{"numero_id": "ulb-durendal-1906-livraison11", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-001", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 641, "page_fin": 643, "titre_corps": "L’Héroïsme dans l’art : Le Monument des Éperons d’Or", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "L'Héroïsme dans l'Art Le Monument des Eperons d'Or", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 774, "page_imprimee": 641, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "L'Héroïsme dans l'Art\n\n               Le Monument des Eperons d'Or\n              LORSQUE le sculpteur doit   transposer de la réalité\n                 dans l'art, une figure humaine, ou un peintre\n                 un paysage de nature, son geste vers la Beauté\n                 comporte une part d'idéalisation créatrice —\n                 mais qui a, pour modèle et pour appui, la\n                 vérité immédiate et tangible.\n                    Combien plus difficile et plus périlleuse la\n                 mission de l'artiste à qui l'on demande de\n« matérialiser » l'histoire et de donner corps aux fugitives et\nondoyantes formes de la Légende. De celui-là, on requiert la\npuissance redoutable de pétrisseur de symboles — et l'on\nsait combien toutes les formes de symbolisme sont proches,\nà la première défaillance, de choir dans l'incohérence ou la\npuérilité. Nous en connaissons, n'est-ce pas, sur telles de nos\nplaces publiques, de ces monuments où une grande idée et\nun grand souvenir gisent, pantelants, dans des réalisations\nconfuses et médiocres?\n   Ces mots : la Bataille des Eperons d'or, et cette date : 1302,\nappartiennent-ils davantage à la Légende qu'à l'Histoire?\nQuelle fut la force motrice — patriotisme ardent ou mutinerie\nde classes — qui rua sauvagement les rudes communiers de\nFlandre contre les fiers et élégants chevaliers français? Laissons\ndiscuter les historiographes et soyons pitoyables même aux\npoliticiens qui tentent de transformer le goedendag en vulgaire\nbâton d'orchestre électoral ! Pour nous il suffit que les meilleurs\net les plus grands des Flamands, ceux en qui Dieu déposa le\nsens de la race, les Gezelle, les Albrecht Rodenbach, les Hugo\nVerriest, aient cru en l'épopée fameuse, pour qu'à notre tour, elle\nnous devienne chère. Telle, du reste, que les générations nous la\ntransmirent, elle apparaît vêtue des nobles draperies écarlates\n"}, {"page_pdf": 775, "page_imprimee": 642, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "642                              DURENDAL\n\n\n\nde l'épopée et elle offre à l'art celte matière souveraine qui\ns'appelle l'Héroïsme. Et vraiment elle méritait que Corneille lui\neût voué des hémistiches vigoureux et sonores et que retentît\nen son honneur le clairon génial de H u g o !\n    L e peuple ne vit pas que de pain. I1 est nécessaire parfois\net salutaire d'arracher ses yeux du sol où il trime et, dans le\nbel azur du ciel, de fixer son regard vers un lambeau de l'idéal\nvenu des âges lointains. Louons donc sans réserve ceux qui vou-\nlurent commémorer les héroïques chouans de 1302 en un poème\nde pierre et de bronze !\n    C'est par u n e merveilleuse matinée du dernier septembre que\nj'allai voir le « M o n u m e n t des E p e r o n s d'or ». U n e b u é e opa-\nlisée de soleil flottait sur les choses et enveloppait c o m m e d'une\natmosphère de rêve les nobles reliques du passé qui jalonnent\nles rues de Courtrai : les vieilles halles à la patine si ardente,\nla tour de N o t r e - D a m e pareille à un fragment puissant de cita-\ndelle, et les tours du Brœl mirant au fil de la L y s leurs nostal-\ngies guerrières. T o u t au bout de la ville, là où l'œil embrasse,\ndans un panorama, immense, les riches champs de Groeningue,\nse dresse, dans un cadre chatoyant de verdure, l'œuvre du sculp-\nteur De Vreese. Au sommet la F l a n d r e tient en laisse le lion\nrugissant. C'est une femme robuste de carrure et volontaire\nd'attitude : elle profère à la fois de la vigilance et du défi.\nT r o p cossue peut-être en son revêtement d'or rutilant (j'eusse\npréféré, q u a n t à moi, la voir en marbre ou en vieux bronze mor-\ndoré) et en tout cas encore trop neuve. L e t e m p s et les frimas\ndevront lui donner le recul propice au rêve. Jusqu'ici le\nrêve la délaisse pour descendre et s'attarder, avec une admi-\nration qui ne se lasse point, sur les pages grandioses d'histoire\nqui enveloppent de beauté et d'émotion le socle puissant du\nm o n u m e n t : au pied, emblème de la défaite, traité avec une\n fougue puissante et une harmonieuse s y m p h o n i e de lignes,\ncet écroulement d'un chevalier français, culbuté avec sa mon-\nt u r e ; et, sur les côtés, d'une part, l'adieu du communier, en\ndépart pour la patriale croisade, étreignant sa femme et baisant\nau front son enfant, sous l'œil protecteur de la miraculeuse Notre-\n D a m e de Groeningue; et, d'autre part, le retour triomphal du\n F l a m a n d vainqueur, fragment épique de pierre qui, par la per-\nfection de son exécution comme par l'impressiori de noblesse et\nde gravité qu'il dégage, transporte et émeut comme émeuvent\n"}, {"page_pdf": 776, "page_imprimee": 643, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "                      L ' H É R O Ï S M E DANS L'ART                 643\n\net transportent les chefs-d'œuvre, compréhension admirable\nd'une grande heure nationale dont la joie dut être ombrée par\nl'angoissant souci des lendemains !... Il y a là, dans le flottement\ntriomphal des palmes et l'éclat des buccins glorieux, la. poignée\nde mains de deux hommes qui en frémissant de mâle orgueil,\nsongent surtout au devoir à poursuivre, à l'union à maintenir,\nà l'œuvre à parfaire !\n    Reculons-nous et sur le rideau de sombre é m e r a u d e formé\npar les arbres et les taillis, admirons dans son e u r y t h m i q u e\nensemble l'œuvre de De Vreese; lorsque les années auront\naccumulé autour d'elle leurs voiles idéalisants et q u e déjà elle\na p p a r t i e n d r a au passé, nos fils admireront le « Monument des\n Eperons d'or » comme une g r a n d e pensée de la race adéquate-\nment réalisée et comme un exemplaire souverainde la plus noble\ndes formes de beauté qui puisse tenter les ciseaux d'un sculp-\nteur : l'Héroïsme dans l'Art !\n\n                                           F I R M I N VAN DEN   BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-002", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 644, "page_fin": 644, "titre_corps": "L’homme heureux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "E. 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Eh bien, c'est ma\nmaison !\n   Puis, il prit le passant par la manche et lui fit faire quelques\npas.\n   — Vous voyez bien ce jardin autour de ma maison?... il y a là\ndes pommes de terre, des choux, des pois, des endives, des\npoireaux, des scaroles... et le reste! — Ensuite, désignant du\ndoigt un minuscule appentis — et il y a sous ce toit —\ncontinua-t-il — un porc aussi gros qu'un veau!\n   Puis il fit faire au passant encore quelques pas et, déployant\nson bras dans la douceur de l'été, il dit :\n   — Vous voyez bien ce chemin, là-bas?\n   — Je vois un chemin, répondit le passant.\n   — Eh bien, c'est par là que l'on va au moulin de mon frère,\nle meunier Jean-Paul !\n   Et, ayant dit cela, l'homme retourna s'asseoir dans la lumière\nde son seuil.\n\n  (1) Ce conte : L'homme heureux, et le suivant : Le divorce du terrassier, sont des\npages inédites d'un volume de contes d'une rare originalité, qui paraîtra très prochai-\nnement, à Bruxelles, sous le titre : Premières Proses, par E. VANDERBEECK.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-003", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 645, "page_fin": 648, "titre_corps": "Le divorce du terrassier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "E. 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Le calme n'est pas en Cordula : le tourment de son cœur\n est marqué sur son visage.\n    Elle se remue sur sa chaise, fronce les sourcils, pousse de\nprofonds soupirs : à chaque instant elle se retourne vers l'hor-\nloge et l'on voit qu'elle épie la marche du temps.\n    A ses tempes, lentement, perle la sueur.\n    ... Or, un pas d'homme a battu sur la route, et la femme a\ntremblé. Elle a étanché sa sueur et elle a rendu à son visage\nl'apparence de la quiétude.\n    Le bruit des pas grandit. Quelqu'un piétine sur le seuil.\nSimon le terrassier a poussé la porte et est rentré chez lui.\n    Il a l'aspect placide, un peu exténué, de ceux qui sont\npenchés sur les rudes travaux. Torse puissant. Visage et cou\nbrûlés par le soleil. Regard droit. Front obstiné.\n    Il a déposé sa pelle et sa pioche, puis il a accroché son\nchapeau et s'est assis à la table. Mais il n'a pas dit, comme\nchaque soir : « Bonsoir, Cordula. Bonsoir, Finntche, ma petite\nfille », il a seulement regardé longtemps sa fille avec douceur.\n   Et cependant, Cordula s'empresse; elle dispose le couvert et\nverse la soupe. — Et elle a épandu la soupe sur la table. —\nChacun mange. — Puis elle apporte les pommes de terre et le\nlard — et l'eau. — Enfin, le café noir fume dans les tasses.\n   L'homme a mangé paisiblement, mais Cordula a mangé avec\npeine ; la terreur est en elle.\n"}, {"page_pdf": 779, "page_imprimee": 646, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "646                          DURENDAL\n\n\n\n    Sournoise et lente, la pâleur est venue sur son visage. Les\naliments lui ont semblé comme de l'argile, le café odorant\ncomme une eau amère et répugnante : plusieurs fois elle a cru\nétouffer et elle s'est sentie mourir.\n   Lorsque le terrassier a vidé sa tasse, il se lève et va dans la\nchambre d'à côté. Un moment après, il revient, tenant un sac\nde toile bleu, un habit de travail, un peu de linge blanc et un\npeu de linge de couleur.\n    Mais la femme s'est dressée et elle a jeté un grand cri. D'un\ncoup, elle tombe à terre, éparpille ses cheveux, roule son front\nsur les pierres. Elle pousse de longues plaintes aiguës et gémit\nlugubrement.\n    Alors, elle parle ainsi, et sa bouche est contre la terre :\n    « Simon! Simon! il ne faut pas partir!... il faut laisser là\nton sac bleu et ton linge!\n    » Cordula est coupable, mais il ne faut pas quitter Cordula!\nil faut rester auprès d'elle et auprès de Finntche, la petite fille\navec ses longs cheveux !\n    » ... Cordula aime Simon, mais chacun commet des fautes...\nelle était dans le bonheur et elle a tout oublié!... mais Simon\ndoit pardonner à Cordula, il doit rester auprès d'elle et auprès\nde Finntche... car elle ne sera plus coupable maintenant... et\nelle ne saura que faire!... si Simon s'en va. »\n   Cordula parle ainsi et beaucoup de rudes sanglots ont brisé\nsa gorge et sa bouche a mouillé les pierres. De nouveau, elle\npousse de longs cris et gémit lugubrement.\n   Ainsi, encore longtemps, elle reste étendue. Enfin, elle se\nrelève, rassemble sa chevelure et se rasseoit; puis elle prend sa\nfille dans ses bras.\n   Et toutes deux pleurent sourdement et péniblement.\n   L'homme, cependant, a paru ne rien voir et ne rien entendre.\nIl s'est agenouillé et, avec soin, il a plié son habit de toile, en a\nbourré le sac; il a fait de même avec le linge blanc et le linge de\ncouleur, puis, il a glissé le cordon et l'a noué avec méthode. Il\na pris sa pelle et il a séparé le bois du fer; il a pris sa pioche,\nest allé sur le seuil et, la tenant par l'acier brillant, il a frappé\nplusieurs fois le sol avec le manche qui, enfin, vole en éclats.\n    Et il a heurté la terre de grands coups; la sueur venait à son\nfront.\n    Pour finir, il a lié au cordon du sac, l'un près de l'autre, la\n"}, {"page_pdf": 780, "page_imprimee": 647, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "                      LE DIVORCE DU TERRASSIER                            647\n\n\npioche et la pelle. C'est ainsi que font les terrassiers lorsque,\nl'ouvrage m a n q u a n t dans la contrée, ils s'en vont au loin.\n   M a i n t e n a n t , il regarde Cordula et il hoche la t ê t e ; puis il\nregarde sa fille et ses yeux sont pleins de douceur; ensuite, il\nregarde encore sa femme et il p a r l e ainsi :\n   — Cordula que pensera ton père, le batelier, car il a dit :\n « Je te donne Cordula, c'est une fleur de mon jardin ! »\n   E t il reste de nouveau dans le silence : on voit qu'il est dans\nle t e m p s écoulé, alors qu'il alla prendre Cordula dans le village\nprès de la mer.\n    Mais il a fait un mouvement comme q u a n d on veut chasser\ndes songes importuns. Il s'approche de sa femme et, la pressant\nentre ses bras, il la baise sur chaque joue, puis, se penchant\nvers sa fille, il la presse aussi entre ses bras et la baise aussi\nsur chaque j o u e .\n   Mais alors Cordula s'est pliée en arrière, elle a tordu ses\nbras, et elle crie de toutes ses forces : « A h ! m a i n t e n a n t j e suis\nune femme a b a n d o n n é e ! »\n   P u i s , se jetant avec sa face sur la table, elle pleure si\neffrayamment, que ses plaintes, par moment, ressemblent aux\ncris joyeux de certains animaux, et l'enfant est t r e m b l a n t e ,\nelle s'est éloignée de sa mère, et elle la regarde de loin, dans\nl'épouvante.\n   L e terrassier, ayant décroché son chapeau, s'est coiffé posé-\nment, puis il a soulevé sa charge, l'a fait balancer à sa gauche\net l'a jetée sur son épaule.\n   Il marche j u s q u ' à la porte; Déjà il est sur le seuil lorsque la\nfemme, dans un grand effort, s'adresse encore à lui, et elle dit :\n\" Simon, avant de partir, prends encore une tasse de café. »...\nIl s'est arrêté. Il se retourne à d e m i . Il hésite dans son cœur.\n   Mais Cordula, qui déjà a rempli la tasse, vient à lui, et,\nlui offrant le breuvage, elle l'élève jusqu'à sa bouche.\n   Or, le soleil est descendu derrière la ville et il a jeté dans la\nchambre sa couleur sanglante.\n   E t la femme est restée debout près de l'homme et elle a cou-\nvert son visage.\n   Simon boit avec lenteur, il souffle sur le café b r û l a n t . Ses yeux\nimmobiles sont fixés sur le mur blanc. E t , voici : ils s'agran-\ndissent peu à peu, car il est entré dans le rêve. E t il pense ainsi :\n   « Je m'en vais de ma maison et j ' a i un grand mal dans\n"}, {"page_pdf": 781, "page_imprimee": 648, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1221, "texte": "648                         DURENDAL\n\n\nmoi-même. Je regrette amèrement ma femme Cordula et Finn-\ntche, ma petite fille. Je regrette aussi amèrement ma maison que\nje lavais de chaux chaque année et tout ce qui est dans ma\nmaison, la table, les chaises et la commode, et l'armoire pour\nle pain, et la lampe en cuivre que Cordula sait si bien faire\nbriller! et mon lit, et mon matelas de laine et le grand coffre\nnoir où est aligné mon plus beau linge. Je pense aussi à mes\npigeons blancs et bleus qui sont dans le grenier. »\n   Il songe ainsi et ses yeux sont grands et éclatants.\n   Il a bu le café jusqu'à la dernière goutte.\n   Maintenant, il remet la tasse à Cordula, puis il passe le\nseuil et s'en va. Et la femme et l'enfant, avec une même plainte\naiguë, se jettent sur la route pour le voir partir.\n   Simon a marché dans l'avenue sonore.\n   Son sac bleu estsur son dos. Ses outils brillants résonnent sur\nsa poitrine. Il a le corps un peu penché pour faciliter la marche;\nor, son front plissé s'est tendu vers le lointain.\n   C'est ainsi que s'en vont sur les routes, d'un pas lourd et\nmesuré, ceux qui creusent les canaux et qui tracent les chaussées.\n\n                                             E. VANDERBEECK.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-004", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 649, "page_fin": 652, "titre_corps": "Le condamné", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Le Condamné I Viens ô mon bien aimé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 782, "page_imprimee": 649, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "Le Condamné\n                           I\n\nViens ô mon bien aimé — n'as-tu rien entendu?\nTes yeux sont égarés — faut-il tout te redire?\nJ e sens en moi crier mon amour éperdu ;\nJ e voudrais blasphémer et je voudrais maudire :\nAvant que le soleil sanglant roule dans l'or,\nComme lui, mon époux d'un soir, tu seras mort...\n— Mais pour te consoler je veux encor sourire...\n\nIls ont lu froidement ton a r r ê t sans appel :\n« P o u r punir son orgueil et sa morgue, qu'il meure !\nMais pour que son supplice encor soit plus cruel,\nPour que l'audacieux tombe, supplie et pleure,\nSi quelque fiancée appelle son amour,\nQu'on aille la chercher au pied de cette tour\nE t que le chapelain les bénisse sur l'heure. »\n\nC'est fait. — Nous voici donc jusqu'à ce soir unis :\nO bonheur sans pareil — ô sombre destinée !\nP o u r nous faire mourir le ciel nous a bénis.\nMais moi, c'est pour toujours que je me suis donnée;\nEpouse d'un moment, mais plus belle à tes yeux,\nPleine de mon amour sanglotant et joyeux,\nH e u r e u s e maintenant, tantôt abandonnée!...\n\nCar, si je te souris, tu verras en mon œil\nVibrer en même temps une colère folle...\nDescends — on a drapé de tentures de deuil\nE t de larmes de feu la funèbre gondole...\nAssieds-toi près de moi pour le trajet fatal :\nMoi je verrai ton âme en ton œil de cristal,\nT u sentiras la mienne à t r a v e r s ma parole.\n\nVois comme l'air est doux en cette fin de jour :\nComme pour caresser notre étreinte éphémère,\nOn sent flotter partout un parfum pur d'amour\n"}, {"page_pdf": 783, "page_imprimee": 650, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2131, "texte": "650                           DURENDAL\n\n\n      Où le parfum de mort met sa saveur amère...\n      Tout là-bas, le soleil rêve et se pâme aussi,\n      E t les nuages bleus, frangés d'argent roussi,\n      Dessinent dans le ciel un monde de chimère...\n\n      Les rayons du couchant traînent sur les canaux\n      Comme de longs reflets de robes éternelles,\n      Les gondoles du soir glissent au fil de l'eau\n      Avec des frappements de rames solennelles...\n      De ses lèvres de feu, le ciel semble poser\n      Sur la t e r r e pâmée un infini baiser,\n      E t les cygnes r ê v e u r s ont de l'or sur leurs ailes...\n\n      Tout nous dit de jouir de notre seul moment.\n      Mêle à tes cheveux noirs ma chevelure blonde,\n      P o u r un instant je veux t'aimer infiniment\n      E t pouvoir avec toi tout oublier au m o n d e ;\n      Il fait calme, il fait doux, il fait un temps d'espoir :\n      Mais au loin, s'allongeant toujours plus dans le soir,\n      L'ombre de la prison se profile sur l'onde.\n\n      Oh! goûtons un instant le songe éblouissant!\n      J e t'aime, et je veux boire en ce couchant de flamme\n      Où le sombre destin mit des flaques de sang,\n      Un peu d'éteruité dans le fond de ton âme,\n      Tandis que tu p r e n d r a s — ô suprême désir —\n      Homme fort — car toujours on tremble pour mourir —\n      La force et le courage aux lèvres d'une femme!\n\n      Viens ô mon bien aimé, viens entre mes deux b r a s ,\n      Car le ciel a béni notre passion sainte !\n      Si tu me vois pleurer, ne me regarde pas !\n      Si tu m'entends gémir, n'écoute pas ma plainte!\n      Si des songes de mort passent, sombres, en toi,\n      Si ton cœur sans espoir palpite dans l'effroi,\n      Cache ta pâle angoisse en notre unique étreinte!\n\n      Quoi ! tu ne bouges pas? et si dans tes g r a n d s yeux\n      A frémi tout d'abord une larme tremblante,\n      Maintenant sans me voir ils regardent les cieux...\n\n      T u n'entends pas les mots de ma lèvre brûlante?\n      Vas-tu donc t'en aller vaincu, seul, désarmé,\n      Sans m'avoir regardée, et sans avoir aimé\n      Ton épouse d'un soir amoureuse et sanglante?\n"}, {"page_pdf": 784, "page_imprimee": 651, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "                     LE CONDAMNÉ                            .65,1\n\n\n\n\n                           II\n\n— Oui, je t'aime, ma vie, ô femme aux yeux de ciel,\nCar Dieu dans ses desseins unit nos destinées,\nE t c'eût été pour moi le bonheur immortel,\nSi j ' a v a i s pu t'aimer des mois et des années,\nSi les fleurs de ton âme et mes roses d'espoir,\nAu lieu de n'embaumer que l'espace d'un soir,\nO femme, ne devaient jamais être fanées !\n\nMais tu sais que je vais p a r t i r , et c'est bien dur\nDe p a r t i r quand l'amour, en chantant, vous rappelle,\nLorsque l'on a goûté de ce bonheur si pur\nE t lorsque l'on a su que la vie est si belle;\nLorsqu'une femme en pleurs vous a pris par la main,\nE t qu'au jour où l'on veut poursuivre son chemin\nL a Mort est déjà là pour vous séparer d'elle!\n\nTout mon être de flamme aspire à ton baiser\nE t mon cœur débordant frémit à ta voix pure...\nJ e voudrais ton amour avant de m'enfoncer\nDans les ombres sans bord de cette nuit obscure,\nE t je pleure, et je tremble, et je r i s , et mon cœur\nVoudrait dans ton cœur pur oublier sa r a n c œ u r\nE t sentir sous tes pleurs s'apaiser sa blessure...\n\nMais non, je veux partir vers la mort qui m'attend !\nSans avoir d a n s tes yeux abreuvé mes prunelles,\nJ e veux mourir léger et sans peine, en chantant,\nLes deux bras tendus vers les beautés éternelles.\nIl me serait trop dur de m'en voler ce s o i r ;\nSi le regret sanglant, si le froid désespoir;\nSi les doux souvenirs alourdissaient mès,ailes !\n\nVal le soleil se couche; oublie à tout jamais\nQue pour un condamné battit ton cœur de femme,\nQue nos deux cœurs étaient unis, que je t'aimais :\nD'autres sont encor là pour te donner leur âme...\nAdieu, voici la tour. — Détourne tes regards,\nCar dans l'ombre je vois reluire les poignards!...\nE t le soleil est mort en roulant dans la flamme!...\n"}, {"page_pdf": 785, "page_imprimee": 652, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 913, "texte": "652                          DURENDAL\n\n\n\n\n                                III\n\n        O poète! il te faut mourir à peine né :\n        Un pleur, un cri d'amour — l'existence est passée!\n        Il te faudra p a r t i r , ô pauvre condamné,\n        Ne laissant après toi qu'un peu de ta pensée...\n        Tu peux — et comme tous — t'enivrer et jouir,\n        Puisque tu vas, vers l'ombre où tu devras mourir,\n        Marchant avec la Vie — ô blanche fiancée —\n\n        Mais marche sans la voir, les yeux fixés au ciel\n        Où devra s'envoler ton âme inassouvie ;\n        Elle t'appellera par son hymne mortel,\n        Mais ferme à ses accents ton oreille ravie...\n        T u sais que tout cela sera fini bientôt,\n        Que tu mourras sans peine et voleras plus haut\n        Si tu n'as pas goûté le baiser de la Vie !\n\n                                               P I E R R E NOTHOMB.\n\n (Assomption   1906)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-005", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 653, "page_fin": 653, "titre_corps": "Poèmes religieux et symboliques : Fons Aquae Salientis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée, O. 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LX.\n\n\n   O mon enfant, si tu voyais, par un jour orageux, accablant\nd'été — toute une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants,\nmarchant dans une plaine, sous un soleil brûlant.\n   O mon enfant, si tu voyais le long de la voie poudreuse, pous-\nsiéreuse qu'ils suivent, une eau claire briller et miroiter aux\nrayons du soleil, et courir en chantant sur un lit de gravier.\n  O mon enfant, si dans le doux murmure de cette eau cou-\nrante, une voix s'élevait suave, harmonieuse, mais claire aussi et\nassez haute pour être de tous entendue.\n   Et si cette voix disait, ô mon enfant : « Venez à moi vous\ntous qui êtes accablés, et je vous réconforterai. » Et si plus claire\nencore elle disait : « Qui boira de mon eau, n'aura plus jamais\nsoif, mais l'eau que je lui donne le fera parvenir à la vie\néternelle. »\n  O mon enfant, si tu voyais, que dans la foule, presque per-\nsonne ne répond à cet appel, et que bien rares, bien isolés sont\nceux qui se rapprochent de cette eau vivifiante.\n  Si tu voyais et si tu entendais tout cela, ô mon enfant, que\ndirais-tu? — Ainsi pourtant, ô mon enfant, en est-il de beaucoup\ndans leur marche vers Dieu. Ils voient l'eau bienfaisante briller\nà leur côté — toute leur vie ils entendent la voix claire qui les\nappelle; mais opiniâtres et déments, ils se détournent des eaux\nsalutaires, et jusqu'à la mort, pour eux définitive, poursuivent\naveuglés de mensongères illusions.\n                               DOM BRUNO DESTRÉE, O. S. B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-006", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 654, "page_fin": 662, "titre_corps": "Une virtuose", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Davignon", "ancre_debut": "Une Virtuose 1 Fin III Le Trio de Beethoven", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 787, "page_imprimee": 654, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1976, "texte": "Une Virtuose (1)\n                                      (Fin)\n\n\n\n                                       III\n\n\n                          Le Trio de Beethoven\n                  AUGUSTE Lamboreux,      assis à son bureau dans la pièce\n                     d'arrière-corps qui lui servait de cabinet de travail, véri-\n                     fiait la rédaction d'une police d'assurance nouvellement\n                     contractée. Ses yeux suivaient sur le papier le texte que\n                     leur indiquait son doigt courant le long des lignes, tandis\n                     qu'un murmure ronronnant, accompagnait en sourdine\n                     cette lecture.\n                         Quoique l'exubérant homme accomplît, il fallait néces-\n                     sairement qu'il y eut une participation de son organe\nvocal. En lisant, il s'accompagnait d'un bourdonnement ponctué à chaque\nfin de phrase par un brusque arrêt en saccade.\n   Devant lui, par une baie vitrée, faisant le fond de la pièce en une sorte de\nserre, de la verdure en désordre apparaissait dans un enclos étroit de hauts\nmurs. Il y avait là une pelouse et des buissons de lilas, un coin de ciel souriait\nentre deux toits voisins, d'où le soleil commençait de répandre ses ondes\nlumineuses.\n   Un coup net frappé à la porte qui, de la serre, menait à l'office, fit relever\nla tête au lecteur, tandis qu'il prononçait sur deux notes, l'une claire et l'autre\nsombre : « Entrez » !\n   Marianne pénétra dans la chambre et s'arrêta devant son père, en plein\ndans le soleil qui l'enveloppa d'un nimbe d'or.\n   — C'est toi, fifille, qu'y a-t-il?\n   — Je voudrais vous parler.\n   — H é ! tu as l'air mystérieuse. Tu n'es pas souffrante?\n   Il se leva en repoussant son fauteuil de cuir et s'approcha de la jeune fille,\nqu'il prit par la main. Sa haute stature la dominait et l'expression de son\nvisage coloré et mobile exprima une inquiétude un peu effarée.\n\n\n (1) Voir le numéro d'octobre.\n"}, {"page_pdf": 788, "page_imprimee": 655, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": "                               UNE VIRTUOSE                                  655\n\n    - Non,     dit-elle,, mais je voudrais, vous, demander quelque chose qui\nme semble depuis hier indispensable. Laissez-moi rendre sa parole à Albert.\nGoossens ?\n    — H é ! quoi! vous êtes brouillés?\n    — Non, c'est moi qui ne puis plus l'épouser. Trop de choses nous;\nséparent; je ne puis pas me faire à l'idée d'être sa femme...\n    Et nerveusement elle éclata en sanglots.\n    Lamboreux s'attendrit aussitôt avec elle. Il était impressionnable et sensible\net prompt à s'émouvoir.\n    — Mais il ne faut pas pleurer. C'est entendu; je vais écrire...\n    Déjà il se précipitait à son bureau et cherchait une feuille. C'était une\ndes caractéristiques de sa nature que cette, spontanéité dont, plus d'une\nfois il lui arrivait de maudire les conséquences. Marianne sourit à le voir si\nprompt.\n    — Mais, papa, nous avons le temps, et puis, ce n'est pas écrire qu'il faut,\nc'est lui parler. Oh ! on peut le. laisser continuer à fréquenter la maison, même\ncela vaudra mieux, car...\n     Le père releva la tête, un peu ahuri et cherchant à comprendre. La sérénité;\nde sa fille le rassurait et déjà il revenait sur le consentement rapide qu'il avait\ndonné à son désir. Des raisons pratiques commençaient de prendre l'avantage\nsur le premier mouvement de sa sensibilité. Il passa avec vivacité de la\nconcession à la résistance. Tout l'homme était dans ce revirement et Marianne,\nqui le connaissait, n'en fut pas bouleversée.\n     — Alors, ma fille, il ne faut pas rompre., Après tout, réfléchissons. Albert\nest un parti sérieux, très sérieux, exceptionnel. C'est aussi un garçon d'excel-\nlente conduite, travailleur, convaincu ; je ne sais pas...\n     — Mon cher père, je lui rends tous les hommages que vous voudrez, je\npense avec vous que sa recherche a été flatteuse et avantageuse pour notre\n famille. Pourtant je ne suis pas faite po.ur lui. Peut-être ne suis-je pas faite\n pour le mariage, au moins pour le mariage tel qu'il peut se présenter pour\n nous.\n     — Par exemple, où as-tu pris ces idées-là?\n     — Chez nous, papa. Je commence, à m'en rendre cpmpte. Il y a en moi\n quelque chose qui me lient trop à l'âme pour ne pas venir de très loin,, pour\n ne pas être né avec moi, hérité de mes parents, de vous, de ceux que je. n'ai\n pas connus ; une délicatesse de sensation, un penchant pour ce qui est beau,\n harmonieux, artistique. J'ai peut-être cultivé plus qu'une autre ces plantes-là\n dont la semence est depuis longtemps dans notre famille. Elles ont tout envahi\n chez moi, elles sont sauvages et folles comme de la vigne vierge..\n     Auguste Lamboreux écoutait sa fille avec admiration. Debout derrière, le\n bureau encombré de paperasses, immense et caricatural dans son veston de\n travail tout verdi par l'usage, le front redressé et dégarni, la bouche mi-\n ouverte dans sa barbe de broussailles grises, le nez proéminent et les yeux\n  vifs, il reconnaissait en elle le tumultueux élan qui tant de fois l'avait agité\n  lui-même et qu'il n'était parvenu à discipliner que par l'habitude d'une\n  besogne régulière. Ah! elle était bien sa fille, cette Marianne rêveuse et déli-\n  cate. Il dit cependant avec une tendre inquiétude :\n"}, {"page_pdf": 789, "page_imprimee": 656, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "656                               DURENDAL\n\n\n   — Mais, ma chérie, la vie est un jardinier sévère qui n'aime les plantes\nvivaces que taillées et assujetties aux contours d'un dessin banal.\n    — Je ne demande qu'un coin ignoré et restreint. Voyez, nous appelons\njardin cette cour remplie par trois plans de lilas, nous ne les taillons jamais et\nils nous donnent des fleurs et de la verdure.\n    — C'est un bien petit coin.\n    — Il me suffira. Vous parlerez à Albert?\n    Le père se gratta le front, ramené à l'embarras de la situation.\n   — Que lui dirais-je? Ce n'est pas commode.\n   — Dites-lui seulement que votre fille Marianne est capricieuse, mais que\nvous en avez une autre plus sage et plus pratique.\n    — Céline? Que veux-tu dire?\n   — Vous ne croyez pas que cela pourrait se faire?.. Je vous assure que\nCéline et Albert s'entendraient.\n   — Mais s'il t'aime...\n   — Oh ! l'amour, c'est une grande chose et il ne s'agit pas de lui encore.\nAlbert a envie de se marier. Il est tout disposé à aimer celle qui sera sa\nfemme. Céline grille du désir d'avoir un ménage, des enfants. Ils se convien-\nnent et s'aimeront d'une tendre affection conjugale.\n   — Marianne, ma chérie, cette affection-là est une grande chose aussi, et\nc'est une bonne chose. Il ne faut pas la sacrifier à la poursuite de la chi-\nmère...\n    — Oh!je ne poursuis rien du tout, je ne me fais pas d'illusion sur les mots ;\nseulement je ne veux pas, délibérément, renoncer au rêve de partager avec le\ncompagnon de mes jours tout ce qui fait la passion de mon âme : la beauté,\nl'harmonie, l'art.\n    — Eh bien, nous en recauserons.\n    — Je vous en prie, parlez à Albert ce soir. Nous avons une petite réunion,\nTruffon vient pour répéter le trio et...\n    — Truffon ? interrogea brusquement Lamboreux, tu ne vas pas épouser\nTruffon, j'espère...\n    — Truffon, dit-elle en riant; mais non. Quelle idée!\n    Rassuré, Auguste Lamboreux reprit son travail. De temps à autre il se levait\npour dégourdir ses jambes impatientes ou lançait des exclamations aux échos\nde son cabinet. On l'entendait parfois jusque dans les pièces voisines, mais\npersonne ne s'en effarait. On connaissait de longue date la façon turbulente de\n travailler du chef de famille.\n    Marianne remonta au premier dans la salle commune. Elle retira de la botte\n son violon, et se mit à jouer en sourdine une mélodie à elle qu'elle avait com-\n posée sans jamais la noter, lui donnant un rythme et des variations conformes\n à sa fantaisie ou à ses dispositions du moment.\n    Céline passa à la recherche d'un écheveau de laine pour achever un ouvrage\n commencé.\n    Sans cesser de jouer, Marianne dit :\n    — Tu sais, je n'épouserai pas Albert. Papa le lui dira, ce soir, cordia-\n lement.\n"}, {"page_pdf": 790, "page_imprimee": 657, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3207, "texte": "                                UNE VIRTUOSE                                  657\n\n   Les deux sœurs se regardèrent et la plus jeune voulut parler. Mais Marianne\nélargissant son coup d'archet, reprit le thème de la mélodie avec plus de force.\nElle vit seulement que sa sœur avait pâli, ce qui n'était pas accoutumé à ses\njoues. Ce ne fut que le saisissement de la nouvelle imprévue, car Céline aus-\nsitôt se remit à vaquer au ménage, paisible et diligente.\n   Ayant cessé de jouer, Marianne la rejoignit et voulut l'aider. .\n   Comme les deux sœurs mettaient la nappe du repas sur la table, l'aînée\ndit à mi-voix :\n   — N'en dis rien à maman. Il est inutile de la troubler en ce moment. Et\npuis bientôt il n'y aura guère grand'chose de changé pour elle. Albert sera\ntout de même son gendre et j'en serai très heureuse...\n   Cette fois Céline rougit et voulut protester, mais déjà la jeune fille avait\nfui, dégringolant les escaliers. Elle prit à la penderie son chapeau canotier,\ns'en coiffa, et sortit pour aller chercher à l'école sa petite sœur.\n   Tandis qu'elle la ramenait par les rues bruyantes où grouillait toute l'ani-\nmation de midi, elle croisa Truffon qui revenait de son bureau de la place\nSommeville. Le jeune homme marchait vite, un peu voûté des épaules, mais\nla tête levée et les yeux fureteurs sous le binocle. Quand il aperçut Marianne,\nil enleva son feutre mou et la brise agita les mèches rebelles de sa coiffure.\n   Elle s'arrêta pour lui tendre la main.\n   — On répète ce soir. Vous n'avez pas oublié ?\n   — J'y songe, et je m'y prépare depuis huit jours, dit-il. J'espère n'être pas\nindigne de vous.\n   — Vous savez bien que vous avez dix fois plus de talent que moi.\n   Il protesta avec véhémence. Autour d'eux, la place Verte s'emplissait de\nrumeurs et de cris. Des polissons s'enfuyaient pourchassés par un agent de\npolice préposé à la surveillance du maigre square. Des paysannes se faisaient\nbousculer au sortir d'un magasin dont les vitrines étalaient tous, les objets\nutiles en un divertissant pêle-mêle. Un tram électrique ronfla, emportant dans\nle vent de son passage des papiers abandonnés au ruisseau.\n   Pourquoi Marianne eut-elle la pensée soudaine de confier à son camarade\nla nouvelle, secrète encore, de la rupture décidée de ses fiançailles ? Coquet-\nterie ou joyeuse expansion ? Elle eût été embarrassée de s'en rendre compte\nelle-même. Elle savait que Truffon n'aimait pas Albert qu'il méprisait comme\nartiste, à cause de son incompétence musicale. Mais il ne l'avait jamais\nblâmée autrement que par son silence. Elle dit néanmoins :\n   — Ce soir, Albert ne sera plus mon fiancé. J'y renonce avec l'assentiment\nde mon père.\n   Truffon s'empara avec violence de la main de la jeune fille et la secoua\ntrès fort :\n   — Sapristi, comme vous avez raison, balbutia-t-il..\n   Et il reprit brusquement son chemin. Marianne qui se dirigeait, avec la\npetite vers la rue du Collège, ne vit point que l'allure du jeune homme avait\nchangé. Il marchait vite encore, mais sa taille s'était redressée. Il portait la\ntêle plus haut que jamais et ses yeux suivaient quelque chimère invisible. Il\nheurta des passants qui l'injurièrent et faillit se faire écraser par une charrette\n"}, {"page_pdf": 791, "page_imprimee": 658, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3137, "texte": " 658                               DURENDAL\n\n\n  qui n'allait qu'au pas. Son esprit s'envolait d'emblée aux espoirs les plus fous.\n  Il n'était plus un petit employé sans avenir, à 1,800 francs d'appointement.\n  Il était un grand artiste ; on voyait aux affiches, sur les murs bariolés, se\n détacher son 'nom en lettres rouges : FRANÇOIS T R U F F O N , et aussi sa\n photographie, aux vitrines des éditeurs, en habit avec des croix diverses aux\n revers. Cependant, c'était un modeste, moins confiant en lui-même que ne le\n méritait son talent. Un souffle inconnu avait passé sur lui, ce souffle brûlant\n comparable au vent qui, sur les côtes, vient de la terre certains jours d'été,\n dont la caresse tiède et parfumée d'abord ne tarde pas à devenir torride et\n desséchante; souffle de l'amour impossible et désespérément convoité.\n     Truffon arriva le soir rue du Collège, à une heure insolite. D'habitude les\n répétitions de musique d'ensemble ne commençaient pas avant neuf heures.\n On se donnait rendez-vous, il est vrai, pour huit heures et demie, mais en\n vertu de l'usage courant à Verviers, où une heure convenue se prend au\n moins avec trente minutes de retard, il était anormal d'arriver à cette heure-là.\n Lorsque le jeune homme, son violoncelle voilé sous le bras, entra, la famille\n Lamboreux fut surprise et comme gênée par sa venue. Albert Goossens\n n'était pas encore arrivé et le père s'énervait de la communication à lui faire.\n Marianne fat heureuse de la diversion. Elle demeura seule avec Truffon\n dans la salle. Mme Lamboreux mettait coucher sa dernière fille. Les deux\n collégiens étaient sortis pour une réunion quelconque à leur collège de la\n rue de Rome. Auguste Lamboreux descendit pour recevoir dès qu'il sonnerait\n Albert Goossens. Quant à Céline, elle circulait à travers la maison par la\n cuisine et le vestibule, calme en apparence mais en proie à un malaise qu'elle\n n'avait jamais éprouvé.\n     — Quelle heure est-il donc pour que vous soyez déjà là? demanda\n  Marianne.\n     — Oh! il est plus tôt que d'habitude, répondit Truffon en dépouillant son\n instrument de sa gaine d'étoffe. J'espérais vous voir un peu avant la répéti-\n tion et causer avec vous autrement que par l'entremise de la musique.\n     — Pourquoi ? vous n'aimez pas que Mozart et Beethoven soient en tiers\n entre nous ? Vous êtes difficile.\n     — Ohl ce que j'ai à vous dire, j'ai tenté bien des fois de vous l'exprimer en\n jouant, et peut-être ne serez-vous point surprise de ce que mes paroles vou-\n draient préciser.\n     — Vous m'intriguez, fit-elle en riant.\n     — Je ne parlerais point, croyez-le, si je ne vous savais libre; mais mainte-\n nant vous l'êtes complètement, m'avez-vous dit tout à l'heure.\n     — Que voulez-vous dire, monsieur?\n     — Marianne, qui était assise au bord de la table, se leva. Elle avait\n employé à dessein le terme cérémonieux et ne disait plus comme toujours :\n'Truffon.\n     Il poursuivit :\n     — Je vous aime ardemment, Marianne.\n     La jeune fille, debout, le regarda avec effroi. Il était chétif et laid, gau-\n chement appuyé sur son violoncelle à demi découvert, assis sur une chaise et\n"}, {"page_pdf": 792, "page_imprimee": 659, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "                               UNE VIRTUOSE                                  659\n\n\nla regardant de ses yeux brillants, dont le pince-nez atténuait la flamme. Elle\nprononça :\n   — Vous, Truffon? Ah ! je ne me doutais pas...\n    Déjà le pauvre garçon lisait son arrêt dans la surprise de la jeune fille ; il\nse leva simplement, alla déposer contre la muraille son instrument et revint\nvers Marianne. Il baissait un peu la tête et ses mains étaient croisées dans un\ngeste de suprême désillusion.\n    — Alors, je me suis trompé du tout au tout, murmura-t-il, et mon rêve\nétait fou. Vous n'avez pas songé que je vous aimais, que je pouvais vous\naimer, vous n'avez pas, compris que vous réalisiez pour moi l'idéal et la chi-\nmère, et je n'ai été pour vous qu'un partenaire complaisant avec qui vous\nvous accordiez en mesure et en rythme, mais dont l'âme vous demeurait\nétrangère.\n    — Ne dites pas cela, Truffon, fit-elle d'une voix douce. Vous avez été pour\nmoi un frère artiste, un ami compréhensif, un maître aussi qui m'a initiée et\n'améliorée.\n    — Alors, c'est l'homme qui vous a été indifférent ou déplaisant. Le musi-\n cien vous l'accueilliez, vous lui souriiez, vous l'aimiez peut-être, mais le\n pauvre diable d'homme ne valait ni votre amitié ni votre considération. Et\n pourtant, Marianne, l'homme et le musicien se confondent. Si mon âme vous\n a émue, conquise, élevée, la source de son émotion n'est autre que ma per-\n sonnalité souffrante et chétive, mais si vibrante. C'est moi-même que je vous\n offre dans les mélodies que je joue pour vous, que je choisis, que je voudrais\n arracher aux cordes de mon instrument, comme j'arrache le sentiment de\n leur interprétation à mon cœur, pour les jeter à vos pieds, fleurs parfumées\n et sanglantes. Vous m'écoutiez, vous m'approuviez, vous me remerciiez, et je\n pensais que vous ramassiez mes fleurs pour les mettre à votre corsage. Croyez-\n vous que j'eusse osé, sans cela, vous parler clairement aujourd'hui, moi, pauvre\n employé, aspirer à partager votre vie? Non. J'étais soutenu par la conviction\n de cette entente que je sentais exister entre nous. Mon cœur, dont je vous\n révèle en ce moment, malgré moi, la misère et le désespoir, j'avais l'illusion\n folle que vous en connaissiez déjà l'amour profond et immuable.\n    Il dit cela sans regarder la jeune fille, sans éclat de voix, sans geste,\n comme s'il épanchait le trop-plein d'une douleur enfermée dans l'urne de son\n âme. Elle faisait en s'écoulant un bruit lamentab'e et monotone, comme le\n murmure d'une source au fond d'un vallon sans soleil. Il se retourna enfin et\n vit que Marianne pleurait. Tout un moment ils se regardaient sans parler,\n dans une immense pitié d'eux-mêmes.\n    — Pardonnez-moi, dit-elle enfin, je souflre, je souffre de vous comprendre\n et de ne savoir rien dire pour vous réconforter.\n    — Oh, fit-il, ne dites rien. Je sens que vous me plaignez, et qu'à présent\n vous saisissez la sincérité de mon amour. Mais quoi, vous ne pouvez pas le\n  partager, alors...\n    Et reprenant son violoncelle, il acheva de le sortir de la gaine, s'assit\n  et se mit à l'accorder.\n     Marianne eût désiré trouver des mots apaisants et bienfaisants pour cette\n"}, {"page_pdf": 793, "page_imprimee": 660, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": " 660                               DURENDAL\n\n\n douleur dont elle portait en elle l'écho comme une douleur personnelle.\n Sans doute si Truffon avait continué à se plaindre, elle eût lente de panser\n son cœur endolori, comme les femmes savent panser l'homme blessé en pleine\n vigueur et qu'on apporte à leurs mains guérisseuses. Mais Truffon se taisait,\n refusant le maigre don d'une pitié tardive. Marianne ne pouvait lui donner\n autre chose cependant. A mesure que son cœur s'éveillait, elle entrevoyait\n plus nette et plus redoutable la conception inconnue de l'amour. Ses brèves\n fiançailles avec Albert lui avaient révélé ce qu'il entraîne de trouble\n physique et voici que Truffon lui en faisait connaître la manifestation élevée\n et douloureuse.\n    Ni l'un ni l'autre ne lui en inspirait le désir, l'un parce que lui manquait\n la farouche beauté d'une âme pareille à la sienne, l'autre parce que son\n corps chétif et disgracieux semblait une dérision à la grandeur de son âme.\n    Auguste Lamboreux et Albert Goossens pénétrèrent ensemble dans la salle.\n Le jeune homme s'avança vers Marianne, lui tendit la main et dit sans\n embarras :\n    — Bonsoir, Marianne, et merci de votre franchise. Demeurons bons amis,\n maintenant que le malentendu s'est éclairci.\n    Elle lui serra la main avec cordialité, bien qu'un peu surprise de son\n aisance.\n    — Hé bien! fit le père Lamboreux, on va faire de la musique, j'espère;\n voyons, nous avons un trio...\n    Il avait dépouillé son inquiétude et revenait à son exubérance coutumière :\n    — Qui tiendra le piano? cria-t-il. Veux-tu, la mère?\n    Madame Lamboreux venait d'entrer. Elle avait une santé vigoureuse et ne\n souffrait point de son état.\n    — Volontiers, dit-elle. Seulement vous serez indulgents. Je n'ai plus mes\ndoigts d'autrefois.\n    Il y avait un accord tacite pour ne pas réclamer le concours de Céline.\n La mère aussi avait été mise dans la confidence.\n    — Mademoiselle Céline n'est pas souffrante ? demanda Albert, que tous ces\npréparatifs musicaux effrayaient un peu?\n   — Non, non, Céline n'est jamais souffrante, c'est une santé superbe.\n    Et ouvrant la porte, le père cria : Céline, Céline !\n   — Voilà, fit une voix rieuse, il faut accompagner?\n    — Non, non, dit le père, nous sommes au complet et puis il faut\nbien que nous ayons un public. Assieds-toi près d'Albert; vous serez\nl'auditoire et il vous est permis d'applaudir. Voyons, y sommes-nous? Je\n bats la mesure.\n   Il avait pris une partition qu'il assujettit sur un haut pupitre, et, saisissant\nune règle, il dessina dans l'air un geste immense.\n   — Je suis un auditeur bien profane, mademoiselle, dit Albert en s'asseyant\nà côté de la sœur cadette.\n   — Hé, monsieur, ce serait malheureux que tout le monde fût virtuose.\nJ'aime la musique, mais je n'ai pas le feu sacré, comme on dit.\n   — Alors, on peut causer ?\n"}, {"page_pdf": 794, "page_imprimee": 661, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "                               UNE VIRTUOSE                                661\n\n   — Mais, naturellement.\n   Ainsi les deux jeunes gens s'accordaient déjà en une entente faite de\nconcessions réciproques.\n   Bientôt la chambre s'emplit d'une cadence entraînante. Les murs s'harmo-\nnisaient avec l'entrain des musiciens, et des rythmes éteints se ranimaient\ndans l'ombre comme des papillons engourdis, réchauffés par la flamme\nnouvelle d'un foyer ouvert. Au-dessus du piano, placé au fond contre le mur,\nun masque de Beethoven blafard et les yeux clos semblait l'icône vers où\nmontait la musique en une fumée d'encens. Entre les deux fenêtres aux rideaux\nbaissés, un portrait de vieillard souriait, faisant pendant à celui d'une\nvieille dame en atours de dimanche au-dessus de la porte. La table avait été\nreculée jusque contre le mur opposé à celui où était adossé le piano, et le\ndouble pupitre qui servait à Marianne et à Truffon recevait toute la lumière\nde la lampe suspendue.\n   Le père Lamboreux était placé dans le coin du côté de la porte, un peu en\nretrait, de façon à être vu par les trois exécutants. Albert et Céline étaient\nassis contre la table. Ainsi le chef de famille embrassait du regard toute la\nchambre et tandis que son dilettantisme s'épanouissait à la bonne\nexécution du trio dont il battait la mesure, son esprit se reposait dans la\ncontemplation de ceux qui lui tenaient au cœur.\n   — Allons, songea-t-il, en voyant Céline et Albert causer à voix basse\ndans leur coin, ma famille s'étend et voilà un rameau sur sa forte souche.\nCes deux-là seront heureux et prospéreront. Ils ont un bon sens pratique,\nune vision calme et sérieuse des choses. Leur vie se déroulera sans heurts,\ncomme sans exigences.\n   Sous la lumière de la lampe, les cheveux de Marianne s'auréolaient de\npoussières d'or et son teint délicat était frais comme les pétales des premières\nroses. On n'apercevait point la lueur de ses yeux, dérobée sous les paupières\nmi-closes qui ne s'ouvraient que pour s'assurer des notes sur la partition\nqu'elle jouait de mémoire. En face d'elle, Truffon se courbait sur son\ninstrument dont jamais la voix n'avait été plus persuasive et plus vibrante.\nLe pupitre le dissimulait complètement au regard de la jeune fille. Le\npère Lamboreux écouta la tierce du violon et du violoncelle qui luttaient\nd'émotion.\n   — Marianne, pensa-t-il, incarne l'âme artiste de la famille. C'est vrai que\nnous avons un patrimoine commun d'art et d'harmonie. Mon père aussi\nétait musicien et ma mère chantait des airs si doux que ma turbulence\nd'enfant s'arrêtait pour les écouter comme en extase. Et eux-mêmes, de leurs\nparents avaient pris le goût de la musique. Marianne en a hérité plus qu'une\nautre, plus que moi-même. C'est la fleur de notre race. J'en suis fier. Mais\nque lui réserve l'avenir?...\n   Il continua longtemps de songer à sa fille aînée, tandis que la mélodie\nattendrissait son âme. L'avenir était incertain. Il devinait sans les connaître\nles troubles par où passaient déjà l'impressionnable et fine nature de la jeune\nfille. Il ne savait pas que l'amour s'était révélé à elle par son messager\npréféré, la douleur. Il ne se rendait pas compte du goût voluptueux et amer\n"}, {"page_pdf": 795, "page_imprimee": 662, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 968, "texte": "662                                DURENDAL\n\n\nque cette révélation avait laissé dans l'âme ardente et forte de Marianne, le\ngoût d'aimer, la volupté de souffrir.\n   C'est pourquoi il souriait à l'interprétation n u a n c é e et vibrante de la page\nimmortelle. Il voyait aussi près de lui sa femme, qui s'évertuait à ne point\ntrahir 1rs difficultés de la partition et qui portait en elle le fruit d'une\naffection profonde et loyale. E t L a m b o r e u x remercia Dieu de cette intimité\nfamiliale, de cette beauté harmonieuse dont la chambre était pleine. Il\nmettait d a n s sa reconnaissance l'élan de son émoi personnel et souriant.\nMais la vie autour de lui rôdait, moins exclusive. C'était son écho plaintif,\nsonore et haletant que la musique lépercutait, car la douleur, la confiance et\nl'inquiétude e m p r u n t a i e n t tour à tour et à la fois les accents des trois\nvirtuoses.\n\n                                                              HENRI    DAVIGNON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-007", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 663, "page_fin": 665, "titre_corps": "Toussaint rêveuse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Mahutte", "ancre_debut": "Toussaint rêveuse Entre toutes fêtes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 798, "page_imprimee": 663, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1764, "texte": "Toussaint rêveuse\n\n              ENTRE toutes fêtes périodiquement      réapparues, au\n                  cycle coutumier des fêtes, celle-ci garde son\n                  prestige.\n                     Pâques éclaté, après les macérations du\n                  carême, comme un coup de joyeux tonnerre;\n                  mais Pâques associe, de façon peu orthodoxe,\n                  le fumet des viandes et des vins à la gloire de\n                  Christ victorieusement surgi du sépulcre.\n   Noël sonne triomphalement sa fanfare au monde frissonnant\nd'allégresse; mais Noël joint la mangeaille à la magie de son\nnom et, s'il suggère l'étable divine où vagit l'entantelet rédemp-\nteur, il évoque l'irrévérencieuse intrusion des boudinssaignants,\ndes grogs généreux, des puddings appétissants et lourds.\n   Le Jour des morts est pur de ces rapprochements profanes;\nil ne souffre de nulle promiscuité matérialiste; il ne s'apparente\nà nulle idée de festin ; il amène l'intimité, la réflexion, le\nrepliement sur soi, si rares au fort de notre continuelle effusion\nagissante.\n                                   *\n                               *       *\n\n   Au seuil de l'hiver, en la saison indécise où les premiers fri-\nmas argentent les coteaux, où le vent chuinte désespérément\naux cheminées, où le décor prestigieux d'automne s'attriste pro-\ngressivement sous le frigide adieu des soleils apâlis, la Tous-\nsaint nous pénètre par l'obsédante mélopée des cloches, nous\ninvite, indulgente et impérieuse, à commémorer les chers gestes\nde ceux qui ne sont plus.