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N«\n\n\n\n\n                 UREl\n           REVUE CATHOLIQUEtfAru]\n           ET ©E LITTERATU~~ ^\n\n\n\n                                          SSÎ5C\n\n\n\n\n                        A         •   •           •\n\n                , • V V V\n                • •     • • • •           •   •\n                      .V • • • •. • •\n\n\n\n\nIRUXELLES, rue du Grand-Cerf, aa. — PARIS, avenue de la Grande-Armée, 61.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-202", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "eia.Miei.LawtsitiiiJiiisE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 4491, "texte": "eia.Miei.''LawtsitiiiJiiisE-\n                                        LII PLAGE DE WESTENOE\n                                                 (BELOIQDi\n                                           \"liée AUX I\n\n\n\n                         l'aitei           - familles\n                               itiainre •>\n                         à la »im|.\n\n                                                         la •\n\n\n                              i.o» et île rusluiiic» dp liain-\n                         Raragra kursaal restaurai •\n                         r\\clailcs, ac<             aux aut> i\n Villa* et Terrains      h u m a M lu-i;i;l.i                               il île              Villa           aget\n                                                                    nadee à Ane*.\n          A TDDU                        r la    |>IH.                                                      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WESTE*D- HOTEl\nWtoTEND' HOTEL                                                                   • ju«i|iir fin m\n                                                                            0 a 16 fr. par j ur h\n                                                                            al à la fin dr* saison*, arran-\n              DIGUE DE MER                                                 • avantageux pour le» famille»\n                                                                    (llimlil         I :\n                                                                                 i                   min\n    TÉLÉPHONE N* 4 1\nR*« nu du                                                                                  meut iiioilcrner»ihriii|ueet\n         il par\n                                                                                            raases. Salle de musique\nNleuport.\n                                                                                             Salle dé billard Salle de\n                                                                                                  i cation pour lea en-\n                                                                                           9blv  i f * nu s * , o l , •\n                                                                                              ** I d*l—iareaK\n                                                                                                          'da\n                                                                                                \\ d>\\ 'mdai\n                                                                                                         lan-\n                                                ' V '                                    jlS ce Cuisine *ol-\n     •\n                                                                                               née.    Cave.\n                                                                                   r*i\\5»-~- r e c o m m a n -\n                                                                                             dé**),\n    Appariant\n                                                                     al au vicinal                  postal i t\n     apblqu* régulier*      •\n                                                                              In llelgi<|tie et les\n                                                      ,.\n                                           AI            LES. 68. rue Capnnillet «Téléphone 8 2 8 6 )\n                                           A WESTENDE. A l'Administra lion de la Plage I Téléphone\n                                         /  8 8 du littoral) ou au Weatand' Hôtel\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-001", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 6, "titre_corps": "Léopold Wallner", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Léopold Wallner LÉOPOLD Wallner, fils d’un père", "ancre_fin": "pour lui et avec lui", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Hommage à Léopold Wallner", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "Léopold Wallner\n                 LÉOPOLD Wallner, fils d'un père autrichien et d'une mère\n                   polonaise, est né à Kieff (Russie méridionale) en 1847.\n                   Son père dirigeait en cette ville une maison d'édition\n                   musicale et réunissait dans sa demeure hospitalière la\n                   plupart des artistes de passage. Léopold Wallner fut ainsi\n                   plongé, dès sa plus tendre enfance, dans une atmosphère\n                   artistique. C'est grâce à cette circonstance aussi que Franz\n                   Liszt, qui était un hôte habituel de la demeure paternelle,\n                   devint le parrain du jeune Wallner.\n   Venu à Bruxelles, en 1866, pour y suivre les cours universitaires, sa\nsituation se trouva brusquement transformée par la mort de son père, sur-\nvenue en 1867. Obligé de gagner sa vie du jour au lendemain, il se décida,\nmoitié par nécessité, moitié par goût, à embrasser la carrière du professorat\nmusical.\n   En dehors des leçons de composition qui lui furent données pendant deux\nannées par un élève de Fétis, H. Van Synghel, Léopold Wallner fut un auto-\ndidacte. C'est à cette obligation de se suffire à lui-même, tant pour sa vie\nmatérielle que pour sa subsistance spirituelle, qu'est due l'originalité de ce\ncompositeur, qui unit dans son œuvre une sévère discipline classique à une\nfougue toute romantique.\n   Avec une rare persévérance, du reste, le jeune artiste ne se contenta pas de\npoursuivre ses études musicales : il se donna seul, grâce à un choix judicieux\nde lectures, un véritable enseignement supérieur, qui contribua largement à\nassurer à son enseignement musical une supériorité reconnue par tous ceux\nqui ont été ses commensaux et ses disciples. Ce qui distingue cet enseigne-\nment remarquable, c'est que le professeur se préoccupe tout autant, et souvent\nplus, de la compréhension par l'élève du style des maîtres que de la technique\nqui leur est particulière. A ce dernier point de vue, au surplus, l'excellence de\nla méthode préconisée par Léopold Wallner est incontestable; il a imaginé des\nexercices appropriés aux multiples difficultés du clavier, qui permettent de les\nvaincre mieux et plus rapidement que tous les autres procédés usuels dans\nl'enseignement pianistique. Il est vraiment à regretter que ce professeur émé-\nrite n'ait pas réuni en un recueil les conseils admirables qu'il donne à ses\nélèves et dont la- conservation serait d'une évidente utilité pour de nombreuses\ngénérations de virtuoses. L'application qu'il fait des lois de la psycho-physique\nnotamment mériterait déjà, à elle seule, d'attirer sur sa méthode l'attention\ndes intéressés. Il n'est jamais trop tard pour bien faire, et nous espérons que\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "6                                  DURENDAL\n\n\n Léopold Wallner se décidera à donner au monde musical, sous forme de\n manuel, les résultats de sa longue expérience.\n    Cette expérience a, du reste, été consacrée par les fonctions, toutes de con-\n fiance et de conscience, auxquelles il a été appelé par les directeurs des Conser-\n vatoires de Bruxelles et de Gand, des Ecoles de musique de Schaerbeek, de\n Louvain, de Mons. Depuis de nombreuses années déjà, il est membre de leurs\n jurys de composition et d'harmonie. Deux fois déjà il a été proposé comme\n candidat à la section des beaux-arts de l'Académie royale de Belgique.\n     Longtemps aussi Léopold Wallner a été critique musical, mais l'apostolat\n auquel il s'est livré dans ses cours et conférences, la préférence qu'il a donnée\n à son travail de compositeur l'ont peu à peu engagé à déposer la plume ; selon sa\n  propre expression, celui qui monte sur l'estrade ne peut plus en même temps\n s'asseoir au parterre.\n     Les œuvres musicales de Léopold Wallner sont déjà nombreuses, bien qu'il\n'ait tracé en ces mots la règle de conduite qu'il s'est imposée au cours de sa\n déjà longue carrière : « Le génie seul peut écrire d'abondance ; le talent, par\n contre, doit savoir se concentrer le plus possible, et, encore alors, n'est-il pas\n  sur qu'il restera quelque chose de son œuvre après sa mort; malheur à l'artiste\n  lorsqu'il se survit! »\n     Cette sévère discipline, qui ne lui a fait publier qu'une minime partie de ses\n  compositions, nous permet d'affirmer que Léopold Wallner se survivra. Sa\n  dernière œuvre notamment, sa Sonate Romantique pour piano, est d'une belle\n  envolée, d'un intérêt soutenu, d'une ample sonorité et d'une incontestable origi-\n  nalité. Ce sont là des qualités suffisantes pour qu'elle conquière chaque jour\n  de nouveaux admirateurs. Les variations pour piano, dont nous espérons\n  apprendre bientôt que la première audition a eu lieu en Allemagne, sont peut-\n  être plus remarquables encore, d'une invention et d'une variété rares. Quant à\n  ses mélodies, elles ont mérité les suffrages de tous ceux qui ont pu les analyser ou\n  les interpréter. Son Album musical de la Jeune Belgique finira par s'imposer à\n  l'attention de tous, si au premier abord les qualités, que leur exécution parfaite\n  exigedes artistes, constituent un obstacleà leur pénétration dans le grand public.\n     Mais Léopold Wallner est précisément de ceux qui préfèrent les succès\n   durables aux succès bruyants, mais éphémères. Il sait qu'il faut à l'artiste\n   créateur une longue patience, mais qu'une telle patience est toujours récom-\n   pensée et triomphe toujours de l'indifférence et de l'incompréhension des\n   masses. Cette heure du triomphe a sonnée pour Léopold Wallner, et tous ceux\n   qui ont pour lui la haute estime et la profonde sympathie qu'il mérite, s'en\n   réjouiront pour lui et avec lui.\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-002", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 6, "page_fin": 7, "titre_corps": "Hommage à Léopold Wallner", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Hommage à Léopold Wallner Les amis de Léopold Wallner", "ancre_fin": "qui le suivit", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Discours de M. Henri La Fontaine CHER MAITRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 2908, "fin_caractere_exclue": 3253, "texte": "Hommage à Léopold Wallner\n     , Les amis de Léopold Wallner, désirant lui donner un témoignage à la fois\n    de leur profonde affection et de leur haute admiration, avaient décidé, il y a\n    quelques mois, de publier à leur frais sa dernière œuvre, la Sonate Roman-\n    tique. Un exemplaire de luxe en fut tiré pour l'éminent compositeur. Les\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1169, "texte": "                            LÉOPOLD WALLNER                                   7\n\nsouscripteurs apposèrent leur signature à la première page. Et une petite fête\nmusicale fut organisée à l'occasion de la remise de cet exemplaire au destina-\ntaire. Cette fête charmante et toute intime, vraie fête de famille, a eu lieu le\nvendredi 29 décembre à la salle Erard. La salle était bondée ce soir-là. Les\namis y vinrent nombreux pour applaudir quelques-unes des plus belles et origi-\nnales œuvres du compositeur, qui furent brillamment exécutées. Le héros\nde la fête fut acclamé avec enthousiasme à son entrée dans la salle.\n   La séance s'ouvrit par un très beau discours de M. Henri La Fontaine qui,\nen termes éloquents et vibrants à la fois d'admiration, d'enthousiasme et\nd'affection, parla au nom des amis de Léopod Wallner. Ce discours chaleu-\nreusement applaudi fut suivi d'une audition remarquable. Afin que tous les\namis puissent garder un souvenir de cette belle fête et en même temps pour\ndonner à l'AMI et au MAITRE un témoignage public de notre admiration\nnous donnons ci-après le discours et le compte rendu de la séance musicale\nqui le suivit.\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-003", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 7, "page_fin": 9, "titre_corps": "Discours de M. Henri La Fontaine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Discours de M. Henri La Fontaine CHER MAITRE", "ancre_fin": "tout simplement", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’audition musicale du 29 décembre", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 1169, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "Discours de M. Henri La Fontaine\n                   C H E R MAÎTRE, C H E R AMI,\n   Il m'a été confié une bien douce, mais aussi bien périlleuse mission, celle\nde vous dire tout le bien que pensent de vous tous ceux qui vous entourent en ce\nmoment et tous ceux, plus nombreux encore, que les circonstances tiennent\nexilés loin d'ici. Mais votre amitié et leur indulgence me pardonneront si ce\nque je vais dire n'a pas l'éloquence de ce qu'ils pensent.\n   Il y a longtemps que vous savez que l'on vous estime et que l'on vous aime,\nmais il importait de donner à cette sympathie et à notre admiration pour vous\nune forme tangible et durable. Avec un empressement charmant, tous ceux,\net surtout toutes celles, qui ont pu vous approcher et bénéficier de votre\nscience et de votre expérience, ont consenti à collaborer à la publication\nd'une de vos œuvres les plus importantes.\n   C'est de vos mains que vous avez élevé à votre gloire le monument à la\nréalisation duquel vos amis n'ont apporté que le coup d'épaule de leur bonne\nvolonté. Mais, après en avoir ainsi assuré l'achèvement, ils ont tenu à en\nadmirer la noblesse et la beauté et à acclamer en vous l'ouvrier dans son\nouvrage. C'est pourquoi nous sommes réunis ce soir, et dans quelques\ninstants vous allez nous parler, avec votre belle éloquence, dans la langue\ndivine des sons.\n   Mais avant de vous accorder la parole, je veux rappeler à ceux qui le savent\net dire à ceux qui l'ignorent ce qu'a été votre vie d'artiste probe et\nconsciencieux. C'est qu'elle est exemplaire votre vie, quoi que vous en puissiez\npenser, en votre modestie coutumière. Pour vous, ce fut presque un devoir,\npuisque vous avez eu le privilège d'être le filleul de Franz Liszt, le grand\napôtre. Vous vous deviez à vous-même de suivre sa trace, et à cet apostolat\nd'art vous n'avez pas failli.\n   Dès vos débuts sur cette route ardue, où les ronces et les épines, les brous-\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3377, "texte": "8                                DURENDAL\n\n\nsailles et les cailloux vous ont causé maints heurts et maintes blessures, vous\navez marché sans vous laisser décourager jamais. Etranger, seul, à peine\nadolescent, habitué à une existence sans souci, vous avez choisi, au jour des\nrevers brusques, le dur métier du professorat, et vous avez connu la leçon\nà dix sous, et les pensionnaires sans talent, et les éphèbes sans enthousiasme.\nTout cela ne vous a pas rebuté : tenace et joyeux, si vous avez pleuré parfois,\nvous avez préféré rire des obstacles et vous en avez triomphé. Non content\nde ce labeur ingrat, vous n'avez pas hésité à affronter en autodidacte, en vos\nheures de loisir, lEs problèmes- de la philosophie et les arcanes de l'histoire.\nVous avez compris qu'il n'est pas d'artiste sérieux, pas de professeur digne\nde sa mission si grande, sans une culture profonde, sans une connaissance\ndes idées et des faits. Aussi ceux qui savourent le plaisir des longues cau-\n series et des discussions vives, en hiver près de la lampe blonde, en été sur\nla grève lumineuse, savent qu'en votre compagnie ce plaisir est de tous les\ninstants.\n    Et votre érudition, votre vision personnelle des hommes et des choses,\nl'originalité de votre esprit, vous ont mené de la chaise du professeur à la\nchaire du conférencier, et vos cours à Anvers, à Bruxelles, à Liége ont\n réuni autour de vous une élite d'auditeurs et surtout d'auditrices. Et je me\npermets d'insinuer que leurs sourires vous ont été parfois d'un certain récon-\n fort et vous ont aidé à trouver la vie bonne malgré tous ses tracas et toutes ses\nincertitudes.\n    La vie bonne, voilà bien ce que chante votre musique. La mélancolie même\n de certaines de vos mélodies n'a rien d'âpre, ni de désespéré. C'est la douleur\n nécessaire, la douleur inévitable, ce n'est pas la douleur définitive sans issue,\n sans remède.C'est pourquoi vos œuvres ont une rare vitalité : elles expriment\n la joie de vivre. Elles sont bien l'émanation de votre existence et de\n votre personnalité; comme vous, elles se donnent, car vous avez cette vertu\n admirable de vous donner tout entier, de vous dépenser, de communiquer aux\n autres ce que vous avez appris ou pensé, avec une éloquence originale, péné-\n trante, persuasive.\n     Ceux, qui ont pu bénéficier de cette générosité magnifique, savent combien\n  précieux sont vos conseils, combien votre imagination est riche en vues neuves\n  et profondes, et avec quelle maîtrise vous parvenez à infuser aux doigts de vos\n. élèves à la fois la technique et l'expression des œuvres analysées.\n     Qui pourra dégager l'origine de ces qualités rares et multiples. Est-ce votre\n  cosmopolitisme? Né de sang allemand et polonais, influencé pendant qua-\n  rante années par le milieu belge à la fois latin et germanique, attiré par les\n  œuvres si diverses et si personnelles de nos poètes dont vous avez été le\n  premier à dégager la musicalité, obligé d'enseigner votre art à des jeunes\n  gens et des jeunes filles venus des pays les plus divers, tout cela s'est-il\n   amalgamé en vous de manière à faire de vous l'artiste qui nous charme et\n   nous attire?\n      Qu'importe! Votre vie témoigne d'une belle constance dans l'action, d'une\n   volonté ferme de bien faire, d'une persévérance inlassable et triomphante : et\n   c'est ce qui lui a donné sa valeur exemplative. Dans le monde, dans le vaste\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 415, "texte": "                            LÉOPOLD WALLNER                                    9\n\nmonde, les hommes se partagent en vaincus et en vainqueurs. Vous avez\ndémontré que la victoire peut appartenir à qui veut l'obtenir.\n  Et c'est en quoi la réunion de ce. soir est plus qu'un hommage à l'artiste\nsympathique et aimé; c'est encore un hommage à l'homme de bien qui a su\nremplir son devoir tout simplement.\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-004", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 9, "page_fin": 10, "titre_corps": "L’audition musicale du 29 décembre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "L’audition musicale du 29 décembre La manifestation", "ancre_fin": "GEORGES DE GOLESCO", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 415, "fin_caractere_exclue": 3114, "texte": "L'audition musicale du 29 décembre\n    La manifestation que les amis de Léopold Wallner ont organisée à la salle\nErard, en l'honneur de l'éminent professeur, avait attiré un public nombreux\net choisi. Ce n'est d'ailleurs que justice. Léopold Wallner peut compter au\nnombre des physionomies les plus intéressantes et les plus sympathiques du\nmonde artistique bruxellois. Etranger par ses origines ainsi que par les ten-\ndances de son art parfois teinté d'orientalisme, Wallner a acquis droit de cité\nparmi nous. C'est ici, en effet, que s'est déroulée cette belle, cette vaillante\nexistence de travail et d'abnégation, exclusivement vouée au culte de l'art, à\nl'incessant labeur d'un enseignement solide et fécond. En outre, il s'est mêlé\nd'une façon si intime, si continue et si efficace au développement de notre vie\nesthétique nationale, il a suscité autour de lui des affections si nombreuses, si\nvivaces et profondes que nous sommes autorisés à le réclamer fièrement comme\nun des nôtres.\n   Dans le discours qu'il lui adressa et que reproduit le présent fascicule de\nDurendal, M. Henri La Fontaine a retracé, en termes aussi élevés que pro-\nfondément sentis, la vie et le caractère de l'homme. Nous voudrions simple-\nment ajouter ici quelques mots sur le musicien, émettre quelques impressions\nsur cet art très sincère, affiné, marqué de foncière distinction.\n    L'audition de la salle Erard comportait un programme court mais varié,\nguidé par le souci de faire connaître certains types nettement caractérisés,\nreprésentant les diverses phases et les aspects multiples de l'activité artistique\ndu maître..\n    D'abord deux sonates, l'une appelée Sonate Romantique et l'autre Sonate\nDramatique.\n    La première justement dénommée romantique, tant pour la liberté, l'im-\nprévu et le chatoyant caprice de la forme que pour ses antithèses de passion et\nde sérénité, ses alternatives de tendresse et de puissance, se rattache à ces\nexpressions d'art à la fois ardentes et pathétiques dont Chopin et Liszt, ces\nglorieux pontifes du romantisme, ont tracé les plus parfaits modèles, le pre-\nmier avec plus de profondeur et d'émotion humaine, le second avec plus de\n lyrisme et d'éclat. La première partie est grave et douce à la fois, riche en\n substance mélodique, traversée parfois de bouffées d'héroïsme, puis coulant\n lentement dans la paix et la lumière. La Canzonetta, assez énigmatique, débute\n par un mouvement de scherzo attendri qui s'aigrette d'un rythme piquant,\n plein de légèreté et de grâce, et s'embrume ensuite dans une atmosphère de\n mélancolie que tamisent de rares rayons de bonheur. La Romança qui suit\n pleure amoureusement en des tonalités rêveuses un chant élégiaque pénétrant,\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "10                                DURENDAL\n\n\net 4a quatrième partie résume ingénieusement la signification de l'oeuvre dans\nde suggestives alternances d'impressions, de rythmes et de mouvements divers.\n   La Sonate Dramatique se caractérise par la vigueur de l'accent et une plus\nforte unité d'inspiration. Les crescendo orageux dont elle est sillonnée lui\nconfèrent l'ampleur tragique qu'annonce son titre. Bosquet, à qui l'auteur avait\nconfié le soin de présenter ces deux œuvres, l'a fait avec cet art probe et dis-\ntingué, cette fière énergie, cette perfection de compréhension et de nuances\ndont il est coutumier.\n   Signalons aussi les interprétations émues et poétiques de Van Hout, dans\nune charmeuse Rêverie et dans la Fantaisie de concert du maître.\n   Les mélodies pour chant constituent aussi une part notable de l'œuvre de\nLéopold Wallner. La Jeune Belgique était encore à son aurore qu'il se liait\nd'amitié et collaborait avec les plus brillants de ses poètes. Ces transpositions\ndans l'art des sons de poèmes fortement et somptueusement écrits sont souvent\ndélicates et périlleuses. Des œuvres telles que celles de Gilkin et de Giraud, où\nla forme ample, riche et précise se couronne de symboles altiers et expressifs,\nne souffrent pas de réalisation musicale approximative. Et c'est ici que dans\nWallner le poète apparaît à côté, du musicien. Ses Lieder ne sont pas seule-\nment mélodiquement et harmoniquement intéressants. La phrase musicale s'y\nenlace et s'y-assouplit ingénieusement aux. subtiles nuances de la pensée et de\nl'inspiration qu'elle revêt ainsi de suggestives lueurs. Citons les Voix (Albert\nGiraud), empreintes d'un sombre lyrisme; Green (Verlaine), parée de grâce\nonduleuse et caressante, puis ces deux chants vigoureux et puissants, la Chan-\nson russe (Lermontoff) et le Chasseur de Nio (André Van Hasselt) que M. Bra-\ncony a chantés d'une voix généreuse et nuancée. D'autres mélodies non moins\ncaptivantes, le Silence et la Voix brisée (Albert Giraud), puis une Chanson\nruthène, de Berg, ont été dites par Mlle Wybauw, qui a ravi son auditoire par\nsa voix vibrante et chaude, dans d'émouvantes interprétations absolument\nremarquables d'expression et d'accent.\n   A la fin de l'audition, le héros de la fête a été chaleureusement acclamé-\nRappelons en finissant que Léopold Wallner n'est pas seulement un composi-\nteur de talent. A la vérité c'est là un des côtés très intéressants de sa person-\nnalité, mais pour être complet, il faudrait aussi rendre hommage à l'érudit\nmusicologue dont les cours et conférences, organisés tant à Bruxelles que\ndans les principales villes de Belgique, sont partout suivis avec le plus vif\nintérêt, et qui signa souvent des articles de critique large et avertie dont\nDurendal a eu sa bonne part.\n\n                                                    G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-005", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 11, "page_fin": 11, "titre_corps": "Bibliographie des œuvres publiées de Léopold Wallner", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Bibliographie des oeuvres publiées de Léopold Wallner", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 1709, "texte": "Bibliographie des oeuvres publiées de Léopold Wallner\n 1. Fantaisie de concert pour alto et piano. — (Bruxelles, Schott frères.)\n 2. Album musical de la Jeune Belgique, mélodies et morceaux pour chant\n      et piano. — (Bruxelles, Schott frères.)\n         1. Chère, voici des fleurs (Eddy Levis).\n        2. Silence (A. Giraud).\n        3. Tes yeux (A Giraud).\n        4. Celle qui t'aime (G. Kahn).\n        5. La Madone (Ivan Gilkin).\n        6. Les voix (A. Giraud).\n        7. Echos des valses (G. Le Roy).\n        8. Solitude (Ch. van Lerberghe).\n        9. Désir (F. Severin).\n       10. Les lys qui filent {Ch. van Lerberghe).\n       11. Clair de lune (Valère Gille).\n       12. Lied (G. Kahn).\n       13. Chanson (G. Kahn).\n       14. Résignation (A. Giraud).\n 3. Le rideau de ma voisine (A. de Musset), mélodie pour chant et piano. —\n       (Bruxelles, Schott frères.) *\n 4. Sommeil de vierge (Emm. Vossaert), berceuse pour chant et piano. —\n       (Bruxelles, Schott frères.)\n 5. Suite polonaise pour alto et piano ou orchestre. — (Bruxelles, Schott\n       frères.;\n       1. Danse mélancolique.\n       2. Intermezzo,\n       3. Mazurka.\n 6. Elégie pour cor anglais et piano. — (Bruxelles, Schott frères.)\n 7. Trois pièces romantiques pour hautbois et piano.— (Bruxelles, Schott\n       frères.)\n       1. Rêverie (également pour alto).\n       2. Chant d'amour.\n       3. Mazurka.\n 8. Elégie pour harpe chromatique. — (Paris, Pleyel.)\n 9. Green, mélodie pour chant et piano. — (Liége, Muraille.)\n10. Mazurka de concert pour harpe chromatique. — (Paris, Leduc.)\n11. Sonate romantique pour piano. — (Bruxelles, Schott frères.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-006", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 12, "page_fin": 23, "titre_corps": "Lierneux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edgar Bonehill", "ancre_debut": "Lierneux L’AN passé, tandis que nous poursuivions", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "Lierneux\n              L'AN passé, tandis que nous poursuivions le per-\n                  dreau et le coq de bruyère dans les plaines de\n                  Langlire, tandis que nous humions l'air par-\n                  fumé de l'Ardenne semée du sang des airelles\n                  et de l'or des genêts, tandis que nous bénis-\n                  sions cette solitude amie, ces horizons immenses\n                  baignés de clartés, chantant sous l'oeil de Dieu\n                  leur douce ignorance de l'homme, tandis que\nnos yeux scrutaient vainement les lointains boisés en quête\nde clochers, ravis de n'en point découvrir, notre hôte nous\navait dit :\n   — Là-bas, aux pieds de ce mamelon que les sapins hérissent,\ndort le village de Lierneux.\n   Quelques jours après, le trot soutenu d'un brave cheval arden-\nnais nous emportait vers la cité patibulaire où les pauvres fous\neffilochent leur vie irréelle et dolente.\n   Cette matinée de fin septembre était radieuse.\n   Un soleil qui n'était plus un soleil d'été mais point encore un\nsoleil d'automne, un soleil qui ne brûlait plus mais caressait, un\nsoleil pâle et doux traînait ses tiédeurs argentées sur la houle\nde bruyères que coupait en deux la grand'route.\n   A l'instar de plusieurs villes d'Ardenne, telles Houffalize,\nDurbuy et Laroche, Lierneux somnole au fond d'un vaste\nentonnoir rocheux; tout à coup, tandis que l'on arrive au bas de\nla côte, surgit le clocher de la vieille église romane autour de\nlaquelle se groupent deux cents maisons séculaires, aux murs\nchaulés, blancs, aux toits recouverts d'ardoises larges et brutes.\nCes toits semblent de vastes accents circonflexes abritant des\nblocs de neige.\n   Nous descendons de voiture, avides d'envisager les êtres\npitoyables que le naufrage de leur raison a fait chavirer ici,\nlamentables épaves.\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "                             LIERNEUX                              13\n\n\n    Un ami, habitant Lierneux, qui épiait notre arrivée, nous\n introduit dans sa vieille ferme hospitalière.\n    Nous contemplons le grand dressoir en chêne où brillent\n comme des soleils les vieilles porcelaines bleues et blanches et\n d'antiques plats en étain ; cette grande salle vétuste eût ins-\n piré Rembrandt qui l'eût donnée pour cadre à un intérieur\n hollandais ; de grosses poutres zébraient le plafond de leurs\n raies sombres ; de hauts lambris régnaient au long des murailles\n éblouissantes de blancheur; l'antique cheminée avait un contre-\n cœur en fonte armorié, des jambages sculptés, des chenets en\n cuivre étincelant.\n    Bientôt, dans la grande salle, d'une table immaculée que le\n soleil jonchait de sourires d'or, s'épanouit comme un encens\n exquis le parfum des grives de Lavaux et des truites de la Lienne.\n    Au dessert notre hôte nous parla de la colonie que nous avions\n hâte de connaître.\n    — « La sollicitude administrative, dit-il, a soustrait trois cents\n aliénés à l'indifférence de leur famille, aux railleries mauvaises\net aux quolibets méchants, pour les confier à la loyale hospita-\nlité des villageois de Lierneux.\n    » En échange des seize sous quotidiens que leur baillent les\ncommunes, ces gens simples et bons donnent à leurs fous (comme\nils les appellent) non seulement la nourriture et le logement,\nmais surtout l'or de leur pitié et de leur affection. S'il faut\nplaindre les uns, il faut admirer les autres.\n    » Chaque foyer du village abrite et protège un aliéné. L'hôte\nde l'aliéné se nomme son nourricier. Les nourriciers sont\nterribles pour ceux qui manquent de charité envers leurs aliénés;\nla moindre raillerie serait un casus belli.\n   » Seuls sont en liberté dans le village les aliénés paisibles,\nceux dont on ne redoute ni la violence ni l'indécence.\n    » Vous visiterez l'asile de la colonie où sont soignés les alié-\nnés malades et où sont enfermés les aliénés dangereux.\n   » L'asile est dirigé par un docteur en médecine sous les ordres\nduquel se meut toute une hiérarchie d'infirmiers et de gardiens.\nLa direction entoure de sa minutieuse sollicitude tous les alié-\nnés de la colonie. Plusieurs fois par semaine le directeur ou son\nadjoint se rend chez tous les nourriciers du village et s'enquiert\nde la santé, de la conduite de leurs pensionnaires ; ils inspectent\nleurs linge et vêtements.\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2018, "texte": "14                         DURENDAL\n\n\n   » Les aliénés vont librement par les rues tortueuses de la\npetite cité.\n   » Bon nombre d'entre eux secondent leurs nourriciers dans\nles travaux des champs ou leurs occupations ménagères; cette\ncollaboration leur octroie, le dimanche, quelques sous, source\nappréciée de friandises, de colifichets, de tabac. »\n   Notre hôte se tut et d'un geste discret attira notre attention\nvers la femme qui en ce moment posait sur notre table une\nvieille cafetière en étain d'où s'exhalait un parfum plein de\npromesses.\n   Quand la femme à coiffe blanche eut disparu, notre hôte\nreprit :\n   — Ma servante que vous venez de voir est une aliénée.\nC'est une admirable travailleuse, une ménagère économe; elle\npense et elle parle comme vous et moi, mais sitôt que la mal-\nheureuse aperçoit une pièce d'argent ou en entend le son, la\nraison s'envole à tire d'aile. Chut! la voici.\n   En effet, la brave femme était là, tenant en mains une caisse\nde cigares.\n   L'un de nous fit tinter, dans son gousset, des pièces de cent\nsous.\n   La femme pâlit, poussa un cri aigu, leva les bras désespéré-\nment et s'enfuit.\n   — Elle est allée s'enfermer dans sa chambre, dit notre ami;\nelle n'en sortira que demain matin, mais sera pendant plusieurs\njours taciturne et muette.\n   Nous sortîmes et traversâmes la cour de la ferme.\n   Notre hôte nous arrêta devant une chaumière tapissée de\nvigne vierge.\n   — Voyez, dit-il, dans cette cour, au coin de la grange,\nvoyez ce grand vieillard. Il casse à coups de hachette du bois\npour son nourricier. Lui ne dépensera pas aujourd'hui, par ce\nbeau dimanche de soleil, sa pièce dominicale de vingt sous.\n   Nous le suivîmes auprès du vieillard.\n   — Eh bien, Jean, lui dit-il, vous travaillez le dimanche !\nAllez donc vous promener en jetant dans le soleil les bouffées\nde ce bon cigare.\n   Il tendit un cigare à l'homme qui se redressa.\n   C'était un géant à cou et à torse de taureau : un ruban de\nbarbe blanche embroussaillait l'énorme gorge qui semblait ainsi\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "                           LIERNEUX                            l5\n\nemmitouflée d'ouate jusqu'au ras des oreilles. Les yeux petits\net bleus, voilés et indécis, se levèrent lentement vers nous sans\nfixité.\n   Sur cette tête immense était juché un minuscule chapeau de\npaille à bords bossues et ridiculement courts; les pieds\nvoguaient dans des sabots sur lesquels flottaient les dessous de\nculottes démesurément larges. Ces culottes étaient faites de\npièces rouges, vertes, bleues, blanches grossièrement reprisées.\nElles semblaient taillées dans un arc-en-ciel.\n   Ces oripeaux eussent fait les délices d'un clown drôlatique ou\nd'un pierrot lunaire !\n   Peut-être, pensai-je, peut-être jadis cette statue machinale\na-t-elle été mue par la puissance de pensées claires et sereines,\npar l'idée noble aujourd'hui gisante en ce crâne enténébré!\nPeut-être au jour de la raison, cet homme sonnait-il les grelots\nde la folie dans les orgies carnavalesques ! Peut-être aux jours\nde la raison cet homme revêtait-il ces oripeaux de folie ! Ori-\npeaux énigmatiques et stupéfiants.\n   — Eh bien, Jean, reprit notre hôte, pourquoi travaillez-vous\naujourd'hui?\n   Le vieux grommela quelques mots inintelligibles, il s'arma\nd'un balai en genêts, balaya les copeaux qu'il venait de tailler,\nles amoncela, les chargea dans une manne en osier, puis reprit\nson balai sur le manche duquel il s'accouda :\n   — Je travaille, dit-il d'une voix forte et douce, je travaille\nparce qu'il n'y a plus de dimanche; les dimanches sont tous\nmorts et il n'y en aura plus jamais, jamais, jamais !\n   Ces derniers mots tintèrent comme des glas de Toussaint.\n   Ses bras nus, couronnés du turban rouge que tressaient les\nmanches de sa chemise de flanelle retroussées jusqu'à l'épaule,\nses bras où vibraient de grosses veines bleues, ses bras saisirent\nla manne débordante de copeaux et la chargèrent sur l'épaule\nainsi qu'ils eussent fait d'une plume ou d'une fleur.\n   Et l'ombre du grand vieillard s'éloigna et se perdit dans\nl'aire de la grange. Il s'en allait, poussé par son destin aveugle\net fatal.\n   Son nourricier, accoudé au seuil de sa porte, souriait de notre\nétonnement.\n   — Il est bon comme un enfant, dit-il. Mais il n'aime pas\nles hommes et les dimanches.. Il travaille depuis le lever du\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": " 16                         DURENDAL\n\n\n  soleil jusqu'à la nuit. Quand je n'ai pas de besogne à lui con-\n  fier, il en cherche au village. Nous avons souvent tenté de lui\n  enlever ses outils le dimanche, afin de le forcer au repos. C'est\n  inutile. On lui a confectionné des vêtements bien ajustés. Ah\n  bien oui! savez-vous ce qu'il en fait? Il grimpe sur le grand\n cerisier de ma prairie et dans ses branches enfourche les belles\n nippes neuves.\n     Nous nous éloignâmes pensifs et muets.\n     Nous avions fait vingt mètres à peine vers le centre du\n village, que nous fûmes accostés par une petite vieille à l'air\n avenant et propret ; un bon sourire éclairait son visage rond et\n luisant ; elle était soigneusement endimanchée : un bonnet de\n soie noire, bordé de dentelles tuyautées, enserrait les mèches de\n cheveux argentés ; un châle à franges blanches se croisait sur sa\n poitrine et se perdait sous les plis d'un tablier en cachemire\n bleu.\n     — Monsieur le Bourgmestre, dit-elle à notre hôte, vous\n m'aviez promis d'intervenir auprès de M. le Directeur pour\n qu'il me soit permis de retourner dans ma famille et de\n quitter Lierneux pour toujours. Ce n'est pas gentil de n'avoir\n pas tenu votre promesse! Vous savez cependant que je ne suis\n plus folle!\n     Elle lui montrait le doigt et faisait une petite moue char-\n mante d'enfant gâté.\n    — Pardon, pardon, je m'occupe de vous, mademoiselle\n Pauline. J'obtiendrai sans tarder votre libération, fit-il.\n    Les lèvres de la vieille battirent; ses yeux brillaient comme\nles facettes d'une perle de jais.\n    Lui, la regardant sans plus parler, prit son étui à cigares, en\nretira un cigare, le porta à ses lèvres.\n    La pauvrette blémit et croisa les mains sur sa poitrine en\nsigne de supplication ardente.\n    Une flamme jaillit dans les doigts de notre cicerone; il\nallumait son cigare.\n    La petite vieille s'enfuit en poussant des cris d'angoisse.\n    — Au feu ! au feu I au feu ! au secours !\n    — Le feu l'épouvante, dit Frédéric, le feu produit sur elle\nl'effet que les pièces d'argent produisent sur le cerveau de ma\nservante. J'ai voulu prouver à la malheureuse qu'elle ne peut\nsonger à sa libération. Dans son village, à la vue d'une flamme,\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "                            LIERNEUX                            17\n\nelle ameute toute la population. Ici, tous sont familiarisés avec\nses cris d'effroi, et ne les entendent plus. Curieuse folie! Dès\nque le soir tombe, la pauvre fille s'enferme dans sa chambre,\nse couche et n'ouvre point les yeux jusqu'au lendemain matin,\ntant est grande sa crainte d'apercevoir la clarté, la lueur d'une\nlampe.\n   Et nous allions parmi le village, côtoyant des aliénés à\nchaque pas; les uns passaient le front bas, l'oeil stupide sans\nnous voir.\n   D'autres nous souriaient ; d'autres encore saluaient ; d'autres\nencore, assis au coin de leurs maisons nourricières, parlaient\nentre eux, nous montrant du doigt, ou se levaient de leurs\nchaises respectueusement. D'autres, accoudés à la fenêtre\nouverte de l'étage, jetaient vers la rue un regard impassible.\nD'autres s'intéressaient aux villageoises péripéties d'un jeu de\nquille; d'autres, les bras croisés, ou les mains rejointes sur le\ndos déambulaient à pas tranquilles dans les petits jardins que\ndes haies basses séparaient de la grand'roule; ceux-là arrê-\ntaient leurs pensées fantasques sur des fleurs, des arbres, qu'ils\nfixaient obstinément.\n   Tous étaient proprets, décents ; ils semblaient calmes et\nignorer que ces heures sont des heures d'exil, qu'ils ne sont plus\nque des êtres de rêve, des êtres illusoires retranchés du\nmonde par un geste brutal de la fatalité; qu'ils ne sont plus\nque de faméliques marionnettes mues par quelque ressort ou\nficelle motrice, dansant et gesticulant sur une scène indiffé-\nrente et déserte.\n   — Cette jeune fille qui longe ce mur, nous dit notre guide,\nest récemment arrivée à la colonie. Son fiancé l'a abandonnée.\nSes lèvres ne prononcent que le nom du parjure. Comme la\nBelle au Bois Dormant, elle attend la venue du bien-aimé.\nMais, hélas! comme sœur Anne elle ne verra rien venir!\n   Nous la devançâmes. Elle nous vit et baissa les yeux. On\neût dit un fantôme frôlant le mur blanc. Une noire houppe-\nlande dissimulait la maigreur de ce long corps que sans doute\nla désespérance avait ravagé. Le visage était diaphane.\n   Et nous pensions que la démence de cette femme était heu-\nreuse ; qu'elle immortalisait en ce cerveau sombré les rêves et les\nillusions et les espoirs; que cettedémence était généreuse, qu'elle\nfleurissait de tendresse ces lèvres qui eussent dû maudire.\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": "18                          DURENDAL\n\n\n    — Lierneux possède une autre amoureuse, dit notre ami,\nmais celle-là ne fut jamais trahie. Elle n'a vu qu'en songe\nl'homme qu'elle croit adorer. Malgré ses soixante-dix hivers,\nson cœur est un perpétuel printemps. Depuis vingt ans elle\nse persuade être à la veille d'un riche et puissant mariage.\nElle va d'ailleurs vous faire la description des solennités\nnuptiales.\n    En ce disant il tira le verrou d'une porte branlante qui\ns'ouvrait sur la magie d'un pré pailleté de colchiques roses.\n   Une petite vieille y traînait la boiterie de ses jambes torses\net le dandinement de ses hanches disjointes. Elle s'arrêtait\ndevant les pommiers centenaires et les accablait de saluts\nprofonds.\n   — Ce sont les invités que vous saluez là, mademoiselle\nThérèse ? interrogea notre hôte.\n   — Oui, monsieur, fit-elle, ils arrivent en grand nombre.\nJ'attends Son Excellence le Président de la République fran-\nçaise. C'est lui qui doit nous conduire à l'autel. Nous partirons\ndans un char conduit par six chevaux blancs. Voici le discours\nque j'adresserai à mon bien-aimé dès que la bénédiction\nnuptiale nous aura pour jamais unis.\n    Elle toussa, porta aux lèvres sa main creuse, s'inclina céré-\nmonieusement, fit clignoter dans le vague ses yeux atones, et\nd'une voix chevrotante déclama ainsi :\n    — Cher fiancé, beauté sublime, je me prosterne à tes\ngenoux. Reçois l'offrande de mon âme, de ma vie, de ma\njeunesse. Notre union immatérielle réjouit les anges qui\npoussent aux cieux des hourrahs frénétiques.\n    Son visage exsangue et ridé s'était empourpré ; elle battait des\nmains et criait de sa voix fêlée :\n    — Bravo! bravo! Hourrah! hourrah!\n    Nous pensâmes encore que cette démence est une fée gra-\ncieuse éclairant de songes d'or cette âme évadée des chaînes\n décevantes de la vieillesse.\n    Nous vîmes un autre aliéné qui depuis dix ans promène parmi\nla colonie sa douleur imaginaire. Cet homme voûte ses athlé-\ntiques épaules sous le poids d'une souffrance mensongère; il va,\n l'œil gauche recouvert d'un bandeau de toile rouge qu'il prétend\n ensanglanté et qu'il noue sur sa nuque crépue.\n    En nous voyant il souleva le bandeau avec des précautions\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "                             LIERNEUX                             19\n\n\ninfinies et nous découvrit son œil noir superbe et parfait où trem-\nblait une fictive souffrance.\n   — Voyez, fit-il, on m'a arraché de l'oeil au moyen d'une\ntenaille une épine grosse comme mon pouce.\n   Et il s'enfuit en rugissant sa douleur nulle et terrible.\n   Notre hôte regarda sa montre.\n   — Il est quatre heures, l'Empereur est à présent chez Mont-\nfort où il sirote ses petits verres d'amer.\n   Nous entrâmes à la vieille auberge.\n   Un petit homme y était debout, le bras gauche accoudé sur\nle comptoir, un doigt figé au front qui semblait pesant de pensées\net de méditations ; la main droite était posée dans l'ouverture de\nla jaquette à la hauteur de la poitrine.\n   C'était bien l'attitude songeuse et le geste favori du réel\nempereur.\n   Au-dessus des joues flasques, glabres, étoilées par la variole,\npapillonnaient des yeux glauques qui se fixèrent sur nous comme\n au-dessus d'invisibles bésicles. Ses sourcils épais se froncèrent.\n   Notre hôte lui adressa le salut militaire, et du ton le plus\nsérieux et le plus naturel du monde:\n    — Bonjour, Altesse! fit-il.\n    Le bonhomme inclina la tête avec une dignité calme. Nous\nfûmes tour à tour honorés de son salut silencieux.\n   Il épiait sur nos lèvres un mot d'hommage; il avait soif d'une\nflatterie courtisane. Nous fixions ce front bas et fuyant où devait\ns'amonceler des tempêtes de bizarreries et d'extravagances.\n Nous ne parvenions pas à desserrer nos lèvres et à brûler les\n quelques grains d'encens qui eussent ravi l'être singulier.\n    — Sire, dit notre guide, voici de nouveau le soleil d'Au-\n sterlitz.\n    Mais le petit homme était insensible à ces avances exprimées\n par une bouche familière. Il voulut nous conquérir. Il sortit de\nla baie de sa jaquette une main grassouillette, lassée de s'être\néternisée dans le geste légendaire ; il croisa les bras et d'une voix\nfluette parla :\n   — Ces jeunes gens qui viennent m'interviewer sont sans doute\nambassadeurs d'une puissance amie ? Qu'ils ne s'effarouchent\npas. L'Empereur sera à l'île d'Elbe ce qu'il était à Versailles.\n La bonté fut toujours le plus noble fleuron de sa couronne!\n Ces messieurs me connaissent certainement par les toiles et\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2128, "texte": "20                           DURENDAL\n\n\n les statues, et pour m'avoir contemplé au faîte de la colonne\nVendôme !