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I4me Année.                        N« 10.\n\n\n\n\n           REVUE CATHOLIQUE*\n              <0E LITTERATU;\n\n\n\n\n                                 A ••• •\n\n\n\n\n                 •.••.••••••.•.VI ••'•V\n\n\nBRUXELLES, rue du Grand-Cerf, M . — PARIS, avenue de la Grande-Armée, 61.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-202", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PLAGE DE WESTENDE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 729, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 4655, "texte": "PLAGE DE WESTENDE\n                                             (BELGIQUE)\n\n                                      Plage de sable fin située entre\n                                           Ostende et Nieuport.\n                             Villégiature hygiénique, loin des agglomérations\n                                    comme des embouchures de rivières\n\n                           Villas et cottages confortables à des prix avantageux.\n                                  Approvisionnements faciles sur place.\n                                     BAINS          G R A T U I T S\n                                *- Service- de sauvetage communal. —-\n                                   Service religieux pendant la saison.\n                           KURSAAL — RESTAURANT — GARAGES — ECURIES — REMISES\n                              Les plus luxueuses installations sportives\n Villas et Terrains                            du Littoral.                                 Villas et Cottages\n   à vendra par annuité!   Location de tentes sur la plage et de costumes de bain                  à louer\n                                T r a m w a y électrique à servie» Intensif\n                                 Vicinal — Télégraphe — Téléphone\n                             ÉCLAIRAGE ELECTRIQUE DE LA DIGUE\n                                         DES AVENUES ET DES VILLAS\n\n\n                      ^i Agence Immobilière pour la vente et location les villas\n                               A moin» de 80 minutas d'ostende, i 2 h. 1/2 de Bruxelles.\n\n                                                                        Le WEST END' HOTEL est ouvert à\nWESTE1ND' HOTEL                                                       partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                                      Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au corn-\n                                                                      mencement et à la fin des saisons, arran-\n               DIGUE DE MER                                           gements très avantageux pour les familles\n                                                                         faisant un séjour paolougé à l'hôtel.\n   T É L É P H O N E N*        41                                          75 chambres parfaitement aménagées.\nRéseau du littoral par                                                       Vie de famille. Eclairage électrique.\n                                                                               Chambres spacieuses. Ameuble-\n     Nieuport.                                                                       ment moderne esthétique et\n                                                                                      confortable. Balcons et ter-\n                                                                                       rasses. Salle de musique.\n                                                                                        Salle de billard. Salle de\nAppartement*\n                                                                                          récréation pour Us en-\n avec salon                                                                                   ,     fants. S a l o n s\n                                                                                          r,\\j% I de lecture et de\n                                                                                          •fft.'-IL correspondan-\n                                                                                                    ce. Cuisine soi-\n                                                                                                    gnée. Caves\n                                                                                                     recomman-\n                                                                                                    dée-.\n\n      LA            FERMETTE                                  WESTENDAISE\n                            LA. CAMPAGNE A. L A                               MSB\nJeux d'enfants. — Promenades à Anes. — Tir à la perche. — Jeu de boule. — Installations\n        sportives. — Café eramique. — Lait frais. — Glaces, r- Consommations de choix.\n                      OUVERTURE                       L E 1« J U I N                   1907\n                                            A BRUXELLES, 6 4 , boulevard d e l à Senne (Téléph. 2 2 8 6 ) .\n                                            A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Télé-\n                                               phone 8 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-203", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 730, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n\n                                 1907 — 14» Année\n\n\n\n                Sommaire du n° 10 (Octobre)\nL'abbé HENRY M Œ L L E R . — Le Ministre des Littérateurs     .   .    .   609\nGEORGES RENCY. — Le Héros                                                  614\n                — Poèmes :\nP I E R R E NOTHOMB.\n                      Soir d'Eté ;\n                      Crépuscule;\n                      Fugue;\n                      La Conque;\n                     Plainte ;\n                      Pluie de mai;\n                     Sur la grève                                          622\nTANCRÈDE DE VISAN. — Lettre à l'Elue                                       5a6\nP A U L CORNEZ. — Le Moine                                                 629\nA.-D. SERTILLANGES. — D u rôle de l'art en apologétique (suite)            63o\nFRANZ A N S E L . — A propos d'une anthologie                              641\nL'abbé F . VERHELST. — La chanson populaire                                646\nALPHONSE DE W I T T E . — La médaille à l'exposition générale des\n                                  Beaux-Arts, Bruxelles igoy   . . .       65o\nFIRMIN VANDEN BOSCH. — L'Art à l'école                                     653\nLes livres                                                   » . . .       656\nNotules .                                                                  670\nIllustrations. — P o r t r a i t du baron Descamps-David, ministre\n                     des sciences et des a r t s .\n                   Le Cyrénéen interpellé p a r les Juifs (ERNST\n                       WANTE).\n                  L a médaille commémorative de ^'inaugura-\n                    tion du port de mer de Bruges (œuvre de\n                       GODEFROID DEVREESE).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-204", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE ABONNEMENT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 731, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 324, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n    ABONNEMENT : 10 francs par an; ETRANGER : 1 2 fiancs (port compris)\n         (pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, a Bruxelles)\n                                PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-205", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 731, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 324, "fin_caractere_exclue": 3363, "texte": "Comité de rédaction de DURENDAL :\n                          M M . H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                   L'abbé H E N R Y      MŒLLER.\n                                   F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                    Secrétaire de la Rédaction : GEORGES V I R R È S\n                             Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n       M . H E N R I M A Z E L , avenue d e la Grande-Armée, 6 i , P a r i s .\n\n               P R I N C I P A U X C O L L A B OHR\n      FRANZ ANSEL.\n                                                   ATEURS :\n                                                 . FIÉRENS-GEVAERT.\n      MAURICE BEKAERT.                                     ARNOLD GOFFIN.\n      PIERRE BILLAUD.                                      FRANZ H E L L E N S .\n      EDGAR BONEHILL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                     JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                        VICTOR KINON.\n      GEORGES BRIGODE.                                     GoDEFROID KuRTH.\n      H É L È N E CANIVET.                                  PAUL LAMBOTTE.\n      MARIE CLOSSET.                                       L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                              S É B . - C H . LECONTE.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                              CHARLES MARTBNS.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                              P A U L MUSSCHE.\n      H E N R I DAVIGNON.                                  EDOUARD N E D .\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                            JEAN NESMY.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                  CHARLES NICAISE.\n      ERNEST DE LAMINNB.                                   PIERRE NOTHOMB.\n      LOUIS L)ELATTRE,                                     ERNEST PÉRIER.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKB.                     GEORGES RAMAEKERS.\n      L e baron G. ÛELLA FAILLE.                           GEORGES RENCY.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                     BLANCHE ROUSSEAU.\n      Dotn BRUNO DBSTRÉE.                                  JOSEPH RYELANDT.\n      JULES DESTRÉE.                                       FERNAND SÉVERIN\n      Vicomte D'HENNEZEL.                                  HENRY VAES\\\n      MAURICE DULLAERT.                                    EMILE VERHAEREN.\n      J. ESQUIROL.                                         L'abbé F R . VERHELST.\n      EMILE FERMAUD.                                        LÉOPOLD WALLNER, etc., etc.\n      LAURENT FIBRBNS.\n\n                Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\nIl êtrs rendu comité dans DURENDAL     de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à la Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes, d'abonnements, s'adresser a u\nsiège de la Rerue. 2 2 , rue du Grand-Cerf; pour la publicité, 4 6 , rue Neufchatel, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-001", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 609, "page_fin": 613, "titre_corps": "Le Ministre des Littérateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Le Ministre des Littérateurs Bien faire et laisser dire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 734, "page_imprimee": 609, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "Le Ministre des Littérateurs\n  Bien faire et laisser dire.                           Hommage\n                                           au   Baron    DESCAMPS-DAVID,\n                                            Ministre des Sciences et des Arts.\n\n                   ENFIN ! nous avons unministre des Belles-Lettres\n                  et, chose tout à fait inouïe en Belgique, ce\n                  ministre daigne s'occuper de nous, il apprécie\n                  la littérature, il estime les écrivains; il ne se\n                  contente pas de jeter, à ses moments perdus,\n                  un regard distrait et ennuyé sur eux ; il a le\n                  souci de leur gloire, il prend à cœur leurs\n                  intérêts et se préoccupe de leur avenir. Il a\ninauguré son règne par cette bonne parole : ma présence au\nMinistère n'a d'autre raison d'être que de mettre les litté-\nrateurs belges en possession de leurs droits. Les littéra­\nteurs n'étaient guère habitués à une telle courtoisie de la part\ndes personnages officiels. Jadis quand un ministre ne les\nméprisait pas tout à fait et ne leur lançait pas une soupière à la\ntête lorsqu'ils avaient le toupet de lui parler de littérature, ils\npouvaient déjà être très satisfaits. L'un d'eux à qui un écrivain\ns'était hasardé d'offrir un roman le lui retourna avec ces mots :\n« Que voulez-vous que je fasse avec cela! » Dans les derniers\ntemps la situation s'était améliorée, grâce à l'appui que nous\nprêtèrent, à la Chambre des Représentants, quelques députés\nintelligents et lettrés. Mais nous n'eussions jamais rêvé d'avoir\nun jour un ministre à nous, un vrai ministre des Belles-\nLettres, un ministre osant se poser crânement en protecteur\nde la littérature.\n   L'avènement du baron Descamps a comblé nos vœux au delà\nde toutes nos espérances et il est en voie de se créer parmi nous\nla plus belle, la plus saine et la plus méritée des popularités. Il\nvient de poser un acte qui lui conquiert d'emblée toutes nos\nsympathies. Cet acte est le fait d'un homme à la fois prime­\nsautier et courageux.\n   Il y a une sainte, qui, Dieu merci, n'est pas enregistrée dans\n"}, {"page_pdf": 735, "page_imprimee": 610, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "610                           DURENDAL\n\n\n\n le catalogue liturgique de l'Église, pour laquelle le monde des\nmédiocres qui constitue la majorité du genre h u m a i n professe\n une grande dévotion, c'est la Sacro-Sainte Routine. Elle règne\nen maîtresse dans la société. Elle est l'ennemie née de l'homme\nde génie. Elle est la négation brutale du progrès qu'elle rend\nimpossible, en paralysant les plus belles initiatives. Nous la\n détestons parce qu'elle a la haine de la beauté, la haine de tout\nêtre qui se distingue, la haine de la personnalité. Son influence\nest colossale parce que ses dévots sont légion. Ceux-ci c'est la\nfoule des cancres, qui la cultivent pour le bon motif qu'ils n'ont\nd'importance eux-mêmes que grâce à elle et par elle.\n    E t q u a n d un h o m m e , surtout un h o m m e de gouvernement, a\nassez d'envergure et de force de caractère pour fouler aux\npieds cette Routine, à laquelle tout ce qui est officiel est, à peu\nd'exceptions près, agglutiné comme une moule à un brise-\nlames, je dis que cet h o m m e n'est pas le premier venu. Il est\ngrand. Il est noble. Il doit être a p p l a u d i et je m'empresse de\nlui tirer mon chapeau et de le saluer jusqu'à terre.\n    L e baron Descamps vient de prouver d'une façon éclatante\nqu'il est cet homme-là et nous ne saurions assez l'en louer.\nT o u s les lettrés lui doivent une reconnaissance sans borne,\npour la noble attitude qu'il a prise dès le principe vis-à-vis\ndes hommes de lettres, d a n s un pays où jadis le gouver­\nnement les considérait comme non existants, et spécialement\npour le geste superbe qu'il vient de faire en n o m m a n t un\npoète, F e r n a n d Séverin, professeur à l'Université de G a n d . Il\na du coup rendu à la littérature en Belgique son prestige. Il a\nrelevé la statue de la B e a u t é et l'a replacée sur son piédestal\ncomme une reine, comme la reine qu'elle est et qu'elle doit\nêtre chez tout peuple civilisé.\n    Q u a n d le bourgeois passe à côté d'un littérateur, il hausse\nles épaules avec mépris, il le regarde de travers et s'écrie avec\nironie : « C'est un poète! » Ce qui veut dire, dans la monstrueuse\nmentalité de ce cuistre : « un propre à rien ! » E h bien, le\nministre Descamps a dit à ce poète : « L e bourgeois vous mé­\nprise, mais moi je vous estime. Montez en chaire, c'est votre\nplace. Enseignez la beauté. Relevez le niveau des esprits.\nProuvez au bourgeois qu'il y a autre chose ici bas que le terre\nà terre misérable de l'existence, qu'il y a l'art, qu'il y a la litté­\nrature, qu'il y a le génie, et que l'homme, comme le disait\n"}, {"page_pdf": 736, "page_imprimee": 611, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "                      LE   MINISTRE       DES LITTÉRATEURS                              611\n\n\n\nHello, a plus besoin pour vivre d'une pensée enrobée de magni­\nficence que d'un morceau de pain. »\n    Voilà la signification du geste ministériel qui a ouvert aux\nlittérateurs une chaire universitaire.\n    Il va de soi que cela ne s'est point passé sans difficultés. Nous\nle devinons, le baron Descamps aura été assailli par le monde\ndes réactionnaires, il aura eu à lutter contre toutes les influences\nacadémiques, officielles ou officieuses, et il sera en but — il l'est\ndéjà — aux attaques des pions. Qu'importe! Nous croyons con­\nnaître assez le caractère chevaleresque du nouveau ministre\npour être convaincu qu'il y sera insensible.\n    Quant à nous, nous félicitons le Ministre d'avoir osé, en dépit\nd'une routine indéracinable, nommer un littérateur à la chaire\nde littérature de l'Université de Gand, chose qui en d'autres\npays paraîtrait tout à fait logique, et nous le félicitons ensuite\ndu choix judicieux qu'il a fait du titulaire. F e r n a n d Séverin\n était vraiment l'homme désigné (1). C'est un admirable\n poète, un des plus purs et des plus vrais poètes de ce temps et il\n est doué comme pas un des qualités qui font le vrai professeur.\n     Non seulement il sait enseigner, ce qui est peu de chose, mais\n il sait e n t h o u s i a s m e r la jeunesse, ce qui est tout. Enfin, outre\n qu'il est parfaitement au courant de l'histoire de la littérature,\n chose nécessaire, quoique secondaire, il est à même de juger les\n œuvres et les hommes que cette histoire comporte, ce qui est le\n point capital. T o u s les écrivains belges ont ratifié à l'unani­\n mité le choix du baron Descamps. Il peut être fier de l'acte\n qu'il a posé et il doit être heureux de se voir acclamé par l'élite.\n Ces félicitations lui seront une ample compensation pour le\n mépris des routiniers.\n     A la nomination d'un littérateur, on a objecté au ministre\n qu'un professeur doit être un savant. E h ! sans doute. Mais un\n homme qui n'est qu'un savant est et sera toujours un piètre\n  professeur. N'avoir que des lieux communs, des formules et des\n  appréciations toute faites dans la cervelle, est un maigre bagage\n\n   (1) Fernand Séverin est né, en 1807, à Grand-Manil ( N a m u r ) . Il est docteur en philo­\n sophie et leltres. Ses œuvres sont : Le Lys (1888) ; Le Don d'enfance (189I) ; Le Chant\n dans l'ombre (1895) ; Poèmes ingénus (1899) ; La Solitude heureuse. (1904). 11 a collaboré à\n diverses revues, notamment à Durendal. Nos lecteurs ont eu la primeur de quelques-uns\n de ses plus beaux vers et de plusieurs de ses poèmes en prose. Lors de la mort de notre\n regretté poète Charles de Sprimont, il m'avait instamment prié de lui réserver l'honneur\n de lui consacrer une étude sur son œuvre, ce qu'il fit d'une façon remarquable.\n"}, {"page_pdf": 737, "page_imprimee": 612, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "6l2                         DURENDAL\n\n\n\npour un pédagogue. Un savant pareil n'est qu'un dictionnaire\net il serait économiquement remplacé par cet instrument agaçant\nqu'on appelle un phonographe. Hélas! nous n'avons déjà que\ntrop de phonographes dans les chaires de nos collèges et de nos\nuniversités.\n   Le savant doit être doublé d'un artiste pour être un bon pro­\nfesseur, La pédagogie n'est pas une science, mais un art dans\ntoute la forcede l'expression, un art qui ne s'acquiert paraucune\ngymnastique intellectuelle, un art à l'absence duquel ne supplée\naucun diplôme de n'importe quelle université. On naît profes­\nseur, comme on naît poète, comme on naît orateur, comme on\nnaît peintre. L'étude est incapable de procurer ce don à qui ne\nl'a pas. Le travail peut donner une certaine habileté mécanique,\nil ne crée pas le professeur, pas plus qu'il ne crée le poète ou le\npeintre. Si cela est vrai en ce qui concerne l'enseignement en\ngénéral, cela est de la dernière évidence, en ce qui regarde\ncelui des Lettres.\n   Par conséquent, quand, pour une chaire de littérature, on\ndoit choisir entre un savant, qui n'est que cela, ce savant fût-il\nun puits de science, et un artiste, le bon sens indique qu'il faut\nnommer celui-ci sans hésiter, parce que la science s'acquiert,\nl'art jamais.\n   Un littérateur seul, en outre, a le droit de citer devant le\ntribunal de sa pensée et de faire passer par le crible de sa\ncritique les œuvres de ses pairs. Le philologue, quelque\nsavant qu'il soit, est dépourvu de toute compétence pour\napprécier l'œuvre littéraire. Il doit se contenter d'admirer en\nsilence. Qu'il admire et qu'il se taise. C'est son vrai rôle.\nNous ne lui reconnaissons pas le droit d'en sortir.\n   On a dit encore que le professeur de littérature devait être\nun historien, puisqu'il doit donner le cours d'histoire de la\nlittérature. Mais, un professeur d'histoire, dont le cerveau n'est\nqu'un enregistreur de faits divers, est dépourvu de toute valeur.\nIl n'en a que s'il est artiste. Nous en avons un exemple frappant\nen Belgique dans la haute personnalité du plus éminent de\nnos professeurs d'histoire, Godefroid Kurth. C'est un érudit\ncomme il y en a peu. Mais d'autres le sont autant que lui. Ce\nqui constitue sa supériorité, c'est qu'en outre c'est un artiste.\nA Liége il donnait ses cours avec un art consommé. Ses livres\nsont des créations. Il n'eût pas été le brillant professeur que\n"}, {"page_pdf": 738, "page_imprimee": 613, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "                  LE MINISTRE DES       LITTÉRATEURS                 6l3\n\n\n l'on connaît et il n'eût certes j a m a i s été capable d'écrire ses\n magnifiques synthèses historiques, qui sont de vraies œuvres\n d'art, s'il n'eût été l'incomparable artiste qu'il est.\n    C'est ravaler singulièrement le niveau des études universi­\ntaires que de réduire le cours de littérature, ainsi que le vou­\nlait un journaliste, à une vulgaire et fastidieuse énumération\nde dates, de noms et de jugements rapides. U n enseignement\naussi étroit et aussi mesquin n'aboutirait q u ' à étouffer les\nintelligences en bourrant les mémoires d'une façon machinale.\n    Nous avons une idée plus haute de la mission du professeur\nde littérature. Il doit éveiller les esprits et faire vibrer les âmes\nen les m e t t a n t en communication avec les h o m m e s de génie de\ntoutes les races et de tous les siècles, non point par la sèche\nanalyse philologique d'un texte, mais par une interprétation\néloquente et vivante, chaude et colorée des chefs-d'œuvre.\n    P o u r donner un cours pareil dans toute son ampleur il faut\nêtre artiste soi-même. Le ministre Descamps l'a compris avec\nnous et c'est pourquoi il a restitué aux écrivains la chaire de lit­\ntérature de nos universités qui leur revient de plein droit et\nqu'on n'osera plus leur enlever désormais. On n'y songera du\nreste même pas quand on aura vu, par l'exemple de F e r n a n d\nSéverin, qui, nous n'en doutons pas, fera honneur au monde des\nlettres, avec quel talent un poète s'acquitte de la sublime fonc­\ntion d'initier la jeunesse au culte de la beauté.\n                                                  HENRY MŒLLER.\n\n\n   P.-S. — L e baron Descamps mérite décidément de plus en\nplus le titre de Ministre des Littérateurs que nous lui donnons\nen tête de cet article. Il vient, en effet, de donner une nouvelle\npreuve de sa s y m p a t h i e pour nos écrivains. Il a nommé notre\ngrand romancier Camille Lemonnier conservateur du Musée\nWirtz et il a confié les cours de littérature de l'école normale\npour régentes de la rue du Marais à deux femmes de lettres :\nB L A N C H E ROUSSEAU, l'auteur d'un des plus exquis chef-d'œuvre\nde ce t e m p s : Nany à la fenêtre et de t a n t d'autres écrits char­\nmants et le délicat poète M A R I E CLOSSET, connue en littérature\nsous le p s e u d o n y m e de Jean D o m i n i q u e . « Bravo! monsieur\nle Ministre! Le journaliste qui s'est ridiculisé en vous mettant\nen demeure de ne plus récidiver en crèvera de d é p i t ! T a n t pis\npour lui ! »\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-002", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 614, "page_fin": 621, "titre_corps": "Le Héros", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "Le Héros Le café Schier", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 739, "page_imprimee": 614, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "Le Héros\n                      LEcafé Schier, ce soir-là, présentait son aspect ordinaire. La\n                        grosse M m e Schier, en camisole blanche, des papillotes dans\n                        les cheveux, somnolait derrière le comptoir et M. Schier,\n                        petit h o m m e gras et sale, jouait aux cartes avec les clients.\n                        On fumait b e a u c o u p , on buvait de la bière blonde et, sur\n                        les tables, les cartes s'abattaient avec de g r a n d s coups de\n                        poing et de lourdes plaisanteries. Il y avait là les habitués\n                        de tous les jours : le juge de paix, le receveur des contri­\n                        butions, le lieutenant de gendarmerie et quelques com­\nmerçants du quartier. T o u t ce m o n d e , u n i q u e m e n t attentif au jeu, ne parlait\nque p o u r crier un chiffre, u n juron de triomphe ou de déception. Ils étaient\nrouges, congestionnés, la pipe ou le cigare dans u n coin de la bouche, les\nyeux fixes, l'air tendu et absent. E t parfois, q u a n d l'un d'eux réfléchissait\nà ce qu'il allait faire, un grand silence moite planait u n instant dans la salle\nenfumée.\n   T o u t à coup, la porte s'ouvrit, u n courant froid entra, souleva la flamme\ndes lampes : un h o m m e restait debout au milieu du café et regardait les\nconsommateurs avec u n e mystérieuse gravité. On sentait bien que la veille,\nou tout a u t r e jour, il serait allé s'asseoir tout de suite auprès des joueurs.\nMais aujourd'hui, quelque chose devait s'être passé, quelque chose qui ne\nlui permettait pas d'agir comme il l'aurait fait en tout autre temps. Il ne\nbougeait pas et ses lèvres serrées gardaient visiblement un g r a n d secret.\nMme Schier, réveillée, fixait sur lui ses yeux ahuris. Elle finit par lui poser\nla question qu'il attendait :\n   — \" E h bien, Monsieur Giroul, qu'ave-z-vous donc? Vous êtes tout chose,\naujourd'hui ?... \"\n   L ' h o m m e fit un grand geste :\n   — « E t il y a de quoi, m a d a m e S c h i e r ! Q u a n d vous saurez ce que\nje sais !... »\n   D'un seul m o u v e m e n t , tous les consommateurs tournèrent la tête vers lui\net l'interrogèrent du regard. Mais il ne se pressait pas de parler ; il se fit\nd'abord verser u n e chope, bourra sa pipe, l'alluma posément et ne se décida\n à ouvrir la b o u c h e qu'après s'être entouré d'un halo de fumée bleue, ainsi\n qu'on voit la statue d'un dieu disparaître dans l'encens de l'autel.\n   — « U n e grande nouvelle, messieurs! prononça-t-il. U n e grande nou­\n velle pour notre c i t é ! »\n    E t il tira de sa poche u n e lettre qu'il étala, toute ouverte, sur la table.\n"}, {"page_pdf": 740, "page_imprimee": 615, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "                                   LE HÉROS                                   6l5\n\nT o u s les yeux convergèrent vers le rectangle de papier b l a n c ; Mme Schier,\nranimée, s'était dressée et regardait aussi, par-dessus les têtes des clients.\n   — « Cette lettre, continua l'important M. Giroul, émane de mon illustre\ncousin, le major Desmet           »\n   Et il attendit pour juger de l'effet. Les visages se revêtirent instantané­\nment d'une grande expression de respect, on s'arrêta de fumer et les mains\ndemeuraient suspendues dans l'air, soutenant le cigare ou la pipe. M. Schier\nse leva et fit le salut militaire.\n   « Le major Desmet est un h é r o s ! dit-il solennellement. Il est l'honneur de\nnotre cité ! »\n   P u i s il se rassit, saisit son verre, le porta jusqu'à ses yeux, regarda un\ninstant la bière limpide qu'il contenait, et le vida d'un trait, avec u n e savante\nlenteur.\n   « E t qu'est-ce qu'il vous écrit, votre cousin ? d e m a n d a le lieutenant de\ngendarmerie, que celte lettre et son auteur impressionnaient moins que les\nautres.\n   — « A h ! ce qu'il m'écrit! dit M. Giroul. Voilà précisément la chose inté­\nressante pour nous tous. Ecoutez bien ce qu'il m'écrit : je vais vous lire sa\nlettre !... »\n   Les chaises grincèrent, les visages se penchèrent en avant, toutes les fumées\nse confondirent en une. seule colonne bleuâtre qui monta vers le plafond.\nM. Giroul, tenant la lettre à bout de bras, parce qu'il était presbyte, se mit à\nlire d ' u n e voix ronflante :\n\n                    « Mon cher Cousin,\n   » Je suis rentré bien malade de mon dernier séjour en Afrique et j'ai\nbesoin, pour me remettre, de l'air du pays. J'ai donc pris la résolution de\nvenir m'installer parmi vous, avec mon serviteur noir, u n brave h o m m e qui\nne m'a pas quitté depuis quinze a n s . Vous êtes, je pense, m o n seul parent.\nA ce titre, puis-je vous d e m a n d e r de bien vouloir faire réparer ma petite\nmaison natale? Les clefs sont déposées chez la voisine, la mère Magloire,\nsi toutefois elle vit encore. Dès que le logis sera en état de me recevoir,\nprévenez-moi et j'arriverai tout de suite. Mes campagnes m'ont bien fatigué\net j'ai hâte de pouvoir me reposer dans l'endroit où s'est écoulée mon enfance.\nJe vous remercie d'avance, mon cher Cousin, de ce que vous voudrez bien\nfaire p o u r moi et je reste votre parent attaché.           Major DESMET. »\n\n   Q u a n d cette lecture fut achevée, il y eut un long moment de silence.\nM. Giroul regardait ses auditeurs l'un après l'autre et u n petit sourire de\ntriomphe, fixé dans le coin de sa b o u c h e , semblait dire à tous : « E h bien,\nqu'est-ce que vous pensez de ma nouvelle? » Ce fut encore M. Schier, le plus\npétulant malgré sa graisse, qui trouva le mot de la situation : il se leva et\nétendit la main, une grosse main aux doigts boudinés, tremblant dans le vide\ncomme u n e feuille au vent :\n   — « Messieurs, prononça-t-il, le retour du major Desmet sera le plus\nbeau jour de notre vie ! »\n"}, {"page_pdf": 741, "page_imprimee": 616, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "616                               DURENDAL\n\n\n   Tous l'approuvèrent longuement. Quelle gloire pour la ville et pour ses\nhabitants! Ce héros vivant désormais parmi eux, attirant sur leur cité ignorée\nl'attention de tout le pays, de l'Europe et du monde ! Et ils se mirent à\névoquer les hauts faits de sa carrière; le petit Desmet, orphelin de père et\nde mère dès l'âge de douze ans, avait quitté de bonne heure sa ville natale\npour entrer à l'école des enfants de troupes. Ses rares parents avaient perdu\nson souvenir, quand l'on apprit qu'il venait d'être nommé sous-lieutenant de la\nforce publique en Afrique. Le silence se fit de nouveau sur lui. Tout à coup,\nle bruit courut qu'il avait livré bataille à une bande de nègres révoltés, qu'il\ns'était conduit en brave et avait été grièvement blessé. Sa conduite lui vaut\nles galons de lieutenant et la croix. Quelques mois s'écoulent : une dépêche\npubliée en gros caractères dans tous les journaux raconte qu'il vient de\ntraverser l'Afrique de part en part, pacifiant de nombreux villages, disper­\nsant les dernières hordes d'Arabes exclavagistes, soutenant partout le\nprestige de la patrie belge. Et le voilà capitaine, le voilà décoré de vingt\nordres étrangers, le voilà invité aux Congrès coloniaux, le voilà dînant chez\nles rois! Ses concitoyens n'en revenaient pas : « Comment! c'est le petit\nDesmet dont on rapporte tout cela, ce petit bonhomme pas plus haut que\ncela, que nous avons connu, avec qui nous avons joué, qui était notre condis­\nciple! Est-ce possible? Quoi! un enfant de cette ville, comme nous, le fils\nde deux pauvres boutiquiers, fait tout ce bruit dans le monde ! » Et une\nsourde envie se mêlait à leur admiration. On apprit encore qu'il avait été\nnommé major, que le Roi lui avait remis lui-même le grand cordon de son\nordre et qu'il avait voulu le créer baron. Modeste, le héros avait refusé cet\nhonneur. Et maintenant, chargé de gloire, il venait demander à sa cité\n natale, à ses concitoyens d'entourer de calme et de respect ses dernières\n années ! Quel exemple digne de l'antiquité !\n    — « C'est Cincinnatus, lui-même! » proféra le juge de paix, qui avait des\n lettres.\n    M. Schier, esprit pratique, vit tout de suite le parti que l'on pouvait tirer,\n pour le commerce local, du retour sensationnel du héros. Il proposa d'orga­\n niser de grandes fêtes, de dresser un arc de triomphe sur la place de la\n station, de recevoir à l'hôtel de ville leur glorieux concitoyen. Le soir, il y\n aurait un cortège aux lumières, une sérénade donnée au héros par toutes les\n musiques de la ville et un brillant feu d'artifice dont la pièce montée repré­\n senterait le major Desmet mettant les Arabes en fuite et protégeant la civi­\n lisation. On applaudit à ce programme et l'on procéda aussitôt à la formation\n d'un comité. Toutes les personnes présentes en firent partie et M. Giroul,\n en sa qualité de cousin du major, accepta, avec M. Schier, les fonctions de\n secrétaire.\n    Dès le lendemain, tous se mirent à l'œuvre. La maison natale du héros fut\n réparée et M. Giroul la fit enduire, extérieurement, d'une couche éclatante\n de couleur blanche, tandis que les volets étaient peints en vert clair; de cette\n façon, elle se signalerait d'elle-même aux étrangers et aux curieux qui ne\n  manqueraient pas d'affluer. Quand le jour du retour fut fixé, on éleva en hâte\n  un arc de triomphe en face de la gare. Deux vieux canons en gardaient la\n"}, {"page_pdf": 742, "page_imprimee": 617, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "                                  LE HÉROS                                   617\n\n\nbase. Des casques, des cuirasses, des lances, des pistolets d'arçon y compo­\nsaient des panoplies redoutables. Et l'on inscrivit au faite ces mots en lettres\nd'acier :\n                 A u MAJOR D E S M E T , LA CITÉ RECONNAISSANTE.\n\n\n   Une heure avant l'arrivée du train, tous les orphéons, toutes les sociétés\nde musique de la ville se trouvaient rangés sur la place et le long de la rue\nmenant à l'hôtel communal. Le bourgmestre, les échevins, les conseillers\nattendaient dans la salle des mariages, décorée de guirlandes et de drapeaux.\nToutes les maisons étaient pavoisées. Une foule énorme se pressait sur les\ntrottoirs, aux fenêtres et sur les toits. Devant la gare, les membres du Comité,\nen chapeau de soie, en habit noir, le bras ceint d'un ruban aux couleurs de la\nville, formaient un groupe bruyant et affairé. Le soleil de juin allumait les\ncasques des pompiers et les képis argentés des agents de ville, placés de dis­\ntance en distance pour maintenir l'ordre. Et une grande rumeur planait, faite\ndu bruit de toutes les conversations dont le héros était l'objet. Comment\nallait-il apparaître? Tiens, pardi! En grand uniforme, la poitrine constellée\nde croix et de crachats, le ruban rouge en sautoir, portant l'épée d'honneur,\nen or, la garde enrichie de pierres précieuses, que lui avaient offerte, à son\ndernier retour, les officiers de son régiment! Il s'avancerait dans sa gloire, les\nyeux étincelants, la mine martiale, la moustache hérissée, et l'on aurait peine\nà soutenir son éclat. Et les mamans défendaient aux enfants de l'approcher,\ncraignant qu'il ne fût irritable et qu'il n'aimât point d'être regardé de trop\nprès. On parlait aussi de son serviteur noir. Déjà on le voyait à demi nu, l'air\nterrible, brandissant une hache de guerre et veillant sur son maître avec des\ngrondements de dogue fidèle. Et toute cette dépense d'imagination exaltait\nle courage des hommes, effrayait les mioches, donnait aux femmes une\nangoisse délicieuse. Jamais la ville n'avait connu un pareil moment de fièvre\net d'héroïsme.\n   Le train siffla, se rapprocha, entra en gare. Ces messieurs du Comité se\nprécipitèrent. Toutes les respirations étaient suspendues, tous les yeux,\nmalades d'impatience, perçaient la grande porte de la station. Elle s'ouvrit\nenfin et l'on vit apparaître, entre M. Giroul et M. Schier, un petit vieux, vêtu\nde gris, un chapeau mou sur la tête, portant des lunettes bleues et marchant\npéniblement à l'aide d'une canne. A la vue de tous les apprêts dont on lui\navait réservé la surprise, il eut un mouvement de recul et sembla décidé à ne\npas affronter le feu de tous ces regards. On le poussa en avant, les cuivres\ndéchaînèrent une formidable Brabançonne et le cortège s'avança au milieu de\nla déception générale : « Qu'est-ce que cela voulait dire? C'était ça, le héros?\nCe vieillard infirme, pareil à un retraité de l'hospice? Et le nègre, où était le\nnègre? » On l'aperçut, vêtu à l'européenne, à côté de son maître. Pas la\nmoindre hache n'étincelait à sa main qui, paisiblement, soutenait une valise.\nUne colère véritable s'empara alors de la foule. Comment! depuis des\nsemaines et des semaines, on s'exaltait à l'idée de ce retour, on faisait des\nfrais, on invitait des parents et des amis, on négligeait ses affaires, et voilà ce\nqu'il en advenait: pas d'uniforme, pas de décorations, pas d'appareil guerrier,\n"}, {"page_pdf": 743, "page_imprimee": 618, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3684, "texte": "618                                   DURENDAL\n\n\nrien du tout, qu'un pauvre petit vieux traînant la jambe et u n nègre de contre­\nb a n d e lui. servant de commissionnaire! Mais c'était u n e horrible mystifica­\nt i o n ! On les avait trompés, on avait volé les contribuables! E t l'envie les\nprenait d'arracher les drapeaux, de démolir l'arc de t r i o m p h e , de détruire les\npréparatifs de l'illumination et du feu d'artifice. Il fallut bien, pourtant, que\nla fête s'achevât conformément au p r o g r a m m e . Les lampions allumés voû­\ntèrent les rues de leurs feux multicolores et les promeneurs, sous ces guir­\nlandes lumineuses qui coûtaient à la ville u n si beau denier, sentirent redou­\nbler leur irritation. Imaginait-on pareille aventure? Car, enfin, pouvait-on\ncroire que le major n'était pas prévenu en secret de la réception qui l'atten­\ndait? Dès lors, les convenances les plus élémentaires ne lui commandaient-\nelles pas de revêtir son uniforme de parade et de dompter, pour u n j o u r , ses\nrhumatismes?\n     On ne se conduisait pas comme il l'avait fait! Son costume, cette canne,\ncette valise, ce nègre habillé comme tout le m o n d e , son air souffrant, sa\ntimidité, tout cela insultait la cité : c'étaient autant de camouflets qu'il infli­\ngeait p u b l i q u e m e n t à leur enthousiasme et à leur a d m i r a t i o n . E t son\ndiscours, à l'hôtel d e ville! Quelle dérision ! D'abord, il avait voulu empêcher\nle bourgmestre de parler. H e u r e u s e m e n t , celui-ci avait tenu b o n . Que diable !\nIl avait écrit son discours : ce n'était pas p o u r le garder en p o c h e ! Mais\nq u a n d il avait fallu r é p o n d r e , qu'avait fait le major? D'une voix si faible que\nses voisins les plus proches l'entendaient à peine, il s'était plaint d'être tombé\ndans u n piège et avait déclaré nettement qu'il s'était retiré dans sa ville natale\npour y vivre en paix et non pour y être l'objet de la curiosité, même sympa­\nthique, de ses concitoyens. P u i s il les avait tous laissés en plan et s'était\nretiré avec son noir qui roulait des yeux blancs en lui frayant u n passage.\n M. Giroul, désespéré de la tournure que prenaient les choses, s'était précipité\nà sa suite et l'avait rejoint près de sa d e m e u r e . Le major, fort sèchement,\nl'avait blâmé d'avoir mené tout ce train autour de son arrivée et lui avait\nensuite fermé la porte au nez.\n     C'était donc un ours que cet homme-là? A h ! on ne les y reprendrait\nplus à faire des entrées triomphales à leurs grands h o m m e s ! Ça leur\navait trop bien réussi! Ils se promenaient tout de même le long des rues\nilluminées, parce qu'ils voulaient en avoir pour leur argent, mais la gaieté\n manquait, et l'on ne voyait passer, dans la lueur verte ou rose des lampions,\nque des visages boudeurs, des lèvres crispées, des gamins pleurant, à qui les\nparents, de mauvaise h u m e u r , flanquaient des taloches avec libéralité. L a\nsérénade n'eut aucun succès : la maison du major resta close et m u e t t e . Les\nmusiciens, furieux, interrompirent leur morceau au plein milieu. Le feu\nd'artifice d o n n a lieu à u n e manifestation hostile : q u a n d on vit s'éclairer la\npièce principale et qu'on aperçut à travers la fumée, sur le fond sombre de\nla nuit, u n officier, casque en tête, sabre levé, dispersant des b u r n o u s en\nfuite et soutenant une forme chancelante : la civilisation menacée, il s'éleva\nde la foule grouillante une longue clameur de protestation. U n coup de\nsifflet strida, un autre lui répondit et soudain tout le m o n d e s'y mit et l'on\n siffla avec frénésie l'image éphémère du héros, jusqu'à ce que les dernières\n lueurs de la pièce se fussent éteintes sur l'horizon.\n"}, {"page_pdf": 744, "page_imprimee": 619, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3567, "texte": "                                      LE   HÉROS                                     619\n\n\n   L a gloire du major Desmet ne survécut pas à cette journée mémorable.\n Le lendemain il y avait foule au café Schier et M. Giroul y eut à répondre\ndes événements de la veille. Il n'attendit pas qu'on le mît en accusation et\nprononça le premier, contre son parent, u n réquisitoire fulminant. C'était u n\ningrat, u n m a l h o n n ê t e , u n grossier personnage ! Il ne le regarderait plus de sa\nvie. E t comme quelqu'un lui demandait s'il avait pris soin d'avertir le major\ndes préparatifs faits en son honneur, il répondit : « P a r b l e u ! cela va de\nsoi! », bien qu'il n'y eût pas songé. M. Schier, alors, déclara que le major\nétait sans excuse et il fut décidé qu'on le mettrait au ban de la cité. P e n d a n t\nun peu de temps, on parla encore de cette affaire. Plusieurs soutinrent qu'on\navait b e a u c o u p exagéré, dans les journaux,' la valeur de l'officier. « A beau\nmentir qui vient de loin, disaient-ils. Quelqu'un a-t-il seulement été témoin\nde ses p r é t e n d u s exploits? Comment, d'ailleurs, ce petit h o m m e faible et\ntremblant aurait-il pu se montrer le farouche soldat qu'on a voulu voir en\nlui? Ce major est u n simple charlatan qui a réussi à abuser l'opinion d u r a n t\nquelques années. Maintenant l'opinion s'est ressaisie : personne ne crcit plus\nen lui et voilà pourquoi il est venu nous demander asile. N o u s croyions\naccueillir parmi nous un concitoyen glorieux, et c'est à un matamore\ndémasqué que nous avons rendu les h o n n e u r s du triomphe ! \" Ainsi ils se\nvengeaient de leurs déceptions, et les petits enfants, assurés de l'approbation\nde leurs parents, se donnaient le mot, pour aller à la sortie de l'école, sonner\net carillonner chez le pauvre h o m m e .\n    Les vexations et les avanies de tout genre dont on l'accabla, mauvaise\nvolonté des fournisseurs, insultes répétées à son nègre qui en pâlissait de\nfureur, hostilité universelle se traduisant à son égard par des sourires de\nmépris, des façons de le regarder sans le voir, de le bousculer dans la rue, de\nprononcer à haute voix les mots : intrigant, farceur, fumiste, q u a n d l'on\npassait à côté de lui, tout cela glissait sur son indifférence tranquille. La rage\nde ses ennemis s'en accroissait d'autant et s'il lui arrivait, au cours de ses p r o ­\nmenades solitaires, de tourner brusquement la tête, il apercevait, dans chaque\nmaison, une paire d'yeux assassins embusqués derrière un rideau sournois.\n    — « Toi partir, maître ! suppliait le pauvre noir. Toi retourner avec moi,\nlà-bas, dans mon pays !... »\n   — « Aie un peu de patience, Séfu, répondait le major. T u y retourneras\nbientôt dans ton pays. J e n'en ai plus pour si l o n g t e m p s . . . »\n    Le bon nègre faisait alors une horrible grimace qui était sa manière, à lui,\nde montrer qu'il avait du chagrin : car il voyait bien que son maître se m o u ­\nrait doucement.\n    Les fatigues de ses campagnes, les fièvres, une dysenterie chronique l'avaient\ncomplètement épuisé. Il ne mangeait plus. Bientôt il ne put plus sortir. U n\njour, on apprit en ville, sans étonnement et sans chagrin, qu'il avait passé d a n s\n la nuit. « Bon débarras ! » pensèrent quelques b o n n e s âmes. E t chacun s'en\nfut coucher avec la certitude que cette mort ne ferait p a s plus de bruit que\ncelle d'un vieux chien crevant au pied d'une b o r n e .\n    Mais le lendemain, ô surprise, tous les abonnés aux journaux de Bruxelles\n purent lire d a n s leur gazette qui deux, qui trois colonnes de nécrologie con-\n"}, {"page_pdf": 745, "page_imprimee": 620, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3505, "texte": "620                                DURENDAL\n\n\n sacrées au « grand homme », au « glorieux citoyen » qui venait de s'éteindre\n dans son obscure retraite. On rappelait tous ses hauts faits, son courage\n indomptable, sa généreuse clémence, sa science militaire, son intelligence\n pratique, ses qualités incomparables d'organisateur. « Si les Belges ont pu\n conquérir et garder l'Afrique centrale, écrivait un journaliste, c'est au major\n Desmet qu'ils le doivent. Il faut espérer que le gouvernement s'en souviendra\n et fera à ce héros des funérailles nationales !... »\n    — « Quelle blague ! se dirent les concitoyens du mort. Des funérailles\n nationales à ce vieux bonhomme ! Ils en ont de bonnes, à Bruxelles !... »\n    Il en fut pourtant ainsi. Les journaux du soir annoncèrent que les deux\n Chambres avaient voté d'urgence le décret. Trois régiments d'infanterie,\n un de cavalerie et l'artillerie montée des garnisons voisines rendraient\n les honneurs funèbres. Deux généraux commanderaient les troupes.\nTrois ministres assisteraient aux obsèques. Le Roi y serait officielle­\n ment représenté. Alors le bourgmestre, les échevins, les conseillers, et\nderrière eux toute la ville, comprirent qu'ils s'étaient trompés et que\n le major Desmet était réellement un héros. Que faire pour que l'on ne\n soupçonnât jamais leur méprise ? Il n'y avait qu'un seul moyen : en­\n tourer ses funérailles de toute la pompe dont la ville serait capable. Le\n conseil communal, réuni le soir même, décida d'adresser une proclama­\n tion aux habitants. En sa qualité de cousin du mort, M. Giroul réclama le\n droit de la rédiger. Il quitta la salle quelques instants, le temps de déplier un\n papier qu'il tenait tout préparé dans sa poche, puis il rentra en séance. Son\n texte, où perçait une émotion de bon aloi, fut adopté à l'unanimité. Après\n l'annonce du décès, il y était question de la gloire impérissable dont la vie\n et l'œuvre du major Desmet couvraient sa cité natale. Il y était dit aussi que\n les regrets que causait à tous cette mort prématurée, n'étaient un peu adoucis\n que par le souvenir des soins pieux, de la vénération sympathique dont ils\n avaient entouré les derniers jours du héros. Nul ne sourit, nul ne parut gêné,\ndans l'assemblée, quand M. Giroul, de sa voix ronflante, lut ce passage de\nla proclamation. Le conseil décida aussi que le corps serait transporté à\nl'hôtel de ville, transformé en une vaste chapelle ardente, que les réverbères\nseraient voilés de crêpe sur le passage du cortège, que toutes les sociétés de la\nville ainsi que les enfants des écoles seraient invités à escorter la dépouille\nmortelle jusqu'au cimetière et qu'une concession à perpétuité y serait réservée\nau héros. La solennité de cette séance nocturne avait impressionné tous les\nconseillers. A leur sortie, ils trouvèrent la place et les rues encombrées d'une\nfoule recueillie. Nul n'était plus bien sûr que le pauvre mort n'avait pas tou­\njours eu à se louer de ses concitoyens.\n    Le jour des obsèques, le canon tonna depuis l'aube, les cloches sonnaient,\nles régiments en marche battaient en cadence le pavé. On voyait des officiers\nd'état-major passer dans les rues au galop de leurs chevaux. La foule\narrivait de partout. Les troupes se rangeaient le long des trottoirs. Les écoliers\nportaient un long crêpe au bras, les petites filles avaient un voile qui leur\ndescendait sur la poitrine. Et quand, un peu avant 11 heures, une décharge\nretentit tout à coup, suivie des accents déchirants de la marche funèbre de\n"}, {"page_pdf": 746, "page_imprimee": 621, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "                                  LE HÉROS                                  621\n\n\nChopin, bien des yeux se mouillèrent, bien des curieux eurent le cœur serré.\nL'on vantait, dans tous les groupes, la modestie du grand homme à qui l'on\nrendait de tels honneurs et qui n'avait jamais rien fait, de son vivant, pour\nque ses concitoyens en eussent le pressentiment. « Qui aurait cru une chose\npareille! murmurait çà et là quelqu'un. Est-ce que nous pouvions nous\ndouter que c'était vraiment un héros? >> A en juger par le discours du\nBourgmestre, il n'en avait jamais douté, lui. M. Giroul non plus, d'ailleurs.\nSolennel et gourmé, c'était lui, en sa qualité de cousin du défunt, qui\nconduisait le deuil, marchant immédiatement après le Représentant du Roi\net les Ministres. Une longue file de notabilités suivait. Tout ce monde\nparaissait profondément pénétré de la perte que venait de faire la Patrie.\nEt nul ne prêtait attention au pauvre nègre, courbé en deux par le chagrin,\nse traînant péniblement à la queue du cortège, pareil à ces chiens fidèles qui\nsuivent de loin le convoi de leur maître, avec le désir obscur de l'accom­\npagner dans la mort.\n    Au retour du cimetière, le café Schier s'emplit d'une affluence inaccoutumée.\nIls étaient là, tous ceux qui, quelques mois auparavant, avaient résolu, dans\ncette même salle, de préparer au major Desmet un retour triomphal. Ils se\nrappelaient mutuellement ce glorieux souvenir, ils se félicitaient sans rire\nd'avoir été les premiers à saluer le héros rentrant dans ses foyers. L'enthou­\nsiasme grandissant avec les libations, M. Giroul se leva et prit la parole :\n    « Messieurs, dit-il, puisqu'il nous fut donné d'être les initiateurs de la\ngloire civique de mon illustre paient, je vous propose de nous former\nen comité pour lui élever une statue. Notre ville ne peut faire moins en\nl'honneur de son héros! »\n    Cette proposition fut acclamée. Ces messieurs se distribuèrent aussitôt les\ntitres de président, de vice-président, de secrétaire et de trésorier. Leur\nactivité fut couronnée d'un prompt succès et six mois plus tard un Major\n Desmet en bronze se dressait sur la place de la Station, au milieu d'un petit\nsquare anémique. L'inauguration se fit solennellement avec un grand renfort\nde chœurs, de discours, de défilés et de musique. Pendant quelques\nsemaines, les passants, les voyageurs, à l'arrivée ou au départ, admirèrent la\n statue, épelèrent son inscription. Puis chacun s'habitua à le voir là et nul ne\n s'avisa plus de lever sur elle les yeux. Maintenant, le héros a retrouvé\nl'indifférence paisible qui est, vivant ou mort, sa véritable atmosphère. Ses\n regards de bronze se portent, par delà les murs de la cité, vers le lointain de\n l'espace et du temps. Et l'on ne sait quel ironique sourire détend son visage\n glorieux.\n                                                            GEORGES RENCY.\n   Le 3 avril 1907.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-003", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 622, "page_fin": 622, "titre_corps": "Poèmes : Soir d’été", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Soir d'été La saveur de la Mort", "ancre_fin": "comme des angelus", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Crépuscule", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 747, "page_imprimee": 622, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 868, "texte": "Soir 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Vie et tous les ouragans\n       Qui grondent sur les murs des horizons        tragiques\n       N'ont fait sans le savoir qu'une douce musique :\n       Un chant mystérieux      dans le cœur d'une enfant ;\n\n       Aussi je ne veux plus entendre, pauvre mousse\n       Rejeté sur le bord par les vagues des mers,\n       Je ne veux plus entendre rien de l'univers\n       Qu'au travers de votre âme inconsciente et douce.