{"numero_id": "ulb-durendal-1908-livraison02", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-001", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 67, "titre_corps": "Arsène Matton", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. Verhelst", "ancre_debut": "Arsène Matton C'EST un honneur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "Arsène Matton\n\n               C'EST un      honneur et une bonne fortune pour\n                     Durendal de contribuer à la renommée nais-\n                     sante de ce jeune sculpteur, dont les premières\n                     œuvres révèlent des qualités exceptionnelles et\n                    présagent une carrière brillante.\n                       Arsène Matton est un F l a m a n d de H a r l e -\n                     beke, la patrie de Peter Benoit. C'est en pays\n                    flamand qu'il reçoit sa première éducation\nartistique : à Courtrai d'abord, puis à Gand et à Malines,\nà l'école de Rosier, dont il se plaît à proclamer les émi-\nnentes qualités d'initiateur. A Malines encore, il apprend à\nfond le métier de sculpteur sur bois, avec M. L u c Scheffer-\nmeyer, artiste modeste et trop peu connu, dont le tribunal de\ncelte ville possède d'excellentes reconstitution de sculptures\nmédiévales, exécutées sous la direction de l'architecte B l o m m e .\nM . Matton complète ses études à l'Académie de Bruxelles, où\nil remporte, en 1895, les prix de sculpture d'après nature et le\nprix de composition monumentale. Il est le premier titulaire\nde la bourse de voyage fondée par la ville de Bruxelles cette\nm ê m e année 1895.\n   L ' œ u v r e de M. Matton comporte un bon n o m b r e de sujets de\nfantaisie, bronzes décoratifs, bibelots de salon, utilisations fort\nélégantes et remarquées à l'exposition de Géographie d'Anvers\nde la nacre et de l'argent. P a r m i les œuvres de plus grande\nallure, j e note spécialement un délicieux buste de fillette au\nregard levé, qui interroge et s'émerveille, une statue de David\nvainqueur de Goliath, acquise par le Musée de Courtrai, qui\ntraduit en une vision très personnelle et très moderne la création\nde Verrocchio, un m a r b r e acquis par la ville de Bruxelles, buste\nd'homme dont la structure savante et large fait penser aux\n meilleurs bustes de Rodin.\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "66                          DURENDAL\n\n\n   Signalons encore une série d'œuvres monumentales, exécutées\n ou projetées, notamment une statue symbolisant le Commerce,\npour la façade de la maison communale de Saint-Gilles\n(Bruxelles); des motifs de décoration pour les locaux du Gaz de\nla même commune; un projet de fontaine pour le parc Josa-\nphat, où jaillit une source connue sous le nom populaire de\n Fontaine d'Amour,— et j'admire combien l'artiste a su respecter\nles plus délicates convenances en un thème qui prête aux équi-\nvoques troublantes; — une excellente statue de Breughel de\nVelours, bien comprise pour sa destination : la façade latérale\nde l'hôtel de ville de Bruxelles; un projet de monument à la\nmémoire de Sigebert de Gembloux, moine bénédictin et chro-\nniqueur du XIe siècle; enfin, pour Harlebeke, un projet de\nmonument à la mémoire de Peter Benoit, où l'artiste a mis\ntoute sa science de l'art monumental. Deux figures symboliques,\ndont l'élégance est digne de Dillens, décorent une stèle élancée\nqui porte le buste du Maître. C'est tout Benoit qui revit dans\ncette face largement épanouie, avec ses traits si caractéristiques\noù il y a quelque chose du bœuf et de l'oiseau de proie.\n   Mais ce que j'admire surtout dans l'œuvre de M. Matton, ce\nsont les portraits bustes des compositeurs Lünssen et Tinel. Le\npremier est vivant. Je n'ai pas l'honneur de connaître M. Lüns-\nsen, mais il me semble que M, Matton m'initie à la psychologie\ndece musicien, tantil y a de concentration et d'énergie contenue\ndans le regard enfoui et le pli des lèvres serrées.\n   Le portrait de Tinel est un pur chef-d'œuvre. Et puisque\ncelui-ci est l'occasion de la présente notice, on voudra bien me\npermettre de m'y arrêter plus longuement.\n   C'est une aubaine pour un sculpteur de rencontrer un tel\nmodèle, mais c'est aussi un écueil redoutable. Comme toutes les\nnatures exceptionnelles, Tinel est complexe, énigmatique, décon-\ncertant. Sous les apparences du premier aspect se dérobent des\ncaractères profonds qui veulent être explorés. Une rencontre\nbanale ne suffit pas à le faire connaître. On sent bien qu'on\naborde quelqu'un ; on subit l'ascendant d'une forte personnalité.\nMais on se demande ce qu'il y a derrière ce masque contracté\net ce regard froid comme l'acier. Pour peu qu'un courant de\nsympathie s'établisse entre le sphinx et vous, — les nombreux\namis de Tinel savent qu'il n'est pas bien difficile de pénétrer\nson secret — on admire l'excjuise bonté d'âme latente sous ces\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "                          ARSÈNE   MATTON                          67\n\n\ndehors impérieux, âme ardente, loyale, juvénile, n'ayant jamais\nconnu d'autres feux que les joies très nobles de l'art, les dou-\nleurs très pures de l'enfantement des chefs-d'œuvre, les émotions\nsaintes de l'amour des hommes et de Dieu. S'il a souffert, et les\nrides du visage le disent assez, ni les ordinaires contingences de\nla vie, ni les ambitions déçues n'y sont pour rien. Ces traits\ntendus sont toujours prêts à s'épanouir dans le rire le plus franc.\nMais pour T i n e l la vie n'est pas une fête ni une comédie plus\nou moins plaisante. C'est une lutte corps à corps entre l'esprit\net la matière pesante. L e s heures faciles où l'effort se détend,\noù la bête se repose et s'amuse, sont les heures brèves et rares\nde cette vie d'opiniâtre labeur, et celui-ci seul a gravé dans les\ntraits du visage un sillon durable.\n    T i n e l , c'est le grand artiste chrétien, à peu près unique\naujourd'hui parmi tant d'esprits désemparés et de consciences\nveules. Il a puisé dans ses convictions de chrétien éclairé une\nidée assez haute de l'art et de la mission de l'artiste, pour\ns'interdire tous les compromis d'un dilettantisme vulgaire. Il\nne comprend m ê m e pas qu'une œuvre d'art puisse être basse,\net, volontiers, il clame son mépris pour ce qu'il ne peut\nadmirer. Il est intransigeant j u s q u ' à la férocité. Mais les\nœuvres seules allument sa haine. P o u r les hommes il est\ntolérant, accueillant et bon.\n   Voilà le modèle. M. Matton l'a étudié longuement, patiemment,\nconamore. L e buste de Tinel n'est pas le résultat fortuit de quelques\nséances de pose. Il a pris des années de l a b e u r ; il est né d'une\nvraie communion d'âmes. Aussi c'est bien T i n e l que je retrouve\ndans cette tête légèrement penchée, si expressive dans la belle\nrégularité classique des traits s'élargissant vers le front, s'ame-\nnuisant vers le bas, selon le r y t h m e de la vie intellectuelle pré-\npondérante, avec un rien d'asymétrie qui infléchit les lignes du\nvisage et lui donne son aspect vivant et personnel. C'est son\n front de penseur, ses yeux fixés sur une vision intérieure, ses\n lèvres que plisse une amertume grave, ses épaules à peine\n esquissées, mais indiquant déjà le corps élancé et frêle.\n    Œ u v r e parfaite, pétrie par des doigts absolument maîtres de\n la matière, mais vivifiée aussi par une émotion communicative,\n tel m'apparaît ce buste de T i n e l . Il range d'emblée son auteur\n parmi les grands maîtres du portrait sculpté.\n                                                     F.   VERHELST.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-002", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 68, "page_fin": 69, "titre_corps": "L’Hymne au silence", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marie Dauguet", "ancre_debut": "L'Hymne au Silence Pour Jeun de Gourmont", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1602, "texte": "L'Hymne au Silence\n                                            Pour Jeun de Gourmont.\n\nSilence, tu me suis le long des jours d'été,\nQuand l'amour est assis au bord de l'eau qui     tremble\nEt je t'ai rencontré par les bois argentés,\nSous les bouleaux s'aimant et les baisers des    trembles.\n\nSilence, avec la nuit, aux murs des écuries,\nSur les pas du troupeau souplement tu te glisses;\nTu es le souffle errant de mes blanches génisses,\nBuveuse de vent clair, d'herbe embaumée      nourries.\n\nAux carreaux s'est penchée la lune à peine éclose,\nAlors, silence doux, vaguement tu te meus,\nDans son reflet dansant, ou bien tu te reposes\nSur la litière molle à côté de mes bœufs.\n\nCouchée auprès de toi, j'ai vu le marais blond\nEt lilas se remplir aux derniers jours    d'automne,\nD'immobiles clartés qui fixement     rayonnent,\nDe mousse corrompue, d'odeurs au sens profond.\n\nJe t'ai goûté, mêlé à ces parfums  grisants\nDes sphaignes inondées où s'écoule le ciel ;\nAu breuvage meilleur que le lait et le miel,\nEn ton haleine épars, Novembre     agonisant.\n\nVague et flottant silence, en toi-nous enfonçons,\nComme la tanche d'or au mystère de l'onde,\nComme le moissonneur en la mer des moissons,\nL'alouette fusant parmi la nue profonde.\n\nBeau silence, bouquet attaché sur ma gorge,\nDoux ramier respirant contre mon cou pâmé,\nSilence, aliment vrai, dont je suis affamé\nPlus que d'un pain réel fleurant le blé et l'orge ;\n\nBeau silence loyal, sans tache, comme l'or,\nParole du divin penché sur notre fange,\nOu palpitations frêles d'ailes     d'archange,\nQui se voile le front et replie son essor;\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "                             L'HYMNE       AU   SILENCE                               69\n\n\n      O silence idéal, tu consoles d'entendre,\n      Tant de rires brutaux, de mots faussés et durs;\n      Sur mon âme blessée, que ton cours se répande,\n      Comme un ciel printanier sur les prairies  d'azur.\n\n      Entre le monde et moi, silence étends un voile\n      Moelleux... pour étouffer ses résonnances     vaines;\n      Réserve-moi la paix des lointaines   étoiles,\n      Où ne parvient jamais l'écho des voix      humaines.\n\n      Silence, tu permets que j'admire en moi-même,\n      Attentive et charmée, un orchestre secret :\n      Mon cœur harmonieux     (la ruche qui essaime,\n      Le verger murmurant    son incessant poème).\n\n      Fais de ma vie, pour que le bonheur me sourie,\n      Un antre verdissant, infiniment   sauvage\n      Où seulement le vent, sur la mousse fleurie,\n      Mélange à tes refrains son fantasque    langage;\n\n      Et retiens le profane au delà de mon seuil ;\n      Il est celui de Pan divin, joueur de flûte ;\n      Un beau laurier naissant et cher à mon orgueil\n      Laisse tomber son ombre au long des roches brutes.\n\n      Là, referme sur moi tes tendres bras ouverts ;\n      Que je presse tes mains en mes brûlantes    paumes,\n      Tes deux mains de fraîcheur au fond des soirs déserts,\n      Où s'effacent les cris et la forme des hommes.\n\n      Seul confident aimable et le seul que je veuille,\n      Avec le vent, avec l'eau pure, avec la feuille,\n      Délasse-moi d'exister entre tes bras forts,\n      0 frère de l'oubli suave et de la mort. (1)\n\n                                                               M A R I E DAUGUET.\n\n\n\n\n(1) Ce poème est entrait des Pastorales, 1 vol. qui paraîtra en avril chez Sansot, Paris,\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-003", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 70, "page_fin": 82, "titre_corps": "En marge de la réalité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "En marge de la réalité Imaginations", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": "En marge de la réalité\n\n                                  Imaginations\n                                                                     Pour Hélène.\n                  DANS la rue un orgue jouait,                   vieux, pensif et triste,\n                          tout plein d'airs démodés dont il se vidait,\n                          m é l a n c o l i q u e m e n t . C'étaient des romances et\n                          des barcarolles aux inflexions sentimentales où\n                          l'on voyait passer, avec des roucoulements de\n                          colombes amoureuses et des gestes élégiaques,\n                          des Elvires songeuses et de romanesques Mal-\n                          v i n a s . . . Elles s'évoquaient, touchantes et vieil-\nlottes, semblables à des bibelots empoussiérés d'étagère,\nassises, en robe d'organdi ou de nankin, sous un saule échevelé,\nou debout, sur un morne rivage, secouant leur mouchoir, pour\nle dernier a d i e u ! . . . « A d i e u ! » criaient-elles, d'une seule voix\ngrêle, puis égarées, d a n s leur mortelle détresse, elles se\nmettaient à danser é p e r d û m e n t .\n    Artor regardait la fumée de son cigare, dont les volutes\nfaisaient aux personnages de son imagination une scène\nmouvante toujours en évaporation et que chaque bouffée\nreconstituait, et, dans cette fumée, de minuscules                               figures,\npareilles à des poupées de porcelaine ou de bois e n l u m i n é , qui\nvalsaient, faisaient la révérence, sous la surveillance d'un petit\nh o m m e replet, tout de noir habillé, l'air sévère et qui, étant\na s t h m a t i q u e , s'appuyait sur une canne à pommeau d'argent.\nParfois, enivrée par le plaisir de la danse, l'une ou l'autre des\npoupées se mettait à jeter les j a m b e s d'une manière que la\ndécence réprouve, mais, aussitôt, le petit h o m m e replet s'ap-\nprochait et la regardait d'un air interrogatif si indigné qu'elle\nreprenait au plus vite la cadence et l'attitude modestes de ses\ncompagnes... Brusquement, l'orgue a y a n t cessé de déverser ses\nmélodies sous les fenêtres, toute la fantasmagorie disparut,\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "                      EN MARGE DE LA RÉALITÉ                           71\n\n\n avec le son de la dernière note, comme si elle était descendue\n d'un coup dans le troisième dessous du théâtre imaginaire...