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Cette\n                        nouvelle station balnéaire n'a pas tarde à attirer\n                        l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                        villégiature agi eablc, h\\ gienique,unissant le confort\n                        à la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                        Une chapelle est érigée ou le service religieux se fait\n                        régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                        gratuits; le service de sauvetage est organisé et\n                        place sous la surveillance communale Location do\n                        cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                        garages Kursaal restaurant. Routes carrossables et\n                        cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n                         luxueuses installations de lawn-tennis, de jeux de\n Villas et Terrains      golf et de croquet, gyinnas\". Promenades à ânes.          Villas et Cottages\n      A VKXDRI\n                         Tentes sur la plage. Communications faciles avec                    à\n                         tout le pajs. Tramway à vapeur et tramway électri-\n    par annuités         que d'Osteude & Westende de dix en dix minutes.                 LOUER\n                         Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                         villas et cottages. — Demander le prospectus détaillé\nÇty»b6•m.                                     M M W M W « ^ M W\n\n\n\n                            kvw. ijunbiu&re D M U m\\i et lOMtija les villas\n                                              •MMWNMM\n\n         'jf^S                    HALLES WESTENDAISES\n*iTH?¥to&J               comprenant différents magasins réunissant les arti-\n\nr n •&h^œm*              cles 1 ah mutilation, de nécessité et articles de luxe.\n                             Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                            Le WESTEND' HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                            partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                          PenBion de 6 à 15 fr. par jour. Au coin\n                                                          mencement et à la fin des saisons, arran-\n             DIGUE DE MER                                 gements très avantageux pour les familles\n                                                             faisant un séjour prolongé à l'hôtel\n                                                                 chambres parfaitement aménagées\n      TÉLÉPHONE N» 4 1                                           \\ ie de faiiiille. Éclairage électrique.\n                                                                   Chambres spacieuses. Ameuble-\n  Réseau du                                                                ment moderne esthétique et\nlittiu u. par                                                               confortable. Balcons et ter-\n                                                                             rasses. Salle de musique.\n  Nieuport.                                                                    balle de billard. Salle de\n                                                                                 îétreatioii pour les en-\n                                                                                          fants. S a l o n s\n                                                                                          de lecture et de\n                                                                                          correspondan-\n                                                                                          ce Cuisine soi-\n            SsïîwMG                                                                       g n é e . Caven\n                                                                                           recomman-!\n                                                                                          dée .\n      Appartements avec salon        Service d'omnibus de l'Hôtel au vicinal. — Service postal ej\n tel. grnphi jue réguliers — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les reseau\n é > LU cis voisins      Hôtellerie LE LLkXLRBEEK ouverte toute l'année\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-203", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL RFVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "DURENDAL\n       RFVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n\n                                1907 — 14* Année\n\n\n                    Sommaire du n° 1 (Janvier)\nARNOLD GOFFIN. — Michel-Ange                                                   5\nMARIK DAUGUET.       — La Chènevière                                           7\n                       La Vendange                                             8\nAKNOLD GOFFIN. — En marge de la réalité                                        9\nP I E R R E BILLAUD. — Petit Pierre                                           22\nCHARLES NICAISE. — Le goût du néant                                           27\nEDGAR BONKHILL. — Marinetle                                                   33\nX . — Aspects de la nature et de la cité (suite)                              36\nCLARA COGKN-LEDEGANCK.           Béguines et béguinages  (suite).\n                                   — Traduction du flamand par\n                                       ANNA D E WEERD-COGEN.          .   .   ^3\nFRANZ ANSEL. — La multiple        splendeur   (EMILE VERHAEREN)           .   5o\nTANCRÈDE DE VISAN. — Sur l'œuvre\n                               d'Adrien Mit houard (suite)                    54\nDo« BRUNO DESTRÉE. — Un livre à lire : Le journal d'une\n                      expulsée                                                57\n\n                              Chronique d'Art :\nMusique : LaJoannes-Passion de Bach à Anvers (CHARLES M AU-\n            TENS).    Second concert populaire;   Troisième\n           concert Ysaye ; Concerts   divers (GEORGES DE\n                GOLESCO)                                                  •   60\nExpositions. — La ^7* Exposition de la S. R. B. des Aqua-\n                     rellistes (A. D.). —Exposition Broeckaert\n                     et Gorus à Termonde (F. V.) — Exposi-\n                     tion Albert Dumoulin (F. H.) . . . .                     64\nThéâtre : « Pan » au Théâtre du Parc (A. G.)                                  67\n\nIIFNRI M A Z E L . — Lettre de Paris                                          69\nL'abbé HENRY MOELLEK.            Peter Bruegel     l'Ancien   Editeur;\n                                   Yan Oestj                                  72\nLes Livret,                                                                   73\nNotules .                                                                     77\nIllustrations   : P i e t a d e MICUEL-ANGK.\n                  La vieille Béguine malade ANNA DE W K K R I ' ) .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-204", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 351, "texte": "DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (poit compris)\n          (fiour Tabonnement s'adresser à ta Rédaction,   rue du Grand-Cerf, 22, à Bru&elles)\n\n                                  P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-205", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 351, "fin_caractere_exclue": 3702, "texte": "Comité de rédaction de D u R E N D A L :\n                            MM.       H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n\n                                      L'abbé HENRY           MŒLLER.\n\n                                      F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                     Secrétaire de la Rédaction ; G E O R G E S V I R R È S\n                               Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n\n        M.   HENRI       MAZEL,       avenue d e la Grande-Armée, 6 i , P a r i s .\n\n               PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n       FRANZ ANSEL.             LAURENT FIERBNS.\n                                                 :\n       MAURICE BEKABRT.                                         H . FIÉRENS-GEVAERT.\n       EDGAR BONEHILL.                                         ARNOLD GOFFIN.\n       HENRY BORDEAUX.                                         FRANZ H E L L E N S .\n       ALEXANDRE BRAUN.                                         L'abbé H . HOORNAERT.\n       THOMAS BRAUN.                                           J.-K. HUYSMANS.\n       GEORGES BRIGODE.                                        JOSEPH JANSSENS.\n       H É L È N E CANIVET.                                    EDMOND JOLY.\n       MARIE CLOSSET.                                          VICTOR KINON.\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                                  GODEFROID KURTH.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                                  P A U L LAMBOTTE.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                                  L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      H E N R I DAVIGNON.                                      S É B . - C H . LECOMTE.\n      L e baion JOSÉ DE COPPIN.                                GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOI.ESCO.                                     CHARLES MARTENS.\n      E R N E S T DE LAMINNE.                                  PAUL MUSSCHE.\n      LOUIS DELATTRE.                                          EDOUARD N E D .\n      GEORGES DELAUNOY.                                        PIERRE NOTHOMB.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKE.                         ERNEST PÉRIER.\n      L e baron G. DELLA FAILLE.                               GEORGES RAMAEKERS.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                         GEORGES RENCY.\n                                                               BLANCHE ROUSSEAU.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.\n                                                               JOSEPH RYELANDT.\n      JULES DESTREE.\n                                                               FERNAND SEVERIN\n      Vicomte D'HENNEZEL.\n                                                               HENRY V A E S .\n      EDOUARD DUCOTÉ.\n                                                               EMILE VERHAEREN.\n      MAURICE DULLAERT.\n                                                               L'abbé T R . VERHELST.\n      J.ESQUIROL.\n                                                               LEOPOLD \\VALLNER,etc, etc.\n      EMILE FERMAUD.\n\n\n                Les collaboiateuis soi t seuls responsables de leuis aiticles\n\n\nil sera rendu con pte dans DURENDAL      de tout outrage dont un txen p atte seri cmoye à ta   Ridaction\n\n\n      Pour la Re lac lion, 1 Admmist *ation et ]es demandes d abonnements, s adresser au\n•idge de la Revu , 2 2 , rue d i Grand Cerf ] ur la public'te 4 6 , rue Neufchatel. 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Association indigne\n                  de l'Alighieri : « De sa bestialité, sa conduite\n  fera la preuve, de sorte qu'il te sera tenu à honneur de t'être\n fait un parti de toi-même — averti fatta parte per te stesso ».\n  (Par. XVII, 67.)\n     Michel-Ange, comme son grand compatriote du XIVe siècle,\n s'est fait un parti de lui-même et de son art, s'est taillé à coups\n de chefs-d'œuvre un étrange chemin, téméraire et exclusif, où\n il a marché solitaire et farouche, dédaigneux des hommes qui\n l'admiraient sans l'aimer ou, parfois, le calomniaient faute de\n le comprendre.\n    Sa haute figure pensive domine tout le siècle qu'il traverse,\nsemant autour de lui à Florence et, sous cinq papes, à Rome,\ndes ouvrages sans nombre, peinture, sculpture, architecture.\nIl travaille sans relâche, ne se donne pas un moment de répit\net, dans sa fièvre créatrice, au milieu du monde idéal dont son\nesprit est obsédé, il va toujours, préoccupé et sombre, en proie\nà la misanthropie engendrée en lui par le spectacle des mœurs\ncontemporaines.\n    Sa pensée tendue vers les plus hautes spéculations faisait de\nlui un étranger dans un monde tout préoccupé de plaisir, de\nfêtes et de cérémonies, et la souplesse nécessaire lui manquait\npour se plier aux circonstances et condescendre aux autres. Il\n\n  (1) Michel-Ange, par MARCEL REYMOND. (Collection : Les Grands Artistes. Paris,\nLaurens, éditeur.)\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "6                          DURENDAL\n\n\nne savait pas .déroger à lui-même pour se rendre aimable et\ncompréhensible aux hommes. La disproportion entre lui et la\nsociété où il vivait était trop grande : il y paraissait grossier\nparce que rien, ni personne ne l'y intéressait. Il y était dépaysé\ncomme un être d'une autre époque, austère, révolté de voir\nrégner autour de lui un\" facile scepticisme, la dépravation\nélégante et la volupté. Tout semblait en dissolution, alors :\nIdées, croyances; on bâtissait, en discutant, au milieu des\nruines, comme les architectes de Saint-Pierre, mais les décombres\nfaisaient plus de poussière que les reconstructions de beauté.\nLe foyer accoutumé de la pensée était renversé et éteint, et\nelle errait vagabonde, cherchant sa stabilité et ses certitudes\nperdues. Michel-Ange était tourné vers le passé, à la négation\nduquel toute son œuvre, pourtant, était conçue, parce qu'il y\nplaçait l'idéal héroïque dont son âme et son esprit, nourris de\nla substance âpre et forte de l'Ancien-Testament, de la Divine\nComédie et des sermons de Savonarole, avaient besoin.\n   « lin pensant à ce grand maître, l'image qui vient à l'esprit\nest celle d'une force terrible, semblable à celle de ce Jehovah\nqu'il a dressé sur la Sixtine, Titan dont un geste suffit à créer\ndes mondes.» Et ces lignes, que nous détachons de la conclusion\nde l'ouvrage excellent dans sa brièveté de M. Marcel Reymond,\nrésument à merveille l'impression- que l'on emporte de la con­\ntemplation des créations du maître : car dans leur puissance\npresque atterrante et la violence de leur beauté, elles semblent\nêtre issues moins, du travail de l'homme, que de l'expansion\n de quelque force naturelle.\n                                              ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-002", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 7, "page_fin": 8, "titre_corps": "La Chènevière", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Chènevière L'ancien tisserand aux mains dures", "ancre_fin": "Ton fantôme symbolisé", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Vendange", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "La Chènevière\nL'ancien tisserand aux mains dures.\nDans ton logis musse sous terre.\nComme une humide        sépulture,\nDit sa complainte   sorcière.\nLe métier branle,    séculaire,\nAigrement, par l'ombre écrasé,\n Claquant et geignant, en poussière,\n Sous ses vieux pieds     ankylosés.\n L'ancien tisserand aux mains        dures...\n\n Près de sa croulante      masure.\n Toute rongée de pariétaires,,\n Qu'un vieux cep chancreux         enverdure,\n Emmy les pâquis       solitaires.\n Je connais une chènevière.\n Aux souffles    aromatisés.\n Maléfique et somnifère,\n  Sillon dans la brume enlisé.\n  Près de sa croulante      masure\n\n  La chènevière reste obscure.\n  Roulant des teintes     funéraires,\n  Même à l'heure où le toit s'azurc\n  De la clopinante     chaumière.\n  Ou. quand s'accroche la lumière\n  Flottante à son carreau brisé\n   Des couchants de pourpre altière\n   Et d'or par les nues diffusé.\n   La chènevière reste obscure.\n\n   Une ombre obstinée la sature.\n   Même si la clarté lunaire\n   An Ciel cloue de blanches      tentures.\n   Elle est le jardin de mystère\n   Où vient l'antique filandière,\n   La quenouille à son flanc creusé.\n   Le fuseau de buis     centenaire.\n    Tournoyant sous son pouce usé.\n    Une ombre obstinée, la sature.\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 819, "texte": "8                                DURENDAL\n\n\n                  En la ténèbre des ramures.\n                  Radotent des chants      légendaires,\n                  Rythmes aux multiples       fêlures,\n                  Que réveille le vent qui erre.\n                  Et flageolant,    crépusculaire,\n                  Sournoisement     bémolisé\n                  Un chœur de crapauds         poitrinaires\n                  Monte du sol décomposé\n                  En la ténèbre des ramures.\n\n                  Bon vieux temps pétri de chimères,\n                  A l'odeur des tiges amères,\n                  Noir breuvage qui m'a grisé,\n                  J'ai dressé dans l'heure   éphémère\n                  Ton fantôme     symbolisé,\n                  Bon vieux temps pétri de chimères.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-003", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 8, "page_fin": 8, "titre_corps": "La Vendange", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marie Dauguet", "ancre_debut": "La Vendange Dans le sentier pierreux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 819, "fin_caractere_exclue": 1699, "texte": "La Vendange\n     Dans le sentier pierreux, sous les pourpres   fusains,\n     Je marche revenant de la vigne    lointaine,\n     Auprès du chariot branlant que mes bœufs     traînent,\n     Les doigts encor rougis par le suc des raisins.\n\n     Tout l'or que le soleil de septembre contint,\n     Nous l'avons entassé avec les grappes pleines\n     Et lourdes jusqu'au bord des tonnes. La sereine\n     Besogne commencée quand naissait le matin,\n\n     A l'heure où les ramiers dans l'air blanc fuient par couple,\n     Nous a tonifié l'âme et fait le corps souple...\n     Et nous jouissons du rude automne autour de nous,\n\n     Du goût de ce brouillard noyant les pampres       roux.\n     La campagne est solide et forte, il fait bon vivre,\n     La saveur d'exister comme un vin pur       m'enivre.\n\n                                                        MARIE DAUGUET.\n\n6 octobre 1906.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-004", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 9, "page_fin": 21, "titre_corps": "En marge de la réalité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "En marge de la réalité", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "En marge de la réalité\n                                               My minde to me à Kyngdome is.\n                                                   (Sir   EDOUAUD DYEE.)\nPour Hélène.\n\n\n\n                        Physionomie d'Àrtor\n               LES poètes sont délicieusement inutiles, se disait le poète\n                    Artor. Et cette pensée lui donnait une grande satis­\n                    faction. Elle suscitait même en lui quelque fierté,\n                    mais sa naturelle bienveillance tempérait, heureuse­\n                    ment, ce que l'orgueil de ne servir à rien aurait pu\n                    avoir d'offensant pour les autres...\n                       Car, si étrange que cela puisse sembler, Artor était\n                    très bon. Certes, il ne fallait pas attendre de lui des\n                    actes de dévouement héroïque pour l'humanité; il\n ne se serait pas jeté à la tête de chevaux emportés ou dans le tour­\n billon de flammes et de fumée d'un incendie, pour sauver des exis­\n tences menacées : du reste, même si l'occasion 'de tels actes s'était\n présenté» à lui, il se savait trop maladroit de ses mains pour entre­\nprendre d'usurper sur les droits des citoyens spécialement préposés à\nla sécurité publique. 11 faisait mince estime de sa vie, mais, moindre\nencore de celle des autres; de sorte que l'altruisme et l'esprit de\nsacrifice civique manquaient un peu de ressort chez lui. Toutefois,\ncourage moins ostentatoire et, peut-être, plus difficile, il écoutait avec\n une patience amène, avec toute la semblance d'un véritable intérêt,\nles propos les plus vulgaires et les conversations les plus inertes !\n    Etant poète, il n'attendait pas grand'chose de la vie ou, pour mieux\ndire, étant pessimiste, il n'en attendait rien... Elle lui apparaissait,\ngénéralement, comme un spectacle à la fois réel et fantasmagorique,\nrégie par un hasard de peu de génie... Une seule chose l'y surprenait,\nà savoir le sérieux, la passion âpre et convaincue que la plupart des\nacteurs y apportaient. Il lui paraissait toujours que tout cela n'était\nque « pour la frime », et comme une comédie que tout le monde s'en­\ntendait tacitement pour jouer, sans y croire... Aussi, lorsqu'il écoutait,\nd'un air captivé, les discours d'un quidam quelconque sur ses succès,\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2963, "texte": "10                             DURENDAL\n\n\nses entreprises ou ses déboires, les paroles mesurées et sentencieuses\nde son vieil ami Boniface Populaire sur les progrès de la science\net la nécessité de l'instruction obligatoire pour la civilisation des\npeuplades anthropophages ou, encore, de quelque écrivain sur la\nfondation désirée d'une académie, il observait avec intérêt les mouve­\nmets de physionomie de son interlocuteur, l'accent de sa voix, ses\ngestes, tout en se disant mentalement : « Bien joué ! » et en attendant\nle clin d'œil de connivence qui remettrait ces projets, ces espoirs ou\nces ennuis, avec les gens qui les avaient formés ou subis, dans le plan\nchimérique de la fiction...\n     Mais le clin d'œil no venait jamais et il était visible, au contraire,\nque l'on attendait de lui, sans attacher, au surplus, grand prix à\nl'opinion d'un personnage aussi dénué dé position sociale, les mots\ngraves que la circonstance requérait. Et il los disait avec gravité et\npondération, non sans, parfois, un mouvement intime de dépit\nsavamment dissimulé, car, plus il fréquentait de personnes « distin­\nguées », plus il les écoutait, plus aussi il s'apercevait que son tour,\n à lui, de parler, ne viendrait jamais...\n     Ce n'est pas que sa pensée fut hautaine ou insultante pour celle\n des autres, mais elle était différente; il n'y avait pas de place pour\n elle dans le commerce habituel de la vie, aucune conversation à la­\nquelle elle pût se mêler sans paraître insolite... Et Artor sentait cette\n disposition, tantôt comme une faculté éminente, tantôt comme une\n tare... «Je suis, non seulement contradictoire, songeait-il, mais incom­\n patible...» Car son esprit était ombrageux et sauvage, inapte à\n s'adapter que superficiellement et par. politesse résignée à la pensée\n d'autrui.Si belle que fût celle-ci, elle pesait sur lui comme un joug, une\n contrainte, et il ne l'accueillait' qu'avec une sorte de résistance\n passive, à la volée... Orgueil ? Non, incapacité : il ne croyait pas sa\n pensée meilleure, plus forte ni plus convaincante, mais, seulement,\n sienne, et qui s'était formée en lui, selon sa mentalité, par ses propres\n chemins... Elle lui donnait un grand plaisir, parce que abondante et\n imprévue, et un plaisir sans mélange, car il ne se souciait point de\n la recueillir, de la coordonner pour la mettre en œuvre, de sorte que\n ses inspirations étaient devant ses yeux comme des bulles irisées de\n lumière qui montaient, légères, vacillantes, pour se fondre dans\n l'atmosphère et s'évaporer, éphémères...\n     Et, lorsque, par aventure, dans la griserie fine et enjouée suscitée\n en lui par ces effusions de rêve, l'envie le saisissait d'en communiquer\n quelque chose à son compagnon, il s'arrêtait aussitôt, intimidé,\n sentant d'instinct qu'il était sur le point de commettre une incon­\n venance. Il confrontait, en imagination, les idées dont il était hanté et\n  l'intellect placide de son interlocuteur, cl apercevant, comme en une\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "                     EN   MARGE DE     LA   RÉALITÉ                    11\n\n\n\nsubite vision, le visage de ce dernier, bouleversé d'étonnement et de\ncompassion, il se sentait à la fois vexé et pris d'une irrésistible envie\nde rire.\n    Chaque fois qu'il projetait d'écrire enfin, de fixer quelque parcelle\nde la fantaisie ailée qui déroulait en lui ses péripéties erratiques,\nreliées par,-le fil ténu et flottant du songe, la même gène le prenait,\nla même pudeur alarmée : involontairement, il sentait penché derrière\nlui, les yeux fixés sur son papier, un curieux qui, après la lecture des\npremières lignes, se retirait, déconcerté, avec un indulgent et signifi­\ncatif haussement d'épaules... « C'est insupportable !... Pas moyen de\ntravailler!... », s'écriait-il; et il s'empressait de jeter sa plume pour\nallumer une cigarette dans la fumée aromatique de laquelle ses idées\nse diluaient en même temps que ses vagues ambitions littéraires...\nAu diable, d'ailleurs! La distance, vraiment, est trop grande entre la\npensée de l'écrivain et l'intelligence du lecteur : les irois quarts, si\npas tout, se perdent en chemin, de la conception à l'écriture et de\nselle-ci à la compréhension du patient — sans compter que ce qui\nreste n'est qu'un oblique reflet de ce que l'on avait l'intention de dire\n— lorsque, bien entendu, on le savait!...\n    En somme, l'inclination spirituelle qui peuplait les heures d'Artor\nde créations étranges, plaisantes ou tristes, mais faites toutes de\nréalité sur laquelle se jouaient des lueurs chimériques, lui apparais­\nsait plutôt comme une infirmité humiliante. Il se sentait assujetti à\nson esprit, désordonné et fantasque et, quoi qu'il en eût, ne pouvait\ns'empêcher d'être plus attentif à ses incessantes suggestions qu'aux\nêtres et aux choses. A vrai dire, il recevait, la plupart du temps, de\nceux-ci une impression de contrainte et de dépaysement, mais toute\ninquiétude à. ce sujet l'avait fui, l'expérience lui ayant appris qu'il\nimporte inoins de parler que de paraître écouter... Et ses amis\navaient, en général, pour lui la considération un peu apitoyée qui va\n naturellement à un liomme bénévole, silencieux par vocation, prompt\n à l'approbation — â quoi bon discuter? — et pour qui la vie, entre\n le monde imaginaire de sa pensée et le monde réel parmi lequel il\n allait, n'était qu'une représentation où la comédie et la féerie entre­\n croisaient leurs péripéties également illusoires.\n     Il était comme un inoffensif badaud, égaré dans la bousculade de\n gens très affairés et auquel il arrivait de prendre quelque honte de son\n oisiveté; mais son désir d'aider et de s'agiter, à son tour, et les\n efforts qu'il faisait dans ce dessein restaient infructueux, à cause de\n l'impossibilité où il était de concevoir le but et l'utilité de tout ce\n mouvement...\n     «Les pauvres gens, se disait-il, ils se rendront malades!.. Peut-être\n  le sont-ils déjà? A moins que ce ne soit moi!... »\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "12                              DURENDAL\n\n\n\n                                    II\n\n\n                                Un Sage\n   Après avoir dîné sommairement de nourritures vagues, au buffet\nde la station, au milieu d'une foule cosmopolite, aussi bariolée de\ncostume que de langage, Artor aperçut, à la suite d'une exploration\npénible des horaires, qu'une heure s'écoulerait encore avant le\npassage du train de Pérouse. Il balança entre le désir de fumer un\ncigare et le projet de courir visiter le musée de la petite ville voisine...\nBien tentant, le cigare, et d'être un peu sans rien regarder, de\nlaisser vagabonder son esprit, las de monuments et d'œuvres, mais,\nsans considérer même l'inanité de tout espoir de recueillement parmi\nle vacarme et l'encombrement de cette gare, Artor connaissait que\nce musée, qu'il lui était loisible de voir et qu'il n'aurait pas vu, le\nhanterait comme un remords, en attendant, qu'à sa rentrée, tous les\nesthètes retour d'Italie (tout le monde va en Italie, gémit-il, et. ce qui\nest pis, hélas! tout le monde en parle!...) manifestassent une\nprofonde consternation à l'idée qu'il avait négligé une collection qui,\nnécessairement, devait détenir quelque œuvre essentielle, d'autant\nplus merveilleuse que moins de gens l'auraient vue !...\n   Sa paresse, cependant, lui suggéra artificieusement que ce musée\npresque villageois ne serait, selon toute vraisemblance, qu'un pande­\n monium déconcertant et disparate où des ferrailles rouillées et des\ntessons de pots et de cruches prétendument étrusques seraient réunis\navec de hideux souvenirs du Risorgimento, des trophées garibaldiens\net quelques fragments de fresques ou de peintures, épaves de couvents\nou d'églises désaffectés... Mais il résista avec fermeté à ces perfides\ninsinuations de son indolence, aussi bien, du rpste, que, lorsqu'il fut\nsur la route, à la tentation de s'asseoir sur le bord du chemin, au\npied de l'un de ces grands oliviers dont l'ombre radieuse exerçait sur\nlui une séduction bien supérieure a celle d'un musée, si riche qu'il\npût être.\n   « Qu'est-ce, en effet, songeait-il, qu'une œuvre d'art, sinon une\n fenêtre ouverte sur la pensée et la sensibilité d'un autre, grandes,\n peut-être, puissantes et qui subjuguent... Mais, à l'ombre de l'olivier,\nje serais à moi-même, à ma propre pensée ou, du moins, à une\npensée que je croirais mienne... Futilo, c'est possible, ou mesquine,\nqu'importe? Et je suis bien libre de préférer les pensées de mon ombre\nà celles du soleil des autres!... » Tout en ratiocinant de la sorte, il\navait atteint la petite agglomération et, moyennant quelques recher­\nches, le Museo Civico, installé clans une chapelle délabrée, dont la\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2811, "texte": "                     EN MARGE DE LA RÉALITÉ                          13\n\n\nporte était close. Il tira avec énergie le cordon de la sonnette :\ncelle-ci ne rendit qu'un son faible et fêlé, mais provoqua l'apparition,\nà la fenêtre de la maisonnette adjacente, d'un étrange personnage,\nvisiblement vexé d'être dérangé, qui cria sans aucune déférence :\nE chiuso!... C'est fermé!...\n   Tout occupé à dévisager avec un étonnement sympathique cet\nindividu rébarbatif, dont les yeux sombres étincelaient au milieu de\nla broussaille farouche d'une chevelure et d'une barbe qui se confon­\ndaient en un seul hérissement, Artor n'entendit pas l'avertissement...\nA son air interrogatif, l'homme réitéra avec impatience :\n   — Dico ch'é chiuso !... Je dis que c'est fermé !...\n   — Chiuso! chiuso! s'écria Artor, contrarié... J'aurais aussi bien\nfait de rester à la gare !...\n    Il s'éloignait déjà, après un salut sec à la cantonade, lorsque, le\nhélant, le ga.rdien velu lui fit signe de revenir et qu'il lui ouvrirait,\npar faveur insigne, l'accès du trésor confié à ses soins. Artor, consolé\ndéjà par la perspective de tirer quelque profit de sa déconvenue en\ns'asseyant quelque part, pour fumer avec quiétude, hésita d'abord\nà obtempérer à cette invitation, mais la crainte le détermina, de sem­\nbler méconnaître la gracieuseté de l'obligeant personnage.\n    Ce dernier était descendu avec vélocité et manœuvrait à grand\neffort et fracas, une clef imposante contre laquelle regimbait la ser­\n rure rouillée.\n    — Monsieur est étranger (il parlait le français en scandant et en\naccentuant à l'italienne), c'est pourquoi je n'ai pas voulu le laisser\npartir sans qu'il eût examiné notre magnifique petit musée, que le\n commun ignorant des voyageurs dédaigne... Mais je sui6 physiono­\n miste et je ne crois pas me tromper en présumant que monsieur est\n artiste et connaisseur...\n    — Artiste!... Hum! peut-être bien... Mais, connaisseur? Je crains\n de vous désappointer à cet égard, cher monsieur, car je ne connais\n rien à rien — pas même à moi-même !...\n     — Macché — et il fit une cabriole de jubilation — j'entends à votre\n langage que vous êtes un penseur — poète ou philosophe — et pes­\n simiste, certainement... C'est un tour d'esprit divin, à mon opinion,\n car, tel que vous me voyez, je suis un ferventissime disciple de notre\n sublime Leopardi.... Eh! seriez-vous de ceux qui trouvent sa poésie\n  sèche, nue, aride? Hélas! nos âmes modernes sont trop amollies\n  pour recevoir une sagesse aussi austère et pour accepter que l'on nous\n  dise la dure vérité, durement!... 11 nous faut du pittoresque et du\n  sentiment! De nos jours, monsieur, on ne demande plus à être per­\n  suadé, mais bien à être ému!... Et, continua-t-il, en accompagnant\n  cette effusion volubile de force gestes démonstratifs, si vous me per-\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "14                             DURENDAL\n\n\nmettez de vous l'apprendre, en parfaite modestie, je suis poète, moi\naussi, et, tout en gardant humblement cette collection municipale,\naussi méconnue que moi-même, j'édifie mon œuvre où, d'un cœur\nintrépide, je juge le monde — et le condamne... Je dois vous avouer,\najouta-t-il, en souriant, que, jusqu'à présent, il ne s'en soucie guère\net que je suis merveilleusement inconnu... Mais je lui dirai son fait,\nje le lui crierai, je le lui hurlerai — et j'ai le temps d'attendre, car\nje suis un pessimiste plein de vie et résolu à la défendre jusqu'à\n l'extrémité... Ce n'est pas, croyez-le bien, que je n'aspire au Néant,\n mais à mon heure : je n'aime pas qu'on me force!...\n    — Tiens, c'est tout à fait comme moi, observa Artor. Il me semble\nque nous soyions faits pour nous entendre. C'est quelquefois plus\n facile que de s'entendre soi-même!...\n    — Oh! moi, je m'entends très bien et le public m'entendrait très\nbien aussi, si seulement il voulait m'écouter... Mais, basta...\n Entrons !\n    — Mais, dit Artor, arrêté sur le seuil de la chapelle d'où il aperce­\nvait, accrochés au petit bonheur, dans l'étroite nef, quantité de\ntableaux qu'il tremblait de devoir regarder un à un, sous la conduite\nd'un guide aussi loquace; mais, monsieur...\n    — Desiderio Zanetti...\n    — Eh bien! illustrissime Desiderio Zanetti, j'oserai penser que votre\ninsuccès en ce pays n'a rien de surprenant... La vie y est trop douce,\ntrop séduisante la terre, trop souriant le ciel... Le soleil y fait de la\n splendeur même avec le délabrement et, excusez-moi, avec l'immon-\n dice!... Pour atrabilaire et amer que soit votre cœur, le monde vous\n rit si gentiment ici que vous ne sauriez lui tenir rigueur... Pour moi,\nil suffit, que j'aie passé le Gothard et vu quelques oliviers pour que\n mon âme détendue se sente encline à la bienveillance envers la créa­\n tion et les créatures...\n    Depuis un moment Desiderio, impatient de parler, piétinait sur\nplace, en balançant sa main en signe d'absolue réprobation :\n    — Vous voilà bien, vous autres, hommes du Nord, s'écria-t-il enfin,\n toujours superficiels et arrêtés par les apparences, parce que, chez\n vous, les apparences sont pesantes et oppriment... Tout est lent et\n triste dans vos pays pleins d'hiver et de brouillard, et vos esprits par­\nticipent de leur morosité. La majeure partie de vos jours se passe\nà vous défendre contre les intempéries, à manger et à vous claque­\nmurer comme des castors ou des taupes... Eh! votre pessimisme\nn'estque la mauvaise humeur de votre malaise habituel!... Dans vos\nmarécages, c'est la Nature qui est pessimiste, tandis que, chez nous,\nLatins, au sein de cette contrée d'éclat et de charme, c'est l'homme —\nlorsque, bien entendu, il pense!... L'homme conscient, dans l'indé-\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "                     EN MARGE    DE   LA   RÉALITÉ                     15\n\n\n\npendance de sa pensée, libre de toute influence extérieure!... Regar­\ndez, — et il saisit nerveusement le bras d'Artor — admirez la beauté\nde la plaine cultivée par où vous êtes venu, la majesté, là-bas, des\nmontagnes, la transparence de l'atmosphère qui met de la magnifi­\ncence sur les pauvres maisons de cette rue et sur le campanile ruiné\nqui apparaît à son extrémité... Eh bien! chaque matin, en ouvrant ma\nfenêtre, j'aperçois d'un coup d'œil ce spectacle enchanteur et, étant\nsensible à la beauté, il m'émeut... Mais, monsieur, ce n'est qu'un\néclair — je ne suis pas de ceux que la Nature peut leurrer long­\ntemps... Et, moi, Zanetti, je lui crie : « Raca, courtisane! méchante\nmagicienne! que me font tous tes prestiges, puisqu'ils ne sont pas\npour toujours!... »\n   A ce moment, surgit à une des fenêtres de la petite maison une\nravissante jeune femme qui appela :\n   — Desiderio!...\n   — Et celle-là, remarqua Artor en ricanant, est-ce qu'elle est pour\ntoujours?...\n   Le poète s'inclina, en ouvrant les bras, pour signifier son impuis­\nsance à expliquer les contradictions de la vie et de la pensée, et\naccompagna ce geste d'un clin d'œil d'allégresse comique. Cepen­\ndant, un nouvel appel plus peremptoire se fit entendre :\n   — Desiderio !\n   — Allons, poète, obéissez à l'Impératif catégorique! Je vois, ô\n homme du Midi, que votre pessimisme est libre, conscient et non\nassujetu aux circonstances extérieures... Et je vous fais compliment\nsur la délicieuse « circonstance extérieure » que je viens d'avoir le\nplaisir d'apercevoir!... Le monde est mauvais, c'est certain, mais le\npessimisme est meilleur... Et je vous dis adieu, car je n'ai que le\n temps de regagner la gare...\n    — Pas possible? Et le musée?... le musée?... Notre incomparable\n Pérugin? Notre beau Fiorenzo di Lorenzo?...\n    — Bah, ils sont morts, ces peintres, et ont donc le temps d'attendre ;\n le train pas!... Je reviendrai!... Adieu!...\n\n                                    III\n\n                         Artor Académicien\n    Artor étant à la fois modeste, orgueilleux et nonchalant, n'a jamais\n rien publié : il y a, il est vrai, des revues et même, à ce que l'on\n prétend, des éditeurs, mais, il faudrait, se déranger, aller voir des\n gens... Puis, après tout cela, les lecteurs?... Cependant, il ne sait\n par quelle aventure, méprise ou facétie de quelque autorité, il a été\n breveté membre de l'Académie de Belgique, classe des Lettres (pas lès\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "16                             DURENDAI.\n\n\n« Belles » !). Peut-être, suppose-t-il, est-ce en qualité d'homme du\nmonde, parmi les académiciens in partibus... five o' dock !...\n   Quoi qu'il en soit, il a reçu une convocation pour la première\nséance du nouveau Collège littéraire, et n'ayant rien de mieux à faire,\nil s'achemine, avec une feinte insouciance, vers le Palais des Acadé­\nmies. Il marche avec une majesté qu'il s'ignorait et dont il est, tantôt\nsurpris, tantôt gêné; il dévisage les passants avec un aplomb fort\néloigné de sa coutume : « Je vais à l'Académie!... se dit-il, et tous\nces gens n'en savent rien, ni ne se doutent qu'ils ont l'honneur de\ncroiser leurs pas avec ceux d'un académicien !... »\n   Artor a l'âme simple, presque enfantine et totalement dénuée\nd'ambition; pourtant, malgré lui, il se sent grisé par l'idée qu'il est,\nà la fin et sans trop savoir comment ni pourquoi, quelque chose dans\nl'Etat; qu'il figure au nombre minime des citoyens choisis pour être\ndésignés aux acclamations du peuple, à titre de représentants émérites\nde la science ou de l'art national!... Un dignitaire, en un mot, dont\nle nom serait inscrit au registre de mémoire, alors que ceux des\nautres resteraient confondus dans la poussière innombrable et la\ncohue des registres de l'état civil!...\n   — Nous avons une mission à remplir, c'est certain, songe Artor,\nmais laquelle?... Je n'en sais rien, mais le propre d'une Académie est,\nd'abord, de combler une lacune, ensuite d'avoir une mission, haute\nsi possible, à remplir... Et nous la remplirons !... Mais, autre q uestion,\n aurons-nous un uniforme? ou, seulement, des insignes, des chevrons,\ncomme les vieux sergents'? Peut-être n'aurons-nous qu'un drapeau,\n surmonté du Lion-Belgique, avec un râtelier de médailles? Dans les\n fêtes civiques, il nous précéderait, fièrement déployé et escorté par\n notre Président, porteur d'un rouleau... Non, médiocre imagination!\n ce serait plutôt mesquin, cela manquerait de noblesse : Ne serons-\n nous pas les Porte-lyres de la Nation, les Citharèdes officiels?...\n Phalange sacrée, nous nous avancerons dans les cérémonies\n publiques, en chantant sur un mode lyrique, vêtus de gloire!... Lors­\nque nous défilerons entre les haies compactes et respectueuses de la\n foule, les fronts se découvriront à notre approche, les mères élève­\n ront leurs enfants au-dessus de leur tête, afin que, dans leurs vieux\njours, ils puissent dire à leurs descendants : « Nous les avons vus!... »\n    Artor est tout plongé dans le ravissement de cette réconfortante\n vision, quand il se sent frapper brusquement sur l'épaule... Il se\n retourne avec colère :\n    — Ah! fait-il, subitement résigné, c'est vous, Populaire!...\n    — Oui, dit Boniface, car c'était lui : où allez-vous donc, disciple\n des Muses que vous êtes, de cet air dédaigneux et distrait?... Chevau­\n cheriez-vous Pégase tout en vous promenant?...\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2858, "texte": "                      EN   MARGE   DE   LA   RÉALITÉ                     17\n\n\n    — Je ne me promène pas, rectifie sévèrement Artor, je vais à\nl'Académie...\n     — Tiens, moi aussi!...\n     Les deux interlocuteurs se regardent une minute avec, saisisse­\nment, puis s'écrient ensemble :\n     — En seriez-vous, par hasard, vous aussi?...\n     — Il semblerait que cela vous étonne? remarque Populaire d'un air\nrebroussé, tandis que Artor éclate de rire.\n     — Oui... c'est-à-dire non, répond Artor, réprimant son hilarité;\nnotre cri de surprise simultané s'explique très bien : moi, inconnu,\net vous, trop connu!... Un homme de votre savoir, de vos lumières\net, naturellement, persona ingrata en haut lieu!... Un mérite tel que\nle vôtre, Boniface, porte ombrage!... Mais, si indépendant que l'on\nvous sache, on n'aura pas osé!... Votre nom s'imposait en dépit de\ntoutes les répugnances... Oui, il s'imposait!... Si, par un odieux ostra­\ncisme, Populaire, on avait écarté votre nom, ç'aurait été un haro\n général !...\n     — Vous me flattez, mon cher Artor... Cependant, je me permets de\n croire que ma réputation est assez considérable pour que ma nomina­\n tion à l'Académie ne puisse apparaître à personne sous l'aspect d'une\n faveur du pouvoir ou comme la conséquence d'une compromission de\n ma part : aussi, n'ai-je aucune reconnaissance â témoigner à ceux\n qui, bien malgré leur sentiment, sans doute, m'ont nommé... Ma\n grande Histoire des concours agricoles et les faibles essais de ma muse\n bocagère et scientifique, car, utile et dulci, j'ai toujours associé le\n culte de la Nature à celui de la Science!... Ce sont là des titres, peu\n  pertinents à l'opinion de certains détracteurs et envieux, mais, enfin,\n  des titres!... Et (montrant une liasse de brochures qu'il porte sous\n  le bras) je me suis même chargé de mes ouvrages dans l'intention de\n  les lire à nos honorables et doctes collègues, car, je ne crois pas me\n  tromper, il me paraît utile qu'avant tout nous nous connaissions les\n  uns les autres... « Connais-toi toi même », a dit un sage, antique\n  comme tous les sages, et l'Académie ne faillira point à ce devoir...\n  D'autre part, l'existence de l'Académie attestera, sans conteste, que\n  la Belgique possède des auteurs, mais, cette lacune comblée, il en\n  restera une autre : il lui faut des lecteurs!... Et ne pensez-vous pas\n  que l'exécution de ma modeste idée sera un acheminement heureux à\n  la satisfaction de ce desideratum'? L'Académie donnera l'exemple!...\n      — Oui... oui... dit Artor avec un enthousiasme très hésitant, car il\n   réfléchissait que pour lire il faudrait commencer par écrire... C'est\n   une proposition extrêmement judicieuse, mon cher Boniface, ajouta-\n   t-il aussitôt, rasséréné à la pensée que l'on se disputerait plutôt l'hon­\n   neur de lire que celui d'écouter, et je l'appuierai de toutes mes\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": " 18                            DURENDAL\n\n\n\nforces... De la sorte, au moins, les railleurs ne répandront pas le bruit\nque nous nous réunissons pour ne rien faire — ou pour nous\namuser !...\n   — Vous parlez peu, mon cher ami. conclut Populaire, mais vous\nparlez d'or!... A présent, j'estime qu'il est temps que nous nous pres­\nsions si nous voulons assister au début de cette séance qui marquera\ndans les fastes littéraires de notre chère patrie...\n\n                                   IV\n\n                 Philosophie de la demi-tasse\n    Las de s'écarquiller les yeux, Artor déposa sur la table de marbre\nle journal qu'il lisait et regarda la salle où ne coulait plus qu'un\njour blémi, puis, par la porte-fenêtre, le boulevard humide, avec ses\nhautes façades sombres et moites de pierre bleue, l'asphalte mouillé\net le défilé, fantastique dans les ombres stagnantes du soir, des\npassants et des voitures...\n    Le grand hall du café était envahi de crépuscule morose; dans le\n fond, où l'obscurité déjà se faisait plus dense, entre les colonnes aux\ndorures éteintes, on voyait, au delà de silhouettes confuses de gens\nassis isolément ou par groupes, la dame du comptoir siégeant, toute\nnoire, comme quelque étrange idole, dans la clarté aiguë, traversée\npar la fumée errante des cigares, d'une lampe électrique allumée\n derrière elle.\n    Artor considérait ce spectacle inimprévu et attendait, le moment de\n reprendre sa lecture avec une patience faite d'expérience et de rési­\ngnation, car il connaissait, qu'une méthode pleine de circonspection\n gouvernait l'éclairage de ce café : on allumait, d'abord, par-ci par-là,\n un bec de gaz, puis, après quelque intervalle, selon une gradation\n prudente, les autres; enfin, au terme d'une hésitation plus lougue\n résolue par une décision hardie,— Aleu jacta est ! — on faisait crépiter\n d'un coup, avec prodigalité, tous les foyers électriques du plafond!...\n    — Ce cafetier, pensait Artor. est un avisé commerçant et, si, ce qu'à\n Dieu ne plaise! je possédais des fonds, sans doute les lui conflerais-je\n sans balancer, afin de les faite âprement fructifier!... Cependant,\n peut-être me trompé-je? Les jugements de l'homme ne sont que\n présomption et fragilité!... ('ar, en somme, cette semi-ténèbre\n prolongée, étant de nature à éloigner les consommateurs grincheux,\n peut, devenir à la fois économique et onéreuse pour le tenancier de\n cet établissement : Serait-il donc, ce qui est loin d'être incompatible,\n parcimonieux et stupide?... A moins, hypothèse plus flatteuse pour\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "                     EN   MARGE   DE   LA   RÉALITÉ                   19\n\n\nlui, que, par un phénomène assez rare, il n'associe en sa personne un\nperspicace psychologue avec un philanthrope!... Il chercherait son\nprofit, mais il ne lui déplairait point de concourir, en même temps,\nau perfectionnement moral de l'humanité!... En effet, la vesprée que\nson artificieuse providence prépare, au déclin de chaque jour, à sa\nclientèle et qui interrompt les jeux, fait délaisser les journaux et\nlanguir les conversations, qu'est-ce, au fond, qu'une halte, une escale\nqu'il ménage à l'activité, lucrative ou ruineuse, mais toujours vaine,\ndes gens qui fréquentent ici?... Un intermède de recueillement, de\nméditation, la place d'un retour sur eux-mêmes, à la faveur de l'oisi­\nveté forcée et des suggestions de la pénombre organisée par lui, à\nleur intention?... Si, par hasard, leurs yeux rencontraient, dans le\nchamp embué des miroirs, le reflet de leurs visages blafards,\nmarqués des stigmates de l'hébétement, de la manie ou du vice? Rien\nn'empêcherait d'imaginer que cet aspect pourrait, peut-être, émou­\nvoir en l'âme de l'un ou l'autre de ces tapeurs de dominos d'extraor­\ndinaires phénomènes si la folie de cette conjecture n'était palpable,\npuisqu'ils s'agglomèrent en ce lieu, dont l'attrait est fait, pour eux,\nde banalité et d'habitude, précisément en vue de s'échapper à\neux-mêmes, pour ne pas laisser entre les préoccupations de leur\ntravail, de leur négoce ou de leur, sport, un interstice à la réflexion\nintime, à un examen de conscience; aucun loisir de méditation\npersonnelle... Les étourdissements de la foule et de l'alcool y\npourvoient...\n    Pourtant, en attendant la lumière qui galvanisera leurs facultés\nengourdies, de table en table, les consommateurs se regardent\nvaguement, et, quoi qu'ils en aient, sous l'impulsion mélancolique de\nl'ombre accrue, semblent regarder en eux-mêmes. Probablement\nsongent-ils, à leur corps défendant, à des choses affligeantes : à la\nnécessité de rentrer chez soi, tantôt; à l'échéance de la veille ou au\nprotêt du lendemain; à quelque plaisir perdu ou à quelque menaçant\ndevoir... Et la clarté vive de la lointaine flamme qui brille toujours,\nunique, à l'extrémité de la salle dessine, confusément, aux yeux\n hallucinés d'Artor, la statue d'or que Carlyle voulait élever au\n silence...\n    — En fait de statue d'or, celle du veau conviendrait mieux,\n sans doute, céans!... Et il examinait, affalé sur le banc de velours\n rouge, en face de lui, un gras et grisonnant boursier, le teint brouillé\n et recuit, la barbe diffuse, les yeux dissimulés derrière les verres\n bleus de son pince-nez, qui mâchonnait son cigare, en supputant\n les bénéfices des reports inscrits sur le calepin, dont il tournait les\n feuillets d'un pouce busqué... A la table voisine, était assis un singu­\n lier type, dans les vêtements étriqués de la détresse ou de l'ava-\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2990, "texte": " 20                            DURENDAL\n\n\n  rice, tête glabre de clown ou de sacristain sous un gibus antique et\n  rapé et qui. en se balançant régulièrement de droite à gauche et en\n  chevrotant d'informes propos, attendait béatement le moment de lire\n le journal étalé sur le marbre qu'il couvait d'un œil de convoitise.\n  Plus loin, dans le même coin, celui des habitués, une longue table\n était accaparée par de bruyants joueurs de dominos, auxquels des\n gamins, le nez et les lèvres écrasés contre la vitre, faisaient, géné­\n ralement, des grimaces.\n    — Vue du dehors, se disait Artor, la pantomime de ces individus\n doit avoir l'air démente, et les gestes de triomphe, de défi ou de\n déconfiture avec lesquels ils alignent leurs dés, les posent, les brouil­\n lent... Quel être cocasse que ce vieux avec les plates-bandes maigres\n et précieusement ratissées de ses cheveux mal teints, ses yeux niais,\n ses joues roses palissadéos de favoris qu'il lisse solennellement de\n ses gros doigts bagués, tandis que, de son autre main, il caresse le\ndé qui, victorieux, emportera la partie !...Tout ce que les trafics de son\n commerce lui ont laissé de puissance intellectuelle est concentré sur\n le sort de cette parue, et son âme s'épanouit d'orgueil anticipé et de\nféroce joie à la prévision certaine de son gain et de la mine penaude\nde son partenaire!... Et cet autre, ce Brésilien de vaudeville, qui\ndftrde sur le jeu des regards flamboyants, rage et crispe ses doigts\nfrénétiques sur l'unique dé qui lui reste : « Passe »! crie toute son\nattitude, chacun des traits décomposés de son visage olivâtre...\n    Debout autour des alversaires ou assis aux tables environnantes,\nd'autres messieurs encore, malingres ou bouffis, ingambes ou poda­\ngres, amènes ou renfrognés, suivaient, tout haletants, l'âme en transe\n dans l'attente du coup final, les péripéties du duel.\n    — Grand dommage, soupirait Artor, anxieux, malgré son mépris,\nde l'issue de la lutte — grand dommage que la philosophie ne\nrequière plus que de vieux professeurs pleins de sagesse abstraite et\nd'ahurissement concret, et quelques fous désœuvrés comme moi... A\nl'égal de la poésie, elle n'était d'aucune utilité, et c'est une grande\nnoblesse... On a certainement écrit, puisque l'on a tout écrit, la psy­\nchologie du café et étudié les déformations mentales qu'il occasionne\nchez ceux qui s'y réunissent... Mais, peut-être, est-ce moins l'atmo­\n sphère du café ou de la brasserie qui dénature les esprits les plus fins\n et les plus délicats, et révèle chez eux une aptitude à la plaisanterie\n basse et à la méchanceté, que le fait d'y être en troupe?:.. Plus l'as­\nsemblée est nombreuse, plus il faut hausser sa voix et rabaisser son\ncœur!... Et si, à cause de l'excès de la pluie et du froid, le café doit\n faire figure pour nous, Occidentaux, de portique ou de jardin d'Aca­\n démus, sans doute les seuls vrais philosophes que l'on y rencontre,\n-sont-ils ces fervents du domino qui, stoïquement, savent faire double-\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "                     EN MARGE D E LA R E A L I T E                    21\n\n\nblanc de leur esprit et de leur cœur!.. Chacun de ces hommes n'est-il\npas comme le représentant d'intérêts, de responsabilités, d'affections\ninfiniment ramifiés dans la famille, et la société? Chacun d'eux ne\ntraîne-t-il pas à sa remorque tout un passé lourd de morts et de sou­\nvenirs?... Or, le soir venu, préoccupations de toujours, projets d'hier\net inquiétudes de demain, tout cela s'anéantit, bascule dans leur\nmémoire, pour ne leur laisser d'autre passion que celle de ces dés\nqu'ils mêlent sauvagement sur la table!...\n   L'éclairage du local ayant, entre-temps, fait quelque progrès.\nArtor saisit son journal, mais aperçut aussitôt que toute tentative de\nlecture, était encore prématurée, et cette constatation lui ayant, une\nfois de plus, fait éprouver que l'intensité de sa vue commençait à\ndécliner, il se décida à s'en aller :\n   — J'ai laissé un peu de mes yeux dans chacun des livres que j'ai\nlu, concluait-il en marchant sur le boulevard rempli de gens et de\nboue. Et, étant donné qu'ayant moins d'yeux, je n'ai pas. assurément,\nacquis, en échange, plus de sagesse, qui me prouvera, qu'au point de\nvue de l'hygiène tant de mes yeux que de ma pensée, il n'aurait,\npas été préférable, pour moi, de passer ma vie à jouer aux\ndominos?...\n\n                                                     ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-005", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 22, "page_fin": 26, "titre_corps": "Petit Pierre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Billaud", "ancre_debut": "Petit Pierre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "Petit Pierre\n                                II\n                IL avait douze ans, mais il était si fluet qu'on\n                   l'appelait Petit Pierre.\n                      Deux grands yeux qui laissaient transparaître\n                   toute son âme d'enfant, des yeux si limpides\n                   que tout son visage en était éclairé. Ces\n                   yeux là, c'était tout Petit Pierre.\n                      Il avait deux amours : sa mère et les livres.\n                   Oh! sa mère, sa maman, à lui, toujours pâle,\ntoujours malade et, malgré cela, si bonne, sa mère à la voix\ncaressante qui lui contait de si belles histoires et le berçait de\nsi douces chansons! « Maman! » Ce mot-là, quand il montait\nà ses .lèvres lui semblait couler comme du miel. Et son cœur\nbattait plus fort.\n   Sa mère! Tout le jour il restait avec elle. C'est sous son\nregard qu'il étudiait, goûtait et prenait ses ébats. Le soir, il\ns'asseyait sur une chaise basse, dans le rond lumineux de la\nlampe, et ouvrait ses livres favoris, la tête blottie contre les\ngenoux de sa maman.\n   Oh! alors, les heures exquises!\n   La nuit tombait. Dans le foyer chantait la flamme. Et, quand\nl'histoire était terrible, quelle douceur de se faire petit, petit,\net de se cacher dans un pli de la robe.\n   Puis quand, les lettres dansant sur la page, le livre de contes\nglissait sur le tapis et qu'on emmenait Petit Pierre dans sa\nchambrette, quelle sensation délicieuse pour lui de s'allonger\ndans sa couchette bien chaude et de s'endormir sous le dernier\nbaiser qui fermait ses paupières lourdes!\n\n                                II\n  \" Oh ! maman !\n  — Voyons, Petit Pierre, ne pleure pas. Tu iras au collège.\nTu me l'as promis hier soir.\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "                            PETIT    PIERRE                         23\n\n\n\n   — Oh ! m a m a n ! maman ! »\n   Depuis le matin, le pauvre enfant ne peut dire que ces mots.\n   L e collège! Il savait bien qu'il devait y aller. On le lui avait\ndit souvent. Mais il ne pouvait croire que ce fût pour tout de\nsuite. Sa m a m a n ne voudrait j a m a i s !\n   E t voilà que c'était vrai !\n   On avait apporté dans sa chambre une boite noire et longue\noù l'on entassait ses habits, ses livres!\n   Petit Pierre descendit au j a r d i n . Il alla chercher son petit\narrosoir là-bas, dans la touffe de buis et se mit à arroser son\nparterre une dernière fois. Ses pauvres fleurs, elles aussi, avaient\nl'air bien triste. Elles devaient se demander qui, désormais,\nprendrait soin d'elles.\n   L e travail fini, comme il avait très chaud, il cueillit une\ngrappe à la treille. En la mangeant, il se sentit un peu consolé.\n   P o u r t a n t , le soir, dans sa chambrette aux placards vides, il\neut le cœur bien gros. Il s'endormit en pleurant et rêva qu'il\nétait mort, qu'on l'emmenait dans une boite noire, bien loin,\nbien loin de sa m a m a n .