\n    Il se rengorgea, s'enfla, jeta les yeux sur les poutres enfumées\nde l'auberge où pendaient dans le bourdonnement des mouches\nquatre jambons d'Ardenne; la main grasse et piquée de taches\nde soleil avait repris sa place à l'endroit graisseux et usé de la\njaquette. Il avait parlé un français correct et pur ; il avait dû\nrecevoir une éducation soignée; ses gestes, s'ils n'avaient été\nétudiés et affectés, eussent été ceux d'un homme distingué.\n   Nous étions envahis par une incommensurable envie de rire\naux éclats, mais ce rire avortait sur nos lèvres. Il nous semblait\nque nous eussions ri d'un cadavre. Ce crâne n'était-il pas le\ncercueil d'un cerveau trépassé?\n   Le silence était poignant.\n   — Sire, dit tout à coup l'un de nous en s'inclinant avec toutes\nles marques d'un respect sincère, Sire, Votre Majesté supporte\nallègrement son séjour à l'île d'Elbe.\n   — Certes, répondit le pauvre sire. L'aigle de Wagram et\nd'Austerlitz doit planer toujours. L'île d'Elbe après l'abdication\nde Fontainebleau, et Sainte-Hélène après l'île d'Elbe. Qu'im-\nporte ce que mes destins me prédisent. Ils me trouveront debout,\net de bronze.\n   Il était pourpre à présent. Ses lèvres remuèrent convulsi-\nvement.\n   Notre hôte fit un signe d'intelligence à la patronne, accoudée\nà son comptoir, suivant la scène d'un œil indifférent.\n   Du même air placide elle laissa tomber trois mots de ses\ngrosses lèvres crevassées :\n   — Ça y est.\n   En effet, un jet d'incohérences jaillit comme des fusées des\nlèvres impériales.\n   — Oui, disait-il, je suis la grandeur et la puissance, je suis le\nneveu de Louis XVI par Marie-Louise; je suis la stratégie et la\nguerre; je. suis la littérature et la musique; je suis tous les arts;\nje suis l'observatoire, je suis...\n   — Tenez, l'Empereur, voici un amer, fit la patronne en lui.\ntendant un verre contenant un liquide rouge.\n   L'Empereur se tut ; il saisit le verre de liqueur qu'il vida d'une\ngoulée, et sortit sans plus nous voir et en poursuivant son mono-\nlogue abracadabrant.\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "                             LIERNEUX                            21\n\n\n   La patronne avait remisé sa bouteille de liqueur dans le rayon\nde son comptoir en nous disant:\n       C'est du sirop de groseille dans de l'eau. Les aliénés ne\npeuvent boire aucune liqueur alcoolisée.\n   Elle s'était de nouveau accoudée à son comptoir et fredonnait\nen jetant un oeil distrait vers la fenêtre ouverte d'où fluaient des\nbouffées de brise et des échos de rires d'enfants et de moineaux.\n   Puis elle dit en bâillant :\n   — Voilà la Reine qui va souper.\n   Nous nous précipitâmes vers le passage de cette nouvelle\nMajesté.\n   Oh ! pauvre petite Reine vieillotte, rabougrie, maigrelette !\n   Elle s'acheminait au milieu de la grand'route, toute déhanchée\net branlante, elle envoyait des petits saluts et des petits sourires\naux passants inoffensifs.\n   Nous l'accostâmes. Notre hôte la salua profondément.\n   Elle faisait des gestes maladroits et saccadés.\n   Toute cette figure -glabre se fondait en un sourire béat.\n   L'accoutrement était prodigieux, invraisemblable:\n   Un châle, en cachemire à ramages, un châle du siècle précé-\ndent entourait ce corps qu'on eût dit encouru d'un cercueil.\n   Sur le châle ou sur le linceul étaient cousus des éclats de\nporcelaines multicolores. Il devait y avoir là des souvenirs de\ntoutes les vaisselles du village et des environs.\n   Le soleil, son seul ami, le soleil qui se couchait dans une\nlointaine mare de sang, le soleil léchait ces idiotes verroteries\net les faisait ruisseler comme des rubis ; on eût dit les écailles\nd'un gros poisson rouge frétillant aux feux du couchant.\n   Sur les souliers, en guise de boucles, des tessons de bouteilles\nfaisaient des prodiges d'équilibre sous les cordes mal ajustées.\n   Le collier était fait de morceaux de cristal ébréchés, derniers\nvestiges des breloques d'un lustre villageois.\n   Des plumes de poule et de coq fichées dans les mèches de\ncheveux blancs couronnaient d'un diadème iroquois ce front\nextravagant et -pitoyable.\n   Elle était immobile à présent. Les mains chargées de bagues\nenfantines en perles sortaient du vieux châle et s'appuyaient\nsur le bâton en coudrier bariolé. Nous nous éloignâmes, ahuris.\n   C'était inénarrable. C'était surtout tragique!\n   La sublime -intelligence de l'homme peut donc déchoir à ce\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "22                          DURENDAL\n\n\npoint et s'effondrer ainsi dans les bas-fonds dû grotesque et du\nbouffon.\n    Notre hôte qui avait respecté et compris notre stupéfaction\nnous dit avec un sourire amer :\n    — Le cortège ne fait que commencer ! Vous n'avez vu que les\nfous tranquilles et pacifiques. «Nous allons voir à l'asile les fous\ndangereux et violents, ceux qu'on enferme dans les cellules et\nqui plongent, tête baissée, comme des phoques, sur les murailles\ncapitonnées. Ils sont doués d'une force inouïe. Le gardien me\nmontrait hier et vous montrera tantôt une porte épaisse de cinq\ncentimètres qui fut fendue de haut en bas dimanche par l'assaut\nd'un furieux.\n   Mais, hélas! le soir tombait; la route du retour était longue;\nnous quittâmes le petit village patibulaire où les êtres de songe\ntraînent leur vie morte, inéluctablement, pauvres forçats de la\ndestinée marâtre.\n   Un ètau enserrait notre gorge ; nos lèvres étaient scellées par\nl'angoisse. Une lourde pierre nous était tombée sur le cœur.\n   Le trot dolent du vieux cheval et le grincement des roues de\nla voiture sur le gravier des routes désertes coupaient le silence\ndu soir.\n   Nous revenions à Bovigny par la Baraque de Fraiture.\n   Nous traversâmes l'immense allée de sapins de la Cedrogne.\n    L'âme de la forêt rêvait et priait dans l'émerveillement du\nclair de lune.\n   A nos oreilles hantées, sans trêve, tintaient les grelots de la\nfolie.\n    Les sanglots de la mer obsèdent ainsi.\n    Les silhouettes pâles, émaciées et souffrantes des misérables\nentrevus réapparaissaient à nos yeux, sans merci ; ils valsaient\ndes rondes macabres autour des arbres mélancoliques.\n    Certaines faces d'agonisants ou de cadavres s'incrustent, ainsi,\néternelles horreurs, dans notre souvenir.\n    La pensée de leur fragilité hallucinait nos cerveaux ; le pantin\nque la main d'un enfantelet fait gesticuler est moins faible que\nnos cerveaux dans la griffe formidable du destin.\n    Noui passions, nous, les êtres éphémères et minuscules, que\nlancinent les orgueils puérils, nous passions dans la majesté de\ncette forêt recueillie, sous les frondaisons de chênes gigantesques\n et trois fois séculaires, sous le rayonnement de la lune et des\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 744, "texte": "                           LIERNEUX                          23\n\n\nétoiles radieuses et magnifiques, nous allions, pygmées humains,\nstupéfiés de notre impuissance devant l'âme géante des choses\net de la nature frémissante.\n   Les cimes de sapins jetaient des jeux d'ombres sur la route\nlumineuse; des chouettes, que notre passage affolait, voletaient\nd'une aile lourde, éblouies par ces clartés inusitées.\n   Un renard, chassant, glapissait dans les fourrés.\n   Et là-bas, dans le village navrant, les déments rêvaient :\nl'homme au bandeau rêvait souffrir; des femmes rêvaient d'or\net de feu, leur épouvante; les fiancées rêvaient d'amour; l'Em-\npereur et la Reine rêvaient de gloire.\n\n                                           Edgar BONEHILL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-007", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 24, "page_fin": 25, "titre_corps": "Le Refuge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Le Refuge Le Seigneur a brisé", "ancre_fin": "du repentir", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Eclaircie Après le soir mouillé", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "Le Refuge\nLe Seigneur a brisé ceux-là qui s'écrièrent\n      Pour la lutte et pour le défi...\nVous qui vous repentez, j'offre à votre prière\n      Ce mur lisse et ce crucifix.'\n. . . L e murmure du jour, à la fenêtre ouverte.\n          S'harmonise en s'af faiblissant ;\nRien ne s'y meut qu'une ombre insoucieuse et verte\n          Sous des feuillages innocents.\nUne vapeur s'argente au-dessus des salines,\n       L'air est vibrant comme une voix\nE t la mer vient rejoindre aux pieds nus des collines,\n       L a haute frondaison des bois.\n\nA suivre par le ciel aux routes inconnues,\n      L'aile pure des grands oiseaux,\nI1 semble que la vague ait lancé jusqu'aux nues\n      L a blanche écume de ses eaux !...\nL'heure bruit. Déjà l'ample soleil inonde\n      Le nuage lent et gonflé,\nS'abaisse et, moribond, darde ses flèches blondes\n       Sur la blonde épaisseur des blés...\n                         *\n\n... Vous, dont les appétits follement méprisèrent\n       La règle des couvent6 étroits,\nLes grains de cet épi sont doux comme un rosaire,\n       Cet a r b r e est grand comme la croix !\n\nVous, dont la loi d'orgueil se dressa, froide et dure,\n      Au gré des désirs bondissants,\nEcoutez le soupir qu'a poussé la verdure\n      Au devant du soir qui descend!\n\nVous, que le nœud d'angoisse enlace et supplicie\n      E t tient jusqu'au cœur engagés,\nVoyez de quel émoi, dans sa sphère éclaircie,\n      Tremble l'étoile du berger !\n                         *\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 588, "texte": "                      ÉCLAIRCIE                                25\n\n\nLa cire du passé, solennelle et maudite,\n      Ainsi qu'un long cierge se fond !\nRien ne troublera plus cette ombre qui médite\n      Devant ce Christ aux yeux sans fond...\n\nSa prière a suivi l'éternité de l'heure\n       P a r les ténèbres étouffants,\nE t le matin sourit sur cet homme qui pleure\n       Avec les larmes d'un enfant!\n\nVotre rosée, ô fleurs, a coulé sur cette âme\n      Que la grâce vient d'investir,\nTandis qu'à l'orient s'unit la double flamme\n      De l'aurore et du repentir!...\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-008", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 25, "page_fin": 25, "titre_corps": "Éclaircie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Nigond", "ancre_debut": "Eclaircie Après le soir mouillé", "ancre_fin": "GABRIEL NIGOND", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 588, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": "Eclaircie\nAprès le soir mouillé, cette aube est plus sereine\nOù le sol entr'ouvert attend déjà la graine,\nSous un soleil furtif, bienfaisant et léger,\n\nLe brouillard qui descend du coteau vendangé\nDécouvre une forêt lentement a p p a r u e ;\nOctobre, au bord des eaux, sourit à sa pâleur\nE t voici qu'aux guérets reluit, comme une fleur,\nLe soc t r a n c h a n t et bleu des premières charrues.\n\nT u peux me suivre... Il est, au détour des chemins,\nUn feu de vagabonds pour y tendre tes mains;\nLe s a r m e n t y pétille avec des pailles blondes...\n\nLes voix de l'horizon vibrent et se répondent.\nSur le ruisseau, roulant son obscure fraîcheur,\nUn saule creux se penche ainsi qu'un vieux pêcheur\nE t l'eau mélancolique où trempent des javelles\nE m p o r t e vers le fleuve, au fil de son courant,\nHarmonieux et doux, sonore et transparent,\nLe cœur délicieux de l'automne nouvelle...\n\n                                             GABRIEL NIGOND.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-009", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 26, "page_fin": 29, "titre_corps": "L’Avenir des Lettres belges", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "L’Avenir des Lettres belges Louis Delattre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1961, "texte": "L'Avenir des Lettres belges\n               Louis, Delattre, conteur excellent,, polémiste à ses\n                  heures, a pris récemment, dans le Petit Bleu,\n                  l'initiative d'une campagne énergique en faveur\n                  des Lettres belges.\n                     De quoi souffrent-elles, demandera-t-on?\n                  Certes point de la pénurie de personnalités\n                  éminentes, poètes, romanciers, critiques, écri-\n                  vains en tous les genres auxquels leurs œuvres\nont acquis réputation, voire grande renommée et influence...\nDans leur patrie? Non pas, à l'étranger!...\n   En Belgique, il n'y faut pas encore compter! Car, à l'heure\nqu'il est, l'idée qu'il puisse exister une littérature belge paraît\nétrangement comique à nombre de nos compatriotes, quelle que\nsoit, du reste, leur mentalité, raffinée où grossière. Ce n'est pas\nà dire que les uns ou les autres y aient été voir ; les premiers\nsavent, peut-être, de nom, Lemonnier, Maeterlinck, Verhaeren,\nDemolder, parce qu'ils ont connu, par les gazettes, que ces écri-\nvains étaient honorés en France; — Picard, parce qu'il est\nhomme politique; mais que représentent pour eux les noms d'Al-\nbert Giraud, de Fernand Séverin, d'Iwan Gilkin? ceux de\nGeorges Eckhoud, de Maubel, de Louis Delattre? Et je ne\ncite que les plus considérables, les auteurs d'une longue suite\nd'oeuvres fortes, éclatantes ou exquises qui, partout ailleurs,\nles auraient conduits à la célébrité. Le succès ou la notoriété\npour un écrivain belge seraient-ils donc au prix de l'expatria-\ntion? Et faudra-t-il arriver à cette paradoxale conclusion que la\nlittérature belge n'a de chances de vie que hors de la Belgique?\n   On objectera l'absence de sensibilité littéraire ou, plutôt, la\nprédominance de la sensibilité artistique chez le Belge. C'est un\nfait, et provenu de cent causes convergentes qui ont agi puis-\nsamment sur le développement et l'art de notre peuple. Mais\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2426, "texte": "                 L'AVENIR J5ES LETTRES BELGES                  27\n\n\nl'apparition, rare, d'abord, de plus en plus nombreuse, ensuite,\ndepuis une quarantaine d'années, d'écrivains originaux -\nPirmez, Decoster, Lemonnier, Picard; puis, le groupe de la\nJeune Belgique; puis les autres, en masse — est un fait, aussi,\net qui, évidemment, correspond à une modification ou à une\nextension de la sensibilité nationale.\n   Où voit-on, au surplus, que l'expression de la sensibilité d'un\npeuple doive rester immuable? Elle varie, se transforme, prend\ntoute son ampleur tantôt dans les lettres, comme en France, au\nXVIIe siècle; tantôt dans les arts, comme dans l'Italie du\nXVe siècle qui, pour remplacer le Dante, Pétrarque et Boccace,\nn'avait plus que des pédants et des pasticheurs du grec ou du\nlatin. Les peintres n'ont-ils pas été aussi tardifs en Angleterre\nque les écrivains chez nous?\n   La vérité est que cette floraison littéraire, née spontanément,\nne rencontrait pas ici un terrain préparé et propre à permettre\nson immédiat épanouissement. Au contraire des beaux-arts, les\nlettres étaient sans tradition dans ces provinces, et le mou-\nvement, nécessairement un peu révolutionnaire à l'origine, se\nheurta à l'hostilité ambiante, au dénigrement plein de suffi-\nsance auquel certains journaux font encore écho, à présent, ou\n— ce qui est pis — à l'indifférence. Comme le disait Edmond\nPicard, l'an dernier, au Sénat, il fallut vraiment des qualités\nextraordinaires de ténacité et de désintéressement pour doter\nd'une littérature un pays qui, si manifestement, ne s'en sou-\nciait pas !\n   Malgré tout, ce mouvement a survécu, a gagné dans l'atten-\ntion du public, s'est recruté des adhérents et des admirateurs\ndans les jeunes générations : il n'est plus possible d'en mécon-\nnaître ni l'importance, ni l'intensité. Mais, comment espérer\nqu'il se perpétue, que les vocations nouvelles ne se détournent\nvers d'autres activités, si la carrière littéraire ne permet pas à\ncelui qui l'exerce d'escompter une rémunération honorable de\nson travail?\n   Cependant, il faut bien constater que le livre belge n'a, en\nBelgique, ni public, — et c'est une conséquence compréhensible\n— ni éditeur. On aperçoit facilement les raisons de ce phéno-\nmène : la principale, sans doute, est la propension très médiocre\nde la masse de nos concitoyens pour les choses littéraires. Le\npublic est restreint et encore faut-il compter avec l'énorme pro-\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3113, "texte": "28                                      DURENDAL\n\n\n\nduction française qui submerge tout et offre à la clientèle de\nnos libraires un choix illimité où tous les appétits peuvent se\nsatisfaire, les plus délicats comme les plus ignobles — tandis\nque les livres de nos écrivains, en général, par leur forme, leur\nconception — ou, si l'on veut, leur ambition — d'art ne visent\nque la moindre partie de cette clientèle.\n                                             *   *\n\n  Certain journal politique, raillant lourdement l'initiative de\nDelattre et le questionnaire (1) élaboré par quelques-uns de nos\nconfrères, à la suite des articles de celui-ci (!), parlait de « demi-\nesthètes et d'écrivains sans lecteurs qui élèvent la prétention\nde se faire entretenir aux frais des contribuables ». Ce quoti-\ndien, fort ardent, et on ne peut que louer son zèle, à la défense\ndes petits commerçants ou des petits bourgeois, estime, sans\ndoute, que les gens de lettres n'ont pas le droit de vivre de leur\ntravail, ou il ne leur reconnaît ce droit que s'ils consacrent leur\nplume à la rédaction de tartines politiques ou de faits divers !\n   Le prêtre vit de l'église : pourquoi pas l'écrivain de son art?\nLa presse, aussi, à ce que l'on dit, exerce un apostolat — pour-\nquoi serait-il seul lucratif? Mais ce n'est là qu'une question\nsubsidiaire : le but poursuivi par Delattre était précisément de\ncréer en notre pays, et d'entretenir, cette tradition littéraire\nqui commence à peine de s'y former. Et, avec infiniment de\nraison, il estimait que c'était sur les jeunes générations, par la\nvoie de l'enseignement, qu'il fallait agir — mais, non point par\n\n    (1) Voici la teneur de ce questionnaire qui a été soumis à tous les gens de lettres\nbelges : 1° formation d'un Ministère spécial des Lettres et Beaux-Arts,             ou du moins\nréunion des administrations des Sciences et Lettres et des Beaux-Arts; 2° création\nd'une Commission littéraire permanente sous forme d'Académie de Littérature française\nà l'égal de l'Académie Flamande, ou de Casse nouve le ajoutée à l'Académie de Belgique,\njouissant d'un budget spécial, et ayant pour but la culture et le développement des\nLettres Françaises en Belgique; 3° proposition de compléter l'enseignement de la\nL i t t é r a t u r e Française en organisant, à côté de l'enseignement actuel, qui a pour objet\nprincipal l'étude de la langue, des conférences et des cours supérieurs de littérature dans\nles universités; 4° organisation sérieuse de Bibliothèques Scolaires de toutes les litté-\nratures en général et de Littérature Belge en particulier, à l'usage des enseignements\n moyen et supérieur; 5° publication, aux frais de l'Académie, de manuscrits d'auteurs\nbelges et distribution de récompenses nombreuses aux meilleurs ouvrages parus dans les\ndivers genres littéraires; 6° fondation d'un Théâtre classique par allocation de subsides\nà une scène pour la représentation des chefs d'oeuvre, et revision du cahier des charges\nde nos scènes subventionnées, pour permettre aux directeurs de monter des pièces\nd'Auteurs Belges inédites, sans sacrifier leurs intérêts commerciaux.\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "                 L'AVENIR DES LETTRES BELGES                     29\n\nl'enseignement de la littérature tel qu'il existe, purement péda-\ngogique, mais par un enseignement spécial, vivant, nouveau,\ncapable de semer dans l'intelligence des enfants et des jeunes\ngens l'amour et le désir des lettres. Depuis quelques années, les\nconférences de toute sorte ont pris une extension extraordinaire\net sont de plus en plus fréquentées : quoi de plus naturel que\nd'user d'un procédé analogue dans les écoles, où il porterait de\nbien autres fruits que chez un public plus avide, apparemment,\nde prendre une rapide teinture des choses que de se donner la\npeine de les approfondir?\n   Il s'agirait, en somme, de donner accès dans les collèges et\nles athénées à nos meilleurs écrivains qui, à intervalles régu-\nliers, étudieraient et commenteraient, devant les élèves des\nclasses supérieures, quelque auteur français ou belge. Peut-on\ndouter de l'intérêt que les collégiens apporteraient à des cours\nde cette espèce, tout à fait différents comme forme et méthode\nde l'enseigne men dispensé par les professionnels et d'autant\nplus propres à susciter en eux des impressions durables et\nfécondes?\n   L e questionnaire que nous reproduisons plus haut énonce\nencore d'autres vœux, n o t a m m e n t en ce qui touche la recon-\nnaissance officielle de l'existence d'une littérature belge d'ex-\npression française. Nous nous y associons également, sans\ninsister davantage, car nous aurons, sans doute, l'occasion d'y\nrevenir. A propos d'un de ces vœux qui porte sur la création\nd'une académie littéraire française ou l'un organisme analogue,\nnous ajouterons pourtant, à l'intention de ceux de nos lecteurs\nqui ignoreraient cette cocasse particularité, que l'Académie\nexistante comprend plusieurs classes, parmi lesquelles la classe\ndes belles-lettres; seulement, en vertu du règlement, cette\nclasse est inaccessible aux littérateurs !\n                                              ARNOLD G O F F I N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-010", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 30, "page_fin": 35, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Chronique Musicale Premier Concert du Conservatoire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "Chronique Musicale\n  P r e m i e r Concert du Conservatoire. — Ce concert a été\nadmirable. La cantate de Bach que M. Gevaert y a fait entendre, Liebster\nGott wann werd' ich sterben, dont M. Antheunis a écrit une belle traduction\nfrançaise sous le titre du Chrétien mourant, peut être rangée au nombre de\nces poèmes merveilleusement expressifs et humains, poèmes de clarté et de\nbonheur si fréquents dans l'œuvre de Bach et où, dans un langage empreint de\nla plus haute éloquence, le Cantor de Leipzig exprimait cette nostalgie de la\nmort qu'il ressentait si intensément au fond de son cœur. Musique baignée\ndans les rayons sacrés d'une lumière auguste, éveillant d'ineffables échos\njusque dans les profondeurs de l'âme humaine qui, en l'écoutant, respire avec\nplus de calme, plus de sérénité, et sent comme un baume moelleux et bien-\nfaisant se répandre sur ses éternelles blessures.\n   Comme le dit si justement Schweitzer dans le beau livre dont nous parlions\nrécemment, Bach aime la Mort comme la Libératrice suprême. Au lieu de lui\napparaître comme un spectre sous les mensongères apparences de l'atroce et\ntraditionnel squelette, elle emprunte pour lui les traits d'un ange lumineux au\nvisage sublime découvrant soudain par delà les abîmes du formidable mystère\nles régions surhumaines et pacifiques où trône l'immortelle Beauté.\n   Puis on a entendu la Symphonie Chorale de Beethoven, un des plus\néblouissants sommets de la pensée et de l'émotion humaines, voisin dans le\nciel de l'art de ces autres faîtes radieux qui s'appellent la Missa Solemnis, la\nPassion selon Saint Mathieu, la Tétralogie wagnérienne. L'éminent chef de\nnotre Conservatoire conduisit l'œuvre colossale avec une magistrale puissance\net une vaillance admirable. Ce furent d'immenses impressions d'art et nous\nréunirons dans un hommage collectif tous ceux à qui nous en sommes rede-\nvables, M. Gevaert et son merveilleux orchestre, MM. Seguin, Laffitte,\nGuidé, Anthoni, M lles Latinis, Lecluyse, Sylva et Flament, sans oublier les\nchœurs.\n   D e u x i è m e C o n c e r t Y s a y e . — Au programme, une œuvre fran-\nçaise, la Viviane de Chausson et deux œuvres belges, la symphonie Belgica\nd'Albert Dupuis, et une Rhapsodie pour orchestre de Vreuls.\n   La Viviane de Chausson est un poème d'essence exquise et affinée dont\nl'éloquence descriptive est d'autant plus efficace qu'elle est atteinte par des\nmoyens d'expression d'une remarquable sobriété et dont l'interprétation\nsavamment nuancée de l'orchestre d'Ysaye a dégagé l'intime poésie jaillissant\nen sonorités veloutées et en harmonies savoureuses.\n   La Rhapsodie de Vreuls, un des représentants belges les plus autorisés de.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3523, "texte": "                            CHRONIQUE MUSICALE                                  3l\n\n\n l'école Franckiste, est une œuvre très vivante. A cet art disposant de pré-\ncieuses ressources on pourrait cependant reprocher un excès d'abondance et\n de facilité, l'usage réitéré de certaines formules, suggestives à la vérité, mais\n dont la répétition trop fréquente émousse la portée et la puissance, une prédi-\nlection trop accusée pour les harmonies âpres et violentes. Ces réserves faites,\nla Rhapsodie présente des parties intéressantes, notamment celle où la sym-\nphonie, s'amplifiant dans une progression large et passionnée, revêt une inten-\nsité d'accent très significative. Nous regrettons de ne pouvoir en dire autant\nau sujet de la Belgica d'Albert Dupuis, qu'Ysaye a dirigée avec une vaillance\nsuperbe.\n    Si la Symphonie de Dupuis atteste les facultés inventives du jeune composi-\nteur et l'ingéniosité de sa palette orchestrale par exemple dans l'Intermezzo,\nelle manque absolument de cette ampleur, de cet équilibre, de cette architec-\nture qui sont les caractères essentiels de la Symphonie, suivant la conception\ntrès nette et définitive que nous avons de cette forme d'expression musicale, la\nplus élevée qui soit dans le domaine de la musique pure. Considérée comme\nsimple fantaisie, elle semble trop tourmentée et convulsive pour répondre à\nl'idéal de joie sereine et enthousiaste dont s'inspire toute œuvre lyrique glori-\nfiant la Patrie, ne justifiant d'ailleurs son titre que par des rappels de la Bra-\nbançonne dont le motif initial est constamment ébauché de façon timide à côté\nde l'œuvre sans se fusionner jamais avec elle et la pénétrer victorieusement. Si\n Dupuis avait des intentions descriptives possédant un degré de précision suffi-\nsante, il eût mieux fait de les indiquer dans un programme, ainsi que le font à\ntrès juste titre tous les auteurs de poèmes symphoniques. Dupuis nous a\ndéjà donné mieux que des promesses, particulièrement au théâtre, et nous souhai-\ntons, nous sommes certains même qu'il prendra bientôt sa revanche.\n    Feruccio Busoni a exécuté de nouveau le Concerto de Saint-Saëns (n° 5)\nqu'il avait joué il y a trois ans au Concert Populaire. Interprétation envelop-\npante situant l'œuvre du maître français dans une atmosphère délicatement\npoétique toute en délicieuses demi-teintes. Busoni a ensuite joué les Variations\nde Paganini-Brahms et de Paganini-Liszt. Il est regrettable que le grand\npianiste dont les récitals furent, après ceux de Rubinstein et de d'Albert, parmi\nles plus artistiques qu'on ait entendus à Bruxelles ; que l'interprète compré-\nhensif de Bach, de Beethoven, de Chopin, n'ait rien trouvé de mieux à nous\ndonner de son vaste et riche répertoire.\n  T r o i s i è m e Concert Ysaye. — Au programme de ce concert\nétaient inscrites deux œuvres belges nouvelles, la Symphonie homérique, de\nLouis Mortelmans, et Lalla Roukh, un tableau symphonique de Joseph\nJongen, inspiré de Thomas Moore.\n   On connaît les Lieder, d'un sentiment si fin et délicat, que le distingué com-\npositeur anversois écrivit sur des poèmes du grand Guido Gezelle. Mortelmans\nprésente maintenant au public bruxellois une composition de plus large enver-\ngure. La Symphonie homérique, dont l'allure héroïque semble justifier le quali-\nficatif choisi par l'auteur, révèle une personnalité déjà bien dégagée et caracté-\nristique. L'abondance des idées, la vigueur et la fierté de l'accent, la simplicité\nforte de l'écriture, la clarté souveraine de l'inspiration ainsi que la variété des\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3411, "texte": "32                                 DURENDAL\n\n\n aspects dont elle se pare, voilà autant de précieuses qualités par où se recom-\n mande cette œuvre florissante de verve et de santé qui. si elle manque parfois\n de protondeur, resté toujours très distinguée et constamment intéressante d'un\n bout à l'autre.\n    Le poème Lalla Roukh nous apparaît non seulement l'œuvre la plus forte\n que Jongen ait écrite, mais encore une des plus belles à tout égard que nous\n ait donné jusqu'ici la jeune école musicale belge. L'auteur nous prévient expres-\n sément « qu'il n'a pas suivi minutieusement la trame du poème, mais cherché\n à décrire l'état psychique des deux personnages principaux de l'œuvre de\n Moore ».\n    Cette préoccupation psychologique de traduire les intimes sentiments de\nl'âme est généralement dans le domaine musical une source d'inspiration\nplus haute et plus féconde que celle où vont puiser lés auteurs de tableaux\nsymphoniques purement descriptifs. Et en effet, dans le poème de Jongen règne\nune vie intérieure profonde. L'élévation du style y égale la beauté de l'inspi-\nration. C'est une œuvre d'art très noble sertie dans la parure d'harmonies tour\nà tour subtiles et puissantes que traverse et vivifie un ample souffle lyrique\ns'affirmant au cours d'une progression du caractère le plus émouvant. Les\nœuvres de Mortelmans et de Jongen ont bénéficié au Concert Ysaye d'une\ninterprétation magistrale et impressionnante.\n   A ce concert, le merveilleux violoniste Jacques Thibaud prêtait son concours.\nNous avons déjà eu l'occasion de dire ici tout ce que nous pensions de ce jeu\nque caractérise l'émotion captivante et enchanteresse, le velours, la souplesse\net l'exquise tendresse du phrasé. Thibaud a ravi son auditoire en exécutant le\nConcerto en si mineur de Saint-Saëns, un des plus beaux de la littérature du\nviolon. Ne se sentant point en disposition d'exécuter encore la Chaconne de\nBach, qui figurait en second lieu au programme, Thibaud proposa à Ysaye de\njouer avec lui le Concerto de Bach, pour deux violons. Et Ysaye réalisa le tour\nde force d'improviser cette interprétation après les fatigues et la dépense inouïe\nde deux heures de direction. Ce fut une impression d'art supérieure. La plus\nbelle œuvre écrite pour le violon, interprétée par les deux plus grands violo-\nnistes de notre époque, et apparaissant ainsi dans toute sa royale et rayon-\nnante beauté, quel souvenir inoubliable !\n   Le Divertissement pour orchestre isur des chansons russes, du jeune compo-\nsiteur français Henri Rabaud, terminait ce magnifique concert. Malgré le voi-\nsinage écrasant de l'œuvre du cantor de Leipzig, il a intéressé par sa forme\nélégante, son charme entraînant, ses rythmes raffinés et spirituels.\n\n    D e u x i è m e C o n c e r t P o p u l a i r e . — En tête de son programme,\n Dupuis avait inscrit la Mer, esquisses symphoniques de Claude Debussy.\nQue l'on admette, discute ou désapprouve cette esthétique spéciale et dérou-\ntante, ainsi que ses possibilités de développement et d'évolution future, l'art\nde Debussy a droit à tous les respects, parce que, très personnel et sincère,\nil cherche à introduire dans l'art musical des modes expressifs nouveaux,\nauxquels on peut contester la profondeur et l'efficacité émotive, mais qui n'en\nsont pas moins extraordinairement ingénieux et parfois fort suggestifs. La\nsuite intitulée La Mer constitue un exemple caractérisé de la façon dont\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                  33\n\n\nDebussy conçoit et interprète musicalement la nature. En ces pages, juste-\nment dénommées Esquisses symphoniques, qu'on ne recherche ni la ligne, ni\nl'architecture musicale, puisque ce n'est pas là ce que l'auteur a voulu y mettre.\nDebussy semble considérer le monde comme un kaléidoscope géant, un\nassemblage indéfini de formes et d'apparences instables, dont l'artiste n'aurait\nque faire de pénétrer et de refléter l'harmonie essentielle, se bornant à en fixer\nles impressions brèves, mobiles et éternellement fuyantes. Ces notations scru-\npuleusement transcrites sont souvent ingénieuses, particulièrement dans les\nJeux de vagues, et d'une intensité de réalisme si surprenant, qu'elles appa-\nraissent en quelque sorte comme une série de photographies sonores à la\nvérité très dissociées l'une de l'autre. On pourrait toutefois se demander si ces\nvoix isolées de la nature alternativement caressantes ou cruelles, si ces rumeurs\néparses disséminées en impressions minuscules et fragmentaires traduisent\nbien efficacement le mystère solennel et immanent, la grande synthèse lyrique\net harmonieuse de l'Océan. On pourrait aussi dire que le poème reste trop\nextériorisé, car ce qui constitue l'intérêt essentiel d'une œuvre d'art même\npurement descriptive, c'est son élément subjectif, c'est-à-dire la part et la\nqualité d'émotion lyrique qu'il renferme, émotion qui, si elle n'est pas totale-\nment absente de la composition de Debussy, s'y dérobe en tout cas derrière\nun voile assez dense pour être impénétrable.\n    La seconde œuvre exécutée par l'orchestre de Dupuis était intitulée Paris,\nimpressions de nuit, de Delius, un musicien de talent, dpnt le nom déjà, avan-\ntageusement connu en Allemagne, n'avait pas encore pénétré dans nos\nparages. Paris est un poème symphonique sans programme, somptueusement\norchestré, et qui, au point de vue de l'esthétique dont il procède, semble tenir\nune place intermédiaire entre Strauss et Debussy. Autant qu'on peut en juger\naprès une seule audition, cette composition, prodigue en effets antithétiques,\nrenferme des pages excellentes, sortes de paysages nocturnes d'un coloris\nsombre, mais savoureux, à côté de longueurs et d'obscurités où l'auteur aurait\npeut-être pu porter la lumière en précisant ses intentions descriptives dans un\ncommentaire explicatif.\n    Sylvain Dupuis et son orchestre ont droit aux plus vives félicitations pour\nla mise au point de ces deux compositions, si hérissées de difficultés techniques\net rythmiques, et dont ils sont arrivés à dégager autant que possible la signifi-\ncation poétique et expressive.\n    Le concert se terminait par une suite d'orchestre extraite de Morgane, un\nopéra récemment représenté à Anvers et dont l'auteur, Auguste Dupont, est le\nfils du pianiste et le neveu du grand et regretté chef d'orchestre Joseph\n Dupont. En cette musique très finement écrite et qui a, en outre, le mérite de\n refléter expressivement le texte dont elle s'inspire règne une fraîcheur de senti-\n ment, une sincérité d'accent et un charme mélodique remarquables.\n    La virtuose du concert que Dupuis faisait entendre pour la premiere fois au\n public bruxellois était Mlle Stefi Geyer, une jeune violoniste hongroise âgée de\n dix-sept ans, élève du fameux Jeno Hubay, et qui fait honneur à son maître. La\n qualité du son qu'elle tire de son instrument est vraiment délicieuse, d'une\n limpide et transparente pureté, bien qu'elle laisse encore à désirer sous le rap-\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3458, "texte": "34                                DURENDAL\n\n\nport de la fermeté et de la plénitude. Son jeu se distingue par la clarté, la\ngrâce, la souplesse et une technique étincelante. Si le sentiment expressif n'a\npas encore l'ampleur souhaitable, il faut en chercher la cause dans la jeunesse\nde l'artiste et l'on sent qu'il ne tardera pas à se développer et à prendre victo-\nrieusement son essor. M lle Stefi Geyer a joué un mauvais concerto de Gold-\nmark, le Rondo Capricioso de Saint-Saëns, des Czardas de Hubay, puis des\npièces de virtuosité enlevées avec une prestesse et une délicatesse surprenantes.\nLa. gracieuse artiste, qui se présente au public avec une simplicité charmante\net une distinction parfaite, a été fêtée et ovationnée ainsi qu'elle le méritait.\n\n  Premier Concert Delune. — M. Delune a inauguré la nouvelle\nsérie de ses concerts par une brillante soirée rehaussée de la participation\nd'Ysaye. Les nombreux admirateurs du grand violoniste étaient accourus en\nfoule pour entendre et acclamer l'artiste inspiré dont les interprétations ont\nune fois de plus atteint ces hauteurs claires où l'impression d'art subsiste seule\nplanant triomphante au-dessus de tout, faisant oublier la virtuosité et la per-\nfection des procédés d'exécution. Le Concerto en mi de Bach s'est élevé comme\nun hymne de gloire dans une atmosphère de sérénité idéale, avec de fières\nenvolées lyriques et une merveilleuse ampleur de rythme. Le maître a ensuite\njoué la partie de violon principal dans la Symphonie de Vreuls, déjà entendue\nl'an dernier aux Concerts Ysaye, oeuvre captivante autant par l'abondance\ndes idées que par la richesse des colorations et que cette seconde audition nous\na permis de goûter d'une façon plus complète. Une des plus belles choses qui\nfiguraient au programme de cette soirée a été sans doute l'admirable suite en\nsi mineur de Bach pour orchestre à cordes et flûte, où le soliste M. Demont\ns'est particulièrement distingué, et dont M. Delune a parfaitement fait ressortir\n la majesté tempérée de grâce. L'interprétation de la Symphonie rhénale de\n Schumann a été un peu molle et confuse et n'a point mis suffisamment en\n lumière la portée expressive du poème.\n\n   A u C e r c l e A r t i s t i q u e . — Société des instruments à vent Taffanel.\nMme Mysz Gmeiner. — Mme Samuel Kleeberg.\n   Le Cercle Artistique a rouvert ses portes, à la grande joie de tous les fervents\nde l'art, et recommencé la série de ses belles soirées d'hiver.\n   La première séance a été donnée par la Société Taffanel, de Paris\n(MM. Grovlez, pianiste; Bleuzetet Bourbon, hautboïstes; Mimart et Lebailly,\nclarinettistes; Penable et Delgrange, cornistes ; Letellier et Jacot, bassonistes;\nGaubert, flûtiste). Ils sont tous des artistes de race, possédant des œuvres\nqu'ils exécutent une compréhension juste et élevée et arrivant à des inter-\nprétations remarquablement fines, tour à tour enjouées et touchantes, mais\ntoujours (et c'est là leur beauté caractéristique) délicieusement nuancées. Ils\nont ravi leur auditoire dans toutes les pièces de leur programme excellemment\ncomposé (si l'on en excepte le Divertissement de Bernard, composition prolixe\ndénuée d'intérêt) et qui comprenait, en outre, un frais et lumineux quintette\nde Mozart (piano, hautbois, clarinette, cor, basson), un trio pour deux haut-\n bois et basson de Haendel, exécuté par MM. Bleuzet, Bourbon et Letellier, avec\n autant de verve et de précision que de virtuosité, une romance et pastorale de\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                 35\n\nGounod, évoquant le souvenir de Mireille; enfin, une très charmeuse sonate\nde Bach pour flûte et piano, où l'on a beaucoup apprécié le flûtiste Gaubert,\ndont le jeu se caractérise par une exquise douceur, par des sonorités délicates\net poétiquement insinuantes.\n   Le Liederabend de M me Mysz Gmeiner a pleinement réussi. Nous avons\ndéjà souvent fait l'éloge de cette artiste. Elle a chanté des Lieder de Schubert,\nCornelius, Schumann, Hugo Wolf, Brahms, avec cet art souple, ingénieux et\nvibrant que viennent seconder le charme d'une voix chaude, généreuse, de\nmétal riche et clair, le prestige d'une diction spirituelle et expressive. Nous\nsommes doublement reconnaissants à M me Mysz Gmeiner, qui indirectement\nnous a donné l'occasion d'entendre et d'applaudir une autre artiste fort juste-\nment goûtée, la pianiste M me Clotilde Samuel Kleeberg. Le Liederabend de\nMme Gmeiner était fixé au 1er décembre. Mais, à cause d'un malentendu dont\nil serait fort oiseux de rechercher les causes, la cantatrice hongroise ne put se\nfaire entendre ce soir-là au Cercle. M. Hymans fit appel au talent et au\ndévouement de M me Samuel, qui, fort heureusement, se trouvait dans l'audi-\ntoire, et qui, avec une complaisance charmante, improvisa d'emblée un récital\nde piano, où figuraient les noms de Mozart, Beethoven, Chopin, Schumann,\nBrahms,. Schubert, Mendelssohn, récital au cours duquel la sympathique\ninterprète se fit chaleureusement acclamer et déploya les séductions de son jeu\nsi intelligemment et subtilement nuancé, jeu dont l'absolue distinction n'est\njamais en défaut et qui, fleuri de grâce émue, chante comme le jaillissement\ndiscret d'une source claire.\n\n   C o n c e r t s d i v e r s . — Un mot du concert donné à la Grande-Harmonie\npar M. Cornelis Liégeois, violoncelliste, avec le concours de Mme Auguez de\nMontalant, cantatrice, et du pianiste Ricardo Vinès. M. Liégeois, sans atteindre\nà l'expression profonde, possède un jeu fort pur et interprète avec goût les\nœuvres. Si la voix de M me Auguez de Montalant, parfois inégale, semble un\npeu fatiguée, l'artiste chante avec un sentiment très personnel et une com-\npréhension musicale affinée. Quant à Ricardo Vinès, nous l'avons déjà fré-\nquemment entendu aux Concerts de la Libre Esthétique. C'est un pianiste au\njeu délicat, souple, coloré, particulièrement fin et suggestif tout en demeurant\nprécis dans l'interprétation des œuvres de Debussy, d'exécution si ardue.\n   Signalons aussi les interprétations charmeuses et poétiques de la violoncel-\nliste M™ Fernande Kufferath, dont le concert a été couronné d'un plein succès\net auquel Seguin, le chanteur si goûté de tous les amateurs d'art vrai, prêtait\nson concours.                                          GEORGES DE GOLESCO.\n\n   A cause de l'abondance des matières, nous regrettons de ne pouvoir que\nsignaler sans entrer dans des détails le récital grandiose de Feruccio Busoni à\nla Grande-Harmonie, le récital de Bosquet où les plus grands noms de la\nmusique étaient représentés et qui a mis une fois de plus en lumière les si\nbelles qualités de style et de technique de notre jeune compatriote, le concert\ndonné par la jeune violoniste Stefi Geyer dont nous avons caractérisé plus\nhaut le talent avec le concours d'un très intéressant pianiste M. Goldschmidt,\nenfin la très artistique série de soirées consacrées par Bosquet et Chaumont à\nl'audition des sonates de Beethoven pour piano et violon\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-011", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 36, "page_fin": 42, "titre_corps": "Les Salons d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Salons d’Art Le Salon international des Beaux-Arts de Venise", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "Les Salons d'Art\n   Le Salon international des Beaux-Arts de Venise. —\nPour la sixième fois depuis sa fondation, l'Exposition de Venise vient de\nclôturer brillamment son Salon bisannuel. On sait que, grâce au tact, à\nl'impartialité et à l'énergie d'un comité qui a su ne pas se laisser déborder,\nce Salon a pris place au tout premier rang des grandes expositions d'art de\nl'Europe. Il faut reconnaître, d'ailleurs, que d'une manière générale, le choix\ndes artistes invités et des œuvres acceptées est heureux ; les salles sont belles,\nsans être grandes et la lumière y est excellente ; les toiles sont convenablement\nespacées et presque toujours groupées par nationalités ; enfin, la décoration\ngénérale, d'un goût moderne assez pittoresque, s'inspire pour chaque salon\ndes tendances dominantes de l'art décoratif des différents pays.\n    Le palais de 1'Exposilion s'érige dans les Jardins publics, à l'extrémité du\nquai des Esclavons, d'où l'oeil embrasse toute la lagune et l'entrée du port,\ndepuis la Pointe du Salut et Saint-Georges Majeur jusqu'au Lido; site\nadmirable, propice au rêve, d'une beauté impressionnante, qui excite l'admi-\n ration et la sensibilité.\n    La Belgique peut être fière de sa participation au Salon de Venise; qua-\n torze artistes ont été invités : Constantin Meunier, qui est représenté par deux\n bronzes, dont le bas-relief: Les Mineurs rentrant du travail; Hermans, Gilsoul\n et Van Biesbroeck, dans le Salon d'honneur; Claus, Frédéric, Laermans,\n Marcette, — un de ses tableaux a été acquis par S. M. le roi d'Italie —\n Buysse, Delaunois, Braecke, Rombaux, Henry et Georgette Meunier.\n    Cet ensemble est l'un des plus intéressants du Salon ; il a été ici extrême-\n ment remarqué et l'on a admiré tour à tour la puissance géniale de Constantin\n Meunier, la lumière vibrante de Claus, le dessin admirable, et l'originalité si\nbelle de Frédéric, les impressions poignantes qu'évoque Laermans, la rare\n finesse de coloris de Marcette, les paysages solides de Gilsoul, les dessins\n curieux d'Henry Meunier. La plupart de ces œuvres sont connues des lec-\n teurs de Durendal; qu'il nous suffise donc de constater et l'impression remar-\n quable qui se dégageait de leur ensemble et le succès mérité qu'elles ont\n obtenues.\n    Deux compartiments attirent surtout l'attention, celui de la' France et\n celui de l'Espagne. D'abord, l'admirable Cottet, Un Jour de fête en Bretagne,\ne Vieux Cheval et les Picheurs fuyant devant la tempite. Oh est vraiment frappé\npar le métier merveilleux de cet artiste volontaire, persévérant, outrancier\ngouvent, mais avec conscience. Tout, jusqu'aux moindres détails du fond,\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3325, "texte": "                            L E S SALONS    D'ART                           37\n\nest poussé avec le même souci de perfection ; et pourtant, quelle profondeur\ndans ces paysages, quelle unité d'impression saisissante dans chacune de\nces œuvres, et comme cela est, avec une beauté égale, différent de l'admirable\ntriptyque et des couchers de soleil du Musée du Luxembourg, et encore de\nvues de villes espagnoles tant admirées au dernier Salon du Champ-de-Mars\net à la récente exposition d'Anvers !