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I4 me Année.\n           <v<\n\n\n\n\n            REVUE CATHOLIQUE©:\n               <0E LITTERATUR]\n\n\n\n\n                                 •   • •\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-202", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PLAGE DE WESTENDE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 423, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 4631, "texte": "PLAGE DE WESTENDE\n                                             (BELGIQUE)\n\n\n                                      Plage de sable fin située entre\n                                           Ostende et Nieuport.\n                             Villégiature hygiénique, loin des agglomérations\n                                    comme des embouchures de rivières.\n                                                   •m-    V     —\n\n                           Villas etcottages confortables à des prix avantageux.\n                                  Approvisionnements faciles sur place.\n                                      BAINS         G R A T U I T S\n                                — Service de sauvetage communal. —\n                                   Service religieux pendant la saison\n                           KURSAAL — RESTAURANT ->- GARAGES -          ECURIES — REMISES\n                              Les plus luxueuses installations sportives\n Villas et Terrains                            du Littoral.                                Villas et Cottages\n   i vendra par annuité!   Location de tentes sur la plage et de costumes de bain                 i   louar\n                                T r a m w a y électrique à aervioe Intensif\n                                 Vicinal — Télégraphe — Téléphone\n                             ÉCLAIRAGE ELECTRIQUE DE LA DIGUE\n                                         DES AVENUES ET DES VILLAS\n                                                     HHW^W^WWWW^HW\n\n\n\n\n                    £ - j | Agence Immobilière pour la vente et location dessillas ^\n                               A main* de 30 minutes d'Ostende, à 2 h. I 2 de Bruxelles.\n\n                                                                        Le WESTEND' HOTEL est ouvert i\nWESTEND' HOTEL                                                        partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                                      Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au com-\n                                                                      mencement et à la fin des saisons, airna-\n               DIGUE DE MER                                           gementstrès avantageux pour les famille*\n                                                                         faisant un séjour prolongé à l'hotaL\n   T É L É P H O N E N»        41                                         ^5 chambres parfaitement aménagé**\nRéseau du littoral par                                                       Vie de famille. Éclairage électrique\n                                                                               Chambres spacieuses. Ameuble-\n     Nieuport.                                                                       ment moderne esthétique «A\n                                                                                      confortable. Balcons et ter\n                                                                                       rasses. Salle de musique.\nAppartements\n                                                                                        Salle de billard. Salled*\n                                                                                          récréation pour le* f*-\n avec «ilon                                                                                       fants. Salon*\n                                                                                                   de lecture et d*\n                                                                                                   correspondan-\n                                                                                                   ce. Cuisine *ol*\n                                                                                                   g n é e . Cave*\n                                                                                                    reoomma*-\n                                                                                                   dée .\n\n      LA            FERMETTE                                  WESTENDAISE\n                        L A C A M P À O N B .A. L A          MER\nJeux d'enfants. — Promenades à ânes. — Tir à la perche. — Jeu de boule. — Installation*\n        sportives. — Café cramique. — Lait frais. — Glaces. — Consommations de choix.\n                   O U V E R T U R E        L E    1\" J U I N     1 9 0 7\n                                 . A BRUXELLES, 6 4 , boulevard de la Senne (Téléph. 2830\nPour renseignements s'adresser | A \"WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Té***\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-203", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 424, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n                                  1907 — 14» Année\n\n\n\n                     Sommaire du n° 6 (Juin)\n                 A l a mémoire de Joris-Karl Huysmans\nL'abbé    HENRY M Œ L L E R .    — Un artiste chrétien : Joris-Karl\n                                      Huysmans                                  355\n                —                  In Memoriam                                  364\nR. P . DOM BBSSE O. S. B . — Conférence prononcée à Bruxelles,\n             le mardi 28 mai igoy, à l'issue du service solennel\n             célébré en l'église des Carmes, par les soins de la\n             rédaction de Durendal pour le repos de l'âme de\n            Joris-Karl Huysmans                                                 367\nJ.-K. HUYSMANS. — Lettre adressée à l'abbé Henry Mœller .                   .   383\nH. M. — Un bel hommage rendu à J.-K. Huysmans (article de\n         Francis de Miomandre dans « L'Art Moderne »). .                        384\nTANCRÈDE DE VISAN. — Notes           sur la mort de J.-K. Huysmans.             387\n\n\n\nMARIE DAUGUET. — O nuit            viens !                                      3go\nADRIEN MITHOUARD. — La pourpre                                                  3gi\nJ E A N - M A R C BERNARD.   — Distiques     funèbres   à la mémoire       de\n                                   Charles Guérin                               398\nL'abbé F R . VERHELST. — Faut-il           rénover l'art chrétien ? .       .   3gg\nFIRMIN VAN DEN BOSCH. — Un critique             du romantisme     .    .    .   4°^\nH E N R I MAZEL. — Lettres      de Paris                                        4°7\nLes Livres                                                                      410\nNotules    .                                                                    4*3\nIllustrations   : Un des derniers portraits de J.-K. Huysmans.\n                  J.-K. Huysmans dans son cabinet de travail à Ligugé.\n                  La maison Notre-Dame à Ligugé.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-204", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 425, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 347, "texte": "DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n     A B O N N E M E N T ; 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port comprit}\n          (pour tabonnement s'adresser à ta Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à BruxelUt)\n\n                                 PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0 \"\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-205", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 425, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 347, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "Comité de rédaction de D u REND AL :\n                            MM.      H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n\n                                      L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n                                     F I R M I N VAN P E N    BOSCH.\n\n                     Secrétaire de la Rédaction. : G E O R G E S V I R R È S\n                               Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n        M.    HENRI      MAZEL,      avenue d e la Grande-Armée, 6 1 , Paris.\n\n               PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ ANSEL.                                            H . FIÉRENS-GEVAERT.\n      M AU RICE BEKAERT.                                      ARNOLD GOFFIN.\n      PIERRE BILLAUP.                                         FRANZ HELLENS.\n      EDGAR DONEHILL.                                          L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                         J . - K . HUY6MANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                        JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                           VICTOR KINON.\n      GEORGES BRIGODE.                                        GODEFROID KURTH.\n      H É L È N E CANIVET.                                    P A U L LAMBOTTE.\n      MARIE CLOSSET.                                          L'abbé L . L E CARDONNBL,\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                                 S É B . - C H . LECONTE.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                                 CHARLES MARTENS.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                                 P A U L MUSSCHE.\n      H E N R I DAVIGNON.                                     EDOUARQ N E D .\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                               JEAN NESMY.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                     CHARLES NICAISB.\n      ERNEST DE LAMINNE.                                      PIERRE NOTHOMB.\n      LOUIS DELATTRE..     .                                  ERNEST PÉRIER.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERÇE.                        GEORGES RAMAEKERS.\n      L e baron G: DELLA FAILLE.                              GEORGES RENCY-\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                        BLANCHE ROUSSEAU.\n      D o m BRÏJNO DESTRÉE.                                   JOSEPH RYELANDT.\n      JULES DESTRÉE.                                          FERNAND SÉVERIN\n      Vicomte 'D'HENNEZEL                                     HENRY V A E S .\n      MAURICE. DULLAERT.                                      EMILE VERHAEREN.\n      J. ESQUIROL.                                            L'abbé F R . VERHELST.\n      EMILE FERMAUD.                                          LÉOPOLD WALLNER.etC., ttC\n      LAURENT FIERENS.\n\n                 Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL      de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé è t* R\n\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, g'adnsMf * ^\nl i è g e de la Revue, 2 2 , rue du Grand-Cerf; pour la publicité, 4 6 , rue Neufchatel, 1\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-206", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "À la mémoire de notre ami et collaborateur Joris-Karl Huysmans", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A LA MÉMOIRE DE notre Ami", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 426, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 344, "texte": "A LA MÉMOIRE\n\n                 DE\n\n\n\n\n  notre Ami et Collaborateur\n\n\nJORIS=KARL HUYSMANS\n       Littérateur Catholique\n\n    mort chrétiennement à Paris\n\n            le 12 Mai 1907\n\n\n\nces pages de DURENDAL sont dédiées\n\n         en témoignage de\n\n     notre affectueuse sympathie\n\n            et de notre\n\n  profonde et éternelle admiration\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-001", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 355, "page_fin": 363, "titre_corps": "Un artiste chrétien : Joris-Karl Huysmans", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Un Artiste Chrétien Joris-Karl Huysmans Ce qui manque", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 430, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1914, "texte": "Un Artiste Chrétien\n\n                    Joris-Karl Huysmans\n                                      Ce qui manque aujourd'hui ce sont\n                                    les âmes!             (En Route.)\n                                       Durtal comprit que la culture de\n                                    l'esprit n'étail rien et que la culture\n                                    de l'âme était tout.         (Ibidem.)\n\n\n               LEcôté le plus intéressant de l'être humain, c'est\n                  l'âme. Ce que fut celle de Joris-Karl Huys­\n                  mans depuis l'aube du matin radieux de sa\n                  conversion, un seul pourrait nous le révéler,\n                  l'ange préposé à sa garde et qui, lisant dans\n                  le livre admirable que fut désormais cette âme\n                  d'artiste, transfigurée par la grâce, en trans­\n                  crivit, une à une, les pages de feu en lettres\nd'or dans le Livre de Vie.\n   C'est à la fois comme artistes et comme chrétiens que nous\nadmirons et que nous aimons Joris-Karl Huysmans, et c'est\npourquoi il nous est doublement cher depuis sa conversion.\n   Non pas que ses œuvres antérieures ne nous intéressent par\nleur littérature. Non pas que, à l'instar des catholiques exagérés,\nnous refusions notre admiration à l'écrivain d'avant En Route,\nen dépit de la crudité de certains détails par trop réalistes de\nMarthe et des Sœurs Vatard. Nous avons l'esprit assez haut\npour savoir reconnaître le talent d'un écrivain de race, son idéal\nartistique fût-il à cent lieues du nôtre. Si le libre penseur qui\nnie le talent d'un écrivain parce qu'il est catholique, est un\nniais, le catholique qui nie le talent d'un écrivain parce qu'il\nest libre penseur, ne l'est pas moins.\n  Toutefois, idéal pour idéal, nous aimons mieux le nôtre et\nnos préférences vont à l'œuvre de l'artiste converti pour bien\ndes raisons.\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "356                          DURENDAL\n\n\n    Tout d'abord nous avons la joie de voir en l'auteur d'En Route\nune magnifique incarnation de notre idéal à nous : l'artiste\nchrétien.\n    Artiste, Huysmans le fut plus qu'aucun écrivain de ce siècle.\n Il l'est resté, Dieu merci, après sa conversion, quoiqu'en disent\ncertains galopins de lettres, dont l'opinion n'a pas d'importance.\n Il le fut toute sa vie, avant comme après. A mon avis, il le fut\nplus après, parce qu'un artiste l'est d'autant plus que son idéal\nest plus transcendant, si, bien entendu, son talent est à la hau­\nteur de cet idéal.\n    Chrétien, Huysmans l'a été jusqu'à l'héroïsme. Les phari­\nsiens ont mis en doute sa sincérité. Mais toute sa vie, tous ses\ngestes', ses cris sublimes vers Dieu, les admirables prières dont\nsont émaillés ses livres, prières dont la teneur est de celles qui ne\ntrompent point, sa résignation dans la douleur, sa sérénité en\nface de la mort, prouvent à l'évidence que le chrétien chez\nHuysmans fut au niveau de l'artiste.\n    Ce fut une grande âme, une âme de mystique au point de\nvue divin, une âme de génie au point de vue humain.\n                                  *\n\n   La Foi ne diminue pas le génie. Bien au contraire, elle en\ncentuple la puissance. Et j'ai la conviction intime que le Dante,\npar exemple, n'eût pas atteint à la cime vertigineuse auquel il\nest parvenu à s'élever, si son âme eût été privée de la Lumière\nSurnaturelle dont les rayons firent flamboyer son. œuvre géniale.\nLes siècles salueront éternellement dans le Dante le plus grand\npoète qui fut jamais. Sa gloire est immortelle. Chrétiens, nous\nle revendiquons, lui aussi, avec fierté pour notre frère, non\nseulement en Art mais encore en la Foi catholique.\n   Un génie de l'envergure du Dante est un critérium de la\nvérité de notre Foi, cent fois plus pertinent que tous les raison­\nnements apologétiques.\n   Un génie chrétien est un fait et un fait on ne le supprime pas.\n   Ce que le Dante fut pour le temps où il vécut et pour tous les\ntemps à venir, Huysmans l'a été pour le nôtre et le restera. Lui\naussi est un argument, sans réplique, de la vérité de nos\ncroyances.\n   Par son retour à l'Eglise et par toute sa vie d'artiste catho-\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "                       UN ARTISTE CHRÉTIEN                         357\n\nlique qui s'en suivit, B u y s m a n s a réfuté une fois de plus\nl'inepte légende de l'impossibilité pour un esprit supérieur d'être\nà la fois artiste et catholique.\n   E n devenant catholique, disions-nous il y a un instant,\nH u y s m a n s n'a pas cessé d'être artiste. L e s catholiques outran-\nciens le lui ont-ils assez reproché : « Vous n'êtes pas\nconverti, puisque votre style ne l'est pas », lui ont-ils dit\ncomme s'il était de l'essence d'un catholique d'écrire dans\nun style pompier. Ces reproches saugrenus venant de notre\ncôté me firent bondir. E t je m'empressai d'écrire à H u y s ­\nmans, avec qui je fus en correspondance assidue : « De grâce,\nn'abandonnez pas votre style. N e changez rien à votre manière.\nNe tuez pas l'artiste qui est en vous. L e plus grand service\nque vous puissiez rendre à l'Eglise c'est de dire ses gloires\ndans votre langue à vous, dans cette langue d'un réalisme si sain\net si vrai, en ces termes pittoresques, à l'emporte-pièce, qui\nconstituent toute votre personnalité. »\n\n                                   *\n\n\n    Le dégoût qu'inspirait à H u y s m a n s la veulerie du siècle con­\ntemporain l'instiguait à en sortir. Il songea un instant à\nendosser le froc. Mais, d'autre part, sa nature d'artiste le retint\ndans le monde des lettres et l'empêcha de commettre la mala­\ndresse de le quitter. Il y était nécessaire. « Je suis encore trop\nhomme de lettres pour faire un moine et je suis cependant déjà\ntrop moine pour rester parmi les gens de lettres », écrivait-il\ndans En Route en guise de conclusion.\n   Il trouva le joint. Il se fit oblat, c'est-à-dire moine dans le\nmonde. Cette qualité lui permit de jouir de tous les avantages\nreligieux dont était hantée son âme affamée de Dieu et de per­\nsévérer en m ê m e temps dans sa vocation d'écrivain.\n   Sa conversion fut un stimulant pour son art. Il trouva d a n s\nla vie chrétienne une nouvelle source d'inspiration. Sous\nl'aiguillon de la F o i son talent s'affina. Des horizons plus\nvastes s'ouvrirent à ses y e u x . Il découvrit un terrain d'art\nencore inexploré. Son intelligence perspicace lui fit voir d'em­\nblée non pas seulement l'extérieur mais l'essence même de la\ngrande église catholique. L a m y s t i q u e elle-même n'eut pas de\nsecret pour lui. Il ne se contenta pas de faire le tour des murs\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "358                           DURENDAL\n\n\nde l'église. Il ne s'arrêta pas au seuil de la cathédrale. Il entra.\nIl pénétra jusqu'au sanctuaire. Il ouvrit les portes du taber­\nnacle. Il y vit Dieu, l'aima et l'adora. Et en découvrant Dieu,\nla Beauté Essentielle, il découvrit du même coup la Beauté de\nson Eglise, les splendeurs de l'art chrétien, la majesté des\ndogmes, la poésie des liturgies.\n    Une fois pénétré de cette vérité primordiale, qu'il était si\nbien fait pour comprendre, que l'art religieux qui a été cultivé\npar les plus robustes génies, chanté par les plus beaux poètes,\npratiqué par les géants de l'art, incarné tant en peinture qu'en\nsculpture, en architecture et en musique, en des chefs-d'œuvre\nqui n'ont jamais été surpassés, c'est le sommet de l'art, il con­\nsacra tout son talent à la glorification de l'idéal d'En-Haut.\n    Et nous eûmes alors la joie de voir paraître successivement\nces belles pages d'art chrétien : En Route, histoire empoignante\nd'une âme terrassée par la grâce, ramenée à Dieu après une\nlutte effroyable avec le Très-Bas par la route de l'art de son\n Eglise; La Cathédrale, synthèse curieuse et intéressante du\n symbolisme chrétien en même temps que description grandiose\n de l'art fastueux du temple catholique dans sa plus haute réali­\n sation, la cathédrale gothique; Sainte Lydwine de Schiedam,\n panégyrique incomparable d'une âme blanche s'immolant sur\n l'autel de la douleur chrétienne pour l'expiation de péchés\n qu'elle n'avait pas commis; L'Oblat, où nous voyons se dérouler\n sous les gracieuses ogives d'une église abbatiale et à l'ombre\n poétique d'un cloître monastique le cycle incomparable de la\n vie liturgique; Lourdes, que nous aimons non seulement parce\n qu'il y a vengé la Vierge et les grands pèlerinages catholiques\n des rires sarcastiques et imbéciles de l'impiété, mais encore\n parce que l'art vrai et sérieux, l'art officiel de l'Eglise, le seul\n art reconnu par elle, y est défendu avec tant de ferveur et une si\n prenante éloquence contre l'envahissement d'un art religieux de\n contrebande, de cet art de camelotte, d'un sentimentalisme\n bête, faux et grotesque que les boutiquiers de Saint-Sulpice\n  avaient mis à la mode.\n    Catholiques, nous devons à J.-K. Huysmans une reconnais­\n sance éternelle pour avoir magnifié notre idéal d'art en un style si\n vibrant qu'il s'est imposé à l'admiration des ennemis de la Reli­\n gion eux-mêmes. Cette apologie magnifique de l'art de l'Eglise\n  par un des plus grands écrivains de ce siècle fit réfléchir les\n"}, {"page_pdf": 434, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "                      UN ARTISTE CHRÉTIEN                      359\n\npenseurs et les artistes. Plus d'un s'est tourné vers l'Eglise\naprès avoir lu En Route. Car la conclusion évidente de tout ce\nlivre c'est que si l'art de l'Eglise est si grand et si beau, c'est\nparce qu'elle est la Vérité. Et cette conclusion est d'autant\nplus urgente qu'elle jaillit d'une âme dont il est impossible de\ncontester la sincérité. Huysmans a poussé cette sincérité jus­\nqu'à mettre à nu les tares de ses coreligionnaires, défauts inhé­\nrents à toute œuvre à laquelle est mêlée notre pauvre et\nmédiocre humanité.\n   Les taches du soleil n'en diminuent pas l'éclat. C'est ce que\nsavait Huysmans et c'est pourquoi il n'eut pas peur de dire aux\ncatholiques leurs vérités et en le faisant il leur rendit un grand\nservice.\n   Quelles que soient les faiblesses de certains catholiques peu\nconséquents avec leur Foi, l'Eglise qu'ils déshonorent par leurs\ngestes n'en est pas moins, tant au point de vue moral qu'au\npoint de vue art, une des plus belles institutions qui soient au\nmonde.\n                                 *\n\n\n   Huysmans a montré d'une façon saisissante par toute son\nœuvre catholique quelle source d'art inépuisable est cachée dans\nle sens religieux. Celui qui veut se convaincre que la Foi n'avait\npas étouffé l'artiste en lui et que la Foi est une puissante source\nd'inspiration pour l'écrivain n'a qu'à lire ses livres.\n   Je viens de relire En Route. C'est ce qu'on peut appeler le\nroman d'une âme catholique. Ce roman est un des plus beaux\nchefs-d'œuvre des lettres modernes.\n   En bien des passages Huysmans s'élève jusqu'à la Maîtrise.\nLisez notamment la merveilleuse paraphrase du De Profundis\nchanté un soir de novembre à Saint-Sulpice qui ouvre le\nvolume. C'est une analyse d'une perfection de style absolue, de\nla parole inspirée, des accents d'éternité que lui communique\nle chant en l'enrobant des notes profondes de la musique grégo­\nrienne, de l'impression formidable que le texte chanté sous les\narceaux mystérieux d'une église à la nuit tombante produit\ndans une âme que le remord travaille. La littérature française\ncontient peu de pages aussi belles et aussi fortes que celles-là.\n   L'œuvre catholique d'Huysmans en renferme quantités\nd'autres absolument parfaites au point de vue littéraire, pages\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "360                           DURENDAL\n\n\nclassiques, à reproduire dans les anthologies, à proposer à\nl'admiration de la jeunesse comme des modèles de style.\n   J e défie non seulement celui qui a la F o i mais quiconque a\nun peu de feu à l'âme et est sensible à la beauté de lire sans\némotion : la prise de voile chez les Bénédictines de la rue\nMonsieur; la description d'une messe célébrée, à l'aurore, dans\nla crypte mystérieuse de la fastueuse cathédrale de C h a r t r e s ; le\ntableau des moines de la T r a p p e d ' I g n y abîmés dans la prière,\nprosternés le front contre terre dans la chapelle de l'abbaye et\ndont le spectacle arrachait à D u r t a l ce soupir vers Dieu : Oh!\nprier, prier comme ces moines!; enfin l'exquise silhouette de\nl'humble frère Siméon, le vieux porcher du monastère, qui tout\nen vaquant aux plus basses besognes vivait de la Vie Unitive,\nl'âme ensevelie, noyée dans l'Océan de la Divine Essence et\ndevant lequel Durtal avait envie de se jeter à genoux en lui\nbaisant les mains, rien qu'après avoir vu la façon dont priait à\nl'église cet être angélique qui, sous une enveloppe grossière,\ncachait une âme sublime.\n   T a n t d'autres chapitres seraient à signaler comme étant de\npurs chefs-d'œuvre qui supporteraient la comparaison avec les\nplus brillantes pages de nos plus célèbres écrivains.\n\n                                      *\n                                  *       *\n\n   L e nom d ' H u y s m a n s évoque celui de Zola. Ils compagnon-\nnèrent aux soirées de M é d a n . L e point de départ des deux fut\nle même : le Naturalisme ; l'aboutissement diamétralement\nopposé. Zola mourut en matérialiste impénitent, après avoir\nécrit toute une série de livres plus réalistes les uns que les\nautres, d'un naturalisme faux puisqu'il néglige l'âme qui est\nl'essentiel de la nature h u m a i n e .\n   H u y s m a n s , dont l'intelligence dépassait de loin en finesse\net en délicatesse celle de Zola, mourut en chrétien, après avoir\ndépouillé le vieil h o m m e pour revêtir l'homme nouveau régé­\nnéré par les sacrements et dès ce moment sa littérature fut\nvraiment réaliste en ce sens qu'elle donna la première place à\nl'âme qui est la plus haute réalité de la création.\n   C'est par l'âme surtout que les deux écrivains différaient.\nZola ne l'avait pas assez h a u t e pour comprendre l'Eglise. Il\npoussa la bassesse jusqu'à bafouer ce qu'il ne connaissait pas.\nIl avait le mépris de la Virginité. Il fit la caricature du prêtre\n"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "                              UN ARTISTE         CHRÉTIEN                                36l\n\n\nchaque fois qu'il en parla. Il profana le nom du Christ en le\ndonnant au plus odieux personnage d'un de ses romans. Il\ncalomnia les ordres religieux dans un livre qu'il eut le cynisme\nd'intituler Vérité, alors qu'il n'est qu'un i m p u d e n t mensonge\nd'un bout à l'autre.\n   T o u t e l'œuvre de J.-K. H u y s m a n s depuis sa conversion fut\nun acte de F o i , un h y m n e à Dieu, une exaltation de l'Eglise,\nun cantique à la Vierge, un h o m m a g e à la Sainteté, une apologie\nde la vie mystique et des ordres monastiques, et un exposé\nmerveilleux de toutes les richesses du grand art catholique.\n   Zola ne fut q u ' u n littérateur, H u y s m a n s fut, en outre, une\nâme, et une âme de lumière. E t ceci vaut bien cela. A nos yeux\nceci vaut plus. Il n'eût été qu'un artiste que nous eussions pu\nl'admirer sans doute, comme nous admirons le talent d'un\nRenan, et le génie d'un Victor H u g o , mais il n'eût pas été\ncomplet pour nous dont l'idéal est l'artiste religieux et nous\nne l'eussions pas aimé autant.\n   H u y s m a n s qui avait ce sens vrai des choses que donne la\nF o i , mettait lui-même l'élévation morale bien au-dessus de la\nvaleur littéraire de l'écrivain. Ecoutez les dernières paroles de\nson livre, En Route, où se révèle toute l'âme chrétienne de\nl'artiste converti : « Si ceux-là — reprit D u r t a l — pensant à\nces écrivains qu'il lui serait sans doute difficile de ne pas revoir,\nsi ceux-là savaient combien ils sont inférieurs au dernier des\nconvers ! S'ils pouvaient s'imaginer combien l'ébriété divine\nd'un porcher de la T r a p p e m'intéresse plus que toutes leurs\nconversations et que tous leurs livres ! Ah ! Vivre, vivre à\nl'ombre des prières de l'humble Siméon, Seigneur ! »\n   A Zola mort en libre penseur et dont le niveau d'âme était\nbien en dessous de celui d ' H u y s m a n s on a rendu en ces derniers\ntemps des hommages apothéotiques exagérés, car ils n'étaient\npas justifiés par la valeur de l'homme (1), en transférant pompeu-\n\n  (1) Nous ne sommes pas seul de notre avis. Voici le jugement porté sur la valeur de\nl'œuvre de Zola par Léon Daudet dans un article publié récemment dans la Revue Hebdo-\nmadaire sous ce titre : A propos de J.-K.     Huysmans.\n   « Nous ne relisons pas aujourd'hui sans épouvante les manifestes prétentieux où l'épais\nZola, ignorant de tout, prétendait restreindre la vie au tube digestif et expliquer l'homme par\nla bête. Que de pareilles calembredaines aient pu agir sur une génération, être discutées\nsérieusement et servir de bannière intellectuelle en même temps que d'enseigne commer­\nciale, voilà qui prouve l'efficacité de l'aplomb. Quoique placé sous l'invicalion du grand\net subtil Claude Bernard, le fatras des Rougon-Macquart ne présente absolument rien de\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2640, "texte": "362                                   DURENDAL\n\n\nsèment ses cendres refroidies par la mort dans un Panthéon\npaïen.\n   H i e r nous vîmes porter dans une église catholique, à la clarté\nvacillante des cierges, au chant contrit des psaumes de la\npénitence, escorté par les croyants et par les prêtres de Dieu,\nle modeste cercueil consacré par l'eau bénite qui contenait le\ncadavre du grand artiste que fut Joris-Karl H u y s m a n s enseveli\ndans une robe de moine, mains jointes, un rosaire à la ceinture,\nle crucifix sur la poitrine.\n   Oui oserait nier que de ces deux spectacles essentiellement\ncontradictoires celui-ci fut de loin le plus grandiose.\n\n\n\n   U n e des plus belles pages de la fin du livre : En Route est le\ncantique d'actions de grâces chanté par le converti en union avec\nla N a t u r e au sortir de la T a b l e Sainte à la T r a p p e d'Igny, un\njour, où, selon son expression, après u n e communion, Dieu lui\navait dilaté l'âme de telle 'sorte qu'il ne la sentait même plus\nsienne, t a n t le Christ l'avait noyé dans la mer de sa divine\nInfinité, engloutie d a n s le céleste firmament de sa P e r s o n n e !\n\n   Durtal quitta, aussitôt la messe terminée, la chapelle, et s'échappa dans le\nparc.\n   Alors, doucement, sans effets sensibles, le Sacrement agit; le Christ ouvrit,\npeu à peu, ce logis fermé et l'aéra; le jour entra à flots chez Durtal. Des\nfenêtres de ses sens qui plongeaient jusqu'alors sur il n e savait quel puisard ou\nquel enclos humide et noyé d'ombre, il contempla subitement, dans u n e trouée\nde lumières, la fuite à perte de vue du ciel.\n   L a vision de la nature se modifia; les ambiances se transformèrent; le\nbrouillard de tristesse qui les voilait s'évanouit ; l'éclairage soudain de son\nâme se répercuta sur les alentours.\n   Il eut cette sensation de dilatement, de joie presque enfantine du malade\nqui opère sa première sortie, du convalescent qui, après avoir traîné dans\nu n e c h a m b r e , met enfin le pied d e h o r s ; tout se rajeunit. Ces allées, ces bois\nqu'il avait tant parcourus, qu'il commençait à connaître, à tous leurs détours,\ndans tous leurs coins lui apparurent sous u n autre aspect. U n e allégresse\n\n\nscientifique. Cet arbre généalogique est arbitraire. Ces énumérations sortent du manuel.\nCette outrance est une décrépitude du romantisme. Cette recherche de la sanie et de la\nscorie même inutiles, cet abus de la répétition, du prêche laïque sont des preuves de\nfatigue et non d'énergie. Je ne puis voir dans le prétendu naturalisme autre chose qu'un\navilissement de la littérature succédant à l'abaissement national de 70-71, qu'un phéno­\nmène de dépression. »\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3129, "texte": "                          UN ARTISTE      CHRÉTIEN                          363\n\n\ncontenue, une douceur recueillie émanaient de ce site qui lui paraissait, au\nlieu de s'étendre ainsi qu'autrefois, se rapprocher, se rassembler autour du\ncrucifix, se tourner, attentif, vers la liquide croix.\n   Les arbres bruissaient, tremblants, dans un souffle de prière, s'inclinaient\ndevant le Christ qui ne tordait plus ses bras douloureux dans le miroir de\nl'étang mais qui étreignait ces eaux, les éployait contre lui, en les bénissant.\n   Et elles-mêmes différaient ; leur encre s'emplissait de visions monacales,\nde robes blanches qu'y laissait, en passant, le reflet des nuées ; et le cygne les\néclaboussait, dans un clapotis de soleil, faisait, en nageant, courir devant lui\nde grands ronds d'huile.\n   L'on eût dit de ces ondes dorées par l'huile des catéchumènes et le Saint\nChrême que l'Eglise exorcise le samedi de la semaine sainte ; et, au-dessus\nd'elles, le ciel entr'ouvrit son tabernacle de nuages, en sortit un clair soleil\nsemblable à une monstrance d'or en fusion, à un saint sacrement en flammes.\n   C'était un Salut de la nature, une génuflexion d'arbres et de fleurs, chantant\ndans le vent, encensant de leurs parfums le Pain Sacré qui resplendissait là-\nhaut, dans la custode embrasée de l'astre.\n   Durtal regardait, transporté. Il avait envie de crier à ce paysage son\nenthousiasme et sa foi ; il éprouvait enfin une aise à vivre. L'horreur de\nl'existence ne comptait plus devant de tels instants qu'aucun bonheur simple­\nment terrestre n'est capable de donner. Dieu seul avait le pouvoir de gorger\nainsi une âme, de la faire déborder et ruisseler en des flots de joies ; et lui\nseul pouvait ainsi combler la vasque des douleurs, comme aucun événement\nde ce monde ne le savait faire.\n    Durtal venait de l'expérimenter ; la souffrance et la liesse spirituelles\n atteignaient, sous l'étreinte divine, une acuité que les gens les plus humaine­\n ment heureux ou malheureux ne soupçonnent même pas.\n    Il se promena soulevé de terre par une joie confuse. Il se vaporisait en une\n sorte de griserie, en une vague éthérisation, où montaient, sans penser à se\n formuler par des mots, des actions de grâces; c'était un remerciement de son\n âme, de son corps, de tout son être, à ce Dieu qu'il sentait vivant en lui et\n épars dans ce paysage agenouillé qui semblait répondre, lui aussi, à des\n hymnes muettes de gratitude.\n\n   T e l fut le premier verset du Te D e u m d'actions de grâces q u e\nl'âme d ' H u y s m a n s entonna après sa conversion, qui ne q u i t t a\nplus ses lèvres chrétiennes d u r a n t le restant de son pèlerinage\nici-bas et dont il est allé chanter la dernière strophe d a n s\nla cathédrale de l'éternité, avec les anges de Dieu, ces poètes\ndu Ciel, et avec tous les artistes qui, après avoir sur terre rendu\nhommage par leurs œuvres à la B e a u t é Essentielle, sont allés\ndéposer avec les vieillards de l'apocalypse la couronne de leur\ngénie au pied du trône de l'Agneau éternellement immolé\npour le salut du m o n d e .\n                                                         HENRY     MŒLLEK.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-002", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 364, "page_fin": 366, "titre_corps": "In Memoriam", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "In Memoriam LEComité de Rédaction de Durendal", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 439, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "In Memoriam\n                   LEComité de Rédaction de Durendal a fait célébrer\n                       une messe solennelle pour le repos de l'âme\n                       de son collaborateur Joris-Karl H u y s m a n s , le\n                       mardi 28 mai, en l'église des Révérends Pères\n                       Carmes, avenue de la Toison d'Or, à Bruxelles.\n                       U n e église de couvent n'était-elle pas toute\n                      désignée ici? L e défunt s'honorait du titre\n                      d'Oblat Bénédictin. Ce fut en réalité un moine\nlaïc. Il avait une âme de moine. Il voulut être enseveli dans\nune robe de moine. U n de ses plus beaux livres, L'Oblat,\nn'est pas autre chose que l'apologie de la vie monastique.\nC'est la pensée qui nous anima en choisissant pour le service\nune église conventuelle.\n   N o m b r e u x furent les amis qui vinrent prier avec nous pour\nl'âme du grand mort.\n   P a r m i les assistants, il est de notre devoir de signaler en tout\npremier lieu le baron Descamps, notre nouveau ministre des\nSciences, Arts et L e t t r e s . Sans doute il ne fit que son devoir.\nMais un ministre l'eût-il compris jadis? « Y a-t-il donc quelque\nchose de changé dans les sphères officielles? » disait le Rédac­\nteur du Samedi en constatant le fait. L ' E t a t s'intéresserait-il\nenfin à la L i t t é r a t u r e et aux hommes de lettres?\n   Nous remercions de tout cœur et félicitons avec enthousiasme\nle baron Descamps de cette noble initiative. Il a fait là un\ngeste superbe et nous ne l'oublierons pas. C'est de bon augure\npour l'avenir et nous avons tout lieu de conclure que la direc­\ntion officielle des Lettres est en bonnes mains.\n   L e baron Descamps était accompagné de M . Cyrille Van\nOverberg, le directeur du d é p a r t e m e n t des L e t t r e s , et de\nM. de Kerckove, secrétaire du ministre.\n   Un grand nombre de nos collaborateurs entouraient la rédac­\ntion de la revue et parmi eux nous avons remarqué l'abbé\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "                                  IN MEMORIAM                                     365\n\n\nVerhelst, l'abbé Cuylits, Arnold Goffin, Joseph Ryeland,\nT h o m a s B r a u n , H e n r i Davignon, le baron de Coppin, G. de\nGolesco, Fierens-Gevaert, Victor Kinon, etc. Empêchés par\nforce majeure, d'autres s'étaient excusés, n o t a m m e n t Georges\nVirrès, Maurice Dullaert, Georges Ramaekers, Paul L a m b o t t e ,\nPierre N o t h o m b .\n   Y étaient encore de nombreux amis de Durendal, notamment\nle chanoine H a l l a u x , curé de Saint-Boniface ; le d é p u t é L . De\nL a n s t h e e r e ; Mgr Proost, aumônier de la Cour; M. Degives, le\ncomte Vanden Steen, etc. D'autres personnes, littérateurs, ou\namis de notre revue, nous exprimèrent le regret d'être empêchées\nde se joindre à nous, entre autres E u g è n e Gilbert, Pol D e m a d e ,\nCharles Lagasse de Locht, dom Germain Morin, de l'abbaye de\nM a r e d s o u s ; Jules Renkin, ministre de la Justice.\n   Nous oublions sans doute de citer d'autres noms qui devraient\nl'être. Qu'on veuille bien nous excuser. Impossible du reste de\nciter t o u t le m o n d e . Mais nous les remercions en tous cas\ntous, à la fois des prières qu'ils ont dites avec nous pour le\ndéfunt et de la s y m p a t h i e qu'ils ont témoignée à Durendal en\ncette occasion.\n   L ' a b b é Mugnier, de P a r i s , ami i n t i m e d ' H u y s m a n s , se joignit\nen esprit à nous par l'envoi de sa carte avec ces mots : « Bien\nsincèrement et fraternellement uni au comité de rédaction de\nDurendal avec le regret de ne pouvoir assister au service et de\nne pouvoir entendre le très éloquent Père Besse. »\n   Près de la Rédaction on r e m a r q u a i t une robe de moine.\nC'était Dom Besse, bénédictin de l'abbaye de Ligugé, ami\nintime et directeur de conscience du défunt p e n d a n t son séjour\nauprès des moines.\n   Nous l'avions invité à venir nous parler de notre cher et\ngrand écrivain catholique. Ce qu'il fit l'après-midi, au local\n« Patria », dans une conférence a d m i r a b l e et inoubliable, qui\nfut profondément émouvante et qui étreignit vraiment les\ncœurs.\n   Dom Besse nous tint sous le charme captivant de sa parole,\nd'une si noble et si éloquente simplicité, pendant plus d'une\nheure. Il fit vraiment revivre H u y s m a n s sous nos yeux. Nous\navions comme l'illusion de l'avoir un instant parmi nous et\nd'entendre parler le mort lui-même dont le conférencier nous\ncita t a n t de belles et fortes paroles. Il évoqua surtout l'âme\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1268, "texte": "366                        DURENDAL\n\n\nchrétienne de l'artiste catholique et nous la fit voir dans toute\nsa splendeur. Nous garderons toujours le souvenir de cet entre­\ntien exquis de Dom Besse. Nous le reproduisons ici même, afin\nque ce souvenir, en même temps que celui du défunt, reste à\njamais gravé dans les archives de Durendal, comme il reste gravé\ndans nos âmes émues et reconnaissantes.\n   Une magnifique assemblée nous entourait ici de nouveau et,\nen tête, le baron Descamps, ministre, que nous remercions une\nseconde fois pour ce nouveau témoignage de sympathie donné\nà la littérature et aux écrivains.\n   Nous avons remarqué encore parmi les auditeurs, en outre,\ndes personnes qui assistèrent, le matin, au service : le sénateur\n Braun, le comte t' Kint, l'ambassadeur d'Angleterre, l'abbé\n Halflants et son frère le juge Halflants, le conseiller Nothomb,\nle député Jules Destrée, les littérateurs Georges Rency,Dumont,\n Wilden, Pierre Nothomb.\n   Journée consolante que celle-là. Elle aura réjoui, soulagé et\n consolé l'âme du défunt qui, sans doute, aura prié Là-Haut pour\n ceux qui ont évoqué si complètement et d'une façon si touchante\n son souvenir et qui ont prié ensemble pour lui ici-bas.\n\n                                             HENRY MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-003", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 367, "page_fin": 382, "titre_corps": "Conférence prononcée à Bruxelles, le mardi 28 mai 1907, par le R. P. Dom J. M. Besse, à l’issue du service solennel célébré en l’église des Carmes, à Bruxelles, par les soins de la rédaction de « Durendal » pour le repos de l’âme de Joris-Karl Huysmans", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "R. P. Dom J. M. 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Des hommes\n                    de lettres, des personnes du monde, des prêtres, des reli­\n                    gieux gravissent l'escalier et montent au cinquième étage.\n                    Je vous invite à les suivre. Vous pénétrez dans un apparte­\n                    ment qui a, dès le vestibule, l'aspect grave de la demeure\n                    d'un homme laborieux. La porte, en s'ouvrant, vous met\n                    en face d'une bibliothèque. La salle à manger dans\n                    laquelle vous entrez, sur la droite, a les murailles tapissées\nde volumes, rangés avec un ordre parfait. L'état de leur reliure témoigne\ndu respect dont leur maître les entoure. Ce sont des amis qu'il consulte\nIrequemment. Vous y voyez ses écrivains préférés. La littérature, qui y est\nlargement représentée, n'est pas la partie la plus riche. Les écrivains ascétiques\net mystiques abondent. Il y a des collections historiques et archéologiques,\ncapables d'exciter l'envie des érudits eux-mêmes. Les livres rares, que recherche\nle bibliophile, ne sont pas absents. Cette bibliothèque vous fait déjà connaître\ncelui qui a vécu et travaillé dans cet appartement.\n   Voulez-vous faire avec lui connaissance plus intime ? Examinez les objets\nd'art suspendus sur les surfaces que leur abandonne la bibliothèque. Ce ne\nsont partout que débris du moyen âge. Ici, une vierge en bois; là, un encensoir\nde cuivre, noirci par le temps et la fumée; à côté, un Saint-Denys, en pierre,\nqui porte sa tête dans les mains, puis, des reliquaires, un crucifix; on dirait\nun musée formé par un collectionneur médiéviste. Ces bibelots ne sont pas\ndes ornements vulgaires. Celui qui les a réunis les traitaient comme les\nsouvenirs pieux d'une époque et d'une patrie aimée. C'était un homme du\nmoyen âge, égaré en nos temps.\n   Le coin de Paris, qui se déroule, devant sa fenêtre, par-dessus les toits et à\ntravers les cheminées, lui montre à l'horizon la poivrière du clocher de Saint-\nGermain. Il en vient mille voix du passé. Les grosses tours de Saint-Sulpice,\nmalgré leur lourdeur ancien régime, ne lui déplaisent pas. Les maisons\nentassées les unes sur les autres ne sauraient empêcher les souvenirs des\n"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "368                               DURENDAL\n\n\ngrands événements religieux, accomplis sur le sol qu'elles recouvrent, d'arriver\njusqu'à son esprit. Cet homme communiait à l'âme des siècles qui ne\nsont plus.\n    Avec quel cœur il rendait les vibrations de cette âme vénérée ? Les murs de\ncette salle vous le diraient, si Dieu leur donnait une langue pour se faire\nl'écho des propos entendus. Les amis, qui prenaient part à son repas frugal,\nen garderont le souvenir longtemps. Les réunions du dimanche soir avaient\nun charme inexprimable. On y rencontrait Lucien Descaves, qui eut pour le\nmaître une si affectueuse vénération, l'abbé Mugnier, Forain, si pétillant de\nverve et d'esprit, Jules Bois, le bon Landry et le fidèle Girard. Parfois un ami\nseul était à côté du maître et dans des entretiens intimes, qu'il était heureux\nde prolonger, le soir, il livrait le meilleur de son âme. C'était un écho\n charmant et simple de ses lectures et de ses réflexions.\n    Tout cela, hélas ! est fini. Le cabinet de travail, qui est ouvert devant nous,\n ne recevra plus le merveilleux artiste. Nous ne le verrons plus assis sur sa\n chaise devant sa table. Il ne lira plus; il n'écrira plus. Sa main n'ira plus\n chercher les volumes de la bibliothèque. Les livres récemment parus, les\n périodiques et les journaux l'attendront longtemps, accumulés auprès de son\n siège. Le canapé vert et les quelques fauteuils resteront inoccupés. Les amis\n ne viendront plus s'y asseoir pour causer avec le maître.\n    La chambre où il prenait chaque nuit son repos et où il a tant souffert garde\n sa dépouille mortelle. Elle est là, sur son lit, réduite presque à rien par des\n mois de torture. Vous voyez son crâne couvert d'une peau jaunie, enfoncé sous\n les plis d'un capuchon. Une tunique et un scapulaire de moine couvrent son\n corps. Il a sur la poitrine un crucifix et des reliques; les images du vieux\n temps, qu'il préférait, sont autour de lui. 11 nous apparaît dans la mort ce\n qu'il fut pendant les dernières années de sa vie, le moine laïc, l'oblat de Saint-\n  Benoît. La chambre a cet air de sanctuaire du moyen âge qu'il aimait à\n  lui donner.\n     Joris-Karl Huysmans, oblat de Saint-Benoît, repose pour toujours. Demain,\n  une foule recueillie va le conduire au cimetière Montparnasse, où il attendra la\n  résurrection des corps. Elle se compose d'hommes appartenant à toutes les\n  classes. Ce cortège funèbre ne ressemble en rien à celui des écrivains qui ont\n  eu quelque célébrité. C'est à l'église de Notre-Dame des Champs que la diffé­\n  rence s'affirme. Si l'on excepte certaines personnes amenées par les conve­\n  nances ou la curiosité, tous les assistants savent prier et ils prient pour celui\n  qu'ils accompagnent au tombeau. Leur prière a un accent de gratitude qui doit\n  toucher le cœur de Dieu. Parmi ces hommes et ces femmes, ces prêtres et ces\n  religieux, il n'en est guère à qui Huysmans n'ait, un jour ou l'autre, fait du\n  bien. Que de cœurs, opprimés par la souffrance morale ou physique, ont trouvé\n  dans la lecture de ses livres, avec le secret providentiel de la douleur, la force\n  de porter courageusement la croix. Qui donc n'a pas eu besoin de recevoir\n  cette leçon ? Qui l'a reçue n'oublie jamais celui par qui Dieu la lui a donnée.\n     On constate, en assistant à ce service funèbre, la grandeur et l'utilité de\n  l'œuvre de Huysmans. C'est une-œuvre profondément religieuse.'\n     Je n'ai pas à l'examiner devant vous, Mesdames et Messieurs, au point de\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3619, "texte": "               CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                             369\n\n\nvue littéraire. Vous avez su depuis longtemps l'apprécier comme elle le mérite.\nIl me suffira de vous montrer quel chrétien fut l'auteur.\n    Lorsque vous désirez vous rendre compte des idées religieuses et des senti­\nments d'un écrivain, vous cherchez d'instinct les sources auxquelles il les a\npuisés. C'est le moyen le plus simple et le plus sûr. Ces sources sont d'ordi­\nnaire placées pour lui dans l'intelligence et dans le cœur de quelques prêtres.\nC'est, en effet, aux prêtres que les laïques vont demander la pensée chrétienne.\nIls ont, dans l'Eglise, mission de la leur fournir. Ce sont les maîtres ès science\nde la religion. Huysmans se conforma à cette disposition de la Providence.\nQuiconque voudra se faire une idée complète de son œuvre devra chercher\nà connaître les hommes d'Eglise qu'il fréquenta ; il saura par là même l'école\nreligieuse dont il fut, j'allais dire le disciple, mais c'est un terme qui ne saurait\nlui convenir. Il entra en pleine communion d'esprit avec ceux qu'il rencontra\nsur son chemin et dont il sut faire les meilleurs de ses amis et ses confidents\nintimes, sans cesser néanmoins de rester pleinement lui-même.\n   Vous m'excuserez, Mesdames et Messieurs, s'il m'arrive de laisser un peu\ntrop en évidence ma personne. Je ne veux être ici qu'un témoin.\n   C'est en 1894, au printemps, que je vis Huysmans pour la première fois.