\n    — Imaginaire?... se d e m a n d a i t Artor : Que sais-je? Mes\npetits danseurs ont disparu, mais n'est-ce pas que le voile qui\nme les cachait, et que les pouvoirs de la musique avaient\nsoulevé, est retombé?... Où est la réalité, de leur côté ou du\nnôtre?... Nous avons l'esprit si pesant et si tardif, le tact si\nimparfait, que rien ne les émeut que les matérialités les plus\ngrosses... L a musique, en les affinant, en amenant à leur\nparoxysme leurs capacités de perception, ne leur donne-t-elle\npas accès dans ce monde que nous nous figurons mensonger ou\ninventé! Sans doute, elle aiguise l'acuité de notre vision, nous\ndépartit un nouveau sens, grâce auquel nous passons outre aux\napparences épaisses de notre sphère coutumière, pour saisir les\nréalités qui gravitent au delà, impondérables et charmantes...\nL a troupe légère de danseurs et de danseuses minuscules qui se\ntrémoussait si gentiment, sur u n r y t h m e allègre, dans les\npalais fuligineux édifiés par la fumée de mon cigare, et effacés\nsubitement de devant mes yeux, est-elle moins vivante en mon\nsouvenir, moins définie que les milliers d'individus visibles et\ntangibles que j ' a i croisés ou qui m'ont bousculé dans les rues,\nou que tant de localités traversées en chemin de fer, attrayantes\nou désolées, et remplies d'une vie pour moi toujours étrangère\net impénétrable? E n somme, mes danseurs le sont davantage :\nInoubliables, p a r c e que insolites et, au fond, pas plus irréels que\nles m y r i a d e s d'insectes et d'astres qui échappent à notre vue, soit\nqu'ils soient trop petits, soit qu'ils soient t r o p loin!... Nos yeux\nsont, sans doute, trop matériels pour apercevoir, autrement que\npar échappées hallucinées, toute la vie fluide qui s'agite, flotte\net vibre autour de nous, dans cette atmosphère où ils ne\ndécouvrent que vide et transparence?... Pourquoi dans ces\nespaces le vide qui n'est nulle part? Pourquoi en dehors de moi,\nalors que j a m a i s en moi, et que, somnolente ou, même,\nendormie, la mécanique cérébrale va sans repos, consciente ou\nnon, tissant obscurément des fictions et des idées q u e le\nhasard, quelque jour, ou la réflexion, fera surgir, inattendues et\nsurprenantes?...\n  » Voici, une musique quelconque, vulgaire ou obsédante, qui\nretentit et dont le retentissement physique déclanche en moi,\nnerveusement et quoi que j ' e n aie, des théories d'imaginations\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "72                               DURENDAL\n\n\nà la fois étranges et naturelles : étranges parce que apparues\ntout à coup sous une impulsion extérieure ; naturelles, parce que,\nétonné d'abord, je les reconnais miennes, ensuite... Mon cerveau,\nsouvent, je le vois sous l'aspect d'un béguinage dont les maison-\nnettes uniformes et jolies encadrent une pelouse plantée de\npeupliers... Derrière les petites portes closes et les fenêtres aux\nrideaux blancs et discrets, on travaille, on rêve, on flâne, on\nprie... T o u t est paix verdoyante, t r a n q u i l l i t é extérieure dans cet\nenclos de silence et de songe... C e p e n d a n t , quelque diable\npassant par là, s'arrête sur le seuil et, tenté par le calme,\nregarde malicieusement les petites habitations coites et muettes,\net, obéissant à une subite inspiration, va, courant, de porte en\nporte, tirer les sonnettes... Et, tandis que, caché dans u n e\nencoignure, il les épie, le travail, la flânerie, le rêve et la prière\napparaissent sur le pas de leur porte et, ne voyant personne,\ns'examinent mutuellement, inquiets et saisis... Car on n'entend\nque l'herbe qui pousse et le frémissement de la brise dans les\n feuilles tremblantes des arbres... E t , voyant que, décidément,\n il n'y a personne, les béguines troublées s'interrogent l'une\n l'autre et, ayant constaté leur c o m m u n e ignorance de l'auteur\n du coup de sonnette, se laissent aller à bavarder, à échanger\n de futiles paroles sur le temps et la saison, puis, après un\n signe de croix pour conjurer le malin esprit, rentrent chacune\n chez elle... « L e m o n d e est grand et incompréhensible, se\n disent-elles, en parcourant la petite maison quiète, la petite\n chambre à coucher et la petite cuisine, éclatantes de propreté et\n en essuyant la poussière, d'ailleurs chimérique, des petits\n pots, des petites boîtes et des petites casseroles de porcelaine,\n de bois ou de cuivre, soigneusement rangés sur des planches\n vernies, bordées de papier gaufré... Vraiment, le monde est\n trop grand hors du béguinage et on se fatigue la tête à y\n penser... T r o p de gens passent devant nos portes et, assise\n qu'on est, à coudre, à tricoter, près de la fenêtre, on ne peut\n s'empêcher de soulever un coin du rideau de mousseline et de\n suivre des yeux ces passants effrayants, venus on ne sait d'où,\n étranges et étrangers... On tâche d'éviter les distractions, on\n récite vite un ave pour ne pas s'abandonner aux pensées vaines,\n mais comment se retenir de les regarder s'éloigner et de se\n demander qui ils sont et d'où : pourquoi venus et pourquoi en\n allés! Pourquoi viennent-ils de leur vie, si différente, à la\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "                     EN   MARGE   DE LA   RÉALITÉ                     73\n\nnôtre, pour en envier la quiétude et, en même temps, nous\ndonner la nostalgie de leur liberté?... Ils s'en vont avec un\ndésir que leur passage nous a laissé : Pourquoi chacun ne\nreste-t-il pas dans son lieu, où Dieu l'a placé, le monde au\nmonde et non à la solitude, qu'il transgresse de ses intrusions\nbruyantes, sans fruit pour lui-même, et avec dommage pour\nelle?... Mais, peut-être, si personne, jamais, ne passait,\nchoirait-on dans l'ennui, dans Vacedia, tentation de Bélial ;\net ainsi la tranquillité pieuse de ce saint asile serait-elle plus\ntroublée encore, si elle ne l'était j a m a i s ! . . . »\n   « Allons, songea Artor, voilà que j ' a i dérivé et que je me suis\ninsinué sous la coiffe amidonnée d'une béguine, mais ses pen-\nsées, d'une diction peut-être trop élégante pour une béguine,\nsont cependant empreintes de sagesse, et pourrais-je,moi aussi,\nen faire mon profit... Il est vrai q u ' o n . . . ou, du moins, que moi,\nje ne tire j a m a i s grand profit de pensées, quelles qu'elles soient :\nla contradiction est trop proche et trop facile !... Les pensées les\nplus solides et les mieux frappées sont, au fond, semblables à\nla monnaie que le diable donnait jadis à ceux dont il achetait\nl'âme : brillante et lourde et qui, à l'usage, n'apparaissait que\nde feuilles mortes! Qui, d'ailleurs, — on peut se le demander —\nétait trompé et déçu davantage dans ce pacte, des feuilles sèches\ndevant constituer pour tant d'âmes un prix encore trop\nélevé !... »\n\n\n                 La volière ou l'art de parvenir\n  Au milieu de la fumée, sans cesse épaissie, des cigares, à l'odeur\nâcre de laquelle se mélangeait le parfum anisé des absinthes,\non parlait, on criait, on riait... Artor, silencieux, regardait les\nreflets glauques et rougeâtres de son absinthe, le groupe hétéro-\nclite d'écrivains, de journalistes et de quelconques assis autour\nde la table, puis la petite salle de café, dont les murailles étaient\nrecouvertes de grands miroirs, protégés par un treillis de bois\ndoré... L ' a t m o s p h è r e saturée des émanations du tabac et des\nliqueurs, le bruit et le va-et-vient, l'éclat forcé des paroles, les\ngestes des consommateurs, multipliés à l'infini par les glaces\ndes parois, faisaient dans son esprit une étrange fantasmagorie.\nT o u t cela lui semblait à la fois présent et lointain, réel et fac-\ntice. Les mots de l'incohérente conversation qui frappaient son\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "74                            DURENDAL\n\n\noreille lui paraissaient en même temps insignifiants et mysté-\nrieux, et il se d e m a n d a i t si ses voisins les énonçaient pour\nexprimer leur pensée, d'ailleurs indifférente, ou pour signifier\nqu'ils étaient des créatures humaines et non point, ainsi que par\nmoments il en avait l'illusion, les habitants d'une énorme et\nbaroque volière, où s'agitaient, sifflaient, se balançaient de sin-\nguliers oiseaux à semblance d ' h o m m e !\n   T e l , avec son fin masque spirituel, ses yeux aigus et sa\nbouche railleuse, n'était-il pas pareil à un m e r l e ; tel autre, avec\nsa petite tête fébrile sous une chevelure embroussaillée, à un\nmoineau franc, plein d'effronterie, tandis que les importants,\naux paroles et aux silences également stupides, assis à ses côtés,\nprenaient l'apparence de graves canards, bien calés sur leurs\nlarges pattes, ou de sérieux perroquets, rengorgés dans leur\njabot et occupés à surveiller de leurs gros yeux saillants l'effet\nsur les spectateurs de leurs grâces p a t a u d e s et de leurs propos\nniais... Celui-ci, le teint ardent, enclin à la querelle et à l'agres-\nsion, avait toute l'allure d'un coq de combat, l'ergot armé, la\ncrête irritée; celui-là, arrondi, pacifique, p o m m a d é et lisse, on\ns'attendait à l'entendre roucouler... E t il en était d'autres, de\ngras et de maigres, et de subtils et de balourds, de huppés\ncomme des cacatoës et de chauves comme des vautours...\n   Mais, et moi ? songeait-il, en achevant cette revue ornitho-\nlogique et en apercevant son image dans la glace, entre les bar-\nreaux dorés de la cage... Suis-je le hibou taciturne qui, du fond\nde son trou de lierre, regarde, en clignotant des yeux?...\n   L a tablée cependant s'élargissait continuellement à la sur-\nvenue d'autres gens, auxquels à tous le poète H i r a m tendait,\navec un sourire universel, l'affabilité insouciante de sa main :\n« Bonjour! bonjour!... »\n  — Moi, affirmait, en élevant la voix et la main droite, un\npeintre barbu et chevelu, solennel comme un ibis, on m'a dit\nque j'avais tout à fait la main de R a p h a ë l . . .\n  — Laquelle? L a gauche? interrogea le coq.\n  — L a tête vaudrait mieux! observa, en ricanant, le merle.\n  — Moi, dit le poète Hirel, tout en h u m a n t la fumée de son\ncigare qu'il se faisait passer sous le nez et en balançant sa tête,\ncomme un frondeur, la pierre qu'il va lancer, moi, on m'a\nassuré que j'avais tout à fait le pied de B y r o n . . . Pas le bon, le\nbot!...\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "                       EN   MARGE D E    LA   RÉALITÉ                     75\n\n\n   L e peintre plongea sa main dans sa poche, d'un air sombre.\n   — Allons, pensa Artor, en voilà au moins un qui se taira, à\nprésent! Dieu merci! les poètes ne sont jamais sans malice...\nEt, s'ils aiment chanter, comme le divin Apollon, ils tiennent\nencore plus cher le plaisir d'écorcher Marsyas... Poète! poète!\nBeau nom, mais, aussi, pavillon à de bizarres marchandises!...\nE t il en est plus d'un, sans doute, qui, ayant, à l'exemple de\ncelui de Baudelaire, laissé choir son auréole dans la boue, l'a\nrattrapée à la volée, et, par distraction, se l'est fourrée — comme\nles Cafres leur anneau — dans le nez!...\n   Hirel parlait et fumait avec un égal esprit. Chacun de ses\nmots, généralement sarcastiques, semblait réduire à néant\nles choses, les êtres ou les idées sur lesquels il tombait, en même\ntemps que l'inanité ou l'inconsistance de ceux-ci était signifiée,\nsuperlativement, par la fumée chassée en longue spirale déri-\nsoire d'entre ses lèvres dédaigneuses... Artor admirait le brio\nimperturbable et la désinvolture d ' H i r e l et sa mimique expres-\nsive : — Il m'arrive aussi, oh ! rarement, et tout à fait par hasard,\nde rencontrer un trait mordant ou une saillie drôle, mais, voilà,\nje n'ai pas la manière et ce n'est que par une fortune extraordi-\nnaire que je parviens à leur faire un sort, dans les bagarres de\nces conversations!... Mais, tout est bagarre, dans ce monde et,\nde m ê m e , tout est m a n i è r e ! . . . E t ce qu'elle te m a n q u e , la\nmanière, mon pauvre vieux sauvage, si peu et si mal aux autres,\net si médiocrement à toi-même!... Toujours prêt à t'en aller de\ntes propres opinions pour les regarder du dehors, sans les\nreconnaître!...\n   — Est-il des nôtres? demandait d'un ton confidentiel, le\nsourcil relevé, un des perroquets.