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N° 3\n\n\n\n\n         REVUE CATHOLIQUE ©ART\n               UTTEIUTUÛ§£3F\n                                 .\n\n\n\n\n• «\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-202", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PLAGE DE WESTENDE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 177, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 4037, "texte": "PLAGE DE WESTENDE\n                                               (BELGIQUE)\n\n\n                                      Plage de sable fin située entre\n                                           Os tende et Nieuport.\n                             Villégiature hygiénique, loin des agglomérations\n                                    comme des embouchures de rivières.\n\n                           Villas et cottages confortables à des prix avantageux.\n                                  Approvisionnements faciles sur place.\n                                    BAINS          G R A T U I T S\n                                — Service de sauvetage communal. —\n                                  Service religieux pendant la saison\n                           KURSAAL -    RESTAURANT -      GARAGES -    ECURIES — REMISES\n                              Les plus luxueuses installations spcrtives\n Vilas et Terrains                             du L i t t o r a l                 Villas et Cott\n   à vendre par annuités   Location de tentes sur la plage et de costumes de bain       à louer\n                                 T r a m w a y électrique à service intensif\n                                 Vicinal — Télégraphe — Téléphone                           Q&2,. I; &#>*]\n Çt*rl»Û otfV.\n                             ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DE LA DIGUE\n                                          DES AVENUES ET DES VILLAS\n\n\n\nEë&pgE Agence immobilière pour la vente et location des villas\n                                A moins de 30 minutes d'Ostende. à 2 h. 1/2 de Bruxelles.\n\n                                                                         Le WESTEND\" HOTEL est\nWESTEND' HOTEL                                                         partir de Pâques jusque fin sept**\n                                                                       Pension de 6 à 15 fr. par jour. As <\n             DIGUE DE MER                                              mencement et à la fin des saisons, •\n                                                                       gements très avantageux pour les f»\n                                                                          faisant un séjour prolongé a\n   TÉLÉPHONE                                                                75 chambres parfaitement nmt\nRéseau du littoral p a r                                                      Vie de famille. Éclairage e)c\n                                                                                Chambres spacieuses.\n     Nieuport.\n                                                                                      ment moderne esthe\n                                                                                       confortable. Baie\n                                                                                        rasses. Salle de\nAppartements                                                                             Salle de billard.\n                                                                                           récréatioii jour»\n  avec                                                                                              fants. 9*\n                                                                                                    de lecHir»'\n\n\n\n\n         LA          FERMETTE                                   WESTENDAISB\n                                   L A C A M P A G N E A. L A                 MER\nJeux d'enfants — Promenades à ânes. — Tir à la perche. — Jeu de boule. — l» stJ\n          sportives. — Café cramique. — Lait frais. — Glaces. — Consommations de choix.\n                            O U V E R T U R E          L E      1« J U I N          1 9 0 7\n                                            . A B R U X E L L E S , 6 4 , boulevard de l a Senne (Téléph- '\nPour r e n s e i g n e m e n t s s'adresser j A WESTENDE, a l'Administration de la Pl»K e '\n                                           I      phone 33 du littoral) ou au Westend' Hôtel                 ^M\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-203", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 178, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n                                1907 — i4« A n n é e\n\n\n\n                       Sommaire du n° 3 (Mars)\n\nJ.-K. HUYSMANS. — La Résurrection du Christ de             Grùnewald,\n                   du musée de Colmar                                   i44\nEMILE VERHAEREN, — Un dimanche                                   < .     147\nARNOLD GOFFIN. — L e masque                                              148\n GEORGES DE GOLESCO. — « Sainte       Cécile » de Joseph Ryelandt\n                             au théâtre lyrique flamand d'Anvers        157\nE. FERMAUD. — Le drame espagnol : L'Italie                              160\nFRANÇOIS BEAUCK. — Chansons simples                      * . . <        171\nTANCRÈDE DE VISAN. — Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard           fin)      174\nERNEST CLOSSON. — A l'église Saint-Boniface                             179\nFRANZ A N S E L . — Sur une falaise d'Angleterre                        182\n\n                 Chronique d'art :\nMusique : Le troisième Concert du Conservatoire   INTÉRIM . —\n            Festival Wagner aux Concerts Durant; Le cin-\n            quième Concert Ysaye ; Récital du pianiste F, La-\n            mond (G. DE G.)                                             184\n                   e\nExpositions : XV Salon du cercle Pour l'Art (A. D.).— L'Expo-\n            sition du Livre belge ; Exposition    Gaillard, Lem-\n            mers et Taelernans ( F . H . ) . — Exposition de MUe\n            J e n n y Lorrain (H. M.)                           .       i85\nThéâtre : Au théâtre du Parc : Candida de Bernard Shaw .            .   190\n\nHENRI MAZEL. — Lettre de Paris                                          19a\nL'abbé HENRY      M Œ L L E R . — L'almanach de la Société générale\n                                 gantoise des étudiants catholiques     IQ5\nLes Livres                                                       •. .   197\nNotules .                                                 * . . .       218\nIllustrations   : L a Résurrection du Christ (GRÙNEWALD) ;\n                  Le Paysan mort (L. FRÉDÉRIC .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-204", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATVH", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 179, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 322, "texte": "DURENDAL\n        REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATVH\n\n      ABONNEMENT : 10 francs par an; ETRANGER : 1 2 francs (port\n          (pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à BruMÛ*i\n\n                                 PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-205", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 179, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 322, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "Comité de rédaction de D u REND AL :\n                            MM.     H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n\n                                    L'abbé H E N R Y       MŒLLER.\n\n                                    F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                     Secrétaire de la Rédaction : G E O R G E S V I R R È S\n                              Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n\n        M.    HENRI     MAZEL,      avenue d e la Grande-Armée, 6 i , PadtL\n\n                PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n       FRANZ ANSEL.\n                                                   :\n                                 H . FIÉRENS-GEVAERT.\n       MAURICE BEKAERT.                                      ARNOLD GOFFIN.\n       PIERRE BILXAUD.                                       FRANZ H E L L E N S .\n       EDGAR BONEHILL.                                       L'abbé H . HOORNAERTV\n       HENRY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n       ALEXANDRE BRAUN.                                      JOSEPH JANSSENS.\n       THOMAS BRAUN.                                         VICTOR KINON.\n       GEORGES BRIGODE.                                      GODEFROID KURTH.\n       H É L È N E CANIVET.                                  PAUL LAMBOTTE.\n       MARIE CLOSSET.                                        L'abbé L . L E CARDONKBV\n       L'abbé A U G . -CUPPKNS.                             S É B . - C H . LECONTE.\n       L'abbé P A U L CUYLITS.                              CHARLES MARTENS.\n       L e comte G. D'ARSCHOT.                              PAUL MUSSCHE.\n       H E N R I DAVIGNON.                                  EDOUARD N E D .\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                             JEAN NESMY.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                   CHARLES NICAISE.\n      ERNEST DE LAMINNE.                                    PIERRE NOTHOMB.\n      LOUIS DBLATTRE.        .                              ERNEST PÉRIER.\n      L a comtesse E D . DE LIEDEKRRKE.                     GEORGES RAMAEKERS.\n      L e baron G. DBLLA FAILLE.                            GEORGES RENCY.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                      BLANCHE ROUSSEAU.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                  JOSEPH RYELANDT.\n                                                            FERNAND SRVERIN\n      JULES DESTRÉE.\n                                                            HENRY VAES.\n      Vicomte D'HENNEZEL\n                                                            EMILE VERHAEREN.\n      MAURICE DULLAERT-\n                                                            L'abbé F R . VERHELST.\n      J. ESQUIROL,\n                                                            LÉOPOLD WALLNBR, etc., «**•\n      EMILE FERMAUD.\n      LAURENT* FIERENS*.\n\n                L e s collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\n/ / ur* rendu campte dans DURBNDA    L dt tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyi * M A** j\n\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements,\nsiège de la Revue. 2 3 , rue du Grand-Cerf; pour la publicité, 4 6 . rue Neufchatel,\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-001", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 145, "page_fin": 146, "titre_corps": "La Résurrection du Christ de Grünewald du Musée de Colmar", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J.-K. 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Nous sommes avec lui en\n                          plein hallali mystique, devant un art sommé dans ses\n                         r e t r a n c h e m e n t s , obligé de s'aventurer dans l'au-delà plus\nloin q u ' a u c u n théologien n'aurait pu, cette fois, lui enjoindre d'aller.\n   L a scène se situe ainsi :\n   L e sépulchre s'ouvre, des soudarts casqués et cuirassés sont culbutés et\ngisent l'épée à la main, au premier p l a n ; l'un d'eux, plus loin, derrière le\ntombeau, pirouette sur lui-même et, la tête en avant, culbute, et le Christ\nsurgit, écartant les deux bras, m o n t r a n t les virgules ensanglantées des mains.\n   U n Christ blond, avenant et robuste, aux yeux b r u n s , n'ayant plus rien\nde commun avec le Goliath que nous regardions tout à l'heure se dissoudre,\nretenu par des clous sur le bois encore vert d'un gibet. E t de ce corps qui\nmonte des rayons effluent qui l'entourent et c o m m e n c e n t d'effacer ses\ncontours; déjà le modelé du visage ondoie, les traits s'effument et les\ncheveux se disséminent, volant d a n s u n halo d'or en fusion ; la lumière se\ndéploie en d'immenses courbes qui passent du jaune intense au pourpre,\nfinissent d a n s de lentes dégradations pour se muer en u n bleu dont le ton\nclair se fond à son tour d a n s l'azur foncé du soir.\n   On assiste à la reprise de la divinité s'embrasant avec la vie, à la formation\ndu corps glorieux s'évadant peu à peu de la coque charnelle qui disparaît\nen cette apothéose de flammes qu'elle expire, dont elle est elle-même le foyer.\n   L e Christ, transfiguré, s'élève majestueux et souriant, et l'on dirait de cette\nauréole démesurée qui le cerne et fulgure, éblouissante, dans une nuit pleine\n\n\n  (1) Ce merveilleux commentaire du tableau dont nous donnons une reproduction est\nextrait de la belle étude d'art de J.-K Huysmans : Trois primitifs, publiée par la Maison\nd'éditions Messein, 19, quai St-Michel, à Paris. — Des reproductions superbes illustrent\ncette curieuse élude d'art. Celle que nous proposons ici à l'admiration de nos lecteurs\nen est une.\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": " 146                                  DURENDAL\n\n\n d'étoiles, de l'astre reparu des Mages dans l'orbe plus restreint duquel les\n contemporains de Griinewald posèrent l'Enfant J é s u s , lorsqu'ils peignirent\n les épisodes de Bethléem, l'astre du commencement revenant, comme le\n P r é c u r s e u r sur le Golgotha, à la fin, l'astre de Noël grandi depuis sa nais­\n sance dans le firmament, de même que le corps du Messie, sur la terre,\n depuis sa nativité.\n     E t l'artiste qui osa ce tour de force a joué beau j e u . Il a vêtu le Sauveur et\n tâché de rendre le changement de couleur des étoffes se volatilisant avec le\n Christ; la robe écarlate tourne au j a u n e vif, à mesure qu'elle se rapproche\nde la source ardente des lueurs, de la tête et du cou, et la trame s'allège,\ndevient presque d i a p h a n e dans ce flux d'or; le suaire blanc qu'entraîne\nJésus fait songer à certains de ces tissus japonais qui se transforment, après\nd'habiles transitions, d'une couleur en une a u t r e ; il se nuance d ' a b o r d , en\nmontant, de lilas, puis gagne le violet franc et se perd enfin, ainsi que le\ndernier cercle azuré du nimbe, dans le noir indigo de l'ombre.\n    L'accent de triomphe de cette ascension est admirable. Ces mots « la vie\ncontemplative de la peinture », qui semblent n'avoir aucun sens, en ont\ncependant, pour u n e fois, un, car nous pénétrons avec Grünewaid d a n s le\ndomaine de la haute mystique et nous entrevoyons, traduite par les simu­\nlacres des couleurs et des lignes, l'effusion de la divinité, presque tangible, à\nla sortie du corps.\n    P l u s que d a n s ses h o r i f i q u e s calvaires, l'indéniable originalité de cet\nartiste prodigieux est là.\n   Cette Résurrection est (évidemment un des chefs-d'œuvre du Musée de\nColmar.\n\n                                                                  J.-K.   HUYSMANS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-002", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 147, "page_fin": 148, "titre_corps": "Un Dimanche", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "Un Dimanche La oie en mer", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 184, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1019, "texte": "Un Dimanche\n\nLa oie en mer par le dimanche est dénouée;\nSur les grèves on voit se prolonger,\nAvec leur lourde quille et leurs haubans légers,\nLa ligne à l'infini des barques  échouées.\n\nRicochent\nDès le malin,   de loin en loin, les sons des cloches.\n\nEt les hommes, en sarraux    bleus.\nEt les femmes, en bonnets lisses.\nSilencieux\nVont aux offices,\nTandis qu'aux horizons tout à coup         sombres.\nDes nuages sans nombre\nMontent, en galops d'ombres.\nVers les églises.\n\n Et le sonneur et le bedeau\n Et ceux que la prière     immobilise,\n A deux genoux, sur les carreaux,\n Les regardent venir, brusques et amples,\n Et tout à coup couvrir le temple\n Et comme entrer, par les fenêtres,\n Jusqu'à l'autel et jusqu'au   prêtre.\n\n Bruits de marteaux et bruits de gongs,\n Les vents battent murs et cloisons.\n Entre leurs mailles\n Les ors des vieux   vitraux\n Tressaillent.\n Et les bateaux en ex-votos\n Qu'on suspendit avec un fil.\n Sous les voûtes étroites.\n Tournent, légers et puérils.\n De gauche à droite...\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "                     DURENDAL\n\n\n\nToute la menace des flots géants\nEst rappelée ainsi aux pauvres gens :\nLe vent ! le vent!\nLe champ des eaux qu'il creuse.\nLe craquement des mâts\nEl le péril soudain des flottilles, là-bas,\nEntre deux vagues      monstrueuses.\n\nHeureusement    la vie en mer est dénouée;\nLes mains du Christ restent dûment      clouées,\nA sa croix d'or, sur les autels.\nContre ces mains, les vents mortels\nN'ont point de prise\nDisent les vieux pêcheurs et les aïeules grises.\nLes cierges brûlent blancs et clairs,\nL'évangile chanté, le prêtre monte en chaire;\nLes tempêtes, là-haut, précipitent leur marche;\nMais le curé\nBonhomme et doux se compare à Noë,\nEt son église, à l'arche.\n\n                                          EMILE   VERHAEREN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-003", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 149, "page_fin": 156, "titre_corps": "Le Masque", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Le Masque (1) HIER, ditMaxime", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 186, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "Le Masque (1)\n                 HIER, ditMaxime, j'ai été entendre cette tragé­\n                  dienne italienne, mais, moins par intérêt pour\n                  son art, que par curiosité d'une victime de\n                  l'amour et des lettres !...\n                     — Qui, victime? qui, bourreau? Sait-on\n                  jamais?... On meurt de sa passion, mais, aussi,\n                  on en vit; et elle est entre la vie et la mort,\n                  comme le Christ entre les deux larrons — dont\nle meilleur ne valait rien !...\n   — Sans doute; mais celle-ci fut victime, vraiment, — victime\nde sa tête et de son cœur, fascinés à la fois par un poète qui,\naprès avoir taillé pour le génie de cette femme, dans la matière\nmagnifique de son rêve, des costumes et des âmes, afin qu'elle\nles animât du frisson de sa propre vie, s'est saisi de son amour,\ncomme d'une chose illustre qui, nécessairement, lui apparte­\nnait... Puis, rassasié d'elle, prenant le monde à témoin de ses\nrassasiements, il l'a prise elle-même toute vive : il a pris ce cœur\nbrûlant comme celui d'une amante, donné comme celui d'une\nmère, pour le jeter dans le brasier de son dernier livre, en ali­\nmenter et en colorer les flammes, faire jaillir plus haut les\nvolutes incandescentes de celles-ci, pour accentuer ainsi le relief\nde la vie de gloire et de songe qu'il peignait, en projetant sur\nelle de plus ardents éclats d'ombre et de lumière... La douleur\ncélèbre de cette abandonnée m'attirait... Quels stigmates\naurait-elle imprimés sur son visage? quelle trace de je ne sais\nquel faible rire impuissant, persistante même dans les plus tra­\ngiques décompositions de sa physionomie volontaire et pas­\nsionnée?... Vous connaissez, sans doute, des portraits d'elle? ce\nbeau visage véhément sous le marbre taciturne du front, encadré\ndes bandeaux de ses cheveux sombres; ses grands yeux palpi-\n\n (1) Ces pages s o n t détachées d'un volume en préparation sous le litre de :\nPoussières du chemin.\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "150                            DURENDAL\n\n\ntants et meurtris dont les mobiles paupières paraissent cerner\nune eau noire, lourde, chatoyante... Ce masque aux lignes pures,\nmodelées dans un épiderme chaud et pâle qui semble la mince\net transparente cloison de l'âme dont elle laisse transparaître\nles lueurs et les frémissements...\n   « E h bien! je voulais voir son visage de feinte et de fiction, à\ncette endolorie; discerner ce que, peut-être, elle mettait d'elle-\nmême, de son intime souffrance — inventée, c'est bien possible!\npar la fatuité du poète — du grand cœur très doux et très effréné\nqu'il lui a donné, dans la souffrance de la créature imaginaire\nqu'elle incarnerait... Héroïne d'amour, naturellement, et, natu­\nrellement, d'amour trahi, ou brisé, ou insulté — car, il m e\nsemble, l'amour heureux est malaisément scénique...\n   — Parce que invraisemblable, observa Delzire — à moins\nqu'on ne mesure la durée de ce bonheur à celle de la représen­\ntation !...\n   — Mais, poursuivit Maxime, tout à sa pensée, j ' a i été déçu,\nà la fois, et ravi... Il me paraissait que, depuis ces a d m i r a b l e s\nMeininger, humbles et magnifiques serviteurs du génie, dans\nles créations duquel ils anéantissaient leur personnalité, c'était\nla première véritable tragédienne que j ' e n t e n d a i s . L e masque\nde T h e s p i s n'était pas un m y t h e allégorique, mais une réalité,\net les Grecs le plaçaient sur les traits de l'acteur, parce que ce\nqu'ils attendaient de lui, c'était non l'homme qu'il était, mais\nle personnage qu'il devait simuler — et ils voulaient effacer\ntout ce qui aurait rappelé le premier... Ce masque, il est sorti\ndes mains du poète, tel et non autre, sans souci de sa corres­\npondance plus ou moins parfaite aux talents caractéristiques de\nl'interprète, à qui, au contraire, étant interprète, il appar­\ntient de se rendre malléable, susceptible de recevoir toute\nimpulsion, de revêtir, avec le travestissement, l'âme de son\nrôle... T e l l e m e n t qu'il y ait adhérence du masque au visage,\ntransformation du figurant dans la figure et que rien, pour ainsi\ndire, ne se montre qui soit à l'acteur lui-même... Ne pensez-\n vous pas?\n    — Certes! Il faut qu'il se soit abdiqué lui-même et q u e , sa\ndouleur coïncidât-elle avec celle de son rôle, rien n'en paraisse\nd a n s son jeu qui puisse faire discordance, laisser soupçonner\nque les larmes qu'il verse, le comédien en savoure l'amertume\n pour son propre c o m p t e ! . . . C'est une corde roide et difficile à\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "                              LE   MASQUE                             151\n\n\n\nfranchir : N'est-ce pas beaucoup exiger que d'attendre que notre\nacteur y marche sans faiblir, ni glisser, sans mêler j a m a i s le cri\nde sa détresse vivante à celui de son malheur fabuleux?...\n   — Non, car le comédien conscient de son art saura être plus\nfort que son mal et plus fier que sa vanité. Ne mettra-t-il pas\nson amour-propre à n'accepter de personnifier que des êtres\nqui existent i n d é p e n d a m m e n t de celui qui les incarne sur les\nplanches? Il aimera couler sa chair et sa pensée dans le bronze\nd'une forme finie, pour la ranimer à leur contact — pour\nun alliage, une fusion qui feront que la pensée du poète\nmort ressuscitera dans celle de l'acteur vivant, grâce à une\nseconde et c o m m u n e création... Sinon, qu'est-ce que l'artiste\nthéâtral, à la taille, pour les avantages physiques ou la vocation\nspéciale de rires ou de larmes duquel quelque faiseur confec­\ntionne des rôles dont la conception soit toute subordonnée à la\npersonnalité de celui qui doit les interpréter?... Rien de pareil,\nhier... L a femme connue dont le nom blasonnait l'affiche, je ne\nl'ai pas vue, en réalité, mais une autre créature — plusieurs,\ndiverses, incompatibles... U n e femme dont la mouvante phy­\nsionomie, en sa structure forle et délicate, toute de vie et de\nvibration, me semblait comme l'intelligent miroir où venaient\nse réfléchir les émotions et les gestes de son personnage, fan­\ntôme visible pour elle seule et sur lequel elle se modelait...\nC'était comme un don complet de soi-même, de toute sa sensi­\nbilité p r o m p t e et profonde, offerte pour servir d'instrument\nmerveilleux à des sentiments étrangers — perplexité, alarme,\ndédain, sarcasme — ou insouciance légère et un peu sceptique,\nou, encore, élan plein d'espoir vers la vie qui vient et qui\npromet...\n   — Qui promet et ne tient pas!... insinua Delzire.\n   — Q u ' i m p o r t e , pourvu qu'elle promette? U n e femme en\nest-elle moins belle pour avoir t r a h i ? . . . Ah! si la fidélité était\nau prix de l'émail des yeux et de la fleur du teint! Et, tout au\ncontraire, peut-être la beauté reçoit-elle un lustre nouveau de\nchacune de ses conquêtes — et de chacun de ses abandons?...\nJe me suis souvent d e m a n d é si, lorsque l'on regarde le visage\nde la Joconde, ce n'est pas cela que l'on perçoit, pour s'en\neffrayer, en ce sourire qui, lueur, souffle, hésite dans ses yeux\net tremble aux commissures de ses lèvres?... Ou bien reflète-t-il\nseulement le vague émoi suscité en elle par les musiques que\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "152                              DURENDAL\n\n\nVinci faisait, dit-on, exécuter dans son atelier, durant les\nséances de ses modèles?... Ah! le génie ne donne pas sa\npensée — il faut qu'on la lui prenne... On interrogera toujours\nce sourire qui effleure et qui fuit, lumineux et rapide comme\nl'ombre d'un vol d'oiseaux à la surface miroitante d'un lac... On\nvoudrait savoir s'il était du passé ou de l'avenir — de désen­\nchantement ou d'espoir; mais l'énigme se fera d'autant plus\népaisse que l'on s'acharnera à l'élucider... Je me figure, moi,\nque ce sourire, évasif comme une imperceptible ondulation de\npensée intime, exprime, avec l'orgueil d'être adulée, la joie en\nmême temps apitoyée et cruelle de se dire : « Quelqu'un m'aime,\ndédaigné, et qui souffre!... »\n     — I1 me semble, mon ami, que vous dérivez t e r r i b l e m e n t ! . . .\n     — Laissez, je reviens... E h b i e n ! donc, je l'ai vue, d'abord,\nen femme galante, accablée par sa honte tardive et qui, cepen­\ndant, va, avec un sourire inquiet, à l'abri du fragile mensonge\ndont elle sauvegarde le seul sentiment qui lui soit u n e force et\nun secours... Car, l'amour, qu'en attendrait-elle, cette Dame aux\n Camélias, que le salaire contre lequel elle l'a toujours échangé?\nE t sa bouche vénale, ses bras rompus aux étreintes lucratives\ntremblent à oser, à présent, la sainteté des caresses maternelles...\nL'artiste fut cette femme-là, de douleur et de secret opprobre,\nsemblable à une bête traquée, repoussée dans sa propre boue\n— puis elle réapparut, métamorphosée en une jeune fille\nétourdie, se j e t a n t avec l'impertinence de son regard et de ses\nchants, à la face de la vie, qui lui rit et à qui elle rit, dans une\njoie que rien encore n'a flétrie ou i n t i m i d é e . . .\n      Maxime parlait avec animation, avec une m i m i q u e et d'un\nton qui semblaient provoquer et défier la contradiction; mais\nDelzire marchait à ses côtés, en lui jetant parfois un coup d'oeil\nétonné, sans rien d i r e . . .\n      L e chemin, inondé par les pluies de l'arrière-saison, longeait\nla lisière d'un parc, une clôture faite de talus gazonnés et de\n croulantes et basses murailles, rongées de mousse j a u n i e et\n d'herbes parasites. E t , tout à coup, Maxime se tut et, du même\n mouvement, ils s'arrêtèrent, saisis, à considérer, au milieu de la\n gravité forte et triste de ce paysage de bois humides et roussis,\n un h a u t portique seigneurial dont les lignes pures et le marbre\n sculpté avaient reçu des années et des intempéries un magné­\n t i q u e et verdâtre éclat. Il semblait se dresser là, i m m u a b l e\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "                            LE   MASQUE                         153\n\nparmi les taillis taciturnes et la vie lentement décomposée de la\nsaison, comme le témoin posthume et fastueux des jours, comme\nle dernier et survivant emblème de souvenirs trop lourds poul­\nies hommes et que les bois seuls étaient soucieux de conserver\nencore. Au travers de la grille ouvragée et mangée de rouille, on\ndécouvrait des avenues pleines d'humidité, de brouillard et de\nfeuilles mortes... Du milieu de l'amas de celles-ci sortait une\nfontaine de bronze sombre et, plus loin, la margelle de pierre\nbleue d'un bassin où les miroitements noirs et ardoisés de l'eau\ndéjà assoupie et glacée par l'approche de l'hiver se mélangeaient\naux teintes fauves de l'automne...\n   — Voilà un théâtre, dit Delzire, où les désuétudes de mon\ncœur et les éclats de votre mépris ou de votre ironie de la vie et\ndes hommes trouveraient des décors d'une beauté si magnifi­\nquement tombale, si fiers de déclin et si parés de décrépitude,\nque, vraisemblablement, ils mettraient mon cœur et votre\npensée à l'unisson, tout au moins, de leur silence... Mais\nthéâtre, fictions, livres, si vous saviez combien je les hais,\nlorsque le caractère, l'âme d'un personnage ou les traverses\nqu'il subit, m'y apparaissent comme un reflet, dans l'oblicité\nd'un miroir, de moi-même!...\n   « Et voyez l'inconséquence, n'ai-je point songé, pour soulager,\nsinon guérir ma souffrance, de la romancer — car, engeance\nmisérable et puérile de scribes, nous sommes tels, qu'au milieu\ndes affres du plus décisif désespoir, notre attention se détourne\npour saisir, à la volée, et en jouir, l'heureuse association de\nmots douloureux que le jeu effréné de notre pensée nous a fait\nfortuitement luire! On dirait d'un noyé qui interromprait son\nsuicide pour considérer et cueillir les fleurs inattendues de la\nrive! — Puis, j'ai renoncé à mon projet, devant cette appréhen­\nsion, probablement présomptueuse, que celle qui l'occasionnait\nn'admirât mort, dans la fiction, le mal qu'elle avait dédaigné,\nvivant, dans la réalité...\n   — Mais il n'est pas toujours nuisible d'être mort! Qui sait si\nvous n'y auriez point gagné, comme les mascarons ornementaux\nde cette porte dont le temps rongeait à la fois les traits et appro­\nfondissait les yeux... Chaque heure est venue, à son tour, glis­\nsant de la nouveauté à la décroissance, tandis qu'elle passait\nson insensible estompe sur ces faces de marbre et amortissait\n leur relief : mais tout ce qu'elle leur prenait en précision, elle\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": " l54                        DURENDAL\n\n\nle leur rendait en b e a u t é . . . Ainsi, le t e m p s , du seul frôlement\nde son aile, use la matière la plus résistante et, de même, nos\nsentiments, qu'il pousse du présent dans le souvenir et grandit\nde leur effacement m ê m e . . .\n   — Vous parlez comme un livre, mon cher. E t il me semble\nque nous fassions ensemble les Rêveries de deux promeneurs soli-\ntaires! Ah! nous ne laissons point notre âme en chômage! L a\ncolère, le dépit, tous les « A quoi bon? » y agissent et y fer­\nmentent en permanence, comme aussi des accès simultanés\nd'irritation et d'attendrissement qui excluent toute latitude de\ndésœuvrement et d'ennui... E t , au fond, c'est là tout, peut-être :\nque l'âme soit occupée, qu'elle ait matière à ourdir, bienfai­\nsante ou malsaine, peu i m p o r t e . . . « Et le reste est littérature! »\nL e théâtre? le roman? pourquoi les fréquenterais-je? T o u t m'y\nparaît superficiel, inconsistant, arbitraire : j'ai affaire ailleurs.\nC'est de nous-mêmes que tout prend sa réalité, et ce monde\nartificiel comme les autres : mais je ne trouve pas en moi de\nréalité pour celui-là.. E t , sinon, si des œuvres, quand même,\nm'attirent, qu'y découvrirais-je, que des motifs de remuer la\nfange mélangée de flammes de mes souvenirs? Rien n'y paraît,\nqui ne m'y soit signe, rappel, commémoration, puis risée, puis\nhaussement d'épaules, car le spectacle de l'affliction des autres,\nréelle ou imaginaire, n'allège point la mienne, ni ne l'adoucit;\nelle reste intangible et les pensées étrangères y tombent, comme\ndes gouttes d'eau dans une coupe incandescente — évaporées\navant d'y avoir touché!...\n   « Du reste, à notre âge, la pensée ne se suffit-elle pas à elle-\nmême? Qui ajoutera à mes souvenirs? Quels mots susciteront\nen nous des échos plus puissants que ceux jaillis sous la pression\nde nos propres défaites? Et puisque ces défaites sont les lende­\nmains inévitables des victoires, si les unes et les autres s'évo­\nquent simultanément dans notre mémoire, je ne vois point de\ncoup de théâtre, d'incident romanesque, capables de rivaliser\nl'horreur de tels foudroiements...\n                Quel giorno più non vi leggemmo avante...\n\n  » Il y a une heure dans notre existence où nous nous disons\ncela — pour tout l'avenir. L a vie est trop forte en nous, trop\naccentuée, pour adhérer à quelque autre que ce soit, vraie ou\ninventée... E t , cependant, quel sillage de vertige divin et mortel\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "                               LE   MASQUE                               155\n\n\nlaissent dans notre atmosphère cérébrale ces êtres de légende\net de poésie qui unirent dans l'emportement de leur amour les\nlèvres égarées de la vie aux lèvres d'éternité et de silence de la\nm o r t ! . . . Paolo et Francesca, associés par la vengeance et dont\nles ombres enlacées vont, dans les tempêtes de la d a m n a t i o n ,\nsous leur couronne de cendres et de roses brûlantes... Elle est\nunique l'issue des chemins d'éblouissement que parcourent ces\ncréatures : le N é a n t ! Cordélia et B r ü n n h i l d e , toutes deux tra­\nhies, s'y jettent toutes deux, mais l'une s'y abandonne et l'autre\nle conquiert. E u r y d i c e lui est rendue, parce qu'elle doute et\nYseult, parce qu'elle affirme... L a mort ! elle saisit de ses mêmes\nmains maigres et violentes Yseult et Brtinnhilde, qui aspiraient\nà elle, et Juliette et Desdémone, qui ne l'attendaient pas et\nallaient, t e n d a n t vers la félicité la confiance enfantine de leurs\nmains... C'est un beau cortège d'héroïnes, souveraines et vic­\nt i m e s ! . . . L ' â m e se joue dans ces âmes : elle s'y glisse, comme\nle voyageur qui passe va s'asseoir, un instant, en mainte maison\nillustre par ses fastes éclaboussés de sang, pour en recevoir la\nsensation d'effroi et de larmes... Est-ce la vie qui nous a m i s\nde plain-pied avec de telles émotions ou leur a ménagé en nous\ntrop d'échos, trop avides et retentissants?... J'ai, quelquefois,\nenvie de nous apostropher ainsi                  « Nous autres, gens du\nparoxysme!... »\n   » Combien de fois suis-je sorti, avec Roméo, du palais déli­\ncieux et sombre, dans la nouveauté enivrante d'un matin grisé\nd'azur et d'oiseaux? Combien de fois ai-je veillé aux côtés de\nT r i s t a n , repoussant la nuit et la mort parce qu'elles venaient\nsans Yseult?... Ainsi regardé-je l'orbe béant et lumineux de la\nscène, d e v a n t lequel, comme un rideau mouvant et fluide de\nvapeurs traversées de lueurs, ondule la symphonie grosse de\ntous les devenirs du d r a m e — fanfares brisées de victoire, sons\nrauques de vengeance et de meurtre, plaintes magnanimes,\nsanglots... Mais c'est moi, toujours, que je regarde, poursuivi\nou couché là, seul là, et blessé, et qui a t t e n d . . . E t , parfois, je\nme retourne vers moi-même, et je ris et me moque de ce Nar­\ncisse penché sur toutes les eaux blêmes de la vie pour y décou­\nvrir sa propre image, ombre qui reste parmi les ombres qui\nfuient... Et je repousse, pêle-mêle, toutes ces créatures du génie\nou de la passion des a u t r e s ; je m'en vais de tous ces fantômes...\nQu'ai-je besoin d'eux, du reste, et qu'en s'incarnant dans ces\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1339, "texte": "156                            DURENDAL\n\n\n\nfigures, ma douleur aille se gaspillant? J e veux qu'elle soit t o u t\nentière pour moi s e u l ; ne rien en d é n a t u r e r , ne rien en perdre,\nne rien en donner... Car, à la comparaison, tout art est men­\nsonge. Elle tressaille et palpite en moi, insatiable et vivante, et\nses mouvements, je veux en sentir la violence intacte et que,\nsans bruit, sans éclair, ils font en moi un continuel écroulement\nde ruines... T o u t e s les heures revivent à la fois en moi, avec\nleurs contradictions, leurs actes et leurs paroles qui s'entre-\ndétruisent, l'affirmation poursuivie par le démenti, comme la\nvague par la vague... J'écoute et regarde l'incertitude et l'in­\ncrédulité arriver de toutes parts dans ma vie, dans un esprit\nd'indifférence et de désintéressement, avec une espèce de curio­\nsité scientifique — et sans savoir, ni chercher à savoir, si cette\nvie est lamentable ou comique...\n   — Que voulez-vous? L a cuirasse que la vie nous forge, c'est\nà grands coups impitoyables, sur notre dos, sur notre sensibilité\nqu'elle nous la façonne! L e plus drôle, a p p a r e m m e n t , c'est qu'à\nl'heure tardive où nous en sommes bardés, il est rare qu'il y ait\nencore dessous quelque chose qui vaille d'être défendu !...\n\n                                                    ARNOLD     GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-004", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 157, "page_fin": 159, "titre_corps": "« Sainte Cécile » de Joseph Ryelandt au Théâtre lyrique flamand d’Anvers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Sainte Cécile de Joseph Ryelandt au Théâtre lyrique flamand d'Anvers QUANDcette partition", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 194, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1868, "texte": "Sainte Cécile de Joseph Ryelandt\n            au Théâtre lyrique flamand d'Anvers\n\n\n                QUANDcette partition        parut, en 1904, nous formu­\n                        lâmes ici même le vœu que le d r a m e de Sainte\n                       Cécile fût bientôt goûté par le public belge dans\n                       un cadre et avec une interprétation appropriés\n                       et dignes de l'œuvre, ce d r a m e plein d'action et\n                       de passion (dans le sens élevé du mot) exigeant\n                       la vie et le mouvement de la scène, le prestige\n                       du décor, du costume et du geste.\n    L e vœu q u e nous exprimions alors vient d'être réalisé par\nM. Judels, directeur du théâtre lyrique flamand d'Anvers, qui\na monté l'œuvre de notre collaborateur Joseph R y e l a n d t avec\nune intelligence et un goût mettant en pleine lumière tout ce\nqu'elle comporte de grandeur et de beauté. (Le livret est par­\nfaitement t r a d u i t en flamand par M. Goemans.) Nous avons\njadis consacré une étude détaillée complétée d'une analyse\nt h é m a t i q u e (1) à ce d r a m e de pensée haute et sereine que\ncaractérisent la p u r e t é et la profondeur du sentiment inspira­\nteur ainsi que la force vivace de l'expression et nous y ren­\nvoyons ceux d'entre nos lecteurs qui désireraient pénétrer plus\navant l'œuvre et ses significations.\n  Rappelons cependant ici que dans une série de scènes aussi\némouvantes que variées, le poème de notre collaborateur\nCharles Martens évoque et condense toute une vision précise\net impressionnante de la Rome des m a r t y r s . C'est la lutte\nsuprême engagée entre le vieil e m p i r e des Césars, dernier\nrempart du paganisme expirant, et l'empire du Christ qui,\nradieux de force et de jeunesse, ouvre à la civilisation comme\n\n (1) Voir Durendal, livraison de novembre 1904.\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "158                           DURENDAL\n\n\n au bonheur de l'humanité des voies nouvelles sûres et défini­\ntives. E n dehors des grands mérites d'érudition et des qualités\n proprement littéraires que présente le livret de Charles\n Martens, son originalité consiste principalement dans la\n modification du type traditionnel de la sainte qu'il imagine\n « non comme une résignée passive, soucieuse u n i q u e m e n t de\n garder son vœu, mais comme une passionnée, comme une\n amoureuse à la manière des grands mystiques, aimant d'amour\n Valérien, désireuse avant tout de le conquérir et de l'entraîner\n au m a r t y r e avec elle ». L e vœu de virginité de la sainte, essen­\ntiel dans le récit ancien, passe ici à l'arrière-plan et c'est la\nconversion de Valérien qui est le souci principal de Cécile. L e\n vrai sujet du drame est le m a r t y r s des deux époux et son ressort\nvital, non le vœu de virginité mais l'amour divin, la Folie du\n Martyre.\n      P a r la puissante richesse de l'efflorescence mélodieuse, par\nl'équilibre parfait et l'éloquente simplicité de la structure\nh a r m o n i q u e , surtout par l'étonnante expressivité des thèmes\npassionnels, descriptifs ou religieux qui traversent et éclairent\ntoute l'œuvre, la musique de Ryelandt apparaît douée d'une\nvertu singulière, et ces mérites évidents que rehausse la fine\nsaveur de l'instrumentation se complètent par l'intime\nconnexité, l'admirable appropriation reliant le texte du poème\nà son revêtement musical.\n      L'impression a été très vive. L e public attentif et recueilli a\nété absolument conquis par les séductions de cet art sobre, pur,\ncoulant de source et où sans aucun fléchissement, l'inspiration\nne cesse de fleurir. Citons au nombre des plus beaux moments\ndu drame la scène entre Cécile et Valérien constituant le second\nacte tout entier, vaste chant d'amour dont l'accent toujours\nde plus en plus pénétrant s'élève en une ascension progressive\net majestueuse vers l'Infini, puis, au troisième acte si mouve­\nmenté, la scènn de l'interrogatoire de Cécile, la prophétie,\npage d'une magnifique envolée et probablement la plus belle\nde la partition, enfin les derniers adieux de Cécile expirante\ncouronnés en apothéose par un chant lointain de voix célestes,\ntandis que l'orchestre entonne une dernière fois les chants du\nt r i o m p h e , de la joie et de l'amour divins.\n      L'interprétation de Sainte Cécile au théâtre d'Anvers est très\nsoignée. L e rôle de Cécile, qui occupe pour ainsi dire la scène\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "             « SAINTE CÉCILE » DE JOSEPH      RYELANDT               l59\n\n\n depuis le commencement de l'œuvre jusqu'au dénouement a été\njudicieusement confié par M. Judels à M lle Gabrielle W y b a u w ,\nune jeune d é b u t a n t e dont nous avons plus d'une fois signalé\nles succès comme cantatrice de concert, notamment au Cercle\nArtistique et Littéraire de Bruxelles. M l l e W y b a u w pénètre à\nfond la poésie de son rôle dont elle fait une véritable création.\nPar la grâce et l'eurythmie de la ligne, par la gravité réfléchie\nde la diction, la belle a m p l e u r de geste et d'accent, aussi par\nl'émotion soufferte et vécue dont elle échauffe et intensifie son\nchant, M lle W y b a u w réalise à souhait et de façon prenante\nla personnification de la Cécile rêvée. Elle a été d'ailleurs\nexcellemment secondée par ses partenaires dont nous citerons\nspécialement M M . de Vos (Valérien), Collignon (Amachius),\nMoes (Crescens), M l l e Cuypers (Livia). L'orchestre souple et\nnuancé a fait merveille sous la conduite autorisée de\nM. Keurvels. Nous pouvons tout particulièrement nous réjouir\ndu très significatif succès qui a accueilli à Anvers une des\nproductions les plus inspirées de l'école musicale belge, car\nc'est là une nouvelle victoire pour l'art national qui, par ses\nmultiples et éclatantes manifestations dans tous les domaines,\noccupe incontestablement une place si glorieuse.\n\n                                        GEORGES DE G O L E S C O .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-005", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 160, "page_fin": 170, "titre_corps": "Le drame espagnol : L’Italie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "E. Fermaud", "ancre_debut": "Le drame espagnol L'Italie L'ITALIEN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 197, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "Le drame espagnol\n\n                                       L'Italie\n                        L'ITALIEN, aussi peu individualiste que ses frères espagnol et\n                           français, devait, à partir du XVIe siècle, découvrir avant\n                           eux, le génie de sa nation, et s'imposer à leur admiration\n                           d'abord, à leur imitation ensuite. Cela, grâce à un trait\n                           c o m m u n aux trois races, le réalisme, qui n'est pas le natu­\n                           ralisme g e r m a n i q u e , ni le positivisme anglais, et à u n\n                           trait commun a tous les h o m m e s , mais caractéristique de\n                           l'Italien à cette époque : le sentiment de l'art. L e sens indi­\n                           viduel, qu'il semble paradoxal de refuser au pays de la\nvirtù, a fait défaut aux nations latines, élevées à l'école de R o m e . L ' h o m m e\nnaturel, b o r n é dans son expansion par des forces de nature, dont le discerne­\nment l'oblige, par contre-coup, à rentrer perpétuellement en lui-même, à vivre\nd'une vie intérieure intense, n'est pas L a t i n . Il faut aux Latins u n e discipline\nr é p o n d a n t à u n idéal collectif de race ou de nation. C'est pourquoi, entre\nautres conséquences, ils sont restés catholiques. L a discipline, chez eux,\nsurvit même à la foi, à l'inverse de ce qui se produit chez les peuples germa­\nniques. Au XVe siècle, l ' E s p a g n e et la F r a n c e font porter leur effort sur\nl'unité catholique, inséparable à leurs yeux de l'unité de l'Etat. L'Italie,\nmoins heureuse a u point de vue politique, et peut-être, à cause de cela, plus\nindifférente au point de vue religieux, se rattrape par la réalisation artis­\ntique de l'homme idéal, comme jadis la Grèce, également impuissante à\ns'unifier; mais en y ajoutant tout ce que dix siècles de moyen âge avaient\napporté de nouveau au fonds de l'antiquité. Elle ressuscite donc Périclès,\nAlcibiade, Alexandre, qu'elle combine avec Roland et saint François, agré­\nmentés de Platon ou de Plotin, sans oublier P é t r o n e , et subordonne ces\néléments disparates, parfois contraires, à la loi de proportion, de mesure et\nd'harmonie, à la loi de beauté. Ainsi se forme' l'homme idéal, dont\nBaldassare Castiglione, l'ami de R a p h a ë l et de Michel-Ange, nous offre le\nmodèle dans son Libro del Cortegiano, type d'homme j e u n e , svelte, bien fait,\nfort, adroit, intelligent, spirituel, artiste, amoureux de beauté plus que de la\nfemme, et chrétien pour la forme, et comme par-dessus le marché. L a même\nloi régit, ou finit par régir, en même temps que les arts plastiques p r o p r e ­\nment dits, les œuvres littéraires, en vers ou en prose, où la préoccupation de\nl'art pour l'art est parfois sensible. L a F r a n c e et l'Espagne en sont un\nm o m e n t comme éblouies, et tarderont à s'affranchir (jamais complète-\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "                          LE   DRAME       ESPAGNOL                        161\n\n\nment) de l'obsession du modèle. Au XVIe siècle, l'Espagne, la première,\ncrée le roman chevaleresque et engendre une littérature mystique sans rivale\nen Europe. Le théâtre fut plus long à trouver sa voie, et ne s'y engagera\nrésolument qu'à la fin du siècle. Ce sont ces débuts et ces tâtonnements que\nnous avons à examiner aujourd'hui.\n\n                                       I\n\n    Nous ne mentionnerons que pour mémoire le drame lithurgique et les\nfarces du moyen âge. Les deux genres, plus ou moins mélangés, ont fleuri en\nEspagne comme ailleurs. Mais il n'en reste rien, qu'un ou deux mystères\nfort courts, et on est réduit à juger de cette production par analogie avec le\nthéâtre français de la même époque. Il ne faut en retenir qu'une chose : le\ncaractère populaire de ces représentations, dont la licence provoquait souvent\nla censure ecclésiastique ou royale. Si ces pièces ont continué à être jouées\nen public au moins pendant la première moitié du XVIe siècle, nous pouvons\nle croire par la mention qui en est faite à l'occasion de certaines solennités.\nEn tout cas, elles alternaient, à partir de 1520 environ, avec des productions\nd'un genre nouveau, dont on fait remonter la création à Juan del Encina\n (1469-1534), contemporain de l'auteur de la Célestine, et qui nous inté­\nressent plus particulièrement. Ce genre, à ses débuts, est tellement lié à\n l'histoire de la poésie lyrique, qu'il convient, avant tout, de préciser briève­\n ment le caractère de cette dernière dans la Péninsule.\n    Nous avons déjà relevé, dans notre Introduction, la scission opérée au\nXVe siècle, entre la poésie de cour et la poésie populaire, la première tendant\naux subtilités métaphysiques de l'amour raffiné, la deuxième à l'esprit de\nrévolte des héros opprimés par leurs Rois; et nous avons signalé comment,\n de l'accord final de ces deux tendances outrées, naquit le roman chevale­\n resque sous la forme spéciale qu'il revêt dans l'Amadis de Gaule. Mais, entre\n l'une et l'autre de ces tendances, il y avait place, dans les deux camps, pour\n l'expression de sentiments moins exaltés. On trouvait, dans le camp érudit,\n des poètes qui, les yeux fixés sur l'Italie, ne séparaient point du fond la forme\n artistique et auxquels, au début du XVIe siècle, la traduction par Boscan, du\n Libro del Cortegiano, de Castiglione, et l'introduction dans la poésie castillane\n du vers endécasyllabe italien, allaient ouvrir de nouveaux horizons. Cette\n poésie, malgré le talent incontestable de poètes comme Garcilaso de la Vega,\n et Fernando de Herrera, eut le double tort de n'être pas nationale, et de n'être\n pas personnelle, à deux ou trois exceptions près; car elle ne sort guère des\n lieux communs des anciens ou de Pétrarque et des pastorales à la mode.\n Elle était condamnée à suivre les destinées de la poésie italienne, et à\n sombrer, au XVIIe siècle, dans la manière, l'affectation et le précieux ou\n cultisme, avec Gongora et ses imitateurs. Elle n'eut aucune influence sur le\n  théâtre naissant. Il y avait, par contre, dès le XV° siècle, des poètes qui,\n  moins attentifs .peut-être à la forme du vers, se laissent prendre, comme le\n  marquis de Santillane, au charme des proverbes « que citent les vieilles\n  auprès du feu \", à la grâce des idylles champêtres (serranillas); ou, comme\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "162                                 DURENDAL\n\n\nAnton de Montoro, aux chansons dévotes, épigrammatiques ou satiriques du\npeuple, et qui s'en inspirent directement, opérant ainsi, en dehors du cadre\nconventionnel de la poésie à la mode, et au-dessous de l'inspiration aristocra­\ntique du r o m a n chevaleresque, une fusion plus naturelle et plus à la portée\ndu grand nombre, de la muse populaire avec une forme littéraire. Cette école\nse continuera au XVIe siècle, avec Castillejo, Cepeda et H u r l a d o de Mendoza,\net c'est à elle qu'appartient J u a n del E n c i n a , qui lui empruntera les éléments\nde compositions dramatiques assez rudimentaires, qu'il appelle lui m ê m e\nautos ou églogues.\n    Voici le jugement exact et succinct que porte sur J u a n del E n c i n a .\nM. Navarro y Ledesma, dans ses Leçons de Littérature : « J u a n del E n c i n a\nsécularisa le théâtre religieux; il s u p p r i m a les grandes figures de la Passion,\ndes saints et d'autres personnages divins. Il excella à traduire le sentiment\npopulaire sur les mystères de la religion. Le peuple de S a l a m a n q u e et de\nZ a m o r a , qu'il connaissait bien, lui facilita la tâche. Il avait, en outre, une\ncertaine grâce un peu b r u s q u e , u n peu rustique, qu'ont imitée, après lui, tous\nles dramaturges qui ont mis en scène des bergers. Ses farces ou églogues ne\nsont que des villancicos (chansons rustiques) amplifiées et dialoguées, avec\nfort peu d'action et nulle étude de caractères. » C'est que J u a n del E n c i n a\nest avant tout un poète lyrique. Malgré son inspiration populaire, il est\nh u m a n i s t e et il sait son métier de versificateur. Il a traduit ou plutôt adapté\nen vers les Eglogues de Virgile, et il a composé un art poétique, inspiré des\nprincipes du grammairien Nebrija. Il tient donc à l'Italie par un b o u t ; et,\ncomme poète d r a m a t i q u e , il ne tient pas tout à fait à l'Espagne par l'autre.\nIl lui a m a n q u é un public pour développer des tendances qui auraient pu\nd o n n e r des fruits à u n e époque postérieure. Ses pièces ont été représentées\ndans les salons du d u c d'Albe, devant un public aristocratique, teinté d'ita­\nlianisme, plus sensible aux beautés de la poésie lyrique qu'au spectacle d'un\nd r a m e qu'il ne fallait pas trop directement inspiré d'un mystère ou d'une\nfarce p o p u l a i r e s ; avec cela, public blasé déjà, curieux du langage et des\nm œ u r s des gens d'en bas, à condition qu'on les lui présentât dans un cadre\napproprié à son usage. A la même époque, le Portugais Gil Vicente, qui\nécrivit aussi quelquefois en castillan, produisait devant un public de même\nsorte des pièces de plus d'envergure. Mais Gil Vicente est u n e gloire por­\ntugaise : il est douteux que ses pièces aient été représentées en E s p a g n e , où\nson influence est des plus discutables. E n somme, le petit d r a m e de J u a n\ndel Encina, fixé dès le début, comme une composition lyrique quelconque,\nn'était pas susceptible de développement. C'était le fond qui devait être\nélargi pour donner lieu à une action véritable, à u n d r a m e , et il ne pou­\nvait l'être que par le contact direct avec le genre lui-même dont l'Italie, à ce\nmoment, fournissait les premiers modèles. Ce contact est visible chez Barto­\nlomé de T o r r e s N a h a r r o .\n   Comme l'influence italienne devait persister, et même grandir après\nT o r r e s N a h a r r o , il y a lieu de se demander en quoi le théâtre italien, si\nfaible en comparaison avec ce que devait être plus tard le théâtre espagnol,\na pu influer sur ce théâtre à ses débuts. A l'époque de T o r r e s Naharro,\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3551, "texte": "                           LE   DRAME     ESPAGNOL                            163\n\n\nce théâtre comptait des pièces, très supérieures aux faibles essais de Juan del\nEncina, comme la Calandria, du cardinal Bibbiena (1508), la Cassaria (1508),\nde l'Arioste, et la Mandragore (1512), de Machiavel; et ces pièces avaient\nl'avantage de s'ajuster plus ou moins aux modèles de Plaute et de Térence.\nNe parlons pas des tragédies calquées sur le patron de Sénèque, aussi nom­\nbreuses et aussi mort-nées en Italie qu'en France et qu'en Espagne, recueils\nde thèmes de rhétorique à l'usage des érudits de collège. Mais la comédie\nitalienne eut, dès le début, une certaine originalité due à l'observation des\nmœurs contemporaines. Donc, une intrigue régulière, c'est-à-dire une forme\nd'art, à la vérité un peu artificielle, encadrant des tableaux réalistes, fond\ncommun aux deux nations, voilà ce qui s'offrait à l'imitation d'un Espagnol,\nqui était en même temps un lettré. En réalité, il y avait erreur sur la qualité\nde la marchandise livrée. Le réalisme italien, qui fait le fond de la comédie\nitalienne, n'est ni le réalisme espagnol, ni le réalisme français. La réaction\nnationale en littérature, qui eut lieu en Espagne contre l'Italie, en France\ncontre l'Italie et l'Espagne, devait s'effectuer au nom de la vérité, du retour\n à la nature, du réalisme, en un mot, et cette vérité était différente suivant les\n pays.\n    Pour bien comprendre comment le réalisme italien, en ne s'ajustant pas\n exactement au réalisme espagnol et au réalisme français, devait aboutir,\n après les avoir réveillés par contact, à provoquer leur révolte contre une\n intrigue mal adaptée à leurs besoins, il faut avoir présent à l'esprit ce que le\n mot réalisme a de relatif en tout état de cause. Voir les choses comme elles\n sont est le privilège de Dieu. Ce que les hommes appellent réalité n'est guère\n que le contraire de l'idéal, non moins relatif, auquel ils sacrifient; et, s'agis­\n sant de comédie, dont le principal objet est de faire rire, quel meilleur moyen\n d'y parvenir que de montrer les exceptions de nature en opposition avec ce\n qui est admis par tous comme la règle supérieure de conduite? Si l'idéal des\n Français, par exemple, est de mesurer son droit avec le droit d'aulrui et ses\n moyens avec les lois que lui impose la morale, la réalité comique lui mon­\n trera sûrement des gens fort peu logiques à cet égard et en perpétuelle con­\n tradiction avec eux-mêmes. La comédie en sortira imprégnée de morale sociale\n et pratique. Si l'idéal de l'Espagnol est un idéal de justice tellement élevé\n qu'il tend à se confondre avec l'idée de miséricorde, inséparable de Dieu\n même, il ne verra autour de lui que gens inconscients faisant le mal avec\n autant de sérénité que s'ils accomplissaient une fonction naturelle; et, forcé\n d'en rire, il optera pour le rire indulgent, qui ne va pas au fond des choses.\n  Mais il ne sera pas toujours d'humeur à en rire, ni surtout à en rire trop\n  longtemps; c'est pourquoi le drame espagnol, mis en présence de vices, natu­\n  rels par un bout, intolérables par un autre, ne s'accommodera pas de la sépa­\n  ration absolue entre le comique et le tragique (1). Dans le roman seulement,\n\n\n   (1) Nous en avons un exemple dans le Menteur, de Corneille, où la scène : « Etes-\n vous gentilhomme?« nous paraît sortir du ton ordinaire de la comédie. Dans la pièce\n espagnole, cola ne choque point, car le poète ne perd jamais de vue l'horreur que le\n mensonge doit inspirer à une âme bien née. C'est ainsi qu'Alarcon conserve, dés le\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "164                                   DURENDAL\n\n\nu n g r a n d h o m m e , Cervantes, qui a incarné au plus h a u t degré le génie\nréaliste de sa nation, osera montrer le ridicule d'un Chevalier p r é t e n d a n t\nà jouer le rôle de Dieu sur terre et faire u n e œuvre comique d'un bout à\nl'autre, sans que l'idéal y perde rien. Mais Don Quichotte est un r o m a n , et la\nchose était si peu possible au théâtre que Cervantes s'est bien gardé de mettre\nson héros ou l'équivalent dans a u c u n e de ses pièces d r a m a t i q u e s , et que tous\nceux qui ont essayé, depuis Guillén de Castro jusqu'à M. R i c h e p i n , de\n porter Don Quichotte au théâtre, ont é c h o u é . La réalité dramatique est plus\n courte et plus conventionnelle que celle du r o m a n .\n    Venons au réalisme italien. L'Italien conçoit l'homme idéal c o m m e u n\ncomposé d'Antinous et de P l a t o n . Il sera donc frappé de ne jeter les yeux\nque sur des difformités physiques et morales, les u n e s se confondant avec les\nautres, en vertu de la même loi d'association. Aussi l'Italie est-elle le pays\nclassique d e la p a n t o m i m e et de la commedia del arte. Cette dernière est parlée ;\nmais il n'en reste que des scénarios, parce que l'important était moins ce que\npouvaient dire les acteurs, que leurs trouvailles de cris et de gestes, conver­\ntissant leurs rôles en de simples caricatures. Au point de vue littéraire, les\ncomédies plus travaillées offrent un autre a s p e c t ; mais le fond ne diffère pas\nsensiblement de celui de la comédie populaire. U n e aventure d'amour con­\ntrarié sert de prétexte à u n e exhibition de personnages bas, vils ou gro­\ntesques. L'action plus suivie, le dialogue mieux filé, parfois avec excès, ne\ndoivent pas nous faire illusion, non plus que la complication de l'intrigue.\nActions, épisodes, conversations obéissent, comme d a n s la commedia del arte,\nà un enchevêtrement de fourberies que dénonce l'esprit du plus habile, sinon\ndu personnage le plus r e c o m m a n d a b l e . A u n point de vue plus général, qui\nne reconnaît là le m ê m e esprit que Machiavel applique à l'éducation de son\n Prince ?\n    P o u r l'Italien, la politique est un art comme un autre, u n art à r e b o u r s ,\nl'art du laid, u n e virtuosité aussi difficile à pratiquer que l'art du beau, s'il\n est vrai que la laideur de Satan soit aussi peu aisée à reproduire que la beauté\n de D i e u ; et pour ce m ê m e Italien, l'intrigue comique est une politique de\n bas-étage, non moins savante que l'autre, plus comique, grâce au choix des\n victimes, et à la substitution du poignard et d u poison par les coups de\n bâton. C'est la commedia del arte haussée au goût raffiné d'un public qui lisait\n Boccace et Machiavel. L e réalisme espagnol pouvait-il s'en accommoder?\n Oui, provisoirement, t r o m p é par la ressemblance avec le point c o m m u n d'ori­\n gine, l'observation des m œ u r s , et en l'absence d'une forme d'art équivalente\n\n\ndébut, au père du jeune homme toute la dignité compatible avec l'explosion finale\nde son indignation; il n'en fait pas, comme Corneille, à certains moments, un barbon\ncrédule et plaisant. Cela ne va pas sans indulgence pour les mensonges spirituels\nde Don Garcia, fruits de son incurable vanité; mais c'est une indulgence provisoire;\net, à la différence du Dorante, de Corneille, Don Garcia est puni de ses mensonges,\nen se voyant forcé d'épouser la femme qu'il n'aime pas. Le réalisme des Espagnols\nne s'accommode pas de dénoûments nécessairement heureux, ni de la comédie à jet\ncontinu.\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3335, "texte": "                           LE   DRAME        ESPAGNOL                       165\n\n\nau cadre de l'intrigue italienne. Mais on voit déjà pointer des réserves chez\nTorres Naharro, Espagnol égaré en Italie pourtant, et qui fit jouer ses pièces\nespagnoles devant le même public aristocratique qui applaudissait à ce\nmoment les productions de l'Arioste et du cardinal Bibbiena.\n\n                                        II\n\n   Torres Naharro a, de l'Espagnol, l'humeur aventureuse et l'imagination\nfertile, jointes au sérieux et au sens du réel comme contrepoids. Mais il\nest de son temps, et cultivé. Il a lu Plaute et Térence, et pratiqué les Italiens.\nIl divise, comme eux, ses pièces en cinq actes, et tient assez compte de la\nlogique des événements dans la conduite de l'action, qu'il définit, réduisant\ntout à l'intrigue « un artifice ingénieux d'événements ». La distinction qu'il\nfait entre les comédies de pure invention (à fantasia), et les comédies d'obser­\nvation (à noticia), répond assez bien à la distinction du tragique et du\ncomique. En fait, il manifeste plutôt une tendance d'Espagnol à mêler les\ndeux genres dans la pratique. Mais il est timide à cet égard; ses pièces\nà fantasia, comme la Comedia himenca, sont sérieuses; ses pièces à noticia,\ncomme la Tinelaria ou la Soldadesca, sont comiques; du moins il fait effort\npour qu'elles soient ceci ou cela. Or, réduit à cette extrémité, le souffle\nlui manque : il fait court, et ses cinq actes, comme on l'a remarqué, sont\nmoins longs qu'une des trois journées de Lope de Vega. Volontiers, dans le\nsérieux, il se laisse emporter par son tempérament lyrique; et, dans le\ncomique, par la peinture des détails; le tout, au détriment de l'action, qui\nn'est « artificieuse » que dans la Préface de son recueil. Il ne faut donc pas\nlouer, comme on l'a fait, le génie dramatique de Torres Naharro : il y a\nquelque chose d'artificiel dans son imitation de l'intrigue italienne; et si on\npeut relever çà et là quelque intuition de ce que pouvait être un jour le\nthéâtre espagnol dans sa tendance à mêler les genres, comédie, tragédie,\nlyrisme, réalisme, roman, en vérité, c'est chez lui fort inconscient et dû à sa\nnature d'Espagnol plus qu'à un système préconçu. Je ne puis nie résoudre à\nvoir en lui un précurseur de Lope de Vega. J'y vois plutôt un composé de\npoète et de peintre, évidemment doué, qui travaille à réprimer l'un et l'autre\npour s'astreindre à un modèle dramatique emprunté à l'étranger et où on peut\ntout au plus prétendre qu'il n'est pas à l'aise. En tout cas, c'est surtout par\ncette imitation d'un modèle étranger qu'il a influé sur ses successeurs immé­\ndiats en Espagne.