\nUn de ses jeunes amis, Gustave Boucher, qui fit une retraite à Ligugé et nous\nrevint peu après à Saint-Wandrille, me servit d'introducteur. Il me fallut\nmonter au cinquième étage du n° 11 de la rue de Sèvres. Huysmans occupait\nsous les toits un tout petit appartement, une garçonnière, dont les cloisons\ndisparaissaient derrière les livres et les bibelots pieux. La rude ascension d'un\ncinquième ne le gênait pas. Une fois sur ces hauteurs, il dominait la rue, les\nhommes et les maisons. Le bruit ne l'atteignait guère. Il avait une solitude\npour vivre paisible, après la sortie du ministère de l'Intérieur. Je le vois encore\navec son sourire bon et accueillant, son geste qui mettait tout de suite à l'aise.\nLe chat, son compagnon inséparable, se tenait en observation dans un coin.\n Le manuscrit d'En route attendait sur la table d'être envoyé à l'imprimeur.\nC'est vous dire que l'auteur était converti depuis assez longtemps. Vous avez\ntous présent à l'esprit le magnifique tableau d'âme que le puissant artiste\na peint dans ce livre. Combien de convertis s'y sont reconnus? Cette œuvre\nde Huysmans est extraordinairement vécue. 11 s'en dégage une impression de\nsincérité inimitable. Ceux qui ont élevé des doutes sur sa conversion ne\nl'ont jamais lue; ou, s'il leur est arrivé de la lire, ils n'y ont rien compris.\nCertains passages ont pu paraître assez osés. Un ecclésiastique, supérieur d'un\ncollège, lui en fit un jour la remarque. « J'hésiterais peut-être aujourd'hui\nà les écrire, lui répondit l'auteur avec sa franchise habituelle. Mais il faut\nl'avouer, il serait fâcheux de les faire disparaître. Ils témoignent de la vérité\ndu livre. C'est parce qu'il est vrai qu'il a sur les esprits une portée religieuse. »\nHuysmans avait raison. L'expérience en a été faite.\n    Mais revenons à lui. Les scènes décrites dans En route ont eu pour théâtre\nl'abbaye cistercienne d'Igny. Il y trouva, au milieu de moines austères, un\nsaint prêtre, qui l'aida à vider son âme de la fange du péché. Ce fut un travail\ndifficile. Mais, quand tout fut achevé, il eut le cœur en paix pour toujours.\n Il se sentit l'ami de Dieu. Qui donc lui avait indiqué cet hôpital des âmes\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "370                               DURENDAL\n\n\n pécheresses? Vous ne vous en douteriez guères; ce fut un mauvais prêtre, dont\n il rit la connaissance à l'époque où il s'occupait de satanisme. Ce misérable\n habitait la ville de Lyon, où le Seigneur se plaît à conserver, comme en un\n musée, un spécimen de toutes les hérésies qui, au cours des siècles, ont pu\n sourdre de l'orgueil humain. Il avait expérimenté lui-même toutes les horreurs\n du satanisme. On trouvait dans sa vie des faits tels que ceux racontés par les\n témoins de certains procès de magie au moyen âge. Quelques dossiers des\n archivesde la Bastille gardent les preuves d'ignominies semblables. L'abbé B...\n se rattachait à la secte de Michel Ventras. Entre autres manies sacrilèges,\n il avait celle de conférer un sacerdoce ridicule à des femmes, qui le prenaient\n au sérieux. Il eut la pensée de rentrer en grâce avec le Ciel. Rome exigea de\n lui la confession écrite de tous ses méfaits. Huysmans en possédait une copie.\n D'autres documents lui vinrent de ce malheureux et servirent à la rédaction\n de Là-Bas. N'allez point croire que Huysmans se soit personnellement associé\n à ces odieux mystères de l'occultisme, dont il a évoqué les scènes avec une\n force saisissante. Le satanisme piqua sa curiosité. Mais ce fut pour peu de\n temps. Il l'étudia juste assez pour se convaincre de l'existence d'esprits supé­\nrieurs à l'homme. Cette conviction l'achemina vers la pensée de Dieu et\nmarqua la première étape de sa conversion. L'ecclésiastique dévoyé, dont vous\nme permettrez de taire le nom, bien qu'il soit mort depuis quelques années,\nrespecta cette orientation nouvelle de son intelligence et ne fut pas étranger\nà son idée de retraite à la Trappe. Certains traits de l'abbé Gévresin peuvent\ns'appliquer à lui. Il n'a rien toutefois de la physionomie de ce personnage.\nL'artiste s'est inspiré d'un vénérable vieillard, qu'il voyait tous les jours se\nrendre à Saint-Sulpice pour célébrer la messe.\n    Huysmans connut de bonne heure un prêtre fort distingué du clergé de\nParis, M. l'abbé Mugnier, actuellement premier vicaire de Sainte-Clotilde,\nIl eut peu d'ami aussi dévoué. L'abbé, comme il aimait à l'appeler, le mit\nau courant de bien des choses. Personne ne s'est employé avec autant de zèle à\ndissiper les préventions que l'auteur d'En Route eut à supporter. Mais son\nvrai soutien, on pourrait même dire, son père spirituel, fut M. l'abbé\nFerret, vicaire de Saint-Sulpice. C'était un prêtre tout court, dévoué corps\net âme à Dieu et à son ministère. N'ayant point de dogmes en littérature,\nil ne fut gêné avec son pénitent par aucun préjugé. On ne saurait imaginer\nles délicatesses et la profondeur de son affection. Huysmans, qui le connut\naprès son retour de la Trappe d'Igny, lui doit beaucoup. Il aida le converti\ndans ses premières relations avec Dieu et sut lui communiquer la piété\nconfiante et simple, qui fut la sienne. Huysmans, qui dans l'intimité avait\nla simplicité et la candeur d'un enfant, avait besoin d'un prêtre de cette\ntrempe. Comme il l'aima ! Son souvenir ne le quitta plus. Dans les derniers\njours de sa vie, parlant d'un prêtre dont le dévouement sacerdotal lui faisait\ngrand bien, « c'est un autre abbé Ferret », disait-il.\n    L'abbé Ferret montra tout ce qu'il avait au cœur de dévouement et de bonté,\npendant la tempête de soupçons injurieux qui suivit la publication d'En Route.\nHuysmans s'attendait à tout. Il eut cependant des journées pénibles à\ntraverser. Les critiques ne le troublaient pas trop. Il savait même apprécier\n"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3540, "texte": "              CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                             371\n\n\nle talent de ceux qui l'attaquaient avec esprit et compétence. Les grognements\ndes pharisiens le laissaient calme. Mais les insinuations perfides des hommes\nqui, sans le connaître, le présentaient au public comme un marchand de\nlittérature, se faisant une réclame de la religion, lui causaient une peine\nprofonde. Quelques-uns des nôtres, j'ai honte de le rappeler, poussèrent la\nsottise jusqu'à, le comparer à Léo Taxil. Les ennemis de l'Eglise ne s'y trom­\npaient pas, eux. On savait à quoi s'en tenir au ministère de l'Intérieur, où il\nremplissait les fonctions de sous-chef de bureau.\n    Ah ! si Huysmans eût été un charlatan de la plume, qui nous eût flattés en\ncaricaturant à tort et à travers sans esprit et sans art nos adversaires, son\ntirage eût été énorme. S'il avait eu le tempérament du prédicateur, brûlé\ndu désir de verser sur les crânes des vérités du haut d'une chaire, s'il eût\naspiré au rôle d'un Révérend Père laïque, on ne lui aurait pas ménagé les\napplaudissements et les succès.\n    Il s'est contenté de la mission modeste de l'écrivain, qui vit de toutes ses\nforces une vérité et la rayonne autour de lui par les moyens en son pouvoir.\nFlatter le lecteur pour l'allécher n'est jamais entré dans ses vues. Il a préféré\nservir aux catholiques, ses frères, des vérités âpres; il l'a fait avec talent.\nMais le talent n'assaisonne pas le vrai de manière à ce qu'il satisfasse tous\n les goûts. En somme, les catholiques se montrèrent, en très grand nombre du\nmoins, peu accueillants pour le nouveau converti. Ces défiances devaient tôt\nou tard rendre à sa sincérité un témoignage éclatant. Elles n'en furent pas\nmoins pénibles au début. L'atmosphère, qu'elles créaient autour de l'écrivain,\ndevenait parfois insupportable. L'abbé Ferret escaladait alors le cinquième du\n 11 de la rue de Sèvres et, par son amitié si franche et ses sentiments si\n chrétiens, il rendait quelque courage à celui qui lui livrait son âme. Il eut\nà renouveler fréquemment ce service de charité intelligente.\n    Le prêtre eut, lui aussi, ses heures de doute. « Ces soupçons seraient-ils\n fondés, par hasard? Si j'étais moi-même victime d'une illusion? « Il se tournait\n alors vers Dieu et lui demandait de l'éclairer. Le Ciel exauça sa prière. Un\n inconnu se présenta à son confessionnal un jour où ces inquiétudes l'agitaient\n plus que de coutume. Le pénitent vida sa conscience; ce fut une opération\n longue et pénible; il avait, depuis longtemps et pour cause, perdu l'habitude\n de se confesser. Le nettoyage fini, le prêtre chercha à discerner les circonstances\n dans lesquelles s'était effectué ce retour à Dieu. « La lecture d'En Route m'a\n profondément remué, déclara le pénitent; tel est le point de départ de ma\n conversion. » Un aveu semblable, fait par un autre pécheur repentant, dissipa\n pour toujours les inquiétudes de l'abbé Ferret. Huysmans, qui en fut averti,\n trouva dans cette double constatation la force de supporter chrétiennement\n l'épreuve que Dieu lui ménageait.\n    Les conversions opérées par la lecture d'En Route ne se firent pas attendre.\n Elles furent même assez nombreuses. Dieu eut la malice, il me permettra bien\n de lui prêter ce sentiment de l'humaine nature, de les faire enregistrer par des\n hommes prévenus contre l'auteur. Un vénérable prêtre, qui se lamentait sur\n l'imprudence des Bénédictins, assez osés pour accepter Huysmans autour de\n  leur abbaye de Ligugé, faisait part de ses inquiétudes à un religieux de ce\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "372                                DURENDAL\n\n\n monastère. Celui-ci savait à quoi s'en tenir. « On nous remerciera un jour,\n répliqua-t-il, de ce que nous faisons pour cet écrivain. » Pour appuyer ses\n prévisions, il parla du bien fait par la lecture de ses ouvrages. Son interlocu­\n teur avait eu lui-même à le constater. Chose déconcertante pour lui ! les pas­\n sages qui lui répugnaient le plus étaient juste ceux qui produisaient dans les\n âmes l'impression la plus heureuse. Le temps, du reste, s'est chargé de dissiper\n ses préventions. Il est devenu un ami et un admirateur de celui qu'il\n ne connaissait pas encore. Combien d'autres ont évolué de la même manière\n et pour les mêmes raisons. La sincérité d'un écrivain finit toujours par\n s'imposer.\n    Je reviens à l'abbé Ferret. Huysmans ne le conserva pas longtemps. Il dut\nrentrer en Bourgogne au sein de sa famille; un mal impitoyable le minait. Son\npénitent eut pour lui dans ces circonstances douloureuses le dévouement et la\ntendresse d'un fils. Il alla le voir, il le soigna, il réclama pour lui des prières\nde tous côtés, et, quand la mort eut fait son œuvre, il lui continua son sou­\nvenir et ses prières. Les lettres, dans lesquelles il fait part à d'autres de sa\ndouleur filiale, font le plus grand honneur à la noblesse de ses sentiments.\n Elles méritent d'être livrées au public.\n    C'est au milieu des Trappistes d'ïgny que Huysmans fit sa retraite de\nconversion. Il ne passa pas dans leur maison comme un étranger. Les Pères,\nqu'il aborda, le Père abbé surtout, Mgr Marre, aujourd'hui supérieur général\nde l'ordre de Citeaux, eurent pour lui un attachement inaltérable. Il les traita\nde son côté en amis. Un hôte de l'abbaye, dont les conversations lui furent de\nquelque profit, M. Rivière, ne lui fournit pas seulement le type de l'un des\npersonnages les plus sympathiques d'En Route; il y eut entre eux des relations\nd'une cordialité fraternelle. L'oblat d'Igny put, malgré son âge, accompagner\njusqu'au cimetière l'oblat de Ligugé.\n    Ce séjour à la Trappe remua toute l'âme de Huysmans. La vie austère et\ncrucifiée, dont les religieux lui offraient le spectacle, répondait à un idéal per­\nsonnel dont il n'avait pas encore eu conscience. Le problème de la douleur, qui\ndevait tant l'occuper, se précisa devant son intelligence. Il commença à entre­\nvoir sa solution. Les Trappistes restèrent toujours à ses yeux, avec les Carmé­\nlites et les Clarisses, les héros du catholicisme; par leurs souffrances volon­\ntaires et leurs longues oraisons, ils jouaient le rôle de paratonnerres mystiques.\nAu moyen âge, disait-il, on assainissait moralement les quartiers infâmes des\ncités en ouvrant quelques-uns de ces laboratoires du sacrifice. Un fait contem­\nporain excitait son admiration et venait fort à propres confirmer sa théorie :\nla persécution s'est arrêtée devant la clôture d'un certain nombre de monas­\ntères dont les habitants s'exercent ainsi à la pénitence. N'est-ce pas un effet\nde la bonté puissante de Dieu qui épargne ce monde misérable, en lui laissant\nmalgré tout des intercesseurs écoutés.\n    Cette vie d'immolation aurait peut-être attiré Huysmans, s'il avait joui d'une\nsanté plus robuste. Mais comment y songer, même en un rêve d'avenir, avec\nun corps si frêle? Son âme avait, au reste, des aspirations que la Trappe n'au­\nrait jamais pu satisfaire. L'art lui était indispensable pour aller à Dieu. On le\nvoit par les diverses phases de sa conversion. C'est un élément dont il ne peut\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3646, "texte": "               CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                            373\n\n\n se passer. Quand, par hasard, il vient à lui manquer, il n'y tient pas; la dou­\n leur de cette privation éclate en violences, qui sous sa plume se transforment\n en élans merveilleux. Néanmoins le spectacle de la vie cistercienne ne quitta\n guère sa mémoire et son cœur, après son retour à Paris, et lui laissait entre­\n voir un autre idéal de vie, dont son tempérament physique et moral s'accom­\n moderait mieux. Il en eut la sensation très forte dans la chapelle des Bénédic­\n tines de la rue Monsieur, pendant cette cérémonie de profession dont un cha­\n pitre d'En Route conserve le tableau saisissant de vérité et de piété. Sa situa­\n tion personnelle ne lui laissait pas le moyen de le suivre de plus près. Il lui\n fallait vivre d'abord, et pour cela continuer son travail journalier au ministère\n de l'Intérieur, en attendant la retraite. Il put néanmoins mener à Paris, sous\n la conduite affectueuse et prudente de M. Ferret, une existence chrétienne,\n communier souvent, assister aux offices. La fréquentation de certaines églises\net l'assistance aux cérémonies ne furent pas sans le heurter. Vous avez dû\n retrouver en plus d'une page d'En Route et de la Cathédrale l'impression\ntoute fraîche de ces chocs. Cela lui valut, avec des critiques amères et d'inu­\nsables défiances, beaucoup de sympathie. Il n'était pas seul à pâtir de quel­\nques manifestations étroites d'une piété, qui ne cherche plus dans la liturgie\ntraditionnelle le moyen de se satisfaire. Ceux qui se disaient à eux-mêmes ou\nmurmuraient doucement à l'oreille d'un ami les sentiments rendus par Huys­\nmans, se trouvèrent, en le lisant, soulagés d'un gros poids. Ils devinrent pour\n lui des lecteurs fidèles et dévoués.\n    Certains offices en plain-chant de la paroisse Saint-Sulpice, des pèlerinages\nà des statues abandonnées de la Vierge, des visites aux sanctuaires du moyen\nâge égarés dans les vieux quartiers de Paris, l'assistance à une cérémonie\ndans la chapelle de pauvres religieuses, la lecture de nos meilleurs écrivains\nmystiques et l'étude des monuments de notre grand art du XIIIe siècle ou des\nœuvres des primitifs lui faisaient oublier les amertumes du devotionisme et du\nrationalisme, dont s'accommode trop souvent une piété mal éclairée ou mal\nconduite. Il n'aimait rien tant que la psalmodie des heures canoniales et les\nchants liturgiques. Nous fûmes des témoins émus de sa joie pendant une\nsemaine passée au monastère renaissant de Saint-Wandrille. La vie liturgique\ndes quelques moines, travaillant à ramener la vie religieuse dans cette vénérable\nabbaye, n'avait pourtant aucune splendeur. Tout y était d'une simplicité rudi­\nmentaire. Mais que de souvenirs accumulés dans le délicieux vallon ! On y a\ncompté plus de quarante saints. Il y eut là une vie d'art intense, que des\nmonuments délabrés attestent encore. On rêve volontiers à leur beauté de jadis\nà travers les ruines et le lierre du présent. La nature a ménagé autour de ces\nmoines et de leur demeure le cadre qui leur convenait. Huysmans en saisit la\ngrandeur et le charme. Le salve regina, chanté à la tombée de la nuit, l'enthou­\nsiasmait. La promenade, après la messe du matin, sous les grands ormes\nd'une allée, dominant les toits de l'abbaye et les ruines de sa basilique, l'aidait\nau recueillement et à la prière. Surtout il voyait de près, pour la première fois,\nune communauté de Bénédictins. Il vécut presque de leur vie. Les moines,\njeunes pour la plupart, l'accueillirent comme un ami et un frère. Il s'épanouit\nen leur société et put se croire transporté en plein moyen âge. On le vit de\n"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3514, "texte": "374                                DURENDAL\n\n\nnouveau quelques mois plus tard; il accompagnait l'abbé Ferret. Cette visite\nfortifia les impressions de la première. Elles furent durables et il tenait à les\ngarder telles qu'elles. On l'invita-dans la suite à renouveler ses visites. Ce fut\npeine perdue. Il craignait d'enlever à ses souvenirs de leur charme primitif.\nCeux qu'il connut alors, et dont la physionomie et l'allure avaient dans ce\nsouvenir une place marquée, furent toujours reçus chez lui à bras ouverts.\nIls revenaient si volontiers sur les bons moments vécus auprès de Saint-\nWandrille. Plusieurs, ils n'avaient été que postulants ou novices, lui revinrent\nsans le froc. Comme il les plaignait d'avoir abandonné le cloître. \" Les\nmalheureux, les imbéciles, aimait-il à répéter, ils ne savent ce qu'ils font. Où\ndonc trouveront-ils autant de bonheur ? \"\n    Durant son second voyage, on lui fit visiter les ruines grandioses du monastère\nde Jumièges. Dans l'enclos des moines, il aperçut de superbes allées formées\npar trois ou quatre rangées de grands arbres. Ce sont les allées dites d'Agnès\nSorel. Rien ne permit de croire que leur vue l'ait sollicité plus que celle des\ndeux tours romanes ou du chevet de l'église. Il en conserva néanmoins la\nvision avec une vérité frappante. Vous les trouvez décrites dans la Cathédrale;\nil en fait un des types offerts par la nature aux constructeurs de nos voûtes\ngothiques. La description ne saurait être plus précise. Je me permis plus tard\nde lui demander s'il était revenu à Jumièges. « Non, me répondit-il. — Com­\nment donc avez-vous pu décrire aussi fidèlement l'allée ? — Quand j'ai observé\nquelque chose, c'est fait pour dix ans. Je retrouve la vision telle qu'au premier\njour, quand j'en ai besoin. »\n    Huysmans n'avait pas encore vu la liturgie célébrée avec tout l'éclat\net la piété que peut y mettre le chœur d'une abbaye nombreuse. Saint-Wan­\ndrille n'était guère alors qu'une miniature de monastère. Il lui fallait voir\nSolesmes. Notre-Dame de Chartres, dont il était de temps à autre un dévot\npèlerin, le mettait presque à moitié route. Il se décida à continuer et, un jour\non le vit arriver à Saint-Pierre de Solesmes. Les moines, avec leur chant\ngrégorien et leurs belles cérémonies, répondirent à son attente. Sous le froc, il\nrencontra des intelligences, sœurs de la sienne. Il se sentit compris et aimé.\n Le Revérendissime Père Dom Delatte fut très accueillant pour lui. Quelques\nreligieux lui facilitèrent les recherches dans la bibliothèque. C'est le temps où\n son esprit courait à la recherche du sens mystérieux des symboles médiévaux.\n Il fut facile de lui en présenter la clef. Des textes peu connus de nos contem­\n porains lui livrèrent les pensées intimes d'hommes qui avaient admiré les\n constructions ecclésiastiques de Chartres, de Paris, d'Amiens, de Reims, peu\n après leur dédicace, et saisi les leçons dont leurs ouvriers venaient à peine de\n les remplir. Un bénédictin, que l'âge et les infirmités retenaient sur un lit,\n sans interrompre pourtant sa lecture des écrits des Pères, l'initia au symbo­\n lisme des couleurs et des parfums. Il put feuilleter à Saint-Maur-sur-Loire les\n précieux recueils sur le symbolisme biblique formés par Dom Legeai. Ce fut\n pour lui une série de révélations, qui l'enthousiasmèrent, tant et si bien qu'il\n jugea ses lecteurs capables de partager ses propres sentiments. Voilà pourquoi,\n dans la Cathédrale, il leur mit sous les yeux ses découvertes, telles qu'elles lui\n étaient apparues.\n"}, {"page_pdf": 454, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3596, "texte": "                CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                              375\n\n\n     L'assistance aux offices et la fréquentation des moines pendant les visites\n  qu'il fit alors à Solesmes eurent un effet imprévu. Il éprouva un attrait vers le\n  cloître assez caractérisé pour faire songer à une vocation. Ce ne fut pas une\n velléité d'un instant, comme il en passe par tant de tête. Cette pensée se\n changea en un désir, qui sembla prêt à durer. Il ne se faisait pourtant aucune\n illusion sur les sacrifices qu'il aurait à faire. La vie monastique serait incom­\n patible avec la littérature telle qu'il la comprenait. N'importe; il se sentait de\n force à immoler sa vocation littéraire avec sa propre personne. Cela répondait\n à un besoin impérieux de son âme, éprise d'une autre chose. On se montra à\n Solesmes d'une grande réserve à son endroit sur ce point. Il n'y avait à dire\n ni non ni oui. Le temps se chargerait d'éclairer la voie de celui qui cherchait\n exclusivement la volonté du Ciel. Des amis, et parmi eux des moines, lui\n disaient : « Vous n'êtes pas fait pour le cloître; Dieu ne vous demande pas le\n sacrifice de votre art. Il vous a mis en main une force pour le servir et le faire\n connaître. Ne la perdez pas. Devenu religieux, vous n'auriez plus la liberté\n nécessaire à l'exercice de cette force. » Ces sages conseils lui causèrent de la\n surprise et de la peine. Mais il finit par se rendre à l'évidence. Le cloître\n n'était pas fait pour lui.\n    Il entrevit dès lors la possibilité d'une existence à la fois monacale et laïque,\n qui lui laisserait, avec certains avantages de la vie religieuse, la liberté person­\n nelle dont il sentait le besoin physique et moral. Certains monastères avaient\n eu jadis des oblats ; quelques-uns même vivaient chez eux auprès de la demeure\n des moines. Les liens qui les unissaient à ces derniers étaient d'ordre purement\n spirituel. Il serait un moine laïc. Huysmans crut un moment qu'il aurait des\nimitateurs. Dulac, le peintre chrétien qu'une mort prématurée lui enleva,\nentrait dans ses vues. Nous entrevîmes la possibilité d'établir quelque part une\ncolonie d'artistes oblats, une sorte de béguinage de moines laïques. Le voisi­\nnage d'une abbaye s'imposait. Huysmans eut préféré Solesmes. La Providence\nen décida autrement.\n    Un de ses amis, qu'une pensée semblable travaillait déjà, s'était réfugié à\nSaint-Martin de Ligugé. Ce fut lui qui attira l'auteur d'En Route et de la\n Cathédrale. Ils habitèrent durant quelques semaines deux chambres de la\nmaison d'un ouvrier, qualifiée pour la circonstance de Villa Sainl-Hilaire.\nPuis, Huysmans acheta un lot de terre situé à mi-colline, en face du monas­\ntère. De chez lui, il verrait le clocher, la nef de l'église et les toits de l'abbaye;\nil pourrait apercevoir, à travers les peupliers, sur les flancs du coteau opposé,\nla grotte ou vécut un saint du lieu, l'ermite Félix. Les souvenirs des saints\nabondaient dans la région. C'est le jour de l'Assomption que le marché fut\nconclu. Je l'entends encore me dire, au retour de Poitiers: « La Vierge a tout\narrangé. Je commence ce soir mon prochain livre par ces mots : me voilà\npropriétaire. » Il commença ses plans d'avenir. Ils étaient fort simples. « Au\nfond d'un jardin, une maison de curé de campagne avec des volets verts et une\nvigne le long des murs, voilà tout ce qu'il me faut. »\n   Ce plan fut modifié. Il prit un architecte et l'architecte fit du style. La\nmaison, Villa Notre-Dame, eut bon aspect. Le maître se vengea de l'archi­\ntecture en choisissant lui-même les fleurs symboliques, qui ornèrent le sommet\n"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3592, "texte": "376                                DURENDAL\n\n\ndes colonnes de son portique. Deux chambres du premier lui furent réservées ;\ncelle dont les fenêtres donnaient sur le monastère lui servit de cabinet de\ntravail. M. et Mme Leclair, qu'il avait connus par l'abbé Ferret, habitèrent le\nrez-de-chaussée. A l'extrémité opposée du jardin, il se créa un jardin symbo­\nlique, dont un moine du IXe siècle, Wallafrid Strabon, lui fournit les données.\nUne fois installé dans son petit moustier, l'artiste, si Parisien cependant, s'y\ntrouva à l'aise et il y fut bien. La capitale ne le sollicitait plus. Deux courts\nvoyages en deux années, et ce fut tout. Quelques amis venaient le voir. Landry,\nGérard, Descaves arrivèrent. Ce furent ensuite Forain, Talmeyr, Jules Bois.\nJ'en oublie certainement. Chacune de ces visites avait son complément au\nmonastère, où les moines étaient enchantés de recevoir à leur table les amis de\nleur oblat. Talmeyr et Descaves ont publié, dans le Matin, l'Echo de Paris\net la France, sur ce pèlerinage à Ligugé, des articles qui méritent d'être relus.\n    Huysmans est resté à Ligugé un peu plus de deux ans. Sa vie a été un\ncontinuel sujet d'édification pour les religieux et les habitants du pays. On le\nvoyait tous les jours, dès que la cloche annonçait la grand'messe, quelques\nminutes avant neuf heures, s'acheminer vers l'église, où il devançait les\nmoines. Il se plaçait d'ordinaire sur une chaise en face de la chaire près du\nbanc-d'œuvre. Qu'il fût seul, qu'il y eût du monde autour de lui, il s'abîmait\nimmédiatement en lui-même. Dès que l'office commençait au chœur, il le\nsuivait avec son diurnal. Il avait un missel des fidèles pour mieux suivre les\nprières de la messe. Son attitude était celle d'un chrétien plein de foi, pénétré\nde la grandeur du mystère qui s'accomplit à l'autel. Il ne quittait l'église que\naprès sexte, lorsque les moines étaient eux-mêmes sortis. Ils le retrouvaient, à\nsa même place, tout aussi recueilli, pour assister aux vêpres. Rien ne venait\nmodifier cette règle de vie, ni les fortes chaleurs, ni le froid, ni les mauvais\ntemps. Les curieux, qui affluaient en été, essayaient de l'observer ou de\nl'attirer. C'était inutile. Il avait l'art de les fuir. Quelquefois cependant, il\nacceptait volontiers qu'on lui présentât après les vêpres, au sortir de l'église,\nun hôte du monastère, ayant manifesté le désir de le connaître. L'abord était\ndes plus faciles. Il savait mettre son monde à l'aise. Je sais quelques jeunes, se\nsentant de l'étoffe, qui ont tiré grand profit de ces entretiens.\n    Une fois par semaine, il entrait au cloître et s'en allait frapper à la porte du\nmaître des novices. Les jeunes frères, qui eurent occasion de l'y rencontrer,\n nouèrent aisément connaissance avec lui. Quelques-uns furent de sa part\n l'objet d'une affection délicate et d'un dévouement plein de prévenance. On\n l'aimait aussi beaucoup au noviciat. Il y était traité en frère. C'est dans l'ora­\n toire du noviciat qu'eurent lieu sa vêture et son oblation. Les jours de fête,\n quand il y avait encombrement à l'église, il suivait les novices après matines\n et faisait la sainte communion chez eux. Il ne faisait pas mauvaise figure dans\n leurs rangs. Je dois dire que tout le monde trouvait cela naturel à l'abbaye.\n Nous aimions à le recevoir au réfectoire ; il prenait alors part à la récréation.\n Ceux qui le connaissaient plus intimement se groupaient volontiers autour\n de lui.\n    Sa réserve vis-à-vis du monastère ne laissa rien à désirer. Il cherchait à\n s'instruire des choses de la liturgie. Rien ne l'intéressait davantage. La raison\n"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3669, "texte": "               CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                            377\n\n\ndes cérémonies, et des moindres usages ecclésiastiques piquait sa curiosité.\nQuand les livres de sa bibliothèque ne lui fournissaient pas une réponse satis­\nfaisante, le moine qui le guidait le voyait venir avec sa question. Dès que le\nsens de la prière de l'Eglise et de sa vie se fut développé dans son esprit, il put\nse tirer d'affaire tout seul. Sa promptitude à tomber sur une pensée vraie me\ncausa plus d'une surprise. Le flair de la tradition l'orientait. Tel passage de\nses livres où sont exposés les merveilleux effets que produit dans les âmes\nl'assistance à la psalmodie donne la quintessence de la doctrine des Pères.\n« Comment avez-vous pu lire saint Augustin, saint Hilaire et d'autres encore,\nlui fut-il demandé, pour vous faire ainsi l'écho de leurs enseignements ? — Je\nne les ai pas lus. » L'expérience de la liturgie et des psaumes faisait jaillir en\nlui les sentiments que les chrétiens de tous les âges y ont puisés. Il faut pour\ncela autant de simplicité de cœur que de puissance d'assimilation.\n    Huysmans possédait ses deux qualités. Cet homme, qui paraît de prime abord\ndans ses livres si complexe et difficile, avait l'âme la plus simple du monde.\nSa foi et sa piété étaient celles d'un enfant. Il voyait vite et droit la vérité; et\nil se jetait dessus. Ne lui demandez ni calcul ni raisonnement. Il a les intui­\ntions géniales d'un grand artiste. Ratiociner lui pèse; c'est une méthode infé­\nrieure pour lui. « Vous vous trompez gravement, disait-il à un moine en\nprésence d'un autre converti, lorsque vous cherchez à gagner les âmes par des\ndiscussions philosophiques. Vous n'y êtes pas. Votre apologétique ne sert de\nrien. Qui convertit-elle? Voyons ! Si nous cherchions un système philosophique\ncapable de satisfaire notre raison personnelle, croyez-vous que nous le deman­\nderions à l'Eglise? Il n'en manque pas de ces systèmes. S'il n'y en avait pas\nassez, nous en ferions un nouveau. Bien sûr que celui-là serait de notre goût.\nCe qu'il nous faut, ce dont les âmes ont besoin, c'est de recevoir des principes\nd'une autorité qui la domine, de les recevoir par humilité sans discussion.\nC'est cette humiliation de notre intelligence devant Dieu qui nous est néces­\nsaire. Quand c'est fait, un équilibre inconnu jusque-là s'établit en nous. Tout\ns'explique et s'harmonise. » Huysmans n'est pas le seul converti qui ait tenu\nce langage. Ils tombent vite d'accord sur les principes et les faits devant les­\nquels il importe pratiquement de s'incliner. A un homme de lettres, qui lui\nsoumettait certains scrupules dans lesquels il barbotait avant de faire dans la\n foi le dernier bond, il dit simplement : « Voyons, mon cher, vous croyez bien\n que le prêtre devant lequel vous allez vous agenouiller pour dire vos péchés\n tient la place de Notre-Scigneur Jésus-Christ et qu'il vous pardonnera en son\n nom. Vous croyez bien que, à la messe, le prêtre immole Jésus-Christ et que\n l'hostie avec laquelle il vous communiera, c'est Jésus-Christ lui même. —\n Oui, je le crois. — Eh bien! allez-vous confesser et communier; tout s'arran­\n gera. » Ce qui fut fait. La confession lui semblait l'une des institutions ecclé­\n siastiques les plus opportunes et les plus bienfaisantes.\n    Je m'en voudrais de ne point rapporter, Mesdames et Messieurs, une\n réflexion de Huysmans sur les moyens d'apostolat. « Les prêtres se donnent\n beaucoup de peine pour ramener les gens du peuple. Ils organisent des œuvres\n de toutes sortes. On ne voit pas trop quels sont les résultats obtenus. Il y\n aurait pourtant quelque chose à faire pour gagner ces pauvres gens. Mais pour\n"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3573, "texte": "378                                DURENDAL\n\n\n\ncela il faut bien les voir tels qu'ils sont. Ils viennent ici à Paris de leur pro­\nvince. Quand voient-ils le prêtre? Au moment d'un baptême, d'un mariage ou\nd'un enterrement ; c'est-à-dire quand il faut passer à la caisse de la sacristie.\nFaites-leur croire après que la religion n'est pas une affaire d'argent ! Mais\nqu'un prêtre aille s'établir dans leur quartier, qu'il vive pauvrement et labo­\nrieusement comme eux ; qu'il soit bon et serviable et par là leur fasse apprécier\nla religion, vous verrez les préjugés s'évanouir les uns après les autres. Le\nP. Chevrier employait ce système à Lyon. Mais c'était un saint. » Huysmans\nfit la rencontre dans les dernières années de sa vie d'un prêtre de cette\ntrempe, qui opérait au milieu des chiffonniers de Clichy. Il lui donna toute\nsa confiance et se sentit particulièrement heureux d'être préparé à la mort\npar lui.\n   Les ecclésiastiques de passage à Ligugé demandaient souvent à le saluer.\nIl les recevait toujours avec plaisir. Les hommes, animés d'un grand esprit de\nfoi, les prêtres, comme il disait, lui allaient au cœur. Plusieurs de ceux qui\nl'abordèrent avaient contre lui des préventions. Il suffisait d'un entretien pour\nles dissiper. On ne pouvait, en effet, l'approcher sans constater sa parfaite\ndroiture et la vivacité de sa foi chrétienne. La conversation roulait sur toutes\nsortes de sujets. Ils se trouvaient d'accord avec ceux de l'ancienne école pour\nles idées; mais son style ne leur allait pas. Les jeunes, qui s'accommodaient\nde son art, tournaient le dos à ses idées. « Me voilà entre les deux, disaient-ils.\nComment faire? » Le fait est qu'il eut des amis et des admirateurs dans les\ndeux camps. Un de ses visiteurs lui disait un jour sa peine de le voir dédaigner\nnos meilleures traditions littéraires. « Lesquelles? lui demanda-t-il. — Celles\ndu grand siècle, du XVIIe. — Eh bien! je suis, moi, celles du XVe et du\nXVIe siècles. Ma tradition est donc antérieure à la vôtre. »\n   Il se fit des amis dans le clergé poitevin. Un secrétaire général de l'évêché,\nle directeur de la maîtrise et le directeur de l'école cléricale venaient le voir\nassez fréquemment; leurs visites lui étaient agréables. Les catholiques de\nLigugé et du voisinage lui firent très bon accueil. Ils auraient volontiers entre­\ntenu avec lui des relations suivies. Mais, par tempérament plus que par calcul,\nil se tint à l'écart C'était un timide tant soit peu sauvage. La société lui faisait\npeur. On a cru voir du dédain chez lui. Non. Ce qu'il a fait à Ligugé, il\nl'avait fait à Paris ; il ne changea point dans la suite.\n   C'est à Ligugé qu'il composa Sainte Lidwine de Schiedam. On ne se doute\npas du soin qu'il mettait à se documenter. Les érudits de profession lui repro­\ncheront peut-être de n'avoir pas recherché la valeur intrinsèque des documents\nqu'il utilisait. « Je les trouve dans les Bollandistes ; les auteurs sont du temps\nde la sainte ; ils l'ont connue. On ne peut pas en demander davantage, » disait-il\nà ses critiques. Les vies originales de Lidwine lui ont fourni une multitude\nde traits dont il a tiré un parti extraordinaire. On a la sainte sous les yeux ; on\nla voit souffrir. Le docteur Raymond, de la Salpétrière, a pu, grâce à la\ndescription due à la plume de l'artiste, donner une consultation sur le cas de\nson héroïne, comme s'il se fût agi d'une malade de son service. Cette reconsti­\ntution ne se fit pas sans peine. L'existence miraculeuse de cette sainte lui\nmontre en exercice sa doctrine préférée de la substitution. Les tortures de la\n"}, {"page_pdf": 458, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "               CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                            379\n\n\nvierge de Schiedam s'expliquent à la lumière de cette vérité, mais elle ne fut\npas seule à jouer le rôle de victime. La France, l'Italie, l'Allemagne lui\nenvoyèrent des coopératrices. Ce furent des femmes. Elles sauvaient le monde,\npendant qu'une autre femme, Jeanne D'Arc, opérait avec son glaive et par son\nmartyre le salut de la France. Quel monde et quelle France? Huysmans avait\nà en dire des horreurs. Il en profita pour tracer de main de maître l'un des plus\nsaisissants tableaux d'histoire sorti de la plume d'un écrivain. Que de lecture\nil lui fallut faire pour cela! L'artiste s'est montré là encore tourmenté par le\nbesoin de la précision.\n    Huysmans éprouva bien quelques déceptions à Ligugé. Son projet de colonie\nd'artistes oblats ne reçut même pas un commencement d'exécution. Son exis­\ntence chez lui, hors du cloître, lui donnait de grands avantages; mais ce\nn'était pas la vie religieuse. Ce simple rôle de spectateur laissa quelque froid\ndans son âme. Un esprit tel que le sien avait dû entrevoir les moines au travers\nd'un nimbe surhumain, qui leur donnait l'air d'avoir pour eux les dons du\nCiel et de la terre. Les moines sont des hommes tout comme les autres. On\ntrouvera sans doute trace de ces désillusions dans quelques-unes de ses lettres.\nCela ne l'empêcha point de conserver au monastère et à ses habitants un\ngrand respect et beaucoup d'affection. Dans l'une des dernières lettres, qu'il\nait dictées, il rappelait son séjour à Ligugé comme le plus beau temps de sa vie.\n    Mais l'Oblat, me direz-vous? J'attendais ce mot, cette question. Permettez-\nmoi, avant de répondre, de rappeler certains faits qui ont leur importance.\n Lorsque Huysmans se fixa auprès du monastère de Ligugé, la France était en\npleine affaire Dreyfus; Waldeck-Rousseau allait bientôt prendre la direction\ndu ministère ; la persécution religieuse ne devait pas se faire longtemps\nattendre. Tout s'en ressentait à Paris et en province. Les moines de Ligugé\nne tardèrent pas à s'en apercevoir. Leur église était paroissiale, et l'un d'eux\nremplissait les fonctions de curé. Cette situation déplaisait au gouvernement.\n Pour prévenir des ennuis plus graves, Mgr l'évêque de Poitiers, d'accord avec\nl'abbé du monastère, chargea un prêtre séculier du service paroissial. Ce chan­\ngement bouleversa quelque peu les idées et les habitudes pieuses de Huys­\nmans, dont la maison se trouvait sur la paroisse. Il n'eut plus, les dimanches,\nla satisfaction d'entendre la grand'messe et les vêpres des moines, qui, ces\njours-là, célébraient leurs offices dans un oratoire interdit au public. Ce ne fut\npas son seul ennui. L'état d'esprit, qui aboutit au vote de la loi sur les asso­\n ciations et à la dispersion des ordres religieux, et ses diverses manifestations\n ne purent que l'impressionner vivement. Comme beaucoup d'autres, il chercha\n les causes d'un pareil bouleversement ! Cent problèmes surgirent devant lui,\n et les solutions ne se présentèrent pas. La situation des moines de Ligugé et\n les événements qui se passaient autour d'eux se confondirent avec la situation\n générale des monastères et des églises de France. Des faits, restreints à une\n localité, furent saisis par lui en des observations qui embrassaient tout le pays.\n Ajoutez à cela que la persécution ne l'atteignait pas seulement comme chré­\n tien. Il allait en souffrir personnellement, tout aussi bien qu'un moine. C'était\n un bouleversement complet pour son existence. Personne ne suivait avec plus\n d'attention les phases de la politique française. Sa connaissance des hommes\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3423, "texte": "380                              DURENDAL\n\n\net des situations lui permettait d'atteindre des réalités, qui échappaient à\nbeaucoup.\n   Il crut un instant pouvoir rester à Ligugé après la dispersion des religieux.\nQuelques moines désiraient continuer sur place avec les oblats laïques le\nservice de la louange divine et leur travail, dans des conditions compatibles\navec les exigences de leur vie. La maison de Huysmans devait être le foyer de\ncette communauté. Il avait pris ses mesures; la chapelle était choisie. Mais\ncette reconstitution de communauté causa des inquiétudes; des laïques\nprudents y virent un danger pour la société civile, qui possédait l'abbaye et\nses dépendances. Ils avaient raison. Ces déceptions, en s'ajoutant les unes aux\nautres, finirent par agacer l'artiste. On a voulu trouver des traces de cet\nénervement dans l'Oblat. Elles y sont peut-être. Est-ce un mal ? Un artiste tel\nque Huysmans ne pouvait se dispenser de vibrer dans son livre sous\nl'impression des événements vécus. Ceux qui ont su le livre ne lui en tiendront\npas rancune; loin de là. J'ajoute que l'Oblat emprunte à cette circonstance un\nintérêt historique, que l'on chercherait vainement dans Là-Bas, En Route et la\nCathédrale. Les historiens, qui auront à s'occuper de la destruction des\nordres religieux en France au commencement du XXe siècle, le consulteront\navec profit. Il aura pour eux la valeur d'un document. On ne songera guère\nà y trouver les portraits de quelques moines et de leurs voisins nobles ou\npaysans; ce sont des riens auxquels des contemporains immédiats ont ajouté\nplus d'importance qu'il ne convenait. L'Oblat est mieux qu'une galerie de\ntableaux, gardant l'image plus ou moins fidèle de quelques coins d'une abbaye\npoitevine et le souvenir d'anecdotes de village et de cloître. Qui s'arrête à ces\nrecherches étranges fait preuve d'une entière incompréhension de ce qu'est une\nœuvre d'art, surtout quand l'artiste est Huysmans.\n   Huysmans a eu la mauvaise fortune, après sa conversion, de tomber sur\nune catégorie de lecteurs, que rien ne préparait à le comprendre. C'étaient des\nhommes et des femmes, des prêtres souvent, pour lesquels des éditeurs\ndébitent leurs M bons livres ». Ils ont crié : au scandale. En lisant YOblat, ils\nont plaint de tout cœur ces pauvres moines tournés en ridicule par un\nromancier. Cela vous a peut-être étonnés, Mesdames et Messieurs. Vraiment,\nil n'y avait pas de quoi. Cela devait arriver. Mais le bruit de ces scandales\nest tombé et il reste un chef-d'œuvre, où l'ordre bénédictin se trouve glorifié.\nVoilà ce qui importe. Les plaintes des faibles scandalisés ne valent pas la\npeine d'un souvenir.\n   Vous avez tous lu le récit de ce pauvre monastère en déroute, et assisté aux\nangoisses de Durtal. Sa dernière prière retentit encore à vos oreilles. Vous\nemportez avec vous l'image vivante de quelques années passées à suivre la\nliturgie de l'Eglise et à connaître ceux qui la pratiquent. Vous vous demandez\nalors pourquoi Huysmans n'a-t-il point voulu partager l'exil de ceux qu'il\naimait tant. Mais il ne le pouvait pas. Je ne le vois guère affrontant les\nincertitudes des installations à l'étranger. Il revint à Paris, où il vécut en\noblat, d'abord au 20 de la rue Monsieur, puis au 60 de la rue de Babylone, et\nenfin au 31 de la rue Saint-Placide. Le projet d'un béguinage d'oblats béné­\ndictins le poursuivait encore. Il ne lui fut point donné de le réaliser. Ce ne\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3474, "texte": "              CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                          38l\n\n\nserait pourtant pas une chimère Qui sait ? L'avenir nous réservera peut-être\nde voir cette adaptation de la vie monastique aux circonstances que l'Eglise\ntraverse en ce moment.\n   Huysmans fréquenta longtemps la chapelle des Bénédictines. Il se réfugia\nplus tard dans celle de l'abbaye au Bois. On le voyait dans quelques églises de\nson quartier chercher, au pied d'un autel de la Vierge, une chaise pour\nassister tranquillement aux offices. Le culte filial, qu'il avait pour la Madone,\neut dans sa piété et dans sa vie une place toujours plus grande. Ses manifes­\ntations à Notre-Dame des Victoires, à la Salette et à Lourdes faisaient\nsouvent l'objet de ses entretiens. « Ce sera mon prochain livre \", disait-il.\nC'est ainsi qu'il fut amené intérieurement à écrire les Foules de Lourdes. Il\nméritait de terminer sa carrière d'écrivain par ce beau livre en l'honneur\nde Marie.\n   La rédaction de ce livre fut, sans qu'il en eut conscience, une lente prépa­\nration aux douleurs et à la mort. Il souffrit de maux de dents et de névralgies;\nl'état de la poitrine lui imposait des ménagements fort ennuyeux. Il fut des\nsemaines sans pouvoir quitter la chambre. Les épreuves des Foules de Lourdes\nn'étaient pas entièrement corrigées, quand il se déclara une maladie nouvelle.\nC'est par les yeux que l'écrivain fut pris. Impossible de mettre la dernière\nmain à son œuvre. Les médecins le condamnèrent, durant des mois, à un repos\ncomplet dans les ténèbres. La lumière du jour lui devenait insupportable.\nComment va-t-il se résigner à cette inactivité et aux douleurs, qui lui boule­\nversent le système nerveux, se demandaient quelques-uns de ses amis ? Il\ntrouva dans sa foi religieuse le courage de tout endurer. « La sainte Vierge a\nses desseins, disait-il. Elle ne veut pas que mon livre paraisse en ce moment.\nBonnefond vient de publier sur Lourdes une œuvre infâme. Mon livre l'eût aidé\nà lancer le sien. Le mien ne peut paraître. Il en sera pour sa peine. » Le livre\nde Bonnefond fut, de fait, enterré dans le silence. Huysmans, lui, souffrait\ntranquille et joyeux, abandonnant à la Vierge le soin de sa personne. Il laissait\nles médecins lui prodiguer lés prescriptions, qu'il suivait tant bien que mal,\nsans grande confiance dans leur art. Il s'en fallut de peu, tout de même, qu'il\nne perdît complètement la vue. La Vierge finit par le prendre en pitié. Un\nbeau matin, c'était le lundi de Pâques, le docteur vint pour un pansement.\nLe malade avait quitté le lit. Il le trouva dans son cabinet de travail, assis\net la plume à la main. « C'est une guérison liturgique, disait-il. Elle a eu lieu\nen la fête de Pâques. »\n   Huysmans se remit aussitôt à le correction de ses épreuves et les Foules à\nLourdes furent bientôt lancées. L'auteur ne devait pas jouir longtemps de\nson succès. Il dut passer l'été hors de Paris. Dès son retour, de nouvelles\nsouffrances l'assaillirent. C'était le prélude du mal terrible qui allait l'em­\nporter, le cancer. Les médecins ne se faisaient aucune illusion. Le patient\ns'abandonna à la maladie. « Je n'y comprends rien ; les médecins n'y com­\nprennent pas davantage. » Ils le croyaient du moins. « Le bon Dieu m'envoie\ncette maladie pour le bien de mon âme. Je n'ai qu'à la laisser faire son œuvre. »\nSa résignation fut d'abord joyeuse. « Je me repose d'une souffrance par une\nautre, remarquait-il. C'est le soulagement dans la variété. » Au milieu de ses\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "382                                DURENDAL\n\n\ndouleurs, il avait des élans de foi et de charité, qui touchaient par leur\nsincérité toute spontanée. L'arrivée d'un ami lui causait une joie très visible ;\nil l'entretenait comme si son mal ne le torturait pas. Mais, après le départ, il\nfallait payer ce moment de détente. La communion fut sa force. Il espéra\nquelque temps guérir à Pâques. Pâques vint et il ne fut pas guéri. Il n'eut dès\nlors d'autre idée que celle de sa fin. « Je ne demande ni à guérir ni à mourir ;\nDieu est le maître. La souffrance a son travail à faire dans mon âme. Quand\nce sera fini, la mort n'aura plus qu'à venir. » Jamais une plainte ne sortait de\nses lèvres. Ceux qui le soignaient et les intimes admis à le voir admiraient sa\nforce d'âme. « Il vit ses plus belles pages sur la douleur », se disaient-ils entre\neux. Le patient le comprenait : « On verra que je ne me suis pas borné à faire\nde la littérature; j'ai dû vivre mon œuvre. »\n     Il a été l'artiste de la douleur chrétienne. Ce qu'il en a écrit est la partie de\nson œuvre qui durera le plus. Forain disait au soir de ses obsèques : « Les\nécrivains sont vite oubliés après leur mort. Qui parle de Zola et de tant\nd'autres? Il n'en sera pas de même de Huysmans. Il a remué des idées qui\nsont de toujours ; son œuvre durera. » C'est parfaitement vrai. La pensée\nde ses propres douleurs, souffertes avec résignation, augmentera la force\npénétrante de son art. Du fond de son sépulcre, il fera du bien.\n     Le voilà désormais dans le repos de Dieu. Il a voulu y entrer revêtu de la\nbure des moines. Deux semaines avant de s'en aller, il m'exprima ce désir.\n Nous pûmes régler certains détails funèbres avec autant de tranquillité que\n s'il se fût agi de l'assistance à un office liturgique. Il était prêt.\n     Le tombeau ne le garde pas tout entier. Il nous laisse ses œuvres et le\n souvenir des dernières années de sa vie. C'est une partie de lui-même. De lui,\nil reste encore une correspondance dans laquelle on retrouve ce que son âme\navait de plus intime. Je lisais ces jours-ci une lettre, datée de 1898. Elle était\nadressée à un séminariste, qui venait de lire En Route. L'idée du cloître le\nhantait. La réponse de Huysmans dénote un sens chrétien très développé.\n Un prêtre pourrait la signer. Elle est écrite dans une langue qui supporte\nla comparaison avec les plus beaux passages d'En Route et de l'Oblat.\n Mgr Delassus, qui l'a publiée dans la Semaine religieuse de Cambrai, exprimait\nun vœu auquel je m'associe : « Si Huysmans a écrit beaucoup de lettres de ce\ngenre, qu'on se hâte de les publier; elles feront plus de bien que ses livres. »\n\n\n\n\n                                      *\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-004", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 383, "page_fin": 383, "titre_corps": "Une lettre de Joris-Karl Huysmans", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J.-K. 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Buet m'écrivit. Je\n                   lui répondis que j'étais prêt à correspondre avec le grand\nécrivain, mais que je priais celui-ci de me dire d'abord si sa conversion\nau catholicisme, qui faisait tant de bruit à ce moment à Paris et jusqu'en\nBelgique, était sincère et sérieuse. Je reçus alors la lettre que je reproduis\nci-dessous :                                                  HENRY MŒLLER.\n\n                                           P a r i s , 11, rue de Sèvres.