\n   — P a r b l e u ! continuait mentalement Artor. Il faut être des\n« nôtres » !... Ce gros volatile répète bien la leçon de l'expérience :\n« Est-il des nôtres?» sinon, il n'est même p a s ! . . . Bien parlé,\nCoco!... E t vous, Artor, mon garçon (il prenait, machinalement,\nle ton à la fois magistral et paternel du conseil), vous n'arriverez\njamais à rien... Je consens bien que cela vous soit égal ou que si\n«rien» est un but, vous l'avez d'ores et déjà atteint, mais j ' a i\ndepuis longtemps un discours à placer, et que vous entendrez,\nencore que vous ne vouliez pas l'écouter!... Jeune débutant, je\nvous adresse donc ces paroles ailées : « Mon ami, avant tout,\nsoyez conforme à quelqu'un ou à quelque chose ; soyez disciple ;\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "76                              DURENDAL\n\n\n soyez trompette ou serre-file, ou rien du tout, mais dans une\ntroupe, dans une tribu, car, je vous le dis, il faut s'enrégi-\nmenter, prendre un mot d'ordre, arborer un signe de ralliement,\nmarcher au r y t h m e mécanique d'un tambour, et non en éclai-\nreur ou en traînard, selon sa fantaisie et selon son cœur... Lors-\nque vous serez affilié à un clan, tâchez, longtemps, de ne donner\nque des espérances lointaines, lointaines; jouez au germe\nmodeste et innocent qui a besoin d'être protégé, de croître à\nl'ombre bienveillante de quelque chêne, dont les ramures\ntamiseront pour lui la pluie, le vent et le soleil et laisseront\ntomber, avec magnanimité, sur lui, leurs feuilles m o r t e s ! . . . Si,\nd'aventure, vous avez de l'esprit, faites comme si vous le cueilliez\nsur la bouche des autres : vous vous concilierez ainsi la faveur\nou, tout au moins, la neutralité de ceux-ci et goûterez le délicat\nplaisir de vous louer dans leur personne!... E t , pour Dieu»\npoint de tour d'ivoire, à moins qu'elle ne soit aussi évidente\nque la tour Eiffel!... N'écrivez ni trop, ni trop peu : trop, vous\nparaîtriez encombrant et avide d'accaparer l'attention ; trop\npeu, quoique due, peut-être, à une honorable paresse ou à un\ndoute louable de vous-même, votre discrétion pourrait être\ninterprétée à mépris de l'opinion... Rien de plus funeste que de\nvouloir forcer la considération des hommes, sinon de paraître\nn'y point tenir!... Dans cette dernière alternative, ils inféreront\nde là, en effet, soit que vous êtes un imbécile, soit que vous les\nméprisez, ou, plus naturellement, les deux à la fois!... Publiez\ndonc avec une sage modération, mais, si vous désirez que vos\ntravaux ne t o m b e n t pas i m m é d i a t e m e n t dans le puits vertigi-\nneux du silence confraternel, usez avec prodigalité de la cita-\ntion ; et si votre nonchalance vous éloigne de chercher dans les\nouvrages de vos copains la matière de ces citations, inventez-la\nde toutes pièces : l'exactitude du texte emprunté n'a guère\nd'importance, j e m'empresse de vous le dire, à la comparaison\nde l'éloge ingénieux et délicat qui enchâssera le nom de son\nauteur réel ou supposé... Plus tard, arrivé à la notoriété, vous\nciterez les jeunes aussi, les aiglons encore niais qui essayent,\nen hésitant, leurs ailes... N e balancez point à applaudir b r u y a m -\nment à leurs tentatives, si insanes qu'elles soient à saluer leur\ngénie en termes généreux et a m p o u l é s . . . Qu'est-ce qu'il vous en\ncoûtera? Rien !... L e blâme des gens de goût? Il y en a si p e u . . .\nE t vous vous recruterez, de la sorte, à bon compte, une brigade\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "                       EN   MARGE    D E LA   REALITE                      77\n\nd'aboyeurs, de fanatiques thuriféraires, de janissaires qui,\njamais, ne renverseront leurs marmites, propagateurs enthou-\nsiastes et bénévoles de votre renommée dans les milieux divers\net les petites revues où ils fermentent!... »\n    — Assez! assez! cria tout à coup Artor en l u i - m ê m e . . . Pré-\nceptes certainement profitables, mais d'une trop fatigante appli-\ncation pour m o i ! Que d'ennuis sûrs pour l'incertain salaire!...\nLaisser traîner sa m a i n ; se faire une âme de c a m a r a d e ! . . . Puis,\nvaut-elle qu'on se dérange, la gloire parmi les h o m m e s . . . E t\ncombien? Ceux d'un faubourg, d'une ville, d'un pays, voire\nceux de la moitié du monde?... E t les autres? E t tous ces braves\ngens de Vénus, de Mars, de S a t u r n e et de toutes ces planètes\nexcentriques. Les habitants des étoiles, aussi nombreuses au\nciel que les a n i m a u x et les hommes sur la terre?... E h ! e h !\npeut-être, aussi, qu'ils sont trop verts pour toi, ces raisins\nillustres et enivrants de la gloire?... Possible, mais qu'importe?\nL a pensée ne constitue-t-elle point une jouissance parfaite en elle-\nm ê m e , quel que soit le but de ses efforts et encore que celui-ci\nrecule et se dérobe devant elle? Quelle ivresse matérielle supé-\nrieure aux siennes, plus capiteuse et plus poignante? Qu'est-ce\nque l'art lui donnera d'essentiel, qu'elle n'ait déjà? E t si, par\nhasard, elle est écoutée, ne sera-ce point, seulement, pour se\nrépercuter en échos contradictoires dans l'entendement de ses\na u d i t e u r s ! . . . Ah! qu'elle évite les disciplines et se maintienne\nsouple et légère,volage, i m p a l p a b l e ! Que se jouant à elle-même,\nelle défie la logique, élude la méthode, les contraintes et les\namoindrissements de la rhétorique! Qu'elle soit libre et non\ndomestiquée; absurde et arbitraire, si elle veut, mais à elle-\nm ê m e — méditation, songe ou caprice, ou fantaisie; tout reflets,\nlueurs, n u a n c e s ; voltigeant follement dans le soleil ou venue,\nlentement, s'asseoir sur les r u i n e s ! . . . N'est-elle pas telle et\nautre, simple et singulière, soumise et rebelle, pécheresse avec\nMadeleine et, avec Madeleine, repentante?... Elle sert avec\nM a r t h e et aime avec M a r i e ; elle se lave les mains avec Ponce-\nP i l a t e , pour courir, ensuite, attendre le Sauveur ressuscité\nsur la route crépusculaire d ' E m m a ü s . . . Elle est ironie ou\nexaltation; chant, puis prière, puis rien... Aurore dans le\nvitrail, nuit dans la nef ou silencieuse consomption du cierge\nsolitaire sur l'autel obscur... Elle va, rêvant sous les arceaux\ndes cathédrales et des cloîtres, dans la pénombre froide ou\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "78                           DURENDAL\n\n\ndorée des chapelles, ou bien dévorant la route, assise, vêtue de\ncuir, la tête dans le vent, devant le volant d'une orgueilleuse\net luisante automobile... Elle passe, hautaine et foudroyante,\ndans un cyclone de tourbillonnantes poussières ou flâne sur les\nchemins de la forêt et des champs, à l'aventure, en reposant\nsa lassitude sur toutes les b o r n e s . . . Arriver? Conclure?...\nP o u r q u o i ? Mais, seulement, être et se sentir être, concentrée,\néparse, éperdue ou charmée, ou mélancolique...\n   — On ferme!... dit quelqu'un. Relevant la tête, Artor vit\nque la volière était vide... Il n'y avait plus q u ' H i r e l , debout\ndevant lui, et qui, en souriant, lui tendait la m a i n :\n   — T u cherchais une r i m e ? . . .\n   — Non, mon cher, une raison!...\n\n\n                   Le Palais des Merveilles\n    Artor errait dans l'atmosphère d'irréalité faite de clartés arti-\nficielles et aveuglantes, de bruits contradictoires et d'odeurs de\ncuisine de la foire. L e long du boulevard pauvre, planté d'arbres\nchétifs et tristes, les baraques s'alignaient, empire de l'outrance\net de la taloche, avec leurs peintures baroques, animaux fabu-\nleux, combats désordonnés, géantes pacifiques soulevant d'une\nmain modeste et potelée un pan de leur j u p e , dans l'irradiation\nblafarde de la lumière électrique.\n    L e s cuivres haletants des fanfares tonitruaient, accompagnés\nde frénétiques roulements de t a m b o u r ; les harmoniums méca-\nniques vomissaient leur répertoire, à toute vapeur; des machines\nsifflaient : et c'était comme une émeute de musiques disparates\net concurrentes, ponctuée de cris, d'appels et de subits sons de\ncloche. D'énormes carrousels tournaient sans cesse, entraînant\ncomme clans un ruissellement étincelant de lueurs le cortège\ncirculaire de leurs chars pailletés et de leur féerique cavalerie\nde bois...\n    — Ici, pensait Artor, charmé de ces splendeurs, la vie, c'est\ncertain, est vacarme, mais, au moins, vacarme sans prétentions,\nbon enfant... E t il ne se targue point d'être désintéressé, con-\nnaissant trop bien que du succès qu'il obtiendra dépendra, qua-\nlité et quantité, le morceau que la ménagère mettra dans son\npot-au-feu, là-bas, derrière, dans la roulotte... T o u t est factice,\nici, comme partout dans le monde, et tout est sincère, comme\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "                          EN MARGE DE LA RÉALITÉ                                    79\n\n\nnulle p a r t . . . Farce, jeu, boniment, trucs, comme p a r t o u t ; poul-\nie pain quotidien, comme partout, mais qui, ici seulement,\navouent leur nom et leur intention véritables... E t le struggle\nfor life, aussi féroce, sans doute, que n'importe où, sur la pla-\nnète, prend peut-être entre ces bateleurs des formes cocasses :\nune pirouette inédite, un tour nouveau, quelque acrobatie\nimprévue... P o u r une âme simple, i n d e m n e des préjugés de la\nrespectabilité, encline, par conséquent, à l'illusion et capable\nde s'y abandonner, il y a matière, et riche... E t charmante\naussi, car quel spectacle plus attrayant et qui nous donne davan-\ntage de reconquérir la naïveté de l'enfant ou du primitif que la\ngrotesque dispute, entremêlée de calembours et de claques, d'un\nclown agile et ahuri, d'un insolent valet et d'un digne et loquace\ndirecteur, au seuil illuminé de leur loge?... Je les regarde avec\nl'ébahissement ravi d'un sauvage, au milieu de toute la gloire\nétourdissante de leur art de souplesse et de jonglerie, sympa-\nthiques artistes qui ne se croient pas providentiels, et divins...\nHier, arrivés avec leurs longs chariots nomades, vêtus comme\ndes ouvriers, ils ajustaient eux-mêmes leurs tréteaux, érigeaient\nla magnificence de toile peinte et d'oripeaux de leur baraque,\nagençaient la piste et les gradins ou suspendaient le rideau\nmystérieux derrière lequel se dissimule le phénomène promis,\nen termes pompeux, à la curiosité des amateurs et des « som-\nmités scientifiques »!... L e phénomène! voilà une psychologie\nà faire!... Qui a jamais songé à analyser la mélancolie du phé-\nnomène, retranché du commerce habituel des hommes et qui\nne connaît d'eux que leur étonnement à sa vue... Il serait\ndépaysé p a r m i eux et encombrant, et, d'ailleurs, qui payerait\npour le voir si on pouvait le rencontrer dans la rue?... Un poète,\nà la rigueur, peut passer inaperçu, et c'est même le sort le plus\nordinaire de ce genre de phénomènes, mais un homme-chien,\nu n e f e m m e à b a r b e , u n g é a n t ? . . . On ne conteste point de tels faits:\non s'attroupe autour d'eux!... Cependant, il faut bien que ces\ncréatures, humaines après tout, prennent le frais, elles aussi, et\nse délassent... Qui sait? peut-être que la nuit l'on peut voir,\naprès la dernière représentation, la jeune et furtive P a m é l a ,\nâgée de 16 ans et haute de 2 m 25, se promener sous la lune avec\nle peintre sans bras et la danseuse sans jambes et devisant, en\nsoupirant, sur l'incertitude des choses et les embûches de\n l'amour!...\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "80                             DURENDAL\n\n\n   Ainsi réfléchissant, Artor était parvenu à l'extrémité du\nchamp de foire, et il allait revenir sur ses pas, lorsqu'il r e m a r q u a\nun carrousel, tout petit et tout h u m b l e , qui tournait avec une\ntelle rapidité et au son d'une petite musique si p i m p a n t e et si\nfolle, à l'écart, qu'il semblait que ce fût pour son propre plaisir.\nIl n'y avait sur ce « moulin » que de petits enfants, accrochés\ndes deux mains et de toutes leurs forces au cou du coursier qui\nles emportait, chevaux rouges, à peine dégrossis, et lions bleus,\nreconnaissables à leur crinière volumineuse et à leurs gros yeux\nblancs de potiche... Après avoir recueilli les oboles à la ronde,\nle maître du carrousel agitait une grosse sonnette comme pour\nse donner le signal à lui-même et, s'élançant, il mettait en\nbranle la machine toute décorée de clinquantes verroteries : et,\nà la grande joie des petits cavaliers, enivrés de la course éche-\nvelée, les chevaux caracolaient, les lions rugissaient, tandis que\nleurs yeux jetaient des éclairs .. E t il semblait, tantôt, que la\nmusique aiguë et frêle, émise avec volubilité par le petit orgue,\ncourait après eux, en sautillant, tantôt que, s'étant assise,\nessoufflée, pour les regarder tourner, elle se racontât, en m ê m e\ntemps, des histoires du temps jadis, vieilles, vieilles et toutes\nfraîches...\n   — Chevaux de bois, chevaux de rêve!... E t ce carrousel\naimable, avec son air de candeur, vous ramène, malgré vous,\naux époques idylliques que, du reste, vous n'avez pas con-\nnues!...\n   T o u t en se parlant de la sorte, Artor s'était faufilé dans un\ngroupe de b a d a u d s et de gamins qui écoutaient, avec une béate\navidité, les intarissables discours d'un saltimbanque installé\ndans le voisinage. Visiblement, l'homme essayait de suppléer\npar la parole au défaut de musique et de luminaire de sa\nmisérable baraque, d'attirer, de retenir les passants et, par le\nprestige de son éloquence, de déterminer quelques-uns d'entre\neux à se détacher de la foule stupide pour entrer. Mais son\npublic, peu nombreux, se renouvelait sans se laisser persuader,\ncar sa femme, assise à la porte, un enfant sur les genoux, pour\nrecevoir le prix des places, regardait sans joie le comptoir où\ns'empilaient les quelques sous de la recette.\n   C'était un étrange compagnon, d'aspect à la fois comique et\nmacabre : grand, maigre, la face basanée, un œil fixe et triste,\nl'autre clignant sans cesse, comme en signe d'hilare connivence;\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "                         EN    MARGE DE       LA   RÉALITÉ                         81\n\n\nle bras droit toujours en route pour un geste, le gauche immo-\nbile : tellement, qu'avec son costume mi-parti, sa personne\nparaissait subdivisée entre deux individus différents, l'un,\njaune, animé d'un mouvement fébrile; le second, vert, inerte et\nmorose...\n    — Messieurs et dames, venez voir le Palais des Merveilles!...\nEntrez t o u s ! . . . (Le bras jaune modérait d'un geste l'impatience\nd'une foule imaginaire, la rangeait, la g u i d a i t . . . ) . . . Là .. là...\n Chacun son tour!... N e vous bousculez p a s ! . . . Il y a place pour\n tout le m o n d e ! . . . Vous verrez ce que vous n'avez jamais vu !...