\n\n                                   V\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-007", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 624, "page_fin": 624, "titre_corps": "Poèmes : Plainte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": 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rit et fait pleurer :\n             Des larmes mouillent ma figure;\n      Je veux partir encor, là-bas, je veux errer,\n             Je veux mourir de ma blessure...\n\n      Mais si je n'en meurs pas laissez-moi la douleur\n            De sentir l'amour qui persiste;\n      Nous sommes ainsi faits — hélas ! — que notre cœur\n            N'est heureux que lorsqu'il est triste.\n\n                                 VI\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-008", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 624, "page_fin": 625, "titre_corps": "Poèmes : Pluie de mai", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Pluie de Mai Une pluie odorante", "ancre_fin": "un 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s'épandit :\n\n Alors mon âme fut plus grande      que le monde.\n\n                                              PIERRE    NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-010", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 626, "page_fin": 628, "titre_corps": "Lettre à l’Élue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tancrède de Visan", "ancre_debut": "Lettre à l'Élue DEPUIS hier nous sommes fiancés", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 751, "page_imprimee": 626, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2708, "texte": "Lettre à l'Élue\n                         DEPUIS hier nous sommes fiancés, Mad. J e m'habillais pour\n                            vous porter dans u n écrin celte goutte de sang figé qu'on\n                            n o m m e u n rubis, et dont la vertu est de dissiper la\n                            tristesse, lorsque François, devinant mes désirs, a passé\n                            au bas de ma fenêtre avec u n e corbeille jonchée de fleurs.\n                                — C'est pour votre promise, m'a-t-il crié, et ce nom\n                            de « promise » m'a fait tressaillir, comme les H é b r e u x\n                            à l'approche de la terre de C h a n a a n . N'étions-nous pas\n                            p r o m i s de toute éternité, Mad, et n'allons-nous pas\nnous perpétuer en d'autres de notre race?\n     De quel pas allègre je franchis ces deux kilomètres qui séparent nos regards!\nD a n s cette corbeille encore h u m i d e de rosée et nouée au sommet d'un ruban\nb l a n c comme on en devine a u cou des agneaux de pastorales, j'avais déposé la\nclef de ma vie, ma joyeuse soumission. Je marchais sans hâte, sous l'ardeur\nétincelante de la bonne j o u r n é e . Les paysans me saluaient au passage et\nriaient avec sobriété. J e sentais bien que les c h a m p s , les vignes et là haut les\nsapins, étaient accordés au diapason de mon âme et que rien ne manquait de\nmesure. J e constatais avec plaisir l'harmonie de mes transports et que j'avais\nenfin atteint la certitude a u b o u t de la simplicité. Aussi n'avez-vous nullement\nété étonnée de m'entendre vous offrir avec ces fleurs ce compliment :\n    — Mad, vous n'êtes pas de ces jeunes filles qu'on est obligé de\ncorrompre pour les rendre u n peu intelligentes. Vous portez en vous toute\nvotre compréhension, et celle-ci est infinie; voilà pourquoi je vous aime mieux\nque m a vie qui demeura longtemps embarrassée d'entraves et d'obscurité\nvoulue.\n     ... N o u s nous acheminâmes vers la petite allée au fond de laquelle votre\ngrand-père nous attendait, à l'abri des lances du soleil. N o u s nous tenions\nétroitement enlacés, tout en avançant sous le dôme de feuillage, et nos pensées\nse complétaient sans h e u r t .\n     J e songeais à cette fameuse p a g e des Martyrs que je vous avais lue quelques\njours a u p a r a v a n t :\n     « Tu croyais peut-être que d a n s mes songes de félicité, je désirais des\ntrésors, des palais, des pompes? H é l a s ! mes vœux étaient plus modestes\n et ils n'ont point été exaucés! je n'ai jamais aperçu au coin d'un bois la hutte\n\n\n  (1) Extrait des Lettres à l'Élue, volume à paraître, avec une préface de M. Maurice\nBarrès, de l'Académie française.\n"}, {"page_pdf": 752, "page_imprimee": 627, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "                             LETTRE A L'ÉLUE                                627\n\nroulante d'un berger, sans songer qu'elle me suffirait avec toi. Plus heureux\nque ces Scythes dont les Druides m'ont conté l'histoire, nous promènerions\naujourd'hui notre cabane de solitude en solitude et notre demeure ne tiendrait\npas plus à la terre que notre vie. »\n   De votre côté vous teniez vos yeux fixés là bas sur votre grand-père.\nCelui-ci, nous apercevant, s'était levé et nous tendait les bras. Comme\npoussée par les générations qui sont derrière nous, il a bien fallu que vous\nvous dégagiez de mon étreinte pour courir vers lui, l'aïeul, et faire plier sa\ntête sous le collier de vos bras, afin d'amener toute votre race jusqu'à votre\nbouche. Moi j'étais plus lent, moins spontané, j'arrivais le dernier.\n   On est resté un grand instant sans rien se dire ; chacun souriait de toute\nson âme épanouie. On pensait tout bas : c'est le jour des fiançailles, mais\npersonne ne parlait de cela, car ce mot n'avait de sens qu'en notre cœur. Il\naurait fallu que des violons invisibles laissassent couler entre les arbres l'air\nd'amour de Tristan pour nous exprimer avec quelque vérité.\n   ...Le seul devoir de cette après-midi était que votre grand-père parlât,\ncomme un tabernacle qui s'ouvre. Il ne convenait pas que nous troublions la\nsérénité de nos êtres de paroles inutiles, mais il importait qu'il élevât la\nvoix sur nos têtes, lui, le gardien des vertus de ce paysage complet, et qu'il\nnous excitât à fondre nos sentiments dans le même idéal.\n   Pour bien nous prouver que nous n'existions qu'en fonction de cet idéal\nincrusté dans notre vie par des siècles de discipline, votre aïeul me prit par le\nbras et, s'appuyant de l'autre main contre un platane, me dit lentement :\n   — Votre grand père fut toujours mon meilleur ami; pendant vingt ans nous\nparcourûmes ensemble la contrée, aidant les paysans de nos conseils, semant\nquelque bien sur notre passage. Lorsqu'il mourut, je regardai votre père\ncomme mon fils ; ce dernier s'intéressait aux choses de la terre ; après son père\net après moi il nourrissait un bel amour pour la nature et ses enseignements.\nIl a vécu sans emphase, sachant plus que moi et que ceux qui m'ont précédé,\ncar il eut le temps de recueillir notre expérience et de l'accroître de quantité\nde preuves personnelles.\n   — Vous voici à l'heure où cet héritage collectif va passer en entier dans vos\nmains. Nous n'avons travaillé que pour vous; à votre tour de ne vouloir que\nle bonheur de vos descendants. Je sais que vous me comprenez mieux que\nmoi-même, car avec votre diable de philosophie et ce que vous appelez, je\ncrois, l'esprit d'analyse vous expliquez et rendez lucide ce que je sens. Voyez\ndonc, si en accumulant en un point qui est votre personne, cette masse de\n sentiments obscurs, transmis de cœurs en cœurs, vous ne réaliseriez pas la\n formule bizarre inscrite sur le mur de votre « grenier » : un principe d'ordre\n avec de l'amour partout.\n\n  Jamais je n'aurais pensé être si bien deviné. Votre grand-père s'efforçait\nd'employer mon langage; il disait les mots qu'il faut. Il aurait voulu parler\nencore, mais de crainte de noyer son émotion dans une fâcheuse abondance et\ndes développements faciles, il s'arrêta et essuya sur ma joue son visage humide\nde larmes.\n"}, {"page_pdf": 753, "page_imprimee": 628, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": " 628                                  DURENDAL\n\n\n    J'atteignais ainsi le sommet d'un bonheur lucide. A ce trésor offert pieuse­\n ment par des générations, je devais ajouter quelques, brillants et lé passer\n ensuite à d'autres pour le compléter. Ou mieux, la vie m'apparais-\n sait un accroissement perpétuel, comme une longue chaîne de perfections,\n attachée solidement, selon u n e méthode sûre, à une borne immuable et se\n déroulant à l'infini. De cette accumulation successive d'énergies tendues vers\nu n e même fin naîtrait sans doute le s u r h o m m e .\n    Ah ! je pouvais bien tirer de toutes mes forces lyriques sur celte chaîne à\njamais scellée dans la pierre de la tradition! cet effort en tous sens, constitutif\nde ma personne, ne faisait que décupler mon originalité et consolider de nou­\nveaux n œ u d s . Dès l'instant qu'il m'était impossible de m'égarer, j'avais le\ndroit de travailler à la satisfaction de m o n individu et d'intensifier mes senti­\nments de toutes les émotions acquises par ma race.\n   P a r là j'avais enfin résolu mon antinomie : vivre dans l'exaltation sans\ncontrarier l'ordre des c h o s e s ; en un mot vous aimer, Mad, avec mon\nesprit et mes sens, avec mon tout-moi, vous dont les pensées sont celles-de\ncette terre et dont l'amour n'est que poésie.\n\n    Il n'était pas bon de s'attarder en des réflexions composées. A cette minute\n nous étions des êtres complets et u n s . N o s fiançailles étaient celles que nos\n pères avaient prévues : la réconciliation de l'intelligence en possession de sa\ncertitude et du cœur sachant où se satisfaire sans s'épuiser.\n   P e r s o n n e n'avait rien à ajouter à ce qu'il devinait chez chacun. On rentra\nfaire un whist sous la véranda. Mes yeux, Mad, étaient sur les vôtres et\nnon au milieu des cartes. Je jouais surtout avec votre sourire. Cela déplut à\nvotre grand-père, qui entend q u ' o n se d o n n e tout entier à chacun de ses actes\net qu'on ne courre pas deux lièvres à la fois.\n   J e fis même une fameuse gaffe : je coupai une de ses cartes maîtresses. Le\nbon vieillard m u r m u r a : « Faut-il que ce garçon soit idiot! » Cette exclama­\ntion ne m'humilia point, car il me plaisait d'être déjà considéré comme un vieil\nhabitué et que nos fiançailles s'achevassent dans la familiarité.\n\n                                                            TANCRÈDE DE VISAN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-011", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 629, "page_fin": 629, "titre_corps": "Le Moine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Cornez", "ancre_debut": "Le Moine J'ai laissé mon épée", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 754, "page_imprimee": 629, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 645, "texte": "Le Moine\n\nJ'ai laissé mon épée au chevet du manoir ;\nMes frères garderont qu'un impudent la souille!\nMa lance se repose et mon heaume se rouille,\nCar je porte la bure et le cilice noir.\n\nJ'ai su l'immense orgueil de vivre une épopée;\nPlus d'un cheik, aux Saints-Lieux,   connut mon bras de fer;\nPour chaque mécréant qu'elle mit en enfer,\nUne marbrure pourpre illustre mon épée!\n\nQue m'importe!... En ce cloitre à présent me voici.\nUn crucifix de bois timbre mon froc austère;\nAprès avoir prié, je défriche la terre ;\nQui cherche le bonheur peut le trouver ici!\n\n                                                PAUL   CORNEZ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-012", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 630, "page_fin": 640, "titre_corps": "Du rôle de l’art en apologétique : III. Du rôle de l’art dans l’expression des dogmes religieux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A.-D. 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Le sentiment esthé­\n                     tique suppose tout autre chose qu'une transcription pure­\n                     ment littérale; il est fait d'impression; il décline donc à\n                     peu près fatalement dans un sens laudatif ou hostile. Quand\nil s'agit de religion, objet à l'égard duquel l'indifférence véritable est si rare, il\nen est d'autant mieux ainsi ; la prétendue neutralité narrative tournera dans\nun sens quelconque, favorable ou contraire. Or, si de l'expression du dogme\nil ressort en faveur de celui-ci une force nouvelle de pénétration et d'influence,\non pourra dire sans doute que l'art collabore avec l'apologie et se trouve\nvraiment, lui-même, apologiste.\n   Je veux donc signaler quelques-uns des moyens dont l'art dispose, pour\nopérer ce travail. Le premier que je rencontre est contenu dans le mot\nsymbolisme.\n   Le symbolisme est constitué par un ensemble de représentations qui, ne\nvisant pas à l'expression directe du sujet, idée ou fait, qu'on entend évoquer,\ntendent néanmoins à en procurer l'évocation par l'intermédiaire de signes,\nd'images, d'analogies, utilisant à cette fin la psychologie des états associés et\ndes réminiscences.\n   Si l'on voulait serrer de près cette notion du symbole et la prendre en son\nsens le plus général, on verrait que presque tout, dans la vie humaine, en\nrelève plus ou moins et que l'art, en particulier, que ce soit la peinture, la\nsculpture, la poésie, l'architecture et à certains égards la musique, en sont\npétris, même alors qu'ils prétendent viser et atteindre au plus strict, au plus\ncomplet réalisme.\n    Mais tel n'est pas ici notre objet.\n"}, {"page_pdf": 756, "page_imprimee": 631, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "                   DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                                63l\n\n\n    Nous prenons le mot symbolisme en un sens plus particulier et plus\n empirique. Puisque nous opposons les représentations symboliques aux\n représentations directes, il faut nous interdire pour l'instant de rechercher ce\n qui reste nécessairement de symbolisme caché en ces dernières.\n    Or, en ce sens restreint, le symbolisme conserve en art et particulièrement\n en art religieux une importance considérable. Nous voyons tous les peuples\n l'utiliser, et d'autant plus que leur vie est plus tributaire de l'instinct; car alors,\n ignorant l'abstraction savante et colorant toutes choses des feux d'une imagi­\n nation jeune, ils procèdent par métaphores, par images familières ou sublimes,\n pour exprimer des faits lointains ou des idées abstraites.\n    Les Anciens nous ont légué des documents d'art innombrables, presque\n toujours documents religieux, puisqu'en art comme en toute chose la\n religion a présidé aux naissances. Or, dans ces documents, nous voyons le\n symbolisme éclater en floraisons envahissantes. L'art religieux des Egyptiens,\n des Assyriens, des Chinois, des Mexicains et des Péruviens, des Hindous et\n des Germains, comme celui des vieux Grecs et des vieux Romains, comme\n celui de nos ancêtres des Gaules, vivent de symbole. Rudimentaire, ou\n raffiné, celui-ci domine presque exclusivement leurs travaux.\n    Dans l'art chrétien il en est de même, notamment aux époques\n primitives. Les découvertes de plus en plus nombreuses faites en ce dernier\n domaine nous font voir les images symboliques illustrant toutes les pages du\n livre dont M. de Rossi a été le principal éditeur.\n    Quelquefois, le symbolisme des catacombes et des premiers temps chrétiens\nest emprunté au paganisme, mais il est alors démarqué; les symboles des\nanciennes religions s'adaptent et se rangent pour servir la nouvelle Ainsi en\nterre musulmane trouvons-nous nombre de nos antiques sanctuaires consacrés\n aujourd'hui à l'Islam et enrichis de légendes transformées, issues des\ntraditions chrétiennes.\n    Les scènes bachiques des Catacombes de Naples (IIe siècle) et les\nnombreux festins antiques représentés partout à cette époque auraient de quoi\n étonner si l'on ne savait qu'il y a là démarcage symbolique. Les artistes du\ntemps conservent leurs formules, mais de libres qu'elles étaient, elles devien­\nnent serves; elles expriment désormais l'espérance d'immortalité sous la forme\ndu « banquet céleste ».\n    Ainsi encore les scènes de vendanges contenues dans le répertoire traditionnel\ndes artistes sont conservées en vue de prêcher l'Eucharistie; les Saisons, en\nvue de noter les phases de la vie présente et future du fidèle. Et la naïveté du\nsymbole est telle qu'on ne se donne pas la peine de modifier des détails pour­\ntant antithétiques aux idées nouvelles. Les vendanges continuent à être\nréglées par de petits amours; les Saisons ne changent rien à leurs allures\nprofanes; mais on sait ce que désormais cela veut dire, et l'on projette l'idée\nrécente sur le vieux décor.\n   Toutes les idées chrétiennes passent ainsi en symboles idéographiques. Le\nrameau d'olivier, c'est la paix du Christ par la rédemption; la palme, c'est la\nvictoire des sanctions célestes ; un arbre, seul ou tenant sous son ombre un\nou deux personnages, représente l'Eden éternel; le phénix dit la résurrection\n"}, {"page_pdf": 757, "page_imprimee": 632, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "632                                 DURENDAL\n\n\nde la chair; le paon qui renouvelle sa parure, c'est l'immortalité; la colombe,\nc'est l'àme sauvée du déluge de péché; l'agneau, c'est la fidélité au Christ\npasteur; le poisson, c'est le converti de la pèche miraculeuse; le dauphin, par\nallusion à la fable, c'est le Sauveur ramenant l'homme à la terre ferme du\nsalut; le navire, c'est le voyage de la vie et les tins dernières; l'ancre, c'est\nl'espérance ferme en Dieu; le phare, c'est la lumière de foi; le mât traversé de\nvergues et de nouveau l'ancre, en sa forme cruciale, c'est la croix du Sauveur,\nsécurité du nautonier en la mer du monde; l'alpha et l'oméga signifient le\nChrist-Dieu, début et fin de tout, créateur et consommateur d'existence.\n    On a remarqué que la pensée chrétienne s'exprime aux catacombes par ses\nomissions mêmes. Il en est une bien frappante. Jamais le martyre n'est figuré\nautrement que sous forme d'espérance et de gloire ; nulle allusion à l'horreur\ndes supplices ni à la cruauté des persécuteurs. Ce n'est guère qu'au Ve siècle,\nles persécutions tombées, que ne craignant plus cette fois l'équivoque, on se\nlaisse aller à la représentation de scènes sanglantes. Rien peut-il mieux noter\nle bonheur du martyre et, à l'égard des bourreaux, la persistance chrétienne de\nl'amour?\n    Un des symboles les plus fréquents de l'iconographie primitive, c'est celui\ndu Bon Pasteur. On y enfermait des idées multiples et touchantes. Le bon\npasteur, c'était la réconciliation de l'homme par le Christ; c'était la nourri­\nture spirituelle donnée aux brebis chrétiennes dans les prairies évangéliques;\nc'étaient tous les rôles du Sauveur en son sacerdoce.\n    Les Chambres des sacrements, aux catacombes, offrent et surtout offraient\nautrefois tout un ensemble de représentations allégoriques des dogmes. L'eu­\n charistie en sa réalité actuelle, en ses figures antiques, en ses effets temporels\n et éternels; le baptême, le sacerdoce, les rôles de l'enseignement chrétien\n trouvaient là leurs symboles.\n    Un cas typique de symbolisme, combiné cette fois avec le principe de l'ana­\n gramme, c'est le poisson représentant le Christ pour cette raison que les lettres\n du mot poisson, en grec (ΙΧΘΥΣ) sont les initiales de ceux-ci : Jésus-Chrisl\nfils de Dieu sauveur(ΙησούςΧριστόςΘεούΓίόςΣωτίρ).\n    Toute cette écriture mystérieuse des premiers âges, particulièrement quand\n elle parle au souvenir dans l'ombre vénérable et l'inquiétude des cata­\n combes, impressionne. Comme un air d'occultisme sacré, d'ésotérisme mur­\n murant s'en dégage. Une foi si profonde palpite là ! Dans ces notations\n rapides et en quelque sorte furtives, nous sentons une intensité de vie qui\n imprime au visiteur une commotion délicieuse. Tout cela parle au fond de\n l'âme et y agite nos meilleurs secrets.\n     Pourtant, il faut le dire pour être exact, l'émotion éprouvée ainsi repose\n  sur un sous-entendu et n'est point proprement esthétique. Ce langage des\n  premiers chrétiens est à peu près exclusivement idéologique; à cause de cela,\n  on ne peut qu'à peine le nommer un langage d'art. Ce qui s'y trouve\n  appliqué, c'est le principe des hiéroglyphes, notation figurée d'idées pures,\n  laissées à leur essence abstraite, et à l'égard desquelles la qualité esthétique\n  des figures est de valeur négligeable.\n      Dans une écriture de ce genre, comme en toute écriture, ce qui importe\n"}, {"page_pdf": 758, "page_imprimee": 633, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3570, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                               633\n\n\nvraiment, c'est le sens ; les mots n'ont qu'une valeur de signe. Si l'hiérogranv\nmate est de talent, son art viendra en subrogation et se fera admirer à part;\nmais il n'y a pas de liaison essentielle entre cet art et le but assigné à l'écriture.\nAinsi dans notre art primitif les idées exprimées sont tout, leur expression peu\nde chose, et l'art qui s'y dépense est purement accidentel à l'effort.\n    Cela se conçoit. A cette époque de puissante vie intérieure, l'art plastique\njouait un rôle secondaire. Ce qui importait à nos pères au début de la prédica­\ntion évangélique, c'était l'orientation nouvelle de la vie, c'étaient les espé­\nrances sublimes apportées aux hommes. L'effusion toute récente de l'Esprit et\nla proximité d'événements surhumains tenaient assez en éveil toutes les âmes\npour que la forme à donner à ces choses ne retînt pas l'attention pour elle-\nmême. Nul stimulant n'était nécessaire à des sensibilités d'avance conquises.\nTout à la réalité divine, on l'exprimait par besoin d'expansion plutôt que par\nle désir d'en mieux vivre, à peu près comme on écrit sur l'écorce qui en élargira\n la trace, la date intime ou le nom cher.\n    Or à satisfaire ce besoin d'âme, une brève notation suffisait.\n    L'œuvre d'art en réserve dans l'arsenal apologétique de ce temps, c'était la\nvie des « Saints » et l'héroïque histoire des martyrs.\n    Ne faut-il pas voir là un commencement d'explication de ce fait que la per­\nfection des formes, dans le tracé des symboles primitifs, va chaque jour décli­\nnant, au lieu de croître. Les premières en date sont les plus parfaites, les\nmieux dessinées, les mieux peintes, particulièrement dans le ton des chairs. Par\nla suite, durant deux ou trois siècles, les images s'avilissent; les procédés\nhérités des écoles gréco-romaines sont perdus; on les a laissé tomber en oubli\npour n'y attacher pas d'importance ; l'idée dominait trop, et l'hiératisme fruste\nsuccède à la liberté pleine de fraîcheur des premières peintures souterraines.\n    La manifestation la plus étonnante de cet idéalisme abstrait qui domine l'art\ndes premiers siècles, c'est l'absence de toute représentation personnelle du\nSauveur, en un temps où l'on vit de lui avec une intensité sans pareille. Préci­\nsément parce qu'on en vit, on paraît se contenter de l'image intérieure qu'on\ns'en forme, et l'on ne sent pas le besoin de la figurer autrement que par signes.\nOrphée domptant les fauves, un pasteur, un poisson, un simple monogramme :\nc'est le Christ, c'est-à-dire que c'en est l'idée, tout ce qu'on recherche. Un tel\nétat d'esprit nous étonne aujourd'hui ; il faut le reconnaître pourtant s'il com­\n porte esthétiquement une infériorité il convient d'en retenir néanmoins les\n services.\n    Tout d'abord, cette façon de noter les idées connues leur fait quand même\n-une propagande. Les croix des chemins ne fussent-elles pas esthétiques, elles\n suggestionnent le passant. Tout ce qui combat l'oubli combat un des ennemis\n de l'âme chrétienne. L'immédiat nous absorbe; le sensible nous prend et le\n facile accapare aisément nos efforts, L'herbe folle de la vie courante couvre en\n poussant l'espérance des moissons divines. Rompre l'automatisme instinctif par\n un rappel aux réalités supérieures, c'est déjà un bienfait.\n     Ensuite, en même temps qu'il rappelle, le symbole explique, ou en tout cas\n  sert de point de départ aux explications. Une bonne partie des homélies de\n  jadis était consacrée à développer ces beaux symboles qui ont perdu pour\n"}, {"page_pdf": 759, "page_imprimee": 634, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3473, "texte": "634                                DURENDAL\n\n\nnous beaucoup de leur sens. On extrayait de l'image du Bon Pasteur toute une\nchristologie; on montrait dans le vaisseau symbolique toute l'histoire de la vie\nhumano-divine qui est celle du chrétien dans l'Eglise; en commentant l'alpha\net l'oméga, on racontait toute la divinité.\n    Malgré tout, ces avantages du symbolisme initial ne peuvent qu'à peine\ns'inscrire à l'actif de l'art envisagé en son essence. Les idées suggérées ne le\nsont point, en effet, par des moyens proprement esthétiques; le pinceau n'est\nici qu'un calam.\n    Qu'est-ce qu'un moyen esthétique, sinon celui qui met en jeu l'intuition ;\nqui par l'imagination et les sens arrive à la raison, au lieu de suivre la route\ninverse? Il y a en nous des idées, et il y a autour ou à la base des idées tout un\nmonde d'impressions, de souvenirs figurés, d'états imaginatifs et sensibles qui\nen sont comme l'orchestration, qui à ce titre en font partie, en tant que leur\naccompagnement naturel ou leur source. Or le moyen esthétique, le moyen\nd'art et celui qui fait appel en nous à ce fond sensible; qui le remue, y éveille\ndes intuitions, des idées-sentiments et des idées-forces, au lieu d'idées\nabstraites.\n     En raison de cette nature de l'art,' on est tenu d'affirmer que des représen­\n tations purement symboliques lui seraient, comme telles, étrangères. Repré­\n senter le Christ par un poisson, c'est faire songer au Christ; tracer l'image\n d'un phénix, c'est rappeler l'immortalité ; mais puisque cela ne dit rien à la\n sensibilité et n'éveille aucune intuition, cela est nul en art; autant vaudrait\n écrire : Christ, immortalité, avec la seule différence d'une calligraphie plus ou\n moins heureuse. Ce que celle-ci contient d'idées ne l'autorise nullement à pré­\n tendre incarner l'idéal. Il y a un abîme entre les significats de ces deux termes.\n L'idée est un schéma, un découpage aux contours secs, une sorte d'ombre chi­\n noise qui, en se déterminant tout autour, se vide au centre. L'idéal, au con­\n traire, est compris de nous comme la synthèse totale de l'objet, un effort pour\n saisir la pensée créatrice qui le concerne, pensée qui contient tout de lui : ses\n virtualités, ses rapports, jusqu'à ses déterminations les plus fugitives, autant\n que son genre et son espèce. L'idée esthétique a cela de supérieur qu'elle\n s'efforce à percer le mystère divin des choses ; là où l'idée logique n'est qu'un\n trait, elle insiste et dégage au profit de l'intuition obscure, mais compréhensive,\n toutes les richesses profondes de la vie.\n     C'est pourquoi nous disions : Au regard des premiers chrétiens, qui, dans\n  leurs notations figurées, entendaient fixer avant tout l'idée abstraite, le sens de\n  l'art n'avait plus qu'un intérêt secondaire. Qu'importe qu'un vaisseau symbo­\n  lique soit bien peint, s'il n'est qu'un signe hiéroglyphique relié à l'idée de des­\n  tinée par un lien abstrait?\n     Pourtant, il ne faut rien exagérer; nous ne sommes pas ainsi tout d'une\n pièce. Dans le signe symbolique, dès qu'on le traite en décoration, comme ce\n fut le cas toujours, il est bien difficile que ne se glisse pas au moins un com­\n mencement d'impression esthétique au profit de la réalité signifiée par le sym­\n bole. De plus, n'y eût-il nul lien apparent entre cette réalité et l'effet de beauté\n obtenu par cette hiéroglyphie supérieure, celle-ci n'en sera pas moins utile, et\n au point de vue de l'art apôtre, elle n'aura pas perdu toute valeur.\n"}, {"page_pdf": 760, "page_imprimee": 635, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3480, "texte": "                  DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                               635\n\n\n    Un exemple banal peut servir à illustrer ces deux cas et à en noter les diffé­\n rences. Parcourez nos affiches de commerce. Il en est qui ont une réelle valeur\n d'art, mais cette valeur n'est pas toujours avec l'objet à glorifier dans une\n relation identique. Parfois cette relation est directe : c'est le cas des figurations\n de paysages, de sites célèbres, de beautés naturelles représentées avec art en\n vue d'y attirer des voyageurs. Mais qu'une affiche soit commandée à un artiste\n pour une fabrique de pâtes, de cacao ou de produits chimiques, il est clair que\n l'impression esthétique obtenue n'entretiendra avec ces objets aucune relation\n directe. Elle leur profitera cependant, en raison d'une prédisposition favorable\n et d'une obscure association opérée en nous. Bien que nul raisonnement explicite\n n'intervienne, il arrive que tout se passe comme si l'on s'était dit : Un objet\n présenté ainsi ne peut être médiocre; l'image est belle, donc le produit est bon.\n Le résultat pourra se charger de démentir ce trop facile pronostic; mais si le\n produit est, en effet, à la hauteur de la réclame, on aura lieu de bénir l'art et\n son intervention glorifiante.\n    Quand il s'agit de religion, nous sommes fixés sur le résultat à obtenir. Si\nl'impression esthétique tend à le procurer par elle-même, ce sera un succès\ndirect que nous devrons inscrire à l'actif de l'art; si c'est par un détour qu'elle\ny arrive, qu'importe! Qui oserait dire que les grands thèmes abstraits fournis\n par les moines aux artistes, au XVe siècle, — ceux, par exemple, où par jeu\nde mots les dominicains (Domini canes) étaient figurés par des chiens cou­\nchés aux pieds du Seigneur — n'aient produit aucune impression sur les\n foules? Le rébus montrait là le bout de l'oreille; mais le talent était sincère et\nla beauté opérait son rayonnement. D'ailleurs, à côté du rébus, il y avait\nl'intuition agissante. Les vertus et les vices, les apôtres, les martyrs et les\nvierges ne valaient pas seulement par leurs attributs : que de trésors d'émotion\nparfois dans leurs visages ou leurs attitudes !\n    Même aux catacombes, telle orante gauchement peinte communique\npourtant sa ferveur; tel Bon Pasteur, par sa douceur attentive et miséri­\ncordieuse, nous émeut, au lieu de nous rappeler simplement un rôle mystique.\nCes bégaiements donnent à penser ce que sera la voix, quant l'art chrétien aura\nconquis ses moyens de puissance.\n    Le plafond de la crypte de Lucine, à Rome, offre déjà un ensemble\noù une matière d'art fort précieuse sait agir par sa vertu propre. La\nprière et les sacrements y sont exprimés, en même temps que par sym­\nboles, à l'aide d'effets qui dépassent l'hiéroglyphe, qui se font évocateurs\nd'impressions.\n    Plus tard, les catéchismes en images, tel celui de Saint Paul hors\nles murs, tels ceux de nos cathédrales gothiques, eurent la prétention justifiée,\nen notant le dogme, de le glorifier aussi dans les âmes, d'en faire goûter\nintuitivement la valeur. La cathédrale de Chartres présente ainsi, dans ses\nvitraux et ses sculptures, un ensemble dogmatique de premier ordre. Le\nporche seul est une interprétation complète de l'homme et de la vie, de\nl'univers matériel et spirituel vus sous l'angle chrétien et avec comme clé de\nvoûte le Christ. Huysmans l'a fait ressortir avec ses outrances coutumières,\nmais à bon droit quand même : c'est une vraie somme théologique en pierre\n"}, {"page_pdf": 761, "page_imprimee": 636, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "636                                DURENDAL\n\n\net en verre peint, une encyclopédie religieuse, mais avec, en plus des notions\névoquées, de très réelles suggestions esthétiques.\n   Si telle n'eut pas été dès le début l'effort et en partie le succès des artistes,\nSaint Basile n'eût sans doute pas dit : « Les peintres font autant pour la\nreligion par leurs tableaux que les orateurs par leur éloquence. » (Homélie XX.)\n\n   Somme toute, ces deux écritures d'art : l'écriture symbolique et la figuration\nesthétique se mélangent plus ou moins à toute époque, se partagent à des\ndoses variées toutes les œuvres. Il en ressort, en faveur de la religion, une\nvaleur de propagande indéniable dont les nuances, d'ailleurs, et le dosage\nseraient bien difficiles à fixer, tant les plans de l'âme sont fuyants sur lesquels\nglissent ces lueurs ou ces fulgurances.\n   Qu'on prenne les Sept Sacrements de Poussin, on admirera d'emblée la\nhaute tenue et la gravité calme de cette apologie ultra-sincère; mais qu'on\ndémêle, si on le peut, la part du symbolisme, de l'écriture en action, de la\nréclame d'art, de l'impressionnisme!\n   Dans les Jugements derniers, thème si souvent repris, le triage serait tout\naussi difficile, et d'ailleurs aussi vain. Chez Michel-Ange, le symbolisme est là\nsous la forme des couteaux, des scies, des échelles, des instruments de la\npassion, des tubas, et aussi de certaines dispositions ingénieuses introduites\ndans l'agencement des groupes,, La haute réclame est faite par le génie\nprodigieux qui se déploie en cette composition gigantesque. Mais sur le\ntout plane une terreur farouche, une impression de dies iroe qui est le vrai\nmoyen d'art, au service de la cause chrétienne.\n   Le Triomphe de la Mort au Campo Santo de Pise, la Dispute du\nSaint Sacrement au Vatican offrent le même mélange. Tout le dogme et toute\nla vie organisée sous son influence y trouvent place; on les y voit à la fois\nnotés en symboles, plastiquement glorifiés, suggérés à l'intuition par les\nmoyens dont dispose l'esthétique.\n   Il n'est plus nécessaire de dire que ce dernier élément étant le meilleur,\nplus il prendra de valeur, plus l'effort religieux y gagnera de puissance.\nS'il arrive à dominer tout, nul n'aura lieu de s'en plaindre. Sans vouloir\nécarter l'idéographie, qui a rendu tant de services, on a le droit de préférer le\nmoyen d'art, qui est proprement l'émotion, et d'escompter les effets religieux\nde son triomphe.\n   A Florence, en l'exquis sanctuaire de Saint Marc, Angelico sut illustrer\nmieux que pas un la vérité de cette affirmation ultime. Telle Vierge encom­\nbrée de lys serait une image de pureté bien médiocre, à côté de cette délicieuse\nmadone du corridor aux mains jointes si pieusement, au regard d'une douceur\net d'une limpidité célestes.\n   Jésus au prétoire tient en mains une boule du monde : c'est la part du sym­\nbole; mais comme son attitude royale parle mieux! Quel inoubliable regard\nperce le bandeau dont on a cru occulter sa l'ace! Comme il atteint les secrets\ndes âmes, avec ces rayons de douceur dont le valet tout proche paraît subir\nl'emprise, et de quelle certitude d'éternité son inexprimable sérénité doulou­\nreuse est-elle faite !\n"}, {"page_pdf": 762, "page_imprimee": 637, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3042, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                             637\n\n\n   Le \"commandement de l'amour et la divine substitution en vertu de laquelle\nce qui est fait « à l'un de ces petits » est fait au Sauveur même pouvaient-ils\nêtre rendus mieux qu'en ce tableau dit des Pèlerins d'Emmaüs, où deux\nfrères hôteliers reçoivent le Voyageur céleste, lui pressent doucement les\nmains en prenant son bâton et l'enveloppent d'un tel regard de respect\ntendre ! Ce qu'ils font pour l'hôte de passage, on ne peut douter que ce ne soit\npour Lui qu'ils le fassent : cela se voit à leur empressement réservé, à leur\nattitude religieuse. Et le Sauveur aussi le prend pour soi, cela se voit à la\nréponse de ses yeux.\n   La volontaire rédemption ne gagne-t-elle pas le cœur dans cette crucifixion\nà trois personnages où le Sauveur monté à la croix lui-même — une échelle en\ntémoigne — tend ses mains aux clous avec mansuétude, tandis que des bour­\nreaux pieux, comparses providentiels du drame, pressent ces divines mains\net pleurent, avant d'exécuter la sentence.\n   La communion des saints a été, dès le début de l'art religieux, l'un des thèmes\nfavoris des artistes. Les entrées aü Ciel en compagnie de martyrs ou de saints\npersonnages sont classiques. Aux catacombes, on lit déjà sous une image de\nce genre :\n\n               O FELIX GEMINO MERUIT QUI MARTYRE DUCI\n\n   Plus tard, ce thème prendra de grands développements; la Renaissance y\nsaura introduire mille variantes, mais c'est encore l'ange de Fiesole qui répan­\ndra le plus de charme sur cette fraternité des trois mondes. L'Eglise souf­\nfrante, l'Eglise militante, l'Eglise triomphante s'unissent en sa célèbre Ronde\nd'élus, où dans les fleurs célestes, sous des rayons de gloire naïve, s'épa­\nnouissent en des figures exquises de grâce les sentiments les plus angélique­\nment fraternels.\n\n   J'aime à noter l'importance prise par le dogme social par excellence dans le\ndéveloppement de l'art chrétien. Il appartenait à celui-ci de souligner, dans\nses apologies en images, un caractère du.christianisme qui constitue en sa\nfaveur un préjugé de vérité des moins négligeables, puisque posséder ce carac­\ntère, c'est montrer qu'on a touché au fond de l'homme, là où les différences\nethniques, les divergences vitales de tout ordre et la vie ou la mort même ne\npeuvent altérer l'unité en Dieu.\n   Tous les dogmes sans exception ont eu d'ailleurs — plus ou moins selon\nleur importance relative — leur part de cette apothéose artistique. Tous les\narts s'y emploient, chacun avec les moyens spéciaux à son service.\n   De la peinture, nous connaissons assez les ressources. La sculpture les lui\nemprunte en partie et en partie aussi les renforce en proposant de la forme\nune interprétation plus stable, plus complète ; en s'imposant avec plus de\nforce par l'emploi d'une matière résistante et d'un relief plus proche de la\nnature.\n   L'architecture, pour glorifier le dogme chrétien, dispose d'abord de cette\ncollaboration quasi universelle qui met les autres arts à son service. Par elle-\n"}, {"page_pdf": 763, "page_imprimee": 638, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3589, "texte": " 638                                DURENDAL\n\n\n   même, elle a ses lignes montantes, qui disent l'appel de l'âme au surnaturel ;\n    es arcanes, frères de ceux où nos mystères se dérobent.\n      L'éclairage dont elle règle les tons et les valeurs représente la lumière des\n   divines vérités et le caractère du milieu d'âme où nous devons vivre.\n      La convergence des perspectives vers le sanctuaire nous prêche l'eucharistie\n  et sa valeur centrale dans nos dogmes.\n      La musique sait retrouver au fond de l'âme religieuse l'écho émotionnel de\n  ce que le dogme dit à la raison claire; il éveille l'inconscient pour en mêler\n  les harmonies à l'éclat du vrai, à la volonté du bien assise dans l'âme. Unie\n  aux paroles sacrées, unie aux actions du culte, elle les commente comme elle-\n  même en est commentée; toute la chorégraphie sacrée dépendra partiellement\n  de son influence.\n     Cette dernière, art secondaire en valeur, quoique primitif en date, n'est pas\n  non plus sans moyens d'expression à l'égard du dogme. O n sait quelle place\n  tenaient les danses dans les religions antiques. Certaines prétendaient imiter\n  les mouvements des astres, et par là suggérer au spectateur l'idée de la divinité\n  du ciel. D'autres mimaient la naissance, la vie, la mort, en présence des divi­\n  nités tutélaires. De grandes pensées s'enveloppaient dans ces gestes rythmés\n qui malheureusement versaient tant de fois dans la licence. La liturgie chré­\n tienne, en sa pureté admirable, garde une valeur d'expression que nul ne\n conteste. Avant tout elle s'emploie à révéler la présence du divin. Par ses pros­\n ternations, ses appels, ses groupements étages, ses figures symboliques, ses\n immobilités et ses marches lentes, ses répétitions de gestes et ses girations\n solennelles, elle suggère l'impression du mystère et la sublime cohabitation de\n Dieu avec l'homme. Un prêtre qui officie en grand respect ; des clercs qui le\n secondent avec art et d'un cœur ému sont bien vraiment comme tels des\n apôtres; ils font de l'apologie muette au bénéfice de plus d'une âme. Pourquoi\n les foules accourent-elles pour voir prier un saint, sinon parce que de ses\n attitudes et de ses gestes, tout pénétrés de Dieu, une influence divine se\n dégage? La liturgie accomplie par des saints serait à coup sûr une prédica­\ntion merveilleuse; le dogme y grandirait de tout l'effet de puissance qu'ils lui\nauraient permis de produire en eux.\n     Enfin, si nous parlions poésie ou éloquence, nous verrions qu'elles dis­\nposent de tout, pour exprimer le dogme chrétien avec une sublimité conqué­\nrante. Les moyens dispersés de tous les arts se transposent en leurs moyens\npropres : ceux de la musique, puisqu'elles ont le rythme et la mesure ; ceux\nde la peinture, puisqu'elles évoquent à leur gré des images ; ceux de la sculp­\nture, en ce qu'elles projettent en relief leurs vivantes créations idéales ; ceux de\nl'architecture, grâce à la construction du discours; ceux de la chorégraphie,\npar le geste qu'elles appellent et aussi, au dedans de leur propre travail, par le\nmouvement de la phrase et les allures variées qu'elle affecte.\n    De tout cet effort peut résulter et résulte en effet, dans l'ensemble de l'évo­\nlution artistique, une addition imposante de valeurs qui préparent, soutien­\nnent, confirment le travail de l'apologiste; qui en font donc partie à leur\nmanière, assurant au dogme et à son acceptabilité une réclame double : celle\nqui lui vient de la haute idée que l'art nous en donne; celle qui ressort de la\nnécessité ou de la convenance humaine qu'il sait nous y faire découvrir.\n"}, {"page_pdf": 764, "page_imprimee": 639, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3398, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                                639\n\n\n   Tels sont les deux aspects qu'il faut retenir toujours : appel au dogme au\nnom de l'insuffisance vitale; réponse du dogme et justification de sa valeur.\n   Pour que dans l'une ou l'autre de ces actions complémentaires, l'artiste qui\naborde la dogmatique y puisse faire œuvre utile, trois conditions me semblent\nrequises. La première est lointaine : il faut que l'artiste sache. Pour bien\nexprimer le dogme, il doit avoir une juste notion de ce qu'il est, de ce qu'il\nvaut, de ses attaches avec l'ensemble des objets dont la vie est faite. Beaucoup\nde nos iconographes auraient besoin qu'on leur dise : Instruisez-vous; songez\nà Giotto ou à Dante, qui se mettaient à l'école des Thomas d'Aquin et ne se\nlivraient qu'ensuite aux libertés de leur imagination vigoureuse. Les contre­\nsens abondent en notre art religieux. Tel artiste représentera le Sauveur, à\nGethsémani, dans l'attitude du plus découragé pessimisme, ne sachant pas que\nc'est là illustrer Renan, mais non pas les saints Evangiles. Tel autre, évoquant\nla naissance de Jésus, croira bon de laisser voir, sur le visage de la Vierge-\nmère, les stigmates douloureux de la maternité, n'ayant pas lu dans la liturgie\nsainte :\n                              Sicut sidus radium\n                              Profert virgo filium\n                                 Pari f onna\n\n    On a remarqué souvent que l'art chrétien jusqu'au XVe siècle ne contient pas\nune seule faute contre la doctrine; c'est la preuve à la fois de l'importance\nqu'on attribuait à un enseignement ainsi surveillé et du sentiment vif qu'avaient\nles dirigeants des conditions de son influence.\n    La seconde exigence imposée est immédiate : au moment où il travaille, il\nfaut que l'artiste veuille bien laisser voisiner en lui ce qu'il sait, veut ou éprouve\ncomme chrétien avec ce qu'il éprouve, veut ou sait comme artiste. J'ai fait\naliusion déjà au déboublement étrange qui fait si fréquemment d'un chrétien\nartiste un artiste païen ; qui ne laisse nulle influence chez lui à la messe du\ndimanche sur le travail de la semaine, aux convictions de la partie religieuse\nde l'âme sur l'élaboration de l'idée esthétique. De même qu'on voit des hommes\nde science, attachés par le cœur à la foi, n'en semer pas moins les héré­\n sies « comme savants », on voit des artistes chrétiens — chrétiens à titre\n personnel — ne relever en art que du laïcisme. Ceux-là privent Dieu, privent\n leurs contemporains de tout le rayonnement que pourrait produire, en traver­\n sant le bain de lumière esthétique où ils vivent, les sentiments qui habitent\n au fond de leur âme. Ils enfouissent leur trésor et méritent le reproche évan-\n gélique : « Pourquoi n'as-tu pas mis ton talent à la banque, afin que revenant\n je puisse le réclamer avec usure? »\n    A fortiori, — et cette troisième condition est trop claire — est-il urgent de\n bannir du travail artistique tout élément hostile à l'effet que doit produire par\n elle-même une œuvre religieuse. La Renaissance a donné ici de funestes\n exemples. Que d'œuvres à étiquette mystique sont traitées de telle façon que\n leur propagande profite aux sentiments les plus profanes, parfois même au\n  scandale! Toutes les maîtresses d'artistes habillées en Madones; les Madeleines\n  prétexte à nudités ; les Samtes-Familles où l'on joue avec un agneau, avec une\n"}, {"page_pdf": 765, "page_imprimee": 640, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1453, "texte": "640                                DURENDAL\n\n\ngrappe, avec le sein de la mère, sans nul respect pour les auréoles ; tant d'autres\ninconvenances ou inconsciences s'étalent aux murs des Uffizi, du Pitti, des\néglises italiennes! Aujourd'hui, les Tentations de saint Antoine gambadantes,\nles mêmes Madeleines non-repenties et les Puretés vêtues d'un lis, mais par\nailleurs sensuelles ou fades, font rage. Il faudrait faire savoir aux artistes amis\nde ce genre suranné qu'ils font une œuvre étrange. Ils empruntent les vases\nd'or de l'autel pour y verser leur liqueur d'inconscience ou d'ivresse; ils paro­\ndient le texte sacré dont leur pinceau prétend donner le commentaire; ils blas­\nphèment à genoux.\n   N'importe. En dépit de ces déviations, après tout accidentelles, la valeur de\nl'art et de ses capacités dogmatiques reste intacte. Les déviations, d'ailleurs,\nmarquent le sens de la route; on ne reprend celui qui chute que lorsqu'on sait\nqu'il pouvait marcher droit. Sans aller donc jusqu'où allait saint Basile, en\ndisant que l'art peut autant pour le dogme que l'apologétique doctrinale, il\nreste qu'il peut participer à celle-ci, augmenter sa valeur d'action, la précéder\nou la confirmer en influence, être par conséquent, lui aussi, apologiste.\n   C'est tout ce que nous voulions rappeler.\n\n  (A continuer.)                                 A.-D. SERTIILLANGES,\n                                        Professeur à l'Institut catholique de Paris.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-013", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 641, "page_fin": 645, "titre_corps": "À propos d’une anthologie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "A propos d'une Anthologie", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 768, "page_imprimee": 641, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "À propos d'une Anthologie\n                      LA poésie contemporaine, considérée d a n s son ensemble, ne\n                         possédait pas encore son anthologie définitive. Quelques\n                         groupes seulement, çà et là, diversifiés par leurs ten­\n                         dances, leur âge ou leur origine, avaient été présentés\n                         au public en u n choix plus ou moins h e u r e u x : c'est\n                         ainsi que n o u s avons eu l'anthologie des Parnassiens,\n                         l'anthologie des Symbolistes, celles des poètes belges, des\n                         poètes du N o r d , des poètes b r e t o n s .\n                         Mais ces florilèges, si intéressants qu'ils fussent d'autre\npart, ne pouvaient suffire à d o n n e r , de la poésie d'aujourd'hui, u n e idée\ncomplète aux profanes. L'excellente anthologie de F o n s n y et Van Dooren,\ndont j'ai dit le g r a n d mérite, et qui, de l'avis u n a n i m e , est la meilleure que\nl'on ait faite, était elle-même insuffisante à ce point de vue, puisqu'elle ne\ncomprend qu'un volume, et qui embrasse toute l'histoire de la poésie française.\n   L'ouvrage de M. W a l c h comble d o n c une lacune, et une lacune sérieuse.\nEn trois jolis volumes d'un format agréable, de près de six cents pages\nchacun, et tirés sur de bon papier, — qualité appréciable pour les livres de\nl'espèce — M. G. Walch a réuni, dans l'ordre de leur apparition, les meil­\nleures pièces de la génération lyrique dont la vie littéraire commença au\nParnasse, c'est-à-dire en 1866. Il y a là plus de deux cent trente poètes, les uns\nexcellents, les autres médiocres, sinon pis encore. Q u a r a n t e a n s . . . deux\ncent trente poètes : c'est b e a u c o u p , penseront d'aucuns. J'accorde\nqu'ils a u r o n t raison et qu'il est impossible que les Muses, ces sauvages, se\nsoient, dans l'espace de huit lustres, p r o d i g u é e s à tant de mortels. Ce serait\nbien mal les connaître que d'attendre d'elles de si larges indulgences; il\nexiste certaines limites au delà desquelles la bonté devient du dévergondage,\net les Muses ne sont pas de celles qui les franchissent : quiconque leur a fait\nne fût-ce qu'un brin de cour, à mcins qu'il n'eût le rare h o n n e u r de compter\nau nombre des élus, l'aura cruellement éprouvé.\n   La sévère postérité effacera sans doute plus d'un n o m , parmi les deux\ncent trente qui se trouvent réunis dans cette Anthologie, et ravira plus d'un\nlaurier à des fronts qui n'en sont pas dignes. Mais en attendant son jugement\nsouverain, il convient à quiconque suit, de près ou de loin, la vie littéraire\n\n\n (1) Anthologie des poêles français contemporains (1866-1906), par G. Walch (3 volumes,\nParis, Delagrave).\n"}, {"page_pdf": 769, "page_imprimee": 642, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3675, "texte": " 642                                    DURENDAL\n\n\n  de son temps, d'examiner à loisir les pièces du procès en cause. U n e bonne\n  anthologie p e r m e t seule, aujourd'hui, un pareil examen : car les poètes sont\n  trop nombreux, et trop féconds, pour qu'un h o m m e , fût-il de b o n n e volonté,\n puisse lire encore tous les recueils de vers qui en vaudraient la peine.\n     L'ouvrage de M. W a l c h remplira cette mission mieux qu'aucun autre\n ouvrage d u genre. Intelligemment conçu, largement exécuté, sans parti pris\n comme sans aveuglement, ce choix est fait à souhait pour renseigner les\n lecteurs sur l'histoire poétique du dernier demi-siècle. A chacun des poètes\n auxquels il d o n n e u n e place, M. W a l c h fait les h o n n e u r s d'une notice bio­\n graphique, que précèdent des indications bibliographiques aussi copieuses\n que précises. U n e mine précieuse s'ouvre là pour le fureteur consciencieux,\n qui veut scruter un auteur et u n e œuvre jusqu'en leurs traits les plus m e n u s .\n Les études de M. W a l c h sont judicieuses, impartiales et sereines, sans ces\n dénigrements, sans ces emballements non plus, où se complaît d'ordinaire la\n critique- du temps présent. M. W a l c h se borne à juger, avec sincérité toujours\n et aussi avec bonheur, les poèmes de ses auteurs, sans croire que son rôle\n l'oblige à hurler d'enthousiasme ou à crier d'horreur.\n    J'ajouterai que des autographes, dont quelques-uns sont d'importance,\n accompagnent chacune des notices, ce qui ne laissera pas de séduire les\njeunes filles, et du même coup d'autres curiosités, dont je me garderai de\n médire. U n e substantielle préface de S u l l y - P r u d h o m m e — qui aura été\n sans doute l'un de ses derniers écrits — présente l'ouvrage de M. W a l c h et\n en authentique le mérite.\n    Q u a n t au choix des vers, qu'en dirais-je? Chacun, selon ses goûts, son\nh u m e u r du moment, ses doctrines littéraires, ses amitiés ou ses antipathies,\nl'appréciera différemment. J e n e craindrai pas d'affirmer que ce choix n'esl\npoint parfait : car rien au m o n d e n'est parfait, ni surtout les anthologies\npoétiques. Mais je vous assure qu'il est bon, qu'il est même meilleur que les\nautres, et que, pour cette période qui va du Parnasse jusqu'au jour d'hier,\non n'a encore rien donné d'aussi sagement éclectique.