{"numero_id": "ulb-durendal-1907-livraison08", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-201", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "N° 8", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 576, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 214, "texte": "N° 8.\n\n\n\n\n                VUE CATHOLIQ\n                 ©E LITTERATU\n\n\n\n\nBRUXELLES, rue du Grand-Cerf, as. — PARIS, avenue de la Grande-Armée, 61.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-202", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PLAGE DE WESTENDE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 577, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 4786, "texte": "PLAGE DE WESTENDE\n                                                 (BELGIQUE)\n\n\n                                           Plage de sable fin située entre\n                                                Os tende et Nieuport.\n                                 Villégiature hygiénique, loin des agglomérations\n                                        comme des embouchures de rivières\n\n                               Villas et cottages confortables à des prix avantageux.\n                                      Approvisionnements faciles sur place.\n                                           BAINS           [GRATUITS\n                                   — Service de sauvetage communal. —\n                                     Service religieux pendant la saison\n                               KURSAAL -   RESTAURANT -      GARAGES -    ECURIES — REMISES\n                              Les plus luxueuses installations sportives\n Vi.las et Terrains                            du Littoral.                                    Villas et Cottages\n                 uités     Location de tentes sur la plage et de costumes de bain                      à louer\n                                    T r a m w a y élaotriqua à servie* intensif\n                                     Vicinal — Télégraphe — Téléphone\n                                 ÉCLAIRAGE ELECTRIQUE DE LA DIGUE\n                                             DES AVENUES ET DES VILLAS\n\n\n                         -| Hgence Immobilière pour la vente et location des.villas\n                           I       A moins de 30 minutes d'Oslende, à 2 h. 1/2 de Bruxtllet.\n\n                                                                            Le WEST END' HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                                            partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                                          Pension de 6 à 16 fr. par jour. Au com-\n                                                                          mencement et à la fin des saisons, arran-\n              DIGUE DE MER                                                gements très avantageux pour les familles\n                                                                             faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n   T É L É P H O N E N1            41                                          75 chambres parfaitement aménagées.\nRéseau du littoral par                                                           Vie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                                   Chambres spacieuses. Ameuble-\n     Nieuport.                                                                           ment moderne esthétique et\n                                                                                          confortable. Balcons et ter-\n                                                                                           rasses. Salle de musique.\nApparia mante\n                                                                                            Salle de billard. Salle de\n                                                                                              récréation pour les en-\n avec salon                                                                                             fants. S a l o n s\n                                                                                                 'ffi I de lecture et de\n                                                                                                        correspondan-\n                                                                                                        ce Cuisine soi-\n                                                                                                        gnée. Caves\n\n                         Éss^^mMmM                                                                       recomman-\n                                                                                                        dée:.\n\n       LA FERMETTE                                                WESTENDAISE\n                                LA      CAMPAGNE                   A     LA       MER\nJeux d'enfants. — Promenades à ânes. — Tir à la perche. — Jeu de boule. — Installations\n        sportives. — Café cramique. — Lait frais. — Glaces. — Consommations de choix.\n                   O U V E R T U R E        L E    1* J U I N       1 9 0 7\n                                    A BRUXELLES, 6 4 , boulevard de la Senne (Téléph. 2 2 3 6 ) .\nPour renseignement* s'adresser \\ A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Télé-\n                                       phone 3 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-203", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 578, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n\n                              1907 — H* Année\n\n\n\n                    Sommaire du n° 8 (Août)\nTANCRÈDE DE VISAN. — Du Diable            à Dieu                              4^i\nGEORGES R-AMAEKERS. — L'automne            impérial                           4^7\nA.-D. SERTILLANGES. — Du rôle de l'art en apologétique            .   .   .   4^9\nE R N E S T DE LAMINNE. — Poèmes     :\n                            Pluie;\n                            Les houilleurs                                    5oo\nH E N R I DAVIGNON. — Une rose       d'Octobre                                5o2\nP I E R R E NOTHOMB. — A   Francis       Jammes                       ,   .   5i3\nL'abbé F . VERHELST. — Exposition         de la Toison d'Or à Bruges          5i5\nL'abbé HENRY M Œ L L E R . — L'Ecole       de Musique d'Ixelles       .   .   519 \"\nH E N R I MAZEL. — Lettre de Paris                                            523\nLes Livres                                                  . . . .           526\nNotules     .                                                                 542\nIllustrations.   — Le poète Retté dans la forêt de Fontainebleau.\n                   E n écoutant le sermon (HULLEBROECK).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-204", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE ABONNEMENT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 579, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 359, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE                     D'ART ET DE                  LITTÉRATURE\n\n    ABONNEMENT : 10 francs par an; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n      (pour l'abonnement s'adresser è ta Ridarfion, rue du Grand-Cerf, 23, à Bruxelles)\n                                PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-205", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 579, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 359, "fin_caractere_exclue": 3688, "texte": "Comité de rédaction                de D u R E N D A L             :\n                           MM.      HENRY CARTOÎ* DE WIART.\n                                    L'abbé HENRY         MŒLLER.\n                                    FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n                    Secrétaire de la Rédaction : GEORGES VIRRÈS\n                              Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n       M. H E N R I MAZEL, avenue de la Grande-Armée, 6 i , Paris.\n\n              PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ ANSEL.\n      MAURICE BEKAERT.                                      H . FIÉRENS-GEVAERT.\n      PIERRE BILLAUD.                                       ARNOLD GOFFIN.\n      EDGAR BONEHILL.                                       FRANZ H E L L E N S .\n      HENRY BORDEAUX.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                      J . - K . HUYSMANS.\n      THOMAS BRAUN.                                         JOSEPH JANSSEWS.\n      GEORGES BRIGODE.                                      VICTOR KJNON.\n      H É L È N E ÇANIYET,\n                                                            GoDEFROID KURTH.\n                                                            P A U L LAMBOTTE.\n      MARIE CLOSSET.\n                                                            L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé A U G . CU>PSNS.\n                                                            S É B . - C H . LECONTS.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.\n                                                            CHARLES MARTENS.\n      L« comte G. D'ARSCHOT.\n                                                            P A U L MUSSCHE.\n      H E N R I DAVIGNON.\n                                                            EDOUARD N E D .\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.\n                                                            JEAN NESMY.\n      GEORGES DE GOLESCO.\n                                                            CHARLES NICAISE.\n      ERNEST DE LAMINNE.\n                                                            PIERRE NOTHOMB.\n      LOUIS PELATTBB,\n                                                            ERNEST PÉRIER.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKE.                      GEORGES RAMAEKERS.\n      L e baron G. DELLA F A I L L I .\n                                                            GEORGES RENCY.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                      BLANCHE ROUSSEAU.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                  JOSEPH RYELANDT. .\n      JULES DESTRÉE.                                        FERNAND SÉVERIN\n      Vicomte D'HENNEZEL                                    HENRY V A E S .\n      MAURICE DULLAERT.                                     EMILE VERHAEREN.\n      J. ESQUIROL.                                          L'abbé F R . VERHELST.\n      EMILE FERMAUD.                                        LBOPOLD WALLNER.etc, etc.\n      LAURENT FIERENS.\n\n                Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL      de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à la Rldactt «\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adresser a a\nsiège de la Revue, 2 8 , rae du Grand Cerf; pour la publicité, 4 6 , rue Neufchatel, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-001", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 481, "page_fin": 486, "titre_corps": "Du Diable à Dieu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tancrède de Visan", "ancre_debut": "Du Diable à Dieu Nous assistons depuis quelques années", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 582, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "Du Diable à Dieu\n\n                N o u s assistons depuis quelques années, en F r a n c e ,\n                   à u n phénomène social assez étrange dans ses\n                   conséquences : une recrudescence de la persé­\n                   cution religieuse et un redoublement d'efforts\n                   en vue d'abrutir l'âme du peuple par un ensei­\n                   gnement sectaire.\n                       Cette tactique a eu deux effets contradic­\n                   toires : elle a augmenté le nombre des « pri­\nmaires », des Aliborons, des H o m a i s . Elle a aussi précipité le\nretour au catholicisme de l'élite intellectuelle.\n   Voici donc deux courants fuyant en sens contraire. L e pre­\nmier emporte la masse dans ses ondes putréfiées; le second bat\nles flancs de la montagne sainte et jette quantité de penseurs\naux pieds de la croix. T a n d i s que la foule, toujours plus lente\ndans ses réactions morales, subit encore le contre-coup des\ndoctrines révolutionnaires, les minorités intellectuelles, plus\névoluées, réagissent déjà et s'insurgent contre la t y r a n n i e anti­\ncatholique.\n   Si l'on ne peut constater de sérieux progrès dans la mentalité\npopulaire, l'idée religieuse fait chaque jour du chemin parmi\nles rangs de nos écrivains et de nos artistes. Ceux-ci se déta­\nchent un à un du groupe des blasphémateurs professionnels et\nviennent grossir le nombre des apologistes laïques. E n vérité,\nla conversion d'un Brunetière, d'un Bourget, d'un Coppée,\nd'un H u y s m a n s , d'un F o r a i n , d'un Retté est un noble et\nréjouissant spectacle. E t combien d'autres prient à l'ombre\ndes chapelles fraîches dont on ne parle p a s ! Combien plus\n\n\n (1) A propos du livre : Du Diable à. Dieu. Histoire d'une conversion, par ADOLPHE\nRETTÉ. — (Paris, Messein, éditeur.)\n"}, {"page_pdf": 583, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "482                               DURENDAL\n\n\nencore qu'on ignore aspirent à la paix du cœur, à la joie sereine\ndu croyant!\n           E t quel temps fut jamais si fertile en miracles ?\n           Q u a n d Dieu par plus d'effets montra-t-il son pouvoir?\n\n                                       *\n\n    J'ai connu Adolphe Retté à la Closerie des Lilas, une nuit de\nprintemps. L ' a u t e u r d'Aspects venait de parler de mon livre dans\nune de ses chroniques poétiques. J'avais remercié par lettre, ne\npouvant me rendre à F o n t a i n e b l e a u .\n    P o u r t a n t , depuis longtemps, je désirais connaître Retté. Une\nchose par-dessus tout me plaisait en lui,sa sincérité. J'admirais\nla franchise de cet artiste qui, pour mieux chanter la forêt,\ncommença par l'habiter, et qui, au risque de s'attirer, des\nhaines retentissantes, ne craignit pas de s'attaquer aux plus\ngrosses renommées Au fond, je ne partageais ni ses admira­\ntions ni ses violences. Ce que j ' a i m a i s en Retté, c'était son atti­\nt u d e crâne. Dès lors que sa conscience littéraire lui commandait\nde pourfendre celui-ci ou celui-là, je ne pouvais que faire des\nrestrictions sur son j u g e m e n t , mais non pas sur l'exemple de\nprobité que j'avais sous les yeux.\n    C'était, il m'en souvient, un mardi soir, à l'heure où les colla­\nborateurs habituels de Vers et Prose avaient accoutumé de se\nréunir à la Closerie. J e vis entrer un h o m m e à l'air rude et\njovial. Avec son lorgnon en vadrouille, son petit chapeau mou,\nsa voix de basse-taille, ses yeux ardents, sa démarche raide,\ncet h o m m e me donna tout de suite l'impression d'un lutteur.\nC'était R e t t é . On nous présenta et, au bout de quelques instants\nde conversation, je remarquai chez ce poète trois manies. La\npremière consistait à déclamer à tout bout de champ du Victor\n H u g o ; la seconde, à fredonner les principaux leit-motifs de la\n Tétralogie; la troisième, à lancer de retentissants blasphèmes.\nDoué d'une prodigieuse mémoire, Retté s'amusait à m'étonner\npar son érudition poétique. L e motif de la Chevauchée prenait\nune saveur particulière dans sa bouche de jeune barbare. Paf\nexemple, ses blasphèmes étaient fort ennuyeux et nullement-\ncomiques. Avec une haine farouche, Retté s'attaquait à la per­\nsonne du Christ; il ne pouvait prononcer une parole sans dire\n « le Galiléen aux pieds sales », ou « le Galiléen, cette invention\n"}, {"page_pdf": 584, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "                            DU   DIABLE A      DIEU                         483\n\ndes Sémites... » Devant ces phrases sacrilèges, je fus d'abord\nahuri, puis, comprenant que je me heurtais à un parti-pris\nsystématique, je trouvai ces blasphèmes extrêmement lugubres\net enfantins.\n   Mon ami de Noisay avait vu plus clair que moi. En sortant\ndu café, il me dit : « Cet homme blasphème trop pour ne pas\nse convertir un jour » ; phrase profonde que l'avenir devait\nconfirmer.\n\n\n\n   Retté revient de loin, de très loin, de Là-Bas. Il n'alla pas\nau diable par pure curiosité, comme Huysmans, mais par haine\ndu catholicisme et mené par ses sens. Il ne s'est pas contenté\nde garder durant une triste partie de sa vie une attitude scep­\ntique; non, il se montra ardent sectaire, violent ennemi du\ncatholicisme, destructeur enragé de la religion.\n   L'auteur de la Forêt bruissante nous a expliqué dans sa con­\nfession écrite, Du Diable à Dieu, ses origines. Retté a peu connu\nles joies du foyer. Elevé rudement, il fut tôt livré à lui-même.\nJeté dans la vie sans religion, avec un fort léger bagage d'idées\nprotestantes, impuissantes à émouvoir un cœur, Retté se trouva\ndésarmé en face de ses passions et n'obéit d'abord qu'à ses\nmauvais instincts :\n\n   De onze à dix-huit ans, nous dit-il, je n'avais point connu de foyer où\napprendre l'observation des devoirs moraux les plus élémentaires. En effet,\nles miens, divisés, en guerre les uns contre les autres, s'occupaient peu de\nl'enfant sensuel et rêveur que j'étais. S'ils le faisaient, par boutades, c'était\npeur tenter de m'inculquer leurs rancunes réciproques ou pour expérimenter\nsur moi des méthodes d'éducation contradictoires. Ainsi, un jour, on s'éton­\nnait naïvement que je fusse indocile, raisonneur et plus enclin à m'en aller\nrêver sous les arbres qu'à m'intéresser aux querelles de la famille. Alors on\nme punissait à tour de bras. Le lendemain, l'on déclarait qu'il est bon de\nlaisser les enfants se développer eux-mêmes et que la nature leur apprendra\nle bien et le mal. Et c'était un prétexte pour ne pas plus se soucier de moi\nque si je n'eusse pas existé.\n\n   C'était alors la mode en littérature de vanter l'anarchie. Retté\ns'y jeta tête baissée. Il suffit, pour s'en convaincre, de relire à\ncette heure les Promenades subversives, les Trois dialogues nocturnes\net en général les premières œuvres en prose de Retté. Mais\n"}, {"page_pdf": 585, "page_imprimee": 484, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "484                                DURENDAL\n\n\nl'auteur de Cloches dans la nuit fut bien vite désabusé et il\ns'enfuit dans sa chère forêt de F o n t a i n e b l e a u .\n   C'est précisément cet amour de la solitude en pleine nature\nqui sauva notre poète. Au retour de ces désastreuses expé­\nriences, alors que les sens et l'esprit sont en pleine déroute et\nque l'âme s'abandonne à son découragement, le spectacle\nréconfortant de la vie saine et calme, la chanson du vent dans\nles arbres, la certitude et la foi que semble dégager la nature,\nnous paraissent un précieux réconfort. Retté retourna à sa forêt\ncomme on revient à une a m a n t e fidèle, longtemps délaissée\npour courir la folle aventure. Ah ! comme il l'a chanté sa belle\nforêt! T o u s ses livres sont pleins du parfum des chênes et des\nronces poudreuses. Quels accents le poète a su trouver dans ces\nPoèmes de la Forêt (1) parus l'an dernier pour exprimer le lyrisme\nde la sylve !\n              T o i , forêt, tu m'a pris dans ta gloire et ta force,\n              E t , buvant cette aurore où baigne ta beauté,\n              E n t r e tes bras je me souviens d'avoir été\n              T o u s les dieux que je sens vivre sous tes écorces.\n\n   Dans cette solitude auxiliatrice Retté retrouvait la paix du\ncœur et l'inspiration poétique. On peut dire que la forêt l'a\nsauvé en le forçant à réfléchir et à méditer sur son â m e .\n   Au cours de ces méditations la notion de religion se présenta\nobstinément à l'esprit de notre auteur. Retté sentait le besoin\npressant d'un idéal, règle de vie et de pensée. L e paganisme\nl'attira d'abord par son culte pour la joie de vivre et sa déifica­\ntion des forces obscures de la nature. Bientôt le culte grec, le\npanthéisme naturaliste lui p a r u r e n t terriblement grossiers. Ni\nle moralisme kantien, ni le b o u d d h i s m e fataliste ne le satisfirent\ndavantage. Ballotté comme une épave sur une mer démontée, le\nmoment était venu où l'Esprit-Saint allait conduire au port le\npauvre naufragé.\n   Ce fut en lisant le I I e chant du Purgatoire que Retté se sentit\nsoudain environné de la lumière de Dieu, et que pour la pre­\nmière fois l'idée de la religion catholique pénétra dans son\nesprit troublé. De cette première rencontre avec la Grâce date\nle début de la véritable conversion du poète. Sans doute le\n\n (1) ADOLPHE RETTÉ : Poésies, 1897-1900, Messein, 190C.\n"}, {"page_pdf": 586, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "                          DU   DIABLE A    DIEU                       485\n\n\npécheur est encore assailli de terribles bouffées de scepticisme,\nsans doute la chair et l'esprit du mal parleront encore long­\ntemps en lui; mais déjà le Seigneur a choisi sa brebis au\nmilieu du t r o u p e a u et va la mener doucement vers la fontaine\nde salut.\n   Il faut lire en entier le récit émouvant de ce retour à Dieu,\nretardé çà et là par de brusques rechutes. T o u t commentaire\naffaiblirait l'histoire de ces glorieuses étapes. De longs mois\npassèrent avant que Retté vînt se jeter dans les bras de l'Eglise.\nIl lui faudra encore lutter, affronter les tentations. A Arbonne,\nau cœur même de sa chère forêt, Retté devait subir la crise\nSuprême d'où il sortit vainqueur. U n soir, en proie au plus\nviolent désespoir, seul, abandonné, las de cette guerre inces­\nsante avec le démon, torturé par le remords d'une vie gaspillée,\ndoutant de son salut et de la miséricorde divine, il tente de se\nsuicider. A l'instant où il saisit une corde pour se pendre, notre\npoète, foudroyé par la grâce, tombe à genoux e n t e n d a n t une\nvoix qui lui dit : « Dieu est là ». « E t à la même minute, je\ncrus voir, au dedans de moi-même, l'image de Notre-Seigneur\nJésus-Christ en croix qui me souriait avec une expression de\nmiséricorde ineffable. »\n   Arrivé à Paris, Retté se met, sur les conseils de Coppée, en\nquête d'un confesseur. L ' a b b é M . . . , vicaire de Saint-Sulpice, fut\nchoisi pour panser cette âme ulcérée et lui a p p r e n d r e les linéa­\nments de la religion, car Retté ignorait j u s q u ' a u signe de la\ncroix, symbole du chrétien. Dès ce jour, le Malin laisse en repos\nle pécheur repenti et c'est dans la paix du cœur et la joie de\nl'esprit que Retté accomplit sa confession générale. Libéré de\nses fautes, il peut enfin s'approcher de la T a b l e sainte. « Pen­\ndant la journée qui suivit, je vécus dans une sorte de rêve lumi­\nneux. T o u t e s mes pensées se tournaient vers le Seigneur; toutes\nles choses me semblaient avoir revêtu un aspect de fête. A la\nlettre, je voyais l'univers avec des yeux nouveaux. »\n\n\n\n  A l'occasion de cette sincère conversion dont je n'ai pu, hélas!\nque fixer r a p i d e m e n t les étapes, plus d'un s'est ému. N'est-ce\npoint m a n q u e r à la charité chrétienne que d'accuser ceux de son\nancien parti? D'autres ont pensé que la vertu de l'humilité\n"}, {"page_pdf": 587, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1624, "texte": "486                               DURENDAL\n\n\n\ns'accommode peu avec le récit éclatant d'un retour à Dieu.\nMettre ainsi son cœur à nu, n'est-ce pas satisfaire au péché\nd'orgueil ?\n   Il est bien évident que tout c h a n g e m e n t dans la manière de\npenser d'un h o m m e crée nécessairement à tout converti des\nhaines et des inimitiés. Ceux-là n'ont voulu voir en Retté qu'un\n« vendu » qui ont été a b a n d o n n é s par un ancien des leurs dans\nla lutte contemporaine contre l'Église. Est-ce donc manquer à\nla charité que de signaler le péril là où on l'a deviné et de\ncombattre l'erreur lorsqu'on se sait en possession de la vérité\nsainte?\n   Q u a n t au péché d'orgueil, il faut n'avoir point lu Du Diable à\nDieu et, en général, les livres des littérateurs convertis, pour\noser porter une telle accusation. Retté s'humilie en dévoilant\nses vices. S e m b l a b l e aux pécheurs du moyen âge qui venaient\ndans les rues confesser à h a u t e voix leurs fautes, Retté a tenu à\nfaire p u b l i q u e m e n t a m e n d e honorable et d e m a n d e r à tous ceux\nqu'il scandalisa pardon de ses péchés.\n   E t puis Retté, comme Coppée, comme H u y s m a n s , est homme\nde lettres. C o m m e n t mieux employer sa plume qu'à narrer les\nerreurs d'une vie dissipée? Ces sentiments de contrition, par le\nfait qu'ils furent vécus, ont plus de chance que bien des sermons\nde ramener à la foi bon nombre d'âmes égarées qui se méfient\ndes prêtres.\n   Du Diable à Dieu est avec En Route et La Bonne Souffrance un\nexcellent livre d'apologétique catholique.\n\n                                                   T A N C R È D E DE VISAN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-002", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 487, "page_fin": 488, "titre_corps": "L’Automne impérial", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "L'Automne Impérial La Vigne du couchant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 588, "page_imprimee": 487, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1352, "texte": "L'Automne Impérial\n\nLa Vigne du couchant, sur les vergers plantés\nDes pommiers du péché, saigne son sang de flamme.\nLes Sylvains de l'instinct veulent damner mon âme;\nL'Automne offre à la Nuit des fruits    ensanglantés.\n\nL'Automne   offre à la Nuit, non le calme Léthé\nDes eaux claires du soir, mais de pourpres   rivières,\nEt, façades de sang, au bord roux des clairières,\nS'embrasent, néroniens, les palais de l'Été.\n\nDes troncs incandescents, sur fond de forêts sombres,\nAux lointains éclairés flavescentes lisières —\nS'alignent dans le soir qui vibre de poussières :\nColonnades de (eu devant des temples d'ombre.\n\nLes suppôts de Vulcain dans la forge du soir.\nQue l'on voit brasiller derrière un hallier noir,\nLes suppôts de Vulcain martèlent en mesure\nLes fers rouges des épouvantables    tortures\nQue Néron, l'histrion qui tyrannisa     Rome,\nInventa pour jouir du supplice des hommes.\n\n\nOh ! dans l'air l'attirance   odorante   des pommes!\n\n\nSur le plane horizon : vaste arène   tragique\nD'un grand cirque encercle au' loin de gradins         mauves,\nLa ténèbre s'allonge, angoissante et magique.\nAinsi, vers les martyrs la cautèle des fauves...\n\nRouille des frondaisons aux teintes de massacre,\nAspect d'égorgement parmi les fanes neuves,\nFeuillée en pluie de sang dans la rougeur du fleuve,\nEl la Vigne du soir aux lumières de sacre\n"}, {"page_pdf": 589, "page_imprimee": 488, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "488                          DURENDAL\n\n\n\n      S'assombrissent   dans le crépuscule où bruine\n      De la cendre, tombant de quel Vésuve en feu?\n      L'Automne du couchant donne un aspect de ruines\n      A la forêt païenne où rôdent les     faux-dieux.\n\n      Sur les bois automnaux,   palais à reflets d'or,\n      Cité de marbre faite avec le soir des feuilles.\n      Descend la nuit lugubre et s'éteint et s'endeuille\n      La Ville de feuillage où va régner la mort.\n\n      Et voici que s'élève, en sinistre  imprévu,\n      La fête incendiaire au tréfond des ténèbres.\n      Échevelant le brasier d'or, le vent célèbre\n      L'AEnobarbe cruel et ma stupeur à vu,\n\n      Rome de feuille en flamme aux lueurs      fatidiques,\n      Avec le sang chrétien jailli de tes pressoirs,\n      Sur le bronze embrasé de tes bois impudiques\n      L'Automne impérial pourprer son dernier soir.\n\n                                              GEORGES RAMAEKERS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-003", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 489, "page_fin": 499, "titre_corps": "Du rôle de l’art en apologétique : I. 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De tous côtés, pour répondre aux\n                      exigences de cette crise, les apologistes multiplient leurs\n                      efforts et cherchent avec ardeur non seulement des démon­\n                      strations, mais aussi des méthodes, parce que nous nous\n                      sommes aperçus que certaine façon d'aller au vrai implique\n                      le vrai ; qu'inversement, tel procédé de recherches peut\n                      fermer à jamais la route.\n   On parle donc apologétique, et l'on parle également beaucoup d'art. Pour­\nquoi? Parce que la matière d'art offre au travail critique une occasion unique\nde recherches, et que nous sommes un siècle critique. On sait assez que l'art\nenvisagé en soi fait appel avant tout à l'intuition; mais dès qu'on l'analyse,\nil soulève des problèmes où toute la vie et toutes les sciences de la vie se\ntrouvent engagées. D'où les curiosités inassouvies des penseurs, à notre époque\nfureteuse et inquiète.\n   Dès lors, il n'est pas inopportun de demander quels rapports s'établissent\nentre l'apologétique, nécessité urgente de ce temps, et l'art, objet d'actuelle\nsympathie autant que puissance universelle.\n   Comment l'art se comporte-t-il en matière apologétique? Quelle sorte de ser­\nvices nous rend-il? Par ailleurs, à qui entreprend l'apologie de la religion,\nquelles conclusions s'imposent en ce qui concerne les rapports de la religion\net de l'art?\n   On le voit, deux sujets se trouvent impliqués dans le titre de cette étude :\n   1° Du rôle de l'art en apologétique ;\n   2° Du travail apologétique en matière d'art.\n   On ne contestera pas l'intérêt en soi de cette double recherche. Que Durendal\ntranche elle-même les montagnes grandes ou petites que nous rencontrerons\nsur la route.\n                                       *       *\n   Posons d'abord une question préalable.\n   Dans le programme ci-dessus exposé, l'art est envisagé comme spécialité,\nje veux dire comme discipline à part, en vue d'une orientation à part, qui doit\nvaloir en elle et pour elle. Or, tel n'est pas le sens exclusif de ce mot souple et\n"}, {"page_pdf": 591, "page_imprimee": 490, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "490                                DURENDAL\n\n\nriche : l'Art. On sait l'antique définition : Ars est recta ratio factibilium, ce\nque traduirai bonnement : « L'Art est la bonne façon de faire une chose. » De\nce point de vue général, l'art prend une sorte d'universalité partout diffuse.\nCe n'est plus une discipline particulière, c'est une forme imposée à toute\ndiscipline même banale. Il y a l'art du bottier, l'art du menuisier, du\nconstructeur, du militaire. Il y a aussi l'art de l'apologiste.\n   Seulement, ici encore, il faut bien préciser ce qu'on veut dire.\n   Toute apologétique consistant en un système de preuves, ou, plus générale­\nment, d'arguments (arguere), on peut entendre par la « bonne façon » dont\nnous parlions (recta ratio) la disposition même des preuves en vue de la valeur\nlogique des conclusions, et l'on peut entendre également la forme dont on\nrevêt ces preuves pour les présenter, en même temps qu'à l'intelligence\ndiscursive, à l'homme complet doué d'imagination, de sensibilité autant et\nplus que de raison.\n   Tel est précisément le sens inclus dans ce sous-titre : « De la valeur dès\nformes d'art dans le travail de l'apologiste. » L'autre cas, en effet, appartient\nà un autre genre de recherches. Qu'il y ait un art de la bonne disposition dés\npreuves comme telles, nous le savons depuis toujours, nous ne pouvons plus\nl'oublier depuis Pascal. Cet art de conduire l'esprit à travers les chemins de\nvérité, c'est la logique, c'est la méthode. Il requiert, avec la connaissance pré­\ncise de l'enchaînement des idées, un instinct spécial relatif à leur mise en ordre.\nJe n'en veux point parler. Qu'on relise l'Esprit géométrique et quelques autres\nAvertissements aux protestants de la vie intellectuelle. Nous parlons ici esthé­\ntique; il s'agit des formes que revêt la pensée pour s'imposer avec une puis­\nsance qui ne soit plus celle de la seule logique, mais aussi celle de l'art et de\nses moyens d'expression.\n   Et nous demandons : De quel œil l'apologiste doit-il regarder un tel\nconcours? Y peut-il reconnaître une valeur propre à son travail? N'est-ce pas\nune superfétation, un trompe-l'œil, voire une source de déviations et d'erreur?\n   Envisager ainsi la question, c'est poser le problème des rapports du fond et\nde la forme. En toute matière, nous distinguons toujours ces deux choses.\nQuelle relation entretiennent-elles? de là dépend la réponse à faire à qui\ndemande : Les formes d'art ont-elles vraiment une valeur apologétique?\n\n  Comparaison n'est pas raison ; pourtant, à titre de véhicule des raisons, les\nbonnes comparaisons sont utiles. En voici deux de valeur inégale. La pre­\nmière est déjà éclairante ; la seconde serre de plus près le cas ; les deux donnent\noccasion à d'intéressantes remarques.\n  Je dirai donc d'abord : La forme est au fond, dans le travail d'apologétique,\nce que le vêtement est au corps. Je dirai en second lieu, usant d'une image\nplus précise et plus instructive : La forme est au fond ce que le corps est\nà l'âme.\n                                         *\n                                      *   ■   *\n\n\n\n\n   PREMIÈRE COMPARAISON. —Tous les esthètes admettent, tous les artistes\nsavent que le costume, la draperie ont en art une importance énorme. Ni\nl'un ni l'autre n'est ce qu'un vain peuple pense : une simple précaution de la\n"}, {"page_pdf": 592, "page_imprimee": 491, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3504, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                             491\n\n\npudeur. La preuve, c'est que des artistes à qui les précautions de la pudeur\ninspirèrent peu de respect : tel Michel-Ange, n'en ont pas moins employé la\ndraperie dans beaucoup de leurs œuvres. Au besoin ils l'ont déplacée, comme\npour bien affirmer que leur intention n'était pas le moins du monde « philis-\ntine » ; qu'elle était esthétique, et que pour eux il s'agissait de conserver un\nmoyen d'art, non de ménager des vertus farouches. A bien regarder, on a tôt\nfait de reconnaître pourquoi, chez eux, telle figure est drapée, telle autre non.\nIl s'agit d'un effet à produire, d'une ligne, d'un ton, bref d'un langage spécial,\nnon d'un silence pudique.\n    C'est qu'en effet, hors le cas de conventions nécessairement subies, la\ndraperie est un langage qui s'ajoute à celui du corps, qui dit comme lui la vie,\nqui révèle l'intériorité de l'être, qui fait jaillir aux yeux ce qui semblerait\naccessible uniquement à l'esprit : la splendeur de l'idée vitale.\n    La draperie esthétique, ce n'est pas quelque chose qui s'ajoute au corps, et\nqui le cache : c'est quelque chose du corps, et qui le manifeste. Elle cache\nla matérialité de la chair; elle en manifeste l'âme. La draperie, c'est le corps\nmême révélé en action. Je dis action, s'agît-il d'un corps immobile; car toute\nvie est action, même dans le repos apparent de l'heure paisible.\n    Ce qui fait en art la valeur de la forme, c'est ce par quoi elle manifeste la\nvie, c'est-à-dire la capacité d'action, de mouvement, à moins que ce ne soit le\nmouvement même. Peindre un corps à l'état inerte, en prenant le mot dans un\nsens absolu, ce serait ne rien peindre du tout. Même le cadavre agit et vit à sa\nmanière; il manifeste des pouvoirs que sa rigidité nous montre autant qu'elle\nles recouvre. Pour le faire cesser d'agir, il faudrait le tuer, oui, tuer encore,\ntoujours, la chose qu'on croyait morte; la pousser à l'atome, non, plus loin :\njusqu'au presque néant de la matière pure.\n    Un tableau de nu, une statue non drapée ont-ils donc une valeur, c'est\nparce qu'ils manifestent la vie corporelle, le mouvement, l'action. Or, si les\nmoyens de la draperie permettent d'y réussir davantage, celle-ci aura donc\npart à la valeur esthétique de l'ouvrage. Comment le fait-elle? Par l'action\nqu'elle subit elle-même. La forme et la draperie engagent une lutte; mais si le\ncombat est bien réglé, c'est la forme qui est le vainqueur, et la draperie,\nvaincue, n'en triomphe que mieux d'autre sorte. En l'actionnant au\ndedans, le corps y creuse des plis, y opère des tractions, lui impose des reliefs,\nla presse, et ces pressions sont expressives, ce relief révèle la forme, ces\ntractions manifestent les mouvements de l'être représenté, le montrent à l'état\nagissant, et multiplient l'effet de sa beauté.\n    Dans toute l'histoire de l'art, les exemples abondent. On sait que bon\nnombre d'artistes employaient cette méthode : dessiner d'abord le nu des\n figures et les draper ensuite. Raphaël procédait ainsi, sur les conseils de\n Bartolomeo consulté à Florence. Or, comparez les nus de Bartolomeo ou de\n Raphaël à leurs figures drapées, vous verrez combien la draperie concourt\n pour une part imprévue à leur valeur définitive.\n    On possède un dessin de Raphaël qui servit d'étude au Christ volant de la\n Transfiguration. Le modèle est à peu près nu; la figure s'élève dans les airs ;\n l'artiste s'est réservé d'étudier la draperie à part. Qu'on mette en regard de\n"}, {"page_pdf": 593, "page_imprimee": 492, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3074, "texte": "492                                 DURENDAL\n\n\n\ncette figure non vêtue le Christ drapé du Vatican, on verra la différence.\nLe nu est gracieux déjà, mais ne s'envole point. Dans le tableau, la draperie\nle soulève et le porte; elle assouplit, elle pétrit de grâce la solidité de ce corps,\nsans lui enlever rien de sa force.\n                 Même quand l'oiseau marche on sent qu'il a des ailes.\n\n   A l'inverse, même quand une telle figure vole, on sent qu'elle peut marcher\navec puissance. Or, la draperie a fait ce miracle et fourni la preuve de sa\nvaleur.\n   Supposé donc que le style ne fût à la pensée, en apologétique, que dans le\nrapport mi-intime, mi-lointain du vêtement au corps, il serait vrai déjà qu'il\nest une puissance non hétérogène, un instrument conjoint, une authentique\nressource.\n   Seulement, il y a la condition, c'est que le style suive la loi du vêtement et\nen évite les erreurs.\n   Tout artiste dira qu'une draperie est esthétique quand elle ne cherche point\nà avoir une valeur par elle-même; quand elle se subordonne, servante et non\nmaîtresse; quand elle est faite pour le corps et pour les mouvements du corps.\n   Lorsqu'un habit cherche à se définir en valeur, indépendamment de l'être\n qu'il recouvre, plus d'esthétique! En tout cas, il y a déchet; car quelque\nbeau que soit l'habit, si vous lui faites cacher la forme vous ferez toujours un\nmétier de dupe. Michel-Ange disait qu'il aimait mieux un pied qu'un soulier :\nson opinion est compréhensible. Le pied est une merveille; le pied vit, et le\nsoulier est une banalité morne. Mais substituez à celui-ci une sandale comme\nplus d'un personnage de Buonarroti en a su découvrir; qui ne comprime pas\nle pied, n'en dérobe pas les formes, les accompagne plutôt, les soutient et en\nrévèle l'emploi utile, alors la sentence du grand sculpteur se retourne : ce pied-\nchaussé — j'exprime ainsi l'unité obtenue entre deux choses disparates — vaut\nmieux esthétiquement que le pied nu.\n   Il en est de même en toute occurrence.\n   Diderot disait en plaisantant : « L'habit de nature, c'est la peau, et un\ncostume est d'autant plus parfait en esthétique qu'il s'en rapproche davantage. »\nCe dernier jugement est une outrance, nous venons de le prouver ; mais à\ntitre de point de départ, la remarque est intéressante. Suivons-en la logique,\nen vue de noter les conditions d'emploi, en apologétique, de ce que nous avons\nappelé formes d'art.\n\n   La peau recouvrant le corps représente le style nu, c'est-à-dire celui qui\ncherche à manifester une idée pure, une idée en sa teneur logique, une idée qui\nne veut être qu'idée, et qui pour cela peut-être l'est moins, parce qu'elle se vide\nd'une partie de sa substance.\n   Remarquons d'ailleurs qu'à cette diminution de la pensée, la nature pose\nelle-même des limites. I1 n'y a pas à vrai dire de style nu, car tout langage,\ncomme tel, comporte une dose d'art. Il en comporte d'autant plus qu'il est plus\nprimitif, et le style abstrait des philosophes a beau tendre à l'en dégager\nde plus en plus, la logique parfaite du langage n'est qu'une limite inatlingible.\n"}, {"page_pdf": 594, "page_imprimee": 493, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3588, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGETIQUE                               493\n\n\n   Au degré suivant, l'idée se revêt, mais d'un habit qui s'adapte le plus\npossible à la forme, et dont toute la beauté est faite de justesse. C'est le principe\ndu justaucorps. Etudiez saint Thomas d'Aquin, vous constaterez que tout son\nstyle tient en ce mot : la justesse. Ce n'est pas qu'il manque d'ampleur; mais\nl'ampleur est fournie par l'idée, qui sans efforts visibles monte aux plus hauts\nprincipes, s'étend aux conséquences, se donne une membrure forte et une\nconstitution robuste. L'habit, lui, suit simplement l'allure des membres, il les\ncomprime au besoin et par là en accuse l'énergie; il n'y ajoute nulle draperie\nexpressive ; nul dépassant de beauté. C'est le style sobre. Et certes, ce parti\npris est en philosophie la vérité même. Avec Thomas d'Aquin, Aristote, Des­\ncartes, Fénelon et Bossuet philosophes, Leibnitz, Claude Bernard, Pascal en\ncertains de ses travaux, en ont donné d'illustres exemples. Mais l'apologé­\ntique, bien que maîtresse en philosophie, n'est pas exclusivement philosophe.\nElle veut atteindre l'homme, et tout l'homme. Là donc n'est pas son idéal. Si\nelle put s'en contenter au moyen âge, c'est que l'esprit du temps poussait à la\nlogique à outrance, L'intellectuel du XIIIe siècle était un exclusif de l'idée\nabstraite. Toute vie de l'esprit se confinait là. Aujourd'hui que celle-ci s'est\nélargie, le style thomiste, sauf en philosophie pure, est devenu trop étroit et\ntrop sévère. C'est le plain- chant, musique idéale encore et toujours pour le\nrite, mais qui ne suffit plus à l'expression complète de la vie.\n   Voici venir la draperie grecque. Cette fois nous tenons le modèle du\nvêtement esthétique : habit fait pour le corps, subordonné par conséquent,\nmais à la façon du libre ami, non de l'esclave. La draperie grecque est un\nmorceau d'étoffe sans coupe, carré, oblong, quelconque. Il n'a point d'exis­\ntence par lui-même. Mettez-le par terre, ce n'est rien. Jetez-le au bord d'un\nvase, c'est un décor de plis et une espérance. Enveloppez-en un personnage\nde Phidias, ce morceau d'étoffe se creuse, se gonfle, se tire, s'assouplit,\ns'enroule, prend toutes les formes les plus splendides et devient comme un être\nvivant.\n   Il le sera d'autant mieux que lui-même ne vit point, n'est point. S'il est\npermis de faire du texte sacré un tel usage, on pourrait dire : Ce n'est plus\nlui qui vit, c'est le personnage qui vit en lui, seulement multiplié en valeur\nd'expression esthétique ; plus lui-même que nature, en ce qu'il révèle ainsi\nses pouvoirs, ses virtualités intérieures, et laisse visibles dans les plis maintes\n particularités de son histoire. Or, volontiers je comparerais le vêtement ainsi\ntraité au style du Phédon, à celui des Pensées, à celui du Discours sur l'His-\ntoire universelle, et je crois bien que nous touchons à l'idéal.\n   Un pas de plus, et l'abus va se glisser en compagnie de la splendeur. Les\nriches costumes de la Renaissance, les simarres et les pourpoints à manches\nbouffantes des Titien ou des Véronèse ne supportent pas facilement la critique ;\nils offrent à l'artiste des ressources merveilleuses, mais déjà de second rang.\nCet habit enrichit la forme, un peu à la façon du parvenu ; il l'enrichit,\nc'est-à-dire qu'il l'altère, au lieu de la faire valoir. Il crée des lignes nouvelles\nqui lui appartiennent, et ces lignes sont parfois admirables, elles peuvent\naider grandement à l'expression générale d'une œuvre, la hausser en beauté,\nmais au point de vue du corps et de sa glorification esthétique, il y a excès. Le\n"}, {"page_pdf": 595, "page_imprimee": 494, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "494                                DURENDAL\n\n\ncorps est ici glorifié comme l'astre qu'enveloppent de beaux nuages, mais telle­\nment disposés qu'ils le cachent, au lieu d'en épanouir simplement la splendeur.\n   Allez plus loin, le costume à fanfreluches, à la Louis XV, plaquera ses\ndétails sur la forme, exagérant les ornements, ajoutant du dehors, au lieu de\nse disposer comme par un jaillissement naturel. Le péril s'annonce de l'article\nde mode, supplantant le produit artistique. Le tailleur et la couturière vont\nremplacer le statuaire et le peintre. Le style ainsi traité ne sera plus qu'un\nvain luxe; il ne fait plus partie de l'idée. Arbre de Noël, au lieu d'un arbre\nvéritable, l'œuvre n'aura point vie de par ces brimborions qu'y suspend le\nfaux artiste. L'abus est patent. Le costume Louis XV a trop de grâces apprê­\ntées pour atteindre aux beautés supérieures.\n   Pourtant, nous sommes loin encore du costume actuel.\n   Celui-ci, pour homme, représente la laideur au degré suprême. Ce n'est plus\nla pièce d'étoffe qui, par alliance avec la vie, prend vie : c'est le faux vivant,\nqu'une ressemblance grossière avec l'homme empêche de devenir son sem­\nblable. Anthropoïde, silhouette d'humanité dérisoire, d'autant plus grimaçant\nqu'il sourit. Le singe est laid, le chien ne l'est pas : pourquoi? Parce que\nle premier prétend sans pouvoir, le second ne prétend pas ressembler à\nl'homme. Ainsi le costume moderne avec ses jambes, ses bras, sa tête de feutre,\nson faux air de bonhomme au complet ne peut être esthétique. Un piquet le\nporte aussi bien qu'un homme, ce qui réduit le sujet ainsi affublé au rôle de\nmannequin, ce qui nous égalise en laideur, ce qui prouve qu'être habillé ainsi,\nce n'est pas l'être. L'homme est; son habit est : cela fait deux choses, au lieu\nd'une seule qui est l'homme vêtu, idéal de la recherche esthétique. Habillez\nl'Apollon du Belvédère avec un pantalon, vous verrez ce qu'il en reste. Avec la\ndraperie qu'il porte sur le bras, dédaignant de s'en servir, il pourrait être plus\nbeau encore, pour peu qu'un Praxitèle s'en mêlât. Mais que ferait au High\nlife tailor Praxitèle!\n   Le costume moderne représente le style laid pour cause de prétention à côté,\nde sotte recherche. Le verbiage sans pensées, mais qui singe les pensées pour\navoir le droit de voisiner avec celles des autres, quitte à les déformer, c'est le\ncostume moderne.\n\n   Ces brefs exemples nous suffisent. Ils font voir déjà que les formes d'art, à\ncondition de se modeler sur l'idée, ou pour mieux dire de naître d'elle, valent\npar elle et ne sont qu'elle en action, de telle sorte que les négliger, ce serait\nnégliger l'idée même, en tant qu'active et expressive. Et cela répond à l'objec­\ntion qui pourrait vouloir se glisser sous cet axiome : Les belles phrases ne\nprouvent rien. En effet, les belles phrases ne prouvent rien en tant que phrases,\nc'est-à-dire prises à part, détachées de l'idée ou collées à une fausse idée. Mais\nles belles phrases pleines d'idées justes, comme la draperie de la Victoire, au\nLouvre, est pleine de beauté frémissante et superbe, ces phrases-li prouvent,\ncar elles épousent la preuve et en sont épousées ; un régime de communauté\ns'établit entre elles, et l'on ne sait plus, tant il y a unité entre le fond de pensée\net le reflet de splendeur qu'elle projette, si c'est le vrai qui ravit l'âme, si c'est\nle beau qui la séduit.\n"}, {"page_pdf": 596, "page_imprimee": 495, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                              495\n\n\n    DEUXIÈME COMPARAISON. — Le corps et l'âme en fournissent le thème.\nSuivant l'idée qu'on se fera de leur union, la comparaison adoptée changera\nquelque peu de caractère; mais j'ai plaisir à constater que la plus vraie des\ndeux théories en présence est celle qui nous procure le plus d'avantages.\n   Selon l'école spiritualiste, — je veux désigner par là le spiritualisme outran­\ncier, à la Descartes — notre âme serait au corps comme une sorte d'esprit\nmoteur, de pilote. Qu'est-ce que l'homme? demandera de Bonald. R é p o n s e :\nC'est « une intelligence servie par des organes, » Vous entendez : L'homme est\nune intelligence. On pourrait s'arrêter là. On ne s'arrête point; on ajoute, on\nveut bien ajouter que cette intelligence, qui est l'homme, est servie par des\norganes; mais les organes ne sont pas l'homme. Celui-ci est intelligence.\n    Or, cette philosophie fût-elle vraie, — elle est fausse, — nous aurions le\ndroit de requérir que cette àmc « servie par des organes » fut bien servie, et\nque ces organes, s'ils représentent le style, soient ce qu'ils doivent être pour\naider et servir correctement, noblement, l'idée que nous figure l'âme. Préci­\nsément, le style rend ainsi à l'apologiste des services à côté, lui procure des\navantages préalables. Les belles formes disposent bien l'auditeur, nous aident\nà avoir « son oreille », conquièrent sa sympathie et le préparent donc à recon­\nnaître la vérité Qu'a-t-il m a n q u é aux apologistes au temps de Voltaire? D'avoir\nle style de Voltaire. Qu'a-t-il m a n q u é aux réfutations de Renan? Les secrets\nd'art de Renan. Plus l'écriture est magnifique, plus la vérité — ou l'erreur,\nhélas! — y r a y o n n e ; plus d'âmes encloses dans la chair en subiront l'éclat\nvivifiant ou la brûlure.\n    Mais à quoi bon nous attarder? Cette théorie de l'homme est périmée; tous\nles travaux de la science tendent à montrer de plus en plus combien est court\net enfantin, par conséquent ennemi du spiritualisme vrai, ce spiritualisme par\ntrop facile. N o n , l'homme n'est pas « une intelligence » ; il n'est pas davantage\nune matière; c'est u n e âme incarnée; c'est une chair animée; c'est une\nsubstance multiple et une, tellement que d'une certaine façon on pourrait dire :\nIl n'y a pas de corps et d'âme : il y a l'homme. Ou si nous distinguons âme et\ncorps, ce n'est pas comme deux choses distinctes, c'est comme deux moitiés de\nchoses, comme deux principes servant à intégrer une chose unique.\n    Mais s'il en est ainsi, et une fois admise la comparaison : le style est à la\npensée ce que le corps est à l'âme, il faut bien qu'on accorde aussitôt que la\nforme et le fond, de même que le corps et l'âme, ne sont aussi qu'une chose.\nQue serait une âme sans corps? C'est l'image de ce que serait le fond sans la\nforme. Que serait le corps sans âme? C'est l'image de ce que serait la forme\nsans le fond. Or, il est clair que les deux cas ne sont pas très loin d'être\nsemblables. P o u r que l'âme ne soit rien ni pour autrui ni pour soi; pour\nqu'elle tombe dans l'inconscience et dans l'inaction au moins relative, il n'est\npas m ê m e besoin que le corps périsse, il suffit de l'anesthésier, de l'engourdir\ndans le sommeil. U n e âme que Dieu créerait sans son corps ne saurait pas\nqu'elle est, et d'une certaine manière ne serait pas ; ce serait un presque néant,\nun monstre, monstre, dis-je, par spiritualité excessive, comme il y a des\nmonstres par matérialité excessive. U n e âme sans corps ne peut pas réussir à\n être homme.\n"}, {"page_pdf": 597, "page_imprimee": 496, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3397, "texte": "496                                 DURENDAL\n\n\n    Appliquez la comparaison et vous direz : La pensée sans le style n'est pas,\n puisqu'elle ne se manifeste pas ; elle n'est ni pour autrui ni même explicitement\n pour elle-même; elle est sans corps, donc sans révélation, donc sans être\n intégral et à plus forte raison sans puissance. D'ailleurs, j'ai observé que la\n pensée sans nul style est un mythe, de même qu'une âme sans corps. Mais\n exister ne suffit pas. Quel corps est requis pour l'âme, sinon un corps revêtu\n de beauté? Un corps qui n'est pas beau est privé pour autant d'existence, étant\n privé de pouvoir révélateur par rapport à ce principe qui est son unique raison\n d'être.\n     La beauté est définie par saint Thomas d'Aquin resplendentia formae super\npartes materiae débite proportionatas. On entend cette formule. Resplendentia\nformae, c'est-à-dire : resplendissement de l'idée vitale. Car on appelle forme,\n en philosophie thomiste, l'idée qui a donné naissance à un être, idée que la\n matière incarne, principe de vie qui cherche à se manifester et, pour se\n manifester, se revêt d'organes. Pour que ce principe soit authentiquement révélé,\n il faut qu'il prenne corps en beauté, c'est-à-dire que la chair qu'il revêt donne à\n reconnaître ses virtualités, nous fasse voir ce qu'est l'homme, et plus préci­\n sément cet homme. Beauté du type, beauté du caractère, c'est ce que\n l'artiste cherche. S'il le trouve, il a révélé l'âme à travers la chair ; il a traduit\n des « formes habitées », ainsi que s'exprimait Carrière. La poussée de l'idée\n vitale, le conatus intérieur qui nous crée ont rencontré en lui leur prophète.\n    Ainsi l'homme de l'art, en apologétique, doit chercher à révéler l'idée dans\n la forme. De même que le corps, c'est de l'âme manifestée et c'est en partie\n l'homme, ainsi le bon style, c'est de l'idée révélée et c'est en partie l'œuvre\n même. Quand le style est quelconque, il donne à la pensée un corps quel­\n conque, il la représente mal, il la rend pour autant inexistante et inactive.\n Quand il est tout à fait mauvais, il la tue, comme un corps monstrueux\n tout à fait prive réellement de vie la pauvre âme égarée en ce vivant cadavre.\n    Joubert disait: « Quand je polis ma phrase, ce n'est pas ma phrase que je polis,\n c'est ma pensée que j'achève. » Gratry porte plus loin en disant : Un ouvrage\n n'existe pas, s'il n'est pas bien écrit ; ce sont des matériaux, non une oeuvre.