\n                   MONSIEUR L'ABBÉ,\n\n   Notre ami Buet me c o m m u n i q u e la lettre que vous lui avez\nécrite et je vous remercie vraiment de tout ce qu'elle renferme\nd'affectueux pour moi. Oui, c'est vrai, après avoir traîné mes\nmaladies d'âme dans toutes les cliniques des idées, j ' a i fini, avec\nla grâce de Dieu, par me rendre au seul hôpital, où vraiment\nl'on vous couche et l'on vous soigne, à l'Eglise. U n beau m a t i n ,\nmalgré moi, je puis le dire, seul, sans aide spirituelle, h u m a i n e ,\nje suis parti d a n s une T r a p p e — où j'ai lavé ma vie, après des\ncrises effroyables de désespoir, dans ce cloître. J'ai tâché de\nmettre tout cela, sincèrement, sans fioriture aucune, dans mon\nlivre d'En Route, qui paraîtra à la fin de janvier ! Peut-être vous\nintéressera-t-il, car il traite de la haute m y s t i q u e , de l'art\nadmirable de l'Eglise, des couvents et y m o n t r e , dans un\nmilieu de liturgie, des débats affolés d'âme.\n   Je sais bien arrivé à faire avaler le diable au public de Paris,\navec Là-Bas, il s'agit de lui faire m a i n t e n a n t accepter Dieu.\n C'est plus difficile, mais enfin, c'est à voir.\n   Merci encore, Monsieur l'Abbé, de votre sympathie et bien\n respectueusement à vous.\n                                                      Votre dévoué,\n                                                       J.-K.    HUYSMANS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-005", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 384, "page_fin": 386, "titre_corps": "Un bel hommage rendu à J.-K. 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J e l'aime surtout\n                   parce qu'on y rend un h o m m a g e éclatant à la\n                  sincérité indiscutable de l'artiste et du croyant\n                   et parce qu'on y flagelle magistralement les\nécrivassiers médiocres qui ont eu la mesquinerie de mettre\ncette sincérité en doute et cela sans aucune preuve à l'appui.\nN o u s nous faisons un devoir de reproduire ces belles pages à la\nfois élogieuses et vengeresses dont nous félicitons sincèrement\nl'auteur.                                                         H . M.\n\n\n                          Joris=Karl Huysmans\n   L'écrivain qui vient de mourir emporte un unanime regret. La beauté et le\ncourage de son agonie font enfin taire les petites grincheries de la Critique.\n   Car elle ne fut pas toujours tendre pour lui, la Critique. Devinant en lui\nun artiste absolument sincère, elle s'ingénia à ne pas comprendre ses succes­\nsives évolutions. Tant et si bien que la dernière lui fut même reprochée.\n   Il ne faut pas être dupe du ton qu'elle prend aujourd'hui dans les journaux.\nElle désarme, mais c'est à la façon d'un vieil ennemi qui suit votre convoi :\nil a beau jeu. La vérité, c'est que Huysmans n'écrivit pas une ligne de sa vie\nqui ne fut discutée, retournée, échenillée. On n'a jamais cherché à le\ncomprendre, on a toujours essayé de le trouver en faute. Et j'ai lu des articles\nsur lui où on tentait d'établir que sa maladie était l'origine et l'explication de\nson état d'âme et de ses livres. Après tout, cela prouve qu'il n'était pas\nindifférent. Ah! cela, certes non ! Sauf ses tout derniers ouvrages, dont la\nsérénité de pensée sinon de style ne saurait susciter de discussions, il ne\npublia rien qui ne fît plus ou moins scandale.\n   Rappelez-vous. La série de ses romans naturalistes, de Marthe à En rude,\nne rencontra comme succès que l'indignation et le dégoût qui étaient le\npartage ordinaire de ses camarades, mais peut-être avec une nuance particu-\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "             UN    BEL    HOMMAGE        RENDU      A J.-K.       HUYSMANS            385\n\n\n\nlicre : plus de négligence encore et plus d'irritation. Au m o m e n t où on\nl'aurait à peu près accepté comme naturaliste, il écrit A Rebours. Ce livre\nétonnant et s a u g r e n u , hanté d'aspirations confuses, tiraillé dans deux\ndirections opposées, devint comme le manuel, de quelques détraqués pour\nqui l'orgue à bouche de des Esseintes était infiniment plus intéressant que sa\nbibliothèque.\n    La Critique, perspicace comme toujours, identifia des Esseintes et\n [Iuysmans et, très perfidement, établit d'avance ses positions. E n présentant\ndes Esseintes-[Iuysmans comme un esthète névrosé, on jetait le doute sur la\n profondeur réelle de sa sincérité future, on décidait que toute démarche\nintellectuelle ou morale de sa part serait forcément due à cet état maladif,\n non pas au libre choix d'une tête saine.\n    Envisagés à ce point de vue, des livres comme Là-Bas, En Route, La Cathé-\n drale, L'Oblnt, ne pouvaient ê t r e q u e des témoignages de plus en plus accentués\n d'une neueasthénie aussi déplorable que respectable. E t c'est, en effet, de\n cette manière que (sauf exceptions) la Critique officielle les examina, o h !\n avec d t s restrictions, des politesses et des atténuations délicates, mais enfin...\n    Pauvre H u y s m a n s ! E v i d e m m e n t , tout cela lui était bien égal. C'était le\n plus modeste, le plus indifférent, le plus désintéressé des h o m m e s . Il n'a\n jamais écrit que pour son plaisir, — j ' e n t e n d s sous la poussée de la nécessité\n interne qui nous oblige à exprimer notre pensée et nos rêves, en nous leur­\n rant de la satisfaction que nous procure cet acte. Il n'a jamais fait de besognes.\n  Ce fut un artiste absolu, un honnête h o m m e d o n t la bonne foi fut tellement\n noble et tellement pure qu'elle s'enveloppait, pour s'avouer, de cette pudeur\n suprême : l'aveu de ses doutes, la reconnaissance de ses imperfections. Il n'a\n jamais s o r g é au succès ni à la gloire. Il n'a jamais fait ni une affaire, ni u n e\n concession.\n     Il était tellement à part, on le sentait si supérieur au désir même d'être\n compris, que personne n'avait l'idée de le défendre lorsqu'il était attaqué.\n  Les amis inconnus et passionnés qu'il avait en ses lecteurs prenaient bien\n  trop de joie à parcourir son œuvre pour éprouver le besoin de s'en expliquer.\n  Et vraiment je ne pense pas q u e toute la littérature aigre-douce qui foisonna\n  autour de la sienne lui ait retiré un seul admirateur.\n     Quoi qu'il en soit, on peut compter les études sérieuses ou sympathiques\n  qu'il inspira. P o u r ma part, je n'en connais point. Il y en a, sans doute, mais\n  je ne les ai point lues.\n     Son histoire morale est pourtant bien simple. C'était un h o m m e profondé­\n  ment bon et honnête, avec un don d'observation tel qu'il ne pouvait pas,\n  qu'il n'aurait jamais pu éviter de voir dans le m o n d e , au moins autant que\n  les beaux ensembles, les détails mesquins ou laids.\n     Un bon sens indéfectible lui interdisait de donner dans le p a n n e a u du\n  romantisme, du spiritualisme, en un mot de tout sentiment creux sous des\n  apparences nobles. Quoi d'étonnant à ce que p e n d a n t dix ans, en plein\n  épanouissement du naturalisme, d'ailleurs, il se soit laissé aller à son\n   penchant ?\n      Mais le même bon sens devait lui interdire l'exagération de sa propre\n"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "386                                 DURENDAL\n\n\n\n théorie; et comme ce n'était point par malveillance mais bien par minutie\n qu'il voyait la vie si petite, et c o m m e ce n'était pas non plus son désenchan­\n tement mais bien l'élévation de son rêve qui la lui faisait paraître lamentable,\n il devait, dès ce jour, avec plus ou moins de rapidité, évoluer vers le\n mysticisme.\n     A Rebours est une œuvre de transition, hantée de toutes sortes de phan­\n tasmes et de fantaisies. Mais Là-Bas, qui la suit immédiatement, est de\n tendances nettement catholiques. H u y s m a n s a trouvé sa voie. C'est dans\n cette religion, — et observée avec u n e mystique ferveur, — qu'il conciliera\ntoutes les contradictions de sa n a t u r e . L'honnête h o m m e sera à l'aise dans\ncette morale scrupuleuse et parfaite : cela, c'est évident. L'artiste impression­\nniste aura le poil rebroussé d'une comique indignation à la vue des bondieu­\nseries de Saint-Sulpice, des naïvetés des sermons, des hérésies esthétiques\ndu cérémonial, mais il n'aura qu'à se dire, pour se tranquilliser, que de telles\nfautes ne sauraient être imputées à un dogme mais bien à l'époque qui\ndécidément est plate et mauvaise (il l'avait bien toujours pensé). L'observa­\nteur aura, d a n s ces milieux nouveaux, au moins autant de joies, et de tout\nordre (de dénigrement ou d'admiration), qu'il en aurait eu d a n s les gargotes\net les rues de P a r i s , — bien plus même, car ils sont bien moins fréquentés,\nbien moins c o n n u s . Enfin c'est dans le mysticisme p r o p r e m e n t dit que sa\ntendance au rêve (héritage d'ancêtres lointains) s'accordera avec son anti­\npathie irréductible envers l'idéalisme vague. Rien n'est moins vague que les\npromesses religieuses. L e u r incertitude n'est pas un obstacble à leur préci­\nsion, au contraire.\n    E t c'est ainsi que Joris-Karl H u y s m a n s devint catholique fervent, non\npoint à cause des faiblesses d'un estomac délicat et d'un caractère grincheux,\nmais de toutes les énergies les plus fortes et les plus pures de son esprit et\nd e son cœur.\n    J e ne parlerai pas de la qualité de sa littérature, ni n'expliquerai les\nnuances très négligeables qui différencient entre eux Là-Bas, En rouie, La\n Cathédrale, L'Oblat, Sainte-Ludwine de Schiedam et Les Foules de Lourdes. Ce\nfurent seulement les phases successives d'un acte de foi qui dura quinze ans.\n J e n'ai voulu rappeler ici qu'une chose : c'est que cet h o m m e qu'on affectait\nt a n t de ne considérer que comme un littérateur, assidu et artiste à la fois, a\nété, avant tout et d a n s la plus haute acception du terme, avec ses faiblesses,\nsa constance, ses crises de doute, l'intensité de sa vie morale : un homme.\nOn ne peut pas en dire a u t a n t à la mort de tout le m o n d e .\n\n                                                       FRANCIS DE MIOMANDRE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-006", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 387, "page_fin": 389, "titre_corps": "Notes sur la mort de J.-K. 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Depuis plusieurs semaines, l'affreuse\n                       maladie q u i , d u r a n t u n e année, avait ravagé le corps de\n                       celai que nous aimions, s'était acharnée sur cet organisme\n                      épuisé avec u n e telle violence q u e tout espoir avait dis­\nparu. On comptait les heures ; chaque minute r a p p r o c h a n t le terme de la\ndélivrance souhaitée. D a n s la semaine qui précéda le fatal moment, j'étais\nvenu serrer u n e dernière fois la main du m a î t r e ; mais au seuil de la chambre\nj'avais reculé d e v a n t un amas de linges souillés de sang. H u y s m a n s venait\nd'avoir u n e terrible hémorragie et je m'étais enfui, le laissant reposer pour\nle suprême assaut.\n    Or, la maladie, sûre de son œuvre, après avoir averti le patient des\ndesseins de Dieu, sembla donner quelque répit, afin que rien ne troublât la\nsérénité d'une â m e en son recueillement ultime.\n    Il n'y eut pas d'assaut final, pas d'agonie délirante, pas de convulsions. A\nl'heure du pansement le fidèle secrétaire de H u y s m a n s , J e a n de Caldain, qui\nsoigna son ami avec un admirable dévouement, s'approcha du lit : « Maître,\n il est temps ». H u y s m a n s ne répondit p a s . On le crut assoupi; il était mort.\n Sans une plainte, sans un geste, ce pauvre corps décharné reposait à jamais.\n\n                                           *\n                                          * *\n\n   Depuis près de deux ans H u y s m a n s souffrait son martyre sans impatience,\n avec cette résignation q u e donne la douleur librement consentie. D'abord ce\nfut un zona lancinant, qui m a n q u a lui faire perdre la vue. L e s épreuves du\nlivre Les foules de Lourdes étaient presque entièrement corrigées; il ne restait\nque quelques pages à revoir. Lassé d'attendre, l'éditeur finit par distribuer\nles caractères. Il fallut tout recomposer et recorriger. « Il n'est pas possible,\ndisait l'auteur de l'Oblat, q u e la bonne Vierge ne me rende la santé, pour que\nje puisse encore chanter ses louanges et répondre à ses blasphémateurs. »\n   Puis un mal terrible se déclare soudain. Ce sont d'affreux maux de gorge,\n des abcès purulents. H u y s m a n s croit à u n e angine, ensuite à une carie\n dentaire. Il plaisante les médecins qui ne peuvent le soulager, les tourne en\n"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "388                                   DURENDAL\n\n\n\nridicule, s'emporte. Il s'agissait du cancer, mal qui ne pardonne pas.\nLongtemps on lui cache la cause de son mal. Le jour où il apprend la vérité\nsur son état et qu'il est condamné, ce jour-là H u y s m a n s envisage la mort en\nface, sans pose, sans crâner, sans « faire le malin ». Il se met simplement en\nprière et offre à Dieu ses souffrances de plus en plus intolérables. E n vain\nveut-on le piquer à la morphine, le patient refuse : « Je veux souffrir jusqu'au\nbout pour qu'on sache bien que je n'ai pas fait que de la littérature », dit—il.\n  Jusqu'à la dernière minute H u y s m a n s conserva sa connaissance et\ncontinua à s'intéresser aux livres qui lui étaient envoyés. L e samedi qui\nprécéda sa mort, de Caldain, s'étant absenté durant la matinée, rentre vers\nmidi. Il trouve son maître installé dans la salle à manger, lisant Un groupe\nmystique allemand de la comtesse Marie de Villermont. H u y s m a n s semblait\nenchanté de cette étude sur la vie religieuse au moyen âge.\n   Lès dernières causeries d'art de H u y s m a n s roulèrent sur la Lutte de Léon\nDaudet et sur la Bièvre de Mithouard. « J'étais déjà documenté sur la\nmorphinomanie, a-t-il dit, mais cet excellent livre d e Daudet m'apprend\nencore b e a u c o u p sur le sujet. Q u a n t au livre de Mithouard, je suis étonné de\nvoir avec quelle verve est racontée l'histoire de la Bièvre et avec quel art\nMithouard nous propose sa vision personnelle. »\n\n                                               *\n                                           *       *\n\n   L u n d i 13 mai, à 2 h. 1/2, je pénètre dans la c h a m b r e mortuaire. Les\nabat-jour sont baissés ; par les fentes des volets ne passe q u ' u n e lumière\nsale. Un cierge brûle sur une petite table recouverte d'une serviette, à côté\nd'un verre d'eau bénite et d'un balai de buis. Deux sœurs franciscaines,\namies du défunt, sont abîmées dans leurs prières. Contre le mur, étendu sur\nson lit de bois, H u y s m a n s dort son dernier sommeil. L e visage est mécon­\nnaissable. U n linge a été passé sous la bouche et noué sur la têle. Les yeux\nsont enfoncés sous l'arcade sourcilière p r o é m i n e n t e . Le nez est pincé, plus\naquilin que jamais. L e corps qu'on devine usé, tout petit, d'une maigreur\neffrayante, semble perdu dans la robe bénédictine (1), comme on u n linceul\ntrop ample. U n rosaire pend entre les mains décharnées, ces mains si fines\nque la souffrance a réduites jusqu'au squelette. U n crucifix de bois, de style\nancien, contenant des reliques, est posé sur la poitrine. Le spectacle est\ngrandiose, terrible dans sa simplicité, inoubliable.\n   M m e s D'Etschebers, assistées du docteur Crépel, de Lucien Descaves et de\nCaldain, firent la toilette du mort et le revêtirent de son habit bénédictin.\n   A la mise en bière qui eut lieu ce même lundi, à 6 heures du soir, assistaient\n\n\n  (1) On a parlé dans les journaux d'une robe d'oblat aux manches blanches. La robe\nd'oblat bénédictin est entièrement noire et ressemble à s'y méprendre au vêtement des\nmoines ; seul le scapulaire de celle-là est plus court et arrondi. La vérité est que Huys­\nmans sentant sa fin proche écrivit à Chevelogne pour demander d'être enseveli dans une\nrobe d'oblat La mort hâta les événements. Un moine ami lui envoya un habit de béné­\ndictin.\n"}, {"page_pdf": 468, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1701, "texte": "                NOTES SUR LA MORT DE J.-K. HUYSMANS                                      389\n\n\nl'abbé Daniel F o n t a i n e , confesseur de H u y s m a n s , les deux sœurs et le beau-\nfrère du défunt, Descaves, le docteur D u m e s n i l , T h y e b a u t , de Francmesnil,\nCéard.\n   Mercredi 15, à 10 heures, on se réunit à la maison mortuaire. La rue\nSaint-Placide est noire de m o n d e . Il pleut, des forêts de c h a m p i g n o n s noirs\nsemblent avoir soudainement poussé sous l'averse. Le deuil est conduit par\nle beau-frère de H u y s m a n s , par Coppée et par de Caldain. L e char disparaît\nsous les fleurs. L'académie Goncourt est au complet. Léon D a u d e t seul\nmanque, retenu à L y o n . P a r m i les femmes je remarque M m e s Zola, D ' E t s c h e ­\nbers, Daudet, R o d e n b a c h , duchesse D'Estissac, etc., et tout là-bas, au fond\nde l'église N o t r e - D a m e des C h a m p s , sur u n e pauvre chaise, la servante fidèle\nde H u y s m a n s , Marie G a u d y , tout en pleurs.\n   L'abbé Munier dit la messe. L'office se déroule au milieu des versets litur­\ngiques et des mélodies grégoriennes. La musique profane, selon le désir de\nl'auteur de la Cathédrale, est sévèrement exclue. Les amis de H u y s m a n s sont\ntous là : Degas, Raffaelli, Osbert, Coppée, Descaves, T a l m e y r , docteur\nLiouville, docteur Comar, docteur Dumesnil, docteur Crépel, L a n d r y ,\nMorisse. L ' a b b é F o n t a i n e conduit le corps et prononce les dernières prières.\nAucun discours ne trouble le recueillement de la cérémonie du cimetière, et\nchacun se retire, sans bruit, sous l'averse persistante.\n\n                                                               TANCRÈDE DE VISAN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-007", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 390, "page_fin": 391, "titre_corps": "O nuit viens !", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marie Dauguet", "ancre_debut": "O Nuit viens ! Nuit viens pour qu'une paix", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 469, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "O Nuit viens !\n\nNuit viens pour qu'une paix intense,\nAutour de l'étable endormie,\nSous la lune aux clartés amies,\nModule ses vastes cadences;\n\nP o u r qu'en leur ruche mes abeilles ;\nLes bœufs, la chèvre, les brebis,\nAuprès des rateliers fourbis\nP a r l'ombre d'or obscur, sommeillent.\n\nP o u r que sur l'ancien four tiédi\nE t croulant des blancheurs s'étalent\nE t que s'effeuillent des lys pâles\nAux seuils du village engourdi.\n\nViens et que sur les toits de lave,\nOù s'agrafe la mousse sourde,\nQui les trempent et qui les lavent\nDes clartés vaporeuses coulent ;\n\nQu'autour de la mare sereine,\nParmi la bruine élyséenne,\nTout à coup, frais, rauque et tenace,\nLe chœur des grenouilles coasse;\n\nQue la lune errant se blottisse\nEn la tiédeur verte des saules\nP e n d a n t qu'à leur cime tortisse\nUu chat-huant rêveur miaule.\n\nAromes... silence... lueurs...\nMusique... Nuit de poésie,\nNuit embaumant, verse à mon cœur\nAltéré, ta calme ambroisie.\n"}, {"page_pdf": 470, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 613, "texte": "           O NUIT   VIENS !                        391\n\nFais quelque chose de divin\nNoyé dans ton immensité,\nAu-dessus du vouloir humain,\nDe mon cœur étroit, tourmenté,\n\nCendre plaintive... Qu'il se mêle\nA ce clair de lune mystique\nBaignant les fermes pacifiques;\nA l'idéal que tu révèles...\n\nSans que nos sens voilés l'expliquent;\nA ce grand bonheur simple et doux\nDes vieux villages à genoux\nA t r a v e r s leurs blés magnifiques ;\n\nA la vie p a r t o u t respirante\nDe l'humble chaume au ciel en fête;\nAu repos suave des bêtes\nDans les étables odorantes.\n\n                                    MARIE   DAUGUET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-008", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 392, "page_fin": 397, "titre_corps": "La pourpre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adrien Mithouard", "ancre_debut": "La pourpre LESrouges de Venise", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 471, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "La pourpre\n                LESrouges de Venise sont comme du vin pur. Dans\n                  cette subtile atmosphère, où les blancs sont\n                  presque d'or, ainsi que les voyait Carpaccio, les\n                  carmins, les garances et les vermillons, guindés\n                  par l'exaltation générale, ont une palpitation\n                  enivrante. L a pourpre somptueuse régit le\n                  concert des couleurs vénitiennes. Elle fut le\n                  secret de T i t i e n , qui la fit pure et opulente.\nC'est d'elle que J e a n Bellini revêtit ses madones indolentes\ncomme d'un manteau de gloire, d'elle que Giorgione fit une\nnote brûlante comme un cri de passion sur la t u n i q u e cerise de\nce petit h o m m e ardent qui regarde une femme moelleusement\nassise au bord d'un paysage si raffiné. Dans cette ville sans\nvoitures, où tous les bruits sont modérés et flottent légèrement\nsur le silence de l'eau, il semble que l'on entende les couleurs\nchanter. De ma fenêtre du quai des Esclavons, tous les soirs au\ncoucher du soleil, Saint-Georges le Majeur m'apparait comme\nune île de rubis.\n   J'ai vu tantôt Venise tout entière frémir sur les flots dans\nl'attente d'un chapeau rouge et le poursuivre avec folie d'un\nbout à l'autre du grand canal. Quelle est à présent la ville du\nm o n d e qui voudrait, qui saurait donner une fête si étrange?\n   L e pape Pie X, après avoir été le patriarche de Venise, est\ndevenu le gondolier de l'Eglise. Il a conféré la pourpre à son\nsuccesseur, lequel revient aujourd'hui de Rome. T o u t e la ville\ns'est portée vers la gare à l'autre extrémité du grand canal.\nVenise est joyeuse et se montre dans son plus féerique apparat,\ncomme aux jours où les princes du Nord et les ambassadeurs\nd'Asie venaient la visiter. Sa prompte s y m p a t h i e se manifesta\ntoujours avec une brillante exubérance. C'est une princesse\ndont le visage s'empourpre à la moindre émotion.\n   Bien longtemps avant l'arrivée du train, les gondoles\nremuantes sont venues se ranger sur le canal en face des\n marches de la gare, dressant comme des rangs de hallebardes\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "                            LA POURPRE                           393\n\n\nles dents de fer de leurs proues alignées. U n peuple agité se\npresse sur les quais et s'étage sur les marches du perron de San\nSimeone, d o n n a n t le spectacle du plus singulier feutrage\nhumain. On dirait un immense bouquet de petites fleurs de\ntoutes les couleurs, à m ê m e lesquelles tape un grand soleil, un\nvaste tapis que piquettent une infinité de notes vives et dont\ntous les points sont des châles, des chevelures, des têtes\nhumaines, une grande étoffe vivante, la foule — la foule du\nParadis de Tintoret. Tout cela, comme de la soie qui joue,\nremue un peu, scintille, s'amuse, caquette en un seul bruit.\nC'est ie peuple de Venise, volontiers et facilement catholique,\nun peu sceptique par-dessus le marché, et par-dessus tout épris\nde couleurs et de falbalas.\n   De nouvelles gondoles noires arrivent sans discontinuer; elles\nvirent, s'emmêlent, s'insinuent les unes entre les autres dans\nun enchevêtrement indescriptible. Quelques barques ont été\nparées de tentures aux couleurs tendres et de feuillages; elles\nportent des bouquets piqués à l'avant, en guise de lanternes et\nsont menées par des rameurs tels qu'on en voit dans les tableaux\ngrossiers et amusants de Gabriele Bello qui commémorent les\nanciennes solennités vénitiennes : culotte à raies blanches et\nbleues, veste de velours bleu, toques j a u n e s d'où pend une\ncoiffe bleue. D'autres sont conduites par des laquais à perruque\nou à chapeau haut de forme. C'est la ville du carnaval. T o u s les\nstyles, tous les costumes et toutes les formes se dissolvent avec\nfolie dans l'eau. Voici des embarcations élancées et rapides où\ns'allongent des colliers de rameurs demi-nus, la jeunesse en\nblanc, la jeunesse à blanc. De petits vapeurs, qui essaient de se\nfrayer un chemin entre les barques emmêlées comme un jeu de\njonchet, portent des pyramides d'ecclésiastiques du plus beau\nnoir, qui font penser au jeu des forces d'Hercule de l'ancienne\n Venise. D'autres, entourés de balustrades de verdure et de\nguirlandes régulières dans le goût qui triomphe aux devantures\ndes fruitières vénitiennes, véhiculent de pieux orphéons. L à -\n bas, sur un balcon qui se coude à l'angle d'une maison, un\npensionnat café au lait déroule un long r u b a n de chapeaux de\n paille du j a u n e paille le plus innocent. Le canal a complètement\n disparu sous les barques : l'eau est remplacée par de la foule\n que le flot fait monter et descendre dans une mêlée de rames et\n de proues redressées.\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "394                             DURENDAL\n\n\n    Soudain une cloche s'ébranle à un campanile lointain. T o u t e s\nles autres se mettent à lui répondre et le bourdonnement, qui\nremplit le ciel d'une musique uniforme, liquide et ballante,\nondule sur le roulis de cette mouvante rue de bois. On ne s'en­\ntend plus; c'est une r u m e u r générale dans laquelle tous sont\nbercés ensemble. T o u s les yeux, vingt mille regards sont tendus\nvers le même endroit de la gare, guettant sur l'ombre de la porte\nouverte l'apparition du pontife rouge, qu'avec la plus lyrique\navidité désire, sollicite, appelle un grand peuple ensoleillé.\nBientôt la foule se pâme en un long cri; les fanfares éclatent.\nOn a vu un h o m m e porter à deux mains une croix d'argent, et\nderrière lui le prélat se révèle, la main levée pour une béné­\ndiction rapide.\n   Il descend alerte vers le quai et monte dans un petit vaporetto\ndont la mince cheminée d'or reluit au soleil et qui se met douce­\nment en marche. L e grand tapis h u m a i n frissonne. L e s têtes se\nsoulèvent. Les mains applaudissent. « Il est arrivé, notre\nchéri ! » s'écrie auprès de moi un gondolier.\n   Alors commença la bataille navale. Ah ! le détroit ne vit pas\nun plus beau t u m u l t e au matin de S a l a m i n e . T o u t e s les gon­\ndoles s'ébranlent à la fois, soulèvent leurs becs les unes sur les\nautres et se font violence. Les fers se heurtent sous la pluie de\nferraille que les cloches jettent à plein ciel, au milieu d'une\np é t a r a d e de cuivres déchaînés. On entend les craquements du\nbois. Les barques se poussent; elles se coincent; elles s'effor­\ncent inutilement vers le vaporetto à la cheminée d'or, au milieu\nduquel le prélat coiffé, vêtu et ganté de rouge s'offre à la ville.\nL e canal tout entier se met en marche. U n e cohésion tumul­\ntueuse fait route. E n t r e les quais trop étroits la foule traînée\nglisse en un seul bloc que domine la silhouette des gondoliers\ngesticulant comme des diables, et la plus belle ville sous les\ncieux déroule peu à peu son clair décor.\n    A ce moment des mains se mettent à jeter en l'air une\nm u l t i t u d e de petits carrés de papiers multicolores, que le vent\nenlève par-dessus les toits. C'est Chioggia qui se mêle à la fête\net propage son orgueil :\n\n                      « A S. Em. Aristide Cavallari\n                      l'umile Chioggia sua patria\n                      con entusiaslico plauso. »\n"}, {"page_pdf": 474, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "                            LA POURPRE                           3g5\n\n\n   Aux balcons des palais sont étalés des étoffes lamées d'argent,\ndes d a m a s écarlates, des brocarts, des velours cramoisis où le\nlion de Saint-Marc est broché en or sous les traits d'un gros\nchat. De longs drapeaux pendent fastueusement vers l'eau.\nDans une loggia quelque patricienne s'accoude, solitaire, sur\nune superbe tapisserie du XVe siècle qui étale rigidement un\ngrand carré de verdure. Sur Valtana d'une maison dont les\npilastres à l'italienne sont découpés par le soleil, se réjouissent\nà même le ciel de jeunes femmes qui s'abritent sous des\nombrelles aux teintes brûlantes. On dirait un plafond de\nVéronèse.\n   De temps en temps les barques se desserrent un peu : aussitôt\nles gondoliers, pris d'une fureur subite, se poussent en avant.\nLes miens qui y mettent leur point d'honneur m'ont rapproché\npeu à peu du vaporetto patriarcal où flotte un étendard repro­\nduisant l'effigie sacrée du voile de sainte Véronique. Ils\nparviennent à s'accrocher aux flancs d'un vapeur à musique qui\nfait voyager ainsi une vingtaine de barques, comme un canot\ntraînerait des herbes après lui. Au r y t h m e de l'hélice, l'orphéon\njoue la Marche Royale, et je vois derrière moi le cardinal la tête\ndécouverte. A toutes les calle qui aboutissent au canal apparaît\n une tranche de foule, coupée net au bord de l'eau. Dans l'inter­\n valle des maisons on aperçoit dans les plus folles positions les\n cloches brimbalées dans leurs campaniles. Nous sommes telle­\n ment pressés que nous nous figurons être sur un sol immobile et\n que ce sont les maisons qui flottent, comme si Venise, caravelle\n d'or attachée à nos derniers rivages, s'était mise à voguer vers\n des mers levantines.\n   Le plus bel écho de Venise est sous le pont du Rialto. C'est\nlà que les musiciens se plaisaient jadis à moduler la cantilène\ndu Tasse, là que les Vénitiennes viennent encore lancer dans la\nnuit des voix sonores, écoutées au loin par tout le bleu silence de\nla ville, et se grisent comme les rossignols de leur propre\nmélodie dont les pierres et l'eau redoublent le cristal. Ce soir\nl'arche du Rialto est pleinedu roulement du tonnerre. A mesure\nque le cortège la franchit, les cris, les fanfares et les applau­\ndissements recommencent et la voûte répète un fracas sans fin.\n Déjà de l'autre côté de nouveaux décors d'opéra s'échafaudent.\n   A ce moment le vaporetto cardinalice prend de la vitesse pour\n se dégager. T o u s les autres se mettent à la même allure et font\n"}, {"page_pdf": 475, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "396                             DURENDAL\n\n\n\nlargement onduler le canal au milieu d'un immense désarroi.\nL a pourpre est en fuite.\n    L e s gondoles semées derrière elle se balancent dans une\nagitation désordonnée. Avec leurs lignes minces comme de\nl'écriture et leurs extrémités calligraphiques, elles ressemblent\nà des grimoires se p a r a p h a n t sur l'eau : elles sont chinoises.\nLes gondoles ont une âme crochue; les gondoles ont une âme\nsombre et calcinée par les convoitises. Vouées à jamais au noir\npar les lois somptuaires, elles ont pour destin de nager à jamais\ndans des eaux illuminées, dans des sillages de nacre, dans le\nreflet des escarboucles et des ors. Ce sont des damnées. Les\nvoilà qui remuent en tous sens comme des insectes tombés\nsur une eau houleuse. Elles retrouvent bien vite leur direc­\ntion et se jettent toutes à la fois à la poursuite du cortège.\nLes gondoliers rament à tour de bras. N o u s filons au vent tous\nà la fois à toute vitesse, suivant le cardinal sur le canal. Les\npalais pavoises de marbre et dentelés d'arcatures se succèdent,\na p p l a u d i s s a n t toujours, jetant des vivats et secouant des lam­\nbeaux splendides au passage de la folle régate. L à - b a s fuit la\npourpre miraculeuse. Elle passe entre la Sainte et la maison de\nDesdémone. L a voilà parvenue à l'entrée du grand canal.\nDebout sur son globe, la F o r t u n e de la Dogana se précipite\ncomme une annonciatrice.\n   L a pourpre va toucher terre. Avec une frénésie suprême les\ngondoles l'investissent; elles veulent s'en r e p a î t r e ; elles veulent\nboire cette goutte de sang. Alors, circulairement, elles viennent\ns'abattre toutes ensemble devant le quai de la Piazzetta,\ntandis que les pigeons de la place Saint-Marc s'enlèvent\ntous à la fois et noircissent le ciel de leurs vols désordonnés,\nles dais et les parasols du cortège étant déjà parvenus devant\nSaint-Marc.\n\n   De la pourpre et des gondoles qui lui donnent la chasse ;\nles hommes furent toujours prompts à courir sus aux ravisseurs\ndu feu.\n   Il est une couleur brûlante. Elle met les bêtes en folie. Les\nconducteurs de peuples ont toujours pris garde d'en repaître la\nfoule. Les Romains païens, les catholiques Espagnols ont\napprêté des amphithéâtres, ils ont pris jour, ils se sont vêtus de\nleurs étoffes les plus magnificentes pour la contempler quelques\n"}, {"page_pdf": 476, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1650, "texte": "                              LA POURPRE                               397\n\n\ninstants dans la ferveur du sang qui s'épanche au soleil. La\nsplendeur est u n aliment.\n   Venise ne fut j a m a i s protestante. Les belles heures, les plus\npurs rayons du ciel sont sa nourriture q u o t i d i e n n e . Cette fine et\nchaude atmosphère est sa respiration. L e prestige de ses palais,\nne tient qu'à la lumière qu'ils assimilent. Ailleurs ces somp­\ntueuses architectures s'évanouiraient : c'est le ciel qui les sou­\ntient. L'éclat de l'or, des émaux, des gemmes et des soies, de\ntoutes les richesses de la terre jetées ici par le commerce du\nmonde entier et déroulées sous une lumière admirable, voilà\nl'élément singulier au sein duquel, sur le bord de notre dernière\ncontrée, elle s'est épanouie comme une rose a r d e n t e . L a couleur\nest sa notion première, la chaleur des tons la température de\nsa vie.\n   Venise n'est pas individualiste; elle est de civilisation catho­\nlique, et c'est le propre des grandes collectivités catholiques de\nl'Occident que l'usage des biens du monde y soit généreusement\nréglé. Elle jouit donc avec sérénité de sa splendeur. Elle reçoit\nson évéque avec un luxe sans scrupules, car chaque fête est\ncomme une pulsation régulière de son cœur.\n   Il n'est ici de faim et de soif que de la pourpre. Venise, point\nextrême, est comme un organe délicat inséré au plus sensible\nde l'épiderme du monde occidental. Le corps de l'homme n'est\npoint fait seulement avec des os et des muscles. Ses lèvres sont\nun fruit. Son œil est une pierre précieuse.\n\n                                               ADRIEN MITHOUARD.\n 24 avril 1007.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-009", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 398, "page_fin": 398, "titre_corps": "Distiques funèbres à la mémoire de Charles Guérin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean-Marc Bernard", "ancre_debut": "Distiques funèbres à la mémoire de Charles Guérin La Volupté", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 477, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "Distiques funèbres à la mémoire de Charles Guérin\n\n\n    La Volupté, le Doute et le farouche Orgueil,\n    Chanteur! se sont longtemps accroupis sur ton seuil.\n\n    Lascives, tour à tour, hautaines ou tremblantes,\n    Leurs bouches se tendaient vers ton front — sanglotantes!\n\n    Mais ces lèvres laissaient sur ta tempe qui bout,\n    Comme une empreinte d'amertume et de dégoût.\n\n    Bientôt la passion, par les heures vaincue,\n    Dans ta chair misérable et triste, s'était t u e ;\n\n    E t ton orgueil lui-même avait baissé les yeux\n    A trop vouloir souder la profondeur des cieux.\n\n    L e doute, seul encor, ne voulait point se taire\n    E t tenaillait ton âme et ton cœur solitaire;\n\n     Mais enfin le voici, Guérin, qui t'a quitté\n     Devant le jour de l'éternelle Vérité,\n\n     E t tu peux aujourd'hui — joyeusement austère —\n     « Jouir du plein soleil de l'immortel été! » (1)\n\n                                                J E A N - M A R C BERNARD.\n\n\n\n\n(i) Cil. 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S'il s'agit de peinture et de sculpture, il faut\n                             convenir que notre époque n'offre rien de comparable à la\n                             production du passé. Les signes de décadence et d'épui­\n                             sement dénoncés par M. Germain paraissent bien incon­\ntestables. C e p e n d a n t tout le m o n d e n ' a d m e t pas qu'on étende cette conclusion\nà l'architecture et aux arts mineurs qui en d é p e n d e n t : menuiserie, ferron­\nnerie, d i n a n d e r i e , orfèvrerie, peinture sur verre, etc. N e sommes-nous pas\ntémoins, et tout particulièrement en Belgique, d'une vraie renaissance de\nl'architecture religieuse ? Le signal nous en est venu de F r a n c e et ce fut Mon­\ntalembert qui ouvrit les yeux à Jean B é t h u n e . Ce que de Caumont, Viollet-le-\nDuc et Didron firent pour la F r a n c e , le baron B é t h u n e l'entreprit pour notre\npays, mais avec un sens artistique plus affiné, et surtout avec u n e entente plus\ncomplète de tous les arts dont la construction et l'embellissement des églises\nsont tributaires L e s restaurateurs français ne furent que des archéologues;\nleurs inspirations personnelles sont assez médiocres. Jean B é t h u n e sut\ndessiner, selon les principes du moyen âge, des m o n u m e n t s parfaits, et cette\nmerveille d'art sobre et harmonieux dans son austérité, qu'est l'abbaye de\nMaredsous, révèle u n grand artiste. Viollet-le-Duc ne fit que d'importantes\nrestaurations ; il laissa des ouvrages que l'on consultera toujours ; Béthune\nréussit à fonder une école qui continua son œuvre, et de cette école sortirent\ndes architectes de grand talent, en assez bon nombre pour qu'on évite de les\nciter, par crainte d'oublis injustes.\n   Dans ces conditions, il semble qu'il n'y a pas à renover l'art chrétien en\nBelgique, au moins l'art de bâtir et d'embellir les églises, parce que c'est fait.\nLa crise de l'épuisement est terminée. Qu'elle a sévi d a n s un passé relati­\nvement récent, c'est indiscutable, et il en d e m e u r e des témoignages fâcheux,\ncomme à Bruxelles ces odieuses machines qui s'appellent Saint-Jacques-sur-\nCandenberg, les églises du Finistère et des S S . Jean et Nicolas. Toutefois,\naprès ces irrémissibles péchés mortels, on constate un sincère repentir d a n s\nl'intention des architectes qui ont dessiné Saint Boniface d'Ixelles, Saint\nServais de Schaerbeek, le Gésu de la rue Royale, l'église des Récollets de la\nrue des Palais. Ce n'est pas encore la perfection ; c'est peut-être même fran-\n"}, {"page_pdf": 479, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3398, "texte": "400                                  DURENDAL\n\n\n\nchement mauvais. Mais enfin, c'est le premier mouvement de prodigue qui se\nrelève de sa déchéance. Plus tard, la conversion devient plus sincère. On\ns'aperçoit qu'il ne suffit pas d'amender l'apparence et qu'on ne fait pas du\ngothique en imitant avec du plâtre les nervures, les fleurons et les chapiteaux\ndes cathédrales françaises. On étudie l'esprit des vieilles architectures. On\na p p r e n d à tailler et à appareiller les pierres comme le faisaient les anciens.\nOn va même jusqu'à se demander ce qu'ils auraient fait en telle circonstance,\ncomment ils auraient utilisé telle superficie imposée, et tels matériaux qu'ils\nn'employaient pas. E t aujourd'hui, cette archéologie appliquée et celte\nhabileté dans l'imitation vont très loin. On ne redoute plus, en restaurant un\nm o n u m e n t , de le défigurer. On se flatte de fondre si bien les ajoutes actuelles\ndans l'harmonie de l'ensemble, que les ancêtres, s'ils pouvaient revoir leur\nœuvre retapée à neuf, retrouveraient jusqu'à leur coup de ciseau sur la pierre\nfraîchement posée.\n    Tout cela ne démontre-t il pas l'actuelle rénovation de l'art ?\n    H é non ! cela démontre peut-être le contraire ! Rénover, ce n'est pas\nressusciter le passé, restaurer le moyen âge, r e p r e n d r e scrupuleusement des\nconventions anciennes, des formules d'autrefois, quelque raisonnables que\nsoient ces conventions, quelque élégantes que soient ces formules. Rénover,\nce n'est pas encore adapter les formes anciennes à de nouvelles exigences.\nIl me paraît que c'est plutôt chercher des formes nouvelles en harmonie avec\nles conditions présentes. On a rénové le métier de constructeur, je le veux\nbien, en a p p r e n a n t à l'école du moyen âge ce que l'on avait oublié, savoir\ncomment on utilise dans une construction la pierre, le bois et le métal, et\ncomment on dessine u n e façade qui ne soit pas u n simple décor de théâtre.\nMais la rénovation de l'art, c'est autre chose. L'archéologie savante et minu­\ntieuse peut bien rénover un métier; elle ne suffit pas à rénover la création\nartistique.\n    P o u r que l'on ne se m é p r e n n e pas sur ma pensée, je tiens à déclarer que je\nne veux pas dénigrer l'effort si méritoire de l'école de J e a n Bélhune, que l'on\nappelle c o m m u n é m e n t école de Saint L u c . Il sera permis cependant, sans\nmanquer au devoir de l'impartialité, de ne pas placer au même rang les\ndiverses manifestations de son activité. Ses représentants autorisés ont\nreconnu d'ailleurs, eux-mêmes, son infériorité dans le domaine de l'art pur,\npeinture et statuaire.\n    D'autre part, prétendre que l'étude attentive du moyen âge est inutile,\nque le recul vers le passé et l'imitation de plus en plus fidèle des anciennes\nformes ont été préjudiciables à la production c o n t e m p o r a i n e , serait encore\nparadoxal. Il faut même reconnaître que la supériorité des édifices néo-gothi­\nques récents sur d'autres un peu plus anciens est due à une intelligence plus\nprofonde de l'art médiéval. Toute tentative d'innovation plus ou moins con­\nsciente dans la structure, et surtout dans l'ornementation, fut plutôt\nmalheureuse. C'est pourquoi feu Baekelmans conseillait aux jeunes architectes\nde copier servilement, et lui-même n'hésitait pas à le faire. On pourrait\nrechercher la raison de cet étrange p h é n o m è n e ; je me borne pour le moment\nà le constater.\n"}, {"page_pdf": 480, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3590, "texte": "                    FAUT-IL RÉNOVER L'ART CHRÉTIEN                                    401\n\n\n   Je vais plus loin encore dans la voie des concessions. Si l'on me d e m a n d e\nce que l'on pourrait substituer actuellement aux formes du moyen âge, je\nrépondrai franchement que je l'ignore. J ' a v o u e que le style gothique\nsemble prédestiné à la construction d'une église, et qu'il a réalisé comme\nnul autre le rêve d e la beauté grandiose, forte, élégante, au service\ndes exigences de la raison. E t c'est pour avoir pris conscience de la\nperfection de cet art q u e les architectes de nos églises n e veulent point d'autre\nmodèle.\n   Ont-ils raison? Ont-ils tort? La réponse dépend du point de vue auquel on\nse place. R e c o n n a i s s o n s avant tout ce qu'il y a d'anormal d a n s le parti-pris\ndes néo-gothiques.\n   L e bâtisseur actuel, en devenant archéologue, a fait ce que jamais u n artiste\nne fit à a u c u n e é p o q u e de fécondité artistique. T o u t en se rattachant à des\ntraditions, en s'inspirant de modèles anciens, les architectes de tous les temps\nont eu le souci d'innover, d'être personnels, et de signer leurs œuvres du\nsceau de leur époque et de leur p a y s . Cela est vrai des romains, des byzantins,\ndes latins, des r o m a n s et des gothiques, et chez ceux-ci la recherche des\nsolutions nouvelles est à l'état aigu. Chaque moitié de siècle voit naître des\nmodes nouvelles, dont les édifices un peu importants racontent les vicissi­\ntudes. Les diverses écoles de la Renaissance, en Italie, en F r a n c e , en Alle­\nmagne, en F l a n d r e ont rivalisé d'ingéniosité d a n s u n e production caracté­\nristique, qui n ' e m p r u n t e à l'antiquité que des motifs librement interprétés.\n Il faut descendre j u s q u ' a u x débuts du XIXe siècle pour voir s'élever des por­\ntiques, des propylées, des frontons copiés de la Grèce, selon les formules\nd'une archéologie s a v a n t e . P o u r la première fois, les architectes se désinté­\nressent de l'invention. Ils se contentent d'adapter. Ce que firent les construc­\nteurs officiels du premier E m p i r e , les néo-gothiques le font encore, avec\ninfiniment plus de bons sens, je n'y contredis pas. Mais, enfin, ils se\ndésintéressent aussi de l'invention, et puisqu'ils n'ont pas l'ambition de\nfaire du neuf, j ' a v a i s peut-être raison de dire qu'ils n'ont pas rénové l'art.\n    On me d e m a n d e r a quel inconvénient on peut trouver à ce parti-pris de\nprudence et de sage modestie, puisqu'il nous a valu des édifices religieux\n répondant parfaitement à leur destination. Si l'inconvénient n'est pas actuel,\nl'avenir se chargera peut-être de le révéler. Car on peut se demander quel est\nle destin d ' u n art c a n t o n n é aujourd'hui dans l'imitation servile du passé.\nNotre architecture n e p e u t prétendre à être a u t o n o m e , originale, spontanée.\nOr, en renonçant à ces prérogatives, ne renonce-t-elle pas du m ê m e coup\nà ce qui fait la vie profonde et la fécondité de l'art? P o u r vivre, l'art ne\ndoit-il pas évoluer nécessairement, tenter des expériences nouvelles, prévenir\nla satiété par le c h a r m e de l'inédit, soutenir la ferveur de l'imagination par\nle plaisir de la création, q u a n d ce serait au risque de courir des aventures\n périlleuses?\n    Puisque l'art a p o u r but de plaire, le p h é n o m è n e psychologique de la\n satiété doit être pris en considération. T o u t passe, tout lasse, dit le dicton.\n Quelque belle que soit u n e forme d'art, l'admiration s'émousse à la longue,\n et l'on veut des spectacles nouveaux. Si, dans le recul où nous sommes, nous\n"}, {"page_pdf": 481, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3568, "texte": " 402                                   DURENDAL\n\n\n  comparons entre elles les diverses modalités de l'architecture gothique au\n  XIIIe, au XIVe et au XVe siècle, nous constaterons que l'évolution, progressive\n  d a n s le sens de la logique, ne le fut pas dans le sens de la beauté. Mais ce ne\n  fut pas le sentiment des anciens. Après les merveilles de P a r i s , de Reims\n  et d'Amiens, il était naturel que les architectes eussent le désir de faire\n  mieux en faisant autrement, et l'inédit de leurs trouvailles n'est pas sans\n  valeur, même pour n o u s . L'art eût-il gagné à s'immobiliser dans les\n  conquêtes définitives du XIIIe siècle ? L e s délicieuses fantaisies du XVe et\n  du XVIe siècle ne valent-elles pas mieux que de continuelles redites d'un\n  thème usé ?\n      Sans doute, l'amour du neuf est cause parfois d'étranges aberrations. C'est\n  lui qui fit tomber dans un oubli dédaigneux l'art du moyen âge que Fénelon\n  qualifiait de barbare. Mais n'est-ce pas aussi l'amour du neuf qui prête un\n  charme d e jeunesse au néo-gothique, dont Montalembert fut le poète en\n  F r a n c e ? Après la débauche du style rococo, la prétention des architectures\n  à colifichets, la froideur solennelle des ordonnances pseudo-grecques, l'ineptie\n  même du gothique à la Victor H u g o , c'était un charme de voir s'élever des\n constructions logiques, sobres et h a r m o n i e u s e m e n t belles, selon les pures\n  traditions médiévales. Cette renaissance conquit les sympathies de tous, et\n depuis plus de trente ans on ne bâtit plus que des églises gothiques ou\n romanes. Je me d e m a n d e m a i n t e n a n t si cette vogue va durer. Après tant de\n siècles de mobilité, où l'art ne fut jamais qu'un perpétuel devenir, avons-nous\n abouti à u n état d'équilibre stable, à u n e forme définitive de l'architecture?\n Qui peut s'en flatter?\n     Le prestige des innovations est nécessaire d'ailleurs pour entretenir la\n ferveur des facultés imaginatives. L'oeuvre d'art jaillit de la spontanéité de\n l'artiste. Or, cette spontanéité est autre chose qu'un laborieux effort d'assimi­\n lation. Elle crée plus qu'elle n'imite. La joie de la création libre entretient\n dans l'âme cette flamme d'enthousiasme dont rien ne peut compenser l'absence.\n C'est pourquoi tout pastiche reste froid, inerte, mort. Pasticher, c'est refaire\nce qui existe déjà, avec une louable application, mais sans émotion possible.\n N'est-ce pas tout le labeur de nos actuels bâtisseurs d'églises? Quel frisson\nvoulez-vous qu'ils éprouvent à compulser des documents et à combiner des\nformules reçues, suivant les contingences des lieux et des budgets? Comparez\nle travail de ces ouvriers laborieux à celui des grands artistes qui dessinèrent\nautrefois les façades de Paris, de Reims et d'Amiens. Le frisson, le voilà,\net il nous secoue encore à six siècles de distance !\n    P o u r achever de nous édifier, jetons un coup d'oeil sur une œuvre moderne,\npar exemple, pour ne pas comparer d'entre elles des choses trop dissem­\nblables, les dessins de la future basilique de Koekelberg, qui veut être le\ndernier cri de notre art national. C'est bien, c'est sage, c'est pondéré, correct\net académique. Mais il est difficile de dire : c'est beau, tant cela reste froid,\ncompassé et solennellement guindé. P o u r t a n t l'ambition de faire grand n'a\npas m a n q u é . La future basilique réalisera le rêve i n t e r r o m p u de la cathédrale\nfrançaise : les nefs croisées cantonnées de six flèches et couronnées d'une\ntour centrale. Mais cette hardie conception ne vaut que d a n s la réalité\n"}, {"page_pdf": 482, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3508, "texte": "                   FAUT-IL RÉNOVER L'ART CHRÉTIEN                              403\n\n\nconcrète, dans la beauté des formes dont elle se pare. Malgré ses hautes\nambitions, la moderne basilique n'aura pas le charme des choses vraiment\ntrouvées. L a ferveur en est absente. Ce n'est guère plus qu'une b o n n e et\nsavante étude d'archéologie appliquée. E t ce ne pouvait être autre chose, du\nmoment que son auteur renonçait à « trouver ».