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Nord,\n                           entre Ostende et Nieuport; elle est do sable fin. Cette\n                           nouvelle station balnéaire n'a pas tarde à attirer\n                           l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                          villégiature agréable, hygiénique,unissant le confort\n                          à la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                           Une chapelle est érigée ou le service religieux se fait\n                           régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                           gratuits; le service de sauvetage est organisé et\n                          placé sous la surveillance communale. Location de\n                          cabines et de costumes do bains. Ecuries, remises,\n                          garages. Kursaal-restaurant. Routes carrossables et\n                          cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n                          luxueuses installations de lawn tennis, de jeux de\n   Villas et Terrains     golf et de croquet, gymnase. Promenades à ânes.                Villas et Cottages\n        A VENDES          Tentes sur la plage. Communications faciles avec                       à\n                          tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par annuité*         que d'Ostende à Westende de dix en dix minutes.                     LOUER\n                          Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                          villas et cottages. — Deipander le prospectas détaillé\n                                                   MMMMMAMMMMVM^\n\n\n                              Agence immobilière pour la rente et location, des villas\n                                    HALLES WESTENDAISES\n                          comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                          cles d'alimentation, de nécessité et articles de luxe\n                              Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                                Le WESTEND* HOTEL est ouvert i\nWESTEND' HOTEL                                               partir de Pâques jusque fin septembre\n                                                             Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au corn\n                                                             mencement et à la fin des saisons, arran\n           DIGUE DE MER                                      gements très avantageux pour les famille*\n                                                                 faisant un séjour prolongé à l'hôtel\n                                                                  75 chambres parfaitement aménagée*.\n     TÉLÉPHONE N° 4 1                                                Vie de fan ille. Éclairage électrique\n                                                                  /    Chambres spacieuses. Ameuble-\n  Réseau du                                                                   ment moderne esthétique et\n                                                                              confortable. Balcons et ter-\nlittoral par\n                                                                               rasses. Salle de musique\n Nieuport.                                                                       Salle de billard. Salle de\n                                                                                   récréation pour les « •\n                                                                                           fants. Salon*\n                                                                                           de lecture et de\n                                                                                           correspondan\n                                                                                           ce. Cuisine soi\n                                                                                           g n é e . Cave*\n                                                                                            recomman-\n                                                                                           dées.\n    Appartements avec salon — Service d'omnibus de l'Hôtel au vicinal. — Service postal et\ntélégraphique réguliers. — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseau*\nétrangers voisins — Hôtellerie LE LEKKEKBEEK ouverte toute l'année\n                                    A B R U X E L L E S , 6 4 , boulevard d e l à Senne Téléph. 2 2 3 6\nPour renseignements a'adrekser { A WESTENDE, & l'Administration de la Plage (Tel**\n                                       phone 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-203", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n                            1907 — 14» Année\n\n\n                 Sommaire du n° 2 (Février)\nPelléas et Mélisande (Théâtre de la Monnaie) :\n                      I. Le drame de Maurice           Maeterlinck\n                          (ARNOLD GOFFIN)                               81\n                       77. La   partition   musicale   de   Claude\n                          Debussy   (JOSEPH RYELANDT . . . .            86\nA. GEVERS.       Carillon de joie;\n                 Le verger;\n                 Chanson                           > . . . .           8g\nJEAN DOMINIQUE. — Une robe d'indienne                                  91\nX . — Aspect s de la nature et de la cité (fin)             » .        94\nGEORGES DE GOLESCO. — « Les Troyens » de Berlioz       (Théâtre\n                            de la Monnaie)                            101\nPAUL MAX. — Le Petit Bossu                                  * ,       io5\nCLARA CQGEN-LEDEGANCK. — Béguines et béguinages          (suite).\n                                  — Traduction du flamand par\n                                 ANNA D B WEERT-COGEN.        .   .    108\nL'abbé FR. VERHELST. — J.-S. Bach - César Franck , . . .              11a\nTANCRÈDB DE VI8AN. -— Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard (suite)          114\nGEORGES DE GOLESCO. — Chronique Musicale :\n                           Premier et deuxième Concerts du Con-\n                              servatoire. — Quatrième    Concert\n                             Ysaye. — Troisième Concert popu-\n                             laire. — Récital de M'\" Germaine\n                             Schellinx.   «-                          117\nFRANZ ANSEL. — Théâtre du Parc :\n                   « Les Vieux » de Joé de Gamara ;\n                   « Les Etapes » de Gustave Van Zype.   . . .        120\nF. H. — Les Expositions :\n           Le premier Salon de a l'Estampe ». —        Exposition\n             Berthe Art et Georges Buysse. — Exposition    Anna\n             Boch et G.-M. Stevens                                    12a\nHENRI MAZEL. — Lettre de Paris                                        126\nL'abbé HENRY MOELLER. — L'Art à l'Ecole et au Foyer . . .             129\nLes Livres                                                            i3a\nNotules .        . . „ , . ^                     ,                    140\nIllustrations : L'Aveugle et le Paralytique (EUGÈNE LAERHANS ;\n                Les Béguines dentellières (ANNA DE WEERT).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-204", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 335, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T r 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compn»}\n         (pour tabonnement s'adresser à ta Rédaction, rue du Grand-Cerf, as, à Bruxelles\n                                PKIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-205", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 335, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "Comité de rédaction de D u R E N D A L :\n                          MM.      H E N R Y CARTON DE W I A R T -\n                                   L'abbé H E N R Y      MŒLLER.\n                                   F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                    Secrétaire de la Rédaction : GEORGES V I R R È S\n                             -Correspondant de la rédaction à Paris :\n       M. H E N R I M A Z E L , avenue d e la Grande-Armée, 6 i , Paris.\n\n              PRINCIPAUX                    COLLABORATEURS\n      FRANZ ANSEL.                                         H . FIÉRENS-GEVAERT.\n      MAURICE BEKAERT.                                     ARNOLD GOFFIN.\n      PIERRE BILLAUD.                                      FRANZ H E L L E N S .\n      EDGAR BONEIULL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                     JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                        VICTOR KINON.\n      GEORGES BRIGODE.                                     G O D E F R O I D KURTH.\n      H É L È N E CANIVET.                                 PAUL LAMBOTTE.\n      MARIE CLOSSET.                                        L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé AUG. CUPPENS.                                 S É B . - C H . LECONTE.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                              CHARLES MARTENS.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                              PAUL MUSSCHE.\n      H E N R I DAVIGNON.                                  EDOUARD N E D .\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                            JEAN NESMY.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                  CHARLES NICAISE.\n      ERNEST DE LAMINNE.                                   PIERRE NOTHOMB.\n      LOUIS DELATTRE.                                      ERNEST PÉRIER.\n      La comtesse E D DE LIEDEKERKE.                       GEORGES RAMAEKERS.\n      L e baron G. DELLA FAILLE.                           GEORGES RENCY.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                     BLANCHE ROUSSEAU.\n      D o m BRUNO DESTRÉB.                                 JOSEPH RYELANDT.\n      JULES DESTRÉE.                                       FERNAND SÉVERIN\n      Vicomte D'HENNEZBL                                   HENRY V A E S .\n      MAURICE DULLAERT.                                    EMILE VERHAEREN.\n      J. ESQUIROL.                                          L'abbé F R . VERHELST.\n      EMILE FERMAUD.                                        LÉOPOLD WALLNER,etC, etC\n      LAURENT FIERENS.\n\n                Les collaborateurs sont seuls lesponsables de leurs articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL     de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à im R**\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adre*^\nsiège de la Revue. 2 2 , rue du Grand-Cerf; pour la publicité, 4 6 , rue Neufchatel, Bru**\"\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-001", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 85, "titre_corps": "Pelléas et Mélisande au Théâtre de la Monnaie : Le drame de Maurice Maeterlinck", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Pelléas et Mélisande au Théâtre de la Monnaie 1 Le drame de Maurice Maeterlinck UNE histoire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1724, "texte": "Pelléas et Mélisande\n        au Théâtre de la Monnaie\n\n         1. — Le drame de Maurice Maeterlinck\n         UNE        histoire d'amour et de sang, avec une face de\n                  réalité et une face de légende, — réalité de\n                  passion, de jalousie, de vengeance; légende\n                  toute en allusions, en éclairs furtifs, en lueurs\n                  qui luisent puis s'éteignent, illuminant, sou­\n                  dain, derrière les péripéties apparentes du\n                  d r a m e et les formes vivantes de ses person­\n                  nages, d'étranges perspectives de songe.\n   Golaud parle, ou Mélisande, ou Pelléas — et, à chacune de\nleurs paroles, il semble que quelqu'un soit derrière eux, invi­\nsible, qui leur souffle les m o t s ; q u e l q u ' u n qui a tiré Golaud\nvers Mélisande, Mélisande vers Pelléas et poussé ces trois\nvies dans le tourbillon de fascination et de vertige qui, à\ntravers des ravissements et des transes également tragiques,\nles conduira aux fatalités de la mort.\n   C'est au milieu d'une forêt, en poursuivant un animal peut-\nêtre fantastique, que Golaud se trouve tout à coup en présence\nde son destin : Mélisande, simple comme une-enfant, candide\ncomme l'eau de la fontaine auprès de laquelle elle pleure,\nsolitaire de toute la solitude de la forêt et de tout l'isolement\nde son mystère... Car, d'où est-elle venue et pourquoi, avec sa\ncouronne maintenant au fond de l'eau, avec sa douceur et sa\nsauvagerie de biche effarouchée? Quel H a m l e t fou a fait fuir de\nses demeures cette Ophélie peut être insensée? A-t-elle été\ntrahie, outragée, contrainte, ou, si, quelque maléfice pervers\nl'a-t-il chassée dans les bois, pour y errer, hallucinée, étrangée\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2431, "texte": "82                          DURENDAL\n\n\nd'elle-même et des siens, jusqu'à la survenue du prince dont\nl'apparition prédestinée mettra fin au sortilège?...\n   Cependant, effrayée par Golaud de la nuit qui, lentement,\nglisse ses fantômes entre les arbres, et du froid, et du silence\nplein de frémissements, elle le suit en hésitant,.. Et c'est tout\nle secret de son avenir qu'il emmène avec elle. Il est venu en\ninconnu à cette inconnue, et rien ne résoudra l'ignorance\noù ils sont l'un de l'autre... Car la petite créature que Golaud\na recueillie comme un oiseau blessé qui se pelotonne en\ntremblant dans la main qui le caresse; la petite créature est\ntimide et silencieuse, mais elle pense, mais elle rêve, mais,\nsans s'en rendre compte elle-même, elle désire et attend...\nElle est taciturne parce que la gratitude, seule, a engagé son\ncœur : Golaud qui l'aime n'a pour elle que la figure du bienfait\net du devoir, sans rien des adhésions joyeuses et libres de\nl'amour... Entre lui et elle fait obstacle l'indifférence de\nMélisande; entre elle et lui, la passion de Golaud : et ils ne se\nconnaissent pas.\n   C'est l'aventure, le royal désastre de Mark, de Tristan et\nd'Yseult — ou, plutôt, l'aventure de toujours avec le dénoue­\nment de quelquefois... Mais, ce n'est point l'enchantement\nrecherché d'un philtre qui conjugue les cœurs et les lèvres de\n Pelléas et de Mélisande et fait de leurs tête-à-tête un délice\n épouvanté Et, non plus, ce ne sont pas de sombres héros,\navides de confondre dans les abîmes du néant et des ténèbres\n leurs âmes faites pour les cimes désertes de la nuit : Rien que\n des enfants, et qui aiment en enfants, et dont l'amour s'est\ndécouvert et s'est reconnu en des regards étonnés, des propos\nbalbutiés et des sourires évasifs; et qui attendent, non l'anéan­\ntissement, mais la joie...\n   Joie petite et pure, car Mélisande a besoin, surtout, des bras\nde tendresse où se sentir toute chétive, tout abritée, avec\nses mots puérils et la nouveauté déjà endolorie de son cœur.\n Elle est innocente, sans calcul et, presque, sans feinte, pliée au\n sort heureux ou adverse comme une herbe marine à l'inflexion\n de la vague : L'anneau nuptial qu'elle a accepté de la main de\n Golaud, elle ne le jette point dans un mouvement d'amour\n pour Pelléas, elle le laisse échapper involontairement, et cet\n accident, toutefois, lui est comme un présage et comme un\n accomplissement. Lorsque, dans un accès frénétique de\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2602, "texte": "     PELLEAS ET MÉLISANDE AU THEATRE DE LA MONNAIE                  83\n\n\njalousie, Golaud l'agenouillé de force devant lui, en proférant\ndes sarcasmes, elle ne résiste ni ne proteste; et, ensuite, quand,\nau cours de l'évolution fatidique des événements qui entraînent\nsa vie dans des affres alternatives de félicité et de crainte, elle est\nsurprise, hors des portes fermées du château, avec Pelléas, elle\nn'est inquiète et agitée que tant que dure l'incertitude du péril\npressenti et de la catastrophe attendue. Puis, Pelléas tombé\nsous les coups de son frère, et que celui-ci vient sur elle,\nl'instinct de sa faiblesse l'emporte et elle fuit... Elle sait fuir\ndevant le destin provoqué, mais non lui résister : Et, lorsqu'il\nl'a atteinte et saisie, elle se replie en sa sensibilité déchirée\ncomme un oiseau grelottant s'enveloppe de ses ailes pour se\nprotéger de l'hiver et de la bourrasque, avec toutes les résigna­\ntions de la naïveté ignorante qui souffre du mal ou des intem­\npéries, sans savoir d'où ils viennent, ni pourquoi...\n    Parce qu'il aime, Golaud s'est vengé, et parce qu'il aime,\nvengé, il se juge lui-même : et il aperçoit que cette femme\nqu'il s'était conquise dans la forêt, il n'a jamais su en pénétrer\nla pensée, trouver le langage qui aurait uni leurs deux âmes et\nbrisé la contrainte qui les laissait muettes l'une devant l'autre.\nToute sa violence, à présent, est tombée... Et voilà, Mélisande\ngît, blessée, mourante, dans sa chambre, mais, redoutant de\nl'effrayer, il n'ose pas approcher de son chevet. Cependant,\nau moment où la présence de Golaud lui est révélée avec pré­\ncaution, elle n'a que cette exclamation de reproche étonné :\n « Pourquoi ne vient-il pas près de moi ? ». Est-ce l'oubli et le\npardon divins nés de ce qu'elle a pressenti que, à l'égal de\n Golaud lui-même, elle a été à la fois victime et bourreau? Est-ce\nla douceur toujours offerte d'un être qui n'a de force que pour\npâtir, surpris de la souffrance qu'il accepte sans savoir — ou\n les abandons engendrés par la mort imminente, dont les\nclartés profondes ont vidé de substance, devant ses yeux las,\ntous les sentiments et les volontés de la chair?\n    Golaud, lui, n'a pas franchi le pas de tels délaissements; il\n est tout brûlé par le sang et le remords du meurtre et, pourtant,\nson âme erre, comme écartelée entre les incertitudes de la\njalousie et les certitudes du trépas où il voit cette femme qu'il\n aime aller s'évanouissant... Il l'interroge encore, il la presse, il\nveut savoir si son amour a été coupable... Ah! il a pardonné\n d'avance, il pardonne de nouveau, mais, malgré la conscience\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": " 84                            DURENDAL\n\n\nde la proximité de la mort qui le guette, lui aussi, le courage lui\nm a n q u e pour porter jusque là le fardeau horrible de cette\nquestion irrésolue... Mélisande ne comprend pas, elle ne sait\npas, elle ne sait plus : il ne reste en elle que le souvenir confus\nd'une douleur éclatante, adoucie, maintenant, et lointaine, loin­\nt a i n e . . . Sa personnalité timide et silencieuse va, parmi des\nréponses vagues, s'effaçant comme une forme d'ombre dont les\ncontours s'indécisent sur le chemin encrépusculé de sa destinée:\n« Elle s'en va sans rien d i r e . . . »\n     E t le rideau se ferme sur ce silence, après que les assistants\nont emporté le petit enfant de la morte qui reposait auprès\nd'elle : « Venez, il ne faut pas que cet enfant reste ici, dans\ncette c h a m b r e . . . Il faut qu'il vive maintenant à sa place...\nC'est au tour de la pauvre petite... ». Ainsi, l'épilogue du\ndrame n'est qu'une étape de l'avenir; ainsi, la douleur et la\nmort préparent la vie — et la vie, à son tour, la douleur et\nla m o r t . . .\n\n     D r a m e de peu de paroles et de paroles qui, parfois, semblent\nincohérentes et étrangères à là pensée de ses protagonistes, mais\nà travers lesquelles l'événement marche, irrévocablement, pour\nrejoindre sa conclusion de désolation et de ruine. Ces paroles,\nil semble qu'elles soient, quelquefois, comme le frisson de la\nvie qui fermente dans les bas-fonds d'une eau stagnante et en\nfait frissonner, passagèrement, la surface immobile et triste, ou\ncomme la fleur d'une plante a q u a t i q u e grandie dans les pro­\nfondeurs, et qui, tout à coup, émerge h u m i d e et sombre... A la\nfin du cinquième tableau, Mélisande éclate en larmes subites et\nd i t : « O h ! je ne suis pas heureuse !... Je ne suis pas heureuse!...»\net l'on dirait le cri involontaire de toute l'arrière-pensée\ninconsciente de regrets, de nostalgies et d'espoir indéfini, de\ntout le travail indistinct qui a préparé dans son cœur l'avène­\nment de Pelléas.\n    L a pensée de Mélisande, de même que celle de Pelléas et de\nGolaud, transparait ou se dérobe, fréquemment, sous des mots\nfutiles ou insignifiants; à peine s'ils énoncent les sentiments à\nl'impulsion desquels ils obéissent, dans une sorte d'empor­\ntement panique. L e u r situation est t r o p tragique et trop\npressante, l'étau dans lequel ils se sentent pressés est trop\nopprimant pour leur laisser la faculté de la parole ou de\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "      PELLÉAS KT MÉLISANDE AU THÉÂTRE DE LA MONNAIE                      85\n\n\n la délibération. E t , aussi, Golaud n'appréhende-t-il pas de\n donner force et consistance à ses soupçons en les formulant?\n Pelléas et Mélisande, d'accroître les possibilités funestes ou,\n presque, de les créer, en les prévoyant?... C e p e n d a n t , pour brefs,\n rares ou oiseux qu'ils soient ou paraissent, chacun de leurs mots\n ajoute un trait à la menaçante figure, d'abord i m m a n e n t e , qui,\n de scène en scène, grandit et s'amplifie, pour s'établir à la fin sur\n la destruction de ces créatures en conflit, comme une image\npuissante et terrible du Destin, taillée par elles-mêmes, jour\naprès jour, et qui n'est parfaite que de leur écrasement...\n    La m u s i q u e de M. Claude D e b u s s y est, singulièrement,\nappariée par sa conception à l'œuvre de M. Maeterlinck; elle\najoute sans cesse à l'émotion de l'action l'émotion incisive de\nson commentaire ininterrompu ; elle crée autour du drame\nl'atmosphère orageuse et inquiète, ou exaltée, au sein de\nlaquelle chaque parole rencontre un écho profond qui prolonge\net invétère sa signification. Quelques thèmes, seulement,\ndessinent la personnalité mélodique des principaux person­\nnages : l'ingénue et fragile M é l i s a n d e ; Pelléas enivré de son\ncœur; Golaud, l'amour qui souffre et t u e . . . Et cette musique,\nd'où s'élève parfois un chant éphémère d'espérance ou une\nplainte déchirante, va, elle aussi, comme u n e onde aux reflets\ntantôt clairs, t a n t ô t sombres, emportée d'un mouvement insen­\nsible et monotone vers une chute inévitable...\n\n   Il faut envelopper dans un éloge général et chaleureux tous\nceux, directeurs, chef d'orchestre et décorateurs qui ont\ncontribué à nous offrir au théâtre de la Monnaie une réalisation\nscénique admirable de Pelléas et Mélisande. M M . Petit et\nBourdon, qui tenaient, l'un, le rôle de Pelléas, le second, celui\nde Golaud, ont méritoirement contribué au grand succès\nde l'ouvrage, dont la grande part doit être reportée sur\nMme Mary Garden qui a incarné le personnage de Mélisande\navec la compréhension exquise et le tact intelligent d'une\nartiste accomplie.\n\n                                                   ARNOLD     GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-002", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 86, "page_fin": 88, "titre_corps": "Pelléas et Mélisande au Théâtre de la Monnaie : La partition musicale de Claude Debussy", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph Ryelandt", "ancre_debut": "II La partition musicale de Claude Debussy 1 L’intense poésie", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "II. — La partition musicale de Claude Debussy (1)\n   L'intense poésie qui flotte autour du drame Pelléas et Méli­\nsande était de nature à tenter un musicien. La musique, langue\ndu sentiment, est le complément indispensable de ce drame.\nFauré avait écrit quelques pages charmantes de musique de\nscène pour Pelléas. Claude Debussy en a fait un drame musical\ncomplet. Il s'est attaqué au texte même et, à part quelques\nheureuses suppressions, il a tout mis en musique. On a prétendu\nque désormais Pelléas ne pourrait plus se jouer sans la musique.\nJe n'en sais rien, mais il est incontestable que la partition\ncomplète, illumine, sertit les scènes avec un art et une perfec­\ntion étonnante.\n   Parlons donc de cette partition que le théâtre de la Monnaie\nvient de donner avec grand succès ; succès surprenant quand on\nsonge à la nouveauté du spectacle, mais qu'expliquerait pour­\ntant la beauté de l'interprétation et des décors.\n   Miss Mary Garden, créatrice du rôle à Paris, est la Mélisande\nparfaite, allant à l'abîme sans remords, parce qu'elle semble\ntout à fait inconsciente. Le rôle de Pelléas était tenu par\nM. Petit, un débutant parisien, presque un maître déjà. Quant\nà M. Bourbon, il a fait du rôle de Golaud une création\nétonnante de vie et de vérité : c'était la perfection. Les rôles\nd'Arkel (Artus), de Geneviève (Bourgeois), du médecin (Danlée)\net même du petit Yniold (Das) étaient fort bien tenus. Il ne me\nsouvient pas d'avoir jamais vu un ensemble aussi parfait et tant\nde naturel dans le jeu des acteurs. Ceci est dû en partie à la\nmusique. Debussy n'écrit pas de tirades où les chanteurs puis­\nsent étaler leurs voix, et c'est la tirade « étirée » qui appelle le\ngeste conventionnel. La voix, en ce drame, chante, mais sur une\nportée peu étendue, maintenue généralement dans le médium\ndu registre; les paroles se chantent aussi vite et aussi naturelle-\n\n  (1) Nous rappelons à nos lecteurs l'étude magistrale et pénétrante publiée ici même\n(Durendal, octobre 1903) par notre collaborateur L. DE LA LAURENCIE, qui est à la fois\nun penseur, un érudit et un artiste, sur l'œuvre si personnelle de CLAUDE DEBUSSY.\nCelui-ci nous en remercia en ces termes : « Croyez-moi très sensible à votre sympathie\nartistique et combien je vous suis redevable du bel article qu'écrivit votre ami de la\nLaurencie dans votre revue. Malgré ce que cela comporte de personnalité, il me faut\navouer qu'on n'a rien écrit de plus clair sur ce que je tente. »\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "     PELLÉAS ET MÉLISANDE AU THÉÂTRE DE LA MONNAIE               87\n\n\n ment que si elles étaient parlées; c'est une parole chantante ou\n — si l'on préfère — un chant parlant; mais c'est du chant.\n L'orchestre accompagne le drame avec une admirable discré­\ntion, qui permet à l'auditeur de saisir toutes les paroles, agré­\n ment très rare au théâtre lyrique. Ci et là apparaissent des\nmotifs caractéristiques, des leitmotiv en ; mais il importe peu\nd'apprendre par cœur la signification des thèmes; il importe\nd'ouvrir son âme, d'écouter le drame sans prévention, et\nl'on sera saisi par la poignante émotion qui s'en dégage.\n   La partition est divisée en cinq actes et chaque acte en plu­\nsieurs tableaux. Ceux-ci sont reliés par de troublants et mysté­\nrieux interludes qui se jouent à rideau baissé. Les premiers\nactes exhalent une profonde mélancolie, mais, à mesure que le\ndrame se développe, la vie renaît avec la passion frémissante,\nquoique toujours nimbée de rêve.\n   Tandis que, dès l'origine de l'opéra, certains auteurs asser­\nvissaient le drame à la musique, les musiciens doués du vrai\nsens dramatique ont toujours réagi contre ce renversement d'une\nloi naturelle, et Gluck entreprit une guerre pour la réforme du\ndrame musical. La victorieuse campagne wagnérienne fut le\ndernier épisode de cette guerre, et désormais la musique, entrant\nau théâtre, s'y fusionne avec le drame en conservant néanmoins\nune beauté propre.\n   Mais, avec Debussy, nous allons plus loin : il n'y a plus seu­\nlement fusion de deux arts, mais bien absorption de la musique\npar le drame. La musique n'a plus d'intérêt indépendamment\ndu drame, car elle n'en est que l'émanation sonore. C'est de lui\nqu'elle tient tout son pouvoir émotif, et, prise isolément, elle n'a\nguère de profondeur (sauf quelques rares passages). A ne consi­\ndérer que la réalisation formelle du drame debussyste, Pelléas\nest un chef-d'œuvre. Mais le système est contestable; car on\nconçoit fort bien une fusion aussi intime des deux éléments tout\nen donnant une beauté plus formelle à la musique. Voilà une\ndiscussion qui nous mènerait trop loin... Regardons plutôt\nl'œuvre telle qu'elle se présente.\n   D'après ce principe donc, la psychologie ressort presque uni­\nquement du drame lui-même. Nous sommes loin de Wagner\nqui, au moyen de l'orchestre et des combinaisons de motifs,\ndécouvrait de nouveaux aspects du drame et des personnages.\nMalgré certains motifs qui reviennent souvent caractérisant\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": "88                              DURENDAL\n\n\n Golaud ou Mélisande, l'unité, l'homogénéité d'inspiration de la\n musique est due surtout au d r a m e et non à la structure musi­\n cale des scènes. L'orchestre suit les paroles presque mot à mot,\n excellant dans les pages de description extérieure : musique de\n poète et de peintre impressionniste, non de penseur et de philo­\n sophe.\n     Le système de Debussy (car système il y a toujours) offre\n l'avantage de fixer tellement l'attention sur la scène, qu'on\n oublie presque la m u s i q u e ; celle-ci renforce le spectacle comme\n un décor sonore, et c'est inconsciemment qu'on en subit le\n charme. Son mérite original — disons-le bien haut — réside\n plus en cela qu'en ses audaces harmoniques. Celles-ci font sou­\n vent l'effet d'un parti-pris; et il est probable que la belle struc­\n ture et la cohésion h a r m o n i q u e d'un F r a n c k ou d'un d ' I n d y\n sont un gage de durée pour leur art bien plus que ne le peut être\n l'arbitraire, l'inspiration morcelée de ce kaléidoscope m u s i c a l .\n    C e p e n d a n t les harmonies de Pelléas sont extrêmement raffi­\n nées et pleines de trouvailles imprévues. Avec son a d m i r a b l e\n fluidité d'orchestration, cette musique est très harmonieuse et\n non pas dure, comme on pourrait le croire. Certes, cet art n'est\n pas à imiter; un jeune talent risquerait de s'y empoisonner.\n Ces choses-là doivent être l'expression sincère d'un artiste\n exceptionnel ou ne pas être ; c'est évident. L a partition de\nPelléas e s t d'un art très précieux, malgré les répétitions de\nmêmes formules, la préoccupation d'éviter tout accord prévu,\net, pour la voix, les phrases chantées sur une seule note, procédé\ndéjà cher à Massenet.\n    Résumons-nous : Pelléas et Mélisande de Claude Debussy offre\nun modèle nouveau et a d m i r a b l e de drame musical. Seulement\n— et je reviens sur ce point — son aspect vraiment neuf et inté­\nressant réside beaucoup moins dans le système h a r m o n i q u e\nque : 1° dans le système prosodique ou la notation des paroles,\nr a p p e l a n t le r y t h m e oratoire et l'extrême souplesse du chant\ngrégorien; 2° dans la conception du rôle respectif des voix et de\nl'orchestre, celui-ci discret, effacé, écoutant l'acteur et n'absorbant\njamais l'attention. C'est par là que cette œuvre fera peut-être\nécole et qu'elle se présente comme la plus complètement neuve\net originale qu'on ait vue depuis W a g n e r .\n\n                                                   J O S E P H RYELANDT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-003", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 89, "page_fin": 89, "titre_corps": "Carillon de joie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M. Gevers", "ancre_debut": "Carillon de joie La cloche essaime", "ancre_fin": "Rythme le chant de leur essor", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le verger", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 415, "texte": "Carillon de joie\nLa cloche essaime dans le ciel\nLes mille abeilles de sa joie;\nC'est une danse qui tournoie\nDans l'air de chaleur et de miel.\n\nLa ville vibre, ainsi qu'un bois\nSous une averse de tempête,\nC'est une onde en fleur et en fête\nQui se déroule sur les toits.\n\nDes abeilles de soie et d'or\nEmplissent mon cœur       d'étincelles.\nEt la lumière de leurs ailes\nRythme le chant de leur essor.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-004", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 89, "page_fin": 90, "titre_corps": "Le verger", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M. Gevers", "ancre_debut": "Le verger Mon cœur est un verger de joie", "ancre_fin": "Ce sont tes lèvres sur les miennes", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Chanson", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 415, "fin_caractere_exclue": 828, "texte": "Le verger\n Mon cœur est un verger de joie.\n Dont l'amour caresse les fruits\n Comme un soleil de chaude soie.\n — J'y vis des jours d'ivresse claire.\n Et j'y rêve le vol des nuits.\n Dans ce verger      imaginaire.\n\n J'y retrouve, aux herbes, les larmes\n Qui scintillèrent dans nos cils\n Aux heures de doute et d'alarmes —\n Et ma pensée et ta pensée\n S'y joignent, ainsi que ces fils\n  Flottant à la branche lassée.\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "90                         DURENDAL\n\n\n\n               Les fruits sont frais de confiance,\n               Les troncs sont droits, comme un élan\n               Qui d'un cœur à l'antre se lance.\n               — J'y vois passer, dans la lumière,\n               Nos regards lents d'émoi    tremblant\n               Lors de notre entente    première.\n\n               J'y écoute le vent qui chante,\n               Ainsi qu'en moi chante ta voix,\n               Et ce rayon de joie aimante\n               Qui dans le verger    étincelle,\n               C'est mon regard, quand je te vois,\n               Mon regard, qui t'aime et t'appelle.\n\n               La pêche, à la branche       attachée,\n               Parmi le feuillage     frâleur,\n               C'est ma main dans ta main cachée,\n               Et les saveurs    aériennes\n               Qui m'enlacent de leur chaleur,\n               Ce sont tes lèvres sur les miennes.\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-005", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 90, "page_fin": 90, "titre_corps": "Chanson", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M. 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Il y avait un petit\n                     canapé de crin et un pélican empaillé... L e soir,\n                     le père, la mère, la fille, le fils et un tout\n                     petit garçon, chantaient à quatre voix, assis\n                     sur le mur, les jambes p e n d a n t e s . . .\n                          « Veux-tu q u e nous y retournions, Olivier,\n                     dit Marie. J'adorais ce p a y s . . . » Elle parlait\nsans lever les yeux sur son frère ; sa voix jeune ressemblait à son\nvisage. Mais q u a n d elle dit « j ' a d o r a i s », il sembla qu'un flot\nde pensées, une m u l t i t u d e de pauvres sanglots se fussent élevés\ntout à coup d a n s la chambre, pour retomber ensemble comme\nun silence éparpillé.\n   » Mais non, mais non, il n'y faut pas penser. D'ailleurs,\nnous ne pouvons bouger d'ici avant des mois, tu sais. J'achève ton\nportrait, puis j ' e n t r e p r e n d s mes quatre grands panneaux décora­\ntifs. E t puis... et p u i s . . . que sais-je? C'est le midi, c'est le rocher\nblanc qu'il me faut, et les eucalyptus et les pins bleus et tout\ncela. Du diable si je sais pourquoi le souvenir de cette pauvre\nchambre d a n s ce d a m n é P a y s de Galles m'est revenu à la\nmémoire! Au fond, c'est de te regarder qui m'y a fait incon­\nsciemment songer. T u as mis, pour poser, la même robe de\ncoton indien que tu portais là-bas, tout justement le jour où\nnous avons niché dans cet extraordinaire cottage. J'entends\nencore le refrain r a u q u e inarticulé et la voix perçante du petit\ngarçon. Cela montait vers nous du milieu d'un silence et d'une\nobscurité intolérablement douces et tristes. T e souviens-tu?\n c'était comme la mort. »\n    Marie ne répondait rien. Elle était assise au fond de la\n chambre, si tranquille et si attentive! Il y avait du soleil\n glissant sur sa joue et du soleil dans ses deux mains immobiles,\n du soleil sur sa robe !\n    Oui, songeait-elle, c'était comme la mort. Olivier dit cela,\n mais il ne peut savoir... Pense-t-il à Julien ou ne sait-il rien du\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "92                              DURENDAL\n\n\ntout? Peut-être m'a-t-il vue là-bas quand j ' a i laissé pendre mon\nbras en dehors de la fenêtre branlante, et quand j ' a i cueilli la\nrose dans l'obscurité, et quand je l'ai glissée doucement, douce­\nment le long de son épaule et de son bras et presque dans sa\nmain. Oh ! comme j'ai eu honte quand il l'a prise sans rien dire !\nJ'ai replacé mon bras parmi les feuilles contre le mur, je vois\nencore exactement les plis de ma manche bouffante qui écra­\nsaient la vigne. J'entends ceux qui c h a n t a i e n t ! C'était comme\nla mort ! »\n    Olivier avait quitté l'atelier. Marie se leva b r u s q u e m e n t , et,\nfaisant quelques pas hâtifs, s'arrêta devant le portrait. Elle\nregardait, regardait..., ses yeux s'emplirent de détresse, puis\nde pitié, puis de larmes si lourdes, qu'elle les essuyait des deux\nmains avec impatience pour continuer de bien voir. Le portrait\nlui montrait l'exacte ressemblance de son visage étrange et sans\nbeauté, mais si plein de faiblesse, mais si loin du bonheur!\nC'est pour cela, pour cela seulement que Julien ne l'avait\nj a m a i s aimée. P u i s , pour le don de cette rose... L u i , si distrait,\nsi distant, si correct, qu'avait-il dû penser à cause de ce geste,\nà cause de la rose, à cause de ceci qu'elle la lui avait donnée\nsans parler, dans l'ombre la plus noire en lui touchant l'épaule\net le bras et la main ? Oh ! si, dans cet instant, elle avait pu voir\nson visage! Si elle pouvait se figurer m a i n t e n a n t l'expression\nqu'il avait eue alors! Si elle pouvait seulement être sûre qu'il\nn'avait pas souri d'un certain sourire! Mais rien. C'était comme\n la m o r t !\n    L e lendemain ils s'étaient retrouvés tous les trois pour le\ndéjeuner, dans le petit parloir sombre et solennel. Ils avaient\n mangé (elle se souvenait de tout) un écureuil et un merle, que\n les gens du cottage avaient tués pour eux. Marie avait cette même\n robe de coton indien à, fond brun semé de fleurs bleues et blan­\n ches. Olivier la plaisantait sur son teint qui paraissait blêmi\n depuis la veille; et Julien, plus distrait, plus correct, plus dis­\ntant q u ' à l'ordinaire, ne parlait qu'avec son ami et seulement\n de chasses, de coutumes galloises, de ballades anciennes. A h !\n l'horrible journée, et q u a n d le soir t o m b a , tout le malheur fut\n consommé!\n    Vers 7 heures, une vieille femme apportait les lettres dans le\n pays. Elle avait un manteau de toile cirée et une lanterne.\n Marie l'avait vue monter le sentier... elle avait bondi vers la\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "                       UNE ROBE    D'INDIENNE                      93\n\n\npauvre vieille, saisi sa main avec violence, empêché le heurt du\nmarteau et tenu comme en équilibre, l'espace d'une seconde,\nl'abominable et chère incertitude serrée entre ses doigts.\n   Une heure plus tard, Julien partait, rappelé, disait-il, par\nquelque affaire d'importance. Etait-ce vrai? L e saurait-elle\njamais? Il leur dit adieu près du petit mur. L a nuit encore une\nfois était noire. On ne distinguait plus les roses du feuillage.\n Marie avait le cœur désespéré, sauvagement triste, affreuse­\nment lourd. Elle savait qu'il s'en allait à cause d'elle, parce\nqu'il ne l'aimait pas, parce qu'elle l'aimait, parce qu'elle avait\nété folle, parce qu'elle lui avait caressé l'épaule, mis une rose\ndans la main. Elle savait cela, et pourtant elle imaginait avec\ntoutes ses forces, avec toute son âme chancelante d'amour qu'il\nallait, avant de partir, dans cette obscurité idéalement triste,\nfaire un signe, toucher sa main autrement qu'il n'avait fait\njusque-là.\n   Mais non, ce fut comme la m o r t ; comme la mort la plus\naffreuse, furtive et vaine, sans importance et sans durée. L e\nnéant s'abattit j u s q u ' a u fond de son cœur. C o m m e un oiseau\nsinistre et doux, dès cet instant il h a b i t a son âme, il y prit sa\npâture, il y grandit immobile et secret...\n   Marie était retournée à sa place. U n e pâleur exténuée couvrait\nses joues et son front lumineux. L e soleil, plus oblique, était sur\nses deux mains, caressait les genoux et la robe semée de fleurs.\n   Q u a n d Olivier rentra dans l'atelier, il sourit en disant :\n   — Je n'ai jamais eu de modèle plus parfait ni plus patient.\nT u ne bougerais pas davantage si tu n'existais pas corporelle­\nment. L'expression même est constante!... Bon, j ' a i parlé trop\ntôt! Pourquoi as-tu pris tout à coup cet air bouleversé et misé­\nrable? T u pleures, Marie?...\n   — Oh ! les femmes sont sottes, tu le sais, mon brave Oli­\nvier... C'est à cause de cette malheureuse petite robe : elle s'use,\nregarde; et j ' y tenais tellement, t e l l e m e n t !\n   Marie avançait le bras droit et montrait, tout près du\npoignet, l'étroite déchirure qu'elle apercevait pour la première\nfois. Rien qu'une épine s'accrochant là par une nuit amoureuse­\nment triste, rien qu'une rose évanouie dans la ténèbre d'un\ndépart sans retour et d'un silence» qui est comme la mort, rien\nque cela n'avait pu faire aussi mortelle égratignure!\n                                                JEAN DOMINIQUE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-007", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 94, "page_fin": 100, "titre_corps": "Aspects de la Nature et de la Cité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "X.", "ancre_debut": "Aspects de la Nature et de la Cité Suite et fin 1 QUELQUES mots, enfin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "Aspects de la Nature et de la Cité\n                                  (Suite et fin) (1)\n\n\n\n                   QUELQUES mots, enfin, concernant le projet du\n                 Mont des Arts à Bruxelles, dont la réalisation\n                 consommera la suppression d'un des quartiers\n                 les plus pittoresques, les plus caractéristiques et\n                 les plus « amusants » de la ville. Mais, étant\n                 admise la nécessité des sacrifices de pittoresque\n                 imposés par les conditions de la vie moderne,\n                 examinons tout d'abord 1' « utilité » du projet,\nau sens propre du mot. Celle-ci nous paraît des plus contestable.\n   Elle se motivait notamment, on le sait, par le désir légitime\nde liquider enfin la question fameuse du « redressement » de\nla Montagne de la Cour, qui, depuis soixante-quinze ans, a fait\ncouler « des flots d'encre ». Or, — il importe de le faire remar­\nquer tout de suite — pour irritante qu'elle soit, elle n'en reste\npas moins insoluble. L'expression même de « redressement de la\n Montagne de la Cour » est presque une faute de français. On ne\n « redresse » une montagne qu'en la nivelant ou en remblayant\nles dépressions qui l'entourent, — deux moyens également\ninapplicables en l'espèce. On peut regretter l'obstination des\nanciens Bruxellois qui, des rives de la Senne, berceau de la\nville, ont tendu sans cesse à gravir les coteaux abrupts de la\nrive droite, au lieu d'étendre leurs rues le long des pentes plus\n douces de la rive gauche (2), — mais le mal est fait et il n'y a\n plus à y revenir. D'ailleurs, l'expérience a démontré l'inefficacité\n\n   (1) Voir nos fascicules de décembre 190G et de janvier 1907.\n   (2) Le fait peut s'expliquer, au début, par le désir d'éviter l'effet des débordements\nfréquents de la rivière; plus tard, par la nécessité de traverser les quartiers industriels et\nles plus déshérités de la ville, situés précisément entre la Senne et le canal; — cette der­\nnière circonstance entrave encore aujourd'hui le développement de toutes les localités\nsuburbaines situées à l'ouest de la ville.\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "                 ASPECTS DE LA NATURE ET DE LA CITÉ                                      95\n\n\ndu palliatif : cette ruineuse rue Coudenberg, dont la courbe et\nla pente, savamment établies, devaient solutionner la difficulté,\nest, à ce point de vue, un échec total. Aucun véhicule n'y\npasse; les services publics de transports ont eux-mêmes renoncé,\naprès expérience, à utiliser cette artère à la montée uniforme,\nplus pénible, faut-il croire, que la Montagne de la Cour, dont\nl'exhaussement redoutable, à la hauteur de l'impasse du Musée,\nse trouve compensé aussitôt après par une atténuation très sen­\nsible de la pente.\n   Un autre inconvénient dont on poursuit la suppression est\nPétroitesse et la tortuosité de la vieille rue, avec ses trottoirs\nexigus, insuffisants pour une circulation aussi intense. On se\nbouscule, on se coudoie, on passe moins sur les trottoirs qu'au\nmilieu du pavé, parmi les « hep! » des cochers, et un oisif sta­\ntionnant devant une vitrine produit, à certaines heures, l'effet\nd'un rocher au milieu d'un torrent.\n   Or, les magasins atteignent là une valeur locative énorme.\nNous n'avons pas souvenance d'une personne renversée par un\ndes innombrables véhicules qui sillonnent, à une allure néces­\nsairement modérée, cette artère étroite où l'on circule, pour\ncette raison, avec plus de sécurité que sur les larges boulevards,\nles avenues et les drèves, où des matches se disputent sur le\ndos des promeneurs. Enfin (circonstance qui paraît paradoxale,\nmais dont la réalité saute aux yeux, — qui fut d'ailleurs déjà\nsignalée), cette voie escarpée, tortueuse, encombrée, meur­\ntrière, demeure la promenade favorite, aux heures les plus ani­\nmées de l'après-midi, des désœuvrés du monde élégant ; ceux-ci\naffectionnent manifestement promener par là leur flânerie\namusée, de préférence aux voies spacieuses, confortables d'as­\npect et de parcours, majestueusement et désespérément recti-\nlignes et mornes, des quartiers neufs ou des rues aristo­\ncratiques.\n   Pour toutes ces raisons, nous estimons que l'utilité du projet\ndu Mont des Arts est plus apparente que réelle et qu'il se classe\nbel et bien parmi les travaux de pur embellissement, inspirés\nuniquement de considérations esthétiques (1), exclusives, en\n\n  (1) Toute préoccupation d'utilité directe semble en eftet être absente de ces vastes\nprojets, dont il aurait fallu tout au moins tirer tout l'effet utile. Un exemple : Bruxelles\nest actuellement avec Paris une des rares villes européennes (sans en excepter les plus\npetites villes de province allemandes) qui ne possède pas de salle de concerts, cela\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "96                                     DURENDAL\n\n\n\nl'occurrence, du pittoresque et méconnaissant en lui un élément\nessentiel du caractère d'une ville, c'est-à-dire une expression\nde sa beauté. C'est à ce point de vue qu'il eût mérité d'être\ncombattu plus a r d e m m e n t et plus efficacement qu'il ne le fut.\nMais, las! adveniente principe, cessat magistrat us. L a question\ncependant est d'une actualité assez brûlante pour qu'on nous\np e r m e t t e d'y insister quelque peu.\n\n\n\n\n    Revenons un instant sur cette préférence anormale qui, malgré\ndes inconvénients matériels incontestables, retient d'une manière\nsi persistante, dans le quartier de la Montagne de la Cour et\nde la rue de la Madeleine, la flânerie des promeneurs. L'intérêt\nde cette promenade ne s'épuise pas, semble se renouveler sans\ncesse.\n    C'est que cela vit. De même que le paysage arrangé, sophis­\ntiqué, nous a bientôt « tout dit », retient peu notre attention,\ntandis que nous revoyons avec un plaisir et une émotion gran­\ndissants le paysage sincère où nous sentons palpiter l'âme de\nla nature, et les forces élémentaires poursuivre librement leurs\nfins ; — de même, dans la cité, les arrangements systématiques\net concertés, « synchroniques », n'excitent en nous qu'un intérêt\né p h é m è r e ; leurs qualités propres nous lassent vite, et rien n'est\nplus caractéristique, à cet égard, que l'indifférence avec laquelle,\nau bout de peu de t e m p s , les raffinés eux-mêmes passent devant\nles plus beaux m o n u m e n t s modernes de la ville qu'ils\nhabitent. D a n s le d o m a i n e architectural, l'admiration est\nun phénomène d'ordre intellectuel, limité par l'habitude, —\ncette m ê m e h a b i t u d e qui, pour le citoyen ayant le sens de\n« sa » ville, accroît sans cesse l'agrément de tel quartier\nancien où, tous les jours, il retrouve quelque chose de l'âme\nde la cité.\n    Ce n'est pas dans les rues et les avenues modernes, fussent-\n\n\nmalgré une culture musicale toujours plus intense. En dehors des théâtres, l'art musical\nne dispose, à Bruxelles, que de cette grange mal sonnante qui s'appelle la « salle de la\nSociété Royale de la Grande-Harmonie ». Depuis cinquante ans, la lacune est signalée et\nla question reste pendante. N'était-ce pas le cas d'essayer tout au moins de lui donner une\nsolution honorable?\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "              A S P E C T S D E LA N A T U R E   ET   D E LA C I T É     97\n\n\n\nelles bordées de palais, que celle-ci palpite le plus a r d e m m e n t .\nOn peut admirer là l'ingéniosité et le goût des architectes\nnationaux, la richesse des citoyens : l'âme de la ville, son origi­\nnalité, son caractère sont ailleurs. C o m m e le pittoresque\nnaturel, ceux-ci se conditionnent avant tout de l'inconscience,\nde l'ingénuité, si l'on peut dire, du développement. Or, ces con­\nditions ne se trouvent réalisées, en ville, que dans des quartiers\ndatant d'une époque où — sans préjudice de l'esthétique archi­\ntecturale du t e m p s — on se souciait peu des conceptions\nd'ensemble qui, aujourd'hui, régissent le tracé de quartiers\nnouveaux, et où l'art de bâtir les villes était une notion inconnue.