\n   La période qui suit Juan del Encina et Torres Naharro est, en effet,\nsignalée par l'imitation simultanée et parallèle de ces deux écrivains. Cette\nimitation est l'œuvre de poètes qui exploitent ces formes nouvelles de poésie,\npresque sans y rien changer. Le plus fort est qu'ils écrivent, non plus comme\nJuan del Encina ou Torres Naharro, pour un public aristocratique, mais\npour un public populaire, vivant et bruyant dans ses manifestations, et qu'ils\nn'ont pas l'air de s'en douter, mais, à ce moment, malgré quelques concessions\nqu'ils lui font, comme la licence des sujets ou des propos, d'ailleurs usuelle\nen Italie et en France aussi bien qu'en Espagne, ils méprisent encore ce\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "166                               DURENDAL\n\n\npublic et ont la prétention de s'imposer à lui. D'autre part, faute de salles de\nspectacles fixes dans les villes, il n'y a pas un public fixe d'habitués qui puisse\nmanifester clairement son goût et ses préférences, et les éclairer à cet égard.\nAussi, les poètes se lassent-ils bientôt de produire. Ils laissent le peuple livré\naux troupes ambulantes de comédiens italiens, nouveaux venus, qui colportent\nde ville en ville un répertoire de commedie del arte et autres analogues, où la\nfantaisie burlesque le dispute à la grossièreté et à l'indécence. Que cela fût\nplus accommodé au goût du public, nous ne pouvons en douter, quand nous\nvoyons les comédiens espagnols, ambulants comme leurs confrères italiens,\nse mettre, faute d'un répertoire équivalent, à faire des pièces pour leur compte\net sur le même modèle. Les pièces conservées de cette période sont en prose,\ncomme, en général, les pièces italiennes, et se font remarquer par un réalisme\nqui tend à déborder le cadre fixe de l'intrigue, et par une indécence de sujets\net de dialogues assez prononcée pour qu'en 1548 les Cortès, réunies à Valla­\ndolid, se crussent en droit d'exiger qu'on interdît la représentation des pièces\nimmorales. En tout cas, nous voyons les poètes échouer dans leur première\ntentative pour acclimater en Espagne des pièces plus ou moins régulières, et\nsurtout plus littéraires que celles des comédiens. Le public populaire s'y\nennuya, et le public lettré ne s'intéressa pas à cet essai avorté de fusion entre\nla poésie savante et l'inspiration populaire au théâtre. Avec la création de\nthéâtres fixes à Valence et à Séville, les comédiens et leur littérature triom­\nphèrent partout.\n    Il s'en trouva un, mieux doué que les autres, et dont le nom est resté le\nplus illustre avant Lope de Vega; c'est le Sévillan Lope de Rueda, comédien\npar goût, auteur à l'occasion de sa profession. Lope de Rueda, grand imita­\nteur des Italiens dans ses comédies en cinq actes, la Eufemia, los Enganos,\nMedora, etc., qui ne sont pas ses meilleures, saisit très bien, ce que n'avait\npas démêlé Tories Naharro, que le cadre de l'intrigue italienne, désormais\nfixée en vue d'un fond toujours le même, et toujours comique ou burlesque,\nne pouvait suffire à contenir la matière espagnole d'un réalisme plus exigeant,\nparce qu'il embrassait davantage. Ce n'était pas sans raison que Fernando\nde Rojas avait, dès les dernières années du XVe siècle, imaginé une Cilestine\n en seize, puis en vingt et un actes. Que si l'on restreignait à la vérité comique\n tout le réalisme, il se trouvait que l'Espagnol n'a pas, en raison même de son\nidéal très élevé, de quoi rire pendant cinq actes, pas plus que de pleurer\npendant le même espace de temps. Et alors le cadre italien devenait, non\n plus trop étroit, mais trop large. Il pouvait le voir par son propre exemple,\n il le voyait, sans doute, par l'exemple de ses confrères, chez qui le souci du\n détail abondant et menu étouffait un sujet surchargé de complications à qui\n on donnait une valeur propre, au détriment de l'ensemble. Lope de Rueda\n en prit son parti. Comédien de profession, il ne lui vint pas à l'idée de se\n mettre à l'école des érudits. Il se borna à faire alterner avec ses grandes\n pièces, à la fin ou entre les actes de celles-là, de petits intermèdes, ou pasos,\n en prose, dont on veut voir le premier modèle dans un auto de Juan del Encina\n  (Auto del Repclùn), mais dont le genre est vieux comme le monde, et n'était\n autre, sans doute, que la vieille farce espagnole du moyen âge. C'est, dans\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3813, "texte": "                                LE DRAME ESPAGNOL                                          167\n\nson germe, le dialogue, la pièce rudimentaire que le peuple de tous les temps\net de tous les pays a intercalé d a n s ses chants et d a n s ses danses. Il ne\nle développa guère c o m m e action. U n e fable, u n e anecdote, une énigme, u n e\nplaisanterie, une b o n n e farce, un bon mot, tels sont les sujets de ses pasos.\nEt c e p e n d a n t , ces pasos sont restés le modèle du genre qui, sous des\nnoms divers, intermèdes, saynètes, n'a cessé de fleurir en E s p a g n e jusqu'à\nnos j o u r s , à l'ombre des grandes pièces du XVIIe siècle, à défaut d'elles plus\ntard. C'est que ce sont des peintures exactes et minutieuses de la vie du\npeuple espagnol, et que l'Espagnol est n é peintre. Elles sont aussi variées\nque les mille accidents ordinaires de la vie. J e les comparerais volontiers\naux tableaux analogues des peintres flamands ou hollandais, si le tempérament\nespagnol n'y ajoutait u n peu de cet idéal qu'il mêle toujours à son réalisme le\nplus cru. L'idéal, ici, est é v i d e m m e n t très a t t é n u é ; il se traduit par une\ntendresse i n g é n u e p o u r les h u m b l e s , les pauvres, par u n e sorte de crédit illi­\nmité accordé à leurs vices d'état, en faveur de leur inconscience, et d'un fond\nréputé bon naturellement et jusqu'à preuve du contraire. C'est en réduisant\nainsi le cadre, par le renoncement à u n idéal intransigeant et peu pratique\nétant donnés les acteurs, par l'abandon d'une intrigue compliquée et m ê m e\nsimple, mais en y s u p p l é a n t p a r l'art du dialogue et u n e dose réelle, quoique\npetite, d'intérêt d r a m a t i q u e , que L o p e de R u e d a peut se livrer sans entraves,\nau goût de sa race pour le détail menu et soigné, vivifié par u n e pointe de\nsentiment. Il put ainsi rester comique, en respectant la division des genres,\nalors considérée comme un d o g m e ; mais il prouva, en m ê m e temps, par son\nexemple, que le comique p u r , en E s p a g n e , ne s'accommode pas des grandes\npièces, et que, dans ces limites, il est le privilège exclusif des petites\ngens(r).\n   L ' i m p o r t a n c e de L o p e de R u e d a dans la littérature espagnole est encore\nplus considérable par ce qu'il représente que par la valeur propre de l'écri­\nvain. Il forme la transition entre la Célestine, à la fin du XVe siècle, et le\nDon Quichotte, au c o m m e n c e m e n t du XVIIe siècle. Il renoue la tradition,\ninterrompue par la vogue du r o m a n chevaleresque, de ce réalisme qui fait le\ncharme de la littérature espagnole du XIVe siècle. L e filon retrouvé, quoique\nmaigre, encore, on peut en suivre la trace sous le m o u v e m e n t littéraire m y s ­\ntique qui correspond au règne de P h i l i p p e I I . Assurément, le roman che­\nvaleresque et la littérature mystique n'ont pas fait complètement abstraction\ndes vérités d e l'ordre c o m m u n ; c'était là u n accident, d û au vague ins­\ntinct d'équilibre de l'Espagnol, qui, tout en aspirant aux cimes les plus\nélevées, ne se résout jamais à perdre la terre de vue. L e Lazarille de Tormes,\n\n\n   (1) Lope de Vega le dit expressément dans son arte nuevo de hacer comedias : \" La\ncomédie se distinguait (de la tragédie) en ce qu'elle présentait des actions basses et\npopulaires, tandis que la tragédie traitait de sujets élevés, où interviennent; des princes...\nLope de Rueda en est la meilleure preuve : ses comédies imprimées sont d'une espèce si\nvulgaire qu'il y introduit des artisans, et des amours de fi11es de forgerons. C'est depuis\nlors qu'on appelle intermèdes les comédies anciennes, où les règles de l'art (la division\nîles genres) étaient observées, car on y présentait une action dont les personnages sont,\ndes gens du peuple. On n'a jamais vu, en effet, de rois dans un intermède. »\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3357, "texte": "168                               DURENDAL\n\n\npremier modèle du roman picaresque, ne prend la réalité corps à corps que\npour la blâmer au double point de vue chevaleresque et chrétien. La pein­\nture désintéressée des mœurs appartient à la comédie, et à une comédie\nréduite à sa plus simple expression. Mais, à partir de ce moment, elle a cause\ngagnée au théâtre. Impuissante, dans ces limites étroites, à créer un drame\nde dimensions raisonnables, elle se glissera telle quelle dans le drame de\nLope de Vega et de ses successeurs, à son rang ; rang infiniment supérieur à\ncelui qu'elle occupait dans le roman chevaleresque, quoique subordonné, au\npoint de vue de l'action, au même idéal que le roman. Et je ne sais en vertu\nde quelles préventions romantiques, Schack considère Lope de Rueda comme\nmarquant un temps d'arrêt dans le développement du drame espagnol, poé­\ntique et national. Nul n'a plus contribué à éclairer, par contraste, la voie où\ncelui-ci allait s'engager, et une fois l'idéal mis en possession du théâtre, le\nréalisme ne s'est pas laissé mettre à la porte; il l'a suivi et escorté comme le\ncorps inséparable de l'âme, sans se confondre avec elle, avec des instincts\nsouvent contraires aux aspirations de celte dernière, et obligeant à chaque\ninstant le chevalier à regarder à ses pieds.\n\n                                       III\n\n   Le moment est venu d'examiner comment le drame espagnol a conquis\nsa forme définitive. Ce ne sont pas les successeurs immédiats de Lope de\nRueda qui ont pu contribuer à la lui donner. Timoneda, de Valence, le plus\nillustre de ces élèves, ne fait guère que suivre les traces du maître, sans négli­\nger pour cela l'imitation des pièces italiennes, qui continue de plus belle.\nMais un événement important marque le dernier quart duXVIesiècle; c'est le\nretour offensif des poètes dans un genre où ils avaient échoué une première\nfois. Cette fois, ils se trouvent en présence d'un genre vivant, quoique infé­\nrieur à leurs yeux, et d'un public fixe d'habitués, à Séville, à Valence; ce qui\nexplique l'importance de ces deux villes dans l'élaboration du drame défi­\nnitif. Tout d'abord, ces poètes, nourris d'antiquité et de lyrisme italien, notè­\nrent une lacune dans les représentations populaires. On versait dans la\ncomédie, dans la farce, et, à de rares exceptions près, on n'en sortait pas.\nCependant, on pouvait reconnaître, à certains indices, que le peuple aspirait\nà autre chose. On était revenu insensiblement à la pièce en vers, et, avec le\n vers, à l'expression de sentiments plus élevés que ceux des picaros de Triana\nou du Grao de Valence. Le peuple, devenu exigeant, voulait voir sur la scène\ndes gentilshommes et des rois à sa portée, d'autant plus obstinément qu'il ne\nles approchait guère dans la vie réelle. Et comme ces gens-là n'apparaissaient\n guère comme comiques, il fallait donc des tragédies, et dans les tragédies,\n des passions violentes, des viols, du sang, beaucoup de sang ; tout ce que,\n dans les imaginations populaires, ces hauts personnages pouvaient se per­\n mettre impunément; de façon que le peuple pût retrouver en eux ses propres\n instincts, réprimés plus ou moins sévèrement dans la pratique. La nécessité\n où étaient les poètes de compter avec un pareil public les engagea dans cette\n voie. A vrai dire, ils ont Sénèque pour justifier les horreurs qu'ils mettent en\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3431, "texte": "                          LE   DRAME     ESPAGNOL                          l69\n\n\n scène; mais ils y ajoutent tout ce que le romanesque populaire leur inspire à\n cet égard.\n    Ils sont donc les premiers à violer les règles qu'ils invoquent. Mais il est\n vrai qu'ils conservent soigneusement la distinction entre le tragique et le\n comique, et que tous les lieux communs, épiques ou lyriques, auxquels ils\nsont rompus, leur fournissent des thèmes à variations, brillantes parfois.\n Ils prennent même fait et cause de ces lieux communs pour prétendre à\nun rôle d'éducateurs, et imprimer à leur théâtre un caractère didactique\net moral, démenti à chaque instant par le choix de leurs sujets. Ainsi écrivait\ndéjà le poète humaniste, Juan de Malara, Sévillan, contemporain de Lope\nde Rueda. Ainsi fera Juan de la Cueva, autre Sévillan, vers 1580. Ce dernier\naura cependant une inspiration de génie, qu'il ne saura pas exploiter, gêné\npar des préjugés d'école, et dont Lope de Vega tirera un parti décisif.\nConduit à considérer le drame tragique comme une épopée, et, en raison\ndes circonstances, une épopée à l'usage du peuple, il eut l'heureuse idée\nde servir à ce peuple, non seulement des sujets nationaux, comme le Siège\nde Zamora, Bernard del Carpio, les Sept Infants de Lara, mais d'utiliser les\nvieux roman sur ces sujets, en les intercalant dans son dialogue. Il alla\nmême jusqu'à traiter des sujets contemporains, comme le Sac de Rome par\nle connétable de Bourbon. Il composa enfin une comédie, El Infamador,\noù l'on veut voir une première esquisse du Don Juan de Tirso de Molina;\nmais la préoccupation didactique, et l'intervention dans une pièce de mœurs\ndu jour, de Vénus, de Diane, et quelques autres folies de ce genre, montrent\nle côté faible d'un talent plus épique et lyrique que dramatique, comme\ncelui de tous ses prédécesseurs dans le genre sérieux. La semence de\nJuan de la Cueva allait fructifier à Valence, avec Rey de Artieda, et Cristobal\nde Virués, pour aboutir à la formation d'une école, dite de Valence, ache­\nminement timide vers le drame définitif, et où Lope de Vega, pendant\nson exil de deux ans dans cette ville, de 1585 à 1587, allait puiser des\nrenseignements, et prendre conscience de son génie.\n    Avec Lope de Vega, nous touchons au terme de cette étude, qui com­\n prend les origines pénibles du drame espagnol au XVIe siècle. Nous avons\n vu l'inspiration populaire animer les faibles essais de Juan del Encina,\njusqu'à imprimer à ses œuvres lyriques un certain mouvement dramatique,\n que développera Tories Naharro, grâce au contact des pièces italiennes\n supérieures de la même époque. Nous avons vu l'Italie, incapable d'influer,\n par ses faibles essais de tragédies classiques, sur le théâtre espagnol, se\n rattraper dans la comédie par l'exemple offert d'une intrigue ingénieuse\n et de l'observation des mœurs populaires. Mais le réalisme espagnol, plus\n minutieux, ne se sent bientôt plus à l'aise dans un cadre fait pour l'observa­\n tion réduite de choses vues par un seul côté, le côté burlesque et caricatural\n des situations et des personnages. La superstition de la distinction entre le\n tragique et le comique oblige Lope de Rueda à resserrer ce comique, au nom\n de la vérité, dans un cadre aux dimensions restreintes, où il crée de petits\n chefs-d'œuvre, mais dont l'exiguïté et la vulgarité provoquent une réaction\n  en faveur du genre sérieux. Faute de modèles dignes de ce nom en\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": " 170                                     DURENDAL\n\n\n Italie, on a recours à l'antiquité, à Sénèque, et, ce qui est mieux, aux\n légendes populaires des Romances, à l'Espagne elle-même. C'en est fait\n de l'Italie, à qui revient toutefois le mérite d'avoir, par la distinction entre la\n comédie et la tragédie, appris aux Espagnols ce qu'ils pouvaient réaliser dans\n chaque genre isolément, et le peu qu'ils pouvaient de soi, en s'obstinant à\n suivre les Italiens dans cette voie. Les Romances, où se trouvent réunis les\n traits caractéristiques du peuple espagnol, fourniront à la fois l'élément\n sérieux du drame, et, par la familiarité de mœurs et d'allures des héros natio­\n naux, une transition vers la confusion définitive des genres. Mais à opérer\n cette confusion, les Romances n'eussent pas suffi. Il fallait un homme\nd'abord, capable d'en extraire le sens caché, et de concentrer dans un cerveau\nhumain tout l'esprit national, étroitement national, qu'ils recèlent. L o p e de\n Vega lui-même fût resté u n isolé sans u n troisième élément qui se trouva\nprêt, au moment voulu, pour renforcer les deux autres. Il fallait, en un mot,\n un centre, u n e ville étrangère aux influences locales de telle ou telle région,\nE s t r é m a d u r e , Andalousie ou V a l e n c e ; u n e ville capable de réunir les E s p a ­\ngnols de tout rang et de toute provenance, et de les obliger, par le contact\njournalier et les luttes de l'esprit, à dégager un idéal c o m m u n , celui de la\nrace tout entière, et à applaudir un L o p e de Vega. Il fallait ce que l'Espagne\nn'avait pas, et ce que lui d o n n a Philippe II : il fallait u n e capitale, il fallait\n Madrid.\n\n                                                                             E.   FERMAUD.\n\n\n   Séville-Madrid, 15 mai 1906.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-006", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 171, "page_fin": 171, "titre_corps": "Chansons simples : Offrande", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "François Beauck", "ancre_debut": "Chansons simples Offrande AI apporté pour vous", "ancre_fin": "ma très humble offrande", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Mon cœur est comme l'écho", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 208, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "Chansons simples\n\n                                      Offrande\n                'AI apporté pour vous une gerbe de fleurs ; et ces\n                   rieurs sont bien rares, car elles ont grandi à\n                   l'ombre de mon cœur; elles sont enveloppées\n                   clans la soie de mes rêves, et le parfum qu'elles\n                   ont, elles l'ont bu à mon â m e . . . Voulez-vous\n                   accepter cet étrange bouquet que j ' a p p o r t e pour\n                   vous ?\n                      Aimée, je vous les offre de mes deux mains\ntremblantes, ne les refusez pas; elles sont toute ma vie; que\nvont-elles devenir si vous les dédaignez, puisqu'elles sont\ncoupées? Elles devront mourir. N e voulez-vous donc pas\naccepter mon offrande?\n    Dites, ne voulez-vous pas accepter les fleurs et mon cœur?\nMes pauvres fleurs vont mourir si elles n'ont pas votre cœur\npour y tremper leurs tiges et y puiser la vie à la source de votre\nvie. 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. . . a h ! . . .\na h ! a h ! a h ! et t'emportera au fond du beau ciel b l e u ; là, elle\nte fera voir deux étoiles pareilles, qui te regarderont, et tu recon­\nnaîtras les yeux de ta maman, de ta chère maman, te souriant\nd'amour au fond du firmament.\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-010", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 172, "page_fin": 172, "titre_corps": "Chansons simples : Vieilles soies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "François Beauck", "ancre_debut": "Vieilles soies Oh le charme évocatif", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 209, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 1720, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "Vieilles soies\n   O h ! 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U n e lumière agile, comme une sève d'or, monte, par\nleurs rameaux translucides, j u s q u ' a u x petites feuilles qui trem­\nblent et frissonnent en une harmonie claire et cristalline au\nsouffle radieux de l'aurore qui se lève sur le petit jardin de mon\nâme qui rêve.\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-012", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 173, "page_fin": 173, "titre_corps": "Chansons simples : Élévation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "François Beauck", "ancre_debut": "Elévation Par delà les sommets et par delà les cimes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 210, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 1023, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "Elévation\n        Par delà les sommets et par delà les cimes,\n        mon esprit d'un essor plus vigoureux s'élance,\n        comme un aigle royal, dont le vol se balance,\n        les ailes larges ouvertes, au-dessus des abîmes.\n        Par delà l'éther pur, mon esprit orgueilleux\n        plonge dans les espaces où gravitent les mondes,\n        qui chantent des cantiques dans leurs coins lumineux.\n        Par delà les azurs, dans les plaines profondes\n        des étendues sans fin, mon esprit assoiffé\n        de lumière éternelle, en bondissant s'élance\n        vers les régions sereines des paradis immenses\n        où règne l'éclatante et subtile clarté.\n        Et là, engloutie, éblouie et heureuse,\n        mon âme est comme un cygne agile et magnifique,\n        Qui nage avec orgueil sur des eaux lumineuses.\n\n                                               FRANÇOIS BEAUCK.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-013", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 174, "page_fin": 178, "titre_corps": "Sur l’œuvre d’Adrien Mithouard", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tancrède de Visan", "ancre_debut": "Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard (Suite et fin) (1) QU'EST-CE donc que cet homme occidental", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 211, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard\n                                  (Suite et fin) (1)\n\n\n\n                      QU'EST-CE donc que cet h o m m e occidental dont à maintes\n                         reprises, au cours de cette étude, nous avons vanté les\n                         qualités, sinon le type même de notre race? « Qui dit occi­\n                         dent entend à la fois, compris en cette civilisation, l'art\n                         espagnol, le flamand, l'allemand, le hollandais, l'anglais,\n                         l'italien, mais aussi, entre tous ces glorieux rameaux, la\n                         souche française. » U n e m ê m e religion, u n même sentiment\n                         chevaleresque, u n e m ê m e conception de la vie ont rendu\n                         solidaires ces pays et circonscrivent u n e âme occidentale.\nMais de b o n n e heure, « la sincérité du F r a n c a donné son allure à l'intelli­\ngence m o d e r n e . » Le vaste effort de l'Occident nous apparaît groupé autour de\nl'intelligence française, « laquelle singulièrement alerte, mais profondément\nrationnelle, semble faite d'un équilibre de toutes les autres. U n e cellule de\nsagesse est au milieu : l'Ile de F r a n c e ». U n instinct national régit le tempé­\nrament de noire peuple. U n e culture profonde et comme un lieu moderne,\n« où s'insurgent suprêmement la colère et la verve de l'esprit », nous déter­\nmine. Notre raison française, souple et expressive, a fondé u n e discipline à\nlaquelle tous nos arts participent.\n   Sans doute l'Italie, « héritière et voisine à la fois de l'ancien monde, nous\ndonna longtemps à croire, surtout depuis le XVIe siècle, que nous n'existions\nqu'au regard de l'antique ». Or, pouvions-nous laisser élever sur notre sol u n e\nmaison étrangère ? Notre génie français « reprit donc et mortifia si bien ce\nqu'il s'était d'abord assimilé, que nos temps classiques recommencèrent la\nconstruction ogivale avec un inflexible et rationnel vouloir ». A tout prendre,\nla Renaissance m a n q u a corrompre notre goût traditionnel et nous empoi­\nsonner d'italianisme. J e vois très bien les dangers que la Renaissance traînait\nà sa suite, je comprends moins ses bienfaits, lorsque je songe à toute notre\ncivilisation médiévale et à la logique sur laquelle s'arc-boutent nos cathé­\ndrales. On déclare que l'Italie nous infusa une sagesse raisonnée dont l'anti­\nquité fit sa n o r m e . Parler u n tel langage, c'est blasphémer notre moyen âge,\nne rien comprendre à notre intelligence passionnée qui fixa sa mesure par la\n\n\n  (1) Voir nos fascicules de Septembre,    Novembre,   Décembre 1906 et de Janvier   et\nFévrier 1907.\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3726, "texte": "                    SUR L'ŒUVRE D'ADRIEN MITHOUARD                                     175\n\n\n« croisée d'augive ». L'Occidental est un architecte; il affirme son amour pour\nles lignes pures en construisant une voûle c o m m e u n Discours de la Méthode.\n    Q u e si donc il fallait définir le génie de l'Occident, nous nous achemine­\nrions, à travers la plaine française, vers une de ces majestueuses cathédrales,\nnos vrais m o n u m e n t s nationaux, et nous montrerions sa voûte. « U n e forme\nd'art définit, résume et c o m m a n d e toute l'intellectualité occidentale : la\nvoûte... C'est là que l'Occident se reconnaît, c'est par elle qu'il d é b u t e ; elle\nest sa première requête ; le type qu'il en conçoit est si profondément con­\nforme à son génie, que désormais toutes ses œuvres ressembleront à la voûte ;\nc'est au pays de la voûte que tout c o m m e n c e . » N e n o u s faisons donc p a s illu­\nsion sur les tendances de notre XVIIe siècle. Il s'est mépris sur la conformité\nde ses ouvrages à l'antique. E n croyant imiter les Grecs et les R o m a i n s , « il\nne faisait que transporter dans les lettres cette pratique hardie, juste et rigou­\nreuse de construire, qui était française avant lui. » « De l'enseignement\noriental, de l'exemple hellénique, de l'esprit latin il n e sauiait plus désormais\nrien rester de vivant, sinon ce que l'Occident s'en est assimilé. »\n    Mithouard n o u s le prouve en passant en revue nos coutumes, en choisis­\nsant les types les plus significatifs de nos œuvres d'art, en projetant de la\nlumière sur les traits indélébiles et p e r m a n e n t s de notre race. P a r là se précise\nen u n e vaste synthèse harmonieuse la mentalité d'un peuple honnête, âpre­\nment naturaliste, mesuré quoique expressif. J a m a i s on n'avait encore embrassé\nd'un plus vaste regard une succession continue de chefs-d'œuvre p o u r en\nmieux fixer la c o m m u n e origine. E t avec une tradition d'art, c'est toute u n e\nmanière d'être et une morale qui s'imposent.\n    L'Occidental, réaliste dans sa logique, le sera encore par sa piété. Il enterre\nses morts. « C'est vers la terre que son instinct profond le p o r t e . . . Il ouvre\ndonc en elle u n sillon pour y poser ses morts, comme pour y mettre le blé de\nl'an futur, et la terre reçoit le cadavre ainsi qu'une semence. » C'est qu'une\nrace de constructeurs sait le prix de la terre ; celle-ci n o u s retient par les liens\ndu sang. L'Occidental, parce que réaliste, met à toute heure de l'ordre dans\nses pensées et s'affirme à chaque instant. Si, vous p r o m e n a n t avec Mithouard\ndans le Mantois, vous d e m a n d e z votre chemin a u p a y s a n , au m o m e n t où la\nroute fait u n coude, il vous r é p o n d r a : tout droit. « T o u t droit, cela veut\ndonc dire ici : prenez à droite; cela signifie de rester d a n s la voie qui importe,\nd a n s le chemin de tous, dans l'usage c o m m u n , dans la R o u t e , enfin... Cet\nhomme du peuple en tient pour les idées générales : je suis en Ile-de-France. »\nOr, le clocher est notre affirmation la plus résolue. Dès l'instant qu'il tient\nfermement à son sol, l'Occidental n'a pas peur de porter sa tête droit dans le\nciel.\n    Bien mieux, « ces constructeurs de clochers n'ont envahi le ciel avec cette\nverve que p o u r crier à toute heure leur résolution d'en bien user. » D'où la\ncloche qui d'un angelus à l'autre mesure et distribue la vie quotidienne.\n« L'Occident est à savoir le pays du bon emploi du temps. » Noire instinct\nd'architectes, notre a m o u r p o u r la logique claire n o u s fit aussi créer l'estampe.\n « C'est parce que nous fûmes des constructeurs que nous sommes des gra­\n veurs. L a valeur, cette solidité de l'apparence, nous permit de façonner des\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "176                                    DURENDAL\n\n\n\nimages avec simplement du blanc et du noir »; et l'on nous montre l'art de la\ngravure se développant parallèlement à ceux de la cathédrale et de la\nmusique, avec même délicatesse, même science de la matière employée.\nEnfin l'Occident s'est façonné une religion et une morale en harmonie avec\nsa raison. Le relief de notre esprit apparaît dans la façon dont la religion\nchrétienne « fut organisée, comprise, sentie, précisée et vécue par nous ».\nDéjà dans le Pauvre Pécheur nous lisions ces vers :\n               Beau Dieu qu'ont affirmé nos cœurs d'Occidentaux\n               Durs et rudes ainsi que les Océans verts,\n               Dont l'oeil universel à l'infini se perd,\n               Beau Dieu, les doigts levés, que les Sculpteurs d'Amien\n               Ont fait à notre image, un peu capétien.\n\n   Oui, les dogmes que la religion enseigne et la discipline qu'elle impose sont\nmarqués au sceau de notre caractère; c'est une raison nouvelle « de nous\nregarder comme le peuple de Dieu, ainsi que nous l'avons fait séculaire­\nment ». Quant à notre morale elle tient tout entière dans notre vouloir de vivre\net dans notre soif de certitude. Le sens de la vie nous empêche de tomber\ndans l'abstraction et de suivre notre logique jusqu'à ses limites. Toute vérité\nqu'on pousse trop loin se fausse, disait M. Bergson dans un de ses cours.\nC'est donc le bon sens, plus humain, plus complet que la raison pure, qui\nnous régit. « Il y a aussi un sentiment de la vérité. » L'Occidental est syn­\nthétique, il n'analyse pas de menus faits jusqu'à s'entourer de poussière.\nNon, il incline « vers les vastes conceptions, vers les fortes complexités, vers\nles structures.et vers les systèmes qui étreignent une masse de réalités ». Puis,\nil marche, conscient de tout ce qu'il traîne avec soi, ayant foi dans la vie qui\nse prouve elle-même.\n   Il est mal aisé d'exposer dans sa plénitude, de suivre dans toutes ses consé­\nquences une pensée sans cesse en mouvement. Si je délaisse l'exposition\npour résumer, je m'aperçois que le Traité de l'Occident (1) est entièrement édifié\nsur l'idée de Temps; idée féconde entre toute — propre au système de\nMithouard comme à la philosophie de Bergson — où se confirme le génie de\nnotre race.\n   Qu'il s'agisse, en effet, d'une « cathédrale ou de l'invention de l'imprimerie,\nde notre organisation corporative ou du sentiment de notre paysage poussi­\nnesque, des sévérités de notre morale ou de la signification de nos clochers »,\nchaque fois nous devons constater à quel point est innée en nous cette notion\ndu Temps. Les anciens avaient le sentiment du fini et rythmaient leurs\ntemples selon les lois de l'harmonie. Les Occidentaux, régis par la religion\nchrétienne, croient à l'Infini et trouvent leur équilibre dans la beauté expres­\nsive. L'harmonie des Grecs est faite avec de l'espace, des nombres, des\nracines; elle est immobile. L'expression, au contraire, joue le rôle d'un\nmoteur; « elle est la sève, la verdeur et l'activité » de nos œuvres d'art.\nCelles-ci s'orientent dans le Temps, comme la succession de nos états de\n\n  (1) Le Traité de l'Occident. Perrin, Paris, 1904.\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3684, "texte": "                    SUR L'ŒUVRE D'ADRIEN MITHOUARD                                         177\n\n\nconscience. U n e œuvre a n t i q u e manifeste le bonheur de ses proportions, une\nœuvre occidentale m o n t r e u n e solidité. N o u s lisons l'écriture du temps sur\nnos cathédrales. La ligne serpentine chère à H o g a r t h , selon laquelle s'en\nroulent les mouvements de notre â m e , et la spirale décorative animent les\npiliers de nos églises. N o s cloches s o n n en t la fuite des heures et satisfont\nnotre sens du continu. Notre poésie doit ses harmonies à l'agréable distri­\nbution des accents. N o t r e langue n'est point façonnée comme celle de\nl'antique; on n e peut appliquer à nos vers une mensuration sèche et abstraite.\nU n poème g r o u p e des syllabes appuyées ou glissées. « Ce n'est pas la q u a n ­\ntité qui crée le rythme, mais les coups que n o u s frappons. Il y a dans nos\npoésies u n e cloche de fer qui sonne éternellement... L a rime manifeste de\nnouveau et par delà les séries accentuées dont elle clôt et parachève les cycles,\nce besoin d'un retentissement p é r i o d i q u e que mit en nous le vieux culte du\nT e m p s ». Que dire de notre m u s i q u e , sinon qu'elle n'est autre chose que « du\ntemps que notre passion stigmatise et diversifie. »\n     La lecture du Cours de Composition musicale qu'a publié Vincent d'Indy\néclaire singulièrement cette vue. J'ajoute que toute la philosophie de\n Bergson, elle-même basée sur l'idée de temps, corrobore la théorie de l'au­\nteur de l'Etranger. Lorsque nous voulons mesurer la h a u t e u r de plusieurs\nsons, nous dit Bergson, n o u s échelonnons ceux-ci suivant une ligne verticale.\nC'est qu'en entendant des notes successives, nous nous les représentons\ncomme des points de l'espace qu'on atteindrait l'un après l'autre par des sauts\n brusques. De p l u s , les notes aiguës nous paraissent produire des effets de\nrésonances dans la tête, les notes graves d a n s la cage thoracique. N o u s dirons\nalors que la note est plus haute, parce que le corps fait effort c o m m e pour\natteindre un objet plus élevé dans Vespace. Or, c'est là u n e illusion produite\npar l'intrusion inconsciente d'un effort musculaire. L o i n de différer par la\n quantité, les diverses h a u t e u r s des sons ne se différencient que par la qualité\n intensive. C'est d o n c bien du temps qui se succède ; la ligne des sons doit être\n figurée horizontalement, comme u n e continuité d'états de conscience (1). De\n même d'Indry : « Les p h é n o m è n e s musicaux doivent toujours être envisagés\n g r a p h i q u e m e n t , dans le sens horizontal (système de la mélodie simultanée) et\n non dans le sens vertical, comme le fait la science h a r m o n i q u e telle qu'elle\n est enseignée de nos j o u r s . » P o u r mieux d o n n e r l'impression du continu et\n développer nos émotions d a n s leur pure d u r é e , nous dé da ignons d'inter­\n rompre une mélodie par des accords. Notre musique m o d e r n e , c o m m e celle\n du moyen âge, hait la symétrie, a peur de s'abstraire dans u n e formule con­\n ceptuelle, se plaît aux dissonances, recherche les perpétuelles modulations,\n les cadences rompues, les accords de septième d i m i n u é e ; autant de facilités\n à nous mouvoir d a n s le flux de la vie.\n  Enfin, cette idée de temps fonde notre tradition tout entière. « Quelle autre\ncivilisation a toujours si bien c o m m u n i é avec son passé? Quels hommes ont\nautant regardé derrière eux? » L'Occident ressemble à u n e immense per­\nsonne. N o s corporations se transmettent de père en fils le trésor d e leur expé-\n\n\n   ( 1 ) H. BERGSON : Essai sur les données immédiates de la conscience, pp. 33 et suiv.\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3472, "texte": "178                                  DURENDAL\n\n\nrience et veulent que c h a q u e objet soit ouvré « non par le travail d'un seul\nmaître, mais par la collaboration de dix générations d'ouvriers se survivant\nà eux-mêmes ». N o u s voici donc jaloux de notre continuité. U n Chinois, un\nArabe, un H i n d o u acceptent mieux de s'en aller dans le tourbillon. N o u s\nautres, non pas. « C'est notre point d ' h o n n e u r de persister, tenaces, et\ntandis que nous doutons sans cesse si nous sommes bien aujourd'hui le même\nqui posa tel acte autrefois, c'est avec une ivresse infinie que nous retrou­\nvons tout à coup d a n s l'autrefois ce quelqu'un qui est indubitablement n o u s -\nmêmes. »\n                                         *   *\n   Glorieux langage à l'heure où l'étranger, auquel nous avons le tort de donner\nasile, raille et combat la persistance incroyable de nos sentiments tradition­\nnels! et combien il me plaît, au terme de cette longue analyse, d'élever et de\ntendre vers cette œuvre forte mon admiration toute n u e . D'autres célébreront\nen termes plus lyriques l'art de Mithouard et sa pensée complète; d'autres\ntenteront de dégager des recueils cités plus haut une formule synthétique. Je\nn'ai point cherché à écrire u n e étude lyrique à propos d'un esprit essentielle­\nment expressif, pas plus qu'à enfermer une existence vécue \" in hymvis et\ncanticis » en u n e abstraite définition. N o n , j'ai préféré suivre pas à pas mon\nauteur, revivre un peu sa vie, semblable aux b o n s ouvriers de nos cathédrales\nqui se conformaient strictement au plan proposé et qui s'efforçaient, humbles\net dociles, à mettre leur pauvre pensée pleine de foi aussi près que possible\nde celle de leurs patrons. Cette passion de « servir » que Mithouard a si reli­\ngieusement chantée, je l'ai subie. E t je crois bien que tout mon article n'est\nqu'une perpétuelle citation. J e n'ai pu faire plus court. Mon seul désir était\nd'arriver à tout citer. Au moins n'ai-je rien oublié d'essentiel. Chacun saura\ndégager u n e évidente conclusion. Barrès ne vient-il pas de rendre hommage\nsplendidement à ce talent de race? Sans le Traité de l'Occident, le Voyage de\nSparte était impossible. Que voilà donc deux œuvres s œ u r s ! La plus sincère,\nla meilleure louange q u ' u n artiste de cette envergure puisse souhaiter, je la\ndevine d a n s l'éclosion d'esprits jeunes et compréhensifs, nourris de cette forte\ndoctrine. Ainsi notre penseur eu pleine jeunesse se verra continué par\nd'autres, sans fin. Il se sera fécondé dans sa descendance intellectuelle. Loin\nd'avoir arrêté son mâle effort à nous rappeler nos origines par ses essais et\nses poèmes, Mithouard ne fait que commencer à parler. J e le surprends,\njoyeux d'écrire, heureux de manier une langue robuste, conscient de son\nrôle, tel un brave artisan qui sait le prix de l'effort et le respect qu'on doit\n à la matière employée. Je le s u r p r e n d s , dis-je, au moment où de nouvelles\npages échappées d'une plume alerte s'envolent vers l'imprimerie. Vous les\nverrez bientôt revenir s'ébattre dans nos esprits et caresser nos cœurs. J u s ­\nqu'au jour — le plus lointain possible — où ce petit h o m m e aux yeux ardents,\nà la b a r b e de satyre, au port assuré, à la démarche rapide, au geste b r u s q u e ,\nayant achevé sa tâche honnête, sera éternisé par l'un de nous d a n s la fière\ngalerie de nos chères figures occidentales.\n                                                             TANCRÈDE DE VISAN\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-014", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 181, "titre_corps": "A l’Église Saint-Boniface", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Closson", "ancre_debut": "A l'Eglise Saint-Boniface LE 24 février", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 216, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2951, "texte": "A l'Eglise Saint-Boniface\n\n                     LE 24 février, à l'occasion de la fête du saint patronal, les\n                         Chanteurs de Saint-Boniface ont exécuté, p e n d a n t l'office, la\n                         messe dite « du pape Marcel » de Palestrina, ainsi que\n                         divers fragments de plain-chant empruntés au propre, le\n                         Reminiscere, Tribulationes, Confitemini, Meditabor, Intellige, plus\n                         l'Exultate Deo de Palestrina. C'est à cette messe dédiée par\n                         Pierluigi à la mémoire du pape Marcel, qui venait de\n                         décéder, que se rattache la légende du « sauvetage » de\n                         la musique religieuse, p r é t e n d u e m e n t c o n d a m n é e par le\nconcile de T r e n t e , mais réadmise après production, par Palestrina, du dit\nouvrage. On sait aujourd'hui, par les recherches de H a b e r l , confirmées par\nles travaux de Brenet, que toute cette histoire, échafaudée par Baini, le bio­\ngraphe du maître, n'est qu'un conte à dormir debout : ce qui n'empêche qu'on\nla retrouve d a n s des ouvrages publiés postérieurement à ceux de Haberl et\nde Brenet !\n    La messe n'en reste d'ailleurs pas moins u n pur chef-d'œuvre. L'art minu­\ntieux et les complications algébriques de Josquin De-prés et des autres maîtres\nde la deuxième école néerlandaise s'échauffe ici d'une ardente flamme inté­\nrieure et d'un sentiment plus idéal. L e contrepoint n'étant plus le but, mais\nle moyen, se clarine de plus en plus, suivant les tendances manifestées, anté­\nrieurement déjà à l'école romaine, par l'école vénitienne, où le clair génie\nitalien c o m m e n c e à se ressaisir. Dans le Benedictus à quatre parties, notam­\nment, le style palestrinien s'affirme, dégagé de toute autre influence, dans\nson adorable simplicité, son ingénuité et son incomparable ferveur d'expres­\nsion. L'Exultate Deo, lui, est plus allègre, plus en d e h o r s ; on dirait du\n Lassus par l'élan impulsif, l'allure fraîche et dégagée de l'ensemble.\n    Tout cela est adorable, d'une délicieuse et reposante sérénité, d'un inex­\nprimable mysticisme, loin de ces luttes de tonalités et de modes ennemis dans\n lesquelles la musique des siècles suivants symbolise les luttes analogues de\nl'âme. Avec une sérénité en quelque sorte s u r h u m a i n e , les voix évoluent, dans\nun sentiment toujours égal, à travers le cycle diatonique, cottgénial de ces\nnnciennes tonalités, auxquelles les cadences seules confèrent u n e individua­\n lité relative; rien ne trouble la marmoréenne pureté de cette masse vocale qui\n semble immobile par la lenteur, l'étendue restreinte, le caractère concentrique\n des évolutions polyphoniques, sereines et harmonieuses comme des vols\n d'anges... L'invention de la basse continue et celle du style monodique avec,\n comme conséquence, l'inégalité des parties, les « concerts ecclésiastiques »\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "180                                    DURENDAL\n\n\nde Viadana, le d r a m e lyrique des Florentins, le chromatisme d'où allait sortir\nl'hégémonie définitive des deux modes modernes, tout cela allait bientôt mettre\nun terme au grand art palestrinien, créer des formes nouvelles, d'une surpre­\nnante fécondité : mais avec elles, la composition musicale allait perdre à\njamais le caractère hiératique, réfugié désormais dans le chant grégorien.\nLa musique d'église elle-même suivra le m o u v e m e n t général, deviendra\nmatérielle, sensuelle, théâtrale ; et l'effort même d'un p a p e artiste paraîtra\nimpuissant à l'en tirer...\n                                             *\n                                            * *\n    L'exécution de la messe a été hors ligne, comme toutes celles du m ê m e\ngenre à l'église Saint-Boniface. On imagine aisément l'habileté, la patience\net le goût qui doivent présider à la préparation de ces œuvres si essentielle­\nment opposées au répertoire traditionnel des maîtrises.\n    M. H e n r i Carpay paraissait prédestiné à cette tâche ardue. R o m p u dès\nlongtemps à la technique spéciale de l'ensemble vocal, son expérience attestée\npar de nombreuses et brillantes victoires, il est l'un des rares qui conçurent,\ndans les dernières années, le projet hardi d'arracher la pratique du chant\nchoral, si en h o n n e u r en Belgique, à l'ornière de la virtuosité pure et du\nstyle o r p h é o n i q u e , pour l'aiguiller vers l'ensemble vocal mixte, le seul artis­\ntique, au d o m a i n e si riche et si varié. Et ce n'est pas de sa faute si l'expé­\nrience, à Bruxelles, fit long feu...\n    Ici, du moins, M. Carpay trouve à mettre les ressources de son expérience\nau service du grand art. Il est arrivé à former une phalange vocale d'une\nhomogénéité et d ' u n équilibre parfaits, d'une sonorité réellement esthétique.\nL e s voix d'enfants notamment, d'un timbre généralement criard et discor­\ndant, désagréable a u premier chef, sont d'une pureté et d'une limpidité\ncristallines. L'ensemble n'est pas moins remarquable. Les diverses voix se\nmeuvent avec cette aisance et cette indépendance quasi-improvisatrice qui\n est l'essence même du style polyphonique (antérieur à l'invention de la\nbarre de mesure!), s'essorent, s'infléchissent souplement, retombent comme\n d'elles-mêmes dans l'unisono harmonieux de l'accord final, qui s'éteint\ngraduellement comme u n son de h a r p e .\n    Il en est de même de l'exécution du plain-chant, — bien qu'ici on pourrait\n souhaiter plus de liberté encore et de mouvement dans ces souples et lentes\nvocalises, dont le texte constitue toute l'ossature rythmique. L a raideur qui\nl'entrave encore pourrait être attribuée à l'accompagnement fatalement alour­\ndissant de l'orgue, dont l'intervention, en l'occurrence, nous apparaît plus\n contestable à mesure que l'exécution du plain-chant approche de sa perfec­\n tion (1).\n    Ce n'est là d'ailleurs qu'un détail dans l'excellence d'un ensemble qui fait\n\n\n   (1) Il n'est pas sans intérêt de noter ici que M. F.-A. Gevaert, qui fait autorité dans ces\nmatières, est défavorable à l'accompagnement du plain-chant. Cette opinion est d'autant\nplus caractéristique que M. Gevaert publia lui-même, au début de sa carrière, un traité\nd'accompagnement du plain chant qui devint rapidement populaire.\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "                        A L'ÉGLISE     SAINT-BONIFACE                           181\n\n\n\nautant d'honneur au chef qu'à ses interprètes. Il serait injuste, en effet, de ne\npas louer la conscience et l'effort individuel des membres de la maîtrise, tant\nenfants qu'adultes, dans la réalisation de ces formes polyphoniques, de ces\nlongues tenues, de ces majestueuses vocalises dépourvues d'accompagnement,\nprivées du soutien habituel d'une basse réelle, et dont la moindre défaillance\nvocale troublerait la pureté de ligne...\n   Mais ce n'est pas tout; les soins artistiques ne suffisent pas, il y a la question\nmatérielle. La pratique du grand art polyphonique suppose un ensemble\nnombreux de voix choisies, d'artistes et non de simples chantres, une prépa­\nration minutieuse en de nombreuses répétitions; — et cela coûte cher. L'exé­\ncution du 24 février réunissait un total de trente-cinq voix, on avait répété\nlonguement : dont coût, quelques centaines de francs. On conçoit que les\nbudgets habituels des maîtrises ne pourraient faire face à ces dépenses.\n   Il convient de rendre hommage, ici, à l'initiative et à la générosité éclairée\ndes membres protecteurs de l'association, ainsi qu'au bon goût du curé de la\nparoisse, M. le chanoine Hallaux, qui favorisa de tout son pouvoir les efforts\nde son maître de chapelle.\n   En résumé, l'action des Chanteurs de Saint-Boniface est digne du plus grand\nintérêt; c'est de telles initiatives que sortira finalement, espérons-le, l'épura­\ntion définitive du répertoire détestable des maîtrises belges. Au seul point de\nvue artistique, elle mériterait même (n'était la « balançoire clérico-libérale »\nqui, dans notre pays, affecte toutes les manifestations de la vie sociale) la\nfaveur des pouvoirs publics. Elle est digne, en tous cas, de toute celle des\npouvoirs ecclésiastiques, comme une réalisation magnifique et trop rare du\nMotu proprio de Pie X, si célébré à son apparition et si tôt oublié.\n\n                                                             ERNEST CLOSSON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-015", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 182, "page_fin": 183, "titre_corps": "Sur une falaise d’Angleterre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Sur une falaise d'Angleterre L'Anémone des Mers (1), de JEAN DOMINIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 219, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "Sur une falaise d'Angleterre\n\n                    L'Anémone d e s M e r s (1), de JEAN DOMINIQUE... P o u r q u o i\n                      ai-je tardé si longtemps à vous parler de ces poèmes? Ils\n                       me rappelaient pourtant quelques heures délicieuses...\n                       U n e après-midi de l'été dernier, j'avais emporté ce petit\n                       livre, légèrement taché par l'embrun, au sommet d'une\n                       falaise anglaise ; et là, couché dans le gazon roussi, j'avais,\n                       n o n c h a l a m m e n t , effeuillé les pétales de l'Anémone des Mers...\n                           E t tandis que ces vers fragiles, fluides et tendres, glis­\n                       saient sans la troubler au long de ma pensée, l'océan,\nle ciel et ce beau rivage les illustraient tour à tour de leurs images\nanimées, dans un accord si plein, si pur, si harmonieux qu'il continue\nde retentir au plus profond de ma mémoire... U n e brume opaline voilait\nla haute mer, et les navires qui passaient semblaient flotter dans un rêve.\nDe faibles vagues battaient à intervalles égaux le pied de la falaise,\nqu'elles ceignaient d'une mousse d ' é c u m e ; et cela faisait u n e r u m e u r\nlente, continue, régulière et tranquille, comme la respiration d'un enfant\nendormi. L e vent, qui venait des jardins en fleur étages sur les pentes\ncrayeuses, apportait avec leurs parfums le carillon d'une vieille église, dont\nle clocher pointu trouait dans la vallée l'épaisse verdure des arbres : c'était\nune g a m m e descendante, d'une gaîté mélancolique, quelques notes alertes et\nfraîches qui, aussitôt tombées, dégringolaient de n o u v e a u ; on eût dit un\ngroupe de jeunes filles, dont les pieds agiles eussent sans cesse redescendu\n les mêmes degrés de marbre sonore. E t je songeais à l'Escalier des Heures\n de Sir E d w a r d B u r n e s - J o n e s . . .\n    Derrière moi, presque cachée en un pli de la colline, il y avait une antique\n maison encapuchonnée d'ardoises bleues et frileusement recouverte d'un\n épais manteau de lierre; la splendeur pourpre des géraniums brillait, dans le\n soleil du soir, à ses fenêtres à guillotine, et un maigre jardinet de fleurs et de\n légumes l'entourait, au nord, de sa haie d'épines. Cette vieille demeure\n paisible, Dickens l'avait décrite dans David Copperfield... Le long du sentier\n de cailloux qui conduisait à la petite ville, de blondes jeunes filles passaient\n parfois, ouvrant en un sourire la fine rose de leurs lèvres et livrant au vent\n leur chevelure dorée. J e ne comprenais qu'à demi les paroles qu'elles pronon­\n çaient, mais elles m'arrivaient dans la brise comme un gazouillement mélo-\n\n\n   (1) Paris, Mercure de France.\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3243, "texte": "                      SUR UNE FALAISE D'ANGLETERRE                                      183\n\n\n dieux qui voulait dire : B o n h e u r ! b o n h e u r ! . . . E t je pensais à Claribel, à\n Lilian et à Mariana, les roses jeunes filles dont la voix tinte dans les poèmes\n de T e n n y s o n . . .\n   Les instants s'écoulaient ainsi, monotones, musicaux et calmes, tandis\nqu'une à u n e s'effeuillaient, du bout de mes lèvres indolentes, les strophes de\nl'Anémone des Mers. E t cette soirée avait, pour les sens et pour l'âme; une\ndouceur enveloppante et indéfinissable, u n charme n o m b r e u x et imprécis, à\npeine nuancé de mélancolie parce qu'on le sentait fugitif, et parce que les\nvoiles du retour se déployaient déjà sur la mer vespérale...\n   Ce soir inoubliable, je n'aurais su vraiment lui découvrir u n sens déter­\nminé. Aussi bien me gardais-je de lui en chercher un : le lent m u r m u r e des\nvagues contre la blanche falaise, la voix claire des j e u n e s filles qui passaient\nsur le c h e m i n , la g a m m e enfantine du vieux carillon, les roses mourantes du\nciel crépusculaire, la caresse légère du vent chargé d'odeurs délicates, cette\nmaison dont les croisées s'empourpraient de géraniums, et j u s q u ' a u x voiles\nimpatientes du navire que les flots balançaient dans la' rade et qui devait tout\nà l'heure me porter aux côtes de F r a n c e , — tout cela, joint à l'arome de\nl'Anémone des Mers, composait une ivresse confuse qui se suffisait à elle-même\net qu'il eût été puéril de vouloir nettement définir...\n   P o u r q u o i m'attarderais-je m a i n t e n a n t à caractériser en u n e sèche analyse\nles poèmes de Jean Dominique? Ces subtiles mélodies « d'une âme, qui vient\nd'Irlande », laissez-moi plus simplement les comparer à ce soir, à ce beau\nsoir d'Angleterre dont ils ont été pour moi l'un des multiples enchantements ;\nlaissez-moi les replacer dans ce cadre et d a n s cette heure, qu'ils complétèrent\nà souhait :\n\n                            ... dans cette ombre chauffée\n               Où l'odeur des grands flots se mêle au vent du soir...\n\n   E u x non plus, ils ne semblent pas avoir de sens bien précis : ils baignent\ndans une b r u m e dorée qui amollit leurs c o n t o u r s ; ils traînent u n e longue\nsuite d'images frêles, pensives et souriantes, les u n e s couronnées de roses et\nles autres de violettes, et dont on ne sait pas au juste si elles parlent de deuil\nou de joie ; et l'on écoute ces chansons qui vous glissent à fleur de l'âme,\nsans y laisser d'autre sillage qu'une musicalité vague et attendrissante, et\ncomme le souvenir d'un soir parfumé...\n   Passez donc, petites chansons du poète Jean D o m i n i q u e , passez comme\nces belles jeunes filles dont les paroles mystérieuses ne m'apprenaient rien\ndu tout, sinon que la vie est douce et parfois mélancolique, mais dont les\nvoix me donnaient un ravissement merveilleux! Il n'est a u c u n e m e n t néces­\nsaire que les poètes disent quelque c h o s e : il suffit que leurs vers soient tendres\net mélodieux. L'un d'eux, F e r n a n d Séverin, l'a proclamé lui-même :\n\n              Leurs mots, même incompris, sont toute une musique....\n\n                                                                        FRANZ A N S E L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-016", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 184, "page_fin": 191, "titre_corps": "Chronique d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d'Art MUSIQUE : Le troisième Concert du Conservatoire Cette séance", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 221, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "Chronique d'Art\nMUSIQUE :\n\n              Le troisième Concert du Conservatoire\n   Cette séance, dont le programme n'offrait aucune nouveauté sensationnelle,\nfut cependant du plus vif intérêt. En musique, comme en poésie, comme en\npeinture, les vieilles choses ont u n charme éternel q u a n d — elles sont signées\npar des Maîtres. C'était le cas pour les quatre numéros que M. Gevaert nous\na fait entendre et dont il a magistralement dirigé l'exécution.\n   La « 3 e S y m p h o n i e » (écossaise) de Mendelssohn, dont l'allegro et le vivace\nont u n e si pittoresque et si alerte fraîcheur, d o n t tout le mouvement est d'une\ndélicatesse et d'une sincérité tout à fait délicieuses et dont la finale est\n grandiose, a d o n n é l'occasion à l'incomparable orchestre du Conservatoire\nde déployer ses qualités exceptionnelles. L e P s a u m e X X I I , écrit par Schubert\npour quatre voix de femmes avec accompagnement de piano, et transcrit\nd'une façon charmante pour harpes et orgue par M. Gevaert, fut étoffé\ncomme il convenait. Mais la «4 e Symphonie », inachevée, du même Schubert,\na davantage emballé l'auditoire par sa grâce et par sa passion. Elle est\nadmirable cette symphonie de Schubert et d'une si belle originalité !\n L'ouverture de Léonore (Fidelio), conduite par M. Gevaert avec, sa maîtrise\net sa vaillance coutumières, a couronné dignement cette intéressante séance\n de musique allemande.                                                      INTERIM.\n\n\n\n               Festival Wagner aux Concerts Durant\n   P r o g r a m m e superbe où se côtoyaient les pages les plus exquises et les\nplus pénétrantes du maître de Bayreuth, et au sujet duquel on ne pourrait\nformuler qu'un seul reproche, si toutefois l'on peut donner ce nom à cette\nobservation que le voisinage immédiat des plus puissantes impressions qui\nsoient dans la musique, faisant planer l'âme enivrée de cime en cime,\nengendre à la fin cette lassitude des h a u t e u r s , ce vertige du sublime que\nconnaissent si bien les familiers des contrées alpestres. E t quel b o n h e u r\ncependant de se rafraîchir aux sources immortelles de beauté, de retrouver\nW a g n e r , l'enchanteur bienfaisant entr'ouvrant le trésor des infinies splen­\ndeurs, éveillant les échos divins qui vivent secrètement au fond de notre être!\n   P a r m i les meilleurs choses du concert, nous signalerons l'Ouverture du\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3300, "texte": "                               CHRONIQUE D'ART                                    I85\n\n\nTannhäuser : exécution ferme et de bel accent, bien que plus d'ampleur et\nde majesté eussent été désirables d a n s la péroraison du poème, les Murmures\nde la F o r ê t de Siegfried esquissés avec u n e fluidité souple et onduleuse, dans\nune poétique atmosphère de sonorités discrètes et caressantes, le prélude de\nTristan et Iseult dont le crescendo fulgurant a été r e n d u de manière vraiment\néloquente. Les adorables harmonies du Charme du Vendredi Saint ont été\ndélicatement dessinées et nuancées par l'orchestre des concerts D u r a n t .\nD'autre part, le P r é l u d e de Parsifal, dont les parties éclatantes et héroïques se\nsont bien affirmées, a m a n q u é en général de cette profondeur mystique qui\nlui confère sa g r a n d e u r et sa signification. Avec tout le prestige d'autorité et\nde force expressive qui caractérisent ses interprétations wagnériennes,\nM. Seguin a été acclamé dans la Rêverie de H a n s Sachs et dans les Adieux\nde W o t a n .\n\n\n                        Cinquième Concert Ysaye\n   P l u s d'une fois déjà nous avons rendu h o m m a g e à Steinbach, l'éminent\ndirecteur du Conservatoire de Cologne, aux suggestives illuminations d o n t\nil pénètre les oeuvres, à ses interprétations aussi personnelles et h a u t e s\nque respectueuses de la pensée des maîtres et de leurs divers modes expressifs.\nRarement ces précieuses qualités se sont imposées de façon aussi manifeste\nque dans le dernier concert dirigé par lui aux Ysaye.\n   En tête du p r o g r a m m e u n e Sérénade de Max Reger, jeune auteur allemand\nencore inconnu en Belgique et dont la production est déjà fort a b o n d a n t e .\nLa Sérénade est désignée op. 95. P a r la disposition de son plan c o m p r e n a n t\nles quatre mouvements classiques, cette composition affecte la forme d'une\nsymphonie de proportions réduites. P o u r q u o i l'appelle-t-il Sérénade? Est-ce\nparce qu'il confie presque exclusivement l'expression de sa pensée au\nquatuor et aux bois ? Ou parce que même dans les mouvements d'allure vive\net joyeuse se rencontrent comme des stations de rêve, de poétiques épisodes\nde tendresse qui semblent donner à son inspiration des significations\nélégiaques et amoureuses? Quoi qu'il en soit, cette composition renferme des\nparties fort intéressantes, l'Allegro moderato tout en verve spirituelle et en\ningén'eux développements, le Vivace a Burlesca avec sa pointe d'humour\ns'embrumant de mélancolie, surtout l'Andante Semplice où le quatuor chante\ndélicieusement un h y m n e grave et doux s'élevant dans u n e atmosphère de\npaix et de plénitude harmonieuse.\n   La pièce sensationnelle du concert était le Don Juan de R i c h a r d Strauss,\nune des plus fortes créations du maître où la richesse d'invention le dispute\nà la triomphale splendeur du coloris. Mais a d m i r o n s ici quelle ampleur de\nrayonnement la baguette magique de Steinbach confère à ce poème, essor\nvigoureux de lyrisme altier, éloquente mise en lumière des contrastes qui\nsont comme l'essence de cette musique, affinement merveilleux des grandes\nsignifications expressives, fusion intime de tous les éléments de la symphonie\nvenant concourir et communier dans une âme sonore unique qui chante et\nvictorieusement s'épanouit.\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2905, "texte": " 186                                     DURENDAL\n\n\n   Après les flots de passion ardente où baigne ce poème débordant de sève\nbyronienne et romantique, les architectures sévères et néo-classiques de la\nSymphonie de Brahms (Première S y m p h o n i e en ut mineur) eussent apparu\nplutôt froidement solennelles, si l'interprétation lumineuse et persuasive de\nSteinbach n'avait pas éclairé toutes les parties du m o n u m e n t . Sans doute\ncette symphonie n'est pas dans son ensemble animée d'un souffle bien\npuissant, mais ce défaut est racheté par la noblesse de sa pensée, par sa\nmusicalité radieuse que couronne un finale empreint d'une poésie toute\nbeethovénienne.\n   Mathieu Crickboom, un des premiers violonistes de notre pays, participait\nà ce concert. Il a affirmé sa maîtrise d a n s la Symphonie Espagnole de L a l o . De\nchaleureuses ovations ont salué son jeu ferme, pur, subtil et scintillant.\n\n\n\n                 Récital du Pianiste Frédéric Lamond\n   M. Frédéric L a m o n d est u n artiste sérieux et sincère. Ses interprétations\nde Beethoven, dont il s'est fait u n e spécialité, se r e c o m m a n d e n t par la\nvigueur d'accent, l'éclat victorieux de la sonorité, aussi par une belle simpli­\ncité n'aimant point à se montrer prodigue d'effets trop cherchés. Il n'est point\nun virtuose, mais un pianiste interprète u n i q u e m e n t soucieux de faire\njaillir suivant sa conception propre la pensée maîtresse des sonates. Ces\ninterprétations sont parfois discutables. Outre que le jeu de F r é d é r i c L a m o n d\nest en général assez lourd et attaque trop violemment les passages chantés,\nnous estimons que la précipitation excessive imprimée par cet artiste à\ncertains mouvements des sonates leur enlève une partie de leur ampleur. Tel\na été le cas de l'Appassionnata, dont L a m o n d a cependant admirablement joué\nl'Andante con moto. E n revanche, son interprétation de la sonate o p . 111 a été\nremarquablement compréhensive, il a d o n n é au mouvement du d é b u t toute\nla g r a n d e u r s y m p h o n i q u e qui caractérise cette page si vibrante et h u m a i n e ,\ntandis que l'Arietta avec ses chants célestes et ses extases a été rendue dans\nune exécution très fouillée, très pieuse et attentive. N o u s goûtons fort aussi\nla beauté et la justesse de n u a n c e s , ainsi que l'atmosphère candide de calme\net de sérénité où il a fait apparaître la sonate en ut majeur o p . 5 3 .\n                                                                GEORGES      DE    GOLESCO.\n\n\n\nEXPOSITIONS :\n\n                     XVe Salon dn Cercle Pour l'Art\n   A moins d'être u n outrancier ou u n sans-patrie artistitique, il est impos­\nsible de ne pas se réjouir des tendances élevées, du caractère esthétiquement\nnational qui se manifestèrent au dernier et tout récent salon du vaillant\ncercle Pour l'Art.\n   Depuis longtemps, les salles du Musée Moderne affectées aux salonnets\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                      187\n\npériodiques n'avaient d o n n é l'hospitalité à meilleur et plus caractéristique\nensemble : peintres, statuaires surtout semblaient avoir rivalisé pour produire\nl'effet le plus considérable.\n    Légitime émulation dont le résultat d e m e u r e r a d a n s la mémoire des artistes\net esthètes, impression durable que les associations rivales a u r o n t peine à\ndétruire.\n   P a r m i les statuaires il faut citer, en premier lieu et hors pair, Rousseau\ndont le multiple envoi a été des plus r e m a r q u é s ; sculpteur délicat, techni­\ncien habile, Rousseau rappelle la grâce ingénue des meilleures productions\nde De Vigne et Dillens.