\n\n                                    III\n\n          « Ma chère m a m a n ,\n   » Je suis bien triste encore. L e soir j ' a i de la peine à m'en­\ndormir. C'est que tu n'es plus là pour me dire bonsoir. Je t'em­\nbrasse, ma chère m a m a n , comme je le faisais quand tu me\ncouchais dans mon petit lit. T o u s les jours je regarde les\nfleurs que j ' a i cueillies dans le jardin, avant de partir. Elles\nsont déjà toutes sèches. J'envoie un baiser à toi et à mon petit\njardin. Qui entre dans ma chambre pour épousseter mes livres?\nJe t'embrasse, ma chère m a m a n . Prends-tu bien les pastilles du\ndocteur qui guériront la toux méchante ? Q u a n d tu travailles à\nton canevas, Minet vient-il toujours mêler ta laine? J e t'envoie\nun grand baiser et je fais une grimace à Minet. J'ai acheté un\nbeau cahier et j'écris dessus ma jeunesse. C'est pour toi, le\ncahier. Encore un baiser, ma chère m a m a n , encore u n e grimace\nà Minet. »\n\n  C'est en étude de troisième division que Petit Pierre compose\ncette lettre.\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "24                              DURENDAL\n\n\n\n   Dehors, la nuit, une nuit de décembre qui angoisse l'âme.\nD a n s la salle, un silence lourd que dérangent seulement le\ngrincement des plumes et, par intervalles, la chute d'un livre.\n   L a pendule m a r q u e six heures.\n   Petit Pierre ferme sa lettre. T i r a n t de son pupitre le cahier,\noù, selon sa naïve expression, il écrit sa jeunesse, il reprend la\npage commencée la veille.\n   Qu'est-ce qu'il peut bien y marquer, le pauvre enfant? Mon\nDieu, ce qu'il y marque n'a guère de sens! C'est un bavardage\nenfantin, tissu de fautes d'orthographe, de redites, d'incohé­\nrences. Mais cela, c'est son âme candide et fraîche qui s'épanche\nen pleurs, en sourires, en baisers. Il y a là tout un cantique\nd'amour, adorablement tendre, qui mettra des larmes de joie\ndans les yeux et que Petit Pierre ne chantera plus j a m a i s .\n\n                                    IV\n\n   On est au matin du I e r janvier.\n   P a r bandes b r u y a n t e s , les élèves vont et viennent, leur valise\nà la main, prêts à s'envoler en vacances. L a maison, d'ordinaire\nsi calme, est pleine de cris, d'appels et de rires.\n   Petit Pierre ne se mêle pas à tout ce t a p a g e . Assis d a n s un\ncoin, il ne voit rien de ce qui l'entoure. Son cœur bat très fort.\nDans quelques heures ne va-t-il pas revoir sa maman ? Ses grands\nyeux sont plus brillants. P o u r t a n t , ils reflètent, au fond, une\ninquiétude vague. Sa m a m a n est malade, bien sur, puisqu'elle\nne lui a pas écrit depuis un mois.\n   Mais comme il va bien la soigner ! Quand elle sera triste, il lui\nracontera des histoires drôles! Q u a n d elle aura froid, il nouera\nautour de son cou ses bras dans une caresse... Et puis, le soir, il\nlui lira « sa jeunesse ».\n   E t P e t i t Pierre presse sous son veston d'uniforme le beau\ncahier, où, depuis trois mois, il a noté ses impressions.\n\n                                     V\n\n  Petit Pierre vient de quitter la diligence où ses camarades,\npar leurs chansons, mettaient une illusion de joie en son â m e .\n  Il chemine tout seul. Il est plus triste; et ses grands yeux en\napercevant le logis coutumier songent à bien des choses,\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "                               PETIT PIERRE                                 25\n\n\n   Il traverse le j a r d i n . Les arbres dépouillés frissonnent. L a\nbise a jonché l'eau du bassin de leurs pauvres feuilles qui se\nserrent l'une contre l'autre pour avoir moins froid. L a mort! la\nmort partout!... Dans les charmilles abandonnées, dans les\ncollines attristées par l'hiver, dans cette maison dont les fenêtres\ncloses semblent des yeux fermés pour j a m a i s !\n   L e voilà arrivé.\n   Sa mère ne vient pas prendre son premier sourire.\n   C'est t a n t e Geneviève qui reçoit l'écolier sur le seuil, qui\nl'embrasse et met dans son étreinte tant d'affection, tant de\ntristesse, tant de pitié aussi, que le pauvre petit éclate en\nsanglots\n   <c Ne pleure pas... Elle t'attend... Viens... doucement. Elle\nest si faible... »\n   Il entre... Qu'elle est changée, mon Dieu, sa m a m a n !\n   P e t i t Pierre s'arrête hésitant, presque épouvanté.\n   Sa mère le regarde et s'efforçant de sourire :\n   « Viens, mon Petit Pierre. T u sais bien, comme autrefois... »\n   Que sa voix est faible! Petit Pierre la reconnaît à peine.\n   Il se penche... O h ! les chers bras qui l'enlacent. . avec\nquelle tendresse!\n   Maintenant voilà que sa mère lui parle :\n   « N e pleure pas, mon chéri. Parle-moi. Donne-moi tes joues.\nRegarde-moi. T e s yeux me réchauffent. Oh ! que tu es beau !\nC o m m e tu as g r a n d i ! . . . Vois-tu, j'étais malade de ne plus t'avoir.\nDepuis que tu n'étais plus là je n'avais plus de goût à rien.\nSans toi la promenade m e lasse. Mais te revoilà. E t du même\ncoup j e m e s e n s mieux. Embrasse-moi! Laisse-moi t'embrasser...\nt'embrasser... »\n   Petit Pierre écoute. Les idées noires s'envolent. Oui, il va\nguérir sa mère. Il ne d e m a n d e qu'à croire. Ses yeux sourient.\nVoici qu'il peut parler.\n   Il dit toutes ses tristesses, tous ses soirs d'angoisse. Il raconte\nsa vie d'écolier, ses travaux, ses luttes. Il parle de son cahier,\net, tendrement :\n   « Prends-le, m a m a n . T u sais, c'est pour toi... »\n   L a mourante tressaille toute d'un frisson d'amour. Elle se\nsoulève... elle saisit le livre avec transport... elle le baise... elle\nveut le lire. Elle commence. Sa voix est redevenue forte. Petit\nPierre est fou de joie.\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 985, "texte": "20                          DURENDAL\n\n\n   Soudain, elle s'arrête. Une toux déchirante coupe sa parole.\nSa figure se contracte et sa tète s'abat sur l'oreiller, tandis que\nsa main laisse glisser à terre le beau cahier dont les feuillets\ns'éparpillent.\n   Alors Petit Pierre sent que c'est fini. Sa maman va mourir.\n   Et quelque chose s'en va de lui, le quitte et semble tomber\navec les feuillets de son livre; quelque chose meurt en lui, sa\nblanche, sa tendre jeunesse.\n\n                                VI\n   Huit jours plus tard, la mère de Petit Pierre était morte.\n   Comme on allait clouer la bière, on vit entrer le pauvre enfant.\nIl tenait en main son cahier.\n   Il s'agenouilla devant le cercueil ouvert et, déposant entre les\nbras de la Morte les chères pages écrites avec tout son cœur :\n   « Maman, dit-il dans un sanglot, prends avec toi ma Jeu­\nnesse... »\n   Depuis ce jour-là, Petit Pierre n'est plus jeune.\n\n                                             PIERRE   BILLAUD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-006", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 27, "page_fin": 32, "titre_corps": "Le goût du néant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Nicaise", "ancre_debut": "Le goût du néant IL y a des heures de lassitude", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "Le goût du néant\n\n                IL y a des heures de lassitude où le présent pèse,\n                   où l'avenir effraie : l'on voudrait être immobile.\n                   Les yeux se fixent sur l'âtre et des pensées,\n                   pareilles à ses flammèches, montent brèves,\n                   inquiètes du champ de la conscience, et l'on\n                   revoit sa vie, cette vie qui nous blesse en fuyant.\n                     L'on songe à son enfance, heureuse comme un\n                   pan de ciel bleu; elle a passé comme une bouffée\nde parfum printanier.\n    L'on songe à sa jeunesse qui s'en allait, aventureuse, une\nfleur aux dents, une fleur au cœur, partout où brillait le soleil.\nElle s'est assise, tout à coup fatiguée. Et l'on est à l'âge\nd'homme. Mettant la main au-dessus des yeux, l'on a interrogé\nl'horizon, puis l'on a regardé derrière soi et l'on s'est souri dans\nle passé : l'on avait l'air si jeune que, quoiqu'elle fût longue la\nroute, et qu'elle se dressât au flanc noir d'une montagne, l'on\ns'est remis à marcher allègrement. Pour moi, marchant, j'ai\npensé à ceux qui sont morts.\n    L'éclat du jour se tempérait. Ces morts, ils me regardaient\nde leurs yeux fermés... Je voulais les nommer : chacun d'eux\navait un nom, mais c'étaient les miens. Vous vous appeliez :\nmon amour, mon esprit, mon ami. Le soir gagnait l'étendue.\nJe me sens si dépouillé, si nu, que j'ai envie de m'étendre sur\nla terre et d'attendre. Attendre quoi? que quelqu'un dont, peut-\nêtre, je suis aussi le nom, meure avec moi, en moi, et par moi?\nNon, je ne le veux pas, Cette pensée est terrible. Elle me met\ndebout sous les étoiles. Qu'elles sont douces, qu'elles sont\nbelles! cependant leur vue me fait mal. Je sais pourquoi je les\naime désespérément. Elles sont lourdes de tout moi et légères\nde tout elles. Si je pouvais les contempler sans être! Allons ma\nvie, mendiante stoïque et sublime, tends ta misère vers la bonté\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "28                          DURENDAL\n\n\net vers la beauté s'il en est au monde. La nuit est venue. Les\nétoiles? Il n'y a plus d'étoiles. La mort rôde ici. Il me semble\nque chacun de mes pas la heurte; je la sens qui me frôle; je la\nvois, chose étrange, distinctement, et je la reconnais, oui, je la\nreconnais; elle ne m'a jamais, jamais quitté. Elle était derrière\nmon berceau : elle me l'a pris, certes; elle folâtrait sinistrement\nderrière moi quand je vaguais gai comme une chanson ; quand\nj'aimais comme une fleur embaume ; je me souviens! elle m'a\ntant fait chanter que ma voix est cassée; elle m'a tant respiré\nque mon cœur est fané; et chacun des instants qui s'écoule, c'est\nelle qui les détache, elle qui les emporte; de tout ce que je perds\nc'est elle qui s'enrichit et se fortifie.\n    Ma vie! ma vie! quelle illusion es-tu donc? Plus tu vas,\npriant, mendiant, travaillant, plus s'échappe et s'évanouit ce\nque tu as sans que tu reçoives rien. Tu portes en toi la mort et\ntu lui obéis; chaque pas, chaque souffle où tu te dépenses c'est\npour elle. Vous vous ressemblez comme un frère et vous vous\naimez d'un infernal amour. Les vers des poètes accourent ven­\ngeurs du fond de ma mémoire. Mais je ne vous distingue plus;\nl'effroi de votre longue tromperie me saisit. O vie ! tu me trahis.\nTon nom! ton nom, c'est mort.\n   Je comprends maintenant, ce mordant amour de l'immobile,\ncet attrait du passé où il règne. Ce je ne sais quoi qui fuit et que\nnous sommes, détourne les yeux de son évanescence, et ne pou-\nvantsupporterde se voir détruire, s'arrête et se fixedansce qu'ila\nd'être. Pour échapper au flux du présent, il revit ce qu'il a vécu ;\net il le revit en maître. Car il est nôtre le passé. Nous l'arran­\ngeons à notre gré, et de ses pièces détachées nous nous faisons\nheur ou malheur, combinant les faits, les pliant à notre fantaisie,\nlaissant à l'oubli ceux-ci, magnifiant ceux-là, en maîtres des\nchoses et de l'heure. L'homme veut être Dieu. C'est sa noblesse\net c'est sa douleur. Car c'est en vain que nous croyons tromper\nle destin. Nul n'échappe à la vie; nul n'échappe à la course\ndes choses.. Ce qui fut n'est plus. Nous avons beau relever nos\nmorts ; les pomponner, farder leurs traits exsangues : nous\nsommes des morts nous efforçant à ressusciter des morts.\n   Quel goût pervers nous ramène aux nécropoles? Eh quoi!\nserait-ce vraiment pour être en dehors du temps, pour être des\ndieux? Est-ce le dégoût de ce qui passe qui nous jette à l'im­\nmobile? Notre joie crie au temps : « Suspends ton vol », notre\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "                        L E GOUT   DU   NEANT                       29\n\ndouleur soupire : « Je voudrais ne plus être ». Q u e le temps\nobéisse, c'est la mort; que soit exaucé notre vœu, et il nous\nparaît que nous serons mieux. Bizarrerie pro'onde. Je suis\nbalancé entre l'être et le néant. Je veux le repos, l'immobilité\ncomplète, l'oubli de tout cet être fini, l'anéantissement ultime.\nPourquoi ? parce que le néant me semble meilleur que le présent\nque l'on ne sait retenir, et meilleur que le passé qui fond entre\nnos bras. J'appelle l'être et le néant r é p o n d ; j'appelle le néant\net l'être me répond.\n    E t r e en n'étant pas. Telle est la question.\n    Alternance étrange qui fait succéder la voix de l'être à celle\ndu n é a n t ! N'est-elle pas mystérieuse cette voix du rien; voix\nimpérative et douce; oui, maternellement douce.\n    Elle m'appelle et je vais. L'immobile me meut. L'inexistant\nsoulève mon cœur de désir.\n    Quel secret recèle ce néant qui féconde?\n    Si je songe à lui dans ma pensée et que je me d e m a n d e quelle\nidée je m'en forme, que dirai-je, sinon qu'il m'apparaît comme\nl'immobile qui se serait jamais mu, comme le mort qui n'aurait\nj a m a i s eu ni corps ni â m e ; dont moi-même je ne connaîtrais pas\nla mort. De quel nom nommer cet innommable? E t pourquoi\nvouloir le nommer? C'est que de grandes âmes l'ont aimé, des\nâmes étrangères qui ne se posent sur notre sol que pour s'élancer\ndans la nue. Où donc l'avaient-elles rencontré? D a n s la nature?\n E n elles-mêmes? Dans cette â m e par qui tout et plus que tout\nest, puisqu'elle enveloppe la n a t u r e dans son miroir et qu'elle y\n ajoute un monde qui n'est d'elle et que par elle.\n     Je m'élance dans toutes les avenues de l'être, pour trouver au\n bout ie néant, précipice monstrueux et béant. Vaine recherche!\n E t pourtant son ombre s'allonge sur l'âme, l'enténébrant. Où\n est sa réalité! Puisque la grande nature est vide de lui, c'est\n donc en moi, en nous, qu'il faut le chercher. Nous prêtons l'être\n à ce qui n'en a pas. T a n t est grande notre passion. E h oui! c'est\n en nous et par nous qu'il est, cet enfant tourmenteur de notre\n imagination. Hors de nous tu n'es rien, épouvantail, fantôme,\n illusion! T a vie n'est que la nôtre et contre toi la vie univer­\n selle gronde et s'élance comme une vague dans l'air et dont la\n chute sonore ne trahit que sa propre vie. T u n'es qu'une i d é e !\n T u n'es pas. Serais je si jamais tu avais été !\n     L'âme se réveille de son cauchemar. Q u e ce réveil est d o u x !\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "30                         DURENDAL\n\n\n\nQuel repos! Oh! se reposer toujours... Mais n'est-ce pas encore\nl'ombre de l'immobile — qu'elle est froide! — qui vient se\nglisser sur moi? La lutte farouche va-t-elle reprendre? Les voici\nencore les ennemis irréconciliables : l'immobile qui nargue au\nchangement — le néant — le mobile qui s'écoule et m'entraîne —\nl'être. Et la voix maternelle reprend, elle murmure : « Viens!\nviens! dans mes bras, où l'on est si bien. » Où l'on est, où l'on\nest.\n   ... Mais être, c'est se mouvoir, c'est marcher, c'est souffrir,\net de mon mal tu me veux guérir en me faisant être. Toi, néant !\nImmobile néant!... C'est bien d'être que tu me parles, d'être\nmieux, d'être autre, d'être sans être.\n   O néant! profond néant! qui fais être, qui donc es-tu? que\nveux-tu? Veux-tu cette vie? Prends-la, nous en sommes las;\nveux-tu notre volonié, prends-la; flèche indocile, elle tombe\ndevant le but; veux-tu notre intelligence, prends-la, elle ne\ns'égala jamais elle-même! Change notre tout en ton rien. Nous\navons bu aux ruisseaux et nous rêvons de sources. Nous vou­\nlons de l'autre; tu nous dis : « Viens ». O néant profond, néant\nqui fais être et qui nous parles, néant mystérieux auquel mon\ncœur aspire, sphinx redoutable que nimbe une espérance, dis-\nmoi ton nom.\n   Métaphysiciens silencieux, enclos en vos cellules, comme les\nsaints de pierre des cathédrales en leurs niches, nous direz-vous\nce nom d'épouvante et d'amour?\n   Expliquez-nous ce goût du néant : le mystère de l'être qui\nvoudrait ne plus être pour être mieux; et cette mystérieuse\nréponse du néant qui n'a pas d'être et qui nous promet\nl'être?\n   J'ai été leur demander le mot de l'énigme. Ils m'ont dit :\nDieu! Et leurs lèvres, où erraient des reflets divins, ont laissé\ntomber la mystique sentence : « Nous ne savons ce qu'il est »,\nmais seulement ce qu'il n'est pas, et quel rapport soutient avec\nlui tout le reste. O Seigneur! ton nom jeté dans cette nuit!\n Eclair de la vérité qui l'illumine! N'es-tu pas l'Immobile?\n Le grand autre, le grand Désiré. Néant pour nous qui ne\nsavons par où Te prendre! Si autre que tu nous serais à jamais\nétranger si notre désir ne nous mouvait vers toi, si la richesse\nde ton néant n'alimentait ce que nous nommons notre être, si\n débile que nous n'osons te nommer par lui. Mais non, néant\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "                         LE   GOUT   DU   NÉANT                     31\n\n\n ce n'est que le nom de nos mots et de nous-mêmes, nous\n ne sommes pas et T u es. E t tout l'univers et tout ce qui\n passe et tout ce qui n'étant pas veut être, est suspendu à ton\n Etre.\n     C'est ainsi que tu es en nous, au sein du mystère, sans que\n nous sachions te n o m m e r ; mais si pressant que nous te sen­\ntons, te voulons, te cherchons partout et j u s q u ' e n dehors de\n notre être, parce qu'il défaille, attiré invinciblement par\nton néant, parce qu'il est splendeur d ' E t r e et de Bonté, autre\net ineffable.\n     E t t'ayant cru trouver, nous courons éperdus comme des\nenfants de ton être à ta vérité, de ta vérité à ta bonté, à ta\nbeauté, à l'infinité de tes perfections, éblouis du mystère que\nnous cache la vie et que nous cache la mort, nous désaltérant\naux eaux glorieuses jaillissantes et immobiles de l'éternité.\n Mais ce n'est ni toi ni ta durée. Blancheurs qui font songer au\nsoleil. Marchons d o n c ! puisque la vie est le chemin de la mort,\npuisque la mort est la porte de la vie. Si Dieu nous appelle,\nc'est q u ' i l nous veut. Marchons dans l'allégresse puissante,\ndans la joie de l'aube qui nous découvre la terre promise. L à\ntout est repos, lumière. L a mort n'est plus un cauchemar,\nc'est l'amie qui prend, mais qui rend et qui nous paie intérêt.\n P o u r ce qui passe, elle nous donne ce qui dure. E l l e . . . Mais,\n parmi de vieux papiers où dorment des souvenirs, j ' e n sais un\nqui dit adorablement l'œuvre de mort. C'est une lettre\nj a u n i e . Elle me vient d'une douleur, elle est pleine de douceur.\nSi je vous la livre, c'est pour qu'en un jour de tristesse, sa dou­\nceur ressuscitée, mette son baume dans nos cœurs. Elle dit la\nlettre toute parfumée de passé :\n\n   « Quoi, cher monsieur, cette vénérable figure que j'avais\nentrevue a disparu! Vous n'avez plus près de vous, au-dessus\nde vous, la douce lumière de ces cheveux b l a n c s ! Vous\navez perdu votre mère, je pense à la mienne et je pleure\nla vôtre; une mère ne meurt p a s ! Elle devient un peu\nplus ange, ce qui la rend invisible. Nous appelons cela\nmourir. On perd de vue les m o r t s . . . voilà tout. Mais ils\ndemeurent dans notre ombre et leur cœur vient parfois\nréchauffer doucement le nôtre. Que ceci nous apaise. Mettez\nvotre noble esprit en repos dans cette lumière qui nous vient\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1237, "texte": "32                                    DURENDAL\n\n\nde la t o m b e . Je vous envoie ma profonde et douloureuse\nsympathie.\n  » Eximo.                            » VICTOR H U G O . » (1)\n\n   Elle nous rend invisibles; elle nous fait anges, les mères\ndavantage, et les enfants un peu, puisqu'ils leur a p p a r t i e n n e n t .\nJe ne sais; mais comment pleurer encore. Mon imagination\ns'enchante des angéliques demeures, et je songe pour en vêlir\nles élus à cette suprême grâce florentine, des vieux maîtres de\nla ville au L y s . C'est une r u m e u r de cloches argentines, de\nchansons légères : l'air, l'espace, la lumière se fait chanson. Ma\nvolonté s'émeut, mon intelligence s'illumine et toutes deux\ns'enlaçant, elles vont vers la bonté et vers la vérité dans la joie\nd'une vie qui emplit toute l'âme, d'une vie exhaustive, superbe\nde confiance, reluisante d'immortalité. Et je crie de toute mon\nâ m e de lumière, ces mots obscurs du vieux stoïcien : « Douleur,\ntu n'es qu'un mot : car, où est ta victoire, ô m o r t ; ô vie,\noù est ta défaite ? »\n\n                                                             CHARLES NICAISE.\n\n\n\n\n  (1) Cette lettre, inédite, a été écrite au grand-père de l'auteur à l'occasion de la mort\nde sa mère.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-007", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 35, "titre_corps": "Marinette", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edgar Bonehill", "ancre_debut": "Marinette Pour Deffernez", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "Marinette\n                                                       P o u r Deffernez.\n\n                                   I\n\n                Du clocher vieillot, ruisselle l'angélus.\n                        Ses tintements semblent la voix d'argent du\n                    brouillard matinal é p a n d a n t sa mouvante ouate\n                    sur le petit village ensommeillé. Un magnifique\n                    angélus y fait courir un frisson d'éveil.\n                        Les sansonnets dévalent des grands arbres\n                    vers la croix du clocher, où tout noirs, ils se\n                    perchent et sifflotent; les martinets encerclent\nl'église de cris aigus et de rapides frôlements d'ailes; les\npigeons blancs, les chats roux fleurissent les gouttières de\nleurs rondes sonores; les coqs rougeoient sur l'or des fumiers;\ndes beuglements affamés s'évadent des étables.\n   Les premiers sabots clapotent aux seuils des chaumières; les\npremiers bonnets blancs blanchissent l'entrebâillement des\nportes vieilles dont les vieux verrous grincent.\n   Des petits vieux, des petites vieilles s'acheminent vers l'église\noù le bon curé dit ses heures, en a t t e n d a n t qu'une nouvelle volée\nde cloche annonce la messe; la vierge blonde du vitrail semble\nlui sourire.\n   Devant l'église, le presbytère s'éveille aussi; une fenêtre de\nl'étage s'ouvre, et parmi les bras verts de la glycine qui s'étirent,\nse penche une blonde tète d'ange. Marinette est la sœur de la\nvierge du vitrail.\n   Marinette s'agenouille devant la fenêtre où le matin flue; ses\nlèvres m u r m u r e n t un ave, tandis que ses yeux et ses pensées\nessorent, là-bas, vers les tourelles du château couronnant le\nfront des futaies.\n   L'angélus ruisselle du clocher vieillot.\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "34|                            DURENDAL\n\n\n\n                                   II\n\n    L a radieuse enfance do Marinette chante là-bas dans ce grand\npare.\n   j a d i s , le fils des châtelains, rose enfant, avait voulu pour\ncompagne de jeu la petite Marinette du presbytère, la nièce du\nvieux curé. T o u s les matins avaient revu Marinette parmi les\ngrandes pelouses où les cygnes lassés des nénuphars laisaient\nleur roue blanche et dédaigneuse. L e u r s enfances avaient\npassé, jamais désunies, jusqu'au jour où le petit châtelain\nfut volé à son amie par la ville lointaine et fastueuse.\n   Il ne revint plus au village; on ne l'y revoyait plus que d u r a n t\nquelques jours, à chaque automne, à l'époque des chasses; il\nétait à présent si grand, que Marinette n'osait lever vers lui son\nregard d'aurore, q u a n d parfois elle se trouvait sur le passage\ndes équipages du château. Au presbytère, dès qu'elle percevait\nle lointain galop des chevaux raclant la grand'route, elle mon­\ntait à sa chambrette, et, masquée par les rideaux de g u i p u r e ,\nregardait, haletante, passer le seigneur oublieux parmi sa suite\nprécieuse.\n   Au dernier automne, ignorant son retour au village, elle pro­\nmenait — comme souvent — ses rêves et ses espoirs impossibles\nvers le parc nostalgique. A travers les grillages puissants, elle\ncoulait des regards attendris aux vieux arbres témoins des joies\nmortes, aux vieux arbres hochant sur l'or des soirs leurs bras\nsceptiques. Elle revoyait les cygnes superbes qui la méprisaient\nde leur œil froid; elle redemandait aux pelouses veloutées la\ntrace de leurs pas enfantins. Elle frissonna : il passait devant la\ngrille, hautain. Leurs yeux se croisèrent avant qu'elle put\nbaisser les siens. Il siffla ses chiens qui batifolaient et disparut\ndans un massif. Elle sentit s'enfoncer jusqu'au fond de son\ncœur de petites épingles.\n   Aujourd'hui, en cette aube où tout gazouille, en cette aube\nde p r i n t e m p s qui la trouble et fait palpiter l'aile de ses seins,\nMarinette m a u d i t les années et l'or qui lui volent celui pour qui\nson âme se fondrait en tendresses exquises. Mais elle lui par­\ndonne son oubli.\n   Voici qu'un prime rayon de soleil effleure de son baiser la\nclarté des cheveux d'or et la clarté des grands yeux - bleus rivés\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 923, "texte": "                              MARINETTE                              35\n\naux lointaines futaies. T a n d i s qu'elle rêve ainsi et que ses lèvres\nmurmurent la prière distraite, tandis que rêve Marinette, plus\nbelle que la vierge du vitrail, le jeune châtelain, le cœur ba­\nvant le dégoût, les lèvres souillées de maquillage et fleurant la\ncatin, rentre en son palais doré de la ville sale, après les noc­\nturnes orgies.\n   Il maudit les longues années à subir encore, les longues\nannées de lassitude et d'écœurement, les noires années sans\namour que son or ne peut payer et que son cœur séché ne peut\nfleurir. T a n d i s que le châtelain veule songe au suicide sau­\nveur, au doux écourteur d'ans lâches, Marinette rêve à celui\npour qui son âme de ciel se fondrait en tendresses éternelles.\n   L'angélus ruisselle des auvents du vieux clocher villageois.\n\n                                                EDGAR    BONEHILL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-008", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 36, "page_fin": 42, "titre_corps": "Aspects de la Nature et de la Cité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "X...", "ancre_debut": "Aspects de la Nature et de la Cité (Suite)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 1821, "texte": "Aspects de la Nature et de la Cité\n                                   (Suite)     (I)\n\n\n\n                                        II\n\n              LA    caractéristique saillante du paysage urbain,\n                   comme celle du paysage rustique, réside encore\n                   une fois dans le pittoresque. U n e ville sans\n                   pittoresque est une ville sans originalité, sans\n                   caractère et, vraisemblablement, sans passé. L e\n                   pittoresque ne se trouve pas seulement dans les\n                   ruines, auxquelles le limite une erreur accréditée\n                   par le r o m a n t i s m e ; il est dans tout ce qui se\nconditionne des facteurs du pittoresque, le temps et l'absence\nde préméditation. Il ne consiste pas seulement dans les vestiges\ndu passé, pleins de la poésie du souvenir, harmonisés et idéalisés\npar les atteintes du temps, mais encore dans toute objectivation\nd' « habitudes » collectives inconsciemment acquises, condensées,\nd ' u n e génération à l'autre, en traits de mœurs et matérialisées\ndans certains aspects ; — tout cela dominant, dans sa résistance\npassive, l'action concertée de l'homme avec ses réalisations\nimmédiates.\n   Mais ici, le conflit avec l'utile et le nécessaire prend une\nacuité particulière. Il en est de ces choses, en effet, comme du\nfolklore. Pour q u ' u n e tradition, une superstition frappe et\nparaisse digne d'être recueillie, il faut qu'elle soit en passe de\ndisparaître : de même, un objet n'entre dans le domaine de la\ncuriosité ou du pittoresque que pour autant que son ancienneté\net sa rareté le signalent à notre attention.\n   Aussi peut-on ériger en principe qu'une chose ne devient pit­\ntoresque que lorsqu'elle a cessé d'être strictement utile, qu'elle\n\n  (1) Voir notre fascicule de Décembre 1906.\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "             A S P E C T S D E LA N A T U R E   ET   DE   LA   CITÉ   37\n\n\n est donc devenue surannée, superflue, gênante, même nuisible\n jusqu'à un certain point et, partant, renouvelable. Les vieux\n  pignons à l'espagnole abritent des mansardes étriquées et incom­\n modes ; les petites fenêtres à meneaux de pierre ne laissent passer\n qu'un jour parcimonieux ; l'éclat métallique des lierres et la\n luxuriance de la vigne vierge, amants des vieux murs, favorisent\n l'humidité et la vermine; des épidémies sommeillent peut-être\n entre ces planchers, sous ces poutres centenaires; les rues étroites\n et tortueuses, mal nivelées, entravent la circulation affairée\n des cités modernes, et l'enceinte conservée des vieilles villes\n fortes arrête l'expansion impatiente de leurs quartiers neufs : —\n ainsi de la chaumière qui se fond si harmonieusement dans ce\n paysage où détonneraient les lignes banales des cités ouvrières\n modernes, mais qui n'abrite que la maladie et la mort, au point\n que nous reculerions de dégoût s'il nous fallait habiter là\n quelques jours.\n    Alors, on démolit, on nivelle, on rectifie, on transforme, aux\n gémissements douloureux des artistes et des archéologues. Mais\n les nécessités sont là, la vie avec ses exigences impérieuses, son\n dédain du passé, dont les souvenirs les plus vénérables et les\n plus glorieux ont moins de prix à ses yeux qu'un caprice de\n l'heure qui sonne; « aujourd'hui », quel qu'il soit, a raison, de\npar sa seule actualité, contre hier, comme il aura tort devant\ndemain. Il faut bien assainir, aérer, élargir, percer des rues\nnouvelles, bâtir de nouveaux quartiers. Et pourtant, là même\non peut, on doit tenir compte d'aspirations et de vœux des plus\nrespectables qui soient. Concilier dans la mesure du possible\nces exigences quasi-incompatibles constitue une tâche infini­\nment plus compliquée et délicate qu'en Amérique faire surgir\nd'un sol vierge et nu une ville toute neuve. Les dissertations\nabstraites, les discussions de principes sont vaines ici, puisque\nle problème se modifie avec chaque cas, varié sans cesse par les\ncirconstances locales et autres.\n    Au surplus, de même que tantôt pour les beautés naturelles,\nnous ne nous occuperons pas ici des transformations réalisées\nau nom de l'utilité publique, mais plutôt des bouleversements\nentrepris au nom de l'esthétique elle-même, moyennant destruc­\ntion d'éléments pittoresques non préjudiciables à la vie moderne.\n                                        *\n                                    *       *\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "38                                 DURENDAL\n\n\n   Rien n'est plus, caractéristique à. cet égard que les travaux,\nsi en honneur aujourd'hui,, de « dégagement ». des églises et\ncathédrales, anciennes. Encore une fois, les circonstaaces locales\nmodifient, chaque cas en p a r t i c u l i e r : il est clair, .par exemple,\nque les maisons modernes, élevées, qui, au haut de. la place du\nGrand-Sablon, à Bruxelles, masquent tout un côté de l'église\nde Notre-Dame-des-Victoires, doivent disparaître. Mais il n'en\nest pas moins vrai, d'une manière générale, que dans cet ordre\nd'idées on devrait davantage tenir compte des circonstances\nqui entourèrent l'édification des anciens édifices du culte et tqui,\nbien qu'évanouies depuis des. siècles, ont. marqué : l'ancienne\narchitecture religieuse d'un trait indélébile. L'église du moyen\nâge constituait un centre dans la cité. C'était la protectrice\nà laquelle venaient s'adosser, comme des poussins blottis\nsous l'aile maternelle, les masures des vilains. Ils y venaient\nchercher à la lois une protection matérielle et les faveurs\nspéciales que conférait, la proximité, de Dieu, les grâces qui,\navec le bourdonnement des oraisons et des chants, passaient à\ntravers ces murs : de nos jours encore il subsiste (comme autour\nde Saint-Nicolas à Bruxelles) de ces maisons toutes frémissantes\ndu tonnerre des orgues. D'autre part, la rue médiévale étant très\nétroite, il s'en suit que les anciennes églises (privées d'ornements\nextérieurs, sauf au porche, sur toute la hauteur des maisonnettes\nde jadis), ne sont pas faites pour, être vues de loin. La saillie, la déli­\ncatesse des ornements, tout y est calculé pour être vu en détail, de\nprès et d'en bas; les effets d'ensemble, de << masse », justifiant la\n perspective lointaine de nos l'alaisde Justice,ysontinconnus (I).\n L'erreur s'avère déjà dans la difficulté que l'on éprouve, à\n «. meubler » convenablement les vides créés à la base des\n anciennes églises. On recourt d'ordinaire au square. Passe encore\n quand on n'y plante que de la verdure; mais quand on y met des\n Heurs!',,. 11 a fallu notre incrédulité contemporaine, notre incom­\n préhension du mvsticisme des vieux âges pour imaginer ce\n rapprochement.carnavalesque entre le chatoiement des fleurs,\n symboles de vie, de joie et de grâce — et ces édifices intention­\n nellement dérobés à la lumière joyeuse du monde, évocateurs des\n\n\n  (1) C'est pourquoi nous considérerions comme une erreur esthétique la suppression des\nmaisonnettes entourant l'église Saint-Pierre de Lotivain, — et même celles de l'église\nSaint-Nicolas de Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2482, "texte": "              ASPECTS   DE   LA N A T U R E   ET D E LA C I T É '     39\n\n\n\nhorreurs du néant et de l'au-delà. Admirez ces parterres autour\nde la sacristie et du sacrarium réédifiés de l'église de Notre-Dame-\ndès-Victoires. L a pierre encore neuve rit à la clarté du j o u r ; le\nstyle, d'ailleurs, de ces dépendances implique leur isolement\nd'autres constructions; — et pourtant, leur voisinage avec ces\ngéraniums et ces reines-marguerites heurte comme une disso­\nnance; l'effet est plus que choquant, il est burlesque; mieux eut\nvalu rien du tout.\n\n\n      Les arbres et les fleurs nous ramènent à une autre parure des\nvilles, les parcs. Celui de Bruxelles lut constamment célébré\n pour la beauté de ses plantations, l'ingéniosité de son plan,\n l'homogénéité et la discrétion pleine de goût de son ornemen­\ntation, la réelle grandeur d'allure de l'ensemble. I1 avait pour­\ntant déjà pas mal souffert dans les dernières années. L a ralale\nprend sur ses vieux arbres des avantages répétés, notre aimable\n marmaille ravage ses taillis                on vient de le défigurer par\n l'établissement de parterres fleuris aux enviions du grand bassin\net, à l'autre extrémité, par la suppression des bas-fonds.\n      Passons sur les premiers. Il suffit d'observer combien les fleurs\nsont d'un effet généralement peu heureux dans un parc; combien,\nici surtout, elles rompent la majestueuse unité tonale de l'en­\nsemble; combien, à la beauté, elles substituent la joliesse. L e\nprincipe des fleurs une fois admis, il n'y a pas de raison pour\n ne pas en étendre l'emploi aux autres pelouses, et varier l'uni­\nformité des arbres et des taillis au moyen d'espèces fleuries :\non verra l'effet.-- Mais l'affaire des bas-fonds est bien autrement\nimportante, et il convient d'v insister, car elle nous ramène\nd i r e c t e m e n t au sujet île cet article.\n     On se souvient de l'émotion qu'elle suscita il v a quelques\nmois. D'instinct, le public tout entier s'alarmait à l'idée de la\nsuppression des bas-fonds du Parc et la presque unanimité des\njournaux exprimait la même opinion. Cependant, les gens au\ncourant affirmaient qu'on ne toucherait à rien; ensuite, on apprit\nqu'il s'agissait seulement d'abattre « quelques arbres ». Mais\ntout à coup, au moment où l'on s'y attendait le moins (le secret\navait été bien gardéi, une nuée de bûcherons envahirent les bas-\nfonds et attaquèrent avec entrain les vieux troncs. Ah ! ça ne\ntraina pas. Quand on sut et qu'un vint vuir, tuut était fini. Quel\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "                             DURENDAL\n40\n\nmassacre! Ce fut un chagrin public, un concert d'imprécations,\net la presse fulmina; — puis on parla d'autre chose.\n   On sait que les bas-fonds représentaient le niveau primitif,\nconservé en cet endroit, du terrain qui fut remblayé à l'emplace­\nment de la rue Royale et de la place des Palais, à la hauteur de\nla place Royale actuelle, à l'époque de l'arrangement général\nde cette partie de la ville (de 1774 à 1787). Il serait difficile de\nsupposer que l'on se trouverait ici en présence d'un simple\ncaprice de terrassiers et non d'une particularité voulue, esthé­\ntiquement justifiée, du plan d'ensemble établi par Guimard,\nMontoyer et Zinner. Peu importe d'ailleurs. L'essentiel est que\nle résultat fut des plus heureux. Lorsqu'on quittait les perspec­\ntives sévères et rectilignes des allées pour se pencher au-dessus\nde ces ravins, le contraste était charmant. On pouvait se croire\ndevant un coin de nature oublié en pleine ville. L e long des\npentes, l'œil se perdait dans un fouillis de verdure fraîche,\nvibrante de chants d'oiseaux et pleine d'une sorte de mystère\nidvllique. De grands ormes, plantés comme au hasard, surgis­\nsaient de là, et leurs troncs vigoureux avaient cette majesté et\ncette force particulières des arbres dressant vers le ciel, au-dessus\nde surfaces déclives, la verticalité de leurs troncs irréprochable­\nment droits et unis. Au milieu de tout cela, le regard appréciait\nà peine la profondeur relativement faible de ces dépressions, qui\nparaissaient des abîmes de verdure. Et tout au fond, le buste en\nbronze de Pierre le Grand et la Madeleine de pierre, enserrés\npar l'envahissante verdure, avaient quelque chose de très\nromantique et de très naïf, avec cette poésie intense des marbres\nsongeant, dans le silence des vieux parcs, sous l'envahissement\ndes lierres. C'était charmant, exquis... C'était du pittoresque en\nville, et du pittoresque qui ne gênait pas ; on l'a donc supprimé.\n  Maintenant, le Czar Pierre se dresse, tout étonné, dans un\ndes quinconces; — encore a-t-on ménagé l'étonnement du pas­\nsant en supprimant l'inscription anecdotique :\n                  Insidens margini huius fontis...\n   E t de l'autre côté du Parc, au bord d'une allée, la Madeleine\nest étendue sous l'arcature d'une grotte en béton offrant, en cet\nendroit, la plausibilité des enrochements en papier d'emballage\nqui abritent dans nos églises, à la Noël, les groupes polychromés\nde la Sainte Eamille, des Mages, des bergers et des animaux.\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3077, "texte": "                 A S P E C T S D E LA N A T U R E E T DE LA C I T É                    41\n\n\n\nMais ce qui étonne plus que tout, c'est le maintien d'une partie\ndes bas-fonds, devenus des fossés banals au fond desquels on\ncherche d'instinct l'inscription sacramentelle : Ici on peut verser,\ndes trous qui appellent les boîtes à sardines et les casseroles\npérimées, — comme, là-bas, les parterres de géraniums récla­\nmant le jardinier de plâtre et la boule de jardin. Tout specta­\nteur perspicace, celui même qui n'aurait pas connu l'ancien état\ndes lieux, sent là le rabistoquage, la demi-mesure, le moyen\nterme; en perdant sa beauté, l'endroit a perdu à la fois le carac­\ntère de logique et de raison d'être de la chose complète en soi.\nLes bas-fonds ainsi amputés, ce sont des trous creusés, dans un\nterrain remblayé, pour établir des fondations et qu'on aurait\noublié de combler. Cela ne conduit plus qu'à un mur, — un\nmur de quelques centaines de mille francs, mais un simple mur\ntout de même, un mur derrière lequel il ne se passe même rien\ndu tout (1).\n                                              *\n                                          *       *\n  Soit dit en passant, il est curieux de rapprocher de cette\ngrave atteinte portée au « plan Guimard » le fétichisme qui\nrend tabou les détails les moins intéressants et les moins sen­\nsibles du fameux plan. Ainsi des façades des rues Ducale et\nRoyale. Aviez-vous déjà remarqué, dans ces deux artères, le\ndessin des corniches, alternativement basses et surélevées rue\nDucale, droites et en fronton rue Royale ? Gageons que non. Cela\n\n   (1) On sait qu'à diverses reprises déjà, notamment du temps d'Anspach, et plus tard\nsous l'administration de Ch. Buls, il avait été question d'amputer le Parc de Bruxelles\nvers la place des Palais. Mais ce projet avait constamment échoué Voici, sur une tent-tive\nfaite à ce sujet en 1826, quelques lignes intéressantes :\n     .. La n'est pas le crime. Le voici. On proposa de rogner de 16 à 17 aunes des Pays-\nBas l'entrée du Parc, c'est à-dire de faire une ligne droite et de rendre le Parc, qui pré­\nsente six côtés, un parallélogramme régulier. On aurait ainsi démasqué le palais du\nprince d'Orange; mais on aurait aussi détruit la symétrie du plan général du Parc,\nauquel la destruction du magnifique porlique de la place Royale avait déjà porté un\npremier coup. Le Parc n'aurait plus eu d'entrée principale et les deux bas-fonds auraient\nété rétrécis.\n   » Ce projet fut soumis au roi Guillaume, à qui il n'agréa pas, heureusement. « On rap­\n   porte, dit le Journal de la Belgique du 11 avril 1826, qu'un très haut personnage aurait\n   répondu à celui qui lui vantail de faire disparaître une partie du Parc : « Alors, vous\n» n'aurez qu'une grande place vide ; voire Parc est si beau! Conservez-le plutôt tel qu'il\n   est.\n   » Des jalons avaient déjà été plantés. Quelques jours après la réponse du monarque,\nles jalons furent enlevés et le Parc échappa encore une fois à la barbarie. » (R DE SMEDT,\n Le Parc de Bruxelles, 1847.)\n    Quatre vingts ans plus tard, c'était fait.\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "42                                    DURENDAL\n\n\n\ndevait se voir rue Ducale, de la rue Royale, et vice-vérsa, à\nl'époque où les jeunes~prantations du nouveau Parc ne barraient\npas encore l'horizon ; d'ailleurs, l'aménagement du rez-de-\nchaussée des immeubles de la rue Royale en magasins, restau­\nrants, maisons de banque en a déjà exclu toute harmonie. — Et\nles deux petits avant-corps qui rétrécissent l'entrée de la rue\nZinner, avez-vous déjà songé qu'ils faisaient pendant aux saillies\nanalogues des bâtiments de la Société Générale, Montagne-du-\nP a r c ? Non plus, sans doute. Cela n'empêche que pas un des\npropriétairesintéressés n'oserait modifier la forme de sa toiture,\nsuperposer à une corniche un «toit français», par exemple; et que\nlors de la reconstruction de l'hôtel L a m b e r m o n t , tout l'exté­\nrieur, y compris le petit chancre de la rue Zinner, a été\nreligieusement respecté (1). L e même fétichisme s'attache, on\nle sait, aux bâtiments de la place Royale, — sans qu'on paraisse\ns'être douté jamais que toute la symétrie de l'ensemble est\ncompromise par l'aspect des toitures, qui offrent à l'œil un\nensemble réjouissant de tous les systèmes imaginables de\ncheminées, comme une exposition rétrospective de fumisterie,\n— une fumisterie de mauvais goût. Et au surplus, peut-il être\nquestion de l'unité d'ensemble de la place Royale avant qu'on\nse décide à débarrasser l'église Saint-Jacques-sur-Caudenberg\nde son abominable superstructure, y compris le dôme noir qui\n l'écrase, en substituant, à la peinture en silicate de Portaels, un\nfronton sculpté, — en un mot, à rendre au temple son extérieur\nancien, qui se fondait si harmonieusement dans l'ensemble de\nla place (2) ?                                                  X...\n     (A continuer)\n\n  (1) On ne peut s'empêcher de regretter que le système des réserves limitant, pour des\nconsidérations esthétiques, le droit des propriétaires de certains immeubles, np soient pas\nappliqué avec plus d'opportunité II suffit de citer l'eNemple des deux m isons situées\nà l'angle de la place et de l'avenue Louise, près du Boulevard. Telles quelles, leur effet\nétait déjà médiocre; on eût pu souhaiter que la ville fîl les frais de donner quelque aspect\nà ces constructions massives, peu dignes de préfacer une des plus belles voies de la\ncapitale: généralement, les immeubles ainsi situés révèlent qu Ique luxe architectural\n(voir le début de l'avenue Louise proprement dite, place Stéphanie; les avenues Jef Lam­\nbeaux et de l'Hôtel-de-Ville à Saint-Gilles; l'nvenue De Keyser et la rue Leys à\nAnvers, etc.). Soit. — Mais, récemment, l'un des immeubles en question a reçu une\nsuperstructure, d'ailleurs conçue avec goût, mais constiluant en réalité un étage nouveau.\nPartout ailleurs, l'effet eût été charmant : ici, il en résulte, avec l'immeuble d'en face,\nune asymétrie d'un effet bien autrement calamiteux qu'une atteinte à une particularité\nquelconque des façades du plan Guimard.\n   (2) Voir, par exemple, la gravure de la Description Je la ville Je Bruxelles, enrichie du\nplein Je la ville et Je la perspective (Bruxelles, 1782).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-009", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 49, "titre_corps": "Béguines et Béguinages", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Clara Cogen-Ledeganck", "ancre_debut": "Béguines et Béguinages Les Béguinages de Gand", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "Béguines et Béguinages\n\n                       Les Béguinages de Gand\n                             Le Petit Béguinage\n\n\n\n                                   (Suite) (1)\n\n\n  Autrefois les. miracles n ' é t a i e n t pas rares dans les Béguinages.\nCes merveilles sont relatées en latin tout au long dans l'ouvrage\ndu. Révérend abbé Joseph De Ryckel, prélat, de l'abbaye de\nSainte-Gertrude à Louvain (2).\n  Voici, dans toute son enfantine naïveté, le. récit d'un, de ces\nmiracles\n\n                           Miracle de, Mathieuse\n    Or, il arriva que le jour avant le mercredi des cendres, en\n l'an 1470 (ou environ, ainsi que le relatent d'anciennes tradi­\n tions), les béguines étaient allées dîner chez leurs parents et\n amis. L'une d'elles, nommée Mathieuse, pauvre et indigente,\n mais de bonne et pieuse vie, n'étant' invitée par personne, était\n restée au logis, n'ayant quasiment rien pour sa réfection. Elle\n se dirigea vers l'église pour y aller se plaindre à notre Seigneur\n\"pendu à la croix, ainsi que le fit jadis, en une autre occasion,\n saint Pierre, martyr de l'ordre des Pères dominicains. Arrivée\n à l'église, à genoux devant la sainte croix, les larmes aux yeux,\n elle dit telles ou semblables paroles\n       C'est à vous, ô mon Dieu et mon Seigneur, que je viens,\n\n  (1) Voir le fascicule de Juin 1906, où nous avons donné la préface de CAMILLE\nLEMONNIER et le commencement de cette intéressante élude sur nos Béguinages. La\nsurabondance de copies nous avait forcé d'interrompre momentanément cette publication.\n  (2) Imprime à Louvain en 1631.\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "44                          DURENDAL\n\n\n comme à mon très cher ami, élu entre mille! Vous savez m a\n disette et que personne ne m'a invitée, comme les autres le sont,\n car je n'ai pas d'amis comme elles. »\n    A ces paroles, le Seigneur lui répondit du haut de la croix, en\n la regardant avec amour :\n    « Mathieuse, allez et parlez à la Grande D a m e ; dites-lui de\n ma part qu'elle vous reçoive ce jour en sa maison et vous soigne. «\n    Mais elle :\n    « O h ! bon Dieu, elle ne me croira p a s ! »\n    E t le Seigneur de répondre :\n    « Voici deux signes qui l'assureront que c'est moi qui vous\nai envoyée : dites-lui qu'elle n'a pas encore lu son psautier et\nqu'elle n'a pas accompli la pénitence que lui a donnée son\nconfesseur. E t aussi que sa chemise de laine, qui est sous son\noreiller (laquelle elle s'était proposé de mettre le lendemain),\nétait décousue, mais que Marie, ma Mère, l'a cousue avec du fil\n de soie rouge. »\n    Mathieuse, consolée et réconfortée par ces paroles, alla au\nlogis de la grande dame et lui transmit les susdites paroles.\nLaquelle, pleine d'admiration, est allée voir en sa chambre, si\nsa chemise était refaite et cousue avec du fil de soie rouge.\n   Voyant qu'il en était ainsi, et se ressouvenant qu'elle n'avait\npas encore lu son psautier et sa pénitence, elle dit à Mathieuse :\n« Je crois maintenant que vous êtes envoyée de Dieu, car per­\nsonne ne peut savoir ces choses aussi sûrement; c'est pourquoi\ndemeurez ici et dînez avec moi. »\n   Après le dîner, Mathieuse retourna à l'église afin de remer­\ncier son Seigneur des grâces qu'elle avait reçues.\n    Peu après, les cloches se mirent à sonner d'elles-mêmes, d'un\nson doux et joyeux. L e peuple, en entendant ceci, accourut à\nl'église et vit Mathieuse à genoux (morte pourtant) élevant\nses mains jointes vers le crucifix.\n   Sans doute, qu'en récompense de sa bonne vie et de la grati­\ntude qu'elle témoigna à Jésus-Christ pour avoir été bien\ntraitée à la maison de la grande dame, elle fut appelée au ban­\nquet du Ciel.\n   Quand le peuple eut satisfait ses yeux devant ce merveilleux\nspectacle, on enveloppa pieusement Mathieuse dans sa faille et\non l'enterra honorablement au milieu d'un grand concours de\nmonde, tant ecclésiastique que séculier.\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "                        BÉGUINES ET BEGUINAGES                                    45\n\n   L o n g t e m p s encore après ce mémorable événement, il se pro­\nduisit des miracles sur la tombe de la sainte fille.\n   Depuis elle est tombée dans l'oubli; toutefois, on voit encore\nle Christ en croix avec la figurine de Mathieuse agenouillée à\nses pieds, à la droite du maître-autel dans l'église du Grand-\nBéguinage à G a n d .\n   Chaque année, au mardi gras,on célèbre une messe solennelle\nqu'on appelle : « la messe à Mathieuse » ; et, ce jour-là, toutes\nles béguines sont invitées à dîner chez la grande dame, et cette\nfête se n o m m e : la fête à Mathieuse.\n   E t voilà le miracle de Mathieuse.\n   L a messe solennelle se dit encore actuellement, mais le repas\nchez la grande d a m e est supprimé.\n\n   Les béguines ont un culte tout spécial pour la Vierge Marie,\nreconnue pour son inépuisable bonté et comme étant la meil­\nleure médiatrice auprès de son divin Fils Jésus.\n   Qui nous dira les soupirs et les larmes qui montent jusqu'à\nelle?\n   Car, quoique ces saintes filles soient généralement d'humeur\nenjouée, il y en a certes dans le nombre qui portent un chagrin\ndans le cœur. Alors elles vont au Christ en croix ou à sa sainte\nMère et, comme Mathieuse, confient leurs peines à ces très chers\namis. Quoi qu'il en soit, on peut affirmer que peu de femmes\nvivent aussi heureuses et tranquilles que les disciples de sainte\nBègue (1).\n   Elles n'ont guère de soucis matériels, car elles peuvent large­\nment subvenir à leurs besoins par leur travail manuel. Du\nreste, pour être admises dans l'Ordre, elles doivent justifier\nd'un petit revenu annuel. Ce qu'elles possèdent reste leur pro­\npriété et elles peuvent en disposer.\n   Les liens de famille ne sont point rompus ; les parents, les\namis peuvent aller les visiter et elles-mêmes, si elles le désirent,\nvont passer chaque année un certain temps en famille.\n   D a n s l'enceinte du Béguinage, elles demeurent ou dans un\ncouvent ou dans une « maison ».\n   Au couvent, elles sont vingt, trente et plus, rassemblées sous\n\n  (1) D'après quelques vieux chroniqueurs, l'Ordre aurait été fondé par sainte Bègue;\nd'après d'autres, Lambert Beggius, prêtre liégeois, mort en 1170, serait le fondateur.\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "46                          DURENDAL\n\n\nl'œil maternel de la Dame, qui est en quelque sorte leur supé­\nrieure et détient l'autorité.\n   C'est à la Dame qu'elles s'adressent pour obtenir des permis­\nsions spéciales, et le soir, au coucher, toutes viennent la saluer\net lui d e m a n d e r la bénédiction. L e refus de cette bénédiction\nest considéré comme une punition sévère.\n    L a Grande Dame règne sur tout le Béguinage. Elle habite une\nvaste maison et est entourée de tout un personnel : quatre\nacolytes, dont deux l'accompagnent partout et toujours, comme\nles dames d'honneur d'une princesse; une « secrétaire », une\ntrésorière et toute la hiérarchie d'une administration communale\nbien organisée.\n    Lorsque le « Conseil » se réunit dans la grande salle aux\nportes noircies par le t e m p s , garnie de portraits des Grandes\nDames décédées et de meubles de chêne massif vieux de plusieurs\nsiècles, on dirait un de ces tableaux des maîtres portraitistes\nhollandais du XVIe siècle, où sont groupées les figures pensives\net sérieuses sous leurs coiffes des régentes d'un orphelinat ou de\ntelle autre institution de charité.\n    L a Grande Dame est élue par le suffrage des Dames et à vie.\n    Les béguines sont restées fidèles à la langue-du pays fla­\nmand, qui est employée exclusivement, aussi bien dans les-\nexercices de la vie spirituelle que dans les usages de la vie\ntemporelle. Quelques prières se disent en latin. Toutefois,\nla plupart des sœurs sont parfaitement en état de soutenir la\nconversation en français. U n grand nombre de locutions fia-\n mandes, très anciennes, datant du moyen âge, sont encore en\nvigueur au Béguinage. Elles n'ont leur équivalent dans aucune\n autre langue, et ne sont usitées et comprises que là.\n    Grâces à leur costume, leurs mœurs, leur langage, un reflet des\nsiècles passés est resté emprisonné dans les murs de leur antique\n petite cité.\n    Les béguines ne- sont point sevrées de plaisirs. A l'occasion\n d'une prise d'habit, à la-veille de Noël,- au jour des Innocents\n elles organisent de petites fêtes fort gaies, elles font de la\n musique, jouent la comédie et osent même danser, mais en\n rond; comme les fillettes.\n    Chaque béguine a sa chambrette ; pourtant il arrive que, par\nm a n q u e de place ou en cas de maladie ou d'infirmité,, elles\noccupent à deux une plus grande c h a m b r e .\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "                          BEGUINES       ET    BÉGUINAGES            47\n\n\n   Les meubles les plus indispensables : un petit lit étroit, à\nmontants, entouré de petits rideaux blancs; une petite table de\ntoilette des plus primitives et une profonde armoire en chêne (1)\nqui fait leur orgueil. Quelques profanes privilégiées sont seules\nadmises à en admirer le contenu. L a lessive ne se faisant qu'une\nfois par an, on comprend qu'il leur faut une belle quantité de\nlinge.\n   Debout, devant l'armoire qu'elles ouvrent comme un taber­\nnacle, elles caressent des yeux et des mains ces piles de draps,\nde serviettes, de linge de corps, méthodiquement rangés.\n   A travers un léger parfum de lavande, on perçoit l'odeur saine\net pure du linge blanchi en plein air; on est pris du désir fou de\ncourir entre les arbres d'un verger, le long des cordes où sèche\nce linge un peu rude mais solide et qui claque au vent en coups\nsonores.\n   Détail typique, le linge des béguines ne peut pas être, de par\nleur règlement, repassé, mais doit être pressé.\n   Aux murs blanchis à la chaux (le papier d'ameublement est\ndéfendu), une couple d'images de sainteté, des photographies\nde parents.\n   E n une « maison » elles demeurent deux ou trois. Parfois une\ndame laïque qui aime la vie paisible y prend un appartement\net paye une pension.\n   Lorsqu'une béguine vieillit et pour peu qu'elle ait des rentes,\nelle aime à s'installer seule dans une petite maison. Elle prend\navec elle une jeune sœur, qu'elle rétribue, pour l'aider et lui\ntenir société.\n   L ' «aristocratie », c'est-à-dire les filles de la bonne bourgeoisie,\nquelques demoiselles nobles, les filles de riches cultivateurs\nchoisissent de préférence le Petit-Béguinage comme retraite.\nOn y trouve quelques raffinements dans les usages; la toile\ndes coiffes, le d r a p des habits y sont plus fins. Il y a quelques\nannées encore au Grand-Béguinage les rideaux des lits étaient\nen serge bleue, tandis qu'au Petit-Béguinage on n'employait\nque des tissus blancs.\n   Les bas peuvent être de laine ou de coton, mais doivent être\n blancs.\n\n  (1) Il n'y a que le chêne et le bois blanc qui soient permis.\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "48                                 DURENDAL\n\n\n    Il existe aussi une légère variante dans la manière de plier les\ncoiffes, mais avec un peu d'observation on apprend bien vite à\ndistinguer les habitantes des deux Béguinages.\n    N u l doute que ces légères différences ne se soient produites\nsous l'influence de l'une ou l'autre Grande Maîtresse, comme on\nnommait autrefois la supérieure générale.\n    Quoiqu'ils aient été fondés à la même époque, en 1235,\npar Jeanne et Marguerite de Constantinople, comtesses de\n F l a n d r e , maintes modifications au règlement primitif se sont\nintroduites dans les deux Béguinages, sous l'influence du temps\net des circonstances. Lorsqu'en 1345, Louis de Crécy, comte de\n F l a n d r e et de Nevers, proclame à nouveau le règlement des\n Béguinages, il dit :\n     « ... Nous voulons que les habits des demoiselles précitées\nsoient de rude façon, d'humble couleur, humbles en façon de\ncouture ; ainsi de même pour les souliers, chaperons, gants,\nceintures, bourses et couteaux. Personne, de quelque condition\nqu'elle soit, n'a permission de posséder ni de porter ce qui est\nremarquable ou curieux. »\n     Il n'y a pas si longtemps que l'usage du parapluie est toléré.