\n   A côté de lui, Jacques Blanche expose un superbe portrait de Rodin, doux,\ntranquille et simple, avec un éclair dans le regard ; de lui encore une curieuse\nétude de jeune femme debout devant la glace, en corsage noir et en jupe de\nsatin : Le Miroir de Venise.\n   Notons encore un excellent portrait de Jacques Blanche par Lucien\nSimon, deux Besnard d'une couleur exquise, un tableau de Caro-Delvaille,\nDevant la maison blanche, ruisselant de jolie lumière, deux Monet, trois Raf-\nfaëlli, deux Sisley et parmi les sculptures une œuvre admirable de Rodin.\n   Ignacio Zuloaga a envoyé un portrait d'homme tout à fait remarquable, le\nGuardicn de taureaux et un coin de vieille rue espagnole pittoresque, mais moins\nimpressionnant pourtant. On connaît la couleur sobre et solide de cet artiste,\nl'âpreté impitoyable de son analyse, le côté étrange et saisissant de ses évoca-\ntions. Le Guardien de taureaux peut être remisé parmi ses meilleures toiles.\n   Les œuvres d'Anglada paraissent bien minces à côté d'un pareil portrait;\nmais quel charme poétique il s'en dégage, comme la couleur est fine et jolie,\ncomme la vision est personnelle, rare et précieuse. Telle étude de femme, sur\nun fond de jardin tout doré, évoque les Fêtes galantes de Verlaine; les Champs-\nElysées, le Mur céramique, tout cela est charmant, d'une grâce très spéciale et\ntrès raffinée, bien de notre époque.\n   Un excellent portrait de M. Jean Lorrain par La Gandara voisine avec un\npaysage de Dario de Regoyos intéressant et curieux; une étude de femme\nde Ramon Casas retient les regards; de Santiago Rusinol, une vue de\njardin tout à fait remarquable, paysage d'une composition et d'un coloris\nsurprenants.\n   En traversant le Salon américain, assez peu intéressant, saluons un admi-\nrable portrait de femme de Whistler, qui manquait à l'exposition de ses\nœuvres récemment organisée à Paris, à l'Ecole des Beaux-Arts. Il a un\nimitateur, et un imitateur intéressant, dans le compartiment anglais, Maurice\nGreiffenhagen. Mais combien plus charmant est ce portrait d'enfant de\nWilliam Nicholson : Nancy !\n   Au tout premier rang des œuvres italiennes, il faut mettre un tableau\nd'Adolfo Levier, Mimi et Zar, une étude de jeune femme enfouie dans la\nmousse vaporeuse d'une toilette blanche, avec un grand lévrier blanc à ses\npieds; c'est d'une composition charmante et d'une couleur vraiment admi-\nrable de délicatesse et de finesse; la composition est d'un goût parfait; c'est\nsolide et délicat tout à la fois. Par contre, quelle déception que le portrait de\nWhistler par Boldini ; c'est d'un cabotinage que l'habileté n'excuse même pas.\n   Il y a peu de bonnes choses en somme, dans toutes ces salles italiennes.\nNotons cependant une belle impression de Venise de Giuseppe Cherubini,\nquelques beaux paysages alpins et pour finir par un grotesque, le triptyque\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "38                                DURENDAL\n\n\n\nd'Angelo Morbelli, Songe et Réalité : sur les volets de droite et de gauche, som-\nmeillent de pénibles vieillards, tandis que, sur le panneau du milieu, on voit un\ncouple amoureux, en chemise, — parfaitement! — contemplant les étoiles de\nleur balcon 1\n  O Roméo! O Juliette!                                         ROBERT SAND.\n\n  L e X I I e S a l o n a n n u e l du S i l l o n met en lumière les envois de\nquelques-uns des sociétaires de ce cercle, jeunes artistes incontestablement\ndoués dont nous attendons depuis longtemps avec confiance — et patience —\nl'affirmation définitive.\n    Les expositions à jet continu organisées par les groupes de jeunes au\nMusée ont; à côté de quelques avantages immédiats, de bien graves inconvé-\nnients généraux pour la plupart des participants. Je ne parle pas de la\nlassitude du public en présence de cette monotone marée de produits parmi\nlesquels les ouvrages un peu mieux que médiocres sont fatalement rares et\nqu'on se donne peu la peine de rechercher.\n    Mais pour les artistes eux-mêmes la facilité et parfois l'obligation d'aligner\nsur un long espace de cimaise une série d'œuvres à effet entraîne une hâte de\nproduction baclée et quelconque, la négligence du métier, un contentement\napproximatif et hasardeux qui amoindrit le respect que chacun devrait avoir\nde son art et de sa propre conscience d'artiste.\n    Quelle valeur intégrale peuvent concréter ces cursives études, documents\nd'atelier qu'on nous montre comme s'il s'agissait d'œuvres définitives, ces\nportraits, ces paysages, ces natures-mortes qui visent — sans les atteindre —\nla saveur du morceau d'exécution habile ou l'agrément de la couleur har-\n monieuse ?\n    Tout au plus une appréciable dextérité de main se révèle en plusieurs de\nces cadres d'où est décidément bannie la préoccupation d'une intellectualité\n quelconque.\n    Manque de culture, inaptitude de penser, sans parler de l'absence totale\nde goût, d'élégance d'interprétation, de sobriété simple, autant de causes\n qui nous valent la réalisation de peintures parfaitement vulgaires, plates,\n lourdes et insignifiantes, de sculptures mal équilibrées, sans grâce ni rythme,\n de pochades dénuées d'esprit et de portée.\n    En regard de ces vices d'une surproduction que valent la petite notoriété\n tôt acquise — et qui ne sort pas d'un groupe restreint — et le bénéfice de\n quelques transactions où la bonne grâce complaisante de l'acquéreur tend,\n d'un geste de protection, un maigre viatique au rapin besogneux?\n    Sans doute, le souci exigeant et respectable du pain quotidien s'avère\n  cruellement en ces matières, mais s'il parvient à équilibrer pour le présent\n  des budgets de famine il bouche toute percée lumineuse d'avenir en émas-\n  culant le jeune maître, bientôt découragé de tout idéal un peu élevé et désin-\n  téressé, par l'habitude d'une besogne de commerce courant où s'enlise sa\n  sensibilité, où s'émousse son orgueil, où sombre sa perfectibilité.\n     Il faut oser la rigueur de ce cri d'avertissement devant les envois de\n  MM. Apol, De Greef, de Haen, Haustrate, Godfrinon, Laudy, Mignot,\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3224, "texte": "                              LES SALONS D'ART                                   39\n\nPinot, — si fin coloriste, — Smeers, Puttemans, Swyncop, Tordeur, Van\nden Brugge et Wagemans, car leur pléiade compacte recèle plus d'une nature\ngénéreuse et bien organisée dont les premières promesses nous donnèrent le\ndroit d'exiger qu'elles soient intégralement tenues. Ce n'est pas en rappro-\ncher la réalisation que de recommencer négligemment les morceaux remar-\nqués au début, sans y rien ajouter de plus profond, de plus précis, de plus\nmûri; ces redites vont s'affaiblissant. Il nous faut plus et mieux.\n   L'envoi de cuirs décorés de Mme B. Delstanche, dans la sphère modeste\nde cette sorte d'utilisation d'art appliqué, contient des morceaux réussis,\nparticulièrement le grand écran où s'épanouit un marronnier automnal avec\nune ampleur et une réelle poésie d'interprétation bien rare en ces sortes\nd'ouvrages.\n   L'équité autant que la galanterie m'obligent à le mentionner.\n\n   L ' E x p o s i t i o n A l b e r t B a e r t s o e n fut une bonne fortune pour le\nCercle Artistique. La petite galerie, trop souvent vouée à des exhibitions\nsans portée, abrita cette année, après les tapisseries, d'abord Nicholson,\npuis Coosemans, enfin Baertsoen. Ce noble début de saison puisse-t-il\nn'être pas démenti par la suite...\n   On sait de Baertsoen ses rares qualités d'harmoniste subtil, de metteur en\npage personnel, de simplificateur plein d'allure, de technicien sobre,\nconsciencieux, sévère. Dans un domaine bien à lui, — mais que beaucoup,\naprès lui, ont envahi — il a su exprimer la pensive éloquence des choses\nmuettes et susciter de l'intellectualité dans des décors de vie pauvre et sans\npittoresque. Baertsoen a le plus sincère dédain pour les sites aimables et\nles motifs jolis. Il plante son chevalet devant des aspects urbains où d'autres\nne découvriraient point de beauté. I1 y discerne des relations de valeurs colo-\nrées, fugaces et ténues, qu'il fixe d'un œil fin à miracle. Ses compositions\nsont des compositions coloristes avant tout, auxquelles l'écriture du sujet\najoute peu. Le tableau — combien précieux — tient à des modulations de\ntons nouvelles, rares, imprévues. Et ces modulations suggèrent de l'émotion\ncontenue, le recueillement de l'artiste fervent est communicatif pour le spec-\ntateur attentif; on aime à revenir rêver devant ces peintures, qui ne disent pas\ntout d'abord tout leur secret, mais le révèlent doucement, comme des âmes\nsongeuses et cultivées se laissent peu à peu pénétrer par l'observateur\nsympathique.\n   L'exposition actuelle compte quelques-uns de ces morceaux d'exception-\nnelle réussite qui marquent dans la carrière d'un peintre : c'est le Dégel à\nGand, appartenant à l'Etat français, les Façades grises sur l'eau et le Couvent\nà Bruges, qui sont de la veine heureuse du tableau appartenant au Musée\nd'Anvers.\n   Le n° 3, Gand le soir, et le n° 10, Soir sur les quais à Gand, sont aussi des\ntoiles très heureuses. De belles eaux-fortes magistralement mordues en un\nparti-pris d'interprétation savoureuse et de sérieux dessins empreints d'une\nréelle grandeur complètent ce remarquable ensemble.\n                                                                              P . L.\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3430, "texte": "40                               DURENDAL\n\n\n     L a XLVIe Exposition de la Société Royale Belge des\nA q u a r e l l i s t e s . — Le Salon annuel de la Société Royale Belge des\nAquarellistes garde toujours sa belle tenue aristocratique, où les essais de\nmodernisme et les tentatives de nouveauté se tempèrent dans une réserve de\nbon ton. La pire audace qu'on y rencontre est la fantaisie (en deux exem-\nplaires) du Parisien Bottini, où de jolis effets de couleur, pris aux Primitifs,\nfont signe de loin ; quand on y va voir, on a la sensation d'un pied de nez,\nmais si spirituellement niais, qu'on ne peut qu'en rire. Parmi les choses\ndéconcertantes, il y a aussi les ébauches informes, sordidement encadrées,\nde M. Dezaunay; le pêle-mêle de taches violentes et les architectures ins-\ntables de M. Robinson; l'inédit des perspectives de M. Ch. Mertens, qui\nnous révèle ce qu'on peut voir dans un grenier de moulin. Mais tout cela est\nplus drôle que révolutionnaire.\n    Le grand nombre des exposants reste fidèle aux antiques procédés. Il faut\nsignaler les Hollandais comme particulièrement conservateurs de leur genre\ntrop sommaire, trop peu fluide, trop surchargé de gouache, à moins qu'ils ne\ns'adonnent au genre chromo. Van Hoyttema, dans ses sujets monochromes,\na plus de personnalité.\n    Parmi les Belges, plus ou moins conservateurs de la tradition, notons\nd'abord les morts — dont on ne doit pas médire — Cesare dell' Acqua\n(hélas!), Léon Abry et Isidore Verheyden ; ensuite quelques survivants : Théo-\ndore Hannon, sec et métallique (ses blanches maisonnettes au bord de l'étang\nde Boitsfort ont du charme) ; Emile Hoeterickx, qui voisine avec le précédent\net lui oppose ses peintures tout à fait fluides, troubles, inconsistantes; Lan-\nneau, dont les gentilles fleurettes doivent plaire aux dames ; Eugène Smits,\nqui dessine de chic ; Jacob Smits, fidèle à son parti-pris de maladresse volon-\ntaire; Pecquereau, non moins maladroit dans ses paysages, mais d'une char-\n mante virtuosité dans sa vue d'Anvers ; Alexandre Marcette dont les effets de\n lumière irisée font la concurrence à la peinture à l'huile...\n    Les représentants traditionnels et en quelque sorte officiels du genre sont\n toujours MM. Titz, Stacquet, Cassiers, Uytterschaut et Hagemans. Titz s'est\n appliqué aux effets de couleur chaude et vibrante. Son faire un peu superfi-\n ciel d'autrefois a pris plus de force. Ses vues de Malines montrent des coins\n ravissants. J'aime moins les Vieux arbres dans le parc dEnghien ; outre l'exagé-\n ration violente de la couleur, le dessin y est incorrect.\n    L'une des aquarelles de Stacquet reste dans la gamme et le sujet stéréo-\n typés : maisonnettes blanches et toits de vermillon au bord d'un canal, où se\n mirent des saules vaporeux — hauts comme des chênes, mais qu'est-ce que\n cela fait? dirait M. Jules Lemaître. Malgré toute l'habileté de l'artiste, ces\n éternels lavis deviennent monotones. C'est pourquoi M. Stacquet, renouve-\n  lant à la fois sa technique et ses sujets, inaugure un procédé nouveau : sorte\n  de peinture à la détrempe, qui n'est pas de la gouache, sur papier pelucheux.\n  Comme dans l'aquarelle proprement dite, l'effet cherché est toujours celui de\n la tache colorée, mais opaque au lieu d'être translucide. Dans Un coin de la\n  Grand'Place à Bruxelles, la bigarrure des taches semble trop voulue.\n     M. Cassiers, dans les mêmes procédés nouveaux, a des notations d'art plus\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3275, "texte": "                             L E S SALONS D ' A R T                           41\n\n\n\n raffiné. Il va jusqu'à pasticher avec une étourdissante virtuosité des effets de\n peinture à l'huile. L'Hiver à Amsterdam rappelle un Baertsoen ; Katwyck a\n même l'apparence d'un vieux paysage hollandais, dans sa tonalité sombre et\n roussâtre. Mes préférences vont pourtant au délicieux tableautin intitulé Les\nfilets, qui est une vraie aquarelle, et un chef-d'œuvre de coloriste. Le cadre\n lui-même y est assorti à souhait.\n    Uytterschaut reste fidèle à sa technique coutumière, où il est d'une maîtrise\n absolue. Il a donc raison de ne pas chercher à innover, d'autant plus que\n nous verrions disparaître avec lui la perfection même du genre qu'il repré-\n sente. Son Moulin à Dixmude (remplacé le 20 décembre par une œuvrette de\n moindre valeur) en est le type achevé. Il est vrai qu'une partie du charme en\n est dû à la prodigieuse habileté de la technique. Sous bois (printemps) donne\n une sensation plus poétique, dans sa fine tonalité grise, saupoudrée de ver-\n dure naissante. Toutefois, l'or du cadre banal ne relève pas la délicatesse du\n tableau.\n    Hagemans aussi persévère dans le genre large et décoratif qui lui appar-\n tient en propre. Ses grands paysages ont souvent la force et la profondeur\n d'une peinture à l'huile, tout en gardant les qualités de finesse, de fondu et\n de légèreté aérienne de la vraie aquarelle. Pécheurs de Freyr compte parmi\n les plus belles œuvres du maître.\n    Frans Van Leemputten, sans être spécialiste de l'aquarelle, y déploie\n toutes ses belles qualités de dessinateur, de coloriste et de poète. Personne\n ne comprend comme lui la poésie humble et agreste des fermes campinoises.\n Soir après pluie est une page exquise. La lueur crépusculaire qui glisse\n sur les chaumes mouillés dénote une expérience consommée et un art des\n plus sincères.\n    En même temps que ses intérieurs monastiques, où flotte la silhouette\n diffuse des béguines blanches, M. Delaunoy expose une collection de types\n très individuels, appartenant à la catégorie des humbles. Visages minables,\n renfrognés, souffreteux, que n'éclaire nulle transparence d'âme. La sorte\n d'émotion compatissante qui se dégage de cette série ne suffit peut-être pas\n à légitimer le titre : Portraits psychologiques.\n     Mme Gilsoul consacre aussi son présent envoi à la poésie des béguinages,\n  dont elle voit les coins pittoresques d'un coup d'œil précis et observateur.\n  On peut lui reprocher quelque dureté et certaines violences de couleur\n  injustifiées.\n     De Constantin Meunier, dont le nom impose un souverain respect, trois\n  œuvres toujours personnelles, où le procédé passe inaperçu, pour laisser\n  toute sa valeur au rythme épique de la composition.\n     L'envoi des peintres étrangers ne contribue guère à l'éclat du Salon, si l'on\n  excepte le « Portrait » de Gaston La Touche, d'une prodigieuse habileté, et\n  surtout l'exquise aquarelle de Bartlett : Un pardon en Bretagne où l'on\n  admire les plus rares qualités de couleur et d'agencement.\n     Il serait injuste de ne pas mentionner les trois panneaux de M. Van der\n   Waay (Amsterdam). Si les Deux Sœurs ont une grâce parfaite, un peu\n  mièvre peut-être, mais dont la préciosité est rachetée par l'élégance du\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "42                               DURENDAL\n\n\ndessin et de vraies trouvailles de colorations, toute l'intimité du décor zélan-\ndais sourit dans ce charmant Intérieur, où les choses ont cent ans sans\navoir vieilli.\n   Reste Fernand Khnopff, qui, à tous égards, exige une mention très spé-\nciale, d'abord parce qu'il se borne à dessiner au crayon, ensuite parce que\nson art subtil, aristocratique, tout en symboles, isole son envoi de ce qui\nl'entoure. Ce sont d'abord quatre figurines résumant la grâce hautaine et\nfière, avec l'aspect un peu étrange que Khnopff affectionne. Mais bien\nplus suggestif est le somptueux triptyque dont le titre imprécis et discret,\nD'autrefois laisse au spectateur le plaisir de deviner le symbolisme trans-\nparent. Toute l'œuvre est magistrale. C'est du meilleur Khnopff. Cepen-\ndant le volet de gauche (vue du Franc de Bruges) retient particulièrement\nl'attention. Ce paysage, méticuleusement détaillé dans une gamme pro-\nfonde et d'une souveraine harmonie, laisse une inoubliable sensation de\nmélancolie grave.\n                                                               F. VERHELST.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-012", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 45, "titre_corps": "La Littérature du Divorce", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "La Littérature du Divorce LAISSEZ-MOI vous conter", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "La Littérature du Divorce\n                 LAISSEZ-MOI vous     conter d'abord le Coeur et la Loi, que la\n                      troupe de l'Odéon, en une interprétation simplement suffi-\n                      sante, vint donner l'autre soir au Théâtre du Parc. M. et\n                      Mme Lehagre sont un ménage en instance de divorce;\n                      le mari a fréquenté l'escalier de service, et la femme,\n                      froissée d'abord, dégoûtée ensuite, s'est adressée aux tribu-\n                      naux; les longueurs de la procédure qui énervent madame,\n                      font parfaitement le compte de monsieur; à celui-ci, son\n                      épouse chaut peu et même son enfant, seule la fortune\nimporte; on discute, on conclut, on plaide, et grâce au coup habile de la\nréconciliation, madame se voit déboutée I Protestations, larmes, révoltes,\nsuivies d'une décision extrême : plutôt que de rentrer sous le toit conjugal,\nmadame part pour l'étranger avec sa fillette ; un explorateur — qui connaît\nson chemin ! — se trouve là à propos pour servir de père à l'enfant, d'amant\nà la mère et de guide à tous deux. Rideau !\n    Voilà le fait divers, banal et quelconque, que MM. Paul et Victor Margue-\nritte ont poussivement délayé en trois longs actes. Ce fait divers, du reste, ne\nfut pour les auteurs qu'une patère à théorisations. Dans cette pièce, personne\nne vit — sauf peut-être ce viveur de Lehagre ! — tous prêchent. Dumas fils,\nen ses comédies, confiait à un seul personnage le rôle de l'homme à thèses.\nIci, cette fonction du chœur antique est dévolue à une solennelle ganache qui\ns'appelle Marchai — c'est du reste tout ce que nous savons de son état civil\n— mais à côté de ce préposé officiel à la causerie sur le divorce, chacun y\nva à tout moment de son boniment, même la fillette; l'explorateur a quelque\nréserve, la belle-mère même quelque retenue, mais la femme, elle, déborde\nen prosopopées, apostrophes, tropes-et autres figures de rhétorique. A tel\npoint que si répugnant que nous apparut Lehagre, on se demande si vrai-\nment, mari d'une femme pareille, il n'avait pas quelques excuses...\n    Et remarquez que ces fantoches verbeux nous servent tous le même\ncouplet; tous ont entendu les conférences des frères Margueritte, tous ont lu\n les livres et brochures des frères Margueritte et tous réclament le divorce\n « par la volonté d'un seul », sur le ton emphatique et impérieux dont les\n frères Margueritte sont coutumiers, avec les mêmes images, les mêmes com-\n paraisons et les mêmes mots... Ce sont les phonographes du mariage libre !\n    Le Cœur et la Loi est une œuvre sans portée et sans influence; elle profère\n le pédantisme et suinte l'ennui ; ce n'est point encore tout ce déluge phraséo-\n logique qui submergera l'institution du mariagel\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3242, "texte": "44                                   DURENDAL\n\n\n   Les frères Margueritte du reste — dans le livre (1) qu'ils ont mis en pièces\npour en faire le Cœur et la Loi — prétendent qu'ils n'en veulent point au\nmariage : « Sur la grande route de la vie, disent-ils, l'homme et la femme\ndoivent marcher la main dans la main, courageusement, avec confiance et\ntendresse, s'épaulant d'un égal dévouement. Souhaitons qu'ils aillent, pèlerins\nà cheveux blancs, au terme du voyage, jusqu'aux contrées mystérieuses d'où\nl'on ne revient plus. »\n   Le R. P . Monsabré n'aurait pu parler mieux ! Car cette poétique image\nrecèle les caractères principaux du mariage : réciprocité du lien conjugal,\néternité du lien conjugal, moralité du lien conjugal.\n   Que des écrivains, qui se font une telle idée du mariage, puissent à la rigueur\ndéfendre le divorce pour cause déterminée qui est fondé sur une viciation du\ncontrat, ou le divorce par consentement mutuel qui est basé sur une répudia-\ntion synallagmatique du contrat, soit ! Mais qu'ils préconisent le divorce par\nla volonté d'un seul des époux, que, par conséquent, ils livrent les destinées\ndu contrat, au caprice, à la fantaisie, aux calculs de l'un des contractants, voilà\nqui révèle un fantastique défaut d'esprit de suite et qui dénote la plus\ninquiétante anarchie de la pensée !\n   Ce n'est ici ni le moment, ni l'endroit, de discuter avec l'ampleur voulue la\nquestion du divorce. Je déclare du reste, en ce qui me concerne, que, respec-\ntueux des lois positives, je ne puis m'empêcher pourtant d'admirer la doctrine\nséculaire de l'Eglise : je ne vois point ce que la société a gagné au divorce,\nmais je ne vois que trop ce qu'elle y a perdu.\n   Du moment que l'idée de l'indissolubilité du mariage, telle que la comprend\net l'enseigne l'Eglise, était entamée et que, sous sa forme même la plus étroite\net la plus mitigée, l'idée du divorce était admise, la logique immanente des\nchoses devait conduire aux théories des frères Margueritte, ou plus loin\nencore...\n   Et c'est ainsi qu'on peut, à juste titre, reprocher aux auteurs du Cœur et la\nLot de n'être point conséquents; plutôt que d'arrêter leur réforme au divorce par\nconsentement d'un seul — qui est en soi une aberration juridique et qui constitue\npour l'un des contractants le plus inique des privilèges — pourquoi nepasaller,\nlégalement et rationnellement, à l'union libre?.. Du coup, retournons à l'état\nde nature, retombons à quatre pattes et remplaçons l'éternité du sacrement\npar la liberté absolue des expériences matrimoniales! Voilà qui serait ratio-\nnel et franc; et l'abolition pure et simple du mariage paraît préférable à un\nsystème qui, instaurant le don Juanisme légal, donnerait la consécration\nsociale à ce type nouveau, joie des vaudevillistes futurs : le catalogueur de\nchairs doublé du collectionneur de dots !\n   Et au moins, dans l'union libre, « l'inaliénabilité de la personne humaine »\n— vous savez que les frères Margueritte ont constamment ces vocables sur les\nlèvres et sous la plume ! — serait également garantie aux deux pseudo-\nconjoints. On se rencontrerait par hasard, on s'associerait par sympathie, on\nse quitterait par lassitude, et tous les principes seraient saufs.\n\n\n  (1) Quelques idées, Paris, Plon.\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "                      LA L I T T É R A T U R E   DU   DIVORCE                  45\n\n   Mais l'enfant? Ici la question se complique pour les réformateurs! Lorsqu'on\nestime, ainsi que l'Eglise, que la raison d'être essentielle du mariage se trouve\ndans l'enfant, que c'est à lui que tout, dans le mariage, doit être subordonné et\nque le bonheur et le plaisir des époux ne viennent qu'après, l'impérieuse néces-\nsité d'une union conjugale indissoluble s'impose aussitôt ! Et une magnifique\nharmonie s'avère entre les moyens et le but! Mais l'enfant, ciment du mariage\n chrétien, devient un terrible dissolvant et un cruel embarras pour les apôtres\ndu divorce sous quelque forme que ce soit ! Et j'imagine, à l'honneur des frères\nMargueritte, que c'est par considération pour l'enfant qu'ils ne poussèrent point\njusqu'à l'union libre, la logique de leur système. Ils eurent vraiment tort. Si\nc'est la « question de la population », comme disent les économistes, qui les\ninquiète, j'imagine que la fécondité est tout autant assurée — c'est-à-dire\nqu'elle le sera fort peu— aux passagères promiscuités de l'union libre qu'aux\nassociations où chacun des associés entrera avec l'arrière-pensée hypocrite de\nne pas se créer d'impedimenta pour le jour où sa provision de fidélité sera\népuisée, parce que sa dose de passion sera à bout! Et si c'est de la destinée\nmême de l'enfant que se soucient MM. Margueritte, je crois que'dans les deux\noccurrences, le sort de l'enfant sera le même, je veux dire, également précaire\net pitoyable. Peut-être, dans l'union libre, l'enfant sera-t-il exposé à servir,\nentre son père et sa mère, d'ignoble instrument de chantage ou de vile mon-\nnaie de transaction ?\n   MM. Paul et Victor Margueritte sont des romanciers qui prétendent au rôle\nde sociologues. Apres au travail, doués à la fois de volonté et d'imagination, ils\ns'efforcèrent dans Une Epoque — et réussirent — à donner de la vie, de la couleur\net de la puissance, à l'histoire récente et tragique de leur pays... Pourquoi, au\nrôle inoffensif de prophètes du passé, ont-ils préféré soudain la mission péril-\nleuse de réformateurs de l'avenir?... Je doute que les Deux Vies, le Coeur et la Loi\net Quelques idées augmentent leur gloire littéraire, et je suis sûr que ces œuvres\nne leur donneront point, par compensation, une renommée de philosophes.\nCar, bâclées de style et incohérentes d'idées, les réquisitoires de MM. Mar-\ngueritte contre le mariage et leurs pétitions pour le divorce se ressentent du\nsentiment d'irritation dont elles sont nées — à la suite, disent les auteurs,» d'une\nexpérience personnelle, durement achetée!... » L'aveu est aussi candide qu'é-\ndifiant!... On se demande réellement ce que deviendrait la société, si ses ins-\ntitutions les plus fondamentales et les plus éprouvées pouvaient être ainsi à la\nmerci de ceux — pourvu qu'ils sachent tenir une plume! — qui eurent à\nsouffrir d'elles... Heureusement, à l'encontre de leurs œuvres antérieures, les\nécrits sociologiques de MM. Paul et Victor Margueritte ne sont pas même de\nla littérature !\n                                                        FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n                                                 1\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-013", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 46, "page_fin": 48, "titre_corps": "Le Chant des trois Règnes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Le Chant des trois Règnes (1) DES amis", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "Le Chant des trois Règnes (1)\n                          DES amis c o m p é t e n t s , des poètes, m'ont i n s t a m m e n t conseillé\n                            u n e préface à mon prochain volume de vers. Voici d o n c ,\n                            pour les personnes que la chose intéresserait, et le plus\n                            brièvement que je puis, quelques élucidations prélimi-\n                            naires concernant le Chant des trois Règnes et les t e n d a n c e s\n                             de son auteur.\n                                L e sang de bâtisseur que j'ai dans les veines m'a fait\n                             désireux de bâtir. Aussi ce livre n'est pas (ainsi qu'il arrive\n                             fréquemment en ce temps de protestantisme intellectuel)\nun recueil de morceaux épars et sans pensée u n e , réunis comme par hasard\nen volume sous u n titre arbitraire.\n    L e Chant des trois Règnes forme u n tout en lui-même et fait (dans mes\nprojets) partie d'un autre tout plus vaste, où s'uniront à lui, en ordre logique,\nles thèmes très variés et déjà choisis de mes subséquents p o è m e s .\n    Cet ouvrage est à l'ensemble de l'œuvre que j'élabore ce qu'est le m u r d e\nsoutènement à l'église qui s'édifie.\n    U n professeur bienveillant mais inquiet m ' a y a n t charitablement rappelé\nq u e J a c q u e s Delille publia, voici près d'un siècle, un ouvrage intitulé pareil-\nlement : Les trois Règnes (de la nature), le lecteur est prié instamment de ne\npas confondre. Malgré le danger évident pour mon livre d'un quelconque\nr a p p r o c h e m e n t avec l'œuvre périmée de ce versificateur didactique (qui ne\nfut guère plus poète qu'il ne fut canoniquement abbé), force m'est d'y main-\ntenir u n titre similaire. Si les titres se ressemblent, j'ose espérer que les\nœuvres diffèrent.\n    N o n que je me défende, moi B r a b a n ç o n - F l a m a n d , d'être u n tantinet didac-\ntique. Comme Iwan Gilkin, le poète de la Nuit, le faisait judicieusement\nr e m a r q u e r , dans une interview récente (2), le Belge est essentiellement\ndidactique.\n\n\n  (1) Sous ce titre, notre collaborateur Georges Ramaekers fera paraître en février, aux\néditions de Durendal, un important volume de vers dépassant les trois cents pages. Le\nprix du volume est fixé à fr. 3.50. On souscrit dès à présent. Il suffit d'en informer la\ndirection de Durendal, 22, rue du Grand-Cerf, par simple carte postale.\n  Afin que nos lecteurs et amis se rendent compte de la nature de l'ouvrage, nous croyons\nutile de reproduire la Préface.\n  (2) L''Energie Belge, par Edouard Ned (chez Dewit, rue Royale).\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "                     LE C H A N T DES TROIS RÈGNES                          47\n\n    Mais obéissant ici en toute bonne foi à la sagesse impérative de l'antique\n« Connais-toi toi-même », je ne crois pas que « didactique » soit l'intégrale\nréponse à cette question : « Littérairement, que suis-je? »\n    Un naturiste ? Oui, sans doute, mais plutôt selon saint François d'Assise\nque selon Saint-Georges de Bouhélier...\n    Un descriptif? un réaliste? Oui encore, mais à la manière des gothiques\nflamands, pour qui tout dans le pittoresque était motif à symbole, jusqu'aux\ntons de la palette.\n    Un symboliste, donc? Evidemment! mais moins à la façon toute subjective\ndes aînés vivants, que j'admire, qu'à celle lithurgique et traditionnelle des\npoètes du moyen âge, ces merveilleux « classiques chrétiens », que le cha-\nnoine Guillaume et l'abbé Baelde se sont donné si vaillamment pour tâche\nde réhabiliter enfin efficacement dans nos « humanités », comme l'ont tenté\nen Fiance Mgr Gaume, et après lui, et plus durablement peut-être, Joris-\nKarl Huijsmans dans En Route, la Cathédrale et l'Oblat, Remy de Gourmont\ndans son Latin mystique, Louis Denise dans sa Merveilleuse doxologie du lapidaire\net Léon Bloy dans maints endroits de ses chefs-d'œuvre.\n    C'est, en effet, aux lapidaires, aux plantaires et aux bestiaires des écrivains\nsymbolistes du moyen âge que se rattache le symbolisme, ou mieux : la sym-\nbolique de mes Trois Règnes. J'ambitionne ni plus ni moins de rénover une\ntradition.\n    Tandis que les métaux et les gemmes du premier règne, ainsi que les\nsonnets épars dans mon livre m'apparentent un peu aux orfèvres et aux\njoailliers du Parnasse (voire à l'école somptuaire de notre compatriote Hector\nFleischmann), ma vision symbolique du monde et le verslibrisme de maints\npoèmes me rapprochent, d'autre part, à la fois des poètes symbolistes du\nmoyen âge et des plus récents novateurs. Je me reconnais tributaire de\n Hugues de Saint-Victor et de notre grand Verhaeren; et vraiment, cet\nalliance du passé le plus chrétien au présent le plus moderne n'est pas du tout\npour me déplaire !\n    Ainsi donc, me voilà didactique, naturiste, symboliste, un peu parnassien\net très verslibriste! Après cela (si je n'abuse et ne m'abuse), j'aurais peut-être\nle droit de me revendiquer de l'Intégralisme cher aux poètes Léautaud et\nSébastien-Charles Lecomte.\n    Mais c'est vraiment trop d'écoles pour un seul poète ! Et puis, voilà!... je\nme défie des écoles littéraires. C'est assurément dommage, car j'en vois encore\nau moins deux où je pourrais habilement m'introduire. Et chacun sait com-\nbien elle est profitable, surtout pour un poète débutant, œuvrant — tel moi,\nchétif — loin de la Ville Lumière, chez « les Barbares » !\n    Quant au ton de mes poèmes, le vocable chant, dans le titre, avertit de\n quelque lyrisme. Tout au moins ai-je tenté de mettre au diapason lyrique les\n rythmes libres de mes vers.\n    Le lyrisme est au cœur de l'esprit poétique, le foyer des enthousiasmes; et\n l'enthousiasme c'est : Dieu avec nous. Nul ton ne convient mieux au poète\n qui prie. Or, « qui chante prie deux fois ».\n    Enfin, nourrie de textes scripturaires et d'allusions liturgiques, ma poésie\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "48                                   DURENDAL\n\n\nsera surtout mystique, comme est mystique la F o i de son auteur, n é au p a y s de\nJean Ruysbroeck.\n   L a mystique est au cœur des âmes religieuses, ainsi qu'un H o r e b idéal où\nbrûle sans se consumer le buisson ardent de l'Amour divin.\n   P a r la mystique, et par elle seule, le sens de l'univers se révèle en toutes\nses correspondances mystérieuses, en tous ses rapports harmoniques. Elle\nvérifie cette formidable parole de l'Apôtre : a Les perfections invisibles de\nDieu sont devenues visibles p a r la connaissance que nous en ont d o n n é les\nchoses créées. »\n   C'est de cette parole que je suis p a r t i .\n   Au surplus u n e revue, La Lutte (1896-1900), et un « Congrès littéraire »\n(tenu a u palais des Académies les 19 et 20 mars 1898) déterminèrent, je crois,\nm o n esthétique assez p u b l i q u e m e n t pour qu'il soit peu urgent d'y insister\nencore.\n   Sectateur intransigeant de la beauté q u i est divine, prisant p e u les techni-\nciens et les rimailleurs sans pensée, concevant l'art d'écrire c o m m e u n moyen,\nnon c o m m e u n but, j ' o p p o s a i à « l'Art pour l'Art » cette devise : l'Art pour\nDieu'\n   Bref, à me résumer, que suis-je? sinon un poète catholique.\n   Or, poète signifie « créateur » et catholique veut dire : « universel » !... Aussi\nje tremble de ne pouvoir hausser ma taille intellectuelle à la h a u t e u r de m o n\nmoi idéal. Et mon u n i q u e désir, en deçà de la mort, est de ne p a s trop ravaler\npar mes livres le sens littéral et profond de pareils litres d e noblesse.\n\n                                                              G E O R G E S RAMAEKERS.\n\n\n  Bruxelles, le 8 décembre 1905, en la fête de l'Immaculée.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-014", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 49, "page_fin": 49, "titre_corps": "La Médaille", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "La Médaille L’ART de la médaille", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3183, "texte": "La Médaille\n                     L'ART de la médaille est décidément en pleine efflorescence\n                          en Belgique. Plusieurs artistes ont dans ces derniers temps\n                          exécuté des médailles qui sont de vraies œuvres d'art.\n                          Certaines sont des chefs-d'œuvre. Il faut citer parmi ces\n                          dernières toutes les médailles de Devreese, spécialement\n                          celles qu'il a faites en ces derniers temps. Nous en repro-\n                          duisons une : celle qu'il a créée pour le Salon international\n                          des Beaux-Arts de Liége et qui a remporté le premier prix au\n                          concours. Q u a n t à la médaille frappée en l'honneur du\nministre F r a n c o t t e , la dernière en date, elle est de toute beauté et elle\nréalise la perfection d u genre.\n   D'autre part, le public c o m m e n c e à s'intéresser à l'art de la médaille, et des\ncritiques avertis et de la plus haute c o m p é t e n c e contribuent par leurs publi-\ncations à répandre le goût de l'art de la médaille et à faire connaître les œuvres\nde nos artistes médailleurs. P a r m i ces publicistes il faut citer surtout, et en\ntout premier lieu, Alphonse de Witte, un des fondateurs et un des membres\nles plus actifs et les plus méritants de la Société des Amis de la Médaille d'art et\nsecrétaire de la Société royale de N u m i s m a t i q u e belge. Il vient d e publier\nune brochure concise et nourrie sur la Médaille en Belgique au XIXe siècle (1). Cette\nétude est remarquable et du plus h a u t intérêt. C'est en quelques pages une\nvéritable histoire de l'art de la médaille en Belgique. Elle se lit avec d'autant\nplus de plaisir qu'elle est très élégamment écrite.\n   L'archiviste E d m o n d Laloire, de son côté, publie c h a q u e année la m o n o -\ngraphie des Médailles historiques de Belgique (2). N o u s avons sous les yeux celles\nqui ont pour objet les années 1904 et 1905. L'auteur y d o n n e une description\nparfaite des médailles de ces deux dernières a n n é e s et de tout ce qui en con-\nstitue l'intérêt.\n   P a r m i les périodiques qui s'occupent de la médaille, nous devons signaler\nla revue fondée par notre ami Charles Dupriez, sous le titre : La Gazette\nNumismatique, qui a atteint sa dixième année déjà. M. Dupriez, u n des hommes\nles plus a u courant de la science de la numismatique que je connaisse, après\navoir dirigé sa revue p e n d a n t si longtemps s'est vu obligé, à cause de ses n o m -\nbreuses occupations, d'en céder la direction à un autre, à M . F r é d . Alvin. Il\nn'eût pu mieux choisir. M. Alvin est conservateur du Cabinet des Médailles de\nl'Etat, et tout r é c e m m e n t le comité directeur des cours d'art et d'archéologie\nlui a confié u n cours sur l'art de la médaille. L a rédaction de la Gazette Numis-\nmatique a son siège 303a, chaussée d'Ixelles. (Le prix de l'abonnement de cette\n revue est de 5 francs pour la Belgique, 6 francs pour l'étranger.)\n                                                                  HENRY MŒLLER.\n\n\n  (1) Bruxelles, Van Buggenhoudt.\n  (2) Bruxelles, Goemiere.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-015", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 50, "page_fin": 52, "titre_corps": "Lettre de Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Lettre de Paris UNimmense hall", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "Lettre de Paris\n                   UNimmense hall, où les lumières poussent en gerbes du sol,\n                     se touffent en frondaisons le long des parois, scintillent\n                     en constellations à la voûte, et dans ces grappes d'innom-\n                     brables lumières, d'élégantes cohues qui se bousculent\n                     autour de limousines et de landaulets, c'est le Salon de\n                     l'Automobile. Personne ne voit rien, d'ailleurs; la foule est\n                     en panne; on se glisse entre des rangées de dos noirs immo-\n                     biles par-dessus lesquels apparaissent de vagues impériales\n                     d'omnibus. A tout instant éclate ici ou là une note pro-\nlongée ; un orchestre qui commence ? non des trompes qui cornent, ou des\ncornes qui trompent; dans un carrefour on ne s'y tromperait pas, ce que\nc'est que le milieu !\n   Au-dessus de la foule des lettres gigantesques rayonnent formant des noms\nsans doute glorieux, tous sont des vainqueurs de la coupe. Que de coupes,\ngrand Dieu ! \" La céleste troupe — Boit à pleine coupe — L'immortalité \",\ncoupe d'Auvergne, coupe des Vosges, coupe du mont Ventoux, coupe de\nBombay. Nietszche, le grand créateur des valeurs, ne se doutait pas de ces\nnouvelles-là; c'est bien la peine d'être philosophe! Aurait-il seulement\nexpliqué, lui le davier des sphinx, comment ce qui, lancé dans la rue à toute\nvitesse, ne vous fait pas seulement retourner la tête, à moins que ça ne vous\nretourne de fond en comble, ici vous musèle d'admiration, parce que ça ne\nbouge pas?\n   Il y a, d'ailleurs, — autre énigme philosophique — un vrai plaisir à\nregarder ce qu'on ne comprend pas. Moi aussi, je me suis approché des\ngroupes compacts, j'ai imbriqué mon dos entre d'autres dos pressés, et mon\noreille s'est dressée à côté d'autres pavillons attentifs, j'ai écouté les doctes\nexplications d'un technicien sur l'embrayage Herrisson et l'automoteur Mors.\nDe petits pistons vaetviennaient et des roues à dents tournaient, c'était énor-\nmément intéressant. Tout le monde était anxieux et docile, comme moi,\nl'explicateur avait l'air satisfait. Il y a comme ça par le monde pas mal de\ngens qui arrivent pour avoir écouté longtemps et patiemment, avec profon-\ndeur. On est d'abord suppléant, puis titulaire. L'Institut est au bout.\n   Les bouts de conversation qu'on attrape à la volée dans la cohue sont\ncurieux. Tous ceux qui ont acheté des autos parlent de les revendre. Et tous\nceux qui veulent en acquérir cherchent déjà à qui ils pourront les céder. Ça\nc'est le triomphe de la vitesse. Des voitures si rapides qu'elles ne restent\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3502, "texte": "                             LETTRE DE PARIS                                  51\n\n\nmême pas aux mains de leurs propriétaires! Ce sont des valeurs de tout mou-\nvement, l'antithèse des tableaux, ce type des valeurs de tout repos, de\nl'archent qui dort, et qui s'engraisse tout en dormant. Le sire Crosnier ne se\ndoutait pas que son Fragonard vaudrait presque un demi-million ; genre un\npeu épicé, sans doute, mais le poivre est un meilleur placement que le sucre,\nque ne le savait-il, ce grand sucrier? Parmi les moyens voituriers, il y en a\nqui ne dédaignent pas cette petite source de bénef, ils commandent le dernier\nmodèle d'auto et le revendent avant livraison à de plus pressés. C'est le sys-\ntème des pisteurs à la queue des théâtres, philosophes qui pourraient voir\njouer la pièce et ne la voient jamais. Pensée qu'on peut se réserver pour\négayer ses vieux jours : j'ai toujours eu les plus admirables autos du monde,\nles plus raffinés perfectionnements, les derniers cris de la trompe qui corne,\net je ne suis jamais monté en auto !\n    De ce conciliabule d'autos, les gens graves tirent des considérations à l'in-\nfini. Echange de vues sur la portée des découvertes et le progrès incessant\ndes sciences, lamentations sur l'ingouvernable concurrence qui court risque\nde faire perdre à Paris son avance, noble espoir de supprimer les inventions\nen prohibant les Salons de l'automobile, prospections variées sur les voyages\nfuturs, les routes spéciales à établir, les trains-roulottes déballant leur cam-\npement à la lisière d'une forêt. Mais pour le quart d'heure, les chemins de fer\npeuvent encore dormir sur leurs deux rails. Je présume que le vainqueur des\nvainqueurs, Théry lui-même, quand il veut aller voir jouer le père Gapone\nà Monaco, monte en un confortable sleeping plutôt qu'en son obus à rou-\nlettes.\n    Par contre, vouloir imposer un maximum de vitesse aux constructeurs\nd'autos est une idée de pet-de-loup. Puisqu'on est en train de guérir la tuber-\nculose et l'avarie, il faut bien laisser un léger dédommagement aux services\ndes pompes funèbres, d'autant que, depuis le petit père Combes, l'argent des\nmacchabées ne doit plus entretenir de noirâtres curés, mais de grisâtres fonc-\ntionnaires communaux, ce qui est pour réjouir les « vieux squelettes gelés\ntravaillés par le ver ». On s'organisera contre la licence des chauffeurs, voilà\ntout. Les piétons d'abord auront un revolver sur eux, de façon à ce que l'un\n des tronçons ait assez de force dernière pour brûler la cervelle au brûleur d'es-\n trade. Puis à l'entrée de chaque village il y aura une barrière tournante; un\n héraut d'armes, en l'ouvrant, s'exprimera en un patois hospitalier mais mena-\n çant; les régions religieuses édicteront un régime de faveur pour les pèlerins\n allant à Saint-Jacques de Compostelle; ils paieront non plus en monnaie de\n singe comme les jongleurs d'autrefois, mais en monnaie d'ours, on les fera\n danser en fourrures devant les échevins.\n    Enfin il faut compter avec l'ingéniosité des savants; supposez Prospero\n retiré dans son château et voulant se mettre à l'abri des gêneurs à pneuma-\n tiques; il n'a qu'à installer un électro aimant mystérieux à chacun des points\n cardinaux. Dès qu'un monstrueux teuf-teuf apparaît dans la zone magique, il\n s'arrête; clameurs et pétarades, tout est inutile; alors un invisible Ariel vient\n voir les pannés, et si sous les peaux d'ours les femmes semblent jolies et les\n hommes courtois, voilà que la machine, quoique démontée de fond en comble,\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1967, "texte": " 52                                 DURENDAL\n\n\n d'elle-même se remet en glissade à une allure harmonieuse et atteint ainsi, à\n l'effroi des dépannés, la fin de la zone ensorcelée, où il n'y aura qu'à remonter\n l'auto et à filer à fond de train par-dessus les chiens écrasés et les poules\n réduites en bouillie.