\n\n   Prenons la chose d'un autre biais, nous retrouverons des conclusions\nidentiques.\n   A qui s'adresse l'apologie? A un esprit pur? Non, à cette unité vivante, âme\net corps, dont nous avons vu déjà qu'elle procède. Les facultés sensibles et\nl'imagination sont parties authentiques de l'homme. La vérité en venant à nous\ndoit donc se faire chair, comme nous-mêmes, allant à elle, devons y aller\n« avec toute notre âme », qui implique en partie la chair. Il n'y a pas en nous\nde cloisons étanches; il y a solidarité de fonctions; tout travail d'une faculté\nconnaissante profite à l'autre, comme le travail de toutes nous profite. L'idée\npure n'est qu'un leurre. Viser à n'évoquer qu'elle seule c'est risquer de\nn'évoquer rien. Il faut viser à éveiller en nous, avec l'idée, tous les échos\nsensibles de l'idée, à nous mettre en état de vibration complète sous son choc,\nafin que sa fraternité avec nous et sa capacité nutritive soient reconnues de\ntoute notre âme.\n"}, {"page_pdf": 598, "page_imprimee": 497, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGETIQUE                              497\n\n\n    Le contraire est l'erreur de ce qu'on appelle intellectualisme. L'intellec­\ntualiste est porté à n'attribuer valeur intellectuelle qu'à ce qui procède de la\nlogique. Or, l'intellectualité vraie dépasse de beaucoup la logique. Même les\nmoyens du rythme, de l'euphonie, même les sonorités verbales peuvent avoir\nindirectement une valeur d'esprit, en tant que liées à l'esprit, en tant qu'ex­\nprimant en l'homme, être sensible, les effets naturels, en lui, de ce que\nconçoit ou reçoit son intelligence. A plus forte raison les images, compa­\nraisons, exemples, figuration sensible des idées, peuvent-elles participer à leur\nvaleur, si, loin de s'en rendre indépendantes pour chercher à valoir par elles-\nmêmes, elles en procèdent et ne sont que le bain coloré qu'elles traversent,\n le son qu'elles prennent pour aller frapper une oreille à qui la musique des\n idées est connaturelle.\n    Si toutes les formes d'art ainsi employées font bien vraiment partie de l'état\n de conscience intellectuel de l'apologiste, comment ne feraient-elles pas partie\n légitimement de l'état intellectuel de son auditeur? Pourquoi ne s'en servirait-on\n pas pour implanter l'idée, puisque nées d'elle, elles ont mission aussi pour la\n produire, en tout cas, pour la renforcer, assurer mieux son règne, la rendre\n victorieuse et féconde.\n    Avec sa profondeur habituelle, Aristote a placé en co-partie, sous l'accolade\n Logique, l'analytique, la dialectique, la rhétorique et la poétique, consacrant\n ainsi la valeur rationnelle des images, à condition qu'elles demeurent ce\n qu'elles doivent être : des servantes de l'idée, et non pas de soi-disant idées\n indépendantes ; des co-idées et non pas des pseudo-idées.\n\n                                          *\n                                      *       *\n\n   La valeur de l'intuition dans la vie de notre esprit se trouverait liée ainsi\nà notre étude. Le cas particulier de la femme aiderait à s'en éclairer. Nous\naccusons les femmes de manquer de raison : elles manquent surtout de raison­\nnement, de logique. Si nos raisonnements glissent sur elles, c'est souvent\nparce qu'en possession d'une intuition contraire, elles préfèrent s'y tenir,\nsachant que là est leur force, et que sur le terrain de l'adversaire elles sont\nlaibles. Mais il n'est pas démontré pour autant qu'elles aient tort. Pour\nl'instinct rationnel, elles nous sont supérieures de beaucoup. Elles nous\nsont supérieures, dis-je, mais nous leur ressemblons pour une part. Nous\nsommes être d'instinct, nous aussi, autant que de raisonnement. Parler à\nl'instinct en présentant l'idée vivante, épanouie en formes d'art comme l'âme\ns'épanouit en organes visibles, c'est nous traiter selon notre nature et se refuser\nsagement à l'arbitraire découpage intellectualiste.\n   D'ailleurs, les vues de la psychologie actuelle relatives à l'inconscient pour­\nraient venir encore à notre secours. De plus en plus, à mesure qu'on étudie\nl'homme, on arrive à prêter en lui à l'inconscient une importance plus grande.\n La partie éclairée de l'âme n'est qu'une zone étroite; tout le reste est pénombre\nou obscurité. Or, là pourtant notre activité intérieure s'élabore; de là idées et\n sentiments surgissent. Par la logique, nous n'en communiquons que la partie\n pleinement épanouie en lumière; le reste n'y est point accessible. Mais, ce\n"}, {"page_pdf": 599, "page_imprimee": 498, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3413, "texte": "498                                 DURENDAL\n\n\nresidu, qui est le principal de notre richesse, est accessible à l'art. L'inspiration\ny travaille pour le compte de l'artiste, puis, à travers son œuvre, pour le\ncompte du public qui se soumet à son influence. Par ce même processus, le\ntravail d'un apologiste homme de l'art enveloppe les idées claires qu'il, émet\nd'une foule de circonstances verbales qui procèdent en lui de l'inconscient, et\nqui, riches de toute une matière nutritive, dans l'ordre intellectuel, iront par\ncontagion éveiller chez autrui des états semblables, terroir d'idées, où les\nidées en même temps communiquées poursuivront leur vie normale. La\npensée est une plante : le jardinier ne porte pas au marché des plantes déraci­\nnées et sans humus ; il les laisse dans la terre où elles sont nées, connais­\nsant la continuité de toute chose vivante avec le milieu naturel où elle\nplonge.\n   M. de Roannez disait à Pascal : « Les raisons me viennent après, mais\nd'abord la chose m'agrée ou me choque sans en savoir la raison, et cependant\ncela me choque par cette raison que je ne découvre qu'ensuite. » Ce cas est\nfréquent; c'est l'inconscient qui est alors responsable. A le supprimer, on sup­\nprimerait beaucoup de choses de la vie. On supprimerait aussi de la survie.\nJ'entends parler de la vie religieuse.\n   Nous savons que la mystique, en tant qu'elle se distingue de la théologie\nrationnelle, procède ainsi par expérience, par goût, donc aussi par mélange\nd'inconscient, le vrai se reconnaissant, ainsi que le bien, à sa touche intérieure,\nà sa sonorité dans l'âme.\n   Une telle façon de procéder est à coup sûr dangereuse; l'illusion est aux\nportes; aussi tous les mystiques insistent-ils sur le contrôle nécessaire des états\nintérieurs qu'ils subissent, et tous les psychologues sur celui des « raisons du\ncœur ». Mais, outre que la logique trompe aussi — et combien parfois lourde­\nment I — il reste que le contrôle survenant trouve ici à consacrer quelque\nchose; que ce quelque chose est une richesse, une richesse très proprement et\nvéritablement intellectuelle.\n   Je ne puis m'empêcher de rappeler une thèse thomiste qui suppose ces\nnotions et les illustre. Saint Thomas fait remarquer combien la présence en\nnous de la raison transforme profondément les facultés sensibles elles-mêmes.\n Elle les élève, dit-il, à la participation de soi, les rend pour une part ration­\n nelles, de telle sorte qu'on y reconnaît l'homme, même quand celui-ci ne fait\n œuvre que de sensibilité en apparence animale. Cette forme de raison que tout\nrevêt en nous, l'écriture d'art, comme telle, ne la revêtira-t-elle point, et ne\ndevra-t-on pas dire une fois de plus : elle aussi est rationnelle, pourvu seule­\nment qu'elle n'aille pas se retourner, abusant d'une fausse ressemblance,\n contre ce qui est authentiquement la raison?\n    Je disais à l'instant que le travail de l'esprit en ce qui concerne ces valeurs\nà côté de la vie rationnelle a besoin de surveillance; que sa marche est obscure\net prête à l'illusion. C'est vrai, et si tel est le cas de tout en nous ; si l'imagi­\nnation sujette à l'illusion ne fait nul tort à la raison sujette au sophisme, il faut\navouer pourtant que le rationnel participé doit prêter à plus d'erreurs que la\n raison même. Mais aussi ne s'agit-il pas de prêcher en faveur d'une apologé­\ntique de sentiment ou d'imagination, mais en faveur d'une apologétique inté-\n"}, {"page_pdf": 600, "page_imprimee": 499, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "                DU   ROLE    DE   L'ART EN A P O L O G É T I Q U E                 499\n\n\n\ngrale, c'est à-dire rationnelle en son tout, raisonnante pour la plus grande\npart, mais accueillante aux formes d'art assez pour donner à l'idée son accom­\npagnement naturel emprunté aux autres facultés de l'âme, pour être ainsi\nhumaine au complet, comprenant la raison d'abord, puis, au nom même de\ncelle-ci, ce qu'il y a en tout nous de raison éparse.\n\n   Si l'on suivait à la lumière de ces simples remarques le travail apologétique\nà travers les siècles, on verrait que tous les génies du passé eurent de cette\nvérité un sentiment profond, ainsi que toutes les grandes œuvres en témoignent.\nDepuis l'homme au style de fer qui a donné à l'apologétique son nom jusqu'à\nl'auteur de l'Essai sur l'Indifférence et à quelques autres en ce temps-ci, tous\nvalent comme écrivains en même temps que comme penseurs religieux. Tous\ncultivent ou la formule coupante de Tertullien, ou la phrase abondante et\nriche du docteur d'Hippone, ou la sentence pressée de la Somme contre les\nGentils, ou la grande draperie à la Bossuet, ou l'allure vive et claire des\nSoirées de Saint-Tétersbourg, ou le verbe imagé d'un Chateaubriand, ou sur­\ntout — quand ils peuvent — la grande technique incomparable qui sème\nd'éclairs et sillonne de rafales entraînantes la route que le plus haut génie\ngéométrique a tracée.\n   Pascal! c'est bien, peut-être, en quelques pages des 'Pensées, le plus puis­\nsant, le plus complet des apologistes. Et quelle forme est la sienne ! Ceux qui\ndouteraient de la valeur apologétique des formes d'art peuvent se renseigner là.\nSi tous les hommes de vérité, chacun avec la différence de son âme, pouvaient\nparler un pareil langage, regarder de si près la pensée, la faire jaillir avec une\ntelle spontanéité de puissance, lui faire traverser au passage des luminosités\net des ardeurs qui en sachent hausser à ce point le ton, nous aurions au service\ndu vrai l'apologétique parfaite. Pénétrés de foi, nous en pourrions pénétrer\nles autres. Dieu aidant, nous les atteindrions en tout ce qu'ils sont, nous\nfaisant tout à tous, comme saint Paul, dans un sens élargi encore; car nous\nserions tout à tout l'homme et à tous les hommes, pour gagner tout en eux et les\ngagner tous.\n                                                 A . - D . SERTILLANGES,\n                                         Professeur à l'Institut catholique de Paris.\n  (A   continuer.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-004", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 500, "page_fin": 501, "titre_corps": "Poèmes : Pluie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ern. de Laminne", "ancre_debut": "Poèmes Pluie A cause du grillon", "ancre_fin": "et qui pleurent", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les Houilleurs", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 601, "page_imprimee": 500, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "Poèmes\n\n                           Pluie\nA cause du grillon, de l'horloge et du chien,\nA cause du foyer qui flambe sur les choses,\nA cause qu'il fait soir et que la porte est close,\nDans notre chambre obscure, oh ! que nous sommes bien !\n\nC'est en vain qu'au dehors la pluie     envahisseuse\nTombe sur le vallon, pénètre le sous-bois,\nEt tamponne la vitre et crible notre toit,\nLa gémissante pluie, active    pourrisseuse\n\nDes feuillages d'été; c'est en vain que le vent\nColle sa lèvre amère aux fentes de la porte,\nEbranle les volets, sème les feuilles mortes\nEt pousse de tels cris qu'on le dirait  vivant!\n\nCar nul regret ce soir n'étreint notre âme lasse,\nNul désir n'a troublé nos sens inapaisés:\n— Nous nous taisons, nos cœurs seuls parlent à voix      basse,\nNos âmes par moments échangent des baisers.\n\nCependant l'été meurt, l'heure est là, l'heure sonne.\nEntends-tu dans la nuit sa plainte qui descend\nMêlant à la douceur de l'âtre     incandescent\nL'angoisse de l'hiver, l'angoisse de l'automne ?\n\nAussi, songe, ô ma sœur, à l'abandon des nids\nDans cette froide pluie et ce vent implacable ;\nSonge aux bois dévastés, songe aux pampres      jaunis\nQui tendent sur le mur leurs vieux bras pitoyables !\n\nSonge aux petits oiseaux dans les sapins amers,\nSonge au vol effaré des pauvres      hirondelles\nPerdues dans la pluie au-dessus de la mer\nLuttant de tout l'effort de leurs petites ailes!\n"}, {"page_pdf": 602, "page_imprimee": 501, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 296, "texte": "                          POÈMES                                501\n\nO ma sœur, songe encore aux pauvres         vagabonds\nEpars sur les chemins, si tristes à celte heure!\nAux pauvres vagabonds dont les yeux doux et bons\nS'affolent en songeant à l'hiver, et qui pleurent !\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-005", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 501, "page_fin": 501, "titre_corps": "Poèmes : Les houilleurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ern. de Laminne", "ancre_debut": "Les Houilleurs Oui, je les aime bien", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 602, "page_imprimee": 501, "debut_caractere": 296, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "Les Houilleurs\n Oui, je les aime bien les tragiques   houilleurs\n Qu'on voit le soir venu descendre les vinâves,\n Le masque noir faisant livide les pâleurs\n Et les yeux luisant clairs sous les casques    concaves.\n\n Ils vont par quatre ou cinq et ne se disent rien,\n Ils vont au rythme égal de leurs bottes ferrées\n Et les clous sonnent dur sur les pavés anciens :\n Ils vont la gueule dure et les lèvres serrées.\n\n Or, leur front n'est pas pur et leur œil n'est pas bon,\n Ils ont le masque amer et des bouches     tordues.\n — Et lorsque sonnera l'heure pour tout de bon\n Qu'ils surgiront devant les sociétés perdues,\n\n L'on devine que ces bouches     s'entr'ouvriront\n Pour d'ardentes clameurs et de rouges        blasphèmes,\n Et que ces yeux luisants dans les soirs       flamboieront\n Terriblement à la lueur des torches blêmes.\n\n                                              E R N . D E LAMINNE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-006", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 502, "page_fin": 512, "titre_corps": "Une rose d’Octobre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Davignon", "ancre_debut": "Une Rose d'Octobre I Un air de piano au crépuscule", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 603, "page_imprimee": 502, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "Une Rose d'Octobre\n                                          I\n\n\n                  Un air de piano au crépuscule\n                   UNE gaze nuancée tamisa la couleur des choses. Eclatante et\n                     dorée au-dessus du couchant où le soleil étalait encore la\n                     gloire de ses rayons, elle s'adoucissait en u n e dégradation\n                     rutilante par-dessus les vergers rouges, les toits bleus et les\n                     lointains mauves. U n bois de sapin à l'horizon, au delà du\n                     village, était noir. Des bruits précis, nets, commencèrent\n                     de se détacher dans la sonorité du plateau. Ce fut d'abord\n                     le roulement d'un train dans la vallée du côté de Fraipont,\n                     puis le bruit pesant d'une charrette en haut du ris de\nMosbeux, des cris confus, des paroles distinctes : deux tendeurs s'interpe­\nlaient dans un chaume, les enfants de l'école sortaient en b a n d e . U n e auto­\nmobile passa avec fracas à travers la principale rue de L o u v e i g n é . Apiès son\npassage, il sembla que le règne du silence fût rélabli. Mais des rumeurs\nplus précipitées, comme hâtives, reprirent : tintements musicaux du mar­\nteau sur l'enclume d'une forge, double détonation à la lisière d'un bois vers\nChaity-Fontaine.\n    M m e Valérie Jadot acheva l'inspection de son jardin, autour de la pelouse\nqui descend en pente vers la route. Elle regardait ses fleurs dont elle avait\ngrand soin. E n bordures des parterres béants de bégonias et de géraniums\nprécocement gelées, les guirlandes de feuilles marines grises et comme feu­\ntrées étaient symétriques. E n face, les flocs contrastaient par leur désordre;\nappuyés à la haie de vigne-vierge, il y en avait des blancs, des roses,\ndes mauves, des lilas. Devant eux, u n e rangée de petits soleils pointaient\nleurs têtes dorées. Cela faisait, avec la teinte sanglante de la haie, une succes­\n sion merveilleuse de couleurs. Mais, soit habitude, soit indifférence, la bonne\n dame ne s'arrêta pas pour l'admirer.\n    L e parc aux roses, contre la maison grise, l'attira. Sous les fenêtres de la\n façade, au pied du mur, une dizaine de fleurs s'épanouissaient aux derniers\n rayons. U n e nuée de boutons achevaient les tiges grêles aux feuilles déjà\n touchées par le gel. Lesquels fleuriraient de cette génération condamnée à\n si courte vie ? Un rosier grimpant, c r a m p o n n é à la face rugueuse du mur,\n"}, {"page_pdf": 604, "page_imprimee": 503, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3335, "texte": "                            UNE ROSE D'OCTOBRE                                   503\n\n\ntendait d'un geste éperdu sa dernière rose à la hauteur de M m e Valérie.\nElle l'aperçut au m o m e n t de rentrer et lui sourit. C'était u n e superbe fleur,\nsavoureuse et pâle. Elle en h u m a lentement le parfum tendre et pénétrant.\nL'air fraîchit; l'ombre gagna presque d'emblée le faîte de la maison. La rose\nsemblait retenir en elle toute la douceur du jour finissant. Sa beauté\nprenait un sens définitif par la menace de la nuit d'octobre meurtrière. D ' u n\nmouvement spontané M m e Jadot courut chercher son sécateur à l'intérieur du\nlogis. Bientôt la rose prestement coupée fut entre ses doigts. Elle la porta\npensivement à ses narines, à ses lèvres. Devant elle, le verger du voisin\nrougeoyait encore dans le couchant. Il était plus h a u t que le jardin des Jadot\nsitué dans la partie basse du b o u r g . L a b o n n e d a m e remarqua q u e c'était\ncomme un feu de joie flambant vers un ciel d'azur pâle, immatériel. Il ne lui\narrivait que rarement de prêter une si persistante attention à l'aspect m o m e n ­\ntané des choses. Debuut sur le seuil entr'ouvert, elle tournait entre ses\ndoigts la rose fraîchement cueillie. Si quelqu'un eût passé à cet instant sur\nla route et l'eût regardée, il eût été frappé de sa b e a u t é m û r e et blonde.\nL'ombre ténue lui seyait. Son teint, d'une é t o n n a n t e fraîcheur, prenait des\nnuances fondues de pastel. Ses yeux, u n peu ternes au g r a n d j o u r , luisaient.\n La quarantaine n'alourdissait qu'à peine son buste généreux. L e profil de\nson visage demeurait fin à cause du pli m a r q u é des lèvres et du dessin\naccusé du nez.\n   La clarté se retira plus encore vers le liant du village, la cime seule des\narbres fruitiers continua de lanctr ses flammes courtes. H o r s d e la fenêtre\ndu rez de-chaussée, u n air de piano s'échappa, u n air lent, un peu vulgaire\nmais langoureux, u n air e m p r u n t é au répertoire des valses pour orchestre\ntzigane. M m e Valérie J a d o t écouta béatement jouer sa nièce Cécile qu'elle\nhébergeait. Elle se décida enfin à rentrer.\n   Dans la salle qui servait de salle à manger et de salon, elle rejoignit la\njeune fille assise au piano, dans l'obscurité, et qui jouait de m é m o i r e .\nAu moment où la tante s'approcha, le morceau s'interrompit; u n corps\nsvelte s'abattit en sanglotant sur le clavier. Stupéfaite, M m e J a d o t appela :\n   — Cécile !\n   Un brusque sursaut redressa la jeune fille. S a n s répondre, comme u n e\nombre, elle glissa subrepticement hors de la c h a m b r e .\n   Un trouble inexpliqué fixa M me Valérie tremblante au plancher. Elle\ncheicha à tâtons les allumettes et parvint péniblement à atteindre la lampe\nsuspendue au-dessus de la table. La lumière vacilla luttant contre la demi-\nclarté du dehors. La fenêtre fermée et le store descendu, la première chose\nqui frappa le regard de la b o n n e dame fut, glissée à terre, entre les pédales\ndu piano, u n e lettre. Elle la ramassa par le souci instinctif d e l'ordre\net pensa la mettre sur la table pour qui la réclamerait. Mais la première\nligne, qui lui sauta au regard, interrompit son geste. Elle lut : « Ma\nbien aimée. »\n   Une pudeur rougissante la traversa. Elle dut s'asseoir et, tentée de pour­\nsuivre, elle s'interrogea :\n   — Ai-je le droit ?\n"}, {"page_pdf": 605, "page_imprimee": 504, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3103, "texte": "504                                  DURENDAL\n\n\n   Mais déjà ses yeux curieux avaient lu toute la première page. Quand\nelle eut p a r c o u r u les trois autres, elle se mit à relire lentement :\n\n                « MA    BIEN-AIMÉE,\n\n   » J e vous écris contrairement à ma promesse, mais mon coeur éclate. Il\nfait triste et sombre autour de moi depuis que vous avez quitté la ville et\ntout cet après-midi j'ai erré lamentablement par les rues où vous passiez.\nTrois ou quatre fois, il m'a semblé rencontrer votre ombre et mon imagina­\ntion faisait b o n d i r mon cœur. H é l a s ! cette illusion-là n'est-elle pas comme\nmes autres chimères, dérisoire, inutile et pourtant si désespérément néces­\nsaire à mon âme. J e vous aime avec toute la fougue de ma jeunesse\navide d'attachement, de partage, d'espérance. Vous n'êtes pas seulement\nCécile Graindorge l'amie d'enfance, la compagne de jeux, la jolie c o u s i n e ;\nvous êtes mon rêve, mon premier élan, m a g r a n d e passion. N e dites pas\nque je vous d o n n e gratuitement ces titres à mon amour, et que, de votre côté,\nvous ne me considérez que comme le camarade, le cousin, l'ami. Cela n'est\npas vrai, cela n'est pas vrai. Votre jeunesse hardie et ardente vous trahit.\nSouvenez-vous que vous avez écouté — et tant de fois ! — mes aveux.\nQu'ensemble nous avons disserté sur l'éclosion et l'épanouissement de\nl'amour, et que nous n'admettions pas qu'il p û t mourir. Souvenez-vous des\nsoirs ingénus et troublants où nous nous tenions secrètement par la main, à\ntable, dehors. Souvenez-vous de certain soir où nos lèvres... Vous voyez\nbien que nous nous aimons ! E t quand même ce serait de la folie, qui sait\nsi l'avenir n'est pas à la merci de notre passion résolue, un avenir de lutte,\nde victoire et de véritable vie.\n   » Ecoutez, en attendant la place de greffier et celle de commis au\ngreffe par quoi il faut débuter, j'ai d e m a n d é à faire u n stage à une justice\nde paix à la c a m p a g n e . On m'a désigné L o u v e i g n é . Deux fois par semaine,\nje viendrai, les jours d'audience. N o u s nous rencontrerons. Laissez-moi vous\naborder. Je ne vous d e m a n d e rien. C'est entendu : nous ne sommes plus\nfiancés. Je vous adore et vous n'en pouvez mais. Vous voulez bien attendre\ndes temps meilleurs sans m'être ni hostile ni étrangère, mais amicale, tendre\nment amicale. E t surtout, surtout vous n'aimez personne autre, vous ne\nsongez à épouser personne autre. Si cela arrivait, ma chérie, le ressort de ma\nvie serait brisé et je ne serais bon qu'à porter en terre. »\n\n  Mme Jadot laissa retomber les feuillets. Ses lèvres souriaient, elle\nsecouait d o u c e m e n t la tête, mais deux larmes étaient dans ses yeux. Elle dit\nà mi-voix avec une expression tout ensemble d'ironie, de pitié et de secrète\nsympathie :\n  — Quel enfant !\n  Une : voiture s'arrêta devant la grille. On entendit u n e voix commander :\n  — Demain matin, à 10 heures, comme aujourd'hui.\n  La voiture s'éloigna. U n pas mesuré fit grincer le schiste du jardin,\nMme Valérie serra précipitamment la lettre dans son corsage et s'avança au\ndevant de l'arrivant.\n"}, {"page_pdf": 606, "page_imprimee": 505, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "                              UNE   ROSE     D'OCTOBRE                             505\n\n     — Bonsoir, L o u i s .\n     — Bonsoir, Valérie. J e suis en retard. L e j u g e m'a fait entrer chez lui pour\n causer.\n     M m e Jadot ne s'étonna pas, et trahit par là le trouble inexpliqué où elle\n était. Si son mari eût été attentif à ces choses, il l'eût remarqué. Elle avait\n m a n q u é au surplus à ses habitudes les plus immuables, en négligeant\n d'enlever elle-même le pardessus du docteur et de p r e n d r e son chapeau de\n feutre noir pour le brosser. Mais le docteur J a d o t n'était sensible qu'à ce qui\n s'exprimait devant lui par des paroles. Il n'interrogeait guère ses malades et\n attendait qu'ils contassent eux-mêmes leurs souffrances. Les ayant ouïs, il\n les auscultait avec minutie et rendait son verdict. Valérie eut tout le temps de\n se remettre, tandis qu'avec u n e précision d'automate son mari sans mot dire\n vaquait à des soins coutumiers. S'étant assis dans son fauteuil, il enleva ses\n bottines et chaussa des pantoufles. Après s'être lavé les mains au robinet de\n l'office, il revint à la salle, nota sur son agenda les visites accomplies, prit u n\ncigare enfin, l'alluma et appela sa femme.\n    — Valérie, le juge m'a parlé de notre nièce Cécile.\n    L a b o n n e dame s'émut à nouveau. Elle s'assit. J a m a i s elle n'avait été à ce\n point impressionnable. Elle avait traversé dix ans de jeunesse et quinze ans\n de mariage sans aventure, sans imprévu et sans émotion. P o u r t a n t cette\nsoirée d'octobre lui révélait u n e faculté de s'émouvoir qu'elle ne se connaissait\n pas. Elle s'étonna de la placidité d u docteur, dont la large figure encadrée de\n favoris qui empiétaient de chaque côté sur le menton, était impassible.\n    — O u i , poursuivit-il, elle lui plait beaucoup par son extérieur aimable et\nsa vivacité. Il s'ennuie d'être seul. Il vieillit, dit-il, bien qu'il n'ait que qua­\nrante a n s . Il croit bien qu'il fera toute sa carrière à Louveigné. Il a huit mille\nfrancsdetraitementet six mille francs de rente, je pense, hérités de ses parents.\nC'est un parti. J e pense que c'est une chance pour Cécile. Elle est l'aînée de\nneuf enfants et notre beau-frère Graindorge n'a jamais réussi et ne réussira\njamais à être autre chose qu'un besogneux. Je pense qu'il faut l'encourager.,.\n    Il parlait d'une voix un peu étouffée et grasseyante, en fermant à demi les\nyeux. Il respirait souvent et cela coupait ses discours en bout de phrases\nsautillants. D'un geste méthodique, il caressait parfois rapidement ses favoris\nou rentrait vivement une manchette sous la manche de sa redingote noire. E n\nhaut du front légèrement dégarni, perlaient des gouttelettes d e sueur qu'il\nessuyait de temps à autre du bout de ses gros doigts carrés aux ongles gris.\nAinsi la diversité de ses gestes démentait la placidité de son silence. Son\naccent n'était pas traînant, mais il avait l'habitude de répéter à tout propos le\nmot : « je pense ». Cela donnait à ses paroles une allure de timidité qui pou­\nvait bien être celle de l'homme tout entier.\n    Mme Jadot n'eut pas d'avis sur la d é m a r c h e du j u g e . L a lettre qu'elle\navait surprise, signée du nom d'un petit cousin de Cécile, R a y m o n d J a u m e ,\n'ui ouvrait sur la jeune fille des perspectives où son inexpérience des choses\nde l'amour se perdait. Elle dit sans penser :\n    — E v i d e m m e n t , il faut encourager M, Courvallon. D'ailleurs, il vient\n ce soir,\n"}, {"page_pdf": 607, "page_imprimee": 506, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "506                                   DURENDAL\n\n\n     — Oui, reprit le docteur. J e lui ai conseillé de parler à Cécile. J e pense\n qu'il n'y aura pas d'obstacle. T u ne soupçonnes pas d'autres projets, je pense ?\n     — Moi!\n     L a bonne Valérie eut un instant la pensée de parler de la lettre. Mais elle se\n ravisa aussitôt. Elle n'avait pas le droit d'en faire état. Surtout, il lui semblait\n impossible de dire ce qu'elle en pensait à son mari. S'il en avait ri, elle eût fait\n c o m m e lui, naturellement, mais quelque chose en elle eût protesté, quelque\n chose d'indéfinissable, d'ardent, de spontanné, de profond..S'il l'avait prise nu\n sérieux, et blâmée, évidemment, elle eût été révoltée et se serait inclinée sans\n rien dire, mais avec une souffrance, une pitié, un g r a n d désir de réparer, de\n consoler...\n     Cette soirée d'octobre en lui faisant découvrir l'amour, introduisait en elle\n subitement u n e sensibilité inconnue, ardente et j e u n e , si j e u n e ! Il est ainsi\n des coins d'ombres mystérieux au cœur des forêts profondes. L e caprice d'un\n marché qui les livre au soleil, les révèle pleins d'oiseaux, de senteurs et d'eau\n gazouillante.\n     L a servante entra pour mettre le couvert. Au m o m e n t où Mme Jadot\n'songeait à monter chez sa nièce pour lui remettre la lettre p e r d u e , Cécile\n descendit. Il parut à la b o n n e dame impossible d'effectuer la restitution dans\n cette salle c o m m u n e . La j e u n e fille ne réclama rien, ne fit même pas mine de\n chercher. Elle était en toilette. D a n s ses cheveux une rose rouge artificielle\n était piquée. Sa robe des dimanches l'avantageait moins que les chemisettes\n de toile qu'elle portait d'habitude sur u n e j u p e noire ou bleue. Elle avait un\n air apprêté qui guindait sa d é m a r c h e naturellement vive et souple.\n  M m e Jadot s'exclama :\n     — C o m m e te voilà belle, Cécile !\n     — N'avons-nous pas du monde, ce soir? fit la jeune fille, sans embarras. Il\n  faut faire h o n n e u r aux grands h o m m e s du p a y s .\n      On ne pouvait discerner l'ironie dans son accent. Il avait je ne sais quel air\n de gaminerie propre à l'interlocutrice, u n ton plaisant particulier aux filles de\n Verviers et de Liége, qui les rapproche de la P a r i s i e n n e dont elles ont\n l'adresse et la légèreté. Cécile redressa, sur le piano, u n bouquet de flocs qui\n s'effondrait, avança sur la glace de la cheminée des photographies glissées trop\n b i s , disposa les fruits sur la table dans u n e corbeille, et s'assit enfin en fai­\n sant bouffer le bas de sa j u p e . Jadot la regardait, souriant et sans mot dire.\n M m e Valérie la suivait avec étonnement, cherchant en vain la trace de l'abat­\n tement où elle l'avait surprise tout à l'heure.\n     Après le dîner, la table à peine desservie, le juge Courvallon fit son entrée,\n u n petit h o m m e rougeau, bien pris dans un complet de drap bleu croisé pat\"\n devant. Ce qui frappait tout de suite chez lui, c'était le front énorme dont les\n lobes accentués luisaient. Le bas du visage assez fort, était surmonté d'une\n épaisse moustache blonde qui dépassait les joues et dissimulait mal de grandes\n dents pas très blanches. Les yeux à fleur de visage n'avaient pas d'expression.\n Il salua M m e J a d o t avec solennité et serra avidement la main que Cécile lui\n tendit en souriant. Le docteur vint ensuite qui'dit de sa voix courte :\n     — Monsieur le juge, u n e tasse de café ?\n"}, {"page_pdf": 608, "page_imprimee": 507, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3707, "texte": "                                UNE ROSE D'OCTOBRE                                          507\n\n   - - Volontiers, L o u i s .\n   Jadot donnait toujours aux gens leur qualité. Bien qu'il connût de longue\ndate Courvallon, il ne le tutoyait ni ne lui donnait son p r é n o m . Son respect\ndes apanages professionnels était si grand, qu'il avait beaucoup de peine à ne\npas appeler ses beaux frètes : Monsieur le Notaire et Monsieur le J u g e .\nQuant à son b e a u - p è r e il l'avait toujours salué de « Monsieur le Notaire »\navec une double déférence. Il n'y avait que le père de Cécile qu'il appelait\nAntoine tout court. Il est vrai que, longtemps avocat sans cause, celui-ci avait\nmal tourné et s'était fait journaliste. Ainsi la b o n n e Valérie était vouée par\natavisme à bénéficier de la solennité des professions libérales. Fille du notaire\nPri.msen, de Xhendelesse, elle avait obéi à la tradition en épousant le docteur\nJadot. Elle eût pris avec la même docilité le premier clerc Desaucy qu'avait\nagréé sa sœur A r m a n d e , ou le juge suppléant L é o n a r d qui fut le lot de sa\nsœur Félicie. H e n r i e t t e , la moins sérieuse des demoiselles P r i m s e n , s'était\ntoquée sottement d'Antoine Graindorge qui n'était qu'avocat. N e s'en repen­\ntait-elle p a s maintement qu'elle menait vie de b o h è m e à Liége avec ses\nneuf enfants élevés, Dieu sait comme?\n   Cécile déploya mille grâces en servant a u juge le café. Elle le lui sucra elle-\nmême. Il trouva un compliment banal pour la remercier. Elle en parut\nenchantée Il y avait dans son amabilité une évidente préméditation.\n   On disserta congrument sur la température, ce début d'octobre exceptionnel,\nle charme de l'automne, l'ennui de l'hiver a p p r o c h a n t . Jadot alla consulter\nle baromètre p e n d u au m u r dans u n coin. Le juge et Cécile avancèrent lente­\nment j u s q u ' a u piano. Mme Valérie, a b a n d o n n é e , s'assit d a n s le fauteuil et, par\ncontenance, prit un ouvrage. C'est ainsi, ce souvenir la frappa singulièrement,\nque quinze années plus tôt avait fait sa mère. L a maison paternelle avait\nquelque ressemblance avec celle-ci. Elle était plus vaste et u n arrière-\ncorps considérable abritait les bureaux du notaire. Henriette et Félicie\nétaient déjà mariées, mais A r m a n d e était au pensionnat des sœurs de\n Hervé. Valérie n'avait vu le docteur J a d o t que trois fois et en passant. Il\nétait de trois ans plus jeune qu'elle et bien qu'elle approchât de la trentaine,\nson cœur n'avait encore battu pour p e r s o n n e . Etait-ce vers le baromètre\noù vers l'étude que s'était éloigné son père? Le fait est qu'elle s'était trouvée\nseule avec J a d o t dans un coin. Qu'avait-il dit? Elle ne s'en souvenait guère.\n Elle n'avait pas été impressionnée, elle n'avait pas pleuré, elle n'avait pas ri.\n A un moment sa main, elle s'en souvenait, avait été emprisonnée dans celle\n du docteur... Mon Dieu, o u i ! elle conservait encore aujourd'hui l'impression\n de cette étreinte. Déjà alors, Louis avait celte moiteur q u i . . . Mme Valérie se\n mit à rire tout bas. C'était ainsi qu'elle était devenue Mme J a d o t - P r i m s e n .\n C'était ainsi qu'on lui avait dit qu'on se mariait; c'était ainsi que Cécile...\n   Pourtant d'autres faisaient autrement. D'autres aimaient, souffraient, par­\nlaient, écrivaient... Sur sa poitrine, la lettre de R a y m o n d b r û l a . Valérie\nse rappela des phrases... P a u v r e enfant, comme il l'aime ! et que devien­\ndra t-il q u a n d il s a u r a ! . . Mme Jadot releva la tête de dessus son ouvrage.\nCourvallon parlait de près à Cécile. Il tenait d a n s la sienne la main de la\njeune fille. T o u t à coup celle-ci se dégagea. Elle s'assit au piano et,\n"}, {"page_pdf": 609, "page_imprimee": 508, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3322, "texte": "508                                    DURENDAL\n\n\ntandis qu'interloqué le juge continuait pourtant de parler, elle se mit à effleu­\nrer les touches de ses doigts. La mélodie se précisa, se poursuivit nettement,\njouée pourtant en sourdine. Mme Jadot s'effara. C'était la valse lente de tout à\nl'heure, la valse interrompue ! Au bout de trois mesures une inquiétude la prit :\nCécile irait-elle j u s q u ' a u bout ? Est-ce qu'au même passage?... Mais la jeune\nfille acheva l'air sans défaillance. Elle jouait le corps droit, sans lever la tête\nvers Courvallon. Celui-ci se pencha vers elle, le coude appuyé au-dessus du\npiano. Sans doute demanda-t-il à la virtuose de ne pas s'arrêter. Car elle\nentama une variation brillante sur Faust. Il était évident qu'il avait terminé ce\nqu'il avait à dire, qu'il était agréé. Sa pose, l'expression de son visage disaient\nle triomphateur. De loin, il apparaissait vulgaire et fat. Son veston, tiré par\nle haut, découvrait une h a n c h e disgracieuse et, au-dessus du col, le cou san­\nguin faisait un bourrelet chevelu.\n     M m e Jadot, désabusée, laissa sa pensée vagabonder. Elle songea :\n     — Ce R a y m o n d J a u m e , je n e me le rappelle p a s . Qui est-ce ? Il y a des\nJ a u m e , cousins des Graindorge, des commerçants, je crois. Il doit être\nj e u n e ; vingt-quatre ans peut-être. Sa lettre est d'un fou. Elle est touchante.\n Elle respire u n e telle fougue : « Vous êtes mon rêve, mon premier élan, ma\ngrande passion. » P a u v r e garçon ! Il est blond peut être, ou noir avec des\nyeux a r d e n t s . J e le connaîtrai puisqu'il va venir à Louveigné. Q u e fera-t-il\n q u a n d il saura...? Comment le saura-t-il ? Elle lui écrira sans doute. Qu'elle\n le fasse doucement, avec m é n a g e m e n t . Il vaudrait mieux lui parler. Ce sera\n pour lui un vif chagrin ! « L e ressort de ma vie sera brisé et je ne serai bon\n qu'à porter en terre. » Le fou ! il faudrait le raisonner, panser sa blessure,\n l'apaiser, le consoler. Elle ne le fera pas, elle ne peut le faire. Qui ? J e pour­\n rais essayer, si je le vois, s'il vient. J e lui dirais d'abord...\n     — Valérie, hein !...\n     La bonne dame tressauta. Devant elle, son mari, à demi penché, l'appelait\n à voix basse.\n     — Valérie, il est dix heures. J e pense qu'il faut intervenir.\n     Il désignait le couple qui, ne sachant que faire, regardait u n e à une les\n photographies au long de la glace sur la cheminée, en échangeant les plus\n banales paroles. Cécile, voyant sa tante levée, approcha, mais ce fut Cour­\n vallon qui parla :\n     — Chers amis, laissez-moi vous a n n o n c e r que, conformément à mon désir,\n  Mlle Cécile veut bien consentir...\n     — J'en suis très heureux, mon cher j u g e , se hâta de dire le docteur. Nous\n allons fêter vos fiançailles.\n     Il disparut et revint chargé d'une bouteille de c h a m p a g n e et de quatre\n verres. Mme Jadot embrassa Cécile et serra la main de Courvallon. Elle\n ne savait trop que dire. Elle prononça la phrase qu'elle adressait toujours\n aux fiancés :\n     — J e vous souhaite d'être heureux et d'avoir de beaux enfants.\n     Il lui avait toujours paru logique d'avoir u n e famille à élever. Sa stéri­\n lité avait contribué beaucoup à endormir cette sentimentalité si fortuitement\n ranimée ce soir même et que Jadot n'avait pas su éveiller.\n"}, {"page_pdf": 610, "page_imprimee": 509, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3238, "texte": "                           UNE    ROSE    D'OCTOBRE                           509\n\n   On déboucha la bouteille, on emplit, on choqua, on vida les verres. Il n'y\neut pas de fusées de rires, ni d'expansions bavardes. Le juge prit congé. Il\nbaisa la main de Cécile, promit d'aller, dès le lendemain, visiter à Liége les\nGraindorge que la fiancée rejoindrait aussi. Le docteur ayant reconduit son\nhôte, mit la chaîne, verrouilla la porte, éteignit la lampe. A la clarté falotte\ndes bougies, les bonsoirs furent brefs. Valérie eût désiré serrer dans ses bras sa\nnièce et lui parler tendrement d'avenir. Il lui sembla que, sur sa poitrine, la\nlettre de Raymond protesterait. Déjà elle ne songeait plus à la restituer.\nPuisque Cécile ne la réclamait pas, ne s'en inquiétait pas, il valait mieux la\ngarder. Ne serait-elle pas douce et pitoyable à relire? N'ouvrait-elle pas à la\nbonne dame la perspective d'une mission consolatrice?Ainsi par la seule vertu\nde quatre pages juvéniles, exaltées et douloureuses, cette femme candide et\nvieillissante s'attachait d'un lien mystérieux à un inconnu. En faisant sa\nronde de maîtresse de maison, Valérie découvrit sur un guéridon la rose pâle\ncueillie par elle dans le soir tombant. Son parfum lui parut plus pénétrant\névocateur de l'automne tendre et passionné. Alors, elle retira de son sein la\nlettre froissée, prit dans un tiroir deux belles feuilles de papier de soie qu'elle\nplaça sur les deux versants du gros « dictionnaire des ménages » ouvert en\nson milieu. Elle allongea délicatement la fleur sur la lettre d'amour et d'un\nbrusque mouvement ferma le livre.\n\n\n                                         II\n\n                           Par=dessus la haie\n   En sortant de l'audience du lundi, Raymond Jaume s'arrêta en haut du\nperron de la justice de paix pour jouir de la divine sérénité de cette journée\nde l'automne clément. Louveigné est situé au milieu d'un plateau qui sépare\nla vallée de la Vesdre de celle de l'Amblève. C'est un centre qui acquiert son\nimportance de ce qu'il est au carrefour de six roules qui le traversent pour\natteindre des agglomérations populeuses et industrielles. Le bourg est\nentouré d'une nature agricole et forestière. A l'est, les rangs serrés des sapi­\nnières coupées de fagnes arides gardent comme des régiments immobiles la\nfrontière sombre de l'Ardenne. A l'ouest et au sud, les chaumes où fument\ndes feux de sarments au bord de taillis tortueux et roux, s'inclinent vers\ndes lointains bleuâtres où s'évoque la présence invisible du Condroz géné­\nreux et de la fertile Hesbaye. Au nord, par une échappée, le plateau de\n Hervé apparaît comme dans un mirage qui le rapproche ou l'éloigné, le\ndétache ou le confond selon les jeux de la lumière. On ne perçoit d'aucun\ncôté le gouffre des vallées encerclant le plateau et l'horizon qui les dépasse\nsemble en effacer jusqu'à la pensée. Des roulements de train, des sirènes\nd'usines, des brouillards de fumée grise en suggèrent cependant parfois brus­\n quement l'image violente et tourmentée.\n   Raymond d'un geste familier s'étira dans l'air chaud. Il tendit les bras,\n brandissant une serviette bourrée de dossiers. Le commis greffier profitait\n de sa présence pour prendre congé. Le jeune homme avait écrit sans\n"}, {"page_pdf": 611, "page_imprimee": 510, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3326, "texte": "510                                    DURENDAL\n\n\n désemparer pendant deux heures. L e juge suppléant n'avait pas la rondeur\nexpéditive de Courvallon, absent. U n e siégeait que rarement et tenait à jouir\nde la solennité dé ses fonctions. P l a i d e u r s et témoins se répandaient dans\nles cafés. Le vigoureux appétit de R a y m o n d réclama. Il avait dû quitter\nLiége à une heure matinale. De Nessonvaux à L o u v e i g n é , il y a une grosse\nheure de marche qu'il avait accélérée. Mais il ne pensa pas à se restaurer. Il\nsongea q u ' u n peu en contre-bas du b â t i m e n t de la justice de paix, la maison\ndes Jadot était proche. Depuis huit j o u r s Cécile Graindorge devait l'habiter.\nAur;iit-il le courage de sonner? Il n'en savait rien encore. Lorsque la maison\nlui a p p a r u t , après qu'il eut pris la route de Sprimont qui la borde, grise, en\nmoellons irréguliers, basse, à un seul étage, toutes les fenêtres aux rideaux\nempesés closes, comme il convient à u n e maison respectable et provinciale,\nil se troubla plus encore de la perception de son novice amour, que dé la\npensée de celle qu'il aimait.\n   Son imagination aussitôt lui suggéra d'invraisemblables éventualités : on\nl'attendait, on allait l'accueillir les bras ouverts, lui révéler un avenir de\nb o n h e u r ; ou encore on allait le recevoir dans l'angoisse, comme u n sauveur,\nlui d e m a n d e r de fuir avec lui. Des fictions romanesques h a n t a i e n t son esprit,\nfaisaient vibrer en lui mille fibres secrètes. Mais tout cela n'était qu'artifices\ninconscients de sa jeunesse ardente et imaginative. Il s'arrêta tout à coup et la\nmain sur les yeux. De la route un peu élevée qu'il descendait, il lui sembla\napercevoir en contre-bas, au bord de la haie rougeoyante, une forme féminine.\nIl distingua un corsage blanc, u n teint rose, u n e chevelure blonde. I1 se\nmit à courir et tout haletant :\n   — Cécile !\n   On remua derrière la haie. Il parut au j e u n e h o m m e q u ' u n e voix étouffée\nessayait de r é p o n d r e .\n   — Cécile, c'est moi R a y m o n d , cria-t-il.\n   Cette fois, u n bras passa au travers d'un buisson de lilas aux feuilles jaunies\ntransparentes comme l'ambre, u n bras rond et potelé qui fit u n geste de\nbienvenue et u n e voix plus claire répondit :\n   — Venez, je vous attends.\n   D'un b o n d , R a y m o n d fut contre la h a i e . Déjà, il avait saisi la main blanche\net la baisait follement. Mais elle se retira frémissante. E m e r g e a n t des arbustes\ndorés, une femme qu'il ne connaissait pas prononça :\n   — Ce n'est pas Cécile, c'est quelqu'un qui vous veut du bien, que vous allez\nécouter sagement parce qu'elle désire beaucoup que vous n'ayez pas de peine.\n   L e jeune h o m m e regardait interloqué Mme Valérie qu'il n'avait jamais vue.\nIl n'était pas confus ni mécontent d'avoir mis ses lèvres sur sa m a i n . Il lui\nsouriait, en dépit de sa surprise. L a b o n n e dame, dans le sérieux du rôle\nqu'elle s'était attribué, était touchante et gracieuse. R a y m o n d la trouva\nbelle, et vraiment elle apparaissait, dans le jardin rutilant, parmi les\ndernières fleurs, entre les arbustes aux vives couleurs, comme un fruit savou­\nreux de l'automne. Il songea aussitôt à lui dire des choses galantes. Il\ndéclama :\n   — Je ne sais pas qui vous êtes, si vous êtes fée, déesse ou femme, mais je\n"}, {"page_pdf": 612, "page_imprimee": 511, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": "                               UNE ROSE D'OCTOBRE                                         511\n\n\nsais que vous êtes belle, je crois que vous êtes b o n n e et j'espère que vous\nîrêtes pas sévère.\n   Valérie fut charmée de ces: p r o p o s . Elle osa regarder u n peu le jeune\nh o m m e avant de poursuivre. Elle fut frappée de son air de jeunesse. Son\nvisage à peine duveteux où l'imperceptible moustache était blonde, ne trahis­\nsait pas ses vingt-trois a n s . Comme il s'était découvert, elle vit qu'il avait des\ncheveux presque dorés et bouclés naturellement.\n   — Ecoutez, dit-elle avec un accent qu'elle crut maternel, je suis la tante\nde Cécile Graindorge. J'ai lu par hasard u n e lettre que vous lui écriviez et...\n   — E t vous venez me faire des remontrances, acheva avec p r o m p t i t u d e\nR a y m o n d J a u m e . F a i t e s , je r.e vous en voudrai p a s . Vous ferez ça gentiment,\net je veux bien être g r o n d é par vous.\n    M m e J a d o t eût dû être scandalisée de la légèreté de l'amoureux qu'elle\navait mission de désespérer. Elle en fut ravie au contraire, flattée par\nl'hommage qu'on rendait si bénévolement à son charme et si peu habituée\nà une telle grâce de conversation.\n    — H é l a s ! mon ami, je n'ai plus à être pour vous ni u n e grondeuse ni u n e\nd o n n e u s e d'espoir. Je dois vous désespérer en dépit que je veuille vous atté­\nnuer le c h o c . Cécile va se marier.\n    R a y m o n d pâlit. Il demeura un instant interdit et les yeux fixés sur\n Mme Jadot, pleins d'une songerie lointaine. L a b o n n e dame eût souhaité qu'il\npleurât, qu'il maudît, qu'il gémît. Elle se sentait l'âme prête aux plus cares­\nsantes paroles de consolation. Devant ce mutisme, elle demeurait interdite.\n Elle r e m a r q u a seulement que le jeune h o m m e était grand, très mince, un peu\ncourbé et que ses lèvres avait un pli généreux qui en faisait valoir la sanglante\n couleur. Au bout d ' u n moment, elles s'ouvrirent et découvrirent des dents\n très blanches.\n    — C'était u n e chose possible et que je craignais, fit-il. Elle n'a ni courage,\n ni orgueil, rien qu'une âme très douce et très faible, une âme de petite fille.\n    On sentait qu'en lui c'était bien plus un rêve qui s'effondrait, q u ' u n a m o u r\n déçu qui se plaignait. Il s'appuya n é a n m o i n s avec lassitude sur le bord incer­\n tain de la haie d o n t les feuilles éclatantes craquèrent. La nouvelle soudaine\n l'accablait d'une fatigue inusitée. Mme Jadot lui prit la main et la tapota à petits\n coups c o m m e on fait aux enfants dont les grands chagrins ont d'infimes causes.\n    — Il ne faut pas la m a u d i r e , dit-elle. Elle a dû être raisonnable; elle est\n l'aînée de neuf enfants. Le j u g e Courvallon est un beau p a r t i .\n    R a y m o n d se redressa :\n    — Le j u g e , c'est lui qu'elle épouse, ah ! ah ! ah !\n    Il éclata d'un long rire sarcastique qui sonna cependant fraîchement\n  comme u n e cascade sur des roches sonores.\n    — C'est un h o m m e digne et posé, acheva M m e J a d o t , un peu offusquée\n  de cette gaieté intempestive.\n    — Il est vilain et ridiculement solennel. Il est de ces gens qui portent\n  partout leur fonction comme un meuble encombrant et inutile. Ah ! la pauvre\n  petite. Quel misérable choix I\n     Déjà il la plaignait plus qu'il ne s'apitoyait sur lui-même. Le. parallèle\n  rapidement établi dans sa pensée lui donnait u n e telle supériorité!\n"}, {"page_pdf": 613, "page_imprimee": 512, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2979, "texte": "512                                   DURENDAL\n\n\n    M m e Valérie défendit sa nièce avec chaleur :\n   — Qui vous dit qu'elle a pu choisir? Est-ce son cœur qui a parlé? Ce cœur\nn'avait-il pas déjà révélé ses préférences? Et ne les aviez-vous pas devinées?\nN'étaient-elles pas sincères et naturelles?\n   — Peut-être. Mais vous qui la défendez, admettez-vous un sacrifice si\nrapidement, si légèrement consenti? Voyons, m a d a m e , l'amour n'a-t-il pas\nd'imprescriptibles droits ?\n    — O h ! fit en rougissant Valérie, l'amour est chose redoutable et point\nfaite pour les jeunes filles.\n    L a b o n n e dame songeait à sa jeunesse sans flamme, plus monotone qu'un\nàtre sans flambée.\n   — Je crois que vous avez raison, fit b r u s q u e m e n t R a y m o n d . Le moindre\nobstacle fait trébucher le sentiment passionné et illusoire né dans un cœur\nsans expérience. Qu'elle épouse donc son Courvallon celle que j'ai aimée et\nq u i a cru que l'amour allait sans énergie! Je ne lui voue ni haine ni recon­\nnaissance, rien q u ' u n peu de pitié. J e ne garde de l'aventure que la pensée\nde votre douce intervention. A h ! m a d a m e , poursuivit-il en se rapprochant de\nValérie, comme vous êtes u n e image de bonté et de beauté ! Il faut me garder\nu n peu d'amitié, d'affection. J e suis seul désormais et j ' a i tant soif de\ntendresse.\n    M m e Jadot se recula imperceptiblement ; elle était plus troublée\nqu'étonnée de ce brusque revirement du jeune exalté. Jamais elle n'avait\ndisserté sur d'aussi brûlants sujets. Elle ne savait que dire. Elle balbutia :\n    — Mais, monsieur !\n    L u i continuait de parler avec fougue :\n    — Permettez-moi de vous voir quelquefois, chaque fois que je viendrai à\n L o u v e i g n é . Je m'étais p r o m i s u n e telle fête de retrouver chez vous Cécile.\nElle est morte pour moi désormais. Votre image la remplacerait si merveil­\nleusement dans ma vie. Elle était jolie sans doute, quoiqu'un peu grêle et\n nerveuse. Vous l'êtes bien plus et il y a je ne sais quelle langueur délicieuse\n dans vos y e u x . . .\n    U n e voiture fit crier les pierres nouvellement étendues sur la route\n rechargée. Elle s'arrêta. Jadot en descendit, ouvrit et referma méthodiquement\n la grille du jardin. Il ne pouvait apercevoir le couple que les lilas abritaient.\n    — Allez-vous-en, dit nerveusement Valérie en a p p u y a n t sa main sur le\n bras du jeune h o m m e . Voilà le docteur qui rentre et c'est l'heure du dîner.\n    — Je ne m'en irai pas si vous ne me permettez de revenir, fit-il effron­\n tément.\n     Déjà il avait à nouveau saisit la main de la bonne dame et l'étreignait\n fortement.\n    — H é bien, venez q u a n d vous voudrez, mais chez moi cette fois, et je vous\n présenterai à mon mari.\n    — C'est lui qui passe là-bas, insinua perfidement R a y m o n d . Il est grave\n et austère. On le dirait votre père.\n    Et il s'enfuit précipitam'uent.\n\n      (A   continuer)                                            H E N R I DAVIGNON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-007", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 513, "page_fin": 514, "titre_corps": "A Francis Jammes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "A Francis Jammes O poète naïf", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 616, "page_imprimee": 513, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "A Francis Jammes\n\nO poète naïf je te lis en pleurant,\nSimple comme la Vie comme elle tu es grand,\nE t je t'aime beaucoup, à peu près comme un frère;\nJ e répète tous bas tes vers muets et bons,\nJ ' a i m e à mêler ma prière humble à ta prière.\n\nIl est bien dur le chemin clair où nous montons\nE t nous souffrons, hélas! de voir les horizons\nNous cacher le bon Dieu que notre âme désire.\nMontons ! qu'importe s'il faut souffrir en montant,\nC'est une épreuve aussi lorsque Dieu se retire.\n\nTes mots sont, mon ami, comme les bruits des champs\nQui flottent, infinis, à l'heure des couchants,\nConfus, et sans vouloir faire une symphonie\nE t qui p o u r t a n t , dans la buée des soirs d'été\nF o n t la plus douce et la plus divine harmonie.\n\nJ'y entends le grillon comme une âme chanter,\nLes hymnes des crapauds craintifs et attristés,\nLe chant vibrant et fou des tournantes abeilles,\nE t le mugissement très lent, très lent, des bœufs\nD e v a n t le crépuscule et ses mares vermeilles.\n\nCeux qui n'ont pas senti l'Infini dans leurs yeux\nE n r e g a r d a n t les Occidents mystérieux;\nCeux qui n'ont pas ouï dans leur âme profonde\nBruire et puis monter comme du fond des mers\nDes mots d'amour, inconnus d'eux, comme des ondes;\n\nCeux qui n'ont pas pleuré, ceux qui n'ont pas souffert,\nCeux dont le cœur n'a pas été un fruit amer\nOù mordait malgré tout leur désir de tendresse,\nCeux qui n'ont pas, ouvrant les bras à l'idéal,\nRefermé sur le vide effrayant leur caresse.