\nC'est précisément ce devenir lent et t â t o n n a n t , où plusieurs\ngénérations ont laissé quelque chose de leurs traditions et de\nleurs habitudes, qui m a r q u e certains quartiers d'une frappe si\ncaractéristique, qui rayonne sur toute la ville et lui donne sa\npersonnalité. E n dehors des cités absolument historiques,\ncomme Bruges, N u r e m b e r g , Rothenburg, etc., le fait se vérifie\ndans toutes les villes où les nécessités de la vie moderne ont\nprovoqué des r e m a n i e m e n t s qui, aux vestiges du temps passé,\njuxtaposent le luxe t r i o m p h a n t et les silhouettes hardies de la\ncité m o d e r n e . Pour évoquer A m s t e r d a m , ce n'est pas aux quar­\ntiers neufs que l'on songe, mais à la pittoresque et vivante\nKalverstraat ; à Cologne, ce n'est pas le long des voies spa­\ncieuses de la neue Stadt, c'est dans les rues étroites, grouillantes,\nenvironnant le dôme que l'étranger vient saisir sur le vif l'âme\nde la ville. A Bruxelles, ce n'est ni dans les quartiers neufs, ni\nmême sur les boulevards centraux qu'on la surprend. Il est\ngénéralement convenu qu'elle se concentre tout entière dans\nl'ensemble prestigieux de la G r a n d ' P l a c e . Mais — et c'est ici\nque nous voulons en venir — celle-ci à elle seule ne serait plus\nautre chose q u ' u n m u s é e d'architecture en plein air (le « mer­\nveilleux décor » des clichés) — sans les vieilles rues étroites\n et sans grâce, mais b o u r d o n n a n t e s d'activité, de vie simple,\n pittoresque et un peu archaïque, qui l'enserrent de toutes parts.\n C'est grâce à elles que la Grand'Place non seulement existe,\n mais encore vit; entre ce passé moyenageux et la banalité de\n la cité m o d e r n e , elles introduisent l'intermédiaire d'une\n époque déjà assez reculée pour prendre à nos yeux le\n caractère du pittoresque ; elles actualisent, elles galvanisent\n cette splendeur devenue, à force de restaurations inévitables,\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": " 98                                     DURENDAL\n\n\n un peu conventionnelle, de la pulsation énergique de leur\n vie propre (1).\n    Or, le même trait se retrouve dans la Montagne de la Cour,\n qui, bien que de construction plus récente et m a n q u a n t d'ail­\n leurs d'intérêt architectural propre, n'en possède pas moins,\n dans son état actuel, le caractère de création successive spécifié\n plus haut, son tracé suivant même encore (dans le bas) celui du\nvieux Steen, l'artère-mère de la ville. Cet aspect «vieux-Bruxelles»\ns'allie, en outre, ici, à un certain cachet d'élégance, de goût, de vie\nheureuse qu'on chercherait naturellement en vain d a n s le quar­\ntier plus besogneux de la G r a n d ' P l a c e et dans les autres artères\nde l'ancien « bas de la ville » non modifiées lors du voûtement\nde la Senne. Il y a là un des traits les plus particuliers de la\nphysionomie de la ville, dont on regrettera la disparition.\nReconnaissons-le sans ambages : Si le m o n u m e t orne, ce qui\nconfère la. vie à une artère, c'est le magasin. S'imagine-t-on, dans\nle crépuscule hâtif des soirs d'hiver, à la place de cette succes­\nsion de petits magasins, de « boutiques de luxe », toutes\npalpitantes de lumière, de mouvement et de vie, de la Mon­\ntagne de la Cour actuelle, la façade silencieuse et solennelle du\nnouveau palais des Arts? On peut déjà se rendre compte de\n\n   (1) Par bonheur, la disposition des lieux, qu'on ne saurait modifier sans toucher aux\nmaisons même de la place, exclut toute possibilité d'élargissement des voies d'accès ; sans\nquoi, nul doute qu'aux bouleversements projetés à Bruxelles, on ne joigne un copieux\n\" dégagement \" de la Grand'Place. Le « décor » demeurerait toujours, n'est-ce pas?\n   Sans quitter les environs de l'Hôtel-de-ville, nous assisterons h un bouleversement\nconsidérable par le fait de la disparition de l'église Saint-Nicolas et des maisonnettes\navoisinantes, que les architectes des boulevards centraux et de la Bourse avaient juste­\nment respectés. Malgré l'unanimité avec laquelle la presse réclame l'exécution de cette\nmesure, avouons-le franchement, nous regretterons la disparition de la vieille église. On\nargue de sa laideur, de l'encombrement qu'elle cause. Encore une fois, nous n'avons pas\nsouvenance que l'endroit se signale particulièrement par les accidents dont il serait le\nthéâtre. Au point de vue de la physionomie locale, nous estimons que ces maisonnettes\nmassées autour de la vieille église qui les domine de ses pignons et de ses ogives, — le\ntout d'une usure et d'une patine si douces, — valent mieux, en tous cas, que les maisons\nde rapport qu'on mettra à leur place. En outre, ce groupe pittoresque atténue le contraste\nbrutal entre la Bourse et la Grand'Place. Celle-ci, encore une fois, ne doit pas être\nconsidérée isolément; c'est un joyau serti dans un ensemble adéquat, apte à le mettre\nen valeur. Au lieu de démolir l'église Saint-Nicolas, on ferait mieux de lui rendre le\nporche et le clocheton qui l'ornaient jadis, — quitte, si l'on tient absolument à élargir\nl'entrée de la rue des Fripiers, à biseauter l'angle droit du porche et à supprimer lapremière\ndes maisonnettes appuyées à l'édifice, entre le porche et l'entrée latérale. N'oublions pas\nque s'il est facile de démolir et de percer des voies nouvelles, la destruction des vieilles\nchoses est irrémédiable et vaut qu'on y réfléchisse, car tous les regrets — si fréquents\ndans les cas de ce genre — demeurent superflus.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "                   ASPECTS DE LA NATURE ET DE LA CITÉ                                   99\n\n\nl'effet par la percée de cette morne, sinistre rue Coudenberg,\navec ses maisons qui ont l'air de se baisser pour laisser voir un\npanorama qui n'est que la réplique de ceux de la place Poelaert\net de la Colonne du Congrès. On pouvait sans difficulté purger\nles environs des h u m e u r s du quartier Saint-Roch, ménager plus\nloin le fameux « redressement ». On ne l'a pas voulu, la mau­\nvaise besogne est entamée, il faut bien qu'elle se continue. On\nconsommera la destruction de ce centre d'activité intense,\nformant le lien entre « Le haut » et « le bas » de la ville, entre\nlesquels sa disparition ouvrira une véritable solution de conti­\nnuité. Ce « trou » sera, nul ne l'ignore, comblé à l'aide de jar­\ndins, de parterres, d'escaliers m o n u m e n t a u x . Mais nous soute­\nnons que ce luxe architectural, de tous les genres de luxe celui\npeut-être sur lequel l'oeil se blase le plus vite, s'adresse plutôt\naux « Cook's » qu'à l'habitant; que pour celui-ci — le plus inté­\n ressé, en somme, à la question — aucun palais battant neuf,\naucun m o n u m e n t néo-grec ne remplacera l'alignement imprévu,\nla perspective caractéristique où il aimait reconnaître chaque\njour la physionomie spécifique, q u e l q u e chose de l'histoire et de\n l'âme de sa ville.\n                                               *\n                                           *       *\n\n   Sur ce même sujet, il y aurait encore bien d'autres choses à\ndire, au point de vue pratique, par exemple. On pourrait obser­\nver, n o t a m m e n t , l'accroissement de distances, l'extension fac­\ntice de la ville qui résultent de ces espaces morts creusés en\nplein centre (1), au nom de cette manie fatale du monument\n « pour lui-même », du panorama à vol d'oiseau et du point de\nvue inédit. Ces centaines de commerçants et de locataires\nexpropriés d'un emplacement central, — et que nulle indemnité,\nsoit dit en passant, ne dédommagera de la perte de cette situa­\ntion unique à Bruxelles, — jusqu'où, d'un quartier à l'autre,\nfaudra-t-il courir pour les aller trouver?\n\n  (1) On connaît le projet supprimant tout le quartier contenu entre la place du Trône,\nle boulevard du Régent, les rues de Namur et de Bréderode. N'y ajoutera-t-on pas le\ndégagement de la caserne des grenadiers, puis celui du palais du comte de Flandre du côté\nde la rue de l'Arsenal, des jardins du palais royal et de l'église Saint-Jacques, du côté des\nrues de Bréderode et de Namur ? Pourquoi ne pas rebâtir tout le haut de la ville à la cam­\npagne pour dégager le palais du Roi, les Musées, le palais de Justice? Et quelle perspec­\ntive sur la vallée de la Senne !\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2102, "texte": " 100                                    DURENDAL\n\n\n    L ' a m p l e u r formidable des travaux projetés à Bruxelles, et\n dont le Mont des Arts n'est qu'une faible partie, a par elle-\n même de quoi réfléchir. Non à cause du gâchis, temporaire\n après tout, qui en sera le prix, mais bien plutôt du bouleverse­\n m e n t profond qui en résultera dans l'économie générale de la\n ville et dont il est impossible de prévoir la répercussion sur les\nparties non touchées, jusqu'aux quartiers les plus éloignés.\n Nous avons insisté sur le caractère naturel du développement\ndes cités, s'accroissant chacune suivant ses conditions particu­\nlières, sa situation, les besoins et les mœurs de ses h a b i t a n t s .\nIl y a un « régime » des villes comme il y a un « régime » des\ncours d'eaux, et il peut être aussi dangereux de toucher à l'un\nque de toucher à l'autre...\n   Mais de semblables considérations nous entraîneraient trop\nloin. Nous nous bornons ici au côté esthétique et, si l'on veut,\nsentimental de la question. Les quelques exemples que nous\navons empruntés aux circonstances (1) n'avaient d'autre but\nque d'illustrer ces principes dont l'évidence ne devrait plus avoir\nbesoin d'être défendue : à savoir non seulement que les choses\ndu passé puisent dans leur ancienneté même, abstraction faite\nde toute autre considération, un intérêt respectable, la poésie\ndes souvenirs; mais que le pittoresque, en particulier, dans la\nN a t u r e et dans la Cité, est un des éléments les plus précieux\nde la beauté, supérieur par essence à toutes les conceptions\narchitecturales et q u e sa survivance rare, providentielle, doit\nêtre respectée dans les limites des exigences de la vie moderne.\n\n                                                                                       X.\n\n\n\n\n   (1) Ils auraient pu être multipliés à loisir. Nous n'avons parlé ici ni du Kursaal de ville\nd'eau élevé sur l'emplacement de la citadelle de Namur, ni de ce bâtiment en rouge\nsang-de-bœuf qui, à Thuin, coupe l'admirable silhouette de la ville haute, ni de tant\nd'autres crimes esthétiques dignes de la barbarie yankee.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-008", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 101, "page_fin": 104, "titre_corps": "« Les Troyens » de Berlioz au Théâtre de la Monnaie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Les Troyens de Berlioz an Théâtre de la Monnaie CES représentations", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 126, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "Les Troyens » de Berlioz\n                         an Théâtre de la Monnaie\n\n                      CES représentations constituent un nouveau succès à l'actif de\n                        la direction de la Monnaie, succès éclatant et dont elle a\n                        le droit d'être fière, car par là l'honneur lui reste acquis\n                        d'avoir m o n t é pour la première fois sur u n théâtre d'ex­\n                        pression française et dans son intégralité l'œuvre si noble\n                        du grand romantique d a u p h i n o i s . L a majestueuse concep­\n                        tion de Berlioz où, à côté de quelques défaillances d'inspi­\n                        ration, de quelques maladresses de facture, resplendissent\n                        et a b o n d e n t des beautés lyriques d'un ordre si pur et\nsi élevé, a a p p a r u pleine de force héroïque et d'ampleur, avivée et éclairée\npar l'éloquence des interprètes, se déployant d a n s le cadre suggestif d'une\nréalisation scénique ingénieusement appropriée où le charme grandiose du\ndécor vient s'allier au prestige évocalif de costumes dessinés par Khnopff\net dont le peintre poète a respecté le type classique, tout en le renou­\nvelant, l'enrichissant et le diversifiant au gré de sa souple et fertile\nimagination.\n   La Prise de Troie et les Troyens à Carthage, représentés d'abord séparément,\nont été ensuite joués en u n e même soirée, décision fort heureuse, car, bien\nqu'il n'existe point entre les deux œuvres u n lien d r a m a t i q u e étroit et i m m é ­\ndiat, elles bénéficient l'une de l'autre, se mettent en valeur par ce voisinage\nqui mutuellement les rehausse et les complète en vertu même de leurs diffé­\nrences et de leurs oppositions, la première d'envergure plus vaste, d'accent\nplus vigoureux en sa fière allure de page d'épopée racontant l'âme inquiète\ndes foules et pleurant l'écroulement d'un empire, l'autre plus humaine, d'une\némotion sinon plus intense, du moins plus directement communicative, retra­\nçant en un langage plein de vie et de puissance les orages de la passion et\nl'éternel combat entre l'amour et le devoir.\n   On connaît les principaux éléments légendaires dont Berlioz a constitué\nson drame de la Prise de Troie, la ruse des Grecs s'introduisant à la faveur du\ncheval gigantesque dans les murs d'Ilion, l'aveuglement invincible des\nTroyens, aveuglement que les exhortations enflammées de la prophétesse\nCassandre, fille du roi P r i a m , ne parviennent point à dissiper, enfin le cou­\nrage indomptable et l'héroïsme altier de Cassandre et de ses compagnes, pré­\nférant le triomphe de la mort à la honte de tomber captives entre les mains\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3519, "texte": "102                             DURENDAI.\n\n\nde leurs vainqueurs. La Prise de Troie se présente comme un poème de style\nsévère et grandiose, comme u n drame concis et intense tout à la fois, con­\ncentré et se déroulant rapidement en quelques tableaux impressionnants,\ndécisifs, poignants et du plus haut caractère. L a figure fatidique de Cas­\nsandre, qui en est comme le ressort et l'âme, le pénètre et le domine tout\nentier. Ce personnage ample, épique, auréolé d'une sorte de grandeur farouche\net qui peut se ranger au nombre des plus fortes créations du théâtre hellé­\nnique, est merveilleusement exprimé et grandit sans cesse au cours de l'œuvre\nde Berlioz. Le premier acte est presque entièrement occupé par la belle scène\noù la fille de P r i a m dévoile à son fiancé Chorèbe le sombre avenir qui menace\nsa patrie, scène dont la largeur d'accent fléchit et se tempère au contact d'une\nphrase mélodieuse, pénétrante, exprimant l'amour de Chorèbe. Indiquerons-\nnous cette restriction que, comme plusieurs d'entre ses plus nobles sœurs du\ndramehellénique, comme Antigone, comme Electre, le personnage de Cassandre\nne s'accommode guère du sentiment de l'amour qui lui enlève plutôt de son\nrelief et de son prestige? L'impression capitale, dominatrice du second acte\nest l'apparition pathétique d'Andromaque (M m e Bastien rend cette scène mimée\nde la façon la plus poétique et la plus émouvante) venant prier devant l'autel\nchampêtre, qu'elle couronne de fleurs et présentant son jeune fils Astyanax\nà P r i a m , qui le bénit, scène d'une beauté grave et sublime, où l'orchestre et\nles chœurs s'enveloppent d'une infinie tristesse. Voici ensuite le récit d'Enée\nracontant au roi et au peuple la mort de Laacoon, épisode souligné par u n e\nmusique ingénieusement descriptive et que suit un octuor avec chœur, tradui­\nsant l'effroi général suscité par ce terrible événement, ensemble musical puis­\nsamment charpenté, bien que noyé d a n s des développements prolixes et\ntouffus, enfin le magnifique finale, où la marche triomphale des T r o y e n s\nintroduisant le cheval dans les murs d'Ilion est dominée par les accents dou­\nloureux et inspirés de la prophétesse. Le troisième acte débute par la vision\nd'Enée à qui l'ombre d'Hector apparaît en songe, lui a n n o n ç a n t la ruine de\nTroie et lui o r d o n n a n t de partir pour l'Italie, où d a n s l'avenir Ilion détruit\nva renaître et refleurir, scène dont la ténébreuse angoisse est figurée musica­\nlement par u n e série d'harmonies descendantes, s'effondrant plaintivement à\nl'orchestre en degrés chromatiques. L e tableau suivant représente les femmes\ntroyennes prosternées autour de l'autel de Vesta. La prière qu'elles adressent\nà la déesse s'exprime dans un chœur aussi beau de sentiment que de struc­\nture, s'élevant comme un édifice de poétiques sonorités. Enfin, le summum\nd'impression de l'œuvre est réalisé par la mort de Cassandre et de ses vail­\nlantes compagnes, page où en une majestueuse expansion le génie de Berlioz\natteint à la haute éloquence.\n   L'interprétation de la Prise de Troie à la Monnaie est très noble, chaleureuse\net évocative. MM. Swolfs (Enée), Layolle (Chorèbe), François (Panthée)\nremplissent leur rôle avec intelligence et autorité, tandis qu'au-dessus d'eux\nMme Mazarin déploie, d a n s le dessin de la figure du Cassandre, toutes les\nqualités d'une tragédienne de race, infusant à son personnage, tant par la ligne\net le geste que par la physionomie et l'accent, toute la portée expressive et\ndramatique qu'il comporte.\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "                        « LES TROYENS » D E                        BERLIOZ           103\n\n\n    En ce vaste d i p t y q u e musical des Troyens, la forme esthétique de Berlioz,\n toujours é m i n e m m e n t typique et personnelle, semble comme transitoire et\nhésitante entre celle du d r a m e lyrique dont se rapproche la Prise de Troie et\ncelle de l'opéra ancien qu'évoquent plus spécialement les Troyens à Carthage.\nToutefois, abstraction faite de l'efficacité dramatique et lyrique des\ndeux poèmes pris en eux-mêmes, on peut dire que les Troyens à Carthage\napparaissent une œuvre plus pleine, plus substantielle, plus parfaite, en ce\nsens que l'essor de l'inspiration musicale s'y envole plus dégagé, plus constant,\nplus généreux.\n   Le livret des Troyens à Carthage est puisé par Berlioz dans les premiers chants\nde l'Enéide, spécialement d a n s le quatrième, dont il reproduit sous la forme\ndramatique les principaux événements, E n é e fuyant Troie en flammes et\nabordant aux rives africaines, l'accueil généreux et empressé que D i d o n , reine\nde Carthage, lui fait ainsi qu'à ses c o m p a g n o n s troyens, puis l'éveil insensible\nde l'amour dans le cœur de la reine, les luttes de sentiments opposés qui\ndéchirent son â m e partagée entre sa passion et le désir de demeurer fidèle à\nla mémoire de son époux Sichée, le départ furtif et précipité du héros troyen\nobéissant à l'ordre des dieux et des morts, enfin le désespoir de l'amante\ndélaissée qui se tue sur le bûcher préparé pour le sacrifice.\n   Si l'on en excepte la belle scène entre Didon et sa sœur Anna, le premier\nacte de la partition se déploie tout entier en impressions extérieures et déco­\nratives. Signalons les ensembles du début, si vivants et colorés, chantant\ntriomphalement la gloire de Didon et le bonheur de son peuple, puis l'arrivée\nsoudaine d ' E n é e s'offrant avec ses T r o y e n s à repousser les armées d'Iarbas,\nsuite de scènes que traverse un large souffle d'héroïsme interrompu par un\népisode de tendresse, E n é e embrassant et exhortant son jeune fils Ascagne,\npuis le confiant à la reine tandis qu'il va combattre.\n   L'interlude symphonique intitulé Chasse et Orage, pièce descriptive de saveur\nétrange, intensément picturale et fort caractéristique de la manière de Berlioz,\nrelie ce premier acte à l'acte suivant où sans interruption viennent éclore\net s'enchaîner des beautés que n'altère a u c u n e ombre, a u c u n e tache, a u c u n e\ndiscordance; d'abord les strophes charmantes, délicieusement chantées par\nM. N a n d è s , où le poète tyrien Iopas célèbre naïvement l'éveil de l'été,\nmariant sa voix aux tendres appels du hautbois et aux enveloppements ber-\nceurs des harpes, puis le quintette, le septuor extatique d'une musicalité si\naffinée et comme transparente dont la mystérieuse caresse d'un orchestre\nlimpide et doux poétise encore les délicates harmonies, la scène d'amour\nentre Enée et Didon où l'atmosphère lyrique demeure toujours infiniment\nhaute, parée d'une idéalité toute shakespearienne, bien au-dessus des heurts et\ndes à-coups de la passion, en des régions où règne sans partage une sérénité\napaisée et enchanteresse.\n   A ces impressions de charme et de douceur (signalons encore la chanson du\nmatelot Hylas où pleure l'âme mélancolique des peuples exilés) succèdent les\npages maîtresses du poème. C'est le monologue plein de mouvement et de\npassion où le héros troyen, obéissant à l'injonction des voix d'outre-tombe, se\ndécide à quitter Didon et à faire voile pour l'Italie. C'est surtout la série de\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "104                                  DURENDAL\n\n\nscènes toutes vibrantes d'envolée tragique, évoquant à la pensée les plus\nnobles inspirations de Gluck, où Didon a b a n d o n n é e de celui qu'elle aime\nd o n n e libre cours à son désespoir, dit u n adieu touchant à sa sœur, à son\npeuple, à la cité qu'elle fonda et fait préparer le bûcher du sacrifice sur lequel\nelle va s'ôter la vie. Ici l'expression musicale a singulièrement g r a n d i . L e\nd r a m e s'est libéré peu à peu des formules de l'opéra et s'élève en u n pro­\ngressif essor jusqu'aux plus fiers sommets de l'émotion lyrique, aux accents\nles plus pathétiques de l'amour blessé et de la douleur souveraine.\n     L'interprétation des Troyens à Cartilage est supérieure à celle de la Prise de\n Troie. M me Croiza (Didon) y est absolument r e m a r q u a b l e . D'emblée cette\nj e u n e artiste s'est imposée et a conquis l'attention par sa voix ample, c h a u d e ,\nde timbre généreux, par sa diction aussi claire qu'expressive, par l'intelli­\ngence, la noblesse, l'art pénétrant avec lequel elle compose le personnage de\n Didon, e x p i i m a n t les profondes émotions de l'amour, tout en gardant la\ndignité et la majesté requises par le rôle. M. Laffitte remporte d a n s E n é e un\nde ses plus beaux triomphes. Véritable et sincère artiste, il semble constam­\nment en progrès. Sa voix si nourrie, si charmeuse a encore gagné en liberté,\nen souplesse, en finesse de colorations. Avec quelle envolée héroïque, avec\nquelle superbe énergie d'accent il chante le monologue qui remplit à lui seul\np r e s q u e tout le troisième acte! N o u s avons déjà cité M.. N a n d è s dans les\nstrophes d'Iopas. MM. Blancard (Narbal), François ( P a n t h é e ) , Dognies\n( H y l a s ) , M m e s Blancard (Anna), de Bolle (Ascagne), Bourgeois (le spectre\nde Cassandre) ne méritent aussi que des éloges.\n     R e n d o n s hommage en finissant à la belle tenue sonore et rythmique des\nc h œ u r s , élément capital dans l'œuvre de Berlioz, et surtout à l'exécution\nmagistrale de la partie orchestrale du poème, sous la savante direction de\nSylvain D u p u i s , qui a étudié de façon approfondie la partition du maître\nfrançais dont il possède merveilleusement l'esprit, les secrets expressifs et les\n moindres significations.\n\n                                                           G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-009", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 107, "titre_corps": "Le Petit Bossu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Max", "ancre_debut": "Le Petit Bossu Il était tout petit", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 130, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2102, "texte": "Le Petit Bossu\n                 IL était tout petit et très vilain. Sa bosse lui venait\n                    aussi haut que la tête, ses j a m b e s étaient trop\n                    longues et son torse trop court; il avait un nez\n                    pointu, des cheveux filasse, de grandes oreilles...\n                    seulement, il avait des yeux très beaux Ils\n                    étaient très tendres et très profonds, ses deux\n                    g r a n d s y e u x b l e u s , noyés d'ombre; ilssemblaient\n                    avoir conservé tout le charme d'un mirage ou\nd'un rêve de bonheur, mêlé à une infinie mélancolie : des yeux\n faits pour contempler les étoiles ou pour pleurer d'amour.\n    Son nom, je ne Tai jamais su, on l'appelait : « petit bossu ».\n    T o u t le monde le connaissait : les gamins le suivaient en\nl'imitant et les belles filles qui le regardaient passer, les deux\npoings sur leurs larges hanches, riaient aux éclats et le trou­\nvaient très drôle. L u i , leur souriait en passant et cela les amu­\nsait plus encore parce que, même q u a n d toute la figure du petit\nbossu s'épanouissait, ses yeux restaient toujours graves et son­\ngeurs.\n    Quel âge pouvait-il avoir? N u l ne le sut j a m a i s . Un beau\njour, il était arrivé au village et il était alors le même qu'au­\njourd'hui ; les uns lui donnaient trente ans, les autres cinquante :\nc'était un calendrier sans date.\n    Or, un dimanche, on vit quelque chose d'extraordinaire : à\nla sortie de l'église, Petit Bossu se précipita vers le bénitier, y\ntrempa sa main tout entière et offrit de l'eau bénite à une jolie\nfille du village qui s'appelait E l i s a ; puis, sans dire un mot,\nPetit Bossu sortit rapidement en bousculant les gens, traversa\nla place de l'Eglise et, rouge comme une pivoine, sans répondre\naux saluts et aux quolibets, rentra chez lui.\n    Petit Bossu avait offert de l'eau b é n i t e ! Elisa le raconta à son\namie, son amie à une a u t r e . . . le soir tout le village le sut.\n    « Petit Bossu est amoureux ! 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Ses yeux devinrent plus graves\nencore et sa bouche ne sourit plus j a m a i s .\n   On le voyait passer, morne et très pâle, sur les r o u t e s ; les\ngamins ne l'imitaient plus parce que ce n'est pas gai d'imiter\nla douleur, et il avait l'air si malheureux, si malheureux, que les\nbelles filles, sur leurs portes, n'avaient plus le courage d'en rire.\n   T o u t e une semaine se passa ainsi.\n   L e dimanche, c'était la kermesse du village : toutes les rues\nétaient pavoisées et, sur la grand'place, il y avait des chevaux\nde bois, des marchands de pains d'épices et des baraques\ndiverses.\n    Dès le matin, tout le village fut en branle. Les hommes, les\nfemmes, les enfants étaient vêtus de leurs plus beaux habits et\nriaient à qui mieux mieux.\n    Or, sur la place, dans un coin, la foule était plus compacte\net s'amusait à regarder des hommes qui, en bras de chemise, le\nfront baigné de sueur, essayaient d'atteindre le sommet d'un\nmât de cocagne où se balançaient, pendus à un cerceau, un\nsaucisson, une poupée, un revolver et d'autres objets. Les\nhommes montaient, montaient péniblement, peu à peu, par\nélans, puis tout à coup, n'en pouvant plus, ils se laissaient\nglisser rapidement et retombaient à terre comme un paquet, aux\nhuées de la foule.\n    Déjà cinq hommes avaient essayé vainement d'atteindre les\nobjets, quand quelque chose de très petit passa entre les j a m b e s\ndes spectateurs, courut droit au mât, jeta sa veste et se mit à\ngrimper.\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "                          LE PETIT BOSSU                         107\n\n\n    Tous poussèrent un cri : « Petit Bossu! c'est Petit Bossu! »\n    Lui, cependant, grimpait d'un mouvement égal, comme si\n un ressort l'eût fait avancer. Il grimpait, grimpait, les yeux en\n l'air, pans fatigue apparente...\n    Et soudain, ce fut une clameur de joie. Le petit bossu avait\natteint le sommet. Alors, rapidement, il fit tourner le cerceau,\ndécrocha le revolver et redescendit, toujours aussi calme. Il\nremit sa veste, enfonça son revolver dans sa poche et s'éloigna,\nau milieu des compliments et des félicitations, riant pour tout\nde bon, tandis que ses yeux prenaient un air de détermination\nfarouche.\n    Toute la journée, on put le voir, une fleur à la boutonnière,\ncausant, riant, saluant tout le monde.\n    Le soir, il alla s'installer à sa place habituelle, au cabaret où\non le reçut avec des cris de joie. I1 prit verres sur verres, invita\ntout le monde et fit des plaisanteries à rendre malades de rire\ntous ceux qui l'entouraient. Enfin, pour couronner ses exploits,\nil cria à tue-tête :\n    « Garçon! une bouteille de champagne! »\n    Du champagne, on n'en avait pas dans le petit cabaret, mais\nle garçon, mis en gaité, eut une idée : il prit une vieille bouteille\nde champagne, l'emplit d'eau et l'apporta au bossu.\n    Verre par verre, celui-ci but toute la bouteille et les gens qui\npassaient sur la route s'arrêtaient en riant et criaient :\n    « Regardez,... Petit Bossu qui boit du champagne! »\n    Quand la bouteille fut vide, Petit Bossu paya, donna un franc\nau garçon et s'en alla en fredonnant une chanson joyeuse.\n    Seulement, au lieu de partir par la grand'route, il prit un\npetit sentier qui tournait derrière le cabaret.\n    Le cabaretier qui le vit, lui cria :\n    « Tu as un rendez-vous, Petit Bossu? »\n    Lui ne répondit rien et s'enfonça dans le sentier.\n    Une minute après, on entendit un coup de feu.\n    Le cabaretier, le garçon et des passants coururent avec des\nlumières dans le petit sentier.\n    Petit Bossu était là, dans une flaque de sang plus grande que\nlui, son revolver en main, ses yeux d'amoureux grands ouverts,\nregardant le ciel.\n                                                      PAUL MAX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-010", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 108, "page_fin": 111, "titre_corps": "Béguines et Béguinages", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Clara Cogen-Ledeganck", "ancre_debut": "Béguines et Béguinages Les Béguinages de fland Le Grand Béguinage", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 133, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "Béguines et Béguinages\n                          Les Béguinages de fland\n                               Le Grand Béguinage\n\n\n                                      (Suite) (1)\n\n\n                     Le nouveau Grand Béguinage\n              LES pieuses femmes ne passent pas un jour sans\n                   mentionner dans leurs prières leur sauveur\n                   Monseigneur le duc d'Aremberg, fondateur du\n                   nouveau Béguinage.\n                      L a brique rouge des façades, les fenêtres à\n                   meneaux aux petits carreaux verdâtres ne don­\n                   nent pas l'impression de paix souriante, propre\n                   au Petit Béguinage.\n   L e long, de ces ruelles muettes et désertes, devant ces massives\nportes de chêne renforcées de gros clous et de solides ferronneries,\non éprouve une oppression singulière ; on est reporté dans le\npassé. L e bruit des pas est troublant, on se sent isolé du monde.\n   Et tout à coup, au détour d'une rue derrière l'église, on est\nentraîné plus en arrière encore, dans le recul du temps\n   U n e chapelle ouverte est appuyée contre le mur extérieur du\nchœur de l'église. U n grand Christ en plâtre colorié expire sur\nla croix. L'image est enluminée des couleurs les plus réalistes;\nle sang gicle à lourdes gouttes des blessures que la couronne\nd'épines a faites au front divin; il coule le long de la face et\ndégoutte sur les membres violacés par la torture. Des yeux mou­\nrants tombe un regard d'une infinie détresse et les lèvres bleuies\nsemblent murmurer ces mots suprêmes : « T o u t est consommé. »\n\n (1) Voir nos fascicules de juin 1906 et de janvier 1907.\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "                     BÉGUINES ET BÉGUINAGES                       109\n\n\n   Au pied de la croix, deux petites flammes tremblottent dans\n des lanternes de verre rouge.\n   U n e béguine est agenouillée sur la marche de pierre qui porte\nle « Calvaire » les bras étendus en un geste d'embrassement, la\ntête légèrement inclinée de côté; les yeux fixés sur le grand\nmartyre.\n   C'est un élan de tout l'être vers ce qui est sa foi, sa force.\n   Au soir tombant, la cloche, d'un appel doux et lent, convie la\ncommunauté au Salut.\n   T o u r à tour les petites portes s'ouvrent et livrent passage aux\nfigurines encapuchonnées de toile blanche, et la plaine gazonnée\nqui s'étend devant l'église s'émaille un instant de leurs blan­\ncheurs mouvantes.\n   Elles ne portent point en ce moment la faille enveloppante,\nmais un linge de toile plié en carré long est posé sur la tête, par­\ndessus la cape (à la manière de la coiffure des Italiennes).\nArrivées, sous le portail, elles le déplieront et d'un geste sûr et\nadroit s'en entoureront la tête et le buste. C'est le voile.\n   Elles dégraferont la j u p e du lourd habit de drap qu'elles\nrelèvent pour marcher dans la rue.\n   T o u t à coup nous voyons sortir de la « Maison des cinq plaies\ndouloureuses » une religieuse à la figure jeune ; elle soutient\nune toute vieille béguine que l'âge courbe vers la terre et qui\ns'appuie à son bras. Lentement, p r u d e m m e n t , elles aussi tra­\nversent la plaine et se dirigent vers l'église.\n   Alors, sous le voile blanc, laissant traîner leur robe de drap\nbleu toutes vont se placer dans la nef, où chacune trouve\nprie-dieu ou coussin de prière, et elles s'absorbent dans leurs\noraisons.\n   Il y a quelque vingt ans, l'église était éclairée au moyen de\nlampes à l'huile grasse qui répandaient une lumière fumeuse et\ndiffuse, bien insuffisante pour la lecture des offices. Afin de\nremédier à cet inconvénient, chaque béguine était munie d'un\nminuscule bougeoir de cuivre qu'elle plaçait sur la planchette\nde son prie-dieu et à la lueur d'une chandelle de suif moins\ngrosse que le doigt, elle suivait, tant bien que mal, les lignes\nimprimées de son bréviaire.\n   Ce que ce pauvre système d'éclairage m a n q u a i t en confort il\nle regagnait largement en pittoresque.\n   L'aspect de ces centaines de formes voilées dont les lignes\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "110                         DURENDAL\n\n\n\nindécises se perdaient dans une ombre de mystère, de cette\nmultitude de petites flammes vacillantes, clignotant comme des\nfeux follets dans l'obscurité ambiante, était inoubliable.\n   Aujourd'hui la lampe moderne a pénétré jusque là, et de sa\nbelle iiamme au pétrole tombe une clarté qui court en nappes\nmouvantes sur la masse blanche des femmes voilées et se joue\ndans les plis du linge éclatant qui frissonne autour d'elles.\n   Mais voici que l'orgue envoie ses longs accords à travers la\nnef qui les renvoie en soupirs jusqu'à la voûte sonore.\n   De hautes voix de femmes chantent en sons flûtés le salut et\nle magnificat.\n   Ce chant a quelque chose d'immatériel.\n   Les anges de Mcmlinc et de Van Eyck devaient chanter ainsi,\ntandis que de leurs longs doigts mystiques ils faisaient vibrer\nles cordes de leurs violes.\n   L e dernier « amen » expiré, tandis qu'on éteint lampes et\ncierges, on entend une légère rumeur, un glissement de pieds\nsur les dalles; ce sont les béguines qui sortent de l'église. Elles\néchangent un léger « bonsoir », « bonne nuit », et s'éparpillent\npar les ruelles silencieuses.\n   Les portes s'entr'ouvrent, se referment et la calme nuit descend\nsur ces paisibles demeures, tandis que la lune se joue autour des\ncapricieux pignons.\n   Allongées sur leurs étroites couchettes blanches, les mains\njointes elles prient leurs anges tutélaires et un sommeil d'en­\nfant étend bientôt ses ailes duvettées sur leurs âmes inno­\ncentes.\n\n\n\n  Que se passe-t-il donc dans la « Maison du doux nom de\nJésus » ?\n   L a porte d'entrée est large ouverte. Des femmes, en châle et\nen bonnet, des béguines entrent et sortent et échangent à mi-\nvoix quelques paroles.\n  U n e sœur est morte dans cette maison; elle est « exposée » et\nchacun peut aller la voir.\n  T o u t e s les « sœurs » du Béguinage sont obligées d'aller\nsaluer une dernière fois leur compagne « endormie dans le\nSeigneur ».\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "                    BÉGUINES ET BÉGUINAGES                                 111\n\n\n   Dans sa chambrette, petite et propre, elle est étendue sur la\ncouche étroite, revêtue du « grand habit ». L a tête, soutenue\npar des coussins, porte par-dessus la cornette une haute couronne\nde perles blanches.\n   L a figure, d'une teinte de cire, les yeux clos, se noie d'ombre\ndans les plis de la coiffe. E n travers du buste, le joli voile en\ntulle brodé qu'elle portait lors de sa prise d'habit. Les mains\njointes, aux tons d'ivoire jauni, se referment sur un petit crucifix\nnoir. Le reste du corps est recouvert par le voile de toile\nblanche, parsemé de fleurettes artificielles.\n   Vis-à-vis le lit, une petite table habillée de blanc porte un\ngrand crucifix entouré de six hauts chandeliers dans lesquels\nbrûlent des cierges; dans un verre d'eau bénite, trempe une\nbranchette de buis. De chaque côté de la table une sœur\n« veille » et récite le rosaire.\n   Les visiteurs qui viennent voir la morte s'agenouillent d'abord\ndevant le grand crucifix et disent une courte prière; après quoi,\nla branche de buis à la main, ils tracent le signe de la croix\nsur le corps de la défunte.\n   Les volets des fenêtres sont presque clos; les grands rideaux\nblancs tirés; malgré tout, le soleil veut entrer. Ses rayons d'or\njouent dans les plis des rideaux de lit et caressent la calme petite\nfigure morte, sous sa haute couronne de perles.\n   De courtes phrases se chuchottent :\n   « C'est une belle et douce morte ! »\n   « j'avais beaucoup d'affection pour elle ! »\n   « Elle était bonne pour tous et patiente dans ses souffrances. »\n   En ces quelques paroles, ses compagnes ont prononcé son\noraison funèbre.\n   L a mort n'a pour elles rien d'effrayant; elle est dépouillée de\nson horrible mystère : c'est le passage dans une vie meilleure,\nla béatitude, la gloire éternelle.\n\n  (A continuer.)                 CLARA COGEN-LEDEGANCK.\n\n                      (Traduit du flamand par ANNA DE W E E R T - C O G E N . )\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-011", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 112, "page_fin": 113, "titre_corps": "J.-S. Bach — César Franck", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. Verhelst", "ancre_debut": "J.=S. Bach = César Franck M. André Pirro", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 139, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "J.=S. Bach = César Franck\n    M. André P i r r o contribue à la collection \" les maîtres de la musique \" par\nu n e biographie de J . - S . Bach (1), qui se lit avec plaisir, même après le beau\nlivre de M. Albert Schweitzer ( J . - S . Bach, le musicien poète). Comme ce\ndernier, M. P i r r o s'étend plus sur l'œuvre du grand cantor que sur les événe­\nments assez peu variés d'une vie laborieuse et tranquille. E t d a n s cette œuvre\nmême, ce sont surtout les cantates que le récent biographe choisit comme\nthème d'analyses fort attachantes. Il en dégage, en une langue d'un g r a n d\ncharme littéraire, l'élément lyrique et descriptif.\n   L e lyrisme de Bach est presque un lieu c o m m u n . Il serait contradictoire\nqu'un musicien ne fût pas lyrique. Ce qui est plus intéressant de noter chez\nBach, c'est l'évidente préoccupation d'éveiller, par la musique, des images\nde choses objectives. Bach est presque aussi peintre que musicien. Il en donne\nla preuve chaque fois qu'il rencontre l'occasion de souligner un mol pitto­\nresque. Les métaphores musicales abondent dans ses œuvres. Ainsi les\nparoles du choral O Ewigkeit, du Donnerwort (2), sont accompagnées des gron­\ndements de l'orchestre, rappelant le fracas du tonnerre. D a n s la cantate Ach\nwie flüchtig, ach wie nichtig... (3) les gammes des instruments dépeignent le\ncours fugitif de la vie h u m a i n e . Ailleurs, la polyphonie instrumentale, com­\nmentant le baptême du Christ dans le J o u r d a i n , déroule ses volutes comme\nles vagues d'un fleuve. M. P i r r o aurait pu signaler aussi le premier chœur de\nla cantate pour la P e n t e c ô t e : O Ewiger Feuer, o Ursprung der Liebe (4). S u c ­\ncessivement chacune des voix du chœur entonne u n e longue tenue, que les\nautres enveloppent d'un tourbillon de vocalises rapides comme des flammes\ncrépitantes. Ainsi se superposent les deux images de la durée et du feu sym­\nbolique.\n   On ne peut commenter l'œuvre de Bach sans reconnaître le sentiment reli­\ngieux, la piété sincère, sérieuse et profonde qui l'inspirent. Au surplus, Bach\nne choisit pas ses sujets. Ils lui sont imposés par ses fonctions liturgiques. Il\ntravaille sur c o m m a n d e , ce qui ne l'empêche pas de faire œuvre de grand\nartiste. D'ailleurs, les circonstances qui sollicitent son inépuisable production\nappartiennent à l'ordre des choses transcendantes.\n\n\n  (1) J.-S. Bach, par ANDRÉ PIRRO (Collection : Les Maîtres de la Musique. Paris, Alcan).\n  (2) O Eternité, mot tonitruant...\n  (3) O fuite et néant...\n  (4) O feu éternel, source de l'amour...\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3187, "texte": "                        J.-S.   BACH — CÉSAR                    FRANCK               113\n\n\n   Je ne sais si M. P i r r o a toujours compris le mysticisme assurément très\nélevé, mais p e u quintessencié d e Bach. A divers endroits, il paraît confondre\nles sentiments qu'inspire au chrétien la pensée de la mort avec je ne sais quel\nvague désir d'anéantissement. « L a paix d a n s le néant » est u n e interprétation\nde moderne biographe qui aurait déconcerté le pieux cantor. D e même, \" la\npatience qui d o n n e l'illusion d u b o n h e u r \". Q u e par endroits la piété de Bach\ninsiste plus que de raison sur des pensées déprimantes, on peut l'attribuer aux\nerreurs de la doctrine luthérienne. Toujours est-il q u e le génie de Bach\nrépugne à ces déviations. Sa robuste n a l u r e , épanouie et confiante, n e\nconnaît pas les aberrations du pessimisme. Celui-ci est u n e tare des âmes\nmodernes, lasses de tout, m ê m e de la vie. L a tristesse de Bach a des raisons\nprécises et légitimes : douleur d e l'âme repentante, larmes du chrétien qui\ncompâtit a u x souffrances du Sauveur. Il faut être croyant pour sentir combien\nce sentiment diffère de ce q u e M. Fierens-Gevaert a n o m m é « la tristesse\ncontemporaine ». L ' u n est pénétré d e paix et d'espoir; l'autre est ravagée,\nmorne et pleine d'infinie desespérance.\n    Il faut être croyant aussi pour c o m p r e n d r e q u e la piété de Bach est plus\nqu'un vague dilettantisme, et combien son œuvre liturgique se hausse\nau-dessus de la religiosité puérile et plus ou moins honnête d u néo-christia­\nnisme wagnérien. L e s titres seuls d e ses cantates en disent long à ce sujet,\npour ceux de n o s contemporains qui savent les e n t e n d r e .\n   P e u avant la biographie d e Bach, M. Vincent d ' I n d y avait d o n n é dans la\nmême collection une étude consciencieuse sur la vie et l'œuvre de César\n Franck (1).Nul n'était mieux p r é p a r é pour présenter a u public la silhouette de\ncelui qu'on appelait « le père F r a n c k ». M. Vincent d ' I n d y a trouvé dans son\ncœur et dans ses souvenirs personnels les traits si vivants sous lesquels\nl'auteur des Béatitudes figurera désormais d a n s l'histoire de l'art. Son livre\ncontribuera à faire rendre justice à u n artiste qui n e connut guère de son\nvivant ni les triomphes de la célébrité, ni les faveurs officielles, ni les adula­\ntions du public frivole. S'il fut inégal, il faudra l'attribuer à la misère de son\nmilieu et de son temps, et peut-être aussi a u x exquises délicatesses d e son\nâme trop exclusivement mystique, inerte a u x résonances des passions infé­\nrieures, et, comme disait saint François de Sales, semblable à l'encensoir clos\ndu côté de la terre et béant vers le ciel. César F r a n c k a cela de c o m m u n avec\nle peintre angélique d e Fiesole. C'est assez, sans doute, pour l'auréoler d'une\ngloire p u r e et d u r a b l e .\n\n                                                                       F. VERHELST.\n\n\n\n\n  (1) César Franck, par VINCENT D'INDY (Collection : Les Maîtres de la Musique.\nParis, Alcan). Un nouveau volume de cette collection vient de paraître : Beethoven,\npar JEAN CHANTAVOINE. NOUS en parlerons prochainement.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-012", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 114, "page_fin": 116, "titre_corps": "Sur l’œuvre d’Adrien Mithouard", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tancrède de Visan", "ancre_debut": "Sur l’œuvre d’Adrien Mithouard Suite 1 TOUT grand poète", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 141, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard\n                                        (Suite) (1)\n\n\n\n\n                          TOUT grand poète se double d'un esthéticien. Notre main\n                             gauche n'ignore l'acte de notre main droite qu'afin de la\n                             laisser libre d'œuvrer selon son instinct. Mais sitôt l'œuvre\n                             accomplie, elle a raison d'intervenir et de soupeser les\n                             fruits éclos de ce labeur L'artiste qu'est Mithouard se\n                             double d'un critique avisé. Délicieux exemple d'une orga­\n                             nisation d'élite. L e poète s'abandonne dans l'instant où\n                            parle son démon, et sait tout de même lui échapper pour\n                            le mieux contempler.\n     Le Tourment de l'Unité (2) est à la fois un essai critique des deux courants où\ns'abandonnent sans se mêler les sources de l'art actuel, et un exact inven­\ntaire de la vie passée de l'auteur. Avant de regarder sa jeunesse s'enfoncer\ndans la b r u m e des chers lointains, Mithouard ausculte sa pensée, tâte le p o u l s\nde son cœur, résèque son cerveau, l'allège de toute idéologie. C o m m e la crise\ntraversée est c o m m u n e à beaucoup de contemporains, on en profite pour\ndéterminer les acquisitions, la mentalité d'une période turbulente et féconde.\nL e titre de l'ouvrage en indique assez la tendance. Cette unité divine, sym­\nbole de toute beauté, que Mithouard rêva d'étreindre, il va encore la pour­\nsuivre à travers la multiplicité de nos efforts d'artistes. « Q u a n d Dieu fit\nl'homme à son image, ce fut donc qu'il lui inspira cette passion de reproduire\nl'Unité divine, de vouloir sans repos restituer son auteur. » La Beauté est\nd o n c « u n e sensation d'unité que nous procure l'ouvrage harmonieux ».\nQ u a n t à l'harmonie, elle apparaît « l'écriture de l'Unité sur la matière. Le\nsecret de l'artiste fut de nous procurer l'occasion d'un inconscient calcul ».\nL ' h a r m o n i e est faite de « chiffres sensibilisés ». Elle est « l'ivresse de totali­\nser, le délire des ensembles, la joie de la synthèse ». Les chefs-d'œuvre de\nl'architecture, de la peinture, de la musique, de la poésie vérifient cette\nnorme insaisissable et pourtant rigide. Or, l'œuvre d'art commence où les\nchiffres finissent. « Quoi de plus fastidieux qu'une symétrie, si l'on n'en fait\n\n\n  (1) Voir nos fascicules de Septembre, Novembre, Décembre 1906 et de Janvier        1907.\n  (2) Le Tourment de l'Unité. Mercure de France. Paris 1901.\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3584, "texte": "                 SUR   L'ŒUVRE     D'ADRIEN     MITHOUARD                  115\n\n\noublier la trop claire ordonnance par la qualité expressive des morceaux? »\nC'est pourquoi les hommes ne se satisfont jamais « d'aucune harmonie, à\ncause du sentiment qu'ils ont de tout ce qu'elle rejette lorsqu'elle se limite ».\nIls préfèrent « renoncer à la Beauté plutôt que la souffrir restreinte et limi­\ntée » et se réfugient dans l'Expression. « L'origine de l'expressif, c'est d'avoir\naperçu qu'il y avait encore des éléments qu'une suprême harmonie ne réalisait\npas, d'avoir convoité au delà quelque chose d'inexprimable. \" L'expressif se\nconfine dans l'émotion et veut que nous la partagions ; l'harmonieux nous\noffre des proportions et des lignes. L'un nous parle du dedans, l'autre du\ndehors; l'un s'équilibre dans le temps, l'autre dans l'espace; l'un fait rentrer\ndans l'œuvre toutes les parcelles de l'univers que l'autre avait rejetées. La\nrichesse expressive d'une œuvre d'art se reconnaît à son mouvement. Après\ndonc {'harmonie et l'expression, Mithouard étudie le mouvement, type de l'élé­\nment expressif. Le mouvement c'est « un équilibre instable de la matière\nagencée, une violence qui l'incline ou qui la soulève ». Le mouvement crée\nla beauté dynamique, de quoi est fait l'art gothique et contemporain, par\nopposition à l'art statique ou harmonieux des Grecs et des Romains.\n    Les deux derniers chapitres de cette première partie confirment la théorie\nsi profondément scientifique, et aussi vivante, de Mithouard, au moyen\nd'exemples choisis parmi les arts majeurs de la fin duXIXesiècle. Il semble\nque l'esthéticien ait tout vu, tout entendu, tout feuilleté, palpé le cerveau de\nchacun de ses contemporains, épuisé leurs émotions douloureuses en les\npressant dans son âme. Mithouard s'est créé un goût nuancé au point de ne\nlaisser échapper aucune de nos subtilités, et la clarté logique extraite des\n œuvres qui l'entourent s'est changée en un spectre d'idées qu'à nouveau\n l'auteur du Tourment de l'Unité va décomposer au prisme de son siècle. Tel\nencore un miroir qui condenserait la lumière et la renverrait au foyer d'où\nelle émane. Deux conclusions s'imposent : l'inquiétude de l'homme moderne\n qui a jeté un peu de son âme à tous les horizons, mais qui se ressaisit, ayant\n compris la nécessité de se retremper à l'école de la bonne difficulté. Simplifier\n en noblesse, se discipliner, voilà le mystère des inflexibles compositions qui\n réunit sous le même idéal des hommes comme Mallarmé, Cézanne, Jules\n Laforgue, Carrière, Odilon Redon, d'Indy, Rimbaud, Chausson, Gide,\n Rodin, De Bussy, Whistier, Jammes, Maurice Denys.