\n     Mais les sages, tout en aimant le vertige, n'y tomberont pas. Ce qui importe\n ce n'est pas la richesse, c'est la poursuite de la richesse; oui, mais on n'obtient\njamais mieux la richesse qu'en ne la poursuivant pas trop âprement. Ainsi de\n la santé, ainsi de la vertu. Le grand artiste est celui qui proclame sincèrement\n l'art pour l'art, mais qui au moment d'oeuvrer réalise l'art pour autre chose\n que pour lui-même. L'onanisme est infécond. Et voilà pourquoi, quand on\n achète un auto, il faut l'acheter capable de faire 100 kilomètres à l'heure, et\n ne lui en faire faire que 25. « Salut, voyage lent, bruits lointains qu'on\n écoute... » L'auto aurait reconcilié Vigny avec le monstre de fer. Laissons\naux rapides leur fracas tourbillonnant; s'il nous faut être rendu à Nice pour\ndéjeuner, eh bien! partons huit jours plus tôt; il est sûr la route de si douces\nvallées à courbes charmantes, de si reposantes plaines à horizons estompés,\nde si pittoresques montagnes où la nuit on entend des eaux bondissantes sans\nles voir. « L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu », on ne peut pas l'avoir\navec un a éclair de luxe » qui vous dépose à 9 h. 3 m. 2 secondes à l'hôtel\nTerminus, mais on l'a avec le bon auto des familles, puissant et doux\ncomme les chats, la roulotte qui pourrait faire ébrouer ses quatre-vingts che-\nvaux-vapeur, mais qui n'en fait trotter à l'amble que deux ou trois, et qui\nvous promène ainsi, gentiment, à l'ombre des grands bois sans verser dans\nles fossés, et dans les sinuosités des vieilles villes sans enfoncer la devanture\nde l'épicière.\n                                                                HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-016", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 53, "page_fin": 61, "titre_corps": "Livres et Revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES Histoire de la forêt de Soigne", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\nH i s t o i r e de la forêt de S o i g n e , par SANDER PIERRON. — (Charles\n   Bulens, éditeur, 75, rue de Terre-Neuve, à Bruxelles.)\n   Voici un livre qui intéressera tout le monde; les littérateurs, car il est écrit\npar un de nos plus distingués écrivains; les historiens, car c'est une véritable\nhistoire sérieusement étudiée, fouillée jusque dans les plus petits coins,\npuisée aux sources les plus authentiques et allant depuis l'époque gallo-\nromaine jusqu'à nos jours; les simples amateurs, car il renferme une foule\nde détails excessivement curieux et suggestifs, et qu'on ne trouvera nulle part.\nJ'ai rarement lu un livre où il y a autant de choses et qui toutes sont du plus\nhaut intérêt. Il y a de tout dans ce livre et tout s'y rattache au sujet : la\nforêt de Soigne. Qui eût cru qu'une simple forêt pût avoir une importance\npareille? et c'est ainsi pourtant. Parcourez la table des matières. Elle vous\ndévoilera une véritable et très érudite encyclopédie. C'est si bien cela que\nl'auteur, pour faciliter les recherchés, a dressé une table analytique qui sera\ndes plus utiles aux savants, pour les renseignements qu'ils auraient à se\nprocurer au sujet de l'histoire à la fois archéologique, historique, artistique,\nscientifique, littéraire et religieuse de notre pays. Et quand je dis encyclo-\npédie, ne croyez pas que, semblable aux livres qui portent ce titre, cette\nœuvre soit une histoire sèche, fastidieuse et ennuyeuse. Non pas. Tout cela\nest plein de vie, écrit avec verve, formulé dans un style nerveux et bien\npersonnel, et d'une façon tout à fait charmante. Ce qui n'étonnera pas ceux\nqui connaissent le talent remarquable de Sander Pierron, qui est un maître\nécrivain, comme le prouvent ses précédentes œuvres et notamment les contes\ndélicieux, les romans, notes de voyages, drames, livres de critique, qu'il a\nécrits jadis et que tous les lettrés connaissent bien. Une des parties les plus\nintéressantes du livre est celle où l'auteur nous fait toute l'histoire des\nnombreuses abbayes qui s'abritèrent dans la poétique forêt de Soigne et où\nvécurent des artistes de première envergure comme l'admirable Hugo Vander\nGoes et des mystiques incomparables comme Ruysbroeck l'Admirable.\nAchetez tous ce livre et lisez-le. Je vous garantis que vous ne le regretterez\npas et que vous me serez reconnaissant de vous avoir donné ce conseil.\n   Quant à l'édition elle-même, il suffit de dire que le livre sort des presses\nde notre éditeur Charles Bulens, qui récemment encore remportait le\ndiplôme d'honneur à l'Exposition internationale de Liége. Tout le monde\nconnaît les belles éditions de sa maison dont la réputation n'est plus à faire.\nL'ouvrage est superbement édité, imprimé en magnifiques caractères sur\npapier couché et il renferme de nombreuses reproductions d'une exécution\nimpeccable.                                                  HENRY MCELLER.\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3627, "texte": " 54                                    DURENDAL\n\n\n L e s g r a n d s A r t i s t e s (1) : Douris et les peintres de vases grecs, par EDMOND\n    POTTIER. — ( P a r i s , L a u r e n s . )\n    Si les m o n u m e n t s sont nombreux, originaux ou copies, qui nous permettent\nd'étudier d a n s leur développement h a r m o n i e u x l'architecture et la sculpture\ngrecques, il n'en est pas de même pour la peinture. L e s découvertes récentes\nde Mycènes, de T y r i n t h e et de Crète nous ont, il est vrai, révélé la fresque\n des temps primitifs, et nous savons par les fouilles de P o m p é i et d ' H e r c u l a n u m\ncomment étaient décorées les maisons romaines de l'époque impériale; mais\nde la longue période qui sépare ces époques extrêmes il ne nous est resté\na u c u n e œuvre importante de la g r a n d e peinture grecque. P o u r éclairer l'his-\ntoire de celle-ci à son âge le plus glorieux, nous n'avons, en dehors des ren-\nseignements secs et peu précis des textes, d'autres d o c u m e n t s que les vases\npeints. L e s compositions qui décoraient les amphores et les coupes d'argile,\nsi elles n e s'inspiraient pas toujours des g r a n d e s œuvres de la peinture\nmurale, — la nature même des sujets représentés sur un grand n o m b r e d e\nvases interdit d'établir un parallélisme trop étroit entre les œuvres des deux\ngenres — devaient très souvent en reproduire les g r a n d e s lignes ; la tech-\nnique, d'autre part, et les « procédés » devaient être sensiblement les mêmes\nd a n s l'un et l'autre genre, le dessin restant toujours la chose essentielle.\n    Cela est surtout vrai a u Ve siècle. L'art industriel du potier attique peut\nd o n c nous d o n n e r u n reflet du grand art de la fresque, de l'art des Polygnote\net des Zeuxis. C'est à ce point de vue que s'est placé M. Pottier en étudiant\nDouris et les peintres de vases grecs, et si l'auteur a choisi comme figure centrale\nd e cette étude Douris plutôt q u ' E u p h r o n i o s , H i é r o n ou Brygos, c'est préci-\nsément parce q u e d e tous les peintres de vases qui ont signé leurs œuvres,\nDouris est celui qui a le plus souvent affirmé sa qualité d e peintre; nous\npossédons vingt-huit vases qui portent la mention : Douris a peint.\n    Comme la plupart de ses rivaux, Douris était sans doute u n m é t è q u e ,\nu n étranger domicilié à Athènes ; il habitait ce quartier des potiers qu'on\nappelait le Céramique et qui était situé près de la porte du Dipylon.\n M. Pottier fait un tableau charmant et plein de vie de ce petit m o n d e d'ou-\n vriers d'art, personnages d'origine modeste et d'éducation souvent fort\n médiocre, que leur sensibilité sans cesse en éveil et l'influence du milieu\n élevaient parfois jusqu'à la vie intellectuelle la plus h a u t e . Il nous montre\n l'atelier et l'outillage de Douris ; il nous initie à ses procédés de travail ; enfin,\n par une étude minutieuse et pénétrante de ses œuvres, il met en lumière les\n caractères et l'originalité propres de son art.\n     Cette étude, au dire de l'auteur, n'a pas été écrite pour « les professionnels\n de l'archéologie ». Ceux-ci, cependant, y trouveront plus d'un enseignement\n\n\n   (1) L'abondance des matières nous force de renvoyer à nos prochains fascicules les\n compte rendus de plusieurs volumes des deux intéressantes collections : Les grands\n Artistes et les Villes d'Art de la maison d'édition Laurens, de Paris. Cette maison vient\n de commencer une nouvelle collection : Les Musiciens célèbres. Trois monographies ont\n déjà paru : Rossini par L. Dauriac; Gounod par P.-L. Hillemacher et Liszt par\n M.-D. Calvocoresci. Nous en rendrons compte prochainement.\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3315, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                55\n\nprécieux : à mainte question controversée, M. Pottier propose des solutions\nnouvelles. Ils y pourront apprendre aussi à voir lés choses d'un peu plus\nhaut qu'ils n'en ont l'habitude. Ce qui caractérise en effet ce « petit livre »\nc'est une élévation d'idées, une largeur de vues vraiment peu communes en\npareille matière. Souhaitons que l'auteur, élargissant le cadre de son étude,\nveuille bien nous donner un jour une histoire complète de l'a céramique\ngrecque : nul n'est mieux que lui préparé à pareille tâche.\n                                                                       C. G.\n\nL e s g r a n d s a r t i s t e s : Claude Lorrain, par M. RAYMOND BOUVEZ. —\n   (Paris, Laurens.)\n   L'art français, il semble qu'au XVIIe siècle il ait flori surtout hors de\nFrance, loin de la cour froide de Louis XIII, où brillait le flegmatique\nPhilippe de Champagne, espèce de janséniste du pinceau; loin de la cour\npompeuse et compassée de Louis XIV, avec ses Lesueur, ses Lebrun, ses\nVandermeulen, grands ordonnateurs de peintures officielles. Hors de France\nou, du moins, à l'écart des glaçantes influences académiques. Et les maîtres\nde ce temps, qui ont préservé dans leur œuvre le secret de la vie et de l'inspi-\nration libre et personnelle, sont, à côté du grand Nicolas Poussin, chez lequel\nles réminiscences antiques prennent la beauté du rêve, l'étrange Callot,\nl'enchanteur Claude Lorrain et les frères Le Nain, si naturels et si vrais dans\nleurs évocations de la terre et du travail.\n   Ce fut une heureuse fortune — comme le remarque l'auteur de cette inté-\nressante monographie — qui éloigna le Poussin et le Lorrain de Paris et les\nentraîna à vivre la majeure partie de leur carrière à Rome. Ici comme là, le\nmilieu était tout imprégné du goût issu de la décadence bolonaise, mais le\ngénie des deux artistes en subit moins les atteintes et les diminutions à\nl'étranger, loin des influences qui auraient pu peser sur eux dans leur patrie.\nRome était hantée alors, ou habitée, par des artistes de toute provenance, qui,\nbien qu'asservis plus ou moins à l'académisme régnant, ne laissaient pas d'y\napporter leurs tendances originelles. Claude Lorrain s'y trouva ainsi à l'école\ndes maîtres du Nord, par l'intermédiaire d'Agostino Tassi, élève de Paul\nBril; il y vécut dans la société de peintres allemands ou hollandais, comme\nle bon Sandrart, son brave et probe biographe; comme Jean Miel, qui exécu-\ntait les figures de ses compositions; il y connut notre Duquesnoy et nombre\nd'autres artistes originaires des Pays-Bas.\n   Claude grandit dans la fréquentation de ce petit monde, sans y rencontrer,\nbien au contraire, de conseils et d'exemples nuisibles à sa vocation', mais la\ndisparition de ses œuvres de début laisse une lacune considérable dans\nl'étude de son art que l'on voudrait suivre dès ses origines, saisir dans ses\nprogrès, dans les étapes qui l'ont conduit au merveilleux épanouissement de\nses paysages et de ses ports pleins de la majesté des architectures, du soleil\net de la mer.\n   M. Bouvez étudie le Lorrain et parle de lui d'une façon excellente. Nous\nne lui reprocherions peut-être que d'avoir paru un peu méconnaître Turner\nau profit de Claude : D'un siècle à l'autre, ils se répondent si bien, ces deux\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3353, "texte": "56                                  DURENDAL\n\n\npoètes de la lumière, et si nous aimons dans le premier l'exquisité de ses\nqualités françaises, comment ne subirions-nous pas chez l'autre la contagion\ndes enivrements et des inspirations moins mesurés de cette imagination\nfumeuse, quelquefois, mais sublime du Nord ?\n\nL e s v i l l e s d'art c é l è b r e s : Milan, par PIERRE GAUTHIEZ. Un vol.ill.\n   — (Paris, Laurens.)\n   « Ceci n'est que la promenade d'un artiste à travers Milan... » écrit l'auteur\nà la première ligne de l'introduction de son livre. Et ce « n'est que... » fera\nsourire le lecteur épris, et de livres, et d'art. Nous voulons dire de livres\nécrits d'une écriture vivante et où l'art soit une matière d'exaltation et de rêve\net non une matière d'érudition morte.\n   De ces autres livres, il y en a assez : il y en a trop ! Œuvres de savants infini-\nment estimables et ennuyeux, pour lesquels l'artiste n'est qu'une date parmi\nune multitude de dates, une mention dans de vieux papiers, et son ouvrage, un\nobjet d'examen microscopique et de controverses ardentes et vaines sur de\nfutiles particularités. Ces travaux, on les ouvre avec curiosité, attiré par le\nnom illustre et cher d'artiste ou de lieu qu'ils arborent sur leur enseigne\ndans l'espoir, vite déçu, de découvrir quelque notation suggestive parmi\nnombre d'argumentations fondées, toutes, sur l'hypothèse et la conjecture.\nEt l'on parcourt inutilement le maquis de cette érudition, la sèche broussaille\nde ces textes — il n'y est point de clairières! Et, à force de notes, de contre-\nnotes, d'opinions défendues et réfutées, l'artiste et son œuvre finissent par\ndisparaître à vos yeux, derrière l'échafaudage de fétus et d'allumettes patiem-\nment bâti autour d'eux par les méritoires fourmis de la critique ! Aussi, avec\nquelle joie nous accueillons, avec quelle confiance nous ouvrons des livres\ntels que le Rembrandt, de Verhaeren, certains que nous sommes d'y entendre\nparler de l'art dans un esprit d'amour, avtc la sympathie chaleureuse et pro-\nfonde d'où naissent les compréhensions véritables.\n   Le livre de M. Gauthiez est tout animé de cet esprit d'amour, de cet esprit\nde conformité, dirions-nous bien, qui fait que, d'artiste à artiste, quel que\nsoit le mode d'expression, l'adhésion est plus complète et l'admiration plus\ngénéreuse par l'expérience de l'art, de ses affres, de ses luttes, de tous les\nsecrets de vie et de volonté qui sont contenus dans une œuvre.\n   Les Italiens de la Péninsule ont conservé longtemps aux Lombards le nom\nde Tedeschi, de tudesques — et il semble que quelque sentiment analogue\némeuve le voyageur, impatient de la Toscane, de l'Ombrie ou de la Cam-\npanie, lui fasse brûler l'étape de Milan, franchir rapidement cette ville qui,\naprès la splendeur naturelle des lacs, fait, cependant, un si magnifique por-\ntique d'art et d'antiquité à l'ancienneté et à la beauté des contrées latines.\n   Milan est très moderne et très vénérable, pleine de vie agitée et indus-\ntrieuse, « grosse de révolutions et de labeur », et, à la fois, pleine de passé,\nde siècles qui ont laissé sur elle leur empreinte, depuis ceux de Rome,\nd'Ambroise et d'Augustin jusqu'à celui des Ducs, Visconti et Sforza...\nM. Gauthiez évoque devant nous, avec les monuments et les œuvres, les\nhommes, les mœurs, la vie de toutes ces époques, car, dit-il éloquemment,\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3226, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                 57\n\n\nà propos de saint Ambroise : \" l'art n'est pas seulement fait de marbre, de\npierre ou de bronze, de statues ou de mosaïques, de peintures ou d'orfèvre-\nries; si l'on écartait la mémoire de ceux qui vécurent ici... il semble bien\nque l'art lui-même perdrait beaucoup de son honneur et la moitié de sa\nvertu. » L'art, en effet, veut être aimé, non seulement dans sa lettre formelle,\nmais dans son esprit intime; il est beauté, mais aussi commémoration,\nprière, triomphe — réalité... L'œuvre, c'est de la réalité éternisée : comment\npourrions-nous connaître vraiment celle-là en négligeant celle-ci, qui en a\nformé la substance?...\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n\n\nL ' E c o l e B e l g e de P e i n t u r e (1820-1905), par CAMILLE LEMONNIER. —\n   (Ouvrage publié à l'occasion de l'Exposition Rétrospective de l'Art Belge à\n   Bruxelles en 1905.)\n   Ce magnifique ouvrage paraîtra incessamment à la maison d'édition Van\n Oest, à Bruxelles. Voici comment l'éditeur en annonce la publication :\n   « Parmi les quelques publications intéressantes ayant trait à l'histoire de\nl'art contemporain dans notre pays, l'Histoire des Beaux-Arts en Belgique de\nM. Camille Lemonnier a toujours été considérée comme l'un des ouvrages\ndonnant le mieux les caractéristiques générales de notre art national. La\npremière édition s'arrêlant à l'année 1880, l'auteur, dans une seconde\nédition, continua son travail jusqu'à 1887. On eut ainsi un tableau d'ensemble\noù se déroulèrent les différentes écoles dans les grandes divisions de l'art :\npeinture, gravure, sculpture, architecture. La critique rendit hommage à la\nméthode, à la clairvoyance, à l'impartialité d'historien dont témoignait cette\nvaste étude; elle n'a cessé, depuis, d'y puiser les éléments de sa docu-\nmentation.\n   » Il nous a paru que l'année qui vit fêter nos soixante-quinze années de\nliberté et de travail était une date favorable pour publier une variante de ce\nlivre à tant de titres intéressant pour le pays intellectuel. Jamais l'art ne\nbrilla d'un si vif éclat que dans les expositions que le gouvernement et l'ini-\ntiative privée organisèrent à cette occasion. Principalement l'Exposition\nRétrospective de l'Art Belge au parc du Cinquantenaire ainsi que l'Exposi-\ntion Leys-De Braekeleer et le I er Salon de l'Art Contemporain à Anvers, et\nl'Exposition Internationale des Beaux-Arts de Liége, nous remît sous les\nyeux, avec un éclat extraordinaire, la succession des maîtres qui furent de\n 1830 à nos jours la gloire de l'Art Belge.\n   » Nous avons donc soumis à M. Camille Lemonnier l'idée d'une publication\nvisant plus spécialement la peinture et suivant jusqu'en ses manifestations\nles plus récentes l'art auquel nous devons nos Wappers, nos Gallait, nos\nWiertz, nos Stevens, nos De Braekeleer, nos Degroux, nos Artan, nos\n Laermans, etc., etc.\n   « L'illustre écrivain, se rendant à notre désir, a refondu son œuvre, en se\nplaçant au point de vue que nous lui avions indiqué. Son Histoire des\nBeaux-Arts en a pris la forme plus vivante d'une suite de monographies\nprésentées chronologiquement et réunies entre elles par l'étude successive\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "53                                 DURENDAL\n\n\n\ndes époques et des milieux durant la période 1830-1905. Nous examinerons\nultérieurement s'il convient de publier ensuite un semblable travail consacré\naux autres arts.\n     » L'Ecole Belge de Peinture de 1830 à 1905 résume l'évolution de la pein-\nture dans ses types principaux. Le livre offrira, sous sa forme nouvelle, le\ndouble avantage d'une documentation sûre et d'une lecture que le talent si\npersonnel de l'écrivain a su rendre intéressante à la fois pour les hommes\nd'étude et les gens du monde.\n     » Nous avons tout fait, d'ailleurs, pour que le cadre fût digne du sujet.\nL'ouvrage de M. Camille Lemonnier, qui paraîtra incessamment, formera\nun beau et fort volume in-4°, imprimé avec goût sur les presses de la maison\nJ . - E . Buschmann, d'Anvers. Il sera illustré des reproductions de plus de cent\ntrente tableaux, dessins et eaux-fortes, toutes hors texte, admirablement\nreproduites en héliogravure, en camaïeu deux teintes et en typogravure. »\n     L'ouvrage sera mis en vente broché ou relié en un élégant cartonnage\nanglais. La couverture et la reliure seront ornées d'un dessin de l'artiste\nGeorges Lemmen. Le prix de l'ouvrage est fixé en souscription à 20 francs\n(broché), 25 francs (relié). Les éditeurs se réservent d'augmenter le prix du\n livre dès sa parution.\n     Il sera tiré de cet ouvrage cinquante exemplaires de luxe dont : dix sur\nJapon au prix de 75 francs et quarante sur Hollande au prix de 125 francs.\nOutre la série complète des planches hors texte, les exemplaires de luxe\nseront enrichis des œuvres suivantes :\n     A. Baertsoen, une eau-forte originale.\n      V. Gilsoul, En ville, le soir, eau-forte originale.\n      P . Khnopff, L'Encens, peinture à la cire inédite, reproduite en héliogravure\n et tirée en taille-douce.\n      A. Rassenfosse, Hiercheuse, eau-forte originale en couleurs, tirée en\n repérage.\n      A. Stevens, La Tricoteuse, tableau reproduit en héliotypie, sur papier\n Impérial du Japon.\n     Théo Verstraete, Au Repos, dessin original, reproduit en fac-similé sur\n papier Impérial du Japon.\n      Il faut adresser les souscriptions à M. Van Oest, éditeur, 16, rue du Musée,\n à Bruxelles.\n\nL e s A m a z o n e s , par HENRY MAZEL. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n   M. Henry Mazel — dont nous analyserons un de ces jours le bel et loyal\neffort littéraire — a fait, par les Amazones, un drame de vie intense et de\nnoble pensée. Par exemple, cette œuvre doit déplaire, d'une façon absolue,\naux féministes, puisque la moralité qu'elle profère est que la femme, quand\nelle veut régner par la force, choit dans les aberrations les plus barbares, et\nque sa vraie grandeur et sa seule mission sont dans l'amour; sous des fictions\nantiques, qui ont, par endroits, la purpurine splendeur de mythes wagné-\nriens, telle est la haute leçon de psychologie générale qui se dégage de la\ntragique aventure de la reine Thomyris et de sa fille Penthésilée, dont le rêve\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3145, "texte": "                              LIVRES    ET   REVUES                               59\n\norgueilleux est d'imposer par la terreur la domination des Amazones. Heu-\nreusement, Mithra est là, Mithra, le roi vaincu et captif, dont la torture a\nbrisé les membres, mais qui garde, en son âme, le trésor de toutes les saines\nénergies morales. A son contact, sous la lente et progressive action de\nl'amour, Penthésilée sent fondre en elle tous ses instincts tyranniques et\nviolents, et revient au sens humain de sa destinée de femme. « Qu'est-ce que\nl'amour? » demande Penthésilée. Et Mithra répond : « C'est le dévoûment. »\n— « Le dévoûment à quoi? » —« Pour la femme, à l'homme; pour l'homme\nau divin ! »\n   Par la sobre nervosité de la langue, par une composition extrêmement\nhabile, par le relief nettement accusé des personnages et, enfin, par le vivant\net agissant développement de l'intrigue, Les Amazones est une œuvre drama-\ntique de premier ordre, dont l'effet à la scène serait émouvant et puissant.\n\nS e n t i m e n t s , par GILBERT DE VOISINS. — (Paris, Mercure de France.)\n   M. Gilbert de Voisins est un charmant et papillonnant causeur, qui passe\nd'un livre à un fait divers, d'une considération morale à un aperçu artistique,\navec une égale aisance et avec le désir un peu fiévreux que rien de ce qui se\npasse ou de ce qui se publie n'échappe à son analyse. Les Sentiments — qui ne\nsont point seulement des sentiments, mais aussi des idées — offrent une\nséance de cinématographie littéraire très diverse, très vivante et très spiri-\ntuelle. Zola y défile en la lourde médiocrité de ses gestes ultimes; et si Pierre\nLouis y est un peu flatté, Willy apparaît sous un angle très juste. On peut\nvoir et juger les êtres et les choses de la vie et de l'art autrement que\nM. Gilbert de Voisins, mais la loyale droiture de ce critique est incontes-\ntable — et son jugement est formulé avec une piquante élégance et un original\ndétachement.\n\nL e s S a m e d i s l i t t é r a i r e s , par ERNEST-CHARLES (4e série). — (Paris,\n   Sansot.)\n   Ce nouveau volume des critiques littéraires de M. Ernest-Charles relève\ndu même faire personnel que les volumes antérieurs. Nous y retrouvons toute\nla sûreté d'information, toute la mordante dialectique et, à quelques réserves\nprès, toute la justesse d'appréciation qui nous firent aimer, dès le début, ce redou-\ntable Père fouettard des fausses gloires littéraires. Dans le présent recueil, en\nvérité, M. Ernest-Charles a, par exception, fait plus large place à l'admiration\nqu'à l'éreintement. A signaler trois généreuses études consacrées à des maîtres\nparticulièrement chers aux artistes catholiques : Ernest Hello, Barbey\nd'Aurevilly et Paul Harel. Ceux qui liront ces pages éloquentes et nerveuses\nappliqueront à M. Ernest-Charles le mot par lequel il termine son jugement\nsur l'écrivain des Œuvres et des Hommes : « Il a compris que la critique devait\nêtre, pour beaucoup, directrice des esprits et des âmes... I1 fut un critique\nd'action. Il ne fut enchaîné que par ses préjugés et, au demeurant, il fut un\nhomme libre. »\n   Et tout de suite M. Ernest-Charles use de sa liberté pour proclamer que\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3182, "texte": "60                               DURENDAL\n\n\nFernand Gregh est fréquemment le plagiaire d'Albert Samain et pour prouver\nque M. Gaston Deschamps — notable normalien — a publié sur Waldeck-\nRousseau « le livre le plus plat qui ait paru depuis quatre ou cinq années ».\n                                                                     F . V.\n\n   L ' A r t F l a m a n d e t H o l l a n d a i s (Anvers, Buschmann; Bruxelles,\nVan Oest). — Le numéro de Novembre contient un compte rendu très sérieux,\ntrès complet et très bien écrit de l'intéressante Exposition Rétrospective de l'Art\nBelge à Bruxelles, par PAUL LAMBOTTE, illustré de treize superbes reproductions\nd'oeuvres exposées. Cet article est suivi de la fin de la curieuse étude\nd'A. HEINS surl'Ancien foyer dans les Flandres, rehaussée par la reproduction\nde vingt-six dessins de foyers différents.\n   Le numéro de Décembre contient la suite de l'intéressante étude de JAN VETH\nsur Rembrandt : Rembrantiana et traite les Premières oeuvres de Rembrandt. Il est\nsuivi d'un article sur l'Exposition Jordaens à Anvers du rédacteur de la revue\nBuschmann Junior, l'auteur du magnifique ouvrage sur Jordaens, publié par\nla librairie Van Oest, dont nous avons fait l'éloge ici même. Ce numéro se\ndistingue par d'admirables reproductions qui toutes sont du plus haut\nintérêt.                                                                H. M.\n\n    L ' A r t e t l e s a r t i s t e s . — Numéro de Novembre. — M. H. Bouchot\nincline à penser que le Retable de Boulhon, récemment offert au musée du\nLouvre, est de la même date et de la même main que le Triomphe de la Vierge,\nde Villeneuve-lez-Avignon (1450-1455 environ) et de la façon d'Enguerrand\nCharton. Il n'est pas loin d'attribuer au même maître la puissante et tragique\nPietà, conservée également à Villeneuve-lez-Avignon, et qui fit sensation à\nl'exposition des Primitifs. M. Bouchot fait valoir ses arguments avec la pas-\nsion, souvent féconde, qu'on lui connaît.\n    M. Blanche étudie l'œuvre de Watts; M. Lafond, les Pasos, scènes de la\npassion représentées par des groupes de statues de bois, peintes, dorées et,\nparfois, habillées, et fort en vogue en Espagne, surtout au XVIe siècle. Ces\nœuvres se ressentent fortement du naturalisme importé en Espagne par les\nsculpteurs flamands; elles font songer aussi aux ouvrages analogues exécutés\nau XVe siècle, en terre cuite polychromée, par le Guido Mazzoni, de Modène\n(il semble que le Saint François de la page 34 soit plutôt un saint Antoine de\nPadoue).\n   Ce numéro exceptionnel, illustré de nombreuses reproductions dans et\nhors texte, est complété par une bonne étude sur le Classicisme de Mattet; un\ncompte rendu du Troisième salon d'Automne, etc.\n   Numéro de Décembre. — Attrayantes études, l'une de M. Geffroy ; l'a utre de\nM. Dreyfus, sur les Frères Le Nain, dont le réalisme savoureux fait si étrange\ncontraste dans l'art français italianisant et académique duXVIIesiècle; et sur\nDalou inconnu, sur l'œuvre grande et belle : le Monument aux ouvriers, et nombre\nd'autres ouvrages consacrés aux paysans et aux travailleurs dont on trouva\nles modèles et les esquisses dans l'atelier du maître, et qui sont exposés,\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2364, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                    6l\n\n\naujourd'hui, au Petit Palais. En outre : Un après-midi chez Monet; le Mois\nartistique; la Vente Cronier; etc. Nombreuses et remarquables illustrations,\ndont une eau-forte d'après l'Enfant à la chandelle de Le Nain.\n                                                                   A. G.\n\n    B u r l i n g t o n M a g a z i n e (Londres, Berners Street, 27), numéro\nd'Octobre. — Une magnifique reproduction d'un tableau de Metsu : la Liseuse,\nse trouvant dans la collection Beit, ouvre cette livraison. Le tableau paraît\ndélicieux et attester une parenté très proche avec Vermeer de Delft. Il\nsemble, autant qu'on peut en juger par une reproduction, être l'un des meil-\nleurs du maître hollandais.— M. HOLMES nous donne un article sur l'Art Ja-\nponais; M. MARTIN continue son étude sur la Vie d'un artiste hollandais au\nXVIIe siècle; Miss WAERN publie des notes sur le Palerme moyenageux;\nM. HERBERT P . HORNE nous apprend qu'on vient de retrouver à Florence\nune grande fresque d'Alessio Baldovinetti, maître rare et charmant. M.WEALE\nrend compte du livre publié à Vienne par le docteur von Wuzbach sur les\nmaîtres flamands et nous présente l'ouvrage comme ce qui a été écrit de plus\ncomplet jusqu'ici sur les Van Eyck.\n   Numéro de Novembre. — Signalons une étude de M. ROGER FRY sur le mys-\nticisme de Mantegna; une autre de M. CLAUDE PHILLIPS sur le Watteau des\nOffices; un autre de M. KOOP sur des panneaux attribués à Bramantino; des\nnotes de M. HERBERT COOK sur un maître espagnol primitif très voisin de nos\nFlamands; d'autres de M. WEALE sur un tableau de l'Ecole d'Ypres. Le reste\ndu numéro intéressera surtout les collectionneurs de meubles et de bibelots :\nargenterie, instruments de musique, etc.\n   Dans les deux livraisons, un copieux bulletin bibliographique.\n\n   M a s t e r s i n A r t (Boston, Chauncy Street). — Le numéro d'Octobre\nest consacré à Verrochio. Comme d'habitude, de nombreuses reproductions,\ndes notes biographiques, une liste d'œuvres et d'ouvrages à consulter, forment\ncette excellente monographie. On y trouvera le Baptême du Christ et l'Annon-\nciation et la plupart des sculptures de cet artiste exquis, qui eut la gloire d'être\nle maître de Léonard de Vinci.\n                                                                          J. D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-017", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 62, "page_fin": 64, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES NOS abonnés de l’étranger", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2884, "texte": "NOTULES\n\n   NOS a b o n n é s d e l ' é t r a n g e r sont instammentpriésd'avoir l'extrême\nobligeance de nous payer le prix de l'abonnement pour 1906, en nous\nenvoyant soit un mandat postal international, soit un chèque de 12 francs\nsur une banque de Belgique, C'est le procédé le plus aisé et le moins coûteux\nà la fois pour l'abonné étranger et pour la Direction de la revue. Prière\nd'adresser le mandat ou le chèque à la Direction de Durendal, 22, rue du\nGrand-Cerf, à Bruxelles (Belgique).\n\n   François B e a u c k , le grand artiste dessinateur dont nous fîmes jadis,\nici même, l'éloge et dont nous avons offert à l'admiration de nos abonnés\nplusieurs dessins d'une si belle et si forte originalité, vient de remporter un\nsuccès qui confirme nos éloges et nous remplit de joie. Le Prix Picard de\nl'Académie Libre vient de lui être décerné à l'unanimité, d'enthousiasme,\ndirais-je, et sans discussion préalable. L'artiste peut être fier de ce succès\nqui est en quelque sorte une consécration officielle de son talent et d'autant\nplus significative qu'il a été couronné par une élite intellectuelle, car l'Aca-\ndémie Picard comprend nos premiers écrivains, des critiques d'art autorisés\net de très grands artistes. Nous félicitons de tout cœur notre ami François\nBeauck dont nous reproduisons une des dernières œuvres dans ce fascicule.\n   M. Beauck vient d'être admis comme membre au cercle d'artistes Pour l'Art\ndont le Salon est ouvert actuellement au Musée Moderne et où plusieurs de ses\ndessins sont exposés.\n   E u g è n e L a e r m a n S . — Dans un récent article sur les Peintres Belges,\nCamille Mauclair, critique d'art averti et consciencieux, fail ce bel éloge de\nnotre incomparable artiste si original et si personnel, Eugène Laermans :\n « Un peintre qui est un grand artiste, Eugène Laermans, à qui Paris devrait\nfaire un accueil enthousiaste, semble transposer la vision rude et sincère du\nvieux Bruegel dans l'étude vibrante et dramatique qu'il fait des paysans, des\nouvriers, des émigrants, de tous les souffrants du prolétariat flamand que\nfait vivre son âpre talent, les dressant sur des paysages farouches avec une\nsaisissante force de synthèse linéaire. M. Laermans est un créateur original,\net toutes les sottises qu'a fait dire et commettre la recherche d'un « art social »\nsont annulées par son œuvre, où passe souvent la grande hallucination\ntragique des poèmes de M. Emile Verhaeren. »\n\n   Théâtre du Parc. — Conférence de M. Valère Gille. —\nM. Valère Gille, le plus joliment, le plus authentiquement et le plus obstiné-\nment parnassien des poètes belges, parla de Banville et de Glatigny avec\nune information sûre et une élégante vénération. Il eut d'harmonieuses défi-\nnitions et de jolies anecdotes — sans s'attendrir, du reste, plus qu'il ne con-\nvient à un parnassien. Verlaine complétait le « brelan » de poètes départis\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "                                  NOTULES                                   63\n\naux commentaires de M. Valère Gille. Ici, le conférencier sembla un peu\ndemander grâce à son auditoire de devoir entretenir sa mondanité distin-\nguée d'un tel vagabond de lettres. Et il se résigna à n'insister guère que\nsur le poète des Fêtes galantes — le moindre Verlaine, à notre sens, et dont\nles Uns et les Autres, frivole et joli marivaudage joué à l'appui des dires de\nM. Valère Gille, est un dialogue très représentatif. Que de cette partie-là de\nl'œuvre de Verlaine, on puisse dire « qu'elle est sans pensée », soit. Mais\ngénéraliser le mot, l'étendre à la Bonne Chanson et à Sagesse, c'est, même de la\npart d'un parnassien, un excès d'impassibilité. Car les sanglots aussi sont des\npensées.\n   De Banville et de Glatigny, la Femme de Socrate et le Bois, excellemment\ndétaillés par la troupe du Parc, soulignèrent avec à-propos les notes heu-\nreuses et fines de M. Valère Gille.                                    F. V.\n  La Ligue Belge des Amis des Arbres a élu son comité pour\n1905-1906. Président : Jean d'Ardenne; secrétaire: Edm. De Bruyn; trésorier:\nLouis Van der Swaelmen. Elle a choisi comme organe le Samedi. On instal-\nlera des comités régionaux. La cotisation des membres est fixée à 3 francs.\nLa ligue organisera une fête au printemps, probablement aux bords de la\nMeuse, à Hastière, une autre en automne sur le littoral, à Wenduyne. Elle\npatronnera aussi toute initiative privée ou publique. Son comité assistera\nnotamment à la fête scolaire organisée par le Conseil communal d'Anvers.\nM. Fierens-Gevaert y prendra la parole. Pour renseignements, s'adresser au\nsecrétaire, 17, rue du Châtelain, à Bruxelles.\n\n    Premier Sal On d u L i v r e . — Sous cette dénomination aura lieu à\nBruxelles, en février 1906, une exposition internationale de photogravure, de\nl'illustration et la décoration du Livre. Cette exposition comprendra quatre\nsections : 1re section. Épreuves réparties en trois groupes : 1° photogravure,\nhéliogravure; 2° pLotozincogravure, similigravure, trait; 3° impressions\nphotomécaniques (phototypie, photocollographie). — Les épreuves exposées\npeuvent être accompagnées des originaux. — 2e section. Dessins ou photo-\ngraphies des machines employées pour l'impression des illustrations. Dessins\nou photographies du matériel utilisé par le photograveur. — 3 e section.\nŒuvres originales des artistes belges illustrateurs du Livre (Dessins, gra-\nvures, eaux-fortes, aquarelles, etc.).\n\n  La Belgique artistique et littéraire. — Tel est le titre d'une\nnouvelle revue mensuelle à laquelle nous offrons nos souhaits confraternels\nde bonne chance et longue vie. — (Direction : 26, rue des Minimes. Abonne-\nments : 12 francs par an en Belgique. — 15 francs pour l'étranger.)\n  Le premier fascicule contient, entre autres articles intéressants, la belle\nconférence sur l'Ame belge donnée par Georges Eekhoud au Kursal\nd'Ostende.\n   Le Cercle d'Art de Cureghem-Anderlecht vient d'être fondé\npar des peintres, sculpteurs, architectes, littérateurs, etc., de cet important\nfaubourg, sous la présidence d'honneur de M. le bourgmestre Moreau; ce\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3260, "texte": "64                                DURENDAL\n\n\ncercle organisera des voyages d'étude et des expositions qui établiront\nl'existence d'un mouvement d'art intéressant à Anderlecht. Pour renseigne-\nments, s'adressera M. René Henry, secrétaire, 138, rue Wayez.\n   A u C e r c l e A r t i s t i q u e . — Voici le programme des prochaines soirées\ndu Cercle :\n   Janvier. — I. Audition du Trio Mark Hambourg. — I I . Festival Mozart :\n1°Concert symphonique ; 2° Soirée de Musique de chambre ; 3° Les Noces de\nFigaro. — I I I . Conférences de MM. Homolle et Médéric Dufour.\n   Février. — I. Conférence de M. Kufferath avec le concours de Mlle Wi-\nbaux, contatrice. — I I . Audition d'œuvres de compositeurs belges données\npar Mlle L a t i n i s . — I I . Concert symphonique dirigé par Théo Ysaye avec\nle concours d'Eug. Ysaye. — IV. Conférences de MM. Maubel et G. Mourey.\n   Mars. — I. Audition d'œuvres de Gabriel Fauré. — I I . Le Quatuor Rosé de\nVienne. — III. Conférences de MM. V. Marguerite, H . Carton de Wiart,\nV. Gille, Lefébure, Daxtelet, Verhaeren, P . Spaak et Joly.\n  A c c u s é d e r é c e p t i o n . — LÉON BARRAGAND : Amour oblige (Paris,\nPlon). — Louis ROCHE : Les grands récits de l'épopée française (ibid). —\nMAURICE ALLOU : L'amour du théâtre (ibid.). — CLAUDE COHENDY : Visions\nd'Hellas (ibid.).— LÉOPOLD COUROUBLE: Le mariage d'Hermance (Bruxelles,\nLacomblez). — MICHEL BRENET : Palestrina (Paris, Alcan, éditeur de la\ncollection : Les maures de la musique). — HAROLD HÖFFLING : Histoire de la\nphilosophie moderne. Traduit de l'allemand par P . Bordier, avec corrections\net notes de l'auteur. Préface de M. V. Delbos. Tome I (ibid.). — MARC\nSANGNIER : La vie profonde (Paris, Perrin).— GEORGES GOYAU : L'Alle-\nmagne religieuse. Le protestantisme, 1 volume. Le catholicisme (1800-1848),\n2 volumes (ibid.). — FERNAND MÉDINE : La messe de onze heures et demi\n(Paris, Fontemoing). — MARTIAL MARTEL : Tourment. Poèmes. Préface de\nC. Mauclair (Paris, Maison du Livre). — AMÉDÉE PROUVOST : Sonates au clair\nde lune (Paris, Calmann-Lévy). — EMILE GEBHART : Florence, ouvrage\nillustré de 176 gravures (Paris, Laurens, éditeur de la collection : Les villes\nd'art célèbres). — LIONEL DAURIAC : Rossini. — P.-L. HILLEMACHER : Gounod.\n— M. D. CALVOCORESCI : Litszt, 3 volumes de la nouvelle collection : Les\nmusiciens célèbres (Paris, Laurens). — MARIE-CHARLES DULAC : Ses lettres,\navec portrait (Paris, Bloud). — DANTE ALLIGHIERI : Vita Nova. Traduction\nde Henri Cochin (Paris, Bibliothèque de l'Occident). — JACQUES D E S GACHONS :\nLe mauvais pas (Paris, Gautier). — HENRI CROKAERT : Tristesse aimée\n(Louvain, Polleunis). — EDOUARD N E D : L'énergie belge. Opinion d'une élite\n1830-1905. Ouvrage illustré de 24 portraits (Bruxelles, Dewit). — HECTOR\nGEVELLE : Un cours d'esthétique dans les classes supérieures d'humanités\n(Enghien, Spinet). — CHARLES BULS : La culture intellectuelle en Belgique\n(Bruxelles, Lamberty). — EDGAR BONEHILL : La littérature et le barreau.\nConférence du jeune barreau de Charleroi ; discours prononcé à la rentrée\n(Bruxelles, Larcier). — EDOUARD LALOIRE : Médailles historiques en Bel-\ngique, 1905 (Bruxelles, Goemare). — ANDRÉ FAGE : Un poète de la vie\nmoderne : Emile Lante (Valenciennes, édition de l'Essor septentrional).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison01-205", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "ISSK GÉNÉRALE DE REPORTS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 4652, "texte": "ISSK          GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                I», Marché-au-Bois - BRUXELLES\n Dépota de fbnda en Compte* Chèque*, dlaponible* à rue : 1 1/8 p. e. *an* commission\n    Dépéts en Compte* d* Qulnaaia*; intérêt variable; moyenne 1008 : 8.97 p. e.\n                     Encaissement de Coupons, Titre*, Effet*, etc.\n                               ORDRES DE BOURSE\n           Service spécial de Lettre* de Crédit et Chèque* sur tous pays\n          Prêt» sur Titre* — Garde de Titre*. — Location de Coffres-Fort»\n\n\n  LA RESERVE MUTUELLE \\ LE STANDARD                        mpagnie d'assurances sur la vie, tondée en 1825\n         ,lr.    i l     IIS   -I   »#>\n                                                                 ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COHPASNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n            •ur         i n vas»\n                                                                                     de I* Compagnie :\n                                                          t* Police* Incontesta-         irlf avantageux.\n                                                            bles âpre* deux an* 4* Participation impor-\n                                                            de date.                  taatedes assure* dans\n                                                          s* Prêts aur police*        le* bénéfice* d* la\n                                                            avant trois ans de        Compagnie.\n                                                            date.                   5» Prêt* hypothécaires.\n                                                              Sainuit p*ur rtnsttgntmrnU ttprotptttmi à U\n                                                                      DISICTION            QtNtSALI\n                                                          28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                            Télsskofl* 94»    Asrsss* Ulés/tphlque : ttanasrl >**sHsS\n                                     40 Millions\n                                    250 Million*\n                                                                   En vente chez M U R A I L L E\n     CftiiiiiiMis très intéressantes                         45,   Elt       DE L'UNIVERSITÉ, 4 5 , LIÈGE\n                       nui u ctarnoT *t imm                                    J.   RYELATSDT\n      m, r u » H » l * T y , P A R » <©«»\n      DIRECTION POUR LA BELCIQUE\n                                                          SAINTE!      CECILE\n                                                               Drame musical\n  19. rue du Rouleau. H        L.ES\n          On .1. ?n.,i..|. i l r i ISJSSS*                      Red. pour chant et piano : 1 5 francs\n                                                                      PUROATOK1UM\n                                                                Oratorio.— Réduction pour ebaot *t piano : 6 lianes\n                                                                 N O O r t D S h E (Mer du Nord)\nHrcîi vBS Nobiliaires le Belgipe                               5 esquisses pour piano — 8 francs.\n\n          rue Stèfin, BRUXELLES\n              Recherches de geoéalogie» et d'ar-                   Editions de D U R E N D A L\n                          ica en Belgique el\n                   ger. — Atsistsuoa*oA*c«elle*di\n                   nobleate, de filiations i\n                   net. — Copiesofficicllesde ictiies\n                   de patentes de noblesse. —\n                   Inscription* à la listedea noble».\n                   — inv                   > ogies d»n*\n                   dea publications belget et cir*n-\n                     CU-J. — Ueculication* d'acte*\n                   5 e l'état civil et adj menons de*\n                   nom*. — Correspondant* en pro-\n                                                                             POÈME      MYSTIQUE\n                   nnceet à l'étranger — Armoiries                                      PAR\n                   et documents généalogiques sur\n                    plus de lUU.UUU lamillcs nobles\n                    et patriciennes.                               Georges RAMAtKEfiS\n    RE N8EIONEMENTS\n\n\nCHOCOLAT                            BlESWAL                Adresser les commandes à la Direction\n                                                                               de DURENDAL\nCHOCOLAT                            BlESWAL\nCHOCOLAT                            BlESWAL                    22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n\nCHOCOLAT                            BlESWAL                                   P r i x : 3 fr. 30\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3719, "texte": "                IMPRIMERIE                                        SCIENTIFIQUE\n                                                TYPO, LITHO ET CHROMOLITHO\n                                                          JSTRATIONS      OE GRAND LU\n                                     PHOTO-CHROMOQRAVURE EN TROIS COULEURS\n\n\n  .        