\n  Vous voilà seul dans la chambre close, où les bruits de la rue\nne parviennent qu'amortis; l'heure vespérale tombe; aux encoi-\ngnures des murs et des meubles, s'amasse l'ombre; le plancher\n"}, {"page_pdf": 799, "page_imprimee": 664, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "664                         DURENDAL\n\n\ns'émeut d'un craquement insolite ; les rideaux sont des suaires\nde nuit.\n   La pensée, communément tiraillée par tant de futilités des-\npotiques, se reconquiert un temps, se reporte vers de tendres\nfantômes.\n   C'est une sœur, celle dont le petit cou s'entourait d'un triple\nbourrelet de chair rose et que le croup assassin foudroya... et\nlà-bas, c'est elle, trottant menu, envoyant des baisers à la\nronde.\n   C'est la mère, grande, légèrement voûtée, portant la bonté\ndans le regard. Le dimanche, on s'en allait courir les champs;\nl'on rentrait en l'humble maison, repus d'air et d'espace, rame-\nnant des brassées de genêts... et elle revit sur l'écran du souve-\nnir, à ce point merveilleuse de netteté que les mains se tendent\nvers elle pour la ressaisir.\n   Il semble que, ce jour-là, une puissance inconnue, supérieure\nà nos volitions, chasse de notre esprit les mesquines contin-\ngences, afin d'y laisser se déployer, maîtresse et seule, notre\nactivité sentimentale. Cette puissance balaye les oripeaux du\nmisérable drame que notre cerveau joue quotidiennement; au\nlieu des lâchetés, des vilenies, des calculs fangeux, des intrigues\npestilentielles, elle plante un loyal décor de rêve où les ombres\naimées s'avancent sans rougir, gracieuses, confiantes, nimbées\nde cette délectable tristesse qui magnifie les hôtes de l'Eternité.\n                                    *\n                                *       *\n\n   A ceux que ne touche pas la visite ailée des morts, une autre\névocation demeure, moins réconfortante, moins exquise, mais\npresque fatale.\n   Nos anciens projets avortés, nos illusions d'antan aujourd'hui\nflétries, nos enthousiasmes refroidis au contact du réel, ne\nsont-ce point des morts aussi, et leur rappel ne se caractérise-\nt-il point par une douceur mélancolique et singulière?\n   A mesure que l'homme accomplit sa marche, il laisse derrière\nsoi une série d'images différentes de lui-même et, comme sa\nroute est sinueuse, cahotée entre de hautes montagnes, il\nn'aperçoit pas habituellement ces images. Vienne un hasard\npropice, lui permettant de gravir la côte et de surplomber la\nvallée, il distingue tout d'un coup les diverses effigies dont il\n"}, {"page_pdf": 800, "page_imprimee": 665, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 725, "texte": "                      TOUSSAINT RÊVEUSE                       665\n\n\ns'est dépouillé, qui le suivent du regard. Il s'anime, veut courir\nà elles, mais déjà elles se sont dissipées; et l'angoisse brusque-\nment tenaille l'homme, au spectacle de cette évanescence. Il\ns'est retrouvé seul et, devant lui, le chemin s'allonge.\n\n                               *   *\n\n  Jour des morts! Jour où ils communient avec nous, où\nquelque parcelle de leur être aboli transmigre en notre être\ndouloureusement ravi de leur invisible et irrécusable palpitation.\n  Jour des âmes! Jour où, mêlées aux tourbillons des folioles\nagonisantes, elles s'épandent, erratiques et buissonnières.\n\n                                             FRANZ MAHUTTE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-008", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 666, "page_fin": 674, "titre_corps": "Jean Dominique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Canivet", "ancre_debut": "Jean Dominique Une angélique amère", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 801, "page_imprimee": 666, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "Jean Dominique\n         Une angélique amère, blanche comme son nom,\n         Parfume l'air, le jour, et l'heure et la saison.\n   Et ainsi parle J e a n Dominique, et son livre t o u t entier,\npareil à l'angélique, laisse à jamais son parfum dans le cœur\nqui s'est penché sur lui et a respiré sa grâce inattendue, à la\nfois exquise et sauvage, stridente et douce.\n   U n e grande admiration m'est venue — et une fièvre de la\nfaire partager — à lire ce livre, à découvrir cette « Anémone\ndes Mers », qui est « rose, sanglante et frêle » et qui marie à\nl'odeur sapide de la mer, la tendre et intime odeur du\nbocage.\n   E t je pense à ces mots mélancoliques d'un de nos bons\npoètes : « Il ne faudrait écrire que dans l'inspiration. »\n   J e pense à ces mots à cause de « l'Anémone », car elle s'est\nlevée tout entière et tout entière épanouie au soleil de l'inspi-\nration, et c'est pour cela qu'elle est vivante, et que ses pétales\ntremblent comme des lèvres et se ferment comme des yeux, et\naussi que la rosée dont elle est h u m i d e a la saveur amère et\nbrûlante des larmes.\n   L e s vingt-huit poèmes qui composent ce livre (1) ont l'har-\nmonie, l'unité fervente que donne l'élan divin, la presque incon-\nscience de l'inspiration : ils sont tout issus d'elle, libres,\nspontanés comme elle et, comme elle, frémissants et profonds.\n   E t qui pourrait ne pas en être frappé, à voir l'imagination\ndu poète courir, nue et belle ainsi q u ' u n e h a m a d r y a d c , à\ntravers les bois touffus et les plaines magnifiques de sa pensée.\n   Voyez cette image, d'une aisance si noble, d'une proportion\nsi parfaite :\n        J'aime sa voix qui vient par ses lèvres, et touche\n        L'endroit où, comme un daim, mon cœur saute        farouche.\n\n\n (1) Edité par le Mercure de France, à trois cents exemplaires.\n"}, {"page_pdf": 802, "page_imprimee": 667, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "                         JEAN DOMINIQUE                         667\n\n\n  E t celle-ci, décorative et somptueuse :\n        Ah ! viens, toute la mer à tes pieds s'est couchée\n        Comme un immense paon, aux plumes ondulées,\n        Comme un paon familier, triste et miraculeux.\n  E t cette autre encore, jaillie au plus vif de l'émotion :\n        Car je veux te donner l'amour que j'ai pour toi\n        Et qui tourne en criant comme un oiseau des bois\n        Alentour de ton cœur qui ne l'aperçoit pas!\n    Ce livre est douloureux, d'une douleur qui chante, age-\nnouillée, inépuisablement douce, ardente. Jean D o m i n i q u e me\nsemble être le petit pâtre frêle et gracile, qui met ses deux\nmains à ses lèvres et crie vers l'horizon, pour q u e sa voix lui\nr é p o n d e . . . et dont la voix revient, multipliée et augmentée\npar l'écho. — L e mouvement qui appelle un souvenir, pour\nsurprendre au milieu de l'immobilité attentive la répercussion\nde ce souvenir dans tout l'horizon de la sensibilité, a la même\nélégance ingénue et involontaire.\n    E t la sensibilité de Jean D o m i n i q u e est intarissable et\nfraîche comme la source qui projette, avec un bruit mélan-\ncolique et charmeur, sa spirale d'eau transparente. L ' i m a g e\naussi est innombrable dans son œuvre et souvent subtile,\ndélicate et impondérable au point que l'on se trouve égale-\nment partagé entre le ravissement et l'étonnement. .\n\n        Toi que l'été traverse comme un faon roux qui joue,\n        Mon âme enténébrée aux ombrages profonds,\n        N'as-tu pas vu passer cet essaim triste et blond\n        Des abeilles pendues au vent qui les secoue,\n        Portant sur des milliers d'ailes exténuées\n        Une petite reine immobile et dorée ?...\n        N'as-tu jamais senti cette grâce orpheline\n        Que prend, dès qu'elle est née, la bête qui chemine,\n        Et sais-tu comme bat, tourmenté de délices,\n        Le cœur du faon léger ou l'œil simple des biches?...\n        Mon âme forestière, chaude et pleine de nids,\n        Qui te souviens encor de tant d'oiseaux partis,\n        Ne pourras-tu jamais, par un été brûlant,\n        Suspendre et garder là comme un cœur bourdonnant\n        L'essaim d'ailes dorées portant sa reine d'or\n        Sur ton cœur orphelin, plus triste que la mort?...\n"}, {"page_pdf": 803, "page_imprimee": 668, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "668                           DURENDAL\n\n\n        Ne sauras-tu jamais, des nuits délicieuses\n        Et de l'Eté royal sur la terre marchant,\n        Que l'empreinte allégée par sa fuite amoureuse\n        Du faon roux qui jouait dans l'ombre et dans le vent?.\n\n        Toi que l'hiver encore traversera, mon âme,\n        Puis l'amoureux printemps, fort comme une liane,\n        Saisiras-tu jamais, plus triste que la mort,\n        Cette reine orpheline, petite et toute en or\n        Que mènent au hasard, dans sa corbeille ronde,\n        Mille vibrants désirs qui font le tour du monde?...\n\n\n\n        La mauve rose et blanche et le pois de senteur\n        Ont la forme allégée et frêle du bonheur.\n       Rien n'a de poids dans l'air où l'été bleu miroite\n       Jusque sur l'aile noire de l'hirondelle étroite,\n\n        Et la rose n'est plus qu'un parfum rose et rond\n        Qui remplit le jardin, le mur et l'horizon.\n       Le ciel pâle et vermeil comme une perle vide\n       Du côté du soleil seulement semble vivre ;\n\n        Et dans la mauve rose et le pois de senteur,\n        L'air transparait et coule jusqu'au bord de la fleur.\n        Maintenant j'ai cueilli pour ton pur souvenir,\n        Une mauve et des roses qui vont bientôt mourir,\n        Et la plus douce forme du plus tendre bonheur\n        Déjà se fane un peu, frêle, contre mon cœur.\n\n   Ils sont tout simplement exquis, ces deux poèmes et d'une\nrare et sobre beauté. L e s mots en ont été choisis et assortis, si\nje puis dire, avec cet infaillible instinct des êtres doués, et il\nsemble que le poète les a pris un à un, comme les fils de soie\nd'une broderie, et les a soigneusement mis en œuvre seulement\nlorsque son œil en avait apparié les teintes.\n   L e poème cité en premier lieu est d'une originalité pleine de\ngrâce, d'une irréalité, d'une fantaisie spirituelle fort curieuse,\nqui s'accentue de strophe en strophe pour aboutir à cette finale\nbizarre comme un caprice, émouvante comme un sanglot.\n   L e second poème, décrit d'une manière non moins originale,\n"}, {"page_pdf": 804, "page_imprimee": 669, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "                        JEAN   DOMINIQUE                     669\n\n\nle paysage d'été, parfumé, clair, riant, et il est surprenant de\nvoir ce talent qui semblait tantôt purement cérébral, devenir\nplastique, dessiner les formes, peindre les couleurs, et, même,\nsusciter d'un seul mot la sensation matérielle de la chaleur et\ndu parfum. J'ai transcrit ces deux poèmes qui font contraste;\nen voici un, tout mouillé de larmes, intense comme le velours\nnoir de l'ombre, et où, cependant, la tristesse violente du poète\ns'est revêtue d'une adorable et palpitante tunique de grâce\nsurannée et enfantine :\n\n               Quelque chose comme une viole\n               Grince et gémit tout à l'entour\n               De ma pauvre cervelle folle,\n               Folle des musiques d'amour\n               Que rien au monde ne console...\n\n               Celles que l'on pleure en les chantant,\n               Celles dont on ne sait plus l'air\n               N'ayant retenu que l'accent\n               D'un seul mot long comme un hiver\n               Et maladroit comme un enfant.\n\n               Les musiques du souvenir,\n               Les musettes qui se souviennent !\n               Ah ! sangloter jusqu'à mourir\n               Pour ces chansons bohémiennes,\n               Ah ! sangloter de souvenir!\n               Quelque chose comme un coup droit\n               Dans le cœur chaste et taciturne\n               Qui suivait humblement sa voie\n               Laborieux et sans rancune,\n               Quelque chose de maladroit!...\n\n               Quelque chose qui brûle et chante...\n               C'est une musette d'amour,\n               C'est une viole pleurante\n               Autour de mon âme, toujours,\n               De mon âme qui vient d'Irlande!...\n               Qu'elle chante jusqu'à mourir,\n               Qu'elle commence et recommence,\n               Ah ! pitié, c'est une romance\n               Dont je voulais me souvenir...\n               Me souvenir, et pnis... silence!\n"}, {"page_pdf": 805, "page_imprimee": 670, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "670                         DURENDAL\n\n\n  Se souvenir... toute la vie, tout le parfum de la vie est dans\nce mot.\n   Ecoutez le souvenir du printemps, de l'acacia en fleurs, et du\ncœur qui souffrait :\n\n               La pierre du seuil est brûlante\n               Et le soleil, comme un drap d'or,\n               Chatoie parmi l'herbe mourante\n               Où le paon merveilleux s'endort.\n\n               Dans le bois des acacias\n               Des grappes de papillons meurent\n               Et s'éparpillent sous les pas\n               Tout embaumés de leur odeur.\n\n               Le ciel, comme un lac bleu miroite,\n               L'herbe égale comme un bonheur\n               Soupire une haleine de fleurs,\n               Et l'ombre chaude se dilate.\n\n               Une paix souveraine aligne\n               Les arbres, les bois, les jardins\n               Où chaque jour met chaque signe\n               De la nuit grave et du matin.\n\n                Aujourd'hui la pierre brûlante .\n                Se dore et pâlit comme un cœur\n                Qui souffre de joie et d'attente\n                A cause d'une immense ardeur.\n                Le paon bleu, comme un joyau frêle,\n                Traîne son éventail plié\n                Et l'or aux rayons verts se mêle\n                Dans l'âme mélancolisée.\n\n   L a déesse de l'eurythmie a dû présider à la naissance du\npoète Jean Dominique, car il y a chez lui un tact d'une vraiment\nrare finesse, une musique toujours accordée, une mélodie que\nrien ne trouble — tout vibre par grandes ondulations rythmées\net délicieuses, dans un paysage aux larges et belles lignes.\nSon œil est généreux, et sa main : ils reçoivent et donnent\nlargement, avec le lent mouvement naïvement emphatique des\nenfants.\n   L'art de ce livre m'apparaît certain, et sa vigueur est d'autant\nplus belle, d'être ainsi q u ' u n e colonne sous le pampre, toute\n"}, {"page_pdf": 806, "page_imprimee": 671, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "                           JEAN DOMINIQUE                        671\n\nbougeante d'un feuillage dru aux dentelures délicates. Et j'aime\nce poète, et la sensualité purement spirituelle de son chant, et\nl'aristocratie fière de sa simplicité. J'aime son art qui pénètre\nsans éblouir, qui est riche sans être somptueux, tout en belles\nnuances, à peine posées, réunies et mariées à ravin\n   Je voudrais transcrire ici ce que j'admire le plus en lui — et\nje voudrais tout mettre, car où peut-on s'arrêter? — ces\nrimes sont une joie si facile et si bonne, et leur noblesse est si\névidente.\n   Elles croissent, s'étalent, se recourbent avec une si particu-\nlière et naturelle pompe, qu'elles finissent par dessiner dans\nl'esprit, une feuille d'acanthe à la fois architecturale et jardi-\nnière... — fragile et durable.\n   Il n'y a pas que de la grâce chez Jean Dominique, et vous\navez pu déjà vous en apercevoir, mais lisez ces trois poèmes,\npareils à l'étreinte désespérée du départ et qui éclairent d'un\ntrait ardent et rapide son âme passionnée :\n       Sous les pins parasols le vent et la poussière\n       Ont cessé de tourner et sont tombés à terre\n       Et le soleil ne fait plus d'ombre et plus de joie.\n\n      La mer sombre s'étire en ses mantes de soie\n      Et voici que les herbes frissonnent de sommeil\n      Et qu'en tes yeux chavire toute la nuit du ciel.\n\n      Sous les pins parasols, l'ombre   réfugiée\n      A fini de tourner comme l'heure et le jour :\n      Et c'est là que mon âme, ô Toi, s'est arrêtée...\n\n       C'est là que la douleur et la douceur     d'amour,\n       O Toi, se sont mêlées comme la nuit au jour\n       Pour être, sous tes pas silencieux,   foulées.\n\n       O Toi, c'est pour t'aimer que mon âme demeure\n       Immobile et plus triste que le vent et que l'heure\n       Suspendus sous les pins où, la mer a chanté...\n\n       O Toi, pour la douleur,   la douceur de t'aimer !\n\n\n\n       Un oiseau, puis un autre, puis le vent du printemps\n       Etourdissent mon cœur d'un triste       enchantement...\n       Mais toi, fais la lumière en cette ombre mortelle.\n"}, {"page_pdf": 807, "page_imprimee": 672, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1738, "texte": "672                          DURENDAL\n\n\n      Mais toi, fais que dans l'ombre où j'épiais ton pas,\n      Humble comme le sable où frêle tu passas,\n      Je reste environné d'une gloire éternelle.\n\n      Que je sois comme un pauvre touché d'une légende\n      Venu sous les grands pins d'une rive qu'enchante\n      Le sourire immortel d'une petite fée.\n\n      Donne tes dons charmants, ta joue pâle et rosée,\n      Ta bouche qui respire et brille de rosée\n      Et la magique enfance de tes candides yeux.\n\n      Ah ! viens, toute la mer à tes pieds s'est couchée\n      Comme un immense paon aux plumes ondulées,\n      Comme un paon familier, triste et miraculeux.\n\n      Donne-moi ta douceur pour ma douleur sacrée,\n      Donne ton souffle frêle et la longue pensée\n\n      Qui des bords de tes yeux glisse jusqu'à la mer...\n\n      Un oiseau, puis le vent passent dans les pins verts.\n\n\n\n\n      Dors plus près de mon cœur, ô mon chétif amour,\n      Voici le temps qui vient, voici le pauvre jour\n      Où je vais détacher mon malheur immortel\n      De ton sourire bleu qui flotte comme un ciel...\n\n      Mais dors près de mon cœur, ô toi faible, et qui penches\n      Comme le soir auprès des fontaines taries\n      D'éphémères couronnes d'ombres noires et blanches\n      Dansant sur les gazons de la mélancolie...\n\n      C'est le soir et voici que mon chétif amour\n      S'endort dans ma douleur immortelle et secrète,\n      C'est le soir et voici que c'est le dernier jour ;\n      Et j'embrasse tes yeux comme des violettes.\n\n      Car tu meurs dans mon cœur, ô mon amour si doux\n      Que j'ai trop épuisé d'immortelles tendresses,\n      Et maintenant le soir qui frôle mes genoux\n      Est entré dans ce cœur où pleuraient les ivresses.\n"}, {"page_pdf": 808, "page_imprimee": 673, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "                        JEAN DOMINIQUE                       673\n\n\n      Car le temps est venu, et c'est le pauvre jour\n      Où tu dors appuyé à la porte du ciel,\n      O toi faible et divin et meilleur que le miel!\n      Mais tu n'entreras plus, ô mon chétif amour !...\n\n  L e don de poésie brûle en ces strophes et les illumine de sa\nhaute flamme blanche et rouge, il brûle et touche comme d'une\ngrâce de divination le lecteur profane et lui révèle le sens\nprofond de mots à tournure bénigne, obscures cendrillons, que\nleur fée marraine, transforme d'un coup magique, en petites\nreines aimées.\n\n      Dans la nuit et l'automne, après cette journée,\n      Une âme rose et triste comme une feuille au vent\n      Répand, vive et troublée, une odeur de printemps.\n\n      Elle est comme une rose et pleine de rosée,\n      Elle est comme l'automne et ses feuilles de sang;\n      Et comme l'hirondelle en voyage, criant !\n\n      Elle rêve à la nuit salutaire et profonde\n      Qui coule comme une eau où se noierait le monde;\n      Et dans le grand déluge elle est comme une fleur.\n\n      Elle est seule et navigue au large du malheur\n      Comme une arche odorante où naîtront des colombes\n      Quand le déluge noir aura couvert le monde.\n\n       Et sa mélancolie est assise à l'avant,\n       Qui gouverne et se tait et cherche dans le vent\n       L'odeur des roses avec leur souvenir poignant.\n\n   On ne pourrait trouver plus de sobriété dans la forme, et\ncependant à qu'elle puissance d'expression elle aboutit !\n   Jean Dominique a les grandes vertus auxquelles aspirent nos\nmodernes poètes : la simplicité, la sincérité, le naturel enfin !\n   E t elle est bien moderne, sa poésie, elle est bien neuve, née\nde l'époque et d'elle-même, tout près de nous, tout à lui ; ses\nracines puisent leur sève effervescente et limpide aux sources\nde sa propre vie, et seulement à celles-là.\n   J e n'ai parlé, je m'en rends compte un peu tard, que de\nl'inspiration, mais pourquoi immobiliser pour une longue\nanalyse, les caressantes mains souples et lègères qui jouent avec\nune adresse si merveilleuse et tant de douceur.\n"}, {"page_pdf": 809, "page_imprimee": 674, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1038, "texte": "674                          DURENDAL\n\n\n   Comme tous les poètes dont la personnalité est fixée, Jean\nDominique a des mots qui lui sont chers, et qu'il berce à travers\ntous ses poèmes avec une obstinée tendresse, toujours active et\nsans cesse vivifiée. Ils sont l'habituel entourage de la pensée du\npoète, il s'en sert comme le peintre se sert d'une couleur préférée,\nd'une touche reconnue pour sienne. Il trace le mot qui a sa\nprédilection, et il se fait que ce mot a une atmosphère à lui,\nhumide, tiède, moelleuse, tout imbibée de lumière et traversée\nde rayons !... H a l o de la perle, ombre des pins, parfum de la\nrose, légèreté de la plume, et plumage du paon... Ils sont là,\ntous ces trésors de souvenir et d'intimité, que souvent le poète\ndécouvre; et dont lui-même reste ébloui et délicieusement souf-\nfrant... ils sont là, et leur auréole qui ne s'éteint pas, couronne\nd'un cercle d'or pur et d'argent fin, la guirlande qu'il a tressée en\nses vingt-huit poèmes.\n\n                                              HÉLÈNE    GANIVET,\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-009", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 675, "page_fin": 679, "titre_corps": "La Sculpture italienne du XIVe siècle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "La Sculpture italienne du XIV siècle Nous avons dit", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 810, "page_imprimee": 675, "debut_caractere": 74, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "La Sculpture italienne du XIV siècle\n                   Nous avons dit dans un précédent article, au sujet du troisième\n                     volume de la Storia dell' Arte italiana, de M. A. Venturi (1),\n                     les preuves nouvelles que l'éminent historien avait\n                     apportées de l'origine méridionale, très contestée, jusqu'ici,\n                     de Niccola Pisano. Une partie des documents témoignait,\n                     pourtant, en faveur de cette hypothèse, mais bien davan-\n                     tage encore, l'œuvre initiale du maître à Pise : la chaire du\n                     Baptistère, dont les rapports d'inspiration avec les ouvrages\n                     de l'école dite impériale, conservés en Apulie et en Cam-\n panie, sont évidents.\n    Le quatrième volume de la Storia (2), que le grand éditeur milanais Hoepli\n vient de livrer au public, et qui est consacré tout entier à l'étude de la sculp-\n ture italienne du Trecenio, s'ouvre par la suite de l'examen de l'œuvre de Nic-\n cola. C'est à Sienne que se continua sa carrière, mais elle ne se poursuit point\n sans poser devant nous des questions d'une solution difficile : Comment expli-\n quer qu'un artiste, si imbu de l'antiquité qu'à Pise il fait apparaître la Vierge,\nles saintes femmes et les apôtres sous les traits de divinités, de philosophes\nou de héros païens, ait subi, en l'espace de six années, la transformation vrai-\n ment foncière que les reliefs de la chaire de Sienne révèlent ? Le choix des\nscènes représentées, Nativité, Annonciation, etc., est à peu près identique, mais\nl'orientation de la conception générale a totalement changé : à Pise, majesté\nfroide et distante; le sculpteur semble dominé par la pensée que ce sont les\nfastes d'un Dieu qu'il retrace, un Dieu imperturbable qui, de la crèche à la\ncroix, passe au milieu de personnages d'une impassibilité stoïque. A Sienne,\nau contraire, le vieil artiste a découvert, dirait-on, la véritable signification\ndes épisodes que son génie incarne, et qu'ils sont tout de tendresse, d'amour,\nde joie nouvelle... C'est l'Evangile, enfin! Peut-être pourrait-on supposer, si\nl'on n'admet point d'influences plus extérieures, que le long séjour de Niccola\nen Toscane, son rapprochement du foyer ardent de l'idéal franciscain, agis-\nsant sur son esprit, lui aurait fait laisser, comme un vêtement d'emprunt, les\nformes antiques avec lesquelles il était venu de l'Apulie?... \" A Pise, écrit\nM. Venturi, Niccola avait établi avec une force prodigieuse le principe de\nl'imitation de l'antique; à Sienne, il accomplit une œuvre bien plus grande,\nen s'appliquant à surprendre la nature et à peindre l'âme humaine... \"\n\n  (1) V. Durendal, mars 1906.\n  (2) STORIA DELL' ARTE ITALIANA. — IV. La scultura del Trecenio, un vol. de 970 pages,\nillustré de 802 phototypies. Hoepli, Milano.\n"}, {"page_pdf": 811, "page_imprimee": 676, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "676                                 DURENDAL\n\n\n\n    Ce n'est pas à dire, d'ailleurs, que certaines figures, à Sienne, ne soient\n encore de physionomie grecque ou romaine, mais, au moins, ne paraissent-\n elles plus jouer avec indifférence un rôle dans un drame ou un mystère dont\n le sens leur serait étranger. Les reproductions parallèles de la Nativité et de\n la Crucifixion à Pise et à Sienne, qui illustrent le texte de M. Venturi, font\n saillir le contraste éclatant des deux œuvres. L'intervention des aides de\n Niccola, son fils Giovanni et Arnolfo di Cambio rendrait en partie raison,\n aux yeux de l'excellent historien, de ce phénomène. On songe, cependant, que\n Giovanni était bien jeune, alors, pour avoir eu une part vraiment importante\n à l'élaboration de l'œuvre, et, en tout cas, l'évolution se marquant avec inten-\n sité, également, dans les reliefs attribués par M. Venturi à Niccola, on ne\n saurait douter que celui-ci en fut le promoteur : le plan et l'ordonnance de la\n chaire lui appartinrent, comme aussi le modelé des esquisses d'après lesquelles\n ses collaborateurs travaillèrent.\n « L'origine des caractéristiques primitives de l'art de Niccola est connue,\n mais celle de la bifurcation de sa manière, si l'on peut dire, à Sienne, reste\nobscure. La, fréquentation, peut-être, des artistes issus des écoles lombardes\nou allemandes qu'il avait rencontrés à Lucques et à Sienne? Nombre de\n figures, il faut le remarquer, ont dans l'œuvre propre de Giovanni Pisano, une\nallure et une accentuation germaniques et c'est en Allemagne, à Strasbourg,\n par exemple, que l'on peut trouver des sculptures contemporaines d'une ten-\n dance aussi pathétique que les siennes. Dès Sienne, à 16 ou 17 ans, aurait-il\n réagi sur l'art de son père? Ou faut-il croire que tous deux, l'un avec la\n modération, l'autre avec l'enthousiasme de son âge auraient subi la même\n contagion, se seraient épris à la fois de réalisme et d'expression vive par leur\n contact avec de maladroits mais sincères artisans descendus du Nord?\n    Ce que Giovanni vise avant tout c'est la vigueur dramatique; il est violent et\nconfus, mais d'une puissance impressionnante, d'une intensité de vie qui\nsaisit et retient. L'agitation de ses personnages est, parfois, presque convul-\nsive, mais ils vivent, ils souffrent, ils émeuvent.\n    Les trois artistes qui ont reçu la qualification de Pisano, Niccola, Giovanni et\nAndrea, ont tracé, chacun, un sillon différent dans le domaine de la sculpture\n italienne. Niccola fut, dans l'Italie centrale, l'émissaire de l'antiquité; Giovanni,\ncelui du réalisme ; quant à Andrea, il dresse devant nous, dans sa Porte du\n Baptistère, la première œuvre véritablement florentine du temps, toute grâce,\n toute finesse, et sur laquelle semble luire un rayon de la simplicité et de l'eu-\n rythmie grecques.\n    Andréa Pisano inaugure, par cet ouvrage magnifique, les travaux de l'école\n florentine; mais en ce XIVe siècle, c'est la peinture qui domine à Florence,\n sous l'impulsion de Giotto, tellement que la conception giottesque finit par\n s'imposer à la sculpture même et que Orcagna, dans son tabernacle d'Or,\n S. Michele en est tout pénétré. L'exécution des reliefs du campanile que\n l'on a voulu attribuer à Giotto ne lui appartient évidemment pas, mais,\n'seulement, la conception vigoureuse et laconique de ce cycle d'images\n merveilleuses. C'est Andréa qui donna la forme plastique aux figures des-\nsinées par le grand peintre, car quel que soit le génie d'un homme, il n'est\n"}, {"page_pdf": 812, "page_imprimee": 677, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "              LA SCULPTURE ITALIENNE AU XIV e SIÈCLE                         677\n\n\n pas vraisemblable qu'il acquierre dans la vieillesse, à 60 ans, et au degré qui\n apparaît là, l'habileté technique d'un art qu'il n'a jamais pratiqué.\n    La question de la collaboration d'Andrea à la sculpture des piliers du Dôme\n d'Orvieto, dont il fut capomaestro en 1347, a été très controversée; des analogies\n frappantes entre certains des reliefs du pilier de la Vie du Christ et ceux de la\n Porte du Baptistère permettaient d'opiner pour l'affirmative: M. Venturi reven-\n dique toute cette œuvre pour Maitani, sous la direction duquel elle aurait\n été terminée en 1330, les similitudes auxquelles nous faisons allusion plus\n haut provenant de ce que, parmi ses collaborateurs, se trouvaient nombre\n d'artistes florentins disciples d'Andrea Pisano. L'opinion de M. Venturi, très\n rationnelle, s'appuie, au surplus, sur des documents dont on peut inférer\n qu'à l'époque de la venue à Orvieto d'Andrea Pisano et, plus tard, d'Orcagna\n toute la partie inférieure de la cathédrale était parachevée.\n    La sculpture florentine dans la seconde partie du XIVe siècle est repré-\n sentée, principalement, par Orcagna, peintre à la fois, et peintre séduisant\n dans sa fresque du Paradis de S. Maria Novella. La disparate avec son œuvre\nsculptée, le Tabernacle d'Or, S. Michèle, dont les reliefs paraissent froids et\ndurs, est étonnante, et l'impression de ce dernier ouvrage, si brillant qu'il soit,\nest encore amoindrie si l'on évoque les prestiges essentiellement florentins des\nreliefs d'Andrea Pisano : il y manque on ne sait quoi, le rayonnement de\nl'invention, la flamme, la joie nerveuse que l'on sent palpiter dans les œuvres\nvraiment inspirées. Et la sensation que l'on reçoit de l'étude du tabernacle\nrépond bien à la définition que M. Venturi, très élogieux, pourtant, à l'égard\nd'Orcagna, donne de l'art de celui-ci lorsqu'il écrit que « ce n'était pas un\nmaître inquiet, tendant toujours à de nouvelles entreprises, mais plutôt expé-\nrimenté, ferme et laborieux ».\n   Dans son Histoire de la Sculpture florentine (I, 154), M. Reymond, obsédé\npar le sentiment où il est que la sculpture italienne a été toujours à la remorque\nde la sculpture française, assure, à propos de la Mort de la Vierge, représentée\npar Orcagna sur son tabernacle, que « ce sujet paraît ici pour la première fois\ndans l'art italien ». Or cet épisode était, dans la tradition iconographique\nitalienne, avec toutes les particularités reproduites par Orcagna, depuis\nl'époque byzantine. Il faut bien constater que la-thèse qui domine l'ouvrage\nde l'écrivain français l'entraîne à d'étranges inconséquences. Il est dans le\ndomaine du doute ; on ne saurait presque y dire un mot sans le mitiger d'une\nrestriction, et cependant il prodigue les paroles péremptoires : « L'excep-\ntionnel développement de l'art dramatique, que nous trouvons dans les\nœuvres de Giovanni Pisano, écrit-il (I, 94), est une manifestation non dou-\nteuse de l'art gothique, c'est-à-dire de l'art fiançais. Mais cette forme d'art,\nqui apparaît à Pise pendant quelques années, au début du XIVe siècle, ne\nreprésente déjà plus l'esprit général de l'art chrétien à cette époque. Giovanni\nretarde sur l'école française et il n'aura pas de disciples en Italie... L'école\nflorentine suivra, en effet, sous la direction d'Andrea Pisano, une voie\ndifférente, plus conforme au mouvement même de l'école française au.\nXIVe siècle. »\n   Et plus loin (p. 144) : \" Si Andrea Pisano n'a pas voyagé en France, au\n"}, {"page_pdf": 813, "page_imprimee": 678, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3510, "texte": "678                                DURENDAL\n\n\n\nmoins est-il certain (?) qu'il était très au courant de l'art de Chartres, de Paris\net d'Amiens. »\n   Que sont-cc là que des assertions vagues et générales, destituées forcément\nde preuves et qui, si on les presse un peu, surabondent en contradictions?\nSans aller au fond et chercher les œuvres françaises qui pourraient avoir\ninfluencé l'art de Giovanni ou d'Andréa, on pourrait objecter, que si réelle-\nment ce dernier s'est inspiré, dans la Porte du Baptistère, datée de 1330, des\nsculptures de Chartres, de Paris et d'Amiens, exécutées en grande partie au\nXIIIe siècle, on a peine à comprendre qu'il puisse être représenté comme\nayant, mieux que Giovanni, répercuté « le mouvement de l'Ecole française\ndu XIVe siècle ». Et, d'autre part, comment Giovanni, disparu au début du\nXIVe siècle, en 1311, aurait-il pu refléter une évolution que l'art français n'a\nsubie que dans le cours de ce même siècle ?\n   En somme, si l'on rapproche les opinions énoncées sur cette question par\nM. Reymond dans son Histoire, on aboutit à cette conclusion déconcertante\nque les trois Pisani, Niccola, Giovanni et Andrea, si profondément dissem-\nblables de génie et d'inspiration, ont emprunté les tendances divergentes de\nleur art à une source unique : la sculpture française du XIIIe siècle !\n   Dans l'ordre de la pensée comme dans l'ordre matériel, rien ne surgit qui ne\nprovienne ou ne dérive d'ailleurs. L'intellectualité des peuples n'est pas formée\nautrement que celle des individus; et il est assez clair que si notre pensée\npersonnelle est en proportion de notre puissance cérébrale, elle doit beaucoup,\nimmédiatemeut même, â la pensée des autres, c'est-à-dire que notre intellec-\ntualité est faite des expériences de notre vie, de nos travaux et de l'incessante\ncombinaison de notre pensée avec celle du temps passé et du nôtre.\n   Les influences réciproques de pays à pays s'exercent donc comme celles\nd'homme à homme, et le premier mouvement de l'historien devant une école\n d'art est de chercher ses antécédents et l'école préexistante à laquelle elle\npourrait se rattacher. Mais, en Italie comme en Fiance, des œuvres tout à la\nfois issues de l'art byzantin et affranchies du joug de ses formules ont surgi\nvers la fin du XIIe siècle. Plus tard, les influences germaniques répandues en\nLombardie débordèrent sur l'Italie centrale, où elles se heurtèrent, puis se\nconfondirent avec celles, d'accentuation antique, provenues du midi de la\nPéninsule. Il apparaît ainsi que le développement normal de la sculpture ita-\nlienne n'a eu, à aucun moment, besoin du stimulant de la sculpture française,\nparmi les œuvres de laquelle on chercherait vainement, du reste, l'équivalent\n des inclinations antiques de Niccola Pisano ou de la violence pathétique de\n Giovanni.\n    La naturelle progression d'une école d'art est de passer des essais timides\n de l'origine, de l'imitation plus ou moins servile ou hardie des œuvres\n anciennes conservées dans le pays ou reçues du dehors, à une émancipation\n de plus en plus grande: l'artiste, à force d'avoir reproduit un modèle, à force\n de tentatives pour formuler sa pensée à l'aide d'images créées par d'autres,\n est devenu plus habile et plus entreprenant ; il a saisi les lois de son art, et\n alors il s'aventure à lever les yeux de dessus les modèles, pour regarder direc-\n tement la vie, les choses et les êtres, dans l'ambition d'essayer de les repré-\n senter par lui-même, sans truchement et sans intermédiaire. Ses figures\n"}, {"page_pdf": 814, "page_imprimee": 679, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "              LA SCULPTURE ITALIENNE AU XIV e SIÈCLE                            679\n\n\ndeviennent moins sommaires, parce que ses modèles ne sont plus comme des\ncontours qu'il doit suivre et copier, mais comme des corps animés et en mou-\nvement qu'il doit fixer, en montrant qu'ils vivent. Le désir ainsi s'accroît en\nlui de rivaliser avec la nature elle-même, et il va en quête de la vérité, comme\nNiccola Pisano, ou de l'intensité, comme Giovanni.\n   Ces résultats acquis par les initiateurs, leurs successeurs voudront aller\nplus loin ; ils garderont la vérité, mais ils s'efforceront en même temps vers\nl'élégance, la grâce, vers la perfection des proportions et des lignes, à la\nmanière d'Andrea Pisano.\n   Et, par une succession de phases presque inévitable, l'école passe du\nsimple au grand, du grand à l'expressif et au raffiné, de sorte que, chacun\nvoulant ajouter à l'œuvre de ses prédécesseurs, on aboutit finalement à la\nsurcharge, à l'emphase et à la fioriture — à moins que la décadence ne\nsoit brusquement entravée par quelque brusque déviation de l'idéal\nesthétique.\n   Le XIVe siècle fut, pour l'art italien et particulièrement florentin, une période\nde prodigieuse activité. Les principaux monuments de Florence étaient en\nvoie d'achèvement ou de construction, le Dôme, le Palais-Vieux, le Palais\ndu Podestat (Bargello), S. Croce, S. Maria Novella, Or S. Michèle; les\nœuvres abondaient... Cependant, dans la sculpture comme dans la peinture,\nla fin du siècle est marquée par un fléchissement. L'art que l'on peut appeler\ngiottesque, du nom du grand maître qui lui a donné son inflexion la plus\ndécisive, vient à son déclin. Il a livré tout ce qu'il recelait de possibilités de\nbeauté et tarit entre les mains des derniers disciples de l'école, peintres et\nsculpteurs. Le réalisme, heureusement, apparaît alors; l'art italien est\nramené, encore une fois, au principe de toute beauté : la nature, pour puiser\ndans son contact avec celle-ci les forces de rajeunissement qui s'épanouiront\ndans l'œuvre admirable des grands maîtres duXVesiècle.\n   Le réalisme, issu de l'Allemagne et surtout de la Flandre, descend avec\nles hommes et les œuvres et se conquiert la France et l'Italie : dans le Mila-\nnais où déjà, à l'époque romano-lombarde, ses impulsions s'étaient fait sentir,\nil réapparaît dans les fresques d'Avanzo et d'Altichiero ; à Venise, dans la\nsculpture des frères della Massegne et dans la peinture des Vivarini. A\nFlorence, un artiste brabançon, Pier di Giovanni Tedesco, prend une part\nconsidérable à la décoration sculpturale de la cathédrale : M. Venturi ne\nsemble pas faire grand compte des travaux de ce maître, dont les statues de\nmarbre, au dire de Vasari, qui les attribue erronément, il est vrai, à Andrea\nPisano, « lui acquirent grande réputation parmi les artisans et aussi parmi\ntoute la cité de Florence ». Il fut, en tout cas, au nombre de ceux dont\nl'exemple, selon l'expression de M. Venturi, inclina l'art italien au réalisme,\n« pour y gagner de la force, en y perdant de la grâce ».\n   Le quatrième volume de l'ouvrage monumental de M. Venturi s'arrête au.\nseuil du XVe siècle, à l'heure où « l'art se prépare aux nouvelles conquêtes de\nla vérité et de la vie ». C'est un noble épilogue à l'activité illustre du\nTrecento, dont il nous a tracé le brillant tableau et qui a préparé cet\navènement.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-010", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 680, "page_fin": 683, "titre_corps": "Georges Virrès", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Georges Virrès ALummen En septembre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 815, "page_imprimee": 680, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2007, "texte": "Georges Virrès\n                 ALummen. En septembre. Le bourgmestre qui,\n                 comme vous savez, est le dédoublement admi-\n                 nistratif du romancier Georges Virrès, était\n                 allé présider son conseil communal; solitaire,\n                 je gravis la grande route crayeuse qui mène au\n                 chêne millénaire fêté l'an dernier par la Ligue\n                 des Arbres. L'après-midi était merveilleux de\n                 clarté et de tiédeur. Le soleil baignait d'un\nrayon somptueux les puissantes végétations de chênes, que\ndéjà, de-ci de-là, l'automne avait effleuré de son baiser d'or.\nUne brume opalisée flottait au loin sur les sapinières et leur\ndonnait comme un recul de chose rêvée. Un silence grave et\ndoux planait. De temps en temps seulement une alouette\négrenait ses trilles, une pie claironnait son bref appel criard ;\nau loin, très au loin, gémissait un sifflement de locomotive.\nPrès de l'arbre vénérable en qui monta pendant des siècles la\nsève forte et sauvage de la Terre de Campine, je me suis assis,\ndans son large ombrage, sur un vétusté banc de bois et j'ai lu\nl'Inconnu tragique (1).\n    Ceux qui vivent près de l'intellectualité de Georges Virrès\nsavent que, nul plus que lui, n'est avide de connaître et à même\nde goûter les formes d'art les plus diverses ; sa curiosité est\nsans limites et ses sympathies sont servies par le plus large\néclectisme. Mais quand il s'agit de faire œuvre personnelle et\nde choisir le paysage ou l'humanité, sur qui se posera son obser-\nvation et son rêve, Georges Virrès, avec une pieuse obstination,\ns'enclôt dans sa Campine natale. C'est un particulariste, à la\nfaçon de Mistral, et j'imagine que telles harmonieuses phrases\nde Barrès sur la communion nécessaire de l'écrivain avec « sa\nterre et ses morts » doivent lui entrer dans l'âme comme la plus\n\n  (1) GEORGES VIRRÈS : L'Inconnu tragique. Couverture et vingt-cinq dessins de FRAN-\nÇOIS BEAUCK Bruxelles, Vromant, 1906.\n"}, {"page_pdf": 816, "page_imprimee": 681, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "                        GEORGES VIRRÈS                        68l\n\nexaltante des musiques. Comme Barrès, en présence du\nParthénon, rêve à sa Lorraine, les plus beaux aspects du monde\net les plus troublants ne peuvent induire Virrès qu'en des\ninfidélités passagères et superficielles envers sa Campine. Elle\nest, pour lui, la grande aimée, et, au fond, la seule aimée,\nl'aimée vêtue d'améthyste et de solitude, aux gestes de douceur\net de sérénité, à qui il donna tout son cœur et de qui lui vint\ntout son art. Il juge filialement se devoir à elle tout entier et,.\nen bon chevalier servant de beauté, il voue, à la vêtir d'art,\ntout son talent et toute son âme. Dans son premier livre,\nla Glèbe héroïque, Virrès a ressuscité, dans un cadre romantique,\nla sauvage ruée des paysans de Campine pour la défense, contre\nl'étranger, de leur Foi et de leurs foyers. A l'évocation histo-\nrique succéda l'observation contemporaine. L a Bruyère ardente\nsurprit les rustres de Campine dans leurs gestes d'amour, de\njoie et de douleur, et une atmosphère saturée de l'arome des\n résines baigne la « tragique idylle » de Manus, et de Mina. Puis\n Georges Virrès promena sa vision indulgemment ironique dans\n les petites villes quiètes du Limbourg. Et il fit un roman exquis\net familier — Les Gens de Tiest — ou glissent, dans une lumière\nde demi-teinte, de délicieuses silhouettes provinciales. Et\nautour d'elles, fleurit l'archaïque jardin des préjugés et des\n routines...\n    Georges Virrès avait ainsi fait le tour de « ce qui se voit »\ndans son pays natal; cherchant à faire neuf, préoccupé de\nrendre, sous tous ses aspects, l'âme ancestrale qui, dans sa\nrudesse, ne manque point de complications, il a tenté cette fois\nde surprendre « ce qui ne se voit pas » : les relents d'invisible,\nles poussées de fatalisme, les miasmes de superstition qui se\n mêlent à l'atmosphère croyante de la Campine, tout « l'in-\n connu tragique », en un mot, qui à certaines heures et devant\ntelles catastrophes, met son brumeux reflet dans les yeux des\n hommes et incline d'angoisse vers la terre les échines des\n femmes.\n    Point n'était besoin, pour surprendre et mettre en relief cette\n psychologie des forces ignorées, d'imaginer des intrigues com-\n pliquées et d'extraordinaires péripéties; c'est parmi le déroule-\n ment d'un fait divers journalier dans les campagnes — une\n maladie du bétail — que le Mystère, redoutable Intrus, entre\n en scène. Vader Jas, l'empirique guérisseur, l'apporte du fond\n"}, {"page_pdf": 817, "page_imprimee": 682, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "682                           DURENDAL\n\n\nde son passé énigmatique; il propage le frisson dans le double\nsens de ses paroles, et flotte au bout de ses gestes d'exorcisme ;\nvenu avec Vader Jas on ne sait d'où, il part avec lui, on ne sait\ncomment — dans la flambée nocturne de la chaumière de l'occul-\ntiste, ensevelissant sous ses décombres fumantes « le bonhomme\nqui savait tant de choses ». Mais s'étant éclipsé dramatiquement\navec Vader Jas, le Mystère demeure incarné dans l'Innocent du\nvillage. A l'égal des étables, les demeures sont éprouvées et des\nfilles souffrent de maux bizarres et redoutables. Et conduit\nprès d'elles, à travers les ombres de la nuit, l'Innocent balbutie\ndes mots lointains au pouvoir surnaturel. Mais des lueurs mau-\nvaises luisent en même temps dans ses yeux fuyants ; l'instinct\ndes luxures s'allie à la puissance qui libère. Et d'un geste de\nvolupté et de sang, il dénouera l'idylle de Krélis et de Hanna\nqui serpente en méandres passionnés et douloureux sous le dôme\nangoissant de 1' « Inconnu tragique » :\n    « Et tous sentirent l'éternel mystère qui submerge le monde.\nQuel est celui qui sait? Le jour est plein de nuit. La vie doit\ns'accomplir selon la règle, mais les créatures vont les yeux\nfermés; elles ignorent ce que leurs pas rencontreront. L'enfant\net le vieillard ont des âmes pareilles, confuses et confiantes, tour\nà tour. Le bonheur et le malheur foulent les routes de la terre,\net le premier passe très vite et le second s'attarde. Qui pourrait\ndire où ils se rendent et d'où ils viennent? Il faut attendre... »\n    Le Mystère est partout. Les « rebouteux » et les « innocents »\nsont parfois ses Interprètes. Mais toujours il flotte immatériel,\nautour des pensées et, impalpable, il mène les actions. Il est la\nvoix des morts et le commandement, qui, comme une buée\nmonte de la Terre. Il est « l'aveugle force ». Il met aux prises,\ndans une nuit de malédiction, la jalousie de Joost et de Feel.\n Et c'est lui qui ramène Nisse s'étendre « sur la dure devant\nsa cabane » où sombra son grand et pur amour. « Nisse dor-\n mait à même la terre. Il n'avait pu résister à l'appel de sa\n contrée. »\n    Faire sentir et rendre présente cette force insaisissable éparse\ndans la vie et que Georges Virrès a si bien dénommée « l'in-\nconnu tragique » est une tentative qui exige une grande sûreté\nd'art. Je sais gré à l'écrivain d'avoir dédaigné la rhétorique\n prolixe et facile etde s'être astreint plutôt à des notations rapides,\n sommaires et fortes, qui accentuent l'impression, en la concen-\n"}, {"page_pdf": 818, "page_imprimee": 683, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1958, "texte": "                          GEORGES VIRRÈS                          683\n\n\ntrant. Rien ici ne nous distrait de la permanente présence de\nl'ananké qui guide inconsciemment les volontés. Et Georges\nVirrès eut raison, de réduire au. minimum les incidents des\nexistences et de traiter les aspects de nature avec la plus ner-\nveuse sobriété.\n\n   Lorsque je rentrai à Lummen, le soir tombait rapidement, enve-\nloppant de ses velums mauves les labourés, les prairies, les fer-\nmettes aux toits de chaume et les lointaines sapinières. Absolue\nsolitude. De temps à autre, dans les chemins creux, parmi les tail-\nlis sombres, un froissement de branches me dispensait soudain une\nangoisse : si Vader Jas allait se dresser devant moi ou bien la\nsilhouette sadique de l'Innocent! Et je pressais le pas... Mais\nbientôt le paysage s'élargissait, baigné de toute la sérénité\nauguste du crépuscule : la tour de Lummen émergeait d'une\ntouffe d'arbre; les ailes du vieux moulin frissonnaient dans la\ngloire d'une agonie de soleil, et à mes pieds le ruisseau coulait\nsi calme et si pacifiant... Et j'écartais le souvenir de Vader Jas\net j'oubliais l'Innocent — car, synthèse du beau paysage ves-\npéral, venait de s'offrir à mon rêve l'être de beauté, de ten-\ndresse et de songe, à la fois Femme et Symbole, à qui Georges\nVirrès, au terme de son livre, fait l'offrande de son amour ardent\net filial pour la Campine : « Elle est là, ce soir, tandis que le ciel\ns'illumine. Ses cheveux ont déjà la couleur de la nuit. Nous\nsentons battre nos cœurs!... Ne serait-elle pas tout mon art,\nl'aimée aux yeux brillants comme les étoiles du ciel, parfumée\ncomme oette nuit, souple comme le paysage, dans les ombres\nmolles du soir? ».\n\n 25 septembre.\n                                        FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n   P.-S. François Beauck, en vingt-cinq planches, prenantes\nd'émotion et de sombre énergie, interpréta d'une façon toute\nadéquate, l'âme du mystère éparse dans l'Inconnu tragique.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-011", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 684, "page_fin": 687, "titre_corps": "Sur l’œuvre d’Adrien Mithouard", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tancrède de Visan", "ancre_debut": "Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard Suite 1 N o u s avions laissé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 819, "page_imprimee": 684, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": "Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard\n                                       (Suite)   (1)\n\n\n                    N o u s avions laissé Mithouard se débattre avec son moi. P a r\n                       suite de son isolement, il acquiert très tôt une originalité\n                      franche; par suite de ses tendances catholiques, il est\n                      tout de suite enclin au mysticisme. P l u s tard, Mithouard\n                      acclimatera son mysticisme à un naturalisme local et\n                       deviendra u n des types les plus représentatifs de sa race.\n                      P o u r l'instant, il dédaigne le public et confie au papier\n                      des méditations passionnées. Actif et douloureux, tel\n                      m ' a p p a r a î t cet artiste dans les quatre livres de vers où sa\njeunesse s'est offerte.\n   L e Récital mystique (2) est l'expression d'un cerveau tendu comme un arc qui\ntire des flèches enflammées vers l'absolu. D e u x poèmes de ce recueil eurent\ntoujours mes préférences. Chaque fois que je les relis je me sens pénétré de\nla même émotion indéfinissable.\n   L e Magnolier est l'histoire de deux jeunes gens, Balthazar et Gilbert, insa-\ntisfaits de l'amour incomplet que n o u s d o n n e la femme.\n              L'immense amour auquel l'âme se désaltère\n              N'est pas celui qu'on prend aux femmes de la terre.\n              Elles ne savent pas nous aimer gravement,\n              Notre besoin d'aimer s'irrite en les aimant.\n  Ils rêvent d'étancher d a n s u n e consubstantielle amitié la soif dévorante de\nleurs désirs infinis.\n              Amour plus recueilli que l'amour, amitié.\n\n              Ce que mon âme attend, ce qu'elle achèterait\n              Du plus pur de son sang, c'est d'éteindre la tienne,\n              Et de la posséder, c'est qu'il nous appartienne\n              De nous appartenir tous deux éperdument,\n              De nous résorber l'un en l'autre en nous aimant\n              Et d'étreindre à jamais nos soifs inassouvies,\n              Et d'identifier l'essence de nos vies,\n              Et d'en pleurer de joie, et de mettre en commun\n              Le sang, l'être, l'amour, et de n'être plus qu'un !\n\n\n  (1) Voir notre iascicule de septembre.\n  (2) Récital mystique. Lemerre, Paris 1893.