\n    La seconde partie de cet admirable bréviaire d'art saisit le dernier moment\n dont est faite la beauté. Après que l'artiste s'est efforcé d'enfermer en son\n œuvre le plus qu'il peut de l'univers; après qu'il y a mis de l'ordre pour y\n faire régner l'harmonie, il s'aperçoit « que le tout est empreint d'un caractère\n de dualisme ». « C'est que de réduire les choses à deux clefs, c'est toujours\n s'approcher le plus de l'Unité que l'on rêvait d'atteindre. » « La dernière\n étape de ce chemin qui va de la multiplicité à l'unité, c'est de passer par les\n conceptions dualistes. » Nos énergies magnétiques se précipitent vers deux\n pôles différents, « cependant qu'en notre cerveau deux hémisphères se par­\n  tagent les secrets de l'esprit ». Ce dualisme inné, Mithouard nous le montre\n  chez Verlaine à la fois cynique et religieux, homo duplex, auteur de Sagesse et\n  de Parallèlement; — chez Hello, ce « Breton dans l'Infini », ce Pascal du\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "116                               DURENDAL\n\n\n XIXe siècle qui possède comme l'autre une extraordinaire aptitude à consi­\ndérer les extrêmes, les contrastes supérieurs, l'idée pure de la passion, la\ngrandeur et la misère de l'homme; — chez saint François d'Assise, mystique\net naturaliste, dont l'humilité synthétise deux amours exclusifs, celui du\n Christ et celui des créatures. Dualisme encore que cette désastreuse affaire\n qui divisa la France en deux camps. « Ce fut vraiment la guerre des\nméthodes. » Bataille éperdue entre les analytiques et les synthétiques, les\nexpressifs et les harmonieux, les dolichocéphales remuants et les Celtes bra­\nchycéphales. « Deux pôles et puis du mouvement pour les confondre », tels\nnous apparaissent l'art gothique et l'art impressionniste. « Par deux fois un\nmouvement d'art provoqué par une influence orientale aboutit à nous mani­\nfester d'irréductibles Occidentaux. » Gothiques et impressionnistes sont « des\nhommes de la même race, impressionnés par le même pays ».\n   La vibration, « tressaillement intime des atomes cherchant leur équilibre »,\nvoilà l'inquiétude de la Beauté. Et ce livre écrit dans l'enthousiasme se ter­\nmine par un furieux hymne en l'honneur de la Salomé occidentale « qui sait\ntant de choses et qui danse devant l'immortel Atlantique, pour l'âpre joie\nseulement d'élancer dés lignes chargées de souvenir et de préciser, bien\nqu'avec élégance, des gestes voulus ». Cette belle fille de souffrance et de\nsilence « ne se résigne à nul aspect de tranquillité finale et rêve d'un tel\nrepos qu'elle se meut sans repos ». Oh! l'admirable et très lucide divagation\nqui clôt une œuvre d'érudition colossale et achève un geste flamboyant !\nN'ai-je pas le droit de m'étonner une fois encore de ne pas voir feuilleter par\nnos mains inquiètes ce Tourment de l'Unité, résumé lyrique d'un grand siècle\nexpressif. Tandis qu'il écrivait ce fiévreux manuel, Mithouard a trouvé son\ncentre et l'orientation de sa vie. Dans la Divagation de Salomé nous assistons\naux dernières convulsions de cet iris exaspéré, fleur mystique d'une intransi­\ngeante jeunesse. Or, à déterminer les éléments ethniques, les apports terriens\ndes œuvres d'art analysées, Mithouard a reconnu que notre pensée ne pros­\npère qu'au moyen de nourritures terrestres. A mesure qu'une œuvre s'élève\ndans le ciel de l'abstraction, elle tire sur ses racines, épuise sa sève, d'où la\nfacilité avec laquelle nous pouvons l'enfermer dans nos schémas mathéma­\ntiques. Et voici que Mithouard s'achemine vers plus de sérénité, ayant com­\npris la beauté de la vie quotidienne. Nous allons le surprendre dans le Traité\nde l'Occident, au moment où il prend position au seuil d'un nationalisme\nintelligent.\n\n  (A continuer.)                                        TANCRÈDE DE VISAN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-013", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 117, "page_fin": 119, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Chronique Musicale Premier Concert du Conservatoire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 144, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "Chronique Musicale\n               Premier Concert du Conservatoire\n   On sait le culte ardent et passionné qu'a voué l'éminent chef de notre\nConservatoire à l'œuvre de Gluck qu'il révéla tant de fois au public belge en\ndes auditions mémorables. Ces interprétations modèles du Conservatoire de\nBruxelles sont u n e date d a n s l'histoire de la musique en notre pays. C'est\nen fixant, en éclairant par le précieux enseignement de ces concerts la véri­\ntable compréhension du style de Gluck que Gevaert a initié ses contem­\nporains aux beautés simples, fortes et profondes qui partout éclatent d a n s\nl'œuvre du créateur du drame lyrique musical, d r a m e lyrique dont W a g n e r\na renouvelé le cadre et élargi la conception en l'harmonisant plus étroitement\navec les aspirations des générations qui suivirent, mais que cependant\nil n'a point créé. E t c'est ainsi que peu à peu la grande personnalité de\nGluck s'est dévoilée, apparaissant sur les sommets, c'est-à-dire à sa vraie et\nlégitime place dont elle ne saurait désormais être détrônée.\n   Chronologiquement, Iphigénie en Aulide occupe le troisième rang en cette\nsérie de cinq chefs-d'œuvre dont Orphée constitue le point de départ et\nIphigénie en Tauride le triomphal aboutissement. Nous n'avons pas ici à\nanalyser cette partition d'Iphigénie en Aulide, dont la dernière exécution au\nConservatoire de Bruxelles remonte à l'année 1900, partition si p u r e et si\ngrave, où palpite tant d'émotion, où rayonne tant de noblesse, où fleurissent\ndans les chœurs, et les airs de ballet des épanouissements mélodiques si\nberceurs et si exquis.\n   L'interprétation avec MM. Seguin. Demest, Mlles Bastien, Dratz-Barat,\nDriessen-Collet a été superbe de vie et d'accent.\n   Mme Bastien (Clytemnestre) a eu des magnifiques élans et s'est montrée\ngrande tragédienne d a n s la scène des imprécations. Après le monologue qui\nconclut le second acte, M. Seguin (Agamemnon), diseur et chanteur a d m i ­\nrable, a été l'objet d'une ovation enthousiaste.\n\n\n                Second Concert du Conservatoire\n   Ce concert exclusivement consacré aux œuvres instrumentales, a mis en\nlumière une fois de plus l'exceptionnelle valeur de l'orchestre du Conserva­\ntoire. Les artistes d'élite qui le composent ont j o u é des œuvres empruntées à\nun répertoire c o n n u , mais qu'on ne se lasse jamais d'entendre, surtout quand\nelles sont interprétées de cette magistrale façon. Quelle radieuse expansion\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3143, "texte": "118                                DURENDAL\n\n\nde beauté, de tendresse, de divine émotion dans la s y m p h o n i e en mi bémol de\nMozart, dans la quatrième symphonie de Beethoven ! Avec quelle puissance,\nquelle souffle, quelle généreuse envolée M. Gevaert a dirigé l'ouverture\nd'Euryanthe! Quelle soudaine et suggestive illumination des sens profonds de\nl'œuvre dans le Largo qui se dresse énigmatique au milieu de l'ouverture !\nL e concert se rehaussait d'un intermède délicat composé de pièces souve­\nrainement charmeuses pour instruments à cordes et bois, un fragment d u\nProméthée de Beethoven et le Larghetto du Quintette de Mozart, une céleste\ninspiration du maître de Salzbourg.\n\n\n                       Quatrième Concert Ysaye\n    Le concert débutait par la symphonie en ut majeur (n° 41) de Mozart,\nentendue l'an dernier au Conservatoire et généralement dénommée Jupiter-\nSymphonie, appellation peu justifiée (et qui, du reste, n'est pas de Mozart), car\n elle ne se trouve nullement en concordance avec le caractère de grâce épanouie\n naïve et souriante qui embaume ce poème de bonheur renfermant notamment\n un délicieux Andante cantabile, dont, sous la direction fine et nuancée de son\n chef, l'orchestre Ysaye a découvert l'âme limpide toute parée de jeunesse et\n de beauté. P u i s venaient trois fragments du Songe d'une nuit d'été de Men­\n delssohn, l'Ouverture avec son grave portique d'accords wagnériens se résolvant\n en un scintillant essaim de sonorités caressantes et fugaces, le Nocturne\nexécuté sur le cor en solo par M. Heylbroeck avec autant de pureté que de\npoésie, enfin le Scherzo ravissant de fraîcheur, évoquant la vision des sylphes\net des fées volant doucement dans l'azur et se posant d a n s le calice soyeux\nde fleurs enchantées, scherzo que l'orchestre broda si délicatement avec\nu n e fantaisie si ailée et primesautière qu'il fut bissé d'enthousiasme, u n e\n bonne part des acclamations s'adressant au flûtiste M. Radoux, dont le jeu\ncharmeur et enveloppant mérite une mention spéciale.\n    Le plus grand violoncelliste belge, nous avons n o m m é M. Jean Gérardy,\nprêtait son concours à ce concert. Il joua le concerto de Lalo et le concerto en\nla mineur de Saint-Saëns, où éclatèrent sa triomphante maîtrise, la richesse\nexpressive de son phrasé tour à tour puissant et moelleux, bien que la vertu\nfoncière du jeu de Gérardy qui réside surtout dans la profondeur du sen­\ntiment ait eu plus de possibilités de se déployer dans l'oeuvre de Saint-Saëns\nmoins surchargée de traits et d'extériorités. Succès immense et assurément\njustifié. Le concert se terminait par la pittoresque fantaisie de T h . Ysaye sur\nun thème populaire, se distinguant comme toutes les œuvres de ce compositeur\npar l'originalité et l'ingéniosité de l'orchestration.\n\n\n                    Troisième Concert Populaire\n  Sylvain Dupuis y a d o n n é u n e exécution ferme et intelligemment nuancée\nde la deuxième symphonie de J o h a n n e s B r a h m s , en ré majeur, œuvre remar­\nquablement belle de ligne et de structure, où une matière musicale poétique,\nsavoureuse et richement sonore s'enchâsse dans une forme exquisement pure\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3384, "texte": "                               CHRONIQUE MUSICALE                                        119\n\n\n et châtiée. Si d a n s la musique de B r a h m s , on ne découvre ni l'ampleur de\n souffle et la s u r h u m a i n e g r a n d e u r de Beethoven, ni les suaves et inépuisables\n efflorescences mélodieuses de S c h u m a n n , elle possède une vertu propre qui\n réside surtout dans la noblesse des idées qu'elle exprime ainsi que dans la\n grave et lumineuse élégance de son architecture. Il y aurait à citer particu­\n lièrement le premier mouvement [Allegro non troppo) d'une grâce si captivante,\n d'une inspiration si fraîche et si printanière, et le troisième (Allegretto grazioso)\n construit sur un r y t h m e plein de charme et de finesse. Cette belle exécution\n de la S y m p h o n i e de B r a h m s a été longuement et chaleureusement applaudie.\n    On a, au contraire, accueilli assez froidement l'Hymne à Vénus d'Albéric\n Magnard (une des personnalités les plus distinguées de la j e u n e école\n française). Ce poème symphonique dont on souhaiterait tenir le fil conducteur\n faute de quoi il d e m e u r e plutôt impénétrable est u n e page ayant incontes­\n tablement de l'allure, unissant les mérites d'une écriture forte et savante au\n prestige d'une orchestration ample et généreuse. L a Rhapsodie Dahoméenne de\n A. de Boeck est une composition s y m p h o n i q u e originale, développant des\nthèmes locaux avec u n e verve abondante et pittoresque.\n    La participation de Busoni, un des princes du clavier, relevait encore\nl'intérêt de ce concert. Le grand pianiste a d o n n é du concerto en ut mineur\nde Beethoven u n e interprétation s u p e r b e de rythme et de couleur.\n   Ses extraordinaires dons de virtuose ont a p p a r u dans la Totentanz de Liszt,\nune malencontreuse boutade macabre du compositeur hongrois, où les accents\nsolennels du Dies Irae sont parodiés et travestis de la façon la plus insensée\nsous une avalanche déchaînée de traits et de g a m m e s . Il faut dire qu'ensuite\nBusoni a généreusement réparé son erreur en jouant au rappel, avec une\nmajesté et une poésie intenses, cet admirable prélude de la Goutte d'eau, le\nplus beau des vingt-quatre préludes de Chopin, qui primitivement figuraient\ntous au p r o g r a m m e , que tous se réjouissaient d'entendre interpréter par u n\ngrand artiste et dont, par une substitution regrettable, le public des concerts\npopulaires a été malheureusement frustré.\n\n\n\n                 Récital de Mlle Germaine Schellinx\n   Mlle Germaine Schellinx, élève de M. Marchot, une j e u n e et intéressante\nvioloniste dont l'an dernier Durendal signala les d é b u t s , a d o n n é à la Salle\nRavenstein son premier récital, récital qui lui a valu un très flatteur et très\nlégitime succès. Son jeu net, vigoureux, plein de chaleur et de conviction,\nses aptitudes expressives déjà si délicates et intelligentes ont d o n n é leurs\npreuves dans un concerto a b o n d a m m e n t mélodieux de Vieuxtemps, dans le\npoétique et pittoresque concerto de Saint-Saëns. Un bel avenir d'artiste\nsemble ouvert à M lle Schellinx. L'impression très favorable qu'elle a produite\ns'est complétée par u n e exécution brillante d'un caprice de P a g a n i n i , et de\ndeux études de concert finement écrites pour l'instrument par son maître\nM. Marchot.\n                                                              GEORGES DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-014", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 120, "page_fin": 121, "titre_corps": "Théâtre du Parc", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. Ansel", "ancre_debut": "Théâtre du Parc Les Vieux de Joé de Camara", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 147, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "Théâtre du Parc\n                  « Les Vieux » de Joé de Camara\n               (Comédie traduite du portugais par Henry Maubel)\n   U n e soirée exquise et, comble de rareté, à laquelle on pouvait h a r d i m e n t\nconduire les jeunes filles. M. Joé de Camara, dramaturge portugais d'un\ntalent ferme et fin, a réalisé ce tour de force d'écrire une comédie alerte,\némouvante et joyeuse, où presque tous les personnages sont des vieillards\nayant, depuis longtemps, passé l'âge des passions. L'idée était c h a r m a n t e ,\nmais combien périlleuse! M. Joé de Camara sut, avec une habileté qui\nconfine presque au génie, éviter d'être banal ou mélodramatique.\n   L'émotion des Vieux est toute en n u a n c e s . U n vénérable curé, aveugle et\npresque sourd, joue d a n s cette jolie pièce u n rôle qui est à la fois d'une\nvérité s u r p r e n a n t e et d'une sûre délicatesse. E t il y a une scène de festin qui\nest un chef-d'œuvre de gaîté, de tendresse et de grâce riante.\n   L a belle et courageuse leçon que M. Joé de Camara a donnée là à tous\nnos d r a m a t u r g e s ! L e s Vieux prouvent s u r a b o n d a m m e n t , à ceux qui en\ndouteraient encore, qu'il est possible d'écrire des comédies charmantes, et\n d'une psychologie profonde, et d'un passionnant intérêt, en étudiant les\nmilieux provinciaux et c a m p a g n a r d s , en transportant sur le théâtre les\ngestes nullement scabreux des braves et honnêtes gens. Combien, en vérité,\ncela est plus nouveau et plus intéressant que les vulgaires contrefaçons des\nfâcheux articles de P a r i s , mille fois plus vieux que ces Vieux dont M. H e n r y\n Maubel nous donna au théâtre d u P a r c u n e si parfaite adaptation ! Q u e nos\njeunes auteurs la méditent, cette grave et éloquente leçon!\n   Les Vieux furent joués par la troupe du P a r c comme ils devaient l'être :\navec mesure, émotion et simplicité, avec aussi u n e pointe de finesse malicieuse\net d'ironie discrète, M. Carpentier fut excellent dans le rôle du vieux prêtre\naveugle, M M . Barré et Cueille eurent de la verve et de l'esprit. E t toutes les\n dames, sous leurs rides et leurs cheveux blancs, furent délicates à souhait\n dans cette adorable idylle.\n\n\n              « Les Etapes » de Gustave Van Zype\n                                (Drame en trois actes)\n   Cette soirée fut, pour l'art belge, triomphale et m é m o r a b l e . Il sied d'en\nretenir la date : les Etapes, de Gustave Van Zype, compteront parmi les plus\nglorieuses (si j'ose risquer cette sorte d'ellipse) de notre théâtre national. P a r\nla nouveauté du sujet, par la simple grandeur de la composition, et aussi par\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "                             THEATRE DU PARC                                 121\n\n\nla constante noblesse du langage, ce drame, d'un style si fier et d'une portée\nsi haute, s'impose sans réserve à l'admiration. Je suis de ceux qui pensent,\navec pas mal de gens, que les Belges n'ont pas la « bosse » dramatique, et\nqu'au lieu d'accuser le public de froideur, il siérait davantage à nos auteurs\ncomiques de confesser leur propre maladresse : je n'en mets que plus d'em­\npressement, je n'en éprouve que plus de joie à proclamer bien haut que le\ndeuxième acte des Etapes est l'un des plus pathétiques, des plus purs et des\nplus poignants qu'on ait vus depuis longtemps sur les scènes de langue fran­\nçaise. Le départ de Madeleine vous donne le grand frisson, avec tout ce\nqu'on y sent, en deux mots qu'elle prononce, de passion justicière, de loyale\nénergie, d'héroïque amour de la Vérité. Cela est d'un art sobre, austère, pro­\nfond, et qui atteint le cœur en passant par l'esprit, mais qui l'atteint sûrement,\nirrésistiblement. Les acclamations répétées qui saluèrent cette scène, même\naprès la première de l'œuvre, ont manifesté la grave émotion et le solennel\nenthousiasme que les foules ressentent devant les sommets.\n   Car les Etapes furent une victoire : on en parla un peu partout, chose\nincroyable! et la voix publique loua cette belle pièce avec une flamme inat­\ntendue. Mais nous devons à la vérité — à cette vérité implacable à laquelle\nles héros de M. Van Zype sont sacrifiés les uns après les autres — de déclarer\nque les fervents du Parc s'étaient abstenus en grand nombre. Oserai-je dire\nque, si les Etapes étaient arrivées de Paris, ces mêmes absents eussent acclamé\nle drame avec un délire convaincu?... Le chauvinisme n'est pas, il s'en faut\nde beaucoup, une maladie bruxelloise! du moins en matière théâtrale...\n   Mme Juliette Clarel, qui est décidément une artiste excellente, prêta ses\naccents dramatiques à la haute figure de Madeleine Leglay, autour de laquelle\npivote l'action de cette tragédie toute intellectuelle. M. Chautard, inégal au\npremier acte, devint admirable au second, et le resta au troisième. M. Carpen­\ntier fit un psychologue attristé et indulgent. Et M. Jean Laurent, dans le\nrôle de Leglay, fut consciencieux et juste.\n                                                                    F. ANSEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-015", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 122, "page_fin": 125, "titre_corps": "Les Expositions", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. H.", "ancre_debut": "Les Expositions Le premier Salon de l’Estampe", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 149, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2826, "texte": "Les Expositions\n\n               Le premier Salon de \" l'Estampe „\n   On peut dire que l'Estampe fut attendue, impatiemment, comme un g r o u ­\npement indispensable, après l'apparition de sociétés telles que Les Aquafortistes\net Les Peintres-graveurs. Ces derniers venaient de se manifester, d'assez reten­\ntissante manière, au Cercle Artistique; or, parmi les plus marquantes œuvres\nexposées au salon inaugural de l'Estampe, voici que ces mêmes peintres-gra­\nveurs prolongeaient en quelque sorte l'exhibition du Cercle Artistique, Zorn\nen moins. C'est que l'Estampe répond, à cette époque où l'eau-forte et la\nlithographie prennent un prodigieux développement, à u n besoin de groupe­\nment entendu plus largement, sans réserve d'écoles ou de tendances, vieux et\njeunes, maîtres et élèves. Loin de morceler leurs efforts, il fallait que les\ngraveurs, aux tendances a p p a r e m m e n t les plus disparates, se liguassent, pour\nattester, à côté de la merveilleuse effloraison picturale du pays, la valeur non\nmoins remarquable des œuvres gravées écloses en Belgique.\n   Depuis que le burin se soucie moins de reproduire les chefs-d'œuvre de\nla peinture que de marquer, dans le cuivre, des sensations spéciales au gra­\nveur, depuis qu'il obéit au génie de l'artiste et qu'il a cessé d'être mécanique\net servile, les expositions d'estampes c o m m a n d e n t l'attention de tous les\namateurs d'art. Elles prennent part, en quelque sorte, au mouvement d'évo­\nlution de la peinture, car il est certain que n o m b r e de nos meilleurs peintres\ncontemporains ont, dans leurs estampes, le mieux manifesté la qualité de leur\npeinture. L e récent Salon de l'Estampe s'offre à le prouver. Assurément, ce\ncoup d'essai fut magistral. Trois générations de graveurs! U n e confraternité\nde bel aloi parmi tous ces fervents artistes, dont les œuvres s'alliaient si bien\nqu'elles semblaient se donner la main et former, tout autour des salles, un\nsolide cercle d'amitié. E t cela ressemblait fort à u n e manifestation de sympa­\nthie et de spéciale vénération à l'égard de celui qui dominait tous ces efforts\ngroupés, par la culminance de l'âge et par la maîtrise didactique. Le maître\n Danse y groupa la meilleure partie de son œ u v r e ; il relie en quelque sorte\nl'ancienne mission du burin, aux tendances du modernisme exigeant d'oeuvres\npersonnelles, de sensations autonomes. Jordaens lui doit une copie filiale du\nRoi boit; mais aussi, lui doivent une part bien plus copieuse de reconnaissance\nles hommes que l'artiste a livrés à la postérité, sans le secours d'autres moyens\n que sa vision pénétrante et son burin habile et incisif. L e s deux filles du\n maître, Mme Sand-Danse et M me Destrée-Danse, ont acquis de leur père une\n grande dextérité de notation; si la première accuse une vision d'artiste déli-\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3719, "texte": "                                LES' EXPOSITIONS                                   123\n\n\ncate avec ses Orchidées, Oraison, la seconde mérite l'attention par son Vieillard,\nd'après une sculpture de la cathédrale de R e i m s , d o n t elle a su exprimer,\navec u n e rare force, la vétusté fantastique.\n    L'envoi de Brangwyn fut nettement r e m a r q u a b l e . On peut dire qu'il fit\nsensation. On retrouve dans ses larges eaux-fortes le caractère fascinant de ses\ntoiles. Celui-là aussi est bien des n ô t r e s ; ses Hommes halant un bateau, Vieilles\nmaisons à Gand, Constructeurs de ponts sont traitées avec u n e telle fougue,\nune telle vision grossissante, que le graveur paraît avoir été halluciné\npar la fournaise de son génie. B r a n g w y n est un poète t u m u l t u e u x ; il fait\npenser au Verhaeren des Villes tentaculaires. D e l a u n o y , continuant la série de\nses portraits psychologiques, offre u n a b o n d a n t essai de physionomies frustes,\nprêtres, terriens, bohémiens, brutes, d'une âpre psychologie; sans tomber\ndans la caricature, il atteint à un saisissant effet de vie réaliste, farouche et\nviolente ; il y a là une sorte d'hiératisme sculptural qui fait penser aux\nmasques gothiques. Cet artiste aussi est bien de notre race. Non moins inten­\nsément réaliste s'affirme Maréchal, dont le burin note avec u n e rare précision\nles aspects vespéraux des villes; sa vision est grave, exacte à discerner,\ncomme à l'affût, les lignes caractéristiques, presque toujours sombres, des\nchoses. On peut trouver que son dessin est dur, sans emportement et d é p o u r v u\nde vibrations imprévues; à la vérité ces œuvres n'emballent pas, on les regarde\nfroidement, mais elles ont le don tout de même de glacer et de susciter le\nfrisson : il y a là de l'originalité incontestable.\n    Que d'artistes encore, dont les œuvres mériteraient u n e minutieuse a d m i ­\nration ! Charles Doudelet, revenu de Florence, exposa une série de huit\naquarelles pour illustrer Notre Pays. Ce quatrocentiste, venu « trop tard d a n s\nun m o n d e trop vieux », n o u s m o n t r a autrefois des dessins inspirés par l'œuvre\nde Maeterlinck, où il donnait u n e traduction plus moderne que celle-ci de\nses rêves moyenageux. Voici H e n r y de Groux, de qui nous eussions préféré\ntrouver quelques lithographies plus tourmentées, plus bousculées, comme ses\nadmirables évocations d'émeutes et de c h a m b a r d e m e n t s , mais à qui il faut\ncependant savoir gré d'avoir exposé deux portraits, interprétations libres\n mais très intenses, de W a g n e r et de Zola. E t Rassenfosse, d'une virtuosité\n déconcertante, qui s'efforce de faire oublier, par l'artifice d'un métier con­\nsommé, ce qu'il doit à l'influence de R o p s . Ses illustrations pour Les Diabo-\n liques, du reste, il faut le reconnaître, d é m o n t r e n t une tendance manifeste\n vers l'originalité absolue. Il faut le souhaiter, car Rassenfosse possède u n\n tempérament d'une suffisante robustesse pour donner des œuvres personnelles\n et fortes. Il siérait d'insister sur le plaisir des yeux que procurent les fantaisies\n très artistes de Gisbert Combaz, surtout son Estacade d'un style merveilleux,\njaponisant sans doute ; sur les gracieux croquis de G.-M. Stevens, dont le\n talent s'affermit de plus en plus ; sur les amusants et curieux essais satyriques\n de Leo J o , ainsi que sur les paysages d'un romantisme sobre où H e n r y\n Meunier a su mettre une note personnelle. Les œuvres de Louise Lemonnier,\n Elisabeth W e s m a e l , Rolande de H e u s c h , Ista, Bodart, ne sont pas moins\n dignes d'intérêt. J e m'en voudrais de passer les noms de Richard Heintz, Paul\n Dom, Duriau, Gaillard, Oleffe; mais leur éloge déjà fut fait par de plus\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3043, "texte": "124                                 DURENDAL\n\n\nautorisés que moi. T o u s méritent une bienveillante analyse. Et, si je passe,\nnon par chauvinisme, mais parce que leur louange n'est plus à faire, le\nFrançais Valloton et le Hollandais S t o r m , je m é n a g e pour finir ma totale\nadmiration pour les œuvres de François Beauck, ce remarquable et inspiré\nc o m m e n t a t e u r de Lemonnier et de Virrès, dont le Braconnier m'a rappelé les\nplus fortes pages du Mâle.\n\n\n          Exposition Berthe Art et Georges Buysse\n   Ce n'est pas une des moindres originalités du talent de Mlle Berthe Art, que\nl'absence de féminité dans sa manière. L e s nombreuses et spacieuses pages\nexposées au Cercle Artistique, traitées avec une certaine rudesse, avec u n e\nsorte de vigueur déconcertante, m a n q u e n t , en effet, précisément de ce que\nl'on est accoutumé d'attendre chez l'artiste féminin : la délicatesse amoureuse\ndes formes jolies, le coloris discret et finement nuancé, cette mièvrerie qui\ntrahit une âme vague, éprise de grâce. P o u r t a n t , chacun sait que M lle Art\nmanie le pastel avec u n talent incontestable et que ses prédilections vont aux\nfleurs, cet emblème de la personnalité féminine. J'aime la manière dont\nl'artiste anime ses vastes bouquets de chrysanthèmes, ses théories d'azalées\nou de phlox, à grandes gammes de couleurs ; je ne sais pourtant si la beauté\nvivante des fleurs gagne à être associée à des natures-mortes, même en guise\nde repoussoirs... J e reprocherais à M lle Art un excès de tons durs, parfois\nheurtés, sans contrastes harmonieux, dont elle ne se départ que dans un\npetit nombre de toiles. Mais ce défaut provient, peut-être, du soin parti­\nculier que l'artiste met à obtenir, par le modelé même de la couleur, u n\ndessin serré et bien construit. E t peut-on de nos jours faire grief à un artiste\nde se montrer trop rigoureux dessinateur ?...\n   M. Georges Buysse n'expose rien qui n'ait déjà été montré dans les trien­\nnaux ou dans les expositions particulières. Ce n'est pas à dire que son envoi\nsoit sans valeur. N o u s avons eu, à plusieurs reprises, l'occasion de parler de\nce talent prestigieux, dont le labeur ininterrompu a fourni jusqu'ici une\nœuvre aussi intéressante que nombreuse. G. Buysse est, parmi les peintres\nimpressionistes de la F l a n d r e , l'un des plus sincères et des plus séduisants.\nT o u t est lumière en ces toiles, soit qu'elles offrent le spectacle tranquille des\nchalands portés sur les cours d'eau, en plein soleil, soit qu'elles étalent la\nblanche clarté de la neige, dont l'artiste a su rendre, d'une intense façon, les\nétincellements de fins cristaux.\n   Cette exposition fait h o n n e u r aux deux artistes, bien qu'elle ne reflète\naucun aspect nouveau de leur talent.\n\n\n            Exposition Anna Boch et G.=M. Stevens\n   Deux amis de la lumière exposent en ce m o m e n t au Cercle Artistique.\nIl est réconfortant de respirer de larges vagues de lumière, de se gorger de\nsoleil, ne fût-ce que d a n s l'espace limité d'une toile, par les temps de brouil-\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1128, "texte": "                               LES EXPOSITIONS                                 125\n\n\nlards et de pluie que l'hiver belge nous impose. M lle Anna Boch en a fait\nprovision dans ses paysages n o m b r e u x qu'elle rapporte d'Italie, d'Algérie, de\nBretagne, etc. E t c'est du plus authentique soleil qui réjouit en ses toiles ; son\npinceau est quelque peu magicien. N'étaient les tonalités parfois légèrement\ncriardes, les bleus u n peu superficiels, il n'y aurait rien à reprocher à ces\nœuvres s y m p a t h i q u e s par l'abondance de leur ardente lumière.\n   M. G.-M. Stevens, de son côté, se m o n t r e véritablement virtuose en l'art\ndes lumineux croquis. Il y a quatre a n s , la foule de ses Impressions de Tunisie\nnous avait quelque peu gêné par bien des faiblesses de facture trahissant la\nhâte. Les Impressions d'Algérie qu'il expose aujourd'hui marquent d'heureux\nprogrès et accusent u n travail médité; car la lumière qui, autrefois, paraissait\nartificielle, à present a acquis des vibrations et u n e « chaleur » souvent\ntroublantes.\n\n                                                                           F. H.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-016", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 126, "page_fin": 128, "titre_corps": "Lettre de Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Lettre de Paris Les grands théâtres", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 153, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "Lettre de Paris\n\n                   LES grands théâtres s'en vont, ce sont les petits qui règnent :\n                      Capucines, G r a n d Guignol, T r é t e a u Royal, la mode est\n                      aux bonbonnières. Des salonnets larges c o m m e ceci et\n                      hauts comme cela, avec des fleurs, des lambris blancs et\n                      des perles électriques à profusion, cinq ou six rangs de\n                      fauteuils, les premiers louchant non la rampe, il n'y en\n                      a plus, mais l'estradette, voilà le dernier cri.\n                        Foin des vastes salles en hémicycle, où naguère s'entas­\n                      saient trois mille spectateurs comme à l'Opéra, quatre\nmille comme au Châtelet, huit mille comme à l ' H i p p o d r o m e , le nouveau\nthéâtre exige le petit comité, le comité de salut d r a m a t i q u e . L e premier\nsoin d'Antoine, q u a n d il a pris l'Odéon, a été d'avancer ses parois, de\nrétrécir ses balcons, de supprimer les deux cinquièmes de ses p l a c e s ;\nmoins on est de spectateurs, plus on regarde ! E t le Casino de P a r i s !\nL ' a n dernier encore, c'était le plus vaste cocottodrome de l'univers. T o u t\nun monde ! D'un bout de la piste, on distinguait à peine les cavales\ncaparaçonnées et empanachées qui tournaient l'autre bout de la spina. U n\nbeau jour, ce c h a m p d'entraînement n'ouvrit plus ses portes; de facétieux\nrébus apprirent au peuple le plus spirituel du monde (aussi le rébus était-il\nsouligné de son explication en langue démotique) que des maçons remet­\n taient la salle à neuf, et que vit-on q u a n d « du tabernacle saint les portes d'or\n s'ouvrirent » ? Que le Casino de P a r i s , ce colosseum, n'était plus que la moitié\n de lui-même. Juste retour, Monsieur, des choses d'ici-bas, ce m o n d e n'était\n plus qu'un demi-monde !\n     Déjà, sur ce point, la salle à m a n g e r avait montré la route à la salle de\n réception. Voilà longtemps que la table d'hôte est a b a n d o n n é e aux hôtels de\n commis-voyageurs. T o u t « palace » qui se respecte a adopté le système des\n petites tables. Q u a n d on se résigne au banquet, on ne veut plus de la vaste\n ellipse chargée de pièces montées et d'orfèvreries prétentieuses où l'on n'en­\n trevoyait son vis-à-vis que dans le lointain à travers u n e futaie de candélabres\n  et un taillis de corbeilles florales, on demande le ruban d'argent qui sépare\n sans diviser (à toi, perfide Albion!) et qui permettrait aux affinités électives,\n bouts américains et talons L o u i s XV, de sceller au besoin l'entente cordiale\n sous la table! Même dans le monde, le dîner classique de douze couverts est\n  en baisse; cet ovale à foyer double rompt le charme de l'unité; quand la\n  chaleur vient du centre, les pôles se congèlent, et, q u a n d ce sont les extré-\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3511, "texte": "                                LETTRE DE PARIS                                      127\n\n\nmités qui pétillent, l'équateur s'assoupit. On en revient au chiffre plus\nclassique encore, moindre que les Muses, majeur que les Grâces,\net dans les cohues mondaines on dresse carrément les petites tables pour le\nmédianoche.\n    Donc, ce sont les petits théâtres qui tiennent la corde. Mais du coup c'est\nl'ait théâtral qui change aussi! T o u t se tient; est-ce le plafond bas qui a créé\nle style Louis XVI ou est-ce le Louis XVI qui a rapproché la corniche de la\ncimaise? Il n'est pas indifférent que le spectateur soit à une portée de vol de\np o m m e s cuites ou u n e distance de bouquet offert de la main à la main.\nD'abord, les actrices ne se maquillent p l u s ; comment oserait-on, à quatre\npas, se vernir les joues, se tatouer les lèvres, se balafrer les sourcils? Elles\nn'osent plus, d'autre part, se dévêtir; les rembourrages seraient percés à jour\net les sincérités trop parfaites susciteraient d'excessifs enthousiasmes ; la gent\nporte-maillot est attractive (surtout pour les gens de l'hôtel d e ville, m'a confié\nun conducteur d'omnibus). U n e Vénus plastique n'est admissible que sur une\nscène lointaine d ' A l h a m b r a ; aux Capucines, les strapontins ne feraient q u ' u n\nbond sur ses c h a r m e s .\n    E n s u i t e , changement dans le répertoire. Dans ces jolies boîtes blanc et or,\non ne peut jouer que la comédie de paravent, la saynète fine, ironique, a m u ­\nsante. Pas de mélodrame, ni en costume d'apache de fortif, et les dieux en\nsoient loués ! ni en toge et en casque à p l u m e s , et les déesses en soient vitu­\n pérées! mais voit-on Mounet-Sully rugissant d a n s 20 mètres carrés? les frêles\n vitres voleraient en éclats, et conçoit-on S a r a h B e r n h a r d t se tordant les bras\n au risque de décrocher les girandoles ? U n salon ne supporte ni les impréca­\n tions ni les larmes. L a d y Macbeth n'est supportable qu'à 30 mètres et Ophélie\n qu'à 28.\n    P l u s de féeries, et c'est fâcheux! P l u s de ballet, et c'est déplorable! C'est\n quand on sort de pièces comme La Maison des Juges ou Le Cœur et la Loi qu'on\n se sent des trésors d'indulgence pour les pirouettes de ballerines, voire les\n sauts de gymnasiarques. Il y a plus d'art d a n s un défilé de figurantes congrû­\n ment drapées et suffisamment stylées en scène que d a n s les trois quarts des\n pièces pour, contre ou à côté du divorce. Mais cet art-là disparaîtra si les\n petites scènes tuent les g r a n d e s . Il y a bien la lanterne magique, mais sera-ce\n suffisant c o m m e substitut? L e divertissement cinématographique n'a sans\n doute pas dit son dernier mot, et une récente affaire de Palais nous a laissé\n entendre que certains vieux messieurs l'avaient appliqué à des fins\n jusqu'ici inexploitées, mais, comme le disait R e n a n , c'est triste de vivre\n  d'une ombre !\n    Changement encore dans le dialogue. Dans des appartements comme ceux\n  où nous vivons, l'artificiel détonnerait, qu'il fut grandiloque ou raisonneur.\n  Des répliques à la raquette et des escrimes d'épingles, voilà ce qu'il faut.\n  La pruderie, et peut-être la simple b o n n e morale y perdra. C'est é t o n n a n t\n  ce qu'on peut dire entre messieurs et dames q u a n d on est en petit comité.\n  Les bonbonnières des boulevards auront les mêmes privilèges que les\n  boudoirs intimes. Déjà, dans le Bon Juge, on en entendait de raides; peut-\n  être en ouïra-t-on de pires. Mais compensation, on ne dépassera pas u n e\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "128                                 DURENDAL\n\n\n certaine limite, d'abord parce que le milieu est select et ne supporterait pas\n u n excès de crudité, et aussi parce q u ' u n public restreint est plus délicat\n sur divers points q u ' u n e foule de music-hall ; la plupart des chansons de café-\nconcert, poivrots, tourlourous, pierreuses, répugneraient à ce snobisme. Il\n est vrai que dans le genre de liberté voluptueuse et esthétique on peut aller\ntrès loin; jusqu'où ira-t-on? Tout ici dépend de M. L é p i n e ; s'il ferme les\n yeux, je ne réponds de rien.\n    Et bouleversement enfin dans l'art d r a m a t i q u e proprement dit. L a pièce\n en trois actes ne pourra jamais s'acclimater dans ces petites serres-chaudes\ndu plaisir élégant; elle court danger de disparaître comme a disparu son\naînée, la pièce en cinq actes, et ce sera grande pitié, car la saynète, quelle que\nsoit sa saveur, ne peut pas plus s'égaler à la véritable comédie ou tragédie\nque la statuette à la statue ou que la miniature au tableau. Certes, des œuvres\nc o m m e Poil-de-Carotte ou L'anglais tel qu'on le parle n e sont pas méprisables,\nmais ce serait dommage s'il fallait renoncer même à ce bon Monsieur Scribe,\nà ses pompes et à ses œuvres. P a r exemple, ce nouveau genre théâtral va\nd o n n e r un coup de fouet redoutable à la comédie de salon : chaque maîtresse\nde maison va s'ingénier pour servir à ses invités le Plaisir de rompre ou la Peur\ndes coups. Mais peut-être, dans ce voyage du grand théâtre au cabaret j o u a n t ,\net de celui-ci au salon mondain, ne s'arrêtera-t-on pas en c h e m i n ; pourquoi\ndu salon à paravent n'irait-on pas à son propre cabinet de travail? On rentre­\nrait chez soi à lire tous les « spectacles dans son fauteuil », qui valent bien\nceux, si souvent exaspérants, des impresarii du Boulevard, et ainsi seraient\nréconciliés la morale, l'hygiène et la bonne h u m e u r .\n\n                                                                  HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-017", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 131, "titre_corps": "L’Art à l’école et au foyer", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L’abbé Henry Mœller", "ancre_debut": "L’Art à l’école et au foyer Sous ce titre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 156, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "L'Art à l'école et au foyer\n              Sous ce titre : L'Art à l'école et au foyer a été\n                récemment fondée une société dont nous par­\n                tageons absolument l'idée maîtresse, qui nous\n                intéresse au plus haut point et doit intéresser\n                quiconque est convaincu de la mission émi­\n                nemment éducatrice de l'art.\n                   Désirant témoigner notre sympathie à cette\n                belle, noble et grande œuvre, et encourager\nceux qui en ont eu l'initiative et voulant faire connaître la\nnature et le but de cette société, nous reproduisons ici, en\nentier, son programme tel qu'il a paru dans le premier fascicule\nde son Bulletin :\n   Fondée il y a quelques semaines, la Société L'Art à l'école et au foyer\ncompte déjà au delà de cinq cents membres, appartenant aux classes et aux\nfonctions sociales les plus différentes. C'est la preuve péremptoire de l'oppor­\ntunité de notre initiative; c'est pour notre entreprise le plus précieux des\nencouragements. Nous n'avons pas encore triomphé de toutes les méfiances,\nde toutes les hésitations; mais le temps viendra, nous l'espérons, où tous les\namis sincères de l'art, de la jeunesse et du peuple, convaincus de la noblesse\nde notre but, uniront leurs efforts aux nôtres. Et c'est pour hâter ce moment,\nappelé de tous nos vœux, que nous tenons à dissiper, une fois de plus, les\nmalentendns qui nuiraient à l'action de notre Société, en la privant de maints\ndévoués collaborateurs.\n   Nous voulons contribuer à faire l'éducation du sens esthétique à l'école et\nau foyer.\n   A l'école, disons-nous. Notre intenlion n'est pas de charger encore les pro­\ngrammes d'études, déjà si encombrés; nous ne préconisons pas un enseigne­\nment systématique de l'histoire de l'art dans les classes primaires, ni même\ndans les études moyennes des deux degrés. Mais toutes les branches, à tous\nles degrés de l'enseignement, peuvent, — pourvu qu'on le veuille, — contri­\nbuer à l'initiation artistique trop longtemps négligée.\n   Hors de l'école, toutes les occasions propices peuvent être utilisées pour\ncompléter cette formation chez l'enfant et l'ouvrier : milieu familial, prome­\nnades et voyages, expositions, visites de monuments, de musées, de villes\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3574, "texte": " 130                                  DURENDAL\n\n\n d'art, concerts, représentations littéraires, conférences, etc. Voilà ce qui fera\n l'objet de notre sollicitude inlassable. De chacun de ces facteurs esthétiques,\n nous nous appliquerons à tirer tout ce qu'il est capable de donner.\n     Il nous semble qu'il s'agira, avant tout, de faire contracter à l'enfant l'habi­\n tude de regarder avec attention et de voir avec précision tous les détails d'une œuvre\n d'art. L ' œ u v r e , à son tour, récompensera cet effort en avivant, en précisant\n l'impression esthétique qu'elle avait d'abord produite par sa simple présence.\n Le commerce attentif et journalier des Maîtres peut suffire pour développer\n la réceptivité esthétique et pour former le goût. U n e impression raisonnée\n d e m a n d e davantage : nous estimons qu'il faut attirer l'attention de l'élève sur\nles éléments de beauté qui se trouvent réalisés dans les chefs-d'œuvre de toutes\n les époques et consacrés tels par la tradition. Ce sont : le choix du sujet, le\n moment fécond choisi par l'artiste, la convenance du geste, la variété, les con­\ntrastes, l'harmonie, l'unité, le rythme des lignes, etc., bref le fond et la forme,\n c'est-à-dire la valeur de l'idée, la splendenr de la forme et l'harmonie qui combine\nces deux éléments constitutifs en une œuvre une et belle.\n     L'œuvre sera « située » dans son cadre historique, pour arriver à faire\nsaisir la compénétration de cette œuvre et des tendances de l'époque qui lui a\ndonné naissance. L'élève apprendra ainsi que l'idéal artistique varie d'époque\nà époque et d'une nation à l'autre : ici, par exemple, imitation scrupuleuse\nde la nature, profondeur du sentiment, réalisation d'idées saines et fortes;\nailleurs, élégance des formes, envolées superbes ou pathos déclamatoire. Il\na p p r e n d r a à différencier les styles des plus grands Maîtres d'une même nation\net, en particulier, des coryphées de l'art national. Ce n'est pas peu que d'avoir\nappris à distinguer u n D u r e r d'un Holbein, un Van Eyck d'un R u b e n s , ou\nencore... d'avoir été formé au respect d'une œuvre d'art et à une sage retenue\ndans ses appréciations.\n     Q u a n t au choix des reproductions artistiques, nous pensons devoir, au nom\nde la p r u d e n c e , — ce mot n'étant nullement synonyme de pruderie — interdire\nà certaines œuvres de franchir le cordon sanitaire dont s'entourent, avec\nraison, l'école et le foyer. Ni prêcheurs ni corrupteurs, mais respectueux de\nla hiérarchie de nos facultés !\n    Nous pensons, avec b e a u c o u p d'autres, que les plaisirs esthétiques, si\nmoralisateurs, ne doivent pas demeurer le privilège exclusif de ceux qui sont\nfavorisés des dons de la fortune ou d'une culture supérieure : l'art est u n des\nbiens supérieurs de la société, et il importe de le rendre accessible à tous,\njusqu'aux plus humbles, comme il le fut d'ailleurs jadis. L a diffusion la plus\nlarge possible des reproductions artistiques et l'indication des moyens de se\nles procurer figureront parmi nos préoccupations essentielles.\n     N o u s appelons à nous tous les concours sincères.\n     N o u s m a r c h o n s , au risque de faire plus d'un faux pas. Ceux-là seuls qui\nne marchent pas ne s'exposent pas à trébucher.\n    P u i s s i o n s - n o u s contribuer, dans la mesure de nos faibles forces, à créer,\nentre les artistes et la foule, cette c o m m u n i o n dans le beau et le bien qui est,\npour une nation libre comme la nôtre, le complément de sa prospérité maté­\nrielle, l'indice de son développement intellectuel, le gage de ses progrès avenir!\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2482, "texte": "                      L'ART    A L'ÉCOLE       ET    AU     FOYER                    131\n\n\n   Voici un extrait des s t a t u t s de la Société :\n  ARTICLE PREMIER. — L a Société a p o u r but de contribuer à l'éducation du\nsens esthétique à l'école et au foyer, principalemsnt en facilitant aux profes­\nseurs l'initiation de la jeunesse à l'étude des arts plastiques et en fournissant\naux pères de famille les moyens les plus efficaces de développer le sentiment\nesthétique de l'enfance.\n\n   A R T . 2. — La Société se propose d'arriver à la diffusion des œuvres artis­\ntiques, accompagnées autant que possible de commentaires explicatifs; elle\nfait connaître les collections de reproductions artistiques, les analyses les plus\npénétrantes qui en ont été données et les livres traitant de la méthodologie\nesthétique.\n   Elle publie u n bulletin mensuel. Elle tient chaque année une assemblée\ngénérale, à l'ordre du j o u r de laquelle p o u r r o n t figurer u n e leçon-modèle, la\nvisite d'un musée, d'une collection d'art ou d'un atelier d'artiste.\n\n   A R T . 3. — L a Société comprend des membres effectifs et des membres\nprotecteurs.\n   Les membres effectifs paient une cotisation annuelle de 2 francs ; ils ont droit\nau bulletin et aux gravures qui en accompagnent les numéros. U n e cotisation\nplus élevée d o n n e droit à des gravures supplémentaires. Les membres protec-\nteurs s'engagent à payer une cotisation annuelle d'un m i n i m u m de 10 francs,\nsans réclamer les gravures s u p p l é m e n t a i r e s .\n   S'adresser pour plus amples informations à M. Mullinger, secrétaire de la\nSociété, 165, chaussée de N a m u r - H e v e r l é - L o u v a i n .\n\n  Nous félicitons vivement et chaleureusement les esprits élevés\net les cœurs vaillants qui ont eu la généreuse idée de fonder\ncette société. Nous formons les vœux les plus ardents pour sa\nprospérité et sa longévité. Puisse-t-elle réussir dans sa noble\nmission et contribuer à la régénération de notre société en pro­\npageant le grand art dans les écoles de nos enfants et en le fai­\nsant régner d a n s nos foyers, surtout au foyer des humbles et des\npauvres, qui en ont été, hélas! sevrés jusqu'ici. Nous sommes\nde cœur avec eux et ferons tout ce qui est en nous pour les\naider à atteindre leur b u t par tous les moyens qui sont en notre\npouvoir.\n                                                    L'abbé HENRY M Œ L L E R ,\n                                                          Directeur de   Durendal.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-018", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 132, "page_fin": 139, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES Tapisseries et sculptures bruxelloises", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 159, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "LES LIVRES\n\nTapisseries et sculptures bruxelloises à l'exposition d'art\n    a n c i e n b r u x e l l o i s (juillet-octobre 1905), par JOSEPH D E S T R É E . —\n    (Van Oest, éditeur, Bruxelles.)\n    A l'exposition organisée, en 1905, au Cercle Artistique, l'art flamand a p p a ­\n rut, au moins pour le grand public, sous u n aspect presque i n a t t e n d u :\nd a n s le développement d'ouvrages décoratifs de grande envergure, de c o n ­\nceptions où le réalisme de l'école s'associe à une ample fantaisie o r n e m e n ­\ntale, empreinte d'un goût h e u r e u x et délicat.\n    Il semblé que, pour s'adapter aux nécessités du genre, à l'abondance faite\nde faste et d'harmonie qu'il exige, l'inspiration des maîtres issus de la tradition\nsi attachée au vrai des Van Eyck et des Van der W e y d e n , se soit éman­\ncipée, se soit détachée de l'observation minutieuse et volontaire, pour se\njouer, avec une grâce singulière et hardie, dans une fantaisie ou u n e fiction\nqui, en retenant toute la substance de la réalité, transporte cependant le spec­\ntateur en des régions d'apothéose ou de rêve.\n    Bien que la peinture murale ait peut-être été plus utilisée qu'on ne le croyait\njadis, en nos contrées, on pourrait presque considérer que la tapisserie, des­\ntinée, elle aussi, à couvrir et à décorer de vastes espaces, tenait lieu, d a n s\nles pays septentrionaux, de la fresque dont la rigueur et l'humidité du climat\nn o t a m m e n t ne recommandaient pas l'emploi. Et, certainement, telles de ces\ntapisseries : Le Combat des vices et des vertus, La Parabole de l'Enfant prodigue ou\nle magnifique Triomphe du Christ (appartenant à M. Pierpont-Morgan), avec\nleurs nombreux personnages, le charme de leurs vastes compositions parta­\ngées en épisodes mouvementés, peuvent être mises en parallèle pour la vivacité\nde l'invention et leur exécution accomplie avec les plus brillantes fresques\nflorentines.          Comme les auteurs de celles-ci, les artistes qui élaboraient des\ndessins de tapisserie puisaient les sujets qu'ils illustraient, selon la destination\nde leurs œuvres, tantôt dans l'histoire sacrée, tantôt dans l'histoire profane\n ou, aussi, dans la fable : « Avec la fin du XVe siècle, r e m a r q u e M. J o s e p h\n Destrée, coïncide l'apparition des grandes séries allégoriques qui constituent\nu n e véritable spécialité de nos anciens ateliers. L'Histoire de l'Enfant prodigue,\na p p a r t e n a n t à M. N a r d u s , nous en m o n t r e un exemple caractéristique. L e s\ncompositions de cette catégorie sont touffues et parfois confuses, mais quel\ncharme ne devait pas s'en dégager pour nos ancêtres qui aimaient les allégo­\nries, les symboles, les rapprochements et les allusions les plus lointaines. Ce\nqui eût été un grave écueil pour b e a u c o u p de maîtres médiocres, fut pour les\nartistes brabançons l'occasion de triomphes éclatants. Ils ne voyaient, en\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3349, "texte": "                                   LES LIVRES                                     133\n\n\neffet, dans ces tableaux à nombreux personnages q u ' u n e matière propice\nà de magnifiques amplifications, car ils visaient avant tout le plaisir des\nyeux. »\n   On ne saurait plus justement définir les visées de cet art textile, à l'époque\noù il créait ses œuvres les plus attachantes, toutes débordantes de verve naïve\net spontanée.