CHARLES                                  BULENS,                                      ÉDITEUR                           •\n                                 75,         RUE       TERRE-NEUVE,                            75\n\n TÉLÉPHONE                    505                        — = = -                                  B R U X E L L E S\n\n\n\n                               ,e ,lln el                                                    mm\n  J. MSI) Péri \" \" TEaKS \"•\" \"\n            UH«T                              rtipiiHa». rMlMMlto* ti H<f*t*f     *» U M M B\n                                                                                                           F. BUËSO Fils\n                                                                                                                   **M\"T\n      H    RUE DE LIGNE                   «CITE ET ICHAT OE TAIIEAUI ANCIENS U lOOEAIES                  24, I t I I B t l Û l i l K\n          Bruxelles                            ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                      Oruzellcs\n\n\n\n\n          POUR VOS CIGARES FINS\n\n\n\n MAISON AMÉRICAINE\n                   • d r « l l t l - « o u l à la\n                                                                   w ST.\n                                                                                       Les Boues Gaouicnoaitn\n                                                                                            TAIABOT\n                                                                                      Ht inusables (t inarrachablss\n                                                                                                                   «oui\n\n                 DÉPÔT OE FABRIQUE\n                                                                   Ameublement* completi — Ebénisterie d'art\n      15 — Avenue Louise — 15\n                                                                       Maison SNYERS-RANG & F\n                BRUXELLES                                         F o n d * * M 1816             —          Taiaphona 1309\n\nP.-». - arrivages lejoiieis le cigares I t la Havane                  2 7 , r u e d'Or, BRUXELLES\n\n\n\n\nATELIERS                                             \" E C C L E S - Ain                                                         »>\n\n                             IIAARLEM                           (HOLLANDE)\nATELIERS                DE         BF                                                              UIVRES               D'ART\n                                                                  OLIDE         il       PRATIQUA\nMOI)i.i                                                                         F       VA N              KALC K\n                                                                                OIM     !•>. 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N«\n\n\n\n\n                 UREl\n           REVUE CATHOLIQUEtfAru]\n           ET ©E LITTERATU~~ ^\n\n\n\n                                          SSÎ5C\n\n\n\n\n                        A         •   •           •\n\n                , • V V V\n                • •     • • • •           •   •\n                      .V • • • •. • •\n\n\n\n\nIRUXELLES, rue du Grand-Cerf, aa. — PARIS, avenue de la Grande-Armée, 61.\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "                                               .eia.Miei.''LawtsitiiiJiiisE-\n                                        LII PLAGE DE WESTENOE\n                                                 (BELOIQDi\n                                           \"liée AUX I\n\n\n\n                         l'aitei           - familles\n                               itiainre •>\n                         à la »im|.\n\n                                                         la •\n\n\n                              i.o» et île rusluiiic» dp liain-\n                         Raragra kursaal restaurai •\n                         r\\clailcs, ac<             aux aut> i\n Villa* et Terrains      h u m a M lu-i;i;l.i                               il île              Villa           aget\n                                                                    nadee à Ane*.\n          A TDDU                        r la    |>IH.                                                      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WESTE*D- HOTEl\nWtoTEND' HOTEL                                                                   • ju«i|iir fin m\n                                                                            0 a 16 fr. par j ur h\n                                                                            al à la fin dr* saison*, arran-\n              DIGUE DE MER                                                 • avantageux pour le» famille»\n                                                                    (llimlil         I :\n                                                                                 i                   min\n    TÉLÉPHONE N* 4 1\nR*« nu du                                                                                  meut iiioilcrner»ihriii|ueet\n         il par\n                                                                                            raases. Salle de musique\nNleuport.\n                                                                                             Salle dé billard Salle de\n                                                                                                  i cation pour lea en-\n                                                                                           9blv  i f * nu s * , o l , •\n                                                                                              ** I d*l—iareaK\n                                                                                                          'da\n                                                                                                \\ d>\\ 'mdai\n                                                                                                         lan-\n                                                ' V '                                    jlS ce Cuisine *ol-\n     •\n                                                                                               née.    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A l'Administra lion de la Plage I Téléphone\n                                         /  8 8 du littoral) ou au Weatand' Hôtel\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": ""}, {"page_pdf": 15, "texte": ""}, {"page_pdf": 16, "texte": ""}, {"page_pdf": 17, "texte": "LEOPOLD   WALLNER\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                      Léopold Wallner\n                 LÉOPOLD Wallner, fils d'un père autrichien et d'une mère\n                   polonaise, est né à Kieff (Russie méridionale) en 1847.\n                   Son père dirigeait en cette ville une maison d'édition\n                   musicale et réunissait dans sa demeure hospitalière la\n                   plupart des artistes de passage. Léopold Wallner fut ainsi\n                   plongé, dès sa plus tendre enfance, dans une atmosphère\n                   artistique. C'est grâce à cette circonstance aussi que Franz\n                   Liszt, qui était un hôte habituel de la demeure paternelle,\n                   devint le parrain du jeune Wallner.\n   Venu à Bruxelles, en 1866, pour y suivre les cours universitaires, sa\nsituation se trouva brusquement transformée par la mort de son père, sur-\nvenue en 1867. Obligé de gagner sa vie du jour au lendemain, il se décida,\nmoitié par nécessité, moitié par goût, à embrasser la carrière du professorat\nmusical.\n   En dehors des leçons de composition qui lui furent données pendant deux\nannées par un élève de Fétis, H. Van Synghel, Léopold Wallner fut un auto-\ndidacte. C'est à cette obligation de se suffire à lui-même, tant pour sa vie\nmatérielle que pour sa subsistance spirituelle, qu'est due l'originalité de ce\ncompositeur, qui unit dans son œuvre une sévère discipline classique à une\nfougue toute romantique.\n   Avec une rare persévérance, du reste, le jeune artiste ne se contenta pas de\npoursuivre ses études musicales : il se donna seul, grâce à un choix judicieux\nde lectures, un véritable enseignement supérieur, qui contribua largement à\nassurer à son enseignement musical une supériorité reconnue par tous ceux\nqui ont été ses commensaux et ses disciples. Ce qui distingue cet enseigne-\nment remarquable, c'est que le professeur se préoccupe tout autant, et souvent\nplus, de la compréhension par l'élève du style des maîtres que de la technique\nqui leur est particulière. A ce dernier point de vue, au surplus, l'excellence de\nla méthode préconisée par Léopold Wallner est incontestable; il a imaginé des\nexercices appropriés aux multiples difficultés du clavier, qui permettent de les\nvaincre mieux et plus rapidement que tous les autres procédés usuels dans\nl'enseignement pianistique. Il est vraiment à regretter que ce professeur émé-\nrite n'ait pas réuni en un recueil les conseils admirables qu'il donne à ses\nélèves et dont la- conservation serait d'une évidente utilité pour de nombreuses\ngénérations de virtuoses. L'application qu'il fait des lois de la psycho-physique\nnotamment mériterait déjà, à elle seule, d'attirer sur sa méthode l'attention\ndes intéressés. Il n'est jamais trop tard pour bien faire, et nous espérons que\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "6                                  DURENDAL\n\n\n Léopold Wallner se décidera à donner au monde musical, sous forme de\n manuel, les résultats de sa longue expérience.\n    Cette expérience a, du reste, été consacrée par les fonctions, toutes de con-\n fiance et de conscience, auxquelles il a été appelé par les directeurs des Conser-\n vatoires de Bruxelles et de Gand, des Ecoles de musique de Schaerbeek, de\n Louvain, de Mons. Depuis de nombreuses années déjà, il est membre de leurs\n jurys de composition et d'harmonie. Deux fois déjà il a été proposé comme\n candidat à la section des beaux-arts de l'Académie royale de Belgique.\n     Longtemps aussi Léopold Wallner a été critique musical, mais l'apostolat\n auquel il s'est livré dans ses cours et conférences, la préférence qu'il a donnée\n à son travail de compositeur l'ont peu à peu engagé à déposer la plume ; selon sa\n  propre expression, celui qui monte sur l'estrade ne peut plus en même temps\n s'asseoir au parterre.\n     Les œuvres musicales de Léopold Wallner sont déjà nombreuses, bien qu'il\n'ait tracé en ces mots la règle de conduite qu'il s'est imposée au cours de sa\n déjà longue carrière : « Le génie seul peut écrire d'abondance ; le talent, par\n contre, doit savoir se concentrer le plus possible, et, encore alors, n'est-il pas\n  sur qu'il restera quelque chose de son œuvre après sa mort; malheur à l'artiste\n  lorsqu'il se survit! »\n     Cette sévère discipline, qui ne lui a fait publier qu'une minime partie de ses\n  compositions, nous permet d'affirmer que Léopold Wallner se survivra. Sa\n  dernière œuvre notamment, sa Sonate Romantique pour piano, est d'une belle\n  envolée, d'un intérêt soutenu, d'une ample sonorité et d'une incontestable origi-\n  nalité. Ce sont là des qualités suffisantes pour qu'elle conquière chaque jour\n  de nouveaux admirateurs. Les variations pour piano, dont nous espérons\n  apprendre bientôt que la première audition a eu lieu en Allemagne, sont peut-\n  être plus remarquables encore, d'une invention et d'une variété rares. Quant à\n  ses mélodies, elles ont mérité les suffrages de tous ceux qui ont pu les analyser ou\n  les interpréter. Son Album musical de la Jeune Belgique finira par s'imposer à\n  l'attention de tous, si au premier abord les qualités, que leur exécution parfaite\n  exigedes artistes, constituent un obstacleà leur pénétration dans le grand public.\n     Mais Léopold Wallner est précisément de ceux qui préfèrent les succès\n   durables aux succès bruyants, mais éphémères. Il sait qu'il faut à l'artiste\n   créateur une longue patience, mais qu'une telle patience est toujours récom-\n   pensée et triomphe toujours de l'indifférence et de l'incompréhension des\n   masses. Cette heure du triomphe a sonnée pour Léopold Wallner, et tous ceux\n   qui ont pour lui la haute estime et la profonde sympathie qu'il mérite, s'en\n   réjouiront pour lui et avec lui.\n\n\n                       Hommage à Léopold Wallner\n     , Les amis de Léopold Wallner, désirant lui donner un témoignage à la fois\n    de leur profonde affection et de leur haute admiration, avaient décidé, il y a\n    quelques mois, de publier à leur frais sa dernière œuvre, la Sonate Roman-\n    tique. Un exemplaire de luxe en fut tiré pour l'éminent compositeur. Les\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                            LÉOPOLD WALLNER                                   7\n\nsouscripteurs apposèrent leur signature à la première page. Et une petite fête\nmusicale fut organisée à l'occasion de la remise de cet exemplaire au destina-\ntaire. Cette fête charmante et toute intime, vraie fête de famille, a eu lieu le\nvendredi 29 décembre à la salle Erard. La salle était bondée ce soir-là. Les\namis y vinrent nombreux pour applaudir quelques-unes des plus belles et origi-\nnales œuvres du compositeur, qui furent brillamment exécutées. Le héros\nde la fête fut acclamé avec enthousiasme à son entrée dans la salle.\n   La séance s'ouvrit par un très beau discours de M. Henri La Fontaine qui,\nen termes éloquents et vibrants à la fois d'admiration, d'enthousiasme et\nd'affection, parla au nom des amis de Léopod Wallner. Ce discours chaleu-\nreusement applaudi fut suivi d'une audition remarquable. Afin que tous les\namis puissent garder un souvenir de cette belle fête et en même temps pour\ndonner à l'AMI et au MAITRE un témoignage public de notre admiration\nnous donnons ci-après le discours et le compte rendu de la séance musicale\nqui le suivit.\n\n\n                Discours de M. Henri La Fontaine\n                   C H E R MAÎTRE, C H E R AMI,\n   Il m'a été confié une bien douce, mais aussi bien périlleuse mission, celle\nde vous dire tout le bien que pensent de vous tous ceux qui vous entourent en ce\nmoment et tous ceux, plus nombreux encore, que les circonstances tiennent\nexilés loin d'ici. Mais votre amitié et leur indulgence me pardonneront si ce\nque je vais dire n'a pas l'éloquence de ce qu'ils pensent.\n   Il y a longtemps que vous savez que l'on vous estime et que l'on vous aime,\nmais il importait de donner à cette sympathie et à notre admiration pour vous\nune forme tangible et durable. Avec un empressement charmant, tous ceux,\net surtout toutes celles, qui ont pu vous approcher et bénéficier de votre\nscience et de votre expérience, ont consenti à collaborer à la publication\nd'une de vos œuvres les plus importantes.\n   C'est de vos mains que vous avez élevé à votre gloire le monument à la\nréalisation duquel vos amis n'ont apporté que le coup d'épaule de leur bonne\nvolonté. Mais, après en avoir ainsi assuré l'achèvement, ils ont tenu à en\nadmirer la noblesse et la beauté et à acclamer en vous l'ouvrier dans son\nouvrage. C'est pourquoi nous sommes réunis ce soir, et dans quelques\ninstants vous allez nous parler, avec votre belle éloquence, dans la langue\ndivine des sons.\n   Mais avant de vous accorder la parole, je veux rappeler à ceux qui le savent\net dire à ceux qui l'ignorent ce qu'a été votre vie d'artiste probe et\nconsciencieux. C'est qu'elle est exemplaire votre vie, quoi que vous en puissiez\npenser, en votre modestie coutumière. Pour vous, ce fut presque un devoir,\npuisque vous avez eu le privilège d'être le filleul de Franz Liszt, le grand\napôtre. Vous vous deviez à vous-même de suivre sa trace, et à cet apostolat\nd'art vous n'avez pas failli.\n   Dès vos débuts sur cette route ardue, où les ronces et les épines, les brous-\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "8                                DURENDAL\n\n\nsailles et les cailloux vous ont causé maints heurts et maintes blessures, vous\navez marché sans vous laisser décourager jamais. Etranger, seul, à peine\nadolescent, habitué à une existence sans souci, vous avez choisi, au jour des\nrevers brusques, le dur métier du professorat, et vous avez connu la leçon\nà dix sous, et les pensionnaires sans talent, et les éphèbes sans enthousiasme.\nTout cela ne vous a pas rebuté : tenace et joyeux, si vous avez pleuré parfois,\nvous avez préféré rire des obstacles et vous en avez triomphé. Non content\nde ce labeur ingrat, vous n'avez pas hésité à affronter en autodidacte, en vos\nheures de loisir, lEs problèmes- de la philosophie et les arcanes de l'histoire.\nVous avez compris qu'il n'est pas d'artiste sérieux, pas de professeur digne\nde sa mission si grande, sans une culture profonde, sans une connaissance\ndes idées et des faits. Aussi ceux qui savourent le plaisir des longues cau-\n series et des discussions vives, en hiver près de la lampe blonde, en été sur\nla grève lumineuse, savent qu'en votre compagnie ce plaisir est de tous les\ninstants.\n    Et votre érudition, votre vision personnelle des hommes et des choses,\nl'originalité de votre esprit, vous ont mené de la chaise du professeur à la\nchaire du conférencier, et vos cours à Anvers, à Bruxelles, à Liége ont\n réuni autour de vous une élite d'auditeurs et surtout d'auditrices. Et je me\npermets d'insinuer que leurs sourires vous ont été parfois d'un certain récon-\n fort et vous ont aidé à trouver la vie bonne malgré tous ses tracas et toutes ses\nincertitudes.\n    La vie bonne, voilà bien ce que chante votre musique. La mélancolie même\n de certaines de vos mélodies n'a rien d'âpre, ni de désespéré. C'est la douleur\n nécessaire, la douleur inévitable, ce n'est pas la douleur définitive sans issue,\n sans remède.C'est pourquoi vos œuvres ont une rare vitalité : elles expriment\n la joie de vivre. Elles sont bien l'émanation de votre existence et de\n votre personnalité; comme vous, elles se donnent, car vous avez cette vertu\n admirable de vous donner tout entier, de vous dépenser, de communiquer aux\n autres ce que vous avez appris ou pensé, avec une éloquence originale, péné-\n trante, persuasive.\n     Ceux, qui ont pu bénéficier de cette générosité magnifique, savent combien\n  précieux sont vos conseils, combien votre imagination est riche en vues neuves\n  et profondes, et avec quelle maîtrise vous parvenez à infuser aux doigts de vos\n. élèves à la fois la technique et l'expression des œuvres analysées.\n     Qui pourra dégager l'origine de ces qualités rares et multiples. Est-ce votre\n  cosmopolitisme? Né de sang allemand et polonais, influencé pendant qua-\n  rante années par le milieu belge à la fois latin et germanique, attiré par les\n  œuvres si diverses et si personnelles de nos poètes dont vous avez été le\n  premier à dégager la musicalité, obligé d'enseigner votre art à des jeunes\n  gens et des jeunes filles venus des pays les plus divers, tout cela s'est-il\n   amalgamé en vous de manière à faire de vous l'artiste qui nous charme et\n   nous attire?\n      Qu'importe! Votre vie témoigne d'une belle constance dans l'action, d'une\n   volonté ferme de bien faire, d'une persévérance inlassable et triomphante : et\n   c'est ce qui lui a donné sa valeur exemplative. Dans le monde, dans le vaste\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                            LÉOPOLD WALLNER                                    9\n\nmonde, les hommes se partagent en vaincus et en vainqueurs. Vous avez\ndémontré que la victoire peut appartenir à qui veut l'obtenir.\n  Et c'est en quoi la réunion de ce. soir est plus qu'un hommage à l'artiste\nsympathique et aimé; c'est encore un hommage à l'homme de bien qui a su\nremplir son devoir tout simplement.\n\n\n             L'audition musicale du 29 décembre\n    La manifestation que les amis de Léopold Wallner ont organisée à la salle\nErard, en l'honneur de l'éminent professeur, avait attiré un public nombreux\net choisi. Ce n'est d'ailleurs que justice. Léopold Wallner peut compter au\nnombre des physionomies les plus intéressantes et les plus sympathiques du\nmonde artistique bruxellois. Etranger par ses origines ainsi que par les ten-\ndances de son art parfois teinté d'orientalisme, Wallner a acquis droit de cité\nparmi nous. C'est ici, en effet, que s'est déroulée cette belle, cette vaillante\nexistence de travail et d'abnégation, exclusivement vouée au culte de l'art, à\nl'incessant labeur d'un enseignement solide et fécond. En outre, il s'est mêlé\nd'une façon si intime, si continue et si efficace au développement de notre vie\nesthétique nationale, il a suscité autour de lui des affections si nombreuses, si\nvivaces et profondes que nous sommes autorisés à le réclamer fièrement comme\nun des nôtres.\n   Dans le discours qu'il lui adressa et que reproduit le présent fascicule de\nDurendal, M. Henri La Fontaine a retracé, en termes aussi élevés que pro-\nfondément sentis, la vie et le caractère de l'homme. Nous voudrions simple-\nment ajouter ici quelques mots sur le musicien, émettre quelques impressions\nsur cet art très sincère, affiné, marqué de foncière distinction.\n    L'audition de la salle Erard comportait un programme court mais varié,\nguidé par le souci de faire connaître certains types nettement caractérisés,\nreprésentant les diverses phases et les aspects multiples de l'activité artistique\ndu maître..\n    D'abord deux sonates, l'une appelée Sonate Romantique et l'autre Sonate\nDramatique.\n    La première justement dénommée romantique, tant pour la liberté, l'im-\nprévu et le chatoyant caprice de la forme que pour ses antithèses de passion et\nde sérénité, ses alternatives de tendresse et de puissance, se rattache à ces\nexpressions d'art à la fois ardentes et pathétiques dont Chopin et Liszt, ces\nglorieux pontifes du romantisme, ont tracé les plus parfaits modèles, le pre-\nmier avec plus de profondeur et d'émotion humaine, le second avec plus de\n lyrisme et d'éclat. La première partie est grave et douce à la fois, riche en\n substance mélodique, traversée parfois de bouffées d'héroïsme, puis coulant\n lentement dans la paix et la lumière. La Canzonetta, assez énigmatique, débute\n par un mouvement de scherzo attendri qui s'aigrette d'un rythme piquant,\n plein de légèreté et de grâce, et s'embrume ensuite dans une atmosphère de\n mélancolie que tamisent de rares rayons de bonheur. La Romança qui suit\n pleure amoureusement en des tonalités rêveuses un chant élégiaque pénétrant,\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "10                                DURENDAL\n\n\net 4a quatrième partie résume ingénieusement la signification de l'oeuvre dans\nde suggestives alternances d'impressions, de rythmes et de mouvements divers.\n   La Sonate Dramatique se caractérise par la vigueur de l'accent et une plus\nforte unité d'inspiration. Les crescendo orageux dont elle est sillonnée lui\nconfèrent l'ampleur tragique qu'annonce son titre. Bosquet, à qui l'auteur avait\nconfié le soin de présenter ces deux œuvres, l'a fait avec cet art probe et dis-\ntingué, cette fière énergie, cette perfection de compréhension et de nuances\ndont il est coutumier.\n   Signalons aussi les interprétations émues et poétiques de Van Hout, dans\nune charmeuse Rêverie et dans la Fantaisie de concert du maître.\n   Les mélodies pour chant constituent aussi une part notable de l'œuvre de\nLéopold Wallner. La Jeune Belgique était encore à son aurore qu'il se liait\nd'amitié et collaborait avec les plus brillants de ses poètes. Ces transpositions\ndans l'art des sons de poèmes fortement et somptueusement écrits sont souvent\ndélicates et périlleuses. Des œuvres telles que celles de Gilkin et de Giraud, où\nla forme ample, riche et précise se couronne de symboles altiers et expressifs,\nne souffrent pas de réalisation musicale approximative. Et c'est ici que dans\nWallner le poète apparaît à côté, du musicien. Ses Lieder ne sont pas seule-\nment mélodiquement et harmoniquement intéressants. La phrase musicale s'y\nenlace et s'y-assouplit ingénieusement aux. subtiles nuances de la pensée et de\nl'inspiration qu'elle revêt ainsi de suggestives lueurs. Citons les Voix (Albert\nGiraud), empreintes d'un sombre lyrisme; Green (Verlaine), parée de grâce\nonduleuse et caressante, puis ces deux chants vigoureux et puissants, la Chan-\nson russe (Lermontoff) et le Chasseur de Nio (André Van Hasselt) que M. Bra-\ncony a chantés d'une voix généreuse et nuancée. D'autres mélodies non moins\ncaptivantes, le Silence et la Voix brisée (Albert Giraud), puis une Chanson\nruthène, de Berg, ont été dites par Mlle Wybauw, qui a ravi son auditoire par\nsa voix vibrante et chaude, dans d'émouvantes interprétations absolument\nremarquables d'expression et d'accent.\n   A la fin de l'audition, le héros de la fête a été chaleureusement acclamé-\nRappelons en finissant que Léopold Wallner n'est pas seulement un composi-\nteur de talent. A la vérité c'est là un des côtés très intéressants de sa person-\nnalité, mais pour être complet, il faudrait aussi rendre hommage à l'érudit\nmusicologue dont les cours et conférences, organisés tant à Bruxelles que\ndans les principales villes de Belgique, sont partout suivis avec le plus vif\nintérêt, et qui signa souvent des articles de critique large et avertie dont\nDurendal a eu sa bonne part.\n\n                                                    G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                         LÉOPOLD WALLNER                               II\n\n\n\nBibliographie des oeuvres publiées de Léopold Wallner\n 1. Fantaisie de concert pour alto et piano. — (Bruxelles, Schott frères.)\n 2. Album musical de la Jeune Belgique, mélodies et morceaux pour chant\n      et piano. — (Bruxelles, Schott frères.)\n         1. Chère, voici des fleurs (Eddy Levis).\n        2. Silence (A. Giraud).\n        3. Tes yeux (A Giraud).\n        4. Celle qui t'aime (G. Kahn).\n        5. La Madone (Ivan Gilkin).\n        6. Les voix (A. Giraud).\n        7. Echos des valses (G. Le Roy).\n        8. Solitude (Ch. van Lerberghe).\n        9. Désir (F. Severin).\n       10. Les lys qui filent {Ch. van Lerberghe).\n       11. Clair de lune (Valère Gille).\n       12. Lied (G. Kahn).\n       13. Chanson (G. Kahn).\n       14. Résignation (A. Giraud).\n 3. Le rideau de ma voisine (A. de Musset), mélodie pour chant et piano. —\n       (Bruxelles, Schott frères.) *\n 4. Sommeil de vierge (Emm. Vossaert), berceuse pour chant et piano. —\n       (Bruxelles, Schott frères.)\n 5. Suite polonaise pour alto et piano ou orchestre. — (Bruxelles, Schott\n       frères.;\n       1. Danse mélancolique.\n       2. Intermezzo,\n       3. Mazurka.\n 6. Elégie pour cor anglais et piano. — (Bruxelles, Schott frères.)\n 7. Trois pièces romantiques pour hautbois et piano.— (Bruxelles, Schott\n       frères.)\n       1. Rêverie (également pour alto).\n       2. Chant d'amour.\n       3. Mazurka.\n 8. Elégie pour harpe chromatique. — (Paris, Pleyel.)\n 9. Green, mélodie pour chant et piano. — (Liége, Muraille.)\n10. Mazurka de concert pour harpe chromatique. — (Paris, Leduc.)\n11. Sonate romantique pour piano. — (Bruxelles, Schott frères.)\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "                         Lierneux\n              L'AN passé, tandis que nous poursuivions le per-\n                  dreau et le coq de bruyère dans les plaines de\n                  Langlire, tandis que nous humions l'air par-\n                  fumé de l'Ardenne semée du sang des airelles\n                  et de l'or des genêts, tandis que nous bénis-\n                  sions cette solitude amie, ces horizons immenses\n                  baignés de clartés, chantant sous l'oeil de Dieu\n                  leur douce ignorance de l'homme, tandis que\nnos yeux scrutaient vainement les lointains boisés en quête\nde clochers, ravis de n'en point découvrir, notre hôte nous\navait dit :\n   — Là-bas, aux pieds de ce mamelon que les sapins hérissent,\ndort le village de Lierneux.\n   Quelques jours après, le trot soutenu d'un brave cheval arden-\nnais nous emportait vers la cité patibulaire où les pauvres fous\neffilochent leur vie irréelle et dolente.\n   Cette matinée de fin septembre était radieuse.\n   Un soleil qui n'était plus un soleil d'été mais point encore un\nsoleil d'automne, un soleil qui ne brûlait plus mais caressait, un\nsoleil pâle et doux traînait ses tiédeurs argentées sur la houle\nde bruyères que coupait en deux la grand'route.\n   A l'instar de plusieurs villes d'Ardenne, telles Houffalize,\nDurbuy et Laroche, Lierneux somnole au fond d'un vaste\nentonnoir rocheux; tout à coup, tandis que l'on arrive au bas de\nla côte, surgit le clocher de la vieille église romane autour de\nlaquelle se groupent deux cents maisons séculaires, aux murs\nchaulés, blancs, aux toits recouverts d'ardoises larges et brutes.\nCes toits semblent de vastes accents circonflexes abritant des\nblocs de neige.\n   Nous descendons de voiture, avides d'envisager les êtres\npitoyables que le naufrage de leur raison a fait chavirer ici,\nlamentables épaves.\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                             LIERNEUX                              13\n\n\n    Un ami, habitant Lierneux, qui épiait notre arrivée, nous\n introduit dans sa vieille ferme hospitalière.\n    Nous contemplons le grand dressoir en chêne où brillent\n comme des soleils les vieilles porcelaines bleues et blanches et\n d'antiques plats en étain ; cette grande salle vétuste eût ins-\n piré Rembrandt qui l'eût donnée pour cadre à un intérieur\n hollandais ; de grosses poutres zébraient le plafond de leurs\n raies sombres ; de hauts lambris régnaient au long des murailles\n éblouissantes de blancheur; l'antique cheminée avait un contre-\n cœur en fonte armorié, des jambages sculptés, des chenets en\n cuivre étincelant.\n    Bientôt, dans la grande salle, d'une table immaculée que le\n soleil jonchait de sourires d'or, s'épanouit comme un encens\n exquis le parfum des grives de Lavaux et des truites de la Lienne.\n    Au dessert notre hôte nous parla de la colonie que nous avions\n hâte de connaître.\n    — « La sollicitude administrative, dit-il, a soustrait trois cents\n aliénés à l'indifférence de leur famille, aux railleries mauvaises\net aux quolibets méchants, pour les confier à la loyale hospita-\nlité des villageois de Lierneux.\n    » En échange des seize sous quotidiens que leur baillent les\ncommunes, ces gens simples et bons donnent à leurs fous (comme\nils les appellent) non seulement la nourriture et le logement,\nmais surtout l'or de leur pitié et de leur affection. S'il faut\nplaindre les uns, il faut admirer les autres.\n    » Chaque foyer du village abrite et protège un aliéné. L'hôte\nde l'aliéné se nomme son nourricier. Les nourriciers sont\nterribles pour ceux qui manquent de charité envers leurs aliénés;\nla moindre raillerie serait un casus belli.\n   » Seuls sont en liberté dans le village les aliénés paisibles,\nceux dont on ne redoute ni la violence ni l'indécence.\n    » Vous visiterez l'asile de la colonie où sont soignés les alié-\nnés malades et où sont enfermés les aliénés dangereux.\n   » L'asile est dirigé par un docteur en médecine sous les ordres\nduquel se meut toute une hiérarchie d'infirmiers et de gardiens.\nLa direction entoure de sa minutieuse sollicitude tous les alié-\nnés de la colonie. Plusieurs fois par semaine le directeur ou son\nadjoint se rend chez tous les nourriciers du village et s'enquiert\nde la santé, de la conduite de leurs pensionnaires ; ils inspectent\nleurs linge et vêtements.\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "14                         DURENDAL\n\n\n   » Les aliénés vont librement par les rues tortueuses de la\npetite cité.\n   » Bon nombre d'entre eux secondent leurs nourriciers dans\nles travaux des champs ou leurs occupations ménagères; cette\ncollaboration leur octroie, le dimanche, quelques sous, source\nappréciée de friandises, de colifichets, de tabac. »\n   Notre hôte se tut et d'un geste discret attira notre attention\nvers la femme qui en ce moment posait sur notre table une\nvieille cafetière en étain d'où s'exhalait un parfum plein de\npromesses.\n   Quand la femme à coiffe blanche eut disparu, notre hôte\nreprit :\n   — Ma servante que vous venez de voir est une aliénée.\nC'est une admirable travailleuse, une ménagère économe; elle\npense et elle parle comme vous et moi, mais sitôt que la mal-\nheureuse aperçoit une pièce d'argent ou en entend le son, la\nraison s'envole à tire d'aile. Chut! la voici.\n   En effet, la brave femme était là, tenant en mains une caisse\nde cigares.\n   L'un de nous fit tinter, dans son gousset, des pièces de cent\nsous.\n   La femme pâlit, poussa un cri aigu, leva les bras désespéré-\nment et s'enfuit.\n   — Elle est allée s'enfermer dans sa chambre, dit notre ami;\nelle n'en sortira que demain matin, mais sera pendant plusieurs\njours taciturne et muette.\n   Nous sortîmes et traversâmes la cour de la ferme.\n   Notre hôte nous arrêta devant une chaumière tapissée de\nvigne vierge.\n   — Voyez, dit-il, dans cette cour, au coin de la grange,\nvoyez ce grand vieillard. Il casse à coups de hachette du bois\npour son nourricier. Lui ne dépensera pas aujourd'hui, par ce\nbeau dimanche de soleil, sa pièce dominicale de vingt sous.\n   Nous le suivîmes auprès du vieillard.\n   — Eh bien, Jean, lui dit-il, vous travaillez le dimanche !\nAllez donc vous promener en jetant dans le soleil les bouffées\nde ce bon cigare.\n   Il tendit un cigare à l'homme qui se redressa.\n   C'était un géant à cou et à torse de taureau : un ruban de\nbarbe blanche embroussaillait l'énorme gorge qui semblait ainsi\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                           LIERNEUX                            l5\n\nemmitouflée d'ouate jusqu'au ras des oreilles. Les yeux petits\net bleus, voilés et indécis, se levèrent lentement vers nous sans\nfixité.\n   Sur cette tête immense était juché un minuscule chapeau de\npaille à bords bossues et ridiculement courts; les pieds\nvoguaient dans des sabots sur lesquels flottaient les dessous de\nculottes démesurément larges. Ces culottes étaient faites de\npièces rouges, vertes, bleues, blanches grossièrement reprisées.\nElles semblaient taillées dans un arc-en-ciel.\n   Ces oripeaux eussent fait les délices d'un clown drôlatique ou\nd'un pierrot lunaire !\n   Peut-être, pensai-je, peut-être jadis cette statue machinale\na-t-elle été mue par la puissance de pensées claires et sereines,\npar l'idée noble aujourd'hui gisante en ce crâne enténébré!\nPeut-être au jour de la raison, cet homme sonnait-il les grelots\nde la folie dans les orgies carnavalesques ! Peut-être aux jours\nde la raison cet homme revêtait-il ces oripeaux de folie ! Ori-\npeaux énigmatiques et stupéfiants.\n   — Eh bien, Jean, reprit notre hôte, pourquoi travaillez-vous\naujourd'hui?\n   Le vieux grommela quelques mots inintelligibles, il s'arma\nd'un balai en genêts, balaya les copeaux qu'il venait de tailler,\nles amoncela, les chargea dans une manne en osier, puis reprit\nson balai sur le manche duquel il s'accouda :\n   — Je travaille, dit-il d'une voix forte et douce, je travaille\nparce qu'il n'y a plus de dimanche; les dimanches sont tous\nmorts et il n'y en aura plus jamais, jamais, jamais !\n   Ces derniers mots tintèrent comme des glas de Toussaint.\n   Ses bras nus, couronnés du turban rouge que tressaient les\nmanches de sa chemise de flanelle retroussées jusqu'à l'épaule,\nses bras où vibraient de grosses veines bleues, ses bras saisirent\nla manne débordante de copeaux et la chargèrent sur l'épaule\nainsi qu'ils eussent fait d'une plume ou d'une fleur.\n   Et l'ombre du grand vieillard s'éloigna et se perdit dans\nl'aire de la grange. Il s'en allait, poussé par son destin aveugle\net fatal.\n   Son nourricier, accoudé au seuil de sa porte, souriait de notre\nétonnement.\n   — Il est bon comme un enfant, dit-il. Mais il n'aime pas\nles hommes et les dimanches.. Il travaille depuis le lever du\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": " 16                         DURENDAL\n\n\n  soleil jusqu'à la nuit. Quand je n'ai pas de besogne à lui con-\n  fier, il en cherche au village. Nous avons souvent tenté de lui\n  enlever ses outils le dimanche, afin de le forcer au repos. C'est\n  inutile. On lui a confectionné des vêtements bien ajustés. Ah\n  bien oui! savez-vous ce qu'il en fait? Il grimpe sur le grand\n cerisier de ma prairie et dans ses branches enfourche les belles\n nippes neuves.\n     Nous nous éloignâmes pensifs et muets.\n     Nous avions fait vingt mètres à peine vers le centre du\n village, que nous fûmes accostés par une petite vieille à l'air\n avenant et propret ; un bon sourire éclairait son visage rond et\n luisant ; elle était soigneusement endimanchée : un bonnet de\n soie noire, bordé de dentelles tuyautées, enserrait les mèches de\n cheveux argentés ; un châle à franges blanches se croisait sur sa\n poitrine et se perdait sous les plis d'un tablier en cachemire\n bleu.\n     — Monsieur le Bourgmestre, dit-elle à notre hôte, vous\n m'aviez promis d'intervenir auprès de M. le Directeur pour\n qu'il me soit permis de retourner dans ma famille et de\n quitter Lierneux pour toujours. Ce n'est pas gentil de n'avoir\n pas tenu votre promesse! Vous savez cependant que je ne suis\n plus folle!\n     Elle lui montrait le doigt et faisait une petite moue char-\n mante d'enfant gâté.\n    — Pardon, pardon, je m'occupe de vous, mademoiselle\n Pauline. J'obtiendrai sans tarder votre libération, fit-il.\n    Les lèvres de la vieille battirent; ses yeux brillaient comme\nles facettes d'une perle de jais.\n    Lui, la regardant sans plus parler, prit son étui à cigares, en\nretira un cigare, le porta à ses lèvres.\n    La pauvrette blémit et croisa les mains sur sa poitrine en\nsigne de supplication ardente.\n    Une flamme jaillit dans les doigts de notre cicerone; il\nallumait son cigare.\n    La petite vieille s'enfuit en poussant des cris d'angoisse.\n    — Au feu ! au feu I au feu ! au secours !\n    — Le feu l'épouvante, dit Frédéric, le feu produit sur elle\nl'effet que les pièces d'argent produisent sur le cerveau de ma\nservante. J'ai voulu prouver à la malheureuse qu'elle ne peut\nsonger à sa libération. Dans son village, à la vue d'une flamme,\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                            LIERNEUX                            17\n\nelle ameute toute la population. Ici, tous sont familiarisés avec\nses cris d'effroi, et ne les entendent plus. Curieuse folie! Dès\nque le soir tombe, la pauvre fille s'enferme dans sa chambre,\nse couche et n'ouvre point les yeux jusqu'au lendemain matin,\ntant est grande sa crainte d'apercevoir la clarté, la lueur d'une\nlampe.\n   Et nous allions parmi le village, côtoyant des aliénés à\nchaque pas; les uns passaient le front bas, l'oeil stupide sans\nnous voir.\n   D'autres nous souriaient ; d'autres encore saluaient ; d'autres\nencore, assis au coin de leurs maisons nourricières, parlaient\nentre eux, nous montrant du doigt, ou se levaient de leurs\nchaises respectueusement. D'autres, accoudés à la fenêtre\nouverte de l'étage, jetaient vers la rue un regard impassible.\nD'autres s'intéressaient aux villageoises péripéties d'un jeu de\nquille; d'autres, les bras croisés, ou les mains rejointes sur le\ndos déambulaient à pas tranquilles dans les petits jardins que\ndes haies basses séparaient de la grand'roule; ceux-là arrê-\ntaient leurs pensées fantasques sur des fleurs, des arbres, qu'ils\nfixaient obstinément.\n   Tous étaient proprets, décents ; ils semblaient calmes et\nignorer que ces heures sont des heures d'exil, qu'ils ne sont plus\nque des êtres de rêve, des êtres illusoires retranchés du\nmonde par un geste brutal de la fatalité; qu'ils ne sont plus\nque de faméliques marionnettes mues par quelque ressort ou\nficelle motrice, dansant et gesticulant sur une scène indiffé-\nrente et déserte.\n   — Cette jeune fille qui longe ce mur, nous dit notre guide,\nest récemment arrivée à la colonie. Son fiancé l'a abandonnée.\nSes lèvres ne prononcent que le nom du parjure. Comme la\nBelle au Bois Dormant, elle attend la venue du bien-aimé.\nMais, hélas! comme sœur Anne elle ne verra rien venir!\n   Nous la devançâmes. Elle nous vit et baissa les yeux. On\neût dit un fantôme frôlant le mur blanc. Une noire houppe-\nlande dissimulait la maigreur de ce long corps que sans doute\nla désespérance avait ravagé. Le visage était diaphane.\n   Et nous pensions que la démence de cette femme était heu-\nreuse ; qu'elle immortalisait en ce cerveau sombré les rêves et les\nillusions et les espoirs; que cettedémence était généreuse, qu'elle\nfleurissait de tendresse ces lèvres qui eussent dû maudire.\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "18                          DURENDAL\n\n\n    — Lierneux possède une autre amoureuse, dit notre ami,\nmais celle-là ne fut jamais trahie. Elle n'a vu qu'en songe\nl'homme qu'elle croit adorer. Malgré ses soixante-dix hivers,\nson cœur est un perpétuel printemps. Depuis vingt ans elle\nse persuade être à la veille d'un riche et puissant mariage.\nElle va d'ailleurs vous faire la description des solennités\nnuptiales.\n    En ce disant il tira le verrou d'une porte branlante qui\ns'ouvrait sur la magie d'un pré pailleté de colchiques roses.\n   Une petite vieille y traînait la boiterie de ses jambes torses\net le dandinement de ses hanches disjointes. Elle s'arrêtait\ndevant les pommiers centenaires et les accablait de saluts\nprofonds.\n   — Ce sont les invités que vous saluez là, mademoiselle\nThérèse ? interrogea notre hôte.\n   — Oui, monsieur, fit-elle, ils arrivent en grand nombre.\nJ'attends Son Excellence le Président de la République fran-\nçaise. C'est lui qui doit nous conduire à l'autel. Nous partirons\ndans un char conduit par six chevaux blancs. Voici le discours\nque j'adresserai à mon bien-aimé dès que la bénédiction\nnuptiale nous aura pour jamais unis.\n    Elle toussa, porta aux lèvres sa main creuse, s'inclina céré-\nmonieusement, fit clignoter dans le vague ses yeux atones, et\nd'une voix chevrotante déclama ainsi :\n    — Cher fiancé, beauté sublime, je me prosterne à tes\ngenoux. Reçois l'offrande de mon âme, de ma vie, de ma\njeunesse. Notre union immatérielle réjouit les anges qui\npoussent aux cieux des hourrahs frénétiques.\n    Son visage exsangue et ridé s'était empourpré ; elle battait des\nmains et criait de sa voix fêlée :\n    — Bravo! bravo! Hourrah! hourrah!\n    Nous pensâmes encore que cette démence est une fée gra-\ncieuse éclairant de songes d'or cette âme évadée des chaînes\n décevantes de la vieillesse.\n    Nous vîmes un autre aliéné qui depuis dix ans promène parmi\nla colonie sa douleur imaginaire. Cet homme voûte ses athlé-\ntiques épaules sous le poids d'une souffrance mensongère; il va,\n l'œil gauche recouvert d'un bandeau de toile rouge qu'il prétend\n ensanglanté et qu'il noue sur sa nuque crépue.\n    En nous voyant il souleva le bandeau avec des précautions\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                             LIERNEUX                             19\n\n\ninfinies et nous découvrit son œil noir superbe et parfait où trem-\nblait une fictive souffrance.\n   — Voyez, fit-il, on m'a arraché de l'oeil au moyen d'une\ntenaille une épine grosse comme mon pouce.\n   Et il s'enfuit en rugissant sa douleur nulle et terrible.\n   Notre hôte regarda sa montre.\n   — Il est quatre heures, l'Empereur est à présent chez Mont-\nfort où il sirote ses petits verres d'amer.\n   Nous entrâmes à la vieille auberge.\n   Un petit homme y était debout, le bras gauche accoudé sur\nle comptoir, un doigt figé au front qui semblait pesant de pensées\net de méditations ; la main droite était posée dans l'ouverture de\nla jaquette à la hauteur de la poitrine.\n   C'était bien l'attitude songeuse et le geste favori du réel\nempereur.\n   Au-dessus des joues flasques, glabres, étoilées par la variole,\npapillonnaient des yeux glauques qui se fixèrent sur nous comme\n au-dessus d'invisibles bésicles. Ses sourcils épais se froncèrent.\n   Notre hôte lui adressa le salut militaire, et du ton le plus\nsérieux et le plus naturel du monde:\n    — Bonjour, Altesse! fit-il.\n    Le bonhomme inclina la tête avec une dignité calme. Nous\nfûmes tour à tour honorés de son salut silencieux.\n   Il épiait sur nos lèvres un mot d'hommage; il avait soif d'une\nflatterie courtisane. Nous fixions ce front bas et fuyant où devait\ns'amonceler des tempêtes de bizarreries et d'extravagances.\n Nous ne parvenions pas à desserrer nos lèvres et à brûler les\n quelques grains d'encens qui eussent ravi l'être singulier.\n    — Sire, dit notre guide, voici de nouveau le soleil d'Au-\n sterlitz.\n    Mais le petit homme était insensible à ces avances exprimées\n par une bouche familière. Il voulut nous conquérir. Il sortit de\nla baie de sa jaquette une main grassouillette, lassée de s'être\néternisée dans le geste légendaire ; il croisa les bras et d'une voix\nfluette parla :\n   — Ces jeunes gens qui viennent m'interviewer sont sans doute\nambassadeurs d'une puissance amie ? Qu'ils ne s'effarouchent\npas. L'Empereur sera à l'île d'Elbe ce qu'il était à Versailles.\n La bonté fut toujours le plus noble fleuron de sa couronne!\n Ces messieurs me connaissent certainement par les toiles et\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "20                           DURENDAL\n\n\n les statues, et pour m'avoir contemplé au faîte de la colonne\nVendôme !\n    Il se rengorgea, s'enfla, jeta les yeux sur les poutres enfumées\nde l'auberge où pendaient dans le bourdonnement des mouches\nquatre jambons d'Ardenne; la main grasse et piquée de taches\nde soleil avait repris sa place à l'endroit graisseux et usé de la\njaquette. Il avait parlé un français correct et pur ; il avait dû\nrecevoir une éducation soignée; ses gestes, s'ils n'avaient été\nétudiés et affectés, eussent été ceux d'un homme distingué.