\n    Les formes grêles et élégantes de l'adolescence le séduisent à juste titre\nplus que les opulentes maturités chères à L a m b e a u x et à ses disciples.\n    L'art de Rousseau est à la fois distingué et souple.\n    L'ébauchoir de Bracke est plus décoratif, moins florentin, si je puis ainsi\nparler : c'est entre De Vigne et L a m b e a u x qu'il faudrait le classer.\n    Boncquet accentue encore la note matérielle : sa Sollicitude maternelle, tout\nen a p p a r t e n a n t à u n genre réaliste, échappe à l'écueil de la vulgarité.\n    Noté u n excellent buste de Lagae, statuaire-portraitiste de premier ordre\nparce que sagace physionomiste.\n    De Rudder et Gaspar, celui-ci avec u n e lionne de belles et nobles allures,\ncomplétaient l'importante participation des statuaires.\n    Dire que F a b r y , L a e r m a n s , Van Holder, Verhaeren, De H a s p e , Opsomer,\nViérin, H a m e s s e , Viandier, etc., participaient à ce salonnet d'une si belle\ntenue, c'est constater que, comme notoriété et talent, les peintres rivalisaient\navec les statuaires; ils rivalisaient aussi avec eux au point de vue de la valeur\nde leurs apports.\n    Descendant en ligne directe des Breughel, L a e r m a n s s'impose à ceux\nmême qui n'aiment point son art un peu fruste et certainement voulu comme\nfacture; mais aussi quelle profonde observation et quelle personnelle exécu­\ntion d a n s ces pages si p u i s s a m m e n t synthétiques! Après cela, je suis d'accord\navec nombre de visiteurs pour estimer qu'il traite mieux la figure habillée\nque le n u .\n    L'art de Van Holder est flamand comme son nom ; ses portraits sont bien\nétablis, solidement brossés et d'un coloris s a v o u r e u x ; on souhaiterait le\nportraitiste psychologue plus perspicace ; en vrai F l a m a n d il est peintre,\namoureux de la forme et de la couleur, avant tout. Van H o l d e r n'est point\nstyliste comme F a b r y qui a le sens du décor, du décor somptueux de la\n Renaissance a p p r o p r i é aux idées m o d e r n e s .\n    Son succès fut très vif, bien mérité d'ailleurs.\n    De F a b r y , il faut rapprocher Colmant, Beauck et même Baes qui\ns'affirment dessinateurs plutôt que peintres et qui n'ont guère la préoccu­\npation du tableau p r o p r e m e n t d i t ; leurs travaux contribuaient singulièrement\n à donner à l'exposition son caractère sévère.\n    Styliste aussi, le paysagiste De H a s p e ; les grands aspects de la nature le\n séduisent plus que les \" petits coins \" chers aux peintres de la fin du siècle\n dernier ou les « effets » passagers que notent r a p i d e m e n t les impressionnistes.\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3048, "texte": "188                               DURENDAL\n\n\n   Viérin et Opsomer, pour être moins distingués, n'en sont pas moins goûtés,\nau contraire, car leurs productions, moins hermétiques, sont d'une compré­\nhension plus aisée.\n   Le Moulin de Dierickx se recommandait par son fini précieux.\n   Verhaeren, dont nous reconnaissons hautement le superbe talent qui s'est\naffirmé par tant de belles œuvres, se répète, à mon humble avis, et l'on\nperçoit un peu trop les trucs qui doivent donner à ses tableaux les patines\nque seul le temps, cet admirable artiste, donne aux œuvres.\n   Les mélancoliques sous-bois de Viandier ne sont peut-être pas appréciés\nà leur juste valeur; cet humble chantre de la forêt voisine d'ailleurs avec ce\nséducteur de Michel qui a de si gentils intérieurs avec de si jolies occupantes\nsi gracieusement attifées !\n   L'art frivole — notez que je ne veux diminuer en rien la réelle valeur de\nMichel — a bien plus de chance de plaire que l'art sérieux, sévère, et tel\ns'extasie devant un Michel ou un Thomas qui ne désirerait pas chez lui un\nde ces magnifiques panneaux où Fabry a tracé des figures monumentales,\nmonumentales non seulement par les dimensions, mais comme conception.\n   Superbes les vastes broderies de Mme De Rudder. Exquis les bijoux et\norfèvreries de Wolfers.\n   Et personne ne quittait l'exposition sans détailler les amusants lavis de\nLynen, dessins spirituels, sobrement relevés...\n   — Nous avons encore des artistes et des artistes de sang flamand, nous\ndisait au sortir de ce consolant — oui! consolant — salonnet un ami qui,\nsans être chauvin, apprécie la valeur et la saveur de l'art patrial.\n   Et, au fait, les influences étrangères, notamment française et anglaise, qui,\nen ces temps derniers, se sont fait sentir si vivement dans l'École belge,\nauront-elles produit tout le bien que d'aucuns en attendaient?\n   Il est permis d'en douter — même à ceux qui traitent Taine de vieille\nperruque et sa Philosophie de l'art dans les Pays-Bas d'ouvrage surfait et\nsuranné.                                                               A. D.\n\n\n                    L'Exposition du Livre belge\n   La Villa Hermosa, comme l'on sait, fraîchement restaurée, rajeunie, rendue\npimpante, a repris une valeur nouvelle. Elle n'a pas vendu son âme au\ndiable, comme Faust, mais elle s'est tout simplement offerte à abriter une\ninitiative jeune, alerte et extrêmement intéressante. Elle est devenue La\nMaison du Livre. Le livre a son musée; on pourra désormais aller voir le livre\nd'art aux belles couvertures, aux luxueuses reliures, aux typographies savou­\nreuses, tout comme l'on parcourt les galeries de tableaux, les expositions d'art\ndécoratif, industriel, etc. C'est une idée d'une rare délicatesse. Je ne sais\nquelle impression extrêmement curieuse l'on éprouve en visitant ces cinq ou\nsix armoires vitrées où sont étalés quelques centaines de livres, d'apparences\nriches et cossues. On sent qu'il y a quelque chose de plus dans cette exposi­\ntion que dans les autres; la curiosité du visiteur y est mise à l'épreuve,\n"}, {"page_pdf": 228, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                        189\n\n\namorcée par l'aspect très séduisant des éditions; niais l'œil dépasse vite la\ncouverture, il a vite fait de lire le titre. T o u t le mystère profond du contenu\nlui est interdit; et c'est ce qui rend cette exhibition si attirante, c'est ce qui\nexplique la part infinie de curiosité qu'elle éveille. C'est comme u n e expo­\nsition de tableaux où l'on cacherait aux visiteurs les trois quarts de chaque\ntoile exposée! Précaution d'une salutaire ironie ! Le Salon du Livre aura plus\nfait pour la diffusion du livre belge que les plus habiles réclames j o u r n a ­\nlistiques.\n    E n s o m m e , nous avons revu à la Villa H e r m o s a les mêmes livres que ceux\nde l'exposition d'Ostende. Mais jamais on ne les imposera assez à l'attention\ndu public.\n    M. Otlet a publié, en u n e brochure remarquable, agréablement imprimée,\nla conférence inaugurale de l'exposition du livre belge d'art et de littérature\nà Ostende. Sous ce titre : Les Aspects du Livre (1), il dit des choses fort judi­\ncieuses sur la Bourse, la Poste spéciale, de l'Etat civil, le Conservatoire et le\nMusée du livre, et sur la conception qu'il faut se faire du livre. Cette pla­\nquette mérite d'être lue minutieusement.\n    N'eussent-elles pour effet que de mettre sous les yeux des ignorants la col­\nlection des œuvres fascinantes et nombreuses de nos écrivains artistes\n L e m o n n i e r , P i c a r d , E e k h o u d , Van Lerberghe, Demolder, Maeterlinck, et\nles autres, de leur imposer en quelque sorte la connaissance de cette activité\nlittéraire inappréciable, ces expositions auraient néanmoins exercé une\ninfluence méritoire et digne d'unanimes applaudissements.\n\n\n\n        Exposition Gailliard, Lemmers et Taelemans (2)\n    M. F . Gailliard doit être loué de faire du luminisme, avec le consciencieux\nsouci d'être vrai. Cela n'est pas banal à cette époque de luminisme effréné,\noù c h a c u n veut la lumière et où si peu se d o n n e n t la peine de la chercher.\nCe n'est pas que M. Gailliard parvienne toujours à être vrai. Mais, s'il y a\nmalgré tout quelque chose d'inachevé, de sommaire, de peu pénétré, d a n s\nses tentatives, il faut reconnaître pourtant, dans Détresse n o t a m m e n t , u n e\nbelle, altière et décorative intention. L e s Pouffs sont assez curieux, de couleur\nvive et d'allure étrange. J'aime mieux les pastels de M. Gailliard. Las d'aller,\nClaque-dents, Roulottes sont des pages observées, d'un dessin nerveux ; on y\ntrouve de la vie farouche, âpre et u n e psychologie, u n peu a m è r e , des misé­\nrables.\n    T r o p hâtives semblent les œuvres de M. L e m m e r s . L'artiste n'a pas reculé\nc e p e n d a n t . Il a u n portrait : L'Etranger, qui a du caractère et u n e fière allure.\n Coquetterie révèle de l'adresse et une fine notation des couleurs. Ses études\npourtant sont la meilleure partie des œuvres exposées ; quelques portraits, au\n\n\n   (1) Les Aspects du Livre, brochure publiée par le Musée du Livre. Novembre 1906.\n   (2) Au Cercle Artistique de Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "190                                   DURENDAL\n\n\ncrayon noir, de Gilsoul, De R u d d e r . L a m b e a u , Verhaeren, etc, sont d'un\ndessin intéressant.\n   C est un art gauche, archaïque, assez impersonnel que celui de M. Taele­\nm a n s . Il se r e c o m m a n d e , du reste, par u n e naïveté qui n'est pas sans charme.\nMais M. T a e l e m a n s pourrait, sans arrière pensée, observer ses coins de\nBruxelles à travers u n e loupe : Boulevard du Régent, Place de Broeckère, m'ont\nparu bien \" petite ville \". Et c'est si peu vivant!...                              F. H.\n\n\n\n                   Exposition deMlleJenny Lorrain\n   M lle J. Lorrain, artiste sculpleur, n'est pas u n e inconnue pour le public qui\nfréquente assidûment les expositions annuelles des différents cercles dont les\nSalons se succèdent en hiver au Musée Moderne.\n   Elle exposa jadis à la Libre Esthétique, ce qui est déjà une recommandation\npour elle, car Octave Maus, le directeur et le plus compétent des connais­\nseurs, n'accepte un ariiste qu'à bon escient dans ses Salons. Qui n'est pas\nvraiment et sérieusement artiste n*y pénétrera jamais. M lle Lorrain y eut, du\nreste, beaucoup de succès Elle fut fort remarquée. Elle eut même des succès\nde vente, ce qui n'est pas peu dire.\n   R é c e m m e n t , Mlle Lorrain exposa à la salle R u b e n s (Galerie Royale) toute\nune série d'objets sculptés en bronze, en argent, en étain, qui affirment un\nvéritable tempérament d'artiste sculpteur. Art étudié et patiemment mis à\nexécution. C'est d'une belle distinction, d'un goût sobre, d'une ligne élégante\net absolument originale. L e Heurtoir en bronze est superbe, la Lampe électrique\nest r e m a r q u a b l e . E t que de beaux vases, de jolis plateaux, de charmants\nencriers et de ravissants services de fumeur.\n   N o u s espérons que Mlle Lorrain fera un jour u n e exposition de plus\nd'importance encore et où elle pourra se montrer dans toute l'ampleur de son\ntalent.                                                                        H . M.\n\n\n\nLE T H E A T R E :\n\n                             Au Théâtre du Parc\n    L e théâtre de E e r n a r d S h a w était connu — et applaudi — en Angleterre,\nen Amérique et en Allemagne. Il était ignoré en F r a n c e et en Belgique :\nM. H a m o h l'a révélé au public nombreux et fidèle des belles matinées\nlittéraires qui prospèrent au théâtre du P a r c , et il faut lui en rendre grâces.\nR a r e m e n t on a eu l'occasion d'entendre une pièce si agréable et d'une\nnouveauté si piquante que cette étrange, cette folle, cette inénarrable et\ndélicieuse Candida. Il serait difficile de définir le genre auquel appartient\nl'œuvre de Bernard Shaw : d r a m e ? comédie ? poème dialogué ? on ne sait.\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                    191\n\n\nAucune formule n'est assez large pour enfermer cette Candida, qui fait penser\nà tant de choses tout en restant originale, et qui flotte en se j o u a n t d'Ibsen à\nTristan Bernard, mais qui est bien de Bernard S h a w et de lui seul. Il y a\nde tout d a n s Candida : de la philosophie, d u rêve, de l'humour, du sentiment,\ndu réalisme et de la fantaisie. D'un bout à l'autre de ces trois actes, on rit\nde grand cœur, mais en s'étonnant de son rire, et avec u n e secrète envie de\nfrissonner. Les personnages ont des gestes, des paroles, des attitudes,\ndes silences, des réticences qu'on n'a point vus à d'autres, et qui charment en\ndéconcertant. On sort de là ahuri et comme un peu gêné, mais avec\nl'impression bien nette d'avoir applaudi une œuvre d'art, qui a tout ensemble\nun troublant mystère et u n e vie profonde.\n   U n e telle pièce devait être malaisée à jouer, et sa nouveauté rendait inutile\nle secours du « style » et de la « tradition ». L e s talentueux acteurs du P a r c\nont droit à tous les éloges pour leur excellente interprétation : ils me\nsemblent avoir traduit à souhait les pensées les plus subtiles de l'auteur.\nEt M. Joachim surtout fut remarquable de vie, de sincérité, de grâce\nintelligente et souple, dans le rôle épineux d'un jeune garçon sauvage,\nsensitif, passionné jusqu'à la folie, et qui suffit à lui seul à faire le c h a r m e de\ncette pièce, qui en a tant.\n                                                                               F . A.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-017", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 192, "page_fin": 194, "titre_corps": "Lettre de Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Lettre de Paris SEIGNEUR Budget est au plus mal", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 231, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2979, "texte": "Lettre de Paris\n                         SEIGNEUR Budget est au plus mal, et autour de son chevet les\n                             faiseurs d'or potable hochent des têtes anxieuses. Ce si gros\n                             naguère personnage devenu soudain flasque à s'effondrer\n                             sur ses bas-de-chausses, il y a de quoi s'attendrir! Où\n                             trouver de quoi revigorer cet inconsistant colosse? L e s\n                             soixante-trois manières que connaissait P a n u r g e de se pro­\n                             curer ce dont il avait, lui aussi, besoing, dont la plus\n                             honorable et la plus commune était par façon de larrecin\n                             furtivement faict, sont tour à tour étudiées par ces savants\nlauréats de l'Extorsion universitaire. Taxons ceci ! Imposons cela ! T i m b r o n s ,\nfrappons, percevons, qu'un or impur arrose nos sillons... C'est la Marseillaise\nde l'impôt qui p a s s e ! . . .\n   Mais, au fait, pourquoi ne commencerait-on pas par mettre un impôt sur les\nfaiseurs d'impôts? Ils sont là toute une b a n d e de renifieurs, langueyeurs,\nintrospecteurs et autres prétendus péréquateurs dont le zèle finit par mériter\nrécompense. Qu'on les dédore! Si, au lieu de congratuler chaleureusement le\npetit receveur cantonal qui est arrivé à faire suer à ses fisqués quelques florins\nde plus que son prédécesseur, on l'invitait à accroître u n peu aussi de ses\ndeniers personnels le produit de son habileté perceptive, on obtiendrait vite\nd'admirables résultats. Qui a manié la presse sera mis sous la presse. Torcular\ncalcavi, disait le p r o p h è t e ; aussi a-t-il été plus tard torculé et calcaté par le bon\nroi N a b u c h o d o n o s o r , vengeur des pressoirs. J e ne vois pas rose le sort futur\nde M. Caillaux !\n   A-t-il dû travailler, l'habile h o m m e , pour orchestrer sa s y m p h o n i e perfis­\ncale ! L'adagio n'est pas mal : largeur de style, pathétique des appels de clari­\nnettes à l'âme compatissante des riches, cliquetis argentin des triangles,\nlamento de la grosse caisse des Dépôts et Consignations. P u i s le scherzo\nséducteur et tourbillonnant : Dansez, dansez, les escarcelles, les grosses et les\nmaigres, les jeunes et les vieilles, pizzicato des liards s'égrenant des bas de\nlaine, rafale lourde des stocks de coffres-forts ; il s'agit que toutes les cervelles\nsoient étourdies au m o m e n t de l'andante. En effet, c'est alors le motif sacré\nqui monte, qui monte, à taux progressif, qui se développe : les bois chantant\nla gloire des taxes rurales, les cuivres symbolisant les valeurs métallurgiques,\nles violons râclant toutes leurs cordes comme des bénéfices de commerce, les\nbassons honteux grognant les traitements des fonctionnaires, puis soudain,\ncomme dans le Tuba mirum de Berlioz, déchaînement aux quatre coins de la\nsalle des trombones et des trompettes submergeant tout sous la vague de\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3560, "texte": "                                   LETTRE DE PARIS                                          193\n\nl'impôt complémentaire! Enfin, le finale angélique et consolateur, flots de\nharpes, apothéose de la Déesse F i n a n c e , d o d u e et vermeille, le b o n h e u r\nuniversel qui régnera, personne n'aura plus rien, mais on se rattrapera sur\nl'ensemble...\n   Dire qu'il y a des pays arriérés où l'on ne se préoccupe pas de cette\nmusique-là! C o m m e si le plaisir vulgaire de faire des routes et de creuser des\nports de mer valait celui de donner u n tour de plus à la vis c o n l r i b u t i o n n a n t e !\nComprend-on des J a p o n a i s assez peu hervéistes pour continuer à boulonner\ndes cuirassés monstres, et des Allemands assez peu jaurésiens pour préférer\nKarl Gross à Karl Marx, et des Anglais assez peu destournelles pour entrer\nà pleines voiles dans la mer des sargasses militaristes? Vraiment, ici la supé­\nriorité des gouvernants français éclate à fracas indéniable! N o n seulement ils\nvident les poches de leurs électeurs, mais ils emplissent les leurs, et, une fois\nemplies, ils les cousent! Il a fallu voir leur belle indignation q u a n d on leur\na dit : \" P u i s q u e vous vous êtes octroyé quinze mille francs de traitement,\nappliquez-leur l'impôt sur le revenu que vous nous appliquez si bien. » Ils\nn'ont fait qu'un saut au plafond de Delacroix : « Est-ce que nos m a l h e u ­\nreuses quinze mille balles sont u n traitement? C'est u n e indemnité, u n e\nsimple indemnité pour frais de service! \" E t pourquoi pas, au fait! Si on\nl'augmentait? L e serpent P y t h o n qu'Apollon tue d a n s le plafond ci-dessus ne\nserait pas plus tué que le contribuable à cette réponse des bons Bergers aux\nindiscrètes bergères.\n   Circuit quœrens quem devoret... Notre F i s c - P a r l e m e n t est c o m m e Messire\nSatanas, et d'être sobres, cela nous vaudra bien d'éviter les droits sur les\nalcools, mais de veiller, à quoi cela n o u s servira-t-il, sinon à p a y e r les taxes\nsur u n surcroît de pétrole et de stéarine? Ah! la situation n'est pas gaie pour\nles républicoles de M. Fallières! C'est comme d a n s le Voyage en Chine. \" D u\nsoir au matin, — tin, tin, tin, tin, t i n ! \" E t sans sonnettes ni clochettes!\nC'est ça qui d o n n e u n e crâne idée du citoyen! dirait Gavarni.\n   Eh b i e n ! élevons, nous aussi, nos âmes à la h a u t e u r des circonstances.\nColletons-nous avec le Sphinx, tout comme M. Caillaux. L e duel p e u t s e finir\nen deux coups. P r e m i e r c o u p : tous les impôts actuels sont s u p p r i m é s ! Article\nfacile et agréable. Le public est bien impressionné. Second coup : il s'agit de\ntrouver, à leur place, cinq milliards par an. Ça, c'est u n peu plus malaisé,\nmais enfin, en cherchant b i e n . . .\n   D'abord, inévitablement, les consommations vicieuses : Alcool? O u i !\nTabac? O u i ! oui! (je ne fume pas). P a r i mutuel ? P a r b l e u ! Maisons de jeu ?\nC'est la même chose. Maisons d'illusions? Renvoyé à M. le sénateur\nBéranger, j ' i n c o m p è t e . Débit des robinets ci-dessus : deux milliards.\n   Ensuite, la mise aux enchères de toutes les fonctions publiques, il y en\na 700,000! L e jour où il faudra payer p o u r être garde-champêtre, on trou­\nvera dans c h a q u e village dix candidats pour un. E t , pour être officier, juge\nou sous-préfet, on s'étouffera aux p o r t e s ! A quel chiffre ne monterait pas la\npréfecture des Alpes-Maritimes ou la présidence du tribunal de Rambouillet?\nGain total, tant par économie que par paiement des prix d'enchères : deux\nmilliards encore!\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "194                              DURENDAL\n\n\n   Reste le dernier milliard. Ici on ouvrirait un concours où l'ingéniosité de\nnos chasseurs de chevelures se donnerait libre carrière, avec récompenses\npour les idées bien venues et chocs en retour pour les auteurs de projets\nà prétentions démocratiques particulièrement dangereux et auxquels on\nappliquerait leur propre loi : patere legem! Plus d'impôts sur le capital ni sur\nle revenu (qui ne revient pas toujours), ni sur les consommations, ni sur les\ntransmutations, mais des taxes capables d'élever le niveau esthétique des\ncontribuables; ainsi des impôts formidables sur les actrices laides, sur les\ndanseuses sans grâce, sur les chanteurs qui chantent faux, sur les peintres qui\nexposent des navets, sur les écrivains qui font des articles dans le genre de\ncelui auquel vous pensez justement, ami lecteur! L'impôt des portes et fenêtres\nsera remplacé par une amende sur les architectures malcommodes, la taxe\ndes voitures par une série de droits sur les impolitesses des cochers, les excès\nde torpeur ou de vélocité des chevaux, les inutiles claquements de fouet des\ncharretiers explosomanes; l'impôt foncier sera proportionnel à la laideur\ndes paysages, l'impôt des patentes au manque d'aménité des boutiquières et\nla côte personnelle et mobilière au défaut d'agrément des locaux habités et au\npeu d'hospitalité de leurs résidents. Des inspecteurs de la courtoisie publique,\nchoisis eux-mêmes sur l'exquisité de leurs manières, seraient investis de pou­\nvoirs inquisitoriaux et appliqueraient leurs peines séance tenante, en vous\ndélivrant d'un carnet à souche des reçus de cent sous par chaque mufflerie\nconstatée; par un juste demi-tour de la roue de la fortune, le mot cher à Cam­\nbronne ne serait plus permis qu'à l'égard des employés des postes et télé­\nphones; partout ailleurs, un bel écu de licence! Cela seul ferait plus d'un mil­\nlion par jour !\n   Le budget ainsi consolidé, les finances rétablies, la satisfaction réciproque\nassurée par l'aménité mutuelle, on pourrait dormir sur ses deux oreilles et se\ndispenser de tout appareil politique, même parlementaire. A moins de trouver\nle moyen de le rendre utile, lui aussi. Si l'on voulait se procurer des res­\nsources pour les fameuses retraites ouvrières, cet appareil pourrait être moins\ndécevant que le milliard des congrégations! On ne pourrait plus être député,\nsénateur, conseiller général ou municipal ou courtier électoral sans payer une\npatente formidable. Et ainsi d'une pierre on aurait fait deux coups : plus\nde question sociale! plus de question politique! Celle-là résolue par celle-ci,\net celle-ci asphyxiée par celle-là, le bonheur universel, nunc dimittis, Domine,\nservum tuum !\n                                                              HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-018", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 195, "page_fin": 196, "titre_corps": "L’Almanach de la Société générale gantoise des étudiants catholiques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "L'Almanach de la Société Générale gantoise des étudiants catholiques DEPUIS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 234, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "L'Almanach de la Société Générale gantoise\n                        des étudiants catholiques\n\n\n                   DEPUIS sixans les vaillants étudiants catholiques de Gand\n                   publient chaque année un almanach luxueux et du plus vif\n                   intérêt pour leur Société Générale (1). Chacun de ces\n                   volumes est rédigé avec le plus grand soin. Il comporte\n                   plus de trois cents pages. La partie la plus saillante est tou­\n                   jours celle qui est consacrée à la littérature. D'abord des\n                   pages de haut style signées par quelques-uns de nos écri­\n                    vains les plus cotés. J'y constate chaque fois avec plaisir la\n                    largeur de vue des rédacteurs Ils ne se bornent pas à insérer\ndes pages écrites par des catholiques, mais ils font appel aussi à ceux qui ne\nle sont pas, et cette fois, par exemple, ils proposent à notre admiration de\nbeaux vers du superbe poète Emile Verhaeren et une prose impeccable du\nmaître écrivain Léopold Courouble. La politique n'a rien à voir dans la litté­\nrature. Nous devons saluer le génie partout où nous le rencontrons et rendre\nhommage aux esprits supérieurs, leur credo fût-il différent du nôtre. A signaler\nparmi les plus belles pages, à côté de celles de Verhaeren et Courouble, les\ncontributions de l'abbé Hoornaert, de Van den Bosch et de Virrès.\n   Plusieurs étudiants de nos universités et spécialement de celle de Gand ont\naussi collaboré à cette partie littéraire, et certains avec un brio qui dévoile\ndes aptitudes pour l'art d'écrire qui ne demandent que l'occasion peut-être\npour s'épanouir magnifiquement. Comme dejuste, la littérature flamande n'a\npas été oubliée. Les lettres flamandes ont l'honneur de pouvoir revendiquer\nune des plus grandes gloires de ce siècle, le Roi des Poètes contemporains,\nl'immortel et génial prêtre-poète Guido Geselle. Ils ont droit à tous nos hom­\nmages. Parmi les noms qui signent les pages de littérature flamande, nous\nvoyons celui de la sympathique et noble femme de lettres Mlle Belpaire,\nd'Anvers. Et encore, ce dont je me réjouis vivement étant parmi les plus fer­\nvents admirateurs des lettres flamandes, quelques noms d'étudiants. En outre\ndes pages d'art, des questions vitales sont traitées dans cet almanach, notam­\nment deux brûlantes : La Question congolaise et le Parti catholique, exposée par\nle sénateur d'Ursel, et L'Union des Pays-Bas, qui est discutée par le représentant\nde Limburg-Stirum.\n\n\n  (1) Gand, Siffer éditeur.\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "196                                 DURENDAL\n\n\n   — Il faut lire aussi la partie universitaire, q u a n d ce ne serait que p o u r\nnous rajeunir en nous rappelant nos meilleures années. Cette partie de\nl'almanach dénote la vie intense qui règne parmi nos jeunes étudiants. On y\nvoit — et cet a l m a n a c h en est, du reste, à lui seul une preuve péremptoire.—\nque ces nobles jeunes gens ne sont pas de ceux qui croient avoir accompli\nleur tâche q u a n d ils ont bloqué leur cours. U n horizon aussi borné ne pour­\nrait satisfaire aux aspirations élevées d'âmes aussi ardentes. L ' e x a m e n ne doit\npas, ne peut pas être l'unique et bien piètre idéal d'un universitaire. Il doit envi­\nsager l'avenir. Il doit se préparer à la vie. Tel on a été à l'Université, tel on\nsera dans la société. Songez-y, jeunes gens, et préparez-vous dès maintenant\nà jouer un rôle non pas quelconque, mais brillant, dans la société où vous\ndevrez à tout prix vous distinguer entre tous dans tous les domaines, tant\nscientifiques que littéraires.\n   N o u s félicitons de tout cœur les étudiants de la Générale Gantoise pour\nleur belle vaillance. N o u s saluons avec joie en eux les penseurs, les savants,\nles poètes, les artistes, les écrivains de demain.\n   Je leur souhaite surtout de garder éternellement l'enthousiasme qui les fait\nvibrer actuellement. Sans enthousiasme on ne fait rien de g r a n d . U n être\nmédiocre, c'est u n h o m m e qui n'a pas d'enthousiasme. Puissent-ils ne pas\nêtre jeunes seulement à l'Université, mais le rester plus tard dans la vie, jeunes\nde cœur, d'âme, de corps et d'esprit, et chanter p e n d a n t toute leur vie avec\nmon jeune ami le poète Pierre N o t h o m b , dont je lis de beaux vers d a n s\nl'almanach :\n                Dans mon cœur juvénile c'est toujours le Printemps.\n\n  L a vie leur sera peut-être dure plus tard. Maintes déceptions les y atten­\ndent. Qu'importe. Qu'ils se rappellent aux jours d'épreuve leur devise estu­\ndiantine de jadis :\n                      Ils ont pour eux l'éternelle espérance\n                      Les calotins de l'Université.\n\n   Cette espérance, nous l'avons mise P l u s H a u t , trop haut pour nous laisser\njamais abattre, et fussions-nous m o r d u jusqu'au sang par les âpretés de la\nvie, il faut que notre âme chante encore, il faut qu'elle chante toujours; il faut\nqu'elle chante éternellement. Heureux celui qui a cette force et ce courage,\nainsi que le dit si bellement encore notre c h a r m a n t poète-étudiant Pierre\nNothomb :\n                 Heureux celui qui peut, dans l'existence grise,\n                 Chanter quand tout se tait et vivre quand tout meure!\n\n                                                                HENRY    MŒLLER.\n\n\n\n\n                                     *\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-019", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 197, "page_fin": 217, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES LE ROMAN : Petit et Gros Bourgeois", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 236, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3011, "texte": "LES LIVRES\n\n LE    ROMAN          :\n\n  P e t i t e t G r o s B o u r g e o i s , par J. ESQUIROL. — (Paris, Stock.)\n     M me Chatille, née Margotin, veuve de M. Chàtille, premier clerc en l'étude\n de M e Corbeau, notaire; M. Pierre Chatille, son fils; Mme Margotin, sa mère;\n  M m e P i e r r e Chatille, née J e a n n e Davolle, sa b r u , représentent dans ce roman\n burlesque les petits bourgeois. Les gros, ce sont M M . Vernière, père et fils.\n Ils a m u s e n t prodigieusement, les u n s et les autres, u n peintre d o n t l'ironie\n se plaît à la caricature plus qu'au portrait. Sotte, têtue, vaniteuse, M m e Cha­\n tille, qui fut jolie, abonde en ridicules : elle est celle qui, pieuse, dédaigne\n les offices de sa paroisse pour hanter les églises conventuelles fréquentées par\n les gens réputés c h i c ; qui conciliabule i n t e r m i n a b l e m e n t avec des coutu­\n rières sans gloire mandées à domicile et qui rêve, par d'astucieuses modifica­\n tions, de rendre aux vieilles toilettes leur lustre primitif. Si elle ne sépare pas\n son nigaud de fils du riche et beau, trop beau, Paul Vernière, qui le cor­\n rompt, c'est parce qu'il importe avant tout de conserver de si « belles rela­\n tions ». Depuis le collège, où l'auteur le p r e n d , j u s q u ' a u cimetière de Cluny,\n où il le quitte, Pierre Chatille ne cesse de se révéler essentiellement médiocre.\n Intelligence, volonté, sensibilité, qualités et défauts, tout, chez ce garçon\n placide, confiant, veule et jobard, est moyen. Bien qu'il ait été m u n i par sa\n mère d'une relique de saint J o s e p h de Gupertino, il est recalé lamentable­\n ment cinq fois au bachot. Il rate de même ses entreprises galantes sur la\n grosse Marie, et c'est u n e scène un peu vive, d'intense bouffonnerie. E n vain\n M m e Chatille se démène-t-elle, pour lui, au pourchas d'une dot. Il épouse\n M lle J e a n n e Davolle, dont M. Esquirol n o u s trace u n portrait séduisant et\nqui, à peine mariée, se comporte comme une petite grue. Il est vrai que son\ndébonnaire mari est un cocu-né. Dépensière, éprise de luxe, de mondanités,\nde plaisirs, elle le trompe à cœur joie avec le dévot père Vernière, « un saint\nAugustin à feux t o u r n a n t s , à répétition », qui paie ses arriérés de toilette,\npuis avec le b e a u P a u l , qui l'enlève et périt avec elle dans le naufrage de la\nNièvre. P i e r r e Chatille d e m a n d e des consolations à la ripaille et à la paillar­\ndise, et meurt alcoolique à quarante-quatre a n s , plein de repentir et léguant\ntout son avoir, suprême candeur, au père Vernière.\n   Cette histoire, plutôt lugubre en somme, M. Esquirol la conte avec une\nintarissable belle h u m e u r dans le sarcasme. N o t a t e u r méticuleux de leurs\nridicules, il blasonne sans trêve ses héros. Pittoresque, a b o n d a n t e , truculente,\ngoguenarde, joviale, sa verve s'esclaffe à toute page, et le lecteur s'esclaffe\navec elle. Son h u m o u r , qui est bien à lui, n ' é p a r g n e rien et ne recule devant\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3425, "texte": "198                                 LES LIVRES\n\n\nrien. Il ne crainl ni l'à-peu-près énorme, ni le calembour; il appelle à son\naide, en se raillant lui-même, les vieux clichés journalistiques et feuilleton-\nnesques. Il est en scène autant que ses personnages, et c'est une des caracté­\nristiques de sa manière que son intrusion perpétuelle, par des réflexions\nbouffonnes et profondes, dans le drame. Peut-être même se divertit-il un peu\ntrop. On s'étonne aussi que, pour dénouer la farce tragique, il ait eu recours\nau procédé commode qui consiste à massacrer ses héros; seul, à la dernière\npage, survit le père Vernière. La langue de M. Esquirol est savoureuse et\nriche; sa phrase est étonnamment vivante, nerveuse, souple, diverse. Quelques\npages descriptives, où se déploie la beauté lyonnaise, prouvent chez notre\ntrès distingué collaborateur un virtuose du style, artiste et poète.\n                                                                      M. D.\n\nI n t r u s e , roman, par C. NISSON. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n   Malgré l'opposition irréductible de ses parents qui ne le verront plus\ndésormais, André de Sainte-Avule, fils du marquis de Sainte-Avule, a épousé\nMadeleine Largier, une charmante jeune fille dont il a fait connaissance au\ncours de ses voyages, mais qui a le tort de n'être pas née avec cette circon­\nstance aggravante que son oncle est un des membres militants les plus en\nvue du parti radical-socialiste. Toutefois comme André se rend parfaitement\ncompte que Madeleine a trop de fierté et de loyauté au cœur pour accueillir\nses vœux si elle soupçonnait seulement cette opposition, il a réussi par de\nplus ou moins habiles subterfuges à couvrir de motifs assez plausibles\nl'absence de ses parents au jour du mariage; il ajourne ensuite indéfiniment\nla présentation de sa femme au marquis et à la marquise alléguant\nà Madeleine l'état de santé de ceux-ci et d'autres prétextes du même\ngenre qui n'ont pas la vertu de persuader la jeune femme. Son âme est trop\nfine et sensible pour ne pas être bientôt mise en éveil par des indices qui se\ntransforment très vite en certitudes. C'est donc elle, elle seule qui a creusé à\nson insu cet abîme séparant pour jamais de ses parents l'homme qu'elle\nadore. De crainte de ruiner leur bonheur (car les deux jeunes gens s'aiment\nprofondément) elle taira cependant à son mari ses inquiétudes et ses souf­\nfrances, et n'ouvrant son cœur qu'à une respectable amie et surtout à Luci-\ngnan, un compagnon d'enfance de fort beau caractère, elle travaillera avec\namour et en silence à rapprocher André du marquis et de la marquise.\n   Comment elle conçoit son généreux dessein, comment elle le réalise avec\nune constance que rien ne peut décourager et malgré des difficultés presque\ninsurmontables, car elle doit dissimuler vis-à-vis de son mari et vis-à-vis des\n parents de ce dernier tout à la fois, comment elle conquiert l'intérêt, puis la\n sympathie et enfin l'affection passionnée du marquis et de la marquise,\n ceux-ci ne se doutant nullement que Madeleine est la femme de cet André\n chéri proscrit de leur foyer à cause d'elle, comment elle triomphe enfin jetant\n André dans les bras de sa mère mourante, qui pardonne au moment\n suprême la désobéissance de son fils, c'est ce que je ne veux pas dire ici de\n peur de déflorer un récit absolument captivant où s'enchaînent avec aisance\net sans discontinuer des épisodes tour à tour gracieux et attendrissants.\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "                                 LES LIVRES                                199\n\n\n   Au point de vue psychologique, l'intérêt se concentre sur cette âme de\njeune femme douce, naïve et inexpérimentée qui se heurte sans se briser aux\nobstacles de la vie et que peu à peu la douleur façonne, élève et mûrit. Ecrit\ndans un style simple, pur et coulant, ce joli roman embaumé de fraîcheur\natteste une rare délicatesse de touche et il s'en dégage une émotion si sincère\net si prenante qu'on oublie aisément à le lire ce que les données et les\nincidents de l'action pourraient présenter de légèrement voulu et de\nromanesque.\n                                                                   G. DE G.\n\n L e s E n f e r m é s , par HORACE VAN HOFFEL. — (Rotterdam, M. Boo­\n    gaerdt j r ; Liége, L'Edition artistique.)\n    Le nom de M. Horace Van Hoffel n'est guère connu de nos lecteurs. C'est,\n il y a quelques mois, M. Edmond Picard qui nous parla avec admiration de\nces Enfermés et de l'émotion étrange que dégageait le livre. Il vaut assurément\nd'être lu, peu d'oeuvres sont aussi personnelles; l'atmosphère, l'atmosphère\nlourde et sale qui pèse entre les murs des prisons, l'air vicié des corps de\ngarde, tout ce que dégage l'animalité des vies comprimées est rendu avec une\nsingulière âcreté. Beaucoup de livres bien écrits, parfaitement composés, ne\nlaissent aucun souvenir. Ce volume-ci nous offre un style barbare et le récit\nest généralement mal mené. Qu'importe ! On n'oubliera pas de sitôt les\nimages noires, les tressaults instinctifs des pauvres hères voués à l'infamie et\ntoute la pouillerie des sans-chance, de ceux qui un jour fatidique trébuchèrent\net ne se sont jamais relevés. Tant de gens demeurent honnêtes parce que la\nvie voulut leur sourire ! Une prédestination semble vouer certains individus\naux déchéances, la part d'inconscient qui se mêle à leurs pensées et à leurs\nactes est fortement soulignée dans cette œuvre. La philosophie plutôt\nhétérodoxe de l'auteur s'imprègne avant tout de déterminisme. Nous perce­\nvons ici une fermentation de corps et de cerveaux vénéneux dont les effluves\npeuvent devenir grisants, et le premier récit du livre montre une victime de\nce charme maléfique. M. Van Offel excelle aux notations brèves qui éta­\nblissent instantanément l'ambiance de la scène : « Il pleuvait ce jour-là une\npluie d'hiver et cela augmentait la tristesse que nous éprouvions de devoir\nmonter la garde aux remparts, sous les ordres d'un sergent qui avait la répu­\ntation d'être un gamin et un rossard. » Sentez-vous et voyez-vous, dès\nmaintenant, l'hostilité des événements qui vont se dérouler ? Sans prêche\ndirect, l'écrivain fait néanmoins le procès de la réclusion, et découvre dans de\nviolents tableaux la lâcheté des collectivités irresponsables et déprimées par\nle commandement, la hideur des obéissances passives. On appréciera ces\nélans charitables, tout en réservant souvent son opinion propre devant le\ncaractère exceptionnel de plusieurs aventures. Mais c'est un livre brave, une\nlittérature franche; il y a dans cette prose du muscle et du sang. Prévenons\nnéanmoins nos lecteurs que les Enfermés ne s'adressent ni à l'ingénue, ni à\n« l'échappé de chez les Pères ».\n                                                                      H . B.\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "200                                   DURENDAL\n\n\nL a C i t é a r d e n t e , par HENRY CARTON DE W I A R T . Illustrée d'aquarelles\n   par AMÉDÉE LYNEN. — ( B r u x e l l e s , Vromant, éditeur.)\n    L a nouvelle et magnifique édition de ce livre de notre ami et collaborateur\nH e n r y Carton de Wiart suggère à notre confrère Georges R e n c y ces\nréflexions que nous cueillons dans la revue Le Samedi, dont il est le directeur :\n    « J e viens de relire, avec un intérêt nouveau, le beau livre de M . H e n r y\nCarton de W i a r t : La Cité ardente, dont la maison Vromant nous d o n n e u n e\nédition admirable, avec de délicieuses aquarelles d'Amédée L y n e n . On sait\nle succès qu'a obtenu ce roman, à l'étranger plus encore qu'en Belgique. De\nbons juges n'hésitent pas à le placer très haut, à voir en lui l'une des p r o d u c ­\ntions les plus intéressantes de ces dernières années. P a r l'ampleur de son\nsouffle, par l'ardeur généreuse de son inspiration, par l'amour du sol patrial\nqui y palpite sauvagement, par les qualités de son style, son écriture alerte et\nfranche, et toute la couleur r é p a n d u e avec goût sur ces tableaux de la vie\nd'autrefois, cette œuvre méritait la parure adéquate dont un éditeur artiste\ns'est plu à l'enrichir. J e ne doute pas q u e , sous sa nouvelle forme, elle ne\nséduise un nouveau public et qu'elle n'aille toucher, émouvoir, c h a r m e r de\nnouvelles imaginations d'ailleurs et de chez n o u s . Au cours d'une seconde\nlecture on aperçoit mieux, puisque l'intérêt de l'histoire n'en détourne plus\nl'attention, l'art véritable de ces descriptions, de ces scènes de jadis reconsti­\ntuées par u n écrivain informé qui ne jongle pas avec des adjectifs brillants,\nsans doute, mais qui sait dire tout ce qu'il a à dire avec mesure, tact et\nprécision. »                                                        GEORGES RENCY.\n\n\n\nL e s F e u i l l e s d ' o r , par CARL S M U L D E R S . — (Bruxelles, éd. de la Belgique\n   Artistique.)\n   L'auteur dit dans sa Préface : « J e ne suis pas h o m m e de lettres. » T o u t\nson livre proteste contre cette affirmation. J'ai rarement lu u n e œuvre aussi\nlittéraire que celle-ci. « On ne trouvera pas de drame d'amour dans mon\nlivre », dit-il encore. T a n t mieux, lui répondrai-je, et c'est précisément ce qui\nfait l'originalité de votre livre. N o u s sommes blasés de tous ces romans\nd'amour qui se succèdent les u n s aux autres aux vitrines de nos librairies.\nNous d e m a n d o n s autre chose, et précisément vous nous le donnez. Ecrire\nu n roman d'amour n'est pas chose si difficile. On en a tant écrit. Il n'y a plus\nqu'à pasticher. E t les romanciers ne se gênent pas pour le faire. Avec un peu\nd'adresse on le fait, tout en d o n n a n t au lecteur l'illusion que l'on lui sert une\nœuvre originale. « On ne trouvera pas davantage dans m o n livre, écrit encore\nl'auteur, de vaines recherches de vocabulaire ou de syntaxe, ni le désir\nd'innover des expressions curieuses. » Mais tout cela ne constitue pas la\nlittérature. Elle ne consiste ni dans les mots rares, ni dans un style tourmenté\net recherché. L'art, c'est être é m u soi-même d'abord et c'est ensuite faire\nvibrer les âmes du frisson d'idéal qui nous a fait vibrer nous-même. Enfin,\nl'auteur dit encore : « L a gloire littéraire est le moindre de mes soucis. »\nMais précisément la plus belle gloire littéraire est celle qui arrive à l'écrivain\nqui ne s'en soucie p a s .\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3123, "texte": "                                    LES LIVRES                                  201\n\n\n   Aussi n'avons-nous que des félicitations et bien chaleureuses à adresser à\nl'auteur. Son livre nous a enthousiasmé. Quoi qu'il en pense et qu'il en dise,\nil est un vrai littérateur, un grand artiste. Il a un talent remarquable. Son\nlivre nous a passionné. Nous l'avons lu d'une traite, ne sachant pas inter­\nrompre, tellement il est attachant. Il est si bien écrit qu'il donne l'impression\nde la plus vivante des réalités, — on a toute la peine du monde de se figurer\nque ce n'est pas arrivé — tout en écrivant une histoire absolument ima­\nginaire.\n\n   L ' I n c e n d i e , par EDOUARD ROD. — (Paris, Perrin.)\n   Deux psychologies sont analysées ici d'une façon très fine. D'une part, celle\nd'une âme foncièrement honnête jusqu'au moment où des embarras d'argent\nl'égarant tout d'un coup la rendent secrètement criminelle sous l'influence\nd'une auto-suggestion irrésistible. D'autre part, celle d'un homme mauvais,\nsournois et hypocrite qui abuse de la connaissance d'un crime dont il fut le\nseul témoin pour exploiter cyniquement le coupable.\n   Vallamond soupçonne seulement d'abord, puis devine que Boudry l'a vu\nmettre le feu à sa barraque. Pour échapper à une dénonciatien dont la menace\nest à jamais suspendue au-dessus de sa tête, il se laisse saigner à blanc et cela\nde la façon la plus atroce et la plus cruelle par Boudry qui, une fois qu'il le\ntient dans ses griffes, ne le lâche plus et qui finit par tuer sa victime à force\nde la ruiner matériellement et de la terroriser moralement, après lui avoir\nignoblement extorqué tout ce qu'il a pu.\n   Le beau talent de romancier d'Edouard Rod est confirmé une fois de plus\npar ce nouveau roman.\n\n   La J u i v e , par ENACRYOS. — (Paris, Fasquelle.)\n   Roman de mœurs israélites contemporaines, annonce le sous-titre. L'héroïne,\nen effet, est israélite dans l'âme, dans le sens le plus étroit et le plus exclusif.\nElle est perpétuellement hantée par le besoin d'affirmer son sang, de faire\ntriompher sa race et de supprimer tout ce qui s'oppose à son épanouissement.\nUn instant aveuglée et vaincue par la passion, elle s'oublie dans l'amour\nsensuel d'un être qui n'est pas de sa race. Mais l'instant d'après elle se reprend ;\nelle cède de nouveau à la voix de l'instinct racique et elle renie et rejette\nfroidement celui qu'elle a aimé avec tous ses sens parce qu'il faut qu'avant\ntout et à tous prix la race soit victorieuse.\n   Ce roman est vigoureusement pensé et fort bien écrit.\n\nL ' h e u r e d e D i e u , par GEORGES BONNAMOUR. — (Paris, Plon.)\n   C'est l'histoire vraie, sous forme de roman, de la conversion d'une âme,\ndit la préface de l'auteur, qui n'a pas la Foi, ou plutôt qui, après l'avoir\neue, l'a perdue et le regrette. Elle se termine à Lourdes par un miracle. « Si\nma malade s'est trompée en se croyant délivrée dans son corps du mal qui\nla tuait, dit l'auteur, si elle n'est guérie que dans son âme et dans son cœur,\nqui donc voudra nier que c'est, tout de même, un miracle. » En effet, ajou­\nterons-nous, et c'est même le plus grand de tous les miracles.\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "202                                    DURENDAL\n\n\n   Il y a d a n s ce livre u n type admirable. C'est le docteur Gimmerel. N a t u r e\nfranche et loyale, h o m m e d'honneur et de devoir, incarnation vivante d u\nmédecin idéal qui considère sa profession, non comme un métier, mais\ncomme un sacerdoce. On aime à le suivre d a n s toute cette histoire, où il joue\nun rôle magnifique.\n                                                                     HENRY     MŒLLER.\n\n\nL e c o m t e d e C h a m a r a n d e , par ERNEST DAUDET. — (Paris, P l o n . )\n  R o m a n historique, dans le cadre de la période passionnée des complots\nroyalistes contre la jeune gloire et la domination de B o n a p a r t e , cette nouvelle\nœuvre d'Ernest Daudet est vibrante de vie. U n e intrigue passionnelle\nconduite avec art, parallèlement à l'intrigue politique, en fait u n livre\nintéressant et é m u .\n\nU n m i r a g e , par JEAN DE LA B R È T E . — (Paris, Plon.)\n    Sortir du cercle étroit des siècles d'autrefois, étendre les vieilles croyances,\nles interpréter symboliquement pour en faire u n e sorte de panthéisme\na i m a b l e ; c'est là le mirage. U n e jeune fille à l'âme g r a n d e et enthousiaste\nse laisse un m o m e n t bercer par les mots qui l e u r r e n t ; mais un ami fidèle et\nla souffrance, amie aussi, lui dessillent les y e u x .\n\nS u r l e v i f , par P A U L et VICTOR MARGUERITTE. — ( P a r i s , P l o n . )\n   Notations de c h a q u e jour, prises sur le vif; impressions de l'heure\nprésente; tableaux de r u e ; de la joie, de la douleur, de la p i t i é ; tout cela\ntraité avec une observation aiguë et vivement écrit.\n\nL e c r i m e d u f a n t ô m e , par H E N R I BELZAC. — (Paris, Perrin.)\n   M. Belzac a réuni dans ce volume trois nouvelles : le Crime du fantôme, la\nPossédée, une Histoire de vampire. Les titres disent assez la préoccupation de\ncet « inconnu tragique » — pour parler comme notre ami Georges Virrès —\nqui est au fond de toutes les inquiétudes contemporaines. Ce sont d e s\nhistoires sombres, mystérieuses et fantastiques, qui ont d a n s les cœurs des\nrésonnances profondes.\n                                                                          E. N.\n\nL'ART :\nL e s g r a n d s a r t i s t e s : Carpaccio, par G. et L . ROSENTHAL. — (Paris,\n   Laurens.)\n   Carpaccio est un délicieux conteur, amusé de la vie et qui lui rit, se joue\nd'elle, s'en enivre et la transporte, sous ses aspects les plus colorés et les plus\npittoresques, dans son œuvre. Comme ses confrères florentins Gozzoli ou\nGhirlandaio, il raconte des histoires sacrées sur un mode étrange et charmant,\nen en situant les péripéties dans un décor à la fois réel et fantaisiste, en en\nhabillant les personnages du costume de ses contemporains, patriciens ou\nmarchands de Venise, trafiquants levantins qui hantaient la Piazzetta, le\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "                                 LES LIVRES                                  203\n\n\n Rialto ou le quai des Esclavons. C'est une grande séduction qui émane du\ncycle de peintures où il a représenté la légende de sainte Ursule : on y voit\nde beaux ports aux rivages accidentés, couverts d'édifices magnifiques et\nsinguliers; des salles de palais ornées de marbres précieux où des ambassa­\ndeurs, pleins de dignité et de noble élégance, se présentent à quelque roi\nfabuleux, entouré des principaux de sa fastueuse cour ; on y voit Rome et le\nchâteau Saint-Ange, et le Pape escorté de cardinaux... Cent épisodes narrés\navec une verve ingénieuse et exquise, jusqu'au massacre de la sainte et de ses\ndix mille compagnes par les Huns féroces de Cologne et leur prince amou­\nreux et impitoyable...\n    « Carpaccio, constatent excellemment les auteurs de cette belle monogra­\nphie de l'artiste vénitien, Carpaccio assiste aux scènes édifiantes que la\ntradition a conservées ; il ne s'arrête pas à leur beauté spirituelle ; il n'en\nscrute pas le sens profond. Elles lui apparaissent comme une succession\nd'images pittoresques... »\n   — Nos lecteurs connaissent déjà la personnalité attachante de M. Léon\nRosenthal, auquel nous devons un remarquable travail sur la Peinture\nromantique, dont nous avons eu le plaisir de parler ici-même ; et l'étude qu'il\npublie aujourd'hui, en collaboration avec Mme Gabrielle Rosenthal, se\ndistingue par les mêmes qualités précieuses que nous avons eu l'occasion\nalors de signaler.\n   Chemin faisant, les auteurs marquent avec netteté les particularités de l'art\nvénitien, les influences orientales et « nordiques » subies par sa peinture, les\ncaractères que celle-ci à retenus du tempérament et des antécédents si\nspéciaux du peuple des lagunes : tendances réalistes, goût de la magnificence,\nimperméabilité à l'émotion profonde. « L'âme vénitienne, écrivions-nous\ndans cette revue (Juillet 1904), à propos, précisément, de Carpaccio, l'âme\nvénitienne est avide de domination, de renommée et de richesses ; en art, de\nréalité, d'éclat et d'apparat ; pour le surplus, imperturbable et, dès lors, hors\nd'état de communiquer un trouble qu'elle n'a pas ressenti. » C'est pourquoi,\nau cours du parallèle qu'ils esquissent entre l'illustration de la légende de\nsainte Ursule par Carpaccio et celle exécutée par Memling, M. et Mme Rosen­\nthal sont amenés à constater la supériorité de celui-ci, au point de vue de\nl'effusion religieuse de son œuvre, parce que « son âme est exaltée par des\nélévations intimes auxquelles son émule vénitien est étranger. »\n\nL e s g r a n d s A r t i s t e s : Les Clouct, par ALPHONSE GERMAIN. — (Paris,\n  Laurens.)\n   Les Clouet, Jean, et son fils François, furent, du temps de Louis XII à celui\nde Charles IX, les portraitistes attitrés des souverains fiançais et de l'aristo­\ncratie qui formait la cour de ceux-ci. Ce monde à la fois raffiné et sauvage,\navide de culture et d'intrigues, hommes et dames illustres de Bramtôme,\nhéros d'Agrippa d'Aubigné, âmes enragées toujours prêtes à crier avec le poète\ndes Tragiques : « Ne me laisse pas, Seigneur, de peur que je te laisse !... » ; ce\nmonde des Valois, sanglant et musqué, avec son esprit à la française, ses spa-\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": " 204                                   DURENDAL\n\n\ndassins à l'italienne et ses mignons à la grecque revit dans les figures por­\ntraiturées par les Clouet d'un crayon minutieux et aigu.\n    Jean Clouet était, plus que vraisemblablement, d'origine flamande, et, en tout\ncas, son art et celui de son fils ont toutes les caractéristiques du réalisme\nflamand mitigé, par le souci de la finesse et de l'élégance que les deux maîtres\nacquirent nécessairement dans le milieu où ils travaillaient. M. Alphonse\nGermain étudie l'œuvre des Clouet avec la sûreté critique et l'érudition de bon\naloi qu'on lui connaît.: il n'est pas de ceux dont le chauvinisme aveugle la\nscience esthétique et qui s'ingénient à dénier les influences extérieures les plus\névidentes subies par l'art de leur p a y s . A p r o p o s , par exemple, des maîtres\ndu Nord, dont « la préoccupation constante de vérité, l'esprit d'observation\ntoujours en éveil maintinrent les artistes français dans la saine interprétation\ndes êtres et des choses », il constate avec un grand sens spirituel : « U n e\ng r a n d e loi d'universelle fraternité se manifeste par ces échanges entre peuples,\nen dépit des barrières géographiques ou politiques, et il faut s'en féliciter.\nLes apports q u ' u n e race accepte du dehors ne lui deviennent funestes\nque si ses tentatives pour se les assimiler sont illogiquement dirigées. »\n\nEugène Carrière, par M. CHARLES                   MORICE. U n vol., portrait. —\n    (Paris, Mercure de France.)\n    « U n i q u e m e n t ce qu'il veut que nous regardions, il n o u s m o n t r e , écrit\n M. Morice à propos d'une des œuvres de Carrière : L'Etude de la Nature, et les\namples ondes harmonieuses qui circulent autour des acteurs de ce grand\ndrame et les relient, nous avertissent que nous sommes hors de l'espace et du\ntemps, vers l'au-delà réel où réside la vérité de la vérité... » E t cette phrase\ndonne le diapason du ton sur lequel tout ce livre est écrit. L ' a r t de Carrière\nétait grand et simple ; pourquoi n'en pas parler simplement? Quelle que soit\nl'admiration que l'on nourrisse pour Carrière, on ne peut laisser de se sentir\nagacé par l'allure du panégyrique par lequel M. Morice a voulu célébrer la\ngloire de ce peintre, par l'abondance d'un éloge immense et imprécis qui,\nd a n s sa forme uniformément augurale, a toujours l'air de descendre du haut\nd'un Sinaï !...\n    On voudrait que, quelquefois, M. Morice condescendit à a b a n d o n n e r le\ntrépied de l'oracle, son langage grandiloquent et vague, pour nous entretenir\nfamilièrement de Carrière, de l'intimité de son travail et de sa pensée, de tout\nce qui nous révélerait l'homme qu'il était dans la réalité, plus près de la vérité\net des intentions de son œuvre que celui, forcément différent, qui parlait dans\nles banquets et au Muséum. M. Morice a connu cet homme-là, mais s'il l'a vu,\nil n'a pas su le montrer ou, s'il a voulu le montrer, il n'a pu faire que les\nphrases abstraites et grises de son livre n'en dérobent la physionomie au\nlecteur.\n\nL e s v i l l e s d ' a r t c é l è b r e s : Padoue et Vérone, par ROGER P E Y R E . —\n  (Paris, Laurens.)\n  P a d o u e est douce, tranquille, furtive avec les portiques qui bordent\ntoutes ses rues, presque, et leur donnent un air de cloître ; Vérone, enchan-\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3405, "texte": "                                          LES LIVRES                                205\n\n\nteresse d a n s l'éclat rouge de ses palais, les vieilles pierres et les sculptures\nlustrées de ses églises romaines...\n   Elles ont toutes deux des tombeaux, celui d'Anténor à P a d o u e ; celui de\nRoméo et de Juliette à Vérone, également vénérables et illustres, puisque\nles héros qui sont censés y reposer n'ayant existé que dans l'imagination des\npoètes sont investis d'une g r a n d e gloire q u ' a u c u n e critique historique ne\npourra diminuer ni ternir. P a d o u e a eu Ezzelino qui n'a rien laissé que la\nmémoire de sa férocité et saint Antoine exalté d a n s la Basilique qui porte son\nn o m ; Vérone a eu sa dynastie della Scala, ces chiens et ces mâtins (Cane\ngrande, Cane signorio, Mastino, etc.), inoffensifs depuis qu'on a entassé sur eux\nde belles pierres fières et pittoresques...\n   Il y a encore bien d'autres choses dans les cités lombardes que M. Peyre a\nentrepris de nous décrire, d'antiques et de modernes, nombreuses. A P a d o u e ,\nles fresques, capitales d a n s l'histoire de la peinture italienne, de Giotto et de\nMantegna ; à Vérone, celles de Pisanello — et aussi, les œuvres sculptées des\nvieux maîtres lombards Wiligelmus et Nicolaus (début d u XIIe siècle), que\nM. P e y r e traite d'une façon u n peu trop cavalière, car, si embryonnaires que\nsoient, à certains égards, les ouvrages qu'ils exécutèrent à Modène, à\nCrémone, à Nonantola, à Plaisance, à Ferrare, e t c . , ils n'en exercèrent pas\nmoins u n e influence profonde et durable sur le développement de la sculpture\ndans l'Italie septentrionale.\n\n\nLes grandes institutions de France : Les Gobelins et Beauvais, par\n   M. J U L E S GUIFFREY. U n vol. ill. — ( P a r i s , L a u r e n s . )\n    L'éditeur L a u r e n s a eu l'heureuse idée d'inaugurer u n e nouvelle série de\nmonographies illustrées, consacrée aux grandes institutions artistiques ou\nlittéraires de la F r a n c e , telles que la manufacture de Sèvres, la Monnaie,\nl'Institut, la Bibliothèque nationale, etc.\n    Le dernier des ouvrages de cette collection, qui vient de paraître, est d û à\nl'administrateur des Gobelins, M. Guiffrey, et nous retrace l'historique et les\nfastes de cette célèbre manufacture et de celle de Beauvais.\n    On sait quel éclat l'art de la tapisserie avait dans nos provinces dès le\nXIVesiècle et quelle réputation nos maîtres avaient acquise à l'étranger. C'est\nleur renommée qui engagea Henri IV, hanté déjà, avant son avènement au\ntrône de F r a n c e , par le projet « d'installer dans le Béarn u n e colonie de tapis­\nsiers flamands », â recourir à F r a n s Van den P l a n k e n et à Marc D e Comans,\noriginaires, l'un d'Audenarde, le second de Bruxelles, pour organiser l'atelier\nroyal de tapisseries des Gobelins. L a période la plus brillante de l'activité de\nla manufacture fut celle d u r a n t laquelle elle était dirigée p a r le peintre Charles\nLebrun, q u i , avec V a n der Meulen et d'autres artistes, fit exécuter les\ngrandes séries de tapisseries destinées à la glorification de L o u i s X I V , à\nl'illustration de l'Histoire d'Alexandre, etc. Au XVIIIe siècle, elle produisit\nencore b e a u c o u p de chefs-d'œuvre, mais la méconnaissance des lois de l'art\ntextile, la tendance de plus en plus prononcée à lutter avec la peinture,\nentraîna la tapisserie à la décadence. Ce n'est que de nos jours qu'un\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "206                                DURENDAL\n\n\nretour aux véritables principes de la tapisserie se soit produit, et encore\nd'une façon très hésitante.\n   L'étude élégante et rapide de M. Guiffrey fait revivre devant nous l'his­\ntoire de la tapisserie française aux Gobelins et à Beauvais dans toutes ses\nphases, depuis les origines jusqu'à nos jours.\n\nLes Maîtres italiens d'autrefois (Ecoles du Nord), par M. TEODOR\n  DE WYZEWA. Un vol. ill. — (Paris, Librairie Académique Perrin.)\n   M. de Wyzewa est un critique d'art d'une espèce qui devient rare : pour\nnous parler de l'Angelico, de Botticelli ou de Carpaccio, il ne croit pas devoir\nmonter en chaire et prendre un ton oraculaire, et pas davantage, il n'imagine\ndevoir attester de son originalité ou de sa perspicacité en faisant d'abord table\nrase de tout ce qu'avant lui on a écrit sur ces artistes et sur leur œuvre !...\nAjoutez qu'il a de la grâce et de l'enjouement, avec parfois une légère incli­\nnation au paradoxe, et qu'il consent que les opinions exprimées par lui soient\ndiscutables et discutées. Ce sont là de grands dons pour un critique, et qui,\nnon seulement le rendent aimable, mais communiquent à ses arguments une\nvaleur convaincante bien supérieure à celle qu'ils recevraient d'une méthode\nplus tranchante et plus péremptoire.\n   M. de Wyzewa ne laisse pas, à l'occasion, de railler doucement l'assurance\navec laquelle certains historiens d'art bouleversent les notions reçues sur tel\nou tel artiste et de faire saillir la fragilité d'un système critique qui, dans un\nexemple qu'il cite, amène deux écrivains à formuler des conclusions iden­\ntiques basées sur des considérations diamétralement opposées. Il remarque\naussi, judicieusement, le défaut de celte critique qui étudie les œuvres dans\nleur matérialité littérale, pour ainsi dire, sans se préoccuper des significations\nque leur auteur a voulu y mettre, des textes dont il s'est inspiré, comme si\nun ouvrage d'art pouvait être sainement jugé à l'exclusion de la pensée qu'il\ninterprète !...\n   Il va de soi, cependant, que ce ne sont là que des digressions dans un livre\ntrès touffu, et que s'il consacre quelques pages à nous dire comment il n'en­\ntend pas la critique, M. de Wyzewa en emploie un bien grand nombre à nous\nfaire voir comment il l'entend. Et ce sont nombre d'études pleines d'intérêt\net de vues neuves ou spirituelles sur les maîtres florentins et vénitiens, sur\nMantegna et Dürer, etc. On s'associe volontiers, en général, à ses conclu­\nsions, non sans regimber, parfois, notamment à propos de Botticelli, vic­\ntime, à ce qu'il semble, de l'engouement dont il est devenu l'objet pour les\nsnobs!... Ceux qui l'aiment vraiment ne se dissimulent pas ses lacunes, mais\nla tendresse qu'il s'est créée en eux sait les excuser, comme tout ce qu'il y a\nd'inégal et de saccadé chez ce maître charmant, en faveur de l'aspiration\néperdue et délicieusement souffrante dont toute son œuvre manifeste.\n\nL ' A n n é e a r t i s t i q u e , par M. SANDER PIERRON. Un volume illustré. —\n    (Bruxelles, Bulens.)\n    « Les articles dont l'ensemble constitue ce livre ont paru au jour le jour dans\nl'Indépendance Belge... Ils résument le mouvement de l'art belge durant l'année\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3377, "texte": "                                  LES LIVRES                                 207\n\n\nrévolue et disent les efforts les plus remarquables accomplis par les artistes\njeunes et âgés dans les différents domaines de notre activité esthétique. C'est\nen me pénétrant de cette pensée que j'ai cru bien agir en réunissant ces chro­\nniques; quand je donne cet ouvrage, je n'ai point la témérité de prétendre,\navec un grand philosophe français, que la critique peut marcher de pair à\ncompagnon avec l'artiste... A vrai dire, il est arrivé à des critiques de juger\navec une telle rectitude clairvoyante les œuvres des peintres et des sculpteurs\nde leurs temps, qu'il semble, à les lire aujourd'hui, qu'ils aient eu le don de\nprophétie...