\n"}, {"page_pdf": 617, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 714, "texte": "514                         DURENDAL\n\n\n\n      Ceux qui alors n'ont pas senti qu'ils faisaient mal\n      E t ne sont pas tombés sur le seuil virginal\n      D'une petite église où chantaient des prières,\n      Tandis que, palpitant comme une cloche d'or,\n      L e u r cœur sonnait les angelus de la lumière;\n\n      Non, ceux-là ne pourront pas te comprendre encor,\n      L e u r s yeux sont secs, leurs cœurs muets, ce sont des morts;\n      Mais bien ceux comme moi qui voient venir la Vie\n      Avec les yeux ouverts et craintifs de vingt ans\n      Tout en sentant monter en leur âme ravie\n\n      Des parfums de lilas et des odeurs d'encens.\n\n                                                  P I E R R E NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-008", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 515, "page_fin": 518, "titre_corps": "Exposition de la Toison d’Or à Bruges", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. Verhelst", "ancre_debut": "Exposition de la Toison d'Or à Bruges Les organisateurs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 618, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2955, "texte": "Exposition de la Toison d'Or à Bruges\n                        LES organisateurs de l'admirable exposition de Bruges ont pu\n                            réunir des trésors de haute valeur artistique, qui démon­\n                            trent la glorieuse place que tient dans l'histoire l'art néer­\n                            landais sous les ducs de B o u r g o g n e . Il y en a pour tous\n                            les goûts dans cette exhibition fastueuse : des bijoux fan­\n                            tastiques, les plus belles tapisseries du inonde, de superbes\n                            a r m u r e s , d'exquises miniatures, des manuscrits et des livres\n                            rares qui racontent l'histoire de la Toison, des monnaies,\n                            des médailles et des sceaux, — pour la plus g r a n d e joie\ndes artistes autant que des archéologues, puisqu'on y trouve réunies près de\ntrois cents médailles des chevaliers de l'ordre, dues aux principaux médail-\nleurs italiens, allemands et néerlandais, — une série de 161 portraits de\ntoisonnés plus ou moins illustres, dont quelques-uns sont signés de noms\nplus illustres encore : Roger van der W e y d e , Memling, Cranach l'Ancien,\nGossart, Velasquez,... enfin u n e galerie de tableaux de l'époque bour­\nguignonne, moins riche sans doute que celle de 1902, mais renfermant des\nœuvres de tout premier ordre, à peu près inaccessibles en temps ordinaire.\n    Je n'essayerai pas de décrire toutes ces merveilles ; leur intérêt se disperse\nen trop de domaines, où la compétence me fait défaut. J e me bornerai aux\nœuvres de peinture et spécialement à deux d'entre elles souverainement\ncaptivantes.\n    Mais a u p a r a v a n t , je me permets d'exprimer u n regret touchant l'invrai­\n semblance des attributions données aux tableaux. On comprend que les orga­\n nisateurs du Salon s'en sont tenu aux indications des propriétaires. Le\ncatalogue (encore incomplet et combien fautif !) redresse quelques erreurs\n manifestes. Q u e d'autres resteraient à relever, et non moins évidentes,\ncomme les deux saintes attribuées à Memling (n os 197 et 198), le groupe des\ndonateurs a c c o m p a g n é s de deux saints, d o n n é à R . van der W e y d e (n° 186),\n le Christ trahi, où l'on reconnaît si peu G. David (n° 206), les deux H u g o\nvan der Goes (n° 3 188 et 189) si dissemblables de dessin et de couleur, etc.\n    Sous le n o m de Jean Van Eyck, l'exposition de Bruges nous présente d'abord\ndeux petits portraits d'hommes, où l'on reconnaît l'extraordinaire séduction\nde ce réalisme qui donne un charme aux visages les plus vulgaires; p u i s ,\ndeux tableaux d ' u n e authenticité plus que douteuse : le triomphe de la reli­\n gion chrétienne et le triptyque représentant la Vierge et l'Enfant, accotés de\n deux figures nues : Adam et E v e . Le catalogue dit bien que le premier de ces\n deux tableaux provient d ' E s p a g n e et qu'il a été peint sous l'influence des\n"}, {"page_pdf": 619, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3399, "texte": "516                                  DURENDAL\n\n\nVan Eyck. Mais il laisse le second au maître de B r u g e s . Or, il est impossible\nd'attribuer à ce grand artiste cette Vierge gauche, rêche et maussade, d'un\ncoloris si d u r et si o p a q u e . Q u a n t aux volets du triptyque, ils n'ont qu'une\nanalogie fort lointaine avec les célèbres volets du T r i o m p h e de l'Agneau que\npossède le Musée de Bruxelles.\n     Mais passons sur ces misères en faveur de l'authentique chef-d'œuvre qu'a\nbien voulu nous prêter le Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg : l'admi­\nrable Annonciation.\n     C'est un p a n n e a u de médiocre dimension, tout en h a u t e u r , qui semble un\nvolet de retable. L a scène est située dans u n milieu de convention : u n e haute\net vaste église romane, couverte d'un plafond à caissons. Van E y c k affectionne\nces décors romans, qui rappellent la région mosane où il est n é . E n maint\nautre tableau de lui on retrouve encore ces fenestrages lenticulaires avec leurs\ncurieux chatoyements de lumière irisée. Ce décor somptueux encadre à mer­\nveille les deux personnages : la Vierge et l'Ange ; la Vierge agenouillée dans\nl'ampleur de son royal m a n t e a u bleu bordé d'or, dont les plis drapent le banc\nqui supporte le livre d ' h e u r e s ; l'Ange magnifiquement vêtu d'une robe et\nd ' u n e chape de brocart, le front ceint d'une couronne finement ouvragée,\np o r t a n t u n sceptre de cristal fieuronné-d'orfèvrerie, souriant à la Vierge d'un\nsourire u n peu niais, spécial aux personnages mystiques de Van E y c k . De\nla bouche de l'Ange s'échappent en minuscules lettres d'or les paroles de la\nsalutation : Ave gratia plena. Des lèvres de la Vierge tombe le mot d'acquiesce­\nm e n t : Ecce ancilla Domini. P a r un artifice subtil, ce dernier texte est écrit à\nrebours, de droite à gauche (1).\n     A l'avant-plan, et sous la figure de la Vierge, un tabouret de chêne\nsupporte u n coussin de soie carminée, d'un ton exquis, et devant le manteau\nde la Vierge se profile u n robuste plant de lys a b o n d a m m e n t fleuri. Ces\naccessoires laissent bien à découvert le merveilleux dallage du temple, qui\nparaît être d'or niellé, formé de compartiments carrés dont chacun contient\nu n e scène gravée au trait, et que séparent des b a n d e s ornées d'un linceau de\nfeuillage. Ce pavement est un chef-d'oeuvre de perspective. T o u t l'ensemble\nest ordonné avec u n goût très sûr et très s o b r e ; c'est une merveille de compo­\nsition et de coloris.\n     Mais rien n'égale la somptuosité de l'Ange. L e s brocarts or et vert\nsombre de sa robe, or et rouge de sa c h a p e , l'orfroi constellé de gemmes, la\ndélicate orfèvrerie de sa couronne et de son sceptre, et j u s q u ' a u x ailes teintées\ndes couleurs ardentes de l'arc-en-ciel, c'est l'harmonieux agencement des\nsubstances les plus rares, des tissus les plus riches, des formes les plus\nsubtiles qui se puissent rêver. P o u r évoquer l'image d'un prince de la cour\ncéleste, Van E y c k n'a jamais d'autre procédé. Il condense, en ses tableaux,\nla quintessence du luxe dont il est témoin à la cour fastueuse des ducs de\nBourgogne, ses maîtres et amis, et l'on devine quelle joie ces magnificences\nprocurent à ses yeux de p e i n t r e . E n cela on reconnaît son tempérament de\n\n\n  (!) La même particularité se retrouve aux volets de l'Annonciation', dans le polyptique\nde l'Adoration de l'Agneau.\n"}, {"page_pdf": 620, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "               EXPOSITION DE LA TOISON D'OR A BRUGES                                517\n\n\nréaliste à outrance, réaliste épris de formes exquises et de couleurs cha­\ntoyantes. U n peintre plus littéraire ou plus rêveur sera porté à simplifier les\napparences des êtres surnaturels, anges et saints, jusqu'à ces contours\nimprécis de vagues fantômes, où se complait parfois l'art moderne. On s'ima­\ngine que ces figures impalpables traduisent mieux ce qui est suprasensible.\nEst-ce bien vrai, et ne sont-elles pas plutôt symboles de rêve irréel ? Van\nEyck, et avec lui la génération des croyants de son époque, ne s'embarrassait\npas de ces subtilités. Il croyait à la personnalité bien réelle des êtres célestes.\nIls apparaissaient à ses yeux sous des espèces précises, des contours certains,\net leur transcendance s'affirmait en outre, c o m m e celle des grands du m o n d e ,\npar la somptuosité de leurs atours. Concédons que cette philosophie en vaut\nbien une autre, et que l'art du peintre s'en accommode à souhait.\n    L'art de Van Eyck serait certes plus complet si cette richesse du décor\ns'alliait avec plus de noblesse dans les types et plus de profondeur dans le\nsentiment religieux. L a plastique h u m a i n e de Van E y c k pêche souvent par\nje ne sais quelle vulgarité u n peu lourde. Il d o n n e aux saints et aux anges des\nexpressions très voulues, très observées sans doute dans son milieu, mais mal\nassorties au mystère, dont il semble ne pas sentir la signification. Et c'est\nencore le cas pour l'Annonciation de Saint-Pétersbourg. L a Vierge est une\nforte jeune femme, d'une beauté peu distinguée. L e geste de ses m a i n s , où il\ny a de l'acquiescement reconnaissant, est gracieux; mais il y a dans le regard\nfuyant u n soupçon de coquetterie fort déplacée. Ce regard n'est pas timide ni\nmodeste, puisqu'il ne s'abaisse pas ; il ne fixe pas résolument l'Ange a n n o n ­\nciateur, avec cette candeur d'innocence coutumière aux Madones de F r a\nAngelico ; il se détourne c o m m e celui d'une ingénue qui m i n a u d e . Visible­\nment le peintre n'a pas « médité >> son sujet.\n    L'ange l u i - m ê m e , en dépit de sa splendide p a r u r e , n'a pas la figure que\nl'on rêve. Il y a un peu d'effronterie sur ce visage rieur. Il ne paraît pas\nconscient de la formidable g r a n d e u r de son a m b a s s a d e . Van E y c k n'y a\npeut-être pas trop réfléchi lui-même. Il s'est préoccupé surtout de la\n « grimace » du sourire, comme, dans cet admirable volet de l'Agneau repré­\nsentant le c h œ u r angélique, il a trop subtilement observé la tension qui\nconlracte le visage des hautes-contre s'égosillant à donner des notes aiguës.\nCes défaillances dans l'expression du sentiment profond et vraiment mys­\ntique empêchent de ranger Van Eyck parmi les grands peintres religieux. Il\nreste le plus grand des peintres de « genre », et cela suffit à sa gloire.\n    Une b o n n e fortune inespérée pour la critique d'art, c'est l'exposition, dans\nle Salon de la Toison d'or, du triptyque représentant l'Annonciation, dû à ce\ngrand a n o n y m e qu'on appelle le Maître de Flémalle, ou encore le Maître de\nla maison de Merode. Il fut visible, autrefois, pour quelques rares archéologues,\ndans l'hôtel de M m e la comtesse de Merode, à Bruxelles. Mais bientôt\nil ne fut plus accessible. On le crut m ê m e p e r d u . D a n s u n article de la\nRevue de l'Art chrétien daté de mars 1904, M. J. Helbig déclarait ignorer ce\nqu'il est devenu, et M. J a m e s Weale, dans le catalogue de l'Exposition des\n Primitifs à Bruges, en 1902, insinuait qu'il a pris la route de l'Amérique.\n Entretemps M. von T s c h u d i , directeur des musées de Berlin, avait entrepris\n"}, {"page_pdf": 621, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1504, "texte": "518                                 DURENDAL\n\n\nune étude approfondie sur l'auteur i n c o n n u de cette p e i n t u r e . L'éminent\ncritique dut se borner, pour sa d o c u m e n t a t i o n , à u n e copie récente — et\nincomplète — du fameux triptyque. Il réussit à reconnaître comme œuvre\ndu m ê m e maître u n e série de quatre panneaux d'un polyptique très important\nactuellement au musée Staedel de Francfort. Ces p a n n e a u x proviendraient,\nd'après M. von T s c h u d i , de l'abbaye cistercienne de Flémalle, près de\nLiége (1). De là le n o m de Maître de Flémalle, qui remplaça le nom de\n Maître de Merode à partir de l'éclipsé du tableau des Merode.\n   Or, voici que le mystérieux retable, dont on déplorait la perte, reparaît\nsoudain à l'Exposition de B r u g e s ! Ce coup de théâtre n'est pas une des\nmoindres attractions du Salon de la Toison d'or, au moins pour les historiens\nde l'art. P o u r tous, il révèle dans une de ses plus belles œuvres, et peut-être\nla plus caractéristique, un maître, dont on voudrait savoir le n o m pour le\nplacer à côté de celui de Roger van der W e y d e .\n   N o u s r e p r e n d r o n s dans un prochain article l'étude du retable de Merode,\npour y joindre ce qui est acquis aujourd'hui touchant le Maître de Flémalle.\n\n                                                                  F.   VERHELST,\n\n\n\n\n  (1) Ou plutôt de l'ancienne maison des Chevaliers de Jérusalem, à Flémalle lez-Liége,\nselon M. A.-J. Wouters (Les Primitifs flamands à Bruges).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-009", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 519, "page_fin": 522, "titre_corps": "L’École de musique d’Ixelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "L'Ecole de Musique d'Ixelles La réputation de cette Ecole", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 622, "page_imprimee": 519, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "L'Ecole de Musique d'Ixelles\n                          LA réputation de cette Ecole n'est plus à faire. C'est une des\n                             plus remarquables et des plus vivantes écoles de musique\n                             de la capitale. Le corps professoral est soigneusement\n                             recruté. L'enseignement est sérieux. C'est u n e véritable\n                             école d'art. Elle doit surtout sa prospérité à l'intelligence\n                             et au dévouement admirable de son vaillant directeur-\n                             fondateur H e n r i T h i é b a u t .\n                                Elle a donné une preuve de plus de sa vitalité à l'occa­\n                             sion de la distribution des prix qui a eu lieu il y a quelque\ntemps déjà, mais dont nous n'avons pu parler jusqu'ici, débordé par\nla s u r a b o n d a n c e d'articles à publier. Les élèves y exécutèrent avec u n brio\nétonnant des œuvres pour chant de Paisiello, Reger, Blockx, Peter Benoît,\net des œuvres pour piano de Mendelsohn, Rinsky-Korsakow, Boccherini,\nSaint-Saëns, Chabrier. Les exécutions donnèrent l'impression d'une pénétrante\ncompréhension musicale de la part des élèves. Des poésies de Maeterlinck\net Leconte de Lisle y furent lues avec u n réel talent. L ' œ u v r e d'Emile\nWambach : Prinskesdag, dont l'audition dirigée par l'auteur couronna digne­\nment la cérémonie, valut au compositeur et aux élèves de l'école les. plus\nchaleureux et enthousiastes applaudissements. Notre distingué confrère\nOctave Maus, président du Comité du P a t r o n a g e de l'école, toujours sur la\nbrèche q u a n d il s'agit d'encourager l'art et les artistes, ouvrit la séance par\nl'intéressant et éloquent discours que voici :\n\n                     MESDAMES, M E S S I E U R S ,\n\n   Il y a dix ans que l'Ecole de Musique et de Déclamation inaugura des\ncours dans la c o m m u n e d'Ixelles, et c'est avec un légitime orgueil que nous\nfêtons cet anniversaire.\n   On pouvait craindre au début que l'initiative de M. H e n r i T h i é b a u t n'eût\nqu'un éclat passager. T a n t d'institutions analogues, nées d'un concours de\nbonnes volontés unies dans u n e pensée fervente, ont disparu, renversées par\nle premier souffle des vents hostiles. Il a fallu, pour défendre celle-ci contre\nles bourrasques et la maintenir debout, la conviction ardente, la volonté\nopiniâtre, l'entêtement irréductible de son fondateur.\n   J'admire la persévérance de son effort, la générosité avec laquelle il se\ndépense pour remplir la mission qu'il s'est volontairement donnée, l'énergie\npresque farouche qu'il déploie dans l'accomplissement méthodique et ponctuel\ndes fonctions multiples qu'elle lui impose.\n   Vous vous joindrez, Mesdames et Messieurs, j'en ai la certitude, au Comité\ndu patronage, au nom duquel je prends la parole, pour le féliciter et le\nremercier,\n"}, {"page_pdf": 623, "page_imprimee": 520, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3330, "texte": "520                                DURENDAL\n\n\n    Mais la volonté la plus impérieuse ne peut faire jaillir du néant la vie. Il\nfaut à l'arbre, pour qu'il croisse, un sol fertile, de l'air, de la lumière et l'eau\nbienfaisante.\n    Si notre Ecole de Musique est née, a grandi et se développe d'année\nen année davantage, c'est qu'elle a trouvé dans la commune populeuse et\nintelligente d'Ixelles les éléments de son suc nutritif.\n    Une expérience de dix années nous permet d'affirmer que l'Ecole n'est pas\nune vaine parure décorative de la cité ixelloise, mais qu'elle répond à une\nnécessité sociale. Le nombre des élèves inscrits à ses cours, l'accroissement\nsuccessif des classes, la sympathie dont l'honorent les esprits les plus distin­\ngués, l'empressement que vous mettez, Mesdames et Messieurs, à suivre\ntoutes ses manifestations extérieures, la présence ici des personnalités\néminentes qui ont bien voulu répondre à son invitation et que je remercie en\nson nom témoignent avec éloquence de la grande place qu'elle occupe dans\nnotre vie intellectuelle.\n    Si un cataclysme imprévu privait la commune d'Ixelles de son Ecole de\nMusique, le vide que laisserait sa disparition serait si grand qu'il faudrait\naussitôt en créer une nouvelle. Elle répond, en effet, à des aspirations, à des\nappétits spirituels aussi exigeants que les besoins matériels qui commandent\nles travaux publics, la distribution de l'eau, la canalisation du gaz, le pave­\nment des rues...\n    L'Ecole n'est pas, en effet, uniquement destinée à initier ses élèves au\nmécanisme du piano, aux arcanes du solfège ou à l'émission de la voix. Le\nconstant souci de son fondateur est de poursuivie, parallèlement à un sérieux\nenseignement technique, un enseignement esthétique dont la plupart des\nconservatoires sont totalement dépourvus et d'éveiller le sens de la beauté\ndans les jtunes intelligences qui lui sont confiées.\n    Dans le discours inaugural qu'il prononça en 1900 à la réouverture des\ncours de la Schola Cantorum, mon illustre ami Vincent d'Indy disait :\n    « L'art n'est pas un métier. Une école d'art ne peut pas, ne doit pas être\n une école professionnelle.\n    » Il faudrait bien se garder de croire, en effet, que pour être musicien il\n suffise de savoir jouer, de savoir jouer même très bien, d'un instrument, ou\n de pouvoir écrire très correctement une fugue ou une cantate ; ces études font\n évidemment partie de l'enseignement musical, mais elles ne constituent point\n l'art; j'oserai même dire que pour celui qui s'arrête à ce' degré d'instruction\n sans chercher l'art véritable, les connaissances acquises deviennent funestes\n et d'autant plus pernicieuses qu'il s'imagine être suffisamment armé pour\n produire ou interpréter de grandes oeuvres...\n     » Là où finit le métier, l'art commence.\n     » Après les premières études nécessaires, — qui ne sont autre chose que\n l'équivalent des mouvements d'assouplissement dans l'exercice militaire — la\n tâche des professeurs sera, non plus d'exercer les doigts, le larynx, l'écriture\n des élèves, de façon à leur rendre familier l'outil qu'ils auront à manier, mais\n de former leur esprit, leur intelligence, leur cœur, afin que cet outil soit\n employé à une besogne saine et élevée, et que le métier acquis puisse\n ainsi contribuer à la grandeur et au développement de l'art musical. »\n"}, {"page_pdf": 624, "page_imprimee": 521, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "                        L'ÉCOLE DE MUSIQUE D'IXELLES                                      521\n\n\n     Ces principes, qui ont d o n n é à la Schola Cantorum une si haute portée\n éducative, ont, dès l'origine, inspiré le fondateur de notre école.\n    Son p r o g r a m m e d'études embrasse, en effet, outre l'harmonie et la compo­\nsition, le solfège théorique et pratique, le chant d'ensemble et individuel, le\np i a n o , la harpe diatonique et chromatique (deux classes créées récemment),\nun ensemble de cours spéciaux destinés à compléter l'éducation artistique\ndes élèves : h a u t e théorie musicale, histoire de la littérature, interprétation\nvocale, orthophonie et articulation, lecture expressive et diction. E n outre,\nune série de conférences et de lectures faites par les plus éminents de nos\norateurs, de nos écrivains, de nos musiciens, embrassant en quelque sorte\ntoute l'histoire de la musique et de la littérature.\n    D a n s l'espace de neuf a n n é e s , plus d'une centaine de conférences ont été\nd o n n é e s à l'Ecole.\n    Citons, parmi les sujets développés : B ach, Gluck, Beethoven, W a g n e r ,\nS c h u m a n n , W e b e r , Saint-Saëns, A n d r é Van Hasselt, Michelet, Albert Giraud,\nR o d e n b a c h , Molière, Peter Benoît, Victor H u g o , etc., etc.\n    P r e n o n s au hasard quelques noms de conférenciers : H e n r i Carton de\nW i a r t , E d m o n d P i c a r d , Paul Errera, Charles de S p r i m o n t , Ernest Closson,\nLéopold W a l l n e r , P a u l Spaak, Henri Lafontaine, T h o m a s Braun, Georges\nDwelshauwers, Charles V a n d e n B o n e n , Charles G h e u d e , H e n r i Liebrecht,\netc., etc.\n    C'est, M e sd a mes , et Messieurs, u n véritable « Institut des H a u t e s E t u d e s »\nque nous possédons à Ixelles, et déjà sa réputation est si bien assise que des\npersonnalités étrangères de marque ont sollicité l'honneur de s'y faire\nentendre.\n    Telle est, dans son ensemble, le plan sur lequel est construit l'édifice auquel\nvous avez bien voulu vous intéresser. L e n o m b r e de nos élèves, 578 pour\nl'exercice écoulé, répartis dans 59 classes, prouve que les efforts de la direction\net du corps professoral — auquel j'adresse mes remercîments pour son\nprécieux concours et son inlassable dévouement — sont appréciés comme ils\nle méritent.\n    Cinq cent soixante-dix-huit! Le chiffre est un peu inquiétant. Se peut-il\nque tous ces enfants puissent trouver dans la carrière musicale les ressources\nnécessaires à la vie!\n    Rassurez-vous, si l'Ecole est destinée à former des musiciens, elle est\nouverte aussi à ceux pour qui l'art ne sera, dans la profession qu'ils e m b r a s ­\nseront plus tard, qu'un rayon de joie, u n réconfort moral, u n ennoblis­\nsement de leur intellectualité.\n    L'expérience acquise nous incline à séparer les cours de ces derniers de\nl'enseignement approfondi donné aux élèves que leurs aptitudes spéciales\ndestinent à la profession musicale. L e p r o g r a m m e d'étude sera prochaine­\nment remanié dans ce sens. E t tandis qu'un enseignement théorique et\npratique complet armera fortement les uns p o u r les luttes de l'existence\n artistique, les autres trouveront à l'Ecole, d a n s u n e pédagogie esthétique\n moins rigoureuse, le complément, indispensable de nos jours, des études\n professionnelles qu'ils poursuivent.\n     Pour former des musiciens, des professeurs, des exécutants, les écoles\n"}, {"page_pdf": 625, "page_imprimee": 522, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3253, "texte": "522                                  DURENDAL\n\n\nlibres complètent h e u r e u s e m e n t l'œuvre des conservatoires et des académies.\n    Elles ont sur ces derniers l'avantage de n'être pas soumises à des règle­\nm e n t s routiniers et surannés et, dans l'évolution continuelle de l'art, de\npouvoir approprier leur p r o g r a m m e d'études aux idées nouvelles qui se font\njour.\n    L a Schola Cantorum, qui forme tous les ans u n e pléiade de musiciens de\np r e m i e r ordre, nous offre à cet égard un exemple décisif.\n    Je souhaite qu'une intervention plus large des pouvoirs publics permette\nà l'Ecole de réaliser ses desseins. La c o m m u n e d'Ixelles, toujours attentive\naux intérêts matériels et moraux de la population, c o m p r e n d r a que l'institu­\ntion qui rend à celle-ci d'aussi réels services doit être encourngée d'une\nmanière efficace. U n e commission d'inspection vient d'être désignée par elle\npour lui rendre compte de l'activité de l'Ecole. Cette commission lui signalera,\nen m ê m e temps que les détails de son administration, les besoins que crée\nl'extension qu'elle a prise et, au premier chef, la nécessité p o u r l'Ecole de\ndisposer d'un local p e r m a n e n t dans lequel les classes seront installées d'une\nmanière définitive.\n    C'est miracle, vraiment, qu'avec une allocation des plus modique, installée\nd a n s u n local qui ne lui est ouvert que p e n d a n t quelques heures de la journée,\nl'Ecole de Musique ait pu atteindre au développement qui l'assimile aux\ngrands établissements d'instruction.\n    L'enseignement public est particulièrement bien organisé à Ixelles et\nl'Administration communale a affirmé l'intérêt qu'elle lui porte en créant,\nentre autres, de nombreuses écoles professionnelles, une Ecole d'art décoratif\nqui d o n n e d'excellents résultats.\n    L a C o m m u n e exercera dorénavant, j'en ai l'espoir, la même sollicitude à\nl'égard de l'enseignement musical, dont l'influence moralisatrice n'est pas\nmoindre que son utilité professionnelle.\n    J e vous remercie, Mesdames et Messieurs, de l'attention avec laquelle vous\nm'avez écouté. J e m'excuse d'avoir retardé l'heure impatiemment attendue,\noù vous applaudirez nos jeunes lauréats. Mais il fallait qu'à celte date où\ns'achèvent dix années de labeur assidu, une voix résumât devant vous l'effort\naccompli et exprimât, pour l'ère nouvelle qui s'ouvre, nos projets, nos vœux\net nos espérances.\n\n   Le discours de M. Maus prouve à l'évidence la supériorité de l'enseigne­\nment q u i est d o n n é à l'Ecole d'Ixelles. Ce n'est pas u n e école où on apprend\nseulement à exécuter d'une façon quelconque la musique. Les élèves y\nreçoivent une éducation artistique complète. Elles sont en outre initiées à la\nhaute littérature par des conférences données par quelques-uns de nos plus\nbrillants écrivains.\n   N o u s nous joignons à notre ami Octave Maus p o u r féliciter à la fois\nM. T h i é b a u t , ses professeurs et ses é l è v e s ; et nous engageons avec lui le\nConseil communal d'Ixelles à seconder par de larges subsides cette école qui\nest une des plus belles institutions de celte c o m m u n e et dont l'honneur\nrejaillit sur elle-même,\n                                                                 H E N R Y MOELLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-010", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 523, "page_fin": 525, "titre_corps": "Lettre de Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Lettre de Paris Voyons, n'y aurait-il pas moyen", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 626, "page_imprimee": 523, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2951, "texte": "Lettre de Paris\n                    VOYONS, n'y aurait-il pas moyen de rajeunir un peu l'appareil\n                        sacré des distributions de prix scolaires ? Discours du pro­\n                        fesseur de rhétorique, allocution du personnage présidant,\n                        lecture du palmarès entrecoupée de flonflons fanfaroïdes\n                        aux prix d'excellence, mais on connaît tout ça ! « Donnez-\n                       nous du nouveau, n'en fût-il plus au m o n d e ! » Ah ! que la\n                       belle H é l è n e avait raison! Q u o i ! Q u a n d tout c h a n g e ,\n                       progresse, s'améliore, m ê m e les traitements des sénateurs\n                       et députés, seuls les modes de glorification universitaire\ns'attarderaient dans la routine !\n   Car, il faut l'avouer, rien n'a c h a n g é depuis notre jeunesse dans le proto­\ncole aux lauréats. Il n'y a m ê m e pas à faire h o n n e u r aux h o m m e s d'aujour­\nd'hui de la suppression du discours latin, puisque c'est fort avant notre\ntemps qu'on a renoncé à cet intermède, pourtant bien gentil, et qui devait\npousser tout le m o n d e à la statistique, chacun n'ayant d'autre ressource\npour passer le t e m p s que de calculer le chiffre des bâillements ouverts ou\nlarvés de ses voisins p e n d a n t le dégoulis de la bavette cicéronienne. E t q u a n t\naux projets de changement qui sont à l'étude, avancer le jour du palmarès au\n13 juillet en commémoration de l'internat de L a t u d e , ou le reculer au\n1er octobre rentrée des classes, comme cela est bénin, bénin !\n   Non ! ce sont des transformations plus radicales qu'il nous faut ! E t\nd'abord, pourquoi ne la supprimerait-on pas, tout simplement, cette b o n n e\nvieille distribution des prix? Elle a un parfum d'ancien régime qui déplaît à\nnos narines démocratiques et égalitaires, et u n reflet de gloire antique qui\neffarouche nos mansuétudes humanitaires. Voilà assez longtemps qu'on n o u s\nrase avec les s u r h o m m e s ! E t les sous-hommes ? Ça devrait bien être leur\ntour. D o n c , si l'on veut changer, que ce soit du tout au tout, et qu'ici-bas\ncomme là-haut, les premiers soient les d e r n i e r s ! Car, enfin, les b o n s élèves\nsont suffisamment récompensés par la joie austère du devoir accompli, et ce\nsont les pauvres cancres qui ont besoin de consolation. Dans les couvents de\npetites filles, il y avait des prix d'encouragement : voilà le vrai ! Il ne devrait\ny avoir que des prix d'encouragement, ce sont les seuls logiques.\n   Ne préfère-t-on que de demi-hardiesses, des révolutions « pâles pour per­\nsonnes pink o, c'est facile. P o u r q u o i , en premier lieu, et pour la fête elle-\n même, ne remplacerait-on pas les deux discours graves par u n carrousel, un\n exeicice gymnastique, un concert ou u n e représentation théâtrale ? Les\n petites pièces étaient autrefois à la mode, et je me souviens avoir vu jouer\n"}, {"page_pdf": 627, "page_imprimee": 524, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3586, "texte": "524                                  DURENDAL\n\n\n le Caïd à une distribution de prix de « chers frères ». L e d a n g e r est, sans\n doute, qu'avec l'ambition propre aux savantissimi doctores, on en arri­\n verait vite à vouloir faire jouer l'Aululaire en latin et l'Antigone en grec. Mais\n les spectateurs auraient toujours la ressource de s'emplir les poches de\n p o m m e s cuites pour en b o m b a r d e r ces mélingues bilingues. D'ailleurs, il ne\n serait pas indispensable de s'en tenir à Offenbach et à Labiche, place serait\n faite à d'originales tentatives. De jeunes bacheliers de 16 à 17 ans ont bien\n autant d'esprit et de verve que des saint cyriens de 18 à 19 ans ; pourquoi ne\n perpétreraient-ils p a s , eux aussi, leur petit « triomphe » ? L a vie de lycée\n a ses éléments de revue de fin d'année, et d a n s le collège où je suçai le lait\nde quelques vieux pets-de-loup, on se livrait, pour les Saints-Innocents et la\n Saint-Charlemagne, à des parodies chansonnières ou vaudevillesques que\n notre jeune âge trouvait pleines de sel.\n     E t pour les prix, comme il y aurait à dire! Des couronnes en papier doré,\ndes livres cachant un cœur nauséeux sous des habits de rastas, et des embras­\nsades de vieux messieurs mal rasés ou de bonnes mamans h u m i d e s d'émotion,\nest-ce qu'on n'en a pas décidément assez de ce cérémonial? Les couronnes,\npasse encore, d'autant que la même peut servir pour tous, histoire de voir\nscientifiquement si la pelade est contagieuse. Mais tous ces b o u q u i n s ineptes\nqu'on se garde bien de lire et dont l'amas, de polychromie hurlante, coûte bien\nencore quelques centaines de francs, ne vaudrait-il pas mieux les remplacer\npar trois ou six bourses d e voyages pour les meilleurs élèves des hautes\nclasses, ou mieux encore affecter leur valeur d'achat à la constitution d'un\nfonds c o m m u n pour circulaire d'excursion que feraient ces meilleurs élèves,\nun peu plus nombreux alors, sous la conduite d'un professeur? Quel est le\nj e u n e h o m m e à l'âme bien située qui, plutôt que de recevoir les Morceaux\nchoisis des poètes français ou l'Esprit des plantes, ne préférerait pas une promenade\nde huit jours à pied dans les montagnes, ou en bécane dans les plaines, ou\nmême en voilier sur la Méditerranée?\n     E t encore, puisque, même au collège, la « question d'argen'. » se pose,\npourquoi les vieux lycées officiels ne se mettraient-ils pas, comme les nou­\nvelles écoles libres, à apprendre à leurs élèves un métier manuel? On passe­\nrait l'année à enrichir un petit stock de menus objets de menuiserie, de\nmétallurgie, de cuir, de plâtre, et, en fin d'année, on vendrait aux enchères\nle trésor collégial. Les parents tiendraient à h o n n e u r de venir pousser les\nprix et le résultat de la vente servirait à couvrir les frais d'une vaste prome­\nnade générale? Il n'est pas mauvais que, de bonne heure, les enfants sachent\nque les plaisirs sont souvent et devraient être toujours le fruit du travail.\n     Autre chose : L e système des prix devrait il être basé sur quelques compo­\nsitions solennelles ou sur l'ensemble de tous les devoirs de l'année? Et ces\nprix devraient-ils être échelonnés un à un à l'instar des places numérotées de\ncomposition, ou ne vaudrait-il pas mieux dessiner de vastes zones où les élèves\nseraient groupés par ordre de mérite collectif? L e système actuel a l'incon­\nvénient de supprimer toute fraternité; chaque potache est seul à son rang,\nisolé comme u n merle blanc, avec tant de solitaires au-dessus et tant au-\ndessous, tous aussi merles blancs que lui. Qui sait si cinq pu six grands grou-\n"}, {"page_pdf": 628, "page_imprimee": 525, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2915, "texte": "                                 LETTRE DE PARIS                                      525\n\npements ne vaudraient pas mieux que cette échelle à perchoirs individuels?\n U n e classe d'une trentaine d'élèves à répartir en cinq zones, pourrait présenter\n trois élèves par exemple dans les très bien, six dans les bien, quatorze dans les\npassable, cinq dans les mauvais, deux dans les très mauvais; est-ce que cela ne\nserait pas plus varié, plus juste et plus instructif que de s'entendre dire : Il y\na eu u n premier, u n second, u n dernier, un avant-dernier, et vingt-six autres\ndans les rangs intermédiaires. Vous êtes bien avancés ! Dans le système que\nje propose, on voit tout de suite la valeur de la classe, alors qu'aujourd'hui\nil faut qu'il y ait toujours u n premier prix de thème grec, par exemple, m ê m e\nsi aucun potache ne sait distinguer l'omicron de loméga! et u n premier prix pour\nchaque matière, même si, sur les trente élèves, vingt-neuf méritent d'être dans\nles mauvais ou tris mauvais.\n     J'en étais là d e cette chronique commencée sur un ton badin, quand la\nnouvelle m'arrive de la mort de M. E d m o n d Demolins, fondateur d'une de ces\nécoles libres nouvelles dont je parlais et a u t e u r d'un des plus décisifs mouve­\nments d'esprit qui se soient produits ces dernières années en matière de\npédagogie. C'est u n e g r a n d e perte pour le pays, et m ê m e pour tous les pays\nlatins. Il n'avait sans doute pas proposé tout ce qu'on vient de lire, mais\ndans u n e note assagie, son Ecole des Roches avait expérimenté d'intéres­\nsantes innovations. R é c e m m e n t encore, il demandait que dans tous les\nexamens, baccalauréat compris, u n e note fût réservée à la vigueur et à\nl'agilité physique, et l'on ne voit pas ce qu'il y aurait là de mauvais. Peut-être\nsuffirait-il de j o i n d r e à cette réforme, celle que proposaient Gebhart et B r u n e ­\ntière, la suppression, dans les épreuves du baccalauréat, d e l'oral, si propice à\nla mnémotechnie et au surmenage, et enfin' celle que d'autres ont suggé­\nrée,    le détachement de la philosophie formant avec une dernière a n n é e\nd'humanités u n stade intermédiaire entre l'enseignement secondaire et\nl'enseignement supérieur et sanctionné par u n e licence élémentaire, d'où par\nsuite la terminaison de l'enstignement secondaire un an plus tôt, au sortir\nde la première ci-devant rhétorique, à 14 ou 15 ans, pour rajeunir, vivifier et\naméliorer, sensiblement sinon suffisamment, notre vieil édifice scolaire de\nFrance. Or rien n'est plus important que l'éducation, p u i s q u e c h a c u n reste\ntoute sa vie le potache qu'il a été. M. Demolins l'avait bien compris, et ce\nn'est pas là le fait d'un esprit banal, pas plus que sa double activité scienti­\nfique et réalisatrice n'est le fait d'un h o m m e ordinaire. Grande perte, encore\nune fois.\n                                                                      HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-011", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 526, "page_fin": 541, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Livres Littérature Connaissance de l'Est", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 629, "page_imprimee": 526, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "LES LIVRES\n\nLITTÉRATURE :\nC o n n a i s s a n c e d e l ' E s t , par M. P A U L CLAUDEL. — (Paris, Mercure\n    de France.)\n    U n volume de poèmes en prose, où il n'est d'images que de l'Extrême-\nOrient, de l'antique Asie, nourrice de peuples et de dieux : Images étranges,\nbrillantes et sombres, qui ne se reproduisent point, comme chez Loti, par\nexemple, d a n s un miroir, mais dans une pensée qui les réfléchit en profon­\ndeur et en rêve.\n    Sans doute, le poète, solitaire par vocation, sent-il encore grandir sa soli­\nt u d e et s'amplifier son rêve, fait de lui-même et des visions de la terre, en ces\ncontrées d'un exotisme tranché, où tout, la nature et les êtres, les costumes\net les c o u t u m e s , lui signale q u ' a u c u n e c o m m u n i c a t i o n , que superficielle, n'est\npossible de lui à son milieu, aux gens qu'il coudoie : Sa pensée, et ses\nformes mêmes sont, comme lui, d'ailleurs; il est isolé, et sait que tout autour\nde lui, aspects du pays et des êtres, habitudes, cultures, fêtes, divinités, ne\npeut être pour sa méditation qu'accidents extérieurs, charmants, paradoxaux,\ninsolites — mais étrangers à la tradition de sa sensibilité et de son intelligence.\n F a c e d'humanité, cependant, et qui, à l'égal de toute h u m a n i t é , rit ou pleine,\ngémit ou prie, mais dont l'hilarité ou les larmes, les plaintes ou les oraisons\n restent, pour lui, comme des apparences fantasmagoriques qui brillent sans\n pénétrer. La vie, ainsi, lui semble plus illusoire encore, et le refoule davan­\n tage en lui-même : E t c'est une solitude d a n s la foule, si riche de paroles et de\n songes, une telle ivresse taciturne de lumière et d'étrangelé, que si le poète-\n voyageur rentre d a n s son milieu natal, d a n s l'accoutumance quotidienne de\n la vie civilisée, il s'y montre dépaysé, contraint, avide de s'évader de nouveau\n vers ces contrées, afin de s'y retrouver lui-même et l'enivrement sans obstacles\n de sa pensée, de sa pensée seule immobile au milieu du tourbillon assujetti et\n vain des choses.\n   Car, faute de rencontrer des réalités qui lui soient, pour ainsi dire, consub­\nstantielles, la pensée se retourne vers elle-même, se creuse et s'approfondit,\net d'autant davantage que le m o n d e et la vie, autour d'elle, lui présentent\nplus d'images singulières, dont la nouveauté n'ayant ni antécédents, ni racines\nen elle, peut lui apporter l'étonnement, mais non point l'émolion. De sorte que\nson rêve, il erre, en de constantes métamorphoses : tantôt lourd comme le ba­\nsalte, avec une stature d'idole difforme et bariolée; tantôt léger comme la plume\nde l'aigle, détachée et qui tombe, en ricochant, le long des arêtes d'un roc.\nL u m i è r e aveuglante de midi sur la cité foudroyée et silencieuse ou effusion\n"}, {"page_pdf": 630, "page_imprimee": 527, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3740, "texte": "                                     LES LIVRES                                      527\n\néclatante de la lune sur le fleuve et le cirque des montagnes ; pic ou ricane\nle vautour ou nuée gonflée d'orage et de p l u i e ; cavité s o m b r e sous les pieds\ndu dieu sauvage on sonnettes que le vent fait tinter à l'angle du toit rustique...\nIl entre dans toutes ces formes et dans mille autres, en n o m a d e , en passant,\nprêté, u n e m i n u t e , aux apparences qu'il traverse, mais gardé à lui-même —\néclairant tous ces masques de l'éclat de ses propres yeux a r d e n t s . . .\n\nC h o i x d e p a g e s a n c i e n n e s et n o u v e l l e s , par M. SAINT-GEORGES\n    DE BOUHÉLIER. — (Bruges, H e r b e r t , Collection d'Antée.)\n    Lorsqu'il évoquait des souvenirs de j e u n e s s e , l'aimable et généreux\nT h é o d o r e de Banville ne manquait jamais de faire apparaître tous ceux,\nartistes et poètes, qu'il avait c o n n u s , sous l'aspect de « je une s dieux ». Quels et\nsi médiocres qu'ils eussent été, son verbe paradoxal et coloré les magnifiait de\ntous les prestiges du génie et, par surcroît, de la force et de la beauté. L e seul\n« jeune dieu », ç'avait, probablement, été lui-même, mais c'est la vertu et le\nprivilège des princes de l'imagination et de la fiction de ne rien toucher qu'ils\nn'exaltent et n'illuminent : entre les choses et les êtres et leur vision un prisme\nsemble s'interposer, dont l'éclat diapré se c o m m u n i q u e à tout ce qui apparaît\nau travers. Ou il arrive, aussi, que leur œil dilaté et, en quelque sorte, lenti­\nculaire, ayant fini par s'hallucinerà la contemplation tropprolongée d e q u e l q u e\ninsecte, à la fois infime e t formidable, ils soient saisis d'une sorte d'enivrement\nsacré de l'atome, d'une espèce de griserie de l'infiniment petit, d'autant plus\nvive que tout y est d'eux-mêmes, de l'opulence s u r a b o n d a n t e de leur inspiration.\n    N o u s n'entendons point comparer M. Saint-Georges de Bouhélier à un\ninsecte, fût-ce même une cigale! mais il faut bien croire que la lecture des\nœuvres de l'auteur de Julia ou les Relations amoureuses a suscité chez le maître\nL e m o n n i e r quelque étrange phénomène d'optique intellectuelle : « Je ne pus lire\nl'Hiver en méditation sans un rafraîchissement intéiieur, écrit-il. Il m'initia à la\njoie, à la b o n t é , à la paix, qui nous sont versés par les silencieux témoins de nos\ndéfaillances et de nos vertus. Il me rapprocha de moi m ê m e . . . On demeura\n louché qu'un si j e u n e écrivain fût un sage : il avait la sagesse pensive d'un mage\n aux écoutes des mystères qui intéressent nos destins... L e vieil orgueil h u m a i n\n put bien protester; u n e philosophie se dégagea qui en rapprochant les\n distances rendit sensible d'ignorées manifestations de la vie. Dieu passa dans\n l'infini magnétisme animé des choses... C o m m e un son se répercute en\n d'autres, reculés, l'intervalle s'abrégea entre l'homme et l'homme. Toute la\n nuit ne fut plus d ' u n côté et toute la lumière de l'autre. L e sens de la beauté,\n de la force, de la noblesse s'égalisa... Il Sembla qu'on l'eût connu chez\n H o m è r e et chez H é s i o d e . . . Les temps se renouèrent : on eut la vue des\n choses éternelles. Ce fut très simple et très g r a n d comme si tout à coup\n s'élargissait u n peu la conscience du m o n d e . »\n     On lit cette page, qui paraît détachée des Livres Sibyllins ou de quelque\n Légende des siècles en p r o s e ; on finit par se mé pre ndre et par croire que ces\n termes augustes, ces épithèles solennelles font n i m b e ou auréole, sinon au\n  Messie, a u moins à tel de ces Héros de Carlyle, qui ont marqué en un\n  perdurable sillon leur trace sur les chemins de l'humanité ! l'Hiver en méditation\n"}, {"page_pdf": 631, "page_imprimee": 528, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": " 528                              DURENDAL\n\n\n se présente à vous comme un nouvel et meilleur Évangile, le livre où sont\n écrites les destinées prochaines du monde; — comme un tournant de l'histoire !\n Mais, il n'y a rien de tout cela, rien — ou, plutôt, il y a M. Saint-Georges de\n Bouhélier qui, sous les rayons fécondants de l'imagination solaire de Camille\n Lemonnier, grandit, s'amplifie, remplit tout l'espace, fait ombrage aux mon­\n tagnes et éclipse à la lune !\n   On peut présumer avec certitude que l'auteur a procédé lui-même au choix\nqui nous est offert en ce volume; qu'il a détaché de ses ouvrages, pour en\nformer cette anthologie, les pages qui, à son gré, manifestent davantage des\npuissances originales de sa pensée et de son art. Et nul doute que son\nembarras ait été grand et cruelles ses alternatives! Enfin, tel quel, c'est un\nflorilège, un bouquet spirituel composé amoureusement et dédié à la propre\ngloire de l'écrivain... Or, il faut bien avouer que, si l'on passe sur l'agacement\nqui naît d'un perpétuel et volontaire archaïsme sentimental, d'une propension\nexagérée à la Jean-Jacquerie, à des affectations mièvres, à des emprunts\nincessants à la boutique d'antiquaire sensible dont le poète Jammes avait\ndéjà, et d'une façon plus amusante, utilisé les bibelots malvinesques — ces\nécritures, encore que faciles et d'un tour assez agréable, ne véhiculent que des\nidées quelconques : La femme prédestinée à l'amour... Chaque, individu\nunique... L'intérêt, moteur essentiel de l'homme..., etc., etc. Certes, les idées,\nles plus fréquentées sont aussi les plus fertiles et nous ne songerions pas à\nfaire un grief à ce nouveau « mage » d'exercer sa pensée sur celles-là, ni\nmême de les énoncer du ton confidentiel et ravi d'un découvreur de vérités\nsecrètes et inattenduts, mais nous aimerions qu'il y ajoutât quelque chose de\npersonnel, quelque chose qui fût, non seulement naturiste, mais naturel...\n                                                              ARNOLD GOFFIN\n\nŒuvres en prose de Richard Wagner, traduites en français par\n   J.-G. PRODHOMME. Tome I des Gesammelte Schriften. — (Paris, Delagrave.)\n   Saluons avec joie l'apparition de cette traduction excellente qui rendra les\nplus grands services aux musicologues, aux esthéticiens et même aux philo­\nsophes. L'intérêt considérable des écrits wagnériens, leur importance capi­\ntale pour l'intelligence du plus grand Œuvre musical du XIXe siècle la ren­\ndaient désirable depuis longtemps à ceux qui ne lisent point aisément la\nprose philosophique allemande. Les quelques écrits traduits isolément étaient\npeu commode à se procurer, de même que les articles français publiés à\nParis. Désormais, il n'en sera plus ainsi et tant de gens qui dissertent sur\nWagner sans avoir lu ses livres n'auront plus l'excuse de ne pas pouvoir le\nlire dans le texte original.\n   On sait que le maître de Bayreuth a réuni lui-même tous ses écrits en une\nédition collective, commencée en 1870. Cette édition, parue à Leipzig, chez\nE.-W. Fritzch, sous le titre de Gesammelte Schriften und Dichtungen von Richard\nWagner, comprend dix volumes (3 e éd., 1897), auxquels il faut joindre encore\ncertains articles, fragments et esquisses publiés ou réunis après sa mort.\nM. Prodhomme n'a traduit que les écrits en prose, les poèmes dramatiques\nayant été traduits à suffisance et fort bien.\n"}, {"page_pdf": 632, "page_imprimee": 529, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3438, "texte": "                                    LES LIVRES                                     529\n\n   Le tome I contient d'abord l'importante esquisse autobiographique écrite\nen 1842 pour la revue dirigée par H e i n r i c h L a u b e ; puis l'intéressante notice\nsur la Défense d'aimer qui nous montre si bien l'état d'esprit de W a g n e r ,\ndominé, dès 1834, p a r l'idée de la « libre sensualité », que nous retrouverons\nau premier plan d a n s la correspondance et les écrits de la période révolution­\nnaire (1842). Suit la série complète (plus complète m ê m e que dans l'édition\nallemande) des nouvelles et essais écrits en français par W a g n e r durant son\nlamentable séjour à Paris, de 1840 a 1842, pour la Gazette Musicale, de Schles­\nsinger : Une visite à Beethoven, Un musicien étranger à Paris, Une soirée heureuse\n(fantaisie sur la musique pittoresque), De la Musique allemande, Du Métier de\nvirtuose et de l'indépendance des compositeurs, Le Stabat Mater de Rossini, Le Stabat\nMater de Pergolèse (à propos de l'arrangement de cette œuvre pour grand\norchestre et c h œ u r , par A. Lvoff), De l'Ouverture, Le Freischiitz à Paris (à.\npropos des représentations de 1841 à l'Opéra, avec les récitatifs ajoutés par\nBerlioz), Halévy et la « Reine de Chypre ».\n    Le traducteur a indiqué en note les moindres variantes qui différencient le\ntexte français original du texte allemand des Gesammelte Schriften ; lorsque la\ndifférence est trop grande, il traduit complètement ce dernier à la suite du\npremier. A propos du Freischiitz et de la Reine de Chypre, n o u s avons ici, outre\nles deux articles de la Gazette Musicale, la traduction de ceux envoyés à l'Abend-\nZeitung, de D r e s d e .\n    Ces écrits, qui nous représentent parfaitement W a g n e r dans le premier stade\nde sa formation esthétique, intellectuelle et morale, ont une valeur littéraire\nconsidérable ; ils se lisent vraiment avec c h a r m e . E t quelle magnifique matu­\nrité de j u g e m e n t esthétique! Voyez cette admirable étude sur le pittoresque\n musical où toute la question, si discutée depuis, de la musique à p r o g r a m m e\n est merveilleusement exposée et résolue. E t quelle hauteur de vue, d a n s\n la conception du g r a n d Art, de son origine, de son but et des joies qu'il\n donne ! Quel accent religieux et passionné !\n    « Je crois à Dieu, à Mozart, à Beethoven, dit en m o u r a n t le « musicien\n étranger », en lequel W a g n e r se personnifie dans ses articles de la Gazette\n Musicale; je crois au Saint-Esprit et à la vérité d'un art u n et indivisible; je\n crois que cet art procède de Dieu, et vit d a n s les cœurs de tous les hommes\n éclairés d'en h a u t ; je crois que celui qui a goûté une seule fois les sublimes\njouissances de cet art lui est dévoué pour toujours et ne peut le renier... »\n Après une audition de deux symphonies de Mozart et de Beethoven, qu'il\n caractérise avec une admirable justesse, il conclut par le m ê m e cri d'enthou­\n siasme, presque u n e prière : « Adoration éternelle à Dieu, au Dieu de la joie\n et du bonheur, a u Dieu qui créa la musique. A m e n . »\n                                                               CHARLES     MARTENS.\n\n\nV e n i s e a u X V I I I e s i è c l e , par M. P H I L I P P E MONNIER. — ( P a r i s ,\n  Perrin.)\n  En F r a n c e , le XVIIIe siècle, délicieux et frivole, puis déclamatoire, puis\nsanglant, fut c o m m e un intermède entre le déclin grave de Louis X I V et\n"}, {"page_pdf": 633, "page_imprimee": 530, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3407, "texte": " 530                               DURENDAL\n\n\n  l'avènement foudroyant de Napoléon : il alla de la grandeur à la grandeur,\n par un chemin de corruption fleurie et de pensée dévergondée.\n     Venise, elle, s'endormait alors, vieux fantôme de force et de souveraineté,\n au milieu de ses lagunes torpides, asservie à tous les enivrements d'un plaisir\n  et d'une indolence qui ne devaient finir que dans la stupeur de la ruine et le\n silence de l'esclavage. L'orgueilleuse république de la mer qui, jadis, humi­\n liait les empereurs de Byzance et, parfois, intimidait la férocité et l'audace du\n Turc ; dont le pavillon avait flotté, en signe de suzeraineté ou de possession,\n sur les rives de la Grèce et les îles enchantées de l'Archipel, n'était plus,\n depuis longtemps, que l'apparence, vide quoique imposante encore, d'une\n énergie révolue. Elle vivait sur les richesses accumulées jadis et que les\n sources taries de son commerce et de son industrie avaient cessé de renou­\n veler; sur le renom redouté d'un gouvernement aux voies subtiles, secrètes,\n sans scrupule et plus occupé, à présent, du succès des régates organisées sur\n le Grand Canal ou des faits et gestes scandaleux de quelque cantatrice ou de\nquelque aventurier que de conjurer les progrès d'une décadence, consentie,\ndu reste, et résignée.\n     La gloire de la Dominante ne s'augmentait plus des victoires, ou des\ndéfaites, également héroïques, de ses flottes ou des triomphes de sa diplo­\nmatie, mais uniquement de l'éclat échevelé et des folies de son carnaval.!\n Qu'était la vie pour tous ces fiers patriciens, inscrits au Livre d'or, sinon un\nloisir enjoué, insoucieux de tout effort; une mascarade perpétuelle, au milieu\ndes musiques, des femmes et des fleurs, dans la cohue brillante et bigarrée de\ntous les oisifs et de tous les badauds de l'Europe? Pas plus que les beaux\nseigneurs et les dames adornées qui chantent et devisent sous les orangers\nde la fresque célèbre du Camposanto de Pise, ils ne pressentent l'approche de\nla mort, qui, cependant, plane déjà, les ailes ouvertes, au-dessus de Saint-\nMarc : ou, peut-être, s'ils la pressentent, n'est-elle qu'un stimulant à la hâte\nde leur plaisir?\n     Toute la machine méfiante et compliquée du gouvernement et des mul­\ntiples conseils continue à fonctionner, mais pour quelles besognes futiles!