\n Invention de la fin du XVIIIe siècle, cet objet si utile était con­\n sidéré comme une pièce de luxe remarquable et curieuse, partant\n défendue (1).\n     E n 1417, les béguines habitaient des petites maisons cou­\n vertes de c h a u m e ; leur costume était des plus humbles, leur\n vie presque pauvre. Insensiblement un certain confort et une\n élégance relative s'introduisirent chez elles. Peu à peu, par suite\n de « dons et fondations », l'institution se développa et elle n'a\n cessé de prospérer depuis dans tout le pays flamand.\n     Sans doute, à cause de la sympathie générale qu'elle a tou­\n jours inspirée, la corporation de Sainte-Bègue a eu beaucoup\n moins à souffrir que d'autres institutions religieuses, lors des\n troubles religieux aux P a y s - B a s .\n      L e XVIIe siècle fut leur âge d'or. Il y avait alors parmi les\n béguines beaucoup de filles et veuves de noble maison qui rele­\n vèrent et enrichirent l'ordre par leurs largesses. Plus tard il est\n\n\n  (1) Il leur est défendu encore aujourd'hui d'employer un parapluie pour se rendre de\nchez elles à l'église.\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "                           BEGUINES ET BEGUINAGES                                        49\n\n\nretombé dans la bourgeoisie, mais de tout temps les béguines\nont été considérées avec sympathie.\n    Elles mènent une vie active et pure, partagée entre la prière\net le travail. N ' é t a n t pas cloîtrées, elles sont sociables; elles ne\nse signalent ni par une étroite intolérance, ni par la mendicité.\n    Elles ne prononcent que des vœux temporaires et promettent,\npour le temps qu'elles passeront dans la communauté, de se soumettre\nà tous les us et coutumes et d'observer la règle.\n    Elles ne vivent pas absolument hors du monde, mais à côté,\net la porte de communication n'est fermée qu'au loquet.\n    Il est rare que des béguines quittent l'ordre pour contracter\nmariage ; la règle ne le défend pas, mais une béguine est décon-\nsidérée quand elle sort pour se marier.\n    Généralement elles entrent jeunes au Béguinage. A Sainte-\nElisabeth (c'est le Grand-Béguinage de Gand) il y a une limite\nd'âge; au Petit-Béguinage elles sont les bienvenues à tout âge,\nfilles ou veuves. Aujourd'hui presque tous les Béguinages en\nBelgique ont dépéri. Seuls les Béguinages gantois sont restés\ndebout et bien vivants ; c'est vers eux maintenant que viennent\nles aspirantes béguines de tout le p a y s .\n    Actuellement le Grand-Béguinage contient huit cents mem­\nbres, et le petit, environ trois cent cinquante.\n    Vers les années 1862-1865, le Conseil communal de G a n d ,\nd'accord avec la Commission des Hospices civils, décida l'abo­\nlition du Grand-Béguinage, celui de Sainte-Elisabeth (1).\n    Comme bien on pense, les pauvres béguines furent affolées.\n    On les chassait de leur vieille et douce retraite.\n    Qu'allaient-elles devenir? Qu'allaient faire les filles et veuves\nqui, désirant mener une vie pieuse et retirée, à côté du monde,\ntrouvaient au Béguinage un abri sûr et décent en rapport avec\nleurs modestes ressources ?\n    O h ! bonheur! P a r m i les personnes justement émues de cette\nsituation, il se trouva quelqu'un qui, avec une générosité prin-\ncière, acheta un vaste terrain à l'autre bout de la ville et y fit\nbâtir cette petite cité moyenâgeuse qu'est maintenant le nou­\nveau grand Béguinage.\n   (A continuer.)                         CLARA COGEN-LEDEGANCK.\n                              (Traduit du flamand par ANNA D E W E E R T - C O G E N . )\n\n  (1) Le Petit-Béguinage était autrefois appelé l' Enclos aux foins» parce qu'il était situé\nau milieu des prairies.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-010", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 50, "page_fin": 53, "titre_corps": "La Multiple Splendeur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "La Multiple Splendeur JE ne sais si le plan", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2885, "texte": "La Multiple Splendeur\n                     JE ne sais si le plan et le thème de ce livre déterminèrent mon\n                       impression, mais il me semble que jamais M. Emile Ver-\n                       haeren ne nous donna une œuvre d'une si grandiose\n                       ampleur et d'un si fier lyrisme. Aussi bien marque-t-elle\n                       une décisive étape dans la glorieuse voie que parcourt,\n                       d'un pas alerte, égal et fort, le plus puissant des poètes\n                       d'aujourd'hui, le plus jeune et le plus nouveau.\n                          Ce qu'il y avait encore, dans ses derniers recueils, de\n                       maladif et de furieux — si l'on néglige, toutefois, les Heures\nclaires et les Heures d'après-midi, qui sont comme des haltes de paix dans la\nlente ascension de cet esprit inquiet vers les sommets qu'il entrevoit, — ce\nqu'il y avait encore de pessimisme chagrin et de grondante révolte, s'est, à\nprésent, évanoui ; car le poète approche des cimes, sereines, et l'air, autour de\nlui, prend déjà la pureté translucide des hauteurs.\n    Si la Multiple Splendeur garde quelque chose de farouche, de violent, d'exas­\npéré, — la personnalité de M. Verhaeren ne saurait aller sans outrances, —\nsi elle garde quelque chose qui touche au paroxysme, c'est précisément la\njoie qu'elle exhale, la joie robuste et passionnée de l'homme conscient de sa\nforce et certain de sa grandeur ; si elle garde quelque chose d'outré, c'est\nl'orgueil de cette g r a n d e u r .\n    L a Multiple Splendeur est donc un « cantique de jubilation », u n e louange\néperdue, non pas de notre dignité, ce terme serait fort en dessous de la\npensée du poète, mais de notre Sublimité. « Admirez-vous les uns les\nautres » : telle est la première épigraphe du livre, et celle qui le résume le\nmieux; cette autre aussi, du reste, précise éloquemment les motifs essentiels\nde ce poème de l'énergie :\n              Nous apportons, ivres du monde et de nous-mêmes,\n              Des cœurs d'hommes nouveaux dans le vieil univers...\n   Du premier au dernier vers, ce livre est, en effet, l'épopée de l'Effort, de\nl'invincible audace et du tenace labeur; en un p a n o r a m a i m m e n s e , il\nembrasse à la fois la création du monde, la naissance des idées, la formation\nd u verbe, l'enfantement progressif des civilisations, le lent éveil des émotions\nhumaines, les transformations que la vie imprima peu à peu à la face de la\nterre et les prodigieuses merveilles qu'y sema, au cours des siècles, notre\nnoble activité. Ainsi, en un cercle épique, le poète unit l'effort primordial\n(la Genèse) a u x tout derniers ouvrages de l'industrie h u m a i n e (les paquebots,\nles chemins de fer), en passant sur les décombres des Empires évanouis, sur\n\n  (1) L a Multiple Splendeur, poèmes, par EMILE VERHAEREN. (Paris, Mercure de\nFrance.)\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3590, "texte": "                          LA             MULTIPLE              SPLENDEUR            51\n\n\n\n l'œuvre écroulée des vieux Sages, sur les rêves anéantis des constructeurs de\nchimères. Mais nulle ruine ne l'épouvante et nul désastre ne l'attriste : malgré\nles tragiques débris épais sur la route des âges, malgré les chutes succes­\nsives des édifices du génie, malgré la nuit qui s'est faite sur les plus radieux\nconcepts, remplacés par d'autres clartés, il garde une joyeuse confiance dans\nl'avenir de l'humanité. Et ces écroulements où d'autres verraient le signe de\nla Mort, lui manifestent, au. contraire, l'incessante fièvre De la Vie. Si le\nmonde évolue, c'est u n e preuve qu'il progresse : à travers ces vicissitudes, le\npoète sent l'obscur travail d'une force plus ou moins inconsciente\net d'un courage qui plus ou moins s'ignore. Voilà pourquoi, sur les ruines\nque les âges accumulèrent, il chante des chansons d'espoir et d'orgueil.\n    Qu'importe que les Génies, autour desquels gravitent les problèmes tribu­\ntaires, éteignent un jour leur flamme qui éclaira le m o n d e ? D'autres génies\nleur succèdent, également éblouissants, comme des étoiles nouvelles rem­\nplacent au firmament les asties réduits en poussière. L e Verbe aussi, fixé par\nles poètes, se meut, ondoie et se transforme : il vit donc d'une vie véritable,\net ses vicissitudes ne sauraient empêcher que des paroles de beauté ne volent\nsur les lèvres des h o m m e s . « T o u t se transforme, rien ne se perd » :\nce truisme scientifique trouve ici, si je puis dire, sa paraphrase poétique.\n    La Multiple Splendeur, reflet de l'univers, embrasse, en une succession\nharmonieuse et méthodique, les trois grands Infinis qui troubleront toujours\nles méditations des penseurs : le T e m p s , l'Espace et l'Ame h u m a i n e . Il sera\npermis à un catholique de regretter que Verhaeren ait négligé précisément le\npremier Infini, dont tous les autres ne sont que des émanations, et qui pour\nnous se n o m m e Dieu. Mais, aux regards de notre poète, l'homme est à lui-\nmême son d i e u ; et si cette conception nous paraît contestable au point de\nvue philosophique, on ne saurait méconnaître ni la puissance ni l'éclat des\npoèmes qu'elle inspire à Emile Verhaeren : ce chant est peut-être le plus élo­\nquent qu'ait jamais entonné l'orgueil d'une créature. N o u s n'avons pas à nous\noccuper ici de ce que vaudraient, transportées dans le domaine des réalisa­\ntions, cette conception de la grandeur h u m a i n e et cette foi dans la sainteté\nde la force : laissons les fruits hypothétiques q u e produiraient de telles idées,\npour admirer sans réserve les glorieuses fleurs de lyrisme qu'elles firent\néclore d a n s le cerveau fécond du grand poète des Villes tentaculaires. Et bor­\nnons-nous à constater qu'en célébrant ainsi les louanges de la force, Verhaeren\nse rencontre, sans doute à son insu, avec quelques-uns des plus hauts pen­\nseurs et des plus p u r s artistes de ce t e m p s ; les Elus, par exemple, nous impo­\nsent le souvenir de telle figure d'Ibsen :\n              Certes, elle était douce au fond de leur vallée,\n              L'existence, parmi les gestes et les voix,\n              Dans la chambre de joncs et de soleil dallée,\n              Entre les blocs de grès et les vieux bancs de bois.\n              Elle était simple, elle était franche,\n              Avec ses buissons bruns de labeur ou de peine\n              Au long dès jours de la semaine ;\n              Avec ses floraisons rouges et blanches,\n              Chaque dimanche,\n              Quand les cloches-, dans les matins, sonnaient...\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "32                                    DURENDAL\n\n\n              Mais ceux qui gagnent de loin en loin les cimes,\n              Par un pauvre sentier pendu sur un abîme.\n              Ivres de joie et d'avenir, n'écoutent pas\n              Les souvenirs chanter dans les maisons d'en bas.\n              Leur geste solitaire est incompris, qu'importe !\n              Plus tard, le monde entier passera par la porte\n              Qu'ils ont ouverte, au bord des cieux, sur l'infini.\n              Aucun ne se demande où son rêve unit.\n              Et seuls, là-haut, ils érigent plus haut encor\n              Que les sommets dont ils foulent la neige et l'or,\n              Toujours, vers plus d'espace et de clarté,\n              Les blocs de leur ardeur et de leur volonté.\n\n    N e songez-vous pas, en lisant ces vers simples et grandioses, à telle scène\nvertigineuse, et si intime en même temps, de Solness le Constructeur, d e Brand\nou de Rosmerskolm ?\n    Au surplus, la Multiple Splendeur témoigne d'une large, et ardente, et géné­\nreuse sympathie, tant pour les choses de la nature que pour les h o m m e s qui\nluttent et souffrent. Tout ce qui respire, tout ce qui vit, tout ce qui s'agite,\ntout ce qui se débat sous l'étreinte du malheur, est près du cœur du p o è t e ; il\naime les émigrants, les bûcherons, les laboureurs, les marins, les m i n e u r s ,\nles forgerons, tous ces êtres « puissants et fraternels » de qui la destinée, si\ndissemblable qu'elle puisse être de sa destinée à lui, remue au fond de ses\nentrailles u n e émotion douce et violente de tendresse ou de compassion. De\ntous ses vœux, de tous ses cris, il appelle l'avènement de la fraternité, de\nl'universelle justice et des rayonnantes idées qui vivifient l'homme en l'illu­\nm i n a n t . Et, je le répète, si l'on peut déplorer que la foi religieuse n'ajoute pas\nsa splendeur à toutes celles de ce livre, il faut reconnaître la noblesse de l'idéal\n qu'il interprète.\n     Il convient aussi de dire quelle g r a n d e leçon d'énergie, de courage et de\n confiance, nous d o n n e à tous ce beau livre, ce sublime bréviaire de l'Effort.\n A suivie Emile Verhaeren dans ce long pèlerinage à travers les splendeurs du\n m o n d e , les m o n u m e n t s du passé et les innombrables miracles qui se déroulent\n d a n s notre propre cœur, on prend conscience de la grandeur humaine, et l'on\n reste à la fois étonné et ravi, mais surtout réconforté. On sort, de cette glo­\n rieuse p r o m e n a d e ,\n\n               Ivre et fervent, hagard, heureux et sanglotant,\n\net l'on respire, dans ces pages de jeunesse et de lumière,\n\n               On ne sait quoi de sain, de clair et de fervent,\n\n qui accumule en vous des réserves de puissance et des trésors d'espoir, c o m m e\n une bouffée de l'air des cimes vous arme et vous affermit pour les hardies\n escalades. Q u e font les souffrances à un être ainsi cuirassé par l'orgueil? elles\n lui fournissent l'occasion de livrer, fût-ce en secret, « la plus belle des batailles\n h u m a i n e s » , et d'exalter son héroïsme en exaspérant ses douleurs, tel un\n guerrier qui boit son sang pour se rafraîchir et se fortifier. E t que lui fait la\n Mort? le temps est un mensonge, et mourir, pour un tel h o m m e , n'est que la\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "                        LA MULTIPLE SPLENDEUR                                 53\n\n\ndernière beauté. Qui ne voit qu'une telle conception, malgré d'apparentes\ndissemblances, se rapproche étroitement de la croyance chrétienne?\n    Mais la joie de la vie est la souveraine maîtresse : parfums, rayons,\nmusiques, couleurs, — le vent, les fruits, les fleurs, les arbres, — la vie tout\n entière est une fête, fête des sens éblouis et de l'âme enivrée. Et si quelque\n chose domine cette fêté perpétuelle de la chair et du cœur, si quelque chose\n règne au-dessus de la douleur salutaire et de la joie vivifiante, c'est le calme\n rayonnement des idées éternelles, étoiles dont les yeux d'or nous regardent\nfixement,,.\n    Tel est ce poème de foi, de ferveur et de clarté, où le poète a fait passer le\n souffle qui anime les chefs-d'œuvre, parce que, dans la franchise de son cœur\nâpre et tendre, il a communié vraiment avec les splendeurs du monde, parce\n que, comme il le dit lui-même, « il a baisé la joie et la douleur humaines »,\n et parce qu'enfin, semblable au vent qui parcourt l'espace sans limites,\n « immensément, il a étreint le monde, » s'élant, par la vertu de la force créa­\n trice, multiplié dans tout ce qui fleurit, dans tout ce qui vibre et dans tout ce\n qui rayonne. Avec les jeunes accents d'une âme impétueuse et l'émerveille­\n ment d'un enfant qui découvre, à chaque pas, de nouvelles magnificences\n hors de lui et en lui-même, le poète nous a dit ici ses surprises, ses enthou­\nsiasmes, ses convictions et ses rêves. Et nous retournerons souvent à ce livre\nde vigueur, de joie et de santé : car on y sent battre un grand cœur sincère,\noù chacun de nous reconnaît les mouvements de son propre cœur, héroïque­\nment rythmés par une langue mélodieuse, ferme, chaude et colorée, sans\nfaiblesse comme sans détour, et par un vers dont la souveraine limpidité\nreflète lumineusement les songes penchés sur lui.\n   Et voilà ce qu'il sied d'admirer sur toute chose dans les œuvres d'Emile\nVerhaeren : cet accord absolu entre le verbe et l'idée, ce mariage si harmo­\nnieux, si intime et si profond qu'il ne saurait permettre le soupçon d'un men­\nsonge ni l'ombre d'une trahison, — ce vêtement si noble, si juste, si parfait, et\ntout ensemble si étroit et si souple qu'il flotte autour de la pensée en la\nresserrant dans de sobres contours, comme faisait le voile des femmes athé­\nniennes, exactement drapé sur la beauté des corps.\n                                                               FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\n                                    *\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-011", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 54, "page_fin": 56, "titre_corps": "Sur l’œuvre d’Adrien Mithouard", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tancrède de Visan", "ancre_debut": "Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard (Suite)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard\n                                      (Suite) (I)\n\n\n\n                   LA pensée poétique de Mithouard a su s'incarner dans des\n                     formes personnelles qui disent à quel point l'idée et l'ex­\n                     pression se compénètrent chez notre artiste. Par suite de\n                     son isolement, Mithouard n'a pas su puiser ailleurs que\n                     dans le rythme de sa conscience les harmonieuses et\n                     subtiles cadences capables de clicher sa pensée libre. P o u r\n                      lui, comme pour tous les vrais poètes symbolistes, il existe\n                      deux sortes de vers : le vers lu et le vers parlé. L'un\n                      est conventionnel ; son d o m a i n e abstrait se clôt d'étroites\nlimites, totalement disproportionnées avec la mobilité de nos sentiments\ncontemporains. L'autre, le vers parlé, s'offre comme la réalité par excellence\nde nos personnes, les diverses pulsations de nos émotions concrètes, le\nchant instinctif d'un tempérament, la mesure libre et continue de nos\nsymphonies intérieures.\n   Malgré les récents travaux suscités par l'emploi de ces cadences flexibles,\nje crois qu'il est encore impossible à cette heure d'enfermer en des règles fixes\nnotre prosodie, pour toujours affranchie des canons statiques. On ne peut\nendiguer par des lois stables le rythme individuel en quoi se localise la\nmélodie de chaque poète. Je reconnais en ceci le charme de notre poésie\nfrançaise, comme de toute beauté. La grande valeur du vers libre provient\nde 1'habile et du savant maniement des syllabes fortes et faibles. Ainsi nous\njugeons tout de suite de la bonté de tel ou tel poète dans la façon dont il manie\net mêle les accents. Où le vers libre est franchement insupportable, s'apparente\nà de la prose médiocre, où il renforce le rythme et martèle avec grâce une\nmélodie expressive.\n   De fait, le vers français ne s'appuie pas seulement sur le nombre des syl­\nlabes. Ces syllabes diflèrent encore entre elles par la qualité et le timbre.\nQuoique moins marqué qu'en latin, l'accent existe dans notre langue. Inter­\nrogez, pour vous en convaincre, l'instrument de l'abbé Rousselot. Vous verrez\nque les mots Ame et femme n'amènent point sur le cylindre enregistreur le même\nnombre de vibrations (2). D ' I n d y , notre grand musicien occidental, a montré,\n\n\n  (1) Voir nos fascicules de Septembre, Novembre et Décembre 1906.\n   (2) Cf. Robert de Souza : La poésie française et Ce muet. (L'Occident. Nov. 1902.)\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3658, "texte": "                   SUR    L'ŒUVRE      D'ADRIEN      MITHOUARD                       55\n\n\n\ndans son Traité d'Harmonie, tout le parti que notre polyphonie contemporaine\ntire des temps lourds et des temps légers. Notre musique n'est que du mouve­\nment. Ce que W a g n e r , Franck, d'Indy, Chausson, Debussy ont réalisé en\nmusique : suppression de la barre de mesure à intervalles réguliers, — détes­\ntable importation de la Renaissance — la symétrie répudiée, ainsi que les\nmorceaux de remplissage qui « font le pont », la poésie moderne l'a incor­\nporé à sa m é t r i q u e . T e m p s lourds, temps légers prodigués avec goût, voilà\nl'essence de notre poésie. C'est tout ce qu'on en peut dire pour l'instant, si\nl'on ajoute que dans le corps de nos strophes analytiques se groupe une\ninfinité de petites harmonies mystérieuses, impossibles à nombrpr, d'où naît\nla joie suggestive du poème (1). Enfin, le r y t h m e et la beauté de l'expression\nproviennent encore de la valeur historique des mots employés. « R e m a r q u e z ,\nécrit Mithouard dans le Tourment de l'Unité, la vétusté phosphorescente de ces\nvieux mots où se sont accumulés des siècles de sens, et la b e a u t é encore de\nces mots abstraits employés au pluriel dans le latin mystique. C'est qu'un\nnouvel usage les multiplie par eux-mêmes et les charge de richesse. » L e s\nmots ont u n e âme et u n e figure. L ' â m e du mot se révèle par u n heurt chez\nle lecteur, elle déclanche notre émotion et provoque la suggestion en nous\ncolorant de sa lumière. La figure du mot détermine la beauté de la forme, ses\nproportions, son h a r m o n i e .\n   Est-ce à dire que le vers libre r o m p e de parti pris notre tradition poétique?\nOn se doute que n o n , puisque l'Occidental est l'homme qui comprend le\nmieux la valeur du temps, c'est-à-dire de la continuité. Avec nos musiciens\ncontemporains « la mélodie retourne à la pureté originelle de l'enfance b a r ­\nbare ». Avec notre conception dynamiste de la poésie nous rejoignons les\nlaisses rythmiques du moyen âge. Notre oreille s'est affinée, comme sensibi­\nlisée à l'excès, mais notre vers parlé mériterait la critique s'il oubliait l'âge\nclassique et la persistance de certaines habitudes. On ne peut se débarrasser\ndes nécessités du vers lu. C'est ainsi que la rime pourra être assagie ; — « si l'on\nn'y veille elle ira jusqu'où ? » — nous allégerons ses redondances sonores;\nnous l'escamoterons même parfois, afin de mieux marquer une imprécision\nvoulue et l'étendue indéfinie d'un décor éployé. Mais notre oreille guette\nson retour. La rime d e m e u r e un élément indispensable du vers français. E t\nplus indispensable que le reste, plus nécessaire que jamais dans le maniement\ndélicat des modulations et des tonalités, le goût, seul vrai juge.\n   La lecture des œuvres plus haut analysées me suggéra ces réflexions sur\nla forme du vers m o d e r n e . Mieux que quiconque, Mithouard a su rénover\n\n\n   (]) C'est ce qu'a fort bien rendu Mithouard dans le Tourment de l'Unité. Parlant du\nClavecin bien tempéré où chaque partie est faite de motifs minuscules qui s'organisent en\ngroupes, qui se répondent et qui évolueut successivement, l'auteur ajoute : « De cette\nincroyable polyphonie, les plus infimes détails sont diversement expressifs, par où se\nsuggèrent a chaque endroit d'autres éléments que ceux dont l'œuvre offre la liaison\nétroite,... tout cela se coordonnant avec puissance, se massant comme vers un centre\ninévitable, autour d'une dominante idée... L'harmonie-mère d'une oeuvre emporte par\nconséquent avec elle un faisceau d'harmoniques qui la timbrent et qui l'étoffent, on\nl'amplifiant d'une série de correspondances.\"\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1770, "texte": "56                                       DURENDAL\n\n\nnotre métrique, faire de la mélodie continue, sans jamais froisser nos oreilles. L e\npremier, il a tenté certains g r o u p e m e n t s syméiriques raisonnés, auxquels nos\nesthéticiens n'ont encore prêté nulle attention. Son vers n'est ni la strophe\nanalytique de Griffin, ni la mélopée d e Verhaeren, ni les laisses multicolores\nde K a h n , mais lui m ê m e . Sans m'attarder, je renvoie à la première pièce d e\nl'Iris exaspéré, si curieux par ses anapestes et son rythme d e quatorze pieds,\ndivisés en 4/4/6, avec l'accent sur la dernière syllabe.\n\n               Un iris lent,\n                                s'est élancé\n                                               vers la flamme des cieux.\n                Et j'ai livré\n                                mes passions,\n                                                ma chair toute sanglante,\n               Mes sens, mon cœur,\n                                         pour la nourrir,\n                                                            à la mystique plante.\n\nQu'on relise aussi d a n s le même livre la Lune aveugle. Ici le vers d e quatorze\npieds a sa césure au septième, et le premier hémistiche ne trouve sa réalisa­\ntion, a u point d e v u e d u sens comme d e l'harmonie, que d a n s le second\nhémistiche.\n\n                La lune est un œil qui tâche\n                                                    à s'ouvrir dans le ciel noir.\n                Elle a désespérément\n                                          la convoitise de voir.\n\nOn dirait d'un accord d'abord altéié q u i , après u n e légère modulation, se\nrepose sur la d o m i n a n t e .\n\n     A continuer.)                                                    T A N C R È D E DE VISAN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-012", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 57, "page_fin": 59, "titre_corps": "Un livre à lire : Le journal d’une expulsée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Bruno Destrée, O. S. 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Et,\n                    sans doute, l'infortune de ces congrégations est grande.\nMais pourra-t elle être bien présentée par une jeune sœur naguère chargée\nde classes dans un couvent, et sans expérience littéraire. Son récit ne\nsera-t-il pas inhabile, sentimental à l'excès, exagéré ou exalté, étant donné la\ngrandeur des maux qu'elle doit décrire. On pouvait le craindre, mais, heureu­\nsement, il n'en est rien, par la raison bien simple que cetle sœur ne\ncherche pas à écrire avec art, mais qu'elle raconte ingénûment, candidement\net, surtout, avec une émotion vraie, sincère et communicative, toutes les\nangoisses, les espérances, les désillusiong, les humiliations et les tristesses\npar lesquelles elle et ses sœurs ont dû passer.\n\n                                          *\n                                         * *\n\n   Fort bien disposé son Journal, captivant comme un roman d'aventures, se\ndivise en deux parties : Avant l'expulsion — Après l'expulsion.\n   Avant l'expulsion. — Cela remonte au 2 janvier 1904. C'est le tableau vivant et\ntouchant de la vie régulière encore au couvent, mais déjà angoissée par la\nmenace qui de jour en jour se précise des décrets d'expulsion. Joies saintes\nde la cellule et de la prière au chœur « dans les stalles de chêne où les reli­\ngieuses sont si recueillies », douce compagnie des sœurs avec lesquelles on a\nvécu, lutté, travaillé et prié des années, enfants et fillettes pour lesquelles on\ns'est dévoué et pour lesquelles on voudrait faire plus encore, va-t-il donc falloir\nquitter tout cela? Et sacrifice plus terrible que tous les autres, faudra-t-il\nquitter aussi l'habit béni que l'on porte en témoignage de sa consécration à\n\n  (1) Avec préface de François Coppée. Paris, Gabalda et Cie, 1907.\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "58                                   DURENDAL\n\n\nDieu — et rentrer d a n s le monde pour y vivre de sa vie ? — Quelque incroyable\nque cela paraisse il le faudra cependant, tout au moins pour une b o n n e\npartie des sœurs. M. le Supérieur le leur annonce au chapitre, en recomman­\nd a n t à chacune de s'organiser, de préparer un plan de vie et de le soumettre\nà la mère Supérieure. Que d'anxiétés pour celle-ci à la pensée de toutes ces\nexistences au salut desquelles elle doit pourvoir, que de fatigues et de\nrecherches vaines à l'étranger en quête d'une maison de refuge, que de tris­\ntesses dans les derniers jours passés d a n s le couvent qui se vide, dans tous ces\nsouvenirs qui disparaissent l'un après l'autre, et dans le jour du départ enfin;\nla porte de clôture ouverte, et les sœurs la franchissant l'une après l'autre après\ns'être embrassées et avoir reçu une dernière bénédiction de leur mère.\n    T o u t cela a été vécu, noté et écrit au jour le j o u r et restera, ainsi que le dit\nM. Coppée dans sa Préface, « c o m m e un des documents les plus probants et\nles plus sincères d e l'histoire de la persécution religieuse en F r a n c e ».\n\n\n\n\n   Après Texpulsion. — Celles des religieuses qui avaient quelques ressources\nont été renvoyées chez leurs parents, la pauvre maison qu'elles ont pu trouver\nen Belgique n'ayant pu les recevoir toutes. Quelques sœurs ont pu, à titre\nd'exception, être reçues dans des couvents étrangers et la plupart des\nconverses sont rentrées dans leurs familles. C'est donc la dispersion tant\nredoutée, mais non point la désunion, car toutes restent en rapport avec la\nsupérieure, e t ' l a narratrice, dans cette seconde partie de son livre, n o u s\ntient au courant de toutes ces existences dispersées d a n s les milieux les plus\ndivers, mettant bien en relief les figures les plus saillantes. Il y a là quelques\nbeaux caractères : sœur Marie-Bernard, sœur Joseph-Marie se dévouant pour\nla conversion de leurs p è r e s ; sœur Marie de Nazareth, celle qui écrit le\njournal si fidèlement éprise do sa vocation avant comme après l'expulsion, et\nsi sympathique dans ses courageuses poursuites à la recherche d'une situation\nqui lui permette de ne pas être à charge de ses p a r e n t s ; une amusante et jolie\nfigure de converse, sœur M a r i e - R o s e ; d'autres pitoyables dans leur détresse,\n es pauvres vieilles mères autorisées à demeurer quelques mois dans la partie\na plus délabrée du prieuré et qui, jusqu'au vote d'expulsion, se refusent à\ncroire à la méchanceté des persécuteurs et répètent sans cesse avec une con­\nfiance obstinée : « Ils ne nous chasseront pas, puisque nous ne leur avons rien fait. »\n\n                                              *\n                                          *       *\n   S a n s doute, tout n'est point parfait dans ce journal. P o u r ne rien dire\nde l'Office qu'elle récite, mais dont elle ne parle jamais, comme s'il n'était\npas fait pour lui apporter journellement force et lumière, on s'étonne de\nvoir u n e piété si fidèle dans l'épreuve, s'appuyer si peu sur l'Evangile — où\nelle trouverait pourtant dans les prédictions de Notre Seigneur à ses disciples\ntant de consolation et de réconfort. Il y a par contre çà et là un léger a b u s\nde dévotion sentimentale et patriotique. On l'excuse néanmoins volontiers\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1371, "texte": "                             UN LIVRE A LIRE                                     59\n\nen tenant compte des angoisses dans lesquelles ce livre a été écrit; — et pour\nnous la seule chose qui nous y ait déplu et que n o u s voudrions voir sup­\nprimer dans u n e seconde édition, c'est, d a n s le récit du voyage en Belgique,\nun entretien de la sœur avec une p a y s a n n e wallonne dont la sœur se\nplaît à raillerie langage. I1 n'y avait, semble-t-il, ni grand intérêt, ni grand\nesprit à noter et à exagérer quelque peu ces défauts de langage, et, d'autre\npart, il y a un singulier m a n q u e de goût à se moquer de gens dont on reçoit\nl'hospitalité. Mais, ces réserves faites, le journal n'en reste pas moins, comme\nnous le disions en c o m m e n ç a n t , charmant dans son ensemble, personnel et\nvivant. Il fera, nous l'espérons, grand bien, en permettant de mieux connaître\net mieux apprécier celles que le gouvernement français n'a pas eu honte de\nchasser. E t pour nous associer aux sentiments de charité que la b o n n e sœur\nne cesse de conserver tout le long de son journal vis-à-vis de ses persécu­\nteurs, nous souhaitons que son livre, tout en éclairant les gens de bonne\nvolonté, serve aussi à ramener à la vérité et à la justice quelques esprits\nnaguères égarés et hostiles.\n\n                                            Dom   BRUNO D E S T R E E , O. S.   B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-013", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 60, "page_fin": 68, "titre_corps": "Chronique d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d'Art MUSIQUE La Johannes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "Chronique d'Art\nMUSIQUE :\n\n             La Johannes=Passion de Bach à Anvers\n   La première audition de la Johannes-Passion en Belgique! Ce n'est point\nun mince mérite pour M. Ontrop de nous avoir enfin fait entendre ce chef-\nd'œuvre. L'audition du g décembre 1906 restera une date dans nos annales\nartistiques.\n   L'exécution de cette œuvre aussi difficile qu'admirable a été réellement\nbonne et remarquable, malgré l'absence d'orgue et d'instruments anciens\n(violes d'amour et violes de gambe) et quelque hésitation dans l'orchestre. Le\npetit chœur mixte de M. Ontrop a fait merveille dans l'interprétation des\npieux chorals et des ensembles si pittoi esquement dramatiques qui expriment\ntantôt les voix de la foule des juifs participant à l'action, tantôt celles des\nfidèles.\n   Les soli étaient confiés à quatre artistes étrangers, initiés à l'art de Bach\n(n'eût-on pu en trouver en Belgique?) : Mmes Meta Geyer, soprano, et Pauline\nDe Haan-Manifarges, alto; MM. A. Jungbluth, ténor, et G. Zalsman, basse.\nA l'exception du ténor berlinois Jungbluth, qui nous a paru insuffisant au\npoint de vue de la voix et de l'expression, tous ont été à la hauteur de leur\ntâche. Mme Geyer nous a particulièrement plu dans l'air charmant avec\nflûtes Ich folge dir mit freudigen Schritten et dans l'émouvant Zerfiiesse, mein\nHerze, avec flûte et hautbois. Mme De Haan a fort bien dit aussi les airs\nVon der Stricken meiner Sündeu, avec hautbois, et Es ist vollbracht, avec solo de\nvioloncelle (au lieu de la viole de gambe obligée). Mais il faut mettre hors\npair M. Zalsman, de Haarlem, qui a chanté d'une façon merveilleuse les\nparoles du Christ, dont l'expression musicale est ici superbe, et les deux plus\nbelles pages de l'œuvre : l'arioso avec violes Betrachte meine Seele, méditation\ndu chrétien devant le Christ flagellé, et, surtout, l'air avec chœur qui prie\ndevant le Christ mourant. Le texte de ce dernier chant est d'une naïveté\namoureuse et sublime. S'inspirant de la parole évangélique que vient de dire\nle récitant : \" Il inclina la tête et expira », le fidèle s'adresse au divin Crucifié à\nce moment suprême : \" Mon cher Sauveur, laisse-moi te le demander, main­\ntenant que tu es cloué à la Croix et que tu as dit : « Tout est accompli »,\nsuis-je délivré de la mort? Puis-je, grâce à ta souffrance et à ta mort, hériter\ndu royaume céleste? Le monde entier est-il sauvé?... Tu souffres trop pour\npouvoir parler; mais tu inclines la tête et me réponds tout doucement :\nOui. !\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "                              CHRONIQUE D'ART                                     61\n\n\n   Commentaire l'émotion que cette audition nous a causée? Nous ne la\nretrouverions sans doute pas aussi vive en présence d'une exécution plus\nparfaite, plus imposante, plus complète, mais moins sincère et fervente.\nJamais nous n'avons senti de telle sorte la beauté profonde de l'oratorio\ncultuel, de la forme de la Passion-Drame, telle que l'époque de J.-S. Bach\nl'a comprise et réalisé;. Jamais, en écoutant une oeuvre religieuse, nous\nn'avons oublié plus complètement que nous étions au concert. L'aspect même\nde la salle du Cercle Artistique, simple et sans apparat, ayant un vague air\nde temple, corroborait cette impression. Non, ce n'est point au concert que\nnous étions, mais dans un lieu de prière, réunis pour entendre raconter la\nPassion de notre Sauveur Jésus et réconforter, par la vertu divine de ce récit,\nnos âmes languissantes. L'un de nous chantait l'histoire sublime, en s'inter-\nrompant souvent; et. méditant alors devant le spectacle évoqué, tantôt nous\npriions tous ensemble un choral, tantôt nous nous joignions par le sentiment\nà la prière chantée par un de nos frères. Parfois, pour nous pénétrer davantage\nde terreur et de pitié, nous criions avec les soldats et les juifs perfides :\n\" Crucifiez-le! \" Et quand Jésus fut déposé au tombeau, nous lui avons\ndemandé humblement et amoureusement de nous ouvrir le Ciel où nous\nvoulons le louer éternellement...\n   Ce n'est plus de l'art, cela. C'est bien mieux et bien plus grand!\n   Je devrais maintenant analyser et étudier musicalement cette première\n Passion de J.-S. Bach. J'y reviendrai peut-être prochainement et, après avoir\noublié cette impression orante, je lâcherai de dégager les caractères esthétiques\nde cette œuvre et ses rapports avec les Passions du XVIIe siècle, spécialement\navec celles de Heinrich Schiitz.\n   Félicitons et remercions encore les trois organisateurs de l'audition d'An­\nvers, MM. Boelaerts, Ontrop et Stellfeld. Nous leur devons la révélation\nd'un radieux chef d'œuvre. Puissent-ils bientôt nous redonner la Johannes-\nPassion dans des conditions plus parfaites, et, cette fois dans son intégrité\nabsolue, avec les quelques morceaux qui ont été supprimés le 9 décembre.\n Ah! qu'ils seraient bien inspirés s'ils nous faisaient entendre ensuite quel­\n qu'une des œuvres de SCHÜTZ : la Passion selon saint Jean, celle selon saint\n Mathieu, l'Oratorio de Noël ou les Sept paroles du Christ.\n                                                                CH. MARTENS.\n\n\n                      Second Concert Populaire\n   Ce qui constituait le principal intérêt de ce concert était la participation de\nMme Merten-Culp, cantatrice hollandaise dont la réputation est déjà établie\nen Allemagne. Son art est assurément aussi fin que sincère. Si la voix est\nbelle, chaleureuse, se parant de timbres profonds et doux, ce qu'il importe de\nnoter avant tout ici, c'est la façon dont l'artiste interprète, dont elle fait jaillir\nl'âme intime de l'œuvre se reflétant limpidement dans la diction, l'expression,\n1'accent, la physionomie. Signalons la maniere dont elle a chante l'admirable\nNacht und Traüme de Schubert, la Mainacht de Brahms s'inspirant d'un'senti-\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "62                                   DURENDAL\n\n\n\nment analogue avec plus de flamme et moins de g r a n d e u r , le O süsse Mutter\nde L ö u e , ravissant d'expansion juvénile et naïve, les deux lieder de H u g o\n Wolff, Verborgenheit et Mögen alle böse Jungen, si différents de signification et de\nforme. D'ailleurs les huit poèmes d'inspiration si diverse choisis par\n M m e Merten-Culp, poèmes tendres, ailés, extatiques, sombres ou gtacieux\n étaient extrêmement propres à mettre en lumière sous ses multiples aspects\nla souplesse interprétative de l'intelligente artiste qui a été acclamée avec\nenthousiasme.\n    L e jeune violoniste Paul Kochansky, sorti premier de la classe de T h o m s o n ,\nsemble appelé à devenir une personnalité intéressante. Son jeu précis, ner­\nveux, plein de ressort et de flamme triomphe des pires difficultés techniques,\nce dont nous avons eu une preuve manifeste dans l'exécution d'un tumul­\ntueux concerto de Tschaïkowsky bien vide d'idée et d'inspiration. Kochansky\nest cependant loin d'être d é n u é de ces dons expressifs qui sont la force et\nl'auréole des maîtres de l'archet. S'ils n'ont pas encore toute l'efficacité et la\nplénitude désirables, la cause doit en être recherchée dans sa g r a n d e jeu­\nnesse. Son style s'est d'ailleurs élevé et amplifié de la façon la plus heureuse\nd a n s la belle Fantaisie écossaise de Max Bruch où l'Adagio du début et l'Andante\nsostenuto ont tenu tout particulièrement son auditoire captivé et sous le charme.\nDes applaudissements nourris et chaleureux ont rendu un légitime hommage\nà l'aurore d'un talent qui d o n n e déjà plus que des promesses.\n    E n son p r o g r a m m e , Sylvain D u p u i s n'avait cette fois réservé aux œuvres\norchestrales qu'une part fort restreinte. Au début, une exécution p u r e ,\nlumineuse et châtiée de la huitième S y m p h o n i e de Beethoven, et, pour\nterminer, la pittoresque ouverture La Grotte de Fiagal, de Mendelssohn.\n\n\n\n                        Troisième Concert Ysaye\n   Ysaye a eu la louable pensée de faire connaître au public bruxellois la\nNeuvième S y m p h o n i e d'Antoine Bruckner, compositeur jouissant en quel­\nques centres d'outre-Rhin d'une réputation assez bien établie et qu'une\nfraction de la critique allemande a exalté outre m e s u r e avec ces allures dog­\nmatiques qui lui sont familières, opposant son lyrisme expressif et descriptif\nà la sérénité olympienne et harmonieuse de B r a h m s , où elle ne voulait décou­\nvrir que formules hautaines et glacées, injustices dont le parti-pris est trop\névident pour qu'il soit opportun de les. réfuter.\n   L'œuvre d e Bruckner étant restée inachevée, il semble difficile de porter\nsur elle u n jugement définitif. Toutefois, les parties que nous en avons\nentendu n'ont pu nous convaincre de la vitalité et de la puissance de cet art.\nLa S y m p h o n i e de Bruckner est écrite dans un style tendu et laborieux, où le\nsens de la ligne disparaît entièrement, s u b o r d o n n é au souci de colorations\nplutôt âpres que savoureuses. Si les idées que Bruckner y expose sont sou­\nvent nobles et belles, si prises isolément elles sembleraient pouvoir constituer\nla base magnifique d u T e m p l e , le lien qui les unit est trop débile, et non\nseulement elles ne s'éclairent point mutuellemeut, ne s'enchaînent pas d a n s\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3370, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                       63\n\n la lumière d'une forme architecture, mais elles ne s'y opposent pas non plus\nl'une à l'autre en ces contrastes éclatants, impérieux et révélateurs chers à la\nmuse romantique et dont Beethoven a su tirer le summum d'effet. Les généreux\nélans dont parfois l'œuvre d e Bruckner s'enflamme et se couronne sont trop\ntôt compromis d a n s leur essor et étouffés sous l'afflux de développements qui\nne parviennent ni à les commenter ni à en amplifier les significations. L'im­\npression de fragments juxtaposés est tellement dominatrice qu'on serait tenté\nde voir plutôt ici u n e sorte de vaste poème s y m p h o n i q u e à la manière de\nStrauss et où l'auteur aurait voulu traduire des idées philosophiques, qu'en\ntout cas il eût importé de préciser, faute de quoi l'imagination de l'auditeur\nse sent ballottée anxieusement au milieu de flots obscurs et énigmatiques où\nl'Idéal poursuivi par l'auteur ne luit nulle part d a n s toute sa plénitude. Si\nl'on se place au point de vue de la musique pure, malgré la somme considé­\nrable de talent dépensé et la sincérité souvent évidente de l'effort artistique,\nla composition de Bruckner demeure chaotique et nébuleuse, parce que les\néléments trop dissociés qui la constituent ne vivent pas d'une vie c o m m u n e ,\nsi bien qu'en dépit de ses apparences colossales, elle ne d o n n e pas l'impres­\nsion de vraie g r a n d e u r , m a n q u a n t de cette unité d'inspiration, force essen­\ntielle qui caractérise la symphonie suivant la conception de Beethoven et en\nconcordance avec les formes de beauté immortelle dont il l'a revêtue.\n    A ce même concert le violoniste Fritz Kreisler prêtait son concours. P l u s\nd'une fois déjà Kreisler s'est fait entendre d a n s notre capitale. Parmi les\ngrands violonistes, il peut être considéré comme l'un des premiers. S'il ne\npossède ni l'ampleur expressive ni les radieuses envolées d'Ysaye, il faut dire\nque la netteté et l'étonnante perfection plastique de son jeu, la finesse exquise\navec laquelle il colore les phrases chantantes et les traits, la fière énergie de\nsa rythmique sont autant de dons magnifiques qui constituent l'apanage de\ncet artiste et qui ont triomphé d'abord d a n s un délicieux concerto de Vivaldi\ndont la pure et délicate architecture rappelle le style de ceux qu'écrivit\nJean-Sébastien Bach, puis dans le concerto de Brahms, une des oeuvres les\nplus difficiles de la littérature du violon, enfin dans des fragments de la\nsuite en si mineur de Bach.\n    U n e exécution vibrante et chaleureuse de l'ouverture de Léonore (n° 3) ser­\nvait de péroraison splendide à ce beau concert qui débutait par l'ouverture\nde Sakuntala, composition élégante et assurément l'une des meilleures inspira­\ntions de Goldmark, dominée par une phrase enveloppante qui s'amplifie\nmajestueusement dans un crescendo fort habilement m é n a g é .\n\n\n\n                                 Concerts divers\n   Maintes fois nous avons déjà rendu h o m m a g e dans Durendal au talent si fin,\nsi poétique et si sincère de Mme: Kleeberg-Samuel, ainsi qu'à la merveilleuse\nsouplesse, avec laquelle cette intelligente artiste adapte ses interprétations à\nla pensée, essentielle des maîtres. Le récital qu'elle a donné à la Grande-\nHarmonie dans le courant de décembre a. mis une fois de plus en pleine\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3044, "texte": "64                                   DURENDAL\n\n\n\nlumière ces qualités foncières. Avec quelle émotion grave et quelle pureté de\nstyle elle nous a joué la sonate en ré mineur, o p . 3 1 , de Beethoven! Peut-on\nsouhaiter réalisation plus véridique et plus charmeuse à la fois, plus respec­\ntueuse des moindres intentions du compositeur ? Sous ses doigts, les tiois\néludes posthumes de Chopin, poèmes aériens et caressants, ont pris leur vol\ncomme entourés d'un nimbe de songe méditatif et attendri. De S c h u m a n n\nelle avait choisi les Davidsbündler, une suite d'esquisses qui ne se jouent jamais\nau concert. M m e Kleeberg a fait ainsi preuve d'abnégation artistique, car cette\nœuvre de S c h u m a n n n'est pas de celles qui, suivant l'expression consacrée,\nportent sur le public. Mais elle caractérise, avec tant de relief et d'inattendu,\nl'inspiration si mobile, si protéiforme de S c h u m a n n , inspiration où comme\ndans l'œuvre de H e n r i H e i n e , son modèle, l'humour la plus pétillante succède\naux rêves les plus azurés. Si les Davidsbündler ne sauraient dans leur ensemble\nêtre rangées au n o m b r e des meilleures productions du maîtie de Zwickau,\nelles renferment maintes pages délicieusement fraîches, gracieuses ou spiri­\ntuelles. Telles elles nous sont a p p a r u e s , présentées par M m e Kleeberg\nSamuel.\n   Signalons aussi le piano-récital d o n n é à la G r a n d e - H a r m o n i e par\nM lle W a n d a de Zarembska, fille de feu Zarembski, le grand pianiste qui\nexerça jadis le professorat au Conservatoire de Bruxelles, dont il fut l'une\ndes gloires. Mlle de Zarembska a conquis l'auditoire choisi qui s'était rtntlu à\nson récital par la grâce, la délicatesse et le charme de son jeu, par la sûreté de\nson rythme et la limpidité de sa technique, qualités qui ont particulièrement\nbrillé d a n s l'interprétation de plusieurs études et de la Ballade en sol mineur de\nChopin. M lle de Zarembska est une artiste de grand avenir.\n                                                           G E O R G E S DE G O L E S C O .\n\n\nEXPOSITIONS :\n\n       La 47e Exposition de la S R B des Aquarellistes\n    L a 47 e Exposition de la Société Royale Belge des Aquarellistes qui, chaque\na n n é e , au cours de décembre-janvier, égaie d e ses notes éclatantes et fraîches\nle Musée Moderne, vient d'établir u n e fois de plus l'émancipation, prochaine­\nment totale, des procédés de peinture à l'eau.\n    P r o c é d é , l'aquarelle l'est devenue après avoir constitué u n g e n r e ; de la\npeinture à l'huile elle a toutes les audaces, toute la force avec, en plus, u n e\nséduisante élégance.\n    P o u r atteindre les résultats expressifs, tant et si justement appréciés p a r\nles esthètes, la plupart des aquarellistes contemporains, renonçant au lavis\np u r , aux teintes transparentes, ne reculent plus devant l'intelligent emploi de\nla gouache, jadis impitoyablement proscrite; ils augmentent les dimensions\ndu subjectile et plusieurs renoncent m ê m e aux papiers lisses ou grenes pour\nadopter le carton rugueux, feutré.\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "                             CHRONIQUE D'ART                                      65\n\n\n   Au fait, elles furent assez ridicules la rivalité et les discussions subséquentes\nentre ce qu'on appelait les « aquarellistes purs » et les autres.\n   Qu'importe le moyen — s'il est honnête dans les diverses acceptions du\nmot — pourvu que le résultat soit bon ; il est, certes, très louable qu'il y ait\nune corrélation aussi étroite que possible entre l'esprit et la lettre, entre l'idée\net son expression, mais en matière artistique moins qu'en tout autre les règles\ntechniques ne sauraient être absolues.\n   Il est cependant des artistes qui cultivent plus la forme qu'ils ne se\npréoccupent du fond.\n   C'est ainsi que Cassiers est avant tout un habile — combien ! — technicien ;\non a beaucoup admiré son église hollandaise dorée par le couchant, tour de\nforce, page exquise, que dépare seulement une ombre trop bleue; le Gouver­\nnement a ajouté cette gouache aux autres œuvres du même artiste qu'il\npossédait déjà.\n   Marcette, lui aussi, a beaucoup contribué à élargir le champ de l'aquarelle,\nà la magnifier, si nous pouvons ainsi parler; ses marines constituent toujours\nde délicats régals de couleur; celle-ci domine même parfois au détriment de\nla ligne.\n   Le mariniste Baseleer, sans avoir la finesse de tons de Marcette, a de la\npuissance, une puissance un peu brutale.\n   Thémon et Titz n'ont pas la même virtuosité, mais plus sincères, ils serrent\nla nature de plus près ; mais le roi de l'aquarelle ancienne manière est le\nvaillant Uytterschaut ; toujours correct, toujours goûté aussi, il dessine\nsoigneusement et peint, sans arrière-pensée, des sites choisis avec tact.\n   Ces aquarelles ont avant tout pour but ou pour résultat de charmer l'œil.\n   Il est des artistes, mieux doués, qui savent non seulement satisfaire le\nregard mais parler à l'intelligence et au cœur; parmi eux il convient de citer\nDelaunois le mystique dont l'intérieur de l'église Saint-Pierre, à Louvain, était\nune des œuvres les plus significatives de l'exposition; d'une écriture très\nesthétique et en même temps d'un sentiment intense, elle évoque tout le\nmystère des nefs profondes et aussi des drames augustes qui s'y déroulent, de\nl'autel au confessionnal.\n   Les Ames solitaires, minuscules notations d'impressions ressenties dans les\nbéguinages, — notations de rêves, plutôt, dus aux perceptions premières, —\nsont de nature à intéresser les vrais esthètes plus que certains lavis tapageurs.\n   Nous parlons des hommes d'esprit cultivé, car la foule passe, assez indiffé­\nrente, devant ces perles ; il lui faut autre chose et plus décorative, il lui en\nfaut — qu'on me pardonne l'expression vulgaire — pour son argent : du\ntape-à-1'œil.\n   Ainsi le public raffole des grands lavis, très séduisants mais « sentant trop\nle métier M de Hagemans : trop beaux pour être vrais, ils tournent au décor.\n   Hoeterickx reste fidèle à ses sujets préférés : des foules dont il indique\nhabilement le fourmillement bariolé ou simplement un groupe de quelques\nfigures; le Roi lui a acheté une de ces aquarelles, non la meilleure à notre\navis.\n   Sans être particulièrement nombreuse la participation étrangère était des\nplus remarquables.\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3045, "texte": "66                                 DURENDAL\n\n\n   Bartlett présentait l'œuvre d'art la plus complète du Salon au triple point\n de vue du sujet, de la composition et de la facture : une mère et son enfant\nd'une rare noblesse d'allures et d'un faire impeccable; certains artistes lui\nreprochent même un fini qui va jusqu'à la sécheresse.\n   Brangwyn et von Bartels ont plus de fougue; ils ne redoutent pas pour la\npeinture à l'eau les grandes surfaces et la touche emportée ; ils ont un brio et\nune maestria qu'ignorent encore nos compatriotes.\n   Puissante aquarelle aussi, le Cheval de Labeur, de Breitner, mais d'un des­\nsin un peu flottant.\n   Les Latouche sont toujours harmonieux et très personnels.\n   Nous aurions à citer d'autres œuvres magistrales, mais l'exposition étant\nclose, il faut se contenter de noter — avec quelques preuves à l'appui —\nles tendances, les changements d'orientation, les niveaux esthétiques.\n   Le 47 e Salon de la vénérable Société Royale Belge des Aquarellistes\nmarqua une tendance à une vision plus large, à une écriture plus libre, une\norientation vers des sujets plus grands, plus nobles, bref un étiage plus élevé.\n                                                                       A. D.\n\n\n          Exposition Broeckaert et Gorns à Termonde\n    Voici deux jeunes peintres qui ont la passion de l'Art. Dès leur première\njeunesse ils lui vouèrent leurs rêves et leurs efforts. Pour cet idéal\nexclusif ils ont peiné et déjà souffert. Nés tous deux aux bords de l'Escaut,\nbercés de son rythme, tantôt sauvage, tantôt lénitif, ils captivèrent dans leur\nintellectualité et leur imagination les songes tragiques d'hiver, les riches\naspects d'automne et les claires idylles printanières que l'évolution des saisons\nramène autour du grand fleuve puissant et doux.\n   Au don de sentir, MM. Broeckaert et Gorus ajoutent le don de voir; dans\nla vingtaine de toiles que chacun d'eux vient d'exposer, ceux qui connaissent\net aiment les émouvants paysages des environs de Termonde, apprécieront\nd'abord le choix judicieux que les peintres surent faire des coins les plus\ncaractéristiques de leur terre patriale. Une synthèse harmonieuse se dégage\nde cet ensemble de toiles où flotte, éparse, l'âme à la fois ardente et poétique\n de cette part privilégiée de la Flandre.\n    Si M. Broeckaert, qui est un poète, et un poète flamand de réelle valeur,\n affectionne particulièrement les heures où les brumes légères drapent la\n nature de leurs écharpes de mélancolie, M. Gorus, un instinctif, se bat posi­\n tivement avec toutes les ressources de la palette, contre le défi des couleurs\n violentes et exacerbées que l'Escaut éparpille sur ses rives pendant les rouges\n crépuscules.\n    Très personnels tous deux, unis du reste par une touchante fraternité,\n MM. Broeckaert et Gorus ont un talent en diptyque; mutuellement ils se\n complètent et ensemble ils ont peint, dans toutes ses expressions, le poème\n divers et changeant de l'Escaut.\n    Sur la terre de Courtens, voilà une belle floraison qui se lève ! Et j'imagine\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2810, "texte": "                               CHRONIQUE        D'ART                             67\n\nque le maître de la Pluie d'or doit sourire de complaisance à ces jeunes hommes\nqui arborent, devant la vie, l'enthousiasme sacré et la joyeuse témérité dont\nil leur d o n n a l'exemple !\n   P a r l'exposition de leur œuvre, MM; Broeckaert et Gorus viennent\nd'affirmer un talent en marche vers la maîtrise. Qu'ils continuent à servir\nl'art avec la noble ferveur et la haute probité dont leurs toiles portent la\nmarque. Sans l'aide de personne, sans devoir rien à qui que ce soit, ils sont\ndevenus « quelqu'un »; et c'est sur eux que reposent les meilleures espérances\nde cette école de T e r m o n d e qui donna à l'art Courtens, Meyers, Rosseels\net H e y m a n s !\n                                                                         F. V.\n\n\n                      Exposition Albert Dumoulin\n    Si les cinq ou six œuvres exposées par Albert Dumoulin au Cercle Artistique\nne présentent point des qualités absolument transcendantes qui eussent\npermis de découviir en lui un tempérament original et déjà sûr de lui-même,\non peut cependant admirer le crayon décidé, le coloris discret, la sincérité du\ntravail et la belle tenue générale de ces pastels. Ils ont droit à mieux qu'un\nsimple coup d'œil. La tricoteuse, Vieille femme, Jeune berger, Tête d'apôtre. Etude,\ndénotent certes u n talent bien équilibré servi par un métier qui n'a plus\nb e a u c o u p à acquérir. De ce probe et honnête artiste, je veux retenir surtout le\nbuste de vieille femme et l'Etude d'après u n jeune Méridional, Lorenzo, bien\ncampé dans sa houppelande noire, d'un dessin ferme, auquel il ne m a n q u e\nni l'expression ni la couleur.\n                                                                             F. H .\n\n\nLE THEATRE :\n\n                    « Pan » au Théâtre du Parc\n   « Enfin, on atteignit l'anse de Palodès, à l'endroit de l'étroit passage où\nla pointe avancée de l'île repousse le flot dans le cirque de rochers du\ncontinent. T h a m o u s , alors, du haut de la poupe, jeta la lamentable nouvelle :\n« Le grand Pan est mort !... » E t les échos des montagnes répercutèrent les\nparoles annonciatrices en voix multipliées, sinistrement confuses, terrifiant\nles âmes comme de gémissements, de lamentations, de cris de surprise et de\ndouleur...\n   « Le paganisme va mourir... C'est que Jésus est n é . . . L'Olympe s'écroule...