\n   » Le rôle du critique est de signaler ces œuvres, d'essayer de les faire\ncomprendre aux autres en exprimant avec conviction, avec enthousiasme tout\nl'émoi que devant elles il a savouré en les découvrant. Ce rôle salutaire,\n Diderot l'a rempli le premier avec une intelligence et un caractère qui font\nde lui le père véritable des Salonniers modernes; son système a plus ou\nmoins inspiré l'admirable compréhension des beaux-arts dont témoignèrent\nnotamment Théophile Gautier, Charles Baudelaire et Thoré-Burger. Celui-ci\nfut, parmi mes prédécesseurs à ['Indépendance Belge, le plus illustre et un des\nplus écoutés. Son exemple excuse ma résolution de publier er. volume mes\n modestes critiques... Mon Année artistique... n'est que le tableau du mouve­\nment artistique belge, consciencieusement tracé par un critique familiarisé\nlui-même avec la technique de l'ail ; le lecteur voudra bien, par conséquent,\n reconnaître à ce critique, initié à la difficulté matérielle de réaliser une œuvre,\nquelque compétence à discourir d'une matière dont les profanes parlent\nd'habitude avec désinvolture et détachement... »\n   Ainsi parle M. Sander Pierron dans 1''Introduction qu'il a écrite pour pré­\nsenter son recueil au lecteur, expliquer ses intentions qu'autorisent les illus­\ntres exemples qu'il cite. Il ne nous a pas laissé grand'chose à dire, d'autant\nplus que, comme lui, nous ne croyons pas que le critique puisse « marcher\nde pair à compagnon » avec l'auteur d'une œuvre : la critique est facile et l'art\ndifficile. Et, d'autre part, nous ne sommes ni d'humeur ni de tempérament\nà anticiper les jugements de la postérité.\n   Les critiques de M. Pierron forment un fort volume, artistement édité\net illustré de belles reproductions par la maison Bulens. Un index alphabé­\ntique permet à tous les artistes cités de connaître rapidement l'opinion de\nl'auteur sur leurs travaux.\n\nL'Art flamand et holl a n d a i s . —(Numéro de Février.)\n   M. A.-J. Wauters résume savamment les données documentaires que l'on\npossède sur les deux Josse Van Clève, l'Ancien et le Jeune (ou le Fou), et\ndésigne les œuvres qui lui paraissent pouvoir être attribuées à chacun d'eux.\nIl penche à reconnaître la main du second de ces maîtres dans le beau retable\ndu Jugement dernier, de l'église Saint-Jacques, d'Anvers, dont une reproduc­\ntion est donnée pour la première fois dans l'intéressante Revue de M. Busch­\nmann. — M. Schmidt-Degener achève son étude sur les Sept Vertus de Jean\nVan Eyck, qui, d'après l'opinion vraisemblable qu'il développe,\nauraient été exécutées pour la décoration d'un projet, abandonné ensuite, de\ntombeau pour Louis de Mâle, comte de Flandre.\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3147, "texte": "208                                   DURENDAL\n\n\nL ' A r t e t l e s A r t i s t e s . — (Numéro de Février.)\n   Poussin, novateur et paysagiste, par M. R. BOUYAR (6 reprod.). L e récit, très\nvivant et illustré de nombreuses reproductions d'œuvres d u maître et de vues\nde son atelier, d'une visite Chez Rodin, par M. PAUL GOELL. A U supplément,\nd'intéressantes notes sur les constructions modernes au Caire ; sur le Mois\narchéologique ; sur le Carnaval parisien, etc. Courrier de l'étranger.\n                                                                     ARNOLD G O F F I N .\n\n\nBut     et esprit        d'Ostende-Centre             d'Art. Conférence inaugurale\n  par EDMOND PICARD. — (Bruxelles, L a r c i e r . )\n   Cette conférence est émaillée de très hautes pensées sur l'art, sa beauté,\nson importance sociale, sa mission éducatrice, dont celle-ci :\n   « C'est la beauté de l'art de ne p a s être seulementun a m u s e m e n t . Il est aussi\nune force exaltante. Si nous pensons à la Grèce, qui eut des guerres célèbres\ncomme, hélas! toutes les nations, est-ce aux guerres que vont vos souvenirs?\nN o n , c'est aux œuvres d'art. L a Grèce eut ses généraux, ses héros illustres.\nMais il faut presque u n effort pour y penser. Rien qu'à prononcer son beau\nnom, on songe, au contraire, invinciblement à ses artistes et à leurs œuvres.\nCela vit toujours, si bien que le g r o u p e humain que fut le m o n d e hellénique\nnous apparaît comme u n groupe artiste par excellence. Nous voyons là par\nu n exemple incomparable l'importance de l'art, puisque c'est par la puissance\nde celui-ci q u e ce petit peuple disparu se survit, à tel point qu'il n'est plus\nconsidéré que comme u n e expression d'art. »                                    H . M.\n\n\nLITTÉRATURE :\nR o m e , par M. R E N É SCHNEIDER. — (Paris, Hachette.)\n    Complexité et harmonie. Et ces mots q u e M. Schneider inscrit, comme un\nthème de méditation, sous le titre de son livre, nous révèle aussitôt la pensée\nmaîtresse qui, tout au long des belles pages de celui-ci, se développera devant\nnotre esprit avec toutes les puissances d'émotion et de sentiment qu'elle\ncontient.\n    Au premier abord, R o m e est confuse et contradictoire, assise qu'elle est\nparmi les vestiges entremêlés de tous les siècles. Elle n'a pas seulement, à\nl'égal du J a n u s bifrons, deux visages, tournés, l'un, vers l'aube; l'autre, vers\nle crépuscule : elle est multiface, et toutes ses faces, diverses, augustes et q u i ,\nc h a c u n e , semblent totales et souveraines, se dévoilent toutes à la fois, dans la\nconfrontation perpétuelle — où que le regard se porte — de ses m o n u m e n t s\navec ses ruines ; — où que la pensée se porte, de sa vie moderne ou contem­\nporaine avec ses souvenirs, et de ses souvenirs mêmes avec des souvenirs plus\nanciens, à l'infini...\n    « J'en deviendrai fou à force de ruines !.. », s'écriait Chateaubriand, amant\ndésolé des ruines, à propos de celles que son existence avait vues s'accumuler\nautour d'elle. E t il semble qu'à R o m e aussi, l'esprit se sente prêt à succomber\ndevant l'excès des ruines et l'accumulation des souvenirs ! T r o p de décombres\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "                                      LES LIVRES                                       209\n\n\nprodigieux y sollicitent l'imagination : significatifs vestiges de vies et de\nvolontés révolues, tellement magnifiés par les prestiges du temps et des\nparoles célèbres qu'ils en offusquent, parfois, la vision de ce que des êtres,\nplus proches de notre sensibilité et de notre intellectualité, ont laissé. Car le\npassé antique, plus reculé et plus énorme à mesure que l'on creuse et que l'on\nexhume, surgit ici en une si haute et si grandiose figure, qu'à son ombre il\nparaîtrait que tout s'efface et s'évanouisse...\n    Mais la R o m e d'aujourd'hui n'a-t-elle pas été, toujours, à moitié celle\nd'hier, à moitié celle de demain ? Si bien que l'on pourrait d e m a n d e r à son\npropos, c o m m e M. Schneider le faitau sujet des murailles d'Aurélien, « que\nremue u n perpétuel devenir » : — à quel m o m e n t elle exista ?\n    En somme, elle est, si l'on osait dire, d'une éternelle antiquité et d'une\nnouveauté éternelle. E t ses antiquités de différents âges, sont toutes suscep­\ntibles d'exalter et, d a n s l'exaltation de la beauté et de la gloire, de se\nrejoindre, de s'amalgamer, de s'unir en une harmonie u n i q u e et a d m i r a b l e ,\nRome, en effet, hérite sans cesse de R o m e , mais non point comme le\nprêtre de N é m i de son prédécesseur, dont il n'obtenait la place qu'en le\ntuant !...\n    M. Schneider qui parle de R o m e en archéologue, habile à interroger les\nvieilles pierres, en poète à l'émotion délicate et nombreuse et, aussi, en\namoureux de la terre et des j o u r s ; M. Schneider connaît que toutes les R o m e s ,\ndepuis l'immémoriale, ensevelie au plus profond du sol du F o r u m — la\nrépublicaine, l'impériale et la chrétienne, médiévale ou renaissante — furent\nlégataires les u n e s des autres et u n a n i m e s dans les vouloirs de domination et\nde suprématie inscrits partout sur les trophées et les monuments qui sont\ncomme les lares de son foyer : « De la ruine archaïque au palazzo\nd'aujourd'hui, écrit-il excellemment dans la préface de son livre, il n'y a pas\nseulement juxtaposition, mais pénétration intime. Au F o r u m , la préhistoire\nprête sa base de tuf aux blocs de la R é p u b l i q u e , où s'appuient l'Empire, puis\nle paléochristianisme, et enfin le « temple » néo-classique de la Renaissance,\nrepris et a d o r n é par le baroque XVIIIe siècle; matériaux, principes de cons­\ntruction, système décoratif se transmettent, donc se perpétuent. C o m m e dans\nl'âme romaine où les traditions s'amalgament, il n ' y a souvent qu'une R o m e\ndans le bloc de briques ou de pierres où c h a q u e âge a maçonné ses vestiges.\n Il y a ici entre tous les legs du passé, moellons ou sentiments, la cohésion que\ndonne le fameux ciment romain. »\n    H a r m o n i e s , répercussions profondes, correspondances mystérieuses, qui\n font que chaque site de R o m e , chaque inscription intacte ou mutilée, les\n eaux mortes de la fontaine sacrée de J u t u r n e , au F o r u m , comme les eaux\n vivantes des fontaines publiques, les basiliques antiques dont rien ne reste\n que des traces et les chrétiennes, encore triomphantes, les peintures\n délabrées de la maison de Livie ou des catacombes et les fresques de\n l'Angelico et de R a p h a ë l au Vatican ou à la F a r n é s i n e , apparaissent ainsi que\n les chaînons d'une tradition imposante et belle, d'une religion qui, comme sur\n les bas-reliefs funéraires grecs, mettait la main des vivants dans celle des\n morts.\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3303, "texte": "210                                    DURENDAL\n\n\n   T o u t e s les pages du livre de M. Schneider sont imprégnées de la haute\npoésie de telles pensées, où la force s'avive de grâce, l'éclat de la vie et des\nfleurs des ombres imminentes de la mort et du crépuscule...\n\n S a n c t u a i r e s d ' O r i e n t , par M. EDOUARD SCHURÉ. Deuxième édition. —\n    (Paris, Perrin.)\n    M. S c h u r é est le pèlerin du mystère. Le mystère l'altire et le retient, parce\n qu'il sait que l'univers se surpasse lui-même et est plus grand dans l'inconnu\n que d a n s le visible. De m ê m e , toute pensée fixée, plus éloquente dans ce\nqu'elle ne dit pas ou dans tout ce qu'elle subsume d'inconscient que d a n s\nles mots littéraux qui la d é t e r m i n e n t ; de m ê m e , toute religion, dans les\nformules, les temples et les cérémonies de laquelle les h o m m e s ont voulu\nmatérialiser l'idée divine. La lumière définit et l'ombre s u g g è r e ; la raison\narrête et la poésie — si l'on osait dire — infinise... Toute religion, ainsi, aux\nbords du Gange ou du Nil, sur les monts de la Grèce ou, m ê m e , en J u d é e ,\nn'a été, selon M. S c h u r é , dans ses aspects concrets, évidents, que l'apparence\nexterne de mystères — ou du mystère u n i q u e , transmis à travers le temps\net l'espace, — réservé aux initiés et à ceux qui avaient l'âme assez haute et\nassez intrépide pour l'affronter et pour le c o m p r e n d r e . . .\n   Ex Oriente lux ! C'est vers l'Orient, terre des origines, des prodiges et des\ndieux que M. Schuré dirige son pèlerinage ésotérique, qu'il va chercher les\ntraces sensibles du secret de vie qu'il croit avoir été recelé par les mystiques\nde tous les temps, les sacerdotes qui ont placé au seuil du désert l'interro­\ngation éternelle et triste du s p h y n x , comme ceux qui à Abydos, à Philae, à\nEleusis, célébrèrent les mystères d'Isis et d'Osiris — ou de la grande Déesse\nDémêter — le Sauveur, enfin, sorti de l'Essénie « revêtu de la robe blanche\ndes Nazirs ».\n    Le mystère est grand et la science courte, et si audacieuse que soit celle-ci,\nsi loin qu'elle aille, le mystère la dépassera toujours et ne cessera pas de\nlaisser entre elle et la vérité intégrale une marge d'ombre impénétrable. Il\nest des êtres pour lesquels cette marge, seule, cette seule énigme importent : —\nleur regard passe, sans presque s'y arrêter, sur le territoire lentement conquis\net toujours accru de savoir de l'homme pour s'aheurter à la muraille de\nténèbres qui le b o r n e ; et leur désir s'irrite ou s'exalte à connaître qu'aucun\neffort, jamais, ne parviendra à soulever ce voile opaque ou à en atténuer\nl'épaisseur.\n    M. Schuré est de ceux-là; se sentant impuissant à avoir la \" foi du char­\nbonnier \" , son inquiétude du sacré et le noble besoin d'idéal dont il est altéré\nl'incitent à des recherches et provoquent chez lui des visions qui nous valent\ndes œuvres pleines — comme celle-ci — de g r a n d e u r et d'élévation.\n\nP é t r a r q u e , sa vie et son œuvre, par G. F I N Z I . Traduction de M m e THIÉRARD-\n   BAUDRILLART. — (Paris, Perrin.)\n  Voici u n e excellente étude biographique, à la fois complète et sobre et qui,\nmérite rare, ne dégénère pas en panégyrique, le critique n'hésitant pas à\nmontrer en P é t r a r q u e , à côté du grand poète, du précurseur de l'huma-\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "                                     LES LIVRES                                       211\n\n\n\nnisme et du patriote italien, l'homme dans les défaillances de son caractère et\nles faiblesses de sa vie.\n    Gabriele Rossetti, aux yeux duquel les œuvres de tous les grands poètes\nitaliens, à commencer par celle du Dante, étaient conçues en u n e sorte d'argot\ncabalistique, à l'usage des Gibelins, n'a pas m a n q u é de c o m p r e n d r e dans la\ndémonstration laborieuse de sa thèse le Canzoniere, de P é t r a r q u e , dont\nl'héroïne, d'après lui, est « u n e énigme, u n phantasme, une pure entité... »\n M. Finzi tient pour l'identification consacrée; mais, il est vrai, ce n o m de\n Laure de S a d e , sans plus, ne fournit guère aliment à notre curiosité de la\nfemme que le poète célébra si magnifiquement. E n tout cas, si l'on peut\ndiscuter sur le n o m réel de L a u r e , la vie de P é t r a r q u e témoigne suffisamment\nde la nature de son a m o u r ou, si l'on veut, de ses a m o u r s .\n    Et le Canzoniere reste la partie vivante de l'oeuvre de cet artiste de lettres,\ntrop apprêté, trop précieux, qui polit son style et j u s q u ' à ses l a r m e s ! . . .\n Rien de spontané, chez lui ; c'est bien un rhéteur, comme le dit M. Finzi, et\n qu'il apparaisse tantôt sensuel, tantôt mystique, le souci prédominant de\n l'altitude élégante et de la phrase fleurie mélange à l'expression de tous ses\n sentiments, à cause de cette forme trop caressée et trop accomplie, on ne sait\n quelles suggestions d'insincérité. Quel contraste, et qui énerve la sympathie\n pour le premier, entre P é t r a r q u e , épicurien meurtri à toutes les feuilles de\n rose de sa solitude retentissante et fréquentée, et le Dante, g r a n d d'exil, de\n pauvreté fière et d'inépuisable passion!. .\n                                                                     ARNOLD G O F F I N .\n\n\nLettres de Hendrik Ibsen à ses amis, traduites par Martine Rému­\n    sat. — ( P a r i s , Perrin.)\n    Ces lettres intéresseront les admirateurs du grand écrivain. Sans être bien\nextraordinaires (Ibsen disait lui m ê m e : « J e ne sais pas écrire des lettres;\nj'ai besoin d'être réellement présent pour me livrer entièrement »), elles sont\ncurieuses à lire. Çà et là il y a des idées originales à cueillir; celle-ci, par\nexemple :\n    « Je m'incline devant les lois de la Beauté, mais je n'ai cure des conven­\ntions. Vous citez Michel-Ange. J'estime que personne plus que lui n'a enfreint\nles règles conventionnelles en matière de beauté. P o u r t a n t tout est beau de\n ce qu'il a créé, parce que tout son œuvre a du caractère. L ' a r t de R a p h a ë l ne\n m'a jamais e n t h o u s i a s m é ; ses figures sont antérieures à la chute d'Adam et\n d'Eve. Au surplus, les Méridionaux ont une esthétique différente de la nôtre.\n Ils exigent la beauté de la forme; tandis qu'à nos yeux ce qui est laid quant\n à la forme pourra être beau si nous y découvrons u n principe de vérité. »\n    Il y a b e a u c o u p de vrai dans l'opinion qu'il émet sur la critique dans une\n lettre adressée à sa belle-mère à l'occasion d'un ouvrage dramatique publiée\n par elle et qu'il admirait : « J e ne sais ce qu'a dit la critique; qu'elle aille au\n diable si elle a mal parlé! L a plupart des objections soulevées par la critique\n se réduisent généralement à u n e désapprobation de l'auteur qui veut rester\n fidèle à sa personnalité, qui veut penser, sentir, voir, rêver selon sa propre\n nature, au lieu de voir et de sentir comme l'eût fait le critique — s'il eût\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": "212                                  DURENDAL\n\n\npu »; et Ibsen ajoute cette remarque très judicieuse sur la composition : « Il\nimporte de veiller sur notre propre fond, de le préserver de tout élément\nétranger, ensuite de bien distinguer entre les choses dont nous sommes\ntémoins et celles que n o u s vivons, les dernières seules devant nous inspirer\ndans notre œuvre de créateur. P o u r peu que l'on se montre sévère sur ce\npoint, il n'y aura pas de fait quotidien si entaché de prose q u ' o n n'en puisse\nextraire de la poésie. »\n    Citons encore ce jugement esthétique intéressant énoncé d a n s u n e lettre\ndatée de R o m e :\n    « A R o m e , quantité de choses se sont révélées à moi. Cependant je ne me\nsuis pas encore familiarisé avec l'art antique. J e ne saisis pas ses rapports\navec notre t e m p s ; selon moi, l'illusion de la vérité, et par-dessus tout la\nmarque de la personnalité, quelque chose d'individuel m a n q u e dans l'œuvre\naussi bien que chez l'artiste qui la créa. Jusqu'à présent, je n'ai pu m'empê­\ncher d e v o i r très souvent des conventions là où d'autres veulent reconnaître des\nlois. Il me semble que la statuaire antique, comme nos vieilles poésies popu­\nlaires, est un produit de l'époque où elle fut conçue plutôt que de tel ou tel\nmaître. E t je trouve que beaucoup de nos sculpteurs contemporains se trom­\npent lorsqu'ils s'obstinent à composer d'antiques poèmes dans le marbre ou\nla terre glaise. J e comprends mieux Michel-Ange, Bernini et son école. Ces\ngaillards-là ont eu le courage de commettre de temps en temps une folie.\nL'architecture m'a davantage empoigné. Mais ni le style grec, ni les styles\nqui procèdent de lui ne me plaisent autant que le gothique. A mes yeux la\ncathédrale de Milan est ce qui s'est fait de plus gigantesque en architecture.\nL ' h o m m e qui a dessiné le plan d'un tel ouvrage devait, à ses moments\nperdus, rêver de fabriquer une nouvelle planète et de la lancer dans\nl'espace. »                                                                H . M.\n\nQ u e V o u l o n s - n o u s ? par le Chanoine GUILLAUME, directeur de l'Œuvre\n  des classiques comparés. U n e brochure.— (Société Saint-Augustin, Lille.)\n  Cette brochure vient à son h e u r e . Durendal a déjà, à plusieurs reprises,\nmanifesté sa sympathie à l'œuvre de M. le chanoine Guillaume. Au point de\nvue de la littérature et de l'art chrétiens, l'étude des classiques chrétiens com­\nblerait dans nos humanités u n vide profond. Il y a dans la Bible et dans les\nPères de l'Eglise un trésor trop peu exploité par nos écrivains.\n   D'innombrables sympathies sont venues à l'œuvre de M. le chanoine Guil­\nlaume, notamment du monde artistique et du milieu universitaire. Toutefois,\nbeaucoup de b o n s esprits, sans doute parce qu'ils n'ont pas étudié sérieuse­\nment le système ou parce qu'ils furent trompés par des interprétations fausses,\nrestent encore ses adversaires; d'autres, sympathiques en principe, se con­\ntentent d'une « foi qui n'agit point ».\n   Il faut louer M. le chanoine Guillaume de nous donner aujourd'hui ce\nrésumé clair et concis de ce qu'il veut. Il dissipera bien des malentendus et\ncoupera les ailes à bien des préjugés. Résumons cette brochure en en citant\ndes extraits :\n   « Ce que nous voulons, c'est travailler au maintien et à la restauration des h u m a ­\nnités classiques, gréco-latines, aujourd'hui en péril.\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "                                       LES LIVRES                                        213\n\n\n     \" Ce que nous voulons, ce n'est pas supprimer les auteurs païens, d o n t nous\n sommes partisans plus que personne, c'est simplement leur adjoindre les\n auteurs chrétiens; ce n'est pas davantage les rabaisser pour exalter d'autant\n les autres, c'est au contraire les mieux étudier, pour les apprécier mieux, au\n contact et à la lumière de la vérité.\n    i) Ce que nous voulons, ce n'est pas tant l'instruction, — qu'on nous comprenne\n bien, — l'instruction m ê m e religieuse de nos jeunes gens, si importante soit-\n elle, que leur formation intellectuelle, c'est-à-dire le développement intégral et\n harmonieux de toutes leurs facultés.\n    » Ce que nous voulons, c'est débarrasser les h u m a n i t é s de tout cet appareil\n philologique,' qui les opprime depuis cinquante ans, tout en s u r m e n a n t l'en­\n fant; c'est les dépouiller non pas de la méthode, mais du caractère scienti­\n fique, qu'elles ont si malheureusement e m p r u n t é à l'Allemagne, pour leur\n donner à la place ou plutôt p o u r leur restituer le caractère, non pas exclusive-\n ment, mais essentiellement littéraire, qui en faisait autrefois le charme et la\n fécondité.\n    » Ce que nous voulons, c'est donner à la jeunesse le sens et l'amour du Beau,\n plus que cela : la passion de l'Idéal, non pas seulement de l'idéal païen, dans\n ce qu'il a de réellement beau et même de parfait en tant qu'humain et naturel,\n mais encore et surtout de cet idéal bien autrement sublime, à la fois h u m a i n\n et divin qui se n o m m e l'idéal chrétien.\n    » Ce que nous voulons, c'est qu'à cette étude combinée des deux littératures\nsoit appliquée la méthode de comparaison, la plus propre à développer chez l'en­\nfant l'esprit d'observation.\n    » Ce que nous voulons enfin, c'est que les classes soient organisées sans trou­\n bler l'économie actuelle. L e système est adopté depuis plusieurs années au\ncollège Saint-Joseph à Virton et non seulement il n'y a produit a u c u n des\ninconvénients que d'aucuns prophétisaient, mais il y fonctionne avec la plus\ngrande facilité du m o n d e , à la g r a n d e satisfaction des maîtres et au grand\nprofit des élèves. »\n    Voilà donc la synthèse du système de M. Guillaume.\n    Son œuvre a été jugée par des esprits trop supérieurs pour qu'on leur dénie\nle sens critique. Citons, pour mémoire, Kurth et Waltzing, de l'Université\nde Liége; T h o m a s et P r e u d ' h o m m e , de l'Université de G a n d ; de H a r l e z et\nProost, de l'Université de Louvain ; Dwelshauvers, de l'Université de\nBruxelles; T i l m a n , inspecteur général de l'enseignement m o y e n ; Gérard,\npréfet de l'athénée de N a m u r ; Ch. Saroléa, de l'Université d ' E d i m b o u r g ;\nBenigni, du séminaire de R o m e ; les R R . P P . C h a r u a u et Orlando, de la\nCompagnie de J é s u s .\n    Mais M. Guillaume a-t-il songé que pour produire ses fruits sa méthode a\nbesoin de maîtres, n o n seulement intelligents, mais instruits, façonnés à la\nthéorie et à l'application? P o u r avoir de tels maîtres, il faut les former. P o u r\nles former, il nous faudrait, d a n s u n e de nos facultés de philosophie et lettres,\nune chaire de littérature grecque-latine chrétienne. L'Université catholique\nde Louvain est toute désignée pour la création d'une telle chaire. On fait à\nLouvain trop de philosophie et pas assez de littérature, trop de linguistique\net pas assez d'art.                                                             C. DE B .\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "214                                  DURENDAL\n\n\n( E u v r e s l i t t é r a i r e s , par H É R A U L T DE SÉCHELLES. Publiées avec une\n    préface et des notes par E M I L E D A R D . — (Paris, P e r r i n . )\n    « Offrir en régal aux délicats les œuvres d'un membre du Comité de salut\npublic peut sembler u n paradoxe », dit d a n s sa préface M. E m i l e D a r d .\n    C'était un bel épicurien, philosophe et fin lettré. Sa Visite à Buffon est le\npremier modèle de l'interview irrévérencieuse des h o m m e s célèbres; mais\nu n e interview délicate et raffinée, pimentée d'une délicieuse ironie. Son\nCodicille politique et pratique d'un jeune habitant d'Epone, plein d'idées ingénieuses,\nest un petit traité de l'arrivisme. Prose simple et naturelle, pensées et réflexions\nd'un esprit brillant, ces morceaux seront, en effet, un régal littéraire offert\naux délicats.                                                                   E. N.\n\n\nPHILOSOPHIE :\nHistoire de la philosophie moderne, par M. HARALD HÖFFDING.\n  T r a d u c t i o n BORDIER. T o m e second. — (Paris, Alcan. Bibliothèque de philo-\n  sophie contemporaine. )\n   Le second et dernier volume de cet important ouvrage résume le m o u v e ­\nment de la pensée philosophique depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu'aux\napproches du XXe, en Allemagne, en F r a n c e et en Angleterre. Prodigieuses\nconstructions de pensée, destructions, reconstructions, exploration inlassable\nde l'inconnaissable, hypothèses de génie que d'autres hypothèses, géniales\naussi, renversent; problèmes insolubles que l'homme résoud avec des\nmots qui, n'ayant de réalité que dans sa pensée, finalement ne le satisfont\npas. E t c'est un grand drame, et émouvant, que de le voir s'acharner, de géhé\"\nrations en générations, s'efforcer vers la clef de la décevante énigme. Il\nvient avec sa foi ou avec son doute, avec plus de cœur ou plus de raison,\nabsorbant tout l'univers dans l'être qui le contemple ou replongeant celui-ci\ndans le tourbillon sans fin de la matière... Et il semble parfois qu'entre le\nsoleil et la terre, le philosophe projette sur la vérité l'ombre de sa pensée. Où\nest cette vérité, dans le subjectivisme ou dans l'objectivisme? Le m o n d e est-il\nphénomène ou réalité? Est-il force, esprit, création?...\n   « L'idéal, disait Kant, est u n e aspiration de tous les instants qui pose avec\nconfiance pierre sur pierre, tout en sachant que le ciel est toujours loin, bien\nloin... » La T o u r de Babel de l'idéal! à laquelle de nouveaux travailleurs\najoutent sans cesse des pierres, en même temps, si l'on peut dire, qu'à la\nconfusion des langues !\n   Après le grand analyste de la connaissance, beaucoup sont venus, aussi,\nles uns pour bâtir sur les fondements qu'il avait puissamment posés; d'autres\npour tâcher d'en faire table rase — Fichte, Schelling, Hegel, « les trois\ngrands hâbleurs », ainsi que les qualifiait l'âpre Schopenhauer... M . Höffding\nrapporte que le vieux Goethe, effrayé du pessimisme de S c h o p e n h a u e r , écrivit\nces deux vers à son intention :\n                           Si tu veux te réjouir de ta valeur\n                           Prête de la valeur au monde...\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3211, "texte": "                                       LES LIVRES                                        215\n\n\n   « Mais qu'est-ce que le m o n d e me r e n d r a ? . . . », aurait pu répliquer le\nphilosophe.\n   Après avoir achevé l'étude du développement de la philosophie roman­\ntique allemande, M. Höffding aborde l'histoire de la philosophie positiviste,\nthéorique, en F r a n c e , avec Auguste C o m t e ; expérimentale, en Angleterre,\navec Stuart Mill et, plus tard, avec les apôtres de l'évolutionnisme, Darwin\net Herbert S p e n c e r . . .\n   L'œuvre a pris pour limite l'année 1880, afin, dit l'auteur, « de ne faire\nentrer dans le cadre ainsi arrêté que ce qui présente à ce moment une vue\nd'ensemble... »\n                                                                       ARNOLD G O F F I N .\n\n\nS c i e n c e e t S p i r i t u a l i s m e , par le D r FIESSINGER. — (Paris, P e r r i n ) .\n    Ce livre est u n acte d é c o u r a g e plutôt qu'un travail de profonde philosophie.\n Il y a un certain mérite à déployer fièrement et ouvertement le drapeau du\nspiritualisme, alors qu'on vit dans u n milieu essentiellement matérialiste. L e\ndocteur Fiessinger a dû faire violence à l'ambiance où il se trouve p o u r\nécrire les pages que nous venons de lire.\n    A vrai dire, nous ne saurions partager toutes ses idées. Il démontre, avec\nsuccès, que la science n'a pu et ne pourra jamais découvrir l'origine de la\n vie, ni le principe de toutes choses. Il ne m a n q u e ni de verve, ni de logique\ndans l'exposé de sa thèse. Mais il est trop sévère pour les savants de labora­\ntoire et, peut-être, trop indulgent pour les médecins.\n    Les premiers seraient presque fatalement conduits au matérialisme, à la\nsuffisance et à l'insensibilité. A ce propos, l'auteur relève, en les ridiculisant,\nquelques petites faiblesses de certains savants (Berthelot, Taine). Qu'est-ce\nque cela prouve ?\n    Il est vrai que les médecins, par leur contact quotidien avec la douleur, la\nmaladie et la mort, ont des occasions fréquentes de faire un retour sur eux-\nmêmes et de se d e m a n d e r le pourquoi de la destinée h u m a i n e . Mais combien\nde praticiens y a-t-il qui écoutent cette voix de leur conscience?\n    Nous savons que la science moderne a des tendances que nous réprouvons\nabsolument et que nous déclarons antiscientifiques. Mais nous assistons,\ndès maintenant, à u n e réaction dont il est impossible de prévoir la portée.\nNous n'en voulons p o u r preuve que cet admirable livre de Gustave L e b o n ,\nsignalé avec raison d a n s l'ouvrage que nous analysons; ses découvertes sur\nl'évolution de la matière offrent des horizons nouveaux et tout à fait\ninattendus. A notre avis, ces découvertes ne font que confirmer la croyance\nen un être supérieur et un créateur de toutes choses.\n    Le docteur Fiessinger se montre aussi trop sévère envers les matérialistes.\nCertes, nous reconnaissons que b e a u c o u p de ceux-ci sont des sectaires, dont\nl'irréligion est voulue et irraisonnée. Mais à côté de ces fanatiques, combien\nn'en est-il pas qui sont véritablement de bonne foi et auxquels nous ne\nsaurions refuser certains mérites?\n    U n chapitre très intéressant est celui consacré à la psychologie du catho-\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3255, "texte": "2l6                                    DURENDAL\n\n\nlicisme. L'auteur y expose des vues nouvelles et originales, que nous avons\nlues avec un vif plaisir.\n   E n somme, ce livre mérite d'être propagé. Sa lecture est attachante et\nattrayante. L e style en est vif, imagé et entraînant. N o u s le recommandons\nspécialement aux médecins, dont l'attention ne se laisse pas exclusivement\naccaparer par les préoccupations professionnelles.\n                                                                       D r M.\n\nLa Métaphysique des causes, d'après Albert le Grand et\n   s a i n t T h o m a s , par le P è r e THÉODORE DE RÉGNON, S. J. Nouvelle\n   édition, avec une préface de M. GASTON SORTAIS. — (Paris, Retaux.)\n   De divers côtés l'on réclamait la réimpression de l'ouvrage du P è r e T h é o ­\ndore de Régnon sur la Métaphysique des causes, depuis longtemps épuisé. C'est\npour répondre à ce désir que paraît aujourd'hui cette édition p o s t h u m e , ornée\nd'une belle héliogravure Dujardin et augmentée d'une notice par M. Gaston\nSortais.\n   Le P è r e de Régnon, par sa vigueur d'esprit et son talent d'écrivain, a con­\nquis d'emblée la sympathie et l'admiration des philosophes de profession.\nCitons quelques témoignages.\n   Arrivé, dans son Cours de philosophie, au chapitre des causes, M. George F o n ­\nsegrive s'exprime ainsi : « Je tiens à dire combien, pour toute cette leçon, je\nsuis redevable au savant et profond ouvrage du P è r e T h é o d o r e de R é g n o n ,\nMétaphysique des causes. » — L e très regretté O l l é - L a p r u n e , pendant qu'il\nenseignait à l'Ecole normale, supérieure, se plaisait à renvoyer ses élèves à\nla Métaphysique des causes comme à u n chef-d'œuvre. — Mgr d ' H u l s t , dont on\nconnaît la maîtrise en ces matières, n'a pas craint de renchérir encore sur les\néloges précédents : « U n religieux de la Compagnie de Jésus, le P è r e T h é o ­\ndore de R é g n o n , a publié, sous ce titre, Banes et Molina, un ouvrage de vulga­\nrisation où se révèle avec le talent du narrateur, habile à faire revivre les\nluttes du passé et à en rajeunir l'histoire au contact des sources, la vigueur\nd'esprit d'un métaphysicien de premier ordre. L'auteur du savant traité de la\nMétaphysique des causes a montré, dans l'écrit dont nous parlons ici, qu'il savait\nrendre accessible au vulgaire les plus hauts problèmes. » Mgr d'Hulst, Confé-\nrences de Notre-Dame, 1891, p . 370.)                                            X.\n\nP r o b l è m e s d e l a v i e m o d e r n e , par JEAN DELVILLE. — ( B r u x e l l e s ,\n    Aux éditions de En Art, MCMV; 8°, p. i36.)\n    M. J e a n Delville est théosophe, disciple fervent de M mes Blavatsky et Annie\nBesant. On comprend, dès lors, la solution qu'il donne aux « problèmes de\nla vie moderne ». Même, dans le chapitre, du reste intéressant, intitulé « L e\nP r i n c i p e social de l'art », est carrément professée la doctrine de la réincarna­\ntion, « qui explique l'apparition du génie, du prodige, comme p h é n o m è n e de\nl'évolution individuelle de l'expérience acquise, c'est-à-dire des facultés évo­\nluées. »\n    N o u s ignorons quel personnage est réincarné en M. J e a n Delville, mais\nà coup sûr ce ne peut être un bibliographe, car il n'aurait jamais laissé écrire\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2825, "texte": "                                   LES LIVRES                                      217\n\n\n Croockes, Berrélius, Nietzche, Slingenayer, Van den Busche, Haëckel,\n Appolonius de T h y a n e , etc.\n   C'est encore par la théosophie que se résout la question d u socialisme.\n « T o u t socialiste... est u n théosophe. T o u t théosophe est nécessairement,\n naturellement un socialiste dans toute la force d u t e r m e . . . L e socialisme de\n demain, ce sera la théosophie sociale! »\n   Dans « les confins de la science », M. Delville s'efforce d'établir que l'oc­\ncultisme seul rendra compte de tous les mystères q u e laissent insolubles et\nles dogmes et les recherches scientifiques. Car, p o u r le dire en passant, l'au­\nteur n'est tendre ni aux catholiques, ni aux matérialistes. Il confond dans une\négale hostilité « le P a p e et le Savant ». M. Delville est aussi u n enthousiaste\nde l'Orient, ce qui ne veut pas dire qu'il soit orientaliste, mais pour lui, c'est\nde l'Orient q u e doit venir tout le salut, parce que la théosophie cherche, d a n s\nles vieilles religions d'Asie, l'appui que lui refusent les esprits trop positifs de\nl'Occident.                                                                     J . G.\n\n\nHISTOIRE\nParis    SOUS N a p o l é o n :     I I I . La Cour et la Ville ; La vie et la mort, par\n  M. L . DE LANZAC DE LABORIE. — ( P a r i s ,    Plon.)\n   M. de L a n z a c de Laborie continue la publication de son attrayant travail\nsur le Paris napoléonien. Nous pénétrons avec lui dans les coulisses adminis­\ntratives et mondaines de la formidable machine gouvernementale qui, durant\nde brèves et étonnantes années, fit l'admiration et la terreur de l'Europe. N o u s\nassistons à l'évolution, précipitée comme les événements mêmes du temps, qui\namalgama, pour en former u n e société étrange et centrastée, les h o m m e s issus\ndes années sanglantes de la Révolution, ceux q u e l'émigration avaient sous­\ntraits aux atteintes de celle-ci et ceux qui avaient fait carrière sous les drapeaux\net dont la fortune avait grandi avec la gloire des armes françaises. Société\ngrande, puissante, énergique, habituée à tous les succès et à toutes les audaces\net à laquelle, pas plus qu'à son chef l'art et les lettres n ' o n t ménagé les apo­\nthéoses ; mais qu'il est extraordinairement intéressant aussi, surtout à la suite\nd'un guide aussi expérimenté q u e l'auteur de ce livre, d'étudier dans le détail\nde l'existence familière ou aulique, dans les coutumes, dans les m œ u r s offi­\ncielles et privées, d a n s tout ce qui permet, enfin, d'approcher davantage de la\nconception complète de ce m o n d e où toutes les majestés voisinaient avec\ntoutes les petitesses.\n                                                                 ARNOLD     GOFFIN.\n\n\n\n\n                                        *\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-020", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 218, "page_fin": 224, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Nos illustrations", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 257, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "NOTULES\n\n   N o s i l l u s t r a t i o n s . — Nous reproduisons dans ce numéro l'admi­\nrable Résurrection du Christ de Grünewald du Musée de Colmar. Œuvre\nmerveilleuse d'une conception étonnante dans laquelle l'artiste est parvenu\nà exprimer d'une façon vraiment géniale l'idée fondamentale de la Résurrec­\ntion du Christ, c'est-à-dire du corps divin ressuscité dans l'état de transfigu­\nration. Au fur et à mesure qu'il sort du tombeau le corps se transfigure\ndavantage, s'immatérialise de sorte que la tête divine est presque éthérée et\nsemble appartenir à un être tout à fait spirituel qui n'a plus rien de commun\navec la terre. L'idée maîtresse de l'artiste a été si bien comprise par\nJ.-K. Huysmans, que nous donnons en tête de ce numéro la suggestive et\nsplendide interprétation qu'il en donne dans son livre si intéressant : Trois\nPrimitifs, publié avec des illustrations des plus curieuses par la Maison\nMessein de Paris (1).\n   Nous reproduisons également le beau tableau : Le Paysan Mort de Léon\nFrédéric, qui est un Jes plus grands artistes de notre école belge de peinture.\nCette œuvre remarquable de M. Frédéric dénote, comme toutes ses œuvres\nantérieures, une originalité hors de pair. Il a fait l'admiration de tous ceux\nqui l'ont vu au salon du cercle Pour l'Art, où il était exposé l'an passé.\n                                           *\n                                          * *\n   La Société des Amis de la Médaille d'art, Société hollando-\nbelge, a tenu son assemblée générale le dimanche 17 mars, à 11 heures, au\nFalais des Académies. Nous rendons compte de cette intéressante séance\ndans notre fascicule d'Avril. Disons déjà que M. CHARLES BOLS a été élu, par\nacclamations, Président du Bureau Central des deux sections pour une nou­\nvelle période triennale et que M. ALPHONSE DE WITTE, le fondateur de la\nSociété, a été élu, par acclamations aussi, Président de la section belge. La\nréunion excessivement nombreuse affirmait à notre grande joie une vitalité\nsans pareille qui est de bon augure pour son évolution future.\n\n                                       * *\n   La Société protectrice des Enfants Martyrs nous prie de\nreproduire la circulaire suivante :\n  Pénétré de l'utilité pratique et de la haute portée humanitaire des deux\ngrandes œuvres sociales françaises, l'Adelphie et l'Abeille, et des orga-\n\n   (1) Trois Primitifs. Le Griinewald du Musée de Colmar. Le Maître de Flémalles et\nla Florentine du Musée de Francfort-s/Mein, par J.-K. Huysmans. Ouvrage illustré.\nEn vente chez Messein, 19, quai Saint-Michel, Paris. Prix : 5 francs.\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3263, "texte": "                                       NOTULES                                       219\n\n\nnismes analogues fonctionnant avec succès à L o n d r e s , à Berlin, à Amster­\ndam, le Comité de la Société protectrice des Enfants Martyrs croit le m o m e n t\nvenu de fonder à Bruxelles u n e œuvre similaire.\n   Cette création amènerait la coopération constante et féconde du travail et\nde la charité : développant l'initiative personnelle, elle offrirait des débouchés\nà tous les talents, ferait éclore des idées nouvelles d a n s tous les domaines de\nl'activité artiste et ouvrière, serait d'une réelle et immédiate utilité pour toutes\nles classes de la société bruxelloise.\n   Aux artistes encore mal connus, aux jeunes filles éprouvées par des revers\nde fortune, aux élèves des écoles professionnelles, aux artisans de toute\ncatégorie, l'œuvre nouvelle viendrait discrètement en aide et offrirait une\nrétribution équitable de leur travail en leur permettant de prendre part sans\nfrais, avec indemnité à convenir pour les matières premières et chances nombreuses\nde vente rémunératrice, à u n vaste concours dont l'excédent des bénéfices serait\nversé à la caisse des Enfants Martyrs.\n   Aux commerçants intelligents, soucieux de leur réputation, elle d o n n e r a i t\nl'occasion, sans avoir recours à l'étranger, de découvrir dans cette exposi­\ntion les inventeurs, les créateurs de ce neuf, de cet original qui fait la vogue\nd'une maison et suscite de précieuses rivalités.\n   Au public enfin, elle procurerait la possibilité de pratiquer u n e double\ncharité tout en faisant des acquisitions utiles et avantageuses.\n   L'exposition des objets confiés à notre société se fera d a n s un vaste local\nchoisi au centre de la ville de Bruxelles et c o m p r e n d r a :\n   a) L'Art appliqué : cuirs repoussés, peinture, céramique, p y r o g r a v u r e ,\norfèvrerie, étains, de dessin soigné et de facture parfaite ;\n   b) Les travaux à l'aiguille, irréprochables au point de vue de l'exécution\n(lingerie et layette fine, vêtements de pauvres, broderie de tout genre) ;\n   c) Les fantaisies de bon goût : cadres, reliures d'art, menus illustrés et\ninédits ;\n   d) Les bibelots et les jouets destinés, par leur nouveauté, à remplacer en\nBelgique l'article de P a r i s , de Vienne ou de Berlin par l'article de Bruxelles.\n   T o u s les ouvrages portant le nom, le p s e u d o n y m e ou la devise de leur\nauteur devront être adressés, avant le 15 octobre, à l'Asile des Enfants\nMartyrs, 11, quai au Bois-de-Construction.\n   Ils seront soumis à l'appréciation de jurys composés de hautes compé­\ntences a p p a r t e n a n t au monde de l'art, de l'enseignement, du commerce et\nde la petite industrie.\n   Ils seront ensuite exposés et mis en vente en chiffres connus, du 23 novembre\nau 30 dito, après avoir fait l'objet d'une classification qui leur attribuera, selon\nleur mérite, des prix en espèces, des médailles ou des diplômes, indépen­\ndamment des avantages cités plus h a u t .\n   P o u r tous renseignements ou encouragements, écrire ou s'adresser, le jeudi,\nà Mme W i l l i a m B u r l s , 2 , r u e du Cerf, F o r e s t , chargée par le Comité des\nEnfants Martyrs de recevoir également les adhésions a u concours.\n\n                                           *\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3185, "texte": "220                                  DURENDAL\n\n\n   L e P a r c d e B r u x e l l e s . — Sous ce titre M. Charles Buls a\npublié dans l'Art Moderne un article très sensé, dont les idées sont les nôtres.\nE n voici un extrait :\n   « Nous lisons dans le National du 27 février:\n   » Une nouvelle emprise sur le Parc de Bruxelles ? — Le bruit a couru que pour\ndégager le palais du Roi, et permettre de mieux l'embrasser du regard, on\nallait amputer le P a r c d'une nouvelle b a n d e de terrain le long de la place\ndes P a l a i s .\n   » Renseignements pris à bonne source, nous pouvons dire qu'on n'en fera\nrien. Il est vrai que des personnes ont fait remarquer que l'on pourrait, sans\nnuire au P a r c , supprimer la grille et les pavillons centraux du côté du Palais,\nla balustrade de pierre qui de ce côté sert de clôture intérieure au P a r c subsis­\nterait seule. Les deux palais du Roi et des Académies seraient ainsi plus\ndégagés et mieux visibles.\n   » Mais M. de Smet de Naeyer, qui n'a pas oublié les trop justes protesta­\ntions auxquelles donna lieu, il y a trois ans, la rectification de cette frontière\ndu P a r c , ne veut plus qu'on change quoi que ce soit à cet endroit. »\n   Si cette nouvelle est exacte nous félicitons vivement l'honorable Chef du\nCabinet, en regrettant qu'il n'ait pas montré plus de goût et de fermeté au\ndébut de cette triste affaire.\n   N o s vieux m o n u m e n t s , nos anciennes promenades sont des legs du passé\nqui appartiennent aux Bruxellois et c'est un véritable abus du pouvoir que de\nleur enlever ce précieux héritage\n   On comprend qu'on assainisse une ville, qu'on élargisse ses rues pour satis­\nfaire aux exigences de l'hygiène et de la circulation ; mais qu'on mutile, sans\nnécessité, une p r o m e n a d e publique parce qu'on est trop ignorant pour en\ncomprendre les beautés, cela est inexcusable.\n   Un parc, aussi bien qu'un palais, est un m o n u m e n t auquel on ne peut\ntoucher sans détruire l'enchantement que produisent ses belles proportions ;\nil constitue u n tout dont les parties doivent rester intactes sous peine de voir\nse faner la beauté de l'ensemble.\n   Durendal a dit, en termes excellents, le charme des anciens bas-fonds,\nrefuge des chanteurs ailés, fraîche oasis au milieu de la grande ville, souvenir\nde l'ancien parc des ducs de Brabant. Le XVIIIe siècle, peu respectueux, en\ngénéral, des styles anciens (il a couvert les nefs de nos vieilles églises gothiques\nde ses rocailles inensées) avait eu plus de goût que nos architectes du\nXXe siècle en conservant les bas-fonds.\n   Mais cela ne suffit p a s ; on en d e m a n d e maintenant la suppression. E t\npourquoi ? P o u r agrandir la place, pour reculer la grille jusqu'à la balustrade,\nafin qu'on puisse admirer plus à l'aise le palais royal; afin de dégager la vue\ndu palais des Académies, qui n'en vaut pas la dépense, avec sa façade plate,\nmorne et lourde. E t pour cela il faudra retrancher du cadre du P a r c la\ndouble rangée de tilleuls, taillés en espaliers, qui sont si bien dans le style de\nson é p o q u e !\n   Qu'en restera-t-il après cette amputation ?\n   C'en est trop, v r a i m e n t ; les artistes, les gens de goût ne se révolteront-ils\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3432, "texte": "                                        NOTULES                                        221\n\n\n\npas à la fin et ne feront-ils pas entendre une énergique protestation contre les\nattentats qu'on projette encore contre notre pauvre P a r c ?\n    D e m a n d o n s aussi au Collège échevinal de faire replacer dans un des bas-\nfonds, auprès de la margelle du bassin où se désaltéra P i e r r e le G r a n d , son\nbuste et la statue de la Madeleine qui dépare, en ce moment, si malheureu­\nsement, u n e des allées du P a r c . Réunis, ces trois petits m o n u m e n t s avaient\nun intérêt historique. Dispersés, comme ils le sont actuellement, ils\npourraient faire croire, à tort, à nos visiteurs étrangers que nos magistrats\nc o m m u n a u x ignorent l'histoire de leur ville et m a n q u e n t de sens esthétique. »\n                                                                                  BULS.\n\n                                           *       *\n   Aspects de la Nature et de la Cité. - Sous ce titre nous\navons édité en brochure l'étude publiée ici même par un de nos collabora­\nteurs dans les fascicules de D é c e m b r e 1906, Janvier et Février 1907. Voici\ncomment cette étude est appréciée par Octave Maus dans l'Art Moderne :\n   « La question du Pittoresque u r b a i n , maintes fois traitée d a n s ce journal,\nétant ramenée à l'ordre du jour par la polémique engagée entre M M . Buls et\nMaquet, n o u s appelons l'attention de nos lecteurs sur une excellente étude\nque vient d'éditer en b r o c h u r e la revue Durendal sous le titre Aspects de la\nNature et de la Cité.\n   « L ' a u t e u r a n o n y m e de cette étude la dédie « à M. Charles Buls, le dernier\ndéfenseur du P a r c de Bruxelles ». II développe d'intéressantes considérations\nsur l'esthétique des villes et des campagnes et proclame la nécessité de\ndéfendre les sites agrestes et citadins contre le vandalisme des ingénieurs,\ndes industriels et autres artisans de la « civilisation » et du « progrès ». « Il\ny a, dit-il, u n régime des villes comme il y a. u n régime des cours d'eaux, et il\npeut être aussi dangereux de toucher à l'un que de toucher à l'autre... »\n   » Enfin il s'élève avec force contre les mutilations qui enlèvent au P a r c de\nBruxelles son caractère et sa poésie, et conclut par cet aphorisme : « L e pit­\ntoresque dans la N a t u r e et d a n s la Cité est un des éléments les plus précieux\nde la beauté, supérieur par essence à toutes les conceptions architecturales.\nSa survivance rare, providentielle, doit être respectée dans les limites des exigences de la\nvie moderne. »\n   » Il faut lire et méditer cette brochure, qui résume en termes décisifs un\ndébat passionnant. »                                                              O. M.\n  Cette étude est en vente chez tous les libraires de Bruxelles, au prix de\n75 centimes.\n                                               *\n                                           *       *\n   L a M u s i q u e à T o u r n a i . — « L a célèbre Société de Musique\nde Tournai » n o u s a n n o n c e son Concert a n n u e l pour le dimanche 7 avril, à\n2 heures. Après n o u s avoir successivement fait entendre « L a Damnation de\nFaust de Berlioz, « F a u s t » de S c h u m a n n , « Les Béatitudes » de César\nFranck, et le « R e q u i e m » de B r a h m s , elle met cet hiver à son programme\n« Le Messie » de H a ë n d e l . Pareille entreprise paraîtrait téméraire à ceux qui\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3071, "texte": "222                                  DURENDAL\n\n\n\nne connaissent pas la haute valeur artistique de cette Société et les c h œ u r s\nuniques qu'elle possède et qui lui ont fait la réputation considérable dont\nelle jouit dans le m o n d e musical. Du reste, lorsque l'on a à son actif des exé­\ncutions comme celles citées plus haut, on peut être certain d'une interpré­\ntation impeccable de l'œuvre colossale de H a ë n d e l . Nul doute que cette\nœuvre que l'on ne peut entendre qu'en Allemagne et en Angleterre et à de\nrares intervalles au Conservatoire de Bruxelles, n'attire à T o u r n a i , le 7 avril\nprochain, une foule d'amateurs de belle et grande musique.\n                                           *\n\n   M m e D u b o i s - D o n g r i e , de Bruxelles, artiste violoniste de grand talent,\nélève d'Isaye, a remporté récemment u n b e a u succès à u n des concerts orga­\nnisés à Paris par le Figaro. Voici les éloges que ce journal adresse à notre\ncompatriote :\n   « Accompagnée au piano par M m e Vallier, Mme Dubois-Dongrie ouvrait le\nconcert.\n   » C'était la première fois que cette distinguée violoniste nous procurait le\nplaisir de l'applaudir au Figaro. M m e Dubois-Dongrie, qui fut élève d'Ysaye\nau Conservatoire de Bruxelles, a donné avec un vif succès, depuis quelques\nannées, des concerts en Belgique, en H o l l a n d e , en Allemagne. Elle est\nvenue aujourd'hui débuter à P a r i s .\n   \" M m e Dubois-Dongrie a joué d'abord l'Adagio de Vieuxtemps, une des pages\nles mieux venues que le célèbre virtuose ait écrites. On a fort goûté la déli­\ncatesse d'expression, la grâce de jeu déployées dans l'interprétation de ce\nmorceau par l'artiste, et qui nous firent mieux apprécier encore l'allègre sûreté,\nla vigueur de son archet, q u a n d , après l'Adagio, Mme Dubois-Dongrie exécuta\nles Airs russes de Wieniavski. H e u r e u x début et qui nous permet d'espérer\npour la brillante élève d'Isaye de beaux succès parisiens. »\n\n                                         * *\n   La Libre A c a d é m i e d e B e l g i q u e a, dans sa séance du 21 février,\ndécerné son prix annuel (fondation E d m o n d Picard) à M. L . D u m o n t - W i l ­\nden, h o m m e de lettres, que son livre récent Les Soucis des derniers soirs avait\nparticulièrement désigné aux suffrages de l'Assemblée.\n   L'Académie a, en outre, attribué deux prix exceptionnels de 500 francs\nchacun à M M . F . H o l b a c h et P . Van der Eycken, avocats, pour les impor­\ntants et très intéressants travaux qu'ils ont publiés sur le Droit. M. Holbach\nest l'auteur, entre autres, de la Justice laudative, de l'Interprétation de la loi sur\nles sociétés, etc. M. Van der Eycken vient d'écrire un volume intitulé : Méthode\npositive de l'interprétation juridique qui a été très remarqué dans les milieux\njudiciaires.\n   Rappelons que les lauréats du Prix E d m o n d Picard ont été en 1902\nM. Victor Vreuls, compositeur; en 1903, M. E u g è n e Baie, historien; en\n1904, M. E d m o n d Glesener, romancier; en 1905, M. F r a n ç o i s Beauck,\npeintre.\n                                           *\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "                                 NOTULES                                  223\n\n\n  L'Institut International de Bibliographie, établi dans les\ndépendances du Musée ancien, a pris, grâce à l'intelligent et persévérant\nlabeur de ses fondateurs, M. Paul Otlet et M. le sénateur Lafontaine, une\nextension considérable et qui en fait une œuvre appelée à rendre d'inappré­\nciables services au monde des savants et des lettrés. L'Institut possède\nactuellement, classées dans un ordre méthodique, plus de sept millions de\nfiches, qui lui permettent de donner à quiconque les lui demande des indi­\ncations précises sur les ouvrages et publications périodiques qui ont traité,\ntant en Belgique qu'à l'étranger, tel sujet déterminé.\n   Les créateurs de l'Institut International de Bibliographie ont bien mérité\nde la science dont la diffusion est facilitéeainsi par un système de documen­\ntation tout à fait remarquable.\n                                    ***\n  Le Salon de la Société des Beaux-Arts sera inauguré le mardi\n9 avril, à 10 h. 1/2 du matin, au Musée Moderne. Il comprendra des œuvres\nde MM. Sargent, Vinçotte, de Lalaing, Rousseau, Lagae, Laermans,\nMathieu, Marcette, van Holder, Dierckx, Cassiers, Luyten, Georges Morren,\nWollès, Blieck, Opsomer, Baseleer, Devreese, Vloors, Van Zevenberghe,\nCoppens, Motte, Cluysenaer, Michel, de Mlles Alice Ronner, Berthe Art, etc.\n   Une salle sera réservée à l'œuvre d'Alfred Stevens dont on est parvenu à\nréunir environ quatre-vingt-dix tableaux prêtés par les musées du Luxem­\n bourg, de Marseille, de Bruxelles et d'Anvers, par la princesse Borghese, la\nmarquise de Clermont-Tonnerre, Mme Duez, MM. Lhermitte, de Mon­\ntesquiou, Demmé, Hayem, G. Petit E. Le Roy, Boussod, Ravené, Lieber­\nmann, etc.\n\n\n   L e p r e m i e r C o n g r è s international de la P r e s s e P é r i o -\nd i q u e aura lieu à Bruxelles le 31 mars. Pour renseignements s'adresser à\nM. G. Van Melckebeke, 41, boulevard Clovis, Bruxelles.\n\n                                    *     *\nAccusé de réception :\n  ART : La façade de Notre-Dame de Paris, par SYLVAIN FRANÇOIS. Treize\nplanches hors-texte (Bruxelles, Goossens).\n   HISTOIRE : La domination espagnole dans les Pays-Bas à la fin du règne de\nPhilippe II, par ERNEST GOSSART (Bruxelles, Lamertin). — Histoire du senti-\nment religieux en France au XVII' siècle : Pascal et son temps, par FORTUNAT\nSTROWSKI. Première partie, de Montaigne à Pascal (Paris, Plon). — La\ncivilisation en Italie au temps de la Renaissance, par JACOB BURCKHARDT. Traduction\nde M. SCHMITT sur la deuxième édition annotée par L. GEYGER. Deux\nvolumes (Paris, Plon). — Veillons sur notre histoire, par DOM BESSE (Paris\nLibrairie des Saints-Pères).\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "224                                       DURENDAL\n\n\n\n    L I T T É R A T U R E : Emile Verhaeren, par LÉON BAZALGETTE (Paris, Sansot).\n— Choix de pages anciennes et nouvelles, de SAINT-GEORGES DE BOUHÉLIER,\nprécédées d'une préface de C. LEMONNIER (Bruges, Herbert, édit. Collection\nd'Antée). :— Lettres de CHARLES BAUDELAIRE, 1846-1866 (Paris, Mercure de\nF r a n c e ) . — Clartés. Italie. Printemps et été 1905, par MARIE DAUGUET (Paris,\nSansot). — La légende dorée des bêtes, p a r P A U L FRANCHE (Paris, P e r r i n ) . —\nUne autobiograhie par H E R B E R T S P E N C E R . T r a d u i t e p a r H E N R Y DE VARIGNY\n(Paris, Alcan).\n   M U S I Q U E : M annale pro benedictionibus et processionibus S S m i Sacramenti ex-\nlibris solesmensibus excerptum in recentioris musicse notulas translatum\n(Tournai, Desclée).\n   P O É S I E : Poésies d'HENRIK IBSEN. Traduction d e C H . DE BIGAULT DE\nCASANOVE avec préface et notes d u traducteur (Paris, Mercure de F r a n c e ) . —\nLa chanson du pauvre, par GRÉGOIRE L E ROY (Paris, Mercure d e F r a n c e ) . —\nL'Edelweis, par Louis GAURON (Paris, Société française de librairie).\n   R O M A N S . : Lepoint d'honneur, par MAURICE PALEOLOGUE (Paris, P l o n ) . —\nLa facile liaison, p a r LÉON WAUTHY (Verviers, l'Édition artistique). — Io-Ié\nBec de lièvre, p a r MAURICE DES OMBIAUX (Bruxelles, Association des Écrivains\nbelges). — A la boulle-plate, brasserie, estaminet, p a r GEORGES (GARNIR. Illustra­\ntions de A. LYNEN et FLASSCHOEN (Bruxelles, L a r c i e r ) . — Le roi des milliards,\npar H E N R Y GREVILLE (Paris, P l o n ) .\n  T H É Â T R E : Partage de midi,, par P A U L CLAUDEL. H o r s commerce (Paris,\nBiblothèque d e l'Occident).\n  V A R I A : Les industries à domicile en Belgique, par ROBERT VERMAUT\n(Bruxelles, Office rie Publicité).— Catalogue de la biliothèque choisie de Louvain,\navec préfaces de F A Q U E T , GOYAU, J . L E J E U N E , Mlle B E L P A I R E , D r V E R R I E S T\n(en vente à la Bibliothèque choisie à Louvain). — Que savons-nous ? Esquisse\nd'une conclusion de philosophie et d'histoire par M. JACQUINET ( P a r i s ,\nP e r r i n ) . — Almanach de la Société générale gantoise des étudiants catholiques, 1907\n(Gand, Siffer).\n  V O Y A G E S : La Grande Grèce. De Stamboul à Naples, par P A U L HOYOUX.\nPréface de L o u i s DELATTRE (Bruxelles, Association des écrivains belges).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison03-207", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Compagnie Anglaise 7 et 9", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 264, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "Compagnie Anglaise\n7 et 9, Place de Brouckère                            CHOQUE         S:   ZORN\n              BRUXELLES                                                   TAILORS\n   DEUX MÉDAILLES D OR              HOKS CONCOURS              DIPLOME D'HONNEUR\n    Bruxelles 1897          Membre du Jury   — Milan 1 9 0 6     Liège 1905\n\n\n\n\n                         La Compagnie Anglaise\n         Est la Maison de Tailleurs de Belgique la plus importante\n         et la plus renommée pour l'exécution du beau vêtement.\n         Peut fournir toute commande du jour au lendemain. Ses\n\n\n                                                                                    J\n         livraisons sont exactes et se font très soigneusement.\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "FABRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         médaille d'Or à l'Exposition. Internationale de Bruxelles 1897\n\n                     BERVOETS^WÎELEMANS\n                                        FOURNISSEUR DE LA COUR\n          6, 8, 10, 12, Rue du Midi *t» BRUXELLES\nU s i n e a vapeut», Lavoii» d e l a i n e s : H U E D E S GOUJONS, 120\n\n               THE GRESHAM                                   RELIURE D'ART & D'AJVIRTEOKS\n             {Compagnie d'assurances sur la vie)\n                   Fondée à. Londres 1 848\n                Etablie en Belgique en 185 5\n                    Actif : près de 2 3 3 millions\n                                                             P a u l Claessefls\n                                                                 Relieur-doreur de 8. A. R. Mme | a Comtesse de Flandre\n              Sinistres payés en Belgique : 3 2 millions\n                  PRIMES   MENSUELI-ES                           24, rue de Berlalmont, Bruxell\n                     SUCCURSALE BELGE :\n              3 , place Royale, B R U X E L L E S\n\n                                      Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                           FABRIQUE     ET ATELIERS :\n                                 37,      Rm@ d e l a C h a r i t é - BRUXELLES\n                                                            TÉLIS-PHO-STE 1 9 4 7\n\n                                   Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, et\n                                Spécialité ù e tous les articles concernant l a peinture, la sculp\n                                                la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                RENTOILAGE, NETTOYAGE E T VERNISSAGE DE TABLEACX\n                                       Vente et location fie modèles pour la peinture\n\n                                  Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\n\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, llverpool, Le Havre, Bruxelles, GHicago, ttt\n\n           IMPRIMERIE                                       S C I E N T I F I Q U E\n                                TYPO, LITHO ET CHROMOLITHO\n                       SPÉCIALITÉ D'ILLUSTRATIONS DE GRAND LUXE\n                          PHOTO-CHROMOGRAVURE EN TROIS COULEURS\n\n•     CHARLES                               BULENS.                                       ÉDITEUF\n                         75,        RUETERRE-NEUVE, 75\nTÉLÉPHONE 505                                         •                                  BRUXELLES\n                                                                                        99, rue Royale, 9\n\nPIANOS DE SMET ;                                                                             BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "A paru à la Librairie VBOMANT\n\n                                                                                Prix : fr. 3 . 5 0\n\n                            FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                            BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n                              DE QUELQUES LEÇONS D'ENERGIE\n                                  VERHAEREN ET DEMOLDER\n                            P. DE HAULLEVILLE — GUIDO GEZELLE\n                             GEORGES RODENBACH — MAX WALLER\n        EDMOND PICARD — GUILLAUME VERSPEYEN — H. CARTON DE WIART\n                                         ETC., ETC.\n\n\n\n EQ vente chez l'éditeur bornant, 3, rue de la Chapelle, Bruxelles\n\n    Editions de D U R E N D A L\n                                                          LE STANDARD\nle Chant des Trais H!\n            POÈME MYSTIQUE\n                                                      Compagnie d'assuran es sur la vie, fondée en 1825\n                                                                   ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n\n                      PAR                                Principaux avantagea de la Compagnie\n   Georges            flAlvI-RcKEr^S                  \\° Polices incontesta-          H» Tarif avantageux\n                                                        bles après deux ans           4° Participation impor-\n                                                        de date.                        tante des assurés dans\nAdresser les commandes a la Direction                 2° Prots sur polices              les bénéfices de la\n           de DURENDAL                                  ajant trois ans de              Compagnie.\n                                                        date                          5° Prêts bj polhécaires.\n  22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n                                                          S'adresser pour renseignements tt prospectus à la\n          P r i x : 3 fr. 5 0                                       DIRECTION         OÉNtRAll\n                                                      2 8 . PLACE DE BROUCKÈRE, 2 8 , BRUXELLES\n                                                           Téléphone 949 Adresse télégraphique : Standard-Bruxelles\n    POUR VOS CIGARES flflS\n                               à I*                             En vente chez M U R A I L L E\n                                                         45,    EDE DE L'UNIVERSITÉ, 4 5 , LIÈGE\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                         J. RYELANDT\n\n             DÉPÔT DE FABRIQUE                        SAINTE CÉCILE\n                                                                          Drame musical\n   15 — Avenue Louise— 15                                      Réd. pour chant et piano : 1 5 francs\n                                                                   PDBGATOR1DM\n            BRUXELLES                                       Oratorio.