\nAntique horloge, dont le mécanisme auguste et les énormes engrenages ne se\nmettent plus en mouvement que pour sonner, solennellement, l'heure... du\nberger! Toute la splendeur volontaire du passé était là, intacte en apparencei\nmais minée et vermoulue : façade de puissance et de menace, assise sur la\ndécrépitude... Mais qui s'arrêtait aux lézardes des hautains édifices, devant le\nport vide ou l'indigence fastueuse des palais? Qui, pris d'inquiétude à l'odeur\nde mort et d'inertie stagnante dans l'atmosphère, en dépit des roses et des\nfeux d'artifice? Personne, ou sinon, un peu plus d'insouciance, de plaisir, de\nplaisir plus bruyant : car toute la philosophie de l'heure, c'est le rire, un rire\nnon pas amer et douloureux, ou même mélancolique, mais léger, mais\nétourdissant et étourdi: le rire d'une joie sans réflexion et sans remords, qui\nne désire rien, ne rêve rien, hormis jouir; un rire qui ne juge point la vie\net le monde, mais s'en amuse et ne veut et n'attend d'eux que de l'amu­\nsement.\n    De sorte que cette Venise, édifiée pièce à pièce, conquise patiemment sur\n"}, {"page_pdf": 634, "page_imprimee": 531, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "                                     LES LIVRES                                        531\n\n\nles eaux et endiguée contre elles, bâtie avec tenacité sur le sol mouvant, en\nmarge de la terre et de la mer, avec la parure altière de ses m o n u m e n t s et de\nson art, qui, eux aussi, semblent les dépouilles opimes pillées sur les rivages\nbyzantins ou latins par ses corsaires; cette Venise, dans l'émerveillant\napparat de sa beauté composite, avec toutes ses pierres de tradition et de\nsouvenir, n'est plus que le paradoxal décor de la fantaisie, de la fiction, de\nla farce et de la d é b a u c h e . . . Les grands événements de la vie de la République\nsont des fêtes; ses grands h o m m e s , exquis, d'ailleurs, des hommes de théâtre,\ncomédiens ou autres, tels que Goldoni et Carlo Gozzi; son g r a n d peintre,\nl'improvisateur T i e p o l o ; les héros de ses entretiens, de spirituels et facétieux\nchenapans comme Casanova...\n    Tout ce m o n d e , petit et puéril, à la recherche du b o n h e u r , d'un b o n h e u r\nfacilement trouvé dans l'abdication de la volonté et fait tout entier de la\ndouceur du laisser-vivre, M. Philippe Monnier l'a peint admirablement, en\nune série de tableaux d'une touche vive, précise, remplis d'éclat et de brio,\ntracés dans cette langue forte et colorée que tous ceux qui ont lu ses belles\nétudes sur le Quattrocento ont a i m é e . . . La fin de la fête est v e n u e ; tout l'an­\ntique simulacre s'est effondré sous la main impérieuse de Bonaparte : « U n\nmonde est mort qui ne renaîtra jamais plus, écrit éloquemment M. Monnier.\n U n e forme d'humanité tombe en poussière. Les violons se sont tus. Le songe\n s'est é v a n o u i . L a b a r q u e des illusions est passée. Adieu, petits masques!\nSur la place de S a n Marco, les baïonnettes sont croisées... « On ne peut pas\n toujours r i r e . . . » Ainsi le titre invraisemblable du dernier chapitre des\n Mémoires de Gozzi. Elle ne le croyait pas, la vieille R é p u b l i q u e dissolue.\n Elle ne savait pas que chaque faute s'expie. Elle ne savait pas que la mort est\n la g r a n d e , est la tragique réalité d'ici-bas. Elle ne savait pas que le b o n h e u r\n qui ne s'est point acheté par des larmes se paie par des larmes. Hélas ! quel\n opprobre faudra-t-il pour lui révéler l'omnipotence de la loi méconnue ? T o u t e\n cette fin est lamentable. En vain ces héros du plaisir se faisaient-ils si pleine­\n ment illusion qu'ils n o u s faisaient presque illusion à nous-mêmes. La plupart\n d'entre eux connaissent la banqueroute de la joie. E t au-dessus de ces faillites\n partielles, plus dramatique que toutes, c'est la ruine de la patrie déchue, qui\n ne comprend même pas l'ignominie de sa déchéance, qui souffletée par le\n vainqueur entonne des h y m n e s de gloire à son vainqueur, qui sur le cadavre\n de son i n d é p e n d a n c e plante en riant u n arbre de liberté, et danse des faran­\n doles, et mène le bacchanal a u t o u r . . . »\n\n\nL e t t r e s à u n e a m i e ( 1 8 8 0 - 8 7 ) , par J. BARBEY D'AUREVILLY. — (Paris,\n  Mercure de France.)\n  C'est la correspondance ou plutôt, sans doute, u n e partie de la correspon­\ndance du superbe écrivain avec M lle Louise R e a d , dont le dévouement\nintelligent accompagna toute la dernière période de la vie du maître et que\nnous avons vue, depuis, entretenir pieusement le culte de cette g r a n d e\nmémoire. Ces lettres nous font pénétrer d a n s l'intimité familière de Barbey,\nun Barbey bon enfant, enfant gâté, aussi, un p e u taquin et tendre, plus tendre\nqu'il ne veut le laisser paraître...\n"}, {"page_pdf": 635, "page_imprimee": 532, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "532                                    DURENDAL\n\n\n É c r i t s e t l e t t r e s c h o i s i e s , par E U G È N E CARRIÈRE. — (Paris, Mercure\n   de France.)\n   Ce volume est un reliquaire où les amis et les admirateurs du grand artiste,\nsi tristement disparu, chercheront les expressions écrites de la pensée de\nCarrière : discours de circonstances, conférences, correspondances avec des\nartistes, des intimes ou sa famille, dans lesquels on retrouve partout l'abon­\ndance de cœur, la modestie et la sérénité, la foi dans l'avenir qui caracté­\nrisaient l'homme, et, aussi, les idées directrices de son art pénétrant, ambitieux\nde compréhension et de sympathie h u m a i n e s .\n                                                                     ARNOLD     GOFFIN.\n\n\nL'ART :\n\nR a f f a e l : Des Meisters gemalde in 202 abbildungen, mit einer biographischen einlei-\n  tung, von   ADOLF    ROSENBERG;\n\nV e l a z q u e z : Des Meisters gemalde in 146 abbildungen, mit einer biographischen\n   einleitung, von W A L T E R GENSEL. Collection des Klassiker der Kunst. —(Stutt­\n   gart et Leipzig, Deutscher Verlags-Anstalt.)\n   L'histoire de l'art doit b e a u c o u p à l'Allemagne savante : ses érudits et ses\ncritiques, depuis des années, se consacrent avec u n e ardeur et une patience\nadmirables à l'étude et à la classification des œuvres, à la solution des innom­\nbrables problèmes que le passé nous a laissés à résoudre. On sait les travaux\nimmenses et minutieux de l'école critique allemande sur les primitifs néer­\nlandais et italiens : les noms de maîtres tels que Burckhardt, T h o d e , Fried-\nlânder, von T s c h u d i , etc., sont justement réputés.\n   Ces écrivains et n o m b r e d'autres ont puissamment contribué à créer et à\nentretenir dans le public la curiosité des choses et des questions d'art, mais,\nen Allemagne surtout, ils ont été efficacement secondés dans leur effort par\nla librairie, par l'initiative intelligente des grands éditeurs qui se sont attachés\nà contribuer à la diffusion des connaissances artistiques au moyen de publi­\ncations qui joignissent à la modicité du prix et à la perfection des reproduc­\ntions, la valeur scientifique de documents présentés avec l'ordre et la\nméthode susceptibles d'en rendre l'usage fructueux.\n   Cette définition s'applique très exactement aux volumes, déjà nom­\n breux, de la collection des Classiques de l'Art entreprise par la Deutsche Verlags-\n Anstalt.\n   E n voici deux, par exemple, consacrés l'un à R a p h a ë l , l'autre à Velas-\nquez : chacun d'eux s'ouvre par u n e introduction biographique émanant d'un\nécrivain autorisé, et qui résume succinctement mais complètement la vie et la\ncarrière de l'artiste. Celle-ci ensuite n o u s apparaît, développée en u n e succes­\n sion de reproductions exécutées avec u n soin admirable et classées dans leur\n chronologie.\n    T o u t Raphaël est là, depuis ses premières peintures péruginesques, dont la\n grâce sentimentale un peu maniérée laisse déjà transparaître la puissance des\n œuvres futures, surtout lorsque l'artiste, a b a n d o n n a n t les sujets consacrés, se\n prend directement à la réalité : à preuve ce portrait du P é r u g i n , daté de 1500,\n"}, {"page_pdf": 636, "page_imprimee": 533, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3500, "texte": "                                       LES LIVRES                                      533\n\nmerveilleux de vie profonde et qui fait songer à telle effigie de D ü r e r . . . E t ,\nau fur et à mesure que l'on tourne les feuillets illustrés du livre, l'évolution\ndu peintre s'opère sous nos yeux, marquée d'oeuvre en œuvre par une décision\nplus nette, u n e invention plus personnelle, plus dégagée des poncifs que s'était\ncréés et qu'avait enseignés à soa génial disciple le fresquiste du Cambio.\nViennent, enfin, les grands cycles du Vatican et de la F a r n é s i n e , reproduits\ndans le plus grand détail et de façon à en faciliter l'étude approfondie. P u i s ,\nles ouvrages des dernières années du maître, les tableaux où le clair-obscur est\ndevenu la préoccupation dominante de R a p h a ë l et dont la Transfiguration, du\nVatican, est le type le plus célèbre. D a n s une seconde partie ont été réunis\nles travaux contestés et douteux, tels que l'Apollon et Marsyas, du L o u v r e , etc.\nL e volume se termine, enfin, par des notices consacrées à chacune des pein­\ntures représentées et par une table chronologique des travaux de l'artiste.\n   A peine est-il nécessaire d'insister sur ces brèves indications pour faire\nsaisir la valeur et l'utilité, comme instrument de travail, pour les u n s ; comme\nenseignement, pour les autres, de recueils établis avec une si judicieuse et\nexperte critique.\n   Celui qui est consacré à Velasquez est conçu sur le m ê m e plan et mérite\ndes éloges identiques. El c'est une joie de voir passer devant nous, en\nimages d'une fidélité et d'une netteté parfaites, les pages vigoureuses\net profondes, pleines d'une vie intense, où la réalité âpre et observée revêt\nune g r a n d e u r de mythologie sauvage, du grand maître espagnol. A côté de\nces Buveurs épiques, de l'humanité, orgueilleuse à la fois et misérable, de ces\nm e n d i a n t s , de ces n a i n s et de ces bouffons hideux et contrefaits, ce sont des\nphysionomies de souverains, de princes, de reines et d'infantes, dans leur\ncostume d'apparat, avec ces étranges robes à vertugadins, monstrueuses\net solennelles, machines difformes de l'appareil compassé desquelles on est\nsurpris de voir sortir quelque tête enfantine, c h a r m a n t e et i n g é n u e . . .\n   La Deutsche Verlags-Anstalt a publié déjà une dizaine de volumes de cette\nbelle collection, entre autres Michel-Ange, Rembrandt (œuvre peint et gravé),\nle Titien, Dürer, — etc. Elle nous en a n n o n c e d'autres : Donatello, Botticelli,\nLéonardde Vinci, Memling, etc. S o n p r o g r a m m e est vaste, comme on voit, mais\nnul doute qu'elle ne continue de l'exécuter avec u n e égale perfection qui sera\nrécompensée par le m ê m e succès.\n\nL e s g r a n d s a r t i s t e s : Daumier, par M. HENRY MARCEL. — (Paris,\n   Laurens.)\n   Daumier ! C'est toute u n e époque qu'évoque ce nom, toute une civilisation\nbourgeoise et cossue, occupée, seulement, de jouir du pouvoir tombé dans\nsa main courte et grasse, de se repaître et de durer !... Le règne, enfin, de\nce roi juste-milieu que son gendre, Léopold I e r , appelait « ce bon vieux Mon­\nsieur » et qui inspirait à Stendhal l'horreur d'être F r a n ç a i s ! L a g r a n d e verve\ncaricaturale de Daumier, ces planches du Charivari qui stigmatisent et\nbafouent d'un crayon impitoyable et génial un régime de platitude et d'aveu­\nlissement, datent de cette période. E t aussi, celles où il illustrait les\nmœurs graves et grotesques de la bourgeoisie haute et basse en dessins aux\n"}, {"page_pdf": 637, "page_imprimee": 534, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3344, "texte": "534                                  DURENDAL\n\n\nlégendes cinglantes, où il semble que le dégoût de l'artiste se multipliait de\nla haine du républicain pour la caste abhorrée et triomphante.\n     Gavarni apparaît comme u n amuseur superficiel auprès de Daumier.\nCelui-ci fouaille l'humanité falote et ridicule de ses personnages, la crible\nde flèches d'une raillerie inépuisable, raillerie de clairvoyant et de psycho­\nlogue qui sait où il faut frapper pour blesser le palient et le faire bondir.\n    T o u t e l'histoire du régime orléaniste est écrite d a n s celte succession de\npages d'un trait magistral, en ces analyses cruelles d'individus dont la phy­\nsionomie satisfaite ou rapace, les tares et difformités physiques, deviennent,\nen quelque sorte, sous la main de Daumier, le relief plastique de leur\nbassesse ou de leur malfaisance d'âme !... E t il semble que si la passion poli­\ntique tendait à emporter l'artiste au delà de la mesure, l'art et la puissance\nd'observation qui agissaient en lui, l'y ramenaient, car ce m o n d e de victo­\nrieuse et florissante bourgeoisie qu'il a peint, nous le retrouvons, identique\nd a n s ses aspects physiques, son intellectualité et sa moralité, chez Balzac,\ntellement que nombre de héros de la Comédie humaine semblent apparaître,\ni n c i r n é s , dans l'œuvre de D a u m i e r . A côté de cette partie capitale de\ncelle-ci, il faut placer les admirables peintures exécutées par le maître vers\nla fin de sa carrière, scènes de la vie judiciaire ou de la vie populaire, telles\nque le Défenseur ou le Linge, du réalisme le plus puissant et le plus vrai.\n     M. H e n r y Marcel, auquel nous devons cette attrayante monographie,\nsignale, également, quelques tentatives sculpturales de Daumier, entre\nautres la figure célèbre de Ratapoil et deux bas-reliefs assez importants : Les\nEmigrants, restés à l'état d'ébauche, « mais où les beaux volumes, les plans\nvigoureux, les accents énergiques des nus », comme l'esprit m ê m e de la com­\nposition, « dénoncent, écrit-il avec raison, u n précurseur d e Constantin\n Meunier ».\n\nL e s g r a n d s a r t i s t e s : Prud'hon, par M. E T I E N N E BRICON. — (Paris,\n   Laurens.)\n   P r u d ' h o n vient avec les grâces conservées du XVIIIe siècle, avec le charme\némané de W a t t e a u ou de F r a g o n a r d , sous le règne du d u r David, en plein\ntriomphe de l'école classique et il meurt à la veille de la révolution roman­\ntique. Il ne se classe pas, en quelque sorte, parmi les maîtres contemporains ;\nil s'en isole. On l'a s u r n o m m é le « Corrège français », mais s'il rivalise heureu­\nsement avec le peintre italien dans le rendu aérien des figures plafonnantes,\ns'enlevant, presque impondérables, d a n s u n e lumineuse atmosphère, il y a\nchez lui plus de virilité, ou, pour mieux dire, u n affadissement moins\nsensible.\n    M. Bricon dit très bien la carrière de cet artiste délicat, rempli de sensi­\nbilité vive, dont l'existence intime fut favorisée de peu de b o n h e u r et dont le\ntalent ne s'imposa que lentement et tardivement à son époque.\n\nL e m e n s o n g e d e l ' a r t , par M. F R . PAULHAN. — Paris, Alcan,\n  [Bibliothèque de philosophie contemporaine.)\n   « L'art consiste essentiellement à remplacer un m o n d e réel qui nous\nfroisse, qui ne nous satisfait p a s , p a r un autre m o n d e , moins vrai, mais plus\n"}, {"page_pdf": 638, "page_imprimee": 535, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3493, "texte": "                                    LES LIVRES                                    535\n\n satisfaisant. \" Ainsi parle l'auteur, dans l'introduction du livre où il se propose\n d'interroger l'art, ses formes et modes divers, ses manifestations dans tous\n les domaines de la pensée et de la vie, pour savoir de lui quel, en réalité, il\n est, et pourquoi, et dans quel but...\n    Les philosophes d'aujourd'hui s'adonnent volontiers à l'étude spéculative\n de l'art et, sans doute, à ce point de vue, sont-ils mieux placés pour l'examiner\n ainsi, du dehors, que les artistes eux-mêmes, du dedans, à supposer que ces\n derniers fussent doués, dans d'égales proportions, de la faculté de sentir et de\n celle de décomposer et de raisonner leurs sensations. Au fond, ce n'est ni leur\n rôle, ni leur fonction, et ils ne les exerceraient point avec l'impartialité objective\n du savant devant le phénomène qu'il observe. On peut supposer, par exemple,\n dans l'hypothèse où la définition de l'art établie par M. Paulhan serait\nexacte, qu'un grand nombre d'artistes, et non des moindres, la récuseraient.\n Si, en effet, l'on peut regarder l'art comme destiné à créer à notre cœur et à\n notre pensée un alibi aux douleurs et aux insatisfactions de la vie réelle, on\nhésiterait à ajouter qu'il tend à atteindre ce but en les leurrant de l'illusion\nd'un monde meilleur où ils rencontreraient plus de joie, et plus grande. Là\nserait le véritable « mensonge de l'art», mais mensonge fatalement superficiel,\nfutile et vain et qui, bientôt, serait devant nous comme néant. Car c'est la vie\n que nous demandons à l'art : c'est nous-mêmes — pour qu'il nous la fasse\nsentir, pour qu'il nous dresse nous-mêmes devant nous, âprement, puissam­\nment... Nous sommes faibles, chétifs, livrés à des puissances incompréhen­\nsibles, et que nous voulons telles, parce que puissances, et plus fortes que\nnotre volonté et notre résistance : et nous nous contemplons, jetés à toutes\nles aventures de la passion et de la mort, dans Oreste, dans Œdipe, dans le\nroi Lear, et dans Orphée, et dans Tristan... L'art, en ses expressions les plus\nhautes, à ce qu'il semble, ne vise pas à nous déguiser les amertumes de la vie,\nmais, au contraire, à en exalter le sentiment en nous... Pourquoi, souvent,\nl'œuvre architecturale la plus accomplie, et intacte, pâlit-elle dans sa splendeur\nla comparaison de ruines ?...\n   Tout le désir de l'homme, et insatiable, est de la vie, et il l'aime dans ses\njouissances comme dans ses douleurs : tellement que les œuvres d'art qu'il\na élues comme les plus belles et les plus hautes sont, précisément, celles où\nil rencontre son image, et la figure, à la fois triste et enivrante, de ce monde\noù il combat, où il souffre, où il aime... Point de fiction émouvante pour lui,\nqui ne soit nourrie de réalité; celles-là, seules, le retiennent, durablement;\nles autres ne sont que pour le plaisir superficiel et l'éphémère délassement.\n   Le livre de M. Paulhan est captivant; nous le signalons aux artistes\nenclins à ratiociner sur l'objet de leur activité : il est bon qu'ils changent,\nquelquefois, de perspective et regardent et étudient l'art par les yeux et avec\nl'intelligence d'un philosophe.\n\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s (Numéro de Juillet). — Première\npartie d'une étude de M. Max Rooses, sur les Années de voyage de Van Dych,\népoque peu éclaircie de la carrière du grand artiste sur laquelle les recherches\nde l'érudit critique lui ont permis de jeter quelque lumière; L'Art belge à\n"}, {"page_pdf": 639, "page_imprimee": 536, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2779, "texte": "536                                DURENDAL\n\n\nVenise, par M. Dumont-Wieden; M. W. Martin signale une ceuvre inconnue\nde l'exquis van der Meer, de Delft, la Jeune fille à la tulipe, découverte par\nlui dans une collection bruxelloise. Magnifique reproduction de ce tableau\nattrayant, de même que de certaines œuvres de Van Dyck rapprochées de\ndessins exécutés par le maître d'après des peintures italiennes.\n\n\n   L ' a r t e t l e s a r t i s t e s (Numéro de Juillet).—M. Léandre Vaillat célèbre\nl'œuvre de l'émule un peu oublié de Delacroix, Chassériau. M. Vauxcelles nous\nconduit dans l'atelier du dessinateur Bernard Naudin, évocateur ému de la\nvie errante. M. Ritter parle de Dom-Aureliano de Beruete, paysagiste castillan.\nM. Guillemot s'occupe du Mois satirique; M. Vaillat, du Mois archéologique :\nles feuilles riches en découvertes antiques exécutées à Vienne (Rhône), etc.\nNombreuses illustrations.\n                                                               ARNOLD GOFFIN.\n\n\n   M a s t e r s i n A r t (42, Chauncy street, Boston). — Les derniers numé­\nros de cette intéressante publication nous sont arrivés avec quelque retard.\nCelui d'Avril (n° 88) est consacré à Quentin de la Tour; celui de Mai à Luca\nSignorelli. Toujours le même système excellent d'exposition : une série de\nbonnes reproductions, et des notes critiques, biographiques et bibliogra­\nphiques.\n\n    B u r l i n g t o n M a g a z i n e , Londres, Berners street, 17. (Numéro de\nJuillet.) — Un Corot et un Chardin, tous deux d'exquise qualité, un portrait\nen couleurs de Bartolommeo Veneto, le curieux peintre de l'Inconnu de\nFrankfort, des sculptures de Hans Wydiz l'Ancien, — voilà, pour l'illustra­\ntion, ce qu'il y a de plus remarquable dans ce numéro. Quant au texte, je\nretiens surtout une note de M. JAMES WEALE sur Jacques Daret, pour ceux\nqu'intéressent les primitifs flamands. — Puis, des articles divers sur l'art\nen Amérique, en Allemagne, en France, en Angleterre, des comptes rendus\nde livres, etc.\n                                                                           J. D.\nMUSIQUE :\n   M é l o d i e s d e C h a r l e s L a m y . — Sous ce pseudonyme se\ndérobe un des collaborateurs de cette revue, qui signa ici plus d'une page de\ncritique pénétrante — et qui nous apparaît pour la première fois dans le\ndomaine de la création artistique.\n   Les mélodies en question sont écrites, les unes sur des textes flamands, les\nautres sur des poésies françaises, mais elles s'écartent les unes' des autres plus\nencore par le style que par la langue. Les premières, en effet, sont strophiques,\nde la forme régulière du lied (ce que les Allemands appellent « geschlossene\nForm »), les autres sont mélopiques et de forme irrégulière, du type semi-\nrécité propre à la « mélodie » moderne.\n"}, {"page_pdf": 640, "page_imprimee": 537, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3441, "texte": "                                     LES LIVRES                                     537\n\n\n    C'est incontestablement le premier genre qui s'accorde le mieux avec le\ntalent de l'auteur qui d'ailleurs, flamand lui-même, devait naturellement être\nparticulièrement inspiré par des textes conçus dans cette langue.\n    De ce dernier genre, c'est sans a u c u n e réserve que n o u s louerons les deux\nliedtr flamands qui se trouvent sous nos y e u x , Wiegeliedje (« Petite\nBerceuse », texte de R . Declercq) et Schipperslied (« Chant de batelier », texte\nde L . L a m b r e c h t s ) .\n    F e r m e t é de la forme, spontanéité, fraîcheur et grâce de la ligne mélodique,\nintérêt de la partie d'accompagnement, variété et naturel de la vie rythmique\n(voir, par exemple, la succession des valeurs dans les quatre premières mesures\nseulement du neuf-huit du Schipperslied), tout concourt à d o n n e r à ces\npages un charme vraiment séduisant, et à leur mériter u n e place dans le\nrépertoire traditionnel de la culture vocale flamande.\n   Si n o u s n'en disons pas autant des mélodies françaises, ce n'est point\nqu'elles soient d'un niveau artistique inférieur, bien au contraire. L'auteur y\natteste u n goût délicat et un savoir-faire h a r m o n i q u e sérieux. Mais ce genre\namorphe est plutôt dangereux. L a reprise d'un thème ne suffit pas à assurer\nla cohésion de l'ensemble; l'absence du cadre solide de la forme strophique\ndoit être remplacée tout au moins par u n centre d'attraclion qui prévient la\ndispersion de l'intérêt... L'aventure, d'ailleurs, est c o m m u n e : c'est celle des\nmeilleurs musiciens des j e u n e s écoles dans u n bon nombre de leurs créations.\nAprès cela, hâtons-nous de reconnaître, dans le Soir d'été de M. L a m y (texte\nde F . Séverin), une sérénité pénétrante et, dans la Mer (texte de M. Lauzon),\nu n e réelle impression d'immensité tragique. N o u s avons dit que M. L a m y\nétait plus particulièrement inspiré dans ses liedtr flamands. Du fait, les autres\nne paraissent pas aussi spontanés et personnels; d a n s le Soir d'été notam­\nment, il semble s'être souvenu de la merveilleuse Phydilé de D u p a r e . Mais la\nligne mélodique des deux mélodies est d'une belle ampleur et d'une parfaite\ndistinction, la déclamation très juste (observons tout au plus u n e certaine\nmonotonie rythmique produite, dans quelques passages, par la succession\nd'un grand nombre de valeurs identiques).\n   E n résumé, productions très intéressantes, faisant bien augurer de celles\nqui, espérons-le, les suivront.\n                                                                              E . C.\n\nMissa Secunda, in honorem Sancti Alphonsi Mariae\n de Liguorio, ad tres voces aequales cum organo, par\n   A L P H . MOORTGAT. — (Chez l'auteur, maître de chapelle, à Hal.)\n   N o u s signalons avec plaisir et empressement aux maîtrises soucieuses de\nchanter de la bonne musique d'église, digne des divins offices et d'un réel\nmérite artistique, les deux messes de M. Moortgat, dont nous avons déjà\nprésenté aux lecteurs de Durendal le si utile recueil de cantiques         flamands.\nCes Messes, l'une à deux, l'autre à trois voix égales, sont écrites avec b e a u c o u p\nde simplicité et de distinction et elles se chantent avec un plaisir qui doit en\nfaciliter b e a u c o u p l'exécution aux maîtrises les plus modestes. L a Messe à\ntrois voix qui vient de paraître et que nous a n n o n ç o n s spécialement aujour-\n"}, {"page_pdf": 641, "page_imprimee": 538, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "538                               DURENDAL\n\n\nd'hui, est notablement supérieure à la précédente. Bien exécutée, elle pro­\nduira certainement une très belle impression et très religieuse.\n   Réjouissons-nous de constater que le répertoire de la bonne musique\nd'église s'enrichit, tandis que le mouvement de réforme semble enfin entier\ndans la période d'activité décisive et commence à émouvoir les jubés les plus\nimpassiblement embourbés dans la routine. « C'est le fonds qui manque le\nmoins » ; c'est le goût et la bonne volonté qui manquent le plus.\n                                                                    C. M.\n\nROMANS :\n M i s s W a t e r s , par H.-C. W E L L S , trad. DAVRAY-KAZAKIEWCZ. — (Paris,\n    Mercure de France.)\n    C'est à Sandgate Castle, petite plage tranquille et distinguée, que passent\nl'été en cette année de l'apparition de la Sirène, quelques familles de la bonne\nsociété. La vie s'y poursuit calme, bien ordonnée, souriante, soutenue par\nces habitudes de confort et d'honorabilité qui forment le fond de la vie\nanglaise. Il y a là les Raudolph Bunting, « famille indiscutablement élégante\n et riche » ; en villégiature avec elle, les deux demoiselles Glendover,de vieille\nnoblesse provinciale. L'aînée, Miss Adeline, constitue une personne fort dis­\ntinguée, fort sérieuse, s'appliquant aux questions sociales et, non moins, à\ncultiver les affinités providentielles qu'elle découvre entre son sort et la vie\nd'Elisabeth Barrett Browning. On l'aperçoit ordinairement \" vêtue d'une de\nces toilettes d'une simplicité artistique et coûteuse telle qu'en arborent les\n opulentes socialistes \". Miss Adeline est fiancée « à un personnage brillant et\n plein d'avenir, le très extravagant et romanesque Harry Chatteris, neveu d'un\n comte, héros d'un scandale mondain, futur candidat libéral dans la circon­\n scription de Hythe, comté de Kent ». Il y a encore Melville, garçon sage,\ncalme, conciliateur, ami des Brunting, des Glendover, de Chatteris, qui\ntient le rôle de confident. Voilà le milieu où se passe l'histoire que nous conte\nWells. Dans ce milieu tombe, par un limpide matin de juin, l'élément pertur­\nbateur et charmant : Miss Waters, authentique sirène, sirène délicieuse et atti­\nrante, que la curiosité de notre monde et de Chatteris arrache à l'Océan.\n    Pour lui, elle quitte la profondeur des flots où, « se balançant dans un\nhamac de plantes marines tressées, tenant d'une main le dernier succès du\nromancier en vogue (hasards des naufrages) et de l'autre un poisson phospho­\nrescent d'une force de seize bougies » ; elle vaquait à la vie ordinaire de\nl'abîme. Qu'est, dès lors, l'histoire que nous conte Wells!... Je ne vous la\ndirai pas dans le détail. Wells procède ici selon sa « manière », si originale,\nsi féconde, que l'on pourrait caractériser sans doute comme ceci : l'intrusion\nd'un élément, d'un facteur extraordinaire, impossible, imaginé (mais parfai­\ntement logique) dans un milieu social de nos jours, réel et tangible, puis\nl'étude des réactions que produit cette intrusion. Formule de roman expéri­\nmental presque, qui, maniée par cet observateur pénétrant, cet artiste qu'est\nWells, produit des œuvres originales, curieuses, prenantes et non dénuées\nd'un humour de détail qui va se fondant en une vaste et précise ironie.\n"}, {"page_pdf": 642, "page_imprimee": 539, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "                                LÉS    LIVRES                              539\n\n   En résumé, Miss Waters — le réactif — réagit de manière telle sur Chat-\nteris, qu'en fin de compte celui-ci rompt ses fiançailles et disparaît, par un\nbeau soir de clair de lune, avec la sirène dans les flots. Si vous voulez des\ndétails sur cette histoire curieuse et exacte, allez au roman. Il est charmant\nd'observation de milieu, de notation psychologique, de réalisme humouris-\ntique dans la peinture des personnages. Je ne le tiens pas pour le chef-d'œuvre\nde Wells — il ne possède pas au même degré qu'ont certains autres, auxquels\nje songe, ces qualités de trait, de vie intense qui caractérisent l'auteur\nanglais. Mais, encore qu'un peu languissant dans l'ensemble, le roman reste\ncurieux et charmant.\n                                                                       G. B.\n\nVie et      aventures merveilleuses du célèbre                     Monsieur\n   d e B â t , romancero, par ADOLPHE LAURAIN. — (Paris, Société française\n    d'imprimerie.)\n   C'est faire preuve d'une originalité peu commune que de publier aujour­\nd'hui un romancero; et il fallait pour le mener à bien l'imagination échevelée,\nl'esprit, l'humour et l'idéal de M. Adolphe Laurain. M. de Bât dont il\nraconte l'histoire est un descendant de Jason, d'Ajax, d'Achille. Il est de la\nfamille de Roland, de tous les preux et surtout de Don Quichotte. Il se croit\nleur contemporain et participe à leurs imaginaires exploits et à leurs lumi­\nneuses féeries. La fantaisie la plus brillante et la plus débridée se donne libre\ncours dans ces pages. C'est la lutte d'un idéaliste effréné contre la bassesse\net la platitude moderne; la révolte d'un paladin contre la bourgeoise réalité.\nPour y échapper il s'évade de la vie, renverse des citadelles illusoires, part à\nla conquête de lointaines liions, se mêle aux chevaliers de la Table ronde.\nC'est Don Quichotte sans le côté picaresque de l'œuvre de Cervantes. Quand\nil aura bien chevauché dans les nuages et gravi les cimes inaccessibles, M. de\n Bât mourra devant la réalité plus forte; mais là encore son rêve lui fera une\napothéose; il verra venir à sa rencontre a dans un pêle-mêle de sonneries\n éclatantes et de galops hennissants, l'armée antique des paladins avec la\nlégion serrée des saints, des martyrs, des fous, des persécutés, de tous ceux\n qui injustement souffrirent et périrent ».\n\nA m e s f o r t e s , par OSCAR DE FERENVY. — (Paris, Lethielleux.)\n  Ce roman est terne, incolore, ennuyeux, quoiqu'extrêmement édifiant.\n\n L e M a r i d ' H é l è n e , par GIOVANNI VERGA. — (Paris, Plon.)\n    Hélène et César se marient contre le gré de leurs parents. La vie est\n difficile d'abord. Les tentations assaillent Hélène, femme honnête et perverse\n à la fois. Cela doit finir par une catastrophe. Quand l'heure de la séparation\n viendra, son mari, toujours épris d'elle, la tuera. A la traduction de celte\n nouvelle un peu heurtée et énigmatique, Jean Carrère a ajouté celle de\n quatre autres, plus courtes, qui racontent les crises brutales de quelques êtres\n frustes,\n                                                                         P . N.\n"}, {"page_pdf": 643, "page_imprimee": 540, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "540                                   DURENDAL\n\n\n\nDIVERS :\n\n L e S t y l i t e , par M. L É O N W É R Y . — (Bruxelles, Association des écrivains\n    belges.)\n    Se jucher au haut d'une colonne p o u r juger la vie et les hommes est une\nidée qui ne m a n q u e pas d'originalité, encore que l'on puisse la considérer\ncomme assez peu raisonnable. On pensera, en effet, que, s'il est utile de\ndominer les êtres que l'on se propose de juger, il faudrait, cependant, ne pas\ns'élever à u n e telle hauteur qu'ils n'apparaissent plus à l'œil nu que comme\ndes insectes ou des poussières. P o u r les observer et les connaître, il est, sans\ndoute, nécessaire de rester, jusqu'à un certain point, de plain-pied avec eux.\n P u i s , une colonne, c'est u n siège incommode et dur, et le corps mal à l'aise\nne doit pas disposer l'esprit à l'indulgence!... On pourrait r é p o n d r e à ce dis­\ncours que pour émettre sur l'humanité des opinions péremptoires et cassantes,\nd'un ton agréablement sarcastique, il est préférable de n e la point trop\nfréquenter; le tête-à-tête avec l'espace, par-dessus la réalité, est préférable,\ncar a u c u n e expérience, dans ces régions, ne viendra, malgré vous, contredire\nla logique atrabilaire de vos axiomes.\n    Mon Dieu ! le m o n d e n'est d o u x , ni intelligent, ni rien, peut-être. La\npensée hésite, la philosophie et, même, les sciences, vacillent; sur tout cela\nl'ironie peut souffler c o m m e u n s i m o u n ou comme un courant d'air, mais\naride et stérile... Telle ironie, du moins, qui n'est pas de la souffrance en\nrévolte, qui se venge, mais le laborieux persiflage d'une illusoire supériorité.\nL e s générosités de la vie lui m a n q u e n t , et, aussi, ses puissances, la passion\nqui exalte la pensée, la fait se surpasser elle-même, — passion, quelle qu'elle\nsoit, de la beauté, de la vérité ou de l'erreur, m ê m e . . .\n    J e u n e penseur sur u n e vieille colonne, l'auteur de ce livre s'est mis, pour\nainsi dire, entre ciel et terre, trop loin des nuages et, à la fois, du sol. Sa\npensée passe entre les deux, et il semble qu'elle ne sache ce que c'est que\nrêve, ni que vie. P e u t - ê t r e , M. W é r y connaîtra-t-il u n jour l'un et l'autre,\nlorsqu'il sera descendu de son piédestal et, sans doute, n o u s l'apprendra-t-il,\nalors, dans un style, non moins habile que celui du Stylite, mais qui, à force\nde tension et de contrainte, aura fini par acquérir de la souplesse et de la\ncouleur.\n\nL a Domination espagnole d a n s les P a y s - B a s à la fin du\n    r è g n e d e P h i l i p p e I I , par M. ERNEST GOSSART. — (Bruxelles,\n    Lamertin.)\n   M. Gossart achève, p a r l a publication de ce volume, l'histoire de la domi­\nnation espagnole dans les Pays-Bas, dont nous avons eu l'occasion de faire\nl'éloge ici-même. I1 nous d o n n e aujourd'hui le récit excellent, appuyé d'une\nvaste documentation, de la période qui s'écoula de l'arrivée de Requesens\ndans nos provinces j u s q u ' a u x débuts du règne des archiducs Albert et Isa­\nbelle, qui mit fin à l'état de trouble, de supplices et d'anarchie où le pays se\ndébattait depuis si longtemps. L'œuvre de M. Gossart se termine par un por-\n"}, {"page_pdf": 644, "page_imprimee": 541, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3002, "texte": "                                      LES LIVRES                                   541\n\ntrait de P h i l i p p e II où cette sombre et repoussante figure apparaît d a n s son\nvrai jour, avec tout ce qu'il y avait d'absolutisme dynastique, d'incertitude\npolitique et de bonté familiale dans la déconcertante personnalité de ce\nprince.\n\n\nL e s S a i n t s : Sainte Colette (1381-1447), par M. P I D O U X . — Le Vénérable Père\n   Eudes (1601-1680), par M. H . JOLY. — (Paris, Lecoffre.)\n   On sait l'action réformatrice de sainte Colette sur les ordres franciscains en\nFrance et en F l a n d r e . M. P i d o u x , après M. Alphonse Germain, nous donne\nun bon récit de la vie de celle que l'on n o m m a i t , comme sainte Claire d'As­\nsise, la « petite ancelle de Jésus-Christ ».\n   Le P è r e E u d e s , auquel M. Joly consacre une belle étude fouillée et solide,\npourrait aussi être considéré comme un réformateur, à certains égards, par\nl'influence salutaire qu'exercèrent sur le clergé de son temps les missions de\nsa congrégation de Jésus et Marie et la fondation des séminaires à laquelle il\na attaché son n o m . Figure d'apôtre pleine de feu, de persévérance et d'énergie,\ndont M. Joly s'est attaché, dans sa captivante monograghie, à retracer avec\nfidélité et pénétration la physionomie a r d e n t e .\n\n\nL'Italie intellectuelle et littéraire au début du XX e siècle,\n  par M. ALBERT R E G G I O . —- (Paris, Librairie académique, Perrin.)\n   M. Reggio est sévère pour la pensée italienne m o d e r n e . « L'Italie,\nconclut-il, a surtout besoin de moralité philosophique et de désintéressement\nspirituel. » Son art et ses lettres souffrent, selon lui, des effets du régionalisme,\nd'un côté ; de ceux du dogmatisme traditionnel ou du scepticisme, de l'autre :\nferments de désordre ou de stérilité.\n   Des œuvres g r a n d e s et magnifiques plaident, cependant, contre la rigueur\nde ce jugement, semble-t-il, et, d'autre part, la péninsule n'est pas seule à\npâtir de l'incertitude de la pensée c o n t e m p o r a i n e .\n   On lira, cependant, avec fruit l'intéressant ouvrage de M. Reggio qui\nabonde en vues pénétrantes et justes, malgré l'accent de blâme, un peu trop\npersistant, à notre avis, de l'auteur.\n\n\nJ a c q u e s Daret, peintre tournaisien du XV e siècle, par\n   M. H O U T A R T . — ( T o u r n a i , Casterman.)\n   Intéressante notice colligeant et commentant les documents que l'on\npossède sur les peintres du XVe siècle, originaires de T o u r n a i : Robert\nCampin, l'improbable maître de Roger van dcr W e y d e n ; sur celui-ci, qui\nayant eu un fils, né à Bruxelles en 1425, y était déjà franc-maître depuis\nlongtemps, sans doute, lorsque, en 1432, il fut reçu en cette qualité à la\ngilde de T o u r n a i , formalité obligatoire pour les peintres étrangers à la ville\nqui venaient y travailler; sur Jacques Daret, enfin, que M. H u l i n a tenté\nd'identifier avec le maître de Flémalle.\n                                                                  ARNOLD     GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-012", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 542, "page_fin": 544, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Notules Le monument Chazal", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 645, "page_imprimee": 542, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "NOTULES\n\n    L e m o n u m e n t C h a z a l . — Nous partageons absolument l'avis émis\nrécemment par le XXe Siècle au sujet de l'emplacement de ce monument et\nnous faisons nôtres les paroles suivantes :\n    Enfin ! voici qu'on annonce la prochaine édification du monument destiné à\ncommémorer la si longue et si substantielle carrière du général baron Chazal.\nOn sait que depuis cinq ans les fonds nécessaires à l'exécution du monument\nreposent au Ministère de la Guerre. On sait aussi que depuis la même époque\nla maquette du sculpteur Desenfants avait, à la suite d'un concours, été\nadmise par le comité exécutif et par l'administration des Beaux-Arts. M. le\nministre de la guerre Hellebaut vient d'en décider l'exécution.\n    Tout est donc bien qui finit bien. Mais cela pourrait finir mieux. Il est ques­\ntion, en effet, d'ériger le monument au camp de Beverloo. Pourquoi au camp\nde Beverloo? Elle est vraiment superbe cette maquette que nous venons\nd'aller revoir dans le grand atelier où s'atteste par tant d'œuvres de talent si\nsouple l'art si sincère d'un de nos plus grands et modestes statuaires. Elle est\naussi intéressante par l'ingéniosité de la conception que par la maîtrise de\nl'exécution.\n    Sur la face antérieure d'un énorme monolithe de pierre bleue, un bas-relief\nreproduit le tableau de De Keyzer, qui se trouve au Musée de Bruxelles et\nqui représente Chazal, sortant de l'hôtel de ville, muni des pleins pouvoirs\ndu gouvernement provisoire. Sur ce premier monolithe de 5m50 de côté\n s'élève un bloc pyramidal tronqué, sur lequel se détache en bronze un faisceau\n d'armes recouvert d'un drapeau symbolisant la garde de la frontière belge\n confiée en 1870 au général Chazal. Au seuil de la pyramide est couché le lion\n Belgique, la face tournée vigilante vers l'étranger, la patte étendue en une\nattitude de force souple et où l'on sent la griffe prête à frapper. Derrière la\n pyramide, le premier canon à culasse dont Chazal dota l'armée et qui nous\n mettait à cette époque au tout premier rang au point de vue de l'armement de\n noire artillerie.\n    Puis, s'enlevant sur le tout la statue du général, admirable de force virile\n et de martiale élégance, les jambes nerveuses sortant des bottes, moulées\n dans la culotte de peau, la main gauche appuyée sur le sabre recourbé,\n l'épaule droite couverte du manteau, la tête fine, le regard ferme, le port\n crâne : tout cela constituant un ensemble infiniment harmonieux, infiniment\n ressemblant — M. Desenfants a connu Chazal — et vraiment expressif\n du vaillant soldat qui fut aussi un écrivain de valeur et un orateur brillant.\n    Il serait fâcheux assurément de priver Bruxelles — pour le confiner au\n camp — d'un monument de ce mérite. Bruxelles n'en a déjà pas trop et la\n"}, {"page_pdf": 646, "page_imprimee": 543, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3086, "texte": "                                      NOTULES                                      543\n\nplupart de ceux qu'elle possède n'ont avec l'esthétique que des rapports plutôt\nlointains. Ce ne sont non plus les emplacements qui m a n q u e n t . Il y a la place\nDailly, devant la caserne des carabiniers. Mais il y a surtout u n emplacement\nidéalement militaire sur le boulevard, entre les deux casernes des guides,\ndevant la place des manœuvres. Les deux casernes sont séparées par une\ntriste allée semée d'arbres. R i e n ne pourrait mieux relier les casernes, que\nl'on a symboliquement ornementées déjà d'attributs militaires, que ce\nfier et svelte m o n u m e n t consacré à la mémoire d'un des plus illustres chefs\nde notre a r m é e . E s p é r o n s que l'emplacement actuellement indiqué ne l'est\npas d'une façon définitive et que l'emplacement que n o u s signalons, déjà\nsignalé d'ailleurs par des h o m m e s particulièrement compétents dans l'armée\net dans les arts, sera choisi pour la plus g r a n d e gloire du général baron Chazal\net des siens, comme pour le plus grand profit de la capitale, de ses habitants\net d e ses visiteurs.                                                  (XXe Siècle.)\n\n                                         ***\n\n   L e s l a n g u e s v i v a n t e s . — Il est de la plus haute importance de\nconnaître à fond les langues vivantes, a u moins les principales et spéciale­\nment l'anglais et l'allemand. N o u s recommandons instamment, à ce sujet,\nles publications de J o s e p h Kloth, professeur de langues m o d e r n e s . Il expose\nd'une façon lumineuse et absolument convaincante sa méthode si logique et\nsi nette dans une brochure des plus intéressantes : Les langues vivantes. Question\nde méthode. N o u s recommandons aussi les travaux antérieurs du même auteur\net particulièrement : L'allemand facile en deux parties, et A travers la grammaire\nanglaise. Ces deux derniers opuscules aideront puissamment à se familiariser\navec les langues allemande et anglaise tous ceux qui s'en serviront. Les\npetites brochures de M. Kloth nous paraissent être l'œuvre d'un professeur\nexpérimenté et habile. On peut se procurer ces publications chez tous les\nlibraires ou chez l'auteur, 14, rue Souveraine, à Bruxelles.\n\n                                         ***\n\n  Le troisième volume d' « Anna Karénine », qui forme le\ntome X V I I de la collection des Œuvres complètes de Léon Tolstoï, vient de\nparaître à la Librairie Stock.\n   L a récente mise en scène de cette œuvre capitale du célèbre écrivain russe\na réveillé en quelque sorte l'attention du grand public à son égard. Nulle\npart, mieux que d a n s cette nouvelle traduction, rigoureusement intégrale, on\nne trouvera u n e meilleure ni u n e plus complète version de ce chef-d'œuvre.\nFidèlement interprété, sans aucune coupure, le texte de Léon Tolstoï se\nprésente au lecteur d a n s ce troisième volume d'Anna Karénine, ainsi que les\ndeux précédents, aussi exactement reproduit que s'il lui était donné de\npouvoir le lire dans sa forme originale.\n\n                                          ***\n"}, {"page_pdf": 647, "page_imprimee": 544, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "544                                     DURENDAL\n\n\nAccusé de réception :\n   A R T : Dijon et Beaune, par A. KLEINCLAUSZ. Ouvrage orné de 119 gravures.\n(Collection : Les villes d'art célèbres. P a r i s , L a u r e n s ) . — Paul Potter, par\nE M I L E M I C H E L . Biographie critique illustrée de 24 reproductions hors texte.\n(Collection : Les grands artistes. P a r i s , L a u r e n s ) . — Prud'hon, par E T I E N N E\nBRICON. Biographie critique illustrée de 24 reproductions hors texte (Idem).\n— Danmier, par HENRY MARCEL. Biographie critique illustrée de 24 repro­\nductions hors texte (Idem). — Velasquez. Des Meisters Gemalde in 146\nabbildung, mit einer biogiaphischen Einleitung von W A L T H E R GENSEL\n(Klassiker der Kunst in Gesamtausgaben (Stuttgart u n d Leipsig. Deutscher\nVerlages-Anstalt). — Raphaël. Des Meisters Gemalde in 202 abbildung, mit\neiner biographischen Einleitung von ADOLF ROSENBERG (Idem). — L'art et\nl'idéal, par JOSÉ HENNEBICQ (Paris, Sansot).\n  L I T T E R A T U R E : Alsace champêtre : Leparfait village, p a r CARLOS FISCHER\n(Paris Sansot). — L ' â m e féminine, par P O L DEMADE ( N a m u r , G o d e n n e ) . —\nLa boule de vermeil, par P I E R R E DE QUERLON. Notice par J a c q u e s des Gâchons.\n(Paris, Mercure de France). — Les féeries intérieures, 1885-1906 (les Reposoirs\nde la procession, 3 e série), par S A I N T - P O L - R O U X ( I d e m ) . — Ecrits des lettres\nchoisies, d'EuGÈNE CARRIÈRE, avec son portrait par lui-même (Idem).\n M U S I Q U E : Smetana, par WILLIAM R I T T E R (Collection : les Maîtres de la\nmusique, Paris, Alcan).\n    P H I L O S O P H I E : Philosophie et philosophes, par A. SCHOPENHAUER.\nT r a d u c t i o n avec préface et note par Aug. Dietrich (Paris, Alcan). — Philo-\nsophes contemporains, par HARALD H Ö F F D I N G . T r a d u i t de l'allemand, par\nA . Tremesaygues (Idem).\n   P O É S I E : La route au soleil, par JEAN MARTINEAU ( R o u b a i x . E d . du Beffroi).\n— Poèmes élégiaques, par LAURENT TAILHADE (Paris, Mercure de F r a n c e ) . —\nFifre et pipeau, par E M I L E DESPRECHINS (Bruxelles, Verbeke).\n  R O M A N S : Contes et récits d'un Bruxellois, par LÉOPOLD COUROUBLE. Illustré\nde huit planches hors texte de Constant Dratz et de deux dessins d'après\nnature (Bruxelles, Lacomblez). — Le nimbe noir, par PELADAN (Paris, Mer­\ncure de F r a n c e ) . ' — Anna Karénine, t. I I I . Œ u v r e s complètes du comte LÉON\nTOLSTOÏ. T . X V I I . T r a d u c t i o n de Z . - W . Bienstock ( P a r i s , Stock). — L'âme\nLimousine, au p a y s de la Chabrette, p a r JEAN NESMY (Paris, Librairie natio­\nnale). — Le pur métal, par FRANZ FOULON (Bruxelles, W e i s s e n b r u c h ) .\n   V A R I A : Un mouvement mystique contemporain. Le réveil religieux du pays de\nGalles (1904-1905), par J . ROGUES DE FURSAC (Paris, Alcan). — La vie sociale\net ses évolutions, par E R N E S T VAN BRUYSSEL (Paris, F l a m m a r i o n ) .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison08-208", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "GLAISE 7er9", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 648, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 772, "texte": "GLAISE\n                          7er9 PLACE DE BROUCKÈRE\n                                        X   pi/VGLE ÛE LA RUE   fOSSÉ   AUX £0UPS   X\n\n   . C H O Q U E et Z O R N _\n             TÉLtPM.2014\n\n\n\n\n               LA C O M P A G N I E                ANGLAISE\noffre un choix très agréable des plus belles nouveautés anglaises, les dernières\nparues pour la plage et le tennis        * * * * * * * * * * * * *\nS E S MODÈLES sont d'une coup* tris correcte et d'une élégance extrême;\ntous les plus jolis détails de la mode y sont appliqués         * * * * * * *\nSES VÊTEMENTS DE TOILE ET TUSSOR sont exécutés avec les mêmes soins\nde coupe que ceux de laine; Ils sont de teintes et de dessins jolis et très utilisables\n"}, {"page_pdf": 649, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3082, "texte": "FABRIQUE DE MATELAS\n                     Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                        médaille d'Or à l'Exposition internationale de Bruxelles 1897\n\n                    BERVOETSliïÊLEMANS FOURNISSEUR DE LA COUR\n         6, 8, 10, 12, Rue du Midi *» BRUXELLES\nUsine à vapeun, Lavoir de laines : « U E IDES GOUJONS, 120\n\n             THE GRESHAM\n           (Compagnie d'assurances sur la vie)\n                 Fondée à Londres 1 8 4 8\n              Etablie en Belgique en 1 8 5 5\n                   Actif : près rie 2 3 3 millions\n                                                                  Paul Claessei?s\n                                                                        Relieur-doreur de S A R. Mme la Comtesse de Flandre\n             Sinistres j n)è* en Helpiqne • 3 2 millions\n                 PRIMES        MENSUEI-L.ES                             24, rue de Berlafmont, Bruxelles\n                       6UCCUB' «LE B E L f E       :\n             3, place Royale, B R U X E L L E S\n\n                                      I    P\n                                           £           ENCADREMENTS * * * * *\n                                                                                                      Par salie de décès\n                                           V DORURE ET SCULP-\n                                           E                                                         LIQUIDATION\n                                           R T U R E SUR BOIS * * * * *\n                                           D                                                                     DE\n                                           U\n                                           S ESTAMPES * * * * * * * * *\n                                           S\n                                           E\n                                                                                                   300 VOITURES\n                                           N GRAVURES ANCIENNES                                    Vente à toute\n                                               u       N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES                 offre acceptable\n                                                       SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT\n                                                                                                     7 1 , rue Goffart\n                                               Jj      D'AUTHENTICITÉ   . ». «      .»   « «\n                                                                                                        IXELLES\n\n\n\n\n       LA NUTRICIA                             Société Anonyme\nTéléph.     274*                                                                                            LAEKEN\n\n\n\n     Alimentation d e s Nourrissons\nEnvoi direct a u x clients de l a province, p a r provision d'une semaine, d a n s les villes\n                                où il n ' y a ni succursales ni dépôts\n\nProspectus gratis sur demande                                             Liège 1905 : G R A N D P R I X\n"}, {"page_pdf": 650, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3402, "texte": "A paru à la Librairie VROMANT\n\n                                                                                 Prix : fr. 3 . 5 0\n\n\n                              FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                             BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n                                DE QUELQUES LEÇONS D'ENERGIE\n                                   VERHAEREN E T DEMOLDER\n                             P, D E HAULLEVILLE — GUIDO GEZELLE\n                              GEORGES RODENBACH — MAX WALLER\n         EDMOND PICARD — GUILLAUME VERSPEYEN — H. CARTON DE WIART\n                                         ETC., J:TC.\n\n\n\n  En vente ehez l'éditeup tfromant, 3, rae de la Chapelle, Bruxelles\n\n     Editions de D U R E N D A L\n                                                          LE STANDARD\nLe Chant des Trais Règnes\n             POÈME      MYSTIQUE\n                                                      Compagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n                                                                   ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n\n                       PAU                               Prinolpaux avantages de la Compagnie '.\n    Georges ^A^IAEKEfiS                               i° Polices incontesta- 3° Tarif avantageux.\n                                                        bles après deux ans 4° Participation impor-\n                                                        de date.                      tante des assurés dans\nAdresser les commandes a la Direction                 2° Prêts sur polices            les bénéfices de la\n             de DURENDAL                                ayant trois ans de            Compagnie.