\n Les prodiges des entrailles de la terre et de la mer... U n\n spectacle incomparable, enchanteur, moralisateur, instructif,\n récréatif... E t scientifique, messieurs et d a m e s ! . . . Deux sous,\n les secondes; trois, les premières!... E t il y a des places\n réservées pour les militaires et pour les têtes couronnées, s'il s'en\n trouve dans l'assistance!... Allons, on va commencer... Laissez\n donc passer le monde, vous, là, les gosses!... (Personne ne\n faisait mine de bouger; des timides, craignant des invitations\n trop directes, s'esquivaient)... On va commencer, vous dis-je!...\n  (Les bras croisés, debout, il dévisageait les gens de son œil fixe,\n  plein de mépris et de colère)... Entrez! mais entrez donc, tas de\n  niais : vous sortirez d'ici moins bête q u ' a u p a r a v a n t . . . E n t r e donc,\n  toi, là-bas, avec ton haut-de-forme, qui souris si b ê t e m e n t ! . . .\n      « T o i » c'était un vieux à physionomie usée, à l'allure\n  administrative, coiffé d'un chapeau-buse d é m o d é , sanglé dans\n  une redingote raide et râpée : quelque fonctionnaire retraité...\n  Ignorant si l'interpellation s'adressait bien à lui et prêt, dans\n  l'affirmative, à filer pour éviter une affaire, il regarda le saltim-\n  b a n q u e d'un œil interrogatif et effrayé, puis, convaincu, mais\n  craignant d'être poursuivi par lui s'il s'éclipsait b r u s q u e m e n t , il\n  commença à reculer, sans avoir l'air de rien, pour tâcher de se\n  perdre dans la foule... Mais le terrible banquiste étendant vers\n  lui son bras j a u n e , pour le désigner, comme un objet vil et\n  ridicule, à la risée publique, criait :\n      — T u as souri, vieil hébété, songeant, sans doute : « Voilà\n  t'y pas un beau palais, bâti de solives et de toiles peintes!... »\n  Toile peinte! dis-tu, mais sais-tu ce que c'est que de la toile\n  peinte?... T o u t e ta fortune, qui ne doit pas être lourde, d'ail-\n  leurs, à en juger à ton antique chapeau, ne suffirait peut-être\n  pas à payer un mètre carré de toile peinte par un artiste, à\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "82                             DURENDAL\n\n\n supposer qu'il veuille bien la vendre à un sot de ton espèce!...\n Ah! m a l h e u r ! (il fit un ricanement de dégoût et haussa l'épaule\n droite) il y a des gens, comme celui-là, qui, passant devant une\n loge à la foire, s'arrêtent pour écouter un honnête artiste comme\n moi, en se disant : « Quelles blagues va-t-il dégoiser, celui-là,\npour e m p a u m e r les imbéciles?... » Puis, ils s'en vont, en se\ndisant : « Des mensonges !... » Des mensonges !... A-t-on\nj a m a i s vu?... O h ! la la !... Sais-tu seulement ce qui est vérité\net mensonge?... (Il se promenait de long en large, dans une\nattitude de défi.) Mensonge, moi, ma femme, mes petits\nenfants; nous, enfin, saltimbanques, faiseurs de tours et de\ngrimaces, disloqués de corps et d'esprit!... Vérité, toi, ton\nménage m a u s s a d e et mesquin, le fétide cabaret où tu ren-\ncontres des êtres semblables à toi, les cancans de ton quartier,\ntoute ta vie savatée dans la moisissure de tes habitudes\net de tes rabachages?... O h ! la belle vérité que voilà, repue,\ncoite et rancie, et qui tourne en rond dans le manège de son\na b r u t i s s e m e n t ! . . . A h ! çà, pour qui nous prenez-vous, vous\nautres, et croyez-vous qu'on ne soit pas instruit, qu'on n'ait pas\nlu, étudié, réfléchi, gens des villes, gens de bureau, d'atelier ou\nde boutique, pauvres prisonniers de vos rues droites et de vos\nmaisons obscures?... Savez-vous ce que c'est que la liberté, et\nqu'elle vaut bien qu'on la paye de quelques singeries?... Car,\naprès le travail, on s'en va loin de vos faces pâles et de\nvos dégaines risibles... E t il y a la route lente, le paisible\ncheminement dans les campagnes du bon Dieu, si tranquilles\net où l'on rêve, au bruit des pas cadencés et des sonnailles\ndes chevaux... A h ! vous ne connaissez pas cela, mouches\nque vous êtes, ni les grands espaces, les champs qui ondulent\nsous le soleil ou le vent, les forêts qui n'en finissent pas, ni l'air\nlibre, ni les campements improvisés, au coin des bois, le soir,\n aux premières étoiles... »\n  Il se passa la main sur le front, d'un air égaré. Sa femme,\ninquiète, se leva, son enfant dans les bras, lui parla à voix\nbasse, pour l'apaiser... Il fit un geste d'impatience, mais se tut,\nen apercevant que le public, que ses propos ne divertissaient\nplus, sans doute, s'était dispersé... Il n'y avait plus là qu'Artor\nqui, ses trois sous à la main, montait l'escalier du Palais des\nMerveilles...\n                                                    ARNOLD     GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-004", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 83, "page_fin": 83, "titre_corps": "La Ferme normande", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Olivaint", "ancre_debut": "La Ferme Normande Le resplendissement", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "La Ferme Normande\n\nLe resplendissement     d'un joyeux soleil clair\nBaigne le vert coteau qui domine la mer.\nQue j'aime la gaité de la ferme      normande!\nElle a toujours sa porte ouverte toute grande.\nDans l'herbage voisin, les vaches au poil roux\nLèvent avec lenteur leurs yeux pensifs et doux.\nLes chiens, rentrant leurs crocs, font fête de leur queue.\nSous le bleu firmament s'étale la mer bleue;\nLes barques, dont le vol argenté       l'horizon,\nRendent au visiteur plus chère la maison,\nSi sagement assise au sein de la nature\nTandis qu'elles s'en vont vers la folle      aventure.\nOn sent l'odeur du moût qui fermente au pressoir.\nFermière, un pot de cidre ! — Oh ! qu'il fait bon s'asseoir\nA l'ombre des pommiers, près de la meule fraîche\nDont le foin sur nos fronts verse un parfum de crèche !\nTout embaume ; tout rit; tout est sain; tout est pur.\nLes voiles des bateaux rayonnent dans l'azur.\nAu fond du chemin creux, belle fleur de jeunesse,\nUne fille à l'œil noir passe au trot d'une ânesse.\nOn entend dans la plaine un troupeau de brebis.\nApportez-nous     du lait, fermière! et du pain bis !\nLes poussins, sourds aux cris des mères         inquiètes,\nSautillent à nos pieds pour picoter les miettes.\nUn coq dans le fumier donne de l'éperon,\nDresse son casque rouge, et, d'un coup de clairon,\nProclame au loin l'orgueil de l'or qui le chamarre.\nLes canards bleus et gris s'ébattent dans la mare,\nVivants petits bateaux d'une petite mer;\nEt là-bas, où les flots se fondent à l'éther,\nL'essaim des chalutiers, que la brise balance,\nSemble un groupe d'oiseaux sur une mare            immense.\n\n                                             MAURICE   OLIVAINT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-005", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 84, "page_fin": 85, "titre_corps": "Notes de voyages : Côte d’Azur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Comte d’Arschot", "ancre_debut": "Notes de voyages Côte d'Azur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "Notes de voyages\n\n                               Côte d'Azur\n                UN ciel bleu, limpide, exagérément bleu. U n e\n                     atmosphère si transparente qu'on se croit tout\n                     près des choses les plus éloignées. U n soleil de\n                     mai ; il éclaire p o u r t a n t plus qu'il ne vibre, il\n                     vernit plutôt m ê m e qu'il ne répand de la\n                     lumière.\n                       Dans les jardins se serrent confusément les\n                     uns contre les autres des palmiers, des mimosas,\n des orangers dont l'or des fruits se marie délicieusement à\n l'émeraude foncée des feuilles, des roses, des cyclamens et des\n narcisses. C'est tout un décor de printemps, d'éternel printemps,\narrangé, semble-t-il, pour faire oublier à l'homme que les\nheures passent et qu'il vieillit, que la mort est au bout de t o u t ;\n— un décor de printemps dans la clarté un peu froide des fins\nd'hivers du N o r d . On comprend que ce soit sur ces rivages\nqu'on envoie pour s'y éteindre tant de vies déclinantes. Rien\nailleurs ne pourrait autant donner l'impression d'un arrêt de\nl'Eternité et nulle part ailleurs on ne pourrait avoir autant,\navec l'illusion de beaux jours invariables, celle qu'on ne\nmourra j a m a i s .\n    Les villas sont blanches, les gazons verts, les roches grises;\nle paysage a des teintes précises, des contours tellement nets\nqu'il en devient dur, même un peu artificiel. Il n'y a pas ici,\nainsi qu'en Orient, des nuances qui se fondent, des lignes d'une\ncourbure molle, presque paresseuses comme cet Orient lui-\nmême et voluptueuses comme lui. On sent que l'homme a tout\nchangé, tout embelli, que la nature s'est laissé farder. On n'en\nsouffre pourtant pas parce que ces fleurs, ces plantes rares\napportées de loin, et qui se gonflent de tant de sève qu'elles en\noublient leurs chaudes patries, ces jardins soignés sont là pour\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "                        NOTES DE VOYAGES                         85\n\n\ndes foules qui ne sont point encore arrivées et qu'on peut jouir\nde tout sans être écœuré par leur banalité. Bien des châteaux\nbâtis par des fantaisistes d'un jour, des vogues attachées à des\nsources restées longtemps ignorées, ont gâté de superbes soli-\ntudes qui ne pouvaient être goûtées que dans le recueillement;\nici, au contraire, tout semble ne devoir avoir son aspect\ndéfinitif qu'avec des masses, des cohues élégantes et bruyantes ;\nmais un charme se dégage pourtant des choses, précisément\nparce qu'on les sent momentanément abandonnées; il s'en\nexhale une douceur suprême, la douceur un peu triste des\ngrands amours qui s'éteignent et des grandes douleurs qui\nfinissent.\n   Et des pensées sereines s'en vont lentement se perdre sur\nla mer à laquelle les hommes sont impuissants à toucher,\nsur l'eau calme, qui se déroule silencieusement en petites\nvagues bleues, incapables de colère, semble-t-il, et se déchire\nen dentelles de soie contre des rochers qui n'ont rien de\nméchant.\n   L a nature est belle, tendre au tragique quand les hommes\nn'y sont pas venus prendre ou apporter quelque chose, elle le\nreste parfois même q u a n d ils l'ont maquillée, mais alors il faut\nque tous ceux pour qui ils l'ont modifiée ne soient point là. On\ns'en rend bien compte ici, à l'ombre de ces palmiers qui ont en\ncette saison retrouvé une solitude, dans la lumière de ce soleil\nun peu trop pâle qui fait rêver d'un soleil plus ardent, devant\nces fleurs qui ont un peu l'air de « poser » tout en gardant,\nsans doute, la nostalgie des champs où il en pousse de belles\nqu'on ne soigne point et qui sont, elles, non pas les fleurs des\nhommes, mais les vraies fleurs de la terre et de Dieu.\n\n                                             Comte D'ARSCHOT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-006", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 86, "page_fin": 90, "titre_corps": "En Bretagne : Pages de carnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "En Bretagne Pages de Carnet", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "En Bretagne\n\n                             Pages de Carnet\nA JOSEPH DE GUERRIF.\n                                                                 Dinan, 20 août.\n                   TOUT à l'heure, tandis que le bateau remontait la Rance, j'ai\n                     rêvé bien longuement d'une vie calme où se réfléteraient\n                     des sourires, qui s'en irait tantôt chantante et tantôt silen-\n                     cieuse, avec des repos ombragés dans le mystère des\n                     criques... Les dernières clartés traînaient sur les eaux,\n                     très pâles; le soir tombait avec un frôlement d'aile...\n                        C'avait été d'abord un couchant fastueux sur l'estuaire\n                     et sur la baie de Saint-Malo; la mer montante entourait\n                     les îlots de vagues teintées d'or, les rochers se frangeaient\nde pourpre, et le ciel somptueux où stagnaient des nuages violets semblait\nêtre, lui aussi, un archipel de rêve. Près de nous, à l'ombre, les pelouses\net les bois dévalaient lentement jusqu'au bord. O décor féerique où doit bien\nse mouvoir la pensée de celui qui sommeille là-bas I René l'avait contemplé\nbien des fois ce coucher de soleil aux draperies royales, il y a trouvé sans le\nsavoir ce quelque chose de merveilleux dont il a vêtu son rêve, il y a trouvé\nson verbe éblouissant et le lent déferlement de ses phrases harmonieuses.\nC'est ici qu'il a dû venir bien souvent — passant mélancolique qui s'oubliait\ndans la paix glorieuse des soirs. — C'est ici qu'il rêve encore. Je m'en suis\nallé sur sa tombe, le front découvert, comme à un pèlerinage. Il a choisi\nl'endroit d'où la mer balayée d'écueils s'élargit sans obstacle jusqu'à l'horizon\nrouge; il y dort au rythme lent des vagues, seul, sous une pierre bénite, au\npied de la croix rédemptrice, face à face avec l'Infini !\n   Dans un méandre de la rivière, la vision disparaît, et l'on reste à l'arrière,\npenché sur le bord, regardant s'éloigner avec le flot calme ce peu de soi-même\nqu'on laisse partout où le cœur a battu, partout où l'âme s'est un peu mêlée\naux choses.\n   Voici enfin la nuit brumeuse qui monte des vallées et Dinan qui surgit\ndans la lueur grise des fins de jour; les maisons s'étagent sur la montée, dans\nles arbres; les frondaisons ourlent, à mi-côte, les vieux remparts, et plus haut\nc'est un tassement de toits d'ardoise où errent encore des reflets de ciel.