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Villa» eî Cottages\n   à vendre par annuité*   Location de tentes sur la plage et de costumes de bain       i louar\n                                Tramway éleotriqua a aarvloa intensif\n                                 Vicinal — Télégraphe — Téléphone\n                             ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DE LA DIGUE\n                                         DES AVENUES ET DES VILLAS\n\n\n\n                           agence Immobilière pour la vente et location des villas r f\n                               A melne de 30,minutas d'Ostende, à 2 h. I 2 de Bruxelles.\n\n                                                                        Le WESTEND' HOTEL e»t ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                                        partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                                      Pension de 6 a 15 fr. par jour. Au com-\n               DIGUE DE MER                                           mencement et à la fin des saisons, arran-\n                                                                      gements très avantageux pour lejs familles\n                                                                         faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n   T É L É P H O N E N* 4 1                                                76 chambres parfaitement aménagées.\nRéseau du littoral par                                                       Vie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                               Chambres spacieuses. Ameuble-\n     Nieuport.                                                                       ment moderne esthétique et\n                                                                                      confortable. Balcons et ter-\n                                                                                       rasses. Salle de musique.\n Appartements                                                                           Salle de billard. Salle de\n                                                                                          recréation pour les en-\n  avec ialoa                                                                                       fants. Salons\n                                                                                                   de lecture et de\n                                                                                                   correspondan-\n                                                                                                   ce. Cuisine soi-\n                                                                                                   gnée. Caves\n                                                                                                    recomman-\n                                                                                                   dées.\n\n       LA           FERMETTE                                  WESTENDAISE\n                           LA CAMPAGNE A LA MER\niieux d'ejtfants. — Promenades à ânes. — Tir à la perche. — Jeu de boule. — Installations\n          sportives. —» Café cramique. — Lait frais. — Glaces. — Consommations de choix.\n                      O U V E R T U R E L E 1« J U I N                1907\n                                    y A BRUXELLES, 64, boulevard de la Senne (Téléph. 8288;.\n Poot ransaignamanta s'adressât* I A WESTENDE, à l'Administration 6e la Plage; ^Télé-\n                                          phone 8 3 du littoral) ou au Westekd* Hôtel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-203", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 884, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n\n                               1907 — 14* Année\n\n\n\n              Sommaire du n° 12 (Décembre)\nL'abbé HENRY MŒLLER. — Une artiste dans l'art de la Tapis-\n                               serie bruxelloise : FERNANDE\n                               DuBors . . . . . . . . .                   737\nJ E A N NESMY. — Le Noël d'un vieux garçon                                741\nTHOMAS BRAUN. — Poèmes :\n                            J'aime mes mains :\n                            Dans l'azur, plus de phénomènes ;\n                            Pentecôte                                     75o\nEDGAR BONEHILL. — Le Faon et le Fils                                      752\nVICTOR KINON. — Eaux boréales                                         ,   759\nP I E R R E B I L L A U D . — L e s cent sous du petit Jésus              761\nA.-D. SERTILLANGES. — Du rôle de l'art en apologétique          (suite)   765\nFRANZ ANSKL. — Les Poèmes                                                     773\n\n         CHRONIQUE ARTISTIQUE :\nMusiqae. — Le premier concert populaire; Le premier concert\n             Ysaye;   Le récital Kulscherra      (\"GEORGES DE\n             GOLESCO). - Geestelijke liederkransde A. Moort-\n             gat (J. R.)                                   , .            776\nThéâtre. —> Jsadora Duncan au Théâtre- de la Monnaie\n                 (ARNOLD GOFFIN)                                              779\nExpositions. — Exposition de A. de Weert,           C. Voortman et\n                 Léo Jo au Cercle Artistique        de Gand . . .         780\n\nLes livres                                      , . . . , .      78a\nNotules v                                                        795\nTable des matières classées par noms d'auteurs                   797\nTable des illustrations                                          800\nIllustrations.  — L'Eucharistie, tapisserie bruxelloise exécutée p a r\n                      FKIÎNANDE DUBOIS.\n                      L-I Nativité                 | _\n                      , ,. ,    ,.    ,   w        \\ BERNAKDINO L U I N I .\n                      L Adoration des Mages \\\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-204", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DURENDAL REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE A B O N N E M E N T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de rédaction de", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 885, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 339, "texte": "DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T ; 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n        (pour tâtonnement s'adresser è la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 32, à Bruxelles)\n                                 P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-205", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de rédaction de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 885, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 339, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "Comité de rédaction de D u REND AL :\n                          MM.        HENRY CARTON DE W I A R T .\n                                     L'abbé HENRY MŒLLER.\n                                     FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n                    Secrétaire de la Rédaction t GEORGES VIRRÈS\n                                Correspondant dt la rédaction à Paris :\n\n       M. H E N R I MAZEL, avenue de la Grande-Armée, 6 i , Paris.\n\n              PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n      FRANZ A N S B L .        EMILE FERMAUD.\n                                              :\n      MAURICE BEKAERT.                                        LAURENT FIERBNS.\n      PIERRE BILLAUD.                                         H . FIÉRENS-GBVAERT.\n      EDGAR BONEHILL.                                         ARNOLD GOFFIN.\n      HENRY BORDEAUX.                                         FRANZ H E L L E N S . *\n      ALEXANDRE BRAUN.                                        L'abbé H . HOORNAERT.\n      THOMAS B R A U N .                                      JOSEPH JANSSENS.\n      GEORGES BRIGODE.                                        VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                    GODEFROID KURTH\n      MARIE CLOSSET.                                          PAUL LAMBOTTE.\n      E R N E S T ÇLOSSON.                                    S É B . - C H . LECONTE.\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                                 CHARLES MARTENS.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                                 PAUL MUSSCHE.\n      Le comte G. D'ARSCHOT.                                  EDOUARD N E D .\n      H E N R I DAVIGNON.                                     JEAN NESMY.\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                               CHARLES NICAISE.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                     PIERRE NOTHOMB.\n      ERNEST DE L A U I N N B .                               ERNEST PÉRIER.\n      LOUIS DELATTRE.                                         GEORGES RAMAEKERS.\n      La comtesse E p . DE LIEDEKERRB.                        GEORGES RENCY.\n                                                              BLANCHE ROUSSEAU.\n      Le baron G. DBLLA FAILLE.\n                                                              JOSEPH RYELANDT.\n      EUGÈNE DEMOLDER.\n                                                              FERNAND SÉVERIN\n      D o m BRUNO DESTRÉE.\n                                                              HENRY V A E S .\n      JULES DESTRÉE.\n                                                              EMILBVERHABREN.\n      TANCRÈDE DE VISAN.\n                                                              L'abbé F R . VERHELST.\n      Vicomte D'HBNNEZEL\n      MAURICE D U ^ A E R T .                                 LÉOPOLD WALLNER.etC, etC\n      J. ESQUIROL.\n\n                Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n/; sera rendu comité dans DURENDAL        de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rédaction\n\n      Pour l<i Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adresser a u\nciège de la Revue. 8 3 , rue du Grand-Cerf; pour la publiulté, 4 6 , rue Neufchatel, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-001", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 737, "page_fin": 740, "titre_corps": "Une artiste en l’art de la tapisserie bruxelloise : Fernande Dubois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Une Artiste en l'Art de la Tapisserie Bruxelloise Fernande Dubois EN 1905", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 888, "page_imprimee": 737, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "Une Artiste en l'Art\n        de la Tapisserie Bruxelloise\n\n                  Fernande Dubois\n               EN 1905, j'écrivis un article en vue de réveiller le\n                 goût, si vif chez nos ancêtres, pour les fastueuses\n                 tapisseries artistiques qui constituent une des\n                 gloires nationales de notre passé. C'était à l'oc­\n                 casion de l'exposition des anciennes tapisseries\n                 bruxelloises organisée pour rehausser l'éclat du\n                 soixante-quinzième anniversaire de notre indé­\n                 pendance. Quiconque contempla ces admi­\nrables chefs-d'œuvre ne put que regretter qu'un art pareil, si\nflorissant jadis en Belgique, un art si vraiment belge, ait\npour ainsi dire totalement disparu. Jadis, ainsi que je le disais\nau début de mon article, il y avait des ateliers de tapisserie de\nla plus haute importance et tout à fait remarquables - de vrais\nateliers d'art, un peu partout en Belgique, et notamment à\nBruxelles, à Tournai, à Bruges, à Anvers, à Audenarde, à\nEnghien, à Binche.\n   Cet art fut si florissant pour deux motifs. D'abord, il était\nprotégé par les grands, par les rois, par les princes, par les gou­\nvernements, stimulé par le clergé et encouragé par les riches.\nOn ne craignait pas d'acheter au poids de l'or les belles tapisse­\nries artistiques. Les évèques en ornaient leurs cathédrales, les\nprinces en rehaussaient leurs palais, les riches en couvraient les\nmurs de leurs salons. D'autre part, et c'est le second motif de la\nprospérité de jadis de la tapisserie bruxelloise, nos plus grands\npeintres avaient en si haute estime cette industrie artistique\nqu'ils y consacraient leur art et le mettaient au service des\n"}, {"page_pdf": 889, "page_imprimee": 738, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2351, "texte": "738                          DURENDAL\n\n\nouvriers en tapisserie. Les œuvres de ceux-ci étaient d'un art si\nconsommé parce que les cartons, d'après lesquels le tapissier\ntravaillait, étaient l'œuvre de nos plus grands maîtres, tels que\n Roger Van der W e y d e n , Bernard Van Orley, Rubens, Jordaens,\nTeniers et d'autres.\n    Ayant remarqué, à l'occasion de mon Salon d'art religieux,\n une jeune fille bruxelloise étonnamment douée pour l'ait de la\nbroderie artistique, je la stimulai de tout mon pouvoir à se\nlancer crânement dans l'art plus vaste de la tapisserie bruxel­\nloise. Elle suivit mon conseil. Elle s'acheta un métier de haute-\nlisse et se mit à l'œuvre immédiatement.\n    Sur le conseil de mon ami Joseph Dcstrée, le distingué con­\nservateur des Musées royaux du Cinquantenaire, si compétent\ndans l'art de la tapisserie, dont il a traité en de substantielles et\nperspicaces études, F e r n a n d e Dubois, que je lui avais adressée,\nse décida à débuter par la reproduction de la célèbre tapisserie\ndu cinquantenaire L'Eucharistie. Cette œuvre est la réduction\nd'une tapisserie du Vatican, réduction d'une si haute valeur\nelle-même, qu'elle fut acquise par l'Etat belge pour la belle\nsomme de 34,650 francs.\n   Joseph Destrée lui fit faire un bon carton par un excellent\nartiste peintre d'après la tapisserie du cinquantenaire. C'est\nd'après ce carton que F e r n a n d e Dubois exécuta la splendide\ntapisserie qu'elle a exposée récemment dans ses salons et que\nnous reproduisons dans le fascicule de ce mois.\n    Cette reproduction est absolument inapte, il va de soi, à\ndonner l'impression de l'original. Il faudrait pour cela la\ncouleur. E n outre, la photographie ne peut faire saillir la\nprécision étonnante du dessin et l'extrême délicatesse du\ntravail.\n    L a dimension de la tapisserie de M lle Dubois est de 1m50 sur\n1 m 50. Elle est plus grande que l'original qui n'a qu'un mètre\ncarré.\n    L'œuvre de M lle Dubois est donc un travail fait d'après une\nancienne tapisserie, ou plutôt d'après un carton, car elle n'a\npas eu la tapisserie du Musée du Cinquantenaire sous les yeux\nen travaillant. Elle a, comme \"tous les artistes en tapisserie\nbruxelloise de jadis du reste, exécuté son travail d'après un\ncarton fait spécialement dans ce but. Ce carton sans doute a\nété fait d'après une ancienne tapisserie, mais cela ne diminue en\n"}, {"page_pdf": 890, "page_imprimee": 739, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "      UNE ARTISTE EN L'ART DE LA TAPISSERIE BRUXELLOISE              739\n\n\nrien la valeur artistique du travail de l'ouvrière. Il fallait bien\ncommencer par là. Aucun de nos grands peintres n'eut consenti\nà faire pour une inconnue des cartons. Il fallait d'abord qu'ils\npuissent se rendre compte par la vue d'un travail déjà réalisé,\nsi elle était capable d'interpréter leurs œuvres. C'est le but que\nj ' a i eu en vue en l'engageant d'accord avec mon ami Joseph\n Destrée à faire une tapisserie d'après une œuvre ancienne. Ce\nbut je l'ai atteint pleinement, car le résultat est merveilleux.\n      On l'a dit, et cela n'est pas exagéré, la jeune artiste a débuté\npar un coup de maître. L e résultat de ce premier effort a abso­\nlument dépassé mon attente. Quoi d'étonnant si une première\nœuvre eût été remplie d'imperfections. Je m'y attendais. Et\ngrande fut ma joie de n'en découvrir aucune. L'œuvre de\nM l l e Dubois affirme un talent plein de ressources, un talent\nvigoureux, il ne dénote aucune hésitation, aucune faiblesse,\naucune gaucherie.\n      Elle a le sens du coloris au plus haut degré. Elle choisit ses\nlaines avec un coup d'œil inouï. Son travail est à la fois d'une\nfermeté rare et d'une finesse exquise.\n      C'était l'avis unanime de tous ceux qui furent invités par moi\nà visiter la belle exposition de F e r n a n d e Dubois. Je remercie\nvivement ici tous ceux qui ont bien voulu encourager ma jeune\nprotégée et notamment nos Princes, L e u r s Altesses Royales le\nPrince et la Princesse Albert de Belgique, qui ont témoigné à\nla jeune artiste le plus haut intérêt et sont venus contempler\nlonguement son œuvre chez elle.\n     L'œuvre de M lle Dubois n'est q u ' u n d é b u t . Il a atteint son\nbut qui était de développer son talent par un premier essai et\nde montrer ses aptitudes pour l'art de la tapisserie. Elle ne\nd e m a n d e qu'à s'affirmer davantage, mais pour cela-il faut qu'elle\nsoit secondée.\n     Il faudrait qu'elle puisse commander un carton à un de nos\nplus illustres peintres et faire d'après ce carton une tapisserie\noriginale et moderne. J'ai la conviction la plus intime qu'elle\nproduirait des œuvres qui pourraient soutenir la comparaison\navec les chefs-d'œuvre de nos ancêtres. Sa première tentative\nprouve à l'évidence qu'elle en est capable. Son ingéniosité à\nmanier la laine, l'habileté avec laquelle elle dirige son outil, la\ndélicatesse qu'elle déploie clans la reproduction du carton, tant\nau point de vue du dessin qu'au point de vue de la couleur, la\n"}, {"page_pdf": 891, "page_imprimee": 740, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 711, "texte": "740                              DURENDAL\n\n\nfinesse et l'achevé de son travail dénotent une artiste d'un\ntalent absolument supérieur et qui égale celui des Anciens.\n   Il ne lui m a n q u e pour marcher de l'avant que la protection du\ngouvernement et l'encouragement des mécènes qui pourraient la\nsoutenir efficacement, en lui faisant des commandes sérieuses et\nrémunératrices. J'espère que l'un et l'autre ne lui m a n q u e r o n t pas.\nElle n'aura pas peu contribué alors à la restauration en Bel­\ngique de l'art superbe et somptueux de la tapisserie bruxelloise.\nPersonne n'est aussi bien douée qu'elle pour réaliser ce but\nmagnifique.\n\n                                                    HENRY     MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-002", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 741, "page_fin": 749, "titre_corps": "Le Noël d’un vieux garçon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Nesmy", "ancre_debut": "Le Noël d'un vieux garçon M. 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P a q u e t t e est sorti, ayant\n                      mis sa canne à pommeau de nacre sous le bras,\n                      et son foulard écossais à larges raies rouges\n                      autour du cou.\n                         Il a pris, par la rue du Mortier-d'Or, le\nchemin des anciens remparts, où les jours de lumière et de\ndouceur, cinq ou six vieux comme lui s'assemblent pour pleurer\nsur le temps jadis et gémir sur l'heure présente.\n   L e ciel est clair, l'air vif, la terre sèche, jolies conditions de\npromenade. M. Paquette se frotte les mains, moins pour se\nréchauffer qu'en grand signe de joie. Content, léger d'esprit, il\nsourit à la jeunesse qui passe dans la pure intention de sourire\nà la vie. Il se réjouit, il se h â t e . . .\n   Les vieux remparts croulants, couverts de bouquets d'herbe\npâle, se chauffent au soleil ; les arbres avec leurs branches nues\ndessinent sur le ciel des dessins au charbon, et projettent à terre\ndes ombres en ramages. Mais combien peu de promeneurs\naujourd'hui flânent sur l'avenue!\n  Là-bas pourtant, au point où la ceinture de la ville s'arrondit,\nM. P a q u e t t e reconnaît le groupe habituel sur le banc familier.\nVoici bien Rillon, Pinchet, Brunat et Bimblot; il ne manque\nque Juny et Laine, qui comme lui sans doute sont en retard...\n  Ainsi songe M. Paquette, sans prendre garde que c'est veille\nde Noël aujourd'hui, sans se douter que J u n y est parti aux\nenvirons chez sa fille de Saint-Just, voyage qu'il entreprend\nseulement aux fêtes carillonnées, que Lainé sagement est resté\nchez lui, ménageant ses rhumatismes pour la sortie de cette nuit...\n  Ainsi songe M. Paquette. Aussi, quand il arrive près du\n"}, {"page_pdf": 893, "page_imprimee": 742, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "742                           DURENDAL\n\n\nbanc, comme il est surpris, le pauvre vieux garçon, de constater\nque son arrivée est le signal d'une d é b a n d a d e générale.\n   C'est Pinchet qui commence :\n   « Mon successeur à l'épicerie moderne m'a prié de l'aider un\npeu cet après-midi. Mille excuses, messieurs, je vous quitte. »\n   Il tire à la ronde sa révérence et part a p p u y é moins pesamment\nsur sa canne de jonc.\n   Brunat après lui se levant :\n   « Moi, je vais travailler à l'arbre de Noël, que ma femme\nprépare. »\n   Il faut voir de quel air il ajoute :\n   « Que les enfants seront contents ! »\n   Il part... Il est parti... Mais les autres demeurent. E t\nP a q u e t t e , qui les regarde, les croit comme lui fidèles au vieux\nbanc, malgré la veille de Noël, et P a q u e t t e , comme chaque\nfois, entreprend le commentaire, plaisant ou indigné, du journal\ndu matin. Mais Bimblot n'écoute guère et Rillon n'a pas de\nréparties. Qu'ont-ils donc? Vieux garçons comme M. P a q u e t t e ,\ncomme lui retraités, ils n'ont pourtant rien qui les appelle?\n\n\n   Rillon cependant regarde Bimblot, et Bimblot regarde\nRillon. L e u r s yeux se font un signe insaisissable et sourient\nfinement. T i m i d e s , isolés et perdus dans la vie, ils se sont unis\npour organiser un complot : ils n'osent l'avouer franchement et\nprennent un détour.\n   « Si l'on rentrait, propose l'un.\n   — Ça fraîchit, appuie l'autre. »\n   P a q u e t t e , étonné, les regarde.\n   « Rentrer?... Ça fraîchit?... Mais il n'est que 2 heures 1/2; y\npensez-vous?... C'est le bon moment : il fait un soleil si tiède\naujourd'hui. E t justement je voulais vous demander ce que vous\npensiez de l'élargissement du divorce. J'ai connu autrefois, au\nrégiment dont je faisais partie, le plus beau de l'arme, je puis\nbien l'avouer à présent, une petite femme de colonel, l'œil fin, je\nne vous dis que ça... »\n   Mais les histoires de jadis aujourd'hui ont perdu leur attrait.\n   Rillon et Bimblot de nouveau se regardent, et de nouveau\ns'étant souri, sur un signe du plus audacieux prennent leur\ngrande résolution.\n"}, {"page_pdf": 894, "page_imprimee": 743, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "                   LE NOËL    D'UN   VIEUX   GARÇON                 743\n\n   « Excusez-nous, Paquette : il faut que nous vous quittions.\nSi tiède qu'il soit, le soleil baisse. E t nous avons tant d'em­\nplettes à faire pour nos neveux; car les neveux, vous savez, ça\nexige beaucoup de polichinelles pour un peu d'affection. »\n   P a q u e t t e , ahuri, hausse l'épaule comme si le fardeau de sa vie\nde solitude lui pesait davantage. Il serre froidement les mains\nde Rillon et de Bimblot, qui, satisfaits de leur joie intérieure,\ns'en préoccupent peu, et aussitôt s'enfuient à pas menus et l'un au\nbras de l'autre.\n   M. Paquette, énervé, s'est à son tour levé du banc pour se\ndonner à lui-mème l'illusion d'être comme les autres; il a pris le\nmail en sens inverse de Rillon et de Bimblot, et tout en\nmarchant a bourré et allumé sa pipe, avec la pensée qu'en la\nfumant il n'aurait plus à réfléchir. Mais il a beau chercher à\ndistraire et occuper ailleurs son attention; le charme de cette\nsplendide journée de décembre est rompu, et sa promenade au\nbeau soleil, sous les platanes défeuillés, est, quoiqu'il puisse\nfaire, abimée de mélancolie...\n   Des gamins font la glissade sur la petite rivière, qui avec\nl'hiver a clos, au pied croulant des remparts, son œil mobile et\nclair. Des nourrices enrubannées passent à côté du flâneur, les\nbras chargés d'un flot de mousselines et de fourrures blanches.\nE t M. P a q u e t t e , de frôler ces vies actives, sent croître encore\nl'ennui pesant de son oisiveté. Des souvenirs lui reviennent : il\nsonge, il rêve, il souffre... C'est surtout un désir de tendresse qui\nle possède; c'est surtout de la tendresse qui lui m a n q u e . . . Son\ncœur a plus que ses bras et plus que son esprit besoin d'être\noccupé. Il sent qu'avec l'âge une impression singulière de vide\nse creuse autour de lui. Il se découvre une âme vieille et lassée\ncomme le corps, parce qu'elle ne connaît que le souci et la peine\ndu monde. Il éprouve une soif subite et pressante de s'épancher,\nd'aimer, de se confier. Il a vécu en égoïste; il est plein de jours ;\nune vie toujours repliée sur elle-même, toujours pareille a\nsatisfait son cœur étroit. Sa présence autour de lui, en lui, de sa\npropre pensée, de sa jeunesse, longtemps lui a suffi. Mais\nla jeunesse infidèle un jour l'a fui, et sa pensée lui est si connue\nqu'elle se fait monotone ou semble radoter...\n   E t voilà qu'après avoir bougonné contre ses amis, qu'après\ns'être moqué de leurs occupations bourgeoises d'une veille de\nNoël, de leurs soucis prosaïques, de leurs préparatifs de\n"}, {"page_pdf": 895, "page_imprimee": 744, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "744                             DURENDAL\n\n\nréveillon, il songe mélancoliquement qu'il a, comme le renard\nde la fable, médit des raisins verts. Ah! que n'a-t-il un suc­\ncesseur à aider comme Pinchet, un sapin de Noël à garnir\ncomme Brunat, la tendresse de neveux à acheter comme Rillon\net B i m b l o t ! C'est si triste d'être seul clans la vie, toujours\nseul!... Seul quand le bonheur d e m a n d e à être partagé... plus\nseul encore quand le malheur voudrait tant être secouru!...\nQuel pauvre Noël il va faire, M . P a q u e t t e ! . . . Ah! du temps\nqu'il était capitaine d'habillement, les joyeux réveillons\nchez la cantinière!...\n    H o ! h o ! h o ! Vive la vivandiè            ère!...\n    On chantait ainsi en chœur, en buvant la goutte à votre santé,\nmère Chipotte. Bon sang de dragon, vous en souvient-il?...\nQuelles rasades de S a u m u r mousseux vous nous serviez!...\n    E t les souvenirs défileraient ainsi, serrés en longue file, si\nM m e Régnant d'aventure ne venait à passer. Il faut vous dire que\nMme Régnant est une amie de longtemps, une voisine d'autre­\nfois, du temps déjà lointain où M. P a q u e t t e était sous-lieutenant\ndans cette bonne ville de Pontigny, où il s'est retiré. Sous-lieu­\ntenant après la guerre, le cœur joyeux et la moustache blonde,\n26 ans d'enfance et de jeunesse et pas même sonnés!... L e joli\ntemps !... Que de rêves envolés depuis lors !...\n    « A h ! m a d a m e Régnant, il y a longtemps que je n'avais eu\nl'avantage de vous voir. Quelle rare fortune! »\n   M. P a q u e t t e , ex-sous-lieutenant, sourit, met la bouche en\ncœur, fait des grâces. Mais Mme Régnant, elle, n'a point l'air si\nravi : elle craint un importun et cherche à l'éviter.\n    « Bonjour, monsieur P a q u e t t e , un beau temps, n'est-ce pas?\nJ e me sauve, j ' a i peur d'être en retard : c'est jour d'église aujour­\nd'hui, vous savez; on arrange la crèche!... »\n    M m e Régnant, à pas glissés, s'échappe comme une ombre. E t\nM. P a q u e t t e , a b a n d o n n é une fois de plus, demeure sur le mail,\ndésemparé, plus seul et plus mélancolique. Il marche tout\ncourbé, las des pensées qu'il porte plus que de l'âge et que des\nrhumatismes; il s'appuie plus lourdement sur sa canne à pom­\nmeau de nacre; il resserre autour de son cou, plus frileux, le\nnœud de son foulard. Il va au hasard devant lui, où le caprice\ndes rues le mène, où la flânerie languissante de sa promenade\nle porte.\n    L e voici dans la G r a n d ' R u e : les trottoirs sont encombrés\n"}, {"page_pdf": 896, "page_imprimee": 745, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "                    LE NOËL D'UN      VIEUX   GARÇON                  745\n\nd'une foule qui circule, de boutiques et d'étalages qui se mon­\ntent et se déploient. Sur la chaussée roulent incessamment car­\nrosses, voitures à bras et gros camions : c'est l'agitation d'un\nsoir de fête qui commence ; on ne voit partout que préparatifs\nde réveillon; l'odeur des charcuteries écœure; de grosses poulardes\nà chairs safranées, soufflées de graisse, des oies bourrées de\nmarrons, des dindes marbrées de truffes dignes de tenter Garri-\ngou, forment par grandes jonchées l'étal alléchant des mar­\nchands de volailles. Cependant que les petites boutiques en\nplein vent, plus populaires ensemble et plus poétiques, pour un\nsou distribuent la joie aux enfants sous la forme d'un coq de\nnougat qui chante ou d'une pipe en sucre rouge.\n   Mais tout cela n'attendrit pas M. P a q u e t t e , ne le rend pas\nplus philosophe. L a ville s'agite et bourdonne déjà comme un\nimmense essaim mis en rumeur à l'inaccoutumée. Que lui fait?\nIl demeure morose comme une abeille déshéritée qui n'aurait\npoint sa part dans la joie du rucher. A 'grands pas il retourne\nchez lui, conduit par le désir de ne rien voir, de ne plus rien\nentendre. U n e petite rue qui tourne, une façads en retrait, un\npignon à redents, quelques marches se haussant jusqu'à la\nporte étroite, c'est ici. M. P a q u e t t e s'engage clans le couloir et\nmonte l'escalier.\n   Sur le premier palier, tout à coup, quelle aimable rencontre\net faite à l'impourvu : deux voisins, 6 et 8 ans, cheveux blonds\nfrisés, yeux humides et rieurs comme des gouttes d'eau, figures\nfraîches, s'écartent devant le vieux garçon :\n   « Bonjour, monsieur P a q u e t t e ! »\n   Les voix sont flûtées, limpides comme des voix d'oiseaux.\n   « T i e n s ! c'est toi, M i m i ? . . . C'est toi, Loulou?... Si vous\nmontiez, je vous dirais bien une histoire!... »\n   Mais les enfants, sur un ton presque indigné :\n   « O h ! monsieur P a q u e t t e ! . . . E t l'ange qui doit apporter le\nsapin de Noël en costume de jardinier! Nous l'avons vu l'an\ndernier. Cette année nous le guettons. P a s de bruit surtout! s'il\nnous entendait, il prendrait la cheminée. »\n    Devant tant d'innocence, M. P a q u e t t e n'a nulle envie de\nrire. Précipitamment il rentre chez lui et s'y enferme à\ndouble tour. Il passe sa robe de chambre à cordelière et à\nramages, chausse ses pantoufles fourrées, allume son feu,\nbourre sa pipe, et dans le premier nuage de fumée de tabac\n"}, {"page_pdf": 897, "page_imprimee": 746, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "746                                DURENDAL\n\n\nfloconneuse et blanche qui l'entoure, essaie de distraire sa\npensée et de se recueillir...\n   Mais aussitôt :\n   T o c ! toc ! toc !...\n   Quelqu'un frappe à la porte. L e vieux garçon ne maugrée pas.\nAu contraire... Q u e l q u ' u n ! . . . Enfin, q u e l q u ' u n ! . . . L e cœur de\nM . P a q u e t t e a bondi. Aux coups frappés, dans un espoir nais­\nsant, sa solitude et sa tristesse se dissipent.\n   « Entrez!... entrez!... », crie-t-il à voix joyeuse. I1 oublie qu'il\na tourné deux fois la clef dans la serrure...\n   « Entrez donc !...\n   — Impossible d'ouvrir... »\n   Comme la voix est claire et douce : on dirait, dans un soir\nattiédi, une brise qui passe...\n   M. P a q u e t t e ne rêve pas longtemps : il se précipite, tourne\nla ciel, ouvre la porte :\n   « Bonsoir, L i n e t t e ! »\n   Diantre, monsieur P a q u e t t e . . . Seriez-vous un vert galant?\non dirait q u e ce bonsoir, tant il est dou.x, est ouaté dans la\nfumée...\n   Linette apporte le blanchissage : elle est fraîche comme\nune rose de printemps, aguichante et musquée comme elle.\n   L'ancien capitaine, sans songer à mal, — et gardons-nous\nbien nous-mêmes d'y ajouter malice — prend d'un geste fami­\nlier le menton de la petite sous le doigt, et, la regardant d'un\ndrôle d'air :\n   « Comme vous êtes rose, L i n e t t e . Est-ce bien d'avoir trop\ncouru?... E t quelle bonne raison d'ailleurs avez-vous d'être en\nretard?... Allons, ma fille, asseyez-vous une minute pour vous\nreposer. Tenez-moi un brin de compagnie. Après le plaisir, la\npénitence... »\n   Linette regarde le sermonneur avec quelque irrévérence et\ndemeure insoucieuse des suppositions et du propos. D'ailleurs,\naujourd'hui, pas de temps à perdre avec les pratiques. L e\npanier est lourd, qui pèse à son bras, et plusieurs autres aussi\n pleins attendront l'un après l'autre son retour à la maison.\n   Aussi, le temps de compter un, deux, trois, les chemises, les\n manchettes et les faux-cols de l'ex-capitaine, paquet par paquet,\n sont posés sur une chaise. U n salut, deux virevoltes, moins de\n bruit de pas qu'en fait un oiseau qui marche, enfin un grand\n"}, {"page_pdf": 898, "page_imprimee": 747, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "                     LE NOËL     D'UN   VIEUX    GARÇON                    747\n\nchoc de porte refermée, Mlle Linette, repasseuse de fin et de\ngros, est déjà dans l'escalier.\n   M . P a q u e t t e tout un moment en demeure étourdi. U n e fois\nremis, il reprend sa pipe : elle est éteinte. Il regarde la che­\nminée : le fagot a pétillé et croulé en braises; les bûches sont\ndes fumerons... Des voitures dehors roulent sur le pavé ; une\npendule sonne l'heure tristement... Cosaque de sort!... A\nsoixante ans passés, une veille de Noël, sans parents, sans\namis, qu'on est seul!... M. P a q u e t t e essaie de lutter : il ranime\nson feu, il rallume sa pipe... L a fumée, dont les rubans incon­\nsistants se déroulent en silence, la flamme qui saute et qui\nchante sont une compagnie. Mais cette compagnie, qui l'a con­\nsolé longtemps, aujourd'hui ne lui suffit plus. Charme évanoui\ndans l'habitude !... M. P a q u e t t e est le seul queNocl ne réjouisse\npas, que Noël n'occupe pas. Noël est pour lui un jour comme\nles autres... Tristesse d'être seul !...\n    L e soir gagne très vite, car au soleil t o m b a n t les nuées sont\nmontées, les nuées grises, couleur d'étoupe, et qui tissent la\nneige. L a veillée s'avance avec lenteur; seul le feu éclaire la\nchambre de ses lueurs falotes.\n    Les heures passent sans hâte, avec le cortège monotone des\nmêmes attristantes pensées, qui partent et qui reviennent, se\nsuccédant et se chassant. Chacune d'elles parait, sur un timbre\n plus lugubre et plus lent, sonner à la p e n d u l e . . .\n    Et M. P a q u e t t e , dans son fauteuil, s'est endormi...\n    U n bruit de souris, qui fait son réveillon d'une noix, le\n réveille. Dedans, c'est toujours l'isolement mélancolique d'un\n foyer de vieux garçon, de ces foyers qui, n'ayant pas d'amour,\n semblent n'avoir pas d'âme.\n    Dehors, dans le brouillard qui s'épaissit, la nuit toute fermée\n est pointillée de feux et givrée de lumière. L a paix habituelle\n du soir est animée de carillons, qui mêlent une harmonie au\n silence de l'heure; les cloches sont en joie...\n     M . Paquette, en écoutant leurs voix qui chantent à chant\n plus clair près de la cheminée, d'où elles semblent descendre\n comme des voix du ciel, regarde s'écrouler les bûches de son\n feu...\n     Les cloches sont en joie... M. P a q u e t t e est seul ; M. P a q u e t t e\n  est délaissé... E t les cloches l'appellent, car c'est pour tout le\n  monde qu'elles sonnent la joie...\n"}, {"page_pdf": 899, "page_imprimee": 748, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "748                              DURENDAL\n\n\n   Machinalement M. P a q u e t t e s'habille; machinalement il\nprend sa canne à pommeau de nacre et son foulard écossais à\nraies rouges. Il descend l'escalier; il suit au hasard le fil sinueux\ndes rues; il le coupe, il le reprend. 11 monte quelques degrés :\nle voici sur un parvis. Il avance encore de quelques pas : le voilà\ndans une église. E t tout de suite une sensation de tiédeur et de\nbien-être le saisit. Des jeunes filles exhalent à voix pures un\nvieux cantique de Noël; l'orgue en sourdine accompagne leur\nchant, puis entre deux couplets enfle ses sons et meugle à grosse\nvoix.\n   Les yeux, comme les âmes, sont noyés d'un saint ravissement,\nles visages empreints d'un calme religieux. Les cœurs sont\nrecueillis et pénétrés du même amour. Ici tout le m o n d e est\nfrère selon la loi de Dieu. Deux inconnus ont repoussé leurs\nchaises pour faire une place au nouvel arrivé. Dans la chapelle\nvoisine, étendu sur la paille, un Jésus tend les bras. M. P a q u e t t e\nn'est pas dévot; pourtant M. P a q u e t t e s ' a t t e n d r i t : il se sent\nen famille; il n'est plus isolé... Les idées de mélancolie se dis­\nsipent comme un brouillard d ' a u t o m n e . . .\n   E t le voilà qui, se laissant entraîner par le r y t h m e berceur et\ndoux de la mesure, d'une voix chevrotante et émue accom­\npagne, lui aussi, le dernier couplet d'un Noël populaire, dont\nles paroles lui reviennent. Avec le chant d'autrefois à mesure le\npassé se réveille ; images par images, voici la famille, la maison,\nle village... un clocher à tourelles; des volets bruns piqués de\nmoisissures et de vrillettes; le père, grave et digne, menuisier\nde campagne, comme Joseph, et qui péniblement l'avait fait\nélever; la mère si vaillante et si propre, la mère avec ses ban­\ndeaux d'argent clair sous la coiffe p a y s a n n e . . . le village, la\nmaison, la famille... l'enfance aux années de tendresse et d'heu­\nreuse insouciance... le grand départ, la guerre... les longs mois\nde misère, au hasard des batailles... le cauchemar de la mort\nvécu dans l'épouvante d'un soir tragique, parmi les blessés et\nles tués abandonnés sur un champ de carnage... l'hôpital, halte\nsereine dans la douceur des rideaux blancs... la mère qui accourt\nayant appris la nouvelle, et trouve l'enfant en guérison, l'enfant\nhéroïque et sauvé par miracle, l'enfant parti simple soldat et\ndéjà sous-lieutenant et déjà décoré... P u i s la longue série indif­\nférente et monotone des années écoulées paisiblement dans les\nvilles dormantes des plus petites garnisons... E t , peu à peu, la\n"}, {"page_pdf": 900, "page_imprimee": 749, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1213, "texte": "                   LENOËLD'UN VIEUX GARCON                          749\n\njeunesse qui s'enfuit, la vieillesse qui gagne, la solitude qui\ns'accroit, l'herbe d'ennui qui envahit le cœur abandonné... Vie\nde vieux garçon, sans but et sans espoir, et sans tendresse calme\nqui l'éclairé : c'est tout cela, c'est tout ce gris qu'en pensée cette\nnuit-là M. P a q u e t t e évoque.\n   Et malgré tout dans cette église, mêlé, lui le profane, à cette\nfoule de fidèles, il ne se sent plus si seul ni si attristé. Un sen­\ntiment nouveau luiremplit le cœur: espoir réveillé, loi réveillée?\npeut-être!... tendresse d'âme à coup sur...\n   Et, quand le prêtre à l'autel se retourne, pour prononcer d'une\nvoix pleine, en écartant les bras, la phrase liturgique :\n\n                            Pax   vobiscum !\n\nla paix divine, que Jésus est venu apporter aux hommes en ce\njour de Noël, descendant sur l'assistance à l'appel du sacrifiant,\nenveloppe M. Paquette comme les autres d'un voile d'infinie\ndouceur et de recueillement...\n   E t , pour la première fois de sa vie, M. P a q u e t t e s'aperçoit\nque le vrai Noël des délaissés, c'est le Noël chrétien...\n\n                                                      JEAN N E S M Y .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-003", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 750, "page_fin": 750, "titre_corps": "Poèmes : J’aime mes mains", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "Poèmes J'aime mes mains J'aime mes mains brûlées", "ancre_fin": "Des gants de peau", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Dans l'azur, plus de phénomènes", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 901, "page_imprimee": 750, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 581, "texte": "Poèmes\n                J'aime mes mains\nJ'aime mes mains brûlées par le soleil.\nMes mains mulâtres et pareilles\nAux larges feuilles de tabac\nQui brunissent   là-bas,\nDe haut en bas.\nTous les pignons des chaumières de la Semois !\nMes blanches    mains,\nOccupées à des gestes vains.\nL'hiver! et à de lentes écritures,\nLes voici comme une grenade      mûre.\nTandis qu'elles tenaient les renés\nOu plongeaient les rames dans l'eau,\nLe soleil leur a fait des gants,\nSouples, mordorés,     élégants,\nPlus tièdes que des gants de laine,\nDes gants de peau...\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-004", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 750, "page_fin": 751, "titre_corps": "Poèmes : Dans l’azur, plus de phénomènes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "Dans l'azur, plus de phénomènes Dans l'azur, plus de phénomènes", "ancre_fin": "Déjà marié toutes ses filles", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Pentecôte", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 901, "page_imprimee": 750, "debut_caractere": 581, "fin_caractere_exclue": 1137, "texte": "Dans l'azur, plus de phénomènes\nDans l'azur, plus de        phénomènes...\nTout devient    artificiel.\nLe feu des chandelles       romaines\nA fait pâlir les arcs-en-ciel.\nIsabelle qui a sept ans,\nIgnore encor le prisme clair\nDont s'enchantaient  les fonds de l'air\nQuand moi-même j'étais     enfant.\nJe songeais au déluge, à l'arche,\nBlanche et flottante   catacombe,\nAu bec ému dont la colombe\nTendit l'olive au    patriarche...\nJe voyais l'averse décroître\nDe la gouttière dans la tonne,\nEt les fleurs tièdes de l'automne\nRépandaient une odeur de poivre.\n"}, {"page_pdf": 902, "page_imprimee": 751, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 714, "texte": "                        POÈMES                              751\n\n Ah! les merveilleux     météores\n A la courbe multicolore!\n Plus rouges que les dahlias,\n Plus violets que les glycines,\n Plus verts que les épicéas,\n Plus roses que les aubépines\n Et plus jaunes que les colzas!\n Ah ! les beaux arcs\n Qui semblaient relier la Perse au Danemark\n Par-dessus notre petit parc!\n Pourquoi ne décrivent-ils     plus,\n Lorsqu'il a plu,\n Au cœur du ciel formant      couvercle\n Leur limpide et frais demi-cercle?\n N'auriez-vous pas perdu,       Seigneur,\n Votre boite à couleurs\n Et votre grand    compas,\n Ou le diable n'aurait-il pas\n Comme un bon père de famille\n Déjà marié toutes ses filles?