\n                                                        date.                       5° Prêts hypothécaires.\n  2 2 , rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n                                                          S'adresser tour renseignements et prospectus à la\n           P r i x : 3 fr. 5 0                                      DIRECTION          OÉNtRALI\n                                                      28. PLACE DE BROUCKÈRE, 2 8 , BRUXELLES\n                                                         Téléphone 949 — Adresse télégraphique s Standard-Bruxelles\n    POUR VOS CIGARES FIflS\n                                à I»                            En vente chez M U R A I L L E\n                                                         45,    RUE DE L'UNIVERSITÉ, 4 5 , LIÈGE\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                         J.    RYELANDT\n\n             DÉPÔT DE FABRIQUE                        SAINTE CÉCILE\n                                                                          Drame musical\n   15 — Avenue Louise— 15                                      Réd. pour chant et piano : 1 5 francs\n                                                                   PUHGATORIUM\n             BRUXELLES                                      Oratorio.— Réduction pour chant et piano : 6 francs\n                                                                N O O R D S E E (Mer du Nord)\nP.-S. - Arrivages réguliers de cigares de la Havane        5 esquisses pour piano. — 3 francs.\n\n\n\n  PIANOS                         STEINWAY                                      & SONS\n              NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\n Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 651, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1882, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                                  mm       m ^IB w       wu\n\n    Dépôts de fonds en Comptes-Chèques, disponibles à vue : 1 1/2 p. c. sans commission\n       Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. c.\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                   ORDRES DE BOURSE\n                Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n           Prêts sur titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n\n    ARMES DE CHASSE\n             Maison Albert DE BRUS & O\nB R U X E L L E S , 71, Rue de la Madeleine, 71, B R U X E L L E S\n\n                         Seuls A g e n t s en Belgique de l a\n      Sun Manufacturera Ch. Osborne et C° Ld, de Birmingham\n\nCartouches Eley, Bachmann, Coopal, Mullerite, etc., etc.\n                            au prix de leur catalogue\n\n\n       Spécialité de Fusils HAMMERLESS\n\n               ARTICLES POUR CHASSEURS\nNETTOYAGE                          —        ^        —                REPARATIONS\n            Usines à Liège : 128, rue Hors-Château, 128\n\n\n                                                                   !99, rue Royale, 99\nPIANOS DE SMET                                                        BRUXELLES\n\n\n           IMPRIMERIE                           SCIENTIFIQUE\n                             TYPO, LITHO ET CHROMOLITHO\n                    SPÉCIALITÉ D'ILLUSTRATIONS DE GRAND LUXE\n                       PHOTO-CHROMOGRAVURE EN TROIS COULEURS\n\n\n•     CHARLES                     BULENS,                           ÉDITEUR                .\n                      75,    RUE TERRE-NEUVE,                      75\nTÉLÉPHONE 505                          ______                       BRUXELLES\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve, 75, Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 576, "texte": "                                                                   N° 8.\n\n\n\n\n                VUE CATHOLIQ\n                 ©E LITTERATU\n\n\n\n\nBRUXELLES, rue du Grand-Cerf, as. — PARIS, avenue de la Grande-Armée, 61.\n"}, {"page_pdf": 577, "texte": "                                     PLAGE DE WESTENDE\n                                                 (BELGIQUE)\n\n\n                                           Plage de sable fin située entre\n                                                Os tende et Nieuport.\n                                 Villégiature hygiénique, loin des agglomérations\n                                        comme des embouchures de rivières\n\n                               Villas et cottages confortables à des prix avantageux.\n                                      Approvisionnements faciles sur place.\n                                           BAINS           [GRATUITS\n                                   — Service de sauvetage communal. —\n                                     Service religieux pendant la saison\n                               KURSAAL -   RESTAURANT -      GARAGES -    ECURIES — REMISES\n                              Les plus luxueuses installations sportives\n Vi.las et Terrains                            du Littoral.                                    Villas et Cottages\n                 uités     Location de tentes sur la plage et de costumes de bain                      à louer\n                                    T r a m w a y élaotriqua à servie* intensif\n                                     Vicinal — Télégraphe — Téléphone\n                                 ÉCLAIRAGE ELECTRIQUE DE LA DIGUE\n                                             DES AVENUES ET DES VILLAS\n\n\n                         -| Hgence Immobilière pour la vente et location des.villas\n                           I       A moins de 30 minutes d'Oslende, à 2 h. 1/2 de Bruxtllet.\n\n                                                                            Le WEST END' HOTEL est ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                                            partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                                          Pension de 6 à 16 fr. par jour. Au com-\n                                                                          mencement et à la fin des saisons, arran-\n              DIGUE DE MER                                                gements très avantageux pour les familles\n                                                                             faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n   T É L É P H O N E N1            41                                          75 chambres parfaitement aménagées.\nRéseau du littoral par                                                           Vie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                                   Chambres spacieuses. Ameuble-\n     Nieuport.                                                                           ment moderne esthétique et\n                                                                                          confortable. Balcons et ter-\n                                                                                           rasses. Salle de musique.\nApparia mante\n                                                                                            Salle de billard. Salle de\n                                                                                              récréation pour les en-\n avec salon                                                                                             fants. S a l o n s\n                                                                                                 'ffi I de lecture et de\n                                                                                                        correspondan-\n                                                                                                        ce Cuisine soi-\n                                                                                                        gnée. Caves\n\n                         Éss^^mMmM                                                                       recomman-\n                                                                                                        dée:.\n\n       LA FERMETTE                                                WESTENDAISE\n                                LA      CAMPAGNE                   A     LA       MER\nJeux d'enfants. — Promenades à ânes. — Tir à la perche. — Jeu de boule. — Installations\n        sportives. — Café cramique. — Lait frais. — Glaces. — Consommations de choix.\n                   O U V E R T U R E        L E    1* J U I N       1 9 0 7\n                                    A BRUXELLES, 6 4 , boulevard de la Senne (Téléph. 2 2 3 6 ) .\nPour renseignement* s'adresser \\ A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Télé-\n                                       phone 3 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 578, "texte": "                          DURENDAL\n       REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n\n                              1907 — H* Année\n\n\n\n                    Sommaire du n° 8 (Août)\nTANCRÈDE DE VISAN. — Du Diable            à Dieu                              4^i\nGEORGES R-AMAEKERS. — L'automne            impérial                           4^7\nA.-D. SERTILLANGES. — Du rôle de l'art en apologétique            .   .   .   4^9\nE R N E S T DE LAMINNE. — Poèmes     :\n                            Pluie;\n                            Les houilleurs                                    5oo\nH E N R I DAVIGNON. — Une rose       d'Octobre                                5o2\nP I E R R E NOTHOMB. — A   Francis       Jammes                       ,   .   5i3\nL'abbé F . VERHELST. — Exposition         de la Toison d'Or à Bruges          5i5\nL'abbé HENRY M Œ L L E R . — L'Ecole       de Musique d'Ixelles       .   .   519 \"\nH E N R I MAZEL. — Lettre de Paris                                            523\nLes Livres                                                  . . . .           526\nNotules     .                                                                 542\nIllustrations.   — Le poète Retté dans la forêt de Fontainebleau.\n                   E n écoutant le sermon (HULLEBROECK).\n"}, {"page_pdf": 579, "texte": "                       DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE                     D'ART ET DE                  LITTÉRATURE\n\n    ABONNEMENT : 10 francs par an; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n      (pour l'abonnement s'adresser è ta Ridarfion, rue du Grand-Cerf, 23, à Bruxelles)\n                                PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                Comité de rédaction                de D u R E N D A L             :\n                           MM.      HENRY CARTOÎ* DE WIART.\n                                    L'abbé HENRY         MŒLLER.\n                                    FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n                    Secrétaire de la Rédaction : GEORGES VIRRÈS\n                              Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n       M. H E N R I MAZEL, avenue de la Grande-Armée, 6 i , Paris.\n\n              PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n      FRANZ ANSEL.\n      MAURICE BEKAERT.                                      H . FIÉRENS-GEVAERT.\n      PIERRE BILLAUD.                                       ARNOLD GOFFIN.\n      EDGAR BONEHILL.                                       FRANZ H E L L E N S .\n      HENRY BORDEAUX.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                      J . - K . HUYSMANS.\n      THOMAS BRAUN.                                         JOSEPH JANSSEWS.\n      GEORGES BRIGODE.                                      VICTOR KJNON.\n      H É L È N E ÇANIYET,\n                                                            GoDEFROID KURTH.\n                                                            P A U L LAMBOTTE.\n      MARIE CLOSSET.\n                                                            L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé A U G . CU>PSNS.\n                                                            S É B . - C H . LECONTS.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.\n                                                            CHARLES MARTENS.\n      L« comte G. D'ARSCHOT.\n                                                            P A U L MUSSCHE.\n      H E N R I DAVIGNON.\n                                                            EDOUARD N E D .\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.\n                                                            JEAN NESMY.\n      GEORGES DE GOLESCO.\n                                                            CHARLES NICAISE.\n      ERNEST DE LAMINNE.\n                                                            PIERRE NOTHOMB.\n      LOUIS PELATTBB,\n                                                            ERNEST PÉRIER.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKE.                      GEORGES RAMAEKERS.\n      L e baron G. DELLA F A I L L I .\n                                                            GEORGES RENCY.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                      BLANCHE ROUSSEAU.\n      D o m BRUNO DESTRÉE.                                  JOSEPH RYELANDT. .\n      JULES DESTRÉE.                                        FERNAND SÉVERIN\n      Vicomte D'HENNEZEL                                    HENRY V A E S .\n      MAURICE DULLAERT.                                     EMILE VERHAEREN.\n      J. ESQUIROL.                                          L'abbé F R . VERHELST.\n      EMILE FERMAUD.                                        LBOPOLD WALLNER.etc, etc.\n      LAURENT FIERENS.\n\n                Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n/ / sera rendu compte dans DURENDAL      de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à la Rldactt «\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adresser a a\nsiège de la Revue, 2 8 , rae du Grand Cerf; pour la publicité, 4 6 , rue Neufchatel, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 580, "texte": "LE POETE   RETTÉ   DANS LA FORÊT DE FONTAINEBLEAU\n"}, {"page_pdf": 581, "texte": ""}, {"page_pdf": 582, "texte": "                Du Diable à Dieu\n\n                N o u s assistons depuis quelques années, en F r a n c e ,\n                   à u n phénomène social assez étrange dans ses\n                   conséquences : une recrudescence de la persé­\n                   cution religieuse et un redoublement d'efforts\n                   en vue d'abrutir l'âme du peuple par un ensei­\n                   gnement sectaire.\n                       Cette tactique a eu deux effets contradic­\n                   toires : elle a augmenté le nombre des « pri­\nmaires », des Aliborons, des H o m a i s . Elle a aussi précipité le\nretour au catholicisme de l'élite intellectuelle.\n   Voici donc deux courants fuyant en sens contraire. L e pre­\nmier emporte la masse dans ses ondes putréfiées; le second bat\nles flancs de la montagne sainte et jette quantité de penseurs\naux pieds de la croix. T a n d i s que la foule, toujours plus lente\ndans ses réactions morales, subit encore le contre-coup des\ndoctrines révolutionnaires, les minorités intellectuelles, plus\névoluées, réagissent déjà et s'insurgent contre la t y r a n n i e anti­\ncatholique.\n   Si l'on ne peut constater de sérieux progrès dans la mentalité\npopulaire, l'idée religieuse fait chaque jour du chemin parmi\nles rangs de nos écrivains et de nos artistes. Ceux-ci se déta­\nchent un à un du groupe des blasphémateurs professionnels et\nviennent grossir le nombre des apologistes laïques. E n vérité,\nla conversion d'un Brunetière, d'un Bourget, d'un Coppée,\nd'un H u y s m a n s , d'un F o r a i n , d'un Retté est un noble et\nréjouissant spectacle. E t combien d'autres prient à l'ombre\ndes chapelles fraîches dont on ne parle p a s ! Combien plus\n\n\n (1) A propos du livre : Du Diable à. Dieu. Histoire d'une conversion, par ADOLPHE\nRETTÉ. — (Paris, Messein, éditeur.)\n"}, {"page_pdf": 583, "texte": "482                               DURENDAL\n\n\nencore qu'on ignore aspirent à la paix du cœur, à la joie sereine\ndu croyant!\n           E t quel temps fut jamais si fertile en miracles ?\n           Q u a n d Dieu par plus d'effets montra-t-il son pouvoir?\n\n                                       *\n\n    J'ai connu Adolphe Retté à la Closerie des Lilas, une nuit de\nprintemps. L ' a u t e u r d'Aspects venait de parler de mon livre dans\nune de ses chroniques poétiques. J'avais remercié par lettre, ne\npouvant me rendre à F o n t a i n e b l e a u .\n    P o u r t a n t , depuis longtemps, je désirais connaître Retté. Une\nchose par-dessus tout me plaisait en lui,sa sincérité. J'admirais\nla franchise de cet artiste qui, pour mieux chanter la forêt,\ncommença par l'habiter, et qui, au risque de s'attirer, des\nhaines retentissantes, ne craignit pas de s'attaquer aux plus\ngrosses renommées Au fond, je ne partageais ni ses admira­\ntions ni ses violences. Ce que j ' a i m a i s en Retté, c'était son atti­\nt u d e crâne. Dès lors que sa conscience littéraire lui commandait\nde pourfendre celui-ci ou celui-là, je ne pouvais que faire des\nrestrictions sur son j u g e m e n t , mais non pas sur l'exemple de\nprobité que j'avais sous les yeux.\n    C'était, il m'en souvient, un mardi soir, à l'heure où les colla­\nborateurs habituels de Vers et Prose avaient accoutumé de se\nréunir à la Closerie. J e vis entrer un h o m m e à l'air rude et\njovial. Avec son lorgnon en vadrouille, son petit chapeau mou,\nsa voix de basse-taille, ses yeux ardents, sa démarche raide,\ncet h o m m e me donna tout de suite l'impression d'un lutteur.\nC'était R e t t é . On nous présenta et, au bout de quelques instants\nde conversation, je remarquai chez ce poète trois manies. La\npremière consistait à déclamer à tout bout de champ du Victor\n H u g o ; la seconde, à fredonner les principaux leit-motifs de la\n Tétralogie; la troisième, à lancer de retentissants blasphèmes.\nDoué d'une prodigieuse mémoire, Retté s'amusait à m'étonner\npar son érudition poétique. L e motif de la Chevauchée prenait\nune saveur particulière dans sa bouche de jeune barbare. Paf\nexemple, ses blasphèmes étaient fort ennuyeux et nullement-\ncomiques. Avec une haine farouche, Retté s'attaquait à la per­\nsonne du Christ; il ne pouvait prononcer une parole sans dire\n « le Galiléen aux pieds sales », ou « le Galiléen, cette invention\n"}, {"page_pdf": 584, "texte": "                            DU   DIABLE A      DIEU                         483\n\ndes Sémites... » Devant ces phrases sacrilèges, je fus d'abord\nahuri, puis, comprenant que je me heurtais à un parti-pris\nsystématique, je trouvai ces blasphèmes extrêmement lugubres\net enfantins.\n   Mon ami de Noisay avait vu plus clair que moi. En sortant\ndu café, il me dit : « Cet homme blasphème trop pour ne pas\nse convertir un jour » ; phrase profonde que l'avenir devait\nconfirmer.\n\n\n\n   Retté revient de loin, de très loin, de Là-Bas. Il n'alla pas\nau diable par pure curiosité, comme Huysmans, mais par haine\ndu catholicisme et mené par ses sens. Il ne s'est pas contenté\nde garder durant une triste partie de sa vie une attitude scep­\ntique; non, il se montra ardent sectaire, violent ennemi du\ncatholicisme, destructeur enragé de la religion.\n   L'auteur de la Forêt bruissante nous a expliqué dans sa con­\nfession écrite, Du Diable à Dieu, ses origines. Retté a peu connu\nles joies du foyer. Elevé rudement, il fut tôt livré à lui-même.\nJeté dans la vie sans religion, avec un fort léger bagage d'idées\nprotestantes, impuissantes à émouvoir un cœur, Retté se trouva\ndésarmé en face de ses passions et n'obéit d'abord qu'à ses\nmauvais instincts :\n\n   De onze à dix-huit ans, nous dit-il, je n'avais point connu de foyer où\napprendre l'observation des devoirs moraux les plus élémentaires. En effet,\nles miens, divisés, en guerre les uns contre les autres, s'occupaient peu de\nl'enfant sensuel et rêveur que j'étais. S'ils le faisaient, par boutades, c'était\npeur tenter de m'inculquer leurs rancunes réciproques ou pour expérimenter\nsur moi des méthodes d'éducation contradictoires. Ainsi, un jour, on s'éton­\nnait naïvement que je fusse indocile, raisonneur et plus enclin à m'en aller\nrêver sous les arbres qu'à m'intéresser aux querelles de la famille. Alors on\nme punissait à tour de bras. Le lendemain, l'on déclarait qu'il est bon de\nlaisser les enfants se développer eux-mêmes et que la nature leur apprendra\nle bien et le mal. Et c'était un prétexte pour ne pas plus se soucier de moi\nque si je n'eusse pas existé.\n\n   C'était alors la mode en littérature de vanter l'anarchie. Retté\ns'y jeta tête baissée. Il suffit, pour s'en convaincre, de relire à\ncette heure les Promenades subversives, les Trois dialogues nocturnes\net en général les premières œuvres en prose de Retté. Mais\n"}, {"page_pdf": 585, "texte": "484                                DURENDAL\n\n\nl'auteur de Cloches dans la nuit fut bien vite désabusé et il\ns'enfuit dans sa chère forêt de F o n t a i n e b l e a u .\n   C'est précisément cet amour de la solitude en pleine nature\nqui sauva notre poète. Au retour de ces désastreuses expé­\nriences, alors que les sens et l'esprit sont en pleine déroute et\nque l'âme s'abandonne à son découragement, le spectacle\nréconfortant de la vie saine et calme, la chanson du vent dans\nles arbres, la certitude et la foi que semble dégager la nature,\nnous paraissent un précieux réconfort. Retté retourna à sa forêt\ncomme on revient à une a m a n t e fidèle, longtemps délaissée\npour courir la folle aventure. Ah ! comme il l'a chanté sa belle\nforêt! T o u s ses livres sont pleins du parfum des chênes et des\nronces poudreuses. Quels accents le poète a su trouver dans ces\nPoèmes de la Forêt (1) parus l'an dernier pour exprimer le lyrisme\nde la sylve !\n              T o i , forêt, tu m'a pris dans ta gloire et ta force,\n              E t , buvant cette aurore où baigne ta beauté,\n              E n t r e tes bras je me souviens d'avoir été\n              T o u s les dieux que je sens vivre sous tes écorces.\n\n   Dans cette solitude auxiliatrice Retté retrouvait la paix du\ncœur et l'inspiration poétique. On peut dire que la forêt l'a\nsauvé en le forçant à réfléchir et à méditer sur son â m e .\n   Au cours de ces méditations la notion de religion se présenta\nobstinément à l'esprit de notre auteur. Retté sentait le besoin\npressant d'un idéal, règle de vie et de pensée. L e paganisme\nl'attira d'abord par son culte pour la joie de vivre et sa déifica­\ntion des forces obscures de la nature. Bientôt le culte grec, le\npanthéisme naturaliste lui p a r u r e n t terriblement grossiers. Ni\nle moralisme kantien, ni le b o u d d h i s m e fataliste ne le satisfirent\ndavantage. Ballotté comme une épave sur une mer démontée, le\nmoment était venu où l'Esprit-Saint allait conduire au port le\npauvre naufragé.\n   Ce fut en lisant le I I e chant du Purgatoire que Retté se sentit\nsoudain environné de la lumière de Dieu, et que pour la pre­\nmière fois l'idée de la religion catholique pénétra dans son\nesprit troublé. De cette première rencontre avec la Grâce date\nle début de la véritable conversion du poète. Sans doute le\n\n (1) ADOLPHE RETTÉ : Poésies, 1897-1900, Messein, 190C.\n"}, {"page_pdf": 586, "texte": "                          DU   DIABLE A    DIEU                       485\n\n\npécheur est encore assailli de terribles bouffées de scepticisme,\nsans doute la chair et l'esprit du mal parleront encore long­\ntemps en lui; mais déjà le Seigneur a choisi sa brebis au\nmilieu du t r o u p e a u et va la mener doucement vers la fontaine\nde salut.\n   Il faut lire en entier le récit émouvant de ce retour à Dieu,\nretardé çà et là par de brusques rechutes. T o u t commentaire\naffaiblirait l'histoire de ces glorieuses étapes. De longs mois\npassèrent avant que Retté vînt se jeter dans les bras de l'Eglise.\nIl lui faudra encore lutter, affronter les tentations. A Arbonne,\nau cœur même de sa chère forêt, Retté devait subir la crise\nSuprême d'où il sortit vainqueur. U n soir, en proie au plus\nviolent désespoir, seul, abandonné, las de cette guerre inces­\nsante avec le démon, torturé par le remords d'une vie gaspillée,\ndoutant de son salut et de la miséricorde divine, il tente de se\nsuicider. A l'instant où il saisit une corde pour se pendre, notre\npoète, foudroyé par la grâce, tombe à genoux e n t e n d a n t une\nvoix qui lui dit : « Dieu est là ». « E t à la même minute, je\ncrus voir, au dedans de moi-même, l'image de Notre-Seigneur\nJésus-Christ en croix qui me souriait avec une expression de\nmiséricorde ineffable. »\n   Arrivé à Paris, Retté se met, sur les conseils de Coppée, en\nquête d'un confesseur. L ' a b b é M . . . , vicaire de Saint-Sulpice, fut\nchoisi pour panser cette âme ulcérée et lui a p p r e n d r e les linéa­\nments de la religion, car Retté ignorait j u s q u ' a u signe de la\ncroix, symbole du chrétien. Dès ce jour, le Malin laisse en repos\nle pécheur repenti et c'est dans la paix du cœur et la joie de\nl'esprit que Retté accomplit sa confession générale. Libéré de\nses fautes, il peut enfin s'approcher de la T a b l e sainte. « Pen­\ndant la journée qui suivit, je vécus dans une sorte de rêve lumi­\nneux. T o u t e s mes pensées se tournaient vers le Seigneur; toutes\nles choses me semblaient avoir revêtu un aspect de fête. A la\nlettre, je voyais l'univers avec des yeux nouveaux. »\n\n\n\n  A l'occasion de cette sincère conversion dont je n'ai pu, hélas!\nque fixer r a p i d e m e n t les étapes, plus d'un s'est ému. N'est-ce\npoint m a n q u e r à la charité chrétienne que d'accuser ceux de son\nancien parti? D'autres ont pensé que la vertu de l'humilité\n"}, {"page_pdf": 587, "texte": "486                               DURENDAL\n\n\n\ns'accommode peu avec le récit éclatant d'un retour à Dieu.\nMettre ainsi son cœur à nu, n'est-ce pas satisfaire au péché\nd'orgueil ?\n   Il est bien évident que tout c h a n g e m e n t dans la manière de\npenser d'un h o m m e crée nécessairement à tout converti des\nhaines et des inimitiés. Ceux-là n'ont voulu voir en Retté qu'un\n« vendu » qui ont été a b a n d o n n é s par un ancien des leurs dans\nla lutte contemporaine contre l'Église. Est-ce donc manquer à\nla charité que de signaler le péril là où on l'a deviné et de\ncombattre l'erreur lorsqu'on se sait en possession de la vérité\nsainte?\n   Q u a n t au péché d'orgueil, il faut n'avoir point lu Du Diable à\nDieu et, en général, les livres des littérateurs convertis, pour\noser porter une telle accusation. Retté s'humilie en dévoilant\nses vices. S e m b l a b l e aux pécheurs du moyen âge qui venaient\ndans les rues confesser à h a u t e voix leurs fautes, Retté a tenu à\nfaire p u b l i q u e m e n t a m e n d e honorable et d e m a n d e r à tous ceux\nqu'il scandalisa pardon de ses péchés.\n   E t puis Retté, comme Coppée, comme H u y s m a n s , est homme\nde lettres. C o m m e n t mieux employer sa plume qu'à narrer les\nerreurs d'une vie dissipée? Ces sentiments de contrition, par le\nfait qu'ils furent vécus, ont plus de chance que bien des sermons\nde ramener à la foi bon nombre d'âmes égarées qui se méfient\ndes prêtres.\n   Du Diable à Dieu est avec En Route et La Bonne Souffrance un\nexcellent livre d'apologétique catholique.\n\n                                                   T A N C R È D E DE VISAN.\n"}, {"page_pdf": 588, "texte": "         L'Automne Impérial\n\nLa Vigne du couchant, sur les vergers plantés\nDes pommiers du péché, saigne son sang de flamme.\nLes Sylvains de l'instinct veulent damner mon âme;\nL'Automne offre à la Nuit des fruits    ensanglantés.\n\nL'Automne   offre à la Nuit, non le calme Léthé\nDes eaux claires du soir, mais de pourpres   rivières,\nEt, façades de sang, au bord roux des clairières,\nS'embrasent, néroniens, les palais de l'Été.\n\nDes troncs incandescents, sur fond de forêts sombres,\nAux lointains éclairés flavescentes lisières —\nS'alignent dans le soir qui vibre de poussières :\nColonnades de (eu devant des temples d'ombre.\n\nLes suppôts de Vulcain dans la forge du soir.\nQue l'on voit brasiller derrière un hallier noir,\nLes suppôts de Vulcain martèlent en mesure\nLes fers rouges des épouvantables    tortures\nQue Néron, l'histrion qui tyrannisa     Rome,\nInventa pour jouir du supplice des hommes.\n\n\nOh ! dans l'air l'attirance   odorante   des pommes!\n\n\nSur le plane horizon : vaste arène   tragique\nD'un grand cirque encercle au' loin de gradins         mauves,\nLa ténèbre s'allonge, angoissante et magique.\nAinsi, vers les martyrs la cautèle des fauves...\n\nRouille des frondaisons aux teintes de massacre,\nAspect d'égorgement parmi les fanes neuves,\nFeuillée en pluie de sang dans la rougeur du fleuve,\nEl la Vigne du soir aux lumières de sacre\n"}, {"page_pdf": 589, "texte": "488                          DURENDAL\n\n\n\n      S'assombrissent   dans le crépuscule où bruine\n      De la cendre, tombant de quel Vésuve en feu?\n      L'Automne du couchant donne un aspect de ruines\n      A la forêt païenne où rôdent les     faux-dieux.\n\n      Sur les bois automnaux,   palais à reflets d'or,\n      Cité de marbre faite avec le soir des feuilles.\n      Descend la nuit lugubre et s'éteint et s'endeuille\n      La Ville de feuillage où va régner la mort.\n\n      Et voici que s'élève, en sinistre  imprévu,\n      La fête incendiaire au tréfond des ténèbres.\n      Échevelant le brasier d'or, le vent célèbre\n      L'AEnobarbe cruel et ma stupeur à vu,\n\n      Rome de feuille en flamme aux lueurs      fatidiques,\n      Avec le sang chrétien jailli de tes pressoirs,\n      Sur le bronze embrasé de tes bois impudiques\n      L'Automne impérial pourprer son dernier soir.\n\n                                              GEORGES RAMAEKERS.\n"}, {"page_pdf": 590, "texte": "      Du rôle de l'Art en Apologétique\n                                           I\n\nDe la valeur des formes d'Art dans le travail de l'Apologiste\n                   ON parle beaucoup, aujourd'hui, d'apologétique. La raison en\n                      est dans la crise que nous subissons au point de vue des\n                      croyances religieuses. De tous côtés, pour répondre aux\n                      exigences de cette crise, les apologistes multiplient leurs\n                      efforts et cherchent avec ardeur non seulement des démon­\n                      strations, mais aussi des méthodes, parce que nous nous\n                      sommes aperçus que certaine façon d'aller au vrai implique\n                      le vrai ; qu'inversement, tel procédé de recherches peut\n                      fermer à jamais la route.\n   On parle donc apologétique, et l'on parle également beaucoup d'art. Pour­\nquoi? Parce que la matière d'art offre au travail critique une occasion unique\nde recherches, et que nous sommes un siècle critique. On sait assez que l'art\nenvisagé en soi fait appel avant tout à l'intuition; mais dès qu'on l'analyse,\nil soulève des problèmes où toute la vie et toutes les sciences de la vie se\ntrouvent engagées. D'où les curiosités inassouvies des penseurs, à notre époque\nfureteuse et inquiète.\n   Dès lors, il n'est pas inopportun de demander quels rapports s'établissent\nentre l'apologétique, nécessité urgente de ce temps, et l'art, objet d'actuelle\nsympathie autant que puissance universelle.\n   Comment l'art se comporte-t-il en matière apologétique? Quelle sorte de ser­\nvices nous rend-il? Par ailleurs, à qui entreprend l'apologie de la religion,\nquelles conclusions s'imposent en ce qui concerne les rapports de la religion\net de l'art?\n   On le voit, deux sujets se trouvent impliqués dans le titre de cette étude :\n   1° Du rôle de l'art en apologétique ;\n   2° Du travail apologétique en matière d'art.\n   On ne contestera pas l'intérêt en soi de cette double recherche. Que Durendal\ntranche elle-même les montagnes grandes ou petites que nous rencontrerons\nsur la route.\n                                       *       *\n   Posons d'abord une question préalable.\n   Dans le programme ci-dessus exposé, l'art est envisagé comme spécialité,\nje veux dire comme discipline à part, en vue d'une orientation à part, qui doit\nvaloir en elle et pour elle. Or, tel n'est pas le sens exclusif de ce mot souple et\n"}, {"page_pdf": 591, "texte": "490                                DURENDAL\n\n\nriche : l'Art. On sait l'antique définition : Ars est recta ratio factibilium, ce\nque traduirai bonnement : « L'Art est la bonne façon de faire une chose. » De\nce point de vue général, l'art prend une sorte d'universalité partout diffuse.\nCe n'est plus une discipline particulière, c'est une forme imposée à toute\ndiscipline même banale. Il y a l'art du bottier, l'art du menuisier, du\nconstructeur, du militaire. Il y a aussi l'art de l'apologiste.\n   Seulement, ici encore, il faut bien préciser ce qu'on veut dire.\n   Toute apologétique consistant en un système de preuves, ou, plus générale­\nment, d'arguments (arguere), on peut entendre par la « bonne façon » dont\nnous parlions (recta ratio) la disposition même des preuves en vue de la valeur\nlogique des conclusions, et l'on peut entendre également la forme dont on\nrevêt ces preuves pour les présenter, en même temps qu'à l'intelligence\ndiscursive, à l'homme complet doué d'imagination, de sensibilité autant et\nplus que de raison.\n   Tel est précisément le sens inclus dans ce sous-titre : « De la valeur dès\nformes d'art dans le travail de l'apologiste. » L'autre cas, en effet, appartient\nà un autre genre de recherches. Qu'il y ait un art de la bonne disposition dés\npreuves comme telles, nous le savons depuis toujours, nous ne pouvons plus\nl'oublier depuis Pascal. Cet art de conduire l'esprit à travers les chemins de\nvérité, c'est la logique, c'est la méthode. Il requiert, avec la connaissance pré­\ncise de l'enchaînement des idées, un instinct spécial relatif à leur mise en ordre.\nJe n'en veux point parler. Qu'on relise l'Esprit géométrique et quelques autres\nAvertissements aux protestants de la vie intellectuelle. Nous parlons ici esthé­\ntique; il s'agit des formes que revêt la pensée pour s'imposer avec une puis­\nsance qui ne soit plus celle de la seule logique, mais aussi celle de l'art et de\nses moyens d'expression.\n   Et nous demandons : De quel œil l'apologiste doit-il regarder un tel\nconcours? Y peut-il reconnaître une valeur propre à son travail? N'est-ce pas\nune superfétation, un trompe-l'œil, voire une source de déviations et d'erreur?\n   Envisager ainsi la question, c'est poser le problème des rapports du fond et\nde la forme. En toute matière, nous distinguons toujours ces deux choses.\nQuelle relation entretiennent-elles? de là dépend la réponse à faire à qui\ndemande : Les formes d'art ont-elles vraiment une valeur apologétique?\n\n  Comparaison n'est pas raison ; pourtant, à titre de véhicule des raisons, les\nbonnes comparaisons sont utiles. En voici deux de valeur inégale. La pre­\nmière est déjà éclairante ; la seconde serre de plus près le cas ; les deux donnent\noccasion à d'intéressantes remarques.\n  Je dirai donc d'abord : La forme est au fond, dans le travail d'apologétique,\nce que le vêtement est au corps. Je dirai en second lieu, usant d'une image\nplus précise et plus instructive : La forme est au fond ce que le corps est\nà l'âme.\n                                         *\n                                      *   ■   *\n\n\n\n\n   PREMIÈRE COMPARAISON. —Tous les esthètes admettent, tous les artistes\nsavent que le costume, la draperie ont en art une importance énorme. Ni\nl'un ni l'autre n'est ce qu'un vain peuple pense : une simple précaution de la\n"}, {"page_pdf": 592, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                             491\n\n\npudeur. La preuve, c'est que des artistes à qui les précautions de la pudeur\ninspirèrent peu de respect : tel Michel-Ange, n'en ont pas moins employé la\ndraperie dans beaucoup de leurs œuvres. Au besoin ils l'ont déplacée, comme\npour bien affirmer que leur intention n'était pas le moins du monde « philis-\ntine » ; qu'elle était esthétique, et que pour eux il s'agissait de conserver un\nmoyen d'art, non de ménager des vertus farouches. A bien regarder, on a tôt\nfait de reconnaître pourquoi, chez eux, telle figure est drapée, telle autre non.\nIl s'agit d'un effet à produire, d'une ligne, d'un ton, bref d'un langage spécial,\nnon d'un silence pudique.\n    C'est qu'en effet, hors le cas de conventions nécessairement subies, la\ndraperie est un langage qui s'ajoute à celui du corps, qui dit comme lui la vie,\nqui révèle l'intériorité de l'être, qui fait jaillir aux yeux ce qui semblerait\naccessible uniquement à l'esprit : la splendeur de l'idée vitale.\n    La draperie esthétique, ce n'est pas quelque chose qui s'ajoute au corps, et\nqui le cache : c'est quelque chose du corps, et qui le manifeste. Elle cache\nla matérialité de la chair; elle en manifeste l'âme. La draperie, c'est le corps\nmême révélé en action. Je dis action, s'agît-il d'un corps immobile; car toute\nvie est action, même dans le repos apparent de l'heure paisible.\n    Ce qui fait en art la valeur de la forme, c'est ce par quoi elle manifeste la\nvie, c'est-à-dire la capacité d'action, de mouvement, à moins que ce ne soit le\nmouvement même. Peindre un corps à l'état inerte, en prenant le mot dans un\nsens absolu, ce serait ne rien peindre du tout. Même le cadavre agit et vit à sa\nmanière; il manifeste des pouvoirs que sa rigidité nous montre autant qu'elle\nles recouvre. Pour le faire cesser d'agir, il faudrait le tuer, oui, tuer encore,\ntoujours, la chose qu'on croyait morte; la pousser à l'atome, non, plus loin :\njusqu'au presque néant de la matière pure.\n    Un tableau de nu, une statue non drapée ont-ils donc une valeur, c'est\nparce qu'ils manifestent la vie corporelle, le mouvement, l'action. Or, si les\nmoyens de la draperie permettent d'y réussir davantage, celle-ci aura donc\npart à la valeur esthétique de l'ouvrage. Comment le fait-elle? Par l'action\nqu'elle subit elle-même. La forme et la draperie engagent une lutte; mais si le\ncombat est bien réglé, c'est la forme qui est le vainqueur, et la draperie,\nvaincue, n'en triomphe que mieux d'autre sorte. En l'actionnant au\ndedans, le corps y creuse des plis, y opère des tractions, lui impose des reliefs,\nla presse, et ces pressions sont expressives, ce relief révèle la forme, ces\ntractions manifestent les mouvements de l'être représenté, le montrent à l'état\nagissant, et multiplient l'effet de sa beauté.\n    Dans toute l'histoire de l'art, les exemples abondent. On sait que bon\nnombre d'artistes employaient cette méthode : dessiner d'abord le nu des\n figures et les draper ensuite. Raphaël procédait ainsi, sur les conseils de\n Bartolomeo consulté à Florence. Or, comparez les nus de Bartolomeo ou de\n Raphaël à leurs figures drapées, vous verrez combien la draperie concourt\n pour une part imprévue à leur valeur définitive.\n    On possède un dessin de Raphaël qui servit d'étude au Christ volant de la\n Transfiguration. Le modèle est à peu près nu; la figure s'élève dans les airs ;\n l'artiste s'est réservé d'étudier la draperie à part. Qu'on mette en regard de\n"}, {"page_pdf": 593, "texte": "492                                 DURENDAL\n\n\n\ncette figure non vêtue le Christ drapé du Vatican, on verra la différence.\nLe nu est gracieux déjà, mais ne s'envole point. Dans le tableau, la draperie\nle soulève et le porte; elle assouplit, elle pétrit de grâce la solidité de ce corps,\nsans lui enlever rien de sa force.\n                 Même quand l'oiseau marche on sent qu'il a des ailes.\n\n   A l'inverse, même quand une telle figure vole, on sent qu'elle peut marcher\navec puissance. Or, la draperie a fait ce miracle et fourni la preuve de sa\nvaleur.\n   Supposé donc que le style ne fût à la pensée, en apologétique, que dans le\nrapport mi-intime, mi-lointain du vêtement au corps, il serait vrai déjà qu'il\nest une puissance non hétérogène, un instrument conjoint, une authentique\nressource.\n   Seulement, il y a la condition, c'est que le style suive la loi du vêtement et\nen évite les erreurs.\n   Tout artiste dira qu'une draperie est esthétique quand elle ne cherche point\nà avoir une valeur par elle-même; quand elle se subordonne, servante et non\nmaîtresse; quand elle est faite pour le corps et pour les mouvements du corps.\n   Lorsqu'un habit cherche à se définir en valeur, indépendamment de l'être\n qu'il recouvre, plus d'esthétique! En tout cas, il y a déchet; car quelque\nbeau que soit l'habit, si vous lui faites cacher la forme vous ferez toujours un\nmétier de dupe. Michel-Ange disait qu'il aimait mieux un pied qu'un soulier :\nson opinion est compréhensible. Le pied est une merveille; le pied vit, et le\nsoulier est une banalité morne. Mais substituez à celui-ci une sandale comme\nplus d'un personnage de Buonarroti en a su découvrir; qui ne comprime pas\nle pied, n'en dérobe pas les formes, les accompagne plutôt, les soutient et en\nrévèle l'emploi utile, alors la sentence du grand sculpteur se retourne : ce pied-\nchaussé — j'exprime ainsi l'unité obtenue entre deux choses disparates — vaut\nmieux esthétiquement que le pied nu.\n   Il en est de même en toute occurrence.\n   Diderot disait en plaisantant : « L'habit de nature, c'est la peau, et un\ncostume est d'autant plus parfait en esthétique qu'il s'en rapproche davantage. »\nCe dernier jugement est une outrance, nous venons de le prouver ; mais à\ntitre de point de départ, la remarque est intéressante. Suivons-en la logique,\nen vue de noter les conditions d'emploi, en apologétique, de ce que nous avons\nappelé formes d'art.\n\n   La peau recouvrant le corps représente le style nu, c'est-à-dire celui qui\ncherche à manifester une idée pure, une idée en sa teneur logique, une idée qui\nne veut être qu'idée, et qui pour cela peut-être l'est moins, parce qu'elle se vide\nd'une partie de sa substance.\n   Remarquons d'ailleurs qu'à cette diminution de la pensée, la nature pose\nelle-même des limites. I1 n'y a pas à vrai dire de style nu, car tout langage,\ncomme tel, comporte une dose d'art. Il en comporte d'autant plus qu'il est plus\nprimitif, et le style abstrait des philosophes a beau tendre à l'en dégager\nde plus en plus, la logique parfaite du langage n'est qu'une limite inatlingible.\n"}, {"page_pdf": 594, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGETIQUE                               493\n\n\n   Au degré suivant, l'idée se revêt, mais d'un habit qui s'adapte le plus\npossible à la forme, et dont toute la beauté est faite de justesse. C'est le principe\ndu justaucorps. Etudiez saint Thomas d'Aquin, vous constaterez que tout son\nstyle tient en ce mot : la justesse. Ce n'est pas qu'il manque d'ampleur; mais\nl'ampleur est fournie par l'idée, qui sans efforts visibles monte aux plus hauts\nprincipes, s'étend aux conséquences, se donne une membrure forte et une\nconstitution robuste. L'habit, lui, suit simplement l'allure des membres, il les\ncomprime au besoin et par là en accuse l'énergie; il n'y ajoute nulle draperie\nexpressive ; nul dépassant de beauté. C'est le style sobre. Et certes, ce parti\npris est en philosophie la vérité même. Avec Thomas d'Aquin, Aristote, Des­\ncartes, Fénelon et Bossuet philosophes, Leibnitz, Claude Bernard, Pascal en\ncertains de ses travaux, en ont donné d'illustres exemples. Mais l'apologé­\ntique, bien que maîtresse en philosophie, n'est pas exclusivement philosophe.\nElle veut atteindre l'homme, et tout l'homme. Là donc n'est pas son idéal. Si\nelle put s'en contenter au moyen âge, c'est que l'esprit du temps poussait à la\nlogique à outrance, L'intellectuel du XIIIe siècle était un exclusif de l'idée\nabstraite. Toute vie de l'esprit se confinait là. Aujourd'hui que celle-ci s'est\nélargie, le style thomiste, sauf en philosophie pure, est devenu trop étroit et\ntrop sévère. C'est le plain- chant, musique idéale encore et toujours pour le\nrite, mais qui ne suffit plus à l'expression complète de la vie.\n   Voici venir la draperie grecque. Cette fois nous tenons le modèle du\nvêtement esthétique : habit fait pour le corps, subordonné par conséquent,\nmais à la façon du libre ami, non de l'esclave. La draperie grecque est un\nmorceau d'étoffe sans coupe, carré, oblong, quelconque. Il n'a point d'exis­\ntence par lui-même. Mettez-le par terre, ce n'est rien. Jetez-le au bord d'un\nvase, c'est un décor de plis et une espérance. Enveloppez-en un personnage\nde Phidias, ce morceau d'étoffe se creuse, se gonfle, se tire, s'assouplit,\ns'enroule, prend toutes les formes les plus splendides et devient comme un être\nvivant.\n   Il le sera d'autant mieux que lui-même ne vit point, n'est point. S'il est\npermis de faire du texte sacré un tel usage, on pourrait dire : Ce n'est plus\nlui qui vit, c'est le personnage qui vit en lui, seulement multiplié en valeur\nd'expression esthétique ; plus lui-même que nature, en ce qu'il révèle ainsi\nses pouvoirs, ses virtualités intérieures, et laisse visibles dans les plis maintes\n particularités de son histoire. Or, volontiers je comparerais le vêtement ainsi\ntraité au style du Phédon, à celui des Pensées, à celui du Discours sur l'His-\ntoire universelle, et je crois bien que nous touchons à l'idéal.\n   Un pas de plus, et l'abus va se glisser en compagnie de la splendeur. Les\nriches costumes de la Renaissance, les simarres et les pourpoints à manches\nbouffantes des Titien ou des Véronèse ne supportent pas facilement la critique ;\nils offrent à l'artiste des ressources merveilleuses, mais déjà de second rang.\nCet habit enrichit la forme, un peu à la façon du parvenu ; il l'enrichit,\nc'est-à-dire qu'il l'altère, au lieu de la faire valoir. Il crée des lignes nouvelles\nqui lui appartiennent, et ces lignes sont parfois admirables, elles peuvent\naider grandement à l'expression générale d'une œuvre, la hausser en beauté,\nmais au point de vue du corps et de sa glorification esthétique, il y a excès. Le\n"}, {"page_pdf": 595, "texte": "494                                DURENDAL\n\n\ncorps est ici glorifié comme l'astre qu'enveloppent de beaux nuages, mais telle­\nment disposés qu'ils le cachent, au lieu d'en épanouir simplement la splendeur.\n   Allez plus loin, le costume à fanfreluches, à la Louis XV, plaquera ses\ndétails sur la forme, exagérant les ornements, ajoutant du dehors, au lieu de\nse disposer comme par un jaillissement naturel. Le péril s'annonce de l'article\nde mode, supplantant le produit artistique. Le tailleur et la couturière vont\nremplacer le statuaire et le peintre. Le style ainsi traité ne sera plus qu'un\nvain luxe; il ne fait plus partie de l'idée. Arbre de Noël, au lieu d'un arbre\nvéritable, l'œuvre n'aura point vie de par ces brimborions qu'y suspend le\nfaux artiste. L'abus est patent. Le costume Louis XV a trop de grâces apprê­\ntées pour atteindre aux beautés supérieures.\n   Pourtant, nous sommes loin encore du costume actuel.\n   Celui-ci, pour homme, représente la laideur au degré suprême. Ce n'est plus\nla pièce d'étoffe qui, par alliance avec la vie, prend vie : c'est le faux vivant,\nqu'une ressemblance grossière avec l'homme empêche de devenir son sem­\nblable. Anthropoïde, silhouette d'humanité dérisoire, d'autant plus grimaçant\nqu'il sourit. Le singe est laid, le chien ne l'est pas : pourquoi? Parce que\nle premier prétend sans pouvoir, le second ne prétend pas ressembler à\nl'homme. Ainsi le costume moderne avec ses jambes, ses bras, sa tête de feutre,\nson faux air de bonhomme au complet ne peut être esthétique. Un piquet le\nporte aussi bien qu'un homme, ce qui réduit le sujet ainsi affublé au rôle de\nmannequin, ce qui nous égalise en laideur, ce qui prouve qu'être habillé ainsi,\nce n'est pas l'être. L'homme est; son habit est : cela fait deux choses, au lieu\nd'une seule qui est l'homme vêtu, idéal de la recherche esthétique. Habillez\nl'Apollon du Belvédère avec un pantalon, vous verrez ce qu'il en reste. Avec la\ndraperie qu'il porte sur le bras, dédaignant de s'en servir, il pourrait être plus\nbeau encore, pour peu qu'un Praxitèle s'en mêlât. Mais que ferait au High\nlife tailor Praxitèle!\n   Le costume moderne représente le style laid pour cause de prétention à côté,\nde sotte recherche. Le verbiage sans pensées, mais qui singe les pensées pour\navoir le droit de voisiner avec celles des autres, quitte à les déformer, c'est le\ncostume moderne.\n\n   Ces brefs exemples nous suffisent. Ils font voir déjà que les formes d'art, à\ncondition de se modeler sur l'idée, ou pour mieux dire de naître d'elle, valent\npar elle et ne sont qu'elle en action, de telle sorte que les négliger, ce serait\nnégliger l'idée même, en tant qu'active et expressive. Et cela répond à l'objec­\ntion qui pourrait vouloir se glisser sous cet axiome : Les belles phrases ne\nprouvent rien. En effet, les belles phrases ne prouvent rien en tant que phrases,\nc'est-à-dire prises à part, détachées de l'idée ou collées à une fausse idée. Mais\nles belles phrases pleines d'idées justes, comme la draperie de la Victoire, au\nLouvre, est pleine de beauté frémissante et superbe, ces phrases-li prouvent,\ncar elles épousent la preuve et en sont épousées ; un régime de communauté\ns'établit entre elles, et l'on ne sait plus, tant il y a unité entre le fond de pensée\net le reflet de splendeur qu'elle projette, si c'est le vrai qui ravit l'âme, si c'est\nle beau qui la séduit.\n"}, {"page_pdf": 596, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                              495\n\n\n    DEUXIÈME COMPARAISON. — Le corps et l'âme en fournissent le thème.\nSuivant l'idée qu'on se fera de leur union, la comparaison adoptée changera\nquelque peu de caractère; mais j'ai plaisir à constater que la plus vraie des\ndeux théories en présence est celle qui nous procure le plus d'avantages.\n   Selon l'école spiritualiste, — je veux désigner par là le spiritualisme outran­\ncier, à la Descartes — notre âme serait au corps comme une sorte d'esprit\nmoteur, de pilote. Qu'est-ce que l'homme? demandera de Bonald. R é p o n s e :\nC'est « une intelligence servie par des organes, » Vous entendez : L'homme est\nune intelligence. On pourrait s'arrêter là. On ne s'arrête point; on ajoute, on\nveut bien ajouter que cette intelligence, qui est l'homme, est servie par des\norganes; mais les organes ne sont pas l'homme. Celui-ci est intelligence.\n    Or, cette philosophie fût-elle vraie, — elle est fausse, — nous aurions le\ndroit de requérir que cette àmc « servie par des organes » fut bien servie, et\nque ces organes, s'ils représentent le style, soient ce qu'ils doivent être pour\naider et servir correctement, noblement, l'idée que nous figure l'âme. Préci­\nsément, le style rend ainsi à l'apologiste des services à côté, lui procure des\navantages préalables. Les belles formes disposent bien l'auditeur, nous aident\nà avoir « son oreille », conquièrent sa sympathie et le préparent donc à recon­\nnaître la vérité Qu'a-t-il m a n q u é aux apologistes au temps de Voltaire? D'avoir\nle style de Voltaire. Qu'a-t-il m a n q u é aux réfutations de Renan? Les secrets\nd'art de Renan. Plus l'écriture est magnifique, plus la vérité — ou l'erreur,\nhélas! — y r a y o n n e ; plus d'âmes encloses dans la chair en subiront l'éclat\nvivifiant ou la brûlure.\n    Mais à quoi bon nous attarder? Cette théorie de l'homme est périmée; tous\nles travaux de la science tendent à montrer de plus en plus combien est court\net enfantin, par conséquent ennemi du spiritualisme vrai, ce spiritualisme par\ntrop facile. N o n , l'homme n'est pas « une intelligence » ; il n'est pas davantage\nune matière; c'est u n e âme incarnée; c'est une chair animée; c'est une\nsubstance multiple et une, tellement que d'une certaine façon on pourrait dire :\nIl n'y a pas de corps et d'âme : il y a l'homme. Ou si nous distinguons âme et\ncorps, ce n'est pas comme deux choses distinctes, c'est comme deux moitiés de\nchoses, comme deux principes servant à intégrer une chose unique.\n    Mais s'il en est ainsi, et une fois admise la comparaison : le style est à la\npensée ce que le corps est à l'âme, il faut bien qu'on accorde aussitôt que la\nforme et le fond, de même que le corps et l'âme, ne sont aussi qu'une chose.\nQue serait une âme sans corps? C'est l'image de ce que serait le fond sans la\nforme. Que serait le corps sans âme? C'est l'image de ce que serait la forme\nsans le fond. Or, il est clair que les deux cas ne sont pas très loin d'être\nsemblables. P o u r que l'âme ne soit rien ni pour autrui ni pour soi; pour\nqu'elle tombe dans l'inconscience et dans l'inaction au moins relative, il n'est\npas m ê m e besoin que le corps périsse, il suffit de l'anesthésier, de l'engourdir\ndans le sommeil. U n e âme que Dieu créerait sans son corps ne saurait pas\nqu'elle est, et d'une certaine manière ne serait pas ; ce serait un presque néant,\nun monstre, monstre, dis-je, par spiritualité excessive, comme il y a des\nmonstres par matérialité excessive. U n e âme sans corps ne peut pas réussir à\n être homme.\n"}, {"page_pdf": 597, "texte": "496                                 DURENDAL\n\n\n    Appliquez la comparaison et vous direz : La pensée sans le style n'est pas,\n puisqu'elle ne se manifeste pas ; elle n'est ni pour autrui ni même explicitement\n pour elle-même; elle est sans corps, donc sans révélation, donc sans être\n intégral et à plus forte raison sans puissance. D'ailleurs, j'ai observé que la\n pensée sans nul style est un mythe, de même qu'une âme sans corps. Mais\n exister ne suffit pas. Quel corps est requis pour l'âme, sinon un corps revêtu\n de beauté? Un corps qui n'est pas beau est privé pour autant d'existence, étant\n privé de pouvoir révélateur par rapport à ce principe qui est son unique raison\n d'être.