\nCe que n'avaient pu faire les géants, fils du ciel et de la terre, un vagabond\nde Galilée... un rêveur à l'extatique sourire, d'un mot, d'un geste\nl'accomplit... »\n   D'un geste, oui, le geste du sacrifice qu'il n'était point — ainsi que l'ajoute\nfort justement l'auteur des lignes qui précèdent, M. Georges Clemenceau —\ndans la nature des dieux ouraniens, pas plus que dans celle du P a n , dieu des\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3430, "texte": "68                                      DURENDAL\n\n\nbergers, d'accomplir. De sorte qu'ils sont morts de leur immortalité h e u r e u s e\net de leur impuissance à la douleur. A la première lueur de l'aube de souf­\nfrance et de compassion allumée sur le Golgotha, les hommes « avides\nd'inquiétudes, de douleurs amères et de gémissements de cœur », selon la\nparole prêtée par H o m è r e à Apollon, fils de Z e u s , désertèrent les dieux trop\nimperturbables qu'ils s'étaient créés. C'est alors que le Christ alluma au ciel\ndes lumières qui, à en croire des gens qui ne sont ni vagabonds, ni exta­\ntiques, seraient actuellement é t e i n t e s ! . . . C e p e n d a n t , jusqu'à présent, aucun\noracle n'a ordunné au pilote de quelque transatlantique ou de quelque\ncuirassé de crier par le travers du cap Gris-Nez : « Le grand Christ est mort .'... »\nIl est vrai que les oracles de ce temps-ci parlent plutôt dans les gazettes ou\nsur la scène des théâtres !...\n   N o u s ne disons pas ceci pour l'œuvre de M. Van L e r b e r g h e , conçue,\névidemment, en dehors de toute prétention augurale. S a n s aucun doute,\nl'auteur songea-t-il seulement à élaborer un poème dramatique où sa religion\ndu paganisme apparaîtrait d a n s u n e apothéose d'autant plus lumineuse qu'elle\nserait en contraste avec une réalité basse, odieuse ou ridicule. Ce serait se\nm é p r e n d r e , pensons-nous, sur les intentions de Van L e r b e r g h e , ou, sinon,\ndouter de la force persuasive de sa conviction, q u e de lui prêter le dessein\nde démontrer quoi que ce soit, car, en vérité, il serait d'un artifice trop\npuéril, pour prouver la supériorité de telles idées sur telles autres, de se\nborner à incarner celles-là sous un aspect séduisant et celles-ci sous les espèces\nde personnages grotesques.\n   E n s o m m e , l'œuvre, qui est belle et originale dans ses parties lyriques et\nvive et habile, au point de vue théâtral, d a n s les autres n'a probablement,\npas donné à la réalisation scénique l'effet que le poète escomptait. Son désir,\nà ce qu'il semble, a d û être de mettre en une opposition de lumière et\nd'ombre la libre N a t u r e — signifiée sous les traits d'un Pan plus faunesque\nqu'universel — avec les préjugés, les lois civiles et religieuses, etc., et il s'est\nfait, à la représentation, à cause de l'accentuation caricaturale jusqu'à la farce\nde la partie réaliste de la pièce que cette dernière a accaparé toute l'attention\net que son relief a rejeté à l'arrière-plan la partie lyrique. Il faut dire, d'ailleurs,\nque cette partie c o m i q u e absorbe les quatre cinquièmes des trois actes de\nl'ouvrage, et que si l'on y parle b e a u c o u p de P a n — et encore davantage de\nson bouc ! — il n'y paraît lui-même qu'à la c a n t o n a d e , en quelque sorte, et\nsans mot dire. Mais, si le dieu « à la splendide chevelure négligée » était\nmuet par la volonté du poète, celui-ci avait mis dans la bouche de Paniska\ndes vers magnifiques à sa louange. Malheureusement, le rôle de cette bergère\ntransportée d'amour p a n i q u e était assumé par une actrice parisienne qui a\njugé à propos de le jouer d'un ton déclamatoire, dans un costume et des\nattitudes a c r o b a t i q u e s . Elle n'en a pas moins pris sa part des applaudisse­\nments qui, on pourrait le croire, étaient destinés plutôt à ses camarades ou à\nl'auteur de l'ouvrage.\n                                                                                         A. G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-014", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 71, "titre_corps": "Lettre de Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Lettre de Paris VOILA donc, de par la mort", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3029, "texte": "Lettre de Paris\n                        VOILA donc, de par la mort de ce pauvre Brunetière, perte\n                            irréparable, voilà donc celle vénérable Revue des Deux-\n                            Mondes qui vole à des destins nouveaux. On a parlé dans\n                            les feuilles bien intentionnées de la nécessité de rompre\n                            les vieux moules, comme si nous ne voyions pas se perpé­\n                            tuer le goût électoral pour de très a n t i q u e s ! et de donner\n                            un coup de barre à gauche, comme si ce n'était pas le\n                            meilleur moyen de faire bondir le navire à droite! Mais\n                            quelque décidée que soit la future volte, elle ne sera pas\naussi tête-à-queue que le fut la précédente.\n   Il faut avoir été élevé, comme les h o m m e s de ma génération, à l'ombre\nde l'ancienne revue de la rue B o n a p a r t e pour c o m p r e n d r e tout le changement\nde perspective dont s'accompagna le d é m é n a g e m e n t à la rue de l'Université.\nSous des apparences patelines et chattemites, la Revue des Deux-Mondes d'il y a\nquarante ans n'était qu'une monstrueuse poche à fiel. T o u t ce qui de près ou\nde loin touchait au T y r a n (le T y r a n , c'était ce pauvre Napoléon I I I ) , faisait\ntomber du haut mal le personnel bulozeux. Aucun de ces burgraves malades\nd'une grosse de discours parlementaires rentrée dans l'arrière-gorge ne par­\ndonnait à l'homme de Décembre le. tort qu'il avait ainsi causé à l'Eloquence\nde la T r i b u n e . Le vieux Vitet avait interprété le sentiment de la maison\nquand il s'était écrié après la Guerre et la C o m m u n e : « C'est vrai, mais, au\nmoins, nous n'avons plus l ' E m p i r e ! » Même après trente ans, quelque chose\ndecet esprit subsistait. Le sabre n'était plus en aussi grande abomination, mais\nle goupillon restait un objet d'horreur. U n trémolo frissonnait sur le mot\nultramontanisme. On ne pouvait vraiment pas s'imaginer un n u m é r o de la\nRevue sans un article offensif de R e n a n , de Berthelot ou de Jules Soury.\n   E t voilà que du jour au lendemain presque tout se trouvait bouleversé.\nLe bélier de la libre-pensée devenait le bouclier de la religion. Les tables bien\npensantes se frottaient des yeux mi-endormis en voyant les hétérodoxies à\ncouverture saumon se dorloter sur elles à côté de fascicules apologétiques et\nde livraisons dévotieuses. Des flots de d é s a b o n n e m e n t s « à la renverse, lui­\nsaient à c o n t r e s e n s des lances de l'averse \" des a b o n n é s nouveaux. Le tohu­\nbohu était tel que des malins se dirent : « Il y a une place à p r e n d r e ! » et\nqu'une revue nouvelle champignonna en une nuit, aussi succulente et rotonde\nque le cèpe Buloz. Ah ! que va-t-il advenir d'elle si une légère orientation\nscepticipète ramène à l'ancien bercail les ouailles vagabondes de la libre-\nallure? La pauvre Revue de Paris va se trouver du coup sans cheptel, et cela\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3495, "texte": "70                                  DURENDAL\n\n\nla consolera t-il de savoir que les chèvres réintégrantes auront chassé\nà coups de corne quelques centaines de timides brebis vers les parages du\nCorrespondant ?\n    Ah! pourquoi M. Ganderax, au lieu de pourchasser des concupiscences\néhontées d'altérations, n'a-t-il pas prévenu un coup aussi funeste pour lui\nque le remplacement d'un clérical par un libéral? Que ne s'est-il enveloppé\ndu manteau grisaille de Doumic pour s'introduire entre chien et loup dans le\nconciliabule des administrateurs et leur tenir des discours séducteurs et véné­\nneux? Occasion manquée et qui ne se retrouvera peut-être plus. La Revue des\nDeux-Mondes est capable de renouveler un bail de trois, six, neuf générations\navec le public !\n    Elle a sur sa rivale un avantage, celui d'un titre moins quelconque, en\nvérité. Revue de Paris, c'est à la portée du premier fondateur venu. J a m a i s une\nrevue de ce nom n'a pu réussir, et il y en a eu une demi-douzaine, dont une\ndirigée et rédigée par Balzac. C'est comme les Revues de France; combien n'y\nen a-t-il pas eu et quelle a pu durer plus d'un lustre? Le lecteur aime les\ntitres qui l'intriguent un peu sans le désarçonner. Revue des Deux-Mondes, c'est\n parfait; les premières fois, on a dû s'arrêter aux devantures pour feuilleter :\n « Il y a donc deux m o n d e s , comme c'est curieux! » Les uns ont cru qu'il\n s'agissait de l'autre m o n d e . Les autres ont pensé qu'il devait être question du\n demi-monde. Et les sages se sont dit : « On ne nous rasera qu'avec deux par­\n ties du i n o n d e ; c'est trois de gagnées! »\n    Poursuivons l'observation : le Correspondant, litre excellent. Correspondant\n de qui? Correspondant de quoi? Là justement est l'intérêt. Les autres revues\n d'analogue couleur, comme le Contemporain, n'ont pas d u r é . La Revue du Siècle,\n médiocre; elle ne vit que d'une aile, je crois, à L y o n . La Revue du Mois, la\n Revue de la Quinzaine, la Revue hebdomadaire, pas assez ronflants, inquiétants\n  ou attirants, il vaudrait mieux s'appeler la Revue de la rue Garancière » ou\n la \" Revue de la rue Bavard », comme les magasins anglais qui s'appellent le\n Strand ou Pall Mail. L a Grande Revue, titre assez bon ; la Nouvelle Revue, très\n  mauvais : « Avez-vous la Nouvelle Revue? » Le libraire vous apporte le der­\n  nier numéro de la Revue des Deux-Mondes. La Revue des Revues, enseigne excel­\n  lents et que son propriétaire a eu raison de ne pas a b a n d o n n e r quand il lui\n  a substitué le titre peut-être mieux en rapport, mais sûrement moindre en\n  effet pro luit, la Revue. Les étiquettes des « Publications L a f i t t e », très tire\n  l'œil; Fermes et Châteaux, Musica, Femina, même Je sais tout, pourtant ridicule.\n  L e s « Revues Hachette » b e a u c o u p moins trouvées : la Vie heureuse, Lectures\n  pour tous, le Conseil des Dames, tout cela m a n q u e de panache ou d'imprévu.\n  Il faut inventer quelque chose. Avec un titre comme Pick me up, on ne peut\n  que réussir.\n     L e s « Revues d'art et de littérature » ont en général la main heureuse.\n  Durendal est parfait, n'est-ce pas? L e Mercure de France est tout à fait bien, à\n  la fois original, traditionnel et sérieux avec un ressouvenir du Mercure galant\n  qui le tempère. L'Ermitage, mon pauvre vieil « Ermitage », qui laisse désor­\n   mais le lierre voiler ses fenêtres et la mousse clore ses portes, la Cravache, la\n   Plume, le Saint-Graal, la Croisade, la Chimère, la Coupe, le Thyrse, la Syrinx,\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "                                  LETTRE DE PARIS                                         71\n\n\nautant de titres c h a r m a n t s ou brillants. Comme enseigne amusante, YOmnibus\nde Corinthe était tout à fait réussi. P a s mal encore le Carnet, la Plume et l'Epie,\nMélusive. J'aime moins les revues à nom de couleur; il faut être bien dénué\nd'imaginative pour ne trouver, en face du Mercure ou de YErmitage, que la\nRevue blanche. Si encore on avait essayé d'une \" Revue gorge de pigeon \" ou\n« Cuisse de n y m p h e émue » ! Dans ce genre, il n'y a eu de bien que la Revue\ndo'ée qui vécut en effet quelques semestres, ce qui est très honorable pour une\nrevue de jeunes gens.\n   P o u r les périodiques graves, les titres simples : Revues philosophique, histo­\nrique, archéologique, etc., etc., sont les plus louables. Dès qu'on s'écarte, le\nchoix devient difficile. Polybiblion a du caractère quoiqu'un peu p é d a n t ; le\nPour et le Contre aurait mérité mieux que son sort boursicotier; la Revue des\nIdées, n o m excellent. L'Art et la Vie, bien comme p r o g r a m m e , est un peu\nterne comme p a n a c h e . Art et Décoration est loin de valoir Studio. La Revue de\nl'art ancien et moderne, l'Art et les artistes, la Gazette des beaux-arts, autant de\nblasons à déshonorer leurs héraldistes. T o u s les Nu académique, esthé­\ntique, etc., qui foisonnent aux kiosques sont de titre vulgaire. Mes modèles\nn'est pas bien meilleur; pourquoi n e pas avoir essayé « la Beauté sans\nvoiles » ?\n   P o u r les j o u r n a u x aussi, le choix du p e n n o n n'est pas indifférent. L e Temps\nc'est niais, mais le Journal des Débats politiques et littéraires, cela a de l'allure;\nmieux vaut être, d'ailleurs, vieillot que banal ; l'Univers ne passe que comme\ntransposition du mot « catholicos » ; le Monde, le Globe, le Soleil, le Soir, le\nMatin ne passent p a s . L''Aurore a quelque poésie; il est seulement fâcheux\nque le mot, d'une sonorité exquise dans une p h r a s e , soit d'un croassement si\nlaid chez le camelot qui l'éructe à jet monotone. L e Figaro, comme invention,\na été merveilleux; il a même fait un moment la fortune de ses imitateurs, le\nGil Blas, le Voltaire. Négligeables, tous les Courrier, Messager, Moniteur. L a\nGazette de France vénérable, et puis ce mot gazette est si a m u s a n t ! Le Journal\nprétentieux et b a n a l . La Lanterne, parfait. L'Intransigeant, original, n'était pas\ncommode à trouver, pas plus que la Libre parole, très bien aussi, comme\nnetteté et sonorité. Le Gaulois, bon. L'Eclair, très b o n . L'Union, l'Action, la\n Vérité, la Volonté, l'Autorité, la Justice, la Paix médiocres, médiocres. On con­\ntinuerait longtemps encore, et sans trouver beaucoup de perles. L'Echo de\nParis est-ce bien, est-ce mal, qui le dira? C'est en province\" parfois qu'on\ntrouve des enseignes pittoresques. Le Sémaphore à Marseille, l'Akhbar à Alger.\nSait-on comment s'appelle le grand journal d'Arles? L'Homme de bronze. Vrai­\nment Arles avec sa gazette unique l'emporte sur Paris aux mille feuilles !\n\n                                                                        HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-015", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 72, "page_fin": 72, "titre_corps": "Pierre Bruegel l’Ancien : Son œuvre et son temps", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Pierre Bruegel l'Ancien Son œuvre et son temps", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "Pierre Bruegel l'Ancien\n                       Son œuvre et son temps (1)\n\n\n                   ous attirons de nouveau l'attention de tous lts amateurs\n                     sérieux d'art vrai et profond sur la splendide publication\n                     que le distingué et très artistique éditeur VAN O E S T , de\n                     Bruxelles, est en train d'éditer et dont il ' a confié le\n                     texte à M M . Van Bastelaer et H u l i n . C'est certainement\n                     une des plus remarquables et des plus belles publications\n                     d'art de cette époque. Elle contient d'innombrables et\n                     superbes héliogravures, phototypies et autres genres de\n\"                    gravures. Les illustrations sont de toute beauté et d'une\nexécution absolument parfaite. L'œuvre magistrale de l'incomparable artiste\nP e t e r Bruegel le Vieux y est reproduite presque en entier et d'une façon\nmerveilleuse.\n    Nos lecteurs ont pu se faire u n e idée de la beauté, de la précision et de\nla finesse des illustrations par celles que nous avons données d a n s notre\nfascicule de Décembre 1906. Nous avons reproduit deux des plus caracté­\nristiques tableaux de Bruegel d'après les illustrations de l'édition de\nM. Van Oest et deux de ses plus remarquables dessins, pour la reproduction\ndesquels nous nous sommes servis des clichés même de l'éditeur. Il est du\ndevoir de tous ceux qui aiment vraiment le grand art, d'encourager u n e\npublication d'une telle envergure en y souscrivant.\n    N o u s devons tous aider les éditeurs qui font des efforts pareils pour la\ndivulgation des œuvres des grands maîtres. Il est à souhaiter que la maison\nVan Oest soit secondée efficacement en cette entreprise et récompensée par\nun grand nombre de souscriptions. L'édition est en cours. Plusieurs fascicules\nont déjà paru, tous magnifiques. On souscrit'chez l'éditeur Van Oest, 16, rue\ndu Musée, à Bruxelles.\n\n                                                                 HENRY MŒLLER.\n\n\n\n\n   (1) P e t e r Bruegel l'Ancien, son œ u v r e et son temps, par R. VAN HASTELAER\nET G. DE Loo. Etude historique suivie d'un catalogue raisonné de l'œuvre dessiné, gravé,\net peint de P. Bruegel. 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CAMMAERTS. Un vol. ill. — (Paris, Laurens.)\n   Ruskin n'est pas de ceux sur lesquels on puisse adopter un sentiment\nmitigé, une opinion moyenne : il faut l'aimer ou le détester. Impérieux, caté­\ngorique, péremptoire, tel il apparaît généralement, et pour peu que l'on soit\nd'esprit ombrageux ou enclin à la contradiction, on se subordonne malaisé­\nment aux impulsions, pour cordiale qu'en soit la brusquerie, d'un guide si\nvolontaire et si attaché à son propre sens.\n   N'attendez de lui aucune condescendance : il enseigne, et d'un ton sans\nréplique. Les objections, s'il admettait qu'il put s'en produire, bien loin de\nles réfuter, il ne les écouterait même pas ; il est tout à sa thèse, qui est grande\net magnifique, et dans laquelle il intercale, pour ainsi dire, les œuvres dont il\nparle et leur explication, comme des arguments démonstratifs. Et si, fré­\nquemment, son interprétation de ces œuvres, son avis sur leur valeur, sur les\nintentions de l'artiste ou les significations que celui-ci a voulu y mettre, vous\nlaissent peu convaincu ou même tout à fait hostile, les considérations géné­\nrales, les effusions esthétiques personnelles dont il enchevêtre ou dans les­\nquelles, parfois, il noie son étude vous entraînent nécessairement et vous\nsubjuguent.\n   Sa manière semble désordonnée, ses développements erratiques, ses bou­\ntades souvent intempestives. Quelquefois on dirait qu'il prend plaisir à mettre\nun brusque terme à l'émotion engendrée par des paroles où l'on sent qu'il a mis\ntout son cœur intelligent et profond, tout ce qui s'agite en lui de capacités\nd'adhésion à la beauté, par quelque mot caustique ou gouailleur, discordant\net qui, tout à coup, vous arrache des sommets où il vous transportait, pour\nvous mettre nez à nez avec quelque désagréable et triviale réalité.\n   L'éloquence est familière à Ruskin, mais aussi l'humour, et celle-ci peut-\nêtre a plus contribué au succès de ses idées que celle-là, les êtres sensibles\nà la moquerie étant plus communs que ceux accessibles à de hautes concep­\ntions. Les recherches d'érudition ne lui sont pas plaisantes, il sait trop bien\nla fragilité des résultats de tant de recherches et de conjectures, et qu'il est\npréférable, le plus souvent, de se fier à son flair ou à son instinct, aux induc­\ntions tirées de l'œuvre même dont on discute. Système périlleux pour tout\nautre que pour lui, malgré l'assurance avec laquelle il l'appliquait: « Vous\npouvez me prendre en faute à différentes reprises, écrit-il, dans l'étude,\nencore bien plus confuse, des écoles giottesques primitives, quant à l'authen­\nticité de telle ou telle œuvre, mais vous trouverez — et je le dis avec bien\nplus de chagrin que d'orgueil — que je suis tout simplement la seule personne\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "74                                   DURENDAL\n\n\n\nqui puisse actuellement vous dire sa réelle valeur... » Et, en effet, son discer­\nnement et s i compréhension de la beauté sont admirables, comme aussi les\nparoles que sa contemplation fait naître en lui. Ainsi q u e nous le disions\ndans une étude sur Ruskin parue d a n s les pages de cette Revue (Avril 1905) :\n« L'art lui inspire u n e vénération mélangée de tendresse; à ses yeux, il est\nu n e œuvre d'amour, que l'amour seul aussi peut parfaitement c o m p r e n d r e . . .\nL a raison lui semble u n e mauvaise voie pour pénétrer les œuvres de la foi et\ndu génie, et dans cette disposition d'âme accueillante et exaltée pour tout art\nloyal et fervent, il se jette tout entier du côté de ce qu'il aime, pour en célé­\nbrer les mérites avec le verbe magnifique d'un prophète et les élans lyriques\nd'un poète... » E t c'est cet a m o u r également qui suscite ses éclats de colère\nou d'ironique dédain à l'égard de tous ceux, fabricants de « guides » ou sec­\ntaires puritains qui, à l'aide de phrases stéréotypées ou de j u g e m e n t s faits de\npréjugés, aveuglent les yeux et le cœur de ceux qui les écoutent et les e m p ê ­\nchent ainsi d'approcher de l'œuvre d'art avec la simplicité et la volonté\nd'admiration propres à la leur rendre impressionnante.\n   L e s Matins à Florence sont consacrés à l'étude des fresques franciscaines de\nGiotto, à S. Croce ; au magnifique cycle dominicain de la chapelle des\nEspagnols, à S. Maria Novella, et aux reliefs de Giotto et d'Andrea P i s a n o ,\nau C a m p a n i l e . . .\n   Il ne faut peut-être p a s attacher un sens trop littéral à la théorie de Ruskin\ntendant à démontrer la filiation de l'art florentin à l'art é t r u s q u e ; la vérité ici\nest dans l'exactitude d u principe en vertu duquel il reconnaît dans toute\nforme d'art, où qu'elle apparaisse, le quotient, en quelque sorte, du passé et\ndu présent, établi d a n s l'œuvre de quelque grande personnalité. T o u t e œuvre\nd'art, en somme, est toujours intermédiaire — elle résume et elle annonce.\n   M. E . C a m m a e r t s , qui a complété l'excellente traduction de M. Nypels par\ndes notes d'un grand intérêt et p a r un avant-propos, qui constitue, en réalité,\nune pénétrante analyse de la conception ruskinienne ; M. Cammaerts dit très\nbien, au sujet des antécédents étrusques de l'art florentin, que, sans doute, « dans\nce cas, comme dans bien d'autres, il n'existe aucune incompatibilité entre les\ndécouvertes de la critique et l'opinion émise par Ruskin ». Il en est ainsi,\nnotamment, en ce qui concerne les influences exercées sur l'art florentin par\nl'art lombard et l'art apulien des XIIe et XIIIe siècles, influences dont, aurait dû\najouter Ruskin, — comme le remarque judicieusement M. Cammaerts — les\nmédiateurs furent principalement Niccola et Giovanni P i s a n o .\n                                                                     ARNOLD G O F F I N .\n\n\nLa Jeunesse d'un Romantique : Hector Berlioz (1803-1831),\n   par ADOLPHE BOSCHOT. — ( P a r i s , Plon.)\n   Voici un livre de valeur, sérieusement d o c u m e n t é , s'adressant non seule­\nment à ceux qu'intéresse l'histoire de l'évolution de l'art musical au\nXIXe siècle, mais en général à tous ceux qu'attire l'étude des questions\npurement littéraires et esthétiques. E n effet, le livre d'Adolphe Boschot ne\nsemble pas devoir être uniquement la biographie la plus approfondie que\njusqu'ici on ait écrite de Berlioz, c'est encore la résurrection fidèle d'une\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "                                      LES LIVRES                                        75\n\ndes périodes les plus curieuses de l'histoire en F r a n c e au point de vue du\nmouvement général des esprits, celle qui se confond avec le début du dernier\nsiècle, et mieux encore se précise d a n s les années de la seconde Restauration,\npériode très remuée et inquiète, puissamment travaillée par des aspirations\ninconscientes et de latentes énergies, mais très féconde aussi, car elle contient\nen germe toute la régénération de l'art m o d e r n e . C'est le m o m e n t où l'idéal\npaïen se voile et pâlit, où, bien qu'il ait été consacré par d'incontestables\nchefs-d'œuvre, l'empire des traditions classiques, fruit trop avancé de la seconde\nRenaissance, commence à faiblir et à s'ébranler, où les esprits et les cœurs,\néchappant aux despotiques entraves des formules et des canons usés, s'envolent\nau c h a m p infini de l'imagination et du rêve, o b é i s s a n t e l'injonction d'un impé­\nrieux et irrésistible appel vers des formes d'art spontanées, libérées et subjec­\ntives, où, en u n mot, se prépare, dans une confiance et u n enthousiasme\nadmirables, la magnifique efflorescence d'oeuvres immortelles que le XIXe siècle\nnous a léguées dans toutes les branches de l'activité esthétique.\n     Dans sa préface, M. Boschot explique excellemment le but qu'il a pour­\nsuivi, la méthode qu'il a mise en œuvre et en général les avantages de la\nforme biographique, forme que revêtent de préférence les études de critique\ncontemporaine et qu'inspire un légitime souci d'exactitude.\n     « Ne pas connaître Berlioz, et par le m e n u , c'est se c o n d a m n e r à n'avoir\nque de bien vagues idées à mettre sous ces mots : un romantique français; c'est\nignorer le cas le plus net, où l'on peut le mieux étudier comment, sur une\nâme bien française (latine m ê m e et méridionale), le romantisme, quelques\nannées avant 1830, fut soudain greffé, et c o m m e n t la sève native fit pointer\ndes bourgeons ou épanouir des fleurs à travers cette greffe... Berlioz est u n\ndes rares h o m m e s que l'on peut voir, au jour le jour, vivre sa vie. P o u r ses\nannées les plus actives, pour presque un demi-siècle (1822 à 1865), j'ai, en\n moyenne, disposé d'un d o c u m e n t par semaine... »\n     Contestant une définition pompeuse et vide que Taine propose du roman-\ntique, M. Boschot réfute ce dernier de façon tellement spirituelle et juste\n d'ailleurs qu'on aurait mauvaise grâce de lui chercher querelle à ce sujet. De\nces défaillances, il ne faudrait point cependant déduire le caractère général de\n l'oeuvre de T a i n e , qui apparaîtrait ainsi comme renfermant plus d'habileté\n oratoire que de science sûre et approfondie, des exemplaires de phrases\n toutes faites c o m m e celle que cite M. Boschot ne se retrouvant, je persiste\n à le croire, dans l'œuvre de T a i n e , qu'isolément et à l'état de rares exceptions.\n  L'érudition merveilleuse de l'auteur des Origines de la France contemporaine, à\n  qui tous les domaines de la pensée étaient devenus familiers, se trouvait suffi­\n samment armée pour que ses synthèses d'art et d'histoire pussent être préser­\n  vées des excès possibles d'un a priorisme systématique. Si le rôle de l'histoire,\n  se retranchant dans un caractère exclusivement objectif, devait se confiner\n  dans une vue trop courte et immédiate des faits, on en viendrait vite à\n  méconnaître la valeur d'enseignement des synthèses grandioses et inspirées,\n  telles que, par exemple, les affectionnèrent Bossuet et Lacordaire, larges\n  aperçus construits sur les hauteurs claires des idées générales et d'où l'on\n   découvre si admirablement non les détails, mais l'ensemble de la vie de\n   l'humanité.\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3486, "texte": "76                                   DURENDAL\n\n\n     L o i n d'être d'ailleurs u n e nécropole a m o r p h e et refroidie de faits et d e\n documents, le livre de M. Boschot constitue, au contraire, un tableau d'en­\n semble merveilleusement vécu, équilibré et expressif où, avec toutes les qua­\n lités d'ordre et de clarté désirables, chaque groupe d'événements se trouve\n dessiné à sa place et suivant son importance relative. On serait donc mal venu\n de dire que cette étude critique et historique offre les défauts de ses qualités,\n car ici, ni la documentation serrée, riche et précise, ni la préoccupation du\n détail souvent a p p u y é , mais jamais encombrant, ni le scrupuleux souci de la\n disposition chronologique des faits n'étouffent la vitalité du récit qui d e m e u r e\n toujours plein de chaleur, de souplesse et de charme.\n    E t d'abord, dans les premiers chapitres, quelle pénétration de psychologie\n à démêler les influences ancestrales, terriennes, éducatives, sociales et litté­\n raires, qui contribuèrent chacune pour leur part à former la personnalité de\n Berlioz! Quel fait typique que cette culture purement classique, fruit de\nl'éducation d'un père ultraroyaliste et ancien régime, sur laquelle vient réagir\nl'apport tout bouillonnant du mouvement d'idées r o m a n t i q u e ! L e s génies\npréférés et les inspirateurs des chefs-d'œuvre de Berlioz furent Virgile d'une\npart, et de l'autre Gœthe et Shakspeare. Mais Berlioz, qui admirait surtout en\nVirgile le grand peintre de la nature, ne comprit et ne sentit l'auteur de\n l'Enéide qu'à travers Chateaubriand.\n    Voici maintenant la famille de Berlioz, le docteur son père, homme: grave,\nbon, instruit; sa mère, femme étroitement dévote, acariâtre et b o u r g e o i s e ;\nsa sœur, la sentimentale N a n c y , jeune fille éprise de beau langage et de la\n littérature du temps.\n    L e chapitre intitulé : Un fils de famille à Paris, avec ses peintures de la vie\nuniversitaire d'alors, évoque de la façon la plus intéressante les souvenirs du\nParis de la Restauration. P u i s , dans les chapitres suivants, ce sont les dures\nannées d'apprentissage, les luttes homériques pour la gloire. Berlioz y a p p a ­\nraît bien la. plus intense personnification du romantisme dont il incarne tour\nà tour les grandeurs et les faiblesses, tantôt avec les surexcitations inquié­\ntantes et quasi-morbides de ses extravagances amoureuses et de ses enthou­\nsiasmes volcaniques, tantôt admirable et, disons le mot, héroïque dans son effort\npour conquérir et réaliser en son œuvre l'idéal qu'il sent brûler au fond de son\ncœur'.\n    Au cours de l'ouvrage de M. Boschot se meuvent une foule de ligures du\ntemps qui peuplent et animent ce récit de leurs silhouettes originales, sym­\npathiques ou amusantes : c'est Lesneur, le maître et l'ami de Berlioz, dont\nl'auteur expose excellemment les théories d'art; c'est Andrieux, le professeur\nréputé du Collège de F r a n c e ; c'est Kreutzer, Cherubini, Boiëldieu, Hiller,\nHarriet Smithson et Camille Moke (la future Mme Pleyel), les deux beautés\nqui inspirèrent tour à tour au jeune enthousiaste des passions si furieusement\norageuses, etc., etc. Notons encore une belle analyse de la Symphonie fantas-\ntique, où l'on voit que l'auteur, dont l'intelligence primesautière semble\nouverte à tant de choses, possède aussi dans la technique proprement dite de\nla science musicale des connaissances sérieuses.\n    Cette rapide esquisse suffit pour faire préjuger la somme importante de\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "                                    LES LIVRES                                        77\n\nfaits et d'idées que renferme le livre d'Adolphe Boschot, dont la lecture est\naussi captivante q u e celle d ' u n beau r o m a n . Ce premier volume s'arrête au\n18 avril de l'année 1831. L e volume suivant sera intitulé : Un Romantique sous\nLouis-Philippe.                                              G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\nL'Hallali, par CAMILLE L E M O N N I E R . — ( P a r i s . Michaud.)\n   Des critiques prétendirent jadis que l'inspiration de notre maître romancier\nn'était pas toujours désintéressée; ils lui reprochaient d e guetter l'actualité et\nd'astreindre son style aux modalités en vogue. L e m o n n i e r est d e son temps,\net q u a n d u n événement actuel pousse son esthétique dans une voie nouvelle,\ncomment n e p a s apprécier l'intérêt de pareille évolution ? L e s influences\nvenues du dehors, les prétextes à u n e littérature qui ne serait pas avant tout\nœuvre d'art ne se rencontrent point chez lui. J e ne sais guère d'écrivain qui\nimprime davantage la m a r q u e d e son esprit à c h a c u n e d e ses productions, et,\nbien loin de guetter la mode ou le caprice de la foule, voyez donc comme,\nmalgré les périples de sa vie littéraire, il est resté pareil à l'écrivain des\npremiers jours, emporté, violent, tout en instincts, mais avec quels sourires\net quelles douceurs après ses élans forcenés, ses aveuglantes colorations!\n    Voici l'Hallali et toute la jeunesse d e l'auteur fleurit aux pages d u livre.\nL'œuvre apparaît franche, fruste, de santé belle. L a phrase est vivante et\nd'une vie pareille à celle des personnages. P o u r dépeindre le dernier baron\nauthentique d e Q u e v a u q u a n t , q u e les paysans dépouillent p e u à peu, et dont\nils guettent la disparition, prêts à se ruer sur les vieux murs de la gentilhom­\nmière et à fouler, aux sons du suprême hallali, les terres enfin conquises, pour\ndépeindre le dernier représentant d'une lignée orgueilleuse et violente, la\nphrase de l'écrivain épouse les emportements, les éclats, le pittoresque roman­\ntique d u p e r s o n n a g e .\n    Vous souvient-il q u e Maeterlinck s'extasia devant l'immense vocabulaire\nde Lemonnier? « Celui-ci est au royaume d u verbe, s'écriait-il, le berger qui\nmène le troupeau le plus vaste, le plus divers, le plus docile et le plus magni­\nfique. » J a m a i s peut-être les mots n'apparurent aussi n o m b r e u x et aussi divers\nque dans ce livre, mais l'expression d'ensemble d u récit acquiert, par la vertu\nde cette multiplicité, un relief abrupt et une vigueur sauvage. Faut-il citer\ndes pages émouvantes? L'idée de meurtre qui monte lentement dans l'âme\ndu fils de Q u e v a u q u a n t — rejeton abâtardi indigne de ses illustres ascendants\nmâles — et l'assassinat mystérieux pour tous d u rude gentilhomme, autant de\nmorceaux qui e m p o i g n e n t dans leur dramatisme vibrant. L a mort du cheval\nde Q u e v a u q u a n t nous touche dans n o s fibres profondes. 11 y a des tableaux\n de beuverie extrêmement montés de ton et de couleurs tapageuses à souhait,\net d'une poussée sanguine exacerbée. L e m o n n i e r ne serait plus Lemonnier\ns'il ne révélait sa maîtrise dans le décor, d a n s le paysage qui enveloppe le\n manoir croulant et ses habitants déchus. C h a q u e acteur garde néanmoins une\n forte personnalité, ne subit point la domination de cette terre mi-sauvage,\n n'est pas absorbé par les puissances secrètes d u sol, Il n ' y a que Jaja, fillette\n folle, petite chèvre, créature inconsciente qui traverse ce livre avec un cœur\n lascif, et provoque quelques épisodes d'une sensualité aiguë.                        V.\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3480, "texte": "78                                         DURENDAL\n\n\n\nL'art       flamand      e t h o l l a n d a i s . — ( A n v e r s , B u s c h m a n n ; Bruxelles,\n   Van Oest.)\n   L e n u m é r o de Décembre contient le commencement d'un travail critique fort\nérudit de M. N . Beets sur Dirick Jacobsz-Vellert, peintre anversois du XVIe siècle,\nlongtemps ignoré, dont il considère spécialement dans ce fascicule le talent\nd'ornemaniste. Cet article est suivi de la suite de l'étude de Maurice des Om­\nbiaux sur quelques artistes liégeois. M. des Ombiaux y expose d'une façon lumi­\nneuse toute la genèse du talent admirable d'un de nos plus grands artistes\ngraveurs belges, Armand Rassenfosse. Il n o u s raconte comment, après des\npremiers essais déjà intéressants, il fit la connaissance de R o p s et comment\nles entretiens qu'il eut avec ce g r a n d maître furent u n e révélation pour lui,\ndécidèrent à jamais sa vocation et orientèrent définitivement ses efforts\nd'artiste. Rassenfosse ne pasticha en a u c u n e façon son maître, quoi qu'en\naient dit les ignorants. S o n talent est bien personnel et tout à fait original.\nC'est un talent très ferme, très pénétrant et très profond. Son dessin est d'une\nrare souplesse. Ses œuvres affirment une vigueur peu c o m m u n e et sont puis­\nsamment caractéristiques. De belles reproductions rehaussent comme toujours\nle numéro de d é c e m b r e de la revue de M. B u s c h m a n n .                        H . M.\n\nL e s A r t s a n c i e n s d e F l a n d r e . — Deuxième fascicule du tome I I .\n   M. Durand Gréville étudie les Primitifs flamands à l'exposition du Guildhall,\nexamen qui lui suggère n o m b r e de remarques à retenir. M. Robert H é n a r d\nnous entretient de l'Art flamand dans la collection Dutuit, riche surtout en œuvres\ndes maîtres du XVIe et du XVIIe siècle; M. F'ierens-Gevaert, de la Peinture\nancienne à l'exposition de Liège. M. Corrado Ricci établit, par la critique des textes\net de l'œuvre, que la célèbre Méduse des Offices, attribuée à Léonard de Vinci,\ndoit être, en réalité, de la main d ' u n artiste flamand. L e fascicule est illustré\nde dix planches hors-texte de la plus belle exécution.\n\nL ' A r t e t l e s A r t i s t e s . — N u m é r o de décembre.\n   Anatole F r a n c e , qui est Grec dans la beauté et, aussi, souvent, dans le\nsophisme, consacre à Pallas Athena quelques pages, dont toute la substance\nest empruntée à des textes anciens, parce que, dit-il spirituellement, il s'est\nsouvenu du proverbe grec « qui dit qu'il ne faut pas apporter de chouettes\nà Athènes ». M. Arsène Alexandre met un élégant commentaire autour de la\nreproduction d'œuvres primitives françaises, italiennes et flamandes illustrant\nla Nativité, M. A u b r y parle de l'aquarelliste Gaston Prunier; M. F r a n t z , de\nPortail, un des petits maîtres du XVIIIe siècle. L e n u m é r o , a b o n d a m m e n t\nillustré, est complété par les habituelles chroniques du mouvement artistique\nen F r a n c e et à l'étranger.\n\nS t o r i a d e l l ' a r t e i t a l i a n a : La pittura del Trecento, par A D . VENTURI.\n    L e cinquième volume, consacré à la Peinture du XIVe siècle, vient de\nparaître chez le grand éditeur Hoepli, de Milan. N o u s devons nous borner,\naujourd'hui, à a n n o n c e r l'apparition de cet important ouvrage, qui ne\nc o m p r e n d pas moins d'un millier de pages, illustrées de 818 reproductions\nen phototypie, n o u s réservant d'en parler longuement bientôt.                      A. G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-017", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 80, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES NOS abonnés de l'étranger", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "NOTULES\n\n   NOS a b o n n é s d e l ' é t r a n g e r sont instamment priés d'avoir l'extrême\nobligeance de nous payer le prix de l'abonnement pour 1907, en nous\nenvoyant soit un mandat posta) international, soit un chèque de 12 francs sur\nune banque de Belgique. C'est le procédé le plus aisé et le moins coûteux à\nla fois pour l'abonné étranger et pour la Direction de la revue. Prière\nd'adresser mandat ou chèque à la Direction de Durendal, 22, rue du Grand-\nCerf, à Bruxelles (Belgique).\n                                            * **\n   E r n e s t V e r l a n t , qui occupe avec tant de distinction le poste de\nDirecteur des Beaux-Arts, vient d'être nommé Directeur général. Cette\nnouvelle sera très favorablement accueillie par les artistes, qui apprécient\nunanimement le dévouement, le désintéressement et l'impartialité avec\nlesquels M. Verlant remplit ses importantes fonctions. C'est en ces termes\nque l'Art Modtrnt annonce la promotion de M. Verlant. Nous partageons\nabsolument la manière de voir de notre consœur et nous faisons nôtres les\néloges qu'elle décerne si justement à cette occasion au Directeur général des\nBeaux-Arts.\n                                         ***\n   C o n c e r t s D u r a n t . — Nous apprenons que M. Durant, dans son\nsouci d'arriver à des exécutions irréprochables, vient d'organiser le travail\nde ses répétitions en multipliant les répétitions partielles de façon à ne\nnégliger aucun détail ou dessins d'orchestre. Son orchestre sera encore\nrenforcé pour le festival Wagner, fixé du 10 au 24 février prochain, avec le\nsympathique et grand baryton Seguin comme soliste. Du 10 au 24 mars se\ndonnera le festival Beethoven, aavec l'intrerprète incomparable des grands\nclassiques, le violoniste Burmester. Successivement Bruxelles, Anvers, Gand,\nLiége, Charleroi, Mons, Tournai et Lille pourront applaudir à cette œuvre\nd'extension musicale et de décentralisation artistique.\n   Nous ferons connaître ultérieurement le programme détaillé de ces deux\nconcerts.\n                                       ***\n  L e s p o è t e s b e l g e s (d'expression française) sont priés de bien vouloir\nadresser au directeur de l'Anthologie de Belgique, 440, rue des Rogations,\nBruxelles (Cinquantenaire), deux ou trois des poèmes (courts de préférence)\nqui donnent le mieux, d'après l'auteur, sa manière et sa force. Cet envoi est\ndestiné à composer l'Anthologie des Poètes belges. 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Il ne sera plus tenu compte des envois\nqui nous parviendraient après le 15 février.\n                                      * '*\n   S a i n t e C é c i l e , drame musical, de notre collaborateur Joseph Ryeland,\nsera représentée en février prochain au Théâtre lyrique d'Anvers. Mlle Wibaux\na été engagée pour créer le rôle principal\n                                           *\n                                         * *\nAccusé de réception. :\n   ART : Les Clouet, par ALPHONSE GERMAIN (Collection : Les grands artistes.\nParis, Laurens). — Michel-Ange, par MARCEL REYMOND (idem).— Carpaccio,\npar G. et L. ROSENTHAL (idem). — Les Gobelins et Beauvais, par JULES GUIF­\nFREY (Collection : Les grandes institutions de France. Paris, Laurens). —\nPadoue et Vérone, par ROYER PEYRE (Collection : Les villes d'art célèbres.\nParis, Laurens). — Le génie satyrique dans la peinture flamande. Deuxième\nédition, augmentée, revue et corrigée, par L. MAETERLINCK. Nombreuses\nillustrations (Bruxelles, Van Oest). — Eugène Carrière, par CHARLES MORICE,\navec un portrait de l'artiste par lui-même (Paris, Mercure de France). —\nL'Année artistique (1906), par SANDER PIERRON. Nombreuses reproductions\n(Bruxelles, Chartes Bulens). — L'Art flamand à la Cour de Philippe-le-Hardi,\npar JOSEPH CASIER (Anvers, Van Hille).\n   L I T T E R A T U R E : La réforme de l'enseignement d'après le premier congres inter-\nnational d'expansion mondiale (Mons 1905), par CYRILLE VAN OYERBERG. Deux\nvolumes (Bruxelles, Schepens). — La liitéiature française au XIXe siècle\nPremière partie : le Romantisme (1800 - 1850), par PAUL HALFLANTS\n(Bruxelles, Dewit).\n   MUSIQUE : Chopin, par ELIE POIRÉE. (Collection : Les musiciens\ncélèbres. Paris, Laurent). — Mozart, par CAMILLE BELLAIGUE (idem). —\n Weber, par GEORGES SERVIÈRES (idem).\n   P O É S I E : TheoduUne. Poème Valaisan avec illustrations de P.-Louis\nRitter, par JULES GROSS (Collection : Les poètes français de l'étranger, publiée\nsous la direction de Georges Barrai. Paris, Fischbacher). — De rime en rime,\npar L.-L. RÉGNIER (Paris, Maison des Poètes).\n   RELIGION : Du doute moderne à la Foi, par BERNARD KUHN (Bruxelles,\nSchepens). — Socialisme et christianisme, par A.-D. SERTILLANGES (Paris, Le­\ncoffre).\n   ROMAN : La vie finissante, par L. ESPINASSE-MONGENET (Paris, Perrin).\n— Les feuilles d'or, par CARL SMULDERS (Bruxelles, Edit. de la Belgique artis­\ntique). — Les voluptueux voyages ou Le pèlerin de Venise, par GINKO et BILOBA\n(Paris, Mercure de France).\n   T H É Â T R E : Etudiants russes, par YWAN GILKIN (Bruxelles, Edit. de la\nBelgique artistique).\n   VARIA : Essai d'une psychologie de la nation belge, suivi de l'idée du droit en\nBelgique par EDMOND PICARD (Bruxelles, Larcier).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison01-208", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PIANOS DE SMET", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2007, "texte": "PIANOS DE SMET ^ 5 r\nFABRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                      BERVOEÏVWÏELEMÀNS\n                                     FOURNISSEUR DE LA COUR\n\n          6, 8, 10,12, Rue du Midi *IK BRUXELLES\nUsine à vapeut», Lavoir de l a i n e s : « U E DES GOUJONS, IZO\n\n\n\n\n  PIANOS STEINWAY                                                              & SONS\n                     NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe\n  de Suède et d'Italie, du Sultan, de la reine régente d Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelques a t t e s t a t i o n s : « Une Sonate de Beethoven, une Tantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway (K. Wagner . »« Le Stein-\nwa> est un superbe chef d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains latif,ue( s du clavier (Franz Liszt). > « Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation uuherse le par leur distinction et leur\nrésistance (A. Rubinstein . > « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la coiniction que vos\nInstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici P Rusoni . c I a plénitude, la puis-\nsance, l idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n J. Paderewski). > « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très cnth usiaste de vos instruments \\vez-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait il a mon marnais goût' t n tous as 1 s son n Vut n t, a mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d Albert. < Ils s nt tellement a i lessus de toute cii que,quun\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter >\n  Agence générale cl dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MISfII, ÎU, rue Roxale\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4428, "texte": " A paru à la Librairie                       VROMANT\n                                                                                           Prix : fr. 3.50\n\n                                 FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\n Impressions de Littérature Contemporain\n                        HRUXETIÈKE — BOURGET — HUYSMANS\n                           DE QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n                              VERHAEREX E T DEMOLDER\n                      ]'. DE HAULLEVJLLE — GUIOO GEZELLE\n                         GEOIIOES UODENBACH — MAX WALLER\n          EDMOND PICARD - GUILLAUME YERSPEYEN — H. CARTON DE V/IART\n                                   ETC., ETC.\n\n\n   En vente chez l'éditeur Vromant, 3 , rue d e la Chapelle, Bruxelles\n\n                THE GRESHAM                                     REItlORE D'ARTft D'flffflTEDRS j\n             (Com/ingnie d'assurances sur la vie)\n                   Fondée & Londres 1848\n                Etablie en Belgique en 1 8 5 5\n                      Arlit : ]ilus de 2 1 7 millious\n                                                                P a u l Claesseïji\n                                                                    Relieur-doreur de S. A. R. Mme la Comtesse de Flandre I\n               Sinistres juives en Belgique : 3 0 millious\n                   PRIMES        M E N S U E U I E S\n                  L o u i s H F U V E L M A N S , directeur\n                                                                    2 4 , rue de Berlaimont, Bruxelt\n            John H. SCOIT. xous-direct. delà Suceurs leHelge\n               3 , place Royale, B R U X E L - E S\n                                       Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                             FABRIQUE     ET ATELIERS :\n                                  3 7, Ru© d© lat C h a r i t é - BRU2CELLE1\n                                                               TÉLÉPHONE                 1947\n\n                                    Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, et\n                                 Spécialité d e tous les articles concernant la peinture, la sculpt\n                                                  la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                 RENTOILAGE, NETTOYAGE E T VERNISSAGE DE TABLEAt*\n                                        Vente et location de modèles pour la peinture\n\n                                   Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 19ft\nPremiers médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Liverpool, Le Havre, Bruxelles, Cfiicago.a\n\n                                             A\n                                             U\n                                                   ENCADREMENTS* * * * *                           Par suite de ûécèî\n                                             V     DORURE          ET      SCULP-\n                                             E\n                                             R     T U R E SUR BOIS * * * * *\n                                                                                                 ItlQUlDATIOf\n                                             O                                                               DE\n                                             U     ESTAMPES         *********\n                                             S\n                                             S\n                                             E\n                                             N\n                                                  GRAVURES          ANCIENNES                 300 vora\n                                                     * * « * * * • • * « • * * * * *          Vente à toute\n                                            s\n                                            u     N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES                   offre acceptai*\n                                            c\n                                            c\n                                             E\n                                             S\n                                                  SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                  7 1 , rue GofW\n                                             S\n                                             E    D'AUTHENTICITÉ\n  iMCtïïïït                                  U                                                      IXELLES\n                                             R\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4052, "texte": " LA RÉSERVE MUTUELLE I Compagnie\n                         LE STANDARD\n                                 d'assurances sut la vie,fondéeen Î825\n       de»      ÊTSÊTS-CWMS\n COMPAGNIE ^ASSURANCES A PRIMES FIXES                              ACTIF : 278 MILLIONS\n          • n r l a    srx&\n                                                          Principaux avantages) da l a Compagnie ;\n                                                        i* Poliees incontesta- 3° Tarif avantageux.^\n                                                          bles après deux ans 4* Participation impor-\n                                                          de date.                   tante des assurés dans\n                                                        V> Prêt» sur polices         les bénéfices de la\n                                                          ajant. trois ans de        Compagnie.\n                                                          date.                    5° Prêts hypothécaires\n                                                            S'adrtsur pour renuig*tmtnts etprosptctus h la.\n                                                                   pmlOTION           O t N I S A L Ï\n                                                        28, PLACE DE BROUCKERE, 28, BRUXELLES\n                                                          TMphMS 94»- Mnss*ttlitrasMawi SUndais fcmsss\n EnunsnmiT AJIMIEI. . ,            M Millions\n SlHlSTMS PATtS . . .   .   .     350 Million»\n                                                              JEn vente chez M U R A I L L E\n     Combinaisons très intéressantes                      45, BOB DB I/UNIVBBB1TB, 45, LIBQK\n  OlntCTIM RtREMLE POU! LE COIITIIEtT DE L'EUMPC                    J. RYBLANDT\n      8, r u a H a l é T y , P A R I S ( M\n     DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n 19, ru* du Rouleau, B R U X E L L E S\n                                                        S A I N T H CÉCILE\n         €)• demande des AReats                                         Drame musical\n                                                             Béd. pour chant et piano : 1 5 francs\n                                                                 PURGATOR1UM\n                                                             Oratorio.— Réduction pour chant et piano. 6 francs\n                   lires de                                    N O O K D s b E (Mer da Nord)\n                                                            5 esquisses pour piano           •— 8 francs.\n    52, rue S té vin, BRUXELLES\n                Recherches de généalogies et d'ar-            Editions da DURENDAL\n                 moiries en Belgique et à l'Etran-\n                 ger. — Attestations officielles de\n                 noblesse, de filiations et d'armoi-\n                 ries.-* Copiesofficielles de lettres\n                 de patentes de noblesse. —\n                 Inscriptions à la liste des nobles.\n                 — Insertions de généalogies dans\n                 des publications belges ei etran-\n                  fères. — Rectifications d'actes\n                   e l'état civil et adj jnctions des\n                                                        Le Biut des Trois Ripe*\n                                                                       POÈME MYSTIQUE\n                 noms. <— Correspondants en pro-\n                 vince et à l'étranger —Armoiries\n                 et documents généalogiques sur                                    ma\n                 plus de 100,000 familles nobles\n                  et patriciennes.                           Georges 1°,À$ÎAÇ£ÇE3S\n  RENSEIGNEMENTS\n\nCHOCOLAT                        Bl E S W A L            Adresser les eommandes A la Dlreetioa\n                                                                    de DURENDAL\nCHOCOLAT                        BIESWAL\nCHOCOLAT                        BIESWAL                    22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\nCHOCOLAT                        BIESWAL                                 Prix : 3 fr. 50\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3831, "texte": "                 IMPRIMERIE                                            SCIENTIFIQUE\n                                                 TYPO, LITHO ET CHROMOLITHO\n                             SPÉCIALITÉ             D'ILLUSTRATIONS DE GRAND LUXE\n                                      PHOTO-CHROMOGRAVURE EN TROIS COULEURS\n\n\n •     CHARLES                                      B U L E N S ,                                        ÉDITEUR                             .\n                                 75,             RUE    TERRE-NEUVE,                                     75\n\n\nTÉLÉPHONE                    505                                        ,                                B R U X E L L E S\n\n\n\n\n J. BUÉSO Père Rentûiieiirs et restaurateors des musées neiges et étrangers p R(||^Q[) Pik\n           EXPERT\n                                                       MAISON FONDÉE EN 1867                                      A l   D U L l U U     i 11U\n\n                                Rentollage, transposition,   restauration et parquetage de tableaux                         EXPERT\n; 2-4, RUE DE LIBNE '                        VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES 1 24, ITIfc dD GEDtlllQltt\n     Bruxelles                                    ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                       Bruxelles\n1\n\n\n\n\n     POUR VOS CIGARES FINS                                                                       Les Roues Caouicuouiées\n                     adressez-vous à le                                                              TALLBOT\n                                                                                               Sont inusables       Et      inarrachab/es\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                           J) t    | .                  EXIliEB L* MARQUE\n\n\n                     DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                                         Ameublements complets — Ebénistene d'art\n     15 — Avenue                      Louise—           15\n                                                                              Maison SNYERS-XÀNG & C\n                     BRUXELLES\n                                                                       Fondée en 1815                    —              Téléphone 1388\n\nP.-S. - Arrivages réguliers de cigares de la Havane                         2T,         rue      d'Or, B . t D X i L L                  ..\n\n\n\n\nATELIERS                                               \" ECCLES - A R I                                                                      ? >\n\n\n\n                             HAARLEM                                (HOLLANDE)\nATELIERS                 DE         BRONZES,                 ORFÈVRERIE                         ET       CUIVRES                   D'ART\n\nEXÉCUTÉS                EN        MAIN-D'ŒUVRE                       SOLIDE               ET       PRATIQUE                  D'APRÈS.\n\nMODÈLES                 ORIGINAUX                      DE        G U S T A A F                    VAN               K A L C K E X\n                                                                                   CHEVALIER      DJC L'ORDRE     O R A N O B -NASSAU\n                                                                                   ET DE 1,'ORHKK SAINT-GRÉGOIRE         LE GRAND\n                                                                                   MKMHRK DE LA SOC. ROYALE        ARCHÉOLOGIQUE\n                                                                                   DE     LA   SOCIETE   ROYALE     NUMISMATIQUE\n                                                                                   Kl   DE L'ACADÉMIE     NATIONALE                 :\n\n\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\n     » - *!