\n   Pour rénover l'art de bâtir, il faudra d o n c a b a n d o n n e r une veine qui\nsemble bien épuisée, renoncer au pastiche, et se lancer résolument à la\nrecherche d'inventions nouvelles. De l'expérience du passé, des mécomptes\nd'autrefois, on retiendra d'utiles leçons, c'est-à-dire que l'on ne fera plus de\nl'architecture puérilement décorative, mais de la belle et b o n n e construction,\nen matériaux apparents et bien choisis. Seulement l'imagination des archi­\ntectes cherchera a donner une expression de b e a u t é aux formes que la science\nlui suggérera. L'architecte s'apercevra bien vite qu'il y a place pour l'innova­\ntion dans les conditions actuelles de l'art de bâtir, s'il veut bien s'abstraire\ndes idées préconçues.\n   Il y a en effet, dans la circulation des idées courantes, certains principes\narrêtés qui passent à tort pour des postulats évidents. Telle cette affirmation\nsi souvent répétée par les écoles de Saint-Luc : l'architecture gothique est\nnotre art n a t i o n a l . Cela ne signifie certes pas que cet art caractérise notre\nrace ou notre pays. Il a régné sur une région très étendue de l'Europe\npendant trois siècles. Il est sorti de l'évolution du style roman. Il a sombré\ndans un mouvement qui ne fut pas u n progrès dans l'art de bâlir. On y est\nrevenu dans un élan de ferveur archéologique, et ce renouveau n ' a pas été\nsans mérite. Mais cela ne suffit pas pour qu'il doive s'éterniser. D'ailleurs, si\nc'est un principe fondamental que l'art doit être national, il conviendrait de\ns'en tenir chez nous aux particularités qui distinguent nos m o n u m e n t s de\nceux de nos voisins. Q u e si l'on recherche alors les raisons d'être de ces\nparticularités, on s'apercevra qu'elles sont multiples. Les unes tiennent à des\ncauses locales, c o m m e la nature des matériaux ou l'infériorité relative des\nartistes, les autres aux influences des écoles voisines. Quelles raisons bien\npressantes avons-nous de considérer comme des types intangibles et\ninviolables les formes nées sur notre sol de ce concours de circonstances\nfortuites ?\n   Si l'on entend par art national celui qui obvie le mieux aux intempéries\nde notre ciel et qui se plie le mieux aux matériaux dont nous disposons, on\npeut admettre le principe de la nationalité dans ce sens pratique. Or, l'archi­\ntecture gothique résoud-elle adéquatement ces problèmes? On peut en douter.\n Le toit d'ardoises à versant raide n'est pas la meilleure des couvertures. Il\ndonne une prise considérable au vent et présente des dangers pressants\nd'incendie. L e s larges baies garnies de verrières causent une énorme déper­\ndition de chaleur. Il est à peu près impossible de chauffer convenablement\nun vaste édifice gothique. T o u t l'appareil de soutien, contreforts et arcs-\nboutants, rejeté à l'extérieur, est un expédient i n g é n i e u x ; mais il expose\nl'édifice à de nombreuses causes de ruine, puisque ces organes de stabilité\nsont directement exposés aux intempéries. La profusion des détails d'orne­\n mentation, à l'extérieur des édifices, n'est pas indiquée par notre climat. On\n"}, {"page_pdf": 483, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "404                               DURENDAL\n\n\n\n pourrait poursuivre l'énumération de ces antinomies, bien plus nombreuses\n qu'on ne veut bien le dire.\n    Pour ce qui est des matériaux, nous disposons aujourd'hui de tous ceux\n que l'on peut désirer. Cette richesse assure à notre achitecture des ressources\n que ne connaissait pas l'indigence du moyen âge. Pourquoi ne pas en user?\n Cette richesse nous invite aussi à essayer des innovations dans une voie\n nettement tracée. Pour décorer l'intérieur d'une basilique moderne, nous\ndisposons des marbres, de la pierre diversement nuancée, du fer, du bronze ;\nnous pouvons utiliser, avec la mosaïque, les faïences et les poteries. On a\ntiré un bon parti de ces éléments décoratifs dans des édifices profanes.\nPourquoi n'oserait-on pas les employer dans une église? Sans doute ils sont\ninutilisables dans le style gothique. Mais c'est une raison pour en chercher\nl'emploi judicieux dans un style nouveau.\n   Une crainte retiendra peut-être les gens prudents : le médiocre résultat de\nquelques tentatives isolées, et peut-être aussi la faillite du modern-style qui,\nprécisément, a prétendu tirer parti des matériaux. Dieu nous préserve, en\neffet, d'églises aux membres grêles et contournés, avec, à l'intérieur, les\ncolorations glauques et les méandres filamenteux qui font songer à une vue\nd'aquarium. Nos architectes d'églises devront s'évader de cette obsession de\nformes déliquescentes. Qu'ils cherchent donc dans une autre voie. Mais si\nl'on ne trouve rien qui vaille? C'est possible, mais que l'on cherche quand\nmême. Pour aboutir un jour, il faut qu'on parte. Il faut avoir même cette\nabnégation de s'exposer à tous les mécomptes. On n'a point bâti la cathédrale\nde Paris sans avoir tâtonné longtemps, et il est curieux de voir, dans les\nmanuels d'archéologie, les essais barbares qui ont préludé à la voûte nervée.\nIl est heureux que les gens sensés de cette époque n'ont pas découragé les\nnovateurs. Il est heureux aussi qu'en ces temps fortunés il n'y avait pas de\ncommissions des monuments. Il aurait suffi d'une institution de ce genre\npour paralyser l'effort de la fantaisie libre.\n   Je ne veux pourtant pas médire des commissions des monuments. Mais je\nsouhaite qu'elles encouragent l'initiative, au lieu de prescrire des formules\narrêtées d'avance. Et si elles doivent être conservatrices de quelque chose,\nqu'elles le soient uniquement des principes immuables du bon sens, laissant\nà l'individualité de l'artiste le droit au progrès.\n\n                                                              F. VERHELST.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-011", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 405, "page_fin": 406, "titre_corps": "Un critique du romantisme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Un critique du Romantisme DEPUIS que le XIXe siècle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 484, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 3038, "texte": "Un critique du Romantisme\n                       DEPUIS que le XIXe siècle a glissé au sablier du temps, le\n                           R o m a n t i s m e est entré dans l'histoire littéraire. Les disputes\n                           passionnées que souleva ce grand m o u v e m e n t littéraire se\n                           sont apaisées. L a critique en sait parler avec sérénité et le\n                           public lettré en entend parler avec u n e curiosité très déta­\n                           chée. Les détracteurs systématiques et les admirateurs à\n                           outrance se sont faits de réciproques concessions ; et u n e\n                           opinion moyenne s'est établie ainsi, qui risque b e a u c o u p\n                           d'être l'opinion exacte. On reconnaît généralement qu'au\nlendemain des expérimentations matérialistes de la T e r r e u r , le R o m a n t i s m e\nfut une merveilleuse floraison d'idéal — qu'entacha le plus orgueilleux des\nindividualismes.\n    Songet-on parfois que, de toutes les œuvres romantiques, le Génie du Chris-\ntianisme est la seule œuvre de beauté générale et désintéressée, et qu'après\ncela, Chateaubriand lui-même, le fastueux et nostalgique R e n é , dériva dans\nun \" égoïsme \" qui s'accentua peu à peu jusqu'à la morbidité? L'auteur\nd'Atala, c o m m e les autres chefs du mouvement, estimait que seul, le « moi »\net surtout leur « moi » était a i m a b l e ; il constituait, pour eux le centre du\nmonde vers qui tout devait converger et r a y o n n e r . Q u a n d ils étaient joyeux,\nil fallait que tout l'univers sourît ; q u a n d ils étaient malheureux — et toujours\npar leur faute! — il convenait que tout l'univers p l e u r â t ! A distance, cela\nnous paraît très prétentieux et un peu niais; et, si aujourd'hui un poète voulait\nnous en faire accroire de cette façon, nous l'accueillerions par le mot de\nMolière : « T u l'as voulu, Georges D a n d i n ! »\n   Cette p r é d o m i n a n c e de la personnalité dans les livres des maîtres roman­\ntiques, ce mélange complet et intime, chez eux, de la vie de l'écrivain et de\nson œuvre, — l'une n'étant que le substratum d'émotions de l'autre — créent\naux historiens littéraires une obligation nouvelle. Q u a n d il s'agit des Clas­\nsiques, on peut se contenter de résumer sommairement l'existence indivi­\nduelle de l'auteur : ordinairement celte existence influença si vaguement son\nintellectualité ! Mais pour les R o m a n t i q u e s c o m p r e n d r e leur talent implique\nde connaître leur vie. E t comme cette vie n'eut jamais rien de simple et fut\ntissue de péripéties enchevêtrées de d é b a u c h e s , d'orgueil et de vanité, on voit\nl'écheveau à débrouiller.\n   M. Léon Séché à voulu ainsi écrire l'histoire du R o m a n t i s m e . M. Séché\nest un esprit très informé, très consciencieux et très perspicace, ayant,\n\n\n (1) LÉON S É C H É : Etudes d'histoire romantique : Sainte-Beuve        (2 vol.); Alfred    de\nMusset (2 vol.) ; Lamartine (1 vol.) — Paris, Mercure de France.\n"}, {"page_pdf": 485, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "406                                  DURENDAL\n\n\nde plus, en face de situations scabreuses, le sens le plus méritoire de\nla décence. Il a d'abord entrepris Sainte-Beuve. Des deux volumes qu'il lui\nconsacre, le premier analyse l'œuvre de l'écrivain — une œuvre qui fut si\nh a u t e m e n t déterminative de la critique m o d e r n e , mais où tant de jugements\nsont faussés par l'amour-propre et les rancunes de l'homme !\n    L e second volume — tout entier ! — traite des m œ u r s de Sainte-Beuve —\net quelles m œ u r s ! La moindre polissonnerie de ce Lovelace fut de cultiver la\ntrahison au foyer m ê m e de Victor H u g o , qui était son meilleur ami ! Sainte-\n Beuve eut le cynisme de chanter cette aventure dans le Livre d'amour, dont sa\nlâcheté ordonna la publication p o s t h u m e et qui est u n des déshonneurs de la\npoésie r o m a n t i q u e . On sait, du reste, que Victor H u g o ne valait guère mieux,\nlui qui, pendant de longues a n n é e s , imposa à sa femme la présence conti­\nnuelle et humiliante d'une tierce p e r s o n n e .\n    M. Séché s'occupe ensuite d'Afred de Musset. L u i aussi bénéficie de deux\nvolumes très compacts : le tiers à peine en est voué à l'appréciation des\nœuvres du poète. L e reste est occupé d'abord par « les camarades de\n Musset », b a n d e de fêtards sans vergogne qui fit faire, à la Muse des Nuits, le\ntour de toutes les perversités humaines — et puis par les « femmes » (du\ngrand bas-bleu George Sand au petit bas-bleu Louise Colet) qui entretinrent\nchez le chantre de Rolla à la fois le goût de la luxure et le don des larmes.\n    Enfin, M. Léon Séché aborde L a m a r t i n e . . .\n    L a faculté de pénétration de l'historiographe est si impitoyable, qu'on\n n'ouvre point u n tel livre sans appréhension. L a désillusion serait grande et\ncruelle si une éclaboussure de boue allait atteindre la noble et pure image\nque représente pour nous tous ce n o m de L a m a r t i n e ! L a poésie si haute­\nment spiritualiste ou si chastement amoureuse des Méditations et des Harmonies\npourrait-elle avoir un envers de dégradantes faiblesses personnelles?\n    Sans doute, nous le savons, Lamartine commit des fautes, il eut des témé­\nrités — et son aile blanche de cygne frôla parfois la poussière des chemins\n défendus. M. Léon Séché signale fort sagacemment dans l'œuvre lamarti­\n nienne telles tendances à la « mysticité voluptueuse » et a une « piété\n toute païenne ». C'est la rançon payée, par l'écrivain, à l'influence, alors\n prédominante, de J.-J. Rousseau. Mais il y a loin de là aux aventures cou­\n pables que certains normaliens doctrinaires, importunés sans doute par le\n fier idéalisme du poète, lui veulent mettre à charge. M. Léon Séché repousse\n ces accusations avec mépris.\n     Il fait mieux et p l u s ; soulevant le voile qui enveloppait jusqu'ici la figure\n mystérieuse de celle qui fut « El vire », nous mettant sous les yeux la corres­\n pondance de la femme qui fut l'Egérie de L a m a r t i n e , M. Séché s'efforce\n d'établir que le lien qui unit ces deux êtres fut exclusivement spirituel — et\n que la basse sensualité n'y eut a u c u n e part. Grâce à M. Léon Séché, nous\n pouvons donc continuer à admirer sans remords et sans arrière-pensée le Lac,\n le Crucifix, l'Immortalité, cantilènes incomparables d'élévation et de noblesse,\n les plus belles peut-être et les plus émouvantes que des lèvres humaines aient\n jamais modulées, chefs-d'œuvre de la pensée lyrique universelle.\n\n                                                           FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-012", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 407, "page_fin": 409, "titre_corps": "Lettre de Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Lettre de Paris Ou allons-nous", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 486, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2919, "texte": "Lettre de Paris\n                       Ou allons-nous ? T o u t est bouleversé. Voilà que pour la\n                           première fois depuis que le m o n d e existe, la F ê t e des\n                           Fleurs n'a pas été diluviennement saucée? A quoi pensait\n                           donc le préposé aux mamelles des vaches d ' I n d r a ? U n e\n                           Fête des Fleurs par u n soleil suffisant est u n e singularité\n                          à peine concevable, tandis q u ' u n défilé, sous u n e pluie\n                          battante, de chars fleuris chargés de jolies impures\n                          c o n g r û m e n t maussades, voilà u n spectacle auquel on est\n                          habitué. L e poète l'avait bien dit : « Q u e m'importe que\ntu sois sage ? — Sois belle et sois triste... » E t il avait conclu avec sagesse :\n « L'orage rajeunit les fleurs. »\n   Au fond, Jupiter et Flore ont raison. L a pluie, qui vivifie les roses et qui\naffale les h u m a i n s , devrait être l'accompagnement obligatoire de ces sortes de\nfoires aux vanités. Il n'est pas de divertissement moins divertissant q u ' u n e\nbataille de fleurs. Quoi de plus saugrenu au coup d'oeil q u ' u n carrosse arbo­\nrescent? D a p h n é transformée en laurier pouvait encore se souffrir, mais un\ntaximètre à qui il a poussé des branches, u n e automobile qui a fleuri des\norchidées, quelle cocasserie ! E t le malheureux cheval qui secoue des harnais\nà guirlandes, et les roues imbriquées de bouquets de violettes à deux sous,\nqui tournent, qui tournent, si vite qu'on ne voit pas les fleurs, pauvres fleurs\nsouillées de poussière, parfumées de crottin ou de pétrole...\n   Aux belles jeunes femmes qui se prélassent dans ces voitures, seulement,\nles fleurs vont bien. Elles, uniques, les sœurs des déesses, ont le droit de\nravir les filles du sol pour s'en parer. U n e fleur à une boutonnière d'homme,\nc'est toujours u n peu prétentieux, alors qu'un corsage de jeune fille ne se\ncomprend qu'à peine sans un bouquet. Les pâquerettes se réjouissent d'être\ncueillies dans les prés par de graciles doigts féminins alors qu'elles souffrent\nd'être arrachées brutalement par des mains mâles, fût-ce de beaux adolescents\nsuivis de leurs amoureuses. L e proverbe le dit : Il ne faut jamais battre les\nfleurs, pas même avec une femme !\n   Ce printemps justement, les fleurs s'arborent sur les vastes chapeaux des\nélégantes. L e u r s couleurs ardentes s'harmonisent en une symphonie de\ncontrastes intransigeants. Du blanc, du j a u n e , du rouge, du bleu, tout cela\nflamboie, ondule, se heurte, et l'effet produit est charmant. Assez longtemps\nnous nous sommes plu aux teintes sobres et fondues sous prétexte de dis­\ntingué et d'aristocratique, voilà que le Chevalier P r i n t e m p s nous rend les\néclats coruscanls de la vraie beauté, car quoi de plus distingué, ô mièvres\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3489, "texte": "408                                 DURENDAL\n\n\nvicomtesses, que les fleurs, et de plus aristocratique que la nature elle-même?\nJ'ai failli me brouiller avec l'une de vous parce qu'elle avait choisi, pour ce\np r i n t e m p s , u n chapeau de raisins pâles et de pampres alanguis, des raisins\nq u a n d l'orgie colorée des fleurs règne en maîtresse, quand les grappes ne\nsont encore qu'un très lointain et très problématique espoir, q u a n d le Midi\nse soulève et menace de reconquérir la Gaule pour lui imposer le muid indi­\nviduel obligatoire!\n     E n c o r e ces fleurs dont s'enorgueillissent les chapeaux de nos belles sont-\nelles d'artistiques simulacres. Leurs modèles vivants restent dans les cor­\nbeilles, et ne devraient pas en sortir. Les fleurs ne sont vraiment elles-mêmes\nqu'en plein air, en pleine terre, sous la caresse du soleil et de la brise. Déjà\ndans les potiches des salons, elles prennent un air mélancolique. Quel par­\nfum de lilas, dans le plus délicat boudoir de jeune femme, vaudra celui\nqu'exhalent les massifs naturels d'une c a m p a g n e crépusculaire? D a n s les\néglises même je trouve que l'haleine des fleurs ne va pas sans quelque\ntristesse; leur charme délicat s'intimide à ces recoins austères, il ne peut\nvaincre l'odeur des murs parfois un peu moisis et des vieilles dévotes parfois\nmal soignées en leurs d e s s o u s ; c'est u n autrement vigoureux parfum qu'il\nfaut pour dompter ces relents de la pauvre humanité et de la vétusté archi­\nt e c t u r e ; l'encens, seul, le juste, subtil et puissant encens est capable de sub­\nmerger tout sous la vague de ses effluves dominateurs. Les fleurs qu'il faut\naux églises ce sont les tulipes d'orfèvrerie, les marguerites de mosaïque, les\nlys des tableaux mystiques et les roses des vastes portails aux vitraux que le\njour fait flamboyer et que seule peut éteindre la nuit, « la sacrilège nuit par\nqui meurent les roses ».\n     E t les cérémonies funèbres, quel triste usage que celui qui leur a accordé\nles fleurs ! Ce souvenir de leurs fragrances en est devenu si fâcheusemeut lié à\nl'amertume des larmes ! Des pétales sur les cercueils, sur nos affreux cercueils,\nquel contresens ! T o u t au plus sur la litière d'une Juliette, qu'on emporte à\ndécouvert, comme si elle dormait, par les rues de Vérone : Des fleurs ! Jetez\ndes fleurs ! La plainte merveilleuse de la musique berliozienne accompagne\ndignement ici le cortège mélancolique mais point désespéré, puisque les\n Dieux aiment ceux qui meurent jeunes, et qui meurent d'amour. Mais pour\nles autres funérailles, de vieillards ou de malades ou de quelconques, pas de\nfleurs ! Des immortelles dont aucun relent ne s'exhale, des branches de myrte\n ou de cyprès dont nous sommes habitués à mêler l'odeur forte et saine à celle\n des tombeaux, et des flots d'encens tourbillonnant des cassolettes et des\n lampadaires, voilà ce qui convient aux rites funèbres. Q u e les fleurs, les\n chastes et voluptueuses fleurs, soient réservées tout au plus aux cérémonies\n nuptiales...\n      Mais se les jeter de voiture à voiture avec des mines prétentieuses ou des\n éclats de rires vulgaires, en b o m b a r d e r des museaux de haridelles ou des\n couvercles de limousines, en joncher le sol poussiéreux ou fangeux pour que\n le lendemain le balayeur municipal les pousse, p a u v r e s petits cadavres\n fripés, à la bouche d'égout, vraiment non ! Il nous faut respecter ces sœurs\n inférieures, et à tels points de vue si supérieures : que de nos compagnes qui\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2069, "texte": "                                LETTRE DE PARIS                                    409\n\n\ngagneraient à avoir — et sans l'ironie rivarolienne — de l'esprit comme u n e\nrose ! La F ê t e des Fleurs ne doit pas avoir lieu à jour fixe, ni consister à\nsaccager les parterres pour un misérable plaisir d'une h e u r e . Elle doit durer\ntout un mois, toute une saison, tout le p r i n t e m p s , et aussi tout l'été, et même\ntout l'automne, puisque la cour des chrysanthèmes n'ouvre ses salons qu'en\nnovembre. E t elle doit consister à admirer, à respirer, à adorer ces belles\ncréatures du ciel et du sol qui ne travaillent ni ne filent, et qui cependant\nsont mieux vêtues que Salomon dans toute sa gloire.\n   Quels exemples précieux ne nous donnent-elles pas en ce temps de travail\nâpre et de laideur pénible ! Elles nous enseignent que la beauté est conforme\nà la nature et qu'elle est d'autant plus enivrante qu'elle est plus spontanée et\nplus désintéressée. Elles nous a p p r e n n e n t que tout d'ailleurs n'a qu'un temps,\net que le moment fatal venu il faut savoir avec résignation laisser ses corolles\ns'effeuiller au vent d'hiver. Elles nous incitent m ê m e à la haute philosophie\nmorale en nous montrant que la beauté n'est pas tout, puisque les plus belles\nd'entre elles ne d o n n e n t que des fruits inutiles, et que les fruits les plus\nsavoureux ou les plus nourrissants sont fils de fleurs u n peu disgraciées,\nmême celle de l'amandier, même celle de l'oranger, et qu'ainsi il ne faudrait\npas sur terre poursuivre u n i q u e m e n t la beauté, puisque ce serait aboutir à la\nstérilité ou à l'insuffisance, mais que la beauté n'en joue pas moins son rôle,\net son grand rôle ici bas, rôle qui non seulement n'est pas hostile à l'éthique\nmais même lui est fraternel, puisque le profond dessein de la nature a voulu\nque la beauté visible des fleurs fût mise à ce qui nous d o n n e le plus\nintensément l'idée de l'exquisité spirituelle et de la sainteté religieuse, le\nparfum !\n\n                                                                    HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-013", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 410, "page_fin": 412, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES La Fausse Route", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 489, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2658, "texte": "LES LIVRES\n\n L a F a u s s e R o u t e , par MAX DEAUVILLE. — (Editions de la Belgique\n   Artistique.)\n   Dédaigneux du négoce paternel, P i e r r e Volanelle, au sortir du collège, se\ndestine ingénument à la gloire. Il choisit, pour y atteindre, la voie si sûre en\nBelgique de la littérature, et le déclare sans ambages à son père atterré, qui\nlui proposait justement de l'intéresser à ses affaires. Pierre avait déjà mani­\nfesté sa vocation dans quelques poèmes assez niais en l'honneur d'amantes\nidéales. Il décidait de se mettre sérieusement au travail, lorsque, à l'impro­\nviste, son rêve d'amour prit corps : c'était u n e ex-demoiselle de magasin de la\nmaison Volanelle qui, ayant mal tourné, se nommait aristocratiquement\nMadeleine de Brévalles. P o u r cette petite grue, P i e r r e fit, au désespoir de ses\nparents, les bêtises d'usage. Elle le trompa bientôt selon ses mérites et tua son\ngénie d a n s l'œuf. T r e n t e ans passent, et l'on revoit Pierre Volanelle, rentré\ndans le b o n chemin, grisonnant, b e d o n n a n t , heureux, derrière le comptoir\nhéréditaire. C'est, paraît il, u n e histoire vraie. M. Max Deauville, qui nous\nla conte, est, si je ne me t r o m p e , u n tout nouveau venu dans les lettres.\nSa syntaxe est mal sûre encore, parfois, et il n ' é c h a p p e pas toujours au\ncliché. Mais il sait écrire, voir et montrer. Ses portraits vivent, ses\ncroquis de m œ u r s bruxelloises sont exacts. Il a le trait sobre, précis et net,\nde l'ironie, de la délicatesse, de l'esprit,un constant souci de probité littéraire.\nSon début p r o m e t .                                                       M. D .\n\nL a prêtresse d'Isis,           légende de P o m p é i , par EDOUARD SCHURÉ. —\n  (Paris, Perrin.)\n   P o u r bien saisir la psychologie des héros de ce r o m a n , il faut avoir lu les\nlivres précédents de l'auteur et spécialement Les Grands Initiés et Les Sanctuaires\nd'Orient avec lesquels il forme en quelque sorte une trilogie. C'est somme\ntoute l'idée de ces deux livres antérieurs exposée à nouveau d'une façon\nvivante et sous forme de roman. L'auteur y fait revivre une Pythonisse des\ntemps passés, u n e voyante antique et nous montre son âme tiraillée entre\ndeux amours, celui d'un être profane et celui de l'idéal mystique qui est\nle sien.\n   Tout l'intérêt du roman est concentré sur les personnalités d'Alcyonée,\nla prêtresse d'Isis, de Memnonés, l'initié et de Hédonia Métella, grande dame\nromaine de la décadence qui se sert à la fois de la magie noire et d'une\nrare perversité pour séduire ses victimes.\n   L'auteur a puisé les détails de son beau roman dans les traditions de la\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3145, "texte": "                                   LES LIVRES                                     411\n\n\nscience occulte qu'il a mise en accord avec la psychologie expérimentale\nmoderne.\n   Ce livre étonne u n peu au premier abord, parce que le sujet est tellement\nen dehors de toutes les conceptions de nos romanciers actuels. Sous ce\nrapport, il sort de la banalité coutumière, ce qui n'est pas à dédaigner. Il est\nécrit d'une façon poétique et séduisante comme tous les livres de M. S c h u r é .\nIl est intéressant aussi en ce qu'il fait évoluer sous nos yeux, en des pages\npittoresques, le vieux m o n d e de l'Egypte, de P o m p é i et de la R o m e des\nCésars que l'auteur ressuscite devant nous d'une façon étonnante et pleine\nde c h a r m e .\n\n\nT e r r e s L o r r a i n e s , par E M I L E MOSELLY. — (Paris, P l o n . )\n  Beau r o m a n , solidement construit, bien écrit, intéressant. Il contient des\npages extrêmement pittoresques sur le p a y s lorrain et sur la vie et les m œ u r s\ndes pêcheurs. L'auteur décrit admirablement la beauté fruste et le profond\nmystère des forêts. Il y a là des tableaux littéraires brossés avec u n art con­\nsommé. Q u a n t au r o m a n lui-même, c'est u n e histoire passionnée excessive­\nment émouvante où la lutte des passions h u m a i n e s est vivement dépeinte ;\nhistoire douloureuse qui finit d'une façon tragique et dont je ne conseillerais\npeut-être pas la lecture aux cœurs trop sensibles, mais certes à tous les artistes\ncurieux de belle et forte littérature.\n\n\nIls    r e g a r d e r o n t v e r s L u i , par REYNÈS MONLAUR. — (Paris,\n   Perrin.)\n   Rien n'est plus a r d u que d'incarner d a n s des nouvelles littéraires des\nscènes de l'Evangile. R e y n è s Monlaur l'a tenté, mais sans succès à mon avis.\nLes histoires qu'il raconte en les amplifiant sont cent fois plus attachantes\ndans le texte sacré. J'avoue franchement que ces contes évangéliques ne\nm'émeuvent absolument p a s . Ou bien l'auteur n'est pas ému lui-même, ou\nbien il n'a pas assez de talent p o u r c o m m u n i q u e r son émotion.\n   L'Evangile est a u t r e m e n t beau que ses contes et je me hâte de laisser\nceux-ci qui sont longs et filandreux pour reprendre la lecture du G r a n d Livre\nsi poétique et si touchant dans son éloquente sobriété.\n                                                                           H . M.\n\n\nL ' e v a n d e s V a r e c h s , par DIDIER DE ROULX. — (Anvers, Buschmann.)\n  Voici la lettre q u ' H u b e r t Krains adresse à l'auteur au sujet de son livre :\n   « J'ai lu avec autant de plaisir que d'intérêt le livre que vous avez eu l'ama­\nbilité de m'envoyer. C'est u n e belle et forte idylle où se reflète admirablement\nla rude vie de nos F l a n d r e s . U n pédant pourrait relever çà et là quelques\npéchés véniels contre la g r a m m a i r e , mais c'est u n détail, u n e tare légère et\nfacilement réparable. E n revanche, vous possédez a b o n d a m m e n t ce qui ne\ns acquiert pas : votre style a de la saveur, vos descriptions du relief; vous\navez u n œil qui voit juste et une façon personnelle de conter. J e vous en\nfélicite très sincèrement. » ( H U B E R T KRAINS.)\n"}, {"page_pdf": 491, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3546, "texte": "412                                    DURENDAL\n\n\nA u d e l à , d u C œ u r , par ALBERT DE BERSAUCOURT. — (Vie et Amat,\n   Paris.)\n   On a i m e à louer un débutant qui, tel M. Albert de Bersaucourt, nous\napporte déjà plus que des promesses. D a n s les dix-huit nouvelles composant\nce volume, tout n'est point d'égale qualité. U n accent trop romantique gâte\ncertaines pages, parfois la phrase du conteur apparaît bien touffue, mais\nceci est plutôt un défaut de ses qualités, mieux vaut l'abondance et m ê m e la\npléthore que l'alanguissement du style. Il y aura assurément, d a n s les p r o ­\nchains livres de M. de Bersaucourt, plus de clairières avec le b e a u ciel bleu\ninondé de soleil. Sans s'attarder à l'expression des choses, au paysage pour\nlui-même, notre auteur poursuit l'analyse approfondie du personnage. Chaque\nconte forme u n e petite étude — presque toujours un petit drame — psycho­\nlogique, sans q u e l'action se ralentisse. Des qualités d'imagination et u n sens\nintéressant de la composition se révèlent ici. J e me figure que M. de Bersau­\ncourt serait très à l'aise dans le roman, et c'est là, dans ce domaine étendu où\nses qualités natives se développeraient largement, que n o u s voudrions le\nretrouver bientôt.                                                       G. V.\n\nSujets et Paysages, par                 H E N R I DE R É G N I E R . — P a r i s , Mercure de\n   France.)\n   M. de Régnier a réuni sous ce titre des chroniques ingénieuses et mélanco­\nliques, parues la plupart, si je ne me t r o m p e , d a n s le Gaulois. Ce sont impres­\nsions d'art, d'histoire, de voyage et de lecture, de la critique juste mêlée à de\nla fantaisie, à du rêve ailé de poète. Son souvenir erre tour à tour dans Venise,\nà R o m e , en Sicile, d a n s cette Candie où régna Minos. L'Amérique, dont les\ncités nombreuses le frappèrent seulement par leur laideur, l'a déçu : les villes\nde l'avenir lui donnent bien moins que celles du passé la sensation d'étonne­\nment si chère au voyageur. Il se plaît aux lieux qui lui rendent plus vives des\nprésences illustres et passées : suivons-le de la maison de Musset au jardin de\nl'Arioste, où, dans le silence et la solitude, il semble qu'on respire l'odeur d'un\nlaurier invisible. Il aime Sévigné et Stendhal, Chateaubriand et Taine, H u g o ,\nJoris-Karl H u y s m a n s , et déteste Sainte-Beuve. Ses « essais » sur la mort de\nla lettre, sur l'homme d'esprit, sur la cuisine sont exquis. E t l'on sait, d'ail­\nleurs, que la prose de ce poète est l'une des meilleures qu'on puisse lire\naujourd'hui.                                                                         M. D .\n\nClartés, Notes et P o c h a d e s , par M m e M A R I E D A U G U E T . — (Paris, Sansot.)\n   Flâneries rêveuses, méditatives ou érudites en Italie, à Venise, à Florence,\nà Naples... Vers et prose entre lesquels la poésie se partage également. E t la\npoésie est partout en ce p a y s ; il n'y a qu'à p r e n d r e , à pleines mains, à plein\ncœur : poésie chrétienne ou poésie païenne, selon le lieu et selon l'humeur —\nDieu ou les dieux, M me D a u g u e t qui, d'esprit et de tempérament, préfère\nceux-ci, après les avoir cherchés à Florence et à R o m e , les a rencontrés dans\nla baie de Naples, où, à vrai dire, l'on respire la mythologie dans l'atmo­\nsphère, dans le parfum et la douceur de la vie ; et cette rencontre lui a inspiré\nquelques pages qui sont parmi les plus lyriques de son livre intéressant.\n                                                                      ARNOLD G O F F I N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-014", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 413, "page_fin": 416, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Lettre ouverte au Ministre des Beaux-Arts", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 492, "page_imprimee": 413, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "NOTULES\n\n     Lettre ouverte au Ministre des Beaux-Arts. — on m'a fait\nremarquer, très justement du reste, que, dans la susdite lettre, j'avais omis\ncertains noms d'écrivains qui s'imposaient. J'en tombe d'accord. Mais j ' a i fait\nces citations au hasard de la mémoire. S'il s'était agi d'une étude littéraire\ndes omissions eussent été inexcusables. Mais ce n'était pas u n e étude de ce\ngenre, mais u n e simple lettre ayant pour but d'attirer l'attention du Ministre\nnon pas tant sur des personnalités littéraires mais plutôt sur la littérature\nbelge en général. J'engageais du reste le Ministre à lire la belle étude\nd'Eugène Gilbert qui renferme u n e liste absolument complète de tous nos\nécrivains. P a r m i ceux que j ' a i oublié de citer on m'a signalé très judicieuse­\nment notre s y m p a t h i q u e confrère P a u l André qui a tant d'œuvres littéraires\nà son acquit. Il faudrait y ajouter d'autre noms encore, par exemple celui\nd ' H e n r i Davignon, un j e u n e , dont les dernières œuvres dénotent certes u n\nvrai tempérament d'artiste. J'en ai sans doute omis d'autres encore ; qu'ils\nveulent bien croire que c'est un oubli absolument involontaire.             H . M.\n\n                                         ** *\n\n   Le concours d'oeuvres dramatiques belges, organisé par\n« Ostende-Centre d'Art », a d o n n é de brillants résultats. U n grand nombre\nd'œuvres ont été soumises à l'appréciation du j u r y . Celui-ci considéra que sa\nmission était plutôt d'encourager un art encore hésitant que de reconnaître\ndes gloires consacrées. C'est pourquoi ils ont cru devoir rendre plutôt u n\nhommage public q u ' u n encouragement aux œuvres de deux maîtres de notre\nlittérature, Savonarole d ' I w a n Gilkin et l'Imposteur Magnanime de G. E e k h o u d .\nNos lecteurs ont eu la primeur de cette dernière œuvre, que nous avons\npubliée intégralement avant son apparition en librairie. L e j u r y a décerné à\nces ouvrages des prix spéciaux.\n   Le prix destiné au T h é â t r e de plein air a été décerné à M M . Valère Gille\net Henry L i e b r e c h t pour leur légende nationale : Le Sire de Binche.\n   Ces trois œuvres mises à part, le j u r y a retenu sept ouvrages. Il a attribué\ndes prix à MM. H . Van Offel pour l'Oiseau mécanique; E . de Tallenay, pour\nVivia Perpétua; F . Bodson, pour Le Conflit, et des primes à M M . G. H e u x\npour La Cariatide; L. Paschal, pour Hélie; L . Ryckx, pour Que ion Règne\narrive; A. Joly, pour Le Sang.\n\n                                          ***\n"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 414, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "414                                DURENDAL\n\n\n    C o n c o u r s l y r i q u e . — Voici le règlement du concours lyrique\ninstitué par la Société des Bains de mer d'Ostende et d o n t nous avons parlé\nrécemment :\n   ARTICLE PREMIER. — Il est ouvert, entre musiciens belges, un concours\npour la composition d'une œuvre dramatique et lyrique, en un ou\nplusieurs actes.\n   A R T . 2. — L e s partitions seront inédites, c'est-à-dire qu'elles n'auront pas\nété publiées ni exécutées antérieurement au jugement du concours.\n   A R T . 3. — Les poèmes, soit français, soit flamands, devront être l'œuvre\nd'écrivains belges.\n   A R T . 4. — T o u t e liberté est laissée aux concurrents dans le choix du sujet\net des moyens d'expression (éléments vocaux et instrumentaux).\n   A R T . 5. — L e s concurrents devront présenter à la direction musicale du\nKursaal la partition d'orchestre complète et parfaitement lisible. U n e\nréduction pour piano de la partie orchestrale sera réalisée au bas de\nchaque page.\n   A R T . 6. — Chaque partition portera une devise; cette devise sera repro­\nduite sur u n e enveloppe cachetée contenant les nom, prénoms et adresse du\ncompositeur.\n   A R T . 7. — L e jury, sélection faite entre les partitions présentées au\nconcours, p o u r r a , s'il le j u g e utile, inviter les auteurs des partitions\n réservées à donner u n e audition de leurs œuvres, d a n s les conditions qu'il\ndéterminera.\n    A R T . 8. — U n e somme de 50,000 francs est affectée à ce concours, pour\n être répartie comme s u i t : premier prix, 25,000 francs; deuxième prix,\n 15,000 francs; troisième prix, 10,000 francs.\n   A R T . 9. — L e s œuvres présentées au concours resteront la propriété de\nleurs auteurs. Toutefois M. Marquet, directeur général de la Société des\n Bains de Mer, se réserve le droit de faire exécuter, en première audition, les\nœuvres primées, soit dans le texte original, soit en traduction. D a n s ce cas, le\nou les auteurs s'engagent à ne pas disposer de leurs œuvres avant l'expiration\ndu délai d'un an à partir du jugement du concours.\n   A R T . 10. — Les partitions manuscrites doivent être déposées à la direction\nmusicale du Kursaal d'Ostende au plus tard le 31 décembre 1907.\n   A R T . 11. — L e jury rendra son j u g e m e n t au plus tard le 31 mars 1908.\n   A R T . 12. — L e jury aura seul le droit de résoudre les questions relatives\nau concours non prévues au présent p r o g r a m m e .\n   T o u t e d e m a n d e d e renseignements complémentaires devra être adressée à\nla direction musicale du Kursaal d'Ostende.\n    Arrêté en séance, à Ostende, le 30 mai 1907.\n   Le jury : MM. L é o n Rinskopf, président; J a n Blockx, Gustave Huberti,\nMaurice Kufferath, Emile Mathieu, E d g a r Tinel, Léon L e s c r a u w a e t .\n                                          * * *\n   L e S a l o n t r i e n n a l d e B r u x e l l e s . — La Commission organisa\ntrice du Salon de Bruxelles a été installée le 13 juin, par M. le Directeur\ngénéral des Beaux-Arts, au Ministère des Sciences et des Arts.\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 415, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "                                   NOTULES                                  415\n\n\n   La Commission a procédé à l'élection de son bureau. Ont été élus :\nPrésident, M. F. Courtens; Vice-Présidents, MM. V. Rousseau et A.\nVerhaeren.\n   M. E. Acker, architecte, sur le nom duquel les suffrages s'étaient d'abord\nportés pour une vice-présidence, n'a pas accepté de remplir ce mandat.\n   La date de l'ouverture du Salon a été fixée au mercredi 28 août. Clôture\nau commencement de novembre. Les envois devront être remis au local\n(Cinquantenaire, aile gauche), du 18 au 31 juillet.\n   La désignation des délégués chargés de l'admission et du placement dans\nles sections de Peinture à l'huile, d'Aquarelle et Pastel aura lieu incessam­\nment, ainsi que l'élaboration du règlement définitif. Ce règlement sera ensuite\ncommuniqué aux intéressés qui recevront en même temps les documents\nutiles à leur participation au Salon.\n\n                                     *   *\n   L'œuvre dramatique de César Franck est peu connue, bien\nqu'elle mérite de l'être au plus haut degré. Elle n'a donné lieu, jusqu'à\nprésent, à aucune monographie. M. CHARLES VAN DEN BORREN a comblé cette\nlacune, dans l'ouvrage que l'éditeur Schott vient de mettre sous presse.\nCelui-ci débute par une Introduction, dans laquelle l'auteur met en lumière les\ndivers aspects du génie dramatique de César Franck. Deux chapitres sont\nconsacrés à l'étude critique des livrets de Hulda et de Ghtselle et à l'examen de\nleurs points de contact avec les sources littéraires auxquelles ils ont été\npuisés. Les deux autres chapitres comportent l'analyse détaillée des parti­\ntions des deux drames lyriques de C. Franck. Cette partie de l'ouvrage est\nillustrée par la reproduction d'un grand nombre de thèmes conducteurs et de\nfragments musicaux caractéristiques.\n   On peut souscrire dès maintenant à l'ouvrage chez l'éditeur Schott,\n56, Montagne de la Cour, Bruxelles. Prix du volume : fr. 3.50.\n\n                                     .*»\n\n   M . C h a r l e s B u l s , qui est toujours vivement intéressé à tout ce qui\nconcerne l'esthétique des villes, a suggéré l'idée d'une exposition rétros­\npective qui ne peut manquer d'avoir un grand succès : celle de l'Habitation en\nBelgique.\n   Elle s'ouvrira le 14 juillet prochain à Gand, dans le nouvel Hôtel des\nPostes, et réunira un grand nombre de documents iconographiques relatifs à\nl'histoire de l'habitation depuis le Moyen Age jusqu'à l'Empire.\n\n\n  Concours et exposition d' « ex-libris ». — Le Syndicat des\nindustries du Livre de la Flandre orientale organise un concours pour le\ndessin d'ex-libris. Ce concours comprendra plusieurs sujets ou catégories; un\nprix d'une valeur de 50 francs sera affecté à chaque catégorie. Il coïncidera\navec l'Exposition d'ex-libris anciens et modernes qui aura lieu dans une salle\n"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2864, "texte": "416                                  DURENDAL\n\n\nde la bibliothèque de l'Université et de la ville de Gand pendant les mois de\njuillet et d'août prochains.\n   L e concours pourra c o m p r e n d r e en outre des sujets désignés p a r des\namateurs.\n   Le p r o g r a m m e détaillé sera envoyé aux personnes qui en feront la d e m a n d e\nau Secrétariat, rue Longue-des-Violettes, 23, à G a n d .\n\n\n\n     L a R e v u e H e b d o m a d a i r e de Paris, éditée par la maison P l o n , de\nP a r i s , a publié dans son numéro d u 8 juin un très intéressant et très judicieux\narticle de LÉON DAUDET sur H u y s m a n s , sous le titre : A propos de J.-K. Huys-\nmans. Cet article est à lire.\n\n                                          ***\nAccusé de réception :\n  A R T : La médaille de l'Académie royale de peinture et de sculpture de Paris et ses\nimitations, par A L P H . D E W I T T E (Chalon, Bertrand). — Royal academy and new\nGallery pictures 1907, illustré ( L o n d o n , Black et W h i t e ) .\n   L I T T É R A T U R E : Pensées et fragments, par BALLANCHE ( P a r i s , Bloud). —\nNewton, par CARRA DE VAUX ( I d e m ) . — Charles Darwin,           par E M I L E   THOU­\nVEREZ ( I d e m ) .\n  M U S I Q U E : Mendelsohn, par CAMILLE BELI.AIGUE (Collection des Maîtres\nde la musique. P a r i s , Alcan).\n  P O E S I E : Toute la Flandre. La guirlande des dunes, par E M I L E VERHAEREN\n(Bruxelles, D e m a n ) . — Eblouissements, par la comtesse DE NOAILLES (Paris,\nCalmann-Lévy), — Sur l'autre rive, par OMER DE VUYST (Bruxelles, Lamertin).\n— Fantaisies, p a r E L O I SERVAIS (Verviers, L'Edition artistique).\n   R E L I G I O N : Du diable à Dieu. Histoire d'une conversion, par ADOLPHE\nR E T T É (Paris, Messein). — La crise morale des temps nouveaux, par P A U L BUREAU\n(Paris, Bloud). — L'eau bénite, par AMÉDÉE GASTOUÉ (Idem). — La carte\nreligieuse de Paris, par l'abbé RAFFIN (Paris, Lecoffre).\n     R O M A N S : La peur de l'amour, p a r H E N R I DE RÉGNIER (Paris, Mercure de\n France). — L'émigré, par PAUL BOURGET (Paris, P i o n ) . — Croquis de jeunes\nfilles, par H E N R I DAVIGNON ildem). — Le loup dans la bergerie, par ALEXIS\n N O Ë L (Idem). — Malgré l'amour, p a r BRADA (Idem). — Le masque tombe, par\n H E N R I LIBRECHT (Bruxelles, L e b è g u e ) . — Vie et aventures merveilleuses du\n célèbre Monsieur de Boit, p a r ADOLPHE LAURAIN (Paris, Société française d'im­\n primerie). — Le lendemain du péché, par le vicomte D ' H E N N E Z E L (Paris, Perrin).\n — L'ile héroïque, par L o u i s LEFEBVRE (Idem). — Maître Josias, par MARIE\n DIEMER (Idem). — Les circonstances de la vie, par C . - T . RAMUZ (Idem).\n  T H E A T R E : Les intellectuels, par HORACE VAN O F F E L (Bruxelles, Larcier).\n— L'oiseau mécanique, par le même ( I d e m ) . — Le théâtre édifiant : Cervantes,\nTirso de Molina, Calderon, par MARCEL DIEULAFOY (Paris, Bloud).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison06-209", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "MPAQNIE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 496, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 590, "texte": "MPAQNIE^KQLAISE\n                                   J&O) PLACE DE BROUCKÈRE\n                                              x ?\\N<QLE DE LA RUE fossÉ   AUX £OUPS x\n\n           _ C H O Q U E et ZORN\n                     TÉLÉPH.2014\n\n\n\n\n             La COMPAGNIE ANGLAISE s'est composé un t r è s joli choix des plus\n    élégantes nouveautés spécialement réservées au costume de plage et de t e n n i s .\n                            Ses modèles sont d'une coupe correcte et distinguée\n      ils r é u n i s s e n t presque toujours toutes les plus nouvelles créations de la mode.\n"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "FABRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         piédaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n                                                              :\n                      BERVOETS wTËLEMANSFOURNISSEUR DE LA COUR\n\n          6, 8 , 1 0 , 1 2 , Rue du Midi *» BRUXELLES\nUsine à vapeai», I^avoit» de laines : J^UÉ ©ES GOUJONS, 120\n\n              THE GRESHAM\n            (Compagnie         d'assurances     sur la vie)\n                     Fondée à. L o n d r e s 1 8 4 8\n                E t a b l i e en Belgique e n 1 8 6 5\n                      Actif : près de 8 3 3 millions\n              Sinistres payés en Belgique : 8 2 millions\n                                                                  Paul Claessetjs\n                                                                   Relieur-doreur de 8. A. R. Mme | a Comtesse de Flandre\n                  PRIMES   MENSUELLES\n                     SUCCURSALE BELGE :                            24, rue de Berlafmont, Bruxelles\n              3 , place Royale, B R U X E L L E S\n\n\n                                       Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                          FABRIQUE        ET ATELIERS :\n                                 J7,       Ru© d e l a Charité - BRUXEIÙI.ES\n                                                         • 'm.T^PHONE 1947\n                                   Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                 Spécialité <le tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                  la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                 RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                        Vente et location de modèles pour la peinture\n                                  Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Lonis 1904\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Cnjcago, etc.\n\n        LA N U T R I C I A\nTéléph. 2 7 4 4                             Société Anonyme                                              LAEKEN\n\n      Alimentation d e s Nourrissons\nEnvoi direct aux clients de la province, par provision d'une semaine, dans les villes\n                        où il n'y a ni succursales ni dépôts\nProspectus gratis sur demande                                        Liège 1905 : GRAND PRIX\n\n                                                                                          99,      rue Royale, 99\n\nPIA NOS DE SIET ;                                                                               BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 498, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3690, "texte": " A p a r u à l a Librairie VROMANT\n                                                                                          Prix : fr. 3 . 5 0\n\n                               FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\n\n Impressions de Littérature Contemporaine\n                               BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n                                 DE QUELQUES LEÇONS D'ENERGIE\n                                    VERHAEREN ET DEMOLDER\n                              P . DE HAULLEVILLE — GUIDO GEZELLE\n                                 GEORGES RODENBACH — MAX WALLER\n         EDMOND PICARD — GUILLAUME VERSPEYEN — H. CARTON DE WIART\n                                           ETC.,      ETC.\n\n\n\n  En vente ehez l'éditeur fromant, 3, rue de la Chapelle, Bruxelles\n\n     Editions de D U R E N D A L\n                                                               LE STANDARD\nLe Chant des Irais Règnes\n             POÈME      MYSTIQUE\n                                                        Comp&gnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n                                                                           ACTIF : 278 MILLIONS\n\n                                                              Prinoipaux avantagea de) la Compagnie\n                        PAR\n                                                        i« Polices incontesta-                 3° Tarif avantageux.\n    Georges             ftAJVt^EKERS                      bles après deux ans                  4° Participation impor-\n                                                          de date.                               tante des assurésdans\nAdresser les commandes à la Direction                   a° Prêts sur polices                     les bénéfices de la\n            de DURENDAL                                   ayant trois ans de                     Compagnie.\n                                                          date.                                5° Prêts hypothécaires.\n   22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n                                                               S'adresser pour renseignements et prospectus à la\n             Prix     : 3 fr.5 0                                           DIRECTION           QCNERALK\n\n                                                       .28.     