\n   Nous étions envahis par une incommensurable envie de rire\naux éclats, mais ce rire avortait sur nos lèvres. Il nous semblait\nque nous eussions ri d'un cadavre. Ce crâne n'était-il pas le\ncercueil d'un cerveau trépassé?\n   Le silence était poignant.\n   — Sire, dit tout à coup l'un de nous en s'inclinant avec toutes\nles marques d'un respect sincère, Sire, Votre Majesté supporte\nallègrement son séjour à l'île d'Elbe.\n   — Certes, répondit le pauvre sire. L'aigle de Wagram et\nd'Austerlitz doit planer toujours. L'île d'Elbe après l'abdication\nde Fontainebleau, et Sainte-Hélène après l'île d'Elbe. Qu'im-\nporte ce que mes destins me prédisent. Ils me trouveront debout,\net de bronze.\n   Il était pourpre à présent. Ses lèvres remuèrent convulsi-\nvement.\n   Notre hôte fit un signe d'intelligence à la patronne, accoudée\nà son comptoir, suivant la scène d'un œil indifférent.\n   Du même air placide elle laissa tomber trois mots de ses\ngrosses lèvres crevassées :\n   — Ça y est.\n   En effet, un jet d'incohérences jaillit comme des fusées des\nlèvres impériales.\n   — Oui, disait-il, je suis la grandeur et la puissance, je suis le\nneveu de Louis XVI par Marie-Louise; je suis la stratégie et la\nguerre; je. suis la littérature et la musique; je suis tous les arts;\nje suis l'observatoire, je suis...\n   — Tenez, l'Empereur, voici un amer, fit la patronne en lui.\ntendant un verre contenant un liquide rouge.\n   L'Empereur se tut ; il saisit le verre de liqueur qu'il vida d'une\ngoulée, et sortit sans plus nous voir et en poursuivant son mono-\nlogue abracadabrant.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                             LIERNEUX                            21\n\n\n   La patronne avait remisé sa bouteille de liqueur dans le rayon\nde son comptoir en nous disant:\n       C'est du sirop de groseille dans de l'eau. Les aliénés ne\npeuvent boire aucune liqueur alcoolisée.\n   Elle s'était de nouveau accoudée à son comptoir et fredonnait\nen jetant un oeil distrait vers la fenêtre ouverte d'où fluaient des\nbouffées de brise et des échos de rires d'enfants et de moineaux.\n   Puis elle dit en bâillant :\n   — Voilà la Reine qui va souper.\n   Nous nous précipitâmes vers le passage de cette nouvelle\nMajesté.\n   Oh ! pauvre petite Reine vieillotte, rabougrie, maigrelette !\n   Elle s'acheminait au milieu de la grand'route, toute déhanchée\net branlante, elle envoyait des petits saluts et des petits sourires\naux passants inoffensifs.\n   Nous l'accostâmes. Notre hôte la salua profondément.\n   Elle faisait des gestes maladroits et saccadés.\n   Toute cette figure -glabre se fondait en un sourire béat.\n   L'accoutrement était prodigieux, invraisemblable:\n   Un châle, en cachemire à ramages, un châle du siècle précé-\ndent entourait ce corps qu'on eût dit encouru d'un cercueil.\n   Sur le châle ou sur le linceul étaient cousus des éclats de\nporcelaines multicolores. Il devait y avoir là des souvenirs de\ntoutes les vaisselles du village et des environs.\n   Le soleil, son seul ami, le soleil qui se couchait dans une\nlointaine mare de sang, le soleil léchait ces idiotes verroteries\net les faisait ruisseler comme des rubis ; on eût dit les écailles\nd'un gros poisson rouge frétillant aux feux du couchant.\n   Sur les souliers, en guise de boucles, des tessons de bouteilles\nfaisaient des prodiges d'équilibre sous les cordes mal ajustées.\n   Le collier était fait de morceaux de cristal ébréchés, derniers\nvestiges des breloques d'un lustre villageois.\n   Des plumes de poule et de coq fichées dans les mèches de\ncheveux blancs couronnaient d'un diadème iroquois ce front\nextravagant et -pitoyable.\n   Elle était immobile à présent. Les mains chargées de bagues\nenfantines en perles sortaient du vieux châle et s'appuyaient\nsur le bâton en coudrier bariolé. Nous nous éloignâmes, ahuris.\n   C'était inénarrable. C'était surtout tragique!\n   La sublime -intelligence de l'homme peut donc déchoir à ce\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "22                          DURENDAL\n\n\npoint et s'effondrer ainsi dans les bas-fonds dû grotesque et du\nbouffon.\n    Notre hôte qui avait respecté et compris notre stupéfaction\nnous dit avec un sourire amer :\n    — Le cortège ne fait que commencer ! Vous n'avez vu que les\nfous tranquilles et pacifiques. «Nous allons voir à l'asile les fous\ndangereux et violents, ceux qu'on enferme dans les cellules et\nqui plongent, tête baissée, comme des phoques, sur les murailles\ncapitonnées. Ils sont doués d'une force inouïe. Le gardien me\nmontrait hier et vous montrera tantôt une porte épaisse de cinq\ncentimètres qui fut fendue de haut en bas dimanche par l'assaut\nd'un furieux.\n   Mais, hélas! le soir tombait; la route du retour était longue;\nnous quittâmes le petit village patibulaire où les êtres de songe\ntraînent leur vie morte, inéluctablement, pauvres forçats de la\ndestinée marâtre.\n   Un ètau enserrait notre gorge ; nos lèvres étaient scellées par\nl'angoisse. Une lourde pierre nous était tombée sur le cœur.\n   Le trot dolent du vieux cheval et le grincement des roues de\nla voiture sur le gravier des routes désertes coupaient le silence\ndu soir.\n   Nous revenions à Bovigny par la Baraque de Fraiture.\n   Nous traversâmes l'immense allée de sapins de la Cedrogne.\n    L'âme de la forêt rêvait et priait dans l'émerveillement du\nclair de lune.\n   A nos oreilles hantées, sans trêve, tintaient les grelots de la\nfolie.\n    Les sanglots de la mer obsèdent ainsi.\n    Les silhouettes pâles, émaciées et souffrantes des misérables\nentrevus réapparaissaient à nos yeux, sans merci ; ils valsaient\ndes rondes macabres autour des arbres mélancoliques.\n    Certaines faces d'agonisants ou de cadavres s'incrustent, ainsi,\néternelles horreurs, dans notre souvenir.\n    La pensée de leur fragilité hallucinait nos cerveaux ; le pantin\nque la main d'un enfantelet fait gesticuler est moins faible que\nnos cerveaux dans la griffe formidable du destin.\n    Noui passions, nous, les êtres éphémères et minuscules, que\nlancinent les orgueils puérils, nous passions dans la majesté de\ncette forêt recueillie, sous les frondaisons de chênes gigantesques\n et trois fois séculaires, sous le rayonnement de la lune et des\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                           LIERNEUX                          23\n\n\nétoiles radieuses et magnifiques, nous allions, pygmées humains,\nstupéfiés de notre impuissance devant l'âme géante des choses\net de la nature frémissante.\n   Les cimes de sapins jetaient des jeux d'ombres sur la route\nlumineuse; des chouettes, que notre passage affolait, voletaient\nd'une aile lourde, éblouies par ces clartés inusitées.\n   Un renard, chassant, glapissait dans les fourrés.\n   Et là-bas, dans le village navrant, les déments rêvaient :\nl'homme au bandeau rêvait souffrir; des femmes rêvaient d'or\net de feu, leur épouvante; les fiancées rêvaient d'amour; l'Em-\npereur et la Reine rêvaient de gloire.\n\n                                           Edgar BONEHILL.\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "               Le Refuge\nLe Seigneur a brisé ceux-là qui s'écrièrent\n      Pour la lutte et pour le défi...\nVous qui vous repentez, j'offre à votre prière\n      Ce mur lisse et ce crucifix.'\n. . . L e murmure du jour, à la fenêtre ouverte.\n          S'harmonise en s'af faiblissant ;\nRien ne s'y meut qu'une ombre insoucieuse et verte\n          Sous des feuillages innocents.\nUne vapeur s'argente au-dessus des salines,\n       L'air est vibrant comme une voix\nE t la mer vient rejoindre aux pieds nus des collines,\n       L a haute frondaison des bois.\n\nA suivre par le ciel aux routes inconnues,\n      L'aile pure des grands oiseaux,\nI1 semble que la vague ait lancé jusqu'aux nues\n      L a blanche écume de ses eaux !...\nL'heure bruit. Déjà l'ample soleil inonde\n      Le nuage lent et gonflé,\nS'abaisse et, moribond, darde ses flèches blondes\n       Sur la blonde épaisseur des blés...\n                         *\n\n... Vous, dont les appétits follement méprisèrent\n       La règle des couvent6 étroits,\nLes grains de cet épi sont doux comme un rosaire,\n       Cet a r b r e est grand comme la croix !\n\nVous, dont la loi d'orgueil se dressa, froide et dure,\n      Au gré des désirs bondissants,\nEcoutez le soupir qu'a poussé la verdure\n      Au devant du soir qui descend!\n\nVous, que le nœud d'angoisse enlace et supplicie\n      E t tient jusqu'au cœur engagés,\nVoyez de quel émoi, dans sa sphère éclaircie,\n      Tremble l'étoile du berger !\n                         *\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                      ÉCLAIRCIE                                25\n\n\nLa cire du passé, solennelle et maudite,\n      Ainsi qu'un long cierge se fond !\nRien ne troublera plus cette ombre qui médite\n      Devant ce Christ aux yeux sans fond...\n\nSa prière a suivi l'éternité de l'heure\n       P a r les ténèbres étouffants,\nE t le matin sourit sur cet homme qui pleure\n       Avec les larmes d'un enfant!\n\nVotre rosée, ô fleurs, a coulé sur cette âme\n      Que la grâce vient d'investir,\nTandis qu'à l'orient s'unit la double flamme\n      De l'aurore et du repentir!...\n\n\n\n\n                   Eclaircie\nAprès le soir mouillé, cette aube est plus sereine\nOù le sol entr'ouvert attend déjà la graine,\nSous un soleil furtif, bienfaisant et léger,\n\nLe brouillard qui descend du coteau vendangé\nDécouvre une forêt lentement a p p a r u e ;\nOctobre, au bord des eaux, sourit à sa pâleur\nE t voici qu'aux guérets reluit, comme une fleur,\nLe soc t r a n c h a n t et bleu des premières charrues.\n\nT u peux me suivre... Il est, au détour des chemins,\nUn feu de vagabonds pour y tendre tes mains;\nLe s a r m e n t y pétille avec des pailles blondes...\n\nLes voix de l'horizon vibrent et se répondent.\nSur le ruisseau, roulant son obscure fraîcheur,\nUn saule creux se penche ainsi qu'un vieux pêcheur\nE t l'eau mélancolique où trempent des javelles\nE m p o r t e vers le fleuve, au fil de son courant,\nHarmonieux et doux, sonore et transparent,\nLe cœur délicieux de l'automne nouvelle...\n\n                                             GABRIEL NIGOND.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "       L'Avenir des Lettres belges\n               Louis, Delattre, conteur excellent,, polémiste à ses\n                  heures, a pris récemment, dans le Petit Bleu,\n                  l'initiative d'une campagne énergique en faveur\n                  des Lettres belges.\n                     De quoi souffrent-elles, demandera-t-on?\n                  Certes point de la pénurie de personnalités\n                  éminentes, poètes, romanciers, critiques, écri-\n                  vains en tous les genres auxquels leurs œuvres\nont acquis réputation, voire grande renommée et influence...\nDans leur patrie? Non pas, à l'étranger!...\n   En Belgique, il n'y faut pas encore compter! Car, à l'heure\nqu'il est, l'idée qu'il puisse exister une littérature belge paraît\nétrangement comique à nombre de nos compatriotes, quelle que\nsoit, du reste, leur mentalité, raffinée où grossière. Ce n'est pas\nà dire que les uns ou les autres y aient été voir ; les premiers\nsavent, peut-être, de nom, Lemonnier, Maeterlinck, Verhaeren,\nDemolder, parce qu'ils ont connu, par les gazettes, que ces écri-\nvains étaient honorés en France; — Picard, parce qu'il est\nhomme politique; mais que représentent pour eux les noms d'Al-\nbert Giraud, de Fernand Séverin, d'Iwan Gilkin? ceux de\nGeorges Eckhoud, de Maubel, de Louis Delattre? Et je ne\ncite que les plus considérables, les auteurs d'une longue suite\nd'oeuvres fortes, éclatantes ou exquises qui, partout ailleurs,\nles auraient conduits à la célébrité. Le succès ou la notoriété\npour un écrivain belge seraient-ils donc au prix de l'expatria-\ntion? Et faudra-t-il arriver à cette paradoxale conclusion que la\nlittérature belge n'a de chances de vie que hors de la Belgique?\n   On objectera l'absence de sensibilité littéraire ou, plutôt, la\nprédominance de la sensibilité artistique chez le Belge. C'est un\nfait, et provenu de cent causes convergentes qui ont agi puis-\nsamment sur le développement et l'art de notre peuple. Mais\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                 L'AVENIR J5ES LETTRES BELGES                  27\n\n\nl'apparition, rare, d'abord, de plus en plus nombreuse, ensuite,\ndepuis une quarantaine d'années, d'écrivains originaux -\nPirmez, Decoster, Lemonnier, Picard; puis, le groupe de la\nJeune Belgique; puis les autres, en masse — est un fait, aussi,\net qui, évidemment, correspond à une modification ou à une\nextension de la sensibilité nationale.\n   Où voit-on, au surplus, que l'expression de la sensibilité d'un\npeuple doive rester immuable? Elle varie, se transforme, prend\ntoute son ampleur tantôt dans les lettres, comme en France, au\nXVIIe siècle; tantôt dans les arts, comme dans l'Italie du\nXVe siècle qui, pour remplacer le Dante, Pétrarque et Boccace,\nn'avait plus que des pédants et des pasticheurs du grec ou du\nlatin. Les peintres n'ont-ils pas été aussi tardifs en Angleterre\nque les écrivains chez nous?\n   La vérité est que cette floraison littéraire, née spontanément,\nne rencontrait pas ici un terrain préparé et propre à permettre\nson immédiat épanouissement. Au contraire des beaux-arts, les\nlettres étaient sans tradition dans ces provinces, et le mou-\nvement, nécessairement un peu révolutionnaire à l'origine, se\nheurta à l'hostilité ambiante, au dénigrement plein de suffi-\nsance auquel certains journaux font encore écho, à présent, ou\n— ce qui est pis — à l'indifférence. Comme le disait Edmond\nPicard, l'an dernier, au Sénat, il fallut vraiment des qualités\nextraordinaires de ténacité et de désintéressement pour doter\nd'une littérature un pays qui, si manifestement, ne s'en sou-\nciait pas !\n   Malgré tout, ce mouvement a survécu, a gagné dans l'atten-\ntion du public, s'est recruté des adhérents et des admirateurs\ndans les jeunes générations : il n'est plus possible d'en mécon-\nnaître ni l'importance, ni l'intensité. Mais, comment espérer\nqu'il se perpétue, que les vocations nouvelles ne se détournent\nvers d'autres activités, si la carrière littéraire ne permet pas à\ncelui qui l'exerce d'escompter une rémunération honorable de\nson travail?\n   Cependant, il faut bien constater que le livre belge n'a, en\nBelgique, ni public, — et c'est une conséquence compréhensible\n— ni éditeur. On aperçoit facilement les raisons de ce phéno-\nmène : la principale, sans doute, est la propension très médiocre\nde la masse de nos concitoyens pour les choses littéraires. Le\npublic est restreint et encore faut-il compter avec l'énorme pro-\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "28                                      DURENDAL\n\n\n\nduction française qui submerge tout et offre à la clientèle de\nnos libraires un choix illimité où tous les appétits peuvent se\nsatisfaire, les plus délicats comme les plus ignobles — tandis\nque les livres de nos écrivains, en général, par leur forme, leur\nconception — ou, si l'on veut, leur ambition — d'art ne visent\nque la moindre partie de cette clientèle.\n                                             *   *\n\n  Certain journal politique, raillant lourdement l'initiative de\nDelattre et le questionnaire (1) élaboré par quelques-uns de nos\nconfrères, à la suite des articles de celui-ci (!), parlait de « demi-\nesthètes et d'écrivains sans lecteurs qui élèvent la prétention\nde se faire entretenir aux frais des contribuables ». Ce quoti-\ndien, fort ardent, et on ne peut que louer son zèle, à la défense\ndes petits commerçants ou des petits bourgeois, estime, sans\ndoute, que les gens de lettres n'ont pas le droit de vivre de leur\ntravail, ou il ne leur reconnaît ce droit que s'ils consacrent leur\nplume à la rédaction de tartines politiques ou de faits divers !\n   Le prêtre vit de l'église : pourquoi pas l'écrivain de son art?\nLa presse, aussi, à ce que l'on dit, exerce un apostolat — pour-\nquoi serait-il seul lucratif? Mais ce n'est là qu'une question\nsubsidiaire : le but poursuivi par Delattre était précisément de\ncréer en notre pays, et d'entretenir, cette tradition littéraire\nqui commence à peine de s'y former. Et, avec infiniment de\nraison, il estimait que c'était sur les jeunes générations, par la\nvoie de l'enseignement, qu'il fallait agir — mais, non point par\n\n    (1) Voici la teneur de ce questionnaire qui a été soumis à tous les gens de lettres\nbelges : 1° formation d'un Ministère spécial des Lettres et Beaux-Arts,             ou du moins\nréunion des administrations des Sciences et Lettres et des Beaux-Arts; 2° création\nd'une Commission littéraire permanente sous forme d'Académie de Littérature française\nà l'égal de l'Académie Flamande, ou de Casse nouve le ajoutée à l'Académie de Belgique,\njouissant d'un budget spécial, et ayant pour but la culture et le développement des\nLettres Françaises en Belgique; 3° proposition de compléter l'enseignement de la\nL i t t é r a t u r e Française en organisant, à côté de l'enseignement actuel, qui a pour objet\nprincipal l'étude de la langue, des conférences et des cours supérieurs de littérature dans\nles universités; 4° organisation sérieuse de Bibliothèques Scolaires de toutes les litté-\nratures en général et de Littérature Belge en particulier, à l'usage des enseignements\n moyen et supérieur; 5° publication, aux frais de l'Académie, de manuscrits d'auteurs\nbelges et distribution de récompenses nombreuses aux meilleurs ouvrages parus dans les\ndivers genres littéraires; 6° fondation d'un Théâtre classique par allocation de subsides\nà une scène pour la représentation des chefs d'oeuvre, et revision du cahier des charges\nde nos scènes subventionnées, pour permettre aux directeurs de monter des pièces\nd'Auteurs Belges inédites, sans sacrifier leurs intérêts commerciaux.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                 L'AVENIR DES LETTRES BELGES                     29\n\nl'enseignement de la littérature tel qu'il existe, purement péda-\ngogique, mais par un enseignement spécial, vivant, nouveau,\ncapable de semer dans l'intelligence des enfants et des jeunes\ngens l'amour et le désir des lettres. Depuis quelques années, les\nconférences de toute sorte ont pris une extension extraordinaire\net sont de plus en plus fréquentées : quoi de plus naturel que\nd'user d'un procédé analogue dans les écoles, où il porterait de\nbien autres fruits que chez un public plus avide, apparemment,\nde prendre une rapide teinture des choses que de se donner la\npeine de les approfondir?\n   Il s'agirait, en somme, de donner accès dans les collèges et\nles athénées à nos meilleurs écrivains qui, à intervalles régu-\nliers, étudieraient et commenteraient, devant les élèves des\nclasses supérieures, quelque auteur français ou belge. Peut-on\ndouter de l'intérêt que les collégiens apporteraient à des cours\nde cette espèce, tout à fait différents comme forme et méthode\nde l'enseigne men dispensé par les professionnels et d'autant\nplus propres à susciter en eux des impressions durables et\nfécondes?\n   L e questionnaire que nous reproduisons plus haut énonce\nencore d'autres vœux, n o t a m m e n t en ce qui touche la recon-\nnaissance officielle de l'existence d'une littérature belge d'ex-\npression française. Nous nous y associons également, sans\ninsister davantage, car nous aurons, sans doute, l'occasion d'y\nrevenir. A propos d'un de ces vœux qui porte sur la création\nd'une académie littéraire française ou l'un organisme analogue,\nnous ajouterons pourtant, à l'intention de ceux de nos lecteurs\nqui ignoreraient cette cocasse particularité, que l'Académie\nexistante comprend plusieurs classes, parmi lesquelles la classe\ndes belles-lettres; seulement, en vertu du règlement, cette\nclasse est inaccessible aux littérateurs !\n                                              ARNOLD G O F F I N .\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                   Chronique Musicale\n  P r e m i e r Concert du Conservatoire. — Ce concert a été\nadmirable. La cantate de Bach que M. Gevaert y a fait entendre, Liebster\nGott wann werd' ich sterben, dont M. Antheunis a écrit une belle traduction\nfrançaise sous le titre du Chrétien mourant, peut être rangée au nombre de\nces poèmes merveilleusement expressifs et humains, poèmes de clarté et de\nbonheur si fréquents dans l'œuvre de Bach et où, dans un langage empreint de\nla plus haute éloquence, le Cantor de Leipzig exprimait cette nostalgie de la\nmort qu'il ressentait si intensément au fond de son cœur. Musique baignée\ndans les rayons sacrés d'une lumière auguste, éveillant d'ineffables échos\njusque dans les profondeurs de l'âme humaine qui, en l'écoutant, respire avec\nplus de calme, plus de sérénité, et sent comme un baume moelleux et bien-\nfaisant se répandre sur ses éternelles blessures.\n   Comme le dit si justement Schweitzer dans le beau livre dont nous parlions\nrécemment, Bach aime la Mort comme la Libératrice suprême. Au lieu de lui\napparaître comme un spectre sous les mensongères apparences de l'atroce et\ntraditionnel squelette, elle emprunte pour lui les traits d'un ange lumineux au\nvisage sublime découvrant soudain par delà les abîmes du formidable mystère\nles régions surhumaines et pacifiques où trône l'immortelle Beauté.\n   Puis on a entendu la Symphonie Chorale de Beethoven, un des plus\néblouissants sommets de la pensée et de l'émotion humaines, voisin dans le\nciel de l'art de ces autres faîtes radieux qui s'appellent la Missa Solemnis, la\nPassion selon Saint Mathieu, la Tétralogie wagnérienne. L'éminent chef de\nnotre Conservatoire conduisit l'œuvre colossale avec une magistrale puissance\net une vaillance admirable. Ce furent d'immenses impressions d'art et nous\nréunirons dans un hommage collectif tous ceux à qui nous en sommes rede-\nvables, M. Gevaert et son merveilleux orchestre, MM. Seguin, Laffitte,\nGuidé, Anthoni, M lles Latinis, Lecluyse, Sylva et Flament, sans oublier les\nchœurs.\n   D e u x i è m e C o n c e r t Y s a y e . — Au programme, une œuvre fran-\nçaise, la Viviane de Chausson et deux œuvres belges, la symphonie Belgica\nd'Albert Dupuis, et une Rhapsodie pour orchestre de Vreuls.\n   La Viviane de Chausson est un poème d'essence exquise et affinée dont\nl'éloquence descriptive est d'autant plus efficace qu'elle est atteinte par des\nmoyens d'expression d'une remarquable sobriété et dont l'interprétation\nsavamment nuancée de l'orchestre d'Ysaye a dégagé l'intime poésie jaillissant\nen sonorités veloutées et en harmonies savoureuses.\n   La Rhapsodie de Vreuls, un des représentants belges les plus autorisés de.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                            CHRONIQUE MUSICALE                                  3l\n\n\n l'école Franckiste, est une œuvre très vivante. A cet art disposant de pré-\ncieuses ressources on pourrait cependant reprocher un excès d'abondance et\n de facilité, l'usage réitéré de certaines formules, suggestives à la vérité, mais\n dont la répétition trop fréquente émousse la portée et la puissance, une prédi-\nlection trop accusée pour les harmonies âpres et violentes. Ces réserves faites,\nla Rhapsodie présente des parties intéressantes, notamment celle où la sym-\nphonie, s'amplifiant dans une progression large et passionnée, revêt une inten-\nsité d'accent très significative. Nous regrettons de ne pouvoir en dire autant\nau sujet de la Belgica d'Albert Dupuis, qu'Ysaye a dirigée avec une vaillance\nsuperbe.\n    Si la Symphonie de Dupuis atteste les facultés inventives du jeune composi-\nteur et l'ingéniosité de sa palette orchestrale par exemple dans l'Intermezzo,\nelle manque absolument de cette ampleur, de cet équilibre, de cette architec-\nture qui sont les caractères essentiels de la Symphonie, suivant la conception\ntrès nette et définitive que nous avons de cette forme d'expression musicale, la\nplus élevée qui soit dans le domaine de la musique pure. Considérée comme\nsimple fantaisie, elle semble trop tourmentée et convulsive pour répondre à\nl'idéal de joie sereine et enthousiaste dont s'inspire toute œuvre lyrique glori-\nfiant la Patrie, ne justifiant d'ailleurs son titre que par des rappels de la Bra-\nbançonne dont le motif initial est constamment ébauché de façon timide à côté\nde l'œuvre sans se fusionner jamais avec elle et la pénétrer victorieusement. Si\n Dupuis avait des intentions descriptives possédant un degré de précision suffi-\nsante, il eût mieux fait de les indiquer dans un programme, ainsi que le font à\ntrès juste titre tous les auteurs de poèmes symphoniques. Dupuis nous a\ndéjà donné mieux que des promesses, particulièrement au théâtre, et nous souhai-\ntons, nous sommes certains même qu'il prendra bientôt sa revanche.\n    Feruccio Busoni a exécuté de nouveau le Concerto de Saint-Saëns (n° 5)\nqu'il avait joué il y a trois ans au Concert Populaire. Interprétation envelop-\npante situant l'œuvre du maître français dans une atmosphère délicatement\npoétique toute en délicieuses demi-teintes. Busoni a ensuite joué les Variations\nde Paganini-Brahms et de Paganini-Liszt. Il est regrettable que le grand\npianiste dont les récitals furent, après ceux de Rubinstein et de d'Albert, parmi\nles plus artistiques qu'on ait entendus à Bruxelles ; que l'interprète compré-\nhensif de Bach, de Beethoven, de Chopin, n'ait rien trouvé de mieux à nous\ndonner de son vaste et riche répertoire.\n  T r o i s i è m e Concert Ysaye. — Au programme de ce concert\nétaient inscrites deux œuvres belges nouvelles, la Symphonie homérique, de\nLouis Mortelmans, et Lalla Roukh, un tableau symphonique de Joseph\nJongen, inspiré de Thomas Moore.\n   On connaît les Lieder, d'un sentiment si fin et délicat, que le distingué com-\npositeur anversois écrivit sur des poèmes du grand Guido Gezelle. Mortelmans\nprésente maintenant au public bruxellois une composition de plus large enver-\ngure. La Symphonie homérique, dont l'allure héroïque semble justifier le quali-\nficatif choisi par l'auteur, révèle une personnalité déjà bien dégagée et caracté-\nristique. L'abondance des idées, la vigueur et la fierté de l'accent, la simplicité\nforte de l'écriture, la clarté souveraine de l'inspiration ainsi que la variété des\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "32                                 DURENDAL\n\n\n aspects dont elle se pare, voilà autant de précieuses qualités par où se recom-\n mande cette œuvre florissante de verve et de santé qui. si elle manque parfois\n de protondeur, resté toujours très distinguée et constamment intéressante d'un\n bout à l'autre.\n    Le poème Lalla Roukh nous apparaît non seulement l'œuvre la plus forte\n que Jongen ait écrite, mais encore une des plus belles à tout égard que nous\n ait donné jusqu'ici la jeune école musicale belge. L'auteur nous prévient expres-\n sément « qu'il n'a pas suivi minutieusement la trame du poème, mais cherché\n à décrire l'état psychique des deux personnages principaux de l'œuvre de\n Moore ».\n    Cette préoccupation psychologique de traduire les intimes sentiments de\nl'âme est généralement dans le domaine musical une source d'inspiration\nplus haute et plus féconde que celle où vont puiser lés auteurs de tableaux\nsymphoniques purement descriptifs. Et en effet, dans le poème de Jongen règne\nune vie intérieure profonde. L'élévation du style y égale la beauté de l'inspi-\nration. C'est une œuvre d'art très noble sertie dans la parure d'harmonies tour\nà tour subtiles et puissantes que traverse et vivifie un ample souffle lyrique\ns'affirmant au cours d'une progression du caractère le plus émouvant. Les\nœuvres de Mortelmans et de Jongen ont bénéficié au Concert Ysaye d'une\ninterprétation magistrale et impressionnante.\n   A ce concert, le merveilleux violoniste Jacques Thibaud prêtait son concours.\nNous avons déjà eu l'occasion de dire ici tout ce que nous pensions de ce jeu\nque caractérise l'émotion captivante et enchanteresse, le velours, la souplesse\net l'exquise tendresse du phrasé. Thibaud a ravi son auditoire en exécutant le\nConcerto en si mineur de Saint-Saëns, un des plus beaux de la littérature du\nviolon. Ne se sentant point en disposition d'exécuter encore la Chaconne de\nBach, qui figurait en second lieu au programme, Thibaud proposa à Ysaye de\njouer avec lui le Concerto de Bach, pour deux violons. Et Ysaye réalisa le tour\nde force d'improviser cette interprétation après les fatigues et la dépense inouïe\nde deux heures de direction. Ce fut une impression d'art supérieure. La plus\nbelle œuvre écrite pour le violon, interprétée par les deux plus grands violo-\nnistes de notre époque, et apparaissant ainsi dans toute sa royale et rayon-\nnante beauté, quel souvenir inoubliable !\n   Le Divertissement pour orchestre isur des chansons russes, du jeune compo-\nsiteur français Henri Rabaud, terminait ce magnifique concert. Malgré le voi-\nsinage écrasant de l'œuvre du cantor de Leipzig, il a intéressé par sa forme\nélégante, son charme entraînant, ses rythmes raffinés et spirituels.\n\n    D e u x i è m e C o n c e r t P o p u l a i r e . — En tête de son programme,\n Dupuis avait inscrit la Mer, esquisses symphoniques de Claude Debussy.\nQue l'on admette, discute ou désapprouve cette esthétique spéciale et dérou-\ntante, ainsi que ses possibilités de développement et d'évolution future, l'art\nde Debussy a droit à tous les respects, parce que, très personnel et sincère,\nil cherche à introduire dans l'art musical des modes expressifs nouveaux,\nauxquels on peut contester la profondeur et l'efficacité émotive, mais qui n'en\nsont pas moins extraordinairement ingénieux et parfois fort suggestifs. La\nsuite intitulée La Mer constitue un exemple caractérisé de la façon dont\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                  33\n\n\nDebussy conçoit et interprète musicalement la nature. En ces pages, juste-\nment dénommées Esquisses symphoniques, qu'on ne recherche ni la ligne, ni\nl'architecture musicale, puisque ce n'est pas là ce que l'auteur a voulu y mettre.\nDebussy semble considérer le monde comme un kaléidoscope géant, un\nassemblage indéfini de formes et d'apparences instables, dont l'artiste n'aurait\nque faire de pénétrer et de refléter l'harmonie essentielle, se bornant à en fixer\nles impressions brèves, mobiles et éternellement fuyantes. Ces notations scru-\npuleusement transcrites sont souvent ingénieuses, particulièrement dans les\nJeux de vagues, et d'une intensité de réalisme si surprenant, qu'elles appa-\nraissent en quelque sorte comme une série de photographies sonores à la\nvérité très dissociées l'une de l'autre. On pourrait toutefois se demander si ces\nvoix isolées de la nature alternativement caressantes ou cruelles, si ces rumeurs\néparses disséminées en impressions minuscules et fragmentaires traduisent\nbien efficacement le mystère solennel et immanent, la grande synthèse lyrique\net harmonieuse de l'Océan. On pourrait aussi dire que le poème reste trop\nextériorisé, car ce qui constitue l'intérêt essentiel d'une œuvre d'art même\npurement descriptive, c'est son élément subjectif, c'est-à-dire la part et la\nqualité d'émotion lyrique qu'il renferme, émotion qui, si elle n'est pas totale-\nment absente de la composition de Debussy, s'y dérobe en tout cas derrière\nun voile assez dense pour être impénétrable.\n    La seconde œuvre exécutée par l'orchestre de Dupuis était intitulée Paris,\nimpressions de nuit, de Delius, un musicien de talent, dpnt le nom déjà, avan-\ntageusement connu en Allemagne, n'avait pas encore pénétré dans nos\nparages. Paris est un poème symphonique sans programme, somptueusement\norchestré, et qui, au point de vue de l'esthétique dont il procède, semble tenir\nune place intermédiaire entre Strauss et Debussy. Autant qu'on peut en juger\naprès une seule audition, cette composition, prodigue en effets antithétiques,\nrenferme des pages excellentes, sortes de paysages nocturnes d'un coloris\nsombre, mais savoureux, à côté de longueurs et d'obscurités où l'auteur aurait\npeut-être pu porter la lumière en précisant ses intentions descriptives dans un\ncommentaire explicatif.\n    Sylvain Dupuis et son orchestre ont droit aux plus vives félicitations pour\nla mise au point de ces deux compositions, si hérissées de difficultés techniques\net rythmiques, et dont ils sont arrivés à dégager autant que possible la signifi-\ncation poétique et expressive.\n    Le concert se terminait par une suite d'orchestre extraite de Morgane, un\nopéra récemment représenté à Anvers et dont l'auteur, Auguste Dupont, est le\nfils du pianiste et le neveu du grand et regretté chef d'orchestre Joseph\n Dupont. En cette musique très finement écrite et qui a, en outre, le mérite de\n refléter expressivement le texte dont elle s'inspire règne une fraîcheur de senti-\n ment, une sincérité d'accent et un charme mélodique remarquables.\n    La virtuose du concert que Dupuis faisait entendre pour la premiere fois au\n public bruxellois était Mlle Stefi Geyer, une jeune violoniste hongroise âgée de\n dix-sept ans, élève du fameux Jeno Hubay, et qui fait honneur à son maître. La\n qualité du son qu'elle tire de son instrument est vraiment délicieuse, d'une\n limpide et transparente pureté, bien qu'elle laisse encore à désirer sous le rap-\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "34                                DURENDAL\n\n\nport de la fermeté et de la plénitude. Son jeu se distingue par la clarté, la\ngrâce, la souplesse et une technique étincelante. Si le sentiment expressif n'a\npas encore l'ampleur souhaitable, il faut en chercher la cause dans la jeunesse\nde l'artiste et l'on sent qu'il ne tardera pas à se développer et à prendre victo-\nrieusement son essor. M lle Stefi Geyer a joué un mauvais concerto de Gold-\nmark, le Rondo Capricioso de Saint-Saëns, des Czardas de Hubay, puis des\npièces de virtuosité enlevées avec une prestesse et une délicatesse surprenantes.\nLa. gracieuse artiste, qui se présente au public avec une simplicité charmante\net une distinction parfaite, a été fêtée et ovationnée ainsi qu'elle le méritait.\n\n  Premier Concert Delune. — M. Delune a inauguré la nouvelle\nsérie de ses concerts par une brillante soirée rehaussée de la participation\nd'Ysaye. Les nombreux admirateurs du grand violoniste étaient accourus en\nfoule pour entendre et acclamer l'artiste inspiré dont les interprétations ont\nune fois de plus atteint ces hauteurs claires où l'impression d'art subsiste seule\nplanant triomphante au-dessus de tout, faisant oublier la virtuosité et la per-\nfection des procédés d'exécution. Le Concerto en mi de Bach s'est élevé comme\nun hymne de gloire dans une atmosphère de sérénité idéale, avec de fières\nenvolées lyriques et une merveilleuse ampleur de rythme. Le maître a ensuite\njoué la partie de violon principal dans la Symphonie de Vreuls, déjà entendue\nl'an dernier aux Concerts Ysaye, oeuvre captivante autant par l'abondance\ndes idées que par la richesse des colorations et que cette seconde audition nous\na permis de goûter d'une façon plus complète. Une des plus belles choses qui\nfiguraient au programme de cette soirée a été sans doute l'admirable suite en\nsi mineur de Bach pour orchestre à cordes et flûte, où le soliste M. Demont\ns'est particulièrement distingué, et dont M. Delune a parfaitement fait ressortir\n la majesté tempérée de grâce. L'interprétation de la Symphonie rhénale de\n Schumann a été un peu molle et confuse et n'a point mis suffisamment en\n lumière la portée expressive du poème.\n\n   A u C e r c l e A r t i s t i q u e . — Société des instruments à vent Taffanel.\nMme Mysz Gmeiner. — Mme Samuel Kleeberg.\n   Le Cercle Artistique a rouvert ses portes, à la grande joie de tous les fervents\nde l'art, et recommencé la série de ses belles soirées d'hiver.\n   La première séance a été donnée par la Société Taffanel, de Paris\n(MM. Grovlez, pianiste; Bleuzetet Bourbon, hautboïstes; Mimart et Lebailly,\nclarinettistes; Penable et Delgrange, cornistes ; Letellier et Jacot, bassonistes;\nGaubert, flûtiste). Ils sont tous des artistes de race, possédant des œuvres\nqu'ils exécutent une compréhension juste et élevée et arrivant à des inter-\nprétations remarquablement fines, tour à tour enjouées et touchantes, mais\ntoujours (et c'est là leur beauté caractéristique) délicieusement nuancées. Ils\nont ravi leur auditoire dans toutes les pièces de leur programme excellemment\ncomposé (si l'on en excepte le Divertissement de Bernard, composition prolixe\ndénuée d'intérêt) et qui comprenait, en outre, un frais et lumineux quintette\nde Mozart (piano, hautbois, clarinette, cor, basson), un trio pour deux haut-\n bois et basson de Haendel, exécuté par MM. Bleuzet, Bourbon et Letellier, avec\n autant de verve et de précision que de virtuosité, une romance et pastorale de\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                          CHRONIQUE MUSICALE                                 35\n\nGounod, évoquant le souvenir de Mireille; enfin, une très charmeuse sonate\nde Bach pour flûte et piano, où l'on a beaucoup apprécié le flûtiste Gaubert,\ndont le jeu se caractérise par une exquise douceur, par des sonorités délicates\net poétiquement insinuantes.\n   Le Liederabend de M me Mysz Gmeiner a pleinement réussi. Nous avons\ndéjà souvent fait l'éloge de cette artiste. Elle a chanté des Lieder de Schubert,\nCornelius, Schumann, Hugo Wolf, Brahms, avec cet art souple, ingénieux et\nvibrant que viennent seconder le charme d'une voix chaude, généreuse, de\nmétal riche et clair, le prestige d'une diction spirituelle et expressive. Nous\nsommes doublement reconnaissants à M me Mysz Gmeiner, qui indirectement\nnous a donné l'occasion d'entendre et d'applaudir une autre artiste fort juste-\nment goûtée, la pianiste M me Clotilde Samuel Kleeberg. Le Liederabend de\nMme Gmeiner était fixé au 1er décembre. Mais, à cause d'un malentendu dont\nil serait fort oiseux de rechercher les causes, la cantatrice hongroise ne put se\nfaire entendre ce soir-là au Cercle. M. Hymans fit appel au talent et au\ndévouement de M me Samuel, qui, fort heureusement, se trouvait dans l'audi-\ntoire, et qui, avec une complaisance charmante, improvisa d'emblée un récital\nde piano, où figuraient les noms de Mozart, Beethoven, Chopin, Schumann,\nBrahms,. Schubert, Mendelssohn, récital au cours duquel la sympathique\ninterprète se fit chaleureusement acclamer et déploya les séductions de son jeu\nsi intelligemment et subtilement nuancé, jeu dont l'absolue distinction n'est\njamais en défaut et qui, fleuri de grâce émue, chante comme le jaillissement\ndiscret d'une source claire.\n\n   C o n c e r t s d i v e r s . — Un mot du concert donné à la Grande-Harmonie\npar M. Cornelis Liégeois, violoncelliste, avec le concours de Mme Auguez de\nMontalant, cantatrice, et du pianiste Ricardo Vinès. M. Liégeois, sans atteindre\nà l'expression profonde, possède un jeu fort pur et interprète avec goût les\nœuvres. Si la voix de M me Auguez de Montalant, parfois inégale, semble un\npeu fatiguée, l'artiste chante avec un sentiment très personnel et une com-\npréhension musicale affinée. Quant à Ricardo Vinès, nous l'avons déjà fré-\nquemment entendu aux Concerts de la Libre Esthétique. C'est un pianiste au\njeu délicat, souple, coloré, particulièrement fin et suggestif tout en demeurant\nprécis dans l'interprétation des œuvres de Debussy, d'exécution si ardue.\n   Signalons aussi les interprétations charmeuses et poétiques de la violoncel-\nliste M™ Fernande Kufferath, dont le concert a été couronné d'un plein succès\net auquel Seguin, le chanteur si goûté de tous les amateurs d'art vrai, prêtait\nson concours.                                          GEORGES DE GOLESCO.\n\n   A cause de l'abondance des matières, nous regrettons de ne pouvoir que\nsignaler sans entrer dans des détails le récital grandiose de Feruccio Busoni à\nla Grande-Harmonie, le récital de Bosquet où les plus grands noms de la\nmusique étaient représentés et qui a mis une fois de plus en lumière les si\nbelles qualités de style et de technique de notre jeune compatriote, le concert\ndonné par la jeune violoniste Stefi Geyer dont nous avons caractérisé plus\nhaut le talent avec le concours d'un très intéressant pianiste M. Goldschmidt,\nenfin la très artistique série de soirées consacrées par Bosquet et Chaumont à\nl'audition des sonates de Beethoven pour piano et violon\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                      Les Salons d'Art\n   Le Salon international des Beaux-Arts de Venise. —\nPour la sixième fois depuis sa fondation, l'Exposition de Venise vient de\nclôturer brillamment son Salon bisannuel. On sait que, grâce au tact, à\nl'impartialité et à l'énergie d'un comité qui a su ne pas se laisser déborder,\nce Salon a pris place au tout premier rang des grandes expositions d'art de\nl'Europe. Il faut reconnaître, d'ailleurs, que d'une manière générale, le choix\ndes artistes invités et des œuvres acceptées est heureux ; les salles sont belles,\nsans être grandes et la lumière y est excellente ; les toiles sont convenablement\nespacées et presque toujours groupées par nationalités ; enfin, la décoration\ngénérale, d'un goût moderne assez pittoresque, s'inspire pour chaque salon\ndes tendances dominantes de l'art décoratif des différents pays.\n    Le palais de 1'Exposilion s'érige dans les Jardins publics, à l'extrémité du\nquai des Esclavons, d'où l'oeil embrasse toute la lagune et l'entrée du port,\ndepuis la Pointe du Salut et Saint-Georges Majeur jusqu'au Lido; site\nadmirable, propice au rêve, d'une beauté impressionnante, qui excite l'admi-\n ration et la sensibilité.\n    La Belgique peut être fière de sa participation au Salon de Venise; qua-\n torze artistes ont été invités : Constantin Meunier, qui est représenté par deux\n bronzes, dont le bas-relief: Les Mineurs rentrant du travail; Hermans, Gilsoul\n et Van Biesbroeck, dans le Salon d'honneur; Claus, Frédéric, Laermans,\n Marcette, — un de ses tableaux a été acquis par S. M. le roi d'Italie —\n Buysse, Delaunois, Braecke, Rombaux, Henry et Georgette Meunier.\n    Cet ensemble est l'un des plus intéressants du Salon ; il a été ici extrême-\n ment remarqué et l'on a admiré tour à tour la puissance géniale de Constantin\n Meunier, la lumière vibrante de Claus, le dessin admirable, et l'originalité si\nbelle de Frédéric, les impressions poignantes qu'évoque Laermans, la rare\n finesse de coloris de Marcette, les paysages solides de Gilsoul, les dessins\n curieux d'Henry Meunier. La plupart de ces œuvres sont connues des lec-\n teurs de Durendal; qu'il nous suffise donc de constater et l'impression remar-\n quable qui se dégageait de leur ensemble et le succès mérité qu'elles ont\n obtenues.\n    Deux compartiments attirent surtout l'attention, celui de la' France et\n celui de l'Espagne. D'abord, l'admirable Cottet, Un Jour de fête en Bretagne,\ne Vieux Cheval et les Picheurs fuyant devant la tempite. Oh est vraiment frappé\npar le métier merveilleux de cet artiste volontaire, persévérant, outrancier\ngouvent, mais avec conscience. Tout, jusqu'aux moindres détails du fond,\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                            L E S SALONS    D'ART                           37\n\nest poussé avec le même souci de perfection ; et pourtant, quelle profondeur\ndans ces paysages, quelle unité d'impression saisissante dans chacune de\nces œuvres, et comme cela est, avec une beauté égale, différent de l'admirable\ntriptyque et des couchers de soleil du Musée du Luxembourg, et encore de\nvues de villes espagnoles tant admirées au dernier Salon du Champ-de-Mars\net à la récente exposition d'Anvers !\n   A côté de lui, Jacques Blanche expose un superbe portrait de Rodin, doux,\ntranquille et simple, avec un éclair dans le regard ; de lui encore une curieuse\nétude de jeune femme debout devant la glace, en corsage noir et en jupe de\nsatin : Le Miroir de Venise.\n   Notons encore un excellent portrait de Jacques Blanche par Lucien\nSimon, deux Besnard d'une couleur exquise, un tableau de Caro-Delvaille,\nDevant la maison blanche, ruisselant de jolie lumière, deux Monet, trois Raf-\nfaëlli, deux Sisley et parmi les sculptures une œuvre admirable de Rodin.\n   Ignacio Zuloaga a envoyé un portrait d'homme tout à fait remarquable, le\nGuardicn de taureaux et un coin de vieille rue espagnole pittoresque, mais moins\nimpressionnant pourtant. On connaît la couleur sobre et solide de cet artiste,\nl'âpreté impitoyable de son analyse, le côté étrange et saisissant de ses évoca-\ntions. Le Guardien de taureaux peut être remisé parmi ses meilleures toiles.\n   Les œuvres d'Anglada paraissent bien minces à côté d'un pareil portrait;\nmais quel charme poétique il s'en dégage, comme la couleur est fine et jolie,\ncomme la vision est personnelle, rare et précieuse. Telle étude de femme, sur\nun fond de jardin tout doré, évoque les Fêtes galantes de Verlaine; les Champs-\nElysées, le Mur céramique, tout cela est charmant, d'une grâce très spéciale et\ntrès raffinée, bien de notre époque.\n   Un excellent portrait de M. Jean Lorrain par La Gandara voisine avec un\npaysage de Dario de Regoyos intéressant et curieux; une étude de femme\nde Ramon Casas retient les regards; de Santiago Rusinol, une vue de\njardin tout à fait remarquable, paysage d'une composition et d'un coloris\nsurprenants.