\n   Les organisateurs de l'exposition ont cru avec raison qu'il serait de grand\nintérêt de perpétuer le souvenir de celle-ci en faisant reproduire les princi­\npaux ouvrages, a p p a r t e n a n t , en majeure partie, à des collections étrangères\nou particulières, que l'on y a vus rassemblés. M. Joseph Destrée, le savant\nconservateur d u Musée du Cinquantenaire, a, comme il était tout indiqué,\nété chargé d'accompagner d'une introduction et de notices la série de cin­\nquante planches d'une finesse et d'une perfection inappréciables que l'éditeur\nVan Oest a publiée, avec le soin et le luxe intelligent auxquels ils nous a\naccoutumés. E t introduction, notices et illustrations constituent ensemble\nune histoire complète, quoique succincte, de la tapisserie bruxelloise.\n\nL'opéra di Gabriele Rossetti, par M. G U I D O P E R A L E . — (Città di\n   Castello S. L a p i , édit.)\n   Bien que nous en ayions, il ne se peut pas que, dans leurs attitudes dra­\npées de prophètes ou de bardes, la b o u c h e pleine de mots indignés et grandi­\nloquents, les chantres de la liberté qui émouvaient tous les cœurs généreux,\nau début du siècle dernier, ne nous apparaissent un peu ridicules. Ils nous\nsemblent, d a n s leur romantique exagération, avec leurs p r o s o p o p é e s , leurs\nsymboles et le poignard dont ils menacent les tyrans, vieux jeu et rococo :\npeut-être nos phrases ronflantes et prétentieuses sur la Vérité et sur la\nJustice, que chacun croit de son côté, ne le seront-elles pas moins aux yeux\nde la postérité.\n   Nous jouissons depuis longtemps de la liberté, objet des désirs ardents de\nces vieux poètes, et il n'a presque rien survécu de leur œuvre enflammée, dont\ntoute la valeur était, pour ainsi dire, dans la situation opprimée du lecteur.\nMais, pour la juger avec équité, il faut songer que si elle était de trop de\nrhétorique, elle était aussi de b e a u c o u p de courage, l'auteur en payant,\ngénéralement, comme il arriva à Gabriele Rossetti, la publication de l'exil.\n   M. Perale étudie avec soin les ouvrages poétiques de Rossetti et montre,\ndans un excellent esprit critique, ce qui, parmi tant de compositions pasto­\nrales, politiques, satiriques ou religieuses, doit être r e t e n u . Mais ce qui rend\nla personnalité de Gabriele Rossetti attachante et d o n n e r a , sans doute, à son\nnom de survivre, ce sont ses travaux sur le D a n t e . T r a v a u x prodigieux et\nsinguliers, tout fondés sur u n e idée fixe, dont l'obsession de plus en plus\npesante finit par défigurer, dans la pensée de Rossetti, toute la philosophie\net la littérature anciennes et m o d e r n e s .\n   Nous avons déjà eu occasion de dire ici ce qu'était son système. Selon lui,\nla Divine Comédie, de même que l'œuvre des p r i n c i p a u x poètes du temps,\nantérieurs et postérieurs au D a n t e , étaient conçus en u n e espèce d'argot, de\nlangage convenu, compréhensible seulement pour les Gibelins, les partisans\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3369, "texte": "134                                  DURENDAL\n\n\nde l'Empire, qui auraient correspondu ainsi entre eux, sous le couvert\nd'ouvrages purement littéraires! T o u t était feint, de la sorte, dans les plus\nbelles œuvres de la poésie italienne! et il n'y était pas un mot qui ne fût le\nsuppôt d'une signification occulte. L'amour, par exemple, auquel tant de\nchants étaient consacrés, servait à désigner, soit R o m e , soit la fidélité au roi,\nà l'empereur : Amore devait se lire, en effet, Roma ou Amore !!\n   Dans celte voie, Rossetti, de plus en plus entêté, alla jusqu'à la folie et\nl'enfantillage; il transforma le puissant poète de la Divine Comédie en u n e\nespèce d'ourdisseur de logogriphes compliqués, d'invraisemblables ana­\ngrammes, de combinaisons puériles et dont personne, du reste, ne se serait\navisé de percer le mystère. I m a g i n e t - o n , par exemple, l'Alighieri s'ingéniant\nà dissimuler, comme le veut Rossetti, le nom de l'empereur d'Allemagne,\nH e n r i V I I , de la manière suivante :\n                         Quando si vide venire un posENte\n                         Con segno di vittoRIa in COronato\n   De proche en proche, d'ailleurs, d a n s les langueurs de l'exil et la fièvre\nd'un esprit envahi par une conception maniaque, Rossetti finit, en amalga­\nmant à son système ses idées quelquefois intéressantes et ses visions sur la\nfranc-maçonnerie et l'évolution des religions, par considérer jusqu'aux\ngrands poètes anciens, H o m è r e et Virgile, notamment, comme les interprètes\nobscurs d'un esotérisme dont, malheureusement, la clef est p e r d u e p o u r n o u s .\nMais il avait été précédé dans cette voie par quantité de rêveurs ; et il n'y\na pas lieu de s'en étonner, car l'on pourrait dire de nombre de commenta­\nteurs qu'après s'être nourris de leur texte, ils ont fini par s'en empoisonner...\n                                                                  ARNOLD    GOFFIN.\n\n\nG r i c h e m i d i , par P I E R R E BILLAUD. — (Paris, Lemerre.)\n    Notre collaborateur Pierre Billaud est u n débutant. Voici son premier\nlivre. E h bien, je ne crains pas de le dire, il débute par un coup de maître.\nCes contes sont de vrais petits romans d'une rare originalité et qui dénotent\nune personnalité sans égale. Ils sont d'une belle sincérité et d'une très artis\ntique simplicité, naïfs comme doivent l'être des contes qui ont pour héros soit\ndes âmes d'enfants, soit des âmes frustes qui ont gardé l'ingénuité de\nl'enfance. Ils me rappellent par leur naturel certains contes de mon ami\nGeorges Rency, surtout son superbe roman L'Aïeule qui, lui aussi, est une\nvraie œuvre d'art que je prise au-dessus de beaucoup d'autres et qui, à mon\navis, n'a pas été assez louée et est trop peu connue.\n     P a r m i les contes de Pierre Billaud il y en a qui vous passionnent et vous\nempoignent au plus haut point comme Grichemidi; d'autres sont exquis et\nt o u c h a n t s c o m m e Kiki, ou amusants et en même temps d'une forte psychologie\ncomme Lolo. Il y a dans ce dernier une compréhension étonnante du caractère\nde l'enfant gâté. J a m a i s je n'ai vu décrire d'une façon aussi puissante l'état\nd'âme d'un enfant devenu maître absolu et lyrannique de son père qui, sans\nmême s'en douter, est la victime perpétuelle de son gosse dont il fait tous les\ncaprices comme si c'était la chose la plus naturelle du m o n d e , comme si c'était\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3631, "texte": "                                          LES LIVRES                                               135\n\n\n même son devoir d'agir ainsi. Ce conte est d'une vérité profonde. Il est vécu.\n Il est saisissant. Mais le plus beau, le plus fascinant de ces contes charmants,\n celui que j'aime e t a d m i r e par-dessus tout, c'est le premier, Grichemidi, celui qui\n donne le titre au livre. C'est un petit chef-d'œuvre. Il n'a pas son pareil en\n littérature. L'auteur y a vraiment créé u n type bien à lui, tout à fait original\n et qui restera. E t ce conte, comme tous les autres, du reste, est écrit dans u n e\n langue merveilleuse. Voilà de la belle, vraie et saine littérature.\n    Amis lecteurs, achetez bien vite tous, tous sans exception, car je désirerais\n qu'il soit lu p a r tout le monde (il le mérite) le livre délicieux d e Pierre\n Billaud. J e vous l'assure, vous ne vous repentirez pas d'avoir suivi m o n\n conseil et vous trouverez, j ' e n suis convaincu, q u e mes éloges, loin d'être\n exagérés, sont encore bien en dessous de la réalité.\n                                                                             HENRY      MŒLLER.\n\n\n Delphine       F O U S S e r e t , r o m a n , par P A U L ANDRÉ. — ( B r u x e l l e s , E d i t i o n\n     de la Belgique artistique et littéraire.)\n     Comme le temps p a s s e ! C'était à l'époque de « la L u t t e », d u « Réveil >,\n de « l'Art J e u n e » et du « Spectateur catholique ». M. P a u l André, déjà infa­\n tigable, venait de publier Vieilles Amours, et depuis le plus infime critique\n de nos revuettes jusqu'à Rachilde d u « Mercure », toutes les chroniques\n littéraires louangèrent à l'envi ce nouveau livre. M. P a u l André nous présente\n aujourd'hui le m ê m e roman considérablement revu et a u g m e n t é . L e titre a\n changé, et il faut le regretter, mais les belles qualités de l'œuvre s'épa­\n nouissent davantage d a n s cette seconde version, où le développement des\n caractères, les morceaux descriptifs, la suite des événements atteignent u n e\n parfaite ampleur. Elle reste charmante et touchante, l'aventure de cette vieille\n fille qui s'éprend d'un h o m m e j e u n e , et le tact extrême, l'infinie délicatesse\n de l'écrivain étaient peut-être seuls capables de nous intéresser à la b o n n e\n Delphine Fousseret, sans que jamais u n sourire moqueur effleurât nos lèvres.\nJusqu'au bout d u livre, l'attention persiste et l'émotion d e m e u r e discrète,\nchaste, mesurée. C'est merveille de réussir à ce point une psychologie aussi\ningrate. Comment la sympathie s'éveille dans l'âme de la vieille fille, comment\ncette sympathie devient peu à peu de l'amour, et plus tard un amour profond\net douloureux..., comment — contraste cruel — fleurissent de jeunes rêves\nardents et qui atteignent au b o n h e u r d'un élan j o y e u x . . . , autant de pages\nsincères et fouillées, autant de chapitres d'une o r d o n n a n c e et d'une composi­\ntion logiques. Bien que l'écriture de ce roman soit parfois hésitante, il y a de\nla fermeté dans tel tableau — exact et amusant — d'enchères publiques, et le\nrécit du long voyage que Delphine Fousseret et Victor Doujeux firent d e\ncompagnie, la vieille fille espérant q u e le jeune h o m m e parlerait enfin,\nrévélerait le doux mystère, est d'un écrivain très expérimenté.\n    Livre que tous et toutes peuvent lire.                                      H . B.\n\nPoésie     et   poètes,      p a r J . BARBEY D'AUREVILLY. — ( P a r i s , L e m e r r e . )\n  C'est le troisième volume de l'œuvre critique de Barbey qui réunisse des\nétudes consacrées aux poètes et, comme les deux précédents, il mélange les\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3271, "texte": "136                              DURENDAL\n\n\nnoms obscurs aux noms triomphants : Comètes du ciel littéraire qui ont\npassé ou étoiles qui n'ont pas cessé d'y briller. Et nous avons ainsi Alfred de\nVigny et Batifol Bouniol; Charles Baudelaire et Henri Cantel; Musset, de\nHérédia et Jules de Gères, Achille de Clésieux et Belmontet.\n   A propos de Mes premières années à Paris, d'Auguste Vacquerie, il raille à la\nfois Vacquerie et Hugo, mais on ne sait lequel des deux davantage, en attri­\nbuant au grand poète l'œuvre de son simiesque admirateur. Barbey fut\nsouvent injuste pour Hugo et pas seulement pour lui, nous l'avons déjà\nremarqué. La passion qui avivait sa clairvoyance parfois, parfois aussi\nl'entraînait à d'irréparables aveuglements, à des éloges et à des blâmes\négalement singuliers. Mais certes, on lui aurait malaisément appliqué\nl'épithète qu'il décocha spirituellement à Sainte-Beuve ; il n'était pas un\n« donneur d'oboles tumulaires », il n'attendait pas que les gens fussent morts\npour dire son sentiment sur leur œuvre, pour la siffler ou pour l'applaudir,\ndans toute la fierté et l'indépendance de sa pensée! S'il se trompa quelque­\nfois, ses erreurs mêmes n'étaient que des générosités de son imagination,\nrachetées, d'ailleurs, par nombre de jugements où il dépassa les préjugés du\ntemps, celui, par exemple, qu'il porta sur les Fleurs du mal, dans les. pages\nfortes et pénétrantes qui ont été recueillies en ce volume.\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n\nL a f a m i l l e et l'Etat d a n s l'éducation, par A.-D. SERTILLANGES.\n   — (Paris, librairie Lecoffre-I. Gabalda.)\n   Je voudrais voir ce petit livre entre les mains de tous ceux qu'intéresse\nla chose publique, particulièrement entre les mains de ceux qu'intéresse la\nmarche des idées.\n   Dans nos pays de suffrage universel, chacun assume une part de respon­\nsabilité dans la solution des questions que pose la vie des nations. Nous\nsommes à la veille d'en devoir envisager une : celle de l'obligation scolaire\nqui ressortit précisément à la question générale de la famille et l'État dans\nl'éducation. Elle parut longtemps livrée à l'esprit d'incohérence; je veux dire\nà l'opinion. Il importe de la lui enlever pour la rendre à la raison. C'est ce\nqu'a fait M. A.-D. Sertillanges et c'est ce qui constitue l'originalité de son\nlivre, en un temps où il semblerait que la raison fût le passeport obligé de\ntoutes les idées. Il s'en dégage, en outre, une force singulière de persuasion\net de vérité qui vient de la rigueur dialectique de l'auteur et de son respect\nde tous les droits. C'est ainsi que la solution qu'il nous propose fait sa part\nà la liberté et à l'autorité, à la famille et à l'État.\n   Dans ces pages, le citoyen trouvera un exposé clair de la question ; l'homme\npolitique verra comment elle se doit poser et comment se justifient les con­\nclusions qu'elle comporte; tous, enfin, y admireront un exemple, une mani­\nfestation de libéralisme sincère, compréhensif, vivant, en un mot vraiment\nchrétien.\n   Les curieux d'idées ne tireront pas un profit moindre à voisiner avec le\nphilosophe qu'est M. Sertillanges. C'est un thomiste; on le reconnaîtrait rien\nqu'à la façon dont il « tire » son sujet. Il est tout nourri de Pascal ; vous le\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "                                 LES LIVRES                                   137\n\n\nconstaterez à la position de sa thèse : c'est de l'homme et de sa nature qu'il\npart pour aboutir, par la liberté, à ce qui fonde la nature et à ce qui l'achève :\nDieu et la Religion.\n   Le dernier trait date sa méthode de nos jours. Mais sa philosophie\nn'est ni d'hier ni d'aujourd'hui. Pascal dirait : « Elle se moque de la\nphilosophie. »\n   Ce serait, certes, un grand résultat si ce livre inclinait quelques-uns au\ndouble libéralisme qui l'anime : politique et philosophique. Qu'importent\naprès tout les partis et les écoles. Il n'y a pas de justice de parti ni de vérités\nd'écoles. Il y a la Justice et la Vérité. M. Sertillanges nous montre où est l'une\net comment on sert l'autre.\n                                                             CHARLES NICAISE.\n\nL a v i e et l é g e n d e de M a d a m e S a i n c t e Claire, par frère FRAN­\n  ÇOIS DuPuis, I 5 6 3 . Texte publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque de\n   Lyon avec une introduction et des notes par ARNOLD GOFFIN — (Paris,\n   Bloud et Cie.)\n   Combien l'influence des saints se prolonge loin et longtemps dans le\nmonde ! Non seulement ils entraînent et conduisent aux plus hauts sommets\nde la perfection les premiers disciples et les compagnons les plus rapprochés\nde leur vie bienfaisante, mais durant des siècles ils procurent le bonheur et\nla paix à tous les « réguliers » qui suivent fidèlement la norme de vie qu'en\nquelques pages ils ont tracée, et dans le monde le souvenir de leur vertu ne\ncesse de toucher et de gagner des âmes et de les tourner irrésistiblement vers\nDieu. Saint François d'Assise est l'un des plus puissants parmi ces conquérants\nd'âmes et le charme de ses vertus agit aussi fortement de nos jours que de\nson vivant. M. Arnold Goffin l'a subi et cherche à la faire partager, car sans\ninterrompre le cours de ses si suggestives et personnelles éludes d'art et de\nlittérature il nous a donné en ces dernières années toute une série de publica­\ntion franciscaines. Il vient d'y ajouter une Légende de sainte Claire, publiée\nd'après un manuscrit duXVIesiècle, et qui bien que de loin moins importante\nque les Fioretti, Les Considérations sur les saints stigmates et la Légende des trois\ncompagnons, intéresse néanmoins tous ceux qui s'occupent de l'hagiographie\nfranciscaine. J'ajoute pour les lettrés que la chronique très artistement éditée\npar la maison Bloud est précédée d'une Introduction dans laquelle M. Arnold\nGoffin, avec la nerveuse énergie de son style, a tracé dans ce décor attirant\nduXIIIesiècle italien qu'il connaît à merveille et se plaît à évoquer un admi­\nrable portrait de sainte Claire, tout embaumé du parfum de sa pauvreté et\ndes vertus chères à l'ordre séraphique.\n                                                         DOM BRUNO DESTRÉE\n\nP i e X . Notes biographiques par le D r L. DAELLI. Traduit de l'italien\n  par le chanoine H. BOISSONNAT. Un beau volume petit in-4.\" orné de\n  400 illustrations. — (Bruxelles, librairie Schepens et Cie.)\n   Cette vie du pape actuel Pie X est très intéressante et nous la recomman­\ndons volontiers à tous ceux qui voudraient connaître la belle carrière de cet\nhumble prêtre que la Providence a conduit d'étapes en étapes jusqu'à la plus\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3234, "texte": "138                                   DURENDAL\n\n\n\nh a u t e dignité qui soit ici-bas. La vie de ce grand P a p e est simple comme il\nl'est lui-même. Elle demandait à être écrite simplement. C'est ce qu'a a d m i ­\nrablement compris l'auteur de cette vie de P i e X et c'est la raison du charme\nparticulier qui se dégage de la lecture de son livre. Ecrit en italien il n'a rien\nperdu à être traduit, parce qu'il l'a été d'une façon remarquable. Ce livre\nintéresse encore par quantité de détails curieux qu'il renferme au sujet de\ntout ce qui concerne la R o m e des P a p e s , le Cérémonial Pontifical, la Cour\nR o m a i n e et tout le monde qui entoure le Souverain Pontife.\n    Enfin, il est illustré d'une façon parfaite et avec u n e a b o n d a n c e inouïe.\nBeau livre à d o n n e r en cadeau de fête, comme étrennes, comme prix,\nainsi que comme cadeau de première c o m m u n i o n .                        H . M.\n\nL'art       flamand        e t h o l l a n d a i s . — N u m é r o de Janvier.\n   A propos de la belle gravure de P . D u p o n t , d'après le portrait équestre de\nDirk T u l p , exécuté par Paul P o t t e r , M. J. Six consacre à ce peintre u n e\nétude où sont analysés excellemment les caractéristiques de son art.\nM. Schmidt-Degener étudie les célèbres statuettes de laiton conservées au\nmusée néerlandais d'Amsterdam, parmi lesquelles il en distingue sept qui,\nd'après lui, représenteraient les sept vertus et seraient dues à Jean Van E y c k e .\nM. A.-V. P . De Vries, sous le titre Une technique dégénérée, préconise la r é n o ­\nvation de la broderie d'art.\n   Ce n u m é r o , qui inaugure la première année du beau périodique, dirigé par\nM. B u s c h m a n n J r , est illustré, comme toujours, d'une façon r e m a r q u a b l e .\n\nL ' a r t e t l e s a r t i s t e s . — N u m é r o de Janvier.\n   E t u d e s attrayantes et bellement illustrées de M. H . Marcel, sur le maître\ntrévisan Lorenzo Lotto; de M. Geffroy : sur Corot peintre de la femme, et de\nM. Mauclair, sur John Sargent. Le Mois artistique de M. Guillemot et au\nsupplément, outre le courrier habituel de l'étranger, nombre de notices inté­\nressantes : la Vie du jouet, avec des illustrations charmantes, etc.\n\nA u g u s t a P e r u s i a . — N u m é r o de Novembre et Décembre.\n   N u m é r o consacré en grande partie à la commémoration de Jacopone da\nT o d i , le grand franciscain, dont on vient de célébrer le sixième centenaire.\nM. Berardi rapporte, dans les notes de folklore, une jolie légende sur\nsaint François, et M. U . Gnoli étudie de la façon la plus intéressante la basi­\nlique construite à Assise, au XI° siècle, par l'évêque U g o n e , et le dôme actuel\nqui l'a remplacée au XIIIe siècle. Avec ce n u m é r o s'achève la première\nannée d'existence d'Augusta Perusia, à qui nous en souhaitons nombre d'autres\nd'un labeur aussi intelligent.                                  ARNOLD GOFFIN.\n\nÉ t u d e s de philosophie et de critique religieuse. Dupositi­\n   visme au mysticisme; Etude sur l'inquiétude religieuse contemporaine, par J U L E S\n   PACHEU. — (Paris, Bloud.)\n   M. Pacheu a pensé que, pour pouvoir p r e n d r e contact avec notre époque\nil était indispensable de faire l'analyse de l'état d'âme contemporain.\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "                                 LES LIVRES                                  139\n\n   Quoi qu'il en soit, on ne saurait nier que cette étude ne renferme un puis­\nsant élément d'intérêt. Comment le XIXe siècle, après avoir, par le positi­\nvisme, fait table rase de toute dogmatique, s'est-il achevé dans des tendances\nmystiques autrement bizarres que les formules de foi qu'on prétendait rem­\nplacer?\n   M. Pacheu a essayé d'expliquer cette évolution, et cela nous vaut une suite\nd'esquisses très nettes sur le positivisme, le pessimisme, le dilettantisme, l'in­\ndividualisme de Nietzsche, l'évangélisme de Tolstoï et l'ésotérisme. Sur\ntoutes ces doctrines, l'auteur fournit des renseignements précis qui permettent\nde les apprécier sûrement.\n   En un mot, l'ouvrage de M. Pacheu rendra service à ceux qui voudront,\nrapidement et exactement, être informés sur la situation religieuse des esprits\npendant la seconde moitié du XIXe siècle.\n\nL ' E p o u s e p a r f a i t e , par FRAY LUIS DE LÉON. Traduction, Préface et\n   Notes par JANE DIEULAFOY. — (Paris, Bloud.)\n   Ce traité du XVIe siècle, œuvre d'un moine augustin, est assurément l'un\ndes plus beaux et des plus substantiels qui furent jamais écrits sur le sujet\ntant de fois traité des devoirs de la femme mariée.\n   Aussi recommandons-nous vivement la traduction qu'en vient de faire\nMme Dieulafoy, et souhaitons-nous qu'on la mette dans la corbeille de mariage\nde toutes les fiancées. La maison Bloud en a fait d'ailleurs un vrai bijou typo­\ngraphique.\n   Fray Luis de Léon paraphrase l'éloge de la femme forte qui se trouve\ndans le Livre de la sagesse. On admirera dans son œuvre l'esprit de fine\nobservation et la sûreté des conseils qu'il donne aux femmes.\n   Dans l'introduction, assez longue, placée en tête du traité de Fray Luis de\nLéon, Mme Dieulafoy a retracé l'histoire très intéressante, très agitée et très\ntourmentée de ce moine du XVIe siècle, qui après avoir passé par tous les\nennuis, même ceux de l'Inquisition, se vit complètement réhabilité, au point\nd'être élu provincial des Augustins de Castille et d'avoir sa statue érigée à\nl'entrée de l'Université de Salamanque.\n\nQ u e l q u e s ex-libri& t o u r n a i s i e n s , par le Baron DU SART DE BOU­\n   LAND, 1905. — (H. et L. Casterman, libraires-éditeurs, Tournai.)\n   Il y a dans l'étude des ex-libris plus qu'une simple manie de collectionneur,\ncomme quelques-uns pourraient se l'imaginer. Ainsi que l'auteur le dit, ces\nintéressants emblèmes ont une réelle valeur pour la science héraldique, l'his­\ntoire de l'art de la gravure et les recherches bibliographiques.\n   M. le baron du Sart signale quelques ex-libris belges, et plus spécialement\ntournaisiens. Le choix en est heureux et donne une fort bonne idée des biblio­\nphiles et des graveurs du Tournaisis. Parmi ces derniers, l'histoire de l'art\ndoit certainement retenir le nom des deux Delcourt.\n                                                                          J.G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-019", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 140, "page_fin": 144, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Nos abon n é s d e 1 E t r a n g e r", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "NOTULES\n\n   Nos abon n é s d e 1 E t r a n g e r qui ne nous ont pas encore envoyé\nle montant de leur abonnement pour 1907 sont instamment priés de le faire\nsans tarder, en adressant à la Direction de la revue, 22, rue du Grand-Cerf,\nà Bruxelles (Belgique), soit un chèque, soit un mandat postal de 12 francs.\n\n                                            ** *\n     L e d r a m e l y r i q u e « C e c i l i a » de notre collaborateur J o s e p h R y e ­\nl a n d t (libretto de Charles Martens, traduit en flamand par L é o n Goemans)\nsera représenté au Théâtre lyrique flamand d'Anvers, le 23 février. M lle Ga­\nbrielle W y b a u w a été engagée par les directeurs pour créer le rôle de\nSainte Cécile. La réduction pour piano de la partition musicale arrangée\npar Joseph R y e l a n d t lui-même est en vente au prix de 15 francs, chez\nl'éditeur Muraille, a Liége, et chez tous les éditeurs de musique de Bruxelles.\n                                              *\n    E u g è n e L a e r m a n s . — Nous donnons dans ce fascicule la repro­\nduction de la belle œuvre d'Eugène L a e r m a n s , L'Aveugle et le Paralytique,\nexposée, avec d'autres tableaux intéressants de lui, au dernier Salon du\nCercle Pour l'Art. « L a peinture de L a e r m a n s — écrivait récemment notre\ncollaborateur Arnold Goffin, d a n s son remarquable compte rendu du Salon\nde G a n d , au numéro de Décembre de L'Art flamand et hollandais — est toute\nconsacrée à l'illustration d'idées ou de sentiments. Son esthétique est\nimpulsive et personnelle. Tout dans son œuvre est conjuré vers le pathétique\net son art sommaire, à grands traits, met admirablement en scène des visions\nd'humanité souffrante, accablée sous le poids des travaux ou des malédictions\nsociales. »\n\n                                            *\n\n    Notre confrère Octave Maus a clôturé le Salon d'Automne, à P a r i s ,\npar une magnifique conférence, dont quelques passages saillants et du plus\nvif intérêt sont cités dans un compte r e n d u de Louis Vauxcelles au Gil Blas.\nIl y rend à notre compatriote un h o m m a g e mérité que nous relatons avec\nplaisir en l'approuvant hautement :\n   « L e Salon d'Automne, après un succès triomphal, vient de clore ses portes.\nGrâce à l'initiative heureuse de Georges Desvallières, des conférences y ont\nété données ces jours derniers pour expliquer à tous l'œuvre et la vie des\naînés illustres, glorifier Carrière, Cézanne et César F r a n c k . La dernière eau-\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "                                    NOTULES                                   141\n\n\nserie a été faite par l'un des hommes les plus qualifiés d'aujourd'hui pour\nparler au nom des artistes, M. Octave Maus, directeur de 1''Art Moderne.\nOctave Maus, depuis vingt ans, a soutenu à Bruxelles les meilleures causes.\nDès 1884, il organisait l'exposition des Vingt, où Rodin, Rops figurèrent en\nbonne place. Puis, ce furent les expositions fameuses de la Libre Esthétique.\nDe Renoir, de Monet, de Besnard, de Signac aux plus hardis « jeunes » des\nIndépendants, tous les vrais peintres ont passé par la Libre Esthétique. Devant\nun auditoire enthousiaste, Octave Maus a précisé l'esprit, le caractère, la\nnécessité du Salon d'Automne. Il a montré que les novateurs ne sont jamais\ncompris.\n   » L'histoire, a-t-il dit, nous enseigne que les révolutionnaires d'aujourd'hui\nseront, infailliblement, les classiques de demain. Et, malgré ses leçons\nrépétées, malgré les retentissants camouflets qu'elle inflige périodiquement à\nceux qui prétendent enfermer l'esthétique dans des canons étroits, toute inno­\nvation, toute manifestation imprévue de la pensée indépendante apparaît\nsuspecte, dangereuse, blâmable. On encourage les tentatives nouvelles dans\ntous les domaines : un Santos-Dumont s'élance à la conquête de l'air, accom­\npagné d'ardents espoirs; un Metschnikoff, en découvrant un sérum inédit,\nsoulève l'enthousiasme des foules. Pourquoi l'Art — dont le principe essen­\ntiel est la constante évolution, puisqu'il reflète la sensibilité humaine en con­\ntact avec les variations perpétuelles de la civilisation,— serait-il seul de toutes\nles activités sociales condamné à l'immuabilité?\n    » Interrogez vos souvenirs. Lorsqu'il s'agit d'un botaniste, d'un chimiste,\nd'un astronome, nul ne s'arroge le droit de discuter le mérite de ses décou­\nvertes. Ceux auxquels la botanique, la chimie, l'astronomie, sont étrangères,\nrespectent le savant qui s'ingénie, dans l'hermétisme de son laboratoire ou de\nson observatoire, à pénétrer les mystères de la création. Mais l'artiste appar­\ntient à la foule. Chacun prétend le juger. L'intimité de son atelier ne le pro­\ntège pas contre les plus indiscrètes curiosités. Ses recherches sont condamnées\navec la plus incroyable légèreté. S'il s'écarte des conventions admises, il est\ntraité de mystificateur ou de fou furieux. »\n   Octave Maus a su prouver, en son beau langage riche de pensée, que c'est\ndans ce Salon, sur lequel souffle le vent de l'insurrection, que s'affirme la tra­\ndition, non la tradition de l'Ecole, mais celle de l'esprit classique.\n    Il a parlé en termes émus de Gauguin, raillé jadis, compris enfin aujour­\nd'hui. Il a exalté l'internationalisme en art. Citons ce passage, qui est de pre­\n mier ordre :\n    « Les influences réciproques de l'Ecole flamande et de l'Art français sous\nles Valois, l'épanouissement du tempérament aristocratique de Van Dyck à\nla cour d'Angleterre et la répercussion de son génie sur l'Ecole anglaise, le\ndéveloppement de l'impressionnisme au lumineux rayonnement de l'art japo­\n nais, dont l'introduction en France imprima à la peinture une direction\n imprévue, cent exemples analogues démontrent l'utilité qu'il y a pour ces\n artistes à ne pas limiter leur champ d'études à la région où le hasard les a\n placés.\n    » Soyons internationalistes. Du concours de toutes les forces éparses dans\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3366, "texte": "142                                       DURENDAL\n\n\nl'univers naîtront des vérités nouvelles. E t l'on sert mieux son pays en lui\nouvrant les yeux sur toutes les beautés capables de stimuler ses activités intel­\nlectuelles qu'en l'aveuglant sur ses propres mérites.\n    » Les grands courants internationaux ont particulièrement vivifié à toutes\nles époques la pensée musicale. Les trouvailles des polyphonistes néerlan­\ndais, l'influence des maîtres italiens des XVIIe et XVIIIe siècles, l'inspiration\nallemande du XIXe siècle, la palette orchestrale des symphonistes russes n'ont-\nelles pas tour à tour modifié et embelli l'expression française dont la puis­\nsante originalité, la logique ou la clarté exercent, de même, au delà des fron­\ntières u n e action bienfaisante?\n    » E t voici que l'Extrême-Orient fait, depuis peu, mûrir au verger musical\nde la F r a n c e des fruits d'une saveur étrange et douce. L e n o m de ceux qui\nles cueillent sont sur vos lèvres... E n c o u r a g e o n s ces maraudages puisqu'ils\nnous apportent des sensations nouvelles. L'Orient a rajeuni la peinture occi­\nd e n t a l e ; il rafraîchira peut-être aussi notre vocabulaire rythmique et mélo­\ndique. »\n    L a conférence d'Octave Maus a été publiée intégralement par le Mercure de\nFrance dans u n d e s derniers fascicules de cette revue.\n                                                    *\n                                                *       *\n   A n t e e . — L e n u m é r o de Janvier de la revue Antée présente un intérêt\nexceptionnel. Il contient, en effet, un important essai inédit de MAURICE\nMAETERLINCK sur l'Immortalité; u n e étude d'ALDERT GIRAUD sur les Origines\nde la littérature en Belgique; u n e étude de REMY DE GOURMONT sur Brunetière ;\net outre les chroniques régulières de LAURENT TAILHADE (Les Ides et\nKalendes), H E N R I GHÉON (Le classicisme Nietzchéen),           JACQUES COPEAU    (Antoine\net Schakespeare), L É O LARGUIER (Les Revues), des proses et des vers de\nMM.    GEORGES     DE B O U H E I L L I E R ,   HENRI       VANDEPUTTE,   EMILE    HENUIOT,\nH E N R I GADON, E . BERNARD, et Le prince coiffé, conte pour les enfants d'hier,\npar A L B E R T MOCKEL.\n   Le prix de ce n u m é r o de 154 pages est de 60 centimes.\n                                                    *\n                                                *       *\n   La direction de la Libre Esthétique vient d'inviter le Cercle\n Vie et Lumière à participer collectivement au Salon qu'elle ouvrira, au d é b u t\nde mars, d a n s les galeries d u Musée Moderne. Afin de répondre dignement à\ncette invitation, le Cercle s'est reconstitué et a élu plusieurs membres nouveaux.\n    Fidèle à son programme de divulgation et d'éducation artistiques, la Libre\nEsthétique groupera, en outre, quelques-uns des peintres et sculpteurs q u i , en\nF r a n c e , en Allemagne, en Suisse, en Russie, en Suède, en Amérique, etc.,\nouvrent à l'art des voies nouvelles. Aucun de ces artistes n'a jamais exposé\njusqu'ici à Bruxelles.\n    Enfin, pour rattacher les recherches d'aujourd'hui à celles d'hier, la Libre\nEsthétique résumera par quelques toiles significatives les étapes principales de\nla vie d'Eugène Carrière, dont le mois de mars amènera le funèbre anniver­\nsaire.\n                                                    *\n                                                *       *\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3295, "texte": "                                      NOTULES                                        143\n\n\n  L e s A m i s d e l a M é d a i l l e d'art. — Fondée, il y a six ans, par\nMM. Alphonse de W i t t e et de Dompierre de Chaufepié, la Société hollandaise\nbelge des Amis de la Médaille d'aria, déjà fait frapper une douzaine de plaquettes\net organisé deux concours qui ont donné d'heureux résultats : c'est dire sa\npersévérante activité.\n    Les œuvres qu'elle a éditées sont signées, p o u r la Section belge : C. Van\nder Stappen, G. Devreese, P . du Bois, Ch. Samuel, Jules J o u r d a i n , Lecroart;\npour la Section néerlandaise : F a d d e g o n , Wienecke, Zijl et W e r n e r .\n    La dernière médaille qu'elle vient de distribuer à ses membres, due au\ntalent de M. D u p u i s , d'Anvers, l'un des vétérans de la gravure en médailles,\nest d'une composition et d'une exécution également remarquables. Au droit,\nelle porte l'effigie, d'une ressemblance parfaite, de S. A. R. le Comte de\nF l a n d r e . L e revers rappelle le décès du P r i n c e . Les simples mots : In\nmemoriam en forment l'inscription. Mme la Comtesse de F l a n d r e a bien voulu\nmarquer à la Société toute sa satisfaction en se faisant inscrire au n o m b r e de\nses membres effectifs, parmi lesquels on comptait déjà S. M. la Reine Wil­\nhelmine et sa mère, la Reine E m m a .\n\n\n\n   L e s c a n t i q u e s r e l i g i e u x . — P a r m i les différentes formes de l'art\nmusical religieux et plus spécialement du chant d'église, il en est une qui,\nmalgré son apparence plus modeste, peut contribuer, plus peut-être que toute\nautre, à émouvoir le peuple et à exciter la piété des masses : c'est le cantique en\nlangue vulgaire. Malheureusement, les collections de bons cantiques français\nsont bien rares, et, malgré le magnifique essor que semble prendre, dans\nnotre pays aussi, la renaissance de la musique religieuse, on entend encore\npartout des chants à la Lambillotte, dont l'insignifiance et la fadeur du texte\négalent la sensualité et la banalité de la mélodie. Cependant, depuis le\nMotu propio de S. S. Pie X, nul ne devrait ignorer les véritables caractères\ndu cantique. D'après ce fameux document, le cantique, pour être admis à\nl'église, doit revêtir les mêmes caractères que la musique liturgique, c'est-à-\ndire la sainteté et la correction des formes. Le texte doit être simple, élégant, bien\nrythmé et de bonne doctrine, la mélodie être grave, ni lourde, ni légère,\nsans affectation ni recherche, simple donc, pour qu'elle soit à la portée du\npeuple.                                                              ALOYS    DESMET.\n\n                                              *\n                                          *       *\nAccusé de réception\n  A R T : Femand Knopff, par Louis D U M O N T - W I L D E N . Luxueuse monogra­\nphie, format g r a n d in-8°, contenant une trentaine de reproductions dans le\ntexte et 33 planches hors texte. Prix : 10 francs. Il a été tiré 50 exemplaires\nsur papier du J a p o n , numérotés. Ces exemplaires contiennent en outre une\npointe-sèche originale, signée F e r n a n d Knopff, et u n e reproduction en hélio­\ngravure de l'Impératrice. P r i x : 40 francs. (Collection : Les Artistes belges\ncontemporains, Bruxelles, Van Oest.) — Les Maîtres italiens d'autrefois (Ecole\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": " 144                                  DURENDAL\n\n\ndu N o r d ) , par THÉODORE DE WYZEWA. Ouvrage illustré (Paris, P e r r i n ) . —\nLa jeunesse de Pérugin et les origines de l'école Ombrienne, par l'abbé BROUSSOLE.\nOuvrage illustré (Paris, O u d i n ) . — Rome, Complexité et H a r m o n i e , par R E N É\nSCHNEIDER (Paris, Hachette). — Quelques mots sur le Château de Bouillon, p a r\nEDOUARD LAGASSE. (Tiré-à-part du Bulletin de la Gilde de saint L u c . ) —\nMédailles historiques de Belgique (1906), par EDOUARD LALOIRE (Bruxelles, Goe­\nmaere). — Pie X, par L . DAELLI. T r a d u i t de l'italien par H . BOISSONAT.\nBelle édition artistique in-4° ornée de 400 illustrations (Bruxelles, Librairie\nSchepens). — La question de Waterloo, avec deux annexes, par L o u i s CAVENS\n(Bruxelles, Driessen et Desmet).\n   H I S T O I R E : Les Martyrs. Recueil de pièces authentiques sur les martyrs\ndepuis les origines d u christianisme jusqu'au XXe siècle. T . VI : J e a n n e d'Arc;\nSavonarole, p a r DOM H . LECLERCQ (Paris et Poitiers, Oudin). — Le vénérable\nPère Euler, p a r H E N R I JOLY (Collection : L e s Saints, P a r i s , Lecoffre). —\nSainte Colette, par ANDRÉ PIDOU (Idem). — Cahiers d'histoire. I I I : T e m p s m o ­\ndernes et époques c o n t e m p o r a i n e s ; IV : Histoire de Belgique, par A. Lalle­\nm a n d . — Les grands faits de l'histoire contemporaine, par le même (Bruxelles,\nCastaigne).\n  L I T T É R A T U R E : Dix-neuvième siècle. Esquisses littéraires et morales, tome I V ,\npar G. LONGHAYE (Paris, R e t a u x ) . — Gerbet, par H E N R I BRÉMOND (Collec­\ntion : La pensée chrétienne, Paris, Bloud). — Voici l'homme, par SUARES (Paris,\nBibliothèque de l'Occident). — Quelques étapes. Notes de voyages, p a r le\nCOMTE D'ARSCHOT (Bruxelles, L a c o m b l e z ; .\n  M U S I Q U E : Beethoven, par JEAN CHANTAVOINE (Collection : L e s Maîtres\nde la Musique, P a r i s , Alcan).\n   P O É S I E : Anthologie des poètes français contemporains. L e P a r n a s s e et les\nécoles postérieures au Parnasse (1866-1906), par G. WALCIT. Morceaux choisis\naccompagnés de notices bio- et bibliographiques et d'autographes. Préface\nde Sully P r u d h o m m e . 2 volumes parus (Paris, Delagrave). — L'Angelus sur\nles champs, p a r B E R T H E DE PUYBUSQUE. Préface de Charles de P o m a i r o l s\n(Toulouse, E d . de l'Ame L a t i n e ) .\n  R O M A N S : Proses à Gilles Luijck, par GASTON-DENIS P É R I E R (Verviers,\nL'Edition artistique). — L'étemelle attente, par FERNAND M É D I N E (Paris, Fon­\ntemoing). — L'évent des varechs, par DIDIER DE ROULX (Anvers, B u s c h m a n n ) .\n— La prêtresse d'Isis, p a r EDOUARD SCHURÉ (Paris, Perrin). — Vanité, par PAUL\net VICTOR MARGUERITE (Paris, P l o n ) . — Ames fortes, par OSCAR DE FERENZY\n(Paris, Lelhielleux). — Un chassé-croisé, p a r GABRIEL D'AZAMBULA (Paris,\nPlon).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison02-207", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "99, rue Royale", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 172, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "99, rue Royale, 99\n\nPIANOS DE SMET                                                                 S ES •\n\n\nFABRIQUE DE MATELAS\n               Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                médaille d'Or à TExpositloq Internationale de Bruxelles 1897\n\n              BERVOETÏTWIELEMANS\n                           FOURNISSEUR DE LA COUR\n\n      6, 8,10,12, Rue du Midi ^                               BRUXELLES\nU s i n e à v a p e u p , Lavoif» d e l a i n e s : fJUE CES GOUJONS, 1ZO\n\n\n\n\n  POUR LA PUBLICITÉ\n                   DANS            CETTE             REVUE\n\n\n    S'adresser 46, rue de Neufchâtel, 46\n\n                        BRUXELLES\n\n\n\n\n PIANOS S T E I K W A Y                                           & SONS\n             NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nÀgeuce générale el dépôt exclusif à Bruxelles : FP. MUSCH, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3902, "texte": "A paru à la Librairie                 VBOMANT\n                                                                                        Prix : fr. 3.50\n\n                           FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\nImpressions de Littérature Contemporain!\n                      BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n                        DE QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n                           ^ ERHAEREN ET DEMOLDER\n                     P. DE HAULLEV1LLE — Gl IDO GEZELLE\n                      GEORGES RODEÎ»BACH — MAX WALLER\n         EDMOND PICARD   GUILLAUME VFRSPEYEN — H. CARTON DE WIART\n                                ETC., ETC.\n\n  En vente chez l'éditear Vromant, 3 , rue de la Chapelle, Brctxe\n\n              THE GRESHAM\n            (Compagnie d'assurances sur la oie)\n                                                         REIilUBED'flHT&frAPTEQlfê\n\n              S   t\n                   Fondée à, Londres 1 8 4 8\n                Etablie en Belgique en 1 8 5 5\n                    A\n                      p\n                         |     2 1 7 m on\n                              B gi | e 80 îni 1 u\n                                                          Paul Claesscf)\n                                                                  Relieur-doreur de S A R M\"\"> la Comtesse de Rsai*\n                 PRIMES     M ( N S U I L L ( 8\n                 Louis HEUVELMANS,         i u                    2 4 , rue de Berlaimont, Brux\n           John H SCOTT,    re  e S cours eBe) e\n              3 , place Royale, B R U X E L - E S\n\n\n                                 Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                     FABRIQUE ET ATELIERS :\n                            37, R i e d e l a Charité - B R U 2 X I I\n                                                       TÉLÉPHONE                     1947\n\n                              Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis,\n                            Spécialité de tous les articles concernant la peinture, la 8cu\n                                            la gravure, l'architecture et le dessin.\n                            RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLUftj\n                                   Vente et location de modèles pour la peinture\n                             Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louu\nPremiers médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Llverpooi, Le Havre, Bruxelles, CMca\n\n                                       Au       ENCADREMENTS***»»                               Par suite de Mi\n                                       u    ^        —        ^          —          —\n                                       v     DORURE ET                   SCULP-\n                                       E                                                      LIQUIDAT\n                                       R     T U R E SUR BOIS * * » * *\n                                                                                                         DE\n                                       U     ESTAMPES » » * * * * * * *\n\n                                       S     GRAVURES ANCIENNES                             300 V 0ITIEB\n                                       E\n                                       N                                                   Vente à to\n                                            «     * • « * * • * • * • • • • • * •\n                                                                                                  offre aceep**\n                                       u    N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                       c\n                                       c\n                                       C    SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                      71, rue G\n                                            D'AUTHENTICITÉ\n                                       U\n                                       R\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4258, "texte": "    LA RESERVE MUTUELLE                                        LE STANDARD\n            tU»            LTUTS-EVMS                      Compagnie d'assurances sur la vie, tonde            n 1825\n   COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES                           ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n                                                              Prlnolpaux avantagea d * l a Compagnie\n                                                           \\* P o l i c e s incontesta- S Tarif a v a n t a g e u x .\n                                                             bles après deux a n s 4* Participation impor-\n                                                             de d a t e                    tante des assures d a n s\n                                                           a° P r ê t s s u r polices      l e s bénéfices d e l a\n                                                             ayant trois a n s d e         Compagnie.\n                                                             date.                       5» P r ê t s hypothécaires.\n                                                               S'adresser pour renseignements et prospectus à Ut\n                                                                       OIRIOTION          O t N . R A L I\n                                                           28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                             TiMekei» »«•    Mrasss Ulésrasaloss : Stansars.Bramft«s\n   EncAnentnrr Ainran. . . . .      4 0 Millions\n   SINISTRES PÂTES                 2S0 Million»\n                                                                   E n vente chez MXJRAIX-X.E\n       Combinaisons 1res intéressantes                       4 5 , R O I D S L UNIVERSITÉ, 4 5 , LIÉOK\n    DIIECTMM SEIEULE POU! LE CMTIIEOT DE L EUROPE                           J. RYELANDT\n        m. r u * H s l é T y , P A R I S (»•)\n       DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n   18. rua du Rouleau. B R U X E L L E S\n                                                           SAINTE CÉCILE           Drame musical\n           • a d r a n d e de* Agents                           Réd. pour chant e t piano : 1 6 francs\n                                                                       P U R G A T O B 1 U M\n                                                                Oratorio — Réduction pour chant at no 8 Iran»\n\nflrcnfvGS Hofiillalres le fielglpe                               N O O U D S E E           Mer du Nord)\n                                                               5 e s q u i s s e s pour piano. — 8 francs.\n\n      52, rae S té vin, BRUXELLES\n                  Recherches de généalog es et d or»\n                   moines en Uelg que et à I Etran\n                                                                 Editions de DURENDAL\n                   ger — A u stations o c e l l e s de\n                   nob esse, d fil at o n s e t d armoi-\n                   n s.—Cop esofiicie les de lettres\n                   de p s entes de noblesse —\n                   Inscr ption à la liste des nobles.\n                   — Insertions de génea og es dans\n                   des publies! on» be ges et etran*\n                    ères. — Rectificat ns d actes\n                     §\n                    e 1 état c vil et ad neti ns des\n                                                           Le ChanttaTrais Règnes\n                                                                          POÈME MYSTIQUE\n                   noms      Correspondants en pro-\n                   Tinceet a l'etrang r—Armoiries                                    MB\n                   et documents g ea ogi ues sur\n                   plus de 100,000 fan» les nobles\n                   et patriciennes.                            