\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-005", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 751, "page_fin": 751, "titre_corps": "Poèmes : Pentecôte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "Pentecôte Comme d'autres vont voir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 902, "page_imprimee": 751, "debut_caractere": 714, "fin_caractere_exclue": 1742, "texte": "Pentecôte\nComme d'autres vont voir dans les champs de Hollande\nS'épanouir les crocus bleus et les tulipes,\nCe dimanche malin je traverse les landes.\nDu vieux Semois grésille dans ma pipe.\nMa peau s'anime sous les aromes du vent.\nLe vent souffle du sud et l'air est élastique.\nMon pas est sûr, mon cœur léger, mon corps fervent\nEt souple comme aux jours des jeunes        gymnastiques.\n\nDéjà je n'entends plus la plainte du coucou\nQui, jusqu'à l'an prochain, s'est caché Dieu sait où.\n\nJuin s'avance à pieds nus aux bords de la rivière.\nIl cueille des iris poussés entre les pierres\nOù flotte sur l'eau tiède une mousse d'écume.\nJe vais, vers lui, grisé d'air frais et de lumière,\nComme un martin-pècheur        ébloui de ses plumes.\nJe vais, par les genêts amers et pavoisés\nDont les vagues d'or clair déferlent sur les côtes,\nDes crêtes des plateaux aux ravins déboisés,\nJusqu'aux prairies où pousse seul, dans l'herbe haute,\nLe Credo violet, fleur de la Pentecôte.\n                                               THOMAS BRAUN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-006", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 752, "page_fin": 758, "titre_corps": "Le Faon et le Fils", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edgar Bonehill", "ancre_debut": "Le Faon et le Fils (1) I LA forêt Ardennaise", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 903, "page_imprimee": 752, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "Le Faon et le Fils (1)\n\n                                             I\n\n                     LA forêt Ardennaise semblait un gigantesque écrin\n                        blanc piqué de pierreries : la neige scintillait à\n                        nos pieds, partout, à perte de vue. Des arbres\n                        drapés d'hermine élançaient vers le ciel gris\n                        leurs torses droits et les gestes de leurs bras\n                        géants.\n                          Sous les futaies centenaires et solennelles ainsi\n                        que des nefs de cathédrales, nous marchions\nsilencieux, le fusil à l'épaule, l'un suivant l'autre; notre longue\nthéorie sombre se silhouettait sur la blancheur de la forêt\ncomme une lente et noire procession d'oiseaux migrateurs sur\nles pâleurs du ciel.\n   Parfois le chef de fil, le vieux garde à casquette galonnée,\narrêtait brusquement son grand pas uniforme; il se baissait\nvers le sol, fixait de son œil de lynx, et flairait presque des\ntraces fraîches clans la neige. Il se redressait t r i o m p h a n t ; au\nmouvement muet de ses lèvres, car il gardait toujours son silence\nprudent et mystérieux, nous devinions sa pensée :\n   — U n e entrée de cerf!\n   — Des pas de biches !\n   — U n e laie et des petits !\n   E t nous reprenions notre marche dans la neige grinçante.\n   Nous arrivâmes â la ligne de tir de la première enceinte. Dès\nque tous les chasseurs occupèrent leur poste, le garde, longue­\nment, souffla dans son cornet. L a forêt vibra ; les échos se\ndisputèrent le cri rauque auquel succéda un silence de mort.\n   Enfin, les clameurs des rabatteurs se perçurent très lointaines;\ndes j a p p e m e n t s de chiens éclatèrent ; ceux-ci avaient sans nul\n\n (1) Extrait d'un volume à paraître : Bruyères d'Ardennes.\n"}, {"page_pdf": 904, "page_imprimee": 753, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "                         L E FAON   ET LE   FILS                      753\n\ndoute mis sur pieds une bête gîtée et la suivaient à ferme. Les\naboiements se faisaient plus clairs et plus aigus.\n   Soudain j'aperçus hors portée deux grandes ombres qui d'un\nbond trouèrent la blancheur des fourrés. Deux coups de feu,\nassourdissants, claquèrent.\n   J e tressautai : à cent mètres, mon voisin de poste me hélait.\nJe le rejoignis.\n   « C'est toi qui as tiré ces deux coups de carabine ? lui dis-je.\n   — Sur une biche. Elle est blessée. A mon second coup elle a\nfortement fléchi.\n   — Suivons-la. Elle ne peut être loin.\n   — Son faon galopait à ses côtés. J'ai tiré au rembucher ;\nnous ne troublerons donc pas la battue. Voici les pas. Elle\ndonne du sang. »\n   Nous parcourûmes deux cents mètres à travers bois, penchés\ntoujours vers les gouttelettes roses qui larmaient la neige. Nous\nentendîmes un craquement de branches devant nous. Scrutant\nle mystère des massifs épais, retenant notre souffle, nous nous\nagenouillâmes.\n    Mon ami me toucha l'épaule. Mon regard suivit son geste.\nL à , à quarante] pas, dans la clarté d'une clairière, au pied\nd'un hêtre, la biche était étendue, immobile, la tête rejetée vers\nl'épaule ; auprès d'elle le faon g a m b a d a i t . Deux fois il l'entoura\ndu cercle de ses bonds étonnés et gracieux.\n   Alors il s'arrêta, flaira la morte, se reprit à sautiller, s'arrêta\nde nouveau ; de la patte droite en un geste infiniment doux, il\neffleura le cou inanimé ; puis, s'inclinant, du museau il toucha\nl'une des pattes gisantes et la souleva légèrement, câlinement ;\nelle retomba inerte ; il se cabra, partit au galop, tournant\nsouvent la tête vers la masse brune, dont le sommeil rigide et\nsubit l'effarait.\n    Il avait simulé la fuite ; il revint à pas lents, l'oreille basse,\net se coucha devant la tête convulsée, et longtemps, du même\nmouvement tendre, adorablement gracile, il la lécha.\n    Nous contemplions, cloués à notre cachette, le dénouement de\nce petit drame douloureux.\n    U n aboiement prochain résonna. Les chiens, en défaut,\navaient repris la piste sanglante. Le faon se dressa comme un\nressort qui se détend.\n    Il était aux écoutes, le museau aux vents, les oreilles droites,\n"}, {"page_pdf": 905, "page_imprimee": 754, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2243, "texte": "754                             DURENDAL\n\n\n\n le cou tendu, les yeux brillants vers le danger. L e chien arri­\n vait; le faon semblait pétrifié; alors, cette bête que son esseu-\n lement affolait, cette pauvre bête craintive q u ' u n e chute de\n feuille épouvante, cette bête t i m i d e qu'un vol d'oiseau met en\n fuite, cette pauvre bête osa ce miracle de bravoure : elle\n entendit le molosse donner furieusement à quelques pas, elle\n l'aperçut sortant des broussailles, terrible, le poil hérissé, les\n crocs découverts par le retroussement des lippes rougeoyantes;\n elle le regarda et l'attendit. L o r s q u ' u n b o n d sépara le chien du\n cadavre, le faon disparut comme un dard parmi les taillis q u i ,\n dans leur soubresaut, jetèrent sur sa fuite noire un rideau de\n neige si fin qu'on eût dit l'efïeuillement blanc d'un bouquet\n d'aubépines.\n     T a n d i s que le chien se ruait sur la biche, nous nous rele­\n vâmes, émus.\n     « A n'en point douter, cette ravissante bête a bravé le\nchien, afin qu'il se lance à sa suite et épargne sa mère.\n     — C'est merveilleux !\n     — Q u a n d bien même le règlement de chasse ne m'eût\n pas interdit de tuer les faons, j ' e u s s e respecté celui-ci.\n     — Certes ! c'eût été féroce ! Voilà un trait de piété\n filiale glané en pleine forêt.\n    — Nous avions glané souvent en plein c h a m p des traits\nd'amour maternel : la perdrix ne prend-elle pas son vol au\nnez du chien d'arrêt et dans les pieds du chasseur, afin\nde s'exposer la première aux plombs meurtriers, tandis que\nles perdreaux gagnent le large ? »\n     Les t r a q u e u r s arrivaient auprès de la biche à qui le chien\njeta un dernier coup de dent furieux.\n    L e chef t r a q u e u r examina la bête, observa l'entrée de la\nballe dans le flanc, enfonça son index dans la plaie, l'en\nretira sanglant, l'essuya à sa guêtre en disant :\n    « L a dragée est placée un peu bas, mais elle a fait\ndu chemin. L a bête est t r o u é e ! Allons, mes amis, une\nbête par terre, un litre pour nous ! Ça va bien. »\n\n                                    II\n  L e hasard, ce grand metteur en scène, qui tour à tour,\nsur le t h é â t r e de la vie, déroule à nos yeux les péripéties\nde drames terribles ou de désopilantes comédies ou de\n"}, {"page_pdf": 906, "page_imprimee": 755, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "                       LE   FAON E T   LE   FILS                  755\n\n\nvaudevilles bouffons, le hasard, cet impresario sceptique,\nironiste comme Socrate, vieux comme le monde, le hasard\nvoulut qu'au lendemain de cette intéressante journée de\nchasse,       mon voisin de poste, le tueur de biche, et moi,\nnous nous retrouvions toux deux, le code en main, la toque\nau front, dans l'atmosphère lourde et surchauffée d'un...\npalais de justice.\n   Nous assistions des plaideurs qui comparaissaient devant\nla Chambre du Conseil du T r i b u n a l de X . . . Mon ami,\nM e Z . . . , assistait un fils qui se refusait à payer à son\npère une pension alimentaire; j ' é t a i s le conseil du père.\n   L e T r i b u n a l , dans l'espoir d'apaiser ce dissentiment,\navait ordonné la comparution personnelle des parties en\nC h a m b r e du Conseil.\n   Un huissier nous introduisit dans la salle.\n   T r o i s magistrats étaient assis devant une large table,\nrecouverte d'un tapis jadis vert, aujourd'hui déteint, maculé\nde taches d'encre et de caricatures ébauchées. De-ci de­\nlà, s'étalaient comme des cicatrices, des déchirures repri­\nsées. U n e crevasse noire balafrait le plafond d'où tombait\nune tige de fer, flanquée de sa lampe à pétrole.\n   Une croisée trop haut perchée coulait par ses vitres sales une\nclarté crue sur le sommet des murailles. Dans le reste de la\nsalle régnait une ombre douce. Un pan de m u r disparaissait\nsous les rayons d'une bibliothèque de bois blanc. D a n s ces\nrayons se pressaient de gros bouquins aux dos étiquetés.\n   Mon confrère et moi étions assis d e v a n t la table, en face des\nmagistrats. Nos clients étaient d e b o u t .\n   « Messieurs, dit le Président, en soulevant sa toque galonnée\n» d'argent, le T r i b u n a l fait un pressant appel à votre esprit de\n» conciliation. Il espère que le père et le fils sortiront d'ici\n» réconciliés et la main dans la main.\n   » Voyons, X..., pourquoi vous refusez-vous à verser à votre\n» père une pension alimentaire? »\n   L ' h o m m e à qui s'adressait le magistrat jeta irrévéren­\ncieusement son chapeau sur la table. Il croisa les bras, se\nretourna vers son père, l'enveloppa de la tête aux pieds d'un\nregard dur, méprisant, haineux.\n   « Vous n'avez pas honte, vieux drôle, de traîner ici votre\nfils, votre unique enfant?\n"}, {"page_pdf": 907, "page_imprimee": 756, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": " 756                            DURENDAL\n\n\n      — E t v o u s , fils indigne, clama le Président, n'avez-vous point\n  honte d'insulter votre père et de l'abandonner ainsi d a n s\n sa vieillesse? »\n       L ' a t t i t u d e du vieillard était plus éloquente que le plus\n talentueux plaidoyer.\n      Vêtu d'un pardessus noir trop ample, propre mais luisant\n comme un miroir, aux bordures effilochées; grand mais voûté,\n les deux mains rejointes sur une canne qui tremblait, la tête\n baissée, le visage ridé, pâle, la poitrine recouverte d'une barbe\n blanche, les yeux clos, il personnifiait la Misère et la Douleur.\n      Il répondait par un silence navré à la brutalité de son fils.\n      Celui-ci, les bras toujours croisés, l'œil toujours méchant,\n ricanait :\n      « Pourquoi serais-je un bon fils, puisque vous êtes un mau­\n vais père? F i ? vieux m e n d i a n t ! »\n      L e vieil h o m m e se redressa comme s'il avait ressenti au\n cœur la piqûre d'une vipère. Il tourna vers son fils en la hochant\n tristement sa vénérable tête de patriarche.\n      « Oui, fils, je m e n d i e . E t savez-vous pourquoi je m e n d i e ?\n Parce que d u r a n t toute m a vie j ' a i trop pensé à vous et pas\n assez à moi-même. Je n'avais que vous au m o n d e , votre mère\n étant morte en vous d o n n a n t le jour. J e fus orgueilleux de vous\net je fus humilié par vous! Si j'avais fait de vous un jardinier\nc o m m e moi, j ' a u r a i s aujourd'hui une maison, un jardin à moi,\nj ' a u r a i s une calme vieillesse, une douce mort. J'ai fait de vous\nun monsieur, un savant ; tout le fruit de mon travail, toutes mes\néconomies fondaient pour vous comme la neige au soleil. D'une\nlongue vie de travail, de toutes mes sueurs, savez-vous ce qu'il\nreste, fils? Il reste ceci... »\n      E t le malheureux sortit de sa poche une volumineuse liasse\n de papiers j a u n i s .\n      « Voilà ce qui me reste : la preuve et le souvenir de tout ce\n que j ' a i fait pour vous... »\n      Les magistrats feuilletèrent ces reliques.\n      T o u t e la vie de l'infortuné pleurait là, dans ces pages aux\ncoins recroquevillés, aux coins roussis, d a n s ces pages sem­\n blables à celles, souvent tournées, d'un livre de prières.\n      « X..., il ressort de toutes ces factures, de toutes ces notes, de\n toutes ces quittances, que votre père s'est sacrifié d u r a n t toute\n sa vie pour assurer votre avenir.\n"}, {"page_pdf": 908, "page_imprimee": 757, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2196, "texte": "                          LE FAON ET LE FILS                            757\n\n\n      » Malgré ses modiques ressources il vous a fait instruire, vous\n a payé le luxe d'un long séjour au collège, vous a exempté de la\n  milice... Aujourd'hui pour lui témoigner votre reconnaissance\n vous lui refusez du pain. C'est une indignité. »\n     « C'était bien la peine de me payer tout cela pour me\n taquiner aujourd'hui !\n     — Quelle est votre profession? interrompit le président d'une\n voix sèche et courroucée.\n     — Je suis agent comptable de la société de X......\n     — Que gagnez-vous ?\n     — T r o i s mille cinq cent francs.\n     — E t vous êtes célibataire ?\n     — Oui. Mais mon père, s'il le voulait, pourrait travailler\n encore. C'est la paresse qui....\n     — Vous êtes un ingrat, tonna le président. Vous souffririez\n que votre père travaille encore. Il a soixante-dix ans et ne peut\n se traîner. Il s'est tué pour vous... »\n     Je donnai lecture d'un certificat médical attestant que le\n pauvre vieux était incapable de tout travail. L u i , ajouta :\n     » Mes jambes et mes yeux n'en veulent plus, monsieur le\n P r é s i d e n t , sinon je ne serais pas ici. Oh ! fils, si je n'avais ma\nconscience et la crainte de vous déshonorer, j'irais tantôt\nd e m a n d e r au canal la paix et l'oubli.\n     — Jetez-vous au canal, vieux m e n d i a n t . Je paierai votre\ncercueil de grand cœur... »\n     Deux larmesjaillirent des yeux ternes et vitreux du vieillard,\ndeux larmes silencieuses roulèrent dans le sillon de ses joues et\nperlèrent sa barbe de neige.\n     L a canne oscilla sous la poussée des mains de cire.\n     Les magistrats se concertèrent. P u i s , le Président dit en se\nlevant:\n    « X..., le tribunal flétrit avec indignation votre conduite révol­\nt a n t e . Il vous expulse de cette salle. Huissier, expulsez cet\nhomme. »\n     Mon ami, depuis le début de cette scène, fronçait le sourcil,\nplissait les lèvres, torturait sa moustache d'une main, et de\nl'autre froissait nerveusement sa chausse dont l'hermine\nfrissonnait. Il s'approcha de son client. Avant que l'huissier n'ait\nobtempéré à l'ordre présidentiel :\n     « Monsieur, fit-il, veuillez faire choix d'un nouveau\n"}, {"page_pdf": 909, "page_imprimee": 758, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 616, "texte": "758                             DURENDAL\n\n\nconseil. Je désire ne plus intervenir dans cette lamentable\naffaire. »\n   Dès que nous eûmes franchi la porte de la chambre du\nconseil, mon ami me rejoignit.\n   « Ah ! si j'avais prévu tout ceci, me cria-t-il en me serrant\nle bras dans l'étau de sa main b r u s q u e et loyale, j ' e u s s e invité\nce mauvais fils à notre battue d'hier.\n   — Dans quel but ?\n   — L a piété filiale du gentil petit faon eût guéri le misérable\nde son atrophie du cœur.\n   — Le faon ? mais, malheureux, il l'eût tué ! »\n\n                                                  EDGAR     BONEHILL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-007", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 759, "page_fin": 760, "titre_corps": "Eaux boréales", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Eaux boréales On trouve encore en Amérique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 910, "page_imprimee": 759, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "Eaux boréales\nOn trouve encore en Amérique, tout au nord,\nDans le pays des rats musqués et des castors,\nOù seuls le brun trappeur en veste de fourrures\nEt le Huron, casqué de plumes,         aventurent\nLeurs mocassins prudents, pendant l'été frileux\nQui se iraine trois mois sous le pâle ciel bleu,\nOn trouve encore des eaux vierges qui           murmurent\nInterminablement     parmi les prés sans fin,\nDont l'herbe aux brins fluets se tasse en tapis fin.\nTour à tour lacs, ruisseaux, rivières, elles rôdent\nEn réseau de cristal dans l'immense          émeraude,\nAllongent leurs canaux et décrivent leurs arcs\nA travers le pays ondulé comme un parc.\nParfois, au fil de l'onde étincelante,     traîne\nLe panache d'un saule ou la frange d'un frêne.\nParfois, on voit trembler un bouquet de bouleaux\nDont les troncs maculés se reflètent dans l'eau\nEt dont les cimes se rassemblent et se penchent\nAvec un clapotis lointain de feuilles       blanches.\nPlus loin, sur la fraîcheur du gazon           smaragdin.\nSe détache, couleur d'encre glauque, le pin\nTénébreux, dont le dôme en texture          d'aiguilles\nBrunit le sol d'une moquette de brindilles,\nOu le sapin, dont le triangle, à ras du sol.\nS'étage en ailes d'aigle ouvertes pour le vol.\nPeu de fleurs. Mais toujours et à perte de vue.\nUne pelouse unie et rase d'herbe drue,\nAvec, parfois, le long des eaux d'un blanc de lis,\nLes sabres et les flammes pâles des iris,\nUne racine d'arbre étrangement        creusée\nEt de mousse gluante et glauque         tapissée.\nEt, çà et là, parmi le gazon, un caïeu\nDe perce-neige blanche ou de colchique bleu.\nO vers les eaux, mon cœur, vers les eaux liliales\nQui coulent dans la paix des plaines boréales !\nVers les limpides eaux, mon front, mon triste front,\nVers les eaux de cristal glacial et profond !\nVers les très claires, les très froides qui murmurent\nSur un lit de cresson, baptismalement pures!...\nSonge que le chevesne et l'omble d'argent bleu,\nQue la perche épineuse aux nageoires de feu,\nQue des poissons sans nombre en nuages de flèches\n"}, {"page_pdf": 911, "page_imprimee": 760, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2656, "texte": "760                              DURENDAI,\n\n\n      Y filent, en faisant pétiller des flammèches ;\n      Que souvent un saumon, à peine        remuant,\n      Lingot d'airain et d'or dans le cristal      fluani,\n      Lustre sa robe, au pur soleil épanouie,\n      En ouvrant et fermant lentement ses ouïes;\n      Que çà et là, soudain, dans un brouillard         vermeil,\n      Dans un ruissellement de gouttes de soleil,\n      Sur le miroir cassé des eaux qui      rejaillissent,\n      Les truites arc-en-ciel superbement       bondissent...\n      Songe aussi que l'on voit apparaître   parfois\n      Une hermine fluette, au fin museau     sournois,\n      Qui trotte au bord des eaux et prudemment      y pose\n      D'abord la patte, et puis un bout de langue     rose...\n      Mais songe que, surtout, tout le peuple canard,\n      Tous les vagues oiseaux vaguant dans le brouillard,\n      Sarcelles, poules d'eau, pluviers,      cygnes-trompette,\n      Tous ceux que l'édredon vêt de neige        proprette,\n      Ceux dont le col est vert moiré de reflets bleus,\n      Ceux dont le col serpente en reptile       onduleux,\n      Tous ceux dont le bec plat fait des cris monotones,\n      Tous ceux qui vont plaquant dans l'eau leurs pattes jaunes,\n      Et le peuple héron qui darde ses longs becs\n      Avec des râles sourds ou des claquements secs,\n      Ceux qui rêvent, ployant sous leur aile une patte.\n      Ceux qui portent au front une houppe         écarlate,\n      Ceux dont le poitrail blanc est de rose flammé.\n      Ceux qui gloussent, gonflant leur jabot         emplumé.\n      Ceux dont un fin manchon cerne la tête rase,\n      Ceux dont le bec se renfle ou s'effile à la base,\n      Tous ceux qui vont le col courbé dans les roseaux.\n      Tous ceux qui plongent et barbotent dans les eaux,\n      Tout le peuple hagard qui siffle dans les nues,\n      Oies sauvages, vanneaux, plongeons, cigognes,            grues.\n      Oh! songe qu'ils sont là, jabotant,      jacassant,\n      Parmi le clapotis du cristal     frémissant,\n      A l'heure vespérale où dans les eaux se baigne\n      Un globe d'or qui brûle et de braise qui saigne\n      Et où, sur l'horizon fantastique et vermeil,\n      De loin en loin, le col tendu vers le soleil,\n      De gigantesques    cerfs détachent leurs      ramures...\n      O mon cœur, vers les eaux très fraîches et très pures!\n      Vers les chastes et glaciales qui murmurent\n      Et serpentent sans fin parmi le gazon vert !\n      O mon cœur, vers les eaux baptismales ! O vers\n      Les claires et les cristallines qui  murmurent...\n                                                            VICTOR KINON\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-008", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 761, "page_fin": 764, "titre_corps": "Les cent sous du Petit Jésus", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Billaud", "ancre_debut": "Les cent sous du Petit Jésus Conte de Noël I HIER soir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 912, "page_imprimee": 761, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "Les cent sous du Petit Jésus\n                          Conte de Noël\n\n                                  I\n               HIER soir, Jean   a mis son soulier clans la cheminée.\n                     Depuis huit jours, Jean s'appliquait à être sage.\n                  L'a-t-il été? T a n t e Marie pourrait le dire.\n                     Si elle ne le dit pas, le petit Jésus, lui, s'est\n                  montré très satisfait. Il a trouvé le soulier trop\n                  petit.\n                     C'est vrai que dans une bottine de bébé, même\n                  de grand bébé de 7 ans, il tient peu de bonbons.\nJugez donc qu'en plus des bonbons il y avait une trompette\net un tambour.\n   L e petit Jésus s'était tiré d'affaire de son mieux.\n   C o m m e la bottine ne suffisait pas, il avait, par précaution,\nétalé dessous une belle feuille de papier blanc sur laquelle, du\nsac trop plein, s'était écroulé un tas de pralines roses. Puis, à\ndroite, la trompette; à gauche, le tambour. Et, sur le cornet\nbéant, un mignon porte-monnaie, avec, dedans, une pièce toute\nneuve, une jolie pièce de 5 francs.\n   Jean était ravi. Ce qui le ravissait surtout, — je vous le confie\ntout bas pour ne pas faire de peine à tante Marie — c'était\nmoins le tambour, les pralines et la trompette, que cette large\npièce de 5 francs qui luisait dans sa menotte comme un soleil.\n   « Cent sous », lui avait dit tante Marie.\n   Cela valait cent sous!\n   Mais, alors, Jean était très riche. Il pourrait acheter tout ce\nqu'il voudrait.\n   Jean est très riche, vraiment. Et comme, jusqu'alors, on ne\nlui a guère donné que de la menue monnaie, rarement une\npetite pièce blanche, — voyez comme les enfants sont capri­\ncieux — il veut savoir combien de sous ferait cette grosse pièce\nde 5 francs.\n"}, {"page_pdf": 913, "page_imprimee": 762, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "762                          DURENDAL\n\n\n\n   T a n t e Marie est si bonne qu'elle cède du premier coup au\ndésir de son petit h o m m e . Elle va à son secrétaire. Jean la suit,\nles yeux allumés par la curiosité. Elle ouvre le tiroir où se\ntrouve tant d'argent. Minutieusement, sur le bureau, elle aligne\ndes piles de sous.\n   U n e , deux, trois...\n   Puis, soudain, les sourcils froncés, elle se renverse clans son\nfauteuil.\n   Jean est inquiet...\n   « Mon pauvre Jean, je n'en ai pas assez! »\n   Jean saute de joie.\n   « J e suis plus riche que tante ! »\n   T a n t e envoie chez le boulanger chercher les sous qui\nmanquent.\n\n                                  II\n   — N'est-ce pas, tante?... Je puis acheter un sucre d'orge gros\ncomme ça et long comme ça?\n   — Mais oui, mon mignon.\n   — Ou bien une automobile... une vraie... avec des hommes\ndessus?... Ou un canon?...\n   — Certainement. U n e automobile... ou un canon.\n   — Moi, j'aimerais mieux le canon. Et toi, tante?\n   T a n t e ne répond pas.\n   — Dis, tante, réponds ! T u n'as pas l'air de m'écouter. Que\nfaut-il acheter avec mes sous?\n   T a n t e Marie attire doucement le petit garçon et l'asseoit sur\nses genoux.. Alors, d'une voix grave :\n   — Ecoute-moi bien, mon Jean. Il ne faut rien acheter.\n   — O h ! t a n t e . . . rien acheter!\n   — Voyons, chéri! il ne faut pas faire la mine comme cela.\nC'est très vilain. T u ferais de la peine à tante Marie et au petit\nJésus. L e petit Jésus — tu ne le savais pas — est très, très\npressé la nuit de Noël. As-tu compté toutes les cheminées de la\nville? T u pourrais recommencer cent fois que tu en oublierais\ntoujours quelques-unes. Comprends donc que le petit Jésus qui,\nlui, a toutes les cheminées du monde à visiter, il peut bien lui\narriver d'en passer de-ci de-là, faute de temps. Alors comment\ns'y. prend-il? P o u r ne point faire de jaloux, tous les ans, quand\nil arrive chez un enfant qu'il sait avoir bon cœur, comme mon\n"}, {"page_pdf": 914, "page_imprimee": 763, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "                 LES CENT SOUS DU PETIT JÉSUS                      763\n\n petit Jean, il se dit : « A la bonne heure! voilà le soulier d'un\ngarçon bien gentil. Je n'ai pas le temps d'aller chez les voisins,\noù pourtant des souliers m'attendent. Ça ne fait rien. Je vais\nlaisser ici cette jolie pièce toute neuve. Et le petit garçon\nl'offrira, demain, pour moi.\n    Jean a écouté tout le temps.\n    Quand tante Marie a fini de parler, il quitte son air rêveur et\nla regarde bien au fond des yeux.\n    — Il dit cela, le Jésus?\n    — Il l'a dit.\n    — Alors, le petit garçon, tu sais, celui qui habite tout en haut\nde l'escalier et que j ' a i rencontré tout à l'heure...\n    — E h bien?\n    — Il étaitsi triste! Peut-être qu'il avait trouvé son soulier vide.\n    — T u vois, le petit Noël a compté sur toi.\n    — Alors, si je lui donne mes sous, je serai son Jésus, au petit\ngarçon?\n    — Oui, comme tu es le mien, mon amour.\n    E t tante l'embrasse longuement.\n    Jean s'est sauvé des bras de tante Marie. Il court vers la table\noù il s'est ingénié longtemps à faire des piles égales en mettant\nles sous les uns sur les autres. Il hésite un instant, n'osant\ndéfaire ce beau travail. O h ! rien qu'un instant! car sa main a\nvite renversé les piles de sous qui s'allongent sur le tapis en\ntintant.\n    T i e n s ! on dirait que les sous ont parlé.\n    « D i n ! din ! chantent les uns. T a cassette, petit Jean, va\nrester vide. Garde-nous. Nous te vaudrons une foule de bien\njolies choses. Nous partis, adieu le canon! adieu les friandises!\nadieu l'automobile! Garde-nous, tu seras heureux.\n    — D i n ! d i n ! implorent les autres. Petit Jean, n'écoute point\nces enjôleurs. Ce n'est pas pour toi que le bon Dieu nous a mis\ndans ton soulier, sur le paquet de dragées. C'est pour le petit\ngarçon que tu sais bien. Allons, courage! sois son Jésus ! Montons\nensemble à la mansarde. Donne-nous. T u seras si heureux! »\n    Cette dernière voix décide J e a n . Il va devenir le Jésus de\n Noël.\n    Sous les yeux attendris de tante Marie qui, par-dessus ses\nlunettes, avait observé tout le temps sans faire mine de rien,\nJ e a n sort du salon.\n"}, {"page_pdf": 915, "page_imprimee": 764, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "764.                           DURENDAL\n\n\n\n                                   III\n\n   Jean grimpe l'escalier qui mène à la mansarde. Il grimpe si\nvite qu'on jurerait qu'il a des ailes, comme on en voit aux anges\nqui font les commissions du petit Jésus.\n   Il grimpe, il grimpe toujours.\n   A chaque marche, les sous qu'il porte dans sa casquette se\nheurtent en une musique réjouissante.\n   Il arrive, à bout de souffle, sur le dernier palier.\n   L a mansarde est en face.\n   Il sait comment on y entre. Plus d'une fois, tante Marie l'a\nemmené avec elle pour faire la charité aux pauvres gens. On\nouvre d'abord ; on compte trois pas dans un couloir où il fait\ntoujours nuit et l'on est devant une autre porte dont il s'agit, en\ntâtonnant, de trouver la clef. C'est là que demeurent le petit\ngarçon et sa m a m a n .\n  Jean a pénétré dans le couloir. Il marche sur la pointe des\npieds. Ce n'est pas qu'il ait peur ! Oh ! non !... mais il est devenu\ntimide tout d'un coup. Son cœur bat très fort, comme les fois\noù il va jouer un bon tour.\n   Il s'arrête. On chante derrière la porte :\n\n                    Une étable est son logement,\n                    Un peu de paille est sa couchette.\n                    Une étable est son logement,\n                    Pour un Dieu quel abaissement !\n\n   Jean est tout ému. S'il a écouté derrière la porte, c'est malgré\nlui, car il n'est pas curieux. C'est la faute à la chanson dont\nl'air était si doux et si triste. L a m a m a n qui chante lui rappelle\nl'autre m a m a n , agenouillée près de la crèche où grelotte le petit\nJésus.\n   Brusquement, Jean pousse la porte et prenant à deux mains\nsa casquette, vlan! de toutes ses forces, il lance les sous dans la\nmansarde. Les sous tombent avec un bruit de mitraille et s'épar­\npillent dans tous les coins, pendant que le brave petit J e a n , le\ncœur rempli d'aise, crie en se sauvant :\n   « C'est de la part de Jésus! »\n\n                                                   PIERRE   BILLAUD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-009", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 765, "page_fin": 772, "titre_corps": "Du rôle de l’Art en apologétique : V. De la valeur d’art du sentiment religieux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A.-D. 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Il s'agit de savoir si la\n                    pensée religieuse, et en particulier la pensée chrétienne et\n                    catholique possède une valeur d'art; si par quelque côté\n                    elle peut être jugée étrangère ou antagoniste; si elle a pour\n                    elle les faits, dans la longue carrière qu'elle a fournie et à\n                     l'épreuve des contacts permanents qui se sont établis entre\nelle et l'art ou les artistes; enfin si aujourd'hui, après les bouleversements\nsurvenus, les points de vue individuels et sociaux changés, la religion et ce\nqui dépend d'elle peuvent, à ce point de vue, être assurés encore de l'avenir.\n\n   Et tout d'abord, quelle est la valeur d'art du sentiment religieux en\ngénéral ?\n   On remarquera que ce sujet n'est guère qu'un retournement d'une donnée\ndevenue pour nous familière. L'art peut-il évoquer le sentiment religieux ?\ndemandions-nous. S'il le peut, pour des motifs semblables simplement pris\nd'un autre biais, le sentiment religieux appellera et soutiendra le travail de\nl'artiste. Il y a là une réciprocité nécessaire. Dire que l'art exprime la nature,\net qu'il fomente en nous le sentiment de la nature, n'est-ce pas impliquer ce\nsous-entendu : La nature à son tour éveille l'art? Il en est ici de même. Tout\nobjet appelle et nourrit la fonction qui lui est relative. La lumière fait percer\nles bourgeons de la plante; la puissance de végétation de celle-ci sollicite\nla lumière, l'invite à pénétrer les tissus et l'initie a la chimie subtile de\nla sève.\n   Il faut d'ailleurs dépasser a priori, et regarder de plus près les choses.\nQu'on prenne bien garde à l'importance du problème posé : c'est de la surface\nseulement qu'on pourrait le qualifier occupation de dilettante. S'il était\ndémontré que le sentiment religieux est sans nulle valeur d'art, il serait\ndémontré aussi, et péremptoirement, que le sentiment religieux est sans valeur\n"}, {"page_pdf": 919, "page_imprimee": 766, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3405, "texte": "766                               DURENDAL\n\n\nvitale; qu'il est une superfétation, une erreur. Comment ce qui vaut pour la\nvie ne vaudrait-il point pour le « miroir de la vie » ? L'exposé des rapports de\nla religion et de l'art est donc un chapitre important de l'apologétique.\n\n     Or, qu'est-ce que la religion ? Pour en donner une notion générale, qui se\n puisse appliquer à tous les cas, on pourrait avancer la définition suivante : La\n religion est le lien qui rattache la créature humaine à la réalité mystérieuse\n dont elle se sent dépendre, elle et le milieu immédiat où elle plonge, et dont\n dépend par suite sa destinée.\n     On conçoit à merveille jusqu'où porte, dans le sens des conclusions désirées,\n une définition de ce genre.\n     En fouillant jusqu'au fond de la nature, telle que l'expérience immédiate\n nous la livre, nous éprouvons aussitôt son insuffisance. Insuffisance à s'expli­\n quer elle-même, à se mouvoir elle-même, à se régir elle-même, à se faire\n aboutir elle-même : d'où nécessité de requérir pour elle une source de son\n existence, de son activité, de son intelligibilité, de ses tendances, de son tra­\n vail. C'est ainsi que nous prouvons la « réalité mystérieuse », et après l'avoir\n prouvée, ou éprouvée, que nous nous sentons en rapport avec elle pour autant\n qu'en esprit et en œuvre, pour penser et pour agir, nous vivons du « milieu\n immédiat » qui ne se soutient que par elle.\n    Cherchant ensuite en nous, nous reconnaissons la même insuffisance. Cela\n va de soi pour une part, car nous sommes nous aussi un objet de nature ; si la\n nature a besoin de complément, nous aussi, nous en elle. Eclats de l'obus\n universel, lancés par les puissances de l'être à la conquête d'une destinée par­\n ticulière, mais forcément incluse dans le Tout, nous ne pouvons prétendre\n nous suffire sans que se suffise aussi l'immense projectile. D'ailleurs, pour des\n motifs spéciaux, notre vie ne saurait se présenter comme un système clos,\n bouclé de cohérence. Nous ne sommes pas seulement un objet, nous sommes\n tel objet ; nous sommes êtres pensants, voulants, agissants, — et souffrants.\n Notre pensée révèle notre insuffisance en tant qu'elle pose la vérité, et que la\n vérité pour être elle-même a besoin de l'Axiome éternel, source d'intelligibilité\n et dernier fond de la recherche. Notre vouloir révèle notre insuffisance en ce\n qu'il pose le bien, et qu'il ne trouve en soi ou dans la vie ni de quoi fonder\n le bien sans le premier Bien, ni de quoi l'accomplir avec une ampleur qui la\n satisfasse. Notre souffrance pose à son tour le problème qui a tant tourmenté\n Pascal, celui de la contradiction d'un être qui se trouve lancé vers le bonheur,\n qui est un appétit de bonheur ambulant, et qui ne trouve d'objets qu'oppri­\n mants, soit par hostilité, soit par irréparable misère. Et enfin notre action\n extérieure, poussant sa pointe dans la direction de l'inaccessible, nous prêche\n l'inaccessible, le plénier et indéfectible Objet que toute perspective d'action\n manifeste.\n    On le voit, nous aboutissons au divin en opérant une double plongée ultra­\n consciente : plongée dans l'océan de la nature; plongée dans la mer intérieure\n de notre âme, moins étendue et plus profonde. Or, comment opérer cette\n plongée sans rencontrer la perle de l'art ? Impossible. En cherchant l'or dans\n'la matière, les alchimistes ont contribué à faire connaître la matière; en cher-\n"}, {"page_pdf": 920, "page_imprimee": 767, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3303, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                             767\n\n\nchant Dieu dans la nature, on découvre d'abord la nature, et en cherchant\nDieu en soi, on se découvre, soi, on se juge en son essence, en ses aspirations,\nen son infini. Et ce que je dis de l'individu, je le dis des groupes, je le dis du\ngenre humain, car le genre humain aussi a une âme, et des aspirations, et un\ninfini. En allant à la recherche de Dieu en la vie sociale, à travers les élans\nsociaux vous devez rencontrer élargie la vie humaine.\n    Or, l'art n'est pas autre chose que le sens de la vie humaine, en tant qu'elle\nest esthétiquement exprimable. La source d'art est là, dans l'officine secrète\nde la vie, dans des intimités de signification à l'égard desquelles les formes\nextérieures ne sont qu'un langage. Nous l'avons dit, comprendre la poussée\nintérieure des choses, comprendre le sens intime ou la direction générale de la\nvie : voilà le rôle de l'artiste. Le reste, les formes, les procédés, la technique,\nc'est la calligraphie ou l'orthographe : on n'y échappe point; mais ce n'est pas\navec cela que se font Platon ou Pascal.\n   Qu'on ne croie donc pas possible à l'homme religieux, s'il est doué par ail­\nleurs de cette capacité de vibration qui caractérise l'âme d'artiste, de ne pas\ntrouver l'inspiration là où il trouve l'émotion religieuse.\n   Nous pouvons nous en assurer autrement encore. Ne cherchons plus la\nreligion : supposons-la trouvée, et demandons-nous si ce qu'elle dit, si les états\nd'esprit qu'elle suggère ne sont pas dans la direction du sentiment d'art le plus\nauthentique\n   Bien entendu, il s'agit ici de religion vécue et personnelle, non de celle qui\nne dit que l'hérédité, la routine, la pression du milieu sur un être sans ressort\nintime.\n   Mais la religion vraie, qu'inspire-t-elle?\n   A l'égard de la nature, le sentiment de l'homme religieux est celui-ci : La\nnature est le langage de Dieu; elle en jaillit pour l'exprimer, faiblement sans\ndoute, mais de la manière qui convient à l'auditeur extasié de cette parole.\nDieu ne peut se dire avec plénitude qu'au dedans, par cette parole substan­\ntielle qui est son Verbe. Au dehors, ses manifestations tombant dans le\nmultiple, tombent aussi dans le partiel et dans l'imparfait. Mais enfin la\nnature épèle Dieu, et chaque être en dit à sa manière une syllabe.\n    De plus, la nature née de Dieu réalise ses vouloirs; elle est son instrument;\nil lui a donné de faire en même temps qu'il lui a donné d'ûtre, et ce qu'elle\nfait, c'est ce que l'éternité décide.\n    La nature est ainsi divine : premièrement par ce qu'elle signifie, deuxième­\nment par ce qu'elle réalise. Divine idéalement et divine pratiquement : tel\nest son sens profond, son essence.\n   Or je demande si de jeter ainsi dans la nature tout le mystère de Dieu, de la\nfaire palpiter en Lui, de la faire clamer par toutes ses voix, les plus muettes\nautant que les plus sonores: Dieu! Dieu! Dieu!..., puis de voir un drame\ndivin dans les combinaisons gigantesques ou les intimités subtiles de ce\ntravail par lequel la nature va à ses fins, ce n'est pas ouvrir une source d'art\n inépuisable'!'\n    Comment diviniser l'objet sans exalter la faculté qui s'y attache? « Quand\nles petits s'attachent aux grandes choses, elles les font devenir grands », a écrit\n"}, {"page_pdf": 921, "page_imprimee": 768, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3471, "texte": "768                                DURENDAL\n\n\nS. Augustin. Si la nature est-grande au point d'être divine, l'artiste, s'il la voit\nsous cet angle, se sentira invité au plus sublime travail.\n   Qu'on lise Ce qu'on entend sur la montagne — je cite au hasard — et qu'on\nvoie en quelques traits splendides ce que produit dans l'âme d'artiste cette vision\nreligieuse du monde. Ce n'est plus la mécanique de Diderot, avec ses roues, ses\npoulies et ses cordages : c'est une vie à la façon d'Homère et de ses dieux, mais\nautrement haute, car je ferai voir la différence entre le divin des chrétiens et\ncelui d'Homère. Mais que dis-je? Au lieu de lire Hugo, ou Milton, ou\nquelque autre, qu'on lise plutôt la Bible. Dans quelques Psaumes, dans Job,\ndans le Cantique des Cantiques, la plus merveilleuse poésie jaillit de ce\nsentiment et développe cette pensée tant de fois répétée : Eternel, ton nom est\nmagnifique par toute la terre. (Ps. 106.) Un anthropomorphisme puissant,\nmoyen esthétique d'une pensée haute prête à toutes choses une âme et une\nsorte de vie divines. Pour le poète biblique comme pour François d'Assise, la\nroche qui suinte pleure les péchés des hommes; ie passereau des toits chante\nà Dieu; la cigale invisible et sonore est un hymne vivant que la terre lance;\nle lion des antres attend sa nourriture d'en haut. Dans le cerf altéré qui brame,\nil entend le désir humain, désir immense que seules les sources éternelles\ndésaltèrent. Le chameau sans sa charge, c'est l'obéissance tranquille et\nvaillante; l'alouette, c'est l'amour du ciel; l'agneau c'est la pureté douce; le\nlézard dans les ruines est une larve du peuple écrasé sous les vengeances du\nTrès-Haut. Les forces brutes elles-mêmes s'animent et deviennent un peuple\noù Dieu règne. Les montagnes bondissent à sa voix; la mer s'enfuit; les fleuves\nreculent; l'avalanche se précipite sur ses adversaires. Les vents sont ses\nmessagers, la grêle ses flèches, le tonnerre son cri, le feu son ouvrier, le soleil\nson nimbe, l'éther son pavillon, les étoiles une armée qu'il règle, tout le ciel\nlumineux son regard.\n   On ne saurait discuter la valeur esthétique d'une telle disposition d'esprit;\nelle est au premier chef inspiratrice ; tout le fluide divin contenu dans la nature\nva pénétrer l'âme qui la contemple, l'exalter en émotion et y faire jaillir la\nbeauté en étincelles.\n   J'ai fait tout à l'heure allusion à François d'Assise : cette vision de la nature\nest en effet sa caractéristique. Or voyez : l'art est là tout proche. Il le cueille\npour son compte dans ses cantiques; il invite à le cueillir, et tous ceux qui\nentrent avec du génie dans la voie par lui ouverte, depuis Jacopone et Giotto,\nses contemporains, jusqu'à Dulac, le nôtre, s'élèvent au-dessus d'eux-mêmes.\n   N'est-ce pas pour cette raison que le sentiment panthéistique contient une\npoésie si facilement tentatrice? Le panthéisme, c'est la divinité de la nature\npoussée à l'outrance, jusqu'à la confusion entre le ruisseau et la source. Or les\npoèmes hindous et plus d'un spécimen d'art moderne nous font voir combien,\nle talent toujours supposé, le sentiment qui naît là prend de puissance.