e - E t a p e et fixa son départ au surlendemain.\n    Cependant, malgré lui, il voulut, avant de s'éloigner, revoir u n e fois cette\nabbaye, où il avait éprouvé l'émotion la plus soudaine et la plus violente de sa\nvie. Il se d o n n a pour prétexte u n e visite de politesse aux Milleret, qui\nl'avaient invité. Mais lui qui, dans sa sauvagerie, n e consentait jamais à\nmettre les pieds chez ses voisins, il savait bien qu'un autre motif l'attirait à\nSerpigny.\n     E t d o n c , lorsque le valet de c h a m b r e lui eut déclaré que M lle Germaine le\n"}, {"page_pdf": 810, "page_imprimee": 659, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                    659\n\nrecevrait, il se demanda s'il aurait assez d'empire sur lui-même pour dissi-\nmuler l'incroyable agitation de son cœur, qui battait à tout rompre dans sa\npoitrine.\n    Germaine entra. Elle apparut dans une toilette d'étoffe blanche qui l'impré-\ngnait de joie et de fraîcheur. A la vue de Jacques, elle ne put cacher une sur-\nprise ravie. Il lui avait semblé si brusquement ténébreux au déjeuner de\nl'autre jour, lorsqu'on s'était levé de table, qu'elle se réjouissait de le retrouver\naujourd'hui près d'elle. Et c'était bien pour elle qu'il était là; puisque,\nmalgré l'absence de ses parents, il avait insisté pour être reçu.\n    Tous deux s'ingéniaient à chercher des mots indifférents et des poses qui\nne les obligeraient pas à se regarder en face. Mais on a beau posséder des\nressources énormes de banalités, il vient toujours un moment où l'embarras\nse trahit. Et ce sont alors des mains qui se croisent et se décroisent, des\njambes qui se retirent sous la chaise, des mouvements de buste si variés qu'ils\n deviennent intimidants et qu'on préfère bientôt l'immobilité.\n    Ils en arrivèrent à souhaiter que quelque événement imprévu les tirât de\ncette situation ridicule. Ils avaient épuisé les questions obligées sur le temps\net sur la santé de leurs parents, ils n'osaient s'aventurer en dehors de cette\nzone que d'antiques conventions protégeaient. Nul doute qu'ils n'eussent\nrepris leur belle humeur et leur entrain si d'autres personnes se fussent trou-\nvées dans ce salon pour les isoler; mais ils étaient seuls en face l'un de\nl'autre, se connaissant à peine et ressentant néanmoins un tel trouble qu'ils\nen étaient, pour ainsi dire, paralysés.\n    Au milieu du silence, le chant lamentable de la fontaine éparpillait ses\nnotes désolées. Par les fenêtres ouvertes, on entendait tomber dans la vasque\nmoussue les gouttelettes qui piaulaient sur l'eau comme les plaintes d'un\nfifre lointain. L'horloge du clocher sonna trois coups lents qui semblaient\nsortir d'une tente aérienne pavoisée de velours. Les bruits étaient monotones\net tamisés, et la lumière avait les voluptés précieuses dont elle alanguit la\npaix des automnes. Les arbres baignaient dans des vapeurs bleues; les\ncollines se vêtaient d'écharpes violettes et le soleil s'attisait à la façon du\nvermeil que les doigts ont dédoré et qui flambe cependant d'un feu magni-\nfique et discret.\n   Germaine se leva. « Si nous allions nous promener, » fit elle. Et ils sor-\ntirent de cette pièce où leurs âmes à l'étroit demeuraient interdites de s'être\nrencontrées. Germaine n'avait rien de romanesque. Elle n'avait jamais lu de\nromans et sa nature active ne s'accommodait pas de ces rêvasseries mignardes\nque les jeunes filles prennent quelquefois pour des appels d'amour. Soigneu-\nsement élevée entre son père et sa mère, les fadeurs complimenteuses des\nhommes n'étaient jamais parvenues jusqu'à elle. Elle ignorait tout ce que les\nautres connaissent du monde. Mais elle possédait la notion très nette des\nréalités. Elle tenait de son père un jugement droit et Milleret avait développé\ncette faculté en elle par des conversations, où il s'efforçait de lui montrer les\nchoses sous leur véritable aspect. Il en avait fait une jeune fille d'un sens\npratique très étendu et pourtant sans sécheresse, car elle était capable de\nbeaucoup de sensibilité. Il est vrai que la nature aimante et douce de sa mère\n"}, {"page_pdf": 811, "page_imprimee": 660, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3586, "texte": "660                                   DURENDAL\n\n\navait tempéré cette rectitude d'esprit qui aurait pu devenir de la froideur et\nque Germaine portait dans son â m e des qualités merveilleuses de tendresse et\nd'affection. Mais c'était cependant à l'influence de Milleret qu'elle devait le\nmeilleur d'elle même. Il semblait, en effet, que sa mère, après avoir achevé\nl'éducation religieuse de Germaine, se fût, en quelque sorte, effacée et qu'a-\nb a n d o n n a n t à son mari le soin de fortifier l'intelligence de sa fille, elle eût\nassisté, sans s'y mêler b e a u c o u p , au spectacle de cet épanouissement moral.\nIl y avait dès lors, entre la mère et la fille, malgré un très sincère a m o u r , u n e\ncloison étanche qui les rendait l'une à l'autre impénétrables.\n    Germaine comprit très clairement que Jacques d'Ardemont apparaissait\ndans sa vie à u n instant décisif. Elle n'éprouvait, en le voyant, ni cette exal-\ntation q u e les héroïnes de théâtre et de r o m a n accompagnent de gestes osten-\ntateurs, ni ce bouillonnement de cervelle que l'on désigne sous le n o m de\ncoup de foudre. Elle était tout simplement é m u e et ne parvenait pas à\ndémêler la genèse de cette émotion, non plus qu'à en apprécier la p r o -\nfondeur.\n    Q u a n t à Jacques, ce qui se passait en lui le déconcertait. C'était si nouveau\nqu'il se demandait s'il ne se mouvait pas en pleine hallucination. Certes il lui\nétait arrivé plus d'une fois d'approcher d'une f e m m e ; il en avait abordé de\nséduisantes et de spirituelles dont la conversation n'avait pas laissé de le\ncharmer. Mais la douceur de sentir Germaine près de lui ne ressemblait à\nrien de c o n n u . T o u t ce qui émanait d'elle, sa voix, ses regards et jusqu'à ses\nmoindres gestes, le grisait. Il se laissait aller à un engourdissement délicieux\ndont il n'avait plus même conscience et qui n'était pas sans analogie avec\nl'hypnose produite par des parfums très capiteux. Il la suivait émerveillé.\nSes yeux fascinés s'attachaient à ce mirage cependant réel qui fuyait devant\nlui. L'éternel attrait de la femme le subjuguait tout entier. Il était pris par\ntoutes ses fibres; il marchait d a n s un rêve éblouissant.\n    Ils traversèrent le cloître de l'abbaye, qui était devenu, par suite des t r a n s -\nformations successives de Serpigny, une longue galerie voûtée où Milleret\navait entassé des b a h u t s , des coffres, des bois sculptés, des autels portatifs et\ndes statues de saints provenant des églises voisines. T o u t l'art religieux du\nXVIe au XVIIIe siècle figurait dans cette assemblée de meubles a n c i e n s . On y\nvoyait des buffets de sacristie finement ornementés de rinceaux d a n s le goût\nde la Renaissance, de lourds p u p i t r e s de chœur dont les aigles soutenaient\nsur leurs ailes barbelées des antiphonaires reliés en bois ou en veau avec\nleurs courroies qui sanglaient le p a r c h e m i n ; on y voyait aussi des croix p r o -\ncessionnelles fichées dans des a n n e a u x de cuivre, des madones aux draperies\ntumultueuses et des chapes fleuries, dont les soies rouges et vertes éclataient\ncomme des chants d'allégresse.\n    « Le soleil est gai », fit tout à coup Jacques qui indiqua d'un geste à Ger-\nmaine le cloître illuminé. Il aimait la lumière que des stores d'étoffe rouge\nfiltraient et répandaient à travers les bibelots ainsi que des lueurs de soleil\nc o u c h a n t . Il l'aimait pour les étincelles qu'elle allumait aux chandeliers\nd'argent et aux panses bossuées des aiguières, pour les lignes de feu dont\nelle soulignait les noires boiseries et pour la gloire qu'elle mettait autour de\n"}, {"page_pdf": 812, "page_imprimee": 661, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3234, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   66l\n\nGermaine. Elle paraissait nimbée de clarté. Jacques la contempla ainsi trans-\nfigurée par cette apothéose. Et bientôt il se prit à penser que la même lumière\nles enveloppait tous deux; qu'elle et lui s'imprégnaient de ces rayons qui\nchauffaient leur sang et qu'ils s'avançaient par le même chemin de splendeur\net de joie.\n    Ils se parlèrent. Ils furent pénétrés l'un et l'autre de la bienfaisante bonté\ndu soleil qui magnifie les âmes. La contrainte s'évanouit; ils retrouvèrent,\ncomme au premier jour, leur animation.\n    « Voyez, dit Germaine à mi-voix, voyez M. Dégosses qui habille saint\nNicolas. »\n    En un coin du cloître ils virent, en effet, l'asthmatique Dégosses accroupi\ndevant une image posée sur le pavé. C'était un saint Nicolas de taille géante\nqu'un curé de la région avait brocanté, moyennant cinq francs, tout heureux\nd'une aubaine qui débarrassait son grenier. Saint Nicolas, mitré d'or et cha-\nsublé de rouge, ramassait les plis de son aube et de sa robe dans sa main\ngauche déjà empêtrée de la crosse, tandis que sa dextre s'abaissait vers une\ncaque où trois poupards étaient pressés. Le socle vermoulu refusait de main-\ntenir en équilibre cette effigie. Dégosses l'avait étayée de chevilles qu'il s'agis-\nsait de dissimuler à l'aide d'une draperie.\n    « Il m'a dérobé deux mètres d'étoffe dont je voulais confectionner une\nchemisette, murmura en riant Mlle Milleret. Il est assommant. Il fouille dans\ntous les placards. L'autre jour il a pris à maman une jupe de bal dont il a\nvêtu une sainte Vierge. »\n    Il est vrai que M. Dégosses, sans cesse furetant, subtilisait des étoffes de\nchemisette et d'anciennes robes de soie. Il en costumait les saintes et les\nsaints. Il s'ingéniait à des travaux minutieux et ridicules. Il durait par sa\nmanie de tout restaurer et de tout embellir.\n    C'était l'effroi de Milleret que ce petit homme gris qui astiquait les meubles\net qui ne passait aux personnages célestes, ni un doigt amputé, ni un bouton\nabsent. Milleret impuissant à congédier cet iconoclaste, détestait ses méfaits\net les supportait néanmoins d'une âme généreuse.\n    Dégosses ne parut pas remarquer la présence de Germaine et de Jacques.\n Il ne se détourna pas et lorsque les jeunes gens se furent éloignés. Mlle Mille-\n ret ajouta encore :\n    « Il est chez lui. Nous le gênons. Il ne nous parle pas. » Puis poussant\n une porte encastrée dans le mur, elle dit à son compagnon :\n    « Nous voici dans l'église. »\n    De la chapelle abbatiale de Serpigny il ne restait que le chœur dont la\ntoiture s'élançait sur les ogives des fenêtres. Le transept et la nef, marqués\nseulement par les dalles qui en figuraient le plan, s'encombraient de chapi-\nteaux et de fûts de colonnes qui disparaissaient sous le lierre et la vigne\nvierge. A l'autre bout du monument les accotoirs de la porte arrachée soute-\nnaient une rosace vide. Ces ruines n'avaient pas un aspect sinistre : à la place\ndes pierres, il poussait des lianes qui se suspendaient ainsi que des oraisons\nailées; derrière les baies de l'abside c'étaient des morceaux de ciel infiniment\nvariés qui passaient. Une aubépine embrassait l'autel et le défendait contre\n"}, {"page_pdf": 813, "page_imprimee": 662, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2994, "texte": "662                               DURENDAL\n\n\nles sacrilèges, comme si la nature se fût substituée à l'homme pour continuer\nle service de Dieu dans ce temple et pour le louer éternellement dans ses\nplantes.\n   « Quelle admirable vue l'on découvre d'ici! s'écria Jacques. Et comme le\nciel de l'automne convient à ce paysage. Il affine les arbres et les collines qui\ns'enveloppent de demi-teintes. C'est un fond de tableau merveilleux! »\n   Il s'arrêta quelque temps devant cet horizon voilé de lumière laiteuse.\nA travers les ogives béantes, l'on apercevait un infini vaporeux, une étendue\nde prairies vertes que les fleurs de colchique poudraient de mauve et des\ncollines bizarrement découpées, sur lesquelles les villages et les arbres\nmettaient des taches roses et des ombres bleues.\n   « N'est-ce pas, ajouta Germaine, que cela évoque les paysages des peintres\nflorentins? Ces petites montagnes aux formes sveltes, cette vallée qui court\nparmi les peupliers en fuseau, ces maisons serrées autour d'un clocher\nd'argent mat, comme tout cela est harmonieux ! Et voyez quelle paix les\nnuages blonds laissent tomber sur ces choses. Ils se balancent là-haut, sem-\nblables à des voiliers que gonfle la brise marine. »\n   Elle dit encore :\n   « J'aime les nuages parce qu'ils créent dans le ciel des mondes inexplorés.\n   — Je les aime aussi, répondit Jacques, et je voudrais habiter leurs palais\nd'onyx. Ils sont beaux comme nos désirs et comme eux ils se transforment\ntoujours. »\n   Après un silence, il reprit : « Vous avez raison. C'est un paysage florentin.\nDevant lui la vie s'écoule, légère et enchantée. »\n   Tous deux se perdirent dans une longue rêverie. Leurs yeux suivaient le\nvol rapide des hirondelles ou le sillage du soleil qui jetait sur les champs\nherbus des traînées de lumière. Ils jouissaient tous deux d'un bonheur\nconfus. La nature qu'ils aimaient et l'air qu'ils respiraient faisaient pénétrer\nen eux la paix divine de l'amour naissant. Et cependant ni l'un ni l'autre\nn'avaient découvert cet amour qui les enveloppait. Ils se taisaient comme en\nprésence d'un mystère. Ils n'osaient plus parler, dans la crainte que leur voix\nn'éveillât, parmi ces ruines, des silences endormis. Mais ils étaient l'un près\nde l'autre, enivrés de cette poésie du soir qui descendait sur la plaine et si\nattentifs à ne point troubler la pensée de leur âme qu'ils ne voyaient ni la\nbrume s'étendre comme un lac sur les prés, ni les fumées s'élever toutes\ndroites au-dessus des toits.\n\n\n                                      X\n\n   Léon Servais se leva. Il quitta le fauteuil de bois sculpté où il avait cou-\ntume de s'asseoir pour travailler, et il vint s'étendre à demi sur un divan\ncouvert de tapis orientaux. Décidément avec les années, il s'épaisissait. Dans\nsa vareuse à brandebourgs il n'arrivait pas à dissimuler un embonpoint qui\nempâtait déjà son visage et qui lui donnait l'air d'un gros fonctionnaire turc.\nIl avait des chairs blanches et graisseuses et une barbiche poivre et sel qui,\n"}, {"page_pdf": 814, "page_imprimee": 663, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                  663\n\n\nsous l'espèce de chechia dont il était coiffé, auraient parfaitement pu appar-\ntenir à un pacha ou même à un bachi-bouzouck.\n   Il coula vers Jacques d'Ardemont un regard morne et considéra le jeune\nhomme assis près de la haute cheminée, sur l'entablement de laquelle était\ntendu un orfroi de dalmatique.\n   « Que voulez vous, mon jeune ami, fit-il avec un soupir, la vie n'est que\ndiversités et contradictions. Il faut savoir s'affranchir des préjugés qui seuls\nnous empêchent de jouir ici-bas des biens naturels et humains. Les sciences,\nles femmes et les arts ne sont bons qu'autant que nous en faisons un emploi\nprudent et que nous ne leur livrons pas le meilleur de nous même, j'entends\npar là notre raison qui est capable de juger, de comparer et de préférer.\nOr, c'est en jugeant, comparant et préférant que nous acquérons le bien-être\nabsolu.\n   » Je dirais volontiers, avec Monlaigne, que le goût des biens et des maux\ndépend en grande partie de l'opinion que nous en avons.\n    » Ne prenons des choses que la somme de plaisir dont elles sont suscep-\ntibles, et au moment même où nous nous apercevons qu'elles apportent\nquelque gêne ou quelque trouble, détachons-nous-en, comme d'un spectacle\nqui fatigue par sa monotonie. Vous souffrez de vos incertitudes et de votre\nennui. C'est que vous portez en vous l'âme de votre race, qui vous attache\nencore aux vieilles conventions dont le monde se meurt. Que ne jetez-vous\nun œil désabusé sur les ridicules efforts que font les hommes pour vivre en\nfrères ennemis? Car, je vous le demande, leurs usages et leurs lois n'ont-ils\npas pour but d'instituer en tous lieux le mensonge, de prôner la méfiance et\nd'entretenir la duperie ? La morale et la religion ne reposent que sur la crédu-\nlité et la faiblesse : elles réclament l'aide brutale des gouvernements et l'habile\nfiction des dogmes. Et, par conséquent, il est juste d'avancer que pour le sage\nil ne saurait y avoir ni morale, ni religion.\n   — Et l'amour? interrogea timidement Jacques.\n   — L'amour, répliqua Servais, est un grand mot qui sert à masquer toutes\nles bassesses et à excuser toutes les folies. Il est l'orgueil des hommes et\nl'hypocrisie des femmes. Nous l'invoquons ainsi qu'une divinité supérieure\nqui règle toutes nos affaires ici-bas et aux pieds de laquelle nous venons\nchercher l'oubli de nos maux. Mais, en réalité, c'est le plus bel attrape-\nnigauds qui soit. Citez-moi des amants qui n'aient pas employé le temps de\nleur passion à se composer des visages, des altitudes et des sentiments faux,\nà se tromper sur la valeur même de leur amour, à le proclamer exclusif et\ninsatiable, alors qu'il n'était qu'un prétexte à leur ennui ou à leurs fanfaron-\nnades? Je ne parle, bien entendu, que de l'amour librement consenti, et je n'ai\ngarde de le confondre avec l'amour matrimonial qui, à proprement parler,\nn'existe pas; puisque le mariage ne détermine, en somme, que la contrainte\nde deux vies dans la cangue des lois. »\n   Léon Servais ramena sous lui ses pieds chaussés de pantoufles. Il saisit,\nsur une table voisine, une navaja de Tolède qui lui servait de coupe-papier\net joua avec le manche damasquiné qu'il roulait entre ses doigts.\n   La vue de ce gros homme vautré au milieu de son luxe fit naître dans l'es-\n"}, {"page_pdf": 815, "page_imprimee": 664, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3385, "texte": "664                               DURENDAL\n\n\nprit de Jacques des pensées moroses. Jamais le romancier ne lui avait paru\nplus plein de morgue et de suffisance. Le disciple accoutumé aux disserta-\ntions préJicantes du maître, remarquait aujourd'hui pour la première fois\ncette insupportable manie de tout dénigrer et de tout réduire à l'étiage d'un\ncerveau omniscient. C'était principalement lorsqu'il sentait autour de lui un\ncercle de flagorneurs ébaubis que l'écrivain se perdait en apophtegmes, afin\nde tirer à lui la louange; mais le besoin d'étonner le tenaillait si fort qu'il se\ncontentait aujourd'hui d'un seul auditeur bénévole. Il poussa si loin ses\nparadoxes, il assuma une telle charge de pédanterie et fit un tel étalage de\nscepticisme, que Jacques mesura la vacuité de cet esprit supérieur : le boudha\nsonnait creux et les cassolettes déposées devant ses babouches ne laissaient\nplus fumer que de vieux charbons malodorants.\n     Revenu à Paris depuis la veille, le jeune d'Ardemont dont l'état moral\ns'aggravait, s'était adressé au romancier comme à un directeur de conscience\nlaïque. Il comptait sur la clairvoyance de Servais pour démêler ce qui se\n passait en lui, car il n'y comprenait rien. A quoi donc attribuer ce dégoût\ndes hommes et des choses, et cette désorientation ?\n     Il ne savait vraiment plus où il en était et voilà qu'au lieu de le tirer d'em-\nbarras ce pontife l'égarait davantage et achevait de le débiliter en lui prescri-\n vant ses ordonnances de doute et d'irréligion.\n     « Pourtant, se dit Jacques, ce que j'entends là n'est pas nouveau. Ce n'est\n pas un aliment imprévu devant lequel je renâcle. J'ai lu, cent fois, dans les\n ouvrages de Servais, de semblables théories. Les romans de cet homme ne\n sont pleins que de sophismes et je m'en suis nourri sans dégoût, tellement je\n me plaisais aux élégances merveilleuses de leur style, aux séductions de leurs\n idées. Pourquoi le charme est-il rompu?»\n     Il l'écouta encore quelques instants échafauder des systèmes, de sa voix\n insinuante où les phrases bruissaient comme des perles sur un plat de ver-\n meil. Puis il brusqua la sortie, décidément navré et désolé.\n      Dehors le bruit de la rue lui fit mal. Les voitures, au lieu de rouler sur les\n pavés, lui battaient aux tempes des sarabandes de cahots. Ses propres pas\n se répercutaient jusque dans son cœur, sensible à tous les chocs.\n      Il voulut se rendre auprès de ses amis; mais subitement il pensa qu'il n'en\n avait point.\n      « Je me suis lié, soupira-t-il, avec des jeunes gens qui furent mes camarades.\n  Aucun ne m'a livré un peu de sa pensée intime; aucun ne m'a fait participer\n  à son affection. Je n'ai pas éprouvé l'agrément d'un commerce où deux exis-\n  tences se mêlent; si bien qu'eux et moi nous sommes des étrangers qui nous\n amusons au jeu divers de nos intelligences, mais qui ignorons la douceur des\n  secrets échangés et l'aide des soins amicaux. »\n      Et parce qu'il était disposé à recevoir les impressions les plus vives il lui\n  sembla que sa vie affluait vers lui, qu'elle l'enveloppait de ses eaux soudaine-\n  ment débordées et que leur tumulte ne faisait qu'un bruit vain, de même que\n   leurs flots n'entraînaient que des fantômes.\n       Il se pencha sur sa vie. Ses regards ne mesuraient pas le fond du gouffre.\n   Alors il se demanda si réellement il avait vécu jusqu'à ce jour et ce qu'avait\n"}, {"page_pdf": 816, "page_imprimee": 665, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3417, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                  665\n\nproduit l'agitation de sa cervelle toujours éprise de nouveauté et d'inconnu.\nEtait-ce la peine d'avoir approché tant d'hommes et remué tant d'idées pour\ntoucher ainsi du doigt le néant de ses jours? Que lui avait servi de fréquenter\nces personnages verbeux, dont pas un ne lui aurait tendu la main dans un\ngeste de pitié? Et ces théoriciens de la Justice de Demain, ces philosophes\ngrandiloquents, ces impérieux commentateurs des actions humaines,\nqu'avaient-ils secoué sur sa tête, du haut de leur tour de stuc? Des loques\ndont la poussière s'était dispersée avec le vent.\n    Il s'en allait par la ville indifférente, maugréant contre lui-même et contre\nles artisans de sa débâcle morale. Il traversait des places, il longeait des\nquais. Ce lamentable exode lui prouvait sa solitude et lui révélait son inu-\ntilité. Des gens passaient près de lui qui, sans doute, avaient une fonction\ndans le monde ou tout au moins un souci. Ils servaient peut-être à quelque\nchose ou à quelqu'un, tandis que lui voguait à travers la société inapte à quoi\nque ce soit, désemparé, irrésolu. Et il en arrivait à désirer la peine du dernier\nde ces passants, car au moins il aurait eu un motif de douleur légitime, il\nn'aurait pas en pure perte gaspillé des heures d'inavouable ennui.\n    Il se rappelait encore une randonnée exaspérante au cours de laquelle il\navait été ballotté comme aujourd'hui. C'était après la trahison de sa maîtresse\net il y avait de cela cinq semaines environ. Mais il n'était plus le même\nhomme, car il ne lui venait aucune velléité de raccommodement avec Rosine\n Bonjour. Cela aussi sombrait dans le chaos. Et d'ailleurs quel réconfort lui\neût apporté celte liaison où tout n'était que fourberies?\n    Il souffrit de la rue qui charriait des mensonges, il souffrit de Paris qui\nl'avait leurré.\n    Et soudain, de toutes les paroles énoncées par Servais il y en eut une, plus\nnette et plus impressionnante, qui l'assaillit : « Vous portez en vous l'âme\nda votre race », avait proféré le grand homme. Jacques se la répéta cette\nphrase qui, sous une apparence de blâme, contenait l'explication de toutes\nles erreurs.\n    C'était bien vrai qu'il portait l'âme de sa race, puisque en cet instant sa vie\nentière lui remontait au cœur pour lui présenter le contraste de son éducation\npremière et de son actuelle dégénérescence. Tout ce que ses parents avaient\ndéposé en lui de bon, les semences de vérité que les fausses doctrines étouf-\nfaient, les i'Jées de morale et de religion qu'il raillait, tout cela surgit des\nténèbres d'un rêve et l'angoissa. Il revécut les années lointaines de son\nenfance et s'émut au souvenir des soins de sa mère dont toutes les caresses\nlui avaient, malgré les aventureuses équipées, laissé des parfums de ten-\ndresse et d'amour. Nous avons beau pécher par orgueil et nous efforcer\n d'oublier, il reste au fond de nous, lorsque tout est tari, des réserves de\nbonté qui nous viennent des soirs où notre mère se penchait sur nous, avant\n le grand silence des nuits bleues dans les petits lits.\n    Jacques eut la sensation très réelle de deux êtres coexistant en lui : l'un\n n'avait pas abandonné la simplicité de l'enfance; mais il faisait les gestes\n gauches de ceux qui ont grandi très vite et pourtant sa croissance était\n arrêtée. L'autre mimait les sentiments des hommes qui ont âprement pour-\n"}, {"page_pdf": 817, "page_imprimee": 666, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2931, "texte": "666                                DURENDAL\n\n\nsuivi des songes, qui ont écouté les paroles des sophistes et qui n'ont étreint\ndans leurs mains fiévreuses que de belles illusions.\n   Cela rappelait un peu l'avatar dont Théophile Gautier parle dans l'un de\nses contes. Un médecin, qui a surpris les secrets des brahmes et qui possède\nl'art des incantations, réussit à transposer l'âme d'Octave de Saville dans le\ncorps du comte Olaf Labinski. Le personnage, ainsi géminé, assiste aux\nmerveilleux conflits de ses pensées et de ses désirs dans un cœur étranger,\nil anime des membres habitués à obéir à une autre volonté que la sienne.\nIl est véritablement deux.\n   C'était l'impression d'une dualité à peu près pareille qui terrifiait Jacques :\nil comprenait que son double avait absorbé les forces vives du faible compa-\ngnon qui lui ressemblait aussi.\n    L'égoïste qu'il ne cessait d'être depuis des années avait tout pris et tout\nperdu.\n    Alors il s'écria : « Je n'ai pas vécu et je découvre aujourd'hui la débilité\nd'une existence que je croyais forte d'altières opinions. »\n    Mais ce qu'il ne pouvait ajouter, c'est que cette découverte, il la faisait à\nchaque minute de la journée depuis qu'il avait quitté Germaine. Le\nmiracle s'accomplissait à son insu. Il l'aimait : loin d'elle, tout lui devenait\nodieux.\n    Cet amour illuminait à ses yeux étonnés une région dont les plaines,\nvibrantes de clarté, l'attiraient inconsciemment. Il y découvrait, du fond\nobscur de sa misère, des coteaux chargés de fruits et des fleuves aux belles\neaux vertes sur lesquelles glissaient des navires fleuris.\n    Il revit le cloître de Serpigny avec ses murailles fraîches et l'abside écroulée\nde la vieille église, où, pour la première fois, ils s'étaient aimés sans qu'une\nparole eût trahi leur amour.\n    Il sentit qu'un repos infini l'attendait là.\n\n\n                                        XI\n\n   Le dimanche du Rosaire, après les vêpres, M. l'abbé Firelin conduisit\nà Froide-Etape les enfants du catéchisme. Depuis qu'on avait expulsé les\nsœurs de Fay-le-Montel, c'était la baronne d'Ardemont qui surveillait l'édu-\ncation religieuse des petites filles. Une ou deux fois la semaine, elle les réu-\nnissait chez elle et leur apprenait l'histoire sainte et le catéchisme, afin de\ndécharger M. le curé qui s'occupait plus spécialement des garçons. La\nbaronne s'asseyait au milieu des petites dans une chambre du château et,\npendant une heure, avec une patience admirable et un don tout particulier\nd'enseigner, elle les instruisait par demandes et par réponses.\n   Il y avait d'abord eu au village quelques protestations de la part des male-\nbêtes du cru qui déclaraient que, puisque la commune supprimait les\n« nonnes », il ne fallait plus apprendre aux enfants que la morale laïque. La\nburaliste de Fay-le-Montel, ivrognesse et apoplectique, annonçait chaque\nmatin derrière son comptoir et ses bocaux de bonbons anglais, que si le gou-\n"}, {"page_pdf": 818, "page_imprimee": 667, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3463, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                  667\n\nvernement rétablissait « comme dans les temps » la guillotine, ce serait elle\nqui tirerait la ficelle pour raccourcir la baronne. Puis on avait vu les mioches\nrevenir chez eux les mains chargées de cadeaux lorsqu'ils avaient su leurs\nleçons et dès lors les protestations s'étaient faites plus timides et plus\nrares.\n    Chaque trimestre Mme d'Ardemont distribuait des jouets et des vêtements\nque l'on échangeait contre les bons points reçus. L'abbé Firelin présidait\ncette cérémonie, à laquelle il conduisait aussi sa classe de garçons.\n    Il arriva, ganté de noir, tenant au bout de ses doigts emmaillotés de soie, un\nchapeau poilu comme un angora. Derrière lui, les enfants, serrés en trou-\npeau, se roidissaient dans leurs vêtements des dimanches et riaient tous avec\nleurs yeux, leur bouche et leur nez. On ouvrit la salle à manger et on les\ninstalla sur des chaises où ils n'osaient pas s'asseoir. Il y avait aussi, ce\njour-là, à cause de la fête du Rosaire, les demoiselles de Fay-le-Montel qui\nsuivaient les exercices du chapelet. Elles avaient de belles robes copiées sur\nles suppléments de mode du Petit Journal, des chapeaux pavoises de bande-\nroles éclatantes et les plus distinguées portaient des gants de peau qui ne se\nboutonnaient qu'au prix de pénitentielles lézardes.\n    D'ordinaire Mme d'Ardemont prenait à ces fêtes naïves un plaisir maternel\net joyeux. Elle les animait de ses paroles tout imprégnées de gaîté, d'aisance\net de bon accueil. Et sentir autour d'elle ce petit monde en extase lui mettait\nau visage un rayonnement qui diffusait son intime satisfaction d'accomplir\n un devoir de charité.\n    Mais l'abbé Firelin remarqua qu'elle n'avait pas son entrain habituel. Un\nléger trouble passait dans sa voix malgré ses efforts. Il donnait à ses gestes\n quelque chose de fébrile ; une nervosité imperceptible à laquelle on n'eût cer-\ntainement pas fait attention si elle n'avait pas contrasté avec le calme alerte\n des autres jours.\n    Et puis un indice plus grave révélait à M. Firelin une inquiétude dans\nl'esprit de la baronne. Tout à l'heure aux vêpres elle avait failli être en retard.\n Pour qui connaissait son exactitude c'était presque un manquement aux\n offices. Elle était entrée tandis que le curé, du haut de sa stalle, entonnait le\n Deus in adjutorium. L'abbé s'était d'abord prosterné longuement devant l'autel,\n en surplis et en étole, pour permettre à sa paroissienne d'arriver à temps;\n puis n'entendant aucun bruit de pas familier dans l'église où quatre vieilles\n femmes et une dizaine de fillettes se morfondaient en silence, il avait pris le\n parti de commencer sans elle. Sa voix n'avait pas plus tôt entamé le chant\n liturgique que la baronne se coulait dans son banc et s'agenouillait. « Evi-\n demment, se dit M. Firelin, Mme la baronne souffre de quelque tracas. Elle\n n'est pas tout entière à cette distribution de friandises et de babioles. Je vois\n bien que ses doigts saisissent avec hâte les objets et je vois bien aussi que ces\n objets ne sont pas disposés sur la table de la salle à manger avec la symétrie\n qui préside toujours à ces largesses. Non pas, grand Dieu ! qu'il y ait désordre,\n mais il me semble que les paquets sont moins minutieusement ficelés et que\n les papiers ne montrent pas ces beaux plis rectilignes et ces belles cassures\n qui sont plutôt du ressort de l'art que de celui de la science ménagère. Car\n"}, {"page_pdf": 819, "page_imprimee": 668, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3504, "texte": "668                                    DURENDAL\n\n\n M m e la b a r o n n e fait la charité avec g o û t ; elle y met de l'élégance et m ê m e de\n la coquetterie. »\n     C e p e n d a n t la première série de bons p o i n t s ayant épuisé u n e partie des\n récompenses, l'on dirigea les enfants vers u n goûter servi d a n s u n e pièce\n voisine. Les demoiselles du chapelet, après avoir attesté qu'elles ne p r e n -\ndraient rien, se faufilèrent le long des m u r s , les unes derrière les autres,\n avec des mines rougissantes et des mains empêtrées et joignirent toutes le\n cervelas, la bière et les chaussons aux p o m m e s .\n     Alors, l'abbé Firelin se trouva seul devant M m e d ' A r d e m o n t . Il accepta\n un verre de sirop qu'il eut b e a u c o u p de peine à maintenir en équilibre, tant\n à cause de ses gants de soie que de son chapeau qui l'encombrait b e a u c o u p .\n     La b a r o n n e , après u n silence, eut u n sourire énigmatique :\n     « Monsieur le Curé, dit-elle, vous me voyez tout é m u e . J'ai reçu 'ce matin\nu n e dépêche de P a r i s .\n    — Serait-ce u n e mauvaise nouvelle? d e m a n d a M. Firelin en a p p u y a n t son\nverre sur son g e n o u .\n    — J e ne sais si elle est b o n n e ou mauvaise, continua M m e d ' A r d e m o n t .\nJ a c q u e s m ' a n n o n c e son arrivée pour d e m a i n .\n    — Oui, prononça le curé, qui p a r u t perplexe.\n    Il maintint sur son interlocutrice des yeux profonds et hocha la tête de\n bas en haut, c o m m e s'il continuait son affirmation, mais parce qu'en réalité\nil ne démêlait pas les motifs de cette réticence. « D'où vient, pensa-t-il à\npart lui, que M m e la baronne s'inquiète du retour de son fils, elle qui se plaint\ngénéralement de le voir trop p e u . »\n    Mais la b a r o n n e répondit d'elle-même à la muette d e m a n d e de M. Firelin :\n    « J a c q u e s est parti pour P a r i s mercredi dernier. Il faut que quelque événe-\nment fâcheux se soit produit, car il ne revient jamais si vite.\n    — O h ! m a d a m e , objecta le curé, qu'allez-vous c h e r c h e r ! M. Jacques a\nsans doute le désir de compenser par u n plus long séjour la courte a p p a -\nrition qu'il fit d e r n i è r e m e n t à F r o i d e - E t a p e .\n    — N o n , monsieur le Curé, je ne m'y t r o m p e pas, continua la b a r o n n e . Ces\nva-et-vient cachent u n e préoccupation. Mais m o n pauvre fils n'est pas\nexpansif et j'en suis réduite à des conjectures qui, je l'avoue, m'affligent\ndouloureusement. S'il reparaît ici avec sa figure attristée et ses yeux las, et\ns'il répond à peine à mes questions, c'est qu'il aura des ennuis que j'ignorerai\ntoujours et que je serai, par conséquent, incapable de soulager.\n    — Permettez-moi, m a d a m e la B a r o n n e , interrompit M. Firelin, de vous\ndire que vous vous rendez malheureuse par prévision. Ce que vous redoutez\nn'arrivera sans doute pas, souvent nous inventons des m a u x que Dieu n o u s\népargne c e p e n d a n t . Il n'est que de s'en remettre à sa divine Providence du soin\nde notre avenir. Mais quel besoin ai-je de prêcher la résignation à une c h r é -\ntienne telle que vous? » ajouta le curé en portant à ses lèvres le verre de sirop.\n    Il parlait d'un ton mal assuré parce que sa perspicacité s'était rencontrée\navec celle de cette mère en a l a r m e s . Il crut bon de la réconforter par des\nconsidérations générales sur l'excellente nature de son enfant.\n    « M. J a c q u e s , dit-il, est doué d'un cœur a i m a n t et j'ai pu juger par moi-\n"}, {"page_pdf": 820, "page_imprimee": 669, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                  669\n\n même, combien il gardait l'impression de ses souvenirs d'enfance. Il est, je le\n reconnais, peu porté à se livrer, mais tenez-vous pour certaine qu'il confiera\n à sa mère ses embarras, s'il en a. »\n    Dans la pensée de M. Firelin, ce terme d'embarras comprenait les multiples\n accidents d'une vie de jeune homme avec leurs conséquences morales et\npécuniaires. Il soupçonnait des aventures féminines. Il flairait l'intrusion de\n quelque fille dans les affaires embrouillées du jeune d'Ardemont. Le bruit\ncourait, dans le pays, que Jacques s'endettait et le notaire de Fay-le-Montel\navait révélé sous le sceau du secret, à des personnes sûres, qu'il était chargé\nde négocier des emprunts. Le lendemain tout le monde répétait la chose\n divulguée en cent lieux; de telle sorte qu'il en était revenu des échos aux\n oreilles du curé. Celui-ci n'hésitait pas à mettre sur le compte d'une faillite\n galante les allées et venues du jeune homme à Paris.\n    Et c'était aussi le sentiment de la baronne et sa terreur secrète. Le prêtre\n et la mère se comprenaient à mots couverts. M me d'Ardemont ajouta en\n manière d'épilogue et comme pour sceller d'une phrase ses appréhensions :\n    « Jacques n'aime pas Froide-Etape. »\n    Elle lança un regard dans le vide. Elle imaginait d'avance les attitudes\n songeuses de son fils, ses doléances à propos de tout et son état d'énerve-\n ment encore accru de son aversion pour la campagne. I1 n'était jamais\n content de rien, il trouvait toujours matière à chicane ou à bouderie. Et\n c'était le facteur qui faisait mal son service; et c'était le puits qui n'était pas\nfrais et par dessus tout son linge que les lavandières brûlaient avec leur eau\n de Javel et qu'on ne blanchissait pas à son gré. Tantôt on lui restituait des\n cols en carton-pierre, et tantôt des manchettes en papier buvard. Un jour\nses chemises lui revenaient bleues et le lendemain on les lui rendait jaunes.\n La campagne devenait inhabitable et il la désertait.\n    Dès lors il fallait qu'une cause impérieuse le poussât à ce retour inopiné.\nLaquelle ? se demandait encore, avec effroi, Mme d'Ardemont.\n    L'abbé qui, moyennant d'ingénieuses combinaisons, était parvenu à vider\nson verre de sirop, vint le poser au bord de la table sur le tapis de drap vert.\nOn entendit le chuchotement des enfants qui goûtaient dans la pièce voisine.\nIls retenaient leurs rires et les éclats de leur voix qui parvenaient là en susur-\nrements discrets.\n    M. Firelin, dont la pensée voyageait avec celle de la baronne, dit après\navoir posé la main sur son rabat :\n    « Vous n'avez jamais pensé à marier M. Jacques? »\n    Mme d'Ardemont leva un peu les bras et son geste exprima des regrets et\ndes espoirs. Le curé présumait que l'éventualité du mariage était le seul cor-\ndial à administrer à cette mère abattue. Le mariage, ce serait la fin du\ndésœuvrement de Jacques et la raison d'être de sa vie fastidieuse et inutile.\n    Mme d'Ardemont allait répondre, lorsque les demoiselles du chapelet, qui\nramenaient les enfants confiés à leur garde, firent dans la salle à manger une\nirruption circonspecte. Et l'on acheva avec la même gaîté un peu contrainte\nde récompenser tous les bons points du catéchisme.\n  (A continuer.)                                          HENRY D'HENNEZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-003", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 670, "page_fin": 672, "titre_corps": "Prinses Zonneschijn de P. 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Kufferath et G u i d é\n                          de s'être montrés hospitaliers aux productions\n                          nationales. Après J. Blockx et A. D u p u i s , c'est\nGilson que nous avons pu a p p l a u d i r dans un d r a m e , qui est\nsans conteste le chef-d'œuvre du théâtre lyrique belge.\n    L e poème flamand de Pol de Mont, habilement a d a p t é en\nfrançais, pour la scène de la Monnaie, par M. Marcel Lefèvre,\nsort de la banalité des livrets d'opéra. Ceux auxquels la belle\nlangue flamande est familière savent quel charmantversificateur\nest Pol de Mont. Prinses Zonneschijn, considéré dans son\nensemble, est assez bien conçu pour la scène, sauf l'erreur\ni m p a r d o n n a b l e du double meurtre entre le duo et l'apothéose\nfinale. Q u e fallait-il faire?... Je n'en sais rien, mais cette scène\ntelle quelle est ridicule et choquante. L'histoire du cerf est par\ntrop puérile aussi, tout comme la transformation du cygne dans\nLohengrin. Il y aurait encore d'autres critiques à faire, mais\ndisons plutôt que le sujet est très séduisant et q u ' u n e foule\nd'épisodes sont exquis. Il faut mettre hors pair la scène des\nscaldes. T r è s poétique aussi l'ensorcellement du château à la\nfin du premier acte et la belle scène de W a l p r a et son fils dans\nla forêt, etc.\n\n (1) La Princesse Rayon de Soleil.\n"}, {"page_pdf": 822, "page_imprimee": 671, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "              PRINSES ZONNESCHIJN DE P . GILSON                671\n\n\n   Et la partition de Gilson?... Il n'y a vraiment que des éloges\nà en faire. L'inspiration en est franche et exempte de toute\nrecherche, ce qui se concilie très bien avec un absolu moder-\nnisme. L'œuvre est conçue d'après l'esthétique wagnérienne, et\nl'ombre du colosse y apparaît. Ce n'est pas là un reproche, car\nle compositeur reste original quand même. D'ailleurs, on pro-\ncède toujours de quelqu'un, fût-on un Beethoven.\n    L'orchestration est d'un intérêt et d'une variété inépuisables.\nLa polyphonie est très chargée, sans lourdeur aucune, mais\npeut-être trop chargée quand même. Il me semble qu'au théâtre\nl'attention est tellement attirée par le chanteur, — et cela doit\nêtre, puisqu'il est l'acteur, — que la trop grande complication\nde l'orchestre est une richesse perdue. La voix empêche de bien\nla saisir, à moins... qu'elle ne couvre elle-même la voix, ce qui\nest ordinairement blâmable. Nos compositeurs dramatiques ne\ndevraient-ils pas davantage approfondir l'esthétique de Gluck,\nqui met les voix si bien en valeur et qui unit tant d'expression\nà une si étonnante sobriété? Sans doute, le simplisme de Gluck\n ne serait plus de mise dans une partition moderne. L'orchestre\n peut et doit jouer un rôle plus important, mais le théâtre\nwagnérien ne nous a-t-il pas habitués à un excès de richesse\n orchestrale?\n    En écoutant Prinses Zonneschijn, on remarquera au premier\n acte d'abord une inspiration presque populaire. Ce sont des\n chœurs de fileuses, des chants d'enfants, des appels de cors et\n musique de chasse. Par contre, quel romantisme sombre dans\n les invectives de Walpra et quelle poésie grandiose dans le\n thème du sommeil au milieu du déchaînement des éléments.\n Involontairement, on pense à la fameuse incantation de la\n Walkyrie; et, franchement, ceci ne pâlit pas à côté de cela.\n    Le deuxième acte présente également un heureux contraste\n entre la première scène de grand style (Walpra et son fils) et\n l'exquise trouvaille de la scène des scaldes. Peut-être pourrait-\n on reprocher aux actes 2 et 3, une trop continuelle répétition\n du thème d'amour de Tjalda, qui finit par un peu obséder.\n    Au troisième acte, chœur charmant de fillettes dans la forêt.\n Poésie pénétrante de la rêverie de Tjalda. L'apparition du châ-\n teau ne produit pas l'effet voulu. Est-ce la faute au musicien ou\n aux interprètes?\n     Très remarquable la scène du réveil dont la poésie rappelle\n"}, {"page_pdf": 823, "page_imprimee": 672, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 903, "texte": "672                         DURENDAL\n\n\ntant le réveil de la Walkyrie quoiqu'avec moins de grandeur.\n    L'idée de donner à un grand duo d'amour une forme de valse\npeut sembler bizarre à première vue. Eh bien! la réalisation en\nest une trouvaille. Il y a là un tel élan de joie et de jeunesse que\nl'effet est irrésistible. L'inspiration ici ne doit rien à Wagner ;\nc'est tout à fait original.\n    Nous avons dit combien la suite était choquante. Mais le\nchœur final parvient à réchauffer notre émotion refroidie par\nle meurtre des parents et les larmes hypocrites des amoureux.\n    Et maintenant souhaitons que cette belle œuvre passe sur les\ngrandes scènes de Hollande et d'Allemagne. Car il serait naïf\nde songer à Paris : la capitale du monde n'a jamais songé à\nrendre aux Belges la pareille de notre large et intelligente hos-\npitalité.\n\n                                             JOSEPH RYELANDT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-004", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 673, "page_fin": 673, "titre_corps": "Poèmes : La gloire des marbres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Poèmes La gloire des marbres Les prélats somptueux", "ancre_fin": "Cœur de Jésus-Christ", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le cristal", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 826, "page_imprimee": 673, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 763, "texte": "Poèmes\n\n              La gloire des marbres\n  Les prélats somptueux que des moines       admirent,\n  Sous le scintil des lustres d'argent réunis,\n  Discutent savamment l'art sobre, le fini\n  D'une table de marbre où s'anime et se mire\n  Leur groupe violet dans un lac de porphyre.\n\n  Au centre un serti d'or tracé par Cellini\n  Dessine une madone en manteau      lazuli,\n  Couvant son Bambino rose comme un sourire.\n\n  Près de la cheminée aux flores de Carrare,\n  Un moine humble, muet devant ces beautés rares,\n  Songe. Des marbres purs il connaît tout le prix,\n\n  Lui qui sut incruster, rouge et  marmoréenne,\n  Dans le bleu lazuli de son âme  chrétienne\n  L'image en fleur de sang du Cœur de      Jésus-Christ.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-005", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 673, "page_fin": 675, "titre_corps": "Poèmes : Le cristal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Le cristal Vif et pareil scintils", "ancre_fin": "éclat mutuel", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La cité bien-aimée", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 826, "page_imprimee": 673, "debut_caractere": 763, "fin_caractere_exclue": 1028, "texte": "Le cristal\nVif et pareil scintils des rosées,\nAiguail de feu des feuilles arrosées\nDans la jeunesse des aurores;\nPlus argentinement      sonore\nQue le battant et musical métal\nQui tinte au faite aigu des fins clochers   légers,\nAu cœur du rocher\nFleurit le cristal\n"}, {"page_pdf": 827, "page_imprimee": 674, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2006, "texte": "674                            DURENDAL\n\n\n      Géométrique et d'une ordonnance           parfaite,\n      Sa rigidité réfractante est faite\n      De mille facettes\n      Aux arêtes vives.\n\n      Blessé il se guérit et sait cicatriser\n      La trace où le choc l'a brisé,\n      Il naît s'engendre et meurt comme les corps qui           vivent.\n\n      Et le penseur, devant l'analogie  étrange\n      Qui rend ce naissant et mortel cristal\n      Par la vie et la mort aux mortels presque égal,\n      Tandis que sa clarté l'apparente à l'archange.\n      Songe, ô Leibniz, au grand lien     fondamental.\n\n      Monade des cristaux, âme des pierres\n      Offrant à l'air leurs transparentes   nudités...\n      Miroirs choisis, prismes purs habités\n      Par les sept dons de la Lumière des lumières.\n\n      Jardins de flamme froide enfouis sous des voiles\n      De roc obscur, d'où les extirpe les    marteaux,\n      Ne sont-ils pas, les radieux   cristaux.\n      Frères de ces cristaux nocturnes : les étoiles?\n\n      Dans la nuit de ce monde, étoiles de la Terre\n      Les cristaux du Très-Pur laissent mourir leurs            feux...\n      « Réveillez-vous, comme Lazare; Je le veux,\n      Afin que vos rayons réjouissent mon Père. »\n\n      Oh! la voix de Jésus fuyant toujours Hérode !...\n      Obélisques nains des Géodes,\n      Il passe en votre Egypte et dans vos roches brunes,\n      Comme du clair de lune,\n      Aux frissons des    ruisseaux,\n      Il met de sa Lumière au cœur de vos     faisceaux...\n\n      La candeur est en eux des limpides baptêmes :\n      Et du fleuve d'eau vive apparu à saint Jean;\n      Le Ciel des c i e u x s'y mire et son regard      plongeant\n      Silencieusement      semble dire : « Je t'aime! »\n      A la chaste clarté de leurs glaces        d'argent.\n\n      Polyèdres brillants que le Jour      transpénètre\n      Tels des glaciers foudroyés d'or sous le soleil,\n      Le Feu des c i e u x descendu dans leurs aîtres\n      Rend leur Hiver splendide à son Eté pareil.