Georges f?AJVIAEKE:RS\n   RENSEIGNEMENTS\n\nCHOCOLAT                      BlESWAL                      Adresser les commandes & l a Direction\n                                                                       de DTJRJENDAX\nCHOCOLAT                      BlESWAL\nCHOCOLAT                      BIESWAL                        2 2 , rue du Grand-Cerf, Bruxelles\nCHOCOLAT                      BIESWAL                                    P r i x : 3 f r . SO\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "              IMPRIMERIE                                       SCIENTIFIQUE\n                                        TYPO,     LITHO       ET       CHROMOLITHO\n                        SPÉCIALITÉ          D'ILLUSTRATIONS                   DE   GRAND       LUXE\n                              PHOTO-CHROMOGHAVURE                      EN TROIS    COULEURS\n\n\n    •    CHARLES                             BULENS,                                            ÉDITEUR                   •\n                          75,        RUE          T E R R E - N E U V E ,                      75\n\n TÉLÉPHONE              505                           ^   =        ^                            B R U X E L L E S\n\n\n\n                        Rei,10ileurs 8I\n        HlIFSn Pprp\n          EXPERT\n                                          restaurateurs des musées beiges et étrangers\n                          Rentollage. transposition\n                                                           FONDÉE EN 186\n                                                      restauration et parquetage de tableaux\n                                                                                                      P. EUESO Fils\n                                                                                                             EXPERT\n    2-4, RUE DE LIGNE             «ENTE ET «CHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET ROOERNES                      24, rue du SeitlDuoie\n        Bruxelles\nI                                      ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                          Bruxelles\n\n\n\n\n        POUfl VOS CIGARES FIflS                                                       Les Boues CaoutcHoutées\n                                   à la                                                    TALBOT\n                                                                                    SOlt inusables et inarrachabfes\nMAISON AMÉRICAINE                                                                               EXI6ER LA MARQUE\n\n\n               DÉPÔT DE     FABRIQUE\n                                                                   Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n        15 — Avenue Louise— 15\n                                                                         Maison SNYERS-RANG & C\"\n              BRUXELLES                                            Fond** an 1815               —       Téléphona 1389\nP.-S. -- arrivages réguliers de cigares de la Havane                    27,    r u e d'Or,          BRUXELLES\n\n\n\n\nImprimerie .Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve. 75, Bruxelles\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 100, "texte": "ier 1907.       I4 m e Année.   N« 1\n\n\n\n\n             RE\n       REVUE CATHOLIQUE'\n            <DE UTTERATUR;\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                                 •milite te la société \" u WESTEIDJISE \"\n\n                                       LH PLBSE DE WESTENDE\n                                               (BELGIQUE)\n                                   est située aux bords de la mer du. Nord,\n                           entre Ostende et Nieuport; elle est do sable fin. Cette\n                           nouvelle station balnéaire n'a pas tarde à attirer\n                           l'attention des familles désireuses de jouir d'une\n                          villégiature agréable, hygiénique,unissant le confort\n                          à la simplicité dans des conditions très avantageuses.\n                           Une chapelle est érigée ou le service religieux se fait\n                           régulièrement pendant la saison. Les bains sont\n                           gratuits; le service de sauvetage est organisé et\n                          placé sous la surveillance communale. Location de\n                          cabines et de costumes do bains. Ecuries, remises,\n                          garages. Kursaal-restaurant. Routes carrossables et\n                          cyclables, accessibles aux automobiles. Vastes et\n                          luxueuses installations de lawn tennis, de jeux de\n   Villas et Terrains     golf et de croquet, gymnase. Promenades à ânes.                Villas et Cottages\n        A VENDES          Tentes sur la plage. Communications faciles avec                       à\n                          tout le pays. Tramway à vapeur et tramway électri-\n     par annuité*         que d'Ostende à Westende de dix en dix minutes.                     LOUER\n                          Eclairage électrique de la digue, des avenues, des\n                          villas et cottages. — Deipander le prospectas détaillé\n                                                   MMMMMAMMMMVM^\n\n\n                              Agence immobilière pour la rente et location, des villas\n                                    HALLES WESTENDAISES\n                          comprenant différents magasins réunissant les arti-\n                          cles d'alimentation, de nécessité et articles de luxe\n                              Boucherie. — Boulangerie. — Poissonnerie.\n                                                                Le WESTEND* HOTEL est ouvert i\nWESTEND' HOTEL                                               partir de Pâques jusque fin septembre\n                                                             Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au corn\n                                                             mencement et à la fin des saisons, arran\n           DIGUE DE MER                                      gements très avantageux pour les famille*\n                                                                 faisant un séjour prolongé à l'hôtel\n                                                                  75 chambres parfaitement aménagée*.\n     TÉLÉPHONE N° 4 1                                                Vie de fan ille. Éclairage électrique\n                                                                  /    Chambres spacieuses. Ameuble-\n  Réseau du                                                                   ment moderne esthétique et\n                                                                              confortable. Balcons et ter-\nlittoral par\n                                                                               rasses. Salle de musique\n Nieuport.                                                                       Salle de billard. Salle de\n                                                                                   récréation pour les « •\n                                                                                           fants. Salon*\n                                                                                           de lecture et de\n                                                                                           correspondan\n                                                                                           ce. Cuisine soi\n                                                                                           g n é e . Cave*\n                                                                                            recomman-\n                                                                                           dées.\n    Appartements avec salon — Service d'omnibus de l'Hôtel au vicinal. — Service postal et\ntélégraphique réguliers. — Communications téléphoniques avec toute la Belgique et les réseau*\nétrangers voisins — Hôtellerie LE LEKKEKBEEK ouverte toute l'année\n                                    A B R U X E L L E S , 6 4 , boulevard d e l à Senne Téléph. 2 2 3 6\nPour renseignements a'adrekser { A WESTENDE, & l'Administration de la Plage (Tel**\n                                       phone 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                        DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n                            1907 — 14» Année\n\n\n                 Sommaire du n° 2 (Février)\nPelléas et Mélisande (Théâtre de la Monnaie) :\n                      I. Le drame de Maurice           Maeterlinck\n                          (ARNOLD GOFFIN)                               81\n                       77. La   partition   musicale   de   Claude\n                          Debussy   (JOSEPH RYELANDT . . . .            86\nA. GEVERS.       Carillon de joie;\n                 Le verger;\n                 Chanson                           > . . . .           8g\nJEAN DOMINIQUE. — Une robe d'indienne                                  91\nX . — Aspect s de la nature et de la cité (fin)             » .        94\nGEORGES DE GOLESCO. — « Les Troyens » de Berlioz       (Théâtre\n                            de la Monnaie)                            101\nPAUL MAX. — Le Petit Bossu                                  * ,       io5\nCLARA CQGEN-LEDEGANCK. — Béguines et béguinages          (suite).\n                                  — Traduction du flamand par\n                                 ANNA D B WEERT-COGEN.        .   .    108\nL'abbé FR. VERHELST. — J.-S. Bach - César Franck , . . .              11a\nTANCRÈDB DE VI8AN. -— Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard (suite)          114\nGEORGES DE GOLESCO. — Chronique Musicale :\n                           Premier et deuxième Concerts du Con-\n                              servatoire. — Quatrième    Concert\n                             Ysaye. — Troisième Concert popu-\n                             laire. — Récital de M'\" Germaine\n                             Schellinx.   «-                          117\nFRANZ ANSEL. — Théâtre du Parc :\n                   « Les Vieux » de Joé de Gamara ;\n                   « Les Etapes » de Gustave Van Zype.   . . .        120\nF. H. — Les Expositions :\n           Le premier Salon de a l'Estampe ». —        Exposition\n             Berthe Art et Georges Buysse. — Exposition    Anna\n             Boch et G.-M. Stevens                                    12a\nHENRI MAZEL. — Lettre de Paris                                        126\nL'abbé HENRY MOELLER. — L'Art à l'Ecole et au Foyer . . .             129\nLes Livres                                                            i3a\nNotules .        . . „ , . ^                     ,                    140\nIllustrations : L'Aveugle et le Paralytique (EUGÈNE LAERHANS ;\n                Les Béguines dentellières (ANNA DE WEERT).\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "                       DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T r 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compn»}\n         (pour tabonnement s'adresser à ta Rédaction, rue du Grand-Cerf, as, à Bruxelles\n                                PKIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n\n                Comité de rédaction de D u R E N D A L :\n                          MM.      H E N R Y CARTON DE W I A R T -\n                                   L'abbé H E N R Y      MŒLLER.\n                                   F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                    Secrétaire de la Rédaction : GEORGES V I R R È S\n                             -Correspondant de la rédaction à Paris :\n       M. H E N R I M A Z E L , avenue d e la Grande-Armée, 6 i , Paris.\n\n              PRINCIPAUX                    COLLABORATEURS\n      FRANZ ANSEL.                                         H . FIÉRENS-GEVAERT.\n      MAURICE BEKAERT.                                     ARNOLD GOFFIN.\n      PIERRE BILLAUD.                                      FRANZ H E L L E N S .\n      EDGAR BONEIULL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                     JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                        VICTOR KINON.\n      GEORGES BRIGODE.                                     G O D E F R O I D KURTH.\n      H É L È N E CANIVET.                                 PAUL LAMBOTTE.\n      MARIE CLOSSET.                                        L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé AUG. CUPPENS.                                 S É B . - C H . LECONTE.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                              CHARLES MARTENS.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                              PAUL MUSSCHE.\n      H E N R I DAVIGNON.                                  EDOUARD N E D .\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                            JEAN NESMY.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                  CHARLES NICAISE.\n      ERNEST DE LAMINNE.                                   PIERRE NOTHOMB.\n      LOUIS DELATTRE.                                      ERNEST PÉRIER.\n      La comtesse E D DE LIEDEKERKE.                       GEORGES RAMAEKERS.\n      L e baron G. DELLA FAILLE.                           GEORGES RENCY.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                     BLANCHE ROUSSEAU.\n      D o m BRUNO DESTRÉB.                                 JOSEPH RYELANDT.\n      JULES DESTRÉE.                                       FERNAND SÉVERIN\n      Vicomte D'HENNEZBL                                   HENRY V A E S .\n      MAURICE DULLAERT.                                    EMILE VERHAEREN.\n      J. ESQUIROL.                                          L'abbé F R . VERHELST.\n      EMILE FERMAUD.                                        LÉOPOLD WALLNER,etC, etC\n      LAURENT FIERENS.\n\n                Les collaborateurs sont seuls lesponsables de leurs articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL     de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à im R**\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adre*^\nsiège de la Revue. 2 2 , rue du Grand-Cerf; pour la publicité, 4 6 , rue Neufchatel, Bru**\"\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "Pelléas et Mélisande\n        au Théâtre de la Monnaie\n\n         1. — Le drame de Maurice Maeterlinck\n         UNE        histoire d'amour et de sang, avec une face de\n                  réalité et une face de légende, — réalité de\n                  passion, de jalousie, de vengeance; légende\n                  toute en allusions, en éclairs furtifs, en lueurs\n                  qui luisent puis s'éteignent, illuminant, sou­\n                  dain, derrière les péripéties apparentes du\n                  d r a m e et les formes vivantes de ses person­\n                  nages, d'étranges perspectives de songe.\n   Golaud parle, ou Mélisande, ou Pelléas — et, à chacune de\nleurs paroles, il semble que quelqu'un soit derrière eux, invi­\nsible, qui leur souffle les m o t s ; q u e l q u ' u n qui a tiré Golaud\nvers Mélisande, Mélisande vers Pelléas et poussé ces trois\nvies dans le tourbillon de fascination et de vertige qui, à\ntravers des ravissements et des transes également tragiques,\nles conduira aux fatalités de la mort.\n   C'est au milieu d'une forêt, en poursuivant un animal peut-\nêtre fantastique, que Golaud se trouve tout à coup en présence\nde son destin : Mélisande, simple comme une-enfant, candide\ncomme l'eau de la fontaine auprès de laquelle elle pleure,\nsolitaire de toute la solitude de la forêt et de tout l'isolement\nde son mystère... Car, d'où est-elle venue et pourquoi, avec sa\ncouronne maintenant au fond de l'eau, avec sa douceur et sa\nsauvagerie de biche effarouchée? Quel H a m l e t fou a fait fuir de\nses demeures cette Ophélie peut être insensée? A-t-elle été\ntrahie, outragée, contrainte, ou, si, quelque maléfice pervers\nl'a-t-il chassée dans les bois, pour y errer, hallucinée, étrangée\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "82                          DURENDAL\n\n\nd'elle-même et des siens, jusqu'à la survenue du prince dont\nl'apparition prédestinée mettra fin au sortilège?...\n   Cependant, effrayée par Golaud de la nuit qui, lentement,\nglisse ses fantômes entre les arbres, et du froid, et du silence\nplein de frémissements, elle le suit en hésitant,.. Et c'est tout\nle secret de son avenir qu'il emmène avec elle. Il est venu en\ninconnu à cette inconnue, et rien ne résoudra l'ignorance\noù ils sont l'un de l'autre... Car la petite créature que Golaud\na recueillie comme un oiseau blessé qui se pelotonne en\ntremblant dans la main qui le caresse; la petite créature est\ntimide et silencieuse, mais elle pense, mais elle rêve, mais,\nsans s'en rendre compte elle-même, elle désire et attend...\nElle est taciturne parce que la gratitude, seule, a engagé son\ncœur : Golaud qui l'aime n'a pour elle que la figure du bienfait\net du devoir, sans rien des adhésions joyeuses et libres de\nl'amour... Entre lui et elle fait obstacle l'indifférence de\nMélisande; entre elle et lui, la passion de Golaud : et ils ne se\nconnaissent pas.\n   C'est l'aventure, le royal désastre de Mark, de Tristan et\nd'Yseult — ou, plutôt, l'aventure de toujours avec le dénoue­\nment de quelquefois... Mais, ce n'est point l'enchantement\nrecherché d'un philtre qui conjugue les cœurs et les lèvres de\n Pelléas et de Mélisande et fait de leurs tête-à-tête un délice\n épouvanté Et, non plus, ce ne sont pas de sombres héros,\navides de confondre dans les abîmes du néant et des ténèbres\n leurs âmes faites pour les cimes désertes de la nuit : Rien que\n des enfants, et qui aiment en enfants, et dont l'amour s'est\ndécouvert et s'est reconnu en des regards étonnés, des propos\nbalbutiés et des sourires évasifs; et qui attendent, non l'anéan­\ntissement, mais la joie...\n   Joie petite et pure, car Mélisande a besoin, surtout, des bras\nde tendresse où se sentir toute chétive, tout abritée, avec\nses mots puérils et la nouveauté déjà endolorie de son cœur.\n Elle est innocente, sans calcul et, presque, sans feinte, pliée au\n sort heureux ou adverse comme une herbe marine à l'inflexion\n de la vague : L'anneau nuptial qu'elle a accepté de la main de\n Golaud, elle ne le jette point dans un mouvement d'amour\n pour Pelléas, elle le laisse échapper involontairement, et cet\n accident, toutefois, lui est comme un présage et comme un\n accomplissement. Lorsque, dans un accès frénétique de\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "     PELLEAS ET MÉLISANDE AU THEATRE DE LA MONNAIE                  83\n\n\njalousie, Golaud l'agenouillé de force devant lui, en proférant\ndes sarcasmes, elle ne résiste ni ne proteste; et, ensuite, quand,\nau cours de l'évolution fatidique des événements qui entraînent\nsa vie dans des affres alternatives de félicité et de crainte, elle est\nsurprise, hors des portes fermées du château, avec Pelléas, elle\nn'est inquiète et agitée que tant que dure l'incertitude du péril\npressenti et de la catastrophe attendue. Puis, Pelléas tombé\nsous les coups de son frère, et que celui-ci vient sur elle,\nl'instinct de sa faiblesse l'emporte et elle fuit... Elle sait fuir\ndevant le destin provoqué, mais non lui résister : Et, lorsqu'il\nl'a atteinte et saisie, elle se replie en sa sensibilité déchirée\ncomme un oiseau grelottant s'enveloppe de ses ailes pour se\nprotéger de l'hiver et de la bourrasque, avec toutes les résigna­\ntions de la naïveté ignorante qui souffre du mal ou des intem­\npéries, sans savoir d'où ils viennent, ni pourquoi...\n    Parce qu'il aime, Golaud s'est vengé, et parce qu'il aime,\nvengé, il se juge lui-même : et il aperçoit que cette femme\nqu'il s'était conquise dans la forêt, il n'a jamais su en pénétrer\nla pensée, trouver le langage qui aurait uni leurs deux âmes et\nbrisé la contrainte qui les laissait muettes l'une devant l'autre.\nToute sa violence, à présent, est tombée... Et voilà, Mélisande\ngît, blessée, mourante, dans sa chambre, mais, redoutant de\nl'effrayer, il n'ose pas approcher de son chevet. Cependant,\nau moment où la présence de Golaud lui est révélée avec pré­\ncaution, elle n'a que cette exclamation de reproche étonné :\n « Pourquoi ne vient-il pas près de moi ? ». Est-ce l'oubli et le\npardon divins nés de ce qu'elle a pressenti que, à l'égal de\n Golaud lui-même, elle a été à la fois victime et bourreau? Est-ce\nla douceur toujours offerte d'un être qui n'a de force que pour\npâtir, surpris de la souffrance qu'il accepte sans savoir — ou\n les abandons engendrés par la mort imminente, dont les\nclartés profondes ont vidé de substance, devant ses yeux las,\ntous les sentiments et les volontés de la chair?\n    Golaud, lui, n'a pas franchi le pas de tels délaissements; il\n est tout brûlé par le sang et le remords du meurtre et, pourtant,\nson âme erre, comme écartelée entre les incertitudes de la\njalousie et les certitudes du trépas où il voit cette femme qu'il\n aime aller s'évanouissant... Il l'interroge encore, il la presse, il\nveut savoir si son amour a été coupable... Ah! il a pardonné\n d'avance, il pardonne de nouveau, mais, malgré la conscience\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": " 84                            DURENDAL\n\n\nde la proximité de la mort qui le guette, lui aussi, le courage lui\nm a n q u e pour porter jusque là le fardeau horrible de cette\nquestion irrésolue... Mélisande ne comprend pas, elle ne sait\npas, elle ne sait plus : il ne reste en elle que le souvenir confus\nd'une douleur éclatante, adoucie, maintenant, et lointaine, loin­\nt a i n e . . . Sa personnalité timide et silencieuse va, parmi des\nréponses vagues, s'effaçant comme une forme d'ombre dont les\ncontours s'indécisent sur le chemin encrépusculé de sa destinée:\n« Elle s'en va sans rien d i r e . . . »\n     E t le rideau se ferme sur ce silence, après que les assistants\nont emporté le petit enfant de la morte qui reposait auprès\nd'elle : « Venez, il ne faut pas que cet enfant reste ici, dans\ncette c h a m b r e . . . Il faut qu'il vive maintenant à sa place...\nC'est au tour de la pauvre petite... ». Ainsi, l'épilogue du\ndrame n'est qu'une étape de l'avenir; ainsi, la douleur et la\nmort préparent la vie — et la vie, à son tour, la douleur et\nla m o r t . . .\n\n     D r a m e de peu de paroles et de paroles qui, parfois, semblent\nincohérentes et étrangères à là pensée de ses protagonistes, mais\nà travers lesquelles l'événement marche, irrévocablement, pour\nrejoindre sa conclusion de désolation et de ruine. Ces paroles,\nil semble qu'elles soient, quelquefois, comme le frisson de la\nvie qui fermente dans les bas-fonds d'une eau stagnante et en\nfait frissonner, passagèrement, la surface immobile et triste, ou\ncomme la fleur d'une plante a q u a t i q u e grandie dans les pro­\nfondeurs, et qui, tout à coup, émerge h u m i d e et sombre... A la\nfin du cinquième tableau, Mélisande éclate en larmes subites et\nd i t : « O h ! je ne suis pas heureuse !... Je ne suis pas heureuse!...»\net l'on dirait le cri involontaire de toute l'arrière-pensée\ninconsciente de regrets, de nostalgies et d'espoir indéfini, de\ntout le travail indistinct qui a préparé dans son cœur l'avène­\nment de Pelléas.\n    L a pensée de Mélisande, de même que celle de Pelléas et de\nGolaud, transparait ou se dérobe, fréquemment, sous des mots\nfutiles ou insignifiants; à peine s'ils énoncent les sentiments à\nl'impulsion desquels ils obéissent, dans une sorte d'empor­\ntement panique. L e u r situation est t r o p tragique et trop\npressante, l'étau dans lequel ils se sentent pressés est trop\nopprimant pour leur laisser la faculté de la parole ou de\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "      PELLÉAS KT MÉLISANDE AU THÉÂTRE DE LA MONNAIE                      85\n\n\n la délibération. E t , aussi, Golaud n'appréhende-t-il pas de\n donner force et consistance à ses soupçons en les formulant?\n Pelléas et Mélisande, d'accroître les possibilités funestes ou,\n presque, de les créer, en les prévoyant?... C e p e n d a n t , pour brefs,\n rares ou oiseux qu'ils soient ou paraissent, chacun de leurs mots\n ajoute un trait à la menaçante figure, d'abord i m m a n e n t e , qui,\n de scène en scène, grandit et s'amplifie, pour s'établir à la fin sur\n la destruction de ces créatures en conflit, comme une image\npuissante et terrible du Destin, taillée par elles-mêmes, jour\naprès jour, et qui n'est parfaite que de leur écrasement...\n    La m u s i q u e de M. Claude D e b u s s y est, singulièrement,\nappariée par sa conception à l'œuvre de M. Maeterlinck; elle\najoute sans cesse à l'émotion de l'action l'émotion incisive de\nson commentaire ininterrompu ; elle crée autour du drame\nl'atmosphère orageuse et inquiète, ou exaltée, au sein de\nlaquelle chaque parole rencontre un écho profond qui prolonge\net invétère sa signification. Quelques thèmes, seulement,\ndessinent la personnalité mélodique des principaux person­\nnages : l'ingénue et fragile M é l i s a n d e ; Pelléas enivré de son\ncœur; Golaud, l'amour qui souffre et t u e . . . Et cette musique,\nd'où s'élève parfois un chant éphémère d'espérance ou une\nplainte déchirante, va, elle aussi, comme u n e onde aux reflets\ntantôt clairs, t a n t ô t sombres, emportée d'un mouvement insen­\nsible et monotone vers une chute inévitable...\n\n   Il faut envelopper dans un éloge général et chaleureux tous\nceux, directeurs, chef d'orchestre et décorateurs qui ont\ncontribué à nous offrir au théâtre de la Monnaie une réalisation\nscénique admirable de Pelléas et Mélisande. M M . Petit et\nBourdon, qui tenaient, l'un, le rôle de Pelléas, le second, celui\nde Golaud, ont méritoirement contribué au grand succès\nde l'ouvrage, dont la grande part doit être reportée sur\nMme Mary Garden qui a incarné le personnage de Mélisande\navec la compréhension exquise et le tact intelligent d'une\nartiste accomplie.\n\n                                                   ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "    II. — La partition musicale de Claude Debussy (1)\n   L'intense poésie qui flotte autour du drame Pelléas et Méli­\nsande était de nature à tenter un musicien. La musique, langue\ndu sentiment, est le complément indispensable de ce drame.\nFauré avait écrit quelques pages charmantes de musique de\nscène pour Pelléas. Claude Debussy en a fait un drame musical\ncomplet. Il s'est attaqué au texte même et, à part quelques\nheureuses suppressions, il a tout mis en musique. On a prétendu\nque désormais Pelléas ne pourrait plus se jouer sans la musique.\nJe n'en sais rien, mais il est incontestable que la partition\ncomplète, illumine, sertit les scènes avec un art et une perfec­\ntion étonnante.\n   Parlons donc de cette partition que le théâtre de la Monnaie\nvient de donner avec grand succès ; succès surprenant quand on\nsonge à la nouveauté du spectacle, mais qu'expliquerait pour­\ntant la beauté de l'interprétation et des décors.\n   Miss Mary Garden, créatrice du rôle à Paris, est la Mélisande\nparfaite, allant à l'abîme sans remords, parce qu'elle semble\ntout à fait inconsciente. Le rôle de Pelléas était tenu par\nM. Petit, un débutant parisien, presque un maître déjà. Quant\nà M. Bourbon, il a fait du rôle de Golaud une création\nétonnante de vie et de vérité : c'était la perfection. Les rôles\nd'Arkel (Artus), de Geneviève (Bourgeois), du médecin (Danlée)\net même du petit Yniold (Das) étaient fort bien tenus. Il ne me\nsouvient pas d'avoir jamais vu un ensemble aussi parfait et tant\nde naturel dans le jeu des acteurs. Ceci est dû en partie à la\nmusique. Debussy n'écrit pas de tirades où les chanteurs puis­\nsent étaler leurs voix, et c'est la tirade « étirée » qui appelle le\ngeste conventionnel. La voix, en ce drame, chante, mais sur une\nportée peu étendue, maintenue généralement dans le médium\ndu registre; les paroles se chantent aussi vite et aussi naturelle-\n\n  (1) Nous rappelons à nos lecteurs l'étude magistrale et pénétrante publiée ici même\n(Durendal, octobre 1903) par notre collaborateur L. DE LA LAURENCIE, qui est à la fois\nun penseur, un érudit et un artiste, sur l'œuvre si personnelle de CLAUDE DEBUSSY.\nCelui-ci nous en remercia en ces termes : « Croyez-moi très sensible à votre sympathie\nartistique et combien je vous suis redevable du bel article qu'écrivit votre ami de la\nLaurencie dans votre revue. Malgré ce que cela comporte de personnalité, il me faut\navouer qu'on n'a rien écrit de plus clair sur ce que je tente. »\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "     PELLÉAS ET MÉLISANDE AU THÉÂTRE DE LA MONNAIE               87\n\n\n ment que si elles étaient parlées; c'est une parole chantante ou\n — si l'on préfère — un chant parlant; mais c'est du chant.\n L'orchestre accompagne le drame avec une admirable discré­\ntion, qui permet à l'auditeur de saisir toutes les paroles, agré­\n ment très rare au théâtre lyrique. Ci et là apparaissent des\nmotifs caractéristiques, des leitmotiv en ; mais il importe peu\nd'apprendre par cœur la signification des thèmes; il importe\nd'ouvrir son âme, d'écouter le drame sans prévention, et\nl'on sera saisi par la poignante émotion qui s'en dégage.\n   La partition est divisée en cinq actes et chaque acte en plu­\nsieurs tableaux. Ceux-ci sont reliés par de troublants et mysté­\nrieux interludes qui se jouent à rideau baissé. Les premiers\nactes exhalent une profonde mélancolie, mais, à mesure que le\ndrame se développe, la vie renaît avec la passion frémissante,\nquoique toujours nimbée de rêve.\n   Tandis que, dès l'origine de l'opéra, certains auteurs asser­\nvissaient le drame à la musique, les musiciens doués du vrai\nsens dramatique ont toujours réagi contre ce renversement d'une\nloi naturelle, et Gluck entreprit une guerre pour la réforme du\ndrame musical. La victorieuse campagne wagnérienne fut le\ndernier épisode de cette guerre, et désormais la musique, entrant\nau théâtre, s'y fusionne avec le drame en conservant néanmoins\nune beauté propre.\n   Mais, avec Debussy, nous allons plus loin : il n'y a plus seu­\nlement fusion de deux arts, mais bien absorption de la musique\npar le drame. La musique n'a plus d'intérêt indépendamment\ndu drame, car elle n'en est que l'émanation sonore. C'est de lui\nqu'elle tient tout son pouvoir émotif, et, prise isolément, elle n'a\nguère de profondeur (sauf quelques rares passages). A ne consi­\ndérer que la réalisation formelle du drame debussyste, Pelléas\nest un chef-d'œuvre. Mais le système est contestable; car on\nconçoit fort bien une fusion aussi intime des deux éléments tout\nen donnant une beauté plus formelle à la musique. Voilà une\ndiscussion qui nous mènerait trop loin... Regardons plutôt\nl'œuvre telle qu'elle se présente.\n   D'après ce principe donc, la psychologie ressort presque uni­\nquement du drame lui-même. Nous sommes loin de Wagner\nqui, au moyen de l'orchestre et des combinaisons de motifs,\ndécouvrait de nouveaux aspects du drame et des personnages.\nMalgré certains motifs qui reviennent souvent caractérisant\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "88                              DURENDAL\n\n\n Golaud ou Mélisande, l'unité, l'homogénéité d'inspiration de la\n musique est due surtout au d r a m e et non à la structure musi­\n cale des scènes. L'orchestre suit les paroles presque mot à mot,\n excellant dans les pages de description extérieure : musique de\n poète et de peintre impressionniste, non de penseur et de philo­\n sophe.\n     Le système de Debussy (car système il y a toujours) offre\n l'avantage de fixer tellement l'attention sur la scène, qu'on\n oublie presque la m u s i q u e ; celle-ci renforce le spectacle comme\n un décor sonore, et c'est inconsciemment qu'on en subit le\n charme. Son mérite original — disons-le bien haut — réside\n plus en cela qu'en ses audaces harmoniques. Celles-ci font sou­\n vent l'effet d'un parti-pris; et il est probable que la belle struc­\n ture et la cohésion h a r m o n i q u e d'un F r a n c k ou d'un d ' I n d y\n sont un gage de durée pour leur art bien plus que ne le peut être\n l'arbitraire, l'inspiration morcelée de ce kaléidoscope m u s i c a l .\n    C e p e n d a n t les harmonies de Pelléas sont extrêmement raffi­\n nées et pleines de trouvailles imprévues. Avec son a d m i r a b l e\n fluidité d'orchestration, cette musique est très harmonieuse et\n non pas dure, comme on pourrait le croire. Certes, cet art n'est\n pas à imiter; un jeune talent risquerait de s'y empoisonner.\n Ces choses-là doivent être l'expression sincère d'un artiste\n exceptionnel ou ne pas être ; c'est évident. L a partition de\nPelléas e s t d'un art très précieux, malgré les répétitions de\nmêmes formules, la préoccupation d'éviter tout accord prévu,\net, pour la voix, les phrases chantées sur une seule note, procédé\ndéjà cher à Massenet.\n    Résumons-nous : Pelléas et Mélisande de Claude Debussy offre\nun modèle nouveau et a d m i r a b l e de drame musical. Seulement\n— et je reviens sur ce point — son aspect vraiment neuf et inté­\nressant réside beaucoup moins dans le système h a r m o n i q u e\nque : 1° dans le système prosodique ou la notation des paroles,\nr a p p e l a n t le r y t h m e oratoire et l'extrême souplesse du chant\ngrégorien; 2° dans la conception du rôle respectif des voix et de\nl'orchestre, celui-ci discret, effacé, écoutant l'acteur et n'absorbant\njamais l'attention. C'est par là que cette œuvre fera peut-être\nécole et qu'elle se présente comme la plus complètement neuve\net originale qu'on ait vue depuis W a g n e r .\n\n                                                   J O S E P H RYELANDT.\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "   L'AVEUGLE ET LE P A R A L Y T I Q U E\n               (EUGÈNE L A E R M A N S )\nTableauexposéau Salon du Cercle « Pour l'Art » (1907)\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": ""}, {"page_pdf": 114, "texte": "  Carillon de joie\nLa cloche essaime dans le ciel\nLes mille abeilles de sa joie;\nC'est une danse qui tournoie\nDans l'air de chaleur et de miel.\n\nLa ville vibre, ainsi qu'un bois\nSous une averse de tempête,\nC'est une onde en fleur et en fête\nQui se déroule sur les toits.\n\nDes abeilles de soie et d'or\nEmplissent mon cœur       d'étincelles.\nEt la lumière de leurs ailes\nRythme le chant de leur essor.\n\n\n\n\n          Le verger\n Mon cœur est un verger de joie.\n Dont l'amour caresse les fruits\n Comme un soleil de chaude soie.\n — J'y vis des jours d'ivresse claire.\n Et j'y rêve le vol des nuits.\n Dans ce verger      imaginaire.\n\n J'y retrouve, aux herbes, les larmes\n Qui scintillèrent dans nos cils\n Aux heures de doute et d'alarmes —\n Et ma pensée et ta pensée\n S'y joignent, ainsi que ces fils\n  Flottant à la branche lassée.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "90                         DURENDAL\n\n\n\n               Les fruits sont frais de confiance,\n               Les troncs sont droits, comme un élan\n               Qui d'un cœur à l'antre se lance.\n               — J'y vois passer, dans la lumière,\n               Nos regards lents d'émoi    tremblant\n               Lors de notre entente    première.\n\n               J'y écoute le vent qui chante,\n               Ainsi qu'en moi chante ta voix,\n               Et ce rayon de joie aimante\n               Qui dans le verger    étincelle,\n               C'est mon regard, quand je te vois,\n               Mon regard, qui t'aime et t'appelle.\n\n               La pêche, à la branche       attachée,\n               Parmi le feuillage     frâleur,\n               C'est ma main dans ta main cachée,\n               Et les saveurs    aériennes\n               Qui m'enlacent de leur chaleur,\n               Ce sont tes lèvres sur les miennes.\n\n\n\n\n                        Chanson\n     Ton cœur, je le prendrai entre mes deux mains fraiches\n              Afin que les larmes y sèchent.\n     J'ôterai de ton front les chagrins   d'autrefois\n              Au toucher léger de mes doigts.\n     Je veux que mes baisers, sur tes lèvres, enlèvent\n              Les soupirs qui troublent tes rêves.\n     Et pour que la douleur détourne au loin ses pas\n              Voici l'arc tendu de mes bras.\n                                                        M.   GERVERS.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                  Une robe d'indienne\n                 ON nous avait donné « la chambre » tout en haut,\n                     tu te souviens, M a r i e ? . . . Il y avait un petit\n                     canapé de crin et un pélican empaillé... L e soir,\n                     le père, la mère, la fille, le fils et un tout\n                     petit garçon, chantaient à quatre voix, assis\n                     sur le mur, les jambes p e n d a n t e s . . .\n                          « Veux-tu q u e nous y retournions, Olivier,\n                     dit Marie. J'adorais ce p a y s . . . » Elle parlait\nsans lever les yeux sur son frère ; sa voix jeune ressemblait à son\nvisage. Mais q u a n d elle dit « j ' a d o r a i s », il sembla qu'un flot\nde pensées, une m u l t i t u d e de pauvres sanglots se fussent élevés\ntout à coup d a n s la chambre, pour retomber ensemble comme\nun silence éparpillé.\n   » Mais non, mais non, il n'y faut pas penser. D'ailleurs,\nnous ne pouvons bouger d'ici avant des mois, tu sais. J'achève ton\nportrait, puis j ' e n t r e p r e n d s mes quatre grands panneaux décora­\ntifs. E t puis... et p u i s . . . que sais-je? C'est le midi, c'est le rocher\nblanc qu'il me faut, et les eucalyptus et les pins bleus et tout\ncela. Du diable si je sais pourquoi le souvenir de cette pauvre\nchambre d a n s ce d a m n é P a y s de Galles m'est revenu à la\nmémoire! Au fond, c'est de te regarder qui m'y a fait incon­\nsciemment songer. T u as mis, pour poser, la même robe de\ncoton indien que tu portais là-bas, tout justement le jour où\nnous avons niché dans cet extraordinaire cottage. J'entends\nencore le refrain r a u q u e inarticulé et la voix perçante du petit\ngarçon. Cela montait vers nous du milieu d'un silence et d'une\nobscurité intolérablement douces et tristes. T e souviens-tu?\n c'était comme la mort. »\n    Marie ne répondait rien. Elle était assise au fond de la\n chambre, si tranquille et si attentive! Il y avait du soleil\n glissant sur sa joue et du soleil dans ses deux mains immobiles,\n du soleil sur sa robe !\n    Oui, songeait-elle, c'était comme la mort. Olivier dit cela,\n mais il ne peut savoir... Pense-t-il à Julien ou ne sait-il rien du\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "92                              DURENDAL\n\n\ntout? Peut-être m'a-t-il vue là-bas quand j ' a i laissé pendre mon\nbras en dehors de la fenêtre branlante, et quand j ' a i cueilli la\nrose dans l'obscurité, et quand je l'ai glissée doucement, douce­\nment le long de son épaule et de son bras et presque dans sa\nmain. Oh ! comme j'ai eu honte quand il l'a prise sans rien dire !\nJ'ai replacé mon bras parmi les feuilles contre le mur, je vois\nencore exactement les plis de ma manche bouffante qui écra­\nsaient la vigne. J'entends ceux qui c h a n t a i e n t ! C'était comme\nla mort ! »\n    Olivier avait quitté l'atelier. Marie se leva b r u s q u e m e n t , et,\nfaisant quelques pas hâtifs, s'arrêta devant le portrait. Elle\nregardait, regardait..., ses yeux s'emplirent de détresse, puis\nde pitié, puis de larmes si lourdes, qu'elle les essuyait des deux\nmains avec impatience pour continuer de bien voir. Le portrait\nlui montrait l'exacte ressemblance de son visage étrange et sans\nbeauté, mais si plein de faiblesse, mais si loin du bonheur!\nC'est pour cela, pour cela seulement que Julien ne l'avait\nj a m a i s aimée. P u i s , pour le don de cette rose... L u i , si distrait,\nsi distant, si correct, qu'avait-il dû penser à cause de ce geste,\nà cause de la rose, à cause de ceci qu'elle la lui avait donnée\nsans parler, dans l'ombre la plus noire en lui touchant l'épaule\net le bras et la main ? Oh ! si, dans cet instant, elle avait pu voir\nson visage! Si elle pouvait se figurer m a i n t e n a n t l'expression\nqu'il avait eue alors! Si elle pouvait seulement être sûre qu'il\nn'avait pas souri d'un certain sourire! Mais rien. C'était comme\n la m o r t !\n    L e lendemain ils s'étaient retrouvés tous les trois pour le\ndéjeuner, dans le petit parloir sombre et solennel. Ils avaient\n mangé (elle se souvenait de tout) un écureuil et un merle, que\n les gens du cottage avaient tués pour eux. Marie avait cette même\n robe de coton indien à, fond brun semé de fleurs bleues et blan­\n ches. Olivier la plaisantait sur son teint qui paraissait blêmi\n depuis la veille; et Julien, plus distrait, plus correct, plus dis­\ntant q u ' à l'ordinaire, ne parlait qu'avec son ami et seulement\n de chasses, de coutumes galloises, de ballades anciennes. A h !\n l'horrible journée, et q u a n d le soir t o m b a , tout le malheur fut\n consommé!\n    Vers 7 heures, une vieille femme apportait les lettres dans le\n pays. Elle avait un manteau de toile cirée et une lanterne.\n Marie l'avait vue monter le sentier... elle avait bondi vers la\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                       UNE ROBE    D'INDIENNE                      93\n\n\npauvre vieille, saisi sa main avec violence, empêché le heurt du\nmarteau et tenu comme en équilibre, l'espace d'une seconde,\nl'abominable et chère incertitude serrée entre ses doigts.\n   Une heure plus tard, Julien partait, rappelé, disait-il, par\nquelque affaire d'importance. Etait-ce vrai? L e saurait-elle\njamais? Il leur dit adieu près du petit mur. L a nuit encore une\nfois était noire. On ne distinguait plus les roses du feuillage.\n Marie avait le cœur désespéré, sauvagement triste, affreuse­\nment lourd. Elle savait qu'il s'en allait à cause d'elle, parce\nqu'il ne l'aimait pas, parce qu'elle l'aimait, parce qu'elle avait\nété folle, parce qu'elle lui avait caressé l'épaule, mis une rose\ndans la main. Elle savait cela, et pourtant elle imaginait avec\ntoutes ses forces, avec toute son âme chancelante d'amour qu'il\nallait, avant de partir, dans cette obscurité idéalement triste,\nfaire un signe, toucher sa main autrement qu'il n'avait fait\njusque-là.\n   Mais non, ce fut comme la m o r t ; comme la mort la plus\naffreuse, furtive et vaine, sans importance et sans durée. L e\nnéant s'abattit j u s q u ' a u fond de son cœur. C o m m e un oiseau\nsinistre et doux, dès cet instant il h a b i t a son âme, il y prit sa\npâture, il y grandit immobile et secret...\n   Marie était retournée à sa place. U n e pâleur exténuée couvrait\nses joues et son front lumineux. L e soleil, plus oblique, était sur\nses deux mains, caressait les genoux et la robe semée de fleurs.\n   Q u a n d Olivier rentra dans l'atelier, il sourit en disant :\n   — Je n'ai jamais eu de modèle plus parfait ni plus patient.\nT u ne bougerais pas davantage si tu n'existais pas corporelle­\nment. L'expression même est constante!... Bon, j ' a i parlé trop\ntôt! Pourquoi as-tu pris tout à coup cet air bouleversé et misé­\nrable? T u pleures, Marie?...\n   — Oh ! les femmes sont sottes, tu le sais, mon brave Oli­\nvier... C'est à cause de cette malheureuse petite robe : elle s'use,\nregarde; et j ' y tenais tellement, t e l l e m e n t !\n   Marie avançait le bras droit et montrait, tout près du\npoignet, l'étroite déchirure qu'elle apercevait pour la première\nfois. Rien qu'une épine s'accrochant là par une nuit amoureuse­\nment triste, rien qu'une rose évanouie dans la ténèbre d'un\ndépart sans retour et d'un silence» qui est comme la mort, rien\nque cela n'avait pu faire aussi mortelle égratignure!\n                                                JEAN DOMINIQUE.\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": " Aspects de la Nature et de la Cité\n                                  (Suite et fin) (1)\n\n\n\n                   QUELQUES mots, enfin, concernant le projet du\n                 Mont des Arts à Bruxelles, dont la réalisation\n                 consommera la suppression d'un des quartiers\n                 les plus pittoresques, les plus caractéristiques et\n                 les plus « amusants » de la ville. Mais, étant\n                 admise la nécessité des sacrifices de pittoresque\n                 imposés par les conditions de la vie moderne,\n                 examinons tout d'abord 1' « utilité » du projet,\nau sens propre du mot. Celle-ci nous paraît des plus contestable.\n   Elle se motivait notamment, on le sait, par le désir légitime\nde liquider enfin la question fameuse du « redressement » de\nla Montagne de la Cour, qui, depuis soixante-quinze ans, a fait\ncouler « des flots d'encre ». Or, — il importe de le faire remar­\nquer tout de suite — pour irritante qu'elle soit, elle n'en reste\npas moins insoluble. L'expression même de « redressement de la\n Montagne de la Cour » est presque une faute de français. On ne\n « redresse » une montagne qu'en la nivelant ou en remblayant\nles dépressions qui l'entourent, — deux moyens également\ninapplicables en l'espèce. On peut regretter l'obstination des\nanciens Bruxellois qui, des rives de la Senne, berceau de la\nville, ont tendu sans cesse à gravir les coteaux abrupts de la\nrive droite, au lieu d'étendre leurs rues le long des pentes plus\n douces de la rive gauche (2), — mais le mal est fait et il n'y a\n plus à y revenir. D'ailleurs, l'expérience a démontré l'inefficacité\n\n   (1) Voir nos fascicules de décembre 190G et de janvier 1907.\n   (2) Le fait peut s'expliquer, au début, par le désir d'éviter l'effet des débordements\nfréquents de la rivière; plus tard, par la nécessité de traverser les quartiers industriels et\nles plus déshérités de la ville, situés précisément entre la Senne et le canal; — cette der­\nnière circonstance entrave encore aujourd'hui le développement de toutes les localités\nsuburbaines situées à l'ouest de la ville.\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                 ASPECTS DE LA NATURE ET DE LA CITÉ                                      95\n\n\ndu palliatif : cette ruineuse rue Coudenberg, dont la courbe et\nla pente, savamment établies, devaient solutionner la difficulté,\nest, à ce point de vue, un échec total. Aucun véhicule n'y\npasse; les services publics de transports ont eux-mêmes renoncé,\naprès expérience, à utiliser cette artère à la montée uniforme,\nplus pénible, faut-il croire, que la Montagne de la Cour, dont\nl'exhaussement redoutable, à la hauteur de l'impasse du Musée,\nse trouve compensé aussitôt après par une atténuation très sen­\nsible de la pente.\n   Un autre inconvénient dont on poursuit la suppression est\nPétroitesse et la tortuosité de la vieille rue, avec ses trottoirs\nexigus, insuffisants pour une circulation aussi intense. On se\nbouscule, on se coudoie, on passe moins sur les trottoirs qu'au\nmilieu du pavé, parmi les « hep! » des cochers, et un oisif sta­\ntionnant devant une vitrine produit, à certaines heures, l'effet\nd'un rocher au milieu d'un torrent.\n   Or, les magasins atteignent là une valeur locative énorme.\nNous n'avons pas souvenance d'une personne renversée par un\ndes innombrables véhicules qui sillonnent, à une allure néces­\nsairement modérée, cette artère étroite où l'on circule, pour\ncette raison, avec plus de sécurité que sur les larges boulevards,\nles avenues et les drèves, où des matches se disputent sur le\ndos des promeneurs. Enfin (circonstance qui paraît paradoxale,\nmais dont la réalité saute aux yeux, — qui fut d'ailleurs déjà\nsignalée), cette voie escarpée, tortueuse, encombrée, meur­\ntrière, demeure la promenade favorite, aux heures les plus ani­\nmées de l'après-midi, des désœuvrés du monde élégant ; ceux-ci\naffectionnent manifestement promener par là leur flânerie\namusée, de préférence aux voies spacieuses, confortables d'as­\npect et de parcours, majestueusement et désespérément recti-\nlignes et mornes, des quartiers neufs ou des rues aristo­\ncratiques.\n   Pour toutes ces raisons, nous estimons que l'utilité du projet\ndu Mont des Arts est plus apparente que réelle et qu'il se classe\nbel et bien parmi les travaux de pur embellissement, inspirés\nuniquement de considérations esthétiques (1), exclusives, en\n\n  (1) Toute préoccupation d'utilité directe semble en eftet être absente de ces vastes\nprojets, dont il aurait fallu tout au moins tirer tout l'effet utile. Un exemple : Bruxelles\nest actuellement avec Paris une des rares villes européennes (sans en excepter les plus\npetites villes de province allemandes) qui ne possède pas de salle de concerts, cela\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "96                                     DURENDAL\n\n\n\nl'occurrence, du pittoresque et méconnaissant en lui un élément\nessentiel du caractère d'une ville, c'est-à-dire une expression\nde sa beauté. C'est à ce point de vue qu'il eût mérité d'être\ncombattu plus a r d e m m e n t et plus efficacement qu'il ne le fut.\nMais, las! adveniente principe, cessat magistrat us. L a question\ncependant est d'une actualité assez brûlante pour qu'on nous\np e r m e t t e d'y insister quelque peu.\n\n\n\n\n    Revenons un instant sur cette préférence anormale qui, malgré\ndes inconvénients matériels incontestables, retient d'une manière\nsi persistante, dans le quartier de la Montagne de la Cour et\nde la rue de la Madeleine, la flânerie des promeneurs. L'intérêt\nde cette promenade ne s'épuise pas, semble se renouveler sans\ncesse.\n    C'est que cela vit. De même que le paysage arrangé, sophis­\ntiqué, nous a bientôt « tout dit », retient peu notre attention,\ntandis que nous revoyons avec un plaisir et une émotion gran­\ndissants le paysage sincère où nous sentons palpiter l'âme de\nla nature, et les forces élémentaires poursuivre librement leurs\nfins ; — de même, dans la cité, les arrangements systématiques\net concertés, « synchroniques », n'excitent en nous qu'un intérêt\né p h é m è r e ; leurs qualités propres nous lassent vite, et rien n'est\nplus caractéristique, à cet égard, que l'indifférence avec laquelle,\nau bout de peu de t e m p s , les raffinés eux-mêmes passent devant\nles plus beaux m o n u m e n t s modernes de la ville qu'ils\nhabitent. D a n s le d o m a i n e architectural, l'admiration est\nun phénomène d'ordre intellectuel, limité par l'habitude, —\ncette m ê m e h a b i t u d e qui, pour le citoyen ayant le sens de\n« sa » ville, accroît sans cesse l'agrément de tel quartier\nancien où, tous les jours, il retrouve quelque chose de l'âme\nde la cité.\n    Ce n'est pas dans les rues et les avenues modernes, fussent-\n\n\nmalgré une culture musicale toujours plus intense. En dehors des théâtres, l'art musical\nne dispose, à Bruxelles, que de cette grange mal sonnante qui s'appelle la « salle de la\nSociété Royale de la Grande-Harmonie ». Depuis cinquante ans, la lacune est signalée et\nla question reste pendante. N'était-ce pas le cas d'essayer tout au moins de lui donner une\nsolution honorable?\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "              A S P E C T S D E LA N A T U R E   ET   D E LA C I T É     97\n\n\n\nelles bordées de palais, que celle-ci palpite le plus a r d e m m e n t .