\n   Ce que nous gardons du panthéisme, c'est la présence de Dieu et l'action de\nDieu en toutes choses, et c'est assez, en écartant l'excès, pour maintenir l'ins­\npiration ; pour transposer en mode divin, au bénéfice de l'art, le son que rend\nla vie universelle.\n   Pourquoi les fêtes religieuses de la nature : les Rogations, les fêtes des\n"}, {"page_pdf": 924, "page_imprimee": 769, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3208, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                             769\n\n\nMoissons, les messes de la S. Jean en Italie attirent-elles les peintres ? Est-il\nune fête des fleurs, à Paris ou à Nice, qui puisse à leurs yeux les valoir ? Or\nla raison unique de leur préférence, c'est que la religion mêlée à la nature en\ngrandit la notion, y fait murmurer Dieu dans les souffles, le fait sourire\ndans la lumière, fait éclater sa douce gloire dans l'émail cloisonné de coteaux\naux zones multicolores, dit sa bonté dans l'amoncellement des gerbes, dans le\npoids des épis fléchissants, dans le gonflement du flot breton qui soupèse la\nbarque et lui promet l'appui de sa puissance, dans tout ce que le prêtre bénit\npour qu'il croisse, — tranche de Dieu pour les fils de Dieu, substance du Pélican\nsacré qui de la plaie saignante du vignoble et du sein lacéré des labours laisse\ntransfuser sa vie en la nôtre.\n   Les fêtes antiques avaient splendidement préludé à ces fêtes chrétiennes.\nElles aussi, imparfaitement, tentaient de rendre la nature à son sens divin,\naussi la poésie et tous les arts y avaient-ils trouvé une matière éminemment\nriche.\n\n   Que si nous restreignons le champ et, quittant la nature générale, nous\npénétrons dans l'homme, nous constaterons que la présence de Dieu éprouvée\npar le fait du sentiment religieux est une valeur inspiratrice supérieure. Agnosce,\no christiane, dignitatem tuam ! Cet appel de Grégoire le Grand au sens humain\nreligieux n'est-il pas en même temps un appel d'art ? Dites à l'artiste : Ton\nobjet principal, celui auquel tu reviens comme à l'inépuisable et l'immarces­\nsible : l'homme, est un objet divin; cette flamme légère de l'esprit, c'est un\nreflet de la pensée créatrice ; cette petite volonté chancelante, c'est quand même\nune servantedesvouloirsd'En-Haut, une collaboratrice; cette action, c'est une\npart des réalisations éternelles ; ce désir, c'est comme un cri de Dieu à Dieu,\nde Dieu qui a besoin, en nous, à Dieu qui donne. Quel sentiment de nos états\nintérieurs, quelle idée de notre vie n'allez-vous pas ainsi communiquer ! Drame\nsacré de l'existence, que le divin toujours présent élève à sa hauteur; où le\nbien prend une valeur transcendante, où le mal dit une horreur sans nom; où\nla souffrance s'enveloppe d'un mystère profond comme les arcanes de Dieu,\nau lieu d'être la banale « tuile qui tombe » !\n   Toutes les phases de la vie profiteront de cette surélévation de niveau esthé­\ntique. Au lieu du jeune anthropoïde dont le matérialisme guette les gestes\nsimiens, l'enfant sera le charmant revenant céleste. On lui dira poétiquement :\nVa prier\n                    Pour celle qui te prit, jeune âmc, dans le ciel\n                    Et qui te mit au monde.\n\nSa venue sera un apport des cieux, et l'appel de nature qui le réclama un\ntravail en commun entre la divinité de l'amour et les influences supérieures.\n   Quand le grand courant se saisira de cet être et l'entraînera, péniblement\nquelquefois, dans les anses tourmentées ou dans la vacuité du large, la poésie\nchrétienne le verra néanmoins gardé à l'idéal; elle écrira qu'il est « là où il\nplaît à Dieu », et à cette pensée, Il Santo ira noyer son cœur dans une douceur\nd'étoiles.\n"}, {"page_pdf": 925, "page_imprimee": 770, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3403, "texte": "770                                DURENDAL\n\n\n   Quand enfin l'aboutissement sera proche, ou qu'il sera prévu, les au-delà\nmystérieux du rêve chrétien raviront la muse religieuse. Aller retrouver\nDieu ! tel sera le sens de la mort. L'élan de ce départ en esprit, puis en vérité\nentraînera l'homme de l'art vers des ampleurs dont l'incrédulité est bien igno­\nrante.\n   Toute une philosophie sacrée, une théologie, une révélation, pourrais-je\ndire, une prophétie au sens antique du mot (manifestation des choses cachées)\nsera mise ainsi à la disposition de l'artiste. Il ne se peut pas qu'il n'y grandisse,\net que l'œuvre, en ses mains, ne double la valeur qu'elle tient de ses qualités\npersonnelles de toute celle qui ressort d'un tel idéal.\n\n   Orientons encore la recherche en un autre sens.\n   La religion, qui nous donne Dieu et divinise par là notre existence, nous\npousse aussi vers Dieu, et dans ce mouvement, tend à entraîner après nous\ntout ce qui mène avec nous une vie fraternelle. Les autres hommes, la nature\ninférieure aussi font en quelque façon partie de nous, puisqu'en raison de\nl'unité fonctionnelle du tout, un seul être au complet implique en réalité tous\nles autres. Je ne suis pas homme devant Dieu ni dans le « royaume de Dieu »\nsi je me sépare de mes frères, de ceux que j'aime et que je dois aimer, de mes\nfrères mêmes d'en bas qui m'ignorent, de la nature, de tout, puisque tout est à\n Lui et en Lui avec moi, puisque tout est donc avec moi en liaison intime. Nous\nsommes sortis de l'univers divin, mais nous n'en sommes pas sortis tout à fait,\nnous y vivons, nous y plongeons, nous y tenons par nos racines. L'univers nous\npénètre par tous les pores. Nous sommes une pyramide dont la base est la\nmatière pure, le sommet la pensée, et Dieu est notre prolongement d'en haut,\net les hommes, nos semblables, sont notre prolongement à niveau, et la nature,\ntoute la nature est notre prolongement d'en bas. D'où le vocatif chrétien\nrelatif aux hommes : Frères; d'où cette appellation appliquée aux animaux :\nnos frères inférieurs; d'où le langage du Poverello disant : Mon frère le soleil,\nma sœur la lune. Sortis de la pâte universelle, y demeurant à demi confondus,\nquand nous allons à Dieu nous ne pouvons faire moins que d'essayer d'y\nentraîner avec nous tout le reste. De là vient que tout homme vraiment reli­\ngieux est un apôtre; que plus il est religieux, plus il est apôtre, et plus son\napostolat s'étend loin, jusqu'à envelopper dans les flammes du désir, pour\nessayer de les consumer devant Dieu, toutes créatures. Benedictie omnia opera\nDomini Domino : Œuvres de Dieu, bénissez Dieu, afin que mon hommage,\nsuscitant le vôtre, s'achève. Personne n'est ici suffisant; que du moins tout\naccoure, et concoure, et s'exalte, gonflant le flot qui veut aller battre le divin\ntrône, au sommet de la création. Quand le psalmiste parle ainsi, il se met sur\nla voie de l'inspiration poétique la plus riche, car pour entraîner avec lui la\nnature, il va l'humaniser, il va y diffuser son âme, et pour entraîner avec lui\nles autres hommes dans l'élan religieux, il va fouiller en eux dans les profon­\ndeurs, éveillant des échos divins là où la vie banale ne savait faire vibrer que\ndes sonorités sans puissance.\n   La religion divinise tout avant de l'offrir aux méditations de l'homme; la\nreligion humanise tout, mais d'une humanité supérieure, afin de le consacrer\nau culte de Dieu.\n"}, {"page_pdf": 926, "page_imprimee": 771, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                               771\n\n\n   Finalement, l'homme religieux, en se jetant lui-même au divin, exalte en\nsoi des sentiments dont le reflet esthétique est d'une valeur incomparable.\n« Des yeux levés au ciel sont toujours beaux », a écrit Joubert : à plus forte\nraison une vie élevée au ciel, à plus forte raison des sentiments, des pensées,\nune harmonie intérieure rendue visible et contagieuse par les moyens de l'art.\n   « Voulez-vous voir la beauté de l'âme, disait aux artistes de son temps\nSavonarole, regardez une personne, homme ou femme, en qui l'esprit domine\nles sens; regardez-la quand elle prie et qu'elle s'éclaire d'un rayon de la beauté\ndivine, ou quand elle a terminé sa prière: vous verrez la beauté de Dieu briller\nsur sa face, vous verrez un visage angélique (1). » Ingres en avait fait la\nremarque : \" Toutes les religieuses paraissent belles, et je suis sûr, disait-il,\npar expérience, qu'il n'y a point d'ornement artificiel ou de parure étudiée qui\npuisse causer la moitié de l'impression que produit le simple habit d'une reli­\ngieuse ou d'un moine. \"\n    « J'ai souvent remarqué, dit-il encore, j'ai souvent admiré dans les églises\nles sentiments d'affection et d'amour qui animent les visages des personnes\npieuses (2). » Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que même la laideur, même\nla difformité peuvent prendre sous ce reflet une qualité esthétique surprenante.\nQu'on ne s'en étonne pas. La passion transfigure tout, et cette passion divine\nqu'est le sentiment religieux a certes plus que nulle autre de quoi illuminer un\nvisage, hausser le ton d'une vie, de telle sorte que l'art v puisse trouver son\n bien avec une prodigieuse abondance. S'il ne l'y trouve pas, c'est de deux\nchoses l'une : ou qu'il ne cherche point, ou que l'extrême difficulté du travail\na su le vaincre. On sait que de grands génies ont ici porté à faux; on sait que\nde grands chrétiens ont manqué de même. Mais aussi quel terrible problème :\n humaniser le surnaturel et surnaturaliser l'humain! Pousser vers cet effort,\nc'est inviter aux plus subtiles recherches de l'expression, et celui qui le saurait\n faire saurait tout. Quel maître que celui qui ferait un bon Christ au Jardin\ndes Olives ou un bon Sacré-Cœur ! C'est pour cela sans doute qu'il n'y en a\n point.\n                                           *   *\n   Notons que cette valeur d'art du sentiment religieux comprend, tout en les\ndépassant, celles qui forment la vie couranle. Beaucoup se figurent que la\nreligion est une spécialité; qu'elle pousse, plante précieuse ou vaine dans un\ncoin ou au milieu du jardin de la vie, laissant le reste à d'autres cultures. C'est\nune profonde erreur. Aucune âme religieuse n'accepte un tel dualisme. La\nreligion, c'est toute la vie, vue sous un certain angle et pénétrée des divines\ninfluences C'est par l'évolution intégrale de cette vie que nous devons donner\nsatisfaction au surnaturel, qui nous attend et nous sollicite. Il s'agit de la\nsurélever, de la transposer en valeur et de la porter plus loin : mais c'est elle.\nIl s'ensuit que si la religion véritable, c'est toute la vie menée en l'orme sur­\nnaturelle, l'art religieux c'est aussi tout l'art, à condition qu'il subisse le point\n\n\n  (1) Œuvres, t. III, p. 45.\n  (2) Notes et pensées de M. Ingres, p. 128.\n"}, {"page_pdf": 927, "page_imprimee": 772, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "772                                DURENDAL\n\n\n\nde vue et l'orientation spéciale que la pensée religieuse détermine. Omnia\nvestra sunt. Nous retrouvons ici la pensée de saint Paul.\n   De même que la religion n'éteint rien, ne supprime rien — sauf le mal, qui\nn'a pas rang parmi les réalités authentiques,— ainsi l'ail religieux n'ignore ni\nne méconnaît rien, fût-ce l'objet le plus profane : elle enveloppe, elle absorbe\nl'objet inférieur, en ce qu'elle l'oblige à entrer dans un courant où ses limites\ns'effacent, où, ruisseau dévoré par le fleuve, il se fond en un flot débordant qui\ncourt à toute vitesse vers la mer.\n   O mer divine, où il est bon de courir et où se perdre, c'est se retrouver dans\nl'émerveillement de la beauté sans rivage!\n   Qui veut sauver sa vie la perdra, et qui consent à la perdre la sauve : cet\ninsondable mot trouve ici son application rigoureuse. L'art qui refuse Dieu se\nrestreint, puis coule à la matière où il s'étiole. L'art qui se donne à Dieu trouve\ntout Dieu, et avec Dieu tout ce qui est de Dieu, c'est-à-dire vraiment tout :\ntout soi, par le fait d'une inspiration développée en plénitude, et tout objet,\nparmi ceux qui peuvent donner au choc une étincelle, ou. taillés en joyaux,\nmettre leur flamme légère ou leur aigrette ardente au diadème de l'humanité.\n\n  (A continuer.)                                   A.-D. SERTILLANGES,\n                                            Professeur à l'Institut catholique de Paris\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-010", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 773, "page_fin": 775, "titre_corps": "Les Poèmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "Les Poèmes Toute la Flandre la Guirlande des Dunes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 928, "page_imprimee": 773, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "Les Poèmes\nToute la Flandre : la Guirlande des Dunes, par E M I L E VERHAEREN (Bruxelles,\n  D e m a n ) . — Voyages vers mon Pays, par PAUL SPAAK (Bruges, Herbert). —\n  Anthologie d'ALBERT GIRAUD (Association des écrivains belges). — Sur l'autre\n  Rive, p a r OMER D E VUYST (Bruxelles, L a m e r l i n ) . — Au bord des Landes, par\n  JOSEPH JEANGOUT (Verviers, Edition artistique). — Rayons d'âme, par MARIA\n  BIERMÉ (Edition de la Belgique artistique). — Fifre et Pipeau, par E M I L E\n  DESPRECHINS (Bruxelles, imprimerie de l'Action catholique).— Préludes, par\n  JEAN MARÉCHAL ( Bruxelles, H e u t e n - S e g o n d ) . — Fantaisies, par E L O I S E R ­\n   VAIS (Verviers, Edition artistique).\n\n    Les poètes belges ne chôment guère, imitant en cela leurs confrères de\nF r a n c e . Ce n'est pas chez nous, vraiment, que les abeilles de l'Hymette se\nrefusent à faire leur miel. On entend bien qu'il y a à p r e n d r e et à laisser dans\ncette a b o n d a n t e produclion; mais enfin nos poètes travaillent : labor improbus\nomnia vincit. Il arrive qu'un p u r chef-d'œuvre se dégage de cet ensemble : tel\nfut le cas pour la Guirlande des dunes et les Voyages vers mon pays, le premier de\nces livres affirmant simplement la persistance d u don lyrique chez le plus\nfécond et le plus puissant des poètes d'ici, le second révélant, avec u n e\nsoudaineté qui a surpris tout le m o n d e , un talent singulièrement ferme,\nbrillant et profond à la fois, et dont l'inattendue maturité me défend de\nprononcer l'expression traditionnelle de « belle et généreuse promesse ». L e\npremier recueil de M. P a u l S p a a k le place, d'emblée, dans le très petit\nnombre d e n o s meilleurs poètes : j ' e m p o r t e en E g y p t e , p o u r le relire au\nretour (comme il sied de le faire) et pour en parler à loisir, ces Voyages vers\nmon pays, dont tant de vers merveilleux habitent déjà ma mémoire. J e vous\nentretiendrai p a r la même occasion de la Guirlande des dunes, qui s'apparie si\nbien au livre de M. Spaak, et de l'anthologie, qu'on vient de publier, du fier\net p u r poète qu'est Albert Giraud.\n\n   M. O m e r De Vuyst a d o n n é , lui aussi, un intéressant maiden-book, d'une\nfacture déjà forte et sûre, d'une inspiration noble et large, d'un art sobre et\npresque parfait. M. D e Vuyst, qui fait peu de bruit dans les revues (comme\nd'ailleurs M. Paul Spaak), est un excellent poète parnassien, que tourmente\nle hautain souci d'une forme impeccable et splendide. Pareille ambition est\ndevenue trop rare, à notre époque de débraillé, de désordre, de va-comme-je-te-\npousse, pour que ce ne nous soit point u n e joie de la rencontrer, de la signaler\net de la louer. M. Omer De Vuyst ne se contente jamais d'un facile à peu-près,\nd'un mot neutre, d'un vers incolore : il recherche l'expression exacte et\n"}, {"page_pdf": 929, "page_imprimee": 774, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3443, "texte": "774                                  DURENDAL\n\n\npittoresque, l'épithète éclatante, la plénitude et la sonorité d'un musical\nalexandrin. Les sueurs qu'il a versées sur l'œuvre qu'il d o n n e aujourd'hui ne\nrestèrent pas inutiles. Sur l'autre Rive nous offre assurément quelques poèmes\nqu'on peut dire beaux, sans ambages et sans restrictions : tels les Pas,\nPremières funérailles, et surtout cette Chrysis d o n t l'harmonie m'enchante. On\npeut attendre b e a u c o u p , sans doute, de ce sévère et probe artiste.\n\n    M. Joseph J e a n g o u t , le poète de l'Ardenne, a fait bien des progrès depuis\nson dernier livre. L e style s'est purifié, le vers a plus d'ampleur, l'idée plus\nde relief. Au bord des Landes est, ma foi, u n petit livre c h a r m a n t , sincère,\nlumineux, tendre comme la jeunesse et comme la c a m p a g n e , et dont la\ndédicace m'a d o n n é quelque orgueil. O u i , j'ai accueilli avec joie ce frais\nbouquet de chèvrefeuilles, dont le parfum sauvage et doux remémore les\nbois de là-bas, de la terre à la fois si âpre et si riante dont M. J e a n g o u t dit\nsi bien les spectacles changeants, les sourires profonds, les musiques\nberceuses.\n    Aimer et chanter son pays avec cette forte fidélité, c'est, en s o m m e , en ces\njours où l'artifice triomphe, le plus sur secret de faire de beaux vers qui\naillent droit au cœur, qui ravissent et troublent. Q u e M. J e a n g o u t reste d o n c\nde chez lui : qu'il garde jalousement cette âme un peu fruste que l'Ardenne\nlui a façonnée, et qu'il laisse à sa Muse rustique cette simple couronne de\nfleurs des landes qui sied si bien à sa beauté de villageoise! Le R o u e r g u e a\nF a b i é , le Berry a N i g o n d , l'Auvergne a V e r m e n o u z e ; l'Ardenne aura\nJ e a n g o u t : c'est assez pour sa gloire à lui et pour notre plaisir à nous.\n L'ambition trop haute perd son h o m m e , et bien fou serait le poète qui\nvoudrait gravir des H i m a l a y a s , q u a n d l'Ardenne est à sa portée.\n\n    M lle Maria Biermé est une âme sensible, vibrante, généreuse, ouverte à\ntoutes les ferveurs et à tous les enthousiasmes; en u n mot, une âme de poète.\nLe livre qu'elle nous offre, Rayons d'âme, mélange de proses et de vers qui sont\négalement lyriques, porte le titre qui lui convient. Oui, c'est bien u n e âme\nqui s'épanche, ici, une âme tour à tour heureuse ou meurtrie, fière ou rési­\ngnée, une âme qui se souvient d'avoir été jadis l'habitante d'un séjour plus\nnoble, et qui en garde u n e nostalgie irrémédiable. L a terre n'est pas faite pour\ncertains esprits, et M lle Biermé est de ces esprits-là.\n    Ceci ne veut point dire, pourtant, que la littérature soit absente de son\nlivre : il y en a, certes, et pas toujours de la meilleure. Mais il serait vrai­\nment trop simple et trop cruel de chercher et de dénoncer le contraste qui\ns'avère ici entre des aspirations trop hautes et une expression parfois défail­\nlante. L'auteur des Rayons d'âme a eu l'étrange audace de tenter l'escalade des\nc i m e s ; ce n'est pas moi qui l'en blâmerai : de telles entreprises sont trop sym­\npathiques, même quand elles échouent.\n    Puisqu'il faut parler spécialement des vers de Mlle Biermé, je dirai qu'ils\nsont parfois impétueux comme des oracles et il arrive que ces oracles auraient\nbesoin d'une correction. Mais le poète des Rayons d'âme les retrace pour son\nseul plaisir et nous aurions mauvaise grâce de lui imposer les règles que son\nesprit n'admet p a s .\n"}, {"page_pdf": 930, "page_imprimee": 775, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "                                LES POÈMES                                  775\n\n   M. Emile Desprechins, l'auteur de Fifre et Pipeau, est avant tout virtuose.\nJe ne dis pas que la virtuosité me semble tout à fait méprisable. Mais elle est\ndevenue si commune qu'elle ne m'intéresse vraiment plus qu'à la façon de ces\nbibelots qu'on voit sur toutes les étagères. M. Desprechins avouera sans\ndoute cette comparaison : car il déclare lui-même que son œuvre se compose\nde « bibelots frêles », de « menus riens », de « colifichets vains », de « frivo­\nlités et fanfreluches », de « brimborions extravagants ». Ces vers puérils et\nlégers, ces « papillottantes aquarelles, ces « pastels ouateux et flous », ne\nsauraient laisser aucune trace dans le souvenir. Convenons pourtant qu'ils\nont la grâce mignarde à laquelle, apparemment, leurs ambitions se bor­\nnèrent.\n   Ce sont bien des Préludes que les quelques poèmes de M. Jean Maréchal :\nils manquent d'audace, de relief et d'ampleur, mais non point d'une certaine\nfraîcheur toute juvénile, ni d'une certaine fougue sympathique. M. Jean\nMaréchal manie l'alexandrin avec une aisance quelquefois heureuse : on n'en\npeut dire autant de tous les jeunes esthètes qu'un démon malicieux pousse à\nse faire imprimer.\n   Je me garderai d'affirmer que les simplettes Fantaisies de M. Eloi Servais\nsoient écrites d'une plume alerte, car c'est au crayon qu'il les griffonna (au\nRembrand numéro trois, s'il faut préciser), comme il a soin d'en prévenir à la\nfois et son lecteur et sa Ninon. C'est « pour éviter les ratures » que le jeune\npoète amoureux en use de la sorte. On ne s'en aperçoit que trop : son crayon\nest mou, plus qu'il ne convient.\n\n                                                               FRANZ ANSEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-011", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 776, "page_fin": 781, "titre_corps": "Chronique artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique Artistique MUSIQUE Premier Concert Populaire On y a", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 931, "page_imprimee": 776, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "Chronique Artistique\n\nMUSIQUE :\n\n                       Premier Concert Populaire\n    On y a réentendu la Sinfonia domestica de Richard Strauss, donnée pour la\npremière fois à Bruxelles en 1904 et que, sous la direction autorisée de\nD u p u i s , l'orchestre des P o p u l a i r e s a exécuté de nouveau avec tout le zèle, le\nsoin et l'intelligence souhaitables. L o r s de la première audition de la Domes­\ntica aux Populaires, nous avons dit les qualités et les défauts de cette œuvre\nq u e caractérisent l'opulence du coloris orchestral, l'originalité et la surpre­\nnante hardiesse de la construction thématique, la vigoureuse poussée de sève\nhumoristique dont elle est a b o n d a m m e n t traversée. Il s'y élève aussi parfois\nde purs chants de tendresse émue exprimant avec u n e intensité d'accent des\nplus pénétrantes le b o n h e u r et la poésie sacrée du foyer, mais ces oasis de\nlumière sont bien rares dans l'œuvre de Strauss, dont l'ensemble est déparé\npar u n évident parti pris de violentes antithèses et de développements\nexcessifs.\n    Figuraient en second lieu au p r o g r a m m e les Intermezzi Goldoniani de E n r i c o\nBossi, u n des compositeurs actuellement en vue de la jeune école italienne,\nsérie de pièces conçues dans le style du XVIIIe siècle, finement orchestrées pour\ninstruments à cordes et d'un c h a r m e très captivant. N o u s citerons le frais et\ngracieux menuet du début, la Gagliarda alertement enlevée par l'orchestre des\nP o p u l a i r e s avec autant de verve spirituelle que de délicatesse et de fusion\nsonore, le Couvre-feu particulièrement évocatif et pittoresque.\n    M m e L i t v i n n e , qui avait promis son concours à ce concert, était malheureu­\nsement aphone et a été remplacée par Mme Kutscherra, qui a dit deux des\nplus sublimes chants dont l'œuvre de W a g n e r soit constellée, la Mort\nd'Yseult et la Mort de Brunehilde. P a r m i les cantatrices w a g n é r i e n n e s fré­\nq u e m m e n t e n t e n d u e s et appréciées à Bruxelles, M m e Kutscherra eut jadis\nu n e place r e m a r q u é e . Il est regrettable que pour des pages de cette envergure\nses moyens vocaux ne soient plus à la hauteur de sa b o n n e volonté et de son\ntalent. L a comparaison s'imposait fatalement avec l'admirable interprétation\nque récemment M m e Bréma donnait de ce même finale de la G ü t t e r d ä m m e ­\nr u n g au Concert Ysaye. Aussi, tout e n lui m a r q u a n t sa sympathie, l'auditoire\ndes Populaires est-il d e m e u r é vis-à-vis de M\"\"' Kutscherra dans une réserve\njustifiée.\n"}, {"page_pdf": 932, "page_imprimee": 777, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3386, "texte": "                          CHRONIQUE        ARTISTIQUE                           777\n\n\n                         Premier Concert Ysaye\n   Il était consacré pour une part très notable à l'œuvre d'un des plus délicats\npoètes lyriques de la musique contemporaine, Edouard Grieg, dont la N o r -\nwège et l'Europe artistique entière pleurent la récente disparition. Ysaye\navait judicieusement choisi pour les inscrire à son p r o g r a m m e deux des\nexpressions les plus parfaitement caractéristiques de l'art de Grieg, la pre­\nmière suite d'orchestre de Peer Gynt et le Concerto en la mineur pour piano.\nL a Suite a été délicieusement nuancée par l'orchestre : d'abord le Matin,\ncantique de paix printanière où chantent, s'entre-croisent et semblent douce­\nment se répondre les voix suaves et mystérieuses de l'aurore qui s'éveille.\nP u i s la Mort d'Ase, concentrée en deux pages renfermant tout u n poème de\ndouleur immense et contenue, et dont la plainte héroïque s'est élevée\npoignante, majestueuse, avec une superbe largeur d'accent. La Danse d'Anitra\na été rythmée dans u n e allure plus lente que de c o u t u m e , é m i n e m m e n t\npropre à en exprimer la poésie sauvage et àprement savoureuse. Enfin, l'or­\nchestre a pittoresquement décrit le corlège des Kobolds faisant retentir sour­\ndement la menace de leurs pas de fantômes dans les profondeurs lointaines\nde la montagne et se précipitant ensuite tout proches d a n s une ronde éperdue,\nangoissée et tourbillonnante.\n    Le Concerto en la constitue une des pages les plus significatives de la litté­\nrature du piano. P u g n o a d o n n é de ce concerto une interprétation pleine de\nsouplesse, de clarté et de puissance. L e premier mouvement, celui qui a le\nplus de souffle et de g r a n d e u r , se couronne d'une cadence tragique, pas­\nsionnée, l'une des plus belles qui soient et dont l'éminent pianiste a tiré un\neffet superbe, ménageant de façon magistrale l'ascension grandiose du\ncrescendo qui, arrivé à son point culminant, fléchit et s'apaise soudain d a n s la\ncaresse de sonorités mourantes. Ysaye a terminé la partie du concert con­\nsacrée au maître norwégien par l'ouverture En Automne, œuvre d'inspiration\nmoins profonde que les précédentes, où en de sombres et plaintives h a r m o ­\nnies la muse mélancolique de Grieg chante suggestivement la mort du Soleil,\nle déclin de la lumière et de la vie.\n    Comme primeur, on a entendu à ce concert une s y m p h o n i e du composi­\nteur hongrois Moor, encore inconnu ici et dont la production est déjà fort\nconsidérable. Cette œuvre de longue haleine (l'audition en a duré plus de\ntrois quarts d'heure) renferme des idées a b o n d a n t e s , qui assurément ne sont\ndépourvues ni de force ni de distinction, mais qui gagneraient à être déve­\nloppées dans une atmosphère plus limpide, exprimées dans u n e langue musi­\ncale plus ferme et plus serrée, à être libérées de superfétations regrettables\nqui encombrent le poème et alourdissent l'essor de l'inspiration. L'impression\nde prolixité s'impose impérativement à l'auditeur le plus attentif, parce que\nl'auteur n'a pas voulu concentrer, clarifier, ordonner plus sévèrement\nl'expression de sa pensée. Avec ces réserves, il faut reconnaître, d'autre part,\nque cette œuvre a de l'élévation, qu'elle possède des rythmes vivants t t par­\nfois même de belles envolées. Ysaye et son orchestre méritent toutes félici-\n"}, {"page_pdf": 933, "page_imprimee": 778, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": " 778                                     DURENDAI.\n\n\ntations pour l'interprétation fort travaillée et approfondie qu'ils ont d o n n é e de\ncette s y m p h o n i e .\n   Ce compte rendu serait incomplet si nous négligions de signaler le Con­\ncerto en ré mineur de Bach dit par P u g n o dans u n style a d m i r a b l e m e n t pur,\net l'ouverture d'Anacréon, une c h a r m a n t e page de Cherubini toute remplie de\nverve, d'allégresse et de c h a u d e lumière.\n\n\n\n                             Récital Kutscherra\n    M m e Kutscherra a d o n n é un récital à la G r a n d e - H a r m o n i e . P r o g r a m m e\nmagnifique, où figuraient les noms de Schubert, S c h u m a n n , W a g n e r , etc.\nC'est dans le cycle des cinq Lieder de W a g n e r que la distinguée cantatrice a\nsurtout fait apprécier ses qualités de style et d'ampleur vocale. Elle était fine­\nment accompagnée par M. Georges de L a u s n a y , soliste des concerts Colonne,\nqui, d a n s un intermède pianistique, a fait applaudir son talent souple, poé­\ntique et délicat. Il a j o u é du Chopin, du F a u r é , du R a m e a u et du Liszt.\nCitons tout particulièrement u n e gavotte de R a m e a u , qu'il a détaillé déli­\ncieusement, avec autant de charme que d'esprit et de grâce.\n\n                                                                          G. DE GOLESCO.\n\n\n\n\n             Geestelijke liederkrans de A. Moortgat (1)\n    M. A. Moortgat, le distingué maître de chapelle de Notre-Dame de H a l ,\nvient d'éditer son deuxième volume de cantiques, mais cette fois-ci le texte\nest en trois langues : flamand, français et latin, ce qui permettra de donner à\ncet ouvrage remarquable u n e g r a n d e diffusion. N o u s n e pouvons entrer dans\nle détail de ces quatre-vingt-sept cantiques, la plupart très bien écrits et d'un\nstyle sobre qui nous repose des fadaises des cantiques jusqu'ici en vogue.\nN o u s voyons avec plaisir que l'auteur a fait un ou deux e m p r u n t s au recueil\nsi remarquable et trop oublié des \" Gezangen voor Congregatieën \" de\nP . Busschaert, c o m m e aussi à certains recueils allemands. Je mettrai tout à\nfait hors pair le n° 11, cantique en rythme libre, dans une tonalité ancienne,\npar l'abbé J o a c h i m , maître de chapelle de la cathédrale de T o u r n a i . Quelle\nmélodie ailée, l u m i n e u s e ! Q u e l q u e soit le mérite très réel des autres pièces\ndu recueil, celle-ci, lue par après, fait l'effet d'un rayon de soleil d a n s u n e\néglise u n peu sombre et froide.\n   Souhaitons vivement que dans tous les collèges, écoles, pensionnats, on se\nprocure ce b e a u recueil et qu'on mette tous les anciens au panier, à l'excep­\ntion du recueil de Busschaert et du magnifique c h a n t « De Kerk » de Lem-\n\n\n (1) Geestelijke l i e d e r k r a n s (Recueil de cantiques), 2e volume, 5 francs. Texte\nHamand, français et allemand par A. MOORTGAT.\n"}, {"page_pdf": 934, "page_imprimee": 779, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "                           CHRONIQUE ARTISTIQUE                                  779\n\nm e n s . L e nouveau recueil de Moortgat forme u n cycle liturgique et contient\ndes chants pour toutes circonstances. P a r m i les noms des collaborateurs citons\nAdolphe W o u t e r s , Opsomer, Moortgat lui-même, Van H u l z e , De Boek, De\nGroote, Piel, Hullebroeck... Je m'arrête, il faudrait en citer trop.\n                                                                             J. R.\n\n\nTHEATRE:\n\n         Isadora Duncan au théâtre de la Monnaie\n    D a n s un cadre d'ombre chatoyante, traversée de lumière, Isadora paraît.\nE l l e est vêtue d ' u n e simple robe qui flotte et qui o n d u l e ; ses pieds sont\nnus. Elle vient, elle cherche, elle regarde, puis sa tête se penche, son\npas se ralentit, son geste retombe et se décourage : c'est Iphigénie, triste\net qui a t t e n d ; triste et qui, les bras levés, conjure l'horizon vide et le\ndestin m u e t . . .\n     La mélodie de Glück parlait, éplorée et incisive... Mais voici que, tout\nà c o u p , la musique s'anime, précipite ses accents sautillants, égrène ses\nnotes aigrelettes, fifre et musette, qui semblent se poursuivre, trébuchantes\net espiègles. Et, docile aux injonctions du rythme, Isadora danse, et c'est\ncomme la mimique d'une joie enfantine et grisée, capricieuse, mutine, qui\nse joue au printemps radieux et à la vie p u r e , s'abandonne à leurs sugges­\ntions allègres, puis se reprend, taquine, ou, effarouchée et songeuse,\nfuit...\n    Les maîtres de cette orchestique portent des noms chers à la beauté, et ce\nsont P h i d i a s , Praxitèle ou Scopas, les peintres de vases et les modeleurs\nsubtils de statuettes de la Grèce ou des I l e s ; ce sont les enfants illustres de\nFlorence, le fier Ghirlandajo, le tendre Butticelli et Vinci, le divin...\n    U n e minute, par le seul prestige d e son art, Isadora ressuscite, à nos yeux,\nla pensée de ces artistes, qu'en un jour d'inspiration heureuse, ils fixèrent,\nimmortellement, en tel geste ou telle attitude célèbre. Voici la Joconde et la\nperplexité de son geste, ou voici la Primavera, sérieuse et fleurie... Isadora\ntraverse la scène, emportée d a n s le flottement de sa robe et l'envol de ses\ngazes légères ; et tout rit en elle, l'allure de grâce et d'harmonie de son corps,\ncomme le mouvement ailé de ses bras qui scande sa d é m a r c h e aérienne. Mille\nvisions de beauté se lèvent et s'évoquent sous ses pas, courent dans le dessin\neurythmique de ses danses : Visions, surtout, de la Grèce, d a n s la jeunesse\néternelle de son art, de ses Kharites, des figurantes de ses féeries sacrées,\nréapparues, un instant, sveltes et charmantes, pudiques ou enivrées, au\nmilieu d'un imaginaire décor de marbre, de soleil et d'azur...\n\n                                                                ARNOLD    GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 935, "page_imprimee": 780, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3134, "texte": "780                                  DURENDAL\n\n\n\n\nEXPOSITIONS :\n\n    Expositions de A. de Weert, C. Voortman et Leo Jo\n   M m e Anna de W e e r t vient d'exposer, au Cercle Artistique de G a n d , u n e\nsérie de soixante toiles qui attestent à la fois le labeur persévérant de cette\nartiste, et son ascension progressive vers u n e originale personnalité.\n    Mme de W e e r t subit longtemps en vérité l'influence impérieuse de Clans, et\ntels « tournants de L y s » revus hier, rappellent encore — d'ailleurs très\nhonorablement — la vision et la facture du maître d'Astene. On peut certes plus\nmalchoisir ses mentors! Il n'en est pas moins vrai que l'imitation de Clans est\npasséeà l'état d'une mode féminine dont le grand a m a n t de la L u m i è r e ne doit\npas être le dernier à ressentir l'agacement! Ah, l'énervant bataillon des\nbas-bleus à. la façon d'Astene, et qui, de leurs gestes gauches vers le soleil,\ntroublent l'absolue admiration que requiert le plus génial interprète des\nlumineuses magnificences de la F l a n d r e !\n   Davantage faut-il savoir gré à M m e de W e e r t d'avoir compris que la seule\nleçon que Claus ait jamais voulu d o n n e r à ses élèves — lui qui fut u n\ncréateur de si personnelle beauté! — c'est de devenir elles-mêmes, de pétrir\nleut tempérament en u n e individualité propre, de parvenir à voir les choses\nsous un angle original. Ce n'est point là u n e œuvre de réalisation facile et\nrapide : elle requiert du travail, de la volonté, u n e longue patience. Mais an\n bout de ces efforts, quel beau salaire d'art! Voyez ces nombreuses toiles où\n M m e de W e e r t a rendu les aspects divers de nature, épars autour de son\natelier : c'est une fête de couleurs et de rayons, admirablement nuancés et\nimpeccablement rythmés, et d'où se dégagent une grâce si captivante et tant\n de sincérité! J e veux bien que l'une ou l'autre de ces toiles est gâtée un\npeu par u n e trop confuse silhouette humaine, et si M m e de W e e r t daigne m'en\ncroire, elle d i s p e n s e r a i l'avenir, avec une excessive discrétion, le « fantoche\n terrestre ». Mais que voilà une petite ombre sur de la belle l u m i è r e ! M m e de\n W e e r t dès ores, se place à la tête des femmes-peintres de nos F l a n d r e s . E t il\nest indispensable que le Musée de Gand acquière sans retard quelques\n exemplaires d'une œuvre dont la jeune maîtrise est faite à la fois de charme et\n de conscience.\n    Les pastels de M m e Clara Voortman sont très mélangés. Je ne suis point\n parvenu à admirer — effet peut-être de nos b r u m e s ! — ses paysages du\n Midi. Toutes les fois du reste que la Côte d'azur nous est représentée, je\n m'imagine que la lumière là-bas est trop crue et trop peu diversifiée pour que\n les tableaux, où elle met son éclat rutilant et uniforme, n'inclinent point vers\n le c h r o m o ! On vit vite à Nice. Etes-vous certain qu'on n'y peint pas aussi\n rapidement?\n    P a r contre, M m e Voortman — retour en F l a n d r e — a réalisé deux œuvres\n de distinction exquise et de belle facture : un « Enfant aux mimosas » et\n surtout « Dans la serre », u n e scène d'une grâce souple et enveloppante,\n"}, {"page_pdf": 936, "page_imprimee": 781, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1322, "texte": "                            CHRONIQUE ARTISTIQUE                                    781\n\n\nsilhouette aristocratique de femme, tendant la main en u n e caresse vers des\ntouffes de (leurs. C'est de la poésie p e i n t e !\n    M lle Leo Jo est caricaturiste. Elle a de la verve, du piquant et du\nm o r d a n t . E n quelques menus traits, elle campe des silhouettes qui vivent.\nJ e regrette seulement que son art se souvienne un peu trop de L o n d r e s et\nb e a u c o u p trop de P a r i s . Q u a n d M lle Leo J o aura liquidé ses réminiscences\net se décidera à faire de la caricature nationale, elle deviendra une\nexcellente et spirituelle caricaturiste. P o u r une femme, ce n'est pas b a n a l .\n    Cette triple exposition féministe se complète par quelques spécimens d'art\nappliqué — cuivres et étains repousses, broderies, pyrogravures — de\nM m e Voortman et de M1le H é l è n e B u y s . Il y a là, mieux que de l'adresse, le\nsouci de créer des formes nouvelles et d'approprier l'art à des objets frappés\nd'une séculaire banalité.\n    J e signale les noms d e Mme Voortman et de M l l e H é l è n e B u y s au Comité\n d'organisation de l'Art au foyer, l'excellente initiative dont Durendal parla en\n son dernier n u m é r o .\n                                                                                F . V.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-012", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 782, "page_fin": 792, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES LITTÉRATURE Contes par FELIX BODSON", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 937, "page_imprimee": 782, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "LES LIVRES\n\nLITTÉRATURE :\nC o n t e s , par FELIX BODSON. — (Liége, T h o n e . )\n    Ce n'est un secret pour personne que le sens du conte s'est perdu, ou à peu\n près, dans la littérature française. Ce genre secondaire, mais charmant, et si\nbien fait pour distraire nos loisirs, est en pleine décadence, si l'on envisage\nl'ensemble de la production d'aujourd'hui. L'odieux naturalisme — avec ses\ntranches de vie, banales, grossières, insipides — a étouffé le joli conte fran­\nçais, si clair, si frais, si riant, si délicieusement a m u s a n t . N u l n'a ramassé,\nhélas! les plumes alertes de Voltaire, de Mérimée, de Nodier, de Gérard\nde Nerval, de Daudet, de P a u l A r è n e ; Guy de Maupassant fut. en F r a n c e ,\nle dernier des conteurs de r a c e ; la Wallonie actuelle a la gloire d'en compter\nu n , qui est Maurice des O m b i a u x .\n    Il y a aussi, dans cette Wallonie bien disante, quelqu'un qui a hérité, non\nde Maupassant, mais de P e r r a u l t et d'Andersen, ni plus ni moins. Q u o i ! des\ncontes de fées, au temps où nous sommes? Parfaitement, et des plus jolis!\nLes poètes — M. Bodson est poète — gardent la foi au merveilleux, dans\nleurs âmes de g r a n d s enfants, et c'est pourquoi ils savent encore des histoires\nqui c h a r m e n t les tout petits.\n    P a r m i ces Contes, divers d'allure et de ton, il en est d'édifiants, de troublants\net de gais : toutes les cordes de la lyre, ou presque, vibrent sous les doigts\nsouples de M. Bodson. A h ! je vous promets que son livre n'ennuiera pas les\njeunes lecteurs! Le prince Aventureux, le petit chat S a n d y , le docteur H u m é ­\nrus, la princesse G a u d e m i n e , le pauvre Monsieur Magloire, leur seront des\nc o m p a g n o n s agréables aux longues soirées d'hiver, aux jours maussades de\npluie. Ils trouveront en leur société de quoi rire et de quoi pleurer, — juste\nce qu'il faut pour mettre la perle d'une larme aux cils dorés de leurs beaux\nyeux.\n    Ces contes exquis, où débordent l'imagination, l'enjouement, la verve et\nl'humour, et qui seront bientôt populaires, sont illustrés avec goût par\n M. E d m o n d Delsa, u n peintre de talent, que les derniers Salons nous ont\nrévélé comme un aquafortiste du plus sérieux mérite. Ce recueil fait g r a n d\nh o n n e u r à M. Félix Bodson. E t la littérature belge peut s'enorgueillir —\nenfin! — d'un livre de contes merveilleux.                                       F . A.\n\nL a B o u l e d e v e r m e i l , par P I E R R E DE QUERLON. — (Paris, Mercure de\n  France.)\n  J e n'oserais, avec M . J a c q u e s des G â c h o n s , qui l'affirme fraternellement, au\nseuil de ce livre, d a n s u n e touchante notice, avancer que quatre ouvrages,\n"}, {"page_pdf": 938, "page_imprimee": 783, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3671, "texte": "                                      LES LIVRES                                       783.\n\nau moins, garderont à jamais de l'oubli Pierre de Q u e r l o n ? A 24 ans, peu de\ngénies laissent autant de chefs-d'œuvre. Mais les nouvelles ingénieuses, char\nm a n t e s , fines et attendries, les fragments, les variétés et les notes recueillies\ndans la Boule de vermeil témoignent u n e suprême fois du talent précoce et neuf\ndu disparu. Pierre de Querlon avait le signe d'élection où l'on reconnaît les\nvéritables écrivains : il annonçait un maître. N o u s le regretterons longtemps.\n                                                                             M. D .\n\nLes Reposoirs de la Procession :                             I I I . Les Féeries intérieures,\n     1885-1906, par S A I N T - P O L - R O U X . — (Paris, Mercure de France.)