\n   On monte en ville par la petite rue du Jerzual, rue étroite où dévalent des\nvenelles fumeuses. Les maisons caduques s'appuient l'une sur l'autre,\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3413, "texte": "                                 EN    BRETAGNE                                   87\n\ncomme dans des tremblotements de vieilles; les étages font saillie et se\nrapprochent de ceux d'en face ; je n'ai vu dans cette rue que des enfants\net des vieilles femmes. Beaucoup sont assises sur le seuil : voici une fileuse\nqui suit en rêvassant la chanson monotone de son rouet — en voici d'autres\nqui mangent la soupe avec leur chat en nous regardant passer ; voici les\ncommères qui d'une porte à l'autre se racontent les nouvelles ! E t les bon-\njours qui nous tombent des fenêtres ! E t les bustes fanés qui s'encadrent dans\nles croisées étroites ! et les intérieurs aperçus par les huis entr'ouverts : des\naïeules penchées sur la braise, sous la cheminée, près des lits clos noircis.\n    Beaucoup d'enfants aussi qui jouent — très sales sauf deux : u n e petite\nfille avec son frère. T o u s deux ont u n visage frais et rêveur, de grands\nyeux sombres et clairs, des boucles b r u n e s . Il est de ces figures d'enfants ou\nde femmes i n c o n n u e s qui traversent votre vie et que vous n'apercevez qu'un\ninstant. D'où viennent-elles? où vont-elles? Vous ne le savez pas, et pourtant\nelles laissent après elles le mystérieux parfum du souvenir; vous les avez\nvu passer blanches ou roses, elles ne s'effaceront plus de votre esprit; ou\nplutôt elles ne s'y fixeront pas, mais elles y reviendront aux heures moroses et\ngrises, si pures qu'il y aura en vous, qui se lèveront à leur passage, u n sourire\ndélicieux et une souffrance i m p a l p a b l e . . .\n    ... D a n s la nuit nous sommes restés longtemps penchés sur la vallée,\nau-dessus de la b r u m e qui montait ; nous avons deviné, du haut d'un viaduc\nimmense, la rivière, aux étoiles qui s'y miraient en tremblotant. Nous avons\npensé à ces âmes humbles et cachées, que l'on reconnaît dans les foules : sans\nle savoir elles ont s u r elles le reflet d'une lumière divine...\n\n                                                                           21 août.\n  J'ai baisé ce matin la pierre sous laquelle repose le cœur de Duguesclin.\n\n                                                                       Douarnenez.\n\n   C'était aujourd'hui le « P a r d o n » de Sainte-Anne-la-Palud. Nous- y\nsommes allés, cahotés dans une mauvaise carriole, par des chemins blancs,\nbordés de fleurs et de mûres sauvages. Dans la poussière lumineuse, des\nchars à bancs dévalaient sur les routes, et tout le long des talus verts, cher-\nchant u n p e u d'ombre, des fillettes modestes s'en allaient aussi, trois par trois,\nprier sainte A n n e . Nous sommes arrivés à midi, au milieu des flonflons de\nla fête. L'église — il n'y a guère de village — est à mi-côte, dans u n e lande\nnue, qui, bosselée de vagues mamelons, descend jusqu'à la grève. P a s u n\narbre. A nos pieds, au fond d'une baie, la mer très bleue où barbote une foule\nmulticolore. L à , d a n s la plaine, c'est le campement d'une armée de la guerre\nde Trente ans : des chevaux broutent, des charrettes de toutes les grandeurs,\n de tous les âges, de toutes les formes, sont dételées, pressées l'une contre\nl'autre, brancards en l'air, avec leurs bâches bleues, blanches ou rouges,\njusqu'à u n petit bois qui festonne l'horizon. Ici, des tentes où s'alignent les\nhommes autour de longues tables, et sur le versant, innombrables, des\ngroupes où l'on m a n g e , assis par terre ; au milieu, u n mendiant danse la\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3570, "texte": "88                                      DURENDAL\n\n\ndanse de ses vieux os : un peu u n e scène de la multiplication des p a i n s . . .\nmais qu'aurait peinte un T e n i e r s . . .\n   N o u s déjeunons devant l'auberge où fume un feu de bois. Quel b r o u h a h a\nde cohue ! on se bouscule pour entrer, pour sortir, pour conquérir soi-même\nson omelette à la cuisine ; on m a n g e partout : à terre, dans les chambres,\ndans la cour, en voiture, parmi u n va-et-vient de coiffes blanches et de gilets\nbleus.\n    ... Il est trois heures : la procession va sortir. A toute volée, les cloches\nsonnent dans le vieux clocher verdi ; la foule est dispersée, ballottée, sinueuse;\nles tentes se vident, les baraques dégorgent leur m o n d e . Oh ! le beau cha-\ntoiement de couleurs. T o u s les costumes de la Bretagne sont là, les beaux\ncostumes aux boutons d'or! L e s h o m m e s ont leurs larges chapeaux de feutre\nd'où flottent les longs rubans de velours, ils ont leurs gilets bleus, leurs\nvestons courts, leurs ceintures r o u g e s . . . E t les coiffes ! elle m o u t o n n e n t dans\nla foule bariolée, comme des points blancs, elles palpitent comme des oiseaux!\nelles y sont toutes, depuis la simple cattiole d'Ille-et-Vilaine, petit carré de\ndentelle qui se pose sur le h a u t des cheveux, jusqu'à ces édifices merveilleux\nde légèreté et de grâce fraîche d'où tombent des r u b a n s empesés et où frémit\nla mousseline.\n    Voici les bigoudens brochés de Pont-1'Abbé qui enserrent le front dans leur\nvelours étroit et leur argent pâle. Voici les b o n n e t s d'étoffes plaqués de\nclinquants au-dessus desquels on reprend les cheveux par derrière ; les petits\nb o n n e t s noirs où les fillettes du centre enserrent leurs boucles blondes. Voici\nles coiffes de dentelles fines qu'elles ont à Audierne ; et celles de P o n t - A v e n\net de Quimperlé dont vibrent les coques blanches et où des r u b a n s de lin\nblanc remontent avec des courbes lentes. T o u t cela frémit, frissonne,\n palpite, grands cygnes et petites ailes, dans u n e éblouissante b l a n c h e u r . . .\n Voyez m a i n t e n a n t les châles, les beaux châles bleus, verts, roses, dont les\njeunes filles se drapent avec un art et un goût qu'on ne rencontre pas\n ailleurs. Q u a n d elles s'arrêtent, ainsi enveloppées, elles font penser à ces\n statues de vierge qu'elles implorent c h a q u e jour et d o n t elles p r e n n e n t , sans le\n savoir, avec le d r a p e m e n t p u d i q u e , la pose sculpturale et sereine... Ces\n femmes qui passent sont des femmes de l'île de Sein, tout en noir, graves et\n belles, les cheveux partagés au milieu, le visage fier, libre et résigné. Avant\n que d'être épouses elles ont déjà leur air de veuves, et l'on sent dans ces yeux\n qui ont comtemplé toujours la mer, rien que la mer, quelque chose de la\n profondeur et du rêve infini de l'Océan d'ici...\n     Qu'il va faire bon se mêler à ces couleurs et à ces âmes et prier u n p e u ,\n en unisson avec cette foule. Hélas ! les voici encore avec leurs appareils\n photographiques, ces inévitables gros bourgeois qui viennent gâter toutes mes\n fêtes. Ce sont les mêmes qui dégustaient tout à l'heure leur c h a m p a g n e , en\n c h a n t a n t , à la pauvre auberge. Ils promènent encore ici leur gros rire\n d'esprit fort. Allons! ils se calent au premier rang, les j a m b e s écartées, le\n melon sur le chef, la bouche o u v e r t e . . .\n     C'est la procession qui sort sur le tapis d'herbe brûlée, la cohue s'écarte avec\n peine devant elle. U n paysan, presque u n géant, porte la bannière de sainte\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3563, "texte": "                                   EN   BRETAGNE                                    89\n\nA n n e ; puis c'est la foule des femmes; elles ont un cierge en main, presque\ntoutes un enfant sur les bras. Un long m u r m u r e flottant de chapelet s'élève\nde ce cortège noir et b l a n c . Puis s'avancent les h o m m e s , les hommes au\nvisage glabre et pensif. Ils vont, tête nue, les bras croisés sur la poitrine, la\ndouble rangée de boutons d'or scintille sur le gilet bleu. O les beaux h o m m e s\npleins de force calme et de paix sereine. Ils s'en vont, à travers le tourbillon\nde la vie, tranquilles et sûrs d ' e u x - m ê m e s ; tout le rêve de la lande, toute\nl'immensité des golfes bleus se reflètent en leurs prunelles graves... Après\neux, ce sont les dames de la paroisse, enlourant de leur groupe clair la\nchâsse de sainte Anne. Elles sont tout de bleu vêtues, d'un bleu très pâle,\ntrès effacé, où se dessinent en broderies d'argent d'étranges arabesques... E t\nle cortège se prolonge encore, croix d'or, bannières de velours, groupes bleus\net blancs, sinueux comme des tronçons de fleuve...\n   . . . M a i n t e n a n t , quatre clercs soutiennent la châsse à mi-hauteur, sous le\nportail de l'église, la procession rentre, très lentement. E t alors, tandis que\nl'on passe en dessous, ce sont des mains qui se lèvent pour toucher un instant\nla frange de la châsse ; les femmes seules le peuvent faire, elles lèvent\naussi leurs enfants dont les petites mains naïves s'en vont frapper dans la\ndraperie verte brodée d'or. O mères! au contact de cette mère, vous rentrez\ndans la nef où flottent des parfums de cierges et d'encens, et vous sentez\nconfusément, n'est-ce pas, en vous agenouillant sous la bénédiction dernière,\ncombien est sainte votre maternité!... L e prêtre est à l'autel, voici que les\ncloches se sont t u e s . . . on n'entend plus que l'argent des clochettes...\n   ... E n revenant, ce soir, par une route proche de la mer, nous avons eu sur\nelle, par instants, de lumineuses échappées. C'étaient de petites baies, entre-\nvues à travers les arbres qui descendaient jusqu'au bord, avec de grands p i n s -\nparasols qui se profilaient sur l'azur mat — des paysages de Corfou.\n   P l u s loin n o u s avons rencontré un paysan en habits de fête, les rubans de\nson chapeau flottaient au v e n t ; il passait au galop de son gros cheval solide.\nIl a tourné à l'instant dans un chemin de bois, et nous avons eu la rapide\nvision des g r a n d s c h o u a n s de l'an I I I et des Vendéens de Charette!\n\n                                                                         Concarneau.\n\n    Soleil couchant sur la baie de La F o r ê t . L a ville close a disparu, là-bas,\nderrière la petite pointe, dans ses remparts g r i s ; je suis seul, je m'assieds sur\nun rocher, la m e r monte. Les rives boisées du golfe se nuancent d'un peu de\nb r u m e . Devant moi, sous le soleil, la côte de Beg-Meil se découpe, noire et'\nnette comme si elle était à cinquante p a s . L e soleil est orange, orange doré.\nPas u n n u a g e : à peine quelques lignes d'ombre b r u n e aux horizons d'en\nface. P a s u n flot. La mer est un lac pâle tout parsemé d'îlots, d'écueils et de\nb a r q u e s à l'ancre; il y en a u n nombre infini. Les voiles rouges et blanches\nsont tombées, c o m m e lassées; les filets bleus, diaphanes, pendent aux mâts\ncomme des oriflammes. La mer monte encore, entourant les rochers, sans\nune écume, avec seulement de petits remous de goémons et un m u r m u r e\nvague comme celui d'une eau qui filtre. A certains moments des rides plus\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "90                                DURENDAL\n\n\nlarges plissent la route royale que le soleil trace jusqu'à moi — comme une\ninvite à sa clarté. — Voilà le soleil qui tombe, la côte est bleue sous la brume,\nle disque semble rouler sur la falaise qu'il effleure... Est-ce une falaise?\nNon, ce sont des bois. Il s'enfonce dans un crépuscule pâle et discret, sans\nun nuage à franger d'or, sans une vague à draper de pourpre, tranquille-\nment, paisible... on n'en voit plus que le haut; la mer prend des nuances\nplus chaudes, toujours discrètes : du cuivre rose. Il baisse, on aperçoit\nun bateau devant lui sur la côte, le sommet d'un arbre se découpe dans le\nnimbe qui décline... C'est fini... une aube pâle — la paix. La mer est\nblanche, sans presque une ombre, comme le ciel; elle avance toujours,\ntrès douce... il semble que le murmure qui s'élève de partout ne s'entende\nplus... Singulière impression d'une grande œuvre qui, silencieusement,\ns'accomplit. La croupe des rochers trapus se courbe, plus noire, au-dessus\nde l'eau... L'ombre monte par lignes sur la mer, au loin, comme une fumée\nhorizontale et délayée... J'écoute mon âme...\n\n  (A continuer.)                                          PIERRE NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-007", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 99, "titre_corps": "Du rôle de l’Art en apologétique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A.-D. 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Il n'entendait pas seule-\n                      ment, s'exprimant ainsi, faire appel au souvenir du divin\n                      Maître, rappeler la voie suivie pour le salut du genre\n                      humain : il prétendait tracer la route pour ceux qui\n                      veulent profiter de ce salut et aboutir au terme de la\n                      course humaine. Du reste, le Christ avait dit le premier :\n                      Si quelqu'un veut me suivre (c'est-à-dire sans doute être\nchrétien) qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et\nme suive.\n   Une procession de crucifiés, telle est donc l'image sous laquelle on figure\ncette vie, et l'on nous invite à entrer dans le cortège. Renoncer à l'illusion\nprésente, dompter la chair, mater l'esprit, tel est le programme. Or, est-ce\nvraiment là une donnée esthétique? A coup sûr c'en est une, et personne à la\nréflexion ne voudrait le mettre en doute. Cela est beau, et très beau; beau,\ndis-je, de la beauté du sacrifice, de la souffrance héroïquement acceptée, de la\nlibre mort. C'est là un de ces grands partis pris dont l'art est friand et\ndont il tire merveille, par les mains des grands artistes. La procession de\ncrucifiés est une belle vision; l'extase du renoncement au profit de la transvie\nest une donnée d'une richesse indéniable. Toutefois, il ne faut pas se le\ndissimuler, cette donnée est restreinte; il semble difficile de contester qu'elle\nmutile la vie, diminue l'homme, donc aussi diminue et mutile le miroir de la\nvie et de l'homme, l'art.\n   La vie intégrale, tel semble devoir être le domaine inviolé de celui-ci.