+>*****     7_C   H r . „ a l l ^ f\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 12, "texte": "janvier 1907.     i4 , u e A n n é e .   w»\n\n\n\n\n                UFFtfD\n           REVUE CATHOLIQUE ©ART\n           MLOE LITTERATURE,\n\n\n                            V\n\n     • •\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "                             Domaine ne u société \" Lfl WESTEPBISE \"\n\n                                  Le PLBGE DE WESTEHDE\n                                         (BELGIQUE)\n                                est située aux bar is de la mer du Nord,\n                        entre Ostende et Meuport ; elle est de sable fin. Cette\n                        nouvelle station balnéaire n'a pas tarde à attirer\n                        l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                        villégiature agi eablc, h\\ gienique,unissant le confort\n                        à la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                        Une chapelle est érigée ou le service religieux se fait\n                        régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                        gratuits; le service de sauvetage est organisé et\n                        place sous la surveillance communale Location do\n                        cabines et de costumes de bains. Ecuries, remises,\n                        garages Kursaal restaurant. Routes carrossables et\n                        cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n                         luxueuses installations de lawn-tennis, de jeux de\n Villas et Terrains      golf et de croquet, gyinnas\". Promenades à ânes.          Villas et Cottages\n      A VKXDRI\n                         Tentes sur la plage. Communications faciles avec                    à\n                         tout le pajs. Tramway à vapeur et tramway électri-\n    par annuités         que d'Osteude & Westende de dix en dix minutes.                 LOUER\n                         Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                         villas et cottages. — Demander le prospectus détaillé\nÇty»b6•m.                                     M M W M W « ^ M W\n\n\n\n                            kvw. ijunbiu&re D M U m\\i et lOMtija les villas\n                                              •MMWNMM\n\n         'jf^S                    HALLES WESTENDAISES\n*iTH?¥to&J               comprenant différents magasins réunissant les arti-\n\nr n •&h^œm*              cles 1 ah mutilation, de nécessité et articles de luxe.\n                             Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                            Le WESTEND' HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                            partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                          PenBion de 6 à 15 fr. par jour. Au coin\n                                                          mencement et à la fin des saisons, arran-\n             DIGUE DE MER                                 gements très avantageux pour les familles\n                                                             faisant un séjour prolongé à l'hôtel\n                                                                 chambres parfaitement aménagées\n      TÉLÉPHONE N» 4 1                                           \\ ie de faiiiille. Éclairage électrique.\n                                                                   Chambres spacieuses. Ameuble-\n  Réseau du                                                                ment moderne esthétique et\nlittiu u. par                                                               confortable. Balcons et ter-\n                                                                             rasses. Salle de musique.\n  Nieuport.                                                                    balle de billard. Salle de\n                                                                                 îétreatioii pour les en-\n                                                                                          fants. S a l o n s\n                                                                                          de lecture et de\n                                                                                          correspondan-\n                                                                                          ce Cuisine soi-\n            SsïîwMG                                                                       g n é e . Caven\n                                                                                           recomman-!\n                                                                                          dée .\n      Appartements avec salon        Service d'omnibus de l'Hôtel au vicinal. — Service postal ej\n tel. grnphi jue réguliers — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les reseau\n é > LU cis voisins      Hôtellerie LE LLkXLRBEEK ouverte toute l'année\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "                           DURENDAL\n       RFVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n\n                                1907 — 14* Année\n\n\n                    Sommaire du n° 1 (Janvier)\nARNOLD GOFFIN. — Michel-Ange                                                   5\nMARIK DAUGUET.       — La Chènevière                                           7\n                       La Vendange                                             8\nAKNOLD GOFFIN. — En marge de la réalité                                        9\nP I E R R E BILLAUD. — Petit Pierre                                           22\nCHARLES NICAISE. — Le goût du néant                                           27\nEDGAR BONKHILL. — Marinetle                                                   33\nX . — Aspects de la nature et de la cité (suite)                              36\nCLARA COGKN-LEDEGANCK.           Béguines et béguinages  (suite).\n                                   — Traduction du flamand par\n                                       ANNA D E WEERD-COGEN.          .   .   ^3\nFRANZ ANSEL. — La multiple        splendeur   (EMILE VERHAEREN)           .   5o\nTANCRÈDE DE VISAN. — Sur l'œuvre\n                               d'Adrien Mit houard (suite)                    54\nDo« BRUNO DESTRÉE. — Un livre à lire : Le journal d'une\n                      expulsée                                                57\n\n                              Chronique d'Art :\nMusique : LaJoannes-Passion de Bach à Anvers (CHARLES M AU-\n            TENS).    Second concert populaire;   Troisième\n           concert Ysaye ; Concerts   divers (GEORGES DE\n                GOLESCO)                                                  •   60\nExpositions. — La ^7* Exposition de la S. R. B. des Aqua-\n                     rellistes (A. D.). —Exposition Broeckaert\n                     et Gorus à Termonde (F. V.) — Exposi-\n                     tion Albert Dumoulin (F. H.) . . . .                     64\nThéâtre : « Pan » au Théâtre du Parc (A. G.)                                  67\n\nIIFNRI M A Z E L . — Lettre de Paris                                          69\nL'abbé HENRY MOELLEK.            Peter Bruegel     l'Ancien   Editeur;\n                                   Yan Oestj                                  72\nLes Livret,                                                                   73\nNotules .                                                                     77\nIllustrations   : P i e t a d e MICUEL-ANGK.\n                  La vieille Béguine malade ANNA DE W K K R I ' ) .\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "                         DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     A B O N N E M E N T : 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (poit compris)\n          (fiour Tabonnement s'adresser à ta Rédaction,   rue du Grand-Cerf, 22, à Bru&elles)\n\n                                  P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                  Comité de rédaction de D u R E N D A L :\n                            MM.       H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n\n                                      L'abbé HENRY           MŒLLER.\n\n                                      F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                     Secrétaire de la Rédaction ; G E O R G E S V I R R È S\n                               Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n\n        M.   HENRI       MAZEL,       avenue d e la Grande-Armée, 6 i , P a r i s .\n\n               PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n       FRANZ ANSEL.             LAURENT FIERBNS.\n                                                 :\n       MAURICE BEKABRT.                                         H . FIÉRENS-GEVAERT.\n       EDGAR BONEHILL.                                         ARNOLD GOFFIN.\n       HENRY BORDEAUX.                                         FRANZ H E L L E N S .\n       ALEXANDRE BRAUN.                                         L'abbé H . HOORNAERT.\n       THOMAS BRAUN.                                           J.-K. HUYSMANS.\n       GEORGES BRIGODE.                                        JOSEPH JANSSENS.\n       H É L È N E CANIVET.                                    EDMOND JOLY.\n       MARIE CLOSSET.                                          VICTOR KINON.\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                                  GODEFROID KURTH.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                                  P A U L LAMBOTTE.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                                  L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      H E N R I DAVIGNON.                                      S É B . - C H . LECOMTE.\n      L e baion JOSÉ DE COPPIN.                                GEORGES MARLOW.\n      GEORGES DE GOI.ESCO.                                     CHARLES MARTENS.\n      E R N E S T DE LAMINNE.                                  PAUL MUSSCHE.\n      LOUIS DELATTRE.                                          EDOUARD N E D .\n      GEORGES DELAUNOY.                                        PIERRE NOTHOMB.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKE.                         ERNEST PÉRIER.\n      L e baron G. DELLA FAILLE.                               GEORGES RAMAEKERS.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                         GEORGES RENCY.\n                                                               BLANCHE ROUSSEAU.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.\n                                                               JOSEPH RYELANDT.\n      JULES DESTREE.\n                                                               FERNAND SEVERIN\n      Vicomte D'HENNEZEL.\n                                                               HENRY V A E S .\n      EDOUARD DUCOTÉ.\n                                                               EMILE VERHAEREN.\n      MAURICE DULLAERT.\n                                                               L'abbé T R . VERHELST.\n      J.ESQUIROL.\n                                                               LEOPOLD \\VALLNER,etc, etc.\n      EMILE FERMAUD.\n\n\n                Les collaboiateuis soi t seuls responsables de leuis aiticles\n\n\nil sera rendu con pte dans DURENDAL      de tout outrage dont un txen p atte seri cmoye à ta   Ridaction\n\n\n      Pour la Re lac lion, 1 Admmist *ation et ]es demandes d abonnements, s adresser au\n•idge de la Revu , 2 2 , rue d i Grand Cerf ] ur la public'te 4 6 , rue Neufchatel. Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "Rome. Eglise Saint-Pit                   (Photo N . P . G. Albert Hofniîinn,   Bruxelles.)\n\n                            PIKTA\n\n                         (MICHEL-ANGE)\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": ""}, {"page_pdf": 18, "texte": "                          Michel=Ange (1)\n                ON se rappelle l'augurale rencontre du Dante avec\n                  son aïeul Cacciaguida, vieillard plein de sou­\n                  venirs et de présages, qui marque l'avenir du\n                  poète, lui prédit les tribulations du lendemain,\n                  la condamnation, l'exil avec des compagnons\n                  dont la perfidie et l'impiété le remplirent\n                  d'horreur et de dégoût. Association indigne\n                  de l'Alighieri : « De sa bestialité, sa conduite\n  fera la preuve, de sorte qu'il te sera tenu à honneur de t'être\n fait un parti de toi-même — averti fatta parte per te stesso ».\n  (Par. XVII, 67.)\n     Michel-Ange, comme son grand compatriote du XIVe siècle,\n s'est fait un parti de lui-même et de son art, s'est taillé à coups\n de chefs-d'œuvre un étrange chemin, téméraire et exclusif, où\n il a marché solitaire et farouche, dédaigneux des hommes qui\n l'admiraient sans l'aimer ou, parfois, le calomniaient faute de\n le comprendre.\n    Sa haute figure pensive domine tout le siècle qu'il traverse,\nsemant autour de lui à Florence et, sous cinq papes, à Rome,\ndes ouvrages sans nombre, peinture, sculpture, architecture.\nIl travaille sans relâche, ne se donne pas un moment de répit\net, dans sa fièvre créatrice, au milieu du monde idéal dont son\nesprit est obsédé, il va toujours, préoccupé et sombre, en proie\nà la misanthropie engendrée en lui par le spectacle des mœurs\ncontemporaines.\n    Sa pensée tendue vers les plus hautes spéculations faisait de\nlui un étranger dans un monde tout préoccupé de plaisir, de\nfêtes et de cérémonies, et la souplesse nécessaire lui manquait\npour se plier aux circonstances et condescendre aux autres. Il\n\n  (1) Michel-Ange, par MARCEL REYMOND. (Collection : Les Grands Artistes. Paris,\nLaurens, éditeur.)\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "6                          DURENDAL\n\n\nne savait pas .déroger à lui-même pour se rendre aimable et\ncompréhensible aux hommes. La disproportion entre lui et la\nsociété où il vivait était trop grande : il y paraissait grossier\nparce que rien, ni personne ne l'y intéressait. Il y était dépaysé\ncomme un être d'une autre époque, austère, révolté de voir\nrégner autour de lui un\" facile scepticisme, la dépravation\nélégante et la volupté. Tout semblait en dissolution, alors :\nIdées, croyances; on bâtissait, en discutant, au milieu des\nruines, comme les architectes de Saint-Pierre, mais les décombres\nfaisaient plus de poussière que les reconstructions de beauté.\nLe foyer accoutumé de la pensée était renversé et éteint, et\nelle errait vagabonde, cherchant sa stabilité et ses certitudes\nperdues. Michel-Ange était tourné vers le passé, à la négation\nduquel toute son œuvre, pourtant, était conçue, parce qu'il y\nplaçait l'idéal héroïque dont son âme et son esprit, nourris de\nla substance âpre et forte de l'Ancien-Testament, de la Divine\nComédie et des sermons de Savonarole, avaient besoin.\n   « lin pensant à ce grand maître, l'image qui vient à l'esprit\nest celle d'une force terrible, semblable à celle de ce Jehovah\nqu'il a dressé sur la Sixtine, Titan dont un geste suffit à créer\ndes mondes.» Et ces lignes, que nous détachons de la conclusion\nde l'ouvrage excellent dans sa brièveté de M. Marcel Reymond,\nrésument à merveille l'impression- que l'on emporte de la con­\ntemplation des créations du maître : car dans leur puissance\npresque atterrante et la violence de leur beauté, elles semblent\nêtre issues moins, du travail de l'homme, que de l'expansion\n de quelque force naturelle.\n                                              ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "    La Chènevière\nL'ancien tisserand aux mains dures.\nDans ton logis musse sous terre.\nComme une humide        sépulture,\nDit sa complainte   sorcière.\nLe métier branle,    séculaire,\nAigrement, par l'ombre écrasé,\n Claquant et geignant, en poussière,\n Sous ses vieux pieds     ankylosés.\n L'ancien tisserand aux mains        dures...\n\n Près de sa croulante      masure.\n Toute rongée de pariétaires,,\n Qu'un vieux cep chancreux         enverdure,\n Emmy les pâquis       solitaires.\n Je connais une chènevière.\n Aux souffles    aromatisés.\n Maléfique et somnifère,\n  Sillon dans la brume enlisé.\n  Près de sa croulante      masure\n\n  La chènevière reste obscure.\n  Roulant des teintes     funéraires,\n  Même à l'heure où le toit s'azurc\n  De la clopinante     chaumière.\n  Ou. quand s'accroche la lumière\n  Flottante à son carreau brisé\n   Des couchants de pourpre altière\n   Et d'or par les nues diffusé.\n   La chènevière reste obscure.\n\n   Une ombre obstinée la sature.\n   Même si la clarté lunaire\n   An Ciel cloue de blanches      tentures.\n   Elle est le jardin de mystère\n   Où vient l'antique filandière,\n   La quenouille à son flanc creusé.\n   Le fuseau de buis     centenaire.\n    Tournoyant sous son pouce usé.\n    Une ombre obstinée, la sature.\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "8                                DURENDAL\n\n\n                  En la ténèbre des ramures.\n                  Radotent des chants      légendaires,\n                  Rythmes aux multiples       fêlures,\n                  Que réveille le vent qui erre.\n                  Et flageolant,    crépusculaire,\n                  Sournoisement     bémolisé\n                  Un chœur de crapauds         poitrinaires\n                  Monte du sol décomposé\n                  En la ténèbre des ramures.\n\n                  Bon vieux temps pétri de chimères,\n                  A l'odeur des tiges amères,\n                  Noir breuvage qui m'a grisé,\n                  J'ai dressé dans l'heure   éphémère\n                  Ton fantôme     symbolisé,\n                  Bon vieux temps pétri de chimères.\n\n\n\n\n                         La Vendange\n     Dans le sentier pierreux, sous les pourpres   fusains,\n     Je marche revenant de la vigne    lointaine,\n     Auprès du chariot branlant que mes bœufs     traînent,\n     Les doigts encor rougis par le suc des raisins.\n\n     Tout l'or que le soleil de septembre contint,\n     Nous l'avons entassé avec les grappes pleines\n     Et lourdes jusqu'au bord des tonnes. La sereine\n     Besogne commencée quand naissait le matin,\n\n     A l'heure où les ramiers dans l'air blanc fuient par couple,\n     Nous a tonifié l'âme et fait le corps souple...\n     Et nous jouissons du rude automne autour de nous,\n\n     Du goût de ce brouillard noyant les pampres       roux.\n     La campagne est solide et forte, il fait bon vivre,\n     La saveur d'exister comme un vin pur       m'enivre.\n\n                                                        MARIE DAUGUET.\n\n6 octobre 1906.\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "               En marge de la réalité\n                                               My minde to me à Kyngdome is.\n                                                   (Sir   EDOUAUD DYEE.)\nPour Hélène.\n\n\n\n                        Physionomie d'Àrtor\n               LES poètes sont délicieusement inutiles, se disait le poète\n                    Artor. Et cette pensée lui donnait une grande satis­\n                    faction. Elle suscitait même en lui quelque fierté,\n                    mais sa naturelle bienveillance tempérait, heureuse­\n                    ment, ce que l'orgueil de ne servir à rien aurait pu\n                    avoir d'offensant pour les autres...\n                       Car, si étrange que cela puisse sembler, Artor était\n                    très bon. Certes, il ne fallait pas attendre de lui des\n                    actes de dévouement héroïque pour l'humanité; il\n ne se serait pas jeté à la tête de chevaux emportés ou dans le tour­\n billon de flammes et de fumée d'un incendie, pour sauver des exis­\n tences menacées : du reste, même si l'occasion 'de tels actes s'était\n présenté» à lui, il se savait trop maladroit de ses mains pour entre­\nprendre d'usurper sur les droits des citoyens spécialement préposés à\nla sécurité publique. 11 faisait mince estime de sa vie, mais, moindre\nencore de celle des autres; de sorte que l'altruisme et l'esprit de\nsacrifice civique manquaient un peu de ressort chez lui. Toutefois,\ncourage moins ostentatoire et, peut-être, plus difficile, il écoutait avec\n une patience amène, avec toute la semblance d'un véritable intérêt,\nles propos les plus vulgaires et les conversations les plus inertes !\n    Etant poète, il n'attendait pas grand'chose de la vie ou, pour mieux\ndire, étant pessimiste, il n'en attendait rien... Elle lui apparaissait,\ngénéralement, comme un spectacle à la fois réel et fantasmagorique,\nrégie par un hasard de peu de génie... Une seule chose l'y surprenait,\nà savoir le sérieux, la passion âpre et convaincue que la plupart des\nacteurs y apportaient. Il lui paraissait toujours que tout cela n'était\nque « pour la frime », et comme une comédie que tout le monde s'en­\ntendait tacitement pour jouer, sans y croire... Aussi, lorsqu'il écoutait,\nd'un air captivé, les discours d'un quidam quelconque sur ses succès,\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "10                             DURENDAL\n\n\nses entreprises ou ses déboires, les paroles mesurées et sentencieuses\nde son vieil ami Boniface Populaire sur les progrès de la science\net la nécessité de l'instruction obligatoire pour la civilisation des\npeuplades anthropophages ou, encore, de quelque écrivain sur la\nfondation désirée d'une académie, il observait avec intérêt les mouve­\nmets de physionomie de son interlocuteur, l'accent de sa voix, ses\ngestes, tout en se disant mentalement : « Bien joué ! » et en attendant\nle clin d'œil de connivence qui remettrait ces projets, ces espoirs ou\nces ennuis, avec les gens qui les avaient formés ou subis, dans le plan\nchimérique de la fiction...\n     Mais le clin d'œil no venait jamais et il était visible, au contraire,\nque l'on attendait de lui, sans attacher, au surplus, grand prix à\nl'opinion d'un personnage aussi dénué dé position sociale, les mots\ngraves que la circonstance requérait. Et il los disait avec gravité et\npondération, non sans, parfois, un mouvement intime de dépit\nsavamment dissimulé, car, plus il fréquentait de personnes « distin­\nguées », plus il les écoutait, plus aussi il s'apercevait que son tour,\n à lui, de parler, ne viendrait jamais...\n     Ce n'est pas que sa pensée fut hautaine ou insultante pour celle\n des autres, mais elle était différente; il n'y avait pas de place pour\n elle dans le commerce habituel de la vie, aucune conversation à la­\nquelle elle pût se mêler sans paraître insolite... Et Artor sentait cette\n disposition, tantôt comme une faculté éminente, tantôt comme une\n tare... «Je suis, non seulement contradictoire, songeait-il, mais incom­\n patible...» Car son esprit était ombrageux et sauvage, inapte à\n s'adapter que superficiellement et par. politesse résignée à la pensée\n d'autrui.Si belle que fût celle-ci, elle pesait sur lui comme un joug, une\n contrainte, et il ne l'accueillait' qu'avec une sorte de résistance\n passive, à la volée... Orgueil ? Non, incapacité : il ne croyait pas sa\n pensée meilleure, plus forte ni plus convaincante, mais, seulement,\n sienne, et qui s'était formée en lui, selon sa mentalité, par ses propres\n chemins... Elle lui donnait un grand plaisir, parce que abondante et\n imprévue, et un plaisir sans mélange, car il ne se souciait point de\n la recueillir, de la coordonner pour la mettre en œuvre, de sorte que\n ses inspirations étaient devant ses yeux comme des bulles irisées de\n lumière qui montaient, légères, vacillantes, pour se fondre dans\n l'atmosphère et s'évaporer, éphémères...\n     Et, lorsque, par aventure, dans la griserie fine et enjouée suscitée\n en lui par ces effusions de rêve, l'envie le saisissait d'en communiquer\n quelque chose à son compagnon, il s'arrêtait aussitôt, intimidé,\n sentant d'instinct qu'il était sur le point de commettre une incon­\n venance. Il confrontait, en imagination, les idées dont il était hanté et\n  l'intellect placide de son interlocuteur, cl apercevant, comme en une\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                     EN   MARGE DE     LA   RÉALITÉ                    11\n\n\n\nsubite vision, le visage de ce dernier, bouleversé d'étonnement et de\ncompassion, il se sentait à la fois vexé et pris d'une irrésistible envie\nde rire.\n    Chaque fois qu'il projetait d'écrire enfin, de fixer quelque parcelle\nde la fantaisie ailée qui déroulait en lui ses péripéties erratiques,\nreliées par,-le fil ténu et flottant du songe, la même gène le prenait,\nla même pudeur alarmée : involontairement, il sentait penché derrière\nlui, les yeux fixés sur son papier, un curieux qui, après la lecture des\npremières lignes, se retirait, déconcerté, avec un indulgent et signifi­\ncatif haussement d'épaules... « C'est insupportable !... Pas moyen de\ntravailler!... », s'écriait-il; et il s'empressait de jeter sa plume pour\nallumer une cigarette dans la fumée aromatique de laquelle ses idées\nse diluaient en même temps que ses vagues ambitions littéraires...\nAu diable, d'ailleurs! La distance, vraiment, est trop grande entre la\npensée de l'écrivain et l'intelligence du lecteur : les irois quarts, si\npas tout, se perdent en chemin, de la conception à l'écriture et de\nselle-ci à la compréhension du patient — sans compter que ce qui\nreste n'est qu'un oblique reflet de ce que l'on avait l'intention de dire\n— lorsque, bien entendu, on le savait!...\n    En somme, l'inclination spirituelle qui peuplait les heures d'Artor\nde créations étranges, plaisantes ou tristes, mais faites toutes de\nréalité sur laquelle se jouaient des lueurs chimériques, lui apparais­\nsait plutôt comme une infirmité humiliante. Il se sentait assujetti à\nson esprit, désordonné et fantasque et, quoi qu'il en eût, ne pouvait\ns'empêcher d'être plus attentif à ses incessantes suggestions qu'aux\nêtres et aux choses. A vrai dire, il recevait, la plupart du temps, de\nceux-ci une impression de contrainte et de dépaysement, mais toute\ninquiétude à. ce sujet l'avait fui, l'expérience lui ayant appris qu'il\nimporte inoins de parler que de paraître écouter... Et ses amis\navaient, en général, pour lui la considération un peu apitoyée qui va\n naturellement à un liomme bénévole, silencieux par vocation, prompt\n à l'approbation — â quoi bon discuter? — et pour qui la vie, entre\n le monde imaginaire de sa pensée et le monde réel parmi lequel il\n allait, n'était qu'une représentation où la comédie et la féerie entre­\n croisaient leurs péripéties également illusoires.\n     Il était comme un inoffensif badaud, égaré dans la bousculade de\n gens très affairés et auquel il arrivait de prendre quelque honte de son\n oisiveté; mais son désir d'aider et de s'agiter, à son tour, et les\n efforts qu'il faisait dans ce dessein restaient infructueux, à cause de\n l'impossibilité où il était de concevoir le but et l'utilité de tout ce\n mouvement...\n     «Les pauvres gens, se disait-il, ils se rendront malades!.. Peut-être\n  le sont-ils déjà? A moins que ce ne soit moi!... »\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "12                              DURENDAL\n\n\n\n                                    II\n\n\n                                Un Sage\n   Après avoir dîné sommairement de nourritures vagues, au buffet\nde la station, au milieu d'une foule cosmopolite, aussi bariolée de\ncostume que de langage, Artor aperçut, à la suite d'une exploration\npénible des horaires, qu'une heure s'écoulerait encore avant le\npassage du train de Pérouse. Il balança entre le désir de fumer un\ncigare et le projet de courir visiter le musée de la petite ville voisine...\nBien tentant, le cigare, et d'être un peu sans rien regarder, de\nlaisser vagabonder son esprit, las de monuments et d'œuvres, mais,\nsans considérer même l'inanité de tout espoir de recueillement parmi\nle vacarme et l'encombrement de cette gare, Artor connaissait que\nce musée, qu'il lui était loisible de voir et qu'il n'aurait pas vu, le\nhanterait comme un remords, en attendant, qu'à sa rentrée, tous les\nesthètes retour d'Italie (tout le monde va en Italie, gémit-il, et. ce qui\nest pis, hélas! tout le monde en parle!...) manifestassent une\nprofonde consternation à l'idée qu'il avait négligé une collection qui,\nnécessairement, devait détenir quelque œuvre essentielle, d'autant\nplus merveilleuse que moins de gens l'auraient vue !...\n   Sa paresse, cependant, lui suggéra artificieusement que ce musée\npresque villageois ne serait, selon toute vraisemblance, qu'un pande­\n monium déconcertant et disparate où des ferrailles rouillées et des\ntessons de pots et de cruches prétendument étrusques seraient réunis\navec de hideux souvenirs du Risorgimento, des trophées garibaldiens\net quelques fragments de fresques ou de peintures, épaves de couvents\nou d'églises désaffectés... Mais il résista avec fermeté à ces perfides\ninsinuations de son indolence, aussi bien, du rpste, que, lorsqu'il fut\nsur la route, à la tentation de s'asseoir sur le bord du chemin, au\npied de l'un de ces grands oliviers dont l'ombre radieuse exerçait sur\nlui une séduction bien supérieure a celle d'un musée, si riche qu'il\npût être.\n   « Qu'est-ce, en effet, songeait-il, qu'une œuvre d'art, sinon une\n fenêtre ouverte sur la pensée et la sensibilité d'un autre, grandes,\n peut-être, puissantes et qui subjuguent... Mais, à l'ombre de l'olivier,\nje serais à moi-même, à ma propre pensée ou, du moins, à une\npensée que je croirais mienne... Futilo, c'est possible, ou mesquine,\nqu'importe? Et je suis bien libre de préférer les pensées de mon ombre\nà celles du soleil des autres!... » Tout en ratiocinant de la sorte, il\navait atteint la petite agglomération et, moyennant quelques recher­\nches, le Museo Civico, installé clans une chapelle délabrée, dont la\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                     EN MARGE DE LA RÉALITÉ                          13\n\n\nporte était close. Il tira avec énergie le cordon de la sonnette :\ncelle-ci ne rendit qu'un son faible et fêlé, mais provoqua l'apparition,\nà la fenêtre de la maisonnette adjacente, d'un étrange personnage,\nvisiblement vexé d'être dérangé, qui cria sans aucune déférence :\nE chiuso!... C'est fermé!...\n   Tout occupé à dévisager avec un étonnement sympathique cet\nindividu rébarbatif, dont les yeux sombres étincelaient au milieu de\nla broussaille farouche d'une chevelure et d'une barbe qui se confon­\ndaient en un seul hérissement, Artor n'entendit pas l'avertissement...\nA son air interrogatif, l'homme réitéra avec impatience :\n   — Dico ch'é chiuso !... Je dis que c'est fermé !...\n   — Chiuso! chiuso! s'écria Artor, contrarié... J'aurais aussi bien\nfait de rester à la gare !...\n    Il s'éloignait déjà, après un salut sec à la cantonade, lorsque, le\nhélant, le ga.rdien velu lui fit signe de revenir et qu'il lui ouvrirait,\npar faveur insigne, l'accès du trésor confié à ses soins. Artor, consolé\ndéjà par la perspective de tirer quelque profit de sa déconvenue en\ns'asseyant quelque part, pour fumer avec quiétude, hésita d'abord\nà obtempérer à cette invitation, mais la crainte le détermina, de sem­\nbler méconnaître la gracieuseté de l'obligeant personnage.\n    Ce dernier était descendu avec vélocité et manœuvrait à grand\neffort et fracas, une clef imposante contre laquelle regimbait la ser­\n rure rouillée.\n    — Monsieur est étranger (il parlait le français en scandant et en\naccentuant à l'italienne), c'est pourquoi je n'ai pas voulu le laisser\npartir sans qu'il eût examiné notre magnifique petit musée, que le\n commun ignorant des voyageurs dédaigne... Mais je sui6 physiono­\n miste et je ne crois pas me tromper en présumant que monsieur est\n artiste et connaisseur...\n    — Artiste!... Hum! peut-être bien... Mais, connaisseur? Je crains\n de vous désappointer à cet égard, cher monsieur, car je ne connais\n rien à rien — pas même à moi-même !...\n     — Macché — et il fit une cabriole de jubilation — j'entends à votre\n langage que vous êtes un penseur — poète ou philosophe — et pes­\n simiste, certainement... C'est un tour d'esprit divin, à mon opinion,\n car, tel que vous me voyez, je suis un ferventissime disciple de notre\n sublime Leopardi.... Eh! seriez-vous de ceux qui trouvent sa poésie\n  sèche, nue, aride? Hélas! nos âmes modernes sont trop amollies\n  pour recevoir une sagesse aussi austère et pour accepter que l'on nous\n  dise la dure vérité, durement!... 11 nous faut du pittoresque et du\n  sentiment! De nos jours, monsieur, on ne demande plus à être per­\n  suadé, mais bien à être ému!... Et, continua-t-il, en accompagnant\n  cette effusion volubile de force gestes démonstratifs, si vous me per-\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "14                             DURENDAL\n\n\nmettez de vous l'apprendre, en parfaite modestie, je suis poète, moi\naussi, et, tout en gardant humblement cette collection municipale,\naussi méconnue que moi-même, j'édifie mon œuvre où, d'un cœur\nintrépide, je juge le monde — et le condamne... Je dois vous avouer,\najouta-t-il, en souriant, que, jusqu'à présent, il ne s'en soucie guère\net que je suis merveilleusement inconnu... Mais je lui dirai son fait,\nje le lui crierai, je le lui hurlerai — et j'ai le temps d'attendre, car\nje suis un pessimiste plein de vie et résolu à la défendre jusqu'à\n l'extrémité... Ce n'est pas, croyez-le bien, que je n'aspire au Néant,\n mais à mon heure : je n'aime pas qu'on me force!...\n    — Tiens, c'est tout à fait comme moi, observa Artor. Il me semble\nque nous soyions faits pour nous entendre. C'est quelquefois plus\n facile que de s'entendre soi-même!...\n    — Oh! moi, je m'entends très bien et le public m'entendrait très\nbien aussi, si seulement il voulait m'écouter... Mais, basta...\n Entrons !\n    — Mais, dit Artor, arrêté sur le seuil de la chapelle d'où il aperce­\nvait, accrochés au petit bonheur, dans l'étroite nef, quantité de\ntableaux qu'il tremblait de devoir regarder un à un, sous la conduite\nd'un guide aussi loquace; mais, monsieur...\n    — Desiderio Zanetti...\n    — Eh bien! illustrissime Desiderio Zanetti, j'oserai penser que votre\ninsuccès en ce pays n'a rien de surprenant... La vie y est trop douce,\ntrop séduisante la terre, trop souriant le ciel... Le soleil y fait de la\n splendeur même avec le délabrement et, excusez-moi, avec l'immon-\n dice!... Pour atrabilaire et amer que soit votre cœur, le monde vous\n rit si gentiment ici que vous ne sauriez lui tenir rigueur... Pour moi,\nil suffit, que j'aie passé le Gothard et vu quelques oliviers pour que\n mon âme détendue se sente encline à la bienveillance envers la créa­\n tion et les créatures...\n    Depuis un moment Desiderio, impatient de parler, piétinait sur\nplace, en balançant sa main en signe d'absolue réprobation :\n    — Vous voilà bien, vous autres, hommes du Nord, s'écria-t-il enfin,\n toujours superficiels et arrêtés par les apparences, parce que, chez\n vous, les apparences sont pesantes et oppriment... Tout est lent et\n triste dans vos pays pleins d'hiver et de brouillard, et vos esprits par­\nticipent de leur morosité. La majeure partie de vos jours se passe\nà vous défendre contre les intempéries, à manger et à vous claque­\nmurer comme des castors ou des taupes... Eh! votre pessimisme\nn'estque la mauvaise humeur de votre malaise habituel!... Dans vos\nmarécages, c'est la Nature qui est pessimiste, tandis que, chez nous,\nLatins, au sein de cette contrée d'éclat et de charme, c'est l'homme —\nlorsque, bien entendu, il pense!... L'homme conscient, dans l'indé-\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                     EN MARGE    DE   LA   RÉALITÉ                     15\n\n\n\npendance de sa pensée, libre de toute influence extérieure!... Regar­\ndez, — et il saisit nerveusement le bras d'Artor — admirez la beauté\nde la plaine cultivée par où vous êtes venu, la majesté, là-bas, des\nmontagnes, la transparence de l'atmosphère qui met de la magnifi­\ncence sur les pauvres maisons de cette rue et sur le campanile ruiné\nqui apparaît à son extrémité... Eh bien! chaque matin, en ouvrant ma\nfenêtre, j'aperçois d'un coup d'œil ce spectacle enchanteur et, étant\nsensible à la beauté, il m'émeut... Mais, monsieur, ce n'est qu'un\néclair — je ne suis pas de ceux que la Nature peut leurrer long­\ntemps... Et, moi, Zanetti, je lui crie : « Raca, courtisane! méchante\nmagicienne! que me font tous tes prestiges, puisqu'ils ne sont pas\npour toujours!... »\n   A ce moment, surgit à une des fenêtres de la petite maison une\nravissante jeune femme qui appela :\n   — Desiderio!...\n   — Et celle-là, remarqua Artor en ricanant, est-ce qu'elle est pour\ntoujours?...\n   Le poète s'inclina, en ouvrant les bras, pour signifier son impuis­\nsance à expliquer les contradictions de la vie et de la pensée, et\naccompagna ce geste d'un clin d'œil d'allégresse comique. Cepen­\ndant, un nouvel appel plus peremptoire se fit entendre :\n   — Desiderio !\n   — Allons, poète, obéissez à l'Impératif catégorique! Je vois, ô\n homme du Midi, que votre pessimisme est libre, conscient et non\nassujetu aux circonstances extérieures... Et je vous fais compliment\nsur la délicieuse « circonstance extérieure » que je viens d'avoir le\nplaisir d'apercevoir!... Le monde est mauvais, c'est certain, mais le\npessimisme est meilleur... Et je vous dis adieu, car je n'ai que le\n temps de regagner la gare...\n    — Pas possible? Et le musée?... le musée?... Notre incomparable\n Pérugin? Notre beau Fiorenzo di Lorenzo?...\n    — Bah, ils sont morts, ces peintres, et ont donc le temps d'attendre ;\n le train pas!... Je reviendrai!... Adieu!...\n\n                                    III\n\n                         Artor Académicien\n    Artor étant à la fois modeste, orgueilleux et nonchalant, n'a jamais\n rien publié : il y a, il est vrai, des revues et même, à ce que l'on\n prétend, des éditeurs, mais, il faudrait, se déranger, aller voir des\n gens... Puis, après tout cela, les lecteurs?... Cependant, il ne sait\n par quelle aventure, méprise ou facétie de quelque autorité, il a été\n breveté membre de l'Académie de Belgique, classe des Lettres (pas lès\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "16                             DURENDAI.\n\n\n« Belles » !). Peut-être, suppose-t-il, est-ce en qualité d'homme du\nmonde, parmi les académiciens in partibus... five o' dock !...\n   Quoi qu'il en soit, il a reçu une convocation pour la première\nséance du nouveau Collège littéraire, et n'ayant rien de mieux à faire,\nil s'achemine, avec une feinte insouciance, vers le Palais des Acadé­\nmies. Il marche avec une majesté qu'il s'ignorait et dont il est, tantôt\nsurpris, tantôt gêné; il dévisage les passants avec un aplomb fort\néloigné de sa coutume : « Je vais à l'Académie!... se dit-il, et tous\nces gens n'en savent rien, ni ne se doutent qu'ils ont l'honneur de\ncroiser leurs pas avec ceux d'un académicien !... »\n   Artor a l'âme simple, presque enfantine et totalement dénuée\nd'ambition; pourtant, malgré lui, il se sent grisé par l'idée qu'il est,\nà la fin et sans trop savoir comment ni pourquoi, quelque chose dans\nl'Etat; qu'il figure au nombre minime des citoyens choisis pour être\ndésignés aux acclamations du peuple, à titre de représentants émérites\nde la science ou de l'art national!... Un dignitaire, en un mot, dont\nle nom serait inscrit au registre de mémoire, alors que ceux des\nautres resteraient confondus dans la poussière innombrable et la\ncohue des registres de l'état civil!...\n   — Nous avons une mission à remplir, c'est certain, songe Artor,\nmais laquelle?... Je n'en sais rien, mais le propre d'une Académie est,\nd'abord, de combler une lacune, ensuite d'avoir une mission, haute\nsi possible, à remplir... Et nous la remplirons !... Mais, autre q uestion,\n aurons-nous un uniforme? ou, seulement, des insignes, des chevrons,\ncomme les vieux sergents'? Peut-être n'aurons-nous qu'un drapeau,\n surmonté du Lion-Belgique, avec un râtelier de médailles? Dans les\n fêtes civiques, il nous précéderait, fièrement déployé et escorté par\n notre Président, porteur d'un rouleau... Non, médiocre imagination!\n ce serait plutôt mesquin, cela manquerait de noblesse : Ne serons-\n nous pas les Porte-lyres de la Nation, les Citharèdes officiels?...\n Phalange sacrée, nous nous avancerons dans les cérémonies\n publiques, en chantant sur un mode lyrique, vêtus de gloire!... Lors­\nque nous défilerons entre les haies compactes et respectueuses de la\n foule, les fronts se découvriront à notre approche, les mères élève­\n ront leurs enfants au-dessus de leur tête, afin que, dans leurs vieux\njours, ils puissent dire à leurs descendants : « Nous les avons vus!... »\n    Artor est tout plongé dans le ravissement de cette réconfortante\n vision, quand il se sent frapper brusquement sur l'épaule... Il se\n retourne avec colère :\n    — Ah! fait-il, subitement résigné, c'est vous, Populaire!...\n    — Oui, dit Boniface, car c'était lui : où allez-vous donc, disciple\n des Muses que vous êtes, de cet air dédaigneux et distrait?... Chevau­\n cheriez-vous Pégase tout en vous promenant?...\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                      EN   MARGE   DE   LA   RÉALITÉ                     17\n\n\n    — Je ne me promène pas, rectifie sévèrement Artor, je vais à\nl'Académie...\n     — Tiens, moi aussi!...\n     Les deux interlocuteurs se regardent une minute avec, saisisse­\nment, puis s'écrient ensemble :\n     — En seriez-vous, par hasard, vous aussi?...\n     — Il semblerait que cela vous étonne? remarque Populaire d'un air\nrebroussé, tandis que Artor éclate de rire.\n     — Oui... c'est-à-dire non, répond Artor, réprimant son hilarité;\nnotre cri de surprise simultané s'explique très bien : moi, inconnu,\net vous, trop connu!... Un homme de votre savoir, de vos lumières\net, naturellement, persona ingrata en haut lieu!... Un mérite tel que\nle vôtre, Boniface, porte ombrage!... Mais, si indépendant que l'on\nvous sache, on n'aura pas osé!... Votre nom s'imposait en dépit de\ntoutes les répugnances... Oui, il s'imposait!... Si, par un odieux ostra­\ncisme, Populaire, on avait écarté votre nom, ç'aurait été un haro\n général !...\n     — Vous me flattez, mon cher Artor... Cependant, je me permets de\n croire que ma réputation est assez considérable pour que ma nomina­\n tion à l'Académie ne puisse apparaître à personne sous l'aspect d'une\n faveur du pouvoir ou comme la conséquence d'une compromission de\n ma part : aussi, n'ai-je aucune reconnaissance â témoigner à ceux\n qui, bien malgré leur sentiment, sans doute, m'ont nommé... Ma\n grande Histoire des concours agricoles et les faibles essais de ma muse\n bocagère et scientifique, car, utile et dulci, j'ai toujours associé le\n culte de la Nature à celui de la Science!... Ce sont là des titres, peu\n  pertinents à l'opinion de certains détracteurs et envieux, mais, enfin,\n  des titres!... Et (montrant une liasse de brochures qu'il porte sous\n  le bras) je me suis même chargé de mes ouvrages dans l'intention de\n  les lire à nos honorables et doctes collègues, car, je ne crois pas me\n  tromper, il me paraît utile qu'avant tout nous nous connaissions les\n  uns les autres... « Connais-toi toi même », a dit un sage, antique\n  comme tous les sages, et l'Académie ne faillira point à ce devoir...\n  D'autre part, l'existence de l'Académie attestera, sans conteste, que\n  la Belgique possède des auteurs, mais, cette lacune comblée, il en\n  restera une autre : il lui faut des lecteurs!... Et ne pensez-vous pas\n  que l'exécution de ma modeste idée sera un acheminement heureux à\n  la satisfaction de ce desideratum'? L'Académie donnera l'exemple!...\n      — Oui... oui... dit Artor avec un enthousiasme très hésitant, car il\n   réfléchissait que pour lire il faudrait commencer par écrire... C'est\n   une proposition extrêmement judicieuse, mon cher Boniface, ajouta-\n   t-il aussitôt, rasséréné à la pensée que l'on se disputerait plutôt l'hon­\n   neur de lire que celui d'écouter, et je l'appuierai de toutes mes\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": " 18                            DURENDAL\n\n\n\nforces... De la sorte, au moins, les railleurs ne répandront pas le bruit\nque nous nous réunissons pour ne rien faire — ou pour nous\namuser !...\n   — Vous parlez peu, mon cher ami. conclut Populaire, mais vous\nparlez d'or!... A présent, j'estime qu'il est temps que nous nous pres­\nsions si nous voulons assister au début de cette séance qui marquera\ndans les fastes littéraires de notre chère patrie...\n\n                                   IV\n\n                 Philosophie de la demi-tasse\n    Las de s'écarquiller les yeux, Artor déposa sur la table de marbre\nle journal qu'il lisait et regarda la salle où ne coulait plus qu'un\njour blémi, puis, par la porte-fenêtre, le boulevard humide, avec ses\nhautes façades sombres et moites de pierre bleue, l'asphalte mouillé\net le défilé, fantastique dans les ombres stagnantes du soir, des\npassants et des voitures...\n    Le grand hall du café était envahi de crépuscule morose; dans le\n fond, où l'obscurité déjà se faisait plus dense, entre les colonnes aux\ndorures éteintes, on voyait, au delà de silhouettes confuses de gens\nassis isolément ou par groupes, la dame du comptoir siégeant, toute\nnoire, comme quelque étrange idole, dans la clarté aiguë, traversée\npar la fumée errante des cigares, d'une lampe électrique allumée\n derrière elle.\n    Artor considérait ce spectacle inimprévu et attendait, le moment de\n reprendre sa lecture avec une patience faite d'expérience et de rési­\ngnation, car il connaissait, qu'une méthode pleine de circonspection\n gouvernait l'éclairage de ce café : on allumait, d'abord, par-ci par-là,\n un bec de gaz, puis, après quelque intervalle, selon une gradation\n prudente, les autres; enfin, au terme d'une hésitation plus lougue\n résolue par une décision hardie,— Aleu jacta est ! — on faisait crépiter\n d'un coup, avec prodigalité, tous les foyers électriques du plafond!...\n    — Ce cafetier, pensait Artor. est un avisé commerçant et, si, ce qu'à\n Dieu ne plaise! je possédais des fonds, sans doute les lui conflerais-je\n sans balancer, afin de les faite âprement fructifier!... Cependant,\n peut-être me trompé-je? Les jugements de l'homme ne sont que\n présomption et fragilité!... ('ar, en somme, cette semi-ténèbre\n prolongée, étant de nature à éloigner les consommateurs grincheux,\n peut, devenir à la fois économique et onéreuse pour le tenancier de\n cet établissement : Serait-il donc, ce qui est loin d'être incompatible,\n parcimonieux et stupide?... A moins, hypothèse plus flatteuse pour\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                     EN   MARGE   DE   LA   RÉALITÉ                   19\n\n\nlui, que, par un phénomène assez rare, il n'associe en sa personne un\nperspicace psychologue avec un philanthrope!... Il chercherait son\nprofit, mais il ne lui déplairait point de concourir, en même temps,\nau perfectionnement moral de l'humanité!... En effet, la vesprée que\nson artificieuse providence prépare, au déclin de chaque jour, à sa\nclientèle et qui interrompt les jeux, fait délaisser les journaux et\nlanguir les conversations, qu'est-ce, au fond, qu'une halte, une escale\nqu'il ménage à l'activité, lucrative ou ruineuse, mais toujours vaine,\ndes gens qui fréquentent ici?... Un intermède de recueillement, de\nméditation, la place d'un retour sur eux-mêmes, à la faveur de l'oisi­\nveté forcée et des suggestions de la pénombre organisée par lui, à\nleur intention?... Si, par hasard, leurs yeux rencontraient, dans le\nchamp embué des miroirs, le reflet de leurs visages blafards,\nmarqués des stigmates de l'hébétement, de la manie ou du vice? Rien\nn'empêcherait d'imaginer que cet aspect pourrait, peut-être, émou­\nvoir en l'âme de l'un ou l'autre de ces tapeurs de dominos d'extraor­\ndinaires phénomènes si la folie de cette conjecture n'était palpable,\npuisqu'ils s'agglomèrent en ce lieu, dont l'attrait est fait, pour eux,\nde banalité et d'habitude, précisément en vue de s'échapper à\neux-mêmes, pour ne pas laisser entre les préoccupations de leur\ntravail, de leur négoce ou de leur, sport, un interstice à la réflexion\nintime, à un examen de conscience; aucun loisir de méditation\npersonnelle... Les étourdissements de la foule et de l'alcool y\npourvoient...\n    Pourtant, en attendant la lumière qui galvanisera leurs facultés\nengourdies, de table en table, les consommateurs se regardent\nvaguement, et, quoi qu'ils en aient, sous l'impulsion mélancolique de\nl'ombre accrue, semblent regarder en eux-mêmes. Probablement\nsongent-ils, à leur corps défendant, à des choses affligeantes : à la\nnécessité de rentrer chez soi, tantôt; à l'échéance de la veille ou au\nprotêt du lendemain; à quelque plaisir perdu ou à quelque menaçant\ndevoir... Et la clarté vive de la lointaine flamme qui brille toujours,\nunique, à l'extrémité de la salle dessine, confusément, aux yeux\n hallucinés d'Artor, la statue d'or que Carlyle voulait élever au\n silence...\n    — En fait de statue d'or, celle du veau conviendrait mieux,\n sans doute, céans!... Et il examinait, affalé sur le banc de velours\n rouge, en face de lui, un gras et grisonnant boursier, le teint brouillé\n et recuit, la barbe diffuse, les yeux dissimulés derrière les verres\n bleus de son pince-nez, qui mâchonnait son cigare, en supputant\n les bénéfices des reports inscrits sur le calepin, dont il tournait les\n feuillets d'un pouce busqué... A la table voisine, était assis un singu­\n lier type, dans les vêtements étriqués de la détresse ou de l'ava-\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": " 20                            DURENDAL\n\n\n  rice, tête glabre de clown ou de sacristain sous un gibus antique et\n  rapé et qui. en se balançant régulièrement de droite à gauche et en\n  chevrotant d'informes propos, attendait béatement le moment de lire\n le journal étalé sur le marbre qu'il couvait d'un œil de convoitise.\n  Plus loin, dans le même coin, celui des habitués, une longue table\n était accaparée par de bruyants joueurs de dominos, auxquels des\n gamins, le nez et les lèvres écrasés contre la vitre, faisaient, géné­\n ralement, des grimaces.\n    — Vue du dehors, se disait Artor, la pantomime de ces individus\n doit avoir l'air démente, et les gestes de triomphe, de défi ou de\n déconfiture avec lesquels ils alignent leurs dés, les posent, les brouil­\n lent... Quel être cocasse que ce vieux avec les plates-bandes maigres\n et précieusement ratissées de ses cheveux mal teints, ses yeux niais,\n ses joues roses palissadéos de favoris qu'il lisse solennellement de\n ses gros doigts bagués, tandis que, de son autre main, il caresse le\ndé qui, victorieux, emportera la partie !...Tout ce que les trafics de son\n commerce lui ont laissé de puissance intellectuelle est concentré sur\n le sort de cette parue, et son âme s'épanouit d'orgueil anticipé et de\nféroce joie à la prévision certaine de son gain et de la mine penaude\nde son partenaire!... Et cet autre, ce Brésilien de vaudeville, qui\ndftrde sur le jeu des regards flamboyants, rage et crispe ses doigts\nfrénétiques sur l'unique dé qui lui reste : « Passe »! crie toute son\nattitude, chacun des traits décomposés de son visage olivâtre...\n    Debout autour des alversaires ou assis aux tables environnantes,\nd'autres messieurs encore, malingres ou bouffis, ingambes ou poda­\ngres, amènes ou renfrognés, suivaient, tout haletants, l'âme en transe\n dans l'attente du coup final, les péripéties du duel.\n    — Grand dommage, soupirait Artor, anxieux, malgré son mépris,\nde l'issue de la lutte — grand dommage que la philosophie ne\nrequière plus que de vieux professeurs pleins de sagesse abstraite et\nd'ahurissement concret, et quelques fous désœuvrés comme moi... A\nl'égal de la poésie, elle n'était d'aucune utilité, et c'est une grande\nnoblesse... On a certainement écrit, puisque l'on a tout écrit, la psy­\nchologie du café et étudié les déformations mentales qu'il occasionne\nchez ceux qui s'y réunissent... Mais, peut-être, est-ce moins l'atmo­\n sphère du café ou de la brasserie qui dénature les esprits les plus fins\n et les plus délicats, et révèle chez eux une aptitude à la plaisanterie\n basse et à la méchanceté, que le fait d'y être en troupe?:.. Plus l'as­\nsemblée est nombreuse, plus il faut hausser sa voix et rabaisser son\ncœur!... Et si, à cause de l'excès de la pluie et du froid, le café doit\n faire figure pour nous, Occidentaux, de portique ou de jardin d'Aca­\n démus, sans doute les seuls vrais philosophes que l'on y rencontre,\n-sont-ils ces fervents du domino qui, stoïquement, savent faire double-\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                     EN MARGE D E LA R E A L I T E                    21\n\n\nblanc de leur esprit et de leur cœur!.. Chacun de ces hommes n'est-il\npas comme le représentant d'intérêts, de responsabilités, d'affections\ninfiniment ramifiés dans la famille, et la société? Chacun d'eux ne\ntraîne-t-il pas à sa remorque tout un passé lourd de morts et de sou­\nvenirs?... Or, le soir venu, préoccupations de toujours, projets d'hier\net inquiétudes de demain, tout cela s'anéantit, bascule dans leur\nmémoire, pour ne leur laisser d'autre passion que celle de ces dés\nqu'ils mêlent sauvagement sur la table!...\n   L'éclairage du local ayant, entre-temps, fait quelque progrès.\nArtor saisit son journal, mais aperçut aussitôt que toute tentative de\nlecture, était encore prématurée, et cette constatation lui ayant, une\nfois de plus, fait éprouver que l'intensité de sa vue commençait à\ndécliner, il se décida à s'en aller :\n   — J'ai laissé un peu de mes yeux dans chacun des livres que j'ai\nlu, concluait-il en marchant sur le boulevard rempli de gens et de\nboue. Et, étant donné qu'ayant moins d'yeux, je n'ai pas. assurément,\nacquis, en échange, plus de sagesse, qui me prouvera, qu'au point de\nvue de l'hygiène tant de mes yeux que de ma pensée, il n'aurait,\npas été préférable, pour moi, de passer ma vie à jouer aux\ndominos?...\n\n                                                     ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "                      Petit Pierre\n                                II\n                IL avait douze ans, mais il était si fluet qu'on\n                   l'appelait Petit Pierre.\n                      Deux grands yeux qui laissaient transparaître\n                   toute son âme d'enfant, des yeux si limpides\n                   que tout son visage en était éclairé. Ces\n                   yeux là, c'était tout Petit Pierre.\n                      Il avait deux amours : sa mère et les livres.\n                   Oh! sa mère, sa maman, à lui, toujours pâle,\ntoujours malade et, malgré cela, si bonne, sa mère à la voix\ncaressante qui lui contait de si belles histoires et le berçait de\nsi douces chansons! « Maman! » Ce mot-là, quand il montait\nà ses .lèvres lui semblait couler comme du miel. Et son cœur\nbattait plus fort.\n   Sa mère! Tout le jour il restait avec elle. C'est sous son\nregard qu'il étudiait, goûtait et prenait ses ébats. Le soir, il\ns'asseyait sur une chaise basse, dans le rond lumineux de la\nlampe, et ouvrait ses livres favoris, la tête blottie contre les\ngenoux de sa maman.\n   Oh! alors, les heures exquises!\n   La nuit tombait. Dans le foyer chantait la flamme. Et, quand\nl'histoire était terrible, quelle douceur de se faire petit, petit,\net de se cacher dans un pli de la robe.\n   Puis quand, les lettres dansant sur la page, le livre de contes\nglissait sur le tapis et qu'on emmenait Petit Pierre dans sa\nchambrette, quelle sensation délicieuse pour lui de s'allonger\ndans sa couchette bien chaude et de s'endormir sous le dernier\nbaiser qui fermait ses paupières lourdes!\n\n                                II\n  \" Oh ! maman !\n  — Voyons, Petit Pierre, ne pleure pas. Tu iras au collège.\nTu me l'as promis hier soir.\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                            PETIT    PIERRE                         23\n\n\n\n   — Oh ! m a m a n ! maman ! »\n   Depuis le matin, le pauvre enfant ne peut dire que ces mots.\n   L e collège! Il savait bien qu'il devait y aller. On le lui avait\ndit souvent. Mais il ne pouvait croire que ce fût pour tout de\nsuite. Sa m a m a n ne voudrait j a m a i s !\n   E t voilà que c'était vrai !\n   On avait apporté dans sa chambre une boite noire et longue\noù l'on entassait ses habits, ses livres!\n   Petit Pierre descendit au j a r d i n . Il alla chercher son petit\narrosoir là-bas, dans la touffe de buis et se mit à arroser son\nparterre une dernière fois. Ses pauvres fleurs, elles aussi, avaient\nl'air bien triste. Elles devaient se demander qui, désormais,\nprendrait soin d'elles.