\n"}, {"page_pdf": 828, "page_imprimee": 675, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 264, "texte": "                              POÈMES                                         675\n\nCristal mystique, étagements du gel,\nFourmillements   de glaces symboliques ;\nAu cœur nacré du Rocher      Catholique\nVierges se renvoyant leur éclat mutuel!\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-006", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 675, "page_fin": 676, "titre_corps": "Poèmes : La cité bien-aimée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "La cité bien=aimée Urbs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 828, "page_imprimee": 675, "debut_caractere": 264, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "La cité bien=aimée\n                                                Urbs beaia Jérusalem.\n                                                Dicta pacis visio...\n                                                Quae construitur in coelis\n                                                Viuis in lapidibus.\n\n  Gloire à l ' A m o u r - D i e u , gloire à     l'Envoyé!\n  L'enfer et la mort ont été noyés\n  Dans l'étang de feu.\n\n  Promis à l'espoir de ta claire  antienne,\n  Voici se lever le jour de tes vœux,\n  Eglise    chrétienne.\n\n  L'Esprit a rénové la face de la Terre :\n  La mer a disparu, ayant rendu ses morts;\n  L'Eden est retrouvé! Amour, qui vient du Père\n  Achève au Nom du Christ le renouveau des corps.\n\n  Comme un manteau d'azur, Il a changé les c i e u x .\n  Plus riants qu'une aurore éclairant les javelles,\n  J'ai vu les monuments de la cité nouvelle,\n  De la cité d'or pur qui descendait de Dieu.\n\n  Métaux, joyaux, pompe auguste des temples.\n  Volcans des soirs, fournaises des midis.\n  Ne sont plus qu'ombre aux regards qui      contemplent\n  Sous l'or du ciel futur le miracle prédit.\n\n  Jérusalem des c i e u x , ainsi qu'une épousée\n  Au corps déjà paré pour le lit nuptial,\n  Ah ! viens des prés du ciel où tu l'es reposée,\n  T'unir à ton Seigneur plus clair que les rosées\n  Dans la paix sans péché du matin lilial.\n\n  Les anges sont les fleurons purs de ta couronne\n  Et le plus haut joyau qui te fleuronne\n  C'est le saphir sans prix du Cœur de Notre-Dame.\n  La clarté de Dieu     t'environne.\n  Illuminant ta base aux pierreries en flammes.\n"}, {"page_pdf": 829, "page_imprimee": 676, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 689, "texte": "676                         DURENDAL\n\n\n      Jérusalem des c i e u x , dont s'emperlent les portes\n      Ouvertes à jamais et par où les cohortes\n      Des monarques sacrés entreront en           chantant,\n      Ta place en or ressemble à du verre        éclatant.\n      Ton seul Temple c'est Dieu, car la colère est morte.\n\n      Jérusalem des c i e u x , le jaspe de tes murs\n      C'est la Foi où verdoie notre immense         Espérance,\n      Rempart éblouissant, inexpugnable         et sûr,\n      Enclosant la splendeur de tes maisons d'or pur,\n      Sans lampe et sans soleil, sans lutte et sans       souffrance.\n\n                                                GEORGES RAMAEKERS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-007", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 677, "page_fin": 678, "titre_corps": "Cours d’art et d’archéologie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Cours d'Art et d'Archéologie L'OUVERTURE de l'année académique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 830, "page_imprimee": 677, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "Cours d'Art et d'Archéologie\n              L'OUVERTURE de      l'année académique 1905-1906,\n                  des cours d'Art et d'Archéologie, a eu lieu le\n                 6 novembre 1905, dans le nouveau et superbe\n                  local, 16, rue du Parchemin (Hôtel de Chimay).\n                    Le sénateur Braun, président du Comité, a\n                  ouvert la séance par une élégante allocution\n                  dans laquelle il a montré avec quelle rapidité\n                  et avec quelle perfection l'institution des cours\nd'art a réalisé le but que se proposaient, il y a deux ans, les\nfondateurs, à savoir : créer à Bruxelles un foyer de culture\nartistique, sérieuse et complète. M. Systermans, secrétaire, a\nlu, ensuite, le rapport sur l'année écoulée. Enfin, M. Capart a\nbrillamment clôturé cette séance d'inauguration, en donnant\nla première leçon de son cours sur l'Égyptologie.\n   Il résulte du rapport de M. Systermans que l'institut est en\npleine prospérité. Près de deux cents élèves ont régulièrement\nsuivi les cours de candidature. De nouveaux cours sont orga-\nnisés et seront incessamment ouverts en vue de la licence. En\nvoici l'intéressant programme :\n\n   I. — Architecture : Architecture égyptienne, par J. CAPART.\n— L'Architecture du Moyen-Age, par L. CLOQUET. — Archi-\ntecture contemporaine.\n  II. — Sculpture : Sculpture égyptienne, par J. CAPART. —\nLes marbres antiques, par F. CUMONT. — La Sculpture alle-\nmande desXVeetXVIesiècles, par M. LAURENT, — La Renais-\nsance réaliste du XVIe siècle à Florence (Donatello, Ghiberti\net Luca della Robia), par ARNOLD GOFFIN.\n  III. — Peinture : Roger Van der Weyden, par E. 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Pour peu qu'elle évolue et que\nl'enseignement que l'on y donne se développe encore, comme\nnous le souhaitons vivement, nous aurons bientôt, à Bruxelles,\nune véritable Université d'Art, de tout premier ordre et telle\nqu'il n'en existe nulle part.\n   On devine toute la joie que nous en éprouvons, nous qui\nn'avons cessé de nous efforcer, depuis la fondation de notre\nrevue Durendal, c'est-à-dire depuis bientôt douze ans, de détour-\nner les âmes du terre-à-terre de l'existence pour les orienter\nvers l'idéal, d'allumer dans les cœurs la flamme de l'enthou-\nsiasme pour la Beauté et de déterminer les esprits à donner à\nl'art, dans l'éducation et dans la vie, la place qu'il mérite, c'est-\nà-dire la première après celle que l'on doit à Dieu.\n\n                                                                   HENRY MŒLLER.\n\n\n\n\n  (1) Nous rappelons que le p r o g r a m m e de la candidature comporte cinq cours :\nles Origines de l'art et l ' A r t oriental, la Renaissance, 1'Art grec et la Philosophie de l'art\net l'Archéologie.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-008", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 679, "page_fin": 681, "titre_corps": "Chronique artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique Artistique Isidore Verheyden Successivement", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 832, "page_imprimee": 679, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2681, "texte": "Chronique Artistique\n    I s i d o r e V e r h e y d e n . — Successivement, comme sous la hache des\nbûcherons tombent les grands hêtres alignés, — colonnes de la forêt, — nos\nmaîtres de l'école belge sont fauchés l'un après l'autre par l'impitoyable\ndestin.\n   Ce fut, en si peu de mois, Joseph Coosemans, Julien Dillens, Constantin\nMeunier. Voici venu le tour d'Isidore Verheyden.\n   Qu'ils se hâtent, les jeunes arbres, de grandir et de s'étendre, pour combler\nles brèches béantes dans la futaie glorieuse !\n   Prématurément, en pleine production, succombe Verheyden, et sa perte\nsera doublement ressentie, car avec lui disparaît un portraitiste éminent et un\nverveux paysagiste.\n   Si hâtivement, au lendemain et dans l'émotion des funérailles, il serait\nimprudent de tenter de caractériser l'art d'Isidore Verheyden et de dresser le\ncatalogue de ses œuvres maîtresses.\n   Ses portraits si personnels — Constantin Meunier, Binjé, le docteur Hyer-\nnaux, M. Van den Eeckhoudt, une série d'effigies féminines qui parurent à\ndiverses expositions, ses savoureux et opulents paysages, vergers fleuris de\nmai, forêts ambrées d'octobre, demeurent et garderont son nom de l'oubli.\n   Il est très souhaitable qu'une exposition de son œuvre soit immédiatement\norganisée. Mieux qu'aucun discours ou qu'aucune prose, elle constituera\nl'hommage décisif que méritent son talent sincère et sa probe personnalité.\n                                                                        P. L.\n   L e s E x p o s i t i o n s . — La série annuelle des Expositions de Cercles et\nd'ateliers s'est, suivant l'usage, ouverte par le Labeur. Cette pléiade, qui\nd'ailleurs justifie son titre par une somme de travail fort appréciable, renferme,\non le sait, quelques individualités intéressantes ; mais il ne semble pas que la\nqualité, l'unité, la tenue de la production d'ensemble y aient fait de progrès\nnotable. Le Labeur souffre de la crise de réalisme vulgaire et de production\nhâtive que traversent beaucoup de nos jeunes associations de peintres; on y\noublie trop l'élément essentiel d'interprétation, de stylisation, qui différencie\nl'œuvre d'art du simple « morceau » d'exécution plus ou moins habile; on y\nregarde l'homme ou la nature d'un œil photographique et superficiel, et l'on\nn'en exprime ainsi, sous prétexte d'exactitude, que les aspects purement exté-\nrieurs. L'excessive multiplicité des expositions est assurément l'une des causes\nde cette tendance fâcheuse : elle fouette, chez les artistes en herbe, le désir de\nparaître quand même; et pour ce vain mirage d'une inscription aux cata-\nlogues, d'une citation dans les critiques, combien d'entre eux ne délaissent-\n"}, {"page_pdf": 833, "page_imprimee": 680, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3566, "texte": "680                                    DURENDAL\n\n\n ils pas le consciencieux travail qui confère la maîtrise technique, la salutaire\n méditation qui forme la pensée, le jugement, le goût ?\n     Il s'en faut, bien entendu, que tous les m e m b r e s du Labeur soient\n atteints de ce mal du siècle : certains envois attestent u n e évolution\n marquante ; d'autres confirment la p e r m a n e n c e de dons personnels de\n c h a r m e ou de puissance chez des peintres qui ne paraissent point songer à\n élever leur idéal d'art. P a r m i ces derniers, le nom d'HENRI THOMAS se pré-\n sente aussitôt à l'esprit : en vain prodigue-t-il la saveur exquise de sa palette\n vivante et subtile, la qualité rare de ses harmonies chantantes et si heureuse-\nment relationnées; sa conception s'attarde en des inventions d'une tendance\nsatirique et d'une demi-mondanité dont la répétition n ' e n g e n d r e que\nlassitude. U n morceau de choix sauve h e u r e u s e m e n t son e n v o i ; et c'est u n e\nsimple étude, vraiment belle de style large et de c h a u d e sonorité.\n     VAN ZEVERBERGHEN aussi — l'antipode de T h o m a s — pourrait avec son\nsens de coloriste opulent, p u i s s a m m e n t descriptif, atteindre à des réalisations\nplus synthétiques et plus approfondies que ses Lessiveuses, qui semblent u n e\nsimple anecdote alors qu'elles devraient constituer une étude définitive\nde vie populaire. E t MARTIN MELSEN est toujours arrêté par le parti-pris\ncaricatural dans l'essor de son talent d'observateur incisif et de metteur en\n page spirituel et a n i m é .\n    O n constatera, en r e v a n c h e , le progrès marquant d'ALEXANDRE ROBINSON :\nle coloriste enthousiaste et ingénieux que révélaient ses œuvres hardies\nj u s q u ' à l'extravagance s'est transformé, sans rien perdre de sa vigueur ni de\nson élan, en u n styliste de sérieuse t e n u e ; l'allure de son Moulin à Dordrecht,\nla poésie de son Hiver à Bruges, l'animation et le c h a r m e de présentation\nde ses Marines à Vollendam — leur belle chaleur de ton fait songer à B r a n g -\nwyn — sont également attachantes.\n     Chez ROBERT DE BAUGNIES aussi la notation se fait plus délicate, le style\nplus ferme, avec plus d'harmonieuse fusion entre le motif traité et l'atmos-\np h è r e a m b i a n t e . BAESELEER gagne en poésie et en fluidité de touche ce qu'il\nperd en consistance ; O L E F F E c o m m e n c e une série d'œuvres de tendance\n philosophique, le Triomphe des médiocres. Et sur tout ce Labeur où se coudoient\n aussi bien des œuvres indifférentes, ALFRED DELAUNOIS règne en maître grave\n et serein, avec le geste large, le recueillement méditatif et la pénétrante\n exécution de ses amples paysages ou de ses impressions monastiques.\n      La sculpture est h o n n ê t e m e n t représentée par GRANDMOULIN — son Carrier\n pour la ville de Soignies est conçu dans un beau mouvement sobre et vrai\n — et BAUDRENGHIEN, dont les petits groupes unissent l'ingéniosité et l'émo-\n tion... Mais nous en avons dit assez sur un salonnet qui, à l'heure où paraî-\n tront ces notes, aura sans doute fait déjà place au Sillon.\n\n   Au Cercle Artistique, en attendant l'exposition rétrospective de Coosemans,\nles amateurs d'art spirituel se sont délectés devant les inventions ironiques\net pénétrantes de l'Anglais N i c h o l s o n . Les portraits de souverains et\nd'hommes célèbres de ce puissant humoriste sont populaires u n peu partout :\nla prestesse de l'exécution, l'éloquence incisive du trait, la joyeuseté satirique\nde l'expression en font des œuvrettes de très fine psychologie. Parfois l'auteur\n"}, {"page_pdf": 834, "page_imprimee": 681, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3666, "texte": "                            CHRONIQUE ARTISTIQUE                                   68l\n\nse met à la portée des mioches, comme dans son alphabet et sa série d'ani-\nm a u x ; parfois il se hausse au lyrisme chevaleresque, comme d a n s son\nDon Quichotte, qui vraiment est superbe de panache et d'allure. En tant que\npeintre, Nicholson prête davantage à la discussion ; sans doute il tient de\nrace des qualités de ligne et de mise en page, intéressantes surtout dans ses por-\ntraits; mais le coloris m a n q u e de souplesse et de chaleur; et d a n s ce domaine\naussi c'est le dessinateur qui s'affirme et qui sauve le morceau.             G. S.\n\n   Le premier Concert Ysaye. — Le solisie du premier Concert\nYsaye devait être le baryton hollandais M. Van R o o y , mais, s'étant malheu-\nreusement trouvé indisposé (c'est la quatrième ou la cinquième fois que cela\nlui arrive à Bruxelles), il fut remplacé au dernier m o m e n t par son éminent\nconfrère M. Albers, de la Monnaie. M. Albers a chanté, avec le grand style qui\nlui est habituel, le bel air de concours de Wolfram, au deuxième acte de Tann-\nhaüser, que nul ne saurait chanter mieux que lui, ainsi q u e le g r a n d récit de\n'Etranger de d ' I n d y , qui ne s'harmonise pas m o i n s bien avec son talent\nsérieux et p o n d é r é . Le concert débutait par deux œuvres de musique flamande\ndirigées avec chaleur et conviction par M. J a n Blockx, l'ouverture Charlotte\nCorday, de Benoit, et un Triptyque symphonique, œuvre nouvelle de lui-même,\n [an Blockx. L'ouverture a la g r a n d e u r d'allure habituelle à l'auteur de\nl'Oorlog, mais le tragique en est un peu cherché et les violences assez lourdes ;\nle Triptyque est d'une conception plus intime et d'une écriture plus s i m p l e ;\nnous avons préféré les Cloches de Pâques, d'un mysticisme doux et gracieux.\nM. Ysaye lui-même a dirigé une exécution un peu flottante, mais très cha-\nleureuse, de la S y m p h o n i e en ut de M. D e l u n e . L'ouvrage, déjà entendu l'an\ndernier, mais remanié depuis par son auteur, a gagné en concentration et en\nfermeté de c o n t o u r s ; on en a vivement apprécié le brillant coloris orchestral, le\nsavoir-faire et le brio (relevant quelques formules déjà entendues), qui caracté-\nrisent heureusement la physionomie musicale de M. Delune.                    INTÉRIM.\n\n   A r t é m i s e C o l o n n a . — E n attendant que le Conservatoire de danse\nfondé à Berlin par miss Isadora Duncan porte ses fruits, la célèbre mime\nsuscite des imitatrices dont l'activité est évidemment u n e consécration de\nson talent et de son succès. Mlle Artémise Colonna est sans doute\nmieux douée, physiquement, que sa protagoniste ; le visage est agréable, le\ncorps très plastique, et toute l'allure revêt une grâce réellement séduisante.\nCependant, l'artiste est loin de produire l'effet obtenu par miss D u n c a n . Ceci\nest à la fois moins fouillé et moins naturel, plutôt « esthétisé » que stylisé, et\nmoins chaste. La signorina Colonna a mimé des danses orchestrées (!) de\nChopin et deux autres pièces du même maître, h e u r e u s e m e n t laissées d a n s\nla version originale et jouées par M. E m . Bosquet avec son talent habituel.\nElle a obtenu un succès particulier d a n s u n e p a n t o m i m e en solo, La jeune\nFille et la Mort, où l'effet fut par elle habilement g r a d u é . E n ce qui concerne\nle principe de l'interprétation plastique, c'est-à-dire la concrétion orchestique\nd'œuvres de musique absolue, comme le Chopin, nous n o u s sommes assez\nlonguement étendus sur ce sujet, ici même, à propos d'Isadora D u n c a n ;\nnous n ' y reviendrons donc pas.                                               E . C.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-009", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 682, "page_fin": 688, "titre_corps": "Billets d’auteurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Billets d'Auteurs Fierens-Oevaert", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 835, "page_imprimee": 682, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "Billets d'Auteurs\n                                                                  Fierens-Oevaert.\n\n                   L'AUTRE soir, les pieds sur les chenets, dans le halo apaisant\n                      de la lampe, j ' a i vécu quelques heures douces et exaltantes\n                      avec les frères H u b e r t et Jean Van E y c k . Ils me contèrent\n                      leur vie — leur simple vie... Des illustrations très soignées\n                      me convièrent au rappel du grand idéal de Foi et d'Art\n                      qui fut la trame de leur existence et qui eut son expression\n                      suprême en le Retable de l'Agneau. Ce chef-d'œuvre des chefs-\n                      d'œuvre, « centre de la peinture chrétienne et principe\n                      de l'art m o d e r n e », je le revis en sa belle intégrité initiale,\n tel qu'il sortit des mains de ses immortels auteurs et tel qu'il serait encore\nsans la vénale cuistrerie d'une troupe de marguilliers. E t autour de la mer-\nveille ainsi reconstituée, circulait une glose où l'érudition la plus minutieuse\net la plus nette était voilée par les glaces du style.. A h ! la b o n n e et belle\njoie de voir littérairement les chatoiements d'une palette et de c o m m u n i e r\n littérairement avec l'âme d'une peinture géniale. Certes, les commentateurs\nd'art ne manquent généralement ni de science ni de conscience, mais quelle\n écriture déhanchée, claudicante, cul-de-jatte (une écriture Cour des miracles!)\n ils apportent d'ordinaire en \" persil \" aux œuvres qu'ils analysent! Ce sont\ndes renseigneurs, non des évocateurs. Ils savent c o m p u l s e r ; ils ne savent pas\nécrire !\n    Camille Lemonnier, un des premiers (souvenez-vous de son Pro Arte)\nréagit contre l'indigence d'émotion et la sécheresse verbale de la critique\nd'art; et Emile Verhaeren, tout récemment, a voué à l'apothéose de Rem-\nbrandt ses puissantes et originales facultés si fraternellement appariées au\ngénie tragique du maître de la Ronde de Nuit.\n    U n rapprochement s'est fait ainsi et u n e fusion s'est opérée entre la litté-\nrature et les arts plastiques; on a compris enfin q u ' u n beau tableau pouvait\nêtre la patère où accrocher u n e belle œuvre littéraire; et la critique d'art ne\nfut plus le monopole de l'histoire et de l'archéologie.\n    Sans doute l'histoire et l'archéologie ne doivent pas être d é d a i g n é e s ; elles\nfournissent, par un rassemblement de détails circonstanciés et précis, le\npiédestal où s'élèvera le chef d'oeuvre, mais l'atmosphère qui baigna le chef-\nd'œuvre et la lumière qui en irradie, c'est à la littérature, c'est à l'art verbal\nseul qu'il appartient de le dire.\n    Q u e M. Fierens-Gevaert a d o n c admirablement compris la critique d'art\nainsi conçue, lui qui me confessait l'autre j o u r son ambition de réconcilier\n"}, {"page_pdf": 838, "page_imprimee": 683, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3360, "texte": "                              BILLETS D'AUTEURS                                   683\n\nl'érudition et le beau langage généralement brouillés dans notre cher pays et\nde tâcher que le livre scientifique soit aussi considéré comme une œuvre\nlittéraire.\n    E t p e n d a n t que mon interlocuteur formulait ce noble p r o g r a m m e , je\nsongeais, c o m m e à a u t a n t de réalisations adéquates, à ses études sur la\nRenaissance septentrionale (1), sur Van Dyck, sur J o r d a e n s et à son essai sur\nB r u g e s . . . L'auteur de ces livres peut défier les railleries des plus méticuleux\nchasseurs de « sources », et s'il est vrai que le génie est u n e longue patience,\nM. Fierens-Gevaert a prouvé qu'il avait le génie des d o c u m e n t s . Mais pour\nlui les « documents » et les « sources » ne sont que le terreau de son travail,\nd'où germeront et s'élèveront, en h o m m a g e s vers les maîtres et les chefs-\nd'œuvre, les fleurs de l'imagination et de la sensibilité ! E t les frères Van\n E y c k nous seront restitués d a n s l'instinctive candeur de leur Art et de leur\n Foi ; silhouette de faste et de lassitude, Van Dyck réapparaîtra tel qu'il\n fut : un F l a m a n d robuste que les tièvres des décadences latines avaient frôlé ;\n et autour du masque réjoui de J o r d a e n s bruira la symphonie de toutes les\n sensualités !\n    Il faut attendre beaucoup de M. Fierens-Gevaert pour l'inlerprétation et la\n glorification de notre Art national. Aux jours d'adolescence, alors que la plu-\n part s'éparpillent en vagues et hâtifs articles, il c o n n u t la saveur austère du\n travail persévérant et recueilli. L o n g u e m e n t il regarda la vie, d'un œil\n assombri par la mélancolie des malaises a m b i a n t s ; de cette « tristesse con-\n temporaine » qu'il sentait peser sur tous, il voulut chercher et connaître les\nc a u s e s ; il osa même, à cette crise morale, suggérer des remèdes; s'il ne\n convainquit pas les autres, il bénéficia, pour lui-mème, d'une adhésion rai-\nsonnée et définitive à ces vérités primordiales qui resteront éternellement les\n viatiques de l'humanité. L e j e u n e h o m m e dès lors, prématurément mûri au\n contact de graves problèmes, était préparé à franchir, avec un esprit et un\n c œ u r conformes, le seuil des g r a n d s maîtres de l'Art; car il apportait, à leur\n service, avec la foi qui fut leur foi, avec une conscience artistique qui semble\n héritée d'eux, u n e sensibilité moderne apte aux plus émouvantes trans-\n positions.\n\n                                                       Maurice des Ombiaux.\n\n   M. Maurice des Ombiaux est une personnalité complexe et pleine d'atta-\nchantes contradictions; sous ses allures ferraillantes, ce mousquetaire a des\ncoins d'âme extraordinairement candides ; ce libre-penseur avéré et qui n'aime\npoint les curés a rendu à la séculaire mission artistique de l'Eglise des hom-\nmages retentissants; ce grand travailleur qui produit tant — et qui peut-être\nproduit trop — a de temps en temps la rare chance, malgré la hâte bouscu-\nlante de son labeur, de friser le chef-d'œuvre; ce W a l l o n de W a l l o n n i e ,\npeintre de ses m œ u r s , évocateur de ses paysages, confesseur de son â m e ,\ns'avère, par une large part de son imagination, de sa sensibilité et de son\n\n\n   (1) FIERENS-GEVAERT : La Renaissance septentrionale. Bruxelles, Van Oest et Cie, 1905.\n"}, {"page_pdf": 839, "page_imprimee": 684, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3533, "texte": "684                                    DURENDAL\n\n\nexpression, un F l a m a n d , un vrai F l a m a n d des F l a n d r e s . Et ce ne fut vrai-\nment point en vain que l'adolescence de M. des Ombiaux baigna dans la fri-\nleuse et rêveuse atmosphère de Bruges, et que son premier regard d'obser-\nvateur alla vers la tragique robustesse des plaines de la Westflandre!\n     Il ne faudrait point croire que je veuille conlester et disputer à la W a l -\nlonnie l'un des meilleurs et des plus probes écrivains qu'elle ait donné à nos\n Lettres. N o n . L'œuvre de M. des Ombiaux situe la plupart de ses péripéties\nd a n s le H a i n a u t — et tant par la dilection soigneuse avec laquelle l'auteur\nnote les aspects de nature que par l'ardeur pieuse et passionnée avec laquelle\nil tâche de pénétrer les arcanes de la psychologie de sa race — a h ! comme\nl'on sent chez M. des Ombiaux l'amour profond et irréductible de la terre où\nil naquit. Mais, tandis que les autres artistes de W a l l o n n i e — tels, par\nexemple, M M . H u b e r t Krains et E d m o n d Glesener — choisissent comme\ntrames de leurs livres, de menues et simples tranches de vie a d m i r a b l e m e n t\nobservées et les enveloppent de cette claire et douce lumière, un peu u n i -\nforme, particulière aux paysages wallons, M. des O m b i a u x , lui, force la\nn a t u r e de son pays, et la revêt des couleurs les plus a c c e n t u é e s ; les person-\nnages aussi qui se meuvent d a n s ses livres ont u n extrême caractère d'excep-\ntion, et profèrent les uns, u n e hantise du mystère, âprement analysée, les\nautres u n instinct de violence puissamment mis en relief. Songez à Mes Ton-\nnelles, à Tètes de houille et surtout à Mihien d'Avène... E t à propos de cette der-\nnière œuvre, un des bons romans des dix dernières années, histoire d'un che-\nmineau — ver de terre amoureux d'une étoile ! — qui s'est épris de la fille d'un\ngros fermier et qui, lorsque son aimée s'éloigne définitivement au bras d'un\nautre, se révolte contre le sort et contre la vie dans une sanglante et jalouse\nvengeance — me sera-t-il permis de faire remarquer combien le Mihien d'Avène\ndu Wallon des Ombiaux se rapproche de la Bruyère ardente du F l a m a n d\nGeorges Virrès, par des tendances identiques dans l'inspiration, d a n s la\nvision et d a n s l'exécution? Il n'y a pas jusqu'à la propension de M. des\nOmbiaux pour les archaïsmes mystiques et jusqu'au plaisir avec lequel il les\nassocie ou les oppose aux truculences matérielles qui ne révèlent chez l'au-\nteur de Guidon d'Anderlecht un h o m m e qui frôla, avec g r a n d e complaisance et\nquelque bénéfice, la naïveté des Primitifs flamands, avant de s'abandonner\naux ivresses débridées de la Renaissance.\n   La conclusion? Elle est peut-être dans le vers de ce poète qui disait que Fla-\nmands ou W a l l o n s , Belges est notre nom de famille. C'est surtout après avoir\nlu les œuvres de M. Maurice des Ombiaux — W a l l o n d'origine qui décrivit sa\nWallonnie aimée avec des sens de F l a m a n d — qu'il faut se d e m a n d e r si la\ndistinction entre écrivains de Wallonnie et écrivains de F l a n d r e n'est point\nune vaine formule que la Littérature a tort d'emprunter à l'administration?\n\n\n                                                                    Ernest-Charles.\n\n   M. Ernest-Charles, en critique, appartient au genre carnassier. Il possède\ndes dents, à u n e époque où tant d'autres n'ont qu'un ratelier. Et tout de suite\nje veux le louer de quelques bons c o u p s de crocs salutaires : il lacéra m e n u\n"}, {"page_pdf": 840, "page_imprimee": 685, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3324, "texte": "                             BILLETS     D'AUTEURS                           685\n\nla « littérature industrielle » qui impose ses produits médiocres à coups d'ar\ngent et de réclames; comme corollaire, il bouscula la vénale critique des\njournaux et de certaines revues françaises avec un tel entraînement que\nl'autre jour, au Congrès de Liége, les pauvres critiques belges eurent à peine\nle temps de mettre leur bon renom à l'abri, derrière un modeste distinguo.\nEnfin, il réduisit à leur valeur certaines renommées que la galanterie fit trop\nabsorbantes ou que le snobisme subsidié rendit impudentes : on doit savoir\ngré à M. Ernest-Charles d'avoir osé dire que Charles Guérin existait encore\ncomme poète, bien que la comtesse de Noailles fût née et que si l'Homme à\nl'oreille coupée de M. Francis de Croisset marque une date, la première d'Her-\nnani en reste une autre.\n    Tout cela est de l'excellente besogne — assainissement d'une part, mise au\n point d'autre part.\n    Naturellement il arrive à M. Ernest-Charles, poussé par son tempérament\n et grisé de combativité, de manquer de mesure et de dépasser le but : quel est\n le justicier auquel on ne puisse reprocher une injustice ? C'est ainsi que le\n critique des Samedis (1) me paraît appliquer au poète Fernand Gregh, dont\n l'œuvre a maintes pages harmonieuses et fraîches, u ne peine vraiment trop capi-\n tale. Et si j'osais, je serais tenté même de chercher querelle à M. Ernest-Charles\n pour sa sèche sévérité à l'égard d'Anatole France, encore que par ses ultimes\n attitudes, le père de M. Bergeret ait justifié, à son endroit, quelque bas-\n tonnade !\n     Il faut rendre du reste cette justice à M. Ernest-Charles que chez lui\n l'éreintement ne relève ni du procédé ni du dilettantisme; il n'a rien, par\n exemple, des vociférations magnifiques et sommaires d'un Léon Bloy; derrière\n la répulsion du critique, fortement, longuement et nerveusement motivée, on\n sent une conviction réelle, basée en somme sur un réel amour de l'art.\n     Et voilà, dans la personnalité de M. Ernest-Charles, après le côté négatif,\n  le côté positif : il aime l'art avec une rigide ardeur; il le veut aussi pur que\n  grand, libre des mercantilismes qui le déshonorent et des rivalités qui le dimi-\n  nuent. L'Art, pour M. Ernest-Charles, est par excellence le temple de la\n  Beauté et — pourquoi pas ? — de la Vertu. Et à son tour, armé d'un redou-\n  table nerf de bœuf, il fait la chasse aux marchands, sans négliger quelques\n  tenanciers de maisons borgnes... Le geste est méritoire et la croissante noto-\n  riété de M. Ernest-Charles ne peut manquer de le rendre bienfaisant.\n     Si maintenant l'on me demandait quels sont les principes littéraires de\n  M. Ernest-Charles et le critérium de ses jugements, la réponse m'embarrasse-\n  rail quelque peu. J'ai beau feuilleter l'œuvre du critique de la Revue Bleue, je\n  ne parviens à saisir que de vagues et flottantes formules. Je sens bien que\n   M. Ernest-Charles cultive un certain traditionnalisme — et à cet égard, il y a\n  de curieuses souvenances classiques dans cet esprit très moderne — et je\n  sens bien aussi qu'il a un grand souci de l'intégrité et du maintien de « l'esprit\n  français », assoupli aux contingences contemporaines, et de la prédominance\n\n\n   (1) ERNEST-CHARLES : Les Samedis littéraires. Paris, Perrin.\n"}, {"page_pdf": 841, "page_imprimee": 686, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "686                                         DURENDAL\n\n\n\nde cet esprit français dans l'esprit e u r o p é e n . E t q u a n d je veux serrer d'un\npeu plus près ces mots imprécis, je m'aperçois que M. Ernest-Charles a u n e\ntrès grande idée de la « Laïcité » (vous savez que ce vocable est investi doréna-\nvant d'une majuscule !) et d e s o n influence sur les destinées futures du m o n d e ;\net je s o u p ç o n n e aussi — car cela est insinué plutôt que dit — que l'Eglise,\nson rôle historique et son rôle esthétique, ne « disent rien » à ce critique\nd'ailleurs si p é n é t r a n t . . . Dieu me p a r d o n n e ! — mais il me paraît que pour\napprécier le présent et prévoir l'avenir, M. Ernest-Charles s'assied souvent sur\nu n fragment du « Bloc !... » Ainsi seulement s'expliquent, dans ses éludes, cer-\ntaines conclusions qui détonnent et d é r o u t e n t ; la beauté de la crise morale\npar où passa J . - K . H u y s m a n s échappe totalement à M. E m i l e - C h a r l e s ; il\ns'efforce d'ensevelir sous quelques ironiques compliments, le sain et probe\ntalent de M. R e n é Bazin; M. Ernest-Charles, enfin, n'aime point l'Etape — et\nil n'a pas tort — mais ce n'est point un motif pour imputer à Paul Bourget la\nresponsabilité de toute l'immoralité c o n t e m p o r a i n e . Q u a n t à M. Zola, ici il\nfaut se recueillir, car des paroles définitives vont être dites : à en croire\nM. Ernest-Charles, E m i l e Zola, représentant par excellence de « l'esprit\nfrançais », agira, plus p u i s s a m m e n t que n'importe quel écrivain, sur le futur\n« esprit européen ». E t « la vie internationale des peuples » sera désormais\nrégentée p a r l'idéal du père de Nana !\n   Solennelle p r é d i c t i o n ! . . . Si M. Ernest-Charles a pu l'écrire, sans sourire\nde lui-même, c'est qu'au fond de l'âme d e ce carnassier, chantent encore —\ncomme u n e revanche ! — de douces naïvetés.\n\n                                                                             Deux critiques.\n\n   L e R. P . Victor Delaporte est un poète et — hélas! — u n critique. Il œuvra\nquelques pièces de théâtre d'une envolée mesurée et d'un parcimonieux\nlyrisme, et choisit tels événements m é m o r a b l e s de la vie politique ou reli-\ngieuse pour y accrocher des morceaux de circonstances en vers aussi h o n -\nnêtes que réguliers. A ce titre il dépassa évidemment l'abbé Delille et l'on\npourrait, sans hyperbolique flatterie, citer, à son propos, le nom de Casimir\nDelavigne, ou, s'il aime mieux, celui de François Coppée — les Intimités ayant\nété préalablement exclues de la comparaison.\n   N é a n m o i n s me sera-t-il permis de penser que les mérites poétiques du\nR . P . Delaporte ne l'autorisaient peut-être point à porter sur la poésie la\nplus c o n t e m p o r a i n e , et n o t a m m e n t sur les « S y m b o l a r d s » (admirez d o n c en\npassant l'exquise et spirituelle finesse de ce mot) le j u g e m e n t sèchement et\nbrutalement excommunicatoire qui vient de paraître dans les Etudes Reli-\ngieuses (i) de la Compagnie de J é s u s .\n   E n lisant ces p a g e s , je me suis cru rajeuni de quinze ans. C'était, alors, le\ntemps où l'éreintement de la littérature m o d e r n e fut considéré c o m m e\nœuvre pie. L'intérêt d e la religion exigeait, paraît il, que les lettres françaises\n\n\n  (1) Août 1905.\n"}, {"page_pdf": 842, "page_imprimee": 687, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "                           BILLETS     D'AUTEURS                           687\n\ndu dernier siècle soient estimées inexistantes. Le R. P . Cornut — depuis\nlors silencieux — publiait ses Malfaiteurs littéraires et, au nom des principes,\nun vague Père Lintelo défendait aux catholiques d'admirer le mérite lit-\ntéraire des auteurs mauvais. Naturellement on ne discutait pas les idées, on\nn'examinait pas les systèmes, on n'analysait par les œuvres, mais, par un\nadroit et avare coup de ciseaux, on découpait, dans les livres des auteurs\nabhorrés, de laconiques citations qu'on présentait au public parmi un persil de\nrailleries plutôt lourdes. On s'esclaffait, on se gaussait, on triomphait !\n   Malheureusement il se trouva quelques catholiques qui jugèrent que ce\nprocédé était aussi déloyal que stupide. Leur bonne foi s'alarma, autant que\nleur admiration pour ceux de leurs frères par la foi, engagés dans les mouve-\nments d'art qu'on vilipendait avec une si sommaire injustice. Ils s'inquiétèrent\nenfin du discrédit qu'une telle critique devait jeter sur l'idée religieuse, à\nlaquelle on avait l'impertinence de l'associer. Leurs prétentions ne restèrent\npoint sans écho : dans son livre courageux De Dante à Verlaine, le R. P. Pacheu\nvengea éloquemment quelques-uns des écrivains si malmenés par ses con-\nfrères, et notamment le poète de Sagesse et le maître d'En route.\n   Après ce coup droit, la jolie critique apologétique rentra dans son néant\n originel.\n   Il plaît aujourd'hui au R. P . Delaporte de l'en faire sortir — avec, en plus,\ncette circonstance aggravante qu'il ne peut se réclamer du manque évident\nd'informations qui fut l'excuse de ses devanciers, et que les artistes auxquels,\naprès eux, il s'attaque, ont donné, depuis lors, à leur personnalité un plus\nlarge rayonnement encore de talent et d'influence.\n   Donc, le R. P . Delaporte mène croisade contre les « Symbolards ». Quels\nsont-ils? Mallarmé, Verlaine, Rodenbach, Maeterlinck, Verhaeren.\n   Et le jeu des petits papiers recommence : huit vers de Mallarmé, quatre\nlignes de Maeterlinck, huit vers de Verhaeren. Et, remarque savoureuse, ces\ncitations sont les mêmes qui servirent aux prédécesseurs du R. P . Delaporte.\n La critique apologétique n'a rien appris et rien oublié!\n   Et c'est fort de ces documents que le R. P . Delaporte proclame que « les\nproductions morbides des Symbolards font songer à cette littérature d'aliénés\nqui s'échangeait naguère entre les maisons de santé britanniques »!\n   Ainsi, c'est en vain que Mallarmé aura écrit quelques-uns des plus impec-\ncables sonnets que compte la Poésie Française, que Verlaine aura mis toute\nson âme, compliquée et ingénue, dans la Bonne Chanson, que Rodenbach aura\ntrouvé des rythmes appropriés au nostalgique mysticisme de l'âme des\nFlandres; que Maeterlinck aura, après les Serres chaudes, œuvré ce chef-\nd'œuvre de géniale observation et de pure et claire prose française, la Vie des\nAbeilles, et que Verhaeren, enfin, aura charrié dans ses vers une puissance\nd'images et d'idées que Victor Hugo seul égala! Toute cette synthèse d'éner-\ngies, de rêves et de pensées viendra se buter — chez un critique — contre ce\nmot bête et injurieux : Aliénés !\n   Vraiment, — et je le dis avec tristesse et conviction — en présence d'une\ntelle méconnaissance, je me sens embarrassé d'être catholique!\n   Et je songe que parmi les écrivains que le R. P . Delaporte accable de cette\n"}, {"page_pdf": 843, "page_imprimee": 688, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "688                                 DURENDAL\n\n\n\nsorte, il en est tels qui, aux jours de leur adolescence, marchaient d a n s le\nchemin de nos saintes croyances. E s t - o n bien sûr que, s'il dévièrent de route,\nce ne fut point à raison des sarcasmes amers et systématiques par lesquels la\ncritique apologétique salua leur art? E t s'il en a été ainsi, je prie le\nR. P . Delaporte de croire que tous ses drames et toutes ses « pièces de cir-\nconstances » ne rachèteront point, pour l'idée religieuse, la perte d'un\nMaeterlinck ou d'un Verhaeren.\n    E t je me dis aussi q u e vis-à-vis de tels encore de ces écrivains, il y a pour\nles critiques catholiques quelqu'ingratitude à se montrer si partialement et\ninjustement agressif : le R . P . Delaporte sait-il que Verhaeren a édifié, à la\ngloire des ordres monastiques, un p o è m e aux plus hautes envolées lyriques\net qui, seul, suffirait à prouver que, contrairement à ce que prétend le critique\ndes Etudes, « les Symbolards » ne « s'interdisent point la flamme, le mouve-\nment, l'émotion puissante, le sentiment qui saisit, secoue, transporte ».\n    Ils ne s'interdisent point non plus le lyrisme, comme affirme encore le\nR . P . Delaporte. Celui-ci n'a-t-il d o n c j a m a i s lu Sagesse de Verlaine pour\noser proclamer « qu'un Symbolard ne sait pas chanter, pleurer, faire pleurer\nou faire frémir ».\n    E t ici, à propos de Verlaine — Verlaine qui, p o u r le R . P . Delaporte, est\n « un déséquilibré », comme Verhaeren « n'est qu'un Belge », — je voudrais\nbien que le critique des Etudes se mit d'accord avec son distingué confrère, le\n R. P . Longhaye.\n    Le R. P . L o n g h a y e vient de publier son troisième volume d'Esquisses litté-\nraires et morales (1) sur le XIXe siècle. J'y remarque — soit dit en passant — trois\nmagistrales, très complètes et très éclectiques études sur Sainte- Beuve, R e n a n\net T a i n e . L'auteur est a m e n é aussi à s'occuper de la poésie depuis 1850 — et,\npar conséquent, de Verlaine. Il critique, à juste titre, la vie désemparée de\nl'homme et le reflet néfaste qu'elle eut sur u n e partie de l'œuvre du poète.\n Mais il se garde bien de répudier Verlaine comme poète religieux et, à cet\n égard, relève à son actif « des vers vraiment b e a u x , touchants, et qu'il est\n difficile de ne pas croire sortis du cœur ». E t quant à la sincérité chrétienne\n de l'auteur de Sagesse, le R. P . L o n g h a y e garantit « qu'on n'y oppose rien de\n décisif ».\n    E n c o r e que bien des opinions mises en avant par le R . P . L o n g h a y e me\nparaissent sujettes à réserves, il y a, entre le R . P . Delaporte et lui, toute la\ndistance qui sépare u n critique qui affirme en injuriant d'un critique qui dis-\n cute en raisonnant.\n    Celui-ci console de celui-là !\n                                                       FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n\n\n  (1) Paris, Victor Retaux.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-010", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 689, "page_fin": 691, "titre_corps": "Lettre de Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Lettre de Paris ECRIVAILLERIE symptôme", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 844, "page_imprimee": 689, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "Lettre de Paris\n                 ECRIVAILLERIE, symptôme d'un siècle... Et        pourtant, qui sait,\n                     ô Montaigne, si nous débordons suffisamment? Que de\n                     livres seraient à écrire qui n'ont jamais été même esquissés ?\n                     Un Manuel du prévenu en fuite me semble particulière-\n                     ment urgent. S'il avait existé, le sire Gallay, pour la modique\n                     somme de 3 à 4 francs, aurait pu mettre à l'ombre la liasse\n                     ventrue de banknotes que le Comptoir d'Escompte demanda\n                     à son intention spéciale, la veille du départ, à de confra-\n                     ternels établissements. Vite, un concours, un jury, des prix,\nun appel chaleureux aux spécialistes! Hélas! l'un de ceux qui auraient semblé\ntout indiqués pour concourir était justement ce Gallay qui, en dépit de ses\ndiplômes policiers et de ses blasons de chevalier d'industrie, s'est fait si jobar-\ndement pincer à Bahia.\n   Ne savait-il donc pas, cet homme de ressources, que les bateaux à vapeur\nmarchent avec du charbon, et que celui-ci ne pousse que dans des parcs spé-\nciaux? N'avait-il jamais étudié la tactique navale, le rôle des points d'appui, le\nrayon des croiseurs, la guerre de course? Ou, si son àme essentiellement paci-\nfique répugnait à scruter ces problèmes brutaux, que ne portait-il en lui le\ncœur mélancolique d'un Ruskin refusant sa foi aux derniers progrès de la\nscience et soupirant après le retour au bon vieux temps? Gallay et Merelli\nsont des victimes du modem style. Ce qui les a perdus, c'est l'engoùment pour\nle yacht rigide bondissant sous son panache de fumée; ce qui les aurait sauvés,\nc'eût été l'attachement aux traditions, la fidélité à la frégate s'infléchissant à la\nbrise sous ses voiles et courant à l'infini, sans craindre que s'épuise jamais,\ntelle une vulgaire soute à charbon, l'outre divine d'Eole.\n    Peut-être, ô Merelli, vous doutiez-vous de cela quand vous dépouillâtes les\ncaves Potin de leurs trésors alimentaires pour en enrichir les flancs maigres\nde votre cheval de mer. La Vérité et la Justesse siégeaient avec vous sur les\npiles de boîtes de conserves et de paniers de bouteilles, quand vous vous ache-\nminâtes en un cahot trépidant d'auto vers l'embarcadère libérateur. Elles ne\nvous abandonnèrent que lorsqu'elles virent à quel monstre fumeux votre\nimprudence allait confier sa fortune. Peut-être pleurèrent-elles, ces déesses\namies de l'homme! Elles prévoyaient si distinctement la fin piteuse d'une\nentreprise commencée avec tant de maîtrise. Ah ! si elles avaient pu vous saisir\npar vos longs cheveux, comme fit Pallas à Achille, et vous suggérer l'idée\n salvatrice : Confie-toi, ô beauté, aux seules forces de la nature, car l'homme\n est plus perfide que l'onde, et tout ce que l'homme a touché garde une odeur\n de trahison.\n"}, {"page_pdf": 845, "page_imprimee": 690, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3552, "texte": "690                                DURENDAL\n\n\n    C'eût été un beau spectacle. D'un côté, un vaisseau fantôme, aujourd'hui\n hantant les banquises, demain fendant les eaux équatoriales, des chants qu'on\n aurait cru surprendre dans les plus hautes brises : Vogue, vogue, ma goélette...\n De l'autre, des hommes noirs s'agitant sur tous les littoraux, des gestes de\n sémaphores, des éclairs de phares, des effluves d'antennes marconiques, des\n lamentations pleines d'angoisse : « Où sont-ils les fuyards partis dans les nuits\n noires? — O flots, que vous savez de troublantes histoires!... » Et l'histoire\n aurait pu ne jamais finir! Quand leurs provisions auraient été sur le point de\n manquer, au lieu de capituler comme de vulgaires obsidionaux, Gallay et\n Merelli pouvaient abandonner cette guenille de Catarina pour une autre\n barque de notoriété vierge, ou aborder sur une côte nocturne, se perdre dans\n des solitudes lebaudyques ou dans les remous plus obscurs encore d'un grand\nport de mer. Peut-être seraient-ils devenus maharadjahs en Inde ou rois des\n bordereaux en Amérique, et, pendant ce temps-là la Catarina, comme le\n bateau ivre de Rimbaud, aurait continué à danser sur les flots pour finir, qui\nsait, par s'engloutir mystérieusement dans un maelstrom dont auraient long-\ntemps rêvé les cervelles humaines.\n   Voilà le prestigieux destin qui aurait dû tenter, naguère, la famille Hum-\n bert. Eux aussi étaient de la grande espèce. Pendant les dix ou quinze ans\nqu'ils eurent devant eux, et les quinze ou vingt millions qu'ils eurent derrière\neux, ils auraient bien pu préparer leur coup sonore. La difficulté plus grande\nà surmonter, six personnes dont une perche, n'était qu'un piment de plus pour\ndes Romain et des Thérèse. Au besoin, ils pouvaient se séparer en deux\ngroupes, s'embarquer les uns à l'est, les autres à l'ouest, se réunir en pleine\nmer ou dans des parages peu soupçonnables; les bateaux à voiles ne coûtent\npas les yeux de la tête, comme des yachts à chaudières; les Humbert pouvaient\nen louer deux ou quatre pour brouiller les cartes et atteindre le cinquième\ndéfinitif sur lequel ils auraient prolongé leur croisière jusqu'à épuisement des\nbarils de sardines et des bonbonnes d'eau minérale. Ah! médiocres stratèges,\nque vous fîtes souffrir ceux qui aiment à donner le coup de pouce idéal au\npassé et à regagner les batailles jadis perdues!\n   Et cet autre, plus habile peut-être mais aussi malheureux, dont les feuilles,\nces jours derniers, nous racontaient l'histoire? C'était un Anglais, à la fois pra-\ntique et moral comme ses compatriotes. Il avait emprunté à sa banque — une\npersonne si riche, si détachée des nécessités matérielles, si parcimonieuse\nd'ailleurs avec ses employés — quelques centaines de mille francs, et il était\nvenu sur le continent les mettre en lieu sûr, chez un ami d'enfance pour qui\npareil dépôt était sacré. Puis, nouveau Regulus, il avait repassé l'eau, et était\nvenu tendre une tète repentante à la sentence de juges emperruqués. Ah, s'il\neût été Français! Devant une cour d'assises, il aurait été capable de passer\npar mailles : une tenue discrète, ni cynique ni pleurarde, un bon avocat,\nquelques articles de journaux, l'affaire était dans le sac. En correctionnelle, il\nn'y aurait pas coupé, mais enfin les juges ne sont pas féroces, et les peines\nsont bénignes; une fois en prison, on demande le régime cellulaire pour écrire\nses impressions comme M. Baïhaut, et on ne fait que la moitié de son temps.\nEt puis deux ou trois ans de vie monastique, qu'est-ce au fond? Cette solitude,\n"}, {"page_pdf": 846, "page_imprimee": 691, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3730, "texte": "                              LETTRE DE PARIS                                 691\n\n\n  ce silence, qui semblent pénibles à certains, d'autres les trouvent voluptueux.