\n Retrancher quoi que ce soit de ce domaine, c'est l'atteindre, lui, l'art; c'est\nse le rendre ennemi.\n   Or, la vie intégrale, la voici. Un certain nombre de vies emboîtées la\ncomposent. Il y a d'abord la vie végétative, vie de la chair, vie de la\n plante humaine, dont le développement harmonieux fait l'extase du savant et\n de l'artiste. L'art antique en vécut pour une forte part.\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "92                                 DURENDAL\n\n\n    Au-dessus, il y a la vie sensible et tout ce qu'elle suppose de relations avec\n le milieu naturel : relations sympathiques ou relations contraires. Pour les\n arts, les contraires se valent presque, entrant dans une notion commune qui\n s'évoque directement ou par contraste. Un beau mouvement de haine vaut un\n mouvement d'amour en ce qu'il remue en nous le même fond sympathique, en\n ce qu'il se rattache au même instinct social. Donc, faire fi de cette vie. la\n rétrécir, c'est arrêter d'autant l'élan de l'art, lui ravir un de ses domaines. Or,\n dans ce cas comme dans le précédent, n'est-ce pas ce que doit faire logi-\n quement le christianisme?\n    Montons plus haut, nous avons la vie rationnelle, avec tout le dévelop-\n pement des connaissances acquises ou à acquérir par l'homme. La vie morale\n y rentre, pour autant qu'elle se tient à niveau, exprimant la raison incarnée\n dans les faits humains, la vérité de la conduite.\n    Après tous ces degrés seulement, il semble qu'on ait le droit d'insérer légiti-\n mement la vie religieuse et sa transcendance.\n    Or bien autrement accaparentes sont nos prétentions. Tout semble sacrifié\nchez nous à la transvie. Notre vie est au Ciel, dit énergiquement celui que\n nous appelons l'Apôtre. Et nous tirons la conséquence. Un chrétien est\n d'autant plus chrétien qu'il méprise davantage ce monde-ci, fuit davantage\n ses pompes, lesquelles, pourtant, ont bien quelque connexion avec l'art et\n ses prestiges.\n    Voilà pour la doctrine.\n    En fait, on nous oppose d'abord les prohibitions juives, dont nous prenons\n pour une part la responsabilité, en acceptant pour notre religion le titre de\njudéo-chrétienne; en concédant que nos racines sont là, en Terre-Sainte,\n chez ceux que nous appelons nos pères (ex quibus sunt Paires). On nous fait\n donc souvenir de la défense, en terre juive, de représenter la figure humaine,\n sous prétexte de fuir l'idolâtrie et ses embûches. N'est-ce pas une aile énorme\n de l'édifice esthétique qui d'un seul coup s'écroule?\n    On fait remarquer ensuite que les débuts de l'art chrétien semblent peu\n favorables à la thèse qui glorifie esthétiquement le christianisme. Nous avons\ndit nous-même : L'art initial des catacombes vit presque exclusivement\nd'emprunts ; ce que nos premiers artistes possèdent, ils le doivent au paga-\nnisme. A mesure qu'on s'éloigne de celui-ci, on perd, au lieu de croître.\n N'est-ce point que la doctrine et son esprit exercent une influence desséchante?\n    On nous rappelle encore les prescriptions de certains conciles des premiers\nsiècles relatives aux représentations graphiques, toujours en crainte d'idolâtrie.\nOn nous reproche l'attitude de mystiques qui semblent bien représenter au\nmaximum l'esprit chrétien, tel saint Bernard, qui se vantait d'ignorer si le\nréfectoire de Clairvaux était voûté ou non. Cela ne l'intéressait pas. S'agissait-il\nde bâtir une église, de choisir des objets liturgiques, la simplicité nue lui\nparaissait de beaucoup préférable. Il dédaignait — et il n'était pas seul — non\nseulement la richesse vénale, mais la richesse d'art.\n   Voilà ce qu'on nous reproche, et après avoir posé en thèse que le christia-\nnisme, en raison de sa doctrine et de ses tendances naturelles, est ennemi de\nl'art, on ajoute, en vue de faire front à de trop criantes évidences, que si nous\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "                  DU ROLE DE L ' A R T EN APOLOGÉTIQUE                             93\n\n\navons une histoire artistique qu'on veut bien dire glorieuse, l'honneur en revient\nà l'esprit laïque, dont l'influence obligea les chrétiens même fervents à briser le\ncadre étroit de leur doctrine. Illogisme heureux, nous dit-on, mais enfin\nillogisme. Le christianisme, en art, doit à ses ennemis mêmes ce qu'il a de\nmeilleur.\n\n    Pour répondre avec loyauté, nous devons concéder quelque chose. Il y a du\n vrai dans ce qu'on nous dit ; mais il faut se souvenir qu'une chose où il y a du\n vrai est une chose fausse.\n    Ce qu'on dit du chrétien qu'il doit « porter sa croix » est vrai, et c'est un grand\nmalheur qu'on ne s'en souvienne pas assez ; seulement à cette vérité fondamen-\ntale il faut qu'on laisse sa signification, et pour cela qu'on l'insère à sa place\ndans le complexus de la doctrine. Tout à rebours, on l'extrait arbitrairement,\non l'isole : il en peut résulter les pires conséquences.\n    Disons donc très hautement que la religion chrétienne admet sans discussion\nles revendications ci-dessus énoncées en faveur de la vie intégrale. Elle les\nadmet pleinement; elle les admet supérieurement, seulement à sa manière, et\nen tenant compte de certains faits que le naturalisme oublie.\n   Je dis d'abord qu'elle les admet. Qu'on lise nos philosophes; qu'on lise celui\nd'entre eux qui passe au-dessus de tous pour représenter la doctrine. Saint\nThomas d'Aquin, si on lui demande quel est le principe le plus général de la\nconduite humaine, répondra aussi bien qu'Aristote : Sauver l'homme. La\nmorale, à ses yeux, n'a qu'un but : pousser notre être humain à son plus\nhaut degré de développement, en sauvegardant en lui : premièrement tout, s'il\nest possible; deuxièmement le meilleur de tout : l'ordre, avec la subordination\nnécessaire des fonctions. Il ne s'agit donc pas pour nous de refuser l'intégrisme\nau nom duquel on prétend nous accuser : nous le prenons pour base. Et je\ndis que nous l'entendons supérieurement, le poussant plus loin que les autres ;\ncar non contents de sauvegarder l'être humain tout entier, âme et corps, pour\nle temps de cette « briève » vie, nous le transportons au delà, et ne nous rési-\ngnons pas à voir périr la chair, même en la chute finale de la tombe. L'article\nultime du Credo inscrit la vie éternelle de la chair au nombre des dogmes fon-\ndamentaux du christianisme. Contrairement au rationalisme matérialiste, qui\nne donne à la vie soi-disant intégrale que des années terrestres, c'est-à-dire le\ncontraire d'une intégrité suffisante ; contrairement au spiritualisme excessif qui\nne s'inquiète que de l'âme, se résignant à la « fin de toute chair » sans nulle\nreprise d'espérance, disant avec Epictète : « L'homme est une âme qui traîne\nun cadavre » : abandonnons de bon cœur le cadavre, nous voulons, nous, que\nl'homme vive à jamais, et que ce soit tout l'homme. Si une doctrine est inté-\ngriste, c'est donc certes la nôtre, et l'on pourra trouver chimérique, peut-être,\nnotre rêve d'outre-tombe, mais dire que nous concevons rétréci l'être humain,\nque nous ruinons sa destinée et méconnaissons sa nature, non, ce serait une\ncontre-vérité trop criante.\n   Aussi l'Eglise a-t-elle toujours combattu les prétendus spirituels : Mani-\nchéens, Albigeois ou Cathares, qui sous prétexte de purification reniaient une\nmoitié de l'œuvre divine. Toute théorie ou toute tendance impliquant la mécon-\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3538, "texte": "94                                 DURENDAL\n\n\nnaissance formelle de la chair, l'Eglise l'a condamnée, se souvenant de ce qui\nest écrit dans la Bible : Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et elles\nétaient très bonnes.\n   Seulement — nous arrivons au seulement — Je christianisme après avoir\nposé sa théorie se souvient qu'il est une discipline pratique, j'ose dire ultra-\npratique. Il sait qu'on ne vit pas uniquement de principes généraux : on en\nmeurt. Fixer la nature abstraite de l'homme, c'est bien ; en conclure sa destinée\ndéfinitive, eu égard à la courbe totale de la vie, en y comprenant la survie,\nc'est bien encore; mais oublier l'immédiat qui est le réel d'aujourd'hui, voilà\nce dont le christianisme n'est pas capable. L'homme est une réalité vivante, ce\nn'est pas « une proposition ». Dire : c'est un végétant : laissons-le végéter à\nson aise; c'est un être sensitif : qu'il sente; c'est un être raisonnable : que sa\nraison se développe à sa guise; puis qu'il aille au divin qui l'appelle : c'est un\nleurre. Un formidable obstacle se dresse sur ce chemin à plusieurs voies et\nrisque de faire dévier en tous sens les véhicules : c'est le péché. J'entends le\npéché de nature, qui crée en nous le désordre intérieur, l'anarchie vitale en\nraison de laquelle l'équilibre harmonieux d'une vie laissée aux hasards d'une\nspontanéité sans contrainte est devenu impossible. La loi des membres dont\nparle saint Paul est un fait d'expérience; elle contredit pour une part à la loi de\nl'esprit, tout en lui fournissant ses moyens. Ne rien restreindre, ne rien brider\nen nous, ce n'est pas s'avancer vers l'intégrisme hiérarchique et normal en quoi\nl'on dit que consiste la vie humaine, c'est préparer à la vie d'en bas des\ntriomphes. Ce que Preyer appelle l'âme cérébrale, c'est-à-dire cette petite\nflamme de raison qui se lève en nous au sommet de la pyramide vitale, est\nchargée de gouverner tout le reste ; mais combien facilement tout le reste la\ngouverne! Le déterminisme inférieur est le plus fort; pour lui, presque jalou-\nsement, la nature travaille. Voilà le fait dont le christianisme doit tenir\ncompte, s'il a la prétention de régir la vie. Il doit veiller à ce que rien en nous\nne déborde, et donc réfréner violemment, s'il le faut, les tendances anar-\nchiques. La mortification des sens au profit de l'esprit, la mortification de\nl'esprit même, au bénéfice de la vie divine, s'imposent. Or, le renoncement\nqu'on nous prêche n'a pas un autre sens; la mortification, en dépit de l'appa-\nrence des mots, est une œuvre de vie, en ce qu'elle travaille pour la meilleure\nvie. Le christianisme ne fait donc brèche à la théorie, à sa propre théorie,\nqu'en apparence; en réalité il la sert, donnant à son fidèle le bénéfice de cette\nparole mémorable à jamais de l'Evangile : Qui veut sauver sa vie la perdra,\net qui consent à la perdre la sauve.\n    Toutes les époques, tous les groupes qui ont oublié cette loi ont été\nvictimes de leur imprudence; prétendant développer en nous tout, sans\nrestriction de contrainte, ils ont versé dans le sensualisme.\n    Les Grecs ont fait cette expérience au profit des autres, à leurs propres dépens.\n Ils ont dit : L'homme est une harmonie : sauvons l'harmonie de l'homme;\ndéveloppons tout en lui d'un même soin ; laissons-le s'épanouir librement et\nfaisons la synthèse humaine. Avec ce parti pris théoriquement irréprochable, ils\nsont allés aux pires excès. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont leurs grands\n amis, c'est Taine, qui attribue à leur civilisation la culture de la chair\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                                95\n\n\n« jusqu'au vice ». Si l'on veut savoir quel vice, on n'a qu'à lire le Banquet\ndu « divin Platon » ou telle œuvre contemporaine.\n   Avec le socialisme, on veut reprendre aujourd'hui cet essai. On ne le tente\nqu'en petit, timidement, parce que le milieu résiste, tout imprégné qu'il est\nde christianisme. Néanmoins, les faits répondent déjà dans la mesure où on\nles sollicite. Sauf quelques exceptions qui font honneur à de hautes consciences\nindividuelles, le sensualisme gagne là aussi, et le développement intégral dont\non nous rebat les oreilles tourne simplement à l'égoïsme en ce qui concerne la\nvie sociale, au vice sensuel en ce qui regarde l'individu.\n   Qu'on ne nous reproche donc pas de sacrifier dans la mesure que de droit\nl'accessoire à l'essentiel; de jeter, en tempête, quelques marchandises à la mer,\nou, quand la maison brûle, de bousculer des meubles et d'en jeter quelques-uns\npar les fenêtres. L'Evangile dit encore : La vie ne vaut-elle pas mieux que le\nvêtement et le corps que la nourriture'! Nous poursuivons et nous disons :\nLa vie supérieure, en nous, ne vaut-elle pas mieux que l'autre? Qu'on laisse\ndonc l'admirable maîtresse de vie qu'est l'Eglise juge de leur subordination,\net des moyens pratiques, à base de sacrifice, qui la réaliseront en sagesse.\n\n   L'intégrisme chrétien réduit à ces proportions pratiques est d'autant plus\nrecevable que notre destinée, nous le rappelions à l'instant, comprend deux\nphases hétérogènes, comprenant deux domaines. Pareil au projectile fabuleux\nqui s'élance au delà de l'atmosphère : dans l'espace, l'être humain prend la\nterre comme départ, mais veut pousser plus loin, de sorte que la charge doit\nse juger, le pointage s'opérer d'après cette trajectoire transterrestre. Si l'on se\nplace à ce point de vue, on verra que l'intégrisme est chez nous en honneur\ncomme nulle part : c'est seulement à l'égard d'une portion de destinée qu'il\nfléchit. Mais serait-il nécessaire, pour qu'une chose soit ce qu'elle est, qu'elle\nle soit intégralement à tout moment de son existence ? L'enfant est homme,\net sa vie manque cependant de beaucoup de choses qui font partie de la vie\nde l'homme. Serait-ce donc à nos yeux un désordre, et la subordination de ce\njeune présent à l'avenir, pourvu qu'elle ne comporte aucun sacrifice inutile,\nserait-ce donc une cruauté? Il en est de même dans la doctrine de survie au\nregard de laquelle la vie présente tout entière est une sorte d'enfance. Quand\nle parfait sera venu, ainsi que dit saint Paul, nous pourrons rejeter les con-\ntraintes; l'intégrisme complet aura alors son cours effectif. Pour l'instant,\nil est livré à la succession, et la sagesse pratique dit d'attendre.