\n    U n e large part est faite par M. W a l c h aux glorieux chefs de file que sont\nGautier, Baudelaire, Leconte de Lisle, Verlaine, Mallarmé, Verhaeren,\nH e n r i de Régnier, Mme de Noailles, et à ces poètes excellents qui s'appellent\nS u l l y - P r u d h o m m e , H e r e d i a , Dierx, Samain, Séverin, Maurice Magre, Charles\nGuérin, Nigond, Gregh, I w a n Gilkin, Louis Mercier, F r a n c i s J a m m e s , Max\nE l s k a m p , e t c . . U n e hospitalité généreuse et cordiale — u n peu trop, même,\nde-ci de-là — est réservée aux auteurs de second ordre. Les uns et les autres\nsont représentés par leurs conceptions essentielles, par leurs vers les plus\nh e u r e u x , par leurs pièces les plus célèbres (et ceci est encore u n e idée que\nj'approuve) : c'est ainsi qu'on rencontre d a n s cette Anthologie les Petites vieilles\nde Baudelaire, le Bateau ivre de R i m b a u d , les Fenêtres de Mallarmé, le\nDialogue mystique de Verlaine, le Vase brisé du cher S u l l y - P r u d h o m m e et le\n Coffret de R o d e n b a c h , et, — parmi les œuvres des vivants, le Soir d'Octobre de\n L é o n Dierx, le Passeur d'eau de Verhaeren, l'Elégie à Albert Samain de Francis\nJ a m m e s , le Vésuve de Van Arenberg, le Pénitent d ' I w a n Gilkin, l'Ombre heureuse\nde F e r n a n d Séverin, le Passé qui file de Grégoire L e R o y . Si u n e Anthologie\n"}, {"page_pdf": 770, "page_imprimee": 643, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3598, "texte": "                         A        PROPOS           D'UNE         ANTHOLOGIE              643\n\n\nn'accueillait pas tout cela, elle ne mériterait point son titre, ni ne répondrait\nà son but.\n    Mais, outre ces chefs-d'œuvre dès longtemps' consacrés par l'admiration\ngénérale (qui ne se trompe pas si souvent que les incompris veulent bien le\ndire), le choix de M. W a l c h révélera aux lecteurs des chefs-d'œuvre ignorés\nde la plupart d'entre eux : tels la Colombe, de B o u i l h e t ; la Bataille, d'André\nL e m o y n e ; les Bohémiens, de Glatigny; Madame de Condorcel, d ' E m m a n u e l des\nEssarts; les Marbres roses, d'Albert M é r a t ; Au lever, de Léon V a l a d e ; les\nFoins, d'André T h e u r i e t ; Septime Sévère, de F r é d é r i c Plessis; Chopin, de Mau­\nrice Rollinat; l'Ile fortunée, d'Ernest D u p u y ; les Genêts, de François F a b i é ;\nles Violiers, de Charles Le Goffic; la Lépreuse, d'Anatole L e Braz; l'Eros\nfunèbre, de Charles G u é r i n ; Soir de Printemps, d'Albert S a m a i n ; Petite rue,\nd'André R i v o i r e ; les Regrets, de Mme de Noailles; les Cygnes, de Gabriel\nNigond, — poèmes de tons divers, de mérites i n é g a u x , mais dont aucun ne\nsaurait être indifférent.\n     Bref, cette anthologie a p p r e n d r a à connaître, a u t r e m e n t que par leur n o m\nseul, n o m b r e de poètes puissants ou délicats, raffinés ou champêtres, gais ou\nmélancoliques, d o n t les meilleurs morceaux valaient assurément d'être sauvés\nde l'oubli, de même que les caprices bizarres, violents, crispés, de ces vir­\ntuoses du cauchemar que sont Corbière, Laforgue, R i m b a u d et Rollinat,\nsans négliger quelques bonnes chansons boulevardières et quelques m o n o ­\n logues rimes : le tout, d'ailleurs, d'une tenue fort convenable.\n     M. W a l c h livre aussi à nos comparaisons les vers plus ou moins estimables\n par quoi débutèrent autrefois des philosophes, des romanciers, des critiques\n ou des journalistes, aujourd'hui célèbres par leurs proses : tels Maeterlinck,\n Paul Bourget, Anatole F r a n c e , J u l e s Lemaître, Pierre Louys et quelques\n autres. L e u r gloire présente leur a valu peut être, dans la galerie de M. W a l c h ,\n une importance exagérée. Mais il était malaisé d'éviter un tel écueil, comme\n il était impossible d'écarter de ce P a n t h é o n quelques méchants poètes chers\n au profane vulgaire.\n     Consolons-nous pourtant de voir, d a n s cette réunion bariolée, les plais\n histrions du tréteau banal mêler leurs gestes de p a r a d e ou leurs grossières\n pitreries au c h œ u r harmonieux des purs artistes : les premiers font passer les\n seconds; il était nécessaire de dorer la pilule p o u r la faire avaler aux masses\n récalcitrantes! Car il sied de p r e n d r e garde que cette anthologie, par u n e\n logique attribution, est destinée au grand public, c'est-à-dire aux gens qui ne\n vont pas d'eux-mêmes cueillir les fleurs éparpillées sur les flancs abrupts du\n Parnasse, mais qui ne d e m a n d e n t pas mieux, à leurs heures de loisir, que\n d'en respirer un bouquet tout fait, divers de couleur et d ' a r o m e . E t puisque\n me voici en veine de métaphores, j'ajouterai q u e , grâce au stratagème\n ingénieux de M. G. W a l c h , plus d'un bourgeois trouvera, non sans ahuris­\n  sement, en se p r o m e n a n t dans son anthologie, u n cygne égaré, farouche\n  et splendide, parmi ses canards familiers, c o m m e il arrive dans u n conte\n  d'Andersen...\n     Q u a n t aux poètes parfaitement inconnus, même aux gens les mieux avertis,\n  ils sont n o m b r e u x dans ce copieux ouvrage. Quelques-uns seraient mieux\n"}, {"page_pdf": 771, "page_imprimee": 644, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2846, "texte": "644                                  DURENDAL\n\n\ndehors. D'autres nous réservent des surprises délicieuses : je n'en citerai que\ndeux, M. G e r m a i n - L a c o u r et M. Géraldy, le premier presque u n vétéran et\nle second presque un enfant.\n   D e M. Germain-Lacour, je transcris cette page d'album, que l'auteur du\nVase brisé n'aurait pas désavouée :\n\n                          Lorsque l'hirondelle se pose\n                          Au bord du toit solide et sûr,\n                          Qui devinerait ce qu'elle ose\n                          Dans les profondeurs de l'azur?\n\n                          Sitôt qu'elle a plié son aile,\n                          Dans le voisinage des nids,\n                          Aucun signe ne reste en elle\n                          De l'essor aux cieux infinis.\n\n                          L'âme ainsi paraît différente,\n                          Selon qu'on la voit tour a tour\n                          L'aile pliée, ou bien errante\n                          Aux cieux du rêve et de l'amour\n\n  De M. P a u l Géraldy (ne pas confondre avec P a u l Gérardy), on goûtera ces\nnotations singulièrement personnelles sur la sourde vie des Sous-Préfectures :\n\n              Province, feux voilés, bruits inquiets, angoisses...\n              Désirs de vivre ainsi qu'on a toujours vécu...\n              Logis à croupeton dans l'ombre des paroisses\n              Grand'mères avec des bonnets et des fichus...\n\n              Les robes ont le pli des choses jamais mises.\n              Les étoffes, d'un temps qu'on ne peut préciser,\n              Gardent comme une odeur de lainage et d'église...\n              On usera toute une vie à les user.\n\n              Et des vieilles qui vont tout bas, comme elles peuvent,\n              Toutes gauches de n'être pas agenouillées,\n              Meublent la rue ainsi de vieilles robes neuves\n              Qui même sur leurs corps ont l'air d'être pliées...\n\n   T o u t e la pièce est écrite dans ce style franc, et vif, et clair, avec des\nb o n h e u r s d'expression, des touches hardies, des détails pittoresques, que l'on\nretrouve d'ailleurs d a n s les autres poèmes de M. Géraldy : voilà un talent\nprometteur, et qu'il faudra suivre avec attention. Q u e cette simplicité, cette\ncouleur sobre et vraie, cette justesse de vision, nous changent et nous reposent\ndu solennel fatras d e tant d'esthètes fades, gris et tièdes, et si gonflés de\nthéories qu'ils ne sont jamais parvenus à voler à un pied de terre ! Ceux-là\naussi, nous semble-t-il, furent comblés d'honneurs excessifs d a n s cet éclec­\ntique florilège. P o u r q u o i , par exemple, permettre à M. Lacuzon de nous\nprêcher l'intégralisme en u n sermon aussi long qu'insipide ? U n e anthologie\nn'est pas u n e chapelle.\n     M. W a l c h , en h o m m e consciencieux qu'il est, fait appel aux lumières de\n"}, {"page_pdf": 772, "page_imprimee": 645, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "                    A PROPOS D'UNE        ANTHOLOGIE                       645\n\n\n\ntous pour réparer les omissions inévitables dans un ouvrage comme celui-ci.\nJe lui en signale donc volontiers quelques-unes : Paul Arène, ce Grec de\nMarseille, qui fit chanter en France les cigales athéniennes; Jules Tellier et\nPaul Guigou, dont quelques pièces sont charmantes; Edouard Dubus,\nl'auteur de ce chef-d'œuvre qui s'intitule Quand les violons sont partis ; André\nDumas, Charles Derennes, Emile Despax, Le Cardonnel et Ducoté, tous\nbons poètes; enfin, parmi les Belges, Albert Giraud, Charles de Sprimont,\nThomas Braun et Adolphe Hardy, dont l'absence dans cette galerie se\nconçoit d'autant moins qu'une place y est accordée à d'autres qui ne les\nvalent pas, tant s'en faut.\n   En résumé, l'Anthologie de M. Walch — dont la toilette typographique\nest tout à fait irréprochable — nous apparaît une œuvre très réussie, d'une\nbonne foi et d'une conscience qui sont dignes de nos éloges, et dont l'acqui­\nsition s'impose à tous ceux qui s'intéressent à la poésie française.\n\n                                                             FRANZ ANSEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-014", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 646, "page_fin": 649, "titre_corps": "La Chanson populaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. Verhelst", "ancre_debut": "La Chanson populaire (1) CE que M. 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Ernest Closson l'a entrepris pour nos mélodies\n                               populaires : d o n n e r au public une édition des vieux airs\n                               d'autrefois, u n peu rajeunis, un peu modernisés peut-être\n                               mais sans travestissement, par une toilette harmonique\n                               dont la couleur reste bien apparentée au dessin mélodique.\n                                   A première vue, il paraît illogique de vouloir h a r m o ­\n                               niser des mélodies dont les auteurs n'ont certes pas prévu\n                               l'accompagnement. Cet exercice ne ressemble-t-il pas à\ncelui du peintre qui colorie des dessins au trait ? Cependant ce n'est pas la\nm ê m e chose. Un dessin est indifférent à telle ou telle coloration; tandis\nque la mélodie porte en elle-même son h a r m o n i e i m m a n e n t e . L a succession\ndes sons qui la constitue implique u n e succession d'accords généralement\ndéterminée. On ne s'en est pas aperçu tout d'abord. Mais le progrès de\nl'art musical, q u a n d il amena la forme polyphonique, fut précisément de\ndécouvrir l'harmonie latente dans les inflexions de la ligne monodique.\nL ' h a r m o n i e ne fut pas une invention, mais une découverte. Or, il est fort\nintéressant et digne d'un artiste d'appliquer cette découverte aux airs anciens,\npour en dégager ce mystérieux élément préexistant, que nos ancêtres n'ont\npressenti que d'une façon confuse.\n    L ' a c c o m p a g n e m e n t h a r m o n i q u e exalte-t-il toujours la beauté d'une mélodie\nancienne? C'est u n e autre question. Il appartient au goût de la trancher.\nSans doute, certaines mélodies g a g n e n t en intensité expressives à recevoir un\ncomplément d'harmonies explicites. D'autres, au contraire, sonnent mieux\ndans leur fluide n u d i t é .\n    Quoi qu'il en soit, les plus belles mélodies anciennes sont aussi celles qui\ns'harmonisent le plus richement. On aurait tort de croire que des harmonies\npurement diatoniques sont nécessairement indigentes. U n musicien avisé\nsait en tirer des effets exquis, et m ê m e imprévus pour nos oreilles saturées\nde chromatisme. Seulement n'harmonise pas qui veut un thème ancien,\nsurtout q u a n d il appartient aux modes disparus, je veux dire les modes du\nplain-chant, dérivés eux-mêmes des modes grecs. Modes disparus n'est pas\ntrop dire, car si le plain-chant est encore en usage à l'église, les chantres et\n\n\n  (1) A propos du recueil de chansons populaires des provinces belges, par Ernest\nClosson, Bruxelles, Schott frères.\n"}, {"page_pdf": 774, "page_imprimee": 647, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3102, "texte": "                            LA C H A N S O N    POPULAIRE                             647\n\nmieux encore les organistes s'appliquent consciencieusement à le dénaturer.\n   L e recueil de M. Closson renferme u n certain n o m b r e de mélodies a p p a r ­\ntenant aux modes ecclésiastiques. L e s plus nombreuses sont celles du m o d e\néolien (premier m o d e ecclésiastique : ré, mi, fa, sol, la, si b, ou si 'b, do, ré).\nL e m o d e éolien, si a b o n d a m m e n t représenté d a n s le plain-chant, est la\nsource de notre m o d e m i n e u r ; il en diffère cependant par l'absence de note\nsensible, ce qui d o n n e u n caractère très net de gravité et de paix à ses\ncadences finales. Ses deux g a m m e s , l'une primitive avec si b l'autre altérée\navec sin #), et employées concurremment dans le m ê m e morceau, donnent\ndéjà la sensation de la modulation, d'où le m o u v e m e n t et l'instabilité,\nou encore, suivant la remarque de M. Closson, « u n e sorte d'agitation latente,\nquelque chose de lancinant et d'inquiet, d'une troublante intensité ».\n   Citons, parmi les mélodies de ce type, la belle complainte : Jezus' lijden\n(la Passion de Jésus), l'admirable chanson d ' a m o u r : Het daget in den Oosten\n(le jour se lève à l'Orient), la ballade du sire de Valkenstein, cette autre sur\nla jeune fille qui aimait u n chevalier, et surtout la poignante histoire de\nTjanne, où tressaille toute l'âme flamande, naïve, sentimentale et tragique.\nSouvent le texte de ces chansons appartient au plus pur lyrisme. A titre\nd'exemple, voici la traduction de la complainte de T j a n n e .\n\n      Ah ! Jeanne, disait-il, pourquoi ne chantes-tu pas ?\n      — Comment chanterais-je ? Dans trois jours je serai morte.\n\n      A peine Jeanne fut-elle en terre que Jean épousait une autre femme.\n      Et celle-ci battait les enfants, leur disant : pourquoi ne mendiez-vous pas ?\n\n      Le matin à neuf heures on vit les trois petits enfants\n      Aller au tombeau de leur mère et s'y tenir tout cois.\n      Agenouillés, ils priaient de tout leur cœur;\n      A leur prière soudain le tombeau s'ouvrit.\n      Elle prit le second de ses fils et le plaça sur ses genoux ;\n      Elle prit aussi le plus jeune, le pressant contre son sein nu.\n\n      Et comme font les mères, chastement elle l'allaita.\n      Ah ! mes enfants, dit-elle, que fait votre père à la maison î\n\n      Mère, disaient-ils, nous avons grand faim ;\n      Levez-vous, venez avec nous mendier notre pain !\n\n      Ah ! mes enfants, disait-elle, je ne puis me lever;\n      Mon corps est couché en terre, mon âme seule est près de vous.\n\n   P a r m i les chansons d'amour, on trouve la célèbre complainte : Gekwetst ben\nik van binnen (Je suis blessé au dedans, — c'est ton a m o u r qui me transperce,\n— et toujours plus s'étend la blessure. — Où que j'aille, où que je me tourne,\nje n'ai de repos ni le jour ni la nuit. — Où que j'aille, où que je me tourne,\nc'est toi seule que je vois!). L a mélodie, qui doit au m o d e éolien ses h a r m o ­\nnies graves et pleines, est d'une profondeur de sentiment que la musique\nmoderne ne dépasse point.\n"}, {"page_pdf": 775, "page_imprimee": 648, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3550, "texte": "648                                  DURENDAL\n\n\n    Délicieuse mélodie éolienne encore la « L o u a n g e de l'Aimée », qui sonne\ncomme un chant religieux plein de ferveur mystique.\n    Les autres modes grecs ne sont représentés que par deux chansons :\nGriseïidis, et la ballade du sire Hallewijn. L a première appartient au mode\niastien (sol, la, si, do, ré, mi, fa, sol; 7 e mode ecclésiastique). J e me d e m a n d e\nsi M. Closson ne s'est pas trompé en harmonisant ce morceau en sol majeur,\nalors que le fa naturel caractérise le m o d e , en le différenciant de notre mode\nmajeur? Il est vrai que le fa naturel ne se rencontre q u ' u n e fois d a n s le mor­\nceau. P o u r t a n t il n'y a pas non plus de fa 3. On peut critiquer aussi d'avoir\nmis cet unique fa sur u n accorde de septième de d o m i n a n t e .\n    L a ballade du sir Hallewijn est célèbre. Elle est du mode phrygien, appa­\nrenté à l'iastien (ré, mi, fa, sol, la, si, do, ré; 8 e mode ecclésiastique). Rien\nde plus piquant que cette mélodie, franchement majeure, et tournant sans\ncesse autour d u second degré de la g a m m e (ré), p o u r y chercher quelque repos\njamais définitif, de sorte qu'à c h a q u e arrêt elle est prête à repartir indéfini­\nm e n t . C'est vraiment le type de la mélodie continue. On ne se lasse pas de\nl'entendre, parce que, au moins pour nos oreilles, elle ne conclut j a m a i s . Les\nmodes iastien et phrygien constituent un des modes les plus caractéristiques\ndu plain-chant : le tetrardus, si propre aux élans de ferveur et d'enthousiasme.\n  L a formule d u Credo y appartient. Il est curieux d'observer la ressemblance\nde cette formule avec le thème de la c h a n s o n d'Hallewijn. S a n s nul doute,\nn o u s nous trouvons ici en présence d'une des plus anciennes traditions musi­\ncales, vieille peut-être de quelques vingt siècles. Elle vit toujours dans la\nmémoire de nos populations flamandes. J'en ai pu recueillir moi-même une\nnotation un peu différente de celle de M. Closson, et, si je n e me t r o m p e ,\n plus a r c h a ï q u e .\n    Ces mélodies représentent, d a n s le trésor des chansons populaires\nflamandes, le legs du moyen âge. Au cours des siècles, ce trésor s'est enrichi\n d'un très g r a n d nombre de productions où se dessine la structure de la phrase\n musicale actuelle, d a n s ses deux modes majeur et m i n e u r . M. Closson en a\n réuni les plus beaux exemplaires, rudes chansons des gueux du XVIe siècle,\n délicats noëls, gentilles chansons amoureuses, bouffonneries incohérentes,\n rondes enfantines, si l'on p e u t dire, toute la lyre du XVe siècle jusqu'à nos\njours, y compris quelques banalités plus populaires que belles, comme de Zoon\n van Napoleon (le Fils de Napoléon). Il convient de remarquer d'ailleurs que la\n chanson ne devient positivement laide qu'à partir du XIXe siècle. Attribuons\n ce p h é n o m è n e à l'élimination spontanée de ce qui ne satisfait pas le goût. De\n la production du passé n'a survécu que ce qui était doué de beauté impéris­\n  sable.\n    E n composant son recueil, M. Closson n'a pas voulu en exclure quelques\n  productions modernes, qui peuvent passer pour populaires, comme le vigou­\n  reux chant des F l a m a n d s de Benoît, tiré de son oratorio De Schelde (L'Escaut),\n  dont les trois premières notes a p p a r t i e n n e n t à u n chant des Gueux du\n  XVIe siècle, le discutable Ons Vaderland (Notre Patrie), de Blockx, et la déplo­\n  rable Brabançonne de C a m p e n h o u t .\n     M. Closson n'a pas oublié n o n plus nos frères les W a l l o n s . Il a le mérite\n"}, {"page_pdf": 776, "page_imprimee": 649, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "                            LA   CHANSON       POPULAIRE                            649\n\n\nd'avoir réuni une collection de chansons wallonnes, danses, cramignons, bien\nmoins connues que les chansons flamandes. Celles-ci ont été l'objet de n o m ­\nbreuses recherches et de volumineuses publications (De Coussemaeker,\nWillems, Van Duyse, Bols, etc.). La chanson wallonne a été plus dédaignée.\nF r a n c h e m e n t , ce n'est pas à tort. Elle est futile, souvent grossière, rarement\nartistique. Au surplus, elle ne paraît pas remonter au delà du XVIIIe siècle.\nM. Closson r e m a r q u e que la chanson flamande se rapproche plutôt du lied\nallemand, la chanson wallonne de la chanson française. C'est possible, à\ncondition de ne pas remonter à plus d'un siècle. J'aime mieux croire que les\nWallons ont eu la mémoire courte, qu'ils ne se souviennent plus de ce que\nchantaient leurs ancêtres du moyen â g e , . . . ou bien que les actuels folkloristes\nn'ont pas suffisamment exploré les régions où peut-être ces souvenirs vivent\nencore. Car ce n'est pas d a n s le tintamarre des cabarets et des kermesses\nqu'on peut espérer en retrouver la trace. C'est plutôt d a n s la paix des veillées\nfamiliales, parmi les bonnes gens qui vivent dans l'ignorance de la folle\nchanson m o d e r n e .\n\n                                                                     F.   VERHELST.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-015", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 650, "page_fin": 652, "titre_corps": "La Médaille à l’Exposition générale des Beaux-Arts, Bruxelles 1907", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alphonse de Witte", "ancre_debut": "La Medaille à l'Exposition générale des Beaux=Arts Bruxelles 1907", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 777, "page_imprimee": 650, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "La Medaille à l'Exposition générale des Beaux=Arts\n                            Bruxelles, 1907\n\n\n\n                   A la dernière exposition triennale, ouverte à Bruxelles en\n                     1903, l'art de la médaille était représenté par huit expo­\n                     sants. Il en est exactement de même aujourd'hui, et\n                     encore, pour atteindre ce chiffre, qui menace de devenir\n                     fatidique, a-t-il fallu la providentielle participation d'un\n                      Hongrois !\n                        A quoi faut-il attribuer cette abstention presque géné­\n                     rale, alors surtout que le nombre de nos médailleurs,\n                     tout comme leur réputation, s'accroît sans cesse? Nous\nl'ignorons absolument. Peut-être, après tout, faut-il simplement y voir une\ntacite protestation contre le sans-gêne, vraiment par trop marqué, avec\nlequel on a pris l'habitude d'en user avec eux.\n   Cette fois encore, en effet, aucun salonnet, sur les cinquante salles dont on\ndisposait, ne leur a été réservé. Bien plus, l'envoi d'un même artiste se trouve\nparfois divisé, et il faut le chercher partie dans une salle, partie dans une\nautre. Enfin, le nom d'aucun médailleur ne figure ni parmi les membres du\ncomité organisateur, ni parmi les membres du jury. Cette exclusion, aussi\ninjuste qu'incompréhensible, expose les graveurs en médailles à voir juger\nleurs œuvres par des personnes qui n'entendent rien à la technique si com­\nplexe de leur art délicat.\n   Souhaitons, sans oser l'espérer, qu'il n'en soit plus ainsi à l'avenir. Alors\nseulement il sera possible d'apprécier, comme il convient, les progrès énormes\nréalisés, en ces dernières années, par nos modeleurs et aussi par nos fabricants\nde médailles ; car, pour produire ces petits monuments métalliques, il faut\nce que bien des gens ignorent, l'union intime de l'art et de l'industrie.\n   Au surplus, telle qu'elle est, la section de la médaille de l'exposition des\nBeaux-Arts de 1907 mérite mieux que deux ou trois lignes d'un compte rendu\ngénéral, aumône par trop parcimonieuse à elle faite, par les journaux et par\nla plupart des revues, quand ils ne s'abstiennent pas d'en parler.\n   De l'ensemble et de l'étude de cette petite exhibition, il appert, d'une façon\nfrappante, que nos médailleurs triomphent surtout dans le portrait. Ils sont\nmoins heureux lorsqu'ils s'attaquent aux allégories.\n   M. ISIDORE D E RUDDER, un artiste de réel talent, nous en fournit la preuve\nmalheureuse. Ses plâtres de la plaquette offerte l'an dernier au directeur\ngénéral des Beaux-Arts de la ville de Bruxelles, M. Mabille, surchargés d'inter-\n"}, {"page_pdf": 780, "page_imprimee": 651, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3587, "texte": "       LA M É D A I L L E A L ' E X P O S I T I O N G É N É R A L E D E S BEAUX-ARTS     651\n\n\n\nminables inscriptions tracées en caractères hiéroglyphiques, ont l'apparence\nde modèles pour vieilles tapisseries. S o n autre plaquette, encore en plâtre,\n Vers l'entente, vaut mieux. O n y voit la Belgique, personnifiée p a r u n e jeune\nfemme casquée, a u torse n u , qui noue les coins de deux drapeaux, belge et\nhollandais. Mais, ici encore, la composition trop c h a r g é e , m a n q u e d'air et\nsemble étouffer dans son c a d r e , fatalement limité.\n    M. GODEFROID DEVREESE, dont l'envoi est le plus nombreux, apparaît a u\nSalon c o m m e le premier de nos portraictureurs en métal. Ses portraits d e\n François Leroi et d'Anna d e Kempeneer, d'Emile Mestreit, du bourgmestre\nDe Mot et surtout le buste de M. Coetermans, consul général de Perse à\nAnvers, tous bien mis en page, sont superbes de vie et d'expression. Ils\nseraient parfaits, n'était-ce parfois certaines faiblesses dans le rendu de\nla chevelure ou de la barbe. La tête d u roi, qui s'étale a u droit de la médaille\ncommémorative de l'ouverture d u port de Bruges, est peut-être la plus belle\nœuvre de l'artiste. D a n s tous les cas, c'est l'une des meilleures — si pas la\nmeilleure — effigies métalliques de notre souverain.\n    Il n o u s faut signaler encore, au point d e vue de sa composition, la médaille\nofferte par le comité exécutif de l'Exposition de Liége a u R o i et à quelques\nrares privilégiés. L e T e m p s , qui y figure a u revers, est vraiment u n beau et\nb o n morceau de sculpture.\n    M. CHARLES SAMUEL a eu l'heureuse idée de réunir, en un seul cadre, son\nœuvre d e médailleur presque a u complet. L a caractéristique du talent de ce\nmaître sculpteur est la distinction. L a tête de Léopold I I , qui lui valut u n\ndeuxième prix a u concours pour la médaille commémorative du soixante-\nquinzième anniversaire de l'Indépendance belge, est pleine de caractère et\nde noblesse. T r è s b o n aussi le portrait de M. Vergote, le défunt gouverneur\nd u B r a b a n t . Nous aimons moins le buste de M. Charles Dietrich, dont la tête\nnous paraît avoir, relativement au corps, u n relief qui d é t o n n e . Citons aussi\nla c h a r m a n t e médaille de l'Union des hôteliers, restaurateurs et cafetiers bruxellois,\nqui caractérise si bien, en sa grâce u n peu mièvre, mais captivante a u pos­\nsible, la façon dont M. Samuel c o m p r e n d la médaille de genre.\n   Mais nous connaissons tous les mérites de M. Godefroid Devreese et ceux\nde son émule M. Charles S a m u e l ; aussi, à notre sentiment, l'intérêt de la\nprésente exposition réside-til surtout, n o n dans u n e affirmation nouvelle d u\ntalent de ces excellents artistes, mais d a n s le début plus ou moins heureux de\nquelques j e u n e s .\n   M. J U L E S JOURDAIN, de Bruxelles, est l'un de ces d é b u t a n t s . Sa médaille\ndu décès de S . M. la Reine Marie-Henriette, primée au dernier concours de\nl'Académie royale de Belgique et que la Société hollandaise-belge des Amis\nde la Médaille d'Art vient de faire frapper pour ses membres, nous plaît\nextrêmement. L a fine et élégante effigie de la pauvre Reine, qui se dresse au\ndroit, est d'une distinction toute royale. Q u a n t a u revers, le silence d e la\ntombe, il est plein d'une douce et quiète mélancolie, bien adéquate au sujet.\nL a petite plaquette, un monnayeur au travail, est aussi fort réussie. N u l doute,\nqu'avec le temps et du travail, M. J o u r d a i n n'arrive à se placer parmi les\npremiers de nos médailleurs. D a n s tous les cas, il mérite d'être encouragé.\n"}, {"page_pdf": 781, "page_imprimee": 652, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "652                              DURENDAL\n\n\n\n   Nous regrettons de ne pouvoir en dire autant de M. ALPHONSE MAUQUOY,\nd'Anvers, dont les cinq ou six fontes, d'une déplorable lourdeur de facture,\naccusent un modelé vraiment par trop lâché. Cependant, un moine devant\nlequel s'agenouille humblement une femme, la couronne royale sur la tête,\npossède une belle expression d'illuminé ; nous sommes heureux de pouvoir le\nconstater, à l'honneur de l'artiste.\n   M. PIERRE SCHAAR doit aux conseils du peintre animalier Edmond\nvan der Meulen, d'avoir abandonné, tout au moins en partie, la sculpture sur\nbois pour s'adonner à modeler, en médaillons, des chiens de toutes races.\nParmi la demi-douzaine de plâtres — toujours des plâtres! — qu'il expose,\nil faut tirer de pair son chien russe et le chien berger belge.\n   Quant à M. FRANZ VERMEYLEN, de Louvain, c'est un artiste consciencieux\nqui connaît son métier de longue date. La médaille au buste du roi, classée\ntroisième au concours pour la médaille du soixante-quinzième anniversaire\nde l'Indépendance belge, les portraits des professeurs Lefebvre et de\n Marbaix, celui du baron Orban de Xivry, ancien gouverneur du\nLuxembourg, les effigies conjuguées du sénateur comte Thierry de\nLimbourg Stirum et de sa femme, le prouvent surabondamment.\n   La grande fonte, Hommage de confraternité au docteur C. van Roechoudt, fait,\ndans son ensemble, bonne impression et vient confirmer le sentiment que\nM. Vermeylen est en sérieux progrès.\n   Enfin, M. ETIENNE SZENTGYÖRGYE, un Hongrois de Begaszentgyörgy, qui\nvoit en peintre plutôt qu'en médailleur, a envoyé trois têtes d'homme et\ndeux de femme de mérite très variable.\n   Toutes ces pièces, au lieu d'être placées dans la section de la sculpture,\nsont éparpillées dans deux ou trois salles de la section de l'art décoratif, avec\nlequel elles n'ont certes rien à voir. Cette classification bizarre est pour nous\nun mystère que nous renonçons à éclaircir. Il est vrai qu'au Salon des Arts et\nMétiers qui fait face, au Parc du Cinquantenaire, à l'Exposition des Beaux-\nArts, la vitrine de M. Paul Fisch aîné, renfermant une cinquantaine de\nmédailles et plaquettes réduites et frappées dans les ateliers de cette maison\nd'édition dont la réputation n'est plus à faire, a été reléguée dans un coin\nperdu du compartiment réservé aux arts et industries du bâtiment!!\n   Après cela, on ne peut plus s'étonner de rien.\n\n                                                      ALPHONSE DE WITTE.\n  16 septembre 1907.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-016", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 653, "page_fin": 655, "titre_corps": "L’Art à l’école", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "L'Art à l'Ecole A propos des visites scolaires", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 782, "page_imprimee": 653, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "L'Art à l'Ecole\n\nA                    propos des visites scolaires aux musées de\" peinture, j ' e n ­\n                       tendis l'autre jour ce dialogue entre u n directeur d'école\n                       moyenne et un supérieur de collège épiscopal : le pre­\n                       mier affirmait que les visites scolaires avaient fait faillite ;\n                       les enfants, dit-il, reviennent du musée, fatigués, ennuyés\n                       et n'ayant rien retenu ; le second protestait, affirmant que,\n                       chez les jeunes gens confiés à ses soins, les visites sco­\n                       laires avaient produit de notables résultats. « Mais quel\n                       âge ont ces jeunes gens » — d e m a n d a son interlocuteur. —\n« Ce sont des rhétoriciens », — répondit le supérieur — « et j ' a v o u e qu'ils\navaient reçu, en vue de ces visites, une préparation spéciale ! »\n    Cette conversation est suggestive; elle révèle que dans l'organisation de\nl'Art à l'école, les intentions valurent mieux que les m é t h o d e s ; il semble qu'on\nnégligea de suivre un processus adapté à l'intelligence novice des enfants et à\nla qualité même des notions qu'il fallait leur inculquer ; et — pour résumer\nl'erreur commise par un mot familier — on attela la c h a r r u e avant les bœufs.\nAu lieu de considérer les visites aux musées comme le couronnement ou, si\nvous aimez mieux, la récompense d'un enseignement théorique, on a m e n a\nles enfants, d'emblée et sans éducation préalable, devant cette cinémato­\ngraphie colorée que sont nos collections de tableaux; et les petiots revinrent\nde ces excursions, éblouis et éreintés, n'ayant point l'occasion d'oublier\nquoique ce soit, puisqu'ils n'avaient rien appris ! L'enseignement artistique\ndoit, pour être fécond ou simplement intelligible, suivre la même voie que\nl'enseignement littéraire : or, avant de procéder à l'analyse littéraire d'un\nauteur, n'a-t-on point l'habitude de faire l'analyse étymologique et l'analyse\n grammaticale ? E n matière d'art, ces « travaux d'approche » sont d'autant plus\n nécessaires qu'il s'agit de notions auxquelles l'enfant est, jusque-là, resté a b ­\n solument étranger. Mais que sera cette initiation préparatoire? Elle sera\n définie et limitée par le but m ê m e de l'Art à l'école. Il ne s'agit point\n évidemment d'investir l'enfant du bagage encyclopédique, indispensable à\n u n critique d'art. P l u s modeste dans ses visées, l'Art à l'école se contentera\n de vouloir donner à l'enfant des « clartés » esthétiques, d'ouvrir son intelli­\n gence au sens du beau et de doter sa sensibilité du goût du beau, enfin de\n\n\n    (1) Communicatioa faite à la Société d'histoire et d'archéologie, à Gand.\n"}, {"page_pdf": 783, "page_imprimee": 654, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "654                                    DURENDAL\n\n\n\n lui apprendre à voir et à discerner, parmi les choses qui l'entourent, celles\n qui ont un cachet de beauté, de celles qui sont laides et même de celles qui sont\n simplement banales.\n     Dans ce but, il faut tout d'abord envelopper l'enfant, à l'école même, d'une\n atmosphère propice : on a déjà fait beaucoup pour différencier les murs des\n  classes des murs des geôles; à Anvers surtout on a réalisé à cet égard, dans\n les écoles de la ville, un cadre-type où les regards des élèves sont attirés et\n où leur curiosité est sollicitée par des « illustrations » diverses et générale­\n ment méritoires : scènes d'histoires, portraits d'hommes célèbres, allégories\n des phases de l'industrie ou des progrès du travail, e t c . . Il me paraît, qu'au\n point de vue de l'enseignement artistique, ces décorations seraient heureu­\n sement complétées par des reproductions des chefs-d'œuvre de la peinture et\n de la sculpture, produits artistiques de la race même à laquelle appartient\n l'élève et par des reproductions des grands monuments, choisis dans l'am­\n biance où doit grandir et vivre l'enfant. Car, ne pouvant tout enseigner, ce\n sont évidemment les écoles d'art nationales que le maître devra de préférence\n choisir comme objet de ses leçons : ces écoles sont les fleurs d'un idéal que\n les jeunes générations doivent cultiver avec une prédilection jalouse ; ces\n écoles ont des liens étroits avec cette partie de l'histoire que les jeunes géné­\n rations doivent avant tout connaître; enfin, par la facilité d'accès, pour\n l'élève et pour le maître, à d'authentiques chefs-d'œuvre, ces écoles d'art\n offrent l'occasion de l'enseignement le plus pratique, le plus vivant et le plus\n exaltant, lorsque, pour couronnement de ses leçons, le professeur conduira\n l'élève dans les églises, dans les musées, sur la place publique.\n    Car c'est par là qu'il faudra terminer — et ce n'est que lorsque l'élève sera\nfourni de notions théoriques, nettes, claires et sobres, qu'il convient, dans des\nvisites aux chefs-d'œuvre, de souligner l'enseignement par l'analyse des belles\nréalités immortelles que doivent être, par exemple, pour les enfants des\nFlandres, l'Adoration de l'Agneau, les somptueuses toiles de Rubens, les\nfresques d'histoire de Gallait, les paysages de Verwée, de Claus et de\nBaertsoen — et pour l'architecture, la cathédrale Saint-Bavon, l'hôtel de ville\net l'édifice même où nous nous trouvons réunis (1).\n    Il importe, d'ailleurs, au point de vue spécial des visites dans les musées,\nque le maître évite de conduire ses élèves comme un cicérone mène ces\ntroupes d'Anglais qui, gloutonnement et sans discernement, avalent des kilo­\nmètres de toile. L'arrangement de nos musées est si peu conçu et effectué en\nvue d'un enseignement élémentaire et méthodique — et je ne connais, pour\nma part, que le Musée de Berlin qui soit comme un livre ouvert, où l'on\npuisse lire, en ses évolutions successives, l'histoire de l'art. Devant cette mul­\ntiplicité et cette diversité d'oeuvres, même les initiés sont parfois déconcertés;\ncomment voulez-vous qu'un enfant, soumis à ce pèlerinage incohérent, ne\nsoit pas dérouté ? Le maître, à l'exclusion de tout le reste, guidera donc direc­\ntement les élèves vers les seules œuvres démonstratives de son enseignement,\n\n\n (1) La Halle aux Draps, local de la Société d'histoire et d'archéologie.\n"}, {"page_pdf": 784, "page_imprimee": 655, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "                              L'ART A L'ÉCOLE                                  655\n\n\net si, dans les suivantes visites, il aborde d'autres œuvres, ce devra être\navec le même souci scrupuleux de méthode et en ayant soin de relever leurs\nrapports avec les œuvres-types qui doivent toujours rester le pivot de toutes\nses démonstrations.\n   Ce qui, jusqu'ici, fut cause de l'insuccès, au moins relatif, des tentatives\nde l'Art à l'école, c'est à la fois le défaut de manuels et le défaut de maîtres.\n   Les historiens de l'art ne manquent point en Belgique. Ils ont la science et\nla compétence. Ce serait de leur part un bel acte de charité intellectuelle\nd'abaisser leur savoir à la portée des jeunes intelligences et, chacun dans le\nrayon de ses études, de résumer l'histoire de notre art national, peinture,\nsculpture, architecture, en des traités simples, concis, sans luxe de détails\ntechniques et archéologiques, écrits dans un style familier, et où les\ndémonstrations théoriques graviteraient toujours autour de quelques chefs-\nd'œuvre-types.\n   Mais, outre des livres, par qui enseigner, il faut des maîtres qui sachent\nenseigner. Et qui ignore qu'au point de vue de l'enseignement esthétique, les\nprogrammes de nos écoles normales ont de regrettables lacunes ! Tout notre\nenseignement est, du reste, un peu dans ce cas, et au Congrès mondial de\nMons, en 1905, dans la section de l'enseignement, parmi tant de branches\ndiversement pratiques qui se bousculèrent à l'assaut des programmes, on fit\nla part vraiment trop sommaire et trop précaire au culte de la beauté désin­\ntéressée. Chez nos normalistes, futurs professeurs et instituteurs, l'art est\nenseigné comme une dépendance subalterne de l'histoire ; et les manuels\nd'histoire qu'on leur met entre les mains relèguent les notions sur la peinture,\nla sculpture, l'architecture, dans des paragraphes en « petit texte » — ce petit\ntexte que l'élève néglige, parce que le maître le dédaigne! « L'art en petit\ntexte » constitue, hélas! une tendance générale, en notre enseignement de plus\nen plus livré aux utilitarismes. C'est contre cette tendance qu'il faut protester\net réagir; et, en ce qui concerne particulièrement la réalisation de l'art à\nl'Ecole, on peut craindre que tous les efforts resteront vains et stériles si long­\ntemps que les écoles normales ne verseront point dans l'enseignement un\ngroupe de maîtres qui, ayant reçu eux-mêmes une solide et conséquente\nformation esthétique, sauront être pour leurs élèves des éducateurs et des vul­\ngarisateurs d'art.\n                                                      FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-017", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 656, "page_fin": 669, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES ROMANS Quand j'étais homme", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 785, "page_imprimee": 656, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "LES              LIVRES\n\n ROMANS :\nQ u a n d j ' é t a i s h o m m e (cahiers d ' u n e femme), par CAMILLE\n    LEMONNIER. — (Paris, Michaud.)\n    M. Camille L e m o n n i e r est un bien curieux écrivain. Son activité inlassable\n le pousse à chercher des sujets de roman dans les domaines, dans les\nendroits les plus divers. L'auteur du Vent dans les Moulins et du Petit Homme\nde Dieu nous transporte aujourd'hui loin d e la F l a n d r e , dans le cœur d'un\nParis grouillant, vicieux, pittoresque, peuplé de filles et de souteneurs. C'est\nlà que la virtuosité verbale de M. L e m o n n i e r trouvera de multiples motifs à\nvariations intéressantes. D a n s ce P a r i s h a u t en couleurs, il nous peindra\nc e p e n d a n t quelques vies menues, humbles et néanmoins p r e n a n t e s . Ce seront\nles habitants d'un petit passage où l'air et la lumière parviennent à peine, où\nles bruits de la rue n'ont plus q u ' u n faible écho. L'écrivain cette fois\nretrouvera ses dons d'observateur perspicace et attendri.\n    Et le titre, nous d e m a n d e r a - t - o n , ce titre bizarre : Quand j'étais homme —\nCahiers d'une femme, que peut-il signifier? Mon Dieu, l'explication en est\nsimple : Andrée P i è g r e , pauvre j e u n e fille livrée aux rudes incertitudes de la\nvie dans l'immense cité, revêt pour échapper à l'éternelle chasse du fauve\n— l'homme! — les apparences de celui-ci. Sous les habits masculins, elle ne\ndevra plus disputer journellement son pain à la débauche sinistre.\n    E t des petits bourgeois et surtout des rôdeurs, des pierreuses passent et\nrepassent, et des portes s'ouvrent, et s'échappent alors des relents de bouge et\nparfois u n g r a n d cri angoissé.                                                      B.\n\n L a P e u r d e l ' A m o u r , roman, par H E N R I DE RÉGNIER. — (Paris,\n    Mercure de France. )\n    Il en faut prendre son parti : M. de Régnier n'est pas un moraliste.\nAnciennes ou contemporaines, les histoires qu'il nous conte avec une grâce si\np i q u a n t e , si légère et si polie, ne sont jamais ad usum Delphini. Celle-ci\nest moderne. Marcel R e n a u d i e r , son morose héros, a d'un père pessimiste\nappris à redouter la vie. Folie de croire au b o n h e u r dont elle ne d o n n e que\nles apparences, au plaisir dont elle ne d o n n e que l'illusion. Elle n'inspire au\njeune h o m m e que dégoût, méfiance, effroi. Marcel b o u d e particulièrement\nl'amour. Aussi se garde-t-il sévèrement d'aimer, q u a n d il le pourrait,\nMlle Juliette Roissy, toute au plaisir de vivre, elle, et qui, pourtant, lui\nlaisse assez deviner qu'elle le préférerait au sexagénaire M. de Valenton,\nque lui destine l'égoïsme paternel. Il la refuse encore, u n peu plus tard,\n"}, {"page_pdf": 786, "page_imprimee": 657, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "                                       LES LIVRES                                           657\n\nlorsqu'en puissance d'un barbon de mari, elle s'obstine à s'offrir; et M. de\nRégnier le plaint visiblement de m a n q u e r un aussi tendre adultère.\nM m e de Valenton, dépitée, tombe aux b r a s d'un autre a m a n t . E t c'est\nalors seulement que, guéri enfin de son pessimisme, Marcel Renaudier,\nqui la retrouve à Venise, se décide à commencer avec elle un roman\nd'amour. Il est trop t a r d ; car, plus jaloux que le mari, Bernard d'Argimel,\nqui survient dès les premières étreintes, tue en pleine ivresse, d'une\nballe précise, le pauvre Marcel. T o u t cela n'est point d'une psychologie\ntrès fouillée. Bien des choses auraient besoin d'être expliquées, — et\nnotamment l'irrésistible domination qu'exerce M. d'Argimel sur M m e de\nValenton, que M. de Régnier ne se met guère en peine d'élucider. Mais\nle conteur est délicieux et l'art du peintre est extrême ; et puis il y a Venise,\navec ses féeries éblouissantes et infiniment diverses, évoquée p a r u n poète\nsubtil et rare. N'est-ce pas assez p o u r notre enchantement?\n\n\nLe     N i m b e n o i r , roman, par PÉLADAN. — (Paris, Mercure de France.)\n   L a tête admirable qu'entoure ce n i m b e ténébreux, signe à la fois\nd'héroïcité et de péché, est celle d'une princesse russe, dont le Moyen Age\n— M. P é l a d a n l'assure — eût mis l'histoire dans sa Légende dorée. Sophia\nMentchikoff est libertaire et nihiliste : c'est la vierge à la bombe. Fiancée\nfarouche de l'anarchie, elle repousse, avec u n e horreur qui s'exprime\nen vérité trop complaisamment, et pour des raisons assez peu méritoires,\ntout autre a m o u r . Mais, si jalouse de sa virginité, elle dompte ses dégoûts afin\nd'assurer le triomphe de sa cause et cède au vieillard qui lui offre, pour ses\nfrères, un million de roubles. Elle livre sa beauté pour la justice, puis meurt.\nOn peut douter de la sublimité d'un tel sacrifice. R o m a n t i q u e impénitent,\nM. Péladan prodigue, d a n s son récit, l'invraisemblable. Ses métaphoses\nfoudroient l'Autocratie : le Sar déteste le T s a r . Il a d'ailleurs, comme toujours,\ndes paradoxes et du style. J'allais oublier de dire — mais l'ignore-t-on ? —\nque la princesse ressemble prodigieusement à u n e madone de L é o n a r d .\n                                                                                       M. D .\n\nHistoire         remarquable d'Anselme                         Ledoux, par F.-CHARLES\n   MORISSEAUX. — (Liège, l'Edition artistique.)\n   L ' a u t e u r de ce r o m a n de m œ u r s militaires a e n t e n d u , sans doute, lui prêter\nironiquement l'épithète de « remarquable », et nous nous garderons de nous\nlivrer là-dessus à des plaisanteries trop faciles. E n réalité, l'histoire d'Anselme\nLedoux est, d a n s ses complications, d'une simplicité naïve. C'est u n e suite\nde notations d'une psychologie menue, outrageusement puérile et visant\nau « fin du fin » avec un zèle opiniâtre, du reste pas toujours heureux. Le\nsabre de ce jeune maréchal des logis coupe des cheveux en quatre inlassable­\nment. J e doute que l'on trouve beaucoup de « raffineurs » de l'espèce d a n s\nles casernes de Belgique.\n   Au surplus, et en général, ce livre est écrit en français. Reconnaissons-lui\nce mérite, qui n'est pas si c o m m u n chez nous!\n"}, {"page_pdf": 787, "page_imprimee": 658, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3511, "texte": " 658                                  DURENDAL\n\n\n   L a B l e s s u r e e t l ' A m o u r , par F . - C H A R L E S MORISSEAUX. — (Paris,\n      Lemerre.)\n     Mêmes critiques et m ê m e s éloges vaudront pour le présent livre, encore\n  qu'il se lise avec plus de c h a r m e , à cause des beaux paysages de soleil et de\n  montagnes où se déroule la vie inquiète et lamentable du doux rêveur\n  B e n i a m i n o , et que M. Morisseaux peint non sans grâce ni sans fidélité,\n  avec des nuances délicates et souples, et m ê m e parfois dans des tons p e r ­\n  sonnels.\n     Mais que viennent faire, encore une fois, tous ces raffinements de pensée,\n toutes ces élégances de parole chez les bons paysans, en somme, que sont\n A n n u n z i a t a , Gianpietro, Serena, Beniamino lui-même? Ces quintessences\n sentimentales seraient de la pure morbidesse chez les névrosés des grandes\n villes : elles nous empêchent de croire à la vie des héros de M. Morisseaux\n et à sa propre sincérité. C'est d e la littérature, et p a r m o m e n t s de la pire.\n     Cette histoire, qui se veut tragique, apparaît surchargée d'épisodes ingénus\n et de gestes inutiles, où l'homme de lettres se trahit trop, et qui font que,\n malgré des passages intéressants, nous résistons à l'émotion, bien sûrs que ce\n n'est pas arrivé. T o u s les personnages, ici, sont un peu épileptiques, comme\n le pauvre B e n i a m i n o ; et leurs actions incohérentes, inexpliquées, souvent\n inexplicables, nous d o n n e n t l'impression d'une folie dont nous ne savons\n ni d'où elle vient, ni de quelle espèce elle peut être. T a n t de cris, tant de\n larmes, tant de sang nous rebutent, sans nous épouvanter, et l'horreur qu'ils\nnous causent n'est pas d'essence tragique. M. Morisseaux se d o n n e bien du\nmal pour nous faire p l e u r e r ; et comme il n'y parvient pas, ou qu'à de rares\nintervalles, il arrive qu'il nous fasse rire, tant il se démène lui-même avec\nune sauvage a r d e u r .\n    E t puis, presque d'un bout à l'autre, ce livre est écrit en un style précieux,\nrecherché, haletant, étrangement pénible. M. Morisseaux ne saurait s'exprimer\ncomme les autres font; il se dépense à la poursuite d ' u n e originalité de\nsurface et qu'il n'atteint qu'en s'essoufflant, par u n e foule de détours et de\nsupercheries, où u n œil exercé ne se m é p r e n d r a point. U n exemple entre\nmille : « Ils respiraient fortement, les dents ouvertes, quelque chose de brisé\nleur râclant la poitrine, en d e d a n s », ce qui, tout bêtement, veut dire : « ils\nhaletaient ». E t tout le roman est écrit a i n s i ! O sainte mesure, divine simpli­\ncité, revolez, je vous en conjure, vers M. F . - C h a r l e s Morisseauxl\n                                                                                 F . A.\n\n L e M a s q u e t o m b e , par H E N R I LIEBRECHT. — ( B r u x e l l e s , Lebègue.)\n    Ce roman dit la médiocre aventure d'un auteur d r a m a t i q u e épris de la\ncomédienne qui sut incarner, selon son rêve, l'héroïne d'une de ses pièces.\nJacques F e r n e u s e , observateur de profession, s'aperçoit u n peu tard que c'est\nla duchesse de Saint-Clair qu'il aime en Gilberte D a u v r o n . L e masque\ntombe aussitôt que le rôle c h a n g e . E n vain l'amant s'efforce-t-il de renouveler\nl'illusion dont il fut d u p e , de rattacher le m a s q u e . Celui-ci se casse défini­\ntivement le jour où l'actrice se révèle impuissante à créer l'héroïne nouvelle\nque Ferneuse a conçue. Ce livre, où se rencontrent maintes analyses psycho-\n"}, {"page_pdf": 788, "page_imprimee": 659, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "                                     LES LIVRES                                      659\n\n\nlogiques qui prétendent à la subtilité et des aperçus moraux qui visent à\nl'audace, fut prestement écrit, de janvier à août 1906. Voici quelques phrases\nqui l'attestent : « Ce qu'il ressentait à son égard, c'était moins un sentiment\nde passion voluptueuse ou sentimentale... L e récit que F e r n e u s e en fit de b o n n e\ngrâce détourna pour u n instant ses idées de celle de Gilberte... Distrait par le\nmanque d'intérêt qu'avait pour lui l'absence en scène de Gilberte D a u v r o n . . . C'est\nde ce dualisme qu'il souffrait déjà dès la première heure et dont il allait souf­\nfrir bien plus par la suite... Des formes singulières déformaient les objets... A h !\ntu peux te vanter de ne pas connaître et de ne rien c o m p r e n d r e aux femmes ! »\nM. Liebrecht ne dédaigne pas seulement la « morale bourgeoise ».\n                                                                                 M. D .\n\n\nPUBLICATIONS ARTISTIQUES :\nL e s v i l l e s d'art c é l è b r e s          Dijon et Beaune, par M. KLEINCLAUSZ.\n    — (Paris, Laurens.)\n    Bien que les siècles venus depuis ne soient pas sans y avoir laissé la trace\nde leurs m œ u r s et de leurs besoins changés, c o m m e aussi de leur goût\nindifférent, sinon ennemi, des souvenirs du passé, c'est le XVe siècle, la\ndomination intelligente et fastueuse des « g r a n d s ducs d'Occident », des\nValois de la maison de Bourgogne, qu'évoquent surtout les n o m s de Dijon\net de Beaune. Celle-ci, avec le piltoresque décor, heureusement préservé, de\nses édifices anciens et, d'abord, de son merveilleux H ô t e l - D i e u , érigé et\nenrichi d ' u n inestimable trésor d'art, grâce à la générosité du chancelier de\nPhilippe le B o n , Nicolas Rolin et de sa femme, Guigone, cette Seule pour\nl'amour de son mari, du moins d'après la devise que ce dernier a fait repro­\nduire partout dans les salles de l'hôtel! Celle-là, avec les vestiges souverains du\nrègne des ducs, les restes de leur palais, les émouvants tombeaux de P h i l i p p e\nle H a r d i et de Jean Sans P e u r et les grandioses travaux de Claus Sluter à la\nchartreuse dynastique de Champmol : le Portail et le P u i t s des P r o p h è t e s ,\n « créations uniques », écrit justement l'auteur de ce livre, qui apportèrent\n « une telle nouveauté dans l'histoire de la sculpture que, si on les néglige,\n la suite devient presque inintelligible ».