\n  Même s'il s'agissait de hard labour comme dans les prisons anglaises, la\n  pensée de l'avenir adoucit bien des choses. Cet employé aurait eu beau, à sa\n  banque, travailler d'arrache-pied pendant le même temps, et le double, et toute\n  sa vie, aurait-il pu mettre ces quelques centaines de mille francs de côté? Tan-\n  dis que là, au prix de deux ou trois ans de purgatoire, c'est le paradis qu'on\n  acquiert, une existence de bienheureux, la paix sereine du bon chrétien, avec,\n  en plus, un ventre de Bouddha et quelques houris de Mahomet. Hélas ! tout\n  ce beau rêve devait s'évaporer! Une fois sorti de sa prison, souriant à l'avenir\n  et réconcilié avec la vertu, car enfin n'avait-il pas expié sa peccadille? notre\n  Anglais court de ce pied véloce qui avait si longtemps fait tourner le tread-mill\n  chez l'ami d'enfance où dormait en attente le dépôt sacré, son cœur bat de\n  reconnaissance, ne va-t-il pas partager avec lui le magot? Ciel et tonnerre! Plus\n  d'ami d'enfance, plus de magot, c'est lui qui est le singe! Décidément, au\n  Manuel des Prévenus en fuite il faudra ajouter un appendice sur les précau-\n  tions à prendre entre co-fugitifs.\n     Il est permis de plaisanter, n'est-ce pas, et d'ailleurs sans àcreté, avec\n  ces mauvais plaisants qui alimentent la rubrique des Tribunaux comiques.\n  Et pourtant, si l'on prenait les choses au sérieux, comme il faudrait s'abstenir\n  de tout sourire dès qu'on passe devant une porte à clous de fer! Pour quelques\n  fumistes conscients qui ont joué et perdu et se montrent assez beaux joueurs,\n  combien de pauvres diables qui ont été entraînés au mal malgré eux, ou pris\n  dans de funestes engrenages, ou qui se sont résignés à un délit léger pour ne\n  pas en commettre un plus grand, sans parler des innocents, il peut v en avoir.\n  Certes, je ne crois pas qu'il y en ait beaucoup, mais il suffirait qu'il y en eût\n  un sur cent, un sur mille, pour que tout homme dût rester grave en parlant\n  des choses de justice, de la pauvre justice humaine. L'émotion qui nous secoua\n tous, lors de la fameuse Affaire, est peut-être une fichue note au point de vue\n du bon sens et du sens aigu, mais elle est diantrement honorable au point de\n vue moral. Il est bon de se dire qu'on n'est jamais sûr qu'un condamné soit\njustement condamné. Mais ne faudrait-il pas aller plus loin et s'habituer à\nl'idée que même les condamnés, même les justement condamnés, sont peut-\nêtre d'honnêtes gens, peut-être des saints, que nous retrouverons un jour au\nparadis, au vrai paradis? Ce n'est pas seulement dans les romans de Tolstoï\nqu'existent des âmes mystiques, assoiffées de tortures morales, aimant à souffrir\npour souffrir. Qui sait si cette idée n'est pas venue à l'une d'elles quelque jour?\n '( Au lieu de m'enfermer dans le plus rigide couvent et de m'y livrer aux macé-\n rations et aux flagellations, car enfin qu'est-ce que cela? je vais me couvrir\nvolontairement de honte; après avoir envoyé anonymement un billet de\n 100 francs à mon patron, je vais lui voler ostensiblement ces 100 francs dans\nsa caisse, et je serai justement condamné, et toute ma vie, je porterai le poids\nfatal de cette honte légitime, et j'offrirai à Dieu cette souffrance dont lui seul\nverra l'injustice et appréciera le prix. » Et je ne dis pas que ce raisonnement\nne soit pas d'un détraqué, mais enfin qui sait s'il n'a pas été fait, qui sait si\nl'homme rasé et à bonnet de laine que vous voyez passer dans la cour de cette\nmaison centrale ne l'a pas fait?\n                                                              HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-011", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 692, "page_fin": 699, "titre_corps": "Livres et Revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES L'Isolée par René Bazin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 847, "page_imprimee": 692, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2665, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\n L ' I s o l é e , par RENÉ BAZIN. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n   René Bazin n'est pas seulement un maître de la description, un des plus\ndélicats poètes du paysage écrit dont la France puisse actuellement s'enor-\ngueillir. Il est encore et surtout un psychologue et un peintre de caractères,\ncomme le prouve une fois de plus son nouveau roman L'Isolée. L'Isolée est un\nlivre d'une palpitante actualité, il raconte éloquemment les souffrances\ninnombrables qui désolent la France, depuis le vote des lois persécutrices\nédictées par le gouvernement contre les congrégations.\n   Pascale est la fille d'un pauvre canut lyonnais. C'est une âme douce, tendre,\ngénéreuse et, d'autre part, manquant de fermeté, sensible à l'excès, trop aisé-\nment accessible aux influences ambiantes. Orientée naturellement vers les\ncimes de la bonté et de l'idéal moral, Pascale est capable de tous les dévoue-\nments et de tous les sacrifices, mais à la condition de sentir auprès d'elle le\nsoutien de volontés saines et fortes, qui, suivant la belle expression de\nl'auteur, serait comme la rampe sur laquelle elle appuierait sa faiblesse pour\nse maintenir à ces hauteurs. Et c'est là même la raison de sa vocation reli-\ngieuse. C'est parce que Pascale ne se sent pas suffisamment armée pour\npasser sa vie dans le monde, qu'elle se décide à entrer au couvent des sœurs\nde Sainte-Hildegarde, disant ainsi adieu à son père qui l'adore, mais qui,\nayant conservé vivace au fond de son âme la foi traditionnelle des vieux\nLyonnais, se résout pour Dieu à cette séparation cruelle dont il meurt. Le\nchapitre intitulé Une Vocation s'attache à en expliquer la genèse, raconte les\nluttes qui assiègent l'âme de la jeune fille, partagée entre l'amour de son\nvieux père et le désir de fuir les orages de la vie pour se réfugier dans le\nport tranquille. C'est une des plus belles parties du livre. Modèle d'exposition\nprécise et rapide, elle est d'un intérêt supérieur, tant pour sa psychologie\npénétrante que pour la vibrante et progressive émotion qui la traverse tout\nentière.\n   C'est dans cet abri sacré du bonheur et de la paix, où les religieuses\n« jouissaient de la douceur, inconnue du monde, que donne le voisinage,\nmême silencieux, d'êtres choisis, entièrement dignes d'amour, et dont toute\nl'énergie est commandée par la charité », que la laïcisation inique vient\nchercher sœur Pascale pour l'en arracher et rejeter la malheureuse jeune\nfemme, sans ressources, désarmée et isolée au milieu de ce monde qu'elle\nredoute. Pascale se réfugie chez une parente qui l'a attirée chez elle\npar intérêt et pour en faire une sorte de servante sans gages. C'est là qu'elle\n"}, {"page_pdf": 848, "page_imprimee": 693, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                693\n\n\nrencontre son cousin, Jules Prayou, le séducteur qui l'entraîne dans la honte\net la ruine irrémédiables. Quand sœur Justine, la supérieure, arrive à Nîmes\npour recueillir la brebis égarée, Prayou, fou de colère à la pensée de voir sa\nproie lui échapper, s'empare de Pascale et lui plonge un couteau dans le\ncœur.\n   Arrivé au dénouement, le lecteur ne peut se défendre d'une impression :\naprès les horizons aérés et lumineux de la Voie Douloureuse et des Expiantes,\nil lui semble qu'il respire une atmosphère suffocante, que les noirceurs et les\nviolences du chapitre Pascale contrastent trop vivement avec la sérénité\nd'inspiration, l'art sobre et pur qu'on admire dans les quatre parties précé-\ndentes. Cependant, il arrive assez vite à se convaincre que cette dissonance\nest plutôt apparente, que ce contraste, assurément assez pénible à soutenir,\nétait néanmoins inévitable et nécessaire au développement complet de l'idée\nde l'auteur. Ce que la chute de sœur Pascale peut offrir de trop choquant\npour des âmes croyantes, est atténué par cette considération que cette chute\nn'est pas seulement le fruit de la faiblesse de Pascale, mais encore de la\nperfidie suprême et savante avec laquelle Prayou, dissimulant sa brutalité\nsous les dehors d'une affection sincère, parvient à envelopper l'âme confiante,\naimante et craintive de la jeune femme en un réseau de pièges inextricables,\nd'où elle sort perdue et désespérée. D'ailleurs, l'auteur ici ne poursuit nulle-\nment une thèse. Le caractère exceptionnel du cas psychologique qu'il expose\nest suffisamment indiqué par l'importance qu'il donne clans son livre au\ndéveloppement du caractère des autres religieuses, de sœur Justine incar-\nnant la fermeté éclairée, le dévouement et l'activité inlassable; de sœur\nDanielle, la créature d'élection qui aspire à s'élever toujours de plus en plus\nhaut sur les degrés d'or de l'échelle de perfection; de sœur Léonide, dont\nl'humilité simple se dérobe magnifiquement dans l'ombre des travaux manuels\net serviles; de sœur Hedwige, dont la céleste et pensive beauté reflète la\ncharité et la miséricorde infinies. Ce ne sont pas là des personnages épiso-\ndiques, mais, au même titre que sœur Pascale, des personnages de premier\nplan, des figures centrales du roman, figures sublimes dont la gravité séra-\nphique plane sur tout le livre, l'embaume et le pénètre.\n    Dans l'Isolée rayonnent des beautés de premier ordre. Le style de René\n Bazin y est comme transparent, en sorte que derrière le verbe de l'artiste se\ndresse rapidement la vision impressionnante des choses. Nous signalerons\ntout le chapitre intitulé Une vocation et notamment la description du pèlerinage\nde Notre-Dame de Fourvière, la scène touchante où, dans l'antique sanc-\ntuaire révéré des Lyonnais, Pascale fait à son père la confidence de cette\nvocation, puis, après les décrets de fermeture, la dernière distribution de\nprix faite aux petites filles de l'école, le départ digne et résigné des religieuses,\nleur séparation définitive à la gare, le récit de la vie des Expiantes, particu-\nlièrement les beaux chapitres qui disent l'immolation de Léonide, de\n Danielle, d'Hedwige, puis à la fin du livre la réunion suprême des saintes\nfemmes accourues des quatre coins de la France pour prier sur la tombe de\nleur petite Pascale.\n    L'ampleur expressive de ces pages, leur puissance d'évocation et l'intensité\n"}, {"page_pdf": 849, "page_imprimee": 694, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3293, "texte": "6g4                                       DURENDAL\n\n\nd'émotion qui s'en dégage, en font c o m m e autant de tableaux saisissants de\nvie et de vérité, qui se gravent profondément dans le souvenir. E t voila\npourquoi l'Isolée peut être considérée c o m m e u n des plus b e a u x livres du\ngrand romancier chrétien, digne de tenir sa place à côté des Oberlé et de\nla Terre qui meurt.\n                                                                     GEORGES DE GOLESCO.\n\n\nP r o m e n a d e s p h i l o s o p h i q u e s , par REMY DE GOURMONT. — (Paris,\n   Mercure de France.)\n    U n e j e u n e revue — cet âge est sans pitié — parlait ces jours ci « de l'aga-\nçante crécelle de M. R e m y de Gourmont ». Ces redoutables Eliacins, chez\nqui, a p p a r e m m e n t , l'enthousiasme ne fit point place encore à l'esprit critique,\nn'aiment point l'âpre perspicacité de M. R e m y de G o u r m o n t et sa façon\nun p e u rogue d'empoigner et de bousculer les idées qui ne sont point\nles siennes — parce qu'elles sont celles de tout le m o n d e . Cette manière\nnégative, subtile et amère n'est qu'un des côtés de la personnalité du critique\nqui d'ailleurs est un si fécond et si énergique éveilleur d'idées. Certes, parmi\nles concepts qu'il r e m u e , il en est tels qui nous r é p u g n e n t et tels qui nous\nattristent. E t ce n'est pas toujours dans les parterres que nous a i m o n s que ce\nphilosophe se p r o m è n e . Mais même q u a n d il se t r o m p e , même q u a n d il est\ninjuste, M. R e m y de G o u r m o n t met tant de conscience dans son érudition et\ntant de logique d a n s ses déductions, il étaie ses affirmations de tant de motifs\nd'y croire, que vis-à-vis de lui-même il doit être sincère et que, vis-à-vis des\nautres, il doit le paraître. Cet écrivain est passionnant de conviction —\nm ê m e q u a n d il nous sert d'évidents paradoxes. A combien d'autres p e u t - o n\ndécerner un pareil témoignage de force intellectuelle ? J e conseille aux j e u n e s\nh o m m e s de la susdite j e u n e revue de modeler sur cette « crécelle » non certes\n leurs idées — mais la manière de les d o c u m e n t e r , de les défendre et de les\n exprimer.\n\nM a x W a l l e r et la J e u n e B e l g i q u e , par PAUL ANDRÉ. — (Bruxelles,\n   édition du Thyrse.)\n   M. Paul André, servi par quelques jolis portraits, a fait revivre, en ce livre,\nla rêveuse et batailleuse figure du fondateur de la Jeune Belgique. L ' h o m m a g e\nest d o c u m e n t é , et il profère une fraternelle s y m p a l h i e . R i e n , jusqu'ici, d'aussi\ncomplet, ne fut écrit sur Max Waller. On regrettera seulement, en tels\nendroits, u n certain m a n q u e de soin dans l'écriture qui me fait « monter aux\nnerfs », selon une expression même du cher et attachant modèle d i s p a r u .\nE t maintenant, après le m o n u m e n t littéraire de M. P a u l André, à q u a n d le\nm o n u m e n t en marbre de M. Victor Rousseau. Nos confrères du Thyrse doivent\navoir appris d e leurs aînés q u e Max Waller n'aimait point de faire « salle\n d'attente ».\n\n L a m e n n a i s , par l'abbé CHARLES BOUTARD. — ( P a r i s , P e n ï n . )\n   Voici, écrit par un prêtre, sur un sujet h a u t e m e n t p a s s i o n n a n t et peut-être\n un peu périlleux, un livre d'une belle et objective sérénité. M. l'abbé Bou-\n"}, {"page_pdf": 850, "page_imprimee": 695, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                6g5\n\n\ntard ne juge pas Lamennais; il se contente d'exposer les origines de sa per-\nsonnalité, de rechercher les influences qui agirent sur elle, de décrire le\nmilieu où elle se développa. Puis c'est l'analyse des premières œuvres de\nl'auteur des Paroles d'un croyant et des mouvements d'idées que ces œuvres\nfirent naître. De tout cela, le portrait intellectuel et moral de Lamennais se\ndégage avec une grande et sévère netteté.\n   Le livre de M. l'abbé Boutard, qui s'anête à 1828, appelle une suite,\nun complément et un épilogue, qui dès lors sont attendus avec impatience\net curiosité.\n\nPortraits de croyants a u X I X e S i è c l e , par LÉON LEFÉBURE. —\n   (Paris, Plon.)\n   « Il devient puéril d'émettre la prétention d'enfermer les catholiques dans\nce dilemme : déserter leur foi ou renoncer à être de leur temps, cesser d'être\northodoxes ou renier la liberté, alors qu'ils peuvent se réclamer de ceux qui\nont le plus sincèrement aimé, pratiqué la liberté, honoré et servi leur temps\net leur pays, »\n   Tout le beau livre de M. Léon Lefébure est en raccourci dans cette phrase.\nEt la vérité que cette phrase énonce, l'auteur la démontre, de la façon la plus\néloquente et la plus vivante, en un style où la dialectique s'unit à l'éloquence,\npar les glorieux exemples de Montalembert et d'Augustin Cochin, et par les\nexemples plus modestes, mais si attachants, de Francis Rio et de l'abbé\nGuthlin.\n   Des œuvres telles que celle de M. Lefébure sont bienfaisantes par la conta-\ngion de foi et d'enthousiasme qui s'en dégagent.\n\nJ u l e s M a l o u , 1810 à 1870, par le baron DE TRANNOY. — (Bruxelles,\n   librairie Dewit.)\n   Retracer la longue vie de Jules Malou, abstraire des contingences le rôle\nconsidérable que ce chef du parti catholique eut dans les destinées du pays,\nest une tâche qui exige une patiente conscience autant qu'une noble conviction.\n Bien que jeune encore, le baron de Trannoy s'est révélé un homme de travail\nautant qu'il est un homme de foi.\n   Par la place en vue qui fut la sienne dans la politique de ce pays,\npar les directions diverses qui sollicitèrent son énergie ou son tact, Jules\n Malou se présente à l'histoire sous des aspects nombreux et quelquefois\nopposés : chef d'un grand parti politique, chef de gouvernement, diplomate,\nfinancier.\n   Le baron de Trannoy s'est efforcé de dégager la personnalité de Malou\nsous les formes successives que revêtit son action ; et dans cette mission, l'au-\nteur a été érudit sans pédantisme, méthodique sans sécheresse, apologétique\nsans flagornerie.\n  J'ajouterai que le style du baron de Trannoy, correct, simple, dépourvu\nde l'agaçante solennité propre à tant d'historiens, et, de temps en temps,\nvibrant de chaleur, donne à l'œuvre un charme qui profite aux idées.\n"}, {"page_pdf": 851, "page_imprimee": 696, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3402, "texte": "696                                  DURENDAL\n\n\nLe Livre d'or de Sainte-Beuve. — (Paris, Fontemoing.)\n   Sainte-Beuve fut critique; subsidiairement il fut poète; plus subsidiaire-\nment encore, il fut professeur, philosophe et — hélas! — h o m m e politique.\nToujours d'ailleurs il fut a m o u r e u x .\n   Il convenait qu'à l'occasion de son centenaire, Sainte-Beuve fût considéré\nsous ces multiples avatars : M. Brunetière se chargea de n o u s présenter le\ncritique — et ce dogmatique par excellence fut presque aimable pour le père\nde l'impressionnisme; M. P a u l Bourget eut mission de parler du poète et il\nnous entretint de J o s e p h Delorme, avec l'indulgente admiration qu'on\nvoue à u n compagnon de jeunesse dont pourtant les goûts ne sont plus les\nvôtres. M. Jules Lemaître esquissa un joli paradoxe sur « l'envie » chez\nSainte-Beuve. D'autres « contributeurs » rappellent l'enseignement de Sainte-\nBeuve à L a u s a n n e et à L i é g e .\n   Enfin, il nous est offert un chapitre sur les amours de Sainte-Beuve. Ici il\nfaut féliciter les biographes de leur discrétion. On nous dispense n o t a m -\nment du chapitre — que je croyais désormais inévitable — sur les\nincidents d'où naquit le Livre d'amour. Il est vrai que ce Livre d'amour e û t\nparu peu a p p r o p r i é à faire partie d'un Livre d'or! P a r le but qu'il se propose,\nu n Livre d'or est nécessairement d i t h y r a m b i q u e . Celui-ci met fort bien en\nrelief le grand écrivain que fut S a i n t e - B e u v e — mais nous fait grâce du\nvilain b o n h o m m e , tortueux, méchant et paillard, dont ce grand écrivain était,\nhélas! doublé.\n\nQuatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne, par LÉON\n   BLOY. — (Paris, Mercure de France.)\nB e l l u a i r e s e t P o r c h e r s , par LÉON BLOY. — (Paris, Stock )\n   Du Léon Bloy : toujours de l'amertume, de la violence e t souvent de\n1'injustice — mais toujours aussi la glorieuse magnificence du verbe. Ici, le\n« Désespéré » descend à nouveau, en explorateur, dans les gehennes de sa\nmisère; là, il se libère et se console de la souffrance en c l a m i n t ses admira-\ntions et en vociférant ses haines! Léon Bloy est le dernier des prophètes. Sa\nvoix charrie des débris d'astres et des rogatons des halles.\n                                                           FlRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s . — (Anvers, B u s c h m a n ; Bruxelles,\nVan Oest). Le n u m é r o d'octobre publie un article de JAN V E T H : Rembrantiana :\nLes procédés d'adaptation de Rembrandt, dans lequel il montre la puissance d'assi-\nmilation de R e m b r a n d t lui faisant puiser dans des œuvres d'une nature\nopposée à la sienne des motifs qu'il adaptait librement à son art personnel,\nsans rien perdre de sa forte originalité et explique notamment les e m p r u n t s\névidents qu'il fit au Titien. Cet article est rehaussé par des reproductions de\ntrès beaux portraits, œuvres de R e m b r a n d t . Le même fascicule d o n n e la suite\nde l'article d'ARMAND H E I N S sur l'Ancien foyer dans les Flandres. Le n u m é r o se\ntermine par des réflexions générales sur le salon des Beaux-Arts de l'Exposi-\ntion de Liége. M. B u s c h m a n n junior, auteur de ce j u g e m e n t , frappé au coin\ndu bon sens, se réjouit, et nous avec lui, de ce qu'on avait largement ouvert\nles portes, cette fois, aux j e u n e s talents apporteurs de neuf.              H . M.\n"}, {"page_pdf": 852, "page_imprimee": 697, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3514, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                     697\n\n\n  L ' A r t e t l e s A r t i s t e s (octobre). — Vermeer de Delft, par M. ARSÈNE\nALEXANDRE, qui signale avec raison les t e n d a n c e s rembranesques d e certaines\nœuvres de ce maître si vibrant et si divers (le Portrait de jeune fille, de la\ncollection d'Arenberg, à Bruxelles, n o t a m m e n t ) . L'Art moderne à Prague, par\nM. WILLIAM R I T T E R , etc. Illustrations a b o n d a n t e s , parmi lesquelles u n e\nravissante série d'images d'Epinal coloriées.                                  A. G.\n\n    Burlington               M a g a z i n e ( L o n d r e s Berners street, 17, W . ) . —\nJuillet 1905. — U n délicieux portrait de M. Vestris, par Gainsborough,\nd'une grâce, d'une élégance, d'une vie tout à fait c h a r m a n t e s , ouvre cette\nlivraison qui contient : un article de M. W . - R . LETHABY, sur la Chambre\npeinte de Westminster, duquel il résulte que l'Ecole anglaise a eu aussi ses\nprimitifs; des articles sur l'architecture, le vêtement ecclésiastique, la bro-\nderie (MAY MORRIS); sur un papier peint du XVIIe siècle; sur une fresque\ninconnue de Guido Reni, signalée a u palais Rospigliosi, à R o m e ; sur\nquelques peintures de l'Ecole anglaise récemment exposées (M. C.-J.\nH O L M E S ) , une correspondance d'Amérique, et des notes diverses d'art et de\nbibliographie.\n   Août. — Quelle étonnante grâce d a n s les Bois florentins dont nous parle\n M. J . - T . CLOUGH! Voilà bien l'exquise illustration livresque qui convenait\nau temps de Boticelli! — MM. C U S T et H O R N E étudient, eux, u n e prédelle\nd e Benozzo Gozzoli retrouvée dans les collections royales d'Angleterre.\nE n c o r e une merveille de douceur, d'élégance et d'ingéniosité!\n    U n article de M. RICKETTS, accompagné de quelques remarquables repro-\nductions, est consacré au sculpteur français DALOU. Des articles sur le\nmobilier, le vêtement ecclésiastique, l'exposition J o r d a e n s (M. PETRUCCI),\nu n e correspondance d'Amérique et des notes bibliographiques complètent\ncet a b o n d a n t n u m é r o qui m'a surtout intéressé par un article de M. ROBINSON\ntendant d'établir entre le Maître de Flémalle et les peintres de S a l a m a n q u e\ncertains rapports inattendus. Ce n'est pas très décisif, mais c'est à coup sur\ntrès intéressant, et quels surprenants tableaux, à la fois sauvages et raffinés\nque ces panneaux venus de la cathédrale de Ciudad R o d r i g o dans la COIIEC-\ntion Cook. Les tableaux ont d'ailleurs d'étranges vicissitudes : La Revue ne\npubliet-elle pas un Christ bénissant, de l'Ecole de Bruges, qui était en la\npossession du roi d'Abyssinie et est m a i n t e n a n t dans la collection H o l m e s ?\n— E n s o m m e , un très beau n u m é r o , un des plus beaux de la série.\n   Septembre. — L e s amateurs d'art flamand primitif trouveront dans ce\nn u m é r o de véritables jouissances. Voici u n e magnifique vierge d a n s u n\npaysage, avec la fuite en E g y p t e , de Gérard David, que M. W E A L E signale\ndans la collection de Don P a b l o Bosch à M a d r i d ; un sujet analogue traité\ntout différemment par Joachim Patinir, de la collection de la Société\nd'Histoire de N e w - Y o r k ; et de la même collection, un admirable Mariage\nmystique de sainte Catherine qu'on croit pouvoir attribuer à Adrien Ysenbrandt ;\n enfin, un article de M. ROGER E . FRY sur deux miniatures des frères De\n Limbourg.\n    E n outre M. H O L M E S , dans une étude appuyée par de superbes illustra-\n"}, {"page_pdf": 853, "page_imprimee": 698, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3183, "texte": "698                                   DURENDAL\n\n\ntions, s'occupe du Coloris de Turner; tandis que M. MARTIN essaye de nous\nreprésenter la Vie d'un artiste hollandais, au XVIIe siècle. M. MONTAGU PEARTREE\nrecherche si H a n s Daucher ne serait pas l'auteur des médailles attribuées à\nAlbert Dürer.\n\n    M a s t e r s i n A r t (Boston, E t a t s - U n i s , 42, Chauncy street). —\nN° 67. Juillet 1905. — Ce n u m é r o est consacré à Jan Steen. Il est, selon\nle plan excellent de ces monographies, constitué des reproductions des prin-\ncipales œuvres du maître, et de notes biographiques, critiques et bibliogra-\nphiques très complètes. T o u s ceux qui aiment le talent savoureux du maître\nhollandais a u r o n t plaisir à revoir les tableaux d'Amsterdam, de L a H a y e , de\nBruxelles, de Cassel et d u L o u v r e . L a Dame Malade de la Collection d u d u c\ndé Wellington, à L o n d r e s , est moins c o n n u e . C'est u n e variante du délicieux\ntableau d'Amsterdam.\n    N° 68. Août 1905. — Memling. — U n e bibliographie très copieuse sera pré-\ncieuse pour ceux qui désirent étudier l'œuvre de Memling. U n e biographie,\nd'après M. J a m e s Weale, des notes critiques de F r o m e n t i n , Conway et Mon-\ntégut, une description a n n o t é e des planches composent ce remarquable\nn u m é r o dans lequel on trouvera, convenablement reproduites, des œuvres de\nB r u g e s , de Berlin, du L o u v r e et de M u n i c h .\n    N° 69. Septembre 1905. — Cette monographie est consacrée à Claude Lor-\nrain. Elle est conçue sur le même plan que les précédentes. Dix planches\nreproduisent les œuvres du maître à R o m e , P a r i s , L o n d r e s , Dresde et Péters-\nb o u r g . MM. G r a h a m e , Titler, Brownell, Kugler ont été mis à contribution\npour les notes et commentaires.\n                                                                                  J. D.\nA l'Aube, p a r MYRIAM T H E L E N . — (Paris, Perrin.)\n    La petite Elisabeth, fille du pasteur Mathan, du pays d ' H é b r o n , vit à\nl'aube des temps chrétiens. Son enfance rieuse se passe à Jérusalem, chez\nson oncle Elzéar et sa tante H a n n a h qui lui enseigne l'art de la broderie.\n    Un jour, elle rencontre le rêve, un j e u n e Egyptien qui vient du pays du\nsphinx et s'éprend de la jeune juive. Hélas ! les rêves n'ont q u ' u n temps. L e\nfanatique Mathan ne permettra pas que sa fille épouse un infidèle, et il la\nd o n n e , selon la loi, ou plutôt il la vend à son cousin le riche Assur, habile\nau négoce.\n    L a vie de la jeune femme devient de plus en plus pénible. Elle est stérile.\nL e mépris que le m o n d e juif professait pour les infécondes, la détestable\nconduite de son époux, ses m a l h e u r s ont amolli son â m e . Q u a n d de nouveau\nelle rencontre le jeune Egyptien qui l'aime encore, elle est bien près de\npartir avec lui. Son honnêteté native la retient.\n    Elle continue à souffrir.\n    Mais un jour, à l'aube, elle rencontre Jésus, qui, la voyant entourée\nd'enfants craintifs, lui dit : Réjouissez-vous, stériles; à celle qui a été\ndélaissée je donnerai u n e c o u r o n n e de fils.\n    E t désormais son âme s'éclaire. S o n cœur s'emplit du désir de se sacrifier\n"}, {"page_pdf": 854, "page_imprimee": 699, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                 699\n\n\naux faibles, aux pauvres, aux petits. Elle a trouvé sa voie. C'est la première,\nc'est le symbole de ces milliers de femmes, de ces milliers de religieuses,\nqui se dévouent au bien des enfants qu'elles n'ont pas enfantés.\n   Livre d'amour et de bonté, de sacrifice et de charité, c'est un beau livre.\n   Les temps lointains, où le souffle divin passait sur la Judée, y sont\nreconstitués avec un grand souci de vérité, et une émotion souvent poignante\ny fait vibrer une âme d'élite.\n\nL e R ê v e d e S u z y , par HENRY ARDEL. — (Paris, Hatier.)\n   Ce livre n'est pas pour faire tache dans la blanche collection destinée aux\ndames et aux jeunes filles. C'est, gentiment décrit, avec un rien d'émotion,\nle cas de la sempiternelle jeune fille sentimentale qui, éprise du prince char-\nmant de ses rêves, a failli passer à côté du bonheur. Mais, consolez-vous,\nmesdames, elle reconnaît à temps son erreur. Je ne dirai pas que cette donnée\nest tout à fait neuve. Je ne dirai pas non plus que ce livre manque de charme.\nCe serait être trop sévère.\n\n U n m a r i e n l o t e r i e , par GEORGES MARESCHAL DE BIÈVRE. — (Paris,\n   Pion.)\n   Je pourrais en dire autant du livre de Mareschal de Bièvre. Ici, c'est le\njeune homme qui est romanesque. Comment il se laisse offrir en loterie par\nun journal mondain, comment il échoit à une vieille demoiselle, comment\ncette vieille demoiselle est la tante d'une délicieuse jeune fille à qui elle con-\nsent bientôt à passer son billet — oh ! le bon billet! — je ne vous le dirai\npas. C'est trop compliqué tout en étant si simple. Et voilà comment un\nmariage à la loterie devient un mariage d'amour.\n\n D a n s l ' o r n i è r e , par la duchesse DE BRISSAC — (Paris, Plon.)\n   L'ornière, c'est la situation où, de par leurs préjugés de caste, sont embour-\nbés certains fils de famille, obligés, par le partage de la fortune paternelle et\nparce qu'ils n'ont pas été préparés à une vie de travail, à contracter des\ndettes, jusqu'au jour où le hasard leur permet un mariage d'affaire.\n   La duchesse de Brissac a étudié le cas d'un de ces fils de famille. Gautier\nde Martigné ne se résoud pas au rôle peu honorable de beaucoup de ses pairs;\nil veut travailler, il veut gagner sa vie. Et il lutte contre les préjugés des\nsiens et des autres, et il lutte surtout contre une éducation qui a fait de lui\nun propre à rien.\n   Il tire lui-même la conclusion de ses efforts impuissants : « Nous sommes\ndes embourbés, et mon coup de collier a été inutile. . Mais si j'ai un fils, je\nréponds qu'il sortira de l'ornière. »\n   Question intéressante à coup sûr et bien actuelle. Le livre de la duchesse\nde Brissac est un bon livre et il vient à son heure.\n                                                               EDOUARD N E D .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-012", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 700, "page_fin": 704, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Notre éditeur Charles Bulens", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 855, "page_imprimee": 700, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "NOTULES\n\n   N o t r e é d i t e u r , C h a r l e s B u l e n s , a obtenu à l'Exposition univer-\nselle et internationale de Liége le Diplôme d'Honneur, la plus haute\nrécompense. Nous offrons à notre ami Charles Bulens nos plus cordiales et\nsympathiques félicitations à l'occasion de la distinction qui vient de lui être\naccordée, et que tous ceux qui connaissent la supériorité incontestable de sa\nmaison d'édition proclameront avec nous hautement méritée. Nous saisissons\ncette occasion pour le remercier des soins qu'il apporte avec tant de dévoue-\nment, depuis plusieurs années déjà, à la publication de notre revue en l'en-\nrobant d'une toilette si artistique.\n                                                                       DURENDAL.\n                                         ***\n\n   A v i s i m p o r t a n t à n o s A b o n n é s . — Pour éviter l'encombrement\npostal de fin d'année, nous nous permettrons d'envoyer nos quittances dès les\npremiers jours de Décembre. Que nos abonnés veuillent bien nous faciliter\nla besogne en prévenant leur personnel et en chargeant, au besoin, leur\ndomesticité de payer en leur place notre quittance, en cas où ils seraient\nabsents au moment de sa présentation par le facteur. Nous leur en serons\ninfiniment obligé. De cette façon ils nous épargneront la corvée d'un second\nenvoi de quittances postales.\n   Au moment de clôre la Douzième Année de notre existence, nous\nremercions vivement et de tout cœur tous les amis, connus et inconnus, qui,\nen si grand nombre, nous ont encouragé et soutenu par leur sympathie, leur\ndévouement et leur fidélité à notre œuvre pendant ce long espace de temps.\nNous espérons, avec leur aide, inaugurer le 1er janvier 1906 un nouveau\ncycle de douze années plus brillant encore si possible. Nous leur serions\nreconnaissants s'ils faisaient un petit effort pour intéresser à notre œuvre leurs\nconnaissances, nous amener de nouveaux adhérents et nous offrir en guise\nd'étrennes, à l'occasion de notre douzième année, de nouveaux abonnés, qui\nvoudraient bien concourir avec eux à maintenir, à compléter, à para-\nchever l'œuvre de beauté que nous avons entreprise, que nous poursuivons\ndans un but absolument désintéressé, par pur amour pour l'art et pour\ntout ce qu'il comporte de grand, d'élevé et de noble.\n\n                                         ***\n"}, {"page_pdf": 856, "page_imprimee": 701, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3419, "texte": "                                        NOTULES                                         701\n\n\n   Autour du vieux chêne de Campine. — Léon Souguenet,\n« toasteur » familier et pittoresque, eut ce joli mot de la fin : « L u m m e n\npossède deux curiosités : u n chêne de mille ans et u n bourgmestre qui\nest u n lettré. «\n    E t tous les convives convinrent que c'est b e a u c o u p pour un village seul.\n    L e bourgmestre, c'est Georges V i r r è s ; il avait fait signe aux Amis des\narbres et dénoncé à leur admiration le chêne à la musculature puissante et\naux larges frondaisons qui, ce jour, hélas ! de rafales et de pluie, dominait\nde sa silhouette massive, les sapinières d'un noir funèbre et l'or mat des taillis.\n    On brava de gaîté la bouderie des éléments et, sous la conduite de J e a n\nd'Ardenne et des cuivres m u n i c i p a u x , on pèlerina vers « le vieux Chêne » ;\nn o m b r e u x étaient ceux d e la « B r u y è r e a r d e n t e » qui escortaient les Amis\ndes a r b r e s ; il y avait aussi quelques « gens de Tiest ».\n     M. Nicolas Theelen, u n littérateur llamand d'un t e m p é r a m e n t vibrant\nautant qu'énergique, expliqua, à la foule, en belles phrases cadencées, la\nsignification de l'hommage décerné au vétéran millénaire.\n     H e n r y Carton de W i a r t parla ensuite : discours-antithèse, ou l'interpel-\nlation très positive, adressée par le député aux pouvoirs publics glissait insen-\nsiblement vers u n h y m n e à la nature d'une émouvante gravité.\n     Camille L e m o n n i e r , enfin, d o n n a magnifiquement et tumultueusement\nessor à tout son lyrisme de naturiste.\n     P u i s on dévala en groupes vers le village : L e m o n n i e r secouant Jean d'Ar-\nd e n n e sceptique, criait : « Il faut retourner à l'état de n a t u r e ! . . . » De dessous\nson parapluie, Souguenet répliquait, goguenard : « C'est pas un temps! ». Des\nOmbiaux se recommandait à Virrès pour les premières « T ê t e s de houille »\nqui sortiraient du sol de C a m p i n e . E d m o n d de B r u y n regretta que le curé\nn'eût point assisté à la fête en sa qualité de « spectateur catholique ». P a u l\nMussche d e m a n d a i t à Fierens-Gevaert si Van Eyck n'était pas un ami des\na r b r e s . S u r quoi Charles B e r n a r d faisait observer qu'il fallait remonter... à\nl'arbre plus haut que ça : « Notre véritable patronne, c'est E v e . . . » Isi Colin\nintervint : « Fi d o n c , un pommier! C'est de l'art utile, cela... E t vive l'ait\npour l'art! ». E t tout le m o n d e se tut, de peur de complications verbales\nredoutables. Des magistrats évoquaient le chêne de saint L o u i s . . .\n     Il pleuvait toujours : Félix Bodson, après Pierrot Millionnaire, ruminait\nvaguement u n Pierrot mouillé.\n     L'automobile de M. Digneffe traversa la route, s'enfonça dans la bruine,\net par les geignements de sa trompe, clama l'agonie de l'Exposition de Liége.\n     Le départ : toutes les mains se tendirent fraternelles et reconnaissantes vers\nGeorges Virrès, cordial, heureux et fier aussi de ce que, malgré les bour-\nrasques, tant de ses c o m p a g n o n s de lettres fussent venus, en le vieux Chêne,\nsaluer sa Campine.\n                                            ***\n\n  Hommage à la Vierge du chêne de Lummen. — L e chêne\nmillénaire de L u m m e n abrite d a n s son tronc vénérable u n e petite Vierge,\naccrochée là par la piété des ancêtres. N o u s a i m o n s à souligner le salut que\n"}, {"page_pdf": 857, "page_imprimee": 702, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3201, "texte": " 702                                     DURENDAL\n\n\n Lui adressèrent, lors de la fête des arbres, deux des o r a t e u r s , Camille\n L e m o n n i e r , en ces termes : « Que de mères en détresse pèlerinèrent vers la\n petiie Vierge cachée comme u n e fleur de pitié à l'ombre de tes branches ! »\n et Henry Carton de W i a r t , par ces paroles : « Devant la Vierge nichée dans\n ta r a m u r e , se sont succédé, d'âge en âge, bien des peines amères, bien des\n élans d'espoir ou de reconnaissance dont tu fus le discret témoin ! »\n\n\n\n    H i s t o i r e de la F o r ê t d e S o i g n e . — Ce livre de M. SANDER\nPIERRÓN, si i m p a t i e m m e n t a t t e n d u , vient de paraître chez noire éditeur\nCharles Bulens, 75, rue T e r r e - N e u v e , à Bruxelles, en u n épais volume\nin-16, de 580 pages, illustré de 116 gravures et orné d'une superbe couver-\nture en cinq couleurs, dessinée par Louis Titz. Ce r e m a r q u a b l e ouvrage,\ndont le prix est fixé à 7 fr. 50, sera le g r a n d succès de la saison ; il constitue\nle plus beau cadeau de Noël ou de Nouvel an que l'on puisse faire, et est\nenvoyé par retour de courrier, contre r e m b o u r s e m e n t et sans frais, à tous\nceux qui en feront la d e m a n d e à l'éditeur. L e volume, publié sous les auspices\nde la Direction des E a u x et Forêts du ministère de l'Agriculture, est divisé\nen sept chapitres : I. L a T o p o g r a p h i e ; II L'Histoire ; I I I . L a Flore ; I V . L a\nF a u n e ; V. L e s Maisons seigneuriales; V I . Les Etablissements religieux;\nV I L L e s Chantres. U n e table alphabétique est annexée au livre, de m a n i è r e\nà faciliter les recherches du lecteur. L'Histoire de la Forêt de Soigne est u n\nvolume qui a sa place indiquée dans toutes les bibliothèques, dans celle de\nl'artiste et du savant comme dans celle de l'excursionniste et du p r o m e n e u r\népris des merveilles présentes et anciennes du vénérable domaine sylvestre\nbrabançon.\n                                             ***\n\n       L ' A C a p e l l a g a n t o i s , dirigé par M. HULLEBROECK, s'est fait entendre\n au premier concert populaire d'Anvers, au théâtre royal, et a remporté le plus\n grand succès. L ' A Capella y a exécuté avec u n e belle homogénéité de voix\n et d'ensemble, le noble Gloria de la Messe du pape Marcel de Palestrina, u n e\n c h a r m a n t e Ronde bretonne de B o u r g a u l t - D u c o u d r a y ainsi que la Chanson\njoyeuse de Noël, harmonisée par M. Gevaert, et u n intéressant In memoriam de\n  M. W a m b a c h . L e tout exécuté avec un succès d'enthousiasme, qui a forcé\n l'A Capella d'ajouter en bis un petit c h œ u r de style vif.\n       Voici le p r o g r a m m e général des auditions que 1 ' A Capella donnera à G a n d\n p e n d a n t l'année 1905-1906 :\n       L e 3 décembre 1905. — Exécution de la cantate d'église « Gottes Zeit » de\n J . - S . Bach (soli, c h œ u r s et orchestre).\n       L e 14 janvier 1906. — Audition consacrée aux œuvres du maître français\n L.-A. Bourgault-Ducoudray.\n       L e 4 mars 1906. — Audition consacrée aux œuvres de G . - F . Haendel, avec\n le concours de M. F r a n z D e Vos, pianiste.\n       L e 29 avril 1906. — L a m u s i q u e populaire flamande.\n"}, {"page_pdf": 858, "page_imprimee": 703, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3461, "texte": "                                         NOTULES                                           703\n\n   Les concerts a u r o n t lieu, à 5 1/2 heures précises, au local d u Cercle Artis-\ntique et Littéraire, R e m p a r t S a i n t - J e a n , à G a n d .\n   S'adresser à la maison Beyer, 15, r u e Digue d e Brabant, G a n d .\n\n\n\n\n  Extension Universitaire pour les femmes à Anvers. —\nP r o g r a m m e des cours de la neuvième année, 1905-1906.\n     A R T . — Professeur : M . C H . MICHEL. — La peinture classique en Italie :\nI. L é o n a r d de Vinci. L a fin d e l'école florentine. — I I . Michel-Ange. —\nI I I . — R a p h a ë l . — I V . L'école r o m a i n e . Corrège. — V. L'école vénitienne.\nDe Giorgione à T i n t o r e t . — V I . L'école v é n i t i e n n e . D e Véronèse à Tiepolo.\n  GÉOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE. — Professeur : M . F . M E U N I E R . — Ia) Dyna-\nmique terrestre externe : Action de l'atmosphère — des eaux courantes — de la\nmer — de la glace — actions chimiques — des êtres vivants. — b) Dynamique\nterrestre interne : Volcans — solfatares — geysers — saîseo — volcans de\nboue — mofettes. — I I . N o t i o n s générales sur l'écorce terrestre. Roches\nmassives ou éruptives. — Roches sédimentaires. — I I I . Age relatif des\nroches. — T e r r a i n archéen. E r e primaire — secondaire — tertiaire —\nquaternaire. — Considérations géogéniques. — I V . Corps organisés retrouvés à\nl'état fossile. Fossilisation en général.— Matières fossilisantes. — Fossilisation\ndes végétaux et des animaux — V. Fossiles primaires et secondaires\n(types caractéristiques des terrains). — V I . Fossiles tertiaires et quaternaires\n(types caractéristiques des terrains). L a fossilisation et l'âge des roches.\nCoup d'oeil sur le développement des végétaux et des a n i m a u x aux diverses\népoques géologiques. — Présentation d e quelques fossiles du houiller de\n C o m m e n t r y et de l'ambre de la Baltique.\n     LETTERKUNDE. — Professor : D r J . PERSIJN. — Eenige grooten uit de vreemde\n letterkunden van den dag. — I . R u s l a n d : Tolstoï. — I I . Scandinavie : I b s e n .\n — I I I . E n g e l a n d : George Eliot. — I V . Duitschland : Fritz Reuter. —\n V. Spanje : B . P e r e z y Galdos. — V I . Italie : Fogazzaro.\n   H I S T O I R E . — Professeur : M. KARL H A N Q U E T . — Le XIIe siècle. — I. L a\nféodalité. — I I . L a querelle des investitures. — I I I . L e s premières com-\nm u n e s . — I V . L a première croisade.\n   L I T T É R A T U R E FRANÇAISE.— Professeur : M. G. LECHARTIER. — La poésie au\nXIX' siècle. — I. I n t r o d u c t i o n . L a poésie avant 1820. — L e R o m a n t i s m e :\nL a m a r t i n e . — II. Victor H u g o . L ' h o m m e . L ' œ u v r e . L e manifeste de la\npréface de Cromwell. — I I I . L a poésie personnelle. Alfred de Musset. —\nI V . La poésie p h i l o s o p h i q u e . Alfred d e Vigny. L'Art pour l'Art. Théophile\nGauthier. Baudelaire. — V. L a poésie après 1850. L e s trois P â m a s s e s .\nL e c o n t e d e Lisle. S u l l y - P r u d h o m m e . F r a n ç o i s Coppée. José-Maria de\nH e r e d i a . — V I . A côté du P a r n a s s e . — L e s femmes poètes. — T h é o d o r e d e\nBanville. R i c h e p i n . L e s Symbolistes. Verlaine. Mallarmé. L e s derniers\nvenus. L ' é t a t actuel. Conclusion.\n   MUSIQUE. — Professeur : M. W A L L N E R . — Histoire de la musique de chambre.\n— I. Ecole française : S a i n t - S a ë n s , Vincent d ' I n d y , F a u r é , D e b u s s y . —\n"}, {"page_pdf": 859, "page_imprimee": 704, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "704                                       DURENDAL\n\n\nI I . Ecole belge : César F r a n c k , Lekeu. Rasse. — I I I . E c o l e slave : Chopin,\nDvorâk, Cui, Borodine, Rochmaninoff. — I V . Ecole allemande m o d e r n e :\nRaff, Bargiel, Richard Strauss, Gernsheim.\n\n                                                ***\n  A paraître prochainement :\n   ARMAND PRAVIEL : Péché d'aveugle.\n   FRANZ H E L L E N S : En ville morte.\n   CHARLES DESBONNET : Petite esquisse familière. (Edition de la Revue en Art.)\n\n\n\n\n   A c c u s e d e r é c e p t i o n . — FIERENS-GEVAERT : L a renaissance septen-\ntrionale et les premiers maîtres des Flandres, avec illustrations (Bruxelles,\nV a n Oest). — JOSEPH D E S T R É E : D e la restauration de l'industrie de la\ntapisserie en Belgique. Ecole professionnelle d'Héverlé (Louvain, I m p r i m e -\nrie Nova et Vetera).— Catalogue illustré de l'Exposition d'art ancien bruxellois,\navec introductions et interprétation de JOSEPH D E S T U É E (Bruxelles, Van Oest).\n— Catalogue illustré de l'exposition rétrospective de l'art belge. Notices\nb i o g r a p h i q u e s p a r A.-J. W A U T E R S (ibid.). — L É O N CHAÎNE : L e s catholiques\nfrançais et leurs difficultés (Paris, Stock).— P . et V. MARGUERITE : Quelques\nidées (Paris, P l o n ) . — Comte DE GOBINEAU : Deux études sur la Grèce\nmoderne : Capodistras ; L e r o y a u m e des Hélènes (ibid.) — FRANÇOIS\nG I L L E T T E : Aimons (ibid.). — Eug MARTIN : Saint Columbam ( P a r i s ,\n Lecoffre). — P I E R R E SUAU : Saint F r a n ç o i s de Borgia (ibid.). — ANTOINE\n BAUMANN : Les martyrs de L y o n , roman historique (Paris, P e r r i n ) . —\nAUGUSTE SAJOT : Le berceau de la F r a n c e (ibid.). — R E N É                   BOYLESVE : L e\nbel avenir (Paris, C a l m a n n - L é v y ) . — LÉON W A U T H Y : Litanies à la bien-\naimée (Liège, l'Édition artistique). — L É O N SOUBRE : Airs tendres. Menuets\net ronde du XVIIIe siècle. Transcrits avec a c c o m p a g n e m e n t de piano (Bru-\nxelles, Breitkopf et Hartel). — Miss C. MAUD : U n e jeune Anglaise à P a r i s .\nT r a d u c t i o n de CHAUSSERON (Paris, H a t i e r ) . — H E N R I L I E B R E C H T : L e s fleurs\nde soie ( P a r i s , Sansot). — J . BARBEY D'AUREVILLY : D e l'histoire (Paris,\nL e m e r r e ) . — JACQUES F R É H E L : L e précurseur ( P a r i s , P l o n ) . — F . - T . MARI-\nNETTI : Le roi B o m b a n c e ( P a r i s , Mercure de France). — MARCELLE TINAYRE :\nAvant l'amour ( P a r i s . C a l m a n n - L é v y ) . — E R N E S T CLOSSON : Chansons popu-\nlaires des provinces belges. I n t r o d u c t i o n , harmonisation et introduction\n(Bruxelles, Schott frères).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1905-livraison11-209", "volume": "ELB-AML-484382-1905-000-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1905-000-012_f.pdf", "ocr_sha256": "14b032621afca522b50963f22e4aa06e1bc9877fc6bc012fd07f5d127dca7e27", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "irii 99, rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 860, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 71, "fin_caractere_exclue": 3089, "texte": "irii      99, rue Royale, 99\n\nPIANOS DE SMEÏ                                                                   > BRUXELLES •\n\n\n\n FABRIQUE DE MATELAS\n                      Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                     BERVOETVWÏELEMANS\n                                    FOURNISSEUR DE L A COUR\n\n          6, 8, 10, 12, Rue du Midi ^                                     BRUXELLES\nUsine à vapeur», L a v o i r d e l a i n e s : RUE DES GOUJONS, 120\n\n\n                                                 J« Q O N T H I E R\n                                                              Maison fondée en 1 8 5 0\n                                           31-33, rue de l'Empereur,                     BRUXELLES\n                                                              TÉLÉPHONE             3659\n\n                                           Encadrements d'art — Miroiterie\n                                                         Vitraux riches et ordinaires\n                                               Cadres pour tableaux, aquarelles,              gravures\n\n                                                           AMEUBLEMENTS\n                                           Entreprise générale de vitrerie\n                                                   LA M A I S O N   N'A P A S DE S U C C U R S A L E\n\n\n\n\n   PIANOS STEIKWAY                                                            & SONS\n                    NEW-TORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n  de Suède et d'Italie, d u Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     E x t r a i t de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway (R. Wagner). »K Le Stein-\nway est un superbe chef d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans lo ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance (A Kubinstein). » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu'ici (F Busoni). » «La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. l'aderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès ? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Kug. d'Albert). » « Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu'un\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter). »\n  Ageuce générale cl dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. 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LISIONS D'KNKRfilK\n                                             VKRIUKRKN KT DKMOLDKR '\n                  . , I GEORtiJiS.UWKNJJAOI — MAX \\\\'AM-KR\n          KDMOMV H O A R i r ' - l i l IM;ÀC'MK VKRSI'KVKN -U th \"CARTON DE VIART\n                                           KTC, ETC.\n\n\n  En vente chez l'éditeur Vromant, 3, rue de la Chapelle, Bruxelles\n                                                                                               1\n                                                                                                         I         !      1 I                    J       ' ' '\n                THE\n            (Coin/mifiiie\n                                 GRESHAM'\n                                 d'axsUrMiires            mit        la   vie}\n                                                                                           ItfhlURE'D'AftT&D'AMraPS\n                                                                                                                   '!•\"•<\n                    Fondée à Londres 1 8 4 8\n                 Etablie an Belgique en 1 & 5 5\n                   , k>lk i |MH» île $ 1 7 jiillu>im\n               SiTn.sfi es |.li_\\ffs i-n I<C1KII|IK- . 3 0 intlllinih\n                                                                                           Paal<Hge5Set7sRelieur-doreur de S A A M 11 \" la Comtesse de Flandre\n                    ^T\\ m i l           M C N S U I L L i a\n                L ouïs H E U V E L M A N S . .lirri-i.ur\n           John H. SCOTT. htilih-iliivt'l. delà SuriuirHiileHelge                                            24, rue de Berlafmont, Bruxelles\n              3 , plate» R o y a l * , B R U X E L L E S\n\n\n                                             Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                                                FABRIQUE                               ET              ATELIERS :\n                                       3 7, Rue de l a Charité - BRUXELLES\n                                                                                     TÉLÉPHONE                                                       1947\n                                                           T\n\n                                          Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                      Spécialité\" 4».toue les ^rtiClés concernant la peinture, la sculpture\n                                                         la grarefre, l'architecture et le dessin.\n                                      R E N T O I L A û è NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAITX\n                                                  Vente et location de modèles pour la           peinture\n                                        Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\nPremieies médailes aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Uverpoo', Le Havre, Bruxelles, Ctilcago, etc.\n                                                     p          —,                         ,\n                                                     Au              ENCADREMENTS»»*»»                                                                           Par suite de décès\n                                                      L.\n\n\n                                                     v          DORURE                               ET                  SCULP-\n                                                      E         \"                                            ——\"                                 '           MQUlDATIOfl\n                                                     R          J U R E S U R BOIS • • » * »\n                                                     D                                                                                                                  DE\n                                                     U          ESTAMPES                                     *»»»**«»»\n\n                                                     S\n                                                      E\n                                                                GRAVURES A N C I E N N E S\n                                                                                r.             . i l         Lu     •\"       i. 1.1111.              f\n                                                                                                                                                           300 VOITURES\n                                                                                                                                                           Yenjp à t o u ^\n                                                                                i                                                i,                  i\n                                                     av                                                                                                        offre acceptable\n                                                     *J         N, B, - LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                     C\n                                                     c\n\n                                                     *\n                                                                    \" u   i i        | i\n                                                                SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT\n                                                                                                             i i\n                                                                                                                                                             7 1 . rue Goffirt\n                                                     8\n                                                     •\n                                                                l\n\n                                                           ' D'AUTHENTICITÉ • * •\n                                                                                           i       i 1   i   i              11\n\n                                                                                                                         •*••»•*»\n                                                                                                                                  ii   i   111   i\n                                                                                                                                                                  1XELLES«\n"}, {"page_pdf": 862, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3975, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                    ta, Marché-au-Boi» - BRUXELLES\n Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles à vue : 1 1 2 p. c. sans commission\n    Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. c.\n                     Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                               ORDRES DE BOURSE\n           Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n         Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n  LA RÉSERVE MUTUELLE                                       LE STANDARD\n                                                         Compagnie d'assurances sur la, vie, fondée en 1825\n            de»         ÈT.4TS-V.VtS                             ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n               M-IXX* l a         v i e\n                                                           Prinolpaux avantages de la Compagnie\n                                                         i° Polices incontesta- 3° Tarif avantageux.\n                                                           bles après deux ans 4° Participation impor-\n                                                           de date.                   tantedesassurésdans\n                                                         a0 Prêts sur polices         les bénéfices de la\n                                                           ayant trois ans de         Compagnie.\n                                                           date                     5° Prêts hypothécaires.\n                                                            S'adresser pour renseignements et prospectus à la\n                                                                     DIRECTION            OtNtRAI.1\n                                                         28, PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                           Téléphone 949 — Adresse télégraphique : Stanford-Bruxelles\n  ENCAISSSMINT ANIIUEL . . . .        40 Millions\n  SINWTRIS PAIES                     250 Millions\n\n      Combinaisons très intéressantes                    CHAUDRONNERIE DE LA GOOB\n   DIRECTION Bf NÉI/U.I FOUI LE CONTINENT DE L'EUROPE         37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n       8 , r u e H d l é v y , P A R I S (8*)                             TÉLÉPHONE 1 6 0 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S\n          On demande de» Agents\n                                                          Batteries de cuisine. — articles de ménage\n                                                                         ÉTAMAGE\n\n\n              nobiliaires ne\n     52, rue Stévin, BRUXELLES\n                  Recherches de généalogies et d'ar-\n                   moiries en Belgique et à l'Etran-\n                   ger. — Attestations officielles de\n                   noblesse, de filiations et d'armoi-\n                   ries.— Copiesofficielles de lettres\n                   de patentes de noblesse. —                  18, JVIapehé-au-Bois, 18\n                   Inscriptions à la liste des nobles.\n                   — Insertions de généalogies dans\n                   des publications belges et étran-\n                   gères. — Rectifications d'actes\n                   de l'état civil et adjonctions des\n                   noms. — Correspondants en pro-\n                                                                        BRUXELLES\n                   vince et a l'étranger —Armoiries\n                   et documents généalogiques sur\n                   plus de 100,000 familles nobles\n                   et patriciennes.\n   RENSEIGNEMENTS\n                                                         Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                        BlESWAL\nCHOCOLAT                        BlESWAL\nCH O C O L A T                  Bl E S W A L\nCH O C O L A T                  BlESWAL                         LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 863, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3064, "texte": "  APPAREILS                               PHOTOGRAPHIQUES\n                                                          OBJECTIFS, JUMELLES\n                                                                    JUMELLES A PRISMES\n                                                                PAPIERS, PLAQUES\n                                                          PELLICULES PHOTOGRAPHIQUES\n                                                          SP C Al ITESPHOTOGRAPHIQOE»\n                                                                   MICROSCOPES\n\n                                                             Grand cho'x de photographiât\n                                                               artistique» et déconfite*\n\n\n                                                          ALBERT                   HOFMANN,                             BRUXELLES\n                                                                  S a l l e d'exposition           : r u e de    la R é g e n c e ,   57\n\n\n\n\n  1J. BDtiSO Pin Reniûiieurs et restaurateurs des musées neiges et étranger^ P, BUESO Fils\n              EXPERT\n                                                             M A I S O N F O N D É E EN 1 8 6 7\n\n                                      Rentolltge, trantposltlon    rettauratlon et parquetige de tableaux                      EXPERT\n\n      2-4, BUE DE LIGUE                         VENTE ET ACHAT OE TABLEAUX ANCiENS ET MOOERNES                        24, rot do RentilhomniB\n          Bruxelles                                      ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                         Bruxelles\n\n\n\n\n         POUR VOS CIGARES FINS\n                                                                                      / ^ ^JaW/m\n                                                                                                     Les Boues CaouicipiuBs\n                        a d r a i i e i - v o u i à la\n                                                                                    M                  TA LBOT\n                                                                                                   sont inusables et inarrachables\n MAISON AMÉRICAINE                                                                  fjjula                      EXIGER LA MARQUE\n\n\n                      DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                                                 Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n       15 — Avenue Louise— 15\n                                                                                        Maison S N Y E . l S - R l N G & C , a\n                    BRUXELLES\n                                                                                Fondée, an 1815                 —        Téléphone 1389\n\nP.-S. -- Arrivage; réjuliers de cigares ne la Havane                                  2 7 , r u e d'Or, B R U X E L L E S\n\n\n\n\nI m p r i m e r i e S c i e n t i f i q u e Char-\nles    BULENS,             Editeur,         rue\nTrre-Neuve,              75.     Bruxelles\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 784, "texte": "  Sfovembre 1905.                                ia\"* Année.                                   N° 11.\n\n\n\n\n             REVUE CATHOLIQUE ©Al\n                ©E LITTERATURE\n\n\n\n\n                                                     £••:\n                                                            • •\n\n                                                                              •   •   •\n\n\n\n\n                                     •       »\n\n                 •     •   •     •       .       m\n                 • •           • • • • . * .\n\n\n                                                                  •   • • •\n                                                                                          .   • •\n\n\n\n\nB R U X E L L E S , rue du Grand-Cerf, 22. — PARIS, avenue de la Grande-Armée, 61.\n"}, {"page_pdf": 785, "texte": "                                 Domaine de la société \" LU WESTEJIDJIISE\n\n                                      LB PLACE DE WESTENDE\n                                             (BELGIQUE)\n\n                                    est située aux bords de la mer du Nord,\n                            entre Ostende et Nleuport; elle est do sable fin. Cette]\n                            nouvelle station balnéaire n'a pas tardé à attirer\n                           l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                           villégiature agréable,hygiénique,unissant le confort\n                           à la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                           Une chapelle est érigée où le service religieux se fait\n                           régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                           gratuits; le service de sauvetage est organisé ot\n                           placé sous la surveillance communale Location do\n                           cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                          garages Kursaai-restaurant. Routes carrossables et\n                          cjclables, accessibles aux automobiles. Vastes ot\n    Villas et Terrains    luxueuses Installations de lawn-tennis, de jeux de           Villas et Cottages\n                          golf et de croquet, gymnase. Promenades à ânes.\n        A TKXDRI          Tentes sur la plage. Communications facilos avec                     à\n                          tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n      par annuités        que d'Ostende à Westende de dix en dix minutes.                  LOUER\n                          Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                          villas et cottages. — Demander le prospectus détaillé\n  Ç<^i»6«w.\n                             Attice ta!)! Hère pour h Tente et Iocîtlm in villas\n                                  HALLES WESTEMDAISES\n               :\n  pm^                     comprenant différents magasins reunissant les arti-\n                          cles d'alimentation, de nécessite et articles de luxa\n                              Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie\n                                                          Le WESTEND' HOTEL est ouvert à\n WESTEND' HOTEL                                         partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                        Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au com-\n                                                        mencement et à la fin des saisons, arran-\n            DIGUE DE MER                                gements très avantageux pour les familles\n                                                          faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n                                                               chambres parfaitement aménagées.\n      TÉLÉPHONE N* 4 1                                         V ie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                 Chambres spacieuses. Ameuble-\n   Réseau dn                                                            ment moderne esthétique et\n littoral par                                                            confortable. Balcons et ter-\n                                                                          rasses. Salle de musique.\n  Nieuport.                                                                 Salle de billard. Salle de\n                                                                             récréation pour les en-\n                                                                         g J L j , , . fants. S a l o n s\n                                                                         JrSf.TR I de lecture et de\n                                                                                       correspondan-\n                                                                                       ce Cuisine soi-\n                                                                                       gnée. Caves\n                                                                                       recomman-\n                                                                                       dées.\n     Appartements aveo salon — Service d'omnibus do l'Hôtel au vicinal — Service postal et\ntélégraphique réguliers — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseaux\n«tranKers voisins — Hôtellerie LE LEKKERBEEK ouverte toute l'année.\n                                  | A BRUXELLES, 5 3 , rue Capouillet (Téléphone 2 2 8 6 )\nPour renseignements s'adresser | A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Téléphona\n                                  (  8 8 du littoral) on an Westend' Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 786, "texte": "                        DURE^DAL\n      REVUE CATHOLIQUE H'ART ET DE L I T T É R A T U R E\n\n                             *9°5 — ' 3 \" Année\n\n\n              Sommaiïe du n° 11 (Notrmbre)\nL'abbé J I K M I Y MtytbER. —î Iiextauration    de l'industrie de la\n                                  tapisserie en lielgique : L'ate-\n                                  lier d'Hénerlé (Louuain)     . . .     641\nHENRI D'HENNEZEL. — Le transfuge         (unité)                         G44\nJ O S E P H RYELANDT. — Princes   Zonneschijn  de P. Gilson an\n                           théâtre de la Monnaie                         670\nGEORGES RAMAEKEKS. — Poèmes :\n                        La gloire des marbres;\n                        Le cristal ;\n                        La cité bien-aimée                               673\nL'abbé HENRY MCKM.EK. — Cours d'art et d'archéologie         .   . .     677\n\n      Chronique artistique :\nP. L. — Isidore Verheyden                                                679\nG. S. — Les expositions : Le Labeur; Nicholson                           679\nINTÉRIM. — Le premier concert Ysaye                                      681\nE. C. — Artémisc Colonna                                         ,   .   681\n\nFIRMIN VAN DEN BOSCU. — Billets        d'auteurs :\n                               Fierens-Gevaert ; Maurice des Otn-\n                                 bkiux ; Ernest-Charles ; Deux\n                                 critiques                , . .          683\nHENRI MAZEL. — Lettre de Paris                                           689\nLivres et Revues • . ,                                             69a\nNotules                                                            701\nIllustrations : Fragment de tapisserie ancienne reproduite en couleurs.\n               Tapisserie exécutée à l'atelier d'Héverlé.\n               Ancienne tapisserie de Bruxelles, d'après nu carton de\n                 VAN OIU-EY.\n              Portrait de Maurice des Ombiaux, d'après uu dessin de\n                 FRANÇOIS BEAUCK.\n"}, {"page_pdf": 787, "texte": "       REVUE CATHOLIQUE\n                           DURENDAL               D'ART ET DE                     LITTÉRATURE\n\n    ABONNEMENT                : 1 0 francs p a r a n ; ETRANGER          : 1 2 fiancs (port compris)\n          (pour ïabonnement s'adresser à ta Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à             Bruxelles)\n\n                                     P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                   Comité de rédaction                    de D u R E N D A L                :\n                              MM. HENRY CARTON DE WIART.\n                                  L'abbé HENRY MŒLLER.\n                                        F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                       Secrétaire de la Rédaction : G E O R G E S V I R R È S\n                                   Correspondant de la rédaction à Paris :\n        M.     HENRI       MAZEL,       avenue de la Grande-Armée, 6 i , Paris.\n\n                 PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n       FRANZ A N S E L .                                            ARNOLD G O F F I N .\n       MAURICE BEKAERT.                                             JobF. H E N N E B I C Q .\n       EDGAR B O N E H I L L .                                       L ' a b b é H . HOORNAERT.\n       HENRY BORDEAUX.,                                             J . - K . HUYSMANS.\n       ALEXANDRE BRAUN.                                             JOSEPH JANSSENS.\n       THOMAS BRAUN.                                                EDMOND JGLY.\n       GEORGES .BRIGOPE                                             VICTOR K I N O N .\n       H É L È N E CANIVET.                                         GODEFKOID K U R T H .\n       MARIE CLOSSE I . •—                                          L. DE I A LAURENCIE.\n       L'abbé AUG. CTHCINS.                                         L ' a b b é L . L E CARDONNEL.\n       L ' a b b é P A U L (\"UVI.ITS.                               GEORGES L E CARDONNEL.\n       L e c o m t e G. D'AKSCHOI .                                 S É B . - C H . LECONTE.\n       L e baion JOSK DE COI-PIN.                                   GFOKGES MARLOW.\n       G E O R G E S DE G O I KSCO.                                 CHAKI.ES MAKTENS.\n       GEORGhS      DEI.AI'NCJY.                                    PAUL MUSSCHE.\n       L a comtesse E D . DE LILDI M KKE.                           EDOUARD N E D .\n       Le baron G. DELLA FAII.1.1-.                                 MAURICE OLIVAINT.\n       E U G È N E DEMOLDER.                                         ERNEST    PlsKlEK.\n       D o m BRUNO DESTKF.E.                                        GEORCHS RAMAEKERS.\n       JULES DESTREE.                                               GEORGES RENCY.\n       Vicomte D ' H E N N E Z E L .                                BLANCHE ROUSSEAU.\n       EDOUARD D U C O T É .                                        JOSEPH RYELANDT.\n       MAURICE DULLAERT.                                            FERNAND SEVERIN.\n       J . ESQUIROL.                                                HENRY VAES\n       E M I L E FERMAUD.                                           ROBERT VAN DER E L S T .\n       LAURENT FIERENS.                                             CHAKI.ES VAN LERBERGHE.\n       H . FIÉRENS-GEVAERT.                                         EMILE VERHAEREN.\n       IWAN G l L K I N .                                           L'abbé F R . VERHELST.\n                                                                    LÉOPOLD W A L L N E R , etc., etc.\n\n                  L e s collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\n71 sera rendu compte dans DURENDAL           de tout ouvrage dont un exemplaire sera entojé à ta Rédaction-\n\n\n      Pour l a Rédaction, l'Administration e t les d e m a n d e s d'abonnements, s'adresser a u\nsiège de la Revue, 2 8 , r u e du G r a n d Cerf; pour la publicité, 4 6 , r u e Nenfchatel, B r u x e l l e s .\n"}, {"page_pdf": 788, "texte": "Imprimerie Charles BULENS, Editeur, 75, rue Terre-Neuve, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 789, "texte": ""}, {"page_pdf": 790, "texte": "Restauration de l'Industrie\n          de la Tapisserie en Belgique\n\n                  L'atelier d'Héverlé (Louvain) (1)\n              ous ce titre, M. Joseph Dcstrée, conservateur du\n                 musée du Cinquantenaire, a fait connaître briè-\n                vement, dans une brochure très instructive, ce\n                que fut le passé si florissant de l'industrie de\n                 la tapisserie en Belgique et la haute opportunité\n                de son rétablissement.\n                    Dès le XVe siècle, il y eut des ateliers de\n                tapisserie importants et tout à fait remarquables\n— de vrais ateliers d'art — à T o u r n a i , Bruxelles, Bruges, Aude-\nnarde, Anvers, Enghien, Binche, et un peu partout, au point\nque l'on peut dire que jamais industrie ne fut plus vraiment\nnationale.\n   Les princes d'antan se firent un devoir de protéger cette\nindustrie, entre autres nos souverains de jadis, les ducs de\nBourgogne, Philippe le Beau, Marguerite d'Autriche, Charles-\nQuint et les archiducs Albert et Isabelle.\n   Mais cette industrie atteignit surtout le degré de splendeur\nincomparable que nous révélèrent les merveilleuses tapisseries\nque nous avons pu admirer lors de l'exposition rétrospective de\nl'art ancien à Bruxelles, en 1880, et celles qui décoraient tout\nrécemment le Cercle Artistique (2), et que confirment les trésors\n\n\n  (1) Louvain, Imprimerie Nova et Velera.\n  (2) M. Joseph Désirée a publié un catalogue très complet de cette Exposition de l'Art\nAncien Bruxelles, qui a été luxueusement édité, avec de superbes reproductions, par la\nMaison Van Oest, de Bruxelles. Ce catalogue contient, outre une description très\nexacte des objets exposés, quatre intéressantes introductions sur les Tapisseries, les\nSculptures, les Arts du métal et la Faïence de Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 791, "texte": "642                          DURENDAL\n\n\nde nos musées, grâce au concours d'artistes de tout premier\nordre, qui mirent leur talent au service des tapissiers, tels que\n Roger Van der W e y d e n au XVe siècle, plus tard J e a n Van Room,\nMaître P h i l i p p e , Bernard Van Orley, Jean Vermeylen, et au\nXVIIe siècle, Rubens, Jordaens, Teniers, Van der Meulen et\nd'autres.\n     E n contemplant les chefs-d'œuvre de notre école défunte de\ntapisserie nationale, on ne peut que regretter amèrement la\ndisparition de ces foyers d'art, éparpillés jadis par tout le pays,\net à souhaiter leur prompt rétablissement.\n     U n e tentative de ce genre a été faite, il y a quelques mois.\nSous l'inspiration et la direction intelligente de Joseph Destrée,\net avec le concours dévoué du chanoine T h i e r r y , on a ouvert,\ncette année, un atelier de tapisserie dans la grande école\nprofessionnelle pour jeunes filles d'Héverlé, près de Louvain.\n     On a pu voir travailler ces jeunes ouvrières au Cercle Artis-\nt i q u e . Elles avaient modestement dressé un métier de haute\nlisse, dans une petite salle attenante à celles où étaient expo-\nsées les oeuvres maîtresses de leurs illustres ancêtres.\n     L'atelier d'Héverlé, en pleine activité à l'heure actuelle, fut\ncréé le I e r avril, et placé sous la direction de M lle Marie Verges-\nserat, qui avait rempli les mêmes fonctions à l'école de\nChampfleur, en France.\n     D'après des cartons dessinés par M. de Geetere, professeur\nde dessin à H a l , plusieurs tapisseries ont déjà été exécutées,\nnotamment un Sacré Cœur (1m50 X 0 m 70), dont nous donnons ici\nla reproduction, un bandeau de cheminée et une tapisserie\nhistoriée. On y a exécuté aussi un antependium de 1m10 sur\n0 m 73, d'après un croquis de l'ouvrière en chef.\n     Nous félicitons de tout cœur nos amis Joseph Destrée et le\nchanoine T h i e r r y pour leur louable initiative. C'est une belle\nœuvre, bien méritoire, tant au point de vue artistique qu'au\npoint du vue social, qu'ils ont fondée à Héverlé, et elle doit\nêtre secondée. Nous offrons à cette nouvelle école d'art nos\nplus vifs souhaits de vitalité artistique et de succès auprès\n du public. L e seul obstacle qui, de prime abord, semblerait\n s'opposer à sa prospérité serait le temps énorme qu'exigerait\n et, par suite, le prix élevé que pourraient coûter ces tapisseries.\n Mais, ainsi que M . Destrée le montre d'une façon péremptoire,\n l'industrie de la tapisserie conçue d'une façon rationnelle et\n"}, {"page_pdf": 792, "texte": "             TAPISSERIE\nEXÉCUTÉE A L'INSTITUT D'HÉVERLÉ (LOUVAIN)\n"}, {"page_pdf": 793, "texte": ""}, {"page_pdf": 794, "texte": "       RESTAUR. DE L ' I N D . DE LA TAPISSERIE EN BELGIQUE        643\n\n\nréglée par l'usage de laines en nombre restreint, bien choisies,\nd'une teinture irréprochable, à l'exclusion de la soie et des fils\nd'argent et or, est à môme d'exécuter r a p i d e m e n t de véritables\ntentures d'art, à des prix incomparablement moins chers que\nles Gobelins et qui ne seront pas moins artistiques pour cela.\n   Si cette intéressante industrie pouvait redevenir nationale\ncomme jadis, si les débouchés s'ouvraient et permettaient à de\nnouveaux ateliers de s'installer un peu partout en Belgique, à\nl'instar de celui d'Héverlé ; si surtout nos grands artistes dessina-\nteurs et peintres daignaient, comme jadis, s'aboucher avec\nd'habiles ouvriers tapissiers, mettre leur talent à leur service, et\ndessiner pour eux des cartons spécialement appropriés à leur\ntravail, il n'est pas douteux que nous aurions de nouveau, à\nbref délai, une école belge de tapisserie aussi féconde et aussi\nflorissante que celle d'autrefois.\n   P o u r atteindre ce résultat, il faut que l'on encourage large-\nment les initiatives pareilles à celle de l'école professionnelle\nd'Héverlé.\n   L'art de la tapisserie est un art extraordinairement décoratif.\nRien ne donne un cachet plus somptueux à un monument,\nà un palais, à une église, à un hôtel particulier que de belles\ntapisseries finement exécutées d'après des cartons bien dessinés,\nc'est-à-dire dessinés par de vrais artistes, et d'un coloris chaud\net vibrant.-\n   C'est à l'Etat, aux administrations communales, au clergé et\naux riches particuliers qu'il appartient d'y pourvoir. L a restau-\nration de notre vieille école de tapisserie est entre leurs mains.\nElle dépendra de la largesse avec laquelle ils stimuleront le\nzèle des ateliers qui s'ouvriront.\n\n                                                 HENRY MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 795, "texte": "                            Le Transfuge\n                                     (ROMAN)\n\n\n\n                                         (Suite)\n\n\n\n                                          VII\n\n                      HON... grogna Cormevielle, quel pantalon convient-il d'arborer\n                         jeudi pour le déjeuner de Serpigny? Ce n'est pas u n e\n                         petite affaire que de décider cela... h o n . . . je détiens\n                         exactement trois pantalons qui peuvent, pour des motifs\n                         divers, figurer à cette cérémonie : u n noir qui est sérieux,\n                         un gris ardoise qui est noble, et un chamois qui est b a d i n . »\n                             E t l'idée de parader devant les hôtes de Serpigny en\n                         pantalon chamois fit courir sur les traits de M. Cormevielle\n                          de petits sourires égrillards.\n    « O u i , l'on peut dire qu'il est b a d i n . La couleur en est tendre et la coupe\nfait h o n n e u r à ma j a m b e . Si je mettais le pantalon c h a m o i s . . . »\n    E t il pensa qu'il y aurait des d a m e s , dont deux peut-être ne seraient pas\ninsensibles à la galanterie de ce vêtement. M. Cormevielle s'étudiait à\nplaire aux dames. Il se vantait de posséder un ton et des manières propres à\nlui valoir des succès féminins. E t il est vrai que la receveuse des postes et la\nfemme du percepteur le regardaient d'un œil chargé de passion.\n    Il fut sur le point de ne pas résister aux blandices du pantalon chamois.\nCe qui l'incitait à s'en revêtir, c'était l'idée que Mme et Mlle Milleret le\nverraient ainsi p a r é . L a mère lui produisait u n e g r a n d e impression ; car, en\nvrai connaisseur, il prisait cette beauté mûre conservée dans ses cheveux\npoudrés, ainsi q u ' u n fruit délicat dans du coton. E t Mlle Germaine le touchait\ntrès vivement par sa joliesse p i m p a n t e et sa grâce sans apprêts.\n    Cependant, à la réflexion, il lui p a r u t que le pantalon chamois témoigne-\nrait d'un laisser-aller qui ne conviendrait ni à son âge, ni à la qualité de la\nréception. Les Milleret n'avaient encore reçu personne. Fallait-il, pour la\npremière fois, se présenter chez eux avec les attributs de l'élégance et de la\nlégèreté?\n    « Après tout, se dit Cormevielle, je suis bien bon de me mettre martel en\ntête. Il est une personne d'une compétence avérée en pareilles matières :\n c'est Mme Brogniart; je vais la consulter. »\n"}, {"page_pdf": 796, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                 645\n\n   Mmc Brogniart méditait précisément dans le silence de sa garde-robe sur\ntrois toilettes, dont le choix remplissait son âme d'une angoissante perplexité.\nUne robe de soie aubergine se révélait dolente et épiscopale; une autre de\ndrap grenat lançait de somptueuses fulgurances, évoquait à la fois les\ntentures officielles et le feu des lanternes d'omnibus; et la dernière, qui\nsemblait tissée de mousse, ouvrait à l'œil des horizons champêtres et donnait\nenvie de s'étendre sur le dos.\n   Qui allait l'emporter du violet, de la pourpre ou du vert? La dame, en\ndétresse, confia ses peines à M. Cormevielle, dans le temps même que celui-\nci se disposait à lui faire part des siennes. Serais-je paré de noir, de gris\nbleu ou de jaune chamois? questionnait l'un. Me pavoiserai-je de violet, ou\nde pourpre ou de vert? interrogeait l'autre. Et les deux de répondre en un\nchœur alterné :\n   « Le noir ce serait la ténèbre spéciale des noces de banlieue et des pompes\nfunèbres. — Le violet étendrait sur cette fête le réseau de ses langueurs\nfiévreuses. — Le gris bleu montrerait un ciel obscurci par lesplombs d'un\norage. — Le rouge aurait l'impudeur des festins orgiaques et la truculence\ndes trognes avinées. — Le vert, oh ! le vert idyllique et bocager! semblerait\nune plaine herbue ondoyante au soleil. — Et le chamois, madame, inviterait\nà des courses folâtres, à travers les bruyères et les cyclamens, jusqu'aux\npieds des glaciers. »\n   Le noir, le violet, le bleu, le rouge, le vert et le jaune illuminaient leur\nverbe et suscitaient leurs désirs. Ils découvraient le sens mystagogique d'une\njupe ou d'un pantalon. Ils ressemblaient à ce poète qui nous initia jadis aux\n « naissances latentes » des voyelles et qui, dans un sonnet, magnifia les\nsymboles colorés de l'A, de l'E, de l'I, de l'O et de l'U.\n   Cependant Mme Brogniart, n'y tenant plus, décréta qu'en sa robe sylvestre,\ntissée de mousse, elle apparaîtrait chez les Milleret à la façon des dryades et\ndes hamadryades. « Quant à vous, dit-elle au pensif Cormevielle, quant à\nvous, c'est bien simple. Le sort décidera du pantalon qui convient à cette fête.\n   — Alors, reprit Cormevielle, tirerai-je à la courte paille, ou bien jouerai-je\n à pile ou face? Non, j'inscrirai plutôt sur trois identiques feuillets les trois\nnuances en litige et, les confiant à la cache de mon chapeau, j'extrairai, d'une\nmain prudente, la réponse sibylline. »\n   Et donc M. Cormevielle prit trois morceaux de papier semblables et, afin\nde se rendre propice le hasard, il écrivit sur chacun des trois le même mot :\nchamois, chamois, chamois. Puis, ayant procédé à trois expériences qu'il\nproclamait contradictoires, il acquit la certitude que le sort lui avait, de\ntoute éternité, réservé la gloire de porter à Serpigny le pantalon de ses\n rêves.\n   Ce déjeuner de l'abbaye fut pour le jeune d'Ardemont, pendant une hui-\ntaine de jours, l'occasion de plaintes sourdes. Depuis son retour de Paris,\nil souffrait d'une recrudescence d'ennui et, comme il advient en pareil cas,\nil refusait la moindre distraction, sous prétexte que la vue de ses sem-\nblables lui devenait odieuse. Sa mère eut toutes les peines du monde à le\n décider.\n"}, {"page_pdf": 797, "texte": "646                                   DURENDAL\n\n\n     « J'aime mieux, répélait-il, rester d a n s mon trou. E t , d'ailleurs, vous\n savez bien que je n'éprouve a u c u n e sympathie pour les personnages que je\n rencontrerai là-bas. L e Brogniart t me porte sur les nerfs avec ses invariables\nhistoires du temps de la L i g u e . Sa femme est une pimbêche pincée et collée,\ndevant laquelle il est interdit de risquer la m o i n d r e plaisanterie. Cormevielle\n distille l'ennui, soit qu'il se lance dans ses donqnichottesques récits de chasse,\n soit qu'il narre ses prouesses d'empailleur de bêtes ou ses découvertes imbé-\nciles. Q u a n t aux Milleret, ils ne m'intéressent point : je ne les connais pas.\n    — Ce sont, fit remarquer la b a r o n n e , des gens fort aimables et que tout le\n inonde estime dans lu pays.\n    — P e u m'importe, grogna J a c q u e s . J e ne leur ai pas d e m a n d é d e\n m'inviter. J e n'ai a u c u n e raison ni a u c u n e envie d'aller chez eux.\n    — T u aurais tort, mon cher enfant, prononça Mme d'Ardemont, de bouder\ndans ton coin. Crois-moi, tu ne regretteras pas ta j o u r n é e à Serpigny.\n D'abord, tu n'as pas vu l'abbaye réparée et M. Milleret a vraiment accompli\ndes merveilles. Ensuite, je ne saurais trop te répéter combien ces gens sont\ncharmants. On s'est méfié d'eux lorsqu'ils sont venus ici. L'arrivée d'étran-\ngers, au milieu de gens qui sont liés intimement, produit toujours quelque\ngène, quelques e m b a r r a s ; on les tient en suspicion, et c'est tout juste si on ne\nleur montre pas grise mine. Les Milleret ont certainement souffert de la\ncontrainte qu'ils provoquaient jadis dans les réunions. Mais maintenant on\nles voit et on les aime. On sait qu'ils ont d'excellentes idées en politique et en\nreligion, et d'ailleurs il n'y a pas à vingt lieues à la r o n d e de meilleurs\ncatholiques. »\n    J a c q u e s eut envie de répliquer qu'il se souciait fort peu de l'esprit conser-\nvateur des Milleret et, qu'à tout p r e n d r e , il les préférerait bouddhistes ou\nadorateurs du feu, comme les G u è b r e s et les Parsis. Il plissa ses lèvres,\nagacé. E t sa mère, sentant sourdre, son irritation, voulut l'allécher a u t r e m e n t .\nElle ajouta :\n    « Les Milleret ont une fille ravissante.\n    — Oui, s'exclama l'autre, je vois ça d'ici! Quelque d i n d e !\n    — Ah! m o n ami, tu ne l'as jamais rencontrée, tu ne peux pas la juger. »\n    Mme d'Ardemont lança cette phrase d ' u n e voix claire, comme si elle pre-\nnait, avant m ê m e qu'on l'attaquât, la défense de G e r m a i n e . Elle était encore\ntout émue de la scène charitable qu'elle avait surprise dernièrement. Mais\nJacques continua cependant :\n    « Ma pauvre m a m a n , ta j e u n e fille ressemble à toutes celles qu'on fabrique\ndans le m o n d e . Il n'y en a que deux catégories. Les unes sont mal coiffées,\nmal chaussées, vêtues comme des novices, sans grâce et sans s é d u c t i o n ; ce\nsont celles que les mères chrétiennes, aidées du confesseur, passent aux petits\njeunes gens des cercles catholiques, ou aux noceurs impénitents qui ont\nbesoin d'une grosse dot pour entretenir leur maîtresse. Les autres savent\nb e a u c o u p de choses et devinent ce qu'elles ne savent pas : celles-là suivent\nla mo le, sont jolies, ou, si elles sont laides, deviennent affriolantes à force\nde coquetterie; elles épousent d'honnêtes gogos qu'elles trompent au b o u t de\nsix mois. Voilà. Bête ou perverse, il n'y a pas de milieu. »\n"}, {"page_pdf": 798, "texte": "                                 LE TRANSFUGE                                    647\n\n    Et il n'osa pas ajouter : j'aimerais mieux qu'elle fût perverse.\n    Mmed'Ardemont, épouvantée de cette sortie, regardait son fils avec des\nyeux où se lisait une tristesse infinie. De l'entendre ainsi déblatérer et\nrendre du haut de sa cervelle des arrêts qu'elle jugeait iniques, cela lui cau-\nsait un mal profond. Paris et la littérature avaient bien décidément dépravé\nson enfant.\n    « Mon pauvre Jacques! » soupira-t-elle, en joignant les mains comme si\n elle priait.\n    Néanmoins, au jour dit, Mme d'Ardemont et son fils se trouvèrent à Ser-\n pigny. Le jeune homme y porta cet air de dégoût goguenard qu'affectent\n volontiers certains Parisiens blasés qui traitent les gens de la province ainsi\n que des Holtentots. C'est à peine s'il répondait aux questions que M. Mil-\n leret se croyait obligé de multiplier. Assis à l'écart, auprès de Dégosses\n immuable et silencieux, il tordait sa moustache et lirait ses manchettes d'un\n geste nerveux. Il montrait son linge éblouissant et ses bagues.\n    Il n'y avait encore au salon que M. Cormevielle, en pantalon chamois, qui\n expliquait qu'au comice agricole de Virebelles, l'an passé, sa pompe à purin\n n'avait pas fonctionné. Mais il en étudiait une autre dont il faudrait bien, un\n jour venant, proclamer la perfection.\n     Il disait cela devant les fins lambris sculptés qui ornaient cette pièce. C'était\n la salle qui servait jadis aux réceptions de l'abbé de Serpigny. Un hasard\n l'avait conservée intacte; car le fermier, qui possédait Serpigny avant M. Mil-\n leret, avait entassé là sa provision de grains, de telle sorte qu'il avait, au\n moyen des sacs de blé et d'avoine, protégé les délicates sculptures des cham-\n branles et des trumeaux.\n    Avec ses quatre baies cintrées qui donnaient, les unes sur la cour d'hon-\n neur, les autres sur le parc, ce salon gardait une allure d'accueillante noblesse.\n Au-dessus des portes, des allégories qui furent si fort en honneur au\nXVIIIe siècle représentaient les quatre vertus cardinales : la Force, la Tempé-\nrance, la Prudence et la Justice. Et partout c'étaient des entrelacs et des\nrinceaux de feuillages et de fruits qui couraient sur les boiseries peintes en\n gris perle. Il y avait une harmonie délicieuse entre cette teinte et le chatoie-\nment précieux des meubles au petit point, dont les paysages de laine ressem-\nblaient à de vieilles toiles d'Hubert Robert. Milleret, très entendu aux\nbibelots, s'était attaché à ne mettre dans cette pièce, sur les consoles et les\npiédouches que des jolivetés coûteuses, figurines de Saxe, biscuits de Sèvres,\nou porcelaines du Japon, qui ressemblaient, avec leurs roses violacés et leurs\nverts céladons, à d'antiques joailleries finement serties de poussière.\n    Jacques décidé à tout dénigrer, faisait semblant de ne pas voir ce qui\nl'entourait. Mais, sans laisser paraître son impression, il examinait ces belles\nchoses qu'un goût si sûr avait réunies là.\n    Cependant Germaine entra. Elle portait une toilette de drap grenat sur\nlaquelle son teint mat ressortait. On eût dit que sa chair, aussi splendide que\nl'ivoire, se glaçait de reflets roses. Elle marchait, gracile et dansante. Le\njeune d'Ardemont lança un coup d'œil et se leva. Et lorsqu'il la vit venir, il\nmurmura entre ses dents : « Voilà la merveille. » Ils se saluèrent comme des\n"}, {"page_pdf": 799, "texte": "648                                DURENDAL\n\n\nétrangers qui aimeraient autant ne pas se trouver face à face. Jacques afficha\nl'indifférence la plus glaciale; mais il fut quand même surpris. Sa mère lui\navait annoncé une jeune fille ravissante. Elle était belle, d'une beauté rare et\nmagnifique. Qu'il le voulût ou non, il admira Germaine l'espace d'une\nseconde ; mais à la façon d'un expert qui estime un objet d'art. Ce fut bref et\nnéanmoins décisif. Il se dit que celte figurine animée pourrait bien passer\npour le plus charmant bibelot des collections de Milleret. Il voulut la com-\nparer à quelqu'une de ces statues polychromes que des artistes modernes ont\nremises en honneur et que l'on expose dans des cages de verre, afin de mieux\nprotéger leurs draperies de jade ou d'onyx et leurs colliers de gemmes\nbizarres. Et le fait est que les cheveux de Germaine, lorsqu'ils étaient éclairés\nde reflets, paraissaient taillés dans la masse d'une sardoine merveilleuse.\nSon visage, dont la pâleur se teintait parfois de sang vermeil, avait l'aspect\nd'un marbre transparent et sa bouche était comme deux lèvres de corindon.\n Dans une albâtre immaculée l'on avait trouvé la forme de ses doigts, que les\n ongles recouvraient de leurs émaux lucides. En artiste, il analysa les traits à\n peine entrevus; il découvrit des similitudes, et se plut au galbe séduisant de\n la femme qu'il devinait en elle. Puis, étonné de s'être si longtemps arrêté à\n cet examen, il reprit en lui-même et par manière de bravade : « Elle est bête\n ou perverse. »\n     A vrai dire, il n'en pensait pas un mot; mais il fallait bien se donner une\n contenance.