\n   En traversant le Salon américain, assez peu intéressant, saluons un admi-\nrable portrait de femme de Whistler, qui manquait à l'exposition de ses\nœuvres récemment organisée à Paris, à l'Ecole des Beaux-Arts. Il a un\nimitateur, et un imitateur intéressant, dans le compartiment anglais, Maurice\nGreiffenhagen. Mais combien plus charmant est ce portrait d'enfant de\nWilliam Nicholson : Nancy !\n   Au tout premier rang des œuvres italiennes, il faut mettre un tableau\nd'Adolfo Levier, Mimi et Zar, une étude de jeune femme enfouie dans la\nmousse vaporeuse d'une toilette blanche, avec un grand lévrier blanc à ses\npieds; c'est d'une composition charmante et d'une couleur vraiment admi-\nrable de délicatesse et de finesse; la composition est d'un goût parfait; c'est\nsolide et délicat tout à la fois. Par contre, quelle déception que le portrait de\nWhistler par Boldini ; c'est d'un cabotinage que l'habileté n'excuse même pas.\n   Il y a peu de bonnes choses en somme, dans toutes ces salles italiennes.\nNotons cependant une belle impression de Venise de Giuseppe Cherubini,\nquelques beaux paysages alpins et pour finir par un grotesque, le triptyque\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "38                                DURENDAL\n\n\n\nd'Angelo Morbelli, Songe et Réalité : sur les volets de droite et de gauche, som-\nmeillent de pénibles vieillards, tandis que, sur le panneau du milieu, on voit un\ncouple amoureux, en chemise, — parfaitement! — contemplant les étoiles de\nleur balcon 1\n  O Roméo! O Juliette!                                         ROBERT SAND.\n\n  L e X I I e S a l o n a n n u e l du S i l l o n met en lumière les envois de\nquelques-uns des sociétaires de ce cercle, jeunes artistes incontestablement\ndoués dont nous attendons depuis longtemps avec confiance — et patience —\nl'affirmation définitive.\n    Les expositions à jet continu organisées par les groupes de jeunes au\nMusée ont; à côté de quelques avantages immédiats, de bien graves inconvé-\nnients généraux pour la plupart des participants. Je ne parle pas de la\nlassitude du public en présence de cette monotone marée de produits parmi\nlesquels les ouvrages un peu mieux que médiocres sont fatalement rares et\nqu'on se donne peu la peine de rechercher.\n    Mais pour les artistes eux-mêmes la facilité et parfois l'obligation d'aligner\nsur un long espace de cimaise une série d'œuvres à effet entraîne une hâte de\nproduction baclée et quelconque, la négligence du métier, un contentement\napproximatif et hasardeux qui amoindrit le respect que chacun devrait avoir\nde son art et de sa propre conscience d'artiste.\n    Quelle valeur intégrale peuvent concréter ces cursives études, documents\nd'atelier qu'on nous montre comme s'il s'agissait d'œuvres définitives, ces\nportraits, ces paysages, ces natures-mortes qui visent — sans les atteindre —\nla saveur du morceau d'exécution habile ou l'agrément de la couleur har-\n monieuse ?\n    Tout au plus une appréciable dextérité de main se révèle en plusieurs de\nces cadres d'où est décidément bannie la préoccupation d'une intellectualité\n quelconque.\n    Manque de culture, inaptitude de penser, sans parler de l'absence totale\nde goût, d'élégance d'interprétation, de sobriété simple, autant de causes\n qui nous valent la réalisation de peintures parfaitement vulgaires, plates,\n lourdes et insignifiantes, de sculptures mal équilibrées, sans grâce ni rythme,\n de pochades dénuées d'esprit et de portée.\n    En regard de ces vices d'une surproduction que valent la petite notoriété\n tôt acquise — et qui ne sort pas d'un groupe restreint — et le bénéfice de\n quelques transactions où la bonne grâce complaisante de l'acquéreur tend,\n d'un geste de protection, un maigre viatique au rapin besogneux?\n    Sans doute, le souci exigeant et respectable du pain quotidien s'avère\n  cruellement en ces matières, mais s'il parvient à équilibrer pour le présent\n  des budgets de famine il bouche toute percée lumineuse d'avenir en émas-\n  culant le jeune maître, bientôt découragé de tout idéal un peu élevé et désin-\n  téressé, par l'habitude d'une besogne de commerce courant où s'enlise sa\n  sensibilité, où s'émousse son orgueil, où sombre sa perfectibilité.\n     Il faut oser la rigueur de ce cri d'avertissement devant les envois de\n  MM. Apol, De Greef, de Haen, Haustrate, Godfrinon, Laudy, Mignot,\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                              LES SALONS D'ART                                   39\n\nPinot, — si fin coloriste, — Smeers, Puttemans, Swyncop, Tordeur, Van\nden Brugge et Wagemans, car leur pléiade compacte recèle plus d'une nature\ngénéreuse et bien organisée dont les premières promesses nous donnèrent le\ndroit d'exiger qu'elles soient intégralement tenues. Ce n'est pas en rappro-\ncher la réalisation que de recommencer négligemment les morceaux remar-\nqués au début, sans y rien ajouter de plus profond, de plus précis, de plus\nmûri; ces redites vont s'affaiblissant. Il nous faut plus et mieux.\n   L'envoi de cuirs décorés de Mme B. Delstanche, dans la sphère modeste\nde cette sorte d'utilisation d'art appliqué, contient des morceaux réussis,\nparticulièrement le grand écran où s'épanouit un marronnier automnal avec\nune ampleur et une réelle poésie d'interprétation bien rare en ces sortes\nd'ouvrages.\n   L'équité autant que la galanterie m'obligent à le mentionner.\n\n   L ' E x p o s i t i o n A l b e r t B a e r t s o e n fut une bonne fortune pour le\nCercle Artistique. La petite galerie, trop souvent vouée à des exhibitions\nsans portée, abrita cette année, après les tapisseries, d'abord Nicholson,\npuis Coosemans, enfin Baertsoen. Ce noble début de saison puisse-t-il\nn'être pas démenti par la suite...\n   On sait de Baertsoen ses rares qualités d'harmoniste subtil, de metteur en\npage personnel, de simplificateur plein d'allure, de technicien sobre,\nconsciencieux, sévère. Dans un domaine bien à lui, — mais que beaucoup,\naprès lui, ont envahi — il a su exprimer la pensive éloquence des choses\nmuettes et susciter de l'intellectualité dans des décors de vie pauvre et sans\npittoresque. Baertsoen a le plus sincère dédain pour les sites aimables et\nles motifs jolis. Il plante son chevalet devant des aspects urbains où d'autres\nne découvriraient point de beauté. I1 y discerne des relations de valeurs colo-\nrées, fugaces et ténues, qu'il fixe d'un œil fin à miracle. Ses compositions\nsont des compositions coloristes avant tout, auxquelles l'écriture du sujet\najoute peu. Le tableau — combien précieux — tient à des modulations de\ntons nouvelles, rares, imprévues. Et ces modulations suggèrent de l'émotion\ncontenue, le recueillement de l'artiste fervent est communicatif pour le spec-\ntateur attentif; on aime à revenir rêver devant ces peintures, qui ne disent pas\ntout d'abord tout leur secret, mais le révèlent doucement, comme des âmes\nsongeuses et cultivées se laissent peu à peu pénétrer par l'observateur\nsympathique.\n   L'exposition actuelle compte quelques-uns de ces morceaux d'exception-\nnelle réussite qui marquent dans la carrière d'un peintre : c'est le Dégel à\nGand, appartenant à l'Etat français, les Façades grises sur l'eau et le Couvent\nà Bruges, qui sont de la veine heureuse du tableau appartenant au Musée\nd'Anvers.\n   Le n° 3, Gand le soir, et le n° 10, Soir sur les quais à Gand, sont aussi des\ntoiles très heureuses. De belles eaux-fortes magistralement mordues en un\nparti-pris d'interprétation savoureuse et de sérieux dessins empreints d'une\nréelle grandeur complètent ce remarquable ensemble.\n                                                                              P . L.\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "40                               DURENDAL\n\n\n     L a XLVIe Exposition de la Société Royale Belge des\nA q u a r e l l i s t e s . — Le Salon annuel de la Société Royale Belge des\nAquarellistes garde toujours sa belle tenue aristocratique, où les essais de\nmodernisme et les tentatives de nouveauté se tempèrent dans une réserve de\nbon ton. La pire audace qu'on y rencontre est la fantaisie (en deux exem-\nplaires) du Parisien Bottini, où de jolis effets de couleur, pris aux Primitifs,\nfont signe de loin ; quand on y va voir, on a la sensation d'un pied de nez,\nmais si spirituellement niais, qu'on ne peut qu'en rire. Parmi les choses\ndéconcertantes, il y a aussi les ébauches informes, sordidement encadrées,\nde M. Dezaunay; le pêle-mêle de taches violentes et les architectures ins-\ntables de M. Robinson; l'inédit des perspectives de M. Ch. Mertens, qui\nnous révèle ce qu'on peut voir dans un grenier de moulin. Mais tout cela est\nplus drôle que révolutionnaire.\n    Le grand nombre des exposants reste fidèle aux antiques procédés. Il faut\nsignaler les Hollandais comme particulièrement conservateurs de leur genre\ntrop sommaire, trop peu fluide, trop surchargé de gouache, à moins qu'ils ne\ns'adonnent au genre chromo. Van Hoyttema, dans ses sujets monochromes,\na plus de personnalité.\n    Parmi les Belges, plus ou moins conservateurs de la tradition, notons\nd'abord les morts — dont on ne doit pas médire — Cesare dell' Acqua\n(hélas!), Léon Abry et Isidore Verheyden ; ensuite quelques survivants : Théo-\ndore Hannon, sec et métallique (ses blanches maisonnettes au bord de l'étang\nde Boitsfort ont du charme) ; Emile Hoeterickx, qui voisine avec le précédent\net lui oppose ses peintures tout à fait fluides, troubles, inconsistantes; Lan-\nneau, dont les gentilles fleurettes doivent plaire aux dames ; Eugène Smits,\nqui dessine de chic ; Jacob Smits, fidèle à son parti-pris de maladresse volon-\ntaire; Pecquereau, non moins maladroit dans ses paysages, mais d'une char-\n mante virtuosité dans sa vue d'Anvers ; Alexandre Marcette dont les effets de\n lumière irisée font la concurrence à la peinture à l'huile...\n    Les représentants traditionnels et en quelque sorte officiels du genre sont\n toujours MM. Titz, Stacquet, Cassiers, Uytterschaut et Hagemans. Titz s'est\n appliqué aux effets de couleur chaude et vibrante. Son faire un peu superfi-\n ciel d'autrefois a pris plus de force. Ses vues de Malines montrent des coins\n ravissants. J'aime moins les Vieux arbres dans le parc dEnghien ; outre l'exagé-\n ration violente de la couleur, le dessin y est incorrect.\n    L'une des aquarelles de Stacquet reste dans la gamme et le sujet stéréo-\n typés : maisonnettes blanches et toits de vermillon au bord d'un canal, où se\n mirent des saules vaporeux — hauts comme des chênes, mais qu'est-ce que\n cela fait? dirait M. Jules Lemaître. Malgré toute l'habileté de l'artiste, ces\n éternels lavis deviennent monotones. C'est pourquoi M. Stacquet, renouve-\n  lant à la fois sa technique et ses sujets, inaugure un procédé nouveau : sorte\n  de peinture à la détrempe, qui n'est pas de la gouache, sur papier pelucheux.\n  Comme dans l'aquarelle proprement dite, l'effet cherché est toujours celui de\n la tache colorée, mais opaque au lieu d'être translucide. Dans Un coin de la\n  Grand'Place à Bruxelles, la bigarrure des taches semble trop voulue.\n     M. Cassiers, dans les mêmes procédés nouveaux, a des notations d'art plus\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                             L E S SALONS D ' A R T                           41\n\n\n\n raffiné. Il va jusqu'à pasticher avec une étourdissante virtuosité des effets de\n peinture à l'huile. L'Hiver à Amsterdam rappelle un Baertsoen ; Katwyck a\n même l'apparence d'un vieux paysage hollandais, dans sa tonalité sombre et\n roussâtre. Mes préférences vont pourtant au délicieux tableautin intitulé Les\nfilets, qui est une vraie aquarelle, et un chef-d'œuvre de coloriste. Le cadre\n lui-même y est assorti à souhait.\n    Uytterschaut reste fidèle à sa technique coutumière, où il est d'une maîtrise\n absolue. Il a donc raison de ne pas chercher à innover, d'autant plus que\n nous verrions disparaître avec lui la perfection même du genre qu'il repré-\n sente. Son Moulin à Dixmude (remplacé le 20 décembre par une œuvrette de\n moindre valeur) en est le type achevé. Il est vrai qu'une partie du charme en\n est dû à la prodigieuse habileté de la technique. Sous bois (printemps) donne\n une sensation plus poétique, dans sa fine tonalité grise, saupoudrée de ver-\n dure naissante. Toutefois, l'or du cadre banal ne relève pas la délicatesse du\n tableau.\n    Hagemans aussi persévère dans le genre large et décoratif qui lui appar-\n tient en propre. Ses grands paysages ont souvent la force et la profondeur\n d'une peinture à l'huile, tout en gardant les qualités de finesse, de fondu et\n de légèreté aérienne de la vraie aquarelle. Pécheurs de Freyr compte parmi\n les plus belles œuvres du maître.\n    Frans Van Leemputten, sans être spécialiste de l'aquarelle, y déploie\n toutes ses belles qualités de dessinateur, de coloriste et de poète. Personne\n ne comprend comme lui la poésie humble et agreste des fermes campinoises.\n Soir après pluie est une page exquise. La lueur crépusculaire qui glisse\n sur les chaumes mouillés dénote une expérience consommée et un art des\n plus sincères.\n    En même temps que ses intérieurs monastiques, où flotte la silhouette\n diffuse des béguines blanches, M. Delaunoy expose une collection de types\n très individuels, appartenant à la catégorie des humbles. Visages minables,\n renfrognés, souffreteux, que n'éclaire nulle transparence d'âme. La sorte\n d'émotion compatissante qui se dégage de cette série ne suffit peut-être pas\n à légitimer le titre : Portraits psychologiques.\n     Mme Gilsoul consacre aussi son présent envoi à la poésie des béguinages,\n  dont elle voit les coins pittoresques d'un coup d'œil précis et observateur.\n  On peut lui reprocher quelque dureté et certaines violences de couleur\n  injustifiées.\n     De Constantin Meunier, dont le nom impose un souverain respect, trois\n  œuvres toujours personnelles, où le procédé passe inaperçu, pour laisser\n  toute sa valeur au rythme épique de la composition.\n     L'envoi des peintres étrangers ne contribue guère à l'éclat du Salon, si l'on\n  excepte le « Portrait » de Gaston La Touche, d'une prodigieuse habileté, et\n  surtout l'exquise aquarelle de Bartlett : Un pardon en Bretagne où l'on\n  admire les plus rares qualités de couleur et d'agencement.\n     Il serait injuste de ne pas mentionner les trois panneaux de M. Van der\n   Waay (Amsterdam). Si les Deux Sœurs ont une grâce parfaite, un peu\n  mièvre peut-être, mais dont la préciosité est rachetée par l'élégance du\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "42                               DURENDAL\n\n\ndessin et de vraies trouvailles de colorations, toute l'intimité du décor zélan-\ndais sourit dans ce charmant Intérieur, où les choses ont cent ans sans\navoir vieilli.\n   Reste Fernand Khnopff, qui, à tous égards, exige une mention très spé-\nciale, d'abord parce qu'il se borne à dessiner au crayon, ensuite parce que\nson art subtil, aristocratique, tout en symboles, isole son envoi de ce qui\nl'entoure. Ce sont d'abord quatre figurines résumant la grâce hautaine et\nfière, avec l'aspect un peu étrange que Khnopff affectionne. Mais bien\nplus suggestif est le somptueux triptyque dont le titre imprécis et discret,\nD'autrefois laisse au spectateur le plaisir de deviner le symbolisme trans-\nparent. Toute l'œuvre est magistrale. C'est du meilleur Khnopff. Cepen-\ndant le volet de gauche (vue du Franc de Bruges) retient particulièrement\nl'attention. Ce paysage, méticuleusement détaillé dans une gamme pro-\nfonde et d'une souveraine harmonie, laisse une inoubliable sensation de\nmélancolie grave.\n                                                               F. VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                                L'EFFROI\n                         (FRANÇOIS BEAUCK)\n\n(Ce dessin a été exposé à l'Exposition Internationale de Saint-Louis) (Etats-Unis)\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": ""}, {"page_pdf": 58, "texte": "             La Littérature du Divorce\n                 LAISSEZ-MOI vous     conter d'abord le Coeur et la Loi, que la\n                      troupe de l'Odéon, en une interprétation simplement suffi-\n                      sante, vint donner l'autre soir au Théâtre du Parc. M. et\n                      Mme Lehagre sont un ménage en instance de divorce;\n                      le mari a fréquenté l'escalier de service, et la femme,\n                      froissée d'abord, dégoûtée ensuite, s'est adressée aux tribu-\n                      naux; les longueurs de la procédure qui énervent madame,\n                      font parfaitement le compte de monsieur; à celui-ci, son\n                      épouse chaut peu et même son enfant, seule la fortune\nimporte; on discute, on conclut, on plaide, et grâce au coup habile de la\nréconciliation, madame se voit déboutée I Protestations, larmes, révoltes,\nsuivies d'une décision extrême : plutôt que de rentrer sous le toit conjugal,\nmadame part pour l'étranger avec sa fillette ; un explorateur — qui connaît\nson chemin ! — se trouve là à propos pour servir de père à l'enfant, d'amant\nà la mère et de guide à tous deux. Rideau !\n    Voilà le fait divers, banal et quelconque, que MM. Paul et Victor Margue-\nritte ont poussivement délayé en trois longs actes. Ce fait divers, du reste, ne\nfut pour les auteurs qu'une patère à théorisations. Dans cette pièce, personne\nne vit — sauf peut-être ce viveur de Lehagre ! — tous prêchent. Dumas fils,\nen ses comédies, confiait à un seul personnage le rôle de l'homme à thèses.\nIci, cette fonction du chœur antique est dévolue à une solennelle ganache qui\ns'appelle Marchai — c'est du reste tout ce que nous savons de son état civil\n— mais à côté de ce préposé officiel à la causerie sur le divorce, chacun y\nva à tout moment de son boniment, même la fillette; l'explorateur a quelque\nréserve, la belle-mère même quelque retenue, mais la femme, elle, déborde\nen prosopopées, apostrophes, tropes-et autres figures de rhétorique. A tel\npoint que si répugnant que nous apparut Lehagre, on se demande si vrai-\nment, mari d'une femme pareille, il n'avait pas quelques excuses...\n    Et remarquez que ces fantoches verbeux nous servent tous le même\ncouplet; tous ont entendu les conférences des frères Margueritte, tous ont lu\n les livres et brochures des frères Margueritte et tous réclament le divorce\n « par la volonté d'un seul », sur le ton emphatique et impérieux dont les\n frères Margueritte sont coutumiers, avec les mêmes images, les mêmes com-\n paraisons et les mêmes mots... Ce sont les phonographes du mariage libre !\n    Le Cœur et la Loi est une œuvre sans portée et sans influence; elle profère\n le pédantisme et suinte l'ennui ; ce n'est point encore tout ce déluge phraséo-\n logique qui submergera l'institution du mariagel\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "44                                   DURENDAL\n\n\n   Les frères Margueritte du reste — dans le livre (1) qu'ils ont mis en pièces\npour en faire le Cœur et la Loi — prétendent qu'ils n'en veulent point au\nmariage : « Sur la grande route de la vie, disent-ils, l'homme et la femme\ndoivent marcher la main dans la main, courageusement, avec confiance et\ntendresse, s'épaulant d'un égal dévouement. Souhaitons qu'ils aillent, pèlerins\nà cheveux blancs, au terme du voyage, jusqu'aux contrées mystérieuses d'où\nl'on ne revient plus. »\n   Le R. P . Monsabré n'aurait pu parler mieux ! Car cette poétique image\nrecèle les caractères principaux du mariage : réciprocité du lien conjugal,\néternité du lien conjugal, moralité du lien conjugal.\n   Que des écrivains, qui se font une telle idée du mariage, puissent à la rigueur\ndéfendre le divorce pour cause déterminée qui est fondé sur une viciation du\ncontrat, ou le divorce par consentement mutuel qui est basé sur une répudia-\ntion synallagmatique du contrat, soit ! Mais qu'ils préconisent le divorce par\nla volonté d'un seul des époux, que, par conséquent, ils livrent les destinées\ndu contrat, au caprice, à la fantaisie, aux calculs de l'un des contractants, voilà\nqui révèle un fantastique défaut d'esprit de suite et qui dénote la plus\ninquiétante anarchie de la pensée !\n   Ce n'est ici ni le moment, ni l'endroit, de discuter avec l'ampleur voulue la\nquestion du divorce. Je déclare du reste, en ce qui me concerne, que, respec-\ntueux des lois positives, je ne puis m'empêcher pourtant d'admirer la doctrine\nséculaire de l'Eglise : je ne vois point ce que la société a gagné au divorce,\nmais je ne vois que trop ce qu'elle y a perdu.\n   Du moment que l'idée de l'indissolubilité du mariage, telle que la comprend\net l'enseigne l'Eglise, était entamée et que, sous sa forme même la plus étroite\net la plus mitigée, l'idée du divorce était admise, la logique immanente des\nchoses devait conduire aux théories des frères Margueritte, ou plus loin\nencore...\n   Et c'est ainsi qu'on peut, à juste titre, reprocher aux auteurs du Cœur et la\nLot de n'être point conséquents; plutôt que d'arrêter leur réforme au divorce par\nconsentement d'un seul — qui est en soi une aberration juridique et qui constitue\npour l'un des contractants le plus inique des privilèges — pourquoi nepasaller,\nlégalement et rationnellement, à l'union libre?.. Du coup, retournons à l'état\nde nature, retombons à quatre pattes et remplaçons l'éternité du sacrement\npar la liberté absolue des expériences matrimoniales! Voilà qui serait ratio-\nnel et franc; et l'abolition pure et simple du mariage paraît préférable à un\nsystème qui, instaurant le don Juanisme légal, donnerait la consécration\nsociale à ce type nouveau, joie des vaudevillistes futurs : le catalogueur de\nchairs doublé du collectionneur de dots !\n   Et au moins, dans l'union libre, « l'inaliénabilité de la personne humaine »\n— vous savez que les frères Margueritte ont constamment ces vocables sur les\nlèvres et sous la plume ! — serait également garantie aux deux pseudo-\nconjoints. On se rencontrerait par hasard, on s'associerait par sympathie, on\nse quitterait par lassitude, et tous les principes seraient saufs.\n\n\n  (1) Quelques idées, Paris, Plon.\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                      LA L I T T É R A T U R E   DU   DIVORCE                  45\n\n   Mais l'enfant? Ici la question se complique pour les réformateurs! Lorsqu'on\nestime, ainsi que l'Eglise, que la raison d'être essentielle du mariage se trouve\ndans l'enfant, que c'est à lui que tout, dans le mariage, doit être subordonné et\nque le bonheur et le plaisir des époux ne viennent qu'après, l'impérieuse néces-\nsité d'une union conjugale indissoluble s'impose aussitôt ! Et une magnifique\nharmonie s'avère entre les moyens et le but! Mais l'enfant, ciment du mariage\n chrétien, devient un terrible dissolvant et un cruel embarras pour les apôtres\ndu divorce sous quelque forme que ce soit ! Et j'imagine, à l'honneur des frères\nMargueritte, que c'est par considération pour l'enfant qu'ils ne poussèrent point\njusqu'à l'union libre, la logique de leur système. Ils eurent vraiment tort. Si\nc'est la « question de la population », comme disent les économistes, qui les\ninquiète, j'imagine que la fécondité est tout autant assurée — c'est-à-dire\nqu'elle le sera fort peu— aux passagères promiscuités de l'union libre qu'aux\nassociations où chacun des associés entrera avec l'arrière-pensée hypocrite de\nne pas se créer d'impedimenta pour le jour où sa provision de fidélité sera\népuisée, parce que sa dose de passion sera à bout! Et si c'est de la destinée\nmême de l'enfant que se soucient MM. Margueritte, je crois que'dans les deux\noccurrences, le sort de l'enfant sera le même, je veux dire, également précaire\net pitoyable. Peut-être, dans l'union libre, l'enfant sera-t-il exposé à servir,\nentre son père et sa mère, d'ignoble instrument de chantage ou de vile mon-\nnaie de transaction ?\n   MM. Paul et Victor Margueritte sont des romanciers qui prétendent au rôle\nde sociologues. Apres au travail, doués à la fois de volonté et d'imagination, ils\ns'efforcèrent dans Une Epoque — et réussirent — à donner de la vie, de la couleur\net de la puissance, à l'histoire récente et tragique de leur pays... Pourquoi, au\nrôle inoffensif de prophètes du passé, ont-ils préféré soudain la mission péril-\nleuse de réformateurs de l'avenir?... Je doute que les Deux Vies, le Coeur et la Loi\net Quelques idées augmentent leur gloire littéraire, et je suis sûr que ces œuvres\nne leur donneront point, par compensation, une renommée de philosophes.\nCar, bâclées de style et incohérentes d'idées, les réquisitoires de MM. Mar-\ngueritte contre le mariage et leurs pétitions pour le divorce se ressentent du\nsentiment d'irritation dont elles sont nées — à la suite, disent les auteurs,» d'une\nexpérience personnelle, durement achetée!... » L'aveu est aussi candide qu'é-\ndifiant!... On se demande réellement ce que deviendrait la société, si ses ins-\ntitutions les plus fondamentales et les plus éprouvées pouvaient être ainsi à la\nmerci de ceux — pourvu qu'ils sachent tenir une plume! — qui eurent à\nsouffrir d'elles... Heureusement, à l'encontre de leurs œuvres antérieures, les\nécrits sociologiques de MM. Paul et Victor Margueritte ne sont pas même de\nla littérature !\n                                                        FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n                                                 1\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "            Le Chant des trois Règnes (1)\n                          DES amis c o m p é t e n t s , des poètes, m'ont i n s t a m m e n t conseillé\n                            u n e préface à mon prochain volume de vers. Voici d o n c ,\n                            pour les personnes que la chose intéresserait, et le plus\n                            brièvement que je puis, quelques élucidations prélimi-\n                            naires concernant le Chant des trois Règnes et les t e n d a n c e s\n                             de son auteur.\n                                L e sang de bâtisseur que j'ai dans les veines m'a fait\n                             désireux de bâtir. Aussi ce livre n'est pas (ainsi qu'il arrive\n                             fréquemment en ce temps de protestantisme intellectuel)\nun recueil de morceaux épars et sans pensée u n e , réunis comme par hasard\nen volume sous u n titre arbitraire.\n    L e Chant des trois Règnes forme u n tout en lui-même et fait (dans mes\nprojets) partie d'un autre tout plus vaste, où s'uniront à lui, en ordre logique,\nles thèmes très variés et déjà choisis de mes subséquents p o è m e s .\n    Cet ouvrage est à l'ensemble de l'œuvre que j'élabore ce qu'est le m u r d e\nsoutènement à l'église qui s'édifie.\n    U n professeur bienveillant mais inquiet m ' a y a n t charitablement rappelé\nq u e J a c q u e s Delille publia, voici près d'un siècle, un ouvrage intitulé pareil-\nlement : Les trois Règnes (de la nature), le lecteur est prié instamment de ne\npas confondre. Malgré le danger évident pour mon livre d'un quelconque\nr a p p r o c h e m e n t avec l'œuvre périmée de ce versificateur didactique (qui ne\nfut guère plus poète qu'il ne fut canoniquement abbé), force m'est d'y main-\ntenir u n titre similaire. Si les titres se ressemblent, j'ose espérer que les\nœuvres diffèrent.\n    N o n que je me défende, moi B r a b a n ç o n - F l a m a n d , d'être u n tantinet didac-\ntique. Comme Iwan Gilkin, le poète de la Nuit, le faisait judicieusement\nr e m a r q u e r , dans une interview récente (2), le Belge est essentiellement\ndidactique.\n\n\n  (1) Sous ce titre, notre collaborateur Georges Ramaekers fera paraître en février, aux\néditions de Durendal, un important volume de vers dépassant les trois cents pages. Le\nprix du volume est fixé à fr. 3.50. On souscrit dès à présent. Il suffit d'en informer la\ndirection de Durendal, 22, rue du Grand-Cerf, par simple carte postale.\n  Afin que nos lecteurs et amis se rendent compte de la nature de l'ouvrage, nous croyons\nutile de reproduire la Préface.\n  (2) L''Energie Belge, par Edouard Ned (chez Dewit, rue Royale).\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                     LE C H A N T DES TROIS RÈGNES                          47\n\n    Mais obéissant ici en toute bonne foi à la sagesse impérative de l'antique\n« Connais-toi toi-même », je ne crois pas que « didactique » soit l'intégrale\nréponse à cette question : « Littérairement, que suis-je? »\n    Un naturiste ? Oui, sans doute, mais plutôt selon saint François d'Assise\nque selon Saint-Georges de Bouhélier...\n    Un descriptif? un réaliste? Oui encore, mais à la manière des gothiques\nflamands, pour qui tout dans le pittoresque était motif à symbole, jusqu'aux\ntons de la palette.\n    Un symboliste, donc? Evidemment! mais moins à la façon toute subjective\ndes aînés vivants, que j'admire, qu'à celle lithurgique et traditionnelle des\npoètes du moyen âge, ces merveilleux « classiques chrétiens », que le cha-\nnoine Guillaume et l'abbé Baelde se sont donné si vaillamment pour tâche\nde réhabiliter enfin efficacement dans nos « humanités », comme l'ont tenté\nen Fiance Mgr Gaume, et après lui, et plus durablement peut-être, Joris-\nKarl Huijsmans dans En Route, la Cathédrale et l'Oblat, Remy de Gourmont\ndans son Latin mystique, Louis Denise dans sa Merveilleuse doxologie du lapidaire\net Léon Bloy dans maints endroits de ses chefs-d'œuvre.\n    C'est, en effet, aux lapidaires, aux plantaires et aux bestiaires des écrivains\nsymbolistes du moyen âge que se rattache le symbolisme, ou mieux : la sym-\nbolique de mes Trois Règnes. J'ambitionne ni plus ni moins de rénover une\ntradition.\n    Tandis que les métaux et les gemmes du premier règne, ainsi que les\nsonnets épars dans mon livre m'apparentent un peu aux orfèvres et aux\njoailliers du Parnasse (voire à l'école somptuaire de notre compatriote Hector\nFleischmann), ma vision symbolique du monde et le verslibrisme de maints\npoèmes me rapprochent, d'autre part, à la fois des poètes symbolistes du\nmoyen âge et des plus récents novateurs. Je me reconnais tributaire de\n Hugues de Saint-Victor et de notre grand Verhaeren; et vraiment, cet\nalliance du passé le plus chrétien au présent le plus moderne n'est pas du tout\npour me déplaire !\n    Ainsi donc, me voilà didactique, naturiste, symboliste, un peu parnassien\net très verslibriste! Après cela (si je n'abuse et ne m'abuse), j'aurais peut-être\nle droit de me revendiquer de l'Intégralisme cher aux poètes Léautaud et\nSébastien-Charles Lecomte.\n    Mais c'est vraiment trop d'écoles pour un seul poète ! Et puis, voilà!... je\nme défie des écoles littéraires. C'est assurément dommage, car j'en vois encore\nau moins deux où je pourrais habilement m'introduire. Et chacun sait com-\nbien elle est profitable, surtout pour un poète débutant, œuvrant — tel moi,\nchétif — loin de la Ville Lumière, chez « les Barbares » !\n    Quant au ton de mes poèmes, le vocable chant, dans le titre, avertit de\n quelque lyrisme. Tout au moins ai-je tenté de mettre au diapason lyrique les\n rythmes libres de mes vers.\n    Le lyrisme est au cœur de l'esprit poétique, le foyer des enthousiasmes; et\n l'enthousiasme c'est : Dieu avec nous. Nul ton ne convient mieux au poète\n qui prie. Or, « qui chante prie deux fois ».\n    Enfin, nourrie de textes scripturaires et d'allusions liturgiques, ma poésie\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "48                                   DURENDAL\n\n\nsera surtout mystique, comme est mystique la F o i de son auteur, n é au p a y s de\nJean Ruysbroeck.\n   L a mystique est au cœur des âmes religieuses, ainsi qu'un H o r e b idéal où\nbrûle sans se consumer le buisson ardent de l'Amour divin.\n   P a r la mystique, et par elle seule, le sens de l'univers se révèle en toutes\nses correspondances mystérieuses, en tous ses rapports harmoniques. Elle\nvérifie cette formidable parole de l'Apôtre : a Les perfections invisibles de\nDieu sont devenues visibles p a r la connaissance que nous en ont d o n n é les\nchoses créées. »\n   C'est de cette parole que je suis p a r t i .\n   Au surplus u n e revue, La Lutte (1896-1900), et un « Congrès littéraire »\n(tenu a u palais des Académies les 19 et 20 mars 1898) déterminèrent, je crois,\nm o n esthétique assez p u b l i q u e m e n t pour qu'il soit peu urgent d'y insister\nencore.\n   Sectateur intransigeant de la beauté q u i est divine, prisant p e u les techni-\nciens et les rimailleurs sans pensée, concevant l'art d'écrire c o m m e u n moyen,\nnon c o m m e u n but, j ' o p p o s a i à « l'Art pour l'Art » cette devise : l'Art pour\nDieu'\n   Bref, à me résumer, que suis-je? sinon un poète catholique.\n   Or, poète signifie « créateur » et catholique veut dire : « universel » !... Aussi\nje tremble de ne pouvoir hausser ma taille intellectuelle à la h a u t e u r de m o n\nmoi idéal. Et mon u n i q u e désir, en deçà de la mort, est de ne p a s trop ravaler\npar mes livres le sens littéral et profond de pareils litres d e noblesse.\n\n                                                              G E O R G E S RAMAEKERS.\n\n\n  Bruxelles, le 8 décembre 1905, en la fête de l'Immaculée.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                             La Médaille\n                     L'ART de la médaille est décidément en pleine efflorescence\n                          en Belgique. Plusieurs artistes ont dans ces derniers temps\n                          exécuté des médailles qui sont de vraies œuvres d'art.\n                          Certaines sont des chefs-d'œuvre. Il faut citer parmi ces\n                          dernières toutes les médailles de Devreese, spécialement\n                          celles qu'il a faites en ces derniers temps. Nous en repro-\n                          duisons une : celle qu'il a créée pour le Salon international\n                          des Beaux-Arts de Liége et qui a remporté le premier prix au\n                          concours. Q u a n t à la médaille frappée en l'honneur du\nministre F r a n c o t t e , la dernière en date, elle est de toute beauté et elle\nréalise la perfection d u genre.\n   D'autre part, le public c o m m e n c e à s'intéresser à l'art de la médaille, et des\ncritiques avertis et de la plus haute c o m p é t e n c e contribuent par leurs publi-\ncations à répandre le goût de l'art de la médaille et à faire connaître les œuvres\nde nos artistes médailleurs. P a r m i ces publicistes il faut citer surtout, et en\ntout premier lieu, Alphonse de Witte, un des fondateurs et un des membres\nles plus actifs et les plus méritants de la Société des Amis de la Médaille d'art et\nsecrétaire de la Société royale de N u m i s m a t i q u e belge. Il vient d e publier\nune brochure concise et nourrie sur la Médaille en Belgique au XIXe siècle (1). Cette\nétude est remarquable et du plus h a u t intérêt. C'est en quelques pages une\nvéritable histoire de l'art de la médaille en Belgique. Elle se lit avec d'autant\nplus de plaisir qu'elle est très élégamment écrite.\n   L'archiviste E d m o n d Laloire, de son côté, publie c h a q u e année la m o n o -\ngraphie des Médailles historiques de Belgique (2). N o u s avons sous les yeux celles\nqui ont pour objet les années 1904 et 1905. L'auteur y d o n n e une description\nparfaite des médailles de ces deux dernières a n n é e s et de tout ce qui en con-\nstitue l'intérêt.\n   P a r m i les périodiques qui s'occupent de la médaille, nous devons signaler\nla revue fondée par notre ami Charles Dupriez, sous le titre : La Gazette\nNumismatique, qui a atteint sa dixième année déjà. M. Dupriez, u n des hommes\nles plus a u courant de la science de la numismatique que je connaisse, après\navoir dirigé sa revue p e n d a n t si longtemps s'est vu obligé, à cause de ses n o m -\nbreuses occupations, d'en céder la direction à un autre, à M . F r é d . Alvin. Il\nn'eût pu mieux choisir. M. Alvin est conservateur du Cabinet des Médailles de\nl'Etat, et tout r é c e m m e n t le comité directeur des cours d'art et d'archéologie\nlui a confié u n cours sur l'art de la médaille. L a rédaction de la Gazette Numis-\nmatique a son siège 303a, chaussée d'Ixelles. (Le prix de l'abonnement de cette\n revue est de 5 francs pour la Belgique, 6 francs pour l'étranger.)\n                                                                  HENRY MŒLLER.\n\n\n  (1) Bruxelles, Van Buggenhoudt.\n  (2) Bruxelles, Goemiere.\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "                        Lettre de Paris\n                   UNimmense hall, où les lumières poussent en gerbes du sol,\n                     se touffent en frondaisons le long des parois, scintillent\n                     en constellations à la voûte, et dans ces grappes d'innom-\n                     brables lumières, d'élégantes cohues qui se bousculent\n                     autour de limousines et de landaulets, c'est le Salon de\n                     l'Automobile. Personne ne voit rien, d'ailleurs; la foule est\n                     en panne; on se glisse entre des rangées de dos noirs immo-\n                     biles par-dessus lesquels apparaissent de vagues impériales\n                     d'omnibus. A tout instant éclate ici ou là une note pro-\nlongée ; un orchestre qui commence ? non des trompes qui cornent, ou des\ncornes qui trompent; dans un carrefour on ne s'y tromperait pas, ce que\nc'est que le milieu !\n   Au-dessus de la foule des lettres gigantesques rayonnent formant des noms\nsans doute glorieux, tous sont des vainqueurs de la coupe. Que de coupes,\ngrand Dieu ! \" La céleste troupe — Boit à pleine coupe — L'immortalité \",\ncoupe d'Auvergne, coupe des Vosges, coupe du mont Ventoux, coupe de\nBombay. Nietszche, le grand créateur des valeurs, ne se doutait pas de ces\nnouvelles-là; c'est bien la peine d'être philosophe! Aurait-il seulement\nexpliqué, lui le davier des sphinx, comment ce qui, lancé dans la rue à toute\nvitesse, ne vous fait pas seulement retourner la tête, à moins que ça ne vous\nretourne de fond en comble, ici vous musèle d'admiration, parce que ça ne\nbouge pas?\n   Il y a, d'ailleurs, — autre énigme philosophique — un vrai plaisir à\nregarder ce qu'on ne comprend pas. Moi aussi, je me suis approché des\ngroupes compacts, j'ai imbriqué mon dos entre d'autres dos pressés, et mon\noreille s'est dressée à côté d'autres pavillons attentifs, j'ai écouté les doctes\nexplications d'un technicien sur l'embrayage Herrisson et l'automoteur Mors.\nDe petits pistons vaetviennaient et des roues à dents tournaient, c'était énor-\nmément intéressant. Tout le monde était anxieux et docile, comme moi,\nl'explicateur avait l'air satisfait. Il y a comme ça par le monde pas mal de\ngens qui arrivent pour avoir écouté longtemps et patiemment, avec profon-\ndeur. On est d'abord suppléant, puis titulaire. L'Institut est au bout.\n   Les bouts de conversation qu'on attrape à la volée dans la cohue sont\ncurieux. Tous ceux qui ont acheté des autos parlent de les revendre. Et tous\nceux qui veulent en acquérir cherchent déjà à qui ils pourront les céder. Ça\nc'est le triomphe de la vitesse. Des voitures si rapides qu'elles ne restent\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "MÉDAILLE DE L'EXPOSITION INTERNATIONALE DES BEAUX-ARTS DE LIEGE\n                       (GODEFROID DEVREESE)\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": ""}, {"page_pdf": 68, "texte": "                             LETTRE DE PARIS                                  51\n\n\nmême pas aux mains de leurs propriétaires! Ce sont des valeurs de tout mou-\nvement, l'antithèse des tableaux, ce type des valeurs de tout repos, de\nl'archent qui dort, et qui s'engraisse tout en dormant. Le sire Crosnier ne se\ndoutait pas que son Fragonard vaudrait presque un demi-million ; genre un\npeu épicé, sans doute, mais le poivre est un meilleur placement que le sucre,\nque ne le savait-il, ce grand sucrier? Parmi les moyens voituriers, il y en a\nqui ne dédaignent pas cette petite source de bénef, ils commandent le dernier\nmodèle d'auto et le revendent avant livraison à de plus pressés. C'est le sys-\ntème des pisteurs à la queue des théâtres, philosophes qui pourraient voir\njouer la pièce et ne la voient jamais. Pensée qu'on peut se réserver pour\négayer ses vieux jours : j'ai toujours eu les plus admirables autos du monde,\nles plus raffinés perfectionnements, les derniers cris de la trompe qui corne,\net je ne suis jamais monté en auto !\n    De ce conciliabule d'autos, les gens graves tirent des considérations à l'in-\nfini. Echange de vues sur la portée des découvertes et le progrès incessant\ndes sciences, lamentations sur l'ingouvernable concurrence qui court risque\nde faire perdre à Paris son avance, noble espoir de supprimer les inventions\nen prohibant les Salons de l'automobile, prospections variées sur les voyages\nfuturs, les routes spéciales à établir, les trains-roulottes déballant leur cam-\npement à la lisière d'une forêt. Mais pour le quart d'heure, les chemins de fer\npeuvent encore dormir sur leurs deux rails. Je présume que le vainqueur des\nvainqueurs, Théry lui-même, quand il veut aller voir jouer le père Gapone\nà Monaco, monte en un confortable sleeping plutôt qu'en son obus à rou-\nlettes.\n    Par contre, vouloir imposer un maximum de vitesse aux constructeurs\nd'autos est une idée de pet-de-loup. Puisqu'on est en train de guérir la tuber-\nculose et l'avarie, il faut bien laisser un léger dédommagement aux services\ndes pompes funèbres, d'autant que, depuis le petit père Combes, l'argent des\nmacchabées ne doit plus entretenir de noirâtres curés, mais de grisâtres fonc-\ntionnaires communaux, ce qui est pour réjouir les « vieux squelettes gelés\ntravaillés par le ver ». On s'organisera contre la licence des chauffeurs, voilà\ntout. Les piétons d'abord auront un revolver sur eux, de façon à ce que l'un\n des tronçons ait assez de force dernière pour brûler la cervelle au brûleur d'es-\n trade. Puis à l'entrée de chaque village il y aura une barrière tournante; un\n héraut d'armes, en l'ouvrant, s'exprimera en un patois hospitalier mais mena-\n çant; les régions religieuses édicteront un régime de faveur pour les pèlerins\n allant à Saint-Jacques de Compostelle; ils paieront non plus en monnaie de\n singe comme les jongleurs d'autrefois, mais en monnaie d'ours, on les fera\n danser en fourrures devant les échevins.\n    Enfin il faut compter avec l'ingéniosité des savants; supposez Prospero\n retiré dans son château et voulant se mettre à l'abri des gêneurs à pneuma-\n tiques; il n'a qu'à installer un électro aimant mystérieux à chacun des points\n cardinaux. Dès qu'un monstrueux teuf-teuf apparaît dans la zone magique, il\n s'arrête; clameurs et pétarades, tout est inutile; alors un invisible Ariel vient\n voir les pannés, et si sous les peaux d'ours les femmes semblent jolies et les\n hommes courtois, voilà que la machine, quoique démontée de fond en comble,\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": " 52                                 DURENDAL\n\n\n d'elle-même se remet en glissade à une allure harmonieuse et atteint ainsi, à\n l'effroi des dépannés, la fin de la zone ensorcelée, où il n'y aura qu'à remonter\n l'auto et à filer à fond de train par-dessus les chiens écrasés et les poules\n réduites en bouillie.\n     Mais les sages, tout en aimant le vertige, n'y tomberont pas. Ce qui importe\n ce n'est pas la richesse, c'est la poursuite de la richesse; oui, mais on n'obtient\njamais mieux la richesse qu'en ne la poursuivant pas trop âprement. Ainsi de\n la santé, ainsi de la vertu. Le grand artiste est celui qui proclame sincèrement\n l'art pour l'art, mais qui au moment d'oeuvrer réalise l'art pour autre chose\n que pour lui-même. L'onanisme est infécond. Et voilà pourquoi, quand on\n achète un auto, il faut l'acheter capable de faire 100 kilomètres à l'heure, et\n ne lui en faire faire que 25. « Salut, voyage lent, bruits lointains qu'on\n écoute... » L'auto aurait reconcilié Vigny avec le monstre de fer. Laissons\naux rapides leur fracas tourbillonnant; s'il nous faut être rendu à Nice pour\ndéjeuner, eh bien! partons huit jours plus tôt; il est sûr la route de si douces\nvallées à courbes charmantes, de si reposantes plaines à horizons estompés,\nde si pittoresques montagnes où la nuit on entend des eaux bondissantes sans\nles voir. « L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu », on ne peut pas l'avoir\navec un a éclair de luxe » qui vous dépose à 9 h. 3 m. 2 secondes à l'hôtel\nTerminus, mais on l'a avec le bon auto des familles, puissant et doux\ncomme les chats, la roulotte qui pourrait faire ébrouer ses quatre-vingts che-\nvaux-vapeur, mais qui n'en fait trotter à l'amble que deux ou trois, et qui\nvous promène ainsi, gentiment, à l'ombre des grands bois sans verser dans\nles fossés, et dans les sinuosités des vieilles villes sans enfoncer la devanture\nde l'épicière.\n                                                                HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "              LIVRES ET REVUES\n\nH i s t o i r e de la forêt de S o i g n e , par SANDER PIERRON. — (Charles\n   Bulens, éditeur, 75, rue de Terre-Neuve, à Bruxelles.)\n   Voici un livre qui intéressera tout le monde; les littérateurs, car il est écrit\npar un de nos plus distingués écrivains; les historiens, car c'est une véritable\nhistoire sérieusement étudiée, fouillée jusque dans les plus petits coins,\npuisée aux sources les plus authentiques et allant depuis l'époque gallo-\nromaine jusqu'à nos jours; les simples amateurs, car il renferme une foule\nde détails excessivement curieux et suggestifs, et qu'on ne trouvera nulle part.