\n"}, {"page_pdf": 820, "page_imprimee": 685, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2847, "texte": "                   SUR L'ŒUVRE D'ADRIEN MITHOUARD                                   685\n\n    J e retrouve cette même conception mystique de l'amitié chez les premiers\nromantiques allemands (1), dont nos symbolistes français se rapprochent par\ntant de côtés. Balthazar et Gilbert se sont assis sous les blanches ailes d'un\ng r a n d magnolier. Survient un sanglier affamé qui les renverse, les piétine,\nles déchiquette à coups de boutoir. N o s deux pèlerins sont tombés san-\nglants.\n               Ils regardent avec une exquise langueur\n               Sur le sol onduler la pourpre de leur cœur.\n\n   U n e m ê m e pensée leur vient : boire le sang l'un de l'autre, afin de confondre\nleur être et de c o m m u n i e r leur vie.\n              Ils levèrent chacun au firmament vermeil\n              Leur coupe qui fumait vers le pâle soleil.\n              Et puisque ce breuvage était vraiment eux-mêmes,\n              Puisque l'amour ressemble, en des heures suprêmes,\n              A l'Epouvante assis au fond du bois sacré,\n              Puisque boire ceci qu'avaient élaboré\n              Leurs rêves, leurs pensées, leur amour, puisque boire\n              C'était dans la forêt mystérieuse et noire\n              Pénétrer plus avant que les hommes ne vont.\n              Ils burent lentement leur coupe jusqu'au fond.\n\n   Ainsi ils s'endorment d o u c e m e n t , heureux d'avoir réalisé leur idéal\nd'amour.\n   Le Mari de la Forêt nous offre le m ê m e type d'amoureux assoiffé d'amour\ntranscendant.\n              Il n'est de plein bonheur qu'autant qu'il s'y révèle\n              A chaque pas qu'on fait quelque face nouvelle,\n              Et que le plus grand cœur ne renferme d'amour\n              Que ce qu'on en voudrait pour aimer un seul jour.\n\n   Il va d o n c épouser u n e forêt aux profondeurs incalculables. L à , les feuil-\nlages sans cesse variés, les jeux d'ombre et de lumière toujours nouveaux\nforment u n e chose vivante en perpétuel devenir; on n'en pourra jamais con-\nsommer l'attrait.\n              Quelle femme avait l'âme aussi profonde ? Aucune\n              Chez qui l'immensité ne fût une lacune.\n              En la seule forêt il pourrait chaque jour\n              Découvrir des aspects ressuscitant l'amour.\n\n   L e soir venu, Gautier entreprend « d'aimer et d'étreindre l'immense ». Il\nchante et la forêt redit son chant mille et mille fois intensifié. Il court d a n s le\nvent, baise les mousses, étreint les bouleaux, se roule d a n s les ronces. L'orage\néclate furibond. « Ce sont les voluptés de la g r a n d e d é b a u c h e . » U n e louve\nle guette. Gautier se dégage des buissons c r o c h u s . Il grimpe a u sommet du\n\n\n   (1) Cf. les effusions lyriques de Frédéric Schlegel et de Novalis. Voir notamment\nI. Rouge : Frédéric Schlegel et la genèse du romantisme allemand, p. 17. Fontemoing,\nParis 1904.\n"}, {"page_pdf": 821, "page_imprimee": 686, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3397, "texte": "686                                   DURENDAL\n\n\nplus bel arbre. Et, pour mieux embrasser d'un cœur illimité son épouse\ninfinie, Gautier se précipite dans le sein des flots verts.\n   Ce poème est un des plus beaux symboles réalisés que je connaisse. Tout,\n'a pensée intuitive et lyrique, les descriptions immanentes, c'est-à-dire en fonc-\n'ion d'états d'âme, les images violentes accumulées, le mouvement fou qui\nfait psrdre haleine à la première lecture, la langue neuve et tourmentée, tout\nconcoure à l'expression frénétique d'une âme en proie à l'amour passionné et\ndélirant de la nature.\n   Avec l'Iris exaspéré (1) nous assistons aux dernières convulsions d'un roman-\ntique très évolué. On nous a trop habitués à considérer le symbolisme comme\nune déclaration de guerre au romantisme. Cette vue ne semble juste que si\nl'on remplace le mot romantique par celui de parnassien. La génération de\ni885 continue la voie tracée par Hugo, quoiqu'on en ait dit. Elle ne fait qu'ac-\nclimater les destinées de la poésie française aux exigences de la mentalité\ncontemporaine. Cette mentalité, délibérément idéaliste, requiert une poésie\nplus souple et plus réelle. « C'est à l'âme que la science va se prendre »,\ndéclare Taine. C'est aussi à l'âme que va s'adresser la poésie, à l'âme et à tout\nce qui la constitue : la conscience profonde, l'idée incarnée dans des formes\nsubtiles qui l'enserrent sans la déformer, la nature perçue du dedans, en\nfonction de nos états psychologiques, et non plus considérée objectivement\ncomme procédé plastique. Les premiers romantiques fiançais confondaient\ntrop souvent l'âme avec l'imagination. De là leur poésie parfois bien superfi-\ncielle. C'est dans le sens de profondeur qu'il faut comprendre la réforme\naccomplie par les symbolistes. Ils ne cherchent pas à enguirlander de fleurs\nrares des lieux communs classiques, mais à creuser à l'intérieur d'eux-mêmes,\npour faire jaillir la source des émotions vraies et primordiales qui dort dans\nl'intime de notre être. Les réformes métriques n'ont pour objet que d'offrir un\ninstrument lyrique capable de rendre, sans les cristalliser dans leurs modu-\nlations mouvementées, les accents flexibles de nos polyphonies psychiques.\nLes « jeunes » sont venus continuer, en l'aérant, notre tradition infiniment\nperfectible.\n   L'Iris exaspéré nous aide à mieux saisir chez un poète original, influencé\nseulement par l'ambiance de l'époque et du moment, le passage inconscient\ndu romantisme d'imagination au symbolisme intuitif. Rien que la lecture des\ntitres est significative : L'assassinat du Silence; Avoir bu les Etoiles; L'Avril voulu;\nLa béatitude des Pierres; Le cœur du Temps ; La lune aveugle; Les Tours doulou-\nreuses (2). De plus en plus nous voyons Mithouard promener son inspiration\ndans les « serres chaudes » de la conscience et dans le verger intérieur de\nla vie.\n\n   (1) L'Iris exaspère. Lemerre, Paris 1895.\n   (2) Trouver un titre représentatif est une qualité rare. Mithouard la possède à un\ndegré incroyable. Aux exemples que je cite, puisés dans l'Iris exaspéré, il faut ajouter\nceux des autres recueils, depuis le Récital mystique jusqu'au Traité de l'Occident.\nMithouard affectionne les titres étranges et qui font image, commel'Amecrépusculaire,\nle Mari de la Forêt, etc. Il aime aussi les titres brefs qui vous entrent dans l'esprit au\nmoyen d'un infinitif : Sonner le temps, Déchirer le ciel, etc.\n"}, {"page_pdf": 822, "page_imprimee": 687, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "                     SUR L'ŒUVRE D'ADRIEN MITHOUARD                                   687\n\n\n     L e c œ u r é n a m o u r é du poète est mort. On l'a enseveli sous u n ciel soli-\ntaire, et à cette place se dresse désespérément u n iris blême. L a plante cour-\nroucée et folle d'avoir bu u n sang vermeil, de s'être nourrie d'une fièvre mys-\ntique, de posséder en sa sève une â m e é p e r d u e , tente l'aventure de se hausser\njusqu'au ciel sur sa tige frêle. E n vain l'iris se tord, profère à tous les vents\nle cri de son parfum, se tend de tout son vouloir vers les étoiles, sa corolle\nretombe exténuée sur le sol. Mais, dans son désir exaspéré de faire choir\nl'azur, la fleur sanctifiée s'est nuancée d'une lueur d'azur. Cette pièce d o n n e le\nton du livre et contient toute l'essence du t e m p é r a m e n t du poète en lutte\navec lui-même, parti à la conquête de l'Infini. U n idéalisme subjectif s'en-\nferme d a n s des symboles éclatants et m o n t r e en chaque aspect de la nature\n a u t a n t d'âmes passionnées.\n                 Le ciel était de nuit, d'astres et de silence.\n                 Au fleuve alors, où l'onde agitait la semblance\n                 Des paysages et des univers en jeu,\n                 Je puisai l'eau frigide où frissonnait du feu :\n                 Toute l'immensité du ciel fut dans ma droite.\n                 Ma main pour de l'azur n'était pas trop étroite.\n                 Je maniais l'abîme, la lune, les bois,\n                 Les soleils grelottaient de fièvre entre mes doigts.\n                 Et je trempai ma lèvre au ruisseau de leur flamme,\n                 Et je fis boire les étoiles à mon âme.\n\n   (A suivre.)                                                   TANCRÈDE DE V I S A N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-012", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 688, "page_fin": 692, "titre_corps": "Chronique d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d'Art Musique La Passion selon Saint Jean", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 823, "page_imprimee": 688, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2018, "texte": "Chronique d'Art\nMUSIQUE :\n\n        La Passion selon Saint Jean de J.-S. Bach\n                       EXECUTION A ANVERS\n\n   Les Concerts de Musique Sacrée, fondés à Anvers depuis quatre ans,\npréparent pour le dimanche 9 décembre 1906, à 2 h. 1/2, en la grande salle\ndu Cercle Royal Artistique (rue d'Arembèrg, à Anvers), une exécution de\nla Passion selon Saint Jean de Jean-Sébastien Bach pour soli, chœurs\net orchestre sous la direction de M. L. Ontrop.\nCette audition constituera un événement musical de la plus haute impor-\ntance, car cette œuvre, une des plus puissantes du génial compositeur, sera\nexécutée pour la première fois en Belgique.\n   Afin d'obtenir une exécution digne de cet immortel chef-d'œuvre, le\nComité s'est assuré le concours d'éminents artistes d'Allemagne et de Hol-\nlande, fixant particulièrement son choix sur ceux qui se sont fait une répu-\ntation universelle dans l'interprétation des compositions de Bach. C'est ainsi\nque l'on entendra : M mes Meta Geyer-Dierich, de Berlin, P. de Haan\nManifarges, de Rotterdam; MM. Albert Jungbluth, de Berlin, Gérard\nZalsman, de Haarlem.\n    Prix des places : Première : 5 francs; Seconde : 3 francs.\n    A cause du grand nombre de places déjà demandées, on est prié de\ns'adresser par écrit, dès ce jour, au secrétaire du Comité organisateur,\n M. Jules Boelaerts, rue du Chapelet, 17, Anvers, enjoignant à la demande\n le montant du prix.\n    Des listes d'inscription sont également déposées jusqu'au 25 novembre : à\n Bruxelles, chez MM. Breitkopf et Hartel, Montagne-de-la-Cour; à Louvain,\n chez M. Versluys, rue de la Station, 45; à Malines, chez M. Loret, rue\n Conscience, 52; à Gand, chez MM. P . et A. Beyer, rue Digue-de-Bra-\n bant, 14 ; à Bruges, chez M. Van Marcke, rue des Pierres, 25 ; à Liége, chez\n M me Veuve Muraille, rue de l'Université; à Anvers, chez les principaux\n libraires et marchands de musique.\n    Les cartes d'entrée seront envoyées, aux inscrits, fin novembre.\n    Il n'y aura pas de répétition générale.\n"}, {"page_pdf": 826, "page_imprimee": 689, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3203, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                       689\n\n\n                          Premier Concert Ysaye\n   La saison musicale s'est brillamment ouverte le 27/28 octobre par le pre-\nmier concert Ysaye. Le grand pianiste Raoul Pugno, avec ces merveilleuses\nqualités de virtuose et de profond interprète qui l'ont classé depuis longtemps\nparmi les maîtres du clavier, a joué merveilleusement le délicieux Concerto\nen la de Mozart et le beau Concerto en ut mineur de Rachmanninoff, œuvre\nd'une inspiration noble et élevée, impressionnante par instants, surtout dans\nle début (large mélodie grave du quatuor) et dans la conclusion.\n   Je ne reconnais guère dans l'œuvre du jeune compositeur russe les carac-\ntères de la musique de son pays : cela me paraît plutôt germanique et brakm-\nsiste.\n   L'orchestre, sous la souple et nerveuse direction d'Ysaye, a interprété, en\noutre, la suite-ouverture en ré majeur et — ô contraste! — le Caprice espagnol de\nRimski-Korsakoff, bien joli de couleur et de vie rythmique. Mais l'attention\ncurieuse et sympathique du public s'est portée surtout vers l'œuvre nouvelle\nde Vincent d'Indy, le Jour d'été à la montagne. Cette composition est le com-\nmentaire symphonique d'un petit poème en prose, très poétique, que le pro-\ngramme met sous les yeux de l'auditeur pour l'aider à fixer ses impressions.\nAurore, Jour, Soir : ce sont trois notations pittoresques dominées toutes trois\npar un ardent sentiment lyrique et religieux. Du moins, je vois bien par le\nprogramme que l'auteur l'a voulu ainsi.\n   A cette première audition toutefois, et n'ayant aucune connaissance préli-\nminaire de l'œuvre (1), j'avoue n'avoir point perçu suffisamment ce sentiment\nlyrique dominant qui m'a paru trop souvent étouffé sous des idées pitto-\nresques déconcertantes et dont l'utilité esthétique n'apparaît pas. Il y a pour-\ntant des pages réellement impressionnantes : la première partie presque\nentière, cette longue et mystérieuse tenue des violons à l'aigu qui prélude au\nréveil auroral, ces appels successifs des instruments à vent et cette belle gra-\ndation qui amène le lever du jour, la principale mélodie rêveuse de la\nseconde partie ; mais l'élan lyrique attendu ne vient pas ou ne se soutient pas.\n La troisième partie surtout semble longue et trop surchargée de détails pour\npermettre à l'idée mélodique de se dégager; elle s'achève très heureusement\npar le retour des mesures nocturnes du début. L'intellectualité austère et noble\nde Vincent d'Indy, en regard de tant d'oeuvres d'une sentimentalité facile et\nsans sincérité, inspire un profond respect, même quand on n'en a pas pénétré\ntoute la beauté. Et, souvent, quel manifeste sentiment lyrique, ardent et con-\ncentré l'anime, dans l'Etranger, dans l'admirable trio pour piano, clarinette et\nvioloncelle, dans la monumentale Symphonie! Souhaitons que l'orchestre des\nConcerts Ysaye nous fasse très prochainement réentendre le Jour d'été à la mon-\ntagne, afin de nous permettre de mieux comprendre et d'apprécier à sa haute\nvaleur cette belle composition.                                         C. M.\n\n\n  (1) Je l'ai cherchée en vain chez plusieurs éditeurs de musique avant le concert.\n"}, {"page_pdf": 827, "page_imprimee": 690, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": " 690                              DURENDAL\n\n\n\n\n                          Séance Brema-Brand\n    Madame Marie Brema est venue donner, à la Grande-Harmonie, un\n récital qui a réuni un public compact.\n    Mme Brema conserve en effet, auprès de notre public, une réputation\nsolide. On ne peut nier, cependant, que son organe ne soit en sérieuse déca-\ndence. D'autre part, la propension croissante que manifeste l'artiste pour les\ngros effets mélodramatiques mérite d'être assez sévèrement appréciée, particu-\nlièrement lorsque ce procédé est appliqué à des œuvres dont le caractère discret\net intime ne comporte pas un pareil luxe d'expression dramatique. Mais ces\ncaractéristiques qui, nonobstant leur exagération même, révèlent une dose\npeu commune de sentiment et d'intelligence poétique, expliquent le prestige\nirrésistible exercé par Mme Brema sur le public et, à ce titre, son succès\npersistant est la condamnation implicite de l'absence de personnalité et de\nqualités d'interprétation, tare du grand nombre de nos artistes du chant...\n   Le programme de Mme Brema comportait un choix intéressant de lieder de\nBeethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Weingartner, Mestdagh, etc.,\ntous chantés avec un art consommé — abstraction faite des réserves formulées\nplus haut. Il est à peine besoin d'ajouter que l'artiste a été applaudie, rap-\npelée, ovationnée avec enthousiasme.\n   Mme Brema était accompagnée de sa fille, Miss Tita Brand, qui s'est fait\nen Angleterre une grande réputation de tragédienne et qui a dit; en manière\nd'intermède, des poèmes de Browning, Keats, Tennyson, Shelley, Biron. La\nveille, Miss Tita Brand avait donné une séance de récitation consacrée à\nShakspeare et dont Mme Brema, cette fois, avait fourni les intermèdes vocaux.\nNous ne sommes pas qualifiés pour juger du talent de la tragédienne; nous\nnous bornerons donc à enregistrer ici le succès qu'elle a obtenu, et qui n'a\npas été moindre que celui de Mme Brema elle-même.                      E. C.\n\n\n\nEXPOSITIONS :\n\n                       Le XIIIe Salon du Sillon\n  Les amateurs de « belle peinture », de touche franche et de savoureuse\ncouleur, prendront plaisir à visiter le Salon actuellement ouvert au Musée\nModerne.\n  Le Sillon est peut-être le plus national de nos cercles d'art ; ne sont-ils pas\nBelges ou plutôt Flamands les Smeers, les Zwyncop, les Haustraete, les\nApol..., ne sont-ils pas peintres d'expression essentiellement flamande?\n   Nous sommes loin des recherches inquiètes et — pourquoi ne pas le dire?\n— parfois inquiétantes, des membres de la Libre Esthétique dont l'art est géné-\nralement d'expression française, trop française souvent pour ne pas perdre de\n"}, {"page_pdf": 828, "page_imprimee": 691, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "                             CHRONIQUE D'ART                                 691\n\nson originalité. Loin de nous de vouloir méconnaître le très réel intérêt des\nexpositions organisées si vaillamment par O. Maus, mais on est plus « chez\nsoi » au Sillon...\n   Ne sont-ce pas, en effet, les qualités de race qui percent dans les copieux\nenvois des peintres cités tantôt? Largeur de faire, richesse de coloris, air\ngénéral de santé et de vigueur, voilà toutes qualités qui contrastent agréable-\nment avec la touche fragmentée et voulue, les teintes anémiques ou criardes,\ncet aspect, distingué certes, mais maladif, de beaucoup de tableaux d'un moder-\nnisme exotique.\n   F. Smeers se débarrasse peu à peu de certaine lourdeur et de certaine vul-\ngarité de tons qui déparaient ses premières œuvres ; ses études au bord de la\nmer semblent avoir affiné sa vision et éclairci sa palette ; il a de très belles et\ntrès fraîches pages que dépare parfois une faute de goût. Zwyncop est moins\nlumineux mais très puissant; ses progrès sont rapides. Charmants ses coins de\nvieilles villes, de même que ceux de Haustraete.\n   Apol se rapproche sensiblement de certains maîtres hollandais. Ne serait-il\nd'ailleurs pas d'origine néerlandaise et parent du paysagiste de ce nom?\n   Excellent envoi aussi celui de Pinot : qualités de dessin, de coloris avec un\nrien de distinction qui fait défaut à plusieurs de ses amis.\n   Dans ses beaux portraits — nous parlons de la peinture, non des modèles\n— Waegemans s'obstine à broyer du noir whistlérien ; pourquoi ? Quand on\na le talent de ce vigoureux coloriste, de ce peintre fougueux, on tâche d'écarter\nles réminiscences, on se défend des obsessions...\n   Le bon payagiste De Greef est en grand progrès; l'étude consciencieuse de\nla nature, le travail solitaire et ardu, exempt de toute influence étrangère, qui\npercent dans les diverses œuvres de cet artiste méritant, sont hautement\nappréciés par les visiteurs. Des qualités analogues distinguent les pages\nautomnales brillantes, parfois à l'excès, de Tordeur.\n   Du côté des statuaires, il importe de mettre en vedette Mascré, Huygelen\net ce pauvre Nocquet, dont la mort accidentelle constitue pour l'école belge\nune perte sérieuse.\n   Bon Salon, d'un niveau notablement supérieur à celui du Labeur; répétons-le,\nil réjouira tous ceux — et ils sont, grâce à Dieu, nombreux encore — qui\nattachent du prix aux qualités qui firent la gloire et le renom de l'école\nflamande.                                                     ALBERT DUTRY.\n\n\n\n                             A la Salle Boute\n   Exposition d'allures un peu jeunettes : plus de promesses que de résultats\ndéfinitifs.\n   Lantoine, Leroux et Minne semblent plus expérimentés que Deman, Jelley\net Willem dont les envois eussent gagné à être intelligemment épurés.\n   Lantoine, qui eut une toile bien placée au Salon de Gand, est le plus per-\nsonnel de ces artistes et certains de ses paysages ont du style et de l'ampleur.\n   La manière de Leroux est plus moderne, mais moins spontanée.\n"}, {"page_pdf": 829, "page_imprimee": 692, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": " 692                              DURENDAL\n\n\n    On s'accordera à préférer Minne dessinateur — il a des dessins impression-\n nants — à Minne peintre.\n    Quelques objets d'art appliqué — chandeliers, bougeoirs, trépieds, objets\n usuels — de formes neuves et parfois heureuses, dues à Carion, complètent\n cette exposition de débutants qui méritent d'être encouragés.       A. D.\n\n\n\n LE THÉÂTRE :\n\n                          Au Théâtre du Parc\n    Première Matinée littéraire du Parc : Les Poètes dramatiques belges.\n — M. Reding, qui témoigne à nos poètes dramatiques une sympathie\n généreuse et constamment en éveil, avait tenu à leur consacrer la première\n matinée littéraire de la saison; M. Paul André, leur héraut habituel, a carac-\n térisé les principaux d'entre eux en une brève conférence, semée de justes\n aperçus et de piquantes anecdotes. Maeterlinck, Verhaeren, Rpdenbach,\n Giraud, Félix Bodson, d'autres encore défilèrent ainsi, rapidement silhouettés\n par le distingué causeur.\n    Puis on interpréta Le Voile, cet acte de brume, de cloches et de mystère,\n qui forme une parfaite quintessence du talent fin, mélancolique, demi-teinté,\ndu rêveur amant de Bruges. L'entreprise était périlleuse, et n'a réussi qu'à\nmoitié. Mlle Carmen d'Assilva (pourquoi donc ce nom ambigu?) n'éclipsa point\nle souvenir de Mlle Moreno, mais elle charma quand même sous la guimpe de\nsœur Gudule. Les partenaires ne surent pas détailler avec le même art ces vers\ntout de nuances.\n   Une œuvre inédite de M. Forgeois, Une étincelle, nous arracha violemment\nà l'atmosphère religieuse du Voile. Badinage parisien — trop ! — adroit, léger,\nsans nouveauté ni portée : une coupe de champagne, sitôt oubliée que bue,\nMlle de Launay, MM. Mayen, Bender et Emery, nous la servirent avec grâce\net prestesse.\n   Enfin, on réentendit la bluette délicate de M. Crommelynck : Nous n'irons\nplus au bois, qui donna le même plaisir par sa gaieté enjouée, sa verve facile\net bien française, les qualités de son dialogue et de ses vers. Ceci est, certes,\nun des meilleurs levers de rideau qu'on nous ait donnés en Belgique. Il fut\nexcellemment joué par Mmes Wilhem et Dérives, qui furent plaisantes à sou-\nhait, et par MM. Cueille et Joachim, deux acteurs dont il faut louer l'intelli-\ngence et la conscience.\n                                                                        F. A.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-013", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 693, "page_fin": 695, "titre_corps": "Lettre de Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Lettre de Paris L'automne Presque l'hiver", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 830, "page_imprimee": 693, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "Lettre de Paris\n\n                 L'AUTOMNE!Presque       l'hiver déjà! Un ciel gris et froid où\n                    tournoient au fouet de la bise de pauvres feuilles mortes,\n                    c'est bien la saison qui convenait à la célébration du Jour\n                    des Morts... « Et quand Octobre souffle, émondeur des\n                    vieux arbres, — Son vent mélancolique à l'entour de leurs\n                    marbres... »\n                       Les Morts, soit. Mais la Toussaint? Pourquoi l'Eglise\n                    a-t-elle assigné à la Toussaint cette date mélancolique et\n                    frissonnante? N'aurait-il pas mieux valu éclairer un jour de\nprintemps ou de plein été pour la cohue paradisiaque des bons élus anonymes?\nL'Angelico n'a-t-il jamais eu l'idée de noyer dans le brouillard sa Jérusalem\ncéleste et d'en complanter les boulevards de baliveaux sans chevelure? Voilà\ndonc un motu proprio qui s'impose pour notre Saint-Père : La Toussaint\nau I er mai ! Du coup les socialistes n'oseront plus manifester, par crainte\nd'avoir l'air cléricoïde, et on ne pourra pas mettre en doute les Rapports\ndu mystique et du social.\n   Peuple charmant que celui dont le 1er novembre glorifie le mérite obscur !\nOn le voit à travers les miniatures des missels du moyen âge : d'exquises\nfigures toutes rondes avec des yeux bleus et des cheveux blonds, des cou-\nronnes d'or sur la tète et de grands manteaux d'azur traînant sur les pieds ;\ntous se ressemblent, bienheureux et bienheureuses; et nul ne se distingue,\nleurs attributs étant quelconques et leurs caractères imprécis. Les grands\nsaints, eux, sont parfois déplaisants, tel arbore une barbe bien inculte et tel\nautre qui n'a jamais été marié, est repiésenté avec deux ou trois marmots sur\nles bras; mais les petits saints innommés, qui ne les aimerait d'une imagi-\nnation que rien de désarçonnant n'arrête?\n   Même, parmi les élus à état civil, j'avoue un faible pour ceux dont je ne me\nreprésente pas très bien la silhouette. L'ancien bon peuple de Paris était\nétonnant pour aller dénicher des saints dont personne n'avait jamais entendu\nparler. Saint Eustache, qui diantre a pu être saint Eustache? Et saint\nHonoré, qui a donné son nom à des couronnes à la crème d'un goût si\nvirginal? Et saint Merry, et saint Médard, et saint Julien le Pauvre, le frère\nsans doute du saint Julien l'Hospitalier de Flaubert, et tous enfin! Même\nd'autres qui ont des noms historiques ne sont peut-être pas ceux qu'on croit,\nsaint Antoine, est-ce bien le solitaire de la Thébaïde ? et saint Denis, que de\n"}, {"page_pdf": 831, "page_imprimee": 694, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "694                                DURENDAL\n\n\nvolumes n'a-t-on pas écrit pour savoir s'il était l'Avéopagite, le Gaulois ou le\ndieu Bacchus?\n    Un jour aussi, nous autres, nous ferons partie de la mobilisation des man-\nteaux turquoise et des couronnes d'or! Nous aurons de bonnes balles pou-\npines à prunelles de pervenche et de grands cheveux bouclés (c'est ça qui me\nchangera!) tombant sur les épaules. Car, si j'en crois le révérend père Caste-\nlein, la thèse du petit nombre des élus a fait son temps. Tout le monde sauvé !\nLes compagnies d'assurances pour la retraite céleste vont être obligées de\nréviser leurs tarifs. Plus de voie étroite pour arriver à l'huis paradisiaque, une\navenue des Champs-Elysées avec un démesurément large arc de triomphe\ntout au bout, impossible de rater le trou d'azur ; c'est le bon saint Pierre qui\nva faire un nez devant ces raffinements du confort moderne !\n    Un des désavantages du calendrier positiviste, c'est que la Toussaint y est\ninjustement réduite à sa moitié!. Elle est remplacée par la Fête des saintes\nFemmes (comme si les saints Hommes ne comptaient pas! Ah! nos sœurs,\nvous ne savez pas ce que sera, si vous ne faites pas la part du feu, le mouve-\nment hoministe!) et celle-ci a lieu seulement les années bissextiles! Pauvres\nSaintes Femmes, on ne vous honore qu'avec la permission des autorités\nastronomiques !\n     Il est bon, d'ailleurs, de jeter un coup d'œil sur l'année comtiste; avec la\nséparation de l'Eglise et de l'Etat, on ne sait pas ce qui peut arriver ; peut-être\nreverrons-nous, un de ces jours prochains, les cérémonies des théophilan-\nthropes ; la chose est donc excellente de savoir, d'avance, qu'il y a quatre-vingts\net une fêtes dans le calendrier positiviste, vingt de plus au moins que\ndans l'actuel, cela donne un certain courage pour changer de bloc à feuilles.\n    Certaines de ces fêtes portent des noms charmants. La Fêtes des Animaux\na lieu le premier dimanche du septième mois, qui m'a l'air de correspondre\n au milieu du mois de mars; c'est l'époque, en effet, où nos frères inférieurs\n sont tout à la joie. Attention délicate aussi que d'avoir donné à la fête de\n l'industrie de la banque le nom de Fête des Chevaliers. Par contre, si j'étais\n musulman, je serais surpris que la fête du monothéisme islamique soit con-\n sacrée à Lépante.\n     Comte était un grand philosophe, ce n'était pas un artiste. Dans son vaste\n état-major qui aligne plus de soixante noms, c'est à peine s'il y a un sculp-\n teur, un peintre et un musicien ! Aussi les chastes déesses l'ont-elles puni de\n son dédain. Pas d'harmonie, pas de charme. Son calendrier est inférieur non\n seulement au vieux julien et au vieux grégorien, mais encore au jeune révo-\n lutionnaire. On comprend une loi promulguée en vendémiaire ou en nivôse,\n on sourit un peu en lisant une lettre datée d'Archimède ou de Charlemagne.\n Fabre d'Eglantine n'aurait certes pas esquissé la théorie des trois états,\n mais Auguste Comte n'aurait pas non plus chantonné : Il pleut, il pleut,\nbergère...\n  Et puis, ces calendriers à grands hommes, ça vous donne envie de débou-\nlonner des gloires. Le grand Frédéric parmi les treize pairs du globe, c'est\nun peu beaucoup, peut-être. Et Bichat à son côté, n'est-ce pas ouvrir la porte\naux protestations d'un tas de physiologistes? Guttenberg? D'abord, il n'y a pas\n"}, {"page_pdf": 832, "page_imprimee": 695, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "                              LETTRE DE PARIS                                695\n\nd'invention dont la paternité soit réclamée par plus de gens que la sienne, et\nensuite, même s'il était le véritable auteur de la découverte, ça le rendrait-il\ndigne de figurer entre Dante et Shakspeare? L'imprimerie est aussi énorme\ncomme aboutissant que simplette' comme origine.\n   Oui, il en est des génies comme des saints, comme des héros. Peut-être\nles figures vers qui vole le plus vite la sympathie sont celles que l'histoire ne\nglorifie pas. Curiosité pas toujours prudente celle qui fait s'approcher des\ngrands hommes, il n'y en a pas d'ailleurs, on le sait, pour leurs valets de\nchambre, ni trop souvent, hélas! pour leurs femmes. Et parmi ceux qui sont\nvraiment tels, les meilleurs sont peut-être ceux qu'on voit le moins distincte-\nment. Que savons-nous de Shakspeare et même de Dante? Tel dont nous\nn'avons pas une ligne, Socrate, a fait toute la vie morale de l'antiquité découler\nde lui pendant plusieurs siècles.\n   Los donc aussi à cette autre Toussaint, à la foule anonyme des chercheurs\net des trouveurs qu'aucune gloriole ne récompense, et qui peut-être ont fait,\nautant que les plus illustres, avancer la civilisation humaine. Il faut les\nentourer d'un respect attendri, comme les soldats obscurs dont nulle trom-\npette n'a claironné la gloire et qui n'en sont pas moins morts pour l'œuvre dont,\nsans leurs obscurs sacrifices, le couronnement ne se serait peut-être pas exalté\ndans les airs. Eux aussi, les génies sans brevet et les héros sans faste, on les\nrêve comme les saints innommés avec de bonnes et pures figures, des yeux\nclairs d'enfant et des couronnes de lumière sur la tête. Mais leur Jérusalem\nidéale, aucun Angelico ne l'a peinte; ils sont donc plus à plaindre encore que\nleurs frères en sublimité morale, et peut-être n'est-ce que pure réparation que\nde leur donner une pensée reconnaissante en cette octave de novembre où se\ncélèbrent toutes les anonymes collectivités humaines pendant qu'Octobre\nsouffle, émondeur des vieux arbres.\n\n                                                                HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-014", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 696, "page_fin": 696, "titre_corps": "La critique laïque", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "La critique laïque Le mois dernier j'ai essayé", "ancre_fin": "FIRMIN VAN DEN BOSCH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Lettre de M. 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Peut-être, en lisant\nla réplique de M. Rency, certains se diront qu'au point de vue littéraire, c'est\nlui le théologien — et moi le sceptique.\n   M. Rency veut bien m'assurer qu'il tient son admiration toute prête pour\nun écrivain catholique qui ferait un beau poème sur la Vierge Marie. Je lui\nrappelle à mon tour que je n'ai point marchandé ma sympathie au doctrinaire\nqui écrivit ce roman délicieux : Madeleine.\n   Enfin, M. Rency est plutôt sévère pour ce mécréant de Baudelaire que,\nquant à moi, je prise très haut, tandis qu'il se complait dans le nationalisme\nartistique de Coppée qui m'horripile positivement.\n   Vraiment, à force de différer d'admiration, M. Georges Rency et moi, nous\nfinirons par être d'accord !\n    En attendant, malgré ce que je crois être ses erreurs et ses préjugés, j'ai en\n grande estime le talent de M. Rency. Il est « quelqu'un » — en un temps où\n la littérature est encombrée de « quelques choses ».\n                                                      FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-015", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 696, "page_fin": 699, "titre_corps": "Lettre de M. Georges Rency", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "Lettre de M. Georges Rency A M. 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Si je m'avise de venir\nm'analyser devant vos lecteurs, je crains qu'ils ne me trouvent bien présomp-\ntueux et bien vain. Certes, je n'eusse point songé à discuter les reproches que\nvous auriez pu faire au romancier qui cohabite en moi avec le critique : c'est\npar ses œuvres que l'écrivain d'imagination doit imposer sa personnalité.\nMais vous avez parlé surtout du critique que je suis — ou plutôt que je vou-\ndrais être, et vous en avez fait un portrait qui, très vrai, très vivant à certains\npoints de vue, est peut-être un peu poussé au noir à certains autres. Voulez-\nvous me permettre de vous indiquer brièvement les traits que vous avez un\npeu dénaturés ? Admettez un instant que ce soit le romancier qui prenne ici la\ndéfense du critique. Puisqu'il vous plaît mieux que son client, peut-être l'en-\ntendrez-vous avec plus d'indulgence et de longanimité.\n    » Vous commencez par m'accoler un adjectif : laïque, qui ne me déplaît\npas du tout, à condition que vous vouliez bien lui retirer son sens ordinaire\nde « hostile à l'idée religieuse ». Vous le dites plus loin que « M. Georges\nRency n'est pas hostile à l'idée religieuse ». Mais le contexte n'est pas éloigné\nde me représenter comme un intolérant personnage qui ne supporte pas que\nd'autres croient en une religion et la pratiquent. Je vous assure que je\nne suis pas tel. Je suis, en matière religieuse, un indifférent, certes, mais un\nindifférent respectueux. Ce que je ne puis me décider à admettre, c'est qu'on\nmêle la religion à la politique ou à la littérature. Là, je l'avoue, je m'insurge\n et quand vous ou tout autre critique catholique jugez une œuvre d'art de votre\n point de vue et en faisant des restrictions sur des questions de dogmes ou de\n morale, je prétends que vous sortez de votre rôle et que vous dépassez les\n limites où votre devoir de critique vous oblige à vous enfermer.\n    1) Mais ne croyez pas, de grâce, car j'en serais désolé, qu'un écrivain, par\n le fait même qu'il est ou redevient catholique, me paraît ne point avoir de talent\n ou perdre celui qu'il a ! Pouvez-vous douter que j'admire profondément les\n Sermons de Bossuet! Rappelez-vous l'admirable sermon sur la mort que je\n connais presque tout entier par cœur. Chateaubriand est l'un des écrivains\n français que j'admire le plus. Son Génie du Christianisme, ses Martyrs, et surtout\n ses Mémoires me sont familiers, je m'y retrouve avec aisance, tant j'ai pratiqué\n ces écrits. Brunetière, Bourget, Huysmans ont tous les trois mon admiration\n à des degrés divers. J'ai lu du dernier quelques pages sur Lourdes auxquelles,\n sans doute, je n'ai pu donner mon acquiescement intellectuel, mais qui m'ont\n charmé par les qualités si particulières d'un style curieusement tourmenté.\n  Vous voyez que je sais rendre justice aux écrivains catholiques. Que dis-je!\n J'admire Coppée, que vous n'admirez pas! Et, d'ailleurs, s'il n'en était pas\n"}, {"page_pdf": 835, "page_imprimee": 698, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3500, "texte": "698                              DURENDAL\n\n\nainsi, ne tomberais-je pas dans le défaut que je me permets — amicalement —\nde vous reprocher ?\n   » Vous rappelez ensuite, dans votre article, le temps gamin de Comme il\nnous plaira, et vous vous écriez : « Quantum mutatus ab illo! » Je n'oserais\nvous prier de reprendre la collection — elle n'est pas lourde : quatre ou cinq\nnuméros, je pense! — de ce périodique éphémère. Pourtant, si vous jouissiez\nde quelques minutes de loisir, vous me feriez plaisir en y jetant les yeux. Vous\ny trouveriez un article où déjà je protestais contre le laisser-aller du style des\njeunes et où je les invitais à respecter les règles, en attendant qu'ils aient le\ngénie nécessaire pour s'autoriser à les violer. C'est alors que M. Van de Putte\nnous affirma avec conviction qu'il se sentait du génie, lui, et qu'il ne pouvait\nnous suivre, Ruyters et moi, dans les routes plus modestes et plus sûres où nous\nvoulions nous engager. Vers le même temps, je faisais au Cercle Labeur une\nconférence intitulée : « En lisant M. Brunetière », où pour la première fois\n— et à un moment où j'étais presque seul de mon avis dans la jeunesse litté-\nraire — j'attribuai au mouvement symboliste ces deux qualificatifs : néfaste\net stérile, que vous citez dans votre article. J'avais en ce moment 22 ans.\n \" Il n'est pas d'homme qu'on ne puisse opposer à lui-même », a dit un\nauteur : c'est Chateaubriand, je pense. Mais est-il bien équitable d'opposer\nles opinions d'un adolescent à celles d'un jeune homme? Je pense qu'il con-\nvient de négliger, dans ma vie littéraire, — mon Dieu! que je m'accorde\ndonc de l'importance ! — les écrits auxquels j'ai donné mes soins avant\nl'année 1898, date où j'ai publié Madeleine. Et si j'insiste sur ces points\nde détail, c'est que je ne tiens nullement à passer pour le « révolutionnaire\n » trop pénitent », le réactionnaire, le doctrinaire que vous voyez en moi.\n Dès l'âge de raison, — je veux dire 22 ou 23 ans — j'ai pensé et écrit ce que\nje pense et ce que j'éciis aujourd'hui. Mes idées sont l'expression sincère de\nce que je ressens de plus profond en moi. Il me reste à essayer de vous\ndémontrer qu'elles ne sont ni si étroites, ni si catégoriques, ni si doctrinales\n que vous voulez bien le dire.\n    » Oui, mes préférences vont, dans la littérature française, et dans toutes les\nlittératures en général, aux écrivains qui surent imposer à leur génie une sage\ndiscipline, qui ne se payèrent pas de mots et qui, devant l'afflux tumultueux de\nleurs pensées et de leurs sensations, eurent l'art suprême de faire le choix que\ncommandait le but à poursuivre. J'aime les auteurs en qui l'on peut avoir\nconfiance, qui voient clairement, nettement, où tendent leurs efforts et qui\nnous conduisent simplement, naturellement là où ils veulent que nous allions.\n Ceux-là sont les esprits « classiques », toujours égaux à eux-mêmes, qui ne\nfont pas expier au lecteur le plaisir que donne un fulgurant éclair d'inspiration\n par une longue suite de phrases ou de vers rocailleux, difficiles, confus et\ndésordonnés. De ceux-là, sont des écrivains comme Sophocle et Virgile,\nRonsard et Racine, Alfred de Vigny et Leconte de Lisle. Je ne m'en cache\npas, voilà mes auteurs favoris. Est-ce à dire que tous les autres sont à mes\nyeux des « suspects »? Vous ne le pensez pas, mon cher confrère! Est-ce\n parce que les défauts de Corneille me sont vivement sensibles que je pourrais\n ne pas admirer le Cid ou Horace ou Polyeucte? Sont-ce les taches du soleil qui\n"}, {"page_pdf": 836, "page_imprimee": 699, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3071, "texte": "                             LA CRITIQUE LAÏQUE                          699\n\nm'empêcheraient d'être brûlé par son feu rayonnant? Quelqu'un me repro-\nchait, récemment, d'avoir écrit, au sujet de Baudelaire, qu'à part une dizaine\nde poèmes merveilleux, son œuvre en vers est souvent d'une étrange bana-\nlité. Ce n'est pas une boutade, c'est l'expression non seulement de mon opi-\nnion raisonnée, mais même de la stricte vérité; et je me fais fort de démon-\ntrer, un jour que j'aurai le temps, qu'il en est bien ainsi. Malgré cela, soyez\nassuré que j'admire profondément Baudelaire, et que des poèmes comme\nElévation, la Beauté, la Chevelure, Une Charogne, me procurent, comme à n'im-\nporte qui, une impression intense de beauté. J'en pourrais dire autant de\nVerlaine. Quant à Musset, exquis, délicieux dans son théâtre, avouez avec\nmoi qu'il est souvent, dans ses poèmes lyriques, d'une incorrection, d'un\nlaisser-aller qui nous arrêtent et refroidissent un peu notre enthousiasme?\nCependant, j'aime à relire les Nuits, et si j'en aperçois les tares, j'en goûte\naussi les merveilleux élans. Parce que j'essaye de mettre de l'ordre dans mes\nidées au sujet des écrivains du passé et du présent, parce que je classe d'un\ncôté ceux qui furent des ouvriers parfaits (entendez le mot : ouvrier, dans\nson sens le plus large) et, de l'autre, ceux dont le métier laissa à désirer ou\ndont la pensée dépassa les limites de l'art, se perdit dans le vague de l'incon-\nscient, échappa au contrôle de la raison ; ne me jugez pas si épris de\nméthodes et de classification, que je me rende volontairement inapte à appré-\ncier justement un écrivain dont l'œuvre né s'accorde pas avec l'un ou l'autre\ndes types qui me serviraient d'étalon ! Au surplus, je n'ai pas de théories,\nencore moins de doctrine. J'aime et j'admire tout ce qui est vivant, clair et\nvrai. Je ne m'insurge que contre la convention, les brumes et le mensonge.\nAprès cela, qu'on écrive en prose, en vers réguliers ou libres, qu'on se dise\nsymboliste ou réaliste ou humaniste, cela m'importe peu. Et pour ce qui est\nde ma prétendue intolérance, le jour où un écrivain catholique fera un beau\npoème sur la Vierge Marie, je vous jure que je ne serai pas le dernier à lui\nprodiguer mes applaudissements.\n    » Pour me résumer, mon cher confrère, — et en vous priant d'excuser\nauprès des lecteurs de Durendal ce verbiage qui m'amuse et qui les lassera\n sans doute — je crois que vous exagérez mes défauts et mes qualités. Ni\n comme romancier, ni comme critique, j e ne mérite vos éloges. Je fais propre-\n ment mon possible, et voilà tout. Mais je ne mérite pas davantage vos criti-\n ques, au moins en ce qu'elles tendent à me représenter comme intolérant et\n comme réactionnaire. J'espère vous l'avoir démontré en cette trop longue\n lettre. Permettez-moi de vous dire encore une fois combien je vous suis recon-\n naissant d'avoir bien voulu vous occuper de moi dans Durettdal et croyez à\n mes meilleurs sentiments.\n                                                         » GEORGES RENCY.\n  » Bruxelles, le 28 octobre 1906. »\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-016", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 700, "page_fin": 712, "titre_corps": "Livres et revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIVRES ET REVUES LE ROMAN Anna Karénine", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 837, "page_imprimee": 700, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "LIVRES ET REVUES\n\nLE ROMAN :\nA n n a K a r é n i n e . Œuvres complètes de LÉON TOLSTOÏ. Tome XVI e ,\n   2e volume. — (Paris, Stock.)\n   Nous avons déjà recommandé et nous recommandons à nouveau aux\nadmirateurs de Tolstoï, le grand écrivain russe, la belle édition de ses œuvres\ncomplètes qu'à entreprise et que poursuit si intelligemment la maison d'édi-\ntion Stock de Paris. C'est une édition absolument complète et impeccable\nsous tous les rapports. La traduction notamment, traduction de M. Bienstock,\nest remarquable et très fidèle au texte russe.\n   Le volume dont nous annonçons la publication contient la suite du fameux\nroman Anna Karénine qui est une des œuvres capitales du célèbre écrivain\nrusse. La traduction excessivement exacte, contenant le texte intégral, sans\ncoupures ni modifications, de ce roman, mérite d'être signalée.\n   Jamais les œuvres de Tolstoï ne se sont imposées aussi fortement à l'atten-\ntion du public lettré qu'à l'heure actuelle où tant de problèmes s'agitent en\nRussie. Car Tolstoï y a tracé un tableau frappant de la société russe dans\ntoutes ses classes et sous tous ses aspects. Pour bien comprendre les événe-\nments qui se passent actuellement là-bas, il importe de lire toutes les\nœuvres de Tolstoï. Ces événements donnent aux pages de cet écrivain\ngénial un regain d'intérêt, en outre de la valeur littéraire intrinsèque de tout\nce qu'il a publié. Tolstoï est et restera un des plus remarquables littérateurs\nde son époque. C'est un Maître.\n\nL e t e s t a m e n t V o l é , par J.-H. ROSNY. — (Paris, Fontemoing.)\n   L'éditeur Ferronaye a besoin de 80,000 francs pour entreprendre la publi-\ncation d'un ouvrage à succès qui le tirerait du marasme où il se débat. Le\npapetier Lamure veut bien les lui prêter à condition qu'il s'engage, au cas où\nl'affaire tournerait mal, à lui rembourser 40,000 francs sur son héritage. Héri-\ntage douteux, car la vieille tante millionnaire, dont il est le seul héritier, est\nune maniaque et il n'est pas sûr de ne pas être déshérité. Informé de ce\ndétail, Lamure veut au moins être renseigné si, oui ou non, Ferronaye est\ndéshérité. Ferronaye interroge la tante. Celle-ci lui dit carrément qu'elle a\ninlitué l'Etat son héritier, mais qu'elle lui laisse 2,000 francs de rentes via-\ngières. Rien au monde ne changera ses intentions. Elles sont immuables.\n   — Mais pourquoi me déshéritez-vous?\n   — Parce que vous êtes mon ennemi.\n   — Je ne vous veux aucun mal.\n"}, {"page_pdf": 838, "page_imprimee": 701, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                               701\n\n\n   — Vous guettez ma mort presque depuis l'âge de raison.\n   — Vous vous trompez. Et puis, ne suis-je pas voire seul parent?\n   — Mais je m'en moque. J'ai horreur de ces parentés. Je ne suis pas restée\nvieille fille pour m'attendrir sur des gens qui se réjouiront devant mon\ncercueil !\n   Tenez! il est là mon testament... depuis dix ans... et bien en règle.\n   Et ce disant elle lui montre le petit meuble qui le contient. Ferronaye sort\navec la hantise qui ne le quittera plus de voler ce testament... ou plutôt de se\nle restituer.\n   Tel est le résumé du premier chapitre admirablement écrit de ce livre et\ndonnant vraiment envie de le lire en entier d'une traite. Ce qui se fait aisé-\nment, du reste. Car ce roman est écrit de façon à captiver d'un bout à l'autre\nl'attention du lecteur. En résumant le premier chapitre, nous avons donné\nune idée de la façon alerte et vivante dont tout le roman est écrit. C'est encore\nun des beaux romans des frères Rosny.(deux Belges, ne l'oublions pas). Il est\ntraversé par l'histoire d'une idylle charmante entre deux âmes exquises et se\ntermine par leurs fiançailles.\n                                                                        H . M.\n\nT a n t e A m y , par CAMILLE LEMONNIER. — (Paris, Charpentier.)\n    Le maître de nos Lettres belges a fait heureusement mieux que TanteAmy.\nSans doute on retrouve ici son beau style haut en couleur, frémissant d'émo-\ntion et lourd de sève. Mais que le sujet du livre plaît médiocrement : cette\naventure à la George Sand Alfred de Musset transposée dans la vie coutu-\nmière, et sur laquelle flottent des relents inquiétants et équivoques! Non, elle\nne captive ni n'intéresse, cette vieille girafe sentimentale qui joue à l'amour\nlilialement pervers avec un jeune benêt! De beaux coins de nature, admira-\nblement traités, sont la revanche de cette intrigue maladive.\n   Si Camille Lemonnier voulait bien, pour notre joie et notre admiration,\nse détourner dédaigneusement de ces cas spéciaux — prédestinés aux roman-\ncelets étriqués — et revenir au grand art, généreusement et largement humain,\ndont il célébra si puissamment les rites dans le Vent dans les moulins et dans\nle Petit homme de Dieu !\n   Tante Amy ne vaut point les fastes du style déployés autour de ses prouesses\nséniles !\n\nL e s R o q u e v i l l a r d , par HENRY BORDEAUX. — (Paris, Plon.)\n    Un roman traditionnaliste qui a dû plaire à M. Maurice Barrès. Le sens de\nla race et ses exigences traversent d'un bout à l'autre ce livre et lui donnent\nune signification morale presque héroïque. Ce qui fait la beauté des Roque-\nvillard et aussi son emprise sur les sensibilités, c'est l'opposition de la faute\nd'amour d'un jeune homme avec les conséquences de cette faute, les plus\nsensibles et les plus lointaines, mais que supporte stoïquement toute une\nfamille, parce qu'elle a le culte ancestral de l'honneur! M. Henry Bordeaux\na atteint dans ce livre une quasi-maîtrise ; et lui, qui dans ses romans précé-\ndents, cultivait un peu trop les incidents de l'intrigue, a su, par les moyens\n"}, {"page_pdf": 839, "page_imprimee": 702, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3036, "texte": "702                                 DURENDAL\n\n\nles plus simples et les plus classiques, atteindre directement au sommet de\nl'émotion. N'ai-je pas lu quelque part que les Roquevillard étaient un peu\n « vieux jeu ». Hélas ! oui, la vertu, telle que la conçoit cette famille, n'est\nplus guère de mode de nos jours. On la qualifierait plutôt de féodale!Concé-\ndons donc, aux critiques « nouveau jeu », que M. Henry Bordeaux nous a\nconté « une préhistoire »      mais, tout de même, quel exquis et empoignant\nconteur !\n\nSous le fardeau, par J.-H. ROSNY. — (Paris, Plon.)\n   Le docteur de Saint-Clair, héros de ce livre, est un chrétien inconscient. Il\npasse en faisant le bien, ployant le dos sous les « fardeaux » accumulés de\nl'altruisme, mais il ignore le sens chrétien qui donnerait à ses gestes multipliés\nde charité leur haute et véritable signification. On songe invinciblement au\nmot célèbre : « Une âme naturellement chrétienne ». Livre un peu touffu, un\npeu compact et trop encombré d'incidents, dont quelques-uns d'une crudité\nextrêmement brutale, mais beau livre tout de même, par l'élévation des idées\net la force nerveuse du style !\n\nL e t r i b u n , par SANDER PIERRON. — (Paris, Sansot.)\n   Si le livre de M. Sander Pierron profère une morale, la voici : fût-il socialiste,\nfût-il même un chef socialiste, l'homme n'échappe point aux humaines faiblesses.\nL'Ecriture avait déjà dit cela — plus brièvement — : « La chair est faible. »\nLe héros de M. Sander Pierron abuse de sa faiblesse jusqu'à la goujaterie.\nConcluons : même sous le régime collectiviste, l'humanité ne sera point\npropre ! Mais j'imagine que dédaigneux de la thèse, M. Sander Pierron se\ncontente d'avoir fait une œuvre littéraire, de tendances assez âpres et d'atmo-\nsphère assez brutale, écrite dans un style vigoureux, net, incisif, aux images\nsobrement et nerveusement esquissées.\n\n L e P e p l o s v e r t , par MAURICE DE WALEFFES. — (Paris, Fasquelle.)\n   En somme un beau livre — encore que le roman de reconstitution histo-\nrique finisse un peu par lasser. Hardi en certaines de ses pages, le Peplos\nvert a presque des allures de haute moralité : l'héroïne défend farou-\nchement sa virginité à la façon altière de la Lygie de Quo Vadis. On sera\nrevêche un peu au « pal » final, dénouement d'une cruauté exacerbante.\nM. de Waleffes, du reste, a l'habitude de terminer sur un effet cherché ; rap-\npelez-vous l'ultime vaporisateur de Rolande d'Y dans les Deux robes. Sur ce\nlivre-ci, M. de Waleffes est en grand progrès, tant par le souci de la compo-\nsition que par le soin du style qui revêt, dans le Peplos vert, de belles formes\nrythmées, colorées et harmonieuses.\n\nL e c o u r a g e d ' a i m e r , par HENRI DAVIGNON. — (Paris, Plon.)\n   M. Henry Davignon dédia son livre à René Bazin — et si j'ai un reproche\nà faire au Courage d'aimer, c'est de suivre un peu servilement le sillon correct\net soigneux qu'a tracé, dans la littérature, l'auteur de la Terre qui meurt. Je\nvoudrais à M. Henry Davignon plus d'assurance, j'allais dire plus d'audace,\n"}, {"page_pdf": 840, "page_imprimee": 703, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3150, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                              703\n\n\net en tous cas plus de nerf et moins d'impeccabilité mondaine. Je lui voudrais\nencore une psychologie plus fouillée et, dans le style, quelque chose de plus\nincisif et de plus en relief. On dira que je suis sévère pour M. Henry Davi-\ngnon. C'est que je fonde sur lui, pour notre littérature, de grandes espérances.