\n    Ces œuvres, en effet, où le réalisme le plus déterminé se marie à u n e\n inspiration profondément expressive, furent exécutées de 1389 à 1406. E t\n l'on peut tenir leur créateur pour l'initiateur le plus génial du réalisme qui,\n au cours d u XIVe siècle, s'était répandu en F r a n c e , sous l'influence des\n ymagiers de la pierre et de la couleur, venus du septentrion et, principalement,\n des pays flamands. A ces dernières contrées appartenaient, d'ailleurs, aussi,\n le grand n o m b r e des artistes de toute sorte dont les noms figurent dans les\n livres de compte des ducs de Bourgogne.\n     M. Kleinclausz, auquel nous devons déjà une monographie de Claus Sluter,\n redit ici la b e a u t é de l'œuvre de ce maître et de celle de ses compatriotes de\n la H o l l a n d e ou de la F l a n d r e , parmi lesquels certains organisateurs de\n  l'Exposition des Primitifs français avaient recruté les membres de leur\n"}, {"page_pdf": 789, "page_imprimee": 660, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3099, "texte": "660                                 DURENDAL\n\n\n\nfantaisiste école bourguignonne. Cette école qui vint plus tard, doit\nbeaucoup, M. Kleinclausz le montre fort clairement, en étudiant l'évolution\nde l'art à Dijon et, notamment, l'œuvre de Rude, aux exemples glorieux\nlaissés sur le sol bourguignon par ces artisans étrangers.\n\n  L e s g r a n d s a r t i s t e s : Paul Potter, par M. EMILE MICHEL. —(Paris,\n    Laurens.)\n    Dans l'art hollandais du XVIIe siècle, si attaché au sol, tout consacré à\n l'étude minutieuse de la réalité, dans les êtres et les choses, Paul Potter s'est\n créé une province, province de sérénité un peu ruminante, où il n'y a d'évé­\n nements que le soleil ou les intempéries, les heures de la saison ou du jour,\n et dont le peuple est tout des animaux familiers de la ferme. Avec ces\n éléments, en un siècle, qui, ailleurs, était si adonné à la pompe et aux vanités\n ambitieuses d'un idéal d'art dédaigneux dé la vie, et surtout de la vie triviale\n des champs, il crée des chefs-d'œuvre d'une observation fine eL profonde où,\n dans l'évocation lumineuse de la nature, des troupeaux, de l'existence\n monotone du paysan et des bêtes, il fixe en même temps, si l'on peut dire,\n l'âme de la terre natale et l'intimité de la race qui llhabite.\n    C'est un grand charme de paix et d'inconscient recueillement qui émane de\n ces paysages, qui ne sont point des décors, animés par les bestiaux qui\n sortent de l'étable, joyeux de la douceur du printemps revenu, ou paissant\nou dormant dans l'étendue des pâturages. Et dans l'uniformité apparente de\nces aspects, il y a une étonnante diversité, faite de pénétration toujours en\néveil et de compréhension nuancée et délicate.\n    M. Emile Michel, dans la monographie qu'il consacre au célèbre animalier,\nfait excellemment sentir tout cela et montre, avec le talent critique qu'on lui\nconnaît, la grandeur de cet art si humble.\n\n    L ' A r t flamand et h o l l a n d a i s (Numéro d'Août). — M. Jacques\nMesnil consacre une excellente étude critique à la publication des Très riches\nheures du duc de Berry, par le comte Durrieu ; il insiste judicieusement sur le\ncaractère international de l'art des auteurs d'une partie des miniatures de ce\nmanuscrit, les frères de Limbourg,et dont l'œuvre, délicieusement réaliste, et\nqui reflète par endroits l'influence de l'école giottesque, se place, comme un\nmagnifique prélude, aux débuts de la rénovation de la peinture dans le Nord.\n(Dix admirables reproductions.) Quelques artistes liégeois : Auguste Donnay ;\npar M. Desombiaux. Bibliographie.\n   (Numéro de Septembre). — Numéro enrichi de nombreuses et excellentes\nreproductions, notamment de celles du triptyque de Mérode et des panneaux\ndu Prado, attribués au maître de Flémalle, et consacré entièrement à l'Expo­\nsition de la Toison d'Or.\n   Texte de M. H. Hymans, dont on connaît la spéciale compétence.\n\n   L ' A r t e t l e s A r t i s t e s (Numéro d'Août). — M. Morice promène le\nlecteur dans la Collection David Weill, riche, surtout, en œuvres françaises\nduXVIIIesiècle. Curieux article de M. Mirtil sur deux œuvres de Couture,\n"}, {"page_pdf": 790, "page_imprimee": 661, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3202, "texte": "                                   LES LIVRES                                     66l\n\nexécutées, l'une, pour le gouvernement républicain de 1848 : l'Enrôlement des\nvolontaires; l'autre : le Baptême du prince impérial, pour le gouvernement de\nNapoléon I I I — et restées toutes deux inachevées. E t u d e de M. L e c o m t c\nsur Renoir et de M. Vaillat sur le dessinateur Desfriches (1715-1800). Le mois\nartistique, archéologique. Nouvelles artistiques, etc. Nombreuses illustra­\ntions dont u n e , hors texte, en couleurs, de M. Meifren\n   ( N u m é r o de Septembre.) — M. André Girodie r e n d compte de l'Exposition de\nla Toison d'Or, en l'examinant principalement au point de vue de l'icono­\ngraphie picturale et numismatique des princes et seigneurs dont les portraits\nsont réunis à Bruges. L'honorable Reginald Lister parle de Jean Goujon;\nM. Ma.uclair, du verveux dessinateur Steinlen; M. André, des Enseignes de\nParis. Chroniques d'art, etc. (34 illustrations, dont une en couleurs, hors\ntexte, d'après Albert Besnard).\n\n   L e s A r t s a n c i e n s d e F l a n d r e (4 e fascicule) achèvent leur deu­\nxième année d'existence en publiant une étude très fouillée de M. Cohen sur\nMarinus Van Roymerswaele, cet imitateur de Metsys, c o n n u , surtout, par ses\ntableaux d'Usuriers, de Receveurs ou d'Avares, à l'accentuation grotesque.\nMM. H e n r y Rousseau et Adolphe Maelder achèvent en poursuivent la p u b l i ­\ncation de renseignements très intéressants sur l'Art ancien bruxellois (les\nretables sculptés) et sur 1'Art flamand en Zélande. M. Durand-Gréville continue\nà examiner les Œuvres flamandes à l'Exposition du Guildhall, classant, comparant\nidentifiant, selon sa méthode patiente et souvent fructueuse. L e n u m é r o est\naccompagné, comme d'ordinaire, de belles reproductions hors-texte.\n   Les Arts anciens annoncent l'apparition d'un fascicule spécial consacré à\nl'Exposition de la Toison d'Or.\n\n  L a R a s s e g n a d'arte        senese (Anno III, fascicolo II) nous\nrévèle des œuvres inconnues de Sano di Pietro et de Matteo di G i o v a n n i ;\nVierges à l'enfant, dans l'habituelle manière délicatement archaïsante de ces\nmaîtres (notices do MM. Misciattelli et P e r k i n s accompagnées de bonnes\nreproductions).\n   Sous le titre : Arte d'ieri ed arte d'oggi, M. Lusini étudie, dans un esprit de\ncritique très judicieux, les restaurations, parfois excessives, effectuées, en ces\ndernières années, au D ô m e de S i e n n e . D a n s les Notizie, renseignements\n(2 reproductions) sur les peintures siennoises conservées au Musée de\nB u d a - P e s t , etc.\n   D a n s S i e u a m o n u m e n t a l e , qui forme supplément à la Rassegna d'Arte,\nsix planches constituant la description graphique complète, commentée dans\nun précis de l'architecte Francesco Nolari, de l'église de S. Pietro in Villore,\nprès de S. Giovanni d'Asso, curieux édifice r o m a n dans le style duquel se\ndécèlent des influences ravegnates et lombardes.\n\n   A u g u s t a P e r u s i a (Mai-Juin). — Intéressants articles au sujet d'oeuvres\net d'objets visibles à l'exposition d'art ombrien : M. Perali parle de toiles\nfabriquées à Pérouse, du XIIIe au XVIe siècle, décorées de signes et de sym-\n"}, {"page_pdf": 791, "page_imprimee": 662, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "662                                  DURENDAL\n\n\nboles magiques, dont il attribue la tradition à certaines sectes hérétiques et\nqui proviennent, sans doute, principalement, de la tradition orientale que\nl'on retrouve, partout, aux origines de l'art roman et gothique ; M. Ansidei\nétudie les miniatures de quelques manuscrits, dont deux de la Franceschina (le\nMiroir de l'ordre mineur) et celui de la Matricola della Mercanzia, de P é r o u s e ,\nillustré avec un goût exquis. Articles au sujet d'œuvres de Matteo da Gualdo,\nd'Ottaviano Nelli, de Picro di Cosimo. Chronique de l'exposition, etc.\n(20 reproductions).\n\n\n    L'Art public, dont le premier n u m é r o (Juin) est richement illustré,\nn o t a m m e n t de remarquables reproductions de marbres et de bronzes antiques\ndu Musée d ' H e r c u l a n u m , se présente comme l'organe de l'Institut interna­\ntional d'art p u b l i c . Cet Institut qui, d'après l'introduction manifeste élaborée\npar M. Broerman pour ce fascicule inaugural, est une « œuvre dont l'unani­\nmité internationale qui l'a décrétée se propose de nous ramener à des prin­\ncipes féconds », s'est d o n n é pour but de promouvoir la beauté dans tous les\ndomaines de la vie publique, en ravivant les traditions artistiques régionales,\nen r a m e n a n t , par exemple, les architectures nationales à « l'évolution logique,\ndélaissée pour l'architecture bâtarde qui soumit toutes les nations au nivelle­\nment esthétique intronisé à Versailles, au XVIIe siècle, nivellement étendu aux\narbres et aux plantes, géométrisant, uniformisant même les beautés natu­\nrelles ». L'entreprise, dont M. B r o e r m a n se fait ainsi, dans une langue indé­\nniablement nationale, le protagoniste, n'est pas m é d i o c r e ; il s'agit, en somme,\nde ramener l'un vers l'autre le peuple et l'art qui, depuis quatre siècles, se\nsont tourné le dos.\n    L e moyen de recréer une mentalité, de renouer u n e « évolution logique »,\nmodifiée ou i n t e r r o m p u e d e p u i s tant d'années? C'est de viser à la « sereine\nsimplicité du vrai » ; de s'abandonner à l'instinct, c o m m e les animaux variés\ndont M m e Carmen Sylva — en des pages intitulées Pour la Beauté et traduites (ou\n trahies) du roumain — célèbre le sens esthétique : chiens, chats, crapauds,\n serins, « u n m a t o u , entre autres, qu'elle a vu regarder ses chattes (un matou\n turc?) avec u n e complaisance tout h u m a i n e lorsqu'il les voyait parées de\n r u b a n s nouveaux, lilas tendre »... C'est un fait, de m ê m e , qu'au point de vue\n de l'esthétique olfactive, les remarques de l'auteur tendant à établir que « la\n punaise est désagréable à tous les animaux » et que « l'odeur de l'ours fait\n  trembler les chevaux »,..\n      En dehors de cela, l'Art public publie d'intéressantes pages de M. Vachon,\n  sur l'Hôtel de Ville de Paris; de M. Carton de W i a r t , sur la Résurrection d'Her-\n  culanum; de W a l t e r Crane, sur l'Education artistique; des extraits du Cours\n  d'esthétique, professé à Bologne par M. M. P i l o ; de M. Van D u y s e , sur les\n  Liederavonden de G a n d , etc.\n\n                                                                    ARNOLD G O F F I N .\n"}, {"page_pdf": 792, "page_imprimee": 663, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3416, "texte": "                                  LES LIVRES                                 663\n\n\nLA MUSIQUE :\n B e e t h o v e n , par JEAN CHANTAVOINE. — (Félix Alcan, éditeur.)\n    M. J e a n Chantavoine qui publia il y quelques années une traduction très\nremarquée de la correspondance de Beethoven, accompagnée d'une introduc­\ntion et de notes, était désigné mieux que tout autre p o u r nous raconter la vie\net l'œuvre du Maître de Boon. Il le fait avec autant de clarté que d'intelligence\net de méthode. Il nous montre le génie de Beethoven se dérobant peu à peu à\nl'influence de ses maîtres H a y d n , Albrechtsberger, et comment dés 1795 (il\navait alors vingt-cinq ans) sa conception d'art ne se rattache plus à a u c u n\nenseignement mais p r e n d sa source intime et profonde d a n s les événements\nm ê m e de sa vie qui « se projettent de loin, de haut, sur cette œuvre par\nlarges touches comparables aux taches errantes que font, sur un vaste horizon\nensoleillé, les nuages poussés par le vent ». Désormais, si Beethoven écrit\nencore quelques compositions faciles et secondaires qu'il « barbouillera pour\ndu pain et de l'argent » il les distinguera soigneusement des autres, de celles\noù avec tant d'éloquence il exprimera son âme et son idéal. Ainsi Beethoven\nqui, comme tout le XVIIIe siècle, ne voyait d'abord dans la musique qu'un\nart agréable, l'élève par la suite aux significations lyriques, et y entrevoit peu\nà peu des sommets encore plus sublimes et comme inaccessibles à lui-même.\nDes modifications correspondantes apparaissent dans sa méthode de travail,\noù à la facilité première succède une gestation plus longue et plus pénible,\nun enfantement plus douloureux.\n   M. Chantavoine examine ensuite les différentes parties de l'œuvre du\nmaître. N o u s ne pouvons le suivre pas à pas dans cette étude attentive et très\ncomplète, où chaque composition est analysée brièvement en ses traits essen­\ntiels, d'abord la sonate et ses dérivés, puis les quatuors, la musique sympho­\nnique, enfin la musique vocale (les mélodies, Fidélio, la messe en ré).\n   Arrêtons-nous u n instant aux conclusions de l'auteur : D a n s l'œuvre d e\nBeethoven, la matière (mélodie, harmonie) se caractérise par une extrême\nsimplicité, la forme par une variété incessante. Les thèmes mélodiques de\nBeethoven réduits à un graphique idéal c o m m u n donneraient u n e ligne qui\nondulerait à peine et dont les sinuosités n'auraient guère d'ampleur. L a\ngamme et l'accord parfait, les assises même de la tonalité sont les éléments\nqui le plus souvent les constituent. Q u a n t aux thèmes symphoniques, la sim­\nplicité encore ici est absolue. On n'a qu'à se rappeler les quatre notes initiales\nde la Cinquième S y m p h o n i e ou le simple intervalle de quinte qui ouvre la\nNeuvième. Bien qu'en progrès énorme sur les âges précédents, l'harmonie\nchez Beethoven est aussi très simple et se caractérise surtout par la liberté\ndans les modulations. Ses audaces sont relatives et ne doivent leur force qu'à la\nsobriété classique du contexte.\n   Q u a n t à la forme si multiple et changeante du maître de B o n n , M. Chan­\ntavoine ne goûte point la théorie connue et assez arbitraire des trois styles et\nil se rallie à la manière de voir plus synthétique que Liszt expose dans u n e\nlettre célèbre : « L'œuvre de Beethoven se répartit logiquement en deux\ncatégories : la première, celle où la forme traditionnelle et convenue contient\n"}, {"page_pdf": 793, "page_imprimee": 664, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "664                                  DURENDAL\n\n\net régit la pensée du maître, et la seconde celle où la pensée étend, brise,\nrecrée et façonne au gré de ses besoins et de ses inspirations la forme et le\nstyle. » On peut aller encore plus loin et dire qu'en chaque g r a n d e œuvre de\nBeethoven s'opposent ou se combinent les deux principes d'autorité et de liberté,\ntandis que l'étude de son œuvre entière a m è n e à constater le triomphe pro­\ngressif de la liberté sur l'autorité.\n   Ce j u g e m e u t de Liszt explique non seulement l'œuvre de Beethoven mais\nencore son influence au XIXe siècle. Car chose étrange, les maîtres les plus\ndifférents du siècle passé se sont tous réclamés de Beethoven. Les uns\n(Mendelssohn, Brahms) ont envisagé plus volontiers chez Beethoven le\nprincipe d'autorité, les autres (Berlioz, Liszt, S c h u m a n , Wagner) le principe\nde liberté.\n   « Ainsi l'œuvre d'un siècle aura été l'œuvre d'un h o m m e . Dire que Beethoven\na m a r q u é le passage de l'époque classique à l'époque romantique, ce serait\nrabaisser à u n rôle transitoire et comme secondaire u n art qui est toute indé­\npendance et toute originalité; ce serait aussi limiter son action dans le temps\nà une courte période, que son rayonnement dépasse... P a r Beethoven,\npourrait-on dire, de science la musique est devenue conscience et tous ceux-\nlà seront éternellement ses disciples qui, sans le copier ou l'imiter, jouiront\nde la liberté qu'il leur a conquise dans la douleur. »\n\nM e n d e l s s o h n , par CAMILLE BELLAIGUE. — (Félix Alcan, éditeur.)\n   M. Camille Bellaigue nous explique à fond le génie et l'esthétique de Men­\ndelssohn. Il y distingue la forme ou la t e c h n i q u e du sentiment ou de l'Ethos.\n   Dans la musique de Mendelssohn, la mélodie occupe le premier r a n g . Moins\noriginale que celle de Schubert ou de S c h u m a n n , car « il semble que les chants\nde Schubert et de S c h u m a n n viennent de plus loin, du côté du mystère »,\nSchubert étant le musicien de la vie universelle, S c h u m a n n celui de la vie\nintérieure et intense, la mélodie de Mendelssohn se caractérise par son ampleur\nde développement, par la quantité de notes, de mesures nécessaires à son\nexistence et à sa b e a u t é . C'est cette « longueur de grâce » dont Chateaubriand\na parlé quelque part.\n    Mendelssohn possède aussi le génie s y m p h o n i q u e consistant à déduire\nd'une idée ou d'un fragment d'idée musicale toutes les conséquences de\nlogique et de beauté qui en découlent. A cet égard Mendelssohn, très au-\n dessous de Bach, de Beethoven, de W a g n e r , ces trois géants de la symphonie,\ndépasse de b e a u c o u p S c h u b e r t et S c h u m a n n . Ceux-ci répètent. Seul Men­\n delssohn développe.\n    Au-dessus du symphoniste se révèle en Mendelssohn u n coloriste de\n premier ordre. L'instrumentation dans son œuvre est admirable de plénitude\n et de transparence. T a n d i s que dans l'art classique des Bach, des H a n d e l ,\n des Mozart, etc., le quatuor semble la base de l'orchestre, les instruments à\n vent acquièrent avec l'avènement du romantisme une importance inconnue,\n jusqu'alors. « Mendelssohn a su ce que peuvent, animés par des lèvres\n h u m a i n e s , le bois et le métal. C'est eux peut-être qui d o n n e n t le timbre le\n plus original et le plus clair à l'orchestre mendelssohnien. » E n général on\n"}, {"page_pdf": 794, "page_imprimee": 665, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3471, "texte": "                                      LES LIVRES                                        665\n\npourrait dire de l'art de Mendelssohn que la pensée y est nouvelle sous des\nformes restées classiques. Deux de ces formes sont particulièrement affec­\ntionnées de l'auteur du Songe, ce sont la fugue et le choral. (Oratorios de\nPaulus et d'Elie.)\n    Après ce très sagace commentaire de la forme mendelssohnienne, M. Bel­\nlaigue cherche à fixer l'esprit, les significations, les intimes aspirations de cet\nart complexe et variable. T a n t ô t il est imprégné de passion et de rêve,\nd'inquiétude et de mélancolie, se traduisant par le mode mineur. T a n t ô t il\nchante la joie, non à la façon profonde et sublime de Beethoven, mais dans\nses modes légers et brillants. Parfois aussi il prend des aspects décoratifs et\ns o m p t u e u x . Le sentiment religieux tient u n e place d'honneur dans le génie\nautant que dans la vie de Mendelssohn, et ici M. Bellaigue analyse les\noratorios Elie et Paulus renfermant des parties magistralement traitées dont il\nfait ressortir les beautés, tant au point de vue dramatique qu'au point de vue\nlyrique. Enfin, l'art de Mendelssohn témoigne d'un sentiment très vif et très\nprofond de la nature. A cet égard, le Songe d'une nuit d'été, l'Ouverture de la\nGrotte de Fingal sont de purs chefs-d'œuvre. Deux symphonies de Mendelssohn\n— sur cinq — portent le nom d'un pays dont elles reflètent l'aspect ou le\nvisage. Ce sont la S y m p h o n i e italienne, la S y m p h o n i e écossaise.\n    Quelles sont les origines de Mendelssohn? E n lui, rien ou presque rien de\n Beethoven. P a r contre, son œuvre se pare souvent de la grâce tendre et sou­\nriante d'un Mozart. L e s rapports très apparents d'Obéron et du Songe d'une nuit\nd'été autorisent à dire non que Mendelssohn procède de W e b e r , mais qu'il\ns'est rencontré avec lui. Dans la musique religieuse, l'art mendelssohnien se\nrattachera plutôt au style de Bach et de H ä n d e l .\n    O ù trouverons-nous l'influence de Mendelssohn ? Dans S c h u m a n n d'abord\nqui lui doit le germe de son romantisme et de son lyrisme ardent, avec cette\ndifférence que le maître de Zwickau éliminera les restes de la tradition et du\nclassicisme, et que le trouble dont Mendelssohn ne fut qu'effleuré l'agitera,\n lui, jusqu'au fond et tout entier. Malgré l'aversion injustifiée que W a g n e r\nprofessait contre Mendelssohn, l'influence de ce dernier est souvent visible\n dans l'épopée du Ring. La mélodie admirable de gravité et de noblesse qui\n constitue le fond du dialogue entre B r u n n h i l d e et S i e g m u n d , au second acte\n de la Walkyrie, est puisée dans les premières mesures de la S y m p h o n i e\n écossaise. L e prélude du Rheingold s'inspire directement de l'ouverture de\n Mélusine. On retrouve certain épisode du Lobgesang dans le troisième acte de\n Tristan. E n F r a n c e , Saint-Saëns (Danse Macabre) et surtout Gounod ont\n subi l'influence ou le charme mendelssohnien.\n   Et, pour conclure, ou allons-nous placer Mendelssohn ? « Dans la région des\nidées claires et fines, des sentiments comme des sensations délicates et des\npassions tempérées. Il a dit rarement des choses s u b l i m e s ; parfois il en a dit\nde hautes, de nobles, et très souvent d'exquises. Mais parce qu'il n'en a jamais\ndit d'obscures, encore moins d'inintelligibles, on affecte de le dédaigner\naujourd'hui. »\n                                                                              G.   DE   G.\n"}, {"page_pdf": 795, "page_imprimee": 666, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3266, "texte": "666                                    DURENDAL\n\n\nL'œuvre dramatique de César Franck : Hulda et Ghiselle,\n   par CHARLES VAN DEN BORREN. — (Fischbacher, Paris.)\n   Dans cette étude forte, sérieusement documentée, M. Van den Borren\ndonne une analyse approfondie de Hulda et de Ghiselle, les deux seuls\nouvrages que Franck ait composé pour la scène. Il y met en lumière les\npuissantes beautés de ces deux drames dont les faiblesses ne peuvent être\nattribuées qu'aux imperfections des livrets dont Franck s'est servi. Telle est\nl'idée maîtresse que M. Van den Borren développe et justifie au cours de son\nremarquable travail. Une introduction brève mais solide et nourrie synthétise\nle génie de Franck dont elle explique les tendances foncières à la vérité plus\nlyriques que dramatiques, tournées vers l'idéalisation, d'où résulte dans la\npeinture musicale des caractères une psychologie un peu uniforme, mais il\nfaudrait se garder d'en conclure que les créations dramatiques de Franck sont\nd'ordre secondaire et négligeable, l'auteur des Béatitudes étant voué à rendre\nbelles toutes les choses qu'il aime et auxquelles il touche pour les traduire en\nmusique, M. Van den Borren situe les drames de Hulda et de Ghiselle dans\nl'ensemble de l'œuvre du maître, détermine la part d'influence plutôt res­\ntreinte que les conceptions et les réformes wagnériennes ont exercé sur\n Franck dans le domaine du drame musical, et appelle de tous ses vœux\nl'instant où Hulda et Ghiselle, sauvées d'un oubli injustifié et inexplicable,\nseront enfin montées sur notre plus grande scène lyrique. « Il faut », dit-il,\nen terminant cette introduction, « qu'il se fasse autour de Hulda et de Ghiselle\nune propagande continue et obstinée, qu'on les commente, qu'on les cri­\ntique, qu'un débat incessant s'engage à leur sujet. L'on comprendra mieux,\ndès lors, l'urgence qu'il y a à nous les montrer dans le mirage de leurs décors\net dans la sérénité suave de leur musique ». La suite du livre est consacrée à\nl'étude des sources où ont été puisés les livrets de Hulda et de Ghiselle, à l'étude\nde ces livrets eux-mêmes, et enfin à l'examen détaillé des deux partitions.\n    Indépendammeut de la noblesse du but ici poursuivi et à laquelle il con­\nvient de rendre hommage, l'ouvrage de M. Van den Borren atteste une\ngrande sûreté d'analyse, révèle un véritable tempérament de critique averti et\njudicieux. Les deux drames de Franck y sont scrutés dans tous les éléments,\nsous tous leurs aspects, avec autant de largeur et de lumière dans la discus­\nsion que de perspicace sagacité dans les appréciations et les conclusions.\n L'auteur connaît à fond l'œuvre de Franck et l'on sent qu'il en a le culte pas­\nsionné. C'est pourquoi il a écrit un livre à la fois instructif et intéressant.\n                                                                        G. DE G.\n\nDIVERS :\n\nP h i l o s o p h e s c o n t e m p o r a i n s , par   HARALD HOFFDING.   Traduction\n  TRAMESAYGUES. Un          vol.\nP a r e r g a e t P a r a l i p o m e n a : Philosophie et Philosophes, par ARTHUR\n  SCHOPENHAUER. Traduction DIETRICH. — (Paris, Alcan.)\n   Deux volumes destinés à enrichir encore la déjà si riche Bibliothèque de\nphilosophie contemporaine, éditée par la maison Alcan et qui, dans son intelligent\n"}, {"page_pdf": 796, "page_imprimee": 667, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3654, "texte": "                                    LES LIVRES                                    667\n\néclectisme, est comme l'ample et imposant répertoire de la pensée émouvante\net diverse de ce temps. M. T r a m e s a y g u e s nous donne la traduction du com­\nplément des travaux — dont nous avons parlé antérieurement — de M. Hoff-\nding sur l'Histoire de la philosophie moderne; M. Dietrich ajoute à l'intéressante\nsérie des Parerga et Paralipomena, de Schopenhauer, la traduction soigneuse­\nment annotée des études consacrées par le génial et irascible penseur de\nFrancfort à l'examen sarcastique des systèmes nébuleux de Hegel et consorts\net à r e n o n c i a t i o n des principes véritables de la philosophie, qui sont, natu­\nrellement, les siens.\n    Primo vivere! s'exclame, quelque part, Nietzsche, mais, peut-être, ce primo\nimporte-t-il peu, vivere étant de condition obligatoire! L a vie, que nous la\nprenions en activité ou en passivité, va toujours; elle passe et elle nous\ndépasse, nous laissant avec nos pourquoi et nos comment irrésolus... P o i n t faute\nde réponses, cependant, à commencer par celles des vieux chefs de file, Aris­\ntote et P l a t o n , jusqu'à celles de tous ceux qui sont venus depuis, pour asseoir\nle m o n d e de la pensée sur l'esprit ou sur la matière, sur l'idée ou sur le mou­\nvement, sur l'évolution ou contre elle, sur l'analyse ou, comme R e n a n , sur la\nsynthèse ironique d'un dubitatif sourire...\n    L'intelligence cherche, invente, subtilise, échafaude de fragiles construc­\ntions, pyramides renversées, éphémères, sur lesquelles quelqu'un qui, ensuite,\nvient, souffle. Avec une verve amère et caustique, Schopenhauer, biffe\nH e g e l , Schelling et Fichte, philosophes domestiqués d'université, émissaires\nd'imposture. A ses yeux, la philosophie est, non point u n e science armée de\nprincipes vérifiés et de preuves qui s'imposent à toute compréhension, mais\nu n art qui, comme tout art, se crée chez le lecteur dans la mesure des facultés\nde réceptivité de celui-ci; son étude doit être le comment et nullement le pour-\nquoi des p h é n o m è n e s : le mot de sa propre énigme, le m o n d e lui-même nous\nle révélera; il est en nous-mêmes, le secret de la vie, et l'expérience nous le\ndévoilera, plutôt que la vanité de creuses logomachies.\n    L e prestige de celles-ci, pourtant, et l'enivrement des mots prévalurent\nlongtemps, et la forte et froissante leçon de S c h o p e n h a u e r commençait à\npeine d'être écoutée, que Nietzsche s'efforçait, après s'être nourri d'elle, de la\n détruire : E n même temps que W a g n e r , avec ses grandeurs d'extase et de\n religion, il repousse Schopenhauer, avec son néant et sa pitié, pour proclamer\n la joie et la férocité nécessaires de la vie! L e maître et le disciple vite révolté,\n étaient des poètes et, aussi, Guyau, attaché, lui également, à u n e « révision des\n valeurs ». Ce dernier appelle ou, mieux, il attend avec sérénité u n temps où la\n prédominance de l'animalité décroîtra dans le monde : « Alors, pense-t-il, le\n côté esthétique et le côté moral se confondront d a n s l'affirmation des valeurs\n naturelles de la vie. On se convaincra à la fin qu'aucun artiste ne p e u t vrai­\n ment représenter autre chose que sa vie p r o p r e — et que la valeur de son\n  œuvre devra dépendre de la valeur de cette vie »... A la fin?... Qui, pensant,\n  n'en est pas convaincu, dès aujourd'hui? E t que la philosophie de G u y a u ou\n  celle de Nietzsche ne doivent rien aux artifices de l'école, mais sont la\n  réflexion intense de leur personnalité? Car, pour eux comme pour Scho­\n  penhauer, la philosophie fut un art, tout de passion, de réalité et de vie.\n"}, {"page_pdf": 797, "page_imprimee": 668, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3484, "texte": "668                                    DURENDAL\n\n\n    Toute philosophie, et la leur même, est, par quelque côté, religion, et\nl'adhésion que nous d o n n o n s à ses conclusions est faite, souvent, plutôt de\nfoi que d'entendement... E t pas moins, sans doute, depuis que la philosophie,\nchez tel ou tel des penseurs que M. Hoffding étudie avec u n e méthode si\nattrayante, fait route de compagnie avec la science — jusqu'au m o m e n t où\ncelle-ci s'esquive, à l'aspect du chemin interrompu à pic, sur le v i d e ! . . . La\nphilosophie continue toute seule : et que si l'on se d e m a n d e : « A quoi bon ?... »\non peut répondre, avec l'Allemand Avenarius, que son objet est de \" penser\nle m o n d e conformément au principe de la moindre masse de force \", autre­\nm e n t dit de résumer la complexité de la vie sous u n concept synthétique qui\nnous la rende assimilable avec u n m i n i m u m d'effort... E t , peut-être, le\ns u r h o m m e de Nietzsche pourrait-il apparaître, considéré sous le même angle,\ncomme une sorte de délégué au b o n h e u r , à la jouissance, à la pensée, destiné\nà débarrasser le reste de l'humanité-esclave de l'inquiétude du b o n h e u r et de\ntout souci m é t a p h y s i q u e ! . . . Mais le s u r h o m m e n'est pas venu encore ou,\ndu moins, s'il est venu, ç'a été incognito, et il est curieux de constater, après\ntant de négations et de dédains retentissants, que les derniers philosophes\ncontemporains sur lesquels l'attention de M. Hoffding s'arrête, l'Allemand\nE u c k e n et l'Américain J a m e s , sont tous absorbés par la psychologie de l'aspi­\nration religieuse de l'homme.\n\n\nLes amours et autres poèmes d'Estienne Jodelle, sieur\n   d e L y m o d i n , publiés par A D . VAN BEVER. — (Paris, Sansot.)\n   L e s poètes n'ont jamais été chiches d'épithètes laudatives et triomphales\nles uns envers les autres, surtout lorsqu'ils gravitaient dans la même constel­\nlation : car c'est là le lieu des poètes, et parmi les lumières, qu'au nom de la\nloi on a éteintes au ciel, ne se trouvent pas les leurs! E t les femmes qu'ils\naiment participent, nécessairement, de la divinité qu'ils se reconnaissent,\nréciproquement, avec la prodigalité de bons camarades, généreux d'éloges\nqui ne les appauvrissent point !\n    Il n'en coûte rien de prédire une g r a n d e gloire p o s t h u m e , que le prophète,\nni le patient ne seront là pour vérifier! Ou il n'en coûte q u ' u n naïf ana­\ng r a m m e , comme celui du nom d ' E s t i e n n e Jodelle, avec les lettres duquel\nJacques T a h u r e a u , « écuyer, sieur de la Chevallerie », avait combiné ces mots :\n« Io, le Délien est né! », dont il avait été si ravi qu'il en avait fait l'argument\nd'une ode en l'honneur du nouvel Apollon. Depuis, et de nos j o u r s m ê m e s ,\ndes Déliens sont nés ainsi, en grand n o m b r e , d'un jeu de mots, qui sont morts\nde mort et d'oubli également naturels! C'a été le sort de Jodelle lui-même,\nétoile de première grandeur, cependant, au milieu de cette brillante P l é i a d e ,\nsi rapidement dérobée à la vue derrière le décor pompeux et classique dressé\npar les Malherbe, les Boileau et autres législateurs du P a r n a s s e . I1 subit la\nmême fortune que R o n s a r d , maître de la libre grâce lyrique française; que\nle c h a r m a n t Baïf et le fier du Bellay, mais moins heureux qu'eux, lorsque\nSainte-Beuve e x h u m a toute cette beauté, méprisée si longtemps, il se vit\nassigner u n e place très secondaire et encore, plutôt pour ses initiatives\n"}, {"page_pdf": 798, "page_imprimee": 669, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "                                    LES LIVRES                                     669\n\n\nthéâtrales que p o u r son œuvre proprement poétique, assez monotone, il faut\nl'avouer, et d'une inspiration plus roide que fleurie.\n   Celle-ci n'avait pas eu jusqu'ici l'honneur d'une réédition. M. Van Bever\nnous en donne une, excellente, selon sa coutume, soigneusement annotée et\nrevisée sur les éditions originales, et qui permettra à c h a c u n de juger du\nmérite du poète des Amours autrement que de ouï-dire.\n\n\nL e s g r a n d e s institutions de F r a n c e : La Monnaie, par M. F. MA­\n  ZEROLLE. — (Paris, Laurens.)\n   L'auteur de cette attachante monographie est archiviste de la Monnaie,\nc'est dire que son travail est a b o n d a m m e n t et richement documenté et que, pro­\nvenue de source, son érudition est, c'est le cas d'user de ce terme, du meilleur\naloi! M. Mazerolle nous résume l'histoire du monnayage en F r a n c e , d e p u i s\nles origines presque jusqu'à nos jours, depuis les premiers et informes essais\njusqu'aux brillantes frappes modernes, depuis les coins de L o u i s le P i e u x\njusqu'à la Semeuse de Roty ou le Coq gaulois de Chapelain.\n   Elle est pleine d'intérêt, cette histoire, et singulièrement évocative du passé,\navec ses séries de monnaies et de médailles dont l'effigie ou la gravure\n représente à la pensée toute la grandeur d'un règne ou d'un événement.\n M. Mazerolle nous dit tout cela, en illustrant son texte de la reproduction de\nn o m b r e de pièces rares ou belles, et il nous explique aussi, en connaisseur,\nles phases et les modes de la fabrication m o n é t a i r e .\n                                                                  ARNOLD G O F F I N .\n\n\nN u i t s d ' O r i e n t , Folklore roumain, par H É L È N E VACARESCO. — (Sansot,\n   Paris.)\n   Voici encore u n apport intéressant à cette littérature roumaine actuellement\nen pleine efflorescence et qui puise volontiers ses énergies vitales à la source\nfraîche et intarissable desantiques légendes terriennes. M lle Vacaresco réunit\nici un certain n o m b r e de contes écrits en ce style charmeur, a b o n d a m m e n t\nimagé, unissant la force à la grâce, qui est l'apanage de la distinguée\npoétesse.\n   Ce joli livre sera accueilli avec faveur par tous ceux qui se complaisent dans\nl'étude du folklore roumain, folklore d'une saveur si caractérisée et où des\nformes délicieusement naïves abritent souvent de très suggestifs symboles.\n                                                                           G. DE G.\n\nM é d a i l l e s h i s t o r i q u e s de B e l g i q u e (1907), par ED. LALOIRE.\n   — (Bruxelles, Goemaere.)\n   M. E d . Laloire nous d o n n e dans cette plaquette la nomenclature et la des­\ncription, avec quelques reproductions, des médailles historiques frappées en\nBelgique en 1906. E n tout treize médailles dues p o u r la plupart à l'initiative\nprivée ou à la Société des amis de la médaille d'art. L e s auteurs de ces médailles\nsont G. Devreese, H . L e B o n , J e n n y L o r r a i n , A. Michaux, Ch. Samuel,\nF . Vermeylen, F I . et P . Wissaert.                                       H . M.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-018", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 670, "page_fin": 672, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES LE CHEMIN DE LA CROIX D'ERNST WANTE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 799, "page_imprimee": 670, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2513, "texte": "NOTULES\n\n  LE CHEMIN DE LA CROIX D'ERNST WANTE. — Nous repro­\nduisons dans ce fascicule une des plus intéressantes et plus curieuses\nstations du Chemin de la Croix en voie d'exécution à l'église Saint-\nJoseph, de Bruxelles. C'est l'œuvre du peintre Ernst Wante, d'Anvers,\nauteur de la grande fresque de la chapelle du collège Saint-Jean-\nBerchmans, d'Anvers, de la splendide peinture murale de l'église\nSaint-Boniface et de nombreuses autres belles œuvres religieuses.\nErnst Wante est un des artistes religieux les plus doués de notre\népoque. Ses œuvres dénotent un talent de composition hors ligne. Elles\nse distinguent par une belle et saine originalité. Son Chemin de la\nCroix ne ressemble en rien à tant d'autres qui déparent nos églises\npar leur insignifiance ou par leur vulgarité. La scène reproduite dans\nce numéro est surtout remarquable par son côté pittoresque. L'atti­\ntude des bourreaux interpellant un passant appelé Simon et le som­\nmant de prendre la croix du Christ et l'étonnement du cyrénéen ahuri\nde se voir chargé d'une corvée à laquelle il ne s'attendait guère, sont\nexprimés avec un accent de vérité étonnante et dans une note réaliste\ndu meilleur aloi.                                  Henry MŒLLER.\n                                        ***\n   G e o r g e s V i r r è s , notre ami et notre secrétaire de rédaction, a épousé,\nle 3 octobre 1907, Mlle Marie d'Hérouville, de Paris. La bénédiction\nnuptiale leur a été donnée en l'église Saint-François-Xavier, à Paris. Nous\noffrons à notre ami Virrès et à sa charmante femme nos plus vives et affec­\ntueuses félicitations et nos plus sincères et cordiaux souhaits de bonheur.\n                                        ***\n   E u g è n e L a e r m a n s . — Très juste la réflexion émise par Grégoire\nLeroy dans la Belgique Artistique au sujet de cet admirable peintre :\n  « Toutes les misères, tous les drames, tous les tragiques quotidiens de la vie\ndes pauvres et des gueux sont flagrants dans la moindre page de Laermans.\nSon dessin et son coloris sont adéquats à sa pensée ! ses lignes frustes et som­\nmaires sont une pauvreté morale qu'il ajoute au dénuement de ses person­\nnages; ses couleurs brutales en tons plats, ses oppositions de lumière\néquivoque et d'ombre nettement tranchée, son choix de l'heure et de la saison\noù le soleil et l'automne luttent avec la nuit et l'hiver, tout ajoute à la douleur\nsystématique de son œuvre.\n  » Qu'importe que telle page se rapproche davantage du chef-d'œuvre, si,\n"}, {"page_pdf": 800, "page_imprimee": 671, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "                                      NOTULES                                       671\n\n\ndans des toiles moins réussies, l'artiste affirme encore une telle maîtrise que\nnul devant elles ne puisse passer indifférent. Il n'est pas une maladresse\ncaricaturale du dessin, il n'est pas un glacis douteux qui puissent se discuter\nsans que Laermans ait le droit de répondre péremptoirement : « Je l'ai\nvoulu. » Et je crois sincèrement que telle est la vérité.\n   » Que son art rebute les admirations courantes, il est trop facile de le com­\nprendre, mais qu'une âme d'artiste y demeure rebelle, parce qu'insatisfaite,\nil n'est guère vraisemblable que cela puisse être.\n   » C'est le plus juste hommage que nous ' puissions rendre au maître\nLaermans. »\n\n\n   L a S o c i é t é d a n t e s q u e i t a l i e n n e a décidé d'ériger sur le tombeau\nde Dante Alighieri, à Ravenne, une lampe artistique qui devra être tenue\néternellement allumée. Cette lampe a été exécutée par deux des plus exquis\norfèvres de Florence, et prochainement aura lieu la cérémonie solennelle du\nplacement de ce luminaire. La municipalité de Florence a offert de pourvoir\nà l'entretien de la lampe.\n                                          ***\n    L e s q u a t r e C o n c e r t s p o p u l a i r e s de la saison prochaine auront\nlieu aux dates suivantes : 16-17 novembre 1907, 25-26 janvier, 15-16février\net 2 1-22 mars 1908.\n   Ces quatre concerts se donneront comme par le passé au théâtre de la\nMonnaie. Le premier se donnera avec le concours de Mme Félia Litvinne,\nqui chantera, notamment, le grand air de Rezia à'Obéron et le finale du\nCrépuscule.\n  Le deuxième concert sera consacré à une exécution des partitions les plus\ncaptivantes de Schumann, Le Paradis et la Peri.\n  Le troisième concert sera donné avec le concours du célèbre violoniste\nMicha Ellman et le quatrième concert, avec le concours du pianiste Arthur\nSchnabel, doué, paraît-il, d'un talent hors ligne.\n                                          ***\n  L e C o n s e r v a t o i r e d e B r u x e l l e s fêtera le 10 novembre prochain,\npar un concert extraordinaire, le soixante-quinzième anniversaire de sa fon­\ndation. Le programme sera composé d'ceuvres de Fétis, de MM. Gevaert et\nTinel, — le passé, le présent et l'avenir probable. On interprétera, entre\nautres, le duo des Sœurs jumelles, opéra en un acte de Fétis, l'air de Quentin\nDurward et des chansons françaises harmonisées à quatre voix par M. Gevaert.\n\n\n\n  U n e a c a d é m i e d e L i t t é r a t e u r s . — Le ministre des Sciences et\ndes Arts va donner l'autonomie complète à la classe des Lettres de l'Académie,\nde façon à créer une véritable Académie des belles-lettres d'expression fran­\nçaise. Jusqu'ici nos littérateurs n'étaient pas admis comme tels dans cette\n"}, {"page_pdf": 801, "page_imprimee": 672, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "672                                   DURENDAL\n\n\nassemblée, où ils entraient à titre de professeurs, historiens ou fonctionnaires.\nDésormais, la section des Lettres sera réservée aux seuls littérateurs. Cette\nacadémie aura capacité pour recevoir des legs ou donations et en disposer.\nElle instituera des prix de littérature, soutiendra les jeunes écrivains par des\nencouragements sérieux ; le gouvernement la consultera en toute occasion où\nson avis p o u r r a être utile.\n\n                                           ***\n      Accusé de réception :\n  H I S T O I R E : La civilisation pharaonique, par ALBERT GAYET ( P a r i s , P l o n ) .\n— Deux princesses d'Orient au XIIe siècle, Anne Comnène, témoin des Croisades ;\nAgnes de France, par L o u i s DU SOMMERARD ( P a r i s , P e r r i n ) .\n\n   L I T T E R A T U R E : Satyros, suivie de quatre élégies romaines et d u journal\nde G Œ T H E . T r a d u i t s pour la première fois par G. P O L T I et P . MORISSE (Paris,\nS a n s o t ) . — Alsace champêtre : Le parfait village, par CARLOS FISCHER ( i d e m ) . —\nRayons d'âme, par M. BIERMÉ (Bruxelles, L a r c i e r ) . — Anthologie de l'amour asia-\ntique, par ADOLPHE TALASSO ( P a r i s , Mercure de F r a n c e ) .\n\n  P O É S I E : Au bord des Landes, par JOSEPH JEANGOUT (Edition Artistique,\nVerviers). — Simples croquis, par MAURICE GAUCHEZ (Bruxelles, L a m e r t i n ) .\n\n    R O M A N S : Les Broussards : Dans le golfe de Siam, par P I E R R E R E Y (Paris,\nP l o n ) . — Le pur métal, par FRANZ FOULON (Bruxelles, W e i s s e n b r u c h ) . —\nL'âme limousine, par JEAN NESMY (Paris, Librairie Nationale). — Ferveur, par\nPROSPER ROIDOT (Bruxelles, Larcier). — La correspondance de Sylvain Dartois,\npar   CARL SMULDERS (idem).\n\n  V A R I A : Discours de combat, dernière série par FERDINAND B R U N E T I È R E\n(Paris, Perrin). — Hors du scepticisme : Liberté et beauté, par F R . R O U S S E L -\nDESPIERRES (Paris, Alcan). — La vie sociale et ses évolutions, par E R N E S T VAN\nBRUYSSEL (Paris, F l a m m a r i o n ) . — N o t r e patriotisme et ses raisons, par PAUL\nSEGERS (Anvers, Van N y l e n ) . — Le cabinet des médailles, par VICTOR TOURNEUR\n(Bruxelles, Misch et T h r o n ) .\n\n\n\n\n                                          ^\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison10-208", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "MPAQ", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 802, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 731, "texte": "MPAQllË ^\\h(QLAISE\n                             7^9 PLACE DE BROUCKÈRE\n                                         X p^NÇLâ û£ LA RUE fOSSÉ AUX £.OUPS X\n\n    C H O Q U E et Z O R N\n\n             TÉLÈPH.2014\n\n\n\n\n               LA C O M P A G N I E                 ANGLAISE\noffre un choix très agréable des plus belles nouveautés anglaises, les dernières\nparues pour la plage et le tennis         * * * * * * * * * * * * *\nS E S MODÈLES sont d'une coupe très correcte et d'une élégance extrême;\ntous les plus jolis détails de la mode y sont appliqués          * * * * * * *\nSES VÊTEMENTS DE TOILE ET TUSSOR sont exécutés avec les mêmes soins\nde coupe que ceux de laine ; ils sont de teintes et de dessins jolis et très utilisables\n"}, {"page_pdf": 803, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3072, "texte": "FABRIQUE DE MATELAS\n                      Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                        médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                     BERVOETÏTWIELEMANS\n                                      FOURNISSEUR DE LA COUR\n\n         6, 8, 10,12, Rue du Midi M* BRUXELLES\nUsine à v a p e u r , Lavoif d e l a i n e s : JÎUE D E S GOUJONS, Ï20\n\n             THE GRESHAM                                    REMURE D'ART & D'AMATEURS\n           {Compagnie       d'assurances     sfir la vie)\n                   Fondée a, Londres 1 8 4 8\n               Etablie en Belgique en 1 8 6 5\n                   Actif : près de 2 3 3 millions\n                                                            Paul Glaessefjs\n                                                                  Relieur-doreur de 8. A. R. Mme la Comtesse de Flandre\n             Sinistres payés en Helgique : 8 2 millions\n                 PRIMES   MENSUELLES                              24, rue de Berlaimont, Bruxelles\n                    SUCCURSALE BELGE :\n             3 , place Royale, B R U X E L L E S\n\n\n                                          *    ENCADREMENTS                                      Par suite de décès\n                                          V    DORURE         ET SCULP-\n                                          E                                                     LIQUIDATION\n                                          R\n                                               T U R E SUR BOIS             •••••                           DE\n\n\n                                          S\n                                          S\n                                          E\n                                               ESTAMPES                        •«••\n                                                                                             300 VOITURES\n                                               GRAVURES           ANCIENNES\n                                          N                                                   Vente à tonte\n                                          u\n                                          c\n                                               N . B . - LES GRAVURES ANCIENNES                    offre acceptable\n                                          c\n                                          «•   SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                    71, rue Goffart\n                                          s*\n                                               LVAUTHENTICITÉ ,\n                                                                                                   IXELLES\n\n\n\n       LA NUTRICIA\nTéléph. 2 7 4 4                           Société Anonyme                                             LAEKEN\n\n\n     Alimentation d e s Nourrissons\nEnvoi direct aux clients de l a province, par provision d'une semaine, dans les villes\n                              où il n'y a ni succursales ni dépôts\n\nProspectus gratis sur demande                                      Liège 1905 : GRAND P R I X\n"}, {"page_pdf": 804, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "A p a r u à l a L i b r a i r i e VROMANT\n\n                                                                               Prix : fr. 3 . 5 0\n\n\n                             FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                            BRUNETIERE — BOURGET —T1UYSMANS\n                              DE QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n                                 VERHAEREN ET DEMOLDER\n                            P. DE HAULLEVILLE — GUJDO GEZELLE\n                             GEORGES RODENBACH - , MAX WALLER\n        EDMOND PÏCARD ^ GUILLAUME VERSPEYEN - - H. CARTON DE WIART\n                                        ETC.,   ETC.\n\n\n\n En vente chez l'éditeur tfpomant, 3, vue de la Chapelle, Bruxelles\n\n     Editions de D U R E N D A L\n                                                        LE STANDARD\nLe Chant des Trais Rennes\n            POÈME     MYSTIQUE\n                                                   Compagnie d'assurances sur la vie,fondéeen 1825\n                                                                 ACTIF 1 278 MILLIONS\n\n                      PAR                              P r i n o i p a u x avantagea de la Compagnie ;\n    Georges         f^AJVLAEI^EfîS                 i* Polices incontesta- 3° Tarit avantageux.\n                                                      bles après deux a n s 4° Participation impor-\n                                                      de date.                    tante des assurés dans\nAdresser les commandes à la Direction              s 0 Prêts sur polices          les bénéfices de la\n            de DURENDAL                               ayant trois ans de          Compagnie.\n                                                      date.                     5° Prêts hypothécaires.\n  22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n                                                       S'adresser tour renseignements et prospectus à la\n            P r i x \". 3 f r . 5 0                                DIRECTION          QtNtRALI\n                                                   28. PLACE DE BROUCKÊRE, 28, BRUXELLES\n                                                       Tiléphon» 949 — Adrets* télégraphique i SUndareVBruxellei\n    POUR VOS CIGARES FINS\n             adressez-vous à le                               En vente chez MURAILLE\n                                                       45,    KDE DE L'UNIVERSITÉ, 4 5 , LIEGE\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                       J. RYELANDT\n\n             OÉPOT Dfe FABRIQUE                    SAINTE CÉCILE\n                                                                        Drame musical\n   15 — Avenue Louise— 15                                    Réd. pour chant et piano ; 1 5 francs\n                                                                 PUBGATORIDM\n            BRUXELLES                                     Oratorio.—Réduction pour chant et piano : 6 fiança\n                                                           N O O B D S E E (Mer du Nord)\nP.-3. - Arrivages réguliers de cigares de la n e         5 esquisses pour piano. •— 8 francs.\n\n\n\n  PIANOS S T E I N W A Y & SONS\n              NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\n Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr» MISCII, 22Ï, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 805, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1922, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                 £2, Marché-au-Bois, BRUXELLES\n                                   •       ^          \"^^*«\n    Dépôts de fonds en Comptes-Chèques, disponibles à vue : 1 1/2 p. c. sans commission\n       Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1902 : 2.97 p. c.\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.           t\n                                   ORDRES DE BOURSE\n                Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n           Prêts sur titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n\n    ARMES DE CHASSE\n              Maison Albert DE BRUS & O\nB R U X E L L E S , 71, Rue de la Madeleine, 71, B R U X E L L E S\n\n                        Seuls A g e n t s en Belgique d e l a\n      Sun Manufacturera Ch. Osborne et C° Ld, de Birmingham\n\n\nCartouches Eleu, Bachmann, Coopal, Mullerite, etc., etc.