\n   L e travail fini, comme il avait très chaud, il cueillit une\ngrappe à la treille. En la mangeant, il se sentit un peu consolé.\n   P o u r t a n t , le soir, dans sa chambrette aux placards vides, il\neut le cœur bien gros. Il s'endormit en pleurant et rêva qu'il\nétait mort, qu'on l'emmenait dans une boite noire, bien loin,\nbien loin de sa m a m a n .\n\n                                    III\n\n          « Ma chère m a m a n ,\n   » Je suis bien triste encore. L e soir j ' a i de la peine à m'en­\ndormir. C'est que tu n'es plus là pour me dire bonsoir. Je t'em­\nbrasse, ma chère m a m a n , comme je le faisais quand tu me\ncouchais dans mon petit lit. T o u s les jours je regarde les\nfleurs que j ' a i cueillies dans le jardin, avant de partir. Elles\nsont déjà toutes sèches. J'envoie un baiser à toi et à mon petit\njardin. Qui entre dans ma chambre pour épousseter mes livres?\nJe t'embrasse, ma chère m a m a n . Prends-tu bien les pastilles du\ndocteur qui guériront la toux méchante ? Q u a n d tu travailles à\nton canevas, Minet vient-il toujours mêler ta laine? J e t'envoie\nun grand baiser et je fais une grimace à Minet. J'ai acheté un\nbeau cahier et j'écris dessus ma jeunesse. C'est pour toi, le\ncahier. Encore un baiser, ma chère m a m a n , encore u n e grimace\nà Minet. »\n\n  C'est en étude de troisième division que Petit Pierre compose\ncette lettre.\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "24                              DURENDAL\n\n\n\n   Dehors, la nuit, une nuit de décembre qui angoisse l'âme.\nD a n s la salle, un silence lourd que dérangent seulement le\ngrincement des plumes et, par intervalles, la chute d'un livre.\n   L a pendule m a r q u e six heures.\n   Petit Pierre ferme sa lettre. T i r a n t de son pupitre le cahier,\noù, selon sa naïve expression, il écrit sa jeunesse, il reprend la\npage commencée la veille.\n   Qu'est-ce qu'il peut bien y marquer, le pauvre enfant? Mon\nDieu, ce qu'il y marque n'a guère de sens! C'est un bavardage\nenfantin, tissu de fautes d'orthographe, de redites, d'incohé­\nrences. Mais cela, c'est son âme candide et fraîche qui s'épanche\nen pleurs, en sourires, en baisers. Il y a là tout un cantique\nd'amour, adorablement tendre, qui mettra des larmes de joie\ndans les yeux et que Petit Pierre ne chantera plus j a m a i s .\n\n                                    IV\n\n   On est au matin du I e r janvier.\n   P a r bandes b r u y a n t e s , les élèves vont et viennent, leur valise\nà la main, prêts à s'envoler en vacances. L a maison, d'ordinaire\nsi calme, est pleine de cris, d'appels et de rires.\n   Petit Pierre ne se mêle pas à tout ce t a p a g e . Assis d a n s un\ncoin, il ne voit rien de ce qui l'entoure. Son cœur bat très fort.\nDans quelques heures ne va-t-il pas revoir sa maman ? Ses grands\nyeux sont plus brillants. P o u r t a n t , ils reflètent, au fond, une\ninquiétude vague. Sa m a m a n est malade, bien sur, puisqu'elle\nne lui a pas écrit depuis un mois.\n   Mais comme il va bien la soigner ! Quand elle sera triste, il lui\nracontera des histoires drôles! Q u a n d elle aura froid, il nouera\nautour de son cou ses bras dans une caresse... Et puis, le soir, il\nlui lira « sa jeunesse ».\n   E t P e t i t Pierre presse sous son veston d'uniforme le beau\ncahier, où, depuis trois mois, il a noté ses impressions.\n\n                                     V\n\n  Petit Pierre vient de quitter la diligence où ses camarades,\npar leurs chansons, mettaient une illusion de joie en son â m e .\n  Il chemine tout seul. Il est plus triste; et ses grands yeux en\napercevant le logis coutumier songent à bien des choses,\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                               PETIT PIERRE                                 25\n\n\n   Il traverse le j a r d i n . Les arbres dépouillés frissonnent. L a\nbise a jonché l'eau du bassin de leurs pauvres feuilles qui se\nserrent l'une contre l'autre pour avoir moins froid. L a mort! la\nmort partout!... Dans les charmilles abandonnées, dans les\ncollines attristées par l'hiver, dans cette maison dont les fenêtres\ncloses semblent des yeux fermés pour j a m a i s !\n   L e voilà arrivé.\n   Sa mère ne vient pas prendre son premier sourire.\n   C'est t a n t e Geneviève qui reçoit l'écolier sur le seuil, qui\nl'embrasse et met dans son étreinte tant d'affection, tant de\ntristesse, tant de pitié aussi, que le pauvre petit éclate en\nsanglots\n   <c Ne pleure pas... Elle t'attend... Viens... doucement. Elle\nest si faible... »\n   Il entre... Qu'elle est changée, mon Dieu, sa m a m a n !\n   P e t i t Pierre s'arrête hésitant, presque épouvanté.\n   Sa mère le regarde et s'efforçant de sourire :\n   « Viens, mon Petit Pierre. T u sais bien, comme autrefois... »\n   Que sa voix est faible! Petit Pierre la reconnaît à peine.\n   Il se penche... O h ! les chers bras qui l'enlacent. . avec\nquelle tendresse!\n   Maintenant voilà que sa mère lui parle :\n   « N e pleure pas, mon chéri. Parle-moi. Donne-moi tes joues.\nRegarde-moi. T e s yeux me réchauffent. Oh ! que tu es beau !\nC o m m e tu as g r a n d i ! . . . Vois-tu, j'étais malade de ne plus t'avoir.\nDepuis que tu n'étais plus là je n'avais plus de goût à rien.\nSans toi la promenade m e lasse. Mais te revoilà. E t du même\ncoup j e m e s e n s mieux. Embrasse-moi! Laisse-moi t'embrasser...\nt'embrasser... »\n   Petit Pierre écoute. Les idées noires s'envolent. Oui, il va\nguérir sa mère. Il ne d e m a n d e qu'à croire. Ses yeux sourient.\nVoici qu'il peut parler.\n   Il dit toutes ses tristesses, tous ses soirs d'angoisse. Il raconte\nsa vie d'écolier, ses travaux, ses luttes. Il parle de son cahier,\net, tendrement :\n   « Prends-le, m a m a n . T u sais, c'est pour toi... »\n   L a mourante tressaille toute d'un frisson d'amour. Elle se\nsoulève... elle saisit le livre avec transport... elle le baise... elle\nveut le lire. Elle commence. Sa voix est redevenue forte. Petit\nPierre est fou de joie.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "20                          DURENDAL\n\n\n   Soudain, elle s'arrête. Une toux déchirante coupe sa parole.\nSa figure se contracte et sa tète s'abat sur l'oreiller, tandis que\nsa main laisse glisser à terre le beau cahier dont les feuillets\ns'éparpillent.\n   Alors Petit Pierre sent que c'est fini. Sa maman va mourir.\n   Et quelque chose s'en va de lui, le quitte et semble tomber\navec les feuillets de son livre; quelque chose meurt en lui, sa\nblanche, sa tendre jeunesse.\n\n                                VI\n   Huit jours plus tard, la mère de Petit Pierre était morte.\n   Comme on allait clouer la bière, on vit entrer le pauvre enfant.\nIl tenait en main son cahier.\n   Il s'agenouilla devant le cercueil ouvert et, déposant entre les\nbras de la Morte les chères pages écrites avec tout son cœur :\n   « Maman, dit-il dans un sanglot, prends avec toi ma Jeu­\nnesse... »\n   Depuis ce jour-là, Petit Pierre n'est plus jeune.\n\n                                             PIERRE   BILLAUD.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                  Le goût du néant\n\n                IL y a des heures de lassitude où le présent pèse,\n                   où l'avenir effraie : l'on voudrait être immobile.\n                   Les yeux se fixent sur l'âtre et des pensées,\n                   pareilles à ses flammèches, montent brèves,\n                   inquiètes du champ de la conscience, et l'on\n                   revoit sa vie, cette vie qui nous blesse en fuyant.\n                     L'on songe à son enfance, heureuse comme un\n                   pan de ciel bleu; elle a passé comme une bouffée\nde parfum printanier.\n    L'on songe à sa jeunesse qui s'en allait, aventureuse, une\nfleur aux dents, une fleur au cœur, partout où brillait le soleil.\nElle s'est assise, tout à coup fatiguée. Et l'on est à l'âge\nd'homme. Mettant la main au-dessus des yeux, l'on a interrogé\nl'horizon, puis l'on a regardé derrière soi et l'on s'est souri dans\nle passé : l'on avait l'air si jeune que, quoiqu'elle fût longue la\nroute, et qu'elle se dressât au flanc noir d'une montagne, l'on\ns'est remis à marcher allègrement. Pour moi, marchant, j'ai\npensé à ceux qui sont morts.\n    L'éclat du jour se tempérait. Ces morts, ils me regardaient\nde leurs yeux fermés... Je voulais les nommer : chacun d'eux\navait un nom, mais c'étaient les miens. Vous vous appeliez :\nmon amour, mon esprit, mon ami. Le soir gagnait l'étendue.\nJe me sens si dépouillé, si nu, que j'ai envie de m'étendre sur\nla terre et d'attendre. Attendre quoi? que quelqu'un dont, peut-\nêtre, je suis aussi le nom, meure avec moi, en moi, et par moi?\nNon, je ne le veux pas, Cette pensée est terrible. Elle me met\ndebout sous les étoiles. Qu'elles sont douces, qu'elles sont\nbelles! cependant leur vue me fait mal. Je sais pourquoi je les\naime désespérément. Elles sont lourdes de tout moi et légères\nde tout elles. Si je pouvais les contempler sans être! Allons ma\nvie, mendiante stoïque et sublime, tends ta misère vers la bonté\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "28                          DURENDAL\n\n\net vers la beauté s'il en est au monde. La nuit est venue. Les\nétoiles? Il n'y a plus d'étoiles. La mort rôde ici. Il me semble\nque chacun de mes pas la heurte; je la sens qui me frôle; je la\nvois, chose étrange, distinctement, et je la reconnais, oui, je la\nreconnais; elle ne m'a jamais, jamais quitté. Elle était derrière\nmon berceau : elle me l'a pris, certes; elle folâtrait sinistrement\nderrière moi quand je vaguais gai comme une chanson ; quand\nj'aimais comme une fleur embaume ; je me souviens! elle m'a\ntant fait chanter que ma voix est cassée; elle m'a tant respiré\nque mon cœur est fané; et chacun des instants qui s'écoule, c'est\nelle qui les détache, elle qui les emporte; de tout ce que je perds\nc'est elle qui s'enrichit et se fortifie.\n    Ma vie! ma vie! quelle illusion es-tu donc? Plus tu vas,\npriant, mendiant, travaillant, plus s'échappe et s'évanouit ce\nque tu as sans que tu reçoives rien. Tu portes en toi la mort et\ntu lui obéis; chaque pas, chaque souffle où tu te dépenses c'est\npour elle. Vous vous ressemblez comme un frère et vous vous\naimez d'un infernal amour. Les vers des poètes accourent ven­\ngeurs du fond de ma mémoire. Mais je ne vous distingue plus;\nl'effroi de votre longue tromperie me saisit. O vie ! tu me trahis.\nTon nom! ton nom, c'est mort.\n   Je comprends maintenant, ce mordant amour de l'immobile,\ncet attrait du passé où il règne. Ce je ne sais quoi qui fuit et que\nnous sommes, détourne les yeux de son évanescence, et ne pou-\nvantsupporterde se voir détruire, s'arrête et se fixedansce qu'ila\nd'être. Pour échapper au flux du présent, il revit ce qu'il a vécu ;\net il le revit en maître. Car il est nôtre le passé. Nous l'arran­\ngeons à notre gré, et de ses pièces détachées nous nous faisons\nheur ou malheur, combinant les faits, les pliant à notre fantaisie,\nlaissant à l'oubli ceux-ci, magnifiant ceux-là, en maîtres des\nchoses et de l'heure. L'homme veut être Dieu. C'est sa noblesse\net c'est sa douleur. Car c'est en vain que nous croyons tromper\nle destin. Nul n'échappe à la vie; nul n'échappe à la course\ndes choses.. Ce qui fut n'est plus. Nous avons beau relever nos\nmorts ; les pomponner, farder leurs traits exsangues : nous\nsommes des morts nous efforçant à ressusciter des morts.\n   Quel goût pervers nous ramène aux nécropoles? Eh quoi!\nserait-ce vraiment pour être en dehors du temps, pour être des\ndieux? Est-ce le dégoût de ce qui passe qui nous jette à l'im­\nmobile? Notre joie crie au temps : « Suspends ton vol », notre\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                        L E GOUT   DU   NEANT                       29\n\ndouleur soupire : « Je voudrais ne plus être ». Q u e le temps\nobéisse, c'est la mort; que soit exaucé notre vœu, et il nous\nparaît que nous serons mieux. Bizarrerie pro'onde. Je suis\nbalancé entre l'être et le néant. Je veux le repos, l'immobilité\ncomplète, l'oubli de tout cet être fini, l'anéantissement ultime.\nPourquoi ? parce que le néant me semble meilleur que le présent\nque l'on ne sait retenir, et meilleur que le passé qui fond entre\nnos bras. J'appelle l'être et le néant r é p o n d ; j'appelle le néant\net l'être me répond.\n    E t r e en n'étant pas. Telle est la question.\n    Alternance étrange qui fait succéder la voix de l'être à celle\ndu n é a n t ! N'est-elle pas mystérieuse cette voix du rien; voix\nimpérative et douce; oui, maternellement douce.\n    Elle m'appelle et je vais. L'immobile me meut. L'inexistant\nsoulève mon cœur de désir.\n    Quel secret recèle ce néant qui féconde?\n    Si je songe à lui dans ma pensée et que je me d e m a n d e quelle\nidée je m'en forme, que dirai-je, sinon qu'il m'apparaît comme\nl'immobile qui se serait jamais mu, comme le mort qui n'aurait\nj a m a i s eu ni corps ni â m e ; dont moi-même je ne connaîtrais pas\nla mort. De quel nom nommer cet innommable? E t pourquoi\nvouloir le nommer? C'est que de grandes âmes l'ont aimé, des\nâmes étrangères qui ne se posent sur notre sol que pour s'élancer\ndans la nue. Où donc l'avaient-elles rencontré? D a n s la nature?\n E n elles-mêmes? Dans cette â m e par qui tout et plus que tout\nest, puisqu'elle enveloppe la n a t u r e dans son miroir et qu'elle y\n ajoute un monde qui n'est d'elle et que par elle.\n     Je m'élance dans toutes les avenues de l'être, pour trouver au\n bout ie néant, précipice monstrueux et béant. Vaine recherche!\n E t pourtant son ombre s'allonge sur l'âme, l'enténébrant. Où\n est sa réalité! Puisque la grande nature est vide de lui, c'est\n donc en moi, en nous, qu'il faut le chercher. Nous prêtons l'être\n à ce qui n'en a pas. T a n t est grande notre passion. E h oui! c'est\n en nous et par nous qu'il est, cet enfant tourmenteur de notre\n imagination. Hors de nous tu n'es rien, épouvantail, fantôme,\n illusion! T a vie n'est que la nôtre et contre toi la vie univer­\n selle gronde et s'élance comme une vague dans l'air et dont la\n chute sonore ne trahit que sa propre vie. T u n'es qu'une i d é e !\n T u n'es pas. Serais je si jamais tu avais été !\n     L'âme se réveille de son cauchemar. Q u e ce réveil est d o u x !\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "30                         DURENDAL\n\n\n\nQuel repos! Oh! se reposer toujours... Mais n'est-ce pas encore\nl'ombre de l'immobile — qu'elle est froide! — qui vient se\nglisser sur moi? La lutte farouche va-t-elle reprendre? Les voici\nencore les ennemis irréconciliables : l'immobile qui nargue au\nchangement — le néant — le mobile qui s'écoule et m'entraîne —\nl'être. Et la voix maternelle reprend, elle murmure : « Viens!\nviens! dans mes bras, où l'on est si bien. » Où l'on est, où l'on\nest.\n   ... Mais être, c'est se mouvoir, c'est marcher, c'est souffrir,\net de mon mal tu me veux guérir en me faisant être. Toi, néant !\nImmobile néant!... C'est bien d'être que tu me parles, d'être\nmieux, d'être autre, d'être sans être.\n   O néant! profond néant! qui fais être, qui donc es-tu? que\nveux-tu? Veux-tu cette vie? Prends-la, nous en sommes las;\nveux-tu notre volonié, prends-la; flèche indocile, elle tombe\ndevant le but; veux-tu notre intelligence, prends-la, elle ne\ns'égala jamais elle-même! Change notre tout en ton rien. Nous\navons bu aux ruisseaux et nous rêvons de sources. Nous vou­\nlons de l'autre; tu nous dis : « Viens ». O néant profond, néant\nqui fais être et qui nous parles, néant mystérieux auquel mon\ncœur aspire, sphinx redoutable que nimbe une espérance, dis-\nmoi ton nom.\n   Métaphysiciens silencieux, enclos en vos cellules, comme les\nsaints de pierre des cathédrales en leurs niches, nous direz-vous\nce nom d'épouvante et d'amour?\n   Expliquez-nous ce goût du néant : le mystère de l'être qui\nvoudrait ne plus être pour être mieux; et cette mystérieuse\nréponse du néant qui n'a pas d'être et qui nous promet\nl'être?\n   J'ai été leur demander le mot de l'énigme. Ils m'ont dit :\nDieu! Et leurs lèvres, où erraient des reflets divins, ont laissé\ntomber la mystique sentence : « Nous ne savons ce qu'il est »,\nmais seulement ce qu'il n'est pas, et quel rapport soutient avec\nlui tout le reste. O Seigneur! ton nom jeté dans cette nuit!\n Eclair de la vérité qui l'illumine! N'es-tu pas l'Immobile?\n Le grand autre, le grand Désiré. Néant pour nous qui ne\nsavons par où Te prendre! Si autre que tu nous serais à jamais\nétranger si notre désir ne nous mouvait vers toi, si la richesse\nde ton néant n'alimentait ce que nous nommons notre être, si\n débile que nous n'osons te nommer par lui. Mais non, néant\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                         LE   GOUT   DU   NÉANT                     31\n\n\n ce n'est que le nom de nos mots et de nous-mêmes, nous\n ne sommes pas et T u es. E t tout l'univers et tout ce qui\n passe et tout ce qui n'étant pas veut être, est suspendu à ton\n Etre.\n     C'est ainsi que tu es en nous, au sein du mystère, sans que\n nous sachions te n o m m e r ; mais si pressant que nous te sen­\ntons, te voulons, te cherchons partout et j u s q u ' e n dehors de\n notre être, parce qu'il défaille, attiré invinciblement par\nton néant, parce qu'il est splendeur d ' E t r e et de Bonté, autre\net ineffable.\n     E t t'ayant cru trouver, nous courons éperdus comme des\nenfants de ton être à ta vérité, de ta vérité à ta bonté, à ta\nbeauté, à l'infinité de tes perfections, éblouis du mystère que\nnous cache la vie et que nous cache la mort, nous désaltérant\naux eaux glorieuses jaillissantes et immobiles de l'éternité.\n Mais ce n'est ni toi ni ta durée. Blancheurs qui font songer au\nsoleil. Marchons d o n c ! puisque la vie est le chemin de la mort,\npuisque la mort est la porte de la vie. Si Dieu nous appelle,\nc'est q u ' i l nous veut. Marchons dans l'allégresse puissante,\ndans la joie de l'aube qui nous découvre la terre promise. L à\ntout est repos, lumière. L a mort n'est plus un cauchemar,\nc'est l'amie qui prend, mais qui rend et qui nous paie intérêt.\n P o u r ce qui passe, elle nous donne ce qui dure. E l l e . . . Mais,\n parmi de vieux papiers où dorment des souvenirs, j ' e n sais un\nqui dit adorablement l'œuvre de mort. C'est une lettre\nj a u n i e . Elle me vient d'une douleur, elle est pleine de douceur.\nSi je vous la livre, c'est pour qu'en un jour de tristesse, sa dou­\nceur ressuscitée, mette son baume dans nos cœurs. Elle dit la\nlettre toute parfumée de passé :\n\n   « Quoi, cher monsieur, cette vénérable figure que j'avais\nentrevue a disparu! Vous n'avez plus près de vous, au-dessus\nde vous, la douce lumière de ces cheveux b l a n c s ! Vous\navez perdu votre mère, je pense à la mienne et je pleure\nla vôtre; une mère ne meurt p a s ! Elle devient un peu\nplus ange, ce qui la rend invisible. Nous appelons cela\nmourir. On perd de vue les m o r t s . . . voilà tout. Mais ils\ndemeurent dans notre ombre et leur cœur vient parfois\nréchauffer doucement le nôtre. Que ceci nous apaise. Mettez\nvotre noble esprit en repos dans cette lumière qui nous vient\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "32                                    DURENDAL\n\n\nde la t o m b e . Je vous envoie ma profonde et douloureuse\nsympathie.\n  » Eximo.                            » VICTOR H U G O . » (1)\n\n   Elle nous rend invisibles; elle nous fait anges, les mères\ndavantage, et les enfants un peu, puisqu'ils leur a p p a r t i e n n e n t .\nJe ne sais; mais comment pleurer encore. Mon imagination\ns'enchante des angéliques demeures, et je songe pour en vêlir\nles élus à cette suprême grâce florentine, des vieux maîtres de\nla ville au L y s . C'est une r u m e u r de cloches argentines, de\nchansons légères : l'air, l'espace, la lumière se fait chanson. Ma\nvolonté s'émeut, mon intelligence s'illumine et toutes deux\ns'enlaçant, elles vont vers la bonté et vers la vérité dans la joie\nd'une vie qui emplit toute l'âme, d'une vie exhaustive, superbe\nde confiance, reluisante d'immortalité. Et je crie de toute mon\nâ m e de lumière, ces mots obscurs du vieux stoïcien : « Douleur,\ntu n'es qu'un mot : car, où est ta victoire, ô m o r t ; ô vie,\noù est ta défaite ? »\n\n                                                             CHARLES NICAISE.\n\n\n\n\n  (1) Cette lettre, inédite, a été écrite au grand-père de l'auteur à l'occasion de la mort\nde sa mère.\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                           Marinette\n                                                       P o u r Deffernez.\n\n                                   I\n\n                Du clocher vieillot, ruisselle l'angélus.\n                        Ses tintements semblent la voix d'argent du\n                    brouillard matinal é p a n d a n t sa mouvante ouate\n                    sur le petit village ensommeillé. Un magnifique\n                    angélus y fait courir un frisson d'éveil.\n                        Les sansonnets dévalent des grands arbres\n                    vers la croix du clocher, où tout noirs, ils se\n                    perchent et sifflotent; les martinets encerclent\nl'église de cris aigus et de rapides frôlements d'ailes; les\npigeons blancs, les chats roux fleurissent les gouttières de\nleurs rondes sonores; les coqs rougeoient sur l'or des fumiers;\ndes beuglements affamés s'évadent des étables.\n   Les premiers sabots clapotent aux seuils des chaumières; les\npremiers bonnets blancs blanchissent l'entrebâillement des\nportes vieilles dont les vieux verrous grincent.\n   Des petits vieux, des petites vieilles s'acheminent vers l'église\noù le bon curé dit ses heures, en a t t e n d a n t qu'une nouvelle volée\nde cloche annonce la messe; la vierge blonde du vitrail semble\nlui sourire.\n   Devant l'église, le presbytère s'éveille aussi; une fenêtre de\nl'étage s'ouvre, et parmi les bras verts de la glycine qui s'étirent,\nse penche une blonde tète d'ange. Marinette est la sœur de la\nvierge du vitrail.\n   Marinette s'agenouille devant la fenêtre où le matin flue; ses\nlèvres m u r m u r e n t un ave, tandis que ses yeux et ses pensées\nessorent, là-bas, vers les tourelles du château couronnant le\nfront des futaies.\n   L'angélus ruisselle du clocher vieillot.\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "34|                            DURENDAL\n\n\n\n                                   II\n\n    L a radieuse enfance do Marinette chante là-bas dans ce grand\npare.\n   j a d i s , le fils des châtelains, rose enfant, avait voulu pour\ncompagne de jeu la petite Marinette du presbytère, la nièce du\nvieux curé. T o u s les matins avaient revu Marinette parmi les\ngrandes pelouses où les cygnes lassés des nénuphars laisaient\nleur roue blanche et dédaigneuse. L e u r s enfances avaient\npassé, jamais désunies, jusqu'au jour où le petit châtelain\nfut volé à son amie par la ville lointaine et fastueuse.\n   Il ne revint plus au village; on ne l'y revoyait plus que d u r a n t\nquelques jours, à chaque automne, à l'époque des chasses; il\nétait à présent si grand, que Marinette n'osait lever vers lui son\nregard d'aurore, q u a n d parfois elle se trouvait sur le passage\ndes équipages du château. Au presbytère, dès qu'elle percevait\nle lointain galop des chevaux raclant la grand'route, elle mon­\ntait à sa chambrette, et, masquée par les rideaux de g u i p u r e ,\nregardait, haletante, passer le seigneur oublieux parmi sa suite\nprécieuse.\n   Au dernier automne, ignorant son retour au village, elle pro­\nmenait — comme souvent — ses rêves et ses espoirs impossibles\nvers le parc nostalgique. A travers les grillages puissants, elle\ncoulait des regards attendris aux vieux arbres témoins des joies\nmortes, aux vieux arbres hochant sur l'or des soirs leurs bras\nsceptiques. Elle revoyait les cygnes superbes qui la méprisaient\nde leur œil froid; elle redemandait aux pelouses veloutées la\ntrace de leurs pas enfantins. Elle frissonna : il passait devant la\ngrille, hautain. Leurs yeux se croisèrent avant qu'elle put\nbaisser les siens. Il siffla ses chiens qui batifolaient et disparut\ndans un massif. Elle sentit s'enfoncer jusqu'au fond de son\ncœur de petites épingles.\n   Aujourd'hui, en cette aube où tout gazouille, en cette aube\nde p r i n t e m p s qui la trouble et fait palpiter l'aile de ses seins,\nMarinette m a u d i t les années et l'or qui lui volent celui pour qui\nson âme se fondrait en tendresses exquises. Mais elle lui par­\ndonne son oubli.\n   Voici qu'un prime rayon de soleil effleure de son baiser la\nclarté des cheveux d'or et la clarté des grands yeux - bleus rivés\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                              MARINETTE                              35\n\naux lointaines futaies. T a n d i s qu'elle rêve ainsi et que ses lèvres\nmurmurent la prière distraite, tandis que rêve Marinette, plus\nbelle que la vierge du vitrail, le jeune châtelain, le cœur ba­\nvant le dégoût, les lèvres souillées de maquillage et fleurant la\ncatin, rentre en son palais doré de la ville sale, après les noc­\nturnes orgies.\n   Il maudit les longues années à subir encore, les longues\nannées de lassitude et d'écœurement, les noires années sans\namour que son or ne peut payer et que son cœur séché ne peut\nfleurir. T a n d i s que le châtelain veule songe au suicide sau­\nveur, au doux écourteur d'ans lâches, Marinette rêve à celui\npour qui son âme de ciel se fondrait en tendresses éternelles.\n   L'angélus ruisselle des auvents du vieux clocher villageois.\n\n                                                EDGAR    BONEHILL.\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "  Aspects de la Nature et de la Cité\n                                   (Suite)     (I)\n\n\n\n                                        II\n\n              LA    caractéristique saillante du paysage urbain,\n                   comme celle du paysage rustique, réside encore\n                   une fois dans le pittoresque. U n e ville sans\n                   pittoresque est une ville sans originalité, sans\n                   caractère et, vraisemblablement, sans passé. L e\n                   pittoresque ne se trouve pas seulement dans les\n                   ruines, auxquelles le limite une erreur accréditée\n                   par le r o m a n t i s m e ; il est dans tout ce qui se\nconditionne des facteurs du pittoresque, le temps et l'absence\nde préméditation. Il ne consiste pas seulement dans les vestiges\ndu passé, pleins de la poésie du souvenir, harmonisés et idéalisés\npar les atteintes du temps, mais encore dans toute objectivation\nd' « habitudes » collectives inconsciemment acquises, condensées,\nd ' u n e génération à l'autre, en traits de mœurs et matérialisées\ndans certains aspects ; — tout cela dominant, dans sa résistance\npassive, l'action concertée de l'homme avec ses réalisations\nimmédiates.\n   Mais ici, le conflit avec l'utile et le nécessaire prend une\nacuité particulière. Il en est de ces choses, en effet, comme du\nfolklore. Pour q u ' u n e tradition, une superstition frappe et\nparaisse digne d'être recueillie, il faut qu'elle soit en passe de\ndisparaître : de même, un objet n'entre dans le domaine de la\ncuriosité ou du pittoresque que pour autant que son ancienneté\net sa rareté le signalent à notre attention.\n   Aussi peut-on ériger en principe qu'une chose ne devient pit­\ntoresque que lorsqu'elle a cessé d'être strictement utile, qu'elle\n\n  (1) Voir notre fascicule de Décembre 1906.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "             A S P E C T S D E LA N A T U R E   ET   DE   LA   CITÉ   37\n\n\n est donc devenue surannée, superflue, gênante, même nuisible\n jusqu'à un certain point et, partant, renouvelable. Les vieux\n  pignons à l'espagnole abritent des mansardes étriquées et incom­\n modes ; les petites fenêtres à meneaux de pierre ne laissent passer\n qu'un jour parcimonieux ; l'éclat métallique des lierres et la\n luxuriance de la vigne vierge, amants des vieux murs, favorisent\n l'humidité et la vermine; des épidémies sommeillent peut-être\n entre ces planchers, sous ces poutres centenaires; les rues étroites\n et tortueuses, mal nivelées, entravent la circulation affairée\n des cités modernes, et l'enceinte conservée des vieilles villes\n fortes arrête l'expansion impatiente de leurs quartiers neufs : —\n ainsi de la chaumière qui se fond si harmonieusement dans ce\n paysage où détonneraient les lignes banales des cités ouvrières\n modernes, mais qui n'abrite que la maladie et la mort, au point\n que nous reculerions de dégoût s'il nous fallait habiter là\n quelques jours.\n    Alors, on démolit, on nivelle, on rectifie, on transforme, aux\n gémissements douloureux des artistes et des archéologues. Mais\n les nécessités sont là, la vie avec ses exigences impérieuses, son\n dédain du passé, dont les souvenirs les plus vénérables et les\n plus glorieux ont moins de prix à ses yeux qu'un caprice de\n l'heure qui sonne; « aujourd'hui », quel qu'il soit, a raison, de\npar sa seule actualité, contre hier, comme il aura tort devant\ndemain. Il faut bien assainir, aérer, élargir, percer des rues\nnouvelles, bâtir de nouveaux quartiers. Et pourtant, là même\non peut, on doit tenir compte d'aspirations et de vœux des plus\nrespectables qui soient. Concilier dans la mesure du possible\nces exigences quasi-incompatibles constitue une tâche infini­\nment plus compliquée et délicate qu'en Amérique faire surgir\nd'un sol vierge et nu une ville toute neuve. Les dissertations\nabstraites, les discussions de principes sont vaines ici, puisque\nle problème se modifie avec chaque cas, varié sans cesse par les\ncirconstances locales et autres.\n    Au surplus, de même que tantôt pour les beautés naturelles,\nnous ne nous occuperons pas ici des transformations réalisées\nau nom de l'utilité publique, mais plutôt des bouleversements\nentrepris au nom de l'esthétique elle-même, moyennant destruc­\ntion d'éléments pittoresques non préjudiciables à la vie moderne.\n                                        *\n                                    *       *\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "38                                 DURENDAL\n\n\n   Rien n'est plus, caractéristique à. cet égard que les travaux,\nsi en honneur aujourd'hui,, de « dégagement ». des églises et\ncathédrales, anciennes. Encore une fois, les circonstaaces locales\nmodifient, chaque cas en p a r t i c u l i e r : il est clair, .par exemple,\nque les maisons modernes, élevées, qui, au haut de. la place du\nGrand-Sablon, à Bruxelles, masquent tout un côté de l'église\nde Notre-Dame-des-Victoires, doivent disparaître. Mais il n'en\nest pas moins vrai, d'une manière générale, que dans cet ordre\nd'idées on devrait davantage tenir compte des circonstances\nqui entourèrent l'édification des anciens édifices du culte et tqui,\nbien qu'évanouies depuis des. siècles, ont. marqué : l'ancienne\narchitecture religieuse d'un trait indélébile. L'église du moyen\nâge constituait un centre dans la cité. C'était la protectrice\nà laquelle venaient s'adosser, comme des poussins blottis\nsous l'aile maternelle, les masures des vilains. Ils y venaient\nchercher à la lois une protection matérielle et les faveurs\nspéciales que conférait, la proximité, de Dieu, les grâces qui,\navec le bourdonnement des oraisons et des chants, passaient à\ntravers ces murs : de nos jours encore il subsiste (comme autour\nde Saint-Nicolas à Bruxelles) de ces maisons toutes frémissantes\ndu tonnerre des orgues. D'autre part, la rue médiévale étant très\nétroite, il s'en suit que les anciennes églises (privées d'ornements\nextérieurs, sauf au porche, sur toute la hauteur des maisonnettes\nde jadis), ne sont pas faites pour, être vues de loin. La saillie, la déli­\ncatesse des ornements, tout y est calculé pour être vu en détail, de\nprès et d'en bas; les effets d'ensemble, de << masse », justifiant la\n perspective lointaine de nos l'alaisde Justice,ysontinconnus (I).\n L'erreur s'avère déjà dans la difficulté que l'on éprouve, à\n «. meubler » convenablement les vides créés à la base des\n anciennes églises. On recourt d'ordinaire au square. Passe encore\n quand on n'y plante que de la verdure; mais quand on y met des\n Heurs!',,. 11 a fallu notre incrédulité contemporaine, notre incom­\n préhension du mvsticisme des vieux âges pour imaginer ce\n rapprochement.carnavalesque entre le chatoiement des fleurs,\n symboles de vie, de joie et de grâce — et ces édifices intention­\n nellement dérobés à la lumière joyeuse du monde, évocateurs des\n\n\n  (1) C'est pourquoi nous considérerions comme une erreur esthétique la suppression des\nmaisonnettes entourant l'église Saint-Pierre de Lotivain, — et même celles de l'église\nSaint-Nicolas de Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "              ASPECTS   DE   LA N A T U R E   ET D E LA C I T É '     39\n\n\n\nhorreurs du néant et de l'au-delà. Admirez ces parterres autour\nde la sacristie et du sacrarium réédifiés de l'église de Notre-Dame-\ndès-Victoires. L a pierre encore neuve rit à la clarté du j o u r ; le\nstyle, d'ailleurs, de ces dépendances implique leur isolement\nd'autres constructions; — et pourtant, leur voisinage avec ces\ngéraniums et ces reines-marguerites heurte comme une disso­\nnance; l'effet est plus que choquant, il est burlesque; mieux eut\nvalu rien du tout.\n\n\n      Les arbres et les fleurs nous ramènent à une autre parure des\nvilles, les parcs. Celui de Bruxelles lut constamment célébré\n pour la beauté de ses plantations, l'ingéniosité de son plan,\n l'homogénéité et la discrétion pleine de goût de son ornemen­\ntation, la réelle grandeur d'allure de l'ensemble. I1 avait pour­\ntant déjà pas mal souffert dans les dernières années. L a ralale\nprend sur ses vieux arbres des avantages répétés, notre aimable\n marmaille ravage ses taillis                on vient de le défigurer par\n l'établissement de parterres fleuris aux enviions du grand bassin\net, à l'autre extrémité, par la suppression des bas-fonds.\n      Passons sur les premiers. Il suffit d'observer combien les fleurs\nsont d'un effet généralement peu heureux dans un parc; combien,\nici surtout, elles rompent la majestueuse unité tonale de l'en­\nsemble; combien, à la beauté, elles substituent la joliesse. L e\nprincipe des fleurs une fois admis, il n'y a pas de raison pour\n ne pas en étendre l'emploi aux autres pelouses, et varier l'uni­\nformité des arbres et des taillis au moyen d'espèces fleuries :\non verra l'effet.-- Mais l'affaire des bas-fonds est bien autrement\nimportante, et il convient d'v insister, car elle nous ramène\nd i r e c t e m e n t au sujet île cet article.\n     On se souvient de l'émotion qu'elle suscita il v a quelques\nmois. D'instinct, le public tout entier s'alarmait à l'idée de la\nsuppression des bas-fonds du Parc et la presque unanimité des\njournaux exprimait la même opinion. Cependant, les gens au\ncourant affirmaient qu'on ne toucherait à rien; ensuite, on apprit\nqu'il s'agissait seulement d'abattre « quelques arbres ». Mais\ntout à coup, au moment où l'on s'y attendait le moins (le secret\navait été bien gardéi, une nuée de bûcherons envahirent les bas-\nfonds et attaquèrent avec entrain les vieux troncs. Ah ! ça ne\ntraina pas. Quand on sut et qu'un vint vuir, tuut était fini. Quel\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                             DURENDAL\n40\n\nmassacre! Ce fut un chagrin public, un concert d'imprécations,\net la presse fulmina; — puis on parla d'autre chose.\n   On sait que les bas-fonds représentaient le niveau primitif,\nconservé en cet endroit, du terrain qui fut remblayé à l'emplace­\nment de la rue Royale et de la place des Palais, à la hauteur de\nla place Royale actuelle, à l'époque de l'arrangement général\nde cette partie de la ville (de 1774 à 1787). Il serait difficile de\nsupposer que l'on se trouverait ici en présence d'un simple\ncaprice de terrassiers et non d'une particularité voulue, esthé­\ntiquement justifiée, du plan d'ensemble établi par Guimard,\nMontoyer et Zinner. Peu importe d'ailleurs. L'essentiel est que\nle résultat fut des plus heureux. Lorsqu'on quittait les perspec­\ntives sévères et rectilignes des allées pour se pencher au-dessus\nde ces ravins, le contraste était charmant. On pouvait se croire\ndevant un coin de nature oublié en pleine ville. L e long des\npentes, l'œil se perdait dans un fouillis de verdure fraîche,\nvibrante de chants d'oiseaux et pleine d'une sorte de mystère\nidvllique. De grands ormes, plantés comme au hasard, surgis­\nsaient de là, et leurs troncs vigoureux avaient cette majesté et\ncette force particulières des arbres dressant vers le ciel, au-dessus\nde surfaces déclives, la verticalité de leurs troncs irréprochable­\nment droits et unis. Au milieu de tout cela, le regard appréciait\nà peine la profondeur relativement faible de ces dépressions, qui\nparaissaient des abîmes de verdure. Et tout au fond, le buste en\nbronze de Pierre le Grand et la Madeleine de pierre, enserrés\npar l'envahissante verdure, avaient quelque chose de très\nromantique et de très naïf, avec cette poésie intense des marbres\nsongeant, dans le silence des vieux parcs, sous l'envahissement\ndes lierres. C'était charmant, exquis... C'était du pittoresque en\nville, et du pittoresque qui ne gênait pas ; on l'a donc supprimé.\n  Maintenant, le Czar Pierre se dresse, tout étonné, dans un\ndes quinconces; — encore a-t-on ménagé l'étonnement du pas­\nsant en supprimant l'inscription anecdotique :\n                  Insidens margini huius fontis...\n   E t de l'autre côté du Parc, au bord d'une allée, la Madeleine\nest étendue sous l'arcature d'une grotte en béton offrant, en cet\nendroit, la plausibilité des enrochements en papier d'emballage\nqui abritent dans nos églises, à la Noël, les groupes polychromés\nde la Sainte Eamille, des Mages, des bergers et des animaux.\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                 A S P E C T S D E LA N A T U R E E T DE LA C I T É                    41\n\n\n\nMais ce qui étonne plus que tout, c'est le maintien d'une partie\ndes bas-fonds, devenus des fossés banals au fond desquels on\ncherche d'instinct l'inscription sacramentelle : Ici on peut verser,\ndes trous qui appellent les boîtes à sardines et les casseroles\npérimées, — comme, là-bas, les parterres de géraniums récla­\nmant le jardinier de plâtre et la boule de jardin. Tout specta­\nteur perspicace, celui même qui n'aurait pas connu l'ancien état\ndes lieux, sent là le rabistoquage, la demi-mesure, le moyen\nterme; en perdant sa beauté, l'endroit a perdu à la fois le carac­\ntère de logique et de raison d'être de la chose complète en soi.\nLes bas-fonds ainsi amputés, ce sont des trous creusés, dans un\nterrain remblayé, pour établir des fondations et qu'on aurait\noublié de combler. Cela ne conduit plus qu'à un mur, — un\nmur de quelques centaines de mille francs, mais un simple mur\ntout de même, un mur derrière lequel il ne se passe même rien\ndu tout (1).\n                                              *\n                                          *       *\n  Soit dit en passant, il est curieux de rapprocher de cette\ngrave atteinte portée au « plan Guimard » le fétichisme qui\nrend tabou les détails les moins intéressants et les moins sen­\nsibles du fameux plan. Ainsi des façades des rues Ducale et\nRoyale. Aviez-vous déjà remarqué, dans ces deux artères, le\ndessin des corniches, alternativement basses et surélevées rue\nDucale, droites et en fronton rue Royale ? Gageons que non. Cela\n\n   (1) On sait qu'à diverses reprises déjà, notamment du temps d'Anspach, et plus tard\nsous l'administration de Ch. Buls, il avait été question d'amputer le Parc de Bruxelles\nvers la place des Palais. Mais ce projet avait constamment échoué Voici, sur une tent-tive\nfaite à ce sujet en 1826, quelques lignes intéressantes :\n     .. La n'est pas le crime. Le voici. On proposa de rogner de 16 à 17 aunes des Pays-\nBas l'entrée du Parc, c'est à-dire de faire une ligne droite et de rendre le Parc, qui pré­\nsente six côtés, un parallélogramme régulier. On aurait ainsi démasqué le palais du\nprince d'Orange; mais on aurait aussi détruit la symétrie du plan général du Parc,\nauquel la destruction du magnifique porlique de la place Royale avait déjà porté un\npremier coup. Le Parc n'aurait plus eu d'entrée principale et les deux bas-fonds auraient\nété rétrécis.\n   » Ce projet fut soumis au roi Guillaume, à qui il n'agréa pas, heureusement. « On rap­\n   porte, dit le Journal de la Belgique du 11 avril 1826, qu'un très haut personnage aurait\n   répondu à celui qui lui vantail de faire disparaître une partie du Parc : « Alors, vous\n» n'aurez qu'une grande place vide ; voire Parc est si beau! Conservez-le plutôt tel qu'il\n   est.\n   » Des jalons avaient déjà été plantés. Quelques jours après la réponse du monarque,\nles jalons furent enlevés et le Parc échappa encore une fois à la barbarie. » (R DE SMEDT,\n Le Parc de Bruxelles, 1847.)\n    Quatre vingts ans plus tard, c'était fait.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "42                                    DURENDAL\n\n\n\ndevait se voir rue Ducale, de la rue Royale, et vice-vérsa, à\nl'époque où les jeunes~prantations du nouveau Parc ne barraient\npas encore l'horizon ; d'ailleurs, l'aménagement du rez-de-\nchaussée des immeubles de la rue Royale en magasins, restau­\nrants, maisons de banque en a déjà exclu toute harmonie. — Et\nles deux petits avant-corps qui rétrécissent l'entrée de la rue\nZinner, avez-vous déjà songé qu'ils faisaient pendant aux saillies\nanalogues des bâtiments de la Société Générale, Montagne-du-\nP a r c ? Non plus, sans doute. Cela n'empêche que pas un des\npropriétairesintéressés n'oserait modifier la forme de sa toiture,\nsuperposer à une corniche un «toit français», par exemple; et que\nlors de la reconstruction de l'hôtel L a m b e r m o n t , tout l'exté­\nrieur, y compris le petit chancre de la rue Zinner, a été\nreligieusement respecté (1). L e même fétichisme s'attache, on\nle sait, aux bâtiments de la place Royale, — sans qu'on paraisse\ns'être douté jamais que toute la symétrie de l'ensemble est\ncompromise par l'aspect des toitures, qui offrent à l'œil un\nensemble réjouissant de tous les systèmes imaginables de\ncheminées, comme une exposition rétrospective de fumisterie,\n— une fumisterie de mauvais goût. Et au surplus, peut-il être\nquestion de l'unité d'ensemble de la place Royale avant qu'on\nse décide à débarrasser l'église Saint-Jacques-sur-Caudenberg\nde son abominable superstructure, y compris le dôme noir qui\n l'écrase, en substituant, à la peinture en silicate de Portaels, un\nfronton sculpté, — en un mot, à rendre au temple son extérieur\nancien, qui se fondait si harmonieusement dans l'ensemble de\nla place (2) ?                                                  X...\n     (A continuer)\n\n  (1) On ne peut s'empêcher de regretter que le système des réserves limitant, pour des\nconsidérations esthétiques, le droit des propriétaires de certains immeubles, np soient pas\nappliqué avec plus d'opportunité II suffit de citer l'eNemple des deux m isons situées\nà l'angle de la place et de l'avenue Louise, près du Boulevard. Telles quelles, leur effet\nétait déjà médiocre; on eût pu souhaiter que la ville fîl les frais de donner quelque aspect\nà ces constructions massives, peu dignes de préfacer une des plus belles voies de la\ncapitale: généralement, les immeubles ainsi situés révèlent qu Ique luxe architectural\n(voir le début de l'avenue Louise proprement dite, place Stéphanie; les avenues Jef Lam­\nbeaux et de l'Hôtel-de-Ville à Saint-Gilles; l'nvenue De Keyser et la rue Leys à\nAnvers, etc.). Soit. — Mais, récemment, l'un des immeubles en question a reçu une\nsuperstructure, d'ailleurs conçue avec goût, mais constiluant en réalité un étage nouveau.\nPartout ailleurs, l'effet eût été charmant : ici, il en résulte, avec l'immeuble d'en face,\nune asymétrie d'un effet bien autrement calamiteux qu'une atteinte à une particularité\nquelconque des façades du plan Guimard.\n   (2) Voir, par exemple, la gravure de la Description Je la ville Je Bruxelles, enrichie du\nplein Je la ville et Je la perspective (Bruxelles, 1782).\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "VIEILLE BEGUINE   MALADE (Dessin)\n        (ANNA DE WEERD)\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": ""}, {"page_pdf": 58, "texte": "              Béguines et Béguinages\n\n                       Les Béguinages de Gand\n                             Le Petit Béguinage\n\n\n\n                                   (Suite) (1)\n\n\n  Autrefois les. miracles n ' é t a i e n t pas rares dans les Béguinages.\nCes merveilles sont relatées en latin tout au long dans l'ouvrage\ndu. Révérend abbé Joseph De Ryckel, prélat, de l'abbaye de\nSainte-Gertrude à Louvain (2).\n  Voici, dans toute son enfantine naïveté, le. récit d'un, de ces\nmiracles\n\n                           Miracle de, Mathieuse\n    Or, il arriva que le jour avant le mercredi des cendres, en\n l'an 1470 (ou environ, ainsi que le relatent d'anciennes tradi­\n tions), les béguines étaient allées dîner chez leurs parents et\n amis. L'une d'elles, nommée Mathieuse, pauvre et indigente,\n mais de bonne et pieuse vie, n'étant' invitée par personne, était\n restée au logis, n'ayant quasiment rien pour sa réfection. Elle\n se dirigea vers l'église pour y aller se plaindre à notre Seigneur\n\"pendu à la croix, ainsi que le fit jadis, en une autre occasion,\n saint Pierre, martyr de l'ordre des Pères dominicains. Arrivée\n à l'église, à genoux devant la sainte croix, les larmes aux yeux,\n elle dit telles ou semblables paroles\n       C'est à vous, ô mon Dieu et mon Seigneur, que je viens,\n\n  (1) Voir le fascicule de Juin 1906, où nous avons donné la préface de CAMILLE\nLEMONNIER et le commencement de cette intéressante élude sur nos Béguinages. La\nsurabondance de copies nous avait forcé d'interrompre momentanément cette publication.\n  (2) Imprime à Louvain en 1631.\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "44                          DURENDAL\n\n\n comme à mon très cher ami, élu entre mille! Vous savez m a\n disette et que personne ne m'a invitée, comme les autres le sont,\n car je n'ai pas d'amis comme elles. »\n    A ces paroles, le Seigneur lui répondit du haut de la croix, en\n la regardant avec amour :\n    « Mathieuse, allez et parlez à la Grande D a m e ; dites-lui de\n ma part qu'elle vous reçoive ce jour en sa maison et vous soigne. «\n    Mais elle :\n    « O h ! bon Dieu, elle ne me croira p a s ! »\n    E t le Seigneur de répondre :\n    « Voici deux signes qui l'assureront que c'est moi qui vous\nai envoyée : dites-lui qu'elle n'a pas encore lu son psautier et\nqu'elle n'a pas accompli la pénitence que lui a donnée son\nconfesseur. E t aussi que sa chemise de laine, qui est sous son\noreiller (laquelle elle s'était proposé de mettre le lendemain),\nétait décousue, mais que Marie, ma Mère, l'a cousue avec du fil\n de soie rouge. »\n    Mathieuse, consolée et réconfortée par ces paroles, alla au\nlogis de la grande dame et lui transmit les susdites paroles.\nLaquelle, pleine d'admiration, est allée voir en sa chambre, si\nsa chemise était refaite et cousue avec du fil de soie rouge.\n   Voyant qu'il en était ainsi, et se ressouvenant qu'elle n'avait\npas encore lu son psautier et sa pénitence, elle dit à Mathieuse :\n« Je crois maintenant que vous êtes envoyée de Dieu, car per­\nsonne ne peut savoir ces choses aussi sûrement; c'est pourquoi\ndemeurez ici et dînez avec moi. »\n   Après le dîner, Mathieuse retourna à l'église afin de remer­\ncier son Seigneur des grâces qu'elle avait reçues.\n    Peu après, les cloches se mirent à sonner d'elles-mêmes, d'un\nson doux et joyeux. L e peuple, en entendant ceci, accourut à\nl'église et vit Mathieuse à genoux (morte pourtant) élevant\nses mains jointes vers le crucifix.\n   Sans doute, qu'en récompense de sa bonne vie et de la grati­\ntude qu'elle témoigna à Jésus-Christ pour avoir été bien\ntraitée à la maison de la grande dame, elle fut appelée au ban­\nquet du Ciel.\n   Quand le peuple eut satisfait ses yeux devant ce merveilleux\nspectacle, on enveloppa pieusement Mathieuse dans sa faille et\non l'enterra honorablement au milieu d'un grand concours de\nmonde, tant ecclésiastique que séculier.\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                        BÉGUINES ET BEGUINAGES                                    45\n\n   L o n g t e m p s encore après ce mémorable événement, il se pro­\nduisit des miracles sur la tombe de la sainte fille.\n   Depuis elle est tombée dans l'oubli; toutefois, on voit encore\nle Christ en croix avec la figurine de Mathieuse agenouillée à\nses pieds, à la droite du maître-autel dans l'église du Grand-\nBéguinage à G a n d .\n   Chaque année, au mardi gras,on célèbre une messe solennelle\nqu'on appelle : « la messe à Mathieuse » ; et, ce jour-là, toutes\nles béguines sont invitées à dîner chez la grande dame, et cette\nfête se n o m m e : la fête à Mathieuse.\n   E t voilà le miracle de Mathieuse.\n   L a messe solennelle se dit encore actuellement, mais le repas\nchez la grande d a m e est supprimé.\n\n   Les béguines ont un culte tout spécial pour la Vierge Marie,\nreconnue pour son inépuisable bonté et comme étant la meil­\nleure médiatrice auprès de son divin Fils Jésus.\n   Qui nous dira les soupirs et les larmes qui montent jusqu'à\nelle?\n   Car, quoique ces saintes filles soient généralement d'humeur\nenjouée, il y en a certes dans le nombre qui portent un chagrin\ndans le cœur. Alors elles vont au Christ en croix ou à sa sainte\nMère et, comme Mathieuse, confient leurs peines à ces très chers\namis. Quoi qu'il en soit, on peut affirmer que peu de femmes\nvivent aussi heureuses et tranquilles que les disciples de sainte\nBègue (1).\n   Elles n'ont guère de soucis matériels, car elles peuvent large­\nment subvenir à leurs besoins par leur travail manuel. Du\nreste, pour être admises dans l'Ordre, elles doivent justifier\nd'un petit revenu annuel. Ce qu'elles possèdent reste leur pro­\npriété et elles peuvent en disposer.\n   Les liens de famille ne sont point rompus ; les parents, les\namis peuvent aller les visiter et elles-mêmes, si elles le désirent,\nvont passer chaque année un certain temps en famille.\n   D a n s l'enceinte du Béguinage, elles demeurent ou dans un\ncouvent ou dans une « maison ».\n   Au couvent, elles sont vingt, trente et plus, rassemblées sous\n\n  (1) D'après quelques vieux chroniqueurs, l'Ordre aurait été fondé par sainte Bègue;\nd'après d'autres, Lambert Beggius, prêtre liégeois, mort en 1170, serait le fondateur.\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "46                          DURENDAL\n\n\nl'œil maternel de la Dame, qui est en quelque sorte leur supé­\nrieure et détient l'autorité.\n   C'est à la Dame qu'elles s'adressent pour obtenir des permis­\nsions spéciales, et le soir, au coucher, toutes viennent la saluer\net lui d e m a n d e r la bénédiction. L e refus de cette bénédiction\nest considéré comme une punition sévère.\n    L a Grande Dame règne sur tout le Béguinage. Elle habite une\nvaste maison et est entourée de tout un personnel : quatre\nacolytes, dont deux l'accompagnent partout et toujours, comme\nles dames d'honneur d'une princesse; une « secrétaire », une\ntrésorière et toute la hiérarchie d'une administration communale\nbien organisée.\n    Lorsque le « Conseil » se réunit dans la grande salle aux\nportes noircies par le t e m p s , garnie de portraits des Grandes\nDames décédées et de meubles de chêne massif vieux de plusieurs\nsiècles, on dirait un de ces tableaux des maîtres portraitistes\nhollandais du XVIe siècle, où sont groupées les figures pensives\net sérieuses sous leurs coiffes des régentes d'un orphelinat ou de\ntelle autre institution de charité.\n    L a Grande Dame est élue par le suffrage des Dames et à vie.\n    Les béguines sont restées fidèles à la langue-du pays fla­\nmand, qui est employée exclusivement, aussi bien dans les-\nexercices de la vie spirituelle que dans les usages de la vie\ntemporelle. Quelques prières se disent en latin. Toutefois,\nla plupart des sœurs sont parfaitement en état de soutenir la\nconversation en français. U n grand nombre de locutions fia-\n mandes, très anciennes, datant du moyen âge, sont encore en\nvigueur au Béguinage. Elles n'ont leur équivalent dans aucune\n autre langue, et ne sont usitées et comprises que là.\n    Grâces à leur costume, leurs mœurs, leur langage, un reflet des\nsiècles passés est resté emprisonné dans les murs de leur antique\n petite cité.\n    Les béguines ne- sont point sevrées de plaisirs. A l'occasion\n d'une prise d'habit, à la-veille de Noël,- au jour des Innocents\n elles organisent de petites fêtes fort gaies, elles font de la\n musique, jouent la comédie et osent même danser, mais en\n rond; comme les fillettes.\n    Chaque béguine a sa chambrette ; pourtant il arrive que, par\nm a n q u e de place ou en cas de maladie ou d'infirmité,, elles\noccupent à deux une plus grande c h a m b r e .\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                          BEGUINES       ET    BÉGUINAGES            47\n\n\n   Les meubles les plus indispensables : un petit lit étroit, à\nmontants, entouré de petits rideaux blancs; une petite table de\ntoilette des plus primitives et une profonde armoire en chêne (1)\nqui fait leur orgueil. Quelques profanes privilégiées sont seules\nadmises à en admirer le contenu. L a lessive ne se faisant qu'une\nfois par an, on comprend qu'il leur faut une belle quantité de\nlinge.\n   Debout, devant l'armoire qu'elles ouvrent comme un taber­\nnacle, elles caressent des yeux et des mains ces piles de draps,\nde serviettes, de linge de corps, méthodiquement rangés.\n   A travers un léger parfum de lavande, on perçoit l'odeur saine\net pure du linge blanchi en plein air; on est pris du désir fou de\ncourir entre les arbres d'un verger, le long des cordes où sèche\nce linge un peu rude mais solide et qui claque au vent en coups\nsonores.\n   Détail typique, le linge des béguines ne peut pas être, de par\nleur règlement, repassé, mais doit être pressé.\n   Aux murs blanchis à la chaux (le papier d'ameublement est\ndéfendu), une couple d'images de sainteté, des photographies\nde parents.\n   E n une « maison » elles demeurent deux ou trois. Parfois une\ndame laïque qui aime la vie paisible y prend un appartement\net paye une pension.\n   Lorsqu'une béguine vieillit et pour peu qu'elle ait des rentes,\nelle aime à s'installer seule dans une petite maison. Elle prend\navec elle une jeune sœur, qu'elle rétribue, pour l'aider et lui\ntenir société.\n   L ' «aristocratie », c'est-à-dire les filles de la bonne bourgeoisie,\nquelques demoiselles nobles, les filles de riches cultivateurs\nchoisissent de préférence le Petit-Béguinage comme retraite.\nOn y trouve quelques raffinements dans les usages; la toile\ndes coiffes, le d r a p des habits y sont plus fins. Il y a quelques\nannées encore au Grand-Béguinage les rideaux des lits étaient\nen serge bleue, tandis qu'au Petit-Béguinage on n'employait\nque des tissus blancs.\n   Les bas peuvent être de laine ou de coton, mais doivent être\n blancs.\n\n  (1) Il n'y a que le chêne et le bois blanc qui soient permis.\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "48                                 DURENDAL\n\n\n    Il existe aussi une légère variante dans la manière de plier les\ncoiffes, mais avec un peu d'observation on apprend bien vite à\ndistinguer les habitantes des deux Béguinages.\n    N u l doute que ces légères différences ne se soient produites\nsous l'influence de l'une ou l'autre Grande Maîtresse, comme on\nnommait autrefois la supérieure générale.\n    Quoiqu'ils aient été fondés à la même époque, en 1235,\npar Jeanne et Marguerite de Constantinople, comtesses de\n F l a n d r e , maintes modifications au règlement primitif se sont\nintroduites dans les deux Béguinages, sous l'influence du temps\net des circonstances. Lorsqu'en 1345, Louis de Crécy, comte de\n F l a n d r e et de Nevers, proclame à nouveau le règlement des\n Béguinages, il dit :\n     « ... Nous voulons que les habits des demoiselles précitées\nsoient de rude façon, d'humble couleur, humbles en façon de\ncouture ; ainsi de même pour les souliers, chaperons, gants,\nceintures, bourses et couteaux. Personne, de quelque condition\nqu'elle soit, n'a permission de posséder ni de porter ce qui est\nremarquable ou curieux. »\n     Il n'y a pas si longtemps que l'usage du parapluie est toléré.\n Invention de la fin du XVIIIe siècle, cet objet si utile était con­\n sidéré comme une pièce de luxe remarquable et curieuse, partant\n défendue (1).\n     E n 1417, les béguines habitaient des petites maisons cou­\n vertes de c h a u m e ; leur costume était des plus humbles, leur\n vie presque pauvre. Insensiblement un certain confort et une\n élégance relative s'introduisirent chez elles. Peu à peu, par suite\n de « dons et fondations », l'institution se développa et elle n'a\n cessé de prospérer depuis dans tout le pays flamand.\n     Sans doute, à cause de la sympathie générale qu'elle a tou­\n jours inspirée, la corporation de Sainte-Bègue a eu beaucoup\n moins à souffrir que d'autres institutions religieuses, lors des\n troubles religieux aux P a y s - B a s .