\n    C'est certainement u n magnifique poète que M. S a i n t - P o l - R o u x . U n e pro­\nfusion et u n e richesse d'images inusitée laissent le lecteur ébloui; la multi­\nplicité étonnante des créations de son rêve le rapprochent de ce type de poète\nqu'il a dépeint dans sa préface : «Un géant qui s'exhibe, u n e famille de nains\nsur sa large p a u m e . » Avant qu'il connût la vie vraie, l'imagination l'instrui­\nsait, il voyait la lumière et la vérité à travers un vitrail. U n jour il l'a brisé\net la réalité vivante s'est imposée. Cela ne l'a pas e m p ê c h é de laisser reluire\nsur ses idées les couleurs orgueilleuses de la dame qui sur la verrière étalait\nla transparence menteuse de ses robes. Aux Reposoirs de la procession, le poète\ns'est abstrait dans ses visions intérieures : D a n s l'âme du songeur s'agite un\nunivers. Q u a n d il s'y penche, c'est un kaléidoscope, intense de couleurs\nc h a u d e s , où harmonieusement gravitent les rêves et se disloquent en merveil­\nleuses parcelles les états d ' â m e . La manière, c'est l'analyse extériorisée qui\nn'est point la subtile et morbide recherche de toutes les sensations, mais u n\nd r a m e magnifique où chaque sentiment se traduit en u n e personnification,\nse magnifie en une image vivante. E t quand M. S a i n t - P o l - R o u x regardera le\nm o n d e qui l'entoure, ce sera encore pour le baigner de toutes les nuances de\nl'arc-en-ciel. Son style peut être parfois obscur d a n s sa splendeur, et difficile\nparce que savamment o r d o n n é ; aux initiés il révélera u n des plus opulents\nimaginatifs qui soit. De sa solitude de Roscanvel, puis de Camaret — là-bas\ntout au fond de la Bretagne — le poète a regardé la vie de très h a u t ;\nsans se soucier des autres, il a écrit pour quelques-uns ; et ceux-là aimeront,\ndans les chauds après-midi d'été, de laisser r y t h m e r leur rêve par le pas\ninégal, mais toujours harmonieux de sa prose.                                     P. N.\n\nU n P o è t e d e l a N a t u r e , par H . D'HENNEZEL. — (Lyon, Phily.)\n    On sait les caractéristiques littéraires du vicomte d'Hennezel, sa pénétrante\npsychologie, son a m o u r de l'ordre et de la clarté qui lui fait soigner la com­\nposition de ses beaux r o m a n s avec une conscience si rare, enfin ses dons de\nparfait écrivain traditionnel et cependant sensible aux moindres nuances de\nla modernité. Voilà des vertus charmantes et solides qui trouvent emploi\nd a n s le présent opuscule, car — et c'est le propre d'un artiste de race —\ndans tout ce qu'il nous d o n n e , M. d'Hennezel tend toujours à réaliser com­\nplètement sa pensée, à exprimer celle-ci avec la perfection de forme qu'elle\nrequiert de son esprit et de sa sensibilité. On ne rencontrerait pas dix pages\nrelâchées dans son œuvre déjà importante. L e poète L o u i s Mercier peut donc\n"}, {"page_pdf": 939, "page_imprimee": 784, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3247, "texte": "784                                DURENDAL\n\n\n\nlouer les dieux de lui avoir destiné u n aussi perspicace analyste, une âme\naussi loyalement compréhensive. Disons tout de suite que le héros de\nl'étude qui nous occupe est digne de son biographe. Rien dans cette critique\nqui sente le parti pris, l'outrance d a n s l'éloge. Le goût très averti de M.d'Hen-\nnezel le garde des exagérations, il saura reconnaître les faiblesses d'une\nœuvre dont l'ensemble paraît admirable.\n   Nos lecteurs se souviennent que M. F r a n z Ansel consacra au Poème de la\nMaison, de Louis Mercier, u n article où il était dit : « R a r e m e n t la Muse\nrustique fit retentir d'aussi sincères accents, rarement les paysages, les choses\net les gens des campagnes furent célébrés avec autant d'éloquence et\nd'amour. »\n   La passion du poète pour le sol et ses servants, M. d ' H e n n e z e l nous\nla fait éprouver, il évoque — à la suite de son auteur — les images qui le\nhantèrent et provoquèrent ses plus beaux c h a n t s . Il parle avec a m o u r d'une\nœuvre débordante d'amour. C'est u n cœur que nous découvrons au travers\nd'un autre c œ u r . T o u t ce qui ennoblit la créature humaine, tous ses cris, ses\ndouleurs, ses espérances ont leur écho dans les livres de M. Louis Mercier.\nL a somme d'émotion q u e peuvent contenir les existences paysannes s'exhale\nici en accents inoubliables. Mais il fallait le talent de M. d ' H e n n e z e l pour\ndégager avec cette sûreté les beautés essentielles d'une poésie âpre et douce,\nrude et tendre comme la terre, comme la vie.                                     V.\n\n\nPUBLICATIONS D'ART :\nL e s M a î t r e s d e l ' a r t : Giotto, par M. BAYET. — ( P a r i s , Plon.)\n   L a belle collection des Maîtres de l'art, publiée, d'abord, par la Librairie de\nl'art ancien et m o d e r n e et continuée, aujourd'hui, par la Maison Plon, compte\ndéjà n o m b r e de monographies de grande valeur, telles celles de Michel-Ange,\npar M. R o l l a n d ; de Phidias, par M. L e c h a t ; de Claus Sluter, par M. Klein­\nclausz.\n   Elle vient de s'enrichir d'un Giotto, dû à M. Bayet. C'est un grand sujet\nque la vie et l'art de l'illustre maître florentin, et que nous essayions de déve­\nlopper devant nos lecteurs, il y a quelques mois (Durendal, septembre 1907 :\nLa peinture italienne au XIVe siècle). L a belle étude de M. Bayet marque\navec excellence et précision les caractéristiques de l'artiste, ce qu'il a g a r d é\nde ses prédécesseurs, ce qu'il a apporté de fort et de nouveau : le réalisme\ndramatique, l'imagination pathétique qui apparaissent en traits si puissants\net si pénétrants d a n s les cycles de fresques d'Assise et de P a d o u e . Car c'est\nlà, d a n s l'église supérieure d'Assise et dans la chapelle de l'Arena, en ces\nœuvres exécutées par lui ou sous sa direction, dans la force de l'âge, que la\nconception expressive de Giotto apparaît avec toute son incisive et première\nvigueur. P l u s tard, comme à S. Croce (chapelles Bardi et Peruzzi), le relief de\nl'exécution et la verve inspirée ont d i m i n u é , et l'on ne reçoit plus de ces\npeintures de la maturité, moins spontanées, d'une o r d o n n a n c e mieux équili­\nbrée que les précédentes, les impressions vives c o m m u n i q u é e s par celles-ci.\n"}, {"page_pdf": 940, "page_imprimee": 785, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3618, "texte": "                                     LES LIVRES                                    785\n\n    C'est de vie que débordent ces œuvres, t o u t e s ; d'une vie, absente des allé­\ngories de l'église intérieure d'Assise : M. Bayet ne partage pas le s e n t i m e n t d e\nM. Venturi, qui retire ce dernier ouvrage à Giotto; il éprouve pour ces figu­\nrations, qui nous semblent, nous l'avons dit, scolastiques et embrouillées,\nd'une conception insolite chez u n h o m m e à la pensée brève, précise, sculptu­\nrale, dirait-on bien, tel que Giotto, une admiration assez accentuée. L'auteur\nlaisse, aussi, d'accord, cette fois, avec M. Venturi, au maître florentin les\nfresques ou, plutôt, les vestiges de fresques de la chapelle du P o d e s t a t , con­\ntestables, peut-être, comme aussi l'authenticité du portrait du Dante, que\nl'on veut reconnaître dans une partie conservée de cette décoration.\n    L'œuvre de Giotto, comme celle de la plupart des artistes du temps, est un\nc h a m p de controverses inépuisables; mais on y rencontre assez de certitudes,\net assez considérables, pour pouvoir déterminer — ainsi que le fait avec u n\nsens très fin, M. Bayet — les caractéristiques d u génie d u « fondateur de\nl'école florentine », le degré et la durée des influences issues de lui et dont on\nretrouve les traces dans les travaux de toutes les écoles italiennes contempo­\nraines.                                                            ARNOLD    GOFFIN.\n\n\n    L ' A r t M o d e r n e a publié dans u n de ses derniers numéros une appré­\nciation fort juste du talent de deux poètes modernes, Emile Verhaeren et\nAlbert Cloüart, et qui mérite d'être reproduite. Elle est de la plume avertie\nde F r a n c i s de Miomandre, u n des plus perspicaces et des plus fins critiques\nlittéraires de ce temps :\n   « E m i l e V e r h a e r e n continue la série de Toute la Flandre par un nouveau\nlivre appelé La Guirlande des Dunes. (Editeur, E . D e m a n , à Bruxelles.)\n    » Il partage avec tous les artistes parvenus à la plénitude de leur maturité\nce privilège terrible de ne plus susciter d'admiration nouvelle. Ou du moins,\npour être plus exact, de nouvelles paroles pour exprimer une vieille admira­\ntion. Les qualités poétiques de la Guirlande des Dunes suffiraient à l'illustration\nde cinq ou six jeunes écrivains, elles n'attirent plus notre attention. C'est le\npropre des cultes authentiques et éprouvés d'avoir des fidèles machinaux. Il\nfaudrait lire Verhaeren comme on aborde un i n c o n n u . Alors on serait ébloui,\ncomme nous le fûmes jadis, à l'époque de ses premiers vers. E t ce dernier\nlivre apparaîtrait ce qu'il est : une chose extraordinairement forte, savou­\nreuse, délicate, passionnée, hantée d'un farouche amour du sol natal, minu­\ntieuse parfois et le plus souvent large et de dimensions colossales, u n m o n u ­\nment à la gloire de la F l a n d r e : noble, massif et véhément. »\n  « U n poète tout à fait exquis, dont on parle rarement, parce qu'il ne cherche\npas à faire parler de lui en effet et qu'il écrit peu, c'est M. A l b e r t Cloüart.\nOn peut dire qu'il ne sort presque jamais de son silence. P o u r ma part, je ne\nconnais de lui que quelques pages jadis parues à l'Ermitage, il y a fort long­\ntemps, la Légende de Saint-Guirec et, tout récemment, la Sainte aux Maisons, ces\ndeux derniers poèmes édités par l'Occident. Mais lorsqu'il consent à parler,\nquelles merveilles! E t comme on regrette que de telles joies soient si rares!\n  » Rien, en effet, n'est plus difficile à rencontrer qu'un poète, un vrai. Des\nrhéteurs à rimes, oui, tant qu'on veut, mais un h o m m e dont toutes les idées,\n"}, {"page_pdf": 941, "page_imprimee": 786, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3480, "texte": "786                                    DURENDAL\n\n\ntoutes les sensations, tous les sentiments, tous les rêves avouent : poésie, sans\nm ê m e s'en douter, par le fait seul qu'il les e x p r i m e ! . . . A vrai dire, je ne sais\npas ce que c'est que cette qualité mystérieuse, cette effusion spirituelle, qui\nn'est due ni au rythme, ni à la musique, ni à l'idée, ni à la passion, mais je\nle sens à ne pouvoir m'y tromper.\n   » Les vers de M. Albert Cloüait sont d'une simplicité enfantine, d'une\nnaïveté à mettre en révolte le plus disgracié des imitateurs de maîtres, ils\nn'ont pas de musique ni m ê m e de rythmes bien caractérisées, leurs images\nsont pauvres et nues. E t c e p e n d a n t ils ont quelque chose pour quoi se dam­\nneraient bien des princes de l'esprit, si l'orgueil les quittait un instant : la\ngrâce, je ne trouve pas d'autre n o m . Il n'y a que les âmes saintes qui la pos­\nsèdent, devant D i e u ; les vrais poètes, ces âmes p u r e s , la possèdent aussi\ndevant l'Idéal. »\n\n   L'Art       flamand     e t h o l l a n d a i s . — L e numéro de Novembre de cette\nbelle revue, rédigée d'une façon remarquable par M. B u s c h m a n n , contient\nu n article d'une érudition avertie et précise de notre collaborateur et\nami Arnold Goffin, ayant pour titre : Les œuvres de Thierry Bouts à Louvain.\nCet article est un extrait du travail d'ensemble que M. Goffin fera paraître\nsous peu sur T h i e r r y Bouts, à la librairie Van Oest de Bruxelles. Ce volume\nsera illustré d'une trentaine de planches hors texte. La compétence exception­\nnelle de notre collaborateur, affirmée par les magnifiques études d'art que\nnous avons publiées de lui et p o u r lesquelles nous avons reçu maintes félici­\ntations chaleureuses des critiques d'art les plus distingués de ce temps, nous\npromet u n e étude sur T h i e r r y Bouts tout à fait hors pair. Nous en r e n d i o n s\ncompte ici même aussitôt qu'elle aura p a r u .\n   L e même n u m é r o d o n n e , sous la p l u m e de T h . M. Roest Van L i m b u r g ,\ndes détails excessivement curieux sur les anciens Palais de Nassau de Belgique\net u n e note du plus haut intérêt de notre ami J o s e p h Destrée, le distingué\nconservateur des Musées royaux du Cinquantenaire, sur Une peinture à la\ndétrempe attribuée à Hugo Van der Goes.\n   D'abondantes et superbes illustrations rehaussent les pages à la fois\ncurieuses, savantes et suggestives du fascicule de novembre de cette revue.\n                                                                             I I . M.\n\n    A u g U S t a P e r u s i a (numéro de Juillet-Août) publie de n o m b r e u x et inté­\nressants travaux consacrés à des œuvres exposées à la Mostra d'arte umbria :\nM. Scalvanti étudie, d'une façon intéressante, une Annonciation, de la collec­\ntion Ranicri, dont le décor semble calqué sur une des compositions attribuées\nà F i o r e n z o di Lorenzo — ? — (épisodes de la vie de S. B e r n a r d i n , P i n a c o ­\nthèque Vannucci) et dues, probablement, au P é r u g i n . M. H e n r i Gréville\nd é m o n t r e , avec l'ardeur qu'on lui connaît, la découverte, qu'il a faite à\nP é r o u s e , de onze œuvres ignorées de R a p h a ë l . M. B o m b e parle des œuvres\nde Gentile da F a b r i a n o ; M. Cappelli, des armes et armures. M. Bellucci\ncontinue son excellente étude typographico-historique sur P é r o u s e (le fasci­\ncule est accompagné d'une belle reproduction du plan du territoire pérugin,\ndressé en 1577, par le P . Ignazio Danti).\n"}, {"page_pdf": 942, "page_imprimee": 787, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3094, "texte": "                                      LES LIVRES                                      787\n\n   L'Art et les Artistes (numéro de Novembre). — M. Armand Dayot\ncommente et définit, en quelques pages attrayantes, l'art de William Hogarth,\nle peintre humouro-satirique a n g l a i s ; M. Geffroy évoque l'art d'Eugène Lamy,\nl'élégant illustrateur de la société française sous Louis-Philippe et l'Empire.\nM. Crucy parle de M. Julien L e m o r d a n t , peintre b r e t o n . L e Salon d'Au-\ntomne, par M. Guillemot. Chroniques d'art, etc. (40 illustrations, dont u n e\nreproduction en couleurs d'Eugène L a m y : le Foyer de la danse à l'Opéra de\nla rue L e Peletier, 1841).\n\n   B u r l i n g t o n M a g a z i n e (17, Berners Street, Londres), numéro de\nNovembre 1907. — M. Tavenor-Perry continue ses études sur le Nimbe dans\nl'art oriental; M. C. I. Holmes nous fait connaître un tableau de Constable,\net son article s'accompagne d'une fort belle reproduction ; M. H e r b e r t Cook\nanalyse un portrait de musicien par L é o n a r d de Vinci; puis encore des\narticles sur le Palais de Westminster, la porcelaine chinoise; des notes sur\nR e m b r a n d t , Vérone; l'art en Allemagne, en F r a n c e , en Amérique et un\ncompte rendu bibliographique du mois écoulé.\n\n   M a s t e r s i n A r t (Chauncy Street, Boston). — La dernière livraison\nqui nous soit parvenue (Août 1907) est consacrée à Tiepolo. On voit combien\nce décorateur vénitien est revenu récemment à la mode, et la livraison aura\ndu succès eu montrant quelques-unes de ses œuvres principales.\n                                                                                  J.D.\nHISTOIRE :\n\nHistoire du sentiment religieux en France au XVII e siècle.\n    — P a s c a l e t s o n t e m p s , par M. FORTUNAT STROWSKI. Deuxième\n    partie : L'histoire de Pascal. Un vol. — (Paris, Plon.)\n   « La raison ne vaut pas u n e heure de peine, parce qu'elle ne peut pas\nnous apporter u n e heure de joie. >> E t encore : « Quelque chose c o m m a n d e\nà la raison et qui vaut moins que la raison... »\n   Qui parle ainsi ? Nietzsche ?... N o n , P a s c a l . . . Ah ! il ne songe guère à faire\nde la raison u n e déesse, fût-ce pour en confier le rôle à une prostituée !\nIl connaît trop que, souvent, elle n'est que le masque austère et artificieux\nde nos passions; faite, comme disent les Chinois, pour « masquer la face! »\nElle est « ployable à tous sens »; elle « incline du côté qui lui plaît », telle­\nment que « tout notre raisonnement se réduit au sentiment ».\n   Nietzsche, qui détruit, et rit, et insulte à la ruine qu'il a faite, si audacieux\nqu'il ait été dans la négation de tout ce qui fait l'orgueil et la foi des hommes\nde ce temps, apparaît ainsi qu'un enfant capricieux et méchant, si on le met\nen parallèle avec P a s c a l ; si on compare sa pensée qui, quand même veut .\nbriller, plaire, étonner, avec celle de ce prodigieux génie, qui dépasse toute\nbeauté dans la splendeur de son inexorable n u d i t é . . . Pascal sait la g r a n d e u r\nde l'homme et son ignominie, et, ignominie et grandeur, il montre qu'elles ne\n"}, {"page_pdf": 943, "page_imprimee": 788, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3568, "texte": " 788                                   DURENDAL\n\n\n sont rien, infirmité inénarrable, foudroyante désolation en u n e créature\n contre qui tout conjure et se retourne, le m o n d e et e l l e - m ê m e . . .\n      R i e n ! . . . E t il traque l'homme d a n s toutes ses prétentions, dans tous ses\n mobiles, et lorsqu'il l'a tout à fait dépouillé, réduit au grelottement de son\n d é n û m e n t , il ouvre devant lui, hagard et é p e r d u , la porte de l'espérance : la\n foi — seule issue... L e parti de la raison serait de croire, mais Pascal lui-\n même ne nous a-t-il pas désabusés de la r a i s o n ? . . . Et que reste-t-il, alors,\n de cette leçon, que nous ayions vraiment reçu — que ses prémisses — que\n les notions que tout h o m m e ayant vécu et pensé porte en lui, éparses, insou­\n ciantes et craintives à la fois de conclure, et qui lui reviennent ici, droites,\n aveuglantes, dans un ordre comminatoire ?\n      Mais, c'est par les chemins du sentiment et non par ceux de la raison que\nPascal a rejoint Dieu. Descartes, en logicien qu'il est, veut vérifier sa foi et\nla p r o u v e r ; P a s c a l , l'éprouver... Car, en ce domaine, il le sait, la logique\n n'est pas toute de la raison ; c'est son cœur qui a reçu la lumière, le jour de\nnovembre, où, raconte M. Strowski, « dans le vertigineux tourbillon de ses\nréflexions, une lueur éclate, grandit », celle de la grâce, et par laquelle il se\nsent à la fois terrassé et exalté. Alors, il aperçoit que, si Dieu est la toute-\nscience, il n'y a d'accès vers lui que par l'intercession du T o u t - A m o u r , le\nChrist. E t il trace cet écrit où le transport de son émotion, l'harmonie indi­\ncible qui a résolu en lui, d'un coup, toutes les contradictions, se marquent en\nmots entrecoupés et fiévreux : « Certitude, certitude... Joie, jcie, pleurs de\njoie... »\n      U n e flamme a lui à ses yeux, à la clarté soudaine de laquelle la parole p r o ­\nfonde de Jésus : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres »,\na acquis pour lui toutes ses significations. Auparavant, il errait en lui-même,\nd a n s l'incertitude de l'âme et le mécontentement de l'esprit, entraîné par les\névidences et, à la fois, par les lacunes de la science, par ses admirables expé­\nriences, à des « réflexions, qui, écrit-il, valent mieux que tout le reste de la\ngéométrie même ». I1 n'était pas pour se satisfaire de la morale de l'hon­\nnête homme, de son ami Méré; il avait consulté Epictète et fréquenté Mon­\nt a i g n e . . . Mais quel réconfort là à son inquiétude? Quel, à son angoisse?\nE n t r e l'orgueil de l'un et l'indolence de l'autre, il choisit un tiers parti, qui\nest de souffrir... Le stoïcisme, en s o m m e , n'est qu'une fuite; il n'était pas\nson fait; moins encore, le scepticisme. Comment, avec son âme avide et\nbrûlante, aurait-il pu, à la façon de Montaigne, « rester en repos », « couler\nlégèrement », sur les insolubles problèmes, dont la hantise décolorait la\nvie à ses yeux ?\n     D a n s l'ordre métaphysique, comme dans l'ordre mathématique, ce mer­\nveilleux génie — M. Strowski le montre avec une émouvante évidence, au\ncours de sa belle étude psychologique — ne pouvait pas ne pas aller j u s ­\nqu'au bout, jusqu'à ces confins impénétrables d'où, s'il n'y avait rencontré\nl'ange de saint P a u l , il serait revenu désespéré.\n     E t lorsqu'il vient aux Pensées, ces P e n s é e s , dont le vol semble trouer\nl'étendue ou, parfois, mettre son o m b r e entre elle et n o u s ; lorsqu'il vient à\nces p a g e s , où flambloient les éclats sublimes de l'esprit d a n s le graduel anéan-\n"}, {"page_pdf": 944, "page_imprimee": 789, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "                                  LES LIVRES                                      789\n\ntissement du corps, toute la tradition de son intelligence et de son cœur s'y\ndécèle et, pour ainsi dire, y collabore; ses recherches et ses découvertes;\nson attrait et, tour à tour, son dégoût du m o n d e ; tous ceux sur la vie ou sur\nla pensée desquels il s'est penché : Epictète et Montaigne, et D u Vair, et\nMéré... T o u t , hétérogène et confus, qui doit, par l'alchimie du génie, se\ntransmuer pour un alliage incorruptible... On peut croire, avec M. Strowski,\nque « même le Destin eût-il d o n n é à Pascal assez de jours et assez de forces\npour en venir à bout », l'Apologie fût restée inachevée, parce que « la com­\nplexité et l'abondance des faits lui eût ouvert u n e carrière inespérée dans la\nscience des mœurs aussi bien que dans la science de la nature ». E n effet,\nil était h o m m e non de métaphysique, mais d'expérience, et d'un scrupule\nadmirable et infini, mais à peine songe-t-on à regretter l'inachèvement des\nPensées : Quelle oeuvre accomplie nous donnerait, comme celle-là, de péné­\ntrer d a n s l'intimité du génie, de son travail, de l'élaboration ardente de sa\np e n s é e ; de saisir celle-ci, toute vive et toute saignante, d a n s l'impromptu\npoignant de l'inspiration?...\n    C'est eu psychologue subtil et délicat que M. Strowski étudie les faits — qui\nsont tous, presque, des faits de pensée — de la vie de Pascal, depuis ses\ndébuts d'enfant prodige j u s q u ' a u décisif épilogue : Nul drame plus attirant\nque les péripéties du long débat intime d'une âme si haute et si singulière.\nL e spectacle nous en a été d o n n é , de nos jours, par un h o m m e de grand\ntalent, singulier, lui aussi, mais d'une singularité d'un autre ordre que celle\nde P a s c a l ; et M. Strowski n'a pas craint, avec raison, de s'aider de Durtal et\ndes analyses aiguës et sincères d'En Route pour éclairer telles phases de\nl'acheminement de Pascal vers la paix intérieure que H u y s m a n s chercha\nc o m m e lui et avec le m ê m e succès.\n                                                                ARNOLD G O F F I N .\n\n\nMUSIQUE :\n L e s M a î t r e s d e l a M u s i q u e . Smetana, par WILLIAM R I T T E R . —\n    (Alcan, Paris.)\n    E n ce travail sur S m e t a n a , M. Ritter nous renseigne très complètement au\n sujet d'une partie fort intéressante, bien que peu connue et étudiée de l'his­\n toire de l'art en E u r o p e . Il y expose comment, après un sommeil de deux\nsiècles, la Bohème se réveille soudain, prenant conscience d'elle-même, et\n retrouve ses énergies ethniques paralysées depuis la guerre de T r e n t e Ans.\n Cette renaissance fut à la fois politique, littéraire et musicale, et, dans ce\n dernier domaine, elle est due à u n artiste génial, Bedric Smetana, qui en fut\nl'admirable inspirateur, dévouant sa vie entière à doter son pays d'une men­\ntalité nationale et à faire chanter dans sa musique l'âme de sa patrie. Vie\namère de luttes et de décevances. A part la Fiancée vendue, toutes les œuvres\nde Smetana furent impitoyablement flagellées par u n e critique aveugle, inepte,\njalouse, qui ne comprenait point la beauté et la grandeur de son effort. La\nreconnaissance du peuple tchèque et, conséquemment la gloire, ne lui\nvinrent que tardivement, après sa mort, et nous assistons, une fois de plus,\n"}, {"page_pdf": 945, "page_imprimee": 790, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3183, "texte": "790                                 DURENDAL\n\n\n à ce triste spectacle d'une noble existence d'artiste et de patriote flétrie par le\n malheur et se terminant par la surdité, le désespoir, la folie.\n    M. William Ritter analyse l'œuvre dramatique de Smetana, qui c o m p r e n d\n huit opéras : Les Brande bourgeois en Bohême, La Fiancée vendue, l'œuvre natio­\n nale par excellence, où tient en entier la Bohême rurale contemporaine,\n comme la passion et le pittoresque espagnols dans Carmen, puis Dalibor et\n Libuse, ses deux œuvres les plus significatives, les plus inspirées et qui, dans\n leur symbolisme, dans leur glorieuse atmosphère légendaire, marquent l'écla­\n tante maturité de son génie, ensuite les Deux Veuves, le Baiser, où Sinetana\n a mis le meilleur de lui-même, enfin le Secret et le Mur du Diable, où appa­\nraissent les premières traces de la décadence causée par la surexcitation ner­\nveuse et les contradictions. Il faut citer encore le cycle de poèmes s y m p h o ­\nniques intitulé Ma Patrie (Ma Vlast), n o t a m m e n t le premier, Vysehrad, « dont\nle coloris est exquis et où tout semble scintiller dans u n e brume d'or loin­\ntaine ». Enfin, les deux quatuors intitulés Ma Vie, dont le premier en\nmi mineur, célèbre m ê m e à l'étranger, fut importé en F r a n c e par Saint-Saëns\net dont le second en ré mineur est à peu près inconnu hors de B o h ê m e .\n    E n même temps qu'une riche source de renseignements sur la musique\nslave en général, qu'il définit et sépare nettement de la musique russe ou\nasiatique, le livre de M. Ritter constitue u n pieux h o m m a g e rendu à la\nmémoire d'une personnalité musicale trop ignorée et qui occupe cependant\nu n e des premières places dans les annales du martyrologe de l'art. Q u a n t aux\nappréciations émises par le critique sur les compositions du maître t c h è q u e ,\nnous croyons parfois y découvrir çà et là, du moins dans la forme de\nl'éloge, une certaine propension à des enthousiasmes peut-être excessifs,\naisément explicables d'ailleurs si l'on songe à l'importance et à la\ngénérosité de l'œuvre de rénovation que Bedrich Smetana a accomplie en\nBohême.\n                                                                         G. DE G.\n\nDIVERS :\n\nEssai d'une psychologie de la nation belge, par M. EDMOND\n  PICARD. — (Bruxelles, V e Larcier.)\n   M. E d m o n d P i c a r d aime exalter sa patrie, et ce n'est pas la moindre de\nses originalités! Car, à peine est-il besoin de le dire, nos compatriotes, au\ncontraire de la plupart des autres peuples, ne sont pas enclins à prôner outre\nmesure, ou m ê m e , seulement, dans u n e mesure équitable, les choses et les\nêtres de leur p a y s . E n général, le Belge n'est pas « gobeur » ou, du moins,\nrépugne à sembler l'être et, précisément, les manifestations chauvines\nrevêtent, à ses yeux, u n caractère d'infatuation, d' « autogobisme », qui les\nlui fait paraître à la fois haïssables et ridicules. Susceptibilité plutôt louable,\ndans ces termes, mais à laquelle on pourrait soupçonner que se mélange\nquelque envie dénigrante, u n e sorte de répulsion à proclamer la supériorité\nd'un concitoyen, par exemple, à louer le voisin, dont le génie, développé\n"}, {"page_pdf": 946, "page_imprimee": 791, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3565, "texte": "                                     LES LIVRES                                      791\n\n\nparmi nous, sous nos yeux, est trop proche, trop présent pour n'offusquer et\nn'irriter point nos instincts égalitaires.\n   N o s seuls écrivains en véritable réputation chez nous ne sont-ils pas ceux,\nVerhaeren et Maeterlinck, notamment, dont la renommée s'est faite à\nl'étranger?\n   D'autre part, la tendance individualiste, si m a r q u é e dans la mentalité\nbelge — ou, plus précisément, flamande — est une défense contre l'admi­\nration collective, qui, nécessairement, pour le grand nombre, comporte subor­\ndination à l'opinion d'autrui, tandis q u e , écrit justement M. P i c a r d , « le\nBelge est en constante attitude de résistance contre tout ce qui lui paraît de\nnature à entamer sa personnalité ». On pourrait considérer, avec l'éminent\nécrivain, cette propension — quoique ce ne soit pas une péjoration — comme\nu n e espèce de déformation professionnelle de l'opprimé, contractée au cours\nde siècles de luttes, contre le F i a n ç a i s , au n o r d ; contre l'Allemand, à l'est;\ncontre les souverains, plus tard; contre l'Espagnol, l'Autrichien, le Français,\nle Hollandais : et la nationalité belge s'est imposée, finalement, grâce à cet\nesprit opiniâtre de résistance, de défensive hargneuse qu'aucun régime ne\nput vaincre, ni accomplir. Cette force accumulée par des hérédités de colère\net de révolte, nous devons en user, à présent, les excès, les uns aux dépens des\nautres, en famille ! H e u r e u s e m e n t , l'outrance individualiste du Belge est tem­\npérée par ses autres caractéristiques, que M. P i c a r d définit par ces vocables :\nTravailleur Associasioniste et « P h i l e n p o r e ». Ceci corrige cela : son indivi­\ndualisme ombrageux l'éloignerait des autres, si son a m o u r du bien-être, de la\nbonne chère comme son amour du travail ne le poussaient vers eux. Si le\nBelge aime de manger, pour la gaieté, et de travailler, pour la perfection et la\nrapidité de l'ouvrage — en b a n d e , il est inexact qu'il pense de même, selon\nl'opinion de Baudelaire, qui, on p e u t le croire, se vengeait sur la Bel­\ngique des déboires personnels qui l'avaient obligé à s'exiler en ce p a y s .\n M. E d m o n d P i c a r d relève avec raison, comme M. Georges E e k h o u d et\nnous-même l'avions déjà fait, l'injustice de la boutade du grand poète mal­\nheureux et aigri.\n    Les éléments psychologiques que M. P i c a r d dégage chez le Belge se\nretrouvent, à des degrés divers, chez le Wallon comme chez le F l a m a n d ; c'est,\nen quelque sorte, l'empreinte c o m m u n e qu'ils ont subie, à la faveur de leur\nlongue cohabitation sur ce coin m e n a c é de terre et des fortunes qu'ils ont\naffrontées ensemble. C'est le reliquat atavique d'un destin séculaire et dont les\ndeux races ont supporté également le poids, unies dans la liberté comme\nelles l'avaient été dans la sujétion... L'éloquent écrivain, qui expose ses idées\nici, c o m m e toujours, avec u n e verve généreuse et juvénile, s'est borné à\ndéfinir à grands traits la psychologie du Belge. Très judicieusement, car\nsi, d a n s la généralité, les caractères du Belge sont bien tels qu'il les a\n définis, l'analyse individuelle de l'indigène de telle ou telle région ferait,\naussilôt, apparaître les dissemblances. E t c'est pourquoi aussi, sans doute,\n M. Picard n'a fait qu'effleurer le domaine de l'art où, précisément, la per­\nsonnalité ethnique tend à se manifester avec le plus de vivacité.\n                                                                    ARNOLD G O F F I N .\n"}, {"page_pdf": 947, "page_imprimee": 792, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "792                                DURENDAL\n\n\nDiscours de combat, par FERDINAND B R U N E T I È R E . Dernière série.—\n   (Paris, Perrin.)\n   E n t r e autres pages remarquables de ce livre, il y en a une fort belle\n sur Bossuet. J'en détache un passage : « Si jamais u n e langue a été fixée\nquelque part, c'est dans les m o n u m e n t s de l'éloquence de Bossuet, et rien\nn'en a fléchi, ni vieilli, ni ne s'en est seulement, comme on dit, d é m o d é .\n La langue de Bossuet est celle que nous parlons et que nous écrivons\nencore... q u a n d nous le pouvons. Les pensées éternelles font sans doute le\nstyle d u r a b l e . On a comparé quelquefois Bossuet avec Cicéron ou avec\n Démosthène et on a cru très ingénieux de dire qu'à tout le moins Démosthène\net Cicéron avaient-ils une supériorité sur Bossuet, « qui était d a n s leurs\ndiscours de n'avoir point fait de théologie ». Mais c'est précisément le con-\n raire qu'il faut dire. P a r c e qu'il n'ont point fait de théologie, c'est-à-dire,\nparce qu'ils ne se sont point souciés, d a n s leurs discours, de nos relations\néternelles, parce qu'ils y ont mis le temporel avant le spirituel, la « figure du\nm o n d e qui passe », avant les seules réalités qui durent, c'est pour cela que\ntoute leur éloquence n'a j a m a i s atteint les hauteurs où se meut le génie puis­\nsant et varié de Bossuet. Mais n'est-ce pas aussi pour cela q u ' u n e partie de\nleurs œuvres est devenue c a d u q u e et n'intéresse plus aujourd'hui que les\nérudits et les curieux? »                                                 H . M.\n\nLes Dessinateurs belges d'ex-libris, par SANDER PIERRON. —\n   (Bruxelles, X. H a v e r m a n s . )\n   L'auteur a résumé une petite collection d'ex-libris et il la commente très\nagréablement, surtout au point de vue de l'art du dessin et de la composition.\n   Il ne serait point malaisé de signaler dans l'essai de M. Sander Pierron\ndes lacunes ou des omissions ; peut-être quelques-unes sont-elles assez\nregrettables et donneraient-elles de l'art qu'il a voulu magnifier meilleure\nidée que les spécimens apportés.\n   Mais il est trop évident que l'auteur a dû ou voulu se borner, et dès lors\nl'excuse est toute prête. Souhaitons pourtant qu'il d o n n e bientôt u n e\nnouvelle série de ces charmants ex-libris.                            J . G.\n\nC l a u d e l e t S u a r è s , par M. FRANCIS DE MIOMANDRE. — (Bruxelles, édi­\n   tion de la Libre Esthétique.)\n   L a Libre Esthétique publie le texte de la conférence que M. de Miomandre\nvint donner, au Salon de cette année, en mars dernier : Pages d'une critique\nfine et spirituelle où l'on trouvera défini avec précision et perspicacité le\ntalent diversement original, mais également puissant, des deux poètes dont\nl'œuvre a servi de thème au gracieux écrivain.                         A. G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1907-livraison12-013", "volume": "ELB-AML-484382-1907-000-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1907-000-014_f.pdf", "ocr_sha256": "d69579ae173b2de41f39e2d1938bd0e5cbbba8e58d8f40875d21a541bac18fb4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 793, "page_fin": 796, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES La Surabondance des matières", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 948, "page_imprimee": 793, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "NOTULES\n\n   L a S u r a b o n d a n c e d e s m a t i è r e s nous contraint de différer jusqu'à\nnotre fascicule de janvier de l'an prochain, le commencement de la publi­\ncation des Lettres inédites de Joris-Karl Huysmans, en même temps\nque plusieurs autres articles importants et de nombreux comptes-rendus de\nlivres.\n                                         ***\n  Collection des grands artistes des Pays-Bas. — Sous ce\ntitre, l'éditeur Van Oest, de Bruxelles, vient d'inaugurer une série de magni­\nfiques monographies qui promettent d'être des plus intéressantes, eu égard\naux écrivains auxquels il en a confié la rédaction. Deux volumes viennent\nde paraître. Ils sont édités avec un soin inouï, abondamment illustrés au\nmoyen de splendides hors-texte reproduisant les plus lumineux chefs-d'œuvre\ndes artistes qui en sont le sujet. Les volumes parus sont :\n  Thierry Bouts, par ARNOLD GOFFIN.\n  Quintin Metzys, par JEAN DE BOSSCHERE.\n   Chacun de ces volumes, dont le texte est du plus haut intérêt, est illustré\nd'une trentaine de magnifiques reproductions hors texte. Le prix de chaque\nvolume n'est que de 3 fr. 5o broché, 4 fr. 5o relié.\n  En préparation dans la même collection :\n  Vermeer de Delft, par G. VAN ZYPE.\n   Hans Memling, par FIERENS-GEVAERT.\n   Lucas de Leyde, par N. BEETS.\n   Hugo Van der Goes, par JOSEPH DESTRÉE.\n   Nous engageons vivement nos lecteurs à acheter ces monographies artisti­\nques, tant pour seconder la belle initiative de l'éditeur Van Oest que l'on ne\nsaurait assez encourager dans une si noble entreprise et qui s'est déjà distingué\npar la publication de tant d'admirables ouvrages d'art que dans leur propre\nintérêt. Voici une occasion facile et peu coûteuse de garnir sa bibliothèque\nde beaux et sérieux ouvrages d'art et de s'instruire facilement et agréablement\ndans le grand art flamand des Pays-Bas.\n                                         ***\n   Un monument à la mémoire du poète Van Lerberghe.—\nUn groupe d'amis de Charles Van Lerberghe a décidé d'ouvrir une sous­\ncription publique pour élever un monument à la mémoire du poète de la\nChanson d'Eve. Un exemplaire de luxe, hors commerce, de l'anthologie\n"}, {"page_pdf": 949, "page_imprimee": 794, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3208, "texte": "794                                     DURENDAL\n\n\nVan Lerberghe, que l'Association des écrivains belges publiera prochaine­\nment, sera offert à tous les souscripteurs d'une somme de 25 francs\nminimum.\n  Les souscriptions peuvent, dès à présent, être adressées à M. Fritz Van\nder L i n d e n , rue de l'Enseignement, 82, à Bruxelles.\n\n                                           ***\n   Les bureaux de la Société des Amis de la Médaille\n d ' A r t et de la Société royale de N u m i s m a t i q u e , réunis sous les présidences\n respectives de M. Charles Buls et du vicomre de J o n g h e , ont décidé, sur la\n proposition de M. Alphonse de Witte, de soumettre aux prochaines réunions\n-de ces sociétés u n e idée que nous partageons pleinement et dont nous\n souhaitons vivement la réalisation : celle d'organiser u n congrès interna­\n tional de numismatique et de l'art de la médaille à Bruxelles. Mais pourquoi\n attendre jusqu'en 1910? P o u r q u o i ne pas réaliser ce projet de suite?\n E s c o m p t e - t o n le succès de l'exposition? C'est fort bien. Mais il y a tant de\ncongrès à l'occasion des expositions universelles. On n'y prête guère atten­\n tion. L'un fait oublier l'autre. U n congrès organisé en dehors de toute e x p o ­\n sition ferait bien plus d'impression et serait plus efficace\n\n                                           ***\n                  e\n   Le LXXV anniversaire de la fondation du Conservatoire\nd e B r u x e l l e s a été célébré récemment. A cette occasion des distinctions\nont été décernées au directeur et une importante promotion a eu lieu dans\nl'Ordre de Léopold en faveur de plusieurs de nos plus grands artistes musi­\nciens, compositeurs et professeurs.\n   M. Gevaert, l'éminent directeur du Conservatoire, a été créé baron et\nn o m m é grand-cordon de l'Ordre Colonial de Léopold I I .\n    M. E d o u a r d Fétis, président de la Commission de surveillance, a été\nn o m m é grand-officier de l'Ordre de Léopold. MM. Emile Mathieu, directeur\ndu Conservatoire de G a n d , et E d g a r Tinel, directeur de l'Ecole de musique\nreligieuse de Malines, ont été p r o m u s c o m m a n d e u r s . M M . A. Cornélis,\nS. D u p u i s , P . Gilson, G. G u i d é , E d . Jacobs, Massart et Van Dyck sont\nn o m m é s officiers. Enfin, des croix de chevalier ont été décernées à M M .\nM. Crickboom, A. De Boeck, O. Dossin. J. J a c o b , J. J o n g e n , L. Mortelmans,\nRinskof, E . Potjes, J. Ryelandt, G. Systermans, L . Van D a m , l'abbé Van\nde W a t t y n e , E d . Vilain et V. Vreuls, ainsi q u ' à M m e s Max Schnitzler et\nEmile Van den Slaepele.\n    N o u s offrons, avec nos h o m m a g e s de vénération profonde et de\nrespectueuse et affectueuse admiration, nos plus vives félicitations au cher\nbaron Gevaert, le sympathique directeur de notre Conservatoire. N o u s\noffrons aussi nos félicitations les plus cordiales à tous les autres artistes et\nspécialement à nos amis, Edgar Tinel, le génial auteur d e Franciscus et de tant\nd'autres chefs-d'œuvre, à notre collaborateur et ami Joseph Ryelandt, le jeune\net déjà remarquable compositeur, auteur de Sainte Cécile qui eut un si brillant\nsuccès au théâtre d'Anvers; à P a u l Gilson, l'auteur de cette œuvre si forte et\n"}, {"page_pdf": 950, "page_imprimee": 795, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2904, "texte": "                                   NOTULES                                      795\n\nsi personnelle, La Mer ; à Emile Mathieu, compositeur de tant d'œuvres tout\nà fait supérieures; à MM. G. Guidé, directeur du théâtre de la Monnaie;\nDupuis, chef d'orchestre du même théâtre, et à nos amis Ed. Jacobs et\nG. Systermans.\n                                     *\n                                   * *\n  Société royale des Aquarellistes. — LaXLVIIIeExposition\nd'aquarelles de cette Société a été ouverte, au Musée Moderne, place du\n Musée, le samedi 7 décembre. L'Exposition est ouverte tous les jours de\n 10 à 4 heures. Entrée : 50 centimes.\n   Nous rendrons compte de cet intéressant Salon dans notre fascicule de\njanvier.\n                                          *\n                                      *       *\n   C o n c e r t s p o p u l a i r e s . — Le deuxième concert populaire qui aura\nlieu les 25-26 janvier au théâtre de la Monnaie, sous la direction de Sylvain\nDupuis, sera particulièrement intéressant. Il sera consacré à l'exécution d'une\ndes œuvres maîtresses et des plus captivantes de Schumann : le Paradis\net la Péri.\n                                            ***\n  A Ixelles. La nouvelle Justice de paix. — Au mois de\nnovembre dernier ont été exposés, au Musée d'Ixelles, les projets primés du\nconcours d'architecture organisé par là commune pour l'érection d'un édifice\nà ériger place Sainte-Croix, et destiné à servir de local à la Justice de paix\ndu ranton, au Conseil des prud'hommes et à un Commissariat de police.\n   L'exposition ne comprenait que les deux projets primés, à l'exclusion de\ntous les autres qui avaient été présentés, au nombre d'une quarantaine, et\néliminés. Le projet signé Tenax, auquel le second prix a été accordé, était de\ngrand mérite et très habilement mis en valeur par son auteur. Il témoignait\nde grandes qualités d'élégance et d'invention, mais certainement, le cédait, et\nde beaucoup, au projet, honoré du premier prix par le jury, et élaboré par\nM. Eugène Dhuicque. Celui-ci a surmonté, avec une rare habileté, les diffi­\ncultes de l'entreprise, provenues, à la fois, de l'irrégularité du terrain à cou­\nvrir et de la disparité des services à installer dans les nouveaux bâtiments.\nL'édifice dont il a conçu les plans, avec ses profils simples et purs, le bel\néquilibre de ses vides et de ses saillies fait grand honneur au jeune architecte,\nà la finesse et à la sûreté de son goût.\n\n                                      ***\n      Accusé de réception :\n   ART : Scopas et Praxitèle, par MAXIME COLLIGNON. Nombreuses illustrations\nhors texte. (Collection : les Maîtres de l'Art. — Paris, Plon). — Grenoble et\nVienne, par MARCEL REYMOND. — Gènes, par JEAN DE FOVILLE. (Collection :\nles Villes d'Art célèbres. 2 vol. illustrés (Paris, Laurens). L'Institut de France,\npar    G.   