\nOn peut admirer là l'ingéniosité et le goût des architectes\nnationaux, la richesse des citoyens : l'âme de la ville, son origi­\nnalité, son caractère sont ailleurs. C o m m e le pittoresque\nnaturel, ceux-ci se conditionnent avant tout de l'inconscience,\nde l'ingénuité, si l'on peut dire, du développement. Or, ces con­\nditions ne se trouvent réalisées, en ville, que dans des quartiers\ndatant d'une époque où — sans préjudice de l'esthétique archi­\ntecturale du t e m p s — on se souciait peu des conceptions\nd'ensemble qui, aujourd'hui, régissent le tracé de quartiers\nnouveaux, et où l'art de bâtir les villes était une notion inconnue.\nC'est précisément ce devenir lent et t â t o n n a n t , où plusieurs\ngénérations ont laissé quelque chose de leurs traditions et de\nleurs habitudes, qui m a r q u e certains quartiers d'une frappe si\ncaractéristique, qui rayonne sur toute la ville et lui donne sa\npersonnalité. E n dehors des cités absolument historiques,\ncomme Bruges, N u r e m b e r g , Rothenburg, etc., le fait se vérifie\ndans toutes les villes où les nécessités de la vie moderne ont\nprovoqué des r e m a n i e m e n t s qui, aux vestiges du temps passé,\njuxtaposent le luxe t r i o m p h a n t et les silhouettes hardies de la\ncité m o d e r n e . Pour évoquer A m s t e r d a m , ce n'est pas aux quar­\ntiers neufs que l'on songe, mais à la pittoresque et vivante\nKalverstraat ; à Cologne, ce n'est pas le long des voies spa­\ncieuses de la neue Stadt, c'est dans les rues étroites, grouillantes,\nenvironnant le dôme que l'étranger vient saisir sur le vif l'âme\nde la ville. A Bruxelles, ce n'est ni dans les quartiers neufs, ni\nmême sur les boulevards centraux qu'on la surprend. Il est\ngénéralement convenu qu'elle se concentre tout entière dans\nl'ensemble prestigieux de la G r a n d ' P l a c e . Mais — et c'est ici\nque nous voulons en venir — celle-ci à elle seule ne serait plus\nautre chose q u ' u n m u s é e d'architecture en plein air (le « mer­\nveilleux décor » des clichés) — sans les vieilles rues étroites\n et sans grâce, mais b o u r d o n n a n t e s d'activité, de vie simple,\n pittoresque et un peu archaïque, qui l'enserrent de toutes parts.\n C'est grâce à elles que la Grand'Place non seulement existe,\n mais encore vit; entre ce passé moyenageux et la banalité de\n la cité m o d e r n e , elles introduisent l'intermédiaire d'une\n époque déjà assez reculée pour prendre à nos yeux le\n caractère du pittoresque ; elles actualisent, elles galvanisent\n cette splendeur devenue, à force de restaurations inévitables,\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": " 98                                     DURENDAL\n\n\n un peu conventionnelle, de la pulsation énergique de leur\n vie propre (1).\n    Or, le même trait se retrouve dans la Montagne de la Cour,\n qui, bien que de construction plus récente et m a n q u a n t d'ail­\n leurs d'intérêt architectural propre, n'en possède pas moins,\n dans son état actuel, le caractère de création successive spécifié\n plus haut, son tracé suivant même encore (dans le bas) celui du\nvieux Steen, l'artère-mère de la ville. Cet aspect «vieux-Bruxelles»\ns'allie, en outre, ici, à un certain cachet d'élégance, de goût, de vie\nheureuse qu'on chercherait naturellement en vain d a n s le quar­\ntier plus besogneux de la G r a n d ' P l a c e et dans les autres artères\nde l'ancien « bas de la ville » non modifiées lors du voûtement\nde la Senne. Il y a là un des traits les plus particuliers de la\nphysionomie de la ville, dont on regrettera la disparition.\nReconnaissons-le sans ambages : Si le m o n u m e t orne, ce qui\nconfère la. vie à une artère, c'est le magasin. S'imagine-t-on, dans\nle crépuscule hâtif des soirs d'hiver, à la place de cette succes­\nsion de petits magasins, de « boutiques de luxe », toutes\npalpitantes de lumière, de mouvement et de vie, de la Mon­\ntagne de la Cour actuelle, la façade silencieuse et solennelle du\nnouveau palais des Arts? On peut déjà se rendre compte de\n\n   (1) Par bonheur, la disposition des lieux, qu'on ne saurait modifier sans toucher aux\nmaisons même de la place, exclut toute possibilité d'élargissement des voies d'accès ; sans\nquoi, nul doute qu'aux bouleversements projetés à Bruxelles, on ne joigne un copieux\n\" dégagement \" de la Grand'Place. Le « décor » demeurerait toujours, n'est-ce pas?\n   Sans quitter les environs de l'Hôtel-de-ville, nous assisterons h un bouleversement\nconsidérable par le fait de la disparition de l'église Saint-Nicolas et des maisonnettes\navoisinantes, que les architectes des boulevards centraux et de la Bourse avaient juste­\nment respectés. Malgré l'unanimité avec laquelle la presse réclame l'exécution de cette\nmesure, avouons-le franchement, nous regretterons la disparition de la vieille église. On\nargue de sa laideur, de l'encombrement qu'elle cause. Encore une fois, nous n'avons pas\nsouvenance que l'endroit se signale particulièrement par les accidents dont il serait le\nthéâtre. Au point de vue de la physionomie locale, nous estimons que ces maisonnettes\nmassées autour de la vieille église qui les domine de ses pignons et de ses ogives, — le\ntout d'une usure et d'une patine si douces, — valent mieux, en tous cas, que les maisons\nde rapport qu'on mettra à leur place. En outre, ce groupe pittoresque atténue le contraste\nbrutal entre la Bourse et la Grand'Place. Celle-ci, encore une fois, ne doit pas être\nconsidérée isolément; c'est un joyau serti dans un ensemble adéquat, apte à le mettre\nen valeur. Au lieu de démolir l'église Saint-Nicolas, on ferait mieux de lui rendre le\nporche et le clocheton qui l'ornaient jadis, — quitte, si l'on tient absolument à élargir\nl'entrée de la rue des Fripiers, à biseauter l'angle droit du porche et à supprimer lapremière\ndes maisonnettes appuyées à l'édifice, entre le porche et l'entrée latérale. N'oublions pas\nque s'il est facile de démolir et de percer des voies nouvelles, la destruction des vieilles\nchoses est irrémédiable et vaut qu'on y réfléchisse, car tous les regrets — si fréquents\ndans les cas de ce genre — demeurent superflus.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                   ASPECTS DE LA NATURE ET DE LA CITÉ                                   99\n\n\nl'effet par la percée de cette morne, sinistre rue Coudenberg,\navec ses maisons qui ont l'air de se baisser pour laisser voir un\npanorama qui n'est que la réplique de ceux de la place Poelaert\net de la Colonne du Congrès. On pouvait sans difficulté purger\nles environs des h u m e u r s du quartier Saint-Roch, ménager plus\nloin le fameux « redressement ». On ne l'a pas voulu, la mau­\nvaise besogne est entamée, il faut bien qu'elle se continue. On\nconsommera la destruction de ce centre d'activité intense,\nformant le lien entre « Le haut » et « le bas » de la ville, entre\nlesquels sa disparition ouvrira une véritable solution de conti­\nnuité. Ce « trou » sera, nul ne l'ignore, comblé à l'aide de jar­\ndins, de parterres, d'escaliers m o n u m e n t a u x . Mais nous soute­\nnons que ce luxe architectural, de tous les genres de luxe celui\npeut-être sur lequel l'oeil se blase le plus vite, s'adresse plutôt\naux « Cook's » qu'à l'habitant; que pour celui-ci — le plus inté­\n ressé, en somme, à la question — aucun palais battant neuf,\naucun m o n u m e n t néo-grec ne remplacera l'alignement imprévu,\nla perspective caractéristique où il aimait reconnaître chaque\njour la physionomie spécifique, q u e l q u e chose de l'histoire et de\n l'âme de sa ville.\n                                               *\n                                           *       *\n\n   Sur ce même sujet, il y aurait encore bien d'autres choses à\ndire, au point de vue pratique, par exemple. On pourrait obser­\nver, n o t a m m e n t , l'accroissement de distances, l'extension fac­\ntice de la ville qui résultent de ces espaces morts creusés en\nplein centre (1), au nom de cette manie fatale du monument\n « pour lui-même », du panorama à vol d'oiseau et du point de\nvue inédit. Ces centaines de commerçants et de locataires\nexpropriés d'un emplacement central, — et que nulle indemnité,\nsoit dit en passant, ne dédommagera de la perte de cette situa­\ntion unique à Bruxelles, — jusqu'où, d'un quartier à l'autre,\nfaudra-t-il courir pour les aller trouver?\n\n  (1) On connaît le projet supprimant tout le quartier contenu entre la place du Trône,\nle boulevard du Régent, les rues de Namur et de Bréderode. N'y ajoutera-t-on pas le\ndégagement de la caserne des grenadiers, puis celui du palais du comte de Flandre du côté\nde la rue de l'Arsenal, des jardins du palais royal et de l'église Saint-Jacques, du côté des\nrues de Bréderode et de Namur ? Pourquoi ne pas rebâtir tout le haut de la ville à la cam­\npagne pour dégager le palais du Roi, les Musées, le palais de Justice? Et quelle perspec­\ntive sur la vallée de la Senne !\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": " 100                                    DURENDAL\n\n\n    L ' a m p l e u r formidable des travaux projetés à Bruxelles, et\n dont le Mont des Arts n'est qu'une faible partie, a par elle-\n même de quoi réfléchir. Non à cause du gâchis, temporaire\n après tout, qui en sera le prix, mais bien plutôt du bouleverse­\n m e n t profond qui en résultera dans l'économie générale de la\n ville et dont il est impossible de prévoir la répercussion sur les\nparties non touchées, jusqu'aux quartiers les plus éloignés.\n Nous avons insisté sur le caractère naturel du développement\ndes cités, s'accroissant chacune suivant ses conditions particu­\nlières, sa situation, les besoins et les mœurs de ses h a b i t a n t s .\nIl y a un « régime » des villes comme il y a un « régime » des\ncours d'eaux, et il peut être aussi dangereux de toucher à l'un\nque de toucher à l'autre...\n   Mais de semblables considérations nous entraîneraient trop\nloin. Nous nous bornons ici au côté esthétique et, si l'on veut,\nsentimental de la question. Les quelques exemples que nous\navons empruntés aux circonstances (1) n'avaient d'autre but\nque d'illustrer ces principes dont l'évidence ne devrait plus avoir\nbesoin d'être défendue : à savoir non seulement que les choses\ndu passé puisent dans leur ancienneté même, abstraction faite\nde toute autre considération, un intérêt respectable, la poésie\ndes souvenirs; mais que le pittoresque, en particulier, dans la\nN a t u r e et dans la Cité, est un des éléments les plus précieux\nde la beauté, supérieur par essence à toutes les conceptions\narchitecturales et q u e sa survivance rare, providentielle, doit\nêtre respectée dans les limites des exigences de la vie moderne.\n\n                                                                                       X.\n\n\n\n\n   (1) Ils auraient pu être multipliés à loisir. Nous n'avons parlé ici ni du Kursaal de ville\nd'eau élevé sur l'emplacement de la citadelle de Namur, ni de ce bâtiment en rouge\nsang-de-bœuf qui, à Thuin, coupe l'admirable silhouette de la ville haute, ni de tant\nd'autres crimes esthétiques dignes de la barbarie yankee.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "             « Les Troyens » de Berlioz\n                         an Théâtre de la Monnaie\n\n                      CES représentations constituent un nouveau succès à l'actif de\n                        la direction de la Monnaie, succès éclatant et dont elle a\n                        le droit d'être fière, car par là l'honneur lui reste acquis\n                        d'avoir m o n t é pour la première fois sur u n théâtre d'ex­\n                        pression française et dans son intégralité l'œuvre si noble\n                        du grand romantique d a u p h i n o i s . L a majestueuse concep­\n                        tion de Berlioz où, à côté de quelques défaillances d'inspi­\n                        ration, de quelques maladresses de facture, resplendissent\n                        et a b o n d e n t des beautés lyriques d'un ordre si pur et\nsi élevé, a a p p a r u pleine de force héroïque et d'ampleur, avivée et éclairée\npar l'éloquence des interprètes, se déployant d a n s le cadre suggestif d'une\nréalisation scénique ingénieusement appropriée où le charme grandiose du\ndécor vient s'allier au prestige évocalif de costumes dessinés par Khnopff\net dont le peintre poète a respecté le type classique, tout en le renou­\nvelant, l'enrichissant et le diversifiant au gré de sa souple et fertile\nimagination.\n   La Prise de Troie et les Troyens à Carthage, représentés d'abord séparément,\nont été ensuite joués en u n e même soirée, décision fort heureuse, car, bien\nqu'il n'existe point entre les deux œuvres u n lien d r a m a t i q u e étroit et i m m é ­\ndiat, elles bénéficient l'une de l'autre, se mettent en valeur par ce voisinage\nqui mutuellement les rehausse et les complète en vertu même de leurs diffé­\nrences et de leurs oppositions, la première d'envergure plus vaste, d'accent\nplus vigoureux en sa fière allure de page d'épopée racontant l'âme inquiète\ndes foules et pleurant l'écroulement d'un empire, l'autre plus humaine, d'une\némotion sinon plus intense, du moins plus directement communicative, retra­\nçant en un langage plein de vie et de puissance les orages de la passion et\nl'éternel combat entre l'amour et le devoir.\n   On connaît les principaux éléments légendaires dont Berlioz a constitué\nson drame de la Prise de Troie, la ruse des Grecs s'introduisant à la faveur du\ncheval gigantesque dans les murs d'Ilion, l'aveuglement invincible des\nTroyens, aveuglement que les exhortations enflammées de la prophétesse\nCassandre, fille du roi P r i a m , ne parviennent point à dissiper, enfin le cou­\nrage indomptable et l'héroïsme altier de Cassandre et de ses compagnes, pré­\nférant le triomphe de la mort à la honte de tomber captives entre les mains\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "102                             DURENDAI.\n\n\nde leurs vainqueurs. La Prise de Troie se présente comme un poème de style\nsévère et grandiose, comme u n drame concis et intense tout à la fois, con­\ncentré et se déroulant rapidement en quelques tableaux impressionnants,\ndécisifs, poignants et du plus haut caractère. L a figure fatidique de Cas­\nsandre, qui en est comme le ressort et l'âme, le pénètre et le domine tout\nentier. Ce personnage ample, épique, auréolé d'une sorte de grandeur farouche\net qui peut se ranger au nombre des plus fortes créations du théâtre hellé­\nnique, est merveilleusement exprimé et grandit sans cesse au cours de l'œuvre\nde Berlioz. Le premier acte est presque entièrement occupé par la belle scène\noù la fille de P r i a m dévoile à son fiancé Chorèbe le sombre avenir qui menace\nsa patrie, scène dont la largeur d'accent fléchit et se tempère au contact d'une\nphrase mélodieuse, pénétrante, exprimant l'amour de Chorèbe. Indiquerons-\nnous cette restriction que, comme plusieurs d'entre ses plus nobles sœurs du\ndramehellénique, comme Antigone, comme Electre, le personnage de Cassandre\nne s'accommode guère du sentiment de l'amour qui lui enlève plutôt de son\nrelief et de son prestige? L'impression capitale, dominatrice du second acte\nest l'apparition pathétique d'Andromaque (M m e Bastien rend cette scène mimée\nde la façon la plus poétique et la plus émouvante) venant prier devant l'autel\nchampêtre, qu'elle couronne de fleurs et présentant son jeune fils Astyanax\nà P r i a m , qui le bénit, scène d'une beauté grave et sublime, où l'orchestre et\nles chœurs s'enveloppent d'une infinie tristesse. Voici ensuite le récit d'Enée\nracontant au roi et au peuple la mort de Laacoon, épisode souligné par u n e\nmusique ingénieusement descriptive et que suit un octuor avec chœur, tradui­\nsant l'effroi général suscité par ce terrible événement, ensemble musical puis­\nsamment charpenté, bien que noyé d a n s des développements prolixes et\ntouffus, enfin le magnifique finale, où la marche triomphale des T r o y e n s\nintroduisant le cheval dans les murs d'Ilion est dominée par les accents dou­\nloureux et inspirés de la prophétesse. Le troisième acte débute par la vision\nd'Enée à qui l'ombre d'Hector apparaît en songe, lui a n n o n ç a n t la ruine de\nTroie et lui o r d o n n a n t de partir pour l'Italie, où d a n s l'avenir Ilion détruit\nva renaître et refleurir, scène dont la ténébreuse angoisse est figurée musica­\nlement par u n e série d'harmonies descendantes, s'effondrant plaintivement à\nl'orchestre en degrés chromatiques. L e tableau suivant représente les femmes\ntroyennes prosternées autour de l'autel de Vesta. La prière qu'elles adressent\nà la déesse s'exprime dans un chœur aussi beau de sentiment que de struc­\nture, s'élevant comme un édifice de poétiques sonorités. Enfin, le summum\nd'impression de l'œuvre est réalisé par la mort de Cassandre et de ses vail­\nlantes compagnes, page où en une majestueuse expansion le génie de Berlioz\natteint à la haute éloquence.\n   L'interprétation de la Prise de Troie à la Monnaie est très noble, chaleureuse\net évocative. MM. Swolfs (Enée), Layolle (Chorèbe), François (Panthée)\nremplissent leur rôle avec intelligence et autorité, tandis qu'au-dessus d'eux\nMme Mazarin déploie, d a n s le dessin de la figure du Cassandre, toutes les\nqualités d'une tragédienne de race, infusant à son personnage, tant par la ligne\net le geste que par la physionomie et l'accent, toute la portée expressive et\ndramatique qu'il comporte.\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                        « LES TROYENS » D E                        BERLIOZ           103\n\n\n    En ce vaste d i p t y q u e musical des Troyens, la forme esthétique de Berlioz,\n toujours é m i n e m m e n t typique et personnelle, semble comme transitoire et\nhésitante entre celle du d r a m e lyrique dont se rapproche la Prise de Troie et\ncelle de l'opéra ancien qu'évoquent plus spécialement les Troyens à Carthage.\nToutefois, abstraction faite de l'efficacité dramatique et lyrique des\ndeux poèmes pris en eux-mêmes, on peut dire que les Troyens à Carthage\napparaissent une œuvre plus pleine, plus substantielle, plus parfaite, en ce\nsens que l'essor de l'inspiration musicale s'y envole plus dégagé, plus constant,\nplus généreux.\n   Le livret des Troyens à Carthage est puisé par Berlioz dans les premiers chants\nde l'Enéide, spécialement d a n s le quatrième, dont il reproduit sous la forme\ndramatique les principaux événements, E n é e fuyant Troie en flammes et\nabordant aux rives africaines, l'accueil généreux et empressé que D i d o n , reine\nde Carthage, lui fait ainsi qu'à ses c o m p a g n o n s troyens, puis l'éveil insensible\nde l'amour dans le cœur de la reine, les luttes de sentiments opposés qui\ndéchirent son â m e partagée entre sa passion et le désir de demeurer fidèle à\nla mémoire de son époux Sichée, le départ furtif et précipité du héros troyen\nobéissant à l'ordre des dieux et des morts, enfin le désespoir de l'amante\ndélaissée qui se tue sur le bûcher préparé pour le sacrifice.\n   Si l'on en excepte la belle scène entre Didon et sa sœur Anna, le premier\nacte de la partition se déploie tout entier en impressions extérieures et déco­\nratives. Signalons les ensembles du début, si vivants et colorés, chantant\ntriomphalement la gloire de Didon et le bonheur de son peuple, puis l'arrivée\nsoudaine d ' E n é e s'offrant avec ses T r o y e n s à repousser les armées d'Iarbas,\nsuite de scènes que traverse un large souffle d'héroïsme interrompu par un\népisode de tendresse, E n é e embrassant et exhortant son jeune fils Ascagne,\npuis le confiant à la reine tandis qu'il va combattre.\n   L'interlude symphonique intitulé Chasse et Orage, pièce descriptive de saveur\nétrange, intensément picturale et fort caractéristique de la manière de Berlioz,\nrelie ce premier acte à l'acte suivant où sans interruption viennent éclore\net s'enchaîner des beautés que n'altère a u c u n e ombre, a u c u n e tache, a u c u n e\ndiscordance; d'abord les strophes charmantes, délicieusement chantées par\nM. N a n d è s , où le poète tyrien Iopas célèbre naïvement l'éveil de l'été,\nmariant sa voix aux tendres appels du hautbois et aux enveloppements ber-\nceurs des harpes, puis le quintette, le septuor extatique d'une musicalité si\naffinée et comme transparente dont la mystérieuse caresse d'un orchestre\nlimpide et doux poétise encore les délicates harmonies, la scène d'amour\nentre Enée et Didon où l'atmosphère lyrique demeure toujours infiniment\nhaute, parée d'une idéalité toute shakespearienne, bien au-dessus des heurts et\ndes à-coups de la passion, en des régions où règne sans partage une sérénité\napaisée et enchanteresse.\n   A ces impressions de charme et de douceur (signalons encore la chanson du\nmatelot Hylas où pleure l'âme mélancolique des peuples exilés) succèdent les\npages maîtresses du poème. C'est le monologue plein de mouvement et de\npassion où le héros troyen, obéissant à l'injonction des voix d'outre-tombe, se\ndécide à quitter Didon et à faire voile pour l'Italie. C'est surtout la série de\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "104                                  DURENDAL\n\n\nscènes toutes vibrantes d'envolée tragique, évoquant à la pensée les plus\nnobles inspirations de Gluck, où Didon a b a n d o n n é e de celui qu'elle aime\nd o n n e libre cours à son désespoir, dit u n adieu touchant à sa sœur, à son\npeuple, à la cité qu'elle fonda et fait préparer le bûcher du sacrifice sur lequel\nelle va s'ôter la vie. Ici l'expression musicale a singulièrement g r a n d i . L e\nd r a m e s'est libéré peu à peu des formules de l'opéra et s'élève en u n pro­\ngressif essor jusqu'aux plus fiers sommets de l'émotion lyrique, aux accents\nles plus pathétiques de l'amour blessé et de la douleur souveraine.\n     L'interprétation des Troyens à Cartilage est supérieure à celle de la Prise de\n Troie. M me Croiza (Didon) y est absolument r e m a r q u a b l e . D'emblée cette\nj e u n e artiste s'est imposée et a conquis l'attention par sa voix ample, c h a u d e ,\nde timbre généreux, par sa diction aussi claire qu'expressive, par l'intelli­\ngence, la noblesse, l'art pénétrant avec lequel elle compose le personnage de\n Didon, e x p i i m a n t les profondes émotions de l'amour, tout en gardant la\ndignité et la majesté requises par le rôle. M. Laffitte remporte d a n s E n é e un\nde ses plus beaux triomphes. Véritable et sincère artiste, il semble constam­\nment en progrès. Sa voix si nourrie, si charmeuse a encore gagné en liberté,\nen souplesse, en finesse de colorations. Avec quelle envolée héroïque, avec\nquelle superbe énergie d'accent il chante le monologue qui remplit à lui seul\np r e s q u e tout le troisième acte! N o u s avons déjà cité M.. N a n d è s dans les\nstrophes d'Iopas. MM. Blancard (Narbal), François ( P a n t h é e ) , Dognies\n( H y l a s ) , M m e s Blancard (Anna), de Bolle (Ascagne), Bourgeois (le spectre\nde Cassandre) ne méritent aussi que des éloges.\n     R e n d o n s hommage en finissant à la belle tenue sonore et rythmique des\nc h œ u r s , élément capital dans l'œuvre de Berlioz, et surtout à l'exécution\nmagistrale de la partie orchestrale du poème, sous la savante direction de\nSylvain D u p u i s , qui a étudié de façon approfondie la partition du maître\nfrançais dont il possède merveilleusement l'esprit, les secrets expressifs et les\n moindres significations.\n\n                                                           G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                       Le Petit Bossu\n                 IL était tout petit et très vilain. Sa bosse lui venait\n                    aussi haut que la tête, ses j a m b e s étaient trop\n                    longues et son torse trop court; il avait un nez\n                    pointu, des cheveux filasse, de grandes oreilles...\n                    seulement, il avait des yeux très beaux Ils\n                    étaient très tendres et très profonds, ses deux\n                    g r a n d s y e u x b l e u s , noyés d'ombre; ilssemblaient\n                    avoir conservé tout le charme d'un mirage ou\nd'un rêve de bonheur, mêlé à une infinie mélancolie : des yeux\n faits pour contempler les étoiles ou pour pleurer d'amour.\n    Son nom, je ne Tai jamais su, on l'appelait : « petit bossu ».\n    T o u t le monde le connaissait : les gamins le suivaient en\nl'imitant et les belles filles qui le regardaient passer, les deux\npoings sur leurs larges hanches, riaient aux éclats et le trou­\nvaient très drôle. L u i , leur souriait en passant et cela les amu­\nsait plus encore parce que, même q u a n d toute la figure du petit\nbossu s'épanouissait, ses yeux restaient toujours graves et son­\ngeurs.\n    Quel âge pouvait-il avoir? N u l ne le sut j a m a i s . Un beau\njour, il était arrivé au village et il était alors le même qu'au­\njourd'hui ; les uns lui donnaient trente ans, les autres cinquante :\nc'était un calendrier sans date.\n    Or, un dimanche, on vit quelque chose d'extraordinaire : à\nla sortie de l'église, Petit Bossu se précipita vers le bénitier, y\ntrempa sa main tout entière et offrit de l'eau bénite à une jolie\nfille du village qui s'appelait E l i s a ; puis, sans dire un mot,\nPetit Bossu sortit rapidement en bousculant les gens, traversa\nla place de l'Eglise et, rouge comme une pivoine, sans répondre\naux saluts et aux quolibets, rentra chez lui.\n    Petit Bossu avait offert de l'eau b é n i t e ! Elisa le raconta à son\namie, son amie à une a u t r e . . . le soir tout le village le sut.\n    « Petit Bossu est amoureux ! P e t i t Bossu a donné de l'eau\nbénite à Elisa ! »\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "106                           DURENDAL\n\n\n    On en dit tant et tant qu'Elisa s'en fâcha et se mit à haïr le\nb o s s u ; dans la soirée, elle se rendit, avec ses amies, devant le\ncabaret où le petit bossu avait coutume d'aller et, comme elle\nle vit sur le seuil, buvant un verre de bière, elle lui cria de\ntoutes ses forces :\n    « E h ! . . . bossu! si c'est ta fortune que t'as sur le dos, coupe\nta bosse et donne-la-moi ; c'est tout ce que j ' a i m e de ton vilain\ncorps ! »\n    E t toutes s'éloignèrent en riant.\n   Petit Bossu ne répondit rien : sa main, sur laquelle il s'ap­\npuyait, tomba sur la table, ses yeux regardèrent très loin, deux\ngrosses larmes tombèrent avec un petit bruit dans sa bière, et\nil s'éloigna sans finir son verre.\n   Depuis lors, il fut très triste. Ses yeux devinrent plus graves\nencore et sa bouche ne sourit plus j a m a i s .\n   On le voyait passer, morne et très pâle, sur les r o u t e s ; les\ngamins ne l'imitaient plus parce que ce n'est pas gai d'imiter\nla douleur, et il avait l'air si malheureux, si malheureux, que les\nbelles filles, sur leurs portes, n'avaient plus le courage d'en rire.\n   T o u t e une semaine se passa ainsi.\n   L e dimanche, c'était la kermesse du village : toutes les rues\nétaient pavoisées et, sur la grand'place, il y avait des chevaux\nde bois, des marchands de pains d'épices et des baraques\ndiverses.\n    Dès le matin, tout le village fut en branle. Les hommes, les\nfemmes, les enfants étaient vêtus de leurs plus beaux habits et\nriaient à qui mieux mieux.\n    Or, sur la place, dans un coin, la foule était plus compacte\net s'amusait à regarder des hommes qui, en bras de chemise, le\nfront baigné de sueur, essayaient d'atteindre le sommet d'un\nmât de cocagne où se balançaient, pendus à un cerceau, un\nsaucisson, une poupée, un revolver et d'autres objets. Les\nhommes montaient, montaient péniblement, peu à peu, par\nélans, puis tout à coup, n'en pouvant plus, ils se laissaient\nglisser rapidement et retombaient à terre comme un paquet, aux\nhuées de la foule.\n    Déjà cinq hommes avaient essayé vainement d'atteindre les\nobjets, quand quelque chose de très petit passa entre les j a m b e s\ndes spectateurs, courut droit au mât, jeta sa veste et se mit à\ngrimper.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                          LE PETIT BOSSU                         107\n\n\n    Tous poussèrent un cri : « Petit Bossu! c'est Petit Bossu! »\n    Lui, cependant, grimpait d'un mouvement égal, comme si\n un ressort l'eût fait avancer. Il grimpait, grimpait, les yeux en\n l'air, pans fatigue apparente...\n    Et soudain, ce fut une clameur de joie. Le petit bossu avait\natteint le sommet. Alors, rapidement, il fit tourner le cerceau,\ndécrocha le revolver et redescendit, toujours aussi calme. Il\nremit sa veste, enfonça son revolver dans sa poche et s'éloigna,\nau milieu des compliments et des félicitations, riant pour tout\nde bon, tandis que ses yeux prenaient un air de détermination\nfarouche.\n    Toute la journée, on put le voir, une fleur à la boutonnière,\ncausant, riant, saluant tout le monde.\n    Le soir, il alla s'installer à sa place habituelle, au cabaret où\non le reçut avec des cris de joie. I1 prit verres sur verres, invita\ntout le monde et fit des plaisanteries à rendre malades de rire\ntous ceux qui l'entouraient. Enfin, pour couronner ses exploits,\nil cria à tue-tête :\n    « Garçon! une bouteille de champagne! »\n    Du champagne, on n'en avait pas dans le petit cabaret, mais\nle garçon, mis en gaité, eut une idée : il prit une vieille bouteille\nde champagne, l'emplit d'eau et l'apporta au bossu.\n    Verre par verre, celui-ci but toute la bouteille et les gens qui\npassaient sur la route s'arrêtaient en riant et criaient :\n    « Regardez,... Petit Bossu qui boit du champagne! »\n    Quand la bouteille fut vide, Petit Bossu paya, donna un franc\nau garçon et s'en alla en fredonnant une chanson joyeuse.\n    Seulement, au lieu de partir par la grand'route, il prit un\npetit sentier qui tournait derrière le cabaret.\n    Le cabaretier qui le vit, lui cria :\n    « Tu as un rendez-vous, Petit Bossu? »\n    Lui ne répondit rien et s'enfonça dans le sentier.\n    Une minute après, on entendit un coup de feu.\n    Le cabaretier, le garçon et des passants coururent avec des\nlumières dans le petit sentier.\n    Petit Bossu était là, dans une flaque de sang plus grande que\nlui, son revolver en main, ses yeux d'amoureux grands ouverts,\nregardant le ciel.\n                                                      PAUL MAX.\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "                Béguines et Béguinages\n                          Les Béguinages de fland\n                               Le Grand Béguinage\n\n\n                                      (Suite) (1)\n\n\n                     Le nouveau Grand Béguinage\n              LES pieuses femmes ne passent pas un jour sans\n                   mentionner dans leurs prières leur sauveur\n                   Monseigneur le duc d'Aremberg, fondateur du\n                   nouveau Béguinage.\n                      L a brique rouge des façades, les fenêtres à\n                   meneaux aux petits carreaux verdâtres ne don­\n                   nent pas l'impression de paix souriante, propre\n                   au Petit Béguinage.\n   L e long, de ces ruelles muettes et désertes, devant ces massives\nportes de chêne renforcées de gros clous et de solides ferronneries,\non éprouve une oppression singulière ; on est reporté dans le\npassé. L e bruit des pas est troublant, on se sent isolé du monde.\n   Et tout à coup, au détour d'une rue derrière l'église, on est\nentraîné plus en arrière encore, dans le recul du temps\n   U n e chapelle ouverte est appuyée contre le mur extérieur du\nchœur de l'église. U n grand Christ en plâtre colorié expire sur\nla croix. L'image est enluminée des couleurs les plus réalistes;\nle sang gicle à lourdes gouttes des blessures que la couronne\nd'épines a faites au front divin; il coule le long de la face et\ndégoutte sur les membres violacés par la torture. Des yeux mou­\nrants tombe un regard d'une infinie détresse et les lèvres bleuies\nsemblent murmurer ces mots suprêmes : « T o u t est consommé. »\n\n (1) Voir nos fascicules de juin 1906 et de janvier 1907.\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "BEGUINES DENTELLIERES (Dessin\n\n       (ANNA DE W E E R T )\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": ""}, {"page_pdf": 136, "texte": "                     BÉGUINES ET BÉGUINAGES                       109\n\n\n   Au pied de la croix, deux petites flammes tremblottent dans\n des lanternes de verre rouge.\n   U n e béguine est agenouillée sur la marche de pierre qui porte\nle « Calvaire » les bras étendus en un geste d'embrassement, la\ntête légèrement inclinée de côté; les yeux fixés sur le grand\nmartyre.\n   C'est un élan de tout l'être vers ce qui est sa foi, sa force.\n   Au soir tombant, la cloche, d'un appel doux et lent, convie la\ncommunauté au Salut.\n   T o u r à tour les petites portes s'ouvrent et livrent passage aux\nfigurines encapuchonnées de toile blanche, et la plaine gazonnée\nqui s'étend devant l'église s'émaille un instant de leurs blan­\ncheurs mouvantes.\n   Elles ne portent point en ce moment la faille enveloppante,\nmais un linge de toile plié en carré long est posé sur la tête, par­\ndessus la cape (à la manière de la coiffure des Italiennes).\nArrivées, sous le portail, elles le déplieront et d'un geste sûr et\nadroit s'en entoureront la tête et le buste. C'est le voile.\n   Elles dégraferont la j u p e du lourd habit de drap qu'elles\nrelèvent pour marcher dans la rue.\n   T o u t à coup nous voyons sortir de la « Maison des cinq plaies\ndouloureuses » une religieuse à la figure jeune ; elle soutient\nune toute vieille béguine que l'âge courbe vers la terre et qui\ns'appuie à son bras. Lentement, p r u d e m m e n t , elles aussi tra­\nversent la plaine et se dirigent vers l'église.\n   Alors, sous le voile blanc, laissant traîner leur robe de drap\nbleu toutes vont se placer dans la nef, où chacune trouve\nprie-dieu ou coussin de prière, et elles s'absorbent dans leurs\noraisons.\n   Il y a quelque vingt ans, l'église était éclairée au moyen de\nlampes à l'huile grasse qui répandaient une lumière fumeuse et\ndiffuse, bien insuffisante pour la lecture des offices. Afin de\nremédier à cet inconvénient, chaque béguine était munie d'un\nminuscule bougeoir de cuivre qu'elle plaçait sur la planchette\nde son prie-dieu et à la lueur d'une chandelle de suif moins\ngrosse que le doigt, elle suivait, tant bien que mal, les lignes\nimprimées de son bréviaire.\n   Ce que ce pauvre système d'éclairage m a n q u a i t en confort il\nle regagnait largement en pittoresque.\n   L'aspect de ces centaines de formes voilées dont les lignes\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "110                         DURENDAL\n\n\n\nindécises se perdaient dans une ombre de mystère, de cette\nmultitude de petites flammes vacillantes, clignotant comme des\nfeux follets dans l'obscurité ambiante, était inoubliable.\n   Aujourd'hui la lampe moderne a pénétré jusque là, et de sa\nbelle iiamme au pétrole tombe une clarté qui court en nappes\nmouvantes sur la masse blanche des femmes voilées et se joue\ndans les plis du linge éclatant qui frissonne autour d'elles.\n   Mais voici que l'orgue envoie ses longs accords à travers la\nnef qui les renvoie en soupirs jusqu'à la voûte sonore.\n   De hautes voix de femmes chantent en sons flûtés le salut et\nle magnificat.\n   Ce chant a quelque chose d'immatériel.\n   Les anges de Mcmlinc et de Van Eyck devaient chanter ainsi,\ntandis que de leurs longs doigts mystiques ils faisaient vibrer\nles cordes de leurs violes.\n   L e dernier « amen » expiré, tandis qu'on éteint lampes et\ncierges, on entend une légère rumeur, un glissement de pieds\nsur les dalles; ce sont les béguines qui sortent de l'église. Elles\néchangent un léger « bonsoir », « bonne nuit », et s'éparpillent\npar les ruelles silencieuses.\n   Les portes s'entr'ouvrent, se referment et la calme nuit descend\nsur ces paisibles demeures, tandis que la lune se joue autour des\ncapricieux pignons.\n   Allongées sur leurs étroites couchettes blanches, les mains\njointes elles prient leurs anges tutélaires et un sommeil d'en­\nfant étend bientôt ses ailes duvettées sur leurs âmes inno­\ncentes.\n\n\n\n  Que se passe-t-il donc dans la « Maison du doux nom de\nJésus » ?\n   L a porte d'entrée est large ouverte. Des femmes, en châle et\nen bonnet, des béguines entrent et sortent et échangent à mi-\nvoix quelques paroles.\n  U n e sœur est morte dans cette maison; elle est « exposée » et\nchacun peut aller la voir.\n  T o u t e s les « sœurs » du Béguinage sont obligées d'aller\nsaluer une dernière fois leur compagne « endormie dans le\nSeigneur ».\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                    BÉGUINES ET BÉGUINAGES                                 111\n\n\n   Dans sa chambrette, petite et propre, elle est étendue sur la\ncouche étroite, revêtue du « grand habit ». L a tête, soutenue\npar des coussins, porte par-dessus la cornette une haute couronne\nde perles blanches.\n   L a figure, d'une teinte de cire, les yeux clos, se noie d'ombre\ndans les plis de la coiffe. E n travers du buste, le joli voile en\ntulle brodé qu'elle portait lors de sa prise d'habit. Les mains\njointes, aux tons d'ivoire jauni, se referment sur un petit crucifix\nnoir. Le reste du corps est recouvert par le voile de toile\nblanche, parsemé de fleurettes artificielles.\n   Vis-à-vis le lit, une petite table habillée de blanc porte un\ngrand crucifix entouré de six hauts chandeliers dans lesquels\nbrûlent des cierges; dans un verre d'eau bénite, trempe une\nbranchette de buis. De chaque côté de la table une sœur\n« veille » et récite le rosaire.\n   Les visiteurs qui viennent voir la morte s'agenouillent d'abord\ndevant le grand crucifix et disent une courte prière; après quoi,\nla branche de buis à la main, ils tracent le signe de la croix\nsur le corps de la défunte.\n   Les volets des fenêtres sont presque clos; les grands rideaux\nblancs tirés; malgré tout, le soleil veut entrer. Ses rayons d'or\njouent dans les plis des rideaux de lit et caressent la calme petite\nfigure morte, sous sa haute couronne de perles.\n   De courtes phrases se chuchottent :\n   « C'est une belle et douce morte ! »\n   « j'avais beaucoup d'affection pour elle ! »\n   « Elle était bonne pour tous et patiente dans ses souffrances. »\n   En ces quelques paroles, ses compagnes ont prononcé son\noraison funèbre.\n   L a mort n'a pour elles rien d'effrayant; elle est dépouillée de\nson horrible mystère : c'est le passage dans une vie meilleure,\nla béatitude, la gloire éternelle.\n\n  (A continuer.)                 CLARA COGEN-LEDEGANCK.\n\n                      (Traduit du flamand par ANNA DE W E E R T - C O G E N . )\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "            J.=S. Bach = César Franck\n    M. André P i r r o contribue à la collection \" les maîtres de la musique \" par\nu n e biographie de J . - S . Bach (1), qui se lit avec plaisir, même après le beau\nlivre de M. Albert Schweitzer ( J . - S . Bach, le musicien poète). Comme ce\ndernier, M. P i r r o s'étend plus sur l'œuvre du grand cantor que sur les événe­\nments assez peu variés d'une vie laborieuse et tranquille. E t d a n s cette œuvre\nmême, ce sont surtout les cantates que le récent biographe choisit comme\nthème d'analyses fort attachantes. Il en dégage, en une langue d'un g r a n d\ncharme littéraire, l'élément lyrique et descriptif.\n   L e lyrisme de Bach est presque un lieu c o m m u n . Il serait contradictoire\nqu'un musicien ne fût pas lyrique. Ce qui est plus intéressant de noter chez\nBach, c'est l'évidente préoccupation d'éveiller, par la musique, des images\nde choses objectives. Bach est presque aussi peintre que musicien. Il en donne\nla preuve chaque fois qu'il rencontre l'occasion de souligner un mol pitto­\nresque. Les métaphores musicales abondent dans ses œuvres. Ainsi les\nparoles du choral O Ewigkeit, du Donnerwort (2), sont accompagnées des gron­\ndements de l'orchestre, rappelant le fracas du tonnerre. D a n s la cantate Ach\nwie flüchtig, ach wie nichtig... (3) les gammes des instruments dépeignent le\ncours fugitif de la vie h u m a i n e . Ailleurs, la polyphonie instrumentale, com­\nmentant le baptême du Christ dans le J o u r d a i n , déroule ses volutes comme\nles vagues d'un fleuve. M. P i r r o aurait pu signaler aussi le premier chœur de\nla cantate pour la P e n t e c ô t e : O Ewiger Feuer, o Ursprung der Liebe (4). S u c ­\ncessivement chacune des voix du chœur entonne u n e longue tenue, que les\nautres enveloppent d'un tourbillon de vocalises rapides comme des flammes\ncrépitantes. Ainsi se superposent les deux images de la durée et du feu sym­\nbolique.\n   On ne peut commenter l'œuvre de Bach sans reconnaître le sentiment reli­\ngieux, la piété sincère, sérieuse et profonde qui l'inspirent. Au surplus, Bach\nne choisit pas ses sujets. Ils lui sont imposés par ses fonctions liturgiques. Il\ntravaille sur c o m m a n d e , ce qui ne l'empêche pas de faire œuvre de grand\nartiste. D'ailleurs, les circonstances qui sollicitent son inépuisable production\nappartiennent à l'ordre des choses transcendantes.\n\n\n  (1) J.-S. Bach, par ANDRÉ PIRRO (Collection : Les Maîtres de la Musique. Paris, Alcan).\n  (2) O Eternité, mot tonitruant...\n  (3) O fuite et néant...\n  (4) O feu éternel, source de l'amour...\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                        J.-S.   BACH — CÉSAR                    FRANCK               113\n\n\n   Je ne sais si M. P i r r o a toujours compris le mysticisme assurément très\nélevé, mais p e u quintessencié d e Bach. A divers endroits, il paraît confondre\nles sentiments qu'inspire au chrétien la pensée de la mort avec je ne sais quel\nvague désir d'anéantissement. « L a paix d a n s le néant » est u n e interprétation\nde moderne biographe qui aurait déconcerté le pieux cantor. D e même, \" la\npatience qui d o n n e l'illusion d u b o n h e u r \". Q u e par endroits la piété de Bach\ninsiste plus que de raison sur des pensées déprimantes, on peut l'attribuer aux\nerreurs de la doctrine luthérienne. Toujours est-il q u e le génie de Bach\nrépugne à ces déviations. Sa robuste n a l u r e , épanouie et confiante, n e\nconnaît pas les aberrations du pessimisme. Celui-ci est u n e tare des âmes\nmodernes, lasses de tout, m ê m e de la vie. L a tristesse de Bach a des raisons\nprécises et légitimes : douleur d e l'âme repentante, larmes du chrétien qui\ncompâtit a u x souffrances du Sauveur. Il faut être croyant pour sentir combien\nce sentiment diffère de ce q u e M. Fierens-Gevaert a n o m m é « la tristesse\ncontemporaine ». L ' u n est pénétré d e paix et d'espoir; l'autre est ravagée,\nmorne et pleine d'infinie desespérance.\n    Il faut être croyant aussi pour c o m p r e n d r e q u e la piété de Bach est plus\nqu'un vague dilettantisme, et combien son œuvre liturgique se hausse\nau-dessus de la religiosité puérile et plus ou moins honnête d u néo-christia­\nnisme wagnérien. L e s titres seuls d e ses cantates en disent long à ce sujet,\npour ceux de n o s contemporains qui savent les e n t e n d r e .\n   P e u avant la biographie d e Bach, M. Vincent d ' I n d y avait d o n n é dans la\nmême collection une étude consciencieuse sur la vie et l'œuvre de César\n Franck (1).Nul n'était mieux p r é p a r é pour présenter a u public la silhouette de\ncelui qu'on appelait « le père F r a n c k ». M. Vincent d ' I n d y a trouvé dans son\ncœur et dans ses souvenirs personnels les traits si vivants sous lesquels\nl'auteur des Béatitudes figurera désormais d a n s l'histoire de l'art. Son livre\ncontribuera à faire rendre justice à u n artiste qui n e connut guère de son\nvivant ni les triomphes de la célébrité, ni les faveurs officielles, ni les adula­\ntions du public frivole. S'il fut inégal, il faudra l'attribuer à la misère de son\nmilieu et de son temps, et peut-être aussi a u x exquises délicatesses d e son\nâme trop exclusivement mystique, inerte a u x résonances des passions infé­\nrieures, et, comme disait saint François de Sales, semblable à l'encensoir clos\ndu côté de la terre et béant vers le ciel. César F r a n c k a cela de c o m m u n avec\nle peintre angélique d e Fiesole. C'est assez, sans doute, pour l'auréoler d'une\ngloire p u r e et d u r a b l e .\n\n                                                                       F. VERHELST.\n\n\n\n\n  (1) César Franck, par VINCENT D'INDY (Collection : Les Maîtres de la Musique.\nParis, Alcan). Un nouveau volume de cette collection vient de paraître : Beethoven,\npar JEAN CHANTAVOINE. NOUS en parlerons prochainement.\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "       Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard\n                                        (Suite) (1)\n\n\n\n\n                          TOUT grand poète se double d'un esthéticien. Notre main\n                             gauche n'ignore l'acte de notre main droite qu'afin de la\n                             laisser libre d'œuvrer selon son instinct. Mais sitôt l'œuvre\n                             accomplie, elle a raison d'intervenir et de soupeser les\n                             fruits éclos de ce labeur L'artiste qu'est Mithouard se\n                             double d'un critique avisé. Délicieux exemple d'une orga­\n                             nisation d'élite. L e poète s'abandonne dans l'instant où\n                            parle son démon, et sait tout de même lui échapper pour\n                            le mieux contempler.\n     Le Tourment de l'Unité (2) est à la fois un essai critique des deux courants où\ns'abandonnent sans se mêler les sources de l'art actuel, et un exact inven­\ntaire de la vie passée de l'auteur. Avant de regarder sa jeunesse s'enfoncer\ndans la b r u m e des chers lointains, Mithouard ausculte sa pensée, tâte le p o u l s\nde son cœur, résèque son cerveau, l'allège de toute idéologie. C o m m e la crise\ntraversée est c o m m u n e à beaucoup de contemporains, on en profite pour\ndéterminer les acquisitions, la mentalité d'une période turbulente et féconde.\nL e titre de l'ouvrage en indique assez la tendance. Cette unité divine, sym­\nbole de toute beauté, que Mithouard rêva d'étreindre, il va encore la pour­\nsuivre à travers la multiplicité de nos efforts d'artistes. « Q u a n d Dieu fit\nl'homme à son image, ce fut donc qu'il lui inspira cette passion de reproduire\nl'Unité divine, de vouloir sans repos restituer son auteur. » La Beauté est\nd o n c « u n e sensation d'unité que nous procure l'ouvrage harmonieux ».\nQ u a n t à l'harmonie, elle apparaît « l'écriture de l'Unité sur la matière. Le\nsecret de l'artiste fut de nous procurer l'occasion d'un inconscient calcul ».\nL ' h a r m o n i e est faite de « chiffres sensibilisés ». Elle est « l'ivresse de totali­\nser, le délire des ensembles, la joie de la synthèse ». Les chefs-d'œuvre de\nl'architecture, de la peinture, de la musique, de la poésie vérifient cette\nnorme insaisissable et pourtant rigide. Or, l'œuvre d'art commence où les\nchiffres finissent. « Quoi de plus fastidieux qu'une symétrie, si l'on n'en fait\n\n\n  (1) Voir nos fascicules de Septembre, Novembre, Décembre 1906 et de Janvier        1907.\n  (2) Le Tourment de l'Unité. Mercure de France. Paris 1901.\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                 SUR   L'ŒUVRE     D'ADRIEN     MITHOUARD                  115\n\n\noublier la trop claire ordonnance par la qualité expressive des morceaux? »\nC'est pourquoi les hommes ne se satisfont jamais « d'aucune harmonie, à\ncause du sentiment qu'ils ont de tout ce qu'elle rejette lorsqu'elle se limite ».\nIls préfèrent « renoncer à la Beauté plutôt que la souffrir restreinte et limi­\ntée » et se réfugient dans l'Expression. « L'origine de l'expressif, c'est d'avoir\naperçu qu'il y avait encore des éléments qu'une suprême harmonie ne réalisait\npas, d'avoir convoité au delà quelque chose d'inexprimable. \" L'expressif se\nconfine dans l'émotion et veut que nous la partagions ; l'harmonieux nous\noffre des proportions et des lignes. L'un nous parle du dedans, l'autre du\ndehors; l'un s'équilibre dans le temps, l'autre dans l'espace; l'un fait rentrer\ndans l'œuvre toutes les parcelles de l'univers que l'autre avait rejetées. La\nrichesse expressive d'une œuvre d'art se reconnaît à son mouvement. Après\ndonc {'harmonie et l'expression, Mithouard étudie le mouvement, type de l'élé­\nment expressif. Le mouvement c'est « un équilibre instable de la matière\nagencée, une violence qui l'incline ou qui la soulève ». Le mouvement crée\nla beauté dynamique, de quoi est fait l'art gothique et contemporain, par\nopposition à l'art statique ou harmonieux des Grecs et des Romains.\n    Les deux derniers chapitres de cette première partie confirment la théorie\nsi profondément scientifique, et aussi vivante, de Mithouard, au moyen\nd'exemples choisis parmi les arts majeurs de la fin duXIXesiècle. Il semble\nque l'esthéticien ait tout vu, tout entendu, tout feuilleté, palpé le cerveau de\nchacun de ses contemporains, épuisé leurs émotions douloureuses en les\npressant dans son âme. Mithouard s'est créé un goût nuancé au point de ne\nlaisser échapper aucune de nos subtilités, et la clarté logique extraite des\n œuvres qui l'entourent s'est changée en un spectre d'idées qu'à nouveau\n l'auteur du Tourment de l'Unité va décomposer au prisme de son siècle. Tel\nencore un miroir qui condenserait la lumière et la renverrait au foyer d'où\nelle émane. Deux conclusions s'imposent : l'inquiétude de l'homme moderne\n qui a jeté un peu de son âme à tous les horizons, mais qui se ressaisit, ayant\n compris la nécessité de se retremper à l'école de la bonne difficulté. Simplifier\n en noblesse, se discipliner, voilà le mystère des inflexibles compositions qui\n réunit sous le même idéal des hommes comme Mallarmé, Cézanne, Jules\n Laforgue, Carrière, Odilon Redon, d'Indy, Rimbaud, Chausson, Gide,\n Rodin, De Bussy, Whistier, Jammes, Maurice Denys.