\n                           au prix de leur catalogue\n\n\n       Spécialité de Fusils HAMMERLESS\n\n               ARTICLES POUR CHASSEURS\nNETTOYAGE                         ——        -~>   ——                  REPARATIONS\n\n            Usines à Liège : 128, rue Hors-Château, 128\n\n                                                                  99, rue Royale, 99\n\nPIANOS DE SMET :                                                      BRUXELLES\n\n          IMPRIMERIE                         SCIENTIFIQUE\n                             TYPO, LITHO ET CHROMOLITHO\n                    SPÉCIALITÉ D'ILLUSTRATIONS DE GRAND LUXE\n                       PHOTO-CHROMOGRAVURE EN TROIS COULEURS\n\n\n•    CHARLES                     BULENS,                           ÉDITEUR                •\n                     75,    RUE TERRE-NEUVE,                     75\nTÉLÉPHONE 505                                ;•                    BRUXELLES\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles BULENS, Editeur, rue\nTerre - Neuve, 75, Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 728, "texte": " Octobre 1907.                 I4me Année.                        N« 10.\n\n\n\n\n           REVUE CATHOLIQUE*\n              <0E LITTERATU;\n\n\n\n\n                                 A ••• •\n\n\n\n\n                 •.••.••••••.•.VI ••'•V\n\n\nBRUXELLES, rue du Grand-Cerf, M . — PARIS, avenue de la Grande-Armée, 61.\n"}, {"page_pdf": 729, "texte": "                                 PLAGE DE WESTENDE\n                                             (BELGIQUE)\n\n                                      Plage de sable fin située entre\n                                           Ostende et Nieuport.\n                             Villégiature hygiénique, loin des agglomérations\n                                    comme des embouchures de rivières\n\n                           Villas et cottages confortables à des prix avantageux.\n                                  Approvisionnements faciles sur place.\n                                     BAINS          G R A T U I T S\n                                *- Service- de sauvetage communal. —-\n                                   Service religieux pendant la saison.\n                           KURSAAL — RESTAURANT — GARAGES — ECURIES — REMISES\n                              Les plus luxueuses installations sportives\n Villas et Terrains                            du Littoral.                                 Villas et Cottages\n   à vendra par annuité!   Location de tentes sur la plage et de costumes de bain                  à louer\n                                T r a m w a y électrique à servie» Intensif\n                                 Vicinal — Télégraphe — Téléphone\n                             ÉCLAIRAGE ELECTRIQUE DE LA DIGUE\n                                         DES AVENUES ET DES VILLAS\n\n\n                      ^i Agence Immobilière pour la vente et location les villas\n                               A moin» de 80 minutas d'ostende, i 2 h. 1/2 de Bruxelles.\n\n                                                                        Le WEST END' HOTEL est ouvert à\nWESTE1ND' HOTEL                                                       partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                                      Pension de 6 à 15 fr. par jour. Au corn-\n                                                                      mencement et à la fin des saisons, arran-\n               DIGUE DE MER                                           gements très avantageux pour les familles\n                                                                         faisant un séjour paolougé à l'hôtel.\n   T É L É P H O N E N*        41                                          75 chambres parfaitement aménagées.\nRéseau du littoral par                                                       Vie de famille. Eclairage électrique.\n                                                                               Chambres spacieuses. Ameuble-\n     Nieuport.                                                                       ment moderne esthétique et\n                                                                                      confortable. Balcons et ter-\n                                                                                       rasses. Salle de musique.\n                                                                                        Salle de billard. Salle de\nAppartement*\n                                                                                          récréation pour Us en-\n avec salon                                                                                   ,     fants. S a l o n s\n                                                                                          r,\\j% I de lecture et de\n                                                                                          •fft.'-IL correspondan-\n                                                                                                    ce. Cuisine soi-\n                                                                                                    gnée. Caves\n                                                                                                     recomman-\n                                                                                                    dée-.\n\n      LA            FERMETTE                                  WESTENDAISE\n                            LA. CAMPAGNE A. L A                               MSB\nJeux d'enfants. — Promenades à Anes. — Tir à la perche. — Jeu de boule. — Installations\n        sportives. — Café eramique. — Lait frais. — Glaces, r- Consommations de choix.\n                      OUVERTURE                       L E 1« J U I N                   1907\n                                            A BRUXELLES, 6 4 , boulevard d e l à Senne (Téléph. 2 2 8 6 ) .\n                                            A WESTENDE, à l'Administration de la Plage (Télé-\n                                               phone 8 3 du littoral) ou au Westend' Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 730, "texte": "                           DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n\n                                 1907 — 14» Année\n\n\n\n                Sommaire du n° 10 (Octobre)\nL'abbé HENRY M Œ L L E R . — Le Ministre des Littérateurs     .   .    .   609\nGEORGES RENCY. — Le Héros                                                  614\n                — Poèmes :\nP I E R R E NOTHOMB.\n                      Soir d'Eté ;\n                      Crépuscule;\n                      Fugue;\n                      La Conque;\n                     Plainte ;\n                      Pluie de mai;\n                     Sur la grève                                          622\nTANCRÈDE DE VISAN. — Lettre à l'Elue                                       5a6\nP A U L CORNEZ. — Le Moine                                                 629\nA.-D. SERTILLANGES. — D u rôle de l'art en apologétique (suite)            63o\nFRANZ A N S E L . — A propos d'une anthologie                              641\nL'abbé F . VERHELST. — La chanson populaire                                646\nALPHONSE DE W I T T E . — La médaille à l'exposition générale des\n                                  Beaux-Arts, Bruxelles igoy   . . .       65o\nFIRMIN VANDEN BOSCH. — L'Art à l'école                                     653\nLes livres                                                   » . . .       656\nNotules .                                                                  670\nIllustrations. — P o r t r a i t du baron Descamps-David, ministre\n                     des sciences et des a r t s .\n                   Le Cyrénéen interpellé p a r les Juifs (ERNST\n                       WANTE).\n                  L a médaille commémorative de ^'inaugura-\n                    tion du port de mer de Bruges (œuvre de\n                       GODEFROID DEVREESE).\n"}, {"page_pdf": 731, "texte": "                       DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n    ABONNEMENT : 10 francs par an; ETRANGER : 1 2 fiancs (port compris)\n         (pour tabonnement s'adresser à la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 22, a Bruxelles)\n                                PRIX D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                Comité de rédaction de DURENDAL :\n                          M M . H E N R Y CARTON D E W I A R T .\n                                   L'abbé H E N R Y      MŒLLER.\n                                   F I R M I N VAN DEN B O S C H .\n\n                    Secrétaire de la Rédaction : GEORGES V I R R È S\n                             Correspondant de la rédaction à Paris :\n\n       M . H E N R I M A Z E L , avenue d e la Grande-Armée, 6 i , P a r i s .\n\n               P R I N C I P A U X C O L L A B OHR\n      FRANZ ANSEL.\n                                                   ATEURS :\n                                                 . FIÉRENS-GEVAERT.\n      MAURICE BEKAERT.                                     ARNOLD GOFFIN.\n      PIERRE BILLAUD.                                      FRANZ H E L L E N S .\n      EDGAR BONEHILL.                                       L'abbé H . HOORNAERT.\n      HENRY BORDEAUX.                                      J.-K. HUYSMANS.\n      ALEXANDRE BRAUN.                                     JOSEPH JANSSENS.\n      THOMAS BRAUN.                                        VICTOR KINON.\n      GEORGES BRIGODE.                                     GoDEFROID KuRTH.\n      H É L È N E CANIVET.                                  PAUL LAMBOTTE.\n      MARIE CLOSSET.                                       L'abbé L . L E CARDONNEL.\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                              S É B . - C H . LECONTE.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                              CHARLES MARTBNS.\n      L e comte G. D'ARSCHOT.                              P A U L MUSSCHE.\n      H E N R I DAVIGNON.                                  EDOUARD N E D .\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                            JEAN NESMY.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                  CHARLES NICAISE.\n      ERNEST DE LAMINNB.                                   PIERRE NOTHOMB.\n      LOUIS L)ELATTRE,                                     ERNEST PÉRIER.\n      La comtesse E D . DE LIEDEKERKB.                     GEORGES RAMAEKERS.\n      L e baron G. ÛELLA FAILLE.                           GEORGES RENCY.\n      EUGÈNE DEMOLDER.                                     BLANCHE ROUSSEAU.\n      Dotn BRUNO DBSTRÉE.                                  JOSEPH RYELANDT.\n      JULES DESTRÉE.                                       FERNAND SÉVERIN\n      Vicomte D'HENNEZEL.                                  HENRY VAES\\\n      MAURICE DULLAERT.                                    EMILE VERHAEREN.\n      J. ESQUIROL.                                         L'abbé F R . VERHELST.\n      EMILE FERMAUD.                                        LÉOPOLD WALLNER, etc., etc.\n      LAURENT FIBRBNS.\n\n                Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\nIl êtrs rendu comité dans DURENDAL     de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à la Rédaction\n\n      Pour la Rédaction, l'Administration et les demandes, d'abonnements, s'adresser a u\nsiège de la Rerue. 2 2 , rue du Grand-Cerf; pour la publicité, 4 6 , rue Neufchatel, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 732, "texte": "LE BARO     N    DESCAMPS-DAVID)\n   MINISTRE DES SCIENCES ET DES A R T S\n"}, {"page_pdf": 733, "texte": ""}, {"page_pdf": 734, "texte": "          Le Ministre des Littérateurs\n  Bien faire et laisser dire.                           Hommage\n                                           au   Baron    DESCAMPS-DAVID,\n                                            Ministre des Sciences et des Arts.\n\n                   ENFIN ! nous avons unministre des Belles-Lettres\n                  et, chose tout à fait inouïe en Belgique, ce\n                  ministre daigne s'occuper de nous, il apprécie\n                  la littérature, il estime les écrivains; il ne se\n                  contente pas de jeter, à ses moments perdus,\n                  un regard distrait et ennuyé sur eux ; il a le\n                  souci de leur gloire, il prend à cœur leurs\n                  intérêts et se préoccupe de leur avenir. Il a\ninauguré son règne par cette bonne parole : ma présence au\nMinistère n'a d'autre raison d'être que de mettre les litté-\nrateurs belges en possession de leurs droits. Les littéra­\nteurs n'étaient guère habitués à une telle courtoisie de la part\ndes personnages officiels. Jadis quand un ministre ne les\nméprisait pas tout à fait et ne leur lançait pas une soupière à la\ntête lorsqu'ils avaient le toupet de lui parler de littérature, ils\npouvaient déjà être très satisfaits. L'un d'eux à qui un écrivain\ns'était hasardé d'offrir un roman le lui retourna avec ces mots :\n« Que voulez-vous que je fasse avec cela! » Dans les derniers\ntemps la situation s'était améliorée, grâce à l'appui que nous\nprêtèrent, à la Chambre des Représentants, quelques députés\nintelligents et lettrés. Mais nous n'eussions jamais rêvé d'avoir\nun jour un ministre à nous, un vrai ministre des Belles-\nLettres, un ministre osant se poser crânement en protecteur\nde la littérature.\n   L'avènement du baron Descamps a comblé nos vœux au delà\nde toutes nos espérances et il est en voie de se créer parmi nous\nla plus belle, la plus saine et la plus méritée des popularités. Il\nvient de poser un acte qui lui conquiert d'emblée toutes nos\nsympathies. Cet acte est le fait d'un homme à la fois prime­\nsautier et courageux.\n   Il y a une sainte, qui, Dieu merci, n'est pas enregistrée dans\n"}, {"page_pdf": 735, "texte": "610                           DURENDAL\n\n\n\n le catalogue liturgique de l'Église, pour laquelle le monde des\nmédiocres qui constitue la majorité du genre h u m a i n professe\n une grande dévotion, c'est la Sacro-Sainte Routine. Elle règne\nen maîtresse dans la société. Elle est l'ennemie née de l'homme\nde génie. Elle est la négation brutale du progrès qu'elle rend\nimpossible, en paralysant les plus belles initiatives. Nous la\n détestons parce qu'elle a la haine de la beauté, la haine de tout\nêtre qui se distingue, la haine de la personnalité. Son influence\nest colossale parce que ses dévots sont légion. Ceux-ci c'est la\nfoule des cancres, qui la cultivent pour le bon motif qu'ils n'ont\nd'importance eux-mêmes que grâce à elle et par elle.\n    E t q u a n d un h o m m e , surtout un h o m m e de gouvernement, a\nassez d'envergure et de force de caractère pour fouler aux\npieds cette Routine, à laquelle tout ce qui est officiel est, à peu\nd'exceptions près, agglutiné comme une moule à un brise-\nlames, je dis que cet h o m m e n'est pas le premier venu. Il est\ngrand. Il est noble. Il doit être a p p l a u d i et je m'empresse de\nlui tirer mon chapeau et de le saluer jusqu'à terre.\n    L e baron Descamps vient de prouver d'une façon éclatante\nqu'il est cet homme-là et nous ne saurions assez l'en louer.\nT o u s les lettrés lui doivent une reconnaissance sans borne,\npour la noble attitude qu'il a prise dès le principe vis-à-vis\ndes hommes de lettres, d a n s un pays où jadis le gouver­\nnement les considérait comme non existants, et spécialement\npour le geste superbe qu'il vient de faire en n o m m a n t un\npoète, F e r n a n d Séverin, professeur à l'Université de G a n d . Il\na du coup rendu à la littérature en Belgique son prestige. Il a\nrelevé la statue de la B e a u t é et l'a replacée sur son piédestal\ncomme une reine, comme la reine qu'elle est et qu'elle doit\nêtre chez tout peuple civilisé.\n    Q u a n d le bourgeois passe à côté d'un littérateur, il hausse\nles épaules avec mépris, il le regarde de travers et s'écrie avec\nironie : « C'est un poète! » Ce qui veut dire, dans la monstrueuse\nmentalité de ce cuistre : « un propre à rien ! » E h bien, le\nministre Descamps a dit à ce poète : « L e bourgeois vous mé­\nprise, mais moi je vous estime. Montez en chaire, c'est votre\nplace. Enseignez la beauté. Relevez le niveau des esprits.\nProuvez au bourgeois qu'il y a autre chose ici bas que le terre\nà terre misérable de l'existence, qu'il y a l'art, qu'il y a la litté­\nrature, qu'il y a le génie, et que l'homme, comme le disait\n"}, {"page_pdf": 736, "texte": "                      LE   MINISTRE       DES LITTÉRATEURS                              611\n\n\n\nHello, a plus besoin pour vivre d'une pensée enrobée de magni­\nficence que d'un morceau de pain. »\n    Voilà la signification du geste ministériel qui a ouvert aux\nlittérateurs une chaire universitaire.\n    Il va de soi que cela ne s'est point passé sans difficultés. Nous\nle devinons, le baron Descamps aura été assailli par le monde\ndes réactionnaires, il aura eu à lutter contre toutes les influences\nacadémiques, officielles ou officieuses, et il sera en but — il l'est\ndéjà — aux attaques des pions. Qu'importe! Nous croyons con­\nnaître assez le caractère chevaleresque du nouveau ministre\npour être convaincu qu'il y sera insensible.\n    Quant à nous, nous félicitons le Ministre d'avoir osé, en dépit\nd'une routine indéracinable, nommer un littérateur à la chaire\nde littérature de l'Université de Gand, chose qui en d'autres\npays paraîtrait tout à fait logique, et nous le félicitons ensuite\ndu choix judicieux qu'il a fait du titulaire. F e r n a n d Séverin\n était vraiment l'homme désigné (1). C'est un admirable\n poète, un des plus purs et des plus vrais poètes de ce temps et il\n est doué comme pas un des qualités qui font le vrai professeur.\n     Non seulement il sait enseigner, ce qui est peu de chose, mais\n il sait e n t h o u s i a s m e r la jeunesse, ce qui est tout. Enfin, outre\n qu'il est parfaitement au courant de l'histoire de la littérature,\n chose nécessaire, quoique secondaire, il est à même de juger les\n œuvres et les hommes que cette histoire comporte, ce qui est le\n point capital. T o u s les écrivains belges ont ratifié à l'unani­\n mité le choix du baron Descamps. Il peut être fier de l'acte\n qu'il a posé et il doit être heureux de se voir acclamé par l'élite.\n Ces félicitations lui seront une ample compensation pour le\n mépris des routiniers.\n     A la nomination d'un littérateur, on a objecté au ministre\n qu'un professeur doit être un savant. E h ! sans doute. Mais un\n homme qui n'est qu'un savant est et sera toujours un piètre\n  professeur. N'avoir que des lieux communs, des formules et des\n  appréciations toute faites dans la cervelle, est un maigre bagage\n\n   (1) Fernand Séverin est né, en 1807, à Grand-Manil ( N a m u r ) . Il est docteur en philo­\n sophie et leltres. Ses œuvres sont : Le Lys (1888) ; Le Don d'enfance (189I) ; Le Chant\n dans l'ombre (1895) ; Poèmes ingénus (1899) ; La Solitude heureuse. (1904). 11 a collaboré à\n diverses revues, notamment à Durendal. Nos lecteurs ont eu la primeur de quelques-uns\n de ses plus beaux vers et de plusieurs de ses poèmes en prose. Lors de la mort de notre\n regretté poète Charles de Sprimont, il m'avait instamment prié de lui réserver l'honneur\n de lui consacrer une étude sur son œuvre, ce qu'il fit d'une façon remarquable.\n"}, {"page_pdf": 737, "texte": "6l2                         DURENDAL\n\n\n\npour un pédagogue. Un savant pareil n'est qu'un dictionnaire\net il serait économiquement remplacé par cet instrument agaçant\nqu'on appelle un phonographe. Hélas! nous n'avons déjà que\ntrop de phonographes dans les chaires de nos collèges et de nos\nuniversités.\n   Le savant doit être doublé d'un artiste pour être un bon pro­\nfesseur, La pédagogie n'est pas une science, mais un art dans\ntoute la forcede l'expression, un art qui ne s'acquiert paraucune\ngymnastique intellectuelle, un art à l'absence duquel ne supplée\naucun diplôme de n'importe quelle université. On naît profes­\nseur, comme on naît poète, comme on naît orateur, comme on\nnaît peintre. L'étude est incapable de procurer ce don à qui ne\nl'a pas. Le travail peut donner une certaine habileté mécanique,\nil ne crée pas le professeur, pas plus qu'il ne crée le poète ou le\npeintre. Si cela est vrai en ce qui concerne l'enseignement en\ngénéral, cela est de la dernière évidence, en ce qui regarde\ncelui des Lettres.\n   Par conséquent, quand, pour une chaire de littérature, on\ndoit choisir entre un savant, qui n'est que cela, ce savant fût-il\nun puits de science, et un artiste, le bon sens indique qu'il faut\nnommer celui-ci sans hésiter, parce que la science s'acquiert,\nl'art jamais.\n   Un littérateur seul, en outre, a le droit de citer devant le\ntribunal de sa pensée et de faire passer par le crible de sa\ncritique les œuvres de ses pairs. Le philologue, quelque\nsavant qu'il soit, est dépourvu de toute compétence pour\napprécier l'œuvre littéraire. Il doit se contenter d'admirer en\nsilence. Qu'il admire et qu'il se taise. C'est son vrai rôle.\nNous ne lui reconnaissons pas le droit d'en sortir.\n   On a dit encore que le professeur de littérature devait être\nun historien, puisqu'il doit donner le cours d'histoire de la\nlittérature. Mais, un professeur d'histoire, dont le cerveau n'est\nqu'un enregistreur de faits divers, est dépourvu de toute valeur.\nIl n'en a que s'il est artiste. Nous en avons un exemple frappant\nen Belgique dans la haute personnalité du plus éminent de\nnos professeurs d'histoire, Godefroid Kurth. C'est un érudit\ncomme il y en a peu. Mais d'autres le sont autant que lui. Ce\nqui constitue sa supériorité, c'est qu'en outre c'est un artiste.\nA Liége il donnait ses cours avec un art consommé. Ses livres\nsont des créations. Il n'eût pas été le brillant professeur que\n"}, {"page_pdf": 738, "texte": "                  LE MINISTRE DES       LITTÉRATEURS                 6l3\n\n\n l'on connaît et il n'eût certes j a m a i s été capable d'écrire ses\n magnifiques synthèses historiques, qui sont de vraies œuvres\n d'art, s'il n'eût été l'incomparable artiste qu'il est.\n    C'est ravaler singulièrement le niveau des études universi­\ntaires que de réduire le cours de littérature, ainsi que le vou­\nlait un journaliste, à une vulgaire et fastidieuse énumération\nde dates, de noms et de jugements rapides. U n enseignement\naussi étroit et aussi mesquin n'aboutirait q u ' à étouffer les\nintelligences en bourrant les mémoires d'une façon machinale.\n    Nous avons une idée plus haute de la mission du professeur\nde littérature. Il doit éveiller les esprits et faire vibrer les âmes\nen les m e t t a n t en communication avec les h o m m e s de génie de\ntoutes les races et de tous les siècles, non point par la sèche\nanalyse philologique d'un texte, mais par une interprétation\néloquente et vivante, chaude et colorée des chefs-d'œuvre.\n    P o u r donner un cours pareil dans toute son ampleur il faut\nêtre artiste soi-même. Le ministre Descamps l'a compris avec\nnous et c'est pourquoi il a restitué aux écrivains la chaire de lit­\ntérature de nos universités qui leur revient de plein droit et\nqu'on n'osera plus leur enlever désormais. On n'y songera du\nreste même pas quand on aura vu, par l'exemple de F e r n a n d\nSéverin, qui, nous n'en doutons pas, fera honneur au monde des\nlettres, avec quel talent un poète s'acquitte de la sublime fonc­\ntion d'initier la jeunesse au culte de la beauté.\n                                                  HENRY MŒLLER.\n\n\n   P.-S. — L e baron Descamps mérite décidément de plus en\nplus le titre de Ministre des Littérateurs que nous lui donnons\nen tête de cet article. Il vient, en effet, de donner une nouvelle\npreuve de sa s y m p a t h i e pour nos écrivains. Il a nommé notre\ngrand romancier Camille Lemonnier conservateur du Musée\nWirtz et il a confié les cours de littérature de l'école normale\npour régentes de la rue du Marais à deux femmes de lettres :\nB L A N C H E ROUSSEAU, l'auteur d'un des plus exquis chef-d'œuvre\nde ce t e m p s : Nany à la fenêtre et de t a n t d'autres écrits char­\nmants et le délicat poète M A R I E CLOSSET, connue en littérature\nsous le p s e u d o n y m e de Jean D o m i n i q u e . « Bravo! monsieur\nle Ministre! Le journaliste qui s'est ridiculisé en vous mettant\nen demeure de ne plus récidiver en crèvera de d é p i t ! T a n t pis\npour lui ! »\n"}, {"page_pdf": 739, "texte": "                                  Le Héros\n                      LEcafé Schier, ce soir-là, présentait son aspect ordinaire. La\n                        grosse M m e Schier, en camisole blanche, des papillotes dans\n                        les cheveux, somnolait derrière le comptoir et M. Schier,\n                        petit h o m m e gras et sale, jouait aux cartes avec les clients.\n                        On fumait b e a u c o u p , on buvait de la bière blonde et, sur\n                        les tables, les cartes s'abattaient avec de g r a n d s coups de\n                        poing et de lourdes plaisanteries. Il y avait là les habitués\n                        de tous les jours : le juge de paix, le receveur des contri­\n                        butions, le lieutenant de gendarmerie et quelques com­\nmerçants du quartier. T o u t ce m o n d e , u n i q u e m e n t attentif au jeu, ne parlait\nque p o u r crier un chiffre, u n juron de triomphe ou de déception. Ils étaient\nrouges, congestionnés, la pipe ou le cigare dans u n coin de la bouche, les\nyeux fixes, l'air tendu et absent. E t parfois, q u a n d l'un d'eux réfléchissait\nà ce qu'il allait faire, un grand silence moite planait u n instant dans la salle\nenfumée.\n   T o u t à coup, la porte s'ouvrit, u n courant froid entra, souleva la flamme\ndes lampes : un h o m m e restait debout au milieu du café et regardait les\nconsommateurs avec u n e mystérieuse gravité. On sentait bien que la veille,\nou tout a u t r e jour, il serait allé s'asseoir tout de suite auprès des joueurs.\nMais aujourd'hui, quelque chose devait s'être passé, quelque chose qui ne\nlui permettait pas d'agir comme il l'aurait fait en tout autre temps. Il ne\nbougeait pas et ses lèvres serrées gardaient visiblement un g r a n d secret.\nMme Schier, réveillée, fixait sur lui ses yeux ahuris. Elle finit par lui poser\nla question qu'il attendait :\n   — \" E h bien, Monsieur Giroul, qu'ave-z-vous donc? Vous êtes tout chose,\naujourd'hui ?... \"\n   L ' h o m m e fit un grand geste :\n   — « E t il y a de quoi, m a d a m e S c h i e r ! Q u a n d vous saurez ce que\nje sais !... »\n   D'un seul m o u v e m e n t , tous les consommateurs tournèrent la tête vers lui\net l'interrogèrent du regard. Mais il ne se pressait pas de parler ; il se fit\nd'abord verser u n e chope, bourra sa pipe, l'alluma posément et ne se décida\n à ouvrir la b o u c h e qu'après s'être entouré d'un halo de fumée bleue, ainsi\n qu'on voit la statue d'un dieu disparaître dans l'encens de l'autel.\n   — « U n e grande nouvelle, messieurs! prononça-t-il. U n e grande nou­\n velle pour notre c i t é ! »\n    E t il tira de sa poche u n e lettre qu'il étala, toute ouverte, sur la table.\n"}, {"page_pdf": 740, "texte": "                                   LE HÉROS                                   6l5\n\nT o u s les yeux convergèrent vers le rectangle de papier b l a n c ; Mme Schier,\nranimée, s'était dressée et regardait aussi, par-dessus les têtes des clients.\n   — « Cette lettre, continua l'important M. Giroul, émane de mon illustre\ncousin, le major Desmet           »\n   Et il attendit pour juger de l'effet. Les visages se revêtirent instantané­\nment d'une grande expression de respect, on s'arrêta de fumer et les mains\ndemeuraient suspendues dans l'air, soutenant le cigare ou la pipe. M. Schier\nse leva et fit le salut militaire.\n   « Le major Desmet est un h é r o s ! dit-il solennellement. Il est l'honneur de\nnotre cité ! »\n   P u i s il se rassit, saisit son verre, le porta jusqu'à ses yeux, regarda un\ninstant la bière limpide qu'il contenait, et le vida d'un trait, avec u n e savante\nlenteur.\n   « E t qu'est-ce qu'il vous écrit, votre cousin ? d e m a n d a le lieutenant de\ngendarmerie, que celte lettre et son auteur impressionnaient moins que les\nautres.\n   — « A h ! ce qu'il m'écrit! dit M. Giroul. Voilà précisément la chose inté­\nressante pour nous tous. Ecoutez bien ce qu'il m'écrit : je vais vous lire sa\nlettre !... »\n   Les chaises grincèrent, les visages se penchèrent en avant, toutes les fumées\nse confondirent en une. seule colonne bleuâtre qui monta vers le plafond.\nM. Giroul, tenant la lettre à bout de bras, parce qu'il était presbyte, se mit à\nlire d ' u n e voix ronflante :\n\n                    « Mon cher Cousin,\n   » Je suis rentré bien malade de mon dernier séjour en Afrique et j'ai\nbesoin, pour me remettre, de l'air du pays. J'ai donc pris la résolution de\nvenir m'installer parmi vous, avec mon serviteur noir, u n brave h o m m e qui\nne m'a pas quitté depuis quinze a n s . Vous êtes, je pense, m o n seul parent.\nA ce titre, puis-je vous d e m a n d e r de bien vouloir faire réparer ma petite\nmaison natale? Les clefs sont déposées chez la voisine, la mère Magloire,\nsi toutefois elle vit encore. Dès que le logis sera en état de me recevoir,\nprévenez-moi et j'arriverai tout de suite. Mes campagnes m'ont bien fatigué\net j'ai hâte de pouvoir me reposer dans l'endroit où s'est écoulée mon enfance.\nJe vous remercie d'avance, mon cher Cousin, de ce que vous voudrez bien\nfaire p o u r moi et je reste votre parent attaché.           Major DESMET. »\n\n   Q u a n d cette lecture fut achevée, il y eut un long moment de silence.\nM. Giroul regardait ses auditeurs l'un après l'autre et u n petit sourire de\ntriomphe, fixé dans le coin de sa b o u c h e , semblait dire à tous : « E h bien,\nqu'est-ce que vous pensez de ma nouvelle? » Ce fut encore M. Schier, le plus\npétulant malgré sa graisse, qui trouva le mot de la situation : il se leva et\nétendit la main, une grosse main aux doigts boudinés, tremblant dans le vide\ncomme u n e feuille au vent :\n   — « Messieurs, prononça-t-il, le retour du major Desmet sera le plus\nbeau jour de notre vie ! »\n"}, {"page_pdf": 741, "texte": "616                               DURENDAL\n\n\n   Tous l'approuvèrent longuement. Quelle gloire pour la ville et pour ses\nhabitants! Ce héros vivant désormais parmi eux, attirant sur leur cité ignorée\nl'attention de tout le pays, de l'Europe et du monde ! Et ils se mirent à\névoquer les hauts faits de sa carrière; le petit Desmet, orphelin de père et\nde mère dès l'âge de douze ans, avait quitté de bonne heure sa ville natale\npour entrer à l'école des enfants de troupes. Ses rares parents avaient perdu\nson souvenir, quand l'on apprit qu'il venait d'être nommé sous-lieutenant de la\nforce publique en Afrique. Le silence se fit de nouveau sur lui. Tout à coup,\nle bruit courut qu'il avait livré bataille à une bande de nègres révoltés, qu'il\ns'était conduit en brave et avait été grièvement blessé. Sa conduite lui vaut\nles galons de lieutenant et la croix. Quelques mois s'écoulent : une dépêche\npubliée en gros caractères dans tous les journaux raconte qu'il vient de\ntraverser l'Afrique de part en part, pacifiant de nombreux villages, disper­\nsant les dernières hordes d'Arabes exclavagistes, soutenant partout le\nprestige de la patrie belge. Et le voilà capitaine, le voilà décoré de vingt\nordres étrangers, le voilà invité aux Congrès coloniaux, le voilà dînant chez\nles rois! Ses concitoyens n'en revenaient pas : « Comment! c'est le petit\nDesmet dont on rapporte tout cela, ce petit bonhomme pas plus haut que\ncela, que nous avons connu, avec qui nous avons joué, qui était notre condis­\nciple! Est-ce possible? Quoi! un enfant de cette ville, comme nous, le fils\nde deux pauvres boutiquiers, fait tout ce bruit dans le monde ! » Et une\nsourde envie se mêlait à leur admiration. On apprit encore qu'il avait été\nnommé major, que le Roi lui avait remis lui-même le grand cordon de son\nordre et qu'il avait voulu le créer baron. Modeste, le héros avait refusé cet\nhonneur. Et maintenant, chargé de gloire, il venait demander à sa cité\n natale, à ses concitoyens d'entourer de calme et de respect ses dernières\n années ! Quel exemple digne de l'antiquité !\n    — « C'est Cincinnatus, lui-même! » proféra le juge de paix, qui avait des\n lettres.\n    M. Schier, esprit pratique, vit tout de suite le parti que l'on pouvait tirer,\n pour le commerce local, du retour sensationnel du héros. Il proposa d'orga­\n niser de grandes fêtes, de dresser un arc de triomphe sur la place de la\n station, de recevoir à l'hôtel de ville leur glorieux concitoyen. Le soir, il y\n aurait un cortège aux lumières, une sérénade donnée au héros par toutes les\n musiques de la ville et un brillant feu d'artifice dont la pièce montée repré­\n senterait le major Desmet mettant les Arabes en fuite et protégeant la civi­\n lisation. On applaudit à ce programme et l'on procéda aussitôt à la formation\n d'un comité. Toutes les personnes présentes en firent partie et M. Giroul,\n en sa qualité de cousin du major, accepta, avec M. Schier, les fonctions de\n secrétaire.\n    Dès le lendemain, tous se mirent à l'œuvre. La maison natale du héros fut\n réparée et M. Giroul la fit enduire, extérieurement, d'une couche éclatante\n de couleur blanche, tandis que les volets étaient peints en vert clair; de cette\n façon, elle se signalerait d'elle-même aux étrangers et aux curieux qui ne\n  manqueraient pas d'affluer. Quand le jour du retour fut fixé, on éleva en hâte\n  un arc de triomphe en face de la gare. Deux vieux canons en gardaient la\n"}, {"page_pdf": 742, "texte": "                                  LE HÉROS                                   617\n\n\nbase. Des casques, des cuirasses, des lances, des pistolets d'arçon y compo­\nsaient des panoplies redoutables. Et l'on inscrivit au faite ces mots en lettres\nd'acier :\n                 A u MAJOR D E S M E T , LA CITÉ RECONNAISSANTE.\n\n\n   Une heure avant l'arrivée du train, tous les orphéons, toutes les sociétés\nde musique de la ville se trouvaient rangés sur la place et le long de la rue\nmenant à l'hôtel communal. Le bourgmestre, les échevins, les conseillers\nattendaient dans la salle des mariages, décorée de guirlandes et de drapeaux.\nToutes les maisons étaient pavoisées. Une foule énorme se pressait sur les\ntrottoirs, aux fenêtres et sur les toits. Devant la gare, les membres du Comité,\nen chapeau de soie, en habit noir, le bras ceint d'un ruban aux couleurs de la\nville, formaient un groupe bruyant et affairé. Le soleil de juin allumait les\ncasques des pompiers et les képis argentés des agents de ville, placés de dis­\ntance en distance pour maintenir l'ordre. Et une grande rumeur planait, faite\ndu bruit de toutes les conversations dont le héros était l'objet. Comment\nallait-il apparaître? Tiens, pardi! En grand uniforme, la poitrine constellée\nde croix et de crachats, le ruban rouge en sautoir, portant l'épée d'honneur,\nen or, la garde enrichie de pierres précieuses, que lui avaient offerte, à son\ndernier retour, les officiers de son régiment! Il s'avancerait dans sa gloire, les\nyeux étincelants, la mine martiale, la moustache hérissée, et l'on aurait peine\nà soutenir son éclat. Et les mamans défendaient aux enfants de l'approcher,\ncraignant qu'il ne fût irritable et qu'il n'aimât point d'être regardé de trop\nprès. On parlait aussi de son serviteur noir. Déjà on le voyait à demi nu, l'air\nterrible, brandissant une hache de guerre et veillant sur son maître avec des\ngrondements de dogue fidèle. Et toute cette dépense d'imagination exaltait\nle courage des hommes, effrayait les mioches, donnait aux femmes une\nangoisse délicieuse. Jamais la ville n'avait connu un pareil moment de fièvre\net d'héroïsme.\n   Le train siffla, se rapprocha, entra en gare. Ces messieurs du Comité se\nprécipitèrent. Toutes les respirations étaient suspendues, tous les yeux,\nmalades d'impatience, perçaient la grande porte de la station. Elle s'ouvrit\nenfin et l'on vit apparaître, entre M. Giroul et M. Schier, un petit vieux, vêtu\nde gris, un chapeau mou sur la tête, portant des lunettes bleues et marchant\npéniblement à l'aide d'une canne. A la vue de tous les apprêts dont on lui\navait réservé la surprise, il eut un mouvement de recul et sembla décidé à ne\npas affronter le feu de tous ces regards. On le poussa en avant, les cuivres\ndéchaînèrent une formidable Brabançonne et le cortège s'avança au milieu de\nla déception générale : « Qu'est-ce que cela voulait dire? C'était ça, le héros?\nCe vieillard infirme, pareil à un retraité de l'hospice? Et le nègre, où était le\nnègre? » On l'aperçut, vêtu à l'européenne, à côté de son maître. Pas la\nmoindre hache n'étincelait à sa main qui, paisiblement, soutenait une valise.\nUne colère véritable s'empara alors de la foule. Comment! depuis des\nsemaines et des semaines, on s'exaltait à l'idée de ce retour, on faisait des\nfrais, on invitait des parents et des amis, on négligeait ses affaires, et voilà ce\nqu'il en advenait: pas d'uniforme, pas de décorations, pas d'appareil guerrier,\n"}, {"page_pdf": 743, "texte": "618                                   DURENDAL\n\n\nrien du tout, qu'un pauvre petit vieux traînant la jambe et u n nègre de contre­\nb a n d e lui. servant de commissionnaire! Mais c'était u n e horrible mystifica­\nt i o n ! On les avait trompés, on avait volé les contribuables! E t l'envie les\nprenait d'arracher les drapeaux, de démolir l'arc de t r i o m p h e , de détruire les\npréparatifs de l'illumination et du feu d'artifice. Il fallut bien, pourtant, que\nla fête s'achevât conformément au p r o g r a m m e . Les lampions allumés voû­\ntèrent les rues de leurs feux multicolores et les promeneurs, sous ces guir­\nlandes lumineuses qui coûtaient à la ville u n si beau denier, sentirent redou­\nbler leur irritation. Imaginait-on pareille aventure? Car, enfin, pouvait-on\ncroire que le major n'était pas prévenu en secret de la réception qui l'atten­\ndait? Dès lors, les convenances les plus élémentaires ne lui commandaient-\nelles pas de revêtir son uniforme de parade et de dompter, pour u n j o u r , ses\nrhumatismes?\n     On ne se conduisait pas comme il l'avait fait! Son costume, cette canne,\ncette valise, ce nègre habillé comme tout le m o n d e , son air souffrant, sa\ntimidité, tout cela insultait la cité : c'étaient autant de camouflets qu'il infli­\ngeait p u b l i q u e m e n t à leur enthousiasme et à leur a d m i r a t i o n . E t son\ndiscours, à l'hôtel d e ville! Quelle dérision ! D'abord, il avait voulu empêcher\nle bourgmestre de parler. H e u r e u s e m e n t , celui-ci avait tenu b o n . Que diable !\nIl avait écrit son discours : ce n'était pas p o u r le garder en p o c h e ! Mais\nq u a n d il avait fallu r é p o n d r e , qu'avait fait le major? D'une voix si faible que\nses voisins les plus proches l'entendaient à peine, il s'était plaint d'être tombé\ndans u n piège et avait déclaré nettement qu'il s'était retiré dans sa ville natale\npour y vivre en paix et non pour y être l'objet de la curiosité, même sympa­\nthique, de ses concitoyens. P u i s il les avait tous laissés en plan et s'était\nretiré avec son noir qui roulait des yeux blancs en lui frayant u n passage.\n M. Giroul, désespéré de la tournure que prenaient les choses, s'était précipité\nà sa suite et l'avait rejoint près de sa d e m e u r e . Le major, fort sèchement,\nl'avait blâmé d'avoir mené tout ce train autour de son arrivée et lui avait\nensuite fermé la porte au nez.\n     C'était donc un ours que cet homme-là? A h ! on ne les y reprendrait\nplus à faire des entrées triomphales à leurs grands h o m m e s ! Ça leur\navait trop bien réussi! Ils se promenaient tout de même le long des rues\nilluminées, parce qu'ils voulaient en avoir pour leur argent, mais la gaieté\n manquait, et l'on ne voyait passer, dans la lueur verte ou rose des lampions,\nque des visages boudeurs, des lèvres crispées, des gamins pleurant, à qui les\nparents, de mauvaise h u m e u r , flanquaient des taloches avec libéralité. L a\nsérénade n'eut aucun succès : la maison du major resta close et m u e t t e . Les\nmusiciens, furieux, interrompirent leur morceau au plein milieu. Le feu\nd'artifice d o n n a lieu à u n e manifestation hostile : q u a n d on vit s'éclairer la\npièce principale et qu'on aperçut à travers la fumée, sur le fond sombre de\nla nuit, u n officier, casque en tête, sabre levé, dispersant des b u r n o u s en\nfuite et soutenant une forme chancelante : la civilisation menacée, il s'éleva\nde la foule grouillante une longue clameur de protestation. U n coup de\nsifflet strida, un autre lui répondit et soudain tout le m o n d e s'y mit et l'on\n siffla avec frénésie l'image éphémère du héros, jusqu'à ce que les dernières\n lueurs de la pièce se fussent éteintes sur l'horizon.\n"}, {"page_pdf": 744, "texte": "                                      LE   HÉROS                                     619\n\n\n   L a gloire du major Desmet ne survécut pas à cette journée mémorable.\n Le lendemain il y avait foule au café Schier et M. Giroul y eut à répondre\ndes événements de la veille. Il n'attendit pas qu'on le mît en accusation et\nprononça le premier, contre son parent, u n réquisitoire fulminant. C'était u n\ningrat, u n m a l h o n n ê t e , u n grossier personnage ! Il ne le regarderait plus de sa\nvie. E t comme quelqu'un lui demandait s'il avait pris soin d'avertir le major\ndes préparatifs faits en son honneur, il répondit : « P a r b l e u ! cela va de\nsoi! », bien qu'il n'y eût pas songé. M. Schier, alors, déclara que le major\nétait sans excuse et il fut décidé qu'on le mettrait au ban de la cité. P e n d a n t\nun peu de temps, on parla encore de cette affaire. Plusieurs soutinrent qu'on\navait b e a u c o u p exagéré, dans les journaux,' la valeur de l'officier. « A beau\nmentir qui vient de loin, disaient-ils. Quelqu'un a-t-il seulement été témoin\nde ses p r é t e n d u s exploits? Comment, d'ailleurs, ce petit h o m m e faible et\ntremblant aurait-il pu se montrer le farouche soldat qu'on a voulu voir en\nlui? Ce major est u n simple charlatan qui a réussi à abuser l'opinion d u r a n t\nquelques années. Maintenant l'opinion s'est ressaisie : personne ne crcit plus\nen lui et voilà pourquoi il est venu nous demander asile. N o u s croyions\naccueillir parmi nous un concitoyen glorieux, et c'est à un matamore\ndémasqué que nous avons rendu les h o n n e u r s du triomphe ! \" Ainsi ils se\nvengeaient de leurs déceptions, et les petits enfants, assurés de l'approbation\nde leurs parents, se donnaient le mot, pour aller à la sortie de l'école, sonner\net carillonner chez le pauvre h o m m e .\n    Les vexations et les avanies de tout genre dont on l'accabla, mauvaise\nvolonté des fournisseurs, insultes répétées à son nègre qui en pâlissait de\nfureur, hostilité universelle se traduisant à son égard par des sourires de\nmépris, des façons de le regarder sans le voir, de le bousculer dans la rue, de\nprononcer à haute voix les mots : intrigant, farceur, fumiste, q u a n d l'on\npassait à côté de lui, tout cela glissait sur son indifférence tranquille. La rage\nde ses ennemis s'en accroissait d'autant et s'il lui arrivait, au cours de ses p r o ­\nmenades solitaires, de tourner brusquement la tête, il apercevait, dans chaque\nmaison, une paire d'yeux assassins embusqués derrière un rideau sournois.\n    — « Toi partir, maître ! suppliait le pauvre noir. Toi retourner avec moi,\nlà-bas, dans mon pays !... »\n   — « Aie un peu de patience, Séfu, répondait le major. T u y retourneras\nbientôt dans ton pays. J e n'en ai plus pour si l o n g t e m p s . . . »\n    Le bon nègre faisait alors une horrible grimace qui était sa manière, à lui,\nde montrer qu'il avait du chagrin : car il voyait bien que son maître se m o u ­\nrait doucement.\n    Les fatigues de ses campagnes, les fièvres, une dysenterie chronique l'avaient\ncomplètement épuisé. Il ne mangeait plus. Bientôt il ne put plus sortir. U n\njour, on apprit en ville, sans étonnement et sans chagrin, qu'il avait passé d a n s\n la nuit. « Bon débarras ! » pensèrent quelques b o n n e s âmes. E t chacun s'en\nfut coucher avec la certitude que cette mort ne ferait p a s plus de bruit que\ncelle d'un vieux chien crevant au pied d'une b o r n e .\n    Mais le lendemain, ô surprise, tous les abonnés aux journaux de Bruxelles\n purent lire d a n s leur gazette qui deux, qui trois colonnes de nécrologie con-\n"}, {"page_pdf": 745, "texte": "620                                DURENDAL\n\n\n sacrées au « grand homme », au « glorieux citoyen » qui venait de s'éteindre\n dans son obscure retraite. On rappelait tous ses hauts faits, son courage\n indomptable, sa généreuse clémence, sa science militaire, son intelligence\n pratique, ses qualités incomparables d'organisateur. « Si les Belges ont pu\n conquérir et garder l'Afrique centrale, écrivait un journaliste, c'est au major\n Desmet qu'ils le doivent. Il faut espérer que le gouvernement s'en souviendra\n et fera à ce héros des funérailles nationales !... »\n    — « Quelle blague ! se dirent les concitoyens du mort. Des funérailles\n nationales à ce vieux bonhomme ! Ils en ont de bonnes, à Bruxelles !... »\n    Il en fut pourtant ainsi. Les journaux du soir annoncèrent que les deux\n Chambres avaient voté d'urgence le décret. Trois régiments d'infanterie,\n un de cavalerie et l'artillerie montée des garnisons voisines rendraient\n les honneurs funèbres. Deux généraux commanderaient les troupes.\nTrois ministres assisteraient aux obsèques. Le Roi y serait officielle­\n ment représenté. Alors le bourgmestre, les échevins, les conseillers, et\nderrière eux toute la ville, comprirent qu'ils s'étaient trompés et que\n le major Desmet était réellement un héros. Que faire pour que l'on ne\n soupçonnât jamais leur méprise ? Il n'y avait qu'un seul moyen : en­\n tourer ses funérailles de toute la pompe dont la ville serait capable. Le\n conseil communal, réuni le soir même, décida d'adresser une proclama­\n tion aux habitants. En sa qualité de cousin du mort, M. Giroul réclama le\n droit de la rédiger. Il quitta la salle quelques instants, le temps de déplier un\n papier qu'il tenait tout préparé dans sa poche, puis il rentra en séance. Son\n texte, où perçait une émotion de bon aloi, fut adopté à l'unanimité. Après\n l'annonce du décès, il y était question de la gloire impérissable dont la vie\n et l'œuvre du major Desmet couvraient sa cité natale. Il y était dit aussi que\n les regrets que causait à tous cette mort prématurée, n'étaient un peu adoucis\n que par le souvenir des soins pieux, de la vénération sympathique dont ils\n avaient entouré les derniers jours du héros. Nul ne sourit, nul ne parut gêné,\ndans l'assemblée, quand M. Giroul, de sa voix ronflante, lut ce passage de\nla proclamation. Le conseil décida aussi que le corps serait transporté à\nl'hôtel de ville, transformé en une vaste chapelle ardente, que les réverbères\nseraient voilés de crêpe sur le passage du cortège, que toutes les sociétés de la\nville ainsi que les enfants des écoles seraient invités à escorter la dépouille\nmortelle jusqu'au cimetière et qu'une concession à perpétuité y serait réservée\nau héros. La solennité de cette séance nocturne avait impressionné tous les\nconseillers. A leur sortie, ils trouvèrent la place et les rues encombrées d'une\nfoule recueillie. Nul n'était plus bien sûr que le pauvre mort n'avait pas tou­\njours eu à se louer de ses concitoyens.\n    Le jour des obsèques, le canon tonna depuis l'aube, les cloches sonnaient,\nles régiments en marche battaient en cadence le pavé. On voyait des officiers\nd'état-major passer dans les rues au galop de leurs chevaux. La foule\narrivait de partout. Les troupes se rangeaient le long des trottoirs. Les écoliers\nportaient un long crêpe au bras, les petites filles avaient un voile qui leur\ndescendait sur la poitrine. Et quand, un peu avant 11 heures, une décharge\nretentit tout à coup, suivie des accents déchirants de la marche funèbre de\n"}, {"page_pdf": 746, "texte": "                                  LE HÉROS                                  621\n\n\nChopin, bien des yeux se mouillèrent, bien des curieux eurent le cœur serré.\nL'on vantait, dans tous les groupes, la modestie du grand homme à qui l'on\nrendait de tels honneurs et qui n'avait jamais rien fait, de son vivant, pour\nque ses concitoyens en eussent le pressentiment. « Qui aurait cru une chose\npareille! murmurait çà et là quelqu'un. Est-ce que nous pouvions nous\ndouter que c'était vraiment un héros? >> A en juger par le discours du\nBourgmestre, il n'en avait jamais douté, lui. M. Giroul non plus, d'ailleurs.\nSolennel et gourmé, c'était lui, en sa qualité de cousin du défunt, qui\nconduisait le deuil, marchant immédiatement après le Représentant du Roi\net les Ministres. Une longue file de notabilités suivait. Tout ce monde\nparaissait profondément pénétré de la perte que venait de faire la Patrie.\nEt nul ne prêtait attention au pauvre nègre, courbé en deux par le chagrin,\nse traînant péniblement à la queue du cortège, pareil à ces chiens fidèles qui\nsuivent de loin le convoi de leur maître, avec le désir obscur de l'accom­\npagner dans la mort.\n    Au retour du cimetière, le café Schier s'emplit d'une affluence inaccoutumée.\nIls étaient là, tous ceux qui, quelques mois auparavant, avaient résolu, dans\ncette même salle, de préparer au major Desmet un retour triomphal. Ils se\nrappelaient mutuellement ce glorieux souvenir, ils se félicitaient sans rire\nd'avoir été les premiers à saluer le héros rentrant dans ses foyers. L'enthou­\nsiasme grandissant avec les libations, M. Giroul se leva et prit la parole :\n    « Messieurs, dit-il, puisqu'il nous fut donné d'être les initiateurs de la\ngloire civique de mon illustre paient, je vous propose de nous former\nen comité pour lui élever une statue. Notre ville ne peut faire moins en\nl'honneur de son héros! »\n    Cette proposition fut acclamée. Ces messieurs se distribuèrent aussitôt les\ntitres de président, de vice-président, de secrétaire et de trésorier. Leur\nactivité fut couronnée d'un prompt succès et six mois plus tard un Major\n Desmet en bronze se dressait sur la place de la Station, au milieu d'un petit\nsquare anémique. L'inauguration se fit solennellement avec un grand renfort\nde chœurs, de discours, de défilés et de musique. Pendant quelques\nsemaines, les passants, les voyageurs, à l'arrivée ou au départ, admirèrent la\n statue, épelèrent son inscription. Puis chacun s'habitua à le voir là et nul ne\n s'avisa plus de lever sur elle les yeux. Maintenant, le héros a retrouvé\nl'indifférence paisible qui est, vivant ou mort, sa véritable atmosphère. Ses\n regards de bronze se portent, par delà les murs de la cité, vers le lointain de\n l'espace et du temps. Et l'on ne sait quel ironique sourire détend son visage\n glorieux.\n                                                            GEORGES RENCY.\n   Le 3 avril 1907.\n"}, {"page_pdf": 747, "texte": "                    Poèmes\n\n                     Soir d'été\nLa saveur de la Mort, étrange et prometteuse\nDe délices sans fin dans les brûlants      midis\nS'affaiblit, plus légère, en l'air attiédi —\nMes lèvres n'iront plus à ses lèvres      menteuses.\n\nLe vent parmi les blés passe comme au matin ;\nOn entend s'éveiller les musiques    lointaines,\nEt la Vie, en riant, reparait dans la plaine\nSe drapant, moins superbe, en son voile       indistinct.\n\nLa faim de se mêler à la terre divine.\nL'espoir d'oubli muet s'envolent peu à peu :\nC'est l'heure de tremper sa lèvre au ruisseau bleu,\nC'est l'heure de gravir en chantant la colline;\n\nDe tomber à genoux pour les mots      ingénus,\nD'écouter, au delà des bois et des prairies,\nLes battements du cœur de la Vierge Marie\nRetentir frais et clairs comme des angelus !\n\n\n                          II\n\n                    Crépuscule\nLes doux pois de senteur qui rampent dans la dune\nDonnent leur âme rose au vent des soirs d'amour,\nDans les vallons pâlis où, bruissante et brune,\nLa Nuit en se jouant poursuit g aîment le Jour.\n\nLeurs ombres sur la terre indistincte     s'allongent,\nS'allongent, se replient et se bordent   d'argent;\nLe jour, qui ralentit, lui sourit comme un songe\nEt la Nuit, sans parler, le touche en se     penchant...\n"}, {"page_pdf": 748, "texte": "                        POÈMES                          623\n\n\n  D'impalpables douceurs montent de toute chose,\n  Et je reste, cherchant d'invisibles contours,\n  Et sentant à mon cœur se mêler l'âme rose\n  Des doux pois de senteur au fond des soirs d'amour.