— Réduction pour chant et piano. 5 francs\n                                                                N O O R D S E K (Mer du Nord)\nr -I. - Arrivages réguliers de cigares de la Pavane        5 esquisses pour piano            — 8 francs.\n\n\n\n  PIANOS S T E I K W A Y                                                       & SONS\n              NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\n Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Koyale\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 65, "texte": "Imprimerie Scientifique Char-\n    t t l l l F N S . Rdlteur. rue\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 176, "texte": " I9°7-          i4 me Année.   N° 3\n\n\n\n\n         REVUE CATHOLIQUE ©ART\n               UTTEIUTUÛ§£3F\n                                 .\n\n\n\n\n• «\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                                PLAGE DE WESTENDE\n                                               (BELGIQUE)\n\n\n                                      Plage de sable fin située entre\n                                           Os tende et Nieuport.\n                             Villégiature hygiénique, loin des agglomérations\n                                    comme des embouchures de rivières.\n\n                           Villas et cottages confortables à des prix avantageux.\n                                  Approvisionnements faciles sur place.\n                                    BAINS          G R A T U I T S\n                                — Service de sauvetage communal. —\n                                  Service religieux pendant la saison\n                           KURSAAL -    RESTAURANT -      GARAGES -    ECURIES — REMISES\n                              Les plus luxueuses installations spcrtives\n Vilas et Terrains                             du L i t t o r a l                 Villas et Cott\n   à vendre par annuités   Location de tentes sur la plage et de costumes de bain       à louer\n                                 T r a m w a y électrique à service intensif\n                                 Vicinal — Télégraphe — Téléphone                           Q&2,. I; &#>*]\n Çt*rl»Û otfV.\n                             ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DE LA DIGUE\n                                          DES AVENUES ET DES VILLAS\n\n\n\nEë&pgE Agence immobilière pour la vente et location des villas\n                                A moins de 30 minutes d'Ostende. à 2 h. 1/2 de Bruxelles.\n\n                                                                         Le WESTEND\" HOTEL est\nWESTEND' HOTEL                                                         partir de Pâques jusque fin sept**\n                                                                       Pension de 6 à 15 fr. par jour. As <\n             DIGUE DE MER                                              mencement et à la fin des saisons, •\n                                                                       gements très avantageux pour les f»\n                                                                          faisant un séjour prolongé a\n   TÉLÉPHONE                                                                75 chambres parfaitement nmt\nRéseau du littoral p a r                                                      Vie de famille. Éclairage e)c\n                                                                                Chambres spacieuses.\n     Nieuport.\n                                                                                      ment moderne esthe\n                                                                                       confortable. Baie\n                                                                                        rasses. Salle de\nAppartements                                                                             Salle de billard.\n                                                                                           récréatioii jour»\n  avec                                                                                              fants. 9*\n                                                                                                    de lecHir»'\n\n\n\n\n         LA          FERMETTE                                   WESTENDAISB\n                                   L A C A M P A G N E A. L A                 MER\nJeux d'enfants — Promenades à ânes. — Tir à la perche. — Jeu de boule. — l» stJ\n          sportives. — Café cramique. — Lait frais. — Glaces. — Consommations de choix.\n                            O U V E R T U R E          L E      1« J U I N          1 9 0 7\n                                            . A B R U X E L L E S , 6 4 , boulevard de l a Senne (Téléph- '\nPour r e n s e i g n e m e n t s s'adresser j A WESTENDE, a l'Administration de la Pl»K e '\n                                           I      phone 33 du littoral) ou au Westend' Hôtel                 ^M\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                           DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n                                1907 — i4« A n n é e\n\n\n\n                       Sommaire du n° 3 (Mars)\n\nJ.-K. HUYSMANS. — La Résurrection du Christ de             Grùnewald,\n                   du musée de Colmar                                   i44\nEMILE VERHAEREN, — Un dimanche                                   < .     147\nARNOLD GOFFIN. — L e masque                                              148\n GEORGES DE GOLESCO. — « Sainte       Cécile » de Joseph Ryelandt\n                             au théâtre lyrique flamand d'Anvers        157\nE. FERMAUD. — Le drame espagnol : L'Italie                              160\nFRANÇOIS BEAUCK. — Chansons simples                      * . . <        171\nTANCRÈDE DE VISAN. — Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard           fin)      174\nERNEST CLOSSON. — A l'église Saint-Boniface                             179\nFRANZ A N S E L . — Sur une falaise d'Angleterre                        182\n\n                 Chronique d'art :\nMusique : Le troisième Concert du Conservatoire   INTÉRIM . —\n            Festival Wagner aux Concerts Durant; Le cin-\n            quième Concert Ysaye ; Récital du pianiste F, La-\n            mond (G. DE G.)                                             184\n                   e\nExpositions : XV Salon du cercle Pour l'Art (A. D.).— L'Expo-\n            sition du Livre belge ; Exposition    Gaillard, Lem-\n            mers et Taelernans ( F . H . ) . — Exposition de MUe\n            J e n n y Lorrain (H. M.)                           .       i85\nThéâtre : Au théâtre du Parc : Candida de Bernard Shaw .            .   190\n\nHENRI MAZEL. — Lettre de Paris                                          19a\nL'abbé HENRY      M Œ L L E R . — L'almanach de la Société générale\n                                 gantoise des étudiants catholiques     IQ5\nLes Livres                                                       •. .   197\nNotules .                                                 * . . .       218\nIllustrations   : L a Résurrection du Christ (GRÙNEWALD) ;\n                  Le Paysan mort (L. FRÉDÉRIC .\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                         DURENDAL\n        REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATVH\n\n      ABONNEMENT : 10 francs par an; ETRANGER : 1 2 francs (port\n          (pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à BruMÛ*i\n\n                                 PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                  Comité de rédaction de D u REND AL :\n                            MM.     H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n\n                                    L'abbé H E N R Y       MŒLLER.\n\n                                    F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                     Secrétaire de la Rédaction : G E O R G E S V I R R È S\n                              Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n\n        M.    HENRI     MAZEL,      avenue d e la Grande-Armée, 6 i , PadtL\n\n                PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n       FRANZ ANSEL.\n                                                   :\n                                 H . FIÉRENS-GEVAERT.\n       MAURICE BEKAERT.                                      ARNOLD GOFFIN.\n       PIERRE BILXAUD.                                       FRANZ H E L L E N S .\n       EDGAR BONEHILL.                                       L'abbé H . HOORNAERTV\n       HENRY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n       ALEXANDRE BRAUN.                                      JOSEPH JANSSENS.\n       THOMAS BRAUN.                                         VICTOR KINON.\n       GEORGES BRIGODE.                                      GODEFROID KURTH.\n       H É L È N E CANIVET.                                  PAUL LAMBOTTE.\n       MARIE CLOSSET.                                        L'abbé L . L E CARDONKBV\n       L'abbé A U G . -CUPPKNS.                             S É B . - C H . LECONTE.\n       L'abbé P A U L CUYLITS.                              CHARLES MARTENS.\n       L e comte G. D'ARSCHOT.                              PAUL MUSSCHE.\n       H E N R I DAVIGNON.                                  EDOUARD N E D .\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                             JEAN NESMY.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                   CHARLES NICAISE.\n      ERNEST DE LAMINNE.                                    PIERRE NOTHOMB.\n      LOUIS DBLATTRE.        .                              ERNEST PÉRIER.\n      L a comtesse E D . DE LIEDEKRRKE.                     GEORGES RAMAEKERS.\n      L e baron G. DBLLA FAILLE.                            GEORGES RENCY.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                      BLANCHE ROUSSEAU.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                  JOSEPH RYELANDT.\n                                                            FERNAND SRVERIN\n      JULES DESTRÉE.\n                                                            HENRY VAES.\n      Vicomte D'HENNEZEL\n                                                            EMILE VERHAEREN.\n      MAURICE DULLAERT-\n                                                            L'abbé F R . VERHELST.\n      J. ESQUIROL,\n                                                            LÉOPOLD WALLNBR, etc., «**•\n      EMILE FERMAUD.\n      LAURENT* FIERENS*.\n\n                L e s collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\n/ / ur* rendu campte dans DURBNDA    L dt tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyi * M A** j\n\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements,\nsiège de la Revue. 2 3 , rue du Grand-Cerf; pour la publicité, 4 6 . rue Neufchatel,\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                      LA RÉSURRECTION DU CHRIST\n                                     (GRUNEWALD)\n\nIllustration du livre Trois Primitifs de J.-K. HUYSMANS, édité par la Maison Messein de Paris.\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": ""}, {"page_pdf": 182, "texte": "La Résurrection du Christ de Grünewald\n                            du Musée de Colmar \"'\n\n\n                       CE chef-d'œuvre vous transporte, car il est réellement m a g n i ­\n                          fique et, j'ose l'avancer, dans l'art de la peinture u n i q u e .\n                          Griinewald s'y révèle, tel que le peintre le plus audacieux\n                          qui ait jamais existé, le premier qui ait tenté d'exprimer\n                          avec la pauvreté des couleurs terrestres la vision de la\n                          divinité mise en suspens sur la croix et revenant, visible à\n                          l'œil n u , au sortir de la tombe. Nous sommes avec lui en\n                          plein hallali mystique, devant un art sommé dans ses\n                         r e t r a n c h e m e n t s , obligé de s'aventurer dans l'au-delà plus\nloin q u ' a u c u n théologien n'aurait pu, cette fois, lui enjoindre d'aller.\n   L a scène se situe ainsi :\n   L e sépulchre s'ouvre, des soudarts casqués et cuirassés sont culbutés et\ngisent l'épée à la main, au premier p l a n ; l'un d'eux, plus loin, derrière le\ntombeau, pirouette sur lui-même et, la tête en avant, culbute, et le Christ\nsurgit, écartant les deux bras, m o n t r a n t les virgules ensanglantées des mains.\n   U n Christ blond, avenant et robuste, aux yeux b r u n s , n'ayant plus rien\nde commun avec le Goliath que nous regardions tout à l'heure se dissoudre,\nretenu par des clous sur le bois encore vert d'un gibet. E t de ce corps qui\nmonte des rayons effluent qui l'entourent et c o m m e n c e n t d'effacer ses\ncontours; déjà le modelé du visage ondoie, les traits s'effument et les\ncheveux se disséminent, volant d a n s u n halo d'or en fusion ; la lumière se\ndéploie en d'immenses courbes qui passent du jaune intense au pourpre,\nfinissent d a n s de lentes dégradations pour se muer en u n bleu dont le ton\nclair se fond à son tour d a n s l'azur foncé du soir.\n   On assiste à la reprise de la divinité s'embrasant avec la vie, à la formation\ndu corps glorieux s'évadant peu à peu de la coque charnelle qui disparaît\nen cette apothéose de flammes qu'elle expire, dont elle est elle-même le foyer.\n   L e Christ, transfiguré, s'élève majestueux et souriant, et l'on dirait de cette\nauréole démesurée qui le cerne et fulgure, éblouissante, dans une nuit pleine\n\n\n  (1) Ce merveilleux commentaire du tableau dont nous donnons une reproduction est\nextrait de la belle étude d'art de J.-K Huysmans : Trois primitifs, publiée par la Maison\nd'éditions Messein, 19, quai St-Michel, à Paris. — Des reproductions superbes illustrent\ncette curieuse élude d'art. Celle que nous proposons ici à l'admiration de nos lecteurs\nen est une.\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": " 146                                  DURENDAL\n\n\n d'étoiles, de l'astre reparu des Mages dans l'orbe plus restreint duquel les\n contemporains de Griinewald posèrent l'Enfant J é s u s , lorsqu'ils peignirent\n les épisodes de Bethléem, l'astre du commencement revenant, comme le\n P r é c u r s e u r sur le Golgotha, à la fin, l'astre de Noël grandi depuis sa nais­\n sance dans le firmament, de même que le corps du Messie, sur la terre,\n depuis sa nativité.\n     E t l'artiste qui osa ce tour de force a joué beau j e u . Il a vêtu le Sauveur et\n tâché de rendre le changement de couleur des étoffes se volatilisant avec le\n Christ; la robe écarlate tourne au j a u n e vif, à mesure qu'elle se rapproche\nde la source ardente des lueurs, de la tête et du cou, et la trame s'allège,\ndevient presque d i a p h a n e dans ce flux d'or; le suaire blanc qu'entraîne\nJésus fait songer à certains de ces tissus japonais qui se transforment, après\nd'habiles transitions, d'une couleur en une a u t r e ; il se nuance d ' a b o r d , en\nmontant, de lilas, puis gagne le violet franc et se perd enfin, ainsi que le\ndernier cercle azuré du nimbe, dans le noir indigo de l'ombre.\n    L'accent de triomphe de cette ascension est admirable. Ces mots « la vie\ncontemplative de la peinture », qui semblent n'avoir aucun sens, en ont\ncependant, pour u n e fois, un, car nous pénétrons avec Grünewaid d a n s le\ndomaine de la haute mystique et nous entrevoyons, traduite par les simu­\nlacres des couleurs et des lignes, l'effusion de la divinité, presque tangible, à\nla sortie du corps.\n    P l u s que d a n s ses h o r i f i q u e s calvaires, l'indéniable originalité de cet\nartiste prodigieux est là.\n   Cette Résurrection est (évidemment un des chefs-d'œuvre du Musée de\nColmar.\n\n                                                                  J.-K.   HUYSMANS.\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "            Un Dimanche\n\nLa oie en mer par le dimanche est dénouée;\nSur les grèves on voit se prolonger,\nAvec leur lourde quille et leurs haubans légers,\nLa ligne à l'infini des barques  échouées.\n\nRicochent\nDès le malin,   de loin en loin, les sons des cloches.\n\nEt les hommes, en sarraux    bleus.\nEt les femmes, en bonnets lisses.\nSilencieux\nVont aux offices,\nTandis qu'aux horizons tout à coup         sombres.\nDes nuages sans nombre\nMontent, en galops d'ombres.\nVers les églises.\n\n Et le sonneur et le bedeau\n Et ceux que la prière     immobilise,\n A deux genoux, sur les carreaux,\n Les regardent venir, brusques et amples,\n Et tout à coup couvrir le temple\n Et comme entrer, par les fenêtres,\n Jusqu'à l'autel et jusqu'au   prêtre.\n\n Bruits de marteaux et bruits de gongs,\n Les vents battent murs et cloisons.\n Entre leurs mailles\n Les ors des vieux   vitraux\n Tressaillent.\n Et les bateaux en ex-votos\n Qu'on suspendit avec un fil.\n Sous les voûtes étroites.\n Tournent, légers et puérils.\n De gauche à droite...\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "                     DURENDAL\n\n\n\nToute la menace des flots géants\nEst rappelée ainsi aux pauvres gens :\nLe vent ! le vent!\nLe champ des eaux qu'il creuse.\nLe craquement des mâts\nEl le péril soudain des flottilles, là-bas,\nEntre deux vagues      monstrueuses.\n\nHeureusement    la vie en mer est dénouée;\nLes mains du Christ restent dûment      clouées,\nA sa croix d'or, sur les autels.\nContre ces mains, les vents mortels\nN'ont point de prise\nDisent les vieux pêcheurs et les aïeules grises.\nLes cierges brûlent blancs et clairs,\nL'évangile chanté, le prêtre monte en chaire;\nLes tempêtes, là-haut, précipitent leur marche;\nMais le curé\nBonhomme et doux se compare à Noë,\nEt son église, à l'arche.\n\n                                          EMILE   VERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                         Le Masque (1)\n                 HIER, ditMaxime, j'ai été entendre cette tragé­\n                  dienne italienne, mais, moins par intérêt pour\n                  son art, que par curiosité d'une victime de\n                  l'amour et des lettres !...\n                     — Qui, victime? qui, bourreau? Sait-on\n                  jamais?... On meurt de sa passion, mais, aussi,\n                  on en vit; et elle est entre la vie et la mort,\n                  comme le Christ entre les deux larrons — dont\nle meilleur ne valait rien !...\n   — Sans doute; mais celle-ci fut victime, vraiment, — victime\nde sa tête et de son cœur, fascinés à la fois par un poète qui,\naprès avoir taillé pour le génie de cette femme, dans la matière\nmagnifique de son rêve, des costumes et des âmes, afin qu'elle\nles animât du frisson de sa propre vie, s'est saisi de son amour,\ncomme d'une chose illustre qui, nécessairement, lui apparte­\nnait... Puis, rassasié d'elle, prenant le monde à témoin de ses\nrassasiements, il l'a prise elle-même toute vive : il a pris ce cœur\nbrûlant comme celui d'une amante, donné comme celui d'une\nmère, pour le jeter dans le brasier de son dernier livre, en ali­\nmenter et en colorer les flammes, faire jaillir plus haut les\nvolutes incandescentes de celles-ci, pour accentuer ainsi le relief\nde la vie de gloire et de songe qu'il peignait, en projetant sur\nelle de plus ardents éclats d'ombre et de lumière... La douleur\ncélèbre de cette abandonnée m'attirait... Quels stigmates\naurait-elle imprimés sur son visage? quelle trace de je ne sais\nquel faible rire impuissant, persistante même dans les plus tra­\ngiques décompositions de sa physionomie volontaire et pas­\nsionnée?... Vous connaissez, sans doute, des portraits d'elle? ce\nbeau visage véhément sous le marbre taciturne du front, encadré\ndes bandeaux de ses cheveux sombres; ses grands yeux palpi-\n\n (1) Ces pages s o n t détachées d'un volume en préparation sous le litre de :\nPoussières du chemin.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "150                            DURENDAL\n\n\ntants et meurtris dont les mobiles paupières paraissent cerner\nune eau noire, lourde, chatoyante... Ce masque aux lignes pures,\nmodelées dans un épiderme chaud et pâle qui semble la mince\net transparente cloison de l'âme dont elle laisse transparaître\nles lueurs et les frémissements...\n   « E h bien! je voulais voir son visage de feinte et de fiction, à\ncette endolorie; discerner ce que, peut-être, elle mettait d'elle-\nmême, de son intime souffrance — inventée, c'est bien possible!\npar la fatuité du poète — du grand cœur très doux et très effréné\nqu'il lui a donné, dans la souffrance de la créature imaginaire\nqu'elle incarnerait... Héroïne d'amour, naturellement, et, natu­\nrellement, d'amour trahi, ou brisé, ou insulté — car, il m e\nsemble, l'amour heureux est malaisément scénique...\n   — Parce que invraisemblable, observa Delzire — à moins\nqu'on ne mesure la durée de ce bonheur à celle de la représen­\ntation !...\n   — Mais, poursuivit Maxime, tout à sa pensée, j ' a i été déçu,\nà la fois, et ravi... Il me paraissait que, depuis ces a d m i r a b l e s\nMeininger, humbles et magnifiques serviteurs du génie, dans\nles créations duquel ils anéantissaient leur personnalité, c'était\nla première véritable tragédienne que j ' e n t e n d a i s . L e masque\nde T h e s p i s n'était pas un m y t h e allégorique, mais une réalité,\net les Grecs le plaçaient sur les traits de l'acteur, parce que ce\nqu'ils attendaient de lui, c'était non l'homme qu'il était, mais\nle personnage qu'il devait simuler — et ils voulaient effacer\ntout ce qui aurait rappelé le premier... Ce masque, il est sorti\ndes mains du poète, tel et non autre, sans souci de sa corres­\npondance plus ou moins parfaite aux talents caractéristiques de\nl'interprète, à qui, au contraire, étant interprète, il appar­\ntient de se rendre malléable, susceptible de recevoir toute\nimpulsion, de revêtir, avec le travestissement, l'âme de son\nrôle... T e l l e m e n t qu'il y ait adhérence du masque au visage,\ntransformation du figurant dans la figure et que rien, pour ainsi\ndire, ne se montre qui soit à l'acteur lui-même... Ne pensez-\n vous pas?\n    — Certes! Il faut qu'il se soit abdiqué lui-même et q u e , sa\ndouleur coïncidât-elle avec celle de son rôle, rien n'en paraisse\nd a n s son jeu qui puisse faire discordance, laisser soupçonner\nque les larmes qu'il verse, le comédien en savoure l'amertume\n pour son propre c o m p t e ! . . . C'est une corde roide et difficile à\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                              LE   MASQUE                             151\n\n\n\nfranchir : N'est-ce pas beaucoup exiger que d'attendre que notre\nacteur y marche sans faiblir, ni glisser, sans mêler j a m a i s le cri\nde sa détresse vivante à celui de son malheur fabuleux?...\n   — Non, car le comédien conscient de son art saura être plus\nfort que son mal et plus fier que sa vanité. Ne mettra-t-il pas\nson amour-propre à n'accepter de personnifier que des êtres\nqui existent i n d é p e n d a m m e n t de celui qui les incarne sur les\nplanches? Il aimera couler sa chair et sa pensée dans le bronze\nd'une forme finie, pour la ranimer à leur contact — pour\nun alliage, une fusion qui feront que la pensée du poète\nmort ressuscitera dans celle de l'acteur vivant, grâce à une\nseconde et c o m m u n e création... Sinon, qu'est-ce que l'artiste\nthéâtral, à la taille, pour les avantages physiques ou la vocation\nspéciale de rires ou de larmes duquel quelque faiseur confec­\ntionne des rôles dont la conception soit toute subordonnée à la\npersonnalité de celui qui doit les interpréter?... Rien de pareil,\nhier... L a femme connue dont le nom blasonnait l'affiche, je ne\nl'ai pas vue, en réalité, mais une autre créature — plusieurs,\ndiverses, incompatibles... U n e femme dont la mouvante phy­\nsionomie, en sa structure forle et délicate, toute de vie et de\nvibration, me semblait comme l'intelligent miroir où venaient\nse réfléchir les émotions et les gestes de son personnage, fan­\ntôme visible pour elle seule et sur lequel elle se modelait...\nC'était comme un don complet de soi-même, de toute sa sensi­\nbilité p r o m p t e et profonde, offerte pour servir d'instrument\nmerveilleux à des sentiments étrangers — perplexité, alarme,\ndédain, sarcasme — ou insouciance légère et un peu sceptique,\nou, encore, élan plein d'espoir vers la vie qui vient et qui\npromet...\n   — Qui promet et ne tient pas!... insinua Delzire.\n   — Q u ' i m p o r t e , pourvu qu'elle promette? U n e femme en\nest-elle moins belle pour avoir t r a h i ? . . . Ah! si la fidélité était\nau prix de l'émail des yeux et de la fleur du teint! Et, tout au\ncontraire, peut-être la beauté reçoit-elle un lustre nouveau de\nchacune de ses conquêtes — et de chacun de ses abandons?...\nJe me suis souvent d e m a n d é si, lorsque l'on regarde le visage\nde la Joconde, ce n'est pas cela que l'on perçoit, pour s'en\neffrayer, en ce sourire qui, lueur, souffle, hésite dans ses yeux\net tremble aux commissures de ses lèvres?... Ou bien reflète-t-il\nseulement le vague émoi suscité en elle par les musiques que\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "152                              DURENDAL\n\n\nVinci faisait, dit-on, exécuter dans son atelier, durant les\nséances de ses modèles?... Ah! le génie ne donne pas sa\npensée — il faut qu'on la lui prenne... On interrogera toujours\nce sourire qui effleure et qui fuit, lumineux et rapide comme\nl'ombre d'un vol d'oiseaux à la surface miroitante d'un lac... On\nvoudrait savoir s'il était du passé ou de l'avenir — de désen­\nchantement ou d'espoir; mais l'énigme se fera d'autant plus\népaisse que l'on s'acharnera à l'élucider... Je me figure, moi,\nque ce sourire, évasif comme une imperceptible ondulation de\npensée intime, exprime, avec l'orgueil d'être adulée, la joie en\nmême temps apitoyée et cruelle de se dire : « Quelqu'un m'aime,\ndédaigné, et qui souffre!... »\n     — I1 me semble, mon ami, que vous dérivez t e r r i b l e m e n t ! . . .\n     — Laissez, je reviens... E h b i e n ! donc, je l'ai vue, d'abord,\nen femme galante, accablée par sa honte tardive et qui, cepen­\ndant, va, avec un sourire inquiet, à l'abri du fragile mensonge\ndont elle sauvegarde le seul sentiment qui lui soit u n e force et\nun secours... Car, l'amour, qu'en attendrait-elle, cette Dame aux\n Camélias, que le salaire contre lequel elle l'a toujours échangé?\nE t sa bouche vénale, ses bras rompus aux étreintes lucratives\ntremblent à oser, à présent, la sainteté des caresses maternelles...\nL'artiste fut cette femme-là, de douleur et de secret opprobre,\nsemblable à une bête traquée, repoussée dans sa propre boue\n— puis elle réapparut, métamorphosée en une jeune fille\nétourdie, se j e t a n t avec l'impertinence de son regard et de ses\nchants, à la face de la vie, qui lui rit et à qui elle rit, dans une\njoie que rien encore n'a flétrie ou i n t i m i d é e . . .\n      Maxime parlait avec animation, avec une m i m i q u e et d'un\nton qui semblaient provoquer et défier la contradiction; mais\nDelzire marchait à ses côtés, en lui jetant parfois un coup d'oeil\nétonné, sans rien d i r e . . .\n      L e chemin, inondé par les pluies de l'arrière-saison, longeait\nla lisière d'un parc, une clôture faite de talus gazonnés et de\n croulantes et basses murailles, rongées de mousse j a u n i e et\n d'herbes parasites. E t , tout à coup, Maxime se tut et, du même\n mouvement, ils s'arrêtèrent, saisis, à considérer, au milieu de la\n gravité forte et triste de ce paysage de bois humides et roussis,\n un h a u t portique seigneurial dont les lignes pures et le marbre\n sculpté avaient reçu des années et des intempéries un magné­\n t i q u e et verdâtre éclat. Il semblait se dresser là, i m m u a b l e\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                            LE   MASQUE                         153\n\nparmi les taillis taciturnes et la vie lentement décomposée de la\nsaison, comme le témoin posthume et fastueux des jours, comme\nle dernier et survivant emblème de souvenirs trop lourds poul­\nies hommes et que les bois seuls étaient soucieux de conserver\nencore. Au travers de la grille ouvragée et mangée de rouille, on\ndécouvrait des avenues pleines d'humidité, de brouillard et de\nfeuilles mortes... Du milieu de l'amas de celles-ci sortait une\nfontaine de bronze sombre et, plus loin, la margelle de pierre\nbleue d'un bassin où les miroitements noirs et ardoisés de l'eau\ndéjà assoupie et glacée par l'approche de l'hiver se mélangeaient\naux teintes fauves de l'automne...\n   — Voilà un théâtre, dit Delzire, où les désuétudes de mon\ncœur et les éclats de votre mépris ou de votre ironie de la vie et\ndes hommes trouveraient des décors d'une beauté si magnifi­\nquement tombale, si fiers de déclin et si parés de décrépitude,\nque, vraisemblablement, ils mettraient mon cœur et votre\npensée à l'unisson, tout au moins, de leur silence... Mais\nthéâtre, fictions, livres, si vous saviez combien je les hais,\nlorsque le caractère, l'âme d'un personnage ou les traverses\nqu'il subit, m'y apparaissent comme un reflet, dans l'oblicité\nd'un miroir, de moi-même!...\n   « Et voyez l'inconséquence, n'ai-je point songé, pour soulager,\nsinon guérir ma souffrance, de la romancer — car, engeance\nmisérable et puérile de scribes, nous sommes tels, qu'au milieu\ndes affres du plus décisif désespoir, notre attention se détourne\npour saisir, à la volée, et en jouir, l'heureuse association de\nmots douloureux que le jeu effréné de notre pensée nous a fait\nfortuitement luire! On dirait d'un noyé qui interromprait son\nsuicide pour considérer et cueillir les fleurs inattendues de la\nrive! — Puis, j'ai renoncé à mon projet, devant cette appréhen­\nsion, probablement présomptueuse, que celle qui l'occasionnait\nn'admirât mort, dans la fiction, le mal qu'elle avait dédaigné,\nvivant, dans la réalité...\n   — Mais il n'est pas toujours nuisible d'être mort! Qui sait si\nvous n'y auriez point gagné, comme les mascarons ornementaux\nde cette porte dont le temps rongeait à la fois les traits et appro­\nfondissait les yeux... Chaque heure est venue, à son tour, glis­\nsant de la nouveauté à la décroissance, tandis qu'elle passait\nson insensible estompe sur ces faces de marbre et amortissait\n leur relief : mais tout ce qu'elle leur prenait en précision, elle\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": " l54                        DURENDAL\n\n\nle leur rendait en b e a u t é . . . Ainsi, le t e m p s , du seul frôlement\nde son aile, use la matière la plus résistante et, de même, nos\nsentiments, qu'il pousse du présent dans le souvenir et grandit\nde leur effacement m ê m e . . .\n   — Vous parlez comme un livre, mon cher. E t il me semble\nque nous fassions ensemble les Rêveries de deux promeneurs soli-\ntaires! Ah! nous ne laissons point notre âme en chômage! L a\ncolère, le dépit, tous les « A quoi bon? » y agissent et y fer­\nmentent en permanence, comme aussi des accès simultanés\nd'irritation et d'attendrissement qui excluent toute latitude de\ndésœuvrement et d'ennui... E t , au fond, c'est là tout, peut-être :\nque l'âme soit occupée, qu'elle ait matière à ourdir, bienfai­\nsante ou malsaine, peu i m p o r t e . . . « Et le reste est littérature! »\nL e théâtre? le roman? pourquoi les fréquenterais-je? T o u t m'y\nparaît superficiel, inconsistant, arbitraire : j'ai affaire ailleurs.\nC'est de nous-mêmes que tout prend sa réalité, et ce monde\nartificiel comme les autres : mais je ne trouve pas en moi de\nréalité pour celui-là.. E t , sinon, si des œuvres, quand même,\nm'attirent, qu'y découvrirais-je, que des motifs de remuer la\nfange mélangée de flammes de mes souvenirs? Rien n'y paraît,\nqui ne m'y soit signe, rappel, commémoration, puis risée, puis\nhaussement d'épaules, car le spectacle de l'affliction des autres,\nréelle ou imaginaire, n'allège point la mienne, ni ne l'adoucit;\nelle reste intangible et les pensées étrangères y tombent, comme\ndes gouttes d'eau dans une coupe incandescente — évaporées\navant d'y avoir touché!...\n   « Du reste, à notre âge, la pensée ne se suffit-elle pas à elle-\nmême? Qui ajoutera à mes souvenirs? Quels mots susciteront\nen nous des échos plus puissants que ceux jaillis sous la pression\nde nos propres défaites? Et puisque ces défaites sont les lende­\nmains inévitables des victoires, si les unes et les autres s'évo­\nquent simultanément dans notre mémoire, je ne vois point de\ncoup de théâtre, d'incident romanesque, capables de rivaliser\nl'horreur de tels foudroiements...\n                Quel giorno più non vi leggemmo avante...\n\n  » Il y a une heure dans notre existence où nous nous disons\ncela — pour tout l'avenir. L a vie est trop forte en nous, trop\naccentuée, pour adhérer à quelque autre que ce soit, vraie ou\ninventée... E t , cependant, quel sillage de vertige divin et mortel\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                               LE   MASQUE                               155\n\n\nlaissent dans notre atmosphère cérébrale ces êtres de légende\net de poésie qui unirent dans l'emportement de leur amour les\nlèvres égarées de la vie aux lèvres d'éternité et de silence de la\nm o r t ! . . . Paolo et Francesca, associés par la vengeance et dont\nles ombres enlacées vont, dans les tempêtes de la d a m n a t i o n ,\nsous leur couronne de cendres et de roses brûlantes... Elle est\nunique l'issue des chemins d'éblouissement que parcourent ces\ncréatures : le N é a n t ! Cordélia et B r ü n n h i l d e , toutes deux tra­\nhies, s'y jettent toutes deux, mais l'une s'y abandonne et l'autre\nle conquiert. E u r y d i c e lui est rendue, parce qu'elle doute et\nYseult, parce qu'elle affirme... L a mort ! elle saisit de ses mêmes\nmains maigres et violentes Yseult et Brtinnhilde, qui aspiraient\nà elle, et Juliette et Desdémone, qui ne l'attendaient pas et\nallaient, t e n d a n t vers la félicité la confiance enfantine de leurs\nmains... C'est un beau cortège d'héroïnes, souveraines et vic­\nt i m e s ! . . . L ' â m e se joue dans ces âmes : elle s'y glisse, comme\nle voyageur qui passe va s'asseoir, un instant, en mainte maison\nillustre par ses fastes éclaboussés de sang, pour en recevoir la\nsensation d'effroi et de larmes... Est-ce la vie qui nous a m i s\nde plain-pied avec de telles émotions ou leur a ménagé en nous\ntrop d'échos, trop avides et retentissants?... J'ai, quelquefois,\nenvie de nous apostropher ainsi                  « Nous autres, gens du\nparoxysme!... »\n   » Combien de fois suis-je sorti, avec Roméo, du palais déli­\ncieux et sombre, dans la nouveauté enivrante d'un matin grisé\nd'azur et d'oiseaux? Combien de fois ai-je veillé aux côtés de\nT r i s t a n , repoussant la nuit et la mort parce qu'elles venaient\nsans Yseult?... Ainsi regardé-je l'orbe béant et lumineux de la\nscène, d e v a n t lequel, comme un rideau mouvant et fluide de\nvapeurs traversées de lueurs, ondule la symphonie grosse de\ntous les devenirs du d r a m e — fanfares brisées de victoire, sons\nrauques de vengeance et de meurtre, plaintes magnanimes,\nsanglots... Mais c'est moi, toujours, que je regarde, poursuivi\nou couché là, seul là, et blessé, et qui a t t e n d . . . E t , parfois, je\nme retourne vers moi-même, et je ris et me moque de ce Nar­\ncisse penché sur toutes les eaux blêmes de la vie pour y décou­\nvrir sa propre image, ombre qui reste parmi les ombres qui\nfuient... Et je repousse, pêle-mêle, toutes ces créatures du génie\nou de la passion des a u t r e s ; je m'en vais de tous ces fantômes...\nQu'ai-je besoin d'eux, du reste, et qu'en s'incarnant dans ces\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "156                            DURENDAL\n\n\n\nfigures, ma douleur aille se gaspillant? J e veux qu'elle soit t o u t\nentière pour moi s e u l ; ne rien en d é n a t u r e r , ne rien en perdre,\nne rien en donner... Car, à la comparaison, tout art est men­\nsonge. Elle tressaille et palpite en moi, insatiable et vivante, et\nses mouvements, je veux en sentir la violence intacte et que,\nsans bruit, sans éclair, ils font en moi un continuel écroulement\nde ruines... T o u t e s les heures revivent à la fois en moi, avec\nleurs contradictions, leurs actes et leurs paroles qui s'entre-\ndétruisent, l'affirmation poursuivie par le démenti, comme la\nvague par la vague... J'écoute et regarde l'incertitude et l'in­\ncrédulité arriver de toutes parts dans ma vie, dans un esprit\nd'indifférence et de désintéressement, avec une espèce de curio­\nsité scientifique — et sans savoir, ni chercher à savoir, si cette\nvie est lamentable ou comique...\n   — Que voulez-vous? L a cuirasse que la vie nous forge, c'est\nà grands coups impitoyables, sur notre dos, sur notre sensibilité\nqu'elle nous la façonne! L e plus drôle, a p p a r e m m e n t , c'est qu'à\nl'heure tardive où nous en sommes bardés, il est rare qu'il y ait\nencore dessous quelque chose qui vaille d'être défendu !...\n\n                                                    ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "     Sainte Cécile de Joseph Ryelandt\n            au Théâtre lyrique flamand d'Anvers\n\n\n                QUANDcette partition        parut, en 1904, nous formu­\n                        lâmes ici même le vœu que le d r a m e de Sainte\n                       Cécile fût bientôt goûté par le public belge dans\n                       un cadre et avec une interprétation appropriés\n                       et dignes de l'œuvre, ce d r a m e plein d'action et\n                       de passion (dans le sens élevé du mot) exigeant\n                       la vie et le mouvement de la scène, le prestige\n                       du décor, du costume et du geste.\n    L e vœu q u e nous exprimions alors vient d'être réalisé par\nM. Judels, directeur du théâtre lyrique flamand d'Anvers, qui\na monté l'œuvre de notre collaborateur Joseph R y e l a n d t avec\nune intelligence et un goût mettant en pleine lumière tout ce\nqu'elle comporte de grandeur et de beauté. (Le livret est par­\nfaitement t r a d u i t en flamand par M. Goemans.) Nous avons\njadis consacré une étude détaillée complétée d'une analyse\nt h é m a t i q u e (1) à ce d r a m e de pensée haute et sereine que\ncaractérisent la p u r e t é et la profondeur du sentiment inspira­\nteur ainsi que la force vivace de l'expression et nous y ren­\nvoyons ceux d'entre nos lecteurs qui désireraient pénétrer plus\navant l'œuvre et ses significations.\n  Rappelons cependant ici que dans une série de scènes aussi\némouvantes que variées, le poème de notre collaborateur\nCharles Martens évoque et condense toute une vision précise\net impressionnante de la Rome des m a r t y r s . C'est la lutte\nsuprême engagée entre le vieil e m p i r e des Césars, dernier\nrempart du paganisme expirant, et l'empire du Christ qui,\nradieux de force et de jeunesse, ouvre à la civilisation comme\n\n (1) Voir Durendal, livraison de novembre 1904.\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "158                           DURENDAL\n\n\n au bonheur de l'humanité des voies nouvelles sûres et défini­\ntives. E n dehors des grands mérites d'érudition et des qualités\n proprement littéraires que présente le livret de Charles\n Martens, son originalité consiste principalement dans la\n modification du type traditionnel de la sainte qu'il imagine\n « non comme une résignée passive, soucieuse u n i q u e m e n t de\n garder son vœu, mais comme une passionnée, comme une\n amoureuse à la manière des grands mystiques, aimant d'amour\n Valérien, désireuse avant tout de le conquérir et de l'entraîner\n au m a r t y r e avec elle ». L e vœu de virginité de la sainte, essen­\ntiel dans le récit ancien, passe ici à l'arrière-plan et c'est la\nconversion de Valérien qui est le souci principal de Cécile. L e\n vrai sujet du drame est le m a r t y r s des deux époux et son ressort\nvital, non le vœu de virginité mais l'amour divin, la Folie du\n Martyre.\n      P a r la puissante richesse de l'efflorescence mélodieuse, par\nl'équilibre parfait et l'éloquente simplicité de la structure\nh a r m o n i q u e , surtout par l'étonnante expressivité des thèmes\npassionnels, descriptifs ou religieux qui traversent et éclairent\ntoute l'œuvre, la musique de Ryelandt apparaît douée d'une\nvertu singulière, et ces mérites évidents que rehausse la fine\nsaveur de l'instrumentation se complètent par l'intime\nconnexité, l'admirable appropriation reliant le texte du poème\nà son revêtement musical.\n      L'impression a été très vive. L e public attentif et recueilli a\nété absolument conquis par les séductions de cet art sobre, pur,\ncoulant de source et où sans aucun fléchissement, l'inspiration\nne cesse de fleurir. Citons au nombre des plus beaux moments\ndu drame la scène entre Cécile et Valérien constituant le second\nacte tout entier, vaste chant d'amour dont l'accent toujours\nde plus en plus pénétrant s'élève en une ascension progressive\net majestueuse vers l'Infini, puis, au troisième acte si mouve­\nmenté, la scènn de l'interrogatoire de Cécile, la prophétie,\npage d'une magnifique envolée et probablement la plus belle\nde la partition, enfin les derniers adieux de Cécile expirante\ncouronnés en apothéose par un chant lointain de voix célestes,\ntandis que l'orchestre entonne une dernière fois les chants du\nt r i o m p h e , de la joie et de l'amour divins.\n      L'interprétation de Sainte Cécile au théâtre d'Anvers est très\nsoignée. L e rôle de Cécile, qui occupe pour ainsi dire la scène\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "             « SAINTE CÉCILE » DE JOSEPH      RYELANDT               l59\n\n\n depuis le commencement de l'œuvre jusqu'au dénouement a été\njudicieusement confié par M. Judels à M lle Gabrielle W y b a u w ,\nune jeune d é b u t a n t e dont nous avons plus d'une fois signalé\nles succès comme cantatrice de concert, notamment au Cercle\nArtistique et Littéraire de Bruxelles. M l l e W y b a u w pénètre à\nfond la poésie de son rôle dont elle fait une véritable création.\nPar la grâce et l'eurythmie de la ligne, par la gravité réfléchie\nde la diction, la belle a m p l e u r de geste et d'accent, aussi par\nl'émotion soufferte et vécue dont elle échauffe et intensifie son\nchant, M lle W y b a u w réalise à souhait et de façon prenante\nla personnification de la Cécile rêvée. Elle a été d'ailleurs\nexcellemment secondée par ses partenaires dont nous citerons\nspécialement M M . de Vos (Valérien), Collignon (Amachius),\nMoes (Crescens), M l l e Cuypers (Livia). L'orchestre souple et\nnuancé a fait merveille sous la conduite autorisée de\nM. Keurvels. Nous pouvons tout particulièrement nous réjouir\ndu très significatif succès qui a accueilli à Anvers une des\nproductions les plus inspirées de l'école musicale belge, car\nc'est là une nouvelle victoire pour l'art national qui, par ses\nmultiples et éclatantes manifestations dans tous les domaines,\noccupe incontestablement une place si glorieuse.\n\n                                        GEORGES DE G O L E S C O .\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                      Le drame espagnol\n\n                                       L'Italie\n                        L'ITALIEN, aussi peu individualiste que ses frères espagnol et\n                           français, devait, à partir du XVIe siècle, découvrir avant\n                           eux, le génie de sa nation, et s'imposer à leur admiration\n                           d'abord, à leur imitation ensuite. Cela, grâce à un trait\n                           c o m m u n aux trois races, le réalisme, qui n'est pas le natu­\n                           ralisme g e r m a n i q u e , ni le positivisme anglais, et à u n\n                           trait commun a tous les h o m m e s , mais caractéristique de\n                           l'Italien à cette époque : le sentiment de l'art. L e sens indi­\n                           viduel, qu'il semble paradoxal de refuser au pays de la\nvirtù, a fait défaut aux nations latines, élevées à l'école de R o m e . L ' h o m m e\nnaturel, b o r n é dans son expansion par des forces de nature, dont le discerne­\nment l'oblige, par contre-coup, à rentrer perpétuellement en lui-même, à vivre\nd'une vie intérieure intense, n'est pas L a t i n . Il faut aux Latins u n e discipline\nr é p o n d a n t à u n idéal collectif de race ou de nation. C'est pourquoi, entre\nautres conséquences, ils sont restés catholiques. L a discipline, chez eux,\nsurvit même à la foi, à l'inverse de ce qui se produit chez les peuples germa­\nniques. Au XVe siècle, l ' E s p a g n e et la F r a n c e font porter leur effort sur\nl'unité catholique, inséparable à leurs yeux de l'unité de l'Etat. L'Italie,\nmoins heureuse a u point de vue politique, et peut-être, à cause de cela, plus\nindifférente au point de vue religieux, se rattrape par la réalisation artis­\ntique de l'homme idéal, comme jadis la Grèce, également impuissante à\ns'unifier; mais en y ajoutant tout ce que dix siècles de moyen âge avaient\napporté de nouveau au fonds de l'antiquité. Elle ressuscite donc Périclès,\nAlcibiade, Alexandre, qu'elle combine avec Roland et saint François, agré­\nmentés de Platon ou de Plotin, sans oublier P é t r o n e , et subordonne ces\néléments disparates, parfois contraires, à la loi de proportion, de mesure et\nd'harmonie, à la loi de beauté. Ainsi se forme' l'homme idéal, dont\nBaldassare Castiglione, l'ami de R a p h a ë l et de Michel-Ange, nous offre le\nmodèle dans son Libro del Cortegiano, type d'homme j e u n e , svelte, bien fait,\nfort, adroit, intelligent, spirituel, artiste, amoureux de beauté plus que de la\nfemme, et chrétien pour la forme, et comme par-dessus le marché. L a même\nloi régit, ou finit par régir, en même temps que les arts plastiques p r o p r e ­\nment dits, les œuvres littéraires, en vers ou en prose, où la préoccupation de\nl'art pour l'art est parfois sensible. L a F r a n c e et l'Espagne en sont un\nm o m e n t comme éblouies, et tarderont à s'affranchir (jamais complète-\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                          LE   DRAME       ESPAGNOL                        161\n\n\nment) de l'obsession du modèle. Au XVIe siècle, l'Espagne, la première,\ncrée le roman chevaleresque et engendre une littérature mystique sans rivale\nen Europe. Le théâtre fut plus long à trouver sa voie, et ne s'y engagera\nrésolument qu'à la fin du siècle. Ce sont ces débuts et ces tâtonnements que\nnous avons à examiner aujourd'hui.\n\n                                       I\n\n    Nous ne mentionnerons que pour mémoire le drame lithurgique et les\nfarces du moyen âge. Les deux genres, plus ou moins mélangés, ont fleuri en\nEspagne comme ailleurs. Mais il n'en reste rien, qu'un ou deux mystères\nfort courts, et on est réduit à juger de cette production par analogie avec le\nthéâtre français de la même époque. Il ne faut en retenir qu'une chose : le\ncaractère populaire de ces représentations, dont la licence provoquait souvent\nla censure ecclésiastique ou royale. Si ces pièces ont continué à être jouées\nen public au moins pendant la première moitié du XVIe siècle, nous pouvons\nle croire par la mention qui en est faite à l'occasion de certaines solennités.\nEn tout cas, elles alternaient, à partir de 1520 environ, avec des productions\nd'un genre nouveau, dont on fait remonter la création à Juan del Encina\n (1469-1534), contemporain de l'auteur de la Célestine, et qui nous inté­\nressent plus particulièrement. Ce genre, à ses débuts, est tellement lié à\n l'histoire de la poésie lyrique, qu'il convient, avant tout, de préciser briève­\n ment le caractère de cette dernière dans la Péninsule.\n    Nous avons déjà relevé, dans notre Introduction, la scission opérée au\nXVe siècle, entre la poésie de cour et la poésie populaire, la première tendant\naux subtilités métaphysiques de l'amour raffiné, la deuxième à l'esprit de\nrévolte des héros opprimés par leurs Rois; et nous avons signalé comment,\n de l'accord final de ces deux tendances outrées, naquit le roman chevale­\n resque sous la forme spéciale qu'il revêt dans l'Amadis de Gaule. Mais, entre\n l'une et l'autre de ces tendances, il y avait place, dans les deux camps, pour\n l'expression de sentiments moins exaltés. On trouvait, dans le camp érudit,\n des poètes qui, les yeux fixés sur l'Italie, ne séparaient point du fond la forme\n artistique et auxquels, au début du XVIe siècle, la traduction par Boscan, du\n Libro del Cortegiano, de Castiglione, et l'introduction dans la poésie castillane\n du vers endécasyllabe italien, allaient ouvrir de nouveaux horizons. Cette\n poésie, malgré le talent incontestable de poètes comme Garcilaso de la Vega,\n et Fernando de Herrera, eut le double tort de n'être pas nationale, et de n'être\n pas personnelle, à deux ou trois exceptions près; car elle ne sort guère des\n lieux communs des anciens ou de Pétrarque et des pastorales à la mode.\n Elle était condamnée à suivre les destinées de la poésie italienne, et à\n sombrer, au XVIIe siècle, dans la manière, l'affectation et le précieux ou\n cultisme, avec Gongora et ses imitateurs. Elle n'eut aucune influence sur le\n  théâtre naissant. Il y avait, par contre, dès le XV° siècle, des poètes qui,\n  moins attentifs .peut-être à la forme du vers, se laissent prendre, comme le\n  marquis de Santillane, au charme des proverbes « que citent les vieilles\n  auprès du feu \", à la grâce des idylles champêtres (serranillas); ou, comme\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "162                                 DURENDAL\n\n\nAnton de Montoro, aux chansons dévotes, épigrammatiques ou satiriques du\npeuple, et qui s'en inspirent directement, opérant ainsi, en dehors du cadre\nconventionnel de la poésie à la mode, et au-dessous de l'inspiration aristocra­\ntique du r o m a n chevaleresque, une fusion plus naturelle et plus à la portée\ndu grand nombre, de la muse populaire avec une forme littéraire. Cette école\nse continuera au XVIe siècle, avec Castillejo, Cepeda et H u r l a d o de Mendoza,\net c'est à elle qu'appartient J u a n del E n c i n a , qui lui empruntera les éléments\nde compositions dramatiques assez rudimentaires, qu'il appelle lui m ê m e\nautos ou églogues.\n    Voici le jugement exact et succinct que porte sur J u a n del E n c i n a .\nM. Navarro y Ledesma, dans ses Leçons de Littérature : « J u a n del E n c i n a\nsécularisa le théâtre religieux; il s u p p r i m a les grandes figures de la Passion,\ndes saints et d'autres personnages divins. Il excella à traduire le sentiment\npopulaire sur les mystères de la religion. Le peuple de S a l a m a n q u e et de\nZ a m o r a , qu'il connaissait bien, lui facilita la tâche. Il avait, en outre, une\ncertaine grâce un peu b r u s q u e , u n peu rustique, qu'ont imitée, après lui, tous\nles dramaturges qui ont mis en scène des bergers. Ses farces ou églogues ne\nsont que des villancicos (chansons rustiques) amplifiées et dialoguées, avec\nfort peu d'action et nulle étude de caractères. » C'est que J u a n del E n c i n a\nest avant tout un poète lyrique. Malgré son inspiration populaire, il est\nh u m a n i s t e et il sait son métier de versificateur. Il a traduit ou plutôt adapté\nen vers les Eglogues de Virgile, et il a composé un art poétique, inspiré des\nprincipes du grammairien Nebrija. Il tient donc à l'Italie par un b o u t ; et,\ncomme poète d r a m a t i q u e , il ne tient pas tout à fait à l'Espagne par l'autre.\nIl lui a m a n q u é un public pour développer des tendances qui auraient pu\nd o n n e r des fruits à u n e époque postérieure. Ses pièces ont été représentées\ndans les salons du d u c d'Albe, devant un public aristocratique, teinté d'ita­\nlianisme, plus sensible aux beautés de la poésie lyrique qu'au spectacle d'un\nd r a m e qu'il ne fallait pas trop directement inspiré d'un mystère ou d'une\nfarce p o p u l a i r e s ; avec cela, public blasé déjà, curieux du langage et des\nm œ u r s des gens d'en bas, à condition qu'on les lui présentât dans un cadre\napproprié à son usage. A la même époque, le Portugais Gil Vicente, qui\nécrivit aussi quelquefois en castillan, produisait devant un public de même\nsorte des pièces de plus d'envergure. Mais Gil Vicente est u n e gloire por­\ntugaise : il est douteux que ses pièces aient été représentées en E s p a g n e , où\nson influence est des plus discutables. E n somme, le petit d r a m e de J u a n\ndel Encina, fixé dès le début, comme une composition lyrique quelconque,\nn'était pas susceptible de développement. C'était le fond qui devait être\nélargi pour donner lieu à une action véritable, à u n d r a m e , et il ne pou­\nvait l'être que par le contact direct avec le genre lui-même dont l'Italie, à ce\nmoment, fournissait les premiers modèles. Ce contact est visible chez Barto­\nlomé de T o r r e s N a h a r r o .\n   Comme l'influence italienne devait persister, et même grandir après\nT o r r e s N a h a r r o , il y a lieu de se demander en quoi le théâtre italien, si\nfaible en comparaison avec ce que devait être plus tard le théâtre espagnol,\na pu influer sur ce théâtre à ses débuts. A l'époque de T o r r e s Naharro,\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                           LE   DRAME     ESPAGNOL                            163\n\n\nce théâtre comptait des pièces, très supérieures aux faibles essais de Juan del\nEncina, comme la Calandria, du cardinal Bibbiena (1508), la Cassaria (1508),\nde l'Arioste, et la Mandragore (1512), de Machiavel; et ces pièces avaient\nl'avantage de s'ajuster plus ou moins aux modèles de Plaute et de Térence.\nNe parlons pas des tragédies calquées sur le patron de Sénèque, aussi nom­\nbreuses et aussi mort-nées en Italie qu'en France et qu'en Espagne, recueils\nde thèmes de rhétorique à l'usage des érudits de collège. Mais la comédie\nitalienne eut, dès le début, une certaine originalité due à l'observation des\nmœurs contemporaines. Donc, une intrigue régulière, c'est-à-dire une forme\nd'art, à la vérité un peu artificielle, encadrant des tableaux réalistes, fond\ncommun aux deux nations, voilà ce qui s'offrait à l'imitation d'un Espagnol,\nqui était en même temps un lettré. En réalité, il y avait erreur sur la qualité\nde la marchandise livrée. Le réalisme italien, qui fait le fond de la comédie\nitalienne, n'est ni le réalisme espagnol, ni le réalisme français. La réaction\nnationale en littérature, qui eut lieu en Espagne contre l'Italie, en France\ncontre l'Italie et l'Espagne, devait s'effectuer au nom de la vérité, du retour\n à la nature, du réalisme, en un mot, et cette vérité était différente suivant les\n pays.\n    Pour bien comprendre comment le réalisme italien, en ne s'ajustant pas\n exactement au réalisme espagnol et au réalisme français, devait aboutir,\n après les avoir réveillés par contact, à provoquer leur révolte contre une\n intrigue mal adaptée à leurs besoins, il faut avoir présent à l'esprit ce que le\n mot réalisme a de relatif en tout état de cause. Voir les choses comme elles\n sont est le privilège de Dieu. Ce que les hommes appellent réalité n'est guère\n que le contraire de l'idéal, non moins relatif, auquel ils sacrifient; et, s'agis­\n sant de comédie, dont le principal objet est de faire rire, quel meilleur moyen\n d'y parvenir que de montrer les exceptions de nature en opposition avec ce\n qui est admis par tous comme la règle supérieure de conduite? Si l'idéal des\n Français, par exemple, est de mesurer son droit avec le droit d'aulrui et ses\n moyens avec les lois que lui impose la morale, la réalité comique lui mon­\n trera sûrement des gens fort peu logiques à cet égard et en perpétuelle con­\n tradiction avec eux-mêmes. La comédie en sortira imprégnée de morale sociale\n et pratique. Si l'idéal de l'Espagnol est un idéal de justice tellement élevé\n qu'il tend à se confondre avec l'idée de miséricorde, inséparable de Dieu\n même, il ne verra autour de lui que gens inconscients faisant le mal avec\n autant de sérénité que s'ils accomplissaient une fonction naturelle; et, forcé\n d'en rire, il optera pour le rire indulgent, qui ne va pas au fond des choses.\n  Mais il ne sera pas toujours d'humeur à en rire, ni surtout à en rire trop\n  longtemps; c'est pourquoi le drame espagnol, mis en présence de vices, natu­\n  rels par un bout, intolérables par un autre, ne s'accommodera pas de la sépa­\n  ration absolue entre le comique et le tragique (1). Dans le roman seulement,\n\n\n   (1) Nous en avons un exemple dans le Menteur, de Corneille, où la scène : « Etes-\n vous gentilhomme?« nous paraît sortir du ton ordinaire de la comédie. Dans la pièce\n espagnole, cola ne choque point, car le poète ne perd jamais de vue l'horreur que le\n mensonge doit inspirer à une âme bien née. C'est ainsi qu'Alarcon conserve, dés le\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "164                                   DURENDAL\n\n\nu n g r a n d h o m m e , Cervantes, qui a incarné au plus h a u t degré le génie\nréaliste de sa nation, osera montrer le ridicule d'un Chevalier p r é t e n d a n t\nà jouer le rôle de Dieu sur terre et faire u n e œuvre comique d'un bout à\nl'autre, sans que l'idéal y perde rien. Mais Don Quichotte est un r o m a n , et la\nchose était si peu possible au théâtre que Cervantes s'est bien gardé de mettre\nson héros ou l'équivalent dans a u c u n e de ses pièces d r a m a t i q u e s , et que tous\nceux qui ont essayé, depuis Guillén de Castro jusqu'à M. R i c h e p i n , de\n porter Don Quichotte au théâtre, ont é c h o u é . La réalité dramatique est plus\n courte et plus conventionnelle que celle du r o m a n .\n    Venons au réalisme italien. L'Italien conçoit l'homme idéal c o m m e u n\ncomposé d'Antinous et de P l a t o n . Il sera donc frappé de ne jeter les yeux\nque sur des difformités physiques et morales, les u n e s se confondant avec les\nautres, en vertu de la même loi d'association. Aussi l'Italie est-elle le pays\nclassique d e la p a n t o m i m e et de la commedia del arte. Cette dernière est parlée ;\nmais il n'en reste que des scénarios, parce que l'important était moins ce que\npouvaient dire les acteurs, que leurs trouvailles de cris et de gestes, conver­\ntissant leurs rôles en de simples caricatures. Au point de vue littéraire, les\ncomédies plus travaillées offrent un autre a s p e c t ; mais le fond ne diffère pas\nsensiblement de celui de la comédie populaire. U n e aventure d'amour con­\ntrarié sert de prétexte à u n e exhibition de personnages bas, vils ou gro­\ntesques. L'action plus suivie, le dialogue mieux filé, parfois avec excès, ne\ndoivent pas nous faire illusion, non plus que la complication de l'intrigue.\nActions, épisodes, conversations obéissent, comme d a n s la commedia del arte,\nà un enchevêtrement de fourberies que dénonce l'esprit du plus habile, sinon\ndu personnage le plus r e c o m m a n d a b l e . A u n point de vue plus général, qui\nne reconnaît là le m ê m e esprit que Machiavel applique à l'éducation de son\n Prince ?\n    P o u r l'Italien, la politique est un art comme un autre, u n art à r e b o u r s ,\nl'art du laid, u n e virtuosité aussi difficile à pratiquer que l'art du beau, s'il\n est vrai que la laideur de Satan soit aussi peu aisée à reproduire que la beauté\n de D i e u ; et pour ce m ê m e Italien, l'intrigue comique est une politique de\n bas-étage, non moins savante que l'autre, plus comique, grâce au choix des\n victimes, et à la substitution du poignard et d u poison par les coups de\n bâton. C'est la commedia del arte haussée au goût raffiné d'un public qui lisait\n Boccace et Machiavel. L e réalisme espagnol pouvait-il s'en accommoder?\n Oui, provisoirement, t r o m p é par la ressemblance avec le point c o m m u n d'ori­\n gine, l'observation des m œ u r s , et en l'absence d'une forme d'art équivalente\n\n\ndébut, au père du jeune homme toute la dignité compatible avec l'explosion finale\nde son indignation; il n'en fait pas, comme Corneille, à certains moments, un barbon\ncrédule et plaisant. Cela ne va pas sans indulgence pour les mensonges spirituels\nde Don Garcia, fruits de son incurable vanité; mais c'est une indulgence provisoire;\net, à la différence du Dorante, de Corneille, Don Garcia est puni de ses mensonges,\nen se voyant forcé d'épouser la femme qu'il n'aime pas. Le réalisme des Espagnols\nne s'accommode pas de dénoûments nécessairement heureux, ni de la comédie à jet\ncontinu.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                           LE   DRAME        ESPAGNOL                       165\n\n\nau cadre de l'intrigue italienne. Mais on voit déjà pointer des réserves chez\nTorres Naharro, Espagnol égaré en Italie pourtant, et qui fit jouer ses pièces\nespagnoles devant le même public aristocratique qui applaudissait à ce\nmoment les productions de l'Arioste et du cardinal Bibbiena.\n\n                                        II\n\n   Torres Naharro a, de l'Espagnol, l'humeur aventureuse et l'imagination\nfertile, jointes au sérieux et au sens du réel comme contrepoids. Mais il\nest de son temps, et cultivé. Il a lu Plaute et Térence, et pratiqué les Italiens.\nIl divise, comme eux, ses pièces en cinq actes, et tient assez compte de la\nlogique des événements dans la conduite de l'action, qu'il définit, réduisant\ntout à l'intrigue « un artifice ingénieux d'événements ». La distinction qu'il\nfait entre les comédies de pure invention (à fantasia), et les comédies d'obser­\nvation (à noticia), répond assez bien à la distinction du tragique et du\ncomique. En fait, il manifeste plutôt une tendance d'Espagnol à mêler les\ndeux genres dans la pratique. Mais il est timide à cet égard; ses pièces\nà fantasia, comme la Comedia himenca, sont sérieuses; ses pièces à noticia,\ncomme la Tinelaria ou la Soldadesca, sont comiques; du moins il fait effort\npour qu'elles soient ceci ou cela. Or, réduit à cette extrémité, le souffle\nlui manque : il fait court, et ses cinq actes, comme on l'a remarqué, sont\nmoins longs qu'une des trois journées de Lope de Vega. Volontiers, dans le\nsérieux, il se laisse emporter par son tempérament lyrique; et, dans le\ncomique, par la peinture des détails; le tout, au détriment de l'action, qui\nn'est « artificieuse » que dans la Préface de son recueil. Il ne faut donc pas\nlouer, comme on l'a fait, le génie dramatique de Torres Naharro : il y a\nquelque chose d'artificiel dans son imitation de l'intrigue italienne; et si on\npeut relever çà et là quelque intuition de ce que pouvait être un jour le\nthéâtre espagnol dans sa tendance à mêler les genres, comédie, tragédie,\nlyrisme, réalisme, roman, en vérité, c'est chez lui fort inconscient et dû à sa\nnature d'Espagnol plus qu'à un système préconçu. Je ne puis nie résoudre à\nvoir en lui un précurseur de Lope de Vega. J'y vois plutôt un composé de\npoète et de peintre, évidemment doué, qui travaille à réprimer l'un et l'autre\npour s'astreindre à un modèle dramatique emprunté à l'étranger et où on peut\ntout au plus prétendre qu'il n'est pas à l'aise. En tout cas, c'est surtout par\ncette imitation d'un modèle étranger qu'il a influé sur ses successeurs immé­\ndiats en Espagne.