BOISSIES, G.   BARBOUX, A.        FRANKLIN,   G.   PERROT,   G.   PICOT,\n"}, {"page_pdf": 951, "page_imprimee": 796, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "796                                   DURENDAL\n\n\nH . ROUJAN. (Collection : les Grandes               Institutions de F r a n c e .   Volume\nillustré (idem).\n  L I T T É R A T U R E : Les Images du Chemin, par SANDER PIERRON (Bruxelles,\nLarcier). — Charles Nodior et le groupe romantique d'après des documents inédits, par\nM I C H E L SALOMON (Paris, P e r r i n ) . — Considérations inactuelles, par F R É D É R I C\nN I E T S C H E . T r a d u c t i o n d'HENRi ALBERT (Paris, Mercure de France). —\nTextes choisis de LÉONARD DE VINCI. T r a d u c t i o n de PELADAN (idem). — Pages\nchoisies d'ALBERT GIRAUD Anthologie des écrivains belges de langue fran­\nçaise (Bruxelles, Edition de l'Association des écrivains belges). — Physio-\nnomies littéraires, p a r GEORGES RENCY (Bruxelles, Association des écrivains\nbelges).\n   L I T T É R A T U R E F L A M A N D E : Verzen, par J o s . BOURGAUX (Antwerpen,\nN e d e r l a n d s c h e Boekhandel).\n   M U S I Q U E : Grétry, par H E N R I DE CURZON. — Mendelsohn, par R A O U L DE\nSTOECKLIN. — Paganini, par Z . G. PROD'HOMME. 3 volumes illustrés de la\ncollection : les Musiciens célèbres (Paris, L a u r e n s ) .\n    N U M I S M A T I Q U E : Souvenirs numismatiques des fêtes jubilaires de 1905, p a r\nEDOUARD LALOIRE, avec de belles reproductions de médailles (Bruxelles,\nlibrairie Van Oest, E d . ) . — La Collection des Médailles de la Chambre des Repré-\nsentants, par EDOUARD LALOIRE (Bruxelles, Imprimerie Roiff). — Le Cabinet\ndes Médailles de l'Etat. Son histoire, son importance et la question de son\nd é n o m b r e m e n t , par VICTOR TOURNEUR (Bruxelles, Misch et T r o n ) .\n    P O É S I E : Job. T r a d u c t i o n en vers' du poème biblique par EDOUARD\nSCHIFFMACHER (Paris, Lemerre). — Après la Moisson, 1857-1900 (poésies\nposthumes), p a r F . - E . ADAM ( E d . de la R e v u e des Poètes (Paris, P l o n ) . —\nTriptyque. L e paquebot, le village, l'épopée du fer, par HONORÉ P O N T H I È R E .\n3 e édition (Louvain, U y t s p r u y t . Bruxelles, Lacomblez). — Les Tanagriennes,\npar E M I L E DESPRECHINS (Verviers, Edition artistique).\n    R E L I G I O N . — Versla Vie divine, par BERNARD K U H N (Bruxelles, Dewit).\nL'au-delà, par W I L H E L M SCHNEIDER (Paris, Bloud). — Eléments d'apologétique.\nI . Apologie élémentaire. Dieu et les Religions, par J . - L . D E LA PAQUERIE\n(idem).\n    R O M A N S : Jean des Brebis ou le Livre de la Misère par E M I L E MOSELLY\n(Paris, P l o n ) . — Viede Province, par E L O I SERVAIS (Verviers, Edition artistique).\n    T H É Â T R E : L e Mystère de la Miséricorde, par JACQUES DEBOUT (Paris,\nTéqui).\n    V A R I A : Rois et Reines que j'ai connus, par H É L È N E VACARESCO. T r a d u i t de\nl'anglais par GASTANE JEFFRY (Paris, Sansot). — Le Livre en Italie. Conférence\nde P I E R R E BARBERA (Bruxelles, Edition du Musée du Livre).\n\n\n\n\n                                          *\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 882, "texte": " Décembre 1907.\n\n\n\n\n                        m\n\n\n\nBRUXELLES, rue du Grand-Cerf, «a. — PARIS, avenue de la Gran ie-Arn^- '\n"}, {"page_pdf": 883, "texte": "                                PLAGE DE WESTENDE\n                                             (BELGIQUE)\n\n                                     Plage de sable fin située entre\n                                          Os tende et Nieuport.\n                             Villégiature hygiénique, loin des agglomérations\n                                   comme des embouchures de rivières\n\n                           Villas et cottages confortables à des prix avantageux.\n                                  Approvisionnements faciles sur place.\n                                       BAINS GRATUITS\n                                — Service de sauvetage communal.\n                                    Service religieux pendant la saison.\n                           KURSAAL — RESTAURANT — GARAGES — ECURIES — REMISES\n                              lies plus luxueuses installations sportives\n Villas et Terrains                            du Littoral.                       Villa» eî Cottages\n   à vendre par annuité*   Location de tentes sur la plage et de costumes de bain       i louar\n                                Tramway éleotriqua a aarvloa intensif\n                                 Vicinal — Télégraphe — Téléphone\n                             ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DE LA DIGUE\n                                         DES AVENUES ET DES VILLAS\n\n\n\n                           agence Immobilière pour la vente et location des villas r f\n                               A melne de 30,minutas d'Ostende, à 2 h. I 2 de Bruxelles.\n\n                                                                        Le WESTEND' HOTEL e»t ouvert à\nWESTEND' HOTEL                                                        partir de Pâques jusque fin septembre.\n                                                                      Pension de 6 a 15 fr. par jour. Au com-\n               DIGUE DE MER                                           mencement et à la fin des saisons, arran-\n                                                                      gements très avantageux pour lejs familles\n                                                                         faisant un séjour prolongé à l'hôtel.\n   T É L É P H O N E N* 4 1                                                76 chambres parfaitement aménagées.\nRéseau du littoral par                                                       Vie de famille. Éclairage électrique.\n                                                                               Chambres spacieuses. Ameuble-\n     Nieuport.                                                                       ment moderne esthétique et\n                                                                                      confortable. Balcons et ter-\n                                                                                       rasses. Salle de musique.\n Appartements                                                                           Salle de billard. Salle de\n                                                                                          recréation pour les en-\n  avec ialoa                                                                                       fants. Salons\n                                                                                                   de lecture et de\n                                                                                                   correspondan-\n                                                                                                   ce. Cuisine soi-\n                                                                                                   gnée. Caves\n                                                                                                    recomman-\n                                                                                                   dées.\n\n       LA           FERMETTE                                  WESTENDAISE\n                           LA CAMPAGNE A LA MER\niieux d'ejtfants. — Promenades à ânes. — Tir à la perche. — Jeu de boule. — Installations\n          sportives. —» Café cramique. — Lait frais. — Glaces. — Consommations de choix.\n                      O U V E R T U R E L E 1« J U I N                1907\n                                    y A BRUXELLES, 64, boulevard de la Senne (Téléph. 8288;.\n Poot ransaignamanta s'adressât* I A WESTENDE, à l'Administration 6e la Plage; ^Télé-\n                                          phone 8 3 du littoral) ou au Westekd* Hôtel.\n"}, {"page_pdf": 884, "texte": "                         DURENDAL\n     REVUE CATHOLIQUE D'ART E T DE L I T T É R A T U R E\n\n\n                               1907 — 14* Année\n\n\n\n              Sommaire du n° 12 (Décembre)\nL'abbé HENRY MŒLLER. — Une artiste dans l'art de la Tapis-\n                               serie bruxelloise : FERNANDE\n                               DuBors . . . . . . . . .                   737\nJ E A N NESMY. — Le Noël d'un vieux garçon                                741\nTHOMAS BRAUN. — Poèmes :\n                            J'aime mes mains :\n                            Dans l'azur, plus de phénomènes ;\n                            Pentecôte                                     75o\nEDGAR BONEHILL. — Le Faon et le Fils                                      752\nVICTOR KINON. — Eaux boréales                                         ,   759\nP I E R R E B I L L A U D . — L e s cent sous du petit Jésus              761\nA.-D. SERTILLANGES. — Du rôle de l'art en apologétique          (suite)   765\nFRANZ ANSKL. — Les Poèmes                                                     773\n\n         CHRONIQUE ARTISTIQUE :\nMusiqae. — Le premier concert populaire; Le premier concert\n             Ysaye;   Le récital Kulscherra      (\"GEORGES DE\n             GOLESCO). - Geestelijke liederkransde A. Moort-\n             gat (J. R.)                                   , .            776\nThéâtre. —> Jsadora Duncan au Théâtre- de la Monnaie\n                 (ARNOLD GOFFIN)                                              779\nExpositions. — Exposition de A. de Weert,           C. Voortman et\n                 Léo Jo au Cercle Artistique        de Gand . . .         780\n\nLes livres                                      , . . . , .      78a\nNotules v                                                        795\nTable des matières classées par noms d'auteurs                   797\nTable des illustrations                                          800\nIllustrations.  — L'Eucharistie, tapisserie bruxelloise exécutée p a r\n                      FKIÎNANDE DUBOIS.\n                      L-I Nativité                 | _\n                      , ,. ,    ,.    ,   w        \\ BERNAKDINO L U I N I .\n                      L Adoration des Mages \\\n"}, {"page_pdf": 885, "texte": "                       DURENDAL\n      REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n    A B O N N E M E N T ; 1 0 francs par a n ; ETRANGER : 1 2 francs (port compris)\n        (pour tâtonnement s'adresser è la Rédaction, rue du Grand-Cerf, 32, à Bruxelles)\n                                 P R I X D'UN NUMÉRO : FR. 1 . 5 0\n\n\n\n                Comité de rédaction de D u REND AL :\n                          MM.        HENRY CARTON DE W I A R T .\n                                     L'abbé HENRY MŒLLER.\n                                     FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n                    Secrétaire de la Rédaction t GEORGES VIRRÈS\n                                Correspondant dt la rédaction à Paris :\n\n       M. H E N R I MAZEL, avenue de la Grande-Armée, 6 i , Paris.\n\n              PRINCIPAUX COLLABORATEURS\n      FRANZ A N S B L .        EMILE FERMAUD.\n                                              :\n      MAURICE BEKAERT.                                        LAURENT FIERBNS.\n      PIERRE BILLAUD.                                         H . FIÉRENS-GBVAERT.\n      EDGAR BONEHILL.                                         ARNOLD GOFFIN.\n      HENRY BORDEAUX.                                         FRANZ H E L L E N S . *\n      ALEXANDRE BRAUN.                                        L'abbé H . HOORNAERT.\n      THOMAS B R A U N .                                      JOSEPH JANSSENS.\n      GEORGES BRIGODE.                                        VICTOR KINON.\n      H É L È N E CANIVET.                                    GODEFROID KURTH\n      MARIE CLOSSET.                                          PAUL LAMBOTTE.\n      E R N E S T ÇLOSSON.                                    S É B . - C H . LECONTE.\n      L'abbé A U G . CUPPENS.                                 CHARLES MARTENS.\n      L'abbé P A U L CUYLITS.                                 PAUL MUSSCHE.\n      Le comte G. D'ARSCHOT.                                  EDOUARD N E D .\n      H E N R I DAVIGNON.                                     JEAN NESMY.\n      L e baron JOSÉ DE COPPIN.                               CHARLES NICAISE.\n      GEORGES DE GOLESCO.                                     PIERRE NOTHOMB.\n      ERNEST DE L A U I N N B .                               ERNEST PÉRIER.\n      LOUIS DELATTRE.                                         GEORGES RAMAEKERS.\n      La comtesse E p . DE LIEDEKERRB.                        GEORGES RENCY.\n                                                              BLANCHE ROUSSEAU.\n      Le baron G. DBLLA FAILLE.\n                                                              JOSEPH RYELANDT.\n      EUGÈNE DEMOLDER.\n                                                              FERNAND SÉVERIN\n      D o m BRUNO DESTRÉE.\n                                                              HENRY V A E S .\n      JULES DESTRÉE.\n                                                              EMILBVERHABREN.\n      TANCRÈDE DE VISAN.\n                                                              L'abbé F R . VERHELST.\n      Vicomte D'HBNNEZEL\n      MAURICE D U ^ A E R T .                                 LÉOPOLD WALLNER.etC, etC\n      J. ESQUIROL.\n\n                Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n/; sera rendu comité dans DURENDAL        de tout ouvrage dont un exemplaire sera envoyé à ta Rédaction\n\n      Pour l<i Rédaction, l'Administration et les demandes d'abonnements, s'adresser a u\nciège de la Revue. 8 3 , rue du Grand-Cerf; pour la publiulté, 4 6 , rue Neufchatel, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 886, "texte": "                      L'EUCHARISTIE\n\nTapisserie bruxelloise exécutée par Fernande DUBOIS, de Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 887, "texte": ""}, {"page_pdf": 888, "texte": "Une Artiste en l'Art\n        de la Tapisserie Bruxelloise\n\n                  Fernande Dubois\n               EN 1905, j'écrivis un article en vue de réveiller le\n                 goût, si vif chez nos ancêtres, pour les fastueuses\n                 tapisseries artistiques qui constituent une des\n                 gloires nationales de notre passé. C'était à l'oc­\n                 casion de l'exposition des anciennes tapisseries\n                 bruxelloises organisée pour rehausser l'éclat du\n                 soixante-quinzième anniversaire de notre indé­\n                 pendance. Quiconque contempla ces admi­\nrables chefs-d'œuvre ne put que regretter qu'un art pareil, si\nflorissant jadis en Belgique, un art si vraiment belge, ait\npour ainsi dire totalement disparu. Jadis, ainsi que je le disais\nau début de mon article, il y avait des ateliers de tapisserie de\nla plus haute importance et tout à fait remarquables - de vrais\nateliers d'art, un peu partout en Belgique, et notamment à\nBruxelles, à Tournai, à Bruges, à Anvers, à Audenarde, à\nEnghien, à Binche.\n   Cet art fut si florissant pour deux motifs. D'abord, il était\nprotégé par les grands, par les rois, par les princes, par les gou­\nvernements, stimulé par le clergé et encouragé par les riches.\nOn ne craignait pas d'acheter au poids de l'or les belles tapisse­\nries artistiques. Les évèques en ornaient leurs cathédrales, les\nprinces en rehaussaient leurs palais, les riches en couvraient les\nmurs de leurs salons. D'autre part, et c'est le second motif de la\nprospérité de jadis de la tapisserie bruxelloise, nos plus grands\npeintres avaient en si haute estime cette industrie artistique\nqu'ils y consacraient leur art et le mettaient au service des\n"}, {"page_pdf": 889, "texte": "738                          DURENDAL\n\n\nouvriers en tapisserie. Les œuvres de ceux-ci étaient d'un art si\nconsommé parce que les cartons, d'après lesquels le tapissier\ntravaillait, étaient l'œuvre de nos plus grands maîtres, tels que\n Roger Van der W e y d e n , Bernard Van Orley, Rubens, Jordaens,\nTeniers et d'autres.\n    Ayant remarqué, à l'occasion de mon Salon d'art religieux,\n une jeune fille bruxelloise étonnamment douée pour l'ait de la\nbroderie artistique, je la stimulai de tout mon pouvoir à se\nlancer crânement dans l'art plus vaste de la tapisserie bruxel­\nloise. Elle suivit mon conseil. Elle s'acheta un métier de haute-\nlisse et se mit à l'œuvre immédiatement.\n    Sur le conseil de mon ami Joseph Dcstrée, le distingué con­\nservateur des Musées royaux du Cinquantenaire, si compétent\ndans l'art de la tapisserie, dont il a traité en de substantielles et\nperspicaces études, F e r n a n d e Dubois, que je lui avais adressée,\nse décida à débuter par la reproduction de la célèbre tapisserie\ndu cinquantenaire L'Eucharistie. Cette œuvre est la réduction\nd'une tapisserie du Vatican, réduction d'une si haute valeur\nelle-même, qu'elle fut acquise par l'Etat belge pour la belle\nsomme de 34,650 francs.\n   Joseph Destrée lui fit faire un bon carton par un excellent\nartiste peintre d'après la tapisserie du cinquantenaire. C'est\nd'après ce carton que F e r n a n d e Dubois exécuta la splendide\ntapisserie qu'elle a exposée récemment dans ses salons et que\nnous reproduisons dans le fascicule de ce mois.\n    Cette reproduction est absolument inapte, il va de soi, à\ndonner l'impression de l'original. Il faudrait pour cela la\ncouleur. E n outre, la photographie ne peut faire saillir la\nprécision étonnante du dessin et l'extrême délicatesse du\ntravail.\n    L a dimension de la tapisserie de M lle Dubois est de 1m50 sur\n1 m 50. Elle est plus grande que l'original qui n'a qu'un mètre\ncarré.\n    L'œuvre de M lle Dubois est donc un travail fait d'après une\nancienne tapisserie, ou plutôt d'après un carton, car elle n'a\npas eu la tapisserie du Musée du Cinquantenaire sous les yeux\nen travaillant. Elle a, comme \"tous les artistes en tapisserie\nbruxelloise de jadis du reste, exécuté son travail d'après un\ncarton fait spécialement dans ce but. Ce carton sans doute a\nété fait d'après une ancienne tapisserie, mais cela ne diminue en\n"}, {"page_pdf": 890, "texte": "      UNE ARTISTE EN L'ART DE LA TAPISSERIE BRUXELLOISE              739\n\n\nrien la valeur artistique du travail de l'ouvrière. Il fallait bien\ncommencer par là. Aucun de nos grands peintres n'eut consenti\nà faire pour une inconnue des cartons. Il fallait d'abord qu'ils\npuissent se rendre compte par la vue d'un travail déjà réalisé,\nsi elle était capable d'interpréter leurs œuvres. C'est le but que\nj ' a i eu en vue en l'engageant d'accord avec mon ami Joseph\n Destrée à faire une tapisserie d'après une œuvre ancienne. Ce\nbut je l'ai atteint pleinement, car le résultat est merveilleux.\n      On l'a dit, et cela n'est pas exagéré, la jeune artiste a débuté\npar un coup de maître. L e résultat de ce premier effort a abso­\nlument dépassé mon attente. Quoi d'étonnant si une première\nœuvre eût été remplie d'imperfections. Je m'y attendais. Et\ngrande fut ma joie de n'en découvrir aucune. L'œuvre de\nM l l e Dubois affirme un talent plein de ressources, un talent\nvigoureux, il ne dénote aucune hésitation, aucune faiblesse,\naucune gaucherie.\n      Elle a le sens du coloris au plus haut degré. Elle choisit ses\nlaines avec un coup d'œil inouï. Son travail est à la fois d'une\nfermeté rare et d'une finesse exquise.\n      C'était l'avis unanime de tous ceux qui furent invités par moi\nà visiter la belle exposition de F e r n a n d e Dubois. Je remercie\nvivement ici tous ceux qui ont bien voulu encourager ma jeune\nprotégée et notamment nos Princes, L e u r s Altesses Royales le\nPrince et la Princesse Albert de Belgique, qui ont témoigné à\nla jeune artiste le plus haut intérêt et sont venus contempler\nlonguement son œuvre chez elle.\n     L'œuvre de M lle Dubois n'est q u ' u n d é b u t . Il a atteint son\nbut qui était de développer son talent par un premier essai et\nde montrer ses aptitudes pour l'art de la tapisserie. Elle ne\nd e m a n d e qu'à s'affirmer davantage, mais pour cela-il faut qu'elle\nsoit secondée.\n     Il faudrait qu'elle puisse commander un carton à un de nos\nplus illustres peintres et faire d'après ce carton une tapisserie\noriginale et moderne. J'ai la conviction la plus intime qu'elle\nproduirait des œuvres qui pourraient soutenir la comparaison\navec les chefs-d'œuvre de nos ancêtres. Sa première tentative\nprouve à l'évidence qu'elle en est capable. Son ingéniosité à\nmanier la laine, l'habileté avec laquelle elle dirige son outil, la\ndélicatesse qu'elle déploie clans la reproduction du carton, tant\nau point de vue du dessin qu'au point de vue de la couleur, la\n"}, {"page_pdf": 891, "texte": "740                              DURENDAL\n\n\nfinesse et l'achevé de son travail dénotent une artiste d'un\ntalent absolument supérieur et qui égale celui des Anciens.\n   Il ne lui m a n q u e pour marcher de l'avant que la protection du\ngouvernement et l'encouragement des mécènes qui pourraient la\nsoutenir efficacement, en lui faisant des commandes sérieuses et\nrémunératrices. J'espère que l'un et l'autre ne lui m a n q u e r o n t pas.\nElle n'aura pas peu contribué alors à la restauration en Bel­\ngique de l'art superbe et somptueux de la tapisserie bruxelloise.\nPersonne n'est aussi bien douée qu'elle pour réaliser ce but\nmagnifique.\n\n                                                    HENRY     MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 892, "texte": "        Le Noël d'un vieux garçon\n\n                    M. PAQUETTE, d'un regard familier, a consulté son\n                      thermomètre; il s'est de même prudemment\n                      assuré que la girouette du voisin marquait vent\n                      d'est. Après quoi M. P a q u e t t e est sorti, ayant\n                      mis sa canne à pommeau de nacre sous le bras,\n                      et son foulard écossais à larges raies rouges\n                      autour du cou.\n                         Il a pris, par la rue du Mortier-d'Or, le\nchemin des anciens remparts, où les jours de lumière et de\ndouceur, cinq ou six vieux comme lui s'assemblent pour pleurer\nsur le temps jadis et gémir sur l'heure présente.\n   L e ciel est clair, l'air vif, la terre sèche, jolies conditions de\npromenade. M. Paquette se frotte les mains, moins pour se\nréchauffer qu'en grand signe de joie. Content, léger d'esprit, il\nsourit à la jeunesse qui passe dans la pure intention de sourire\nà la vie. Il se réjouit, il se h â t e . . .\n   Les vieux remparts croulants, couverts de bouquets d'herbe\npâle, se chauffent au soleil ; les arbres avec leurs branches nues\ndessinent sur le ciel des dessins au charbon, et projettent à terre\ndes ombres en ramages. Mais combien peu de promeneurs\naujourd'hui flânent sur l'avenue!\n  Là-bas pourtant, au point où la ceinture de la ville s'arrondit,\nM. P a q u e t t e reconnaît le groupe habituel sur le banc familier.\nVoici bien Rillon, Pinchet, Brunat et Bimblot; il ne manque\nque Juny et Laine, qui comme lui sans doute sont en retard...\n  Ainsi songe M. Paquette, sans prendre garde que c'est veille\nde Noël aujourd'hui, sans se douter que J u n y est parti aux\nenvirons chez sa fille de Saint-Just, voyage qu'il entreprend\nseulement aux fêtes carillonnées, que Lainé sagement est resté\nchez lui, ménageant ses rhumatismes pour la sortie de cette nuit...\n  Ainsi songe M. Paquette. Aussi, quand il arrive près du\n"}, {"page_pdf": 893, "texte": "742                           DURENDAL\n\n\nbanc, comme il est surpris, le pauvre vieux garçon, de constater\nque son arrivée est le signal d'une d é b a n d a d e générale.\n   C'est Pinchet qui commence :\n   « Mon successeur à l'épicerie moderne m'a prié de l'aider un\npeu cet après-midi. Mille excuses, messieurs, je vous quitte. »\n   Il tire à la ronde sa révérence et part a p p u y é moins pesamment\nsur sa canne de jonc.\n   Brunat après lui se levant :\n   « Moi, je vais travailler à l'arbre de Noël, que ma femme\nprépare. »\n   Il faut voir de quel air il ajoute :\n   « Que les enfants seront contents ! »\n   Il part... Il est parti... Mais les autres demeurent. E t\nP a q u e t t e , qui les regarde, les croit comme lui fidèles au vieux\nbanc, malgré la veille de Noël, et P a q u e t t e , comme chaque\nfois, entreprend le commentaire, plaisant ou indigné, du journal\ndu matin. Mais Bimblot n'écoute guère et Rillon n'a pas de\nréparties. Qu'ont-ils donc? Vieux garçons comme M. P a q u e t t e ,\ncomme lui retraités, ils n'ont pourtant rien qui les appelle?\n\n\n   Rillon cependant regarde Bimblot, et Bimblot regarde\nRillon. L e u r s yeux se font un signe insaisissable et sourient\nfinement. T i m i d e s , isolés et perdus dans la vie, ils se sont unis\npour organiser un complot : ils n'osent l'avouer franchement et\nprennent un détour.\n   « Si l'on rentrait, propose l'un.\n   — Ça fraîchit, appuie l'autre. »\n   P a q u e t t e , étonné, les regarde.\n   « Rentrer?... Ça fraîchit?... Mais il n'est que 2 heures 1/2; y\npensez-vous?... C'est le bon moment : il fait un soleil si tiède\naujourd'hui. E t justement je voulais vous demander ce que vous\npensiez de l'élargissement du divorce. J'ai connu autrefois, au\nrégiment dont je faisais partie, le plus beau de l'arme, je puis\nbien l'avouer à présent, une petite femme de colonel, l'œil fin, je\nne vous dis que ça... »\n   Mais les histoires de jadis aujourd'hui ont perdu leur attrait.\n   Rillon et Bimblot de nouveau se regardent, et de nouveau\ns'étant souri, sur un signe du plus audacieux prennent leur\ngrande résolution.\n"}, {"page_pdf": 894, "texte": "                   LE NOËL    D'UN   VIEUX   GARÇON                 743\n\n   « Excusez-nous, Paquette : il faut que nous vous quittions.\nSi tiède qu'il soit, le soleil baisse. E t nous avons tant d'em­\nplettes à faire pour nos neveux; car les neveux, vous savez, ça\nexige beaucoup de polichinelles pour un peu d'affection. »\n   P a q u e t t e , ahuri, hausse l'épaule comme si le fardeau de sa vie\nde solitude lui pesait davantage. Il serre froidement les mains\nde Rillon et de Bimblot, qui, satisfaits de leur joie intérieure,\ns'en préoccupent peu, et aussitôt s'enfuient à pas menus et l'un au\nbras de l'autre.\n   M. Paquette, énervé, s'est à son tour levé du banc pour se\ndonner à lui-mème l'illusion d'être comme les autres; il a pris le\nmail en sens inverse de Rillon et de Bimblot, et tout en\nmarchant a bourré et allumé sa pipe, avec la pensée qu'en la\nfumant il n'aurait plus à réfléchir. Mais il a beau chercher à\ndistraire et occuper ailleurs son attention; le charme de cette\nsplendide journée de décembre est rompu, et sa promenade au\nbeau soleil, sous les platanes défeuillés, est, quoiqu'il puisse\nfaire, abimée de mélancolie...\n   Des gamins font la glissade sur la petite rivière, qui avec\nl'hiver a clos, au pied croulant des remparts, son œil mobile et\nclair. Des nourrices enrubannées passent à côté du flâneur, les\nbras chargés d'un flot de mousselines et de fourrures blanches.\nE t M. P a q u e t t e , de frôler ces vies actives, sent croître encore\nl'ennui pesant de son oisiveté. Des souvenirs lui reviennent : il\nsonge, il rêve, il souffre... C'est surtout un désir de tendresse qui\nle possède; c'est surtout de la tendresse qui lui m a n q u e . . . Son\ncœur a plus que ses bras et plus que son esprit besoin d'être\noccupé. Il sent qu'avec l'âge une impression singulière de vide\nse creuse autour de lui. Il se découvre une âme vieille et lassée\ncomme le corps, parce qu'elle ne connaît que le souci et la peine\ndu monde. Il éprouve une soif subite et pressante de s'épancher,\nd'aimer, de se confier. Il a vécu en égoïste; il est plein de jours ;\nune vie toujours repliée sur elle-même, toujours pareille a\nsatisfait son cœur étroit. Sa présence autour de lui, en lui, de sa\npropre pensée, de sa jeunesse, longtemps lui a suffi. Mais\nla jeunesse infidèle un jour l'a fui, et sa pensée lui est si connue\nqu'elle se fait monotone ou semble radoter...\n   E t voilà qu'après avoir bougonné contre ses amis, qu'après\ns'être moqué de leurs occupations bourgeoises d'une veille de\nNoël, de leurs soucis prosaïques, de leurs préparatifs de\n"}, {"page_pdf": 895, "texte": "744                             DURENDAL\n\n\nréveillon, il songe mélancoliquement qu'il a, comme le renard\nde la fable, médit des raisins verts. Ah! que n'a-t-il un suc­\ncesseur à aider comme Pinchet, un sapin de Noël à garnir\ncomme Brunat, la tendresse de neveux à acheter comme Rillon\net B i m b l o t ! C'est si triste d'être seul clans la vie, toujours\nseul!... Seul quand le bonheur d e m a n d e à être partagé... plus\nseul encore quand le malheur voudrait tant être secouru!...\nQuel pauvre Noël il va faire, M . P a q u e t t e ! . . . Ah! du temps\nqu'il était capitaine d'habillement, les joyeux réveillons\nchez la cantinière!...\n    H o ! h o ! h o ! Vive la vivandiè            ère!...\n    On chantait ainsi en chœur, en buvant la goutte à votre santé,\nmère Chipotte. Bon sang de dragon, vous en souvient-il?...\nQuelles rasades de S a u m u r mousseux vous nous serviez!...\n    E t les souvenirs défileraient ainsi, serrés en longue file, si\nM m e Régnant d'aventure ne venait à passer. Il faut vous dire que\nMme Régnant est une amie de longtemps, une voisine d'autre­\nfois, du temps déjà lointain où M. P a q u e t t e était sous-lieutenant\ndans cette bonne ville de Pontigny, où il s'est retiré. Sous-lieu­\ntenant après la guerre, le cœur joyeux et la moustache blonde,\n26 ans d'enfance et de jeunesse et pas même sonnés!... L e joli\ntemps !... Que de rêves envolés depuis lors !...\n    « A h ! m a d a m e Régnant, il y a longtemps que je n'avais eu\nl'avantage de vous voir. Quelle rare fortune! »\n   M. P a q u e t t e , ex-sous-lieutenant, sourit, met la bouche en\ncœur, fait des grâces. Mais Mme Régnant, elle, n'a point l'air si\nravi : elle craint un importun et cherche à l'éviter.\n    « Bonjour, monsieur P a q u e t t e , un beau temps, n'est-ce pas?\nJ e me sauve, j ' a i peur d'être en retard : c'est jour d'église aujour­\nd'hui, vous savez; on arrange la crèche!... »\n    M m e Régnant, à pas glissés, s'échappe comme une ombre. E t\nM. P a q u e t t e , a b a n d o n n é une fois de plus, demeure sur le mail,\ndésemparé, plus seul et plus mélancolique. Il marche tout\ncourbé, las des pensées qu'il porte plus que de l'âge et que des\nrhumatismes; il s'appuie plus lourdement sur sa canne à pom­\nmeau de nacre; il resserre autour de son cou, plus frileux, le\nnœud de son foulard. Il va au hasard devant lui, où le caprice\ndes rues le mène, où la flânerie languissante de sa promenade\nle porte.\n    L e voici dans la G r a n d ' R u e : les trottoirs sont encombrés\n"}, {"page_pdf": 896, "texte": "                    LE NOËL D'UN      VIEUX   GARÇON                  745\n\nd'une foule qui circule, de boutiques et d'étalages qui se mon­\ntent et se déploient. Sur la chaussée roulent incessamment car­\nrosses, voitures à bras et gros camions : c'est l'agitation d'un\nsoir de fête qui commence ; on ne voit partout que préparatifs\nde réveillon; l'odeur des charcuteries écœure; de grosses poulardes\nà chairs safranées, soufflées de graisse, des oies bourrées de\nmarrons, des dindes marbrées de truffes dignes de tenter Garri-\ngou, forment par grandes jonchées l'étal alléchant des mar­\nchands de volailles. Cependant que les petites boutiques en\nplein vent, plus populaires ensemble et plus poétiques, pour un\nsou distribuent la joie aux enfants sous la forme d'un coq de\nnougat qui chante ou d'une pipe en sucre rouge.\n   Mais tout cela n'attendrit pas M. P a q u e t t e , ne le rend pas\nplus philosophe. L a ville s'agite et bourdonne déjà comme un\nimmense essaim mis en rumeur à l'inaccoutumée. Que lui fait?\nIl demeure morose comme une abeille déshéritée qui n'aurait\npoint sa part dans la joie du rucher. A 'grands pas il retourne\nchez lui, conduit par le désir de ne rien voir, de ne plus rien\nentendre. U n e petite rue qui tourne, une façads en retrait, un\npignon à redents, quelques marches se haussant jusqu'à la\nporte étroite, c'est ici. M. P a q u e t t e s'engage clans le couloir et\nmonte l'escalier.\n   Sur le premier palier, tout à coup, quelle aimable rencontre\net faite à l'impourvu : deux voisins, 6 et 8 ans, cheveux blonds\nfrisés, yeux humides et rieurs comme des gouttes d'eau, figures\nfraîches, s'écartent devant le vieux garçon :\n   « Bonjour, monsieur P a q u e t t e ! »\n   Les voix sont flûtées, limpides comme des voix d'oiseaux.\n   « T i e n s ! c'est toi, M i m i ? . . . C'est toi, Loulou?... Si vous\nmontiez, je vous dirais bien une histoire!... »\n   Mais les enfants, sur un ton presque indigné :\n   « O h ! monsieur P a q u e t t e ! . . . E t l'ange qui doit apporter le\nsapin de Noël en costume de jardinier! Nous l'avons vu l'an\ndernier. Cette année nous le guettons. P a s de bruit surtout! s'il\nnous entendait, il prendrait la cheminée. »\n    Devant tant d'innocence, M. P a q u e t t e n'a nulle envie de\nrire. Précipitamment il rentre chez lui et s'y enferme à\ndouble tour. Il passe sa robe de chambre à cordelière et à\nramages, chausse ses pantoufles fourrées, allume son feu,\nbourre sa pipe, et dans le premier nuage de fumée de tabac\n"}, {"page_pdf": 897, "texte": "746                                DURENDAL\n\n\nfloconneuse et blanche qui l'entoure, essaie de distraire sa\npensée et de se recueillir...\n   Mais aussitôt :\n   T o c ! toc ! toc !...\n   Quelqu'un frappe à la porte. L e vieux garçon ne maugrée pas.\nAu contraire... Q u e l q u ' u n ! . . . Enfin, q u e l q u ' u n ! . . . L e cœur de\nM . P a q u e t t e a bondi. Aux coups frappés, dans un espoir nais­\nsant, sa solitude et sa tristesse se dissipent.\n   « Entrez!... entrez!... », crie-t-il à voix joyeuse. I1 oublie qu'il\na tourné deux fois la clef dans la serrure...\n   « Entrez donc !...\n   — Impossible d'ouvrir... »\n   Comme la voix est claire et douce : on dirait, dans un soir\nattiédi, une brise qui passe...\n   M. P a q u e t t e ne rêve pas longtemps : il se précipite, tourne\nla ciel, ouvre la porte :\n   « Bonsoir, L i n e t t e ! »\n   Diantre, monsieur P a q u e t t e . . . Seriez-vous un vert galant?\non dirait q u e ce bonsoir, tant il est dou.x, est ouaté dans la\nfumée...\n   Linette apporte le blanchissage : elle est fraîche comme\nune rose de printemps, aguichante et musquée comme elle.\n   L'ancien capitaine, sans songer à mal, — et gardons-nous\nbien nous-mêmes d'y ajouter malice — prend d'un geste fami­\nlier le menton de la petite sous le doigt, et, la regardant d'un\ndrôle d'air :\n   « Comme vous êtes rose, L i n e t t e . Est-ce bien d'avoir trop\ncouru?... E t quelle bonne raison d'ailleurs avez-vous d'être en\nretard?... Allons, ma fille, asseyez-vous une minute pour vous\nreposer. Tenez-moi un brin de compagnie. Après le plaisir, la\npénitence... »\n   Linette regarde le sermonneur avec quelque irrévérence et\ndemeure insoucieuse des suppositions et du propos. D'ailleurs,\naujourd'hui, pas de temps à perdre avec les pratiques. L e\npanier est lourd, qui pèse à son bras, et plusieurs autres aussi\n pleins attendront l'un après l'autre son retour à la maison.\n   Aussi, le temps de compter un, deux, trois, les chemises, les\n manchettes et les faux-cols de l'ex-capitaine, paquet par paquet,\n sont posés sur une chaise. U n salut, deux virevoltes, moins de\n bruit de pas qu'en fait un oiseau qui marche, enfin un grand\n"}, {"page_pdf": 898, "texte": "                     LE NOËL     D'UN   VIEUX    GARÇON                    747\n\nchoc de porte refermée, Mlle Linette, repasseuse de fin et de\ngros, est déjà dans l'escalier.\n   M . P a q u e t t e tout un moment en demeure étourdi. U n e fois\nremis, il reprend sa pipe : elle est éteinte. Il regarde la che­\nminée : le fagot a pétillé et croulé en braises; les bûches sont\ndes fumerons... Des voitures dehors roulent sur le pavé ; une\npendule sonne l'heure tristement... Cosaque de sort!... A\nsoixante ans passés, une veille de Noël, sans parents, sans\namis, qu'on est seul!... M. P a q u e t t e essaie de lutter : il ranime\nson feu, il rallume sa pipe... L a fumée, dont les rubans incon­\nsistants se déroulent en silence, la flamme qui saute et qui\nchante sont une compagnie. Mais cette compagnie, qui l'a con­\nsolé longtemps, aujourd'hui ne lui suffit plus. Charme évanoui\ndans l'habitude !... M. P a q u e t t e est le seul queNocl ne réjouisse\npas, que Noël n'occupe pas. Noël est pour lui un jour comme\nles autres... Tristesse d'être seul !...\n    L e soir gagne très vite, car au soleil t o m b a n t les nuées sont\nmontées, les nuées grises, couleur d'étoupe, et qui tissent la\nneige. L a veillée s'avance avec lenteur; seul le feu éclaire la\nchambre de ses lueurs falotes.\n    Les heures passent sans hâte, avec le cortège monotone des\nmêmes attristantes pensées, qui partent et qui reviennent, se\nsuccédant et se chassant. Chacune d'elles parait, sur un timbre\n plus lugubre et plus lent, sonner à la p e n d u l e . . .\n    Et M. P a q u e t t e , dans son fauteuil, s'est endormi...\n    U n bruit de souris, qui fait son réveillon d'une noix, le\n réveille. Dedans, c'est toujours l'isolement mélancolique d'un\n foyer de vieux garçon, de ces foyers qui, n'ayant pas d'amour,\n semblent n'avoir pas d'âme.\n    Dehors, dans le brouillard qui s'épaissit, la nuit toute fermée\n est pointillée de feux et givrée de lumière. L a paix habituelle\n du soir est animée de carillons, qui mêlent une harmonie au\n silence de l'heure; les cloches sont en joie...\n     M . Paquette, en écoutant leurs voix qui chantent à chant\n plus clair près de la cheminée, d'où elles semblent descendre\n comme des voix du ciel, regarde s'écrouler les bûches de son\n feu...\n     Les cloches sont en joie... M. P a q u e t t e est seul ; M. P a q u e t t e\n  est délaissé... E t les cloches l'appellent, car c'est pour tout le\n  monde qu'elles sonnent la joie...\n"}, {"page_pdf": 899, "texte": "748                              DURENDAL\n\n\n   Machinalement M. P a q u e t t e s'habille; machinalement il\nprend sa canne à pommeau de nacre et son foulard écossais à\nraies rouges. Il descend l'escalier; il suit au hasard le fil sinueux\ndes rues; il le coupe, il le reprend. 11 monte quelques degrés :\nle voici sur un parvis. Il avance encore de quelques pas : le voilà\ndans une église. E t tout de suite une sensation de tiédeur et de\nbien-être le saisit. Des jeunes filles exhalent à voix pures un\nvieux cantique de Noël; l'orgue en sourdine accompagne leur\nchant, puis entre deux couplets enfle ses sons et meugle à grosse\nvoix.\n   Les yeux, comme les âmes, sont noyés d'un saint ravissement,\nles visages empreints d'un calme religieux. Les cœurs sont\nrecueillis et pénétrés du même amour. Ici tout le m o n d e est\nfrère selon la loi de Dieu. Deux inconnus ont repoussé leurs\nchaises pour faire une place au nouvel arrivé. Dans la chapelle\nvoisine, étendu sur la paille, un Jésus tend les bras. M. P a q u e t t e\nn'est pas dévot; pourtant M. P a q u e t t e s ' a t t e n d r i t : il se sent\nen famille; il n'est plus isolé... Les idées de mélancolie se dis­\nsipent comme un brouillard d ' a u t o m n e . . .\n   E t le voilà qui, se laissant entraîner par le r y t h m e berceur et\ndoux de la mesure, d'une voix chevrotante et émue accom­\npagne, lui aussi, le dernier couplet d'un Noël populaire, dont\nles paroles lui reviennent. Avec le chant d'autrefois à mesure le\npassé se réveille ; images par images, voici la famille, la maison,\nle village... un clocher à tourelles; des volets bruns piqués de\nmoisissures et de vrillettes; le père, grave et digne, menuisier\nde campagne, comme Joseph, et qui péniblement l'avait fait\nélever; la mère si vaillante et si propre, la mère avec ses ban­\ndeaux d'argent clair sous la coiffe p a y s a n n e . . . le village, la\nmaison, la famille... l'enfance aux années de tendresse et d'heu­\nreuse insouciance... le grand départ, la guerre... les longs mois\nde misère, au hasard des batailles... le cauchemar de la mort\nvécu dans l'épouvante d'un soir tragique, parmi les blessés et\nles tués abandonnés sur un champ de carnage... l'hôpital, halte\nsereine dans la douceur des rideaux blancs... la mère qui accourt\nayant appris la nouvelle, et trouve l'enfant en guérison, l'enfant\nhéroïque et sauvé par miracle, l'enfant parti simple soldat et\ndéjà sous-lieutenant et déjà décoré... P u i s la longue série indif­\nférente et monotone des années écoulées paisiblement dans les\nvilles dormantes des plus petites garnisons... E t , peu à peu, la\n"}, {"page_pdf": 900, "texte": "                   LENOËLD'UN VIEUX GARCON                          749\n\njeunesse qui s'enfuit, la vieillesse qui gagne, la solitude qui\ns'accroit, l'herbe d'ennui qui envahit le cœur abandonné... Vie\nde vieux garçon, sans but et sans espoir, et sans tendresse calme\nqui l'éclairé : c'est tout cela, c'est tout ce gris qu'en pensée cette\nnuit-là M. P a q u e t t e évoque.\n   Et malgré tout dans cette église, mêlé, lui le profane, à cette\nfoule de fidèles, il ne se sent plus si seul ni si attristé. Un sen­\ntiment nouveau luiremplit le cœur: espoir réveillé, loi réveillée?\npeut-être!... tendresse d'âme à coup sur...\n   Et, quand le prêtre à l'autel se retourne, pour prononcer d'une\nvoix pleine, en écartant les bras, la phrase liturgique :\n\n                            Pax   vobiscum !\n\nla paix divine, que Jésus est venu apporter aux hommes en ce\njour de Noël, descendant sur l'assistance à l'appel du sacrifiant,\nenveloppe M. Paquette comme les autres d'un voile d'infinie\ndouceur et de recueillement...\n   E t , pour la première fois de sa vie, M. P a q u e t t e s'aperçoit\nque le vrai Noël des délaissés, c'est le Noël chrétien...\n\n                                                      JEAN N E S M Y .\n"}, {"page_pdf": 901, "texte": "                       Poèmes\n                J'aime mes mains\nJ'aime mes mains brûlées par le soleil.\nMes mains mulâtres et pareilles\nAux larges feuilles de tabac\nQui brunissent   là-bas,\nDe haut en bas.\nTous les pignons des chaumières de la Semois !\nMes blanches    mains,\nOccupées à des gestes vains.\nL'hiver! et à de lentes écritures,\nLes voici comme une grenade      mûre.\nTandis qu'elles tenaient les renés\nOu plongeaient les rames dans l'eau,\nLe soleil leur a fait des gants,\nSouples, mordorés,     élégants,\nPlus tièdes que des gants de laine,\nDes gants de peau...