PLACE DE BROUCKÈRE, 2 8 , B R U X E L L E S\n                                                              Téléphona 949 — Adresse télégraphique : SUiHUrd-BruxsUes\n     POUR VOS CIGARES FIflS\n               adressez-vous à I»                                      E n v e n t e chez M U R A I L L E\n                                                              45,      R D I DE L'UNIVERSITÉ, 4 5 , LIÉOE\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                                 J.    RVELANDT\n\n              DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                        SAINTE CÉCILE\n                                                                               Drame musical\n                                                                    Réd. pour chant et piano : 1 5 francs\n   15 — Avenue Louise— 15\n                                                                          PURGATORIUM\n             BRUXELLES                                              Oratorio.— Réduction pour chant et piano : 6 francs\n                                                                      N O O B D S E E (Mer du Nord}\nP.-S. - Arrivages réguliers de cigares de la Savane            5 esquisses pour piano. — 8 francs.\n\n\n\n  PIANOS STEINWAY & S O N S\n                   NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\n• Airniion «rônnuoln nt Aânnt      av/ilnoîf n Rnnv/.llnn . P u MIICPU                          OUI MUA l>AirnU\n"}, {"page_pdf": 499, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 61, "texte": "Imprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 422, "texte": "un 1907.          I4 me Année.\n           <v<\n\n\n\n\n            REVUE CATHOLIQUE©:\n               <0E LITTERATUR]\n\n\n\n\n                                 •   • •\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "                                 PLAGE DE WESTENDE\n                                             (BELGIQUE)\n\n\n                                      Plage de sable fin située entre\n                                           Ostende et Nieuport.\n                             Villégiature hygiénique, loin des agglomérations\n                                    comme des embouchures de rivières.\n                                                   •m-    V     —\n\n                           Villas etcottages confortables à des prix avantageux.\n                                  Approvisionnements faciles sur place.\n                                      BAINS         G R A T U I T S\n                                — Service de sauvetage communal. —\n                                   Service religieux pendant la saison\n                           KURSAAL — RESTAURANT ->- GARAGES -          ECURIES — REMISES\n                              Les plus luxueuses installations sportives\n Villas et Terrains                            du Littoral.                                Villas et Cottages\n   i vendra par annuité!   Location de tentes sur la plage et de costumes de bain                 i   louar\n                                T r a m w a y électrique à aervioe Intensif\n                                 Vicinal — Télégraphe — Téléphone\n                             ÉCLAIRAGE ELECTRIQUE DE LA DIGUE\n                                         DES AVENUES ET DES VILLAS\n                                                     HHW^W^WWWW^HW\n\n\n\n\n                    £ - j | Agence Immobilière pour la vente et location dessillas ^\n                               A main* de 30 minutes d'Ostende, à 2 h. I 2 de Bruxelles.\n\n                                                                        Le WESTEND' HOTEL est ouvert i\nWESTEND' HOTEL                                                        partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                                      Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au com-\n                                                                      mencement et à la fin des saisons, airna-\n               DIGUE DE MER                                           gementstrès avantageux pour les famille*\n                                                                         faisant un séjour prolongé à l'hotaL\n   T É L É P H O N E N»        41                                         ^5 chambres parfaitement aménagé**\nRéseau du littoral par                                                       Vie de famille. Éclairage électrique\n                                                                               Chambres spacieuses. Ameuble-\n     Nieuport.                                                                       ment moderne esthétique «A\n                                                                                      confortable. 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Cave*\n                                                                                                    reoomma*-\n                                                                                                   dée .\n\n      LA            FERMETTE                                  WESTENDAISE\n                        L A C A M P À O N B .A. L A          MER\nJeux d'enfants. — Promenades à ânes. — Tir à la perche. — Jeu de boule. — Installation*\n        sportives. — Café cramique. — Lait frais. — Glaces. — Consommations de choix.\n                   O U V E R T U R E        L E    1\" J U I N     1 9 0 7\n                                 . A BRUXELLES, 6 4 , boulevard de la Senne (Téléph. 2830\nPour renseignements s'adresser | A \"WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Té***\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                             DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n                                  1907 — 14» Année\n\n\n\n                     Sommaire du n° 6 (Juin)\n                 A l a mémoire de Joris-Karl Huysmans\nL'abbé    HENRY M Œ L L E R .    — Un artiste chrétien : Joris-Karl\n                                      Huysmans                                  355\n                —                  In Memoriam                                  364\nR. P . DOM BBSSE O. S. B . — Conférence prononcée à Bruxelles,\n             le mardi 28 mai igoy, à l'issue du service solennel\n             célébré en l'église des Carmes, par les soins de la\n             rédaction de Durendal pour le repos de l'âme de\n            Joris-Karl Huysmans                                                 367\nJ.-K. HUYSMANS. — Lettre adressée à l'abbé Henry Mœller .                   .   383\nH. M. — Un bel hommage rendu à J.-K. Huysmans (article de\n         Francis de Miomandre dans « L'Art Moderne »). .                        384\nTANCRÈDE DE VISAN. — Notes           sur la mort de J.-K. Huysmans.             387\n\n\n\nMARIE DAUGUET. — O nuit            viens !                                      3go\nADRIEN MITHOUARD. — La pourpre                                                  3gi\nJ E A N - M A R C BERNARD.   — Distiques     funèbres   à la mémoire       de\n                                   Charles Guérin                               398\nL'abbé F R . VERHELST. — Faut-il           rénover l'art chrétien ? .       .   3gg\nFIRMIN VAN DEN BOSCH. — Un critique             du romantisme     .    .    .   4°^\nH E N R I MAZEL. — Lettres      de Paris                                        4°7\nLes Livres                                                                      410\nNotules    .                                                                    4*3\nIllustrations   : Un des derniers portraits de J.-K. Huysmans.\n                  J.-K. Huysmans dans son cabinet de travail à Ligugé.\n                  La maison Notre-Dame à Ligugé.\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "                         DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n     A B O N N E M E N T ; 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port comprit}\n          (pour tabonnement s'adresser à ta Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, à BruxelUt)\n\n                                 PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0 \"\n\n\n\n\n                  Comité de rédaction de D u REND AL :\n                            MM.      H E N R Y CARTON DE W I A R T .\n\n                                      L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n                                     F I R M I N VAN P E N    BOSCH.\n\n                     Secrétaire de la Rédaction. : G E O R G E S V I R R È S\n                               Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n        M.    HENRI      MAZEL,      avenue d e la Grande-Armée, 6 1 , Paris.\n\n               PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ ANSEL.                                            H . FIÉRENS-GEVAERT.\n      M AU RICE BEKAERT.                                      ARNOLD GOFFIN.\n      PIERRE BILLAUP.                                         FRANZ HELLENS.\n      EDGAR DONEHILL.                                          L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                         J . - K . HUY6MANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                        JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                           VICTOR KINON.\n      GEORGES BRIGODE.                                        GODEFROID KURTH.\n      H É L È N E CANIVET.                                    P A U L LAMBOTTE.\n      MARIE CLOSSET.                                          L'abbé L . L E CARDONNBL,\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                                 S É B . - C H . LECONTE.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                                 CHARLES MARTENS.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                                 P A U L MUSSCHE.\n      H E N R I DAVIGNON.                                     EDOUARQ N E D .\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                               JEAN NESMY.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                     CHARLES NICAISB.\n      ERNEST DE LAMINNE.                                      PIERRE NOTHOMB.\n      LOUIS DELATTRE..     .                                  ERNEST PÉRIER.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERÇE.                        GEORGES RAMAEKERS.\n      L e baron G: DELLA FAILLE.                              GEORGES RENCY-\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                        BLANCHE ROUSSEAU.\n      D o m BRÏJNO DESTRÉE.                                   JOSEPH RYELANDT.\n      JULES DESTRÉE.                                          FERNAND SÉVERIN\n      Vicomte 'D'HENNEZEL                                     HENRY V A E S .\n      MAURICE. DULLAERT.                                      EMILE VERHAEREN.\n      J. ESQUIROL.                                            L'abbé F R . VERHELST.\n      EMILE FERMAUD.                                          LÉOPOLD WALLNER.etC., ttC\n      LAURENT FIERENS.\n\n                 Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL      de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé è t* R\n\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, g'adnsMf * ^\nl i è g e de la Revue, 2 2 , rue du Grand-Cerf; pour la publicité, 4 6 , rue Neufchatel, 1\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "    A LA MÉMOIRE\n\n                 DE\n\n\n\n\n  notre Ami et Collaborateur\n\n\nJORIS=KARL HUYSMANS\n       Littérateur Catholique\n\n    mort chrétiennement à Paris\n\n            le 12 Mai 1907\n\n\n\nces pages de DURENDAL sont dédiées\n\n         en témoignage de\n\n     notre affectueuse sympathie\n\n            et de notre\n\n  profonde et éternelle admiration\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": ""}, {"page_pdf": 428, "texte": "         Cliché de la Revue Hebdomadaire, (Paris. Plon, Editeur.)\n\n\nJ O R I S- K A R L H U Y S M A N S\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": ""}, {"page_pdf": 430, "texte": "              Un Artiste Chrétien\n\n                    Joris-Karl Huysmans\n                                      Ce qui manque aujourd'hui ce sont\n                                    les âmes!             (En Route.)\n                                       Durtal comprit que la culture de\n                                    l'esprit n'étail rien et que la culture\n                                    de l'âme était tout.         (Ibidem.)\n\n\n               LEcôté le plus intéressant de l'être humain, c'est\n                  l'âme. Ce que fut celle de Joris-Karl Huys­\n                  mans depuis l'aube du matin radieux de sa\n                  conversion, un seul pourrait nous le révéler,\n                  l'ange préposé à sa garde et qui, lisant dans\n                  le livre admirable que fut désormais cette âme\n                  d'artiste, transfigurée par la grâce, en trans­\n                  crivit, une à une, les pages de feu en lettres\nd'or dans le Livre de Vie.\n   C'est à la fois comme artistes et comme chrétiens que nous\nadmirons et que nous aimons Joris-Karl Huysmans, et c'est\npourquoi il nous est doublement cher depuis sa conversion.\n   Non pas que ses œuvres antérieures ne nous intéressent par\nleur littérature. Non pas que, à l'instar des catholiques exagérés,\nnous refusions notre admiration à l'écrivain d'avant En Route,\nen dépit de la crudité de certains détails par trop réalistes de\nMarthe et des Sœurs Vatard. Nous avons l'esprit assez haut\npour savoir reconnaître le talent d'un écrivain de race, son idéal\nartistique fût-il à cent lieues du nôtre. Si le libre penseur qui\nnie le talent d'un écrivain parce qu'il est catholique, est un\nniais, le catholique qui nie le talent d'un écrivain parce qu'il\nest libre penseur, ne l'est pas moins.\n  Toutefois, idéal pour idéal, nous aimons mieux le nôtre et\nnos préférences vont à l'œuvre de l'artiste converti pour bien\ndes raisons.\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "356                          DURENDAL\n\n\n    Tout d'abord nous avons la joie de voir en l'auteur d'En Route\nune magnifique incarnation de notre idéal à nous : l'artiste\nchrétien.\n    Artiste, Huysmans le fut plus qu'aucun écrivain de ce siècle.\n Il l'est resté, Dieu merci, après sa conversion, quoiqu'en disent\ncertains galopins de lettres, dont l'opinion n'a pas d'importance.\n Il le fut toute sa vie, avant comme après. A mon avis, il le fut\nplus après, parce qu'un artiste l'est d'autant plus que son idéal\nest plus transcendant, si, bien entendu, son talent est à la hau­\nteur de cet idéal.\n    Chrétien, Huysmans l'a été jusqu'à l'héroïsme. Les phari­\nsiens ont mis en doute sa sincérité. Mais toute sa vie, tous ses\ngestes', ses cris sublimes vers Dieu, les admirables prières dont\nsont émaillés ses livres, prières dont la teneur est de celles qui ne\ntrompent point, sa résignation dans la douleur, sa sérénité en\nface de la mort, prouvent à l'évidence que le chrétien chez\nHuysmans fut au niveau de l'artiste.\n    Ce fut une grande âme, une âme de mystique au point de\nvue divin, une âme de génie au point de vue humain.\n                                  *\n\n   La Foi ne diminue pas le génie. Bien au contraire, elle en\ncentuple la puissance. Et j'ai la conviction intime que le Dante,\npar exemple, n'eût pas atteint à la cime vertigineuse auquel il\nest parvenu à s'élever, si son âme eût été privée de la Lumière\nSurnaturelle dont les rayons firent flamboyer son. œuvre géniale.\nLes siècles salueront éternellement dans le Dante le plus grand\npoète qui fut jamais. Sa gloire est immortelle. Chrétiens, nous\nle revendiquons, lui aussi, avec fierté pour notre frère, non\nseulement en Art mais encore en la Foi catholique.\n   Un génie de l'envergure du Dante est un critérium de la\nvérité de notre Foi, cent fois plus pertinent que tous les raison­\nnements apologétiques.\n   Un génie chrétien est un fait et un fait on ne le supprime pas.\n   Ce que le Dante fut pour le temps où il vécut et pour tous les\ntemps à venir, Huysmans l'a été pour le nôtre et le restera. Lui\naussi est un argument, sans réplique, de la vérité de nos\ncroyances.\n   Par son retour à l'Eglise et par toute sa vie d'artiste catho-\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                       UN ARTISTE CHRÉTIEN                         357\n\nlique qui s'en suivit, B u y s m a n s a réfuté une fois de plus\nl'inepte légende de l'impossibilité pour un esprit supérieur d'être\nà la fois artiste et catholique.\n   E n devenant catholique, disions-nous il y a un instant,\nH u y s m a n s n'a pas cessé d'être artiste. L e s catholiques outran-\nciens le lui ont-ils assez reproché : « Vous n'êtes pas\nconverti, puisque votre style ne l'est pas », lui ont-ils dit\ncomme s'il était de l'essence d'un catholique d'écrire dans\nun style pompier. Ces reproches saugrenus venant de notre\ncôté me firent bondir. E t je m'empressai d'écrire à H u y s ­\nmans, avec qui je fus en correspondance assidue : « De grâce,\nn'abandonnez pas votre style. N e changez rien à votre manière.\nNe tuez pas l'artiste qui est en vous. L e plus grand service\nque vous puissiez rendre à l'Eglise c'est de dire ses gloires\ndans votre langue à vous, dans cette langue d'un réalisme si sain\net si vrai, en ces termes pittoresques, à l'emporte-pièce, qui\nconstituent toute votre personnalité. »\n\n                                   *\n\n\n    Le dégoût qu'inspirait à H u y s m a n s la veulerie du siècle con­\ntemporain l'instiguait à en sortir. Il songea un instant à\nendosser le froc. Mais, d'autre part, sa nature d'artiste le retint\ndans le monde des lettres et l'empêcha de commettre la mala­\ndresse de le quitter. Il y était nécessaire. « Je suis encore trop\nhomme de lettres pour faire un moine et je suis cependant déjà\ntrop moine pour rester parmi les gens de lettres », écrivait-il\ndans En Route en guise de conclusion.\n   Il trouva le joint. Il se fit oblat, c'est-à-dire moine dans le\nmonde. Cette qualité lui permit de jouir de tous les avantages\nreligieux dont était hantée son âme affamée de Dieu et de per­\nsévérer en m ê m e temps dans sa vocation d'écrivain.\n   Sa conversion fut un stimulant pour son art. Il trouva d a n s\nla vie chrétienne une nouvelle source d'inspiration. Sous\nl'aiguillon de la F o i son talent s'affina. Des horizons plus\nvastes s'ouvrirent à ses y e u x . Il découvrit un terrain d'art\nencore inexploré. Son intelligence perspicace lui fit voir d'em­\nblée non pas seulement l'extérieur mais l'essence même de la\ngrande église catholique. L a m y s t i q u e elle-même n'eut pas de\nsecret pour lui. Il ne se contenta pas de faire le tour des murs\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "358                           DURENDAL\n\n\nde l'église. Il ne s'arrêta pas au seuil de la cathédrale. Il entra.\nIl pénétra jusqu'au sanctuaire. Il ouvrit les portes du taber­\nnacle. Il y vit Dieu, l'aima et l'adora. Et en découvrant Dieu,\nla Beauté Essentielle, il découvrit du même coup la Beauté de\nson Eglise, les splendeurs de l'art chrétien, la majesté des\ndogmes, la poésie des liturgies.\n    Une fois pénétré de cette vérité primordiale, qu'il était si\nbien fait pour comprendre, que l'art religieux qui a été cultivé\npar les plus robustes génies, chanté par les plus beaux poètes,\npratiqué par les géants de l'art, incarné tant en peinture qu'en\nsculpture, en architecture et en musique, en des chefs-d'œuvre\nqui n'ont jamais été surpassés, c'est le sommet de l'art, il con­\nsacra tout son talent à la glorification de l'idéal d'En-Haut.\n    Et nous eûmes alors la joie de voir paraître successivement\nces belles pages d'art chrétien : En Route, histoire empoignante\nd'une âme terrassée par la grâce, ramenée à Dieu après une\nlutte effroyable avec le Très-Bas par la route de l'art de son\n Eglise; La Cathédrale, synthèse curieuse et intéressante du\n symbolisme chrétien en même temps que description grandiose\n de l'art fastueux du temple catholique dans sa plus haute réali­\n sation, la cathédrale gothique; Sainte Lydwine de Schiedam,\n panégyrique incomparable d'une âme blanche s'immolant sur\n l'autel de la douleur chrétienne pour l'expiation de péchés\n qu'elle n'avait pas commis; L'Oblat, où nous voyons se dérouler\n sous les gracieuses ogives d'une église abbatiale et à l'ombre\n poétique d'un cloître monastique le cycle incomparable de la\n vie liturgique; Lourdes, que nous aimons non seulement parce\n qu'il y a vengé la Vierge et les grands pèlerinages catholiques\n des rires sarcastiques et imbéciles de l'impiété, mais encore\n parce que l'art vrai et sérieux, l'art officiel de l'Eglise, le seul\n art reconnu par elle, y est défendu avec tant de ferveur et une si\n prenante éloquence contre l'envahissement d'un art religieux de\n contrebande, de cet art de camelotte, d'un sentimentalisme\n bête, faux et grotesque que les boutiquiers de Saint-Sulpice\n  avaient mis à la mode.\n    Catholiques, nous devons à J.-K. Huysmans une reconnais­\n sance éternelle pour avoir magnifié notre idéal d'art en un style si\n vibrant qu'il s'est imposé à l'admiration des ennemis de la Reli­\n gion eux-mêmes. Cette apologie magnifique de l'art de l'Eglise\n  par un des plus grands écrivains de ce siècle fit réfléchir les\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                      UN ARTISTE CHRÉTIEN                      359\n\npenseurs et les artistes. Plus d'un s'est tourné vers l'Eglise\naprès avoir lu En Route. Car la conclusion évidente de tout ce\nlivre c'est que si l'art de l'Eglise est si grand et si beau, c'est\nparce qu'elle est la Vérité. Et cette conclusion est d'autant\nplus urgente qu'elle jaillit d'une âme dont il est impossible de\ncontester la sincérité. Huysmans a poussé cette sincérité jus­\nqu'à mettre à nu les tares de ses coreligionnaires, défauts inhé­\nrents à toute œuvre à laquelle est mêlée notre pauvre et\nmédiocre humanité.\n   Les taches du soleil n'en diminuent pas l'éclat. C'est ce que\nsavait Huysmans et c'est pourquoi il n'eut pas peur de dire aux\ncatholiques leurs vérités et en le faisant il leur rendit un grand\nservice.\n   Quelles que soient les faiblesses de certains catholiques peu\nconséquents avec leur Foi, l'Eglise qu'ils déshonorent par leurs\ngestes n'en est pas moins, tant au point de vue moral qu'au\npoint de vue art, une des plus belles institutions qui soient au\nmonde.\n                                 *\n\n\n   Huysmans a montré d'une façon saisissante par toute son\nœuvre catholique quelle source d'art inépuisable est cachée dans\nle sens religieux. Celui qui veut se convaincre que la Foi n'avait\npas étouffé l'artiste en lui et que la Foi est une puissante source\nd'inspiration pour l'écrivain n'a qu'à lire ses livres.\n   Je viens de relire En Route. C'est ce qu'on peut appeler le\nroman d'une âme catholique. Ce roman est un des plus beaux\nchefs-d'œuvre des lettres modernes.\n   En bien des passages Huysmans s'élève jusqu'à la Maîtrise.\nLisez notamment la merveilleuse paraphrase du De Profundis\nchanté un soir de novembre à Saint-Sulpice qui ouvre le\nvolume. C'est une analyse d'une perfection de style absolue, de\nla parole inspirée, des accents d'éternité que lui communique\nle chant en l'enrobant des notes profondes de la musique grégo­\nrienne, de l'impression formidable que le texte chanté sous les\narceaux mystérieux d'une église à la nuit tombante produit\ndans une âme que le remord travaille. La littérature française\ncontient peu de pages aussi belles et aussi fortes que celles-là.\n   L'œuvre catholique d'Huysmans en renferme quantités\nd'autres absolument parfaites au point de vue littéraire, pages\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "360                           DURENDAL\n\n\nclassiques, à reproduire dans les anthologies, à proposer à\nl'admiration de la jeunesse comme des modèles de style.\n   J e défie non seulement celui qui a la F o i mais quiconque a\nun peu de feu à l'âme et est sensible à la beauté de lire sans\némotion : la prise de voile chez les Bénédictines de la rue\nMonsieur; la description d'une messe célébrée, à l'aurore, dans\nla crypte mystérieuse de la fastueuse cathédrale de C h a r t r e s ; le\ntableau des moines de la T r a p p e d ' I g n y abîmés dans la prière,\nprosternés le front contre terre dans la chapelle de l'abbaye et\ndont le spectacle arrachait à D u r t a l ce soupir vers Dieu : Oh!\nprier, prier comme ces moines!; enfin l'exquise silhouette de\nl'humble frère Siméon, le vieux porcher du monastère, qui tout\nen vaquant aux plus basses besognes vivait de la Vie Unitive,\nl'âme ensevelie, noyée dans l'Océan de la Divine Essence et\ndevant lequel Durtal avait envie de se jeter à genoux en lui\nbaisant les mains, rien qu'après avoir vu la façon dont priait à\nl'église cet être angélique qui, sous une enveloppe grossière,\ncachait une âme sublime.\n   T a n t d'autres chapitres seraient à signaler comme étant de\npurs chefs-d'œuvre qui supporteraient la comparaison avec les\nplus brillantes pages de nos plus célèbres écrivains.\n\n                                      *\n                                  *       *\n\n   L e nom d ' H u y s m a n s évoque celui de Zola. Ils compagnon-\nnèrent aux soirées de M é d a n . L e point de départ des deux fut\nle même : le Naturalisme ; l'aboutissement diamétralement\nopposé. Zola mourut en matérialiste impénitent, après avoir\nécrit toute une série de livres plus réalistes les uns que les\nautres, d'un naturalisme faux puisqu'il néglige l'âme qui est\nl'essentiel de la nature h u m a i n e .\n   H u y s m a n s , dont l'intelligence dépassait de loin en finesse\net en délicatesse celle de Zola, mourut en chrétien, après avoir\ndépouillé le vieil h o m m e pour revêtir l'homme nouveau régé­\nnéré par les sacrements et dès ce moment sa littérature fut\nvraiment réaliste en ce sens qu'elle donna la première place à\nl'âme qui est la plus haute réalité de la création.\n   C'est par l'âme surtout que les deux écrivains différaient.\nZola ne l'avait pas assez h a u t e pour comprendre l'Eglise. Il\npoussa la bassesse jusqu'à bafouer ce qu'il ne connaissait pas.\nIl avait le mépris de la Virginité. Il fit la caricature du prêtre\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "                              UN ARTISTE         CHRÉTIEN                                36l\n\n\nchaque fois qu'il en parla. Il profana le nom du Christ en le\ndonnant au plus odieux personnage d'un de ses romans. Il\ncalomnia les ordres religieux dans un livre qu'il eut le cynisme\nd'intituler Vérité, alors qu'il n'est qu'un i m p u d e n t mensonge\nd'un bout à l'autre.\n   T o u t e l'œuvre de J.-K. H u y s m a n s depuis sa conversion fut\nun acte de F o i , un h y m n e à Dieu, une exaltation de l'Eglise,\nun cantique à la Vierge, un h o m m a g e à la Sainteté, une apologie\nde la vie mystique et des ordres monastiques, et un exposé\nmerveilleux de toutes les richesses du grand art catholique.\n   Zola ne fut q u ' u n littérateur, H u y s m a n s fut, en outre, une\nâme, et une âme de lumière. E t ceci vaut bien cela. A nos yeux\nceci vaut plus. Il n'eût été qu'un artiste que nous eussions pu\nl'admirer sans doute, comme nous admirons le talent d'un\nRenan, et le génie d'un Victor H u g o , mais il n'eût pas été\ncomplet pour nous dont l'idéal est l'artiste religieux et nous\nne l'eussions pas aimé autant.\n   H u y s m a n s qui avait ce sens vrai des choses que donne la\nF o i , mettait lui-même l'élévation morale bien au-dessus de la\nvaleur littéraire de l'écrivain. Ecoutez les dernières paroles de\nson livre, En Route, où se révèle toute l'âme chrétienne de\nl'artiste converti : « Si ceux-là — reprit D u r t a l — pensant à\nces écrivains qu'il lui serait sans doute difficile de ne pas revoir,\nsi ceux-là savaient combien ils sont inférieurs au dernier des\nconvers ! S'ils pouvaient s'imaginer combien l'ébriété divine\nd'un porcher de la T r a p p e m'intéresse plus que toutes leurs\nconversations et que tous leurs livres ! Ah ! Vivre, vivre à\nl'ombre des prières de l'humble Siméon, Seigneur ! »\n   A Zola mort en libre penseur et dont le niveau d'âme était\nbien en dessous de celui d ' H u y s m a n s on a rendu en ces derniers\ntemps des hommages apothéotiques exagérés, car ils n'étaient\npas justifiés par la valeur de l'homme (1), en transférant pompeu-\n\n  (1) Nous ne sommes pas seul de notre avis. Voici le jugement porté sur la valeur de\nl'œuvre de Zola par Léon Daudet dans un article publié récemment dans la Revue Hebdo-\nmadaire sous ce titre : A propos de J.-K.     Huysmans.\n   « Nous ne relisons pas aujourd'hui sans épouvante les manifestes prétentieux où l'épais\nZola, ignorant de tout, prétendait restreindre la vie au tube digestif et expliquer l'homme par\nla bête. Que de pareilles calembredaines aient pu agir sur une génération, être discutées\nsérieusement et servir de bannière intellectuelle en même temps que d'enseigne commer­\nciale, voilà qui prouve l'efficacité de l'aplomb. Quoique placé sous l'invicalion du grand\net subtil Claude Bernard, le fatras des Rougon-Macquart ne présente absolument rien de\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "362                                   DURENDAL\n\n\nsèment ses cendres refroidies par la mort dans un Panthéon\npaïen.\n   H i e r nous vîmes porter dans une église catholique, à la clarté\nvacillante des cierges, au chant contrit des psaumes de la\npénitence, escorté par les croyants et par les prêtres de Dieu,\nle modeste cercueil consacré par l'eau bénite qui contenait le\ncadavre du grand artiste que fut Joris-Karl H u y s m a n s enseveli\ndans une robe de moine, mains jointes, un rosaire à la ceinture,\nle crucifix sur la poitrine.\n   Oui oserait nier que de ces deux spectacles essentiellement\ncontradictoires celui-ci fut de loin le plus grandiose.\n\n\n\n   U n e des plus belles pages de la fin du livre : En Route est le\ncantique d'actions de grâces chanté par le converti en union avec\nla N a t u r e au sortir de la T a b l e Sainte à la T r a p p e d'Igny, un\njour, où, selon son expression, après u n e communion, Dieu lui\navait dilaté l'âme de telle 'sorte qu'il ne la sentait même plus\nsienne, t a n t le Christ l'avait noyé dans la mer de sa divine\nInfinité, engloutie d a n s le céleste firmament de sa P e r s o n n e !\n\n   Durtal quitta, aussitôt la messe terminée, la chapelle, et s'échappa dans le\nparc.\n   Alors, doucement, sans effets sensibles, le Sacrement agit; le Christ ouvrit,\npeu à peu, ce logis fermé et l'aéra; le jour entra à flots chez Durtal. Des\nfenêtres de ses sens qui plongeaient jusqu'alors sur il n e savait quel puisard ou\nquel enclos humide et noyé d'ombre, il contempla subitement, dans u n e trouée\nde lumières, la fuite à perte de vue du ciel.\n   L a vision de la nature se modifia; les ambiances se transformèrent; le\nbrouillard de tristesse qui les voilait s'évanouit ; l'éclairage soudain de son\nâme se répercuta sur les alentours.\n   Il eut cette sensation de dilatement, de joie presque enfantine du malade\nqui opère sa première sortie, du convalescent qui, après avoir traîné dans\nu n e c h a m b r e , met enfin le pied d e h o r s ; tout se rajeunit. Ces allées, ces bois\nqu'il avait tant parcourus, qu'il commençait à connaître, à tous leurs détours,\ndans tous leurs coins lui apparurent sous u n autre aspect. U n e allégresse\n\n\nscientifique. Cet arbre généalogique est arbitraire. Ces énumérations sortent du manuel.\nCette outrance est une décrépitude du romantisme. Cette recherche de la sanie et de la\nscorie même inutiles, cet abus de la répétition, du prêche laïque sont des preuves de\nfatigue et non d'énergie. Je ne puis voir dans le prétendu naturalisme autre chose qu'un\navilissement de la littérature succédant à l'abaissement national de 70-71, qu'un phéno­\nmène de dépression. »\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                          UN ARTISTE      CHRÉTIEN                          363\n\n\ncontenue, une douceur recueillie émanaient de ce site qui lui paraissait, au\nlieu de s'étendre ainsi qu'autrefois, se rapprocher, se rassembler autour du\ncrucifix, se tourner, attentif, vers la liquide croix.\n   Les arbres bruissaient, tremblants, dans un souffle de prière, s'inclinaient\ndevant le Christ qui ne tordait plus ses bras douloureux dans le miroir de\nl'étang mais qui étreignait ces eaux, les éployait contre lui, en les bénissant.\n   Et elles-mêmes différaient ; leur encre s'emplissait de visions monacales,\nde robes blanches qu'y laissait, en passant, le reflet des nuées ; et le cygne les\néclaboussait, dans un clapotis de soleil, faisait, en nageant, courir devant lui\nde grands ronds d'huile.\n   L'on eût dit de ces ondes dorées par l'huile des catéchumènes et le Saint\nChrême que l'Eglise exorcise le samedi de la semaine sainte ; et, au-dessus\nd'elles, le ciel entr'ouvrit son tabernacle de nuages, en sortit un clair soleil\nsemblable à une monstrance d'or en fusion, à un saint sacrement en flammes.\n   C'était un Salut de la nature, une génuflexion d'arbres et de fleurs, chantant\ndans le vent, encensant de leurs parfums le Pain Sacré qui resplendissait là-\nhaut, dans la custode embrasée de l'astre.\n   Durtal regardait, transporté. Il avait envie de crier à ce paysage son\nenthousiasme et sa foi ; il éprouvait enfin une aise à vivre. L'horreur de\nl'existence ne comptait plus devant de tels instants qu'aucun bonheur simple­\nment terrestre n'est capable de donner. Dieu seul avait le pouvoir de gorger\nainsi une âme, de la faire déborder et ruisseler en des flots de joies ; et lui\nseul pouvait ainsi combler la vasque des douleurs, comme aucun événement\nde ce monde ne le savait faire.\n    Durtal venait de l'expérimenter ; la souffrance et la liesse spirituelles\n atteignaient, sous l'étreinte divine, une acuité que les gens les plus humaine­\n ment heureux ou malheureux ne soupçonnent même pas.\n    Il se promena soulevé de terre par une joie confuse. Il se vaporisait en une\n sorte de griserie, en une vague éthérisation, où montaient, sans penser à se\n formuler par des mots, des actions de grâces; c'était un remerciement de son\n âme, de son corps, de tout son être, à ce Dieu qu'il sentait vivant en lui et\n épars dans ce paysage agenouillé qui semblait répondre, lui aussi, à des\n hymnes muettes de gratitude.\n\n   T e l fut le premier verset du Te D e u m d'actions de grâces q u e\nl'âme d ' H u y s m a n s entonna après sa conversion, qui ne q u i t t a\nplus ses lèvres chrétiennes d u r a n t le restant de son pèlerinage\nici-bas et dont il est allé chanter la dernière strophe d a n s\nla cathédrale de l'éternité, avec les anges de Dieu, ces poètes\ndu Ciel, et avec tous les artistes qui, après avoir sur terre rendu\nhommage par leurs œuvres à la B e a u t é Essentielle, sont allés\ndéposer avec les vieillards de l'apocalypse la couronne de leur\ngénie au pied du trône de l'Agneau éternellement immolé\npour le salut du m o n d e .\n                                                         HENRY     MŒLLEK.\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                        In Memoriam\n                   LEComité de Rédaction de Durendal a fait célébrer\n                       une messe solennelle pour le repos de l'âme\n                       de son collaborateur Joris-Karl H u y s m a n s , le\n                       mardi 28 mai, en l'église des Révérends Pères\n                       Carmes, avenue de la Toison d'Or, à Bruxelles.\n                       U n e église de couvent n'était-elle pas toute\n                      désignée ici? L e défunt s'honorait du titre\n                      d'Oblat Bénédictin. Ce fut en réalité un moine\nlaïc. Il avait une âme de moine. Il voulut être enseveli dans\nune robe de moine. U n de ses plus beaux livres, L'Oblat,\nn'est pas autre chose que l'apologie de la vie monastique.\nC'est la pensée qui nous anima en choisissant pour le service\nune église conventuelle.\n   N o m b r e u x furent les amis qui vinrent prier avec nous pour\nl'âme du grand mort.\n   P a r m i les assistants, il est de notre devoir de signaler en tout\npremier lieu le baron Descamps, notre nouveau ministre des\nSciences, Arts et L e t t r e s . Sans doute il ne fit que son devoir.\nMais un ministre l'eût-il compris jadis? « Y a-t-il donc quelque\nchose de changé dans les sphères officielles? » disait le Rédac­\nteur du Samedi en constatant le fait. L ' E t a t s'intéresserait-il\nenfin à la L i t t é r a t u r e et aux hommes de lettres?\n   Nous remercions de tout cœur et félicitons avec enthousiasme\nle baron Descamps de cette noble initiative. Il a fait là un\ngeste superbe et nous ne l'oublierons pas. C'est de bon augure\npour l'avenir et nous avons tout lieu de conclure que la direc­\ntion officielle des Lettres est en bonnes mains.\n   L e baron Descamps était accompagné de M . Cyrille Van\nOverberg, le directeur du d é p a r t e m e n t des L e t t r e s , et de\nM. de Kerckove, secrétaire du ministre.\n   Un grand nombre de nos collaborateurs entouraient la rédac­\ntion de la revue et parmi eux nous avons remarqué l'abbé\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                                  IN MEMORIAM                                     365\n\n\nVerhelst, l'abbé Cuylits, Arnold Goffin, Joseph Ryeland,\nT h o m a s B r a u n , H e n r i Davignon, le baron de Coppin, G. de\nGolesco, Fierens-Gevaert, Victor Kinon, etc. Empêchés par\nforce majeure, d'autres s'étaient excusés, n o t a m m e n t Georges\nVirrès, Maurice Dullaert, Georges Ramaekers, Paul L a m b o t t e ,\nPierre N o t h o m b .\n   Y étaient encore de nombreux amis de Durendal, notamment\nle chanoine H a l l a u x , curé de Saint-Boniface ; le d é p u t é L . De\nL a n s t h e e r e ; Mgr Proost, aumônier de la Cour; M. Degives, le\ncomte Vanden Steen, etc. D'autres personnes, littérateurs, ou\namis de notre revue, nous exprimèrent le regret d'être empêchées\nde se joindre à nous, entre autres E u g è n e Gilbert, Pol D e m a d e ,\nCharles Lagasse de Locht, dom Germain Morin, de l'abbaye de\nM a r e d s o u s ; Jules Renkin, ministre de la Justice.\n   Nous oublions sans doute de citer d'autres noms qui devraient\nl'être. Qu'on veuille bien nous excuser. Impossible du reste de\nciter t o u t le m o n d e . Mais nous les remercions en tous cas\ntous, à la fois des prières qu'ils ont dites avec nous pour le\ndéfunt et de la s y m p a t h i e qu'ils ont témoignée à Durendal en\ncette occasion.\n   L ' a b b é Mugnier, de P a r i s , ami i n t i m e d ' H u y s m a n s , se joignit\nen esprit à nous par l'envoi de sa carte avec ces mots : « Bien\nsincèrement et fraternellement uni au comité de rédaction de\nDurendal avec le regret de ne pouvoir assister au service et de\nne pouvoir entendre le très éloquent Père Besse. »\n   Près de la Rédaction on r e m a r q u a i t une robe de moine.\nC'était Dom Besse, bénédictin de l'abbaye de Ligugé, ami\nintime et directeur de conscience du défunt p e n d a n t son séjour\nauprès des moines.\n   Nous l'avions invité à venir nous parler de notre cher et\ngrand écrivain catholique. Ce qu'il fit l'après-midi, au local\n« Patria », dans une conférence a d m i r a b l e et inoubliable, qui\nfut profondément émouvante et qui étreignit vraiment les\ncœurs.\n   Dom Besse nous tint sous le charme captivant de sa parole,\nd'une si noble et si éloquente simplicité, pendant plus d'une\nheure. Il fit vraiment revivre H u y s m a n s sous nos yeux. Nous\navions comme l'illusion de l'avoir un instant parmi nous et\nd'entendre parler le mort lui-même dont le conférencier nous\ncita t a n t de belles et fortes paroles. Il évoqua surtout l'âme\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "366                        DURENDAL\n\n\nchrétienne de l'artiste catholique et nous la fit voir dans toute\nsa splendeur. Nous garderons toujours le souvenir de cet entre­\ntien exquis de Dom Besse. Nous le reproduisons ici même, afin\nque ce souvenir, en même temps que celui du défunt, reste à\njamais gravé dans les archives de Durendal, comme il reste gravé\ndans nos âmes émues et reconnaissantes.\n   Une magnifique assemblée nous entourait ici de nouveau et,\nen tête, le baron Descamps, ministre, que nous remercions une\nseconde fois pour ce nouveau témoignage de sympathie donné\nà la littérature et aux écrivains.\n   Nous avons remarqué encore parmi les auditeurs, en outre,\ndes personnes qui assistèrent, le matin, au service : le sénateur\n Braun, le comte t' Kint, l'ambassadeur d'Angleterre, l'abbé\n Halflants et son frère le juge Halflants, le conseiller Nothomb,\nle député Jules Destrée, les littérateurs Georges Rency,Dumont,\n Wilden, Pierre Nothomb.\n   Journée consolante que celle-là. Elle aura réjoui, soulagé et\n consolé l'âme du défunt qui, sans doute, aura prié Là-Haut pour\n ceux qui ont évoqué si complètement et d'une façon si touchante\n son souvenir et qui ont prié ensemble pour lui ici-bas.\n\n                                             HENRY MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "       JORIS-KARL            HUYSMANS\n\nDANS   SON   C A B I N E TDET R A V A I L A   LIGUGE\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": ""}, {"page_pdf": 444, "texte": "Conférence prononcée à Bruxelles, le mardi 28 mai\n 1907, par le R. P. Dom J. M. Besse, à l'issue du service\n solennel célébré en l'église des Carmes, à Bruxelles,\n par les soins de la rédaction de « Durendal » pour\n le repos de l'âme de Joris-Karl Huysmans.\n\n\n\n                   MESDAMES, MESSIEURS,\n\n                  IL y a quinze jours, on remarquait au 31 de la rue Saint-\n                     Placide, à Paris, un va-et-vient inaccoutumé. Des hommes\n                    de lettres, des personnes du monde, des prêtres, des reli­\n                    gieux gravissent l'escalier et montent au cinquième étage.\n                    Je vous invite à les suivre. Vous pénétrez dans un apparte­\n                    ment qui a, dès le vestibule, l'aspect grave de la demeure\n                    d'un homme laborieux. La porte, en s'ouvrant, vous met\n                    en face d'une bibliothèque. La salle à manger dans\n                    laquelle vous entrez, sur la droite, a les murailles tapissées\nde volumes, rangés avec un ordre parfait. L'état de leur reliure témoigne\ndu respect dont leur maître les entoure. Ce sont des amis qu'il consulte\nIrequemment. Vous y voyez ses écrivains préférés. La littérature, qui y est\nlargement représentée, n'est pas la partie la plus riche. Les écrivains ascétiques\net mystiques abondent. Il y a des collections historiques et archéologiques,\ncapables d'exciter l'envie des érudits eux-mêmes. Les livres rares, que recherche\nle bibliophile, ne sont pas absents. Cette bibliothèque vous fait déjà connaître\ncelui qui a vécu et travaillé dans cet appartement.\n   Voulez-vous faire avec lui connaissance plus intime ? Examinez les objets\nd'art suspendus sur les surfaces que leur abandonne la bibliothèque. Ce ne\nsont partout que débris du moyen âge. Ici, une vierge en bois; là, un encensoir\nde cuivre, noirci par le temps et la fumée; à côté, un Saint-Denys, en pierre,\nqui porte sa tête dans les mains, puis, des reliquaires, un crucifix; on dirait\nun musée formé par un collectionneur médiéviste. Ces bibelots ne sont pas\ndes ornements vulgaires. Celui qui les a réunis les traitaient comme les\nsouvenirs pieux d'une époque et d'une patrie aimée. C'était un homme du\nmoyen âge, égaré en nos temps.\n   Le coin de Paris, qui se déroule, devant sa fenêtre, par-dessus les toits et à\ntravers les cheminées, lui montre à l'horizon la poivrière du clocher de Saint-\nGermain. Il en vient mille voix du passé. Les grosses tours de Saint-Sulpice,\nmalgré leur lourdeur ancien régime, ne lui déplaisent pas. Les maisons\nentassées les unes sur les autres ne sauraient empêcher les souvenirs des\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "368                               DURENDAL\n\n\ngrands événements religieux, accomplis sur le sol qu'elles recouvrent, d'arriver\njusqu'à son esprit. Cet homme communiait à l'âme des siècles qui ne\nsont plus.\n    Avec quel cœur il rendait les vibrations de cette âme vénérée ? Les murs de\ncette salle vous le diraient, si Dieu leur donnait une langue pour se faire\nl'écho des propos entendus. Les amis, qui prenaient part à son repas frugal,\nen garderont le souvenir longtemps. Les réunions du dimanche soir avaient\nun charme inexprimable. On y rencontrait Lucien Descaves, qui eut pour le\nmaître une si affectueuse vénération, l'abbé Mugnier, Forain, si pétillant de\nverve et d'esprit, Jules Bois, le bon Landry et le fidèle Girard. Parfois un ami\nseul était à côté du maître et dans des entretiens intimes, qu'il était heureux\nde prolonger, le soir, il livrait le meilleur de son âme. C'était un écho\n charmant et simple de ses lectures et de ses réflexions.\n    Tout cela, hélas ! est fini. Le cabinet de travail, qui est ouvert devant nous,\n ne recevra plus le merveilleux artiste. Nous ne le verrons plus assis sur sa\n chaise devant sa table. Il ne lira plus; il n'écrira plus. Sa main n'ira plus\n chercher les volumes de la bibliothèque. Les livres récemment parus, les\n périodiques et les journaux l'attendront longtemps, accumulés auprès de son\n siège. Le canapé vert et les quelques fauteuils resteront inoccupés. Les amis\n ne viendront plus s'y asseoir pour causer avec le maître.\n    La chambre où il prenait chaque nuit son repos et où il a tant souffert garde\n sa dépouille mortelle. Elle est là, sur son lit, réduite presque à rien par des\n mois de torture. Vous voyez son crâne couvert d'une peau jaunie, enfoncé sous\n les plis d'un capuchon. Une tunique et un scapulaire de moine couvrent son\n corps. Il a sur la poitrine un crucifix et des reliques; les images du vieux\n temps, qu'il préférait, sont autour de lui. 11 nous apparaît dans la mort ce\n qu'il fut pendant les dernières années de sa vie, le moine laïc, l'oblat de Saint-\n  Benoît. La chambre a cet air de sanctuaire du moyen âge qu'il aimait à\n  lui donner.\n     Joris-Karl Huysmans, oblat de Saint-Benoît, repose pour toujours. Demain,\n  une foule recueillie va le conduire au cimetière Montparnasse, où il attendra la\n  résurrection des corps. Elle se compose d'hommes appartenant à toutes les\n  classes. Ce cortège funèbre ne ressemble en rien à celui des écrivains qui ont\n  eu quelque célébrité. C'est à l'église de Notre-Dame des Champs que la diffé­\n  rence s'affirme. Si l'on excepte certaines personnes amenées par les conve­\n  nances ou la curiosité, tous les assistants savent prier et ils prient pour celui\n  qu'ils accompagnent au tombeau. Leur prière a un accent de gratitude qui doit\n  toucher le cœur de Dieu. Parmi ces hommes et ces femmes, ces prêtres et ces\n  religieux, il n'en est guère à qui Huysmans n'ait, un jour ou l'autre, fait du\n  bien. Que de cœurs, opprimés par la souffrance morale ou physique, ont trouvé\n  dans la lecture de ses livres, avec le secret providentiel de la douleur, la force\n  de porter courageusement la croix. Qui donc n'a pas eu besoin de recevoir\n  cette leçon ? Qui l'a reçue n'oublie jamais celui par qui Dieu la lui a donnée.\n     On constate, en assistant à ce service funèbre, la grandeur et l'utilité de\n  l'œuvre de Huysmans. C'est une-œuvre profondément religieuse.'\n     Je n'ai pas à l'examiner devant vous, Mesdames et Messieurs, au point de\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "               CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                             369\n\n\nvue littéraire. Vous avez su depuis longtemps l'apprécier comme elle le mérite.\nIl me suffira de vous montrer quel chrétien fut l'auteur.\n    Lorsque vous désirez vous rendre compte des idées religieuses et des senti­\nments d'un écrivain, vous cherchez d'instinct les sources auxquelles il les a\npuisés. C'est le moyen le plus simple et le plus sûr. Ces sources sont d'ordi­\nnaire placées pour lui dans l'intelligence et dans le cœur de quelques prêtres.\nC'est, en effet, aux prêtres que les laïques vont demander la pensée chrétienne.\nIls ont, dans l'Eglise, mission de la leur fournir. Ce sont les maîtres ès science\nde la religion. Huysmans se conforma à cette disposition de la Providence.\nQuiconque voudra se faire une idée complète de son œuvre devra chercher\nà connaître les hommes d'Eglise qu'il fréquenta ; il saura par là même l'école\nreligieuse dont il fut, j'allais dire le disciple, mais c'est un terme qui ne saurait\nlui convenir. Il entra en pleine communion d'esprit avec ceux qu'il rencontra\nsur son chemin et dont il sut faire les meilleurs de ses amis et ses confidents\nintimes, sans cesser néanmoins de rester pleinement lui-même.\n   Vous m'excuserez, Mesdames et Messieurs, s'il m'arrive de laisser un peu\ntrop en évidence ma personne. Je ne veux être ici qu'un témoin.\n   C'est en 1894, au printemps, que je vis Huysmans pour la première fois.\nUn de ses jeunes amis, Gustave Boucher, qui fit une retraite à Ligugé et nous\nrevint peu après à Saint-Wandrille, me servit d'introducteur. Il me fallut\nmonter au cinquième étage du n° 11 de la rue de Sèvres. Huysmans occupait\nsous les toits un tout petit appartement, une garçonnière, dont les cloisons\ndisparaissaient derrière les livres et les bibelots pieux. La rude ascension d'un\ncinquième ne le gênait pas. Une fois sur ces hauteurs, il dominait la rue, les\nhommes et les maisons. Le bruit ne l'atteignait guère. Il avait une solitude\npour vivre paisible, après la sortie du ministère de l'Intérieur. Je le vois encore\navec son sourire bon et accueillant, son geste qui mettait tout de suite à l'aise.