\n   La période qui suit Juan del Encina et Torres Naharro est, en effet,\nsignalée par l'imitation simultanée et parallèle de ces deux écrivains. Cette\nimitation est l'œuvre de poètes qui exploitent ces formes nouvelles de poésie,\npresque sans y rien changer. Le plus fort est qu'ils écrivent, non plus comme\nJuan del Encina ou Torres Naharro, pour un public aristocratique, mais\npour un public populaire, vivant et bruyant dans ses manifestations, et qu'ils\nn'ont pas l'air de s'en douter, mais, à ce moment, malgré quelques concessions\nqu'ils lui font, comme la licence des sujets ou des propos, d'ailleurs usuelle\nen Italie et en France aussi bien qu'en Espagne, ils méprisent encore ce\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "166                               DURENDAL\n\n\npublic et ont la prétention de s'imposer à lui. D'autre part, faute de salles de\nspectacles fixes dans les villes, il n'y a pas un public fixe d'habitués qui puisse\nmanifester clairement son goût et ses préférences, et les éclairer à cet égard.\nAussi, les poètes se lassent-ils bientôt de produire. Ils laissent le peuple livré\naux troupes ambulantes de comédiens italiens, nouveaux venus, qui colportent\nde ville en ville un répertoire de commedie del arte et autres analogues, où la\nfantaisie burlesque le dispute à la grossièreté et à l'indécence. Que cela fût\nplus accommodé au goût du public, nous ne pouvons en douter, quand nous\nvoyons les comédiens espagnols, ambulants comme leurs confrères italiens,\nse mettre, faute d'un répertoire équivalent, à faire des pièces pour leur compte\net sur le même modèle. Les pièces conservées de cette période sont en prose,\ncomme, en général, les pièces italiennes, et se font remarquer par un réalisme\nqui tend à déborder le cadre fixe de l'intrigue, et par une indécence de sujets\net de dialogues assez prononcée pour qu'en 1548 les Cortès, réunies à Valla­\ndolid, se crussent en droit d'exiger qu'on interdît la représentation des pièces\nimmorales. En tout cas, nous voyons les poètes échouer dans leur première\ntentative pour acclimater en Espagne des pièces plus ou moins régulières, et\nsurtout plus littéraires que celles des comédiens. Le public populaire s'y\nennuya, et le public lettré ne s'intéressa pas à cet essai avorté de fusion entre\nla poésie savante et l'inspiration populaire au théâtre. Avec la création de\nthéâtres fixes à Valence et à Séville, les comédiens et leur littérature triom­\nphèrent partout.\n    Il s'en trouva un, mieux doué que les autres, et dont le nom est resté le\nplus illustre avant Lope de Vega; c'est le Sévillan Lope de Rueda, comédien\npar goût, auteur à l'occasion de sa profession. Lope de Rueda, grand imita­\nteur des Italiens dans ses comédies en cinq actes, la Eufemia, los Enganos,\nMedora, etc., qui ne sont pas ses meilleures, saisit très bien, ce que n'avait\npas démêlé Tories Naharro, que le cadre de l'intrigue italienne, désormais\nfixée en vue d'un fond toujours le même, et toujours comique ou burlesque,\nne pouvait suffire à contenir la matière espagnole d'un réalisme plus exigeant,\nparce qu'il embrassait davantage. Ce n'était pas sans raison que Fernando\nde Rojas avait, dès les dernières années du XVe siècle, imaginé une Cilestine\n en seize, puis en vingt et un actes. Que si l'on restreignait à la vérité comique\n tout le réalisme, il se trouvait que l'Espagnol n'a pas, en raison même de son\nidéal très élevé, de quoi rire pendant cinq actes, pas plus que de pleurer\npendant le même espace de temps. Et alors le cadre italien devenait, non\n plus trop étroit, mais trop large. Il pouvait le voir par son propre exemple,\n il le voyait, sans doute, par l'exemple de ses confrères, chez qui le souci du\n détail abondant et menu étouffait un sujet surchargé de complications à qui\n on donnait une valeur propre, au détriment de l'ensemble. Lope de Rueda\n en prit son parti. Comédien de profession, il ne lui vint pas à l'idée de se\n mettre à l'école des érudits. Il se borna à faire alterner avec ses grandes\n pièces, à la fin ou entre les actes de celles-là, de petits intermèdes, ou pasos,\n en prose, dont on veut voir le premier modèle dans un auto de Juan del Encina\n  (Auto del Repclùn), mais dont le genre est vieux comme le monde, et n'était\n autre, sans doute, que la vieille farce espagnole du moyen âge. C'est, dans\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                                LE DRAME ESPAGNOL                                          167\n\nson germe, le dialogue, la pièce rudimentaire que le peuple de tous les temps\net de tous les pays a intercalé d a n s ses chants et d a n s ses danses. Il ne\nle développa guère c o m m e action. U n e fable, u n e anecdote, une énigme, u n e\nplaisanterie, une b o n n e farce, un bon mot, tels sont les sujets de ses pasos.\nEt c e p e n d a n t , ces pasos sont restés le modèle du genre qui, sous des\nnoms divers, intermèdes, saynètes, n'a cessé de fleurir en E s p a g n e jusqu'à\nnos j o u r s , à l'ombre des grandes pièces du XVIIe siècle, à défaut d'elles plus\ntard. C'est que ce sont des peintures exactes et minutieuses de la vie du\npeuple espagnol, et que l'Espagnol est n é peintre. Elles sont aussi variées\nque les mille accidents ordinaires de la vie. J e les comparerais volontiers\naux tableaux analogues des peintres flamands ou hollandais, si le tempérament\nespagnol n'y ajoutait u n peu de cet idéal qu'il mêle toujours à son réalisme le\nplus cru. L'idéal, ici, est é v i d e m m e n t très a t t é n u é ; il se traduit par une\ntendresse i n g é n u e p o u r les h u m b l e s , les pauvres, par u n e sorte de crédit illi­\nmité accordé à leurs vices d'état, en faveur de leur inconscience, et d'un fond\nréputé bon naturellement et jusqu'à preuve du contraire. C'est en réduisant\nainsi le cadre, par le renoncement à u n idéal intransigeant et peu pratique\nétant donnés les acteurs, par l'abandon d'une intrigue compliquée et m ê m e\nsimple, mais en y s u p p l é a n t p a r l'art du dialogue et u n e dose réelle, quoique\npetite, d'intérêt d r a m a t i q u e , que L o p e de R u e d a peut se livrer sans entraves,\nau goût de sa race pour le détail menu et soigné, vivifié par u n e pointe de\nsentiment. Il put ainsi rester comique, en respectant la division des genres,\nalors considérée comme un d o g m e ; mais il prouva, en m ê m e temps, par son\nexemple, que le comique p u r , en E s p a g n e , ne s'accommode pas des grandes\npièces, et que, dans ces limites, il est le privilège exclusif des petites\ngens(r).\n   L ' i m p o r t a n c e de L o p e de R u e d a dans la littérature espagnole est encore\nplus considérable par ce qu'il représente que par la valeur propre de l'écri­\nvain. Il forme la transition entre la Célestine, à la fin du XVe siècle, et le\nDon Quichotte, au c o m m e n c e m e n t du XVIIe siècle. Il renoue la tradition,\ninterrompue par la vogue du r o m a n chevaleresque, de ce réalisme qui fait le\ncharme de la littérature espagnole du XIVe siècle. L e filon retrouvé, quoique\nmaigre, encore, on peut en suivre la trace sous le m o u v e m e n t littéraire m y s ­\ntique qui correspond au règne de P h i l i p p e I I . Assurément, le roman che­\nvaleresque et la littérature mystique n'ont pas fait complètement abstraction\ndes vérités d e l'ordre c o m m u n ; c'était là u n accident, d û au vague ins­\ntinct d'équilibre de l'Espagnol, qui, tout en aspirant aux cimes les plus\nélevées, ne se résout jamais à perdre la terre de vue. L e Lazarille de Tormes,\n\n\n   (1) Lope de Vega le dit expressément dans son arte nuevo de hacer comedias : \" La\ncomédie se distinguait (de la tragédie) en ce qu'elle présentait des actions basses et\npopulaires, tandis que la tragédie traitait de sujets élevés, où interviennent; des princes...\nLope de Rueda en est la meilleure preuve : ses comédies imprimées sont d'une espèce si\nvulgaire qu'il y introduit des artisans, et des amours de fi11es de forgerons. C'est depuis\nlors qu'on appelle intermèdes les comédies anciennes, où les règles de l'art (la division\nîles genres) étaient observées, car on y présentait une action dont les personnages sont,\ndes gens du peuple. On n'a jamais vu, en effet, de rois dans un intermède. »\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "168                               DURENDAL\n\n\npremier modèle du roman picaresque, ne prend la réalité corps à corps que\npour la blâmer au double point de vue chevaleresque et chrétien. La pein­\nture désintéressée des mœurs appartient à la comédie, et à une comédie\nréduite à sa plus simple expression. Mais, à partir de ce moment, elle a cause\ngagnée au théâtre. Impuissante, dans ces limites étroites, à créer un drame\nde dimensions raisonnables, elle se glissera telle quelle dans le drame de\nLope de Vega et de ses successeurs, à son rang ; rang infiniment supérieur à\ncelui qu'elle occupait dans le roman chevaleresque, quoique subordonné, au\npoint de vue de l'action, au même idéal que le roman. Et je ne sais en vertu\nde quelles préventions romantiques, Schack considère Lope de Rueda comme\nmarquant un temps d'arrêt dans le développement du drame espagnol, poé­\ntique et national. Nul n'a plus contribué à éclairer, par contraste, la voie où\ncelui-ci allait s'engager, et une fois l'idéal mis en possession du théâtre, le\nréalisme ne s'est pas laissé mettre à la porte; il l'a suivi et escorté comme le\ncorps inséparable de l'âme, sans se confondre avec elle, avec des instincts\nsouvent contraires aux aspirations de celte dernière, et obligeant à chaque\ninstant le chevalier à regarder à ses pieds.\n\n                                       III\n\n   Le moment est venu d'examiner comment le drame espagnol a conquis\nsa forme définitive. Ce ne sont pas les successeurs immédiats de Lope de\nRueda qui ont pu contribuer à la lui donner. Timoneda, de Valence, le plus\nillustre de ces élèves, ne fait guère que suivre les traces du maître, sans négli­\nger pour cela l'imitation des pièces italiennes, qui continue de plus belle.\nMais un événement important marque le dernier quart duXVIesiècle; c'est le\nretour offensif des poètes dans un genre où ils avaient échoué une première\nfois. Cette fois, ils se trouvent en présence d'un genre vivant, quoique infé­\nrieur à leurs yeux, et d'un public fixe d'habitués, à Séville, à Valence; ce qui\nexplique l'importance de ces deux villes dans l'élaboration du drame défi­\nnitif. Tout d'abord, ces poètes, nourris d'antiquité et de lyrisme italien, notè­\nrent une lacune dans les représentations populaires. On versait dans la\ncomédie, dans la farce, et, à de rares exceptions près, on n'en sortait pas.\nCependant, on pouvait reconnaître, à certains indices, que le peuple aspirait\nà autre chose. On était revenu insensiblement à la pièce en vers, et, avec le\n vers, à l'expression de sentiments plus élevés que ceux des picaros de Triana\nou du Grao de Valence. Le peuple, devenu exigeant, voulait voir sur la scène\ndes gentilshommes et des rois à sa portée, d'autant plus obstinément qu'il ne\nles approchait guère dans la vie réelle. Et comme ces gens-là n'apparaissaient\n guère comme comiques, il fallait donc des tragédies, et dans les tragédies,\n des passions violentes, des viols, du sang, beaucoup de sang ; tout ce que,\n dans les imaginations populaires, ces hauts personnages pouvaient se per­\n mettre impunément; de façon que le peuple pût retrouver en eux ses propres\n instincts, réprimés plus ou moins sévèrement dans la pratique. La nécessité\n où étaient les poètes de compter avec un pareil public les engagea dans cette\n voie. A vrai dire, ils ont Sénèque pour justifier les horreurs qu'ils mettent en\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                          LE   DRAME     ESPAGNOL                          l69\n\n\n scène; mais ils y ajoutent tout ce que le romanesque populaire leur inspire à\n cet égard.\n    Ils sont donc les premiers à violer les règles qu'ils invoquent. Mais il est\n vrai qu'ils conservent soigneusement la distinction entre le tragique et le\n comique, et que tous les lieux communs, épiques ou lyriques, auxquels ils\nsont rompus, leur fournissent des thèmes à variations, brillantes parfois.\n Ils prennent même fait et cause de ces lieux communs pour prétendre à\nun rôle d'éducateurs, et imprimer à leur théâtre un caractère didactique\net moral, démenti à chaque instant par le choix de leurs sujets. Ainsi écrivait\ndéjà le poète humaniste, Juan de Malara, Sévillan, contemporain de Lope\nde Rueda. Ainsi fera Juan de la Cueva, autre Sévillan, vers 1580. Ce dernier\naura cependant une inspiration de génie, qu'il ne saura pas exploiter, gêné\npar des préjugés d'école, et dont Lope de Vega tirera un parti décisif.\nConduit à considérer le drame tragique comme une épopée, et, en raison\ndes circonstances, une épopée à l'usage du peuple, il eut l'heureuse idée\nde servir à ce peuple, non seulement des sujets nationaux, comme le Siège\nde Zamora, Bernard del Carpio, les Sept Infants de Lara, mais d'utiliser les\nvieux roman sur ces sujets, en les intercalant dans son dialogue. Il alla\nmême jusqu'à traiter des sujets contemporains, comme le Sac de Rome par\nle connétable de Bourbon. Il composa enfin une comédie, El Infamador,\noù l'on veut voir une première esquisse du Don Juan de Tirso de Molina;\nmais la préoccupation didactique, et l'intervention dans une pièce de mœurs\ndu jour, de Vénus, de Diane, et quelques autres folies de ce genre, montrent\nle côté faible d'un talent plus épique et lyrique que dramatique, comme\ncelui de tous ses prédécesseurs dans le genre sérieux. La semence de\nJuan de la Cueva allait fructifier à Valence, avec Rey de Artieda, et Cristobal\nde Virués, pour aboutir à la formation d'une école, dite de Valence, ache­\nminement timide vers le drame définitif, et où Lope de Vega, pendant\nson exil de deux ans dans cette ville, de 1585 à 1587, allait puiser des\nrenseignements, et prendre conscience de son génie.\n    Avec Lope de Vega, nous touchons au terme de cette étude, qui com­\n prend les origines pénibles du drame espagnol au XVIe siècle. Nous avons\n vu l'inspiration populaire animer les faibles essais de Juan del Encina,\njusqu'à imprimer à ses œuvres lyriques un certain mouvement dramatique,\n que développera Tories Naharro, grâce au contact des pièces italiennes\n supérieures de la même époque. Nous avons vu l'Italie, incapable d'influer,\n par ses faibles essais de tragédies classiques, sur le théâtre espagnol, se\n rattraper dans la comédie par l'exemple offert d'une intrigue ingénieuse\n et de l'observation des mœurs populaires. Mais le réalisme espagnol, plus\n minutieux, ne se sent bientôt plus à l'aise dans un cadre fait pour l'observa­\n tion réduite de choses vues par un seul côté, le côté burlesque et caricatural\n des situations et des personnages. La superstition de la distinction entre le\n tragique et le comique oblige Lope de Rueda à resserrer ce comique, au nom\n de la vérité, dans un cadre aux dimensions restreintes, où il crée de petits\n chefs-d'œuvre, mais dont l'exiguïté et la vulgarité provoquent une réaction\n  en faveur du genre sérieux. Faute de modèles dignes de ce nom en\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": " 170                                     DURENDAL\n\n\n Italie, on a recours à l'antiquité, à Sénèque, et, ce qui est mieux, aux\n légendes populaires des Romances, à l'Espagne elle-même. C'en est fait\n de l'Italie, à qui revient toutefois le mérite d'avoir, par la distinction entre la\n comédie et la tragédie, appris aux Espagnols ce qu'ils pouvaient réaliser dans\n chaque genre isolément, et le peu qu'ils pouvaient de soi, en s'obstinant à\n suivre les Italiens dans cette voie. Les Romances, où se trouvent réunis les\n traits caractéristiques du peuple espagnol, fourniront à la fois l'élément\n sérieux du drame, et, par la familiarité de mœurs et d'allures des héros natio­\n naux, une transition vers la confusion définitive des genres. Mais à opérer\n cette confusion, les Romances n'eussent pas suffi. Il fallait un homme\nd'abord, capable d'en extraire le sens caché, et de concentrer dans un cerveau\nhumain tout l'esprit national, étroitement national, qu'ils recèlent. L o p e de\n Vega lui-même fût resté u n isolé sans u n troisième élément qui se trouva\nprêt, au moment voulu, pour renforcer les deux autres. Il fallait, en un mot,\n un centre, u n e ville étrangère aux influences locales de telle ou telle région,\nE s t r é m a d u r e , Andalousie ou V a l e n c e ; u n e ville capable de réunir les E s p a ­\ngnols de tout rang et de toute provenance, et de les obliger, par le contact\njournalier et les luttes de l'esprit, à dégager un idéal c o m m u n , celui de la\nrace tout entière, et à applaudir un L o p e de Vega. Il fallait ce que l'Espagne\nn'avait pas, et ce que lui d o n n a Philippe II : il fallait u n e capitale, il fallait\n Madrid.\n\n                                                                             E.   FERMAUD.\n\n\n   Séville-Madrid, 15 mai 1906.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                     Chansons simples\n\n                                      Offrande\n                'AI apporté pour vous une gerbe de fleurs ; et ces\n                   rieurs sont bien rares, car elles ont grandi à\n                   l'ombre de mon cœur; elles sont enveloppées\n                   clans la soie de mes rêves, et le parfum qu'elles\n                   ont, elles l'ont bu à mon â m e . . . Voulez-vous\n                   accepter cet étrange bouquet que j ' a p p o r t e pour\n                   vous ?\n                      Aimée, je vous les offre de mes deux mains\ntremblantes, ne les refusez pas; elles sont toute ma vie; que\nvont-elles devenir si vous les dédaignez, puisqu'elles sont\ncoupées? Elles devront mourir. N e voulez-vous donc pas\naccepter mon offrande?\n    Dites, ne voulez-vous pas accepter les fleurs et mon cœur?\nMes pauvres fleurs vont mourir si elles n'ont pas votre cœur\npour y tremper leurs tiges et y puiser la vie à la source de votre\nvie. Dites, ne voulez-vous pas accepter ma très h u m b l e offrande?\n\n\n                     Mon cœur est comme l'écho\n   Mon cœur est comme l'écho de la forêt profonde; comme\nl'écho, il se cache où nul ne peut le voir; il se cache au fond de\nl'ombre, au fond du mystère insondable de l'ombre, et jamais\npersonne ne le verra.\n   Mon cœur est comme l'écho de la forêt profonde, qui ne dit\njamais rien que si on l'interroge; alors il répond, tristement,\ndu fond de ma vie : comme l'écho au fond de la grande forêt.\n\n  (1) Paroles écrites pour être mises en musique par l'auteur et qui l'ont été en des\nmélodies charmantes et très personnelles dont nous attendons impatiemment la publi­\ncation. L'auteur qui est à la fois musicien, dessinateur et peintre est bien connu de nos\nlecteurs par ses couvres dont nous avons donné des reproductions\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "172                           DURENDAL\n\n\n\n\n              Mon cœur est comme une fontaine\n   Mon triste cœur est pareil à une fontaine aux bords de mar­\nbres rares, où de fragiles bulles d'argent montent tremblantes\ndu fond mystérieux et glauque, et viennent s'étaler à la surface\nrêveuse de l'eau que la lune caresse de la douce illusion de son\nprofond mensonge.\n   Mon cœur est aussi semblable à une grande allée, la nuit,\nau fond d'un très vieux parc; où la clarté de mes rêves met sur\nle chemin de douces et silencieuses taches de lumière blanche ;\npareils à la lumière que la lune répand sur l'eau de la fontaine\nque je viens de chanter.\n   Mon triste cœur est parfois aussi l'image d'un petit ruisseau,\nqui emporte en gazouillant — bien loin, bien loin — la lueur\nd'une étoile pour la cacher au fond du mystère des branches;\net cet étoile pourrait bien être votre cœur scintillant et beau,\néclairant doucement la nuit de mon àme solitaire d'une douce\nclarté, aussi consolante et aussi sereine que la lumière blanche\nque mes rêves répandent sur le chemin de l'allée du vieux parc\nque je viens de chanter.\n\nPour être c h a n t é par u n e douce et sereine voix de\n f e m m e à u n p e t i t e n f a n t , q u a n d il p o u r r a c o m -\n  prendre.\n    Mon petit enfant, quand tu dormiras, une douce fée, qui est\nnée d'un sourire, d'un doux sourire de ta chère m a m a n , viendra\ndans tes rêves te bercer doucement en chantant : A h ! . . . a h ! . . .\na h ! a h ! a h ! et t'emportera au fond du beau ciel b l e u ; là, elle\nte fera voir deux étoiles pareilles, qui te regarderont, et tu recon­\nnaîtras les yeux de ta maman, de ta chère maman, te souriant\nd'amour au fond du firmament.\n\n\n                           Vieilles soies\n   O h ! . . . le charme évocatif des vieilles soies qui chantent, sur\ndes fonds de chasubles et de chapes d'argent, avec leurs beaux\nsujets si doucement mystiques, où l'on voit des petits Jésus blonds\nsous des arceaux gothiques, et des petits agneaux tout frisés et\nnaïfs s'endormir doucement sur le livre aux sept sceaux.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                          CHANSONS SIMPLES                          173\n\n\n\n                    Le jardin de mon âme\n   C'est un petit jardin tout au fond de mon âme, un petit jardin\nblanc de candeurs et de rêves; au bord de ses chemins confiants\net naïfs, ondoyant les gazons de leurs courbes candides, crois­\nsent des fleurs étranges, de merveilleuses fleurs de clair et pur\ncristal.\n   U n parfum d'améthise e m b a u m e leurs corolles qui chantent\nune musique de lumière et d'azur, la musique est si belle et le\nrythme si doux que l'on croirait entendre un beau songe qui\nrêve.\n  Au fond de leur calice une goutte d'opale, que la rosée a mise,\ncomme l'oeil d'un enfant, d'un tout petit enfant, regarde les\nmerveilles. U n e lumière agile, comme une sève d'or, monte, par\nleurs rameaux translucides, j u s q u ' a u x petites feuilles qui trem­\nblent et frissonnent en une harmonie claire et cristalline au\nsouffle radieux de l'aurore qui se lève sur le petit jardin de mon\nâme qui rêve.\n\n\n                              Elévation\n        Par delà les sommets et par delà les cimes,\n        mon esprit d'un essor plus vigoureux s'élance,\n        comme un aigle royal, dont le vol se balance,\n        les ailes larges ouvertes, au-dessus des abîmes.\n        Par delà l'éther pur, mon esprit orgueilleux\n        plonge dans les espaces où gravitent les mondes,\n        qui chantent des cantiques dans leurs coins lumineux.\n        Par delà les azurs, dans les plaines profondes\n        des étendues sans fin, mon esprit assoiffé\n        de lumière éternelle, en bondissant s'élance\n        vers les régions sereines des paradis immenses\n        où règne l'éclatante et subtile clarté.\n        Et là, engloutie, éblouie et heureuse,\n        mon âme est comme un cygne agile et magnifique,\n        Qui nage avec orgueil sur des eaux lumineuses.\n\n                                               FRANÇOIS BEAUCK.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "      Sur l'œuvre d'Adrien Mithouard\n                                  (Suite et fin) (1)\n\n\n\n                      QU'EST-CE donc que cet h o m m e occidental dont à maintes\n                         reprises, au cours de cette étude, nous avons vanté les\n                         qualités, sinon le type même de notre race? « Qui dit occi­\n                         dent entend à la fois, compris en cette civilisation, l'art\n                         espagnol, le flamand, l'allemand, le hollandais, l'anglais,\n                         l'italien, mais aussi, entre tous ces glorieux rameaux, la\n                         souche française. » U n e m ê m e religion, u n même sentiment\n                         chevaleresque, u n e m ê m e conception de la vie ont rendu\n                         solidaires ces pays et circonscrivent u n e âme occidentale.\nMais de b o n n e heure, « la sincérité du F r a n c a donné son allure à l'intelli­\ngence m o d e r n e . » Le vaste effort de l'Occident nous apparaît groupé autour de\nl'intelligence française, « laquelle singulièrement alerte, mais profondément\nrationnelle, semble faite d'un équilibre de toutes les autres. U n e cellule de\nsagesse est au milieu : l'Ile de F r a n c e ». U n instinct national régit le tempé­\nrament de noire peuple. U n e culture profonde et comme un lieu moderne,\n« où s'insurgent suprêmement la colère et la verve de l'esprit », nous déter­\nmine. Notre raison française, souple et expressive, a fondé u n e discipline à\nlaquelle tous nos arts participent.\n   Sans doute l'Italie, « héritière et voisine à la fois de l'ancien monde, nous\ndonna longtemps à croire, surtout depuis le XVIe siècle, que nous n'existions\nqu'au regard de l'antique ». Or, pouvions-nous laisser élever sur notre sol u n e\nmaison étrangère ? Notre génie français « reprit donc et mortifia si bien ce\nqu'il s'était d'abord assimilé, que nos temps classiques recommencèrent la\nconstruction ogivale avec un inflexible et rationnel vouloir ». A tout prendre,\nla Renaissance m a n q u a corrompre notre goût traditionnel et nous empoi­\nsonner d'italianisme. J e vois très bien les dangers que la Renaissance traînait\nà sa suite, je comprends moins ses bienfaits, lorsque je songe à toute notre\ncivilisation médiévale et à la logique sur laquelle s'arc-boutent nos cathé­\ndrales. On déclare que l'Italie nous infusa une sagesse raisonnée dont l'anti­\nquité fit sa n o r m e . Parler u n tel langage, c'est blasphémer notre moyen âge,\nne rien comprendre à notre intelligence passionnée qui fixa sa mesure par la\n\n\n  (1) Voir nos fascicules de Septembre,    Novembre,   Décembre 1906 et de Janvier   et\nFévrier 1907.\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                    SUR L'ŒUVRE D'ADRIEN MITHOUARD                                     175\n\n\n« croisée d'augive ». L'Occidental est un architecte; il affirme son amour pour\nles lignes pures en construisant une voûle c o m m e u n Discours de la Méthode.\n    Q u e si donc il fallait définir le génie de l'Occident, nous nous achemine­\nrions, à travers la plaine française, vers une de ces majestueuses cathédrales,\nnos vrais m o n u m e n t s nationaux, et nous montrerions sa voûte. « U n e forme\nd'art définit, résume et c o m m a n d e toute l'intellectualité occidentale : la\nvoûte... C'est là que l'Occident se reconnaît, c'est par elle qu'il d é b u t e ; elle\nest sa première requête ; le type qu'il en conçoit est si profondément con­\nforme à son génie, que désormais toutes ses œuvres ressembleront à la voûte ;\nc'est au pays de la voûte que tout c o m m e n c e . » N e n o u s faisons donc p a s illu­\nsion sur les tendances de notre XVIIe siècle. Il s'est mépris sur la conformité\nde ses ouvrages à l'antique. E n croyant imiter les Grecs et les R o m a i n s , « il\nne faisait que transporter dans les lettres cette pratique hardie, juste et rigou­\nreuse de construire, qui était française avant lui. » « De l'enseignement\noriental, de l'exemple hellénique, de l'esprit latin il n e sauiait plus désormais\nrien rester de vivant, sinon ce que l'Occident s'en est assimilé. »\n    Mithouard n o u s le prouve en passant en revue nos coutumes, en choisis­\nsant les types les plus significatifs de nos œuvres d'art, en projetant de la\nlumière sur les traits indélébiles et p e r m a n e n t s de notre race. P a r là se précise\nen u n e vaste synthèse harmonieuse la mentalité d'un peuple honnête, âpre­\nment naturaliste, mesuré quoique expressif. J a m a i s on n'avait encore embrassé\nd'un plus vaste regard une succession continue de chefs-d'œuvre p o u r en\nmieux fixer la c o m m u n e origine. E t avec une tradition d'art, c'est toute u n e\nmanière d'être et une morale qui s'imposent.\n    L'Occidental, réaliste dans sa logique, le sera encore par sa piété. Il enterre\nses morts. « C'est vers la terre que son instinct profond le p o r t e . . . Il ouvre\ndonc en elle u n sillon pour y poser ses morts, comme pour y mettre le blé de\nl'an futur, et la terre reçoit le cadavre ainsi qu'une semence. » C'est qu'une\nrace de constructeurs sait le prix de la terre ; celle-ci n o u s retient par les liens\ndu sang. L'Occidental, parce que réaliste, met à toute heure de l'ordre dans\nses pensées et s'affirme à chaque instant. Si, vous p r o m e n a n t avec Mithouard\ndans le Mantois, vous d e m a n d e z votre chemin a u p a y s a n , au m o m e n t où la\nroute fait u n coude, il vous r é p o n d r a : tout droit. « T o u t droit, cela veut\ndonc dire ici : prenez à droite; cela signifie de rester d a n s la voie qui importe,\nd a n s le chemin de tous, dans l'usage c o m m u n , dans la R o u t e , enfin... Cet\nhomme du peuple en tient pour les idées générales : je suis en Ile-de-France. »\nOr, le clocher est notre affirmation la plus résolue. Dès l'instant qu'il tient\nfermement à son sol, l'Occidental n'a pas peur de porter sa tête droit dans le\nciel.\n    Bien mieux, « ces constructeurs de clochers n'ont envahi le ciel avec cette\nverve que p o u r crier à toute heure leur résolution d'en bien user. » D'où la\ncloche qui d'un angelus à l'autre mesure et distribue la vie quotidienne.\n« L'Occident est à savoir le pays du bon emploi du temps. » Noire instinct\nd'architectes, notre a m o u r p o u r la logique claire n o u s fit aussi créer l'estampe.\n « C'est parce que nous fûmes des constructeurs que nous sommes des gra­\n veurs. L a valeur, cette solidité de l'apparence, nous permit de façonner des\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "176                                    DURENDAL\n\n\n\nimages avec simplement du blanc et du noir »; et l'on nous montre l'art de la\ngravure se développant parallèlement à ceux de la cathédrale et de la\nmusique, avec même délicatesse, même science de la matière employée.\nEnfin l'Occident s'est façonné une religion et une morale en harmonie avec\nsa raison. Le relief de notre esprit apparaît dans la façon dont la religion\nchrétienne « fut organisée, comprise, sentie, précisée et vécue par nous ».\nDéjà dans le Pauvre Pécheur nous lisions ces vers :\n               Beau Dieu qu'ont affirmé nos cœurs d'Occidentaux\n               Durs et rudes ainsi que les Océans verts,\n               Dont l'oeil universel à l'infini se perd,\n               Beau Dieu, les doigts levés, que les Sculpteurs d'Amien\n               Ont fait à notre image, un peu capétien.\n\n   Oui, les dogmes que la religion enseigne et la discipline qu'elle impose sont\nmarqués au sceau de notre caractère; c'est une raison nouvelle « de nous\nregarder comme le peuple de Dieu, ainsi que nous l'avons fait séculaire­\nment ». Quant à notre morale elle tient tout entière dans notre vouloir de vivre\net dans notre soif de certitude. Le sens de la vie nous empêche de tomber\ndans l'abstraction et de suivre notre logique jusqu'à ses limites. Toute vérité\nqu'on pousse trop loin se fausse, disait M. Bergson dans un de ses cours.\nC'est donc le bon sens, plus humain, plus complet que la raison pure, qui\nnous régit. « Il y a aussi un sentiment de la vérité. » L'Occidental est syn­\nthétique, il n'analyse pas de menus faits jusqu'à s'entourer de poussière.\nNon, il incline « vers les vastes conceptions, vers les fortes complexités, vers\nles structures.et vers les systèmes qui étreignent une masse de réalités ». Puis,\nil marche, conscient de tout ce qu'il traîne avec soi, ayant foi dans la vie qui\nse prouve elle-même.\n   Il est mal aisé d'exposer dans sa plénitude, de suivre dans toutes ses consé­\nquences une pensée sans cesse en mouvement. Si je délaisse l'exposition\npour résumer, je m'aperçois que le Traité de l'Occident (1) est entièrement édifié\nsur l'idée de Temps; idée féconde entre toute — propre au système de\nMithouard comme à la philosophie de Bergson — où se confirme le génie de\nnotre race.\n   Qu'il s'agisse, en effet, d'une « cathédrale ou de l'invention de l'imprimerie,\nde notre organisation corporative ou du sentiment de notre paysage poussi­\nnesque, des sévérités de notre morale ou de la signification de nos clochers »,\nchaque fois nous devons constater à quel point est innée en nous cette notion\ndu Temps. Les anciens avaient le sentiment du fini et rythmaient leurs\ntemples selon les lois de l'harmonie. Les Occidentaux, régis par la religion\nchrétienne, croient à l'Infini et trouvent leur équilibre dans la beauté expres­\nsive. L'harmonie des Grecs est faite avec de l'espace, des nombres, des\nracines; elle est immobile. L'expression, au contraire, joue le rôle d'un\nmoteur; « elle est la sève, la verdeur et l'activité » de nos œuvres d'art.\nCelles-ci s'orientent dans le Temps, comme la succession de nos états de\n\n  (1) Le Traité de l'Occident. Perrin, Paris, 1904.\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                    SUR L'ŒUVRE D'ADRIEN MITHOUARD                                         177\n\n\nconscience. U n e œuvre a n t i q u e manifeste le bonheur de ses proportions, une\nœuvre occidentale m o n t r e u n e solidité. N o u s lisons l'écriture du temps sur\nnos cathédrales. La ligne serpentine chère à H o g a r t h , selon laquelle s'en\nroulent les mouvements de notre â m e , et la spirale décorative animent les\npiliers de nos églises. N o s cloches s o n n en t la fuite des heures et satisfont\nnotre sens du continu. Notre poésie doit ses harmonies à l'agréable distri­\nbution des accents. N o t r e langue n'est point façonnée comme celle de\nl'antique; on n e peut appliquer à nos vers une mensuration sèche et abstraite.\nU n poème g r o u p e des syllabes appuyées ou glissées. « Ce n'est pas la q u a n ­\ntité qui crée le rythme, mais les coups que n o u s frappons. Il y a dans nos\npoésies u n e cloche de fer qui sonne éternellement... L a rime manifeste de\nnouveau et par delà les séries accentuées dont elle clôt et parachève les cycles,\nce besoin d'un retentissement p é r i o d i q u e que mit en nous le vieux culte du\nT e m p s ». Que dire de notre m u s i q u e , sinon qu'elle n'est autre chose que « du\ntemps que notre passion stigmatise et diversifie. »\n     La lecture du Cours de Composition musicale qu'a publié Vincent d'Indy\néclaire singulièrement cette vue. J'ajoute que toute la philosophie de\n Bergson, elle-même basée sur l'idée de temps, corrobore la théorie de l'au­\nteur de l'Etranger. Lorsque nous voulons mesurer la h a u t e u r de plusieurs\nsons, nous dit Bergson, n o u s échelonnons ceux-ci suivant une ligne verticale.\nC'est qu'en entendant des notes successives, nous nous les représentons\ncomme des points de l'espace qu'on atteindrait l'un après l'autre par des sauts\n brusques. De p l u s , les notes aiguës nous paraissent produire des effets de\nrésonances dans la tête, les notes graves d a n s la cage thoracique. N o u s dirons\nalors que la note est plus haute, parce que le corps fait effort c o m m e pour\natteindre un objet plus élevé dans Vespace. Or, c'est là u n e illusion produite\npar l'intrusion inconsciente d'un effort musculaire. L o i n de différer par la\n quantité, les diverses h a u t e u r s des sons ne se différencient que par la qualité\n intensive. C'est d o n c bien du temps qui se succède ; la ligne des sons doit être\n figurée horizontalement, comme u n e continuité d'états de conscience (1). De\n même d'Indry : « Les p h é n o m è n e s musicaux doivent toujours être envisagés\n g r a p h i q u e m e n t , dans le sens horizontal (système de la mélodie simultanée) et\n non dans le sens vertical, comme le fait la science h a r m o n i q u e telle qu'elle\n est enseignée de nos j o u r s . » P o u r mieux d o n n e r l'impression du continu et\n développer nos émotions d a n s leur pure d u r é e , nous dé da ignons d'inter­\n rompre une mélodie par des accords. Notre musique m o d e r n e , c o m m e celle\n du moyen âge, hait la symétrie, a peur de s'abstraire dans u n e formule con­\n ceptuelle, se plaît aux dissonances, recherche les perpétuelles modulations,\n les cadences rompues, les accords de septième d i m i n u é e ; autant de facilités\n à nous mouvoir d a n s le flux de la vie.\n  Enfin, cette idée de temps fonde notre tradition tout entière. « Quelle autre\ncivilisation a toujours si bien c o m m u n i é avec son passé? Quels hommes ont\nautant regardé derrière eux? » L'Occident ressemble à u n e immense per­\nsonne. N o s corporations se transmettent de père en fils le trésor d e leur expé-\n\n\n   ( 1 ) H. BERGSON : Essai sur les données immédiates de la conscience, pp. 33 et suiv.\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "178                                  DURENDAL\n\n\nrience et veulent que c h a q u e objet soit ouvré « non par le travail d'un seul\nmaître, mais par la collaboration de dix générations d'ouvriers se survivant\nà eux-mêmes ». N o u s voici donc jaloux de notre continuité. U n Chinois, un\nArabe, un H i n d o u acceptent mieux de s'en aller dans le tourbillon. N o u s\nautres, non pas. « C'est notre point d ' h o n n e u r de persister, tenaces, et\ntandis que nous doutons sans cesse si nous sommes bien aujourd'hui le même\nqui posa tel acte autrefois, c'est avec une ivresse infinie que nous retrou­\nvons tout à coup d a n s l'autrefois ce quelqu'un qui est indubitablement n o u s -\nmêmes. »\n                                         *   *\n   Glorieux langage à l'heure où l'étranger, auquel nous avons le tort de donner\nasile, raille et combat la persistance incroyable de nos sentiments tradition­\nnels! et combien il me plaît, au terme de cette longue analyse, d'élever et de\ntendre vers cette œuvre forte mon admiration toute n u e . D'autres célébreront\nen termes plus lyriques l'art de Mithouard et sa pensée complète; d'autres\ntenteront de dégager des recueils cités plus haut une formule synthétique. Je\nn'ai point cherché à écrire u n e étude lyrique à propos d'un esprit essentielle­\nment expressif, pas plus qu'à enfermer une existence vécue \" in hymvis et\ncanticis » en u n e abstraite définition. N o n , j'ai préféré suivre pas à pas mon\nauteur, revivre un peu sa vie, semblable aux b o n s ouvriers de nos cathédrales\nqui se conformaient strictement au plan proposé et qui s'efforçaient, humbles\net dociles, à mettre leur pauvre pensée pleine de foi aussi près que possible\nde celle de leurs patrons. Cette passion de « servir » que Mithouard a si reli­\ngieusement chantée, je l'ai subie. E t je crois bien que tout mon article n'est\nqu'une perpétuelle citation. J e n'ai pu faire plus court. Mon seul désir était\nd'arriver à tout citer. Au moins n'ai-je rien oublié d'essentiel. Chacun saura\ndégager u n e évidente conclusion. Barrès ne vient-il pas de rendre hommage\nsplendidement à ce talent de race? Sans le Traité de l'Occident, le Voyage de\nSparte était impossible. Que voilà donc deux œuvres s œ u r s ! La plus sincère,\nla meilleure louange q u ' u n artiste de cette envergure puisse souhaiter, je la\ndevine d a n s l'éclosion d'esprits jeunes et compréhensifs, nourris de cette forte\ndoctrine. Ainsi notre penseur eu pleine jeunesse se verra continué par\nd'autres, sans fin. Il se sera fécondé dans sa descendance intellectuelle. Loin\nd'avoir arrêté son mâle effort à nous rappeler nos origines par ses essais et\nses poèmes, Mithouard ne fait que commencer à parler. J e le surprends,\njoyeux d'écrire, heureux de manier une langue robuste, conscient de son\nrôle, tel un brave artisan qui sait le prix de l'effort et le respect qu'on doit\n à la matière employée. Je le s u r p r e n d s , dis-je, au moment où de nouvelles\npages échappées d'une plume alerte s'envolent vers l'imprimerie. Vous les\nverrez bientôt revenir s'ébattre dans nos esprits et caresser nos cœurs. J u s ­\nqu'au jour — le plus lointain possible — où ce petit h o m m e aux yeux ardents,\nà la b a r b e de satyre, au port assuré, à la démarche rapide, au geste b r u s q u e ,\nayant achevé sa tâche honnête, sera éternisé par l'un de nous d a n s la fière\ngalerie de nos chères figures occidentales.\n                                                             TANCRÈDE DE VISAN\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                A l'Eglise Saint-Boniface\n\n                     LE 24 février, à l'occasion de la fête du saint patronal, les\n                         Chanteurs de Saint-Boniface ont exécuté, p e n d a n t l'office, la\n                         messe dite « du pape Marcel » de Palestrina, ainsi que\n                         divers fragments de plain-chant empruntés au propre, le\n                         Reminiscere, Tribulationes, Confitemini, Meditabor, Intellige, plus\n                         l'Exultate Deo de Palestrina. C'est à cette messe dédiée par\n                         Pierluigi à la mémoire du pape Marcel, qui venait de\n                         décéder, que se rattache la légende du « sauvetage » de\n                         la musique religieuse, p r é t e n d u e m e n t c o n d a m n é e par le\nconcile de T r e n t e , mais réadmise après production, par Palestrina, du dit\nouvrage. On sait aujourd'hui, par les recherches de H a b e r l , confirmées par\nles travaux de Brenet, que toute cette histoire, échafaudée par Baini, le bio­\ngraphe du maître, n'est qu'un conte à dormir debout : ce qui n'empêche qu'on\nla retrouve d a n s des ouvrages publiés postérieurement à ceux de Haberl et\nde Brenet !\n    La messe n'en reste d'ailleurs pas moins u n pur chef-d'œuvre. L'art minu­\ntieux et les complications algébriques de Josquin De-prés et des autres maîtres\nde la deuxième école néerlandaise s'échauffe ici d'une ardente flamme inté­\nrieure et d'un sentiment plus idéal. L e contrepoint n'étant plus le but, mais\nle moyen, se clarine de plus en plus, suivant les tendances manifestées, anté­\nrieurement déjà à l'école romaine, par l'école vénitienne, où le clair génie\nitalien c o m m e n c e à se ressaisir. Dans le Benedictus à quatre parties, notam­\nment, le style palestrinien s'affirme, dégagé de toute autre influence, dans\nson adorable simplicité, son ingénuité et son incomparable ferveur d'expres­\nsion. L'Exultate Deo, lui, est plus allègre, plus en d e h o r s ; on dirait du\n Lassus par l'élan impulsif, l'allure fraîche et dégagée de l'ensemble.\n    Tout cela est adorable, d'une délicieuse et reposante sérénité, d'un inex­\nprimable mysticisme, loin de ces luttes de tonalités et de modes ennemis dans\n lesquelles la musique des siècles suivants symbolise les luttes analogues de\nl'âme. Avec une sérénité en quelque sorte s u r h u m a i n e , les voix évoluent, dans\nun sentiment toujours égal, à travers le cycle diatonique, cottgénial de ces\nnnciennes tonalités, auxquelles les cadences seules confèrent u n e individua­\n lité relative; rien ne trouble la marmoréenne pureté de cette masse vocale qui\n semble immobile par la lenteur, l'étendue restreinte, le caractère concentrique\n des évolutions polyphoniques, sereines et harmonieuses comme des vols\n d'anges... L'invention de la basse continue et celle du style monodique avec,\n comme conséquence, l'inégalité des parties, les « concerts ecclésiastiques »\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "180                                    DURENDAL\n\n\nde Viadana, le d r a m e lyrique des Florentins, le chromatisme d'où allait sortir\nl'hégémonie définitive des deux modes modernes, tout cela allait bientôt mettre\nun terme au grand art palestrinien, créer des formes nouvelles, d'une surpre­\nnante fécondité : mais avec elles, la composition musicale allait perdre à\njamais le caractère hiératique, réfugié désormais dans le chant grégorien.\nLa musique d'église elle-même suivra le m o u v e m e n t général, deviendra\nmatérielle, sensuelle, théâtrale ; et l'effort même d'un p a p e artiste paraîtra\nimpuissant à l'en tirer...\n                                             *\n                                            * *\n    L'exécution de la messe a été hors ligne, comme toutes celles du m ê m e\ngenre à l'église Saint-Boniface. On imagine aisément l'habileté, la patience\net le goût qui doivent présider à la préparation de ces œuvres si essentielle­\nment opposées au répertoire traditionnel des maîtrises.\n    M. H e n r i Carpay paraissait prédestiné à cette tâche ardue. R o m p u dès\nlongtemps à la technique spéciale de l'ensemble vocal, son expérience attestée\npar de nombreuses et brillantes victoires, il est l'un des rares qui conçurent,\ndans les dernières années, le projet hardi d'arracher la pratique du chant\nchoral, si en h o n n e u r en Belgique, à l'ornière de la virtuosité pure et du\nstyle o r p h é o n i q u e , pour l'aiguiller vers l'ensemble vocal mixte, le seul artis­\ntique, au d o m a i n e si riche et si varié. Et ce n'est pas de sa faute si l'expé­\nrience, à Bruxelles, fit long feu...\n    Ici, du moins, M. Carpay trouve à mettre les ressources de son expérience\nau service du grand art. Il est arrivé à former une phalange vocale d'une\nhomogénéité et d ' u n équilibre parfaits, d'une sonorité réellement esthétique.\nL e s voix d'enfants notamment, d'un timbre généralement criard et discor­\ndant, désagréable a u premier chef, sont d'une pureté et d'une limpidité\ncristallines. L'ensemble n'est pas moins remarquable. Les diverses voix se\nmeuvent avec cette aisance et cette indépendance quasi-improvisatrice qui\n est l'essence même du style polyphonique (antérieur à l'invention de la\nbarre de mesure!), s'essorent, s'infléchissent souplement, retombent comme\n d'elles-mêmes dans l'unisono harmonieux de l'accord final, qui s'éteint\ngraduellement comme u n son de h a r p e .\n    Il en est de même de l'exécution du plain-chant, — bien qu'ici on pourrait\n souhaiter plus de liberté encore et de mouvement dans ces souples et lentes\nvocalises, dont le texte constitue toute l'ossature rythmique. L a raideur qui\nl'entrave encore pourrait être attribuée à l'accompagnement fatalement alour­\ndissant de l'orgue, dont l'intervention, en l'occurrence, nous apparaît plus\n contestable à mesure que l'exécution du plain-chant approche de sa perfec­\n tion (1).\n    Ce n'est là d'ailleurs qu'un détail dans l'excellence d'un ensemble qui fait\n\n\n   (1) Il n'est pas sans intérêt de noter ici que M. F.-A. Gevaert, qui fait autorité dans ces\nmatières, est défavorable à l'accompagnement du plain-chant. Cette opinion est d'autant\nplus caractéristique que M. Gevaert publia lui-même, au début de sa carrière, un traité\nd'accompagnement du plain chant qui devint rapidement populaire.\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                        A L'ÉGLISE     SAINT-BONIFACE                           181\n\n\n\nautant d'honneur au chef qu'à ses interprètes. Il serait injuste, en effet, de ne\npas louer la conscience et l'effort individuel des membres de la maîtrise, tant\nenfants qu'adultes, dans la réalisation de ces formes polyphoniques, de ces\nlongues tenues, de ces majestueuses vocalises dépourvues d'accompagnement,\nprivées du soutien habituel d'une basse réelle, et dont la moindre défaillance\nvocale troublerait la pureté de ligne...\n   Mais ce n'est pas tout; les soins artistiques ne suffisent pas, il y a la question\nmatérielle. La pratique du grand art polyphonique suppose un ensemble\nnombreux de voix choisies, d'artistes et non de simples chantres, une prépa­\nration minutieuse en de nombreuses répétitions; — et cela coûte cher. L'exé­\ncution du 24 février réunissait un total de trente-cinq voix, on avait répété\nlonguement : dont coût, quelques centaines de francs. On conçoit que les\nbudgets habituels des maîtrises ne pourraient faire face à ces dépenses.\n   Il convient de rendre hommage, ici, à l'initiative et à la générosité éclairée\ndes membres protecteurs de l'association, ainsi qu'au bon goût du curé de la\nparoisse, M. le chanoine Hallaux, qui favorisa de tout son pouvoir les efforts\nde son maître de chapelle.\n   En résumé, l'action des Chanteurs de Saint-Boniface est digne du plus grand\nintérêt; c'est de telles initiatives que sortira finalement, espérons-le, l'épura­\ntion définitive du répertoire détestable des maîtrises belges. Au seul point de\nvue artistique, elle mériterait même (n'était la « balançoire clérico-libérale »\nqui, dans notre pays, affecte toutes les manifestations de la vie sociale) la\nfaveur des pouvoirs publics. Elle est digne, en tous cas, de toute celle des\npouvoirs ecclésiastiques, comme une réalisation magnifique et trop rare du\nMotu proprio de Pie X, si célébré à son apparition et si tôt oublié.\n\n                                                             ERNEST CLOSSON.\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "            Sur une falaise d'Angleterre\n\n                    L'Anémone d e s M e r s (1), de JEAN DOMINIQUE... P o u r q u o i\n                      ai-je tardé si longtemps à vous parler de ces poèmes? Ils\n                       me rappelaient pourtant quelques heures délicieuses...\n                       U n e après-midi de l'été dernier, j'avais emporté ce petit\n                       livre, légèrement taché par l'embrun, au sommet d'une\n                       falaise anglaise ; et là, couché dans le gazon roussi, j'avais,\n                       n o n c h a l a m m e n t , effeuillé les pétales de l'Anémone des Mers...\n                           E t tandis que ces vers fragiles, fluides et tendres, glis­\n                       saient sans la troubler au long de ma pensée, l'océan,\nle ciel et ce beau rivage les illustraient tour à tour de leurs images\nanimées, dans un accord si plein, si pur, si harmonieux qu'il continue\nde retentir au plus profond de ma mémoire... U n e brume opaline voilait\nla haute mer, et les navires qui passaient semblaient flotter dans un rêve.\nDe faibles vagues battaient à intervalles égaux le pied de la falaise,\nqu'elles ceignaient d'une mousse d ' é c u m e ; et cela faisait u n e r u m e u r\nlente, continue, régulière et tranquille, comme la respiration d'un enfant\nendormi. L e vent, qui venait des jardins en fleur étages sur les pentes\ncrayeuses, apportait avec leurs parfums le carillon d'une vieille église, dont\nle clocher pointu trouait dans la vallée l'épaisse verdure des arbres : c'était\nune g a m m e descendante, d'une gaîté mélancolique, quelques notes alertes et\nfraîches qui, aussitôt tombées, dégringolaient de n o u v e a u ; on eût dit un\ngroupe de jeunes filles, dont les pieds agiles eussent sans cesse redescendu\n les mêmes degrés de marbre sonore. E t je songeais à l'Escalier des Heures\n de Sir E d w a r d B u r n e s - J o n e s . . .\n    Derrière moi, presque cachée en un pli de la colline, il y avait une antique\n maison encapuchonnée d'ardoises bleues et frileusement recouverte d'un\n épais manteau de lierre; la splendeur pourpre des géraniums brillait, dans le\n soleil du soir, à ses fenêtres à guillotine, et un maigre jardinet de fleurs et de\n légumes l'entourait, au nord, de sa haie d'épines. Cette vieille demeure\n paisible, Dickens l'avait décrite dans David Copperfield... Le long du sentier\n de cailloux qui conduisait à la petite ville, de blondes jeunes filles passaient\n parfois, ouvrant en un sourire la fine rose de leurs lèvres et livrant au vent\n leur chevelure dorée. J e ne comprenais qu'à demi les paroles qu'elles pronon­\n çaient, mais elles m'arrivaient dans la brise comme un gazouillement mélo-\n\n\n   (1) Paris, Mercure de France.\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                      SUR UNE FALAISE D'ANGLETERRE                                      183\n\n\n dieux qui voulait dire : B o n h e u r ! b o n h e u r ! . . . E t je pensais à Claribel, à\n Lilian et à Mariana, les roses jeunes filles dont la voix tinte dans les poèmes\n de T e n n y s o n . . .\n   Les instants s'écoulaient ainsi, monotones, musicaux et calmes, tandis\nqu'une à u n e s'effeuillaient, du bout de mes lèvres indolentes, les strophes de\nl'Anémone des Mers. E t cette soirée avait, pour les sens et pour l'âme; une\ndouceur enveloppante et indéfinissable, u n charme n o m b r e u x et imprécis, à\npeine nuancé de mélancolie parce qu'on le sentait fugitif, et parce que les\nvoiles du retour se déployaient déjà sur la mer vespérale...\n   Ce soir inoubliable, je n'aurais su vraiment lui découvrir u n sens déter­\nminé. Aussi bien me gardais-je de lui en chercher un : le lent m u r m u r e des\nvagues contre la blanche falaise, la voix claire des j e u n e s filles qui passaient\nsur le c h e m i n , la g a m m e enfantine du vieux carillon, les roses mourantes du\nciel crépusculaire, la caresse légère du vent chargé d'odeurs délicates, cette\nmaison dont les croisées s'empourpraient de géraniums, et j u s q u ' a u x voiles\nimpatientes du navire que les flots balançaient dans la' rade et qui devait tout\nà l'heure me porter aux côtes de F r a n c e , — tout cela, joint à l'arome de\nl'Anémone des Mers, composait une ivresse confuse qui se suffisait à elle-même\net qu'il eût été puéril de vouloir nettement définir...\n   P o u r q u o i m'attarderais-je m a i n t e n a n t à caractériser en u n e sèche analyse\nles poèmes de Jean Dominique? Ces subtiles mélodies « d'une âme, qui vient\nd'Irlande », laissez-moi plus simplement les comparer à ce soir, à ce beau\nsoir d'Angleterre dont ils ont été pour moi l'un des multiples enchantements ;\nlaissez-moi les replacer dans ce cadre et d a n s cette heure, qu'ils complétèrent\nà souhait :\n\n                            ... dans cette ombre chauffée\n               Où l'odeur des grands flots se mêle au vent du soir...\n\n   E u x non plus, ils ne semblent pas avoir de sens bien précis : ils baignent\ndans une b r u m e dorée qui amollit leurs c o n t o u r s ; ils traînent u n e longue\nsuite d'images frêles, pensives et souriantes, les u n e s couronnées de roses et\nles autres de violettes, et dont on ne sait pas au juste si elles parlent de deuil\nou de joie ; et l'on écoute ces chansons qui vous glissent à fleur de l'âme,\nsans y laisser d'autre sillage qu'une musicalité vague et attendrissante, et\ncomme le souvenir d'un soir parfumé...\n   Passez donc, petites chansons du poète Jean D o m i n i q u e , passez comme\nces belles jeunes filles dont les paroles mystérieuses ne m'apprenaient rien\ndu tout, sinon que la vie est douce et parfois mélancolique, mais dont les\nvoix me donnaient un ravissement merveilleux! Il n'est a u c u n e m e n t néces­\nsaire que les poètes disent quelque c h o s e : il suffit que leurs vers soient tendres\net mélodieux. L'un d'eux, F e r n a n d Séverin, l'a proclamé lui-même :\n\n              Leurs mots, même incompris, sont toute une musique....\n\n                                                                        FRANZ A N S E L .\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "                         Chronique d'Art\nMUSIQUE :\n\n              Le troisième Concert du Conservatoire\n   Cette séance, dont le programme n'offrait aucune nouveauté sensationnelle,\nfut cependant du plus vif intérêt. En musique, comme en poésie, comme en\npeinture, les vieilles choses ont u n charme éternel q u a n d — elles sont signées\npar des Maîtres. C'était le cas pour les quatre numéros que M. Gevaert nous\na fait entendre et dont il a magistralement dirigé l'exécution.\n   La « 3 e S y m p h o n i e » (écossaise) de Mendelssohn, dont l'allegro et le vivace\nont u n e si pittoresque et si alerte fraîcheur, d o n t tout le mouvement est d'une\ndélicatesse et d'une sincérité tout à fait délicieuses et dont la finale est\n grandiose, a d o n n é l'occasion à l'incomparable orchestre du Conservatoire\nde déployer ses qualités exceptionnelles. L e P s a u m e X X I I , écrit par Schubert\npour quatre voix de femmes avec accompagnement de piano, et transcrit\nd'une façon charmante pour harpes et orgue par M. Gevaert, fut étoffé\ncomme il convenait. Mais la «4 e Symphonie », inachevée, du même Schubert,\na davantage emballé l'auditoire par sa grâce et par sa passion. Elle est\nadmirable cette symphonie de Schubert et d'une si belle originalité !\n L'ouverture de Léonore (Fidelio), conduite par M. Gevaert avec, sa maîtrise\net sa vaillance coutumières, a couronné dignement cette intéressante séance\n de musique allemande.                                                      INTERIM.\n\n\n\n               Festival Wagner aux Concerts Durant\n   P r o g r a m m e superbe où se côtoyaient les pages les plus exquises et les\nplus pénétrantes du maître de Bayreuth, et au sujet duquel on ne pourrait\nformuler qu'un seul reproche, si toutefois l'on peut donner ce nom à cette\nobservation que le voisinage immédiat des plus puissantes impressions qui\nsoient dans la musique, faisant planer l'âme enivrée de cime en cime,\nengendre à la fin cette lassitude des h a u t e u r s , ce vertige du sublime que\nconnaissent si bien les familiers des contrées alpestres. E t quel b o n h e u r\ncependant de se rafraîchir aux sources immortelles de beauté, de retrouver\nW a g n e r , l'enchanteur bienfaisant entr'ouvrant le trésor des infinies splen­\ndeurs, éveillant les échos divins qui vivent secrètement au fond de notre être!\n   P a r m i les meilleurs choses du concert, nous signalerons l'Ouverture du\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                               CHRONIQUE D'ART                                    I85\n\n\nTannhäuser : exécution ferme et de bel accent, bien que plus d'ampleur et\nde majesté eussent été désirables d a n s la péroraison du poème, les Murmures\nde la F o r ê t de Siegfried esquissés avec u n e fluidité souple et onduleuse, dans\nune poétique atmosphère de sonorités discrètes et caressantes, le prélude de\nTristan et Iseult dont le crescendo fulgurant a été r e n d u de manière vraiment\néloquente. Les adorables harmonies du Charme du Vendredi Saint ont été\ndélicatement dessinées et nuancées par l'orchestre des concerts D u r a n t .\nD'autre part, le P r é l u d e de Parsifal, dont les parties éclatantes et héroïques se\nsont bien affirmées, a m a n q u é en général de cette profondeur mystique qui\nlui confère sa g r a n d e u r et sa signification. Avec tout le prestige d'autorité et\nde force expressive qui caractérisent ses interprétations wagnériennes,\nM. Seguin a été acclamé dans la Rêverie de H a n s Sachs et dans les Adieux\nde W o t a n .\n\n\n                        Cinquième Concert Ysaye\n   P l u s d'une fois déjà nous avons rendu h o m m a g e à Steinbach, l'éminent\ndirecteur du Conservatoire de Cologne, aux suggestives illuminations d o n t\nil pénètre les oeuvres, à ses interprétations aussi personnelles et h a u t e s\nque respectueuses de la pensée des maîtres et de leurs divers modes expressifs.\nRarement ces précieuses qualités se sont imposées de façon aussi manifeste\nque dans le dernier concert dirigé par lui aux Ysaye.\n   En tête du p r o g r a m m e u n e Sérénade de Max Reger, jeune auteur allemand\nencore inconnu en Belgique et dont la production est déjà fort a b o n d a n t e .\nLa Sérénade est désignée op. 95. P a r la disposition de son plan c o m p r e n a n t\nles quatre mouvements classiques, cette composition affecte la forme d'une\nsymphonie de proportions réduites. P o u r q u o i l'appelle-t-il Sérénade? Est-ce\nparce qu'il confie presque exclusivement l'expression de sa pensée au\nquatuor et aux bois ? Ou parce que même dans les mouvements d'allure vive\net joyeuse se rencontrent comme des stations de rêve, de poétiques épisodes\nde tendresse qui semblent donner à son inspiration des significations\nélégiaques et amoureuses? Quoi qu'il en soit, cette composition renferme des\nparties fort intéressantes, l'Allegro moderato tout en verve spirituelle et en\ningén'eux développements, le Vivace a Burlesca avec sa pointe d'humour\ns'embrumant de mélancolie, surtout l'Andante Semplice où le quatuor chante\ndélicieusement un h y m n e grave et doux s'élevant dans u n e atmosphère de\npaix et de plénitude harmonieuse.\n   La pièce sensationnelle du concert était le Don Juan de R i c h a r d Strauss,\nune des plus fortes créations du maître où la richesse d'invention le dispute\nà la triomphale splendeur du coloris. Mais a d m i r o n s ici quelle ampleur de\nrayonnement la baguette magique de Steinbach confère à ce poème, essor\nvigoureux de lyrisme altier, éloquente mise en lumière des contrastes qui\nsont comme l'essence de cette musique, affinement merveilleux des grandes\nsignifications expressives, fusion intime de tous les éléments de la symphonie\nvenant concourir et communier dans une âme sonore unique qui chante et\nvictorieusement s'épanouit.\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": " 186                                     DURENDAL\n\n\n   Après les flots de passion ardente où baigne ce poème débordant de sève\nbyronienne et romantique, les architectures sévères et néo-classiques de la\nSymphonie de Brahms (Première S y m p h o n i e en ut mineur) eussent apparu\nplutôt froidement solennelles, si l'interprétation lumineuse et persuasive de\nSteinbach n'avait pas éclairé toutes les parties du m o n u m e n t . Sans doute\ncette symphonie n'est pas dans son ensemble animée d'un souffle bien\npuissant, mais ce défaut est racheté par la noblesse de sa pensée, par sa\nmusicalité radieuse que couronne un finale empreint d'une poésie toute\nbeethovénienne.\n   Mathieu Crickboom, un des premiers violonistes de notre pays, participait\nà ce concert. Il a affirmé sa maîtrise d a n s la Symphonie Espagnole de L a l o . De\nchaleureuses ovations ont salué son jeu ferme, pur, subtil et scintillant.\n\n\n\n                 Récital du Pianiste Frédéric Lamond\n   M. Frédéric L a m o n d est u n artiste sérieux et sincère. Ses interprétations\nde Beethoven, dont il s'est fait u n e spécialité, se r e c o m m a n d e n t par la\nvigueur d'accent, l'éclat victorieux de la sonorité, aussi par une belle simpli­\ncité n'aimant point à se montrer prodigue d'effets trop cherchés. Il n'est point\nun virtuose, mais un pianiste interprète u n i q u e m e n t soucieux de faire\njaillir suivant sa conception propre la pensée maîtresse des sonates. Ces\ninterprétations sont parfois discutables. Outre que le jeu de F r é d é r i c L a m o n d\nest en général assez lourd et attaque trop violemment les passages chantés,\nnous estimons que la précipitation excessive imprimée par cet artiste à\ncertains mouvements des sonates leur enlève une partie de leur ampleur. Tel\na été le cas de l'Appassionnata, dont L a m o n d a cependant admirablement joué\nl'Andante con moto. E n revanche, son interprétation de la sonate o p . 111 a été\nremarquablement compréhensive, il a d o n n é au mouvement du d é b u t toute\nla g r a n d e u r s y m p h o n i q u e qui caractérise cette page si vibrante et h u m a i n e ,\ntandis que l'Arietta avec ses chants célestes et ses extases a été rendue dans\nune exécution très fouillée, très pieuse et attentive. N o u s goûtons fort aussi\nla beauté et la justesse de n u a n c e s , ainsi que l'atmosphère candide de calme\net de sérénité où il a fait apparaître la sonate en ut majeur o p . 5 3 .\n                                                                GEORGES      DE    GOLESCO.\n\n\n\nEXPOSITIONS :\n\n                     XVe Salon dn Cercle Pour l'Art\n   A moins d'être u n outrancier ou u n sans-patrie artistitique, il est impos­\nsible de ne pas se réjouir des tendances élevées, du caractère esthétiquement\nnational qui se manifestèrent au dernier et tout récent salon du vaillant\ncercle Pour l'Art.\n   Depuis longtemps, les salles du Musée Moderne affectées aux salonnets\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "LE     P A Y S A N MORT\n (LÉON FRÉDÉRIC)\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": ""}, {"page_pdf": 226, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                      187\n\npériodiques n'avaient d o n n é l'hospitalité à meilleur et plus caractéristique\nensemble : peintres, statuaires surtout semblaient avoir rivalisé pour produire\nl'effet le plus considérable.\n    Légitime émulation dont le résultat d e m e u r e r a d a n s la mémoire des artistes\net esthètes, impression durable que les associations rivales a u r o n t peine à\ndétruire.