\n\n\n      Dans l'azur, plus de phénomènes\nDans l'azur, plus de        phénomènes...\nTout devient    artificiel.\nLe feu des chandelles       romaines\nA fait pâlir les arcs-en-ciel.\nIsabelle qui a sept ans,\nIgnore encor le prisme clair\nDont s'enchantaient  les fonds de l'air\nQuand moi-même j'étais     enfant.\nJe songeais au déluge, à l'arche,\nBlanche et flottante   catacombe,\nAu bec ému dont la colombe\nTendit l'olive au    patriarche...\nJe voyais l'averse décroître\nDe la gouttière dans la tonne,\nEt les fleurs tièdes de l'automne\nRépandaient une odeur de poivre.\n"}, {"page_pdf": 902, "texte": "                        POÈMES                              751\n\n Ah! les merveilleux     météores\n A la courbe multicolore!\n Plus rouges que les dahlias,\n Plus violets que les glycines,\n Plus verts que les épicéas,\n Plus roses que les aubépines\n Et plus jaunes que les colzas!\n Ah ! les beaux arcs\n Qui semblaient relier la Perse au Danemark\n Par-dessus notre petit parc!\n Pourquoi ne décrivent-ils     plus,\n Lorsqu'il a plu,\n Au cœur du ciel formant      couvercle\n Leur limpide et frais demi-cercle?\n N'auriez-vous pas perdu,       Seigneur,\n Votre boite à couleurs\n Et votre grand    compas,\n Ou le diable n'aurait-il pas\n Comme un bon père de famille\n Déjà marié toutes ses filles?\n\n\n                        Pentecôte\nComme d'autres vont voir dans les champs de Hollande\nS'épanouir les crocus bleus et les tulipes,\nCe dimanche malin je traverse les landes.\nDu vieux Semois grésille dans ma pipe.\nMa peau s'anime sous les aromes du vent.\nLe vent souffle du sud et l'air est élastique.\nMon pas est sûr, mon cœur léger, mon corps fervent\nEt souple comme aux jours des jeunes        gymnastiques.\n\nDéjà je n'entends plus la plainte du coucou\nQui, jusqu'à l'an prochain, s'est caché Dieu sait où.\n\nJuin s'avance à pieds nus aux bords de la rivière.\nIl cueille des iris poussés entre les pierres\nOù flotte sur l'eau tiède une mousse d'écume.\nJe vais, vers lui, grisé d'air frais et de lumière,\nComme un martin-pècheur        ébloui de ses plumes.\nJe vais, par les genêts amers et pavoisés\nDont les vagues d'or clair déferlent sur les côtes,\nDes crêtes des plateaux aux ravins déboisés,\nJusqu'aux prairies où pousse seul, dans l'herbe haute,\nLe Credo violet, fleur de la Pentecôte.\n                                               THOMAS BRAUN.\n"}, {"page_pdf": 903, "texte": "                Le Faon et le Fils (1)\n\n                                             I\n\n                     LA forêt Ardennaise semblait un gigantesque écrin\n                        blanc piqué de pierreries : la neige scintillait à\n                        nos pieds, partout, à perte de vue. Des arbres\n                        drapés d'hermine élançaient vers le ciel gris\n                        leurs torses droits et les gestes de leurs bras\n                        géants.\n                          Sous les futaies centenaires et solennelles ainsi\n                        que des nefs de cathédrales, nous marchions\nsilencieux, le fusil à l'épaule, l'un suivant l'autre; notre longue\nthéorie sombre se silhouettait sur la blancheur de la forêt\ncomme une lente et noire procession d'oiseaux migrateurs sur\nles pâleurs du ciel.\n   Parfois le chef de fil, le vieux garde à casquette galonnée,\narrêtait brusquement son grand pas uniforme; il se baissait\nvers le sol, fixait de son œil de lynx, et flairait presque des\ntraces fraîches clans la neige. Il se redressait t r i o m p h a n t ; au\nmouvement muet de ses lèvres, car il gardait toujours son silence\nprudent et mystérieux, nous devinions sa pensée :\n   — U n e entrée de cerf!\n   — Des pas de biches !\n   — U n e laie et des petits !\n   E t nous reprenions notre marche dans la neige grinçante.\n   Nous arrivâmes â la ligne de tir de la première enceinte. Dès\nque tous les chasseurs occupèrent leur poste, le garde, longue­\nment, souffla dans son cornet. L a forêt vibra ; les échos se\ndisputèrent le cri rauque auquel succéda un silence de mort.\n   Enfin, les clameurs des rabatteurs se perçurent très lointaines;\ndes j a p p e m e n t s de chiens éclatèrent ; ceux-ci avaient sans nul\n\n (1) Extrait d'un volume à paraître : Bruyères d'Ardennes.\n"}, {"page_pdf": 904, "texte": "                         L E FAON   ET LE   FILS                      753\n\ndoute mis sur pieds une bête gîtée et la suivaient à ferme. Les\naboiements se faisaient plus clairs et plus aigus.\n   Soudain j'aperçus hors portée deux grandes ombres qui d'un\nbond trouèrent la blancheur des fourrés. Deux coups de feu,\nassourdissants, claquèrent.\n   J e tressautai : à cent mètres, mon voisin de poste me hélait.\nJe le rejoignis.\n   « C'est toi qui as tiré ces deux coups de carabine ? lui dis-je.\n   — Sur une biche. Elle est blessée. A mon second coup elle a\nfortement fléchi.\n   — Suivons-la. Elle ne peut être loin.\n   — Son faon galopait à ses côtés. J'ai tiré au rembucher ;\nnous ne troublerons donc pas la battue. Voici les pas. Elle\ndonne du sang. »\n   Nous parcourûmes deux cents mètres à travers bois, penchés\ntoujours vers les gouttelettes roses qui larmaient la neige. Nous\nentendîmes un craquement de branches devant nous. Scrutant\nle mystère des massifs épais, retenant notre souffle, nous nous\nagenouillâmes.\n    Mon ami me toucha l'épaule. Mon regard suivit son geste.\nL à , à quarante] pas, dans la clarté d'une clairière, au pied\nd'un hêtre, la biche était étendue, immobile, la tête rejetée vers\nl'épaule ; auprès d'elle le faon g a m b a d a i t . Deux fois il l'entoura\ndu cercle de ses bonds étonnés et gracieux.\n   Alors il s'arrêta, flaira la morte, se reprit à sautiller, s'arrêta\nde nouveau ; de la patte droite en un geste infiniment doux, il\neffleura le cou inanimé ; puis, s'inclinant, du museau il toucha\nl'une des pattes gisantes et la souleva légèrement, câlinement ;\nelle retomba inerte ; il se cabra, partit au galop, tournant\nsouvent la tête vers la masse brune, dont le sommeil rigide et\nsubit l'effarait.\n    Il avait simulé la fuite ; il revint à pas lents, l'oreille basse,\net se coucha devant la tête convulsée, et longtemps, du même\nmouvement tendre, adorablement gracile, il la lécha.\n    Nous contemplions, cloués à notre cachette, le dénouement de\nce petit drame douloureux.\n    U n aboiement prochain résonna. Les chiens, en défaut,\navaient repris la piste sanglante. Le faon se dressa comme un\nressort qui se détend.\n    Il était aux écoutes, le museau aux vents, les oreilles droites,\n"}, {"page_pdf": 905, "texte": "754                             DURENDAL\n\n\n\n le cou tendu, les yeux brillants vers le danger. L e chien arri­\n vait; le faon semblait pétrifié; alors, cette bête que son esseu-\n lement affolait, cette pauvre bête craintive q u ' u n e chute de\n feuille épouvante, cette bête t i m i d e qu'un vol d'oiseau met en\n fuite, cette pauvre bête osa ce miracle de bravoure : elle\n entendit le molosse donner furieusement à quelques pas, elle\n l'aperçut sortant des broussailles, terrible, le poil hérissé, les\n crocs découverts par le retroussement des lippes rougeoyantes;\n elle le regarda et l'attendit. L o r s q u ' u n b o n d sépara le chien du\n cadavre, le faon disparut comme un dard parmi les taillis q u i ,\n dans leur soubresaut, jetèrent sur sa fuite noire un rideau de\n neige si fin qu'on eût dit l'efïeuillement blanc d'un bouquet\n d'aubépines.\n     T a n d i s que le chien se ruait sur la biche, nous nous rele­\n vâmes, émus.\n     « A n'en point douter, cette ravissante bête a bravé le\nchien, afin qu'il se lance à sa suite et épargne sa mère.\n     — C'est merveilleux !\n     — Q u a n d bien même le règlement de chasse ne m'eût\n pas interdit de tuer les faons, j ' e u s s e respecté celui-ci.\n     — Certes ! c'eût été féroce ! Voilà un trait de piété\n filiale glané en pleine forêt.\n    — Nous avions glané souvent en plein c h a m p des traits\nd'amour maternel : la perdrix ne prend-elle pas son vol au\nnez du chien d'arrêt et dans les pieds du chasseur, afin\nde s'exposer la première aux plombs meurtriers, tandis que\nles perdreaux gagnent le large ? »\n     Les t r a q u e u r s arrivaient auprès de la biche à qui le chien\njeta un dernier coup de dent furieux.\n    L e chef t r a q u e u r examina la bête, observa l'entrée de la\nballe dans le flanc, enfonça son index dans la plaie, l'en\nretira sanglant, l'essuya à sa guêtre en disant :\n    « L a dragée est placée un peu bas, mais elle a fait\ndu chemin. L a bête est t r o u é e ! Allons, mes amis, une\nbête par terre, un litre pour nous ! Ça va bien. »\n\n                                    II\n  L e hasard, ce grand metteur en scène, qui tour à tour,\nsur le t h é â t r e de la vie, déroule à nos yeux les péripéties\nde drames terribles ou de désopilantes comédies ou de\n"}, {"page_pdf": 906, "texte": "                       LE   FAON E T   LE   FILS                  755\n\n\nvaudevilles bouffons, le hasard, cet impresario sceptique,\nironiste comme Socrate, vieux comme le monde, le hasard\nvoulut qu'au lendemain de cette intéressante journée de\nchasse,       mon voisin de poste, le tueur de biche, et moi,\nnous nous retrouvions toux deux, le code en main, la toque\nau front, dans l'atmosphère lourde et surchauffée d'un...\npalais de justice.\n   Nous assistions des plaideurs qui comparaissaient devant\nla Chambre du Conseil du T r i b u n a l de X . . . Mon ami,\nM e Z . . . , assistait un fils qui se refusait à payer à son\npère une pension alimentaire; j ' é t a i s le conseil du père.\n   L e T r i b u n a l , dans l'espoir d'apaiser ce dissentiment,\navait ordonné la comparution personnelle des parties en\nC h a m b r e du Conseil.\n   Un huissier nous introduisit dans la salle.\n   T r o i s magistrats étaient assis devant une large table,\nrecouverte d'un tapis jadis vert, aujourd'hui déteint, maculé\nde taches d'encre et de caricatures ébauchées. De-ci de­\nlà, s'étalaient comme des cicatrices, des déchirures repri­\nsées. U n e crevasse noire balafrait le plafond d'où tombait\nune tige de fer, flanquée de sa lampe à pétrole.\n   Une croisée trop haut perchée coulait par ses vitres sales une\nclarté crue sur le sommet des murailles. Dans le reste de la\nsalle régnait une ombre douce. Un pan de m u r disparaissait\nsous les rayons d'une bibliothèque de bois blanc. D a n s ces\nrayons se pressaient de gros bouquins aux dos étiquetés.\n   Mon confrère et moi étions assis d e v a n t la table, en face des\nmagistrats. Nos clients étaient d e b o u t .\n   « Messieurs, dit le Président, en soulevant sa toque galonnée\n» d'argent, le T r i b u n a l fait un pressant appel à votre esprit de\n» conciliation. Il espère que le père et le fils sortiront d'ici\n» réconciliés et la main dans la main.\n   » Voyons, X..., pourquoi vous refusez-vous à verser à votre\n» père une pension alimentaire? »\n   L ' h o m m e à qui s'adressait le magistrat jeta irrévéren­\ncieusement son chapeau sur la table. Il croisa les bras, se\nretourna vers son père, l'enveloppa de la tête aux pieds d'un\nregard dur, méprisant, haineux.\n   « Vous n'avez pas honte, vieux drôle, de traîner ici votre\nfils, votre unique enfant?\n"}, {"page_pdf": 907, "texte": " 756                            DURENDAL\n\n\n      — E t v o u s , fils indigne, clama le Président, n'avez-vous point\n  honte d'insulter votre père et de l'abandonner ainsi d a n s\n sa vieillesse? »\n       L ' a t t i t u d e du vieillard était plus éloquente que le plus\n talentueux plaidoyer.\n      Vêtu d'un pardessus noir trop ample, propre mais luisant\n comme un miroir, aux bordures effilochées; grand mais voûté,\n les deux mains rejointes sur une canne qui tremblait, la tête\n baissée, le visage ridé, pâle, la poitrine recouverte d'une barbe\n blanche, les yeux clos, il personnifiait la Misère et la Douleur.\n      Il répondait par un silence navré à la brutalité de son fils.\n      Celui-ci, les bras toujours croisés, l'œil toujours méchant,\n ricanait :\n      « Pourquoi serais-je un bon fils, puisque vous êtes un mau­\n vais père? F i ? vieux m e n d i a n t ! »\n      L e vieil h o m m e se redressa comme s'il avait ressenti au\n cœur la piqûre d'une vipère. Il tourna vers son fils en la hochant\n tristement sa vénérable tête de patriarche.\n      « Oui, fils, je m e n d i e . E t savez-vous pourquoi je m e n d i e ?\n Parce que d u r a n t toute m a vie j ' a i trop pensé à vous et pas\n assez à moi-même. Je n'avais que vous au m o n d e , votre mère\n étant morte en vous d o n n a n t le jour. J e fus orgueilleux de vous\net je fus humilié par vous! Si j'avais fait de vous un jardinier\nc o m m e moi, j ' a u r a i s aujourd'hui une maison, un jardin à moi,\nj ' a u r a i s une calme vieillesse, une douce mort. J'ai fait de vous\nun monsieur, un savant ; tout le fruit de mon travail, toutes mes\néconomies fondaient pour vous comme la neige au soleil. D'une\nlongue vie de travail, de toutes mes sueurs, savez-vous ce qu'il\nreste, fils? Il reste ceci... »\n      E t le malheureux sortit de sa poche une volumineuse liasse\n de papiers j a u n i s .\n      « Voilà ce qui me reste : la preuve et le souvenir de tout ce\n que j ' a i fait pour vous... »\n      Les magistrats feuilletèrent ces reliques.\n      T o u t e la vie de l'infortuné pleurait là, dans ces pages aux\ncoins recroquevillés, aux coins roussis, d a n s ces pages sem­\n blables à celles, souvent tournées, d'un livre de prières.\n      « X..., il ressort de toutes ces factures, de toutes ces notes, de\n toutes ces quittances, que votre père s'est sacrifié d u r a n t toute\n sa vie pour assurer votre avenir.\n"}, {"page_pdf": 908, "texte": "                          LE FAON ET LE FILS                            757\n\n\n      » Malgré ses modiques ressources il vous a fait instruire, vous\n a payé le luxe d'un long séjour au collège, vous a exempté de la\n  milice... Aujourd'hui pour lui témoigner votre reconnaissance\n vous lui refusez du pain. C'est une indignité. »\n     « C'était bien la peine de me payer tout cela pour me\n taquiner aujourd'hui !\n     — Quelle est votre profession? interrompit le président d'une\n voix sèche et courroucée.\n     — Je suis agent comptable de la société de X......\n     — Que gagnez-vous ?\n     — T r o i s mille cinq cent francs.\n     — E t vous êtes célibataire ?\n     — Oui. Mais mon père, s'il le voulait, pourrait travailler\n encore. C'est la paresse qui....\n     — Vous êtes un ingrat, tonna le président. Vous souffririez\n que votre père travaille encore. Il a soixante-dix ans et ne peut\n se traîner. Il s'est tué pour vous... »\n     Je donnai lecture d'un certificat médical attestant que le\n pauvre vieux était incapable de tout travail. L u i , ajouta :\n     » Mes jambes et mes yeux n'en veulent plus, monsieur le\n P r é s i d e n t , sinon je ne serais pas ici. Oh ! fils, si je n'avais ma\nconscience et la crainte de vous déshonorer, j'irais tantôt\nd e m a n d e r au canal la paix et l'oubli.\n     — Jetez-vous au canal, vieux m e n d i a n t . Je paierai votre\ncercueil de grand cœur... »\n     Deux larmesjaillirent des yeux ternes et vitreux du vieillard,\ndeux larmes silencieuses roulèrent dans le sillon de ses joues et\nperlèrent sa barbe de neige.\n     L a canne oscilla sous la poussée des mains de cire.\n     Les magistrats se concertèrent. P u i s , le Président dit en se\nlevant:\n    « X..., le tribunal flétrit avec indignation votre conduite révol­\nt a n t e . Il vous expulse de cette salle. Huissier, expulsez cet\nhomme. »\n     Mon ami, depuis le début de cette scène, fronçait le sourcil,\nplissait les lèvres, torturait sa moustache d'une main, et de\nl'autre froissait nerveusement sa chausse dont l'hermine\nfrissonnait. Il s'approcha de son client. Avant que l'huissier n'ait\nobtempéré à l'ordre présidentiel :\n     « Monsieur, fit-il, veuillez faire choix d'un nouveau\n"}, {"page_pdf": 909, "texte": "758                             DURENDAL\n\n\nconseil. Je désire ne plus intervenir dans cette lamentable\naffaire. »\n   Dès que nous eûmes franchi la porte de la chambre du\nconseil, mon ami me rejoignit.\n   « Ah ! si j'avais prévu tout ceci, me cria-t-il en me serrant\nle bras dans l'étau de sa main b r u s q u e et loyale, j ' e u s s e invité\nce mauvais fils à notre battue d'hier.\n   — Dans quel but ?\n   — L a piété filiale du gentil petit faon eût guéri le misérable\nde son atrophie du cœur.\n   — Le faon ? mais, malheureux, il l'eût tué ! »\n\n                                                  EDGAR     BONEHILL.\n"}, {"page_pdf": 910, "texte": "                 Eaux boréales\nOn trouve encore en Amérique, tout au nord,\nDans le pays des rats musqués et des castors,\nOù seuls le brun trappeur en veste de fourrures\nEt le Huron, casqué de plumes,         aventurent\nLeurs mocassins prudents, pendant l'été frileux\nQui se iraine trois mois sous le pâle ciel bleu,\nOn trouve encore des eaux vierges qui           murmurent\nInterminablement     parmi les prés sans fin,\nDont l'herbe aux brins fluets se tasse en tapis fin.\nTour à tour lacs, ruisseaux, rivières, elles rôdent\nEn réseau de cristal dans l'immense          émeraude,\nAllongent leurs canaux et décrivent leurs arcs\nA travers le pays ondulé comme un parc.\nParfois, au fil de l'onde étincelante,     traîne\nLe panache d'un saule ou la frange d'un frêne.\nParfois, on voit trembler un bouquet de bouleaux\nDont les troncs maculés se reflètent dans l'eau\nEt dont les cimes se rassemblent et se penchent\nAvec un clapotis lointain de feuilles       blanches.\nPlus loin, sur la fraîcheur du gazon           smaragdin.\nSe détache, couleur d'encre glauque, le pin\nTénébreux, dont le dôme en texture          d'aiguilles\nBrunit le sol d'une moquette de brindilles,\nOu le sapin, dont le triangle, à ras du sol.\nS'étage en ailes d'aigle ouvertes pour le vol.\nPeu de fleurs. Mais toujours et à perte de vue.\nUne pelouse unie et rase d'herbe drue,\nAvec, parfois, le long des eaux d'un blanc de lis,\nLes sabres et les flammes pâles des iris,\nUne racine d'arbre étrangement        creusée\nEt de mousse gluante et glauque         tapissée.\nEt, çà et là, parmi le gazon, un caïeu\nDe perce-neige blanche ou de colchique bleu.\nO vers les eaux, mon cœur, vers les eaux liliales\nQui coulent dans la paix des plaines boréales !\nVers les limpides eaux, mon front, mon triste front,\nVers les eaux de cristal glacial et profond !\nVers les très claires, les très froides qui murmurent\nSur un lit de cresson, baptismalement pures!...\nSonge que le chevesne et l'omble d'argent bleu,\nQue la perche épineuse aux nageoires de feu,\nQue des poissons sans nombre en nuages de flèches\n"}, {"page_pdf": 911, "texte": "760                              DURENDAI,\n\n\n      Y filent, en faisant pétiller des flammèches ;\n      Que souvent un saumon, à peine        remuant,\n      Lingot d'airain et d'or dans le cristal      fluani,\n      Lustre sa robe, au pur soleil épanouie,\n      En ouvrant et fermant lentement ses ouïes;\n      Que çà et là, soudain, dans un brouillard         vermeil,\n      Dans un ruissellement de gouttes de soleil,\n      Sur le miroir cassé des eaux qui      rejaillissent,\n      Les truites arc-en-ciel superbement       bondissent...\n      Songe aussi que l'on voit apparaître   parfois\n      Une hermine fluette, au fin museau     sournois,\n      Qui trotte au bord des eaux et prudemment      y pose\n      D'abord la patte, et puis un bout de langue     rose...\n      Mais songe que, surtout, tout le peuple canard,\n      Tous les vagues oiseaux vaguant dans le brouillard,\n      Sarcelles, poules d'eau, pluviers,      cygnes-trompette,\n      Tous ceux que l'édredon vêt de neige        proprette,\n      Ceux dont le col est vert moiré de reflets bleus,\n      Ceux dont le col serpente en reptile       onduleux,\n      Tous ceux dont le bec plat fait des cris monotones,\n      Tous ceux qui vont plaquant dans l'eau leurs pattes jaunes,\n      Et le peuple héron qui darde ses longs becs\n      Avec des râles sourds ou des claquements secs,\n      Ceux qui rêvent, ployant sous leur aile une patte.\n      Ceux qui portent au front une houppe         écarlate,\n      Ceux dont le poitrail blanc est de rose flammé.\n      Ceux qui gloussent, gonflant leur jabot         emplumé.\n      Ceux dont un fin manchon cerne la tête rase,\n      Ceux dont le bec se renfle ou s'effile à la base,\n      Tous ceux qui vont le col courbé dans les roseaux.\n      Tous ceux qui plongent et barbotent dans les eaux,\n      Tout le peuple hagard qui siffle dans les nues,\n      Oies sauvages, vanneaux, plongeons, cigognes,            grues.\n      Oh! songe qu'ils sont là, jabotant,      jacassant,\n      Parmi le clapotis du cristal     frémissant,\n      A l'heure vespérale où dans les eaux se baigne\n      Un globe d'or qui brûle et de braise qui saigne\n      Et où, sur l'horizon fantastique et vermeil,\n      De loin en loin, le col tendu vers le soleil,\n      De gigantesques    cerfs détachent leurs      ramures...\n      O mon cœur, vers les eaux très fraîches et très pures!\n      Vers les chastes et glaciales qui murmurent\n      Et serpentent sans fin parmi le gazon vert !\n      O mon cœur, vers les eaux baptismales ! O vers\n      Les claires et les cristallines qui  murmurent...\n                                                            VICTOR KINON\n"}, {"page_pdf": 912, "texte": "        Les cent sous du Petit Jésus\n                          Conte de Noël\n\n                                  I\n               HIER soir, Jean   a mis son soulier clans la cheminée.\n                     Depuis huit jours, Jean s'appliquait à être sage.\n                  L'a-t-il été? T a n t e Marie pourrait le dire.\n                     Si elle ne le dit pas, le petit Jésus, lui, s'est\n                  montré très satisfait. Il a trouvé le soulier trop\n                  petit.\n                     C'est vrai que dans une bottine de bébé, même\n                  de grand bébé de 7 ans, il tient peu de bonbons.\nJugez donc qu'en plus des bonbons il y avait une trompette\net un tambour.\n   L e petit Jésus s'était tiré d'affaire de son mieux.\n   C o m m e la bottine ne suffisait pas, il avait, par précaution,\nétalé dessous une belle feuille de papier blanc sur laquelle, du\nsac trop plein, s'était écroulé un tas de pralines roses. Puis, à\ndroite, la trompette; à gauche, le tambour. Et, sur le cornet\nbéant, un mignon porte-monnaie, avec, dedans, une pièce toute\nneuve, une jolie pièce de 5 francs.\n   Jean était ravi. Ce qui le ravissait surtout, — je vous le confie\ntout bas pour ne pas faire de peine à tante Marie — c'était\nmoins le tambour, les pralines et la trompette, que cette large\npièce de 5 francs qui luisait dans sa menotte comme un soleil.\n   « Cent sous », lui avait dit tante Marie.\n   Cela valait cent sous!\n   Mais, alors, Jean était très riche. Il pourrait acheter tout ce\nqu'il voudrait.\n   Jean est très riche, vraiment. Et comme, jusqu'alors, on ne\nlui a guère donné que de la menue monnaie, rarement une\npetite pièce blanche, — voyez comme les enfants sont capri­\ncieux — il veut savoir combien de sous ferait cette grosse pièce\nde 5 francs.\n"}, {"page_pdf": 913, "texte": "762                          DURENDAL\n\n\n\n   T a n t e Marie est si bonne qu'elle cède du premier coup au\ndésir de son petit h o m m e . Elle va à son secrétaire. Jean la suit,\nles yeux allumés par la curiosité. Elle ouvre le tiroir où se\ntrouve tant d'argent. Minutieusement, sur le bureau, elle aligne\ndes piles de sous.\n   U n e , deux, trois...\n   Puis, soudain, les sourcils froncés, elle se renverse clans son\nfauteuil.\n   Jean est inquiet...\n   « Mon pauvre Jean, je n'en ai pas assez! »\n   Jean saute de joie.\n   « J e suis plus riche que tante ! »\n   T a n t e envoie chez le boulanger chercher les sous qui\nmanquent.\n\n                                  II\n   — N'est-ce pas, tante?... Je puis acheter un sucre d'orge gros\ncomme ça et long comme ça?\n   — Mais oui, mon mignon.\n   — Ou bien une automobile... une vraie... avec des hommes\ndessus?... Ou un canon?...\n   — Certainement. U n e automobile... ou un canon.\n   — Moi, j'aimerais mieux le canon. Et toi, tante?\n   T a n t e ne répond pas.\n   — Dis, tante, réponds ! T u n'as pas l'air de m'écouter. Que\nfaut-il acheter avec mes sous?\n   T a n t e Marie attire doucement le petit garçon et l'asseoit sur\nses genoux.. Alors, d'une voix grave :\n   — Ecoute-moi bien, mon Jean. Il ne faut rien acheter.\n   — O h ! t a n t e . . . rien acheter!\n   — Voyons, chéri! il ne faut pas faire la mine comme cela.\nC'est très vilain. T u ferais de la peine à tante Marie et au petit\nJésus. L e petit Jésus — tu ne le savais pas — est très, très\npressé la nuit de Noël. As-tu compté toutes les cheminées de la\nville? T u pourrais recommencer cent fois que tu en oublierais\ntoujours quelques-unes. Comprends donc que le petit Jésus qui,\nlui, a toutes les cheminées du monde à visiter, il peut bien lui\narriver d'en passer de-ci de-là, faute de temps. Alors comment\ns'y. prend-il? P o u r ne point faire de jaloux, tous les ans, quand\nil arrive chez un enfant qu'il sait avoir bon cœur, comme mon\n"}, {"page_pdf": 914, "texte": "                 LES CENT SOUS DU PETIT JÉSUS                      763\n\n petit Jean, il se dit : « A la bonne heure! voilà le soulier d'un\ngarçon bien gentil. Je n'ai pas le temps d'aller chez les voisins,\noù pourtant des souliers m'attendent. Ça ne fait rien. Je vais\nlaisser ici cette jolie pièce toute neuve. Et le petit garçon\nl'offrira, demain, pour moi.\n    Jean a écouté tout le temps.\n    Quand tante Marie a fini de parler, il quitte son air rêveur et\nla regarde bien au fond des yeux.\n    — Il dit cela, le Jésus?\n    — Il l'a dit.\n    — Alors, le petit garçon, tu sais, celui qui habite tout en haut\nde l'escalier et que j ' a i rencontré tout à l'heure...\n    — E h bien?\n    — Il étaitsi triste! Peut-être qu'il avait trouvé son soulier vide.\n    — T u vois, le petit Noël a compté sur toi.\n    — Alors, si je lui donne mes sous, je serai son Jésus, au petit\ngarçon?\n    — Oui, comme tu es le mien, mon amour.\n    E t tante l'embrasse longuement.\n    Jean s'est sauvé des bras de tante Marie. Il court vers la table\noù il s'est ingénié longtemps à faire des piles égales en mettant\nles sous les uns sur les autres. Il hésite un instant, n'osant\ndéfaire ce beau travail. O h ! rien qu'un instant! car sa main a\nvite renversé les piles de sous qui s'allongent sur le tapis en\ntintant.\n    T i e n s ! on dirait que les sous ont parlé.\n    « D i n ! din ! chantent les uns. T a cassette, petit Jean, va\nrester vide. Garde-nous. Nous te vaudrons une foule de bien\njolies choses. Nous partis, adieu le canon! adieu les friandises!\nadieu l'automobile! Garde-nous, tu seras heureux.\n    — D i n ! d i n ! implorent les autres. Petit Jean, n'écoute point\nces enjôleurs. Ce n'est pas pour toi que le bon Dieu nous a mis\ndans ton soulier, sur le paquet de dragées. C'est pour le petit\ngarçon que tu sais bien. Allons, courage! sois son Jésus ! Montons\nensemble à la mansarde. Donne-nous. T u seras si heureux! »\n    Cette dernière voix décide J e a n . Il va devenir le Jésus de\n Noël.\n    Sous les yeux attendris de tante Marie qui, par-dessus ses\nlunettes, avait observé tout le temps sans faire mine de rien,\nJ e a n sort du salon.\n"}, {"page_pdf": 915, "texte": "764.                           DURENDAL\n\n\n\n                                   III\n\n   Jean grimpe l'escalier qui mène à la mansarde. Il grimpe si\nvite qu'on jurerait qu'il a des ailes, comme on en voit aux anges\nqui font les commissions du petit Jésus.\n   Il grimpe, il grimpe toujours.\n   A chaque marche, les sous qu'il porte dans sa casquette se\nheurtent en une musique réjouissante.\n   Il arrive, à bout de souffle, sur le dernier palier.\n   L a mansarde est en face.\n   Il sait comment on y entre. Plus d'une fois, tante Marie l'a\nemmené avec elle pour faire la charité aux pauvres gens. On\nouvre d'abord ; on compte trois pas dans un couloir où il fait\ntoujours nuit et l'on est devant une autre porte dont il s'agit, en\ntâtonnant, de trouver la clef. C'est là que demeurent le petit\ngarçon et sa m a m a n .\n  Jean a pénétré dans le couloir. Il marche sur la pointe des\npieds. Ce n'est pas qu'il ait peur ! Oh ! non !... mais il est devenu\ntimide tout d'un coup. Son cœur bat très fort, comme les fois\noù il va jouer un bon tour.\n   Il s'arrête. On chante derrière la porte :\n\n                    Une étable est son logement,\n                    Un peu de paille est sa couchette.\n                    Une étable est son logement,\n                    Pour un Dieu quel abaissement !\n\n   Jean est tout ému. S'il a écouté derrière la porte, c'est malgré\nlui, car il n'est pas curieux. C'est la faute à la chanson dont\nl'air était si doux et si triste. L a m a m a n qui chante lui rappelle\nl'autre m a m a n , agenouillée près de la crèche où grelotte le petit\nJésus.\n   Brusquement, Jean pousse la porte et prenant à deux mains\nsa casquette, vlan! de toutes ses forces, il lance les sous dans la\nmansarde. Les sous tombent avec un bruit de mitraille et s'épar­\npillent dans tous les coins, pendant que le brave petit J e a n , le\ncœur rempli d'aise, crie en se sauvant :\n   « C'est de la part de Jésus! »\n\n                                                   PIERRE   BILLAUD.\n"}, {"page_pdf": 916, "texte": "                         (Musée du Louvre)\n\n\nADORATION   DES MAGES\n  (BERNARDINO   LUINl)\n"}, {"page_pdf": 917, "texte": ""}, {"page_pdf": 918, "texte": "    Du rôle de l'Art en Apologétique\n                                     (Suite)\n\n\n\n\n                                        V\n\n        De la valeur d'Art du sentiment religieux\n                 TOUS changeons de thème. Nous savons ce que peut l'art pour\n                    l'apologiste; il faut rechercher ce que peut l'apologiste en\n                    matière d'art. Au tribunal de celui-ci, la religion a été plus\n                    d'une fois sommée de comparaître. Il s'agit de savoir si la\n                    pensée religieuse, et en particulier la pensée chrétienne et\n                    catholique possède une valeur d'art; si par quelque côté\n                    elle peut être jugée étrangère ou antagoniste; si elle a pour\n                    elle les faits, dans la longue carrière qu'elle a fournie et à\n                     l'épreuve des contacts permanents qui se sont établis entre\nelle et l'art ou les artistes; enfin si aujourd'hui, après les bouleversements\nsurvenus, les points de vue individuels et sociaux changés, la religion et ce\nqui dépend d'elle peuvent, à ce point de vue, être assurés encore de l'avenir.\n\n   Et tout d'abord, quelle est la valeur d'art du sentiment religieux en\ngénéral ?\n   On remarquera que ce sujet n'est guère qu'un retournement d'une donnée\ndevenue pour nous familière. L'art peut-il évoquer le sentiment religieux ?\ndemandions-nous. S'il le peut, pour des motifs semblables simplement pris\nd'un autre biais, le sentiment religieux appellera et soutiendra le travail de\nl'artiste. Il y a là une réciprocité nécessaire. Dire que l'art exprime la nature,\net qu'il fomente en nous le sentiment de la nature, n'est-ce pas impliquer ce\nsous-entendu : La nature à son tour éveille l'art? Il en est ici de même. Tout\nobjet appelle et nourrit la fonction qui lui est relative. La lumière fait percer\nles bourgeons de la plante; la puissance de végétation de celle-ci sollicite\nla lumière, l'invite à pénétrer les tissus et l'initie a la chimie subtile de\nla sève.\n   Il faut d'ailleurs dépasser a priori, et regarder de plus près les choses.\nQu'on prenne bien garde à l'importance du problème posé : c'est de la surface\nseulement qu'on pourrait le qualifier occupation de dilettante. S'il était\ndémontré que le sentiment religieux est sans nulle valeur d'art, il serait\ndémontré aussi, et péremptoirement, que le sentiment religieux est sans valeur\n"}, {"page_pdf": 919, "texte": "766                               DURENDAL\n\n\nvitale; qu'il est une superfétation, une erreur. Comment ce qui vaut pour la\nvie ne vaudrait-il point pour le « miroir de la vie » ? L'exposé des rapports de\nla religion et de l'art est donc un chapitre important de l'apologétique.\n\n     Or, qu'est-ce que la religion ? Pour en donner une notion générale, qui se\n puisse appliquer à tous les cas, on pourrait avancer la définition suivante : La\n religion est le lien qui rattache la créature humaine à la réalité mystérieuse\n dont elle se sent dépendre, elle et le milieu immédiat où elle plonge, et dont\n dépend par suite sa destinée.\n     On conçoit à merveille jusqu'où porte, dans le sens des conclusions désirées,\n une définition de ce genre.\n     En fouillant jusqu'au fond de la nature, telle que l'expérience immédiate\n nous la livre, nous éprouvons aussitôt son insuffisance. Insuffisance à s'expli­\n quer elle-même, à se mouvoir elle-même, à se régir elle-même, à se faire\n aboutir elle-même : d'où nécessité de requérir pour elle une source de son\n existence, de son activité, de son intelligibilité, de ses tendances, de son tra­\n vail. C'est ainsi que nous prouvons la « réalité mystérieuse », et après l'avoir\n prouvée, ou éprouvée, que nous nous sentons en rapport avec elle pour autant\n qu'en esprit et en œuvre, pour penser et pour agir, nous vivons du « milieu\n immédiat » qui ne se soutient que par elle.\n    Cherchant ensuite en nous, nous reconnaissons la même insuffisance. Cela\n va de soi pour une part, car nous sommes nous aussi un objet de nature ; si la\n nature a besoin de complément, nous aussi, nous en elle. Eclats de l'obus\n universel, lancés par les puissances de l'être à la conquête d'une destinée par­\n ticulière, mais forcément incluse dans le Tout, nous ne pouvons prétendre\n nous suffire sans que se suffise aussi l'immense projectile. D'ailleurs, pour des\n motifs spéciaux, notre vie ne saurait se présenter comme un système clos,\n bouclé de cohérence. Nous ne sommes pas seulement un objet, nous sommes\n tel objet ; nous sommes êtres pensants, voulants, agissants, — et souffrants.\n Notre pensée révèle notre insuffisance en tant qu'elle pose la vérité, et que la\n vérité pour être elle-même a besoin de l'Axiome éternel, source d'intelligibilité\n et dernier fond de la recherche. Notre vouloir révèle notre insuffisance en ce\n qu'il pose le bien, et qu'il ne trouve en soi ou dans la vie ni de quoi fonder\n le bien sans le premier Bien, ni de quoi l'accomplir avec une ampleur qui la\n satisfasse. Notre souffrance pose à son tour le problème qui a tant tourmenté\n Pascal, celui de la contradiction d'un être qui se trouve lancé vers le bonheur,\n qui est un appétit de bonheur ambulant, et qui ne trouve d'objets qu'oppri­\n mants, soit par hostilité, soit par irréparable misère. Et enfin notre action\n extérieure, poussant sa pointe dans la direction de l'inaccessible, nous prêche\n l'inaccessible, le plénier et indéfectible Objet que toute perspective d'action\n manifeste.\n    On le voit, nous aboutissons au divin en opérant une double plongée ultra­\n consciente : plongée dans l'océan de la nature; plongée dans la mer intérieure\n de notre âme, moins étendue et plus profonde. Or, comment opérer cette\n plongée sans rencontrer la perle de l'art ? Impossible. En cherchant l'or dans\n'la matière, les alchimistes ont contribué à faire connaître la matière; en cher-\n"}, {"page_pdf": 920, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                             767\n\n\nchant Dieu dans la nature, on découvre d'abord la nature, et en cherchant\nDieu en soi, on se découvre, soi, on se juge en son essence, en ses aspirations,\nen son infini. Et ce que je dis de l'individu, je le dis des groupes, je le dis du\ngenre humain, car le genre humain aussi a une âme, et des aspirations, et un\ninfini. En allant à la recherche de Dieu en la vie sociale, à travers les élans\nsociaux vous devez rencontrer élargie la vie humaine.\n    Or, l'art n'est pas autre chose que le sens de la vie humaine, en tant qu'elle\nest esthétiquement exprimable. La source d'art est là, dans l'officine secrète\nde la vie, dans des intimités de signification à l'égard desquelles les formes\nextérieures ne sont qu'un langage. Nous l'avons dit, comprendre la poussée\nintérieure des choses, comprendre le sens intime ou la direction générale de la\nvie : voilà le rôle de l'artiste. Le reste, les formes, les procédés, la technique,\nc'est la calligraphie ou l'orthographe : on n'y échappe point; mais ce n'est pas\navec cela que se font Platon ou Pascal.\n   Qu'on ne croie donc pas possible à l'homme religieux, s'il est doué par ail­\nleurs de cette capacité de vibration qui caractérise l'âme d'artiste, de ne pas\ntrouver l'inspiration là où il trouve l'émotion religieuse.\n   Nous pouvons nous en assurer autrement encore. Ne cherchons plus la\nreligion : supposons-la trouvée, et demandons-nous si ce qu'elle dit, si les états\nd'esprit qu'elle suggère ne sont pas dans la direction du sentiment d'art le plus\nauthentique\n   Bien entendu, il s'agit ici de religion vécue et personnelle, non de celle qui\nne dit que l'hérédité, la routine, la pression du milieu sur un être sans ressort\nintime.\n   Mais la religion vraie, qu'inspire-t-elle?\n   A l'égard de la nature, le sentiment de l'homme religieux est celui-ci : La\nnature est le langage de Dieu; elle en jaillit pour l'exprimer, faiblement sans\ndoute, mais de la manière qui convient à l'auditeur extasié de cette parole.\nDieu ne peut se dire avec plénitude qu'au dedans, par cette parole substan­\ntielle qui est son Verbe. Au dehors, ses manifestations tombant dans le\nmultiple, tombent aussi dans le partiel et dans l'imparfait. Mais enfin la\nnature épèle Dieu, et chaque être en dit à sa manière une syllabe.\n    De plus, la nature née de Dieu réalise ses vouloirs; elle est son instrument;\nil lui a donné de faire en même temps qu'il lui a donné d'ûtre, et ce qu'elle\nfait, c'est ce que l'éternité décide.\n    La nature est ainsi divine : premièrement par ce qu'elle signifie, deuxième­\nment par ce qu'elle réalise. Divine idéalement et divine pratiquement : tel\nest son sens profond, son essence.\n   Or je demande si de jeter ainsi dans la nature tout le mystère de Dieu, de la\nfaire palpiter en Lui, de la faire clamer par toutes ses voix, les plus muettes\nautant que les plus sonores: Dieu! Dieu! Dieu!..., puis de voir un drame\ndivin dans les combinaisons gigantesques ou les intimités subtiles de ce\ntravail par lequel la nature va à ses fins, ce n'est pas ouvrir une source d'art\n inépuisable'!'\n    Comment diviniser l'objet sans exalter la faculté qui s'y attache? « Quand\nles petits s'attachent aux grandes choses, elles les font devenir grands », a écrit\n"}, {"page_pdf": 921, "texte": "768                                DURENDAL\n\n\nS. Augustin. Si la nature est-grande au point d'être divine, l'artiste, s'il la voit\nsous cet angle, se sentira invité au plus sublime travail.\n   Qu'on lise Ce qu'on entend sur la montagne — je cite au hasard — et qu'on\nvoie en quelques traits splendides ce que produit dans l'âme d'artiste cette vision\nreligieuse du monde. Ce n'est plus la mécanique de Diderot, avec ses roues, ses\npoulies et ses cordages : c'est une vie à la façon d'Homère et de ses dieux, mais\nautrement haute, car je ferai voir la différence entre le divin des chrétiens et\ncelui d'Homère. Mais que dis-je? Au lieu de lire Hugo, ou Milton, ou\nquelque autre, qu'on lise plutôt la Bible. Dans quelques Psaumes, dans Job,\ndans le Cantique des Cantiques, la plus merveilleuse poésie jaillit de ce\nsentiment et développe cette pensée tant de fois répétée : Eternel, ton nom est\nmagnifique par toute la terre. (Ps. 106.) Un anthropomorphisme puissant,\nmoyen esthétique d'une pensée haute prête à toutes choses une âme et une\nsorte de vie divines. Pour le poète biblique comme pour François d'Assise, la\nroche qui suinte pleure les péchés des hommes; ie passereau des toits chante\nà Dieu; la cigale invisible et sonore est un hymne vivant que la terre lance;\nle lion des antres attend sa nourriture d'en haut. Dans le cerf altéré qui brame,\nil entend le désir humain, désir immense que seules les sources éternelles\ndésaltèrent. Le chameau sans sa charge, c'est l'obéissance tranquille et\nvaillante; l'alouette, c'est l'amour du ciel; l'agneau c'est la pureté douce; le\nlézard dans les ruines est une larve du peuple écrasé sous les vengeances du\nTrès-Haut. Les forces brutes elles-mêmes s'animent et deviennent un peuple\noù Dieu règne. Les montagnes bondissent à sa voix; la mer s'enfuit; les fleuves\nreculent; l'avalanche se précipite sur ses adversaires. Les vents sont ses\nmessagers, la grêle ses flèches, le tonnerre son cri, le feu son ouvrier, le soleil\nson nimbe, l'éther son pavillon, les étoiles une armée qu'il règle, tout le ciel\nlumineux son regard.\n   On ne saurait discuter la valeur esthétique d'une telle disposition d'esprit;\nelle est au premier chef inspiratrice ; tout le fluide divin contenu dans la nature\nva pénétrer l'âme qui la contemple, l'exalter en émotion et y faire jaillir la\nbeauté en étincelles.\n   J'ai fait tout à l'heure allusion à François d'Assise : cette vision de la nature\nest en effet sa caractéristique. Or voyez : l'art est là tout proche. Il le cueille\npour son compte dans ses cantiques; il invite à le cueillir, et tous ceux qui\nentrent avec du génie dans la voie par lui ouverte, depuis Jacopone et Giotto,\nses contemporains, jusqu'à Dulac, le nôtre, s'élèvent au-dessus d'eux-mêmes.\n   N'est-ce pas pour cette raison que le sentiment panthéistique contient une\npoésie si facilement tentatrice? Le panthéisme, c'est la divinité de la nature\npoussée à l'outrance, jusqu'à la confusion entre le ruisseau et la source. Or les\npoèmes hindous et plus d'un spécimen d'art moderne nous font voir combien,\nle talent toujours supposé, le sentiment qui naît là prend de puissance.\n   Ce que nous gardons du panthéisme, c'est la présence de Dieu et l'action de\nDieu en toutes choses, et c'est assez, en écartant l'excès, pour maintenir l'ins­\npiration ; pour transposer en mode divin, au bénéfice de l'art, le son que rend\nla vie universelle.