\nLe chat, son compagnon inséparable, se tenait en observation dans un coin.\n Le manuscrit d'En route attendait sur la table d'être envoyé à l'imprimeur.\nC'est vous dire que l'auteur était converti depuis assez longtemps. Vous avez\ntous présent à l'esprit le magnifique tableau d'âme que le puissant artiste\na peint dans ce livre. Combien de convertis s'y sont reconnus? Cette œuvre\nde Huysmans est extraordinairement vécue. 11 s'en dégage une impression de\nsincérité inimitable. Ceux qui ont élevé des doutes sur sa conversion ne\nl'ont jamais lue; ou, s'il leur est arrivé de la lire, ils n'y ont rien compris.\nCertains passages ont pu paraître assez osés. Un ecclésiastique, supérieur d'un\ncollège, lui en fit un jour la remarque. « J'hésiterais peut-être aujourd'hui\nà les écrire, lui répondit l'auteur avec sa franchise habituelle. Mais il faut\nl'avouer, il serait fâcheux de les faire disparaître. Ils témoignent de la vérité\ndu livre. C'est parce qu'il est vrai qu'il a sur les esprits une portée religieuse. »\nHuysmans avait raison. L'expérience en a été faite.\n    Mais revenons à lui. Les scènes décrites dans En route ont eu pour théâtre\nl'abbaye cistercienne d'Igny. Il y trouva, au milieu de moines austères, un\nsaint prêtre, qui l'aida à vider son âme de la fange du péché. Ce fut un travail\ndifficile. Mais, quand tout fut achevé, il eut le cœur en paix pour toujours.\n Il se sentit l'ami de Dieu. Qui donc lui avait indiqué cet hôpital des âmes\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "370                               DURENDAL\n\n\n pécheresses? Vous ne vous en douteriez guères; ce fut un mauvais prêtre, dont\n il rit la connaissance à l'époque où il s'occupait de satanisme. Ce misérable\n habitait la ville de Lyon, où le Seigneur se plaît à conserver, comme en un\n musée, un spécimen de toutes les hérésies qui, au cours des siècles, ont pu\n sourdre de l'orgueil humain. Il avait expérimenté lui-même toutes les horreurs\n du satanisme. On trouvait dans sa vie des faits tels que ceux racontés par les\n témoins de certains procès de magie au moyen âge. Quelques dossiers des\n archivesde la Bastille gardent les preuves d'ignominies semblables. L'abbé B...\n se rattachait à la secte de Michel Ventras. Entre autres manies sacrilèges,\n il avait celle de conférer un sacerdoce ridicule à des femmes, qui le prenaient\n au sérieux. Il eut la pensée de rentrer en grâce avec le Ciel. Rome exigea de\n lui la confession écrite de tous ses méfaits. Huysmans en possédait une copie.\n D'autres documents lui vinrent de ce malheureux et servirent à la rédaction\n de Là-Bas. N'allez point croire que Huysmans se soit personnellement associé\n à ces odieux mystères de l'occultisme, dont il a évoqué les scènes avec une\n force saisissante. Le satanisme piqua sa curiosité. Mais ce fut pour peu de\n temps. Il l'étudia juste assez pour se convaincre de l'existence d'esprits supé­\nrieurs à l'homme. Cette conviction l'achemina vers la pensée de Dieu et\nmarqua la première étape de sa conversion. L'ecclésiastique dévoyé, dont vous\nme permettrez de taire le nom, bien qu'il soit mort depuis quelques années,\nrespecta cette orientation nouvelle de son intelligence et ne fut pas étranger\nà son idée de retraite à la Trappe. Certains traits de l'abbé Gévresin peuvent\ns'appliquer à lui. Il n'a rien toutefois de la physionomie de ce personnage.\nL'artiste s'est inspiré d'un vénérable vieillard, qu'il voyait tous les jours se\nrendre à Saint-Sulpice pour célébrer la messe.\n    Huysmans connut de bonne heure un prêtre fort distingué du clergé de\nParis, M. l'abbé Mugnier, actuellement premier vicaire de Sainte-Clotilde,\nIl eut peu d'ami aussi dévoué. L'abbé, comme il aimait à l'appeler, le mit\nau courant de bien des choses. Personne ne s'est employé avec autant de zèle à\ndissiper les préventions que l'auteur d'En Route eut à supporter. Mais son\nvrai soutien, on pourrait même dire, son père spirituel, fut M. l'abbé\nFerret, vicaire de Saint-Sulpice. C'était un prêtre tout court, dévoué corps\net âme à Dieu et à son ministère. N'ayant point de dogmes en littérature,\nil ne fut gêné avec son pénitent par aucun préjugé. On ne saurait imaginer\nles délicatesses et la profondeur de son affection. Huysmans, qui le connut\naprès son retour de la Trappe d'Igny, lui doit beaucoup. Il aida le converti\ndans ses premières relations avec Dieu et sut lui communiquer la piété\nconfiante et simple, qui fut la sienne. Huysmans, qui dans l'intimité avait\nla simplicité et la candeur d'un enfant, avait besoin d'un prêtre de cette\ntrempe. Comme il l'aima ! Son souvenir ne le quitta plus. Dans les derniers\njours de sa vie, parlant d'un prêtre dont le dévouement sacerdotal lui faisait\ngrand bien, « c'est un autre abbé Ferret », disait-il.\n    L'abbé Ferret montra tout ce qu'il avait au cœur de dévouement et de bonté,\npendant la tempête de soupçons injurieux qui suivit la publication d'En Route.\nHuysmans s'attendait à tout. Il eut cependant des journées pénibles à\ntraverser. Les critiques ne le troublaient pas trop. Il savait même apprécier\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "              CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                             371\n\n\nle talent de ceux qui l'attaquaient avec esprit et compétence. Les grognements\ndes pharisiens le laissaient calme. Mais les insinuations perfides des hommes\nqui, sans le connaître, le présentaient au public comme un marchand de\nlittérature, se faisant une réclame de la religion, lui causaient une peine\nprofonde. Quelques-uns des nôtres, j'ai honte de le rappeler, poussèrent la\nsottise jusqu'à, le comparer à Léo Taxil. Les ennemis de l'Eglise ne s'y trom­\npaient pas, eux. On savait à quoi s'en tenir au ministère de l'Intérieur, où il\nremplissait les fonctions de sous-chef de bureau.\n    Ah ! si Huysmans eût été un charlatan de la plume, qui nous eût flattés en\ncaricaturant à tort et à travers sans esprit et sans art nos adversaires, son\ntirage eût été énorme. S'il avait eu le tempérament du prédicateur, brûlé\ndu désir de verser sur les crânes des vérités du haut d'une chaire, s'il eût\naspiré au rôle d'un Révérend Père laïque, on ne lui aurait pas ménagé les\napplaudissements et les succès.\n    Il s'est contenté de la mission modeste de l'écrivain, qui vit de toutes ses\nforces une vérité et la rayonne autour de lui par les moyens en son pouvoir.\nFlatter le lecteur pour l'allécher n'est jamais entré dans ses vues. Il a préféré\nservir aux catholiques, ses frères, des vérités âpres; il l'a fait avec talent.\nMais le talent n'assaisonne pas le vrai de manière à ce qu'il satisfasse tous\n les goûts. En somme, les catholiques se montrèrent, en très grand nombre du\nmoins, peu accueillants pour le nouveau converti. Ces défiances devaient tôt\nou tard rendre à sa sincérité un témoignage éclatant. Elles n'en furent pas\nmoins pénibles au début. L'atmosphère, qu'elles créaient autour de l'écrivain,\ndevenait parfois insupportable. L'abbé Ferret escaladait alors le cinquième du\n 11 de la rue de Sèvres et, par son amitié si franche et ses sentiments si\n chrétiens, il rendait quelque courage à celui qui lui livrait son âme. Il eut\nà renouveler fréquemment ce service de charité intelligente.\n    Le prêtre eut, lui aussi, ses heures de doute. « Ces soupçons seraient-ils\n fondés, par hasard? Si j'étais moi-même victime d'une illusion? « Il se tournait\n alors vers Dieu et lui demandait de l'éclairer. Le Ciel exauça sa prière. Un\n inconnu se présenta à son confessionnal un jour où ces inquiétudes l'agitaient\n plus que de coutume. Le pénitent vida sa conscience; ce fut une opération\n longue et pénible; il avait, depuis longtemps et pour cause, perdu l'habitude\n de se confesser. Le nettoyage fini, le prêtre chercha à discerner les circonstances\n dans lesquelles s'était effectué ce retour à Dieu. « La lecture d'En Route m'a\n profondément remué, déclara le pénitent; tel est le point de départ de ma\n conversion. » Un aveu semblable, fait par un autre pécheur repentant, dissipa\n pour toujours les inquiétudes de l'abbé Ferret. Huysmans, qui en fut averti,\n trouva dans cette double constatation la force de supporter chrétiennement\n l'épreuve que Dieu lui ménageait.\n    Les conversions opérées par la lecture d'En Route ne se firent pas attendre.\n Elles furent même assez nombreuses. Dieu eut la malice, il me permettra bien\n de lui prêter ce sentiment de l'humaine nature, de les faire enregistrer par des\n hommes prévenus contre l'auteur. Un vénérable prêtre, qui se lamentait sur\n l'imprudence des Bénédictins, assez osés pour accepter Huysmans autour de\n  leur abbaye de Ligugé, faisait part de ses inquiétudes à un religieux de ce\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "372                                DURENDAL\n\n\n monastère. Celui-ci savait à quoi s'en tenir. « On nous remerciera un jour,\n répliqua-t-il, de ce que nous faisons pour cet écrivain. » Pour appuyer ses\n prévisions, il parla du bien fait par la lecture de ses ouvrages. Son interlocu­\n teur avait eu lui-même à le constater. Chose déconcertante pour lui ! les pas­\n sages qui lui répugnaient le plus étaient juste ceux qui produisaient dans les\n âmes l'impression la plus heureuse. Le temps, du reste, s'est chargé de dissiper\n ses préventions. Il est devenu un ami et un admirateur de celui qu'il\n ne connaissait pas encore. Combien d'autres ont évolué de la même manière\n et pour les mêmes raisons. La sincérité d'un écrivain finit toujours par\n s'imposer.\n    Je reviens à l'abbé Ferret. Huysmans ne le conserva pas longtemps. Il dut\nrentrer en Bourgogne au sein de sa famille; un mal impitoyable le minait. Son\npénitent eut pour lui dans ces circonstances douloureuses le dévouement et la\ntendresse d'un fils. Il alla le voir, il le soigna, il réclama pour lui des prières\nde tous côtés, et, quand la mort eut fait son œuvre, il lui continua son sou­\nvenir et ses prières. Les lettres, dans lesquelles il fait part à d'autres de sa\ndouleur filiale, font le plus grand honneur à la noblesse de ses sentiments.\n Elles méritent d'être livrées au public.\n    C'est au milieu des Trappistes d'ïgny que Huysmans fit sa retraite de\nconversion. Il ne passa pas dans leur maison comme un étranger. Les Pères,\nqu'il aborda, le Père abbé surtout, Mgr Marre, aujourd'hui supérieur général\nde l'ordre de Citeaux, eurent pour lui un attachement inaltérable. Il les traita\nde son côté en amis. Un hôte de l'abbaye, dont les conversations lui furent de\nquelque profit, M. Rivière, ne lui fournit pas seulement le type de l'un des\npersonnages les plus sympathiques d'En Route; il y eut entre eux des relations\nd'une cordialité fraternelle. L'oblat d'Igny put, malgré son âge, accompagner\njusqu'au cimetière l'oblat de Ligugé.\n    Ce séjour à la Trappe remua toute l'âme de Huysmans. La vie austère et\ncrucifiée, dont les religieux lui offraient le spectacle, répondait à un idéal per­\nsonnel dont il n'avait pas encore eu conscience. Le problème de la douleur, qui\ndevait tant l'occuper, se précisa devant son intelligence. Il commença à entre­\nvoir sa solution. Les Trappistes restèrent toujours à ses yeux, avec les Carmé­\nlites et les Clarisses, les héros du catholicisme; par leurs souffrances volon­\ntaires et leurs longues oraisons, ils jouaient le rôle de paratonnerres mystiques.\nAu moyen âge, disait-il, on assainissait moralement les quartiers infâmes des\ncités en ouvrant quelques-uns de ces laboratoires du sacrifice. Un fait contem­\nporain excitait son admiration et venait fort à propres confirmer sa théorie :\nla persécution s'est arrêtée devant la clôture d'un certain nombre de monas­\ntères dont les habitants s'exercent ainsi à la pénitence. N'est-ce pas un effet\nde la bonté puissante de Dieu qui épargne ce monde misérable, en lui laissant\nmalgré tout des intercesseurs écoutés.\n    Cette vie d'immolation aurait peut-être attiré Huysmans, s'il avait joui d'une\nsanté plus robuste. Mais comment y songer, même en un rêve d'avenir, avec\nun corps si frêle? Son âme avait, au reste, des aspirations que la Trappe n'au­\nrait jamais pu satisfaire. L'art lui était indispensable pour aller à Dieu. On le\nvoit par les diverses phases de sa conversion. C'est un élément dont il ne peut\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "               CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                            373\n\n\n se passer. Quand, par hasard, il vient à lui manquer, il n'y tient pas; la dou­\n leur de cette privation éclate en violences, qui sous sa plume se transforment\n en élans merveilleux. Néanmoins le spectacle de la vie cistercienne ne quitta\n guère sa mémoire et son cœur, après son retour à Paris, et lui laissait entre­\n voir un autre idéal de vie, dont son tempérament physique et moral s'accom­\n moderait mieux. Il en eut la sensation très forte dans la chapelle des Bénédic­\n tines de la rue Monsieur, pendant cette cérémonie de profession dont un cha­\n pitre d'En Route conserve le tableau saisissant de vérité et de piété. Sa situa­\n tion personnelle ne lui laissait pas le moyen de le suivre de plus près. Il lui\n fallait vivre d'abord, et pour cela continuer son travail journalier au ministère\n de l'Intérieur, en attendant la retraite. Il put néanmoins mener à Paris, sous\n la conduite affectueuse et prudente de M. Ferret, une existence chrétienne,\n communier souvent, assister aux offices. La fréquentation de certaines églises\net l'assistance aux cérémonies ne furent pas sans le heurter. Vous avez dû\n retrouver en plus d'une page d'En Route et de la Cathédrale l'impression\ntoute fraîche de ces chocs. Cela lui valut, avec des critiques amères et d'inu­\nsables défiances, beaucoup de sympathie. Il n'était pas seul à pâtir de quel­\nques manifestations étroites d'une piété, qui ne cherche plus dans la liturgie\ntraditionnelle le moyen de se satisfaire. Ceux qui se disaient à eux-mêmes ou\nmurmuraient doucement à l'oreille d'un ami les sentiments rendus par Huys­\nmans, se trouvèrent, en le lisant, soulagés d'un gros poids. Ils devinrent pour\n lui des lecteurs fidèles et dévoués.\n    Certains offices en plain-chant de la paroisse Saint-Sulpice, des pèlerinages\nà des statues abandonnées de la Vierge, des visites aux sanctuaires du moyen\nâge égarés dans les vieux quartiers de Paris, l'assistance à une cérémonie\ndans la chapelle de pauvres religieuses, la lecture de nos meilleurs écrivains\nmystiques et l'étude des monuments de notre grand art du XIIIe siècle ou des\nœuvres des primitifs lui faisaient oublier les amertumes du devotionisme et du\nrationalisme, dont s'accommode trop souvent une piété mal éclairée ou mal\nconduite. Il n'aimait rien tant que la psalmodie des heures canoniales et les\nchants liturgiques. Nous fûmes des témoins émus de sa joie pendant une\nsemaine passée au monastère renaissant de Saint-Wandrille. La vie liturgique\ndes quelques moines, travaillant à ramener la vie religieuse dans cette vénérable\nabbaye, n'avait pourtant aucune splendeur. Tout y était d'une simplicité rudi­\nmentaire. Mais que de souvenirs accumulés dans le délicieux vallon ! On y a\ncompté plus de quarante saints. Il y eut là une vie d'art intense, que des\nmonuments délabrés attestent encore. On rêve volontiers à leur beauté de jadis\nà travers les ruines et le lierre du présent. La nature a ménagé autour de ces\nmoines et de leur demeure le cadre qui leur convenait. Huysmans en saisit la\ngrandeur et le charme. Le salve regina, chanté à la tombée de la nuit, l'enthou­\nsiasmait. La promenade, après la messe du matin, sous les grands ormes\nd'une allée, dominant les toits de l'abbaye et les ruines de sa basilique, l'aidait\nau recueillement et à la prière. Surtout il voyait de près, pour la première fois,\nune communauté de Bénédictins. Il vécut presque de leur vie. Les moines,\njeunes pour la plupart, l'accueillirent comme un ami et un frère. Il s'épanouit\nen leur société et put se croire transporté en plein moyen âge. On le vit de\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "374                                DURENDAL\n\n\nnouveau quelques mois plus tard; il accompagnait l'abbé Ferret. Cette visite\nfortifia les impressions de la première. Elles furent durables et il tenait à les\ngarder telles qu'elles. On l'invita-dans la suite à renouveler ses visites. Ce fut\npeine perdue. Il craignait d'enlever à ses souvenirs de leur charme primitif.\nCeux qu'il connut alors, et dont la physionomie et l'allure avaient dans ce\nsouvenir une place marquée, furent toujours reçus chez lui à bras ouverts.\nIls revenaient si volontiers sur les bons moments vécus auprès de Saint-\nWandrille. Plusieurs, ils n'avaient été que postulants ou novices, lui revinrent\nsans le froc. Comme il les plaignait d'avoir abandonné le cloître. \" Les\nmalheureux, les imbéciles, aimait-il à répéter, ils ne savent ce qu'ils font. Où\ndonc trouveront-ils autant de bonheur ? \"\n    Durant son second voyage, on lui fit visiter les ruines grandioses du monastère\nde Jumièges. Dans l'enclos des moines, il aperçut de superbes allées formées\npar trois ou quatre rangées de grands arbres. Ce sont les allées dites d'Agnès\nSorel. Rien ne permit de croire que leur vue l'ait sollicité plus que celle des\ndeux tours romanes ou du chevet de l'église. Il en conserva néanmoins la\nvision avec une vérité frappante. Vous les trouvez décrites dans la Cathédrale;\nil en fait un des types offerts par la nature aux constructeurs de nos voûtes\ngothiques. La description ne saurait être plus précise. Je me permis plus tard\nde lui demander s'il était revenu à Jumièges. « Non, me répondit-il. — Com­\nment donc avez-vous pu décrire aussi fidèlement l'allée ? — Quand j'ai observé\nquelque chose, c'est fait pour dix ans. Je retrouve la vision telle qu'au premier\njour, quand j'en ai besoin. »\n    Huysmans n'avait pas encore vu la liturgie célébrée avec tout l'éclat\net la piété que peut y mettre le chœur d'une abbaye nombreuse. Saint-Wan­\ndrille n'était guère alors qu'une miniature de monastère. Il lui fallait voir\nSolesmes. Notre-Dame de Chartres, dont il était de temps à autre un dévot\npèlerin, le mettait presque à moitié route. Il se décida à continuer et, un jour\non le vit arriver à Saint-Pierre de Solesmes. Les moines, avec leur chant\ngrégorien et leurs belles cérémonies, répondirent à son attente. Sous le froc, il\nrencontra des intelligences, sœurs de la sienne. Il se sentit compris et aimé.\n Le Revérendissime Père Dom Delatte fut très accueillant pour lui. Quelques\nreligieux lui facilitèrent les recherches dans la bibliothèque. C'est le temps où\n son esprit courait à la recherche du sens mystérieux des symboles médiévaux.\n Il fut facile de lui en présenter la clef. Des textes peu connus de nos contem­\n porains lui livrèrent les pensées intimes d'hommes qui avaient admiré les\n constructions ecclésiastiques de Chartres, de Paris, d'Amiens, de Reims, peu\n après leur dédicace, et saisi les leçons dont leurs ouvriers venaient à peine de\n les remplir. Un bénédictin, que l'âge et les infirmités retenaient sur un lit,\n sans interrompre pourtant sa lecture des écrits des Pères, l'initia au symbo­\n lisme des couleurs et des parfums. Il put feuilleter à Saint-Maur-sur-Loire les\n précieux recueils sur le symbolisme biblique formés par Dom Legeai. Ce fut\n pour lui une série de révélations, qui l'enthousiasmèrent, tant et si bien qu'il\n jugea ses lecteurs capables de partager ses propres sentiments. Voilà pourquoi,\n dans la Cathédrale, il leur mit sous les yeux ses découvertes, telles qu'elles lui\n étaient apparues.\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "            LA   MAISON      NOTRE-DAME\nPRÈS   DE   L'ABBAYE   DES   BENÉDICTINS   A   LIGUGÉ\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": ""}, {"page_pdf": 454, "texte": "                CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                              375\n\n\n     L'assistance aux offices et la fréquentation des moines pendant les visites\n  qu'il fit alors à Solesmes eurent un effet imprévu. Il éprouva un attrait vers le\n  cloître assez caractérisé pour faire songer à une vocation. Ce ne fut pas une\n velléité d'un instant, comme il en passe par tant de tête. Cette pensée se\n changea en un désir, qui sembla prêt à durer. Il ne se faisait pourtant aucune\n illusion sur les sacrifices qu'il aurait à faire. La vie monastique serait incom­\n patible avec la littérature telle qu'il la comprenait. N'importe; il se sentait de\n force à immoler sa vocation littéraire avec sa propre personne. Cela répondait\n à un besoin impérieux de son âme, éprise d'une autre chose. On se montra à\n Solesmes d'une grande réserve à son endroit sur ce point. Il n'y avait à dire\n ni non ni oui. Le temps se chargerait d'éclairer la voie de celui qui cherchait\n exclusivement la volonté du Ciel. Des amis, et parmi eux des moines, lui\n disaient : « Vous n'êtes pas fait pour le cloître; Dieu ne vous demande pas le\n sacrifice de votre art. Il vous a mis en main une force pour le servir et le faire\n connaître. Ne la perdez pas. Devenu religieux, vous n'auriez plus la liberté\n nécessaire à l'exercice de cette force. » Ces sages conseils lui causèrent de la\n surprise et de la peine. Mais il finit par se rendre à l'évidence. Le cloître\n n'était pas fait pour lui.\n    Il entrevit dès lors la possibilité d'une existence à la fois monacale et laïque,\n qui lui laisserait, avec certains avantages de la vie religieuse, la liberté person­\n nelle dont il sentait le besoin physique et moral. Certains monastères avaient\n eu jadis des oblats ; quelques-uns même vivaient chez eux auprès de la demeure\n des moines. Les liens qui les unissaient à ces derniers étaient d'ordre purement\n spirituel. Il serait un moine laïc. Huysmans crut un moment qu'il aurait des\nimitateurs. Dulac, le peintre chrétien qu'une mort prématurée lui enleva,\nentrait dans ses vues. Nous entrevîmes la possibilité d'établir quelque part une\ncolonie d'artistes oblats, une sorte de béguinage de moines laïques. Le voisi­\nnage d'une abbaye s'imposait. Huysmans eut préféré Solesmes. La Providence\nen décida autrement.\n    Un de ses amis, qu'une pensée semblable travaillait déjà, s'était réfugié à\nSaint-Martin de Ligugé. Ce fut lui qui attira l'auteur d'En Route et de la\n Cathédrale. Ils habitèrent durant quelques semaines deux chambres de la\nmaison d'un ouvrier, qualifiée pour la circonstance de Villa Sainl-Hilaire.\nPuis, Huysmans acheta un lot de terre situé à mi-colline, en face du monas­\ntère. De chez lui, il verrait le clocher, la nef de l'église et les toits de l'abbaye;\nil pourrait apercevoir, à travers les peupliers, sur les flancs du coteau opposé,\nla grotte ou vécut un saint du lieu, l'ermite Félix. Les souvenirs des saints\nabondaient dans la région. C'est le jour de l'Assomption que le marché fut\nconclu. Je l'entends encore me dire, au retour de Poitiers: « La Vierge a tout\narrangé. Je commence ce soir mon prochain livre par ces mots : me voilà\npropriétaire. » Il commença ses plans d'avenir. Ils étaient fort simples. « Au\nfond d'un jardin, une maison de curé de campagne avec des volets verts et une\nvigne le long des murs, voilà tout ce qu'il me faut. »\n   Ce plan fut modifié. Il prit un architecte et l'architecte fit du style. La\nmaison, Villa Notre-Dame, eut bon aspect. Le maître se vengea de l'archi­\ntecture en choisissant lui-même les fleurs symboliques, qui ornèrent le sommet\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "376                                DURENDAL\n\n\ndes colonnes de son portique. Deux chambres du premier lui furent réservées ;\ncelle dont les fenêtres donnaient sur le monastère lui servit de cabinet de\ntravail. M. et Mme Leclair, qu'il avait connus par l'abbé Ferret, habitèrent le\nrez-de-chaussée. A l'extrémité opposée du jardin, il se créa un jardin symbo­\nlique, dont un moine du IXe siècle, Wallafrid Strabon, lui fournit les données.\nUne fois installé dans son petit moustier, l'artiste, si Parisien cependant, s'y\ntrouva à l'aise et il y fut bien. La capitale ne le sollicitait plus. Deux courts\nvoyages en deux années, et ce fut tout. Quelques amis venaient le voir. Landry,\nGérard, Descaves arrivèrent. Ce furent ensuite Forain, Talmeyr, Jules Bois.\nJ'en oublie certainement. Chacune de ces visites avait son complément au\nmonastère, où les moines étaient enchantés de recevoir à leur table les amis de\nleur oblat. Talmeyr et Descaves ont publié, dans le Matin, l'Echo de Paris\net la France, sur ce pèlerinage à Ligugé, des articles qui méritent d'être relus.\n    Huysmans est resté à Ligugé un peu plus de deux ans. Sa vie a été un\ncontinuel sujet d'édification pour les religieux et les habitants du pays. On le\nvoyait tous les jours, dès que la cloche annonçait la grand'messe, quelques\nminutes avant neuf heures, s'acheminer vers l'église, où il devançait les\nmoines. Il se plaçait d'ordinaire sur une chaise en face de la chaire près du\nbanc-d'œuvre. Qu'il fût seul, qu'il y eût du monde autour de lui, il s'abîmait\nimmédiatement en lui-même. Dès que l'office commençait au chœur, il le\nsuivait avec son diurnal. Il avait un missel des fidèles pour mieux suivre les\nprières de la messe. Son attitude était celle d'un chrétien plein de foi, pénétré\nde la grandeur du mystère qui s'accomplit à l'autel. Il ne quittait l'église que\naprès sexte, lorsque les moines étaient eux-mêmes sortis. Ils le retrouvaient, à\nsa même place, tout aussi recueilli, pour assister aux vêpres. Rien ne venait\nmodifier cette règle de vie, ni les fortes chaleurs, ni le froid, ni les mauvais\ntemps. Les curieux, qui affluaient en été, essayaient de l'observer ou de\nl'attirer. C'était inutile. Il avait l'art de les fuir. Quelquefois cependant, il\nacceptait volontiers qu'on lui présentât après les vêpres, au sortir de l'église,\nun hôte du monastère, ayant manifesté le désir de le connaître. L'abord était\ndes plus faciles. Il savait mettre son monde à l'aise. Je sais quelques jeunes, se\nsentant de l'étoffe, qui ont tiré grand profit de ces entretiens.\n    Une fois par semaine, il entrait au cloître et s'en allait frapper à la porte du\nmaître des novices. Les jeunes frères, qui eurent occasion de l'y rencontrer,\n nouèrent aisément connaissance avec lui. Quelques-uns furent de sa part\n l'objet d'une affection délicate et d'un dévouement plein de prévenance. On\n l'aimait aussi beaucoup au noviciat. Il y était traité en frère. C'est dans l'ora­\n toire du noviciat qu'eurent lieu sa vêture et son oblation. Les jours de fête,\n quand il y avait encombrement à l'église, il suivait les novices après matines\n et faisait la sainte communion chez eux. Il ne faisait pas mauvaise figure dans\n leurs rangs. Je dois dire que tout le monde trouvait cela naturel à l'abbaye.\n Nous aimions à le recevoir au réfectoire ; il prenait alors part à la récréation.\n Ceux qui le connaissaient plus intimement se groupaient volontiers autour\n de lui.\n    Sa réserve vis-à-vis du monastère ne laissa rien à désirer. Il cherchait à\n s'instruire des choses de la liturgie. Rien ne l'intéressait davantage. La raison\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "               CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                            377\n\n\ndes cérémonies, et des moindres usages ecclésiastiques piquait sa curiosité.\nQuand les livres de sa bibliothèque ne lui fournissaient pas une réponse satis­\nfaisante, le moine qui le guidait le voyait venir avec sa question. Dès que le\nsens de la prière de l'Eglise et de sa vie se fut développé dans son esprit, il put\nse tirer d'affaire tout seul. Sa promptitude à tomber sur une pensée vraie me\ncausa plus d'une surprise. Le flair de la tradition l'orientait. Tel passage de\nses livres où sont exposés les merveilleux effets que produit dans les âmes\nl'assistance à la psalmodie donne la quintessence de la doctrine des Pères.\n« Comment avez-vous pu lire saint Augustin, saint Hilaire et d'autres encore,\nlui fut-il demandé, pour vous faire ainsi l'écho de leurs enseignements ? — Je\nne les ai pas lus. » L'expérience de la liturgie et des psaumes faisait jaillir en\nlui les sentiments que les chrétiens de tous les âges y ont puisés. Il faut pour\ncela autant de simplicité de cœur que de puissance d'assimilation.\n    Huysmans possédait ses deux qualités. Cet homme, qui paraît de prime abord\ndans ses livres si complexe et difficile, avait l'âme la plus simple du monde.\nSa foi et sa piété étaient celles d'un enfant. Il voyait vite et droit la vérité; et\nil se jetait dessus. Ne lui demandez ni calcul ni raisonnement. Il a les intui­\ntions géniales d'un grand artiste. Ratiociner lui pèse; c'est une méthode infé­\nrieure pour lui. « Vous vous trompez gravement, disait-il à un moine en\nprésence d'un autre converti, lorsque vous cherchez à gagner les âmes par des\ndiscussions philosophiques. Vous n'y êtes pas. Votre apologétique ne sert de\nrien. Qui convertit-elle? Voyons ! Si nous cherchions un système philosophique\ncapable de satisfaire notre raison personnelle, croyez-vous que nous le deman­\nderions à l'Eglise? Il n'en manque pas de ces systèmes. S'il n'y en avait pas\nassez, nous en ferions un nouveau. Bien sûr que celui-là serait de notre goût.\nCe qu'il nous faut, ce dont les âmes ont besoin, c'est de recevoir des principes\nd'une autorité qui la domine, de les recevoir par humilité sans discussion.\nC'est cette humiliation de notre intelligence devant Dieu qui nous est néces­\nsaire. Quand c'est fait, un équilibre inconnu jusque-là s'établit en nous. Tout\ns'explique et s'harmonise. » Huysmans n'est pas le seul converti qui ait tenu\nce langage. Ils tombent vite d'accord sur les principes et les faits devant les­\nquels il importe pratiquement de s'incliner. A un homme de lettres, qui lui\nsoumettait certains scrupules dans lesquels il barbotait avant de faire dans la\n foi le dernier bond, il dit simplement : « Voyons, mon cher, vous croyez bien\n que le prêtre devant lequel vous allez vous agenouiller pour dire vos péchés\n tient la place de Notre-Scigneur Jésus-Christ et qu'il vous pardonnera en son\n nom. Vous croyez bien que, à la messe, le prêtre immole Jésus-Christ et que\n l'hostie avec laquelle il vous communiera, c'est Jésus-Christ lui même. —\n Oui, je le crois. — Eh bien! allez-vous confesser et communier; tout s'arran­\n gera. » Ce qui fut fait. La confession lui semblait l'une des institutions ecclé­\n siastiques les plus opportunes et les plus bienfaisantes.\n    Je m'en voudrais de ne point rapporter, Mesdames et Messieurs, une\n réflexion de Huysmans sur les moyens d'apostolat. « Les prêtres se donnent\n beaucoup de peine pour ramener les gens du peuple. Ils organisent des œuvres\n de toutes sortes. On ne voit pas trop quels sont les résultats obtenus. Il y\n aurait pourtant quelque chose à faire pour gagner ces pauvres gens. Mais pour\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "378                                DURENDAL\n\n\n\ncela il faut bien les voir tels qu'ils sont. Ils viennent ici à Paris de leur pro­\nvince. Quand voient-ils le prêtre? Au moment d'un baptême, d'un mariage ou\nd'un enterrement ; c'est-à-dire quand il faut passer à la caisse de la sacristie.\nFaites-leur croire après que la religion n'est pas une affaire d'argent ! Mais\nqu'un prêtre aille s'établir dans leur quartier, qu'il vive pauvrement et labo­\nrieusement comme eux ; qu'il soit bon et serviable et par là leur fasse apprécier\nla religion, vous verrez les préjugés s'évanouir les uns après les autres. Le\nP. Chevrier employait ce système à Lyon. Mais c'était un saint. » Huysmans\nfit la rencontre dans les dernières années de sa vie d'un prêtre de cette\ntrempe, qui opérait au milieu des chiffonniers de Clichy. Il lui donna toute\nsa confiance et se sentit particulièrement heureux d'être préparé à la mort\npar lui.\n   Les ecclésiastiques de passage à Ligugé demandaient souvent à le saluer.\nIl les recevait toujours avec plaisir. Les hommes, animés d'un grand esprit de\nfoi, les prêtres, comme il disait, lui allaient au cœur. Plusieurs de ceux qui\nl'abordèrent avaient contre lui des préventions. Il suffisait d'un entretien pour\nles dissiper. On ne pouvait, en effet, l'approcher sans constater sa parfaite\ndroiture et la vivacité de sa foi chrétienne. La conversation roulait sur toutes\nsortes de sujets. Ils se trouvaient d'accord avec ceux de l'ancienne école pour\nles idées; mais son style ne leur allait pas. Les jeunes, qui s'accommodaient\nde son art, tournaient le dos à ses idées. « Me voilà entre les deux, disaient-ils.\nComment faire? » Le fait est qu'il eut des amis et des admirateurs dans les\ndeux camps. Un de ses visiteurs lui disait un jour sa peine de le voir dédaigner\nnos meilleures traditions littéraires. « Lesquelles? lui demanda-t-il. — Celles\ndu grand siècle, du XVIIe. — Eh bien! je suis, moi, celles du XVe et du\nXVIe siècles. Ma tradition est donc antérieure à la vôtre. »\n   Il se fit des amis dans le clergé poitevin. Un secrétaire général de l'évêché,\nle directeur de la maîtrise et le directeur de l'école cléricale venaient le voir\nassez fréquemment; leurs visites lui étaient agréables. Les catholiques de\nLigugé et du voisinage lui firent très bon accueil. Ils auraient volontiers entre­\ntenu avec lui des relations suivies. Mais, par tempérament plus que par calcul,\nil se tint à l'écart C'était un timide tant soit peu sauvage. La société lui faisait\npeur. On a cru voir du dédain chez lui. Non. Ce qu'il a fait à Ligugé, il\nl'avait fait à Paris ; il ne changea point dans la suite.\n   C'est à Ligugé qu'il composa Sainte Lidwine de Schiedam. On ne se doute\npas du soin qu'il mettait à se documenter. Les érudits de profession lui repro­\ncheront peut-être de n'avoir pas recherché la valeur intrinsèque des documents\nqu'il utilisait. « Je les trouve dans les Bollandistes ; les auteurs sont du temps\nde la sainte ; ils l'ont connue. On ne peut pas en demander davantage, » disait-il\nà ses critiques. Les vies originales de Lidwine lui ont fourni une multitude\nde traits dont il a tiré un parti extraordinaire. On a la sainte sous les yeux ; on\nla voit souffrir. Le docteur Raymond, de la Salpétrière, a pu, grâce à la\ndescription due à la plume de l'artiste, donner une consultation sur le cas de\nson héroïne, comme s'il se fût agi d'une malade de son service. Cette reconsti­\ntution ne se fit pas sans peine. L'existence miraculeuse de cette sainte lui\nmontre en exercice sa doctrine préférée de la substitution. Les tortures de la\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "               CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                            379\n\n\nvierge de Schiedam s'expliquent à la lumière de cette vérité, mais elle ne fut\npas seule à jouer le rôle de victime. La France, l'Italie, l'Allemagne lui\nenvoyèrent des coopératrices. Ce furent des femmes. Elles sauvaient le monde,\npendant qu'une autre femme, Jeanne D'Arc, opérait avec son glaive et par son\nmartyre le salut de la France. Quel monde et quelle France? Huysmans avait\nà en dire des horreurs. Il en profita pour tracer de main de maître l'un des plus\nsaisissants tableaux d'histoire sorti de la plume d'un écrivain. Que de lecture\nil lui fallut faire pour cela! L'artiste s'est montré là encore tourmenté par le\nbesoin de la précision.\n    Huysmans éprouva bien quelques déceptions à Ligugé. Son projet de colonie\nd'artistes oblats ne reçut même pas un commencement d'exécution. Son exis­\ntence chez lui, hors du cloître, lui donnait de grands avantages; mais ce\nn'était pas la vie religieuse. Ce simple rôle de spectateur laissa quelque froid\ndans son âme. Un esprit tel que le sien avait dû entrevoir les moines au travers\nd'un nimbe surhumain, qui leur donnait l'air d'avoir pour eux les dons du\nCiel et de la terre. Les moines sont des hommes tout comme les autres. On\ntrouvera sans doute trace de ces désillusions dans quelques-unes de ses lettres.\nCela ne l'empêcha point de conserver au monastère et à ses habitants un\ngrand respect et beaucoup d'affection. Dans l'une des dernières lettres, qu'il\nait dictées, il rappelait son séjour à Ligugé comme le plus beau temps de sa vie.\n    Mais l'Oblat, me direz-vous? J'attendais ce mot, cette question. Permettez-\nmoi, avant de répondre, de rappeler certains faits qui ont leur importance.\n Lorsque Huysmans se fixa auprès du monastère de Ligugé, la France était en\npleine affaire Dreyfus; Waldeck-Rousseau allait bientôt prendre la direction\ndu ministère ; la persécution religieuse ne devait pas se faire longtemps\nattendre. Tout s'en ressentait à Paris et en province. Les moines de Ligugé\nne tardèrent pas à s'en apercevoir. Leur église était paroissiale, et l'un d'eux\nremplissait les fonctions de curé. Cette situation déplaisait au gouvernement.\n Pour prévenir des ennuis plus graves, Mgr l'évêque de Poitiers, d'accord avec\nl'abbé du monastère, chargea un prêtre séculier du service paroissial. Ce chan­\ngement bouleversa quelque peu les idées et les habitudes pieuses de Huys­\nmans, dont la maison se trouvait sur la paroisse. Il n'eut plus, les dimanches,\nla satisfaction d'entendre la grand'messe et les vêpres des moines, qui, ces\njours-là, célébraient leurs offices dans un oratoire interdit au public. Ce ne fut\npas son seul ennui. L'état d'esprit, qui aboutit au vote de la loi sur les asso­\n ciations et à la dispersion des ordres religieux, et ses diverses manifestations\n ne purent que l'impressionner vivement. Comme beaucoup d'autres, il chercha\n les causes d'un pareil bouleversement ! Cent problèmes surgirent devant lui,\n et les solutions ne se présentèrent pas. La situation des moines de Ligugé et\n les événements qui se passaient autour d'eux se confondirent avec la situation\n générale des monastères et des églises de France. Des faits, restreints à une\n localité, furent saisis par lui en des observations qui embrassaient tout le pays.\n Ajoutez à cela que la persécution ne l'atteignait pas seulement comme chré­\n tien. Il allait en souffrir personnellement, tout aussi bien qu'un moine. C'était\n un bouleversement complet pour son existence. Personne ne suivait avec plus\n d'attention les phases de la politique française. Sa connaissance des hommes\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "380                              DURENDAL\n\n\net des situations lui permettait d'atteindre des réalités, qui échappaient à\nbeaucoup.\n   Il crut un instant pouvoir rester à Ligugé après la dispersion des religieux.\nQuelques moines désiraient continuer sur place avec les oblats laïques le\nservice de la louange divine et leur travail, dans des conditions compatibles\navec les exigences de leur vie. La maison de Huysmans devait être le foyer de\ncette communauté. Il avait pris ses mesures; la chapelle était choisie. Mais\ncette reconstitution de communauté causa des inquiétudes; des laïques\nprudents y virent un danger pour la société civile, qui possédait l'abbaye et\nses dépendances. Ils avaient raison. Ces déceptions, en s'ajoutant les unes aux\nautres, finirent par agacer l'artiste. On a voulu trouver des traces de cet\nénervement dans l'Oblat. Elles y sont peut-être. Est-ce un mal ? Un artiste tel\nque Huysmans ne pouvait se dispenser de vibrer dans son livre sous\nl'impression des événements vécus. Ceux qui ont su le livre ne lui en tiendront\npas rancune; loin de là. J'ajoute que l'Oblat emprunte à cette circonstance un\nintérêt historique, que l'on chercherait vainement dans Là-Bas, En Route et la\nCathédrale. Les historiens, qui auront à s'occuper de la destruction des\nordres religieux en France au commencement du XXe siècle, le consulteront\navec profit. Il aura pour eux la valeur d'un document. On ne songera guère\nà y trouver les portraits de quelques moines et de leurs voisins nobles ou\npaysans; ce sont des riens auxquels des contemporains immédiats ont ajouté\nplus d'importance qu'il ne convenait. L'Oblat est mieux qu'une galerie de\ntableaux, gardant l'image plus ou moins fidèle de quelques coins d'une abbaye\npoitevine et le souvenir d'anecdotes de village et de cloître. Qui s'arrête à ces\nrecherches étranges fait preuve d'une entière incompréhension de ce qu'est une\nœuvre d'art, surtout quand l'artiste est Huysmans.\n   Huysmans a eu la mauvaise fortune, après sa conversion, de tomber sur\nune catégorie de lecteurs, que rien ne préparait à le comprendre. C'étaient des\nhommes et des femmes, des prêtres souvent, pour lesquels des éditeurs\ndébitent leurs M bons livres ». Ils ont crié : au scandale. En lisant YOblat, ils\nont plaint de tout cœur ces pauvres moines tournés en ridicule par un\nromancier. Cela vous a peut-être étonnés, Mesdames et Messieurs. Vraiment,\nil n'y avait pas de quoi. Cela devait arriver. Mais le bruit de ces scandales\nest tombé et il reste un chef-d'œuvre, où l'ordre bénédictin se trouve glorifié.\nVoilà ce qui importe. Les plaintes des faibles scandalisés ne valent pas la\npeine d'un souvenir.\n   Vous avez tous lu le récit de ce pauvre monastère en déroute, et assisté aux\nangoisses de Durtal. Sa dernière prière retentit encore à vos oreilles. Vous\nemportez avec vous l'image vivante de quelques années passées à suivre la\nliturgie de l'Eglise et à connaître ceux qui la pratiquent. Vous vous demandez\nalors pourquoi Huysmans n'a-t-il point voulu partager l'exil de ceux qu'il\naimait tant. Mais il ne le pouvait pas. Je ne le vois guère affrontant les\nincertitudes des installations à l'étranger. Il revint à Paris, où il vécut en\noblat, d'abord au 20 de la rue Monsieur, puis au 60 de la rue de Babylone, et\nenfin au 31 de la rue Saint-Placide. Le projet d'un béguinage d'oblats béné­\ndictins le poursuivait encore. Il ne lui fut point donné de le réaliser. Ce ne\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "              CONFÉRENCE DU R. P . DOM J. M. BESSE                          38l\n\n\nserait pourtant pas une chimère Qui sait ? L'avenir nous réservera peut-être\nde voir cette adaptation de la vie monastique aux circonstances que l'Eglise\ntraverse en ce moment.\n   Huysmans fréquenta longtemps la chapelle des Bénédictines. Il se réfugia\nplus tard dans celle de l'abbaye au Bois. On le voyait dans quelques églises de\nson quartier chercher, au pied d'un autel de la Vierge, une chaise pour\nassister tranquillement aux offices. Le culte filial, qu'il avait pour la Madone,\neut dans sa piété et dans sa vie une place toujours plus grande. Ses manifes­\ntations à Notre-Dame des Victoires, à la Salette et à Lourdes faisaient\nsouvent l'objet de ses entretiens. « Ce sera mon prochain livre \", disait-il.\nC'est ainsi qu'il fut amené intérieurement à écrire les Foules de Lourdes. Il\nméritait de terminer sa carrière d'écrivain par ce beau livre en l'honneur\nde Marie.\n   La rédaction de ce livre fut, sans qu'il en eut conscience, une lente prépa­\nration aux douleurs et à la mort. Il souffrit de maux de dents et de névralgies;\nl'état de la poitrine lui imposait des ménagements fort ennuyeux. Il fut des\nsemaines sans pouvoir quitter la chambre. Les épreuves des Foules de Lourdes\nn'étaient pas entièrement corrigées, quand il se déclara une maladie nouvelle.\nC'est par les yeux que l'écrivain fut pris. Impossible de mettre la dernière\nmain à son œuvre. Les médecins le condamnèrent, durant des mois, à un repos\ncomplet dans les ténèbres. La lumière du jour lui devenait insupportable.\nComment va-t-il se résigner à cette inactivité et aux douleurs, qui lui boule­\nversent le système nerveux, se demandaient quelques-uns de ses amis ? Il\ntrouva dans sa foi religieuse le courage de tout endurer. « La sainte Vierge a\nses desseins, disait-il. Elle ne veut pas que mon livre paraisse en ce moment.\nBonnefond vient de publier sur Lourdes une œuvre infâme. Mon livre l'eût aidé\nà lancer le sien. Le mien ne peut paraître. Il en sera pour sa peine. » Le livre\nde Bonnefond fut, de fait, enterré dans le silence. Huysmans, lui, souffrait\ntranquille et joyeux, abandonnant à la Vierge le soin de sa personne. Il laissait\nles médecins lui prodiguer lés prescriptions, qu'il suivait tant bien que mal,\nsans grande confiance dans leur art. Il s'en fallut de peu, tout de même, qu'il\nne perdît complètement la vue. La Vierge finit par le prendre en pitié. Un\nbeau matin, c'était le lundi de Pâques, le docteur vint pour un pansement.\nLe malade avait quitté le lit. Il le trouva dans son cabinet de travail, assis\net la plume à la main. « C'est une guérison liturgique, disait-il. Elle a eu lieu\nen la fête de Pâques. »\n   Huysmans se remit aussitôt à le correction de ses épreuves et les Foules à\nLourdes furent bientôt lancées. L'auteur ne devait pas jouir longtemps de\nson succès. Il dut passer l'été hors de Paris. Dès son retour, de nouvelles\nsouffrances l'assaillirent. C'était le prélude du mal terrible qui allait l'em­\nporter, le cancer. Les médecins ne se faisaient aucune illusion. Le patient\ns'abandonna à la maladie. « Je n'y comprends rien ; les médecins n'y com­\nprennent pas davantage. » Ils le croyaient du moins. « Le bon Dieu m'envoie\ncette maladie pour le bien de mon âme. Je n'ai qu'à la laisser faire son œuvre. »\nSa résignation fut d'abord joyeuse. « Je me repose d'une souffrance par une\nautre, remarquait-il. C'est le soulagement dans la variété. » Au milieu de ses\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "382                                DURENDAL\n\n\ndouleurs, il avait des élans de foi et de charité, qui touchaient par leur\nsincérité toute spontanée. L'arrivée d'un ami lui causait une joie très visible ;\nil l'entretenait comme si son mal ne le torturait pas. Mais, après le départ, il\nfallait payer ce moment de détente. La communion fut sa force. Il espéra\nquelque temps guérir à Pâques. Pâques vint et il ne fut pas guéri. Il n'eut dès\nlors d'autre idée que celle de sa fin. « Je ne demande ni à guérir ni à mourir ;\nDieu est le maître. La souffrance a son travail à faire dans mon âme. Quand\nce sera fini, la mort n'aura plus qu'à venir. » Jamais une plainte ne sortait de\nses lèvres. Ceux qui le soignaient et les intimes admis à le voir admiraient sa\nforce d'âme. « Il vit ses plus belles pages sur la douleur », se disaient-ils entre\neux. Le patient le comprenait : « On verra que je ne me suis pas borné à faire\nde la littérature; j'ai dû vivre mon œuvre. »\n     Il a été l'artiste de la douleur chrétienne. Ce qu'il en a écrit est la partie de\nson œuvre qui durera le plus. Forain disait au soir de ses obsèques : « Les\nécrivains sont vite oubliés après leur mort. Qui parle de Zola et de tant\nd'autres? Il n'en sera pas de même de Huysmans. Il a remué des idées qui\nsont de toujours ; son œuvre durera. » C'est parfaitement vrai. La pensée\nde ses propres douleurs, souffertes avec résignation, augmentera la force\npénétrante de son art. Du fond de son sépulcre, il fera du bien.\n     Le voilà désormais dans le repos de Dieu. Il a voulu y entrer revêtu de la\nbure des moines. Deux semaines avant de s'en aller, il m'exprima ce désir.\n Nous pûmes régler certains détails funèbres avec autant de tranquillité que\n s'il se fût agi de l'assistance à un office liturgique. Il était prêt.\n     Le tombeau ne le garde pas tout entier. Il nous laisse ses œuvres et le\n souvenir des dernières années de sa vie. C'est une partie de lui-même. De lui,\nil reste encore une correspondance dans laquelle on retrouve ce que son âme\navait de plus intime. Je lisais ces jours-ci une lettre, datée de 1898. Elle était\nadressée à un séminariste, qui venait de lire En Route. L'idée du cloître le\nhantait. La réponse de Huysmans dénote un sens chrétien très développé.\n Un prêtre pourrait la signer. Elle est écrite dans une langue qui supporte\nla comparaison avec les plus beaux passages d'En Route et de l'Oblat.\n Mgr Delassus, qui l'a publiée dans la Semaine religieuse de Cambrai, exprimait\nun vœu auquel je m'associe : « Si Huysmans a écrit beaucoup de lettres de ce\ngenre, qu'on se hâte de les publier; elles feront plus de bien que ses livres. »\n\n\n\n\n                                      *\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "   Une lettre de Joris=Karl Huysmans\n                 Nous croyons intéresser les amis et admirateurs du grand\n                   écrivain catholique Joris-Karl Huysmans en reproduisant\n                   une de ses lettres. C'est la première qu'il nous adressa après\n                   sa conversion et à la veille de la publication d'En Route, le\n                   livre où il en raconta toutes les péripéties. Un écrivain\n                   catholique de Paris, Charles Buet, qui était venu me voir à\n                   Bruxelles, lui avait parlé de moi. Huysmans lui manifesta\n                   le désir d'entrer en relations avec moi. Buet m'écrivit. Je\n                   lui répondis que j'étais prêt à correspondre avec le grand\nécrivain, mais que je priais celui-ci de me dire d'abord si sa conversion\nau catholicisme, qui faisait tant de bruit à ce moment à Paris et jusqu'en\nBelgique, était sincère et sérieuse. Je reçus alors la lettre que je reproduis\nci-dessous :                                                  HENRY MŒLLER.\n\n                                           P a r i s , 11, rue de Sèvres.