\n   P a r m i les statuaires il faut citer, en premier lieu et hors pair, Rousseau\ndont le multiple envoi a été des plus r e m a r q u é s ; sculpteur délicat, techni­\ncien habile, Rousseau rappelle la grâce ingénue des meilleures productions\nde De Vigne et Dillens.\n    Les formes grêles et élégantes de l'adolescence le séduisent à juste titre\nplus que les opulentes maturités chères à L a m b e a u x et à ses disciples.\n    L'art de Rousseau est à la fois distingué et souple.\n    L'ébauchoir de Bracke est plus décoratif, moins florentin, si je puis ainsi\nparler : c'est entre De Vigne et L a m b e a u x qu'il faudrait le classer.\n    Boncquet accentue encore la note matérielle : sa Sollicitude maternelle, tout\nen a p p a r t e n a n t à u n genre réaliste, échappe à l'écueil de la vulgarité.\n    Noté u n excellent buste de Lagae, statuaire-portraitiste de premier ordre\nparce que sagace physionomiste.\n    De Rudder et Gaspar, celui-ci avec u n e lionne de belles et nobles allures,\ncomplétaient l'importante participation des statuaires.\n    Dire que F a b r y , L a e r m a n s , Van Holder, Verhaeren, De H a s p e , Opsomer,\nViérin, H a m e s s e , Viandier, etc., participaient à ce salonnet d'une si belle\ntenue, c'est constater que, comme notoriété et talent, les peintres rivalisaient\navec les statuaires; ils rivalisaient aussi avec eux au point de vue de la valeur\nde leurs apports.\n    Descendant en ligne directe des Breughel, L a e r m a n s s'impose à ceux\nmême qui n'aiment point son art un peu fruste et certainement voulu comme\nfacture; mais aussi quelle profonde observation et quelle personnelle exécu­\ntion d a n s ces pages si p u i s s a m m e n t synthétiques! Après cela, je suis d'accord\navec nombre de visiteurs pour estimer qu'il traite mieux la figure habillée\nque le n u .\n    L'art de Van Holder est flamand comme son nom ; ses portraits sont bien\nétablis, solidement brossés et d'un coloris s a v o u r e u x ; on souhaiterait le\nportraitiste psychologue plus perspicace ; en vrai F l a m a n d il est peintre,\namoureux de la forme et de la couleur, avant tout. Van H o l d e r n'est point\nstyliste comme F a b r y qui a le sens du décor, du décor somptueux de la\n Renaissance a p p r o p r i é aux idées m o d e r n e s .\n    Son succès fut très vif, bien mérité d'ailleurs.\n    De F a b r y , il faut rapprocher Colmant, Beauck et même Baes qui\ns'affirment dessinateurs plutôt que peintres et qui n'ont guère la préoccu­\npation du tableau p r o p r e m e n t d i t ; leurs travaux contribuaient singulièrement\n à donner à l'exposition son caractère sévère.\n    Styliste aussi, le paysagiste De H a s p e ; les grands aspects de la nature le\n séduisent plus que les \" petits coins \" chers aux peintres de la fin du siècle\n dernier ou les « effets » passagers que notent r a p i d e m e n t les impressionnistes.\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "188                               DURENDAL\n\n\n   Viérin et Opsomer, pour être moins distingués, n'en sont pas moins goûtés,\nau contraire, car leurs productions, moins hermétiques, sont d'une compré­\nhension plus aisée.\n   Le Moulin de Dierickx se recommandait par son fini précieux.\n   Verhaeren, dont nous reconnaissons hautement le superbe talent qui s'est\naffirmé par tant de belles œuvres, se répète, à mon humble avis, et l'on\nperçoit un peu trop les trucs qui doivent donner à ses tableaux les patines\nque seul le temps, cet admirable artiste, donne aux œuvres.\n   Les mélancoliques sous-bois de Viandier ne sont peut-être pas appréciés\nà leur juste valeur; cet humble chantre de la forêt voisine d'ailleurs avec ce\nséducteur de Michel qui a de si gentils intérieurs avec de si jolies occupantes\nsi gracieusement attifées !\n   L'art frivole — notez que je ne veux diminuer en rien la réelle valeur de\nMichel — a bien plus de chance de plaire que l'art sérieux, sévère, et tel\ns'extasie devant un Michel ou un Thomas qui ne désirerait pas chez lui un\nde ces magnifiques panneaux où Fabry a tracé des figures monumentales,\nmonumentales non seulement par les dimensions, mais comme conception.\n   Superbes les vastes broderies de Mme De Rudder. Exquis les bijoux et\norfèvreries de Wolfers.\n   Et personne ne quittait l'exposition sans détailler les amusants lavis de\nLynen, dessins spirituels, sobrement relevés...\n   — Nous avons encore des artistes et des artistes de sang flamand, nous\ndisait au sortir de ce consolant — oui! consolant — salonnet un ami qui,\nsans être chauvin, apprécie la valeur et la saveur de l'art patrial.\n   Et, au fait, les influences étrangères, notamment française et anglaise, qui,\nen ces temps derniers, se sont fait sentir si vivement dans l'École belge,\nauront-elles produit tout le bien que d'aucuns en attendaient?\n   Il est permis d'en douter — même à ceux qui traitent Taine de vieille\nperruque et sa Philosophie de l'art dans les Pays-Bas d'ouvrage surfait et\nsuranné.                                                               A. D.\n\n\n                    L'Exposition du Livre belge\n   La Villa Hermosa, comme l'on sait, fraîchement restaurée, rajeunie, rendue\npimpante, a repris une valeur nouvelle. Elle n'a pas vendu son âme au\ndiable, comme Faust, mais elle s'est tout simplement offerte à abriter une\ninitiative jeune, alerte et extrêmement intéressante. Elle est devenue La\nMaison du Livre. Le livre a son musée; on pourra désormais aller voir le livre\nd'art aux belles couvertures, aux luxueuses reliures, aux typographies savou­\nreuses, tout comme l'on parcourt les galeries de tableaux, les expositions d'art\ndécoratif, industriel, etc. C'est une idée d'une rare délicatesse. Je ne sais\nquelle impression extrêmement curieuse l'on éprouve en visitant ces cinq ou\nsix armoires vitrées où sont étalés quelques centaines de livres, d'apparences\nriches et cossues. On sent qu'il y a quelque chose de plus dans cette exposi­\ntion que dans les autres; la curiosité du visiteur y est mise à l'épreuve,\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                        189\n\n\namorcée par l'aspect très séduisant des éditions; niais l'œil dépasse vite la\ncouverture, il a vite fait de lire le titre. T o u t le mystère profond du contenu\nlui est interdit; et c'est ce qui rend cette exhibition si attirante, c'est ce qui\nexplique la part infinie de curiosité qu'elle éveille. C'est comme u n e expo­\nsition de tableaux où l'on cacherait aux visiteurs les trois quarts de chaque\ntoile exposée! Précaution d'une salutaire ironie ! Le Salon du Livre aura plus\nfait pour la diffusion du livre belge que les plus habiles réclames j o u r n a ­\nlistiques.\n    E n s o m m e , nous avons revu à la Villa H e r m o s a les mêmes livres que ceux\nde l'exposition d'Ostende. Mais jamais on ne les imposera assez à l'attention\ndu public.\n    M. Otlet a publié, en u n e brochure remarquable, agréablement imprimée,\nla conférence inaugurale de l'exposition du livre belge d'art et de littérature\nà Ostende. Sous ce titre : Les Aspects du Livre (1), il dit des choses fort judi­\ncieuses sur la Bourse, la Poste spéciale, de l'Etat civil, le Conservatoire et le\nMusée du livre, et sur la conception qu'il faut se faire du livre. Cette pla­\nquette mérite d'être lue minutieusement.\n    N'eussent-elles pour effet que de mettre sous les yeux des ignorants la col­\nlection des œuvres fascinantes et nombreuses de nos écrivains artistes\n L e m o n n i e r , P i c a r d , E e k h o u d , Van Lerberghe, Demolder, Maeterlinck, et\nles autres, de leur imposer en quelque sorte la connaissance de cette activité\nlittéraire inappréciable, ces expositions auraient néanmoins exercé une\ninfluence méritoire et digne d'unanimes applaudissements.\n\n\n\n        Exposition Gailliard, Lemmers et Taelemans (2)\n    M. F . Gailliard doit être loué de faire du luminisme, avec le consciencieux\nsouci d'être vrai. Cela n'est pas banal à cette époque de luminisme effréné,\noù c h a c u n veut la lumière et où si peu se d o n n e n t la peine de la chercher.\nCe n'est pas que M. Gailliard parvienne toujours à être vrai. Mais, s'il y a\nmalgré tout quelque chose d'inachevé, de sommaire, de peu pénétré, d a n s\nses tentatives, il faut reconnaître pourtant, dans Détresse n o t a m m e n t , u n e\nbelle, altière et décorative intention. L e s Pouffs sont assez curieux, de couleur\nvive et d'allure étrange. J'aime mieux les pastels de M. Gailliard. Las d'aller,\nClaque-dents, Roulottes sont des pages observées, d'un dessin nerveux ; on y\ntrouve de la vie farouche, âpre et u n e psychologie, u n peu a m è r e , des misé­\nrables.\n    T r o p hâtives semblent les œuvres de M. L e m m e r s . L'artiste n'a pas reculé\nc e p e n d a n t . Il a u n portrait : L'Etranger, qui a du caractère et u n e fière allure.\n Coquetterie révèle de l'adresse et une fine notation des couleurs. Ses études\npourtant sont la meilleure partie des œuvres exposées ; quelques portraits, au\n\n\n   (1) Les Aspects du Livre, brochure publiée par le Musée du Livre. Novembre 1906.\n   (2) Au Cercle Artistique de Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "190                                   DURENDAL\n\n\ncrayon noir, de Gilsoul, De R u d d e r . L a m b e a u , Verhaeren, etc, sont d'un\ndessin intéressant.\n   C est un art gauche, archaïque, assez impersonnel que celui de M. Taele­\nm a n s . Il se r e c o m m a n d e , du reste, par u n e naïveté qui n'est pas sans charme.\nMais M. T a e l e m a n s pourrait, sans arrière pensée, observer ses coins de\nBruxelles à travers u n e loupe : Boulevard du Régent, Place de Broeckère, m'ont\nparu bien \" petite ville \". Et c'est si peu vivant!...                              F. H.\n\n\n\n                   Exposition deMlleJenny Lorrain\n   M lle J. Lorrain, artiste sculpleur, n'est pas u n e inconnue pour le public qui\nfréquente assidûment les expositions annuelles des différents cercles dont les\nSalons se succèdent en hiver au Musée Moderne.\n   Elle exposa jadis à la Libre Esthétique, ce qui est déjà une recommandation\npour elle, car Octave Maus, le directeur et le plus compétent des connais­\nseurs, n'accepte un ariiste qu'à bon escient dans ses Salons. Qui n'est pas\nvraiment et sérieusement artiste n*y pénétrera jamais. M lle Lorrain y eut, du\nreste, beaucoup de succès Elle fut fort remarquée. Elle eut même des succès\nde vente, ce qui n'est pas peu dire.\n   R é c e m m e n t , Mlle Lorrain exposa à la salle R u b e n s (Galerie Royale) toute\nune série d'objets sculptés en bronze, en argent, en étain, qui affirment un\nvéritable tempérament d'artiste sculpteur. Art étudié et patiemment mis à\nexécution. C'est d'une belle distinction, d'un goût sobre, d'une ligne élégante\net absolument originale. L e Heurtoir en bronze est superbe, la Lampe électrique\nest r e m a r q u a b l e . E t que de beaux vases, de jolis plateaux, de charmants\nencriers et de ravissants services de fumeur.\n   N o u s espérons que Mlle Lorrain fera un jour u n e exposition de plus\nd'importance encore et où elle pourra se montrer dans toute l'ampleur de son\ntalent.                                                                        H . M.\n\n\n\nLE T H E A T R E :\n\n                             Au Théâtre du Parc\n    L e théâtre de E e r n a r d S h a w était connu — et applaudi — en Angleterre,\nen Amérique et en Allemagne. Il était ignoré en F r a n c e et en Belgique :\nM. H a m o h l'a révélé au public nombreux et fidèle des belles matinées\nlittéraires qui prospèrent au théâtre du P a r c , et il faut lui en rendre grâces.\nR a r e m e n t on a eu l'occasion d'entendre une pièce si agréable et d'une\nnouveauté si piquante que cette étrange, cette folle, cette inénarrable et\ndélicieuse Candida. Il serait difficile de définir le genre auquel appartient\nl'œuvre de Bernard Shaw : d r a m e ? comédie ? poème dialogué ? on ne sait.\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                    191\n\n\nAucune formule n'est assez large pour enfermer cette Candida, qui fait penser\nà tant de choses tout en restant originale, et qui flotte en se j o u a n t d'Ibsen à\nTristan Bernard, mais qui est bien de Bernard S h a w et de lui seul. Il y a\nde tout d a n s Candida : de la philosophie, d u rêve, de l'humour, du sentiment,\ndu réalisme et de la fantaisie. D'un bout à l'autre de ces trois actes, on rit\nde grand cœur, mais en s'étonnant de son rire, et avec u n e secrète envie de\nfrissonner. Les personnages ont des gestes, des paroles, des attitudes,\ndes silences, des réticences qu'on n'a point vus à d'autres, et qui charment en\ndéconcertant. On sort de là ahuri et comme un peu gêné, mais avec\nl'impression bien nette d'avoir applaudi une œuvre d'art, qui a tout ensemble\nun troublant mystère et u n e vie profonde.\n   U n e telle pièce devait être malaisée à jouer, et sa nouveauté rendait inutile\nle secours du « style » et de la « tradition ». L e s talentueux acteurs du P a r c\nont droit à tous les éloges pour leur excellente interprétation : ils me\nsemblent avoir traduit à souhait les pensées les plus subtiles de l'auteur.\nEt M. Joachim surtout fut remarquable de vie, de sincérité, de grâce\nintelligente et souple, dans le rôle épineux d'un jeune garçon sauvage,\nsensitif, passionné jusqu'à la folie, et qui suffit à lui seul à faire le c h a r m e de\ncette pièce, qui en a tant.\n                                                                               F . A.\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "                             Lettre de Paris\n                         SEIGNEUR Budget est au plus mal, et autour de son chevet les\n                             faiseurs d'or potable hochent des têtes anxieuses. Ce si gros\n                             naguère personnage devenu soudain flasque à s'effondrer\n                             sur ses bas-de-chausses, il y a de quoi s'attendrir! Où\n                             trouver de quoi revigorer cet inconsistant colosse? L e s\n                             soixante-trois manières que connaissait P a n u r g e de se pro­\n                             curer ce dont il avait, lui aussi, besoing, dont la plus\n                             honorable et la plus commune était par façon de larrecin\n                             furtivement faict, sont tour à tour étudiées par ces savants\nlauréats de l'Extorsion universitaire. Taxons ceci ! Imposons cela ! T i m b r o n s ,\nfrappons, percevons, qu'un or impur arrose nos sillons... C'est la Marseillaise\nde l'impôt qui p a s s e ! . . .\n   Mais, au fait, pourquoi ne commencerait-on pas par mettre un impôt sur les\nfaiseurs d'impôts? Ils sont là toute une b a n d e de renifieurs, langueyeurs,\nintrospecteurs et autres prétendus péréquateurs dont le zèle finit par mériter\nrécompense. Qu'on les dédore! Si, au lieu de congratuler chaleureusement le\npetit receveur cantonal qui est arrivé à faire suer à ses fisqués quelques florins\nde plus que son prédécesseur, on l'invitait à accroître u n peu aussi de ses\ndeniers personnels le produit de son habileté perceptive, on obtiendrait vite\nd'admirables résultats. Qui a manié la presse sera mis sous la presse. Torcular\ncalcavi, disait le p r o p h è t e ; aussi a-t-il été plus tard torculé et calcaté par le bon\nroi N a b u c h o d o n o s o r , vengeur des pressoirs. J e ne vois pas rose le sort futur\nde M. Caillaux !\n   A-t-il dû travailler, l'habile h o m m e , pour orchestrer sa s y m p h o n i e perfis­\ncale ! L'adagio n'est pas mal : largeur de style, pathétique des appels de clari­\nnettes à l'âme compatissante des riches, cliquetis argentin des triangles,\nlamento de la grosse caisse des Dépôts et Consignations. P u i s le scherzo\nséducteur et tourbillonnant : Dansez, dansez, les escarcelles, les grosses et les\nmaigres, les jeunes et les vieilles, pizzicato des liards s'égrenant des bas de\nlaine, rafale lourde des stocks de coffres-forts ; il s'agit que toutes les cervelles\nsoient étourdies au m o m e n t de l'andante. En effet, c'est alors le motif sacré\nqui monte, qui monte, à taux progressif, qui se développe : les bois chantant\nla gloire des taxes rurales, les cuivres symbolisant les valeurs métallurgiques,\nles violons râclant toutes leurs cordes comme des bénéfices de commerce, les\nbassons honteux grognant les traitements des fonctionnaires, puis soudain,\ncomme dans le Tuba mirum de Berlioz, déchaînement aux quatre coins de la\nsalle des trombones et des trompettes submergeant tout sous la vague de\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                                   LETTRE DE PARIS                                          193\n\nl'impôt complémentaire! Enfin, le finale angélique et consolateur, flots de\nharpes, apothéose de la Déesse F i n a n c e , d o d u e et vermeille, le b o n h e u r\nuniversel qui régnera, personne n'aura plus rien, mais on se rattrapera sur\nl'ensemble...\n   Dire qu'il y a des pays arriérés où l'on ne se préoccupe pas de cette\nmusique-là! C o m m e si le plaisir vulgaire de faire des routes et de creuser des\nports de mer valait celui de donner u n tour de plus à la vis c o n l r i b u t i o n n a n t e !\nComprend-on des J a p o n a i s assez peu hervéistes pour continuer à boulonner\ndes cuirassés monstres, et des Allemands assez peu jaurésiens pour préférer\nKarl Gross à Karl Marx, et des Anglais assez peu destournelles pour entrer\nà pleines voiles dans la mer des sargasses militaristes? Vraiment, ici la supé­\nriorité des gouvernants français éclate à fracas indéniable! N o n seulement ils\nvident les poches de leurs électeurs, mais ils emplissent les leurs, et, une fois\nemplies, ils les cousent! Il a fallu voir leur belle indignation q u a n d on leur\na dit : \" P u i s q u e vous vous êtes octroyé quinze mille francs de traitement,\nappliquez-leur l'impôt sur le revenu que vous nous appliquez si bien. » Ils\nn'ont fait qu'un saut au plafond de Delacroix : « Est-ce que nos m a l h e u ­\nreuses quinze mille balles sont u n traitement? C'est u n e indemnité, u n e\nsimple indemnité pour frais de service! \" E t pourquoi pas, au fait! Si on\nl'augmentait? L e serpent P y t h o n qu'Apollon tue d a n s le plafond ci-dessus ne\nserait pas plus tué que le contribuable à cette réponse des bons Bergers aux\nindiscrètes bergères.\n   Circuit quœrens quem devoret... Notre F i s c - P a r l e m e n t est c o m m e Messire\nSatanas, et d'être sobres, cela nous vaudra bien d'éviter les droits sur les\nalcools, mais de veiller, à quoi cela n o u s servira-t-il, sinon à p a y e r les taxes\nsur u n surcroît de pétrole et de stéarine? Ah! la situation n'est pas gaie pour\nles républicoles de M. Fallières! C'est comme d a n s le Voyage en Chine. \" D u\nsoir au matin, — tin, tin, tin, tin, t i n ! \" E t sans sonnettes ni clochettes!\nC'est ça qui d o n n e u n e crâne idée du citoyen! dirait Gavarni.\n   Eh b i e n ! élevons, nous aussi, nos âmes à la h a u t e u r des circonstances.\nColletons-nous avec le Sphinx, tout comme M. Caillaux. L e duel p e u t s e finir\nen deux coups. P r e m i e r c o u p : tous les impôts actuels sont s u p p r i m é s ! Article\nfacile et agréable. Le public est bien impressionné. Second coup : il s'agit de\ntrouver, à leur place, cinq milliards par an. Ça, c'est u n peu plus malaisé,\nmais enfin, en cherchant b i e n . . .\n   D'abord, inévitablement, les consommations vicieuses : Alcool? O u i !\nTabac? O u i ! oui! (je ne fume pas). P a r i mutuel ? P a r b l e u ! Maisons de jeu ?\nC'est la même chose. Maisons d'illusions? Renvoyé à M. le sénateur\nBéranger, j ' i n c o m p è t e . Débit des robinets ci-dessus : deux milliards.\n   Ensuite, la mise aux enchères de toutes les fonctions publiques, il y en\na 700,000! L e jour où il faudra payer p o u r être garde-champêtre, on trou­\nvera dans c h a q u e village dix candidats pour un. E t , pour être officier, juge\nou sous-préfet, on s'étouffera aux p o r t e s ! A quel chiffre ne monterait pas la\npréfecture des Alpes-Maritimes ou la présidence du tribunal de Rambouillet?\nGain total, tant par économie que par paiement des prix d'enchères : deux\nmilliards encore!\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "194                              DURENDAL\n\n\n   Reste le dernier milliard. Ici on ouvrirait un concours où l'ingéniosité de\nnos chasseurs de chevelures se donnerait libre carrière, avec récompenses\npour les idées bien venues et chocs en retour pour les auteurs de projets\nà prétentions démocratiques particulièrement dangereux et auxquels on\nappliquerait leur propre loi : patere legem! Plus d'impôts sur le capital ni sur\nle revenu (qui ne revient pas toujours), ni sur les consommations, ni sur les\ntransmutations, mais des taxes capables d'élever le niveau esthétique des\ncontribuables; ainsi des impôts formidables sur les actrices laides, sur les\ndanseuses sans grâce, sur les chanteurs qui chantent faux, sur les peintres qui\nexposent des navets, sur les écrivains qui font des articles dans le genre de\ncelui auquel vous pensez justement, ami lecteur! L'impôt des portes et fenêtres\nsera remplacé par une amende sur les architectures malcommodes, la taxe\ndes voitures par une série de droits sur les impolitesses des cochers, les excès\nde torpeur ou de vélocité des chevaux, les inutiles claquements de fouet des\ncharretiers explosomanes; l'impôt foncier sera proportionnel à la laideur\ndes paysages, l'impôt des patentes au manque d'aménité des boutiquières et\nla côte personnelle et mobilière au défaut d'agrément des locaux habités et au\npeu d'hospitalité de leurs résidents. Des inspecteurs de la courtoisie publique,\nchoisis eux-mêmes sur l'exquisité de leurs manières, seraient investis de pou­\nvoirs inquisitoriaux et appliqueraient leurs peines séance tenante, en vous\ndélivrant d'un carnet à souche des reçus de cent sous par chaque mufflerie\nconstatée; par un juste demi-tour de la roue de la fortune, le mot cher à Cam­\nbronne ne serait plus permis qu'à l'égard des employés des postes et télé­\nphones; partout ailleurs, un bel écu de licence! Cela seul ferait plus d'un mil­\nlion par jour !\n   Le budget ainsi consolidé, les finances rétablies, la satisfaction réciproque\nassurée par l'aménité mutuelle, on pourrait dormir sur ses deux oreilles et se\ndispenser de tout appareil politique, même parlementaire. A moins de trouver\nle moyen de le rendre utile, lui aussi. Si l'on voulait se procurer des res­\nsources pour les fameuses retraites ouvrières, cet appareil pourrait être moins\ndécevant que le milliard des congrégations! On ne pourrait plus être député,\nsénateur, conseiller général ou municipal ou courtier électoral sans payer une\npatente formidable. Et ainsi d'une pierre on aurait fait deux coups : plus\nde question sociale! plus de question politique! Celle-là résolue par celle-ci,\net celle-ci asphyxiée par celle-là, le bonheur universel, nunc dimittis, Domine,\nservum tuum !\n                                                              HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "          L'Almanach de la Société Générale gantoise\n                        des étudiants catholiques\n\n\n                   DEPUIS sixans les vaillants étudiants catholiques de Gand\n                   publient chaque année un almanach luxueux et du plus vif\n                   intérêt pour leur Société Générale (1). Chacun de ces\n                   volumes est rédigé avec le plus grand soin. Il comporte\n                   plus de trois cents pages. La partie la plus saillante est tou­\n                   jours celle qui est consacrée à la littérature. D'abord des\n                   pages de haut style signées par quelques-uns de nos écri­\n                    vains les plus cotés. J'y constate chaque fois avec plaisir la\n                    largeur de vue des rédacteurs Ils ne se bornent pas à insérer\ndes pages écrites par des catholiques, mais ils font appel aussi à ceux qui ne\nle sont pas, et cette fois, par exemple, ils proposent à notre admiration de\nbeaux vers du superbe poète Emile Verhaeren et une prose impeccable du\nmaître écrivain Léopold Courouble. La politique n'a rien à voir dans la litté­\nrature. Nous devons saluer le génie partout où nous le rencontrons et rendre\nhommage aux esprits supérieurs, leur credo fût-il différent du nôtre. A signaler\nparmi les plus belles pages, à côté de celles de Verhaeren et Courouble, les\ncontributions de l'abbé Hoornaert, de Van den Bosch et de Virrès.\n   Plusieurs étudiants de nos universités et spécialement de celle de Gand ont\naussi collaboré à cette partie littéraire, et certains avec un brio qui dévoile\ndes aptitudes pour l'art d'écrire qui ne demandent que l'occasion peut-être\npour s'épanouir magnifiquement. Comme dejuste, la littérature flamande n'a\npas été oubliée. Les lettres flamandes ont l'honneur de pouvoir revendiquer\nune des plus grandes gloires de ce siècle, le Roi des Poètes contemporains,\nl'immortel et génial prêtre-poète Guido Geselle. Ils ont droit à tous nos hom­\nmages. Parmi les noms qui signent les pages de littérature flamande, nous\nvoyons celui de la sympathique et noble femme de lettres Mlle Belpaire,\nd'Anvers. Et encore, ce dont je me réjouis vivement étant parmi les plus fer­\nvents admirateurs des lettres flamandes, quelques noms d'étudiants. En outre\ndes pages d'art, des questions vitales sont traitées dans cet almanach, notam­\nment deux brûlantes : La Question congolaise et le Parti catholique, exposée par\nle sénateur d'Ursel, et L'Union des Pays-Bas, qui est discutée par le représentant\nde Limburg-Stirum.\n\n\n  (1) Gand, Siffer éditeur.\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "196                                 DURENDAL\n\n\n   — Il faut lire aussi la partie universitaire, q u a n d ce ne serait que p o u r\nnous rajeunir en nous rappelant nos meilleures années. Cette partie de\nl'almanach dénote la vie intense qui règne parmi nos jeunes étudiants. On y\nvoit — et cet a l m a n a c h en est, du reste, à lui seul une preuve péremptoire.—\nque ces nobles jeunes gens ne sont pas de ceux qui croient avoir accompli\nleur tâche q u a n d ils ont bloqué leur cours. U n horizon aussi borné ne pour­\nrait satisfaire aux aspirations élevées d'âmes aussi ardentes. L ' e x a m e n ne doit\npas, ne peut pas être l'unique et bien piètre idéal d'un universitaire. Il doit envi­\nsager l'avenir. Il doit se préparer à la vie. Tel on a été à l'Université, tel on\nsera dans la société. Songez-y, jeunes gens, et préparez-vous dès maintenant\nà jouer un rôle non pas quelconque, mais brillant, dans la société où vous\ndevrez à tout prix vous distinguer entre tous dans tous les domaines, tant\nscientifiques que littéraires.\n   N o u s félicitons de tout cœur les étudiants de la Générale Gantoise pour\nleur belle vaillance. N o u s saluons avec joie en eux les penseurs, les savants,\nles poètes, les artistes, les écrivains de demain.\n   Je leur souhaite surtout de garder éternellement l'enthousiasme qui les fait\nvibrer actuellement. Sans enthousiasme on ne fait rien de g r a n d . U n être\nmédiocre, c'est u n h o m m e qui n'a pas d'enthousiasme. Puissent-ils ne pas\nêtre jeunes seulement à l'Université, mais le rester plus tard dans la vie, jeunes\nde cœur, d'âme, de corps et d'esprit, et chanter p e n d a n t toute leur vie avec\nmon jeune ami le poète Pierre N o t h o m b , dont je lis de beaux vers d a n s\nl'almanach :\n                Dans mon cœur juvénile c'est toujours le Printemps.\n\n  L a vie leur sera peut-être dure plus tard. Maintes déceptions les y atten­\ndent. Qu'importe. Qu'ils se rappellent aux jours d'épreuve leur devise estu­\ndiantine de jadis :\n                      Ils ont pour eux l'éternelle espérance\n                      Les calotins de l'Université.\n\n   Cette espérance, nous l'avons mise P l u s H a u t , trop haut pour nous laisser\njamais abattre, et fussions-nous m o r d u jusqu'au sang par les âpretés de la\nvie, il faut que notre âme chante encore, il faut qu'elle chante toujours; il faut\nqu'elle chante éternellement. Heureux celui qui a cette force et ce courage,\nainsi que le dit si bellement encore notre c h a r m a n t poète-étudiant Pierre\nNothomb :\n                 Heureux celui qui peut, dans l'existence grise,\n                 Chanter quand tout se tait et vivre quand tout meure!\n\n                                                                HENRY    MŒLLER.\n\n\n\n\n                                     *\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                           LES LIVRES\n\n LE    ROMAN          :\n\n  P e t i t e t G r o s B o u r g e o i s , par J. ESQUIROL. — (Paris, Stock.)\n     M me Chatille, née Margotin, veuve de M. Chàtille, premier clerc en l'étude\n de M e Corbeau, notaire; M. Pierre Chatille, son fils; Mme Margotin, sa mère;\n  M m e P i e r r e Chatille, née J e a n n e Davolle, sa b r u , représentent dans ce roman\n burlesque les petits bourgeois. Les gros, ce sont M M . Vernière, père et fils.\n Ils a m u s e n t prodigieusement, les u n s et les autres, u n peintre d o n t l'ironie\n se plaît à la caricature plus qu'au portrait. Sotte, têtue, vaniteuse, M m e Cha­\n tille, qui fut jolie, abonde en ridicules : elle est celle qui, pieuse, dédaigne\n les offices de sa paroisse pour hanter les églises conventuelles fréquentées par\n les gens réputés c h i c ; qui conciliabule i n t e r m i n a b l e m e n t avec des coutu­\n rières sans gloire mandées à domicile et qui rêve, par d'astucieuses modifica­\n tions, de rendre aux vieilles toilettes leur lustre primitif. Si elle ne sépare pas\n son nigaud de fils du riche et beau, trop beau, Paul Vernière, qui le cor­\n rompt, c'est parce qu'il importe avant tout de conserver de si « belles rela­\n tions ». Depuis le collège, où l'auteur le p r e n d , j u s q u ' a u cimetière de Cluny,\n où il le quitte, Pierre Chatille ne cesse de se révéler essentiellement médiocre.\n Intelligence, volonté, sensibilité, qualités et défauts, tout, chez ce garçon\n placide, confiant, veule et jobard, est moyen. Bien qu'il ait été m u n i par sa\n mère d'une relique de saint J o s e p h de Gupertino, il est recalé lamentable­\n ment cinq fois au bachot. Il rate de même ses entreprises galantes sur la\n grosse Marie, et c'est u n e scène un peu vive, d'intense bouffonnerie. E n vain\n M m e Chatille se démène-t-elle, pour lui, au pourchas d'une dot. Il épouse\n M lle J e a n n e Davolle, dont M. Esquirol n o u s trace u n portrait séduisant et\nqui, à peine mariée, se comporte comme une petite grue. Il est vrai que son\ndébonnaire mari est un cocu-né. Dépensière, éprise de luxe, de mondanités,\nde plaisirs, elle le trompe à cœur joie avec le dévot père Vernière, « un saint\nAugustin à feux t o u r n a n t s , à répétition », qui paie ses arriérés de toilette,\npuis avec le b e a u P a u l , qui l'enlève et périt avec elle dans le naufrage de la\nNièvre. P i e r r e Chatille d e m a n d e des consolations à la ripaille et à la paillar­\ndise, et meurt alcoolique à quarante-quatre a n s , plein de repentir et léguant\ntout son avoir, suprême candeur, au père Vernière.\n   Cette histoire, plutôt lugubre en somme, M. Esquirol la conte avec une\nintarissable belle h u m e u r dans le sarcasme. N o t a t e u r méticuleux de leurs\nridicules, il blasonne sans trêve ses héros. Pittoresque, a b o n d a n t e , truculente,\ngoguenarde, joviale, sa verve s'esclaffe à toute page, et le lecteur s'esclaffe\navec elle. Son h u m o u r , qui est bien à lui, n ' é p a r g n e rien et ne recule devant\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "198                                 LES LIVRES\n\n\nrien. Il ne crainl ni l'à-peu-près énorme, ni le calembour; il appelle à son\naide, en se raillant lui-même, les vieux clichés journalistiques et feuilleton-\nnesques. Il est en scène autant que ses personnages, et c'est une des caracté­\nristiques de sa manière que son intrusion perpétuelle, par des réflexions\nbouffonnes et profondes, dans le drame. Peut-être même se divertit-il un peu\ntrop. On s'étonne aussi que, pour dénouer la farce tragique, il ait eu recours\nau procédé commode qui consiste à massacrer ses héros; seul, à la dernière\npage, survit le père Vernière. La langue de M. Esquirol est savoureuse et\nriche; sa phrase est étonnamment vivante, nerveuse, souple, diverse. Quelques\npages descriptives, où se déploie la beauté lyonnaise, prouvent chez notre\ntrès distingué collaborateur un virtuose du style, artiste et poète.\n                                                                      M. D.\n\nI n t r u s e , roman, par C. NISSON. — (Paris, Calmann-Lévy.)\n   Malgré l'opposition irréductible de ses parents qui ne le verront plus\ndésormais, André de Sainte-Avule, fils du marquis de Sainte-Avule, a épousé\nMadeleine Largier, une charmante jeune fille dont il a fait connaissance au\ncours de ses voyages, mais qui a le tort de n'être pas née avec cette circon­\nstance aggravante que son oncle est un des membres militants les plus en\nvue du parti radical-socialiste. Toutefois comme André se rend parfaitement\ncompte que Madeleine a trop de fierté et de loyauté au cœur pour accueillir\nses vœux si elle soupçonnait seulement cette opposition, il a réussi par de\nplus ou moins habiles subterfuges à couvrir de motifs assez plausibles\nl'absence de ses parents au jour du mariage; il ajourne ensuite indéfiniment\nla présentation de sa femme au marquis et à la marquise alléguant\nà Madeleine l'état de santé de ceux-ci et d'autres prétextes du même\ngenre qui n'ont pas la vertu de persuader la jeune femme. Son âme est trop\nfine et sensible pour ne pas être bientôt mise en éveil par des indices qui se\ntransforment très vite en certitudes. C'est donc elle, elle seule qui a creusé à\nson insu cet abîme séparant pour jamais de ses parents l'homme qu'elle\nadore. De crainte de ruiner leur bonheur (car les deux jeunes gens s'aiment\nprofondément) elle taira cependant à son mari ses inquiétudes et ses souf­\nfrances, et n'ouvrant son cœur qu'à une respectable amie et surtout à Luci-\ngnan, un compagnon d'enfance de fort beau caractère, elle travaillera avec\namour et en silence à rapprocher André du marquis et de la marquise.\n   Comment elle conçoit son généreux dessein, comment elle le réalise avec\nune constance que rien ne peut décourager et malgré des difficultés presque\ninsurmontables, car elle doit dissimuler vis-à-vis de son mari et vis-à-vis des\n parents de ce dernier tout à la fois, comment elle conquiert l'intérêt, puis la\n sympathie et enfin l'affection passionnée du marquis et de la marquise,\n ceux-ci ne se doutant nullement que Madeleine est la femme de cet André\n chéri proscrit de leur foyer à cause d'elle, comment elle triomphe enfin jetant\n André dans les bras de sa mère mourante, qui pardonne au moment\n suprême la désobéissance de son fils, c'est ce que je ne veux pas dire ici de\n peur de déflorer un récit absolument captivant où s'enchaînent avec aisance\net sans discontinuer des épisodes tour à tour gracieux et attendrissants.\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                                 LES LIVRES                                199\n\n\n   Au point de vue psychologique, l'intérêt se concentre sur cette âme de\njeune femme douce, naïve et inexpérimentée qui se heurte sans se briser aux\nobstacles de la vie et que peu à peu la douleur façonne, élève et mûrit. Ecrit\ndans un style simple, pur et coulant, ce joli roman embaumé de fraîcheur\natteste une rare délicatesse de touche et il s'en dégage une émotion si sincère\net si prenante qu'on oublie aisément à le lire ce que les données et les\nincidents de l'action pourraient présenter de légèrement voulu et de\nromanesque.\n                                                                   G. DE G.\n\n L e s E n f e r m é s , par HORACE VAN HOFFEL. — (Rotterdam, M. Boo­\n    gaerdt j r ; Liége, L'Edition artistique.)\n    Le nom de M. Horace Van Hoffel n'est guère connu de nos lecteurs. C'est,\n il y a quelques mois, M. Edmond Picard qui nous parla avec admiration de\nces Enfermés et de l'émotion étrange que dégageait le livre. Il vaut assurément\nd'être lu, peu d'oeuvres sont aussi personnelles; l'atmosphère, l'atmosphère\nlourde et sale qui pèse entre les murs des prisons, l'air vicié des corps de\ngarde, tout ce que dégage l'animalité des vies comprimées est rendu avec une\nsingulière âcreté. Beaucoup de livres bien écrits, parfaitement composés, ne\nlaissent aucun souvenir. Ce volume-ci nous offre un style barbare et le récit\nest généralement mal mené. Qu'importe ! On n'oubliera pas de sitôt les\nimages noires, les tressaults instinctifs des pauvres hères voués à l'infamie et\ntoute la pouillerie des sans-chance, de ceux qui un jour fatidique trébuchèrent\net ne se sont jamais relevés. Tant de gens demeurent honnêtes parce que la\nvie voulut leur sourire ! Une prédestination semble vouer certains individus\naux déchéances, la part d'inconscient qui se mêle à leurs pensées et à leurs\nactes est fortement soulignée dans cette œuvre. La philosophie plutôt\nhétérodoxe de l'auteur s'imprègne avant tout de déterminisme. Nous perce­\nvons ici une fermentation de corps et de cerveaux vénéneux dont les effluves\npeuvent devenir grisants, et le premier récit du livre montre une victime de\nce charme maléfique. M. Van Offel excelle aux notations brèves qui éta­\nblissent instantanément l'ambiance de la scène : « Il pleuvait ce jour-là une\npluie d'hiver et cela augmentait la tristesse que nous éprouvions de devoir\nmonter la garde aux remparts, sous les ordres d'un sergent qui avait la répu­\ntation d'être un gamin et un rossard. » Sentez-vous et voyez-vous, dès\nmaintenant, l'hostilité des événements qui vont se dérouler ? Sans prêche\ndirect, l'écrivain fait néanmoins le procès de la réclusion, et découvre dans de\nviolents tableaux la lâcheté des collectivités irresponsables et déprimées par\nle commandement, la hideur des obéissances passives. On appréciera ces\nélans charitables, tout en réservant souvent son opinion propre devant le\ncaractère exceptionnel de plusieurs aventures. Mais c'est un livre brave, une\nlittérature franche; il y a dans cette prose du muscle et du sang. Prévenons\nnéanmoins nos lecteurs que les Enfermés ne s'adressent ni à l'ingénue, ni à\n« l'échappé de chez les Pères ».\n                                                                      H . B.\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "200                                   DURENDAL\n\n\nL a C i t é a r d e n t e , par HENRY CARTON DE W I A R T . Illustrée d'aquarelles\n   par AMÉDÉE LYNEN. — ( B r u x e l l e s , Vromant, éditeur.)\n    L a nouvelle et magnifique édition de ce livre de notre ami et collaborateur\nH e n r y Carton de Wiart suggère à notre confrère Georges R e n c y ces\nréflexions que nous cueillons dans la revue Le Samedi, dont il est le directeur :\n    « J e viens de relire, avec un intérêt nouveau, le beau livre de M . H e n r y\nCarton de W i a r t : La Cité ardente, dont la maison Vromant nous d o n n e u n e\nédition admirable, avec de délicieuses aquarelles d'Amédée L y n e n . On sait\nle succès qu'a obtenu ce roman, à l'étranger plus encore qu'en Belgique. De\nbons juges n'hésitent pas à le placer très haut, à voir en lui l'une des p r o d u c ­\ntions les plus intéressantes de ces dernières années. P a r l'ampleur de son\nsouffle, par l'ardeur généreuse de son inspiration, par l'amour du sol patrial\nqui y palpite sauvagement, par les qualités de son style, son écriture alerte et\nfranche, et toute la couleur r é p a n d u e avec goût sur ces tableaux de la vie\nd'autrefois, cette œuvre méritait la parure adéquate dont un éditeur artiste\ns'est plu à l'enrichir. J e ne doute pas q u e , sous sa nouvelle forme, elle ne\nséduise un nouveau public et qu'elle n'aille toucher, émouvoir, c h a r m e r de\nnouvelles imaginations d'ailleurs et de chez n o u s . Au cours d'une seconde\nlecture on aperçoit mieux, puisque l'intérêt de l'histoire n'en détourne plus\nl'attention, l'art véritable de ces descriptions, de ces scènes de jadis reconsti­\ntuées par u n écrivain informé qui ne jongle pas avec des adjectifs brillants,\nsans doute, mais qui sait dire tout ce qu'il a à dire avec mesure, tact et\nprécision. »                                                        GEORGES RENCY.\n\n\n\nL e s F e u i l l e s d ' o r , par CARL S M U L D E R S . — (Bruxelles, éd. de la Belgique\n   Artistique.)\n   L'auteur dit dans sa Préface : « J e ne suis pas h o m m e de lettres. » T o u t\nson livre proteste contre cette affirmation. J'ai rarement lu u n e œuvre aussi\nlittéraire que celle-ci. « On ne trouvera pas de drame d'amour dans mon\nlivre », dit-il encore. T a n t mieux, lui répondrai-je, et c'est précisément ce qui\nfait l'originalité de votre livre. N o u s sommes blasés de tous ces romans\nd'amour qui se succèdent les u n s aux autres aux vitrines de nos librairies.\nNous d e m a n d o n s autre chose, et précisément vous nous le donnez. Ecrire\nu n roman d'amour n'est pas chose si difficile. On en a tant écrit. Il n'y a plus\nqu'à pasticher. E t les romanciers ne se gênent pas pour le faire. Avec un peu\nd'adresse on le fait, tout en d o n n a n t au lecteur l'illusion que l'on lui sert une\nœuvre originale. « On ne trouvera pas davantage dans m o n livre, écrit encore\nl'auteur, de vaines recherches de vocabulaire ou de syntaxe, ni le désir\nd'innover des expressions curieuses. » Mais tout cela ne constitue pas la\nlittérature. Elle ne consiste ni dans les mots rares, ni dans un style tourmenté\net recherché. L'art, c'est être é m u soi-même d'abord et c'est ensuite faire\nvibrer les âmes du frisson d'idéal qui nous a fait vibrer nous-même. Enfin,\nl'auteur dit encore : « L a gloire littéraire est le moindre de mes soucis. »\nMais précisément la plus belle gloire littéraire est celle qui arrive à l'écrivain\nqui ne s'en soucie p a s .\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                                    LES LIVRES                                  201\n\n\n   Aussi n'avons-nous que des félicitations et bien chaleureuses à adresser à\nl'auteur. Son livre nous a enthousiasmé. Quoi qu'il en pense et qu'il en dise,\nil est un vrai littérateur, un grand artiste. Il a un talent remarquable. Son\nlivre nous a passionné. Nous l'avons lu d'une traite, ne sachant pas inter­\nrompre, tellement il est attachant. Il est si bien écrit qu'il donne l'impression\nde la plus vivante des réalités, — on a toute la peine du monde de se figurer\nque ce n'est pas arrivé — tout en écrivant une histoire absolument ima­\nginaire.\n\n   L ' I n c e n d i e , par EDOUARD ROD. — (Paris, Perrin.)\n   Deux psychologies sont analysées ici d'une façon très fine. D'une part, celle\nd'une âme foncièrement honnête jusqu'au moment où des embarras d'argent\nl'égarant tout d'un coup la rendent secrètement criminelle sous l'influence\nd'une auto-suggestion irrésistible. D'autre part, celle d'un homme mauvais,\nsournois et hypocrite qui abuse de la connaissance d'un crime dont il fut le\nseul témoin pour exploiter cyniquement le coupable.\n   Vallamond soupçonne seulement d'abord, puis devine que Boudry l'a vu\nmettre le feu à sa barraque. Pour échapper à une dénonciatien dont la menace\nest à jamais suspendue au-dessus de sa tête, il se laisse saigner à blanc et cela\nde la façon la plus atroce et la plus cruelle par Boudry qui, une fois qu'il le\ntient dans ses griffes, ne le lâche plus et qui finit par tuer sa victime à force\nde la ruiner matériellement et de la terroriser moralement, après lui avoir\nignoblement extorqué tout ce qu'il a pu.\n   Le beau talent de romancier d'Edouard Rod est confirmé une fois de plus\npar ce nouveau roman.\n\n   La J u i v e , par ENACRYOS. — (Paris, Fasquelle.)\n   Roman de mœurs israélites contemporaines, annonce le sous-titre. L'héroïne,\nen effet, est israélite dans l'âme, dans le sens le plus étroit et le plus exclusif.\nElle est perpétuellement hantée par le besoin d'affirmer son sang, de faire\ntriompher sa race et de supprimer tout ce qui s'oppose à son épanouissement.\nUn instant aveuglée et vaincue par la passion, elle s'oublie dans l'amour\nsensuel d'un être qui n'est pas de sa race. Mais l'instant d'après elle se reprend ;\nelle cède de nouveau à la voix de l'instinct racique et elle renie et rejette\nfroidement celui qu'elle a aimé avec tous ses sens parce qu'il faut qu'avant\ntout et à tous prix la race soit victorieuse.\n   Ce roman est vigoureusement pensé et fort bien écrit.\n\nL ' h e u r e d e D i e u , par GEORGES BONNAMOUR. — (Paris, Plon.)\n   C'est l'histoire vraie, sous forme de roman, de la conversion d'une âme,\ndit la préface de l'auteur, qui n'a pas la Foi, ou plutôt qui, après l'avoir\neue, l'a perdue et le regrette. Elle se termine à Lourdes par un miracle. « Si\nma malade s'est trompée en se croyant délivrée dans son corps du mal qui\nla tuait, dit l'auteur, si elle n'est guérie que dans son âme et dans son cœur,\nqui donc voudra nier que c'est, tout de même, un miracle. » En effet, ajou­\nterons-nous, et c'est même le plus grand de tous les miracles.\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "202                                    DURENDAL\n\n\n   Il y a d a n s ce livre u n type admirable. C'est le docteur Gimmerel. N a t u r e\nfranche et loyale, h o m m e d'honneur et de devoir, incarnation vivante d u\nmédecin idéal qui considère sa profession, non comme un métier, mais\ncomme un sacerdoce. On aime à le suivre d a n s toute cette histoire, où il joue\nun rôle magnifique.\n                                                                     HENRY     MŒLLER.\n\n\nL e c o m t e d e C h a m a r a n d e , par ERNEST DAUDET. — (Paris, P l o n . )\n  R o m a n historique, dans le cadre de la période passionnée des complots\nroyalistes contre la jeune gloire et la domination de B o n a p a r t e , cette nouvelle\nœuvre d'Ernest Daudet est vibrante de vie. U n e intrigue passionnelle\nconduite avec art, parallèlement à l'intrigue politique, en fait u n livre\nintéressant et é m u .\n\nU n m i r a g e , par JEAN DE LA B R È T E . — (Paris, Plon.)\n    Sortir du cercle étroit des siècles d'autrefois, étendre les vieilles croyances,\nles interpréter symboliquement pour en faire u n e sorte de panthéisme\na i m a b l e ; c'est là le mirage. U n e jeune fille à l'âme g r a n d e et enthousiaste\nse laisse un m o m e n t bercer par les mots qui l e u r r e n t ; mais un ami fidèle et\nla souffrance, amie aussi, lui dessillent les y e u x .\n\nS u r l e v i f , par P A U L et VICTOR MARGUERITTE. — ( P a r i s , P l o n . )\n   Notations de c h a q u e jour, prises sur le vif; impressions de l'heure\nprésente; tableaux de r u e ; de la joie, de la douleur, de la p i t i é ; tout cela\ntraité avec une observation aiguë et vivement écrit.\n\nL e c r i m e d u f a n t ô m e , par H E N R I BELZAC. — (Paris, Perrin.)\n   M. Belzac a réuni dans ce volume trois nouvelles : le Crime du fantôme, la\nPossédée, une Histoire de vampire. Les titres disent assez la préoccupation de\ncet « inconnu tragique » — pour parler comme notre ami Georges Virrès —\nqui est au fond de toutes les inquiétudes contemporaines. Ce sont d e s\nhistoires sombres, mystérieuses et fantastiques, qui ont d a n s les cœurs des\nrésonnances profondes.\n                                                                          E. N.\n\nL'ART :\nL e s g r a n d s a r t i s t e s : Carpaccio, par G. et L . ROSENTHAL. — (Paris,\n   Laurens.)\n   Carpaccio est un délicieux conteur, amusé de la vie et qui lui rit, se joue\nd'elle, s'en enivre et la transporte, sous ses aspects les plus colorés et les plus\npittoresques, dans son œuvre. Comme ses confrères florentins Gozzoli ou\nGhirlandaio, il raconte des histoires sacrées sur un mode étrange et charmant,\nen en situant les péripéties dans un décor à la fois réel et fantaisiste, en en\nhabillant les personnages du costume de ses contemporains, patriciens ou\nmarchands de Venise, trafiquants levantins qui hantaient la Piazzetta, le\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                                 LES LIVRES                                  203\n\n\n Rialto ou le quai des Esclavons. C'est une grande séduction qui émane du\ncycle de peintures où il a représenté la légende de sainte Ursule : on y voit\nde beaux ports aux rivages accidentés, couverts d'édifices magnifiques et\nsinguliers; des salles de palais ornées de marbres précieux où des ambassa­\ndeurs, pleins de dignité et de noble élégance, se présentent à quelque roi\nfabuleux, entouré des principaux de sa fastueuse cour ; on y voit Rome et le\nchâteau Saint-Ange, et le Pape escorté de cardinaux... Cent épisodes narrés\navec une verve ingénieuse et exquise, jusqu'au massacre de la sainte et de ses\ndix mille compagnes par les Huns féroces de Cologne et leur prince amou­\nreux et impitoyable...\n    « Carpaccio, constatent excellemment les auteurs de cette belle monogra­\nphie de l'artiste vénitien, Carpaccio assiste aux scènes édifiantes que la\ntradition a conservées ; il ne s'arrête pas à leur beauté spirituelle ; il n'en\nscrute pas le sens profond. Elles lui apparaissent comme une succession\nd'images pittoresques... »\n   — Nos lecteurs connaissent déjà la personnalité attachante de M. Léon\nRosenthal, auquel nous devons un remarquable travail sur la Peinture\nromantique, dont nous avons eu le plaisir de parler ici-même ; et l'étude qu'il\npublie aujourd'hui, en collaboration avec Mme Gabrielle Rosenthal, se\ndistingue par les mêmes qualités précieuses que nous avons eu l'occasion\nalors de signaler.\n   Chemin faisant, les auteurs marquent avec netteté les particularités de l'art\nvénitien, les influences orientales et « nordiques » subies par sa peinture, les\ncaractères que celle-ci à retenus du tempérament et des antécédents si\nspéciaux du peuple des lagunes : tendances réalistes, goût de la magnificence,\nimperméabilité à l'émotion profonde. « L'âme vénitienne, écrivions-nous\ndans cette revue (Juillet 1904), à propos, précisément, de Carpaccio, l'âme\nvénitienne est avide de domination, de renommée et de richesses ; en art, de\nréalité, d'éclat et d'apparat ; pour le surplus, imperturbable et, dès lors, hors\nd'état de communiquer un trouble qu'elle n'a pas ressenti. » C'est pourquoi,\nau cours du parallèle qu'ils esquissent entre l'illustration de la légende de\nsainte Ursule par Carpaccio et celle exécutée par Memling, M. et Mme Rosen­\nthal sont amenés à constater la supériorité de celui-ci, au point de vue de\nl'effusion religieuse de son œuvre, parce que « son âme est exaltée par des\nélévations intimes auxquelles son émule vénitien est étranger. »\n\nL e s g r a n d s A r t i s t e s : Les Clouct, par ALPHONSE GERMAIN. — (Paris,\n  Laurens.)\n   Les Clouet, Jean, et son fils François, furent, du temps de Louis XII à celui\nde Charles IX, les portraitistes attitrés des souverains fiançais et de l'aristo­\ncratie qui formait la cour de ceux-ci. Ce monde à la fois raffiné et sauvage,\navide de culture et d'intrigues, hommes et dames illustres de Bramtôme,\nhéros d'Agrippa d'Aubigné, âmes enragées toujours prêtes à crier avec le poète\ndes Tragiques : « Ne me laisse pas, Seigneur, de peur que je te laisse !... » ; ce\nmonde des Valois, sanglant et musqué, avec son esprit à la française, ses spa-\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": " 204                                   DURENDAL\n\n\ndassins à l'italienne et ses mignons à la grecque revit dans les figures por­\ntraiturées par les Clouet d'un crayon minutieux et aigu.\n    Jean Clouet était, plus que vraisemblablement, d'origine flamande, et, en tout\ncas, son art et celui de son fils ont toutes les caractéristiques du réalisme\nflamand mitigé, par le souci de la finesse et de l'élégance que les deux maîtres\nacquirent nécessairement dans le milieu où ils travaillaient. M. Alphonse\nGermain étudie l'œuvre des Clouet avec la sûreté critique et l'érudition de bon\naloi qu'on lui connaît.: il n'est pas de ceux dont le chauvinisme aveugle la\nscience esthétique et qui s'ingénient à dénier les influences extérieures les plus\névidentes subies par l'art de leur p a y s . A p r o p o s , par exemple, des maîtres\ndu Nord, dont « la préoccupation constante de vérité, l'esprit d'observation\ntoujours en éveil maintinrent les artistes français dans la saine interprétation\ndes êtres et des choses », il constate avec un grand sens spirituel : « U n e\ng r a n d e loi d'universelle fraternité se manifeste par ces échanges entre peuples,\nen dépit des barrières géographiques ou politiques, et il faut s'en féliciter.\nLes apports q u ' u n e race accepte du dehors ne lui deviennent funestes\nque si ses tentatives pour se les assimiler sont illogiquement dirigées. »\n\nEugène Carrière, par M. CHARLES                   MORICE. U n vol., portrait. —\n    (Paris, Mercure de France.)\n    « U n i q u e m e n t ce qu'il veut que nous regardions, il n o u s m o n t r e , écrit\n M. Morice à propos d'une des œuvres de Carrière : L'Etude de la Nature, et les\namples ondes harmonieuses qui circulent autour des acteurs de ce grand\ndrame et les relient, nous avertissent que nous sommes hors de l'espace et du\ntemps, vers l'au-delà réel où réside la vérité de la vérité... » E t cette phrase\ndonne le diapason du ton sur lequel tout ce livre est écrit. L ' a r t de Carrière\nétait grand et simple ; pourquoi n'en pas parler simplement? Quelle que soit\nl'admiration que l'on nourrisse pour Carrière, on ne peut laisser de se sentir\nagacé par l'allure du panégyrique par lequel M. Morice a voulu célébrer la\ngloire de ce peintre, par l'abondance d'un éloge immense et imprécis qui,\nd a n s sa forme uniformément augurale, a toujours l'air de descendre du haut\nd'un Sinaï !...\n    On voudrait que, quelquefois, M. Morice condescendit à a b a n d o n n e r le\ntrépied de l'oracle, son langage grandiloquent et vague, pour nous entretenir\nfamilièrement de Carrière, de l'intimité de son travail et de sa pensée, de tout\nce qui nous révélerait l'homme qu'il était dans la réalité, plus près de la vérité\net des intentions de son œuvre que celui, forcément différent, qui parlait dans\nles banquets et au Muséum. M. Morice a connu cet homme-là, mais s'il l'a vu,\nil n'a pas su le montrer ou, s'il a voulu le montrer, il n'a pu faire que les\nphrases abstraites et grises de son livre n'en dérobent la physionomie au\nlecteur.\n\nL e s v i l l e s d ' a r t c é l è b r e s : Padoue et Vérone, par ROGER P E Y R E . —\n  (Paris, Laurens.)\n  P a d o u e est douce, tranquille, furtive avec les portiques qui bordent\ntoutes ses rues, presque, et leur donnent un air de cloître ; Vérone, enchan-\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                                          LES LIVRES                                205\n\n\nteresse d a n s l'éclat rouge de ses palais, les vieilles pierres et les sculptures\nlustrées de ses églises romaines...\n   Elles ont toutes deux des tombeaux, celui d'Anténor à P a d o u e ; celui de\nRoméo et de Juliette à Vérone, également vénérables et illustres, puisque\nles héros qui sont censés y reposer n'ayant existé que dans l'imagination des\npoètes sont investis d'une g r a n d e gloire q u ' a u c u n e critique historique ne\npourra diminuer ni ternir. P a d o u e a eu Ezzelino qui n'a rien laissé que la\nmémoire de sa férocité et saint Antoine exalté d a n s la Basilique qui porte son\nn o m ; Vérone a eu sa dynastie della Scala, ces chiens et ces mâtins (Cane\ngrande, Cane signorio, Mastino, etc.), inoffensifs depuis qu'on a entassé sur eux\nde belles pierres fières et pittoresques...\n   Il y a encore bien d'autres choses dans les cités lombardes que M. Peyre a\nentrepris de nous décrire, d'antiques et de modernes, nombreuses. A P a d o u e ,\nles fresques, capitales d a n s l'histoire de la peinture italienne, de Giotto et de\nMantegna ; à Vérone, celles de Pisanello — et aussi, les œuvres sculptées des\nvieux maîtres lombards Wiligelmus et Nicolaus (début d u XIIe siècle), que\nM. P e y r e traite d'une façon u n peu trop cavalière, car, si embryonnaires que\nsoient, à certains égards, les ouvrages qu'ils exécutèrent à Modène, à\nCrémone, à Nonantola, à Plaisance, à Ferrare, e t c . , ils n'en exercèrent pas\nmoins u n e influence profonde et durable sur le développement de la sculpture\ndans l'Italie septentrionale.\n\n\nLes grandes institutions de France : Les Gobelins et Beauvais, par\n   M. J U L E S GUIFFREY. U n vol. ill. — ( P a r i s , L a u r e n s . )\n    L'éditeur L a u r e n s a eu l'heureuse idée d'inaugurer u n e nouvelle série de\nmonographies illustrées, consacrée aux grandes institutions artistiques ou\nlittéraires de la F r a n c e , telles que la manufacture de Sèvres, la Monnaie,\nl'Institut, la Bibliothèque nationale, etc.\n    Le dernier des ouvrages de cette collection, qui vient de paraître, est d û à\nl'administrateur des Gobelins, M. Guiffrey, et nous retrace l'historique et les\nfastes de cette célèbre manufacture et de celle de Beauvais.\n    On sait quel éclat l'art de la tapisserie avait dans nos provinces dès le\nXIVesiècle et quelle réputation nos maîtres avaient acquise à l'étranger. C'est\nleur renommée qui engagea Henri IV, hanté déjà, avant son avènement au\ntrône de F r a n c e , par le projet « d'installer dans le Béarn u n e colonie de tapis­\nsiers flamands », â recourir à F r a n s Van den P l a n k e n et à Marc D e Comans,\noriginaires, l'un d'Audenarde, le second de Bruxelles, pour organiser l'atelier\nroyal de tapisseries des Gobelins. L a période la plus brillante de l'activité de\nla manufacture fut celle d u r a n t laquelle elle était dirigée p a r le peintre Charles\nLebrun, q u i , avec V a n der Meulen et d'autres artistes, fit exécuter les\ngrandes séries de tapisseries destinées à la glorification de L o u i s X I V , à\nl'illustration de l'Histoire d'Alexandre, etc. Au XVIIIe siècle, elle produisit\nencore b e a u c o u p de chefs-d'œuvre, mais la méconnaissance des lois de l'art\ntextile, la tendance de plus en plus prononcée à lutter avec la peinture,\nentraîna la tapisserie à la décadence. Ce n'est que de nos jours qu'un\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "206                                DURENDAL\n\n\nretour aux véritables principes de la tapisserie se soit produit, et encore\nd'une façon très hésitante.\n   L'étude élégante et rapide de M. Guiffrey fait revivre devant nous l'his­\ntoire de la tapisserie française aux Gobelins et à Beauvais dans toutes ses\nphases, depuis les origines jusqu'à nos jours.\n\nLes Maîtres italiens d'autrefois (Ecoles du Nord), par M. TEODOR\n  DE WYZEWA. Un vol. ill. — (Paris, Librairie Académique Perrin.)\n   M. de Wyzewa est un critique d'art d'une espèce qui devient rare : pour\nnous parler de l'Angelico, de Botticelli ou de Carpaccio, il ne croit pas devoir\nmonter en chaire et prendre un ton oraculaire, et pas davantage, il n'imagine\ndevoir attester de son originalité ou de sa perspicacité en faisant d'abord table\nrase de tout ce qu'avant lui on a écrit sur ces artistes et sur leur œuvre !...\nAjoutez qu'il a de la grâce et de l'enjouement, avec parfois une légère incli­\nnation au paradoxe, et qu'il consent que les opinions exprimées par lui soient\ndiscutables et discutées. Ce sont là de grands dons pour un critique, et qui,\nnon seulement le rendent aimable, mais communiquent à ses arguments une\nvaleur convaincante bien supérieure à celle qu'ils recevraient d'une méthode\nplus tranchante et plus péremptoire.\n   M. de Wyzewa ne laisse pas, à l'occasion, de railler doucement l'assurance\navec laquelle certains historiens d'art bouleversent les notions reçues sur tel\nou tel artiste et de faire saillir la fragilité d'un système critique qui, dans un\nexemple qu'il cite, amène deux écrivains à formuler des conclusions iden­\ntiques basées sur des considérations diamétralement opposées. Il remarque\naussi, judicieusement, le défaut de celte critique qui étudie les œuvres dans\nleur matérialité littérale, pour ainsi dire, sans se préoccuper des significations\nque leur auteur a voulu y mettre, des textes dont il s'est inspiré, comme si\nun ouvrage d'art pouvait être sainement jugé à l'exclusion de la pensée qu'il\ninterprète !...\n   Il va de soi, cependant, que ce ne sont là que des digressions dans un livre\ntrès touffu, et que s'il consacre quelques pages à nous dire comment il n'en­\ntend pas la critique, M. de Wyzewa en emploie un bien grand nombre à nous\nfaire voir comment il l'entend. Et ce sont nombre d'études pleines d'intérêt\net de vues neuves ou spirituelles sur les maîtres florentins et vénitiens, sur\nMantegna et Dürer, etc. On s'associe volontiers, en général, à ses conclu­\nsions, non sans regimber, parfois, notamment à propos de Botticelli, vic­\ntime, à ce qu'il semble, de l'engouement dont il est devenu l'objet pour les\nsnobs!... Ceux qui l'aiment vraiment ne se dissimulent pas ses lacunes, mais\nla tendresse qu'il s'est créée en eux sait les excuser, comme tout ce qu'il y a\nd'inégal et de saccadé chez ce maître charmant, en faveur de l'aspiration\néperdue et délicieusement souffrante dont toute son œuvre manifeste.\n\nL ' A n n é e a r t i s t i q u e , par M. SANDER PIERRON. Un volume illustré. —\n    (Bruxelles, Bulens.)\n    « Les articles dont l'ensemble constitue ce livre ont paru au jour le jour dans\nl'Indépendance Belge... Ils résument le mouvement de l'art belge durant l'année\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                                  LES LIVRES                                 207\n\n\nrévolue et disent les efforts les plus remarquables accomplis par les artistes\njeunes et âgés dans les différents domaines de notre activité esthétique. C'est\nen me pénétrant de cette pensée que j'ai cru bien agir en réunissant ces chro­\nniques; quand je donne cet ouvrage, je n'ai point la témérité de prétendre,\navec un grand philosophe français, que la critique peut marcher de pair à\ncompagnon avec l'artiste... A vrai dire, il est arrivé à des critiques de juger\navec une telle rectitude clairvoyante les œuvres des peintres et des sculpteurs\nde leurs temps, qu'il semble, à les lire aujourd'hui, qu'ils aient eu le don de\nprophétie...\n   » Le rôle du critique est de signaler ces œuvres, d'essayer de les faire\ncomprendre aux autres en exprimant avec conviction, avec enthousiasme tout\nl'émoi que devant elles il a savouré en les découvrant. Ce rôle salutaire,\n Diderot l'a rempli le premier avec une intelligence et un caractère qui font\nde lui le père véritable des Salonniers modernes; son système a plus ou\nmoins inspiré l'admirable compréhension des beaux-arts dont témoignèrent\nnotamment Théophile Gautier, Charles Baudelaire et Thoré-Burger. Celui-ci\nfut, parmi mes prédécesseurs à ['Indépendance Belge, le plus illustre et un des\nplus écoutés. Son exemple excuse ma résolution de publier er. volume mes\n modestes critiques... Mon Année artistique... n'est que le tableau du mouve­\nment artistique belge, consciencieusement tracé par un critique familiarisé\nlui-même avec la technique de l'ail ; le lecteur voudra bien, par conséquent,\n reconnaître à ce critique, initié à la difficulté matérielle de réaliser une œuvre,\nquelque compétence à discourir d'une matière dont les profanes parlent\nd'habitude avec désinvolture et détachement... »\n   Ainsi parle M. Sander Pierron dans 1''Introduction qu'il a écrite pour pré­\nsenter son recueil au lecteur, expliquer ses intentions qu'autorisent les illus­\ntres exemples qu'il cite. Il ne nous a pas laissé grand'chose à dire, d'autant\nplus que, comme lui, nous ne croyons pas que le critique puisse « marcher\nde pair à compagnon » avec l'auteur d'une œuvre : la critique est facile et l'art\ndifficile. Et, d'autre part, nous ne sommes ni d'humeur ni de tempérament\nà anticiper les jugements de la postérité.