\n     Il en était là de ses réflexions, lorsque l'abbé Firelin, en même temps que\n sonnait midi, parut à la porte du salon. Il s'arrêta sur le seuil, considéra\n l'assemblée et exécuta une série de petits saluts qui s'adressaient à tout le\n monde en général et à chacun en particulier. Il était splendide, rasé de frais,\n la tête blanche et rose sur une soutane de beau drap noir luisant, l'abdomen\n ceinturé d'une écharpe de moire, dont les franges avaient ramassé, en chemin,\n des houppes de bardane. Ses yeux riaient avec une bonté large. Il fit le tour\n du salon, reconnut ses amis et soudain tomba en arrêt devant Jacques qu'il\n n'avait pas vu depuis six ou sept mois.\n      « Ah! par exemple, monsieur Jacques, quelle bonne surprise! »\n      Et plein de tendresse pour le jeune homme qu'il avait baptisé et dont il\n avait dirigé les premières études de latin, il lui prit les mains et les lui tapota\n  longuement. Jacques, gêné par cette manifestation à laquelle il ne s'attendait\n  pas, cherchait à s'esquiver.\n      « Vous êtes pâle, monsieur Jacques, disait le curé; l'air de Paris\n  ne vous vaut rien. Mais laissez faire : six semaines de campagne remet-\n   tront cela. \"\n      Les douze coups de midi ne s'étaient pas plutôt éparpillés, que l'on\n  entendit, en manière d'atigelus un carillon s'envoler du clocher délabré de\n   l'ancienne église. Milleret avait installé là, parmi le lierre, quelques cloches\n  qu'il faisait sonner en l'honneur de ses hôtes. Leurs voix grêles semblaient\n  chanter dans les ruines fleuries les chansons cristallines d'autrefois et les\n   hymnes blanches qui s'enroulaient, comme des spirales d'encens, autour des\n   piliers de la nef.\n"}, {"page_pdf": 800, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                  649\n\n   Quand la sonnerie se fut dispersée derrière les collines et les bois, Mme Mil-\nleret dit, au milieu du silence :\n   « Les Brogniart ne tarderont pas, je pense, à arriver. »\n   L'abbé Firelin fit remarquer que Le Perché se trouvait à une assez grande\ndistance de Serpigny. « Il y a bien onze kilomètres, dix au moins. »\n   Mais, au même instant, l'on entendit le roulement d'une voiture qui\namenait les retardataires.\n   Le couple Brogniart débarquait en phaéton, et c'était M. Brogniart qui\nconduisait. Il avait une peur bleue de son cheval, une grande bêle blanche\ndégingandée, qui donnait de la tête à droite et à gauche lorsqu'elle trottait et\nqui était bien l'animal le moins fringant que l'on pût imaginer. Néanmoins\nM. Brogniart, dont c'était la gloire de dompter un monstre, se persuadait\nque son cheval méditait toujours des farces et qu'il tenait en mains une sorte\nde centaure ardent, de la race de ceux qu'a chantés Hérédia et qui fuient\n« ivres de meurtre et de rébellion ». Cependant la pauvre haridelle ne frémis-\nsait qu'au fouet brandi sans relâche et butait, comme un pochard, à toutes\nles pierres du chemin.\n   Les Brogniart étaient seuls, car le jeune Victor ayant, avec une régularité\nadmirable, manqué ses examens de baccalauréat, marinait, pour le quart\nd'heure, en une boîte, où on l'imprégnait de l'essence des manuels et du suc\n des précis.\n   Jacques d'Ardemont fut placé, pendant le déjeuner, auprès de Mlle Ger-\nmaine. Il accueillit ce voisinage ainsi qu'une contrariété nouvelle. « Il faudra,\nse disait-il, subir des balivernes et s'intéresser à des niaiseries. La fête est\ncomplète. »\n   Et machinalement il regardait sa voisine. Des jeux de lumière mettaient\nune couche de soleil sur ses joues aux fins duvets et de petits points d'or au\n bout de ses cils. L'eau de ses yeux brillait comme une goutte de pluie tombée\nsur une coupe de bronze. Il la trouvait belle, et pour ne pas en convenir,\n même au dedans de lui-même, il répétait encore : « Elle est bête ou\nperverse. »\n   Le repas commencé au milieu du recueillement général permit d'abord\naux convives de contempler la salle à manger voûtée, par la fenêtre de la-\nquelle on apercevait le jardin français, tout fleuri de glaïeuls et de roses,\nmilgré la saison avancée. Aux murs, des dressoirs exhibaient des faïences\nanciennes récoltées par Milleret dans la région, des plats, des légumiers, et\ndes assiettes décorées de cobalt, de gomme-gutte et de carmin. Leurs enlumi-\n nures voyantes disaient la liesse villageoise des interminables festins et leur\n vernis, sur lequel se reflétaient les carreaux de la fenêtre, animaient d'une joie\n rustique le chêne sombre des meubles.\n   Jacques avait en face de lui une cheminée dont la boiserie peinte montrait\n un vol de petits amours soutenant les armes de Serpigny, l'S enroulée autour\n d'une crosse, avec la mitre abbatiale aux fanons épais. Et ces armes SE\n repétaient sur la vaisselle. Elles rappelaient, à tout moment, que des pro-\n cessions de moines avaient passé par là, dans des nuages d'encens, les\n cierges allumés et la croix haute, précédant le père abbé qui portait cette\n"}, {"page_pdf": 801, "texte": "650                               DURENDAL\n\n\n mitre et cette crosse ruisselante d'or et de cabochons. Mais les petits amours\naux ailes de colombe remémoraient aussi les galantes aventures des commen-\ndataires et c'étaient également les armes des grands seigneurs qui venaient\n en carrosse, avec leurs maîtresses et leurs laquais, toucher une fois l'an, les\n revenus abbatiaux.\n    On fit d'abord compliment à Milleret des magnifiques réparations qu'il\navait entreprises. Il acceptait les éloges en homme qui a cherché à faire\nœuvre d'art et qui reconnaît que ses efforts n'ont pas été stériles. Les soins\nde sa politesse n'arrivaient pas à chasser l'ennui qui semblait toujours\nl'occuper. Il était triste et tout de même gêné de sentir autour de lui ces gens\nqu'il connaissait à peine C'était alors que son visage s'immobilisait, grave et\nbistré, au milieu de sa barbe orientale et qu'il redevenait l'archer du Louvre\nfigé dans sa marche, parmi les briques émaillées. On eût dit qu'il venait\nd'être exhumé par M. Dieulafoy.\n    M. Dégosses aurait bien voulu qu'on l'associât aux travaux de son hôte et\nqu'on louât sa finesse de connaisseur ; mais il passait inaperçu et en concevait\nun dépit très vif.\n   Cependant les conversations s'étant engagées, Jacques chercha une phrase\npour sa voisine. Bien qu'il eût juré d'être grognon, il sentait néanmoins qu'il\nfallait faire montre d'amabilité. Et ce sentiment s'imposait à lui d'une façon\ntellement absolue qu'il ne le discutait pas. Il n'en était plus à se demander si\nGermaine était bête, il la voyait finement jolie et gracieuse, il éprouvait la\nnécessité de lui parler. « Elle aura, se disait-il, la conversation oiseuse de\ntoutes les jeunes filles et ce ne sera pas sa faute, puisqu'on ne l'a pas élevée\nautrement que ses compagnes. »\n    Enfin il se décida et ce fut d'une banalité splendide : « Vous vous plaisez\nbeaucoup à Serpigny, mademoiselle ? » Et comme elle répondait un oui des\nplus convaincus, il fut effrayé lui-même de la platitude de sa demande. Afin\nd'exhausser la misère de ses paroles, il n'eut que la force de vanter le pitto-\nresque de l'abbaye et l'heureux parti qu'en avait tiré M. Milleret. Mais il\nparlait d'une voix mal assurée, se perdait dans ses phrases qu'il n'achevait\npas et finissait par accumuler des inepties dont il rougissait. Brusquement il\ns'arrêta.\n    \" Ah! ça, pensa-t-il, mais c'est moi qui l'ai la conversation oiseuse. Voyons,\nje ne trouverai rien que de quelconque à dire à Mlle Milleret? Comme ça doit\nl'intéresser d'entendre un monsieur qui lui décrit une demeure qu'elle habite\ndepuis quatre ans! Après tout, ajouta-t-il, je ne la connais pas et pourvu que\nnous atteignions, sans encombres, la fin du déjeuner, tout ira bien. \"\n   Et se taisant un instant, il prêta l'oreille aux causeries des autres convives,\navec l'espoir qu'il y rencontrerait de quoi alimenter un nouvel entretien.\nM. Brogniart, le nez chevauché par son binocle d'écaillé était parvenu à placer,\nune fois de plus, ses histoires des guerres de religion. La question de la sépa-\nration des Eglises et de l'Etat lui en avait fourni le prétexte.\n    « Savez vous, disait-il à Milleret, savez-vous que Serpigny fut un repaire\nde huguenots? La chose assurément mérite d'être contée. C'était en 1578,\nquelques années après le sac de l'abbaye. Il y avait, en ce temps-là, un certain\n"}, {"page_pdf": 802, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   651\n\n\ncapitaine de Rastaignac qui était marié et de plus calviniste convaincu.\n Quelques moines, rentrés timidement ici, se terraient dans leurs cellules. Ras-\n taignac vint les surprendre, à la tête d'une bande de soldats, leur imposa de\n loger cette garnison et s'improvisa abbé de Serpigny.\n    » On vit alors l'étrange spectacle de ce huguenot botté commandant à de\npauvres frocards aux abois. Il encombrait leur abbaye de fourrages qu'il\nentassait jusque dans l'église, ne laissait autour du chœur qu'un espace exigu\npour les offices des religieux et enfin transformait en haras les bâtiments con-\nventuels. Les Prémontrés durent vivre en commun avec les juments de Bresse,\nles étalons d'Allemagne et les ânes d'Auvergne destinés à former des mulets.\nPuis bientôt, les soldats de Rastaignac se mirent à chauler leurs psaumes,\ntandis que les moines débitaient, comme ils pouvaient, leur office. Enfin, au\nbout de quelques mois de cette extraordinaire promiscuité, moines et soldats\nfinirent par s'entendre et même si bien qu'ils chassèrent de compagnie par\nles forêts et qu'ils tinrent le pays, montés sur des cavales, l'arquebuse à\nl'épaule et l'épée au côté. »\n    M. Brogniart s'étendait avec complaisance sur la vie de cette abbaye, où le\ncorps de garde touchait à la sacristie, où l'on brûlait de la poudre dans les\nencensoirs. Et c'étaient des dates à contusionner Larousse et des minuties de\ncostumes à causer le désespoir de M. Maindron.\n    De l'autre côté de la table, Cormevielle répandait une égale abondance\nd'ennui. Pour être moins volubile que M. Brogniart, il ne sévissait pas avec\nune moindre rage. Son débit était lent et sûr. Il racontait à ses deux voisines,\nM mes Milleret et Brogniart, qu'il se proposait de naturaliser un pic-vert qu'il\navait, le matin même, tué d'un coup de sarbacane. Les mots arrivaient pesam-\nment et ce qui les aggravait encore c'est que M. Cormevielle inaugurait des\nchaussures neuves, qui lui causaient d'intolérables souffrances et l'obligeaient\nde suspendre parfois le cours de son récit.\n   « Vous ne savez peut-être pas, mademoiselle, dit alors Jacques à Germaine,\nque M. Cormevielle empaille à merveille les oiseaux. »\n   Cormevielle entendit la phrase, car un élancement terrible venait de lui\ncouper la parole. Il dirigea vers le jeune d'Ardemont un regard sévère et,\ntout en réprimant une grimace de douleur :\n   « Mon cher monsieur, fit-il, je n'empaille pas. Vous saurez, pour votre\ngouverne, qu'il n'entre pas le moindre fétu de paille dans la naturalisation des\nanimaux. Empailleur! oui, c'est le terme de mépris qui sert à désigner des\nsavants et des artistes! Empailleur! c'est bien bon pour eux. Ils empaillent,\ncomme si cette science, qui est l'auxiliaire obligé de la zoologie, n'était pas\nbeaucoup différente du vil travail des réparateurs de chaises! E h ! que\nparlez vous d'empaillage ! Ignorez-vous le nom précis qui convient à cet\nobjet? C'est la taxidermie, je suis bien aise de vous l'apprendre. »\n   Et d'une voix sifflante il ajouta :\n   « Je suis un taxiderme, je ne suis pas un empailleur. »\n   M. Cormevielle avait l'âme la moins endurante du monde dès qu'il s'agis-\nsait de taxidermie. S'il faisait profession de libre-pensée, c'était afin de dépiter\nl'abbé Firelin, et s'il menaçait de se convertir au protestantisme, il n'avait\n"}, {"page_pdf": 803, "texte": "652                                  DURENDAL\n\n\n\npour but que de scandaliser M m e d'Ardemont. Il admettait qu'on le\npoussât sur les questions religieuses, mais il ne fallait pas toucher à la\ntaxidermie.\n   Jacques subit cette mercuriale avec une b o n n e h u m e u r dont il ne se serait\npas cru capable. Il entendit, tout près de lui, le fou rire étouffé de Germaine\net la gaîté de sa voisine lui prouva, mieux que tout, qu'il convenait\nd'accueillir cette boutade sans aigreur. Aux côtés de Cormevielle, M m e Mil-\nleret se pinçait les lèvres et Mme Brogniart soutenait d'un doigt sa joue\ng a u c h e ; elle observait, malgré la pourpre de son teint congestionné, u n e\ndignité parfaile.\n    Les deux jeunes gens se regardèrent. L e u r s yeux exprimaient la même\ngaieté. Jacques fut frappé de découvrir en ceux de Germaine u n peu de ce\nqui occupait son esprit à cet instant. I1 y lisait u n e certaine malice à l'égard\nde Cormevielle. Mais, comme il persistait dans son examen, il connut que\nces beaux yeux profonds avaient aussi des caresses qui troublaient. C'était la\npremière fois qu'il se trouvait si près d'elle : il eut la sensation très nette qu'il\npénétrait jusqu'au seuil de cette âme et il en fut é m u .\n    Dès lors, les mots ne languirent plus. J a c q u e s abandonnait sa contrainte.\nIl oubliait sa bouderie. Maintenant que le son de celte voix lui devenait\nfamilier, il se laissait bercer à la mélodie des paroles et, sans même\nentendre ce qu'elles disaient, il en aimait l'harmonie très douce et très enve-\nloppante.\n   Elle racontait avec un naturel aisé ses occupations à Serpigny. Elle n'y\nmettait aucun apprêt ni aucune fausse modestie. Et Jacques suivait le joli\nm o u v e m e n t des lèvres qui riaient, tout humides, sur les dents éclatantes.\n   P o u r t a n t il eut peur de choir dans les bagatelles obligées, lorsque Germaine\nlui révéla qu'elle s'adonnait à la peinture. « B o n ! se dit-il, nous allons\nessuyer la description des éventails, des tambours de basque et des buvards\nsur lesquels ces demoiselles étalent des fleurs en celluloïde et des bergers de\nconfiserie ! »\n    Mais elle ajouta : « J e peins très peu et surtout je ne montre jamais ma\npeinture.\n   — Mademoiselle, répliqua-t-il poliment, vous avez tort.\n   — N o n , m o n s i e u r ; ne vous moquez pas. C'est une distraction que je me\nsuis d o n n é e , mais elle est pour moi seule. Lorsque je vais me promener\nj'emporte ma boîte d'aquarelle et je m'amuse à dessiner les arbres que je vois.\nJe suis sûre que c'est très laid et c e p e n d a n t j ' y prends quelque plaisir. »\n    P u i s elle confia à J a c q u e s qu'une de ses plus grandes joies était de visiter\nles musées. Ses parents l'emmenaient aussi à P a r i s , au moment du Salon ;\nelle comptait les quinze jours passés là-bas parmi les meilleurs de son\nannée.\n   Et soudain Germaine, évoquant mille souvenirs, discourut de peinture\nmoderne. Elle y mettait un entrain qui décélait ses goûts intimes. Ce fut\npour Jacques u n e révélation. Il l'écoutait avec u n e surprise qui augmentait\nà mesure que la jeune fille disait ses préférences. Elle sentait très vivement la\nsincérité de certains artistes et décrivait leur manière en des mots qui indi-\n"}, {"page_pdf": 804, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                  653\n\n\n quaient à Jacques qu'elle appréciait surtout ceux qui expriment la vie et qui\n transposent sur leurs toiles la nature dans toute sa splendeur vraie.\n    Et dès lors des discussions à perte de vue s'élevèrent entre eux. Les noms\ndes plus illustres passaient et repassaient au milieu des fusées d'enthousiasme\n ou des dédains sarcastiques. Les Manet, les Pissarro, les Raffaëli, les Degas,\n les Carrière, les Sargent, les Jacques Blanche et les Whistler surgissaient\n tour à tour, étayés d'épithètes pittoresques, exaltés ou vilipendés. Jacques\n ravi se lançait dans des considérations folles, la poussait à des aveux, la pro-\n menait à travers les écoles et s'enivrait tout entier de cette très juste compré-\n hension de l'art qu'elle montrait à tout propos.\n' « Enfin ! se disait-il, en voilà donc une qui ne bêle pas d'admiration devant\n la peinture académique et qui n'invoque pas, ainsi que des divinités, les\n pitoyables raseurs du grand siècle, les Lebrun et les Lesueur qu'on leur\n apprend à vénérer ! »\n    Ah! il s'agissait bien maintenant de décider si elle était bête ou perverse :\n il lui tenait tête, riant et causant comme un emballé, ne la lâchant pas des\n yeux, s'imprégnant de tous ses mots, de tous ses sourires, de tous ses traits.\n     Mais voilà qu'au moment où tous deux s'en donnaient à cœur joie, Jacques\n rencontra un regard de sa mère qui se fixait sur Germaine et sur lui. Mme d'Ar-\n demont, la face radieuse, les observait depuis un instant avec une telle émo-\n tion qu'elle semblait les unir l'un et l'autre dans la même joie de son cœur. Il\n en rougit de honte et de dépit. Aussitôt il comprit pourquoi sa mère l'avait\n amené là. Simple qu'il était, il venait de se faire prendre au piège d'une\n entrevue!\n    On se levait de table. Il offrit son bras à sa voisine et, profitant du brou-\n haha de la sortie, rongea tout bas sa déconvenue. Irrité et muet il traversait\n les salles encombrées de bibelots, vouant une haine tacite à ces gens qui\nl'avaient invité, et décrétant, dans sa rage inconsciente, que cette rouée de\n Germaine, si ferrée en art moderne et en séduction, n'entendrait plus jamais\n parler de lui.\n                                      VIII\n   « Madame Perchoux ! Madame Perchoux! cria Cormevielle, je vous\nrépète pour la centième fois que je ne veux pas d'un pareil désordre! Ce\nn'est plus une maison, c'est un capharnaiim ! »\n   Le bonhomme vociférait ainsi, bizarrement accoutré d'une houppelande\nde toile jaune, sous laquelle son gros ventre sautait et qui recouvrait à peine\nses pieds éléphanlins bossués d'ognons et de cors.\n   « Qu'est-ce que c'est encore que ça! » hurla-t-il en jetant sous le nez de\nMme Perchoux une balayette d'ajoncs qu'il découvrit dans un coin.\n   « Et ça! fit-il avec un énorme coup de pied qui envoya rouler une boîte\nde conserves remplie d'une pâtée de morceaux de pain.\n   — C'est le manger de Fifille, prononça doucement Mme Perchoux.\n   — Eh bien ! Fifille ira se repaître à la cuisine. Et vous savez, ajouta-t-il,\nque je ne la trouve plus par là votre chatte. Sinon je lui ferai son affaire et\nce ne sera pas long. »\n"}, {"page_pdf": 805, "texte": "654                                    DURENDAL\n\n\n     Mme Perchoux figée dans ses vêtements noirs, les yeux ronds d'épouvante,\nle corps immobile sur le seuil de sa cuisine, figurait la statue de l'ahurisse-\nment. Depuis dix-huit ans qu'elle servait M. Cormevielle, elle ne l'avait pas\n encore vu d a n s un état pareil. Elle se demandait si son maître ne devenait\npas fou et s'il ne serait pas p r u d e n t de crier secours chez les voisins.\n    M. Cormevielle remarquait que sa maison était mal tenue et que son\nvestibule ressemblait à un c a p h a r n a ü m . Mais où allait-on, grand Dieu?\nComme s'il était d'usage de jamais balayer l'entrée du château? Et ce vesti-\nbule est-ce qu'il servait à autre chose qu'à recueillir les objets détériorés que\nM. Cormevielle lui-même y déposait chaque jour?\n    Il est vrai que c'était un bric-à-brac de saletés. L'incurie de M m e P e r c h o u x ,\njointe aux fantaisies taxidermiques de M. Cormevielle, y entassait la plus\nextraordinaire collection de chaises à trois pattes, de vieux bidons de fer-\nblanc, de terrines ébréchées, de godillots décousus et de sordides torchons\nen loques. Il n'était pas rare, non plus, d'y contempler sur des caisses les\npeaux écorchées que le naturaliste faisait sécher, en attendant les savantes\npréparations. E t sur tout cela il planait un firmament de poussière et de\ntoiles d'araignée q u ' a u c u n e divinité en courroux ne troublait. Ce matériel\nde revendeur dormait là, dans le silence paisible des ans, loin de la turbu-\nlente agitation des balais et des plumeaux. Ou si d'aventure un balai s'y\négarait c'était pour abriter, derrière un vieux bahut, le résidu de ses crins ou\nle désossement de son bois.\n    Et lorsqu'on entrait au Montel, on avait l'impression de pénétrer d a n s\nquelque arche de N o é , où le bon patriarche aurait toléré que son ménage ne\nfût jamais fait. Ce qui ajoutait à cette illusion c'est que, de tous côtés, des\nfantômes d'animaux se dressaient, d a n s des attitudes effarantes qui les assimi-\nlaient à des bêles de cauchemar. Empaillés par l'ingénieux Cormevielle, ils\npeuplaient ce vestibule de larves en détresse qui vous regardaient avec d'iden-\ntiques yeux de verre, semblables à d'énormes boutons de bottine, ou qui vous\nmenaçaient de leurs gestes terribles, en avançant des pattes pourvues de\ngriffes rigides ou de cornes ratatinées. Il y avait surtout, près de la porte, un\nchevreuil que M. Cormevielle s u r n o m m a i t E u s è b e , autant par fantaisie que\npar tendresse, car c'était son premier essai de taxidermie, et il lui avait\nd o n n é le nom dont il aurait baptisé son fils si le ciel avait permis qu'il r n eût\nu n . Eusèbe levait u n e tête de rhinocéros sur un corps de porc à l'engrais.\nM. Cormevielle s'était tellement appliqué à recoudre le mufle de l'animal,\nque les lèvres avaient fini par s'ériger en manière de corne et que les oreilles,\ntirées d'une façon indue, battaient les tempes ainsi que des pavillons atro-\nphiés de p a c h y d e r m e . E u s è b e était affreux. E u s è b e , bourré d'un ballot de\nfilasse, ressemblait à un traversin qu'une chambrière aurait comprimé long-\ntemps dans ses bras, pour lui donner du ventre. Et l'opération avait réussi\nà tel point q u ' E u s è b e paraissait prêt à mettre bas, et qu'il avait toutes les\npeines du m o n d e à maintenir cette h y p e r t r o p h i e alvine sur les fuseaux arc-\nboutés de ses jambes.\n    Mme Perchoux avait c o u t u m e de placer sur la tête d'Êusèbe son chapeau\nde jardin lorsqu'elle rentrait avec sa cueillette de carottes et de petits pois.\n"}, {"page_pdf": 806, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                  655\n\nElle l'y accrochait comme à un porte-manteau, et parce qu'Eusèbe voisinait\nprécisément avec la cuisine, scus la cage où Caquet le geai, privé d'ailes et\nde queue, sautillait parmi les feuilles de salade. Ce chapeau était formé d'un\nfond de ruche à miel passé au noir, avec des bandelettes jadis rouges, qui\nflottaient en guise de brides et qui servaient à assujettir la coiffe les jours de\nvent.\n    Jusqu'alors le chapeau de Mme Perchoux, sur la tête d'Eusèbe, faisait un\nassemblage d'objets familiers qui réjouissait la vue de M. Cormevielle. Ils lui\nrappelaient que sa maison accueillait des êtres simples, une ménagère dili-\ngente et une bête domestique et qu'elle était la maison de l'homme des\nchamps, qui connaît son bonheur et le goûte, chaque jour, à dose égale.\n     Mais voilà qu'aujourd'hui, cédant à on ne sait quelle rage de tout boule-\nverser, Cormevielle, qui arpentait depuis un instant le pavé, saisit le cha-\npeau d'une main nerveuse et le lança dans la direction de sa gouvernante, en\nclamant du haut de sa tête :\n     « Enlevez-moi cette horreur ! »\n     M me Perchoux ramassa la coiffure et la serra piteusement sur son ventre,\ntandis qu'Eusèbe, encore ému de la secousse, tremblotait sur son fil de\nfer, et que Caquet dégoisait, derrière ses barreaux, de violentes et décisives\n injures.\n     Qu'est-ce que tout cela signifiait, Seigneur? Elle se le demanda, la brave\n MmePerchoux, au moment où Cormevielle fit claquer furieusement la porte\nde sa chambre et disparut dans un tourbillon de colère.\n     Il erra d'abord quelque temps à travers la pièce, où l'on respirait une âcre\nodeur de poils conservés et de drogues antiseptiques, car il y procédait au mon-\n tage de ses animaux. Puis il s'assit, auprès de la fenêtre, en un fauteuil Vol-\n taire qui était gardé par trois roquets, leur passa la main sur la tête à tous les\n trois et se perdit dans une immense rêverie.\n     I1 songeait que peut-être, tout à l'heure, Mlle Milleret viendrait. Elle lui\n avait, la veille, à ce déjeuner de Serpigny dont il gardait au fond de lui l'im-\n périssable souvenir, demandé la permission de peindre des coins de son parc.\n Et sans doute il la verrait, dans toute la splendeur de sa jeunesse, accourir\n chez lui, joyeuse, bien portante et babillarde. Oh ! si jamais elle tombait à\n l'improviste, au milieu de ses décombres; si le spectacle lamentable de ce\n décrochez-moi ça frappait ses yeux ce serait à en mourir de honte. Et fran-\n chement Mme Perchoux méritait d'être rabrouée sans faiblesse. Conçoit-on\n que la pâtée de Fifille fut placée dans une boîte de fer-blanc, juste au milieu\n du vestibule? Et ce chapeau ridicule sur la tête d'Eusèbe, n'était-ce pas le\n comble de l'impudence?\n     Elle lui avait demandé de peindre des coins de son parc et il avait remarqué\n qu'elle examinait alors le pantalon chamois. « Je ne pourrai jamais assez me\n féliciter de l'avoir revêtu, répétait-il, pour la centième fois. Elle l'examinait,\n elle l'étudiait, elle l'admirait. Hélas! ajouta-t-il avec un soupir, pourquoi\n suis-je vieux? »\n      Il leva vers le ciel un regard mélancolique, croisa ses jambes l'une sur\n  l'autre, joignit ses mains et poursuivit, après réflexion :\n      \" Suis-je vieux? La vieillesse n'est pas le fait de l'âge, mais des abus mul-\n"}, {"page_pdf": 807, "texte": "656                                     DURENDAL\n\n\ntiples de la vie. J e n'ai pas abusé de la vie. J e n'ai c o n n u ni les catastrophes\nqui dépriment, ni les passions qui émoussent les sens et qui épuisent le cœur.\nJ'ai vécu, simple et digne, assouplissant mon corps à des exercices physiques\net mon esprit aux recherches de la science. J e n'ai pas aimé, je n'ai pas souf-\nfert, je n'ai pas vieilli. J e suis j e u n e . »\n    Mais bientôt il haussa les épaules et se dit à lui-même : « E s tu bête, m o n\np a u v r e vieux ! »\n    P u i s il se leva et, comme s'il embrassait d'un c o u p d'œil son existence\nentière, il considéra les m u r s , les objets et les meubles de cette chambre, où\ndepuis trente années il vivait. C'étaient les témoins de ses j o u r s é g a u x ; les\nconfidents de ses rêveries hivernales. Il leur savait gré d'avoir entouré sa soli-\ntude de leur présence muette et de rappeler, avec leurs formes surannées, les\népoques lointaines de son enfance et de sa jeunesse. Ces fauteuils d'acajou,\nhabillés de velours d'Utrecht j a u n e , ils avaient tenu entre leurs bras des\ngrands parents tout blancs qui racontaient de très vieilles histoires et qui pri-\nsaient. La pendule d'albâtre remémorait des doigts noueux qui soulevaient\npieusement le globe rapiécé à l'aide de bandelettes gommées, lorsqu'il s'agis-\nsait de remonter le mouvement. Elle s'était arrêtée sur des heures de mort,\npuis était repartie de n o u v e a u , ayant l'habitude de mesurer aux h o m m e s le\ntemps qu'elle dispensait. Les flambeaux de cuivre j a u n e avaient leur légende,\ncomm3 aussi les vases de porcelaine à petites fleurettes blanches et roses d a n s\nlesquels on mettait des panaches de roseaux secs.\n    Pensif il ajouta : « Dire que jusqu'alors les joies du foyer m'ont été réfusées!\nCar je compte p o u r rien l'inactive sollicitude de M m e P e r c h o u x , qui soigne\nses misères séniles en m ê m e temps que mon pot-au-feu et qui m'entoure de\nl'appareil de ses rides, avec la m ê m e utilité que les murailles ruineuses de cette\nmaison. J'aurais pu, aussi bien qu'un autre, p r e n d r e femme et faire s o u c h e .\nMais non ! »\n    E t de nouveau il répéta : « J e n'ai pas aimé ! »\n    Il songea que M l l e Milleret était belle et que, sans risquer de se c o m p r o -\nmettre, elle viendrait chez lui.\n    « Allons! fit-il, je dois me contenter de balayer la route où elle passera. »\n\n\n                                              IX\n\n    Cinq ou six jours après avoir j u r é qu'il ne remettrait plus les pieds à Ser-\npigny, J a c q u e s se retrouvait dans le grand salon aux boiseries sculptées. Il\nétait assis sur le canapé de tapisserie qui représentait des ruines enjolivées\nde roses trémières, parmi lesquelles broutait u n t r o u p e a u de chèvres à longs\npoils que m e n a i t un pâtre d'opéra-comique. Anxieux il fixait la porte qui\nallait s'ouvrir tout à l'heure et il comptait ces minutes à la fois interminables et\nangoissantes. On lui avait dit que M. et Mlle Milleret étaient allés en visite,\nmais que M l l e Germaine le recevrait, et il était entré.\n    P o u r q u o i était-il entré et c o m m e n t avait-il accepté ce tête-à-tête! Il repassa\nd a n s sa mémoire tous les états qu'il avait traversés depuis ce déjeuner. Ces\ncinq j o u r s lui avaient révélé la faiblesse extrême de sa volonté, l'indécision\n"}, {"page_pdf": 808, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   657\n\nde son esprit toujours influencé par des imaginations contraires, et toujours\nprêt à se déterminer suivant le caprice du moment.\n    D'abord il avait acquis la certitude qu'on s'était joué de lui et que sa mère\nlui ménageait depuis longtemps cette entrevue, car elle souhaitait de le voir\nmarié. Aussi avait-il été d'une humeur massacrante lorsque Mme d'Ardemont\nl'avait questionné au sujet de Germaine. Il n'avait répondu que par des oui\nde dédain aux appréciations enthousiastes de la baronne, qui ne tarissait pas\nsur le chapitre de la beauté, de l'élégance et de l'esprit de Mlle Milleret. A la\nfin Jacques en avait conçu un tel agacement qu'il avait déclaré qu'avant trois\njours il rejoindrait Paris. Là, au moins, il aurait la paix et il n'entendrait plus\nparler ni de Serpigny, ni des Milleret, ni de Germaine.\n    Puis succédant à cet accès d'irritation, une période de nostalgie parisienne\nl'avait plongé dans une mélancolie sauvage. Oui, Paris lui manquait. Qu'il\n trouvât seulement le moyen de réunir quelque pécule et il irait de nouveau se\n perdre dans le mouvement d'idées dont sa cervelle avait de plus en plus\n besoin. Il est vrai que Rosine Bonjour le trompait et qu'elle avait passé à\n travers sa bourse, comme un cyclone au vent duquel tourbillonnaient les\n billets et les louis. Mais ce ne serait pas une affaire d'emprunter quelques\n mille francs qui lui permettraient de subsister une couple de mois et de\n remplacer l'ingrate maîtresse par une autre. Cette autre emploierait d'iden-\n tiques procédés de duperie et Jacques s'exposerait aux mêmes aventures\n décevantes et banales. Cela il le savait, car depuis qu'il fréquentait les\n femmes c'était Rosine Bonjour qui revenait, au bout de tous les changements,\n avec d'autres visages. Et dès lors il fallait admettre la métempsycose galante\n d'une femme sempiternelle, dont l'âme sans mystères, se transvasait dans des\n corps différents. Mais vraiment est-ce qu'il ne pourrait pas s'affranchir du\n joug féminin? Le beau rêve que ce serait de vivre hors de la tutelle des jupes,\n  d'ignorer les manigances, les mensonges et les faussetés auxquels les hommes\n sont pris et de reconquérir cette liberté morale dont on ne jouit vraiment que\n  loin des intrigues! La compagnie de ses amis, un commerce plus assidu avec\n  les rédacteurs de la Justice de Demain, quelques visites à Léon Servais et sa vie\n gagnerait en dignité et en intelligence ce qu'elle avait jusque-là perdu au\n  milieu des godailles et des noces! Il se sentait le cœur de renoncer aux fasti-\n  dieux collages et il voyait devant lui un avenir réconfortant d'activité cérébrale,\n  parce que le souvenir de Rosine Bonjour s'imposait à lui pour lui faire mau-\n  dire les trahisons. Et ce qui contribuait encore à l'affermir dans ces idées de\n  retraite philosophique, c'était la déconvenue de sa première visite à l'abbaye,\n  ce déjeuner qui avait si rapidement pris des allures d'entrevue matrimoniale.\n  Puisqu'on voulait le marier malgré lui, il s'entoncerait plus avant dans le\n  célibat.\n     Et voilà qu'à force de retourner ces mêmes pensées dans sa tête, il en était\n  fatalement arrivé à ne plus s'occuper que de Germaine. Puis il cherchait à\n  éloigner son image, plus elle envahissait ses rêveries. Cette obsession carac-\n  térisait la troisième phase de la crise qu'il traversait. Et ce n'en était ni la\n  moins déconcertante, ni la moins douloureuse. Souvent il avait éprouvé le\n  malaise des discussions stériles et la gêne qui suivait d'ordinaire certains de\n"}, {"page_pdf": 809, "texte": "658                                      DURENDAL\n\n\nses entretiens avec sa mère. Il connaissait aussi, pour l'avoir ressenti cent\nfois, l'ennui térébrant qui le torturait dans l'isolement de F r o i d e - É t a q e , lors-\nqu'il lui arrivait d ' a b a n d o n n e r P a r i s quelque t e m p s . Mais la sensation d'être\nprivé de Germaine ne ressemblait à a u c u n e peine ou à a u c u n e incommodité.\n Elle affectait, à la fois, son être physique et son être m o r a l . Elle était u n e\nsouffrance impérieuse dont il n e s'expliquait ni l'origine, ni la n a t u r e . Car il\nn'en avait découvert le s y m p t ô m e q u ' a u moment m ê m e où il constatait qu'elle\nétait implantée d a n s son âme et dans sa c h a i r ; et les effets en demeuraient\nénigmatiques : tantôt ils se manifestaient par des envies folles de fuir, tantôt,\nau contraire, ils excluaient tout désir de mouvement et provoquaient une\napathie insurmontable, une annihilation totale de la personnalité. Cet h o m m e\nqui n'avait jamais eu de caractère déterminé et sur lequel les gens et les\nchoses avaient laissé leur empreinte, se perdait maintenant d a n s u n e pensée\nunique, toute faite des gestes et des paroles d'une jeune fille, et s'y fondait au\npoint d'oublier ses aspirations inquiètes, ses jaclances de verbe et ses t é m é -\nrités d'imagination.\n    L a figure de Germaine, encore vague à ses y e u x , remplaçait les chimères\npoursuivies. Elle s'imposait comme u n e vision qui renaît sans cesse et qu'on\nvoit se dresser partout entre soi et les objets fixés. Si J a c q u e s lisait, son livre\ns'abaissait de lui-même sur les genoux, et il restait ainsi de longs m o m e n t s\nà inventer les attitudes de G e r m a i n e , à forger de toutes pièces u n e conver-\nsation où revenaient des phrases qu'il lui avait entendu prononcer naguère.\nS'il se promenait, c'était elle qu'il rencontrait au détour des allées de F r o i d e -\nE t a p e , et il s'était tellement habitué à évoquer Germaine qu'il avait, d'un\naccord tacite avec le hasard, désigné les arbres derrière lesquels il la v e n a i t\na p p a r a î t r e . Il savait d'avance qu'au dernier tilleul de l'avenue elle viendrait\nà lui de son pas d a n s a n t , le visage tout illuminé de soleil et de beauté et\nqu'ils achèveraient alors tous deux la p r o m e n a d e solitaire.\n    Sa mère, accoutumée à ses mines renfermées et à ses silences maussades,\nne remarqua aucun c h a n g e m e n t dans la manière d'être de J a c q u e s , et la\nb a r o n n e c o n t i n u a de croire que si son fils ne montrait pas la moindre gaîté,\nc'est qu'il se morfondait loin de P a r i s . L u i , c e p e n d a n t , souffrait de cette\ninsistance de pensée qui absorbait tout et qui détruisait en lui les élans qui\nl'emportaient jadis vers la littérature et la sociologie.\n    A la fin, il n'y tint p l u s . I1 se dit : « J e m'abêtis dans cet exil de province.\nP a r c e que je n'ai rien ici qui me tienne en éveil, je me lance à la poursuite de\nfantômes qui troublent m a raison et m o n repos. Il n'est que temps de\nregagner P a r i s . » Il revenait ainsi au point initial de ses tergiversations.\nIl décida de quitter F r o i d e - E t a p e et fixa son départ au surlendemain.\n    Cependant, malgré lui, il voulut, avant de s'éloigner, revoir u n e fois cette\nabbaye, où il avait éprouvé l'émotion la plus soudaine et la plus violente de sa\nvie. Il se d o n n a pour prétexte u n e visite de politesse aux Milleret, qui\nl'avaient invité. Mais lui qui, dans sa sauvagerie, n e consentait jamais à\nmettre les pieds chez ses voisins, il savait bien qu'un autre motif l'attirait à\nSerpigny.\n     E t d o n c , lorsque le valet de c h a m b r e lui eut déclaré que M lle Germaine le\n"}, {"page_pdf": 810, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                    659\n\nrecevrait, il se demanda s'il aurait assez d'empire sur lui-même pour dissi-\nmuler l'incroyable agitation de son cœur, qui battait à tout rompre dans sa\npoitrine.\n    Germaine entra. Elle apparut dans une toilette d'étoffe blanche qui l'impré-\ngnait de joie et de fraîcheur. A la vue de Jacques, elle ne put cacher une sur-\nprise ravie. Il lui avait semblé si brusquement ténébreux au déjeuner de\nl'autre jour, lorsqu'on s'était levé de table, qu'elle se réjouissait de le retrouver\naujourd'hui près d'elle. Et c'était bien pour elle qu'il était là; puisque,\nmalgré l'absence de ses parents, il avait insisté pour être reçu.\n    Tous deux s'ingéniaient à chercher des mots indifférents et des poses qui\nne les obligeraient pas à se regarder en face. Mais on a beau posséder des\nressources énormes de banalités, il vient toujours un moment où l'embarras\nse trahit. Et ce sont alors des mains qui se croisent et se décroisent, des\njambes qui se retirent sous la chaise, des mouvements de buste si variés qu'ils\n deviennent intimidants et qu'on préfère bientôt l'immobilité.\n    Ils en arrivèrent à souhaiter que quelque événement imprévu les tirât de\ncette situation ridicule. Ils avaient épuisé les questions obligées sur le temps\net sur la santé de leurs parents, ils n'osaient s'aventurer en dehors de cette\nzone que d'antiques conventions protégeaient. Nul doute qu'ils n'eussent\nrepris leur belle humeur et leur entrain si d'autres personnes se fussent trou-\nvées dans ce salon pour les isoler; mais ils étaient seuls en face l'un de\nl'autre, se connaissant à peine et ressentant néanmoins un tel trouble qu'ils\nen étaient, pour ainsi dire, paralysés.\n    Au milieu du silence, le chant lamentable de la fontaine éparpillait ses\nnotes désolées. Par les fenêtres ouvertes, on entendait tomber dans la vasque\nmoussue les gouttelettes qui piaulaient sur l'eau comme les plaintes d'un\nfifre lointain. L'horloge du clocher sonna trois coups lents qui semblaient\nsortir d'une tente aérienne pavoisée de velours. Les bruits étaient monotones\net tamisés, et la lumière avait les voluptés précieuses dont elle alanguit la\npaix des automnes. Les arbres baignaient dans des vapeurs bleues; les\ncollines se vêtaient d'écharpes violettes et le soleil s'attisait à la façon du\nvermeil que les doigts ont dédoré et qui flambe cependant d'un feu magni-\nfique et discret.\n   Germaine se leva. « Si nous allions nous promener, » fit elle. Et ils sor-\ntirent de cette pièce où leurs âmes à l'étroit demeuraient interdites de s'être\nrencontrées. Germaine n'avait rien de romanesque. Elle n'avait jamais lu de\nromans et sa nature active ne s'accommodait pas de ces rêvasseries mignardes\nque les jeunes filles prennent quelquefois pour des appels d'amour. Soigneu-\nsement élevée entre son père et sa mère, les fadeurs complimenteuses des\nhommes n'étaient jamais parvenues jusqu'à elle. Elle ignorait tout ce que les\nautres connaissent du monde. Mais elle possédait la notion très nette des\nréalités. Elle tenait de son père un jugement droit et Milleret avait développé\ncette faculté en elle par des conversations, où il s'efforçait de lui montrer les\nchoses sous leur véritable aspect. Il en avait fait une jeune fille d'un sens\npratique très étendu et pourtant sans sécheresse, car elle était capable de\nbeaucoup de sensibilité. Il est vrai que la nature aimante et douce de sa mère\n"}, {"page_pdf": 811, "texte": "660                                   DURENDAL\n\n\navait tempéré cette rectitude d'esprit qui aurait pu devenir de la froideur et\nque Germaine portait dans son â m e des qualités merveilleuses de tendresse et\nd'affection. Mais c'était cependant à l'influence de Milleret qu'elle devait le\nmeilleur d'elle même. Il semblait, en effet, que sa mère, après avoir achevé\nl'éducation religieuse de Germaine, se fût, en quelque sorte, effacée et qu'a-\nb a n d o n n a n t à son mari le soin de fortifier l'intelligence de sa fille, elle eût\nassisté, sans s'y mêler b e a u c o u p , au spectacle de cet épanouissement moral.\nIl y avait dès lors, entre la mère et la fille, malgré un très sincère a m o u r , u n e\ncloison étanche qui les rendait l'une à l'autre impénétrables.\n    Germaine comprit très clairement que Jacques d'Ardemont apparaissait\ndans sa vie à u n instant décisif. Elle n'éprouvait, en le voyant, ni cette exal-\ntation q u e les héroïnes de théâtre et de r o m a n accompagnent de gestes osten-\ntateurs, ni ce bouillonnement de cervelle que l'on désigne sous le n o m de\ncoup de foudre. Elle était tout simplement é m u e et ne parvenait pas à\ndémêler la genèse de cette émotion, non plus qu'à en apprécier la p r o -\nfondeur.\n    Q u a n t à Jacques, ce qui se passait en lui le déconcertait. C'était si nouveau\nqu'il se demandait s'il ne se mouvait pas en pleine hallucination. Certes il lui\nétait arrivé plus d'une fois d'approcher d'une f e m m e ; il en avait abordé de\nséduisantes et de spirituelles dont la conversation n'avait pas laissé de le\ncharmer. Mais la douceur de sentir Germaine près de lui ne ressemblait à\nrien de c o n n u . T o u t ce qui émanait d'elle, sa voix, ses regards et jusqu'à ses\nmoindres gestes, le grisait. Il se laissait aller à un engourdissement délicieux\ndont il n'avait plus même conscience et qui n'était pas sans analogie avec\nl'hypnose produite par des parfums très capiteux. Il la suivait émerveillé.\nSes yeux fascinés s'attachaient à ce mirage cependant réel qui fuyait devant\nlui. L'éternel attrait de la femme le subjuguait tout entier. Il était pris par\ntoutes ses fibres; il marchait d a n s un rêve éblouissant.\n    Ils traversèrent le cloître de l'abbaye, qui était devenu, par suite des t r a n s -\nformations successives de Serpigny, une longue galerie voûtée où Milleret\navait entassé des b a h u t s , des coffres, des bois sculptés, des autels portatifs et\ndes statues de saints provenant des églises voisines. T o u t l'art religieux du\nXVIe au XVIIIe siècle figurait dans cette assemblée de meubles a n c i e n s . On y\nvoyait des buffets de sacristie finement ornementés de rinceaux d a n s le goût\nde la Renaissance, de lourds p u p i t r e s de chœur dont les aigles soutenaient\nsur leurs ailes barbelées des antiphonaires reliés en bois ou en veau avec\nleurs courroies qui sanglaient le p a r c h e m i n ; on y voyait aussi des croix p r o -\ncessionnelles fichées dans des a n n e a u x de cuivre, des madones aux draperies\ntumultueuses et des chapes fleuries, dont les soies rouges et vertes éclataient\ncomme des chants d'allégresse.\n    « Le soleil est gai », fit tout à coup Jacques qui indiqua d'un geste à Ger-\nmaine le cloître illuminé. Il aimait la lumière que des stores d'étoffe rouge\nfiltraient et répandaient à travers les bibelots ainsi que des lueurs de soleil\nc o u c h a n t . Il l'aimait pour les étincelles qu'elle allumait aux chandeliers\nd'argent et aux panses bossuées des aiguières, pour les lignes de feu dont\nelle soulignait les noires boiseries et pour la gloire qu'elle mettait autour de\n"}, {"page_pdf": 812, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                   66l\n\nGermaine. Elle paraissait nimbée de clarté. Jacques la contempla ainsi trans-\nfigurée par cette apothéose. Et bientôt il se prit à penser que la même lumière\nles enveloppait tous deux; qu'elle et lui s'imprégnaient de ces rayons qui\nchauffaient leur sang et qu'ils s'avançaient par le même chemin de splendeur\net de joie.\n    Ils se parlèrent. Ils furent pénétrés l'un et l'autre de la bienfaisante bonté\ndu soleil qui magnifie les âmes. La contrainte s'évanouit; ils retrouvèrent,\ncomme au premier jour, leur animation.\n    « Voyez, dit Germaine à mi-voix, voyez M. Dégosses qui habille saint\nNicolas. »\n    En un coin du cloître ils virent, en effet, l'asthmatique Dégosses accroupi\ndevant une image posée sur le pavé. C'était un saint Nicolas de taille géante\nqu'un curé de la région avait brocanté, moyennant cinq francs, tout heureux\nd'une aubaine qui débarrassait son grenier. Saint Nicolas, mitré d'or et cha-\nsublé de rouge, ramassait les plis de son aube et de sa robe dans sa main\ngauche déjà empêtrée de la crosse, tandis que sa dextre s'abaissait vers une\ncaque où trois poupards étaient pressés. Le socle vermoulu refusait de main-\ntenir en équilibre cette effigie. Dégosses l'avait étayée de chevilles qu'il s'agis-\nsait de dissimuler à l'aide d'une draperie.\n    « Il m'a dérobé deux mètres d'étoffe dont je voulais confectionner une\nchemisette, murmura en riant Mlle Milleret. Il est assommant. Il fouille dans\ntous les placards. L'autre jour il a pris à maman une jupe de bal dont il a\nvêtu une sainte Vierge. »\n    Il est vrai que M. Dégosses, sans cesse furetant, subtilisait des étoffes de\nchemisette et d'anciennes robes de soie. Il en costumait les saintes et les\nsaints. Il s'ingéniait à des travaux minutieux et ridicules. Il durait par sa\nmanie de tout restaurer et de tout embellir.\n    C'était l'effroi de Milleret que ce petit homme gris qui astiquait les meubles\net qui ne passait aux personnages célestes, ni un doigt amputé, ni un bouton\nabsent. Milleret impuissant à congédier cet iconoclaste, détestait ses méfaits\net les supportait néanmoins d'une âme généreuse.\n    Dégosses ne parut pas remarquer la présence de Germaine et de Jacques.\n Il ne se détourna pas et lorsque les jeunes gens se furent éloignés. Mlle Mille-\n ret ajouta encore :\n    « Il est chez lui. Nous le gênons. Il ne nous parle pas. » Puis poussant\n une porte encastrée dans le mur, elle dit à son compagnon :\n    « Nous voici dans l'église. »\n    De la chapelle abbatiale de Serpigny il ne restait que le chœur dont la\ntoiture s'élançait sur les ogives des fenêtres. Le transept et la nef, marqués\nseulement par les dalles qui en figuraient le plan, s'encombraient de chapi-\nteaux et de fûts de colonnes qui disparaissaient sous le lierre et la vigne\nvierge. A l'autre bout du monument les accotoirs de la porte arrachée soute-\nnaient une rosace vide. Ces ruines n'avaient pas un aspect sinistre : à la place\ndes pierres, il poussait des lianes qui se suspendaient ainsi que des oraisons\nailées; derrière les baies de l'abside c'étaient des morceaux de ciel infiniment\nvariés qui passaient. Une aubépine embrassait l'autel et le défendait contre\n"}, {"page_pdf": 813, "texte": "662                               DURENDAL\n\n\nles sacrilèges, comme si la nature se fût substituée à l'homme pour continuer\nle service de Dieu dans ce temple et pour le louer éternellement dans ses\nplantes.\n   « Quelle admirable vue l'on découvre d'ici! s'écria Jacques. Et comme le\nciel de l'automne convient à ce paysage. Il affine les arbres et les collines qui\ns'enveloppent de demi-teintes. C'est un fond de tableau merveilleux! »\n   Il s'arrêta quelque temps devant cet horizon voilé de lumière laiteuse.\nA travers les ogives béantes, l'on apercevait un infini vaporeux, une étendue\nde prairies vertes que les fleurs de colchique poudraient de mauve et des\ncollines bizarrement découpées, sur lesquelles les villages et les arbres\nmettaient des taches roses et des ombres bleues.\n   « N'est-ce pas, ajouta Germaine, que cela évoque les paysages des peintres\nflorentins? Ces petites montagnes aux formes sveltes, cette vallée qui court\nparmi les peupliers en fuseau, ces maisons serrées autour d'un clocher\nd'argent mat, comme tout cela est harmonieux ! Et voyez quelle paix les\nnuages blonds laissent tomber sur ces choses. Ils se balancent là-haut, sem-\nblables à des voiliers que gonfle la brise marine. »\n   Elle dit encore :\n   « J'aime les nuages parce qu'ils créent dans le ciel des mondes inexplorés.