\n\n                          III\n\n                        Fugue\nL'ivresse de partir vers les lointains    rivages\nQue le soleil divin dore    éternellement,\nGrandit et bat de l'aile en mon âme sauvage,\nEt fait tout à la fois ma joie et mon tourment ;\n\nL'ivresse de saisir en ce soir de tempête\nDeux nuages vibrants, de me les attacher\nComme des ailes, et d'aller à la conquête\nDe l'azur immortel où Dieu seul peut      marcher;\n\nL'ivresse de vêtir ma fuyante   pensée\nEt mon désir ardent des rayons du soleil,\nEt de faire l'auguste et grande   traversée\nQui conduira mon âme à l'horizon vermeil ;\n\nL'ivresse d'aborder sur les étranges grèves\nOù, descendant rythmés des coteaux      lumineux,\nJe verrai s'avancer le groupe de mes rêves\nQui me prendront la main en regardant les cieux ;\n\nL'ivresse d'être seul dans cette ile idéale\nEt de vivre à la fois de silence et d'amour,\nSans regarder jamais sur la mer tropicale\nSi quelque blanc vaisseau vient du côté du jour ;\n\nL'ivresse de mourir au fond d'un soir qui brûle\nEt de baiser, ravi, les lèvres de la Mort,\nEt de sentir les mains douces du crépuscule\nRouler mon corps pâli dans son grand linceul d'or!\n\n                          IV\n\n                     La conque\nComme une conque blanche au bord des plages molles,\nQui garde tons les bruits des océans   plaintifs,\nVotre cœur a redit à mon cœur attentif\nL'écho lointain du monde et des tempêtes folles.\n"}, {"page_pdf": 749, "texte": "624                           DURENDAL\n\n\n       Tous les cris de la. Vie et tous les ouragans\n       Qui grondent sur les murs des horizons        tragiques\n       N'ont fait sans le savoir qu'une douce musique :\n       Un chant mystérieux      dans le cœur d'une enfant ;\n\n       Aussi je ne veux plus entendre, pauvre mousse\n       Rejeté sur le bord par les vagues des mers,\n       Je ne veux plus entendre rien de l'univers\n       Qu'au travers de votre âme inconsciente et douce.\n\n                                   V\n\n                               Plainte\n      Laissez mon pauvre cœur mourir, laissez mourir\n             Mon pauvre cœur qui se lamente!\n      Je sens l'amour en moi monter — chaste désir\n             Qui me parfume et me tourmente —\n\n      L'amour a dans mon cœur fait entrer      l'Infini,\n            L'Infini me comble et me ronge;\n      Durant le jour je l'ai scruté — je n'ai dormi\n            Que pour le sentir dans mes songes —\n\n      Je suis seul et pourtant je ne suis jamais seul;\n             Elle est là toujours qui me guide.\n      Ah! si l'oubli pouvait draper comme un linceul\n             Mon cœur à la fois plein et vide!\n\n      Mystérieux   amour qui rit et fait pleurer :\n             Des larmes mouillent ma figure;\n      Je veux partir encor, là-bas, je veux errer,\n             Je veux mourir de ma blessure...\n\n      Mais si je n'en meurs pas laissez-moi la douleur\n            De sentir l'amour qui persiste;\n      Nous sommes ainsi faits — hélas ! — que notre cœur\n            N'est heureux que lorsqu'il est triste.\n\n                                 VI\n\n                         Pluie de Mai\n      Une pluie odorante et douce en mon jardin,\n      Dans ce beau jour de mai, rebondit sur les feuilles;\n      Et voici maintenant que chacune    recueille\n      En son creux arrosé le reflet du matin.\n"}, {"page_pdf": 750, "texte": "                        POÈMES                                   625\n\n\nUne pluie odorante et douce en mon jardin,\nAu jardin de mon cœur crépite et chante, et       chante,\nLe soleil au travers dit sa joie éclatante...\nDes rires de clarté s'éveillent au lointain.\n\nJ'ai couru dans la pluie en levant mes mains vides,\nEt j'ai tendu mon âme, et j'ai dit mes chansons.\nEt les calices blancs, sur le bord des buissons,\nOuvraient en souriant leurs deux lèvres avides.\n\nO la pluie odorante et douce au mois de mai !\nO Vierge ayez pitié des âmes puériles\nEt des petites fleurs blanches encor stériles\nQui demandent un peu d'onde pour       embaumer!\n\nToute une joie en larmes claires s'est posée\nDoucement sur mon cœur qui pour vous         s'entr'ouvrait...\nO la pluie odorante et douce qui tombait !\nIl me semble qu'en moi brille de la rosée —\n\nJe vais dans mon jardin virginal et joyeux.\nIl tremble des pleurs d'or au bout des branches    vertes.\nEt la pluie en riant perle aux fleurs entr'ouvertes\nAvec dans chaque goutte un reflet de Vos yeux !\n\n\n                           VII\n\n\n                    Sur la grève\nLe vent qui vient,le vent qui court, le vent qui passe\nA dans mon âme ouverte engouffré les espaces.\n\n Les flammes du soleil qui vibrent dans le ciel\n L'ont embrasée alors d'un éclat immortel;\n\n Et la mer effroyable et sans borne qui gronde\n Y déchaîna les passions des grandes ondes ;\n\n Mais l'azur dévoilant la paix des paradis\n En moi tout l'Infini de l'amour s'épandit :\n\n Alors mon âme fut plus grande      que le monde.\n\n                                              PIERRE    NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 751, "texte": "                      Lettre à l'Élue\n                         DEPUIS hier nous sommes fiancés, Mad. J e m'habillais pour\n                            vous porter dans u n écrin celte goutte de sang figé qu'on\n                            n o m m e u n rubis, et dont la vertu est de dissiper la\n                            tristesse, lorsque François, devinant mes désirs, a passé\n                            au bas de ma fenêtre avec u n e corbeille jonchée de fleurs.\n                                — C'est pour votre promise, m'a-t-il crié, et ce nom\n                            de « promise » m'a fait tressaillir, comme les H é b r e u x\n                            à l'approche de la terre de C h a n a a n . N'étions-nous pas\n                            p r o m i s de toute éternité, Mad, et n'allons-nous pas\nnous perpétuer en d'autres de notre race?\n     De quel pas allègre je franchis ces deux kilomètres qui séparent nos regards!\nD a n s cette corbeille encore h u m i d e de rosée et nouée au sommet d'un ruban\nb l a n c comme on en devine a u cou des agneaux de pastorales, j'avais déposé la\nclef de ma vie, ma joyeuse soumission. Je marchais sans hâte, sous l'ardeur\nétincelante de la bonne j o u r n é e . Les paysans me saluaient au passage et\nriaient avec sobriété. J e sentais bien que les c h a m p s , les vignes et là haut les\nsapins, étaient accordés au diapason de mon âme et que rien ne manquait de\nmesure. J e constatais avec plaisir l'harmonie de mes transports et que j'avais\nenfin atteint la certitude a u b o u t de la simplicité. Aussi n'avez-vous nullement\nété étonnée de m'entendre vous offrir avec ces fleurs ce compliment :\n    — Mad, vous n'êtes pas de ces jeunes filles qu'on est obligé de\ncorrompre pour les rendre u n peu intelligentes. Vous portez en vous toute\nvotre compréhension, et celle-ci est infinie; voilà pourquoi je vous aime mieux\nque m a vie qui demeura longtemps embarrassée d'entraves et d'obscurité\nvoulue.\n     ... N o u s nous acheminâmes vers la petite allée au fond de laquelle votre\ngrand-père nous attendait, à l'abri des lances du soleil. N o u s nous tenions\nétroitement enlacés, tout en avançant sous le dôme de feuillage, et nos pensées\nse complétaient sans h e u r t .\n     J e songeais à cette fameuse p a g e des Martyrs que je vous avais lue quelques\njours a u p a r a v a n t :\n     « Tu croyais peut-être que d a n s mes songes de félicité, je désirais des\ntrésors, des palais, des pompes? H é l a s ! mes vœux étaient plus modestes\n et ils n'ont point été exaucés! je n'ai jamais aperçu au coin d'un bois la hutte\n\n\n  (1) Extrait des Lettres à l'Élue, volume à paraître, avec une préface de M. Maurice\nBarrès, de l'Académie française.\n"}, {"page_pdf": 752, "texte": "                             LETTRE A L'ÉLUE                                627\n\nroulante d'un berger, sans songer qu'elle me suffirait avec toi. Plus heureux\nque ces Scythes dont les Druides m'ont conté l'histoire, nous promènerions\naujourd'hui notre cabane de solitude en solitude et notre demeure ne tiendrait\npas plus à la terre que notre vie. »\n   De votre côté vous teniez vos yeux fixés là bas sur votre grand-père.\nCelui-ci, nous apercevant, s'était levé et nous tendait les bras. Comme\npoussée par les générations qui sont derrière nous, il a bien fallu que vous\nvous dégagiez de mon étreinte pour courir vers lui, l'aïeul, et faire plier sa\ntête sous le collier de vos bras, afin d'amener toute votre race jusqu'à votre\nbouche. Moi j'étais plus lent, moins spontané, j'arrivais le dernier.\n   On est resté un grand instant sans rien se dire ; chacun souriait de toute\nson âme épanouie. On pensait tout bas : c'est le jour des fiançailles, mais\npersonne ne parlait de cela, car ce mot n'avait de sens qu'en notre cœur. Il\naurait fallu que des violons invisibles laissassent couler entre les arbres l'air\nd'amour de Tristan pour nous exprimer avec quelque vérité.\n   ...Le seul devoir de cette après-midi était que votre grand-père parlât,\ncomme un tabernacle qui s'ouvre. Il ne convenait pas que nous troublions la\nsérénité de nos êtres de paroles inutiles, mais il importait qu'il élevât la\nvoix sur nos têtes, lui, le gardien des vertus de ce paysage complet, et qu'il\nnous excitât à fondre nos sentiments dans le même idéal.\n   Pour bien nous prouver que nous n'existions qu'en fonction de cet idéal\nincrusté dans notre vie par des siècles de discipline, votre aïeul me prit par le\nbras et, s'appuyant de l'autre main contre un platane, me dit lentement :\n   — Votre grand père fut toujours mon meilleur ami; pendant vingt ans nous\nparcourûmes ensemble la contrée, aidant les paysans de nos conseils, semant\nquelque bien sur notre passage. Lorsqu'il mourut, je regardai votre père\ncomme mon fils ; ce dernier s'intéressait aux choses de la terre ; après son père\net après moi il nourrissait un bel amour pour la nature et ses enseignements.\nIl a vécu sans emphase, sachant plus que moi et que ceux qui m'ont précédé,\ncar il eut le temps de recueillir notre expérience et de l'accroître de quantité\nde preuves personnelles.\n   — Vous voici à l'heure où cet héritage collectif va passer en entier dans vos\nmains. Nous n'avons travaillé que pour vous; à votre tour de ne vouloir que\nle bonheur de vos descendants. Je sais que vous me comprenez mieux que\nmoi-même, car avec votre diable de philosophie et ce que vous appelez, je\ncrois, l'esprit d'analyse vous expliquez et rendez lucide ce que je sens. Voyez\ndonc, si en accumulant en un point qui est votre personne, cette masse de\n sentiments obscurs, transmis de cœurs en cœurs, vous ne réaliseriez pas la\n formule bizarre inscrite sur le mur de votre « grenier » : un principe d'ordre\n avec de l'amour partout.\n\n  Jamais je n'aurais pensé être si bien deviné. Votre grand-père s'efforçait\nd'employer mon langage; il disait les mots qu'il faut. Il aurait voulu parler\nencore, mais de crainte de noyer son émotion dans une fâcheuse abondance et\ndes développements faciles, il s'arrêta et essuya sur ma joue son visage humide\nde larmes.\n"}, {"page_pdf": 753, "texte": " 628                                  DURENDAL\n\n\n    J'atteignais ainsi le sommet d'un bonheur lucide. A ce trésor offert pieuse­\n ment par des générations, je devais ajouter quelques, brillants et lé passer\n ensuite à d'autres pour le compléter. Ou mieux, la vie m'apparais-\n sait un accroissement perpétuel, comme une longue chaîne de perfections,\n attachée solidement, selon u n e méthode sûre, à une borne immuable et se\n déroulant à l'infini. De cette accumulation successive d'énergies tendues vers\nu n e même fin naîtrait sans doute le s u r h o m m e .\n    Ah ! je pouvais bien tirer de toutes mes forces lyriques sur celte chaîne à\njamais scellée dans la pierre de la tradition! cet effort en tous sens, constitutif\nde ma personne, ne faisait que décupler mon originalité et consolider de nou­\nveaux n œ u d s . Dès l'instant qu'il m'était impossible de m'égarer, j'avais le\ndroit de travailler à la satisfaction de m o n individu et d'intensifier mes senti­\nments de toutes les émotions acquises par ma race.\n   P a r là j'avais enfin résolu mon antinomie : vivre dans l'exaltation sans\ncontrarier l'ordre des c h o s e s ; en un mot vous aimer, Mad, avec mon\nesprit et mes sens, avec mon tout-moi, vous dont les pensées sont celles-de\ncette terre et dont l'amour n'est que poésie.\n\n    Il n'était pas bon de s'attarder en des réflexions composées. A cette minute\n nous étions des êtres complets et u n s . N o s fiançailles étaient celles que nos\n pères avaient prévues : la réconciliation de l'intelligence en possession de sa\ncertitude et du cœur sachant où se satisfaire sans s'épuiser.\n   P e r s o n n e n'avait rien à ajouter à ce qu'il devinait chez chacun. On rentra\nfaire un whist sous la véranda. Mes yeux, Mad, étaient sur les vôtres et\nnon au milieu des cartes. Je jouais surtout avec votre sourire. Cela déplut à\nvotre grand-père, qui entend q u ' o n se d o n n e tout entier à chacun de ses actes\net qu'on ne courre pas deux lièvres à la fois.\n   J e fis même une fameuse gaffe : je coupai une de ses cartes maîtresses. Le\nbon vieillard m u r m u r a : « Faut-il que ce garçon soit idiot! » Cette exclama­\ntion ne m'humilia point, car il me plaisait d'être déjà considéré comme un vieil\nhabitué et que nos fiançailles s'achevassent dans la familiarité.\n\n                                                            TANCRÈDE DE VISAN.\n"}, {"page_pdf": 754, "texte": "                    Le Moine\n\nJ'ai laissé mon épée au chevet du manoir ;\nMes frères garderont qu'un impudent la souille!\nMa lance se repose et mon heaume se rouille,\nCar je porte la bure et le cilice noir.\n\nJ'ai su l'immense orgueil de vivre une épopée;\nPlus d'un cheik, aux Saints-Lieux,   connut mon bras de fer;\nPour chaque mécréant qu'elle mit en enfer,\nUne marbrure pourpre illustre mon épée!\n\nQue m'importe!... En ce cloitre à présent me voici.\nUn crucifix de bois timbre mon froc austère;\nAprès avoir prié, je défriche la terre ;\nQui cherche le bonheur peut le trouver ici!\n\n                                                PAUL   CORNEZ.\n"}, {"page_pdf": 755, "texte": "     Du rôle de l'Art en Apologétique\n                                      (Suite)\n\n\n\n                                         III\n\n\nDu rôle de l'Art dans l'Expression des Dogmes religieux\n                   L'ART faisant fonction d'apologiste nous avons attribué pour\n                     second rôle de travailler à l'expression du dogme et, par\n                     son expression, à sa glorification, à son œuvre de conquête.\n                        Exprimer simplement, à supposer que cela fût possible,\n                     ne serait point une condition suffisante; mais pratiquement\n                     un tel exclusivisme est introuvable. Le sentiment esthé­\n                     tique suppose tout autre chose qu'une transcription pure­\n                     ment littérale; il est fait d'impression; il décline donc à\n                     peu près fatalement dans un sens laudatif ou hostile. Quand\nil s'agit de religion, objet à l'égard duquel l'indifférence véritable est si rare, il\nen est d'autant mieux ainsi ; la prétendue neutralité narrative tournera dans\nun sens quelconque, favorable ou contraire. Or, si de l'expression du dogme\nil ressort en faveur de celui-ci une force nouvelle de pénétration et d'influence,\non pourra dire sans doute que l'art collabore avec l'apologie et se trouve\nvraiment, lui-même, apologiste.\n   Je veux donc signaler quelques-uns des moyens dont l'art dispose, pour\nopérer ce travail. Le premier que je rencontre est contenu dans le mot\nsymbolisme.\n   Le symbolisme est constitué par un ensemble de représentations qui, ne\nvisant pas à l'expression directe du sujet, idée ou fait, qu'on entend évoquer,\ntendent néanmoins à en procurer l'évocation par l'intermédiaire de signes,\nd'images, d'analogies, utilisant à cette fin la psychologie des états associés et\ndes réminiscences.\n   Si l'on voulait serrer de près cette notion du symbole et la prendre en son\nsens le plus général, on verrait que presque tout, dans la vie humaine, en\nrelève plus ou moins et que l'art, en particulier, que ce soit la peinture, la\nsculpture, la poésie, l'architecture et à certains égards la musique, en sont\npétris, même alors qu'ils prétendent viser et atteindre au plus strict, au plus\ncomplet réalisme.\n    Mais tel n'est pas ici notre objet.\n"}, {"page_pdf": 756, "texte": "                   DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                                63l\n\n\n    Nous prenons le mot symbolisme en un sens plus particulier et plus\n empirique. Puisque nous opposons les représentations symboliques aux\n représentations directes, il faut nous interdire pour l'instant de rechercher ce\n qui reste nécessairement de symbolisme caché en ces dernières.\n    Or, en ce sens restreint, le symbolisme conserve en art et particulièrement\n en art religieux une importance considérable. Nous voyons tous les peuples\n l'utiliser, et d'autant plus que leur vie est plus tributaire de l'instinct; car alors,\n ignorant l'abstraction savante et colorant toutes choses des feux d'une imagi­\n nation jeune, ils procèdent par métaphores, par images familières ou sublimes,\n pour exprimer des faits lointains ou des idées abstraites.\n    Les Anciens nous ont légué des documents d'art innombrables, presque\n toujours documents religieux, puisqu'en art comme en toute chose la\n religion a présidé aux naissances. Or, dans ces documents, nous voyons le\n symbolisme éclater en floraisons envahissantes. L'art religieux des Egyptiens,\n des Assyriens, des Chinois, des Mexicains et des Péruviens, des Hindous et\n des Germains, comme celui des vieux Grecs et des vieux Romains, comme\n celui de nos ancêtres des Gaules, vivent de symbole. Rudimentaire, ou\n raffiné, celui-ci domine presque exclusivement leurs travaux.\n    Dans l'art chrétien il en est de même, notamment aux époques\n primitives. Les découvertes de plus en plus nombreuses faites en ce dernier\n domaine nous font voir les images symboliques illustrant toutes les pages du\n livre dont M. de Rossi a été le principal éditeur.\n    Quelquefois, le symbolisme des catacombes et des premiers temps chrétiens\nest emprunté au paganisme, mais il est alors démarqué; les symboles des\nanciennes religions s'adaptent et se rangent pour servir la nouvelle Ainsi en\nterre musulmane trouvons-nous nombre de nos antiques sanctuaires consacrés\n aujourd'hui à l'Islam et enrichis de légendes transformées, issues des\ntraditions chrétiennes.\n    Les scènes bachiques des Catacombes de Naples (IIe siècle) et les\nnombreux festins antiques représentés partout à cette époque auraient de quoi\n étonner si l'on ne savait qu'il y a là démarcage symbolique. Les artistes du\ntemps conservent leurs formules, mais de libres qu'elles étaient, elles devien­\nnent serves; elles expriment désormais l'espérance d'immortalité sous la forme\ndu « banquet céleste ».\n    Ainsi encore les scènes de vendanges contenues dans le répertoire traditionnel\ndes artistes sont conservées en vue de prêcher l'Eucharistie; les Saisons, en\nvue de noter les phases de la vie présente et future du fidèle. Et la naïveté du\nsymbole est telle qu'on ne se donne pas la peine de modifier des détails pour­\ntant antithétiques aux idées nouvelles. Les vendanges continuent à être\nréglées par de petits amours; les Saisons ne changent rien à leurs allures\nprofanes; mais on sait ce que désormais cela veut dire, et l'on projette l'idée\nrécente sur le vieux décor.\n   Toutes les idées chrétiennes passent ainsi en symboles idéographiques. Le\nrameau d'olivier, c'est la paix du Christ par la rédemption; la palme, c'est la\nvictoire des sanctions célestes ; un arbre, seul ou tenant sous son ombre un\nou deux personnages, représente l'Eden éternel; le phénix dit la résurrection\n"}, {"page_pdf": 757, "texte": "632                                 DURENDAL\n\n\nde la chair; le paon qui renouvelle sa parure, c'est l'immortalité; la colombe,\nc'est l'àme sauvée du déluge de péché; l'agneau, c'est la fidélité au Christ\npasteur; le poisson, c'est le converti de la pèche miraculeuse; le dauphin, par\nallusion à la fable, c'est le Sauveur ramenant l'homme à la terre ferme du\nsalut; le navire, c'est le voyage de la vie et les tins dernières; l'ancre, c'est\nl'espérance ferme en Dieu; le phare, c'est la lumière de foi; le mât traversé de\nvergues et de nouveau l'ancre, en sa forme cruciale, c'est la croix du Sauveur,\nsécurité du nautonier en la mer du monde; l'alpha et l'oméga signifient le\nChrist-Dieu, début et fin de tout, créateur et consommateur d'existence.\n    On a remarqué que la pensée chrétienne s'exprime aux catacombes par ses\nomissions mêmes. Il en est une bien frappante. Jamais le martyre n'est figuré\nautrement que sous forme d'espérance et de gloire ; nulle allusion à l'horreur\ndes supplices ni à la cruauté des persécuteurs. Ce n'est guère qu'au Ve siècle,\nles persécutions tombées, que ne craignant plus cette fois l'équivoque, on se\nlaisse aller à la représentation de scènes sanglantes. Rien peut-il mieux noter\nle bonheur du martyre et, à l'égard des bourreaux, la persistance chrétienne de\nl'amour?\n    Un des symboles les plus fréquents de l'iconographie primitive, c'est celui\ndu Bon Pasteur. On y enfermait des idées multiples et touchantes. Le bon\npasteur, c'était la réconciliation de l'homme par le Christ; c'était la nourri­\nture spirituelle donnée aux brebis chrétiennes dans les prairies évangéliques;\nc'étaient tous les rôles du Sauveur en son sacerdoce.\n    Les Chambres des sacrements, aux catacombes, offrent et surtout offraient\nautrefois tout un ensemble de représentations allégoriques des dogmes. L'eu­\n charistie en sa réalité actuelle, en ses figures antiques, en ses effets temporels\n et éternels; le baptême, le sacerdoce, les rôles de l'enseignement chrétien\n trouvaient là leurs symboles.\n    Un cas typique de symbolisme, combiné cette fois avec le principe de l'ana­\n gramme, c'est le poisson représentant le Christ pour cette raison que les lettres\n du mot poisson, en grec (ΙΧΘΥΣ) sont les initiales de ceux-ci : Jésus-Chrisl\nfils de Dieu sauveur(ΙησούςΧριστόςΘεούΓίόςΣωτίρ).\n    Toute cette écriture mystérieuse des premiers âges, particulièrement quand\n elle parle au souvenir dans l'ombre vénérable et l'inquiétude des cata­\n combes, impressionne. Comme un air d'occultisme sacré, d'ésotérisme mur­\n murant s'en dégage. Une foi si profonde palpite là ! Dans ces notations\n rapides et en quelque sorte furtives, nous sentons une intensité de vie qui\n imprime au visiteur une commotion délicieuse. Tout cela parle au fond de\n l'âme et y agite nos meilleurs secrets.\n     Pourtant, il faut le dire pour être exact, l'émotion éprouvée ainsi repose\n  sur un sous-entendu et n'est point proprement esthétique. Ce langage des\n  premiers chrétiens est à peu près exclusivement idéologique; à cause de cela,\n  on ne peut qu'à peine le nommer un langage d'art. Ce qui s'y trouve\n  appliqué, c'est le principe des hiéroglyphes, notation figurée d'idées pures,\n  laissées à leur essence abstraite, et à l'égard desquelles la qualité esthétique\n  des figures est de valeur négligeable.\n      Dans une écriture de ce genre, comme en toute écriture, ce qui importe\n"}, {"page_pdf": 758, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                               633\n\n\nvraiment, c'est le sens ; les mots n'ont qu'une valeur de signe. Si l'hiérogranv\nmate est de talent, son art viendra en subrogation et se fera admirer à part;\nmais il n'y a pas de liaison essentielle entre cet art et le but assigné à l'écriture.\nAinsi dans notre art primitif les idées exprimées sont tout, leur expression peu\nde chose, et l'art qui s'y dépense est purement accidentel à l'effort.\n    Cela se conçoit. A cette époque de puissante vie intérieure, l'art plastique\njouait un rôle secondaire. Ce qui importait à nos pères au début de la prédica­\ntion évangélique, c'était l'orientation nouvelle de la vie, c'étaient les espé­\nrances sublimes apportées aux hommes. L'effusion toute récente de l'Esprit et\nla proximité d'événements surhumains tenaient assez en éveil toutes les âmes\npour que la forme à donner à ces choses ne retînt pas l'attention pour elle-\nmême. Nul stimulant n'était nécessaire à des sensibilités d'avance conquises.\nTout à la réalité divine, on l'exprimait par besoin d'expansion plutôt que par\nle désir d'en mieux vivre, à peu près comme on écrit sur l'écorce qui en élargira\n la trace, la date intime ou le nom cher.\n    Or à satisfaire ce besoin d'âme, une brève notation suffisait.\n    L'œuvre d'art en réserve dans l'arsenal apologétique de ce temps, c'était la\nvie des « Saints » et l'héroïque histoire des martyrs.\n    Ne faut-il pas voir là un commencement d'explication de ce fait que la per­\nfection des formes, dans le tracé des symboles primitifs, va chaque jour décli­\nnant, au lieu de croître. Les premières en date sont les plus parfaites, les\nmieux dessinées, les mieux peintes, particulièrement dans le ton des chairs. Par\nla suite, durant deux ou trois siècles, les images s'avilissent; les procédés\nhérités des écoles gréco-romaines sont perdus; on les a laissé tomber en oubli\npour n'y attacher pas d'importance ; l'idée dominait trop, et l'hiératisme fruste\nsuccède à la liberté pleine de fraîcheur des premières peintures souterraines.\n    La manifestation la plus étonnante de cet idéalisme abstrait qui domine l'art\ndes premiers siècles, c'est l'absence de toute représentation personnelle du\nSauveur, en un temps où l'on vit de lui avec une intensité sans pareille. Préci­\nsément parce qu'on en vit, on paraît se contenter de l'image intérieure qu'on\ns'en forme, et l'on ne sent pas le besoin de la figurer autrement que par signes.\nOrphée domptant les fauves, un pasteur, un poisson, un simple monogramme :\nc'est le Christ, c'est-à-dire que c'en est l'idée, tout ce qu'on recherche. Un tel\nétat d'esprit nous étonne aujourd'hui ; il faut le reconnaître pourtant s'il com­\n porte esthétiquement une infériorité il convient d'en retenir néanmoins les\n services.\n    Tout d'abord, cette façon de noter les idées connues leur fait quand même\n-une propagande. Les croix des chemins ne fussent-elles pas esthétiques, elles\n suggestionnent le passant. Tout ce qui combat l'oubli combat un des ennemis\n de l'âme chrétienne. L'immédiat nous absorbe; le sensible nous prend et le\n facile accapare aisément nos efforts, L'herbe folle de la vie courante couvre en\n poussant l'espérance des moissons divines. Rompre l'automatisme instinctif par\n un rappel aux réalités supérieures, c'est déjà un bienfait.\n     Ensuite, en même temps qu'il rappelle, le symbole explique, ou en tout cas\n  sert de point de départ aux explications. Une bonne partie des homélies de\n  jadis était consacrée à développer ces beaux symboles qui ont perdu pour\n"}, {"page_pdf": 759, "texte": "634                                DURENDAL\n\n\nnous beaucoup de leur sens. On extrayait de l'image du Bon Pasteur toute une\nchristologie; on montrait dans le vaisseau symbolique toute l'histoire de la vie\nhumano-divine qui est celle du chrétien dans l'Eglise; en commentant l'alpha\net l'oméga, on racontait toute la divinité.\n    Malgré tout, ces avantages du symbolisme initial ne peuvent qu'à peine\ns'inscrire à l'actif de l'art envisagé en son essence. Les idées suggérées ne le\nsont point, en effet, par des moyens proprement esthétiques; le pinceau n'est\nici qu'un calam.\n    Qu'est-ce qu'un moyen esthétique, sinon celui qui met en jeu l'intuition ;\nqui par l'imagination et les sens arrive à la raison, au lieu de suivre la route\ninverse? Il y a en nous des idées, et il y a autour ou à la base des idées tout un\nmonde d'impressions, de souvenirs figurés, d'états imaginatifs et sensibles qui\nen sont comme l'orchestration, qui à ce titre en font partie, en tant que leur\naccompagnement naturel ou leur source. Or le moyen esthétique, le moyen\nd'art et celui qui fait appel en nous à ce fond sensible; qui le remue, y éveille\ndes intuitions, des idées-sentiments et des idées-forces, au lieu d'idées\nabstraites.\n     En raison de cette nature de l'art,' on est tenu d'affirmer que des représen­\n tations purement symboliques lui seraient, comme telles, étrangères. Repré­\n senter le Christ par un poisson, c'est faire songer au Christ; tracer l'image\n d'un phénix, c'est rappeler l'immortalité ; mais puisque cela ne dit rien à la\n sensibilité et n'éveille aucune intuition, cela est nul en art; autant vaudrait\n écrire : Christ, immortalité, avec la seule différence d'une calligraphie plus ou\n moins heureuse. Ce que celle-ci contient d'idées ne l'autorise nullement à pré­\n tendre incarner l'idéal. Il y a un abîme entre les significats de ces deux termes.\n L'idée est un schéma, un découpage aux contours secs, une sorte d'ombre chi­\n noise qui, en se déterminant tout autour, se vide au centre. L'idéal, au con­\n traire, est compris de nous comme la synthèse totale de l'objet, un effort pour\n saisir la pensée créatrice qui le concerne, pensée qui contient tout de lui : ses\n virtualités, ses rapports, jusqu'à ses déterminations les plus fugitives, autant\n que son genre et son espèce. L'idée esthétique a cela de supérieur qu'elle\n s'efforce à percer le mystère divin des choses ; là où l'idée logique n'est qu'un\n trait, elle insiste et dégage au profit de l'intuition obscure, mais compréhensive,\n toutes les richesses profondes de la vie.\n     C'est pourquoi nous disions : Au regard des premiers chrétiens, qui, dans\n  leurs notations figurées, entendaient fixer avant tout l'idée abstraite, le sens de\n  l'art n'avait plus qu'un intérêt secondaire. Qu'importe qu'un vaisseau symbo­\n  lique soit bien peint, s'il n'est qu'un signe hiéroglyphique relié à l'idée de des­\n  tinée par un lien abstrait?\n     Pourtant, il ne faut rien exagérer; nous ne sommes pas ainsi tout d'une\n pièce. Dans le signe symbolique, dès qu'on le traite en décoration, comme ce\n fut le cas toujours, il est bien difficile que ne se glisse pas au moins un com­\n mencement d'impression esthétique au profit de la réalité signifiée par le sym­\n bole. De plus, n'y eût-il nul lien apparent entre cette réalité et l'effet de beauté\n obtenu par cette hiéroglyphie supérieure, celle-ci n'en sera pas moins utile, et\n au point de vue de l'art apôtre, elle n'aura pas perdu toute valeur.\n"}, {"page_pdf": 760, "texte": "                  DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                               635\n\n\n    Un exemple banal peut servir à illustrer ces deux cas et à en noter les diffé­\n rences. Parcourez nos affiches de commerce. Il en est qui ont une réelle valeur\n d'art, mais cette valeur n'est pas toujours avec l'objet à glorifier dans une\n relation identique. Parfois cette relation est directe : c'est le cas des figurations\n de paysages, de sites célèbres, de beautés naturelles représentées avec art en\n vue d'y attirer des voyageurs. Mais qu'une affiche soit commandée à un artiste\n pour une fabrique de pâtes, de cacao ou de produits chimiques, il est clair que\n l'impression esthétique obtenue n'entretiendra avec ces objets aucune relation\n directe. Elle leur profitera cependant, en raison d'une prédisposition favorable\n et d'une obscure association opérée en nous. Bien que nul raisonnement explicite\n n'intervienne, il arrive que tout se passe comme si l'on s'était dit : Un objet\n présenté ainsi ne peut être médiocre; l'image est belle, donc le produit est bon.\n Le résultat pourra se charger de démentir ce trop facile pronostic; mais si le\n produit est, en effet, à la hauteur de la réclame, on aura lieu de bénir l'art et\n son intervention glorifiante.\n    Quand il s'agit de religion, nous sommes fixés sur le résultat à obtenir. Si\nl'impression esthétique tend à le procurer par elle-même, ce sera un succès\ndirect que nous devrons inscrire à l'actif de l'art; si c'est par un détour qu'elle\ny arrive, qu'importe! Qui oserait dire que les grands thèmes abstraits fournis\n par les moines aux artistes, au XVe siècle, — ceux, par exemple, où par jeu\nde mots les dominicains (Domini canes) étaient figurés par des chiens cou­\nchés aux pieds du Seigneur — n'aient produit aucune impression sur les\n foules? Le rébus montrait là le bout de l'oreille; mais le talent était sincère et\nla beauté opérait son rayonnement. D'ailleurs, à côté du rébus, il y avait\nl'intuition agissante. Les vertus et les vices, les apôtres, les martyrs et les\nvierges ne valaient pas seulement par leurs attributs : que de trésors d'émotion\nparfois dans leurs visages ou leurs attitudes !\n    Même aux catacombes, telle orante gauchement peinte communique\npourtant sa ferveur; tel Bon Pasteur, par sa douceur attentive et miséri­\ncordieuse, nous émeut, au lieu de nous rappeler simplement un rôle mystique.\nCes bégaiements donnent à penser ce que sera la voix, quant l'art chrétien aura\nconquis ses moyens de puissance.\n    Le plafond de la crypte de Lucine, à Rome, offre déjà un ensemble\noù une matière d'art fort précieuse sait agir par sa vertu propre. La\nprière et les sacrements y sont exprimés, en même temps que par sym­\nboles, à l'aide d'effets qui dépassent l'hiéroglyphe, qui se font évocateurs\nd'impressions.\n    Plus tard, les catéchismes en images, tel celui de Saint Paul hors\nles murs, tels ceux de nos cathédrales gothiques, eurent la prétention justifiée,\nen notant le dogme, de le glorifier aussi dans les âmes, d'en faire goûter\nintuitivement la valeur. La cathédrale de Chartres présente ainsi, dans ses\nvitraux et ses sculptures, un ensemble dogmatique de premier ordre. Le\nporche seul est une interprétation complète de l'homme et de la vie, de\nl'univers matériel et spirituel vus sous l'angle chrétien et avec comme clé de\nvoûte le Christ. Huysmans l'a fait ressortir avec ses outrances coutumières,\nmais à bon droit quand même : c'est une vraie somme théologique en pierre\n"}, {"page_pdf": 761, "texte": "636                                DURENDAL\n\n\net en verre peint, une encyclopédie religieuse, mais avec, en plus des notions\névoquées, de très réelles suggestions esthétiques.\n   Si telle n'eut pas été dès le début l'effort et en partie le succès des artistes,\nSaint Basile n'eût sans doute pas dit : « Les peintres font autant pour la\nreligion par leurs tableaux que les orateurs par leur éloquence. » (Homélie XX.)\n\n   Somme toute, ces deux écritures d'art : l'écriture symbolique et la figuration\nesthétique se mélangent plus ou moins à toute époque, se partagent à des\ndoses variées toutes les œuvres. Il en ressort, en faveur de la religion, une\nvaleur de propagande indéniable dont les nuances, d'ailleurs, et le dosage\nseraient bien difficiles à fixer, tant les plans de l'âme sont fuyants sur lesquels\nglissent ces lueurs ou ces fulgurances.\n   Qu'on prenne les Sept Sacrements de Poussin, on admirera d'emblée la\nhaute tenue et la gravité calme de cette apologie ultra-sincère; mais qu'on\ndémêle, si on le peut, la part du symbolisme, de l'écriture en action, de la\nréclame d'art, de l'impressionnisme!\n   Dans les Jugements derniers, thème si souvent repris, le triage serait tout\naussi difficile, et d'ailleurs aussi vain. Chez Michel-Ange, le symbolisme est là\nsous la forme des couteaux, des scies, des échelles, des instruments de la\npassion, des tubas, et aussi de certaines dispositions ingénieuses introduites\ndans l'agencement des groupes,, La haute réclame est faite par le génie\nprodigieux qui se déploie en cette composition gigantesque. Mais sur le\ntout plane une terreur farouche, une impression de dies iroe qui est le vrai\nmoyen d'art, au service de la cause chrétienne.\n   Le Triomphe de la Mort au Campo Santo de Pise, la Dispute du\nSaint Sacrement au Vatican offrent le même mélange. Tout le dogme et toute\nla vie organisée sous son influence y trouvent place; on les y voit à la fois\nnotés en symboles, plastiquement glorifiés, suggérés à l'intuition par les\nmoyens dont dispose l'esthétique.\n   Il n'est plus nécessaire de dire que ce dernier élément étant le meilleur,\nplus il prendra de valeur, plus l'effort religieux y gagnera de puissance.\nS'il arrive à dominer tout, nul n'aura lieu de s'en plaindre. Sans vouloir\nécarter l'idéographie, qui a rendu tant de services, on a le droit de préférer le\nmoyen d'art, qui est proprement l'émotion, et d'escompter les effets religieux\nde son triomphe.\n   A Florence, en l'exquis sanctuaire de Saint Marc, Angelico sut illustrer\nmieux que pas un la vérité de cette affirmation ultime. Telle Vierge encom­\nbrée de lys serait une image de pureté bien médiocre, à côté de cette délicieuse\nmadone du corridor aux mains jointes si pieusement, au regard d'une douceur\net d'une limpidité célestes.\n   Jésus au prétoire tient en mains une boule du monde : c'est la part du sym­\nbole; mais comme son attitude royale parle mieux! Quel inoubliable regard\nperce le bandeau dont on a cru occulter sa l'ace! Comme il atteint les secrets\ndes âmes, avec ces rayons de douceur dont le valet tout proche paraît subir\nl'emprise, et de quelle certitude d'éternité son inexprimable sérénité doulou­\nreuse est-elle faite !\n"}, {"page_pdf": 762, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                             637\n\n\n   Le \"commandement de l'amour et la divine substitution en vertu de laquelle\nce qui est fait « à l'un de ces petits » est fait au Sauveur même pouvaient-ils\nêtre rendus mieux qu'en ce tableau dit des Pèlerins d'Emmaüs, où deux\nfrères hôteliers reçoivent le Voyageur céleste, lui pressent doucement les\nmains en prenant son bâton et l'enveloppent d'un tel regard de respect\ntendre ! Ce qu'ils font pour l'hôte de passage, on ne peut douter que ce ne soit\npour Lui qu'ils le fassent : cela se voit à leur empressement réservé, à leur\nattitude religieuse. Et le Sauveur aussi le prend pour soi, cela se voit à la\nréponse de ses yeux.\n   La volontaire rédemption ne gagne-t-elle pas le cœur dans cette crucifixion\nà trois personnages où le Sauveur monté à la croix lui-même — une échelle en\ntémoigne — tend ses mains aux clous avec mansuétude, tandis que des bour­\nreaux pieux, comparses providentiels du drame, pressent ces divines mains\net pleurent, avant d'exécuter la sentence.\n   La communion des saints a été, dès le début de l'art religieux, l'un des thèmes\nfavoris des artistes. Les entrées aü Ciel en compagnie de martyrs ou de saints\npersonnages sont classiques. Aux catacombes, on lit déjà sous une image de\nce genre :\n\n               O FELIX GEMINO MERUIT QUI MARTYRE DUCI\n\n   Plus tard, ce thème prendra de grands développements; la Renaissance y\nsaura introduire mille variantes, mais c'est encore l'ange de Fiesole qui répan­\ndra le plus de charme sur cette fraternité des trois mondes. L'Eglise souf­\nfrante, l'Eglise militante, l'Eglise triomphante s'unissent en sa célèbre Ronde\nd'élus, où dans les fleurs célestes, sous des rayons de gloire naïve, s'épa­\nnouissent en des figures exquises de grâce les sentiments les plus angélique­\nment fraternels.\n\n   J'aime à noter l'importance prise par le dogme social par excellence dans le\ndéveloppement de l'art chrétien. Il appartenait à celui-ci de souligner, dans\nses apologies en images, un caractère du.christianisme qui constitue en sa\nfaveur un préjugé de vérité des moins négligeables, puisque posséder ce carac­\ntère, c'est montrer qu'on a touché au fond de l'homme, là où les différences\nethniques, les divergences vitales de tout ordre et la vie ou la mort même ne\npeuvent altérer l'unité en Dieu.\n   Tous les dogmes sans exception ont eu d'ailleurs — plus ou moins selon\nleur importance relative — leur part de cette apothéose artistique. Tous les\narts s'y emploient, chacun avec les moyens spéciaux à son service.\n   De la peinture, nous connaissons assez les ressources. La sculpture les lui\nemprunte en partie et en partie aussi les renforce en proposant de la forme\nune interprétation plus stable, plus complète ; en s'imposant avec plus de\nforce par l'emploi d'une matière résistante et d'un relief plus proche de la\nnature.\n   L'architecture, pour glorifier le dogme chrétien, dispose d'abord de cette\ncollaboration quasi universelle qui met les autres arts à son service. Par elle-\n"}, {"page_pdf": 763, "texte": " 638                                DURENDAL\n\n\n   même, elle a ses lignes montantes, qui disent l'appel de l'âme au surnaturel ;\n    es arcanes, frères de ceux où nos mystères se dérobent.\n      L'éclairage dont elle règle les tons et les valeurs représente la lumière des\n   divines vérités et le caractère du milieu d'âme où nous devons vivre.\n      La convergence des perspectives vers le sanctuaire nous prêche l'eucharistie\n  et sa valeur centrale dans nos dogmes.\n      La musique sait retrouver au fond de l'âme religieuse l'écho émotionnel de\n  ce que le dogme dit à la raison claire; il éveille l'inconscient pour en mêler\n  les harmonies à l'éclat du vrai, à la volonté du bien assise dans l'âme. Unie\n  aux paroles sacrées, unie aux actions du culte, elle les commente comme elle-\n  même en est commentée; toute la chorégraphie sacrée dépendra partiellement\n  de son influence.\n     Cette dernière, art secondaire en valeur, quoique primitif en date, n'est pas\n  non plus sans moyens d'expression à l'égard du dogme. O n sait quelle place\n  tenaient les danses dans les religions antiques. Certaines prétendaient imiter\n  les mouvements des astres, et par là suggérer au spectateur l'idée de la divinité\n  du ciel. D'autres mimaient la naissance, la vie, la mort, en présence des divi­\n  nités tutélaires. De grandes pensées s'enveloppaient dans ces gestes rythmés\n qui malheureusement versaient tant de fois dans la licence. La liturgie chré­\n tienne, en sa pureté admirable, garde une valeur d'expression que nul ne\n conteste. Avant tout elle s'emploie à révéler la présence du divin. Par ses pros­\n ternations, ses appels, ses groupements étages, ses figures symboliques, ses\n immobilités et ses marches lentes, ses répétitions de gestes et ses girations\n solennelles, elle suggère l'impression du mystère et la sublime cohabitation de\n Dieu avec l'homme. Un prêtre qui officie en grand respect ; des clercs qui le\n secondent avec art et d'un cœur ému sont bien vraiment comme tels des\n apôtres; ils font de l'apologie muette au bénéfice de plus d'une âme. Pourquoi\n les foules accourent-elles pour voir prier un saint, sinon parce que de ses\n attitudes et de ses gestes, tout pénétrés de Dieu, une influence divine se\n dégage? La liturgie accomplie par des saints serait à coup sûr une prédica­\ntion merveilleuse; le dogme y grandirait de tout l'effet de puissance qu'ils lui\nauraient permis de produire en eux.\n     Enfin, si nous parlions poésie ou éloquence, nous verrions qu'elles dis­\nposent de tout, pour exprimer le dogme chrétien avec une sublimité conqué­\nrante. Les moyens dispersés de tous les arts se transposent en leurs moyens\npropres : ceux de la musique, puisqu'elles ont le rythme et la mesure ; ceux\nde la peinture, puisqu'elles évoquent à leur gré des images ; ceux de la sculp­\nture, en ce qu'elles projettent en relief leurs vivantes créations idéales ; ceux de\nl'architecture, grâce à la construction du discours; ceux de la chorégraphie,\npar le geste qu'elles appellent et aussi, au dedans de leur propre travail, par le\nmouvement de la phrase et les allures variées qu'elle affecte.\n    De tout cet effort peut résulter et résulte en effet, dans l'ensemble de l'évo­\nlution artistique, une addition imposante de valeurs qui préparent, soutien­\nnent, confirment le travail de l'apologiste; qui en font donc partie à leur\nmanière, assurant au dogme et à son acceptabilité une réclame double : celle\nqui lui vient de la haute idée que l'art nous en donne; celle qui ressort de la\nnécessité ou de la convenance humaine qu'il sait nous y faire découvrir.\n"}, {"page_pdf": 764, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                                639\n\n\n   Tels sont les deux aspects qu'il faut retenir toujours : appel au dogme au\nnom de l'insuffisance vitale; réponse du dogme et justification de sa valeur.\n   Pour que dans l'une ou l'autre de ces actions complémentaires, l'artiste qui\naborde la dogmatique y puisse faire œuvre utile, trois conditions me semblent\nrequises. La première est lointaine : il faut que l'artiste sache. Pour bien\nexprimer le dogme, il doit avoir une juste notion de ce qu'il est, de ce qu'il\nvaut, de ses attaches avec l'ensemble des objets dont la vie est faite. Beaucoup\nde nos iconographes auraient besoin qu'on leur dise : Instruisez-vous; songez\nà Giotto ou à Dante, qui se mettaient à l'école des Thomas d'Aquin et ne se\nlivraient qu'ensuite aux libertés de leur imagination vigoureuse. Les contre­\nsens abondent en notre art religieux. Tel artiste représentera le Sauveur, à\nGethsémani, dans l'attitude du plus découragé pessimisme, ne sachant pas que\nc'est là illustrer Renan, mais non pas les saints Evangiles. Tel autre, évoquant\nla naissance de Jésus, croira bon de laisser voir, sur le visage de la Vierge-\nmère, les stigmates douloureux de la maternité, n'ayant pas lu dans la liturgie\nsainte :\n                              Sicut sidus radium\n                              Profert virgo filium\n                                 Pari f onna\n\n    On a remarqué souvent que l'art chrétien jusqu'au XVe siècle ne contient pas\nune seule faute contre la doctrine; c'est la preuve à la fois de l'importance\nqu'on attribuait à un enseignement ainsi surveillé et du sentiment vif qu'avaient\nles dirigeants des conditions de son influence.\n    La seconde exigence imposée est immédiate : au moment où il travaille, il\nfaut que l'artiste veuille bien laisser voisiner en lui ce qu'il sait, veut ou éprouve\ncomme chrétien avec ce qu'il éprouve, veut ou sait comme artiste. J'ai fait\naliusion déjà au déboublement étrange qui fait si fréquemment d'un chrétien\nartiste un artiste païen ; qui ne laisse nulle influence chez lui à la messe du\ndimanche sur le travail de la semaine, aux convictions de la partie religieuse\nde l'âme sur l'élaboration de l'idée esthétique. De même qu'on voit des hommes\nde science, attachés par le cœur à la foi, n'en semer pas moins les héré­\n sies « comme savants », on voit des artistes chrétiens — chrétiens à titre\n personnel — ne relever en art que du laïcisme. Ceux-là privent Dieu, privent\n leurs contemporains de tout le rayonnement que pourrait produire, en traver­\n sant le bain de lumière esthétique où ils vivent, les sentiments qui habitent\n au fond de leur âme. Ils enfouissent leur trésor et méritent le reproche évan-\n gélique : « Pourquoi n'as-tu pas mis ton talent à la banque, afin que revenant\n je puisse le réclamer avec usure? »\n    A fortiori, — et cette troisième condition est trop claire — est-il urgent de\n bannir du travail artistique tout élément hostile à l'effet que doit produire par\n elle-même une œuvre religieuse. La Renaissance a donné ici de funestes\n exemples. Que d'œuvres à étiquette mystique sont traitées de telle façon que\n leur propagande profite aux sentiments les plus profanes, parfois même au\n  scandale! Toutes les maîtresses d'artistes habillées en Madones; les Madeleines\n  prétexte à nudités ; les Samtes-Familles où l'on joue avec un agneau, avec une\n"}, {"page_pdf": 765, "texte": "640                                DURENDAL\n\n\ngrappe, avec le sein de la mère, sans nul respect pour les auréoles ; tant d'autres\ninconvenances ou inconsciences s'étalent aux murs des Uffizi, du Pitti, des\néglises italiennes! Aujourd'hui, les Tentations de saint Antoine gambadantes,\nles mêmes Madeleines non-repenties et les Puretés vêtues d'un lis, mais par\nailleurs sensuelles ou fades, font rage. Il faudrait faire savoir aux artistes amis\nde ce genre suranné qu'ils font une œuvre étrange. Ils empruntent les vases\nd'or de l'autel pour y verser leur liqueur d'inconscience ou d'ivresse; ils paro­\ndient le texte sacré dont leur pinceau prétend donner le commentaire; ils blas­\nphèment à genoux.\n   N'importe. En dépit de ces déviations, après tout accidentelles, la valeur de\nl'art et de ses capacités dogmatiques reste intacte. Les déviations, d'ailleurs,\nmarquent le sens de la route; on ne reprend celui qui chute que lorsqu'on sait\nqu'il pouvait marcher droit. Sans aller donc jusqu'où allait saint Basile, en\ndisant que l'art peut autant pour le dogme que l'apologétique doctrinale, il\nreste qu'il peut participer à celle-ci, augmenter sa valeur d'action, la précéder\nou la confirmer en influence, être par conséquent, lui aussi, apologiste.\n   C'est tout ce que nous voulions rappeler.\n\n  (A continuer.)                                 A.-D. SERTIILLANGES,\n                                        Professeur à l'Institut catholique de Paris.\n"}, {"page_pdf": 766, "texte": "                                      ('Bruxelles, Eglise Saint-Joseph )\n\nLE CYRÉNÉEN   I N T E R P E L L É PAR LES JUIFS\n              (ERNST WANTE)\n"}, {"page_pdf": 767, "texte": ""}, {"page_pdf": 768, "texte": "           À propos d'une Anthologie\n                      LA poésie contemporaine, considérée d a n s son ensemble, ne\n                         possédait pas encore son anthologie définitive. Quelques\n                         groupes seulement, çà et là, diversifiés par leurs ten­\n                         dances, leur âge ou leur origine, avaient été présentés\n                         au public en u n choix plus ou moins h e u r e u x : c'est\n                         ainsi que n o u s avons eu l'anthologie des Parnassiens,\n                         l'anthologie des Symbolistes, celles des poètes belges, des\n                         poètes du N o r d , des poètes b r e t o n s .\n                         Mais ces florilèges, si intéressants qu'ils fussent d'autre\npart, ne pouvaient suffire à d o n n e r , de la poésie d'aujourd'hui, u n e idée\ncomplète aux profanes. L'excellente anthologie de F o n s n y et Van Dooren,\ndont j'ai dit le g r a n d mérite, et qui, de l'avis u n a n i m e , est la meilleure que\nl'on ait faite, était elle-même insuffisante à ce point de vue, puisqu'elle ne\ncomprend qu'un volume, et qui embrasse toute l'histoire de la poésie française.\n   L'ouvrage de M. W a l c h comble d o n c une lacune, et une lacune sérieuse.\nEn trois jolis volumes d'un format agréable, de près de six cents pages\nchacun, et tirés sur de bon papier, — qualité appréciable pour les livres de\nl'espèce — M. G. Walch a réuni, dans l'ordre de leur apparition, les meil­\nleures pièces de la génération lyrique dont la vie littéraire commença au\nParnasse, c'est-à-dire en 1866. Il y a là plus de deux cent trente poètes, les uns\nexcellents, les autres médiocres, sinon pis encore. Q u a r a n t e a n s . . . deux\ncent trente poètes : c'est b e a u c o u p , penseront d'aucuns. J'accorde\nqu'ils a u r o n t raison et qu'il est impossible que les Muses, ces sauvages, se\nsoient, dans l'espace de huit lustres, p r o d i g u é e s à tant de mortels. Ce serait\nbien mal les connaître que d'attendre d'elles de si larges indulgences; il\nexiste certaines limites au delà desquelles la bonté devient du dévergondage,\net les Muses ne sont pas de celles qui les franchissent : quiconque leur a fait\nne fût-ce qu'un brin de cour, à mcins qu'il n'eût le rare h o n n e u r de compter\nau nombre des élus, l'aura cruellement éprouvé.\n   La sévère postérité effacera sans doute plus d'un n o m , parmi les deux\ncent trente qui se trouvent réunis dans cette Anthologie, et ravira plus d'un\nlaurier à des fronts qui n'en sont pas dignes. Mais en attendant son jugement\nsouverain, il convient à quiconque suit, de près ou de loin, la vie littéraire\n\n\n (1) Anthologie des poêles français contemporains (1866-1906), par G. Walch (3 volumes,\nParis, Delagrave).\n"}, {"page_pdf": 769, "texte": " 642                                    DURENDAL\n\n\n  de son temps, d'examiner à loisir les pièces du procès en cause. U n e bonne\n  anthologie p e r m e t seule, aujourd'hui, un pareil examen : car les poètes sont\n  trop nombreux, et trop féconds, pour qu'un h o m m e , fût-il de b o n n e volonté,\n puisse lire encore tous les recueils de vers qui en vaudraient la peine.