\n\n   Qu'en ressort-il au point de vue de l'art? Il en ressort que nous ne pouvons\nlâcher à celui-ci la bride. Lui dire : A toi la vie en toutes ses manifestations,\nreflète-la sans autre règle que les tiennes propres, nous ne le pouvons pas.\nLa prudence qui s'impose à l'homme s'impose à tout ce qui est de l'homme;\ntoute discipline en est comptable; elle est l'universelle maîtresse de la vie,\njugeant du but dernier qui est la règle suprême. Hors de là, liberté! Mais,\nen deçà, contrainte. Cette restriction serait-elle excessive ? Qui le prétendra,\nétant donné le point de départ accepté de la doctrine ? Un artiste, en même\n temps qu'il est artiste, est un homme. Comme artiste, il est libre, sauf à\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3355, "texte": "96                                 DURENDAL\n\n\nl'égard des règles de l'art. Mais comme homme, s'il est libre aussi, c'est à la\ncondition d'ajouter : saut' la règle de l'homme. Cette règle est la prudence\nmorale, par laquelle on atteint la fin de l'homme.\n   Alors?...\n   Alors, nous avouons qu'en raison de cette doctrine, la discipline chrétienne\ndevra se montrer peu favorable à ce que certains voudraient considérer comme\nle summum de l'art : le nu, la glorification de la chair, et, en général, l'ido-\nlâtrie de la forme comme telle. Les préoccupations chrétiennes sont ailleurs,\net pour une forte part à rencontre. Le christianisme a souci de la vie divine ;\nil se passionne pour le « salut » : il est fatal que là où il règne vraiment, on\nnéglige quelque peu les manifestations inférieures de la vie humaine. La plas-\ntique, qui s'y rattache tout directement, sera donc tenue à l'écart, le nu,\nregardé d'un mauvais œil, comme travaillant pour la loi des membres, au lieu\nde préparer l'ascension de l'esprit.\n    II n'y a pas à le dissimuler, cette branche d'art tant vantée, d'autant plus\nvantée que l'opposition dont elle est l'objet anime ses défenseurs — n'est pas\njugée avec faveur par la morale chrétienne. La forme humaine est admi-\nrable; j'allais dire adorable, songeant aux doigts divins qui en pétrirent\nl'argile. Le statuaire de l'Eden a autorisé, ce semble, ceux qui voudraient\nvenir à sa suite, et qui tenteraient, la nature défaillant à l'œuvre, de reconstituer\nl'idéal. Faisons l'homme ! a dit Dieu : allons-nous défendre à l'artiste de répéter à\nson tour : faisons l'homme?\n    En principe, ce serait là une folie, fille d'un faux mysticisme. Le nu, en soi,\n est une sublimité. Seulement, il faut redire que les choses en soi ne gouvernent\n pas le monde. Le nu sublime en théorie, est dangereux en fait. S'il s'impose\n à l'artiste à titre d'étude, parce que si l'on ne sait cela on ne sait rien à fond ;\nparce que à la figure drapée il faut une structure organique sous-jacente, du\n moins l'œuvre en sa signification générale ou définitive fera t-elle mieux, peut-\n être, d'illustrer autre chose; de glorifier, au lieu de la chair traîtresse et tenta-\ntrice, des objets plus élevés, appartenant au plan supérieur de la vie, là où\n notre pente naturelle ne nous porte plus et où tous les secours humains, art\n compris, ont toute raison d'essayer de hausser l'homme.\n    Voilà ce que dit, en effet, le christianisme. Si ce verdict est sévère, du\n moins doit-on convenir qu'il est sage.\n\n   D'ailleurs, si le dédain de la chair et de la forme comme telle menace notre\nart chrétien d'une infériorité relative, absolument parlant, nous avons vu que\nsa supériorité est immense. Ce n'est pas pour rien qu'on néglige les parties\ninférieures de l'art; c'est pour ouvrir plus grandes, au delà, les avenues de\nl'idéal. Nous pouvions dire plus haut, en le prouvant, que l'action du chris-\ntianisme a élargi merveilleusement le domaine de l'art, en a exhaussé le\nniveau, et soit qu'il s'agisse de la nature, soit qu'il s'agisse de l'homme indi-\nviduel ou social, a développé devant lui des horizons illimités.\n    Qu'on prenne dans l'art païen et dans l'art chrétien des sujets parallèles,\ntels Apollon ou Eros et le Christ, la Vierge et Vénus, la mère douloureuse du\nStabat et Niobé, et qu'on dise où sont les plus hautes ressources esthétiques.\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3542, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGETIQUE                                 97\n\n\nOn ne peut préférer les types antiques qu'après avoir méconnu les autres.\nEn dépit de ce que les données païennes ont suscité de chefs-d'œuvre, un\njuge désintéressé reconnaîtra que, tout compte fait et les droits du génie mis à\npart, les profondeurs d'humanité y cèdent trop souvent à la forme, le sujet au\nprétexte, et la richesse du sens à la calligraphie merveilleuse.\n   Nous ferons voir par l'étude des faits combien le christianisme se défend\nglorieusement des reproches qu'on lui adresse. En attendant cette offensive,\nvoici ce qu'on peut répondre aux objections de détail que nous avons formulées\ntout à l'heure.\n\n   Notons d'abord que l'intégrisme vital et les caractères d'art attribués par\nnous au christianisme lui appartiennent à le considérer en soi et dans l'ensemble\nde son développement historique. Il faut après cela faire la part : premièrement,\ndes temps ; deuxièmement, des circonstances ; troisièmement, des hommes.\n   Je dis la part des temps, parce que les débuts d'une institution, quelle qu'elle\nsoit, ne peuvent suffire à la caractériser toute; qu'ensuite telle ou telle phase\nmoins heureuse peut dévier en quelque chose de ce qui est son idéal et faire\ntort à celui-ci dans l'esprit de qui observe. Il est certain, par exemple, et je l'ai\nconcédé, que l'art des catacombes ne suffirait pas seul à glorifier esthétique-\nment le christianisme; mais il faut se souvenir que les chrétiens avaient alors\nautre chose à faire. Ils s'opposaient moralement au monde païen avec une\nvéhémence qui leur prenait toute l'âme; ils vivaient sous une menace perpé-\ntuelle d'écrasement, au milieu de dangers qui ne comportaient guère l'épa-\nnouissement de la vie normale. Dans une tension mystique permanente, visant\nà l'essentiel, ayant à imposer quelques notions primordiales en opposition\nflagrante avec leur milieu, ils négligeaient facilement tout le reste. Où\neussent-ils pris le loisir de s'adonner aux sublimes passe-temps de l'art? Celui-ci\nn'était pour eux qu'une écriture au service de pensées vitales. Aujourd'hui\ndonc, il faut que la critique, s'appliquant à ces époques, fasse crédit et réserve\nses jugements pour un temps où l'histoire chrétienne se développera sur un\nplan plus large. Vienne l'édit de Milan qui donnera la paix à l'Eglise, celle-ci\ncommencera à montrer ce qu'elle peut, en art autant qu'en vie sociale.\n   Il faut donc considérer les temps, et il faut considérer aussi les circonstances.\nC'est en pensant à elles qu'on innocentera le christianisme au sujet de l'oppo-\nsition faite, à certaines époques, touchant quelques catégories de représentations\ngraphiques. De telles protestations furent dictées par le principe de prudence\ndont nous faisions plus haut la trop facile apologie. Pense-t-on que chez les\njuifs le danger d'idolâtrie fût chimérique? Un petit peuple entouré de puis-\nsantes civilisations idolâtres, où le culte des statues animées florissait, livré\nlui-même, ainsi que les peuples primitifs, à la superstition du signe où la chose\nsignifiée était censée résider mystérieusement, ne pouvait manquer d'être\nexposé à de graves abus religieux par le fait de représentations pouvant faire\noffice d'idoles. Il en fut de même plus tard, toute proportion gardée. Tout au\ndébut du christianisme, alors qu'on venait de renverser les idoles, il était\n naturel qu'on craignît de les voir reparaître dans les statues, d'autant que les\n formules d'art, tout imprégnées de paganisme, ne pouvait de sitôt s'en\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3320, "texte": "98                                      DURENDAL\n\n\n\n déprendre. On le voit dans les peintures des catacombes. Alors, on se défie,\net répudiant les représentations trop dangereuses, on se renferme dans le\npieux langage figuré des cryptes. Ne sait-on pas que, plus tard encore, un des\nascètes fameux de la Théba'ide croyait sur la foi des images que Dieu est un\ngrand vieillard à barbe blanche? Quand on le tira de son erreur, il se soumit,\nmais il allait criant : « Ils m'ont enlevé mon Dieu! »\n   Qui donc oserait conclure de telles mesures locales ou temporaires au\ncaractère iconoclaste d'une religion qui a fait lever tant de grandes œuvres.\n   Quand Léon d'Isaurien et Constantin Copronyme. de vrais iconoclastes,\nceux-là, se livraient à leurs exploits, aveuglant et mutilant les artistes, brisant\nles images, emprisonnant les prêtres qui ne se pliaient pas à leurs fantaisies\nbrutales, le pape Grégoire III fulminait ce reproche sanglant mêlé à des\nexhortations pleines de noblesse : « Une chose m'afflige, c'est que tandis que les\nsauvages et les barbares se civilisent, toi, l'homme de la civilisation, tu tombes\ndans la barbarie (1). »\n   Voilà donc la doctrine. Le reste, je veux dire les prohibitions gênantes\nimposées à certaines manifestations artistiques, n'est que restriction pruden-\ntielle, se justifiant hautement par la poursuite d'un but supérieur.\n   Enfin, je demande et la justice aussi demande que les personnes soient\nlaissées responsables de ce que leur honneur privé, leurs tendances ont pu\najouter ou retrancher aux influences authentiquement chrétiennes. Dans un\ngroupe quel qu'il soit, nulle mentalité individuelle ne peut prétendre à elle\nseule incarner la doctrine tout entière. Les erreurs et les déviations person-\nnelles existent partout; même les héros religieux n'en sont pas à l'abri. Il est\ndonc possible que l'excès du mysticisme intérieur ait pu faire oublier à certains\ntel aspect de la vie qui ne méritait pourtant ni dédain ni blâme, qui eût pu, au\ncontraire, servir le sentiment religieux, élargir son champ d'action, le nourrir.\nCe fut le cas de saint Bernard; mais on sait que des protestations autorisées se\nfirent entendre par la bouche de Pierre le Vénérable et de Suger contre les\nexagérations passionnées de cette grande âme. On lui fit voir qu'il débordait\nsur la tradition, et que son rigorisme, tout élevé qu'il fût de sentiment, était\nune étroitesse.\n   Que si l'on regarde non plus à la doctrine, mais à la pratique d'art, et\nqu'on demande pourquoi tel artiste qui passe pour représenter le mieux l'art\nchrétien, Angelico par exemple, a négligé si souvent la forme, il ne faudrait\npas croire que ce fût par dédain. Evidemment, il n'y attachait qu'une impor-\ntance secondaire ; l'expression était sa recherche, et l'on sait à quel point il y\nexcella. Mais si j'ai dit plus haut les motifs religieux de cette préférence, je\nconsidère volontiers qu'elle ne doit impliquer nul mépris pour les formes\nsavantes et l'expression de la vie en tous ses domaines. Or, qu'il en fût ainsi chez\nAngelico, — j'y insiste parce que son cas a donné beau jeu à nos adversaires —\nj'en donnerai cette preuve péremptoire que le pieux artiste perfectionna de plus\nen plus sa technique, et fit effort sans cesse, lui l'élève des missels et de leur\n\n\n  (1) Lettre sur le culte des images.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1173, "texte": "                DU   ROLE    D E L'ART EN A P O L O G É T I Q U E                   gg\n\n\n\ninspiration candide, pour se mettre à la hauteur des progrès réalisés par\nMasaccio, Ghiberti et Bartoloméo ses contemporains. N'aurait-il pas pu dire,\ncomme Léonard dans son épitaphe : Quod potui feci, veniam da mihi,\nposteritas ?\n   Qu'on s'en souvienne donc, une doctrine universelle comme la religion\nchrétienne a le temps et l'espace devant elle; elle participe aux progrès\nhumains et aux vicissitudes humaines On ne peut pas lui demander de mani-\n fester partout, toujours, chez tous, les conséquences de ses principes. C'est\nassez que ceux-ci soient nettement formulés; que dans l'ensemble de sa vie,\nleur influence éclate. Or, c'est ce que je viens de faire voir en ce qui concerne\nla première partie de ce programme. La seconde pourrait nous retenir long-\ntemps : tout au moins vais-je y jeter un rapide regard. Il me suffit de prouver\n que, sur le terrain des faits, la justification du christianisme est facile.\n\n   (A continuer.)                                  A.-D. SERTILLANGES,\n                                            Professeur à l'Institut catholique de Paris.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-008", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 104, "titre_corps": "Joris-Karl Huysmans d’après sa correspondance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Joris-Karl Huysmans d'après sa correspondance (Suite)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "Joris-Karl Huysmans\n           d'après sa correspondance\n                              (Suite)\n\n\n\n\n               Si Joris-Karl Huysmans eut le profond chagrin de\n                  voir des catholiques peu éclairés mettre en\n                  doute son incontestable sincérité qui, pour tout\n                  esprit non obnubilé par des préjugés, était\n                  d'une évidence éblouissante, il eut par contre la\n                  grande joie de se voir compris d'emblée par\n                 certaines âmes d'élite et notamment par deux\n                 femmes supérieures, deux moniales de l'Ordre\nde saint Benoît, remarquables à la fois par leur mysticisme et\npar leur haute intelligence, l'abbesse de Solesme et l'abbesse de\n Fiancey. Il ne sera question de la première que dans des lettres\nsubséquentes. Mais l'autre, la vieille abbesse de Fiancey, « la\nbonne mère Célestine », comme l'appelle notre ami, va nous\nêtre présentée à l'instant et c'est d'elle qu'il sera principale-\nment question dans plusieurs des lettres suivantes. Huysmans\neut, un instant, la douce illusion de pouvoir, avec l'aide de\ncette vaillante femme, fonder un Ordre religieux d'artistes.