\n   — Je les aime aussi, répondit Jacques, et je voudrais habiter leurs palais\nd'onyx. Ils sont beaux comme nos désirs et comme eux ils se transforment\ntoujours. »\n   Après un silence, il reprit : « Vous avez raison. C'est un paysage florentin.\nDevant lui la vie s'écoule, légère et enchantée. »\n   Tous deux se perdirent dans une longue rêverie. Leurs yeux suivaient le\nvol rapide des hirondelles ou le sillage du soleil qui jetait sur les champs\nherbus des traînées de lumière. Ils jouissaient tous deux d'un bonheur\nconfus. La nature qu'ils aimaient et l'air qu'ils respiraient faisaient pénétrer\nen eux la paix divine de l'amour naissant. Et cependant ni l'un ni l'autre\nn'avaient découvert cet amour qui les enveloppait. Ils se taisaient comme en\nprésence d'un mystère. Ils n'osaient plus parler, dans la crainte que leur voix\nn'éveillât, parmi ces ruines, des silences endormis. Mais ils étaient l'un près\nde l'autre, enivrés de cette poésie du soir qui descendait sur la plaine et si\nattentifs à ne point troubler la pensée de leur âme qu'ils ne voyaient ni la\nbrume s'étendre comme un lac sur les prés, ni les fumées s'élever toutes\ndroites au-dessus des toits.\n\n\n                                      X\n\n   Léon Servais se leva. Il quitta le fauteuil de bois sculpté où il avait cou-\ntume de s'asseoir pour travailler, et il vint s'étendre à demi sur un divan\ncouvert de tapis orientaux. Décidément avec les années, il s'épaisissait. Dans\nsa vareuse à brandebourgs il n'arrivait pas à dissimuler un embonpoint qui\nempâtait déjà son visage et qui lui donnait l'air d'un gros fonctionnaire turc.\nIl avait des chairs blanches et graisseuses et une barbiche poivre et sel qui,\n"}, {"page_pdf": 814, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                  663\n\n\nsous l'espèce de chechia dont il était coiffé, auraient parfaitement pu appar-\ntenir à un pacha ou même à un bachi-bouzouck.\n   Il coula vers Jacques d'Ardemont un regard morne et considéra le jeune\nhomme assis près de la haute cheminée, sur l'entablement de laquelle était\ntendu un orfroi de dalmatique.\n   « Que voulez vous, mon jeune ami, fit-il avec un soupir, la vie n'est que\ndiversités et contradictions. Il faut savoir s'affranchir des préjugés qui seuls\nnous empêchent de jouir ici-bas des biens naturels et humains. Les sciences,\nles femmes et les arts ne sont bons qu'autant que nous en faisons un emploi\nprudent et que nous ne leur livrons pas le meilleur de nous même, j'entends\npar là notre raison qui est capable de juger, de comparer et de préférer.\nOr, c'est en jugeant, comparant et préférant que nous acquérons le bien-être\nabsolu.\n   » Je dirais volontiers, avec Monlaigne, que le goût des biens et des maux\ndépend en grande partie de l'opinion que nous en avons.\n    » Ne prenons des choses que la somme de plaisir dont elles sont suscep-\ntibles, et au moment même où nous nous apercevons qu'elles apportent\nquelque gêne ou quelque trouble, détachons-nous-en, comme d'un spectacle\nqui fatigue par sa monotonie. Vous souffrez de vos incertitudes et de votre\nennui. C'est que vous portez en vous l'âme de votre race, qui vous attache\nencore aux vieilles conventions dont le monde se meurt. Que ne jetez-vous\nun œil désabusé sur les ridicules efforts que font les hommes pour vivre en\nfrères ennemis? Car, je vous le demande, leurs usages et leurs lois n'ont-ils\npas pour but d'instituer en tous lieux le mensonge, de prôner la méfiance et\nd'entretenir la duperie ? La morale et la religion ne reposent que sur la crédu-\nlité et la faiblesse : elles réclament l'aide brutale des gouvernements et l'habile\nfiction des dogmes. Et, par conséquent, il est juste d'avancer que pour le sage\nil ne saurait y avoir ni morale, ni religion.\n   — Et l'amour? interrogea timidement Jacques.\n   — L'amour, répliqua Servais, est un grand mot qui sert à masquer toutes\nles bassesses et à excuser toutes les folies. Il est l'orgueil des hommes et\nl'hypocrisie des femmes. Nous l'invoquons ainsi qu'une divinité supérieure\nqui règle toutes nos affaires ici-bas et aux pieds de laquelle nous venons\nchercher l'oubli de nos maux. Mais, en réalité, c'est le plus bel attrape-\nnigauds qui soit. Citez-moi des amants qui n'aient pas employé le temps de\nleur passion à se composer des visages, des altitudes et des sentiments faux,\nà se tromper sur la valeur même de leur amour, à le proclamer exclusif et\ninsatiable, alors qu'il n'était qu'un prétexte à leur ennui ou à leurs fanfaron-\nnades? Je ne parle, bien entendu, que de l'amour librement consenti, et je n'ai\ngarde de le confondre avec l'amour matrimonial qui, à proprement parler,\nn'existe pas; puisque le mariage ne détermine, en somme, que la contrainte\nde deux vies dans la cangue des lois. »\n   Léon Servais ramena sous lui ses pieds chaussés de pantoufles. Il saisit,\nsur une table voisine, une navaja de Tolède qui lui servait de coupe-papier\net joua avec le manche damasquiné qu'il roulait entre ses doigts.\n   La vue de ce gros homme vautré au milieu de son luxe fit naître dans l'es-\n"}, {"page_pdf": 815, "texte": "664                               DURENDAL\n\n\nprit de Jacques des pensées moroses. Jamais le romancier ne lui avait paru\nplus plein de morgue et de suffisance. Le disciple accoutumé aux disserta-\ntions préJicantes du maître, remarquait aujourd'hui pour la première fois\ncette insupportable manie de tout dénigrer et de tout réduire à l'étiage d'un\ncerveau omniscient. C'était principalement lorsqu'il sentait autour de lui un\ncercle de flagorneurs ébaubis que l'écrivain se perdait en apophtegmes, afin\nde tirer à lui la louange; mais le besoin d'étonner le tenaillait si fort qu'il se\ncontentait aujourd'hui d'un seul auditeur bénévole. Il poussa si loin ses\nparadoxes, il assuma une telle charge de pédanterie et fit un tel étalage de\nscepticisme, que Jacques mesura la vacuité de cet esprit supérieur : le boudha\nsonnait creux et les cassolettes déposées devant ses babouches ne laissaient\nplus fumer que de vieux charbons malodorants.\n     Revenu à Paris depuis la veille, le jeune d'Ardemont dont l'état moral\ns'aggravait, s'était adressé au romancier comme à un directeur de conscience\nlaïque. Il comptait sur la clairvoyance de Servais pour démêler ce qui se\n passait en lui, car il n'y comprenait rien. A quoi donc attribuer ce dégoût\ndes hommes et des choses, et cette désorientation ?\n     Il ne savait vraiment plus où il en était et voilà qu'au lieu de le tirer d'em-\nbarras ce pontife l'égarait davantage et achevait de le débiliter en lui prescri-\n vant ses ordonnances de doute et d'irréligion.\n     « Pourtant, se dit Jacques, ce que j'entends là n'est pas nouveau. Ce n'est\n pas un aliment imprévu devant lequel je renâcle. J'ai lu, cent fois, dans les\n ouvrages de Servais, de semblables théories. Les romans de cet homme ne\n sont pleins que de sophismes et je m'en suis nourri sans dégoût, tellement je\n me plaisais aux élégances merveilleuses de leur style, aux séductions de leurs\n idées. Pourquoi le charme est-il rompu?»\n     Il l'écouta encore quelques instants échafauder des systèmes, de sa voix\n insinuante où les phrases bruissaient comme des perles sur un plat de ver-\n meil. Puis il brusqua la sortie, décidément navré et désolé.\n      Dehors le bruit de la rue lui fit mal. Les voitures, au lieu de rouler sur les\n pavés, lui battaient aux tempes des sarabandes de cahots. Ses propres pas\n se répercutaient jusque dans son cœur, sensible à tous les chocs.\n      Il voulut se rendre auprès de ses amis; mais subitement il pensa qu'il n'en\n avait point.\n      « Je me suis lié, soupira-t-il, avec des jeunes gens qui furent mes camarades.\n  Aucun ne m'a livré un peu de sa pensée intime; aucun ne m'a fait participer\n  à son affection. Je n'ai pas éprouvé l'agrément d'un commerce où deux exis-\n  tences se mêlent; si bien qu'eux et moi nous sommes des étrangers qui nous\n amusons au jeu divers de nos intelligences, mais qui ignorons la douceur des\n  secrets échangés et l'aide des soins amicaux. »\n      Et parce qu'il était disposé à recevoir les impressions les plus vives il lui\n  sembla que sa vie affluait vers lui, qu'elle l'enveloppait de ses eaux soudaine-\n  ment débordées et que leur tumulte ne faisait qu'un bruit vain, de même que\n   leurs flots n'entraînaient que des fantômes.\n       Il se pencha sur sa vie. Ses regards ne mesuraient pas le fond du gouffre.\n   Alors il se demanda si réellement il avait vécu jusqu'à ce jour et ce qu'avait\n"}, {"page_pdf": 816, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                  665\n\nproduit l'agitation de sa cervelle toujours éprise de nouveauté et d'inconnu.\nEtait-ce la peine d'avoir approché tant d'hommes et remué tant d'idées pour\ntoucher ainsi du doigt le néant de ses jours? Que lui avait servi de fréquenter\nces personnages verbeux, dont pas un ne lui aurait tendu la main dans un\ngeste de pitié? Et ces théoriciens de la Justice de Demain, ces philosophes\ngrandiloquents, ces impérieux commentateurs des actions humaines,\nqu'avaient-ils secoué sur sa tête, du haut de leur tour de stuc? Des loques\ndont la poussière s'était dispersée avec le vent.\n    Il s'en allait par la ville indifférente, maugréant contre lui-même et contre\nles artisans de sa débâcle morale. Il traversait des places, il longeait des\nquais. Ce lamentable exode lui prouvait sa solitude et lui révélait son inu-\ntilité. Des gens passaient près de lui qui, sans doute, avaient une fonction\ndans le monde ou tout au moins un souci. Ils servaient peut-être à quelque\nchose ou à quelqu'un, tandis que lui voguait à travers la société inapte à quoi\nque ce soit, désemparé, irrésolu. Et il en arrivait à désirer la peine du dernier\nde ces passants, car au moins il aurait eu un motif de douleur légitime, il\nn'aurait pas en pure perte gaspillé des heures d'inavouable ennui.\n    Il se rappelait encore une randonnée exaspérante au cours de laquelle il\navait été ballotté comme aujourd'hui. C'était après la trahison de sa maîtresse\net il y avait de cela cinq semaines environ. Mais il n'était plus le même\nhomme, car il ne lui venait aucune velléité de raccommodement avec Rosine\n Bonjour. Cela aussi sombrait dans le chaos. Et d'ailleurs quel réconfort lui\neût apporté celte liaison où tout n'était que fourberies?\n    Il souffrit de la rue qui charriait des mensonges, il souffrit de Paris qui\nl'avait leurré.\n    Et soudain, de toutes les paroles énoncées par Servais il y en eut une, plus\nnette et plus impressionnante, qui l'assaillit : « Vous portez en vous l'âme\nda votre race », avait proféré le grand homme. Jacques se la répéta cette\nphrase qui, sous une apparence de blâme, contenait l'explication de toutes\nles erreurs.\n    C'était bien vrai qu'il portait l'âme de sa race, puisque en cet instant sa vie\nentière lui remontait au cœur pour lui présenter le contraste de son éducation\npremière et de son actuelle dégénérescence. Tout ce que ses parents avaient\ndéposé en lui de bon, les semences de vérité que les fausses doctrines étouf-\nfaient, les i'Jées de morale et de religion qu'il raillait, tout cela surgit des\nténèbres d'un rêve et l'angoissa. Il revécut les années lointaines de son\nenfance et s'émut au souvenir des soins de sa mère dont toutes les caresses\nlui avaient, malgré les aventureuses équipées, laissé des parfums de ten-\ndresse et d'amour. Nous avons beau pécher par orgueil et nous efforcer\n d'oublier, il reste au fond de nous, lorsque tout est tari, des réserves de\nbonté qui nous viennent des soirs où notre mère se penchait sur nous, avant\n le grand silence des nuits bleues dans les petits lits.\n    Jacques eut la sensation très réelle de deux êtres coexistant en lui : l'un\n n'avait pas abandonné la simplicité de l'enfance; mais il faisait les gestes\n gauches de ceux qui ont grandi très vite et pourtant sa croissance était\n arrêtée. L'autre mimait les sentiments des hommes qui ont âprement pour-\n"}, {"page_pdf": 817, "texte": "666                                DURENDAL\n\n\nsuivi des songes, qui ont écouté les paroles des sophistes et qui n'ont étreint\ndans leurs mains fiévreuses que de belles illusions.\n   Cela rappelait un peu l'avatar dont Théophile Gautier parle dans l'un de\nses contes. Un médecin, qui a surpris les secrets des brahmes et qui possède\nl'art des incantations, réussit à transposer l'âme d'Octave de Saville dans le\ncorps du comte Olaf Labinski. Le personnage, ainsi géminé, assiste aux\nmerveilleux conflits de ses pensées et de ses désirs dans un cœur étranger,\nil anime des membres habitués à obéir à une autre volonté que la sienne.\nIl est véritablement deux.\n   C'était l'impression d'une dualité à peu près pareille qui terrifiait Jacques :\nil comprenait que son double avait absorbé les forces vives du faible compa-\ngnon qui lui ressemblait aussi.\n    L'égoïste qu'il ne cessait d'être depuis des années avait tout pris et tout\nperdu.\n    Alors il s'écria : « Je n'ai pas vécu et je découvre aujourd'hui la débilité\nd'une existence que je croyais forte d'altières opinions. »\n    Mais ce qu'il ne pouvait ajouter, c'est que cette découverte, il la faisait à\nchaque minute de la journée depuis qu'il avait quitté Germaine. Le\nmiracle s'accomplissait à son insu. Il l'aimait : loin d'elle, tout lui devenait\nodieux.\n    Cet amour illuminait à ses yeux étonnés une région dont les plaines,\nvibrantes de clarté, l'attiraient inconsciemment. Il y découvrait, du fond\nobscur de sa misère, des coteaux chargés de fruits et des fleuves aux belles\neaux vertes sur lesquelles glissaient des navires fleuris.\n    Il revit le cloître de Serpigny avec ses murailles fraîches et l'abside écroulée\nde la vieille église, où, pour la première fois, ils s'étaient aimés sans qu'une\nparole eût trahi leur amour.\n    Il sentit qu'un repos infini l'attendait là.\n\n\n                                        XI\n\n   Le dimanche du Rosaire, après les vêpres, M. l'abbé Firelin conduisit\nà Froide-Etape les enfants du catéchisme. Depuis qu'on avait expulsé les\nsœurs de Fay-le-Montel, c'était la baronne d'Ardemont qui surveillait l'édu-\ncation religieuse des petites filles. Une ou deux fois la semaine, elle les réu-\nnissait chez elle et leur apprenait l'histoire sainte et le catéchisme, afin de\ndécharger M. le curé qui s'occupait plus spécialement des garçons. La\nbaronne s'asseyait au milieu des petites dans une chambre du château et,\npendant une heure, avec une patience admirable et un don tout particulier\nd'enseigner, elle les instruisait par demandes et par réponses.\n   Il y avait d'abord eu au village quelques protestations de la part des male-\nbêtes du cru qui déclaraient que, puisque la commune supprimait les\n« nonnes », il ne fallait plus apprendre aux enfants que la morale laïque. La\nburaliste de Fay-le-Montel, ivrognesse et apoplectique, annonçait chaque\nmatin derrière son comptoir et ses bocaux de bonbons anglais, que si le gou-\n"}, {"page_pdf": 818, "texte": "                               LE TRANSFUGE                                  667\n\nvernement rétablissait « comme dans les temps » la guillotine, ce serait elle\nqui tirerait la ficelle pour raccourcir la baronne. Puis on avait vu les mioches\nrevenir chez eux les mains chargées de cadeaux lorsqu'ils avaient su leurs\nleçons et dès lors les protestations s'étaient faites plus timides et plus\nrares.\n    Chaque trimestre Mme d'Ardemont distribuait des jouets et des vêtements\nque l'on échangeait contre les bons points reçus. L'abbé Firelin présidait\ncette cérémonie, à laquelle il conduisait aussi sa classe de garçons.\n    Il arriva, ganté de noir, tenant au bout de ses doigts emmaillotés de soie, un\nchapeau poilu comme un angora. Derrière lui, les enfants, serrés en trou-\npeau, se roidissaient dans leurs vêtements des dimanches et riaient tous avec\nleurs yeux, leur bouche et leur nez. On ouvrit la salle à manger et on les\ninstalla sur des chaises où ils n'osaient pas s'asseoir. Il y avait aussi, ce\njour-là, à cause de la fête du Rosaire, les demoiselles de Fay-le-Montel qui\nsuivaient les exercices du chapelet. Elles avaient de belles robes copiées sur\nles suppléments de mode du Petit Journal, des chapeaux pavoises de bande-\nroles éclatantes et les plus distinguées portaient des gants de peau qui ne se\nboutonnaient qu'au prix de pénitentielles lézardes.\n    D'ordinaire Mme d'Ardemont prenait à ces fêtes naïves un plaisir maternel\net joyeux. Elle les animait de ses paroles tout imprégnées de gaîté, d'aisance\net de bon accueil. Et sentir autour d'elle ce petit monde en extase lui mettait\nau visage un rayonnement qui diffusait son intime satisfaction d'accomplir\n un devoir de charité.\n    Mais l'abbé Firelin remarqua qu'elle n'avait pas son entrain habituel. Un\nléger trouble passait dans sa voix malgré ses efforts. Il donnait à ses gestes\n quelque chose de fébrile ; une nervosité imperceptible à laquelle on n'eût cer-\ntainement pas fait attention si elle n'avait pas contrasté avec le calme alerte\n des autres jours.\n    Et puis un indice plus grave révélait à M. Firelin une inquiétude dans\nl'esprit de la baronne. Tout à l'heure aux vêpres elle avait failli être en retard.\n Pour qui connaissait son exactitude c'était presque un manquement aux\n offices. Elle était entrée tandis que le curé, du haut de sa stalle, entonnait le\n Deus in adjutorium. L'abbé s'était d'abord prosterné longuement devant l'autel,\n en surplis et en étole, pour permettre à sa paroissienne d'arriver à temps;\n puis n'entendant aucun bruit de pas familier dans l'église où quatre vieilles\n femmes et une dizaine de fillettes se morfondaient en silence, il avait pris le\n parti de commencer sans elle. Sa voix n'avait pas plus tôt entamé le chant\n liturgique que la baronne se coulait dans son banc et s'agenouillait. « Evi-\n demment, se dit M. Firelin, Mme la baronne souffre de quelque tracas. Elle\n n'est pas tout entière à cette distribution de friandises et de babioles. Je vois\n bien que ses doigts saisissent avec hâte les objets et je vois bien aussi que ces\n objets ne sont pas disposés sur la table de la salle à manger avec la symétrie\n qui préside toujours à ces largesses. Non pas, grand Dieu ! qu'il y ait désordre,\n mais il me semble que les paquets sont moins minutieusement ficelés et que\n les papiers ne montrent pas ces beaux plis rectilignes et ces belles cassures\n qui sont plutôt du ressort de l'art que de celui de la science ménagère. Car\n"}, {"page_pdf": 819, "texte": "668                                    DURENDAL\n\n\n M m e la b a r o n n e fait la charité avec g o û t ; elle y met de l'élégance et m ê m e de\n la coquetterie. »\n     C e p e n d a n t la première série de bons p o i n t s ayant épuisé u n e partie des\n récompenses, l'on dirigea les enfants vers u n goûter servi d a n s u n e pièce\n voisine. Les demoiselles du chapelet, après avoir attesté qu'elles ne p r e n -\ndraient rien, se faufilèrent le long des m u r s , les unes derrière les autres,\n avec des mines rougissantes et des mains empêtrées et joignirent toutes le\n cervelas, la bière et les chaussons aux p o m m e s .\n     Alors, l'abbé Firelin se trouva seul devant M m e d ' A r d e m o n t . Il accepta\n un verre de sirop qu'il eut b e a u c o u p de peine à maintenir en équilibre, tant\n à cause de ses gants de soie que de son chapeau qui l'encombrait b e a u c o u p .\n     La b a r o n n e , après u n silence, eut u n sourire énigmatique :\n     « Monsieur le Curé, dit-elle, vous me voyez tout é m u e . J'ai reçu 'ce matin\nu n e dépêche de P a r i s .\n    — Serait-ce u n e mauvaise nouvelle? d e m a n d a M. Firelin en a p p u y a n t son\nverre sur son g e n o u .\n    — J e ne sais si elle est b o n n e ou mauvaise, continua M m e d ' A r d e m o n t .\nJ a c q u e s m ' a n n o n c e son arrivée pour d e m a i n .\n    — Oui, prononça le curé, qui p a r u t perplexe.\n    Il maintint sur son interlocutrice des yeux profonds et hocha la tête de\n bas en haut, c o m m e s'il continuait son affirmation, mais parce qu'en réalité\nil ne démêlait pas les motifs de cette réticence. « D'où vient, pensa-t-il à\npart lui, que M m e la baronne s'inquiète du retour de son fils, elle qui se plaint\ngénéralement de le voir trop p e u . »\n    Mais la b a r o n n e répondit d'elle-même à la muette d e m a n d e de M. Firelin :\n    « J a c q u e s est parti pour P a r i s mercredi dernier. Il faut que quelque événe-\nment fâcheux se soit produit, car il ne revient jamais si vite.\n    — O h ! m a d a m e , objecta le curé, qu'allez-vous c h e r c h e r ! M. Jacques a\nsans doute le désir de compenser par u n plus long séjour la courte a p p a -\nrition qu'il fit d e r n i è r e m e n t à F r o i d e - E t a p e .\n    — N o n , monsieur le Curé, je ne m'y t r o m p e pas, continua la b a r o n n e . Ces\nva-et-vient cachent u n e préoccupation. Mais m o n pauvre fils n'est pas\nexpansif et j'en suis réduite à des conjectures qui, je l'avoue, m'affligent\ndouloureusement. S'il reparaît ici avec sa figure attristée et ses yeux las, et\ns'il répond à peine à mes questions, c'est qu'il aura des ennuis que j'ignorerai\ntoujours et que je serai, par conséquent, incapable de soulager.\n    — Permettez-moi, m a d a m e la B a r o n n e , interrompit M. Firelin, de vous\ndire que vous vous rendez malheureuse par prévision. Ce que vous redoutez\nn'arrivera sans doute pas, souvent nous inventons des m a u x que Dieu n o u s\népargne c e p e n d a n t . Il n'est que de s'en remettre à sa divine Providence du soin\nde notre avenir. Mais quel besoin ai-je de prêcher la résignation à une c h r é -\ntienne telle que vous? » ajouta le curé en portant à ses lèvres le verre de sirop.\n    Il parlait d'un ton mal assuré parce que sa perspicacité s'était rencontrée\navec celle de cette mère en a l a r m e s . Il crut bon de la réconforter par des\nconsidérations générales sur l'excellente nature de son enfant.\n    « M. J a c q u e s , dit-il, est doué d'un cœur a i m a n t et j'ai pu juger par moi-\n"}, {"page_pdf": 820, "texte": "                                LE TRANSFUGE                                  669\n\n même, combien il gardait l'impression de ses souvenirs d'enfance. Il est, je le\n reconnais, peu porté à se livrer, mais tenez-vous pour certaine qu'il confiera\n à sa mère ses embarras, s'il en a. »\n    Dans la pensée de M. Firelin, ce terme d'embarras comprenait les multiples\n accidents d'une vie de jeune homme avec leurs conséquences morales et\npécuniaires. Il soupçonnait des aventures féminines. Il flairait l'intrusion de\n quelque fille dans les affaires embrouillées du jeune d'Ardemont. Le bruit\ncourait, dans le pays, que Jacques s'endettait et le notaire de Fay-le-Montel\navait révélé sous le sceau du secret, à des personnes sûres, qu'il était chargé\nde négocier des emprunts. Le lendemain tout le monde répétait la chose\n divulguée en cent lieux; de telle sorte qu'il en était revenu des échos aux\n oreilles du curé. Celui-ci n'hésitait pas à mettre sur le compte d'une faillite\n galante les allées et venues du jeune homme à Paris.\n    Et c'était aussi le sentiment de la baronne et sa terreur secrète. Le prêtre\n et la mère se comprenaient à mots couverts. M me d'Ardemont ajouta en\n manière d'épilogue et comme pour sceller d'une phrase ses appréhensions :\n    « Jacques n'aime pas Froide-Etape. »\n    Elle lança un regard dans le vide. Elle imaginait d'avance les attitudes\n songeuses de son fils, ses doléances à propos de tout et son état d'énerve-\n ment encore accru de son aversion pour la campagne. I1 n'était jamais\n content de rien, il trouvait toujours matière à chicane ou à bouderie. Et\n c'était le facteur qui faisait mal son service; et c'était le puits qui n'était pas\nfrais et par dessus tout son linge que les lavandières brûlaient avec leur eau\n de Javel et qu'on ne blanchissait pas à son gré. Tantôt on lui restituait des\n cols en carton-pierre, et tantôt des manchettes en papier buvard. Un jour\nses chemises lui revenaient bleues et le lendemain on les lui rendait jaunes.\n La campagne devenait inhabitable et il la désertait.\n    Dès lors il fallait qu'une cause impérieuse le poussât à ce retour inopiné.\nLaquelle ? se demandait encore, avec effroi, Mme d'Ardemont.\n    L'abbé qui, moyennant d'ingénieuses combinaisons, était parvenu à vider\nson verre de sirop, vint le poser au bord de la table sur le tapis de drap vert.\nOn entendit le chuchotement des enfants qui goûtaient dans la pièce voisine.\nIls retenaient leurs rires et les éclats de leur voix qui parvenaient là en susur-\nrements discrets.\n    M. Firelin, dont la pensée voyageait avec celle de la baronne, dit après\navoir posé la main sur son rabat :\n    « Vous n'avez jamais pensé à marier M. Jacques? »\n    Mme d'Ardemont leva un peu les bras et son geste exprima des regrets et\ndes espoirs. Le curé présumait que l'éventualité du mariage était le seul cor-\ndial à administrer à cette mère abattue. Le mariage, ce serait la fin du\ndésœuvrement de Jacques et la raison d'être de sa vie fastidieuse et inutile.\n    Mme d'Ardemont allait répondre, lorsque les demoiselles du chapelet, qui\nramenaient les enfants confiés à leur garde, firent dans la salle à manger une\nirruption circonspecte. Et l'on acheva avec la même gaîté un peu contrainte\nde récompenser tous les bons points du catéchisme.\n  (A continuer.)                                          HENRY D'HENNEZEL.\n"}, {"page_pdf": 821, "texte": "   Prinses Zonneschijn (I) de P. Gilson\n                      Au Théâtre de la Monnaie\n\n\n                 L'OPÉRA           flamand d'Anvers a eu l'honneur de créer\n                          le beau d r a m e musical de M M . Pol de Mont\n                          et P a u l Gilson. Mais le théâtre de la Monnaie,\n                          par son importance même et par les ressources\n                          dont il dispose, a définitivement consacré l'œu-\n                          vre. Il faut savoir gré à M M . Kufferath et G u i d é\n                          de s'être montrés hospitaliers aux productions\n                          nationales. Après J. Blockx et A. D u p u i s , c'est\nGilson que nous avons pu a p p l a u d i r dans un d r a m e , qui est\nsans conteste le chef-d'œuvre du théâtre lyrique belge.\n    L e poème flamand de Pol de Mont, habilement a d a p t é en\nfrançais, pour la scène de la Monnaie, par M. Marcel Lefèvre,\nsort de la banalité des livrets d'opéra. Ceux auxquels la belle\nlangue flamande est familière savent quel charmantversificateur\nest Pol de Mont. Prinses Zonneschijn, considéré dans son\nensemble, est assez bien conçu pour la scène, sauf l'erreur\ni m p a r d o n n a b l e du double meurtre entre le duo et l'apothéose\nfinale. Q u e fallait-il faire?... Je n'en sais rien, mais cette scène\ntelle quelle est ridicule et choquante. L'histoire du cerf est par\ntrop puérile aussi, tout comme la transformation du cygne dans\nLohengrin. Il y aurait encore d'autres critiques à faire, mais\ndisons plutôt que le sujet est très séduisant et q u ' u n e foule\nd'épisodes sont exquis. Il faut mettre hors pair la scène des\nscaldes. T r è s poétique aussi l'ensorcellement du château à la\nfin du premier acte et la belle scène de W a l p r a et son fils dans\nla forêt, etc.\n\n (1) La Princesse Rayon de Soleil.\n"}, {"page_pdf": 822, "texte": "              PRINSES ZONNESCHIJN DE P . GILSON                671\n\n\n   Et la partition de Gilson?... Il n'y a vraiment que des éloges\nà en faire. L'inspiration en est franche et exempte de toute\nrecherche, ce qui se concilie très bien avec un absolu moder-\nnisme. L'œuvre est conçue d'après l'esthétique wagnérienne, et\nl'ombre du colosse y apparaît. Ce n'est pas là un reproche, car\nle compositeur reste original quand même. D'ailleurs, on pro-\ncède toujours de quelqu'un, fût-on un Beethoven.\n    L'orchestration est d'un intérêt et d'une variété inépuisables.\nLa polyphonie est très chargée, sans lourdeur aucune, mais\npeut-être trop chargée quand même. Il me semble qu'au théâtre\nl'attention est tellement attirée par le chanteur, — et cela doit\nêtre, puisqu'il est l'acteur, — que la trop grande complication\nde l'orchestre est une richesse perdue. La voix empêche de bien\nla saisir, à moins... qu'elle ne couvre elle-même la voix, ce qui\nest ordinairement blâmable. Nos compositeurs dramatiques ne\ndevraient-ils pas davantage approfondir l'esthétique de Gluck,\nqui met les voix si bien en valeur et qui unit tant d'expression\nà une si étonnante sobriété? Sans doute, le simplisme de Gluck\n ne serait plus de mise dans une partition moderne. L'orchestre\n peut et doit jouer un rôle plus important, mais le théâtre\nwagnérien ne nous a-t-il pas habitués à un excès de richesse\n orchestrale?\n    En écoutant Prinses Zonneschijn, on remarquera au premier\n acte d'abord une inspiration presque populaire. Ce sont des\n chœurs de fileuses, des chants d'enfants, des appels de cors et\n musique de chasse. Par contre, quel romantisme sombre dans\n les invectives de Walpra et quelle poésie grandiose dans le\n thème du sommeil au milieu du déchaînement des éléments.\n Involontairement, on pense à la fameuse incantation de la\n Walkyrie; et, franchement, ceci ne pâlit pas à côté de cela.\n    Le deuxième acte présente également un heureux contraste\n entre la première scène de grand style (Walpra et son fils) et\n l'exquise trouvaille de la scène des scaldes. Peut-être pourrait-\n on reprocher aux actes 2 et 3, une trop continuelle répétition\n du thème d'amour de Tjalda, qui finit par un peu obséder.\n    Au troisième acte, chœur charmant de fillettes dans la forêt.\n Poésie pénétrante de la rêverie de Tjalda. L'apparition du châ-\n teau ne produit pas l'effet voulu. Est-ce la faute au musicien ou\n aux interprètes?\n     Très remarquable la scène du réveil dont la poésie rappelle\n"}, {"page_pdf": 823, "texte": "672                         DURENDAL\n\n\ntant le réveil de la Walkyrie quoiqu'avec moins de grandeur.\n    L'idée de donner à un grand duo d'amour une forme de valse\npeut sembler bizarre à première vue. Eh bien! la réalisation en\nest une trouvaille. Il y a là un tel élan de joie et de jeunesse que\nl'effet est irrésistible. L'inspiration ici ne doit rien à Wagner ;\nc'est tout à fait original.\n    Nous avons dit combien la suite était choquante. Mais le\nchœur final parvient à réchauffer notre émotion refroidie par\nle meurtre des parents et les larmes hypocrites des amoureux.\n    Et maintenant souhaitons que cette belle œuvre passe sur les\ngrandes scènes de Hollande et d'Allemagne. Car il serait naïf\nde songer à Paris : la capitale du monde n'a jamais songé à\nrendre aux Belges la pareille de notre large et intelligente hos-\npitalité.\n\n                                             JOSEPH RYELANDT.\n"}, {"page_pdf": 824, "texte": "                               HALTE DE CHASSE DANS LA FOUET DE SOIGNE (Débouché de Boendnel).\nTapisserie du Bruxelles,faisantpartie île la tenture des « Belles Chasscs            de Maxlimillien   »; exécutée d'après les cartons île Bernard Van Orley.\n                                                           (Musée du Louvre, Paris).\n"}, {"page_pdf": 825, "texte": ""}, {"page_pdf": 826, "texte": "                      Poèmes\n\n              La gloire des marbres\n  Les prélats somptueux que des moines       admirent,\n  Sous le scintil des lustres d'argent réunis,\n  Discutent savamment l'art sobre, le fini\n  D'une table de marbre où s'anime et se mire\n  Leur groupe violet dans un lac de porphyre.\n\n  Au centre un serti d'or tracé par Cellini\n  Dessine une madone en manteau      lazuli,\n  Couvant son Bambino rose comme un sourire.\n\n  Près de la cheminée aux flores de Carrare,\n  Un moine humble, muet devant ces beautés rares,\n  Songe. Des marbres purs il connaît tout le prix,\n\n  Lui qui sut incruster, rouge et  marmoréenne,\n  Dans le bleu lazuli de son âme  chrétienne\n  L'image en fleur de sang du Cœur de      Jésus-Christ.\n\n\n\n\n                       Le cristal\nVif et pareil scintils des rosées,\nAiguail de feu des feuilles arrosées\nDans la jeunesse des aurores;\nPlus argentinement      sonore\nQue le battant et musical métal\nQui tinte au faite aigu des fins clochers   légers,\nAu cœur du rocher\nFleurit le cristal\n"}, {"page_pdf": 827, "texte": "674                            DURENDAL\n\n\n      Géométrique et d'une ordonnance           parfaite,\n      Sa rigidité réfractante est faite\n      De mille facettes\n      Aux arêtes vives.\n\n      Blessé il se guérit et sait cicatriser\n      La trace où le choc l'a brisé,\n      Il naît s'engendre et meurt comme les corps qui           vivent.\n\n      Et le penseur, devant l'analogie  étrange\n      Qui rend ce naissant et mortel cristal\n      Par la vie et la mort aux mortels presque égal,\n      Tandis que sa clarté l'apparente à l'archange.\n      Songe, ô Leibniz, au grand lien     fondamental.\n\n      Monade des cristaux, âme des pierres\n      Offrant à l'air leurs transparentes   nudités...\n      Miroirs choisis, prismes purs habités\n      Par les sept dons de la Lumière des lumières.\n\n      Jardins de flamme froide enfouis sous des voiles\n      De roc obscur, d'où les extirpe les    marteaux,\n      Ne sont-ils pas, les radieux   cristaux.\n      Frères de ces cristaux nocturnes : les étoiles?\n\n      Dans la nuit de ce monde, étoiles de la Terre\n      Les cristaux du Très-Pur laissent mourir leurs            feux...\n      « Réveillez-vous, comme Lazare; Je le veux,\n      Afin que vos rayons réjouissent mon Père. »\n\n      Oh! la voix de Jésus fuyant toujours Hérode !...\n      Obélisques nains des Géodes,\n      Il passe en votre Egypte et dans vos roches brunes,\n      Comme du clair de lune,\n      Aux frissons des    ruisseaux,\n      Il met de sa Lumière au cœur de vos     faisceaux...\n\n      La candeur est en eux des limpides baptêmes :\n      Et du fleuve d'eau vive apparu à saint Jean;\n      Le Ciel des c i e u x s'y mire et son regard      plongeant\n      Silencieusement      semble dire : « Je t'aime! »\n      A la chaste clarté de leurs glaces        d'argent.\n\n      Polyèdres brillants que le Jour      transpénètre\n      Tels des glaciers foudroyés d'or sous le soleil,\n      Le Feu des c i e u x descendu dans leurs aîtres\n      Rend leur Hiver splendide à son Eté pareil.\n"}, {"page_pdf": 828, "texte": "                              POÈMES                                         675\n\nCristal mystique, étagements du gel,\nFourmillements   de glaces symboliques ;\nAu cœur nacré du Rocher      Catholique\nVierges se renvoyant leur éclat mutuel!\n\n\n\n\n                    La cité bien=aimée\n                                                Urbs beaia Jérusalem.\n                                                Dicta pacis visio...\n                                                Quae construitur in coelis\n                                                Viuis in lapidibus.\n\n  Gloire à l ' A m o u r - D i e u , gloire à     l'Envoyé!\n  L'enfer et la mort ont été noyés\n  Dans l'étang de feu.\n\n  Promis à l'espoir de ta claire  antienne,\n  Voici se lever le jour de tes vœux,\n  Eglise    chrétienne.\n\n  L'Esprit a rénové la face de la Terre :\n  La mer a disparu, ayant rendu ses morts;\n  L'Eden est retrouvé! Amour, qui vient du Père\n  Achève au Nom du Christ le renouveau des corps.\n\n  Comme un manteau d'azur, Il a changé les c i e u x .\n  Plus riants qu'une aurore éclairant les javelles,\n  J'ai vu les monuments de la cité nouvelle,\n  De la cité d'or pur qui descendait de Dieu.\n\n  Métaux, joyaux, pompe auguste des temples.\n  Volcans des soirs, fournaises des midis.\n  Ne sont plus qu'ombre aux regards qui      contemplent\n  Sous l'or du ciel futur le miracle prédit.\n\n  Jérusalem des c i e u x , ainsi qu'une épousée\n  Au corps déjà paré pour le lit nuptial,\n  Ah ! viens des prés du ciel où tu l'es reposée,\n  T'unir à ton Seigneur plus clair que les rosées\n  Dans la paix sans péché du matin lilial.\n\n  Les anges sont les fleurons purs de ta couronne\n  Et le plus haut joyau qui te fleuronne\n  C'est le saphir sans prix du Cœur de Notre-Dame.\n  La clarté de Dieu     t'environne.\n  Illuminant ta base aux pierreries en flammes.\n"}, {"page_pdf": 829, "texte": "676                         DURENDAL\n\n\n      Jérusalem des c i e u x , dont s'emperlent les portes\n      Ouvertes à jamais et par où les cohortes\n      Des monarques sacrés entreront en           chantant,\n      Ta place en or ressemble à du verre        éclatant.\n      Ton seul Temple c'est Dieu, car la colère est morte.\n\n      Jérusalem des c i e u x , le jaspe de tes murs\n      C'est la Foi où verdoie notre immense         Espérance,\n      Rempart éblouissant, inexpugnable         et sûr,\n      Enclosant la splendeur de tes maisons d'or pur,\n      Sans lampe et sans soleil, sans lutte et sans       souffrance.\n\n                                                GEORGES RAMAEKERS.\n"}, {"page_pdf": 830, "texte": "        Cours d'Art et d'Archéologie\n              L'OUVERTURE de      l'année académique 1905-1906,\n                  des cours d'Art et d'Archéologie, a eu lieu le\n                 6 novembre 1905, dans le nouveau et superbe\n                  local, 16, rue du Parchemin (Hôtel de Chimay).\n                    Le sénateur Braun, président du Comité, a\n                  ouvert la séance par une élégante allocution\n                  dans laquelle il a montré avec quelle rapidité\n                  et avec quelle perfection l'institution des cours\nd'art a réalisé le but que se proposaient, il y a deux ans, les\nfondateurs, à savoir : créer à Bruxelles un foyer de culture\nartistique, sérieuse et complète. M. Systermans, secrétaire, a\nlu, ensuite, le rapport sur l'année écoulée. Enfin, M. Capart a\nbrillamment clôturé cette séance d'inauguration, en donnant\nla première leçon de son cours sur l'Égyptologie.\n   Il résulte du rapport de M. Systermans que l'institut est en\npleine prospérité. Près de deux cents élèves ont régulièrement\nsuivi les cours de candidature. De nouveaux cours sont orga-\nnisés et seront incessamment ouverts en vue de la licence. En\nvoici l'intéressant programme :\n\n   I. — Architecture : Architecture égyptienne, par J. CAPART.\n— L'Architecture du Moyen-Age, par L. CLOQUET. — Archi-\ntecture contemporaine.\n  II. — Sculpture : Sculpture égyptienne, par J. CAPART. —\nLes marbres antiques, par F. CUMONT. — La Sculpture alle-\nmande desXVeetXVIesiècles, par M. LAURENT, — La Renais-\nsance réaliste du XVIe siècle à Florence (Donatello, Ghiberti\net Luca della Robia), par ARNOLD GOFFIN.\n  III. — Peinture : Roger Van der Weyden, par E. VERLANT.\n— La géographie artistique des Pays-Bas au XVIe siècle, par\n"}, {"page_pdf": 831, "texte": "678                                     DURENDAL\n\n\n\nG. HULIN.          — Peinture contemporaine, par                            H.     FIERENS-\nGEVAERT.\n   IV. — Arts appliqués : Les industries d'art en Egypte, par\nJ. CAPART. — La miniature, par le R. P. VAN DEN GHEYN. —\nLa tapisserie, par J. DESTRÉE. — La médaille, par F . ALVIN.\n   V. — Musique : Son histoire, par E. CLOSSON.\n   VI. — E s t h é t i q u e : L'esthétique et la philosophie de l'art,\npar Ch. D E W U L F , — L'esthétique de Taine, par H. FIERENS-\nGEVAERT ( I ) .\n\n   Ce magnifique programme se passe de commentaires. Il est\nassez éloquent par lui-même. Il montre l'extension que prend\ncette admirable institution. Pour peu qu'elle évolue et que\nl'enseignement que l'on y donne se développe encore, comme\nnous le souhaitons vivement, nous aurons bientôt, à Bruxelles,\nune véritable Université d'Art, de tout premier ordre et telle\nqu'il n'en existe nulle part.\n   On devine toute la joie que nous en éprouvons, nous qui\nn'avons cessé de nous efforcer, depuis la fondation de notre\nrevue Durendal, c'est-à-dire depuis bientôt douze ans, de détour-\nner les âmes du terre-à-terre de l'existence pour les orienter\nvers l'idéal, d'allumer dans les cœurs la flamme de l'enthou-\nsiasme pour la Beauté et de déterminer les esprits à donner à\nl'art, dans l'éducation et dans la vie, la place qu'il mérite, c'est-\nà-dire la première après celle que l'on doit à Dieu.\n\n                                                                   HENRY MŒLLER.\n\n\n\n\n  (1) Nous rappelons que le p r o g r a m m e de la candidature comporte cinq cours :\nles Origines de l'art et l ' A r t oriental, la Renaissance, 1'Art grec et la Philosophie de l'art\net l'Archéologie.\n"}, {"page_pdf": 832, "texte": "                   Chronique Artistique\n    I s i d o r e V e r h e y d e n . — Successivement, comme sous la hache des\nbûcherons tombent les grands hêtres alignés, — colonnes de la forêt, — nos\nmaîtres de l'école belge sont fauchés l'un après l'autre par l'impitoyable\ndestin.\n   Ce fut, en si peu de mois, Joseph Coosemans, Julien Dillens, Constantin\nMeunier. Voici venu le tour d'Isidore Verheyden.\n   Qu'ils se hâtent, les jeunes arbres, de grandir et de s'étendre, pour combler\nles brèches béantes dans la futaie glorieuse !\n   Prématurément, en pleine production, succombe Verheyden, et sa perte\nsera doublement ressentie, car avec lui disparaît un portraitiste éminent et un\nverveux paysagiste.\n   Si hâtivement, au lendemain et dans l'émotion des funérailles, il serait\nimprudent de tenter de caractériser l'art d'Isidore Verheyden et de dresser le\ncatalogue de ses œuvres maîtresses.\n   Ses portraits si personnels — Constantin Meunier, Binjé, le docteur Hyer-\nnaux, M. Van den Eeckhoudt, une série d'effigies féminines qui parurent à\ndiverses expositions, ses savoureux et opulents paysages, vergers fleuris de\nmai, forêts ambrées d'octobre, demeurent et garderont son nom de l'oubli.\n   Il est très souhaitable qu'une exposition de son œuvre soit immédiatement\norganisée. Mieux qu'aucun discours ou qu'aucune prose, elle constituera\nl'hommage décisif que méritent son talent sincère et sa probe personnalité.\n                                                                        P. L.\n   L e s E x p o s i t i o n s . — La série annuelle des Expositions de Cercles et\nd'ateliers s'est, suivant l'usage, ouverte par le Labeur. Cette pléiade, qui\nd'ailleurs justifie son titre par une somme de travail fort appréciable, renferme,\non le sait, quelques individualités intéressantes ; mais il ne semble pas que la\nqualité, l'unité, la tenue de la production d'ensemble y aient fait de progrès\nnotable. Le Labeur souffre de la crise de réalisme vulgaire et de production\nhâtive que traversent beaucoup de nos jeunes associations de peintres; on y\noublie trop l'élément essentiel d'interprétation, de stylisation, qui différencie\nl'œuvre d'art du simple « morceau » d'exécution plus ou moins habile; on y\nregarde l'homme ou la nature d'un œil photographique et superficiel, et l'on\nn'en exprime ainsi, sous prétexte d'exactitude, que les aspects purement exté-\nrieurs. L'excessive multiplicité des expositions est assurément l'une des causes\nde cette tendance fâcheuse : elle fouette, chez les artistes en herbe, le désir de\nparaître quand même; et pour ce vain mirage d'une inscription aux cata-\nlogues, d'une citation dans les critiques, combien d'entre eux ne délaissent-\n"}, {"page_pdf": 833, "texte": "680                                    DURENDAL\n\n\n ils pas le consciencieux travail qui confère la maîtrise technique, la salutaire\n méditation qui forme la pensée, le jugement, le goût ?\n     Il s'en faut, bien entendu, que tous les m e m b r e s du Labeur soient\n atteints de ce mal du siècle : certains envois attestent u n e évolution\n marquante ; d'autres confirment la p e r m a n e n c e de dons personnels de\n c h a r m e ou de puissance chez des peintres qui ne paraissent point songer à\n élever leur idéal d'art. P a r m i ces derniers, le nom d'HENRI THOMAS se pré-\n sente aussitôt à l'esprit : en vain prodigue-t-il la saveur exquise de sa palette\n vivante et subtile, la qualité rare de ses harmonies chantantes et si heureuse-\nment relationnées; sa conception s'attarde en des inventions d'une tendance\nsatirique et d'une demi-mondanité dont la répétition n ' e n g e n d r e que\nlassitude. U n morceau de choix sauve h e u r e u s e m e n t son e n v o i ; et c'est u n e\nsimple étude, vraiment belle de style large et de c h a u d e sonorité.\n     VAN ZEVERBERGHEN aussi — l'antipode de T h o m a s — pourrait avec son\nsens de coloriste opulent, p u i s s a m m e n t descriptif, atteindre à des réalisations\nplus synthétiques et plus approfondies que ses Lessiveuses, qui semblent u n e\nsimple anecdote alors qu'elles devraient constituer une étude définitive\nde vie populaire. E t MARTIN MELSEN est toujours arrêté par le parti-pris\ncaricatural dans l'essor de son talent d'observateur incisif et de metteur en\n page spirituel et a n i m é .\n    O n constatera, en r e v a n c h e , le progrès marquant d'ALEXANDRE ROBINSON :\nle coloriste enthousiaste et ingénieux que révélaient ses œuvres hardies\nj u s q u ' à l'extravagance s'est transformé, sans rien perdre de sa vigueur ni de\nson élan, en u n styliste de sérieuse t e n u e ; l'allure de son Moulin à Dordrecht,\nla poésie de son Hiver à Bruges, l'animation et le c h a r m e de présentation\nde ses Marines à Vollendam — leur belle chaleur de ton fait songer à B r a n g -\nwyn — sont également attachantes.\n     Chez ROBERT DE BAUGNIES aussi la notation se fait plus délicate, le style\nplus ferme, avec plus d'harmonieuse fusion entre le motif traité et l'atmos-\np h è r e a m b i a n t e . BAESELEER gagne en poésie et en fluidité de touche ce qu'il\nperd en consistance ; O L E F F E c o m m e n c e une série d'œuvres de tendance\n philosophique, le Triomphe des médiocres. Et sur tout ce Labeur où se coudoient\n aussi bien des œuvres indifférentes, ALFRED DELAUNOIS règne en maître grave\n et serein, avec le geste large, le recueillement méditatif et la pénétrante\n exécution de ses amples paysages ou de ses impressions monastiques.\n      La sculpture est h o n n ê t e m e n t représentée par GRANDMOULIN — son Carrier\n pour la ville de Soignies est conçu dans un beau mouvement sobre et vrai\n — et BAUDRENGHIEN, dont les petits groupes unissent l'ingéniosité et l'émo-\n tion... Mais nous en avons dit assez sur un salonnet qui, à l'heure où paraî-\n tront ces notes, aura sans doute fait déjà place au Sillon.\n\n   Au Cercle Artistique, en attendant l'exposition rétrospective de Coosemans,\nles amateurs d'art spirituel se sont délectés devant les inventions ironiques\net pénétrantes de l'Anglais N i c h o l s o n . Les portraits de souverains et\nd'hommes célèbres de ce puissant humoriste sont populaires u n peu partout :\nla prestesse de l'exécution, l'éloquence incisive du trait, la joyeuseté satirique\nde l'expression en font des œuvrettes de très fine psychologie. Parfois l'auteur\n"}, {"page_pdf": 834, "texte": "                            CHRONIQUE ARTISTIQUE                                   68l\n\nse met à la portée des mioches, comme dans son alphabet et sa série d'ani-\nm a u x ; parfois il se hausse au lyrisme chevaleresque, comme d a n s son\nDon Quichotte, qui vraiment est superbe de panache et d'allure. En tant que\npeintre, Nicholson prête davantage à la discussion ; sans doute il tient de\nrace des qualités de ligne et de mise en page, intéressantes surtout dans ses por-\ntraits; mais le coloris m a n q u e de souplesse et de chaleur; et d a n s ce domaine\naussi c'est le dessinateur qui s'affirme et qui sauve le morceau.             G. S.