\n     L'ouvrage de M. W a l c h remplira cette mission mieux qu'aucun autre\n ouvrage d u genre. Intelligemment conçu, largement exécuté, sans parti pris\n comme sans aveuglement, ce choix est fait à souhait pour renseigner les\n lecteurs sur l'histoire poétique du dernier demi-siècle. A chacun des poètes\n auxquels il d o n n e u n e place, M. W a l c h fait les h o n n e u r s d'une notice bio­\n graphique, que précèdent des indications bibliographiques aussi copieuses\n que précises. U n e mine précieuse s'ouvre là pour le fureteur consciencieux,\n qui veut scruter un auteur et u n e œuvre jusqu'en leurs traits les plus m e n u s .\n Les études de M. W a l c h sont judicieuses, impartiales et sereines, sans ces\n dénigrements, sans ces emballements non plus, où se complaît d'ordinaire la\n critique- du temps présent. M. W a l c h se borne à juger, avec sincérité toujours\n et aussi avec bonheur, les poèmes de ses auteurs, sans croire que son rôle\n l'oblige à hurler d'enthousiasme ou à crier d'horreur.\n    J'ajouterai que des autographes, dont quelques-uns sont d'importance,\n accompagnent chacune des notices, ce qui ne laissera pas de séduire les\njeunes filles, et du même coup d'autres curiosités, dont je me garderai de\n médire. U n e substantielle préface de S u l l y - P r u d h o m m e — qui aura été\n sans doute l'un de ses derniers écrits — présente l'ouvrage de M. W a l c h et\n en authentique le mérite.\n    Q u a n t au choix des vers, qu'en dirais-je? Chacun, selon ses goûts, son\nh u m e u r du moment, ses doctrines littéraires, ses amitiés ou ses antipathies,\nl'appréciera différemment. J e n e craindrai pas d'affirmer que ce choix n'esl\npoint parfait : car rien au m o n d e n'est parfait, ni surtout les anthologies\npoétiques. Mais je vous assure qu'il est bon, qu'il est même meilleur que les\nautres, et que, pour cette période qui va du Parnasse jusqu'au jour d'hier,\non n'a encore rien donné d'aussi sagement éclectique.\n    U n e large part est faite par M. W a l c h aux glorieux chefs de file que sont\nGautier, Baudelaire, Leconte de Lisle, Verlaine, Mallarmé, Verhaeren,\nH e n r i de Régnier, Mme de Noailles, et à ces poètes excellents qui s'appellent\nS u l l y - P r u d h o m m e , H e r e d i a , Dierx, Samain, Séverin, Maurice Magre, Charles\nGuérin, Nigond, Gregh, I w a n Gilkin, Louis Mercier, F r a n c i s J a m m e s , Max\nE l s k a m p , e t c . . U n e hospitalité généreuse et cordiale — u n peu trop, même,\nde-ci de-là — est réservée aux auteurs de second ordre. Les uns et les autres\nsont représentés par leurs conceptions essentielles, par leurs vers les plus\nh e u r e u x , par leurs pièces les plus célèbres (et ceci est encore u n e idée que\nj'approuve) : c'est ainsi qu'on rencontre d a n s cette Anthologie les Petites vieilles\nde Baudelaire, le Bateau ivre de R i m b a u d , les Fenêtres de Mallarmé, le\nDialogue mystique de Verlaine, le Vase brisé du cher S u l l y - P r u d h o m m e et le\n Coffret de R o d e n b a c h , et, — parmi les œuvres des vivants, le Soir d'Octobre de\n L é o n Dierx, le Passeur d'eau de Verhaeren, l'Elégie à Albert Samain de Francis\nJ a m m e s , le Vésuve de Van Arenberg, le Pénitent d ' I w a n Gilkin, l'Ombre heureuse\nde F e r n a n d Séverin, le Passé qui file de Grégoire L e R o y . Si u n e Anthologie\n"}, {"page_pdf": 770, "texte": "                         A        PROPOS           D'UNE         ANTHOLOGIE              643\n\n\nn'accueillait pas tout cela, elle ne mériterait point son titre, ni ne répondrait\nà son but.\n    Mais, outre ces chefs-d'œuvre dès longtemps' consacrés par l'admiration\ngénérale (qui ne se trompe pas si souvent que les incompris veulent bien le\ndire), le choix de M. W a l c h révélera aux lecteurs des chefs-d'œuvre ignorés\nde la plupart d'entre eux : tels la Colombe, de B o u i l h e t ; la Bataille, d'André\nL e m o y n e ; les Bohémiens, de Glatigny; Madame de Condorcel, d ' E m m a n u e l des\nEssarts; les Marbres roses, d'Albert M é r a t ; Au lever, de Léon V a l a d e ; les\nFoins, d'André T h e u r i e t ; Septime Sévère, de F r é d é r i c Plessis; Chopin, de Mau­\nrice Rollinat; l'Ile fortunée, d'Ernest D u p u y ; les Genêts, de François F a b i é ;\nles Violiers, de Charles Le Goffic; la Lépreuse, d'Anatole L e Braz; l'Eros\nfunèbre, de Charles G u é r i n ; Soir de Printemps, d'Albert S a m a i n ; Petite rue,\nd'André R i v o i r e ; les Regrets, de Mme de Noailles; les Cygnes, de Gabriel\nNigond, — poèmes de tons divers, de mérites i n é g a u x , mais dont aucun ne\nsaurait être indifférent.\n     Bref, cette anthologie a p p r e n d r a à connaître, a u t r e m e n t que par leur n o m\nseul, n o m b r e de poètes puissants ou délicats, raffinés ou champêtres, gais ou\nmélancoliques, d o n t les meilleurs morceaux valaient assurément d'être sauvés\nde l'oubli, de même que les caprices bizarres, violents, crispés, de ces vir­\ntuoses du cauchemar que sont Corbière, Laforgue, R i m b a u d et Rollinat,\nsans négliger quelques bonnes chansons boulevardières et quelques m o n o ­\n logues rimes : le tout, d'ailleurs, d'une tenue fort convenable.\n     M. W a l c h livre aussi à nos comparaisons les vers plus ou moins estimables\n par quoi débutèrent autrefois des philosophes, des romanciers, des critiques\n ou des journalistes, aujourd'hui célèbres par leurs proses : tels Maeterlinck,\n Paul Bourget, Anatole F r a n c e , J u l e s Lemaître, Pierre Louys et quelques\n autres. L e u r gloire présente leur a valu peut être, dans la galerie de M. W a l c h ,\n une importance exagérée. Mais il était malaisé d'éviter un tel écueil, comme\n il était impossible d'écarter de ce P a n t h é o n quelques méchants poètes chers\n au profane vulgaire.\n     Consolons-nous pourtant de voir, d a n s cette réunion bariolée, les plais\n histrions du tréteau banal mêler leurs gestes de p a r a d e ou leurs grossières\n pitreries au c h œ u r harmonieux des purs artistes : les premiers font passer les\n seconds; il était nécessaire de dorer la pilule p o u r la faire avaler aux masses\n récalcitrantes! Car il sied de p r e n d r e garde que cette anthologie, par u n e\n logique attribution, est destinée au grand public, c'est-à-dire aux gens qui ne\n vont pas d'eux-mêmes cueillir les fleurs éparpillées sur les flancs abrupts du\n Parnasse, mais qui ne d e m a n d e n t pas mieux, à leurs heures de loisir, que\n d'en respirer un bouquet tout fait, divers de couleur et d ' a r o m e . E t puisque\n me voici en veine de métaphores, j'ajouterai q u e , grâce au stratagème\n ingénieux de M. G. W a l c h , plus d'un bourgeois trouvera, non sans ahuris­\n  sement, en se p r o m e n a n t dans son anthologie, u n cygne égaré, farouche\n  et splendide, parmi ses canards familiers, c o m m e il arrive dans u n conte\n  d'Andersen...\n     Q u a n t aux poètes parfaitement inconnus, même aux gens les mieux avertis,\n  ils sont n o m b r e u x dans ce copieux ouvrage. Quelques-uns seraient mieux\n"}, {"page_pdf": 771, "texte": "644                                  DURENDAL\n\n\ndehors. D'autres nous réservent des surprises délicieuses : je n'en citerai que\ndeux, M. G e r m a i n - L a c o u r et M. Géraldy, le premier presque u n vétéran et\nle second presque un enfant.\n   D e M. Germain-Lacour, je transcris cette page d'album, que l'auteur du\nVase brisé n'aurait pas désavouée :\n\n                          Lorsque l'hirondelle se pose\n                          Au bord du toit solide et sûr,\n                          Qui devinerait ce qu'elle ose\n                          Dans les profondeurs de l'azur?\n\n                          Sitôt qu'elle a plié son aile,\n                          Dans le voisinage des nids,\n                          Aucun signe ne reste en elle\n                          De l'essor aux cieux infinis.\n\n                          L'âme ainsi paraît différente,\n                          Selon qu'on la voit tour a tour\n                          L'aile pliée, ou bien errante\n                          Aux cieux du rêve et de l'amour\n\n  De M. P a u l Géraldy (ne pas confondre avec P a u l Gérardy), on goûtera ces\nnotations singulièrement personnelles sur la sourde vie des Sous-Préfectures :\n\n              Province, feux voilés, bruits inquiets, angoisses...\n              Désirs de vivre ainsi qu'on a toujours vécu...\n              Logis à croupeton dans l'ombre des paroisses\n              Grand'mères avec des bonnets et des fichus...\n\n              Les robes ont le pli des choses jamais mises.\n              Les étoffes, d'un temps qu'on ne peut préciser,\n              Gardent comme une odeur de lainage et d'église...\n              On usera toute une vie à les user.\n\n              Et des vieilles qui vont tout bas, comme elles peuvent,\n              Toutes gauches de n'être pas agenouillées,\n              Meublent la rue ainsi de vieilles robes neuves\n              Qui même sur leurs corps ont l'air d'être pliées...\n\n   T o u t e la pièce est écrite dans ce style franc, et vif, et clair, avec des\nb o n h e u r s d'expression, des touches hardies, des détails pittoresques, que l'on\nretrouve d'ailleurs d a n s les autres poèmes de M. Géraldy : voilà un talent\nprometteur, et qu'il faudra suivre avec attention. Q u e cette simplicité, cette\ncouleur sobre et vraie, cette justesse de vision, nous changent et nous reposent\ndu solennel fatras d e tant d'esthètes fades, gris et tièdes, et si gonflés de\nthéories qu'ils ne sont jamais parvenus à voler à un pied de terre ! Ceux-là\naussi, nous semble-t-il, furent comblés d'honneurs excessifs d a n s cet éclec­\ntique florilège. P o u r q u o i , par exemple, permettre à M. Lacuzon de nous\nprêcher l'intégralisme en u n sermon aussi long qu'insipide ? U n e anthologie\nn'est pas u n e chapelle.\n     M. W a l c h , en h o m m e consciencieux qu'il est, fait appel aux lumières de\n"}, {"page_pdf": 772, "texte": "                    A PROPOS D'UNE        ANTHOLOGIE                       645\n\n\n\ntous pour réparer les omissions inévitables dans un ouvrage comme celui-ci.\nJe lui en signale donc volontiers quelques-unes : Paul Arène, ce Grec de\nMarseille, qui fit chanter en France les cigales athéniennes; Jules Tellier et\nPaul Guigou, dont quelques pièces sont charmantes; Edouard Dubus,\nl'auteur de ce chef-d'œuvre qui s'intitule Quand les violons sont partis ; André\nDumas, Charles Derennes, Emile Despax, Le Cardonnel et Ducoté, tous\nbons poètes; enfin, parmi les Belges, Albert Giraud, Charles de Sprimont,\nThomas Braun et Adolphe Hardy, dont l'absence dans cette galerie se\nconçoit d'autant moins qu'une place y est accordée à d'autres qui ne les\nvalent pas, tant s'en faut.\n   En résumé, l'Anthologie de M. Walch — dont la toilette typographique\nest tout à fait irréprochable — nous apparaît une œuvre très réussie, d'une\nbonne foi et d'une conscience qui sont dignes de nos éloges, et dont l'acqui­\nsition s'impose à tous ceux qui s'intéressent à la poésie française.\n\n                                                             FRANZ ANSEL.\n"}, {"page_pdf": 773, "texte": "                   La Chanson populaire (1)\n                            CE que M. Bourgault-Ducoudray a fait pour la chanson bre­\n                               tonne, M. Ernest Closson l'a entrepris pour nos mélodies\n                               populaires : d o n n e r au public une édition des vieux airs\n                               d'autrefois, u n peu rajeunis, un peu modernisés peut-être\n                               mais sans travestissement, par une toilette harmonique\n                               dont la couleur reste bien apparentée au dessin mélodique.\n                                   A première vue, il paraît illogique de vouloir h a r m o ­\n                               niser des mélodies dont les auteurs n'ont certes pas prévu\n                               l'accompagnement. Cet exercice ne ressemble-t-il pas à\ncelui du peintre qui colorie des dessins au trait ? Cependant ce n'est pas la\nm ê m e chose. Un dessin est indifférent à telle ou telle coloration; tandis\nque la mélodie porte en elle-même son h a r m o n i e i m m a n e n t e . L a succession\ndes sons qui la constitue implique u n e succession d'accords généralement\ndéterminée. On ne s'en est pas aperçu tout d'abord. Mais le progrès de\nl'art musical, q u a n d il amena la forme polyphonique, fut précisément de\ndécouvrir l'harmonie latente dans les inflexions de la ligne monodique.\nL ' h a r m o n i e ne fut pas une invention, mais une découverte. Or, il est fort\nintéressant et digne d'un artiste d'appliquer cette découverte aux airs anciens,\npour en dégager ce mystérieux élément préexistant, que nos ancêtres n'ont\npressenti que d'une façon confuse.\n    L ' a c c o m p a g n e m e n t h a r m o n i q u e exalte-t-il toujours la beauté d'une mélodie\nancienne? C'est u n e autre question. Il appartient au goût de la trancher.\nSans doute, certaines mélodies g a g n e n t en intensité expressives à recevoir un\ncomplément d'harmonies explicites. D'autres, au contraire, sonnent mieux\ndans leur fluide n u d i t é .\n    Quoi qu'il en soit, les plus belles mélodies anciennes sont aussi celles qui\ns'harmonisent le plus richement. On aurait tort de croire que des harmonies\npurement diatoniques sont nécessairement indigentes. U n musicien avisé\nsait en tirer des effets exquis, et m ê m e imprévus pour nos oreilles saturées\nde chromatisme. Seulement n'harmonise pas qui veut un thème ancien,\nsurtout q u a n d il appartient aux modes disparus, je veux dire les modes du\nplain-chant, dérivés eux-mêmes des modes grecs. Modes disparus n'est pas\ntrop dire, car si le plain-chant est encore en usage à l'église, les chantres et\n\n\n  (1) A propos du recueil de chansons populaires des provinces belges, par Ernest\nClosson, Bruxelles, Schott frères.\n"}, {"page_pdf": 774, "texte": "                            LA C H A N S O N    POPULAIRE                             647\n\nmieux encore les organistes s'appliquent consciencieusement à le dénaturer.\n   L e recueil de M. Closson renferme u n certain n o m b r e de mélodies a p p a r ­\ntenant aux modes ecclésiastiques. L e s plus nombreuses sont celles du m o d e\néolien (premier m o d e ecclésiastique : ré, mi, fa, sol, la, si b, ou si 'b, do, ré).\nL e m o d e éolien, si a b o n d a m m e n t représenté d a n s le plain-chant, est la\nsource de notre m o d e m i n e u r ; il en diffère cependant par l'absence de note\nsensible, ce qui d o n n e u n caractère très net de gravité et de paix à ses\ncadences finales. Ses deux g a m m e s , l'une primitive avec si b l'autre altérée\navec sin #), et employées concurremment dans le m ê m e morceau, donnent\ndéjà la sensation de la modulation, d'où le m o u v e m e n t et l'instabilité,\nou encore, suivant la remarque de M. Closson, « u n e sorte d'agitation latente,\nquelque chose de lancinant et d'inquiet, d'une troublante intensité ».\n   Citons, parmi les mélodies de ce type, la belle complainte : Jezus' lijden\n(la Passion de Jésus), l'admirable chanson d ' a m o u r : Het daget in den Oosten\n(le jour se lève à l'Orient), la ballade du sire de Valkenstein, cette autre sur\nla jeune fille qui aimait u n chevalier, et surtout la poignante histoire de\nTjanne, où tressaille toute l'âme flamande, naïve, sentimentale et tragique.\nSouvent le texte de ces chansons appartient au plus pur lyrisme. A titre\nd'exemple, voici la traduction de la complainte de T j a n n e .\n\n      Ah ! Jeanne, disait-il, pourquoi ne chantes-tu pas ?\n      — Comment chanterais-je ? Dans trois jours je serai morte.\n\n      A peine Jeanne fut-elle en terre que Jean épousait une autre femme.\n      Et celle-ci battait les enfants, leur disant : pourquoi ne mendiez-vous pas ?\n\n      Le matin à neuf heures on vit les trois petits enfants\n      Aller au tombeau de leur mère et s'y tenir tout cois.\n      Agenouillés, ils priaient de tout leur cœur;\n      A leur prière soudain le tombeau s'ouvrit.\n      Elle prit le second de ses fils et le plaça sur ses genoux ;\n      Elle prit aussi le plus jeune, le pressant contre son sein nu.\n\n      Et comme font les mères, chastement elle l'allaita.\n      Ah ! mes enfants, dit-elle, que fait votre père à la maison î\n\n      Mère, disaient-ils, nous avons grand faim ;\n      Levez-vous, venez avec nous mendier notre pain !\n\n      Ah ! mes enfants, disait-elle, je ne puis me lever;\n      Mon corps est couché en terre, mon âme seule est près de vous.\n\n   P a r m i les chansons d'amour, on trouve la célèbre complainte : Gekwetst ben\nik van binnen (Je suis blessé au dedans, — c'est ton a m o u r qui me transperce,\n— et toujours plus s'étend la blessure. — Où que j'aille, où que je me tourne,\nje n'ai de repos ni le jour ni la nuit. — Où que j'aille, où que je me tourne,\nc'est toi seule que je vois!). L a mélodie, qui doit au m o d e éolien ses h a r m o ­\nnies graves et pleines, est d'une profondeur de sentiment que la musique\nmoderne ne dépasse point.\n"}, {"page_pdf": 775, "texte": "648                                  DURENDAL\n\n\n    Délicieuse mélodie éolienne encore la « L o u a n g e de l'Aimée », qui sonne\ncomme un chant religieux plein de ferveur mystique.\n    Les autres modes grecs ne sont représentés que par deux chansons :\nGriseïidis, et la ballade du sire Hallewijn. L a première appartient au mode\niastien (sol, la, si, do, ré, mi, fa, sol; 7 e mode ecclésiastique). J e me d e m a n d e\nsi M. Closson ne s'est pas trompé en harmonisant ce morceau en sol majeur,\nalors que le fa naturel caractérise le m o d e , en le différenciant de notre mode\nmajeur? Il est vrai que le fa naturel ne se rencontre q u ' u n e fois d a n s le mor­\nceau. P o u r t a n t il n'y a pas non plus de fa 3. On peut critiquer aussi d'avoir\nmis cet unique fa sur u n accorde de septième de d o m i n a n t e .\n    L a ballade du sir Hallewijn est célèbre. Elle est du mode phrygien, appa­\nrenté à l'iastien (ré, mi, fa, sol, la, si, do, ré; 8 e mode ecclésiastique). Rien\nde plus piquant que cette mélodie, franchement majeure, et tournant sans\ncesse autour d u second degré de la g a m m e (ré), p o u r y chercher quelque repos\njamais définitif, de sorte qu'à c h a q u e arrêt elle est prête à repartir indéfini­\nm e n t . C'est vraiment le type de la mélodie continue. On ne se lasse pas de\nl'entendre, parce que, au moins pour nos oreilles, elle ne conclut j a m a i s . Les\nmodes iastien et phrygien constituent un des modes les plus caractéristiques\ndu plain-chant : le tetrardus, si propre aux élans de ferveur et d'enthousiasme.\n  L a formule d u Credo y appartient. Il est curieux d'observer la ressemblance\nde cette formule avec le thème de la c h a n s o n d'Hallewijn. S a n s nul doute,\nn o u s nous trouvons ici en présence d'une des plus anciennes traditions musi­\ncales, vieille peut-être de quelques vingt siècles. Elle vit toujours dans la\nmémoire de nos populations flamandes. J'en ai pu recueillir moi-même une\nnotation un peu différente de celle de M. Closson, et, si je n e me t r o m p e ,\n plus a r c h a ï q u e .\n    Ces mélodies représentent, d a n s le trésor des chansons populaires\nflamandes, le legs du moyen âge. Au cours des siècles, ce trésor s'est enrichi\n d'un très g r a n d nombre de productions où se dessine la structure de la phrase\n musicale actuelle, d a n s ses deux modes majeur et m i n e u r . M. Closson en a\n réuni les plus beaux exemplaires, rudes chansons des gueux du XVIe siècle,\n délicats noëls, gentilles chansons amoureuses, bouffonneries incohérentes,\n rondes enfantines, si l'on p e u t dire, toute la lyre du XVe siècle jusqu'à nos\njours, y compris quelques banalités plus populaires que belles, comme de Zoon\n van Napoleon (le Fils de Napoléon). Il convient de remarquer d'ailleurs que la\n chanson ne devient positivement laide qu'à partir du XIXe siècle. Attribuons\n ce p h é n o m è n e à l'élimination spontanée de ce qui ne satisfait pas le goût. De\n la production du passé n'a survécu que ce qui était doué de beauté impéris­\n  sable.\n    E n composant son recueil, M. Closson n'a pas voulu en exclure quelques\n  productions modernes, qui peuvent passer pour populaires, comme le vigou­\n  reux chant des F l a m a n d s de Benoît, tiré de son oratorio De Schelde (L'Escaut),\n  dont les trois premières notes a p p a r t i e n n e n t à u n chant des Gueux du\n  XVIe siècle, le discutable Ons Vaderland (Notre Patrie), de Blockx, et la déplo­\n  rable Brabançonne de C a m p e n h o u t .\n     M. Closson n'a pas oublié n o n plus nos frères les W a l l o n s . Il a le mérite\n"}, {"page_pdf": 776, "texte": "                            LA   CHANSON       POPULAIRE                            649\n\n\nd'avoir réuni une collection de chansons wallonnes, danses, cramignons, bien\nmoins connues que les chansons flamandes. Celles-ci ont été l'objet de n o m ­\nbreuses recherches et de volumineuses publications (De Coussemaeker,\nWillems, Van Duyse, Bols, etc.). La chanson wallonne a été plus dédaignée.\nF r a n c h e m e n t , ce n'est pas à tort. Elle est futile, souvent grossière, rarement\nartistique. Au surplus, elle ne paraît pas remonter au delà du XVIIIe siècle.\nM. Closson r e m a r q u e que la chanson flamande se rapproche plutôt du lied\nallemand, la chanson wallonne de la chanson française. C'est possible, à\ncondition de ne pas remonter à plus d'un siècle. J'aime mieux croire que les\nWallons ont eu la mémoire courte, qu'ils ne se souviennent plus de ce que\nchantaient leurs ancêtres du moyen â g e , . . . ou bien que les actuels folkloristes\nn'ont pas suffisamment exploré les régions où peut-être ces souvenirs vivent\nencore. Car ce n'est pas d a n s le tintamarre des cabarets et des kermesses\nqu'on peut espérer en retrouver la trace. C'est plutôt d a n s la paix des veillées\nfamiliales, parmi les bonnes gens qui vivent dans l'ignorance de la folle\nchanson m o d e r n e .\n\n                                                                     F.   VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 777, "texte": "    La Medaille à l'Exposition générale des Beaux=Arts\n                            Bruxelles, 1907\n\n\n\n                   A la dernière exposition triennale, ouverte à Bruxelles en\n                     1903, l'art de la médaille était représenté par huit expo­\n                     sants. Il en est exactement de même aujourd'hui, et\n                     encore, pour atteindre ce chiffre, qui menace de devenir\n                     fatidique, a-t-il fallu la providentielle participation d'un\n                      Hongrois !\n                        A quoi faut-il attribuer cette abstention presque géné­\n                     rale, alors surtout que le nombre de nos médailleurs,\n                     tout comme leur réputation, s'accroît sans cesse? Nous\nl'ignorons absolument. Peut-être, après tout, faut-il simplement y voir une\ntacite protestation contre le sans-gêne, vraiment par trop marqué, avec\nlequel on a pris l'habitude d'en user avec eux.\n   Cette fois encore, en effet, aucun salonnet, sur les cinquante salles dont on\ndisposait, ne leur a été réservé. Bien plus, l'envoi d'un même artiste se trouve\nparfois divisé, et il faut le chercher partie dans une salle, partie dans une\nautre. Enfin, le nom d'aucun médailleur ne figure ni parmi les membres du\ncomité organisateur, ni parmi les membres du jury. Cette exclusion, aussi\ninjuste qu'incompréhensible, expose les graveurs en médailles à voir juger\nleurs œuvres par des personnes qui n'entendent rien à la technique si com­\nplexe de leur art délicat.\n   Souhaitons, sans oser l'espérer, qu'il n'en soit plus ainsi à l'avenir. Alors\nseulement il sera possible d'apprécier, comme il convient, les progrès énormes\nréalisés, en ces dernières années, par nos modeleurs et aussi par nos fabricants\nde médailles ; car, pour produire ces petits monuments métalliques, il faut\nce que bien des gens ignorent, l'union intime de l'art et de l'industrie.\n   Au surplus, telle qu'elle est, la section de la médaille de l'exposition des\nBeaux-Arts de 1907 mérite mieux que deux ou trois lignes d'un compte rendu\ngénéral, aumône par trop parcimonieuse à elle faite, par les journaux et par\nla plupart des revues, quand ils ne s'abstiennent pas d'en parler.\n   De l'ensemble et de l'étude de cette petite exhibition, il appert, d'une façon\nfrappante, que nos médailleurs triomphent surtout dans le portrait. Ils sont\nmoins heureux lorsqu'ils s'attaquent aux allégories.\n   M. ISIDORE D E RUDDER, un artiste de réel talent, nous en fournit la preuve\nmalheureuse. Ses plâtres de la plaquette offerte l'an dernier au directeur\ngénéral des Beaux-Arts de la ville de Bruxelles, M. Mabille, surchargés d'inter-\n"}, {"page_pdf": 778, "texte": "MÉDAILLE COMMÉMORATIVE FRAPPÉE A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DU PORT DE MER DE BRUGES\n\n                                 (GODEFROID DEVREESE)\n"}, {"page_pdf": 779, "texte": ""}, {"page_pdf": 780, "texte": "       LA M É D A I L L E A L ' E X P O S I T I O N G É N É R A L E D E S BEAUX-ARTS     651\n\n\n\nminables inscriptions tracées en caractères hiéroglyphiques, ont l'apparence\nde modèles pour vieilles tapisseries. S o n autre plaquette, encore en plâtre,\n Vers l'entente, vaut mieux. O n y voit la Belgique, personnifiée p a r u n e jeune\nfemme casquée, a u torse n u , qui noue les coins de deux drapeaux, belge et\nhollandais. Mais, ici encore, la composition trop c h a r g é e , m a n q u e d'air et\nsemble étouffer dans son c a d r e , fatalement limité.\n    M. GODEFROID DEVREESE, dont l'envoi est le plus nombreux, apparaît a u\nSalon c o m m e le premier de nos portraictureurs en métal. Ses portraits d e\n François Leroi et d'Anna d e Kempeneer, d'Emile Mestreit, du bourgmestre\nDe Mot et surtout le buste de M. Coetermans, consul général de Perse à\nAnvers, tous bien mis en page, sont superbes de vie et d'expression. Ils\nseraient parfaits, n'était-ce parfois certaines faiblesses dans le rendu de\nla chevelure ou de la barbe. La tête d u roi, qui s'étale a u droit de la médaille\ncommémorative de l'ouverture d u port de Bruges, est peut-être la plus belle\nœuvre de l'artiste. D a n s tous les cas, c'est l'une des meilleures — si pas la\nmeilleure — effigies métalliques de notre souverain.\n    Il n o u s faut signaler encore, au point d e vue de sa composition, la médaille\nofferte par le comité exécutif de l'Exposition de Liége a u R o i et à quelques\nrares privilégiés. L e T e m p s , qui y figure a u revers, est vraiment u n beau et\nb o n morceau de sculpture.\n    M. CHARLES SAMUEL a eu l'heureuse idée de réunir, en un seul cadre, son\nœuvre d e médailleur presque a u complet. L a caractéristique du talent de ce\nmaître sculpteur est la distinction. L a tête de Léopold I I , qui lui valut u n\ndeuxième prix a u concours pour la médaille commémorative du soixante-\nquinzième anniversaire de l'Indépendance belge, est pleine de caractère et\nde noblesse. T r è s b o n aussi le portrait de M. Vergote, le défunt gouverneur\nd u B r a b a n t . Nous aimons moins le buste de M. Charles Dietrich, dont la tête\nnous paraît avoir, relativement au corps, u n relief qui d é t o n n e . Citons aussi\nla c h a r m a n t e médaille de l'Union des hôteliers, restaurateurs et cafetiers bruxellois,\nqui caractérise si bien, en sa grâce u n peu mièvre, mais captivante a u pos­\nsible, la façon dont M. Samuel c o m p r e n d la médaille de genre.\n   Mais nous connaissons tous les mérites de M. Godefroid Devreese et ceux\nde son émule M. Charles S a m u e l ; aussi, à notre sentiment, l'intérêt de la\nprésente exposition réside-til surtout, n o n dans u n e affirmation nouvelle d u\ntalent de ces excellents artistes, mais d a n s le début plus ou moins heureux de\nquelques j e u n e s .\n   M. J U L E S JOURDAIN, de Bruxelles, est l'un de ces d é b u t a n t s . Sa médaille\ndu décès de S . M. la Reine Marie-Henriette, primée au dernier concours de\nl'Académie royale de Belgique et que la Société hollandaise-belge des Amis\nde la Médaille d'Art vient de faire frapper pour ses membres, nous plaît\nextrêmement. L a fine et élégante effigie de la pauvre Reine, qui se dresse au\ndroit, est d'une distinction toute royale. Q u a n t a u revers, le silence d e la\ntombe, il est plein d'une douce et quiète mélancolie, bien adéquate au sujet.\nL a petite plaquette, un monnayeur au travail, est aussi fort réussie. N u l doute,\nqu'avec le temps et du travail, M. J o u r d a i n n'arrive à se placer parmi les\npremiers de nos médailleurs. D a n s tous les cas, il mérite d'être encouragé.\n"}, {"page_pdf": 781, "texte": "652                              DURENDAL\n\n\n\n   Nous regrettons de ne pouvoir en dire autant de M. ALPHONSE MAUQUOY,\nd'Anvers, dont les cinq ou six fontes, d'une déplorable lourdeur de facture,\naccusent un modelé vraiment par trop lâché. Cependant, un moine devant\nlequel s'agenouille humblement une femme, la couronne royale sur la tête,\npossède une belle expression d'illuminé ; nous sommes heureux de pouvoir le\nconstater, à l'honneur de l'artiste.\n   M. PIERRE SCHAAR doit aux conseils du peintre animalier Edmond\nvan der Meulen, d'avoir abandonné, tout au moins en partie, la sculpture sur\nbois pour s'adonner à modeler, en médaillons, des chiens de toutes races.\nParmi la demi-douzaine de plâtres — toujours des plâtres! — qu'il expose,\nil faut tirer de pair son chien russe et le chien berger belge.\n   Quant à M. FRANZ VERMEYLEN, de Louvain, c'est un artiste consciencieux\nqui connaît son métier de longue date. La médaille au buste du roi, classée\ntroisième au concours pour la médaille du soixante-quinzième anniversaire\nde l'Indépendance belge, les portraits des professeurs Lefebvre et de\n Marbaix, celui du baron Orban de Xivry, ancien gouverneur du\nLuxembourg, les effigies conjuguées du sénateur comte Thierry de\nLimbourg Stirum et de sa femme, le prouvent surabondamment.\n   La grande fonte, Hommage de confraternité au docteur C. van Roechoudt, fait,\ndans son ensemble, bonne impression et vient confirmer le sentiment que\nM. Vermeylen est en sérieux progrès.\n   Enfin, M. ETIENNE SZENTGYÖRGYE, un Hongrois de Begaszentgyörgy, qui\nvoit en peintre plutôt qu'en médailleur, a envoyé trois têtes d'homme et\ndeux de femme de mérite très variable.\n   Toutes ces pièces, au lieu d'être placées dans la section de la sculpture,\nsont éparpillées dans deux ou trois salles de la section de l'art décoratif, avec\nlequel elles n'ont certes rien à voir. Cette classification bizarre est pour nous\nun mystère que nous renonçons à éclaircir. Il est vrai qu'au Salon des Arts et\nMétiers qui fait face, au Parc du Cinquantenaire, à l'Exposition des Beaux-\nArts, la vitrine de M. Paul Fisch aîné, renfermant une cinquantaine de\nmédailles et plaquettes réduites et frappées dans les ateliers de cette maison\nd'édition dont la réputation n'est plus à faire, a été reléguée dans un coin\nperdu du compartiment réservé aux arts et industries du bâtiment!!\n   Après cela, on ne peut plus s'étonner de rien.\n\n                                                      ALPHONSE DE WITTE.\n  16 septembre 1907.\n"}, {"page_pdf": 782, "texte": "                         L'Art à l'Ecole\n\nA                    propos des visites scolaires aux musées de\" peinture, j ' e n ­\n                       tendis l'autre jour ce dialogue entre u n directeur d'école\n                       moyenne et un supérieur de collège épiscopal : le pre­\n                       mier affirmait que les visites scolaires avaient fait faillite ;\n                       les enfants, dit-il, reviennent du musée, fatigués, ennuyés\n                       et n'ayant rien retenu ; le second protestait, affirmant que,\n                       chez les jeunes gens confiés à ses soins, les visites sco­\n                       laires avaient produit de notables résultats. « Mais quel\n                       âge ont ces jeunes gens » — d e m a n d a son interlocuteur. —\n« Ce sont des rhétoriciens », — répondit le supérieur — « et j ' a v o u e qu'ils\navaient reçu, en vue de ces visites, une préparation spéciale ! »\n    Cette conversation est suggestive; elle révèle que dans l'organisation de\nl'Art à l'école, les intentions valurent mieux que les m é t h o d e s ; il semble qu'on\nnégligea de suivre un processus adapté à l'intelligence novice des enfants et à\nla qualité même des notions qu'il fallait leur inculquer ; et — pour résumer\nl'erreur commise par un mot familier — on attela la c h a r r u e avant les bœufs.\nAu lieu de considérer les visites aux musées comme le couronnement ou, si\nvous aimez mieux, la récompense d'un enseignement théorique, on a m e n a\nles enfants, d'emblée et sans éducation préalable, devant cette cinémato­\ngraphie colorée que sont nos collections de tableaux; et les petiots revinrent\nde ces excursions, éblouis et éreintés, n'ayant point l'occasion d'oublier\nquoique ce soit, puisqu'ils n'avaient rien appris ! L'enseignement artistique\ndoit, pour être fécond ou simplement intelligible, suivre la même voie que\nl'enseignement littéraire : or, avant de procéder à l'analyse littéraire d'un\nauteur, n'a-t-on point l'habitude de faire l'analyse étymologique et l'analyse\n grammaticale ? E n matière d'art, ces « travaux d'approche » sont d'autant plus\n nécessaires qu'il s'agit de notions auxquelles l'enfant est, jusque-là, resté a b ­\n solument étranger. Mais que sera cette initiation préparatoire? Elle sera\n définie et limitée par le but m ê m e de l'Art à l'école. Il ne s'agit point\n évidemment d'investir l'enfant du bagage encyclopédique, indispensable à\n u n critique d'art. P l u s modeste dans ses visées, l'Art à l'école se contentera\n de vouloir donner à l'enfant des « clartés » esthétiques, d'ouvrir son intelli­\n gence au sens du beau et de doter sa sensibilité du goût du beau, enfin de\n\n\n    (1) Communicatioa faite à la Société d'histoire et d'archéologie, à Gand.\n"}, {"page_pdf": 783, "texte": "654                                    DURENDAL\n\n\n\n lui apprendre à voir et à discerner, parmi les choses qui l'entourent, celles\n qui ont un cachet de beauté, de celles qui sont laides et même de celles qui sont\n simplement banales.\n     Dans ce but, il faut tout d'abord envelopper l'enfant, à l'école même, d'une\n atmosphère propice : on a déjà fait beaucoup pour différencier les murs des\n  classes des murs des geôles; à Anvers surtout on a réalisé à cet égard, dans\n les écoles de la ville, un cadre-type où les regards des élèves sont attirés et\n où leur curiosité est sollicitée par des « illustrations » diverses et générale­\n ment méritoires : scènes d'histoires, portraits d'hommes célèbres, allégories\n des phases de l'industrie ou des progrès du travail, e t c . . Il me paraît, qu'au\n point de vue de l'enseignement artistique, ces décorations seraient heureu­\n sement complétées par des reproductions des chefs-d'œuvre de la peinture et\n de la sculpture, produits artistiques de la race même à laquelle appartient\n l'élève et par des reproductions des grands monuments, choisis dans l'am­\n biance où doit grandir et vivre l'enfant. Car, ne pouvant tout enseigner, ce\n sont évidemment les écoles d'art nationales que le maître devra de préférence\n choisir comme objet de ses leçons : ces écoles sont les fleurs d'un idéal que\n les jeunes générations doivent cultiver avec une prédilection jalouse ; ces\n écoles ont des liens étroits avec cette partie de l'histoire que les jeunes géné­\n rations doivent avant tout connaître; enfin, par la facilité d'accès, pour\n l'élève et pour le maître, à d'authentiques chefs-d'œuvre, ces écoles d'art\n offrent l'occasion de l'enseignement le plus pratique, le plus vivant et le plus\n exaltant, lorsque, pour couronnement de ses leçons, le professeur conduira\n l'élève dans les églises, dans les musées, sur la place publique.\n    Car c'est par là qu'il faudra terminer — et ce n'est que lorsque l'élève sera\nfourni de notions théoriques, nettes, claires et sobres, qu'il convient, dans des\nvisites aux chefs-d'œuvre, de souligner l'enseignement par l'analyse des belles\nréalités immortelles que doivent être, par exemple, pour les enfants des\nFlandres, l'Adoration de l'Agneau, les somptueuses toiles de Rubens, les\nfresques d'histoire de Gallait, les paysages de Verwée, de Claus et de\nBaertsoen — et pour l'architecture, la cathédrale Saint-Bavon, l'hôtel de ville\net l'édifice même où nous nous trouvons réunis (1).\n    Il importe, d'ailleurs, au point de vue spécial des visites dans les musées,\nque le maître évite de conduire ses élèves comme un cicérone mène ces\ntroupes d'Anglais qui, gloutonnement et sans discernement, avalent des kilo­\nmètres de toile. L'arrangement de nos musées est si peu conçu et effectué en\nvue d'un enseignement élémentaire et méthodique — et je ne connais, pour\nma part, que le Musée de Berlin qui soit comme un livre ouvert, où l'on\npuisse lire, en ses évolutions successives, l'histoire de l'art. Devant cette mul­\ntiplicité et cette diversité d'oeuvres, même les initiés sont parfois déconcertés;\ncomment voulez-vous qu'un enfant, soumis à ce pèlerinage incohérent, ne\nsoit pas dérouté ? Le maître, à l'exclusion de tout le reste, guidera donc direc­\ntement les élèves vers les seules œuvres démonstratives de son enseignement,\n\n\n (1) La Halle aux Draps, local de la Société d'histoire et d'archéologie.\n"}, {"page_pdf": 784, "texte": "                              L'ART A L'ÉCOLE                                  655\n\n\net si, dans les suivantes visites, il aborde d'autres œuvres, ce devra être\navec le même souci scrupuleux de méthode et en ayant soin de relever leurs\nrapports avec les œuvres-types qui doivent toujours rester le pivot de toutes\nses démonstrations.\n   Ce qui, jusqu'ici, fut cause de l'insuccès, au moins relatif, des tentatives\nde l'Art à l'école, c'est à la fois le défaut de manuels et le défaut de maîtres.\n   Les historiens de l'art ne manquent point en Belgique. Ils ont la science et\nla compétence. Ce serait de leur part un bel acte de charité intellectuelle\nd'abaisser leur savoir à la portée des jeunes intelligences et, chacun dans le\nrayon de ses études, de résumer l'histoire de notre art national, peinture,\nsculpture, architecture, en des traités simples, concis, sans luxe de détails\ntechniques et archéologiques, écrits dans un style familier, et où les\ndémonstrations théoriques graviteraient toujours autour de quelques chefs-\nd'œuvre-types.\n   Mais, outre des livres, par qui enseigner, il faut des maîtres qui sachent\nenseigner. Et qui ignore qu'au point de vue de l'enseignement esthétique, les\nprogrammes de nos écoles normales ont de regrettables lacunes ! Tout notre\nenseignement est, du reste, un peu dans ce cas, et au Congrès mondial de\nMons, en 1905, dans la section de l'enseignement, parmi tant de branches\ndiversement pratiques qui se bousculèrent à l'assaut des programmes, on fit\nla part vraiment trop sommaire et trop précaire au culte de la beauté désin­\ntéressée. Chez nos normalistes, futurs professeurs et instituteurs, l'art est\nenseigné comme une dépendance subalterne de l'histoire ; et les manuels\nd'histoire qu'on leur met entre les mains relèguent les notions sur la peinture,\nla sculpture, l'architecture, dans des paragraphes en « petit texte » — ce petit\ntexte que l'élève néglige, parce que le maître le dédaigne! « L'art en petit\ntexte » constitue, hélas! une tendance générale, en notre enseignement de plus\nen plus livré aux utilitarismes. C'est contre cette tendance qu'il faut protester\net réagir; et, en ce qui concerne particulièrement la réalisation de l'art à\nl'Ecole, on peut craindre que tous les efforts resteront vains et stériles si long­\ntemps que les écoles normales ne verseront point dans l'enseignement un\ngroupe de maîtres qui, ayant reçu eux-mêmes une solide et conséquente\nformation esthétique, sauront être pour leurs élèves des éducateurs et des vul­\ngarisateurs d'art.\n                                                      FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 785, "texte": "                           LES              LIVRES\n\n ROMANS :\nQ u a n d j ' é t a i s h o m m e (cahiers d ' u n e femme), par CAMILLE\n    LEMONNIER. — (Paris, Michaud.)\n    M. Camille L e m o n n i e r est un bien curieux écrivain. Son activité inlassable\n le pousse à chercher des sujets de roman dans les domaines, dans les\nendroits les plus divers. L'auteur du Vent dans les Moulins et du Petit Homme\nde Dieu nous transporte aujourd'hui loin d e la F l a n d r e , dans le cœur d'un\nParis grouillant, vicieux, pittoresque, peuplé de filles et de souteneurs. C'est\nlà que la virtuosité verbale de M. L e m o n n i e r trouvera de multiples motifs à\nvariations intéressantes. D a n s ce P a r i s h a u t en couleurs, il nous peindra\nc e p e n d a n t quelques vies menues, humbles et néanmoins p r e n a n t e s . Ce seront\nles habitants d'un petit passage où l'air et la lumière parviennent à peine, où\nles bruits de la rue n'ont plus q u ' u n faible écho. L'écrivain cette fois\nretrouvera ses dons d'observateur perspicace et attendri.\n    Et le titre, nous d e m a n d e r a - t - o n , ce titre bizarre : Quand j'étais homme —\nCahiers d'une femme, que peut-il signifier? Mon Dieu, l'explication en est\nsimple : Andrée P i è g r e , pauvre j e u n e fille livrée aux rudes incertitudes de la\nvie dans l'immense cité, revêt pour échapper à l'éternelle chasse du fauve\n— l'homme! — les apparences de celui-ci. Sous les habits masculins, elle ne\ndevra plus disputer journellement son pain à la débauche sinistre.\n    E t des petits bourgeois et surtout des rôdeurs, des pierreuses passent et\nrepassent, et des portes s'ouvrent, et s'échappent alors des relents de bouge et\nparfois u n g r a n d cri angoissé.                                                      B.\n\n L a P e u r d e l ' A m o u r , roman, par H E N R I DE RÉGNIER. — (Paris,\n    Mercure de France. )\n    Il en faut prendre son parti : M. de Régnier n'est pas un moraliste.\nAnciennes ou contemporaines, les histoires qu'il nous conte avec une grâce si\np i q u a n t e , si légère et si polie, ne sont jamais ad usum Delphini. Celle-ci\nest moderne. Marcel R e n a u d i e r , son morose héros, a d'un père pessimiste\nappris à redouter la vie. Folie de croire au b o n h e u r dont elle ne d o n n e que\nles apparences, au plaisir dont elle ne d o n n e que l'illusion. Elle n'inspire au\njeune h o m m e que dégoût, méfiance, effroi. Marcel b o u d e particulièrement\nl'amour. Aussi se garde-t-il sévèrement d'aimer, q u a n d il le pourrait,\nMlle Juliette Roissy, toute au plaisir de vivre, elle, et qui, pourtant, lui\nlaisse assez deviner qu'elle le préférerait au sexagénaire M. de Valenton,\nque lui destine l'égoïsme paternel. Il la refuse encore, u n peu plus tard,\n"}, {"page_pdf": 786, "texte": "                                       LES LIVRES                                           657\n\nlorsqu'en puissance d'un barbon de mari, elle s'obstine à s'offrir; et M. de\nRégnier le plaint visiblement de m a n q u e r un aussi tendre adultère.\nM m e de Valenton, dépitée, tombe aux b r a s d'un autre a m a n t . E t c'est\nalors seulement que, guéri enfin de son pessimisme, Marcel Renaudier,\nqui la retrouve à Venise, se décide à commencer avec elle un roman\nd'amour. Il est trop t a r d ; car, plus jaloux que le mari, Bernard d'Argimel,\nqui survient dès les premières étreintes, tue en pleine ivresse, d'une\nballe précise, le pauvre Marcel. T o u t cela n'est point d'une psychologie\ntrès fouillée. Bien des choses auraient besoin d'être expliquées, — et\nnotamment l'irrésistible domination qu'exerce M. d'Argimel sur M m e de\nValenton, que M. de Régnier ne se met guère en peine d'élucider. Mais\nle conteur est délicieux et l'art du peintre est extrême ; et puis il y a Venise,\navec ses féeries éblouissantes et infiniment diverses, évoquée p a r u n poète\nsubtil et rare. N'est-ce pas assez p o u r notre enchantement?\n\n\nLe     N i m b e n o i r , roman, par PÉLADAN. — (Paris, Mercure de France.)\n   L a tête admirable qu'entoure ce n i m b e ténébreux, signe à la fois\nd'héroïcité et de péché, est celle d'une princesse russe, dont le Moyen Age\n— M. P é l a d a n l'assure — eût mis l'histoire dans sa Légende dorée. Sophia\nMentchikoff est libertaire et nihiliste : c'est la vierge à la bombe. Fiancée\nfarouche de l'anarchie, elle repousse, avec u n e horreur qui s'exprime\nen vérité trop complaisamment, et pour des raisons assez peu méritoires,\ntout autre a m o u r . Mais, si jalouse de sa virginité, elle dompte ses dégoûts afin\nd'assurer le triomphe de sa cause et cède au vieillard qui lui offre, pour ses\nfrères, un million de roubles. Elle livre sa beauté pour la justice, puis meurt.\nOn peut douter de la sublimité d'un tel sacrifice. R o m a n t i q u e impénitent,\nM. Péladan prodigue, d a n s son récit, l'invraisemblable. Ses métaphoses\nfoudroient l'Autocratie : le Sar déteste le T s a r . Il a d'ailleurs, comme toujours,\ndes paradoxes et du style. J'allais oublier de dire — mais l'ignore-t-on ? —\nque la princesse ressemble prodigieusement à u n e madone de L é o n a r d .\n                                                                                       M. D .\n\nHistoire         remarquable d'Anselme                         Ledoux, par F.-CHARLES\n   MORISSEAUX. — (Liège, l'Edition artistique.)\n   L ' a u t e u r de ce r o m a n de m œ u r s militaires a e n t e n d u , sans doute, lui prêter\nironiquement l'épithète de « remarquable », et nous nous garderons de nous\nlivrer là-dessus à des plaisanteries trop faciles. E n réalité, l'histoire d'Anselme\nLedoux est, d a n s ses complications, d'une simplicité naïve. C'est u n e suite\nde notations d'une psychologie menue, outrageusement puérile et visant\nau « fin du fin » avec un zèle opiniâtre, du reste pas toujours heureux. Le\nsabre de ce jeune maréchal des logis coupe des cheveux en quatre inlassable­\nment. J e doute que l'on trouve beaucoup de « raffineurs » de l'espèce d a n s\nles casernes de Belgique.\n   Au surplus, et en général, ce livre est écrit en français. Reconnaissons-lui\nce mérite, qui n'est pas si c o m m u n chez nous!\n"}, {"page_pdf": 787, "texte": " 658                                  DURENDAL\n\n\n   L a B l e s s u r e e t l ' A m o u r , par F . - C H A R L E S MORISSEAUX. — (Paris,\n      Lemerre.)\n     Mêmes critiques et m ê m e s éloges vaudront pour le présent livre, encore\n  qu'il se lise avec plus de c h a r m e , à cause des beaux paysages de soleil et de\n  montagnes où se déroule la vie inquiète et lamentable du doux rêveur\n  B e n i a m i n o , et que M. Morisseaux peint non sans grâce ni sans fidélité,\n  avec des nuances délicates et souples, et m ê m e parfois dans des tons p e r ­\n  sonnels.\n     Mais que viennent faire, encore une fois, tous ces raffinements de pensée,\n toutes ces élégances de parole chez les bons paysans, en somme, que sont\n A n n u n z i a t a , Gianpietro, Serena, Beniamino lui-même? Ces quintessences\n sentimentales seraient de la pure morbidesse chez les névrosés des grandes\n villes : elles nous empêchent de croire à la vie des héros de M. Morisseaux\n et à sa propre sincérité. C'est d e la littérature, et p a r m o m e n t s de la pire.\n     Cette histoire, qui se veut tragique, apparaît surchargée d'épisodes ingénus\n et de gestes inutiles, où l'homme de lettres se trahit trop, et qui font que,\n malgré des passages intéressants, nous résistons à l'émotion, bien sûrs que ce\n n'est pas arrivé. T o u s les personnages, ici, sont un peu épileptiques, comme\n le pauvre B e n i a m i n o ; et leurs actions incohérentes, inexpliquées, souvent\n inexplicables, nous d o n n e n t l'impression d'une folie dont nous ne savons\n ni d'où elle vient, ni de quelle espèce elle peut être. T a n t de cris, tant de\n larmes, tant de sang nous rebutent, sans nous épouvanter, et l'horreur qu'ils\nnous causent n'est pas d'essence tragique. M. Morisseaux se d o n n e bien du\nmal pour nous faire p l e u r e r ; et comme il n'y parvient pas, ou qu'à de rares\nintervalles, il arrive qu'il nous fasse rire, tant il se démène lui-même avec\nune sauvage a r d e u r .\n    E t puis, presque d'un bout à l'autre, ce livre est écrit en un style précieux,\nrecherché, haletant, étrangement pénible. M. Morisseaux ne saurait s'exprimer\ncomme les autres font; il se dépense à la poursuite d ' u n e originalité de\nsurface et qu'il n'atteint qu'en s'essoufflant, par u n e foule de détours et de\nsupercheries, où u n œil exercé ne se m é p r e n d r a point. U n exemple entre\nmille : « Ils respiraient fortement, les dents ouvertes, quelque chose de brisé\nleur râclant la poitrine, en d e d a n s », ce qui, tout bêtement, veut dire : « ils\nhaletaient ». E t tout le roman est écrit a i n s i ! O sainte mesure, divine simpli­\ncité, revolez, je vous en conjure, vers M. F . - C h a r l e s Morisseauxl\n                                                                                 F . A.\n\n L e M a s q u e t o m b e , par H E N R I LIEBRECHT. — ( B r u x e l l e s , Lebègue.)\n    Ce roman dit la médiocre aventure d'un auteur d r a m a t i q u e épris de la\ncomédienne qui sut incarner, selon son rêve, l'héroïne d'une de ses pièces.\nJacques F e r n e u s e , observateur de profession, s'aperçoit u n peu tard que c'est\nla duchesse de Saint-Clair qu'il aime en Gilberte D a u v r o n . L e masque\ntombe aussitôt que le rôle c h a n g e . E n vain l'amant s'efforce-t-il de renouveler\nl'illusion dont il fut d u p e , de rattacher le m a s q u e . Celui-ci se casse défini­\ntivement le jour où l'actrice se révèle impuissante à créer l'héroïne nouvelle\nque Ferneuse a conçue. Ce livre, où se rencontrent maintes analyses psycho-\n"}, {"page_pdf": 788, "texte": "                                     LES LIVRES                                      659\n\n\nlogiques qui prétendent à la subtilité et des aperçus moraux qui visent à\nl'audace, fut prestement écrit, de janvier à août 1906. Voici quelques phrases\nqui l'attestent : « Ce qu'il ressentait à son égard, c'était moins un sentiment\nde passion voluptueuse ou sentimentale... L e récit que F e r n e u s e en fit de b o n n e\ngrâce détourna pour u n instant ses idées de celle de Gilberte... Distrait par le\nmanque d'intérêt qu'avait pour lui l'absence en scène de Gilberte D a u v r o n . . . C'est\nde ce dualisme qu'il souffrait déjà dès la première heure et dont il allait souf­\nfrir bien plus par la suite... Des formes singulières déformaient les objets... A h !\ntu peux te vanter de ne pas connaître et de ne rien c o m p r e n d r e aux femmes ! »\nM. Liebrecht ne dédaigne pas seulement la « morale bourgeoise ».\n                                                                                 M. D .\n\n\nPUBLICATIONS ARTISTIQUES :\nL e s v i l l e s d'art c é l è b r e s          Dijon et Beaune, par M. KLEINCLAUSZ.\n    — (Paris, Laurens.)\n    Bien que les siècles venus depuis ne soient pas sans y avoir laissé la trace\nde leurs m œ u r s et de leurs besoins changés, c o m m e aussi de leur goût\nindifférent, sinon ennemi, des souvenirs du passé, c'est le XVe siècle, la\ndomination intelligente et fastueuse des « g r a n d s ducs d'Occident », des\nValois de la maison de Bourgogne, qu'évoquent surtout les n o m s de Dijon\net de Beaune. Celle-ci, avec le piltoresque décor, heureusement préservé, de\nses édifices anciens et, d'abord, de son merveilleux H ô t e l - D i e u , érigé et\nenrichi d ' u n inestimable trésor d'art, grâce à la générosité du chancelier de\nPhilippe le B o n , Nicolas Rolin et de sa femme, Guigone, cette Seule pour\nl'amour de son mari, du moins d'après la devise que ce dernier a fait repro­\nduire partout dans les salles de l'hôtel! Celle-là, avec les vestiges souverains du\nrègne des ducs, les restes de leur palais, les émouvants tombeaux de P h i l i p p e\nle H a r d i et de Jean Sans P e u r et les grandioses travaux de Claus Sluter à la\nchartreuse dynastique de Champmol : le Portail et le P u i t s des P r o p h è t e s ,\n « créations uniques », écrit justement l'auteur de ce livre, qui apportèrent\n « une telle nouveauté dans l'histoire de la sculpture que, si on les néglige,\n la suite devient presque inintelligible ».