\n                   MONSIEUR L'ABBÉ,\n\n   Notre ami Buet me c o m m u n i q u e la lettre que vous lui avez\nécrite et je vous remercie vraiment de tout ce qu'elle renferme\nd'affectueux pour moi. Oui, c'est vrai, après avoir traîné mes\nmaladies d'âme dans toutes les cliniques des idées, j ' a i fini, avec\nla grâce de Dieu, par me rendre au seul hôpital, où vraiment\nl'on vous couche et l'on vous soigne, à l'Eglise. U n beau m a t i n ,\nmalgré moi, je puis le dire, seul, sans aide spirituelle, h u m a i n e ,\nje suis parti d a n s une T r a p p e — où j'ai lavé ma vie, après des\ncrises effroyables de désespoir, dans ce cloître. J'ai tâché de\nmettre tout cela, sincèrement, sans fioriture aucune, dans mon\nlivre d'En Route, qui paraîtra à la fin de janvier ! Peut-être vous\nintéressera-t-il, car il traite de la haute m y s t i q u e , de l'art\nadmirable de l'Eglise, des couvents et y m o n t r e , dans un\nmilieu de liturgie, des débats affolés d'âme.\n   Je sais bien arrivé à faire avaler le diable au public de Paris,\navec Là-Bas, il s'agit de lui faire m a i n t e n a n t accepter Dieu.\n C'est plus difficile, mais enfin, c'est à voir.\n   Merci encore, Monsieur l'Abbé, de votre sympathie et bien\n respectueusement à vous.\n                                                      Votre dévoué,\n                                                       J.-K.    HUYSMANS.\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "Un bel hommage rendu à J.-L Huysmans\n                UN des plus clairvoyants articles qu'ait suscité la\n                   mort de Joris-Karl H u y s m a n s est bien le juge­\n                   ment qui a été p u b l i é sur lui et sur son œuvre\n                   par l'Art Moderne sous la p l u m e avertie de\n                   F R A N C I S DE M I O M A N D R E . J e l'aime surtout\n                   parce qu'on y rend un h o m m a g e éclatant à la\n                  sincérité indiscutable de l'artiste et du croyant\n                   et parce qu'on y flagelle magistralement les\nécrivassiers médiocres qui ont eu la mesquinerie de mettre\ncette sincérité en doute et cela sans aucune preuve à l'appui.\nN o u s nous faisons un devoir de reproduire ces belles pages à la\nfois élogieuses et vengeresses dont nous félicitons sincèrement\nl'auteur.                                                         H . M.\n\n\n                          Joris=Karl Huysmans\n   L'écrivain qui vient de mourir emporte un unanime regret. La beauté et le\ncourage de son agonie font enfin taire les petites grincheries de la Critique.\n   Car elle ne fut pas toujours tendre pour lui, la Critique. Devinant en lui\nun artiste absolument sincère, elle s'ingénia à ne pas comprendre ses succes­\nsives évolutions. Tant et si bien que la dernière lui fut même reprochée.\n   Il ne faut pas être dupe du ton qu'elle prend aujourd'hui dans les journaux.\nElle désarme, mais c'est à la façon d'un vieil ennemi qui suit votre convoi :\nil a beau jeu. La vérité, c'est que Huysmans n'écrivit pas une ligne de sa vie\nqui ne fut discutée, retournée, échenillée. On n'a jamais cherché à le\ncomprendre, on a toujours essayé de le trouver en faute. Et j'ai lu des articles\nsur lui où on tentait d'établir que sa maladie était l'origine et l'explication de\nson état d'âme et de ses livres. Après tout, cela prouve qu'il n'était pas\nindifférent. Ah! cela, certes non ! Sauf ses tout derniers ouvrages, dont la\nsérénité de pensée sinon de style ne saurait susciter de discussions, il ne\npublia rien qui ne fît plus ou moins scandale.\n   Rappelez-vous. La série de ses romans naturalistes, de Marthe à En rude,\nne rencontra comme succès que l'indignation et le dégoût qui étaient le\npartage ordinaire de ses camarades, mais peut-être avec une nuance particu-\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "             UN    BEL    HOMMAGE        RENDU      A J.-K.       HUYSMANS            385\n\n\n\nlicre : plus de négligence encore et plus d'irritation. Au m o m e n t où on\nl'aurait à peu près accepté comme naturaliste, il écrit A Rebours. Ce livre\nétonnant et s a u g r e n u , hanté d'aspirations confuses, tiraillé dans deux\ndirections opposées, devint comme le manuel, de quelques détraqués pour\nqui l'orgue à bouche de des Esseintes était infiniment plus intéressant que sa\nbibliothèque.\n    La Critique, perspicace comme toujours, identifia des Esseintes et\n [Iuysmans et, très perfidement, établit d'avance ses positions. E n présentant\ndes Esseintes-[Iuysmans comme un esthète névrosé, on jetait le doute sur la\n profondeur réelle de sa sincérité future, on décidait que toute démarche\nintellectuelle ou morale de sa part serait forcément due à cet état maladif,\n non pas au libre choix d'une tête saine.\n    Envisagés à ce point de vue, des livres comme Là-Bas, En Route, La Cathé-\n drale, L'Oblnt, ne pouvaient ê t r e q u e des témoignages de plus en plus accentués\n d'une neueasthénie aussi déplorable que respectable. E t c'est, en effet, de\n cette manière que (sauf exceptions) la Critique officielle les examina, o h !\n avec d t s restrictions, des politesses et des atténuations délicates, mais enfin...\n    Pauvre H u y s m a n s ! E v i d e m m e n t , tout cela lui était bien égal. C'était le\n plus modeste, le plus indifférent, le plus désintéressé des h o m m e s . Il n'a\n jamais écrit que pour son plaisir, — j ' e n t e n d s sous la poussée de la nécessité\n interne qui nous oblige à exprimer notre pensée et nos rêves, en nous leur­\n rant de la satisfaction que nous procure cet acte. Il n'a jamais fait de besognes.\n  Ce fut un artiste absolu, un honnête h o m m e d o n t la bonne foi fut tellement\n noble et tellement pure qu'elle s'enveloppait, pour s'avouer, de cette pudeur\n suprême : l'aveu de ses doutes, la reconnaissance de ses imperfections. Il n'a\n jamais s o r g é au succès ni à la gloire. Il n'a jamais fait ni une affaire, ni u n e\n concession.\n     Il était tellement à part, on le sentait si supérieur au désir même d'être\n compris, que personne n'avait l'idée de le défendre lorsqu'il était attaqué.\n  Les amis inconnus et passionnés qu'il avait en ses lecteurs prenaient bien\n  trop de joie à parcourir son œuvre pour éprouver le besoin de s'en expliquer.\n  Et vraiment je ne pense pas q u e toute la littérature aigre-douce qui foisonna\n  autour de la sienne lui ait retiré un seul admirateur.\n     Quoi qu'il en soit, on peut compter les études sérieuses ou sympathiques\n  qu'il inspira. P o u r ma part, je n'en connais point. Il y en a, sans doute, mais\n  je ne les ai point lues.\n     Son histoire morale est pourtant bien simple. C'était un h o m m e profondé­\n  ment bon et honnête, avec un don d'observation tel qu'il ne pouvait pas,\n  qu'il n'aurait jamais pu éviter de voir dans le m o n d e , au moins autant que\n  les beaux ensembles, les détails mesquins ou laids.\n     Un bon sens indéfectible lui interdisait de donner dans le p a n n e a u du\n  romantisme, du spiritualisme, en un mot de tout sentiment creux sous des\n  apparences nobles. Quoi d'étonnant à ce que p e n d a n t dix ans, en plein\n  épanouissement du naturalisme, d'ailleurs, il se soit laissé aller à son\n   penchant ?\n      Mais le même bon sens devait lui interdire l'exagération de sa propre\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "386                                 DURENDAL\n\n\n\n théorie; et comme ce n'était point par malveillance mais bien par minutie\n qu'il voyait la vie si petite, et c o m m e ce n'était pas non plus son désenchan­\n tement mais bien l'élévation de son rêve qui la lui faisait paraître lamentable,\n il devait, dès ce jour, avec plus ou moins de rapidité, évoluer vers le\n mysticisme.\n     A Rebours est une œuvre de transition, hantée de toutes sortes de phan­\n tasmes et de fantaisies. Mais Là-Bas, qui la suit immédiatement, est de\n tendances nettement catholiques. H u y s m a n s a trouvé sa voie. C'est dans\n cette religion, — et observée avec u n e mystique ferveur, — qu'il conciliera\ntoutes les contradictions de sa n a t u r e . L'honnête h o m m e sera à l'aise dans\ncette morale scrupuleuse et parfaite : cela, c'est évident. L'artiste impression­\nniste aura le poil rebroussé d'une comique indignation à la vue des bondieu­\nseries de Saint-Sulpice, des naïvetés des sermons, des hérésies esthétiques\ndu cérémonial, mais il n'aura qu'à se dire, pour se tranquilliser, que de telles\nfautes ne sauraient être imputées à un dogme mais bien à l'époque qui\ndécidément est plate et mauvaise (il l'avait bien toujours pensé). L'observa­\nteur aura, d a n s ces milieux nouveaux, au moins autant de joies, et de tout\nordre (de dénigrement ou d'admiration), qu'il en aurait eu d a n s les gargotes\net les rues de P a r i s , — bien plus même, car ils sont bien moins fréquentés,\nbien moins c o n n u s . Enfin c'est dans le mysticisme p r o p r e m e n t dit que sa\ntendance au rêve (héritage d'ancêtres lointains) s'accordera avec son anti­\npathie irréductible envers l'idéalisme vague. Rien n'est moins vague que les\npromesses religieuses. L e u r incertitude n'est pas un obstacble à leur préci­\nsion, au contraire.\n    E t c'est ainsi que Joris-Karl H u y s m a n s devint catholique fervent, non\npoint à cause des faiblesses d'un estomac délicat et d'un caractère grincheux,\nmais de toutes les énergies les plus fortes et les plus pures de son esprit et\nd e son cœur.\n    J e ne parlerai pas de la qualité de sa littérature, ni n'expliquerai les\nnuances très négligeables qui différencient entre eux Là-Bas, En rouie, La\n Cathédrale, L'Oblat, Sainte-Ludwine de Schiedam et Les Foules de Lourdes. Ce\nfurent seulement les phases successives d'un acte de foi qui dura quinze ans.\n J e n'ai voulu rappeler ici qu'une chose : c'est que cet h o m m e qu'on affectait\nt a n t de ne considérer que comme un littérateur, assidu et artiste à la fois, a\nété, avant tout et d a n s la plus haute acception du terme, avec ses faiblesses,\nsa constance, ses crises de doute, l'intensité de sa vie morale : un homme.\nOn ne peut pas en dire a u t a n t à la mort de tout le m o n d e .\n\n                                                       FRANCIS DE MIOMANDRE.\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "Notes sur la mort de J.-K. Huysmans\n\n                   JORIS-KARL HUYSMANS est mort           le d i m a n c h e   12 mai, en\n                       l'octave de l'Ascension, à sept heures et demie du soir.\n                       Quelques jours avant il avait reçu l'extrême-onction et\n                       dicté lui-même sa lettre de faire part.\n                           La nouvelle de cette fin prévue ne tarda p a s à se\n                       répandre d a n s P a r i s . Depuis plusieurs semaines, l'affreuse\n                       maladie q u i , d u r a n t u n e année, avait ravagé le corps de\n                       celai que nous aimions, s'était acharnée sur cet organisme\n                      épuisé avec u n e telle violence q u e tout espoir avait dis­\nparu. On comptait les heures ; chaque minute r a p p r o c h a n t le terme de la\ndélivrance souhaitée. D a n s la semaine qui précéda le fatal moment, j'étais\nvenu serrer u n e dernière fois la main du m a î t r e ; mais au seuil de la chambre\nj'avais reculé d e v a n t un amas de linges souillés de sang. H u y s m a n s venait\nd'avoir u n e terrible hémorragie et je m'étais enfui, le laissant reposer pour\nle suprême assaut.\n    Or, la maladie, sûre de son œuvre, après avoir averti le patient des\ndesseins de Dieu, sembla donner quelque répit, afin que rien ne troublât la\nsérénité d'une â m e en son recueillement ultime.\n    Il n'y eut pas d'assaut final, pas d'agonie délirante, pas de convulsions. A\nl'heure du pansement le fidèle secrétaire de H u y s m a n s , J e a n de Caldain, qui\nsoigna son ami avec un admirable dévouement, s'approcha du lit : « Maître,\n il est temps ». H u y s m a n s ne répondit p a s . On le crut assoupi; il était mort.\n Sans une plainte, sans un geste, ce pauvre corps décharné reposait à jamais.\n\n                                           *\n                                          * *\n\n   Depuis près de deux ans H u y s m a n s souffrait son martyre sans impatience,\n avec cette résignation q u e donne la douleur librement consentie. D'abord ce\nfut un zona lancinant, qui m a n q u a lui faire perdre la vue. L e s épreuves du\nlivre Les foules de Lourdes étaient presque entièrement corrigées; il ne restait\nque quelques pages à revoir. Lassé d'attendre, l'éditeur finit par distribuer\nles caractères. Il fallut tout recomposer et recorriger. « Il n'est pas possible,\ndisait l'auteur de l'Oblat, q u e la bonne Vierge ne me rende la santé, pour que\nje puisse encore chanter ses louanges et répondre à ses blasphémateurs. »\n   Puis un mal terrible se déclare soudain. Ce sont d'affreux maux de gorge,\n des abcès purulents. H u y s m a n s croit à u n e angine, ensuite à une carie\n dentaire. Il plaisante les médecins qui ne peuvent le soulager, les tourne en\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "388                                   DURENDAL\n\n\n\nridicule, s'emporte. Il s'agissait du cancer, mal qui ne pardonne pas.\nLongtemps on lui cache la cause de son mal. Le jour où il apprend la vérité\nsur son état et qu'il est condamné, ce jour-là H u y s m a n s envisage la mort en\nface, sans pose, sans crâner, sans « faire le malin ». Il se met simplement en\nprière et offre à Dieu ses souffrances de plus en plus intolérables. E n vain\nveut-on le piquer à la morphine, le patient refuse : « Je veux souffrir jusqu'au\nbout pour qu'on sache bien que je n'ai pas fait que de la littérature », dit—il.\n  Jusqu'à la dernière minute H u y s m a n s conserva sa connaissance et\ncontinua à s'intéresser aux livres qui lui étaient envoyés. L e samedi qui\nprécéda sa mort, de Caldain, s'étant absenté durant la matinée, rentre vers\nmidi. Il trouve son maître installé dans la salle à manger, lisant Un groupe\nmystique allemand de la comtesse Marie de Villermont. H u y s m a n s semblait\nenchanté de cette étude sur la vie religieuse au moyen âge.\n   Lès dernières causeries d'art de H u y s m a n s roulèrent sur la Lutte de Léon\nDaudet et sur la Bièvre de Mithouard. « J'étais déjà documenté sur la\nmorphinomanie, a-t-il dit, mais cet excellent livre d e Daudet m'apprend\nencore b e a u c o u p sur le sujet. Q u a n t au livre de Mithouard, je suis étonné de\nvoir avec quelle verve est racontée l'histoire de la Bièvre et avec quel art\nMithouard nous propose sa vision personnelle. »\n\n                                               *\n                                           *       *\n\n   L u n d i 13 mai, à 2 h. 1/2, je pénètre dans la c h a m b r e mortuaire. Les\nabat-jour sont baissés ; par les fentes des volets ne passe q u ' u n e lumière\nsale. Un cierge brûle sur une petite table recouverte d'une serviette, à côté\nd'un verre d'eau bénite et d'un balai de buis. Deux sœurs franciscaines,\namies du défunt, sont abîmées dans leurs prières. Contre le mur, étendu sur\nson lit de bois, H u y s m a n s dort son dernier sommeil. L e visage est mécon­\nnaissable. U n linge a été passé sous la bouche et noué sur la têle. Les yeux\nsont enfoncés sous l'arcade sourcilière p r o é m i n e n t e . Le nez est pincé, plus\naquilin que jamais. L e corps qu'on devine usé, tout petit, d'une maigreur\neffrayante, semble perdu dans la robe bénédictine (1), comme on u n linceul\ntrop ample. U n rosaire pend entre les mains décharnées, ces mains si fines\nque la souffrance a réduites jusqu'au squelette. U n crucifix de bois, de style\nancien, contenant des reliques, est posé sur la poitrine. Le spectacle est\ngrandiose, terrible dans sa simplicité, inoubliable.\n   M m e s D'Etschebers, assistées du docteur Crépel, de Lucien Descaves et de\nCaldain, firent la toilette du mort et le revêtirent de son habit bénédictin.\n   A la mise en bière qui eut lieu ce même lundi, à 6 heures du soir, assistaient\n\n\n  (1) On a parlé dans les journaux d'une robe d'oblat aux manches blanches. La robe\nd'oblat bénédictin est entièrement noire et ressemble à s'y méprendre au vêtement des\nmoines ; seul le scapulaire de celle-là est plus court et arrondi. La vérité est que Huys­\nmans sentant sa fin proche écrivit à Chevelogne pour demander d'être enseveli dans une\nrobe d'oblat La mort hâta les événements. Un moine ami lui envoya un habit de béné­\ndictin.\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "                NOTES SUR LA MORT DE J.-K. HUYSMANS                                      389\n\n\nl'abbé Daniel F o n t a i n e , confesseur de H u y s m a n s , les deux sœurs et le beau-\nfrère du défunt, Descaves, le docteur D u m e s n i l , T h y e b a u t , de Francmesnil,\nCéard.\n   Mercredi 15, à 10 heures, on se réunit à la maison mortuaire. La rue\nSaint-Placide est noire de m o n d e . Il pleut, des forêts de c h a m p i g n o n s noirs\nsemblent avoir soudainement poussé sous l'averse. Le deuil est conduit par\nle beau-frère de H u y s m a n s , par Coppée et par de Caldain. L e char disparaît\nsous les fleurs. L'académie Goncourt est au complet. Léon D a u d e t seul\nmanque, retenu à L y o n . P a r m i les femmes je remarque M m e s Zola, D ' E t s c h e ­\nbers, Daudet, R o d e n b a c h , duchesse D'Estissac, etc., et tout là-bas, au fond\nde l'église N o t r e - D a m e des C h a m p s , sur u n e pauvre chaise, la servante fidèle\nde H u y s m a n s , Marie G a u d y , tout en pleurs.\n   L'abbé Munier dit la messe. L'office se déroule au milieu des versets litur­\ngiques et des mélodies grégoriennes. La musique profane, selon le désir de\nl'auteur de la Cathédrale, est sévèrement exclue. Les amis de H u y s m a n s sont\ntous là : Degas, Raffaelli, Osbert, Coppée, Descaves, T a l m e y r , docteur\nLiouville, docteur Comar, docteur Dumesnil, docteur Crépel, L a n d r y ,\nMorisse. L ' a b b é F o n t a i n e conduit le corps et prononce les dernières prières.\nAucun discours ne trouble le recueillement de la cérémonie du cimetière, et\nchacun se retire, sans bruit, sous l'averse persistante.\n\n                                                               TANCRÈDE DE VISAN.\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "     O Nuit viens !\n\nNuit viens pour qu'une paix intense,\nAutour de l'étable endormie,\nSous la lune aux clartés amies,\nModule ses vastes cadences;\n\nP o u r qu'en leur ruche mes abeilles ;\nLes bœufs, la chèvre, les brebis,\nAuprès des rateliers fourbis\nP a r l'ombre d'or obscur, sommeillent.\n\nP o u r que sur l'ancien four tiédi\nE t croulant des blancheurs s'étalent\nE t que s'effeuillent des lys pâles\nAux seuils du village engourdi.\n\nViens et que sur les toits de lave,\nOù s'agrafe la mousse sourde,\nQui les trempent et qui les lavent\nDes clartés vaporeuses coulent ;\n\nQu'autour de la mare sereine,\nParmi la bruine élyséenne,\nTout à coup, frais, rauque et tenace,\nLe chœur des grenouilles coasse;\n\nQue la lune errant se blottisse\nEn la tiédeur verte des saules\nP e n d a n t qu'à leur cime tortisse\nUu chat-huant rêveur miaule.\n\nAromes... silence... lueurs...\nMusique... Nuit de poésie,\nNuit embaumant, verse à mon cœur\nAltéré, ta calme ambroisie.\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "           O NUIT   VIENS !                        391\n\nFais quelque chose de divin\nNoyé dans ton immensité,\nAu-dessus du vouloir humain,\nDe mon cœur étroit, tourmenté,\n\nCendre plaintive... Qu'il se mêle\nA ce clair de lune mystique\nBaignant les fermes pacifiques;\nA l'idéal que tu révèles...\n\nSans que nos sens voilés l'expliquent;\nA ce grand bonheur simple et doux\nDes vieux villages à genoux\nA t r a v e r s leurs blés magnifiques ;\n\nA la vie p a r t o u t respirante\nDe l'humble chaume au ciel en fête;\nAu repos suave des bêtes\nDans les étables odorantes.\n\n                                    MARIE   DAUGUET.\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "                        La pourpre\n                LESrouges de Venise sont comme du vin pur. Dans\n                  cette subtile atmosphère, où les blancs sont\n                  presque d'or, ainsi que les voyait Carpaccio, les\n                  carmins, les garances et les vermillons, guindés\n                  par l'exaltation générale, ont une palpitation\n                  enivrante. L a pourpre somptueuse régit le\n                  concert des couleurs vénitiennes. Elle fut le\n                  secret de T i t i e n , qui la fit pure et opulente.\nC'est d'elle que J e a n Bellini revêtit ses madones indolentes\ncomme d'un manteau de gloire, d'elle que Giorgione fit une\nnote brûlante comme un cri de passion sur la t u n i q u e cerise de\nce petit h o m m e ardent qui regarde une femme moelleusement\nassise au bord d'un paysage si raffiné. Dans cette ville sans\nvoitures, où tous les bruits sont modérés et flottent légèrement\nsur le silence de l'eau, il semble que l'on entende les couleurs\nchanter. De ma fenêtre du quai des Esclavons, tous les soirs au\ncoucher du soleil, Saint-Georges le Majeur m'apparait comme\nune île de rubis.\n   J'ai vu tantôt Venise tout entière frémir sur les flots dans\nl'attente d'un chapeau rouge et le poursuivre avec folie d'un\nbout à l'autre du grand canal. Quelle est à présent la ville du\nm o n d e qui voudrait, qui saurait donner une fête si étrange?\n   L e pape Pie X, après avoir été le patriarche de Venise, est\ndevenu le gondolier de l'Eglise. Il a conféré la pourpre à son\nsuccesseur, lequel revient aujourd'hui de Rome. T o u t e la ville\ns'est portée vers la gare à l'autre extrémité du grand canal.\nVenise est joyeuse et se montre dans son plus féerique apparat,\ncomme aux jours où les princes du Nord et les ambassadeurs\nd'Asie venaient la visiter. Sa prompte s y m p a t h i e se manifesta\ntoujours avec une brillante exubérance. C'est une princesse\ndont le visage s'empourpre à la moindre émotion.\n   Bien longtemps avant l'arrivée du train, les gondoles\nremuantes sont venues se ranger sur le canal en face des\n marches de la gare, dressant comme des rangs de hallebardes\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                            LA POURPRE                           393\n\n\nles dents de fer de leurs proues alignées. U n peuple agité se\npresse sur les quais et s'étage sur les marches du perron de San\nSimeone, d o n n a n t le spectacle du plus singulier feutrage\nhumain. On dirait un immense bouquet de petites fleurs de\ntoutes les couleurs, à m ê m e lesquelles tape un grand soleil, un\nvaste tapis que piquettent une infinité de notes vives et dont\ntous les points sont des châles, des chevelures, des têtes\nhumaines, une grande étoffe vivante, la foule — la foule du\nParadis de Tintoret. Tout cela, comme de la soie qui joue,\nremue un peu, scintille, s'amuse, caquette en un seul bruit.\nC'est ie peuple de Venise, volontiers et facilement catholique,\nun peu sceptique par-dessus le marché, et par-dessus tout épris\nde couleurs et de falbalas.\n   De nouvelles gondoles noires arrivent sans discontinuer; elles\nvirent, s'emmêlent, s'insinuent les unes entre les autres dans\nun enchevêtrement indescriptible. Quelques barques ont été\nparées de tentures aux couleurs tendres et de feuillages; elles\nportent des bouquets piqués à l'avant, en guise de lanternes et\nsont menées par des rameurs tels qu'on en voit dans les tableaux\ngrossiers et amusants de Gabriele Bello qui commémorent les\nanciennes solennités vénitiennes : culotte à raies blanches et\nbleues, veste de velours bleu, toques j a u n e s d'où pend une\ncoiffe bleue. D'autres sont conduites par des laquais à perruque\nou à chapeau haut de forme. C'est la ville du carnaval. T o u s les\nstyles, tous les costumes et toutes les formes se dissolvent avec\nfolie dans l'eau. Voici des embarcations élancées et rapides où\ns'allongent des colliers de rameurs demi-nus, la jeunesse en\nblanc, la jeunesse à blanc. De petits vapeurs, qui essaient de se\nfrayer un chemin entre les barques emmêlées comme un jeu de\njonchet, portent des pyramides d'ecclésiastiques du plus beau\nnoir, qui font penser au jeu des forces d'Hercule de l'ancienne\n Venise. D'autres, entourés de balustrades de verdure et de\nguirlandes régulières dans le goût qui triomphe aux devantures\ndes fruitières vénitiennes, véhiculent de pieux orphéons. L à -\n bas, sur un balcon qui se coude à l'angle d'une maison, un\npensionnat café au lait déroule un long r u b a n de chapeaux de\n paille du j a u n e paille le plus innocent. Le canal a complètement\n disparu sous les barques : l'eau est remplacée par de la foule\n que le flot fait monter et descendre dans une mêlée de rames et\n de proues redressées.\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "394                             DURENDAL\n\n\n    Soudain une cloche s'ébranle à un campanile lointain. T o u t e s\nles autres se mettent à lui répondre et le bourdonnement, qui\nremplit le ciel d'une musique uniforme, liquide et ballante,\nondule sur le roulis de cette mouvante rue de bois. On ne s'en­\ntend plus; c'est une r u m e u r générale dans laquelle tous sont\nbercés ensemble. T o u s les yeux, vingt mille regards sont tendus\nvers le même endroit de la gare, guettant sur l'ombre de la porte\nouverte l'apparition du pontife rouge, qu'avec la plus lyrique\navidité désire, sollicite, appelle un grand peuple ensoleillé.\nBientôt la foule se pâme en un long cri; les fanfares éclatent.\nOn a vu un h o m m e porter à deux mains une croix d'argent, et\nderrière lui le prélat se révèle, la main levée pour une béné­\ndiction rapide.\n   Il descend alerte vers le quai et monte dans un petit vaporetto\ndont la mince cheminée d'or reluit au soleil et qui se met douce­\nment en marche. L e grand tapis h u m a i n frissonne. L e s têtes se\nsoulèvent. Les mains applaudissent. « Il est arrivé, notre\nchéri ! » s'écrie auprès de moi un gondolier.\n   Alors commença la bataille navale. Ah ! le détroit ne vit pas\nun plus beau t u m u l t e au matin de S a l a m i n e . T o u t e s les gon­\ndoles s'ébranlent à la fois, soulèvent leurs becs les unes sur les\nautres et se font violence. Les fers se heurtent sous la pluie de\nferraille que les cloches jettent à plein ciel, au milieu d'une\np é t a r a d e de cuivres déchaînés. On entend les craquements du\nbois. Les barques se poussent; elles se coincent; elles s'effor­\ncent inutilement vers le vaporetto à la cheminée d'or, au milieu\nduquel le prélat coiffé, vêtu et ganté de rouge s'offre à la ville.\nL e canal tout entier se met en marche. U n e cohésion tumul­\ntueuse fait route. E n t r e les quais trop étroits la foule traînée\nglisse en un seul bloc que domine la silhouette des gondoliers\ngesticulant comme des diables, et la plus belle ville sous les\ncieux déroule peu à peu son clair décor.\n    A ce moment des mains se mettent à jeter en l'air une\nm u l t i t u d e de petits carrés de papiers multicolores, que le vent\nenlève par-dessus les toits. C'est Chioggia qui se mêle à la fête\net propage son orgueil :\n\n                      « A S. Em. Aristide Cavallari\n                      l'umile Chioggia sua patria\n                      con entusiaslico plauso. »\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "                            LA POURPRE                           3g5\n\n\n   Aux balcons des palais sont étalés des étoffes lamées d'argent,\ndes d a m a s écarlates, des brocarts, des velours cramoisis où le\nlion de Saint-Marc est broché en or sous les traits d'un gros\nchat. De longs drapeaux pendent fastueusement vers l'eau.\nDans une loggia quelque patricienne s'accoude, solitaire, sur\nune superbe tapisserie du XVe siècle qui étale rigidement un\ngrand carré de verdure. Sur Valtana d'une maison dont les\npilastres à l'italienne sont découpés par le soleil, se réjouissent\nà même le ciel de jeunes femmes qui s'abritent sous des\nombrelles aux teintes brûlantes. On dirait un plafond de\nVéronèse.\n   De temps en temps les barques se desserrent un peu : aussitôt\nles gondoliers, pris d'une fureur subite, se poussent en avant.\nLes miens qui y mettent leur point d'honneur m'ont rapproché\npeu à peu du vaporetto patriarcal où flotte un étendard repro­\nduisant l'effigie sacrée du voile de sainte Véronique. Ils\nparviennent à s'accrocher aux flancs d'un vapeur à musique qui\nfait voyager ainsi une vingtaine de barques, comme un canot\ntraînerait des herbes après lui. Au r y t h m e de l'hélice, l'orphéon\njoue la Marche Royale, et je vois derrière moi le cardinal la tête\ndécouverte. A toutes les calle qui aboutissent au canal apparaît\n une tranche de foule, coupée net au bord de l'eau. Dans l'inter­\n valle des maisons on aperçoit dans les plus folles positions les\n cloches brimbalées dans leurs campaniles. Nous sommes telle­\n ment pressés que nous nous figurons être sur un sol immobile et\n que ce sont les maisons qui flottent, comme si Venise, caravelle\n d'or attachée à nos derniers rivages, s'était mise à voguer vers\n des mers levantines.\n   Le plus bel écho de Venise est sous le pont du Rialto. C'est\nlà que les musiciens se plaisaient jadis à moduler la cantilène\ndu Tasse, là que les Vénitiennes viennent encore lancer dans la\nnuit des voix sonores, écoutées au loin par tout le bleu silence de\nla ville, et se grisent comme les rossignols de leur propre\nmélodie dont les pierres et l'eau redoublent le cristal. Ce soir\nl'arche du Rialto est pleinedu roulement du tonnerre. A mesure\nque le cortège la franchit, les cris, les fanfares et les applau­\ndissements recommencent et la voûte répète un fracas sans fin.\n Déjà de l'autre côté de nouveaux décors d'opéra s'échafaudent.\n   A ce moment le vaporetto cardinalice prend de la vitesse pour\n se dégager. T o u s les autres se mettent à la même allure et font\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": "396                             DURENDAL\n\n\n\nlargement onduler le canal au milieu d'un immense désarroi.\nL a pourpre est en fuite.\n    L e s gondoles semées derrière elle se balancent dans une\nagitation désordonnée. Avec leurs lignes minces comme de\nl'écriture et leurs extrémités calligraphiques, elles ressemblent\nà des grimoires se p a r a p h a n t sur l'eau : elles sont chinoises.\nLes gondoles ont une âme crochue; les gondoles ont une âme\nsombre et calcinée par les convoitises. Vouées à jamais au noir\npar les lois somptuaires, elles ont pour destin de nager à jamais\ndans des eaux illuminées, dans des sillages de nacre, dans le\nreflet des escarboucles et des ors. Ce sont des damnées. Les\nvoilà qui remuent en tous sens comme des insectes tombés\nsur une eau houleuse. Elles retrouvent bien vite leur direc­\ntion et se jettent toutes à la fois à la poursuite du cortège.\nLes gondoliers rament à tour de bras. N o u s filons au vent tous\nà la fois à toute vitesse, suivant le cardinal sur le canal. Les\npalais pavoises de marbre et dentelés d'arcatures se succèdent,\na p p l a u d i s s a n t toujours, jetant des vivats et secouant des lam­\nbeaux splendides au passage de la folle régate. L à - b a s fuit la\npourpre miraculeuse. Elle passe entre la Sainte et la maison de\nDesdémone. L a voilà parvenue à l'entrée du grand canal.\nDebout sur son globe, la F o r t u n e de la Dogana se précipite\ncomme une annonciatrice.\n   L a pourpre va toucher terre. Avec une frénésie suprême les\ngondoles l'investissent; elles veulent s'en r e p a î t r e ; elles veulent\nboire cette goutte de sang. Alors, circulairement, elles viennent\ns'abattre toutes ensemble devant le quai de la Piazzetta,\ntandis que les pigeons de la place Saint-Marc s'enlèvent\ntous à la fois et noircissent le ciel de leurs vols désordonnés,\nles dais et les parasols du cortège étant déjà parvenus devant\nSaint-Marc.\n\n   De la pourpre et des gondoles qui lui donnent la chasse ;\nles hommes furent toujours prompts à courir sus aux ravisseurs\ndu feu.\n   Il est une couleur brûlante. Elle met les bêtes en folie. Les\nconducteurs de peuples ont toujours pris garde d'en repaître la\nfoule. Les Romains païens, les catholiques Espagnols ont\napprêté des amphithéâtres, ils ont pris jour, ils se sont vêtus de\nleurs étoffes les plus magnificentes pour la contempler quelques\n"}, {"page_pdf": 476, "texte": "                              LA POURPRE                               397\n\n\ninstants dans la ferveur du sang qui s'épanche au soleil. La\nsplendeur est u n aliment.\n   Venise ne fut j a m a i s protestante. Les belles heures, les plus\npurs rayons du ciel sont sa nourriture q u o t i d i e n n e . Cette fine et\nchaude atmosphère est sa respiration. L e prestige de ses palais,\nne tient qu'à la lumière qu'ils assimilent. Ailleurs ces somp­\ntueuses architectures s'évanouiraient : c'est le ciel qui les sou­\ntient. L'éclat de l'or, des émaux, des gemmes et des soies, de\ntoutes les richesses de la terre jetées ici par le commerce du\nmonde entier et déroulées sous une lumière admirable, voilà\nl'élément singulier au sein duquel, sur le bord de notre dernière\ncontrée, elle s'est épanouie comme une rose a r d e n t e . L a couleur\nest sa notion première, la chaleur des tons la température de\nsa vie.\n   Venise n'est pas individualiste; elle est de civilisation catho­\nlique, et c'est le propre des grandes collectivités catholiques de\nl'Occident que l'usage des biens du monde y soit généreusement\nréglé. Elle jouit donc avec sérénité de sa splendeur. Elle reçoit\nson évéque avec un luxe sans scrupules, car chaque fête est\ncomme une pulsation régulière de son cœur.\n   Il n'est ici de faim et de soif que de la pourpre. Venise, point\nextrême, est comme un organe délicat inséré au plus sensible\nde l'épiderme du monde occidental. Le corps de l'homme n'est\npoint fait seulement avec des os et des muscles. Ses lèvres sont\nun fruit. Son œil est une pierre précieuse.\n\n                                               ADRIEN MITHOUARD.\n 24 avril 1007.\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": "Distiques funèbres à la mémoire de Charles Guérin\n\n\n    La Volupté, le Doute et le farouche Orgueil,\n    Chanteur! se sont longtemps accroupis sur ton seuil.\n\n    Lascives, tour à tour, hautaines ou tremblantes,\n    Leurs bouches se tendaient vers ton front — sanglotantes!\n\n    Mais ces lèvres laissaient sur ta tempe qui bout,\n    Comme une empreinte d'amertume et de dégoût.\n\n    Bientôt la passion, par les heures vaincue,\n    Dans ta chair misérable et triste, s'était t u e ;\n\n    E t ton orgueil lui-même avait baissé les yeux\n    A trop vouloir souder la profondeur des cieux.\n\n    L e doute, seul encor, ne voulait point se taire\n    E t tenaillait ton âme et ton cœur solitaire;\n\n     Mais enfin le voici, Guérin, qui t'a quitté\n     Devant le jour de l'éternelle Vérité,\n\n     E t tu peux aujourd'hui — joyeusement austère —\n     « Jouir du plein soleil de l'immortel été! » (1)\n\n                                                J E A N - M A R C BERNARD.\n\n\n\n\n(i) Cil. GUÉRIN : Le Cœur   solitnire.\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "         Faut=il rénover l'Art chrétien ?\n                         Sousun titre presque pareil : Comment rénover l'art chrétien?\n                             M. l'abbé Germain a publié u n e intéressante brochure que\n                             nous avons analysée ici même (Durendal, mai 1906). Elle\n                             suppose résolue en un sens affirmatif la question préalable :\n                             Faut-il rénover l'art chrétien ? Elle admet le fait de son épui­\n                             sement actuel. S'il s'agit de peinture et de sculpture, il faut\n                             convenir que notre époque n'offre rien de comparable à la\n                             production du passé. Les signes de décadence et d'épui­\n                             sement dénoncés par M. Germain paraissent bien incon­\ntestables. C e p e n d a n t tout le m o n d e n ' a d m e t pas qu'on étende cette conclusion\nà l'architecture et aux arts mineurs qui en d é p e n d e n t : menuiserie, ferron­\nnerie, d i n a n d e r i e , orfèvrerie, peinture sur verre, etc. N e sommes-nous pas\ntémoins, et tout particulièrement en Belgique, d'une vraie renaissance de\nl'architecture religieuse ? Le signal nous en est venu de F r a n c e et ce fut Mon­\ntalembert qui ouvrit les yeux à Jean B é t h u n e . Ce que de Caumont, Viollet-le-\nDuc et Didron firent pour la F r a n c e , le baron B é t h u n e l'entreprit pour notre\npays, mais avec un sens artistique plus affiné, et surtout avec u n e entente plus\ncomplète de tous les arts dont la construction et l'embellissement des églises\nsont tributaires L e s restaurateurs français ne furent que des archéologues;\nleurs inspirations personnelles sont assez médiocres. Jean B é t h u n e sut\ndessiner, selon les principes du moyen âge, des m o n u m e n t s parfaits, et cette\nmerveille d'art sobre et harmonieux dans son austérité, qu'est l'abbaye de\nMaredsous, révèle u n grand artiste. Viollet-le-Duc ne fit que d'importantes\nrestaurations ; il laissa des ouvrages que l'on consultera toujours ; Béthune\nréussit à fonder une école qui continua son œuvre, et de cette école sortirent\ndes architectes de grand talent, en assez bon nombre pour qu'on évite de les\nciter, par crainte d'oublis injustes.\n   Dans ces conditions, il semble qu'il n'y a pas à renover l'art chrétien en\nBelgique, au moins l'art de bâtir et d'embellir les églises, parce que c'est fait.\nLa crise de l'épuisement est terminée. Qu'elle a sévi d a n s un passé relati­\nvement récent, c'est indiscutable, et il en d e m e u r e des témoignages fâcheux,\ncomme à Bruxelles ces odieuses machines qui s'appellent Saint-Jacques-sur-\nCandenberg, les églises du Finistère et des S S . Jean et Nicolas. Toutefois,\naprès ces irrémissibles péchés mortels, on constate un sincère repentir d a n s\nl'intention des architectes qui ont dessiné Saint Boniface d'Ixelles, Saint\nServais de Schaerbeek, le Gésu de la rue Royale, l'église des Récollets de la\nrue des Palais. Ce n'est pas encore la perfection ; c'est peut-être même fran-\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "400                                  DURENDAL\n\n\n\nchement mauvais. Mais enfin, c'est le premier mouvement de prodigue qui se\nrelève de sa déchéance. Plus tard, la conversion devient plus sincère. On\ns'aperçoit qu'il ne suffit pas d'amender l'apparence et qu'on ne fait pas du\ngothique en imitant avec du plâtre les nervures, les fleurons et les chapiteaux\ndes cathédrales françaises. On étudie l'esprit des vieilles architectures. On\na p p r e n d à tailler et à appareiller les pierres comme le faisaient les anciens.\nOn va même jusqu'à se demander ce qu'ils auraient fait en telle circonstance,\ncomment ils auraient utilisé telle superficie imposée, et tels matériaux qu'ils\nn'employaient pas. E t aujourd'hui, cette archéologie appliquée et celte\nhabileté dans l'imitation vont très loin. On ne redoute plus, en restaurant un\nm o n u m e n t , de le défigurer. On se flatte de fondre si bien les ajoutes actuelles\ndans l'harmonie de l'ensemble, que les ancêtres, s'ils pouvaient revoir leur\nœuvre retapée à neuf, retrouveraient jusqu'à leur coup de ciseau sur la pierre\nfraîchement posée.\n    Tout cela ne démontre-t il pas l'actuelle rénovation de l'art ?\n    H é non ! cela démontre peut-être le contraire ! Rénover, ce n'est pas\nressusciter le passé, restaurer le moyen âge, r e p r e n d r e scrupuleusement des\nconventions anciennes, des formules d'autrefois, quelque raisonnables que\nsoient ces conventions, quelque élégantes que soient ces formules. Rénover,\nce n'est pas encore adapter les formes anciennes à de nouvelles exigences.\nIl me paraît que c'est plutôt chercher des formes nouvelles en harmonie avec\nles conditions présentes. On a rénové le métier de constructeur, je le veux\nbien, en a p p r e n a n t à l'école du moyen âge ce que l'on avait oublié, savoir\ncomment on utilise dans une construction la pierre, le bois et le métal, et\ncomment on dessine u n e façade qui ne soit pas u n simple décor de théâtre.\nMais la rénovation de l'art, c'est autre chose. L'archéologie savante et minu­\ntieuse peut bien rénover un métier; elle ne suffit pas à rénover la création\nartistique.\n    P o u r que l'on ne se m é p r e n n e pas sur ma pensée, je tiens à déclarer que je\nne veux pas dénigrer l'effort si méritoire de l'école de J e a n Bélhune, que l'on\nappelle c o m m u n é m e n t école de Saint L u c . Il sera permis cependant, sans\nmanquer au devoir de l'impartialité, de ne pas placer au même rang les\ndiverses manifestations de son activité. Ses représentants autorisés ont\nreconnu d'ailleurs, eux-mêmes, son infériorité dans le domaine de l'art pur,\npeinture et statuaire.\n    D'autre part, prétendre que l'étude attentive du moyen âge est inutile,\nque le recul vers le passé et l'imitation de plus en plus fidèle des anciennes\nformes ont été préjudiciables à la production c o n t e m p o r a i n e , serait encore\nparadoxal. Il faut même reconnaître que la supériorité des édifices néo-gothi­\nques récents sur d'autres un peu plus anciens est due à une intelligence plus\nprofonde de l'art médiéval. Toute tentative d'innovation plus ou moins con­\nsciente dans la structure, et surtout dans l'ornementation, fut plutôt\nmalheureuse. C'est pourquoi feu Baekelmans conseillait aux jeunes architectes\nde copier servilement, et lui-même n'hésitait pas à le faire. On pourrait\nrechercher la raison de cet étrange p h é n o m è n e ; je me borne pour le moment\nà le constater.\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "                    FAUT-IL RÉNOVER L'ART CHRÉTIEN                                    401\n\n\n   Je vais plus loin encore dans la voie des concessions. Si l'on me d e m a n d e\nce que l'on pourrait substituer actuellement aux formes du moyen âge, je\nrépondrai franchement que je l'ignore. J ' a v o u e que le style gothique\nsemble prédestiné à la construction d'une église, et qu'il a réalisé comme\nnul autre le rêve d e la beauté grandiose, forte, élégante, au service\ndes exigences de la raison. E t c'est pour avoir pris conscience de la\nperfection de cet art q u e les architectes de nos églises n e veulent point d'autre\nmodèle.\n   Ont-ils raison? Ont-ils tort? La réponse dépend du point de vue auquel on\nse place. R e c o n n a i s s o n s avant tout ce qu'il y a d'anormal d a n s le parti-pris\ndes néo-gothiques.\n   L e bâtisseur actuel, en devenant archéologue, a fait ce que jamais u n artiste\nne fit à a u c u n e é p o q u e de fécondité artistique. T o u t en se rattachant à des\ntraditions, en s'inspirant de modèles anciens, les architectes de tous les temps\nont eu le souci d'innover, d'être personnels, et de signer leurs œuvres du\nsceau de leur époque et de leur p a y s . Cela est vrai des romains, des byzantins,\ndes latins, des r o m a n s et des gothiques, et chez ceux-ci la recherche des\nsolutions nouvelles est à l'état aigu. Chaque moitié de siècle voit naître des\nmodes nouvelles, dont les édifices un peu importants racontent les vicissi­\ntudes. Les diverses écoles de la Renaissance, en Italie, en F r a n c e , en Alle­\nmagne, en F l a n d r e ont rivalisé d'ingéniosité d a n s u n e production caracté­\nristique, qui n ' e m p r u n t e à l'antiquité que des motifs librement interprétés.\n Il faut descendre j u s q u ' a u x débuts du XIXe siècle pour voir s'élever des por­\ntiques, des propylées, des frontons copiés de la Grèce, selon les formules\nd'une archéologie s a v a n t e . P o u r la première fois, les architectes se désinté­\nressent de l'invention. Ils se contentent d'adapter. Ce que firent les construc­\nteurs officiels du premier E m p i r e , les néo-gothiques le font encore, avec\ninfiniment plus de bons sens, je n'y contredis pas. Mais, enfin, ils se\ndésintéressent aussi de l'invention, et puisqu'ils n'ont pas l'ambition de\nfaire du neuf, j ' a v a i s peut-être raison de dire qu'ils n'ont pas rénové l'art.\n    On me d e m a n d e r a quel inconvénient on peut trouver à ce parti-pris de\nprudence et de sage modestie, puisqu'il nous a valu des édifices religieux\n répondant parfaitement à leur destination. Si l'inconvénient n'est pas actuel,\nl'avenir se chargera peut-être de le révéler. Car on peut se demander quel est\nle destin d ' u n art c a n t o n n é aujourd'hui dans l'imitation servile du passé.\nNotre architecture n e p e u t prétendre à être a u t o n o m e , originale, spontanée.\nOr, en renonçant à ces prérogatives, ne renonce-t-elle pas du m ê m e coup\nà ce qui fait la vie profonde et la fécondité de l'art? P o u r vivre, l'art ne\ndoit-il pas évoluer nécessairement, tenter des expériences nouvelles, prévenir\nla satiété par le c h a r m e de l'inédit, soutenir la ferveur de l'imagination par\nle plaisir de la création, q u a n d ce serait au risque de courir des aventures\n périlleuses?\n    Puisque l'art a p o u r but de plaire, le p h é n o m è n e psychologique de la\n satiété doit être pris en considération. T o u t passe, tout lasse, dit le dicton.\n Quelque belle que soit u n e forme d'art, l'admiration s'émousse à la longue,\n et l'on veut des spectacles nouveaux. Si, dans le recul où nous sommes, nous\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": " 402                                   DURENDAL\n\n\n  comparons entre elles les diverses modalités de l'architecture gothique au\n  XIIIe, au XIVe et au XVe siècle, nous constaterons que l'évolution, progressive\n  d a n s le sens de la logique, ne le fut pas dans le sens de la beauté. Mais ce ne\n  fut pas le sentiment des anciens. Après les merveilles de P a r i s , de Reims\n  et d'Amiens, il était naturel que les architectes eussent le désir de faire\n  mieux en faisant autrement, et l'inédit de leurs trouvailles n'est pas sans\n  valeur, même pour n o u s . L'art eût-il gagné à s'immobiliser dans les\n  conquêtes définitives du XIIIe siècle ? L e s délicieuses fantaisies du XVe et\n  du XVIe siècle ne valent-elles pas mieux que de continuelles redites d'un\n  thème usé ?\n      Sans doute, l'amour du neuf est cause parfois d'étranges aberrations. C'est\n  lui qui fit tomber dans un oubli dédaigneux l'art du moyen âge que Fénelon\n  qualifiait de barbare. Mais n'est-ce pas aussi l'amour du neuf qui prête un\n  charme d e jeunesse au néo-gothique, dont Montalembert fut le poète en\n  F r a n c e ? Après la débauche du style rococo, la prétention des architectures\n  à colifichets, la froideur solennelle des ordonnances pseudo-grecques, l'ineptie\n  même du gothique à la Victor H u g o , c'était un charme de voir s'élever des\n constructions logiques, sobres et h a r m o n i e u s e m e n t belles, selon les pures\n  traditions médiévales. Cette renaissance conquit les sympathies de tous, et\n depuis plus de trente ans on ne bâtit plus que des églises gothiques ou\n romanes. Je me d e m a n d e m a i n t e n a n t si cette vogue va durer. Après tant de\n siècles de mobilité, où l'art ne fut jamais qu'un perpétuel devenir, avons-nous\n abouti à u n état d'équilibre stable, à u n e forme définitive de l'architecture?\n Qui peut s'en flatter?\n     Le prestige des innovations est nécessaire d'ailleurs pour entretenir la\n ferveur des facultés imaginatives. L'oeuvre d'art jaillit de la spontanéité de\n l'artiste. Or, cette spontanéité est autre chose qu'un laborieux effort d'assimi­\n lation. Elle crée plus qu'elle n'imite. La joie de la création libre entretient\n dans l'âme cette flamme d'enthousiasme dont rien ne peut compenser l'absence.\n C'est pourquoi tout pastiche reste froid, inerte, mort. Pasticher, c'est refaire\nce qui existe déjà, avec une louable application, mais sans émotion possible.\n N'est-ce pas tout le labeur de nos actuels bâtisseurs d'églises? Quel frisson\nvoulez-vous qu'ils éprouvent à compulser des documents et à combiner des\nformules reçues, suivant les contingences des lieux et des budgets? Comparez\nle travail de ces ouvriers laborieux à celui des grands artistes qui dessinèrent\nautrefois les façades de Paris, de Reims et d'Amiens. Le frisson, le voilà,\net il nous secoue encore à six siècles de distance !\n    P o u r achever de nous édifier, jetons un coup d'oeil sur une œuvre moderne,\npar exemple, pour ne pas comparer d'entre elles des choses trop dissem­\nblables, les dessins de la future basilique de Koekelberg, qui veut être le\ndernier cri de notre art national. C'est bien, c'est sage, c'est pondéré, correct\net académique. Mais il est difficile de dire : c'est beau, tant cela reste froid,\ncompassé et solennellement guindé. P o u r t a n t l'ambition de faire grand n'a\npas m a n q u é . La future basilique réalisera le rêve i n t e r r o m p u de la cathédrale\nfrançaise : les nefs croisées cantonnées de six flèches et couronnées d'une\ntour centrale. Mais cette hardie conception ne vaut que d a n s la réalité\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                   FAUT-IL RÉNOVER L'ART CHRÉTIEN                              403\n\n\nconcrète, dans la beauté des formes dont elle se pare. Malgré ses hautes\nambitions, la moderne basilique n'aura pas le charme des choses vraiment\ntrouvées. L a ferveur en est absente. Ce n'est guère plus qu'une b o n n e et\nsavante étude d'archéologie appliquée. E t ce ne pouvait être autre chose, du\nmoment que son auteur renonçait à « trouver ».\n   Pour rénover l'art de bâtir, il faudra d o n c a b a n d o n n e r une veine qui\nsemble bien épuisée, renoncer au pastiche, et se lancer résolument à la\nrecherche d'inventions nouvelles. De l'expérience du passé, des mécomptes\nd'autrefois, on retiendra d'utiles leçons, c'est-à-dire que l'on ne fera plus de\nl'architecture puérilement décorative, mais de la belle et b o n n e construction,\nen matériaux apparents et bien choisis. Seulement l'imagination des archi­\ntectes cherchera a donner une expression de b e a u t é aux formes que la science\nlui suggérera. L'architecte s'apercevra bien vite qu'il y a place pour l'innova­\ntion dans les conditions actuelles de l'art de bâtir, s'il veut bien s'abstraire\ndes idées préconçues.