\n     La beauté est définie par saint Thomas d'Aquin resplendentia formae super\npartes materiae débite proportionatas. On entend cette formule. Resplendentia\nformae, c'est-à-dire : resplendissement de l'idée vitale. Car on appelle forme,\n en philosophie thomiste, l'idée qui a donné naissance à un être, idée que la\n matière incarne, principe de vie qui cherche à se manifester et, pour se\n manifester, se revêt d'organes. Pour que ce principe soit authentiquement révélé,\n il faut qu'il prenne corps en beauté, c'est-à-dire que la chair qu'il revêt donne à\n reconnaître ses virtualités, nous fasse voir ce qu'est l'homme, et plus préci­\n sément cet homme. Beauté du type, beauté du caractère, c'est ce que\n l'artiste cherche. S'il le trouve, il a révélé l'âme à travers la chair ; il a traduit\n des « formes habitées », ainsi que s'exprimait Carrière. La poussée de l'idée\n vitale, le conatus intérieur qui nous crée ont rencontré en lui leur prophète.\n    Ainsi l'homme de l'art, en apologétique, doit chercher à révéler l'idée dans\n la forme. De même que le corps, c'est de l'âme manifestée et c'est en partie\n l'homme, ainsi le bon style, c'est de l'idée révélée et c'est en partie l'œuvre\n même. Quand le style est quelconque, il donne à la pensée un corps quel­\n conque, il la représente mal, il la rend pour autant inexistante et inactive.\n Quand il est tout à fait mauvais, il la tue, comme un corps monstrueux\n tout à fait prive réellement de vie la pauvre âme égarée en ce vivant cadavre.\n    Joubert disait: « Quand je polis ma phrase, ce n'est pas ma phrase que je polis,\n c'est ma pensée que j'achève. » Gratry porte plus loin en disant : Un ouvrage\n n'existe pas, s'il n'est pas bien écrit ; ce sont des matériaux, non une oeuvre.\n\n   Prenons la chose d'un autre biais, nous retrouverons des conclusions\nidentiques.\n   A qui s'adresse l'apologie? A un esprit pur? Non, à cette unité vivante, âme\net corps, dont nous avons vu déjà qu'elle procède. Les facultés sensibles et\nl'imagination sont parties authentiques de l'homme. La vérité en venant à nous\ndoit donc se faire chair, comme nous-mêmes, allant à elle, devons y aller\n« avec toute notre âme », qui implique en partie la chair. Il n'y a pas en nous\nde cloisons étanches; il y a solidarité de fonctions; tout travail d'une faculté\nconnaissante profite à l'autre, comme le travail de toutes nous profite. L'idée\npure n'est qu'un leurre. Viser à n'évoquer qu'elle seule c'est risquer de\nn'évoquer rien. Il faut viser à éveiller en nous, avec l'idée, tous les échos\nsensibles de l'idée, à nous mettre en état de vibration complète sous son choc,\nafin que sa fraternité avec nous et sa capacité nutritive soient reconnues de\ntoute notre âme.\n"}, {"page_pdf": 598, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGETIQUE                              497\n\n\n    Le contraire est l'erreur de ce qu'on appelle intellectualisme. L'intellec­\ntualiste est porté à n'attribuer valeur intellectuelle qu'à ce qui procède de la\nlogique. Or, l'intellectualité vraie dépasse de beaucoup la logique. Même les\nmoyens du rythme, de l'euphonie, même les sonorités verbales peuvent avoir\nindirectement une valeur d'esprit, en tant que liées à l'esprit, en tant qu'ex­\nprimant en l'homme, être sensible, les effets naturels, en lui, de ce que\nconçoit ou reçoit son intelligence. A plus forte raison les images, compa­\nraisons, exemples, figuration sensible des idées, peuvent-elles participer à leur\nvaleur, si, loin de s'en rendre indépendantes pour chercher à valoir par elles-\nmêmes, elles en procèdent et ne sont que le bain coloré qu'elles traversent,\n le son qu'elles prennent pour aller frapper une oreille à qui la musique des\n idées est connaturelle.\n    Si toutes les formes d'art ainsi employées font bien vraiment partie de l'état\n de conscience intellectuel de l'apologiste, comment ne feraient-elles pas partie\n légitimement de l'état intellectuel de son auditeur? Pourquoi ne s'en servirait-on\n pas pour implanter l'idée, puisque nées d'elle, elles ont mission aussi pour la\n produire, en tout cas, pour la renforcer, assurer mieux son règne, la rendre\n victorieuse et féconde.\n    Avec sa profondeur habituelle, Aristote a placé en co-partie, sous l'accolade\n Logique, l'analytique, la dialectique, la rhétorique et la poétique, consacrant\n ainsi la valeur rationnelle des images, à condition qu'elles demeurent ce\n qu'elles doivent être : des servantes de l'idée, et non pas de soi-disant idées\n indépendantes ; des co-idées et non pas des pseudo-idées.\n\n                                          *\n                                      *       *\n\n   La valeur de l'intuition dans la vie de notre esprit se trouverait liée ainsi\nà notre étude. Le cas particulier de la femme aiderait à s'en éclairer. Nous\naccusons les femmes de manquer de raison : elles manquent surtout de raison­\nnement, de logique. Si nos raisonnements glissent sur elles, c'est souvent\nparce qu'en possession d'une intuition contraire, elles préfèrent s'y tenir,\nsachant que là est leur force, et que sur le terrain de l'adversaire elles sont\nlaibles. Mais il n'est pas démontré pour autant qu'elles aient tort. Pour\nl'instinct rationnel, elles nous sont supérieures de beaucoup. Elles nous\nsont supérieures, dis-je, mais nous leur ressemblons pour une part. Nous\nsommes être d'instinct, nous aussi, autant que de raisonnement. Parler à\nl'instinct en présentant l'idée vivante, épanouie en formes d'art comme l'âme\ns'épanouit en organes visibles, c'est nous traiter selon notre nature et se refuser\nsagement à l'arbitraire découpage intellectualiste.\n   D'ailleurs, les vues de la psychologie actuelle relatives à l'inconscient pour­\nraient venir encore à notre secours. De plus en plus, à mesure qu'on étudie\nl'homme, on arrive à prêter en lui à l'inconscient une importance plus grande.\n La partie éclairée de l'âme n'est qu'une zone étroite; tout le reste est pénombre\nou obscurité. Or, là pourtant notre activité intérieure s'élabore; de là idées et\n sentiments surgissent. Par la logique, nous n'en communiquons que la partie\n pleinement épanouie en lumière; le reste n'y est point accessible. Mais, ce\n"}, {"page_pdf": 599, "texte": "498                                 DURENDAL\n\n\nresidu, qui est le principal de notre richesse, est accessible à l'art. L'inspiration\ny travaille pour le compte de l'artiste, puis, à travers son œuvre, pour le\ncompte du public qui se soumet à son influence. Par ce même processus, le\ntravail d'un apologiste homme de l'art enveloppe les idées claires qu'il, émet\nd'une foule de circonstances verbales qui procèdent en lui de l'inconscient, et\nqui, riches de toute une matière nutritive, dans l'ordre intellectuel, iront par\ncontagion éveiller chez autrui des états semblables, terroir d'idées, où les\nidées en même temps communiquées poursuivront leur vie normale. La\npensée est une plante : le jardinier ne porte pas au marché des plantes déraci­\nnées et sans humus ; il les laisse dans la terre où elles sont nées, connais­\nsant la continuité de toute chose vivante avec le milieu naturel où elle\nplonge.\n   M. de Roannez disait à Pascal : « Les raisons me viennent après, mais\nd'abord la chose m'agrée ou me choque sans en savoir la raison, et cependant\ncela me choque par cette raison que je ne découvre qu'ensuite. » Ce cas est\nfréquent; c'est l'inconscient qui est alors responsable. A le supprimer, on sup­\nprimerait beaucoup de choses de la vie. On supprimerait aussi de la survie.\nJ'entends parler de la vie religieuse.\n   Nous savons que la mystique, en tant qu'elle se distingue de la théologie\nrationnelle, procède ainsi par expérience, par goût, donc aussi par mélange\nd'inconscient, le vrai se reconnaissant, ainsi que le bien, à sa touche intérieure,\nà sa sonorité dans l'âme.\n   Une telle façon de procéder est à coup sûr dangereuse; l'illusion est aux\nportes; aussi tous les mystiques insistent-ils sur le contrôle nécessaire des états\nintérieurs qu'ils subissent, et tous les psychologues sur celui des « raisons du\ncœur ». Mais, outre que la logique trompe aussi — et combien parfois lourde­\nment I — il reste que le contrôle survenant trouve ici à consacrer quelque\nchose; que ce quelque chose est une richesse, une richesse très proprement et\nvéritablement intellectuelle.\n   Je ne puis m'empêcher de rappeler une thèse thomiste qui suppose ces\nnotions et les illustre. Saint Thomas fait remarquer combien la présence en\nnous de la raison transforme profondément les facultés sensibles elles-mêmes.\n Elle les élève, dit-il, à la participation de soi, les rend pour une part ration­\n nelles, de telle sorte qu'on y reconnaît l'homme, même quand celui-ci ne fait\n œuvre que de sensibilité en apparence animale. Cette forme de raison que tout\nrevêt en nous, l'écriture d'art, comme telle, ne la revêtira-t-elle point, et ne\ndevra-t-on pas dire une fois de plus : elle aussi est rationnelle, pourvu seule­\nment qu'elle n'aille pas se retourner, abusant d'une fausse ressemblance,\n contre ce qui est authentiquement la raison?\n    Je disais à l'instant que le travail de l'esprit en ce qui concerne ces valeurs\nà côté de la vie rationnelle a besoin de surveillance; que sa marche est obscure\net prête à l'illusion. C'est vrai, et si tel est le cas de tout en nous ; si l'imagi­\nnation sujette à l'illusion ne fait nul tort à la raison sujette au sophisme, il faut\navouer pourtant que le rationnel participé doit prêter à plus d'erreurs que la\n raison même. Mais aussi ne s'agit-il pas de prêcher en faveur d'une apologé­\ntique de sentiment ou d'imagination, mais en faveur d'une apologétique inté-\n"}, {"page_pdf": 600, "texte": "                DU   ROLE    DE   L'ART EN A P O L O G É T I Q U E                 499\n\n\n\ngrale, c'est à-dire rationnelle en son tout, raisonnante pour la plus grande\npart, mais accueillante aux formes d'art assez pour donner à l'idée son accom­\npagnement naturel emprunté aux autres facultés de l'âme, pour être ainsi\nhumaine au complet, comprenant la raison d'abord, puis, au nom même de\ncelle-ci, ce qu'il y a en tout nous de raison éparse.\n\n   Si l'on suivait à la lumière de ces simples remarques le travail apologétique\nà travers les siècles, on verrait que tous les génies du passé eurent de cette\nvérité un sentiment profond, ainsi que toutes les grandes œuvres en témoignent.\nDepuis l'homme au style de fer qui a donné à l'apologétique son nom jusqu'à\nl'auteur de l'Essai sur l'Indifférence et à quelques autres en ce temps-ci, tous\nvalent comme écrivains en même temps que comme penseurs religieux. Tous\ncultivent ou la formule coupante de Tertullien, ou la phrase abondante et\nriche du docteur d'Hippone, ou la sentence pressée de la Somme contre les\nGentils, ou la grande draperie à la Bossuet, ou l'allure vive et claire des\nSoirées de Saint-Tétersbourg, ou le verbe imagé d'un Chateaubriand, ou sur­\ntout — quand ils peuvent — la grande technique incomparable qui sème\nd'éclairs et sillonne de rafales entraînantes la route que le plus haut génie\ngéométrique a tracée.\n   Pascal! c'est bien, peut-être, en quelques pages des 'Pensées, le plus puis­\nsant, le plus complet des apologistes. Et quelle forme est la sienne ! Ceux qui\ndouteraient de la valeur apologétique des formes d'art peuvent se renseigner là.\nSi tous les hommes de vérité, chacun avec la différence de son âme, pouvaient\nparler un pareil langage, regarder de si près la pensée, la faire jaillir avec une\ntelle spontanéité de puissance, lui faire traverser au passage des luminosités\net des ardeurs qui en sachent hausser à ce point le ton, nous aurions au service\ndu vrai l'apologétique parfaite. Pénétrés de foi, nous en pourrions pénétrer\nles autres. Dieu aidant, nous les atteindrions en tout ce qu'ils sont, nous\nfaisant tout à tous, comme saint Paul, dans un sens élargi encore; car nous\nserions tout à tout l'homme et à tous les hommes, pour gagner tout en eux et les\ngagner tous.\n                                                 A . - D . SERTILLANGES,\n                                         Professeur à l'Institut catholique de Paris.\n  (A   continuer.)\n"}, {"page_pdf": 601, "texte": "                      Poèmes\n\n                           Pluie\nA cause du grillon, de l'horloge et du chien,\nA cause du foyer qui flambe sur les choses,\nA cause qu'il fait soir et que la porte est close,\nDans notre chambre obscure, oh ! que nous sommes bien !\n\nC'est en vain qu'au dehors la pluie     envahisseuse\nTombe sur le vallon, pénètre le sous-bois,\nEt tamponne la vitre et crible notre toit,\nLa gémissante pluie, active    pourrisseuse\n\nDes feuillages d'été; c'est en vain que le vent\nColle sa lèvre amère aux fentes de la porte,\nEbranle les volets, sème les feuilles mortes\nEt pousse de tels cris qu'on le dirait  vivant!\n\nCar nul regret ce soir n'étreint notre âme lasse,\nNul désir n'a troublé nos sens inapaisés:\n— Nous nous taisons, nos cœurs seuls parlent à voix      basse,\nNos âmes par moments échangent des baisers.\n\nCependant l'été meurt, l'heure est là, l'heure sonne.\nEntends-tu dans la nuit sa plainte qui descend\nMêlant à la douceur de l'âtre     incandescent\nL'angoisse de l'hiver, l'angoisse de l'automne ?\n\nAussi, songe, ô ma sœur, à l'abandon des nids\nDans cette froide pluie et ce vent implacable ;\nSonge aux bois dévastés, songe aux pampres      jaunis\nQui tendent sur le mur leurs vieux bras pitoyables !\n\nSonge aux petits oiseaux dans les sapins amers,\nSonge au vol effaré des pauvres      hirondelles\nPerdues dans la pluie au-dessus de la mer\nLuttant de tout l'effort de leurs petites ailes!\n"}, {"page_pdf": 602, "texte": "                          POÈMES                                501\n\nO ma sœur, songe encore aux pauvres         vagabonds\nEpars sur les chemins, si tristes à celte heure!\nAux pauvres vagabonds dont les yeux doux et bons\nS'affolent en songeant à l'hiver, et qui pleurent !\n\n\n\n                    Les Houilleurs\n Oui, je les aime bien les tragiques   houilleurs\n Qu'on voit le soir venu descendre les vinâves,\n Le masque noir faisant livide les pâleurs\n Et les yeux luisant clairs sous les casques    concaves.\n\n Ils vont par quatre ou cinq et ne se disent rien,\n Ils vont au rythme égal de leurs bottes ferrées\n Et les clous sonnent dur sur les pavés anciens :\n Ils vont la gueule dure et les lèvres serrées.\n\n Or, leur front n'est pas pur et leur œil n'est pas bon,\n Ils ont le masque amer et des bouches     tordues.\n — Et lorsque sonnera l'heure pour tout de bon\n Qu'ils surgiront devant les sociétés perdues,\n\n L'on devine que ces bouches     s'entr'ouvriront\n Pour d'ardentes clameurs et de rouges        blasphèmes,\n Et que ces yeux luisants dans les soirs       flamboieront\n Terriblement à la lueur des torches blêmes.\n\n                                              E R N . D E LAMINNE.\n"}, {"page_pdf": 603, "texte": "                    Une Rose d'Octobre\n                                          I\n\n\n                  Un air de piano au crépuscule\n                   UNE gaze nuancée tamisa la couleur des choses. Eclatante et\n                     dorée au-dessus du couchant où le soleil étalait encore la\n                     gloire de ses rayons, elle s'adoucissait en u n e dégradation\n                     rutilante par-dessus les vergers rouges, les toits bleus et les\n                     lointains mauves. U n bois de sapin à l'horizon, au delà du\n                     village, était noir. Des bruits précis, nets, commencèrent\n                     de se détacher dans la sonorité du plateau. Ce fut d'abord\n                     le roulement d'un train dans la vallée du côté de Fraipont,\n                     puis le bruit pesant d'une charrette en haut du ris de\nMosbeux, des cris confus, des paroles distinctes : deux tendeurs s'interpe­\nlaient dans un chaume, les enfants de l'école sortaient en b a n d e . U n e auto­\nmobile passa avec fracas à travers la principale rue de L o u v e i g n é . Apiès son\npassage, il sembla que le règne du silence fût rélabli. Mais des rumeurs\nplus précipitées, comme hâtives, reprirent : tintements musicaux du mar­\nteau sur l'enclume d'une forge, double détonation à la lisière d'un bois vers\nChaity-Fontaine.\n    M m e Valérie Jadot acheva l'inspection de son jardin, autour de la pelouse\nqui descend en pente vers la route. Elle regardait ses fleurs dont elle avait\ngrand soin. E n bordures des parterres béants de bégonias et de géraniums\nprécocement gelées, les guirlandes de feuilles marines grises et comme feu­\ntrées étaient symétriques. E n face, les flocs contrastaient par leur désordre;\nappuyés à la haie de vigne-vierge, il y en avait des blancs, des roses,\ndes mauves, des lilas. Devant eux, u n e rangée de petits soleils pointaient\nleurs têtes dorées. Cela faisait, avec la teinte sanglante de la haie, une succes­\n sion merveilleuse de couleurs. Mais, soit habitude, soit indifférence, la bonne\n dame ne s'arrêta pas pour l'admirer.\n    L e parc aux roses, contre la maison grise, l'attira. Sous les fenêtres de la\n façade, au pied du mur, une dizaine de fleurs s'épanouissaient aux derniers\n rayons. U n e nuée de boutons achevaient les tiges grêles aux feuilles déjà\n touchées par le gel. Lesquels fleuriraient de cette génération condamnée à\n si courte vie ? Un rosier grimpant, c r a m p o n n é à la face rugueuse du mur,\n"}, {"page_pdf": 604, "texte": "                            UNE ROSE D'OCTOBRE                                   503\n\n\ntendait d'un geste éperdu sa dernière rose à la hauteur de M m e Valérie.\nElle l'aperçut au m o m e n t de rentrer et lui sourit. C'était u n e superbe fleur,\nsavoureuse et pâle. Elle en h u m a lentement le parfum tendre et pénétrant.\nL'air fraîchit; l'ombre gagna presque d'emblée le faîte de la maison. La rose\nsemblait retenir en elle toute la douceur du jour finissant. Sa beauté\nprenait un sens définitif par la menace de la nuit d'octobre meurtrière. D ' u n\nmouvement spontané M m e Jadot courut chercher son sécateur à l'intérieur du\nlogis. Bientôt la rose prestement coupée fut entre ses doigts. Elle la porta\npensivement à ses narines, à ses lèvres. Devant elle, le verger du voisin\nrougeoyait encore dans le couchant. Il était plus h a u t que le jardin des Jadot\nsitué dans la partie basse du b o u r g . L a b o n n e d a m e remarqua q u e c'était\ncomme un feu de joie flambant vers un ciel d'azur pâle, immatériel. Il ne lui\narrivait que rarement de prêter une si persistante attention à l'aspect m o m e n ­\ntané des choses. Debuut sur le seuil entr'ouvert, elle tournait entre ses\ndoigts la rose fraîchement cueillie. Si quelqu'un eût passé à cet instant sur\nla route et l'eût regardée, il eût été frappé de sa b e a u t é m û r e et blonde.\nL'ombre ténue lui seyait. Son teint, d'une é t o n n a n t e fraîcheur, prenait des\nnuances fondues de pastel. Ses yeux, u n peu ternes au g r a n d j o u r , luisaient.\n La quarantaine n'alourdissait qu'à peine son buste généreux. L e profil de\nson visage demeurait fin à cause du pli m a r q u é des lèvres et du dessin\naccusé du nez.\n   La clarté se retira plus encore vers le liant du village, la cime seule des\narbres fruitiers continua de lanctr ses flammes courtes. H o r s d e la fenêtre\ndu rez de-chaussée, u n air de piano s'échappa, u n air lent, un peu vulgaire\nmais langoureux, u n air e m p r u n t é au répertoire des valses pour orchestre\ntzigane. M m e Valérie J a d o t écouta béatement jouer sa nièce Cécile qu'elle\nhébergeait. Elle se décida enfin à rentrer.\n   Dans la salle qui servait de salle à manger et de salon, elle rejoignit la\njeune fille assise au piano, dans l'obscurité, et qui jouait de m é m o i r e .\nAu moment où la tante s'approcha, le morceau s'interrompit; u n corps\nsvelte s'abattit en sanglotant sur le clavier. Stupéfaite, M m e J a d o t appela :\n   — Cécile !\n   Un brusque sursaut redressa la jeune fille. S a n s répondre, comme u n e\nombre, elle glissa subrepticement hors de la c h a m b r e .\n   Un trouble inexpliqué fixa M me Valérie tremblante au plancher. Elle\ncheicha à tâtons les allumettes et parvint péniblement à atteindre la lampe\nsuspendue au-dessus de la table. La lumière vacilla luttant contre la demi-\nclarté du dehors. La fenêtre fermée et le store descendu, la première chose\nqui frappa le regard de la b o n n e dame fut, glissée à terre, entre les pédales\ndu piano, u n e lettre. Elle la ramassa par le souci instinctif d e l'ordre\net pensa la mettre sur la table pour qui la réclamerait. Mais la première\nligne, qui lui sauta au regard, interrompit son geste. Elle lut : « Ma\nbien aimée. »\n   Une pudeur rougissante la traversa. Elle dut s'asseoir et, tentée de pour­\nsuivre, elle s'interrogea :\n   — Ai-je le droit ?\n"}, {"page_pdf": 605, "texte": "504                                  DURENDAL\n\n\n   Mais déjà ses yeux curieux avaient lu toute la première page. Quand\nelle eut p a r c o u r u les trois autres, elle se mit à relire lentement :\n\n                « MA    BIEN-AIMÉE,\n\n   » J e vous écris contrairement à ma promesse, mais mon coeur éclate. Il\nfait triste et sombre autour de moi depuis que vous avez quitté la ville et\ntout cet après-midi j'ai erré lamentablement par les rues où vous passiez.\nTrois ou quatre fois, il m'a semblé rencontrer votre ombre et mon imagina­\ntion faisait b o n d i r mon cœur. H é l a s ! cette illusion-là n'est-elle pas comme\nmes autres chimères, dérisoire, inutile et pourtant si désespérément néces­\nsaire à mon âme. J e vous aime avec toute la fougue de ma jeunesse\navide d'attachement, de partage, d'espérance. Vous n'êtes pas seulement\nCécile Graindorge l'amie d'enfance, la compagne de jeux, la jolie c o u s i n e ;\nvous êtes mon rêve, mon premier élan, m a g r a n d e passion. N e dites pas\nque je vous d o n n e gratuitement ces titres à mon amour, et que, de votre côté,\nvous ne me considérez que comme le camarade, le cousin, l'ami. Cela n'est\npas vrai, cela n'est pas vrai. Votre jeunesse hardie et ardente vous trahit.\nSouvenez-vous que vous avez écouté — et tant de fois ! — mes aveux.\nQu'ensemble nous avons disserté sur l'éclosion et l'épanouissement de\nl'amour, et que nous n'admettions pas qu'il p û t mourir. Souvenez-vous des\nsoirs ingénus et troublants où nous nous tenions secrètement par la main, à\ntable, dehors. Souvenez-vous de certain soir où nos lèvres... Vous voyez\nbien que nous nous aimons ! E t quand même ce serait de la folie, qui sait\nsi l'avenir n'est pas à la merci de notre passion résolue, un avenir de lutte,\nde victoire et de véritable vie.\n   » Ecoutez, en attendant la place de greffier et celle de commis au\ngreffe par quoi il faut débuter, j'ai d e m a n d é à faire u n stage à une justice\nde paix à la c a m p a g n e . On m'a désigné L o u v e i g n é . Deux fois par semaine,\nje viendrai, les jours d'audience. N o u s nous rencontrerons. Laissez-moi vous\naborder. Je ne vous d e m a n d e rien. C'est entendu : nous ne sommes plus\nfiancés. Je vous adore et vous n'en pouvez mais. Vous voulez bien attendre\ndes temps meilleurs sans m'être ni hostile ni étrangère, mais amicale, tendre\nment amicale. E t surtout, surtout vous n'aimez personne autre, vous ne\nsongez à épouser personne autre. Si cela arrivait, ma chérie, le ressort de ma\nvie serait brisé et je ne serais bon qu'à porter en terre. »\n\n  Mme Jadot laissa retomber les feuillets. Ses lèvres souriaient, elle\nsecouait d o u c e m e n t la tête, mais deux larmes étaient dans ses yeux. Elle dit\nà mi-voix avec une expression tout ensemble d'ironie, de pitié et de secrète\nsympathie :\n  — Quel enfant !\n  Une : voiture s'arrêta devant la grille. On entendit u n e voix commander :\n  — Demain matin, à 10 heures, comme aujourd'hui.\n  La voiture s'éloigna. U n pas mesuré fit grincer le schiste du jardin,\nMme Valérie serra précipitamment la lettre dans son corsage et s'avança au\ndevant de l'arrivant.\n"}, {"page_pdf": 606, "texte": "                              UNE   ROSE     D'OCTOBRE                             505\n\n     — Bonsoir, L o u i s .\n     — Bonsoir, Valérie. J e suis en retard. L e j u g e m'a fait entrer chez lui pour\n causer.\n     M m e Jadot ne s'étonna pas, et trahit par là le trouble inexpliqué où elle\n était. Si son mari eût été attentif à ces choses, il l'eût remarqué. Elle avait\n m a n q u é au surplus à ses habitudes les plus immuables, en négligeant\n d'enlever elle-même le pardessus du docteur et de p r e n d r e son chapeau de\n feutre noir pour le brosser. Mais le docteur J a d o t n'était sensible qu'à ce qui\n s'exprimait devant lui par des paroles. Il n'interrogeait guère ses malades et\n attendait qu'ils contassent eux-mêmes leurs souffrances. Les ayant ouïs, il\n les auscultait avec minutie et rendait son verdict. Valérie eut tout le temps de\n se remettre, tandis qu'avec u n e précision d'automate son mari sans mot dire\n vaquait à des soins coutumiers. S'étant assis dans son fauteuil, il enleva ses\n bottines et chaussa des pantoufles. Après s'être lavé les mains au robinet de\n l'office, il revint à la salle, nota sur son agenda les visites accomplies, prit u n\ncigare enfin, l'alluma et appela sa femme.\n    — Valérie, le juge m'a parlé de notre nièce Cécile.\n    L a b o n n e dame s'émut à nouveau. Elle s'assit. J a m a i s elle n'avait été à ce\n point impressionnable. Elle avait traversé dix ans de jeunesse et quinze ans\n de mariage sans aventure, sans imprévu et sans émotion. P o u r t a n t cette\nsoirée d'octobre lui révélait u n e faculté de s'émouvoir qu'elle ne se connaissait\n pas. Elle s'étonna de la placidité d u docteur, dont la large figure encadrée de\n favoris qui empiétaient de chaque côté sur le menton, était impassible.\n    — O u i , poursuivit-il, elle lui plait beaucoup par son extérieur aimable et\nsa vivacité. Il s'ennuie d'être seul. Il vieillit, dit-il, bien qu'il n'ait que qua­\nrante a n s . Il croit bien qu'il fera toute sa carrière à Louveigné. Il a huit mille\nfrancsdetraitementet six mille francs de rente, je pense, hérités de ses parents.\nC'est un parti. J e pense que c'est une chance pour Cécile. Elle est l'aînée de\nneuf enfants et notre beau-frère Graindorge n'a jamais réussi et ne réussira\njamais à être autre chose qu'un besogneux. Je pense qu'il faut l'encourager.,.\n    Il parlait d'une voix un peu étouffée et grasseyante, en fermant à demi les\nyeux. Il respirait souvent et cela coupait ses discours en bout de phrases\nsautillants. D'un geste méthodique, il caressait parfois rapidement ses favoris\nou rentrait vivement une manchette sous la manche de sa redingote noire. E n\nhaut du front légèrement dégarni, perlaient des gouttelettes d e sueur qu'il\nessuyait de temps à autre du bout de ses gros doigts carrés aux ongles gris.\nAinsi la diversité de ses gestes démentait la placidité de son silence. Son\naccent n'était pas traînant, mais il avait l'habitude de répéter à tout propos le\nmot : « je pense ». Cela donnait à ses paroles une allure de timidité qui pou­\nvait bien être celle de l'homme tout entier.\n    Mme Jadot n'eut pas d'avis sur la d é m a r c h e du j u g e . L a lettre qu'elle\navait surprise, signée du nom d'un petit cousin de Cécile, R a y m o n d J a u m e ,\n'ui ouvrait sur la jeune fille des perspectives où son inexpérience des choses\nde l'amour se perdait. Elle dit sans penser :\n    — E v i d e m m e n t , il faut encourager M, Courvallon. D'ailleurs, il vient\n ce soir,\n"}, {"page_pdf": 607, "texte": "506                                   DURENDAL\n\n\n     — Oui, reprit le docteur. J e lui ai conseillé de parler à Cécile. J e pense\n qu'il n'y aura pas d'obstacle. T u ne soupçonnes pas d'autres projets, je pense ?\n     — Moi!\n     L a bonne Valérie eut un instant la pensée de parler de la lettre. Mais elle se\n ravisa aussitôt. Elle n'avait pas le droit d'en faire état. Surtout, il lui semblait\n impossible de dire ce qu'elle en pensait à son mari. S'il en avait ri, elle eût fait\n c o m m e lui, naturellement, mais quelque chose en elle eût protesté, quelque\n chose d'indéfinissable, d'ardent, de spontanné, de profond..S'il l'avait prise nu\n sérieux, et blâmée, évidemment, elle eût été révoltée et se serait inclinée sans\n rien dire, mais avec une souffrance, une pitié, un g r a n d désir de réparer, de\n consoler...\n     Cette soirée d'octobre en lui faisant découvrir l'amour, introduisait en elle\n subitement u n e sensibilité inconnue, ardente et j e u n e , si j e u n e ! Il est ainsi\n des coins d'ombres mystérieux au cœur des forêts profondes. L e caprice d'un\n marché qui les livre au soleil, les révèle pleins d'oiseaux, de senteurs et d'eau\n gazouillante.\n     L a servante entra pour mettre le couvert. Au m o m e n t où Mme Jadot\n'songeait à monter chez sa nièce pour lui remettre la lettre p e r d u e , Cécile\n descendit. Il parut à la b o n n e dame impossible d'effectuer la restitution dans\n cette salle c o m m u n e . La j e u n e fille ne réclama rien, ne fit même pas mine de\n chercher. Elle était en toilette. D a n s ses cheveux une rose rouge artificielle\n était piquée. Sa robe des dimanches l'avantageait moins que les chemisettes\n de toile qu'elle portait d'habitude sur u n e j u p e noire ou bleue. Elle avait un\n air apprêté qui guindait sa d é m a r c h e naturellement vive et souple.\n  M m e Jadot s'exclama :\n     — C o m m e te voilà belle, Cécile !\n     — N'avons-nous pas du monde, ce soir? fit la jeune fille, sans embarras. Il\n  faut faire h o n n e u r aux grands h o m m e s du p a y s .\n      On ne pouvait discerner l'ironie dans son accent. Il avait je ne sais quel air\n de gaminerie propre à l'interlocutrice, u n ton plaisant particulier aux filles de\n Verviers et de Liége, qui les rapproche de la P a r i s i e n n e dont elles ont\n l'adresse et la légèreté. Cécile redressa, sur le piano, u n bouquet de flocs qui\n s'effondrait, avança sur la glace de la cheminée des photographies glissées trop\n b i s , disposa les fruits sur la table dans u n e corbeille, et s'assit enfin en fai­\n sant bouffer le bas de sa j u p e . Jadot la regardait, souriant et sans mot dire.\n M m e Valérie la suivait avec étonnement, cherchant en vain la trace de l'abat­\n tement où elle l'avait surprise tout à l'heure.\n     Après le dîner, la table à peine desservie, le juge Courvallon fit son entrée,\n u n petit h o m m e rougeau, bien pris dans un complet de drap bleu croisé pat\"\n devant. Ce qui frappait tout de suite chez lui, c'était le front énorme dont les\n lobes accentués luisaient. Le bas du visage assez fort, était surmonté d'une\n épaisse moustache blonde qui dépassait les joues et dissimulait mal de grandes\n dents pas très blanches. Les yeux à fleur de visage n'avaient pas d'expression.\n Il salua M m e J a d o t avec solennité et serra avidement la main que Cécile lui\n tendit en souriant. Le docteur vint ensuite qui'dit de sa voix courte :\n     — Monsieur le juge, u n e tasse de café ?\n"}, {"page_pdf": 608, "texte": "                                UNE ROSE D'OCTOBRE                                          507\n\n   - - Volontiers, L o u i s .\n   Jadot donnait toujours aux gens leur qualité. Bien qu'il connût de longue\ndate Courvallon, il ne le tutoyait ni ne lui donnait son p r é n o m . Son respect\ndes apanages professionnels était si grand, qu'il avait beaucoup de peine à ne\npas appeler ses beaux frètes : Monsieur le Notaire et Monsieur le J u g e .\nQuant à son b e a u - p è r e il l'avait toujours salué de « Monsieur le Notaire »\navec une double déférence. Il n'y avait que le père de Cécile qu'il appelait\nAntoine tout court. Il est vrai que, longtemps avocat sans cause, celui-ci avait\nmal tourné et s'était fait journaliste. Ainsi la b o n n e Valérie était vouée par\natavisme à bénéficier de la solennité des professions libérales. Fille du notaire\nPri.msen, de Xhendelesse, elle avait obéi à la tradition en épousant le docteur\nJadot. Elle eût pris avec la même docilité le premier clerc Desaucy qu'avait\nagréé sa sœur A r m a n d e , ou le juge suppléant L é o n a r d qui fut le lot de sa\nsœur Félicie. H e n r i e t t e , la moins sérieuse des demoiselles P r i m s e n , s'était\ntoquée sottement d'Antoine Graindorge qui n'était qu'avocat. N e s'en repen­\ntait-elle p a s maintement qu'elle menait vie de b o h è m e à Liége avec ses\nneuf enfants élevés, Dieu sait comme?\n   Cécile déploya mille grâces en servant a u juge le café. Elle le lui sucra elle-\nmême. Il trouva un compliment banal pour la remercier. Elle en parut\nenchantée Il y avait dans son amabilité une évidente préméditation.\n   On disserta congrument sur la température, ce début d'octobre exceptionnel,\nle charme de l'automne, l'ennui de l'hiver a p p r o c h a n t . Jadot alla consulter\nle baromètre p e n d u au m u r dans u n coin. Le juge et Cécile avancèrent lente­\nment j u s q u ' a u piano. Mme Valérie, a b a n d o n n é e , s'assit d a n s le fauteuil et, par\ncontenance, prit un ouvrage. C'est ainsi, ce souvenir la frappa singulièrement,\nque quinze années plus tôt avait fait sa mère. L a maison paternelle avait\nquelque ressemblance avec celle-ci. Elle était plus vaste et u n arrière-\ncorps considérable abritait les bureaux du notaire. Henriette et Félicie\nétaient déjà mariées, mais A r m a n d e était au pensionnat des sœurs de\n Hervé. Valérie n'avait vu le docteur J a d o t que trois fois et en passant. Il\nétait de trois ans plus jeune qu'elle et bien qu'elle approchât de la trentaine,\nson cœur n'avait encore battu pour p e r s o n n e . Etait-ce vers le baromètre\noù vers l'étude que s'était éloigné son père? Le fait est qu'elle s'était trouvée\nseule avec J a d o t dans un coin. Qu'avait-il dit? Elle ne s'en souvenait guère.\n Elle n'avait pas été impressionnée, elle n'avait pas pleuré, elle n'avait pas ri.\n A un moment sa main, elle s'en souvenait, avait été emprisonnée dans celle\n du docteur... Mon Dieu, o u i ! elle conservait encore aujourd'hui l'impression\n de cette étreinte. Déjà alors, Louis avait celte moiteur q u i . . . Mme Valérie se\n mit à rire tout bas. C'était ainsi qu'elle était devenue Mme J a d o t - P r i m s e n .\n C'était ainsi qu'on lui avait dit qu'on se mariait; c'était ainsi que Cécile...\n   Pourtant d'autres faisaient autrement. D'autres aimaient, souffraient, par­\nlaient, écrivaient... Sur sa poitrine, la lettre de R a y m o n d b r û l a . Valérie\nse rappela des phrases... P a u v r e enfant, comme il l'aime ! et que devien­\ndra t-il q u a n d il s a u r a ! . . Mme Jadot releva la tête de dessus son ouvrage.\nCourvallon parlait de près à Cécile. Il tenait d a n s la sienne la main de la\njeune fille. T o u t à coup celle-ci se dégagea. Elle s'assit au piano et,\n"}, {"page_pdf": 609, "texte": "508                                    DURENDAL\n\n\ntandis qu'interloqué le juge continuait pourtant de parler, elle se mit à effleu­\nrer les touches de ses doigts. La mélodie se précisa, se poursuivit nettement,\njouée pourtant en sourdine. Mme Jadot s'effara. C'était la valse lente de tout à\nl'heure, la valse interrompue ! Au bout de trois mesures une inquiétude la prit :\nCécile irait-elle j u s q u ' a u bout ? Est-ce qu'au même passage?... Mais la jeune\nfille acheva l'air sans défaillance. Elle jouait le corps droit, sans lever la tête\nvers Courvallon. Celui-ci se pencha vers elle, le coude appuyé au-dessus du\npiano. Sans doute demanda-t-il à la virtuose de ne pas s'arrêter. Car elle\nentama une variation brillante sur Faust. Il était évident qu'il avait terminé ce\nqu'il avait à dire, qu'il était agréé. Sa pose, l'expression de son visage disaient\nle triomphateur. De loin, il apparaissait vulgaire et fat. Son veston, tiré par\nle haut, découvrait une h a n c h e disgracieuse et, au-dessus du col, le cou san­\nguin faisait un bourrelet chevelu.\n     M m e Jadot, désabusée, laissa sa pensée vagabonder. Elle songea :\n     — Ce R a y m o n d J a u m e , je n e me le rappelle p a s . Qui est-ce ? Il y a des\nJ a u m e , cousins des Graindorge, des commerçants, je crois. Il doit être\nj e u n e ; vingt-quatre ans peut-être. Sa lettre est d'un fou. Elle est touchante.\n Elle respire u n e telle fougue : « Vous êtes mon rêve, mon premier élan, ma\ngrande passion. » P a u v r e garçon ! Il est blond peut être, ou noir avec des\nyeux a r d e n t s . J e le connaîtrai puisqu'il va venir à Louveigné. Q u e fera-t-il\n q u a n d il saura...? Comment le saura-t-il ? Elle lui écrira sans doute. Qu'elle\n le fasse doucement, avec m é n a g e m e n t . Il vaudrait mieux lui parler. Ce sera\n pour lui un vif chagrin ! « L e ressort de ma vie sera brisé et je ne serai bon\n qu'à porter en terre. » Le fou ! il faudrait le raisonner, panser sa blessure,\n l'apaiser, le consoler. Elle ne le fera pas, elle ne peut le faire. Qui ? J e pour­\n rais essayer, si je le vois, s'il vient. J e lui dirais d'abord...\n     — Valérie, hein !...\n     La bonne dame tressauta. Devant elle, son mari, à demi penché, l'appelait\n à voix basse.\n     — Valérie, il est dix heures. J e pense qu'il faut intervenir.\n     Il désignait le couple qui, ne sachant que faire, regardait u n e à une les\n photographies au long de la glace sur la cheminée, en échangeant les plus\n banales paroles. Cécile, voyant sa tante levée, approcha, mais ce fut Cour­\n vallon qui parla :\n     — Chers amis, laissez-moi vous a n n o n c e r que, conformément à mon désir,\n  Mlle Cécile veut bien consentir...\n     — J'en suis très heureux, mon cher j u g e , se hâta de dire le docteur. Nous\n allons fêter vos fiançailles.\n     Il disparut et revint chargé d'une bouteille de c h a m p a g n e et de quatre\n verres. Mme Jadot embrassa Cécile et serra la main de Courvallon. Elle\n ne savait trop que dire. Elle prononça la phrase qu'elle adressait toujours\n aux fiancés :\n     — J e vous souhaite d'être heureux et d'avoir de beaux enfants.\n     Il lui avait toujours paru logique d'avoir u n e famille à élever. Sa stéri­\n lité avait contribué beaucoup à endormir cette sentimentalité si fortuitement\n ranimée ce soir même et que Jadot n'avait pas su éveiller.\n"}, {"page_pdf": 610, "texte": "                           UNE    ROSE    D'OCTOBRE                           509\n\n   On déboucha la bouteille, on emplit, on choqua, on vida les verres. Il n'y\neut pas de fusées de rires, ni d'expansions bavardes. Le juge prit congé. Il\nbaisa la main de Cécile, promit d'aller, dès le lendemain, visiter à Liége les\nGraindorge que la fiancée rejoindrait aussi. Le docteur ayant reconduit son\nhôte, mit la chaîne, verrouilla la porte, éteignit la lampe. A la clarté falotte\ndes bougies, les bonsoirs furent brefs. Valérie eût désiré serrer dans ses bras sa\nnièce et lui parler tendrement d'avenir. Il lui sembla que, sur sa poitrine, la\nlettre de Raymond protesterait. Déjà elle ne songeait plus à la restituer.\nPuisque Cécile ne la réclamait pas, ne s'en inquiétait pas, il valait mieux la\ngarder. Ne serait-elle pas douce et pitoyable à relire? N'ouvrait-elle pas à la\nbonne dame la perspective d'une mission consolatrice?Ainsi par la seule vertu\nde quatre pages juvéniles, exaltées et douloureuses, cette femme candide et\nvieillissante s'attachait d'un lien mystérieux à un inconnu. En faisant sa\nronde de maîtresse de maison, Valérie découvrit sur un guéridon la rose pâle\ncueillie par elle dans le soir tombant. Son parfum lui parut plus pénétrant\névocateur de l'automne tendre et passionné. Alors, elle retira de son sein la\nlettre froissée, prit dans un tiroir deux belles feuilles de papier de soie qu'elle\nplaça sur les deux versants du gros « dictionnaire des ménages » ouvert en\nson milieu. Elle allongea délicatement la fleur sur la lettre d'amour et d'un\nbrusque mouvement ferma le livre.\n\n\n                                         II\n\n                           Par=dessus la haie\n   En sortant de l'audience du lundi, Raymond Jaume s'arrêta en haut du\nperron de la justice de paix pour jouir de la divine sérénité de cette journée\nde l'automne clément. Louveigné est situé au milieu d'un plateau qui sépare\nla vallée de la Vesdre de celle de l'Amblève. C'est un centre qui acquiert son\nimportance de ce qu'il est au carrefour de six roules qui le traversent pour\natteindre des agglomérations populeuses et industrielles. Le bourg est\nentouré d'une nature agricole et forestière. A l'est, les rangs serrés des sapi­\nnières coupées de fagnes arides gardent comme des régiments immobiles la\nfrontière sombre de l'Ardenne. A l'ouest et au sud, les chaumes où fument\ndes feux de sarments au bord de taillis tortueux et roux, s'inclinent vers\ndes lointains bleuâtres où s'évoque la présence invisible du Condroz géné­\nreux et de la fertile Hesbaye. Au nord, par une échappée, le plateau de\n Hervé apparaît comme dans un mirage qui le rapproche ou l'éloigné, le\ndétache ou le confond selon les jeux de la lumière. On ne perçoit d'aucun\ncôté le gouffre des vallées encerclant le plateau et l'horizon qui les dépasse\nsemble en effacer jusqu'à la pensée. Des roulements de train, des sirènes\nd'usines, des brouillards de fumée grise en suggèrent cependant parfois brus­\n quement l'image violente et tourmentée.\n   Raymond d'un geste familier s'étira dans l'air chaud. Il tendit les bras,\n brandissant une serviette bourrée de dossiers. Le commis greffier profitait\n de sa présence pour prendre congé. Le jeune homme avait écrit sans\n"}, {"page_pdf": 611, "texte": "510                                    DURENDAL\n\n\n désemparer pendant deux heures. L e juge suppléant n'avait pas la rondeur\nexpéditive de Courvallon, absent. U n e siégeait que rarement et tenait à jouir\nde la solennité dé ses fonctions. P l a i d e u r s et témoins se répandaient dans\nles cafés. Le vigoureux appétit de R a y m o n d réclama. Il avait dû quitter\nLiége à une heure matinale. De Nessonvaux à L o u v e i g n é , il y a une grosse\nheure de marche qu'il avait accélérée. Mais il ne pensa pas à se restaurer. Il\nsongea q u ' u n peu en contre-bas du b â t i m e n t de la justice de paix, la maison\ndes Jadot était proche. Depuis huit j o u r s Cécile Graindorge devait l'habiter.\nAur;iit-il le courage de sonner? Il n'en savait rien encore. Lorsque la maison\nlui a p p a r u t , après qu'il eut pris la route de Sprimont qui la borde, grise, en\nmoellons irréguliers, basse, à un seul étage, toutes les fenêtres aux rideaux\nempesés closes, comme il convient à u n e maison respectable et provinciale,\nil se troubla plus encore de la perception de son novice amour, que dé la\npensée de celle qu'il aimait.\n   Son imagination aussitôt lui suggéra d'invraisemblables éventualités : on\nl'attendait, on allait l'accueillir les bras ouverts, lui révéler un avenir de\nb o n h e u r ; ou encore on allait le recevoir dans l'angoisse, comme u n sauveur,\nlui d e m a n d e r de fuir avec lui. Des fictions romanesques h a n t a i e n t son esprit,\nfaisaient vibrer en lui mille fibres secrètes. Mais tout cela n'était qu'artifices\ninconscients de sa jeunesse ardente et imaginative. Il s'arrêta tout à coup et la\nmain sur les yeux. De la route un peu élevée qu'il descendait, il lui sembla\napercevoir en contre-bas, au bord de la haie rougeoyante, une forme féminine.\nIl distingua un corsage blanc, u n teint rose, u n e chevelure blonde. I1 se\nmit à courir et tout haletant :\n   — Cécile !\n   On remua derrière la haie. Il parut au j e u n e h o m m e q u ' u n e voix étouffée\nessayait de r é p o n d r e .\n   — Cécile, c'est moi R a y m o n d , cria-t-il.\n   Cette fois, u n bras passa au travers d'un buisson de lilas aux feuilles jaunies\ntransparentes comme l'ambre, u n bras rond et potelé qui fit u n geste de\nbienvenue et u n e voix plus claire répondit :\n   — Venez, je vous attends.\n   D'un b o n d , R a y m o n d fut contre la h a i e . Déjà, il avait saisi la main blanche\net la baisait follement. Mais elle se retira frémissante. E m e r g e a n t des arbustes\ndorés, une femme qu'il ne connaissait pas prononça :\n   — Ce n'est pas Cécile, c'est quelqu'un qui vous veut du bien, que vous allez\nécouter sagement parce qu'elle désire beaucoup que vous n'ayez pas de peine.\n   L e jeune h o m m e regardait interloqué Mme Valérie qu'il n'avait jamais vue.\nIl n'était pas confus ni mécontent d'avoir mis ses lèvres sur sa m a i n . Il lui\nsouriait, en dépit de sa surprise. L a b o n n e dame, dans le sérieux du rôle\nqu'elle s'était attribué, était touchante et gracieuse. R a y m o n d la trouva\nbelle, et vraiment elle apparaissait, dans le jardin rutilant, parmi les\ndernières fleurs, entre les arbustes aux vives couleurs, comme un fruit savou­\nreux de l'automne. Il songea aussitôt à lui dire des choses galantes. Il\ndéclama :\n   — Je ne sais pas qui vous êtes, si vous êtes fée, déesse ou femme, mais je\n"}, {"page_pdf": 612, "texte": "                               UNE ROSE D'OCTOBRE                                         511\n\n\nsais que vous êtes belle, je crois que vous êtes b o n n e et j'espère que vous\nîrêtes pas sévère.\n   Valérie fut charmée de ces: p r o p o s . Elle osa regarder u n peu le jeune\nh o m m e avant de poursuivre. Elle fut frappée de son air de jeunesse. Son\nvisage à peine duveteux où l'imperceptible moustache était blonde, ne trahis­\nsait pas ses vingt-trois a n s . Comme il s'était découvert, elle vit qu'il avait des\ncheveux presque dorés et bouclés naturellement.\n   — Ecoutez, dit-elle avec un accent qu'elle crut maternel, je suis la tante\nde Cécile Graindorge. J'ai lu par hasard u n e lettre que vous lui écriviez et...\n   — E t vous venez me faire des remontrances, acheva avec p r o m p t i t u d e\nR a y m o n d J a u m e . F a i t e s , je r.e vous en voudrai p a s . Vous ferez ça gentiment,\net je veux bien être g r o n d é par vous.\n    M m e J a d o t eût dû être scandalisée de la légèreté de l'amoureux qu'elle\navait mission de désespérer. Elle en fut ravie au contraire, flattée par\nl'hommage qu'on rendait si bénévolement à son charme et si peu habituée\nà une telle grâce de conversation.\n    — H é l a s ! mon ami, je n'ai plus à être pour vous ni u n e grondeuse ni u n e\nd o n n e u s e d'espoir. Je dois vous désespérer en dépit que je veuille vous atté­\nnuer le c h o c . Cécile va se marier.\n    R a y m o n d pâlit. Il demeura un instant interdit et les yeux fixés sur\n Mme Jadot, pleins d'une songerie lointaine. L a b o n n e dame eût souhaité qu'il\npleurât, qu'il maudît, qu'il gémît. Elle se sentait l'âme prête aux plus cares­\nsantes paroles de consolation. Devant ce mutisme, elle demeurait interdite.\n Elle r e m a r q u a seulement que le jeune h o m m e était grand, très mince, un peu\ncourbé et que ses lèvres avait un pli généreux qui en faisait valoir la sanglante\n couleur. Au bout d ' u n moment, elles s'ouvrirent et découvrirent des dents\n très blanches.\n    — C'était u n e chose possible et que je craignais, fit-il. Elle n'a ni courage,\n ni orgueil, rien qu'une âme très douce et très faible, une âme de petite fille.\n    On sentait qu'en lui c'était bien plus un rêve qui s'effondrait, q u ' u n a m o u r\n déçu qui se plaignait. Il s'appuya n é a n m o i n s avec lassitude sur le bord incer­\n tain de la haie d o n t les feuilles éclatantes craquèrent. La nouvelle soudaine\n l'accablait d'une fatigue inusitée. Mme Jadot lui prit la main et la tapota à petits\n coups c o m m e on fait aux enfants dont les grands chagrins ont d'infimes causes.\n    — Il ne faut pas la m a u d i r e , dit-elle. Elle a dû être raisonnable; elle est\n l'aînée de neuf enfants. Le j u g e Courvallon est un beau p a r t i .\n    R a y m o n d se redressa :\n    — Le j u g e , c'est lui qu'elle épouse, ah ! ah ! ah !\n    Il éclata d'un long rire sarcastique qui sonna cependant fraîchement\n  comme u n e cascade sur des roches sonores.\n    — C'est un h o m m e digne et posé, acheva M m e J a d o t , un peu offusquée\n  de cette gaieté intempestive.\n    — Il est vilain et ridiculement solennel. Il est de ces gens qui portent\n  partout leur fonction comme un meuble encombrant et inutile. Ah ! la pauvre\n  petite. Quel misérable choix I\n     Déjà il la plaignait plus qu'il ne s'apitoyait sur lui-même. Le. parallèle\n  rapidement établi dans sa pensée lui donnait u n e telle supériorité!\n"}, {"page_pdf": 613, "texte": "512                                   DURENDAL\n\n\n    M m e Valérie défendit sa nièce avec chaleur :\n   — Qui vous dit qu'elle a pu choisir? Est-ce son cœur qui a parlé? Ce cœur\nn'avait-il pas déjà révélé ses préférences? Et ne les aviez-vous pas devinées?\nN'étaient-elles pas sincères et naturelles?\n   — Peut-être. Mais vous qui la défendez, admettez-vous un sacrifice si\nrapidement, si légèrement consenti? Voyons, m a d a m e , l'amour n'a-t-il pas\nd'imprescriptibles droits ?\n    — O h ! fit en rougissant Valérie, l'amour est chose redoutable et point\nfaite pour les jeunes filles.\n    L a b o n n e dame songeait à sa jeunesse sans flamme, plus monotone qu'un\nàtre sans flambée.\n   — Je crois que vous avez raison, fit b r u s q u e m e n t R a y m o n d . Le moindre\nobstacle fait trébucher le sentiment passionné et illusoire né dans un cœur\nsans expérience. Qu'elle épouse donc son Courvallon celle que j'ai aimée et\nq u i a cru que l'amour allait sans énergie! Je ne lui voue ni haine ni recon­\nnaissance, rien q u ' u n peu de pitié. J e ne garde de l'aventure que la pensée\nde votre douce intervention. A h ! m a d a m e , poursuivit-il en se rapprochant de\nValérie, comme vous êtes u n e image de bonté et de beauté ! Il faut me garder\nu n peu d'amitié, d'affection. J e suis seul désormais et j ' a i tant soif de\ntendresse.\n    M m e Jadot se recula imperceptiblement ; elle était plus troublée\nqu'étonnée de ce brusque revirement du jeune exalté. Jamais elle n'avait\ndisserté sur d'aussi brûlants sujets. Elle ne savait que dire. Elle balbutia :\n    — Mais, monsieur !\n    L u i continuait de parler avec fougue :\n    — Permettez-moi de vous voir quelquefois, chaque fois que je viendrai à\n L o u v e i g n é . Je m'étais p r o m i s u n e telle fête de retrouver chez vous Cécile.\nElle est morte pour moi désormais. Votre image la remplacerait si merveil­\nleusement dans ma vie. Elle était jolie sans doute, quoiqu'un peu grêle et\n nerveuse. Vous l'êtes bien plus et il y a je ne sais quelle langueur délicieuse\n dans vos y e u x . . .\n    U n e voiture fit crier les pierres nouvellement étendues sur la route\n rechargée. Elle s'arrêta. Jadot en descendit, ouvrit et referma méthodiquement\n la grille du jardin. Il ne pouvait apercevoir le couple que les lilas abritaient.\n    — Allez-vous-en, dit nerveusement Valérie en a p p u y a n t sa main sur le\n bras du jeune h o m m e . Voilà le docteur qui rentre et c'est l'heure du dîner.\n    — Je ne m'en irai pas si vous ne me permettez de revenir, fit-il effron­\n tément.\n     Déjà il avait à nouveau saisit la main de la bonne dame et l'étreignait\n fortement.\n    — H é bien, venez q u a n d vous voudrez, mais chez moi cette fois, et je vous\n présenterai à mon mari.\n    — C'est lui qui passe là-bas, insinua perfidement R a y m o n d . Il est grave\n et austère. On le dirait votre père.\n    Et il s'enfuit précipitam'uent.\n\n      (A   continuer)                                            H E N R I DAVIGNON.\n"}, {"page_pdf": 614, "texte": "     EN ECOUTANT LE SERMON\n\n(ŒUVREDUSCULPTEURHULLEBROECKDEGAND\n"}, {"page_pdf": 615, "texte": ""}, {"page_pdf": 616, "texte": "         A Francis Jammes\n\nO poète naïf je te lis en pleurant,\nSimple comme la Vie comme elle tu es grand,\nE t je t'aime beaucoup, à peu près comme un frère;\nJ e répète tous bas tes vers muets et bons,\nJ ' a i m e à mêler ma prière humble à ta prière.\n\nIl est bien dur le chemin clair où nous montons\nE t nous souffrons, hélas! de voir les horizons\nNous cacher le bon Dieu que notre âme désire.\nMontons ! qu'importe s'il faut souffrir en montant,\nC'est une épreuve aussi lorsque Dieu se retire.\n\nTes mots sont, mon ami, comme les bruits des champs\nQui flottent, infinis, à l'heure des couchants,\nConfus, et sans vouloir faire une symphonie\nE t qui p o u r t a n t , dans la buée des soirs d'été\nF o n t la plus douce et la plus divine harmonie.\n\nJ'y entends le grillon comme une âme chanter,\nLes hymnes des crapauds craintifs et attristés,\nLe chant vibrant et fou des tournantes abeilles,\nE t le mugissement très lent, très lent, des bœufs\nD e v a n t le crépuscule et ses mares vermeilles.\n\nCeux qui n'ont pas senti l'Infini dans leurs yeux\nE n r e g a r d a n t les Occidents mystérieux;\nCeux qui n'ont pas ouï dans leur âme profonde\nBruire et puis monter comme du fond des mers\nDes mots d'amour, inconnus d'eux, comme des ondes;\n\nCeux qui n'ont pas pleuré, ceux qui n'ont pas souffert,\nCeux dont le cœur n'a pas été un fruit amer\nOù mordait malgré tout leur désir de tendresse,\nCeux qui n'ont pas, ouvrant les bras à l'idéal,\nRefermé sur le vide effrayant leur caresse.\n"}, {"page_pdf": 617, "texte": "514                         DURENDAL\n\n\n\n      Ceux qui alors n'ont pas senti qu'ils faisaient mal\n      E t ne sont pas tombés sur le seuil virginal\n      D'une petite église où chantaient des prières,\n      Tandis que, palpitant comme une cloche d'or,\n      L e u r cœur sonnait les angelus de la lumière;\n\n      Non, ceux-là ne pourront pas te comprendre encor,\n      L e u r s yeux sont secs, leurs cœurs muets, ce sont des morts;\n      Mais bien ceux comme moi qui voient venir la Vie\n      Avec les yeux ouverts et craintifs de vingt ans\n      Tout en sentant monter en leur âme ravie\n\n      Des parfums de lilas et des odeurs d'encens.