\n      L e XVIIe siècle fut leur âge d'or. Il y avait alors parmi les\n béguines beaucoup de filles et veuves de noble maison qui rele­\n vèrent et enrichirent l'ordre par leurs largesses. Plus tard il est\n\n\n  (1) Il leur est défendu encore aujourd'hui d'employer un parapluie pour se rendre de\nchez elles à l'église.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                           BEGUINES ET BEGUINAGES                                        49\n\n\nretombé dans la bourgeoisie, mais de tout temps les béguines\nont été considérées avec sympathie.\n    Elles mènent une vie active et pure, partagée entre la prière\net le travail. N ' é t a n t pas cloîtrées, elles sont sociables; elles ne\nse signalent ni par une étroite intolérance, ni par la mendicité.\n    Elles ne prononcent que des vœux temporaires et promettent,\npour le temps qu'elles passeront dans la communauté, de se soumettre\nà tous les us et coutumes et d'observer la règle.\n    Elles ne vivent pas absolument hors du monde, mais à côté,\net la porte de communication n'est fermée qu'au loquet.\n    Il est rare que des béguines quittent l'ordre pour contracter\nmariage ; la règle ne le défend pas, mais une béguine est décon-\nsidérée quand elle sort pour se marier.\n    Généralement elles entrent jeunes au Béguinage. A Sainte-\nElisabeth (c'est le Grand-Béguinage de Gand) il y a une limite\nd'âge; au Petit-Béguinage elles sont les bienvenues à tout âge,\nfilles ou veuves. Aujourd'hui presque tous les Béguinages en\nBelgique ont dépéri. Seuls les Béguinages gantois sont restés\ndebout et bien vivants ; c'est vers eux maintenant que viennent\nles aspirantes béguines de tout le p a y s .\n    Actuellement le Grand-Béguinage contient huit cents mem­\nbres, et le petit, environ trois cent cinquante.\n    Vers les années 1862-1865, le Conseil communal de G a n d ,\nd'accord avec la Commission des Hospices civils, décida l'abo­\nlition du Grand-Béguinage, celui de Sainte-Elisabeth (1).\n    Comme bien on pense, les pauvres béguines furent affolées.\n    On les chassait de leur vieille et douce retraite.\n    Qu'allaient-elles devenir? Qu'allaient faire les filles et veuves\nqui, désirant mener une vie pieuse et retirée, à côté du monde,\ntrouvaient au Béguinage un abri sûr et décent en rapport avec\nleurs modestes ressources ?\n    O h ! bonheur! P a r m i les personnes justement émues de cette\nsituation, il se trouva quelqu'un qui, avec une générosité prin-\ncière, acheta un vaste terrain à l'autre bout de la ville et y fit\nbâtir cette petite cité moyenâgeuse qu'est maintenant le nou­\nveau grand Béguinage.\n   (A continuer.)                         CLARA COGEN-LEDEGANCK.\n                              (Traduit du flamand par ANNA D E W E E R T - C O G E N . )\n\n  (1) Le Petit-Béguinage était autrefois appelé l' Enclos aux foins» parce qu'il était situé\nau milieu des prairies.\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "                  La Multiple Splendeur\n                     JE ne sais si le plan et le thème de ce livre déterminèrent mon\n                       impression, mais il me semble que jamais M. Emile Ver-\n                       haeren ne nous donna une œuvre d'une si grandiose\n                       ampleur et d'un si fier lyrisme. Aussi bien marque-t-elle\n                       une décisive étape dans la glorieuse voie que parcourt,\n                       d'un pas alerte, égal et fort, le plus puissant des poètes\n                       d'aujourd'hui, le plus jeune et le plus nouveau.\n                          Ce qu'il y avait encore, dans ses derniers recueils, de\n                       maladif et de furieux — si l'on néglige, toutefois, les Heures\nclaires et les Heures d'après-midi, qui sont comme des haltes de paix dans la\nlente ascension de cet esprit inquiet vers les sommets qu'il entrevoit, — ce\nqu'il y avait encore de pessimisme chagrin et de grondante révolte, s'est, à\nprésent, évanoui ; car le poète approche des cimes, sereines, et l'air, autour de\nlui, prend déjà la pureté translucide des hauteurs.\n    Si la Multiple Splendeur garde quelque chose de farouche, de violent, d'exas­\npéré, — la personnalité de M. Verhaeren ne saurait aller sans outrances, —\nsi elle garde quelque chose qui touche au paroxysme, c'est précisément la\njoie qu'elle exhale, la joie robuste et passionnée de l'homme conscient de sa\nforce et certain de sa grandeur ; si elle garde quelque chose d'outré, c'est\nl'orgueil de cette g r a n d e u r .\n    L a Multiple Splendeur est donc un « cantique de jubilation », u n e louange\néperdue, non pas de notre dignité, ce terme serait fort en dessous de la\npensée du poète, mais de notre Sublimité. « Admirez-vous les uns les\nautres » : telle est la première épigraphe du livre, et celle qui le résume le\nmieux; cette autre aussi, du reste, précise éloquemment les motifs essentiels\nde ce poème de l'énergie :\n              Nous apportons, ivres du monde et de nous-mêmes,\n              Des cœurs d'hommes nouveaux dans le vieil univers...\n   Du premier au dernier vers, ce livre est, en effet, l'épopée de l'Effort, de\nl'invincible audace et du tenace labeur; en un p a n o r a m a i m m e n s e , il\nembrasse à la fois la création du monde, la naissance des idées, la formation\nd u verbe, l'enfantement progressif des civilisations, le lent éveil des émotions\nhumaines, les transformations que la vie imprima peu à peu à la face de la\nterre et les prodigieuses merveilles qu'y sema, au cours des siècles, notre\nnoble activité. Ainsi, en un cercle épique, le poète unit l'effort primordial\n(la Genèse) a u x tout derniers ouvrages de l'industrie h u m a i n e (les paquebots,\nles chemins de fer), en passant sur les décombres des Empires évanouis, sur\n\n  (1) L a Multiple Splendeur, poèmes, par EMILE VERHAEREN. (Paris, Mercure de\nFrance.)\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                          LA             MULTIPLE              SPLENDEUR            51\n\n\n\n l'œuvre écroulée des vieux Sages, sur les rêves anéantis des constructeurs de\nchimères. Mais nulle ruine ne l'épouvante et nul désastre ne l'attriste : malgré\nles tragiques débris épais sur la route des âges, malgré les chutes succes­\nsives des édifices du génie, malgré la nuit qui s'est faite sur les plus radieux\nconcepts, remplacés par d'autres clartés, il garde une joyeuse confiance dans\nl'avenir de l'humanité. Et ces écroulements où d'autres verraient le signe de\nla Mort, lui manifestent, au. contraire, l'incessante fièvre De la Vie. Si le\nmonde évolue, c'est u n e preuve qu'il progresse : à travers ces vicissitudes, le\npoète sent l'obscur travail d'une force plus ou moins inconsciente\net d'un courage qui plus ou moins s'ignore. Voilà pourquoi, sur les ruines\nque les âges accumulèrent, il chante des chansons d'espoir et d'orgueil.\n    Qu'importe que les Génies, autour desquels gravitent les problèmes tribu­\ntaires, éteignent un jour leur flamme qui éclaira le m o n d e ? D'autres génies\nleur succèdent, également éblouissants, comme des étoiles nouvelles rem­\nplacent au firmament les asties réduits en poussière. L e Verbe aussi, fixé par\nles poètes, se meut, ondoie et se transforme : il vit donc d'une vie véritable,\net ses vicissitudes ne sauraient empêcher que des paroles de beauté ne volent\nsur les lèvres des h o m m e s . « T o u t se transforme, rien ne se perd » :\nce truisme scientifique trouve ici, si je puis dire, sa paraphrase poétique.\n    La Multiple Splendeur, reflet de l'univers, embrasse, en une succession\nharmonieuse et méthodique, les trois grands Infinis qui troubleront toujours\nles méditations des penseurs : le T e m p s , l'Espace et l'Ame h u m a i n e . Il sera\npermis à un catholique de regretter que Verhaeren ait négligé précisément le\npremier Infini, dont tous les autres ne sont que des émanations, et qui pour\nnous se n o m m e Dieu. Mais, aux regards de notre poète, l'homme est à lui-\nmême son d i e u ; et si cette conception nous paraît contestable au point de\nvue philosophique, on ne saurait méconnaître ni la puissance ni l'éclat des\npoèmes qu'elle inspire à Emile Verhaeren : ce chant est peut-être le plus élo­\nquent qu'ait jamais entonné l'orgueil d'une créature. N o u s n'avons pas à nous\noccuper ici de ce que vaudraient, transportées dans le domaine des réalisa­\ntions, cette conception de la grandeur h u m a i n e et cette foi dans la sainteté\nde la force : laissons les fruits hypothétiques q u e produiraient de telles idées,\npour admirer sans réserve les glorieuses fleurs de lyrisme qu'elles firent\néclore d a n s le cerveau fécond du grand poète des Villes tentaculaires. Et bor­\nnons-nous à constater qu'en célébrant ainsi les louanges de la force, Verhaeren\nse rencontre, sans doute à son insu, avec quelques-uns des plus hauts pen­\nseurs et des plus p u r s artistes de ce t e m p s ; les Elus, par exemple, nous impo­\nsent le souvenir de telle figure d'Ibsen :\n              Certes, elle était douce au fond de leur vallée,\n              L'existence, parmi les gestes et les voix,\n              Dans la chambre de joncs et de soleil dallée,\n              Entre les blocs de grès et les vieux bancs de bois.\n              Elle était simple, elle était franche,\n              Avec ses buissons bruns de labeur ou de peine\n              Au long dès jours de la semaine ;\n              Avec ses floraisons rouges et blanches,\n              Chaque dimanche,\n              Quand les cloches-, dans les matins, sonnaient...\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "32                                    DURENDAL\n\n\n              Mais ceux qui gagnent de loin en loin les cimes,\n              Par un pauvre sentier pendu sur un abîme.\n              Ivres de joie et d'avenir, n'écoutent pas\n              Les souvenirs chanter dans les maisons d'en bas.\n              Leur geste solitaire est incompris, qu'importe !\n              Plus tard, le monde entier passera par la porte\n              Qu'ils ont ouverte, au bord des cieux, sur l'infini.\n              Aucun ne se demande où son rêve unit.\n              Et seuls, là-haut, ils érigent plus haut encor\n              Que les sommets dont ils foulent la neige et l'or,\n              Toujours, vers plus d'espace et de clarté,\n              Les blocs de leur ardeur et de leur volonté.\n\n    N e songez-vous pas, en lisant ces vers simples et grandioses, à telle scène\nvertigineuse, et si intime en même temps, de Solness le Constructeur, d e Brand\nou de Rosmerskolm ?\n    Au surplus, la Multiple Splendeur témoigne d'une large, et ardente, et géné­\nreuse sympathie, tant pour les choses de la nature que pour les h o m m e s qui\nluttent et souffrent. Tout ce qui respire, tout ce qui vit, tout ce qui s'agite,\ntout ce qui se débat sous l'étreinte du malheur, est près du cœur du p o è t e ; il\naime les émigrants, les bûcherons, les laboureurs, les marins, les m i n e u r s ,\nles forgerons, tous ces êtres « puissants et fraternels » de qui la destinée, si\ndissemblable qu'elle puisse être de sa destinée à lui, remue au fond de ses\nentrailles u n e émotion douce et violente de tendresse ou de compassion. De\ntous ses vœux, de tous ses cris, il appelle l'avènement de la fraternité, de\nl'universelle justice et des rayonnantes idées qui vivifient l'homme en l'illu­\nm i n a n t . Et, je le répète, si l'on peut déplorer que la foi religieuse n'ajoute pas\nsa splendeur à toutes celles de ce livre, il faut reconnaître la noblesse de l'idéal\n qu'il interprète.\n     Il convient aussi de dire quelle g r a n d e leçon d'énergie, de courage et de\n confiance, nous d o n n e à tous ce beau livre, ce sublime bréviaire de l'Effort.\n A suivie Emile Verhaeren dans ce long pèlerinage à travers les splendeurs du\n m o n d e , les m o n u m e n t s du passé et les innombrables miracles qui se déroulent\n d a n s notre propre cœur, on prend conscience de la grandeur humaine, et l'on\n reste à la fois étonné et ravi, mais surtout réconforté. On sort, de cette glo­\n rieuse p r o m e n a d e ,\n\n               Ivre et fervent, hagard, heureux et sanglotant,\n\net l'on respire, dans ces pages de jeunesse et de lumière,\n\n               On ne sait quoi de sain, de clair et de fervent,\n\n qui accumule en vous des réserves de puissance et des trésors d'espoir, c o m m e\n une bouffée de l'air des cimes vous arme et vous affermit pour les hardies\n escalades. Q u e font les souffrances à un être ainsi cuirassé par l'orgueil? elles\n lui fournissent l'occasion de livrer, fût-ce en secret, « la plus belle des batailles\n h u m a i n e s » , et d'exalter son héroïsme en exaspérant ses douleurs, tel un\n guerrier qui boit son sang pour se rafraîchir et se fortifier. E t que lui fait la\n Mort? le temps est un mensonge, et mourir, pour un tel h o m m e , n'est que la\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                        LA MULTIPLE SPLENDEUR                                 53\n\n\ndernière beauté. Qui ne voit qu'une telle conception, malgré d'apparentes\ndissemblances, se rapproche étroitement de la croyance chrétienne?\n    Mais la joie de la vie est la souveraine maîtresse : parfums, rayons,\nmusiques, couleurs, — le vent, les fruits, les fleurs, les arbres, — la vie tout\n entière est une fête, fête des sens éblouis et de l'âme enivrée. Et si quelque\n chose domine cette fêté perpétuelle de la chair et du cœur, si quelque chose\n règne au-dessus de la douleur salutaire et de la joie vivifiante, c'est le calme\n rayonnement des idées éternelles, étoiles dont les yeux d'or nous regardent\nfixement,,.\n    Tel est ce poème de foi, de ferveur et de clarté, où le poète a fait passer le\n souffle qui anime les chefs-d'œuvre, parce que, dans la franchise de son cœur\nâpre et tendre, il a communié vraiment avec les splendeurs du monde, parce\n que, comme il le dit lui-même, « il a baisé la joie et la douleur humaines »,\n et parce qu'enfin, semblable au vent qui parcourt l'espace sans limites,\n « immensément, il a étreint le monde, » s'élant, par la vertu de la force créa­\n trice, multiplié dans tout ce qui fleurit, dans tout ce qui vibre et dans tout ce\n qui rayonne. Avec les jeunes accents d'une âme impétueuse et l'émerveille­\n ment d'un enfant qui découvre, à chaque pas, de nouvelles magnificences\n hors de lui et en lui-même, le poète nous a dit ici ses surprises, ses enthou­\nsiasmes, ses convictions et ses rêves. Et nous retournerons souvent à ce livre\nde vigueur, de joie et de santé : car on y sent battre un grand cœur sincère,\noù chacun de nous reconnaît les mouvements de son propre cœur, héroïque­\nment rythmés par une langue mélodieuse, ferme, chaude et colorée, sans\nfaiblesse comme sans détour, et par un vers dont la souveraine limpidité\nreflète lumineusement les songes penchés sur lui.\n   Et voilà ce qu'il sied d'admirer sur toute chose dans les œuvres d'Emile\nVerhaeren : cet accord absolu entre le verbe et l'idée, ce mariage si harmo­\nnieux, si intime et si profond qu'il ne saurait permettre le soupçon d'un men­\nsonge ni l'ombre d'une trahison, — ce vêtement si noble, si juste, si parfait, et\ntout ensemble si étroit et si souple qu'il flotte autour de la pensée en la\nresserrant dans de sobres contours, comme faisait le voile des femmes athé­\nniennes, exactement drapé sur la beauté des corps.\n                                                               FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\n                                    *\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "      Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard\n                                      (Suite) (I)\n\n\n\n                   LA pensée poétique de Mithouard a su s'incarner dans des\n                     formes personnelles qui disent à quel point l'idée et l'ex­\n                     pression se compénètrent chez notre artiste. Par suite de\n                     son isolement, Mithouard n'a pas su puiser ailleurs que\n                     dans le rythme de sa conscience les harmonieuses et\n                     subtiles cadences capables de clicher sa pensée libre. P o u r\n                      lui, comme pour tous les vrais poètes symbolistes, il existe\n                      deux sortes de vers : le vers lu et le vers parlé. L'un\n                      est conventionnel ; son d o m a i n e abstrait se clôt d'étroites\nlimites, totalement disproportionnées avec la mobilité de nos sentiments\ncontemporains. L'autre, le vers parlé, s'offre comme la réalité par excellence\nde nos personnes, les diverses pulsations de nos émotions concrètes, le\nchant instinctif d'un tempérament, la mesure libre et continue de nos\nsymphonies intérieures.\n   Malgré les récents travaux suscités par l'emploi de ces cadences flexibles,\nje crois qu'il est encore impossible à cette heure d'enfermer en des règles fixes\nnotre prosodie, pour toujours affranchie des canons statiques. On ne peut\nendiguer par des lois stables le rythme individuel en quoi se localise la\nmélodie de chaque poète. Je reconnais en ceci le charme de notre poésie\nfrançaise, comme de toute beauté. La grande valeur du vers libre provient\nde 1'habile et du savant maniement des syllabes fortes et faibles. Ainsi nous\njugeons tout de suite de la bonté de tel ou tel poète dans la façon dont il manie\net mêle les accents. Où le vers libre est franchement insupportable, s'apparente\nà de la prose médiocre, où il renforce le rythme et martèle avec grâce une\nmélodie expressive.\n   De fait, le vers français ne s'appuie pas seulement sur le nombre des syl­\nlabes. Ces syllabes diflèrent encore entre elles par la qualité et le timbre.\nQuoique moins marqué qu'en latin, l'accent existe dans notre langue. Inter­\nrogez, pour vous en convaincre, l'instrument de l'abbé Rousselot. Vous verrez\nque les mots Ame et femme n'amènent point sur le cylindre enregistreur le même\nnombre de vibrations (2). D ' I n d y , notre grand musicien occidental, a montré,\n\n\n  (1) Voir nos fascicules de Septembre, Novembre et Décembre 1906.\n   (2) Cf. Robert de Souza : La poésie française et Ce muet. (L'Occident. Nov. 1902.)\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                   SUR    L'ŒUVRE      D'ADRIEN      MITHOUARD                       55\n\n\n\ndans son Traité d'Harmonie, tout le parti que notre polyphonie contemporaine\ntire des temps lourds et des temps légers. Notre musique n'est que du mouve­\nment. Ce que W a g n e r , Franck, d'Indy, Chausson, Debussy ont réalisé en\nmusique : suppression de la barre de mesure à intervalles réguliers, — détes­\ntable importation de la Renaissance — la symétrie répudiée, ainsi que les\nmorceaux de remplissage qui « font le pont », la poésie moderne l'a incor­\nporé à sa m é t r i q u e . T e m p s lourds, temps légers prodigués avec goût, voilà\nl'essence de notre poésie. C'est tout ce qu'on en peut dire pour l'instant, si\nl'on ajoute que dans le corps de nos strophes analytiques se groupe une\ninfinité de petites harmonies mystérieuses, impossibles à nombrpr, d'où naît\nla joie suggestive du poème (1). Enfin, le r y t h m e et la beauté de l'expression\nproviennent encore de la valeur historique des mots employés. « R e m a r q u e z ,\nécrit Mithouard dans le Tourment de l'Unité, la vétusté phosphorescente de ces\nvieux mots où se sont accumulés des siècles de sens, et la b e a u t é encore de\nces mots abstraits employés au pluriel dans le latin mystique. C'est qu'un\nnouvel usage les multiplie par eux-mêmes et les charge de richesse. » L e s\nmots ont u n e âme et u n e figure. L ' â m e du mot se révèle par u n heurt chez\nle lecteur, elle déclanche notre émotion et provoque la suggestion en nous\ncolorant de sa lumière. La figure du mot détermine la beauté de la forme, ses\nproportions, son h a r m o n i e .\n   Est-ce à dire que le vers libre r o m p e de parti pris notre tradition poétique?\nOn se doute que n o n , puisque l'Occidental est l'homme qui comprend le\nmieux la valeur du temps, c'est-à-dire de la continuité. Avec nos musiciens\ncontemporains « la mélodie retourne à la pureté originelle de l'enfance b a r ­\nbare ». Avec notre conception dynamiste de la poésie nous rejoignons les\nlaisses rythmiques du moyen âge. Notre oreille s'est affinée, comme sensibi­\nlisée à l'excès, mais notre vers parlé mériterait la critique s'il oubliait l'âge\nclassique et la persistance de certaines habitudes. On ne peut se débarrasser\ndes nécessités du vers lu. C'est ainsi que la rime pourra être assagie ; — « si l'on\nn'y veille elle ira jusqu'où ? » — nous allégerons ses redondances sonores;\nnous l'escamoterons même parfois, afin de mieux marquer une imprécision\nvoulue et l'étendue indéfinie d'un décor éployé. Mais notre oreille guette\nson retour. La rime d e m e u r e un élément indispensable du vers français. E t\nplus indispensable que le reste, plus nécessaire que jamais dans le maniement\ndélicat des modulations et des tonalités, le goût, seul vrai juge.\n   La lecture des œuvres plus haut analysées me suggéra ces réflexions sur\nla forme du vers m o d e r n e . Mieux que quiconque, Mithouard a su rénover\n\n\n   (]) C'est ce qu'a fort bien rendu Mithouard dans le Tourment de l'Unité. Parlant du\nClavecin bien tempéré où chaque partie est faite de motifs minuscules qui s'organisent en\ngroupes, qui se répondent et qui évolueut successivement, l'auteur ajoute : « De cette\nincroyable polyphonie, les plus infimes détails sont diversement expressifs, par où se\nsuggèrent a chaque endroit d'autres éléments que ceux dont l'œuvre offre la liaison\nétroite,... tout cela se coordonnant avec puissance, se massant comme vers un centre\ninévitable, autour d'une dominante idée... L'harmonie-mère d'une oeuvre emporte par\nconséquent avec elle un faisceau d'harmoniques qui la timbrent et qui l'étoffent, on\nl'amplifiant d'une série de correspondances.\"\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "56                                       DURENDAL\n\n\nnotre métrique, faire de la mélodie continue, sans jamais froisser nos oreilles. L e\npremier, il a tenté certains g r o u p e m e n t s syméiriques raisonnés, auxquels nos\nesthéticiens n'ont encore prêté nulle attention. Son vers n'est ni la strophe\nanalytique de Griffin, ni la mélopée d e Verhaeren, ni les laisses multicolores\nde K a h n , mais lui m ê m e . Sans m'attarder, je renvoie à la première pièce d e\nl'Iris exaspéré, si curieux par ses anapestes et son rythme d e quatorze pieds,\ndivisés en 4/4/6, avec l'accent sur la dernière syllabe.\n\n               Un iris lent,\n                                s'est élancé\n                                               vers la flamme des cieux.\n                Et j'ai livré\n                                mes passions,\n                                                ma chair toute sanglante,\n               Mes sens, mon cœur,\n                                         pour la nourrir,\n                                                            à la mystique plante.\n\nQu'on relise aussi d a n s le même livre la Lune aveugle. Ici le vers d e quatorze\npieds a sa césure au septième, et le premier hémistiche ne trouve sa réalisa­\ntion, a u point d e v u e d u sens comme d e l'harmonie, que d a n s le second\nhémistiche.\n\n                La lune est un œil qui tâche\n                                                    à s'ouvrir dans le ciel noir.\n                Elle a désespérément\n                                          la convoitise de voir.\n\nOn dirait d'un accord d'abord altéié q u i , après u n e légère modulation, se\nrepose sur la d o m i n a n t e .\n\n     A continuer.)                                                    T A N C R È D E DE VISAN.\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                           Un livre à lire\n\n                    Le journal d'une expulsée (1)\n                  Voici un petit livre charmant, émotionnant, poignant même\n                    souvent, par les angoisses et les détresses qu'il décrit,\n                    mais charmant surtout dans l'impression d'ensemble par\n                    le naturel, la simplicité et la pureté des sentiments qu'il\n                    révèle.\n                       Qui l'écrit? Une inconnue — une religieuse appartenant\n                    à l'une de ces nombreuses congrégations enseignantes que\n                    le gouvernement Français a proscrit de son sol. Et,\n                    sans doute, l'infortune de ces congrégations est grande.\nMais pourra-t elle être bien présentée par une jeune sœur naguère chargée\nde classes dans un couvent, et sans expérience littéraire. Son récit ne\nsera-t-il pas inhabile, sentimental à l'excès, exagéré ou exalté, étant donné la\ngrandeur des maux qu'elle doit décrire. On pouvait le craindre, mais, heureu­\nsement, il n'en est rien, par la raison bien simple que cetle sœur ne\ncherche pas à écrire avec art, mais qu'elle raconte ingénûment, candidement\net, surtout, avec une émotion vraie, sincère et communicative, toutes les\nangoisses, les espérances, les désillusiong, les humiliations et les tristesses\npar lesquelles elle et ses sœurs ont dû passer.\n\n                                          *\n                                         * *\n\n   Fort bien disposé son Journal, captivant comme un roman d'aventures, se\ndivise en deux parties : Avant l'expulsion — Après l'expulsion.\n   Avant l'expulsion. — Cela remonte au 2 janvier 1904. C'est le tableau vivant et\ntouchant de la vie régulière encore au couvent, mais déjà angoissée par la\nmenace qui de jour en jour se précise des décrets d'expulsion. Joies saintes\nde la cellule et de la prière au chœur « dans les stalles de chêne où les reli­\ngieuses sont si recueillies », douce compagnie des sœurs avec lesquelles on a\nvécu, lutté, travaillé et prié des années, enfants et fillettes pour lesquelles on\ns'est dévoué et pour lesquelles on voudrait faire plus encore, va-t-il donc falloir\nquitter tout cela? Et sacrifice plus terrible que tous les autres, faudra-t-il\nquitter aussi l'habit béni que l'on porte en témoignage de sa consécration à\n\n  (1) Avec préface de François Coppée. Paris, Gabalda et Cie, 1907.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "58                                   DURENDAL\n\n\nDieu — et rentrer d a n s le monde pour y vivre de sa vie ? — Quelque incroyable\nque cela paraisse il le faudra cependant, tout au moins pour une b o n n e\npartie des sœurs. M. le Supérieur le leur annonce au chapitre, en recomman­\nd a n t à chacune de s'organiser, de préparer un plan de vie et de le soumettre\nà la mère Supérieure. Que d'anxiétés pour celle-ci à la pensée de toutes ces\nexistences au salut desquelles elle doit pourvoir, que de fatigues et de\nrecherches vaines à l'étranger en quête d'une maison de refuge, que de tris­\ntesses dans les derniers jours passés d a n s le couvent qui se vide, dans tous ces\nsouvenirs qui disparaissent l'un après l'autre, et dans le jour du départ enfin;\nla porte de clôture ouverte, et les sœurs la franchissant l'une après l'autre après\ns'être embrassées et avoir reçu une dernière bénédiction de leur mère.\n    T o u t cela a été vécu, noté et écrit au jour le j o u r et restera, ainsi que le dit\nM. Coppée dans sa Préface, « c o m m e un des documents les plus probants et\nles plus sincères d e l'histoire de la persécution religieuse en F r a n c e ».\n\n\n\n\n   Après Texpulsion. — Celles des religieuses qui avaient quelques ressources\nont été renvoyées chez leurs parents, la pauvre maison qu'elles ont pu trouver\nen Belgique n'ayant pu les recevoir toutes. Quelques sœurs ont pu, à titre\nd'exception, être reçues dans des couvents étrangers et la plupart des\nconverses sont rentrées dans leurs familles. C'est donc la dispersion tant\nredoutée, mais non point la désunion, car toutes restent en rapport avec la\nsupérieure, e t ' l a narratrice, dans cette seconde partie de son livre, n o u s\ntient au courant de toutes ces existences dispersées d a n s les milieux les plus\ndivers, mettant bien en relief les figures les plus saillantes. Il y a là quelques\nbeaux caractères : sœur Marie-Bernard, sœur Joseph-Marie se dévouant pour\nla conversion de leurs p è r e s ; sœur Marie de Nazareth, celle qui écrit le\njournal si fidèlement éprise do sa vocation avant comme après l'expulsion, et\nsi sympathique dans ses courageuses poursuites à la recherche d'une situation\nqui lui permette de ne pas être à charge de ses p a r e n t s ; une amusante et jolie\nfigure de converse, sœur M a r i e - R o s e ; d'autres pitoyables dans leur détresse,\n es pauvres vieilles mères autorisées à demeurer quelques mois dans la partie\na plus délabrée du prieuré et qui, jusqu'au vote d'expulsion, se refusent à\ncroire à la méchanceté des persécuteurs et répètent sans cesse avec une con­\nfiance obstinée : « Ils ne nous chasseront pas, puisque nous ne leur avons rien fait. »\n\n                                              *\n                                          *       *\n   S a n s doute, tout n'est point parfait dans ce journal. P o u r ne rien dire\nde l'Office qu'elle récite, mais dont elle ne parle jamais, comme s'il n'était\npas fait pour lui apporter journellement force et lumière, on s'étonne de\nvoir u n e piété si fidèle dans l'épreuve, s'appuyer si peu sur l'Evangile — où\nelle trouverait pourtant dans les prédictions de Notre Seigneur à ses disciples\ntant de consolation et de réconfort. Il y a par contre çà et là un léger a b u s\nde dévotion sentimentale et patriotique. On l'excuse néanmoins volontiers\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                             UN LIVRE A LIRE                                     59\n\nen tenant compte des angoisses dans lesquelles ce livre a été écrit; — et pour\nnous la seule chose qui nous y ait déplu et que n o u s voudrions voir sup­\nprimer dans u n e seconde édition, c'est, d a n s le récit du voyage en Belgique,\nun entretien de la sœur avec une p a y s a n n e wallonne dont la sœur se\nplaît à raillerie langage. I1 n'y avait, semble-t-il, ni grand intérêt, ni grand\nesprit à noter et à exagérer quelque peu ces défauts de langage, et, d'autre\npart, il y a un singulier m a n q u e de goût à se moquer de gens dont on reçoit\nl'hospitalité. Mais, ces réserves faites, le journal n'en reste pas moins, comme\nnous le disions en c o m m e n ç a n t , charmant dans son ensemble, personnel et\nvivant. Il fera, nous l'espérons, grand bien, en permettant de mieux connaître\net mieux apprécier celles que le gouvernement français n'a pas eu honte de\nchasser. E t pour nous associer aux sentiments de charité que la b o n n e sœur\nne cesse de conserver tout le long de son journal vis-à-vis de ses persécu­\nteurs, nous souhaitons que son livre, tout en éclairant les gens de bonne\nvolonté, serve aussi à ramener à la vérité et à la justice quelques esprits\nnaguères égarés et hostiles.\n\n                                            Dom   BRUNO D E S T R E E , O. S.   B.\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "                        Chronique d'Art\nMUSIQUE :\n\n             La Johannes=Passion de Bach à Anvers\n   La première audition de la Johannes-Passion en Belgique! Ce n'est point\nun mince mérite pour M. Ontrop de nous avoir enfin fait entendre ce chef-\nd'œuvre. L'audition du g décembre 1906 restera une date dans nos annales\nartistiques.\n   L'exécution de cette œuvre aussi difficile qu'admirable a été réellement\nbonne et remarquable, malgré l'absence d'orgue et d'instruments anciens\n(violes d'amour et violes de gambe) et quelque hésitation dans l'orchestre. Le\npetit chœur mixte de M. Ontrop a fait merveille dans l'interprétation des\npieux chorals et des ensembles si pittoi esquement dramatiques qui expriment\ntantôt les voix de la foule des juifs participant à l'action, tantôt celles des\nfidèles.\n   Les soli étaient confiés à quatre artistes étrangers, initiés à l'art de Bach\n(n'eût-on pu en trouver en Belgique?) : Mmes Meta Geyer, soprano, et Pauline\nDe Haan-Manifarges, alto; MM. A. Jungbluth, ténor, et G. Zalsman, basse.\nA l'exception du ténor berlinois Jungbluth, qui nous a paru insuffisant au\npoint de vue de la voix et de l'expression, tous ont été à la hauteur de leur\ntâche. Mme Geyer nous a particulièrement plu dans l'air charmant avec\nflûtes Ich folge dir mit freudigen Schritten et dans l'émouvant Zerfiiesse, mein\nHerze, avec flûte et hautbois. Mme De Haan a fort bien dit aussi les airs\nVon der Stricken meiner Sündeu, avec hautbois, et Es ist vollbracht, avec solo de\nvioloncelle (au lieu de la viole de gambe obligée). Mais il faut mettre hors\npair M. Zalsman, de Haarlem, qui a chanté d'une façon merveilleuse les\nparoles du Christ, dont l'expression musicale est ici superbe, et les deux plus\nbelles pages de l'œuvre : l'arioso avec violes Betrachte meine Seele, méditation\ndu chrétien devant le Christ flagellé, et, surtout, l'air avec chœur qui prie\ndevant le Christ mourant. Le texte de ce dernier chant est d'une naïveté\namoureuse et sublime. S'inspirant de la parole évangélique que vient de dire\nle récitant : \" Il inclina la tête et expira », le fidèle s'adresse au divin Crucifié à\nce moment suprême : \" Mon cher Sauveur, laisse-moi te le demander, main­\ntenant que tu es cloué à la Croix et que tu as dit : « Tout est accompli »,\nsuis-je délivré de la mort? Puis-je, grâce à ta souffrance et à ta mort, hériter\ndu royaume céleste? Le monde entier est-il sauvé?... Tu souffres trop pour\npouvoir parler; mais tu inclines la tête et me réponds tout doucement :\nOui. !\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                              CHRONIQUE D'ART                                     61\n\n\n   Commentaire l'émotion que cette audition nous a causée? Nous ne la\nretrouverions sans doute pas aussi vive en présence d'une exécution plus\nparfaite, plus imposante, plus complète, mais moins sincère et fervente.\nJamais nous n'avons senti de telle sorte la beauté profonde de l'oratorio\ncultuel, de la forme de la Passion-Drame, telle que l'époque de J.-S. Bach\nl'a comprise et réalisé;. Jamais, en écoutant une oeuvre religieuse, nous\nn'avons oublié plus complètement que nous étions au concert. L'aspect même\nde la salle du Cercle Artistique, simple et sans apparat, ayant un vague air\nde temple, corroborait cette impression. Non, ce n'est point au concert que\nnous étions, mais dans un lieu de prière, réunis pour entendre raconter la\nPassion de notre Sauveur Jésus et réconforter, par la vertu divine de ce récit,\nnos âmes languissantes. L'un de nous chantait l'histoire sublime, en s'inter-\nrompant souvent; et. méditant alors devant le spectacle évoqué, tantôt nous\npriions tous ensemble un choral, tantôt nous nous joignions par le sentiment\nà la prière chantée par un de nos frères. Parfois, pour nous pénétrer davantage\nde terreur et de pitié, nous criions avec les soldats et les juifs perfides :\n\" Crucifiez-le! \" Et quand Jésus fut déposé au tombeau, nous lui avons\ndemandé humblement et amoureusement de nous ouvrir le Ciel où nous\nvoulons le louer éternellement...\n   Ce n'est plus de l'art, cela. C'est bien mieux et bien plus grand!\n   Je devrais maintenant analyser et étudier musicalement cette première\n Passion de J.-S. Bach. J'y reviendrai peut-être prochainement et, après avoir\noublié cette impression orante, je lâcherai de dégager les caractères esthétiques\nde cette œuvre et ses rapports avec les Passions du XVIIe siècle, spécialement\navec celles de Heinrich Schiitz.\n   Félicitons et remercions encore les trois organisateurs de l'audition d'An­\nvers, MM. Boelaerts, Ontrop et Stellfeld. Nous leur devons la révélation\nd'un radieux chef d'œuvre. Puissent-ils bientôt nous redonner la Johannes-\nPassion dans des conditions plus parfaites, et, cette fois dans son intégrité\nabsolue, avec les quelques morceaux qui ont été supprimés le 9 décembre.\n Ah! qu'ils seraient bien inspirés s'ils nous faisaient entendre ensuite quel­\n qu'une des œuvres de SCHÜTZ : la Passion selon saint Jean, celle selon saint\n Mathieu, l'Oratorio de Noël ou les Sept paroles du Christ.\n                                                                CH. MARTENS.\n\n\n                      Second Concert Populaire\n   Ce qui constituait le principal intérêt de ce concert était la participation de\nMme Merten-Culp, cantatrice hollandaise dont la réputation est déjà établie\nen Allemagne. Son art est assurément aussi fin que sincère. Si la voix est\nbelle, chaleureuse, se parant de timbres profonds et doux, ce qu'il importe de\nnoter avant tout ici, c'est la façon dont l'artiste interprète, dont elle fait jaillir\nl'âme intime de l'œuvre se reflétant limpidement dans la diction, l'expression,\n1'accent, la physionomie. Signalons la maniere dont elle a chante l'admirable\nNacht und Traüme de Schubert, la Mainacht de Brahms s'inspirant d'un'senti-\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "62                                   DURENDAL\n\n\n\nment analogue avec plus de flamme et moins de g r a n d e u r , le O süsse Mutter\nde L ö u e , ravissant d'expansion juvénile et naïve, les deux lieder de H u g o\n Wolff, Verborgenheit et Mögen alle böse Jungen, si différents de signification et de\nforme. D'ailleurs les huit poèmes d'inspiration si diverse choisis par\n M m e Merten-Culp, poèmes tendres, ailés, extatiques, sombres ou gtacieux\n étaient extrêmement propres à mettre en lumière sous ses multiples aspects\nla souplesse interprétative de l'intelligente artiste qui a été acclamée avec\nenthousiasme.\n    L e jeune violoniste Paul Kochansky, sorti premier de la classe de T h o m s o n ,\nsemble appelé à devenir une personnalité intéressante. Son jeu précis, ner­\nveux, plein de ressort et de flamme triomphe des pires difficultés techniques,\nce dont nous avons eu une preuve manifeste dans l'exécution d'un tumul­\ntueux concerto de Tschaïkowsky bien vide d'idée et d'inspiration. Kochansky\nest cependant loin d'être d é n u é de ces dons expressifs qui sont la force et\nl'auréole des maîtres de l'archet. S'ils n'ont pas encore toute l'efficacité et la\nplénitude désirables, la cause doit en être recherchée dans sa g r a n d e jeu­\nnesse. Son style s'est d'ailleurs élevé et amplifié de la façon la plus heureuse\nd a n s la belle Fantaisie écossaise de Max Bruch où l'Adagio du début et l'Andante\nsostenuto ont tenu tout particulièrement son auditoire captivé et sous le charme.\nDes applaudissements nourris et chaleureux ont rendu un légitime hommage\nà l'aurore d'un talent qui d o n n e déjà plus que des promesses.\n    E n son p r o g r a m m e , Sylvain D u p u i s n'avait cette fois réservé aux œuvres\norchestrales qu'une part fort restreinte. Au début, une exécution p u r e ,\nlumineuse et châtiée de la huitième S y m p h o n i e de Beethoven, et, pour\nterminer, la pittoresque ouverture La Grotte de Fiagal, de Mendelssohn.\n\n\n\n                        Troisième Concert Ysaye\n   Ysaye a eu la louable pensée de faire connaître au public bruxellois la\nNeuvième S y m p h o n i e d'Antoine Bruckner, compositeur jouissant en quel­\nques centres d'outre-Rhin d'une réputation assez bien établie et qu'une\nfraction de la critique allemande a exalté outre m e s u r e avec ces allures dog­\nmatiques qui lui sont familières, opposant son lyrisme expressif et descriptif\nà la sérénité olympienne et harmonieuse de B r a h m s , où elle ne voulait décou­\nvrir que formules hautaines et glacées, injustices dont le parti-pris est trop\névident pour qu'il soit opportun de les. réfuter.\n   L'œuvre d e Bruckner étant restée inachevée, il semble difficile de porter\nsur elle u n jugement définitif. Toutefois, les parties que nous en avons\nentendu n'ont pu nous convaincre de la vitalité et de la puissance de cet art.\nLa S y m p h o n i e de Bruckner est écrite dans un style tendu et laborieux, où le\nsens de la ligne disparaît entièrement, s u b o r d o n n é au souci de colorations\nplutôt âpres que savoureuses. Si les idées que Bruckner y expose sont sou­\nvent nobles et belles, si prises isolément elles sembleraient pouvoir constituer\nla base magnifique d u T e m p l e , le lien qui les unit est trop débile, et non\nseulement elles ne s'éclairent point mutuellemeut, ne s'enchaînent pas d a n s\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                       63\n\n la lumière d'une forme architecture, mais elles ne s'y opposent pas non plus\nl'une à l'autre en ces contrastes éclatants, impérieux et révélateurs chers à la\nmuse romantique et dont Beethoven a su tirer le summum d'effet. Les généreux\nélans dont parfois l'œuvre d e Bruckner s'enflamme et se couronne sont trop\ntôt compromis d a n s leur essor et étouffés sous l'afflux de développements qui\nne parviennent ni à les commenter ni à en amplifier les significations. L'im­\npression de fragments juxtaposés est tellement dominatrice qu'on serait tenté\nde voir plutôt ici u n e sorte de vaste poème s y m p h o n i q u e à la manière de\nStrauss et où l'auteur aurait voulu traduire des idées philosophiques, qu'en\ntout cas il eût importé de préciser, faute de quoi l'imagination de l'auditeur\nse sent ballottée anxieusement au milieu de flots obscurs et énigmatiques où\nl'Idéal poursuivi par l'auteur ne luit nulle part d a n s toute sa plénitude. Si\nl'on se place au point de vue de la musique pure, malgré la somme considé­\nrable de talent dépensé et la sincérité souvent évidente de l'effort artistique,\nla composition de Bruckner demeure chaotique et nébuleuse, parce que les\néléments trop dissociés qui la constituent ne vivent pas d'une vie c o m m u n e ,\nsi bien qu'en dépit de ses apparences colossales, elle ne d o n n e pas l'impres­\nsion de vraie g r a n d e u r , m a n q u a n t de cette unité d'inspiration, force essen­\ntielle qui caractérise la symphonie suivant la conception de Beethoven et en\nconcordance avec les formes de beauté immortelle dont il l'a revêtue.\n    A ce même concert le violoniste Fritz Kreisler prêtait son concours. P l u s\nd'une fois déjà Kreisler s'est fait entendre d a n s notre capitale. Parmi les\ngrands violonistes, il peut être considéré comme l'un des premiers. S'il ne\npossède ni l'ampleur expressive ni les radieuses envolées d'Ysaye, il faut dire\nque la netteté et l'étonnante perfection plastique de son jeu, la finesse exquise\navec laquelle il colore les phrases chantantes et les traits, la fière énergie de\nsa rythmique sont autant de dons magnifiques qui constituent l'apanage de\ncet artiste et qui ont triomphé d'abord d a n s un délicieux concerto de Vivaldi\ndont la pure et délicate architecture rappelle le style de ceux qu'écrivit\nJean-Sébastien Bach, puis dans le concerto de Brahms, une des oeuvres les\nplus difficiles de la littérature du violon, enfin dans des fragments de la\nsuite en si mineur de Bach.\n    U n e exécution vibrante et chaleureuse de l'ouverture de Léonore (n° 3) ser­\nvait de péroraison splendide à ce beau concert qui débutait par l'ouverture\nde Sakuntala, composition élégante et assurément l'une des meilleures inspira­\ntions de Goldmark, dominée par une phrase enveloppante qui s'amplifie\nmajestueusement dans un crescendo fort habilement m é n a g é .\n\n\n\n                                 Concerts divers\n   Maintes fois nous avons déjà rendu h o m m a g e dans Durendal au talent si fin,\nsi poétique et si sincère de Mme: Kleeberg-Samuel, ainsi qu'à la merveilleuse\nsouplesse, avec laquelle cette intelligente artiste adapte ses interprétations à\nla pensée, essentielle des maîtres. Le récital qu'elle a donné à la Grande-\nHarmonie dans le courant de décembre a. mis une fois de plus en pleine\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "64                                   DURENDAL\n\n\n\nlumière ces qualités foncières. Avec quelle émotion grave et quelle pureté de\nstyle elle nous a joué la sonate en ré mineur, o p . 3 1 , de Beethoven! Peut-on\nsouhaiter réalisation plus véridique et plus charmeuse à la fois, plus respec­\ntueuse des moindres intentions du compositeur ? Sous ses doigts, les tiois\néludes posthumes de Chopin, poèmes aériens et caressants, ont pris leur vol\ncomme entourés d'un nimbe de songe méditatif et attendri. De S c h u m a n n\nelle avait choisi les Davidsbündler, une suite d'esquisses qui ne se jouent jamais\nau concert. M m e Kleeberg a fait ainsi preuve d'abnégation artistique, car cette\nœuvre de S c h u m a n n n'est pas de celles qui, suivant l'expression consacrée,\nportent sur le public. Mais elle caractérise, avec tant de relief et d'inattendu,\nl'inspiration si mobile, si protéiforme de S c h u m a n n , inspiration où comme\ndans l'œuvre de H e n r i H e i n e , son modèle, l'humour la plus pétillante succède\naux rêves les plus azurés. Si les Davidsbündler ne sauraient dans leur ensemble\nêtre rangées au n o m b r e des meilleures productions du maîtie de Zwickau,\nelles renferment maintes pages délicieusement fraîches, gracieuses ou spiri­\ntuelles. Telles elles nous sont a p p a r u e s , présentées par M m e Kleeberg\nSamuel.\n   Signalons aussi le piano-récital d o n n é à la G r a n d e - H a r m o n i e par\nM lle W a n d a de Zarembska, fille de feu Zarembski, le grand pianiste qui\nexerça jadis le professorat au Conservatoire de Bruxelles, dont il fut l'une\ndes gloires. Mlle de Zarembska a conquis l'auditoire choisi qui s'était rtntlu à\nson récital par la grâce, la délicatesse et le charme de son jeu, par la sûreté de\nson rythme et la limpidité de sa technique, qualités qui ont particulièrement\nbrillé d a n s l'interprétation de plusieurs études et de la Ballade en sol mineur de\nChopin. M lle de Zarembska est une artiste de grand avenir.\n                                                           G E O R G E S DE G O L E S C O .\n\n\nEXPOSITIONS :\n\n       La 47e Exposition de la S R B des Aquarellistes\n    L a 47 e Exposition de la Société Royale Belge des Aquarellistes qui, chaque\na n n é e , au cours de décembre-janvier, égaie d e ses notes éclatantes et fraîches\nle Musée Moderne, vient d'établir u n e fois de plus l'émancipation, prochaine­\nment totale, des procédés de peinture à l'eau.\n    P r o c é d é , l'aquarelle l'est devenue après avoir constitué u n g e n r e ; de la\npeinture à l'huile elle a toutes les audaces, toute la force avec, en plus, u n e\nséduisante élégance.\n    P o u r atteindre les résultats expressifs, tant et si justement appréciés p a r\nles esthètes, la plupart des aquarellistes contemporains, renonçant au lavis\np u r , aux teintes transparentes, ne reculent plus devant l'intelligent emploi de\nla gouache, jadis impitoyablement proscrite; ils augmentent les dimensions\ndu subjectile et plusieurs renoncent m ê m e aux papiers lisses ou grenes pour\nadopter le carton rugueux, feutré.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                             CHRONIQUE D'ART                                      65\n\n\n   Au fait, elles furent assez ridicules la rivalité et les discussions subséquentes\nentre ce qu'on appelait les « aquarellistes purs » et les autres.\n   Qu'importe le moyen — s'il est honnête dans les diverses acceptions du\nmot — pourvu que le résultat soit bon ; il est, certes, très louable qu'il y ait\nune corrélation aussi étroite que possible entre l'esprit et la lettre, entre l'idée\net son expression, mais en matière artistique moins qu'en tout autre les règles\ntechniques ne sauraient être absolues.\n   Il est cependant des artistes qui cultivent plus la forme qu'ils ne se\npréoccupent du fond.\n   C'est ainsi que Cassiers est avant tout un habile — combien ! — technicien ;\non a beaucoup admiré son église hollandaise dorée par le couchant, tour de\nforce, page exquise, que dépare seulement une ombre trop bleue; le Gouver­\nnement a ajouté cette gouache aux autres œuvres du même artiste qu'il\npossédait déjà.\n   Marcette, lui aussi, a beaucoup contribué à élargir le champ de l'aquarelle,\nà la magnifier, si nous pouvons ainsi parler; ses marines constituent toujours\nde délicats régals de couleur; celle-ci domine même parfois au détriment de\nla ligne.\n   Le mariniste Baseleer, sans avoir la finesse de tons de Marcette, a de la\npuissance, une puissance un peu brutale.\n   Thémon et Titz n'ont pas la même virtuosité, mais plus sincères, ils serrent\nla nature de plus près ; mais le roi de l'aquarelle ancienne manière est le\nvaillant Uytterschaut ; toujours correct, toujours goûté aussi, il dessine\nsoigneusement et peint, sans arrière-pensée, des sites choisis avec tact.\n   Ces aquarelles ont avant tout pour but ou pour résultat de charmer l'œil.\n   Il est des artistes, mieux doués, qui savent non seulement satisfaire le\nregard mais parler à l'intelligence et au cœur; parmi eux il convient de citer\nDelaunois le mystique dont l'intérieur de l'église Saint-Pierre, à Louvain, était\nune des œuvres les plus significatives de l'exposition; d'une écriture très\nesthétique et en même temps d'un sentiment intense, elle évoque tout le\nmystère des nefs profondes et aussi des drames augustes qui s'y déroulent, de\nl'autel au confessionnal.\n   Les Ames solitaires, minuscules notations d'impressions ressenties dans les\nbéguinages, — notations de rêves, plutôt, dus aux perceptions premières, —\nsont de nature à intéresser les vrais esthètes plus que certains lavis tapageurs.\n   Nous parlons des hommes d'esprit cultivé, car la foule passe, assez indiffé­\nrente, devant ces perles ; il lui faut autre chose et plus décorative, il lui en\nfaut — qu'on me pardonne l'expression vulgaire — pour son argent : du\ntape-à-1'œil.\n   Ainsi le public raffole des grands lavis, très séduisants mais « sentant trop\nle métier M de Hagemans : trop beaux pour être vrais, ils tournent au décor.\n   Hoeterickx reste fidèle à ses sujets préférés : des foules dont il indique\nhabilement le fourmillement bariolé ou simplement un groupe de quelques\nfigures; le Roi lui a acheté une de ces aquarelles, non la meilleure à notre\navis.\n   Sans être particulièrement nombreuse la participation étrangère était des\nplus remarquables.\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "66                                 DURENDAL\n\n\n   Bartlett présentait l'œuvre d'art la plus complète du Salon au triple point\n de vue du sujet, de la composition et de la facture : une mère et son enfant\nd'une rare noblesse d'allures et d'un faire impeccable; certains artistes lui\nreprochent même un fini qui va jusqu'à la sécheresse.\n   Brangwyn et von Bartels ont plus de fougue; ils ne redoutent pas pour la\npeinture à l'eau les grandes surfaces et la touche emportée ; ils ont un brio et\nune maestria qu'ignorent encore nos compatriotes.\n   Puissante aquarelle aussi, le Cheval de Labeur, de Breitner, mais d'un des­\nsin un peu flottant.\n   Les Latouche sont toujours harmonieux et très personnels.\n   Nous aurions à citer d'autres œuvres magistrales, mais l'exposition étant\nclose, il faut se contenter de noter — avec quelques preuves à l'appui —\nles tendances, les changements d'orientation, les niveaux esthétiques.\n   Le 47 e Salon de la vénérable Société Royale Belge des Aquarellistes\nmarqua une tendance à une vision plus large, à une écriture plus libre, une\norientation vers des sujets plus grands, plus nobles, bref un étiage plus élevé.\n                                                                       A. D.\n\n\n          Exposition Broeckaert et Gorns à Termonde\n    Voici deux jeunes peintres qui ont la passion de l'Art. Dès leur première\njeunesse ils lui vouèrent leurs rêves et leurs efforts. Pour cet idéal\nexclusif ils ont peiné et déjà souffert. Nés tous deux aux bords de l'Escaut,\nbercés de son rythme, tantôt sauvage, tantôt lénitif, ils captivèrent dans leur\nintellectualité et leur imagination les songes tragiques d'hiver, les riches\naspects d'automne et les claires idylles printanières que l'évolution des saisons\nramène autour du grand fleuve puissant et doux.\n   Au don de sentir, MM. Broeckaert et Gorus ajoutent le don de voir; dans\nla vingtaine de toiles que chacun d'eux vient d'exposer, ceux qui connaissent\net aiment les émouvants paysages des environs de Termonde, apprécieront\nd'abord le choix judicieux que les peintres surent faire des coins les plus\ncaractéristiques de leur terre patriale. Une synthèse harmonieuse se dégage\nde cet ensemble de toiles où flotte, éparse, l'âme à la fois ardente et poétique\n de cette part privilégiée de la Flandre.\n    Si M. Broeckaert, qui est un poète, et un poète flamand de réelle valeur,\n affectionne particulièrement les heures où les brumes légères drapent la\n nature de leurs écharpes de mélancolie, M. Gorus, un instinctif, se bat posi­\n tivement avec toutes les ressources de la palette, contre le défi des couleurs\n violentes et exacerbées que l'Escaut éparpille sur ses rives pendant les rouges\n crépuscules.\n    Très personnels tous deux, unis du reste par une touchante fraternité,\n MM. Broeckaert et Gorus ont un talent en diptyque; mutuellement ils se\n complètent et ensemble ils ont peint, dans toutes ses expressions, le poème\n divers et changeant de l'Escaut.\n    Sur la terre de Courtens, voilà une belle floraison qui se lève ! Et j'imagine\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                               CHRONIQUE        D'ART                             67\n\nque le maître de la Pluie d'or doit sourire de complaisance à ces jeunes hommes\nqui arborent, devant la vie, l'enthousiasme sacré et la joyeuse témérité dont\nil leur d o n n a l'exemple !\n   P a r l'exposition de leur œuvre, MM; Broeckaert et Gorus viennent\nd'affirmer un talent en marche vers la maîtrise. Qu'ils continuent à servir\nl'art avec la noble ferveur et la haute probité dont leurs toiles portent la\nmarque. Sans l'aide de personne, sans devoir rien à qui que ce soit, ils sont\ndevenus « quelqu'un »; et c'est sur eux que reposent les meilleures espérances\nde cette école de T e r m o n d e qui donna à l'art Courtens, Meyers, Rosseels\net H e y m a n s !\n                                                                         F. V.\n\n\n                      Exposition Albert Dumoulin\n    Si les cinq ou six œuvres exposées par Albert Dumoulin au Cercle Artistique\nne présentent point des qualités absolument transcendantes qui eussent\npermis de découviir en lui un tempérament original et déjà sûr de lui-même,\non peut cependant admirer le crayon décidé, le coloris discret, la sincérité du\ntravail et la belle tenue générale de ces pastels. Ils ont droit à mieux qu'un\nsimple coup d'œil. La tricoteuse, Vieille femme, Jeune berger, Tête d'apôtre. Etude,\ndénotent certes u n talent bien équilibré servi par un métier qui n'a plus\nb e a u c o u p à acquérir. De ce probe et honnête artiste, je veux retenir surtout le\nbuste de vieille femme et l'Etude d'après u n jeune Méridional, Lorenzo, bien\ncampé dans sa houppelande noire, d'un dessin ferme, auquel il ne m a n q u e\nni l'expression ni la couleur.\n                                                                             F. H .\n\n\nLE THEATRE :\n\n                    « Pan » au Théâtre du Parc\n   « Enfin, on atteignit l'anse de Palodès, à l'endroit de l'étroit passage où\nla pointe avancée de l'île repousse le flot dans le cirque de rochers du\ncontinent. T h a m o u s , alors, du haut de la poupe, jeta la lamentable nouvelle :\n« Le grand Pan est mort !... » E t les échos des montagnes répercutèrent les\nparoles annonciatrices en voix multipliées, sinistrement confuses, terrifiant\nles âmes comme de gémissements, de lamentations, de cris de surprise et de\ndouleur...\n   « Le paganisme va mourir... C'est que Jésus est n é . . . L'Olympe s'écroule...\nCe que n'avaient pu faire les géants, fils du ciel et de la terre, un vagabond\nde Galilée... un rêveur à l'extatique sourire, d'un mot, d'un geste\nl'accomplit... »\n   D'un geste, oui, le geste du sacrifice qu'il n'était point — ainsi que l'ajoute\nfort justement l'auteur des lignes qui précèdent, M. Georges Clemenceau —\ndans la nature des dieux ouraniens, pas plus que dans celle du P a n , dieu des\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "68                                      DURENDAL\n\n\nbergers, d'accomplir. De sorte qu'ils sont morts de leur immortalité h e u r e u s e\net de leur impuissance à la douleur. A la première lueur de l'aube de souf­\nfrance et de compassion allumée sur le Golgotha, les hommes « avides\nd'inquiétudes, de douleurs amères et de gémissements de cœur », selon la\nparole prêtée par H o m è r e à Apollon, fils de Z e u s , désertèrent les dieux trop\nimperturbables qu'ils s'étaient créés. C'est alors que le Christ alluma au ciel\ndes lumières qui, à en croire des gens qui ne sont ni vagabonds, ni exta­\ntiques, seraient actuellement é t e i n t e s ! . . . C e p e n d a n t , jusqu'à présent, aucun\noracle n'a ordunné au pilote de quelque transatlantique ou de quelque\ncuirassé de crier par le travers du cap Gris-Nez : « Le grand Christ est mort .'... »\nIl est vrai que les oracles de ce temps-ci parlent plutôt dans les gazettes ou\nsur la scène des théâtres !...