\n\n   Le premier Concert Ysaye. — Le solisie du premier Concert\nYsaye devait être le baryton hollandais M. Van R o o y , mais, s'étant malheu-\nreusement trouvé indisposé (c'est la quatrième ou la cinquième fois que cela\nlui arrive à Bruxelles), il fut remplacé au dernier m o m e n t par son éminent\nconfrère M. Albers, de la Monnaie. M. Albers a chanté, avec le grand style qui\nlui est habituel, le bel air de concours de Wolfram, au deuxième acte de Tann-\nhaüser, que nul ne saurait chanter mieux que lui, ainsi q u e le g r a n d récit de\n'Etranger de d ' I n d y , qui ne s'harmonise pas m o i n s bien avec son talent\nsérieux et p o n d é r é . Le concert débutait par deux œuvres de musique flamande\ndirigées avec chaleur et conviction par M. J a n Blockx, l'ouverture Charlotte\nCorday, de Benoit, et un Triptyque symphonique, œuvre nouvelle de lui-même,\n [an Blockx. L'ouverture a la g r a n d e u r d'allure habituelle à l'auteur de\nl'Oorlog, mais le tragique en est un peu cherché et les violences assez lourdes ;\nle Triptyque est d'une conception plus intime et d'une écriture plus s i m p l e ;\nnous avons préféré les Cloches de Pâques, d'un mysticisme doux et gracieux.\nM. Ysaye lui-même a dirigé une exécution un peu flottante, mais très cha-\nleureuse, de la S y m p h o n i e en ut de M. D e l u n e . L'ouvrage, déjà entendu l'an\ndernier, mais remanié depuis par son auteur, a gagné en concentration et en\nfermeté de c o n t o u r s ; on en a vivement apprécié le brillant coloris orchestral, le\nsavoir-faire et le brio (relevant quelques formules déjà entendues), qui caracté-\nrisent heureusement la physionomie musicale de M. Delune.                    INTÉRIM.\n\n   A r t é m i s e C o l o n n a . — E n attendant que le Conservatoire de danse\nfondé à Berlin par miss Isadora Duncan porte ses fruits, la célèbre mime\nsuscite des imitatrices dont l'activité est évidemment u n e consécration de\nson talent et de son succès. Mlle Artémise Colonna est sans doute\nmieux douée, physiquement, que sa protagoniste ; le visage est agréable, le\ncorps très plastique, et toute l'allure revêt une grâce réellement séduisante.\nCependant, l'artiste est loin de produire l'effet obtenu par miss D u n c a n . Ceci\nest à la fois moins fouillé et moins naturel, plutôt « esthétisé » que stylisé, et\nmoins chaste. La signorina Colonna a mimé des danses orchestrées (!) de\nChopin et deux autres pièces du même maître, h e u r e u s e m e n t laissées d a n s\nla version originale et jouées par M. E m . Bosquet avec son talent habituel.\nElle a obtenu un succès particulier d a n s u n e p a n t o m i m e en solo, La jeune\nFille et la Mort, où l'effet fut par elle habilement g r a d u é . E n ce qui concerne\nle principe de l'interprétation plastique, c'est-à-dire la concrétion orchestique\nd'œuvres de musique absolue, comme le Chopin, nous n o u s sommes assez\nlonguement étendus sur ce sujet, ici même, à propos d'Isadora D u n c a n ;\nnous n ' y reviendrons donc pas.                                               E . C.\n"}, {"page_pdf": 835, "texte": "                         Billets d'Auteurs\n                                                                  Fierens-Oevaert.\n\n                   L'AUTRE soir, les pieds sur les chenets, dans le halo apaisant\n                      de la lampe, j ' a i vécu quelques heures douces et exaltantes\n                      avec les frères H u b e r t et Jean Van E y c k . Ils me contèrent\n                      leur vie — leur simple vie... Des illustrations très soignées\n                      me convièrent au rappel du grand idéal de Foi et d'Art\n                      qui fut la trame de leur existence et qui eut son expression\n                      suprême en le Retable de l'Agneau. Ce chef-d'œuvre des chefs-\n                      d'œuvre, « centre de la peinture chrétienne et principe\n                      de l'art m o d e r n e », je le revis en sa belle intégrité initiale,\n tel qu'il sortit des mains de ses immortels auteurs et tel qu'il serait encore\nsans la vénale cuistrerie d'une troupe de marguilliers. E t autour de la mer-\nveille ainsi reconstituée, circulait une glose où l'érudition la plus minutieuse\net la plus nette était voilée par les glaces du style.. A h ! la b o n n e et belle\njoie de voir littérairement les chatoiements d'une palette et de c o m m u n i e r\n littérairement avec l'âme d'une peinture géniale. Certes, les commentateurs\nd'art ne manquent généralement ni de science ni de conscience, mais quelle\n écriture déhanchée, claudicante, cul-de-jatte (une écriture Cour des miracles!)\n ils apportent d'ordinaire en \" persil \" aux œuvres qu'ils analysent! Ce sont\ndes renseigneurs, non des évocateurs. Ils savent c o m p u l s e r ; ils ne savent pas\nécrire !\n    Camille Lemonnier, un des premiers (souvenez-vous de son Pro Arte)\nréagit contre l'indigence d'émotion et la sécheresse verbale de la critique\nd'art; et Emile Verhaeren, tout récemment, a voué à l'apothéose de Rem-\nbrandt ses puissantes et originales facultés si fraternellement appariées au\ngénie tragique du maître de la Ronde de Nuit.\n    U n rapprochement s'est fait ainsi et u n e fusion s'est opérée entre la litté-\nrature et les arts plastiques; on a compris enfin q u ' u n beau tableau pouvait\nêtre la patère où accrocher u n e belle œuvre littéraire; et la critique d'art ne\nfut plus le monopole de l'histoire et de l'archéologie.\n    Sans doute l'histoire et l'archéologie ne doivent pas être d é d a i g n é e s ; elles\nfournissent, par un rassemblement de détails circonstanciés et précis, le\npiédestal où s'élèvera le chef d'oeuvre, mais l'atmosphère qui baigna le chef-\nd'œuvre et la lumière qui en irradie, c'est à la littérature, c'est à l'art verbal\nseul qu'il appartient de le dire.\n    Q u e M. Fierens-Gevaert a d o n c admirablement compris la critique d'art\nainsi conçue, lui qui me confessait l'autre j o u r son ambition de réconcilier\n"}, {"page_pdf": 836, "texte": "                  (Cliché de l'Illustration Belge)\n\n MAURICE DES OMBIAUX\n\n(DESSIN   DE   FRANÇOIS     BEAUCK)\n"}, {"page_pdf": 837, "texte": ""}, {"page_pdf": 838, "texte": "                              BILLETS D'AUTEURS                                   683\n\nl'érudition et le beau langage généralement brouillés dans notre cher pays et\nde tâcher que le livre scientifique soit aussi considéré comme une œuvre\nlittéraire.\n    E t p e n d a n t que mon interlocuteur formulait ce noble p r o g r a m m e , je\nsongeais, c o m m e à a u t a n t de réalisations adéquates, à ses études sur la\nRenaissance septentrionale (1), sur Van Dyck, sur J o r d a e n s et à son essai sur\nB r u g e s . . . L'auteur de ces livres peut défier les railleries des plus méticuleux\nchasseurs de « sources », et s'il est vrai que le génie est u n e longue patience,\nM. Fierens-Gevaert a prouvé qu'il avait le génie des d o c u m e n t s . Mais pour\nlui les « documents » et les « sources » ne sont que le terreau de son travail,\nd'où germeront et s'élèveront, en h o m m a g e s vers les maîtres et les chefs-\nd'œuvre, les fleurs de l'imagination et de la sensibilité ! E t les frères Van\n E y c k nous seront restitués d a n s l'instinctive candeur de leur Art et de leur\n Foi ; silhouette de faste et de lassitude, Van Dyck réapparaîtra tel qu'il\n fut : un F l a m a n d robuste que les tièvres des décadences latines avaient frôlé ;\n et autour du masque réjoui de J o r d a e n s bruira la symphonie de toutes les\n sensualités !\n    Il faut attendre beaucoup de M. Fierens-Gevaert pour l'inlerprétation et la\n glorification de notre Art national. Aux jours d'adolescence, alors que la plu-\n part s'éparpillent en vagues et hâtifs articles, il c o n n u t la saveur austère du\n travail persévérant et recueilli. L o n g u e m e n t il regarda la vie, d'un œil\n assombri par la mélancolie des malaises a m b i a n t s ; de cette « tristesse con-\n temporaine » qu'il sentait peser sur tous, il voulut chercher et connaître les\nc a u s e s ; il osa même, à cette crise morale, suggérer des remèdes; s'il ne\n convainquit pas les autres, il bénéficia, pour lui-mème, d'une adhésion rai-\nsonnée et définitive à ces vérités primordiales qui resteront éternellement les\n viatiques de l'humanité. L e j e u n e h o m m e dès lors, prématurément mûri au\n contact de graves problèmes, était préparé à franchir, avec un esprit et un\n c œ u r conformes, le seuil des g r a n d s maîtres de l'Art; car il apportait, à leur\n service, avec la foi qui fut leur foi, avec une conscience artistique qui semble\n héritée d'eux, u n e sensibilité moderne apte aux plus émouvantes trans-\n positions.\n\n                                                       Maurice des Ombiaux.\n\n   M. Maurice des Ombiaux est une personnalité complexe et pleine d'atta-\nchantes contradictions; sous ses allures ferraillantes, ce mousquetaire a des\ncoins d'âme extraordinairement candides ; ce libre-penseur avéré et qui n'aime\npoint les curés a rendu à la séculaire mission artistique de l'Eglise des hom-\nmages retentissants; ce grand travailleur qui produit tant — et qui peut-être\nproduit trop — a de temps en temps la rare chance, malgré la hâte bouscu-\nlante de son labeur, de friser le chef-d'œuvre; ce W a l l o n de W a l l o n n i e ,\npeintre de ses m œ u r s , évocateur de ses paysages, confesseur de son â m e ,\ns'avère, par une large part de son imagination, de sa sensibilité et de son\n\n\n   (1) FIERENS-GEVAERT : La Renaissance septentrionale. Bruxelles, Van Oest et Cie, 1905.\n"}, {"page_pdf": 839, "texte": "684                                    DURENDAL\n\n\nexpression, un F l a m a n d , un vrai F l a m a n d des F l a n d r e s . Et ce ne fut vrai-\nment point en vain que l'adolescence de M. des Ombiaux baigna dans la fri-\nleuse et rêveuse atmosphère de Bruges, et que son premier regard d'obser-\nvateur alla vers la tragique robustesse des plaines de la Westflandre!\n     Il ne faudrait point croire que je veuille conlester et disputer à la W a l -\nlonnie l'un des meilleurs et des plus probes écrivains qu'elle ait donné à nos\n Lettres. N o n . L'œuvre de M. des Ombiaux situe la plupart de ses péripéties\nd a n s le H a i n a u t — et tant par la dilection soigneuse avec laquelle l'auteur\nnote les aspects de nature que par l'ardeur pieuse et passionnée avec laquelle\nil tâche de pénétrer les arcanes de la psychologie de sa race — a h ! comme\nl'on sent chez M. des Ombiaux l'amour profond et irréductible de la terre où\nil naquit. Mais, tandis que les autres artistes de W a l l o n n i e — tels, par\nexemple, M M . H u b e r t Krains et E d m o n d Glesener — choisissent comme\ntrames de leurs livres, de menues et simples tranches de vie a d m i r a b l e m e n t\nobservées et les enveloppent de cette claire et douce lumière, un peu u n i -\nforme, particulière aux paysages wallons, M. des O m b i a u x , lui, force la\nn a t u r e de son pays, et la revêt des couleurs les plus a c c e n t u é e s ; les person-\nnages aussi qui se meuvent d a n s ses livres ont u n extrême caractère d'excep-\ntion, et profèrent les uns, u n e hantise du mystère, âprement analysée, les\nautres u n instinct de violence puissamment mis en relief. Songez à Mes Ton-\nnelles, à Tètes de houille et surtout à Mihien d'Avène... E t à propos de cette der-\nnière œuvre, un des bons romans des dix dernières années, histoire d'un che-\nmineau — ver de terre amoureux d'une étoile ! — qui s'est épris de la fille d'un\ngros fermier et qui, lorsque son aimée s'éloigne définitivement au bras d'un\nautre, se révolte contre le sort et contre la vie dans une sanglante et jalouse\nvengeance — me sera-t-il permis de faire remarquer combien le Mihien d'Avène\ndu Wallon des Ombiaux se rapproche de la Bruyère ardente du F l a m a n d\nGeorges Virrès, par des tendances identiques dans l'inspiration, d a n s la\nvision et d a n s l'exécution? Il n'y a pas jusqu'à la propension de M. des\nOmbiaux pour les archaïsmes mystiques et jusqu'au plaisir avec lequel il les\nassocie ou les oppose aux truculences matérielles qui ne révèlent chez l'au-\nteur de Guidon d'Anderlecht un h o m m e qui frôla, avec g r a n d e complaisance et\nquelque bénéfice, la naïveté des Primitifs flamands, avant de s'abandonner\naux ivresses débridées de la Renaissance.\n   La conclusion? Elle est peut-être dans le vers de ce poète qui disait que Fla-\nmands ou W a l l o n s , Belges est notre nom de famille. C'est surtout après avoir\nlu les œuvres de M. Maurice des Ombiaux — W a l l o n d'origine qui décrivit sa\nWallonnie aimée avec des sens de F l a m a n d — qu'il faut se d e m a n d e r si la\ndistinction entre écrivains de Wallonnie et écrivains de F l a n d r e n'est point\nune vaine formule que la Littérature a tort d'emprunter à l'administration?\n\n\n                                                                    Ernest-Charles.\n\n   M. Ernest-Charles, en critique, appartient au genre carnassier. Il possède\ndes dents, à u n e époque où tant d'autres n'ont qu'un ratelier. Et tout de suite\nje veux le louer de quelques bons c o u p s de crocs salutaires : il lacéra m e n u\n"}, {"page_pdf": 840, "texte": "                             BILLETS     D'AUTEURS                           685\n\nla « littérature industrielle » qui impose ses produits médiocres à coups d'ar\ngent et de réclames; comme corollaire, il bouscula la vénale critique des\njournaux et de certaines revues françaises avec un tel entraînement que\nl'autre jour, au Congrès de Liége, les pauvres critiques belges eurent à peine\nle temps de mettre leur bon renom à l'abri, derrière un modeste distinguo.\nEnfin, il réduisit à leur valeur certaines renommées que la galanterie fit trop\nabsorbantes ou que le snobisme subsidié rendit impudentes : on doit savoir\ngré à M. Ernest-Charles d'avoir osé dire que Charles Guérin existait encore\ncomme poète, bien que la comtesse de Noailles fût née et que si l'Homme à\nl'oreille coupée de M. Francis de Croisset marque une date, la première d'Her-\nnani en reste une autre.\n    Tout cela est de l'excellente besogne — assainissement d'une part, mise au\n point d'autre part.\n    Naturellement il arrive à M. Ernest-Charles, poussé par son tempérament\n et grisé de combativité, de manquer de mesure et de dépasser le but : quel est\n le justicier auquel on ne puisse reprocher une injustice ? C'est ainsi que le\n critique des Samedis (1) me paraît appliquer au poète Fernand Gregh, dont\n l'œuvre a maintes pages harmonieuses et fraîches, u ne peine vraiment trop capi-\n tale. Et si j'osais, je serais tenté même de chercher querelle à M. Ernest-Charles\n pour sa sèche sévérité à l'égard d'Anatole France, encore que par ses ultimes\n attitudes, le père de M. Bergeret ait justifié, à son endroit, quelque bas-\n tonnade !\n     Il faut rendre du reste cette justice à M. Ernest-Charles que chez lui\n l'éreintement ne relève ni du procédé ni du dilettantisme; il n'a rien, par\n exemple, des vociférations magnifiques et sommaires d'un Léon Bloy; derrière\n la répulsion du critique, fortement, longuement et nerveusement motivée, on\n sent une conviction réelle, basée en somme sur un réel amour de l'art.\n     Et voilà, dans la personnalité de M. Ernest-Charles, après le côté négatif,\n  le côté positif : il aime l'art avec une rigide ardeur; il le veut aussi pur que\n  grand, libre des mercantilismes qui le déshonorent et des rivalités qui le dimi-\n  nuent. L'Art, pour M. Ernest-Charles, est par excellence le temple de la\n  Beauté et — pourquoi pas ? — de la Vertu. Et à son tour, armé d'un redou-\n  table nerf de bœuf, il fait la chasse aux marchands, sans négliger quelques\n  tenanciers de maisons borgnes... Le geste est méritoire et la croissante noto-\n  riété de M. Ernest-Charles ne peut manquer de le rendre bienfaisant.\n     Si maintenant l'on me demandait quels sont les principes littéraires de\n  M. Ernest-Charles et le critérium de ses jugements, la réponse m'embarrasse-\n  rail quelque peu. J'ai beau feuilleter l'œuvre du critique de la Revue Bleue, je\n  ne parviens à saisir que de vagues et flottantes formules. Je sens bien que\n   M. Ernest-Charles cultive un certain traditionnalisme — et à cet égard, il y a\n  de curieuses souvenances classiques dans cet esprit très moderne — et je\n  sens bien aussi qu'il a un grand souci de l'intégrité et du maintien de « l'esprit\n  français », assoupli aux contingences contemporaines, et de la prédominance\n\n\n   (1) ERNEST-CHARLES : Les Samedis littéraires. Paris, Perrin.\n"}, {"page_pdf": 841, "texte": "686                                         DURENDAL\n\n\n\nde cet esprit français dans l'esprit e u r o p é e n . E t q u a n d je veux serrer d'un\npeu plus près ces mots imprécis, je m'aperçois que M. Ernest-Charles a u n e\ntrès grande idée de la « Laïcité » (vous savez que ce vocable est investi doréna-\nvant d'une majuscule !) et d e s o n influence sur les destinées futures du m o n d e ;\net je s o u p ç o n n e aussi — car cela est insinué plutôt que dit — que l'Eglise,\nson rôle historique et son rôle esthétique, ne « disent rien » à ce critique\nd'ailleurs si p é n é t r a n t . . . Dieu me p a r d o n n e ! — mais il me paraît que pour\napprécier le présent et prévoir l'avenir, M. Ernest-Charles s'assied souvent sur\nu n fragment du « Bloc !... » Ainsi seulement s'expliquent, dans ses éludes, cer-\ntaines conclusions qui détonnent et d é r o u t e n t ; la beauté de la crise morale\npar où passa J . - K . H u y s m a n s échappe totalement à M. E m i l e - C h a r l e s ; il\ns'efforce d'ensevelir sous quelques ironiques compliments, le sain et probe\ntalent de M. R e n é Bazin; M. Ernest-Charles, enfin, n'aime point l'Etape — et\nil n'a pas tort — mais ce n'est point un motif pour imputer à Paul Bourget la\nresponsabilité de toute l'immoralité c o n t e m p o r a i n e . Q u a n t à M. Zola, ici il\nfaut se recueillir, car des paroles définitives vont être dites : à en croire\nM. Ernest-Charles, E m i l e Zola, représentant par excellence de « l'esprit\nfrançais », agira, plus p u i s s a m m e n t que n'importe quel écrivain, sur le futur\n« esprit européen ». E t « la vie internationale des peuples » sera désormais\nrégentée p a r l'idéal du père de Nana !\n   Solennelle p r é d i c t i o n ! . . . Si M. Ernest-Charles a pu l'écrire, sans sourire\nde lui-même, c'est qu'au fond de l'âme d e ce carnassier, chantent encore —\ncomme u n e revanche ! — de douces naïvetés.\n\n                                                                             Deux critiques.\n\n   L e R. P . Victor Delaporte est un poète et — hélas! — u n critique. Il œuvra\nquelques pièces de théâtre d'une envolée mesurée et d'un parcimonieux\nlyrisme, et choisit tels événements m é m o r a b l e s de la vie politique ou reli-\ngieuse pour y accrocher des morceaux de circonstances en vers aussi h o n -\nnêtes que réguliers. A ce titre il dépassa évidemment l'abbé Delille et l'on\npourrait, sans hyperbolique flatterie, citer, à son propos, le nom de Casimir\nDelavigne, ou, s'il aime mieux, celui de François Coppée — les Intimités ayant\nété préalablement exclues de la comparaison.\n   N é a n m o i n s me sera-t-il permis de penser que les mérites poétiques du\nR . P . Delaporte ne l'autorisaient peut-être point à porter sur la poésie la\nplus c o n t e m p o r a i n e , et n o t a m m e n t sur les « S y m b o l a r d s » (admirez d o n c en\npassant l'exquise et spirituelle finesse de ce mot) le j u g e m e n t sèchement et\nbrutalement excommunicatoire qui vient de paraître dans les Etudes Reli-\ngieuses (i) de la Compagnie de J é s u s .\n   E n lisant ces p a g e s , je me suis cru rajeuni de quinze ans. C'était, alors, le\ntemps où l'éreintement de la littérature m o d e r n e fut considéré c o m m e\nœuvre pie. L'intérêt d e la religion exigeait, paraît il, que les lettres françaises\n\n\n  (1) Août 1905.\n"}, {"page_pdf": 842, "texte": "                           BILLETS     D'AUTEURS                           687\n\ndu dernier siècle soient estimées inexistantes. Le R. P . Cornut — depuis\nlors silencieux — publiait ses Malfaiteurs littéraires et, au nom des principes,\nun vague Père Lintelo défendait aux catholiques d'admirer le mérite lit-\ntéraire des auteurs mauvais. Naturellement on ne discutait pas les idées, on\nn'examinait pas les systèmes, on n'analysait par les œuvres, mais, par un\nadroit et avare coup de ciseaux, on découpait, dans les livres des auteurs\nabhorrés, de laconiques citations qu'on présentait au public parmi un persil de\nrailleries plutôt lourdes. On s'esclaffait, on se gaussait, on triomphait !\n   Malheureusement il se trouva quelques catholiques qui jugèrent que ce\nprocédé était aussi déloyal que stupide. Leur bonne foi s'alarma, autant que\nleur admiration pour ceux de leurs frères par la foi, engagés dans les mouve-\nments d'art qu'on vilipendait avec une si sommaire injustice. Ils s'inquiétèrent\nenfin du discrédit qu'une telle critique devait jeter sur l'idée religieuse, à\nlaquelle on avait l'impertinence de l'associer. Leurs prétentions ne restèrent\npoint sans écho : dans son livre courageux De Dante à Verlaine, le R. P. Pacheu\nvengea éloquemment quelques-uns des écrivains si malmenés par ses con-\nfrères, et notamment le poète de Sagesse et le maître d'En route.\n   Après ce coup droit, la jolie critique apologétique rentra dans son néant\n originel.\n   Il plaît aujourd'hui au R. P . Delaporte de l'en faire sortir — avec, en plus,\ncette circonstance aggravante qu'il ne peut se réclamer du manque évident\nd'informations qui fut l'excuse de ses devanciers, et que les artistes auxquels,\naprès eux, il s'attaque, ont donné, depuis lors, à leur personnalité un plus\nlarge rayonnement encore de talent et d'influence.\n   Donc, le R. P . Delaporte mène croisade contre les « Symbolards ». Quels\nsont-ils? Mallarmé, Verlaine, Rodenbach, Maeterlinck, Verhaeren.\n   Et le jeu des petits papiers recommence : huit vers de Mallarmé, quatre\nlignes de Maeterlinck, huit vers de Verhaeren. Et, remarque savoureuse, ces\ncitations sont les mêmes qui servirent aux prédécesseurs du R. P . Delaporte.\n La critique apologétique n'a rien appris et rien oublié!\n   Et c'est fort de ces documents que le R. P . Delaporte proclame que « les\nproductions morbides des Symbolards font songer à cette littérature d'aliénés\nqui s'échangeait naguère entre les maisons de santé britanniques »!\n   Ainsi, c'est en vain que Mallarmé aura écrit quelques-uns des plus impec-\ncables sonnets que compte la Poésie Française, que Verlaine aura mis toute\nson âme, compliquée et ingénue, dans la Bonne Chanson, que Rodenbach aura\ntrouvé des rythmes appropriés au nostalgique mysticisme de l'âme des\nFlandres; que Maeterlinck aura, après les Serres chaudes, œuvré ce chef-\nd'œuvre de géniale observation et de pure et claire prose française, la Vie des\nAbeilles, et que Verhaeren, enfin, aura charrié dans ses vers une puissance\nd'images et d'idées que Victor Hugo seul égala! Toute cette synthèse d'éner-\ngies, de rêves et de pensées viendra se buter — chez un critique — contre ce\nmot bête et injurieux : Aliénés !\n   Vraiment, — et je le dis avec tristesse et conviction — en présence d'une\ntelle méconnaissance, je me sens embarrassé d'être catholique!\n   Et je songe que parmi les écrivains que le R. P . Delaporte accable de cette\n"}, {"page_pdf": 843, "texte": "688                                 DURENDAL\n\n\n\nsorte, il en est tels qui, aux jours de leur adolescence, marchaient d a n s le\nchemin de nos saintes croyances. E s t - o n bien sûr que, s'il dévièrent de route,\nce ne fut point à raison des sarcasmes amers et systématiques par lesquels la\ncritique apologétique salua leur art? E t s'il en a été ainsi, je prie le\nR. P . Delaporte de croire que tous ses drames et toutes ses « pièces de cir-\nconstances » ne rachèteront point, pour l'idée religieuse, la perte d'un\nMaeterlinck ou d'un Verhaeren.\n    E t je me dis aussi q u e vis-à-vis de tels encore de ces écrivains, il y a pour\nles critiques catholiques quelqu'ingratitude à se montrer si partialement et\ninjustement agressif : le R . P . Delaporte sait-il que Verhaeren a édifié, à la\ngloire des ordres monastiques, un p o è m e aux plus hautes envolées lyriques\net qui, seul, suffirait à prouver que, contrairement à ce que prétend le critique\ndes Etudes, « les Symbolards » ne « s'interdisent point la flamme, le mouve-\nment, l'émotion puissante, le sentiment qui saisit, secoue, transporte ».\n    Ils ne s'interdisent point non plus le lyrisme, comme affirme encore le\nR . P . Delaporte. Celui-ci n'a-t-il d o n c j a m a i s lu Sagesse de Verlaine pour\noser proclamer « qu'un Symbolard ne sait pas chanter, pleurer, faire pleurer\nou faire frémir ».\n    E t ici, à propos de Verlaine — Verlaine qui, p o u r le R . P . Delaporte, est\n « un déséquilibré », comme Verhaeren « n'est qu'un Belge », — je voudrais\nbien que le critique des Etudes se mit d'accord avec son distingué confrère, le\n R. P . Longhaye.\n    Le R. P . L o n g h a y e vient de publier son troisième volume d'Esquisses litté-\nraires et morales (1) sur le XIXe siècle. J'y remarque — soit dit en passant — trois\nmagistrales, très complètes et très éclectiques études sur Sainte- Beuve, R e n a n\net T a i n e . L'auteur est a m e n é aussi à s'occuper de la poésie depuis 1850 — et,\npar conséquent, de Verlaine. Il critique, à juste titre, la vie désemparée de\nl'homme et le reflet néfaste qu'elle eut sur u n e partie de l'œuvre du poète.\n Mais il se garde bien de répudier Verlaine comme poète religieux et, à cet\n égard, relève à son actif « des vers vraiment b e a u x , touchants, et qu'il est\n difficile de ne pas croire sortis du cœur ». E t quant à la sincérité chrétienne\n de l'auteur de Sagesse, le R. P . L o n g h a y e garantit « qu'on n'y oppose rien de\n décisif ».\n    E n c o r e que bien des opinions mises en avant par le R . P . L o n g h a y e me\nparaissent sujettes à réserves, il y a, entre le R . P . Delaporte et lui, toute la\ndistance qui sépare u n critique qui affirme en injuriant d'un critique qui dis-\n cute en raisonnant.\n    Celui-ci console de celui-là !\n                                                       FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n\n\n  (1) Paris, Victor Retaux.\n"}, {"page_pdf": 844, "texte": "                         Lettre de Paris\n                 ECRIVAILLERIE, symptôme d'un siècle... Et        pourtant, qui sait,\n                     ô Montaigne, si nous débordons suffisamment? Que de\n                     livres seraient à écrire qui n'ont jamais été même esquissés ?\n                     Un Manuel du prévenu en fuite me semble particulière-\n                     ment urgent. S'il avait existé, le sire Gallay, pour la modique\n                     somme de 3 à 4 francs, aurait pu mettre à l'ombre la liasse\n                     ventrue de banknotes que le Comptoir d'Escompte demanda\n                     à son intention spéciale, la veille du départ, à de confra-\n                     ternels établissements. Vite, un concours, un jury, des prix,\nun appel chaleureux aux spécialistes! Hélas! l'un de ceux qui auraient semblé\ntout indiqués pour concourir était justement ce Gallay qui, en dépit de ses\ndiplômes policiers et de ses blasons de chevalier d'industrie, s'est fait si jobar-\ndement pincer à Bahia.\n   Ne savait-il donc pas, cet homme de ressources, que les bateaux à vapeur\nmarchent avec du charbon, et que celui-ci ne pousse que dans des parcs spé-\nciaux? N'avait-il jamais étudié la tactique navale, le rôle des points d'appui, le\nrayon des croiseurs, la guerre de course? Ou, si son àme essentiellement paci-\nfique répugnait à scruter ces problèmes brutaux, que ne portait-il en lui le\ncœur mélancolique d'un Ruskin refusant sa foi aux derniers progrès de la\nscience et soupirant après le retour au bon vieux temps? Gallay et Merelli\nsont des victimes du modem style. Ce qui les a perdus, c'est l'engoùment pour\nle yacht rigide bondissant sous son panache de fumée; ce qui les aurait sauvés,\nc'eût été l'attachement aux traditions, la fidélité à la frégate s'infléchissant à la\nbrise sous ses voiles et courant à l'infini, sans craindre que s'épuise jamais,\ntelle une vulgaire soute à charbon, l'outre divine d'Eole.\n    Peut-être, ô Merelli, vous doutiez-vous de cela quand vous dépouillâtes les\ncaves Potin de leurs trésors alimentaires pour en enrichir les flancs maigres\nde votre cheval de mer. La Vérité et la Justesse siégeaient avec vous sur les\npiles de boîtes de conserves et de paniers de bouteilles, quand vous vous ache-\nminâtes en un cahot trépidant d'auto vers l'embarcadère libérateur. Elles ne\nvous abandonnèrent que lorsqu'elles virent à quel monstre fumeux votre\nimprudence allait confier sa fortune. Peut-être pleurèrent-elles, ces déesses\namies de l'homme! Elles prévoyaient si distinctement la fin piteuse d'une\nentreprise commencée avec tant de maîtrise. Ah ! si elles avaient pu vous saisir\npar vos longs cheveux, comme fit Pallas à Achille, et vous suggérer l'idée\n salvatrice : Confie-toi, ô beauté, aux seules forces de la nature, car l'homme\n est plus perfide que l'onde, et tout ce que l'homme a touché garde une odeur\n de trahison.\n"}, {"page_pdf": 845, "texte": "690                                DURENDAL\n\n\n    C'eût été un beau spectacle. D'un côté, un vaisseau fantôme, aujourd'hui\n hantant les banquises, demain fendant les eaux équatoriales, des chants qu'on\n aurait cru surprendre dans les plus hautes brises : Vogue, vogue, ma goélette...\n De l'autre, des hommes noirs s'agitant sur tous les littoraux, des gestes de\n sémaphores, des éclairs de phares, des effluves d'antennes marconiques, des\n lamentations pleines d'angoisse : « Où sont-ils les fuyards partis dans les nuits\n noires? — O flots, que vous savez de troublantes histoires!... » Et l'histoire\n aurait pu ne jamais finir! Quand leurs provisions auraient été sur le point de\n manquer, au lieu de capituler comme de vulgaires obsidionaux, Gallay et\n Merelli pouvaient abandonner cette guenille de Catarina pour une autre\n barque de notoriété vierge, ou aborder sur une côte nocturne, se perdre dans\n des solitudes lebaudyques ou dans les remous plus obscurs encore d'un grand\nport de mer. Peut-être seraient-ils devenus maharadjahs en Inde ou rois des\n bordereaux en Amérique, et, pendant ce temps-là la Catarina, comme le\n bateau ivre de Rimbaud, aurait continué à danser sur les flots pour finir, qui\nsait, par s'engloutir mystérieusement dans un maelstrom dont auraient long-\ntemps rêvé les cervelles humaines.\n   Voilà le prestigieux destin qui aurait dû tenter, naguère, la famille Hum-\n bert. Eux aussi étaient de la grande espèce. Pendant les dix ou quinze ans\nqu'ils eurent devant eux, et les quinze ou vingt millions qu'ils eurent derrière\neux, ils auraient bien pu préparer leur coup sonore. La difficulté plus grande\nà surmonter, six personnes dont une perche, n'était qu'un piment de plus pour\ndes Romain et des Thérèse. Au besoin, ils pouvaient se séparer en deux\ngroupes, s'embarquer les uns à l'est, les autres à l'ouest, se réunir en pleine\nmer ou dans des parages peu soupçonnables; les bateaux à voiles ne coûtent\npas les yeux de la tête, comme des yachts à chaudières; les Humbert pouvaient\nen louer deux ou quatre pour brouiller les cartes et atteindre le cinquième\ndéfinitif sur lequel ils auraient prolongé leur croisière jusqu'à épuisement des\nbarils de sardines et des bonbonnes d'eau minérale. Ah! médiocres stratèges,\nque vous fîtes souffrir ceux qui aiment à donner le coup de pouce idéal au\npassé et à regagner les batailles jadis perdues!\n   Et cet autre, plus habile peut-être mais aussi malheureux, dont les feuilles,\nces jours derniers, nous racontaient l'histoire? C'était un Anglais, à la fois pra-\ntique et moral comme ses compatriotes. Il avait emprunté à sa banque — une\npersonne si riche, si détachée des nécessités matérielles, si parcimonieuse\nd'ailleurs avec ses employés — quelques centaines de mille francs, et il était\nvenu sur le continent les mettre en lieu sûr, chez un ami d'enfance pour qui\npareil dépôt était sacré. Puis, nouveau Regulus, il avait repassé l'eau, et était\nvenu tendre une tète repentante à la sentence de juges emperruqués. Ah, s'il\neût été Français! Devant une cour d'assises, il aurait été capable de passer\npar mailles : une tenue discrète, ni cynique ni pleurarde, un bon avocat,\nquelques articles de journaux, l'affaire était dans le sac. En correctionnelle, il\nn'y aurait pas coupé, mais enfin les juges ne sont pas féroces, et les peines\nsont bénignes; une fois en prison, on demande le régime cellulaire pour écrire\nses impressions comme M. Baïhaut, et on ne fait que la moitié de son temps.\nEt puis deux ou trois ans de vie monastique, qu'est-ce au fond? Cette solitude,\n"}, {"page_pdf": 846, "texte": "                              LETTRE DE PARIS                                 691\n\n\n  ce silence, qui semblent pénibles à certains, d'autres les trouvent voluptueux.\n  Même s'il s'agissait de hard labour comme dans les prisons anglaises, la\n  pensée de l'avenir adoucit bien des choses. Cet employé aurait eu beau, à sa\n  banque, travailler d'arrache-pied pendant le même temps, et le double, et toute\n  sa vie, aurait-il pu mettre ces quelques centaines de mille francs de côté? Tan-\n  dis que là, au prix de deux ou trois ans de purgatoire, c'est le paradis qu'on\n  acquiert, une existence de bienheureux, la paix sereine du bon chrétien, avec,\n  en plus, un ventre de Bouddha et quelques houris de Mahomet. Hélas ! tout\n  ce beau rêve devait s'évaporer! Une fois sorti de sa prison, souriant à l'avenir\n  et réconcilié avec la vertu, car enfin n'avait-il pas expié sa peccadille? notre\n  Anglais court de ce pied véloce qui avait si longtemps fait tourner le tread-mill\n  chez l'ami d'enfance où dormait en attente le dépôt sacré, son cœur bat de\n  reconnaissance, ne va-t-il pas partager avec lui le magot? Ciel et tonnerre! Plus\n  d'ami d'enfance, plus de magot, c'est lui qui est le singe! Décidément, au\n  Manuel des Prévenus en fuite il faudra ajouter un appendice sur les précau-\n  tions à prendre entre co-fugitifs.\n     Il est permis de plaisanter, n'est-ce pas, et d'ailleurs sans àcreté, avec\n  ces mauvais plaisants qui alimentent la rubrique des Tribunaux comiques.\n  Et pourtant, si l'on prenait les choses au sérieux, comme il faudrait s'abstenir\n  de tout sourire dès qu'on passe devant une porte à clous de fer! Pour quelques\n  fumistes conscients qui ont joué et perdu et se montrent assez beaux joueurs,\n  combien de pauvres diables qui ont été entraînés au mal malgré eux, ou pris\n  dans de funestes engrenages, ou qui se sont résignés à un délit léger pour ne\n  pas en commettre un plus grand, sans parler des innocents, il peut v en avoir.\n  Certes, je ne crois pas qu'il y en ait beaucoup, mais il suffirait qu'il y en eût\n  un sur cent, un sur mille, pour que tout homme dût rester grave en parlant\n  des choses de justice, de la pauvre justice humaine. L'émotion qui nous secoua\n tous, lors de la fameuse Affaire, est peut-être une fichue note au point de vue\n du bon sens et du sens aigu, mais elle est diantrement honorable au point de\n vue moral. Il est bon de se dire qu'on n'est jamais sûr qu'un condamné soit\njustement condamné. Mais ne faudrait-il pas aller plus loin et s'habituer à\nl'idée que même les condamnés, même les justement condamnés, sont peut-\nêtre d'honnêtes gens, peut-être des saints, que nous retrouverons un jour au\nparadis, au vrai paradis? Ce n'est pas seulement dans les romans de Tolstoï\nqu'existent des âmes mystiques, assoiffées de tortures morales, aimant à souffrir\npour souffrir. Qui sait si cette idée n'est pas venue à l'une d'elles quelque jour?\n '( Au lieu de m'enfermer dans le plus rigide couvent et de m'y livrer aux macé-\n rations et aux flagellations, car enfin qu'est-ce que cela? je vais me couvrir\nvolontairement de honte; après avoir envoyé anonymement un billet de\n 100 francs à mon patron, je vais lui voler ostensiblement ces 100 francs dans\nsa caisse, et je serai justement condamné, et toute ma vie, je porterai le poids\nfatal de cette honte légitime, et j'offrirai à Dieu cette souffrance dont lui seul\nverra l'injustice et appréciera le prix. » Et je ne dis pas que ce raisonnement\nne soit pas d'un détraqué, mais enfin qui sait s'il n'a pas été fait, qui sait si\nl'homme rasé et à bonnet de laine que vous voyez passer dans la cour de cette\nmaison centrale ne l'a pas fait?\n                                                              HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 847, "texte": "              LIVRES ET REVUES\n\n L ' I s o l é e , par RENÉ BAZIN. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n   René Bazin n'est pas seulement un maître de la description, un des plus\ndélicats poètes du paysage écrit dont la France puisse actuellement s'enor-\ngueillir. Il est encore et surtout un psychologue et un peintre de caractères,\ncomme le prouve une fois de plus son nouveau roman L'Isolée. L'Isolée est un\nlivre d'une palpitante actualité, il raconte éloquemment les souffrances\ninnombrables qui désolent la France, depuis le vote des lois persécutrices\nédictées par le gouvernement contre les congrégations.\n   Pascale est la fille d'un pauvre canut lyonnais. C'est une âme douce, tendre,\ngénéreuse et, d'autre part, manquant de fermeté, sensible à l'excès, trop aisé-\nment accessible aux influences ambiantes. Orientée naturellement vers les\ncimes de la bonté et de l'idéal moral, Pascale est capable de tous les dévoue-\nments et de tous les sacrifices, mais à la condition de sentir auprès d'elle le\nsoutien de volontés saines et fortes, qui, suivant la belle expression de\nl'auteur, serait comme la rampe sur laquelle elle appuierait sa faiblesse pour\nse maintenir à ces hauteurs. Et c'est là même la raison de sa vocation reli-\ngieuse. C'est parce que Pascale ne se sent pas suffisamment armée pour\npasser sa vie dans le monde, qu'elle se décide à entrer au couvent des sœurs\nde Sainte-Hildegarde, disant ainsi adieu à son père qui l'adore, mais qui,\nayant conservé vivace au fond de son âme la foi traditionnelle des vieux\nLyonnais, se résout pour Dieu à cette séparation cruelle dont il meurt. Le\nchapitre intitulé Une Vocation s'attache à en expliquer la genèse, raconte les\nluttes qui assiègent l'âme de la jeune fille, partagée entre l'amour de son\nvieux père et le désir de fuir les orages de la vie pour se réfugier dans le\nport tranquille. C'est une des plus belles parties du livre. Modèle d'exposition\nprécise et rapide, elle est d'un intérêt supérieur, tant pour sa psychologie\npénétrante que pour la vibrante et progressive émotion qui la traverse tout\nentière.\n   C'est dans cet abri sacré du bonheur et de la paix, où les religieuses\n« jouissaient de la douceur, inconnue du monde, que donne le voisinage,\nmême silencieux, d'êtres choisis, entièrement dignes d'amour, et dont toute\nl'énergie est commandée par la charité », que la laïcisation inique vient\nchercher sœur Pascale pour l'en arracher et rejeter la malheureuse jeune\nfemme, sans ressources, désarmée et isolée au milieu de ce monde qu'elle\nredoute. Pascale se réfugie chez une parente qui l'a attirée chez elle\npar intérêt et pour en faire une sorte de servante sans gages. C'est là qu'elle\n"}, {"page_pdf": 848, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                693\n\n\nrencontre son cousin, Jules Prayou, le séducteur qui l'entraîne dans la honte\net la ruine irrémédiables. Quand sœur Justine, la supérieure, arrive à Nîmes\npour recueillir la brebis égarée, Prayou, fou de colère à la pensée de voir sa\nproie lui échapper, s'empare de Pascale et lui plonge un couteau dans le\ncœur.\n   Arrivé au dénouement, le lecteur ne peut se défendre d'une impression :\naprès les horizons aérés et lumineux de la Voie Douloureuse et des Expiantes,\nil lui semble qu'il respire une atmosphère suffocante, que les noirceurs et les\nviolences du chapitre Pascale contrastent trop vivement avec la sérénité\nd'inspiration, l'art sobre et pur qu'on admire dans les quatre parties précé-\ndentes. Cependant, il arrive assez vite à se convaincre que cette dissonance\nest plutôt apparente, que ce contraste, assurément assez pénible à soutenir,\nétait néanmoins inévitable et nécessaire au développement complet de l'idée\nde l'auteur. Ce que la chute de sœur Pascale peut offrir de trop choquant\npour des âmes croyantes, est atténué par cette considération que cette chute\nn'est pas seulement le fruit de la faiblesse de Pascale, mais encore de la\nperfidie suprême et savante avec laquelle Prayou, dissimulant sa brutalité\nsous les dehors d'une affection sincère, parvient à envelopper l'âme confiante,\naimante et craintive de la jeune femme en un réseau de pièges inextricables,\nd'où elle sort perdue et désespérée. D'ailleurs, l'auteur ici ne poursuit nulle-\nment une thèse. Le caractère exceptionnel du cas psychologique qu'il expose\nest suffisamment indiqué par l'importance qu'il donne clans son livre au\ndéveloppement du caractère des autres religieuses, de sœur Justine incar-\nnant la fermeté éclairée, le dévouement et l'activité inlassable; de sœur\nDanielle, la créature d'élection qui aspire à s'élever toujours de plus en plus\nhaut sur les degrés d'or de l'échelle de perfection; de sœur Léonide, dont\nl'humilité simple se dérobe magnifiquement dans l'ombre des travaux manuels\net serviles; de sœur Hedwige, dont la céleste et pensive beauté reflète la\ncharité et la miséricorde infinies. Ce ne sont pas là des personnages épiso-\ndiques, mais, au même titre que sœur Pascale, des personnages de premier\nplan, des figures centrales du roman, figures sublimes dont la gravité séra-\nphique plane sur tout le livre, l'embaume et le pénètre.\n    Dans l'Isolée rayonnent des beautés de premier ordre. Le style de René\n Bazin y est comme transparent, en sorte que derrière le verbe de l'artiste se\ndresse rapidement la vision impressionnante des choses. Nous signalerons\ntout le chapitre intitulé Une vocation et notamment la description du pèlerinage\nde Notre-Dame de Fourvière, la scène touchante où, dans l'antique sanc-\ntuaire révéré des Lyonnais, Pascale fait à son père la confidence de cette\nvocation, puis, après les décrets de fermeture, la dernière distribution de\nprix faite aux petites filles de l'école, le départ digne et résigné des religieuses,\nleur séparation définitive à la gare, le récit de la vie des Expiantes, particu-\nlièrement les beaux chapitres qui disent l'immolation de Léonide, de\n Danielle, d'Hedwige, puis à la fin du livre la réunion suprême des saintes\nfemmes accourues des quatre coins de la France pour prier sur la tombe de\nleur petite Pascale.\n    L'ampleur expressive de ces pages, leur puissance d'évocation et l'intensité\n"}, {"page_pdf": 849, "texte": "6g4                                       DURENDAL\n\n\nd'émotion qui s'en dégage, en font c o m m e autant de tableaux saisissants de\nvie et de vérité, qui se gravent profondément dans le souvenir. E t voila\npourquoi l'Isolée peut être considérée c o m m e u n des plus b e a u x livres du\ngrand romancier chrétien, digne de tenir sa place à côté des Oberlé et de\nla Terre qui meurt.\n                                                                     GEORGES DE GOLESCO.\n\n\nP r o m e n a d e s p h i l o s o p h i q u e s , par REMY DE GOURMONT. — (Paris,\n   Mercure de France.)\n    U n e j e u n e revue — cet âge est sans pitié — parlait ces jours ci « de l'aga-\nçante crécelle de M. R e m y de Gourmont ». Ces redoutables Eliacins, chez\nqui, a p p a r e m m e n t , l'enthousiasme ne fit point place encore à l'esprit critique,\nn'aiment point l'âpre perspicacité de M. R e m y de G o u r m o n t et sa façon\nun p e u rogue d'empoigner et de bousculer les idées qui ne sont point\nles siennes — parce qu'elles sont celles de tout le m o n d e . Cette manière\nnégative, subtile et amère n'est qu'un des côtés de la personnalité du critique\nqui d'ailleurs est un si fécond et si énergique éveilleur d'idées. Certes, parmi\nles concepts qu'il r e m u e , il en est tels qui nous r é p u g n e n t et tels qui nous\nattristent. E t ce n'est pas toujours dans les parterres que nous a i m o n s que ce\nphilosophe se p r o m è n e . Mais même q u a n d il se t r o m p e , même q u a n d il est\ninjuste, M. R e m y de G o u r m o n t met tant de conscience dans son érudition et\ntant de logique d a n s ses déductions, il étaie ses affirmations de tant de motifs\nd'y croire, que vis-à-vis de lui-même il doit être sincère et que, vis-à-vis des\nautres, il doit le paraître. Cet écrivain est passionnant de conviction —\nm ê m e q u a n d il nous sert d'évidents paradoxes. A combien d'autres p e u t - o n\ndécerner un pareil témoignage de force intellectuelle ? J e conseille aux j e u n e s\nh o m m e s de la susdite j e u n e revue de modeler sur cette « crécelle » non certes\n leurs idées — mais la manière de les d o c u m e n t e r , de les défendre et de les\n exprimer.\n\nM a x W a l l e r et la J e u n e B e l g i q u e , par PAUL ANDRÉ. — (Bruxelles,\n   édition du Thyrse.)\n   M. Paul André, servi par quelques jolis portraits, a fait revivre, en ce livre,\nla rêveuse et batailleuse figure du fondateur de la Jeune Belgique. L ' h o m m a g e\nest d o c u m e n t é , et il profère une fraternelle s y m p a l h i e . R i e n , jusqu'ici, d'aussi\ncomplet, ne fut écrit sur Max Waller. On regrettera seulement, en tels\nendroits, u n certain m a n q u e de soin dans l'écriture qui me fait « monter aux\nnerfs », selon une expression même du cher et attachant modèle d i s p a r u .\nE t maintenant, après le m o n u m e n t littéraire de M. P a u l André, à q u a n d le\nm o n u m e n t en marbre de M. Victor Rousseau. Nos confrères du Thyrse doivent\navoir appris d e leurs aînés q u e Max Waller n'aimait point de faire « salle\n d'attente ».\n\n L a m e n n a i s , par l'abbé CHARLES BOUTARD. — ( P a r i s , P e n ï n . )\n   Voici, écrit par un prêtre, sur un sujet h a u t e m e n t p a s s i o n n a n t et peut-être\n un peu périlleux, un livre d'une belle et objective sérénité. M. l'abbé Bou-\n"}, {"page_pdf": 850, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                6g5\n\n\ntard ne juge pas Lamennais; il se contente d'exposer les origines de sa per-\nsonnalité, de rechercher les influences qui agirent sur elle, de décrire le\nmilieu où elle se développa. Puis c'est l'analyse des premières œuvres de\nl'auteur des Paroles d'un croyant et des mouvements d'idées que ces œuvres\nfirent naître. De tout cela, le portrait intellectuel et moral de Lamennais se\ndégage avec une grande et sévère netteté.\n   Le livre de M. l'abbé Boutard, qui s'anête à 1828, appelle une suite,\nun complément et un épilogue, qui dès lors sont attendus avec impatience\net curiosité.\n\nPortraits de croyants a u X I X e S i è c l e , par LÉON LEFÉBURE. —\n   (Paris, Plon.)\n   « Il devient puéril d'émettre la prétention d'enfermer les catholiques dans\nce dilemme : déserter leur foi ou renoncer à être de leur temps, cesser d'être\northodoxes ou renier la liberté, alors qu'ils peuvent se réclamer de ceux qui\nont le plus sincèrement aimé, pratiqué la liberté, honoré et servi leur temps\net leur pays, »\n   Tout le beau livre de M. Léon Lefébure est en raccourci dans cette phrase.\nEt la vérité que cette phrase énonce, l'auteur la démontre, de la façon la plus\néloquente et la plus vivante, en un style où la dialectique s'unit à l'éloquence,\npar les glorieux exemples de Montalembert et d'Augustin Cochin, et par les\nexemples plus modestes, mais si attachants, de Francis Rio et de l'abbé\nGuthlin.\n   Des œuvres telles que celle de M. Lefébure sont bienfaisantes par la conta-\ngion de foi et d'enthousiasme qui s'en dégagent.\n\nJ u l e s M a l o u , 1810 à 1870, par le baron DE TRANNOY. — (Bruxelles,\n   librairie Dewit.)