\n\n                                                  P I E R R E NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 618, "texte": "Exposition de la Toison d'Or à Bruges\n                        LES organisateurs de l'admirable exposition de Bruges ont pu\n                            réunir des trésors de haute valeur artistique, qui démon­\n                            trent la glorieuse place que tient dans l'histoire l'art néer­\n                            landais sous les ducs de B o u r g o g n e . Il y en a pour tous\n                            les goûts dans cette exhibition fastueuse : des bijoux fan­\n                            tastiques, les plus belles tapisseries du inonde, de superbes\n                            a r m u r e s , d'exquises miniatures, des manuscrits et des livres\n                            rares qui racontent l'histoire de la Toison, des monnaies,\n                            des médailles et des sceaux, — pour la plus g r a n d e joie\ndes artistes autant que des archéologues, puisqu'on y trouve réunies près de\ntrois cents médailles des chevaliers de l'ordre, dues aux principaux médail-\nleurs italiens, allemands et néerlandais, — une série de 161 portraits de\ntoisonnés plus ou moins illustres, dont quelques-uns sont signés de noms\nplus illustres encore : Roger van der W e y d e , Memling, Cranach l'Ancien,\nGossart, Velasquez,... enfin u n e galerie de tableaux de l'époque bour­\nguignonne, moins riche sans doute que celle de 1902, mais renfermant des\nœuvres de tout premier ordre, à peu près inaccessibles en temps ordinaire.\n    Je n'essayerai pas de décrire toutes ces merveilles ; leur intérêt se disperse\nen trop de domaines, où la compétence me fait défaut. J e me bornerai aux\nœuvres de peinture et spécialement à deux d'entre elles souverainement\ncaptivantes.\n    Mais a u p a r a v a n t , je me permets d'exprimer u n regret touchant l'invrai­\n semblance des attributions données aux tableaux. On comprend que les orga­\n nisateurs du Salon s'en sont tenu aux indications des propriétaires. Le\ncatalogue (encore incomplet et combien fautif !) redresse quelques erreurs\n manifestes. Q u e d'autres resteraient à relever, et non moins évidentes,\ncomme les deux saintes attribuées à Memling (n os 197 et 198), le groupe des\ndonateurs a c c o m p a g n é s de deux saints, d o n n é à R . van der W e y d e (n° 186),\n le Christ trahi, où l'on reconnaît si peu G. David (n° 206), les deux H u g o\nvan der Goes (n° 3 188 et 189) si dissemblables de dessin et de couleur, etc.\n    Sous le n o m de Jean Van Eyck, l'exposition de Bruges nous présente d'abord\ndeux petits portraits d'hommes, où l'on reconnaît l'extraordinaire séduction\nde ce réalisme qui donne un charme aux visages les plus vulgaires; p u i s ,\ndeux tableaux d ' u n e authenticité plus que douteuse : le triomphe de la reli­\n gion chrétienne et le triptyque représentant la Vierge et l'Enfant, accotés de\n deux figures nues : Adam et E v e . Le catalogue dit bien que le premier de ces\n deux tableaux provient d ' E s p a g n e et qu'il a été peint sous l'influence des\n"}, {"page_pdf": 619, "texte": "516                                  DURENDAL\n\n\nVan Eyck. Mais il laisse le second au maître de B r u g e s . Or, il est impossible\nd'attribuer à ce grand artiste cette Vierge gauche, rêche et maussade, d'un\ncoloris si d u r et si o p a q u e . Q u a n t aux volets du triptyque, ils n'ont qu'une\nanalogie fort lointaine avec les célèbres volets du T r i o m p h e de l'Agneau que\npossède le Musée de Bruxelles.\n     Mais passons sur ces misères en faveur de l'authentique chef-d'œuvre qu'a\nbien voulu nous prêter le Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg : l'admi­\nrable Annonciation.\n     C'est un p a n n e a u de médiocre dimension, tout en h a u t e u r , qui semble un\nvolet de retable. L a scène est située dans u n milieu de convention : u n e haute\net vaste église romane, couverte d'un plafond à caissons. Van E y c k affectionne\nces décors romans, qui rappellent la région mosane où il est n é . E n maint\nautre tableau de lui on retrouve encore ces fenestrages lenticulaires avec leurs\ncurieux chatoyements de lumière irisée. Ce décor somptueux encadre à mer­\nveille les deux personnages : la Vierge et l'Ange ; la Vierge agenouillée dans\nl'ampleur de son royal m a n t e a u bleu bordé d'or, dont les plis drapent le banc\nqui supporte le livre d ' h e u r e s ; l'Ange magnifiquement vêtu d'une robe et\nd ' u n e chape de brocart, le front ceint d'une couronne finement ouvragée,\np o r t a n t u n sceptre de cristal fieuronné-d'orfèvrerie, souriant à la Vierge d'un\nsourire u n peu niais, spécial aux personnages mystiques de Van E y c k . De\nla bouche de l'Ange s'échappent en minuscules lettres d'or les paroles de la\nsalutation : Ave gratia plena. Des lèvres de la Vierge tombe le mot d'acquiesce­\nm e n t : Ecce ancilla Domini. P a r un artifice subtil, ce dernier texte est écrit à\nrebours, de droite à gauche (1).\n     A l'avant-plan, et sous la figure de la Vierge, un tabouret de chêne\nsupporte u n coussin de soie carminée, d'un ton exquis, et devant le manteau\nde la Vierge se profile u n robuste plant de lys a b o n d a m m e n t fleuri. Ces\naccessoires laissent bien à découvert le merveilleux dallage du temple, qui\nparaît être d'or niellé, formé de compartiments carrés dont chacun contient\nu n e scène gravée au trait, et que séparent des b a n d e s ornées d'un linceau de\nfeuillage. Ce pavement est un chef-d'oeuvre de perspective. T o u t l'ensemble\nest ordonné avec u n goût très sûr et très s o b r e ; c'est une merveille de compo­\nsition et de coloris.\n     Mais rien n'égale la somptuosité de l'Ange. L e s brocarts or et vert\nsombre de sa robe, or et rouge de sa c h a p e , l'orfroi constellé de gemmes, la\ndélicate orfèvrerie de sa couronne et de son sceptre, et j u s q u ' a u x ailes teintées\ndes couleurs ardentes de l'arc-en-ciel, c'est l'harmonieux agencement des\nsubstances les plus rares, des tissus les plus riches, des formes les plus\nsubtiles qui se puissent rêver. P o u r évoquer l'image d'un prince de la cour\ncéleste, Van E y c k n'a jamais d'autre procédé. Il condense, en ses tableaux,\nla quintessence du luxe dont il est témoin à la cour fastueuse des ducs de\nBourgogne, ses maîtres et amis, et l'on devine quelle joie ces magnificences\nprocurent à ses yeux de p e i n t r e . E n cela on reconnaît son tempérament de\n\n\n  (!) La même particularité se retrouve aux volets de l'Annonciation', dans le polyptique\nde l'Adoration de l'Agneau.\n"}, {"page_pdf": 620, "texte": "               EXPOSITION DE LA TOISON D'OR A BRUGES                                517\n\n\nréaliste à outrance, réaliste épris de formes exquises et de couleurs cha­\ntoyantes. U n peintre plus littéraire ou plus rêveur sera porté à simplifier les\napparences des êtres surnaturels, anges et saints, jusqu'à ces contours\nimprécis de vagues fantômes, où se complait parfois l'art moderne. On s'ima­\ngine que ces figures impalpables traduisent mieux ce qui est suprasensible.\nEst-ce bien vrai, et ne sont-elles pas plutôt symboles de rêve irréel ? Van\nEyck, et avec lui la génération des croyants de son époque, ne s'embarrassait\npas de ces subtilités. Il croyait à la personnalité bien réelle des êtres célestes.\nIls apparaissaient à ses yeux sous des espèces précises, des contours certains,\net leur transcendance s'affirmait en outre, c o m m e celle des grands du m o n d e ,\npar la somptuosité de leurs atours. Concédons que cette philosophie en vaut\nbien une autre, et que l'art du peintre s'en accommode à souhait.\n    L'art de Van Eyck serait certes plus complet si cette richesse du décor\ns'alliait avec plus de noblesse dans les types et plus de profondeur dans le\nsentiment religieux. L a plastique h u m a i n e de Van E y c k pêche souvent par\nje ne sais quelle vulgarité u n peu lourde. Il d o n n e aux saints et aux anges des\nexpressions très voulues, très observées sans doute dans son milieu, mais mal\nassorties au mystère, dont il semble ne pas sentir la signification. Et c'est\nencore le cas pour l'Annonciation de Saint-Pétersbourg. L a Vierge est une\nforte jeune femme, d'une beauté peu distinguée. L e geste de ses m a i n s , où il\ny a de l'acquiescement reconnaissant, est gracieux; mais il y a dans le regard\nfuyant u n soupçon de coquetterie fort déplacée. Ce regard n'est pas timide ni\nmodeste, puisqu'il ne s'abaisse pas ; il ne fixe pas résolument l'Ange a n n o n ­\nciateur, avec cette candeur d'innocence coutumière aux Madones de F r a\nAngelico ; il se détourne c o m m e celui d'une ingénue qui m i n a u d e . Visible­\nment le peintre n'a pas « médité >> son sujet.\n    L'ange l u i - m ê m e , en dépit de sa splendide p a r u r e , n'a pas la figure que\nl'on rêve. Il y a un peu d'effronterie sur ce visage rieur. Il ne paraît pas\nconscient de la formidable g r a n d e u r de son a m b a s s a d e . Van E y c k n'y a\npeut-être pas trop réfléchi lui-même. Il s'est préoccupé surtout de la\n « grimace » du sourire, comme, dans cet admirable volet de l'Agneau repré­\nsentant le c h œ u r angélique, il a trop subtilement observé la tension qui\nconlracte le visage des hautes-contre s'égosillant à donner des notes aiguës.\nCes défaillances dans l'expression du sentiment profond et vraiment mys­\ntique empêchent de ranger Van Eyck parmi les grands peintres religieux. Il\nreste le plus grand des peintres de « genre », et cela suffit à sa gloire.\n    Une b o n n e fortune inespérée pour la critique d'art, c'est l'exposition, dans\nle Salon de la Toison d'or, du triptyque représentant l'Annonciation, dû à ce\ngrand a n o n y m e qu'on appelle le Maître de Flémalle, ou encore le Maître de\nla maison de Merode. Il fut visible, autrefois, pour quelques rares archéologues,\ndans l'hôtel de M m e la comtesse de Merode, à Bruxelles. Mais bientôt\nil ne fut plus accessible. On le crut m ê m e p e r d u . D a n s u n article de la\nRevue de l'Art chrétien daté de mars 1904, M. J. Helbig déclarait ignorer ce\nqu'il est devenu, et M. J a m e s Weale, dans le catalogue de l'Exposition des\n Primitifs à Bruges, en 1902, insinuait qu'il a pris la route de l'Amérique.\n Entretemps M. von T s c h u d i , directeur des musées de Berlin, avait entrepris\n"}, {"page_pdf": 621, "texte": "518                                 DURENDAL\n\n\nune étude approfondie sur l'auteur i n c o n n u de cette p e i n t u r e . L'éminent\ncritique dut se borner, pour sa d o c u m e n t a t i o n , à u n e copie récente — et\nincomplète — du fameux triptyque. Il réussit à reconnaître comme œuvre\ndu m ê m e maître u n e série de quatre panneaux d'un polyptique très important\nactuellement au musée Staedel de Francfort. Ces p a n n e a u x proviendraient,\nd'après M. von T s c h u d i , de l'abbaye cistercienne de Flémalle, près de\nLiége (1). De là le n o m de Maître de Flémalle, qui remplaça le nom de\n Maître de Merode à partir de l'éclipsé du tableau des Merode.\n   Or, voici que le mystérieux retable, dont on déplorait la perte, reparaît\nsoudain à l'Exposition de B r u g e s ! Ce coup de théâtre n'est pas une des\nmoindres attractions du Salon de la Toison d'or, au moins pour les historiens\nde l'art. P o u r tous, il révèle dans une de ses plus belles œuvres, et peut-être\nla plus caractéristique, un maître, dont on voudrait savoir le n o m pour le\nplacer à côté de celui de Roger van der W e y d e .\n   N o u s r e p r e n d r o n s dans un prochain article l'étude du retable de Merode,\npour y joindre ce qui est acquis aujourd'hui touchant le Maître de Flémalle.\n\n                                                                  F.   VERHELST,\n\n\n\n\n  (1) Ou plutôt de l'ancienne maison des Chevaliers de Jérusalem, à Flémalle lez-Liége,\nselon M. A.-J. Wouters (Les Primitifs flamands à Bruges).\n"}, {"page_pdf": 622, "texte": "           L'Ecole de Musique d'Ixelles\n                          LA réputation de cette Ecole n'est plus à faire. C'est une des\n                             plus remarquables et des plus vivantes écoles de musique\n                             de la capitale. Le corps professoral est soigneusement\n                             recruté. L'enseignement est sérieux. C'est u n e véritable\n                             école d'art. Elle doit surtout sa prospérité à l'intelligence\n                             et au dévouement admirable de son vaillant directeur-\n                             fondateur H e n r i T h i é b a u t .\n                                Elle a donné une preuve de plus de sa vitalité à l'occa­\n                             sion de la distribution des prix qui a eu lieu il y a quelque\ntemps déjà, mais dont nous n'avons pu parler jusqu'ici, débordé par\nla s u r a b o n d a n c e d'articles à publier. Les élèves y exécutèrent avec u n brio\nétonnant des œuvres pour chant de Paisiello, Reger, Blockx, Peter Benoît,\net des œuvres pour piano de Mendelsohn, Rinsky-Korsakow, Boccherini,\nSaint-Saëns, Chabrier. Les exécutions donnèrent l'impression d'une pénétrante\ncompréhension musicale de la part des élèves. Des poésies de Maeterlinck\net Leconte de Lisle y furent lues avec u n réel talent. L ' œ u v r e d'Emile\nWambach : Prinskesdag, dont l'audition dirigée par l'auteur couronna digne­\nment la cérémonie, valut au compositeur et aux élèves de l'école les. plus\nchaleureux et enthousiastes applaudissements. Notre distingué confrère\nOctave Maus, président du Comité du P a t r o n a g e de l'école, toujours sur la\nbrèche q u a n d il s'agit d'encourager l'art et les artistes, ouvrit la séance par\nl'intéressant et éloquent discours que voici :\n\n                     MESDAMES, M E S S I E U R S ,\n\n   Il y a dix ans que l'Ecole de Musique et de Déclamation inaugura des\ncours dans la c o m m u n e d'Ixelles, et c'est avec un légitime orgueil que nous\nfêtons cet anniversaire.\n   On pouvait craindre au début que l'initiative de M. H e n r i T h i é b a u t n'eût\nqu'un éclat passager. T a n t d'institutions analogues, nées d'un concours de\nbonnes volontés unies dans u n e pensée fervente, ont disparu, renversées par\nle premier souffle des vents hostiles. Il a fallu, pour défendre celle-ci contre\nles bourrasques et la maintenir debout, la conviction ardente, la volonté\nopiniâtre, l'entêtement irréductible de son fondateur.\n   J'admire la persévérance de son effort, la générosité avec laquelle il se\ndépense pour remplir la mission qu'il s'est volontairement donnée, l'énergie\npresque farouche qu'il déploie dans l'accomplissement méthodique et ponctuel\ndes fonctions multiples qu'elle lui impose.\n   Vous vous joindrez, Mesdames et Messieurs, j'en ai la certitude, au Comité\ndu patronage, au nom duquel je prends la parole, pour le féliciter et le\nremercier,\n"}, {"page_pdf": 623, "texte": "520                                DURENDAL\n\n\n    Mais la volonté la plus impérieuse ne peut faire jaillir du néant la vie. Il\nfaut à l'arbre, pour qu'il croisse, un sol fertile, de l'air, de la lumière et l'eau\nbienfaisante.\n    Si notre Ecole de Musique est née, a grandi et se développe d'année\nen année davantage, c'est qu'elle a trouvé dans la commune populeuse et\nintelligente d'Ixelles les éléments de son suc nutritif.\n    Une expérience de dix années nous permet d'affirmer que l'Ecole n'est pas\nune vaine parure décorative de la cité ixelloise, mais qu'elle répond à une\nnécessité sociale. Le nombre des élèves inscrits à ses cours, l'accroissement\nsuccessif des classes, la sympathie dont l'honorent les esprits les plus distin­\ngués, l'empressement que vous mettez, Mesdames et Messieurs, à suivre\ntoutes ses manifestations extérieures, la présence ici des personnalités\néminentes qui ont bien voulu répondre à son invitation et que je remercie en\nson nom témoignent avec éloquence de la grande place qu'elle occupe dans\nnotre vie intellectuelle.\n    Si un cataclysme imprévu privait la commune d'Ixelles de son Ecole de\nMusique, le vide que laisserait sa disparition serait si grand qu'il faudrait\naussitôt en créer une nouvelle. Elle répond, en effet, à des aspirations, à des\nappétits spirituels aussi exigeants que les besoins matériels qui commandent\nles travaux publics, la distribution de l'eau, la canalisation du gaz, le pave­\nment des rues...\n    L'Ecole n'est pas, en effet, uniquement destinée à initier ses élèves au\nmécanisme du piano, aux arcanes du solfège ou à l'émission de la voix. Le\nconstant souci de son fondateur est de poursuivie, parallèlement à un sérieux\nenseignement technique, un enseignement esthétique dont la plupart des\nconservatoires sont totalement dépourvus et d'éveiller le sens de la beauté\ndans les jtunes intelligences qui lui sont confiées.\n    Dans le discours inaugural qu'il prononça en 1900 à la réouverture des\ncours de la Schola Cantorum, mon illustre ami Vincent d'Indy disait :\n    « L'art n'est pas un métier. Une école d'art ne peut pas, ne doit pas être\n une école professionnelle.\n    » Il faudrait bien se garder de croire, en effet, que pour être musicien il\n suffise de savoir jouer, de savoir jouer même très bien, d'un instrument, ou\n de pouvoir écrire très correctement une fugue ou une cantate ; ces études font\n évidemment partie de l'enseignement musical, mais elles ne constituent point\n l'art; j'oserai même dire que pour celui qui s'arrête à ce' degré d'instruction\n sans chercher l'art véritable, les connaissances acquises deviennent funestes\n et d'autant plus pernicieuses qu'il s'imagine être suffisamment armé pour\n produire ou interpréter de grandes oeuvres...\n     » Là où finit le métier, l'art commence.\n     » Après les premières études nécessaires, — qui ne sont autre chose que\n l'équivalent des mouvements d'assouplissement dans l'exercice militaire — la\n tâche des professeurs sera, non plus d'exercer les doigts, le larynx, l'écriture\n des élèves, de façon à leur rendre familier l'outil qu'ils auront à manier, mais\n de former leur esprit, leur intelligence, leur cœur, afin que cet outil soit\n employé à une besogne saine et élevée, et que le métier acquis puisse\n ainsi contribuer à la grandeur et au développement de l'art musical. »\n"}, {"page_pdf": 624, "texte": "                        L'ÉCOLE DE MUSIQUE D'IXELLES                                      521\n\n\n     Ces principes, qui ont d o n n é à la Schola Cantorum une si haute portée\n éducative, ont, dès l'origine, inspiré le fondateur de notre école.\n    Son p r o g r a m m e d'études embrasse, en effet, outre l'harmonie et la compo­\nsition, le solfège théorique et pratique, le chant d'ensemble et individuel, le\np i a n o , la harpe diatonique et chromatique (deux classes créées récemment),\nun ensemble de cours spéciaux destinés à compléter l'éducation artistique\ndes élèves : h a u t e théorie musicale, histoire de la littérature, interprétation\nvocale, orthophonie et articulation, lecture expressive et diction. E n outre,\nune série de conférences et de lectures faites par les plus éminents de nos\norateurs, de nos écrivains, de nos musiciens, embrassant en quelque sorte\ntoute l'histoire de la musique et de la littérature.\n    D a n s l'espace de neuf a n n é e s , plus d'une centaine de conférences ont été\nd o n n é e s à l'Ecole.\n    Citons, parmi les sujets développés : B ach, Gluck, Beethoven, W a g n e r ,\nS c h u m a n n , W e b e r , Saint-Saëns, A n d r é Van Hasselt, Michelet, Albert Giraud,\nR o d e n b a c h , Molière, Peter Benoît, Victor H u g o , etc., etc.\n    P r e n o n s au hasard quelques noms de conférenciers : H e n r i Carton de\nW i a r t , E d m o n d P i c a r d , Paul Errera, Charles de S p r i m o n t , Ernest Closson,\nLéopold W a l l n e r , P a u l Spaak, Henri Lafontaine, T h o m a s Braun, Georges\nDwelshauwers, Charles V a n d e n B o n e n , Charles G h e u d e , H e n r i Liebrecht,\netc., etc.\n    C'est, M e sd a mes , et Messieurs, u n véritable « Institut des H a u t e s E t u d e s »\nque nous possédons à Ixelles, et déjà sa réputation est si bien assise que des\npersonnalités étrangères de marque ont sollicité l'honneur de s'y faire\nentendre.\n    Telle est, dans son ensemble, le plan sur lequel est construit l'édifice auquel\nvous avez bien voulu vous intéresser. L e n o m b r e de nos élèves, 578 pour\nl'exercice écoulé, répartis dans 59 classes, prouve que les efforts de la direction\net du corps professoral — auquel j'adresse mes remercîments pour son\nprécieux concours et son inlassable dévouement — sont appréciés comme ils\nle méritent.\n    Cinq cent soixante-dix-huit! Le chiffre est un peu inquiétant. Se peut-il\nque tous ces enfants puissent trouver dans la carrière musicale les ressources\nnécessaires à la vie!\n    Rassurez-vous, si l'Ecole est destinée à former des musiciens, elle est\nouverte aussi à ceux pour qui l'art ne sera, dans la profession qu'ils e m b r a s ­\nseront plus tard, qu'un rayon de joie, u n réconfort moral, u n ennoblis­\nsement de leur intellectualité.\n    L'expérience acquise nous incline à séparer les cours de ces derniers de\nl'enseignement approfondi donné aux élèves que leurs aptitudes spéciales\ndestinent à la profession musicale. L e p r o g r a m m e d'étude sera prochaine­\nment remanié dans ce sens. E t tandis qu'un enseignement théorique et\npratique complet armera fortement les uns p o u r les luttes de l'existence\n artistique, les autres trouveront à l'Ecole, d a n s u n e pédagogie esthétique\n moins rigoureuse, le complément, indispensable de nos jours, des études\n professionnelles qu'ils poursuivent.\n     Pour former des musiciens, des professeurs, des exécutants, les écoles\n"}, {"page_pdf": 625, "texte": "522                                  DURENDAL\n\n\nlibres complètent h e u r e u s e m e n t l'œuvre des conservatoires et des académies.\n    Elles ont sur ces derniers l'avantage de n'être pas soumises à des règle­\nm e n t s routiniers et surannés et, dans l'évolution continuelle de l'art, de\npouvoir approprier leur p r o g r a m m e d'études aux idées nouvelles qui se font\njour.\n    L a Schola Cantorum, qui forme tous les ans u n e pléiade de musiciens de\np r e m i e r ordre, nous offre à cet égard un exemple décisif.\n    Je souhaite qu'une intervention plus large des pouvoirs publics permette\nà l'Ecole de réaliser ses desseins. La c o m m u n e d'Ixelles, toujours attentive\naux intérêts matériels et moraux de la population, c o m p r e n d r a que l'institu­\ntion qui rend à celle-ci d'aussi réels services doit être encourngée d'une\nmanière efficace. U n e commission d'inspection vient d'être désignée par elle\npour lui rendre compte de l'activité de l'Ecole. Cette commission lui signalera,\nen m ê m e temps que les détails de son administration, les besoins que crée\nl'extension qu'elle a prise et, au premier chef, la nécessité p o u r l'Ecole de\ndisposer d'un local p e r m a n e n t dans lequel les classes seront installées d'une\nmanière définitive.\n    C'est miracle, vraiment, qu'avec une allocation des plus modique, installée\nd a n s u n local qui ne lui est ouvert que p e n d a n t quelques heures de la journée,\nl'Ecole de Musique ait pu atteindre au développement qui l'assimile aux\ngrands établissements d'instruction.\n    L'enseignement public est particulièrement bien organisé à Ixelles et\nl'Administration communale a affirmé l'intérêt qu'elle lui porte en créant,\nentre autres, de nombreuses écoles professionnelles, une Ecole d'art décoratif\nqui d o n n e d'excellents résultats.\n    L a C o m m u n e exercera dorénavant, j'en ai l'espoir, la même sollicitude à\nl'égard de l'enseignement musical, dont l'influence moralisatrice n'est pas\nmoindre que son utilité professionnelle.\n    J e vous remercie, Mesdames et Messieurs, de l'attention avec laquelle vous\nm'avez écouté. J e m'excuse d'avoir retardé l'heure impatiemment attendue,\noù vous applaudirez nos jeunes lauréats. Mais il fallait qu'à celte date où\ns'achèvent dix années de labeur assidu, une voix résumât devant vous l'effort\naccompli et exprimât, pour l'ère nouvelle qui s'ouvre, nos projets, nos vœux\net nos espérances.\n\n   Le discours de M. Maus prouve à l'évidence la supériorité de l'enseigne­\nment q u i est d o n n é à l'Ecole d'Ixelles. Ce n'est pas u n e école où on apprend\nseulement à exécuter d'une façon quelconque la musique. Les élèves y\nreçoivent une éducation artistique complète. Elles sont en outre initiées à la\nhaute littérature par des conférences données par quelques-uns de nos plus\nbrillants écrivains.\n   N o u s nous joignons à notre ami Octave Maus p o u r féliciter à la fois\nM. T h i é b a u t , ses professeurs et ses é l è v e s ; et nous engageons avec lui le\nConseil communal d'Ixelles à seconder par de larges subsides cette école qui\nest une des plus belles institutions de celte c o m m u n e et dont l'honneur\nrejaillit sur elle-même,\n                                                                 H E N R Y MOELLER.\n"}, {"page_pdf": 626, "texte": "                           Lettre de Paris\n                    VOYONS, n'y aurait-il pas moyen de rajeunir un peu l'appareil\n                        sacré des distributions de prix scolaires ? Discours du pro­\n                        fesseur de rhétorique, allocution du personnage présidant,\n                        lecture du palmarès entrecoupée de flonflons fanfaroïdes\n                        aux prix d'excellence, mais on connaît tout ça ! « Donnez-\n                       nous du nouveau, n'en fût-il plus au m o n d e ! » Ah ! que la\n                       belle H é l è n e avait raison! Q u o i ! Q u a n d tout c h a n g e ,\n                       progresse, s'améliore, m ê m e les traitements des sénateurs\n                       et députés, seuls les modes de glorification universitaire\ns'attarderaient dans la routine !\n   Car, il faut l'avouer, rien n'a c h a n g é depuis notre jeunesse dans le proto­\ncole aux lauréats. Il n'y a m ê m e pas à faire h o n n e u r aux h o m m e s d'aujour­\nd'hui de la suppression du discours latin, puisque c'est fort avant notre\ntemps qu'on a renoncé à cet intermède, pourtant bien gentil, et qui devait\npousser tout le m o n d e à la statistique, chacun n'ayant d'autre ressource\npour passer le t e m p s que de calculer le chiffre des bâillements ouverts ou\nlarvés de ses voisins p e n d a n t le dégoulis de la bavette cicéronienne. E t q u a n t\naux projets de changement qui sont à l'étude, avancer le jour du palmarès au\n13 juillet en commémoration de l'internat de L a t u d e , ou le reculer au\n1er octobre rentrée des classes, comme cela est bénin, bénin !\n   Non ! ce sont des transformations plus radicales qu'il nous faut ! E t\nd'abord, pourquoi ne la supprimerait-on pas, tout simplement, cette b o n n e\nvieille distribution des prix? Elle a un parfum d'ancien régime qui déplaît à\nnos narines démocratiques et égalitaires, et u n reflet de gloire antique qui\neffarouche nos mansuétudes humanitaires. Voilà assez longtemps qu'on n o u s\nrase avec les s u r h o m m e s ! E t les sous-hommes ? Ça devrait bien être leur\ntour. D o n c , si l'on veut changer, que ce soit du tout au tout, et qu'ici-bas\ncomme là-haut, les premiers soient les d e r n i e r s ! Car, enfin, les b o n s élèves\nsont suffisamment récompensés par la joie austère du devoir accompli, et ce\nsont les pauvres cancres qui ont besoin de consolation. Dans les couvents de\npetites filles, il y avait des prix d'encouragement : voilà le vrai ! Il ne devrait\ny avoir que des prix d'encouragement, ce sont les seuls logiques.\n   Ne préfère-t-on que de demi-hardiesses, des révolutions « pâles pour per­\nsonnes pink o, c'est facile. P o u r q u o i , en premier lieu, et pour la fête elle-\n même, ne remplacerait-on pas les deux discours graves par u n carrousel, un\n exeicice gymnastique, un concert ou u n e représentation théâtrale ? Les\n petites pièces étaient autrefois à la mode, et je me souviens avoir vu jouer\n"}, {"page_pdf": 627, "texte": "524                                  DURENDAL\n\n\n le Caïd à une distribution de prix de « chers frères ». L e d a n g e r est, sans\n doute, qu'avec l'ambition propre aux savantissimi doctores, on en arri­\n verait vite à vouloir faire jouer l'Aululaire en latin et l'Antigone en grec. Mais\n les spectateurs auraient toujours la ressource de s'emplir les poches de\n p o m m e s cuites pour en b o m b a r d e r ces mélingues bilingues. D'ailleurs, il ne\n serait pas indispensable de s'en tenir à Offenbach et à Labiche, place serait\n faite à d'originales tentatives. De jeunes bacheliers de 16 à 17 ans ont bien\n autant d'esprit et de verve que des saint cyriens de 18 à 19 ans ; pourquoi ne\n perpétreraient-ils p a s , eux aussi, leur petit « triomphe » ? L a vie de lycée\n a ses éléments de revue de fin d'année, et d a n s le collège où je suçai le lait\nde quelques vieux pets-de-loup, on se livrait, pour les Saints-Innocents et la\n Saint-Charlemagne, à des parodies chansonnières ou vaudevillesques que\n notre jeune âge trouvait pleines de sel.\n     E t pour les prix, comme il y aurait à dire! Des couronnes en papier doré,\ndes livres cachant un cœur nauséeux sous des habits de rastas, et des embras­\nsades de vieux messieurs mal rasés ou de bonnes mamans h u m i d e s d'émotion,\nest-ce qu'on n'en a pas décidément assez de ce cérémonial? Les couronnes,\npasse encore, d'autant que la même peut servir pour tous, histoire de voir\nscientifiquement si la pelade est contagieuse. Mais tous ces b o u q u i n s ineptes\nqu'on se garde bien de lire et dont l'amas, de polychromie hurlante, coûte bien\nencore quelques centaines de francs, ne vaudrait-il pas mieux les remplacer\npar trois ou six bourses d e voyages pour les meilleurs élèves des hautes\nclasses, ou mieux encore affecter leur valeur d'achat à la constitution d'un\nfonds c o m m u n pour circulaire d'excursion que feraient ces meilleurs élèves,\nun peu plus nombreux alors, sous la conduite d'un professeur? Quel est le\nj e u n e h o m m e à l'âme bien située qui, plutôt que de recevoir les Morceaux\nchoisis des poètes français ou l'Esprit des plantes, ne préférerait pas une promenade\nde huit jours à pied dans les montagnes, ou en bécane dans les plaines, ou\nmême en voilier sur la Méditerranée?\n     E t encore, puisque, même au collège, la « question d'argen'. » se pose,\npourquoi les vieux lycées officiels ne se mettraient-ils pas, comme les nou­\nvelles écoles libres, à apprendre à leurs élèves un métier manuel? On passe­\nrait l'année à enrichir un petit stock de menus objets de menuiserie, de\nmétallurgie, de cuir, de plâtre, et, en fin d'année, on vendrait aux enchères\nle trésor collégial. Les parents tiendraient à h o n n e u r de venir pousser les\nprix et le résultat de la vente servirait à couvrir les frais d'une vaste prome­\nnade générale? Il n'est pas mauvais que, de bonne heure, les enfants sachent\nque les plaisirs sont souvent et devraient être toujours le fruit du travail.\n     Autre chose : L e système des prix devrait il être basé sur quelques compo­\nsitions solennelles ou sur l'ensemble de tous les devoirs de l'année? Et ces\nprix devraient-ils être échelonnés un à un à l'instar des places numérotées de\ncomposition, ou ne vaudrait-il pas mieux dessiner de vastes zones où les élèves\nseraient groupés par ordre de mérite collectif? L e système actuel a l'incon­\nvénient de supprimer toute fraternité; chaque potache est seul à son rang,\nisolé comme u n merle blanc, avec tant de solitaires au-dessus et tant au-\ndessous, tous aussi merles blancs que lui. Qui sait si cinq pu six grands grou-\n"}, {"page_pdf": 628, "texte": "                                 LETTRE DE PARIS                                      525\n\npements ne vaudraient pas mieux que cette échelle à perchoirs individuels?\n U n e classe d'une trentaine d'élèves à répartir en cinq zones, pourrait présenter\n trois élèves par exemple dans les très bien, six dans les bien, quatorze dans les\npassable, cinq dans les mauvais, deux dans les très mauvais; est-ce que cela ne\nserait pas plus varié, plus juste et plus instructif que de s'entendre dire : Il y\na eu u n premier, u n second, u n dernier, un avant-dernier, et vingt-six autres\ndans les rangs intermédiaires. Vous êtes bien avancés ! Dans le système que\nje propose, on voit tout de suite la valeur de la classe, alors qu'aujourd'hui\nil faut qu'il y ait toujours u n premier prix de thème grec, par exemple, m ê m e\nsi aucun potache ne sait distinguer l'omicron de loméga! et u n premier prix pour\nchaque matière, même si, sur les trente élèves, vingt-neuf méritent d'être dans\nles mauvais ou tris mauvais.\n     J'en étais là d e cette chronique commencée sur un ton badin, quand la\nnouvelle m'arrive de la mort de M. E d m o n d Demolins, fondateur d'une de ces\nécoles libres nouvelles dont je parlais et a u t e u r d'un des plus décisifs mouve­\nments d'esprit qui se soient produits ces dernières années en matière de\npédagogie. C'est u n e g r a n d e perte pour le pays, et m ê m e pour tous les pays\nlatins. Il n'avait sans doute pas proposé tout ce qu'on vient de lire, mais\ndans u n e note assagie, son Ecole des Roches avait expérimenté d'intéres­\nsantes innovations. R é c e m m e n t encore, il demandait que dans tous les\nexamens, baccalauréat compris, u n e note fût réservée à la vigueur et à\nl'agilité physique, et l'on ne voit pas ce qu'il y aurait là de mauvais. Peut-être\nsuffirait-il de j o i n d r e à cette réforme, celle que proposaient Gebhart et B r u n e ­\ntière, la suppression, dans les épreuves du baccalauréat, d e l'oral, si propice à\nla mnémotechnie et au surmenage, et enfin' celle que d'autres ont suggé­\nrée,    le détachement de la philosophie formant avec une dernière a n n é e\nd'humanités u n stade intermédiaire entre l'enseignement secondaire et\nl'enseignement supérieur et sanctionné par u n e licence élémentaire, d'où par\nsuite la terminaison de l'enstignement secondaire un an plus tôt, au sortir\nde la première ci-devant rhétorique, à 14 ou 15 ans, pour rajeunir, vivifier et\naméliorer, sensiblement sinon suffisamment, notre vieil édifice scolaire de\nFrance. Or rien n'est plus important que l'éducation, p u i s q u e c h a c u n reste\ntoute sa vie le potache qu'il a été. M. Demolins l'avait bien compris, et ce\nn'est pas là le fait d'un esprit banal, pas plus que sa double activité scienti­\nfique et réalisatrice n'est le fait d'un h o m m e ordinaire. Grande perte, encore\nune fois.\n                                                                      HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 629, "texte": "                               LES LIVRES\n\nLITTÉRATURE :\nC o n n a i s s a n c e d e l ' E s t , par M. P A U L CLAUDEL. — (Paris, Mercure\n    de France.)\n    U n volume de poèmes en prose, où il n'est d'images que de l'Extrême-\nOrient, de l'antique Asie, nourrice de peuples et de dieux : Images étranges,\nbrillantes et sombres, qui ne se reproduisent point, comme chez Loti, par\nexemple, d a n s un miroir, mais dans une pensée qui les réfléchit en profon­\ndeur et en rêve.\n    Sans doute, le poète, solitaire par vocation, sent-il encore grandir sa soli­\nt u d e et s'amplifier son rêve, fait de lui-même et des visions de la terre, en ces\ncontrées d'un exotisme tranché, où tout, la nature et les êtres, les costumes\net les c o u t u m e s , lui signale q u ' a u c u n e c o m m u n i c a t i o n , que superficielle, n'est\npossible de lui à son milieu, aux gens qu'il coudoie : Sa pensée, et ses\nformes mêmes sont, comme lui, d'ailleurs; il est isolé, et sait que tout autour\nde lui, aspects du pays et des êtres, habitudes, cultures, fêtes, divinités, ne\npeut être pour sa méditation qu'accidents extérieurs, charmants, paradoxaux,\ninsolites — mais étrangers à la tradition de sa sensibilité et de son intelligence.\n F a c e d'humanité, cependant, et qui, à l'égal de toute h u m a n i t é , rit ou pleine,\ngémit ou prie, mais dont l'hilarité ou les larmes, les plaintes ou les oraisons\n restent, pour lui, comme des apparences fantasmagoriques qui brillent sans\n pénétrer. La vie, ainsi, lui semble plus illusoire encore, et le refoule davan­\n tage en lui-même : E t c'est une solitude d a n s la foule, si riche de paroles et de\n songes, une telle ivresse taciturne de lumière et d'étrangelé, que si le poète-\n voyageur rentre d a n s son milieu natal, d a n s l'accoutumance quotidienne de\n la vie civilisée, il s'y montre dépaysé, contraint, avide de s'évader de nouveau\n vers ces contrées, afin de s'y retrouver lui-même et l'enivrement sans obstacles\n de sa pensée, de sa pensée seule immobile au milieu du tourbillon assujetti et\n vain des choses.\n   Car, faute de rencontrer des réalités qui lui soient, pour ainsi dire, consub­\nstantielles, la pensée se retourne vers elle-même, se creuse et s'approfondit,\net d'autant davantage que le m o n d e et la vie, autour d'elle, lui présentent\nplus d'images singulières, dont la nouveauté n'ayant ni antécédents, ni racines\nen elle, peut lui apporter l'étonnement, mais non point l'émolion. De sorte que\nson rêve, il erre, en de constantes métamorphoses : tantôt lourd comme le ba­\nsalte, avec une stature d'idole difforme et bariolée; tantôt léger comme la plume\nde l'aigle, détachée et qui tombe, en ricochant, le long des arêtes d'un roc.\nL u m i è r e aveuglante de midi sur la cité foudroyée et silencieuse ou effusion\n"}, {"page_pdf": 630, "texte": "                                     LES LIVRES                                      527\n\néclatante de la lune sur le fleuve et le cirque des montagnes ; pic ou ricane\nle vautour ou nuée gonflée d'orage et de p l u i e ; cavité s o m b r e sous les pieds\ndu dieu sauvage on sonnettes que le vent fait tinter à l'angle du toit rustique...\nIl entre dans toutes ces formes et dans mille autres, en n o m a d e , en passant,\nprêté, u n e m i n u t e , aux apparences qu'il traverse, mais gardé à lui-même —\néclairant tous ces masques de l'éclat de ses propres yeux a r d e n t s . . .\n\nC h o i x d e p a g e s a n c i e n n e s et n o u v e l l e s , par M. SAINT-GEORGES\n    DE BOUHÉLIER. — (Bruges, H e r b e r t , Collection d'Antée.)\n    Lorsqu'il évoquait des souvenirs de j e u n e s s e , l'aimable et généreux\nT h é o d o r e de Banville ne manquait jamais de faire apparaître tous ceux,\nartistes et poètes, qu'il avait c o n n u s , sous l'aspect de « je une s dieux ». Quels et\nsi médiocres qu'ils eussent été, son verbe paradoxal et coloré les magnifiait de\ntous les prestiges du génie et, par surcroît, de la force et de la beauté. L e seul\n« jeune dieu », ç'avait, probablement, été lui-même, mais c'est la vertu et le\nprivilège des princes de l'imagination et de la fiction de ne rien toucher qu'ils\nn'exaltent et n'illuminent : entre les choses et les êtres et leur vision un prisme\nsemble s'interposer, dont l'éclat diapré se c o m m u n i q u e à tout ce qui apparaît\nau travers. Ou il arrive, aussi, que leur œil dilaté et, en quelque sorte, lenti­\nculaire, ayant fini par s'hallucinerà la contemplation tropprolongée d e q u e l q u e\ninsecte, à la fois infime e t formidable, ils soient saisis d'une sorte d'enivrement\nsacré de l'atome, d'une espèce de griserie de l'infiniment petit, d'autant plus\nvive que tout y est d'eux-mêmes, de l'opulence s u r a b o n d a n t e de leur inspiration.\n    N o u s n'entendons point comparer M. Saint-Georges de Bouhélier à un\ninsecte, fût-ce même une cigale! mais il faut bien croire que la lecture des\nœuvres de l'auteur de Julia ou les Relations amoureuses a suscité chez le maître\nL e m o n n i e r quelque étrange phénomène d'optique intellectuelle : « Je ne pus lire\nl'Hiver en méditation sans un rafraîchissement intéiieur, écrit-il. Il m'initia à la\njoie, à la b o n t é , à la paix, qui nous sont versés par les silencieux témoins de nos\ndéfaillances et de nos vertus. Il me rapprocha de moi m ê m e . . . On demeura\n louché qu'un si j e u n e écrivain fût un sage : il avait la sagesse pensive d'un mage\n aux écoutes des mystères qui intéressent nos destins... L e vieil orgueil h u m a i n\n put bien protester; u n e philosophie se dégagea qui en rapprochant les\n distances rendit sensible d'ignorées manifestations de la vie. Dieu passa dans\n l'infini magnétisme animé des choses... C o m m e un son se répercute en\n d'autres, reculés, l'intervalle s'abrégea entre l'homme et l'homme. Toute la\n nuit ne fut plus d ' u n côté et toute la lumière de l'autre. L e sens de la beauté,\n de la force, de la noblesse s'égalisa... Il Sembla qu'on l'eût connu chez\n H o m è r e et chez H é s i o d e . . . Les temps se renouèrent : on eut la vue des\n choses éternelles. Ce fut très simple et très g r a n d comme si tout à coup\n s'élargissait u n peu la conscience du m o n d e . »\n     On lit cette page, qui paraît détachée des Livres Sibyllins ou de quelque\n Légende des siècles en p r o s e ; on finit par se mé pre ndre et par croire que ces\n termes augustes, ces épithèles solennelles font n i m b e ou auréole, sinon au\n  Messie, a u moins à tel de ces Héros de Carlyle, qui ont marqué en un\n  perdurable sillon leur trace sur les chemins de l'humanité ! l'Hiver en méditation\n"}, {"page_pdf": 631, "texte": " 528                              DURENDAL\n\n\n se présente à vous comme un nouvel et meilleur Évangile, le livre où sont\n écrites les destinées prochaines du monde; — comme un tournant de l'histoire !\n Mais, il n'y a rien de tout cela, rien — ou, plutôt, il y a M. Saint-Georges de\n Bouhélier qui, sous les rayons fécondants de l'imagination solaire de Camille\n Lemonnier, grandit, s'amplifie, remplit tout l'espace, fait ombrage aux mon­\n tagnes et éclipse à la lune !\n   On peut présumer avec certitude que l'auteur a procédé lui-même au choix\nqui nous est offert en ce volume; qu'il a détaché de ses ouvrages, pour en\nformer cette anthologie, les pages qui, à son gré, manifestent davantage des\npuissances originales de sa pensée et de son art. Et nul doute que son\nembarras ait été grand et cruelles ses alternatives! Enfin, tel quel, c'est un\nflorilège, un bouquet spirituel composé amoureusement et dédié à la propre\ngloire de l'écrivain... Or, il faut bien avouer que, si l'on passe sur l'agacement\nqui naît d'un perpétuel et volontaire archaïsme sentimental, d'une propension\nexagérée à la Jean-Jacquerie, à des affectations mièvres, à des emprunts\nincessants à la boutique d'antiquaire sensible dont le poète Jammes avait\ndéjà, et d'une façon plus amusante, utilisé les bibelots malvinesques — ces\nécritures, encore que faciles et d'un tour assez agréable, ne véhiculent que des\nidées quelconques : La femme prédestinée à l'amour... Chaque, individu\nunique... L'intérêt, moteur essentiel de l'homme..., etc., etc. Certes, les idées,\nles plus fréquentées sont aussi les plus fertiles et nous ne songerions pas à\nfaire un grief à ce nouveau « mage » d'exercer sa pensée sur celles-là, ni\nmême de les énoncer du ton confidentiel et ravi d'un découvreur de vérités\nsecrètes et inattenduts, mais nous aimerions qu'il y ajoutât quelque chose de\npersonnel, quelque chose qui fût, non seulement naturiste, mais naturel...\n                                                              ARNOLD GOFFIN\n\nŒuvres en prose de Richard Wagner, traduites en français par\n   J.-G. PRODHOMME. Tome I des Gesammelte Schriften. — (Paris, Delagrave.)\n   Saluons avec joie l'apparition de cette traduction excellente qui rendra les\nplus grands services aux musicologues, aux esthéticiens et même aux philo­\nsophes. L'intérêt considérable des écrits wagnériens, leur importance capi­\ntale pour l'intelligence du plus grand Œuvre musical du XIXe siècle la ren­\ndaient désirable depuis longtemps à ceux qui ne lisent point aisément la\nprose philosophique allemande. Les quelques écrits traduits isolément étaient\npeu commode à se procurer, de même que les articles français publiés à\nParis. Désormais, il n'en sera plus ainsi et tant de gens qui dissertent sur\nWagner sans avoir lu ses livres n'auront plus l'excuse de ne pas pouvoir le\nlire dans le texte original.\n   On sait que le maître de Bayreuth a réuni lui-même tous ses écrits en une\nédition collective, commencée en 1870. Cette édition, parue à Leipzig, chez\nE.-W. Fritzch, sous le titre de Gesammelte Schriften und Dichtungen von Richard\nWagner, comprend dix volumes (3 e éd., 1897), auxquels il faut joindre encore\ncertains articles, fragments et esquisses publiés ou réunis après sa mort.\nM. Prodhomme n'a traduit que les écrits en prose, les poèmes dramatiques\nayant été traduits à suffisance et fort bien.\n"}, {"page_pdf": 632, "texte": "                                    LES LIVRES                                     529\n\n   Le tome I contient d'abord l'importante esquisse autobiographique écrite\nen 1842 pour la revue dirigée par H e i n r i c h L a u b e ; puis l'intéressante notice\nsur la Défense d'aimer qui nous montre si bien l'état d'esprit de W a g n e r ,\ndominé, dès 1834, p a r l'idée de la « libre sensualité », que nous retrouverons\nau premier plan d a n s la correspondance et les écrits de la période révolution­\nnaire (1842). Suit la série complète (plus complète m ê m e que dans l'édition\nallemande) des nouvelles et essais écrits en français par W a g n e r durant son\nlamentable séjour à Paris, de 1840 a 1842, pour la Gazette Musicale, de Schles­\nsinger : Une visite à Beethoven, Un musicien étranger à Paris, Une soirée heureuse\n(fantaisie sur la musique pittoresque), De la Musique allemande, Du Métier de\nvirtuose et de l'indépendance des compositeurs, Le Stabat Mater de Rossini, Le Stabat\nMater de Pergolèse (à propos de l'arrangement de cette œuvre pour grand\norchestre et c h œ u r , par A. Lvoff), De l'Ouverture, Le Freischiitz à Paris (à.\npropos des représentations de 1841 à l'Opéra, avec les récitatifs ajoutés par\nBerlioz), Halévy et la « Reine de Chypre ».\n    Le traducteur a indiqué en note les moindres variantes qui différencient le\ntexte français original du texte allemand des Gesammelte Schriften ; lorsque la\ndifférence est trop grande, il traduit complètement ce dernier à la suite du\npremier. A propos du Freischiitz et de la Reine de Chypre, n o u s avons ici, outre\nles deux articles de la Gazette Musicale, la traduction de ceux envoyés à l'Abend-\nZeitung, de D r e s d e .\n    Ces écrits, qui nous représentent parfaitement W a g n e r dans le premier stade\nde sa formation esthétique, intellectuelle et morale, ont une valeur littéraire\nconsidérable ; ils se lisent vraiment avec c h a r m e . E t quelle magnifique matu­\nrité de j u g e m e n t esthétique! Voyez cette admirable étude sur le pittoresque\n musical où toute la question, si discutée depuis, de la musique à p r o g r a m m e\n est merveilleusement exposée et résolue. E t quelle hauteur de vue, d a n s\n la conception du g r a n d Art, de son origine, de son but et des joies qu'il\n donne ! Quel accent religieux et passionné !\n    « Je crois à Dieu, à Mozart, à Beethoven, dit en m o u r a n t le « musicien\n étranger », en lequel W a g n e r se personnifie dans ses articles de la Gazette\n Musicale; je crois au Saint-Esprit et à la vérité d'un art u n et indivisible; je\n crois que cet art procède de Dieu, et vit d a n s les cœurs de tous les hommes\n éclairés d'en h a u t ; je crois que celui qui a goûté une seule fois les sublimes\njouissances de cet art lui est dévoué pour toujours et ne peut le renier... »\n Après une audition de deux symphonies de Mozart et de Beethoven, qu'il\n caractérise avec une admirable justesse, il conclut par le m ê m e cri d'enthou­\n siasme, presque u n e prière : « Adoration éternelle à Dieu, au Dieu de la joie\n et du bonheur, a u Dieu qui créa la musique. A m e n . »\n                                                               CHARLES     MARTENS.\n\n\nV e n i s e a u X V I I I e s i è c l e , par M. P H I L I P P E MONNIER. — ( P a r i s ,\n  Perrin.)\n  En F r a n c e , le XVIIIe siècle, délicieux et frivole, puis déclamatoire, puis\nsanglant, fut c o m m e un intermède entre le déclin grave de Louis X I V et\n"}, {"page_pdf": 633, "texte": " 530                               DURENDAL\n\n\n  l'avènement foudroyant de Napoléon : il alla de la grandeur à la grandeur,\n par un chemin de corruption fleurie et de pensée dévergondée.\n     Venise, elle, s'endormait alors, vieux fantôme de force et de souveraineté,\n au milieu de ses lagunes torpides, asservie à tous les enivrements d'un plaisir\n  et d'une indolence qui ne devaient finir que dans la stupeur de la ruine et le\n silence de l'esclavage. L'orgueilleuse république de la mer qui, jadis, humi­\n liait les empereurs de Byzance et, parfois, intimidait la férocité et l'audace du\n Turc ; dont le pavillon avait flotté, en signe de suzeraineté ou de possession,\n sur les rives de la Grèce et les îles enchantées de l'Archipel, n'était plus,\n depuis longtemps, que l'apparence, vide quoique imposante encore, d'une\n énergie révolue. Elle vivait sur les richesses accumulées jadis et que les\n sources taries de son commerce et de son industrie avaient cessé de renou­\n veler; sur le renom redouté d'un gouvernement aux voies subtiles, secrètes,\n sans scrupule et plus occupé, à présent, du succès des régates organisées sur\n le Grand Canal ou des faits et gestes scandaleux de quelque cantatrice ou de\nquelque aventurier que de conjurer les progrès d'une décadence, consentie,\ndu reste, et résignée.\n     La gloire de la Dominante ne s'augmentait plus des victoires, ou des\ndéfaites, également héroïques, de ses flottes ou des triomphes de sa diplo­\nmatie, mais uniquement de l'éclat échevelé et des folies de son carnaval.!\n Qu'était la vie pour tous ces fiers patriciens, inscrits au Livre d'or, sinon un\nloisir enjoué, insoucieux de tout effort; une mascarade perpétuelle, au milieu\ndes musiques, des femmes et des fleurs, dans la cohue brillante et bigarrée de\ntous les oisifs et de tous les badauds de l'Europe? Pas plus que les beaux\nseigneurs et les dames adornées qui chantent et devisent sous les orangers\nde la fresque célèbre du Camposanto de Pise, ils ne pressentent l'approche de\nla mort, qui, cependant, plane déjà, les ailes ouvertes, au-dessus de Saint-\nMarc : ou, peut-être, s'ils la pressentent, n'est-elle qu'un stimulant à la hâte\nde leur plaisir?\n     Toute la machine méfiante et compliquée du gouvernement et des mul­\ntiples conseils continue à fonctionner, mais pour quelles besognes futiles!\nAntique horloge, dont le mécanisme auguste et les énormes engrenages ne se\nmettent plus en mouvement que pour sonner, solennellement, l'heure... du\nberger! Toute la splendeur volontaire du passé était là, intacte en apparencei\nmais minée et vermoulue : façade de puissance et de menace, assise sur la\ndécrépitude... Mais qui s'arrêtait aux lézardes des hautains édifices, devant le\nport vide ou l'indigence fastueuse des palais? Qui, pris d'inquiétude à l'odeur\nde mort et d'inertie stagnante dans l'atmosphère, en dépit des roses et des\nfeux d'artifice? Personne, ou sinon, un peu plus d'insouciance, de plaisir, de\nplaisir plus bruyant : car toute la philosophie de l'heure, c'est le rire, un rire\nnon pas amer et douloureux, ou même mélancolique, mais léger, mais\nétourdissant et étourdi: le rire d'une joie sans réflexion et sans remords, qui\nne désire rien, ne rêve rien, hormis jouir; un rire qui ne juge point la vie\net le monde, mais s'en amuse et ne veut et n'attend d'eux que de l'amu­\nsement.\n    De sorte que cette Venise, édifiée pièce à pièce, conquise patiemment sur\n"}, {"page_pdf": 634, "texte": "                                     LES LIVRES                                        531\n\n\nles eaux et endiguée contre elles, bâtie avec tenacité sur le sol mouvant, en\nmarge de la terre et de la mer, avec la parure altière de ses m o n u m e n t s et de\nson art, qui, eux aussi, semblent les dépouilles opimes pillées sur les rivages\nbyzantins ou latins par ses corsaires; cette Venise, dans l'émerveillant\napparat de sa beauté composite, avec toutes ses pierres de tradition et de\nsouvenir, n'est plus que le paradoxal décor de la fantaisie, de la fiction, de\nla farce et de la d é b a u c h e . . . Les grands événements de la vie de la République\nsont des fêtes; ses grands h o m m e s , exquis, d'ailleurs, des hommes de théâtre,\ncomédiens ou autres, tels que Goldoni et Carlo Gozzi; son g r a n d peintre,\nl'improvisateur T i e p o l o ; les héros de ses entretiens, de spirituels et facétieux\nchenapans comme Casanova...\n    Tout ce m o n d e , petit et puéril, à la recherche du b o n h e u r , d'un b o n h e u r\nfacilement trouvé dans l'abdication de la volonté et fait tout entier de la\ndouceur du laisser-vivre, M. Philippe Monnier l'a peint admirablement, en\nune série de tableaux d'une touche vive, précise, remplis d'éclat et de brio,\ntracés dans cette langue forte et colorée que tous ceux qui ont lu ses belles\nétudes sur le Quattrocento ont a i m é e . . . La fin de la fête est v e n u e ; tout l'an­\ntique simulacre s'est effondré sous la main impérieuse de Bonaparte : « U n\nmonde est mort qui ne renaîtra jamais plus, écrit éloquemment M. Monnier.\n U n e forme d'humanité tombe en poussière. Les violons se sont tus. Le songe\n s'est é v a n o u i . L a b a r q u e des illusions est passée. Adieu, petits masques!