\nQuand, aux dons précieux qui lui furent départis — une belle faculté d'obser-\nvation et un art excellent de la composition — il ajoutera quelques parcelles de\nbeauté frissonnante et émouvante, l'auteur du Courage d'aimer deviendra un\nbien bon écrivain. Que ce souhait de mon amitié se réalisera, j'en ai pour\ngarant les pages actuellement en publication dans Durendal, sous le litre Une\n Virtuose, et qui sont, sur le Courage d'aimer, un considérable progrès.\n   Je considère M. Henry Davignon comme une des belles promesses de nos\njeunes lettres.\n\nL'écrou,    par GUSTAVE-MAX STEVENS.\n   Une bonne action et un beau livre. M. G.-M. Stevens, dans une admira-\ntion familiale très justifiée, nous conte très simplement, très sobrement, avec\nune concision qui « fait balle », les souvenirs de son père, ancien directeur\nde la prison de Saint-Gilles. Et d'entre les pages du livre, se lève une sil-\nhouette originale et intéressante de grand geôlier au cœur de bonté sous\nl'écorce sévère! Il y a là des histoires exquises de sentiment et d'autres poi-\ngnantes d'émotion; toutes sont bellement écrites! M. Gustave-Max Stevens\nest un bon fils, un bon peintre et un bon écrivain.\n                                                                       F. V.\n\nP i l l e u r s d ' a m o u r , par LUCIEN DONEL. — (Paris, Perrin.)\n    Livre de haute portée morale, sain et fort, d'où monte à chaque page, avec\nla plainte des âmes trahies par deux aventuriers — les pilleurs d'amour — un\nhymne à la terre.\n    Maître Lavaud, sur son domaine du Gardie, rappellerait certain vieillard\nde Tarente, si le bonheur était jamais sans mélange. Mais il voit se dérouler\ndevant lui un émouvant drame de famille aux palpitantes péripéties, qui\ntempère toutefois l'angélique douceur des héroïnes si durement éprouvées,\njusqu'au jour où la 'meilleure part échoit à celle qui saura conserver le dépôt\nsacré du Gardie.\n    M. L. Donel sait avec un art de vérité et de sincérité faire vibrer devant\nnous les âmes délicates et affinées de ces pauvres amoureuses, aimées pour\nleur dot et ensuite délaissées. Mais le doux chant d'amour continue en elles,\n et c'est un chant qui fait mourir, quoi qu'en dise le proverbe, les âmes d'une\n sensibilité extrême.\n                                                                       E. N.\nA u P r e s b y t è r e , par JULES PRAVIEUX. — (Paris, Plon.)\n  Encore un livre du spirituel auteur d'Un Vieux Cilibalaire et de Séparons-\nnous, dont nous fîmes jadis ici l'éloge. M. Pravieux a un très joli talent. Sa\nplume est élégante et alerte. Il décrit spécialement bien les scènes du monde\necclésiastique. Les deux premières œuvres étaient parfaites. Celle-ci n'a pas\nla même envergure, mais est intéressante aussi; Il y a là des silhouettes de\n"}, {"page_pdf": 841, "page_imprimee": 704, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3306, "texte": "704                                DURENDAL\n\n\nbraves curés de campagne, bons, simples et frustes, très habilement et très\nfinement crayonnées, et des histoires fort amusantes, écrites avec beaucoup\nd'humour. Le chapitre le mieux venu est celui qui a pour titre : De curés en\ncurés. Sorte de journal humoristique du voyage apostolique d'un évêque, à\ntravers champs, de presbytère en presbytère, journal rédigé par le secrétaire.\nLa nuit cauchemaresque que passe le secrétaire de Monseigneur au cours\nd'une tournée pastorale, dans un réduit, seule chambre encore disponible\ndu presbytère, et qui sert de remise pour les accessoires macabres des funé-\nrailles, est merveilleusement dépeinte. Le secrétaire a, dans l'incohérence de\nson rêve, l'illusion d'assister à son propre enterrement. Illusion rendue saisis-\nsante par le chant du Dies Irœ que le curé original a la manie de fredonner,\nfort tard, tous les soirs, avant de se mettre au lit, pour s'entretenir dans la\npensée salutaire de la mort. Fort comique aussi le quiproquo désopilant pro-\nvoqué par l'histoire de l'évêque qui, à l'insu du curé, troque pendant la nuit\nsa chambre puant la couleur fraîche, avec celle de son valet de chambre. Tête\ndu curé, qui trouve, au matin, dans le lit de Monseigneur son domestique\nronflant comme un bienheureux et faisant tout haut dans ses rêves l'éloge du\nbon petit vin blanc qu'il a chippé dans la cave. M. Pravieux a beaucoup\nd'esprit et il écrit fort bien.                                        H . M.\n\nC a l v i n o p o l i s , pastorales protestantes, par WILLIAM VOGT. — (Paris, Stock.)\n   Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots. Est-ce là le vers du poète?\nIl me vient tout naturellement à l'esprit, à la lecture de ces cinq pastorales,\nqui sont autant de charges ironiques et cruelles. Certes, l'auteur n'a pas\nl'intention — Dieu l'en garde et nous en garde ! — de médire de tous les\nprotestants en racontant les vices et la tartuferie de la société pourrie de\nCalvinopolis. Il y a parmi les protestants, comme parmi nous, hélas! des\nbêtes galeuses. Y en a-t-il plus ici ou là? Ce n'est pas la question. Ce livre\nest écrit avec beaucoup de verve, la verve flagellante de la satire.\n\nL e s P i e d s t e r r e u x , par ETIENNE ROCHEVERRE. —(Paris, Plon.)\n   « Ce roman n'est pas écrit pour le boulevard, écrit l'auteur en avant-dire.\nC'est une œuvre de foi plus qu'une œuvre d'artiste. Je le dédie aux paysans\nlimousins, mes compatriotes. La terre ne salit pas, mais la boue. » En effet,\nla terre ne salit pas, et ils ont bien raison, ces héros limousins de la guerre\nde 1870, de se glorifier de ce surnom que leur donnent les gens du boulevard\noù l'on rencontre plus de boue que de terre. Ce sont des âmes hautes et\nnobles dont M. Rocheverre nous raconte l'émouvante histoire. Robert et\nEdouard Combeval, les deux fils d'un ancien colonel des zouaves, s'engagent,\neux aussi, dans ce régiment de lions. Et nous passons avec eux par toutes\nles émotions fortes de cette année si justement appelée terrible. L'auteur\nécrit vigoureusement et sait toucher les fibres profondes du cœur.\n\nL ' â g e d e r a i s o n , par CLAIRE ALBANE. — (Paris, Plon.)\n   Deux jeunes gens s'aiment. Lui, un peintre pauvre, est l'amant d'une\nfemme riche qui dore sa pauvreté. Elle, pauvre aussi, mais confiante dans la\n"}, {"page_pdf": 842, "page_imprimee": 705, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                705\n\n\n\nvie, se laisse bercer par le joli rêve de l'amour naissant. Mais la femme riche\nreprend son amant à la jeune fille pauvre et celle-ci épouse un presque vieil-\nlard qui lui apporte le luxe. Pauvre monde, où l'ordre est ainsi rompu par les\négoïsmes! Tout cela écrit d'un style vif et clair et souvent avec émotion.\n\nLe devoir d' u n fils» par MATHILDE ALANIC. — (Paris, Plon.)\n  Œuvre forte, de vie intense et de noble pensée. C'est l'histoire d'un fils qui\nrenoue la chaîne d'honnêteté de sa famille, un instant rompue par son père\nqui accepta un héritage de source vile. Le fils restitue, ce qui lui vaut, après\nune crise d'âmeémouvante, la paix dans l'amour.\n\nL a D u r m e i l l i è r e , par DORUSHEIM. — (Paris, Lethielleux.)\n   La durmellière est le vieux. « logis » vendéen, où se sont conservées les\ntraditions d'antan. En face se dresse la maison prétentieuse du parvenu. Et\nc'est la lutte entre ces deux mondes, où l'on voit, d'un côté, l'âpre désir de la\ndomination ; de l'autre, la vieille bonne foi des ancêtres. Comment c'est, en\nfin de compte, celle-ci qui l'emporte, ce livre vous l'apprendra.\n\nD a n s l e s t é n è b r e s , par GUY THORNE. — (Paris, Lethielleux.)\n   Un juif millionnaire, M. Schwabe, entreprend, pour donner le coup de\ngrâce aux religions chrétiennes, de démontrer que le Christ n'est pas ressus-\ncité. Pour cela, il achète un savant et lui fait découvrir en Orient un tombeau\nfermé par un bloc de granit, sur lequel on lit cette inscription : \" Moi, Joseph\nd'Arimathie, je déclare que j'ai enlevé le corps de Jésus du tombeau, où il\navait été déposé en premier lieu et que je l'ai transporté ici. » Le monde\nentier est troublé par cette découverte. Mais un jeune vicaire découvre la\nsupercherie et prouve que l'inscription est fausse, composée à l'instigation de\nSchwabe lui-même. Il y a dans ce volume quelques pages pathétiques et\nintéressantes.\n\nA u t r e t e m p s , par CHAMPAL. — (Paris, Hatier.)\n   Autre temps est le titre du premier petit roman de ce livre qui en contient\ndeux. Cruelle et fine satire du temps présent. L'autre ceuvrette, Victoire d'âme,\nest une histoire d'amour et de miséricorde, émue et tendre, vivement conduite\net d'un style probe.\n\nE n f a n t s d e s r u e s , par GEORGES DE LYS. — (Paris, Lethielleux.)\n  Contes pleins d'émotion et de tendresse pour les humbles et les petits.\nLivre de pitié, où l'auteur a mis toute son âme, et dans lequel il enseigne\nà sa fille le grand précepte de la bonté.\n\nB e t t i n a , par ARTHUR DETRY. — (Bruxelles, Scheller.)\n  Histoire quelconque, où l'éducation donnée dans les couvents est dénoncée\ncomme préparant les jeunes filles à la prostitution !!! Comme trouvaille, est-ce\nassez génial ?\n                                                                      E. N .\n"}, {"page_pdf": 843, "page_imprimee": 706, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": " 706                              DURENDAL\n\n\n\nL'ART :\n    B u r l i n g t o n M a g a z i n e , Berners Street, 17, Londres. — Par suite\n des vacances, nous sommes un peu en retard dans nos comptes rendus de la\n superbe revue anglaise. Les numéros de juillet, août et septembre derniers\n sont dignes des. précédents.\n    Nous trouvons, dans le numéro de juillet, un article de M. JAMES WEALE\n sur l'Exposition de peintres flamands, qui eut lieu en juillet dernier, au Guild\n Hall de Londres, et les notes de M. Weale, toujours intéressantes, s'accom-\n pagnent d'une belle reproduction de six panneaux de la collection de Lady\n Wantage, attribués à Gérard David. Trois sont relatifs à la légende de saint\n Nicolas; trois autres à celle de saint Antoine.\n   Parmi, les merveilles que renfermait cette exposition — de Van Eyck à\nStevens — les panneaux de Gérard David étaient à remarquer, et c'est une\njoie pour ceux qui les ont vus de les retrouver ici.\n   La peinture allemande a aussi ses primitifs et MM. LIONEL CUST, AYMER\nVALLANCE et CHARLES RICKETTS étudient avec des documents nombreux la\npériode prédurérite. (Le mot n'est pas encore très usité ; mais il paraît destiné\nà faire fortune.) Citons encore, dans ce numéro, l'étude de M. C.-J. HOLMES\nsur les gravures de Rembrandt.\n   Dans le numéro d'août, M. HOLMES donne la troisième partie de son étude\nsur Rembrandt; M. H.-P. HORNE, des renseigements sur un peintre florentin\npeu connu: Giovanni dal Ponte; M. ROGER FRY nous parle du Maître de\nMoulins, en appuyant sa notice de la reproduction d'une fort belle Annoncia-\ntion de la collection Dowdeswell. Enfin, un article de MM. T.-J. MATHER et\nROGER FRY nous renseigne sur la collection Johnson, de Philadelphie, où nous\ndécouvrons un Van Eyck: Saint François recevant les Stigmates, qui paraît une\ncopie réduite de celui qui se trouvé au Musée de Turin. Enfin, des articles\nsur les miniatures anglaises, la porcelaine chinoise et une copieuse biblio-\ngraphie.\n   Dans le numéro de septembre, continuation des articles sur Rembrandt\ngraveur, les miniatures anglaises, les porcelaines chinoises. Une lettre de\nM. CHARLES RICKETTS conteste l'authenticité du Van Eyck, de Philadelphie.\nM. LETHABY étudie les majoliques attribuées à Della Robbia et représentant\nles mois; M. TAVENOR PERRY, les chaires, de vérité de Ravello et Salerne;\nM. G.-F. HLLL, les médailles de Pastorino da Siena. Parmi les illustrations,\nnotons une belle photogravure : le portrait du duc de Monmouth, par Cooper,\nde la collection du Roi d'Angleterre.\n\n   M a s t e r s i n A r t . Bâtes and Guild Company, 42, Chauncy Street\nBoston. — Les trois derniers numéros de cette excellente publication sont\nconsacrés à INGRES (n° 79, juillet), à WILKIË (n° 80, août) et à GHIRLANDAJO\n(n° 81, septembre). Ils sont établis selon la méthode dont j'ai déjà pu faire\nl'éloge : dix reproductions des œuvres principales du maître, bonnes, bien\nqu'un peu noires, des notes critiques empruntées aux principaux écrivains\nd'art, un catalogue des œuvres et une bibliographie très complète.\n"}, {"page_pdf": 844, "page_imprimee": 707, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                  707\n\n  Dans l'Ingres, on trouvera la Source et l'Œdipe de Paris, et le Louis XIII\nde Montauban qui sont des compositions conventionnelles et froides, mais\naussi tout une série de très beaux portraits des musées de Nantes, Bayonne,\nParis.\n  Dans le Ghirlandajo, les reproductions sont empruntées pour la plupart\naux magnifiques décorations du chœur de Santa Maria Novella à Florence,\nmais l'on a eu l'heureuse idée d'y faire figurer aussi un fragment de l'histoire\nde Santa Fina de San Gimignano qui est bien une des œuvres les plus savou-\nreuses, et trop peu connue du grand maître florentin.\n  Rappelons que ces monographies ne coûtent que 15 cents d'Amérique.\n                                                                           J. D.\nL ' a r t e t l e s a r t i s t e s . — (Septembre-octobre.)\n   Au numéro de septembre, intéressants articles de MM. Charles Mofice,\nGabriel Séailles et Claretie, sur la Collection Henri de Rothschild, Watteau peintre\nmilitaire, et J.-L. Hamon. M. de Danilowicz parle de l'œuvre de Veit Stoss —\nou, à la polonaise, Wit Stwoss — à Cracovie.\n   Au numéro d'octobre, de bonnes pages de M. Geffroy sur Gustave Courbet,\nde M. Uzanne sur Helleu, des notes attachantes de M. Tei-San sur les Ten-\ndances de la peinture japonaise, etc.\n   Ces numéros, abondamment illustrés, entre autres de belles épreuves d'art,\ncomprennent, en outre, comme d'habitude, des chroniques d'art nombreuses\nde l'étranger.\n\n    L e s a r t s a n c i e n s d e F l a n d r e . — Le cinquième fascicule de cette\nluxueuse publication est des plus intéressants. Outre la suite du travail de\nM. Thiéry sur les Tapisseries classiques à l'exposition de l'art ancien bruxellois et la\nfin de l'étude approfondie de M. Durand-Gréville sur Hubert Van Eyck, son\nœuvre et son influence, il contient un mémoire sur Jacques Coene, peintre de\nBruges, — le pseudo-père des Van Eyck! — dont l'auteur, M. le comte Dur-\nrieu, retrace la carrière probable et essaie d'identifier les œuvres avec la\nsévérité scientifique et l'excellente et prudente méthode qu'on lui connaît.\nDe nombreuses planches hors texte, d'une exécution soignée, illustrent ces\narticles.\n\n   Peter Bruegel l'ancien, son œuvre et son temps. — Avec\nle quatrième fascicule de cette publication, magnifiquement illustrée de nom-\nbreuses reproductions d'après les peintures et les dessins du maître, s'est\nachevée l'étude historique de M. Van Bastelaer. Il ne reste à paraître, pour\ncompléter l'ouvrage, que le Catalogue raisonné de l'œuvre peint de Bruegel, par\nM. Georges-H. De Loo (Hulin). Nous consacrerons prochainementune étude\nà ce livre, de même qu'à une autre publication de grand luxe de l'entrepre-\nnant éditeur Van Oest : Tapisseries et sculptures bruxelloises à l'exposition d'art ancien\nbruxellois de 1905, remarquable collection de planches exécutées d'après les\nœuvres, tapisseries, retables, etc., exposés l'an dernier et commentée, avec la\ncompétence que l'on sait, par M. Joseph Destrée, l'érudit conservateur aux\nMusées des arts décoratifs et industriels.                                 A. G.\n"}, {"page_pdf": 845, "page_imprimee": 708, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "708                               DURENDAL\n\n\n L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s . — (Anvers, Buschmann; Bruxelles,\n   Van Oest.)\n    Le numéro de Septembre contient un article intéressant de Paul Lambotte\nsur L'exposition des peintresflamandset belges à Londres (Guild hall), une étude de\nJacques Mesnil sur Quelques gravures du XVe siècle et des chroniques d'art.\nParmi les reproductions il y a un triptyque de Hans Memling, un Rubens,\nun Jordaens et de très curieuses gravures du XVe siècle.\n   Le numéro d'Octobre reprend l'érudite et perspicace étude de Jan Velh sur\nRembrandt sous le titre de Rembrantiana; L'exposition de Leyde; étude critique\ntrès fine sur l'authenticité, la valeur et la signification des tableaux exposés\nrécemment à Leyde et attribués, à tort ou à raison, à Rembrandt. Ce fasci-\ncule contient de belles reproductions des œuvres exposées.\n   Vient ensuite un article de G.-H. Marius sur Sûze Bischop-Robertson, une\narriste hollandaise de très grand talent, talent confirmé par les reproductions\nde ses œuvres que contient ce fascicule.\n                                                                        H . M.\n\n   A u g U S t a P e r u s i a (Septembre) publie un ancien plan de Pérouse\n(1602) accompagné d'une curieuse étude par M. Bellucci. M. Cristofani\nparlé de 5. Agestino, de Pérouse, et des rares et intéressantes œuvres du\nXIVe siècle que cette église, défigurée au XVIIIe, recèle encore. La fin du\ntravail de M. Cenci sur les Ceri do Gublio et des notes de M. Frittelli sur les\nchants populaires de mai dans la vallée du Tibre. Outre la Chronique de\nl'exposition d''ancien art ombrien, en voie d'organisation pour 1907, une note\nsignalant des actes de mauvais goût dans la décoration de la Basilique\nfranciscaine d'Assise ; une bibliographie, etc.\n\n\nCatalogue historique et descriptif des tableaux anciens\n   d u M u s é e d e B r u x e l l e s , parA.-J. WAUTERS. 2e édition. — (Bru-\n   xelles, Van Oest.)\n   L'éminent auteur de l'Histoire de la peinture flamande publie une édition\nconsidérablement modifiée et amplifiée du remarquable catalogue du Musée\nqu'il avait donné en 1900. Le nouveau catalogue, ordonné avec beaucoup de\nméthode et de clarté, constituera pour les travailleurs un guide des plus pré-\ncieux. Le savant écrivain a mis à profit les recherches faites en ces dernières\nannées, principalement sur les primitifs flamands, recherches auxquelles il\nn'a pas médiocrement participé, pour reviser un grand nombre d'attributions\ndouteuses comme pour proposer quantité d'attributions touchant les œuvres\nanonymes. La mention de chaque artiste, de chaque œuvre est accompagnée\nd'une notice complète sur la carrière de l'un, sur l'état civil de l'autre, les\nquestions que son éludé soulève, les controverses qui se sont élevées à son\nsujet, etc., de sorte qu'en réalité le catalogue de M. Wauters est comme le\nprécis, substantiel de l'état de nos connaissances historiques et critiques sur les\nprimitifs flamands.\n"}, {"page_pdf": 846, "page_imprimee": 709, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                709\n\n Les villes d'art célèbres : Nancy, par ANDRÉ HAI.LAYS. — (Paris,\n   Laurens.)\n   Le délicat auteur de tant de pages charmantes sur les cités et les provinces\nfrançaises nous entretient aujourd'hui de Nancy, la bonne ville lorraine : la\nvieille ville avec les reliques de son antiquité, la nouvelle, création pleine de\ngrâce des ducs René II, Charles III et du roi de Pologne Stanislas. Et l'excel-\nlent écrivain nous dit à merveille le charme et la séduction de cette œuvre\ntoute d'ordonnance mesurée et de beauté noble de la vieille architecture\nfrançaise.\n                                                                         A, G.\n\n LITTÉRATURE :\n\nVers la joie. Ames païennes et âmes chrétiennes, par\n    Mme FAURE-GOYAU. — (Paris, Librairie académique Perrin.)\n    L'antiquité grecque et romaine était sans espoir d'au delà. Aussi, dans la\n pensée des anciens, le mort le plus illustre, fût-il même passé à l'état de demi-\n dieu, le cédait-il au vivant le plus humble. Toute la vie était dans la vie, tout\n était d'elle, pour elle, et il fallait se hâter de poser sur le présent des mains\n immédiates.\n    Cependant, c'est calomnier l'antiquité que de n'y voir que l'avidité de vivre,\nmatérielle, enivrée. Alors comme aujourd'hui, les hommes allaient entre la\n vie insatisfaite et la mort certaine. Les corps vigoureux et assouplis ne fai-\nsaient pas des âmes courtes et obtuses, auxquelles l'éclat du jour; le charme\ndu pays, les jeux, l'agora ou le forum et la guerre fussent de suffisantes réalités.\n    Les dieux olympiens, hommes grandis, divisés, jaloux et débauchés comme\ndes mortels, courbaient la tête sous l'intimation du Destin qui, de sa figure\nd'ombre et de menace silencieuse, barrait les horizons de leur puissance. Et\nles hommes associaient la mort et les morts aux principales de leurs fêtes..\n   Au fond, nous la connaissons si peu, la Grèce, dans son existence quoti-\ndienne et familière! La conception classique, héroïque et tendue, du monde\ngrec, d'un monde toujours en scène, en attitudes nobles ou tragiques,, sous le\ncasque et l'armure ; cette conception, si ruinée qu'elle soit, fait préjuger dans\nnotre esprit et nous masque, derrière un décor pompeux, hanté de héros,\nAristide, Thémistocle et Miltiade, et Epaminondas, et Démosthène, tous\ndrapés, tous prononçant des mots célèbres — l'intimité de la vie de ce peuple,\nde l'existence et de la pensée journalières de ces populations paysannes ou\ncitadines qui, autour ou en vue des. rayonnantes acropoles, s'agitaient et tra-\nvaillaient obscurément. Derrière les illustres dont l'histoire a dressé les statues,\nderrière les grands dieux qui éblouissaient dans la cella ou au fronton des\ntemples, il y avait la foule humble et anonyme, innombrable, et dont rien\nn'est venu jusqu'à nous. Les petits, les pauvres, les esclaves avaient leurs\ndieux à eux, plus secourables que les dieux officiels; ceux du foyer, des bois,\ndes eaux, des vallées et des montagnes : dieux familiers et voisins, bons\nenfants, hilares et, parfois, un peu maraudeurs... Une poussière de dieux\nrépandue dans l'atmosphère, mêlée, en quelque sorte, à l'air que l'on respi-\n"}, {"page_pdf": 847, "page_imprimee": 710, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "710                               DURENDAL\n\n\nrait, et dont la création est comme l'émanation naïve et cordiale d'imaginations\ngracieuses, sollicitées par le désir religieux.\n   L'art grec est de plus de pénétration que d'éclat, et une grande lumière spi-\nrituelle l'environne. Il y est de la tendresse, une douceur souriante, légère,\navec une inflexion, non point douloureuse, mais pensive. Et dans tout ce qui\nest sorti de ses mains, dans le galbe de ses colonnes, dans la clarté et l'ombre\nqui dessinent leurs cannelures, dans la posture de ses statues et dans les plis\nvivants de leurs robes — il y a un secret d'émotion profonde, un élan, un\nhymne, une incantation — une volonté et, par conséquent, une souffrance,\nune aspiration...\n    Mme Lucie Faure-Goyau a mis, comme préambule à ce volume, consacré\nprincipalement à Cristina Rossetti, à Eugénie de Guérin et à sainte Catherine\nde Sienne, de belles pages sur les Tristesses de l'âme païenne, tristesse de la vie\néphémère et brillante, soudain allumée, soudain éteinte, et sans espérance,\nmême dans le « Dieu inconnu. », auquel les Athéniens subtils rendaient des\nhonneurs, à tout hasard...\n   C'était un noble thème à une étude éloquente et délicate que la vie de ce\npoète, Cristana Rossetti ; de cette âme, de cette ombre discrète et charmante,\nEugénie de Guérin, et de cette vaillante et fine sainte Catherine, et Mme Faure-\nGoyau l'a admirablement compris. Ce sont des figures de chrétiennes qu'elle\ndessine devant nous, avec un art avivé par la sympathie, les deux premières,\n endolories mais fortes de leur pensée et de leur foi ; la troisième, toute vouée\naax autres et qui, comme elle le disait elle même, délicieusement, « se réjouis-\nsait dans sa douleur, parce que, au milieu des épines, elle sentait l'odeur de\n la rose qui va s'ouvrir ».\n\nF e m m e s e t m o r a l i s t e s , par J. BARBEY D'AUREVILLY.— (Paris, Lemerre.)\n   Il y a beaucoup de femmes dans ce volume et peu de moralistes, car c'est\nétendre un peu considérablement l'acception de ce dernier et sévère vocable\nque de ranger sous sa définition Jules Vallès et Henri Rochefort ! Quant aux\nfemmes, elles sont de tous les temps et de toutes les civilisations et la table\ndes matières fait ainsi voisiner Mme de Maintenon et Laïs de Corinthe,\nsainte Thérèse et Marie-Antoinette, Mme de Sévigné et la papesse Jeanne.\nMais partout, qu'il s'agisse de courtisanes ou de saintes, de grandes amou-\nreuses, de grandes frivoles ou de grandes dévotes, les pages que Barbey leur\nconsacre sont toujours marquées, si l'on peut dire, de la griffe du lion ; les\nportraits qu'il en fait sont toujours tracés avec la même verve incomparable,\nnourrie de génie, de hauteur d'âme et de bon sens éclatant et ironique.\n\n   L a littérature i t a l i e n n e d'aujourd'hui, par M. MAURICE MURET.\n— (Paris, Perrin.)\n   Cette littérature, par un phénomène assez étrange, est moins connue en\nFrance que la russe et la Scandinave, et on compterait facilement les œuvres\nitaliennes marquantes que la traduction a répandues en deçà des Alpes. Les\nromans de d'Annunzio; cretains de ceux de l'admirable Foggazzaro, de\n"}, {"page_pdf": 848, "page_imprimee": 711, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3164, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                 711\n\n\n Matilda Serao et de quelques autres ; dans le domaine de la critique artistique\nou historique, moins encore : le beau Savonarole de M. Villari, sans parler des\nversions françaises des publications d'art de M. Supino, par exemple, éditées\nà Florence même par la maison Alinari. C'est peu, si l'on songe à la faveur\ninlassable que rencontrent auprès du public les travaux sur l'Italie médié-\nvale et renaissante... Et, peut-être, celle d'alors, que l'on aime dans sa vie\nexquise et violente et dans son art profond et ingénu, fait-elle ombre sur celle\nd'aujourd'hui et en distrait-elle l'attention ? Cependant, depuis une vingtaine\nd'années, surtout, les lettres ont connu, dans la Péninsule, une nouvelle et\npuissante efflorescence et parmi les maîtres qui contribuent à leur éclat il en\nest bien d'autres que ceux dont nous avons cité les noms. M. Muret a entre-\npris de signaler au public français, en une suite d'attrayantes études, les prin-\ncipaux de ces écrivains : son travail d'une critique très compréhensive et très\ninformée est conçu avec beaucoup de méthode et offre, en réalité, un tableau\ncomplet des tendances intellectuelles et morales qui se manifestent dans la\nlittérature ultramontaine de ce temps.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\n\n C h r o n i q u e u r s e t p o l é m i s t e s , par JULES BERTAUT. ' — (Paris,\n    Sansot. )\n    Tout n'est point à approuver dans ce livre, si tout est à lire. M. Jules ger-\ntaut a « croqué », avec une verve endiablée et une observation très pénétrante,\nles grands journalistes de ce temps. Si ces critiques ne sont pas toujours\njustes, comme elles sont amusantes! On subit avec joie, et tour à tour, ces\n « béatifications » et ces « exécutions » menées avec un égal entrain — encore\nqu'au fond de soi on se demande souvent si M. Jules Bertaut n'a point « un\nbloc » sur les yeux! Dans ce livre étincelant, une seule étude m'a fait bondir,\ncomme elle horripilla Eugène Gilbert : le dithyrambe entonné par M. Ber-\ntaut en l'honneur de Jean de Bonnefon, ce mauvais apôtre « papelard et sour-\nnois » — c'est le mot de Gilbert, qui, pour emprunter à autrui encore un\nautre mot, « entre dans l'Eglise pour mieux la trahir » et qui du reste n'est,\nlittérairement, que le plus médiocre des pasticheurs de Barbey d'Aurevilly.\n\n\nL e p r o b l è m e d u s e n t i m e n t , par PAUL ANDRÉ. —(Paris, Sansot.)\n  Petit bréviaire sentimental, écrit d'une façon vivante et pimpante, et où\npapillonnent des idées très élevées.\n                                                                       F. V.\n\nL e s t r o u v è r e s a r m é n i e n s , traduction française avec une introduc-\n   tion, par M. ARCHAG TCHOBANJAN. — (Paris, Mercure de France.)\n   Ce sont des chants des ackougks, des poètes populaires de l'Arménie, dont\nM. Tchobanian a voulu donner une version au public français. Chants\nd'amour, pour la plupart, fleuris d'abondantes images, joyeux ou éplorés,\nauxquels le traducteur a su conserver leur saveur originale et qu'il a accom-\npagnés de bonnes notices sur leurs auteurs.\n"}, {"page_pdf": 849, "page_imprimee": 712, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "712                              DURENDAL\n\n\n\n\n L a N a t i o n b e l g e , 1 8 3 0 - 1 9 0 5 . Un vol. in-8°. — (Liége, Desoer;\n   Bruxelles, Weissenbruch.)\n   On a réuni dans ce volume les conférences faites à l'Exposition de Liége\net qui avaient pour but de résumer à grands traits, devant les visiteurs étran-\ngers de cette exhibition, les fastes de la Belgique, les phénomènes politiques\nqui ont agrégé et fusionné ses provinces et les populations de races distinctes\nqui les habitent, le rôle qu'elle a joué dans l'histoire de l'art européen, tout\nce que son génie a donné dans les sciences, dans les lettres, comme aussi\ndans le commerce et l'industrie...\n   A côté des belles pages de Lemonnier, consacrées à l'Art national belge, de\nVerhaeren, sur les Lettres belges; à la suite de l'étude magistrale de M. Pirenne\nsur les Origines de l'Etat belge, et de M. Godefroid Kurth, sur la Commune de\nLiége dans l'histoire, on trouvera dans ce recueil nombre de travaux abondants\nen renseignements pleins d'intérêt et de valeur, tels que ceux de M. H. Carton\nde Wiart sur les Œuvres et les études sociales en Belgique; de M. Wilmotte, sur\nles Sciences morales en Belgique; de M. E. Picard, sur l'Évolution du droit\nnational, etc.\n                                                                          A. G.\n\nVOYAGES :\nL ' E s p a g n e e n a u t o , par EUGÈNE D E MOLDER. — (Paris, Mercure de\n  France.)\n   Impressions rapides — naturellement — mais dont la cinématographie\nendiablée n'empêche point l'intensité. Villes de rêve chaud et aident, où l'on\npasse quelques heures pour replonger vertigineusement dans de mornes\npaysages infinis, égayés de-ci de-là d'une oasis douce et lumineuse. L'auto\nsouvent fait halte devant les musées et les églises — et le beau peintre de la\nRoule d'Emeraude voue les plus riches couleurs de sa riche palette à évoquer\npour notre débitalion, Goya, Titien, Rubens, Véronèse. De-ci de-là, une\nfâcheuse petite note anticléricale, emportée dans les bagages ,« qui viennent\nde France ».\n                                                                      F . V.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1906-livraison11-017", "volume": "ELB-AML-484382-1906-000-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1906-000-013_f.pdf", "ocr_sha256": "1552df6ba500a3921b4a5568559d09c20289a5656c5e15c00dc01a517e9e035a", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 713, "page_fin": 720, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Nécrologie Nous présentons", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 850, "page_imprimee": 713, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "NOTULES\n\n   N é c r o l o g i e . — Nous présentons nos plus affectueuses et sympathiques\ncondoléances à notre ami Henry Carton de Wiart à l'occasion de la mort de\nson bien-aimé frère, enlevé inopinément à l'affection de sa famille dont nous\npartageons la cruelle douleur si justifiée par les hautes qualités d'âme du\ndéfunt.\n   Nous présentons aussi nos plus sincères condoléances aux familles de nos\namis Alphonse Janssens et Antoine-Théodore T'Scharner, récemment décédés.\nC'étaient deux amis de notre œuvre dont ils comprenaient la grandeur et\npour laquelle ils professaient tant d'admiration. C'étaient, en outre, deux\nartistes. Nous avions donc un double motif de les aimer et nous avons un\ndouble motif pour les regretter. Janssens était poète ; T'Scharner était peintre.\nL'un chanta la Beauté dans de nombreux poèmes d'une grande élévation\nd'idées et de sentiments et qui font honneur aux Lettres Flamandes. L'autre\nl'exprima dans des tableaux de valeur qui perpétueront son souvenir. Tandis\nque M. Janssens était encore dans la force de l'âge, M. T'Scharner avait\n80 ans; il pratiqua l'art jusqu'aux tous derniers moments de sa vie. On peut\ndire en toute vérité que la mort l'a saisi la palette et les pinceaux à la main.\nNous le vîmes quelques semaines auparavant brossant encore des toiles avec\nune ferveur toute juvénile.\n                                        * .*\n  A v i s i m p o r t a n t à n o s a b o n n é s . — Pour éviter l'encombrement\npostal de fin d'année, nous nous permettrons d'envoyer nos quittances dès les\npremiers jours de Décembre. Nous prions nos abonnés d'avoir l'extrême obli-\ngeance de nous faciliter la besogne en prévenant leur personnel, et en char-\ngeant, au besoin, leur domesticité de payer en leur place notre quittance\npostale en cas où ils seraient absents au moment de sa présentation par le fac-\nteur. Nous leur en serons infiniment obligés. De cette façon, ils nous épargne-\nront la corvée d'un second envoi de quittance postale.\n                                        * * *\n   L ' a r t i s t e F r a n ç o i s B e a u c k vient de remporter la plus haute dis-\ntinction, le Diplôme d'Honneur, à l'Exposition universelle et internationale\nde Milan, dans la section de l'illustration du livre. Nous avons pu constater\npar nous-même le magistral talent de cet artiste dans ce domaine, ayant eu\nsous les yeux un exemplaire du Cloître du grand poète VERHAEREN illustré\npar lui.\n   Récemment, nous eûmes l'occasion d'admirer aussi un exemplaire du luxe\n"}, {"page_pdf": 851, "page_imprimee": 714, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3132, "texte": "714                                DURENDAL\n\n\n(hors commerce) du roman de notre secrétaire de rédaction, GEORGES VIRRÈS :\nL'Inconnu tragique, dont les dessins, œuvres de François Beauck, avaient été\ncoloriés à la main par lui. Ces dessins ainsi coloriés sont des petits chefs-\nd'œuvre, de vrais tableaux en miniature, d'un charme séduisant obtenu par\nune simplicité de moyens étonnante.\n   La rédaction de Durendal offre à François Beauck ses plus cordiales félici-\ntations à l'occasion du prix qu'il a remporté à l'Exposition de Milan. Nous\nconstatons avec joie les progrès qu'il fait dans son art et nous applaudis-\nsons à ses succès. Nous sommes heureux de voir son talent apprécié par\nle public, et consacré, une première fois par le prix Picard qui lui fut décerné\npar l'Académie Libre, et maintenant à Milan.\n   Au moment de mettre sous presse, nous apprenons aussi les succès rem-\nportés par une artiste dont la réputation est faite depuis longtemps :\nLouise Danse. Le jury de l'Exposition de Milan lui a décerné également le\nDiplôme d'Honneur dans la section de l'art décoratif. Qu'elle reçoive nos\nplus vives, sympathiques et cordiales félicitations.\n                                       *\n                                      * *\n    La f ê t e E d g a r T i n e l à M a l i n e s . — Tous les journaux ayant\npublié des comptes rendus détaillés de la belle fête organisée en l'honneur du\n maître Edgar Tinel, comptes rendus sympathiques et dont certains étaient\nremarquables, notamment celui de Georges Systermans dans le XXe Siècle,\nnous croyons inutile d'en relater les détails ici. Nous ne ferions que répéter\nce que les journaux ont déjà dit.\n   Nous nous sommes associés de tout cœur à la fête. Notre revue Durendal\ny fut représentée par son directeur l'abbé Henry Mœller et par plusieurs de ses\ncollaborateurs, notamment l'abbé François Verhelst, le compositeur Joseph\nRyelandt et Charles Martens. Nous y avons vu plusieurs de nos abonnés,\nentre autres notre ami l'avocat Albert Dumont, d'Anvers.\n   Ces fêtes furent ce qu'elles devaient être : superbes, dignes du grand artiste\nqui en était l'objet.\n   Notons le geste magnifique de l'épiscopat belge, qui y assistait au complet.\n   Le discours prononcé par l'archevêque était d'une grande élévation d'idées\net d'expression. Quant à celui de maître Tinel, il fut vibrant d'éloquence\net il nous enflamma tous. Ce fut la plus belle profession de foi et d'art que\njamais artiste chrétien ait prononcée. On se sent fier d'être catholique quand\non entend des paroles pareilles et quand on voit un génie comme Tinel\nréaliser dans sa haute personnalité la plus belle expression qui soit de l'union\nde l'art et de la foi dans une grande âme.\n   Le chanoine Sosson, de Namur, lut aussi un très intéressant discours.\n                                       ***\n  C o n c e r t s P o p u l a i r e s . — Les quatre concerts auront lieu, au Théâtre\nde la Monnaie, aux dates ci-après :\n  10-11 novembre : premier concert, avec le concours de Mlle Geneviève\nDehelly, pianiste, une des plus brillantes artistes formées au Conservatoire\nde Bruxelles durant les dernières années.\n"}, {"page_pdf": 852, "page_imprimee": 715, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3061, "texte": "                                    NOTULES                                   715\n\n   1 -2 décembre : deuxième concert, avec le concours de Mme Julia Merten-Culp,\ncantatrice, et de M. Paul Kochanski, violoniste.\n   M™ Merten-Culp, cantatrice hollandaise, s'est créé un renom considérable,\ncomme cantatrice de concert, dans l'interprétation du lied classique et\nmoderne; elle se produira à Bruxelles dans une série de compositions encore\ninconnues du public, de Karl Löwe, Hugo Wolf, etc.\n   M. Paul Kochanski, violoniste polonais, a obtenu au Conservatoire de\nBruxelles le premier prix avec la plus grande distinction — succès consacré\ndepuis dans de nombreuses tournées artistiques.\n   26-27 janvier : troisièmeconcert, avec le concours de M. Ferruccio-B. Busoni,\nl'éminent pianiste tant apprécié du public de nos concerts.\n   2-3 mars : quatrième concert, consacré à l'audition de Faust, oratorio pour\nsoli, chœurs, orchestre et orgue de Robert Schumann.\n   Il est inutile d'insister sur l'intérêt de ce dernier ouvrage, l'une des œuvres\nles plus puissantes et les plus élevées du maître de Zwickau.\n   Le bureau d'abonnement aux quatre concerts est ouvert chez MM. Schott\nfrères, 56, Montagne de la Cour.\n                                       ***\n    C o n c e r t s D u r a n t . — Cette nouvelle société d'orchestre, si brillam-\n ment inaugurée l'an passé par le directeur-fondateur M. Félicien Durant,\norganise trois grands concerts pour cet hiver. Ils consisteront en trois séries\nde festivals consacrés respectivement à Beethoven, Schumann et Wagner.\nM. Durant s'est assuré le concours comme solistes d'Arthur De Greef, pia-\nniste; Willy Burnester, violoniste ; Pablo Cazals, violoncelliste; Henri Seguin,\nbaryton. Le premier concert aura lieu en novembre prochain; les deux autres\nen février et en mars 1907.\n   Voici le programme du premier concert (festival Schumann), qui aura lieu\nà Bruxelles, au théâtre de l'Alhambra, le 18 novembre, à 2 heures : Sym-\nphonie n° IV [ré mineur); Concerto de violoncelle; Concerto de piano; Man-\nfred : a) entr'acte ; b) apparition de la fée des Alpes ; Adagio et Allegro pour\nvioloncelle et piano; Allegro appasionato (pour piano et orchestre); Ouver-\n ture de la Fiancée de Messine.\n   Solistes : Arthur De Greef, pianiste, professeur du Conservatoire de\nBruxelles, et Pablo Cazals, violoncelliste.\n\n                                       ***\n   C o u r s p r a t i q u e s d'archéologie organisés dans les locaux des\nMusées royaux du Cinquantenaire, à Bruxelles. Troisième année.\n   Les droits d'inscription, sous réserve des réductions et dispenses qui pour-\nront être accordées, sont fixés comme suit : pour un seul cours, 20 francs;\npour chaque cours en plus, 10 francs. A raison de la nature spéciale des\nleçons, qui seront données directement sur les objets faisant partie des col-\nlections des Musées, le nombre des inscriptions à recevoir est laissé, pour\nchaque cours, à l'appréciation du professeur. Les personnes désireuses de\nsuivre les cours sont priées de s'inscrire elles-mêmes aux Musées du Cin-\n"}, {"page_pdf": 853, "page_imprimee": 716, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3083, "texte": "716                              DURENDAL\n\n\n quantenaire, auprès des professeurs dont elles voudraient suivre les leçons.\n Les inscriptions peuvent être prises les mardi et jeudi de chaque semaine,\n pendant les mois d'octobre et de novembre, de 10 heures à midi et de\n 2 à 4 heures de relevée. Les jours et heures de leçons annoncés au pro-\ngramme pourront être modifiées, le cas échéant, suivant les convenances\n réciproques du professeur et de ses auditeurs.\n   Antiquités égyptiennes. — L'ancien empire égyptien. Professeur : M. Jean\n Capart. Le jeudi, à 2 heures, à partir du 8 novembre.\n   Antiquités grecques et romaines. — I . Les terres cuites antiques du Musée.\n Professeur : M. Franz Cumont. Le jeudi, à 3 heures, à partir du 8 novembre.\n II. Les origines du dessin et de la peinture en Grèce, principalement d'après\nles vases du Musée. Professeur : M. Jean De Mot. Le mardi, à 2 h. 1/2, à\npartir du 6 novembre.\n   Belgique ancienne. — I. Palethnologie. Ages de la pierre et âges du métal.\nII. Antiquités belgo-romaines et franques. Professeur : M. Alfred de Loë.\nLe dimanche, à 10 heures, à partir du 6 janvier.\n   Moyen âge et Renaissanee. — I. Histoire de la sculpture en Belgiqua depuis\nle XIIe siècle jusqu'au règne de Charles-Quint exclusivement. Professeur :\nM.Joseph Destrée. Le dimanche, à 10 h. 1/2, à partir du n novembre.\nII. La figure hybride dans l'art décoratif. Professeur : M. Henry Rousseau\nLe jeudi, à 2 h. 1/2, à partir du 16 novembre.\n                                        *\n\n  Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles. — Voici, sous\nréserve des modifications que des circonstances imprévues imposeraient, le\nprogramme des soirées que le Cercle offrira à ses membres :\n  Novembre. — Le 23 : Récital de piano par Mme Kleerberg-Samuel,\nconsacré à l'exécution des œuvres de Schumann.\n  Décembre. — Le 3 : Concert donné par Mme J. Merten-Culp, cantatrice,\net M. De Greef, pianiste. — Le 11 : Musique de chambre et lieder\nde Schubert, avec le concours de MM. Eug. Ysaye et Van Dyck. — Le 21 :\nConcert donné par M. von Dohnanyi, pianiste-compositeur, et Mlle Eckman,\ncantatrice finlandaise.\n  Janvier. — Le 11 : Soirée musicale avec le concours de Mme Wanda\nLandowska, claveciniste, et de Mlle Buisson, cantatrice, qui interprétera des\nbergerettes et pastourelles duXVIIesiècle. — Les 17 et 18 : Soirées consacrées\naux maîtres italiens des XVIIe etXVIIIesiècles (Histoire du concerto et de la\nsonate). Violon et petit orchestre. Avec le concours de M. Crickboom,\nvioloniste. — Le 24 : Récital de piano par M. Pugno.\n  Février.— Le 1er : Lieder-abend par Mme Wiehe, cantatrice, accom-\npagnée par M. Berény.— Les 4, 5 et 6 : Trios classiques, romantiques et\nmodernes, par MM. Thibaut, violoniste; Casais, violoncelliste, et Cortot\npianiste. — Les 21, 22 et 23 : Exécution des dix sonates pour piano et\nviolon, de Beethoven, par MM. Bosquet, pianiste, et Chaumont, violoniste.\n  Mars.— Le I er : Concert consacré aux œuvres de M. Max Reger, exécutées\npar l'auteur et son quatuor. — Le 8 : Audition de la Nouvelle Société des\nInstruments à vent, de Paris.\n"}, {"page_pdf": 854, "page_imprimee": 717, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "                                    NOTULES                                   717\n\n  Conférences de MM. Funk-Brentano, de l'Institut de France; Maurice\nWilmotte, G. Van Zype, Jules Destrée, Léon Delantsheere, Emile Ver-\nhaeren, etc.\n  Le Comité est en pourparlers pour l'organisation d'une soirée dramatique,\nconsacrée aux Pèlerins de la Mecque, de Gluck.\n                                           *\n                                       *       *\n  L a S o c i é t é d e s A m i s de la M é d a i l l e vient de distribuer à ses\nmembres la médaille frappée à l'issue du concours qu'elle avait ouvert entre\nartistes belges et hollandais. Sujet imposé : Le Vin ou La Bière. Le premier\nprix a été partagé entre MM. LECROART, de Bruxelles, et WERNER, d'Amster-\ndam. La médaille adoptée a été composée des deux faces des projets cou-\nronnés.\n   La Société des Amis de la Médaille distribuera également à ses membres\nune plaquette offerte par G. DEVREESE et P . FISCH.\n   La médaille commémorative de la mort du Comte de Flandre, œuvre de\nLouis DUPUIS, d'Anvers, paraîtra prochainement.\n   Tous les membres de la Société recevront, lors de la prochaine assemblée\ngénérale, un jeton de présence représentant un monnayeur au travail. Ce\njeton sera gravé par JULES JOURDAIN, le jeune artiste dont nous eûmes plu-\nsieurs fois l'occasion de louer ici même l'incontestable talent, et dont nous\navons reproduit récemment la superbe médaillé commémoràtive de la mort\nde la Reine des Belges, médaille qui valut à son auteur le premier prix au\nconcours organisé par l'Académie des Beaux-Arts.\n                                                *\n                                              * *\n   C o n c o u r s d ' A r t d r a m a t i q u e . — Dans le but de favoriser l'épa-\nnouissement du théâtre belge et l'éclosion de pièces ayant nettement un\ncaractère d'art élevé et original, plus spécialement celles en prose, empruntant\nleur sujet aux mœurs ou à l'histoire nationales, Ostende-Centre d'Art a décidé\nde consacrer une somme de 20,000 francs à l'encouragement de notre art\ndramatique.\n   Cette somme sera répartie entre les auteurs des meilleures pièces de langue\nfrançaise, imprimées ou manuscrites, non encore mises à la scène.\n   Un prix sera réservé à une pièce écrite spécialement pour un théâtre en\nplein air.\n   Les pièces primées, sauf celles destinées au théâtre en plein air, seront\nreprésentées la saison prochaine par les soins à'Ostende-Centre d'Art. L'auteur\ndevra s'assurer le concours d'artistes dramatiques belges pour l'exécution de\nson œuvre. La salle de spectacle, les décors et accessoires seront mis à sa\ndisposition.\n   Les auteurs doivent être belges.\n   Les pièces devront être adressées, avant le 31 mars 1907, au Secrétariat,\n68, rue Vilain XIIII, à Bruxelles; celles destinées au théâtre en plein air\ndevront porter cette mention en tête de la brochure Ou du manuscrit.\n"}, {"page_pdf": 855, "page_imprimee": 718, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "718                              DURENDAL\n\n\n    C o n c o u r s d e R o m a n s . — La Société des Ecrivains Régionaux\nouvre un concours de romans entre tous les écrivains de langue française.\n   Le roman couronné sera luxueusement édité par la « Bibliothèque Géné-\nrale » à Paris.\n   Il y aura une première Commission de classement composée de :\n MM. J.-H. Rosny, président; Jean Nesmy, vice-président; Michel Epuy,\nsecrétaire; J. Ageorges; E. Guillaumin; S.-C. Leconte; G. Normandy;\nG. Tournier.\n   Le choix définitif du lauréat appartiendra à un second jur.y composé de :\nMM. E. Faguet, président; Léon Barracand, vice-président; G. Aubray;\nG. Beaume; A. Boyer; M. Faure; E. Gilbert, délégué pour la Belgique ;\nP . Harel; S.-C. Leconte; J. Rameau; A. Rivard, délégué pour le Canada.\n   Toute œuvre présentée devra être écrite par un auteur provincial ou\nconsacrée à un sujet régionaliste.\n   Longueur maximum ; 216 pages d'impression. Droit d'inscription : gratuit\npour les membres de la Société ; 5 francs pour toute autre personne. Pour\nles autres conditions, avantages, délais et détails des seconds prix, s'adresser\nau secrétariat : Epuy, Chabeuil, Drôme.\n\n                                      * *\n  Trois nouvelles œuvres de nos collaborateurs. — Nous\nsignalons et recommandons spécialement à l'attention de nos abonnés les\nœuvres récemment parues de trois de nos collaborateurs :\nLes foules à Lourdes, par J.-K. Huijsmans (Paris, Stock) . fr. 3 . 5 0\nPetits et gros bourgeois, par J. Esquirol (Paris, Stock). . . 3 . 5 0\nL'inconnu tragique, par Georges Virrès (Bruxelles, Vromant) . 3 . 5 0\n\n                                      *\n\n  Notre collaborateur, l'abbé Verhelst, vient de publier un Ave\nMaria pour voix d'enfants à l'unisson et orgue. C'est un vrai modèle du genre :\nl'accompagnement offre une trame harmonique admirablement tissée sur\nlaquelle se pose, simple et candide, le chant.\n   Il va sans dire que cette petite composition répond à toutes les exigences\nde la musique liturgique, tant par la piété de l'inspiration que par l'excellent\nstyle.\n   (En vente chez l'auteur, 3o, rue d'Oultremont, Bruxelles, 0.50 c.)\n                                                                       J. R.\n                                       *\n                                       * *\n   L e c e r c l e d'art « L e S i l l o n » a ouvert son Salon'-annuel dans\nles locaux du Musée Moderne, le 3 novembre.\n   Les artistes exposants sont : Apol, Bouy, Louis Brohée, Bulens, Deglum,\nDegreef, Godfrinon, Haustrate, Huygelen, Laudy, Lefebvre, Mascré,\nMignot, Pinot, Puttemans, Simonin, Smeers, Swyncop/Tordeur, Van den\nBrugge, Wâgemans.\n"}, {"page_pdf": 856, "page_imprimee": 719, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "                                    NOTULES                                    719\n\n\n  Il y a aussi quelques œuvres de Paul Nocquet, le sculpteur bien connu,\nque le Sillon vient de perdre, et des œuvres duquel on prépare pour cet hiver\nune exposition complète. Le Salon est ouvert jusqu'au 26 novembre.\n\n                                       *, *\n     L e M u s é e d u L i v r e . — L'association qui a été fondée à Bruxelles\n il y a quelques mois par une vingtaine de groupes et d'institutions s'occupant\n des choses du Livre, va bientôt s'installer chez lui.\n    Des démarches faites auprès du gouvernement ont abouti et le Musée a\n obtenu la jouissance d'une maison dépendant des Bâtiments Civils et située\nau centre de la ville, rue Villa-Hermosa, 3.\n    C'est dans cet immeuble, antique demeure duXVIesiècle, que l'on travaille\nen ce moment aux installations de la « Maison du Livre ». Les associations\nfédérées y trouveront un local organisé en cercle, avec salle de réunion,\nsalles de cours et de conférences, salle de lecture, salle de collection, salle\nde démonstration. L'inauguration de la « Maison du Livre » aura lieu au\ncours du mois de décembre. A cette occasion sera présentée au public de la\ncapitale, avec de nouveaux développements, l'Exposition du Livre belge d'art et\nde littérature qui a rencontré un si réel succès à Ostende cet été.\n    Le Musée du Livre a pour objet les progrès de la confection du Livre au\npoint de vue technique et artistique, le rôle du Livre dans l'éducation\npublique et le développement économique des industries du Livre pour\nlesquels de nouveaux débouchés doivent être cherchés. Un des moyens\nd'action très pratique du Musée sera la formation de collections systématiques\ncomprenant, d'une part, les produits des industries concourant à la produc-\ntion des arts graphiques et, d'autre part, des exemplaires d'ouvrages et de\ntravaux modernes choisis parmi ceux qui peuvent être présentés comme\nmodèles d'art et de métier.\n    Il a été fait appel aux éditeurs et aux industriels afin qu'ils collaborent à la\nnouvelle institution pour l'envoi de leurs ouvrages, de leurs catalogues ou de\nleurs spécimens.\n                                          *\n                                        * *\nAccusé de réception :\n   ART : L'Art mosan depuis l'introduction du Christianisme jusqu'à la fin du\nXVIIIe siècle, par JULES HELBIG, publié conformément au désir de l'auteur\npar les soins de Jacques Brassine. Tome I : Des origines à la fin du\nXVe siècle (Bruxelles, Van Oest). — Catalogue historique et descriptif des tableaux\nanciens du musée de Bruxelles, rédigé par A.-J. WAUTERS. Deuxième édition\n(Bruxelles, Van Oest). — Les matins de Florence, par JOHN RUSKIN. Etudes\nd'art chrétien annotées par EMILE CAMMAERTS. Préface de ROBERT DE LA\nSIZERANNE. Ouvrage illustré de 12 hors-texte (Paris, Laurens).\n   H I S T O I R E : La question sociale et la civilisation païenne, par P . STANISLAS\nREYNAUD (Paris, Perrin). — Les mystères de l'histoire, par ANDREW LANG.