\n    La seconde partie de cet admirable bréviaire d'art saisit le dernier moment\n dont est faite la beauté. Après que l'artiste s'est efforcé d'enfermer en son\n œuvre le plus qu'il peut de l'univers; après qu'il y a mis de l'ordre pour y\n faire régner l'harmonie, il s'aperçoit « que le tout est empreint d'un caractère\n de dualisme ». « C'est que de réduire les choses à deux clefs, c'est toujours\n s'approcher le plus de l'Unité que l'on rêvait d'atteindre. » « La dernière\n étape de ce chemin qui va de la multiplicité à l'unité, c'est de passer par les\n conceptions dualistes. » Nos énergies magnétiques se précipitent vers deux\n pôles différents, « cependant qu'en notre cerveau deux hémisphères se par­\n  tagent les secrets de l'esprit ». Ce dualisme inné, Mithouard nous le montre\n  chez Verlaine à la fois cynique et religieux, homo duplex, auteur de Sagesse et\n  de Parallèlement; — chez Hello, ce « Breton dans l'Infini », ce Pascal du\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "116                               DURENDAL\n\n\n XIXe siècle qui possède comme l'autre une extraordinaire aptitude à consi­\ndérer les extrêmes, les contrastes supérieurs, l'idée pure de la passion, la\ngrandeur et la misère de l'homme; — chez saint François d'Assise, mystique\net naturaliste, dont l'humilité synthétise deux amours exclusifs, celui du\n Christ et celui des créatures. Dualisme encore que cette désastreuse affaire\n qui divisa la France en deux camps. « Ce fut vraiment la guerre des\nméthodes. » Bataille éperdue entre les analytiques et les synthétiques, les\nexpressifs et les harmonieux, les dolichocéphales remuants et les Celtes bra­\nchycéphales. « Deux pôles et puis du mouvement pour les confondre », tels\nnous apparaissent l'art gothique et l'art impressionniste. « Par deux fois un\nmouvement d'art provoqué par une influence orientale aboutit à nous mani­\nfester d'irréductibles Occidentaux. » Gothiques et impressionnistes sont « des\nhommes de la même race, impressionnés par le même pays ».\n   La vibration, « tressaillement intime des atomes cherchant leur équilibre »,\nvoilà l'inquiétude de la Beauté. Et ce livre écrit dans l'enthousiasme se ter­\nmine par un furieux hymne en l'honneur de la Salomé occidentale « qui sait\ntant de choses et qui danse devant l'immortel Atlantique, pour l'âpre joie\nseulement d'élancer dés lignes chargées de souvenir et de préciser, bien\nqu'avec élégance, des gestes voulus ». Cette belle fille de souffrance et de\nsilence « ne se résigne à nul aspect de tranquillité finale et rêve d'un tel\nrepos qu'elle se meut sans repos ». Oh! l'admirable et très lucide divagation\nqui clôt une œuvre d'érudition colossale et achève un geste flamboyant !\nN'ai-je pas le droit de m'étonner une fois encore de ne pas voir feuilleter par\nnos mains inquiètes ce Tourment de l'Unité, résumé lyrique d'un grand siècle\nexpressif. Tandis qu'il écrivait ce fiévreux manuel, Mithouard a trouvé son\ncentre et l'orientation de sa vie. Dans la Divagation de Salomé nous assistons\naux dernières convulsions de cet iris exaspéré, fleur mystique d'une intransi­\ngeante jeunesse. Or, à déterminer les éléments ethniques, les apports terriens\ndes œuvres d'art analysées, Mithouard a reconnu que notre pensée ne pros­\npère qu'au moyen de nourritures terrestres. A mesure qu'une œuvre s'élève\ndans le ciel de l'abstraction, elle tire sur ses racines, épuise sa sève, d'où la\nfacilité avec laquelle nous pouvons l'enfermer dans nos schémas mathéma­\ntiques. Et voici que Mithouard s'achemine vers plus de sérénité, ayant com­\npris la beauté de la vie quotidienne. Nous allons le surprendre dans le Traité\nde l'Occident, au moment où il prend position au seuil d'un nationalisme\nintelligent.\n\n  (A continuer.)                                        TANCRÈDE DE VISAN.\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                   Chronique Musicale\n               Premier Concert du Conservatoire\n   On sait le culte ardent et passionné qu'a voué l'éminent chef de notre\nConservatoire à l'œuvre de Gluck qu'il révéla tant de fois au public belge en\ndes auditions mémorables. Ces interprétations modèles du Conservatoire de\nBruxelles sont u n e date d a n s l'histoire de la musique en notre pays. C'est\nen fixant, en éclairant par le précieux enseignement de ces concerts la véri­\ntable compréhension du style de Gluck que Gevaert a initié ses contem­\nporains aux beautés simples, fortes et profondes qui partout éclatent d a n s\nl'œuvre du créateur du drame lyrique musical, d r a m e lyrique dont W a g n e r\na renouvelé le cadre et élargi la conception en l'harmonisant plus étroitement\navec les aspirations des générations qui suivirent, mais que cependant\nil n'a point créé. E t c'est ainsi que peu à peu la grande personnalité de\nGluck s'est dévoilée, apparaissant sur les sommets, c'est-à-dire à sa vraie et\nlégitime place dont elle ne saurait désormais être détrônée.\n   Chronologiquement, Iphigénie en Aulide occupe le troisième rang en cette\nsérie de cinq chefs-d'œuvre dont Orphée constitue le point de départ et\nIphigénie en Tauride le triomphal aboutissement. Nous n'avons pas ici à\nanalyser cette partition d'Iphigénie en Aulide, dont la dernière exécution au\nConservatoire de Bruxelles remonte à l'année 1900, partition si p u r e et si\ngrave, où palpite tant d'émotion, où rayonne tant de noblesse, où fleurissent\ndans les chœurs, et les airs de ballet des épanouissements mélodiques si\nberceurs et si exquis.\n   L'interprétation avec MM. Seguin. Demest, Mlles Bastien, Dratz-Barat,\nDriessen-Collet a été superbe de vie et d'accent.\n   Mme Bastien (Clytemnestre) a eu des magnifiques élans et s'est montrée\ngrande tragédienne d a n s la scène des imprécations. Après le monologue qui\nconclut le second acte, M. Seguin (Agamemnon), diseur et chanteur a d m i ­\nrable, a été l'objet d'une ovation enthousiaste.\n\n\n                Second Concert du Conservatoire\n   Ce concert exclusivement consacré aux œuvres instrumentales, a mis en\nlumière une fois de plus l'exceptionnelle valeur de l'orchestre du Conserva­\ntoire. Les artistes d'élite qui le composent ont j o u é des œuvres empruntées à\nun répertoire c o n n u , mais qu'on ne se lasse jamais d'entendre, surtout quand\nelles sont interprétées de cette magistrale façon. Quelle radieuse expansion\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "118                                DURENDAL\n\n\nde beauté, de tendresse, de divine émotion dans la s y m p h o n i e en mi bémol de\nMozart, dans la quatrième symphonie de Beethoven ! Avec quelle puissance,\nquelle souffle, quelle généreuse envolée M. Gevaert a dirigé l'ouverture\nd'Euryanthe! Quelle soudaine et suggestive illumination des sens profonds de\nl'œuvre dans le Largo qui se dresse énigmatique au milieu de l'ouverture !\nL e concert se rehaussait d'un intermède délicat composé de pièces souve­\nrainement charmeuses pour instruments à cordes et bois, un fragment d u\nProméthée de Beethoven et le Larghetto du Quintette de Mozart, une céleste\ninspiration du maître de Salzbourg.\n\n\n                       Quatrième Concert Ysaye\n    Le concert débutait par la symphonie en ut majeur (n° 41) de Mozart,\nentendue l'an dernier au Conservatoire et généralement dénommée Jupiter-\nSymphonie, appellation peu justifiée (et qui, du reste, n'est pas de Mozart), car\n elle ne se trouve nullement en concordance avec le caractère de grâce épanouie\n naïve et souriante qui embaume ce poème de bonheur renfermant notamment\n un délicieux Andante cantabile, dont, sous la direction fine et nuancée de son\n chef, l'orchestre Ysaye a découvert l'âme limpide toute parée de jeunesse et\n de beauté. P u i s venaient trois fragments du Songe d'une nuit d'été de Men­\n delssohn, l'Ouverture avec son grave portique d'accords wagnériens se résolvant\n en un scintillant essaim de sonorités caressantes et fugaces, le Nocturne\nexécuté sur le cor en solo par M. Heylbroeck avec autant de pureté que de\npoésie, enfin le Scherzo ravissant de fraîcheur, évoquant la vision des sylphes\net des fées volant doucement dans l'azur et se posant d a n s le calice soyeux\nde fleurs enchantées, scherzo que l'orchestre broda si délicatement avec\nu n e fantaisie si ailée et primesautière qu'il fut bissé d'enthousiasme, u n e\n bonne part des acclamations s'adressant au flûtiste M. Radoux, dont le jeu\ncharmeur et enveloppant mérite une mention spéciale.\n    Le plus grand violoncelliste belge, nous avons n o m m é M. Jean Gérardy,\nprêtait son concours à ce concert. Il joua le concerto de Lalo et le concerto en\nla mineur de Saint-Saëns, où éclatèrent sa triomphante maîtrise, la richesse\nexpressive de son phrasé tour à tour puissant et moelleux, bien que la vertu\nfoncière du jeu de Gérardy qui réside surtout dans la profondeur du sen­\ntiment ait eu plus de possibilités de se déployer dans l'oeuvre de Saint-Saëns\nmoins surchargée de traits et d'extériorités. Succès immense et assurément\njustifié. Le concert se terminait par la pittoresque fantaisie de T h . Ysaye sur\nun thème populaire, se distinguant comme toutes les œuvres de ce compositeur\npar l'originalité et l'ingéniosité de l'orchestration.\n\n\n                    Troisième Concert Populaire\n  Sylvain Dupuis y a d o n n é u n e exécution ferme et intelligemment nuancée\nde la deuxième symphonie de J o h a n n e s B r a h m s , en ré majeur, œuvre remar­\nquablement belle de ligne et de structure, où une matière musicale poétique,\nsavoureuse et richement sonore s'enchâsse dans une forme exquisement pure\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                               CHRONIQUE MUSICALE                                        119\n\n\n et châtiée. Si d a n s la musique de B r a h m s , on ne découvre ni l'ampleur de\n souffle et la s u r h u m a i n e g r a n d e u r de Beethoven, ni les suaves et inépuisables\n efflorescences mélodieuses de S c h u m a n n , elle possède une vertu propre qui\n réside surtout dans la noblesse des idées qu'elle exprime ainsi que dans la\n grave et lumineuse élégance de son architecture. Il y aurait à citer particu­\n lièrement le premier mouvement [Allegro non troppo) d'une grâce si captivante,\n d'une inspiration si fraîche et si printanière, et le troisième (Allegretto grazioso)\n construit sur un r y t h m e plein de charme et de finesse. Cette belle exécution\n de la S y m p h o n i e de B r a h m s a été longuement et chaleureusement applaudie.\n    On a, au contraire, accueilli assez froidement l'Hymne à Vénus d'Albéric\n Magnard (une des personnalités les plus distinguées de la j e u n e école\n française). Ce poème symphonique dont on souhaiterait tenir le fil conducteur\n faute de quoi il d e m e u r e plutôt impénétrable est u n e page ayant incontes­\n tablement de l'allure, unissant les mérites d'une écriture forte et savante au\n prestige d'une orchestration ample et généreuse. L a Rhapsodie Dahoméenne de\n A. de Boeck est une composition s y m p h o n i q u e originale, développant des\nthèmes locaux avec u n e verve abondante et pittoresque.\n    La participation de Busoni, un des princes du clavier, relevait encore\nl'intérêt de ce concert. Le grand pianiste a d o n n é du concerto en ut mineur\nde Beethoven u n e interprétation s u p e r b e de rythme et de couleur.\n   Ses extraordinaires dons de virtuose ont a p p a r u dans la Totentanz de Liszt,\nune malencontreuse boutade macabre du compositeur hongrois, où les accents\nsolennels du Dies Irae sont parodiés et travestis de la façon la plus insensée\nsous une avalanche déchaînée de traits et de g a m m e s . Il faut dire qu'ensuite\nBusoni a généreusement réparé son erreur en jouant au rappel, avec une\nmajesté et une poésie intenses, cet admirable prélude de la Goutte d'eau, le\nplus beau des vingt-quatre préludes de Chopin, qui primitivement figuraient\ntous au p r o g r a m m e , que tous se réjouissaient d'entendre interpréter par u n\ngrand artiste et dont, par une substitution regrettable, le public des concerts\npopulaires a été malheureusement frustré.\n\n\n\n                 Récital de Mlle Germaine Schellinx\n   Mlle Germaine Schellinx, élève de M. Marchot, une j e u n e et intéressante\nvioloniste dont l'an dernier Durendal signala les d é b u t s , a d o n n é à la Salle\nRavenstein son premier récital, récital qui lui a valu un très flatteur et très\nlégitime succès. Son jeu net, vigoureux, plein de chaleur et de conviction,\nses aptitudes expressives déjà si délicates et intelligentes ont d o n n é leurs\npreuves dans un concerto a b o n d a m m e n t mélodieux de Vieuxtemps, dans le\npoétique et pittoresque concerto de Saint-Saëns. Un bel avenir d'artiste\nsemble ouvert à M lle Schellinx. L'impression très favorable qu'elle a produite\ns'est complétée par u n e exécution brillante d'un caprice de P a g a n i n i , et de\ndeux études de concert finement écrites pour l'instrument par son maître\nM. Marchot.\n                                                              GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "                        Théâtre du Parc\n                  « Les Vieux » de Joé de Camara\n               (Comédie traduite du portugais par Henry Maubel)\n   U n e soirée exquise et, comble de rareté, à laquelle on pouvait h a r d i m e n t\nconduire les jeunes filles. M. Joé de Camara, dramaturge portugais d'un\ntalent ferme et fin, a réalisé ce tour de force d'écrire une comédie alerte,\némouvante et joyeuse, où presque tous les personnages sont des vieillards\nayant, depuis longtemps, passé l'âge des passions. L'idée était c h a r m a n t e ,\nmais combien périlleuse! M. Joé de Camara sut, avec une habileté qui\nconfine presque au génie, éviter d'être banal ou mélodramatique.\n   L'émotion des Vieux est toute en n u a n c e s . U n vénérable curé, aveugle et\npresque sourd, joue d a n s cette jolie pièce u n rôle qui est à la fois d'une\nvérité s u r p r e n a n t e et d'une sûre délicatesse. E t il y a une scène de festin qui\nest un chef-d'œuvre de gaîté, de tendresse et de grâce riante.\n   L a belle et courageuse leçon que M. Joé de Camara a donnée là à tous\nnos d r a m a t u r g e s ! L e s Vieux prouvent s u r a b o n d a m m e n t , à ceux qui en\ndouteraient encore, qu'il est possible d'écrire des comédies charmantes, et\n d'une psychologie profonde, et d'un passionnant intérêt, en étudiant les\nmilieux provinciaux et c a m p a g n a r d s , en transportant sur le théâtre les\ngestes nullement scabreux des braves et honnêtes gens. Combien, en vérité,\ncela est plus nouveau et plus intéressant que les vulgaires contrefaçons des\nfâcheux articles de P a r i s , mille fois plus vieux que ces Vieux dont M. H e n r y\n Maubel nous donna au théâtre d u P a r c u n e si parfaite adaptation ! Q u e nos\njeunes auteurs la méditent, cette grave et éloquente leçon!\n   Les Vieux furent joués par la troupe du P a r c comme ils devaient l'être :\navec mesure, émotion et simplicité, avec aussi u n e pointe de finesse malicieuse\net d'ironie discrète, M. Carpentier fut excellent dans le rôle du vieux prêtre\naveugle, M M . Barré et Cueille eurent de la verve et de l'esprit. E t toutes les\n dames, sous leurs rides et leurs cheveux blancs, furent délicates à souhait\n dans cette adorable idylle.\n\n\n              « Les Etapes » de Gustave Van Zype\n                                (Drame en trois actes)\n   Cette soirée fut, pour l'art belge, triomphale et m é m o r a b l e . Il sied d'en\nretenir la date : les Etapes, de Gustave Van Zype, compteront parmi les plus\nglorieuses (si j'ose risquer cette sorte d'ellipse) de notre théâtre national. P a r\nla nouveauté du sujet, par la simple grandeur de la composition, et aussi par\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                             THEATRE DU PARC                                 121\n\n\nla constante noblesse du langage, ce drame, d'un style si fier et d'une portée\nsi haute, s'impose sans réserve à l'admiration. Je suis de ceux qui pensent,\navec pas mal de gens, que les Belges n'ont pas la « bosse » dramatique, et\nqu'au lieu d'accuser le public de froideur, il siérait davantage à nos auteurs\ncomiques de confesser leur propre maladresse : je n'en mets que plus d'em­\npressement, je n'en éprouve que plus de joie à proclamer bien haut que le\ndeuxième acte des Etapes est l'un des plus pathétiques, des plus purs et des\nplus poignants qu'on ait vus depuis longtemps sur les scènes de langue fran­\nçaise. Le départ de Madeleine vous donne le grand frisson, avec tout ce\nqu'on y sent, en deux mots qu'elle prononce, de passion justicière, de loyale\nénergie, d'héroïque amour de la Vérité. Cela est d'un art sobre, austère, pro­\nfond, et qui atteint le cœur en passant par l'esprit, mais qui l'atteint sûrement,\nirrésistiblement. Les acclamations répétées qui saluèrent cette scène, même\naprès la première de l'œuvre, ont manifesté la grave émotion et le solennel\nenthousiasme que les foules ressentent devant les sommets.\n   Car les Etapes furent une victoire : on en parla un peu partout, chose\nincroyable! et la voix publique loua cette belle pièce avec une flamme inat­\ntendue. Mais nous devons à la vérité — à cette vérité implacable à laquelle\nles héros de M. Van Zype sont sacrifiés les uns après les autres — de déclarer\nque les fervents du Parc s'étaient abstenus en grand nombre. Oserai-je dire\nque, si les Etapes étaient arrivées de Paris, ces mêmes absents eussent acclamé\nle drame avec un délire convaincu?... Le chauvinisme n'est pas, il s'en faut\nde beaucoup, une maladie bruxelloise! du moins en matière théâtrale...\n   Mme Juliette Clarel, qui est décidément une artiste excellente, prêta ses\naccents dramatiques à la haute figure de Madeleine Leglay, autour de laquelle\npivote l'action de cette tragédie toute intellectuelle. M. Chautard, inégal au\npremier acte, devint admirable au second, et le resta au troisième. M. Carpen­\ntier fit un psychologue attristé et indulgent. Et M. Jean Laurent, dans le\nrôle de Leglay, fut consciencieux et juste.\n                                                                    F. ANSEL.\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                        Les Expositions\n\n               Le premier Salon de \" l'Estampe „\n   On peut dire que l'Estampe fut attendue, impatiemment, comme un g r o u ­\npement indispensable, après l'apparition de sociétés telles que Les Aquafortistes\net Les Peintres-graveurs. Ces derniers venaient de se manifester, d'assez reten­\ntissante manière, au Cercle Artistique; or, parmi les plus marquantes œuvres\nexposées au salon inaugural de l'Estampe, voici que ces mêmes peintres-gra­\nveurs prolongeaient en quelque sorte l'exhibition du Cercle Artistique, Zorn\nen moins. C'est que l'Estampe répond, à cette époque où l'eau-forte et la\nlithographie prennent un prodigieux développement, à u n besoin de groupe­\nment entendu plus largement, sans réserve d'écoles ou de tendances, vieux et\njeunes, maîtres et élèves. Loin de morceler leurs efforts, il fallait que les\ngraveurs, aux tendances a p p a r e m m e n t les plus disparates, se liguassent, pour\nattester, à côté de la merveilleuse effloraison picturale du pays, la valeur non\nmoins remarquable des œuvres gravées écloses en Belgique.\n   Depuis que le burin se soucie moins de reproduire les chefs-d'œuvre de\nla peinture que de marquer, dans le cuivre, des sensations spéciales au gra­\nveur, depuis qu'il obéit au génie de l'artiste et qu'il a cessé d'être mécanique\net servile, les expositions d'estampes c o m m a n d e n t l'attention de tous les\namateurs d'art. Elles prennent part, en quelque sorte, au mouvement d'évo­\nlution de la peinture, car il est certain que n o m b r e de nos meilleurs peintres\ncontemporains ont, dans leurs estampes, le mieux manifesté la qualité de leur\npeinture. L e récent Salon de l'Estampe s'offre à le prouver. Assurément, ce\ncoup d'essai fut magistral. Trois générations de graveurs! U n e confraternité\nde bel aloi parmi tous ces fervents artistes, dont les œuvres s'alliaient si bien\nqu'elles semblaient se donner la main et former, tout autour des salles, un\nsolide cercle d'amitié. E t cela ressemblait fort à u n e manifestation de sympa­\nthie et de spéciale vénération à l'égard de celui qui dominait tous ces efforts\ngroupés, par la culminance de l'âge et par la maîtrise didactique. Le maître\n Danse y groupa la meilleure partie de son œ u v r e ; il relie en quelque sorte\nl'ancienne mission du burin, aux tendances du modernisme exigeant d'oeuvres\npersonnelles, de sensations autonomes. Jordaens lui doit une copie filiale du\nRoi boit; mais aussi, lui doivent une part bien plus copieuse de reconnaissance\nles hommes que l'artiste a livrés à la postérité, sans le secours d'autres moyens\n que sa vision pénétrante et son burin habile et incisif. L e s deux filles du\n maître, Mme Sand-Danse et M me Destrée-Danse, ont acquis de leur père une\n grande dextérité de notation; si la première accuse une vision d'artiste déli-\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                                LES' EXPOSITIONS                                   123\n\n\ncate avec ses Orchidées, Oraison, la seconde mérite l'attention par son Vieillard,\nd'après une sculpture de la cathédrale de R e i m s , d o n t elle a su exprimer,\navec u n e rare force, la vétusté fantastique.\n    L'envoi de Brangwyn fut nettement r e m a r q u a b l e . On peut dire qu'il fit\nsensation. On retrouve dans ses larges eaux-fortes le caractère fascinant de ses\ntoiles. Celui-là aussi est bien des n ô t r e s ; ses Hommes halant un bateau, Vieilles\nmaisons à Gand, Constructeurs de ponts sont traitées avec u n e telle fougue,\nune telle vision grossissante, que le graveur paraît avoir été halluciné\npar la fournaise de son génie. B r a n g w y n est un poète t u m u l t u e u x ; il fait\npenser au Verhaeren des Villes tentaculaires. D e l a u n o y , continuant la série de\nses portraits psychologiques, offre u n a b o n d a n t essai de physionomies frustes,\nprêtres, terriens, bohémiens, brutes, d'une âpre psychologie; sans tomber\ndans la caricature, il atteint à un saisissant effet de vie réaliste, farouche et\nviolente ; il y a là une sorte d'hiératisme sculptural qui fait penser aux\nmasques gothiques. Cet artiste aussi est bien de notre race. Non moins inten­\nsément réaliste s'affirme Maréchal, dont le burin note avec u n e rare précision\nles aspects vespéraux des villes; sa vision est grave, exacte à discerner,\ncomme à l'affût, les lignes caractéristiques, presque toujours sombres, des\nchoses. On peut trouver que son dessin est dur, sans emportement et d é p o u r v u\nde vibrations imprévues; à la vérité ces œuvres n'emballent pas, on les regarde\nfroidement, mais elles ont le don tout de même de glacer et de susciter le\nfrisson : il y a là de l'originalité incontestable.\n    Que d'artistes encore, dont les œuvres mériteraient u n e minutieuse a d m i ­\nration ! Charles Doudelet, revenu de Florence, exposa une série de huit\naquarelles pour illustrer Notre Pays. Ce quatrocentiste, venu « trop tard d a n s\nun m o n d e trop vieux », n o u s m o n t r a autrefois des dessins inspirés par l'œuvre\nde Maeterlinck, où il donnait u n e traduction plus moderne que celle-ci de\nses rêves moyenageux. Voici H e n r y de Groux, de qui nous eussions préféré\ntrouver quelques lithographies plus tourmentées, plus bousculées, comme ses\nadmirables évocations d'émeutes et de c h a m b a r d e m e n t s , mais à qui il faut\ncependant savoir gré d'avoir exposé deux portraits, interprétations libres\n mais très intenses, de W a g n e r et de Zola. E t Rassenfosse, d'une virtuosité\n déconcertante, qui s'efforce de faire oublier, par l'artifice d'un métier con­\nsommé, ce qu'il doit à l'influence de R o p s . Ses illustrations pour Les Diabo-\n liques, du reste, il faut le reconnaître, d é m o n t r e n t une tendance manifeste\n vers l'originalité absolue. Il faut le souhaiter, car Rassenfosse possède u n\n tempérament d'une suffisante robustesse pour donner des œuvres personnelles\n et fortes. Il siérait d'insister sur le plaisir des yeux que procurent les fantaisies\n très artistes de Gisbert Combaz, surtout son Estacade d'un style merveilleux,\njaponisant sans doute ; sur les gracieux croquis de G.-M. Stevens, dont le\n talent s'affermit de plus en plus ; sur les amusants et curieux essais satyriques\n de Leo J o , ainsi que sur les paysages d'un romantisme sobre où H e n r y\n Meunier a su mettre une note personnelle. Les œuvres de Louise Lemonnier,\n Elisabeth W e s m a e l , Rolande de H e u s c h , Ista, Bodart, ne sont pas moins\n dignes d'intérêt. J e m'en voudrais de passer les noms de Richard Heintz, Paul\n Dom, Duriau, Gaillard, Oleffe; mais leur éloge déjà fut fait par de plus\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "124                                 DURENDAL\n\n\nautorisés que moi. T o u s méritent une bienveillante analyse. Et, si je passe,\nnon par chauvinisme, mais parce que leur louange n'est plus à faire, le\nFrançais Valloton et le Hollandais S t o r m , je m é n a g e pour finir ma totale\nadmiration pour les œuvres de François Beauck, ce remarquable et inspiré\nc o m m e n t a t e u r de Lemonnier et de Virrès, dont le Braconnier m'a rappelé les\nplus fortes pages du Mâle.\n\n\n          Exposition Berthe Art et Georges Buysse\n   Ce n'est pas une des moindres originalités du talent de Mlle Berthe Art, que\nl'absence de féminité dans sa manière. L e s nombreuses et spacieuses pages\nexposées au Cercle Artistique, traitées avec une certaine rudesse, avec u n e\nsorte de vigueur déconcertante, m a n q u e n t , en effet, précisément de ce que\nl'on est accoutumé d'attendre chez l'artiste féminin : la délicatesse amoureuse\ndes formes jolies, le coloris discret et finement nuancé, cette mièvrerie qui\ntrahit une âme vague, éprise de grâce. P o u r t a n t , chacun sait que M lle Art\nmanie le pastel avec u n talent incontestable et que ses prédilections vont aux\nfleurs, cet emblème de la personnalité féminine. J'aime la manière dont\nl'artiste anime ses vastes bouquets de chrysanthèmes, ses théories d'azalées\nou de phlox, à grandes gammes de couleurs ; je ne sais pourtant si la beauté\nvivante des fleurs gagne à être associée à des natures-mortes, même en guise\nde repoussoirs... J e reprocherais à M lle Art un excès de tons durs, parfois\nheurtés, sans contrastes harmonieux, dont elle ne se départ que dans un\npetit nombre de toiles. Mais ce défaut provient, peut-être, du soin parti­\nculier que l'artiste met à obtenir, par le modelé même de la couleur, u n\ndessin serré et bien construit. E t peut-on de nos jours faire grief à un artiste\nde se montrer trop rigoureux dessinateur ?...\n   M. Georges Buysse n'expose rien qui n'ait déjà été montré dans les trien­\nnaux ou dans les expositions particulières. Ce n'est pas à dire que son envoi\nsoit sans valeur. N o u s avons eu, à plusieurs reprises, l'occasion de parler de\nce talent prestigieux, dont le labeur ininterrompu a fourni jusqu'ici une\nœuvre aussi intéressante que nombreuse. G. Buysse est, parmi les peintres\nimpressionistes de la F l a n d r e , l'un des plus sincères et des plus séduisants.\nT o u t est lumière en ces toiles, soit qu'elles offrent le spectacle tranquille des\nchalands portés sur les cours d'eau, en plein soleil, soit qu'elles étalent la\nblanche clarté de la neige, dont l'artiste a su rendre, d'une intense façon, les\nétincellements de fins cristaux.\n   Cette exposition fait h o n n e u r aux deux artistes, bien qu'elle ne reflète\naucun aspect nouveau de leur talent.\n\n\n            Exposition Anna Boch et G.=M. Stevens\n   Deux amis de la lumière exposent en ce m o m e n t au Cercle Artistique.\nIl est réconfortant de respirer de larges vagues de lumière, de se gorger de\nsoleil, ne fût-ce que d a n s l'espace limité d'une toile, par les temps de brouil-\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                               LES EXPOSITIONS                                 125\n\n\nlards et de pluie que l'hiver belge nous impose. M lle Anna Boch en a fait\nprovision dans ses paysages n o m b r e u x qu'elle rapporte d'Italie, d'Algérie, de\nBretagne, etc. E t c'est du plus authentique soleil qui réjouit en ses toiles ; son\npinceau est quelque peu magicien. N'étaient les tonalités parfois légèrement\ncriardes, les bleus u n peu superficiels, il n'y aurait rien à reprocher à ces\nœuvres s y m p a t h i q u e s par l'abondance de leur ardente lumière.\n   M. G.-M. Stevens, de son côté, se m o n t r e véritablement virtuose en l'art\ndes lumineux croquis. Il y a quatre a n s , la foule de ses Impressions de Tunisie\nnous avait quelque peu gêné par bien des faiblesses de facture trahissant la\nhâte. Les Impressions d'Algérie qu'il expose aujourd'hui marquent d'heureux\nprogrès et accusent u n travail médité; car la lumière qui, autrefois, paraissait\nartificielle, à present a acquis des vibrations et u n e « chaleur » souvent\ntroublantes.\n\n                                                                           F. H.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                        Lettre de Paris\n\n                   LES grands théâtres s'en vont, ce sont les petits qui règnent :\n                      Capucines, G r a n d Guignol, T r é t e a u Royal, la mode est\n                      aux bonbonnières. Des salonnets larges c o m m e ceci et\n                      hauts comme cela, avec des fleurs, des lambris blancs et\n                      des perles électriques à profusion, cinq ou six rangs de\n                      fauteuils, les premiers louchant non la rampe, il n'y en\n                      a plus, mais l'estradette, voilà le dernier cri.\n                        Foin des vastes salles en hémicycle, où naguère s'entas­\n                      saient trois mille spectateurs comme à l'Opéra, quatre\nmille comme au Châtelet, huit mille comme à l ' H i p p o d r o m e , le nouveau\nthéâtre exige le petit comité, le comité de salut d r a m a t i q u e . L e premier\nsoin d'Antoine, q u a n d il a pris l'Odéon, a été d'avancer ses parois, de\nrétrécir ses balcons, de supprimer les deux cinquièmes de ses p l a c e s ;\nmoins on est de spectateurs, plus on regarde ! E t le Casino de P a r i s !\nL ' a n dernier encore, c'était le plus vaste cocottodrome de l'univers. T o u t\nun monde ! D'un bout de la piste, on distinguait à peine les cavales\ncaparaçonnées et empanachées qui tournaient l'autre bout de la spina. U n\nbeau jour, ce c h a m p d'entraînement n'ouvrit plus ses portes; de facétieux\nrébus apprirent au peuple le plus spirituel du monde (aussi le rébus était-il\nsouligné de son explication en langue démotique) que des maçons remet­\n taient la salle à neuf, et que vit-on q u a n d « du tabernacle saint les portes d'or\n s'ouvrirent » ? Que le Casino de P a r i s , ce colosseum, n'était plus que la moitié\n de lui-même. Juste retour, Monsieur, des choses d'ici-bas, ce m o n d e n'était\n plus qu'un demi-monde !\n     Déjà, sur ce point, la salle à m a n g e r avait montré la route à la salle de\n réception. Voilà longtemps que la table d'hôte est a b a n d o n n é e aux hôtels de\n commis-voyageurs. T o u t « palace » qui se respecte a adopté le système des\n petites tables. Q u a n d on se résigne au banquet, on ne veut plus de la vaste\n ellipse chargée de pièces montées et d'orfèvreries prétentieuses où l'on n'en­\n trevoyait son vis-à-vis que dans le lointain à travers u n e futaie de candélabres\n  et un taillis de corbeilles florales, on demande le ruban d'argent qui sépare\n sans diviser (à toi, perfide Albion!) et qui permettrait aux affinités électives,\n bouts américains et talons L o u i s XV, de sceller au besoin l'entente cordiale\n sous la table! Même dans le monde, le dîner classique de douze couverts est\n  en baisse; cet ovale à foyer double rompt le charme de l'unité; quand la\n  chaleur vient du centre, les pôles se congèlent, et, q u a n d ce sont les extré-\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                LETTRE DE PARIS                                      127\n\n\nmités qui pétillent, l'équateur s'assoupit. On en revient au chiffre plus\nclassique encore, moindre que les Muses, majeur que les Grâces,\net dans les cohues mondaines on dresse carrément les petites tables pour le\nmédianoche.\n    Donc, ce sont les petits théâtres qui tiennent la corde. Mais du coup c'est\nl'ait théâtral qui change aussi! T o u t se tient; est-ce le plafond bas qui a créé\nle style Louis XVI ou est-ce le Louis XVI qui a rapproché la corniche de la\ncimaise? Il n'est pas indifférent que le spectateur soit à une portée de vol de\np o m m e s cuites ou u n e distance de bouquet offert de la main à la main.\nD'abord, les actrices ne se maquillent p l u s ; comment oserait-on, à quatre\npas, se vernir les joues, se tatouer les lèvres, se balafrer les sourcils? Elles\nn'osent plus, d'autre part, se dévêtir; les rembourrages seraient percés à jour\net les sincérités trop parfaites susciteraient d'excessifs enthousiasmes ; la gent\nporte-maillot est attractive (surtout pour les gens de l'hôtel d e ville, m'a confié\nun conducteur d'omnibus). U n e Vénus plastique n'est admissible que sur une\nscène lointaine d ' A l h a m b r a ; aux Capucines, les strapontins ne feraient q u ' u n\nbond sur ses c h a r m e s .\n    E n s u i t e , changement dans le répertoire. Dans ces jolies boîtes blanc et or,\non ne peut jouer que la comédie de paravent, la saynète fine, ironique, a m u ­\nsante. Pas de mélodrame, ni en costume d'apache de fortif, et les dieux en\nsoient loués ! ni en toge et en casque à p l u m e s , et les déesses en soient vitu­\n pérées! mais voit-on Mounet-Sully rugissant d a n s 20 mètres carrés? les frêles\n vitres voleraient en éclats, et conçoit-on S a r a h B e r n h a r d t se tordant les bras\n au risque de décrocher les girandoles ? U n salon ne supporte ni les impréca­\n tions ni les larmes. L a d y Macbeth n'est supportable qu'à 30 mètres et Ophélie\n qu'à 28.\n    P l u s de féeries, et c'est fâcheux! P l u s de ballet, et c'est déplorable! C'est\n quand on sort de pièces comme La Maison des Juges ou Le Cœur et la Loi qu'on\n se sent des trésors d'indulgence pour les pirouettes de ballerines, voire les\n sauts de gymnasiarques. Il y a plus d'art d a n s un défilé de figurantes congrû­\n ment drapées et suffisamment stylées en scène que d a n s les trois quarts des\n pièces pour, contre ou à côté du divorce. Mais cet art-là disparaîtra si les\n petites scènes tuent les g r a n d e s . Il y a bien la lanterne magique, mais sera-ce\n suffisant c o m m e substitut? L e divertissement cinématographique n'a sans\n doute pas dit son dernier mot, et une récente affaire de Palais nous a laissé\n entendre que certains vieux messieurs l'avaient appliqué à des fins\n jusqu'ici inexploitées, mais, comme le disait R e n a n , c'est triste de vivre\n  d'une ombre !\n    Changement encore dans le dialogue. Dans des appartements comme ceux\n  où nous vivons, l'artificiel détonnerait, qu'il fut grandiloque ou raisonneur.\n  Des répliques à la raquette et des escrimes d'épingles, voilà ce qu'il faut.\n  La pruderie, et peut-être la simple b o n n e morale y perdra. C'est é t o n n a n t\n  ce qu'on peut dire entre messieurs et dames q u a n d on est en petit comité.\n  Les bonbonnières des boulevards auront les mêmes privilèges que les\n  boudoirs intimes. Déjà, dans le Bon Juge, on en entendait de raides; peut-\n  être en ouïra-t-on de pires. Mais compensation, on ne dépassera pas u n e\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "128                                 DURENDAL\n\n\n certaine limite, d'abord parce que le milieu est select et ne supporterait pas\n u n excès de crudité, et aussi parce q u ' u n public restreint est plus délicat\n sur divers points q u ' u n e foule de music-hall ; la plupart des chansons de café-\nconcert, poivrots, tourlourous, pierreuses, répugneraient à ce snobisme. Il\n est vrai que dans le genre de liberté voluptueuse et esthétique on peut aller\ntrès loin; jusqu'où ira-t-on? Tout ici dépend de M. L é p i n e ; s'il ferme les\n yeux, je ne réponds de rien.\n    Et bouleversement enfin dans l'art d r a m a t i q u e proprement dit. L a pièce\n en trois actes ne pourra jamais s'acclimater dans ces petites serres-chaudes\ndu plaisir élégant; elle court danger de disparaître comme a disparu son\naînée, la pièce en cinq actes, et ce sera grande pitié, car la saynète, quelle que\nsoit sa saveur, ne peut pas plus s'égaler à la véritable comédie ou tragédie\nque la statuette à la statue ou que la miniature au tableau. Certes, des œuvres\nc o m m e Poil-de-Carotte ou L'anglais tel qu'on le parle n e sont pas méprisables,\nmais ce serait dommage s'il fallait renoncer même à ce bon Monsieur Scribe,\nà ses pompes et à ses œuvres. P a r exemple, ce nouveau genre théâtral va\nd o n n e r un coup de fouet redoutable à la comédie de salon : chaque maîtresse\nde maison va s'ingénier pour servir à ses invités le Plaisir de rompre ou la Peur\ndes coups. Mais peut-être, dans ce voyage du grand théâtre au cabaret j o u a n t ,\net de celui-ci au salon mondain, ne s'arrêtera-t-on pas en c h e m i n ; pourquoi\ndu salon à paravent n'irait-on pas à son propre cabinet de travail? On rentre­\nrait chez soi à lire tous les « spectacles dans son fauteuil », qui valent bien\nceux, si souvent exaspérants, des impresarii du Boulevard, et ainsi seraient\nréconciliés la morale, l'hygiène et la bonne h u m e u r .\n\n                                                                  HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "           L'Art à l'école et au foyer\n              Sous ce titre : L'Art à l'école et au foyer a été\n                récemment fondée une société dont nous par­\n                tageons absolument l'idée maîtresse, qui nous\n                intéresse au plus haut point et doit intéresser\n                quiconque est convaincu de la mission émi­\n                nemment éducatrice de l'art.\n                   Désirant témoigner notre sympathie à cette\n                belle, noble et grande œuvre, et encourager\nceux qui en ont eu l'initiative et voulant faire connaître la\nnature et le but de cette société, nous reproduisons ici, en\nentier, son programme tel qu'il a paru dans le premier fascicule\nde son Bulletin :\n   Fondée il y a quelques semaines, la Société L'Art à l'école et au foyer\ncompte déjà au delà de cinq cents membres, appartenant aux classes et aux\nfonctions sociales les plus différentes. C'est la preuve péremptoire de l'oppor­\ntunité de notre initiative; c'est pour notre entreprise le plus précieux des\nencouragements. Nous n'avons pas encore triomphé de toutes les méfiances,\nde toutes les hésitations; mais le temps viendra, nous l'espérons, où tous les\namis sincères de l'art, de la jeunesse et du peuple, convaincus de la noblesse\nde notre but, uniront leurs efforts aux nôtres. Et c'est pour hâter ce moment,\nappelé de tous nos vœux, que nous tenons à dissiper, une fois de plus, les\nmalentendns qui nuiraient à l'action de notre Société, en la privant de maints\ndévoués collaborateurs.\n   Nous voulons contribuer à faire l'éducation du sens esthétique à l'école et\nau foyer.\n   A l'école, disons-nous. Notre intenlion n'est pas de charger encore les pro­\ngrammes d'études, déjà si encombrés; nous ne préconisons pas un enseigne­\nment systématique de l'histoire de l'art dans les classes primaires, ni même\ndans les études moyennes des deux degrés. Mais toutes les branches, à tous\nles degrés de l'enseignement, peuvent, — pourvu qu'on le veuille, — contri­\nbuer à l'initiation artistique trop longtemps négligée.\n   Hors de l'école, toutes les occasions propices peuvent être utilisées pour\ncompléter cette formation chez l'enfant et l'ouvrier : milieu familial, prome­\nnades et voyages, expositions, visites de monuments, de musées, de villes\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": " 130                                  DURENDAL\n\n\n d'art, concerts, représentations littéraires, conférences, etc. Voilà ce qui fera\n l'objet de notre sollicitude inlassable. De chacun de ces facteurs esthétiques,\n nous nous appliquerons à tirer tout ce qu'il est capable de donner.\n     Il nous semble qu'il s'agira, avant tout, de faire contracter à l'enfant l'habi­\n tude de regarder avec attention et de voir avec précision tous les détails d'une œuvre\n d'art. L ' œ u v r e , à son tour, récompensera cet effort en avivant, en précisant\n l'impression esthétique qu'elle avait d'abord produite par sa simple présence.\n Le commerce attentif et journalier des Maîtres peut suffire pour développer\n la réceptivité esthétique et pour former le goût. U n e impression raisonnée\n d e m a n d e davantage : nous estimons qu'il faut attirer l'attention de l'élève sur\nles éléments de beauté qui se trouvent réalisés dans les chefs-d'œuvre de toutes\n les époques et consacrés tels par la tradition. Ce sont : le choix du sujet, le\n moment fécond choisi par l'artiste, la convenance du geste, la variété, les con­\ntrastes, l'harmonie, l'unité, le rythme des lignes, etc., bref le fond et la forme,\n c'est-à-dire la valeur de l'idée, la splendenr de la forme et l'harmonie qui combine\nces deux éléments constitutifs en une œuvre une et belle.\n     L'œuvre sera « située » dans son cadre historique, pour arriver à faire\nsaisir la compénétration de cette œuvre et des tendances de l'époque qui lui a\ndonné naissance. L'élève apprendra ainsi que l'idéal artistique varie d'époque\nà époque et d'une nation à l'autre : ici, par exemple, imitation scrupuleuse\nde la nature, profondeur du sentiment, réalisation d'idées saines et fortes;\nailleurs, élégance des formes, envolées superbes ou pathos déclamatoire. Il\na p p r e n d r a à différencier les styles des plus grands Maîtres d'une même nation\net, en particulier, des coryphées de l'art national. Ce n'est pas peu que d'avoir\nappris à distinguer u n D u r e r d'un Holbein, un Van Eyck d'un R u b e n s , ou\nencore... d'avoir été formé au respect d'une œuvre d'art et à une sage retenue\ndans ses appréciations.\n     Q u a n t au choix des reproductions artistiques, nous pensons devoir, au nom\nde la p r u d e n c e , — ce mot n'étant nullement synonyme de pruderie — interdire\nà certaines œuvres de franchir le cordon sanitaire dont s'entourent, avec\nraison, l'école et le foyer. Ni prêcheurs ni corrupteurs, mais respectueux de\nla hiérarchie de nos facultés !\n    Nous pensons, avec b e a u c o u p d'autres, que les plaisirs esthétiques, si\nmoralisateurs, ne doivent pas demeurer le privilège exclusif de ceux qui sont\nfavorisés des dons de la fortune ou d'une culture supérieure : l'art est u n des\nbiens supérieurs de la société, et il importe de le rendre accessible à tous,\njusqu'aux plus humbles, comme il le fut d'ailleurs jadis. L a diffusion la plus\nlarge possible des reproductions artistiques et l'indication des moyens de se\nles procurer figureront parmi nos préoccupations essentielles.\n     N o u s appelons à nous tous les concours sincères.\n     N o u s m a r c h o n s , au risque de faire plus d'un faux pas. Ceux-là seuls qui\nne marchent pas ne s'exposent pas à trébucher.\n    P u i s s i o n s - n o u s contribuer, dans la mesure de nos faibles forces, à créer,\nentre les artistes et la foule, cette c o m m u n i o n dans le beau et le bien qui est,\npour une nation libre comme la nôtre, le complément de sa prospérité maté­\nrielle, l'indice de son développement intellectuel, le gage de ses progrès avenir!\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                      L'ART    A L'ÉCOLE       ET    AU     FOYER                    131\n\n\n   Voici un extrait des s t a t u t s de la Société :\n  ARTICLE PREMIER. — L a Société a p o u r but de contribuer à l'éducation du\nsens esthétique à l'école et au foyer, principalemsnt en facilitant aux profes­\nseurs l'initiation de la jeunesse à l'étude des arts plastiques et en fournissant\naux pères de famille les moyens les plus efficaces de développer le sentiment\nesthétique de l'enfance.\n\n   A R T . 2. — La Société se propose d'arriver à la diffusion des œuvres artis­\ntiques, accompagnées autant que possible de commentaires explicatifs; elle\nfait connaître les collections de reproductions artistiques, les analyses les plus\npénétrantes qui en ont été données et les livres traitant de la méthodologie\nesthétique.\n   Elle publie u n bulletin mensuel. Elle tient chaque année une assemblée\ngénérale, à l'ordre du j o u r de laquelle p o u r r o n t figurer u n e leçon-modèle, la\nvisite d'un musée, d'une collection d'art ou d'un atelier d'artiste.\n\n   A R T . 3. — L a Société comprend des membres effectifs et des membres\nprotecteurs.\n   Les membres effectifs paient une cotisation annuelle de 2 francs ; ils ont droit\nau bulletin et aux gravures qui en accompagnent les numéros. U n e cotisation\nplus élevée d o n n e droit à des gravures supplémentaires. Les membres protec-\nteurs s'engagent à payer une cotisation annuelle d'un m i n i m u m de 10 francs,\nsans réclamer les gravures s u p p l é m e n t a i r e s .\n   S'adresser pour plus amples informations à M. Mullinger, secrétaire de la\nSociété, 165, chaussée de N a m u r - H e v e r l é - L o u v a i n .\n\n  Nous félicitons vivement et chaleureusement les esprits élevés\net les cœurs vaillants qui ont eu la généreuse idée de fonder\ncette société. Nous formons les vœux les plus ardents pour sa\nprospérité et sa longévité. Puisse-t-elle réussir dans sa noble\nmission et contribuer à la régénération de notre société en pro­\npageant le grand art dans les écoles de nos enfants et en le fai­\nsant régner d a n s nos foyers, surtout au foyer des humbles et des\npauvres, qui en ont été, hélas! sevrés jusqu'ici. Nous sommes\nde cœur avec eux et ferons tout ce qui est en nous pour les\naider à atteindre leur b u t par tous les moyens qui sont en notre\npouvoir.\n                                                    L'abbé HENRY M Œ L L E R ,\n                                                          Directeur de   Durendal.\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                            LES LIVRES\n\nTapisseries et sculptures bruxelloises à l'exposition d'art\n    a n c i e n b r u x e l l o i s (juillet-octobre 1905), par JOSEPH D E S T R É E . —\n    (Van Oest, éditeur, Bruxelles.)\n    A l'exposition organisée, en 1905, au Cercle Artistique, l'art flamand a p p a ­\n rut, au moins pour le grand public, sous u n aspect presque i n a t t e n d u :\nd a n s le développement d'ouvrages décoratifs de grande envergure, de c o n ­\nceptions où le réalisme de l'école s'associe à une ample fantaisie o r n e m e n ­\ntale, empreinte d'un goût h e u r e u x et délicat.\n    Il semblé que, pour s'adapter aux nécessités du genre, à l'abondance faite\nde faste et d'harmonie qu'il exige, l'inspiration des maîtres issus de la tradition\nsi attachée au vrai des Van Eyck et des Van der W e y d e n , se soit éman­\ncipée, se soit détachée de l'observation minutieuse et volontaire, pour se\njouer, avec une grâce singulière et hardie, dans une fantaisie ou u n e fiction\nqui, en retenant toute la substance de la réalité, transporte cependant le spec­\ntateur en des régions d'apothéose ou de rêve.\n    Bien que la peinture murale ait peut-être été plus utilisée qu'on ne le croyait\njadis, en nos contrées, on pourrait presque considérer que la tapisserie, des­\ntinée, elle aussi, à couvrir et à décorer de vastes espaces, tenait lieu, d a n s\nles pays septentrionaux, de la fresque dont la rigueur et l'humidité du climat\nn o t a m m e n t ne recommandaient pas l'emploi. Et, certainement, telles de ces\ntapisseries : Le Combat des vices et des vertus, La Parabole de l'Enfant prodigue ou\nle magnifique Triomphe du Christ (appartenant à M. Pierpont-Morgan), avec\nleurs nombreux personnages, le charme de leurs vastes compositions parta­\ngées en épisodes mouvementés, peuvent être mises en parallèle pour la vivacité\nde l'invention et leur exécution accomplie avec les plus brillantes fresques\nflorentines.          Comme les auteurs de celles-ci, les artistes qui élaboraient des\ndessins de tapisserie puisaient les sujets qu'ils illustraient, selon la destination\nde leurs œuvres, tantôt dans l'histoire sacrée, tantôt dans l'histoire profane\n ou, aussi, dans la fable : « Avec la fin du XVe siècle, r e m a r q u e M. J o s e p h\n Destrée, coïncide l'apparition des grandes séries allégoriques qui constituent\nu n e véritable spécialité de nos anciens ateliers. L'Histoire de l'Enfant prodigue,\na p p a r t e n a n t à M. N a r d u s , nous en m o n t r e un exemple caractéristique. L e s\ncompositions de cette catégorie sont touffues et parfois confuses, mais quel\ncharme ne devait pas s'en dégager pour nos ancêtres qui aimaient les allégo­\nries, les symboles, les rapprochements et les allusions les plus lointaines. Ce\nqui eût été un grave écueil pour b e a u c o u p de maîtres médiocres, fut pour les\nartistes brabançons l'occasion de triomphes éclatants. Ils ne voyaient, en\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                                   LES LIVRES                                     133\n\n\neffet, dans ces tableaux à nombreux personnages q u ' u n e matière propice\nà de magnifiques amplifications, car ils visaient avant tout le plaisir des\nyeux. »\n   On ne saurait plus justement définir les visées de cet art textile, à l'époque\noù il créait ses œuvres les plus attachantes, toutes débordantes de verve naïve\net spontanée.\n   Les organisateurs de l'exposition ont cru avec raison qu'il serait de grand\nintérêt de perpétuer le souvenir de celle-ci en faisant reproduire les princi­\npaux ouvrages, a p p a r t e n a n t , en majeure partie, à des collections étrangères\nou particulières, que l'on y a vus rassemblés. M. Joseph Destrée, le savant\nconservateur d u Musée du Cinquantenaire, a, comme il était tout indiqué,\nété chargé d'accompagner d'une introduction et de notices la série de cin­\nquante planches d'une finesse et d'une perfection inappréciables que l'éditeur\nVan Oest a publiée, avec le soin et le luxe intelligent auxquels ils nous a\naccoutumés. E t introduction, notices et illustrations constituent ensemble\nune histoire complète, quoique succincte, de la tapisserie bruxelloise.\n\nL'opéra di Gabriele Rossetti, par M. G U I D O P E R A L E . — (Città di\n   Castello S. L a p i , édit.)\n   Bien que nous en ayions, il ne se peut pas que, dans leurs attitudes dra­\npées de prophètes ou de bardes, la b o u c h e pleine de mots indignés et grandi­\nloquents, les chantres de la liberté qui émouvaient tous les cœurs généreux,\nau début du siècle dernier, ne nous apparaissent un peu ridicules. Ils nous\nsemblent, d a n s leur romantique exagération, avec leurs p r o s o p o p é e s , leurs\nsymboles et le poignard dont ils menacent les tyrans, vieux jeu et rococo :\npeut-être nos phrases ronflantes et prétentieuses sur la Vérité et sur la\nJustice, que chacun croit de son côté, ne le seront-elles pas moins aux yeux\nde la postérité.