\n    Ces œuvres, en effet, où le réalisme le plus déterminé se marie à u n e\n inspiration profondément expressive, furent exécutées de 1389 à 1406. E t\n l'on peut tenir leur créateur pour l'initiateur le plus génial du réalisme qui,\n au cours d u XIVe siècle, s'était répandu en F r a n c e , sous l'influence des\n ymagiers de la pierre et de la couleur, venus du septentrion et, principalement,\n des pays flamands. A ces dernières contrées appartenaient, d'ailleurs, aussi,\n le grand n o m b r e des artistes de toute sorte dont les noms figurent dans les\n livres de compte des ducs de Bourgogne.\n     M. Kleinclausz, auquel nous devons déjà une monographie de Claus Sluter,\n redit ici la b e a u t é de l'œuvre de ce maître et de celle de ses compatriotes de\n la H o l l a n d e ou de la F l a n d r e , parmi lesquels certains organisateurs de\n  l'Exposition des Primitifs français avaient recruté les membres de leur\n"}, {"page_pdf": 789, "texte": "660                                 DURENDAL\n\n\n\nfantaisiste école bourguignonne. Cette école qui vint plus tard, doit\nbeaucoup, M. Kleinclausz le montre fort clairement, en étudiant l'évolution\nde l'art à Dijon et, notamment, l'œuvre de Rude, aux exemples glorieux\nlaissés sur le sol bourguignon par ces artisans étrangers.\n\n  L e s g r a n d s a r t i s t e s : Paul Potter, par M. EMILE MICHEL. —(Paris,\n    Laurens.)\n    Dans l'art hollandais du XVIIe siècle, si attaché au sol, tout consacré à\n l'étude minutieuse de la réalité, dans les êtres et les choses, Paul Potter s'est\n créé une province, province de sérénité un peu ruminante, où il n'y a d'évé­\n nements que le soleil ou les intempéries, les heures de la saison ou du jour,\n et dont le peuple est tout des animaux familiers de la ferme. Avec ces\n éléments, en un siècle, qui, ailleurs, était si adonné à la pompe et aux vanités\n ambitieuses d'un idéal d'art dédaigneux dé la vie, et surtout de la vie triviale\n des champs, il crée des chefs-d'œuvre d'une observation fine eL profonde où,\n dans l'évocation lumineuse de la nature, des troupeaux, de l'existence\n monotone du paysan et des bêtes, il fixe en même temps, si l'on peut dire,\n l'âme de la terre natale et l'intimité de la race qui llhabite.\n    C'est un grand charme de paix et d'inconscient recueillement qui émane de\n ces paysages, qui ne sont point des décors, animés par les bestiaux qui\n sortent de l'étable, joyeux de la douceur du printemps revenu, ou paissant\nou dormant dans l'étendue des pâturages. Et dans l'uniformité apparente de\nces aspects, il y a une étonnante diversité, faite de pénétration toujours en\néveil et de compréhension nuancée et délicate.\n    M. Emile Michel, dans la monographie qu'il consacre au célèbre animalier,\nfait excellemment sentir tout cela et montre, avec le talent critique qu'on lui\nconnaît, la grandeur de cet art si humble.\n\n    L ' A r t flamand et h o l l a n d a i s (Numéro d'Août). — M. Jacques\nMesnil consacre une excellente étude critique à la publication des Très riches\nheures du duc de Berry, par le comte Durrieu ; il insiste judicieusement sur le\ncaractère international de l'art des auteurs d'une partie des miniatures de ce\nmanuscrit, les frères de Limbourg,et dont l'œuvre, délicieusement réaliste, et\nqui reflète par endroits l'influence de l'école giottesque, se place, comme un\nmagnifique prélude, aux débuts de la rénovation de la peinture dans le Nord.\n(Dix admirables reproductions.) Quelques artistes liégeois : Auguste Donnay ;\npar M. Desombiaux. Bibliographie.\n   (Numéro de Septembre). — Numéro enrichi de nombreuses et excellentes\nreproductions, notamment de celles du triptyque de Mérode et des panneaux\ndu Prado, attribués au maître de Flémalle, et consacré entièrement à l'Expo­\nsition de la Toison d'Or.\n   Texte de M. H. Hymans, dont on connaît la spéciale compétence.\n\n   L ' A r t e t l e s A r t i s t e s (Numéro d'Août). — M. Morice promène le\nlecteur dans la Collection David Weill, riche, surtout, en œuvres françaises\nduXVIIIesiècle. Curieux article de M. Mirtil sur deux œuvres de Couture,\n"}, {"page_pdf": 790, "texte": "                                   LES LIVRES                                     66l\n\nexécutées, l'une, pour le gouvernement républicain de 1848 : l'Enrôlement des\nvolontaires; l'autre : le Baptême du prince impérial, pour le gouvernement de\nNapoléon I I I — et restées toutes deux inachevées. E t u d e de M. L e c o m t c\nsur Renoir et de M. Vaillat sur le dessinateur Desfriches (1715-1800). Le mois\nartistique, archéologique. Nouvelles artistiques, etc. Nombreuses illustra­\ntions dont u n e , hors texte, en couleurs, de M. Meifren\n   ( N u m é r o de Septembre.) — M. André Girodie r e n d compte de l'Exposition de\nla Toison d'Or, en l'examinant principalement au point de vue de l'icono­\ngraphie picturale et numismatique des princes et seigneurs dont les portraits\nsont réunis à Bruges. L'honorable Reginald Lister parle de Jean Goujon;\nM. Ma.uclair, du verveux dessinateur Steinlen; M. André, des Enseignes de\nParis. Chroniques d'art, etc. (34 illustrations, dont une en couleurs, hors\ntexte, d'après Albert Besnard).\n\n   L e s A r t s a n c i e n s d e F l a n d r e (4 e fascicule) achèvent leur deu­\nxième année d'existence en publiant une étude très fouillée de M. Cohen sur\nMarinus Van Roymerswaele, cet imitateur de Metsys, c o n n u , surtout, par ses\ntableaux d'Usuriers, de Receveurs ou d'Avares, à l'accentuation grotesque.\nMM. H e n r y Rousseau et Adolphe Maelder achèvent en poursuivent la p u b l i ­\ncation de renseignements très intéressants sur l'Art ancien bruxellois (les\nretables sculptés) et sur 1'Art flamand en Zélande. M. Durand-Gréville continue\nà examiner les Œuvres flamandes à l'Exposition du Guildhall, classant, comparant\nidentifiant, selon sa méthode patiente et souvent fructueuse. L e n u m é r o est\naccompagné, comme d'ordinaire, de belles reproductions hors-texte.\n   Les Arts anciens annoncent l'apparition d'un fascicule spécial consacré à\nl'Exposition de la Toison d'Or.\n\n  L a R a s s e g n a d'arte        senese (Anno III, fascicolo II) nous\nrévèle des œuvres inconnues de Sano di Pietro et de Matteo di G i o v a n n i ;\nVierges à l'enfant, dans l'habituelle manière délicatement archaïsante de ces\nmaîtres (notices do MM. Misciattelli et P e r k i n s accompagnées de bonnes\nreproductions).\n   Sous le titre : Arte d'ieri ed arte d'oggi, M. Lusini étudie, dans un esprit de\ncritique très judicieux, les restaurations, parfois excessives, effectuées, en ces\ndernières années, au D ô m e de S i e n n e . D a n s les Notizie, renseignements\n(2 reproductions) sur les peintures siennoises conservées au Musée de\nB u d a - P e s t , etc.\n   D a n s S i e u a m o n u m e n t a l e , qui forme supplément à la Rassegna d'Arte,\nsix planches constituant la description graphique complète, commentée dans\nun précis de l'architecte Francesco Nolari, de l'église de S. Pietro in Villore,\nprès de S. Giovanni d'Asso, curieux édifice r o m a n dans le style duquel se\ndécèlent des influences ravegnates et lombardes.\n\n   A u g u s t a P e r u s i a (Mai-Juin). — Intéressants articles au sujet d'oeuvres\net d'objets visibles à l'exposition d'art ombrien : M. Perali parle de toiles\nfabriquées à Pérouse, du XIIIe au XVIe siècle, décorées de signes et de sym-\n"}, {"page_pdf": 791, "texte": "662                                  DURENDAL\n\n\nboles magiques, dont il attribue la tradition à certaines sectes hérétiques et\nqui proviennent, sans doute, principalement, de la tradition orientale que\nl'on retrouve, partout, aux origines de l'art roman et gothique ; M. Ansidei\nétudie les miniatures de quelques manuscrits, dont deux de la Franceschina (le\nMiroir de l'ordre mineur) et celui de la Matricola della Mercanzia, de P é r o u s e ,\nillustré avec un goût exquis. Articles au sujet d'œuvres de Matteo da Gualdo,\nd'Ottaviano Nelli, de Picro di Cosimo. Chronique de l'exposition, etc.\n(20 reproductions).\n\n\n    L'Art public, dont le premier n u m é r o (Juin) est richement illustré,\nn o t a m m e n t de remarquables reproductions de marbres et de bronzes antiques\ndu Musée d ' H e r c u l a n u m , se présente comme l'organe de l'Institut interna­\ntional d'art p u b l i c . Cet Institut qui, d'après l'introduction manifeste élaborée\npar M. Broerman pour ce fascicule inaugural, est une « œuvre dont l'unani­\nmité internationale qui l'a décrétée se propose de nous ramener à des prin­\ncipes féconds », s'est d o n n é pour but de promouvoir la beauté dans tous les\ndomaines de la vie publique, en ravivant les traditions artistiques régionales,\nen r a m e n a n t , par exemple, les architectures nationales à « l'évolution logique,\ndélaissée pour l'architecture bâtarde qui soumit toutes les nations au nivelle­\nment esthétique intronisé à Versailles, au XVIIe siècle, nivellement étendu aux\narbres et aux plantes, géométrisant, uniformisant même les beautés natu­\nrelles ». L'entreprise, dont M. B r o e r m a n se fait ainsi, dans une langue indé­\nniablement nationale, le protagoniste, n'est pas m é d i o c r e ; il s'agit, en somme,\nde ramener l'un vers l'autre le peuple et l'art qui, depuis quatre siècles, se\nsont tourné le dos.\n    L e moyen de recréer une mentalité, de renouer u n e « évolution logique »,\nmodifiée ou i n t e r r o m p u e d e p u i s tant d'années? C'est de viser à la « sereine\nsimplicité du vrai » ; de s'abandonner à l'instinct, c o m m e les animaux variés\ndont M m e Carmen Sylva — en des pages intitulées Pour la Beauté et traduites (ou\n trahies) du roumain — célèbre le sens esthétique : chiens, chats, crapauds,\n serins, « u n m a t o u , entre autres, qu'elle a vu regarder ses chattes (un matou\n turc?) avec u n e complaisance tout h u m a i n e lorsqu'il les voyait parées de\n r u b a n s nouveaux, lilas tendre »... C'est un fait, de m ê m e , qu'au point de vue\n de l'esthétique olfactive, les remarques de l'auteur tendant à établir que « la\n punaise est désagréable à tous les animaux » et que « l'odeur de l'ours fait\n  trembler les chevaux »,..\n      En dehors de cela, l'Art public publie d'intéressantes pages de M. Vachon,\n  sur l'Hôtel de Ville de Paris; de M. Carton de W i a r t , sur la Résurrection d'Her-\n  culanum; de W a l t e r Crane, sur l'Education artistique; des extraits du Cours\n  d'esthétique, professé à Bologne par M. M. P i l o ; de M. Van D u y s e , sur les\n  Liederavonden de G a n d , etc.\n\n                                                                    ARNOLD G O F F I N .\n"}, {"page_pdf": 792, "texte": "                                  LES LIVRES                                 663\n\n\nLA MUSIQUE :\n B e e t h o v e n , par JEAN CHANTAVOINE. — (Félix Alcan, éditeur.)\n    M. J e a n Chantavoine qui publia il y quelques années une traduction très\nremarquée de la correspondance de Beethoven, accompagnée d'une introduc­\ntion et de notes, était désigné mieux que tout autre p o u r nous raconter la vie\net l'œuvre du Maître de Boon. Il le fait avec autant de clarté que d'intelligence\net de méthode. Il nous montre le génie de Beethoven se dérobant peu à peu à\nl'influence de ses maîtres H a y d n , Albrechtsberger, et comment dés 1795 (il\navait alors vingt-cinq ans) sa conception d'art ne se rattache plus à a u c u n\nenseignement mais p r e n d sa source intime et profonde d a n s les événements\nm ê m e de sa vie qui « se projettent de loin, de haut, sur cette œuvre par\nlarges touches comparables aux taches errantes que font, sur un vaste horizon\nensoleillé, les nuages poussés par le vent ». Désormais, si Beethoven écrit\nencore quelques compositions faciles et secondaires qu'il « barbouillera pour\ndu pain et de l'argent » il les distinguera soigneusement des autres, de celles\noù avec tant d'éloquence il exprimera son âme et son idéal. Ainsi Beethoven\nqui, comme tout le XVIIIe siècle, ne voyait d'abord dans la musique qu'un\nart agréable, l'élève par la suite aux significations lyriques, et y entrevoit peu\nà peu des sommets encore plus sublimes et comme inaccessibles à lui-même.\nDes modifications correspondantes apparaissent dans sa méthode de travail,\noù à la facilité première succède une gestation plus longue et plus pénible,\nun enfantement plus douloureux.\n   M. Chantavoine examine ensuite les différentes parties de l'œuvre du\nmaître. N o u s ne pouvons le suivre pas à pas dans cette étude attentive et très\ncomplète, où chaque composition est analysée brièvement en ses traits essen­\ntiels, d'abord la sonate et ses dérivés, puis les quatuors, la musique sympho­\nnique, enfin la musique vocale (les mélodies, Fidélio, la messe en ré).\n   Arrêtons-nous u n instant aux conclusions de l'auteur : D a n s l'œuvre d e\nBeethoven, la matière (mélodie, harmonie) se caractérise par une extrême\nsimplicité, la forme par une variété incessante. Les thèmes mélodiques de\nBeethoven réduits à un graphique idéal c o m m u n donneraient u n e ligne qui\nondulerait à peine et dont les sinuosités n'auraient guère d'ampleur. L a\ngamme et l'accord parfait, les assises même de la tonalité sont les éléments\nqui le plus souvent les constituent. Q u a n t aux thèmes symphoniques, la sim­\nplicité encore ici est absolue. On n'a qu'à se rappeler les quatre notes initiales\nde la Cinquième S y m p h o n i e ou le simple intervalle de quinte qui ouvre la\nNeuvième. Bien qu'en progrès énorme sur les âges précédents, l'harmonie\nchez Beethoven est aussi très simple et se caractérise surtout par la liberté\ndans les modulations. Ses audaces sont relatives et ne doivent leur force qu'à la\nsobriété classique du contexte.\n   Q u a n t à la forme si multiple et changeante du maître de B o n n , M. Chan­\ntavoine ne goûte point la théorie connue et assez arbitraire des trois styles et\nil se rallie à la manière de voir plus synthétique que Liszt expose dans u n e\nlettre célèbre : « L'œuvre de Beethoven se répartit logiquement en deux\ncatégories : la première, celle où la forme traditionnelle et convenue contient\n"}, {"page_pdf": 793, "texte": "664                                  DURENDAL\n\n\net régit la pensée du maître, et la seconde celle où la pensée étend, brise,\nrecrée et façonne au gré de ses besoins et de ses inspirations la forme et le\nstyle. » On peut aller encore plus loin et dire qu'en chaque g r a n d e œuvre de\nBeethoven s'opposent ou se combinent les deux principes d'autorité et de liberté,\ntandis que l'étude de son œuvre entière a m è n e à constater le triomphe pro­\ngressif de la liberté sur l'autorité.\n   Ce j u g e m e u t de Liszt explique non seulement l'œuvre de Beethoven mais\nencore son influence au XIXe siècle. Car chose étrange, les maîtres les plus\ndifférents du siècle passé se sont tous réclamés de Beethoven. Les uns\n(Mendelssohn, Brahms) ont envisagé plus volontiers chez Beethoven le\nprincipe d'autorité, les autres (Berlioz, Liszt, S c h u m a n , Wagner) le principe\nde liberté.\n   « Ainsi l'œuvre d'un siècle aura été l'œuvre d'un h o m m e . Dire que Beethoven\na m a r q u é le passage de l'époque classique à l'époque romantique, ce serait\nrabaisser à u n rôle transitoire et comme secondaire u n art qui est toute indé­\npendance et toute originalité; ce serait aussi limiter son action dans le temps\nà une courte période, que son rayonnement dépasse... P a r Beethoven,\npourrait-on dire, de science la musique est devenue conscience et tous ceux-\nlà seront éternellement ses disciples qui, sans le copier ou l'imiter, jouiront\nde la liberté qu'il leur a conquise dans la douleur. »\n\nM e n d e l s s o h n , par CAMILLE BELLAIGUE. — (Félix Alcan, éditeur.)\n   M. Camille Bellaigue nous explique à fond le génie et l'esthétique de Men­\ndelssohn. Il y distingue la forme ou la t e c h n i q u e du sentiment ou de l'Ethos.\n   Dans la musique de Mendelssohn, la mélodie occupe le premier r a n g . Moins\noriginale que celle de Schubert ou de S c h u m a n n , car « il semble que les chants\nde Schubert et de S c h u m a n n viennent de plus loin, du côté du mystère »,\nSchubert étant le musicien de la vie universelle, S c h u m a n n celui de la vie\nintérieure et intense, la mélodie de Mendelssohn se caractérise par son ampleur\nde développement, par la quantité de notes, de mesures nécessaires à son\nexistence et à sa b e a u t é . C'est cette « longueur de grâce » dont Chateaubriand\na parlé quelque part.\n    Mendelssohn possède aussi le génie s y m p h o n i q u e consistant à déduire\nd'une idée ou d'un fragment d'idée musicale toutes les conséquences de\nlogique et de beauté qui en découlent. A cet égard Mendelssohn, très au-\n dessous de Bach, de Beethoven, de W a g n e r , ces trois géants de la symphonie,\ndépasse de b e a u c o u p S c h u b e r t et S c h u m a n n . Ceux-ci répètent. Seul Men­\n delssohn développe.\n    Au-dessus du symphoniste se révèle en Mendelssohn u n coloriste de\n premier ordre. L'instrumentation dans son œuvre est admirable de plénitude\n et de transparence. T a n d i s que dans l'art classique des Bach, des H a n d e l ,\n des Mozart, etc., le quatuor semble la base de l'orchestre, les instruments à\n vent acquièrent avec l'avènement du romantisme une importance inconnue,\n jusqu'alors. « Mendelssohn a su ce que peuvent, animés par des lèvres\n h u m a i n e s , le bois et le métal. C'est eux peut-être qui d o n n e n t le timbre le\n plus original et le plus clair à l'orchestre mendelssohnien. » E n général on\n"}, {"page_pdf": 794, "texte": "                                      LES LIVRES                                        665\n\npourrait dire de l'art de Mendelssohn que la pensée y est nouvelle sous des\nformes restées classiques. Deux de ces formes sont particulièrement affec­\ntionnées de l'auteur du Songe, ce sont la fugue et le choral. (Oratorios de\nPaulus et d'Elie.)\n    Après ce très sagace commentaire de la forme mendelssohnienne, M. Bel­\nlaigue cherche à fixer l'esprit, les significations, les intimes aspirations de cet\nart complexe et variable. T a n t ô t il est imprégné de passion et de rêve,\nd'inquiétude et de mélancolie, se traduisant par le mode mineur. T a n t ô t il\nchante la joie, non à la façon profonde et sublime de Beethoven, mais dans\nses modes légers et brillants. Parfois aussi il prend des aspects décoratifs et\ns o m p t u e u x . Le sentiment religieux tient u n e place d'honneur dans le génie\nautant que dans la vie de Mendelssohn, et ici M. Bellaigue analyse les\noratorios Elie et Paulus renfermant des parties magistralement traitées dont il\nfait ressortir les beautés, tant au point de vue dramatique qu'au point de vue\nlyrique. Enfin, l'art de Mendelssohn témoigne d'un sentiment très vif et très\nprofond de la nature. A cet égard, le Songe d'une nuit d'été, l'Ouverture de la\nGrotte de Fingal sont de purs chefs-d'œuvre. Deux symphonies de Mendelssohn\n— sur cinq — portent le nom d'un pays dont elles reflètent l'aspect ou le\nvisage. Ce sont la S y m p h o n i e italienne, la S y m p h o n i e écossaise.\n    Quelles sont les origines de Mendelssohn? E n lui, rien ou presque rien de\n Beethoven. P a r contre, son œuvre se pare souvent de la grâce tendre et sou­\nriante d'un Mozart. L e s rapports très apparents d'Obéron et du Songe d'une nuit\nd'été autorisent à dire non que Mendelssohn procède de W e b e r , mais qu'il\ns'est rencontré avec lui. Dans la musique religieuse, l'art mendelssohnien se\nrattachera plutôt au style de Bach et de H ä n d e l .\n    O ù trouverons-nous l'influence de Mendelssohn ? Dans S c h u m a n n d'abord\nqui lui doit le germe de son romantisme et de son lyrisme ardent, avec cette\ndifférence que le maître de Zwickau éliminera les restes de la tradition et du\nclassicisme, et que le trouble dont Mendelssohn ne fut qu'effleuré l'agitera,\n lui, jusqu'au fond et tout entier. Malgré l'aversion injustifiée que W a g n e r\nprofessait contre Mendelssohn, l'influence de ce dernier est souvent visible\n dans l'épopée du Ring. La mélodie admirable de gravité et de noblesse qui\n constitue le fond du dialogue entre B r u n n h i l d e et S i e g m u n d , au second acte\n de la Walkyrie, est puisée dans les premières mesures de la S y m p h o n i e\n écossaise. L e prélude du Rheingold s'inspire directement de l'ouverture de\n Mélusine. On retrouve certain épisode du Lobgesang dans le troisième acte de\n Tristan. E n F r a n c e , Saint-Saëns (Danse Macabre) et surtout Gounod ont\n subi l'influence ou le charme mendelssohnien.\n   Et, pour conclure, ou allons-nous placer Mendelssohn ? « Dans la région des\nidées claires et fines, des sentiments comme des sensations délicates et des\npassions tempérées. Il a dit rarement des choses s u b l i m e s ; parfois il en a dit\nde hautes, de nobles, et très souvent d'exquises. Mais parce qu'il n'en a jamais\ndit d'obscures, encore moins d'inintelligibles, on affecte de le dédaigner\naujourd'hui. »\n                                                                              G.   DE   G.\n"}, {"page_pdf": 795, "texte": "666                                    DURENDAL\n\n\nL'œuvre dramatique de César Franck : Hulda et Ghiselle,\n   par CHARLES VAN DEN BORREN. — (Fischbacher, Paris.)\n   Dans cette étude forte, sérieusement documentée, M. Van den Borren\ndonne une analyse approfondie de Hulda et de Ghiselle, les deux seuls\nouvrages que Franck ait composé pour la scène. Il y met en lumière les\npuissantes beautés de ces deux drames dont les faiblesses ne peuvent être\nattribuées qu'aux imperfections des livrets dont Franck s'est servi. Telle est\nl'idée maîtresse que M. Van den Borren développe et justifie au cours de son\nremarquable travail. Une introduction brève mais solide et nourrie synthétise\nle génie de Franck dont elle explique les tendances foncières à la vérité plus\nlyriques que dramatiques, tournées vers l'idéalisation, d'où résulte dans la\npeinture musicale des caractères une psychologie un peu uniforme, mais il\nfaudrait se garder d'en conclure que les créations dramatiques de Franck sont\nd'ordre secondaire et négligeable, l'auteur des Béatitudes étant voué à rendre\nbelles toutes les choses qu'il aime et auxquelles il touche pour les traduire en\nmusique, M. Van den Borren situe les drames de Hulda et de Ghiselle dans\nl'ensemble de l'œuvre du maître, détermine la part d'influence plutôt res­\ntreinte que les conceptions et les réformes wagnériennes ont exercé sur\n Franck dans le domaine du drame musical, et appelle de tous ses vœux\nl'instant où Hulda et Ghiselle, sauvées d'un oubli injustifié et inexplicable,\nseront enfin montées sur notre plus grande scène lyrique. « Il faut », dit-il,\nen terminant cette introduction, « qu'il se fasse autour de Hulda et de Ghiselle\nune propagande continue et obstinée, qu'on les commente, qu'on les cri­\ntique, qu'un débat incessant s'engage à leur sujet. L'on comprendra mieux,\ndès lors, l'urgence qu'il y a à nous les montrer dans le mirage de leurs décors\net dans la sérénité suave de leur musique ». La suite du livre est consacrée à\nl'étude des sources où ont été puisés les livrets de Hulda et de Ghiselle, à l'étude\nde ces livrets eux-mêmes, et enfin à l'examen détaillé des deux partitions.\n    Indépendammeut de la noblesse du but ici poursuivi et à laquelle il con­\nvient de rendre hommage, l'ouvrage de M. Van den Borren atteste une\ngrande sûreté d'analyse, révèle un véritable tempérament de critique averti et\njudicieux. Les deux drames de Franck y sont scrutés dans tous les éléments,\nsous tous leurs aspects, avec autant de largeur et de lumière dans la discus­\nsion que de perspicace sagacité dans les appréciations et les conclusions.\n L'auteur connaît à fond l'œuvre de Franck et l'on sent qu'il en a le culte pas­\nsionné. C'est pourquoi il a écrit un livre à la fois instructif et intéressant.\n                                                                        G. DE G.\n\nDIVERS :\n\nP h i l o s o p h e s c o n t e m p o r a i n s , par   HARALD HOFFDING.   Traduction\n  TRAMESAYGUES. Un          vol.\nP a r e r g a e t P a r a l i p o m e n a : Philosophie et Philosophes, par ARTHUR\n  SCHOPENHAUER. Traduction DIETRICH. — (Paris, Alcan.)\n   Deux volumes destinés à enrichir encore la déjà si riche Bibliothèque de\nphilosophie contemporaine, éditée par la maison Alcan et qui, dans son intelligent\n"}, {"page_pdf": 796, "texte": "                                    LES LIVRES                                    667\n\néclectisme, est comme l'ample et imposant répertoire de la pensée émouvante\net diverse de ce temps. M. T r a m e s a y g u e s nous donne la traduction du com­\nplément des travaux — dont nous avons parlé antérieurement — de M. Hoff-\nding sur l'Histoire de la philosophie moderne; M. Dietrich ajoute à l'intéressante\nsérie des Parerga et Paralipomena, de Schopenhauer, la traduction soigneuse­\nment annotée des études consacrées par le génial et irascible penseur de\nFrancfort à l'examen sarcastique des systèmes nébuleux de Hegel et consorts\net à r e n o n c i a t i o n des principes véritables de la philosophie, qui sont, natu­\nrellement, les siens.\n    Primo vivere! s'exclame, quelque part, Nietzsche, mais, peut-être, ce primo\nimporte-t-il peu, vivere étant de condition obligatoire! L a vie, que nous la\nprenions en activité ou en passivité, va toujours; elle passe et elle nous\ndépasse, nous laissant avec nos pourquoi et nos comment irrésolus... P o i n t faute\nde réponses, cependant, à commencer par celles des vieux chefs de file, Aris­\ntote et P l a t o n , jusqu'à celles de tous ceux qui sont venus depuis, pour asseoir\nle m o n d e de la pensée sur l'esprit ou sur la matière, sur l'idée ou sur le mou­\nvement, sur l'évolution ou contre elle, sur l'analyse ou, comme R e n a n , sur la\nsynthèse ironique d'un dubitatif sourire...\n    L'intelligence cherche, invente, subtilise, échafaude de fragiles construc­\ntions, pyramides renversées, éphémères, sur lesquelles quelqu'un qui, ensuite,\nvient, souffle. Avec une verve amère et caustique, Schopenhauer, biffe\nH e g e l , Schelling et Fichte, philosophes domestiqués d'université, émissaires\nd'imposture. A ses yeux, la philosophie est, non point u n e science armée de\nprincipes vérifiés et de preuves qui s'imposent à toute compréhension, mais\nu n art qui, comme tout art, se crée chez le lecteur dans la mesure des facultés\nde réceptivité de celui-ci; son étude doit être le comment et nullement le pour-\nquoi des p h é n o m è n e s : le mot de sa propre énigme, le m o n d e lui-même nous\nle révélera; il est en nous-mêmes, le secret de la vie, et l'expérience nous le\ndévoilera, plutôt que la vanité de creuses logomachies.\n    L e prestige de celles-ci, pourtant, et l'enivrement des mots prévalurent\nlongtemps, et la forte et froissante leçon de S c h o p e n h a u e r commençait à\npeine d'être écoutée, que Nietzsche s'efforçait, après s'être nourri d'elle, de la\n détruire : E n même temps que W a g n e r , avec ses grandeurs d'extase et de\n religion, il repousse Schopenhauer, avec son néant et sa pitié, pour proclamer\n la joie et la férocité nécessaires de la vie! L e maître et le disciple vite révolté,\n étaient des poètes et, aussi, Guyau, attaché, lui également, à u n e « révision des\n valeurs ». Ce dernier appelle ou, mieux, il attend avec sérénité u n temps où la\n prédominance de l'animalité décroîtra dans le monde : « Alors, pense-t-il, le\n côté esthétique et le côté moral se confondront d a n s l'affirmation des valeurs\n naturelles de la vie. On se convaincra à la fin qu'aucun artiste ne p e u t vrai­\n ment représenter autre chose que sa vie p r o p r e — et que la valeur de son\n  œuvre devra dépendre de la valeur de cette vie »... A la fin?... Qui, pensant,\n  n'en est pas convaincu, dès aujourd'hui? E t que la philosophie de G u y a u ou\n  celle de Nietzsche ne doivent rien aux artifices de l'école, mais sont la\n  réflexion intense de leur personnalité? Car, pour eux comme pour Scho­\n  penhauer, la philosophie fut un art, tout de passion, de réalité et de vie.\n"}, {"page_pdf": 797, "texte": "668                                    DURENDAL\n\n\n    Toute philosophie, et la leur même, est, par quelque côté, religion, et\nl'adhésion que nous d o n n o n s à ses conclusions est faite, souvent, plutôt de\nfoi que d'entendement... E t pas moins, sans doute, depuis que la philosophie,\nchez tel ou tel des penseurs que M. Hoffding étudie avec u n e méthode si\nattrayante, fait route de compagnie avec la science — jusqu'au m o m e n t où\ncelle-ci s'esquive, à l'aspect du chemin interrompu à pic, sur le v i d e ! . . . La\nphilosophie continue toute seule : et que si l'on se d e m a n d e : « A quoi bon ?... »\non peut répondre, avec l'Allemand Avenarius, que son objet est de \" penser\nle m o n d e conformément au principe de la moindre masse de force \", autre­\nm e n t dit de résumer la complexité de la vie sous u n concept synthétique qui\nnous la rende assimilable avec u n m i n i m u m d'effort... E t , peut-être, le\ns u r h o m m e de Nietzsche pourrait-il apparaître, considéré sous le même angle,\ncomme une sorte de délégué au b o n h e u r , à la jouissance, à la pensée, destiné\nà débarrasser le reste de l'humanité-esclave de l'inquiétude du b o n h e u r et de\ntout souci m é t a p h y s i q u e ! . . . Mais le s u r h o m m e n'est pas venu encore ou,\ndu moins, s'il est venu, ç'a été incognito, et il est curieux de constater, après\ntant de négations et de dédains retentissants, que les derniers philosophes\ncontemporains sur lesquels l'attention de M. Hoffding s'arrête, l'Allemand\nE u c k e n et l'Américain J a m e s , sont tous absorbés par la psychologie de l'aspi­\nration religieuse de l'homme.\n\n\nLes amours et autres poèmes d'Estienne Jodelle, sieur\n   d e L y m o d i n , publiés par A D . VAN BEVER. — (Paris, Sansot.)\n   L e s poètes n'ont jamais été chiches d'épithètes laudatives et triomphales\nles uns envers les autres, surtout lorsqu'ils gravitaient dans la même constel­\nlation : car c'est là le lieu des poètes, et parmi les lumières, qu'au nom de la\nloi on a éteintes au ciel, ne se trouvent pas les leurs! E t les femmes qu'ils\naiment participent, nécessairement, de la divinité qu'ils se reconnaissent,\nréciproquement, avec la prodigalité de bons camarades, généreux d'éloges\nqui ne les appauvrissent point !\n    Il n'en coûte rien de prédire une g r a n d e gloire p o s t h u m e , que le prophète,\nni le patient ne seront là pour vérifier! Ou il n'en coûte q u ' u n naïf ana­\ng r a m m e , comme celui du nom d ' E s t i e n n e Jodelle, avec les lettres duquel\nJacques T a h u r e a u , « écuyer, sieur de la Chevallerie », avait combiné ces mots :\n« Io, le Délien est né! », dont il avait été si ravi qu'il en avait fait l'argument\nd'une ode en l'honneur du nouvel Apollon. Depuis, et de nos j o u r s m ê m e s ,\ndes Déliens sont nés ainsi, en grand n o m b r e , d'un jeu de mots, qui sont morts\nde mort et d'oubli également naturels! C'a été le sort de Jodelle lui-même,\nétoile de première grandeur, cependant, au milieu de cette brillante P l é i a d e ,\nsi rapidement dérobée à la vue derrière le décor pompeux et classique dressé\npar les Malherbe, les Boileau et autres législateurs du P a r n a s s e . I1 subit la\nmême fortune que R o n s a r d , maître de la libre grâce lyrique française; que\nle c h a r m a n t Baïf et le fier du Bellay, mais moins heureux qu'eux, lorsque\nSainte-Beuve e x h u m a toute cette beauté, méprisée si longtemps, il se vit\nassigner u n e place très secondaire et encore, plutôt pour ses initiatives\n"}, {"page_pdf": 798, "texte": "                                    LES LIVRES                                     669\n\n\nthéâtrales que p o u r son œuvre proprement poétique, assez monotone, il faut\nl'avouer, et d'une inspiration plus roide que fleurie.\n   Celle-ci n'avait pas eu jusqu'ici l'honneur d'une réédition. M. Van Bever\nnous en donne une, excellente, selon sa coutume, soigneusement annotée et\nrevisée sur les éditions originales, et qui permettra à c h a c u n de juger du\nmérite du poète des Amours autrement que de ouï-dire.\n\n\nL e s g r a n d e s institutions de F r a n c e : La Monnaie, par M. F. MA­\n  ZEROLLE. — (Paris, Laurens.)\n   L'auteur de cette attachante monographie est archiviste de la Monnaie,\nc'est dire que son travail est a b o n d a m m e n t et richement documenté et que, pro­\nvenue de source, son érudition est, c'est le cas d'user de ce terme, du meilleur\naloi! M. Mazerolle nous résume l'histoire du monnayage en F r a n c e , d e p u i s\nles origines presque jusqu'à nos jours, depuis les premiers et informes essais\njusqu'aux brillantes frappes modernes, depuis les coins de L o u i s le P i e u x\njusqu'à la Semeuse de Roty ou le Coq gaulois de Chapelain.\n   Elle est pleine d'intérêt, cette histoire, et singulièrement évocative du passé,\navec ses séries de monnaies et de médailles dont l'effigie ou la gravure\n représente à la pensée toute la grandeur d'un règne ou d'un événement.\n M. Mazerolle nous dit tout cela, en illustrant son texte de la reproduction de\nn o m b r e de pièces rares ou belles, et il nous explique aussi, en connaisseur,\nles phases et les modes de la fabrication m o n é t a i r e .\n                                                                  ARNOLD G O F F I N .\n\n\nN u i t s d ' O r i e n t , Folklore roumain, par H É L È N E VACARESCO. — (Sansot,\n   Paris.)\n   Voici encore u n apport intéressant à cette littérature roumaine actuellement\nen pleine efflorescence et qui puise volontiers ses énergies vitales à la source\nfraîche et intarissable desantiques légendes terriennes. M lle Vacaresco réunit\nici un certain n o m b r e de contes écrits en ce style charmeur, a b o n d a m m e n t\nimagé, unissant la force à la grâce, qui est l'apanage de la distinguée\npoétesse.\n   Ce joli livre sera accueilli avec faveur par tous ceux qui se complaisent dans\nl'étude du folklore roumain, folklore d'une saveur si caractérisée et où des\nformes délicieusement naïves abritent souvent de très suggestifs symboles.\n                                                                           G. DE G.\n\nM é d a i l l e s h i s t o r i q u e s de B e l g i q u e (1907), par ED. LALOIRE.\n   — (Bruxelles, Goemaere.)\n   M. E d . Laloire nous d o n n e dans cette plaquette la nomenclature et la des­\ncription, avec quelques reproductions, des médailles historiques frappées en\nBelgique en 1906. E n tout treize médailles dues p o u r la plupart à l'initiative\nprivée ou à la Société des amis de la médaille d'art. L e s auteurs de ces médailles\nsont G. Devreese, H . L e B o n , J e n n y L o r r a i n , A. Michaux, Ch. Samuel,\nF . Vermeylen, F I . et P . Wissaert.                                       H . M.\n"}, {"page_pdf": 799, "texte": "                            NOTULES\n\n  LE CHEMIN DE LA CROIX D'ERNST WANTE. — Nous repro­\nduisons dans ce fascicule une des plus intéressantes et plus curieuses\nstations du Chemin de la Croix en voie d'exécution à l'église Saint-\nJoseph, de Bruxelles. C'est l'œuvre du peintre Ernst Wante, d'Anvers,\nauteur de la grande fresque de la chapelle du collège Saint-Jean-\nBerchmans, d'Anvers, de la splendide peinture murale de l'église\nSaint-Boniface et de nombreuses autres belles œuvres religieuses.\nErnst Wante est un des artistes religieux les plus doués de notre\népoque. Ses œuvres dénotent un talent de composition hors ligne. Elles\nse distinguent par une belle et saine originalité. Son Chemin de la\nCroix ne ressemble en rien à tant d'autres qui déparent nos églises\npar leur insignifiance ou par leur vulgarité. La scène reproduite dans\nce numéro est surtout remarquable par son côté pittoresque. L'atti­\ntude des bourreaux interpellant un passant appelé Simon et le som­\nmant de prendre la croix du Christ et l'étonnement du cyrénéen ahuri\nde se voir chargé d'une corvée à laquelle il ne s'attendait guère, sont\nexprimés avec un accent de vérité étonnante et dans une note réaliste\ndu meilleur aloi.                                  Henry MŒLLER.\n                                        ***\n   G e o r g e s V i r r è s , notre ami et notre secrétaire de rédaction, a épousé,\nle 3 octobre 1907, Mlle Marie d'Hérouville, de Paris. La bénédiction\nnuptiale leur a été donnée en l'église Saint-François-Xavier, à Paris. Nous\noffrons à notre ami Virrès et à sa charmante femme nos plus vives et affec­\ntueuses félicitations et nos plus sincères et cordiaux souhaits de bonheur.\n                                        ***\n   E u g è n e L a e r m a n s . — Très juste la réflexion émise par Grégoire\nLeroy dans la Belgique Artistique au sujet de cet admirable peintre :\n  « Toutes les misères, tous les drames, tous les tragiques quotidiens de la vie\ndes pauvres et des gueux sont flagrants dans la moindre page de Laermans.\nSon dessin et son coloris sont adéquats à sa pensée ! ses lignes frustes et som­\nmaires sont une pauvreté morale qu'il ajoute au dénuement de ses person­\nnages; ses couleurs brutales en tons plats, ses oppositions de lumière\néquivoque et d'ombre nettement tranchée, son choix de l'heure et de la saison\noù le soleil et l'automne luttent avec la nuit et l'hiver, tout ajoute à la douleur\nsystématique de son œuvre.\n  » Qu'importe que telle page se rapproche davantage du chef-d'œuvre, si,\n"}, {"page_pdf": 800, "texte": "                                      NOTULES                                       671\n\n\ndans des toiles moins réussies, l'artiste affirme encore une telle maîtrise que\nnul devant elles ne puisse passer indifférent. Il n'est pas une maladresse\ncaricaturale du dessin, il n'est pas un glacis douteux qui puissent se discuter\nsans que Laermans ait le droit de répondre péremptoirement : « Je l'ai\nvoulu. » Et je crois sincèrement que telle est la vérité.\n   » Que son art rebute les admirations courantes, il est trop facile de le com­\nprendre, mais qu'une âme d'artiste y demeure rebelle, parce qu'insatisfaite,\nil n'est guère vraisemblable que cela puisse être.\n   » C'est le plus juste hommage que nous ' puissions rendre au maître\nLaermans. »\n\n\n   L a S o c i é t é d a n t e s q u e i t a l i e n n e a décidé d'ériger sur le tombeau\nde Dante Alighieri, à Ravenne, une lampe artistique qui devra être tenue\néternellement allumée. Cette lampe a été exécutée par deux des plus exquis\norfèvres de Florence, et prochainement aura lieu la cérémonie solennelle du\nplacement de ce luminaire. La municipalité de Florence a offert de pourvoir\nà l'entretien de la lampe.\n                                          ***\n    L e s q u a t r e C o n c e r t s p o p u l a i r e s de la saison prochaine auront\nlieu aux dates suivantes : 16-17 novembre 1907, 25-26 janvier, 15-16février\net 2 1-22 mars 1908.\n   Ces quatre concerts se donneront comme par le passé au théâtre de la\nMonnaie. Le premier se donnera avec le concours de Mme Félia Litvinne,\nqui chantera, notamment, le grand air de Rezia à'Obéron et le finale du\nCrépuscule.\n  Le deuxième concert sera consacré à une exécution des partitions les plus\ncaptivantes de Schumann, Le Paradis et la Peri.\n  Le troisième concert sera donné avec le concours du célèbre violoniste\nMicha Ellman et le quatrième concert, avec le concours du pianiste Arthur\nSchnabel, doué, paraît-il, d'un talent hors ligne.\n                                          ***\n  L e C o n s e r v a t o i r e d e B r u x e l l e s fêtera le 10 novembre prochain,\npar un concert extraordinaire, le soixante-quinzième anniversaire de sa fon­\ndation. Le programme sera composé d'ceuvres de Fétis, de MM. Gevaert et\nTinel, — le passé, le présent et l'avenir probable. On interprétera, entre\nautres, le duo des Sœurs jumelles, opéra en un acte de Fétis, l'air de Quentin\nDurward et des chansons françaises harmonisées à quatre voix par M. Gevaert.\n\n\n\n  U n e a c a d é m i e d e L i t t é r a t e u r s . — Le ministre des Sciences et\ndes Arts va donner l'autonomie complète à la classe des Lettres de l'Académie,\nde façon à créer une véritable Académie des belles-lettres d'expression fran­\nçaise. Jusqu'ici nos littérateurs n'étaient pas admis comme tels dans cette\n"}, {"page_pdf": 801, "texte": "672                                   DURENDAL\n\n\nassemblée, où ils entraient à titre de professeurs, historiens ou fonctionnaires.\nDésormais, la section des Lettres sera réservée aux seuls littérateurs. Cette\nacadémie aura capacité pour recevoir des legs ou donations et en disposer.\nElle instituera des prix de littérature, soutiendra les jeunes écrivains par des\nencouragements sérieux ; le gouvernement la consultera en toute occasion où\nson avis p o u r r a être utile.\n\n                                           ***\n      Accusé de réception :\n  H I S T O I R E : La civilisation pharaonique, par ALBERT GAYET ( P a r i s , P l o n ) .\n— Deux princesses d'Orient au XIIe siècle, Anne Comnène, témoin des Croisades ;\nAgnes de France, par L o u i s DU SOMMERARD ( P a r i s , P e r r i n ) .\n\n   L I T T E R A T U R E : Satyros, suivie de quatre élégies romaines et d u journal\nde G Œ T H E . T r a d u i t s pour la première fois par G. P O L T I et P . MORISSE (Paris,\nS a n s o t ) . — Alsace champêtre : Le parfait village, par CARLOS FISCHER ( i d e m ) . —\nRayons d'âme, par M. BIERMÉ (Bruxelles, L a r c i e r ) . — Anthologie de l'amour asia-\ntique, par ADOLPHE TALASSO ( P a r i s , Mercure de F r a n c e ) .\n\n  P O É S I E : Au bord des Landes, par JOSEPH JEANGOUT (Edition Artistique,\nVerviers). — Simples croquis, par MAURICE GAUCHEZ (Bruxelles, L a m e r t i n ) .\n\n    R O M A N S : Les Broussards : Dans le golfe de Siam, par P I E R R E R E Y (Paris,\nP l o n ) . — Le pur métal, par FRANZ FOULON (Bruxelles, W e i s s e n b r u c h ) . —\nL'âme limousine, par JEAN NESMY (Paris, Librairie Nationale). — Ferveur, par\nPROSPER ROIDOT (Bruxelles, Larcier). — La correspondance de Sylvain Dartois,\npar   CARL SMULDERS (idem).\n\n  V A R I A : Discours de combat, dernière série par FERDINAND B R U N E T I È R E\n(Paris, Perrin). — Hors du scepticisme : Liberté et beauté, par F R . R O U S S E L -\nDESPIERRES (Paris, Alcan). — La vie sociale et ses évolutions, par E R N E S T VAN\nBRUYSSEL (Paris, F l a m m a r i o n ) . — N o t r e patriotisme et ses raisons, par PAUL\nSEGERS (Anvers, Van N y l e n ) . — Le cabinet des médailles, par VICTOR TOURNEUR\n(Bruxelles, Misch et T h r o n ) .\n\n\n\n\n                                          ^\n"}, {"page_pdf": 802, "texte": "   G^MPAQllË ^\\h(QLAISE\n                             7^9 PLACE DE BROUCKÈRE\n                                         X p^NÇLâ û£ LA RUE fOSSÉ AUX £.OUPS X\n\n    C H O Q U E et Z O R N\n\n             TÉLÈPH.2014\n\n\n\n\n               LA C O M P A G N I E                 ANGLAISE\noffre un choix très agréable des plus belles nouveautés anglaises, les dernières\nparues pour la plage et le tennis         * * * * * * * * * * * * *\nS E S MODÈLES sont d'une coupe très correcte et d'une élégance extrême;\ntous les plus jolis détails de la mode y sont appliqués          * * * * * * *\nSES VÊTEMENTS DE TOILE ET TUSSOR sont exécutés avec les mêmes soins\nde coupe que ceux de laine ; ils sont de teintes et de dessins jolis et très utilisables\n"}, {"page_pdf": 803, "texte": "FABRIQUE DE MATELAS\n                      Lits Anglais, Berceaux, Couvertures, Duvets\n                        médaille d'Or à l'Exposition Internationale de Bruxelles 1897\n\n                     BERVOETÏTWIELEMANS\n                                      FOURNISSEUR DE LA COUR\n\n         6, 8, 10,12, Rue du Midi M* BRUXELLES\nUsine à v a p e u r , Lavoif d e l a i n e s : JÎUE D E S GOUJONS, Ï20\n\n             THE GRESHAM                                    REMURE D'ART & D'AMATEURS\n           {Compagnie       d'assurances     sfir la vie)\n                   Fondée a, Londres 1 8 4 8\n               Etablie en Belgique en 1 8 6 5\n                   Actif : près de 2 3 3 millions\n                                                            Paul Glaessefjs\n                                                                  Relieur-doreur de 8. A. R. Mme la Comtesse de Flandre\n             Sinistres payés en Helgique : 8 2 millions\n                 PRIMES   MENSUELLES                              24, rue de Berlaimont, Bruxelles\n                    SUCCURSALE BELGE :\n             3 , place Royale, B R U X E L L E S\n\n\n                                          *    ENCADREMENTS                                      Par suite de décès\n                                          V    DORURE         ET SCULP-\n                                          E                                                     LIQUIDATION\n                                          R\n                                               T U R E SUR BOIS             •••••                           DE\n\n\n                                          S\n                                          S\n                                          E\n                                               ESTAMPES                        •«••\n                                                                                             300 VOITURES\n                                               GRAVURES           ANCIENNES\n                                          N                                                   Vente à tonte\n                                          u\n                                          c\n                                               N . B . - LES GRAVURES ANCIENNES                    offre acceptable\n                                          c\n                                          «•   SONT VENDUES AVEC CERTIFICAT                    71, rue Goffart\n                                          s*\n                                               LVAUTHENTICITÉ ,\n                                                                                                   IXELLES\n\n\n\n       LA NUTRICIA\nTéléph. 2 7 4 4                           Société Anonyme                                             LAEKEN\n\n\n     Alimentation d e s Nourrissons\nEnvoi direct aux clients de l a province, par provision d'une semaine, dans les villes\n                              où il n'y a ni succursales ni dépôts\n\nProspectus gratis sur demande                                      Liège 1905 : GRAND P R I X\n"}, {"page_pdf": 804, "texte": "A p a r u à l a L i b r a i r i e VROMANT\n\n                                                                               Prix : fr. 3 . 5 0\n\n\n                             FIRMIN VAN DEN BOSCH\n\nImpressions de Littérature Contemporaine\n                            BRUNETIERE — BOURGET —T1UYSMANS\n                              DE QUELQUES LEÇONS D'ÉNERGIE\n                                 VERHAEREN ET DEMOLDER\n                            P. DE HAULLEVILLE — GUJDO GEZELLE\n                             GEORGES RODENBACH - , MAX WALLER\n        EDMOND PÏCARD ^ GUILLAUME VERSPEYEN - - H. CARTON DE WIART\n                                        ETC.,   ETC.\n\n\n\n En vente chez l'éditeur tfpomant, 3, vue de la Chapelle, Bruxelles\n\n     Editions de D U R E N D A L\n                                                        LE STANDARD\nLe Chant des Trais Rennes\n            POÈME     MYSTIQUE\n                                                   Compagnie d'assurances sur la vie,fondéeen 1825\n                                                                 ACTIF 1 278 MILLIONS\n\n                      PAR                              P r i n o i p a u x avantagea de la Compagnie ;\n    Georges         f^AJVLAEI^EfîS                 i* Polices incontesta- 3° Tarit avantageux.\n                                                      bles après deux a n s 4° Participation impor-\n                                                      de date.                    tante des assurés dans\nAdresser les commandes à la Direction              s 0 Prêts sur polices          les bénéfices de la\n            de DURENDAL                               ayant trois ans de          Compagnie.\n                                                      date.                     5° Prêts hypothécaires.\n  22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles\n                                                       S'adresser tour renseignements et prospectus à la\n            P r i x \". 3 f r . 5 0                                DIRECTION          QtNtRALI\n                                                   28. PLACE DE BROUCKÊRE, 28, BRUXELLES\n                                                       Tiléphon» 949 — Adrets* télégraphique i SUndareVBruxellei\n    POUR VOS CIGARES FINS\n             adressez-vous à le                               En vente chez MURAILLE\n                                                       45,    KDE DE L'UNIVERSITÉ, 4 5 , LIEGE\n\nMAISON AMÉRICAINE                                                       J. RYELANDT\n\n             OÉPOT Dfe FABRIQUE                    SAINTE CÉCILE\n                                                                        Drame musical\n   15 — Avenue Louise— 15                                    Réd. pour chant et piano ; 1 5 francs\n                                                                 PUBGATORIDM\n            BRUXELLES                                     Oratorio.—Réduction pour chant et piano : 6 fiança\n                                                           N O O B D S E E (Mer du Nord)\nP.-3. - Arrivages réguliers de cigares de la n e         5 esquisses pour piano. •— 8 francs.\n\n\n\n  PIANOS S T E I N W A Y & SONS\n              NEW-YORK — LONDRES — HAMBOURG\n Agence générale et dépôt exclusif à Bruxelles : Fr» MISCII, 22Ï, rue Royale\n"}, {"page_pdf": 805, "texte": "CAISSE GÉNÉRALE DE REPORTS ET DE DÉPOTS\n                 £2, Marché-au-Bois, BRUXELLES\n                                   •       ^          \"^^*«\n    Dépôts de fonds en Comptes-Chèques, disponibles à vue : 1 1/2 p. c. sans commission\n       Dépôts en Comptes de Quinzaine; intérêt variable; moyenne 1902 : 2.97 p. c.\n                         Encaissement de Coupons, Titres, Effets, etc.           t\n                                   ORDRES DE BOURSE\n                Service spécial de Lettres de Crédit et Chèques sur tous pays\n           Prêts sur titres. — Garde de Titres. — Location de Coffres-Forts\n\n\n\n\n    ARMES DE CHASSE\n              Maison Albert DE BRUS & O\nB R U X E L L E S , 71, Rue de la Madeleine, 71, B R U X E L L E S\n\n                        Seuls A g e n t s en Belgique d e l a\n      Sun Manufacturera Ch. Osborne et C° Ld, de Birmingham\n\n\nCartouches Eleu, Bachmann, Coopal, Mullerite, etc., etc.\n                           au prix de leur catalogue\n\n\n       Spécialité de Fusils HAMMERLESS\n\n               ARTICLES POUR CHASSEURS\nNETTOYAGE                         ——        -~>   ——                  REPARATIONS\n\n            Usines à Liège : 128, rue Hors-Château, 128\n\n                                                                  99, rue Royale, 99\n\nPIANOS DE SMET :                                                      BRUXELLES\n\n          IMPRIMERIE                         SCIENTIFIQUE\n                             TYPO, LITHO ET CHROMOLITHO\n                    SPÉCIALITÉ D'ILLUSTRATIONS DE GRAND LUXE\n                       PHOTO-CHROMOGRAVURE EN TROIS COULEURS\n\n\n•    CHARLES                     BULENS,                           ÉDITEUR                •\n                     75,    RUE TERRE-NEUVE,                     75\nTÉLÉPHONE 505                                ;•                    BRUXELLES\n\nImprimerie Scientifique Char-\nles BULENS, Editeur, rue\nTerre - Neuve, 75, Bruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 10, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1907-10", "signet_source": "Quatorzième année - N°10 - Octobre 1907", "preuve": "Couverture conservée (PDF 728) : « Octobre 1907. 14me Année. N° 10 » ; sommaire du n° 10 (Octobre) au PDF 730. Indices internes : Le Héros daté du 3 avril 1907 ; La Médaille datée du 16 septembre 1907 ; les Notules annoncent le mariage de Georges Virrès le 3 octobre 1907, les Concerts populaires 1907-1908 et le concert du Conservatoire du 10 novembre. Livraison de 72 pages numérotées 609-672, suivant le n° 9 (septembre).", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}