\nTraduit de l'anglais par THÉODORE DE WYZEWA (Paris, Perrin). — Paris sous\n"}, {"page_pdf": 857, "page_imprimee": 720, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "720                                      DURENDAL\n\n\nNapoléon : L a cour et la ville; L a vie et la mort, par L . DE LANZAC DE\nLABORIE (Paris, P l o n ) .\n   L I T T É R A T U R E : Œuvres littéraires de Hérault de Séchelles, publiées avec\nune préface et des notes par E M I L E DARD (Paris, P e r r i n ) . — Deuxième mémo-\nrandum (1838) et quelques pages de 1864, par J . BARBEY D'AUREVILLY ( P a r i s ,\nStock). — Paysages romanesques, par H E N R Y BORDEAUX ( P a r i s , P l o n ) . —\nL'opéra di Gabriele Rossetti, con a p p e n d i c e di lettere inédite, p a r GUIDO\nPERALE (Cita di Castello, S. L a p i ) .\n    P H I L O S O P H I E : Histoire de la philosophie moderne, p a r HARALD H Ö F F D I N G .\nT r a d u i t de l'allemand p a r P . BORDIER. Avec corrections et notes nouvelles\nde l'auteur. T o m e second (Paris, A l c a n j . — Science et spiritualisme, par\nC H . FIESSINGER (Paris, P e r r i n ) . — Platon (Collection : L e s g r a n d s p h i l o -\nsophes), p a r CLAUDIUS P I A T (Paris, Alcan).\n  P O É S I E '.Retour vers l'aube, par F R I T Z MASOIN (Bruxelles, S c h e p e n s ) . —\nDes légendes. Des batailles, par GEORGES DUHAMEL ( P a r i s , E d . de L ' A b b a y e ) . —\nLa tragédie des espaces, par R E N É ARCOS (Paris, E d . de L'Abbaye).— Fleurs\nMorvandelles, par THÉODORE MAUKER (Paris, Maison des P o è t e s ) . — La\nmultiple splendeur, par E M I L E VERHAEREN ( P a r i s , Mercure de F r a n c e ) .\n   R O M A N S - : Cœurs inutiles, par ANDRÉ GERMAIN (Paris, P l o n ) .              —Cher\ninfidèle, p a r EDGY (Paris, P l o n ) . — Le crime du fantôme, par H E N R I BELZAC\n(Paris, Perrin): — Sur les Routes. Contes d'ici et d'ailleurs, par E . GUILLON\n(Paris, P l o n ) . — De la charrue à la pourpre, par P A U L FRAYCOURT (Paris,\nStock). — Christine Rodis, par CAMILLE MARBO ( P a r i s , Stock). — Œuvres\ncomplètes du comte L É O N TOLSTOÏ. T o m e X V I : Anna Karénine 1873-1876.\nSecond volume. T r a d u c t i o n d e T . - W . BIENSTOCK ( P a r i s , Stock). — Petits et\ngros bourgeois, p a r J . ESQUIROL (Paris, Stock). — Un mirage, par JEAN DE LA\nB R È T E ( P a r i s , P l o n ) . — Le comte de Chamarande, par E R N E S T DAUDET ( P a r i s ,\nPion).\n  V A R I A : La maladie et la mort de Guy de Maupassant, par L o u i s THOMAS\n(Bruges, H e r b e r t ) .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 768, "texte": ""}, {"page_pdf": 769, "texte": ""}, {"page_pdf": 770, "texte": ""}, {"page_pdf": 771, "texte": ""}, {"page_pdf": 772, "texte": "  LE MONUMENT COMMEMORATIF\nDE LA BATAILLE DES ÉPERONS D'OR\n       (GODEFROID DEVREESE)\n"}, {"page_pdf": 773, "texte": ""}, {"page_pdf": 774, "texte": "            L'Héroïsme dans l'Art\n\n               Le Monument des Eperons d'Or\n              LORSQUE le sculpteur doit   transposer de la réalité\n                 dans l'art, une figure humaine, ou un peintre\n                 un paysage de nature, son geste vers la Beauté\n                 comporte une part d'idéalisation créatrice —\n                 mais qui a, pour modèle et pour appui, la\n                 vérité immédiate et tangible.\n                    Combien plus difficile et plus périlleuse la\n                 mission de l'artiste à qui l'on demande de\n« matérialiser » l'histoire et de donner corps aux fugitives et\nondoyantes formes de la Légende. De celui-là, on requiert la\npuissance redoutable de pétrisseur de symboles — et l'on\nsait combien toutes les formes de symbolisme sont proches,\nà la première défaillance, de choir dans l'incohérence ou la\npuérilité. Nous en connaissons, n'est-ce pas, sur telles de nos\nplaces publiques, de ces monuments où une grande idée et\nun grand souvenir gisent, pantelants, dans des réalisations\nconfuses et médiocres?\n   Ces mots : la Bataille des Eperons d'or, et cette date : 1302,\nappartiennent-ils davantage à la Légende qu'à l'Histoire?\nQuelle fut la force motrice — patriotisme ardent ou mutinerie\nde classes — qui rua sauvagement les rudes communiers de\nFlandre contre les fiers et élégants chevaliers français? Laissons\ndiscuter les historiographes et soyons pitoyables même aux\npoliticiens qui tentent de transformer le goedendag en vulgaire\nbâton d'orchestre électoral ! Pour nous il suffit que les meilleurs\net les plus grands des Flamands, ceux en qui Dieu déposa le\nsens de la race, les Gezelle, les Albrecht Rodenbach, les Hugo\nVerriest, aient cru en l'épopée fameuse, pour qu'à notre tour, elle\nnous devienne chère. Telle, du reste, que les générations nous la\ntransmirent, elle apparaît vêtue des nobles draperies écarlates\n"}, {"page_pdf": 775, "texte": "642                              DURENDAL\n\n\n\nde l'épopée et elle offre à l'art celte matière souveraine qui\ns'appelle l'Héroïsme. Et vraiment elle méritait que Corneille lui\neût voué des hémistiches vigoureux et sonores et que retentît\nen son honneur le clairon génial de H u g o !\n    L e peuple ne vit pas que de pain. I1 est nécessaire parfois\net salutaire d'arracher ses yeux du sol où il trime et, dans le\nbel azur du ciel, de fixer son regard vers un lambeau de l'idéal\nvenu des âges lointains. Louons donc sans réserve ceux qui vou-\nlurent commémorer les héroïques chouans de 1302 en un poème\nde pierre et de bronze !\n    C'est par u n e merveilleuse matinée du dernier septembre que\nj'allai voir le « M o n u m e n t des E p e r o n s d'or ». U n e b u é e opa-\nlisée de soleil flottait sur les choses et enveloppait c o m m e d'une\natmosphère de rêve les nobles reliques du passé qui jalonnent\nles rues de Courtrai : les vieilles halles à la patine si ardente,\nla tour de N o t r e - D a m e pareille à un fragment puissant de cita-\ndelle, et les tours du Brœl mirant au fil de la L y s leurs nostal-\ngies guerrières. T o u t au bout de la ville, là où l'œil embrasse,\ndans un panorama, immense, les riches champs de Groeningue,\nse dresse, dans un cadre chatoyant de verdure, l'œuvre du sculp-\nteur De Vreese. Au sommet la F l a n d r e tient en laisse le lion\nrugissant. C'est une femme robuste de carrure et volontaire\nd'attitude : elle profère à la fois de la vigilance et du défi.\nT r o p cossue peut-être en son revêtement d'or rutilant (j'eusse\npréféré, q u a n t à moi, la voir en marbre ou en vieux bronze mor-\ndoré) et en tout cas encore trop neuve. L e t e m p s et les frimas\ndevront lui donner le recul propice au rêve. Jusqu'ici le\nrêve la délaisse pour descendre et s'attarder, avec une admi-\nration qui ne se lasse point, sur les pages grandioses d'histoire\nqui enveloppent de beauté et d'émotion le socle puissant du\nm o n u m e n t : au pied, emblème de la défaite, traité avec une\n fougue puissante et une harmonieuse s y m p h o n i e de lignes,\ncet écroulement d'un chevalier français, culbuté avec sa mon-\nt u r e ; et, sur les côtés, d'une part, l'adieu du communier, en\ndépart pour la patriale croisade, étreignant sa femme et baisant\nau front son enfant, sous l'œil protecteur de la miraculeuse Notre-\n D a m e de Groeningue; et, d'autre part, le retour triomphal du\n F l a m a n d vainqueur, fragment épique de pierre qui, par la per-\nfection de son exécution comme par l'impressiori de noblesse et\nde gravité qu'il dégage, transporte et émeut comme émeuvent\n"}, {"page_pdf": 776, "texte": "                      L ' H É R O Ï S M E DANS L'ART                 643\n\net transportent les chefs-d'œuvre, compréhension admirable\nd'une grande heure nationale dont la joie dut être ombrée par\nl'angoissant souci des lendemains !... Il y a là, dans le flottement\ntriomphal des palmes et l'éclat des buccins glorieux, la. poignée\nde mains de deux hommes qui en frémissant de mâle orgueil,\nsongent surtout au devoir à poursuivre, à l'union à maintenir,\nà l'œuvre à parfaire !\n    Reculons-nous et sur le rideau de sombre é m e r a u d e formé\npar les arbres et les taillis, admirons dans son e u r y t h m i q u e\nensemble l'œuvre de De Vreese; lorsque les années auront\naccumulé autour d'elle leurs voiles idéalisants et q u e déjà elle\na p p a r t i e n d r a au passé, nos fils admireront le « Monument des\n Eperons d'or » comme une g r a n d e pensée de la race adéquate-\nment réalisée et comme un exemplaire souverainde la plus noble\ndes formes de beauté qui puisse tenter les ciseaux d'un sculp-\nteur : l'Héroïsme dans l'Art !\n\n                                           F I R M I N VAN DEN   BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 777, "texte": "                      L'homme heureux (1)\n\n                 UN homme était assis devant sa maison.\n                      C'était un homme à l'air simple et content,\n                   c'était une pauvre petite maison d'au milieu des\n                   campagnes : et tous les deux, paisiblement, se\n                   chauffaient au soleil.\n                      Un passant s'approcha et dit :\n                      — Bonjour, l'homme, — puis, ayant un\n                   moment considéré le rustique :\n   — Dites-moi,.— continua-t-il, — on dirait que vous êtes\nheureux, vous!\n   — Moi!... — répondit l'homme : il se leva :\n   — Vous voyez bien cette maison?... Eh bien, c'est ma\nmaison !\n   Puis, il prit le passant par la manche et lui fit faire quelques\npas.\n   — Vous voyez bien ce jardin autour de ma maison?... il y a là\ndes pommes de terre, des choux, des pois, des endives, des\npoireaux, des scaroles... et le reste! — Ensuite, désignant du\ndoigt un minuscule appentis — et il y a sous ce toit —\ncontinua-t-il — un porc aussi gros qu'un veau!\n   Puis il fit faire au passant encore quelques pas et, déployant\nson bras dans la douceur de l'été, il dit :\n   — Vous voyez bien ce chemin, là-bas?\n   — Je vois un chemin, répondit le passant.\n   — Eh bien, c'est par là que l'on va au moulin de mon frère,\nle meunier Jean-Paul !\n   Et, ayant dit cela, l'homme retourna s'asseoir dans la lumière\nde son seuil.\n\n  (1) Ce conte : L'homme heureux, et le suivant : Le divorce du terrassier, sont des\npages inédites d'un volume de contes d'une rare originalité, qui paraîtra très prochai-\nnement, à Bruxelles, sous le titre : Premières Proses, par E. VANDERBEECK.\n"}, {"page_pdf": 778, "texte": "            Le divorce dn terrassier\n\n              C'EST dans la maison du terrassier Simon, non loin\n                  de la ville.\n                     Cordula, la femme de Simon, coud près de\n                  la table. Finntche, sa petite fille, est auprès\n                  d'elle.\n                     Il est un peu plus de sept heures. Le joui-\n                  est encore clair. Sur le poêle de Louvain\n                  migeotte le repas du soir.\n    ... Le calme n'est pas en Cordula : le tourment de son cœur\n est marqué sur son visage.\n    Elle se remue sur sa chaise, fronce les sourcils, pousse de\nprofonds soupirs : à chaque instant elle se retourne vers l'hor-\nloge et l'on voit qu'elle épie la marche du temps.\n    A ses tempes, lentement, perle la sueur.\n    ... Or, un pas d'homme a battu sur la route, et la femme a\ntremblé. Elle a étanché sa sueur et elle a rendu à son visage\nl'apparence de la quiétude.\n    Le bruit des pas grandit. Quelqu'un piétine sur le seuil.\nSimon le terrassier a poussé la porte et est rentré chez lui.\n    Il a l'aspect placide, un peu exténué, de ceux qui sont\npenchés sur les rudes travaux. Torse puissant. Visage et cou\nbrûlés par le soleil. Regard droit. Front obstiné.\n    Il a déposé sa pelle et sa pioche, puis il a accroché son\nchapeau et s'est assis à la table. Mais il n'a pas dit, comme\nchaque soir : « Bonsoir, Cordula. Bonsoir, Finntche, ma petite\nfille », il a seulement regardé longtemps sa fille avec douceur.\n   Et cependant, Cordula s'empresse; elle dispose le couvert et\nverse la soupe. — Et elle a épandu la soupe sur la table. —\nChacun mange. — Puis elle apporte les pommes de terre et le\nlard — et l'eau. — Enfin, le café noir fume dans les tasses.\n   L'homme a mangé paisiblement, mais Cordula a mangé avec\npeine ; la terreur est en elle.\n"}, {"page_pdf": 779, "texte": "646                          DURENDAL\n\n\n\n    Sournoise et lente, la pâleur est venue sur son visage. Les\naliments lui ont semblé comme de l'argile, le café odorant\ncomme une eau amère et répugnante : plusieurs fois elle a cru\nétouffer et elle s'est sentie mourir.\n   Lorsque le terrassier a vidé sa tasse, il se lève et va dans la\nchambre d'à côté. Un moment après, il revient, tenant un sac\nde toile bleu, un habit de travail, un peu de linge blanc et un\npeu de linge de couleur.\n    Mais la femme s'est dressée et elle a jeté un grand cri. D'un\ncoup, elle tombe à terre, éparpille ses cheveux, roule son front\nsur les pierres. Elle pousse de longues plaintes aiguës et gémit\nlugubrement.\n    Alors, elle parle ainsi, et sa bouche est contre la terre :\n    « Simon! Simon! il ne faut pas partir!... il faut laisser là\nton sac bleu et ton linge!\n    » Cordula est coupable, mais il ne faut pas quitter Cordula!\nil faut rester auprès d'elle et auprès de Finntche, la petite fille\navec ses longs cheveux !\n    » ... Cordula aime Simon, mais chacun commet des fautes...\nelle était dans le bonheur et elle a tout oublié!... mais Simon\ndoit pardonner à Cordula, il doit rester auprès d'elle et auprès\nde Finntche... car elle ne sera plus coupable maintenant... et\nelle ne saura que faire!... si Simon s'en va. »\n   Cordula parle ainsi et beaucoup de rudes sanglots ont brisé\nsa gorge et sa bouche a mouillé les pierres. De nouveau, elle\npousse de longs cris et gémit lugubrement.\n   Ainsi, encore longtemps, elle reste étendue. Enfin, elle se\nrelève, rassemble sa chevelure et se rasseoit; puis elle prend sa\nfille dans ses bras.\n   Et toutes deux pleurent sourdement et péniblement.\n   L'homme, cependant, a paru ne rien voir et ne rien entendre.\nIl s'est agenouillé et, avec soin, il a plié son habit de toile, en a\nbourré le sac; il a fait de même avec le linge blanc et le linge de\ncouleur, puis, il a glissé le cordon et l'a noué avec méthode. Il\na pris sa pelle et il a séparé le bois du fer; il a pris sa pioche,\nest allé sur le seuil et, la tenant par l'acier brillant, il a frappé\nplusieurs fois le sol avec le manche qui, enfin, vole en éclats.\n    Et il a heurté la terre de grands coups; la sueur venait à son\nfront.\n    Pour finir, il a lié au cordon du sac, l'un près de l'autre, la\n"}, {"page_pdf": 780, "texte": "                      LE DIVORCE DU TERRASSIER                            647\n\n\npioche et la pelle. C'est ainsi que font les terrassiers lorsque,\nl'ouvrage m a n q u a n t dans la contrée, ils s'en vont au loin.\n   M a i n t e n a n t , il regarde Cordula et il hoche la t ê t e ; puis il\nregarde sa fille et ses yeux sont pleins de douceur; ensuite, il\nregarde encore sa femme et il p a r l e ainsi :\n   — Cordula que pensera ton père, le batelier, car il a dit :\n « Je te donne Cordula, c'est une fleur de mon jardin ! »\n   E t il reste de nouveau dans le silence : on voit qu'il est dans\nle t e m p s écoulé, alors qu'il alla prendre Cordula dans le village\nprès de la mer.\n    Mais il a fait un mouvement comme q u a n d on veut chasser\ndes songes importuns. Il s'approche de sa femme et, la pressant\nentre ses bras, il la baise sur chaque joue, puis, se penchant\nvers sa fille, il la presse aussi entre ses bras et la baise aussi\nsur chaque j o u e .\n   Mais alors Cordula s'est pliée en arrière, elle a tordu ses\nbras, et elle crie de toutes ses forces : « A h ! m a i n t e n a n t j e suis\nune femme a b a n d o n n é e ! »\n   P u i s , se jetant avec sa face sur la table, elle pleure si\neffrayamment, que ses plaintes, par moment, ressemblent aux\ncris joyeux de certains animaux, et l'enfant est t r e m b l a n t e ,\nelle s'est éloignée de sa mère, et elle la regarde de loin, dans\nl'épouvante.\n   L e terrassier, ayant décroché son chapeau, s'est coiffé posé-\nment, puis il a soulevé sa charge, l'a fait balancer à sa gauche\net l'a jetée sur son épaule.\n   Il marche j u s q u ' à la porte; Déjà il est sur le seuil lorsque la\nfemme, dans un grand effort, s'adresse encore à lui, et elle dit :\n\" Simon, avant de partir, prends encore une tasse de café. »...\nIl s'est arrêté. Il se retourne à d e m i . Il hésite dans son cœur.\n   Mais Cordula, qui déjà a rempli la tasse, vient à lui, et,\nlui offrant le breuvage, elle l'élève jusqu'à sa bouche.\n   Or, le soleil est descendu derrière la ville et il a jeté dans la\nchambre sa couleur sanglante.\n   E t la femme est restée debout près de l'homme et elle a cou-\nvert son visage.\n   Simon boit avec lenteur, il souffle sur le café b r û l a n t . Ses yeux\nimmobiles sont fixés sur le mur blanc. E t , voici : ils s'agran-\ndissent peu à peu, car il est entré dans le rêve. E t il pense ainsi :\n   « Je m'en vais de ma maison et j ' a i un grand mal dans\n"}, {"page_pdf": 781, "texte": "648                         DURENDAL\n\n\nmoi-même. Je regrette amèrement ma femme Cordula et Finn-\ntche, ma petite fille. Je regrette aussi amèrement ma maison que\nje lavais de chaux chaque année et tout ce qui est dans ma\nmaison, la table, les chaises et la commode, et l'armoire pour\nle pain, et la lampe en cuivre que Cordula sait si bien faire\nbriller! et mon lit, et mon matelas de laine et le grand coffre\nnoir où est aligné mon plus beau linge. Je pense aussi à mes\npigeons blancs et bleus qui sont dans le grenier. »\n   Il songe ainsi et ses yeux sont grands et éclatants.\n   Il a bu le café jusqu'à la dernière goutte.\n   Maintenant, il remet la tasse à Cordula, puis il passe le\nseuil et s'en va. Et la femme et l'enfant, avec une même plainte\naiguë, se jettent sur la route pour le voir partir.\n   Simon a marché dans l'avenue sonore.\n   Son sac bleu estsur son dos. Ses outils brillants résonnent sur\nsa poitrine. Il a le corps un peu penché pour faciliter la marche;\nor, son front plissé s'est tendu vers le lointain.\n   C'est ainsi que s'en vont sur les routes, d'un pas lourd et\nmesuré, ceux qui creusent les canaux et qui tracent les chaussées.\n\n                                             E. VANDERBEECK.\n"}, {"page_pdf": 782, "texte": "             Le Condamné\n                           I\n\nViens ô mon bien aimé — n'as-tu rien entendu?\nTes yeux sont égarés — faut-il tout te redire?\nJ e sens en moi crier mon amour éperdu ;\nJ e voudrais blasphémer et je voudrais maudire :\nAvant que le soleil sanglant roule dans l'or,\nComme lui, mon époux d'un soir, tu seras mort...\n— Mais pour te consoler je veux encor sourire...\n\nIls ont lu froidement ton a r r ê t sans appel :\n« P o u r punir son orgueil et sa morgue, qu'il meure !\nMais pour que son supplice encor soit plus cruel,\nPour que l'audacieux tombe, supplie et pleure,\nSi quelque fiancée appelle son amour,\nQu'on aille la chercher au pied de cette tour\nE t que le chapelain les bénisse sur l'heure. »\n\nC'est fait. — Nous voici donc jusqu'à ce soir unis :\nO bonheur sans pareil — ô sombre destinée !\nP o u r nous faire mourir le ciel nous a bénis.\nMais moi, c'est pour toujours que je me suis donnée;\nEpouse d'un moment, mais plus belle à tes yeux,\nPleine de mon amour sanglotant et joyeux,\nH e u r e u s e maintenant, tantôt abandonnée!...\n\nCar, si je te souris, tu verras en mon œil\nVibrer en même temps une colère folle...\nDescends — on a drapé de tentures de deuil\nE t de larmes de feu la funèbre gondole...\nAssieds-toi près de moi pour le trajet fatal :\nMoi je verrai ton âme en ton œil de cristal,\nT u sentiras la mienne à t r a v e r s ma parole.\n\nVois comme l'air est doux en cette fin de jour :\nComme pour caresser notre étreinte éphémère,\nOn sent flotter partout un parfum pur d'amour\n"}, {"page_pdf": 783, "texte": "650                           DURENDAL\n\n\n      Où le parfum de mort met sa saveur amère...\n      Tout là-bas, le soleil rêve et se pâme aussi,\n      E t les nuages bleus, frangés d'argent roussi,\n      Dessinent dans le ciel un monde de chimère...\n\n      Les rayons du couchant traînent sur les canaux\n      Comme de longs reflets de robes éternelles,\n      Les gondoles du soir glissent au fil de l'eau\n      Avec des frappements de rames solennelles...\n      De ses lèvres de feu, le ciel semble poser\n      Sur la t e r r e pâmée un infini baiser,\n      E t les cygnes r ê v e u r s ont de l'or sur leurs ailes...\n\n      Tout nous dit de jouir de notre seul moment.\n      Mêle à tes cheveux noirs ma chevelure blonde,\n      P o u r un instant je veux t'aimer infiniment\n      E t pouvoir avec toi tout oublier au m o n d e ;\n      Il fait calme, il fait doux, il fait un temps d'espoir :\n      Mais au loin, s'allongeant toujours plus dans le soir,\n      L'ombre de la prison se profile sur l'onde.\n\n      Oh! goûtons un instant le songe éblouissant!\n      J e t'aime, et je veux boire en ce couchant de flamme\n      Où le sombre destin mit des flaques de sang,\n      Un peu d'éteruité dans le fond de ton âme,\n      Tandis que tu p r e n d r a s — ô suprême désir —\n      Homme fort — car toujours on tremble pour mourir —\n      La force et le courage aux lèvres d'une femme!\n\n      Viens ô mon bien aimé, viens entre mes deux b r a s ,\n      Car le ciel a béni notre passion sainte !\n      Si tu me vois pleurer, ne me regarde pas !\n      Si tu m'entends gémir, n'écoute pas ma plainte!\n      Si des songes de mort passent, sombres, en toi,\n      Si ton cœur sans espoir palpite dans l'effroi,\n      Cache ta pâle angoisse en notre unique étreinte!\n\n      Quoi ! tu ne bouges pas? et si dans tes g r a n d s yeux\n      A frémi tout d'abord une larme tremblante,\n      Maintenant sans me voir ils regardent les cieux...\n\n      T u n'entends pas les mots de ma lèvre brûlante?\n      Vas-tu donc t'en aller vaincu, seul, désarmé,\n      Sans m'avoir regardée, et sans avoir aimé\n      Ton épouse d'un soir amoureuse et sanglante?\n"}, {"page_pdf": 784, "texte": "                     LE CONDAMNÉ                            .65,1\n\n\n\n\n                           II\n\n— Oui, je t'aime, ma vie, ô femme aux yeux de ciel,\nCar Dieu dans ses desseins unit nos destinées,\nE t c'eût été pour moi le bonheur immortel,\nSi j ' a v a i s pu t'aimer des mois et des années,\nSi les fleurs de ton âme et mes roses d'espoir,\nAu lieu de n'embaumer que l'espace d'un soir,\nO femme, ne devaient jamais être fanées !\n\nMais tu sais que je vais p a r t i r , et c'est bien dur\nDe p a r t i r quand l'amour, en chantant, vous rappelle,\nLorsque l'on a goûté de ce bonheur si pur\nE t lorsque l'on a su que la vie est si belle;\nLorsqu'une femme en pleurs vous a pris par la main,\nE t qu'au jour où l'on veut poursuivre son chemin\nL a Mort est déjà là pour vous séparer d'elle!\n\nTout mon être de flamme aspire à ton baiser\nE t mon cœur débordant frémit à ta voix pure...\nJ e voudrais ton amour avant de m'enfoncer\nDans les ombres sans bord de cette nuit obscure,\nE t je pleure, et je tremble, et je r i s , et mon cœur\nVoudrait dans ton cœur pur oublier sa r a n c œ u r\nE t sentir sous tes pleurs s'apaiser sa blessure...\n\nMais non, je veux partir vers la mort qui m'attend !\nSans avoir d a n s tes yeux abreuvé mes prunelles,\nJ e veux mourir léger et sans peine, en chantant,\nLes deux bras tendus vers les beautés éternelles.\nIl me serait trop dur de m'en voler ce s o i r ;\nSi le regret sanglant, si le froid désespoir;\nSi les doux souvenirs alourdissaient mès,ailes !\n\nVal le soleil se couche; oublie à tout jamais\nQue pour un condamné battit ton cœur de femme,\nQue nos deux cœurs étaient unis, que je t'aimais :\nD'autres sont encor là pour te donner leur âme...\nAdieu, voici la tour. — Détourne tes regards,\nCar dans l'ombre je vois reluire les poignards!...\nE t le soleil est mort en roulant dans la flamme!...\n"}, {"page_pdf": 785, "texte": "652                          DURENDAL\n\n\n\n\n                                III\n\n        O poète! il te faut mourir à peine né :\n        Un pleur, un cri d'amour — l'existence est passée!\n        Il te faudra p a r t i r , ô pauvre condamné,\n        Ne laissant après toi qu'un peu de ta pensée...\n        Tu peux — et comme tous — t'enivrer et jouir,\n        Puisque tu vas, vers l'ombre où tu devras mourir,\n        Marchant avec la Vie — ô blanche fiancée —\n\n        Mais marche sans la voir, les yeux fixés au ciel\n        Où devra s'envoler ton âme inassouvie ;\n        Elle t'appellera par son hymne mortel,\n        Mais ferme à ses accents ton oreille ravie...\n        T u sais que tout cela sera fini bientôt,\n        Que tu mourras sans peine et voleras plus haut\n        Si tu n'as pas goûté le baiser de la Vie !\n\n                                               P I E R R E NOTHOMB.\n\n (Assomption   1906)\n"}, {"page_pdf": 786, "texte": "   Poèmes Religieux et Symboliques\n\n                     Fons Aquae Salientis\n                                             Deus sitit sitiri.\n                                      St GRÉGOIRE DE NAZ., Or.    LX.\n\n\n   O mon enfant, si tu voyais, par un jour orageux, accablant\nd'été — toute une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants,\nmarchant dans une plaine, sous un soleil brûlant.\n   O mon enfant, si tu voyais le long de la voie poudreuse, pous-\nsiéreuse qu'ils suivent, une eau claire briller et miroiter aux\nrayons du soleil, et courir en chantant sur un lit de gravier.\n  O mon enfant, si dans le doux murmure de cette eau cou-\nrante, une voix s'élevait suave, harmonieuse, mais claire aussi et\nassez haute pour être de tous entendue.\n   Et si cette voix disait, ô mon enfant : « Venez à moi vous\ntous qui êtes accablés, et je vous réconforterai. » Et si plus claire\nencore elle disait : « Qui boira de mon eau, n'aura plus jamais\nsoif, mais l'eau que je lui donne le fera parvenir à la vie\néternelle. »\n  O mon enfant, si tu voyais, que dans la foule, presque per-\nsonne ne répond à cet appel, et que bien rares, bien isolés sont\nceux qui se rapprochent de cette eau vivifiante.\n  Si tu voyais et si tu entendais tout cela, ô mon enfant, que\ndirais-tu? — Ainsi pourtant, ô mon enfant, en est-il de beaucoup\ndans leur marche vers Dieu. Ils voient l'eau bienfaisante briller\nà leur côté — toute leur vie ils entendent la voix claire qui les\nappelle; mais opiniâtres et déments, ils se détournent des eaux\nsalutaires, et jusqu'à la mort, pour eux définitive, poursuivent\naveuglés de mensongères illusions.\n                               DOM BRUNO DESTRÉE, O. S. B.\n"}, {"page_pdf": 787, "texte": "                         Une Virtuose (1)\n                                      (Fin)\n\n\n\n                                       III\n\n\n                          Le Trio de Beethoven\n                  AUGUSTE Lamboreux,      assis à son bureau dans la pièce\n                     d'arrière-corps qui lui servait de cabinet de travail, véri-\n                     fiait la rédaction d'une police d'assurance nouvellement\n                     contractée. Ses yeux suivaient sur le papier le texte que\n                     leur indiquait son doigt courant le long des lignes, tandis\n                     qu'un murmure ronronnant, accompagnait en sourdine\n                     cette lecture.\n                         Quoique l'exubérant homme accomplît, il fallait néces-\n                     sairement qu'il y eut une participation de son organe\nvocal. En lisant, il s'accompagnait d'un bourdonnement ponctué à chaque\nfin de phrase par un brusque arrêt en saccade.\n   Devant lui, par une baie vitrée, faisant le fond de la pièce en une sorte de\nserre, de la verdure en désordre apparaissait dans un enclos étroit de hauts\nmurs. Il y avait là une pelouse et des buissons de lilas, un coin de ciel souriait\nentre deux toits voisins, d'où le soleil commençait de répandre ses ondes\nlumineuses.\n   Un coup net frappé à la porte qui, de la serre, menait à l'office, fit relever\nla tête au lecteur, tandis qu'il prononçait sur deux notes, l'une claire et l'autre\nsombre : « Entrez » !\n   Marianne pénétra dans la chambre et s'arrêta devant son père, en plein\ndans le soleil qui l'enveloppa d'un nimbe d'or.\n   — C'est toi, fifille, qu'y a-t-il?\n   — Je voudrais vous parler.\n   — H é ! tu as l'air mystérieuse. Tu n'es pas souffrante?\n   Il se leva en repoussant son fauteuil de cuir et s'approcha de la jeune fille,\nqu'il prit par la main. Sa haute stature la dominait et l'expression de son\nvisage coloré et mobile exprima une inquiétude un peu effarée.\n\n\n (1) Voir le numéro d'octobre.\n"}, {"page_pdf": 788, "texte": "                               UNE VIRTUOSE                                  655\n\n    - Non,     dit-elle,, mais je voudrais, vous, demander quelque chose qui\nme semble depuis hier indispensable. Laissez-moi rendre sa parole à Albert.\nGoossens ?\n    — H é ! quoi! vous êtes brouillés?\n    — Non, c'est moi qui ne puis plus l'épouser. Trop de choses nous;\nséparent; je ne puis pas me faire à l'idée d'être sa femme...\n    Et nerveusement elle éclata en sanglots.\n    Lamboreux s'attendrit aussitôt avec elle. Il était impressionnable et sensible\net prompt à s'émouvoir.\n    — Mais il ne faut pas pleurer. C'est entendu; je vais écrire...\n    Déjà il se précipitait à son bureau et cherchait une feuille. C'était une\ndes caractéristiques de sa nature que cette, spontanéité dont, plus d'une\nfois il lui arrivait de maudire les conséquences. Marianne sourit à le voir si\nprompt.\n    — Mais, papa, nous avons le temps, et puis, ce n'est pas écrire qu'il faut,\nc'est lui parler. Oh ! on peut le. laisser continuer à fréquenter la maison, même\ncela vaudra mieux, car...\n     Le père releva la tête, un peu ahuri et cherchant à comprendre. La sérénité;\nde sa fille le rassurait et déjà il revenait sur le consentement rapide qu'il avait\ndonné à son désir. Des raisons pratiques commençaient de prendre l'avantage\nsur le premier mouvement de sa sensibilité. Il passa avec vivacité de la\nconcession à la résistance. Tout l'homme était dans ce revirement et Marianne,\nqui le connaissait, n'en fut pas bouleversée.\n     — Alors, ma fille, il ne faut pas rompre., Après tout, réfléchissons. Albert\nest un parti sérieux, très sérieux, exceptionnel. C'est aussi un garçon d'excel-\nlente conduite, travailleur, convaincu ; je ne sais pas...\n     — Mon cher père, je lui rends tous les hommages que vous voudrez, je\npense avec vous que sa recherche a été flatteuse et avantageuse pour notre\n famille. Pourtant je ne suis pas faite po.ur lui. Peut-être ne suis-je pas faite\n pour le mariage, au moins pour le mariage tel qu'il peut se présenter pour\n nous.\n     — Par exemple, où as-tu pris ces idées-là?\n     — Chez nous, papa. Je commence, à m'en rendre cpmpte. Il y a en moi\n quelque chose qui me lient trop à l'âme pour ne pas venir de très loin,, pour\n ne pas être né avec moi, hérité de mes parents, de vous, de ceux que je. n'ai\n pas connus ; une délicatesse de sensation, un penchant pour ce qui est beau,\n harmonieux, artistique. J'ai peut-être cultivé plus qu'une autre ces plantes-là\n dont la semence est depuis longtemps dans notre famille. Elles ont tout envahi\n chez moi, elles sont sauvages et folles comme de la vigne vierge..\n     Auguste Lamboreux écoutait sa fille avec admiration. Debout derrière, le\n bureau encombré de paperasses, immense et caricatural dans son veston de\n travail tout verdi par l'usage, le front redressé et dégarni, la bouche mi-\n ouverte dans sa barbe de broussailles grises, le nez proéminent et les yeux\n  vifs, il reconnaissait en elle le tumultueux élan qui tant de fois l'avait agité\n  lui-même et qu'il n'était parvenu à discipliner que par l'habitude d'une\n  besogne régulière. Ah! elle était bien sa fille, cette Marianne rêveuse et déli-\n  cate. Il dit cependant avec une tendre inquiétude :\n"}, {"page_pdf": 789, "texte": "656                               DURENDAL\n\n\n   — Mais, ma chérie, la vie est un jardinier sévère qui n'aime les plantes\nvivaces que taillées et assujetties aux contours d'un dessin banal.\n    — Je ne demande qu'un coin ignoré et restreint. Voyez, nous appelons\njardin cette cour remplie par trois plans de lilas, nous ne les taillons jamais et\nils nous donnent des fleurs et de la verdure.\n    — C'est un bien petit coin.\n    — Il me suffira. Vous parlerez à Albert?\n    Le père se gratta le front, ramené à l'embarras de la situation.\n   — Que lui dirais-je? Ce n'est pas commode.\n   — Dites-lui seulement que votre fille Marianne est capricieuse, mais que\nvous en avez une autre plus sage et plus pratique.\n    — Céline? Que veux-tu dire?\n   — Vous ne croyez pas que cela pourrait se faire?.. Je vous assure que\nCéline et Albert s'entendraient.\n   — Mais s'il t'aime...\n   — Oh ! l'amour, c'est une grande chose et il ne s'agit pas de lui encore.\nAlbert a envie de se marier. Il est tout disposé à aimer celle qui sera sa\nfemme. Céline grille du désir d'avoir un ménage, des enfants. Ils se convien-\nnent et s'aimeront d'une tendre affection conjugale.\n   — Marianne, ma chérie, cette affection-là est une grande chose aussi, et\nc'est une bonne chose. Il ne faut pas la sacrifier à la poursuite de la chi-\nmère...\n    — Oh!je ne poursuis rien du tout, je ne me fais pas d'illusion sur les mots ;\nseulement je ne veux pas, délibérément, renoncer au rêve de partager avec le\ncompagnon de mes jours tout ce qui fait la passion de mon âme : la beauté,\nl'harmonie, l'art.\n    — Eh bien, nous en recauserons.\n    — Je vous en prie, parlez à Albert ce soir. Nous avons une petite réunion,\nTruffon vient pour répéter le trio et...\n    — Truffon ? interrogea brusquement Lamboreux, tu ne vas pas épouser\nTruffon, j'espère...\n    — Truffon, dit-elle en riant; mais non. Quelle idée!\n    Rassuré, Auguste Lamboreux reprit son travail. De temps à autre il se levait\npour dégourdir ses jambes impatientes ou lançait des exclamations aux échos\nde son cabinet. On l'entendait parfois jusque dans les pièces voisines, mais\npersonne ne s'en effarait. On connaissait de longue date la façon turbulente de\n travailler du chef de famille.\n    Marianne remonta au premier dans la salle commune. Elle retira de la botte\n son violon, et se mit à jouer en sourdine une mélodie à elle qu'elle avait com-\n posée sans jamais la noter, lui donnant un rythme et des variations conformes\n à sa fantaisie ou à ses dispositions du moment.\n    Céline passa à la recherche d'un écheveau de laine pour achever un ouvrage\n commencé.\n    Sans cesser de jouer, Marianne dit :\n    — Tu sais, je n'épouserai pas Albert. Papa le lui dira, ce soir, cordia-\n lement.\n"}, {"page_pdf": 790, "texte": "                                UNE VIRTUOSE                                  657\n\n   Les deux sœurs se regardèrent et la plus jeune voulut parler. Mais Marianne\nélargissant son coup d'archet, reprit le thème de la mélodie avec plus de force.\nElle vit seulement que sa sœur avait pâli, ce qui n'était pas accoutumé à ses\njoues. Ce ne fut que le saisissement de la nouvelle imprévue, car Céline aus-\nsitôt se remit à vaquer au ménage, paisible et diligente.\n   Ayant cessé de jouer, Marianne la rejoignit et voulut l'aider. .\n   Comme les deux sœurs mettaient la nappe du repas sur la table, l'aînée\ndit à mi-voix :\n   — N'en dis rien à maman. Il est inutile de la troubler en ce moment. Et\npuis bientôt il n'y aura guère grand'chose de changé pour elle. Albert sera\ntout de même son gendre et j'en serai très heureuse...\n   Cette fois Céline rougit et voulut protester, mais déjà la jeune fille avait\nfui, dégringolant les escaliers. Elle prit à la penderie son chapeau canotier,\ns'en coiffa, et sortit pour aller chercher à l'école sa petite sœur.\n   Tandis qu'elle la ramenait par les rues bruyantes où grouillait toute l'ani-\nmation de midi, elle croisa Truffon qui revenait de son bureau de la place\nSommeville. Le jeune homme marchait vite, un peu voûté des épaules, mais\nla tête levée et les yeux fureteurs sous le binocle. Quand il aperçut Marianne,\nil enleva son feutre mou et la brise agita les mèches rebelles de sa coiffure.\n   Elle s'arrêta pour lui tendre la main.\n   — On répète ce soir. Vous n'avez pas oublié ?\n   — J'y songe, et je m'y prépare depuis huit jours, dit-il. J'espère n'être pas\nindigne de vous.\n   — Vous savez bien que vous avez dix fois plus de talent que moi.\n   Il protesta avec véhémence. Autour d'eux, la place Verte s'emplissait de\nrumeurs et de cris. Des polissons s'enfuyaient pourchassés par un agent de\npolice préposé à la surveillance du maigre square. Des paysannes se faisaient\nbousculer au sortir d'un magasin dont les vitrines étalaient tous, les objets\nutiles en un divertissant pêle-mêle. Un tram électrique ronfla, emportant dans\nle vent de son passage des papiers abandonnés au ruisseau.\n   Pourquoi Marianne eut-elle la pensée soudaine de confier à son camarade\nla nouvelle, secrète encore, de la rupture décidée de ses fiançailles ? Coquet-\nterie ou joyeuse expansion ? Elle eût été embarrassée de s'en rendre compte\nelle-même. Elle savait que Truffon n'aimait pas Albert qu'il méprisait comme\nartiste, à cause de son incompétence musicale. Mais il ne l'avait jamais\nblâmée autrement que par son silence. Elle dit néanmoins :\n   — Ce soir, Albert ne sera plus mon fiancé. J'y renonce avec l'assentiment\nde mon père.\n   Truffon s'empara avec violence de la main de la jeune fille et la secoua\ntrès fort :\n   — Sapristi, comme vous avez raison, balbutia-t-il..\n   Et il reprit brusquement son chemin. Marianne qui se dirigeait, avec la\npetite vers la rue du Collège, ne vit point que l'allure du jeune homme avait\nchangé. Il marchait vite encore, mais sa taille s'était redressée. Il portait la\ntêle plus haut que jamais et ses yeux suivaient quelque chimère invisible. Il\nheurta des passants qui l'injurièrent et faillit se faire écraser par une charrette\n"}, {"page_pdf": 791, "texte": " 658                               DURENDAL\n\n\n  qui n'allait qu'au pas. Son esprit s'envolait d'emblée aux espoirs les plus fous.\n  Il n'était plus un petit employé sans avenir, à 1,800 francs d'appointement.\n  Il était un grand artiste ; on voyait aux affiches, sur les murs bariolés, se\n détacher son 'nom en lettres rouges : FRANÇOIS T R U F F O N , et aussi sa\n photographie, aux vitrines des éditeurs, en habit avec des croix diverses aux\n revers. Cependant, c'était un modeste, moins confiant en lui-même que ne le\n méritait son talent. Un souffle inconnu avait passé sur lui, ce souffle brûlant\n comparable au vent qui, sur les côtes, vient de la terre certains jours d'été,\n dont la caresse tiède et parfumée d'abord ne tarde pas à devenir torride et\n desséchante; souffle de l'amour impossible et désespérément convoité.\n     Truffon arriva le soir rue du Collège, à une heure insolite. D'habitude les\n répétitions de musique d'ensemble ne commençaient pas avant neuf heures.\n On se donnait rendez-vous, il est vrai, pour huit heures et demie, mais en\n vertu de l'usage courant à Verviers, où une heure convenue se prend au\n moins avec trente minutes de retard, il était anormal d'arriver à cette heure-là.\n Lorsque le jeune homme, son violoncelle voilé sous le bras, entra, la famille\n Lamboreux fut surprise et comme gênée par sa venue. Albert Goossens\n n'était pas encore arrivé et le père s'énervait de la communication à lui faire.\n Marianne fat heureuse de la diversion. Elle demeura seule avec Truffon\n dans la salle. Mme Lamboreux mettait coucher sa dernière fille. Les deux\n collégiens étaient sortis pour une réunion quelconque à leur collège de la\n rue de Rome. Auguste Lamboreux descendit pour recevoir dès qu'il sonnerait\n Albert Goossens. Quant à Céline, elle circulait à travers la maison par la\n cuisine et le vestibule, calme en apparence mais en proie à un malaise qu'elle\n n'avait jamais éprouvé.\n     — Quelle heure est-il donc pour que vous soyez déjà là? demanda\n  Marianne.\n     — Oh! il est plus tôt que d'habitude, répondit Truffon en dépouillant son\n instrument de sa gaine d'étoffe. J'espérais vous voir un peu avant la répéti-\n tion et causer avec vous autrement que par l'entremise de la musique.\n     — Pourquoi ? vous n'aimez pas que Mozart et Beethoven soient en tiers\n entre nous ? Vous êtes difficile.\n     — Ohl ce que j'ai à vous dire, j'ai tenté bien des fois de vous l'exprimer en\n jouant, et peut-être ne serez-vous point surprise de ce que mes paroles vou-\n draient préciser.\n     — Vous m'intriguez, fit-elle en riant.\n     — Je ne parlerais point, croyez-le, si je ne vous savais libre; mais mainte-\n nant vous l'êtes complètement, m'avez-vous dit tout à l'heure.\n     — Que voulez-vous dire, monsieur?\n     — Marianne, qui était assise au bord de la table, se leva. Elle avait\n employé à dessein le terme cérémonieux et ne disait plus comme toujours :\n'Truffon.\n     Il poursuivit :\n     — Je vous aime ardemment, Marianne.\n     La jeune fille, debout, le regarda avec effroi. Il était chétif et laid, gau-\n chement appuyé sur son violoncelle à demi découvert, assis sur une chaise et\n"}, {"page_pdf": 792, "texte": "                               UNE VIRTUOSE                                  659\n\n\nla regardant de ses yeux brillants, dont le pince-nez atténuait la flamme. Elle\nprononça :\n   — Vous, Truffon? Ah ! je ne me doutais pas...\n    Déjà le pauvre garçon lisait son arrêt dans la surprise de la jeune fille ; il\nse leva simplement, alla déposer contre la muraille son instrument et revint\nvers Marianne. Il baissait un peu la tête et ses mains étaient croisées dans un\ngeste de suprême désillusion.\n    — Alors, je me suis trompé du tout au tout, murmura-t-il, et mon rêve\nétait fou. Vous n'avez pas songé que je vous aimais, que je pouvais vous\naimer, vous n'avez pas, compris que vous réalisiez pour moi l'idéal et la chi-\nmère, et je n'ai été pour vous qu'un partenaire complaisant avec qui vous\nvous accordiez en mesure et en rythme, mais dont l'âme vous demeurait\nétrangère.\n    — Ne dites pas cela, Truffon, fit-elle d'une voix douce. Vous avez été pour\nmoi un frère artiste, un ami compréhensif, un maître aussi qui m'a initiée et\n'améliorée.\n    — Alors, c'est l'homme qui vous a été indifférent ou déplaisant. Le musi-\n cien vous l'accueilliez, vous lui souriiez, vous l'aimiez peut-être, mais le\n pauvre diable d'homme ne valait ni votre amitié ni votre considération. Et\n pourtant, Marianne, l'homme et le musicien se confondent. Si mon âme vous\n a émue, conquise, élevée, la source de son émotion n'est autre que ma per-\n sonnalité souffrante et chétive, mais si vibrante. C'est moi-même que je vous\n offre dans les mélodies que je joue pour vous, que je choisis, que je voudrais\n arracher aux cordes de mon instrument, comme j'arrache le sentiment de\n leur interprétation à mon cœur, pour les jeter à vos pieds, fleurs parfumées\n et sanglantes. Vous m'écoutiez, vous m'approuviez, vous me remerciiez, et je\n pensais que vous ramassiez mes fleurs pour les mettre à votre corsage. Croyez-\n vous que j'eusse osé, sans cela, vous parler clairement aujourd'hui, moi, pauvre\n employé, aspirer à partager votre vie? Non. J'étais soutenu par la conviction\n de cette entente que je sentais exister entre nous. Mon cœur, dont je vous\n révèle en ce moment, malgré moi, la misère et le désespoir, j'avais l'illusion\n folle que vous en connaissiez déjà l'amour profond et immuable.\n    Il dit cela sans regarder la jeune fille, sans éclat de voix, sans geste,\n comme s'il épanchait le trop-plein d'une douleur enfermée dans l'urne de son\n âme. Elle faisait en s'écoulant un bruit lamentab'e et monotone, comme le\n murmure d'une source au fond d'un vallon sans soleil. Il se retourna enfin et\n vit que Marianne pleurait. Tout un moment ils se regardaient sans parler,\n dans une immense pitié d'eux-mêmes.\n    — Pardonnez-moi, dit-elle enfin, je souflre, je souffre de vous comprendre\n et de ne savoir rien dire pour vous réconforter.\n    — Oh, fit-il, ne dites rien. Je sens que vous me plaignez, et qu'à présent\n vous saisissez la sincérité de mon amour. Mais quoi, vous ne pouvez pas le\n  partager, alors...\n    Et reprenant son violoncelle, il acheva de le sortir de la gaine, s'assit\n  et se mit à l'accorder.\n     Marianne eût désiré trouver des mots apaisants et bienfaisants pour cette\n"}, {"page_pdf": 793, "texte": " 660                               DURENDAL\n\n\n douleur dont elle portait en elle l'écho comme une douleur personnelle.\n Sans doute si Truffon avait continué à se plaindre, elle eût lente de panser\n son cœur endolori, comme les femmes savent panser l'homme blessé en pleine\n vigueur et qu'on apporte à leurs mains guérisseuses. Mais Truffon se taisait,\n refusant le maigre don d'une pitié tardive. Marianne ne pouvait lui donner\n autre chose cependant. A mesure que son cœur s'éveillait, elle entrevoyait\n plus nette et plus redoutable la conception inconnue de l'amour. Ses brèves\n fiançailles avec Albert lui avaient révélé ce qu'il entraîne de trouble\n physique et voici que Truffon lui en faisait connaître la manifestation élevée\n et douloureuse.\n    Ni l'un ni l'autre ne lui en inspirait le désir, l'un parce que lui manquait\n la farouche beauté d'une âme pareille à la sienne, l'autre parce que son\n corps chétif et disgracieux semblait une dérision à la grandeur de son âme.\n    Auguste Lamboreux et Albert Goossens pénétrèrent ensemble dans la salle.\n Le jeune homme s'avança vers Marianne, lui tendit la main et dit sans\n embarras :\n    — Bonsoir, Marianne, et merci de votre franchise. Demeurons bons amis,\n maintenant que le malentendu s'est éclairci.\n    Elle lui serra la main avec cordialité, bien qu'un peu surprise de son\n aisance.\n    — Hé bien! fit le père Lamboreux, on va faire de la musique, j'espère;\n voyons, nous avons un trio...\n    Il avait dépouillé son inquiétude et revenait à son exubérance coutumière :\n    — Qui tiendra le piano? cria-t-il. Veux-tu, la mère?\n    Madame Lamboreux venait d'entrer. Elle avait une santé vigoureuse et ne\n souffrait point de son état.\n    — Volontiers, dit-elle. Seulement vous serez indulgents. Je n'ai plus mes\ndoigts d'autrefois.\n    Il y avait un accord tacite pour ne pas réclamer le concours de Céline.\n La mère aussi avait été mise dans la confidence.\n    — Mademoiselle Céline n'est pas souffrante ? demanda Albert, que tous ces\npréparatifs musicaux effrayaient un peu?\n   — Non, non, Céline n'est jamais souffrante, c'est une santé superbe.\n    Et ouvrant la porte, le père cria : Céline, Céline !\n   — Voilà, fit une voix rieuse, il faut accompagner?\n    — Non, non, dit le père, nous sommes au complet et puis il faut\nbien que nous ayons un public. Assieds-toi près d'Albert; vous serez\nl'auditoire et il vous est permis d'applaudir. Voyons, y sommes-nous? Je\n bats la mesure.\n   Il avait pris une partition qu'il assujettit sur un haut pupitre, et, saisissant\nune règle, il dessina dans l'air un geste immense.\n   — Je suis un auditeur bien profane, mademoiselle, dit Albert en s'asseyant\nà côté de la sœur cadette.\n   — Hé, monsieur, ce serait malheureux que tout le monde fût virtuose.\nJ'aime la musique, mais je n'ai pas le feu sacré, comme on dit.\n   — Alors, on peut causer ?\n"}, {"page_pdf": 794, "texte": "                               UNE VIRTUOSE                                661\n\n   — Mais, naturellement.\n   Ainsi les deux jeunes gens s'accordaient déjà en une entente faite de\nconcessions réciproques.\n   Bientôt la chambre s'emplit d'une cadence entraînante. Les murs s'harmo-\nnisaient avec l'entrain des musiciens, et des rythmes éteints se ranimaient\ndans l'ombre comme des papillons engourdis, réchauffés par la flamme\nnouvelle d'un foyer ouvert. Au-dessus du piano, placé au fond contre le mur,\nun masque de Beethoven blafard et les yeux clos semblait l'icône vers où\nmontait la musique en une fumée d'encens. Entre les deux fenêtres aux rideaux\nbaissés, un portrait de vieillard souriait, faisant pendant à celui d'une\nvieille dame en atours de dimanche au-dessus de la porte. La table avait été\nreculée jusque contre le mur opposé à celui où était adossé le piano, et le\ndouble pupitre qui servait à Marianne et à Truffon recevait toute la lumière\nde la lampe suspendue.\n   Le père Lamboreux était placé dans le coin du côté de la porte, un peu en\nretrait, de façon à être vu par les trois exécutants. Albert et Céline étaient\nassis contre la table. Ainsi le chef de famille embrassait du regard toute la\nchambre et tandis que son dilettantisme s'épanouissait à la bonne\nexécution du trio dont il battait la mesure, son esprit se reposait dans la\ncontemplation de ceux qui lui tenaient au cœur.\n   — Allons, songea-t-il, en voyant Céline et Albert causer à voix basse\ndans leur coin, ma famille s'étend et voilà un rameau sur sa forte souche.\nCes deux-là seront heureux et prospéreront. Ils ont un bon sens pratique,\nune vision calme et sérieuse des choses. Leur vie se déroulera sans heurts,\ncomme sans exigences.\n   Sous la lumière de la lampe, les cheveux de Marianne s'auréolaient de\npoussières d'or et son teint délicat était frais comme les pétales des premières\nroses. On n'apercevait point la lueur de ses yeux, dérobée sous les paupières\nmi-closes qui ne s'ouvraient que pour s'assurer des notes sur la partition\nqu'elle jouait de mémoire. En face d'elle, Truffon se courbait sur son\ninstrument dont jamais la voix n'avait été plus persuasive et plus vibrante.\nLe pupitre le dissimulait complètement au regard de la jeune fille. Le\npère Lamboreux écouta la tierce du violon et du violoncelle qui luttaient\nd'émotion.\n   — Marianne, pensa-t-il, incarne l'âme artiste de la famille. C'est vrai que\nnous avons un patrimoine commun d'art et d'harmonie. Mon père aussi\nétait musicien et ma mère chantait des airs si doux que ma turbulence\nd'enfant s'arrêtait pour les écouter comme en extase. Et eux-mêmes, de leurs\nparents avaient pris le goût de la musique. Marianne en a hérité plus qu'une\nautre, plus que moi-même. C'est la fleur de notre race. J'en suis fier. Mais\nque lui réserve l'avenir?...\n   Il continua longtemps de songer à sa fille aînée, tandis que la mélodie\nattendrissait son âme. L'avenir était incertain. Il devinait sans les connaître\nles troubles par où passaient déjà l'impressionnable et fine nature de la jeune\nfille. Il ne savait pas que l'amour s'était révélé à elle par son messager\npréféré, la douleur. Il ne se rendait pas compte du goût voluptueux et amer\n"}, {"page_pdf": 795, "texte": "662                                DURENDAL\n\n\nque cette révélation avait laissé dans l'âme ardente et forte de Marianne, le\ngoût d'aimer, la volupté de souffrir.\n   C'est pourquoi il souriait à l'interprétation n u a n c é e et vibrante de la page\nimmortelle. Il voyait aussi près de lui sa femme, qui s'évertuait à ne point\ntrahir 1rs difficultés de la partition et qui portait en elle le fruit d'une\naffection profonde et loyale. E t L a m b o r e u x remercia Dieu de cette intimité\nfamiliale, de cette beauté harmonieuse dont la chambre était pleine. Il\nmettait d a n s sa reconnaissance l'élan de son émoi personnel et souriant.\nMais la vie autour de lui rôdait, moins exclusive. C'était son écho plaintif,\nsonore et haletant que la musique lépercutait, car la douleur, la confiance et\nl'inquiétude e m p r u n t a i e n t tour à tour et à la fois les accents des trois\nvirtuoses.\n\n                                                              HENRI    DAVIGNON.\n"}, {"page_pdf": 796, "texte": "  LE MONUMENT COMMEMORATIF\nDE LA BATAILLE DES ÉPERONS D'OR\n\n       (GODEFROID DEVREESE)\n"}, {"page_pdf": 797, "texte": ""}, {"page_pdf": 798, "texte": "                 Toussaint rêveuse\n\n              ENTRE toutes fêtes périodiquement      réapparues, au\n                  cycle coutumier des fêtes, celle-ci garde son\n                  prestige.\n                     Pâques éclaté, après les macérations du\n                  carême, comme un coup de joyeux tonnerre;\n                  mais Pâques associe, de façon peu orthodoxe,\n                  le fumet des viandes et des vins à la gloire de\n                  Christ victorieusement surgi du sépulcre.