\n   Il y a en effet, dans la circulation des idées courantes, certains principes\narrêtés qui passent à tort pour des postulats évidents. Telle cette affirmation\nsi souvent répétée par les écoles de Saint-Luc : l'architecture gothique est\nnotre art n a t i o n a l . Cela ne signifie certes pas que cet art caractérise notre\nrace ou notre pays. Il a régné sur une région très étendue de l'Europe\npendant trois siècles. Il est sorti de l'évolution du style roman. Il a sombré\ndans un mouvement qui ne fut pas u n progrès dans l'art de bâlir. On y est\nrevenu dans un élan de ferveur archéologique, et ce renouveau n ' a pas été\nsans mérite. Mais cela ne suffit pas pour qu'il doive s'éterniser. D'ailleurs, si\nc'est un principe fondamental que l'art doit être national, il conviendrait de\ns'en tenir chez nous aux particularités qui distinguent nos m o n u m e n t s de\nceux de nos voisins. Q u e si l'on recherche alors les raisons d'être de ces\nparticularités, on s'apercevra qu'elles sont multiples. Les unes tiennent à des\ncauses locales, c o m m e la nature des matériaux ou l'infériorité relative des\nartistes, les autres aux influences des écoles voisines. Quelles raisons bien\npressantes avons-nous de considérer comme des types intangibles et\ninviolables les formes nées sur notre sol de ce concours de circonstances\nfortuites ?\n   Si l'on entend par art national celui qui obvie le mieux aux intempéries\nde notre ciel et qui se plie le mieux aux matériaux dont nous disposons, on\npeut admettre le principe de la nationalité dans ce sens pratique. Or, l'archi­\ntecture gothique résoud-elle adéquatement ces problèmes? On peut en douter.\n Le toit d'ardoises à versant raide n'est pas la meilleure des couvertures. Il\ndonne une prise considérable au vent et présente des dangers pressants\nd'incendie. L e s larges baies garnies de verrières causent une énorme déper­\ndition de chaleur. Il est à peu près impossible de chauffer convenablement\nun vaste édifice gothique. T o u t l'appareil de soutien, contreforts et arcs-\nboutants, rejeté à l'extérieur, est un expédient i n g é n i e u x ; mais il expose\nl'édifice à de nombreuses causes de ruine, puisque ces organes de stabilité\nsont directement exposés aux intempéries. La profusion des détails d'orne­\n mentation, à l'extérieur des édifices, n'est pas indiquée par notre climat. On\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": "404                               DURENDAL\n\n\n\n pourrait poursuivre l'énumération de ces antinomies, bien plus nombreuses\n qu'on ne veut bien le dire.\n    Pour ce qui est des matériaux, nous disposons aujourd'hui de tous ceux\n que l'on peut désirer. Cette richesse assure à notre achitecture des ressources\n que ne connaissait pas l'indigence du moyen âge. Pourquoi ne pas en user?\n Cette richesse nous invite aussi à essayer des innovations dans une voie\n nettement tracée. Pour décorer l'intérieur d'une basilique moderne, nous\ndisposons des marbres, de la pierre diversement nuancée, du fer, du bronze ;\nnous pouvons utiliser, avec la mosaïque, les faïences et les poteries. On a\ntiré un bon parti de ces éléments décoratifs dans des édifices profanes.\nPourquoi n'oserait-on pas les employer dans une église? Sans doute ils sont\ninutilisables dans le style gothique. Mais c'est une raison pour en chercher\nl'emploi judicieux dans un style nouveau.\n   Une crainte retiendra peut-être les gens prudents : le médiocre résultat de\nquelques tentatives isolées, et peut-être aussi la faillite du modern-style qui,\nprécisément, a prétendu tirer parti des matériaux. Dieu nous préserve, en\neffet, d'églises aux membres grêles et contournés, avec, à l'intérieur, les\ncolorations glauques et les méandres filamenteux qui font songer à une vue\nd'aquarium. Nos architectes d'églises devront s'évader de cette obsession de\nformes déliquescentes. Qu'ils cherchent donc dans une autre voie. Mais si\nl'on ne trouve rien qui vaille? C'est possible, mais que l'on cherche quand\nmême. Pour aboutir un jour, il faut qu'on parte. Il faut avoir même cette\nabnégation de s'exposer à tous les mécomptes. On n'a point bâti la cathédrale\nde Paris sans avoir tâtonné longtemps, et il est curieux de voir, dans les\nmanuels d'archéologie, les essais barbares qui ont préludé à la voûte nervée.\nIl est heureux que les gens sensés de cette époque n'ont pas découragé les\nnovateurs. Il est heureux aussi qu'en ces temps fortunés il n'y avait pas de\ncommissions des monuments. Il aurait suffi d'une institution de ce genre\npour paralyser l'effort de la fantaisie libre.\n   Je ne veux pourtant pas médire des commissions des monuments. Mais je\nsouhaite qu'elles encouragent l'initiative, au lieu de prescrire des formules\narrêtées d'avance. Et si elles doivent être conservatrices de quelque chose,\nqu'elles le soient uniquement des principes immuables du bon sens, laissant\nà l'individualité de l'artiste le droit au progrès.\n\n                                                              F. VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "           Un critique du Romantisme\n                       DEPUIS que le XIXe siècle a glissé au sablier du temps, le\n                           R o m a n t i s m e est entré dans l'histoire littéraire. Les disputes\n                           passionnées que souleva ce grand m o u v e m e n t littéraire se\n                           sont apaisées. L a critique en sait parler avec sérénité et le\n                           public lettré en entend parler avec u n e curiosité très déta­\n                           chée. Les détracteurs systématiques et les admirateurs à\n                           outrance se sont faits de réciproques concessions ; et u n e\n                           opinion moyenne s'est établie ainsi, qui risque b e a u c o u p\n                           d'être l'opinion exacte. On reconnaît généralement qu'au\nlendemain des expérimentations matérialistes de la T e r r e u r , le R o m a n t i s m e\nfut une merveilleuse floraison d'idéal — qu'entacha le plus orgueilleux des\nindividualismes.\n    Songet-on parfois que, de toutes les œuvres romantiques, le Génie du Chris-\ntianisme est la seule œuvre de beauté générale et désintéressée, et qu'après\ncela, Chateaubriand lui-même, le fastueux et nostalgique R e n é , dériva dans\nun \" égoïsme \" qui s'accentua peu à peu jusqu'à la morbidité? L'auteur\nd'Atala, c o m m e les autres chefs du mouvement, estimait que seul, le « moi »\net surtout leur « moi » était a i m a b l e ; il constituait, pour eux le centre du\nmonde vers qui tout devait converger et r a y o n n e r . Q u a n d ils étaient joyeux,\nil fallait que tout l'univers sourît ; q u a n d ils étaient malheureux — et toujours\npar leur faute! — il convenait que tout l'univers p l e u r â t ! A distance, cela\nnous paraît très prétentieux et un peu niais; et, si aujourd'hui un poète voulait\nnous en faire accroire de cette façon, nous l'accueillerions par le mot de\nMolière : « T u l'as voulu, Georges D a n d i n ! »\n   Cette p r é d o m i n a n c e de la personnalité dans les livres des maîtres roman­\ntiques, ce mélange complet et intime, chez eux, de la vie de l'écrivain et de\nson œuvre, — l'une n'étant que le substratum d'émotions de l'autre — créent\naux historiens littéraires une obligation nouvelle. Q u a n d il s'agit des Clas­\nsiques, on peut se contenter de résumer sommairement l'existence indivi­\nduelle de l'auteur : ordinairement celte existence influença si vaguement son\nintellectualité ! Mais pour les R o m a n t i q u e s c o m p r e n d r e leur talent implique\nde connaître leur vie. E t comme cette vie n'eut jamais rien de simple et fut\ntissue de péripéties enchevêtrées de d é b a u c h e s , d'orgueil et de vanité, on voit\nl'écheveau à débrouiller.\n   M. Léon Séché à voulu ainsi écrire l'histoire du R o m a n t i s m e . M. Séché\nest un esprit très informé, très consciencieux et très perspicace, ayant,\n\n\n (1) LÉON S É C H É : Etudes d'histoire romantique : Sainte-Beuve        (2 vol.); Alfred    de\nMusset (2 vol.) ; Lamartine (1 vol.) — Paris, Mercure de France.\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": "406                                  DURENDAL\n\n\nde plus, en face de situations scabreuses, le sens le plus méritoire de\nla décence. Il a d'abord entrepris Sainte-Beuve. Des deux volumes qu'il lui\nconsacre, le premier analyse l'œuvre de l'écrivain — une œuvre qui fut si\nh a u t e m e n t déterminative de la critique m o d e r n e , mais où tant de jugements\nsont faussés par l'amour-propre et les rancunes de l'homme !\n    L e second volume — tout entier ! — traite des m œ u r s de Sainte-Beuve —\net quelles m œ u r s ! La moindre polissonnerie de ce Lovelace fut de cultiver la\ntrahison au foyer m ê m e de Victor H u g o , qui était son meilleur ami ! Sainte-\n Beuve eut le cynisme de chanter cette aventure dans le Livre d'amour, dont sa\nlâcheté ordonna la publication p o s t h u m e et qui est u n des déshonneurs de la\npoésie r o m a n t i q u e . On sait, du reste, que Victor H u g o ne valait guère mieux,\nlui qui, pendant de longues a n n é e s , imposa à sa femme la présence conti­\nnuelle et humiliante d'une tierce p e r s o n n e .\n    M. Séché s'occupe ensuite d'Afred de Musset. L u i aussi bénéficie de deux\nvolumes très compacts : le tiers à peine en est voué à l'appréciation des\nœuvres du poète. L e reste est occupé d'abord par « les camarades de\n Musset », b a n d e de fêtards sans vergogne qui fit faire, à la Muse des Nuits, le\ntour de toutes les perversités humaines — et puis par les « femmes » (du\ngrand bas-bleu George Sand au petit bas-bleu Louise Colet) qui entretinrent\nchez le chantre de Rolla à la fois le goût de la luxure et le don des larmes.\n    Enfin, M. Léon Séché aborde L a m a r t i n e . . .\n    L a faculté de pénétration de l'historiographe est si impitoyable, qu'on\n n'ouvre point u n tel livre sans appréhension. L a désillusion serait grande et\ncruelle si une éclaboussure de boue allait atteindre la noble et pure image\nque représente pour nous tous ce n o m de L a m a r t i n e ! L a poésie si haute­\nment spiritualiste ou si chastement amoureuse des Méditations et des Harmonies\npourrait-elle avoir un envers de dégradantes faiblesses personnelles?\n    Sans doute, nous le savons, Lamartine commit des fautes, il eut des témé­\nrités — et son aile blanche de cygne frôla parfois la poussière des chemins\n défendus. M. Léon Séché signale fort sagacemment dans l'œuvre lamarti­\n nienne telles tendances à la « mysticité voluptueuse » et a une « piété\n toute païenne ». C'est la rançon payée, par l'écrivain, à l'influence, alors\n prédominante, de J.-J. Rousseau. Mais il y a loin de là aux aventures cou­\n pables que certains normaliens doctrinaires, importunés sans doute par le\n fier idéalisme du poète, lui veulent mettre à charge. M. Léon Séché repousse\n ces accusations avec mépris.\n     Il fait mieux et p l u s ; soulevant le voile qui enveloppait jusqu'ici la figure\n mystérieuse de celle qui fut « El vire », nous mettant sous les yeux la corres­\n pondance de la femme qui fut l'Egérie de L a m a r t i n e , M. Séché s'efforce\n d'établir que le lien qui unit ces deux êtres fut exclusivement spirituel — et\n que la basse sensualité n'y eut a u c u n e part. Grâce à M. Léon Séché, nous\n pouvons donc continuer à admirer sans remords et sans arrière-pensée le Lac,\n le Crucifix, l'Immortalité, cantilènes incomparables d'élévation et de noblesse,\n les plus belles peut-être et les plus émouvantes que des lèvres humaines aient\n jamais modulées, chefs-d'œuvre de la pensée lyrique universelle.\n\n                                                           FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "                          Lettre de Paris\n                       Ou allons-nous ? T o u t est bouleversé. Voilà que pour la\n                           première fois depuis que le m o n d e existe, la F ê t e des\n                           Fleurs n'a pas été diluviennement saucée? A quoi pensait\n                           donc le préposé aux mamelles des vaches d ' I n d r a ? U n e\n                           Fête des Fleurs par u n soleil suffisant est u n e singularité\n                          à peine concevable, tandis q u ' u n défilé, sous u n e pluie\n                          battante, de chars fleuris chargés de jolies impures\n                          c o n g r û m e n t maussades, voilà u n spectacle auquel on est\n                          habitué. L e poète l'avait bien dit : « Q u e m'importe que\ntu sois sage ? — Sois belle et sois triste... » E t il avait conclu avec sagesse :\n « L'orage rajeunit les fleurs. »\n   Au fond, Jupiter et Flore ont raison. L a pluie, qui vivifie les roses et qui\naffale les h u m a i n s , devrait être l'accompagnement obligatoire de ces sortes de\nfoires aux vanités. Il n'est pas de divertissement moins divertissant q u ' u n e\nbataille de fleurs. Quoi de plus saugrenu au coup d'oeil q u ' u n carrosse arbo­\nrescent? D a p h n é transformée en laurier pouvait encore se souffrir, mais un\ntaximètre à qui il a poussé des branches, u n e automobile qui a fleuri des\norchidées, quelle cocasserie ! E t le malheureux cheval qui secoue des harnais\nà guirlandes, et les roues imbriquées de bouquets de violettes à deux sous,\nqui tournent, qui tournent, si vite qu'on ne voit pas les fleurs, pauvres fleurs\nsouillées de poussière, parfumées de crottin ou de pétrole...\n   Aux belles jeunes femmes qui se prélassent dans ces voitures, seulement,\nles fleurs vont bien. Elles, uniques, les sœurs des déesses, ont le droit de\nravir les filles du sol pour s'en parer. U n e fleur à une boutonnière d'homme,\nc'est toujours u n peu prétentieux, alors qu'un corsage de jeune fille ne se\ncomprend qu'à peine sans un bouquet. Les pâquerettes se réjouissent d'être\ncueillies dans les prés par de graciles doigts féminins alors qu'elles souffrent\nd'être arrachées brutalement par des mains mâles, fût-ce de beaux adolescents\nsuivis de leurs amoureuses. L e proverbe le dit : Il ne faut jamais battre les\nfleurs, pas même avec une femme !\n   Ce printemps justement, les fleurs s'arborent sur les vastes chapeaux des\nélégantes. L e u r s couleurs ardentes s'harmonisent en une symphonie de\ncontrastes intransigeants. Du blanc, du j a u n e , du rouge, du bleu, tout cela\nflamboie, ondule, se heurte, et l'effet produit est charmant. Assez longtemps\nnous nous sommes plu aux teintes sobres et fondues sous prétexte de dis­\ntingué et d'aristocratique, voilà que le Chevalier P r i n t e m p s nous rend les\néclats coruscanls de la vraie beauté, car quoi de plus distingué, ô mièvres\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "408                                 DURENDAL\n\n\nvicomtesses, que les fleurs, et de plus aristocratique que la nature elle-même?\nJ'ai failli me brouiller avec l'une de vous parce qu'elle avait choisi, pour ce\np r i n t e m p s , u n chapeau de raisins pâles et de pampres alanguis, des raisins\nq u a n d l'orgie colorée des fleurs règne en maîtresse, quand les grappes ne\nsont encore qu'un très lointain et très problématique espoir, q u a n d le Midi\nse soulève et menace de reconquérir la Gaule pour lui imposer le muid indi­\nviduel obligatoire!\n     E n c o r e ces fleurs dont s'enorgueillissent les chapeaux de nos belles sont-\nelles d'artistiques simulacres. Leurs modèles vivants restent dans les cor­\nbeilles, et ne devraient pas en sortir. Les fleurs ne sont vraiment elles-mêmes\nqu'en plein air, en pleine terre, sous la caresse du soleil et de la brise. Déjà\ndans les potiches des salons, elles prennent un air mélancolique. Quel par­\nfum de lilas, dans le plus délicat boudoir de jeune femme, vaudra celui\nqu'exhalent les massifs naturels d'une c a m p a g n e crépusculaire? D a n s les\néglises même je trouve que l'haleine des fleurs ne va pas sans quelque\ntristesse; leur charme délicat s'intimide à ces recoins austères, il ne peut\nvaincre l'odeur des murs parfois un peu moisis et des vieilles dévotes parfois\nmal soignées en leurs d e s s o u s ; c'est u n autrement vigoureux parfum qu'il\nfaut pour dompter ces relents de la pauvre humanité et de la vétusté archi­\nt e c t u r e ; l'encens, seul, le juste, subtil et puissant encens est capable de sub­\nmerger tout sous la vague de ses effluves dominateurs. Les fleurs qu'il faut\naux églises ce sont les tulipes d'orfèvrerie, les marguerites de mosaïque, les\nlys des tableaux mystiques et les roses des vastes portails aux vitraux que le\njour fait flamboyer et que seule peut éteindre la nuit, « la sacrilège nuit par\nqui meurent les roses ».\n     E t les cérémonies funèbres, quel triste usage que celui qui leur a accordé\nles fleurs ! Ce souvenir de leurs fragrances en est devenu si fâcheusemeut lié à\nl'amertume des larmes ! Des pétales sur les cercueils, sur nos affreux cercueils,\nquel contresens ! T o u t au plus sur la litière d'une Juliette, qu'on emporte à\ndécouvert, comme si elle dormait, par les rues de Vérone : Des fleurs ! Jetez\ndes fleurs ! La plainte merveilleuse de la musique berliozienne accompagne\ndignement ici le cortège mélancolique mais point désespéré, puisque les\n Dieux aiment ceux qui meurent jeunes, et qui meurent d'amour. Mais pour\nles autres funérailles, de vieillards ou de malades ou de quelconques, pas de\nfleurs ! Des immortelles dont aucun relent ne s'exhale, des branches de myrte\n ou de cyprès dont nous sommes habitués à mêler l'odeur forte et saine à celle\n des tombeaux, et des flots d'encens tourbillonnant des cassolettes et des\n lampadaires, voilà ce qui convient aux rites funèbres. Q u e les fleurs, les\n chastes et voluptueuses fleurs, soient réservées tout au plus aux cérémonies\n nuptiales...\n      Mais se les jeter de voiture à voiture avec des mines prétentieuses ou des\n éclats de rires vulgaires, en b o m b a r d e r des museaux de haridelles ou des\n couvercles de limousines, en joncher le sol poussiéreux ou fangeux pour que\n le lendemain le balayeur municipal les pousse, p a u v r e s petits cadavres\n fripés, à la bouche d'égout, vraiment non ! Il nous faut respecter ces sœurs\n inférieures, et à tels points de vue si supérieures : que de nos compagnes qui\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                                LETTRE DE PARIS                                    409\n\n\ngagneraient à avoir — et sans l'ironie rivarolienne — de l'esprit comme u n e\nrose ! La F ê t e des Fleurs ne doit pas avoir lieu à jour fixe, ni consister à\nsaccager les parterres pour un misérable plaisir d'une h e u r e . Elle doit durer\ntout un mois, toute une saison, tout le p r i n t e m p s , et aussi tout l'été, et même\ntout l'automne, puisque la cour des chrysanthèmes n'ouvre ses salons qu'en\nnovembre. E t elle doit consister à admirer, à respirer, à adorer ces belles\ncréatures du ciel et du sol qui ne travaillent ni ne filent, et qui cependant\nsont mieux vêtues que Salomon dans toute sa gloire.\n   Quels exemples précieux ne nous donnent-elles pas en ce temps de travail\nâpre et de laideur pénible ! Elles nous enseignent que la beauté est conforme\nà la nature et qu'elle est d'autant plus enivrante qu'elle est plus spontanée et\nplus désintéressée. Elles nous a p p r e n n e n t que tout d'ailleurs n'a qu'un temps,\net que le moment fatal venu il faut savoir avec résignation laisser ses corolles\ns'effeuiller au vent d'hiver. Elles nous incitent m ê m e à la haute philosophie\nmorale en nous montrant que la beauté n'est pas tout, puisque les plus belles\nd'entre elles ne d o n n e n t que des fruits inutiles, et que les fruits les plus\nsavoureux ou les plus nourrissants sont fils de fleurs u n peu disgraciées,\nmême celle de l'amandier, même celle de l'oranger, et qu'ainsi il ne faudrait\npas sur terre poursuivre u n i q u e m e n t la beauté, puisque ce serait aboutir à la\nstérilité ou à l'insuffisance, mais que la beauté n'en joue pas moins son rôle,\net son grand rôle ici bas, rôle qui non seulement n'est pas hostile à l'éthique\nmais même lui est fraternel, puisque le profond dessein de la nature a voulu\nque la beauté visible des fleurs fût mise à ce qui nous d o n n e le plus\nintensément l'idée de l'exquisité spirituelle et de la sainteté religieuse, le\nparfum !\n\n                                                                    HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "                         LES LIVRES\n\n L a F a u s s e R o u t e , par MAX DEAUVILLE. — (Editions de la Belgique\n   Artistique.)\n   Dédaigneux du négoce paternel, P i e r r e Volanelle, au sortir du collège, se\ndestine ingénument à la gloire. Il choisit, pour y atteindre, la voie si sûre en\nBelgique de la littérature, et le déclare sans ambages à son père atterré, qui\nlui proposait justement de l'intéresser à ses affaires. Pierre avait déjà mani­\nfesté sa vocation dans quelques poèmes assez niais en l'honneur d'amantes\nidéales. Il décidait de se mettre sérieusement au travail, lorsque, à l'impro­\nviste, son rêve d'amour prit corps : c'était u n e ex-demoiselle de magasin de la\nmaison Volanelle qui, ayant mal tourné, se nommait aristocratiquement\nMadeleine de Brévalles. P o u r cette petite grue, P i e r r e fit, au désespoir de ses\nparents, les bêtises d'usage. Elle le trompa bientôt selon ses mérites et tua son\ngénie d a n s l'œuf. T r e n t e ans passent, et l'on revoit Pierre Volanelle, rentré\ndans le b o n chemin, grisonnant, b e d o n n a n t , heureux, derrière le comptoir\nhéréditaire. C'est, paraît il, u n e histoire vraie. M. Max Deauville, qui nous\nla conte, est, si je ne me t r o m p e , u n tout nouveau venu dans les lettres.\nSa syntaxe est mal sûre encore, parfois, et il n ' é c h a p p e pas toujours au\ncliché. Mais il sait écrire, voir et montrer. Ses portraits vivent, ses\ncroquis de m œ u r s bruxelloises sont exacts. Il a le trait sobre, précis et net,\nde l'ironie, de la délicatesse, de l'esprit,un constant souci de probité littéraire.\nSon début p r o m e t .                                                       M. D .\n\nL a prêtresse d'Isis,           légende de P o m p é i , par EDOUARD SCHURÉ. —\n  (Paris, Perrin.)\n   P o u r bien saisir la psychologie des héros de ce r o m a n , il faut avoir lu les\nlivres précédents de l'auteur et spécialement Les Grands Initiés et Les Sanctuaires\nd'Orient avec lesquels il forme en quelque sorte une trilogie. C'est somme\ntoute l'idée de ces deux livres antérieurs exposée à nouveau d'une façon\nvivante et sous forme de roman. L'auteur y fait revivre une Pythonisse des\ntemps passés, u n e voyante antique et nous montre son âme tiraillée entre\ndeux amours, celui d'un être profane et celui de l'idéal mystique qui est\nle sien.\n   Tout l'intérêt du roman est concentré sur les personnalités d'Alcyonée,\nla prêtresse d'Isis, de Memnonés, l'initié et de Hédonia Métella, grande dame\nromaine de la décadence qui se sert à la fois de la magie noire et d'une\nrare perversité pour séduire ses victimes.\n   L'auteur a puisé les détails de son beau roman dans les traditions de la\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                                   LES LIVRES                                     411\n\n\nscience occulte qu'il a mise en accord avec la psychologie expérimentale\nmoderne.\n   Ce livre étonne u n peu au premier abord, parce que le sujet est tellement\nen dehors de toutes les conceptions de nos romanciers actuels. Sous ce\nrapport, il sort de la banalité coutumière, ce qui n'est pas à dédaigner. Il est\nécrit d'une façon poétique et séduisante comme tous les livres de M. S c h u r é .\nIl est intéressant aussi en ce qu'il fait évoluer sous nos yeux, en des pages\npittoresques, le vieux m o n d e de l'Egypte, de P o m p é i et de la R o m e des\nCésars que l'auteur ressuscite devant nous d'une façon étonnante et pleine\nde c h a r m e .\n\n\nT e r r e s L o r r a i n e s , par E M I L E MOSELLY. — (Paris, P l o n . )\n  Beau r o m a n , solidement construit, bien écrit, intéressant. Il contient des\npages extrêmement pittoresques sur le p a y s lorrain et sur la vie et les m œ u r s\ndes pêcheurs. L'auteur décrit admirablement la beauté fruste et le profond\nmystère des forêts. Il y a là des tableaux littéraires brossés avec u n art con­\nsommé. Q u a n t au r o m a n lui-même, c'est u n e histoire passionnée excessive­\nment émouvante où la lutte des passions h u m a i n e s est vivement dépeinte ;\nhistoire douloureuse qui finit d'une façon tragique et dont je ne conseillerais\npeut-être pas la lecture aux cœurs trop sensibles, mais certes à tous les artistes\ncurieux de belle et forte littérature.\n\n\nIls    r e g a r d e r o n t v e r s L u i , par REYNÈS MONLAUR. — (Paris,\n   Perrin.)\n   Rien n'est plus a r d u que d'incarner d a n s des nouvelles littéraires des\nscènes de l'Evangile. R e y n è s Monlaur l'a tenté, mais sans succès à mon avis.\nLes histoires qu'il raconte en les amplifiant sont cent fois plus attachantes\ndans le texte sacré. J'avoue franchement que ces contes évangéliques ne\nm'émeuvent absolument p a s . Ou bien l'auteur n'est pas ému lui-même, ou\nbien il n'a pas assez de talent p o u r c o m m u n i q u e r son émotion.\n   L'Evangile est a u t r e m e n t beau que ses contes et je me hâte de laisser\nceux-ci qui sont longs et filandreux pour reprendre la lecture du G r a n d Livre\nsi poétique et si touchant dans son éloquente sobriété.\n                                                                           H . M.\n\n\nL ' e v a n d e s V a r e c h s , par DIDIER DE ROULX. — (Anvers, Buschmann.)\n  Voici la lettre q u ' H u b e r t Krains adresse à l'auteur au sujet de son livre :\n   « J'ai lu avec autant de plaisir que d'intérêt le livre que vous avez eu l'ama­\nbilité de m'envoyer. C'est u n e belle et forte idylle où se reflète admirablement\nla rude vie de nos F l a n d r e s . U n pédant pourrait relever çà et là quelques\npéchés véniels contre la g r a m m a i r e , mais c'est u n détail, u n e tare légère et\nfacilement réparable. E n revanche, vous possédez a b o n d a m m e n t ce qui ne\ns acquiert pas : votre style a de la saveur, vos descriptions du relief; vous\navez u n œil qui voit juste et une façon personnelle de conter. J e vous en\nfélicite très sincèrement. » ( H U B E R T KRAINS.)\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "412                                    DURENDAL\n\n\nA u d e l à , d u C œ u r , par ALBERT DE BERSAUCOURT. — (Vie et Amat,\n   Paris.)\n   On a i m e à louer un débutant qui, tel M. Albert de Bersaucourt, nous\napporte déjà plus que des promesses. D a n s les dix-huit nouvelles composant\nce volume, tout n'est point d'égale qualité. U n accent trop romantique gâte\ncertaines pages, parfois la phrase du conteur apparaît bien touffue, mais\nceci est plutôt un défaut de ses qualités, mieux vaut l'abondance et m ê m e la\npléthore que l'alanguissement du style. Il y aura assurément, d a n s les p r o ­\nchains livres de M. de Bersaucourt, plus de clairières avec le b e a u ciel bleu\ninondé de soleil. Sans s'attarder à l'expression des choses, au paysage pour\nlui-même, notre auteur poursuit l'analyse approfondie du personnage. Chaque\nconte forme u n e petite étude — presque toujours un petit drame — psycho­\nlogique, sans q u e l'action se ralentisse. Des qualités d'imagination et u n sens\nintéressant de la composition se révèlent ici. J e me figure que M. de Bersau­\ncourt serait très à l'aise dans le roman, et c'est là, dans ce domaine étendu où\nses qualités natives se développeraient largement, que n o u s voudrions le\nretrouver bientôt.                                                       G. V.\n\nSujets et Paysages, par                 H E N R I DE R É G N I E R . — P a r i s , Mercure de\n   France.)\n   M. de Régnier a réuni sous ce titre des chroniques ingénieuses et mélanco­\nliques, parues la plupart, si je ne me t r o m p e , d a n s le Gaulois. Ce sont impres­\nsions d'art, d'histoire, de voyage et de lecture, de la critique juste mêlée à de\nla fantaisie, à du rêve ailé de poète. Son souvenir erre tour à tour dans Venise,\nà R o m e , en Sicile, d a n s cette Candie où régna Minos. L'Amérique, dont les\ncités nombreuses le frappèrent seulement par leur laideur, l'a déçu : les villes\nde l'avenir lui donnent bien moins que celles du passé la sensation d'étonne­\nment si chère au voyageur. Il se plaît aux lieux qui lui rendent plus vives des\nprésences illustres et passées : suivons-le de la maison de Musset au jardin de\nl'Arioste, où, dans le silence et la solitude, il semble qu'on respire l'odeur d'un\nlaurier invisible. Il aime Sévigné et Stendhal, Chateaubriand et Taine, H u g o ,\nJoris-Karl H u y s m a n s , et déteste Sainte-Beuve. Ses « essais » sur la mort de\nla lettre, sur l'homme d'esprit, sur la cuisine sont exquis. E t l'on sait, d'ail­\nleurs, que la prose de ce poète est l'une des meilleures qu'on puisse lire\naujourd'hui.                                                                         M. D .\n\nClartés, Notes et P o c h a d e s , par M m e M A R I E D A U G U E T . — (Paris, Sansot.)\n   Flâneries rêveuses, méditatives ou érudites en Italie, à Venise, à Florence,\nà Naples... Vers et prose entre lesquels la poésie se partage également. E t la\npoésie est partout en ce p a y s ; il n'y a qu'à p r e n d r e , à pleines mains, à plein\ncœur : poésie chrétienne ou poésie païenne, selon le lieu et selon l'humeur —\nDieu ou les dieux, M me D a u g u e t qui, d'esprit et de tempérament, préfère\nceux-ci, après les avoir cherchés à Florence et à R o m e , les a rencontrés dans\nla baie de Naples, où, à vrai dire, l'on respire la mythologie dans l'atmo­\nsphère, dans le parfum et la douceur de la vie ; et cette rencontre lui a inspiré\nquelques pages qui sont parmi les plus lyriques de son livre intéressant.\n                                                                      ARNOLD G O F F I N .\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "                              NOTULES\n\n     Lettre ouverte au Ministre des Beaux-Arts. — on m'a fait\nremarquer, très justement du reste, que, dans la susdite lettre, j'avais omis\ncertains noms d'écrivains qui s'imposaient. J'en tombe d'accord. Mais j ' a i fait\nces citations au hasard de la mémoire. S'il s'était agi d'une étude littéraire\ndes omissions eussent été inexcusables. Mais ce n'était pas u n e étude de ce\ngenre, mais u n e simple lettre ayant pour but d'attirer l'attention du Ministre\nnon pas tant sur des personnalités littéraires mais plutôt sur la littérature\nbelge en général. J'engageais du reste le Ministre à lire la belle étude\nd'Eugène Gilbert qui renferme u n e liste absolument complète de tous nos\nécrivains. P a r m i ceux que j ' a i oublié de citer on m'a signalé très judicieuse­\nment notre s y m p a t h i q u e confrère P a u l André qui a tant d'œuvres littéraires\nà son acquit. Il faudrait y ajouter d'autre noms encore, par exemple celui\nd ' H e n r i Davignon, un j e u n e , dont les dernières œuvres dénotent certes u n\nvrai tempérament d'artiste. J'en ai sans doute omis d'autres encore ; qu'ils\nveulent bien croire que c'est un oubli absolument involontaire.             H . M.\n\n                                         ** *\n\n   Le concours d'oeuvres dramatiques belges, organisé par\n« Ostende-Centre d'Art », a d o n n é de brillants résultats. U n grand nombre\nd'œuvres ont été soumises à l'appréciation du j u r y . Celui-ci considéra que sa\nmission était plutôt d'encourager un art encore hésitant que de reconnaître\ndes gloires consacrées. C'est pourquoi ils ont cru devoir rendre plutôt u n\nhommage public q u ' u n encouragement aux œuvres de deux maîtres de notre\nlittérature, Savonarole d ' I w a n Gilkin et l'Imposteur Magnanime de G. E e k h o u d .\nNos lecteurs ont eu la primeur de cette dernière œuvre, que nous avons\npubliée intégralement avant son apparition en librairie. L e j u r y a décerné à\nces ouvrages des prix spéciaux.\n   Le prix destiné au T h é â t r e de plein air a été décerné à M M . Valère Gille\net Henry L i e b r e c h t pour leur légende nationale : Le Sire de Binche.\n   Ces trois œuvres mises à part, le j u r y a retenu sept ouvrages. Il a attribué\ndes prix à MM. H . Van Offel pour l'Oiseau mécanique; E . de Tallenay, pour\nVivia Perpétua; F . Bodson, pour Le Conflit, et des primes à M M . G. H e u x\npour La Cariatide; L. Paschal, pour Hélie; L . Ryckx, pour Que ion Règne\narrive; A. Joly, pour Le Sang.\n\n                                          ***\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "414                                DURENDAL\n\n\n    C o n c o u r s l y r i q u e . — Voici le règlement du concours lyrique\ninstitué par la Société des Bains de mer d'Ostende et d o n t nous avons parlé\nrécemment :\n   ARTICLE PREMIER. — Il est ouvert, entre musiciens belges, un concours\npour la composition d'une œuvre dramatique et lyrique, en un ou\nplusieurs actes.\n   A R T . 2. — L e s partitions seront inédites, c'est-à-dire qu'elles n'auront pas\nété publiées ni exécutées antérieurement au jugement du concours.\n   A R T . 3. — Les poèmes, soit français, soit flamands, devront être l'œuvre\nd'écrivains belges.\n   A R T . 4. — T o u t e liberté est laissée aux concurrents dans le choix du sujet\net des moyens d'expression (éléments vocaux et instrumentaux).\n   A R T . 5. — L e s concurrents devront présenter à la direction musicale du\nKursaal la partition d'orchestre complète et parfaitement lisible. U n e\nréduction pour piano de la partie orchestrale sera réalisée au bas de\nchaque page.\n   A R T . 6. — Chaque partition portera une devise; cette devise sera repro­\nduite sur u n e enveloppe cachetée contenant les nom, prénoms et adresse du\ncompositeur.\n   A R T . 7. — L e jury, sélection faite entre les partitions présentées au\nconcours, p o u r r a , s'il le j u g e utile, inviter les auteurs des partitions\n réservées à donner u n e audition de leurs œuvres, d a n s les conditions qu'il\ndéterminera.\n    A R T . 8. — U n e somme de 50,000 francs est affectée à ce concours, pour\n être répartie comme s u i t : premier prix, 25,000 francs; deuxième prix,\n 15,000 francs; troisième prix, 10,000 francs.\n   A R T . 9. — L e s œuvres présentées au concours resteront la propriété de\nleurs auteurs. Toutefois M. Marquet, directeur général de la Société des\n Bains de Mer, se réserve le droit de faire exécuter, en première audition, les\nœuvres primées, soit dans le texte original, soit en traduction. D a n s ce cas, le\nou les auteurs s'engagent à ne pas disposer de leurs œuvres avant l'expiration\ndu délai d'un an à partir du jugement du concours.\n   A R T . 10. — Les partitions manuscrites doivent être déposées à la direction\nmusicale du Kursaal d'Ostende au plus tard le 31 décembre 1907.\n   A R T . 11. — L e jury rendra son j u g e m e n t au plus tard le 31 mars 1908.\n   A R T . 12. — L e jury aura seul le droit de résoudre les questions relatives\nau concours non prévues au présent p r o g r a m m e .\n   T o u t e d e m a n d e d e renseignements complémentaires devra être adressée à\nla direction musicale du Kursaal d'Ostende.\n    Arrêté en séance, à Ostende, le 30 mai 1907.\n   Le jury : MM. L é o n Rinskopf, président; J a n Blockx, Gustave Huberti,\nMaurice Kufferath, Emile Mathieu, E d g a r Tinel, Léon L e s c r a u w a e t .\n                                          * * *\n   L e S a l o n t r i e n n a l d e B r u x e l l e s . — La Commission organisa\ntrice du Salon de Bruxelles a été installée le 13 juin, par M. le Directeur\ngénéral des Beaux-Arts, au Ministère des Sciences et des Arts.\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                                   NOTULES                                  415\n\n\n   La Commission a procédé à l'élection de son bureau. Ont été élus :\nPrésident, M. F. Courtens; Vice-Présidents, MM. V. Rousseau et A.\nVerhaeren.\n   M. E. Acker, architecte, sur le nom duquel les suffrages s'étaient d'abord\nportés pour une vice-présidence, n'a pas accepté de remplir ce mandat.\n   La date de l'ouverture du Salon a été fixée au mercredi 28 août. Clôture\nau commencement de novembre. Les envois devront être remis au local\n(Cinquantenaire, aile gauche), du 18 au 31 juillet.\n   La désignation des délégués chargés de l'admission et du placement dans\nles sections de Peinture à l'huile, d'Aquarelle et Pastel aura lieu incessam­\nment, ainsi que l'élaboration du règlement définitif. Ce règlement sera ensuite\ncommuniqué aux intéressés qui recevront en même temps les documents\nutiles à leur participation au Salon.\n\n                                     *   *\n   L'œuvre dramatique de César Franck est peu connue, bien\nqu'elle mérite de l'être au plus haut degré. Elle n'a donné lieu, jusqu'à\nprésent, à aucune monographie. M. CHARLES VAN DEN BORREN a comblé cette\nlacune, dans l'ouvrage que l'éditeur Schott vient de mettre sous presse.\nCelui-ci débute par une Introduction, dans laquelle l'auteur met en lumière les\ndivers aspects du génie dramatique de César Franck. Deux chapitres sont\nconsacrés à l'étude critique des livrets de Hulda et de Ghtselle et à l'examen de\nleurs points de contact avec les sources littéraires auxquelles ils ont été\npuisés. Les deux autres chapitres comportent l'analyse détaillée des parti­\ntions des deux drames lyriques de C. Franck. Cette partie de l'ouvrage est\nillustrée par la reproduction d'un grand nombre de thèmes conducteurs et de\nfragments musicaux caractéristiques.\n   On peut souscrire dès maintenant à l'ouvrage chez l'éditeur Schott,\n56, Montagne de la Cour, Bruxelles. Prix du volume : fr. 3.50.\n\n                                     .*»\n\n   M . C h a r l e s B u l s , qui est toujours vivement intéressé à tout ce qui\nconcerne l'esthétique des villes, a suggéré l'idée d'une exposition rétros­\npective qui ne peut manquer d'avoir un grand succès : celle de l'Habitation en\nBelgique.\n   Elle s'ouvrira le 14 juillet prochain à Gand, dans le nouvel Hôtel des\nPostes, et réunira un grand nombre de documents iconographiques relatifs à\nl'histoire de l'habitation depuis le Moyen Age jusqu'à l'Empire.\n\n\n  Concours et exposition d' « ex-libris ». — Le Syndicat des\nindustries du Livre de la Flandre orientale organise un concours pour le\ndessin d'ex-libris. Ce concours comprendra plusieurs sujets ou catégories; un\nprix d'une valeur de 50 francs sera affecté à chaque catégorie. Il coïncidera\navec l'Exposition d'ex-libris anciens et modernes qui aura lieu dans une salle\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "416                                  DURENDAL\n\n\nde la bibliothèque de l'Université et de la ville de Gand pendant les mois de\njuillet et d'août prochains.\n   L e concours pourra c o m p r e n d r e en outre des sujets désignés p a r des\namateurs.\n   Le p r o g r a m m e détaillé sera envoyé aux personnes qui en feront la d e m a n d e\nau Secrétariat, rue Longue-des-Violettes, 23, à G a n d .\n\n\n\n     L a R e v u e H e b d o m a d a i r e de Paris, éditée par la maison P l o n , de\nP a r i s , a publié dans son numéro d u 8 juin un très intéressant et très judicieux\narticle de LÉON DAUDET sur H u y s m a n s , sous le titre : A propos de J.-K. Huys-\nmans. Cet article est à lire.\n\n                                          ***\nAccusé de réception :\n  A R T : La médaille de l'Académie royale de peinture et de sculpture de Paris et ses\nimitations, par A L P H . D E W I T T E (Chalon, Bertrand). — Royal academy and new\nGallery pictures 1907, illustré ( L o n d o n , Black et W h i t e ) .\n   L I T T É R A T U R E : Pensées et fragments, par BALLANCHE ( P a r i s , Bloud). —\nNewton, par CARRA DE VAUX ( I d e m ) . — Charles Darwin,           par E M I L E   THOU­\nVEREZ ( I d e m ) .\n  M U S I Q U E : Mendelsohn, par CAMILLE BELI.AIGUE (Collection des Maîtres\nde la musique. P a r i s , Alcan).\n  P O E S I E : Toute la Flandre. La guirlande des dunes, par E M I L E VERHAEREN\n(Bruxelles, D e m a n ) . — Eblouissements, par la comtesse DE NOAILLES (Paris,\nCalmann-Lévy), — Sur l'autre rive, par OMER DE VUYST (Bruxelles, Lamertin).\n— Fantaisies, p a r E L O I SERVAIS (Verviers, L'Edition artistique).\n   R E L I G I O N : Du diable à Dieu. Histoire d'une conversion, par ADOLPHE\nR E T T É (Paris, Messein). — La crise morale des temps nouveaux, par P A U L BUREAU\n(Paris, Bloud). — L'eau bénite, par AMÉDÉE GASTOUÉ (Idem). — La carte\nreligieuse de Paris, par l'abbé RAFFIN (Paris, Lecoffre).\n     R O M A N S : La peur de l'amour, p a r H E N R I DE RÉGNIER (Paris, Mercure de\n France). — L'émigré, par PAUL BOURGET (Paris, P i o n ) . — Croquis de jeunes\nfilles, par H E N R I DAVIGNON ildem). — Le loup dans la bergerie, par ALEXIS\n N O Ë L (Idem). — Malgré l'amour, p a r BRADA (Idem). — Le masque tombe, par\n H E N R I LIBRECHT (Bruxelles, L e b è g u e ) . — Vie et aventures merveilleuses du\n célèbre Monsieur de Boit, p a r ADOLPHE LAURAIN (Paris, Société française d'im­\n primerie). — Le lendemain du péché, par le vicomte D ' H E N N E Z E L (Paris, Perrin).\n — L'ile héroïque, par L o u i s LEFEBVRE (Idem). — Maître Josias, par MARIE\n DIEMER (Idem). — Les circonstances de la vie, par C . - T . RAMUZ (Idem).\n  T H E A T R E : Les intellectuels, par HORACE VAN O F F E L (Bruxelles, Larcier).\n— L'oiseau mécanique, par le même ( I d e m ) . — Le théâtre édifiant : Cervantes,\nTirso de Molina, Calderon, par MARCEL DIEULAFOY (Paris, Bloud).\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "r\n            ©MPAQNIE^KQLAISE\n                                   J&O) PLACE DE BROUCKÈRE\n                                              x ?\\N<QLE DE LA RUE fossÉ   AUX £OUPS x\n\n           _ C H O Q U E et ZORN\n                     TÉLÉPH.2014\n\n\n\n\n             La COMPAGNIE ANGLAISE s'est composé un t r è s joli choix des plus\n    élégantes nouveautés spécialement réservées au costume de plage et de t e n n i s .\n                            Ses modèles sont d'une coupe correcte et distinguée\n      ils r é u n i s s e n t presque toujours toutes les plus nouvelles créations de la mode.\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": "FABRIQUE DE MATELAS\n                       Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                         piédaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n                                                              :\n                      BERVOETS wTËLEMANSFOURNISSEUR DE LA COUR\n\n          6, 8 , 1 0 , 1 2 , Rue du Midi *» BRUXELLES\nUsine à vapeai», I^avoit» de laines : J^UÉ ©ES GOUJONS, 120\n\n              THE GRESHAM\n            (Compagnie         d'assurances     sur la vie)\n                     Fondée à. L o n d r e s 1 8 4 8\n                E t a b l i e en Belgique e n 1 8 6 5\n                      Actif : près de 8 3 3 millions\n              Sinistres payés en Belgique : 8 2 millions\n                                                                  Paul Claessetjs\n                                                                   Relieur-doreur de 8. A. R. Mme | a Comtesse de Flandre\n                  PRIMES   MENSUELLES\n                     SUCCURSALE BELGE :                            24, rue de Berlafmont, Bruxelles\n              3 , place Royale, B R U X E L L E S\n\n\n                                       Maison Félix MOMMEN & C°, Brevetés\n                                                          FABRIQUE        ET ATELIERS :\n                                 J7,       Ru© d e l a Charité - BRUXEIÙI.ES\n                                                         • 'm.T^PHONE 1947\n                                   Fabrique de Couleurs, Panneaux, Toiles, Vernis, etc.\n                                 Spécialité <le tous les articles concernant la peinture, la sculpture,\n                                                  la gravure, l'architecture et le dessin.\n                                 RENTOILAGE, NETTOYAGE ET VERNISSAGE DE TABLEAUX\n                                        Vente et location de modèles pour la peinture\n                                  Grand prix et médaille d'or à l'Exposition de Saint-Lonis 1904\nPremières médailles aux Expositions d'Amsterdam, Paris, Llverpool, Le Havre, Bruxelles, Cnjcago, etc.\n\n        LA N U T R I C I A\nTéléph. 2 7 4 4                             Société Anonyme                                              LAEKEN\n\n      Alimentation d e s Nourrissons\nEnvoi direct aux clients de la province, par provision d'une semaine, dans les villes\n                        où il n'y a ni succursales ni dépôts\nProspectus gratis sur demande                                        Liège 1905 : GRAND PRIX\n\n                                                                                          99,      rue Royale, 99\n\nPIA NOS DE SIET ;                                                                               BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": " A p a r u à l a Librairie VROMANT\n                                                                                          Prix : fr. 3 . 5 0\n\n                               FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\n\n Impressions de Littérature Contemporaine\n                               BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n                                 DE QUELQUES LEÇONS D'ENERGIE\n                                    VERHAEREN ET DEMOLDER\n                              P . DE HAULLEVILLE — GUIDO GEZELLE\n                                 GEORGES RODENBACH — MAX WALLER\n         EDMOND PICARD — GUILLAUME VERSPEYEN — H. CARTON DE WIART\n                                           ETC.,      ETC.\n\n\n\n  En vente ehez l'éditeur fromant, 3, rue de la Chapelle, Bruxelles\n\n     Editions de D U R E N D A L\n                                                               LE STANDARD\nLe Chant des Irais Règnes\n             POÈME      MYSTIQUE\n                                                        Comp&gnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n                                                                           ACTIF : 278 MILLIONS\n\n                                                              Prinoipaux avantagea de) la Compagnie\n                        PAR\n                                                        i« Polices incontesta-                 3° Tarif avantageux.\n    Georges             ftAJVt^EKERS                      bles après deux ans                  4° Participation impor-\n                                                          de date.                               tante des assurésdans\nAdresser les commandes à la Direction                   a° Prêts sur polices                     les bénéfices de la\n            de DURENDAL                                   ayant trois ans de                     Compagnie.\n                                                          date.                                5° Prêts hypothécaires.\n   22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n                                                               S'adresser pour renseignements et prospectus à la\n             Prix     : 3 fr.5 0                                           DIRECTION           QCNERALK\n\n                                                       .28.     PLACE DE BROUCKÈRE, 2 8 , B R U X E L L E S\n                                                              Téléphona 949 — Adresse télégraphique : SUiHUrd-BruxsUes\n     POUR VOS CIGARES FIflS\n               adressez-vous à I»                                      E n v e n t e chez M U R A I L L E\n                                                              45,      R D I DE L'UNIVERSITÉ, 4 5 , LIÉOE\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                                 J.    RVELANDT\n\n              DÉPÔT DE FABRIQUE\n                                                        SAINTE CÉCILE\n                                                                               Drame musical\n                                                                    Réd. pour chant et piano : 1 5 francs\n   15 — Avenue Louise— 15\n                                                                          PURGATORIUM\n             BRUXELLES                                              Oratorio.— Réduction pour chant et piano : 6 francs\n                                                                      N O O B D S E E (Mer du Nord}\nP.-S. - Arrivages réguliers de cigares de la Savane            5 esquisses pour piano. — 8 francs.\n\n\n\n  PIANOS STEINWAY & S O N S\n                   NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\n• Airniion «rônnuoln nt Aânnt      av/ilnoîf n Rnnv/.llnn . P u MIICPU                          OUI MUA l>AirnU\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "Imprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1907-06", "signet_source": "Quatorzième année - N°6 - Juin 1907", "preuve": "Couverture conservée (PDF 422) : « Juin 1907 », « 14me Année », « N° » (numéro rogné) ; sommaire imprimé : « Sommaire du n° 6 (Juin) », « 1907 — 14e Année » (PDF 424). Contenu : dédicace à Huysmans mort le 12 mai 1907, service célébré aux Carmes le 28 mai 1907, « La pourpre » datée du 24 avril 1907, Notules citant la Revue Hebdomadaire du 8 juin et la Commission du Salon triennal installée le 13 juin.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}