\n   Pourquoi les fêtes religieuses de la nature : les Rogations, les fêtes des\n"}, {"page_pdf": 922, "texte": "                       (Musée du Louvre)\n\n  LA NATIVITE\n(BERNARDINO   LUIINI\n"}, {"page_pdf": 923, "texte": ""}, {"page_pdf": 924, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                             769\n\n\nMoissons, les messes de la S. Jean en Italie attirent-elles les peintres ? Est-il\nune fête des fleurs, à Paris ou à Nice, qui puisse à leurs yeux les valoir ? Or\nla raison unique de leur préférence, c'est que la religion mêlée à la nature en\ngrandit la notion, y fait murmurer Dieu dans les souffles, le fait sourire\ndans la lumière, fait éclater sa douce gloire dans l'émail cloisonné de coteaux\naux zones multicolores, dit sa bonté dans l'amoncellement des gerbes, dans le\npoids des épis fléchissants, dans le gonflement du flot breton qui soupèse la\nbarque et lui promet l'appui de sa puissance, dans tout ce que le prêtre bénit\npour qu'il croisse, — tranche de Dieu pour les fils de Dieu, substance du Pélican\nsacré qui de la plaie saignante du vignoble et du sein lacéré des labours laisse\ntransfuser sa vie en la nôtre.\n   Les fêtes antiques avaient splendidement préludé à ces fêtes chrétiennes.\nElles aussi, imparfaitement, tentaient de rendre la nature à son sens divin,\naussi la poésie et tous les arts y avaient-ils trouvé une matière éminemment\nriche.\n\n   Que si nous restreignons le champ et, quittant la nature générale, nous\npénétrons dans l'homme, nous constaterons que la présence de Dieu éprouvée\npar le fait du sentiment religieux est une valeur inspiratrice supérieure. Agnosce,\no christiane, dignitatem tuam ! Cet appel de Grégoire le Grand au sens humain\nreligieux n'est-il pas en même temps un appel d'art ? Dites à l'artiste : Ton\nobjet principal, celui auquel tu reviens comme à l'inépuisable et l'immarces­\nsible : l'homme, est un objet divin; cette flamme légère de l'esprit, c'est un\nreflet de la pensée créatrice ; cette petite volonté chancelante, c'est quand même\nune servantedesvouloirsd'En-Haut, une collaboratrice; cette action, c'est une\npart des réalisations éternelles ; ce désir, c'est comme un cri de Dieu à Dieu,\nde Dieu qui a besoin, en nous, à Dieu qui donne. Quel sentiment de nos états\nintérieurs, quelle idée de notre vie n'allez-vous pas ainsi communiquer ! Drame\nsacré de l'existence, que le divin toujours présent élève à sa hauteur; où le\nbien prend une valeur transcendante, où le mal dit une horreur sans nom; où\nla souffrance s'enveloppe d'un mystère profond comme les arcanes de Dieu,\nau lieu d'être la banale « tuile qui tombe » !\n   Toutes les phases de la vie profiteront de cette surélévation de niveau esthé­\ntique. Au lieu du jeune anthropoïde dont le matérialisme guette les gestes\nsimiens, l'enfant sera le charmant revenant céleste. On lui dira poétiquement :\nVa prier\n                    Pour celle qui te prit, jeune âmc, dans le ciel\n                    Et qui te mit au monde.\n\nSa venue sera un apport des cieux, et l'appel de nature qui le réclama un\ntravail en commun entre la divinité de l'amour et les influences supérieures.\n   Quand le grand courant se saisira de cet être et l'entraînera, péniblement\nquelquefois, dans les anses tourmentées ou dans la vacuité du large, la poésie\nchrétienne le verra néanmoins gardé à l'idéal; elle écrira qu'il est « là où il\nplaît à Dieu », et à cette pensée, Il Santo ira noyer son cœur dans une douceur\nd'étoiles.\n"}, {"page_pdf": 925, "texte": "770                                DURENDAL\n\n\n   Quand enfin l'aboutissement sera proche, ou qu'il sera prévu, les au-delà\nmystérieux du rêve chrétien raviront la muse religieuse. Aller retrouver\nDieu ! tel sera le sens de la mort. L'élan de ce départ en esprit, puis en vérité\nentraînera l'homme de l'art vers des ampleurs dont l'incrédulité est bien igno­\nrante.\n   Toute une philosophie sacrée, une théologie, une révélation, pourrais-je\ndire, une prophétie au sens antique du mot (manifestation des choses cachées)\nsera mise ainsi à la disposition de l'artiste. Il ne se peut pas qu'il n'y grandisse,\net que l'œuvre, en ses mains, ne double la valeur qu'elle tient de ses qualités\npersonnelles de toute celle qui ressort d'un tel idéal.\n\n   Orientons encore la recherche en un autre sens.\n   La religion, qui nous donne Dieu et divinise par là notre existence, nous\npousse aussi vers Dieu, et dans ce mouvement, tend à entraîner après nous\ntout ce qui mène avec nous une vie fraternelle. Les autres hommes, la nature\ninférieure aussi font en quelque façon partie de nous, puisqu'en raison de\nl'unité fonctionnelle du tout, un seul être au complet implique en réalité tous\nles autres. Je ne suis pas homme devant Dieu ni dans le « royaume de Dieu »\nsi je me sépare de mes frères, de ceux que j'aime et que je dois aimer, de mes\nfrères mêmes d'en bas qui m'ignorent, de la nature, de tout, puisque tout est à\n Lui et en Lui avec moi, puisque tout est donc avec moi en liaison intime. Nous\nsommes sortis de l'univers divin, mais nous n'en sommes pas sortis tout à fait,\nnous y vivons, nous y plongeons, nous y tenons par nos racines. L'univers nous\npénètre par tous les pores. Nous sommes une pyramide dont la base est la\nmatière pure, le sommet la pensée, et Dieu est notre prolongement d'en haut,\net les hommes, nos semblables, sont notre prolongement à niveau, et la nature,\ntoute la nature est notre prolongement d'en bas. D'où le vocatif chrétien\nrelatif aux hommes : Frères; d'où cette appellation appliquée aux animaux :\nnos frères inférieurs; d'où le langage du Poverello disant : Mon frère le soleil,\nma sœur la lune. Sortis de la pâte universelle, y demeurant à demi confondus,\nquand nous allons à Dieu nous ne pouvons faire moins que d'essayer d'y\nentraîner avec nous tout le reste. De là vient que tout homme vraiment reli­\ngieux est un apôtre; que plus il est religieux, plus il est apôtre, et plus son\napostolat s'étend loin, jusqu'à envelopper dans les flammes du désir, pour\nessayer de les consumer devant Dieu, toutes créatures. Benedictie omnia opera\nDomini Domino : Œuvres de Dieu, bénissez Dieu, afin que mon hommage,\nsuscitant le vôtre, s'achève. Personne n'est ici suffisant; que du moins tout\naccoure, et concoure, et s'exalte, gonflant le flot qui veut aller battre le divin\ntrône, au sommet de la création. Quand le psalmiste parle ainsi, il se met sur\nla voie de l'inspiration poétique la plus riche, car pour entraîner avec lui la\nnature, il va l'humaniser, il va y diffuser son âme, et pour entraîner avec lui\nles autres hommes dans l'élan religieux, il va fouiller en eux dans les profon­\ndeurs, éveillant des échos divins là où la vie banale ne savait faire vibrer que\ndes sonorités sans puissance.\n   La religion divinise tout avant de l'offrir aux méditations de l'homme; la\nreligion humanise tout, mais d'une humanité supérieure, afin de le consacrer\nau culte de Dieu.\n"}, {"page_pdf": 926, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                               771\n\n\n   Finalement, l'homme religieux, en se jetant lui-même au divin, exalte en\nsoi des sentiments dont le reflet esthétique est d'une valeur incomparable.\n« Des yeux levés au ciel sont toujours beaux », a écrit Joubert : à plus forte\nraison une vie élevée au ciel, à plus forte raison des sentiments, des pensées,\nune harmonie intérieure rendue visible et contagieuse par les moyens de l'art.\n   « Voulez-vous voir la beauté de l'âme, disait aux artistes de son temps\nSavonarole, regardez une personne, homme ou femme, en qui l'esprit domine\nles sens; regardez-la quand elle prie et qu'elle s'éclaire d'un rayon de la beauté\ndivine, ou quand elle a terminé sa prière: vous verrez la beauté de Dieu briller\nsur sa face, vous verrez un visage angélique (1). » Ingres en avait fait la\nremarque : \" Toutes les religieuses paraissent belles, et je suis sûr, disait-il,\npar expérience, qu'il n'y a point d'ornement artificiel ou de parure étudiée qui\npuisse causer la moitié de l'impression que produit le simple habit d'une reli­\ngieuse ou d'un moine. \"\n    « J'ai souvent remarqué, dit-il encore, j'ai souvent admiré dans les églises\nles sentiments d'affection et d'amour qui animent les visages des personnes\npieuses (2). » Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que même la laideur, même\nla difformité peuvent prendre sous ce reflet une qualité esthétique surprenante.\nQu'on ne s'en étonne pas. La passion transfigure tout, et cette passion divine\nqu'est le sentiment religieux a certes plus que nulle autre de quoi illuminer un\nvisage, hausser le ton d'une vie, de telle sorte que l'art v puisse trouver son\n bien avec une prodigieuse abondance. S'il ne l'y trouve pas, c'est de deux\nchoses l'une : ou qu'il ne cherche point, ou que l'extrême difficulté du travail\na su le vaincre. On sait que de grands génies ont ici porté à faux; on sait que\nde grands chrétiens ont manqué de même. Mais aussi quel terrible problème :\n humaniser le surnaturel et surnaturaliser l'humain! Pousser vers cet effort,\nc'est inviter aux plus subtiles recherches de l'expression, et celui qui le saurait\n faire saurait tout. Quel maître que celui qui ferait un bon Christ au Jardin\ndes Olives ou un bon Sacré-Cœur ! C'est pour cela sans doute qu'il n'y en a\n point.\n                                           *   *\n   Notons que cette valeur d'art du sentiment religieux comprend, tout en les\ndépassant, celles qui forment la vie couranle. Beaucoup se figurent que la\nreligion est une spécialité; qu'elle pousse, plante précieuse ou vaine dans un\ncoin ou au milieu du jardin de la vie, laissant le reste à d'autres cultures. C'est\nune profonde erreur. Aucune âme religieuse n'accepte un tel dualisme. La\nreligion, c'est toute la vie, vue sous un certain angle et pénétrée des divines\ninfluences C'est par l'évolution intégrale de cette vie que nous devons donner\nsatisfaction au surnaturel, qui nous attend et nous sollicite. Il s'agit de la\nsurélever, de la transposer en valeur et de la porter plus loin : mais c'est elle.\nIl s'ensuit que si la religion véritable, c'est toute la vie menée en l'orme sur­\nnaturelle, l'art religieux c'est aussi tout l'art, à condition qu'il subisse le point\n\n\n  (1) Œuvres, t. III, p. 45.\n  (2) Notes et pensées de M. Ingres, p. 128.\n"}, {"page_pdf": 927, "texte": "772                                DURENDAL\n\n\n\nde vue et l'orientation spéciale que la pensée religieuse détermine. Omnia\nvestra sunt. Nous retrouvons ici la pensée de saint Paul.\n   De même que la religion n'éteint rien, ne supprime rien — sauf le mal, qui\nn'a pas rang parmi les réalités authentiques,— ainsi l'ail religieux n'ignore ni\nne méconnaît rien, fût-ce l'objet le plus profane : elle enveloppe, elle absorbe\nl'objet inférieur, en ce qu'elle l'oblige à entrer dans un courant où ses limites\ns'effacent, où, ruisseau dévoré par le fleuve, il se fond en un flot débordant qui\ncourt à toute vitesse vers la mer.\n   O mer divine, où il est bon de courir et où se perdre, c'est se retrouver dans\nl'émerveillement de la beauté sans rivage!\n   Qui veut sauver sa vie la perdra, et qui consent à la perdre la sauve : cet\ninsondable mot trouve ici son application rigoureuse. L'art qui refuse Dieu se\nrestreint, puis coule à la matière où il s'étiole. L'art qui se donne à Dieu trouve\ntout Dieu, et avec Dieu tout ce qui est de Dieu, c'est-à-dire vraiment tout :\ntout soi, par le fait d'une inspiration développée en plénitude, et tout objet,\nparmi ceux qui peuvent donner au choc une étincelle, ou. taillés en joyaux,\nmettre leur flamme légère ou leur aigrette ardente au diadème de l'humanité.\n\n  (A continuer.)                                   A.-D. SERTILLANGES,\n                                            Professeur à l'Institut catholique de Paris\n"}, {"page_pdf": 928, "texte": "                               Les Poèmes\nToute la Flandre : la Guirlande des Dunes, par E M I L E VERHAEREN (Bruxelles,\n  D e m a n ) . — Voyages vers mon Pays, par PAUL SPAAK (Bruges, Herbert). —\n  Anthologie d'ALBERT GIRAUD (Association des écrivains belges). — Sur l'autre\n  Rive, p a r OMER D E VUYST (Bruxelles, L a m e r l i n ) . — Au bord des Landes, par\n  JOSEPH JEANGOUT (Verviers, Edition artistique). — Rayons d'âme, par MARIA\n  BIERMÉ (Edition de la Belgique artistique). — Fifre et Pipeau, par E M I L E\n  DESPRECHINS (Bruxelles, imprimerie de l'Action catholique).— Préludes, par\n  JEAN MARÉCHAL ( Bruxelles, H e u t e n - S e g o n d ) . — Fantaisies, par E L O I S E R ­\n   VAIS (Verviers, Edition artistique).\n\n    Les poètes belges ne chôment guère, imitant en cela leurs confrères de\nF r a n c e . Ce n'est pas chez nous, vraiment, que les abeilles de l'Hymette se\nrefusent à faire leur miel. On entend bien qu'il y a à p r e n d r e et à laisser dans\ncette a b o n d a n t e produclion; mais enfin nos poètes travaillent : labor improbus\nomnia vincit. Il arrive qu'un p u r chef-d'œuvre se dégage de cet ensemble : tel\nfut le cas pour la Guirlande des dunes et les Voyages vers mon pays, le premier de\nces livres affirmant simplement la persistance d u don lyrique chez le plus\nfécond et le plus puissant des poètes d'ici, le second révélant, avec u n e\nsoudaineté qui a surpris tout le m o n d e , un talent singulièrement ferme,\nbrillant et profond à la fois, et dont l'inattendue maturité me défend de\nprononcer l'expression traditionnelle de « belle et généreuse promesse ». L e\npremier recueil de M. P a u l S p a a k le place, d'emblée, dans le très petit\nnombre d e n o s meilleurs poètes : j ' e m p o r t e en E g y p t e , p o u r le relire au\nretour (comme il sied de le faire) et pour en parler à loisir, ces Voyages vers\nmon pays, dont tant de vers merveilleux habitent déjà ma mémoire. J e vous\nentretiendrai p a r la même occasion de la Guirlande des dunes, qui s'apparie si\nbien au livre de M. Spaak, et de l'anthologie, qu'on vient de publier, du fier\net p u r poète qu'est Albert Giraud.\n\n   M. O m e r De Vuyst a d o n n é , lui aussi, un intéressant maiden-book, d'une\nfacture déjà forte et sûre, d'une inspiration noble et large, d'un art sobre et\npresque parfait. M. D e Vuyst, qui fait peu de bruit dans les revues (comme\nd'ailleurs M. Paul Spaak), est un excellent poète parnassien, que tourmente\nle hautain souci d'une forme impeccable et splendide. Pareille ambition est\ndevenue trop rare, à notre époque de débraillé, de désordre, de va-comme-je-te-\npousse, pour que ce ne nous soit point u n e joie de la rencontrer, de la signaler\net de la louer. M. Omer De Vuyst ne se contente jamais d'un facile à peu-près,\nd'un mot neutre, d'un vers incolore : il recherche l'expression exacte et\n"}, {"page_pdf": 929, "texte": "774                                  DURENDAL\n\n\npittoresque, l'épithète éclatante, la plénitude et la sonorité d'un musical\nalexandrin. Les sueurs qu'il a versées sur l'œuvre qu'il d o n n e aujourd'hui ne\nrestèrent pas inutiles. Sur l'autre Rive nous offre assurément quelques poèmes\nqu'on peut dire beaux, sans ambages et sans restrictions : tels les Pas,\nPremières funérailles, et surtout cette Chrysis d o n t l'harmonie m'enchante. On\npeut attendre b e a u c o u p , sans doute, de ce sévère et probe artiste.\n\n    M. Joseph J e a n g o u t , le poète de l'Ardenne, a fait bien des progrès depuis\nson dernier livre. L e style s'est purifié, le vers a plus d'ampleur, l'idée plus\nde relief. Au bord des Landes est, ma foi, u n petit livre c h a r m a n t , sincère,\nlumineux, tendre comme la jeunesse et comme la c a m p a g n e , et dont la\ndédicace m'a d o n n é quelque orgueil. O u i , j'ai accueilli avec joie ce frais\nbouquet de chèvrefeuilles, dont le parfum sauvage et doux remémore les\nbois de là-bas, de la terre à la fois si âpre et si riante dont M. J e a n g o u t dit\nsi bien les spectacles changeants, les sourires profonds, les musiques\nberceuses.\n    Aimer et chanter son pays avec cette forte fidélité, c'est, en s o m m e , en ces\njours où l'artifice triomphe, le plus sur secret de faire de beaux vers qui\naillent droit au cœur, qui ravissent et troublent. Q u e M. J e a n g o u t reste d o n c\nde chez lui : qu'il garde jalousement cette âme un peu fruste que l'Ardenne\nlui a façonnée, et qu'il laisse à sa Muse rustique cette simple couronne de\nfleurs des landes qui sied si bien à sa beauté de villageoise! Le R o u e r g u e a\nF a b i é , le Berry a N i g o n d , l'Auvergne a V e r m e n o u z e ; l'Ardenne aura\nJ e a n g o u t : c'est assez pour sa gloire à lui et pour notre plaisir à nous.\n L'ambition trop haute perd son h o m m e , et bien fou serait le poète qui\nvoudrait gravir des H i m a l a y a s , q u a n d l'Ardenne est à sa portée.\n\n    M lle Maria Biermé est une âme sensible, vibrante, généreuse, ouverte à\ntoutes les ferveurs et à tous les enthousiasmes; en u n mot, une âme de poète.\nLe livre qu'elle nous offre, Rayons d'âme, mélange de proses et de vers qui sont\négalement lyriques, porte le titre qui lui convient. Oui, c'est bien u n e âme\nqui s'épanche, ici, une âme tour à tour heureuse ou meurtrie, fière ou rési­\ngnée, une âme qui se souvient d'avoir été jadis l'habitante d'un séjour plus\nnoble, et qui en garde u n e nostalgie irrémédiable. L a terre n'est pas faite pour\ncertains esprits, et M lle Biermé est de ces esprits-là.\n    Ceci ne veut point dire, pourtant, que la littérature soit absente de son\nlivre : il y en a, certes, et pas toujours de la meilleure. Mais il serait vrai­\nment trop simple et trop cruel de chercher et de dénoncer le contraste qui\ns'avère ici entre des aspirations trop hautes et une expression parfois défail­\nlante. L'auteur des Rayons d'âme a eu l'étrange audace de tenter l'escalade des\nc i m e s ; ce n'est pas moi qui l'en blâmerai : de telles entreprises sont trop sym­\npathiques, même quand elles échouent.\n    Puisqu'il faut parler spécialement des vers de Mlle Biermé, je dirai qu'ils\nsont parfois impétueux comme des oracles et il arrive que ces oracles auraient\nbesoin d'une correction. Mais le poète des Rayons d'âme les retrace pour son\nseul plaisir et nous aurions mauvaise grâce de lui imposer les règles que son\nesprit n'admet p a s .\n"}, {"page_pdf": 930, "texte": "                                LES POÈMES                                  775\n\n   M. Emile Desprechins, l'auteur de Fifre et Pipeau, est avant tout virtuose.\nJe ne dis pas que la virtuosité me semble tout à fait méprisable. Mais elle est\ndevenue si commune qu'elle ne m'intéresse vraiment plus qu'à la façon de ces\nbibelots qu'on voit sur toutes les étagères. M. Desprechins avouera sans\ndoute cette comparaison : car il déclare lui-même que son œuvre se compose\nde « bibelots frêles », de « menus riens », de « colifichets vains », de « frivo­\nlités et fanfreluches », de « brimborions extravagants ». Ces vers puérils et\nlégers, ces « papillottantes aquarelles, ces « pastels ouateux et flous », ne\nsauraient laisser aucune trace dans le souvenir. Convenons pourtant qu'ils\nont la grâce mignarde à laquelle, apparemment, leurs ambitions se bor­\nnèrent.\n   Ce sont bien des Préludes que les quelques poèmes de M. Jean Maréchal :\nils manquent d'audace, de relief et d'ampleur, mais non point d'une certaine\nfraîcheur toute juvénile, ni d'une certaine fougue sympathique. M. Jean\nMaréchal manie l'alexandrin avec une aisance quelquefois heureuse : on n'en\npeut dire autant de tous les jeunes esthètes qu'un démon malicieux pousse à\nse faire imprimer.\n   Je me garderai d'affirmer que les simplettes Fantaisies de M. Eloi Servais\nsoient écrites d'une plume alerte, car c'est au crayon qu'il les griffonna (au\nRembrand numéro trois, s'il faut préciser), comme il a soin d'en prévenir à la\nfois et son lecteur et sa Ninon. C'est « pour éviter les ratures » que le jeune\npoète amoureux en use de la sorte. On ne s'en aperçoit que trop : son crayon\nest mou, plus qu'il ne convient.\n\n                                                               FRANZ ANSEL.\n"}, {"page_pdf": 931, "texte": "                     Chronique Artistique\n\nMUSIQUE :\n\n                       Premier Concert Populaire\n    On y a réentendu la Sinfonia domestica de Richard Strauss, donnée pour la\npremière fois à Bruxelles en 1904 et que, sous la direction autorisée de\nD u p u i s , l'orchestre des P o p u l a i r e s a exécuté de nouveau avec tout le zèle, le\nsoin et l'intelligence souhaitables. L o r s de la première audition de la Domes­\ntica aux Populaires, nous avons dit les qualités et les défauts de cette œuvre\nq u e caractérisent l'opulence du coloris orchestral, l'originalité et la surpre­\nnante hardiesse de la construction thématique, la vigoureuse poussée de sève\nhumoristique dont elle est a b o n d a m m e n t traversée. Il s'y élève aussi parfois\nde purs chants de tendresse émue exprimant avec u n e intensité d'accent des\nplus pénétrantes le b o n h e u r et la poésie sacrée du foyer, mais ces oasis de\nlumière sont bien rares dans l'œuvre de Strauss, dont l'ensemble est déparé\npar u n évident parti pris de violentes antithèses et de développements\nexcessifs.\n    Figuraient en second lieu au p r o g r a m m e les Intermezzi Goldoniani de E n r i c o\nBossi, u n des compositeurs actuellement en vue de la jeune école italienne,\nsérie de pièces conçues dans le style du XVIIIe siècle, finement orchestrées pour\ninstruments à cordes et d'un c h a r m e très captivant. N o u s citerons le frais et\ngracieux menuet du début, la Gagliarda alertement enlevée par l'orchestre des\nP o p u l a i r e s avec autant de verve spirituelle que de délicatesse et de fusion\nsonore, le Couvre-feu particulièrement évocatif et pittoresque.\n    M m e L i t v i n n e , qui avait promis son concours à ce concert, était malheureu­\nsement aphone et a été remplacée par Mme Kutscherra, qui a dit deux des\nplus sublimes chants dont l'œuvre de W a g n e r soit constellée, la Mort\nd'Yseult et la Mort de Brunehilde. P a r m i les cantatrices w a g n é r i e n n e s fré­\nq u e m m e n t e n t e n d u e s et appréciées à Bruxelles, M m e Kutscherra eut jadis\nu n e place r e m a r q u é e . Il est regrettable que pour des pages de cette envergure\nses moyens vocaux ne soient plus à la hauteur de sa b o n n e volonté et de son\ntalent. L a comparaison s'imposait fatalement avec l'admirable interprétation\nque récemment M m e Bréma donnait de ce même finale de la G ü t t e r d ä m m e ­\nr u n g au Concert Ysaye. Aussi, tout e n lui m a r q u a n t sa sympathie, l'auditoire\ndes Populaires est-il d e m e u r é vis-à-vis de M\"\"' Kutscherra dans une réserve\njustifiée.\n"}, {"page_pdf": 932, "texte": "                          CHRONIQUE        ARTISTIQUE                           777\n\n\n                         Premier Concert Ysaye\n   Il était consacré pour une part très notable à l'œuvre d'un des plus délicats\npoètes lyriques de la musique contemporaine, Edouard Grieg, dont la N o r -\nwège et l'Europe artistique entière pleurent la récente disparition. Ysaye\navait judicieusement choisi pour les inscrire à son p r o g r a m m e deux des\nexpressions les plus parfaitement caractéristiques de l'art de Grieg, la pre­\nmière suite d'orchestre de Peer Gynt et le Concerto en la mineur pour piano.\nL a Suite a été délicieusement nuancée par l'orchestre : d'abord le Matin,\ncantique de paix printanière où chantent, s'entre-croisent et semblent douce­\nment se répondre les voix suaves et mystérieuses de l'aurore qui s'éveille.\nP u i s la Mort d'Ase, concentrée en deux pages renfermant tout u n poème de\ndouleur immense et contenue, et dont la plainte héroïque s'est élevée\npoignante, majestueuse, avec une superbe largeur d'accent. La Danse d'Anitra\na été rythmée dans u n e allure plus lente que de c o u t u m e , é m i n e m m e n t\npropre à en exprimer la poésie sauvage et àprement savoureuse. Enfin, l'or­\nchestre a pittoresquement décrit le corlège des Kobolds faisant retentir sour­\ndement la menace de leurs pas de fantômes dans les profondeurs lointaines\nde la montagne et se précipitant ensuite tout proches d a n s une ronde éperdue,\nangoissée et tourbillonnante.\n    Le Concerto en la constitue une des pages les plus significatives de la litté­\nrature du piano. P u g n o a d o n n é de ce concerto une interprétation pleine de\nsouplesse, de clarté et de puissance. L e premier mouvement, celui qui a le\nplus de souffle et de g r a n d e u r , se couronne d'une cadence tragique, pas­\nsionnée, l'une des plus belles qui soient et dont l'éminent pianiste a tiré un\neffet superbe, ménageant de façon magistrale l'ascension grandiose du\ncrescendo qui, arrivé à son point culminant, fléchit et s'apaise soudain d a n s la\ncaresse de sonorités mourantes. Ysaye a terminé la partie du concert con­\nsacrée au maître norwégien par l'ouverture En Automne, œuvre d'inspiration\nmoins profonde que les précédentes, où en de sombres et plaintives h a r m o ­\nnies la muse mélancolique de Grieg chante suggestivement la mort du Soleil,\nle déclin de la lumière et de la vie.\n    Comme primeur, on a entendu à ce concert une s y m p h o n i e du composi­\nteur hongrois Moor, encore inconnu ici et dont la production est déjà fort\nconsidérable. Cette œuvre de longue haleine (l'audition en a duré plus de\ntrois quarts d'heure) renferme des idées a b o n d a n t e s , qui assurément ne sont\ndépourvues ni de force ni de distinction, mais qui gagneraient à être déve­\nloppées dans une atmosphère plus limpide, exprimées dans u n e langue musi­\ncale plus ferme et plus serrée, à être libérées de superfétations regrettables\nqui encombrent le poème et alourdissent l'essor de l'inspiration. L'impression\nde prolixité s'impose impérativement à l'auditeur le plus attentif, parce que\nl'auteur n'a pas voulu concentrer, clarifier, ordonner plus sévèrement\nl'expression de sa pensée. Avec ces réserves, il faut reconnaître, d'autre part,\nque cette œuvre a de l'élévation, qu'elle possède des rythmes vivants t t par­\nfois même de belles envolées. Ysaye et son orchestre méritent toutes félici-\n"}, {"page_pdf": 933, "texte": " 778                                     DURENDAI.\n\n\ntations pour l'interprétation fort travaillée et approfondie qu'ils ont d o n n é e de\ncette s y m p h o n i e .\n   Ce compte rendu serait incomplet si nous négligions de signaler le Con­\ncerto en ré mineur de Bach dit par P u g n o dans u n style a d m i r a b l e m e n t pur,\net l'ouverture d'Anacréon, une c h a r m a n t e page de Cherubini toute remplie de\nverve, d'allégresse et de c h a u d e lumière.\n\n\n\n                             Récital Kutscherra\n    M m e Kutscherra a d o n n é un récital à la G r a n d e - H a r m o n i e . P r o g r a m m e\nmagnifique, où figuraient les noms de Schubert, S c h u m a n n , W a g n e r , etc.\nC'est dans le cycle des cinq Lieder de W a g n e r que la distinguée cantatrice a\nsurtout fait apprécier ses qualités de style et d'ampleur vocale. Elle était fine­\nment accompagnée par M. Georges de L a u s n a y , soliste des concerts Colonne,\nqui, d a n s un intermède pianistique, a fait applaudir son talent souple, poé­\ntique et délicat. Il a j o u é du Chopin, du F a u r é , du R a m e a u et du Liszt.\nCitons tout particulièrement u n e gavotte de R a m e a u , qu'il a détaillé déli­\ncieusement, avec autant de charme que d'esprit et de grâce.\n\n                                                                          G. DE GOLESCO.\n\n\n\n\n             Geestelijke liederkrans de A. Moortgat (1)\n    M. A. Moortgat, le distingué maître de chapelle de Notre-Dame de H a l ,\nvient d'éditer son deuxième volume de cantiques, mais cette fois-ci le texte\nest en trois langues : flamand, français et latin, ce qui permettra de donner à\ncet ouvrage remarquable u n e g r a n d e diffusion. N o u s n e pouvons entrer dans\nle détail de ces quatre-vingt-sept cantiques, la plupart très bien écrits et d'un\nstyle sobre qui nous repose des fadaises des cantiques jusqu'ici en vogue.\nN o u s voyons avec plaisir que l'auteur a fait un ou deux e m p r u n t s au recueil\nsi remarquable et trop oublié des \" Gezangen voor Congregatieën \" de\nP . Busschaert, c o m m e aussi à certains recueils allemands. Je mettrai tout à\nfait hors pair le n° 11, cantique en rythme libre, dans une tonalité ancienne,\npar l'abbé J o a c h i m , maître de chapelle de la cathédrale de T o u r n a i . Quelle\nmélodie ailée, l u m i n e u s e ! Q u e l q u e soit le mérite très réel des autres pièces\ndu recueil, celle-ci, lue par après, fait l'effet d'un rayon de soleil d a n s u n e\néglise u n peu sombre et froide.\n   Souhaitons vivement que dans tous les collèges, écoles, pensionnats, on se\nprocure ce b e a u recueil et qu'on mette tous les anciens au panier, à l'excep­\ntion du recueil de Busschaert et du magnifique c h a n t « De Kerk » de Lem-\n\n\n (1) Geestelijke l i e d e r k r a n s (Recueil de cantiques), 2e volume, 5 francs. Texte\nHamand, français et allemand par A. MOORTGAT.\n"}, {"page_pdf": 934, "texte": "                           CHRONIQUE ARTISTIQUE                                  779\n\nm e n s . L e nouveau recueil de Moortgat forme u n cycle liturgique et contient\ndes chants pour toutes circonstances. P a r m i les noms des collaborateurs citons\nAdolphe W o u t e r s , Opsomer, Moortgat lui-même, Van H u l z e , De Boek, De\nGroote, Piel, Hullebroeck... Je m'arrête, il faudrait en citer trop.\n                                                                             J. R.\n\n\nTHEATRE:\n\n         Isadora Duncan au théâtre de la Monnaie\n    D a n s un cadre d'ombre chatoyante, traversée de lumière, Isadora paraît.\nE l l e est vêtue d ' u n e simple robe qui flotte et qui o n d u l e ; ses pieds sont\nnus. Elle vient, elle cherche, elle regarde, puis sa tête se penche, son\npas se ralentit, son geste retombe et se décourage : c'est Iphigénie, triste\net qui a t t e n d ; triste et qui, les bras levés, conjure l'horizon vide et le\ndestin m u e t . . .\n     La mélodie de Glück parlait, éplorée et incisive... Mais voici que, tout\nà c o u p , la musique s'anime, précipite ses accents sautillants, égrène ses\nnotes aigrelettes, fifre et musette, qui semblent se poursuivre, trébuchantes\net espiègles. Et, docile aux injonctions du rythme, Isadora danse, et c'est\ncomme la mimique d'une joie enfantine et grisée, capricieuse, mutine, qui\nse joue au printemps radieux et à la vie p u r e , s'abandonne à leurs sugges­\ntions allègres, puis se reprend, taquine, ou, effarouchée et songeuse,\nfuit...\n    Les maîtres de cette orchestique portent des noms chers à la beauté, et ce\nsont P h i d i a s , Praxitèle ou Scopas, les peintres de vases et les modeleurs\nsubtils de statuettes de la Grèce ou des I l e s ; ce sont les enfants illustres de\nFlorence, le fier Ghirlandajo, le tendre Butticelli et Vinci, le divin...\n    U n e minute, par le seul prestige d e son art, Isadora ressuscite, à nos yeux,\nla pensée de ces artistes, qu'en un jour d'inspiration heureuse, ils fixèrent,\nimmortellement, en tel geste ou telle attitude célèbre. Voici la Joconde et la\nperplexité de son geste, ou voici la Primavera, sérieuse et fleurie... Isadora\ntraverse la scène, emportée d a n s le flottement de sa robe et l'envol de ses\ngazes légères ; et tout rit en elle, l'allure de grâce et d'harmonie de son corps,\ncomme le mouvement ailé de ses bras qui scande sa d é m a r c h e aérienne. Mille\nvisions de beauté se lèvent et s'évoquent sous ses pas, courent dans le dessin\neurythmique de ses danses : Visions, surtout, de la Grèce, d a n s la jeunesse\néternelle de son art, de ses Kharites, des figurantes de ses féeries sacrées,\nréapparues, un instant, sveltes et charmantes, pudiques ou enivrées, au\nmilieu d'un imaginaire décor de marbre, de soleil et d'azur...\n\n                                                                ARNOLD    GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 935, "texte": "780                                  DURENDAL\n\n\n\n\nEXPOSITIONS :\n\n    Expositions de A. de Weert, C. Voortman et Leo Jo\n   M m e Anna de W e e r t vient d'exposer, au Cercle Artistique de G a n d , u n e\nsérie de soixante toiles qui attestent à la fois le labeur persévérant de cette\nartiste, et son ascension progressive vers u n e originale personnalité.\n    Mme de W e e r t subit longtemps en vérité l'influence impérieuse de Clans, et\ntels « tournants de L y s » revus hier, rappellent encore — d'ailleurs très\nhonorablement — la vision et la facture du maître d'Astene. On peut certes plus\nmalchoisir ses mentors! Il n'en est pas moins vrai que l'imitation de Clans est\npasséeà l'état d'une mode féminine dont le grand a m a n t de la L u m i è r e ne doit\npas être le dernier à ressentir l'agacement! Ah, l'énervant bataillon des\nbas-bleus à. la façon d'Astene, et qui, de leurs gestes gauches vers le soleil,\ntroublent l'absolue admiration que requiert le plus génial interprète des\nlumineuses magnificences de la F l a n d r e !\n   Davantage faut-il savoir gré à M m e de W e e r t d'avoir compris que la seule\nleçon que Claus ait jamais voulu d o n n e r à ses élèves — lui qui fut u n\ncréateur de si personnelle beauté! — c'est de devenir elles-mêmes, de pétrir\nleut tempérament en u n e individualité propre, de parvenir à voir les choses\nsous un angle original. Ce n'est point là u n e œuvre de réalisation facile et\nrapide : elle requiert du travail, de la volonté, u n e longue patience. Mais an\n bout de ces efforts, quel beau salaire d'art! Voyez ces nombreuses toiles où\n M m e de W e e r t a rendu les aspects divers de nature, épars autour de son\natelier : c'est une fête de couleurs et de rayons, admirablement nuancés et\nimpeccablement rythmés, et d'où se dégagent une grâce si captivante et tant\n de sincérité! J e veux bien que l'une ou l'autre de ces toiles est gâtée un\npeu par u n e trop confuse silhouette humaine, et si M m e de W e e r t daigne m'en\ncroire, elle d i s p e n s e r a i l'avenir, avec une excessive discrétion, le « fantoche\n terrestre ». Mais que voilà une petite ombre sur de la belle l u m i è r e ! M m e de\n W e e r t dès ores, se place à la tête des femmes-peintres de nos F l a n d r e s . E t il\nest indispensable que le Musée de Gand acquière sans retard quelques\n exemplaires d'une œuvre dont la jeune maîtrise est faite à la fois de charme et\n de conscience.\n    Les pastels de M m e Clara Voortman sont très mélangés. Je ne suis point\n parvenu à admirer — effet peut-être de nos b r u m e s ! — ses paysages du\n Midi. Toutes les fois du reste que la Côte d'azur nous est représentée, je\n m'imagine que la lumière là-bas est trop crue et trop peu diversifiée pour que\n les tableaux, où elle met son éclat rutilant et uniforme, n'inclinent point vers\n le c h r o m o ! On vit vite à Nice. Etes-vous certain qu'on n'y peint pas aussi\n rapidement?\n    P a r contre, M m e Voortman — retour en F l a n d r e — a réalisé deux œuvres\n de distinction exquise et de belle facture : un « Enfant aux mimosas » et\n surtout « Dans la serre », u n e scène d'une grâce souple et enveloppante,\n"}, {"page_pdf": 936, "texte": "                            CHRONIQUE ARTISTIQUE                                    781\n\n\nsilhouette aristocratique de femme, tendant la main en u n e caresse vers des\ntouffes de (leurs. C'est de la poésie p e i n t e !\n    M lle Leo Jo est caricaturiste. Elle a de la verve, du piquant et du\nm o r d a n t . E n quelques menus traits, elle campe des silhouettes qui vivent.\nJ e regrette seulement que son art se souvienne un peu trop de L o n d r e s et\nb e a u c o u p trop de P a r i s . Q u a n d M lle Leo J o aura liquidé ses réminiscences\net se décidera à faire de la caricature nationale, elle deviendra une\nexcellente et spirituelle caricaturiste. P o u r une femme, ce n'est pas b a n a l .\n    Cette triple exposition féministe se complète par quelques spécimens d'art\nappliqué — cuivres et étains repousses, broderies, pyrogravures — de\nM m e Voortman et de M1le H é l è n e B u y s . Il y a là, mieux que de l'adresse, le\nsouci de créer des formes nouvelles et d'approprier l'art à des objets frappés\nd'une séculaire banalité.\n    J e signale les noms d e Mme Voortman et de M l l e H é l è n e B u y s au Comité\n d'organisation de l'Art au foyer, l'excellente initiative dont Durendal parla en\n son dernier n u m é r o .\n                                                                                F . V.\n"}, {"page_pdf": 937, "texte": "                           LES LIVRES\n\nLITTÉRATURE :\nC o n t e s , par FELIX BODSON. — (Liége, T h o n e . )\n    Ce n'est un secret pour personne que le sens du conte s'est perdu, ou à peu\n près, dans la littérature française. Ce genre secondaire, mais charmant, et si\nbien fait pour distraire nos loisirs, est en pleine décadence, si l'on envisage\nl'ensemble de la production d'aujourd'hui. L'odieux naturalisme — avec ses\ntranches de vie, banales, grossières, insipides — a étouffé le joli conte fran­\nçais, si clair, si frais, si riant, si délicieusement a m u s a n t . N u l n'a ramassé,\nhélas! les plumes alertes de Voltaire, de Mérimée, de Nodier, de Gérard\nde Nerval, de Daudet, de P a u l A r è n e ; Guy de Maupassant fut. en F r a n c e ,\nle dernier des conteurs de r a c e ; la Wallonie actuelle a la gloire d'en compter\nu n , qui est Maurice des O m b i a u x .\n    Il y a aussi, dans cette Wallonie bien disante, quelqu'un qui a hérité, non\nde Maupassant, mais de P e r r a u l t et d'Andersen, ni plus ni moins. Q u o i ! des\ncontes de fées, au temps où nous sommes? Parfaitement, et des plus jolis!\nLes poètes — M. Bodson est poète — gardent la foi au merveilleux, dans\nleurs âmes de g r a n d s enfants, et c'est pourquoi ils savent encore des histoires\nqui c h a r m e n t les tout petits.\n    P a r m i ces Contes, divers d'allure et de ton, il en est d'édifiants, de troublants\net de gais : toutes les cordes de la lyre, ou presque, vibrent sous les doigts\nsouples de M. Bodson. A h ! je vous promets que son livre n'ennuiera pas les\njeunes lecteurs! Le prince Aventureux, le petit chat S a n d y , le docteur H u m é ­\nrus, la princesse G a u d e m i n e , le pauvre Monsieur Magloire, leur seront des\nc o m p a g n o n s agréables aux longues soirées d'hiver, aux jours maussades de\npluie. Ils trouveront en leur société de quoi rire et de quoi pleurer, — juste\nce qu'il faut pour mettre la perle d'une larme aux cils dorés de leurs beaux\nyeux.\n    Ces contes exquis, où débordent l'imagination, l'enjouement, la verve et\nl'humour, et qui seront bientôt populaires, sont illustrés avec goût par\n M. E d m o n d Delsa, u n peintre de talent, que les derniers Salons nous ont\nrévélé comme un aquafortiste du plus sérieux mérite. Ce recueil fait g r a n d\nh o n n e u r à M. Félix Bodson. E t la littérature belge peut s'enorgueillir —\nenfin! — d'un livre de contes merveilleux.                                       F . A.\n\nL a B o u l e d e v e r m e i l , par P I E R R E DE QUERLON. — (Paris, Mercure de\n  France.)\n  J e n'oserais, avec M . J a c q u e s des G â c h o n s , qui l'affirme fraternellement, au\nseuil de ce livre, d a n s u n e touchante notice, avancer que quatre ouvrages,\n"}, {"page_pdf": 938, "texte": "                                      LES LIVRES                                       783.\n\nau moins, garderont à jamais de l'oubli Pierre de Q u e r l o n ? A 24 ans, peu de\ngénies laissent autant de chefs-d'œuvre. Mais les nouvelles ingénieuses, char\nm a n t e s , fines et attendries, les fragments, les variétés et les notes recueillies\ndans la Boule de vermeil témoignent u n e suprême fois du talent précoce et neuf\ndu disparu. Pierre de Querlon avait le signe d'élection où l'on reconnaît les\nvéritables écrivains : il annonçait un maître. N o u s le regretterons longtemps.\n                                                                             M. D .\n\nLes Reposoirs de la Procession :                             I I I . Les Féeries intérieures,\n     1885-1906, par S A I N T - P O L - R O U X . — (Paris, Mercure de France.)\n    C'est certainement u n magnifique poète que M. S a i n t - P o l - R o u x . U n e pro­\nfusion et u n e richesse d'images inusitée laissent le lecteur ébloui; la multi­\nplicité étonnante des créations de son rêve le rapprochent de ce type de poète\nqu'il a dépeint dans sa préface : «Un géant qui s'exhibe, u n e famille de nains\nsur sa large p a u m e . » Avant qu'il connût la vie vraie, l'imagination l'instrui­\nsait, il voyait la lumière et la vérité à travers un vitrail. U n jour il l'a brisé\net la réalité vivante s'est imposée. Cela ne l'a pas e m p ê c h é de laisser reluire\nsur ses idées les couleurs orgueilleuses de la dame qui sur la verrière étalait\nla transparence menteuse de ses robes. Aux Reposoirs de la procession, le poète\ns'est abstrait dans ses visions intérieures : D a n s l'âme du songeur s'agite un\nunivers. Q u a n d il s'y penche, c'est un kaléidoscope, intense de couleurs\nc h a u d e s , où harmonieusement gravitent les rêves et se disloquent en merveil­\nleuses parcelles les états d ' â m e . La manière, c'est l'analyse extériorisée qui\nn'est point la subtile et morbide recherche de toutes les sensations, mais u n\nd r a m e magnifique où chaque sentiment se traduit en u n e personnification,\nse magnifie en une image vivante. E t quand M. S a i n t - P o l - R o u x regardera le\nm o n d e qui l'entoure, ce sera encore pour le baigner de toutes les nuances de\nl'arc-en-ciel. Son style peut être parfois obscur d a n s sa splendeur, et difficile\nparce que savamment o r d o n n é ; aux initiés il révélera u n des plus opulents\nimaginatifs qui soit. De sa solitude de Roscanvel, puis de Camaret — là-bas\ntout au fond de la Bretagne — le poète a regardé la vie de très h a u t ;\nsans se soucier des autres, il a écrit pour quelques-uns ; et ceux-là aimeront,\ndans les chauds après-midi d'été, de laisser r y t h m e r leur rêve par le pas\ninégal, mais toujours harmonieux de sa prose.                                     P. N.\n\nU n P o è t e d e l a N a t u r e , par H . D'HENNEZEL. — (Lyon, Phily.)