\n   Nous jouissons depuis longtemps de la liberté, objet des désirs ardents de\nces vieux poètes, et il n'a presque rien survécu de leur œuvre enflammée, dont\ntoute la valeur était, pour ainsi dire, dans la situation opprimée du lecteur.\nMais, pour la juger avec équité, il faut songer que si elle était de trop de\nrhétorique, elle était aussi de b e a u c o u p de courage, l'auteur en payant,\ngénéralement, comme il arriva à Gabriele Rossetti, la publication de l'exil.\n   M. Perale étudie avec soin les ouvrages poétiques de Rossetti et montre,\ndans un excellent esprit critique, ce qui, parmi tant de compositions pasto­\nrales, politiques, satiriques ou religieuses, doit être r e t e n u . Mais ce qui rend\nla personnalité de Gabriele Rossetti attachante et d o n n e r a , sans doute, à son\nnom de survivre, ce sont ses travaux sur le D a n t e . T r a v a u x prodigieux et\nsinguliers, tout fondés sur u n e idée fixe, dont l'obsession de plus en plus\npesante finit par défigurer, dans la pensée de Rossetti, toute la philosophie\net la littérature anciennes et m o d e r n e s .\n   Nous avons déjà eu occasion de dire ici ce qu'était son système. Selon lui,\nla Divine Comédie, de même que l'œuvre des p r i n c i p a u x poètes du temps,\nantérieurs et postérieurs au D a n t e , étaient conçus en u n e espèce d'argot, de\nlangage convenu, compréhensible seulement pour les Gibelins, les partisans\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "134                                  DURENDAL\n\n\nde l'Empire, qui auraient correspondu ainsi entre eux, sous le couvert\nd'ouvrages purement littéraires! T o u t était feint, de la sorte, dans les plus\nbelles œuvres de la poésie italienne! et il n'y était pas un mot qui ne fût le\nsuppôt d'une signification occulte. L'amour, par exemple, auquel tant de\nchants étaient consacrés, servait à désigner, soit R o m e , soit la fidélité au roi,\nà l'empereur : Amore devait se lire, en effet, Roma ou Amore !!\n   Dans celte voie, Rossetti, de plus en plus entêté, alla jusqu'à la folie et\nl'enfantillage; il transforma le puissant poète de la Divine Comédie en u n e\nespèce d'ourdisseur de logogriphes compliqués, d'invraisemblables ana­\ngrammes, de combinaisons puériles et dont personne, du reste, ne se serait\navisé de percer le mystère. I m a g i n e t - o n , par exemple, l'Alighieri s'ingéniant\nà dissimuler, comme le veut Rossetti, le nom de l'empereur d'Allemagne,\nH e n r i V I I , de la manière suivante :\n                         Quando si vide venire un posENte\n                         Con segno di vittoRIa in COronato\n   De proche en proche, d'ailleurs, d a n s les langueurs de l'exil et la fièvre\nd'un esprit envahi par une conception maniaque, Rossetti finit, en amalga­\nmant à son système ses idées quelquefois intéressantes et ses visions sur la\nfranc-maçonnerie et l'évolution des religions, par considérer jusqu'aux\ngrands poètes anciens, H o m è r e et Virgile, notamment, comme les interprètes\nobscurs d'un esotérisme dont, malheureusement, la clef est p e r d u e p o u r n o u s .\nMais il avait été précédé dans cette voie par quantité de rêveurs ; et il n'y\na pas lieu de s'en étonner, car l'on pourrait dire de nombre de commenta­\nteurs qu'après s'être nourris de leur texte, ils ont fini par s'en empoisonner...\n                                                                  ARNOLD    GOFFIN.\n\n\nG r i c h e m i d i , par P I E R R E BILLAUD. — (Paris, Lemerre.)\n    Notre collaborateur Pierre Billaud est u n débutant. Voici son premier\nlivre. E h bien, je ne crains pas de le dire, il débute par un coup de maître.\nCes contes sont de vrais petits romans d'une rare originalité et qui dénotent\nune personnalité sans égale. Ils sont d'une belle sincérité et d'une très artis\ntique simplicité, naïfs comme doivent l'être des contes qui ont pour héros soit\ndes âmes d'enfants, soit des âmes frustes qui ont gardé l'ingénuité de\nl'enfance. Ils me rappellent par leur naturel certains contes de mon ami\nGeorges Rency, surtout son superbe roman L'Aïeule qui, lui aussi, est une\nvraie œuvre d'art que je prise au-dessus de beaucoup d'autres et qui, à mon\navis, n'a pas été assez louée et est trop peu connue.\n     P a r m i les contes de Pierre Billaud il y en a qui vous passionnent et vous\nempoignent au plus haut point comme Grichemidi; d'autres sont exquis et\nt o u c h a n t s c o m m e Kiki, ou amusants et en même temps d'une forte psychologie\ncomme Lolo. Il y a dans ce dernier une compréhension étonnante du caractère\nde l'enfant gâté. J a m a i s je n'ai vu décrire d'une façon aussi puissante l'état\nd'âme d'un enfant devenu maître absolu et lyrannique de son père qui, sans\nmême s'en douter, est la victime perpétuelle de son gosse dont il fait tous les\ncaprices comme si c'était la chose la plus naturelle du m o n d e , comme si c'était\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                                          LES LIVRES                                               135\n\n\n même son devoir d'agir ainsi. Ce conte est d'une vérité profonde. Il est vécu.\n Il est saisissant. Mais le plus beau, le plus fascinant de ces contes charmants,\n celui que j'aime e t a d m i r e par-dessus tout, c'est le premier, Grichemidi, celui qui\n donne le titre au livre. C'est un petit chef-d'œuvre. Il n'a pas son pareil en\n littérature. L'auteur y a vraiment créé u n type bien à lui, tout à fait original\n et qui restera. E t ce conte, comme tous les autres, du reste, est écrit dans u n e\n langue merveilleuse. Voilà de la belle, vraie et saine littérature.\n    Amis lecteurs, achetez bien vite tous, tous sans exception, car je désirerais\n qu'il soit lu p a r tout le monde (il le mérite) le livre délicieux d e Pierre\n Billaud. J e vous l'assure, vous ne vous repentirez pas d'avoir suivi m o n\n conseil et vous trouverez, j ' e n suis convaincu, q u e mes éloges, loin d'être\n exagérés, sont encore bien en dessous de la réalité.\n                                                                             HENRY      MŒLLER.\n\n\n Delphine       F O U S S e r e t , r o m a n , par P A U L ANDRÉ. — ( B r u x e l l e s , E d i t i o n\n     de la Belgique artistique et littéraire.)\n     Comme le temps p a s s e ! C'était à l'époque de « la L u t t e », d u « Réveil >,\n de « l'Art J e u n e » et du « Spectateur catholique ». M. P a u l André, déjà infa­\n tigable, venait de publier Vieilles Amours, et depuis le plus infime critique\n de nos revuettes jusqu'à Rachilde d u « Mercure », toutes les chroniques\n littéraires louangèrent à l'envi ce nouveau livre. M. P a u l André nous présente\n aujourd'hui le m ê m e roman considérablement revu et a u g m e n t é . L e titre a\n changé, et il faut le regretter, mais les belles qualités de l'œuvre s'épa­\n nouissent davantage d a n s cette seconde version, où le développement des\n caractères, les morceaux descriptifs, la suite des événements atteignent u n e\n parfaite ampleur. Elle reste charmante et touchante, l'aventure de cette vieille\n fille qui s'éprend d'un h o m m e j e u n e , et le tact extrême, l'infinie délicatesse\n de l'écrivain étaient peut-être seuls capables de nous intéresser à la b o n n e\n Delphine Fousseret, sans que jamais u n sourire moqueur effleurât nos lèvres.\nJusqu'au bout d u livre, l'attention persiste et l'émotion d e m e u r e discrète,\nchaste, mesurée. C'est merveille de réussir à ce point une psychologie aussi\ningrate. Comment la sympathie s'éveille dans l'âme de la vieille fille, comment\ncette sympathie devient peu à peu de l'amour, et plus tard un amour profond\net douloureux..., comment — contraste cruel — fleurissent de jeunes rêves\nardents et qui atteignent au b o n h e u r d'un élan j o y e u x . . . , autant de pages\nsincères et fouillées, autant de chapitres d'une o r d o n n a n c e et d'une composi­\ntion logiques. Bien que l'écriture de ce roman soit parfois hésitante, il y a de\nla fermeté dans tel tableau — exact et amusant — d'enchères publiques, et le\nrécit du long voyage que Delphine Fousseret et Victor Doujeux firent d e\ncompagnie, la vieille fille espérant q u e le jeune h o m m e parlerait enfin,\nrévélerait le doux mystère, est d'un écrivain très expérimenté.\n    Livre que tous et toutes peuvent lire.                                      H . B.\n\nPoésie     et   poètes,      p a r J . BARBEY D'AUREVILLY. — ( P a r i s , L e m e r r e . )\n  C'est le troisième volume de l'œuvre critique de Barbey qui réunisse des\nétudes consacrées aux poètes et, comme les deux précédents, il mélange les\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "136                              DURENDAL\n\n\nnoms obscurs aux noms triomphants : Comètes du ciel littéraire qui ont\npassé ou étoiles qui n'ont pas cessé d'y briller. Et nous avons ainsi Alfred de\nVigny et Batifol Bouniol; Charles Baudelaire et Henri Cantel; Musset, de\nHérédia et Jules de Gères, Achille de Clésieux et Belmontet.\n   A propos de Mes premières années à Paris, d'Auguste Vacquerie, il raille à la\nfois Vacquerie et Hugo, mais on ne sait lequel des deux davantage, en attri­\nbuant au grand poète l'œuvre de son simiesque admirateur. Barbey fut\nsouvent injuste pour Hugo et pas seulement pour lui, nous l'avons déjà\nremarqué. La passion qui avivait sa clairvoyance parfois, parfois aussi\nl'entraînait à d'irréparables aveuglements, à des éloges et à des blâmes\négalement singuliers. Mais certes, on lui aurait malaisément appliqué\nl'épithète qu'il décocha spirituellement à Sainte-Beuve ; il n'était pas un\n« donneur d'oboles tumulaires », il n'attendait pas que les gens fussent morts\npour dire son sentiment sur leur œuvre, pour la siffler ou pour l'applaudir,\ndans toute la fierté et l'indépendance de sa pensée! S'il se trompa quelque­\nfois, ses erreurs mêmes n'étaient que des générosités de son imagination,\nrachetées, d'ailleurs, par nombre de jugements où il dépassa les préjugés du\ntemps, celui, par exemple, qu'il porta sur les Fleurs du mal, dans les. pages\nfortes et pénétrantes qui ont été recueillies en ce volume.\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n\nL a f a m i l l e et l'Etat d a n s l'éducation, par A.-D. SERTILLANGES.\n   — (Paris, librairie Lecoffre-I. Gabalda.)\n   Je voudrais voir ce petit livre entre les mains de tous ceux qu'intéresse\nla chose publique, particulièrement entre les mains de ceux qu'intéresse la\nmarche des idées.\n   Dans nos pays de suffrage universel, chacun assume une part de respon­\nsabilité dans la solution des questions que pose la vie des nations. Nous\nsommes à la veille d'en devoir envisager une : celle de l'obligation scolaire\nqui ressortit précisément à la question générale de la famille et l'État dans\nl'éducation. Elle parut longtemps livrée à l'esprit d'incohérence; je veux dire\nà l'opinion. Il importe de la lui enlever pour la rendre à la raison. C'est ce\nqu'a fait M. A.-D. Sertillanges et c'est ce qui constitue l'originalité de son\nlivre, en un temps où il semblerait que la raison fût le passeport obligé de\ntoutes les idées. Il s'en dégage, en outre, une force singulière de persuasion\net de vérité qui vient de la rigueur dialectique de l'auteur et de son respect\nde tous les droits. C'est ainsi que la solution qu'il nous propose fait sa part\nà la liberté et à l'autorité, à la famille et à l'État.\n   Dans ces pages, le citoyen trouvera un exposé clair de la question ; l'homme\npolitique verra comment elle se doit poser et comment se justifient les con­\nclusions qu'elle comporte; tous, enfin, y admireront un exemple, une mani­\nfestation de libéralisme sincère, compréhensif, vivant, en un mot vraiment\nchrétien.\n   Les curieux d'idées ne tireront pas un profit moindre à voisiner avec le\nphilosophe qu'est M. Sertillanges. C'est un thomiste; on le reconnaîtrait rien\nqu'à la façon dont il « tire » son sujet. Il est tout nourri de Pascal ; vous le\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                                 LES LIVRES                                   137\n\n\nconstaterez à la position de sa thèse : c'est de l'homme et de sa nature qu'il\npart pour aboutir, par la liberté, à ce qui fonde la nature et à ce qui l'achève :\nDieu et la Religion.\n   Le dernier trait date sa méthode de nos jours. Mais sa philosophie\nn'est ni d'hier ni d'aujourd'hui. Pascal dirait : « Elle se moque de la\nphilosophie. »\n   Ce serait, certes, un grand résultat si ce livre inclinait quelques-uns au\ndouble libéralisme qui l'anime : politique et philosophique. Qu'importent\naprès tout les partis et les écoles. Il n'y a pas de justice de parti ni de vérités\nd'écoles. Il y a la Justice et la Vérité. M. Sertillanges nous montre où est l'une\net comment on sert l'autre.\n                                                             CHARLES NICAISE.\n\nL a v i e et l é g e n d e de M a d a m e S a i n c t e Claire, par frère FRAN­\n  ÇOIS DuPuis, I 5 6 3 . Texte publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque de\n   Lyon avec une introduction et des notes par ARNOLD GOFFIN — (Paris,\n   Bloud et Cie.)\n   Combien l'influence des saints se prolonge loin et longtemps dans le\nmonde ! Non seulement ils entraînent et conduisent aux plus hauts sommets\nde la perfection les premiers disciples et les compagnons les plus rapprochés\nde leur vie bienfaisante, mais durant des siècles ils procurent le bonheur et\nla paix à tous les « réguliers » qui suivent fidèlement la norme de vie qu'en\nquelques pages ils ont tracée, et dans le monde le souvenir de leur vertu ne\ncesse de toucher et de gagner des âmes et de les tourner irrésistiblement vers\nDieu. Saint François d'Assise est l'un des plus puissants parmi ces conquérants\nd'âmes et le charme de ses vertus agit aussi fortement de nos jours que de\nson vivant. M. Arnold Goffin l'a subi et cherche à la faire partager, car sans\ninterrompre le cours de ses si suggestives et personnelles éludes d'art et de\nlittérature il nous a donné en ces dernières années toute une série de publica­\ntion franciscaines. Il vient d'y ajouter une Légende de sainte Claire, publiée\nd'après un manuscrit duXVIesiècle, et qui bien que de loin moins importante\nque les Fioretti, Les Considérations sur les saints stigmates et la Légende des trois\ncompagnons, intéresse néanmoins tous ceux qui s'occupent de l'hagiographie\nfranciscaine. J'ajoute pour les lettrés que la chronique très artistement éditée\npar la maison Bloud est précédée d'une Introduction dans laquelle M. Arnold\nGoffin, avec la nerveuse énergie de son style, a tracé dans ce décor attirant\nduXIIIesiècle italien qu'il connaît à merveille et se plaît à évoquer un admi­\nrable portrait de sainte Claire, tout embaumé du parfum de sa pauvreté et\ndes vertus chères à l'ordre séraphique.\n                                                         DOM BRUNO DESTRÉE\n\nP i e X . Notes biographiques par le D r L. DAELLI. Traduit de l'italien\n  par le chanoine H. BOISSONNAT. Un beau volume petit in-4.\" orné de\n  400 illustrations. — (Bruxelles, librairie Schepens et Cie.)\n   Cette vie du pape actuel Pie X est très intéressante et nous la recomman­\ndons volontiers à tous ceux qui voudraient connaître la belle carrière de cet\nhumble prêtre que la Providence a conduit d'étapes en étapes jusqu'à la plus\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "138                                   DURENDAL\n\n\n\nh a u t e dignité qui soit ici-bas. La vie de ce grand P a p e est simple comme il\nl'est lui-même. Elle demandait à être écrite simplement. C'est ce qu'a a d m i ­\nrablement compris l'auteur de cette vie de P i e X et c'est la raison du charme\nparticulier qui se dégage de la lecture de son livre. Ecrit en italien il n'a rien\nperdu à être traduit, parce qu'il l'a été d'une façon remarquable. Ce livre\nintéresse encore par quantité de détails curieux qu'il renferme au sujet de\ntout ce qui concerne la R o m e des P a p e s , le Cérémonial Pontifical, la Cour\nR o m a i n e et tout le monde qui entoure le Souverain Pontife.\n    Enfin, il est illustré d'une façon parfaite et avec u n e a b o n d a n c e inouïe.\nBeau livre à d o n n e r en cadeau de fête, comme étrennes, comme prix,\nainsi que comme cadeau de première c o m m u n i o n .                        H . M.\n\nL'art       flamand        e t h o l l a n d a i s . — N u m é r o de Janvier.\n   A propos de la belle gravure de P . D u p o n t , d'après le portrait équestre de\nDirk T u l p , exécuté par Paul P o t t e r , M. J. Six consacre à ce peintre u n e\nétude où sont analysés excellemment les caractéristiques de son art.\nM. Schmidt-Degener étudie les célèbres statuettes de laiton conservées au\nmusée néerlandais d'Amsterdam, parmi lesquelles il en distingue sept qui,\nd'après lui, représenteraient les sept vertus et seraient dues à Jean Van E y c k e .\nM. A.-V. P . De Vries, sous le titre Une technique dégénérée, préconise la r é n o ­\nvation de la broderie d'art.\n   Ce n u m é r o , qui inaugure la première année du beau périodique, dirigé par\nM. B u s c h m a n n J r , est illustré, comme toujours, d'une façon r e m a r q u a b l e .\n\nL ' a r t e t l e s a r t i s t e s . — N u m é r o de Janvier.\n   E t u d e s attrayantes et bellement illustrées de M. H . Marcel, sur le maître\ntrévisan Lorenzo Lotto; de M. Geffroy : sur Corot peintre de la femme, et de\nM. Mauclair, sur John Sargent. Le Mois artistique de M. Guillemot et au\nsupplément, outre le courrier habituel de l'étranger, nombre de notices inté­\nressantes : la Vie du jouet, avec des illustrations charmantes, etc.\n\nA u g u s t a P e r u s i a . — N u m é r o de Novembre et Décembre.\n   N u m é r o consacré en grande partie à la commémoration de Jacopone da\nT o d i , le grand franciscain, dont on vient de célébrer le sixième centenaire.\nM. Berardi rapporte, dans les notes de folklore, une jolie légende sur\nsaint François, et M. U . Gnoli étudie de la façon la plus intéressante la basi­\nlique construite à Assise, au XI° siècle, par l'évêque U g o n e , et le dôme actuel\nqui l'a remplacée au XIIIe siècle. Avec ce n u m é r o s'achève la première\nannée d'existence d'Augusta Perusia, à qui nous en souhaitons nombre d'autres\nd'un labeur aussi intelligent.                                  ARNOLD GOFFIN.\n\nÉ t u d e s de philosophie et de critique religieuse. Dupositi­\n   visme au mysticisme; Etude sur l'inquiétude religieuse contemporaine, par J U L E S\n   PACHEU. — (Paris, Bloud.)\n   M. Pacheu a pensé que, pour pouvoir p r e n d r e contact avec notre époque\nil était indispensable de faire l'analyse de l'état d'âme contemporain.\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                                 LES LIVRES                                  139\n\n   Quoi qu'il en soit, on ne saurait nier que cette étude ne renferme un puis­\nsant élément d'intérêt. Comment le XIXe siècle, après avoir, par le positi­\nvisme, fait table rase de toute dogmatique, s'est-il achevé dans des tendances\nmystiques autrement bizarres que les formules de foi qu'on prétendait rem­\nplacer?\n   M. Pacheu a essayé d'expliquer cette évolution, et cela nous vaut une suite\nd'esquisses très nettes sur le positivisme, le pessimisme, le dilettantisme, l'in­\ndividualisme de Nietzsche, l'évangélisme de Tolstoï et l'ésotérisme. Sur\ntoutes ces doctrines, l'auteur fournit des renseignements précis qui permettent\nde les apprécier sûrement.\n   En un mot, l'ouvrage de M. Pacheu rendra service à ceux qui voudront,\nrapidement et exactement, être informés sur la situation religieuse des esprits\npendant la seconde moitié du XIXe siècle.\n\nL ' E p o u s e p a r f a i t e , par FRAY LUIS DE LÉON. Traduction, Préface et\n   Notes par JANE DIEULAFOY. — (Paris, Bloud.)\n   Ce traité du XVIe siècle, œuvre d'un moine augustin, est assurément l'un\ndes plus beaux et des plus substantiels qui furent jamais écrits sur le sujet\ntant de fois traité des devoirs de la femme mariée.\n   Aussi recommandons-nous vivement la traduction qu'en vient de faire\nMme Dieulafoy, et souhaitons-nous qu'on la mette dans la corbeille de mariage\nde toutes les fiancées. La maison Bloud en a fait d'ailleurs un vrai bijou typo­\ngraphique.\n   Fray Luis de Léon paraphrase l'éloge de la femme forte qui se trouve\ndans le Livre de la sagesse. On admirera dans son œuvre l'esprit de fine\nobservation et la sûreté des conseils qu'il donne aux femmes.\n   Dans l'introduction, assez longue, placée en tête du traité de Fray Luis de\nLéon, Mme Dieulafoy a retracé l'histoire très intéressante, très agitée et très\ntourmentée de ce moine du XVIe siècle, qui après avoir passé par tous les\nennuis, même ceux de l'Inquisition, se vit complètement réhabilité, au point\nd'être élu provincial des Augustins de Castille et d'avoir sa statue érigée à\nl'entrée de l'Université de Salamanque.\n\nQ u e l q u e s ex-libri& t o u r n a i s i e n s , par le Baron DU SART DE BOU­\n   LAND, 1905. — (H. et L. Casterman, libraires-éditeurs, Tournai.)\n   Il y a dans l'étude des ex-libris plus qu'une simple manie de collectionneur,\ncomme quelques-uns pourraient se l'imaginer. Ainsi que l'auteur le dit, ces\nintéressants emblèmes ont une réelle valeur pour la science héraldique, l'his­\ntoire de l'art de la gravure et les recherches bibliographiques.\n   M. le baron du Sart signale quelques ex-libris belges, et plus spécialement\ntournaisiens. Le choix en est heureux et donne une fort bonne idée des biblio­\nphiles et des graveurs du Tournaisis. Parmi ces derniers, l'histoire de l'art\ndoit certainement retenir le nom des deux Delcourt.\n                                                                          J.G.\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                                NOTULES\n\n   Nos abon n é s d e 1 E t r a n g e r qui ne nous ont pas encore envoyé\nle montant de leur abonnement pour 1907 sont instamment priés de le faire\nsans tarder, en adressant à la Direction de la revue, 22, rue du Grand-Cerf,\nà Bruxelles (Belgique), soit un chèque, soit un mandat postal de 12 francs.\n\n                                            ** *\n     L e d r a m e l y r i q u e « C e c i l i a » de notre collaborateur J o s e p h R y e ­\nl a n d t (libretto de Charles Martens, traduit en flamand par L é o n Goemans)\nsera représenté au Théâtre lyrique flamand d'Anvers, le 23 février. M lle Ga­\nbrielle W y b a u w a été engagée par les directeurs pour créer le rôle de\nSainte Cécile. La réduction pour piano de la partition musicale arrangée\npar Joseph R y e l a n d t lui-même est en vente au prix de 15 francs, chez\nl'éditeur Muraille, a Liége, et chez tous les éditeurs de musique de Bruxelles.\n                                              *\n    E u g è n e L a e r m a n s . — Nous donnons dans ce fascicule la repro­\nduction de la belle œuvre d'Eugène L a e r m a n s , L'Aveugle et le Paralytique,\nexposée, avec d'autres tableaux intéressants de lui, au dernier Salon du\nCercle Pour l'Art. « L a peinture de L a e r m a n s — écrivait récemment notre\ncollaborateur Arnold Goffin, d a n s son remarquable compte rendu du Salon\nde G a n d , au numéro de Décembre de L'Art flamand et hollandais — est toute\nconsacrée à l'illustration d'idées ou de sentiments. Son esthétique est\nimpulsive et personnelle. Tout dans son œuvre est conjuré vers le pathétique\net son art sommaire, à grands traits, met admirablement en scène des visions\nd'humanité souffrante, accablée sous le poids des travaux ou des malédictions\nsociales. »\n\n                                            *\n\n    Notre confrère Octave Maus a clôturé le Salon d'Automne, à P a r i s ,\npar une magnifique conférence, dont quelques passages saillants et du plus\nvif intérêt sont cités dans un compte r e n d u de Louis Vauxcelles au Gil Blas.\nIl y rend à notre compatriote un h o m m a g e mérité que nous relatons avec\nplaisir en l'approuvant hautement :\n   « L e Salon d'Automne, après un succès triomphal, vient de clore ses portes.\nGrâce à l'initiative heureuse de Georges Desvallières, des conférences y ont\nété données ces jours derniers pour expliquer à tous l'œuvre et la vie des\naînés illustres, glorifier Carrière, Cézanne et César F r a n c k . La dernière eau-\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                    NOTULES                                   141\n\n\nserie a été faite par l'un des hommes les plus qualifiés d'aujourd'hui pour\nparler au nom des artistes, M. Octave Maus, directeur de 1''Art Moderne.\nOctave Maus, depuis vingt ans, a soutenu à Bruxelles les meilleures causes.\nDès 1884, il organisait l'exposition des Vingt, où Rodin, Rops figurèrent en\nbonne place. Puis, ce furent les expositions fameuses de la Libre Esthétique.\nDe Renoir, de Monet, de Besnard, de Signac aux plus hardis « jeunes » des\nIndépendants, tous les vrais peintres ont passé par la Libre Esthétique. Devant\nun auditoire enthousiaste, Octave Maus a précisé l'esprit, le caractère, la\nnécessité du Salon d'Automne. Il a montré que les novateurs ne sont jamais\ncompris.\n   » L'histoire, a-t-il dit, nous enseigne que les révolutionnaires d'aujourd'hui\nseront, infailliblement, les classiques de demain. Et, malgré ses leçons\nrépétées, malgré les retentissants camouflets qu'elle inflige périodiquement à\nceux qui prétendent enfermer l'esthétique dans des canons étroits, toute inno­\nvation, toute manifestation imprévue de la pensée indépendante apparaît\nsuspecte, dangereuse, blâmable. On encourage les tentatives nouvelles dans\ntous les domaines : un Santos-Dumont s'élance à la conquête de l'air, accom­\npagné d'ardents espoirs; un Metschnikoff, en découvrant un sérum inédit,\nsoulève l'enthousiasme des foules. Pourquoi l'Art — dont le principe essen­\ntiel est la constante évolution, puisqu'il reflète la sensibilité humaine en con­\ntact avec les variations perpétuelles de la civilisation,— serait-il seul de toutes\nles activités sociales condamné à l'immuabilité?\n    » Interrogez vos souvenirs. Lorsqu'il s'agit d'un botaniste, d'un chimiste,\nd'un astronome, nul ne s'arroge le droit de discuter le mérite de ses décou­\nvertes. Ceux auxquels la botanique, la chimie, l'astronomie, sont étrangères,\nrespectent le savant qui s'ingénie, dans l'hermétisme de son laboratoire ou de\nson observatoire, à pénétrer les mystères de la création. Mais l'artiste appar­\ntient à la foule. Chacun prétend le juger. L'intimité de son atelier ne le pro­\ntège pas contre les plus indiscrètes curiosités. Ses recherches sont condamnées\navec la plus incroyable légèreté. S'il s'écarte des conventions admises, il est\ntraité de mystificateur ou de fou furieux. »\n   Octave Maus a su prouver, en son beau langage riche de pensée, que c'est\ndans ce Salon, sur lequel souffle le vent de l'insurrection, que s'affirme la tra­\ndition, non la tradition de l'Ecole, mais celle de l'esprit classique.\n    Il a parlé en termes émus de Gauguin, raillé jadis, compris enfin aujour­\nd'hui. Il a exalté l'internationalisme en art. Citons ce passage, qui est de pre­\n mier ordre :\n    « Les influences réciproques de l'Ecole flamande et de l'Art français sous\nles Valois, l'épanouissement du tempérament aristocratique de Van Dyck à\nla cour d'Angleterre et la répercussion de son génie sur l'Ecole anglaise, le\ndéveloppement de l'impressionnisme au lumineux rayonnement de l'art japo­\n nais, dont l'introduction en France imprima à la peinture une direction\n imprévue, cent exemples analogues démontrent l'utilité qu'il y a pour ces\n artistes à ne pas limiter leur champ d'études à la région où le hasard les a\n placés.\n    » Soyons internationalistes. Du concours de toutes les forces éparses dans\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "142                                       DURENDAL\n\n\nl'univers naîtront des vérités nouvelles. E t l'on sert mieux son pays en lui\nouvrant les yeux sur toutes les beautés capables de stimuler ses activités intel­\nlectuelles qu'en l'aveuglant sur ses propres mérites.\n    » Les grands courants internationaux ont particulièrement vivifié à toutes\nles époques la pensée musicale. Les trouvailles des polyphonistes néerlan­\ndais, l'influence des maîtres italiens des XVIIe et XVIIIe siècles, l'inspiration\nallemande du XIXe siècle, la palette orchestrale des symphonistes russes n'ont-\nelles pas tour à tour modifié et embelli l'expression française dont la puis­\nsante originalité, la logique ou la clarté exercent, de même, au delà des fron­\ntières u n e action bienfaisante?\n    » E t voici que l'Extrême-Orient fait, depuis peu, mûrir au verger musical\nde la F r a n c e des fruits d'une saveur étrange et douce. L e n o m de ceux qui\nles cueillent sont sur vos lèvres... E n c o u r a g e o n s ces maraudages puisqu'ils\nnous apportent des sensations nouvelles. L'Orient a rajeuni la peinture occi­\nd e n t a l e ; il rafraîchira peut-être aussi notre vocabulaire rythmique et mélo­\ndique. »\n    L a conférence d'Octave Maus a été publiée intégralement par le Mercure de\nFrance dans u n d e s derniers fascicules de cette revue.\n                                                    *\n                                                *       *\n   A n t e e . — L e n u m é r o de Janvier de la revue Antée présente un intérêt\nexceptionnel. Il contient, en effet, un important essai inédit de MAURICE\nMAETERLINCK sur l'Immortalité; u n e étude d'ALDERT GIRAUD sur les Origines\nde la littérature en Belgique; u n e étude de REMY DE GOURMONT sur Brunetière ;\net outre les chroniques régulières de LAURENT TAILHADE (Les Ides et\nKalendes), H E N R I GHÉON (Le classicisme Nietzchéen),           JACQUES COPEAU    (Antoine\net Schakespeare), L É O LARGUIER (Les Revues), des proses et des vers de\nMM.    GEORGES     DE B O U H E I L L I E R ,   HENRI       VANDEPUTTE,   EMILE    HENUIOT,\nH E N R I GADON, E . BERNARD, et Le prince coiffé, conte pour les enfants d'hier,\npar A L B E R T MOCKEL.\n   Le prix de ce n u m é r o de 154 pages est de 60 centimes.\n                                                    *\n                                                *       *\n   La direction de la Libre Esthétique vient d'inviter le Cercle\n Vie et Lumière à participer collectivement au Salon qu'elle ouvrira, au d é b u t\nde mars, d a n s les galeries d u Musée Moderne. Afin de répondre dignement à\ncette invitation, le Cercle s'est reconstitué et a élu plusieurs membres nouveaux.\n    Fidèle à son programme de divulgation et d'éducation artistiques, la Libre\nEsthétique groupera, en outre, quelques-uns des peintres et sculpteurs q u i , en\nF r a n c e , en Allemagne, en Suisse, en Russie, en Suède, en Amérique, etc.,\nouvrent à l'art des voies nouvelles. Aucun de ces artistes n'a jamais exposé\njusqu'ici à Bruxelles.\n    Enfin, pour rattacher les recherches d'aujourd'hui à celles d'hier, la Libre\nEsthétique résumera par quelques toiles significatives les étapes principales de\nla vie d'Eugène Carrière, dont le mois de mars amènera le funèbre anniver­\nsaire.\n                                                    *\n                                                *       *\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                      NOTULES                                        143\n\n\n  L e s A m i s d e l a M é d a i l l e d'art. — Fondée, il y a six ans, par\nMM. Alphonse de W i t t e et de Dompierre de Chaufepié, la Société hollandaise\nbelge des Amis de la Médaille d'aria, déjà fait frapper une douzaine de plaquettes\net organisé deux concours qui ont donné d'heureux résultats : c'est dire sa\npersévérante activité.\n    Les œuvres qu'elle a éditées sont signées, p o u r la Section belge : C. Van\nder Stappen, G. Devreese, P . du Bois, Ch. Samuel, Jules J o u r d a i n , Lecroart;\npour la Section néerlandaise : F a d d e g o n , Wienecke, Zijl et W e r n e r .\n    La dernière médaille qu'elle vient de distribuer à ses membres, due au\ntalent de M. D u p u i s , d'Anvers, l'un des vétérans de la gravure en médailles,\nest d'une composition et d'une exécution également remarquables. Au droit,\nelle porte l'effigie, d'une ressemblance parfaite, de S. A. R. le Comte de\nF l a n d r e . L e revers rappelle le décès du P r i n c e . Les simples mots : In\nmemoriam en forment l'inscription. Mme la Comtesse de F l a n d r e a bien voulu\nmarquer à la Société toute sa satisfaction en se faisant inscrire au n o m b r e de\nses membres effectifs, parmi lesquels on comptait déjà S. M. la Reine Wil­\nhelmine et sa mère, la Reine E m m a .\n\n\n\n   L e s c a n t i q u e s r e l i g i e u x . — P a r m i les différentes formes de l'art\nmusical religieux et plus spécialement du chant d'église, il en est une qui,\nmalgré son apparence plus modeste, peut contribuer, plus peut-être que toute\nautre, à émouvoir le peuple et à exciter la piété des masses : c'est le cantique en\nlangue vulgaire. Malheureusement, les collections de bons cantiques français\nsont bien rares, et, malgré le magnifique essor que semble prendre, dans\nnotre pays aussi, la renaissance de la musique religieuse, on entend encore\npartout des chants à la Lambillotte, dont l'insignifiance et la fadeur du texte\négalent la sensualité et la banalité de la mélodie. Cependant, depuis le\nMotu propio de S. S. Pie X, nul ne devrait ignorer les véritables caractères\ndu cantique. D'après ce fameux document, le cantique, pour être admis à\nl'église, doit revêtir les mêmes caractères que la musique liturgique, c'est-à-\ndire la sainteté et la correction des formes. Le texte doit être simple, élégant, bien\nrythmé et de bonne doctrine, la mélodie être grave, ni lourde, ni légère,\nsans affectation ni recherche, simple donc, pour qu'elle soit à la portée du\npeuple.                                                              ALOYS    DESMET.\n\n                                              *\n                                          *       *\nAccusé de réception\n  A R T : Femand Knopff, par Louis D U M O N T - W I L D E N . Luxueuse monogra­\nphie, format g r a n d in-8°, contenant une trentaine de reproductions dans le\ntexte et 33 planches hors texte. Prix : 10 francs. Il a été tiré 50 exemplaires\nsur papier du J a p o n , numérotés. Ces exemplaires contiennent en outre une\npointe-sèche originale, signée F e r n a n d Knopff, et u n e reproduction en hélio­\ngravure de l'Impératrice. P r i x : 40 francs. (Collection : Les Artistes belges\ncontemporains, Bruxelles, Van Oest.) — Les Maîtres italiens d'autrefois (Ecole\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": " 144                                  DURENDAL\n\n\ndu N o r d ) , par THÉODORE DE WYZEWA. Ouvrage illustré (Paris, P e r r i n ) . —\nLa jeunesse de Pérugin et les origines de l'école Ombrienne, par l'abbé BROUSSOLE.\nOuvrage illustré (Paris, O u d i n ) . — Rome, Complexité et H a r m o n i e , par R E N É\nSCHNEIDER (Paris, Hachette). — Quelques mots sur le Château de Bouillon, p a r\nEDOUARD LAGASSE. (Tiré-à-part du Bulletin de la Gilde de saint L u c . ) —\nMédailles historiques de Belgique (1906), par EDOUARD LALOIRE (Bruxelles, Goe­\nmaere). — Pie X, par L . DAELLI. T r a d u i t de l'italien par H . BOISSONAT.\nBelle édition artistique in-4° ornée de 400 illustrations (Bruxelles, Librairie\nSchepens). — La question de Waterloo, avec deux annexes, par L o u i s CAVENS\n(Bruxelles, Driessen et Desmet).\n   H I S T O I R E : Les Martyrs. Recueil de pièces authentiques sur les martyrs\ndepuis les origines d u christianisme jusqu'au XXe siècle. T . VI : J e a n n e d'Arc;\nSavonarole, p a r DOM H . LECLERCQ (Paris et Poitiers, Oudin). — Le vénérable\nPère Euler, p a r H E N R I JOLY (Collection : L e s Saints, P a r i s , Lecoffre). —\nSainte Colette, par ANDRÉ PIDOU (Idem). — Cahiers d'histoire. I I I : T e m p s m o ­\ndernes et époques c o n t e m p o r a i n e s ; IV : Histoire de Belgique, par A. Lalle­\nm a n d . — Les grands faits de l'histoire contemporaine, par le même (Bruxelles,\nCastaigne).\n  L I T T É R A T U R E : Dix-neuvième siècle. Esquisses littéraires et morales, tome I V ,\npar G. LONGHAYE (Paris, R e t a u x ) . — Gerbet, par H E N R I BRÉMOND (Collec­\ntion : La pensée chrétienne, Paris, Bloud). — Voici l'homme, par SUARES (Paris,\nBibliothèque de l'Occident). — Quelques étapes. Notes de voyages, p a r le\nCOMTE D'ARSCHOT (Bruxelles, L a c o m b l e z ; .\n  M U S I Q U E : Beethoven, par JEAN CHANTAVOINE (Collection : L e s Maîtres\nde la Musique, P a r i s , Alcan).\n   P O É S I E : Anthologie des poètes français contemporains. L e P a r n a s s e et les\nécoles postérieures au Parnasse (1866-1906), par G. WALCIT. Morceaux choisis\naccompagnés de notices bio- et bibliographiques et d'autographes. Préface\nde Sully P r u d h o m m e . 2 volumes parus (Paris, Delagrave). — L'Angelus sur\nles champs, p a r B E R T H E DE PUYBUSQUE. Préface de Charles de P o m a i r o l s\n(Toulouse, E d . de l'Ame L a t i n e ) .\n  R O M A N S : Proses à Gilles Luijck, par GASTON-DENIS P É R I E R (Verviers,\nL'Edition artistique). — L'étemelle attente, par FERNAND M É D I N E (Paris, Fon­\ntemoing). — L'évent des varechs, par DIDIER DE ROULX (Anvers, B u s c h m a n n ) .\n— La prêtresse d'Isis, p a r EDOUARD SCHURÉ (Paris, Perrin). — Vanité, par PAUL\net VICTOR MARGUERITE (Paris, P l o n ) . — Ames fortes, par OSCAR DE FERENZY\n(Paris, Lelhielleux). — Un chassé-croisé, p a r GABRIEL D'AZAMBULA (Paris,\nPlon).\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                                                     99, rue Royale, 99\n\nPIANOS DE SMET                                                                 S ES •\n\n\nFABRIQUE DE MATELAS\n               Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                médaille d'Or à TExpositloq Internationale de Bruxelles 1897\n\n              BERVOETÏTWIELEMANS\n                           FOURNISSEUR DE LA COUR\n\n      6, 8,10,12, Rue du Midi ^                               BRUXELLES\nU s i n e à v a p e u p , Lavoif» d e l a i n e s : fJUE CES GOUJONS, 1ZO\n\n\n\n\n  POUR LA PUBLICITÉ\n                   DANS            CETTE             REVUE\n\n\n    S'adresser 46, rue de Neufchâtel, 46\n\n                        BRUXELLES\n\n\n\n\n PIANOS S T E I K W A Y                                           & SONS\n             NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\nÀgeuce générale el dépôt exclusif à Bruxelles : FP. MUSCH, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "A paru à la Librairie                 VBOMANT\n                                                                                        Prix : fr. 3.50\n\n                           FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\nImpressions de Littérature Contemporain!\n                      BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n                        DE QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n                           ^ ERHAEREN ET DEMOLDER\n                     P. DE HAULLEV1LLE — Gl IDO GEZELLE\n                      GEORGES RODEÎ»BACH — MAX WALLER\n         EDMOND PICARD   GUILLAUME VFRSPEYEN — H. CARTON DE WIART\n                                ETC., ETC.\n\n  En vente chez l'éditear Vromant, 3 , rue de la Chapelle, Brctxe\n\n              THE GRESHAM\n            (Compagnie d'assurances sur la oie)\n                                                         REIilUBED'flHT&frAPTEQlfê\n\n              S   t\n                   Fondée à, Londres 1 8 4 8\n                Etablie en Belgique en 1 8 5 5\n                    A\n                      p\n                         |     2 1 7 m on\n                              B gi | e 80 îni 1 u\n                                                          Paul Claesscf)\n                                                                  Relieur-doreur de S A R M\"\"> la Comtesse de Rsai*\n                 PRIMES     M ( N S U I L L ( 8\n                 Louis HEUVELMANS,         i u                    2 4 , rue de Berlaimont, Brux\n           John H SCOTT,    re  e S cours eBe) e\n              3 , place Royale, B R U X E L - E S\n\n\n                                 Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                     FABRIQUE ET ATELIERS :\n                            37, R i e d e l a Charité - B R U 2 X I I\n                                                       TÉLÉPHONE                     1947\n\n                              Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis,\n                            Spécialité de tous les articles concernant la peinture, la 8cu\n                                            la gravure, l'architecture et le dessin.\n                            RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLUftj\n                                   Vente et location de modèles pour la peinture\n                             Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louu\nPremiers médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Llverpooi, Le Havre, Bruxelles, CMca\n\n                                       Au       ENCADREMENTS***»»                               Par suite de Mi\n                                       u    ^        —        ^          —          —\n                                       v     DORURE ET                   SCULP-\n                                       E                                                      LIQUIDAT\n                                       R     T U R E SUR BOIS * * » * *\n                                                                                                         DE\n                                       U     ESTAMPES » » * * * * * * *\n\n                                       S     GRAVURES ANCIENNES                             300 V 0ITIEB\n                                       E\n                                       N                                                   Vente à to\n                                            «     * • « * * • * • * • • • • • * •\n                                                                                                  offre aceep**\n                                       u    N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES\n                                       c\n                                       c\n                                       C    SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                      71, rue G\n                                            D'AUTHENTICITÉ\n                                       U\n                                       R\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "    LA RESERVE MUTUELLE                                        LE STANDARD\n            tU»            LTUTS-EVMS                      Compagnie d'assurances sur la vie, tonde            n 1825\n   COMPAGNIE D'ASSURANCES A PRIMES FIXES                           ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n                                                              Prlnolpaux avantagea d * l a Compagnie\n                                                           \\* P o l i c e s incontesta- S Tarif a v a n t a g e u x .\n                                                             bles après deux a n s 4* Participation impor-\n                                                             de d a t e                    tante des assures d a n s\n                                                           a° P r ê t s s u r polices      l e s bénéfices d e l a\n                                                             ayant trois a n s d e         Compagnie.\n                                                             date.                       5» P r ê t s hypothécaires.\n                                                               S'adresser pour renseignements et prospectus à Ut\n                                                                       OIRIOTION          O t N . R A L I\n                                                           28. PLACE DE BROUCKÈRE, 28, BRUXELLES\n                                                             TiMekei» »«•    Mrasss Ulésrasaloss : Stansars.Bramft«s\n   EncAnentnrr Ainran. . . . .      4 0 Millions\n   SINISTRES PÂTES                 2S0 Million»\n                                                                   E n vente chez MXJRAIX-X.E\n       Combinaisons 1res intéressantes                       4 5 , R O I D S L UNIVERSITÉ, 4 5 , LIÉOK\n    DIIECTMM SEIEULE POU! LE CMTIIEOT DE L EUROPE                           J. RYELANDT\n        m. r u * H s l é T y , P A R I S (»•)\n       DIRECTION POUR LA BELGIQUE\n   18. rua du Rouleau. B R U X E L L E S\n                                                           SAINTE CÉCILE           Drame musical\n           • a d r a n d e de* Agents                           Réd. pour chant e t piano : 1 6 francs\n                                                                       P U R G A T O B 1 U M\n                                                                Oratorio — Réduction pour chant at no 8 Iran»\n\nflrcnfvGS Hofiillalres le fielglpe                               N O O U D S E E           Mer du Nord)\n                                                               5 e s q u i s s e s pour piano. — 8 francs.\n\n      52, rae S té vin, BRUXELLES\n                  Recherches de généalog es et d or»\n                   moines en Uelg que et à I Etran\n                                                                 Editions de DURENDAL\n                   ger — A u stations o c e l l e s de\n                   nob esse, d fil at o n s e t d armoi-\n                   n s.—Cop esofiicie les de lettres\n                   de p s entes de noblesse —\n                   Inscr ption à la liste des nobles.\n                   — Insertions de génea og es dans\n                   des publies! on» be ges et etran*\n                    ères. — Rectificat ns d actes\n                     §\n                    e 1 état c vil et ad neti ns des\n                                                           Le ChanttaTrais Règnes\n                                                                          POÈME MYSTIQUE\n                   noms      Correspondants en pro-\n                   Tinceet a l'etrang r—Armoiries                                    MB\n                   et documents g ea ogi ues sur\n                   plus de 100,000 fan» les nobles\n                   et patriciennes.                            Georges f?AJVIAEKE:RS\n   RENSEIGNEMENTS\n\nCHOCOLAT                      BlESWAL                      Adresser les commandes & l a Direction\n                                                                       de DTJRJENDAX\nCHOCOLAT                      BlESWAL\nCHOCOLAT                      BIESWAL                        2 2 , rue du Grand-Cerf, Bruxelles\nCHOCOLAT                      BIESWAL                                    P r i x : 3 f r . SO\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "              IMPRIMERIE                                       SCIENTIFIQUE\n                                        TYPO,     LITHO       ET       CHROMOLITHO\n                        SPÉCIALITÉ          D'ILLUSTRATIONS                   DE   GRAND       LUXE\n                              PHOTO-CHROMOGHAVURE                      EN TROIS    COULEURS\n\n\n    •    CHARLES                             BULENS,                                            ÉDITEUR                   •\n                          75,        RUE          T E R R E - N E U V E ,                      75\n\n TÉLÉPHONE              505                           ^   =        ^                            B R U X E L L E S\n\n\n\n                        Rei,10ileurs 8I\n        HlIFSn Pprp\n          EXPERT\n                                          restaurateurs des musées beiges et étrangers\n                          Rentollage. transposition\n                                                           FONDÉE EN 186\n                                                      restauration et parquetage de tableaux\n                                                                                                      P. EUESO Fils\n                                                                                                             EXPERT\n    2-4, RUE DE LIGNE             «ENTE ET «CHAT DE TABLEAUX ANCIENS ET ROOERNES                      24, rue du SeitlDuoie\n        Bruxelles\nI                                      ANTIQUITÉS & OBJETS D'ART                                          Bruxelles\n\n\n\n\n        POUfl VOS CIGARES FIflS                                                       Les Boues CaoutcHoutées\n                                   à la                                                    TALBOT\n                                                                                    SOlt inusables et inarrachabfes\nMAISON AMÉRICAINE                                                                               EXI6ER LA MARQUE\n\n\n               DÉPÔT DE     FABRIQUE\n                                                                   Ameublements complets — Ebénisterie d'art\n        15 — Avenue Louise— 15\n                                                                         Maison SNYERS-RANG & C\"\n              BRUXELLES                                            Fond** an 1815               —       Téléphona 1389\nP.-S. -- arrivages réguliers de cigares de la Havane                    27,    r u e d'Or,          BRUXELLES\n\n\n\n\nImprimerie .Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve. 75, Bruxelles\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1907-02", "signet_source": "Quatorzième année - N°2 - Février 1907", "preuve": "Couverture conservée (PDF 100) : « Février 1907. 14me Année. N° 2 » ; sommaire (PDF 102) : « 1907 — 14e Année. Sommaire du n° 2 (Février) ». Livraison paginée 81-144 ; les Aspects de la Nature et de la Cité renvoient aux « fascicules de décembre 1906 et de janvier 1907 » ; les Notules évoquent le numéro de janvier d’Antée et annoncent le drame lyrique Cecilia pour le 23 février.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}