\n   Retracer la longue vie de Jules Malou, abstraire des contingences le rôle\nconsidérable que ce chef du parti catholique eut dans les destinées du pays,\nest une tâche qui exige une patiente conscience autant qu'une noble conviction.\n Bien que jeune encore, le baron de Trannoy s'est révélé un homme de travail\nautant qu'il est un homme de foi.\n   Par la place en vue qui fut la sienne dans la politique de ce pays,\npar les directions diverses qui sollicitèrent son énergie ou son tact, Jules\n Malou se présente à l'histoire sous des aspects nombreux et quelquefois\nopposés : chef d'un grand parti politique, chef de gouvernement, diplomate,\nfinancier.\n   Le baron de Trannoy s'est efforcé de dégager la personnalité de Malou\nsous les formes successives que revêtit son action ; et dans cette mission, l'au-\nteur a été érudit sans pédantisme, méthodique sans sécheresse, apologétique\nsans flagornerie.\n  J'ajouterai que le style du baron de Trannoy, correct, simple, dépourvu\nde l'agaçante solennité propre à tant d'historiens, et, de temps en temps,\nvibrant de chaleur, donne à l'œuvre un charme qui profite aux idées.\n"}, {"page_pdf": 851, "texte": "696                                  DURENDAL\n\n\nLe Livre d'or de Sainte-Beuve. — (Paris, Fontemoing.)\n   Sainte-Beuve fut critique; subsidiairement il fut poète; plus subsidiaire-\nment encore, il fut professeur, philosophe et — hélas! — h o m m e politique.\nToujours d'ailleurs il fut a m o u r e u x .\n   Il convenait qu'à l'occasion de son centenaire, Sainte-Beuve fût considéré\nsous ces multiples avatars : M. Brunetière se chargea de n o u s présenter le\ncritique — et ce dogmatique par excellence fut presque aimable pour le père\nde l'impressionnisme; M. P a u l Bourget eut mission de parler du poète et il\nnous entretint de J o s e p h Delorme, avec l'indulgente admiration qu'on\nvoue à u n compagnon de jeunesse dont pourtant les goûts ne sont plus les\nvôtres. M. Jules Lemaître esquissa un joli paradoxe sur « l'envie » chez\nSainte-Beuve. D'autres « contributeurs » rappellent l'enseignement de Sainte-\nBeuve à L a u s a n n e et à L i é g e .\n   Enfin, il nous est offert un chapitre sur les amours de Sainte-Beuve. Ici il\nfaut féliciter les biographes de leur discrétion. On nous dispense n o t a m -\nment du chapitre — que je croyais désormais inévitable — sur les\nincidents d'où naquit le Livre d'amour. Il est vrai que ce Livre d'amour e û t\nparu peu a p p r o p r i é à faire partie d'un Livre d'or! P a r le but qu'il se propose,\nu n Livre d'or est nécessairement d i t h y r a m b i q u e . Celui-ci met fort bien en\nrelief le grand écrivain que fut S a i n t e - B e u v e — mais nous fait grâce du\nvilain b o n h o m m e , tortueux, méchant et paillard, dont ce grand écrivain était,\nhélas! doublé.\n\nQuatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne, par LÉON\n   BLOY. — (Paris, Mercure de France.)\nB e l l u a i r e s e t P o r c h e r s , par LÉON BLOY. — (Paris, Stock )\n   Du Léon Bloy : toujours de l'amertume, de la violence e t souvent de\n1'injustice — mais toujours aussi la glorieuse magnificence du verbe. Ici, le\n« Désespéré » descend à nouveau, en explorateur, dans les gehennes de sa\nmisère; là, il se libère et se console de la souffrance en c l a m i n t ses admira-\ntions et en vociférant ses haines! Léon Bloy est le dernier des prophètes. Sa\nvoix charrie des débris d'astres et des rogatons des halles.\n                                                           FlRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s . — (Anvers, B u s c h m a n ; Bruxelles,\nVan Oest). Le n u m é r o d'octobre publie un article de JAN V E T H : Rembrantiana :\nLes procédés d'adaptation de Rembrandt, dans lequel il montre la puissance d'assi-\nmilation de R e m b r a n d t lui faisant puiser dans des œuvres d'une nature\nopposée à la sienne des motifs qu'il adaptait librement à son art personnel,\nsans rien perdre de sa forte originalité et explique notamment les e m p r u n t s\névidents qu'il fit au Titien. Cet article est rehaussé par des reproductions de\ntrès beaux portraits, œuvres de R e m b r a n d t . Le même fascicule d o n n e la suite\nde l'article d'ARMAND H E I N S sur l'Ancien foyer dans les Flandres. Le n u m é r o se\ntermine par des réflexions générales sur le salon des Beaux-Arts de l'Exposi-\ntion de Liége. M. B u s c h m a n n junior, auteur de ce j u g e m e n t , frappé au coin\ndu bon sens, se réjouit, et nous avec lui, de ce qu'on avait largement ouvert\nles portes, cette fois, aux j e u n e s talents apporteurs de neuf.              H . M.\n"}, {"page_pdf": 852, "texte": "                                LIVRES ET REVUES                                     697\n\n\n  L ' A r t e t l e s A r t i s t e s (octobre). — Vermeer de Delft, par M. ARSÈNE\nALEXANDRE, qui signale avec raison les t e n d a n c e s rembranesques d e certaines\nœuvres de ce maître si vibrant et si divers (le Portrait de jeune fille, de la\ncollection d'Arenberg, à Bruxelles, n o t a m m e n t ) . L'Art moderne à Prague, par\nM. WILLIAM R I T T E R , etc. Illustrations a b o n d a n t e s , parmi lesquelles u n e\nravissante série d'images d'Epinal coloriées.                                  A. G.\n\n    Burlington               M a g a z i n e ( L o n d r e s Berners street, 17, W . ) . —\nJuillet 1905. — U n délicieux portrait de M. Vestris, par Gainsborough,\nd'une grâce, d'une élégance, d'une vie tout à fait c h a r m a n t e s , ouvre cette\nlivraison qui contient : un article de M. W . - R . LETHABY, sur la Chambre\npeinte de Westminster, duquel il résulte que l'Ecole anglaise a eu aussi ses\nprimitifs; des articles sur l'architecture, le vêtement ecclésiastique, la bro-\nderie (MAY MORRIS); sur un papier peint du XVIIe siècle; sur une fresque\ninconnue de Guido Reni, signalée a u palais Rospigliosi, à R o m e ; sur\nquelques peintures de l'Ecole anglaise récemment exposées (M. C.-J.\nH O L M E S ) , une correspondance d'Amérique, et des notes diverses d'art et de\nbibliographie.\n   Août. — Quelle étonnante grâce d a n s les Bois florentins dont nous parle\n M. J . - T . CLOUGH! Voilà bien l'exquise illustration livresque qui convenait\nau temps de Boticelli! — MM. C U S T et H O R N E étudient, eux, u n e prédelle\nd e Benozzo Gozzoli retrouvée dans les collections royales d'Angleterre.\nE n c o r e une merveille de douceur, d'élégance et d'ingéniosité!\n    U n article de M. RICKETTS, accompagné de quelques remarquables repro-\nductions, est consacré au sculpteur français DALOU. Des articles sur le\nmobilier, le vêtement ecclésiastique, l'exposition J o r d a e n s (M. PETRUCCI),\nu n e correspondance d'Amérique et des notes bibliographiques complètent\ncet a b o n d a n t n u m é r o qui m'a surtout intéressé par un article de M. ROBINSON\ntendant d'établir entre le Maître de Flémalle et les peintres de S a l a m a n q u e\ncertains rapports inattendus. Ce n'est pas très décisif, mais c'est à coup sur\ntrès intéressant, et quels surprenants tableaux, à la fois sauvages et raffinés\nque ces panneaux venus de la cathédrale de Ciudad R o d r i g o dans la COIIEC-\ntion Cook. Les tableaux ont d'ailleurs d'étranges vicissitudes : La Revue ne\npubliet-elle pas un Christ bénissant, de l'Ecole de Bruges, qui était en la\npossession du roi d'Abyssinie et est m a i n t e n a n t dans la collection H o l m e s ?\n— E n s o m m e , un très beau n u m é r o , un des plus beaux de la série.\n   Septembre. — L e s amateurs d'art flamand primitif trouveront dans ce\nn u m é r o de véritables jouissances. Voici u n e magnifique vierge d a n s u n\npaysage, avec la fuite en E g y p t e , de Gérard David, que M. W E A L E signale\ndans la collection de Don P a b l o Bosch à M a d r i d ; un sujet analogue traité\ntout différemment par Joachim Patinir, de la collection de la Société\nd'Histoire de N e w - Y o r k ; et de la même collection, un admirable Mariage\nmystique de sainte Catherine qu'on croit pouvoir attribuer à Adrien Ysenbrandt ;\n enfin, un article de M. ROGER E . FRY sur deux miniatures des frères De\n Limbourg.\n    E n outre M. H O L M E S , dans une étude appuyée par de superbes illustra-\n"}, {"page_pdf": 853, "texte": "698                                   DURENDAL\n\n\ntions, s'occupe du Coloris de Turner; tandis que M. MARTIN essaye de nous\nreprésenter la Vie d'un artiste hollandais, au XVIIe siècle. M. MONTAGU PEARTREE\nrecherche si H a n s Daucher ne serait pas l'auteur des médailles attribuées à\nAlbert Dürer.\n\n    M a s t e r s i n A r t (Boston, E t a t s - U n i s , 42, Chauncy street). —\nN° 67. Juillet 1905. — Ce n u m é r o est consacré à Jan Steen. Il est, selon\nle plan excellent de ces monographies, constitué des reproductions des prin-\ncipales œuvres du maître, et de notes biographiques, critiques et bibliogra-\nphiques très complètes. T o u s ceux qui aiment le talent savoureux du maître\nhollandais a u r o n t plaisir à revoir les tableaux d'Amsterdam, de L a H a y e , de\nBruxelles, de Cassel et d u L o u v r e . L a Dame Malade de la Collection d u d u c\ndé Wellington, à L o n d r e s , est moins c o n n u e . C'est u n e variante du délicieux\ntableau d'Amsterdam.\n    N° 68. Août 1905. — Memling. — U n e bibliographie très copieuse sera pré-\ncieuse pour ceux qui désirent étudier l'œuvre de Memling. U n e biographie,\nd'après M. J a m e s Weale, des notes critiques de F r o m e n t i n , Conway et Mon-\ntégut, une description a n n o t é e des planches composent ce remarquable\nn u m é r o dans lequel on trouvera, convenablement reproduites, des œuvres de\nB r u g e s , de Berlin, du L o u v r e et de M u n i c h .\n    N° 69. Septembre 1905. — Cette monographie est consacrée à Claude Lor-\nrain. Elle est conçue sur le même plan que les précédentes. Dix planches\nreproduisent les œuvres du maître à R o m e , P a r i s , L o n d r e s , Dresde et Péters-\nb o u r g . MM. G r a h a m e , Titler, Brownell, Kugler ont été mis à contribution\npour les notes et commentaires.\n                                                                                  J. D.\nA l'Aube, p a r MYRIAM T H E L E N . — (Paris, Perrin.)\n    La petite Elisabeth, fille du pasteur Mathan, du pays d ' H é b r o n , vit à\nl'aube des temps chrétiens. Son enfance rieuse se passe à Jérusalem, chez\nson oncle Elzéar et sa tante H a n n a h qui lui enseigne l'art de la broderie.\n    Un jour, elle rencontre le rêve, un j e u n e Egyptien qui vient du pays du\nsphinx et s'éprend de la jeune juive. Hélas ! les rêves n'ont q u ' u n temps. L e\nfanatique Mathan ne permettra pas que sa fille épouse un infidèle, et il la\nd o n n e , selon la loi, ou plutôt il la vend à son cousin le riche Assur, habile\nau négoce.\n    L a vie de la jeune femme devient de plus en plus pénible. Elle est stérile.\nL e mépris que le m o n d e juif professait pour les infécondes, la détestable\nconduite de son époux, ses m a l h e u r s ont amolli son â m e . Q u a n d de nouveau\nelle rencontre le jeune Egyptien qui l'aime encore, elle est bien près de\npartir avec lui. Son honnêteté native la retient.\n    Elle continue à souffrir.\n    Mais un jour, à l'aube, elle rencontre Jésus, qui, la voyant entourée\nd'enfants craintifs, lui dit : Réjouissez-vous, stériles; à celle qui a été\ndélaissée je donnerai u n e c o u r o n n e de fils.\n    E t désormais son âme s'éclaire. S o n cœur s'emplit du désir de se sacrifier\n"}, {"page_pdf": 854, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                 699\n\n\naux faibles, aux pauvres, aux petits. Elle a trouvé sa voie. C'est la première,\nc'est le symbole de ces milliers de femmes, de ces milliers de religieuses,\nqui se dévouent au bien des enfants qu'elles n'ont pas enfantés.\n   Livre d'amour et de bonté, de sacrifice et de charité, c'est un beau livre.\n   Les temps lointains, où le souffle divin passait sur la Judée, y sont\nreconstitués avec un grand souci de vérité, et une émotion souvent poignante\ny fait vibrer une âme d'élite.\n\nL e R ê v e d e S u z y , par HENRY ARDEL. — (Paris, Hatier.)\n   Ce livre n'est pas pour faire tache dans la blanche collection destinée aux\ndames et aux jeunes filles. C'est, gentiment décrit, avec un rien d'émotion,\nle cas de la sempiternelle jeune fille sentimentale qui, éprise du prince char-\nmant de ses rêves, a failli passer à côté du bonheur. Mais, consolez-vous,\nmesdames, elle reconnaît à temps son erreur. Je ne dirai pas que cette donnée\nest tout à fait neuve. Je ne dirai pas non plus que ce livre manque de charme.\nCe serait être trop sévère.\n\n U n m a r i e n l o t e r i e , par GEORGES MARESCHAL DE BIÈVRE. — (Paris,\n   Pion.)\n   Je pourrais en dire autant du livre de Mareschal de Bièvre. Ici, c'est le\njeune homme qui est romanesque. Comment il se laisse offrir en loterie par\nun journal mondain, comment il échoit à une vieille demoiselle, comment\ncette vieille demoiselle est la tante d'une délicieuse jeune fille à qui elle con-\nsent bientôt à passer son billet — oh ! le bon billet! — je ne vous le dirai\npas. C'est trop compliqué tout en étant si simple. Et voilà comment un\nmariage à la loterie devient un mariage d'amour.\n\n D a n s l ' o r n i è r e , par la duchesse DE BRISSAC — (Paris, Plon.)\n   L'ornière, c'est la situation où, de par leurs préjugés de caste, sont embour-\nbés certains fils de famille, obligés, par le partage de la fortune paternelle et\nparce qu'ils n'ont pas été préparés à une vie de travail, à contracter des\ndettes, jusqu'au jour où le hasard leur permet un mariage d'affaire.\n   La duchesse de Brissac a étudié le cas d'un de ces fils de famille. Gautier\nde Martigné ne se résoud pas au rôle peu honorable de beaucoup de ses pairs;\nil veut travailler, il veut gagner sa vie. Et il lutte contre les préjugés des\nsiens et des autres, et il lutte surtout contre une éducation qui a fait de lui\nun propre à rien.\n   Il tire lui-même la conclusion de ses efforts impuissants : « Nous sommes\ndes embourbés, et mon coup de collier a été inutile. . Mais si j'ai un fils, je\nréponds qu'il sortira de l'ornière. »\n   Question intéressante à coup sûr et bien actuelle. Le livre de la duchesse\nde Brissac est un bon livre et il vient à son heure.\n                                                               EDOUARD N E D .\n"}, {"page_pdf": 855, "texte": "                             NOTULES\n\n   N o t r e é d i t e u r , C h a r l e s B u l e n s , a obtenu à l'Exposition univer-\nselle et internationale de Liége le Diplôme d'Honneur, la plus haute\nrécompense. Nous offrons à notre ami Charles Bulens nos plus cordiales et\nsympathiques félicitations à l'occasion de la distinction qui vient de lui être\naccordée, et que tous ceux qui connaissent la supériorité incontestable de sa\nmaison d'édition proclameront avec nous hautement méritée. Nous saisissons\ncette occasion pour le remercier des soins qu'il apporte avec tant de dévoue-\nment, depuis plusieurs années déjà, à la publication de notre revue en l'en-\nrobant d'une toilette si artistique.\n                                                                       DURENDAL.\n                                         ***\n\n   A v i s i m p o r t a n t à n o s A b o n n é s . — Pour éviter l'encombrement\npostal de fin d'année, nous nous permettrons d'envoyer nos quittances dès les\npremiers jours de Décembre. Que nos abonnés veuillent bien nous faciliter\nla besogne en prévenant leur personnel et en chargeant, au besoin, leur\ndomesticité de payer en leur place notre quittance, en cas où ils seraient\nabsents au moment de sa présentation par le facteur. Nous leur en serons\ninfiniment obligé. De cette façon ils nous épargneront la corvée d'un second\nenvoi de quittances postales.\n   Au moment de clôre la Douzième Année de notre existence, nous\nremercions vivement et de tout cœur tous les amis, connus et inconnus, qui,\nen si grand nombre, nous ont encouragé et soutenu par leur sympathie, leur\ndévouement et leur fidélité à notre œuvre pendant ce long espace de temps.\nNous espérons, avec leur aide, inaugurer le 1er janvier 1906 un nouveau\ncycle de douze années plus brillant encore si possible. Nous leur serions\nreconnaissants s'ils faisaient un petit effort pour intéresser à notre œuvre leurs\nconnaissances, nous amener de nouveaux adhérents et nous offrir en guise\nd'étrennes, à l'occasion de notre douzième année, de nouveaux abonnés, qui\nvoudraient bien concourir avec eux à maintenir, à compléter, à para-\nchever l'œuvre de beauté que nous avons entreprise, que nous poursuivons\ndans un but absolument désintéressé, par pur amour pour l'art et pour\ntout ce qu'il comporte de grand, d'élevé et de noble.\n\n                                         ***\n"}, {"page_pdf": 856, "texte": "                                        NOTULES                                         701\n\n\n   Autour du vieux chêne de Campine. — Léon Souguenet,\n« toasteur » familier et pittoresque, eut ce joli mot de la fin : « L u m m e n\npossède deux curiosités : u n chêne de mille ans et u n bourgmestre qui\nest u n lettré. «\n    E t tous les convives convinrent que c'est b e a u c o u p pour un village seul.\n    L e bourgmestre, c'est Georges V i r r è s ; il avait fait signe aux Amis des\narbres et dénoncé à leur admiration le chêne à la musculature puissante et\naux larges frondaisons qui, ce jour, hélas ! de rafales et de pluie, dominait\nde sa silhouette massive, les sapinières d'un noir funèbre et l'or mat des taillis.\n    On brava de gaîté la bouderie des éléments et, sous la conduite de J e a n\nd'Ardenne et des cuivres m u n i c i p a u x , on pèlerina vers « le vieux Chêne » ;\nn o m b r e u x étaient ceux d e la « B r u y è r e a r d e n t e » qui escortaient les Amis\ndes a r b r e s ; il y avait aussi quelques « gens de Tiest ».\n     M. Nicolas Theelen, u n littérateur llamand d'un t e m p é r a m e n t vibrant\nautant qu'énergique, expliqua, à la foule, en belles phrases cadencées, la\nsignification de l'hommage décerné au vétéran millénaire.\n     H e n r y Carton de W i a r t parla ensuite : discours-antithèse, ou l'interpel-\nlation très positive, adressée par le député aux pouvoirs publics glissait insen-\nsiblement vers u n h y m n e à la nature d'une émouvante gravité.\n     Camille L e m o n n i e r , enfin, d o n n a magnifiquement et tumultueusement\nessor à tout son lyrisme de naturiste.\n     P u i s on dévala en groupes vers le village : L e m o n n i e r secouant Jean d'Ar-\nd e n n e sceptique, criait : « Il faut retourner à l'état de n a t u r e ! . . . » De dessous\nson parapluie, Souguenet répliquait, goguenard : « C'est pas un temps! ». Des\nOmbiaux se recommandait à Virrès pour les premières « T ê t e s de houille »\nqui sortiraient du sol de C a m p i n e . E d m o n d de B r u y n regretta que le curé\nn'eût point assisté à la fête en sa qualité de « spectateur catholique ». P a u l\nMussche d e m a n d a i t à Fierens-Gevaert si Van Eyck n'était pas un ami des\na r b r e s . S u r quoi Charles B e r n a r d faisait observer qu'il fallait remonter... à\nl'arbre plus haut que ça : « Notre véritable patronne, c'est E v e . . . » Isi Colin\nintervint : « Fi d o n c , un pommier! C'est de l'art utile, cela... E t vive l'ait\npour l'art! ». E t tout le m o n d e se tut, de peur de complications verbales\nredoutables. Des magistrats évoquaient le chêne de saint L o u i s . . .\n     Il pleuvait toujours : Félix Bodson, après Pierrot Millionnaire, ruminait\nvaguement u n Pierrot mouillé.\n     L'automobile de M. Digneffe traversa la route, s'enfonça dans la bruine,\net par les geignements de sa trompe, clama l'agonie de l'Exposition de Liége.\n     Le départ : toutes les mains se tendirent fraternelles et reconnaissantes vers\nGeorges Virrès, cordial, heureux et fier aussi de ce que, malgré les bour-\nrasques, tant de ses c o m p a g n o n s de lettres fussent venus, en le vieux Chêne,\nsaluer sa Campine.\n                                            ***\n\n  Hommage à la Vierge du chêne de Lummen. — L e chêne\nmillénaire de L u m m e n abrite d a n s son tronc vénérable u n e petite Vierge,\naccrochée là par la piété des ancêtres. N o u s a i m o n s à souligner le salut que\n"}, {"page_pdf": 857, "texte": " 702                                     DURENDAL\n\n\n Lui adressèrent, lors de la fête des arbres, deux des o r a t e u r s , Camille\n L e m o n n i e r , en ces termes : « Que de mères en détresse pèlerinèrent vers la\n petiie Vierge cachée comme u n e fleur de pitié à l'ombre de tes branches ! »\n et Henry Carton de W i a r t , par ces paroles : « Devant la Vierge nichée dans\n ta r a m u r e , se sont succédé, d'âge en âge, bien des peines amères, bien des\n élans d'espoir ou de reconnaissance dont tu fus le discret témoin ! »\n\n\n\n    H i s t o i r e de la F o r ê t d e S o i g n e . — Ce livre de M. SANDER\nPIERRÓN, si i m p a t i e m m e n t a t t e n d u , vient de paraître chez noire éditeur\nCharles Bulens, 75, rue T e r r e - N e u v e , à Bruxelles, en u n épais volume\nin-16, de 580 pages, illustré de 116 gravures et orné d'une superbe couver-\nture en cinq couleurs, dessinée par Louis Titz. Ce r e m a r q u a b l e ouvrage,\ndont le prix est fixé à 7 fr. 50, sera le g r a n d succès de la saison ; il constitue\nle plus beau cadeau de Noël ou de Nouvel an que l'on puisse faire, et est\nenvoyé par retour de courrier, contre r e m b o u r s e m e n t et sans frais, à tous\nceux qui en feront la d e m a n d e à l'éditeur. L e volume, publié sous les auspices\nde la Direction des E a u x et Forêts du ministère de l'Agriculture, est divisé\nen sept chapitres : I. L a T o p o g r a p h i e ; II L'Histoire ; I I I . L a Flore ; I V . L a\nF a u n e ; V. L e s Maisons seigneuriales; V I . Les Etablissements religieux;\nV I L L e s Chantres. U n e table alphabétique est annexée au livre, de m a n i è r e\nà faciliter les recherches du lecteur. L'Histoire de la Forêt de Soigne est u n\nvolume qui a sa place indiquée dans toutes les bibliothèques, dans celle de\nl'artiste et du savant comme dans celle de l'excursionniste et du p r o m e n e u r\népris des merveilles présentes et anciennes du vénérable domaine sylvestre\nbrabançon.\n                                             ***\n\n       L ' A C a p e l l a g a n t o i s , dirigé par M. HULLEBROECK, s'est fait entendre\n au premier concert populaire d'Anvers, au théâtre royal, et a remporté le plus\n grand succès. L ' A Capella y a exécuté avec u n e belle homogénéité de voix\n et d'ensemble, le noble Gloria de la Messe du pape Marcel de Palestrina, u n e\n c h a r m a n t e Ronde bretonne de B o u r g a u l t - D u c o u d r a y ainsi que la Chanson\njoyeuse de Noël, harmonisée par M. Gevaert, et u n intéressant In memoriam de\n  M. W a m b a c h . L e tout exécuté avec un succès d'enthousiasme, qui a forcé\n l'A Capella d'ajouter en bis un petit c h œ u r de style vif.\n       Voici le p r o g r a m m e général des auditions que 1 ' A Capella donnera à G a n d\n p e n d a n t l'année 1905-1906 :\n       L e 3 décembre 1905. — Exécution de la cantate d'église « Gottes Zeit » de\n J . - S . Bach (soli, c h œ u r s et orchestre).\n       L e 14 janvier 1906. — Audition consacrée aux œuvres du maître français\n L.-A. Bourgault-Ducoudray.\n       L e 4 mars 1906. — Audition consacrée aux œuvres de G . - F . Haendel, avec\n le concours de M. F r a n z D e Vos, pianiste.\n       L e 29 avril 1906. — L a m u s i q u e populaire flamande.\n"}, {"page_pdf": 858, "texte": "                                         NOTULES                                           703\n\n   Les concerts a u r o n t lieu, à 5 1/2 heures précises, au local d u Cercle Artis-\ntique et Littéraire, R e m p a r t S a i n t - J e a n , à G a n d .\n   S'adresser à la maison Beyer, 15, r u e Digue d e Brabant, G a n d .\n\n\n\n\n  Extension Universitaire pour les femmes à Anvers. —\nP r o g r a m m e des cours de la neuvième année, 1905-1906.\n     A R T . — Professeur : M . C H . MICHEL. — La peinture classique en Italie :\nI. L é o n a r d de Vinci. L a fin d e l'école florentine. — I I . Michel-Ange. —\nI I I . — R a p h a ë l . — I V . L'école r o m a i n e . Corrège. — V. L'école vénitienne.\nDe Giorgione à T i n t o r e t . — V I . L'école v é n i t i e n n e . D e Véronèse à Tiepolo.\n  GÉOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE. — Professeur : M . F . M E U N I E R . — Ia) Dyna-\nmique terrestre externe : Action de l'atmosphère — des eaux courantes — de la\nmer — de la glace — actions chimiques — des êtres vivants. — b) Dynamique\nterrestre interne : Volcans — solfatares — geysers — saîseo — volcans de\nboue — mofettes. — I I . N o t i o n s générales sur l'écorce terrestre. Roches\nmassives ou éruptives. — Roches sédimentaires. — I I I . Age relatif des\nroches. — T e r r a i n archéen. E r e primaire — secondaire — tertiaire —\nquaternaire. — Considérations géogéniques. — I V . Corps organisés retrouvés à\nl'état fossile. Fossilisation en général.— Matières fossilisantes. — Fossilisation\ndes végétaux et des animaux — V. Fossiles primaires et secondaires\n(types caractéristiques des terrains). — V I . Fossiles tertiaires et quaternaires\n(types caractéristiques des terrains). L a fossilisation et l'âge des roches.\nCoup d'oeil sur le développement des végétaux et des a n i m a u x aux diverses\népoques géologiques. — Présentation d e quelques fossiles du houiller de\n C o m m e n t r y et de l'ambre de la Baltique.\n     LETTERKUNDE. — Professor : D r J . PERSIJN. — Eenige grooten uit de vreemde\n letterkunden van den dag. — I . R u s l a n d : Tolstoï. — I I . Scandinavie : I b s e n .\n — I I I . E n g e l a n d : George Eliot. — I V . Duitschland : Fritz Reuter. —\n V. Spanje : B . P e r e z y Galdos. — V I . Italie : Fogazzaro.\n   H I S T O I R E . — Professeur : M. KARL H A N Q U E T . — Le XIIe siècle. — I. L a\nféodalité. — I I . L a querelle des investitures. — I I I . L e s premières com-\nm u n e s . — I V . L a première croisade.\n   L I T T É R A T U R E FRANÇAISE.— Professeur : M. G. LECHARTIER. — La poésie au\nXIX' siècle. — I. I n t r o d u c t i o n . L a poésie avant 1820. — L e R o m a n t i s m e :\nL a m a r t i n e . — II. Victor H u g o . L ' h o m m e . L ' œ u v r e . L e manifeste de la\npréface de Cromwell. — I I I . L a poésie personnelle. Alfred de Musset. —\nI V . La poésie p h i l o s o p h i q u e . Alfred d e Vigny. L'Art pour l'Art. Théophile\nGauthier. Baudelaire. — V. L a poésie après 1850. L e s trois P â m a s s e s .\nL e c o n t e d e Lisle. S u l l y - P r u d h o m m e . F r a n ç o i s Coppée. José-Maria de\nH e r e d i a . — V I . A côté du P a r n a s s e . — L e s femmes poètes. — T h é o d o r e d e\nBanville. R i c h e p i n . L e s Symbolistes. Verlaine. Mallarmé. L e s derniers\nvenus. L ' é t a t actuel. Conclusion.\n   MUSIQUE. — Professeur : M. W A L L N E R . — Histoire de la musique de chambre.\n— I. Ecole française : S a i n t - S a ë n s , Vincent d ' I n d y , F a u r é , D e b u s s y . —\n"}, {"page_pdf": 859, "texte": "704                                       DURENDAL\n\n\nI I . Ecole belge : César F r a n c k , Lekeu. Rasse. — I I I . E c o l e slave : Chopin,\nDvorâk, Cui, Borodine, Rochmaninoff. — I V . Ecole allemande m o d e r n e :\nRaff, Bargiel, Richard Strauss, Gernsheim.\n\n                                                ***\n  A paraître prochainement :\n   ARMAND PRAVIEL : Péché d'aveugle.\n   FRANZ H E L L E N S : En ville morte.\n   CHARLES DESBONNET : Petite esquisse familière. (Edition de la Revue en Art.)\n\n\n\n\n   A c c u s e d e r é c e p t i o n . — FIERENS-GEVAERT : L a renaissance septen-\ntrionale et les premiers maîtres des Flandres, avec illustrations (Bruxelles,\nV a n Oest). — JOSEPH D E S T R É E : D e la restauration de l'industrie de la\ntapisserie en Belgique. Ecole professionnelle d'Héverlé (Louvain, I m p r i m e -\nrie Nova et Vetera).— Catalogue illustré de l'Exposition d'art ancien bruxellois,\navec introductions et interprétation de JOSEPH D E S T U É E (Bruxelles, Van Oest).\n— Catalogue illustré de l'exposition rétrospective de l'art belge. Notices\nb i o g r a p h i q u e s p a r A.-J. W A U T E R S (ibid.). — L É O N CHAÎNE : L e s catholiques\nfrançais et leurs difficultés (Paris, Stock).— P . et V. MARGUERITE : Quelques\nidées (Paris, P l o n ) . — Comte DE GOBINEAU : Deux études sur la Grèce\nmoderne : Capodistras ; L e r o y a u m e des Hélènes (ibid.) — FRANÇOIS\nG I L L E T T E : Aimons (ibid.). — Eug MARTIN : Saint Columbam ( P a r i s ,\n Lecoffre). — P I E R R E SUAU : Saint F r a n ç o i s de Borgia (ibid.). — ANTOINE\n BAUMANN : Les martyrs de L y o n , roman historique (Paris, P e r r i n ) . —\nAUGUSTE SAJOT : Le berceau de la F r a n c e (ibid.). — R E N É                   BOYLESVE : L e\nbel avenir (Paris, C a l m a n n - L é v y ) . — LÉON W A U T H Y : Litanies à la bien-\naimée (Liège, l'Édition artistique). — L É O N SOUBRE : Airs tendres. Menuets\net ronde du XVIIIe siècle. Transcrits avec a c c o m p a g n e m e n t de piano (Bru-\nxelles, Breitkopf et Hartel). — Miss C. MAUD : U n e jeune Anglaise à P a r i s .\nT r a d u c t i o n de CHAUSSERON (Paris, H a t i e r ) . — H E N R I L I E B R E C H T : L e s fleurs\nde soie ( P a r i s , Sansot). — J . BARBEY D'AUREVILLY : D e l'histoire (Paris,\nL e m e r r e ) . — JACQUES F R É H E L : L e précurseur ( P a r i s , P l o n ) . — F . - T . MARI-\nNETTI : Le roi B o m b a n c e ( P a r i s , Mercure de France). — MARCELLE TINAYRE :\nAvant l'amour ( P a r i s . C a l m a n n - L é v y ) . — E R N E S T CLOSSON : Chansons popu-\nlaires des provinces belges. I n t r o d u c t i o n , harmonisation et introduction\n(Bruxelles, Schott frères).\n"}, {"page_pdf": 860, "texte": "                                                                       irii      99, rue Royale, 99\n\nPIANOS DE SMEÏ                                                                   > BRUXELLES •\n\n\n\n FABRIQUE DE MATELAS\n                      Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                     BERVOETVWÏELEMANS\n                                    FOURNISSEUR DE L A COUR\n\n          6, 8, 10, 12, Rue du Midi ^                                     BRUXELLES\nUsine à vapeur», L a v o i r d e l a i n e s : RUE DES GOUJONS, 120\n\n\n                                                 J« Q O N T H I E R\n                                                              Maison fondée en 1 8 5 0\n                                           31-33, rue de l'Empereur,                     BRUXELLES\n                                                              TÉLÉPHONE             3659\n\n                                           Encadrements d'art — Miroiterie\n                                                         Vitraux riches et ordinaires\n                                               Cadres pour tableaux, aquarelles,              gravures\n\n                                                           AMEUBLEMENTS\n                                           Entreprise générale de vitrerie\n                                                   LA M A I S O N   N'A P A S DE S U C C U R S A L E\n\n\n\n\n   PIANOS STEIKWAY                                                            & SONS\n                    NEW-TORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe,\n  de Suède et d'Italie, d u Sultan, de l a reine régente d'Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     E x t r a i t de quelques attestations : « Une Sonate de Beethoven, une Fantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway (R. Wagner). »K Le Stein-\nway est un superbe chef d'œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans lo ravissement mes vieilles mains fatiguées du clavier (Franz Liszt). » « Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifié leur réputation universelle par leur distinction et leur\nrésistance (A Kubinstein). » « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la conviction que vos\ninstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu'ici (F Busoni). » «La plénitude, la puis-\nsance, l'idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n(J. l'aderewski). » « Il y a 10 ou i5 ans, je n'étais pas très enthousiaste de vos instruments. Avez-vous\nfait des progrès ? Ou bien cela tenait-il à mon mauvais goût? En tous cas ils sont maintenant, à mon\navis, le produit idéal du siècle Kug. d'Albert). » « Ils sont tellement au-dessus de toute critique, qu'un\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter). »\n  Ageuce générale cl dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 861, "texte": " A paru      à la Librairie                          VROMANT\n\n                                                                                                                                                         Prix : fr.          3.50\n\n                                      FIRMIN VAN DEN BOSCH\n                   -r                                       iU\n Impressions de Littérature CooJemp-Qraiae\n                                      HKITNKT1KKK — BOUUÎKT — lll'YSMANS\n\n                                    i*. ni-: IIAIM.I:\\ILI.K — (jiui)o <;K/KI,I,K\n                                        I)I« «rKhQl'J-'.S. LISIONS D'KNKRfilK\n                                             VKRIUKRKN KT DKMOLDKR '\n                  . , I GEORtiJiS.UWKNJJAOI — MAX \\\\'AM-KR\n          KDMOMV H O A R i r ' - l i l IM;ÀC'MK VKRSI'KVKN -U th \"CARTON DE VIART\n                                           KTC, ETC.\n\n\n  En vente chez l'éditeur Vromant, 3, rue de la Chapelle, Bruxelles\n                                                                                               1\n                                                                                                         I         !      1 I                    J       ' ' '\n                THE\n            (Coin/mifiiie\n                                 GRESHAM'\n                                 d'axsUrMiires            mit        la   vie}\n                                                                                           ItfhlURE'D'AftT&D'AMraPS\n                                                                                                                   '!•\"•<\n                    Fondée à Londres 1 8 4 8\n                 Etablie an Belgique en 1 & 5 5\n                   , k>lk i |MH» île $ 1 7 jiillu>im\n               SiTn.sfi es |.li_\\ffs i-n I<C1KII|IK- . 3 0 intlllinih\n                                                                                           Paal<Hge5Set7sRelieur-doreur de S A A M 11 \" la Comtesse de Flandre\n                    ^T\\ m i l           M C N S U I L L i a\n                L ouïs H E U V E L M A N S . .lirri-i.ur\n           John H. SCOTT. htilih-iliivt'l. delà SuriuirHiileHelge                                            24, rue de Berlafmont, Bruxelles\n              3 , plate» R o y a l * , B R U X E L L E S\n\n\n                                             Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                                                FABRIQUE                               ET              ATELIERS :\n                                       3 7, Rue de l a Charité - BRUXELLES\n                                                                                     TÉLÉPHONE                                                       1947\n                                                           T\n\n                                          Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                      Spécialité\" 4».toue les ^rtiClés concernant la peinture, la sculpture\n                                                         la grarefre, l'architecture et le dessin.\n                                      R E N T O I L A û è NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAITX\n                                                  Vente et location de modèles pour la           peinture\n                                        Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\nPremieies médailes aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Uverpoo', Le Havre, Bruxelles, Ctilcago, etc.\n                                                     p          —,                         ,\n                                                     Au              ENCADREMENTS»»*»»                                                                           Par suite de décès\n                                                      L.\n\n\n                                                     v          DORURE                               ET                  SCULP-\n                                                      E         \"                                            ——\"                                 '           MQUlDATIOfl\n                                                     R          J U R E S U R BOIS • • » * »\n                                                     D                                                                                                                  DE\n                                                     U          ESTAMPES                                     *»»»**«»»\n\n                                                     S\n                                                      E\n                                                                GRAVURES A N C I E N N E S\n                                                                                r.             . i l         Lu     •\"       i. 1.1111.              f\n                                                                                                                                                           300 VOITURES\n                                                                                                                                                           Yenjp à t o u ^\n                                                                                i                                                i,                  i\n                                                     av                                                                                                        offre acceptable\n                                                     *J         N, B, - LES GRAVURES ANCIENNES\n                                                     C\n                                                     c\n\n                                                     *\n                                                                    \" u   i i        | i\n                                                                SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT\n                                                                                                             i i\n                                                                                                                                                             7 1 . rue Goffirt\n                                                     8\n                                                     •\n                                                                l\n\n                                                           ' D'AUTHENTICITÉ • * •\n                                                                                           i       i 1   i   i              11\n\n                                                                                                                         •*••»•*»\n                                                                                                                                  ii   i   111   i\n                                                                                                                                                                  1XELLES«\n"}, {"page_pdf": 862, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                    ta, Marché-au-Boi» - BRUXELLES\n Dépôts de fonds en Comptes Chèques, disponibles à vue : 1 1 2 p. c. sans commission\n    Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. c.\n                     Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                               ORDRES DE BOURSE\n           Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n         Prêts sur Titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n  LA RÉSERVE MUTUELLE                                       LE STANDARD\n                                                         Compagnie d'assurances sur la, vie, fondée en 1825\n            de»         ÈT.4TS-V.VtS                             ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n               M-IXX* l a         v i e\n                                                           Prinolpaux avantages de la Compagnie\n                                                         i° Polices incontesta- 3° Tarif avantageux.\n                                                           bles après deux ans 4° Participation impor-\n                                                           de date.                   tantedesassurésdans\n                                                         a0 Prêts sur polices         les bénéfices de la\n                                                           ayant trois ans de         Compagnie.\n                                                           date                     5° Prêts hypothécaires.\n                                                            S'adresser pour renseignements et prospectus à la\n                                                                     DIRECTION            OtNtRAI.1\n                                                         28, PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                           Téléphone 949 — Adresse télégraphique : Stanford-Bruxelles\n  ENCAISSSMINT ANIIUEL . . . .        40 Millions\n  SINWTRIS PAIES                     250 Millions\n\n      Combinaisons très intéressantes                    CHAUDRONNERIE DE LA GOOB\n   DIRECTION Bf NÉI/U.I FOUI LE CONTINENT DE L'EUROPE         37, rue de l'Hôpital, BRUXELLES\n       8 , r u e H d l é v y , P A R I S (8*)                             TÉLÉPHONE 1 6 0 8\n      DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n  19, rue du Rouleau, B R U X E L L E S\n          On demande de» Agents\n                                                          Batteries de cuisine. — articles de ménage\n                                                                         ÉTAMAGE\n\n\n              nobiliaires ne\n     52, rue Stévin, BRUXELLES\n                  Recherches de généalogies et d'ar-\n                   moiries en Belgique et à l'Etran-\n                   ger. — Attestations officielles de\n                   noblesse, de filiations et d'armoi-\n                   ries.— Copiesofficielles de lettres\n                   de patentes de noblesse. —                  18, JVIapehé-au-Bois, 18\n                   Inscriptions à la liste des nobles.\n                   — Insertions de généalogies dans\n                   des publications belges et étran-\n                   gères. — Rectifications d'actes\n                   de l'état civil et adjonctions des\n                   noms. — Correspondants en pro-\n                                                                        BRUXELLES\n                   vince et a l'étranger —Armoiries\n                   et documents généalogiques sur\n                   plus de 100,000 familles nobles\n                   et patriciennes.\n   RENSEIGNEMENTS\n                                                         Vins et Spiritueux\nCHOCOLAT                        BlESWAL\nCHOCOLAT                        BlESWAL\nCH O C O L A T                  Bl E S W A L\nCH O C O L A T                  BlESWAL                         LIQUEURS FINES\n"}, {"page_pdf": 863, "texte": "  APPAREILS                               PHOTOGRAPHIQUES\n                                                          OBJECTIFS, JUMELLES\n                                                                    JUMELLES A PRISMES\n                                                                PAPIERS, PLAQUES\n                                                          PELLICULES PHOTOGRAPHIQUES\n                                                          SP C Al ITESPHOTOGRAPHIQOE»\n                                                                   MICROSCOPES\n\n                                                             Grand cho'x de photographiât\n                                                               artistique» et déconfite*\n\n\n                                                          ALBERT                   HOFMANN,                             BRUXELLES\n                                                                  S a l l e d'exposition           : r u e de    la R é g e n c e ,   57\n\n\n\n\n  1J. BDtiSO Pin Reniûiieurs et restaurateurs des musées neiges et étranger^ P, BUESO Fils\n              EXPERT\n                                                             M A I S O N F O N D É E EN 1 8 6 7\n\n                                      Rentolltge, trantposltlon    rettauratlon et parquetige de tableaux                      EXPERT\n\n      2-4, BUE DE LIGUE                         VENTE ET ACHAT OE TABLEAUX ANCiENS ET MOOERNES                        24, rot do RentilhomniB\n          Bruxelles                                      ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                         Bruxelles\n\n\n\n\n         POUR VOS CIGARES FINS\n                                                                                      / ^ ^JaW/m\n                                                                                                     Les Boues CaouicipiuBs\n                        a d r a i i e i - v o u i à la\n                                                                                    M                  TA LBOT\n                                                                                                   sont inusables et inarrachables\n MAISON AMÉRICAINE                                                                  fjjula                      EXIGER LA MARQUE\n\n\n                      DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                                                 Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n       15 — Avenue Louise— 15\n                                                                                        Maison S N Y E . l S - R l N G & C , a\n                    BRUXELLES\n                                                                                Fondée, an 1815                 —        Téléphone 1389\n\nP.-S. -- Arrivage; réjuliers de cigares ne la Havane                                  2 7 , r u e d'Or, B R U X E L L E S\n\n\n\n\nI m p r i m e r i e S c i e n t i f i q u e Char-\nles    BULENS,             Editeur,         rue\nTrre-Neuve,              75.     Bruxelles\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 11, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1905-11", "signet_source": "Douzième année - N°11 - Novembre 1905", "preuve": "Couverture conservée (PDF 784) : « Novembre 1905. 12me Année. N° 11. » ; sommaire (PDF 786) : « 1905 — 12e Année. Sommaire du n° 11 (Novembre) ». Indices internes : la séance d’ouverture des cours d’art et d’archéologie a eu lieu « le 6 novembre 1905 » ; la Chronique artistique traite du premier concert Ysaye de la saison et de l’exposition du Labeur ; les Livres et Revues rendent compte des numéros de juillet à octobre 1905 des revues d’art ; les Notules annoncent l’envoi des quittances « dès les premiers jours de Décembre » et un programme de concerts à partir du 3 décembre 1905. Pagination 641-704, qui fait suite à la livraison d’octobre.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}