\nSur la place de S a n Marco, les baïonnettes sont croisées... « On ne peut pas\n toujours r i r e . . . » Ainsi le titre invraisemblable du dernier chapitre des\n Mémoires de Gozzi. Elle ne le croyait pas, la vieille R é p u b l i q u e dissolue.\n Elle ne savait pas que chaque faute s'expie. Elle ne savait pas que la mort est\n la g r a n d e , est la tragique réalité d'ici-bas. Elle ne savait pas que le b o n h e u r\n qui ne s'est point acheté par des larmes se paie par des larmes. Hélas ! quel\n opprobre faudra-t-il pour lui révéler l'omnipotence de la loi méconnue ? T o u t e\n cette fin est lamentable. En vain ces héros du plaisir se faisaient-ils si pleine­\n ment illusion qu'ils n o u s faisaient presque illusion à nous-mêmes. La plupart\n d'entre eux connaissent la banqueroute de la joie. E t au-dessus de ces faillites\n partielles, plus dramatique que toutes, c'est la ruine de la patrie déchue, qui\n ne comprend même pas l'ignominie de sa déchéance, qui souffletée par le\n vainqueur entonne des h y m n e s de gloire à son vainqueur, qui sur le cadavre\n de son i n d é p e n d a n c e plante en riant u n arbre de liberté, et danse des faran­\n doles, et mène le bacchanal a u t o u r . . . »\n\n\nL e t t r e s à u n e a m i e ( 1 8 8 0 - 8 7 ) , par J. BARBEY D'AUREVILLY. — (Paris,\n  Mercure de France.)\n  C'est la correspondance ou plutôt, sans doute, u n e partie de la correspon­\ndance du superbe écrivain avec M lle Louise R e a d , dont le dévouement\nintelligent accompagna toute la dernière période de la vie du maître et que\nnous avons vue, depuis, entretenir pieusement le culte de cette g r a n d e\nmémoire. Ces lettres nous font pénétrer d a n s l'intimité familière de Barbey,\nun Barbey bon enfant, enfant gâté, aussi, un p e u taquin et tendre, plus tendre\nqu'il ne veut le laisser paraître...\n"}, {"page_pdf": 635, "texte": "532                                    DURENDAL\n\n\n É c r i t s e t l e t t r e s c h o i s i e s , par E U G È N E CARRIÈRE. — (Paris, Mercure\n   de France.)\n   Ce volume est un reliquaire où les amis et les admirateurs du grand artiste,\nsi tristement disparu, chercheront les expressions écrites de la pensée de\nCarrière : discours de circonstances, conférences, correspondances avec des\nartistes, des intimes ou sa famille, dans lesquels on retrouve partout l'abon­\ndance de cœur, la modestie et la sérénité, la foi dans l'avenir qui caracté­\nrisaient l'homme, et, aussi, les idées directrices de son art pénétrant, ambitieux\nde compréhension et de sympathie h u m a i n e s .\n                                                                     ARNOLD     GOFFIN.\n\n\nL'ART :\n\nR a f f a e l : Des Meisters gemalde in 202 abbildungen, mit einer biographischen einlei-\n  tung, von   ADOLF    ROSENBERG;\n\nV e l a z q u e z : Des Meisters gemalde in 146 abbildungen, mit einer biographischen\n   einleitung, von W A L T E R GENSEL. Collection des Klassiker der Kunst. —(Stutt­\n   gart et Leipzig, Deutscher Verlags-Anstalt.)\n   L'histoire de l'art doit b e a u c o u p à l'Allemagne savante : ses érudits et ses\ncritiques, depuis des années, se consacrent avec u n e ardeur et une patience\nadmirables à l'étude et à la classification des œuvres, à la solution des innom­\nbrables problèmes que le passé nous a laissés à résoudre. On sait les travaux\nimmenses et minutieux de l'école critique allemande sur les primitifs néer­\nlandais et italiens : les noms de maîtres tels que Burckhardt, T h o d e , Fried-\nlânder, von T s c h u d i , etc., sont justement réputés.\n   Ces écrivains et n o m b r e d'autres ont puissamment contribué à créer et à\nentretenir dans le public la curiosité des choses et des questions d'art, mais,\nen Allemagne surtout, ils ont été efficacement secondés dans leur effort par\nla librairie, par l'initiative intelligente des grands éditeurs qui se sont attachés\nà contribuer à la diffusion des connaissances artistiques au moyen de publi­\ncations qui joignissent à la modicité du prix et à la perfection des reproduc­\ntions, la valeur scientifique de documents présentés avec l'ordre et la\nméthode susceptibles d'en rendre l'usage fructueux.\n   Cette définition s'applique très exactement aux volumes, déjà nom­\n breux, de la collection des Classiques de l'Art entreprise par la Deutsche Verlags-\n Anstalt.\n   E n voici deux, par exemple, consacrés l'un à R a p h a ë l , l'autre à Velas-\nquez : chacun d'eux s'ouvre par u n e introduction biographique émanant d'un\nécrivain autorisé, et qui résume succinctement mais complètement la vie et la\ncarrière de l'artiste. Celle-ci ensuite n o u s apparaît, développée en u n e succes­\n sion de reproductions exécutées avec u n soin admirable et classées dans leur\n chronologie.\n    T o u t Raphaël est là, depuis ses premières peintures péruginesques, dont la\n grâce sentimentale un peu maniérée laisse déjà transparaître la puissance des\n œuvres futures, surtout lorsque l'artiste, a b a n d o n n a n t les sujets consacrés, se\n prend directement à la réalité : à preuve ce portrait du P é r u g i n , daté de 1500,\n"}, {"page_pdf": 636, "texte": "                                       LES LIVRES                                      533\n\nmerveilleux de vie profonde et qui fait songer à telle effigie de D ü r e r . . . E t ,\nau fur et à mesure que l'on tourne les feuillets illustrés du livre, l'évolution\ndu peintre s'opère sous nos yeux, marquée d'oeuvre en œuvre par une décision\nplus nette, u n e invention plus personnelle, plus dégagée des poncifs que s'était\ncréés et qu'avait enseignés à soa génial disciple le fresquiste du Cambio.\nViennent, enfin, les grands cycles du Vatican et de la F a r n é s i n e , reproduits\ndans le plus grand détail et de façon à en faciliter l'étude approfondie. P u i s ,\nles ouvrages des dernières années du maître, les tableaux où le clair-obscur est\ndevenu la préoccupation dominante de R a p h a ë l et dont la Transfiguration, du\nVatican, est le type le plus célèbre. D a n s une seconde partie ont été réunis\nles travaux contestés et douteux, tels que l'Apollon et Marsyas, du L o u v r e , etc.\nL e volume se termine, enfin, par des notices consacrées à chacune des pein­\ntures représentées et par une table chronologique des travaux de l'artiste.\n   A peine est-il nécessaire d'insister sur ces brèves indications pour faire\nsaisir la valeur et l'utilité, comme instrument de travail, pour les u n s ; comme\nenseignement, pour les autres, de recueils établis avec une si judicieuse et\nexperte critique.\n   Celui qui est consacré à Velasquez est conçu sur le m ê m e plan et mérite\ndes éloges identiques. El c'est une joie de voir passer devant nous, en\nimages d'une fidélité et d'une netteté parfaites, les pages vigoureuses\net profondes, pleines d'une vie intense, où la réalité âpre et observée revêt\nune g r a n d e u r de mythologie sauvage, du grand maître espagnol. A côté de\nces Buveurs épiques, de l'humanité, orgueilleuse à la fois et misérable, de ces\nm e n d i a n t s , de ces n a i n s et de ces bouffons hideux et contrefaits, ce sont des\nphysionomies de souverains, de princes, de reines et d'infantes, dans leur\ncostume d'apparat, avec ces étranges robes à vertugadins, monstrueuses\net solennelles, machines difformes de l'appareil compassé desquelles on est\nsurpris de voir sortir quelque tête enfantine, c h a r m a n t e et i n g é n u e . . .\n   La Deutsche Verlags-Anstalt a publié déjà une dizaine de volumes de cette\nbelle collection, entre autres Michel-Ange, Rembrandt (œuvre peint et gravé),\nle Titien, Dürer, — etc. Elle nous en a n n o n c e d'autres : Donatello, Botticelli,\nLéonardde Vinci, Memling, etc. S o n p r o g r a m m e est vaste, comme on voit, mais\nnul doute qu'elle ne continue de l'exécuter avec u n e égale perfection qui sera\nrécompensée par le m ê m e succès.\n\nL e s g r a n d s a r t i s t e s : Daumier, par M. HENRY MARCEL. — (Paris,\n   Laurens.)\n   Daumier ! C'est toute u n e époque qu'évoque ce nom, toute une civilisation\nbourgeoise et cossue, occupée, seulement, de jouir du pouvoir tombé dans\nsa main courte et grasse, de se repaître et de durer !... Le règne, enfin, de\nce roi juste-milieu que son gendre, Léopold I e r , appelait « ce bon vieux Mon­\nsieur » et qui inspirait à Stendhal l'horreur d'être F r a n ç a i s ! L a g r a n d e verve\ncaricaturale de Daumier, ces planches du Charivari qui stigmatisent et\nbafouent d'un crayon impitoyable et génial un régime de platitude et d'aveu­\nlissement, datent de cette période. E t aussi, celles où il illustrait les\nmœurs graves et grotesques de la bourgeoisie haute et basse en dessins aux\n"}, {"page_pdf": 637, "texte": "534                                  DURENDAL\n\n\nlégendes cinglantes, où il semble que le dégoût de l'artiste se multipliait de\nla haine du républicain pour la caste abhorrée et triomphante.\n     Gavarni apparaît comme u n amuseur superficiel auprès de Daumier.\nCelui-ci fouaille l'humanité falote et ridicule de ses personnages, la crible\nde flèches d'une raillerie inépuisable, raillerie de clairvoyant et de psycho­\nlogue qui sait où il faut frapper pour blesser le palient et le faire bondir.\n    T o u t e l'histoire du régime orléaniste est écrite d a n s celte succession de\npages d'un trait magistral, en ces analyses cruelles d'individus dont la phy­\nsionomie satisfaite ou rapace, les tares et difformités physiques, deviennent,\nen quelque sorte, sous la main de Daumier, le relief plastique de leur\nbassesse ou de leur malfaisance d'âme !... E t il semble que si la passion poli­\ntique tendait à emporter l'artiste au delà de la mesure, l'art et la puissance\nd'observation qui agissaient en lui, l'y ramenaient, car ce m o n d e de victo­\nrieuse et florissante bourgeoisie qu'il a peint, nous le retrouvons, identique\nd a n s ses aspects physiques, son intellectualité et sa moralité, chez Balzac,\ntellement que nombre de héros de la Comédie humaine semblent apparaître,\ni n c i r n é s , dans l'œuvre de D a u m i e r . A côté de cette partie capitale de\ncelle-ci, il faut placer les admirables peintures exécutées par le maître vers\nla fin de sa carrière, scènes de la vie judiciaire ou de la vie populaire, telles\nque le Défenseur ou le Linge, du réalisme le plus puissant et le plus vrai.\n     M. H e n r y Marcel, auquel nous devons cette attrayante monographie,\nsignale, également, quelques tentatives sculpturales de Daumier, entre\nautres la figure célèbre de Ratapoil et deux bas-reliefs assez importants : Les\nEmigrants, restés à l'état d'ébauche, « mais où les beaux volumes, les plans\nvigoureux, les accents énergiques des nus », comme l'esprit m ê m e de la com­\nposition, « dénoncent, écrit-il avec raison, u n précurseur d e Constantin\n Meunier ».\n\nL e s g r a n d s a r t i s t e s : Prud'hon, par M. E T I E N N E BRICON. — (Paris,\n   Laurens.)\n   P r u d ' h o n vient avec les grâces conservées du XVIIIe siècle, avec le charme\némané de W a t t e a u ou de F r a g o n a r d , sous le règne du d u r David, en plein\ntriomphe de l'école classique et il meurt à la veille de la révolution roman­\ntique. Il ne se classe pas, en quelque sorte, parmi les maîtres contemporains ;\nil s'en isole. On l'a s u r n o m m é le « Corrège français », mais s'il rivalise heureu­\nsement avec le peintre italien dans le rendu aérien des figures plafonnantes,\ns'enlevant, presque impondérables, d a n s u n e lumineuse atmosphère, il y a\nchez lui plus de virilité, ou, pour mieux dire, u n affadissement moins\nsensible.\n    M. Bricon dit très bien la carrière de cet artiste délicat, rempli de sensi­\nbilité vive, dont l'existence intime fut favorisée de peu de b o n h e u r et dont le\ntalent ne s'imposa que lentement et tardivement à son époque.\n\nL e m e n s o n g e d e l ' a r t , par M. F R . PAULHAN. — Paris, Alcan,\n  [Bibliothèque de philosophie contemporaine.)\n   « L'art consiste essentiellement à remplacer un m o n d e réel qui nous\nfroisse, qui ne nous satisfait p a s , p a r un autre m o n d e , moins vrai, mais plus\n"}, {"page_pdf": 638, "texte": "                                    LES LIVRES                                    535\n\n satisfaisant. \" Ainsi parle l'auteur, dans l'introduction du livre où il se propose\n d'interroger l'art, ses formes et modes divers, ses manifestations dans tous\n les domaines de la pensée et de la vie, pour savoir de lui quel, en réalité, il\n est, et pourquoi, et dans quel but...\n    Les philosophes d'aujourd'hui s'adonnent volontiers à l'étude spéculative\n de l'art et, sans doute, à ce point de vue, sont-ils mieux placés pour l'examiner\n ainsi, du dehors, que les artistes eux-mêmes, du dedans, à supposer que ces\n derniers fussent doués, dans d'égales proportions, de la faculté de sentir et de\n celle de décomposer et de raisonner leurs sensations. Au fond, ce n'est ni leur\n rôle, ni leur fonction, et ils ne les exerceraient point avec l'impartialité objective\n du savant devant le phénomène qu'il observe. On peut supposer, par exemple,\n dans l'hypothèse où la définition de l'art établie par M. Paulhan serait\nexacte, qu'un grand nombre d'artistes, et non des moindres, la récuseraient.\n Si, en effet, l'on peut regarder l'art comme destiné à créer à notre cœur et à\n notre pensée un alibi aux douleurs et aux insatisfactions de la vie réelle, on\nhésiterait à ajouter qu'il tend à atteindre ce but en les leurrant de l'illusion\nd'un monde meilleur où ils rencontreraient plus de joie, et plus grande. Là\nserait le véritable « mensonge de l'art», mais mensonge fatalement superficiel,\nfutile et vain et qui, bientôt, serait devant nous comme néant. Car c'est la vie\n que nous demandons à l'art : c'est nous-mêmes — pour qu'il nous la fasse\nsentir, pour qu'il nous dresse nous-mêmes devant nous, âprement, puissam­\nment... Nous sommes faibles, chétifs, livrés à des puissances incompréhen­\nsibles, et que nous voulons telles, parce que puissances, et plus fortes que\nnotre volonté et notre résistance : et nous nous contemplons, jetés à toutes\nles aventures de la passion et de la mort, dans Oreste, dans Œdipe, dans le\nroi Lear, et dans Orphée, et dans Tristan... L'art, en ses expressions les plus\nhautes, à ce qu'il semble, ne vise pas à nous déguiser les amertumes de la vie,\nmais, au contraire, à en exalter le sentiment en nous... Pourquoi, souvent,\nl'œuvre architecturale la plus accomplie, et intacte, pâlit-elle dans sa splendeur\nla comparaison de ruines ?...\n   Tout le désir de l'homme, et insatiable, est de la vie, et il l'aime dans ses\njouissances comme dans ses douleurs : tellement que les œuvres d'art qu'il\na élues comme les plus belles et les plus hautes sont, précisément, celles où\nil rencontre son image, et la figure, à la fois triste et enivrante, de ce monde\noù il combat, où il souffre, où il aime... Point de fiction émouvante pour lui,\nqui ne soit nourrie de réalité; celles-là, seules, le retiennent, durablement;\nles autres ne sont que pour le plaisir superficiel et l'éphémère délassement.\n   Le livre de M. Paulhan est captivant; nous le signalons aux artistes\nenclins à ratiociner sur l'objet de leur activité : il est bon qu'ils changent,\nquelquefois, de perspective et regardent et étudient l'art par les yeux et avec\nl'intelligence d'un philosophe.\n\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s (Numéro de Juillet). — Première\npartie d'une étude de M. Max Rooses, sur les Années de voyage de Van Dych,\népoque peu éclaircie de la carrière du grand artiste sur laquelle les recherches\nde l'érudit critique lui ont permis de jeter quelque lumière; L'Art belge à\n"}, {"page_pdf": 639, "texte": "536                                DURENDAL\n\n\nVenise, par M. Dumont-Wieden; M. W. Martin signale une ceuvre inconnue\nde l'exquis van der Meer, de Delft, la Jeune fille à la tulipe, découverte par\nlui dans une collection bruxelloise. Magnifique reproduction de ce tableau\nattrayant, de même que de certaines œuvres de Van Dyck rapprochées de\ndessins exécutés par le maître d'après des peintures italiennes.\n\n\n   L ' a r t e t l e s a r t i s t e s (Numéro de Juillet).—M. Léandre Vaillat célèbre\nl'œuvre de l'émule un peu oublié de Delacroix, Chassériau. M. Vauxcelles nous\nconduit dans l'atelier du dessinateur Bernard Naudin, évocateur ému de la\nvie errante. M. Ritter parle de Dom-Aureliano de Beruete, paysagiste castillan.\nM. Guillemot s'occupe du Mois satirique; M. Vaillat, du Mois archéologique :\nles feuilles riches en découvertes antiques exécutées à Vienne (Rhône), etc.\nNombreuses illustrations.\n                                                               ARNOLD GOFFIN.\n\n\n   M a s t e r s i n A r t (42, Chauncy street, Boston). — Les derniers numé­\nros de cette intéressante publication nous sont arrivés avec quelque retard.\nCelui d'Avril (n° 88) est consacré à Quentin de la Tour; celui de Mai à Luca\nSignorelli. Toujours le même système excellent d'exposition : une série de\nbonnes reproductions, et des notes critiques, biographiques et bibliogra­\nphiques.\n\n    B u r l i n g t o n M a g a z i n e , Londres, Berners street, 17. (Numéro de\nJuillet.) — Un Corot et un Chardin, tous deux d'exquise qualité, un portrait\nen couleurs de Bartolommeo Veneto, le curieux peintre de l'Inconnu de\nFrankfort, des sculptures de Hans Wydiz l'Ancien, — voilà, pour l'illustra­\ntion, ce qu'il y a de plus remarquable dans ce numéro. Quant au texte, je\nretiens surtout une note de M. JAMES WEALE sur Jacques Daret, pour ceux\nqu'intéressent les primitifs flamands. — Puis, des articles divers sur l'art\nen Amérique, en Allemagne, en France, en Angleterre, des comptes rendus\nde livres, etc.\n                                                                           J. D.\nMUSIQUE :\n   M é l o d i e s d e C h a r l e s L a m y . — Sous ce pseudonyme se\ndérobe un des collaborateurs de cette revue, qui signa ici plus d'une page de\ncritique pénétrante — et qui nous apparaît pour la première fois dans le\ndomaine de la création artistique.\n   Les mélodies en question sont écrites, les unes sur des textes flamands, les\nautres sur des poésies françaises, mais elles s'écartent les unes' des autres plus\nencore par le style que par la langue. Les premières, en effet, sont strophiques,\nde la forme régulière du lied (ce que les Allemands appellent « geschlossene\nForm »), les autres sont mélopiques et de forme irrégulière, du type semi-\nrécité propre à la « mélodie » moderne.\n"}, {"page_pdf": 640, "texte": "                                     LES LIVRES                                     537\n\n\n    C'est incontestablement le premier genre qui s'accorde le mieux avec le\ntalent de l'auteur qui d'ailleurs, flamand lui-même, devait naturellement être\nparticulièrement inspiré par des textes conçus dans cette langue.\n    De ce dernier genre, c'est sans a u c u n e réserve que n o u s louerons les deux\nliedtr flamands qui se trouvent sous nos y e u x , Wiegeliedje (« Petite\nBerceuse », texte de R . Declercq) et Schipperslied (« Chant de batelier », texte\nde L . L a m b r e c h t s ) .\n    F e r m e t é de la forme, spontanéité, fraîcheur et grâce de la ligne mélodique,\nintérêt de la partie d'accompagnement, variété et naturel de la vie rythmique\n(voir, par exemple, la succession des valeurs dans les quatre premières mesures\nseulement du neuf-huit du Schipperslied), tout concourt à d o n n e r à ces\npages un charme vraiment séduisant, et à leur mériter u n e place dans le\nrépertoire traditionnel de la culture vocale flamande.\n   Si n o u s n'en disons pas autant des mélodies françaises, ce n'est point\nqu'elles soient d'un niveau artistique inférieur, bien au contraire. L'auteur y\natteste u n goût délicat et un savoir-faire h a r m o n i q u e sérieux. Mais ce genre\namorphe est plutôt dangereux. L a reprise d'un thème ne suffit pas à assurer\nla cohésion de l'ensemble; l'absence du cadre solide de la forme strophique\ndoit être remplacée tout au moins par u n centre d'attraclion qui prévient la\ndispersion de l'intérêt... L'aventure, d'ailleurs, est c o m m u n e : c'est celle des\nmeilleurs musiciens des j e u n e s écoles dans u n bon nombre de leurs créations.\nAprès cela, hâtons-nous de reconnaître, dans le Soir d'été de M. L a m y (texte\nde F . Séverin), une sérénité pénétrante et, dans la Mer (texte de M. Lauzon),\nu n e réelle impression d'immensité tragique. N o u s avons dit que M. L a m y\nétait plus particulièrement inspiré dans ses liedtr flamands. Du fait, les autres\nne paraissent pas aussi spontanés et personnels; d a n s le Soir d'été notam­\nment, il semble s'être souvenu de la merveilleuse Phydilé de D u p a r e . Mais la\nligne mélodique des deux mélodies est d'une belle ampleur et d'une parfaite\ndistinction, la déclamation très juste (observons tout au plus u n e certaine\nmonotonie rythmique produite, dans quelques passages, par la succession\nd'un grand nombre de valeurs identiques).\n   E n résumé, productions très intéressantes, faisant bien augurer de celles\nqui, espérons-le, les suivront.\n                                                                              E . C.\n\nMissa Secunda, in honorem Sancti Alphonsi Mariae\n de Liguorio, ad tres voces aequales cum organo, par\n   A L P H . MOORTGAT. — (Chez l'auteur, maître de chapelle, à Hal.)\n   N o u s signalons avec plaisir et empressement aux maîtrises soucieuses de\nchanter de la bonne musique d'église, digne des divins offices et d'un réel\nmérite artistique, les deux messes de M. Moortgat, dont nous avons déjà\nprésenté aux lecteurs de Durendal le si utile recueil de cantiques         flamands.\nCes Messes, l'une à deux, l'autre à trois voix égales, sont écrites avec b e a u c o u p\nde simplicité et de distinction et elles se chantent avec un plaisir qui doit en\nfaciliter b e a u c o u p l'exécution aux maîtrises les plus modestes. L a Messe à\ntrois voix qui vient de paraître et que nous a n n o n ç o n s spécialement aujour-\n"}, {"page_pdf": 641, "texte": "538                               DURENDAL\n\n\nd'hui, est notablement supérieure à la précédente. Bien exécutée, elle pro­\nduira certainement une très belle impression et très religieuse.\n   Réjouissons-nous de constater que le répertoire de la bonne musique\nd'église s'enrichit, tandis que le mouvement de réforme semble enfin entier\ndans la période d'activité décisive et commence à émouvoir les jubés les plus\nimpassiblement embourbés dans la routine. « C'est le fonds qui manque le\nmoins » ; c'est le goût et la bonne volonté qui manquent le plus.\n                                                                    C. M.\n\nROMANS :\n M i s s W a t e r s , par H.-C. W E L L S , trad. DAVRAY-KAZAKIEWCZ. — (Paris,\n    Mercure de France.)\n    C'est à Sandgate Castle, petite plage tranquille et distinguée, que passent\nl'été en cette année de l'apparition de la Sirène, quelques familles de la bonne\nsociété. La vie s'y poursuit calme, bien ordonnée, souriante, soutenue par\nces habitudes de confort et d'honorabilité qui forment le fond de la vie\nanglaise. Il y a là les Raudolph Bunting, « famille indiscutablement élégante\n et riche » ; en villégiature avec elle, les deux demoiselles Glendover,de vieille\nnoblesse provinciale. L'aînée, Miss Adeline, constitue une personne fort dis­\ntinguée, fort sérieuse, s'appliquant aux questions sociales et, non moins, à\ncultiver les affinités providentielles qu'elle découvre entre son sort et la vie\nd'Elisabeth Barrett Browning. On l'aperçoit ordinairement \" vêtue d'une de\nces toilettes d'une simplicité artistique et coûteuse telle qu'en arborent les\n opulentes socialistes \". Miss Adeline est fiancée « à un personnage brillant et\n plein d'avenir, le très extravagant et romanesque Harry Chatteris, neveu d'un\n comte, héros d'un scandale mondain, futur candidat libéral dans la circon­\n scription de Hythe, comté de Kent ». Il y a encore Melville, garçon sage,\ncalme, conciliateur, ami des Brunting, des Glendover, de Chatteris, qui\ntient le rôle de confident. Voilà le milieu où se passe l'histoire que nous conte\nWells. Dans ce milieu tombe, par un limpide matin de juin, l'élément pertur­\nbateur et charmant : Miss Waters, authentique sirène, sirène délicieuse et atti­\nrante, que la curiosité de notre monde et de Chatteris arrache à l'Océan.\n    Pour lui, elle quitte la profondeur des flots où, « se balançant dans un\nhamac de plantes marines tressées, tenant d'une main le dernier succès du\nromancier en vogue (hasards des naufrages) et de l'autre un poisson phospho­\nrescent d'une force de seize bougies » ; elle vaquait à la vie ordinaire de\nl'abîme. Qu'est, dès lors, l'histoire que nous conte Wells!... Je ne vous la\ndirai pas dans le détail. Wells procède ici selon sa « manière », si originale,\nsi féconde, que l'on pourrait caractériser sans doute comme ceci : l'intrusion\nd'un élément, d'un facteur extraordinaire, impossible, imaginé (mais parfai­\ntement logique) dans un milieu social de nos jours, réel et tangible, puis\nl'étude des réactions que produit cette intrusion. Formule de roman expéri­\nmental presque, qui, maniée par cet observateur pénétrant, cet artiste qu'est\nWells, produit des œuvres originales, curieuses, prenantes et non dénuées\nd'un humour de détail qui va se fondant en une vaste et précise ironie.\n"}, {"page_pdf": 642, "texte": "                                LÉS    LIVRES                              539\n\n   En résumé, Miss Waters — le réactif — réagit de manière telle sur Chat-\nteris, qu'en fin de compte celui-ci rompt ses fiançailles et disparaît, par un\nbeau soir de clair de lune, avec la sirène dans les flots. Si vous voulez des\ndétails sur cette histoire curieuse et exacte, allez au roman. Il est charmant\nd'observation de milieu, de notation psychologique, de réalisme humouris-\ntique dans la peinture des personnages. Je ne le tiens pas pour le chef-d'œuvre\nde Wells — il ne possède pas au même degré qu'ont certains autres, auxquels\nje songe, ces qualités de trait, de vie intense qui caractérisent l'auteur\nanglais. Mais, encore qu'un peu languissant dans l'ensemble, le roman reste\ncurieux et charmant.\n                                                                       G. B.\n\nVie et      aventures merveilleuses du célèbre                     Monsieur\n   d e B â t , romancero, par ADOLPHE LAURAIN. — (Paris, Société française\n    d'imprimerie.)\n   C'est faire preuve d'une originalité peu commune que de publier aujour­\nd'hui un romancero; et il fallait pour le mener à bien l'imagination échevelée,\nl'esprit, l'humour et l'idéal de M. Adolphe Laurain. M. de Bât dont il\nraconte l'histoire est un descendant de Jason, d'Ajax, d'Achille. Il est de la\nfamille de Roland, de tous les preux et surtout de Don Quichotte. Il se croit\nleur contemporain et participe à leurs imaginaires exploits et à leurs lumi­\nneuses féeries. La fantaisie la plus brillante et la plus débridée se donne libre\ncours dans ces pages. C'est la lutte d'un idéaliste effréné contre la bassesse\net la platitude moderne; la révolte d'un paladin contre la bourgeoise réalité.\nPour y échapper il s'évade de la vie, renverse des citadelles illusoires, part à\nla conquête de lointaines liions, se mêle aux chevaliers de la Table ronde.\nC'est Don Quichotte sans le côté picaresque de l'œuvre de Cervantes. Quand\nil aura bien chevauché dans les nuages et gravi les cimes inaccessibles, M. de\n Bât mourra devant la réalité plus forte; mais là encore son rêve lui fera une\napothéose; il verra venir à sa rencontre a dans un pêle-mêle de sonneries\n éclatantes et de galops hennissants, l'armée antique des paladins avec la\nlégion serrée des saints, des martyrs, des fous, des persécutés, de tous ceux\n qui injustement souffrirent et périrent ».\n\nA m e s f o r t e s , par OSCAR DE FERENVY. — (Paris, Lethielleux.)\n  Ce roman est terne, incolore, ennuyeux, quoiqu'extrêmement édifiant.\n\n L e M a r i d ' H é l è n e , par GIOVANNI VERGA. — (Paris, Plon.)\n    Hélène et César se marient contre le gré de leurs parents. La vie est\n difficile d'abord. Les tentations assaillent Hélène, femme honnête et perverse\n à la fois. Cela doit finir par une catastrophe. Quand l'heure de la séparation\n viendra, son mari, toujours épris d'elle, la tuera. A la traduction de celte\n nouvelle un peu heurtée et énigmatique, Jean Carrère a ajouté celle de\n quatre autres, plus courtes, qui racontent les crises brutales de quelques êtres\n frustes,\n                                                                         P . N.\n"}, {"page_pdf": 643, "texte": "540                                   DURENDAL\n\n\n\nDIVERS :\n\n L e S t y l i t e , par M. L É O N W É R Y . — (Bruxelles, Association des écrivains\n    belges.)\n    Se jucher au haut d'une colonne p o u r juger la vie et les hommes est une\nidée qui ne m a n q u e pas d'originalité, encore que l'on puisse la considérer\ncomme assez peu raisonnable. On pensera, en effet, que, s'il est utile de\ndominer les êtres que l'on se propose de juger, il faudrait, cependant, ne pas\ns'élever à u n e telle hauteur qu'ils n'apparaissent plus à l'œil nu que comme\ndes insectes ou des poussières. P o u r les observer et les connaître, il est, sans\ndoute, nécessaire de rester, jusqu'à un certain point, de plain-pied avec eux.\n P u i s , une colonne, c'est u n siège incommode et dur, et le corps mal à l'aise\nne doit pas disposer l'esprit à l'indulgence!... On pourrait r é p o n d r e à ce dis­\ncours que pour émettre sur l'humanité des opinions péremptoires et cassantes,\nd'un ton agréablement sarcastique, il est préférable de n e la point trop\nfréquenter; le tête-à-tête avec l'espace, par-dessus la réalité, est préférable,\ncar a u c u n e expérience, dans ces régions, ne viendra, malgré vous, contredire\nla logique atrabilaire de vos axiomes.\n    Mon Dieu ! le m o n d e n'est d o u x , ni intelligent, ni rien, peut-être. La\npensée hésite, la philosophie et, même, les sciences, vacillent; sur tout cela\nl'ironie peut souffler c o m m e u n s i m o u n ou comme un courant d'air, mais\naride et stérile... Telle ironie, du moins, qui n'est pas de la souffrance en\nrévolte, qui se venge, mais le laborieux persiflage d'une illusoire supériorité.\nL e s générosités de la vie lui m a n q u e n t , et, aussi, ses puissances, la passion\nqui exalte la pensée, la fait se surpasser elle-même, — passion, quelle qu'elle\nsoit, de la beauté, de la vérité ou de l'erreur, m ê m e . . .\n    J e u n e penseur sur u n e vieille colonne, l'auteur de ce livre s'est mis, pour\nainsi dire, entre ciel et terre, trop loin des nuages et, à la fois, du sol. Sa\npensée passe entre les deux, et il semble qu'elle ne sache ce que c'est que\nrêve, ni que vie. P e u t - ê t r e , M. W é r y connaîtra-t-il u n jour l'un et l'autre,\nlorsqu'il sera descendu de son piédestal et, sans doute, n o u s l'apprendra-t-il,\nalors, dans un style, non moins habile que celui du Stylite, mais qui, à force\nde tension et de contrainte, aura fini par acquérir de la souplesse et de la\ncouleur.\n\nL a Domination espagnole d a n s les P a y s - B a s à la fin du\n    r è g n e d e P h i l i p p e I I , par M. ERNEST GOSSART. — (Bruxelles,\n    Lamertin.)\n   M. Gossart achève, p a r l a publication de ce volume, l'histoire de la domi­\nnation espagnole dans les Pays-Bas, dont nous avons eu l'occasion de faire\nl'éloge ici-même. I1 nous d o n n e aujourd'hui le récit excellent, appuyé d'une\nvaste documentation, de la période qui s'écoula de l'arrivée de Requesens\ndans nos provinces j u s q u ' a u x débuts du règne des archiducs Albert et Isa­\nbelle, qui mit fin à l'état de trouble, de supplices et d'anarchie où le pays se\ndébattait depuis si longtemps. L'œuvre de M. Gossart se termine par un por-\n"}, {"page_pdf": 644, "texte": "                                      LES LIVRES                                   541\n\ntrait de P h i l i p p e II où cette sombre et repoussante figure apparaît d a n s son\nvrai jour, avec tout ce qu'il y avait d'absolutisme dynastique, d'incertitude\npolitique et de bonté familiale dans la déconcertante personnalité de ce\nprince.\n\n\nL e s S a i n t s : Sainte Colette (1381-1447), par M. P I D O U X . — Le Vénérable Père\n   Eudes (1601-1680), par M. H . JOLY. — (Paris, Lecoffre.)\n   On sait l'action réformatrice de sainte Colette sur les ordres franciscains en\nFrance et en F l a n d r e . M. P i d o u x , après M. Alphonse Germain, nous donne\nun bon récit de la vie de celle que l'on n o m m a i t , comme sainte Claire d'As­\nsise, la « petite ancelle de Jésus-Christ ».\n   Le P è r e E u d e s , auquel M. Joly consacre une belle étude fouillée et solide,\npourrait aussi être considéré comme un réformateur, à certains égards, par\nl'influence salutaire qu'exercèrent sur le clergé de son temps les missions de\nsa congrégation de Jésus et Marie et la fondation des séminaires à laquelle il\na attaché son n o m . Figure d'apôtre pleine de feu, de persévérance et d'énergie,\ndont M. Joly s'est attaché, dans sa captivante monograghie, à retracer avec\nfidélité et pénétration la physionomie a r d e n t e .\n\n\nL'Italie intellectuelle et littéraire au début du XX e siècle,\n  par M. ALBERT R E G G I O . —- (Paris, Librairie académique, Perrin.)\n   M. Reggio est sévère pour la pensée italienne m o d e r n e . « L'Italie,\nconclut-il, a surtout besoin de moralité philosophique et de désintéressement\nspirituel. » Son art et ses lettres souffrent, selon lui, des effets du régionalisme,\nd'un côté ; de ceux du dogmatisme traditionnel ou du scepticisme, de l'autre :\nferments de désordre ou de stérilité.\n   Des œuvres g r a n d e s et magnifiques plaident, cependant, contre la rigueur\nde ce jugement, semble-t-il, et, d'autre part, la péninsule n'est pas seule à\npâtir de l'incertitude de la pensée c o n t e m p o r a i n e .\n   On lira, cependant, avec fruit l'intéressant ouvrage de M. Reggio qui\nabonde en vues pénétrantes et justes, malgré l'accent de blâme, un peu trop\npersistant, à notre avis, de l'auteur.\n\n\nJ a c q u e s Daret, peintre tournaisien du XV e siècle, par\n   M. H O U T A R T . — ( T o u r n a i , Casterman.)\n   Intéressante notice colligeant et commentant les documents que l'on\npossède sur les peintres du XVe siècle, originaires de T o u r n a i : Robert\nCampin, l'improbable maître de Roger van dcr W e y d e n ; sur celui-ci, qui\nayant eu un fils, né à Bruxelles en 1425, y était déjà franc-maître depuis\nlongtemps, sans doute, lorsque, en 1432, il fut reçu en cette qualité à la\ngilde de T o u r n a i , formalité obligatoire pour les peintres étrangers à la ville\nqui venaient y travailler; sur Jacques Daret, enfin, que M. H u l i n a tenté\nd'identifier avec le maître de Flémalle.\n                                                                  ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 645, "texte": "                            NOTULES\n\n    L e m o n u m e n t C h a z a l . — Nous partageons absolument l'avis émis\nrécemment par le XXe Siècle au sujet de l'emplacement de ce monument et\nnous faisons nôtres les paroles suivantes :\n    Enfin ! voici qu'on annonce la prochaine édification du monument destiné à\ncommémorer la si longue et si substantielle carrière du général baron Chazal.\nOn sait que depuis cinq ans les fonds nécessaires à l'exécution du monument\nreposent au Ministère de la Guerre. On sait aussi que depuis la même époque\nla maquette du sculpteur Desenfants avait, à la suite d'un concours, été\nadmise par le comité exécutif et par l'administration des Beaux-Arts. M. le\nministre de la guerre Hellebaut vient d'en décider l'exécution.\n    Tout est donc bien qui finit bien. Mais cela pourrait finir mieux. Il est ques­\ntion, en effet, d'ériger le monument au camp de Beverloo. Pourquoi au camp\nde Beverloo? Elle est vraiment superbe cette maquette que nous venons\nd'aller revoir dans le grand atelier où s'atteste par tant d'œuvres de talent si\nsouple l'art si sincère d'un de nos plus grands et modestes statuaires. Elle est\naussi intéressante par l'ingéniosité de la conception que par la maîtrise de\nl'exécution.\n    Sur la face antérieure d'un énorme monolithe de pierre bleue, un bas-relief\nreproduit le tableau de De Keyzer, qui se trouve au Musée de Bruxelles et\nqui représente Chazal, sortant de l'hôtel de ville, muni des pleins pouvoirs\ndu gouvernement provisoire. Sur ce premier monolithe de 5m50 de côté\n s'élève un bloc pyramidal tronqué, sur lequel se détache en bronze un faisceau\n d'armes recouvert d'un drapeau symbolisant la garde de la frontière belge\n confiée en 1870 au général Chazal. Au seuil de la pyramide est couché le lion\n Belgique, la face tournée vigilante vers l'étranger, la patte étendue en une\nattitude de force souple et où l'on sent la griffe prête à frapper. Derrière la\n pyramide, le premier canon à culasse dont Chazal dota l'armée et qui nous\n mettait à cette époque au tout premier rang au point de vue de l'armement de\n noire artillerie.\n    Puis, s'enlevant sur le tout la statue du général, admirable de force virile\n et de martiale élégance, les jambes nerveuses sortant des bottes, moulées\n dans la culotte de peau, la main gauche appuyée sur le sabre recourbé,\n l'épaule droite couverte du manteau, la tête fine, le regard ferme, le port\n crâne : tout cela constituant un ensemble infiniment harmonieux, infiniment\n ressemblant — M. Desenfants a connu Chazal — et vraiment expressif\n du vaillant soldat qui fut aussi un écrivain de valeur et un orateur brillant.\n    Il serait fâcheux assurément de priver Bruxelles — pour le confiner au\n camp — d'un monument de ce mérite. Bruxelles n'en a déjà pas trop et la\n"}, {"page_pdf": 646, "texte": "                                      NOTULES                                      543\n\nplupart de ceux qu'elle possède n'ont avec l'esthétique que des rapports plutôt\nlointains. Ce ne sont non plus les emplacements qui m a n q u e n t . Il y a la place\nDailly, devant la caserne des carabiniers. Mais il y a surtout u n emplacement\nidéalement militaire sur le boulevard, entre les deux casernes des guides,\ndevant la place des manœuvres. Les deux casernes sont séparées par une\ntriste allée semée d'arbres. R i e n ne pourrait mieux relier les casernes, que\nl'on a symboliquement ornementées déjà d'attributs militaires, que ce\nfier et svelte m o n u m e n t consacré à la mémoire d'un des plus illustres chefs\nde notre a r m é e . E s p é r o n s que l'emplacement actuellement indiqué ne l'est\npas d'une façon définitive et que l'emplacement que n o u s signalons, déjà\nsignalé d'ailleurs par des h o m m e s particulièrement compétents dans l'armée\net dans les arts, sera choisi pour la plus g r a n d e gloire du général baron Chazal\net des siens, comme pour le plus grand profit de la capitale, de ses habitants\net d e ses visiteurs.                                                  (XXe Siècle.)\n\n                                         ***\n\n   L e s l a n g u e s v i v a n t e s . — Il est de la plus haute importance de\nconnaître à fond les langues vivantes, a u moins les principales et spéciale­\nment l'anglais et l'allemand. N o u s recommandons instamment, à ce sujet,\nles publications de J o s e p h Kloth, professeur de langues m o d e r n e s . Il expose\nd'une façon lumineuse et absolument convaincante sa méthode si logique et\nsi nette dans une brochure des plus intéressantes : Les langues vivantes. Question\nde méthode. N o u s recommandons aussi les travaux antérieurs du même auteur\net particulièrement : L'allemand facile en deux parties, et A travers la grammaire\nanglaise. Ces deux derniers opuscules aideront puissamment à se familiariser\navec les langues allemande et anglaise tous ceux qui s'en serviront. Les\npetites brochures de M. Kloth nous paraissent être l'œuvre d'un professeur\nexpérimenté et habile. On peut se procurer ces publications chez tous les\nlibraires ou chez l'auteur, 14, rue Souveraine, à Bruxelles.\n\n                                         ***\n\n  Le troisième volume d' « Anna Karénine », qui forme le\ntome X V I I de la collection des Œuvres complètes de Léon Tolstoï, vient de\nparaître à la Librairie Stock.\n   L a récente mise en scène de cette œuvre capitale du célèbre écrivain russe\na réveillé en quelque sorte l'attention du grand public à son égard. Nulle\npart, mieux que d a n s cette nouvelle traduction, rigoureusement intégrale, on\nne trouvera u n e meilleure ni u n e plus complète version de ce chef-d'œuvre.\nFidèlement interprété, sans aucune coupure, le texte de Léon Tolstoï se\nprésente au lecteur d a n s ce troisième volume d'Anna Karénine, ainsi que les\ndeux précédents, aussi exactement reproduit que s'il lui était donné de\npouvoir le lire dans sa forme originale.\n\n                                          ***\n"}, {"page_pdf": 647, "texte": "544                                     DURENDAL\n\n\nAccusé de réception :\n   A R T : Dijon et Beaune, par A. KLEINCLAUSZ. Ouvrage orné de 119 gravures.\n(Collection : Les villes d'art célèbres. P a r i s , L a u r e n s ) . — Paul Potter, par\nE M I L E M I C H E L . Biographie critique illustrée de 24 reproductions hors texte.\n(Collection : Les grands artistes. P a r i s , L a u r e n s ) . — Prud'hon, par E T I E N N E\nBRICON. Biographie critique illustrée de 24 reproductions hors texte (Idem).\n— Danmier, par HENRY MARCEL. Biographie critique illustrée de 24 repro­\nductions hors texte (Idem). — Velasquez. Des Meisters Gemalde in 146\nabbildung, mit einer biogiaphischen Einleitung von W A L T H E R GENSEL\n(Klassiker der Kunst in Gesamtausgaben (Stuttgart u n d Leipsig. Deutscher\nVerlages-Anstalt). — Raphaël. Des Meisters Gemalde in 202 abbildung, mit\neiner biographischen Einleitung von ADOLF ROSENBERG (Idem). — L'art et\nl'idéal, par JOSÉ HENNEBICQ (Paris, Sansot).\n  L I T T E R A T U R E : Alsace champêtre : Leparfait village, p a r CARLOS FISCHER\n(Paris Sansot). — L ' â m e féminine, par P O L DEMADE ( N a m u r , G o d e n n e ) . —\nLa boule de vermeil, par P I E R R E DE QUERLON. Notice par J a c q u e s des Gâchons.\n(Paris, Mercure de France). — Les féeries intérieures, 1885-1906 (les Reposoirs\nde la procession, 3 e série), par S A I N T - P O L - R O U X ( I d e m ) . — Ecrits des lettres\nchoisies, d'EuGÈNE CARRIÈRE, avec son portrait par lui-même (Idem).\n M U S I Q U E : Smetana, par WILLIAM R I T T E R (Collection : les Maîtres de la\nmusique, Paris, Alcan).\n    P H I L O S O P H I E : Philosophie et philosophes, par A. SCHOPENHAUER.\nT r a d u c t i o n avec préface et note par Aug. Dietrich (Paris, Alcan). — Philo-\nsophes contemporains, par HARALD H Ö F F D I N G . T r a d u i t de l'allemand, par\nA . Tremesaygues (Idem).\n   P O É S I E : La route au soleil, par JEAN MARTINEAU ( R o u b a i x . E d . du Beffroi).\n— Poèmes élégiaques, par LAURENT TAILHADE (Paris, Mercure de F r a n c e ) . —\nFifre et pipeau, par E M I L E DESPRECHINS (Bruxelles, Verbeke).\n  R O M A N S : Contes et récits d'un Bruxellois, par LÉOPOLD COUROUBLE. Illustré\nde huit planches hors texte de Constant Dratz et de deux dessins d'après\nnature (Bruxelles, Lacomblez). — Le nimbe noir, par PELADAN (Paris, Mer­\ncure de F r a n c e ) . ' — Anna Karénine, t. I I I . Œ u v r e s complètes du comte LÉON\nTOLSTOÏ. T . X V I I . T r a d u c t i o n de Z . - W . Bienstock ( P a r i s , Stock). — L'âme\nLimousine, au p a y s de la Chabrette, p a r JEAN NESMY (Paris, Librairie natio­\nnale). — Le pur métal, par FRANZ FOULON (Bruxelles, W e i s s e n b r u c h ) .\n   V A R I A : Un mouvement mystique contemporain. Le réveil religieux du pays de\nGalles (1904-1905), par J . ROGUES DE FURSAC (Paris, Alcan). — La vie sociale\net ses évolutions, par E R N E S T VAN BRUYSSEL (Paris, F l a m m a r i o n ) .\n"}, {"page_pdf": 648, "texte": "                                                       GLAISE\n                          7er9 PLACE DE BROUCKÈRE\n                                        X   pi/VGLE ÛE LA RUE   fOSSÉ   AUX £0UPS   X\n\n   . C H O Q U E et Z O R N _\n             TÉLtPM.2014\n\n\n\n\n               LA C O M P A G N I E                ANGLAISE\noffre un choix très agréable des plus belles nouveautés anglaises, les dernières\nparues pour la plage et le tennis        * * * * * * * * * * * * *\nS E S MODÈLES sont d'une coup* tris correcte et d'une élégance extrême;\ntous les plus jolis détails de la mode y sont appliqués         * * * * * * *\nSES VÊTEMENTS DE TOILE ET TUSSOR sont exécutés avec les mêmes soins\nde coupe que ceux de laine; Ils sont de teintes et de dessins jolis et très utilisables\n"}, {"page_pdf": 649, "texte": "FABRIQUE DE MATELAS\n                     Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                        médaille d'Or à l'Exposition internationale de Bruxelles 1897\n\n                    BERVOETSliïÊLEMANS FOURNISSEUR DE LA COUR\n         6, 8, 10, 12, Rue du Midi *» BRUXELLES\nUsine à vapeun, Lavoir de laines : « U E IDES GOUJONS, 120\n\n             THE GRESHAM\n           (Compagnie d'assurances sur la vie)\n                 Fondée à Londres 1 8 4 8\n              Etablie en Belgique en 1 8 5 5\n                   Actif : près rie 2 3 3 millions\n                                                                  Paul Claessei?s\n                                                                        Relieur-doreur de S A R. Mme la Comtesse de Flandre\n             Sinistres j n)è* en Helpiqne • 3 2 millions\n                 PRIMES        MENSUEI-L.ES                             24, rue de Berlafmont, Bruxelles\n                       6UCCUB' «LE B E L f E       :\n             3, place Royale, B R U X E L L E S\n\n                                      I    P\n                                           £           ENCADREMENTS * * * * *\n                                                                                                      Par salie de décès\n                                           V DORURE ET SCULP-\n                                           E                                                         LIQUIDATION\n                                           R T U R E SUR BOIS * * * * *\n                                           D                                                                     DE\n                                           U\n                                           S ESTAMPES * * * * * * * * *\n                                           S\n                                           E\n                                                                                                   300 VOITURES\n                                           N GRAVURES ANCIENNES                                    Vente à toute\n                                               u       N . B . — LES GRAVURES ANCIENNES                 offre acceptable\n                                                       SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT\n                                                                                                     7 1 , rue Goffart\n                                               Jj      D'AUTHENTICITÉ   . ». «      .»   « «\n                                                                                                        IXELLES\n\n\n\n\n       LA NUTRICIA                             Société Anonyme\nTéléph.     274*                                                                                            LAEKEN\n\n\n\n     Alimentation d e s Nourrissons\nEnvoi direct a u x clients de l a province, p a r provision d'une semaine, d a n s les villes\n                                où il n ' y a ni succursales ni dépôts\n\nProspectus gratis sur demande                                             Liège 1905 : G R A N D P R I X\n"}, {"page_pdf": 650, "texte": "A paru à la Librairie VROMANT\n\n                                                                                 Prix : fr. 3 . 5 0\n\n\n                              FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                             BRUNETIÈRE — BOURGET — HUYSMANS\n                                DE QUELQUES LEÇONS D'ENERGIE\n                                   VERHAEREN E T DEMOLDER\n                             P, D E HAULLEVILLE — GUIDO GEZELLE\n                              GEORGES RODENBACH — MAX WALLER\n         EDMOND PICARD — GUILLAUME VERSPEYEN — H. CARTON DE WIART\n                                         ETC., J:TC.\n\n\n\n  En vente ehez l'éditeup tfromant, 3, rae de la Chapelle, Bruxelles\n\n     Editions de D U R E N D A L\n                                                          LE STANDARD\nLe Chant des Trais Règnes\n             POÈME      MYSTIQUE\n                                                      Compagnie d'assurances sur la vie, fondée en 1825\n                                                                   ACTIF : 2 7 8 MILLIONS\n\n                       PAU                               Prinolpaux avantages de la Compagnie '.\n    Georges ^A^IAEKEfiS                               i° Polices incontesta- 3° Tarif avantageux.\n                                                        bles après deux ans 4° Participation impor-\n                                                        de date.                      tante des assurés dans\nAdresser les commandes a la Direction                 2° Prêts sur polices            les bénéfices de la\n             de DURENDAL                                ayant trois ans de            Compagnie.\n                                                        date.                       5° Prêts hypothécaires.\n  2 2 , rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n                                                          S'adresser tour renseignements et prospectus à la\n           P r i x : 3 fr. 5 0                                      DIRECTION          OÉNtRALI\n                                                      28. PLACE DE BROUCKÈRE, 2 8 , BRUXELLES\n                                                         Téléphone 949 — Adresse télégraphique s Standard-Bruxelles\n    POUR VOS CIGARES FIflS\n                                à I»                            En vente chez M U R A I L L E\n                                                         45,    RUE DE L'UNIVERSITÉ, 4 5 , LIÈGE\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                         J.    RYELANDT\n\n             DÉPÔT DE FABRIQUE                        SAINTE CÉCILE\n                                                                          Drame musical\n   15 — Avenue Louise— 15                                      Réd. pour chant et piano : 1 5 francs\n                                                                   PUHGATORIUM\n             BRUXELLES                                      Oratorio.— Réduction pour chant et piano : 6 francs\n                                                                N O O R D S E E (Mer du Nord)\nP.-S. - Arrivages réguliers de cigares de la Havane        5 esquisses pour piano. — 3 francs.\n\n\n\n  PIANOS                         STEINWAY                                      & SONS\n              NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\n Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr. MUSCH, 224, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 651, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                                  mm       m ^IB w       wu\n\n    Dépôts de fonds en Comptes-Chèques, disponibles à vue : 1 1/2 p. c. sans commission\n       Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1 9 0 2 : 2 . 9 7 p. c.\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.\n                                   ORDRES DE BOURSE\n                Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n           Prêts sur titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n\n    ARMES DE CHASSE\n             Maison Albert DE BRUS & O\nB R U X E L L E S , 71, Rue de la Madeleine, 71, B R U X E L L E S\n\n                         Seuls A g e n t s en Belgique de l a\n      Sun Manufacturera Ch. Osborne et C° Ld, de Birmingham\n\nCartouches Eley, Bachmann, Coopal, Mullerite, etc., etc.\n                            au prix de leur catalogue\n\n\n       Spécialité de Fusils HAMMERLESS\n\n               ARTICLES POUR CHASSEURS\nNETTOYAGE                          —        ^        —                REPARATIONS\n            Usines à Liège : 128, rue Hors-Château, 128\n\n\n                                                                   !99, rue Royale, 99\nPIANOS DE SMET                                                        BRUXELLES\n\n\n           IMPRIMERIE                           SCIENTIFIQUE\n                             TYPO, LITHO ET CHROMOLITHO\n                    SPÉCIALITÉ D'ILLUSTRATIONS DE GRAND LUXE\n                       PHOTO-CHROMOGRAVURE EN TROIS COULEURS\n\n\n•     CHARLES                     BULENS,                           ÉDITEUR                .\n                      75,    RUE TERRE-NEUVE,                      75\nTÉLÉPHONE 505                          ______                       BRUXELLES\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles B U L E N S , Editeur, rue\nTerre-Neuve, 75, Bruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 8, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1907-08", "signet_source": "Quatorzième année - N°8 - Août 1907", "preuve": "Couverture conservée (PDF 576) : « Août 1907 — 14me Année — N° 8 » ; sommaire (PDF 578) : « 1907 — 14e Année — Sommaire du n° 8 (Août) ». Pagination 481-544, à la suite du n° 7 (juillet) ; la rubrique « Les Livres » cite les numéros de juillet de L’Art flamand et hollandais, de L’art et les artistes et du Burlington Magazine ; la Lettre de Paris annonce la mort de M. Edmond Demolins.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}