\n   Noël sonne triomphalement sa fanfare au monde frissonnant\nd'allégresse; mais Noël joint la mangeaille à la magie de son\nnom et, s'il suggère l'étable divine où vagit l'entantelet rédemp-\nteur, il évoque l'irrévérencieuse intrusion des boudinssaignants,\ndes grogs généreux, des puddings appétissants et lourds.\n   Le Jour des morts est pur de ces rapprochements profanes;\nil ne souffre de nulle promiscuité matérialiste; il ne s'apparente\nà nulle idée de festin ; il amène l'intimité, la réflexion, le\nrepliement sur soi, si rares au fort de notre continuelle effusion\nagissante.\n                                   *\n                               *       *\n\n   Au seuil de l'hiver, en la saison indécise où les premiers fri-\nmas argentent les coteaux, où le vent chuinte désespérément\naux cheminées, où le décor prestigieux d'automne s'attriste pro-\ngressivement sous le frigide adieu des soleils apâlis, la Tous-\nsaint nous pénètre par l'obsédante mélopée des cloches, nous\ninvite, indulgente et impérieuse, à commémorer les chers gestes\nde ceux qui ne sont plus.\n  Vous voilà seul dans la chambre close, où les bruits de la rue\nne parviennent qu'amortis; l'heure vespérale tombe; aux encoi-\ngnures des murs et des meubles, s'amasse l'ombre; le plancher\n"}, {"page_pdf": 799, "texte": "664                         DURENDAL\n\n\ns'émeut d'un craquement insolite ; les rideaux sont des suaires\nde nuit.\n   La pensée, communément tiraillée par tant de futilités des-\npotiques, se reconquiert un temps, se reporte vers de tendres\nfantômes.\n   C'est une sœur, celle dont le petit cou s'entourait d'un triple\nbourrelet de chair rose et que le croup assassin foudroya... et\nlà-bas, c'est elle, trottant menu, envoyant des baisers à la\nronde.\n   C'est la mère, grande, légèrement voûtée, portant la bonté\ndans le regard. Le dimanche, on s'en allait courir les champs;\nl'on rentrait en l'humble maison, repus d'air et d'espace, rame-\nnant des brassées de genêts... et elle revit sur l'écran du souve-\nnir, à ce point merveilleuse de netteté que les mains se tendent\nvers elle pour la ressaisir.\n   Il semble que, ce jour-là, une puissance inconnue, supérieure\nà nos volitions, chasse de notre esprit les mesquines contin-\ngences, afin d'y laisser se déployer, maîtresse et seule, notre\nactivité sentimentale. Cette puissance balaye les oripeaux du\nmisérable drame que notre cerveau joue quotidiennement; au\nlieu des lâchetés, des vilenies, des calculs fangeux, des intrigues\npestilentielles, elle plante un loyal décor de rêve où les ombres\naimées s'avancent sans rougir, gracieuses, confiantes, nimbées\nde cette délectable tristesse qui magnifie les hôtes de l'Eternité.\n                                    *\n                                *       *\n\n   A ceux que ne touche pas la visite ailée des morts, une autre\névocation demeure, moins réconfortante, moins exquise, mais\npresque fatale.\n   Nos anciens projets avortés, nos illusions d'antan aujourd'hui\nflétries, nos enthousiasmes refroidis au contact du réel, ne\nsont-ce point des morts aussi, et leur rappel ne se caractérise-\nt-il point par une douceur mélancolique et singulière?\n   A mesure que l'homme accomplit sa marche, il laisse derrière\nsoi une série d'images différentes de lui-même et, comme sa\nroute est sinueuse, cahotée entre de hautes montagnes, il\nn'aperçoit pas habituellement ces images. Vienne un hasard\npropice, lui permettant de gravir la côte et de surplomber la\nvallée, il distingue tout d'un coup les diverses effigies dont il\n"}, {"page_pdf": 800, "texte": "                      TOUSSAINT RÊVEUSE                       665\n\n\ns'est dépouillé, qui le suivent du regard. Il s'anime, veut courir\nà elles, mais déjà elles se sont dissipées; et l'angoisse brusque-\nment tenaille l'homme, au spectacle de cette évanescence. Il\ns'est retrouvé seul et, devant lui, le chemin s'allonge.\n\n                               *   *\n\n  Jour des morts! Jour où ils communient avec nous, où\nquelque parcelle de leur être aboli transmigre en notre être\ndouloureusement ravi de leur invisible et irrécusable palpitation.\n  Jour des âmes! Jour où, mêlées aux tourbillons des folioles\nagonisantes, elles s'épandent, erratiques et buissonnières.\n\n                                             FRANZ MAHUTTE.\n"}, {"page_pdf": 801, "texte": "                       Jean Dominique\n         Une angélique amère, blanche comme son nom,\n         Parfume l'air, le jour, et l'heure et la saison.\n   Et ainsi parle J e a n Dominique, et son livre t o u t entier,\npareil à l'angélique, laisse à jamais son parfum dans le cœur\nqui s'est penché sur lui et a respiré sa grâce inattendue, à la\nfois exquise et sauvage, stridente et douce.\n   U n e grande admiration m'est venue — et une fièvre de la\nfaire partager — à lire ce livre, à découvrir cette « Anémone\ndes Mers », qui est « rose, sanglante et frêle » et qui marie à\nl'odeur sapide de la mer, la tendre et intime odeur du\nbocage.\n   E t je pense à ces mots mélancoliques d'un de nos bons\npoètes : « Il ne faudrait écrire que dans l'inspiration. »\n   J e pense à ces mots à cause de « l'Anémone », car elle s'est\nlevée tout entière et tout entière épanouie au soleil de l'inspi-\nration, et c'est pour cela qu'elle est vivante, et que ses pétales\ntremblent comme des lèvres et se ferment comme des yeux, et\naussi que la rosée dont elle est h u m i d e a la saveur amère et\nbrûlante des larmes.\n   L e s vingt-huit poèmes qui composent ce livre (1) ont l'har-\nmonie, l'unité fervente que donne l'élan divin, la presque incon-\nscience de l'inspiration : ils sont tout issus d'elle, libres,\nspontanés comme elle et, comme elle, frémissants et profonds.\n   E t qui pourrait ne pas en être frappé, à voir l'imagination\ndu poète courir, nue et belle ainsi q u ' u n e h a m a d r y a d c , à\ntravers les bois touffus et les plaines magnifiques de sa pensée.\n   Voyez cette image, d'une aisance si noble, d'une proportion\nsi parfaite :\n        J'aime sa voix qui vient par ses lèvres, et touche\n        L'endroit où, comme un daim, mon cœur saute        farouche.\n\n\n (1) Edité par le Mercure de France, à trois cents exemplaires.\n"}, {"page_pdf": 802, "texte": "                         JEAN DOMINIQUE                         667\n\n\n  E t celle-ci, décorative et somptueuse :\n        Ah ! viens, toute la mer à tes pieds s'est couchée\n        Comme un immense paon, aux plumes ondulées,\n        Comme un paon familier, triste et miraculeux.\n  E t cette autre encore, jaillie au plus vif de l'émotion :\n        Car je veux te donner l'amour que j'ai pour toi\n        Et qui tourne en criant comme un oiseau des bois\n        Alentour de ton cœur qui ne l'aperçoit pas!\n    Ce livre est douloureux, d'une douleur qui chante, age-\nnouillée, inépuisablement douce, ardente. Jean D o m i n i q u e me\nsemble être le petit pâtre frêle et gracile, qui met ses deux\nmains à ses lèvres et crie vers l'horizon, pour q u e sa voix lui\nr é p o n d e . . . et dont la voix revient, multipliée et augmentée\npar l'écho. — L e mouvement qui appelle un souvenir, pour\nsurprendre au milieu de l'immobilité attentive la répercussion\nde ce souvenir dans tout l'horizon de la sensibilité, a la même\nélégance ingénue et involontaire.\n    E t la sensibilité de Jean D o m i n i q u e est intarissable et\nfraîche comme la source qui projette, avec un bruit mélan-\ncolique et charmeur, sa spirale d'eau transparente. L ' i m a g e\naussi est innombrable dans son œuvre et souvent subtile,\ndélicate et impondérable au point que l'on se trouve égale-\nment partagé entre le ravissement et l'étonnement. .\n\n        Toi que l'été traverse comme un faon roux qui joue,\n        Mon âme enténébrée aux ombrages profonds,\n        N'as-tu pas vu passer cet essaim triste et blond\n        Des abeilles pendues au vent qui les secoue,\n        Portant sur des milliers d'ailes exténuées\n        Une petite reine immobile et dorée ?...\n        N'as-tu jamais senti cette grâce orpheline\n        Que prend, dès qu'elle est née, la bête qui chemine,\n        Et sais-tu comme bat, tourmenté de délices,\n        Le cœur du faon léger ou l'œil simple des biches?...\n        Mon âme forestière, chaude et pleine de nids,\n        Qui te souviens encor de tant d'oiseaux partis,\n        Ne pourras-tu jamais, par un été brûlant,\n        Suspendre et garder là comme un cœur bourdonnant\n        L'essaim d'ailes dorées portant sa reine d'or\n        Sur ton cœur orphelin, plus triste que la mort?...\n"}, {"page_pdf": 803, "texte": "668                           DURENDAL\n\n\n        Ne sauras-tu jamais, des nuits délicieuses\n        Et de l'Eté royal sur la terre marchant,\n        Que l'empreinte allégée par sa fuite amoureuse\n        Du faon roux qui jouait dans l'ombre et dans le vent?.\n\n        Toi que l'hiver encore traversera, mon âme,\n        Puis l'amoureux printemps, fort comme une liane,\n        Saisiras-tu jamais, plus triste que la mort,\n        Cette reine orpheline, petite et toute en or\n        Que mènent au hasard, dans sa corbeille ronde,\n        Mille vibrants désirs qui font le tour du monde?...\n\n\n\n        La mauve rose et blanche et le pois de senteur\n        Ont la forme allégée et frêle du bonheur.\n       Rien n'a de poids dans l'air où l'été bleu miroite\n       Jusque sur l'aile noire de l'hirondelle étroite,\n\n        Et la rose n'est plus qu'un parfum rose et rond\n        Qui remplit le jardin, le mur et l'horizon.\n       Le ciel pâle et vermeil comme une perle vide\n       Du côté du soleil seulement semble vivre ;\n\n        Et dans la mauve rose et le pois de senteur,\n        L'air transparait et coule jusqu'au bord de la fleur.\n        Maintenant j'ai cueilli pour ton pur souvenir,\n        Une mauve et des roses qui vont bientôt mourir,\n        Et la plus douce forme du plus tendre bonheur\n        Déjà se fane un peu, frêle, contre mon cœur.\n\n   Ils sont tout simplement exquis, ces deux poèmes et d'une\nrare et sobre beauté. L e s mots en ont été choisis et assortis, si\nje puis dire, avec cet infaillible instinct des êtres doués, et il\nsemble que le poète les a pris un à un, comme les fils de soie\nd'une broderie, et les a soigneusement mis en œuvre seulement\nlorsque son œil en avait apparié les teintes.\n   L e poème cité en premier lieu est d'une originalité pleine de\ngrâce, d'une irréalité, d'une fantaisie spirituelle fort curieuse,\nqui s'accentue de strophe en strophe pour aboutir à cette finale\nbizarre comme un caprice, émouvante comme un sanglot.\n   L e second poème, décrit d'une manière non moins originale,\n"}, {"page_pdf": 804, "texte": "                        JEAN   DOMINIQUE                     669\n\n\nle paysage d'été, parfumé, clair, riant, et il est surprenant de\nvoir ce talent qui semblait tantôt purement cérébral, devenir\nplastique, dessiner les formes, peindre les couleurs, et, même,\nsusciter d'un seul mot la sensation matérielle de la chaleur et\ndu parfum. J'ai transcrit ces deux poèmes qui font contraste;\nen voici un, tout mouillé de larmes, intense comme le velours\nnoir de l'ombre, et où, cependant, la tristesse violente du poète\ns'est revêtue d'une adorable et palpitante tunique de grâce\nsurannée et enfantine :\n\n               Quelque chose comme une viole\n               Grince et gémit tout à l'entour\n               De ma pauvre cervelle folle,\n               Folle des musiques d'amour\n               Que rien au monde ne console...\n\n               Celles que l'on pleure en les chantant,\n               Celles dont on ne sait plus l'air\n               N'ayant retenu que l'accent\n               D'un seul mot long comme un hiver\n               Et maladroit comme un enfant.\n\n               Les musiques du souvenir,\n               Les musettes qui se souviennent !\n               Ah ! sangloter jusqu'à mourir\n               Pour ces chansons bohémiennes,\n               Ah ! sangloter de souvenir!\n               Quelque chose comme un coup droit\n               Dans le cœur chaste et taciturne\n               Qui suivait humblement sa voie\n               Laborieux et sans rancune,\n               Quelque chose de maladroit!...\n\n               Quelque chose qui brûle et chante...\n               C'est une musette d'amour,\n               C'est une viole pleurante\n               Autour de mon âme, toujours,\n               De mon âme qui vient d'Irlande!...\n               Qu'elle chante jusqu'à mourir,\n               Qu'elle commence et recommence,\n               Ah ! pitié, c'est une romance\n               Dont je voulais me souvenir...\n               Me souvenir, et pnis... silence!\n"}, {"page_pdf": 805, "texte": "670                         DURENDAL\n\n\n  Se souvenir... toute la vie, tout le parfum de la vie est dans\nce mot.\n   Ecoutez le souvenir du printemps, de l'acacia en fleurs, et du\ncœur qui souffrait :\n\n               La pierre du seuil est brûlante\n               Et le soleil, comme un drap d'or,\n               Chatoie parmi l'herbe mourante\n               Où le paon merveilleux s'endort.\n\n               Dans le bois des acacias\n               Des grappes de papillons meurent\n               Et s'éparpillent sous les pas\n               Tout embaumés de leur odeur.\n\n               Le ciel, comme un lac bleu miroite,\n               L'herbe égale comme un bonheur\n               Soupire une haleine de fleurs,\n               Et l'ombre chaude se dilate.\n\n               Une paix souveraine aligne\n               Les arbres, les bois, les jardins\n               Où chaque jour met chaque signe\n               De la nuit grave et du matin.\n\n                Aujourd'hui la pierre brûlante .\n                Se dore et pâlit comme un cœur\n                Qui souffre de joie et d'attente\n                A cause d'une immense ardeur.\n                Le paon bleu, comme un joyau frêle,\n                Traîne son éventail plié\n                Et l'or aux rayons verts se mêle\n                Dans l'âme mélancolisée.\n\n   L a déesse de l'eurythmie a dû présider à la naissance du\npoète Jean Dominique, car il y a chez lui un tact d'une vraiment\nrare finesse, une musique toujours accordée, une mélodie que\nrien ne trouble — tout vibre par grandes ondulations rythmées\net délicieuses, dans un paysage aux larges et belles lignes.\nSon œil est généreux, et sa main : ils reçoivent et donnent\nlargement, avec le lent mouvement naïvement emphatique des\nenfants.\n   L'art de ce livre m'apparaît certain, et sa vigueur est d'autant\nplus belle, d'être ainsi q u ' u n e colonne sous le pampre, toute\n"}, {"page_pdf": 806, "texte": "                           JEAN DOMINIQUE                        671\n\nbougeante d'un feuillage dru aux dentelures délicates. Et j'aime\nce poète, et la sensualité purement spirituelle de son chant, et\nl'aristocratie fière de sa simplicité. J'aime son art qui pénètre\nsans éblouir, qui est riche sans être somptueux, tout en belles\nnuances, à peine posées, réunies et mariées à ravin\n   Je voudrais transcrire ici ce que j'admire le plus en lui — et\nje voudrais tout mettre, car où peut-on s'arrêter? — ces\nrimes sont une joie si facile et si bonne, et leur noblesse est si\névidente.\n   Elles croissent, s'étalent, se recourbent avec une si particu-\nlière et naturelle pompe, qu'elles finissent par dessiner dans\nl'esprit, une feuille d'acanthe à la fois architecturale et jardi-\nnière... — fragile et durable.\n   Il n'y a pas que de la grâce chez Jean Dominique, et vous\navez pu déjà vous en apercevoir, mais lisez ces trois poèmes,\npareils à l'étreinte désespérée du départ et qui éclairent d'un\ntrait ardent et rapide son âme passionnée :\n       Sous les pins parasols le vent et la poussière\n       Ont cessé de tourner et sont tombés à terre\n       Et le soleil ne fait plus d'ombre et plus de joie.\n\n      La mer sombre s'étire en ses mantes de soie\n      Et voici que les herbes frissonnent de sommeil\n      Et qu'en tes yeux chavire toute la nuit du ciel.\n\n      Sous les pins parasols, l'ombre   réfugiée\n      A fini de tourner comme l'heure et le jour :\n      Et c'est là que mon âme, ô Toi, s'est arrêtée...\n\n       C'est là que la douleur et la douceur     d'amour,\n       O Toi, se sont mêlées comme la nuit au jour\n       Pour être, sous tes pas silencieux,   foulées.\n\n       O Toi, c'est pour t'aimer que mon âme demeure\n       Immobile et plus triste que le vent et que l'heure\n       Suspendus sous les pins où, la mer a chanté...\n\n       O Toi, pour la douleur,   la douceur de t'aimer !\n\n\n\n       Un oiseau, puis un autre, puis le vent du printemps\n       Etourdissent mon cœur d'un triste       enchantement...\n       Mais toi, fais la lumière en cette ombre mortelle.\n"}, {"page_pdf": 807, "texte": "672                          DURENDAL\n\n\n      Mais toi, fais que dans l'ombre où j'épiais ton pas,\n      Humble comme le sable où frêle tu passas,\n      Je reste environné d'une gloire éternelle.\n\n      Que je sois comme un pauvre touché d'une légende\n      Venu sous les grands pins d'une rive qu'enchante\n      Le sourire immortel d'une petite fée.\n\n      Donne tes dons charmants, ta joue pâle et rosée,\n      Ta bouche qui respire et brille de rosée\n      Et la magique enfance de tes candides yeux.\n\n      Ah ! viens, toute la mer à tes pieds s'est couchée\n      Comme un immense paon aux plumes ondulées,\n      Comme un paon familier, triste et miraculeux.\n\n      Donne-moi ta douceur pour ma douleur sacrée,\n      Donne ton souffle frêle et la longue pensée\n\n      Qui des bords de tes yeux glisse jusqu'à la mer...\n\n      Un oiseau, puis le vent passent dans les pins verts.\n\n\n\n\n      Dors plus près de mon cœur, ô mon chétif amour,\n      Voici le temps qui vient, voici le pauvre jour\n      Où je vais détacher mon malheur immortel\n      De ton sourire bleu qui flotte comme un ciel...\n\n      Mais dors près de mon cœur, ô toi faible, et qui penches\n      Comme le soir auprès des fontaines taries\n      D'éphémères couronnes d'ombres noires et blanches\n      Dansant sur les gazons de la mélancolie...\n\n      C'est le soir et voici que mon chétif amour\n      S'endort dans ma douleur immortelle et secrète,\n      C'est le soir et voici que c'est le dernier jour ;\n      Et j'embrasse tes yeux comme des violettes.\n\n      Car tu meurs dans mon cœur, ô mon amour si doux\n      Que j'ai trop épuisé d'immortelles tendresses,\n      Et maintenant le soir qui frôle mes genoux\n      Est entré dans ce cœur où pleuraient les ivresses.\n"}, {"page_pdf": 808, "texte": "                        JEAN DOMINIQUE                       673\n\n\n      Car le temps est venu, et c'est le pauvre jour\n      Où tu dors appuyé à la porte du ciel,\n      O toi faible et divin et meilleur que le miel!\n      Mais tu n'entreras plus, ô mon chétif amour !...\n\n  L e don de poésie brûle en ces strophes et les illumine de sa\nhaute flamme blanche et rouge, il brûle et touche comme d'une\ngrâce de divination le lecteur profane et lui révèle le sens\nprofond de mots à tournure bénigne, obscures cendrillons, que\nleur fée marraine, transforme d'un coup magique, en petites\nreines aimées.\n\n      Dans la nuit et l'automne, après cette journée,\n      Une âme rose et triste comme une feuille au vent\n      Répand, vive et troublée, une odeur de printemps.\n\n      Elle est comme une rose et pleine de rosée,\n      Elle est comme l'automne et ses feuilles de sang;\n      Et comme l'hirondelle en voyage, criant !\n\n      Elle rêve à la nuit salutaire et profonde\n      Qui coule comme une eau où se noierait le monde;\n      Et dans le grand déluge elle est comme une fleur.\n\n      Elle est seule et navigue au large du malheur\n      Comme une arche odorante où naîtront des colombes\n      Quand le déluge noir aura couvert le monde.\n\n       Et sa mélancolie est assise à l'avant,\n       Qui gouverne et se tait et cherche dans le vent\n       L'odeur des roses avec leur souvenir poignant.\n\n   On ne pourrait trouver plus de sobriété dans la forme, et\ncependant à qu'elle puissance d'expression elle aboutit !\n   Jean Dominique a les grandes vertus auxquelles aspirent nos\nmodernes poètes : la simplicité, la sincérité, le naturel enfin !\n   E t elle est bien moderne, sa poésie, elle est bien neuve, née\nde l'époque et d'elle-même, tout près de nous, tout à lui ; ses\nracines puisent leur sève effervescente et limpide aux sources\nde sa propre vie, et seulement à celles-là.\n   J e n'ai parlé, je m'en rends compte un peu tard, que de\nl'inspiration, mais pourquoi immobiliser pour une longue\nanalyse, les caressantes mains souples et lègères qui jouent avec\nune adresse si merveilleuse et tant de douceur.\n"}, {"page_pdf": 809, "texte": "674                          DURENDAL\n\n\n   Comme tous les poètes dont la personnalité est fixée, Jean\nDominique a des mots qui lui sont chers, et qu'il berce à travers\ntous ses poèmes avec une obstinée tendresse, toujours active et\nsans cesse vivifiée. Ils sont l'habituel entourage de la pensée du\npoète, il s'en sert comme le peintre se sert d'une couleur préférée,\nd'une touche reconnue pour sienne. Il trace le mot qui a sa\nprédilection, et il se fait que ce mot a une atmosphère à lui,\nhumide, tiède, moelleuse, tout imbibée de lumière et traversée\nde rayons !... H a l o de la perle, ombre des pins, parfum de la\nrose, légèreté de la plume, et plumage du paon... Ils sont là,\ntous ces trésors de souvenir et d'intimité, que souvent le poète\ndécouvre; et dont lui-même reste ébloui et délicieusement souf-\nfrant... ils sont là, et leur auréole qui ne s'éteint pas, couronne\nd'un cercle d'or pur et d'argent fin, la guirlande qu'il a tressée en\nses vingt-huit poèmes.\n\n                                              HÉLÈNE    GANIVET,\n"}, {"page_pdf": 810, "texte": "                                                                       e\n La Sculpture italienne du XIV siècle\n                   Nous avons dit dans un précédent article, au sujet du troisième\n                     volume de la Storia dell' Arte italiana, de M. A. Venturi (1),\n                     les preuves nouvelles que l'éminent historien avait\n                     apportées de l'origine méridionale, très contestée, jusqu'ici,\n                     de Niccola Pisano. Une partie des documents témoignait,\n                     pourtant, en faveur de cette hypothèse, mais bien davan-\n                     tage encore, l'œuvre initiale du maître à Pise : la chaire du\n                     Baptistère, dont les rapports d'inspiration avec les ouvrages\n                     de l'école dite impériale, conservés en Apulie et en Cam-\n panie, sont évidents.\n    Le quatrième volume de la Storia (2), que le grand éditeur milanais Hoepli\n vient de livrer au public, et qui est consacré tout entier à l'étude de la sculp-\n ture italienne du Trecenio, s'ouvre par la suite de l'examen de l'œuvre de Nic-\n cola. C'est à Sienne que se continua sa carrière, mais elle ne se poursuit point\n sans poser devant nous des questions d'une solution difficile : Comment expli-\n quer qu'un artiste, si imbu de l'antiquité qu'à Pise il fait apparaître la Vierge,\nles saintes femmes et les apôtres sous les traits de divinités, de philosophes\nou de héros païens, ait subi, en l'espace de six années, la transformation vrai-\n ment foncière que les reliefs de la chaire de Sienne révèlent ? Le choix des\nscènes représentées, Nativité, Annonciation, etc., est à peu près identique, mais\nl'orientation de la conception générale a totalement changé : à Pise, majesté\nfroide et distante; le sculpteur semble dominé par la pensée que ce sont les\nfastes d'un Dieu qu'il retrace, un Dieu imperturbable qui, de la crèche à la\ncroix, passe au milieu de personnages d'une impassibilité stoïque. A Sienne,\nau contraire, le vieil artiste a découvert, dirait-on, la véritable signification\ndes épisodes que son génie incarne, et qu'ils sont tout de tendresse, d'amour,\nde joie nouvelle... C'est l'Evangile, enfin! Peut-être pourrait-on supposer, si\nl'on n'admet point d'influences plus extérieures, que le long séjour de Niccola\nen Toscane, son rapprochement du foyer ardent de l'idéal franciscain, agis-\nsant sur son esprit, lui aurait fait laisser, comme un vêtement d'emprunt, les\nformes antiques avec lesquelles il était venu de l'Apulie?... \" A Pise, écrit\nM. Venturi, Niccola avait établi avec une force prodigieuse le principe de\nl'imitation de l'antique; à Sienne, il accomplit une œuvre bien plus grande,\nen s'appliquant à surprendre la nature et à peindre l'âme humaine... \"\n\n  (1) V. Durendal, mars 1906.\n  (2) STORIA DELL' ARTE ITALIANA. — IV. La scultura del Trecenio, un vol. de 970 pages,\nillustré de 802 phototypies. Hoepli, Milano.\n"}, {"page_pdf": 811, "texte": "676                                 DURENDAL\n\n\n\n    Ce n'est pas à dire, d'ailleurs, que certaines figures, à Sienne, ne soient\n encore de physionomie grecque ou romaine, mais, au moins, ne paraissent-\n elles plus jouer avec indifférence un rôle dans un drame ou un mystère dont\n le sens leur serait étranger. Les reproductions parallèles de la Nativité et de\n la Crucifixion à Pise et à Sienne, qui illustrent le texte de M. Venturi, font\n saillir le contraste éclatant des deux œuvres. L'intervention des aides de\n Niccola, son fils Giovanni et Arnolfo di Cambio rendrait en partie raison,\n aux yeux de l'excellent historien, de ce phénomène. On songe, cependant, que\n Giovanni était bien jeune, alors, pour avoir eu une part vraiment importante\n à l'élaboration de l'œuvre, et, en tout cas, l'évolution se marquant avec inten-\n sité, également, dans les reliefs attribués par M. Venturi à Niccola, on ne\n saurait douter que celui-ci en fut le promoteur : le plan et l'ordonnance de la\n chaire lui appartinrent, comme aussi le modelé des esquisses d'après lesquelles\n ses collaborateurs travaillèrent.\n « L'origine des caractéristiques primitives de l'art de Niccola est connue,\n mais celle de la bifurcation de sa manière, si l'on peut dire, à Sienne, reste\nobscure. La, fréquentation, peut-être, des artistes issus des écoles lombardes\nou allemandes qu'il avait rencontrés à Lucques et à Sienne? Nombre de\n figures, il faut le remarquer, ont dans l'œuvre propre de Giovanni Pisano, une\nallure et une accentuation germaniques et c'est en Allemagne, à Strasbourg,\n par exemple, que l'on peut trouver des sculptures contemporaines d'une ten-\n dance aussi pathétique que les siennes. Dès Sienne, à 16 ou 17 ans, aurait-il\n réagi sur l'art de son père? Ou faut-il croire que tous deux, l'un avec la\n modération, l'autre avec l'enthousiasme de son âge auraient subi la même\n contagion, se seraient épris à la fois de réalisme et d'expression vive par leur\n contact avec de maladroits mais sincères artisans descendus du Nord?\n    Ce que Giovanni vise avant tout c'est la vigueur dramatique; il est violent et\nconfus, mais d'une puissance impressionnante, d'une intensité de vie qui\nsaisit et retient. L'agitation de ses personnages est, parfois, presque convul-\nsive, mais ils vivent, ils souffrent, ils émeuvent.\n    Les trois artistes qui ont reçu la qualification de Pisano, Niccola, Giovanni et\nAndrea, ont tracé, chacun, un sillon différent dans le domaine de la sculpture\n italienne. Niccola fut, dans l'Italie centrale, l'émissaire de l'antiquité; Giovanni,\ncelui du réalisme ; quant à Andrea, il dresse devant nous, dans sa Porte du\n Baptistère, la première œuvre véritablement florentine du temps, toute grâce,\n toute finesse, et sur laquelle semble luire un rayon de la simplicité et de l'eu-\n rythmie grecques.\n    Andréa Pisano inaugure, par cet ouvrage magnifique, les travaux de l'école\n florentine; mais en ce XIVe siècle, c'est la peinture qui domine à Florence,\n sous l'impulsion de Giotto, tellement que la conception giottesque finit par\n s'imposer à la sculpture même et que Orcagna, dans son tabernacle d'Or,\n S. Michele en est tout pénétré. L'exécution des reliefs du campanile que\n l'on a voulu attribuer à Giotto ne lui appartient évidemment pas, mais,\n'seulement, la conception vigoureuse et laconique de ce cycle d'images\n merveilleuses. C'est Andréa qui donna la forme plastique aux figures des-\nsinées par le grand peintre, car quel que soit le génie d'un homme, il n'est\n"}, {"page_pdf": 812, "texte": "              LA SCULPTURE ITALIENNE AU XIV e SIÈCLE                         677\n\n\n pas vraisemblable qu'il acquierre dans la vieillesse, à 60 ans, et au degré qui\n apparaît là, l'habileté technique d'un art qu'il n'a jamais pratiqué.\n    La question de la collaboration d'Andrea à la sculpture des piliers du Dôme\n d'Orvieto, dont il fut capomaestro en 1347, a été très controversée; des analogies\n frappantes entre certains des reliefs du pilier de la Vie du Christ et ceux de la\n Porte du Baptistère permettaient d'opiner pour l'affirmative: M. Venturi reven-\n dique toute cette œuvre pour Maitani, sous la direction duquel elle aurait\n été terminée en 1330, les similitudes auxquelles nous faisons allusion plus\n haut provenant de ce que, parmi ses collaborateurs, se trouvaient nombre\n d'artistes florentins disciples d'Andrea Pisano. L'opinion de M. Venturi, très\n rationnelle, s'appuie, au surplus, sur des documents dont on peut inférer\n qu'à l'époque de la venue à Orvieto d'Andrea Pisano et, plus tard, d'Orcagna\n toute la partie inférieure de la cathédrale était parachevée.\n    La sculpture florentine dans la seconde partie du XIVe siècle est repré-\n sentée, principalement, par Orcagna, peintre à la fois, et peintre séduisant\n dans sa fresque du Paradis de S. Maria Novella. La disparate avec son œuvre\nsculptée, le Tabernacle d'Or, S. Michèle, dont les reliefs paraissent froids et\ndurs, est étonnante, et l'impression de ce dernier ouvrage, si brillant qu'il soit,\nest encore amoindrie si l'on évoque les prestiges essentiellement florentins des\nreliefs d'Andrea Pisano : il y manque on ne sait quoi, le rayonnement de\nl'invention, la flamme, la joie nerveuse que l'on sent palpiter dans les œuvres\nvraiment inspirées. Et la sensation que l'on reçoit de l'étude du tabernacle\nrépond bien à la définition que M. Venturi, très élogieux, pourtant, à l'égard\nd'Orcagna, donne de l'art de celui-ci lorsqu'il écrit que « ce n'était pas un\nmaître inquiet, tendant toujours à de nouvelles entreprises, mais plutôt expé-\nrimenté, ferme et laborieux ».\n   Dans son Histoire de la Sculpture florentine (I, 154), M. Reymond, obsédé\npar le sentiment où il est que la sculpture italienne a été toujours à la remorque\nde la sculpture française, assure, à propos de la Mort de la Vierge, représentée\npar Orcagna sur son tabernacle, que « ce sujet paraît ici pour la première fois\ndans l'art italien ». Or cet épisode était, dans la tradition iconographique\nitalienne, avec toutes les particularités reproduites par Orcagna, depuis\nl'époque byzantine. Il faut bien constater que la-thèse qui domine l'ouvrage\nde l'écrivain français l'entraîne à d'étranges inconséquences. Il est dans le\ndomaine du doute ; on ne saurait presque y dire un mot sans le mitiger d'une\nrestriction, et cependant il prodigue les paroles péremptoires : « L'excep-\ntionnel développement de l'art dramatique, que nous trouvons dans les\nœuvres de Giovanni Pisano, écrit-il (I, 94), est une manifestation non dou-\nteuse de l'art gothique, c'est-à-dire de l'art fiançais. Mais cette forme d'art,\nqui apparaît à Pise pendant quelques années, au début du XIVe siècle, ne\nreprésente déjà plus l'esprit général de l'art chrétien à cette époque. Giovanni\nretarde sur l'école française et il n'aura pas de disciples en Italie... L'école\nflorentine suivra, en effet, sous la direction d'Andrea Pisano, une voie\ndifférente, plus conforme au mouvement même de l'école française au.\nXIVe siècle. »\n   Et plus loin (p. 144) : \" Si Andrea Pisano n'a pas voyagé en France, au\n"}, {"page_pdf": 813, "texte": "678                                DURENDAL\n\n\n\nmoins est-il certain (?) qu'il était très au courant de l'art de Chartres, de Paris\net d'Amiens. »\n   Que sont-cc là que des assertions vagues et générales, destituées forcément\nde preuves et qui, si on les presse un peu, surabondent en contradictions?\nSans aller au fond et chercher les œuvres françaises qui pourraient avoir\ninfluencé l'art de Giovanni ou d'Andréa, on pourrait objecter, que si réelle-\nment ce dernier s'est inspiré, dans la Porte du Baptistère, datée de 1330, des\nsculptures de Chartres, de Paris et d'Amiens, exécutées en grande partie au\nXIIIe siècle, on a peine à comprendre qu'il puisse être représenté comme\nayant, mieux que Giovanni, répercuté « le mouvement de l'Ecole française\ndu XIVe siècle ». Et, d'autre part, comment Giovanni, disparu au début du\nXIVe siècle, en 1311, aurait-il pu refléter une évolution que l'art français n'a\nsubie que dans le cours de ce même siècle ?\n   En somme, si l'on rapproche les opinions énoncées sur cette question par\nM. Reymond dans son Histoire, on aboutit à cette conclusion déconcertante\nque les trois Pisani, Niccola, Giovanni et Andrea, si profondément dissem-\nblables de génie et d'inspiration, ont emprunté les tendances divergentes de\nleur art à une source unique : la sculpture française du XIIIe siècle !\n   Dans l'ordre de la pensée comme dans l'ordre matériel, rien ne surgit qui ne\nprovienne ou ne dérive d'ailleurs. L'intellectualité des peuples n'est pas formée\nautrement que celle des individus; et il est assez clair que si notre pensée\npersonnelle est en proportion de notre puissance cérébrale, elle doit beaucoup,\nimmédiatemeut même, â la pensée des autres, c'est-à-dire que notre intellec-\ntualité est faite des expériences de notre vie, de nos travaux et de l'incessante\ncombinaison de notre pensée avec celle du temps passé et du nôtre.\n   Les influences réciproques de pays à pays s'exercent donc comme celles\nd'homme à homme, et le premier mouvement de l'historien devant une école\n d'art est de chercher ses antécédents et l'école préexistante à laquelle elle\npourrait se rattacher. Mais, en Italie comme en Fiance, des œuvres tout à la\nfois issues de l'art byzantin et affranchies du joug de ses formules ont surgi\nvers la fin du XIIe siècle. Plus tard, les influences germaniques répandues en\nLombardie débordèrent sur l'Italie centrale, où elles se heurtèrent, puis se\nconfondirent avec celles, d'accentuation antique, provenues du midi de la\nPéninsule. Il apparaît ainsi que le développement normal de la sculpture ita-\nlienne n'a eu, à aucun moment, besoin du stimulant de la sculpture française,\nparmi les œuvres de laquelle on chercherait vainement, du reste, l'équivalent\n des inclinations antiques de Niccola Pisano ou de la violence pathétique de\n Giovanni.\n    La naturelle progression d'une école d'art est de passer des essais timides\n de l'origine, de l'imitation plus ou moins servile ou hardie des œuvres\n anciennes conservées dans le pays ou reçues du dehors, à une émancipation\n de plus en plus grande: l'artiste, à force d'avoir reproduit un modèle, à force\n de tentatives pour formuler sa pensée à l'aide d'images créées par d'autres,\n est devenu plus habile et plus entreprenant ; il a saisi les lois de son art, et\n alors il s'aventure à lever les yeux de dessus les modèles, pour regarder direc-\n tement la vie, les choses et les êtres, dans l'ambition d'essayer de les repré-\n senter par lui-même, sans truchement et sans intermédiaire. Ses figures\n"}, {"page_pdf": 814, "texte": "              LA SCULPTURE ITALIENNE AU XIV e SIÈCLE                            679\n\n\ndeviennent moins sommaires, parce que ses modèles ne sont plus comme des\ncontours qu'il doit suivre et copier, mais comme des corps animés et en mou-\nvement qu'il doit fixer, en montrant qu'ils vivent. Le désir ainsi s'accroît en\nlui de rivaliser avec la nature elle-même, et il va en quête de la vérité, comme\nNiccola Pisano, ou de l'intensité, comme Giovanni.\n   Ces résultats acquis par les initiateurs, leurs successeurs voudront aller\nplus loin ; ils garderont la vérité, mais ils s'efforceront en même temps vers\nl'élégance, la grâce, vers la perfection des proportions et des lignes, à la\nmanière d'Andrea Pisano.\n   Et, par une succession de phases presque inévitable, l'école passe du\nsimple au grand, du grand à l'expressif et au raffiné, de sorte que, chacun\nvoulant ajouter à l'œuvre de ses prédécesseurs, on aboutit finalement à la\nsurcharge, à l'emphase et à la fioriture — à moins que la décadence ne\nsoit brusquement entravée par quelque brusque déviation de l'idéal\nesthétique.\n   Le XIVe siècle fut, pour l'art italien et particulièrement florentin, une période\nde prodigieuse activité. Les principaux monuments de Florence étaient en\nvoie d'achèvement ou de construction, le Dôme, le Palais-Vieux, le Palais\ndu Podestat (Bargello), S. Croce, S. Maria Novella, Or S. Michèle; les\nœuvres abondaient... Cependant, dans la sculpture comme dans la peinture,\nla fin du siècle est marquée par un fléchissement. L'art que l'on peut appeler\ngiottesque, du nom du grand maître qui lui a donné son inflexion la plus\ndécisive, vient à son déclin. Il a livré tout ce qu'il recelait de possibilités de\nbeauté et tarit entre les mains des derniers disciples de l'école, peintres et\nsculpteurs. Le réalisme, heureusement, apparaît alors; l'art italien est\nramené, encore une fois, au principe de toute beauté : la nature, pour puiser\ndans son contact avec celle-ci les forces de rajeunissement qui s'épanouiront\ndans l'œuvre admirable des grands maîtres duXVesiècle.\n   Le réalisme, issu de l'Allemagne et surtout de la Flandre, descend avec\nles hommes et les œuvres et se conquiert la France et l'Italie : dans le Mila-\nnais où déjà, à l'époque romano-lombarde, ses impulsions s'étaient fait sentir,\nil réapparaît dans les fresques d'Avanzo et d'Altichiero ; à Venise, dans la\nsculpture des frères della Massegne et dans la peinture des Vivarini. A\nFlorence, un artiste brabançon, Pier di Giovanni Tedesco, prend une part\nconsidérable à la décoration sculpturale de la cathédrale : M. Venturi ne\nsemble pas faire grand compte des travaux de ce maître, dont les statues de\nmarbre, au dire de Vasari, qui les attribue erronément, il est vrai, à Andrea\nPisano, « lui acquirent grande réputation parmi les artisans et aussi parmi\ntoute la cité de Florence ». Il fut, en tout cas, au nombre de ceux dont\nl'exemple, selon l'expression de M. Venturi, inclina l'art italien au réalisme,\n« pour y gagner de la force, en y perdant de la grâce ».\n   Le quatrième volume de l'ouvrage monumental de M. Venturi s'arrête au.\nseuil du XVe siècle, à l'heure où « l'art se prépare aux nouvelles conquêtes de\nla vérité et de la vie ». C'est un noble épilogue à l'activité illustre du\nTrecento, dont il nous a tracé le brillant tableau et qui a préparé cet\navènement.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 815, "texte": "                        Georges Virrès\n                 ALummen. En septembre. Le bourgmestre qui,\n                 comme vous savez, est le dédoublement admi-\n                 nistratif du romancier Georges Virrès, était\n                 allé présider son conseil communal; solitaire,\n                 je gravis la grande route crayeuse qui mène au\n                 chêne millénaire fêté l'an dernier par la Ligue\n                 des Arbres. L'après-midi était merveilleux de\n                 clarté et de tiédeur. Le soleil baignait d'un\nrayon somptueux les puissantes végétations de chênes, que\ndéjà, de-ci de-là, l'automne avait effleuré de son baiser d'or.\nUne brume opalisée flottait au loin sur les sapinières et leur\ndonnait comme un recul de chose rêvée. Un silence grave et\ndoux planait. De temps en temps seulement une alouette\négrenait ses trilles, une pie claironnait son bref appel criard ;\nau loin, très au loin, gémissait un sifflement de locomotive.\nPrès de l'arbre vénérable en qui monta pendant des siècles la\nsève forte et sauvage de la Terre de Campine, je me suis assis,\ndans son large ombrage, sur un vétusté banc de bois et j'ai lu\nl'Inconnu tragique (1).\n    Ceux qui vivent près de l'intellectualité de Georges Virrès\nsavent que, nul plus que lui, n'est avide de connaître et à même\nde goûter les formes d'art les plus diverses ; sa curiosité est\nsans limites et ses sympathies sont servies par le plus large\néclectisme. Mais quand il s'agit de faire œuvre personnelle et\nde choisir le paysage ou l'humanité, sur qui se posera son obser-\nvation et son rêve, Georges Virrès, avec une pieuse obstination,\ns'enclôt dans sa Campine natale. C'est un particulariste, à la\nfaçon de Mistral, et j'imagine que telles harmonieuses phrases\nde Barrès sur la communion nécessaire de l'écrivain avec « sa\nterre et ses morts » doivent lui entrer dans l'âme comme la plus\n\n  (1) GEORGES VIRRÈS : L'Inconnu tragique. Couverture et vingt-cinq dessins de FRAN-\nÇOIS BEAUCK Bruxelles, Vromant, 1906.\n"}, {"page_pdf": 816, "texte": "                        GEORGES VIRRÈS                        68l\n\nexaltante des musiques. Comme Barrès, en présence du\nParthénon, rêve à sa Lorraine, les plus beaux aspects du monde\net les plus troublants ne peuvent induire Virrès qu'en des\ninfidélités passagères et superficielles envers sa Campine. Elle\nest, pour lui, la grande aimée, et, au fond, la seule aimée,\nl'aimée vêtue d'améthyste et de solitude, aux gestes de douceur\net de sérénité, à qui il donna tout son cœur et de qui lui vint\ntout son art. Il juge filialement se devoir à elle tout entier et,.\nen bon chevalier servant de beauté, il voue, à la vêtir d'art,\ntout son talent et toute son âme. Dans son premier livre,\nla Glèbe héroïque, Virrès a ressuscité, dans un cadre romantique,\nla sauvage ruée des paysans de Campine pour la défense, contre\nl'étranger, de leur Foi et de leurs foyers. A l'évocation histo-\nrique succéda l'observation contemporaine. L a Bruyère ardente\nsurprit les rustres de Campine dans leurs gestes d'amour, de\njoie et de douleur, et une atmosphère saturée de l'arome des\n résines baigne la « tragique idylle » de Manus, et de Mina. Puis\n Georges Virrès promena sa vision indulgemment ironique dans\n les petites villes quiètes du Limbourg. Et il fit un roman exquis\net familier — Les Gens de Tiest — ou glissent, dans une lumière\nde demi-teinte, de délicieuses silhouettes provinciales. Et\nautour d'elles, fleurit l'archaïque jardin des préjugés et des\n routines...\n    Georges Virrès avait ainsi fait le tour de « ce qui se voit »\ndans son pays natal; cherchant à faire neuf, préoccupé de\nrendre, sous tous ses aspects, l'âme ancestrale qui, dans sa\nrudesse, ne manque point de complications, il a tenté cette fois\nde surprendre « ce qui ne se voit pas » : les relents d'invisible,\nles poussées de fatalisme, les miasmes de superstition qui se\n mêlent à l'atmosphère croyante de la Campine, tout « l'in-\n connu tragique », en un mot, qui à certaines heures et devant\ntelles catastrophes, met son brumeux reflet dans les yeux des\n hommes et incline d'angoisse vers la terre les échines des\n femmes.\n    Point n'était besoin, pour surprendre et mettre en relief cette\n psychologie des forces ignorées, d'imaginer des intrigues com-\n pliquées et d'extraordinaires péripéties; c'est parmi le déroule-\n ment d'un fait divers journalier dans les campagnes — une\n maladie du bétail — que le Mystère, redoutable Intrus, entre\n en scène. Vader Jas, l'empirique guérisseur, l'apporte du fond\n"}, {"page_pdf": 817, "texte": "682                           DURENDAL\n\n\nde son passé énigmatique; il propage le frisson dans le double\nsens de ses paroles, et flotte au bout de ses gestes d'exorcisme ;\nvenu avec Vader Jas on ne sait d'où, il part avec lui, on ne sait\ncomment — dans la flambée nocturne de la chaumière de l'occul-\ntiste, ensevelissant sous ses décombres fumantes « le bonhomme\nqui savait tant de choses ». Mais s'étant éclipsé dramatiquement\navec Vader Jas, le Mystère demeure incarné dans l'Innocent du\nvillage. A l'égal des étables, les demeures sont éprouvées et des\nfilles souffrent de maux bizarres et redoutables. Et conduit\nprès d'elles, à travers les ombres de la nuit, l'Innocent balbutie\ndes mots lointains au pouvoir surnaturel. Mais des lueurs mau-\nvaises luisent en même temps dans ses yeux fuyants ; l'instinct\ndes luxures s'allie à la puissance qui libère. Et d'un geste de\nvolupté et de sang, il dénouera l'idylle de Krélis et de Hanna\nqui serpente en méandres passionnés et douloureux sous le dôme\nangoissant de 1' « Inconnu tragique » :\n    « Et tous sentirent l'éternel mystère qui submerge le monde.\nQuel est celui qui sait? Le jour est plein de nuit. La vie doit\ns'accomplir selon la règle, mais les créatures vont les yeux\nfermés; elles ignorent ce que leurs pas rencontreront. L'enfant\net le vieillard ont des âmes pareilles, confuses et confiantes, tour\nà tour. Le bonheur et le malheur foulent les routes de la terre,\net le premier passe très vite et le second s'attarde. Qui pourrait\ndire où ils se rendent et d'où ils viennent? Il faut attendre... »\n    Le Mystère est partout. Les « rebouteux » et les « innocents »\nsont parfois ses Interprètes. Mais toujours il flotte immatériel,\nautour des pensées et, impalpable, il mène les actions. Il est la\nvoix des morts et le commandement, qui, comme une buée\nmonte de la Terre. Il est « l'aveugle force ». Il met aux prises,\ndans une nuit de malédiction, la jalousie de Joost et de Feel.\n Et c'est lui qui ramène Nisse s'étendre « sur la dure devant\nsa cabane » où sombra son grand et pur amour. « Nisse dor-\n mait à même la terre. Il n'avait pu résister à l'appel de sa\n contrée. »\n    Faire sentir et rendre présente cette force insaisissable éparse\ndans la vie et que Georges Virrès a si bien dénommée « l'in-\nconnu tragique » est une tentative qui exige une grande sûreté\nd'art. Je sais gré à l'écrivain d'avoir dédaigné la rhétorique\n prolixe et facile etde s'être astreint plutôt à des notations rapides,\n sommaires et fortes, qui accentuent l'impression, en la concen-\n"}, {"page_pdf": 818, "texte": "                          GEORGES VIRRÈS                          683\n\n\ntrant. Rien ici ne nous distrait de la permanente présence de\nl'ananké qui guide inconsciemment les volontés. Et Georges\nVirrès eut raison, de réduire au. minimum les incidents des\nexistences et de traiter les aspects de nature avec la plus ner-\nveuse sobriété.\n\n   Lorsque je rentrai à Lummen, le soir tombait rapidement, enve-\nloppant de ses velums mauves les labourés, les prairies, les fer-\nmettes aux toits de chaume et les lointaines sapinières. Absolue\nsolitude. De temps à autre, dans les chemins creux, parmi les tail-\nlis sombres, un froissement de branches me dispensait soudain une\nangoisse : si Vader Jas allait se dresser devant moi ou bien la\nsilhouette sadique de l'Innocent! Et je pressais le pas... Mais\nbientôt le paysage s'élargissait, baigné de toute la sérénité\nauguste du crépuscule : la tour de Lummen émergeait d'une\ntouffe d'arbre; les ailes du vieux moulin frissonnaient dans la\ngloire d'une agonie de soleil, et à mes pieds le ruisseau coulait\nsi calme et si pacifiant... Et j'écartais le souvenir de Vader Jas\net j'oubliais l'Innocent — car, synthèse du beau paysage ves-\npéral, venait de s'offrir à mon rêve l'être de beauté, de ten-\ndresse et de songe, à la fois Femme et Symbole, à qui Georges\nVirrès, au terme de son livre, fait l'offrande de son amour ardent\net filial pour la Campine : « Elle est là, ce soir, tandis que le ciel\ns'illumine. Ses cheveux ont déjà la couleur de la nuit. Nous\nsentons battre nos cœurs!... Ne serait-elle pas tout mon art,\nl'aimée aux yeux brillants comme les étoiles du ciel, parfumée\ncomme oette nuit, souple comme le paysage, dans les ombres\nmolles du soir? ».\n\n 25 septembre.\n                                        FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n   P.-S. François Beauck, en vingt-cinq planches, prenantes\nd'émotion et de sombre énergie, interpréta d'une façon toute\nadéquate, l'âme du mystère éparse dans l'Inconnu tragique.\n"}, {"page_pdf": 819, "texte": "      Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard\n                                       (Suite)   (1)\n\n\n                    N o u s avions laissé Mithouard se débattre avec son moi. P a r\n                       suite de son isolement, il acquiert très tôt une originalité\n                      franche; par suite de ses tendances catholiques, il est\n                      tout de suite enclin au mysticisme. P l u s tard, Mithouard\n                      acclimatera son mysticisme à un naturalisme local et\n                       deviendra u n des types les plus représentatifs de sa race.\n                      P o u r l'instant, il dédaigne le public et confie au papier\n                      des méditations passionnées. Actif et douloureux, tel\n                      m ' a p p a r a î t cet artiste dans les quatre livres de vers où sa\njeunesse s'est offerte.\n   L e Récital mystique (2) est l'expression d'un cerveau tendu comme un arc qui\ntire des flèches enflammées vers l'absolu. D e u x poèmes de ce recueil eurent\ntoujours mes préférences. Chaque fois que je les relis je me sens pénétré de\nla même émotion indéfinissable.\n   L e Magnolier est l'histoire de deux jeunes gens, Balthazar et Gilbert, insa-\ntisfaits de l'amour incomplet que n o u s d o n n e la femme.\n              L'immense amour auquel l'âme se désaltère\n              N'est pas celui qu'on prend aux femmes de la terre.\n              Elles ne savent pas nous aimer gravement,\n              Notre besoin d'aimer s'irrite en les aimant.\n  Ils rêvent d'étancher d a n s u n e consubstantielle amitié la soif dévorante de\nleurs désirs infinis.\n              Amour plus recueilli que l'amour, amitié.\n\n              Ce que mon âme attend, ce qu'elle achèterait\n              Du plus pur de son sang, c'est d'éteindre la tienne,\n              Et de la posséder, c'est qu'il nous appartienne\n              De nous appartenir tous deux éperdument,\n              De nous résorber l'un en l'autre en nous aimant\n              Et d'étreindre à jamais nos soifs inassouvies,\n              Et d'identifier l'essence de nos vies,\n              Et d'en pleurer de joie, et de mettre en commun\n              Le sang, l'être, l'amour, et de n'être plus qu'un !\n\n\n  (1) Voir notre iascicule de septembre.\n  (2) Récital mystique. Lemerre, Paris 1893.\n"}, {"page_pdf": 820, "texte": "                   SUR L'ŒUVRE D'ADRIEN MITHOUARD                                   685\n\n    J e retrouve cette même conception mystique de l'amitié chez les premiers\nromantiques allemands (1), dont nos symbolistes français se rapprochent par\ntant de côtés. Balthazar et Gilbert se sont assis sous les blanches ailes d'un\ng r a n d magnolier. Survient un sanglier affamé qui les renverse, les piétine,\nles déchiquette à coups de boutoir. N o s deux pèlerins sont tombés san-\nglants.\n               Ils regardent avec une exquise langueur\n               Sur le sol onduler la pourpre de leur cœur.\n\n   U n e m ê m e pensée leur vient : boire le sang l'un de l'autre, afin de confondre\nleur être et de c o m m u n i e r leur vie.\n              Ils levèrent chacun au firmament vermeil\n              Leur coupe qui fumait vers le pâle soleil.\n              Et puisque ce breuvage était vraiment eux-mêmes,\n              Puisque l'amour ressemble, en des heures suprêmes,\n              A l'Epouvante assis au fond du bois sacré,\n              Puisque boire ceci qu'avaient élaboré\n              Leurs rêves, leurs pensées, leur amour, puisque boire\n              C'était dans la forêt mystérieuse et noire\n              Pénétrer plus avant que les hommes ne vont.\n              Ils burent lentement leur coupe jusqu'au fond.\n\n   Ainsi ils s'endorment d o u c e m e n t , heureux d'avoir réalisé leur idéal\nd'amour.\n   Le Mari de la Forêt nous offre le m ê m e type d'amoureux assoiffé d'amour\ntranscendant.\n              Il n'est de plein bonheur qu'autant qu'il s'y révèle\n              A chaque pas qu'on fait quelque face nouvelle,\n              Et que le plus grand cœur ne renferme d'amour\n              Que ce qu'on en voudrait pour aimer un seul jour.