\n   N o u s ne disons pas ceci pour l'œuvre de M. Van L e r b e r g h e , conçue,\névidemment, en dehors de toute prétention augurale. S a n s aucun doute,\nl'auteur songea-t-il seulement à élaborer un poème dramatique où sa religion\ndu paganisme apparaîtrait d a n s u n e apothéose d'autant plus lumineuse qu'elle\nserait en contraste avec une réalité basse, odieuse ou ridicule. Ce serait se\nm é p r e n d r e , pensons-nous, sur les intentions de Van L e r b e r g h e , ou, sinon,\ndouter de la force persuasive de sa conviction, q u e de lui prêter le dessein\nde démontrer quoi que ce soit, car, en vérité, il serait d'un artifice trop\npuéril, pour prouver la supériorité de telles idées sur telles autres, de se\nborner à incarner celles-là sous un aspect séduisant et celles-ci sous les espèces\nde personnages grotesques.\n   E n s o m m e , l'œuvre, qui est belle et originale dans ses parties lyriques et\nvive et habile, au point de vue théâtral, d a n s les autres n'a probablement,\npas donné à la réalisation scénique l'effet que le poète escomptait. Son désir,\nà ce qu'il semble, a d û être de mettre en une opposition de lumière et\nd'ombre la libre N a t u r e — signifiée sous les traits d'un Pan plus faunesque\nqu'universel — avec les préjugés, les lois civiles et religieuses, etc., et il s'est\nfait, à la représentation, à cause de l'accentuation caricaturale jusqu'à la farce\nde la partie réaliste de la pièce que cette dernière a accaparé toute l'attention\net que son relief a rejeté à l'arrière-plan la partie lyrique. Il faut dire, d'ailleurs,\nque cette partie c o m i q u e absorbe les quatre cinquièmes des trois actes de\nl'ouvrage, et que si l'on y parle b e a u c o u p de P a n — et encore davantage de\nson bouc ! — il n'y paraît lui-même qu'à la c a n t o n a d e , en quelque sorte, et\nsans mot dire. Mais, si le dieu « à la splendide chevelure négligée » était\nmuet par la volonté du poète, celui-ci avait mis dans la bouche de Paniska\ndes vers magnifiques à sa louange. Malheureusement, le rôle de cette bergère\ntransportée d'amour p a n i q u e était assumé par une actrice parisienne qui a\njugé à propos de le jouer d'un ton déclamatoire, dans un costume et des\nattitudes a c r o b a t i q u e s . Elle n'en a pas moins pris sa part des applaudisse­\nments qui, on pourrait le croire, étaient destinés plutôt à ses camarades ou à\nl'auteur de l'ouvrage.\n                                                                                         A. G.\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                            Lettre de Paris\n                        VOILA donc, de par la mort de ce pauvre Brunetière, perte\n                            irréparable, voilà donc celle vénérable Revue des Deux-\n                            Mondes qui vole à des destins nouveaux. On a parlé dans\n                            les feuilles bien intentionnées de la nécessité de rompre\n                            les vieux moules, comme si nous ne voyions pas se perpé­\n                            tuer le goût électoral pour de très a n t i q u e s ! et de donner\n                            un coup de barre à gauche, comme si ce n'était pas le\n                            meilleur moyen de faire bondir le navire à droite! Mais\n                            quelque décidée que soit la future volte, elle ne sera pas\naussi tête-à-queue que le fut la précédente.\n   Il faut avoir été élevé, comme les h o m m e s de ma génération, à l'ombre\nde l'ancienne revue de la rue B o n a p a r t e pour c o m p r e n d r e tout le changement\nde perspective dont s'accompagna le d é m é n a g e m e n t à la rue de l'Université.\nSous des apparences patelines et chattemites, la Revue des Deux-Mondes d'il y a\nquarante ans n'était qu'une monstrueuse poche à fiel. T o u t ce qui de près ou\nde loin touchait au T y r a n (le T y r a n , c'était ce pauvre Napoléon I I I ) , faisait\ntomber du haut mal le personnel bulozeux. Aucun de ces burgraves malades\nd'une grosse de discours parlementaires rentrée dans l'arrière-gorge ne par­\ndonnait à l'homme de Décembre le. tort qu'il avait ainsi causé à l'Eloquence\nde la T r i b u n e . Le vieux Vitet avait interprété le sentiment de la maison\nquand il s'était écrié après la Guerre et la C o m m u n e : « C'est vrai, mais, au\nmoins, nous n'avons plus l ' E m p i r e ! » Même après trente ans, quelque chose\ndecet esprit subsistait. Le sabre n'était plus en aussi grande abomination, mais\nle goupillon restait un objet d'horreur. U n trémolo frissonnait sur le mot\nultramontanisme. On ne pouvait vraiment pas s'imaginer un n u m é r o de la\nRevue sans un article offensif de R e n a n , de Berthelot ou de Jules Soury.\n   E t voilà que du jour au lendemain presque tout se trouvait bouleversé.\nLe bélier de la libre-pensée devenait le bouclier de la religion. Les tables bien\npensantes se frottaient des yeux mi-endormis en voyant les hétérodoxies à\ncouverture saumon se dorloter sur elles à côté de fascicules apologétiques et\nde livraisons dévotieuses. Des flots de d é s a b o n n e m e n t s « à la renverse, lui­\nsaient à c o n t r e s e n s des lances de l'averse \" des a b o n n é s nouveaux. Le tohu­\nbohu était tel que des malins se dirent : « Il y a une place à p r e n d r e ! » et\nqu'une revue nouvelle champignonna en une nuit, aussi succulente et rotonde\nque le cèpe Buloz. Ah ! que va-t-il advenir d'elle si une légère orientation\nscepticipète ramène à l'ancien bercail les ouailles vagabondes de la libre-\nallure? La pauvre Revue de Paris va se trouver du coup sans cheptel, et cela\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "70                                  DURENDAL\n\n\nla consolera t-il de savoir que les chèvres réintégrantes auront chassé\nà coups de corne quelques centaines de timides brebis vers les parages du\nCorrespondant ?\n    Ah! pourquoi M. Ganderax, au lieu de pourchasser des concupiscences\néhontées d'altérations, n'a-t-il pas prévenu un coup aussi funeste pour lui\nque le remplacement d'un clérical par un libéral? Que ne s'est-il enveloppé\ndu manteau grisaille de Doumic pour s'introduire entre chien et loup dans le\nconciliabule des administrateurs et leur tenir des discours séducteurs et véné­\nneux? Occasion manquée et qui ne se retrouvera peut-être plus. La Revue des\nDeux-Mondes est capable de renouveler un bail de trois, six, neuf générations\navec le public !\n    Elle a sur sa rivale un avantage, celui d'un titre moins quelconque, en\nvérité. Revue de Paris, c'est à la portée du premier fondateur venu. J a m a i s une\nrevue de ce nom n'a pu réussir, et il y en a eu une demi-douzaine, dont une\ndirigée et rédigée par Balzac. C'est comme les Revues de France; combien n'y\nen a-t-il pas eu et quelle a pu durer plus d'un lustre? Le lecteur aime les\ntitres qui l'intriguent un peu sans le désarçonner. Revue des Deux-Mondes, c'est\n parfait; les premières fois, on a dû s'arrêter aux devantures pour feuilleter :\n « Il y a donc deux m o n d e s , comme c'est curieux! » Les uns ont cru qu'il\n s'agissait de l'autre m o n d e . Les autres ont pensé qu'il devait être question du\n demi-monde. Et les sages se sont dit : « On ne nous rasera qu'avec deux par­\n ties du i n o n d e ; c'est trois de gagnées! »\n    Poursuivons l'observation : le Correspondant, litre excellent. Correspondant\n de qui? Correspondant de quoi? Là justement est l'intérêt. Les autres revues\n d'analogue couleur, comme le Contemporain, n'ont pas d u r é . La Revue du Siècle,\n médiocre; elle ne vit que d'une aile, je crois, à L y o n . La Revue du Mois, la\n Revue de la Quinzaine, la Revue hebdomadaire, pas assez ronflants, inquiétants\n  ou attirants, il vaudrait mieux s'appeler la Revue de la rue Garancière » ou\n la \" Revue de la rue Bavard », comme les magasins anglais qui s'appellent le\n Strand ou Pall Mail. L a Grande Revue, titre assez bon ; la Nouvelle Revue, très\n  mauvais : « Avez-vous la Nouvelle Revue? » Le libraire vous apporte le der­\n  nier numéro de la Revue des Deux-Mondes. La Revue des Revues, enseigne excel­\n  lents et que son propriétaire a eu raison de ne pas a b a n d o n n e r quand il lui\n  a substitué le titre peut-être mieux en rapport, mais sûrement moindre en\n  effet pro luit, la Revue. Les étiquettes des « Publications L a f i t t e », très tire\n  l'œil; Fermes et Châteaux, Musica, Femina, même Je sais tout, pourtant ridicule.\n  L e s « Revues Hachette » b e a u c o u p moins trouvées : la Vie heureuse, Lectures\n  pour tous, le Conseil des Dames, tout cela m a n q u e de panache ou d'imprévu.\n  Il faut inventer quelque chose. Avec un titre comme Pick me up, on ne peut\n  que réussir.\n     L e s « Revues d'art et de littérature » ont en général la main heureuse.\n  Durendal est parfait, n'est-ce pas? L e Mercure de France est tout à fait bien, à\n  la fois original, traditionnel et sérieux avec un ressouvenir du Mercure galant\n  qui le tempère. L'Ermitage, mon pauvre vieil « Ermitage », qui laisse désor­\n   mais le lierre voiler ses fenêtres et la mousse clore ses portes, la Cravache, la\n   Plume, le Saint-Graal, la Croisade, la Chimère, la Coupe, le Thyrse, la Syrinx,\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                  LETTRE DE PARIS                                         71\n\n\nautant de titres c h a r m a n t s ou brillants. Comme enseigne amusante, YOmnibus\nde Corinthe était tout à fait réussi. P a s mal encore le Carnet, la Plume et l'Epie,\nMélusive. J'aime moins les revues à nom de couleur; il faut être bien dénué\nd'imaginative pour ne trouver, en face du Mercure ou de YErmitage, que la\nRevue blanche. Si encore on avait essayé d'une \" Revue gorge de pigeon \" ou\n« Cuisse de n y m p h e émue » ! Dans ce genre, il n'y a eu de bien que la Revue\ndo'ée qui vécut en effet quelques semestres, ce qui est très honorable pour une\nrevue de jeunes gens.\n   P o u r les périodiques graves, les titres simples : Revues philosophique, histo­\nrique, archéologique, etc., etc., sont les plus louables. Dès qu'on s'écarte, le\nchoix devient difficile. Polybiblion a du caractère quoiqu'un peu p é d a n t ; le\nPour et le Contre aurait mérité mieux que son sort boursicotier; la Revue des\nIdées, n o m excellent. L'Art et la Vie, bien comme p r o g r a m m e , est un peu\nterne comme p a n a c h e . Art et Décoration est loin de valoir Studio. La Revue de\nl'art ancien et moderne, l'Art et les artistes, la Gazette des beaux-arts, autant de\nblasons à déshonorer leurs héraldistes. T o u s les Nu académique, esthé­\ntique, etc., qui foisonnent aux kiosques sont de titre vulgaire. Mes modèles\nn'est pas bien meilleur; pourquoi n e pas avoir essayé « la Beauté sans\nvoiles » ?\n   P o u r les j o u r n a u x aussi, le choix du p e n n o n n'est pas indifférent. L e Temps\nc'est niais, mais le Journal des Débats politiques et littéraires, cela a de l'allure;\nmieux vaut être, d'ailleurs, vieillot que banal ; l'Univers ne passe que comme\ntransposition du mot « catholicos » ; le Monde, le Globe, le Soleil, le Soir, le\nMatin ne passent p a s . L''Aurore a quelque poésie; il est seulement fâcheux\nque le mot, d'une sonorité exquise dans une p h r a s e , soit d'un croassement si\nlaid chez le camelot qui l'éructe à jet monotone. L e Figaro, comme invention,\na été merveilleux; il a même fait un moment la fortune de ses imitateurs, le\nGil Blas, le Voltaire. Négligeables, tous les Courrier, Messager, Moniteur. L a\nGazette de France vénérable, et puis ce mot gazette est si a m u s a n t ! Le Journal\nprétentieux et b a n a l . La Lanterne, parfait. L'Intransigeant, original, n'était pas\ncommode à trouver, pas plus que la Libre parole, très bien aussi, comme\nnetteté et sonorité. Le Gaulois, bon. L'Eclair, très b o n . L'Union, l'Action, la\n Vérité, la Volonté, l'Autorité, la Justice, la Paix médiocres, médiocres. On con­\ntinuerait longtemps encore, et sans trouver beaucoup de perles. L'Echo de\nParis est-ce bien, est-ce mal, qui le dira? C'est en province\" parfois qu'on\ntrouve des enseignes pittoresques. Le Sémaphore à Marseille, l'Akhbar à Alger.\nSait-on comment s'appelle le grand journal d'Arles? L'Homme de bronze. Vrai­\nment Arles avec sa gazette unique l'emporte sur Paris aux mille feuilles !\n\n                                                                        HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                Pierre Bruegel l'Ancien\n                       Son œuvre et son temps (1)\n\n\n                   ous attirons de nouveau l'attention de tous lts amateurs\n                     sérieux d'art vrai et profond sur la splendide publication\n                     que le distingué et très artistique éditeur VAN O E S T , de\n                     Bruxelles, est en train d'éditer et dont il ' a confié le\n                     texte à M M . Van Bastelaer et H u l i n . C'est certainement\n                     une des plus remarquables et des plus belles publications\n                     d'art de cette époque. Elle contient d'innombrables et\n                     superbes héliogravures, phototypies et autres genres de\n\"                    gravures. Les illustrations sont de toute beauté et d'une\nexécution absolument parfaite. L'œuvre magistrale de l'incomparable artiste\nP e t e r Bruegel le Vieux y est reproduite presque en entier et d'une façon\nmerveilleuse.\n    Nos lecteurs ont pu se faire u n e idée de la beauté, de la précision et de\nla finesse des illustrations par celles que nous avons données d a n s notre\nfascicule de Décembre 1906. Nous avons reproduit deux des plus caracté­\nristiques tableaux de Bruegel d'après les illustrations de l'édition de\nM. Van Oest et deux de ses plus remarquables dessins, pour la reproduction\ndesquels nous nous sommes servis des clichés même de l'éditeur. Il est du\ndevoir de tous ceux qui aiment vraiment le grand art, d'encourager u n e\npublication d'une telle envergure en y souscrivant.\n    N o u s devons tous aider les éditeurs qui font des efforts pareils pour la\ndivulgation des œuvres des grands maîtres. Il est à souhaiter que la maison\nVan Oest soit secondée efficacement en cette entreprise et récompensée par\nun grand nombre de souscriptions. L'édition est en cours. Plusieurs fascicules\nont déjà paru, tous magnifiques. On souscrit'chez l'éditeur Van Oest, 16, rue\ndu Musée, à Bruxelles.\n\n                                                                 HENRY MŒLLER.\n\n\n\n\n   (1) P e t e r Bruegel l'Ancien, son œ u v r e et son temps, par R. VAN HASTELAER\nET G. DE Loo. Etude historique suivie d'un catalogue raisonné de l'œuvre dessiné, gravé,\net peint de P. Bruegel. Ouvrage illustré d'un grand nombre de planches hors-texte\nd'après les oeuvres du maître, Bruxelles, maison d'édilion VAN OEST et Cie\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                        LES LIVRES\n\n L e s M a t i n s à F l o r e n c e , par JOHN RUSKIN, traduction NYPELS, anno­\n   tations de E. CAMMAERTS. Un vol. ill. — (Paris, Laurens.)\n   Ruskin n'est pas de ceux sur lesquels on puisse adopter un sentiment\nmitigé, une opinion moyenne : il faut l'aimer ou le détester. Impérieux, caté­\ngorique, péremptoire, tel il apparaît généralement, et pour peu que l'on soit\nd'esprit ombrageux ou enclin à la contradiction, on se subordonne malaisé­\nment aux impulsions, pour cordiale qu'en soit la brusquerie, d'un guide si\nvolontaire et si attaché à son propre sens.\n   N'attendez de lui aucune condescendance : il enseigne, et d'un ton sans\nréplique. Les objections, s'il admettait qu'il put s'en produire, bien loin de\nles réfuter, il ne les écouterait même pas ; il est tout à sa thèse, qui est grande\net magnifique, et dans laquelle il intercale, pour ainsi dire, les œuvres dont il\nparle et leur explication, comme des arguments démonstratifs. Et si, fré­\nquemment, son interprétation de ces œuvres, son avis sur leur valeur, sur les\nintentions de l'artiste ou les significations que celui-ci a voulu y mettre, vous\nlaissent peu convaincu ou même tout à fait hostile, les considérations géné­\nrales, les effusions esthétiques personnelles dont il enchevêtre ou dans les­\nquelles, parfois, il noie son étude vous entraînent nécessairement et vous\nsubjuguent.\n   Sa manière semble désordonnée, ses développements erratiques, ses bou­\ntades souvent intempestives. Quelquefois on dirait qu'il prend plaisir à mettre\nun brusque terme à l'émotion engendrée par des paroles où l'on sent qu'il a mis\ntout son cœur intelligent et profond, tout ce qui s'agite en lui de capacités\nd'adhésion à la beauté, par quelque mot caustique ou gouailleur, discordant\net qui, tout à coup, vous arrache des sommets où il vous transportait, pour\nvous mettre nez à nez avec quelque désagréable et triviale réalité.\n   L'éloquence est familière à Ruskin, mais aussi l'humour, et celle-ci peut-\nêtre a plus contribué au succès de ses idées que celle-là, les êtres sensibles\nà la moquerie étant plus communs que ceux accessibles à de hautes concep­\ntions. Les recherches d'érudition ne lui sont pas plaisantes, il sait trop bien\nla fragilité des résultats de tant de recherches et de conjectures, et qu'il est\npréférable, le plus souvent, de se fier à son flair ou à son instinct, aux induc­\ntions tirées de l'œuvre même dont on discute. Système périlleux pour tout\nautre que pour lui, malgré l'assurance avec laquelle il l'appliquait: « Vous\npouvez me prendre en faute à différentes reprises, écrit-il, dans l'étude,\nencore bien plus confuse, des écoles giottesques primitives, quant à l'authen­\nticité de telle ou telle œuvre, mais vous trouverez — et je le dis avec bien\nplus de chagrin que d'orgueil — que je suis tout simplement la seule personne\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "74                                   DURENDAL\n\n\n\nqui puisse actuellement vous dire sa réelle valeur... » Et, en effet, son discer­\nnement et s i compréhension de la beauté sont admirables, comme aussi les\nparoles que sa contemplation fait naître en lui. Ainsi q u e nous le disions\ndans une étude sur Ruskin parue d a n s les pages de cette Revue (Avril 1905) :\n« L'art lui inspire u n e vénération mélangée de tendresse; à ses yeux, il est\nu n e œuvre d'amour, que l'amour seul aussi peut parfaitement c o m p r e n d r e . . .\nL a raison lui semble u n e mauvaise voie pour pénétrer les œuvres de la foi et\ndu génie, et dans cette disposition d'âme accueillante et exaltée pour tout art\nloyal et fervent, il se jette tout entier du côté de ce qu'il aime, pour en célé­\nbrer les mérites avec le verbe magnifique d'un prophète et les élans lyriques\nd'un poète... » E t c'est cet a m o u r également qui suscite ses éclats de colère\nou d'ironique dédain à l'égard de tous ceux, fabricants de « guides » ou sec­\ntaires puritains qui, à l'aide de phrases stéréotypées ou de j u g e m e n t s faits de\npréjugés, aveuglent les yeux et le cœur de ceux qui les écoutent et les e m p ê ­\nchent ainsi d'approcher de l'œuvre d'art avec la simplicité et la volonté\nd'admiration propres à la leur rendre impressionnante.\n   L e s Matins à Florence sont consacrés à l'étude des fresques franciscaines de\nGiotto, à S. Croce ; au magnifique cycle dominicain de la chapelle des\nEspagnols, à S. Maria Novella, et aux reliefs de Giotto et d'Andrea P i s a n o ,\nau C a m p a n i l e . . .\n   Il ne faut peut-être p a s attacher un sens trop littéral à la théorie de Ruskin\ntendant à démontrer la filiation de l'art florentin à l'art é t r u s q u e ; la vérité ici\nest dans l'exactitude d u principe en vertu duquel il reconnaît dans toute\nforme d'art, où qu'elle apparaisse, le quotient, en quelque sorte, du passé et\ndu présent, établi d a n s l'œuvre de quelque grande personnalité. T o u t e œuvre\nd'art, en somme, est toujours intermédiaire — elle résume et elle annonce.\n   M. E . C a m m a e r t s , qui a complété l'excellente traduction de M. Nypels par\ndes notes d'un grand intérêt et p a r un avant-propos, qui constitue, en réalité,\nune pénétrante analyse de la conception ruskinienne ; M. Cammaerts dit très\nbien, au sujet des antécédents étrusques de l'art florentin, que, sans doute, « dans\nce cas, comme dans bien d'autres, il n'existe aucune incompatibilité entre les\ndécouvertes de la critique et l'opinion émise par Ruskin ». Il en est ainsi,\nnotamment, en ce qui concerne les influences exercées sur l'art florentin par\nl'art lombard et l'art apulien des XIIe et XIIIe siècles, influences dont, aurait dû\najouter Ruskin, — comme le remarque judicieusement M. Cammaerts — les\nmédiateurs furent principalement Niccola et Giovanni P i s a n o .\n                                                                     ARNOLD G O F F I N .\n\n\nLa Jeunesse d'un Romantique : Hector Berlioz (1803-1831),\n   par ADOLPHE BOSCHOT. — ( P a r i s , Plon.)\n   Voici un livre de valeur, sérieusement d o c u m e n t é , s'adressant non seule­\nment à ceux qu'intéresse l'histoire de l'évolution de l'art musical au\nXIXe siècle, mais en général à tous ceux qu'attire l'étude des questions\npurement littéraires et esthétiques. E n effet, le livre d'Adolphe Boschot ne\nsemble pas devoir être uniquement la biographie la plus approfondie que\njusqu'ici on ait écrite de Berlioz, c'est encore la résurrection fidèle d'une\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                      LES LIVRES                                        75\n\ndes périodes les plus curieuses de l'histoire en F r a n c e au point de vue du\nmouvement général des esprits, celle qui se confond avec le début du dernier\nsiècle, et mieux encore se précise d a n s les années de la seconde Restauration,\npériode très remuée et inquiète, puissamment travaillée par des aspirations\ninconscientes et de latentes énergies, mais très féconde aussi, car elle contient\nen germe toute la régénération de l'art m o d e r n e . C'est le m o m e n t où l'idéal\npaïen se voile et pâlit, où, bien qu'il ait été consacré par d'incontestables\nchefs-d'œuvre, l'empire des traditions classiques, fruit trop avancé de la seconde\nRenaissance, commence à faiblir et à s'ébranler, où les esprits et les cœurs,\néchappant aux despotiques entraves des formules et des canons usés, s'envolent\nau c h a m p infini de l'imagination et du rêve, o b é i s s a n t e l'injonction d'un impé­\nrieux et irrésistible appel vers des formes d'art spontanées, libérées et subjec­\ntives, où, en u n mot, se prépare, dans une confiance et u n enthousiasme\nadmirables, la magnifique efflorescence d'oeuvres immortelles que le XIXe siècle\nnous a léguées dans toutes les branches de l'activité esthétique.\n     Dans sa préface, M. Boschot explique excellemment le but qu'il a pour­\nsuivi, la méthode qu'il a mise en œuvre et en général les avantages de la\nforme biographique, forme que revêtent de préférence les études de critique\ncontemporaine et qu'inspire un légitime souci d'exactitude.\n     « Ne pas connaître Berlioz, et par le m e n u , c'est se c o n d a m n e r à n'avoir\nque de bien vagues idées à mettre sous ces mots : un romantique français; c'est\nignorer le cas le plus net, où l'on peut le mieux étudier comment, sur une\nâme bien française (latine m ê m e et méridionale), le romantisme, quelques\nannées avant 1830, fut soudain greffé, et c o m m e n t la sève native fit pointer\ndes bourgeons ou épanouir des fleurs à travers cette greffe... Berlioz est u n\ndes rares h o m m e s que l'on peut voir, au jour le jour, vivre sa vie. P o u r ses\nannées les plus actives, pour presque un demi-siècle (1822 à 1865), j'ai, en\n moyenne, disposé d'un d o c u m e n t par semaine... »\n     Contestant une définition pompeuse et vide que Taine propose du roman-\ntique, M. Boschot réfute ce dernier de façon tellement spirituelle et juste\n d'ailleurs qu'on aurait mauvaise grâce de lui chercher querelle à ce sujet. De\nces défaillances, il ne faudrait point cependant déduire le caractère général de\n l'oeuvre de T a i n e , qui apparaîtrait ainsi comme renfermant plus d'habileté\n oratoire que de science sûre et approfondie, des exemplaires de phrases\n toutes faites c o m m e celle que cite M. Boschot ne se retrouvant, je persiste\n à le croire, dans l'œuvre de T a i n e , qu'isolément et à l'état de rares exceptions.\n  L'érudition merveilleuse de l'auteur des Origines de la France contemporaine, à\n  qui tous les domaines de la pensée étaient devenus familiers, se trouvait suffi­\n samment armée pour que ses synthèses d'art et d'histoire pussent être préser­\n  vées des excès possibles d'un a priorisme systématique. Si le rôle de l'histoire,\n  se retranchant dans un caractère exclusivement objectif, devait se confiner\n  dans une vue trop courte et immédiate des faits, on en viendrait vite à\n  méconnaître la valeur d'enseignement des synthèses grandioses et inspirées,\n  telles que, par exemple, les affectionnèrent Bossuet et Lacordaire, larges\n  aperçus construits sur les hauteurs claires des idées générales et d'où l'on\n   découvre si admirablement non les détails, mais l'ensemble de la vie de\n   l'humanité.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "76                                   DURENDAL\n\n\n     L o i n d'être d'ailleurs u n e nécropole a m o r p h e et refroidie de faits et d e\n documents, le livre de M. Boschot constitue, au contraire, un tableau d'en­\n semble merveilleusement vécu, équilibré et expressif où, avec toutes les qua­\n lités d'ordre et de clarté désirables, chaque groupe d'événements se trouve\n dessiné à sa place et suivant son importance relative. On serait donc mal venu\n de dire que cette étude critique et historique offre les défauts de ses qualités,\n car ici, ni la documentation serrée, riche et précise, ni la préoccupation du\n détail souvent a p p u y é , mais jamais encombrant, ni le scrupuleux souci de la\n disposition chronologique des faits n'étouffent la vitalité du récit qui d e m e u r e\n toujours plein de chaleur, de souplesse et de charme.\n    E t d'abord, dans les premiers chapitres, quelle pénétration de psychologie\n à démêler les influences ancestrales, terriennes, éducatives, sociales et litté­\n raires, qui contribuèrent chacune pour leur part à former la personnalité de\n Berlioz! Quel fait typique que cette culture purement classique, fruit de\nl'éducation d'un père ultraroyaliste et ancien régime, sur laquelle vient réagir\nl'apport tout bouillonnant du mouvement d'idées r o m a n t i q u e ! L e s génies\npréférés et les inspirateurs des chefs-d'œuvre de Berlioz furent Virgile d'une\npart, et de l'autre Gœthe et Shakspeare. Mais Berlioz, qui admirait surtout en\nVirgile le grand peintre de la nature, ne comprit et ne sentit l'auteur de\n l'Enéide qu'à travers Chateaubriand.\n    Voici maintenant la famille de Berlioz, le docteur son père, homme: grave,\nbon, instruit; sa mère, femme étroitement dévote, acariâtre et b o u r g e o i s e ;\nsa sœur, la sentimentale N a n c y , jeune fille éprise de beau langage et de la\n littérature du temps.\n    L e chapitre intitulé : Un fils de famille à Paris, avec ses peintures de la vie\nuniversitaire d'alors, évoque de la façon la plus intéressante les souvenirs du\nParis de la Restauration. P u i s , dans les chapitres suivants, ce sont les dures\nannées d'apprentissage, les luttes homériques pour la gloire. Berlioz y a p p a ­\nraît bien la. plus intense personnification du romantisme dont il incarne tour\nà tour les grandeurs et les faiblesses, tantôt avec les surexcitations inquié­\ntantes et quasi-morbides de ses extravagances amoureuses et de ses enthou­\nsiasmes volcaniques, tantôt admirable et, disons le mot, héroïque dans son effort\npour conquérir et réaliser en son œuvre l'idéal qu'il sent brûler au fond de son\ncœur'.\n    Au cours de l'ouvrage de M. Boschot se meuvent une foule de ligures du\ntemps qui peuplent et animent ce récit de leurs silhouettes originales, sym­\npathiques ou amusantes : c'est Lesneur, le maître et l'ami de Berlioz, dont\nl'auteur expose excellemment les théories d'art; c'est Andrieux, le professeur\nréputé du Collège de F r a n c e ; c'est Kreutzer, Cherubini, Boiëldieu, Hiller,\nHarriet Smithson et Camille Moke (la future Mme Pleyel), les deux beautés\nqui inspirèrent tour à tour au jeune enthousiaste des passions si furieusement\norageuses, etc., etc. Notons encore une belle analyse de la Symphonie fantas-\ntique, où l'on voit que l'auteur, dont l'intelligence primesautière semble\nouverte à tant de choses, possède aussi dans la technique proprement dite de\nla science musicale des connaissances sérieuses.\n    Cette rapide esquisse suffit pour faire préjuger la somme importante de\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                                    LES LIVRES                                        77\n\nfaits et d'idées que renferme le livre d'Adolphe Boschot, dont la lecture est\naussi captivante q u e celle d ' u n beau r o m a n . Ce premier volume s'arrête au\n18 avril de l'année 1831. L e volume suivant sera intitulé : Un Romantique sous\nLouis-Philippe.                                              G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\nL'Hallali, par CAMILLE L E M O N N I E R . — ( P a r i s . Michaud.)\n   Des critiques prétendirent jadis que l'inspiration de notre maître romancier\nn'était pas toujours désintéressée; ils lui reprochaient d e guetter l'actualité et\nd'astreindre son style aux modalités en vogue. L e m o n n i e r est d e son temps,\net q u a n d u n événement actuel pousse son esthétique dans une voie nouvelle,\ncomment n e p a s apprécier l'intérêt de pareille évolution ? L e s influences\nvenues du dehors, les prétextes à u n e littérature qui ne serait pas avant tout\nœuvre d'art ne se rencontrent point chez lui. J e ne sais guère d'écrivain qui\nimprime davantage la m a r q u e d e son esprit à c h a c u n e d e ses productions, et,\nbien loin de guetter la mode ou le caprice de la foule, voyez donc comme,\nmalgré les périples de sa vie littéraire, il est resté pareil à l'écrivain des\npremiers jours, emporté, violent, tout en instincts, mais avec quels sourires\net quelles douceurs après ses élans forcenés, ses aveuglantes colorations!\n    Voici l'Hallali et toute la jeunesse d e l'auteur fleurit aux pages d u livre.\nL'œuvre apparaît franche, fruste, de santé belle. L a phrase est vivante et\nd'une vie pareille à celle des personnages. P o u r dépeindre le dernier baron\nauthentique d e Q u e v a u q u a n t , q u e les paysans dépouillent p e u à peu, et dont\nils guettent la disparition, prêts à se ruer sur les vieux murs de la gentilhom­\nmière et à fouler, aux sons du suprême hallali, les terres enfin conquises, pour\ndépeindre le dernier représentant d'une lignée orgueilleuse et violente, la\nphrase de l'écrivain épouse les emportements, les éclats, le pittoresque roman­\ntique d u p e r s o n n a g e .\n    Vous souvient-il q u e Maeterlinck s'extasia devant l'immense vocabulaire\nde Lemonnier? « Celui-ci est au royaume d u verbe, s'écriait-il, le berger qui\nmène le troupeau le plus vaste, le plus divers, le plus docile et le plus magni­\nfique. » J a m a i s peut-être les mots n'apparurent aussi n o m b r e u x et aussi divers\nque dans ce livre, mais l'expression d'ensemble d u récit acquiert, par la vertu\nde cette multiplicité, un relief abrupt et une vigueur sauvage. Faut-il citer\ndes pages émouvantes? L'idée de meurtre qui monte lentement dans l'âme\ndu fils de Q u e v a u q u a n t — rejeton abâtardi indigne de ses illustres ascendants\nmâles — et l'assassinat mystérieux pour tous d u rude gentilhomme, autant de\nmorceaux qui e m p o i g n e n t dans leur dramatisme vibrant. L a mort du cheval\nde Q u e v a u q u a n t nous touche dans n o s fibres profondes. 11 y a des tableaux\n de beuverie extrêmement montés de ton et de couleurs tapageuses à souhait,\net d'une poussée sanguine exacerbée. L e m o n n i e r ne serait plus Lemonnier\ns'il ne révélait sa maîtrise dans le décor, d a n s le paysage qui enveloppe le\n manoir croulant et ses habitants déchus. C h a q u e acteur garde néanmoins une\n forte personnalité, ne subit point la domination de cette terre mi-sauvage,\n n'est pas absorbé par les puissances secrètes d u sol, Il n ' y a que Jaja, fillette\n folle, petite chèvre, créature inconsciente qui traverse ce livre avec un cœur\n lascif, et provoque quelques épisodes d'une sensualité aiguë.                        V.\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "78                                         DURENDAL\n\n\n\nL'art       flamand      e t h o l l a n d a i s . — ( A n v e r s , B u s c h m a n n ; Bruxelles,\n   Van Oest.)\n   L e n u m é r o de Décembre contient le commencement d'un travail critique fort\nérudit de M. N . Beets sur Dirick Jacobsz-Vellert, peintre anversois du XVIe siècle,\nlongtemps ignoré, dont il considère spécialement dans ce fascicule le talent\nd'ornemaniste. Cet article est suivi de la suite de l'étude de Maurice des Om­\nbiaux sur quelques artistes liégeois. M. des Ombiaux y expose d'une façon lumi­\nneuse toute la genèse du talent admirable d'un de nos plus grands artistes\ngraveurs belges, Armand Rassenfosse. Il n o u s raconte comment, après des\npremiers essais déjà intéressants, il fit la connaissance de R o p s et comment\nles entretiens qu'il eut avec ce g r a n d maître furent u n e révélation pour lui,\ndécidèrent à jamais sa vocation et orientèrent définitivement ses efforts\nd'artiste. Rassenfosse ne pasticha en a u c u n e façon son maître, quoi qu'en\naient dit les ignorants. S o n talent est bien personnel et tout à fait original.\nC'est un talent très ferme, très pénétrant et très profond. Son dessin est d'une\nrare souplesse. Ses œuvres affirment une vigueur peu c o m m u n e et sont puis­\nsamment caractéristiques. De belles reproductions rehaussent comme toujours\nle numéro de d é c e m b r e de la revue de M. B u s c h m a n n .                        H . M.\n\nL e s A r t s a n c i e n s d e F l a n d r e . — Deuxième fascicule du tome I I .\n   M. Durand Gréville étudie les Primitifs flamands à l'exposition du Guildhall,\nexamen qui lui suggère n o m b r e de remarques à retenir. M. Robert H é n a r d\nnous entretient de l'Art flamand dans la collection Dutuit, riche surtout en œuvres\ndes maîtres du XVIe et du XVIIe siècle; M. F'ierens-Gevaert, de la Peinture\nancienne à l'exposition de Liège. M. Corrado Ricci établit, par la critique des textes\net de l'œuvre, que la célèbre Méduse des Offices, attribuée à Léonard de Vinci,\ndoit être, en réalité, de la main d ' u n artiste flamand. L e fascicule est illustré\nde dix planches hors-texte de la plus belle exécution.\n\nL ' A r t e t l e s A r t i s t e s . — N u m é r o de décembre.\n   Anatole F r a n c e , qui est Grec dans la beauté et, aussi, souvent, dans le\nsophisme, consacre à Pallas Athena quelques pages, dont toute la substance\nest empruntée à des textes anciens, parce que, dit-il spirituellement, il s'est\nsouvenu du proverbe grec « qui dit qu'il ne faut pas apporter de chouettes\nà Athènes ». M. Arsène Alexandre met un élégant commentaire autour de la\nreproduction d'œuvres primitives françaises, italiennes et flamandes illustrant\nla Nativité, M. A u b r y parle de l'aquarelliste Gaston Prunier; M. F r a n t z , de\nPortail, un des petits maîtres du XVIIIe siècle. L e n u m é r o , a b o n d a m m e n t\nillustré, est complété par les habituelles chroniques du mouvement artistique\nen F r a n c e et à l'étranger.\n\nS t o r i a d e l l ' a r t e i t a l i a n a : La pittura del Trecento, par A D . VENTURI.\n    L e cinquième volume, consacré à la Peinture du XIVe siècle, vient de\nparaître chez le grand éditeur Hoepli, de Milan. N o u s devons nous borner,\naujourd'hui, à a n n o n c e r l'apparition de cet important ouvrage, qui ne\nc o m p r e n d pas moins d'un millier de pages, illustrées de 818 reproductions\nen phototypie, n o u s réservant d'en parler longuement bientôt.                      A. G.\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                             NOTULES\n\n   NOS a b o n n é s d e l ' é t r a n g e r sont instamment priés d'avoir l'extrême\nobligeance de nous payer le prix de l'abonnement pour 1907, en nous\nenvoyant soit un mandat posta) international, soit un chèque de 12 francs sur\nune banque de Belgique. C'est le procédé le plus aisé et le moins coûteux à\nla fois pour l'abonné étranger et pour la Direction de la revue. Prière\nd'adresser mandat ou chèque à la Direction de Durendal, 22, rue du Grand-\nCerf, à Bruxelles (Belgique).\n                                            * **\n   E r n e s t V e r l a n t , qui occupe avec tant de distinction le poste de\nDirecteur des Beaux-Arts, vient d'être nommé Directeur général. Cette\nnouvelle sera très favorablement accueillie par les artistes, qui apprécient\nunanimement le dévouement, le désintéressement et l'impartialité avec\nlesquels M. Verlant remplit ses importantes fonctions. C'est en ces termes\nque l'Art Modtrnt annonce la promotion de M. Verlant. Nous partageons\nabsolument la manière de voir de notre consœur et nous faisons nôtres les\néloges qu'elle décerne si justement à cette occasion au Directeur général des\nBeaux-Arts.\n                                         ***\n   C o n c e r t s D u r a n t . — Nous apprenons que M. Durant, dans son\nsouci d'arriver à des exécutions irréprochables, vient d'organiser le travail\nde ses répétitions en multipliant les répétitions partielles de façon à ne\nnégliger aucun détail ou dessins d'orchestre. Son orchestre sera encore\nrenforcé pour le festival Wagner, fixé du 10 au 24 février prochain, avec le\nsympathique et grand baryton Seguin comme soliste. Du 10 au 24 mars se\ndonnera le festival Beethoven, aavec l'intrerprète incomparable des grands\nclassiques, le violoniste Burmester. Successivement Bruxelles, Anvers, Gand,\nLiége, Charleroi, Mons, Tournai et Lille pourront applaudir à cette œuvre\nd'extension musicale et de décentralisation artistique.\n   Nous ferons connaître ultérieurement le programme détaillé de ces deux\nconcerts.\n                                       ***\n  L e s p o è t e s b e l g e s (d'expression française) sont priés de bien vouloir\nadresser au directeur de l'Anthologie de Belgique, 440, rue des Rogations,\nBruxelles (Cinquantenaire), deux ou trois des poèmes (courts de préférence)\nqui donnent le mieux, d'après l'auteur, sa manière et sa force. Cet envoi est\ndestiné à composer l'Anthologie des Poètes belges. Le directeur, malgré les soins\nqu'il apportera à la composition de cet ouvrage, n'acceptera aucun reproche\nde la part des poètes qui ne se seraient pas crus, à cause de leur notoriété ou\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "80                                  DURENDAL\n\n\n\nà cause de tout autre motif, obligés à lui communiquer les poèmes demandés.\nA défaut des manuscrits, les auteurs peuvent nous adresser telle de leur œuvre\nqui contiendrait, à leur avis, la pièce réunissant les qualités exigées. (Sur leur\ndemande le volume leur serait rendu.) Sauf cette précaution, le directeur de\nl'Anthologie se verrait forcé de choisir lui-même au risque de contrarier les\npoètes intéressés.\n   P.-S. — Prière d'ajouter l'adresse. Il ne sera plus tenu compte des envois\nqui nous parviendraient après le 15 février.\n                                      * '*\n   S a i n t e C é c i l e , drame musical, de notre collaborateur Joseph Ryeland,\nsera représentée en février prochain au Théâtre lyrique d'Anvers. Mlle Wibaux\na été engagée pour créer le rôle principal\n                                           *\n                                         * *\nAccusé de réception. :\n   ART : Les Clouet, par ALPHONSE GERMAIN (Collection : Les grands artistes.\nParis, Laurens). — Michel-Ange, par MARCEL REYMOND (idem).— Carpaccio,\npar G. et L. ROSENTHAL (idem). — Les Gobelins et Beauvais, par JULES GUIF­\nFREY (Collection : Les grandes institutions de France. Paris, Laurens). —\nPadoue et Vérone, par ROYER PEYRE (Collection : Les villes d'art célèbres.\nParis, Laurens). — Le génie satyrique dans la peinture flamande. Deuxième\nédition, augmentée, revue et corrigée, par L. MAETERLINCK. Nombreuses\nillustrations (Bruxelles, Van Oest). — Eugène Carrière, par CHARLES MORICE,\navec un portrait de l'artiste par lui-même (Paris, Mercure de France). —\nL'Année artistique (1906), par SANDER PIERRON. Nombreuses reproductions\n(Bruxelles, Chartes Bulens). — L'Art flamand à la Cour de Philippe-le-Hardi,\npar JOSEPH CASIER (Anvers, Van Hille).\n   L I T T E R A T U R E : La réforme de l'enseignement d'après le premier congres inter-\nnational d'expansion mondiale (Mons 1905), par CYRILLE VAN OYERBERG. Deux\nvolumes (Bruxelles, Schepens). — La liitéiature française au XIXe siècle\nPremière partie : le Romantisme (1800 - 1850), par PAUL HALFLANTS\n(Bruxelles, Dewit).\n   MUSIQUE : Chopin, par ELIE POIRÉE. (Collection : Les musiciens\ncélèbres. Paris, Laurent). — Mozart, par CAMILLE BELLAIGUE (idem). —\n Weber, par GEORGES SERVIÈRES (idem).\n   P O É S I E : TheoduUne. Poème Valaisan avec illustrations de P.-Louis\nRitter, par JULES GROSS (Collection : Les poètes français de l'étranger, publiée\nsous la direction de Georges Barrai. Paris, Fischbacher). — De rime en rime,\npar L.-L. RÉGNIER (Paris, Maison des Poètes).\n   RELIGION : Du doute moderne à la Foi, par BERNARD KUHN (Bruxelles,\nSchepens). — Socialisme et christianisme, par A.-D. SERTILLANGES (Paris, Le­\ncoffre).\n   ROMAN : La vie finissante, par L. ESPINASSE-MONGENET (Paris, Perrin).\n— Les feuilles d'or, par CARL SMULDERS (Bruxelles, Edit. de la Belgique artis­\ntique). — Les voluptueux voyages ou Le pèlerin de Venise, par GINKO et BILOBA\n(Paris, Mercure de France).\n   T H É Â T R E : Etudiants russes, par YWAN GILKIN (Bruxelles, Edit. de la\nBelgique artistique).\n   VARIA : Essai d'une psychologie de la nation belge, suivi de l'idée du droit en\nBelgique par EDMOND PICARD (Bruxelles, Larcier).\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "PIANOS DE SMET ^ 5 r\nFABRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                      BERVOEÏVWÏELEMÀNS\n                                     FOURNISSEUR DE LA COUR\n\n          6, 8, 10,12, Rue du Midi *IK BRUXELLES\nUsine à vapeut», Lavoir de l a i n e s : « U E DES GOUJONS, IZO\n\n\n\n\n  PIANOS STEINWAY                                                              & SONS\n                     NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nFournisseurs des empereurs d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, des rois d'Angleterre, de Saxe\n  de Suède et d'Italie, du Sultan, de la reine régente d Espagne, du schah de Perse, etc., etc.\n     Extrait de quelques a t t e s t a t i o n s : « Une Sonate de Beethoven, une Tantaisie de Bach parait main-\ntenant ne pouvoir atteindre sa vraie signification que jouée sur les Steinway (K. Wagner . »« Le Stein-\nwa> est un superbe chef d œuvre de force, de sonorité, de qualités chantantes, d'effets harmoniques\nparfaits, qui jettent dans le ravissement mes vieilles mains latif,ue( s du clavier (Franz Liszt). > « Vos\nbeaux instruments incomparables ont justifie leur réputation uuherse le par leur distinction et leur\nrésistance (A. Rubinstein . > « Depuis dix ans que je les joue, je me fortifie dans la coiniction que vos\nInstruments ont atteint un degré de perfection inconnu jusqu ici P Rusoni . c I a plénitude, la puis-\nsance, l idéale beauté de leur sonorité et la perfection du mécanisme me procurent une joie sans limite\n J. Paderewski). > « Il y a 10 ou i5 ans, je n étais pas très cnth usiaste de vos instruments \\vez-vous\nfait des progrès? Ou bien cela tenait il a mon marnais goût' t n tous as 1 s son n Vut n t, a mon\navis, le produit idéal du siècle Eug. d Albert. < Ils s nt tellement a i lessus de toute cii que,quun\néloge même paraîtrait ridicule Sofia Monter >\n  Agence générale cl dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MISfII, ÎU, rue Roxale\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": " A paru à la Librairie                       VROMANT\n                                                                                           Prix : fr. 3.50\n\n                                 FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\n Impressions de Littérature Contemporain\n                        HRUXETIÈKE — BOURGET — HUYSMANS\n                           DE QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n                              VERHAEREX E T DEMOLDER\n                      ]'. DE HAULLEVJLLE — GUIOO GEZELLE\n                         GEOIIOES UODENBACH — MAX WALLER\n          EDMOND PICARD - GUILLAUME YERSPEYEN — H. CARTON DE V/IART\n                                   ETC., ETC.\n\n\n   En vente chez l'éditeur Vromant, 3 , rue d e la Chapelle, Bruxelles\n\n                THE GRESHAM                                     REItlORE D'ARTft D'flffflTEDRS j\n             (Com/ingnie d'assurances sur la vie)\n                   Fondée & Londres 1848\n                Etablie en Belgique en 1 8 5 5\n                      Arlit : ]ilus de 2 1 7 millious\n                                                                P a u l Claesseïji\n                                                                    Relieur-doreur de S. A. R. Mme la Comtesse de Flandre I\n               Sinistres juives en Belgique : 3 0 millious\n                   PRIMES        M E N S U E U I E S\n                  L o u i s H F U V E L M A N S , directeur\n                                                                    2 4 , rue de Berlaimont, Bruxelt\n            John H. SCOIT. xous-direct. delà Suceurs leHelge\n               3 , place Royale, B R U X E L - E S\n                                       Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                             FABRIQUE     ET ATELIERS :\n                                  3 7, Ru© d© lat C h a r i t é - BRU2CELLE1\n                                                               TÉLÉPHONE                 1947\n\n                                    Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, et\n                                 Spécialité d e tous les articles concernant la peinture, la sculpt\n                                                  la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                 RENTOILAGE, NETTOYAGE E T VERNISSAGE DE TABLEAt*\n                                        Vente et location de modèles pour la peinture\n\n                                   Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 19ft\nPremiers médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Liverpool, Le Havre, Bruxelles, Cfiicago.a\n\n                                             A\n                                             U\n                                                   ENCADREMENTS* * * * *                           Par suite de ûécèî\n                                             V     DORURE          ET      SCULP-\n                                             E\n                                             R     T U R E SUR BOIS * * * * *\n                                                                                                 ItlQUlDATIOf\n                                             O                                                               DE\n                                             U     ESTAMPES         *********\n                                             S\n                                             S\n                                             E\n                                             N\n                                                  GRAVURES          ANCIENNES                 300 vora\n                                                     * * « * * * • • * « • * * * * *          Vente à toute\n                                            s\n                                            u     N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES                   offre acceptai*\n                                            c\n                                            c\n                                             E\n                                             S\n                                                  SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                  7 1 , rue GofW\n                                             S\n                                             E    D'AUTHENTICITÉ\n  iMCtïïïït                                  U                                                      IXELLES\n                                             R\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": " LA RÉSERVE MUTUELLE I Compagnie\n                         LE STANDARD\n                                 d'assurances sut la vie,fondéeen Î825\n       de»      ÊTSÊTS-CWMS\n COMPAGNIE ^ASSURANCES A PRIMES FIXES                              ACTIF : 278 MILLIONS\n          • n r l a    srx&\n                                                          Principaux avantages) da l a Compagnie ;\n                                                        i* Poliees incontesta- 3° Tarif avantageux.^\n                                                          bles après deux ans 4* Participation impor-\n                                                          de date.                   tante des assurés dans\n                                                        V> Prêt» sur polices         les bénéfices de la\n                                                          ajant. trois ans de        Compagnie.\n                                                          date.                    5° Prêts hypothécaires\n                                                            S'adrtsur pour renuig*tmtnts etprosptctus h la.\n                                                                   pmlOTION           O t N I S A L Ï\n                                                        28, PLACE DE BROUCKERE, 28, BRUXELLES\n                                                          TMphMS 94»- Mnss*ttlitrasMawi SUndais fcmsss\n EnunsnmiT AJIMIEI. . ,            M Millions\n SlHlSTMS PATtS . . .   .   .     350 Million»\n                                                              JEn vente chez M U R A I L L E\n     Combinaisons très intéressantes                      45, BOB DB I/UNIVBBB1TB, 45, LIBQK\n  OlntCTIM RtREMLE POU! LE COIITIIEtT DE L'EUMPC                    J. RYBLANDT\n      8, r u a H a l é T y , P A R I S ( M\n     DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n 19, ru* du Rouleau, B R U X E L L E S\n                                                        S A I N T H CÉCILE\n         €)• demande des AReats                                         Drame musical\n                                                             Béd. pour chant et piano : 1 5 francs\n                                                                 PURGATOR1UM\n                                                             Oratorio.— Réduction pour chant et piano. 6 francs\n                   lires de                                    N O O K D s b E (Mer da Nord)\n                                                            5 esquisses pour piano           •— 8 francs.\n    52, rue S té vin, BRUXELLES\n                Recherches de généalogies et d'ar-            Editions da DURENDAL\n                 moiries en Belgique et à l'Etran-\n                 ger. — Attestations officielles de\n                 noblesse, de filiations et d'armoi-\n                 ries.-* Copiesofficielles de lettres\n                 de patentes de noblesse. —\n                 Inscriptions à la liste des nobles.\n                 — Insertions de généalogies dans\n                 des publications belges ei etran-\n                  fères. — Rectifications d'actes\n                   e l'état civil et adj jnctions des\n                                                        Le Biut des Trois Ripe*\n                                                                       POÈME MYSTIQUE\n                 noms. <— Correspondants en pro-\n                 vince et à l'étranger —Armoiries\n                 et documents généalogiques sur                                    ma\n                 plus de 100,000 familles nobles\n                  et patriciennes.                           Georges 1°,À$ÎAÇ£ÇE3S\n  RENSEIGNEMENTS\n\nCHOCOLAT                        Bl E S W A L            Adresser les eommandes A la Dlreetioa\n                                                                    de DURENDAL\nCHOCOLAT                        BIESWAL\nCHOCOLAT                        BIESWAL                    22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\nCHOCOLAT                        BIESWAL                                 Prix : 3 fr. 50\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "                 IMPRIMERIE                                            SCIENTIFIQUE\n                                                 TYPO, LITHO ET CHROMOLITHO\n                             SPÉCIALITÉ             D'ILLUSTRATIONS DE GRAND LUXE\n                                      PHOTO-CHROMOGRAVURE EN TROIS COULEURS\n\n\n •     CHARLES                                      B U L E N S ,                                        ÉDITEUR                             .\n                                 75,             RUE    TERRE-NEUVE,                                     75\n\n\nTÉLÉPHONE                    505                                        ,                                B R U X E L L E S\n\n\n\n\n J. BUÉSO Père Rentûiieiirs et restaurateors des musées neiges et étrangers p R(||^Q[) Pik\n           EXPERT\n                                                       MAISON FONDÉE EN 1867                                      A l   D U L l U U     i 11U\n\n                                Rentollage, transposition,   restauration et parquetage de tableaux                         EXPERT\n; 2-4, RUE DE LIBNE '                        VENTE ET ACHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES 1 24, ITIfc dD GEDtlllQltt\n     Bruxelles                                    ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                       Bruxelles\n1\n\n\n\n\n     POUR VOS CIGARES FINS                                                                       Les Roues Caouicuouiées\n                     adressez-vous à le                                                              TALLBOT\n                                                                                               Sont inusables       Et      inarrachab/es\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                           J) t    | .                  EXIliEB L* MARQUE\n\n\n                     DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                                         Ameublements complets — Ebénistene d'art\n     15 — Avenue                      Louise—           15\n                                                                              Maison SNYERS-XÀNG & C\n                     BRUXELLES\n                                                                       Fondée en 1815                    —              Téléphone 1388\n\nP.-S. - Arrivages réguliers de cigares de la Havane                         2T,         rue      d'Or, B . t D X i L L                  ..\n\n\n\n\nATELIERS                                               \" ECCLES - A R I                                                                      ? >\n\n\n\n                             HAARLEM                                (HOLLANDE)\nATELIERS                 DE         BRONZES,                 ORFÈVRERIE                         ET       CUIVRES                   D'ART\n\nEXÉCUTÉS                EN        MAIN-D'ŒUVRE                       SOLIDE               ET       PRATIQUE                  D'APRÈS.\n\nMODÈLES                 ORIGINAUX                      DE        G U S T A A F                    VAN               K A L C K E X\n                                                                                   CHEVALIER      DJC L'ORDRE     O R A N O B -NASSAU\n                                                                                   ET DE 1,'ORHKK SAINT-GRÉGOIRE         LE GRAND\n                                                                                   MKMHRK DE LA SOC. ROYALE        ARCHÉOLOGIQUE\n                                                                                   DE     LA   SOCIETE   ROYALE     NUMISMATIQUE\n                                                                                   Kl   DE L'ACADÉMIE     NATIONALE                 :\n\n\n\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\n     » - *!+>*****     7_C   H r . „ a l l ^ f\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1907-01", "signet_source": "Quatorzième année - N°1 - Janvier 1907", "preuve": "Couverture conservée (PDF 12) imprimant « Janvier 1907 – 14me Année – N° » (numéro tronqué) ; sommaire (PDF 14) : « 1907 – 14e Année – Sommaire du n° 1 (Janvier) ». Indices internes : audition de la Johannes-Passion du 9 décembre 1906 ; La Vendange datée du 6 octobre 1906 ; Aspects de la Nature renvoie au « fascicule de Décembre 1906 » ; Notules : abonnement « pour 1907 », festival Wagner « du 10 au 24 février prochain », envois pour l’Anthologie « après le 15 février », Sainte Cécile « en février prochain ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}