\n   Les critiques de M. Pierron forment un fort volume, artistement édité\net illustré de belles reproductions par la maison Bulens. Un index alphabé­\ntique permet à tous les artistes cités de connaître rapidement l'opinion de\nl'auteur sur leurs travaux.\n\nL'Art flamand et holl a n d a i s . —(Numéro de Février.)\n   M. A.-J. Wauters résume savamment les données documentaires que l'on\npossède sur les deux Josse Van Clève, l'Ancien et le Jeune (ou le Fou), et\ndésigne les œuvres qui lui paraissent pouvoir être attribuées à chacun d'eux.\nIl penche à reconnaître la main du second de ces maîtres dans le beau retable\ndu Jugement dernier, de l'église Saint-Jacques, d'Anvers, dont une reproduc­\ntion est donnée pour la première fois dans l'intéressante Revue de M. Busch­\nmann. — M. Schmidt-Degener achève son étude sur les Sept Vertus de Jean\nVan Eyck, qui, d'après l'opinion vraisemblable qu'il développe,\nauraient été exécutées pour la décoration d'un projet, abandonné ensuite, de\ntombeau pour Louis de Mâle, comte de Flandre.\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "208                                   DURENDAL\n\n\nL ' A r t e t l e s A r t i s t e s . — (Numéro de Février.)\n   Poussin, novateur et paysagiste, par M. R. BOUYAR (6 reprod.). L e récit, très\nvivant et illustré de nombreuses reproductions d'œuvres d u maître et de vues\nde son atelier, d'une visite Chez Rodin, par M. PAUL GOELL. A U supplément,\nd'intéressantes notes sur les constructions modernes au Caire ; sur le Mois\narchéologique ; sur le Carnaval parisien, etc. Courrier de l'étranger.\n                                                                     ARNOLD G O F F I N .\n\n\nBut     et esprit        d'Ostende-Centre             d'Art. Conférence inaugurale\n  par EDMOND PICARD. — (Bruxelles, L a r c i e r . )\n   Cette conférence est émaillée de très hautes pensées sur l'art, sa beauté,\nson importance sociale, sa mission éducatrice, dont celle-ci :\n   « C'est la beauté de l'art de ne p a s être seulementun a m u s e m e n t . Il est aussi\nune force exaltante. Si nous pensons à la Grèce, qui eut des guerres célèbres\ncomme, hélas! toutes les nations, est-ce aux guerres que vont vos souvenirs?\nN o n , c'est aux œuvres d'art. L a Grèce eut ses généraux, ses héros illustres.\nMais il faut presque u n effort pour y penser. Rien qu'à prononcer son beau\nnom, on songe, au contraire, invinciblement à ses artistes et à leurs œuvres.\nCela vit toujours, si bien que le g r o u p e humain que fut le m o n d e hellénique\nnous apparaît comme u n groupe artiste par excellence. Nous voyons là par\nu n exemple incomparable l'importance de l'art, puisque c'est par la puissance\nde celui-ci q u e ce petit peuple disparu se survit, à tel point qu'il n'est plus\nconsidéré que comme u n e expression d'art. »                                    H . M.\n\n\nLITTÉRATURE :\nR o m e , par M. R E N É SCHNEIDER. — (Paris, Hachette.)\n    Complexité et harmonie. Et ces mots q u e M. Schneider inscrit, comme un\nthème de méditation, sous le titre de son livre, nous révèle aussitôt la pensée\nmaîtresse qui, tout au long des belles pages de celui-ci, se développera devant\nnotre esprit avec toutes les puissances d'émotion et de sentiment qu'elle\ncontient.\n    Au premier abord, R o m e est confuse et contradictoire, assise qu'elle est\nparmi les vestiges entremêlés de tous les siècles. Elle n'a pas seulement, à\nl'égal du J a n u s bifrons, deux visages, tournés, l'un, vers l'aube; l'autre, vers\nle crépuscule : elle est multiface, et toutes ses faces, diverses, augustes et q u i ,\nc h a c u n e , semblent totales et souveraines, se dévoilent toutes à la fois, dans la\nconfrontation perpétuelle — où que le regard se porte — de ses m o n u m e n t s\navec ses ruines ; — où que la pensée se porte, de sa vie moderne ou contem­\nporaine avec ses souvenirs, et de ses souvenirs mêmes avec des souvenirs plus\nanciens, à l'infini...\n    « J'en deviendrai fou à force de ruines !.. », s'écriait Chateaubriand, amant\ndésolé des ruines, à propos de celles que son existence avait vues s'accumuler\nautour d'elle. E t il semble qu'à R o m e aussi, l'esprit se sente prêt à succomber\ndevant l'excès des ruines et l'accumulation des souvenirs ! T r o p de décombres\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                                      LES LIVRES                                       209\n\n\nprodigieux y sollicitent l'imagination : significatifs vestiges de vies et de\nvolontés révolues, tellement magnifiés par les prestiges du temps et des\nparoles célèbres qu'ils en offusquent, parfois, la vision de ce que des êtres,\nplus proches de notre sensibilité et de notre intellectualité, ont laissé. Car le\npassé antique, plus reculé et plus énorme à mesure que l'on creuse et que l'on\nexhume, surgit ici en une si haute et si grandiose figure, qu'à son ombre il\nparaîtrait que tout s'efface et s'évanouisse...\n    Mais la R o m e d'aujourd'hui n'a-t-elle pas été, toujours, à moitié celle\nd'hier, à moitié celle de demain ? Si bien que l'on pourrait d e m a n d e r à son\npropos, c o m m e M. Schneider le faitau sujet des murailles d'Aurélien, « que\nremue u n perpétuel devenir » : — à quel m o m e n t elle exista ?\n    En somme, elle est, si l'on osait dire, d'une éternelle antiquité et d'une\nnouveauté éternelle. E t ses antiquités de différents âges, sont toutes suscep­\ntibles d'exalter et, d a n s l'exaltation de la beauté et de la gloire, de se\nrejoindre, de s'amalgamer, de s'unir en une harmonie u n i q u e et a d m i r a b l e ,\nRome, en effet, hérite sans cesse de R o m e , mais non point comme le\nprêtre de N é m i de son prédécesseur, dont il n'obtenait la place qu'en le\ntuant !...\n    M. Schneider qui parle de R o m e en archéologue, habile à interroger les\nvieilles pierres, en poète à l'émotion délicate et nombreuse et, aussi, en\namoureux de la terre et des j o u r s ; M. Schneider connaît que toutes les R o m e s ,\ndepuis l'immémoriale, ensevelie au plus profond du sol du F o r u m — la\nrépublicaine, l'impériale et la chrétienne, médiévale ou renaissante — furent\nlégataires les u n e s des autres et u n a n i m e s dans les vouloirs de domination et\nde suprématie inscrits partout sur les trophées et les monuments qui sont\ncomme les lares de son foyer : « De la ruine archaïque au palazzo\nd'aujourd'hui, écrit-il excellemment dans la préface de son livre, il n'y a pas\nseulement juxtaposition, mais pénétration intime. Au F o r u m , la préhistoire\nprête sa base de tuf aux blocs de la R é p u b l i q u e , où s'appuient l'Empire, puis\nle paléochristianisme, et enfin le « temple » néo-classique de la Renaissance,\nrepris et a d o r n é par le baroque XVIIIe siècle; matériaux, principes de cons­\ntruction, système décoratif se transmettent, donc se perpétuent. C o m m e dans\nl'âme romaine où les traditions s'amalgament, il n ' y a souvent qu'une R o m e\ndans le bloc de briques ou de pierres où c h a q u e âge a maçonné ses vestiges.\n Il y a ici entre tous les legs du passé, moellons ou sentiments, la cohésion que\ndonne le fameux ciment romain. »\n    H a r m o n i e s , répercussions profondes, correspondances mystérieuses, qui\n font que chaque site de R o m e , chaque inscription intacte ou mutilée, les\n eaux mortes de la fontaine sacrée de J u t u r n e , au F o r u m , comme les eaux\n vivantes des fontaines publiques, les basiliques antiques dont rien ne reste\n que des traces et les chrétiennes, encore triomphantes, les peintures\n délabrées de la maison de Livie ou des catacombes et les fresques de\n l'Angelico et de R a p h a ë l au Vatican ou à la F a r n é s i n e , apparaissent ainsi que\n les chaînons d'une tradition imposante et belle, d'une religion qui, comme sur\n les bas-reliefs funéraires grecs, mettait la main des vivants dans celle des\n morts.\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "210                                    DURENDAL\n\n\n   T o u t e s les pages du livre de M. Schneider sont imprégnées de la haute\npoésie de telles pensées, où la force s'avive de grâce, l'éclat de la vie et des\nfleurs des ombres imminentes de la mort et du crépuscule...\n\n S a n c t u a i r e s d ' O r i e n t , par M. EDOUARD SCHURÉ. Deuxième édition. —\n    (Paris, Perrin.)\n    M. S c h u r é est le pèlerin du mystère. Le mystère l'altire et le retient, parce\n qu'il sait que l'univers se surpasse lui-même et est plus grand dans l'inconnu\n que d a n s le visible. De m ê m e , toute pensée fixée, plus éloquente dans ce\nqu'elle ne dit pas ou dans tout ce qu'elle subsume d'inconscient que d a n s\nles mots littéraux qui la d é t e r m i n e n t ; de m ê m e , toute religion, dans les\nformules, les temples et les cérémonies de laquelle les h o m m e s ont voulu\nmatérialiser l'idée divine. La lumière définit et l'ombre s u g g è r e ; la raison\narrête et la poésie — si l'on osait dire — infinise... Toute religion, ainsi, aux\nbords du Gange ou du Nil, sur les monts de la Grèce ou, m ê m e , en J u d é e ,\nn'a été, selon M. S c h u r é , dans ses aspects concrets, évidents, que l'apparence\nexterne de mystères — ou du mystère u n i q u e , transmis à travers le temps\net l'espace, — réservé aux initiés et à ceux qui avaient l'âme assez haute et\nassez intrépide pour l'affronter et pour le c o m p r e n d r e . . .\n   Ex Oriente lux ! C'est vers l'Orient, terre des origines, des prodiges et des\ndieux que M. Schuré dirige son pèlerinage ésotérique, qu'il va chercher les\ntraces sensibles du secret de vie qu'il croit avoir été recelé par les mystiques\nde tous les temps, les sacerdotes qui ont placé au seuil du désert l'interro­\ngation éternelle et triste du s p h y n x , comme ceux qui à Abydos, à Philae, à\nEleusis, célébrèrent les mystères d'Isis et d'Osiris — ou de la grande Déesse\nDémêter — le Sauveur, enfin, sorti de l'Essénie « revêtu de la robe blanche\ndes Nazirs ».\n    Le mystère est grand et la science courte, et si audacieuse que soit celle-ci,\nsi loin qu'elle aille, le mystère la dépassera toujours et ne cessera pas de\nlaisser entre elle et la vérité intégrale une marge d'ombre impénétrable. Il\nest des êtres pour lesquels cette marge, seule, cette seule énigme importent : —\nleur regard passe, sans presque s'y arrêter, sur le territoire lentement conquis\net toujours accru de savoir de l'homme pour s'aheurter à la muraille de\nténèbres qui le b o r n e ; et leur désir s'irrite ou s'exalte à connaître qu'aucun\neffort, jamais, ne parviendra à soulever ce voile opaque ou à en atténuer\nl'épaisseur.\n    M. Schuré est de ceux-là; se sentant impuissant à avoir la \" foi du char­\nbonnier \" , son inquiétude du sacré et le noble besoin d'idéal dont il est altéré\nl'incitent à des recherches et provoquent chez lui des visions qui nous valent\ndes œuvres pleines — comme celle-ci — de g r a n d e u r et d'élévation.\n\nP é t r a r q u e , sa vie et son œuvre, par G. F I N Z I . Traduction de M m e THIÉRARD-\n   BAUDRILLART. — (Paris, Perrin.)\n  Voici u n e excellente étude biographique, à la fois complète et sobre et qui,\nmérite rare, ne dégénère pas en panégyrique, le critique n'hésitant pas à\nmontrer en P é t r a r q u e , à côté du grand poète, du précurseur de l'huma-\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                                     LES LIVRES                                       211\n\n\n\nnisme et du patriote italien, l'homme dans les défaillances de son caractère et\nles faiblesses de sa vie.\n    Gabriele Rossetti, aux yeux duquel les œuvres de tous les grands poètes\nitaliens, à commencer par celle du Dante, étaient conçues en u n e sorte d'argot\ncabalistique, à l'usage des Gibelins, n'a pas m a n q u é de c o m p r e n d r e dans la\ndémonstration laborieuse de sa thèse le Canzoniere, de P é t r a r q u e , dont\nl'héroïne, d'après lui, est « u n e énigme, u n phantasme, une pure entité... »\n M. Finzi tient pour l'identification consacrée; mais, il est vrai, ce n o m de\n Laure de S a d e , sans plus, ne fournit guère aliment à notre curiosité de la\nfemme que le poète célébra si magnifiquement. E n tout cas, si l'on peut\ndiscuter sur le n o m réel de L a u r e , la vie de P é t r a r q u e témoigne suffisamment\nde la nature de son a m o u r ou, si l'on veut, de ses a m o u r s .\n    Et le Canzoniere reste la partie vivante de l'oeuvre de cet artiste de lettres,\ntrop apprêté, trop précieux, qui polit son style et j u s q u ' à ses l a r m e s ! . . .\n Rien de spontané, chez lui ; c'est bien un rhéteur, comme le dit M. Finzi, et\n qu'il apparaisse tantôt sensuel, tantôt mystique, le souci prédominant de\n l'altitude élégante et de la phrase fleurie mélange à l'expression de tous ses\n sentiments, à cause de cette forme trop caressée et trop accomplie, on ne sait\n quelles suggestions d'insincérité. Quel contraste, et qui énerve la sympathie\n pour le premier, entre P é t r a r q u e , épicurien meurtri à toutes les feuilles de\n rose de sa solitude retentissante et fréquentée, et le Dante, g r a n d d'exil, de\n pauvreté fière et d'inépuisable passion!. .\n                                                                     ARNOLD G O F F I N .\n\n\nLettres de Hendrik Ibsen à ses amis, traduites par Martine Rému­\n    sat. — ( P a r i s , Perrin.)\n    Ces lettres intéresseront les admirateurs du grand écrivain. Sans être bien\nextraordinaires (Ibsen disait lui m ê m e : « J e ne sais pas écrire des lettres;\nj'ai besoin d'être réellement présent pour me livrer entièrement »), elles sont\ncurieuses à lire. Çà et là il y a des idées originales à cueillir; celle-ci, par\nexemple :\n    « Je m'incline devant les lois de la Beauté, mais je n'ai cure des conven­\ntions. Vous citez Michel-Ange. J'estime que personne plus que lui n'a enfreint\nles règles conventionnelles en matière de beauté. P o u r t a n t tout est beau de\n ce qu'il a créé, parce que tout son œuvre a du caractère. L ' a r t de R a p h a ë l ne\n m'a jamais e n t h o u s i a s m é ; ses figures sont antérieures à la chute d'Adam et\n d'Eve. Au surplus, les Méridionaux ont une esthétique différente de la nôtre.\n Ils exigent la beauté de la forme; tandis qu'à nos yeux ce qui est laid quant\n à la forme pourra être beau si nous y découvrons u n principe de vérité. »\n    Il y a b e a u c o u p de vrai dans l'opinion qu'il émet sur la critique dans une\n lettre adressée à sa belle-mère à l'occasion d'un ouvrage dramatique publiée\n par elle et qu'il admirait : « J e ne sais ce qu'a dit la critique; qu'elle aille au\n diable si elle a mal parlé! L a plupart des objections soulevées par la critique\n se réduisent généralement à u n e désapprobation de l'auteur qui veut rester\n fidèle à sa personnalité, qui veut penser, sentir, voir, rêver selon sa propre\n nature, au lieu de voir et de sentir comme l'eût fait le critique — s'il eût\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "212                                  DURENDAL\n\n\npu »; et Ibsen ajoute cette remarque très judicieuse sur la composition : « Il\nimporte de veiller sur notre propre fond, de le préserver de tout élément\nétranger, ensuite de bien distinguer entre les choses dont nous sommes\ntémoins et celles que n o u s vivons, les dernières seules devant nous inspirer\ndans notre œuvre de créateur. P o u r peu que l'on se montre sévère sur ce\npoint, il n'y aura pas de fait quotidien si entaché de prose q u ' o n n'en puisse\nextraire de la poésie. »\n    Citons encore ce jugement esthétique intéressant énoncé d a n s u n e lettre\ndatée de R o m e :\n    « A R o m e , quantité de choses se sont révélées à moi. Cependant je ne me\nsuis pas encore familiarisé avec l'art antique. J e ne saisis pas ses rapports\navec notre t e m p s ; selon moi, l'illusion de la vérité, et par-dessus tout la\nmarque de la personnalité, quelque chose d'individuel m a n q u e dans l'œuvre\naussi bien que chez l'artiste qui la créa. Jusqu'à présent, je n'ai pu m'empê­\ncher d e v o i r très souvent des conventions là où d'autres veulent reconnaître des\nlois. Il me semble que la statuaire antique, comme nos vieilles poésies popu­\nlaires, est un produit de l'époque où elle fut conçue plutôt que de tel ou tel\nmaître. E t je trouve que beaucoup de nos sculpteurs contemporains se trom­\npent lorsqu'ils s'obstinent à composer d'antiques poèmes dans le marbre ou\nla terre glaise. J e comprends mieux Michel-Ange, Bernini et son école. Ces\ngaillards-là ont eu le courage de commettre de temps en temps une folie.\nL'architecture m'a davantage empoigné. Mais ni le style grec, ni les styles\nqui procèdent de lui ne me plaisent autant que le gothique. A mes yeux la\ncathédrale de Milan est ce qui s'est fait de plus gigantesque en architecture.\nL ' h o m m e qui a dessiné le plan d'un tel ouvrage devait, à ses moments\nperdus, rêver de fabriquer une nouvelle planète et de la lancer dans\nl'espace. »                                                                H . M.\n\nQ u e V o u l o n s - n o u s ? par le Chanoine GUILLAUME, directeur de l'Œuvre\n  des classiques comparés. U n e brochure.— (Société Saint-Augustin, Lille.)\n  Cette brochure vient à son h e u r e . Durendal a déjà, à plusieurs reprises,\nmanifesté sa sympathie à l'œuvre de M. le chanoine Guillaume. Au point de\nvue de la littérature et de l'art chrétiens, l'étude des classiques chrétiens com­\nblerait dans nos humanités u n vide profond. Il y a dans la Bible et dans les\nPères de l'Eglise un trésor trop peu exploité par nos écrivains.\n   D'innombrables sympathies sont venues à l'œuvre de M. le chanoine Guil­\nlaume, notamment du monde artistique et du milieu universitaire. Toutefois,\nbeaucoup de b o n s esprits, sans doute parce qu'ils n'ont pas étudié sérieuse­\nment le système ou parce qu'ils furent trompés par des interprétations fausses,\nrestent encore ses adversaires; d'autres, sympathiques en principe, se con­\ntentent d'une « foi qui n'agit point ».\n   Il faut louer M. le chanoine Guillaume de nous donner aujourd'hui ce\nrésumé clair et concis de ce qu'il veut. Il dissipera bien des malentendus et\ncoupera les ailes à bien des préjugés. Résumons cette brochure en en citant\ndes extraits :\n   « Ce que nous voulons, c'est travailler au maintien et à la restauration des h u m a ­\nnités classiques, gréco-latines, aujourd'hui en péril.\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                                       LES LIVRES                                        213\n\n\n     \" Ce que nous voulons, ce n'est pas supprimer les auteurs païens, d o n t nous\n sommes partisans plus que personne, c'est simplement leur adjoindre les\n auteurs chrétiens; ce n'est pas davantage les rabaisser pour exalter d'autant\n les autres, c'est au contraire les mieux étudier, pour les apprécier mieux, au\n contact et à la lumière de la vérité.\n    i) Ce que nous voulons, ce n'est pas tant l'instruction, — qu'on nous comprenne\n bien, — l'instruction m ê m e religieuse de nos jeunes gens, si importante soit-\n elle, que leur formation intellectuelle, c'est-à-dire le développement intégral et\n harmonieux de toutes leurs facultés.\n    » Ce que nous voulons, c'est débarrasser les h u m a n i t é s de tout cet appareil\n philologique,' qui les opprime depuis cinquante ans, tout en s u r m e n a n t l'en­\n fant; c'est les dépouiller non pas de la méthode, mais du caractère scienti­\n fique, qu'elles ont si malheureusement e m p r u n t é à l'Allemagne, pour leur\n donner à la place ou plutôt p o u r leur restituer le caractère, non pas exclusive-\n ment, mais essentiellement littéraire, qui en faisait autrefois le charme et la\n fécondité.\n    » Ce que nous voulons, c'est donner à la jeunesse le sens et l'amour du Beau,\n plus que cela : la passion de l'Idéal, non pas seulement de l'idéal païen, dans\n ce qu'il a de réellement beau et même de parfait en tant qu'humain et naturel,\n mais encore et surtout de cet idéal bien autrement sublime, à la fois h u m a i n\n et divin qui se n o m m e l'idéal chrétien.\n    » Ce que nous voulons, c'est qu'à cette étude combinée des deux littératures\nsoit appliquée la méthode de comparaison, la plus propre à développer chez l'en­\nfant l'esprit d'observation.\n    » Ce que nous voulons enfin, c'est que les classes soient organisées sans trou­\n bler l'économie actuelle. L e système est adopté depuis plusieurs années au\ncollège Saint-Joseph à Virton et non seulement il n'y a produit a u c u n des\ninconvénients que d'aucuns prophétisaient, mais il y fonctionne avec la plus\ngrande facilité du m o n d e , à la g r a n d e satisfaction des maîtres et au grand\nprofit des élèves. »\n    Voilà donc la synthèse du système de M. Guillaume.\n    Son œuvre a été jugée par des esprits trop supérieurs pour qu'on leur dénie\nle sens critique. Citons, pour mémoire, Kurth et Waltzing, de l'Université\nde Liége; T h o m a s et P r e u d ' h o m m e , de l'Université de G a n d ; de H a r l e z et\nProost, de l'Université de Louvain ; Dwelshauvers, de l'Université de\nBruxelles; T i l m a n , inspecteur général de l'enseignement m o y e n ; Gérard,\npréfet de l'athénée de N a m u r ; Ch. Saroléa, de l'Université d ' E d i m b o u r g ;\nBenigni, du séminaire de R o m e ; les R R . P P . C h a r u a u et Orlando, de la\nCompagnie de J é s u s .\n    Mais M. Guillaume a-t-il songé que pour produire ses fruits sa méthode a\nbesoin de maîtres, n o n seulement intelligents, mais instruits, façonnés à la\nthéorie et à l'application? P o u r avoir de tels maîtres, il faut les former. P o u r\nles former, il nous faudrait, d a n s u n e de nos facultés de philosophie et lettres,\nune chaire de littérature grecque-latine chrétienne. L'Université catholique\nde Louvain est toute désignée pour la création d'une telle chaire. On fait à\nLouvain trop de philosophie et pas assez de littérature, trop de linguistique\net pas assez d'art.                                                             C. DE B .\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "214                                  DURENDAL\n\n\n( E u v r e s l i t t é r a i r e s , par H É R A U L T DE SÉCHELLES. Publiées avec une\n    préface et des notes par E M I L E D A R D . — (Paris, P e r r i n . )\n    « Offrir en régal aux délicats les œuvres d'un membre du Comité de salut\npublic peut sembler u n paradoxe », dit d a n s sa préface M. E m i l e D a r d .\n    C'était un bel épicurien, philosophe et fin lettré. Sa Visite à Buffon est le\npremier modèle de l'interview irrévérencieuse des h o m m e s célèbres; mais\nu n e interview délicate et raffinée, pimentée d'une délicieuse ironie. Son\nCodicille politique et pratique d'un jeune habitant d'Epone, plein d'idées ingénieuses,\nest un petit traité de l'arrivisme. Prose simple et naturelle, pensées et réflexions\nd'un esprit brillant, ces morceaux seront, en effet, un régal littéraire offert\naux délicats.                                                                   E. N.\n\n\nPHILOSOPHIE :\nHistoire de la philosophie moderne, par M. HARALD HÖFFDING.\n  T r a d u c t i o n BORDIER. T o m e second. — (Paris, Alcan. Bibliothèque de philo-\n  sophie contemporaine. )\n   Le second et dernier volume de cet important ouvrage résume le m o u v e ­\nment de la pensée philosophique depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu'aux\napproches du XXe, en Allemagne, en F r a n c e et en Angleterre. Prodigieuses\nconstructions de pensée, destructions, reconstructions, exploration inlassable\nde l'inconnaissable, hypothèses de génie que d'autres hypothèses, géniales\naussi, renversent; problèmes insolubles que l'homme résoud avec des\nmots qui, n'ayant de réalité que dans sa pensée, finalement ne le satisfont\npas. E t c'est un grand drame, et émouvant, que de le voir s'acharner, de géhé\"\nrations en générations, s'efforcer vers la clef de la décevante énigme. Il\nvient avec sa foi ou avec son doute, avec plus de cœur ou plus de raison,\nabsorbant tout l'univers dans l'être qui le contemple ou replongeant celui-ci\ndans le tourbillon sans fin de la matière... Et il semble parfois qu'entre le\nsoleil et la terre, le philosophe projette sur la vérité l'ombre de sa pensée. Où\nest cette vérité, dans le subjectivisme ou dans l'objectivisme? Le m o n d e est-il\nphénomène ou réalité? Est-il force, esprit, création?...\n   « L'idéal, disait Kant, est u n e aspiration de tous les instants qui pose avec\nconfiance pierre sur pierre, tout en sachant que le ciel est toujours loin, bien\nloin... » La T o u r de Babel de l'idéal! à laquelle de nouveaux travailleurs\najoutent sans cesse des pierres, en même temps, si l'on peut dire, qu'à la\nconfusion des langues !\n   Après le grand analyste de la connaissance, beaucoup sont venus, aussi,\nles uns pour bâtir sur les fondements qu'il avait puissamment posés; d'autres\npour tâcher d'en faire table rase — Fichte, Schelling, Hegel, « les trois\ngrands hâbleurs », ainsi que les qualifiait l'âpre Schopenhauer... M . Höffding\nrapporte que le vieux Goethe, effrayé du pessimisme de S c h o p e n h a u e r , écrivit\nces deux vers à son intention :\n                           Si tu veux te réjouir de ta valeur\n                           Prête de la valeur au monde...\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                                       LES LIVRES                                        215\n\n\n   « Mais qu'est-ce que le m o n d e me r e n d r a ? . . . », aurait pu répliquer le\nphilosophe.\n   Après avoir achevé l'étude du développement de la philosophie roman­\ntique allemande, M. Höffding aborde l'histoire de la philosophie positiviste,\nthéorique, en F r a n c e , avec Auguste C o m t e ; expérimentale, en Angleterre,\navec Stuart Mill et, plus tard, avec les apôtres de l'évolutionnisme, Darwin\net Herbert S p e n c e r . . .\n   L'œuvre a pris pour limite l'année 1880, afin, dit l'auteur, « de ne faire\nentrer dans le cadre ainsi arrêté que ce qui présente à ce moment une vue\nd'ensemble... »\n                                                                       ARNOLD G O F F I N .\n\n\nS c i e n c e e t S p i r i t u a l i s m e , par le D r FIESSINGER. — (Paris, P e r r i n ) .\n    Ce livre est u n acte d é c o u r a g e plutôt qu'un travail de profonde philosophie.\n Il y a un certain mérite à déployer fièrement et ouvertement le drapeau du\nspiritualisme, alors qu'on vit dans u n milieu essentiellement matérialiste. L e\ndocteur Fiessinger a dû faire violence à l'ambiance où il se trouve p o u r\nécrire les pages que nous venons de lire.\n    A vrai dire, nous ne saurions partager toutes ses idées. Il démontre, avec\nsuccès, que la science n'a pu et ne pourra jamais découvrir l'origine de la\n vie, ni le principe de toutes choses. Il ne m a n q u e ni de verve, ni de logique\ndans l'exposé de sa thèse. Mais il est trop sévère pour les savants de labora­\ntoire et, peut-être, trop indulgent pour les médecins.\n    Les premiers seraient presque fatalement conduits au matérialisme, à la\nsuffisance et à l'insensibilité. A ce propos, l'auteur relève, en les ridiculisant,\nquelques petites faiblesses de certains savants (Berthelot, Taine). Qu'est-ce\nque cela prouve ?\n    Il est vrai que les médecins, par leur contact quotidien avec la douleur, la\nmaladie et la mort, ont des occasions fréquentes de faire un retour sur eux-\nmêmes et de se d e m a n d e r le pourquoi de la destinée h u m a i n e . Mais combien\nde praticiens y a-t-il qui écoutent cette voix de leur conscience?\n    Nous savons que la science moderne a des tendances que nous réprouvons\nabsolument et que nous déclarons antiscientifiques. Mais nous assistons,\ndès maintenant, à u n e réaction dont il est impossible de prévoir la portée.\nNous n'en voulons p o u r preuve que cet admirable livre de Gustave L e b o n ,\nsignalé avec raison d a n s l'ouvrage que nous analysons; ses découvertes sur\nl'évolution de la matière offrent des horizons nouveaux et tout à fait\ninattendus. A notre avis, ces découvertes ne font que confirmer la croyance\nen un être supérieur et un créateur de toutes choses.\n    Le docteur Fiessinger se montre aussi trop sévère envers les matérialistes.\nCertes, nous reconnaissons que b e a u c o u p de ceux-ci sont des sectaires, dont\nl'irréligion est voulue et irraisonnée. Mais à côté de ces fanatiques, combien\nn'en est-il pas qui sont véritablement de bonne foi et auxquels nous ne\nsaurions refuser certains mérites?\n    U n chapitre très intéressant est celui consacré à la psychologie du catho-\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "2l6                                    DURENDAL\n\n\nlicisme. L'auteur y expose des vues nouvelles et originales, que nous avons\nlues avec un vif plaisir.\n   E n somme, ce livre mérite d'être propagé. Sa lecture est attachante et\nattrayante. L e style en est vif, imagé et entraînant. N o u s le recommandons\nspécialement aux médecins, dont l'attention ne se laisse pas exclusivement\naccaparer par les préoccupations professionnelles.\n                                                                       D r M.\n\nLa Métaphysique des causes, d'après Albert le Grand et\n   s a i n t T h o m a s , par le P è r e THÉODORE DE RÉGNON, S. J. Nouvelle\n   édition, avec une préface de M. GASTON SORTAIS. — (Paris, Retaux.)\n   De divers côtés l'on réclamait la réimpression de l'ouvrage du P è r e T h é o ­\ndore de Régnon sur la Métaphysique des causes, depuis longtemps épuisé. C'est\npour répondre à ce désir que paraît aujourd'hui cette édition p o s t h u m e , ornée\nd'une belle héliogravure Dujardin et augmentée d'une notice par M. Gaston\nSortais.\n   Le P è r e de Régnon, par sa vigueur d'esprit et son talent d'écrivain, a con­\nquis d'emblée la sympathie et l'admiration des philosophes de profession.\nCitons quelques témoignages.\n   Arrivé, dans son Cours de philosophie, au chapitre des causes, M. George F o n ­\nsegrive s'exprime ainsi : « Je tiens à dire combien, pour toute cette leçon, je\nsuis redevable au savant et profond ouvrage du P è r e T h é o d o r e de R é g n o n ,\nMétaphysique des causes. » — L e très regretté O l l é - L a p r u n e , pendant qu'il\nenseignait à l'Ecole normale, supérieure, se plaisait à renvoyer ses élèves à\nla Métaphysique des causes comme à u n chef-d'œuvre. — Mgr d ' H u l s t , dont on\nconnaît la maîtrise en ces matières, n'a pas craint de renchérir encore sur les\néloges précédents : « U n religieux de la Compagnie de Jésus, le P è r e T h é o ­\ndore de R é g n o n , a publié, sous ce titre, Banes et Molina, un ouvrage de vulga­\nrisation où se révèle avec le talent du narrateur, habile à faire revivre les\nluttes du passé et à en rajeunir l'histoire au contact des sources, la vigueur\nd'esprit d'un métaphysicien de premier ordre. L'auteur du savant traité de la\nMétaphysique des causes a montré, dans l'écrit dont nous parlons ici, qu'il savait\nrendre accessible au vulgaire les plus hauts problèmes. » Mgr d'Hulst, Confé-\nrences de Notre-Dame, 1891, p . 370.)                                            X.\n\nP r o b l è m e s d e l a v i e m o d e r n e , par JEAN DELVILLE. — ( B r u x e l l e s ,\n    Aux éditions de En Art, MCMV; 8°, p. i36.)\n    M. J e a n Delville est théosophe, disciple fervent de M mes Blavatsky et Annie\nBesant. On comprend, dès lors, la solution qu'il donne aux « problèmes de\nla vie moderne ». Même, dans le chapitre, du reste intéressant, intitulé « L e\nP r i n c i p e social de l'art », est carrément professée la doctrine de la réincarna­\ntion, « qui explique l'apparition du génie, du prodige, comme p h é n o m è n e de\nl'évolution individuelle de l'expérience acquise, c'est-à-dire des facultés évo­\nluées. »\n    N o u s ignorons quel personnage est réincarné en M. J e a n Delville, mais\nà coup sûr ce ne peut être un bibliographe, car il n'aurait jamais laissé écrire\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "                                   LES LIVRES                                      217\n\n\n Croockes, Berrélius, Nietzche, Slingenayer, Van den Busche, Haëckel,\n Appolonius de T h y a n e , etc.\n   C'est encore par la théosophie que se résout la question d u socialisme.\n « T o u t socialiste... est u n théosophe. T o u t théosophe est nécessairement,\n naturellement un socialiste dans toute la force d u t e r m e . . . L e socialisme de\n demain, ce sera la théosophie sociale! »\n   Dans « les confins de la science », M. Delville s'efforce d'établir que l'oc­\ncultisme seul rendra compte de tous les mystères q u e laissent insolubles et\nles dogmes et les recherches scientifiques. Car, p o u r le dire en passant, l'au­\nteur n'est tendre ni aux catholiques, ni aux matérialistes. Il confond dans une\négale hostilité « le P a p e et le Savant ». M. Delville est aussi u n enthousiaste\nde l'Orient, ce qui ne veut pas dire qu'il soit orientaliste, mais pour lui, c'est\nde l'Orient q u e doit venir tout le salut, parce que la théosophie cherche, d a n s\nles vieilles religions d'Asie, l'appui que lui refusent les esprits trop positifs de\nl'Occident.                                                                     J . G.\n\n\nHISTOIRE\nParis    SOUS N a p o l é o n :     I I I . La Cour et la Ville ; La vie et la mort, par\n  M. L . DE LANZAC DE LABORIE. — ( P a r i s ,    Plon.)\n   M. de L a n z a c de Laborie continue la publication de son attrayant travail\nsur le Paris napoléonien. Nous pénétrons avec lui dans les coulisses adminis­\ntratives et mondaines de la formidable machine gouvernementale qui, durant\nde brèves et étonnantes années, fit l'admiration et la terreur de l'Europe. N o u s\nassistons à l'évolution, précipitée comme les événements mêmes du temps, qui\namalgama, pour en former u n e société étrange et centrastée, les h o m m e s issus\ndes années sanglantes de la Révolution, ceux q u e l'émigration avaient sous­\ntraits aux atteintes de celle-ci et ceux qui avaient fait carrière sous les drapeaux\net dont la fortune avait grandi avec la gloire des armes françaises. Société\ngrande, puissante, énergique, habituée à tous les succès et à toutes les audaces\net à laquelle, pas plus qu'à son chef l'art et les lettres n ' o n t ménagé les apo­\nthéoses ; mais qu'il est extraordinairement intéressant aussi, surtout à la suite\nd'un guide aussi expérimenté q u e l'auteur de ce livre, d'étudier dans le détail\nde l'existence familière ou aulique, dans les coutumes, dans les m œ u r s offi­\ncielles et privées, d a n s tout ce qui permet, enfin, d'approcher davantage de la\nconception complète de ce m o n d e où toutes les majestés voisinaient avec\ntoutes les petitesses.\n                                                                 ARNOLD     GOFFIN.\n\n\n\n\n                                        *\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "                            NOTULES\n\n   N o s i l l u s t r a t i o n s . — Nous reproduisons dans ce numéro l'admi­\nrable Résurrection du Christ de Grünewald du Musée de Colmar. Œuvre\nmerveilleuse d'une conception étonnante dans laquelle l'artiste est parvenu\nà exprimer d'une façon vraiment géniale l'idée fondamentale de la Résurrec­\ntion du Christ, c'est-à-dire du corps divin ressuscité dans l'état de transfigu­\nration. Au fur et à mesure qu'il sort du tombeau le corps se transfigure\ndavantage, s'immatérialise de sorte que la tête divine est presque éthérée et\nsemble appartenir à un être tout à fait spirituel qui n'a plus rien de commun\navec la terre. L'idée maîtresse de l'artiste a été si bien comprise par\nJ.-K. Huysmans, que nous donnons en tête de ce numéro la suggestive et\nsplendide interprétation qu'il en donne dans son livre si intéressant : Trois\nPrimitifs, publié avec des illustrations des plus curieuses par la Maison\nMessein de Paris (1).\n   Nous reproduisons également le beau tableau : Le Paysan Mort de Léon\nFrédéric, qui est un Jes plus grands artistes de notre école belge de peinture.\nCette œuvre remarquable de M. Frédéric dénote, comme toutes ses œuvres\nantérieures, une originalité hors de pair. Il a fait l'admiration de tous ceux\nqui l'ont vu au salon du cercle Pour l'Art, où il était exposé l'an passé.\n                                           *\n                                          * *\n   La Société des Amis de la Médaille d'art, Société hollando-\nbelge, a tenu son assemblée générale le dimanche 17 mars, à 11 heures, au\nFalais des Académies. Nous rendons compte de cette intéressante séance\ndans notre fascicule d'Avril. Disons déjà que M. CHARLES BOLS a été élu, par\nacclamations, Président du Bureau Central des deux sections pour une nou­\nvelle période triennale et que M. ALPHONSE DE WITTE, le fondateur de la\nSociété, a été élu, par acclamations aussi, Président de la section belge. La\nréunion excessivement nombreuse affirmait à notre grande joie une vitalité\nsans pareille qui est de bon augure pour son évolution future.\n\n                                       * *\n   La Société protectrice des Enfants Martyrs nous prie de\nreproduire la circulaire suivante :\n  Pénétré de l'utilité pratique et de la haute portée humanitaire des deux\ngrandes œuvres sociales françaises, l'Adelphie et l'Abeille, et des orga-\n\n   (1) Trois Primitifs. Le Griinewald du Musée de Colmar. Le Maître de Flémalles et\nla Florentine du Musée de Francfort-s/Mein, par J.-K. Huysmans. Ouvrage illustré.\nEn vente chez Messein, 19, quai Saint-Michel, Paris. Prix : 5 francs.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                                       NOTULES                                       219\n\n\nnismes analogues fonctionnant avec succès à L o n d r e s , à Berlin, à Amster­\ndam, le Comité de la Société protectrice des Enfants Martyrs croit le m o m e n t\nvenu de fonder à Bruxelles u n e œuvre similaire.\n   Cette création amènerait la coopération constante et féconde du travail et\nde la charité : développant l'initiative personnelle, elle offrirait des débouchés\nà tous les talents, ferait éclore des idées nouvelles d a n s tous les domaines de\nl'activité artiste et ouvrière, serait d'une réelle et immédiate utilité pour toutes\nles classes de la société bruxelloise.\n   Aux artistes encore mal connus, aux jeunes filles éprouvées par des revers\nde fortune, aux élèves des écoles professionnelles, aux artisans de toute\ncatégorie, l'œuvre nouvelle viendrait discrètement en aide et offrirait une\nrétribution équitable de leur travail en leur permettant de prendre part sans\nfrais, avec indemnité à convenir pour les matières premières et chances nombreuses\nde vente rémunératrice, à u n vaste concours dont l'excédent des bénéfices serait\nversé à la caisse des Enfants Martyrs.\n   Aux commerçants intelligents, soucieux de leur réputation, elle d o n n e r a i t\nl'occasion, sans avoir recours à l'étranger, de découvrir dans cette exposi­\ntion les inventeurs, les créateurs de ce neuf, de cet original qui fait la vogue\nd'une maison et suscite de précieuses rivalités.\n   Au public enfin, elle procurerait la possibilité de pratiquer u n e double\ncharité tout en faisant des acquisitions utiles et avantageuses.\n   L'exposition des objets confiés à notre société se fera d a n s un vaste local\nchoisi au centre de la ville de Bruxelles et c o m p r e n d r a :\n   a) L'Art appliqué : cuirs repoussés, peinture, céramique, p y r o g r a v u r e ,\norfèvrerie, étains, de dessin soigné et de facture parfaite ;\n   b) Les travaux à l'aiguille, irréprochables au point de vue de l'exécution\n(lingerie et layette fine, vêtements de pauvres, broderie de tout genre) ;\n   c) Les fantaisies de bon goût : cadres, reliures d'art, menus illustrés et\ninédits ;\n   d) Les bibelots et les jouets destinés, par leur nouveauté, à remplacer en\nBelgique l'article de P a r i s , de Vienne ou de Berlin par l'article de Bruxelles.\n   T o u s les ouvrages portant le nom, le p s e u d o n y m e ou la devise de leur\nauteur devront être adressés, avant le 15 octobre, à l'Asile des Enfants\nMartyrs, 11, quai au Bois-de-Construction.\n   Ils seront soumis à l'appréciation de jurys composés de hautes compé­\ntences a p p a r t e n a n t au monde de l'art, de l'enseignement, du commerce et\nde la petite industrie.\n   Ils seront ensuite exposés et mis en vente en chiffres connus, du 23 novembre\nau 30 dito, après avoir fait l'objet d'une classification qui leur attribuera, selon\nleur mérite, des prix en espèces, des médailles ou des diplômes, indépen­\ndamment des avantages cités plus h a u t .\n   P o u r tous renseignements ou encouragements, écrire ou s'adresser, le jeudi,\nà Mme W i l l i a m B u r l s , 2 , r u e du Cerf, F o r e s t , chargée par le Comité des\nEnfants Martyrs de recevoir également les adhésions a u concours.\n\n                                           *\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "220                                  DURENDAL\n\n\n   L e P a r c d e B r u x e l l e s . — Sous ce titre M. Charles Buls a\npublié dans l'Art Moderne un article très sensé, dont les idées sont les nôtres.\nE n voici un extrait :\n   « Nous lisons dans le National du 27 février:\n   » Une nouvelle emprise sur le Parc de Bruxelles ? — Le bruit a couru que pour\ndégager le palais du Roi, et permettre de mieux l'embrasser du regard, on\nallait amputer le P a r c d'une nouvelle b a n d e de terrain le long de la place\ndes P a l a i s .\n   » Renseignements pris à bonne source, nous pouvons dire qu'on n'en fera\nrien. Il est vrai que des personnes ont fait remarquer que l'on pourrait, sans\nnuire au P a r c , supprimer la grille et les pavillons centraux du côté du Palais,\nla balustrade de pierre qui de ce côté sert de clôture intérieure au P a r c subsis­\nterait seule. Les deux palais du Roi et des Académies seraient ainsi plus\ndégagés et mieux visibles.\n   » Mais M. de Smet de Naeyer, qui n'a pas oublié les trop justes protesta­\ntions auxquelles donna lieu, il y a trois ans, la rectification de cette frontière\ndu P a r c , ne veut plus qu'on change quoi que ce soit à cet endroit. »\n   Si cette nouvelle est exacte nous félicitons vivement l'honorable Chef du\nCabinet, en regrettant qu'il n'ait pas montré plus de goût et de fermeté au\ndébut de cette triste affaire.\n   N o s vieux m o n u m e n t s , nos anciennes promenades sont des legs du passé\nqui appartiennent aux Bruxellois et c'est un véritable abus du pouvoir que de\nleur enlever ce précieux héritage\n   On comprend qu'on assainisse une ville, qu'on élargisse ses rues pour satis­\nfaire aux exigences de l'hygiène et de la circulation ; mais qu'on mutile, sans\nnécessité, une p r o m e n a d e publique parce qu'on est trop ignorant pour en\ncomprendre les beautés, cela est inexcusable.\n   Un parc, aussi bien qu'un palais, est un m o n u m e n t auquel on ne peut\ntoucher sans détruire l'enchantement que produisent ses belles proportions ;\nil constitue u n tout dont les parties doivent rester intactes sous peine de voir\nse faner la beauté de l'ensemble.\n   Durendal a dit, en termes excellents, le charme des anciens bas-fonds,\nrefuge des chanteurs ailés, fraîche oasis au milieu de la grande ville, souvenir\nde l'ancien parc des ducs de Brabant. Le XVIIIe siècle, peu respectueux, en\ngénéral, des styles anciens (il a couvert les nefs de nos vieilles églises gothiques\nde ses rocailles inensées) avait eu plus de goût que nos architectes du\nXXe siècle en conservant les bas-fonds.\n   Mais cela ne suffit p a s ; on en d e m a n d e maintenant la suppression. E t\npourquoi ? P o u r agrandir la place, pour reculer la grille jusqu'à la balustrade,\nafin qu'on puisse admirer plus à l'aise le palais royal; afin de dégager la vue\ndu palais des Académies, qui n'en vaut pas la dépense, avec sa façade plate,\nmorne et lourde. E t pour cela il faudra retrancher du cadre du P a r c la\ndouble rangée de tilleuls, taillés en espaliers, qui sont si bien dans le style de\nson é p o q u e !\n   Qu'en restera-t-il après cette amputation ?\n   C'en est trop, v r a i m e n t ; les artistes, les gens de goût ne se révolteront-ils\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                                        NOTULES                                        221\n\n\n\npas à la fin et ne feront-ils pas entendre une énergique protestation contre les\nattentats qu'on projette encore contre notre pauvre P a r c ?\n    D e m a n d o n s aussi au Collège échevinal de faire replacer dans un des bas-\nfonds, auprès de la margelle du bassin où se désaltéra P i e r r e le G r a n d , son\nbuste et la statue de la Madeleine qui dépare, en ce moment, si malheureu­\nsement, u n e des allées du P a r c . Réunis, ces trois petits m o n u m e n t s avaient\nun intérêt historique. Dispersés, comme ils le sont actuellement, ils\npourraient faire croire, à tort, à nos visiteurs étrangers que nos magistrats\nc o m m u n a u x ignorent l'histoire de leur ville et m a n q u e n t de sens esthétique. »\n                                                                                  BULS.\n\n                                           *       *\n   Aspects de la Nature et de la Cité. - Sous ce titre nous\navons édité en brochure l'étude publiée ici même par un de nos collabora­\nteurs dans les fascicules de D é c e m b r e 1906, Janvier et Février 1907. Voici\ncomment cette étude est appréciée par Octave Maus dans l'Art Moderne :\n   « La question du Pittoresque u r b a i n , maintes fois traitée d a n s ce journal,\nétant ramenée à l'ordre du jour par la polémique engagée entre M M . Buls et\nMaquet, n o u s appelons l'attention de nos lecteurs sur une excellente étude\nque vient d'éditer en b r o c h u r e la revue Durendal sous le titre Aspects de la\nNature et de la Cité.\n   « L ' a u t e u r a n o n y m e de cette étude la dédie « à M. Charles Buls, le dernier\ndéfenseur du P a r c de Bruxelles ». II développe d'intéressantes considérations\nsur l'esthétique des villes et des campagnes et proclame la nécessité de\ndéfendre les sites agrestes et citadins contre le vandalisme des ingénieurs,\ndes industriels et autres artisans de la « civilisation » et du « progrès ». « Il\ny a, dit-il, u n régime des villes comme il y a. u n régime des cours d'eaux, et il\npeut être aussi dangereux de toucher à l'un que de toucher à l'autre... »\n   » Enfin il s'élève avec force contre les mutilations qui enlèvent au P a r c de\nBruxelles son caractère et sa poésie, et conclut par cet aphorisme : « L e pit­\ntoresque dans la N a t u r e et d a n s la Cité est un des éléments les plus précieux\nde la beauté, supérieur par essence à toutes les conceptions architecturales.\nSa survivance rare, providentielle, doit être respectée dans les limites des exigences de la\nvie moderne. »\n   » Il faut lire et méditer cette brochure, qui résume en termes décisifs un\ndébat passionnant. »                                                              O. M.\n  Cette étude est en vente chez tous les libraires de Bruxelles, au prix de\n75 centimes.\n                                               *\n                                           *       *\n   L a M u s i q u e à T o u r n a i . — « L a célèbre Société de Musique\nde Tournai » n o u s a n n o n c e son Concert a n n u e l pour le dimanche 7 avril, à\n2 heures. Après n o u s avoir successivement fait entendre « L a Damnation de\nFaust de Berlioz, « F a u s t » de S c h u m a n n , « Les Béatitudes » de César\nFranck, et le « R e q u i e m » de B r a h m s , elle met cet hiver à son programme\n« Le Messie » de H a ë n d e l . Pareille entreprise paraîtrait téméraire à ceux qui\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "222                                  DURENDAL\n\n\n\nne connaissent pas la haute valeur artistique de cette Société et les c h œ u r s\nuniques qu'elle possède et qui lui ont fait la réputation considérable dont\nelle jouit dans le m o n d e musical. Du reste, lorsque l'on a à son actif des exé­\ncutions comme celles citées plus haut, on peut être certain d'une interpré­\ntation impeccable de l'œuvre colossale de H a ë n d e l . Nul doute que cette\nœuvre que l'on ne peut entendre qu'en Allemagne et en Angleterre et à de\nrares intervalles au Conservatoire de Bruxelles, n'attire à T o u r n a i , le 7 avril\nprochain, une foule d'amateurs de belle et grande musique.\n                                           *\n\n   M m e D u b o i s - D o n g r i e , de Bruxelles, artiste violoniste de grand talent,\nélève d'Isaye, a remporté récemment u n b e a u succès à u n des concerts orga­\nnisés à Paris par le Figaro. Voici les éloges que ce journal adresse à notre\ncompatriote :\n   « Accompagnée au piano par M m e Vallier, Mme Dubois-Dongrie ouvrait le\nconcert.\n   » C'était la première fois que cette distinguée violoniste nous procurait le\nplaisir de l'applaudir au Figaro. M m e Dubois-Dongrie, qui fut élève d'Ysaye\nau Conservatoire de Bruxelles, a donné avec un vif succès, depuis quelques\nannées, des concerts en Belgique, en H o l l a n d e , en Allemagne. Elle est\nvenue aujourd'hui débuter à P a r i s .\n   \" M m e Dubois-Dongrie a joué d'abord l'Adagio de Vieuxtemps, une des pages\nles mieux venues que le célèbre virtuose ait écrites. On a fort goûté la déli­\ncatesse d'expression, la grâce de jeu déployées dans l'interprétation de ce\nmorceau par l'artiste, et qui nous firent mieux apprécier encore l'allègre sûreté,\nla vigueur de son archet, q u a n d , après l'Adagio, Mme Dubois-Dongrie exécuta\nles Airs russes de Wieniavski. H e u r e u x début et qui nous permet d'espérer\npour la brillante élève d'Isaye de beaux succès parisiens. »\n\n                                         * *\n   La Libre A c a d é m i e d e B e l g i q u e a, dans sa séance du 21 février,\ndécerné son prix annuel (fondation E d m o n d Picard) à M. L . D u m o n t - W i l ­\nden, h o m m e de lettres, que son livre récent Les Soucis des derniers soirs avait\nparticulièrement désigné aux suffrages de l'Assemblée.\n   L'Académie a, en outre, attribué deux prix exceptionnels de 500 francs\nchacun à M M . F . H o l b a c h et P . Van der Eycken, avocats, pour les impor­\ntants et très intéressants travaux qu'ils ont publiés sur le Droit. M. Holbach\nest l'auteur, entre autres, de la Justice laudative, de l'Interprétation de la loi sur\nles sociétés, etc. M. Van der Eycken vient d'écrire un volume intitulé : Méthode\npositive de l'interprétation juridique qui a été très remarqué dans les milieux\njudiciaires.\n   Rappelons que les lauréats du Prix E d m o n d Picard ont été en 1902\nM. Victor Vreuls, compositeur; en 1903, M. E u g è n e Baie, historien; en\n1904, M. E d m o n d Glesener, romancier; en 1905, M. F r a n ç o i s Beauck,\npeintre.\n                                           *\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                                 NOTULES                                  223\n\n\n  L'Institut International de Bibliographie, établi dans les\ndépendances du Musée ancien, a pris, grâce à l'intelligent et persévérant\nlabeur de ses fondateurs, M. Paul Otlet et M. le sénateur Lafontaine, une\nextension considérable et qui en fait une œuvre appelée à rendre d'inappré­\nciables services au monde des savants et des lettrés. L'Institut possède\nactuellement, classées dans un ordre méthodique, plus de sept millions de\nfiches, qui lui permettent de donner à quiconque les lui demande des indi­\ncations précises sur les ouvrages et publications périodiques qui ont traité,\ntant en Belgique qu'à l'étranger, tel sujet déterminé.\n   Les créateurs de l'Institut International de Bibliographie ont bien mérité\nde la science dont la diffusion est facilitéeainsi par un système de documen­\ntation tout à fait remarquable.\n                                    ***\n  Le Salon de la Société des Beaux-Arts sera inauguré le mardi\n9 avril, à 10 h. 1/2 du matin, au Musée Moderne. Il comprendra des œuvres\nde MM. Sargent, Vinçotte, de Lalaing, Rousseau, Lagae, Laermans,\nMathieu, Marcette, van Holder, Dierckx, Cassiers, Luyten, Georges Morren,\nWollès, Blieck, Opsomer, Baseleer, Devreese, Vloors, Van Zevenberghe,\nCoppens, Motte, Cluysenaer, Michel, de Mlles Alice Ronner, Berthe Art, etc.\n   Une salle sera réservée à l'œuvre d'Alfred Stevens dont on est parvenu à\nréunir environ quatre-vingt-dix tableaux prêtés par les musées du Luxem­\n bourg, de Marseille, de Bruxelles et d'Anvers, par la princesse Borghese, la\nmarquise de Clermont-Tonnerre, Mme Duez, MM. Lhermitte, de Mon­\ntesquiou, Demmé, Hayem, G. Petit E. Le Roy, Boussod, Ravené, Lieber­\nmann, etc.\n\n\n   L e p r e m i e r C o n g r è s international de la P r e s s e P é r i o -\nd i q u e aura lieu à Bruxelles le 31 mars. Pour renseignements s'adresser à\nM. G. Van Melckebeke, 41, boulevard Clovis, Bruxelles.\n\n                                    *     *\nAccusé de réception :\n  ART : La façade de Notre-Dame de Paris, par SYLVAIN FRANÇOIS. Treize\nplanches hors-texte (Bruxelles, Goossens).\n   HISTOIRE : La domination espagnole dans les Pays-Bas à la fin du règne de\nPhilippe II, par ERNEST GOSSART (Bruxelles, Lamertin). — Histoire du senti-\nment religieux en France au XVII' siècle : Pascal et son temps, par FORTUNAT\nSTROWSKI. Première partie, de Montaigne à Pascal (Paris, Plon). — La\ncivilisation en Italie au temps de la Renaissance, par JACOB BURCKHARDT. Traduction\nde M. SCHMITT sur la deuxième édition annotée par L. GEYGER. Deux\nvolumes (Paris, Plon). — Veillons sur notre histoire, par DOM BESSE (Paris\nLibrairie des Saints-Pères).\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "224                                       DURENDAL\n\n\n\n    L I T T É R A T U R E : Emile Verhaeren, par LÉON BAZALGETTE (Paris, Sansot).\n— Choix de pages anciennes et nouvelles, de SAINT-GEORGES DE BOUHÉLIER,\nprécédées d'une préface de C. LEMONNIER (Bruges, Herbert, édit. Collection\nd'Antée). :— Lettres de CHARLES BAUDELAIRE, 1846-1866 (Paris, Mercure de\nF r a n c e ) . — Clartés. Italie. Printemps et été 1905, par MARIE DAUGUET (Paris,\nSansot). — La légende dorée des bêtes, p a r P A U L FRANCHE (Paris, P e r r i n ) . —\nUne autobiograhie par H E R B E R T S P E N C E R . T r a d u i t e p a r H E N R Y DE VARIGNY\n(Paris, Alcan).\n   M U S I Q U E : M annale pro benedictionibus et processionibus S S m i Sacramenti ex-\nlibris solesmensibus excerptum in recentioris musicse notulas translatum\n(Tournai, Desclée).\n   P O É S I E : Poésies d'HENRIK IBSEN. Traduction d e C H . DE BIGAULT DE\nCASANOVE avec préface et notes d u traducteur (Paris, Mercure de F r a n c e ) . —\nLa chanson du pauvre, par GRÉGOIRE L E ROY (Paris, Mercure d e F r a n c e ) . —\nL'Edelweis, par Louis GAURON (Paris, Société française de librairie).\n   R O M A N S . : Lepoint d'honneur, par MAURICE PALEOLOGUE (Paris, P l o n ) . —\nLa facile liaison, p a r LÉON WAUTHY (Verviers, l'Édition artistique). — Io-Ié\nBec de lièvre, p a r MAURICE DES OMBIAUX (Bruxelles, Association des Écrivains\nbelges). — A la boulle-plate, brasserie, estaminet, p a r GEORGES (GARNIR. Illustra­\ntions de A. LYNEN et FLASSCHOEN (Bruxelles, L a r c i e r ) . — Le roi des milliards,\npar H E N R Y GREVILLE (Paris, P l o n ) .\n  T H É Â T R E : Partage de midi,, par P A U L CLAUDEL. H o r s commerce (Paris,\nBiblothèque d e l'Occident).\n  V A R I A : Les industries à domicile en Belgique, par ROBERT VERMAUT\n(Bruxelles, Office rie Publicité).— Catalogue de la biliothèque choisie de Louvain,\navec préfaces de F A Q U E T , GOYAU, J . L E J E U N E , Mlle B E L P A I R E , D r V E R R I E S T\n(en vente à la Bibliothèque choisie à Louvain). — Que savons-nous ? Esquisse\nd'une conclusion de philosophie et d'histoire par M. JACQUINET ( P a r i s ,\nP e r r i n ) . — Almanach de la Société générale gantoise des étudiants catholiques, 1907\n(Gand, Siffer).\n  V O Y A G E S : La Grande Grèce. De Stamboul à Naples, par P A U L HOYOUX.\nPréface de L o u i s DELATTRE (Bruxelles, Association des écrivains belges).\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "  Compagnie Anglaise\n7 et 9, Place de Brouckère                            CHOQUE         S:   ZORN\n              BRUXELLES                                                   TAILORS\n   DEUX MÉDAILLES D OR              HOKS CONCOURS              DIPLOME D'HONNEUR\n    Bruxelles 1897          Membre du Jury   — Milan 1 9 0 6     Liège 1905\n\n\n\n\n                         La Compagnie Anglaise\n         Est la Maison de Tailleurs de Belgique la plus importante\n         et la plus renommée pour l'exécution du beau vêtement.\n         Peut fournir toute commande du jour au lendemain. Ses\n\n\n                                                                                    J\n         livraisons sont exactes et se font très soigneusement.\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "FABRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         médaille d'Or à l'Exposition. Internationale de Bruxelles 1897\n\n                     BERVOETS^WÎELEMANS\n                                        FOURNISSEUR DE LA COUR\n          6, 8, 10, 12, Rue du Midi *t» BRUXELLES\nU s i n e a vapeut», Lavoii» d e l a i n e s : H U E D E S GOUJONS, 120\n\n               THE GRESHAM                                   RELIURE D'ART & D'AJVIRTEOKS\n             {Compagnie d'assurances sur la vie)\n                   Fondée à. Londres 1 848\n                Etablie en Belgique en 185 5\n                    Actif : près de 2 3 3 millions\n                                                             P a u l Claessefls\n                                                                 Relieur-doreur de 8. A. R. Mme | a Comtesse de Flandre\n              Sinistres payés en Belgique : 3 2 millions\n                  PRIMES   MENSUELI-ES                           24, rue de Berlalmont, Bruxell\n                     SUCCURSALE BELGE :\n              3 , place Royale, B R U X E L L E S\n\n                                      Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                           FABRIQUE     ET ATELIERS :\n                                 37,      Rm@ d e l a C h a r i t é - BRUXELLES\n                                                            TÉLIS-PHO-STE 1 9 4 7\n\n                                   Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, et\n                                Spécialité ù e tous les articles concernant l a peinture, la sculp\n                                                la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                RENTOILAGE, NETTOYAGE E T VERNISSAGE DE TABLEACX\n                                       Vente et location fie modèles pour la peinture\n\n                                  Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Louis 1904\n\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, llverpool, Le Havre, Bruxelles, GHicago, ttt\n\n           IMPRIMERIE                                       S C I E N T I F I Q U E\n                                TYPO, LITHO ET CHROMOLITHO\n                       SPÉCIALITÉ D'ILLUSTRATIONS DE GRAND LUXE\n                          PHOTO-CHROMOGRAVURE EN TROIS COULEURS\n\n•     CHARLES                               BULENS.                                       ÉDITEUF\n                         75,        RUETERRE-NEUVE, 75\nTÉLÉPHONE 505                                         •                                  BRUXELLES\n                                                                                        99, rue Royale, 9\n\nPIANOS DE SMET ;                                                                             BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "A paru à la Librairie VBOMANT\n\n                                                                                Prix : fr. 3 . 5 0\n\n                            FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                            BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n                              DE QUELQUES LEÇONS D'ENERGIE\n                                  VERHAEREN ET DEMOLDER\n                            P. DE HAULLEVILLE — GUIDO GEZELLE\n                             GEORGES RODENBACH — MAX WALLER\n        EDMOND PICARD — GUILLAUME VERSPEYEN — H. CARTON DE WIART\n                                         ETC., ETC.\n\n\n\n EQ vente chez l'éditeur bornant, 3, rue de la Chapelle, Bruxelles\n\n    Editions de D U R E N D A L\n                                                          LE STANDARD\nle Chant des Trais H!\n            POÈME MYSTIQUE\n                                                      Compagnie d'assuran es sur la vie, fondée en 1825\n                                                                   ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n\n                      PAR                                Principaux avantagea de la Compagnie\n   Georges            flAlvI-RcKEr^S                  \\° Polices incontesta-          H» Tarif avantageux\n                                                        bles après deux ans           4° Participation impor-\n                                                        de date.                        tante des assurés dans\nAdresser les commandes a la Direction                 2° Prots sur polices              les bénéfices de la\n           de DURENDAL                                  ajant trois ans de              Compagnie.\n                                                        date                          5° Prêts bj polhécaires.\n  22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n                                                          S'adresser pour renseignements tt prospectus à la\n          P r i x : 3 fr. 5 0                                       DIRECTION         OÉNtRAll\n                                                      2 8 . PLACE DE BROUCKÈRE, 2 8 , BRUXELLES\n                                                           Téléphone 949 Adresse télégraphique : Standard-Bruxelles\n    POUR VOS CIGARES flflS\n                               à I*                             En vente chez M U R A I L L E\n                                                         45,    EDE DE L'UNIVERSITÉ, 4 5 , LIÈGE\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                         J. RYELANDT\n\n             DÉPÔT DE FABRIQUE                        SAINTE CÉCILE\n                                                                          Drame musical\n   15 — Avenue Louise— 15                                      Réd. pour chant et piano : 1 5 francs\n                                                                   PDBGATOR1DM\n            BRUXELLES                                       Oratorio.— Réduction pour chant et piano. 5 francs\n                                                                N O O R D S E K (Mer du Nord)\nr -I. - Arrivages réguliers de cigares de la Pavane        5 esquisses pour piano            — 8 francs.\n\n\n\n  PIANOS S T E I K W A Y                                                       & SONS\n              NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\n Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Koyale\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "Imprimerie Scientifique Char-\n    t t l l l F N S . Rdlteur. rue\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1907-03", "signet_source": "Quatorzième année - N°3 - Mars 1907", "preuve": "Couverture conservée (PDF 176) portant « …ars 1907 », « 14me Année » et « N° 3 » ; sommaire (PDF 178) : « Sommaire du n° 3 (Mars) ». Indices internes : Notules annonçant l’assemblée des Amis de la Médaille d’art du 17 mars, le Salon de la Société des Beaux-Arts le 9 avril, le Congrès de la Presse périodique le 31 mars, un concert à Tournai le 7 avril ; messe de Saint-Boniface du 24 février ; séance de la Libre Académie du 21 février ; Sur l’œuvre d’Adrien Mithouard renvoie aux fascicules de septembre 1906 à février 1907.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}