\n\n   Il va d o n c épouser u n e forêt aux profondeurs incalculables. L à , les feuil-\nlages sans cesse variés, les jeux d'ombre et de lumière toujours nouveaux\nforment u n e chose vivante en perpétuel devenir; on n'en pourra jamais con-\nsommer l'attrait.\n              Quelle femme avait l'âme aussi profonde ? Aucune\n              Chez qui l'immensité ne fût une lacune.\n              En la seule forêt il pourrait chaque jour\n              Découvrir des aspects ressuscitant l'amour.\n\n   L e soir venu, Gautier entreprend « d'aimer et d'étreindre l'immense ». Il\nchante et la forêt redit son chant mille et mille fois intensifié. Il court d a n s le\nvent, baise les mousses, étreint les bouleaux, se roule d a n s les ronces. L'orage\néclate furibond. « Ce sont les voluptés de la g r a n d e d é b a u c h e . » U n e louve\nle guette. Gautier se dégage des buissons c r o c h u s . Il grimpe a u sommet du\n\n\n   (1) Cf. les effusions lyriques de Frédéric Schlegel et de Novalis. Voir notamment\nI. Rouge : Frédéric Schlegel et la genèse du romantisme allemand, p. 17. Fontemoing,\nParis 1904.\n"}, {"page_pdf": 821, "texte": "686                                   DURENDAL\n\n\nplus bel arbre. Et, pour mieux embrasser d'un cœur illimité son épouse\ninfinie, Gautier se précipite dans le sein des flots verts.\n   Ce poème est un des plus beaux symboles réalisés que je connaisse. Tout,\n'a pensée intuitive et lyrique, les descriptions immanentes, c'est-à-dire en fonc-\n'ion d'états d'âme, les images violentes accumulées, le mouvement fou qui\nfait psrdre haleine à la première lecture, la langue neuve et tourmentée, tout\nconcoure à l'expression frénétique d'une âme en proie à l'amour passionné et\ndélirant de la nature.\n   Avec l'Iris exaspéré (1) nous assistons aux dernières convulsions d'un roman-\ntique très évolué. On nous a trop habitués à considérer le symbolisme comme\nune déclaration de guerre au romantisme. Cette vue ne semble juste que si\nl'on remplace le mot romantique par celui de parnassien. La génération de\ni885 continue la voie tracée par Hugo, quoiqu'on en ait dit. Elle ne fait qu'ac-\nclimater les destinées de la poésie française aux exigences de la mentalité\ncontemporaine. Cette mentalité, délibérément idéaliste, requiert une poésie\nplus souple et plus réelle. « C'est à l'âme que la science va se prendre »,\ndéclare Taine. C'est aussi à l'âme que va s'adresser la poésie, à l'âme et à tout\nce qui la constitue : la conscience profonde, l'idée incarnée dans des formes\nsubtiles qui l'enserrent sans la déformer, la nature perçue du dedans, en\nfonction de nos états psychologiques, et non plus considérée objectivement\ncomme procédé plastique. Les premiers romantiques fiançais confondaient\ntrop souvent l'âme avec l'imagination. De là leur poésie parfois bien superfi-\ncielle. C'est dans le sens de profondeur qu'il faut comprendre la réforme\naccomplie par les symbolistes. Ils ne cherchent pas à enguirlander de fleurs\nrares des lieux communs classiques, mais à creuser à l'intérieur d'eux-mêmes,\npour faire jaillir la source des émotions vraies et primordiales qui dort dans\nl'intime de notre être. Les réformes métriques n'ont pour objet que d'offrir un\ninstrument lyrique capable de rendre, sans les cristalliser dans leurs modu-\nlations mouvementées, les accents flexibles de nos polyphonies psychiques.\nLes « jeunes » sont venus continuer, en l'aérant, notre tradition infiniment\nperfectible.\n   L'Iris exaspéré nous aide à mieux saisir chez un poète original, influencé\nseulement par l'ambiance de l'époque et du moment, le passage inconscient\ndu romantisme d'imagination au symbolisme intuitif. Rien que la lecture des\ntitres est significative : L'assassinat du Silence; Avoir bu les Etoiles; L'Avril voulu;\nLa béatitude des Pierres; Le cœur du Temps ; La lune aveugle; Les Tours doulou-\nreuses (2). De plus en plus nous voyons Mithouard promener son inspiration\ndans les « serres chaudes » de la conscience et dans le verger intérieur de\nla vie.\n\n   (1) L'Iris exaspère. Lemerre, Paris 1895.\n   (2) Trouver un titre représentatif est une qualité rare. Mithouard la possède à un\ndegré incroyable. Aux exemples que je cite, puisés dans l'Iris exaspéré, il faut ajouter\nceux des autres recueils, depuis le Récital mystique jusqu'au Traité de l'Occident.\nMithouard affectionne les titres étranges et qui font image, commel'Amecrépusculaire,\nle Mari de la Forêt, etc. Il aime aussi les titres brefs qui vous entrent dans l'esprit au\nmoyen d'un infinitif : Sonner le temps, Déchirer le ciel, etc.\n"}, {"page_pdf": 822, "texte": "                     SUR L'ŒUVRE D'ADRIEN MITHOUARD                                   687\n\n\n     L e c œ u r é n a m o u r é du poète est mort. On l'a enseveli sous u n ciel soli-\ntaire, et à cette place se dresse désespérément u n iris blême. L a plante cour-\nroucée et folle d'avoir bu u n sang vermeil, de s'être nourrie d'une fièvre mys-\ntique, de posséder en sa sève une â m e é p e r d u e , tente l'aventure de se hausser\njusqu'au ciel sur sa tige frêle. E n vain l'iris se tord, profère à tous les vents\nle cri de son parfum, se tend de tout son vouloir vers les étoiles, sa corolle\nretombe exténuée sur le sol. Mais, dans son désir exaspéré de faire choir\nl'azur, la fleur sanctifiée s'est nuancée d'une lueur d'azur. Cette pièce d o n n e le\nton du livre et contient toute l'essence du t e m p é r a m e n t du poète en lutte\navec lui-même, parti à la conquête de l'Infini. U n idéalisme subjectif s'en-\nferme d a n s des symboles éclatants et m o n t r e en chaque aspect de la nature\n a u t a n t d'âmes passionnées.\n                 Le ciel était de nuit, d'astres et de silence.\n                 Au fleuve alors, où l'onde agitait la semblance\n                 Des paysages et des univers en jeu,\n                 Je puisai l'eau frigide où frissonnait du feu :\n                 Toute l'immensité du ciel fut dans ma droite.\n                 Ma main pour de l'azur n'était pas trop étroite.\n                 Je maniais l'abîme, la lune, les bois,\n                 Les soleils grelottaient de fièvre entre mes doigts.\n                 Et je trempai ma lèvre au ruisseau de leur flamme,\n                 Et je fis boire les étoiles à mon âme.\n\n   (A suivre.)                                                   TANCRÈDE DE V I S A N .\n"}, {"page_pdf": 823, "texte": "                      Chronique d'Art\nMUSIQUE :\n\n        La Passion selon Saint Jean de J.-S. Bach\n                       EXECUTION A ANVERS\n\n   Les Concerts de Musique Sacrée, fondés à Anvers depuis quatre ans,\npréparent pour le dimanche 9 décembre 1906, à 2 h. 1/2, en la grande salle\ndu Cercle Royal Artistique (rue d'Arembèrg, à Anvers), une exécution de\nla Passion selon Saint Jean de Jean-Sébastien Bach pour soli, chœurs\net orchestre sous la direction de M. L. Ontrop.\nCette audition constituera un événement musical de la plus haute impor-\ntance, car cette œuvre, une des plus puissantes du génial compositeur, sera\nexécutée pour la première fois en Belgique.\n   Afin d'obtenir une exécution digne de cet immortel chef-d'œuvre, le\nComité s'est assuré le concours d'éminents artistes d'Allemagne et de Hol-\nlande, fixant particulièrement son choix sur ceux qui se sont fait une répu-\ntation universelle dans l'interprétation des compositions de Bach. C'est ainsi\nque l'on entendra : M mes Meta Geyer-Dierich, de Berlin, P. de Haan\nManifarges, de Rotterdam; MM. Albert Jungbluth, de Berlin, Gérard\nZalsman, de Haarlem.\n    Prix des places : Première : 5 francs; Seconde : 3 francs.\n    A cause du grand nombre de places déjà demandées, on est prié de\ns'adresser par écrit, dès ce jour, au secrétaire du Comité organisateur,\n M. Jules Boelaerts, rue du Chapelet, 17, Anvers, enjoignant à la demande\n le montant du prix.\n    Des listes d'inscription sont également déposées jusqu'au 25 novembre : à\n Bruxelles, chez MM. Breitkopf et Hartel, Montagne-de-la-Cour; à Louvain,\n chez M. Versluys, rue de la Station, 45; à Malines, chez M. Loret, rue\n Conscience, 52; à Gand, chez MM. P . et A. Beyer, rue Digue-de-Bra-\n bant, 14 ; à Bruges, chez M. Van Marcke, rue des Pierres, 25 ; à Liége, chez\n M me Veuve Muraille, rue de l'Université; à Anvers, chez les principaux\n libraires et marchands de musique.\n    Les cartes d'entrée seront envoyées, aux inscrits, fin novembre.\n    Il n'y aura pas de répétition générale.\n"}, {"page_pdf": 824, "texte": "  LE MONUMENT COMMEMORATIF\nDE LA BATAILLE DES ÉPERONS D'OR\n       (GODEFROID DEVREESE)\n"}, {"page_pdf": 825, "texte": ""}, {"page_pdf": 826, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                       689\n\n\n                          Premier Concert Ysaye\n   La saison musicale s'est brillamment ouverte le 27/28 octobre par le pre-\nmier concert Ysaye. Le grand pianiste Raoul Pugno, avec ces merveilleuses\nqualités de virtuose et de profond interprète qui l'ont classé depuis longtemps\nparmi les maîtres du clavier, a joué merveilleusement le délicieux Concerto\nen la de Mozart et le beau Concerto en ut mineur de Rachmanninoff, œuvre\nd'une inspiration noble et élevée, impressionnante par instants, surtout dans\nle début (large mélodie grave du quatuor) et dans la conclusion.\n   Je ne reconnais guère dans l'œuvre du jeune compositeur russe les carac-\ntères de la musique de son pays : cela me paraît plutôt germanique et brakm-\nsiste.\n   L'orchestre, sous la souple et nerveuse direction d'Ysaye, a interprété, en\noutre, la suite-ouverture en ré majeur et — ô contraste! — le Caprice espagnol de\nRimski-Korsakoff, bien joli de couleur et de vie rythmique. Mais l'attention\ncurieuse et sympathique du public s'est portée surtout vers l'œuvre nouvelle\nde Vincent d'Indy, le Jour d'été à la montagne. Cette composition est le com-\nmentaire symphonique d'un petit poème en prose, très poétique, que le pro-\ngramme met sous les yeux de l'auditeur pour l'aider à fixer ses impressions.\nAurore, Jour, Soir : ce sont trois notations pittoresques dominées toutes trois\npar un ardent sentiment lyrique et religieux. Du moins, je vois bien par le\nprogramme que l'auteur l'a voulu ainsi.\n   A cette première audition toutefois, et n'ayant aucune connaissance préli-\nminaire de l'œuvre (1), j'avoue n'avoir point perçu suffisamment ce sentiment\nlyrique dominant qui m'a paru trop souvent étouffé sous des idées pitto-\nresques déconcertantes et dont l'utilité esthétique n'apparaît pas. Il y a pour-\ntant des pages réellement impressionnantes : la première partie presque\nentière, cette longue et mystérieuse tenue des violons à l'aigu qui prélude au\nréveil auroral, ces appels successifs des instruments à vent et cette belle gra-\ndation qui amène le lever du jour, la principale mélodie rêveuse de la\nseconde partie ; mais l'élan lyrique attendu ne vient pas ou ne se soutient pas.\n La troisième partie surtout semble longue et trop surchargée de détails pour\npermettre à l'idée mélodique de se dégager; elle s'achève très heureusement\npar le retour des mesures nocturnes du début. L'intellectualité austère et noble\nde Vincent d'Indy, en regard de tant d'oeuvres d'une sentimentalité facile et\nsans sincérité, inspire un profond respect, même quand on n'en a pas pénétré\ntoute la beauté. Et, souvent, quel manifeste sentiment lyrique, ardent et con-\ncentré l'anime, dans l'Etranger, dans l'admirable trio pour piano, clarinette et\nvioloncelle, dans la monumentale Symphonie! Souhaitons que l'orchestre des\nConcerts Ysaye nous fasse très prochainement réentendre le Jour d'été à la mon-\ntagne, afin de nous permettre de mieux comprendre et d'apprécier à sa haute\nvaleur cette belle composition.                                         C. M.\n\n\n  (1) Je l'ai cherchée en vain chez plusieurs éditeurs de musique avant le concert.\n"}, {"page_pdf": 827, "texte": " 690                              DURENDAL\n\n\n\n\n                          Séance Brema-Brand\n    Madame Marie Brema est venue donner, à la Grande-Harmonie, un\n récital qui a réuni un public compact.\n    Mme Brema conserve en effet, auprès de notre public, une réputation\nsolide. On ne peut nier, cependant, que son organe ne soit en sérieuse déca-\ndence. D'autre part, la propension croissante que manifeste l'artiste pour les\ngros effets mélodramatiques mérite d'être assez sévèrement appréciée, particu-\nlièrement lorsque ce procédé est appliqué à des œuvres dont le caractère discret\net intime ne comporte pas un pareil luxe d'expression dramatique. Mais ces\ncaractéristiques qui, nonobstant leur exagération même, révèlent une dose\npeu commune de sentiment et d'intelligence poétique, expliquent le prestige\nirrésistible exercé par Mme Brema sur le public et, à ce titre, son succès\npersistant est la condamnation implicite de l'absence de personnalité et de\nqualités d'interprétation, tare du grand nombre de nos artistes du chant...\n   Le programme de Mme Brema comportait un choix intéressant de lieder de\nBeethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Weingartner, Mestdagh, etc.,\ntous chantés avec un art consommé — abstraction faite des réserves formulées\nplus haut. Il est à peine besoin d'ajouter que l'artiste a été applaudie, rap-\npelée, ovationnée avec enthousiasme.\n   Mme Brema était accompagnée de sa fille, Miss Tita Brand, qui s'est fait\nen Angleterre une grande réputation de tragédienne et qui a dit; en manière\nd'intermède, des poèmes de Browning, Keats, Tennyson, Shelley, Biron. La\nveille, Miss Tita Brand avait donné une séance de récitation consacrée à\nShakspeare et dont Mme Brema, cette fois, avait fourni les intermèdes vocaux.\nNous ne sommes pas qualifiés pour juger du talent de la tragédienne; nous\nnous bornerons donc à enregistrer ici le succès qu'elle a obtenu, et qui n'a\npas été moindre que celui de Mme Brema elle-même.                      E. C.\n\n\n\nEXPOSITIONS :\n\n                       Le XIIIe Salon du Sillon\n  Les amateurs de « belle peinture », de touche franche et de savoureuse\ncouleur, prendront plaisir à visiter le Salon actuellement ouvert au Musée\nModerne.\n  Le Sillon est peut-être le plus national de nos cercles d'art ; ne sont-ils pas\nBelges ou plutôt Flamands les Smeers, les Zwyncop, les Haustraete, les\nApol..., ne sont-ils pas peintres d'expression essentiellement flamande?\n   Nous sommes loin des recherches inquiètes et — pourquoi ne pas le dire?\n— parfois inquiétantes, des membres de la Libre Esthétique dont l'art est géné-\nralement d'expression française, trop française souvent pour ne pas perdre de\n"}, {"page_pdf": 828, "texte": "                             CHRONIQUE D'ART                                 691\n\nson originalité. Loin de nous de vouloir méconnaître le très réel intérêt des\nexpositions organisées si vaillamment par O. Maus, mais on est plus « chez\nsoi » au Sillon...\n   Ne sont-ce pas, en effet, les qualités de race qui percent dans les copieux\nenvois des peintres cités tantôt? Largeur de faire, richesse de coloris, air\ngénéral de santé et de vigueur, voilà toutes qualités qui contrastent agréable-\nment avec la touche fragmentée et voulue, les teintes anémiques ou criardes,\ncet aspect, distingué certes, mais maladif, de beaucoup de tableaux d'un moder-\nnisme exotique.\n   F. Smeers se débarrasse peu à peu de certaine lourdeur et de certaine vul-\ngarité de tons qui déparaient ses premières œuvres ; ses études au bord de la\nmer semblent avoir affiné sa vision et éclairci sa palette ; il a de très belles et\ntrès fraîches pages que dépare parfois une faute de goût. Zwyncop est moins\nlumineux mais très puissant; ses progrès sont rapides. Charmants ses coins de\nvieilles villes, de même que ceux de Haustraete.\n   Apol se rapproche sensiblement de certains maîtres hollandais. Ne serait-il\nd'ailleurs pas d'origine néerlandaise et parent du paysagiste de ce nom?\n   Excellent envoi aussi celui de Pinot : qualités de dessin, de coloris avec un\nrien de distinction qui fait défaut à plusieurs de ses amis.\n   Dans ses beaux portraits — nous parlons de la peinture, non des modèles\n— Waegemans s'obstine à broyer du noir whistlérien ; pourquoi ? Quand on\na le talent de ce vigoureux coloriste, de ce peintre fougueux, on tâche d'écarter\nles réminiscences, on se défend des obsessions...\n   Le bon payagiste De Greef est en grand progrès; l'étude consciencieuse de\nla nature, le travail solitaire et ardu, exempt de toute influence étrangère, qui\npercent dans les diverses œuvres de cet artiste méritant, sont hautement\nappréciés par les visiteurs. Des qualités analogues distinguent les pages\nautomnales brillantes, parfois à l'excès, de Tordeur.\n   Du côté des statuaires, il importe de mettre en vedette Mascré, Huygelen\net ce pauvre Nocquet, dont la mort accidentelle constitue pour l'école belge\nune perte sérieuse.\n   Bon Salon, d'un niveau notablement supérieur à celui du Labeur; répétons-le,\nil réjouira tous ceux — et ils sont, grâce à Dieu, nombreux encore — qui\nattachent du prix aux qualités qui firent la gloire et le renom de l'école\nflamande.                                                     ALBERT DUTRY.\n\n\n\n                             A la Salle Boute\n   Exposition d'allures un peu jeunettes : plus de promesses que de résultats\ndéfinitifs.\n   Lantoine, Leroux et Minne semblent plus expérimentés que Deman, Jelley\net Willem dont les envois eussent gagné à être intelligemment épurés.\n   Lantoine, qui eut une toile bien placée au Salon de Gand, est le plus per-\nsonnel de ces artistes et certains de ses paysages ont du style et de l'ampleur.\n   La manière de Leroux est plus moderne, mais moins spontanée.\n"}, {"page_pdf": 829, "texte": " 692                              DURENDAL\n\n\n    On s'accordera à préférer Minne dessinateur — il a des dessins impression-\n nants — à Minne peintre.\n    Quelques objets d'art appliqué — chandeliers, bougeoirs, trépieds, objets\n usuels — de formes neuves et parfois heureuses, dues à Carion, complètent\n cette exposition de débutants qui méritent d'être encouragés.       A. D.\n\n\n\n LE THÉÂTRE :\n\n                          Au Théâtre du Parc\n    Première Matinée littéraire du Parc : Les Poètes dramatiques belges.\n — M. Reding, qui témoigne à nos poètes dramatiques une sympathie\n généreuse et constamment en éveil, avait tenu à leur consacrer la première\n matinée littéraire de la saison; M. Paul André, leur héraut habituel, a carac-\n térisé les principaux d'entre eux en une brève conférence, semée de justes\n aperçus et de piquantes anecdotes. Maeterlinck, Verhaeren, Rpdenbach,\n Giraud, Félix Bodson, d'autres encore défilèrent ainsi, rapidement silhouettés\n par le distingué causeur.\n    Puis on interpréta Le Voile, cet acte de brume, de cloches et de mystère,\n qui forme une parfaite quintessence du talent fin, mélancolique, demi-teinté,\ndu rêveur amant de Bruges. L'entreprise était périlleuse, et n'a réussi qu'à\nmoitié. Mlle Carmen d'Assilva (pourquoi donc ce nom ambigu?) n'éclipsa point\nle souvenir de Mlle Moreno, mais elle charma quand même sous la guimpe de\nsœur Gudule. Les partenaires ne surent pas détailler avec le même art ces vers\ntout de nuances.\n   Une œuvre inédite de M. Forgeois, Une étincelle, nous arracha violemment\nà l'atmosphère religieuse du Voile. Badinage parisien — trop ! — adroit, léger,\nsans nouveauté ni portée : une coupe de champagne, sitôt oubliée que bue,\nMlle de Launay, MM. Mayen, Bender et Emery, nous la servirent avec grâce\net prestesse.\n   Enfin, on réentendit la bluette délicate de M. Crommelynck : Nous n'irons\nplus au bois, qui donna le même plaisir par sa gaieté enjouée, sa verve facile\net bien française, les qualités de son dialogue et de ses vers. Ceci est, certes,\nun des meilleurs levers de rideau qu'on nous ait donnés en Belgique. Il fut\nexcellemment joué par Mmes Wilhem et Dérives, qui furent plaisantes à sou-\nhait, et par MM. Cueille et Joachim, deux acteurs dont il faut louer l'intelli-\ngence et la conscience.\n                                                                        F. A.\n"}, {"page_pdf": 830, "texte": "                        Lettre de Paris\n\n                 L'AUTOMNE!Presque       l'hiver déjà! Un ciel gris et froid où\n                    tournoient au fouet de la bise de pauvres feuilles mortes,\n                    c'est bien la saison qui convenait à la célébration du Jour\n                    des Morts... « Et quand Octobre souffle, émondeur des\n                    vieux arbres, — Son vent mélancolique à l'entour de leurs\n                    marbres... »\n                       Les Morts, soit. Mais la Toussaint? Pourquoi l'Eglise\n                    a-t-elle assigné à la Toussaint cette date mélancolique et\n                    frissonnante? N'aurait-il pas mieux valu éclairer un jour de\nprintemps ou de plein été pour la cohue paradisiaque des bons élus anonymes?\nL'Angelico n'a-t-il jamais eu l'idée de noyer dans le brouillard sa Jérusalem\ncéleste et d'en complanter les boulevards de baliveaux sans chevelure? Voilà\ndonc un motu proprio qui s'impose pour notre Saint-Père : La Toussaint\nau I er mai ! Du coup les socialistes n'oseront plus manifester, par crainte\nd'avoir l'air cléricoïde, et on ne pourra pas mettre en doute les Rapports\ndu mystique et du social.\n   Peuple charmant que celui dont le 1er novembre glorifie le mérite obscur !\nOn le voit à travers les miniatures des missels du moyen âge : d'exquises\nfigures toutes rondes avec des yeux bleus et des cheveux blonds, des cou-\nronnes d'or sur la tète et de grands manteaux d'azur traînant sur les pieds ;\ntous se ressemblent, bienheureux et bienheureuses; et nul ne se distingue,\nleurs attributs étant quelconques et leurs caractères imprécis. Les grands\nsaints, eux, sont parfois déplaisants, tel arbore une barbe bien inculte et tel\nautre qui n'a jamais été marié, est repiésenté avec deux ou trois marmots sur\nles bras; mais les petits saints innommés, qui ne les aimerait d'une imagi-\nnation que rien de désarçonnant n'arrête?\n   Même, parmi les élus à état civil, j'avoue un faible pour ceux dont je ne me\nreprésente pas très bien la silhouette. L'ancien bon peuple de Paris était\nétonnant pour aller dénicher des saints dont personne n'avait jamais entendu\nparler. Saint Eustache, qui diantre a pu être saint Eustache? Et saint\nHonoré, qui a donné son nom à des couronnes à la crème d'un goût si\nvirginal? Et saint Merry, et saint Médard, et saint Julien le Pauvre, le frère\nsans doute du saint Julien l'Hospitalier de Flaubert, et tous enfin! Même\nd'autres qui ont des noms historiques ne sont peut-être pas ceux qu'on croit,\nsaint Antoine, est-ce bien le solitaire de la Thébaïde ? et saint Denis, que de\n"}, {"page_pdf": 831, "texte": "694                                DURENDAL\n\n\nvolumes n'a-t-on pas écrit pour savoir s'il était l'Avéopagite, le Gaulois ou le\ndieu Bacchus?\n    Un jour aussi, nous autres, nous ferons partie de la mobilisation des man-\nteaux turquoise et des couronnes d'or! Nous aurons de bonnes balles pou-\npines à prunelles de pervenche et de grands cheveux bouclés (c'est ça qui me\nchangera!) tombant sur les épaules. Car, si j'en crois le révérend père Caste-\nlein, la thèse du petit nombre des élus a fait son temps. Tout le monde sauvé !\nLes compagnies d'assurances pour la retraite céleste vont être obligées de\nréviser leurs tarifs. Plus de voie étroite pour arriver à l'huis paradisiaque, une\navenue des Champs-Elysées avec un démesurément large arc de triomphe\ntout au bout, impossible de rater le trou d'azur ; c'est le bon saint Pierre qui\nva faire un nez devant ces raffinements du confort moderne !\n    Un des désavantages du calendrier positiviste, c'est que la Toussaint y est\ninjustement réduite à sa moitié!. Elle est remplacée par la Fête des saintes\nFemmes (comme si les saints Hommes ne comptaient pas! Ah! nos sœurs,\nvous ne savez pas ce que sera, si vous ne faites pas la part du feu, le mouve-\nment hoministe!) et celle-ci a lieu seulement les années bissextiles! Pauvres\nSaintes Femmes, on ne vous honore qu'avec la permission des autorités\nastronomiques !\n     Il est bon, d'ailleurs, de jeter un coup d'œil sur l'année comtiste; avec la\nséparation de l'Eglise et de l'Etat, on ne sait pas ce qui peut arriver ; peut-être\nreverrons-nous, un de ces jours prochains, les cérémonies des théophilan-\nthropes ; la chose est donc excellente de savoir, d'avance, qu'il y a quatre-vingts\net une fêtes dans le calendrier positiviste, vingt de plus au moins que\ndans l'actuel, cela donne un certain courage pour changer de bloc à feuilles.\n    Certaines de ces fêtes portent des noms charmants. La Fêtes des Animaux\na lieu le premier dimanche du septième mois, qui m'a l'air de correspondre\n au milieu du mois de mars; c'est l'époque, en effet, où nos frères inférieurs\n sont tout à la joie. Attention délicate aussi que d'avoir donné à la fête de\n l'industrie de la banque le nom de Fête des Chevaliers. Par contre, si j'étais\n musulman, je serais surpris que la fête du monothéisme islamique soit con-\n sacrée à Lépante.\n     Comte était un grand philosophe, ce n'était pas un artiste. Dans son vaste\n état-major qui aligne plus de soixante noms, c'est à peine s'il y a un sculp-\n teur, un peintre et un musicien ! Aussi les chastes déesses l'ont-elles puni de\n son dédain. Pas d'harmonie, pas de charme. Son calendrier est inférieur non\n seulement au vieux julien et au vieux grégorien, mais encore au jeune révo-\n lutionnaire. On comprend une loi promulguée en vendémiaire ou en nivôse,\n on sourit un peu en lisant une lettre datée d'Archimède ou de Charlemagne.\n Fabre d'Eglantine n'aurait certes pas esquissé la théorie des trois états,\n mais Auguste Comte n'aurait pas non plus chantonné : Il pleut, il pleut,\nbergère...\n  Et puis, ces calendriers à grands hommes, ça vous donne envie de débou-\nlonner des gloires. Le grand Frédéric parmi les treize pairs du globe, c'est\nun peu beaucoup, peut-être. Et Bichat à son côté, n'est-ce pas ouvrir la porte\naux protestations d'un tas de physiologistes? Guttenberg? D'abord, il n'y a pas\n"}, {"page_pdf": 832, "texte": "                              LETTRE DE PARIS                                695\n\nd'invention dont la paternité soit réclamée par plus de gens que la sienne, et\nensuite, même s'il était le véritable auteur de la découverte, ça le rendrait-il\ndigne de figurer entre Dante et Shakspeare? L'imprimerie est aussi énorme\ncomme aboutissant que simplette' comme origine.\n   Oui, il en est des génies comme des saints, comme des héros. Peut-être\nles figures vers qui vole le plus vite la sympathie sont celles que l'histoire ne\nglorifie pas. Curiosité pas toujours prudente celle qui fait s'approcher des\ngrands hommes, il n'y en a pas d'ailleurs, on le sait, pour leurs valets de\nchambre, ni trop souvent, hélas! pour leurs femmes. Et parmi ceux qui sont\nvraiment tels, les meilleurs sont peut-être ceux qu'on voit le moins distincte-\nment. Que savons-nous de Shakspeare et même de Dante? Tel dont nous\nn'avons pas une ligne, Socrate, a fait toute la vie morale de l'antiquité découler\nde lui pendant plusieurs siècles.\n   Los donc aussi à cette autre Toussaint, à la foule anonyme des chercheurs\net des trouveurs qu'aucune gloriole ne récompense, et qui peut-être ont fait,\nautant que les plus illustres, avancer la civilisation humaine. Il faut les\nentourer d'un respect attendri, comme les soldats obscurs dont nulle trom-\npette n'a claironné la gloire et qui n'en sont pas moins morts pour l'œuvre dont,\nsans leurs obscurs sacrifices, le couronnement ne se serait peut-être pas exalté\ndans les airs. Eux aussi, les génies sans brevet et les héros sans faste, on les\nrêve comme les saints innommés avec de bonnes et pures figures, des yeux\nclairs d'enfant et des couronnes de lumière sur la tête. Mais leur Jérusalem\nidéale, aucun Angelico ne l'a peinte; ils sont donc plus à plaindre encore que\nleurs frères en sublimité morale, et peut-être n'est-ce que pure réparation que\nde leur donner une pensée reconnaissante en cette octave de novembre où se\ncélèbrent toutes les anonymes collectivités humaines pendant qu'Octobre\nsouffle, émondeur des vieux arbres.\n\n                                                                HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 833, "texte": "                      La critique laïque\n                   LE mois dernier j'ai essayé, à cette place, de démêler l'intéres-\n                      sante personnalité littéraire de M. Georges Rency.\n                         L e lecteur se souviendra que je signalais, comme une\n                      des caractéristiques de ce critique, son amour « de la lutte\n                      pour la lutte ».\n                         Si cette constatation manquait d'une preuve, on la trou-\n                      verait dans la lettre que je viens de recevoir de M. Rency\n                      et que j'ai pour devoir de publier, par un sentiment à la\n                      fois de loyauté et de confraternité.\n   Nous n'allons point d'ailleurs prolonger cette querelle. Peut-être, en lisant\nla réplique de M. Rency, certains se diront qu'au point de vue littéraire, c'est\nlui le théologien — et moi le sceptique.\n   M. Rency veut bien m'assurer qu'il tient son admiration toute prête pour\nun écrivain catholique qui ferait un beau poème sur la Vierge Marie. Je lui\nrappelle à mon tour que je n'ai point marchandé ma sympathie au doctrinaire\nqui écrivit ce roman délicieux : Madeleine.\n   Enfin, M. Rency est plutôt sévère pour ce mécréant de Baudelaire que,\nquant à moi, je prise très haut, tandis qu'il se complait dans le nationalisme\nartistique de Coppée qui m'horripile positivement.\n   Vraiment, à force de différer d'admiration, M. Georges Rency et moi, nous\nfinirons par être d'accord !\n    En attendant, malgré ce que je crois être ses erreurs et ses préjugés, j'ai en\n grande estime le talent de M. Rency. Il est « quelqu'un » — en un temps où\n la littérature est encombrée de « quelques choses ».\n                                                      FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n                      Lettre de M. Georges Rency\n                                                 « A M. Firmin Van den Bosch.\n               » MON CHER CONFRÈRE,\n\n   » L'article que vous avez bien voulu publier à mon propos dans le dernier\nnuméro de Durendal me plonge dans un embarras extrême. La civilité puérile\net honnête me commande de vous en remercier et je n'ai garde de me dérober\nà cet agréable devoir. Je n'aurai pas la fausse modestie de vous cacher que\nles éloges que vous m'accordez, et même les critiques que vous m'adressez\n"}, {"page_pdf": 834, "texte": "                           LA CRITIQUE LAÏQUE                                697\n\nm'ont causé un plaisir sensible. Quand on écrit pour le public, il est toujours\nagréable de voir son effort reconnu et salué par ses pairs — je ne veux point\ndire, parce que cela ne serait exact qu'à moitié, par ses adversaires.\n    » Mais, ma dette de reconnaissance envers vous une fois acquittée, mon\nembarras persiste. Que dois-je faire? Faut-il que j'accepte en silence le bouquet\nde fleurs... et d'épines que vous m'avez offert? Faut-il, au contraire, que je\ntâche de redresser certains de vos jugements qui me paraissent, ou trop\nindulgents, ou trop sévères, ou frappés d'inexactitude? Le « moi » est haïs-\nsable, nul ne l'ignore, surtout le « moi » des autres. Si je m'avise de venir\nm'analyser devant vos lecteurs, je crains qu'ils ne me trouvent bien présomp-\ntueux et bien vain. Certes, je n'eusse point songé à discuter les reproches que\nvous auriez pu faire au romancier qui cohabite en moi avec le critique : c'est\npar ses œuvres que l'écrivain d'imagination doit imposer sa personnalité.\nMais vous avez parlé surtout du critique que je suis — ou plutôt que je vou-\ndrais être, et vous en avez fait un portrait qui, très vrai, très vivant à certains\npoints de vue, est peut-être un peu poussé au noir à certains autres. Voulez-\nvous me permettre de vous indiquer brièvement les traits que vous avez un\npeu dénaturés ? Admettez un instant que ce soit le romancier qui prenne ici la\ndéfense du critique. Puisqu'il vous plaît mieux que son client, peut-être l'en-\ntendrez-vous avec plus d'indulgence et de longanimité.\n    » Vous commencez par m'accoler un adjectif : laïque, qui ne me déplaît\npas du tout, à condition que vous vouliez bien lui retirer son sens ordinaire\nde « hostile à l'idée religieuse ». Vous le dites plus loin que « M. Georges\nRency n'est pas hostile à l'idée religieuse ». Mais le contexte n'est pas éloigné\nde me représenter comme un intolérant personnage qui ne supporte pas que\nd'autres croient en une religion et la pratiquent. Je vous assure que je\nne suis pas tel. Je suis, en matière religieuse, un indifférent, certes, mais un\nindifférent respectueux. Ce que je ne puis me décider à admettre, c'est qu'on\nmêle la religion à la politique ou à la littérature. Là, je l'avoue, je m'insurge\n et quand vous ou tout autre critique catholique jugez une œuvre d'art de votre\n point de vue et en faisant des restrictions sur des questions de dogmes ou de\n morale, je prétends que vous sortez de votre rôle et que vous dépassez les\n limites où votre devoir de critique vous oblige à vous enfermer.\n    1) Mais ne croyez pas, de grâce, car j'en serais désolé, qu'un écrivain, par\n le fait même qu'il est ou redevient catholique, me paraît ne point avoir de talent\n ou perdre celui qu'il a ! Pouvez-vous douter que j'admire profondément les\n Sermons de Bossuet! Rappelez-vous l'admirable sermon sur la mort que je\n connais presque tout entier par cœur. Chateaubriand est l'un des écrivains\n français que j'admire le plus. Son Génie du Christianisme, ses Martyrs, et surtout\n ses Mémoires me sont familiers, je m'y retrouve avec aisance, tant j'ai pratiqué\n ces écrits. Brunetière, Bourget, Huysmans ont tous les trois mon admiration\n à des degrés divers. J'ai lu du dernier quelques pages sur Lourdes auxquelles,\n sans doute, je n'ai pu donner mon acquiescement intellectuel, mais qui m'ont\n charmé par les qualités si particulières d'un style curieusement tourmenté.\n  Vous voyez que je sais rendre justice aux écrivains catholiques. Que dis-je!\n J'admire Coppée, que vous n'admirez pas! Et, d'ailleurs, s'il n'en était pas\n"}, {"page_pdf": 835, "texte": "698                              DURENDAL\n\n\nainsi, ne tomberais-je pas dans le défaut que je me permets — amicalement —\nde vous reprocher ?\n   » Vous rappelez ensuite, dans votre article, le temps gamin de Comme il\nnous plaira, et vous vous écriez : « Quantum mutatus ab illo! » Je n'oserais\nvous prier de reprendre la collection — elle n'est pas lourde : quatre ou cinq\nnuméros, je pense! — de ce périodique éphémère. Pourtant, si vous jouissiez\nde quelques minutes de loisir, vous me feriez plaisir en y jetant les yeux. Vous\ny trouveriez un article où déjà je protestais contre le laisser-aller du style des\njeunes et où je les invitais à respecter les règles, en attendant qu'ils aient le\ngénie nécessaire pour s'autoriser à les violer. C'est alors que M. Van de Putte\nnous affirma avec conviction qu'il se sentait du génie, lui, et qu'il ne pouvait\nnous suivre, Ruyters et moi, dans les routes plus modestes et plus sûres où nous\nvoulions nous engager. Vers le même temps, je faisais au Cercle Labeur une\nconférence intitulée : « En lisant M. Brunetière », où pour la première fois\n— et à un moment où j'étais presque seul de mon avis dans la jeunesse litté-\nraire — j'attribuai au mouvement symboliste ces deux qualificatifs : néfaste\net stérile, que vous citez dans votre article. J'avais en ce moment 22 ans.\n \" Il n'est pas d'homme qu'on ne puisse opposer à lui-même », a dit un\nauteur : c'est Chateaubriand, je pense. Mais est-il bien équitable d'opposer\nles opinions d'un adolescent à celles d'un jeune homme? Je pense qu'il con-\nvient de négliger, dans ma vie littéraire, — mon Dieu! que je m'accorde\ndonc de l'importance ! — les écrits auxquels j'ai donné mes soins avant\nl'année 1898, date où j'ai publié Madeleine. Et si j'insiste sur ces points\nde détail, c'est que je ne tiens nullement à passer pour le « révolutionnaire\n » trop pénitent », le réactionnaire, le doctrinaire que vous voyez en moi.\n Dès l'âge de raison, — je veux dire 22 ou 23 ans — j'ai pensé et écrit ce que\nje pense et ce que j'éciis aujourd'hui. Mes idées sont l'expression sincère de\nce que je ressens de plus profond en moi. Il me reste à essayer de vous\ndémontrer qu'elles ne sont ni si étroites, ni si catégoriques, ni si doctrinales\n que vous voulez bien le dire.\n    » Oui, mes préférences vont, dans la littérature française, et dans toutes les\nlittératures en général, aux écrivains qui surent imposer à leur génie une sage\ndiscipline, qui ne se payèrent pas de mots et qui, devant l'afflux tumultueux de\nleurs pensées et de leurs sensations, eurent l'art suprême de faire le choix que\ncommandait le but à poursuivre. J'aime les auteurs en qui l'on peut avoir\nconfiance, qui voient clairement, nettement, où tendent leurs efforts et qui\nnous conduisent simplement, naturellement là où ils veulent que nous allions.\n Ceux-là sont les esprits « classiques », toujours égaux à eux-mêmes, qui ne\nfont pas expier au lecteur le plaisir que donne un fulgurant éclair d'inspiration\n par une longue suite de phrases ou de vers rocailleux, difficiles, confus et\ndésordonnés. De ceux-là, sont des écrivains comme Sophocle et Virgile,\nRonsard et Racine, Alfred de Vigny et Leconte de Lisle. Je ne m'en cache\npas, voilà mes auteurs favoris. Est-ce à dire que tous les autres sont à mes\nyeux des « suspects »? Vous ne le pensez pas, mon cher confrère! Est-ce\n parce que les défauts de Corneille me sont vivement sensibles que je pourrais\n ne pas admirer le Cid ou Horace ou Polyeucte? Sont-ce les taches du soleil qui\n"}, {"page_pdf": 836, "texte": "                             LA CRITIQUE LAÏQUE                          699\n\nm'empêcheraient d'être brûlé par son feu rayonnant? Quelqu'un me repro-\nchait, récemment, d'avoir écrit, au sujet de Baudelaire, qu'à part une dizaine\nde poèmes merveilleux, son œuvre en vers est souvent d'une étrange bana-\nlité. Ce n'est pas une boutade, c'est l'expression non seulement de mon opi-\nnion raisonnée, mais même de la stricte vérité; et je me fais fort de démon-\ntrer, un jour que j'aurai le temps, qu'il en est bien ainsi. Malgré cela, soyez\nassuré que j'admire profondément Baudelaire, et que des poèmes comme\nElévation, la Beauté, la Chevelure, Une Charogne, me procurent, comme à n'im-\nporte qui, une impression intense de beauté. J'en pourrais dire autant de\nVerlaine. Quant à Musset, exquis, délicieux dans son théâtre, avouez avec\nmoi qu'il est souvent, dans ses poèmes lyriques, d'une incorrection, d'un\nlaisser-aller qui nous arrêtent et refroidissent un peu notre enthousiasme?\nCependant, j'aime à relire les Nuits, et si j'en aperçois les tares, j'en goûte\naussi les merveilleux élans. Parce que j'essaye de mettre de l'ordre dans mes\nidées au sujet des écrivains du passé et du présent, parce que je classe d'un\ncôté ceux qui furent des ouvriers parfaits (entendez le mot : ouvrier, dans\nson sens le plus large) et, de l'autre, ceux dont le métier laissa à désirer ou\ndont la pensée dépassa les limites de l'art, se perdit dans le vague de l'incon-\nscient, échappa au contrôle de la raison ; ne me jugez pas si épris de\nméthodes et de classification, que je me rende volontairement inapte à appré-\ncier justement un écrivain dont l'œuvre né s'accorde pas avec l'un ou l'autre\ndes types qui me serviraient d'étalon ! Au surplus, je n'ai pas de théories,\nencore moins de doctrine. J'aime et j'admire tout ce qui est vivant, clair et\nvrai. Je ne m'insurge que contre la convention, les brumes et le mensonge.\nAprès cela, qu'on écrive en prose, en vers réguliers ou libres, qu'on se dise\nsymboliste ou réaliste ou humaniste, cela m'importe peu. Et pour ce qui est\nde ma prétendue intolérance, le jour où un écrivain catholique fera un beau\npoème sur la Vierge Marie, je vous jure que je ne serai pas le dernier à lui\nprodiguer mes applaudissements.\n    » Pour me résumer, mon cher confrère, — et en vous priant d'excuser\nauprès des lecteurs de Durendal ce verbiage qui m'amuse et qui les lassera\n sans doute — je crois que vous exagérez mes défauts et mes qualités. Ni\n comme romancier, ni comme critique, j e ne mérite vos éloges. Je fais propre-\n ment mon possible, et voilà tout. Mais je ne mérite pas davantage vos criti-\n ques, au moins en ce qu'elles tendent à me représenter comme intolérant et\n comme réactionnaire. J'espère vous l'avoir démontré en cette trop longue\n lettre. Permettez-moi de vous dire encore une fois combien je vous suis recon-\n naissant d'avoir bien voulu vous occuper de moi dans Durettdal et croyez à\n mes meilleurs sentiments.\n                                                         » GEORGES RENCY.\n  » Bruxelles, le 28 octobre 1906. »\n"}, {"page_pdf": 837, "texte": "              LIVRES ET REVUES\n\nLE ROMAN :\nA n n a K a r é n i n e . Œuvres complètes de LÉON TOLSTOÏ. Tome XVI e ,\n   2e volume. — (Paris, Stock.)\n   Nous avons déjà recommandé et nous recommandons à nouveau aux\nadmirateurs de Tolstoï, le grand écrivain russe, la belle édition de ses œuvres\ncomplètes qu'à entreprise et que poursuit si intelligemment la maison d'édi-\ntion Stock de Paris. C'est une édition absolument complète et impeccable\nsous tous les rapports. La traduction notamment, traduction de M. Bienstock,\nest remarquable et très fidèle au texte russe.\n   Le volume dont nous annonçons la publication contient la suite du fameux\nroman Anna Karénine qui est une des œuvres capitales du célèbre écrivain\nrusse. La traduction excessivement exacte, contenant le texte intégral, sans\ncoupures ni modifications, de ce roman, mérite d'être signalée.\n   Jamais les œuvres de Tolstoï ne se sont imposées aussi fortement à l'atten-\ntion du public lettré qu'à l'heure actuelle où tant de problèmes s'agitent en\nRussie. Car Tolstoï y a tracé un tableau frappant de la société russe dans\ntoutes ses classes et sous tous ses aspects. Pour bien comprendre les événe-\nments qui se passent actuellement là-bas, il importe de lire toutes les\nœuvres de Tolstoï. Ces événements donnent aux pages de cet écrivain\ngénial un regain d'intérêt, en outre de la valeur littéraire intrinsèque de tout\nce qu'il a publié. Tolstoï est et restera un des plus remarquables littérateurs\nde son époque. C'est un Maître.\n\nL e t e s t a m e n t V o l é , par J.-H. ROSNY. — (Paris, Fontemoing.)\n   L'éditeur Ferronaye a besoin de 80,000 francs pour entreprendre la publi-\ncation d'un ouvrage à succès qui le tirerait du marasme où il se débat. Le\npapetier Lamure veut bien les lui prêter à condition qu'il s'engage, au cas où\nl'affaire tournerait mal, à lui rembourser 40,000 francs sur son héritage. Héri-\ntage douteux, car la vieille tante millionnaire, dont il est le seul héritier, est\nune maniaque et il n'est pas sûr de ne pas être déshérité. Informé de ce\ndétail, Lamure veut au moins être renseigné si, oui ou non, Ferronaye est\ndéshérité. Ferronaye interroge la tante. Celle-ci lui dit carrément qu'elle a\ninlitué l'Etat son héritier, mais qu'elle lui laisse 2,000 francs de rentes via-\ngières. Rien au monde ne changera ses intentions. Elles sont immuables.\n   — Mais pourquoi me déshéritez-vous?\n   — Parce que vous êtes mon ennemi.\n   — Je ne vous veux aucun mal.\n"}, {"page_pdf": 838, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                               701\n\n\n   — Vous guettez ma mort presque depuis l'âge de raison.\n   — Vous vous trompez. Et puis, ne suis-je pas voire seul parent?\n   — Mais je m'en moque. J'ai horreur de ces parentés. Je ne suis pas restée\nvieille fille pour m'attendrir sur des gens qui se réjouiront devant mon\ncercueil !\n   Tenez! il est là mon testament... depuis dix ans... et bien en règle.\n   Et ce disant elle lui montre le petit meuble qui le contient. Ferronaye sort\navec la hantise qui ne le quittera plus de voler ce testament... ou plutôt de se\nle restituer.\n   Tel est le résumé du premier chapitre admirablement écrit de ce livre et\ndonnant vraiment envie de le lire en entier d'une traite. Ce qui se fait aisé-\nment, du reste. Car ce roman est écrit de façon à captiver d'un bout à l'autre\nl'attention du lecteur. En résumant le premier chapitre, nous avons donné\nune idée de la façon alerte et vivante dont tout le roman est écrit. C'est encore\nun des beaux romans des frères Rosny.(deux Belges, ne l'oublions pas). Il est\ntraversé par l'histoire d'une idylle charmante entre deux âmes exquises et se\ntermine par leurs fiançailles.\n                                                                        H . M.\n\nT a n t e A m y , par CAMILLE LEMONNIER. — (Paris, Charpentier.)\n    Le maître de nos Lettres belges a fait heureusement mieux que TanteAmy.\nSans doute on retrouve ici son beau style haut en couleur, frémissant d'émo-\ntion et lourd de sève. Mais que le sujet du livre plaît médiocrement : cette\naventure à la George Sand Alfred de Musset transposée dans la vie coutu-\nmière, et sur laquelle flottent des relents inquiétants et équivoques! Non, elle\nne captive ni n'intéresse, cette vieille girafe sentimentale qui joue à l'amour\nlilialement pervers avec un jeune benêt! De beaux coins de nature, admira-\nblement traités, sont la revanche de cette intrigue maladive.\n   Si Camille Lemonnier voulait bien, pour notre joie et notre admiration,\nse détourner dédaigneusement de ces cas spéciaux — prédestinés aux roman-\ncelets étriqués — et revenir au grand art, généreusement et largement humain,\ndont il célébra si puissamment les rites dans le Vent dans les moulins et dans\nle Petit homme de Dieu !\n   Tante Amy ne vaut point les fastes du style déployés autour de ses prouesses\nséniles !\n\nL e s R o q u e v i l l a r d , par HENRY BORDEAUX. — (Paris, Plon.)\n    Un roman traditionnaliste qui a dû plaire à M. Maurice Barrès. Le sens de\nla race et ses exigences traversent d'un bout à l'autre ce livre et lui donnent\nune signification morale presque héroïque. Ce qui fait la beauté des Roque-\nvillard et aussi son emprise sur les sensibilités, c'est l'opposition de la faute\nd'amour d'un jeune homme avec les conséquences de cette faute, les plus\nsensibles et les plus lointaines, mais que supporte stoïquement toute une\nfamille, parce qu'elle a le culte ancestral de l'honneur! M. Henry Bordeaux\na atteint dans ce livre une quasi-maîtrise ; et lui, qui dans ses romans précé-\ndents, cultivait un peu trop les incidents de l'intrigue, a su, par les moyens\n"}, {"page_pdf": 839, "texte": "702                                 DURENDAL\n\n\nles plus simples et les plus classiques, atteindre directement au sommet de\nl'émotion. N'ai-je pas lu quelque part que les Roquevillard étaient un peu\n « vieux jeu ». Hélas ! oui, la vertu, telle que la conçoit cette famille, n'est\nplus guère de mode de nos jours. On la qualifierait plutôt de féodale!Concé-\ndons donc, aux critiques « nouveau jeu », que M. Henry Bordeaux nous a\nconté « une préhistoire »      mais, tout de même, quel exquis et empoignant\nconteur !\n\nSous le fardeau, par J.-H. ROSNY. — (Paris, Plon.)\n   Le docteur de Saint-Clair, héros de ce livre, est un chrétien inconscient. Il\npasse en faisant le bien, ployant le dos sous les « fardeaux » accumulés de\nl'altruisme, mais il ignore le sens chrétien qui donnerait à ses gestes multipliés\nde charité leur haute et véritable signification. On songe invinciblement au\nmot célèbre : « Une âme naturellement chrétienne ». Livre un peu touffu, un\npeu compact et trop encombré d'incidents, dont quelques-uns d'une crudité\nextrêmement brutale, mais beau livre tout de même, par l'élévation des idées\net la force nerveuse du style !\n\nL e t r i b u n , par SANDER PIERRON. — (Paris, Sansot.)\n   Si le livre de M. Sander Pierron profère une morale, la voici : fût-il socialiste,\nfût-il même un chef socialiste, l'homme n'échappe point aux humaines faiblesses.\nL'Ecriture avait déjà dit cela — plus brièvement — : « La chair est faible. »\nLe héros de M. Sander Pierron abuse de sa faiblesse jusqu'à la goujaterie.\nConcluons : même sous le régime collectiviste, l'humanité ne sera point\npropre ! Mais j'imagine que dédaigneux de la thèse, M. Sander Pierron se\ncontente d'avoir fait une œuvre littéraire, de tendances assez âpres et d'atmo-\nsphère assez brutale, écrite dans un style vigoureux, net, incisif, aux images\nsobrement et nerveusement esquissées.\n\n L e P e p l o s v e r t , par MAURICE DE WALEFFES. — (Paris, Fasquelle.)\n   En somme un beau livre — encore que le roman de reconstitution histo-\nrique finisse un peu par lasser. Hardi en certaines de ses pages, le Peplos\nvert a presque des allures de haute moralité : l'héroïne défend farou-\nchement sa virginité à la façon altière de la Lygie de Quo Vadis. On sera\nrevêche un peu au « pal » final, dénouement d'une cruauté exacerbante.\nM. de Waleffes, du reste, a l'habitude de terminer sur un effet cherché ; rap-\npelez-vous l'ultime vaporisateur de Rolande d'Y dans les Deux robes. Sur ce\nlivre-ci, M. de Waleffes est en grand progrès, tant par le souci de la compo-\nsition que par le soin du style qui revêt, dans le Peplos vert, de belles formes\nrythmées, colorées et harmonieuses.\n\nL e c o u r a g e d ' a i m e r , par HENRI DAVIGNON. — (Paris, Plon.)\n   M. Henry Davignon dédia son livre à René Bazin — et si j'ai un reproche\nà faire au Courage d'aimer, c'est de suivre un peu servilement le sillon correct\net soigneux qu'a tracé, dans la littérature, l'auteur de la Terre qui meurt. Je\nvoudrais à M. Henry Davignon plus d'assurance, j'allais dire plus d'audace,\n"}, {"page_pdf": 840, "texte": "                            LIVRES ET REVUES                              703\n\n\net en tous cas plus de nerf et moins d'impeccabilité mondaine. Je lui voudrais\nencore une psychologie plus fouillée et, dans le style, quelque chose de plus\nincisif et de plus en relief. On dira que je suis sévère pour M. Henry Davi-\ngnon. C'est que je fonde sur lui, pour notre littérature, de grandes espérances.\nQuand, aux dons précieux qui lui furent départis — une belle faculté d'obser-\nvation et un art excellent de la composition — il ajoutera quelques parcelles de\nbeauté frissonnante et émouvante, l'auteur du Courage d'aimer deviendra un\nbien bon écrivain. Que ce souhait de mon amitié se réalisera, j'en ai pour\ngarant les pages actuellement en publication dans Durendal, sous le litre Une\n Virtuose, et qui sont, sur le Courage d'aimer, un considérable progrès.\n   Je considère M. Henry Davignon comme une des belles promesses de nos\njeunes lettres.\n\nL'écrou,    par GUSTAVE-MAX STEVENS.\n   Une bonne action et un beau livre. M. G.-M. Stevens, dans une admira-\ntion familiale très justifiée, nous conte très simplement, très sobrement, avec\nune concision qui « fait balle », les souvenirs de son père, ancien directeur\nde la prison de Saint-Gilles. Et d'entre les pages du livre, se lève une sil-\nhouette originale et intéressante de grand geôlier au cœur de bonté sous\nl'écorce sévère! Il y a là des histoires exquises de sentiment et d'autres poi-\ngnantes d'émotion; toutes sont bellement écrites! M. Gustave-Max Stevens\nest un bon fils, un bon peintre et un bon écrivain.\n                                                                       F. V.\n\nP i l l e u r s d ' a m o u r , par LUCIEN DONEL. — (Paris, Perrin.)\n    Livre de haute portée morale, sain et fort, d'où monte à chaque page, avec\nla plainte des âmes trahies par deux aventuriers — les pilleurs d'amour — un\nhymne à la terre.\n    Maître Lavaud, sur son domaine du Gardie, rappellerait certain vieillard\nde Tarente, si le bonheur était jamais sans mélange. Mais il voit se dérouler\ndevant lui un émouvant drame de famille aux palpitantes péripéties, qui\ntempère toutefois l'angélique douceur des héroïnes si durement éprouvées,\njusqu'au jour où la 'meilleure part échoit à celle qui saura conserver le dépôt\nsacré du Gardie.