\nJ'ai rarement lu un livre où il y a autant de choses et qui toutes sont du plus\nhaut intérêt. Il y a de tout dans ce livre et tout s'y rattache au sujet : la\nforêt de Soigne. Qui eût cru qu'une simple forêt pût avoir une importance\npareille? et c'est ainsi pourtant. Parcourez la table des matières. Elle vous\ndévoilera une véritable et très érudite encyclopédie. C'est si bien cela que\nl'auteur, pour faciliter les recherchés, a dressé une table analytique qui sera\ndes plus utiles aux savants, pour les renseignements qu'ils auraient à se\nprocurer au sujet de l'histoire à la fois archéologique, historique, artistique,\nscientifique, littéraire et religieuse de notre pays. Et quand je dis encyclo-\npédie, ne croyez pas que, semblable aux livres qui portent ce titre, cette\nœuvre soit une histoire sèche, fastidieuse et ennuyeuse. Non pas. Tout cela\nest plein de vie, écrit avec verve, formulé dans un style nerveux et bien\npersonnel, et d'une façon tout à fait charmante. Ce qui n'étonnera pas ceux\nqui connaissent le talent remarquable de Sander Pierron, qui est un maître\nécrivain, comme le prouvent ses précédentes œuvres et notamment les contes\ndélicieux, les romans, notes de voyages, drames, livres de critique, qu'il a\nécrits jadis et que tous les lettrés connaissent bien. Une des parties les plus\nintéressantes du livre est celle où l'auteur nous fait toute l'histoire des\nnombreuses abbayes qui s'abritèrent dans la poétique forêt de Soigne et où\nvécurent des artistes de première envergure comme l'admirable Hugo Vander\nGoes et des mystiques incomparables comme Ruysbroeck l'Admirable.\nAchetez tous ce livre et lisez-le. Je vous garantis que vous ne le regretterez\npas et que vous me serez reconnaissant de vous avoir donné ce conseil.\n   Quant à l'édition elle-même, il suffit de dire que le livre sort des presses\nde notre éditeur Charles Bulens, qui récemment encore remportait le\ndiplôme d'honneur à l'Exposition internationale de Liége. Tout le monde\nconnaît les belles éditions de sa maison dont la réputation n'est plus à faire.\nL'ouvrage est superbement édité, imprimé en magnifiques caractères sur\npapier couché et il renferme de nombreuses reproductions d'une exécution\nimpeccable.                                                  HENRY MCELLER.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": " 54                                    DURENDAL\n\n\n L e s g r a n d s A r t i s t e s (1) : Douris et les peintres de vases grecs, par EDMOND\n    POTTIER. — ( P a r i s , L a u r e n s . )\n    Si les m o n u m e n t s sont nombreux, originaux ou copies, qui nous permettent\nd'étudier d a n s leur développement h a r m o n i e u x l'architecture et la sculpture\ngrecques, il n'en est pas de même pour la peinture. L e s découvertes récentes\nde Mycènes, de T y r i n t h e et de Crète nous ont, il est vrai, révélé la fresque\n des temps primitifs, et nous savons par les fouilles de P o m p é i et d ' H e r c u l a n u m\ncomment étaient décorées les maisons romaines de l'époque impériale; mais\nde la longue période qui sépare ces époques extrêmes il ne nous est resté\na u c u n e œuvre importante de la g r a n d e peinture grecque. P o u r éclairer l'his-\ntoire de celle-ci à son âge le plus glorieux, nous n'avons, en dehors des ren-\nseignements secs et peu précis des textes, d'autres d o c u m e n t s que les vases\npeints. L e s compositions qui décoraient les amphores et les coupes d'argile,\nsi elles n e s'inspiraient pas toujours des g r a n d e s œuvres de la peinture\nmurale, — la nature même des sujets représentés sur un grand n o m b r e d e\nvases interdit d'établir un parallélisme trop étroit entre les œuvres des deux\ngenres — devaient très souvent en reproduire les g r a n d e s lignes ; la tech-\nnique, d'autre part, et les « procédés » devaient être sensiblement les mêmes\nd a n s l'un et l'autre genre, le dessin restant toujours la chose essentielle.\n    Cela est surtout vrai a u Ve siècle. L'art industriel du potier attique peut\nd o n c nous d o n n e r u n reflet du grand art de la fresque, de l'art des Polygnote\net des Zeuxis. C'est à ce point de vue que s'est placé M. Pottier en étudiant\nDouris et les peintres de vases grecs, et si l'auteur a choisi comme figure centrale\nd e cette étude Douris plutôt q u ' E u p h r o n i o s , H i é r o n ou Brygos, c'est préci-\nsément parce q u e d e tous les peintres de vases qui ont signé leurs œuvres,\nDouris est celui qui a le plus souvent affirmé sa qualité d e peintre; nous\npossédons vingt-huit vases qui portent la mention : Douris a peint.\n    Comme la plupart de ses rivaux, Douris était sans doute u n m é t è q u e ,\nu n étranger domicilié à Athènes ; il habitait ce quartier des potiers qu'on\nappelait le Céramique et qui était situé près de la porte du Dipylon.\n M. Pottier fait un tableau charmant et plein de vie de ce petit m o n d e d'ou-\n vriers d'art, personnages d'origine modeste et d'éducation souvent fort\n médiocre, que leur sensibilité sans cesse en éveil et l'influence du milieu\n élevaient parfois jusqu'à la vie intellectuelle la plus h a u t e . Il nous montre\n l'atelier et l'outillage de Douris ; il nous initie à ses procédés de travail ; enfin,\n par une étude minutieuse et pénétrante de ses œuvres, il met en lumière les\n caractères et l'originalité propres de son art.\n     Cette étude, au dire de l'auteur, n'a pas été écrite pour « les professionnels\n de l'archéologie ». Ceux-ci, cependant, y trouveront plus d'un enseignement\n\n\n   (1) L'abondance des matières nous force de renvoyer à nos prochains fascicules les\n compte rendus de plusieurs volumes des deux intéressantes collections : Les grands\n Artistes et les Villes d'Art de la maison d'édition Laurens, de Paris. Cette maison vient\n de commencer une nouvelle collection : Les Musiciens célèbres. Trois monographies ont\n déjà paru : Rossini par L. Dauriac; Gounod par P.-L. Hillemacher et Liszt par\n M.-D. Calvocoresci. Nous en rendrons compte prochainement.\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                55\n\nprécieux : à mainte question controversée, M. Pottier propose des solutions\nnouvelles. Ils y pourront apprendre aussi à voir lés choses d'un peu plus\nhaut qu'ils n'en ont l'habitude. Ce qui caractérise en effet ce « petit livre »\nc'est une élévation d'idées, une largeur de vues vraiment peu communes en\npareille matière. Souhaitons que l'auteur, élargissant le cadre de son étude,\nveuille bien nous donner un jour une histoire complète de l'a céramique\ngrecque : nul n'est mieux que lui préparé à pareille tâche.\n                                                                       C. G.\n\nL e s g r a n d s a r t i s t e s : Claude Lorrain, par M. RAYMOND BOUVEZ. —\n   (Paris, Laurens.)\n   L'art français, il semble qu'au XVIIe siècle il ait flori surtout hors de\nFrance, loin de la cour froide de Louis XIII, où brillait le flegmatique\nPhilippe de Champagne, espèce de janséniste du pinceau; loin de la cour\npompeuse et compassée de Louis XIV, avec ses Lesueur, ses Lebrun, ses\nVandermeulen, grands ordonnateurs de peintures officielles. Hors de France\nou, du moins, à l'écart des glaçantes influences académiques. Et les maîtres\nde ce temps, qui ont préservé dans leur œuvre le secret de la vie et de l'inspi-\nration libre et personnelle, sont, à côté du grand Nicolas Poussin, chez lequel\nles réminiscences antiques prennent la beauté du rêve, l'étrange Callot,\nl'enchanteur Claude Lorrain et les frères Le Nain, si naturels et si vrais dans\nleurs évocations de la terre et du travail.\n   Ce fut une heureuse fortune — comme le remarque l'auteur de cette inté-\nressante monographie — qui éloigna le Poussin et le Lorrain de Paris et les\nentraîna à vivre la majeure partie de leur carrière à Rome. Ici comme là, le\nmilieu était tout imprégné du goût issu de la décadence bolonaise, mais le\ngénie des deux artistes en subit moins les atteintes et les diminutions à\nl'étranger, loin des influences qui auraient pu peser sur eux dans leur patrie.\nRome était hantée alors, ou habitée, par des artistes de toute provenance, qui,\nbien qu'asservis plus ou moins à l'académisme régnant, ne laissaient pas d'y\napporter leurs tendances originelles. Claude Lorrain s'y trouva ainsi à l'école\ndes maîtres du Nord, par l'intermédiaire d'Agostino Tassi, élève de Paul\nBril; il y vécut dans la société de peintres allemands ou hollandais, comme\nle bon Sandrart, son brave et probe biographe; comme Jean Miel, qui exécu-\ntait les figures de ses compositions; il y connut notre Duquesnoy et nombre\nd'autres artistes originaires des Pays-Bas.\n   Claude grandit dans la fréquentation de ce petit monde, sans y rencontrer,\nbien au contraire, de conseils et d'exemples nuisibles à sa vocation', mais la\ndisparition de ses œuvres de début laisse une lacune considérable dans\nl'étude de son art que l'on voudrait suivre dès ses origines, saisir dans ses\nprogrès, dans les étapes qui l'ont conduit au merveilleux épanouissement de\nses paysages et de ses ports pleins de la majesté des architectures, du soleil\net de la mer.\n   M. Bouvez étudie le Lorrain et parle de lui d'une façon excellente. Nous\nne lui reprocherions peut-être que d'avoir paru un peu méconnaître Turner\nau profit de Claude : D'un siècle à l'autre, ils se répondent si bien, ces deux\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "56                                  DURENDAL\n\n\npoètes de la lumière, et si nous aimons dans le premier l'exquisité de ses\nqualités françaises, comment ne subirions-nous pas chez l'autre la contagion\ndes enivrements et des inspirations moins mesurés de cette imagination\nfumeuse, quelquefois, mais sublime du Nord ?\n\nL e s v i l l e s d'art c é l è b r e s : Milan, par PIERRE GAUTHIEZ. Un vol.ill.\n   — (Paris, Laurens.)\n   « Ceci n'est que la promenade d'un artiste à travers Milan... » écrit l'auteur\nà la première ligne de l'introduction de son livre. Et ce « n'est que... » fera\nsourire le lecteur épris, et de livres, et d'art. Nous voulons dire de livres\nécrits d'une écriture vivante et où l'art soit une matière d'exaltation et de rêve\net non une matière d'érudition morte.\n   De ces autres livres, il y en a assez : il y en a trop ! Œuvres de savants infini-\nment estimables et ennuyeux, pour lesquels l'artiste n'est qu'une date parmi\nune multitude de dates, une mention dans de vieux papiers, et son ouvrage, un\nobjet d'examen microscopique et de controverses ardentes et vaines sur de\nfutiles particularités. Ces travaux, on les ouvre avec curiosité, attiré par le\nnom illustre et cher d'artiste ou de lieu qu'ils arborent sur leur enseigne\ndans l'espoir, vite déçu, de découvrir quelque notation suggestive parmi\nnombre d'argumentations fondées, toutes, sur l'hypothèse et la conjecture.\nEt l'on parcourt inutilement le maquis de cette érudition, la sèche broussaille\nde ces textes — il n'y est point de clairières! Et, à force de notes, de contre-\nnotes, d'opinions défendues et réfutées, l'artiste et son œuvre finissent par\ndisparaître à vos yeux, derrière l'échafaudage de fétus et d'allumettes patiem-\nment bâti autour d'eux par les méritoires fourmis de la critique ! Aussi, avec\nquelle joie nous accueillons, avec quelle confiance nous ouvrons des livres\ntels que le Rembrandt, de Verhaeren, certains que nous sommes d'y entendre\nparler de l'art dans un esprit d'amour, avtc la sympathie chaleureuse et pro-\nfonde d'où naissent les compréhensions véritables.\n   Le livre de M. Gauthiez est tout animé de cet esprit d'amour, de cet esprit\nde conformité, dirions-nous bien, qui fait que, d'artiste à artiste, quel que\nsoit le mode d'expression, l'adhésion est plus complète et l'admiration plus\ngénéreuse par l'expérience de l'art, de ses affres, de ses luttes, de tous les\nsecrets de vie et de volonté qui sont contenus dans une œuvre.\n   Les Italiens de la Péninsule ont conservé longtemps aux Lombards le nom\nde Tedeschi, de tudesques — et il semble que quelque sentiment analogue\némeuve le voyageur, impatient de la Toscane, de l'Ombrie ou de la Cam-\npanie, lui fasse brûler l'étape de Milan, franchir rapidement cette ville qui,\naprès la splendeur naturelle des lacs, fait, cependant, un si magnifique por-\ntique d'art et d'antiquité à l'ancienneté et à la beauté des contrées latines.\n   Milan est très moderne et très vénérable, pleine de vie agitée et indus-\ntrieuse, « grosse de révolutions et de labeur », et, à la fois, pleine de passé,\nde siècles qui ont laissé sur elle leur empreinte, depuis ceux de Rome,\nd'Ambroise et d'Augustin jusqu'à celui des Ducs, Visconti et Sforza...\nM. Gauthiez évoque devant nous, avec les monuments et les œuvres, les\nhommes, les mœurs, la vie de toutes ces époques, car, dit-il éloquemment,\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                                 57\n\n\nà propos de saint Ambroise : \" l'art n'est pas seulement fait de marbre, de\npierre ou de bronze, de statues ou de mosaïques, de peintures ou d'orfèvre-\nries; si l'on écartait la mémoire de ceux qui vécurent ici... il semble bien\nque l'art lui-même perdrait beaucoup de son honneur et la moitié de sa\nvertu. » L'art, en effet, veut être aimé, non seulement dans sa lettre formelle,\nmais dans son esprit intime; il est beauté, mais aussi commémoration,\nprière, triomphe — réalité... L'œuvre, c'est de la réalité éternisée : comment\npourrions-nous connaître vraiment celle-là en négligeant celle-ci, qui en a\nformé la substance?...\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n\n\nL ' E c o l e B e l g e de P e i n t u r e (1820-1905), par CAMILLE LEMONNIER. —\n   (Ouvrage publié à l'occasion de l'Exposition Rétrospective de l'Art Belge à\n   Bruxelles en 1905.)\n   Ce magnifique ouvrage paraîtra incessamment à la maison d'édition Van\n Oest, à Bruxelles. Voici comment l'éditeur en annonce la publication :\n   « Parmi les quelques publications intéressantes ayant trait à l'histoire de\nl'art contemporain dans notre pays, l'Histoire des Beaux-Arts en Belgique de\nM. Camille Lemonnier a toujours été considérée comme l'un des ouvrages\ndonnant le mieux les caractéristiques générales de notre art national. La\npremière édition s'arrêlant à l'année 1880, l'auteur, dans une seconde\nédition, continua son travail jusqu'à 1887. On eut ainsi un tableau d'ensemble\noù se déroulèrent les différentes écoles dans les grandes divisions de l'art :\npeinture, gravure, sculpture, architecture. La critique rendit hommage à la\nméthode, à la clairvoyance, à l'impartialité d'historien dont témoignait cette\nvaste étude; elle n'a cessé, depuis, d'y puiser les éléments de sa docu-\nmentation.\n   » Il nous a paru que l'année qui vit fêter nos soixante-quinze années de\nliberté et de travail était une date favorable pour publier une variante de ce\nlivre à tant de titres intéressant pour le pays intellectuel. Jamais l'art ne\nbrilla d'un si vif éclat que dans les expositions que le gouvernement et l'ini-\ntiative privée organisèrent à cette occasion. Principalement l'Exposition\nRétrospective de l'Art Belge au parc du Cinquantenaire ainsi que l'Exposi-\ntion Leys-De Braekeleer et le I er Salon de l'Art Contemporain à Anvers, et\nl'Exposition Internationale des Beaux-Arts de Liége, nous remît sous les\nyeux, avec un éclat extraordinaire, la succession des maîtres qui furent de\n 1830 à nos jours la gloire de l'Art Belge.\n   » Nous avons donc soumis à M. Camille Lemonnier l'idée d'une publication\nvisant plus spécialement la peinture et suivant jusqu'en ses manifestations\nles plus récentes l'art auquel nous devons nos Wappers, nos Gallait, nos\nWiertz, nos Stevens, nos De Braekeleer, nos Degroux, nos Artan, nos\n Laermans, etc., etc.\n   « L'illustre écrivain, se rendant à notre désir, a refondu son œuvre, en se\nplaçant au point de vue que nous lui avions indiqué. Son Histoire des\nBeaux-Arts en a pris la forme plus vivante d'une suite de monographies\nprésentées chronologiquement et réunies entre elles par l'étude successive\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "53                                 DURENDAL\n\n\n\ndes époques et des milieux durant la période 1830-1905. Nous examinerons\nultérieurement s'il convient de publier ensuite un semblable travail consacré\naux autres arts.\n     » L'Ecole Belge de Peinture de 1830 à 1905 résume l'évolution de la pein-\nture dans ses types principaux. Le livre offrira, sous sa forme nouvelle, le\ndouble avantage d'une documentation sûre et d'une lecture que le talent si\npersonnel de l'écrivain a su rendre intéressante à la fois pour les hommes\nd'étude et les gens du monde.\n     » Nous avons tout fait, d'ailleurs, pour que le cadre fût digne du sujet.\nL'ouvrage de M. Camille Lemonnier, qui paraîtra incessamment, formera\nun beau et fort volume in-4°, imprimé avec goût sur les presses de la maison\nJ . - E . Buschmann, d'Anvers. Il sera illustré des reproductions de plus de cent\ntrente tableaux, dessins et eaux-fortes, toutes hors texte, admirablement\nreproduites en héliogravure, en camaïeu deux teintes et en typogravure. »\n     L'ouvrage sera mis en vente broché ou relié en un élégant cartonnage\nanglais. La couverture et la reliure seront ornées d'un dessin de l'artiste\nGeorges Lemmen. Le prix de l'ouvrage est fixé en souscription à 20 francs\n(broché), 25 francs (relié). Les éditeurs se réservent d'augmenter le prix du\n livre dès sa parution.\n     Il sera tiré de cet ouvrage cinquante exemplaires de luxe dont : dix sur\nJapon au prix de 75 francs et quarante sur Hollande au prix de 125 francs.\nOutre la série complète des planches hors texte, les exemplaires de luxe\nseront enrichis des œuvres suivantes :\n     A. Baertsoen, une eau-forte originale.\n      V. Gilsoul, En ville, le soir, eau-forte originale.\n      P . Khnopff, L'Encens, peinture à la cire inédite, reproduite en héliogravure\n et tirée en taille-douce.\n      A. Rassenfosse, Hiercheuse, eau-forte originale en couleurs, tirée en\n repérage.\n      A. Stevens, La Tricoteuse, tableau reproduit en héliotypie, sur papier\n Impérial du Japon.\n     Théo Verstraete, Au Repos, dessin original, reproduit en fac-similé sur\n papier Impérial du Japon.\n      Il faut adresser les souscriptions à M. Van Oest, éditeur, 16, rue du Musée,\n à Bruxelles.\n\nL e s A m a z o n e s , par HENRY MAZEL. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n   M. Henry Mazel — dont nous analyserons un de ces jours le bel et loyal\neffort littéraire — a fait, par les Amazones, un drame de vie intense et de\nnoble pensée. Par exemple, cette œuvre doit déplaire, d'une façon absolue,\naux féministes, puisque la moralité qu'elle profère est que la femme, quand\nelle veut régner par la force, choit dans les aberrations les plus barbares, et\nque sa vraie grandeur et sa seule mission sont dans l'amour; sous des fictions\nantiques, qui ont, par endroits, la purpurine splendeur de mythes wagné-\nriens, telle est la haute leçon de psychologie générale qui se dégage de la\ntragique aventure de la reine Thomyris et de sa fille Penthésilée, dont le rêve\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                              LIVRES    ET   REVUES                               59\n\norgueilleux est d'imposer par la terreur la domination des Amazones. Heu-\nreusement, Mithra est là, Mithra, le roi vaincu et captif, dont la torture a\nbrisé les membres, mais qui garde, en son âme, le trésor de toutes les saines\nénergies morales. A son contact, sous la lente et progressive action de\nl'amour, Penthésilée sent fondre en elle tous ses instincts tyranniques et\nviolents, et revient au sens humain de sa destinée de femme. « Qu'est-ce que\nl'amour? » demande Penthésilée. Et Mithra répond : « C'est le dévoûment. »\n— « Le dévoûment à quoi? » —« Pour la femme, à l'homme; pour l'homme\nau divin ! »\n   Par la sobre nervosité de la langue, par une composition extrêmement\nhabile, par le relief nettement accusé des personnages et, enfin, par le vivant\net agissant développement de l'intrigue, Les Amazones est une œuvre drama-\ntique de premier ordre, dont l'effet à la scène serait émouvant et puissant.\n\nS e n t i m e n t s , par GILBERT DE VOISINS. — (Paris, Mercure de France.)\n   M. Gilbert de Voisins est un charmant et papillonnant causeur, qui passe\nd'un livre à un fait divers, d'une considération morale à un aperçu artistique,\navec une égale aisance et avec le désir un peu fiévreux que rien de ce qui se\npasse ou de ce qui se publie n'échappe à son analyse. Les Sentiments — qui ne\nsont point seulement des sentiments, mais aussi des idées — offrent une\nséance de cinématographie littéraire très diverse, très vivante et très spiri-\ntuelle. Zola y défile en la lourde médiocrité de ses gestes ultimes; et si Pierre\nLouis y est un peu flatté, Willy apparaît sous un angle très juste. On peut\nvoir et juger les êtres et les choses de la vie et de l'art autrement que\nM. Gilbert de Voisins, mais la loyale droiture de ce critique est incontes-\ntable — et son jugement est formulé avec une piquante élégance et un original\ndétachement.\n\nL e s S a m e d i s l i t t é r a i r e s , par ERNEST-CHARLES (4e série). — (Paris,\n   Sansot.)\n   Ce nouveau volume des critiques littéraires de M. Ernest-Charles relève\ndu même faire personnel que les volumes antérieurs. Nous y retrouvons toute\nla sûreté d'information, toute la mordante dialectique et, à quelques réserves\nprès, toute la justesse d'appréciation qui nous firent aimer, dès le début, ce redou-\ntable Père fouettard des fausses gloires littéraires. Dans le présent recueil, en\nvérité, M. Ernest-Charles a, par exception, fait plus large place à l'admiration\nqu'à l'éreintement. A signaler trois généreuses études consacrées à des maîtres\nparticulièrement chers aux artistes catholiques : Ernest Hello, Barbey\nd'Aurevilly et Paul Harel. Ceux qui liront ces pages éloquentes et nerveuses\nappliqueront à M. Ernest-Charles le mot par lequel il termine son jugement\nsur l'écrivain des Œuvres et des Hommes : « Il a compris que la critique devait\nêtre, pour beaucoup, directrice des esprits et des âmes... I1 fut un critique\nd'action. Il ne fut enchaîné que par ses préjugés et, au demeurant, il fut un\nhomme libre. »\n   Et tout de suite M. Ernest-Charles use de sa liberté pour proclamer que\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "60                               DURENDAL\n\n\nFernand Gregh est fréquemment le plagiaire d'Albert Samain et pour prouver\nque M. Gaston Deschamps — notable normalien — a publié sur Waldeck-\nRousseau « le livre le plus plat qui ait paru depuis quatre ou cinq années ».\n                                                                     F . V.\n\n   L ' A r t F l a m a n d e t H o l l a n d a i s (Anvers, Buschmann; Bruxelles,\nVan Oest). — Le numéro de Novembre contient un compte rendu très sérieux,\ntrès complet et très bien écrit de l'intéressante Exposition Rétrospective de l'Art\nBelge à Bruxelles, par PAUL LAMBOTTE, illustré de treize superbes reproductions\nd'oeuvres exposées. Cet article est suivi de la fin de la curieuse étude\nd'A. HEINS surl'Ancien foyer dans les Flandres, rehaussée par la reproduction\nde vingt-six dessins de foyers différents.\n   Le numéro de Décembre contient la suite de l'intéressante étude de JAN VETH\nsur Rembrandt : Rembrantiana et traite les Premières oeuvres de Rembrandt. Il est\nsuivi d'un article sur l'Exposition Jordaens à Anvers du rédacteur de la revue\nBuschmann Junior, l'auteur du magnifique ouvrage sur Jordaens, publié par\nla librairie Van Oest, dont nous avons fait l'éloge ici même. Ce numéro se\ndistingue par d'admirables reproductions qui toutes sont du plus haut\nintérêt.                                                                H. M.\n\n    L ' A r t e t l e s a r t i s t e s . — Numéro de Novembre. — M. H. Bouchot\nincline à penser que le Retable de Boulhon, récemment offert au musée du\nLouvre, est de la même date et de la même main que le Triomphe de la Vierge,\nde Villeneuve-lez-Avignon (1450-1455 environ) et de la façon d'Enguerrand\nCharton. Il n'est pas loin d'attribuer au même maître la puissante et tragique\nPietà, conservée également à Villeneuve-lez-Avignon, et qui fit sensation à\nl'exposition des Primitifs. M. Bouchot fait valoir ses arguments avec la pas-\nsion, souvent féconde, qu'on lui connaît.\n    M. Blanche étudie l'œuvre de Watts; M. Lafond, les Pasos, scènes de la\npassion représentées par des groupes de statues de bois, peintes, dorées et,\nparfois, habillées, et fort en vogue en Espagne, surtout au XVIe siècle. Ces\nœuvres se ressentent fortement du naturalisme importé en Espagne par les\nsculpteurs flamands; elles font songer aussi aux ouvrages analogues exécutés\nau XVe siècle, en terre cuite polychromée, par le Guido Mazzoni, de Modène\n(il semble que le Saint François de la page 34 soit plutôt un saint Antoine de\nPadoue).\n   Ce numéro exceptionnel, illustré de nombreuses reproductions dans et\nhors texte, est complété par une bonne étude sur le Classicisme de Mattet; un\ncompte rendu du Troisième salon d'Automne, etc.\n   Numéro de Décembre. — Attrayantes études, l'une de M. Geffroy ; l'a utre de\nM. Dreyfus, sur les Frères Le Nain, dont le réalisme savoureux fait si étrange\ncontraste dans l'art français italianisant et académique duXVIIesiècle; et sur\nDalou inconnu, sur l'œuvre grande et belle : le Monument aux ouvriers, et nombre\nd'autres ouvrages consacrés aux paysans et aux travailleurs dont on trouva\nles modèles et les esquisses dans l'atelier du maître, et qui sont exposés,\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                    6l\n\n\naujourd'hui, au Petit Palais. En outre : Un après-midi chez Monet; le Mois\nartistique; la Vente Cronier; etc. Nombreuses et remarquables illustrations,\ndont une eau-forte d'après l'Enfant à la chandelle de Le Nain.\n                                                                   A. G.\n\n    B u r l i n g t o n M a g a z i n e (Londres, Berners Street, 27), numéro\nd'Octobre. — Une magnifique reproduction d'un tableau de Metsu : la Liseuse,\nse trouvant dans la collection Beit, ouvre cette livraison. Le tableau paraît\ndélicieux et attester une parenté très proche avec Vermeer de Delft. Il\nsemble, autant qu'on peut en juger par une reproduction, être l'un des meil-\nleurs du maître hollandais.— M. HOLMES nous donne un article sur l'Art Ja-\nponais; M. MARTIN continue son étude sur la Vie d'un artiste hollandais au\nXVIIe siècle; Miss WAERN publie des notes sur le Palerme moyenageux;\nM. HERBERT P . HORNE nous apprend qu'on vient de retrouver à Florence\nune grande fresque d'Alessio Baldovinetti, maître rare et charmant. M.WEALE\nrend compte du livre publié à Vienne par le docteur von Wuzbach sur les\nmaîtres flamands et nous présente l'ouvrage comme ce qui a été écrit de plus\ncomplet jusqu'ici sur les Van Eyck.\n   Numéro de Novembre. — Signalons une étude de M. ROGER FRY sur le mys-\nticisme de Mantegna; une autre de M. CLAUDE PHILLIPS sur le Watteau des\nOffices; un autre de M. KOOP sur des panneaux attribués à Bramantino; des\nnotes de M. HERBERT COOK sur un maître espagnol primitif très voisin de nos\nFlamands; d'autres de M. WEALE sur un tableau de l'Ecole d'Ypres. Le reste\ndu numéro intéressera surtout les collectionneurs de meubles et de bibelots :\nargenterie, instruments de musique, etc.\n   Dans les deux livraisons, un copieux bulletin bibliographique.\n\n   M a s t e r s i n A r t (Boston, Chauncy Street). — Le numéro d'Octobre\nest consacré à Verrochio. Comme d'habitude, de nombreuses reproductions,\ndes notes biographiques, une liste d'œuvres et d'ouvrages à consulter, forment\ncette excellente monographie. On y trouvera le Baptême du Christ et l'Annon-\nciation et la plupart des sculptures de cet artiste exquis, qui eut la gloire d'être\nle maître de Léonard de Vinci.\n                                                                          J. D.\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "                           NOTULES\n\n   NOS a b o n n é s d e l ' é t r a n g e r sont instammentpriésd'avoir l'extrême\nobligeance de nous payer le prix de l'abonnement pour 1906, en nous\nenvoyant soit un mandat postal international, soit un chèque de 12 francs\nsur une banque de Belgique, C'est le procédé le plus aisé et le moins coûteux\nà la fois pour l'abonné étranger et pour la Direction de la revue. Prière\nd'adresser le mandat ou le chèque à la Direction de Durendal, 22, rue du\nGrand-Cerf, à Bruxelles (Belgique).\n\n   François B e a u c k , le grand artiste dessinateur dont nous fîmes jadis,\nici même, l'éloge et dont nous avons offert à l'admiration de nos abonnés\nplusieurs dessins d'une si belle et si forte originalité, vient de remporter un\nsuccès qui confirme nos éloges et nous remplit de joie. Le Prix Picard de\nl'Académie Libre vient de lui être décerné à l'unanimité, d'enthousiasme,\ndirais-je, et sans discussion préalable. L'artiste peut être fier de ce succès\nqui est en quelque sorte une consécration officielle de son talent et d'autant\nplus significative qu'il a été couronné par une élite intellectuelle, car l'Aca-\ndémie Picard comprend nos premiers écrivains, des critiques d'art autorisés\net de très grands artistes. Nous félicitons de tout cœur notre ami François\nBeauck dont nous reproduisons une des dernières œuvres dans ce fascicule.\n   M. Beauck vient d'être admis comme membre au cercle d'artistes Pour l'Art\ndont le Salon est ouvert actuellement au Musée Moderne et où plusieurs de ses\ndessins sont exposés.\n   E u g è n e L a e r m a n S . — Dans un récent article sur les Peintres Belges,\nCamille Mauclair, critique d'art averti et consciencieux, fail ce bel éloge de\nnotre incomparable artiste si original et si personnel, Eugène Laermans :\n « Un peintre qui est un grand artiste, Eugène Laermans, à qui Paris devrait\nfaire un accueil enthousiaste, semble transposer la vision rude et sincère du\nvieux Bruegel dans l'étude vibrante et dramatique qu'il fait des paysans, des\nouvriers, des émigrants, de tous les souffrants du prolétariat flamand que\nfait vivre son âpre talent, les dressant sur des paysages farouches avec une\nsaisissante force de synthèse linéaire. M. Laermans est un créateur original,\net toutes les sottises qu'a fait dire et commettre la recherche d'un « art social »\nsont annulées par son œuvre, où passe souvent la grande hallucination\ntragique des poèmes de M. Emile Verhaeren. »\n\n   Théâtre du Parc. — Conférence de M. Valère Gille. —\nM. Valère Gille, le plus joliment, le plus authentiquement et le plus obstiné-\nment parnassien des poètes belges, parla de Banville et de Glatigny avec\nune information sûre et une élégante vénération. Il eut d'harmonieuses défi-\nnitions et de jolies anecdotes — sans s'attendrir, du reste, plus qu'il ne con-\nvient à un parnassien. Verlaine complétait le « brelan » de poètes départis\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                                  NOTULES                                   63\n\naux commentaires de M. Valère Gille. Ici, le conférencier sembla un peu\ndemander grâce à son auditoire de devoir entretenir sa mondanité distin-\nguée d'un tel vagabond de lettres. Et il se résigna à n'insister guère que\nsur le poète des Fêtes galantes — le moindre Verlaine, à notre sens, et dont\nles Uns et les Autres, frivole et joli marivaudage joué à l'appui des dires de\nM. Valère Gille, est un dialogue très représentatif. Que de cette partie-là de\nl'œuvre de Verlaine, on puisse dire « qu'elle est sans pensée », soit. Mais\ngénéraliser le mot, l'étendre à la Bonne Chanson et à Sagesse, c'est, même de la\npart d'un parnassien, un excès d'impassibilité. Car les sanglots aussi sont des\npensées.\n   De Banville et de Glatigny, la Femme de Socrate et le Bois, excellemment\ndétaillés par la troupe du Parc, soulignèrent avec à-propos les notes heu-\nreuses et fines de M. Valère Gille.                                    F. V.\n  La Ligue Belge des Amis des Arbres a élu son comité pour\n1905-1906. Président : Jean d'Ardenne; secrétaire: Edm. De Bruyn; trésorier:\nLouis Van der Swaelmen. Elle a choisi comme organe le Samedi. On instal-\nlera des comités régionaux. La cotisation des membres est fixée à 3 francs.\nLa ligue organisera une fête au printemps, probablement aux bords de la\nMeuse, à Hastière, une autre en automne sur le littoral, à Wenduyne. Elle\npatronnera aussi toute initiative privée ou publique. Son comité assistera\nnotamment à la fête scolaire organisée par le Conseil communal d'Anvers.\nM. Fierens-Gevaert y prendra la parole. Pour renseignements, s'adresser au\nsecrétaire, 17, rue du Châtelain, à Bruxelles.\n\n    Premier Sal On d u L i v r e . — Sous cette dénomination aura lieu à\nBruxelles, en février 1906, une exposition internationale de photogravure, de\nl'illustration et la décoration du Livre. Cette exposition comprendra quatre\nsections : 1re section. Épreuves réparties en trois groupes : 1° photogravure,\nhéliogravure; 2° pLotozincogravure, similigravure, trait; 3° impressions\nphotomécaniques (phototypie, photocollographie). — Les épreuves exposées\npeuvent être accompagnées des originaux. — 2e section. Dessins ou photo-\ngraphies des machines employées pour l'impression des illustrations. Dessins\nou photographies du matériel utilisé par le photograveur. — 3 e section.\nŒuvres originales des artistes belges illustrateurs du Livre (Dessins, gra-\nvures, eaux-fortes, aquarelles, etc.).\n\n  La Belgique artistique et littéraire. — Tel est le titre d'une\nnouvelle revue mensuelle à laquelle nous offrons nos souhaits confraternels\nde bonne chance et longue vie. — (Direction : 26, rue des Minimes. Abonne-\nments : 12 francs par an en Belgique. — 15 francs pour l'étranger.)\n  Le premier fascicule contient, entre autres articles intéressants, la belle\nconférence sur l'Ame belge donnée par Georges Eekhoud au Kursal\nd'Ostende.\n   Le Cercle d'Art de Cureghem-Anderlecht vient d'être fondé\npar des peintres, sculpteurs, architectes, littérateurs, etc., de cet important\nfaubourg, sous la présidence d'honneur de M. le bourgmestre Moreau; ce\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "64                                DURENDAL\n\n\ncercle organisera des voyages d'étude et des expositions qui établiront\nl'existence d'un mouvement d'art intéressant à Anderlecht. Pour renseigne-\nments, s'adressera M. René Henry, secrétaire, 138, rue Wayez.\n   A u C e r c l e A r t i s t i q u e . — Voici le programme des prochaines soirées\ndu Cercle :\n   Janvier. — I. Audition du Trio Mark Hambourg. — I I . Festival Mozart :\n1°Concert symphonique ; 2° Soirée de Musique de chambre ; 3° Les Noces de\nFigaro. — I I I . Conférences de MM. Homolle et Médéric Dufour.\n   Février. — I. Conférence de M. Kufferath avec le concours de Mlle Wi-\nbaux, contatrice. — I I . Audition d'œuvres de compositeurs belges données\npar Mlle L a t i n i s . — I I . Concert symphonique dirigé par Théo Ysaye avec\nle concours d'Eug. Ysaye. — IV. Conférences de MM. Maubel et G. Mourey.\n   Mars. — I. Audition d'œuvres de Gabriel Fauré. — I I . Le Quatuor Rosé de\nVienne. — III. Conférences de MM. V. Marguerite, H . Carton de Wiart,\nV. Gille, Lefébure, Daxtelet, Verhaeren, P . Spaak et Joly.\n  A c c u s é d e r é c e p t i o n . — LÉON BARRAGAND : Amour oblige (Paris,\nPlon). — Louis ROCHE : Les grands récits de l'épopée française (ibid). —\nMAURICE ALLOU : L'amour du théâtre (ibid.). — CLAUDE COHENDY : Visions\nd'Hellas (ibid.).— LÉOPOLD COUROUBLE: Le mariage d'Hermance (Bruxelles,\nLacomblez). — MICHEL BRENET : Palestrina (Paris, Alcan, éditeur de la\ncollection : Les maures de la musique). — HAROLD HÖFFLING : Histoire de la\nphilosophie moderne. Traduit de l'allemand par P . Bordier, avec corrections\net notes de l'auteur. Préface de M. V. Delbos. Tome I (ibid.). — MARC\nSANGNIER : La vie profonde (Paris, Perrin).— GEORGES GOYAU : L'Alle-\nmagne religieuse. Le protestantisme, 1 volume. Le catholicisme (1800-1848),\n2 volumes (ibid.). — FERNAND MÉDINE : La messe de onze heures et demi\n(Paris, Fontemoing). — MARTIAL MARTEL : Tourment. Poèmes. Préface de\nC. Mauclair (Paris, Maison du Livre). — AMÉDÉE PROUVOST : Sonates au clair\nde lune (Paris, Calmann-Lévy). — EMILE GEBHART : Florence, ouvrage\nillustré de 176 gravures (Paris, Laurens, éditeur de la collection : Les villes\nd'art célèbres). — LIONEL DAURIAC : Rossini. — P.-L. HILLEMACHER : Gounod.\n— M. D. CALVOCORESCI : Litszt, 3 volumes de la nouvelle collection : Les\nmusiciens célèbres (Paris, Laurens). — MARIE-CHARLES DULAC : Ses lettres,\navec portrait (Paris, Bloud). — DANTE ALLIGHIERI : Vita Nova. Traduction\nde Henri Cochin (Paris, Bibliothèque de l'Occident). — JACQUES D E S GACHONS :\nLe mauvais pas (Paris, Gautier). — HENRI CROKAERT : Tristesse aimée\n(Louvain, Polleunis). — EDOUARD N E D : L'énergie belge. Opinion d'une élite\n1830-1905. Ouvrage illustré de 24 portraits (Bruxelles, Dewit). — HECTOR\nGEVELLE : Un cours d'esthétique dans les classes supérieures d'humanités\n(Enghien, Spinet). — CHARLES BULS : La culture intellectuelle en Belgique\n(Bruxelles, Lamberty). — EDGAR BONEHILL : La littérature et le barreau.\nConférence du jeune barreau de Charleroi ; discours prononcé à la rentrée\n(Bruxelles, Larcier). — EDOUARD LALOIRE : Médailles historiques en Bel-\ngique, 1905 (Bruxelles, Goemare). — ANDRÉ FAGE : Un poète de la vie\nmoderne : Emile Lante (Valenciennes, édition de l'Essor septentrional).\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "  ISSK          GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                I», Marché-au-Bois - BRUXELLES\n Dépota de fbnda en Compte* Chèque*, dlaponible* à rue : 1 1/8 p. e. *an* commission\n    Dépéts en Compte* d* Qulnaaia*; intérêt variable; moyenne 1008 : 8.97 p. e.\n                     Encaissement de Coupons, Titre*, Effet*, etc.\n                               ORDRES DE BOURSE\n           Service spécial de Lettre* de Crédit et Chèque* sur tous pays\n          Prêt» sur Titre* — Garde de Titre*. — Location de Coffres-Fort»\n\n\n  LA RESERVE MUTUELLE \\ LE STANDARD                        mpagnie d'assurances sur la vie, tondée en 1825\n         ,lr.    i l     IIS   -I   »#>\n                                                                 ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n  COHPASNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES\n            •ur         i n vas»\n                                                                                     de I* Compagnie :\n                                                          t* Police* Incontesta-         irlf avantageux.\n                                                            bles âpre* deux an* 4* Participation impor-\n                                                            de date.                  taatedes assure* dans\n                                                          s* Prêts aur police*        le* bénéfice* d* la\n                                                            avant trois ans de        Compagnie.\n                                                            date.                   5» Prêt* hypothécaires.\n                                                              Sainuit p*ur rtnsttgntmrnU ttprotptttmi à U\n                                                                      DISICTION            QtNtSALI\n                                                          28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                            Télsskofl* 94»    Asrsss* Ulés/tphlque : ttanasrl >**sHsS\n                                     40 Millions\n                                    250 Million*\n                                                                   En vente chez M U R A I L L E\n     CftiiiiiiMis très intéressantes                         45,   Elt       DE L'UNIVERSITÉ, 4 5 , LIÈGE\n                       nui u ctarnoT *t imm                                    J.   RYELATSDT\n      m, r u » H » l * T y , P A R » <©«»\n      DIRECTION POUR LA BELCIQUE\n                                                          SAINTE!      CECILE\n                                                               Drame musical\n  19. rue du Rouleau. H        L.ES\n          On .1. ?n.,i..|. i l r i ISJSSS*                      Red. pour chant et piano : 1 5 francs\n                                                                      PUROATOK1UM\n                                                                Oratorio.— Réduction pour ebaot *t piano : 6 lianes\n                                                                 N O O r t D S h E (Mer du Nord)\nHrcîi vBS Nobiliaires le Belgipe                               5 esquisses pour piano — 8 francs.\n\n          rue Stèfin, BRUXELLES\n              Recherches de geoéalogie» et d'ar-                   Editions de D U R E N D A L\n                          ica en Belgique el\n                   ger. — Atsistsuoa*oA*c«elle*di\n                   nobleate, de filiations i\n                   net. — Copiesofficicllesde ictiies\n                   de patentes de noblesse. —\n                   Inscription* à la listedea noble».\n                   — inv                   > ogies d»n*\n                   dea publications belget et cir*n-\n                     CU-J. — Ueculication* d'acte*\n                   5 e l'état civil et adj menons de*\n                   nom*. — Correspondant* en pro-\n                                                                             POÈME      MYSTIQUE\n                   nnceet à l'étranger — Armoiries                                      PAR\n                   et documents généalogiques sur\n                    plus de lUU.UUU lamillcs nobles\n                    et patriciennes.                               Georges RAMAtKEfiS\n    RE N8EIONEMENTS\n\n\nCHOCOLAT                            BlESWAL                Adresser les commandes à la Direction\n                                                                               de DURENDAL\nCHOCOLAT                            BlESWAL\nCHOCOLAT                            BlESWAL                    22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n\nCHOCOLAT                            BlESWAL                                   P r i x : 3 fr. 30\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                IMPRIMERIE                                        SCIENTIFIQUE\n                                                TYPO, LITHO ET CHROMOLITHO\n                                                          JSTRATIONS      OE GRAND LU\n                                     PHOTO-CHROMOQRAVURE EN TROIS COULEURS\n\n\n  .        CHARLES                                  BULENS,                                      ÉDITEUR                           •\n                                 75,         RUE       TERRE-NEUVE,                            75\n\n TÉLÉPHONE                    505                        — = = -                                  B R U X E L L E S\n\n\n\n                               ,e ,lln el                                                    mm\n  J. MSI) Péri \" \" TEaKS \"•\" \"\n            UH«T                              rtipiiHa». rMlMMlto* ti H<f*t*f     *» U M M B\n                                                                                                           F. BUËSO Fils\n                                                                                                                   **M\"T\n      H    RUE DE LIGNE                   «CITE ET ICHAT OE TAIIEAUI ANCIENS U lOOEAIES                  24, I t I I B t l Û l i l K\n          Bruxelles                            ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                      Oruzellcs\n\n\n\n\n          POUR VOS CIGARES FINS\n\n\n\n MAISON AMÉRICAINE\n                   • d r « l l t l - « o u l à la\n                                                                   w ST.\n                                                                                       Les Boues Gaouicnoaitn\n                                                                                            TAIABOT\n                                                                                      Ht inusables (t inarrachablss\n                                                                                                                   «oui\n\n                 DÉPÔT OE FABRIQUE\n                                                                   Ameublement* completi — Ebénisterie d'art\n      15 — Avenue Louise — 15\n                                                                       Maison SNYERS-RANG & F\n                BRUXELLES                                         F o n d * * M 1816             —          Taiaphona 1309\n\nP.-». - arrivages lejoiieis le cigares I t la Havane                  2 7 , r u e d'Or, BRUXELLES\n\n\n\n\nATELIERS                                             \" E C C L E S - Ain                                                         »>\n\n                             IIAARLEM                           (HOLLANDE)\nATELIERS                DE         BF                                                              UIVRES               D'ART\n                                                                  OLIDE         il       PRATIQUA\nMOI)i.i                                                                         F       VA N              KALC K\n                                                                                OIM     !•>. 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Indices internes concordants : audition Wallner du vendredi 29 décembre (1905) ; préface de Georges Ramaekers datée du 8 décembre 1905 ; Notules : abonnement « pour 1906 », Premier Salon du Livre annoncé pour février 1906, programme du Cercle Artistique de janvier à mars ; Le Chant des trois Règnes annoncé « en février ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}