\n    On sait les caractéristiques littéraires du vicomte d'Hennezel, sa pénétrante\npsychologie, son a m o u r de l'ordre et de la clarté qui lui fait soigner la com­\nposition de ses beaux r o m a n s avec une conscience si rare, enfin ses dons de\nparfait écrivain traditionnel et cependant sensible aux moindres nuances de\nla modernité. Voilà des vertus charmantes et solides qui trouvent emploi\nd a n s le présent opuscule, car — et c'est le propre d'un artiste de race —\ndans tout ce qu'il nous d o n n e , M. d'Hennezel tend toujours à réaliser com­\nplètement sa pensée, à exprimer celle-ci avec la perfection de forme qu'elle\nrequiert de son esprit et de sa sensibilité. On ne rencontrerait pas dix pages\nrelâchées dans son œuvre déjà importante. L e poète L o u i s Mercier peut donc\n"}, {"page_pdf": 939, "texte": "784                                DURENDAL\n\n\n\nlouer les dieux de lui avoir destiné u n aussi perspicace analyste, une âme\naussi loyalement compréhensive. Disons tout de suite que le héros de\nl'étude qui nous occupe est digne de son biographe. Rien dans cette critique\nqui sente le parti pris, l'outrance d a n s l'éloge. Le goût très averti de M.d'Hen-\nnezel le garde des exagérations, il saura reconnaître les faiblesses d'une\nœuvre dont l'ensemble paraît admirable.\n   Nos lecteurs se souviennent que M. F r a n z Ansel consacra au Poème de la\nMaison, de Louis Mercier, u n article où il était dit : « R a r e m e n t la Muse\nrustique fit retentir d'aussi sincères accents, rarement les paysages, les choses\net les gens des campagnes furent célébrés avec autant d'éloquence et\nd'amour. »\n   La passion du poète pour le sol et ses servants, M. d ' H e n n e z e l nous\nla fait éprouver, il évoque — à la suite de son auteur — les images qui le\nhantèrent et provoquèrent ses plus beaux c h a n t s . Il parle avec a m o u r d'une\nœuvre débordante d'amour. C'est u n cœur que nous découvrons au travers\nd'un autre c œ u r . T o u t ce qui ennoblit la créature humaine, tous ses cris, ses\ndouleurs, ses espérances ont leur écho dans les livres de M. Louis Mercier.\nL a somme d'émotion q u e peuvent contenir les existences paysannes s'exhale\nici en accents inoubliables. Mais il fallait le talent de M. d ' H e n n e z e l pour\ndégager avec cette sûreté les beautés essentielles d'une poésie âpre et douce,\nrude et tendre comme la terre, comme la vie.                                     V.\n\n\nPUBLICATIONS D'ART :\nL e s M a î t r e s d e l ' a r t : Giotto, par M. BAYET. — ( P a r i s , Plon.)\n   L a belle collection des Maîtres de l'art, publiée, d'abord, par la Librairie de\nl'art ancien et m o d e r n e et continuée, aujourd'hui, par la Maison Plon, compte\ndéjà n o m b r e de monographies de grande valeur, telles celles de Michel-Ange,\npar M. R o l l a n d ; de Phidias, par M. L e c h a t ; de Claus Sluter, par M. Klein­\nclausz.\n   Elle vient de s'enrichir d'un Giotto, dû à M. Bayet. C'est un grand sujet\nque la vie et l'art de l'illustre maître florentin, et que nous essayions de déve­\nlopper devant nos lecteurs, il y a quelques mois (Durendal, septembre 1907 :\nLa peinture italienne au XIVe siècle). L a belle étude de M. Bayet marque\navec excellence et précision les caractéristiques de l'artiste, ce qu'il a g a r d é\nde ses prédécesseurs, ce qu'il a apporté de fort et de nouveau : le réalisme\ndramatique, l'imagination pathétique qui apparaissent en traits si puissants\net si pénétrants d a n s les cycles de fresques d'Assise et de P a d o u e . Car c'est\nlà, d a n s l'église supérieure d'Assise et dans la chapelle de l'Arena, en ces\nœuvres exécutées par lui ou sous sa direction, dans la force de l'âge, que la\nconception expressive de Giotto apparaît avec toute son incisive et première\nvigueur. P l u s tard, comme à S. Croce (chapelles Bardi et Peruzzi), le relief de\nl'exécution et la verve inspirée ont d i m i n u é , et l'on ne reçoit plus de ces\npeintures de la maturité, moins spontanées, d'une o r d o n n a n c e mieux équili­\nbrée que les précédentes, les impressions vives c o m m u n i q u é e s par celles-ci.\n"}, {"page_pdf": 940, "texte": "                                     LES LIVRES                                    785\n\n    C'est de vie que débordent ces œuvres, t o u t e s ; d'une vie, absente des allé­\ngories de l'église intérieure d'Assise : M. Bayet ne partage pas le s e n t i m e n t d e\nM. Venturi, qui retire ce dernier ouvrage à Giotto; il éprouve pour ces figu­\nrations, qui nous semblent, nous l'avons dit, scolastiques et embrouillées,\nd'une conception insolite chez u n h o m m e à la pensée brève, précise, sculptu­\nrale, dirait-on bien, tel que Giotto, une admiration assez accentuée. L'auteur\nlaisse, aussi, d'accord, cette fois, avec M. Venturi, au maître florentin les\nfresques ou, plutôt, les vestiges de fresques de la chapelle du P o d e s t a t , con­\ntestables, peut-être, comme aussi l'authenticité du portrait du Dante, que\nl'on veut reconnaître dans une partie conservée de cette décoration.\n    L'œuvre de Giotto, comme celle de la plupart des artistes du temps, est un\nc h a m p de controverses inépuisables; mais on y rencontre assez de certitudes,\net assez considérables, pour pouvoir déterminer — ainsi que le fait avec u n\nsens très fin, M. Bayet — les caractéristiques d u génie d u « fondateur de\nl'école florentine », le degré et la durée des influences issues de lui et dont on\nretrouve les traces dans les travaux de toutes les écoles italiennes contempo­\nraines.                                                            ARNOLD    GOFFIN.\n\n\n    L ' A r t M o d e r n e a publié dans u n de ses derniers numéros une appré­\nciation fort juste du talent de deux poètes modernes, Emile Verhaeren et\nAlbert Cloüart, et qui mérite d'être reproduite. Elle est de la plume avertie\nde F r a n c i s de Miomandre, u n des plus perspicaces et des plus fins critiques\nlittéraires de ce temps :\n   « E m i l e V e r h a e r e n continue la série de Toute la Flandre par un nouveau\nlivre appelé La Guirlande des Dunes. (Editeur, E . D e m a n , à Bruxelles.)\n    » Il partage avec tous les artistes parvenus à la plénitude de leur maturité\nce privilège terrible de ne plus susciter d'admiration nouvelle. Ou du moins,\npour être plus exact, de nouvelles paroles pour exprimer une vieille admira­\ntion. Les qualités poétiques de la Guirlande des Dunes suffiraient à l'illustration\nde cinq ou six jeunes écrivains, elles n'attirent plus notre attention. C'est le\npropre des cultes authentiques et éprouvés d'avoir des fidèles machinaux. Il\nfaudrait lire Verhaeren comme on aborde un i n c o n n u . Alors on serait ébloui,\ncomme nous le fûmes jadis, à l'époque de ses premiers vers. E t ce dernier\nlivre apparaîtrait ce qu'il est : une chose extraordinairement forte, savou­\nreuse, délicate, passionnée, hantée d'un farouche amour du sol natal, minu­\ntieuse parfois et le plus souvent large et de dimensions colossales, u n m o n u ­\nment à la gloire de la F l a n d r e : noble, massif et véhément. »\n  « U n poète tout à fait exquis, dont on parle rarement, parce qu'il ne cherche\npas à faire parler de lui en effet et qu'il écrit peu, c'est M. A l b e r t Cloüart.\nOn peut dire qu'il ne sort presque jamais de son silence. P o u r ma part, je ne\nconnais de lui que quelques pages jadis parues à l'Ermitage, il y a fort long­\ntemps, la Légende de Saint-Guirec et, tout récemment, la Sainte aux Maisons, ces\ndeux derniers poèmes édités par l'Occident. Mais lorsqu'il consent à parler,\nquelles merveilles! E t comme on regrette que de telles joies soient si rares!\n  » Rien, en effet, n'est plus difficile à rencontrer qu'un poète, un vrai. Des\nrhéteurs à rimes, oui, tant qu'on veut, mais un h o m m e dont toutes les idées,\n"}, {"page_pdf": 941, "texte": "786                                    DURENDAL\n\n\ntoutes les sensations, tous les sentiments, tous les rêves avouent : poésie, sans\nm ê m e s'en douter, par le fait seul qu'il les e x p r i m e ! . . . A vrai dire, je ne sais\npas ce que c'est que cette qualité mystérieuse, cette effusion spirituelle, qui\nn'est due ni au rythme, ni à la musique, ni à l'idée, ni à la passion, mais je\nle sens à ne pouvoir m'y tromper.\n   » Les vers de M. Albert Cloüait sont d'une simplicité enfantine, d'une\nnaïveté à mettre en révolte le plus disgracié des imitateurs de maîtres, ils\nn'ont pas de musique ni m ê m e de rythmes bien caractérisées, leurs images\nsont pauvres et nues. E t c e p e n d a n t ils ont quelque chose pour quoi se dam­\nneraient bien des princes de l'esprit, si l'orgueil les quittait un instant : la\ngrâce, je ne trouve pas d'autre n o m . Il n'y a que les âmes saintes qui la pos­\nsèdent, devant D i e u ; les vrais poètes, ces âmes p u r e s , la possèdent aussi\ndevant l'Idéal. »\n\n   L'Art       flamand     e t h o l l a n d a i s . — L e numéro de Novembre de cette\nbelle revue, rédigée d'une façon remarquable par M. B u s c h m a n n , contient\nu n article d'une érudition avertie et précise de notre collaborateur et\nami Arnold Goffin, ayant pour titre : Les œuvres de Thierry Bouts à Louvain.\nCet article est un extrait du travail d'ensemble que M. Goffin fera paraître\nsous peu sur T h i e r r y Bouts, à la librairie Van Oest de Bruxelles. Ce volume\nsera illustré d'une trentaine de planches hors texte. La compétence exception­\nnelle de notre collaborateur, affirmée par les magnifiques études d'art que\nnous avons publiées de lui et p o u r lesquelles nous avons reçu maintes félici­\ntations chaleureuses des critiques d'art les plus distingués de ce temps, nous\npromet u n e étude sur T h i e r r y Bouts tout à fait hors pair. Nous en r e n d i o n s\ncompte ici même aussitôt qu'elle aura p a r u .\n   L e même n u m é r o d o n n e , sous la p l u m e de T h . M. Roest Van L i m b u r g ,\ndes détails excessivement curieux sur les anciens Palais de Nassau de Belgique\net u n e note du plus haut intérêt de notre ami J o s e p h Destrée, le distingué\nconservateur des Musées royaux du Cinquantenaire, sur Une peinture à la\ndétrempe attribuée à Hugo Van der Goes.\n   D'abondantes et superbes illustrations rehaussent les pages à la fois\ncurieuses, savantes et suggestives du fascicule de novembre de cette revue.\n                                                                             I I . M.\n\n    A u g U S t a P e r u s i a (numéro de Juillet-Août) publie de n o m b r e u x et inté­\nressants travaux consacrés à des œuvres exposées à la Mostra d'arte umbria :\nM. Scalvanti étudie, d'une façon intéressante, une Annonciation, de la collec­\ntion Ranicri, dont le décor semble calqué sur une des compositions attribuées\nà F i o r e n z o di Lorenzo — ? — (épisodes de la vie de S. B e r n a r d i n , P i n a c o ­\nthèque Vannucci) et dues, probablement, au P é r u g i n . M. H e n r i Gréville\nd é m o n t r e , avec l'ardeur qu'on lui connaît, la découverte, qu'il a faite à\nP é r o u s e , de onze œuvres ignorées de R a p h a ë l . M. B o m b e parle des œuvres\nde Gentile da F a b r i a n o ; M. Cappelli, des armes et armures. M. Bellucci\ncontinue son excellente étude typographico-historique sur P é r o u s e (le fasci­\ncule est accompagné d'une belle reproduction du plan du territoire pérugin,\ndressé en 1577, par le P . Ignazio Danti).\n"}, {"page_pdf": 942, "texte": "                                      LES LIVRES                                      787\n\n   L'Art et les Artistes (numéro de Novembre). — M. Armand Dayot\ncommente et définit, en quelques pages attrayantes, l'art de William Hogarth,\nle peintre humouro-satirique a n g l a i s ; M. Geffroy évoque l'art d'Eugène Lamy,\nl'élégant illustrateur de la société française sous Louis-Philippe et l'Empire.\nM. Crucy parle de M. Julien L e m o r d a n t , peintre b r e t o n . L e Salon d'Au-\ntomne, par M. Guillemot. Chroniques d'art, etc. (40 illustrations, dont u n e\nreproduction en couleurs d'Eugène L a m y : le Foyer de la danse à l'Opéra de\nla rue L e Peletier, 1841).\n\n   B u r l i n g t o n M a g a z i n e (17, Berners Street, Londres), numéro de\nNovembre 1907. — M. Tavenor-Perry continue ses études sur le Nimbe dans\nl'art oriental; M. C. I. Holmes nous fait connaître un tableau de Constable,\net son article s'accompagne d'une fort belle reproduction ; M. H e r b e r t Cook\nanalyse un portrait de musicien par L é o n a r d de Vinci; puis encore des\narticles sur le Palais de Westminster, la porcelaine chinoise; des notes sur\nR e m b r a n d t , Vérone; l'art en Allemagne, en F r a n c e , en Amérique et un\ncompte rendu bibliographique du mois écoulé.\n\n   M a s t e r s i n A r t (Chauncy Street, Boston). — La dernière livraison\nqui nous soit parvenue (Août 1907) est consacrée à Tiepolo. On voit combien\nce décorateur vénitien est revenu récemment à la mode, et la livraison aura\ndu succès eu montrant quelques-unes de ses œuvres principales.\n                                                                                  J.D.\nHISTOIRE :\n\nHistoire du sentiment religieux en France au XVII e siècle.\n    — P a s c a l e t s o n t e m p s , par M. FORTUNAT STROWSKI. Deuxième\n    partie : L'histoire de Pascal. Un vol. — (Paris, Plon.)\n   « La raison ne vaut pas u n e heure de peine, parce qu'elle ne peut pas\nnous apporter u n e heure de joie. >> E t encore : « Quelque chose c o m m a n d e\nà la raison et qui vaut moins que la raison... »\n   Qui parle ainsi ? Nietzsche ?... N o n , P a s c a l . . . Ah ! il ne songe guère à faire\nde la raison u n e déesse, fût-ce pour en confier le rôle à une prostituée !\nIl connaît trop que, souvent, elle n'est que le masque austère et artificieux\nde nos passions; faite, comme disent les Chinois, pour « masquer la face! »\nElle est « ployable à tous sens »; elle « incline du côté qui lui plaît », telle­\nment que « tout notre raisonnement se réduit au sentiment ».\n   Nietzsche, qui détruit, et rit, et insulte à la ruine qu'il a faite, si audacieux\nqu'il ait été dans la négation de tout ce qui fait l'orgueil et la foi des hommes\nde ce temps, apparaît ainsi qu'un enfant capricieux et méchant, si on le met\nen parallèle avec P a s c a l ; si on compare sa pensée qui, quand même veut .\nbriller, plaire, étonner, avec celle de ce prodigieux génie, qui dépasse toute\nbeauté dans la splendeur de son inexorable n u d i t é . . . Pascal sait la g r a n d e u r\nde l'homme et son ignominie, et, ignominie et grandeur, il montre qu'elles ne\n"}, {"page_pdf": 943, "texte": " 788                                   DURENDAL\n\n\n sont rien, infirmité inénarrable, foudroyante désolation en u n e créature\n contre qui tout conjure et se retourne, le m o n d e et e l l e - m ê m e . . .\n      R i e n ! . . . E t il traque l'homme d a n s toutes ses prétentions, dans tous ses\n mobiles, et lorsqu'il l'a tout à fait dépouillé, réduit au grelottement de son\n d é n û m e n t , il ouvre devant lui, hagard et é p e r d u , la porte de l'espérance : la\n foi — seule issue... L e parti de la raison serait de croire, mais Pascal lui-\n même ne nous a-t-il pas désabusés de la r a i s o n ? . . . Et que reste-t-il, alors,\n de cette leçon, que nous ayions vraiment reçu — que ses prémisses — que\n les notions que tout h o m m e ayant vécu et pensé porte en lui, éparses, insou­\n ciantes et craintives à la fois de conclure, et qui lui reviennent ici, droites,\n aveuglantes, dans un ordre comminatoire ?\n      Mais, c'est par les chemins du sentiment et non par ceux de la raison que\nPascal a rejoint Dieu. Descartes, en logicien qu'il est, veut vérifier sa foi et\nla p r o u v e r ; P a s c a l , l'éprouver... Car, en ce domaine, il le sait, la logique\n n'est pas toute de la raison ; c'est son cœur qui a reçu la lumière, le jour de\nnovembre, où, raconte M. Strowski, « dans le vertigineux tourbillon de ses\nréflexions, une lueur éclate, grandit », celle de la grâce, et par laquelle il se\nsent à la fois terrassé et exalté. Alors, il aperçoit que, si Dieu est la toute-\nscience, il n'y a d'accès vers lui que par l'intercession du T o u t - A m o u r , le\nChrist. E t il trace cet écrit où le transport de son émotion, l'harmonie indi­\ncible qui a résolu en lui, d'un coup, toutes les contradictions, se marquent en\nmots entrecoupés et fiévreux : « Certitude, certitude... Joie, jcie, pleurs de\njoie... »\n      U n e flamme a lui à ses yeux, à la clarté soudaine de laquelle la parole p r o ­\nfonde de Jésus : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres »,\na acquis pour lui toutes ses significations. Auparavant, il errait en lui-même,\nd a n s l'incertitude de l'âme et le mécontentement de l'esprit, entraîné par les\névidences et, à la fois, par les lacunes de la science, par ses admirables expé­\nriences, à des « réflexions, qui, écrit-il, valent mieux que tout le reste de la\ngéométrie même ». I1 n'était pas pour se satisfaire de la morale de l'hon­\nnête homme, de son ami Méré; il avait consulté Epictète et fréquenté Mon­\nt a i g n e . . . Mais quel réconfort là à son inquiétude? Quel, à son angoisse?\nE n t r e l'orgueil de l'un et l'indolence de l'autre, il choisit un tiers parti, qui\nest de souffrir... Le stoïcisme, en s o m m e , n'est qu'une fuite; il n'était pas\nson fait; moins encore, le scepticisme. Comment, avec son âme avide et\nbrûlante, aurait-il pu, à la façon de Montaigne, « rester en repos », « couler\nlégèrement », sur les insolubles problèmes, dont la hantise décolorait la\nvie à ses yeux ?\n     D a n s l'ordre métaphysique, comme dans l'ordre mathématique, ce mer­\nveilleux génie — M. Strowski le montre avec une émouvante évidence, au\ncours de sa belle étude psychologique — ne pouvait pas ne pas aller j u s ­\nqu'au bout, jusqu'à ces confins impénétrables d'où, s'il n'y avait rencontré\nl'ange de saint P a u l , il serait revenu désespéré.\n     E t lorsqu'il vient aux Pensées, ces P e n s é e s , dont le vol semble trouer\nl'étendue ou, parfois, mettre son o m b r e entre elle et n o u s ; lorsqu'il vient à\nces p a g e s , où flambloient les éclats sublimes de l'esprit d a n s le graduel anéan-\n"}, {"page_pdf": 944, "texte": "                                  LES LIVRES                                      789\n\ntissement du corps, toute la tradition de son intelligence et de son cœur s'y\ndécèle et, pour ainsi dire, y collabore; ses recherches et ses découvertes;\nson attrait et, tour à tour, son dégoût du m o n d e ; tous ceux sur la vie ou sur\nla pensée desquels il s'est penché : Epictète et Montaigne, et D u Vair, et\nMéré... T o u t , hétérogène et confus, qui doit, par l'alchimie du génie, se\ntransmuer pour un alliage incorruptible... On peut croire, avec M. Strowski,\nque « même le Destin eût-il d o n n é à Pascal assez de jours et assez de forces\npour en venir à bout », l'Apologie fût restée inachevée, parce que « la com­\nplexité et l'abondance des faits lui eût ouvert u n e carrière inespérée dans la\nscience des mœurs aussi bien que dans la science de la nature ». E n effet,\nil était h o m m e non de métaphysique, mais d'expérience, et d'un scrupule\nadmirable et infini, mais à peine songe-t-on à regretter l'inachèvement des\nPensées : Quelle oeuvre accomplie nous donnerait, comme celle-là, de péné­\ntrer d a n s l'intimité du génie, de son travail, de l'élaboration ardente de sa\np e n s é e ; de saisir celle-ci, toute vive et toute saignante, d a n s l'impromptu\npoignant de l'inspiration?...\n    C'est eu psychologue subtil et délicat que M. Strowski étudie les faits — qui\nsont tous, presque, des faits de pensée — de la vie de Pascal, depuis ses\ndébuts d'enfant prodige j u s q u ' a u décisif épilogue : Nul drame plus attirant\nque les péripéties du long débat intime d'une âme si haute et si singulière.\nL e spectacle nous en a été d o n n é , de nos jours, par un h o m m e de grand\ntalent, singulier, lui aussi, mais d'une singularité d'un autre ordre que celle\nde P a s c a l ; et M. Strowski n'a pas craint, avec raison, de s'aider de Durtal et\ndes analyses aiguës et sincères d'En Route pour éclairer telles phases de\nl'acheminement de Pascal vers la paix intérieure que H u y s m a n s chercha\nc o m m e lui et avec le m ê m e succès.\n                                                                ARNOLD G O F F I N .\n\n\nMUSIQUE :\n L e s M a î t r e s d e l a M u s i q u e . Smetana, par WILLIAM R I T T E R . —\n    (Alcan, Paris.)\n    E n ce travail sur S m e t a n a , M. Ritter nous renseigne très complètement au\n sujet d'une partie fort intéressante, bien que peu connue et étudiée de l'his­\n toire de l'art en E u r o p e . Il y expose comment, après un sommeil de deux\nsiècles, la Bohème se réveille soudain, prenant conscience d'elle-même, et\n retrouve ses énergies ethniques paralysées depuis la guerre de T r e n t e Ans.\n Cette renaissance fut à la fois politique, littéraire et musicale, et, dans ce\n dernier domaine, elle est due à u n artiste génial, Bedric Smetana, qui en fut\nl'admirable inspirateur, dévouant sa vie entière à doter son pays d'une men­\ntalité nationale et à faire chanter dans sa musique l'âme de sa patrie. Vie\namère de luttes et de décevances. A part la Fiancée vendue, toutes les œuvres\nde Smetana furent impitoyablement flagellées par u n e critique aveugle, inepte,\njalouse, qui ne comprenait point la beauté et la grandeur de son effort. La\nreconnaissance du peuple tchèque et, conséquemment la gloire, ne lui\nvinrent que tardivement, après sa mort, et nous assistons, une fois de plus,\n"}, {"page_pdf": 945, "texte": "790                                 DURENDAL\n\n\n à ce triste spectacle d'une noble existence d'artiste et de patriote flétrie par le\n malheur et se terminant par la surdité, le désespoir, la folie.\n    M. William Ritter analyse l'œuvre dramatique de Smetana, qui c o m p r e n d\n huit opéras : Les Brande bourgeois en Bohême, La Fiancée vendue, l'œuvre natio­\n nale par excellence, où tient en entier la Bohême rurale contemporaine,\n comme la passion et le pittoresque espagnols dans Carmen, puis Dalibor et\n Libuse, ses deux œuvres les plus significatives, les plus inspirées et qui, dans\n leur symbolisme, dans leur glorieuse atmosphère légendaire, marquent l'écla­\n tante maturité de son génie, ensuite les Deux Veuves, le Baiser, où Sinetana\n a mis le meilleur de lui-même, enfin le Secret et le Mur du Diable, où appa­\nraissent les premières traces de la décadence causée par la surexcitation ner­\nveuse et les contradictions. Il faut citer encore le cycle de poèmes s y m p h o ­\nniques intitulé Ma Patrie (Ma Vlast), n o t a m m e n t le premier, Vysehrad, « dont\nle coloris est exquis et où tout semble scintiller dans u n e brume d'or loin­\ntaine ». Enfin, les deux quatuors intitulés Ma Vie, dont le premier en\nmi mineur, célèbre m ê m e à l'étranger, fut importé en F r a n c e par Saint-Saëns\net dont le second en ré mineur est à peu près inconnu hors de B o h ê m e .\n    E n même temps qu'une riche source de renseignements sur la musique\nslave en général, qu'il définit et sépare nettement de la musique russe ou\nasiatique, le livre de M. Ritter constitue u n pieux h o m m a g e rendu à la\nmémoire d'une personnalité musicale trop ignorée et qui occupe cependant\nu n e des premières places dans les annales du martyrologe de l'art. Q u a n t aux\nappréciations émises par le critique sur les compositions du maître t c h è q u e ,\nnous croyons parfois y découvrir çà et là, du moins dans la forme de\nl'éloge, une certaine propension à des enthousiasmes peut-être excessifs,\naisément explicables d'ailleurs si l'on songe à l'importance et à la\ngénérosité de l'œuvre de rénovation que Bedrich Smetana a accomplie en\nBohême.\n                                                                         G. DE G.\n\nDIVERS :\n\nEssai d'une psychologie de la nation belge, par M. EDMOND\n  PICARD. — (Bruxelles, V e Larcier.)\n   M. E d m o n d P i c a r d aime exalter sa patrie, et ce n'est pas la moindre de\nses originalités! Car, à peine est-il besoin de le dire, nos compatriotes, au\ncontraire de la plupart des autres peuples, ne sont pas enclins à prôner outre\nmesure, ou m ê m e , seulement, dans u n e mesure équitable, les choses et les\nêtres de leur p a y s . E n général, le Belge n'est pas « gobeur » ou, du moins,\nrépugne à sembler l'être et, précisément, les manifestations chauvines\nrevêtent, à ses yeux, u n caractère d'infatuation, d' « autogobisme », qui les\nlui fait paraître à la fois haïssables et ridicules. Susceptibilité plutôt louable,\ndans ces termes, mais à laquelle on pourrait soupçonner que se mélange\nquelque envie dénigrante, u n e sorte de répulsion à proclamer la supériorité\nd'un concitoyen, par exemple, à louer le voisin, dont le génie, développé\n"}, {"page_pdf": 946, "texte": "                                     LES LIVRES                                      791\n\n\nparmi nous, sous nos yeux, est trop proche, trop présent pour n'offusquer et\nn'irriter point nos instincts égalitaires.\n   N o s seuls écrivains en véritable réputation chez nous ne sont-ils pas ceux,\nVerhaeren et Maeterlinck, notamment, dont la renommée s'est faite à\nl'étranger?\n   D'autre part, la tendance individualiste, si m a r q u é e dans la mentalité\nbelge — ou, plus précisément, flamande — est une défense contre l'admi­\nration collective, qui, nécessairement, pour le grand nombre, comporte subor­\ndination à l'opinion d'autrui, tandis q u e , écrit justement M. P i c a r d , « le\nBelge est en constante attitude de résistance contre tout ce qui lui paraît de\nnature à entamer sa personnalité ». On pourrait considérer, avec l'éminent\nécrivain, cette propension — quoique ce ne soit pas une péjoration — comme\nu n e espèce de déformation professionnelle de l'opprimé, contractée au cours\nde siècles de luttes, contre le F i a n ç a i s , au n o r d ; contre l'Allemand, à l'est;\ncontre les souverains, plus tard; contre l'Espagnol, l'Autrichien, le Français,\nle Hollandais : et la nationalité belge s'est imposée, finalement, grâce à cet\nesprit opiniâtre de résistance, de défensive hargneuse qu'aucun régime ne\nput vaincre, ni accomplir. Cette force accumulée par des hérédités de colère\net de révolte, nous devons en user, à présent, les excès, les uns aux dépens des\nautres, en famille ! H e u r e u s e m e n t , l'outrance individualiste du Belge est tem­\npérée par ses autres caractéristiques, que M. P i c a r d définit par ces vocables :\nTravailleur Associasioniste et « P h i l e n p o r e ». Ceci corrige cela : son indivi­\ndualisme ombrageux l'éloignerait des autres, si son a m o u r du bien-être, de la\nbonne chère comme son amour du travail ne le poussaient vers eux. Si le\nBelge aime de manger, pour la gaieté, et de travailler, pour la perfection et la\nrapidité de l'ouvrage — en b a n d e , il est inexact qu'il pense de même, selon\nl'opinion de Baudelaire, qui, on p e u t le croire, se vengeait sur la Bel­\ngique des déboires personnels qui l'avaient obligé à s'exiler en ce p a y s .\n M. E d m o n d P i c a r d relève avec raison, comme M. Georges E e k h o u d et\nnous-même l'avions déjà fait, l'injustice de la boutade du grand poète mal­\nheureux et aigri.\n    Les éléments psychologiques que M. P i c a r d dégage chez le Belge se\nretrouvent, à des degrés divers, chez le Wallon comme chez le F l a m a n d ; c'est,\nen quelque sorte, l'empreinte c o m m u n e qu'ils ont subie, à la faveur de leur\nlongue cohabitation sur ce coin m e n a c é de terre et des fortunes qu'ils ont\naffrontées ensemble. C'est le reliquat atavique d'un destin séculaire et dont les\ndeux races ont supporté également le poids, unies dans la liberté comme\nelles l'avaient été dans la sujétion... L'éloquent écrivain, qui expose ses idées\nici, c o m m e toujours, avec u n e verve généreuse et juvénile, s'est borné à\ndéfinir à grands traits la psychologie du Belge. Très judicieusement, car\nsi, d a n s la généralité, les caractères du Belge sont bien tels qu'il les a\n définis, l'analyse individuelle de l'indigène de telle ou telle région ferait,\naussilôt, apparaître les dissemblances. E t c'est pourquoi aussi, sans doute,\n M. Picard n'a fait qu'effleurer le domaine de l'art où, précisément, la per­\nsonnalité ethnique tend à se manifester avec le plus de vivacité.\n                                                                    ARNOLD G O F F I N .\n"}, {"page_pdf": 947, "texte": "792                                DURENDAL\n\n\nDiscours de combat, par FERDINAND B R U N E T I È R E . Dernière série.—\n   (Paris, Perrin.)\n   E n t r e autres pages remarquables de ce livre, il y en a une fort belle\n sur Bossuet. J'en détache un passage : « Si jamais u n e langue a été fixée\nquelque part, c'est dans les m o n u m e n t s de l'éloquence de Bossuet, et rien\nn'en a fléchi, ni vieilli, ni ne s'en est seulement, comme on dit, d é m o d é .\n La langue de Bossuet est celle que nous parlons et que nous écrivons\nencore... q u a n d nous le pouvons. Les pensées éternelles font sans doute le\nstyle d u r a b l e . On a comparé quelquefois Bossuet avec Cicéron ou avec\n Démosthène et on a cru très ingénieux de dire qu'à tout le moins Démosthène\net Cicéron avaient-ils une supériorité sur Bossuet, « qui était d a n s leurs\ndiscours de n'avoir point fait de théologie ». Mais c'est précisément le con-\n raire qu'il faut dire. P a r c e qu'il n'ont point fait de théologie, c'est-à-dire,\nparce qu'ils ne se sont point souciés, d a n s leurs discours, de nos relations\néternelles, parce qu'ils y ont mis le temporel avant le spirituel, la « figure du\nm o n d e qui passe », avant les seules réalités qui durent, c'est pour cela que\ntoute leur éloquence n'a j a m a i s atteint les hauteurs où se meut le génie puis­\nsant et varié de Bossuet. Mais n'est-ce pas aussi pour cela q u ' u n e partie de\nleurs œuvres est devenue c a d u q u e et n'intéresse plus aujourd'hui que les\nérudits et les curieux? »                                                 H . M.\n\nLes Dessinateurs belges d'ex-libris, par SANDER PIERRON. —\n   (Bruxelles, X. H a v e r m a n s . )\n   L'auteur a résumé une petite collection d'ex-libris et il la commente très\nagréablement, surtout au point de vue de l'art du dessin et de la composition.\n   Il ne serait point malaisé de signaler dans l'essai de M. Sander Pierron\ndes lacunes ou des omissions ; peut-être quelques-unes sont-elles assez\nregrettables et donneraient-elles de l'art qu'il a voulu magnifier meilleure\nidée que les spécimens apportés.\n   Mais il est trop évident que l'auteur a dû ou voulu se borner, et dès lors\nl'excuse est toute prête. Souhaitons pourtant qu'il d o n n e bientôt u n e\nnouvelle série de ces charmants ex-libris.                            J . G.\n\nC l a u d e l e t S u a r è s , par M. FRANCIS DE MIOMANDRE. — (Bruxelles, édi­\n   tion de la Libre Esthétique.)\n   L a Libre Esthétique publie le texte de la conférence que M. de Miomandre\nvint donner, au Salon de cette année, en mars dernier : Pages d'une critique\nfine et spirituelle où l'on trouvera défini avec précision et perspicacité le\ntalent diversement original, mais également puissant, des deux poètes dont\nl'œuvre a servi de thème au gracieux écrivain.                         A. G.\n"}, {"page_pdf": 948, "texte": "                             NOTULES\n\n   L a S u r a b o n d a n c e d e s m a t i è r e s nous contraint de différer jusqu'à\nnotre fascicule de janvier de l'an prochain, le commencement de la publi­\ncation des Lettres inédites de Joris-Karl Huysmans, en même temps\nque plusieurs autres articles importants et de nombreux comptes-rendus de\nlivres.\n                                         ***\n  Collection des grands artistes des Pays-Bas. — Sous ce\ntitre, l'éditeur Van Oest, de Bruxelles, vient d'inaugurer une série de magni­\nfiques monographies qui promettent d'être des plus intéressantes, eu égard\naux écrivains auxquels il en a confié la rédaction. Deux volumes viennent\nde paraître. Ils sont édités avec un soin inouï, abondamment illustrés au\nmoyen de splendides hors-texte reproduisant les plus lumineux chefs-d'œuvre\ndes artistes qui en sont le sujet. Les volumes parus sont :\n  Thierry Bouts, par ARNOLD GOFFIN.\n  Quintin Metzys, par JEAN DE BOSSCHERE.\n   Chacun de ces volumes, dont le texte est du plus haut intérêt, est illustré\nd'une trentaine de magnifiques reproductions hors texte. Le prix de chaque\nvolume n'est que de 3 fr. 5o broché, 4 fr. 5o relié.\n  En préparation dans la même collection :\n  Vermeer de Delft, par G. VAN ZYPE.\n   Hans Memling, par FIERENS-GEVAERT.\n   Lucas de Leyde, par N. BEETS.\n   Hugo Van der Goes, par JOSEPH DESTRÉE.\n   Nous engageons vivement nos lecteurs à acheter ces monographies artisti­\nques, tant pour seconder la belle initiative de l'éditeur Van Oest que l'on ne\nsaurait assez encourager dans une si noble entreprise et qui s'est déjà distingué\npar la publication de tant d'admirables ouvrages d'art que dans leur propre\nintérêt. Voici une occasion facile et peu coûteuse de garnir sa bibliothèque\nde beaux et sérieux ouvrages d'art et de s'instruire facilement et agréablement\ndans le grand art flamand des Pays-Bas.\n                                         ***\n   Un monument à la mémoire du poète Van Lerberghe.—\nUn groupe d'amis de Charles Van Lerberghe a décidé d'ouvrir une sous­\ncription publique pour élever un monument à la mémoire du poète de la\nChanson d'Eve. Un exemplaire de luxe, hors commerce, de l'anthologie\n"}, {"page_pdf": 949, "texte": "794                                     DURENDAL\n\n\nVan Lerberghe, que l'Association des écrivains belges publiera prochaine­\nment, sera offert à tous les souscripteurs d'une somme de 25 francs\nminimum.\n  Les souscriptions peuvent, dès à présent, être adressées à M. Fritz Van\nder L i n d e n , rue de l'Enseignement, 82, à Bruxelles.\n\n                                           ***\n   Les bureaux de la Société des Amis de la Médaille\n d ' A r t et de la Société royale de N u m i s m a t i q u e , réunis sous les présidences\n respectives de M. Charles Buls et du vicomre de J o n g h e , ont décidé, sur la\n proposition de M. Alphonse de Witte, de soumettre aux prochaines réunions\n-de ces sociétés u n e idée que nous partageons pleinement et dont nous\n souhaitons vivement la réalisation : celle d'organiser u n congrès interna­\n tional de numismatique et de l'art de la médaille à Bruxelles. Mais pourquoi\n attendre jusqu'en 1910? P o u r q u o i ne pas réaliser ce projet de suite?\n E s c o m p t e - t o n le succès de l'exposition? C'est fort bien. Mais il y a tant de\ncongrès à l'occasion des expositions universelles. On n'y prête guère atten­\n tion. L'un fait oublier l'autre. U n congrès organisé en dehors de toute e x p o ­\n sition ferait bien plus d'impression et serait plus efficace\n\n                                           ***\n                  e\n   Le LXXV anniversaire de la fondation du Conservatoire\nd e B r u x e l l e s a été célébré récemment. A cette occasion des distinctions\nont été décernées au directeur et une importante promotion a eu lieu dans\nl'Ordre de Léopold en faveur de plusieurs de nos plus grands artistes musi­\nciens, compositeurs et professeurs.\n   M. Gevaert, l'éminent directeur du Conservatoire, a été créé baron et\nn o m m é grand-cordon de l'Ordre Colonial de Léopold I I .\n    M. E d o u a r d Fétis, président de la Commission de surveillance, a été\nn o m m é grand-officier de l'Ordre de Léopold. MM. Emile Mathieu, directeur\ndu Conservatoire de G a n d , et E d g a r Tinel, directeur de l'Ecole de musique\nreligieuse de Malines, ont été p r o m u s c o m m a n d e u r s . M M . A. Cornélis,\nS. D u p u i s , P . Gilson, G. G u i d é , E d . Jacobs, Massart et Van Dyck sont\nn o m m é s officiers. Enfin, des croix de chevalier ont été décernées à M M .\nM. Crickboom, A. De Boeck, O. Dossin. J. J a c o b , J. J o n g e n , L. Mortelmans,\nRinskof, E . Potjes, J. Ryelandt, G. Systermans, L . Van D a m , l'abbé Van\nde W a t t y n e , E d . Vilain et V. Vreuls, ainsi q u ' à M m e s Max Schnitzler et\nEmile Van den Slaepele.\n    N o u s offrons, avec nos h o m m a g e s de vénération profonde et de\nrespectueuse et affectueuse admiration, nos plus vives félicitations au cher\nbaron Gevaert, le sympathique directeur de notre Conservatoire. N o u s\noffrons aussi nos félicitations les plus cordiales à tous les autres artistes et\nspécialement à nos amis, Edgar Tinel, le génial auteur d e Franciscus et de tant\nd'autres chefs-d'œuvre, à notre collaborateur et ami Joseph Ryelandt, le jeune\net déjà remarquable compositeur, auteur de Sainte Cécile qui eut un si brillant\nsuccès au théâtre d'Anvers; à P a u l Gilson, l'auteur de cette œuvre si forte et\n"}, {"page_pdf": 950, "texte": "                                   NOTULES                                      795\n\nsi personnelle, La Mer ; à Emile Mathieu, compositeur de tant d'œuvres tout\nà fait supérieures; à MM. G. Guidé, directeur du théâtre de la Monnaie;\nDupuis, chef d'orchestre du même théâtre, et à nos amis Ed. Jacobs et\nG. Systermans.\n                                     *\n                                   * *\n  Société royale des Aquarellistes. — LaXLVIIIeExposition\nd'aquarelles de cette Société a été ouverte, au Musée Moderne, place du\n Musée, le samedi 7 décembre. L'Exposition est ouverte tous les jours de\n 10 à 4 heures. Entrée : 50 centimes.\n   Nous rendrons compte de cet intéressant Salon dans notre fascicule de\njanvier.\n                                          *\n                                      *       *\n   C o n c e r t s p o p u l a i r e s . — Le deuxième concert populaire qui aura\nlieu les 25-26 janvier au théâtre de la Monnaie, sous la direction de Sylvain\nDupuis, sera particulièrement intéressant. Il sera consacré à l'exécution d'une\ndes œuvres maîtresses et des plus captivantes de Schumann : le Paradis\net la Péri.\n                                            ***\n  A Ixelles. La nouvelle Justice de paix. — Au mois de\nnovembre dernier ont été exposés, au Musée d'Ixelles, les projets primés du\nconcours d'architecture organisé par là commune pour l'érection d'un édifice\nà ériger place Sainte-Croix, et destiné à servir de local à la Justice de paix\ndu ranton, au Conseil des prud'hommes et à un Commissariat de police.\n   L'exposition ne comprenait que les deux projets primés, à l'exclusion de\ntous les autres qui avaient été présentés, au nombre d'une quarantaine, et\néliminés. Le projet signé Tenax, auquel le second prix a été accordé, était de\ngrand mérite et très habilement mis en valeur par son auteur. Il témoignait\nde grandes qualités d'élégance et d'invention, mais certainement, le cédait, et\nde beaucoup, au projet, honoré du premier prix par le jury, et élaboré par\nM. Eugène Dhuicque. Celui-ci a surmonté, avec une rare habileté, les diffi­\ncultes de l'entreprise, provenues, à la fois, de l'irrégularité du terrain à cou­\nvrir et de la disparité des services à installer dans les nouveaux bâtiments.\nL'édifice dont il a conçu les plans, avec ses profils simples et purs, le bel\néquilibre de ses vides et de ses saillies fait grand honneur au jeune architecte,\nà la finesse et à la sûreté de son goût.\n\n                                      ***\n      Accusé de réception :\n   ART : Scopas et Praxitèle, par MAXIME COLLIGNON. Nombreuses illustrations\nhors texte. (Collection : les Maîtres de l'Art. — Paris, Plon). — Grenoble et\nVienne, par MARCEL REYMOND. — Gènes, par JEAN DE FOVILLE. (Collection :\nles Villes d'Art célèbres. 2 vol. illustrés (Paris, Laurens). L'Institut de France,\npar    G.   BOISSIES, G.   BARBOUX, A.        FRANKLIN,   G.   PERROT,   G.   PICOT,\n"}, {"page_pdf": 951, "texte": "796                                   DURENDAL\n\n\nH . ROUJAN. (Collection : les Grandes               Institutions de F r a n c e .   Volume\nillustré (idem).\n  L I T T É R A T U R E : Les Images du Chemin, par SANDER PIERRON (Bruxelles,\nLarcier). — Charles Nodior et le groupe romantique d'après des documents inédits, par\nM I C H E L SALOMON (Paris, P e r r i n ) . — Considérations inactuelles, par F R É D É R I C\nN I E T S C H E . T r a d u c t i o n d'HENRi ALBERT (Paris, Mercure de France). —\nTextes choisis de LÉONARD DE VINCI. T r a d u c t i o n de PELADAN (idem). — Pages\nchoisies d'ALBERT GIRAUD Anthologie des écrivains belges de langue fran­\nçaise (Bruxelles, Edition de l'Association des écrivains belges). — Physio-\nnomies littéraires, p a r GEORGES RENCY (Bruxelles, Association des écrivains\nbelges).\n   L I T T É R A T U R E F L A M A N D E : Verzen, par J o s . BOURGAUX (Antwerpen,\nN e d e r l a n d s c h e Boekhandel).\n   M U S I Q U E : Grétry, par H E N R I DE CURZON. — Mendelsohn, par R A O U L DE\nSTOECKLIN. — Paganini, par Z . G. PROD'HOMME. 3 volumes illustrés de la\ncollection : les Musiciens célèbres (Paris, L a u r e n s ) .\n    N U M I S M A T I Q U E : Souvenirs numismatiques des fêtes jubilaires de 1905, p a r\nEDOUARD LALOIRE, avec de belles reproductions de médailles (Bruxelles,\nlibrairie Van Oest, E d . ) . — La Collection des Médailles de la Chambre des Repré-\nsentants, par EDOUARD LALOIRE (Bruxelles, Imprimerie Roiff). — Le Cabinet\ndes Médailles de l'Etat. Son histoire, son importance et la question de son\nd é n o m b r e m e n t , par VICTOR TOURNEUR (Bruxelles, Misch et T r o n ) .\n    P O É S I E : Job. T r a d u c t i o n en vers' du poème biblique par EDOUARD\nSCHIFFMACHER (Paris, Lemerre). — Après la Moisson, 1857-1900 (poésies\nposthumes), p a r F . - E . ADAM ( E d . de la R e v u e des Poètes (Paris, P l o n ) . —\nTriptyque. L e paquebot, le village, l'épopée du fer, par HONORÉ P O N T H I È R E .\n3 e édition (Louvain, U y t s p r u y t . Bruxelles, Lacomblez). — Les Tanagriennes,\npar E M I L E DESPRECHINS (Verviers, Edition artistique).\n    R E L I G I O N . — Versla Vie divine, par BERNARD K U H N (Bruxelles, Dewit).\nL'au-delà, par W I L H E L M SCHNEIDER (Paris, Bloud). — Eléments d'apologétique.\nI . Apologie élémentaire. Dieu et les Religions, par J . - L . D E LA PAQUERIE\n(idem).\n    R O M A N S : Jean des Brebis ou le Livre de la Misère par E M I L E MOSELLY\n(Paris, P l o n ) . — Viede Province, par E L O I SERVAIS (Verviers, Edition artistique).\n    T H É Â T R E : L e Mystère de la Miséricorde, par JACQUES DEBOUT (Paris,\nTéqui).\n    V A R I A : Rois et Reines que j'ai connus, par H É L È N E VACARESCO. T r a d u i t de\nl'anglais par GASTANE JEFFRY (Paris, Sansot). — Le Livre en Italie. Conférence\nde P I E R R E BARBERA (Bruxelles, Edition du Musée du Livre).\n\n\n\n\n                                          *\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 12, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1907-12", "signet_source": "Quatorzième année - N°12 - Décembre 1907", "preuve": "Couverture conservée (PDF 882) : « Décembre 1907 », « 14me Année », « N° 12 ». Le sommaire (PDF 884) est intitulé « Sommaire du n° 12 (Décembre) », 1907 — 14e Année. Les Notules annoncent l’ouverture de la XLVIIIe exposition de la Société royale des Aquarellistes « le samedi 7 décembre » et reportent des articles au « fascicule de janvier de l’an prochain ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}