\n    M. L. Donel sait avec un art de vérité et de sincérité faire vibrer devant\nnous les âmes délicates et affinées de ces pauvres amoureuses, aimées pour\nleur dot et ensuite délaissées. Mais le doux chant d'amour continue en elles,\n et c'est un chant qui fait mourir, quoi qu'en dise le proverbe, les âmes d'une\n sensibilité extrême.\n                                                                       E. N.\nA u P r e s b y t è r e , par JULES PRAVIEUX. — (Paris, Plon.)\n  Encore un livre du spirituel auteur d'Un Vieux Cilibalaire et de Séparons-\nnous, dont nous fîmes jadis ici l'éloge. M. Pravieux a un très joli talent. Sa\nplume est élégante et alerte. Il décrit spécialement bien les scènes du monde\necclésiastique. Les deux premières œuvres étaient parfaites. Celle-ci n'a pas\nla même envergure, mais est intéressante aussi; Il y a là des silhouettes de\n"}, {"page_pdf": 841, "texte": "704                                DURENDAL\n\n\nbraves curés de campagne, bons, simples et frustes, très habilement et très\nfinement crayonnées, et des histoires fort amusantes, écrites avec beaucoup\nd'humour. Le chapitre le mieux venu est celui qui a pour titre : De curés en\ncurés. Sorte de journal humoristique du voyage apostolique d'un évêque, à\ntravers champs, de presbytère en presbytère, journal rédigé par le secrétaire.\nLa nuit cauchemaresque que passe le secrétaire de Monseigneur au cours\nd'une tournée pastorale, dans un réduit, seule chambre encore disponible\ndu presbytère, et qui sert de remise pour les accessoires macabres des funé-\nrailles, est merveilleusement dépeinte. Le secrétaire a, dans l'incohérence de\nson rêve, l'illusion d'assister à son propre enterrement. Illusion rendue saisis-\nsante par le chant du Dies Irœ que le curé original a la manie de fredonner,\nfort tard, tous les soirs, avant de se mettre au lit, pour s'entretenir dans la\npensée salutaire de la mort. Fort comique aussi le quiproquo désopilant pro-\nvoqué par l'histoire de l'évêque qui, à l'insu du curé, troque pendant la nuit\nsa chambre puant la couleur fraîche, avec celle de son valet de chambre. Tête\ndu curé, qui trouve, au matin, dans le lit de Monseigneur son domestique\nronflant comme un bienheureux et faisant tout haut dans ses rêves l'éloge du\nbon petit vin blanc qu'il a chippé dans la cave. M. Pravieux a beaucoup\nd'esprit et il écrit fort bien.                                        H . M.\n\nC a l v i n o p o l i s , pastorales protestantes, par WILLIAM VOGT. — (Paris, Stock.)\n   Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots. Est-ce là le vers du poète?\nIl me vient tout naturellement à l'esprit, à la lecture de ces cinq pastorales,\nqui sont autant de charges ironiques et cruelles. Certes, l'auteur n'a pas\nl'intention — Dieu l'en garde et nous en garde ! — de médire de tous les\nprotestants en racontant les vices et la tartuferie de la société pourrie de\nCalvinopolis. Il y a parmi les protestants, comme parmi nous, hélas! des\nbêtes galeuses. Y en a-t-il plus ici ou là? Ce n'est pas la question. Ce livre\nest écrit avec beaucoup de verve, la verve flagellante de la satire.\n\nL e s P i e d s t e r r e u x , par ETIENNE ROCHEVERRE. —(Paris, Plon.)\n   « Ce roman n'est pas écrit pour le boulevard, écrit l'auteur en avant-dire.\nC'est une œuvre de foi plus qu'une œuvre d'artiste. Je le dédie aux paysans\nlimousins, mes compatriotes. La terre ne salit pas, mais la boue. » En effet,\nla terre ne salit pas, et ils ont bien raison, ces héros limousins de la guerre\nde 1870, de se glorifier de ce surnom que leur donnent les gens du boulevard\noù l'on rencontre plus de boue que de terre. Ce sont des âmes hautes et\nnobles dont M. Rocheverre nous raconte l'émouvante histoire. Robert et\nEdouard Combeval, les deux fils d'un ancien colonel des zouaves, s'engagent,\neux aussi, dans ce régiment de lions. Et nous passons avec eux par toutes\nles émotions fortes de cette année si justement appelée terrible. L'auteur\nécrit vigoureusement et sait toucher les fibres profondes du cœur.\n\nL ' â g e d e r a i s o n , par CLAIRE ALBANE. — (Paris, Plon.)\n   Deux jeunes gens s'aiment. Lui, un peintre pauvre, est l'amant d'une\nfemme riche qui dore sa pauvreté. Elle, pauvre aussi, mais confiante dans la\n"}, {"page_pdf": 842, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                705\n\n\n\nvie, se laisse bercer par le joli rêve de l'amour naissant. Mais la femme riche\nreprend son amant à la jeune fille pauvre et celle-ci épouse un presque vieil-\nlard qui lui apporte le luxe. Pauvre monde, où l'ordre est ainsi rompu par les\négoïsmes! Tout cela écrit d'un style vif et clair et souvent avec émotion.\n\nLe devoir d' u n fils» par MATHILDE ALANIC. — (Paris, Plon.)\n  Œuvre forte, de vie intense et de noble pensée. C'est l'histoire d'un fils qui\nrenoue la chaîne d'honnêteté de sa famille, un instant rompue par son père\nqui accepta un héritage de source vile. Le fils restitue, ce qui lui vaut, après\nune crise d'âmeémouvante, la paix dans l'amour.\n\nL a D u r m e i l l i è r e , par DORUSHEIM. — (Paris, Lethielleux.)\n   La durmellière est le vieux. « logis » vendéen, où se sont conservées les\ntraditions d'antan. En face se dresse la maison prétentieuse du parvenu. Et\nc'est la lutte entre ces deux mondes, où l'on voit, d'un côté, l'âpre désir de la\ndomination ; de l'autre, la vieille bonne foi des ancêtres. Comment c'est, en\nfin de compte, celle-ci qui l'emporte, ce livre vous l'apprendra.\n\nD a n s l e s t é n è b r e s , par GUY THORNE. — (Paris, Lethielleux.)\n   Un juif millionnaire, M. Schwabe, entreprend, pour donner le coup de\ngrâce aux religions chrétiennes, de démontrer que le Christ n'est pas ressus-\ncité. Pour cela, il achète un savant et lui fait découvrir en Orient un tombeau\nfermé par un bloc de granit, sur lequel on lit cette inscription : \" Moi, Joseph\nd'Arimathie, je déclare que j'ai enlevé le corps de Jésus du tombeau, où il\navait été déposé en premier lieu et que je l'ai transporté ici. » Le monde\nentier est troublé par cette découverte. Mais un jeune vicaire découvre la\nsupercherie et prouve que l'inscription est fausse, composée à l'instigation de\nSchwabe lui-même. Il y a dans ce volume quelques pages pathétiques et\nintéressantes.\n\nA u t r e t e m p s , par CHAMPAL. — (Paris, Hatier.)\n   Autre temps est le titre du premier petit roman de ce livre qui en contient\ndeux. Cruelle et fine satire du temps présent. L'autre ceuvrette, Victoire d'âme,\nest une histoire d'amour et de miséricorde, émue et tendre, vivement conduite\net d'un style probe.\n\nE n f a n t s d e s r u e s , par GEORGES DE LYS. — (Paris, Lethielleux.)\n  Contes pleins d'émotion et de tendresse pour les humbles et les petits.\nLivre de pitié, où l'auteur a mis toute son âme, et dans lequel il enseigne\nà sa fille le grand précepte de la bonté.\n\nB e t t i n a , par ARTHUR DETRY. — (Bruxelles, Scheller.)\n  Histoire quelconque, où l'éducation donnée dans les couvents est dénoncée\ncomme préparant les jeunes filles à la prostitution !!! Comme trouvaille, est-ce\nassez génial ?\n                                                                      E. N .\n"}, {"page_pdf": 843, "texte": " 706                              DURENDAL\n\n\n\nL'ART :\n    B u r l i n g t o n M a g a z i n e , Berners Street, 17, Londres. — Par suite\n des vacances, nous sommes un peu en retard dans nos comptes rendus de la\n superbe revue anglaise. Les numéros de juillet, août et septembre derniers\n sont dignes des. précédents.\n    Nous trouvons, dans le numéro de juillet, un article de M. JAMES WEALE\n sur l'Exposition de peintres flamands, qui eut lieu en juillet dernier, au Guild\n Hall de Londres, et les notes de M. Weale, toujours intéressantes, s'accom-\n pagnent d'une belle reproduction de six panneaux de la collection de Lady\n Wantage, attribués à Gérard David. Trois sont relatifs à la légende de saint\n Nicolas; trois autres à celle de saint Antoine.\n   Parmi, les merveilles que renfermait cette exposition — de Van Eyck à\nStevens — les panneaux de Gérard David étaient à remarquer, et c'est une\njoie pour ceux qui les ont vus de les retrouver ici.\n   La peinture allemande a aussi ses primitifs et MM. LIONEL CUST, AYMER\nVALLANCE et CHARLES RICKETTS étudient avec des documents nombreux la\npériode prédurérite. (Le mot n'est pas encore très usité ; mais il paraît destiné\nà faire fortune.) Citons encore, dans ce numéro, l'étude de M. C.-J. HOLMES\nsur les gravures de Rembrandt.\n   Dans le numéro d'août, M. HOLMES donne la troisième partie de son étude\nsur Rembrandt; M. H.-P. HORNE, des renseigements sur un peintre florentin\npeu connu: Giovanni dal Ponte; M. ROGER FRY nous parle du Maître de\nMoulins, en appuyant sa notice de la reproduction d'une fort belle Annoncia-\ntion de la collection Dowdeswell. Enfin, un article de MM. T.-J. MATHER et\nROGER FRY nous renseigne sur la collection Johnson, de Philadelphie, où nous\ndécouvrons un Van Eyck: Saint François recevant les Stigmates, qui paraît une\ncopie réduite de celui qui se trouvé au Musée de Turin. Enfin, des articles\nsur les miniatures anglaises, la porcelaine chinoise et une copieuse biblio-\ngraphie.\n   Dans le numéro de septembre, continuation des articles sur Rembrandt\ngraveur, les miniatures anglaises, les porcelaines chinoises. Une lettre de\nM. CHARLES RICKETTS conteste l'authenticité du Van Eyck, de Philadelphie.\nM. LETHABY étudie les majoliques attribuées à Della Robbia et représentant\nles mois; M. TAVENOR PERRY, les chaires, de vérité de Ravello et Salerne;\nM. G.-F. HLLL, les médailles de Pastorino da Siena. Parmi les illustrations,\nnotons une belle photogravure : le portrait du duc de Monmouth, par Cooper,\nde la collection du Roi d'Angleterre.\n\n   M a s t e r s i n A r t . Bâtes and Guild Company, 42, Chauncy Street\nBoston. — Les trois derniers numéros de cette excellente publication sont\nconsacrés à INGRES (n° 79, juillet), à WILKIË (n° 80, août) et à GHIRLANDAJO\n(n° 81, septembre). Ils sont établis selon la méthode dont j'ai déjà pu faire\nl'éloge : dix reproductions des œuvres principales du maître, bonnes, bien\nqu'un peu noires, des notes critiques empruntées aux principaux écrivains\nd'art, un catalogue des œuvres et une bibliographie très complète.\n"}, {"page_pdf": 844, "texte": "                             LIVRES ET REVUES                                  707\n\n  Dans l'Ingres, on trouvera la Source et l'Œdipe de Paris, et le Louis XIII\nde Montauban qui sont des compositions conventionnelles et froides, mais\naussi tout une série de très beaux portraits des musées de Nantes, Bayonne,\nParis.\n  Dans le Ghirlandajo, les reproductions sont empruntées pour la plupart\naux magnifiques décorations du chœur de Santa Maria Novella à Florence,\nmais l'on a eu l'heureuse idée d'y faire figurer aussi un fragment de l'histoire\nde Santa Fina de San Gimignano qui est bien une des œuvres les plus savou-\nreuses, et trop peu connue du grand maître florentin.\n  Rappelons que ces monographies ne coûtent que 15 cents d'Amérique.\n                                                                           J. D.\nL ' a r t e t l e s a r t i s t e s . — (Septembre-octobre.)\n   Au numéro de septembre, intéressants articles de MM. Charles Mofice,\nGabriel Séailles et Claretie, sur la Collection Henri de Rothschild, Watteau peintre\nmilitaire, et J.-L. Hamon. M. de Danilowicz parle de l'œuvre de Veit Stoss —\nou, à la polonaise, Wit Stwoss — à Cracovie.\n   Au numéro d'octobre, de bonnes pages de M. Geffroy sur Gustave Courbet,\nde M. Uzanne sur Helleu, des notes attachantes de M. Tei-San sur les Ten-\ndances de la peinture japonaise, etc.\n   Ces numéros, abondamment illustrés, entre autres de belles épreuves d'art,\ncomprennent, en outre, comme d'habitude, des chroniques d'art nombreuses\nde l'étranger.\n\n    L e s a r t s a n c i e n s d e F l a n d r e . — Le cinquième fascicule de cette\nluxueuse publication est des plus intéressants. Outre la suite du travail de\nM. Thiéry sur les Tapisseries classiques à l'exposition de l'art ancien bruxellois et la\nfin de l'étude approfondie de M. Durand-Gréville sur Hubert Van Eyck, son\nœuvre et son influence, il contient un mémoire sur Jacques Coene, peintre de\nBruges, — le pseudo-père des Van Eyck! — dont l'auteur, M. le comte Dur-\nrieu, retrace la carrière probable et essaie d'identifier les œuvres avec la\nsévérité scientifique et l'excellente et prudente méthode qu'on lui connaît.\nDe nombreuses planches hors texte, d'une exécution soignée, illustrent ces\narticles.\n\n   Peter Bruegel l'ancien, son œuvre et son temps. — Avec\nle quatrième fascicule de cette publication, magnifiquement illustrée de nom-\nbreuses reproductions d'après les peintures et les dessins du maître, s'est\nachevée l'étude historique de M. Van Bastelaer. Il ne reste à paraître, pour\ncompléter l'ouvrage, que le Catalogue raisonné de l'œuvre peint de Bruegel, par\nM. Georges-H. De Loo (Hulin). Nous consacrerons prochainementune étude\nà ce livre, de même qu'à une autre publication de grand luxe de l'entrepre-\nnant éditeur Van Oest : Tapisseries et sculptures bruxelloises à l'exposition d'art ancien\nbruxellois de 1905, remarquable collection de planches exécutées d'après les\nœuvres, tapisseries, retables, etc., exposés l'an dernier et commentée, avec la\ncompétence que l'on sait, par M. Joseph Destrée, l'érudit conservateur aux\nMusées des arts décoratifs et industriels.                                 A. G.\n"}, {"page_pdf": 845, "texte": "708                               DURENDAL\n\n\n L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s . — (Anvers, Buschmann; Bruxelles,\n   Van Oest.)\n    Le numéro de Septembre contient un article intéressant de Paul Lambotte\nsur L'exposition des peintresflamandset belges à Londres (Guild hall), une étude de\nJacques Mesnil sur Quelques gravures du XVe siècle et des chroniques d'art.\nParmi les reproductions il y a un triptyque de Hans Memling, un Rubens,\nun Jordaens et de très curieuses gravures du XVe siècle.\n   Le numéro d'Octobre reprend l'érudite et perspicace étude de Jan Velh sur\nRembrandt sous le titre de Rembrantiana; L'exposition de Leyde; étude critique\ntrès fine sur l'authenticité, la valeur et la signification des tableaux exposés\nrécemment à Leyde et attribués, à tort ou à raison, à Rembrandt. Ce fasci-\ncule contient de belles reproductions des œuvres exposées.\n   Vient ensuite un article de G.-H. Marius sur Sûze Bischop-Robertson, une\narriste hollandaise de très grand talent, talent confirmé par les reproductions\nde ses œuvres que contient ce fascicule.\n                                                                        H . M.\n\n   A u g U S t a P e r u s i a (Septembre) publie un ancien plan de Pérouse\n(1602) accompagné d'une curieuse étude par M. Bellucci. M. Cristofani\nparlé de 5. Agestino, de Pérouse, et des rares et intéressantes œuvres du\nXIVe siècle que cette église, défigurée au XVIIIe, recèle encore. La fin du\ntravail de M. Cenci sur les Ceri do Gublio et des notes de M. Frittelli sur les\nchants populaires de mai dans la vallée du Tibre. Outre la Chronique de\nl'exposition d''ancien art ombrien, en voie d'organisation pour 1907, une note\nsignalant des actes de mauvais goût dans la décoration de la Basilique\nfranciscaine d'Assise ; une bibliographie, etc.\n\n\nCatalogue historique et descriptif des tableaux anciens\n   d u M u s é e d e B r u x e l l e s , parA.-J. WAUTERS. 2e édition. — (Bru-\n   xelles, Van Oest.)\n   L'éminent auteur de l'Histoire de la peinture flamande publie une édition\nconsidérablement modifiée et amplifiée du remarquable catalogue du Musée\nqu'il avait donné en 1900. Le nouveau catalogue, ordonné avec beaucoup de\nméthode et de clarté, constituera pour les travailleurs un guide des plus pré-\ncieux. Le savant écrivain a mis à profit les recherches faites en ces dernières\nannées, principalement sur les primitifs flamands, recherches auxquelles il\nn'a pas médiocrement participé, pour reviser un grand nombre d'attributions\ndouteuses comme pour proposer quantité d'attributions touchant les œuvres\nanonymes. La mention de chaque artiste, de chaque œuvre est accompagnée\nd'une notice complète sur la carrière de l'un, sur l'état civil de l'autre, les\nquestions que son éludé soulève, les controverses qui se sont élevées à son\nsujet, etc., de sorte qu'en réalité le catalogue de M. Wauters est comme le\nprécis, substantiel de l'état de nos connaissances historiques et critiques sur les\nprimitifs flamands.\n"}, {"page_pdf": 846, "texte": "                               LIVRES ET REVUES                                709\n\n Les villes d'art célèbres : Nancy, par ANDRÉ HAI.LAYS. — (Paris,\n   Laurens.)\n   Le délicat auteur de tant de pages charmantes sur les cités et les provinces\nfrançaises nous entretient aujourd'hui de Nancy, la bonne ville lorraine : la\nvieille ville avec les reliques de son antiquité, la nouvelle, création pleine de\ngrâce des ducs René II, Charles III et du roi de Pologne Stanislas. Et l'excel-\nlent écrivain nous dit à merveille le charme et la séduction de cette œuvre\ntoute d'ordonnance mesurée et de beauté noble de la vieille architecture\nfrançaise.\n                                                                         A, G.\n\n LITTÉRATURE :\n\nVers la joie. Ames païennes et âmes chrétiennes, par\n    Mme FAURE-GOYAU. — (Paris, Librairie académique Perrin.)\n    L'antiquité grecque et romaine était sans espoir d'au delà. Aussi, dans la\n pensée des anciens, le mort le plus illustre, fût-il même passé à l'état de demi-\n dieu, le cédait-il au vivant le plus humble. Toute la vie était dans la vie, tout\n était d'elle, pour elle, et il fallait se hâter de poser sur le présent des mains\n immédiates.\n    Cependant, c'est calomnier l'antiquité que de n'y voir que l'avidité de vivre,\nmatérielle, enivrée. Alors comme aujourd'hui, les hommes allaient entre la\n vie insatisfaite et la mort certaine. Les corps vigoureux et assouplis ne fai-\nsaient pas des âmes courtes et obtuses, auxquelles l'éclat du jour; le charme\ndu pays, les jeux, l'agora ou le forum et la guerre fussent de suffisantes réalités.\n    Les dieux olympiens, hommes grandis, divisés, jaloux et débauchés comme\ndes mortels, courbaient la tête sous l'intimation du Destin qui, de sa figure\nd'ombre et de menace silencieuse, barrait les horizons de leur puissance. Et\nles hommes associaient la mort et les morts aux principales de leurs fêtes..\n   Au fond, nous la connaissons si peu, la Grèce, dans son existence quoti-\ndienne et familière! La conception classique, héroïque et tendue, du monde\ngrec, d'un monde toujours en scène, en attitudes nobles ou tragiques,, sous le\ncasque et l'armure ; cette conception, si ruinée qu'elle soit, fait préjuger dans\nnotre esprit et nous masque, derrière un décor pompeux, hanté de héros,\nAristide, Thémistocle et Miltiade, et Epaminondas, et Démosthène, tous\ndrapés, tous prononçant des mots célèbres — l'intimité de la vie de ce peuple,\nde l'existence et de la pensée journalières de ces populations paysannes ou\ncitadines qui, autour ou en vue des. rayonnantes acropoles, s'agitaient et tra-\nvaillaient obscurément. Derrière les illustres dont l'histoire a dressé les statues,\nderrière les grands dieux qui éblouissaient dans la cella ou au fronton des\ntemples, il y avait la foule humble et anonyme, innombrable, et dont rien\nn'est venu jusqu'à nous. Les petits, les pauvres, les esclaves avaient leurs\ndieux à eux, plus secourables que les dieux officiels; ceux du foyer, des bois,\ndes eaux, des vallées et des montagnes : dieux familiers et voisins, bons\nenfants, hilares et, parfois, un peu maraudeurs... Une poussière de dieux\nrépandue dans l'atmosphère, mêlée, en quelque sorte, à l'air que l'on respi-\n"}, {"page_pdf": 847, "texte": "710                               DURENDAL\n\n\nrait, et dont la création est comme l'émanation naïve et cordiale d'imaginations\ngracieuses, sollicitées par le désir religieux.\n   L'art grec est de plus de pénétration que d'éclat, et une grande lumière spi-\nrituelle l'environne. Il y est de la tendresse, une douceur souriante, légère,\navec une inflexion, non point douloureuse, mais pensive. Et dans tout ce qui\nest sorti de ses mains, dans le galbe de ses colonnes, dans la clarté et l'ombre\nqui dessinent leurs cannelures, dans la posture de ses statues et dans les plis\nvivants de leurs robes — il y a un secret d'émotion profonde, un élan, un\nhymne, une incantation — une volonté et, par conséquent, une souffrance,\nune aspiration...\n    Mme Lucie Faure-Goyau a mis, comme préambule à ce volume, consacré\nprincipalement à Cristina Rossetti, à Eugénie de Guérin et à sainte Catherine\nde Sienne, de belles pages sur les Tristesses de l'âme païenne, tristesse de la vie\néphémère et brillante, soudain allumée, soudain éteinte, et sans espérance,\nmême dans le « Dieu inconnu. », auquel les Athéniens subtils rendaient des\nhonneurs, à tout hasard...\n   C'était un noble thème à une étude éloquente et délicate que la vie de ce\npoète, Cristana Rossetti ; de cette âme, de cette ombre discrète et charmante,\nEugénie de Guérin, et de cette vaillante et fine sainte Catherine, et Mme Faure-\nGoyau l'a admirablement compris. Ce sont des figures de chrétiennes qu'elle\ndessine devant nous, avec un art avivé par la sympathie, les deux premières,\n endolories mais fortes de leur pensée et de leur foi ; la troisième, toute vouée\naax autres et qui, comme elle le disait elle même, délicieusement, « se réjouis-\nsait dans sa douleur, parce que, au milieu des épines, elle sentait l'odeur de\n la rose qui va s'ouvrir ».\n\nF e m m e s e t m o r a l i s t e s , par J. BARBEY D'AUREVILLY.— (Paris, Lemerre.)\n   Il y a beaucoup de femmes dans ce volume et peu de moralistes, car c'est\nétendre un peu considérablement l'acception de ce dernier et sévère vocable\nque de ranger sous sa définition Jules Vallès et Henri Rochefort ! Quant aux\nfemmes, elles sont de tous les temps et de toutes les civilisations et la table\ndes matières fait ainsi voisiner Mme de Maintenon et Laïs de Corinthe,\nsainte Thérèse et Marie-Antoinette, Mme de Sévigné et la papesse Jeanne.\nMais partout, qu'il s'agisse de courtisanes ou de saintes, de grandes amou-\nreuses, de grandes frivoles ou de grandes dévotes, les pages que Barbey leur\nconsacre sont toujours marquées, si l'on peut dire, de la griffe du lion ; les\nportraits qu'il en fait sont toujours tracés avec la même verve incomparable,\nnourrie de génie, de hauteur d'âme et de bon sens éclatant et ironique.\n\n   L a littérature i t a l i e n n e d'aujourd'hui, par M. MAURICE MURET.\n— (Paris, Perrin.)\n   Cette littérature, par un phénomène assez étrange, est moins connue en\nFrance que la russe et la Scandinave, et on compterait facilement les œuvres\nitaliennes marquantes que la traduction a répandues en deçà des Alpes. Les\nromans de d'Annunzio; cretains de ceux de l'admirable Foggazzaro, de\n"}, {"page_pdf": 848, "texte": "                              LIVRES ET REVUES                                 711\n\n\n Matilda Serao et de quelques autres ; dans le domaine de la critique artistique\nou historique, moins encore : le beau Savonarole de M. Villari, sans parler des\nversions françaises des publications d'art de M. Supino, par exemple, éditées\nà Florence même par la maison Alinari. C'est peu, si l'on songe à la faveur\ninlassable que rencontrent auprès du public les travaux sur l'Italie médié-\nvale et renaissante... Et, peut-être, celle d'alors, que l'on aime dans sa vie\nexquise et violente et dans son art profond et ingénu, fait-elle ombre sur celle\nd'aujourd'hui et en distrait-elle l'attention ? Cependant, depuis une vingtaine\nd'années, surtout, les lettres ont connu, dans la Péninsule, une nouvelle et\npuissante efflorescence et parmi les maîtres qui contribuent à leur éclat il en\nest bien d'autres que ceux dont nous avons cité les noms. M. Muret a entre-\npris de signaler au public français, en une suite d'attrayantes études, les prin-\ncipaux de ces écrivains : son travail d'une critique très compréhensive et très\ninformée est conçu avec beaucoup de méthode et offre, en réalité, un tableau\ncomplet des tendances intellectuelles et morales qui se manifestent dans la\nlittérature ultramontaine de ce temps.\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\n\n C h r o n i q u e u r s e t p o l é m i s t e s , par JULES BERTAUT. ' — (Paris,\n    Sansot. )\n    Tout n'est point à approuver dans ce livre, si tout est à lire. M. Jules ger-\ntaut a « croqué », avec une verve endiablée et une observation très pénétrante,\nles grands journalistes de ce temps. Si ces critiques ne sont pas toujours\njustes, comme elles sont amusantes! On subit avec joie, et tour à tour, ces\n « béatifications » et ces « exécutions » menées avec un égal entrain — encore\nqu'au fond de soi on se demande souvent si M. Jules Bertaut n'a point « un\nbloc » sur les yeux! Dans ce livre étincelant, une seule étude m'a fait bondir,\ncomme elle horripilla Eugène Gilbert : le dithyrambe entonné par M. Ber-\ntaut en l'honneur de Jean de Bonnefon, ce mauvais apôtre « papelard et sour-\nnois » — c'est le mot de Gilbert, qui, pour emprunter à autrui encore un\nautre mot, « entre dans l'Eglise pour mieux la trahir » et qui du reste n'est,\nlittérairement, que le plus médiocre des pasticheurs de Barbey d'Aurevilly.\n\n\nL e p r o b l è m e d u s e n t i m e n t , par PAUL ANDRÉ. —(Paris, Sansot.)\n  Petit bréviaire sentimental, écrit d'une façon vivante et pimpante, et où\npapillonnent des idées très élevées.\n                                                                       F. V.\n\nL e s t r o u v è r e s a r m é n i e n s , traduction française avec une introduc-\n   tion, par M. ARCHAG TCHOBANJAN. — (Paris, Mercure de France.)\n   Ce sont des chants des ackougks, des poètes populaires de l'Arménie, dont\nM. Tchobanian a voulu donner une version au public français. Chants\nd'amour, pour la plupart, fleuris d'abondantes images, joyeux ou éplorés,\nauxquels le traducteur a su conserver leur saveur originale et qu'il a accom-\npagnés de bonnes notices sur leurs auteurs.\n"}, {"page_pdf": 849, "texte": "712                              DURENDAL\n\n\n\n\n L a N a t i o n b e l g e , 1 8 3 0 - 1 9 0 5 . Un vol. in-8°. — (Liége, Desoer;\n   Bruxelles, Weissenbruch.)\n   On a réuni dans ce volume les conférences faites à l'Exposition de Liége\net qui avaient pour but de résumer à grands traits, devant les visiteurs étran-\ngers de cette exhibition, les fastes de la Belgique, les phénomènes politiques\nqui ont agrégé et fusionné ses provinces et les populations de races distinctes\nqui les habitent, le rôle qu'elle a joué dans l'histoire de l'art européen, tout\nce que son génie a donné dans les sciences, dans les lettres, comme aussi\ndans le commerce et l'industrie...\n   A côté des belles pages de Lemonnier, consacrées à l'Art national belge, de\nVerhaeren, sur les Lettres belges; à la suite de l'étude magistrale de M. Pirenne\nsur les Origines de l'Etat belge, et de M. Godefroid Kurth, sur la Commune de\nLiége dans l'histoire, on trouvera dans ce recueil nombre de travaux abondants\nen renseignements pleins d'intérêt et de valeur, tels que ceux de M. H. Carton\nde Wiart sur les Œuvres et les études sociales en Belgique; de M. Wilmotte, sur\nles Sciences morales en Belgique; de M. E. Picard, sur l'Évolution du droit\nnational, etc.\n                                                                          A. G.\n\nVOYAGES :\nL ' E s p a g n e e n a u t o , par EUGÈNE D E MOLDER. — (Paris, Mercure de\n  France.)\n   Impressions rapides — naturellement — mais dont la cinématographie\nendiablée n'empêche point l'intensité. Villes de rêve chaud et aident, où l'on\npasse quelques heures pour replonger vertigineusement dans de mornes\npaysages infinis, égayés de-ci de-là d'une oasis douce et lumineuse. L'auto\nsouvent fait halte devant les musées et les églises — et le beau peintre de la\nRoule d'Emeraude voue les plus riches couleurs de sa riche palette à évoquer\npour notre débitalion, Goya, Titien, Rubens, Véronèse. De-ci de-là, une\nfâcheuse petite note anticléricale, emportée dans les bagages ,« qui viennent\nde France ».\n                                                                      F . V.\n"}, {"page_pdf": 850, "texte": "                           NOTULES\n\n   N é c r o l o g i e . — Nous présentons nos plus affectueuses et sympathiques\ncondoléances à notre ami Henry Carton de Wiart à l'occasion de la mort de\nson bien-aimé frère, enlevé inopinément à l'affection de sa famille dont nous\npartageons la cruelle douleur si justifiée par les hautes qualités d'âme du\ndéfunt.\n   Nous présentons aussi nos plus sincères condoléances aux familles de nos\namis Alphonse Janssens et Antoine-Théodore T'Scharner, récemment décédés.\nC'étaient deux amis de notre œuvre dont ils comprenaient la grandeur et\npour laquelle ils professaient tant d'admiration. C'étaient, en outre, deux\nartistes. Nous avions donc un double motif de les aimer et nous avons un\ndouble motif pour les regretter. Janssens était poète ; T'Scharner était peintre.\nL'un chanta la Beauté dans de nombreux poèmes d'une grande élévation\nd'idées et de sentiments et qui font honneur aux Lettres Flamandes. L'autre\nl'exprima dans des tableaux de valeur qui perpétueront son souvenir. Tandis\nque M. Janssens était encore dans la force de l'âge, M. T'Scharner avait\n80 ans; il pratiqua l'art jusqu'aux tous derniers moments de sa vie. On peut\ndire en toute vérité que la mort l'a saisi la palette et les pinceaux à la main.\nNous le vîmes quelques semaines auparavant brossant encore des toiles avec\nune ferveur toute juvénile.\n                                        * .*\n  A v i s i m p o r t a n t à n o s a b o n n é s . — Pour éviter l'encombrement\npostal de fin d'année, nous nous permettrons d'envoyer nos quittances dès les\npremiers jours de Décembre. Nous prions nos abonnés d'avoir l'extrême obli-\ngeance de nous faciliter la besogne en prévenant leur personnel, et en char-\ngeant, au besoin, leur domesticité de payer en leur place notre quittance\npostale en cas où ils seraient absents au moment de sa présentation par le fac-\nteur. Nous leur en serons infiniment obligés. De cette façon, ils nous épargne-\nront la corvée d'un second envoi de quittance postale.\n                                        * * *\n   L ' a r t i s t e F r a n ç o i s B e a u c k vient de remporter la plus haute dis-\ntinction, le Diplôme d'Honneur, à l'Exposition universelle et internationale\nde Milan, dans la section de l'illustration du livre. Nous avons pu constater\npar nous-même le magistral talent de cet artiste dans ce domaine, ayant eu\nsous les yeux un exemplaire du Cloître du grand poète VERHAEREN illustré\npar lui.\n   Récemment, nous eûmes l'occasion d'admirer aussi un exemplaire du luxe\n"}, {"page_pdf": 851, "texte": "714                                DURENDAL\n\n\n(hors commerce) du roman de notre secrétaire de rédaction, GEORGES VIRRÈS :\nL'Inconnu tragique, dont les dessins, œuvres de François Beauck, avaient été\ncoloriés à la main par lui. Ces dessins ainsi coloriés sont des petits chefs-\nd'œuvre, de vrais tableaux en miniature, d'un charme séduisant obtenu par\nune simplicité de moyens étonnante.\n   La rédaction de Durendal offre à François Beauck ses plus cordiales félici-\ntations à l'occasion du prix qu'il a remporté à l'Exposition de Milan. Nous\nconstatons avec joie les progrès qu'il fait dans son art et nous applaudis-\nsons à ses succès. Nous sommes heureux de voir son talent apprécié par\nle public, et consacré, une première fois par le prix Picard qui lui fut décerné\npar l'Académie Libre, et maintenant à Milan.\n   Au moment de mettre sous presse, nous apprenons aussi les succès rem-\nportés par une artiste dont la réputation est faite depuis longtemps :\nLouise Danse. Le jury de l'Exposition de Milan lui a décerné également le\nDiplôme d'Honneur dans la section de l'art décoratif. Qu'elle reçoive nos\nplus vives, sympathiques et cordiales félicitations.\n                                       *\n                                      * *\n    La f ê t e E d g a r T i n e l à M a l i n e s . — Tous les journaux ayant\npublié des comptes rendus détaillés de la belle fête organisée en l'honneur du\n maître Edgar Tinel, comptes rendus sympathiques et dont certains étaient\nremarquables, notamment celui de Georges Systermans dans le XXe Siècle,\nnous croyons inutile d'en relater les détails ici. Nous ne ferions que répéter\nce que les journaux ont déjà dit.\n   Nous nous sommes associés de tout cœur à la fête. Notre revue Durendal\ny fut représentée par son directeur l'abbé Henry Mœller et par plusieurs de ses\ncollaborateurs, notamment l'abbé François Verhelst, le compositeur Joseph\nRyelandt et Charles Martens. Nous y avons vu plusieurs de nos abonnés,\nentre autres notre ami l'avocat Albert Dumont, d'Anvers.\n   Ces fêtes furent ce qu'elles devaient être : superbes, dignes du grand artiste\nqui en était l'objet.\n   Notons le geste magnifique de l'épiscopat belge, qui y assistait au complet.\n   Le discours prononcé par l'archevêque était d'une grande élévation d'idées\net d'expression. Quant à celui de maître Tinel, il fut vibrant d'éloquence\net il nous enflamma tous. Ce fut la plus belle profession de foi et d'art que\njamais artiste chrétien ait prononcée. On se sent fier d'être catholique quand\non entend des paroles pareilles et quand on voit un génie comme Tinel\nréaliser dans sa haute personnalité la plus belle expression qui soit de l'union\nde l'art et de la foi dans une grande âme.\n   Le chanoine Sosson, de Namur, lut aussi un très intéressant discours.\n                                       ***\n  C o n c e r t s P o p u l a i r e s . — Les quatre concerts auront lieu, au Théâtre\nde la Monnaie, aux dates ci-après :\n  10-11 novembre : premier concert, avec le concours de Mlle Geneviève\nDehelly, pianiste, une des plus brillantes artistes formées au Conservatoire\nde Bruxelles durant les dernières années.\n"}, {"page_pdf": 852, "texte": "                                    NOTULES                                   715\n\n   1 -2 décembre : deuxième concert, avec le concours de Mme Julia Merten-Culp,\ncantatrice, et de M. Paul Kochanski, violoniste.\n   M™ Merten-Culp, cantatrice hollandaise, s'est créé un renom considérable,\ncomme cantatrice de concert, dans l'interprétation du lied classique et\nmoderne; elle se produira à Bruxelles dans une série de compositions encore\ninconnues du public, de Karl Löwe, Hugo Wolf, etc.\n   M. Paul Kochanski, violoniste polonais, a obtenu au Conservatoire de\nBruxelles le premier prix avec la plus grande distinction — succès consacré\ndepuis dans de nombreuses tournées artistiques.\n   26-27 janvier : troisièmeconcert, avec le concours de M. Ferruccio-B. Busoni,\nl'éminent pianiste tant apprécié du public de nos concerts.\n   2-3 mars : quatrième concert, consacré à l'audition de Faust, oratorio pour\nsoli, chœurs, orchestre et orgue de Robert Schumann.\n   Il est inutile d'insister sur l'intérêt de ce dernier ouvrage, l'une des œuvres\nles plus puissantes et les plus élevées du maître de Zwickau.\n   Le bureau d'abonnement aux quatre concerts est ouvert chez MM. Schott\nfrères, 56, Montagne de la Cour.\n                                       ***\n    C o n c e r t s D u r a n t . — Cette nouvelle société d'orchestre, si brillam-\n ment inaugurée l'an passé par le directeur-fondateur M. Félicien Durant,\norganise trois grands concerts pour cet hiver. Ils consisteront en trois séries\nde festivals consacrés respectivement à Beethoven, Schumann et Wagner.\nM. Durant s'est assuré le concours comme solistes d'Arthur De Greef, pia-\nniste; Willy Burnester, violoniste ; Pablo Cazals, violoncelliste; Henri Seguin,\nbaryton. Le premier concert aura lieu en novembre prochain; les deux autres\nen février et en mars 1907.\n   Voici le programme du premier concert (festival Schumann), qui aura lieu\nà Bruxelles, au théâtre de l'Alhambra, le 18 novembre, à 2 heures : Sym-\nphonie n° IV [ré mineur); Concerto de violoncelle; Concerto de piano; Man-\nfred : a) entr'acte ; b) apparition de la fée des Alpes ; Adagio et Allegro pour\nvioloncelle et piano; Allegro appasionato (pour piano et orchestre); Ouver-\n ture de la Fiancée de Messine.\n   Solistes : Arthur De Greef, pianiste, professeur du Conservatoire de\nBruxelles, et Pablo Cazals, violoncelliste.\n\n                                       ***\n   C o u r s p r a t i q u e s d'archéologie organisés dans les locaux des\nMusées royaux du Cinquantenaire, à Bruxelles. Troisième année.\n   Les droits d'inscription, sous réserve des réductions et dispenses qui pour-\nront être accordées, sont fixés comme suit : pour un seul cours, 20 francs;\npour chaque cours en plus, 10 francs. A raison de la nature spéciale des\nleçons, qui seront données directement sur les objets faisant partie des col-\nlections des Musées, le nombre des inscriptions à recevoir est laissé, pour\nchaque cours, à l'appréciation du professeur. Les personnes désireuses de\nsuivre les cours sont priées de s'inscrire elles-mêmes aux Musées du Cin-\n"}, {"page_pdf": 853, "texte": "716                              DURENDAL\n\n\n quantenaire, auprès des professeurs dont elles voudraient suivre les leçons.\n Les inscriptions peuvent être prises les mardi et jeudi de chaque semaine,\n pendant les mois d'octobre et de novembre, de 10 heures à midi et de\n 2 à 4 heures de relevée. Les jours et heures de leçons annoncés au pro-\ngramme pourront être modifiées, le cas échéant, suivant les convenances\n réciproques du professeur et de ses auditeurs.\n   Antiquités égyptiennes. — L'ancien empire égyptien. Professeur : M. Jean\n Capart. Le jeudi, à 2 heures, à partir du 8 novembre.\n   Antiquités grecques et romaines. — I . Les terres cuites antiques du Musée.\n Professeur : M. Franz Cumont. Le jeudi, à 3 heures, à partir du 8 novembre.\n II. Les origines du dessin et de la peinture en Grèce, principalement d'après\nles vases du Musée. Professeur : M. Jean De Mot. Le mardi, à 2 h. 1/2, à\npartir du 6 novembre.\n   Belgique ancienne. — I. Palethnologie. Ages de la pierre et âges du métal.\nII. Antiquités belgo-romaines et franques. Professeur : M. Alfred de Loë.\nLe dimanche, à 10 heures, à partir du 6 janvier.\n   Moyen âge et Renaissanee. — I. Histoire de la sculpture en Belgiqua depuis\nle XIIe siècle jusqu'au règne de Charles-Quint exclusivement. Professeur :\nM.Joseph Destrée. Le dimanche, à 10 h. 1/2, à partir du n novembre.\nII. La figure hybride dans l'art décoratif. Professeur : M. Henry Rousseau\nLe jeudi, à 2 h. 1/2, à partir du 16 novembre.\n                                        *\n\n  Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles. — Voici, sous\nréserve des modifications que des circonstances imprévues imposeraient, le\nprogramme des soirées que le Cercle offrira à ses membres :\n  Novembre. — Le 23 : Récital de piano par Mme Kleerberg-Samuel,\nconsacré à l'exécution des œuvres de Schumann.\n  Décembre. — Le 3 : Concert donné par Mme J. Merten-Culp, cantatrice,\net M. De Greef, pianiste. — Le 11 : Musique de chambre et lieder\nde Schubert, avec le concours de MM. Eug. Ysaye et Van Dyck. — Le 21 :\nConcert donné par M. von Dohnanyi, pianiste-compositeur, et Mlle Eckman,\ncantatrice finlandaise.\n  Janvier. — Le 11 : Soirée musicale avec le concours de Mme Wanda\nLandowska, claveciniste, et de Mlle Buisson, cantatrice, qui interprétera des\nbergerettes et pastourelles duXVIIesiècle. — Les 17 et 18 : Soirées consacrées\naux maîtres italiens des XVIIe etXVIIIesiècles (Histoire du concerto et de la\nsonate). Violon et petit orchestre. Avec le concours de M. Crickboom,\nvioloniste. — Le 24 : Récital de piano par M. Pugno.\n  Février.— Le 1er : Lieder-abend par Mme Wiehe, cantatrice, accom-\npagnée par M. Berény.— Les 4, 5 et 6 : Trios classiques, romantiques et\nmodernes, par MM. Thibaut, violoniste; Casais, violoncelliste, et Cortot\npianiste. — Les 21, 22 et 23 : Exécution des dix sonates pour piano et\nviolon, de Beethoven, par MM. Bosquet, pianiste, et Chaumont, violoniste.\n  Mars.— Le I er : Concert consacré aux œuvres de M. Max Reger, exécutées\npar l'auteur et son quatuor. — Le 8 : Audition de la Nouvelle Société des\nInstruments à vent, de Paris.\n"}, {"page_pdf": 854, "texte": "                                    NOTULES                                   717\n\n  Conférences de MM. Funk-Brentano, de l'Institut de France; Maurice\nWilmotte, G. Van Zype, Jules Destrée, Léon Delantsheere, Emile Ver-\nhaeren, etc.\n  Le Comité est en pourparlers pour l'organisation d'une soirée dramatique,\nconsacrée aux Pèlerins de la Mecque, de Gluck.\n                                           *\n                                       *       *\n  L a S o c i é t é d e s A m i s de la M é d a i l l e vient de distribuer à ses\nmembres la médaille frappée à l'issue du concours qu'elle avait ouvert entre\nartistes belges et hollandais. Sujet imposé : Le Vin ou La Bière. Le premier\nprix a été partagé entre MM. LECROART, de Bruxelles, et WERNER, d'Amster-\ndam. La médaille adoptée a été composée des deux faces des projets cou-\nronnés.\n   La Société des Amis de la Médaille distribuera également à ses membres\nune plaquette offerte par G. DEVREESE et P . FISCH.\n   La médaille commémorative de la mort du Comte de Flandre, œuvre de\nLouis DUPUIS, d'Anvers, paraîtra prochainement.\n   Tous les membres de la Société recevront, lors de la prochaine assemblée\ngénérale, un jeton de présence représentant un monnayeur au travail. Ce\njeton sera gravé par JULES JOURDAIN, le jeune artiste dont nous eûmes plu-\nsieurs fois l'occasion de louer ici même l'incontestable talent, et dont nous\navons reproduit récemment la superbe médaillé commémoràtive de la mort\nde la Reine des Belges, médaille qui valut à son auteur le premier prix au\nconcours organisé par l'Académie des Beaux-Arts.\n                                                *\n                                              * *\n   C o n c o u r s d ' A r t d r a m a t i q u e . — Dans le but de favoriser l'épa-\nnouissement du théâtre belge et l'éclosion de pièces ayant nettement un\ncaractère d'art élevé et original, plus spécialement celles en prose, empruntant\nleur sujet aux mœurs ou à l'histoire nationales, Ostende-Centre d'Art a décidé\nde consacrer une somme de 20,000 francs à l'encouragement de notre art\ndramatique.\n   Cette somme sera répartie entre les auteurs des meilleures pièces de langue\nfrançaise, imprimées ou manuscrites, non encore mises à la scène.\n   Un prix sera réservé à une pièce écrite spécialement pour un théâtre en\nplein air.\n   Les pièces primées, sauf celles destinées au théâtre en plein air, seront\nreprésentées la saison prochaine par les soins à'Ostende-Centre d'Art. L'auteur\ndevra s'assurer le concours d'artistes dramatiques belges pour l'exécution de\nson œuvre. La salle de spectacle, les décors et accessoires seront mis à sa\ndisposition.\n   Les auteurs doivent être belges.\n   Les pièces devront être adressées, avant le 31 mars 1907, au Secrétariat,\n68, rue Vilain XIIII, à Bruxelles; celles destinées au théâtre en plein air\ndevront porter cette mention en tête de la brochure Ou du manuscrit.\n"}, {"page_pdf": 855, "texte": "718                              DURENDAL\n\n\n    C o n c o u r s d e R o m a n s . — La Société des Ecrivains Régionaux\nouvre un concours de romans entre tous les écrivains de langue française.\n   Le roman couronné sera luxueusement édité par la « Bibliothèque Géné-\nrale » à Paris.\n   Il y aura une première Commission de classement composée de :\n MM. J.-H. Rosny, président; Jean Nesmy, vice-président; Michel Epuy,\nsecrétaire; J. Ageorges; E. Guillaumin; S.-C. Leconte; G. Normandy;\nG. Tournier.\n   Le choix définitif du lauréat appartiendra à un second jur.y composé de :\nMM. E. Faguet, président; Léon Barracand, vice-président; G. Aubray;\nG. Beaume; A. Boyer; M. Faure; E. Gilbert, délégué pour la Belgique ;\nP . Harel; S.-C. Leconte; J. Rameau; A. Rivard, délégué pour le Canada.\n   Toute œuvre présentée devra être écrite par un auteur provincial ou\nconsacrée à un sujet régionaliste.\n   Longueur maximum ; 216 pages d'impression. Droit d'inscription : gratuit\npour les membres de la Société ; 5 francs pour toute autre personne. Pour\nles autres conditions, avantages, délais et détails des seconds prix, s'adresser\nau secrétariat : Epuy, Chabeuil, Drôme.\n\n                                      * *\n  Trois nouvelles œuvres de nos collaborateurs. — Nous\nsignalons et recommandons spécialement à l'attention de nos abonnés les\nœuvres récemment parues de trois de nos collaborateurs :\nLes foules à Lourdes, par J.-K. Huijsmans (Paris, Stock) . fr. 3 . 5 0\nPetits et gros bourgeois, par J. Esquirol (Paris, Stock). . . 3 . 5 0\nL'inconnu tragique, par Georges Virrès (Bruxelles, Vromant) . 3 . 5 0\n\n                                      *\n\n  Notre collaborateur, l'abbé Verhelst, vient de publier un Ave\nMaria pour voix d'enfants à l'unisson et orgue. C'est un vrai modèle du genre :\nl'accompagnement offre une trame harmonique admirablement tissée sur\nlaquelle se pose, simple et candide, le chant.\n   Il va sans dire que cette petite composition répond à toutes les exigences\nde la musique liturgique, tant par la piété de l'inspiration que par l'excellent\nstyle.\n   (En vente chez l'auteur, 3o, rue d'Oultremont, Bruxelles, 0.50 c.)\n                                                                       J. R.\n                                       *\n                                       * *\n   L e c e r c l e d'art « L e S i l l o n » a ouvert son Salon'-annuel dans\nles locaux du Musée Moderne, le 3 novembre.\n   Les artistes exposants sont : Apol, Bouy, Louis Brohée, Bulens, Deglum,\nDegreef, Godfrinon, Haustrate, Huygelen, Laudy, Lefebvre, Mascré,\nMignot, Pinot, Puttemans, Simonin, Smeers, Swyncop/Tordeur, Van den\nBrugge, Wâgemans.\n"}, {"page_pdf": 856, "texte": "                                    NOTULES                                    719\n\n\n  Il y a aussi quelques œuvres de Paul Nocquet, le sculpteur bien connu,\nque le Sillon vient de perdre, et des œuvres duquel on prépare pour cet hiver\nune exposition complète. Le Salon est ouvert jusqu'au 26 novembre.\n\n                                       *, *\n     L e M u s é e d u L i v r e . — L'association qui a été fondée à Bruxelles\n il y a quelques mois par une vingtaine de groupes et d'institutions s'occupant\n des choses du Livre, va bientôt s'installer chez lui.\n    Des démarches faites auprès du gouvernement ont abouti et le Musée a\n obtenu la jouissance d'une maison dépendant des Bâtiments Civils et située\nau centre de la ville, rue Villa-Hermosa, 3.\n    C'est dans cet immeuble, antique demeure duXVIesiècle, que l'on travaille\nen ce moment aux installations de la « Maison du Livre ». Les associations\nfédérées y trouveront un local organisé en cercle, avec salle de réunion,\nsalles de cours et de conférences, salle de lecture, salle de collection, salle\nde démonstration. L'inauguration de la « Maison du Livre » aura lieu au\ncours du mois de décembre. A cette occasion sera présentée au public de la\ncapitale, avec de nouveaux développements, l'Exposition du Livre belge d'art et\nde littérature qui a rencontré un si réel succès à Ostende cet été.\n    Le Musée du Livre a pour objet les progrès de la confection du Livre au\npoint de vue technique et artistique, le rôle du Livre dans l'éducation\npublique et le développement économique des industries du Livre pour\nlesquels de nouveaux débouchés doivent être cherchés. Un des moyens\nd'action très pratique du Musée sera la formation de collections systématiques\ncomprenant, d'une part, les produits des industries concourant à la produc-\ntion des arts graphiques et, d'autre part, des exemplaires d'ouvrages et de\ntravaux modernes choisis parmi ceux qui peuvent être présentés comme\nmodèles d'art et de métier.\n    Il a été fait appel aux éditeurs et aux industriels afin qu'ils collaborent à la\nnouvelle institution pour l'envoi de leurs ouvrages, de leurs catalogues ou de\nleurs spécimens.\n                                          *\n                                        * *\nAccusé de réception :\n   ART : L'Art mosan depuis l'introduction du Christianisme jusqu'à la fin du\nXVIIIe siècle, par JULES HELBIG, publié conformément au désir de l'auteur\npar les soins de Jacques Brassine. Tome I : Des origines à la fin du\nXVe siècle (Bruxelles, Van Oest). — Catalogue historique et descriptif des tableaux\nanciens du musée de Bruxelles, rédigé par A.-J. WAUTERS. Deuxième édition\n(Bruxelles, Van Oest). — Les matins de Florence, par JOHN RUSKIN. Etudes\nd'art chrétien annotées par EMILE CAMMAERTS. Préface de ROBERT DE LA\nSIZERANNE. Ouvrage illustré de 12 hors-texte (Paris, Laurens).\n   H I S T O I R E : La question sociale et la civilisation païenne, par P . STANISLAS\nREYNAUD (Paris, Perrin). — Les mystères de l'histoire, par ANDREW LANG.\nTraduit de l'anglais par THÉODORE DE WYZEWA (Paris, Perrin). — Paris sous\n"}, {"page_pdf": 857, "texte": "720                                      DURENDAL\n\n\nNapoléon : L a cour et la ville; L a vie et la mort, par L . DE LANZAC DE\nLABORIE (Paris, P l o n ) .\n   L I T T É R A T U R E : Œuvres littéraires de Hérault de Séchelles, publiées avec\nune préface et des notes par E M I L E DARD (Paris, P e r r i n ) . — Deuxième mémo-\nrandum (1838) et quelques pages de 1864, par J . BARBEY D'AUREVILLY ( P a r i s ,\nStock). — Paysages romanesques, par H E N R Y BORDEAUX ( P a r i s , P l o n ) . —\nL'opéra di Gabriele Rossetti, con a p p e n d i c e di lettere inédite, p a r GUIDO\nPERALE (Cita di Castello, S. L a p i ) .\n    P H I L O S O P H I E : Histoire de la philosophie moderne, p a r HARALD H Ö F F D I N G .\nT r a d u i t de l'allemand p a r P . BORDIER. Avec corrections et notes nouvelles\nde l'auteur. T o m e second (Paris, A l c a n j . — Science et spiritualisme, par\nC H . FIESSINGER (Paris, P e r r i n ) . — Platon (Collection : L e s g r a n d s p h i l o -\nsophes), p a r CLAUDIUS P I A T (Paris, Alcan).\n  P O É S I E '.Retour vers l'aube, par F R I T Z MASOIN (Bruxelles, S c h e p e n s ) . —\nDes légendes. Des batailles, par GEORGES DUHAMEL ( P a r i s , E d . de L ' A b b a y e ) . —\nLa tragédie des espaces, par R E N É ARCOS (Paris, E d . de L'Abbaye).— Fleurs\nMorvandelles, par THÉODORE MAUKER (Paris, Maison des P o è t e s ) . — La\nmultiple splendeur, par E M I L E VERHAEREN ( P a r i s , Mercure de F r a n c e ) .\n   R O M A N S - : Cœurs inutiles, par ANDRÉ GERMAIN (Paris, P l o n ) .              —Cher\ninfidèle, p a r EDGY (Paris, P l o n ) . — Le crime du fantôme, par H E N R I BELZAC\n(Paris, Perrin): — Sur les Routes. Contes d'ici et d'ailleurs, par E . GUILLON\n(Paris, P l o n ) . — De la charrue à la pourpre, par P A U L FRAYCOURT (Paris,\nStock). — Christine Rodis, par CAMILLE MARBO ( P a r i s , Stock). — Œuvres\ncomplètes du comte L É O N TOLSTOÏ. T o m e X V I : Anna Karénine 1873-1876.\nSecond volume. T r a d u c t i o n d e T . - W . BIENSTOCK ( P a r i s , Stock). — Petits et\ngros bourgeois, p a r J . ESQUIROL (Paris, Stock). — Un mirage, par JEAN DE LA\nB R È T E ( P a r i s , P l o n ) . — Le comte de Chamarande, par E R N E S T DAUDET ( P a r i s ,\nPion).\n  V A R I A : La maladie et la mort de Guy de Maupassant, par L o u i s THOMAS\n(Bruges, H e r b e r t ) .\n"}, {"page_pdf": 858, "texte": ""}, {"page_pdf": 859, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 11, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1906-11", "signet_source": "Treizième année - N°11 - Novembre 1906 (?)", "preuve": "Couvertures absentes. Livraison suivant octobre : « Une virtuose » (fin) renvoie au « numéro d’octobre » et l’étude sur Mithouard (suite) à « notre fascicule de septembre » ; la lettre de Georges Rency est datée de Bruxelles, 28 octobre 1906 ; la Chronique d’Art annonce la Passion selon saint Jean pour le 9 décembre 1906 (inscriptions jusqu’au 25 novembre) ; les Notules signalent le Salon du Sillon ouvert le 3 novembre (jusqu’au 26 novembre), les Concerts populaires (premier concert les 10-11 novembre), le premier concert Durant « le 18 novembre », et l’envoi des quittances « dès les premiers jours de Décembre ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}