\nQuel rêve magnifique pour une nature toute enflammée pour le\ngrand art religieux comme le fut notre ami, que celui de fonder\nun ordre monastique où l'on n'eût eu pour objet que ces deux\nidées maîtresses : Dieu et l'Art, c'est-à-dire ce qui fut l'unique\nidéal du maître écrivain depuis sa conversion et auquel il resta\nfidèle jusqu'à sa mort. Hélas! ce beau projet ne devait jamais\nse réaliser, comme on le verra par la suite. Faisons maintenant\nconnaissance avec l'abbesse de Fiancey dont J.-K. Huysmans\nva nous silhouetter l'attachante, curieuse et peu banale\nphysionomie :\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3017, "texte": "        JORIS-KARL      HUYSMANS       D'APRÈS    SA C O R R E S P O N D A N C E   101\n\n\n\n    MINISTERE                                                  Paris, le 24 mai 1907.\n         DE\n L'IXTÉRIEU R\n\n\n                     MON   CHER   ABBÉ,\n\n     J'ai reçu l'article que vous avez bien voulu m'envoyer. Il est absolument\n  très bien, très bien — et il me sera bien utile, surtout pour la défense de\n  pauvres gens qui ont eu tant d'ennuis avec moi. Je vous parlerai de cela\n  quand je vous verrai, de l'ineptie féroce de certains curés, d'amis que je ne\n  peux plus voir qu'en cachette. Et dire qu'ils m'ont amèrement reproché de les\n  avoir jugés médiocres ! !\n     J'avais reçu aussi une brochure très artistement écrite de Van den Bosch\n  sur Maredsous. Elle m'a d'autant plus intéressé que j'ai un peu piatiqué cet\n  Ordre, où je compte de bons et de sincères amis. J'y ai passé avec eux, l'an\n  dernier, à Saint-Wandrille, de délicieuses heures. Malheureusement, en\n  France, l'Ordre est bien malade, divisé, travaillé en tous sens, entre un parti\n  de vieux et un parti de jeunes.\n     Mais, il y a parmi eux un moine extraordinaire, artiste intelligent et saint.\n  Il est actuellement en exil sur les montagnes de Silos, en Espagne ; mais je\n  crois bien qu'il reviendra quand les haines des vieux bonzes se seront cal-\n  mées — et si l'Ordre qui se meurt ici, doit être rénové, ce sera lui qui le fera,\n  sans doute.\n     Je l'aime beaucoup et nous avons fait de beaux rêves ensemble. — Je vous\n  avouerai même que si Dom Besse était resté à la tête de Saint-Wandrille, je\n  m'y serais retiré, ayant, depuis le jour où je suis sorti de La Trappe, le désir\n  continu du cloître. Enfin, ce sera, je l'espère, pour plus tard, car j'aime\n infiniment l'Ordre bénédictin.\n     Les belles vies de saints qu'il y aurait à faire au cloître I J'ai toujours rêvé\n ma bonne Lidwine, que je n'ai fait qu'ébaucher dans En Rouie, faite ainsi,\n loin du monde. Il me semble que je ferais quelque chose de propre. La\n pauvre hagiographie, en voilà une qui aurait bien besoin d'être rénovée par\n l'art!\n    Si mon livre m'a valu bien des tracas et de douloureux ennuis — doulou-\n reux parce que vraiment rien n'est plus dur que de voir souffrir des amis\n pour soi — il m'a valu bien des joies. Il m'a fait connaître des âmes\nadmirables. Il en est une bien étonnante, celle d'une mystique, d'une vieille\nabbesse de 75 ans, fondatrice d'Ordre, avec laquelle je suis en relation\ndepuis ce livre.\n    Cette femme m'a écrit des choses admirables; elle avait lu le volume et le\nbeau cri qu'elle jette dans une lettre : « Ce que je perçois le mieux en vous,\nc'est que, comme tous les intellectuels de notre époque, vous avez vécu\npar la tête, par l'esprit, par l'orgueil... Mon cher ami, permettez cette fami-\nliarité à une vieille moniale, il faut aimer. Le cœur est sec chez vous\ntous, c'est à faire pleurer. Vous n'avez même pas aimé les femmes ! »\nJ'ai eu des renseignements sur elle, c'est une véritable sainte; elle me presse\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2949, "texte": "102                                  DURËNDAL\n\n\nd'aller la voir; j'irai d o n c en D r ô m e , où est son abbaye, dès que je serai u n\npeu libre.\n   Elle est extraordinaire, ma mère Célestine; elle a les mêmes idées que Dom\nBesse sur la puissance de l'art et la nécessité de le réinfuser d a n s le corps\ncatholique. Elle étudie u n e sorte de cloître pour cela. Et, comme elle est très\nvénérée et fort bien en cour de R o m e , peut-être réussira-t-elle; elle est d'ail-\nleurs comme tous les mystiques, une organisatrice de premier ordre et u n e\nfemme d'un parfait bon sens. J e vous tiendrai au courant des choses qui pour-\nraient se passer de ce côté.\n   E n a t t e n d a n t , la brave Mère prie et fait prier son couvent pour moi ; ce qui\nm'est fort utile, vous le pouvez penser.\n   Voilà, mon cher Abbé, les quelques nouvelles que je vous pouvais d o n n e r ;\nmais vous m'en donnez de meilleures que toutes en m ' a n n o n ç a n t que le livre\naide, en Belgique aussi, aux conversions. Rien ne peut me rendre plus heu-\nreux, car si je me suis d o n n é bien du mal, n'en suis-je pas plus que s o m p -\ntueusement récompensé ainsi; ce que je vous veux dire aussi, c'est que je\nvous remercie de tout cœur de l'amitié que vous voulez bien avoir pour m o i .\n Q u e le Seigneur vous en r é c o m p e n s e ! Priez aussi pour moi, mon bien\n cher Abbé, et prenez ici toute l'assurance de ma bien respectueuse affection.\n                                                                          Votre\n                                                                  J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n   J'ai écrit, avant l'arrivée de votre lettre, à Van den Bosch avec l'adresse de\nla Revue, à Gand. Je pense que m o n épistole lui parviendra, comme u n e\npremière que je lui envoyais, au même endroit, à propos de sa brochure sur\nMaredsous.\n\n\n      MINISTÈRE                                                  Paris, le 29 mai 1893.\n\n L'INTÉRIEUR\n\n\n     Mon bien cher Abbé, vous me d e m a n d e z si je suis content de la défense\n de tout le jeune catholicisme belge! Oui, et je serais bien difficile, si je ne\n l'étais point. Vous êtes vraiment exquis et votre article si net, si carré de Duren-\n dal est d'une tenue dont aucun journal catholique français n'a même idée.\n    J e vais écrire un mot au baron de Haulleville, car je me figure bien\n qu'il a dû un peu forcer les portes du journal pour pouvoir entreprendre cette\n défense.\n    T â c h e z donc de m'envoyer deux n u m é r o s de Durendal, si vous pouvez.\n J e pourrai les faire passer à Saint-Sulpice. Ils pourront être utile à mes amis\n p o u r me défendre.\n     Voici, d'autre part, l'adresse de m a b o n n e mère Abbesse : L a R é v . Mère\n Abbesse du monastère de Fiancey, à F i a n c e y par Valence (Drôme).\n     Elle est extraordinaire. Imaginez que cette n o n n e a fondé tout un O r d r e q u i\n prospère. E n t r e t e m p s , elle vient de créer un établissement pour les vieillards\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3418, "texte": "         JORIS-KARL HUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE                                      103\n\n\ndans le R h ô n e . Enfin, K n e i p p est venu trouver l'Evêque de Valence et lui a\ndemandé à fonder u n institut de sa médecine. L ' E v ê q u e lui a dit : « Voyez\nl'abbesse de F i a n c e y , si elle le veut, ce sera fait. » La-dessus, la Mère Célestine\ns'est rendue depuis u n mois à Valence, elle a tout organisé, p o u r v u au service\ndes malades avec des religieuses, et cela marche.\n   Maintenant, elle va retourner dans son cloître; je n'en suis pas fâché, car\nelle a 70 a n s et se s u r m è n e avec tous ces travaux. J'en vois les traces d a n s\nla lettre qu'elle m'écrit.\n   L a g r a n d e affaire — ceci entre nous deux, n'est-ce pas? — c'est que\ncette bonne abbesse rêve la création d'un nouvel Ordre destiné aux artistes.\nElle voudrait, en s o m m e , faire ce que les Bénédictins de F r a n c e sont, avec\nleur médiocre personnel et leurs basses divisions, incapables de faire. Elle\ncompte sur moi pour cette œuvre — et je ne d e m a n d e pas mieux, car depuis\nplus d e trois a n s q u e j'ai fait m a première visite à L a T r a p p e , il n e s'est pas\npassé de jours où je n'ai rêvé du cloître. P u i s la joie, d a n s une abbaye où il\nn'y aurait, vous pouvez le croire, que du plain-chant et des objets propres, de\npouvoir travail 1er en paix à u n e vie de la b o n n e L i d w i n e ! — enfin, tout cela n'est\nencore qu'à l'état de projet. J e pars en juillet à Fiancey où elle me réclame,\npour causer de tout cela avec elle. Malheureusemeut je vois bien des difficul-\ntés et surtout bien des longueurs, d'autant que je veux bien donner m o n n o m\npour aider à l'affaire, mais je ne veux en revanche que la paix du simple\nmoine, après. Or, je connais bien u n moine admirable pour diriger le cloître,\ncelui dont je vous ai parlé et qui est en exil à Silos, mais il est bénédictin et ne\nvoudrait sans doute pas quitter son Ordre.\n   Enfin, je compte sur la Providence pour arranger tout cela, en supposant\nque telles soient ses vues. Ce serait si beau cette tentative de rénover l'art\nreligieux, dans un milieu vraiment propice, en supposant que nous puissions\ntrouver des sculpteurs, des peintres, des gens de lettres de talent, épris de\nmystiques et désireux de solitude, dans un cloître!\n    Ce sera bien difficile à trouver, j'en ai peur. Il est v r a i que si nous étions\ndes religieux propres, l'exemple pourrait déterminer des arrivées. P u i s . . .\npuis... ce qu'il faudra d'argent, en somme ! car forcément, il faut pouvoir\ndonner l'hospitalité d a n s u n e telle abbaye à bien des gens pour les décider\nou leur permettre au moins de se tâter.\n    L'abbaye est, en tout cas, trouvée; ce serait celle de Fiancey que l'abbesse\nnous abandonnerait.\n    Vous me demandez de mettre mon nom parmi vos collaborateurs — mais\nde grand cœur — et de vous donner de la copie, si cela m'est possible. —\nHélas! je n'ai rien pour l'instant, car j'ai bien u n e intéressante préface que\nj'ai faite p o u r ce volume très curieux que Bois va faire paraître sur le\nsatanisme. Malheureusement, il paraît, le mois prochain, et votre numéro\nne sera plus qu'en juillet.\n   Enfin, je verrai, j'ai une préface à faire pour u n petit chef-d'œuvre que j'ai\ntrouvé, un catéchisme de liturgie. L'éditeur ne veut pas le faire reparaître,\nsans cela et sans u n travail de plain-chant qu'est en train de faire le\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "104                                  DURENDAL\n\n\n\nprofesseur d e plain-chant de Saint-Sulplice. Si cela vous plaisait, je vous en\ndonnerais la primeur, q u a n d elle serait faite.\n  Mais je suis u n peu gêné là d e d a n s . J e la fais pour faire u n e b o n n e œuvre\npour aider à lancer ce livre qui est u n e merveille de lucidité et d e méthode,\nmais l'éditeur est u n libraire religieux et je suis obligé de mettre u n p e u de\ncendre sur mes phrases pour ne p a s nuire a u b u t d u livre qui doit faire\nbeaucoup de bien, de l'avis de tous les prêtres qui l'ont lu.\n  Adieu, mon bien cher Abbé, et bien respectueusement et affectueusement à\nvous.\n                                                              Votre dévoué,\n\n                                                             J . - K . HUYSMANS.\n\n\n  (A continuer.)                                             HENRY       MŒLLER.\n\n\n                           Reproduction interdite (i).\n\n\n\n\n   (1) Nous interdisons formellement la reproduction de ces lettres de J.-K. Huyi-mans\net de celles qui suivront.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-009", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 112, "titre_corps": "Vie de Dans Helinand par Guillaume Colletet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ad. 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Il est bien vrai que Loisel dit qu'il en avoit vu u n e partie\ndans la bibliotheque de ce celebre chanoine de l'Eglise de Paris, Jean de\n\n\n    (1) Les Vers de la Mort, éd. de 1905, strophe XVII :\n                               Morz qui les hanz en prison tiens\n                               Aussi comme nos, povres chiens,\n                               Cui li siècles a en despit :\n                               Salue deux evesques miens\n                               Qui sont de Noion et d'Orliens ..\n    (2) Cousin germain de Philippe-Auguste et neveu de l'archevêque de Reims, Henri de\n Dreux fut évêque d'Orléans de 1186 jusqu'à U9S, date de sa mort. Hélinand parle encore\nde ce même personnage, ainsi que de son frère Philippe de Dreux, dans ses œuvres latines\n(Flores, cap. X et XI).\n    (3) Etienne de Nemours, évêque de Novon de 1188 à 1221. Emile Walberg, dans l'in-\n troduction aux Vers de la Mort (éd. citée, p. IX) a signalé d'après Rigord (Hist. de Philippe-\n Auguste, éd. Delaborde) qu'il fut chargé de demander, pour le roi de France, la main de\n Ingeburge de Danemark. Dans divers manuscrits du poeme d'Helinand, on lit non pas\nNoyon mais Amiens. Dans ce cas, le personnage designé par Helinand ne serait autre que\n Thibaud de Heilly, évêque d'Amiens de 1169 à 1204.\n    (4) Il faut lire Guérin et non Gaudefroy. Guérin, natif de Pont-Sainte-Maixance, Che-\n valier de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, Conseiller d'état (1190), garde des sceaux\n( 1203), puis chancelier de France, fut appelé à l'evêché de Senlis en 1213.\n    (5) Colletet veut désigner ici, sans doute, les derniers livres de la Chronique latine\n d'Helinand. On verra plus loin que ces livres relatifs au règne de Philippe-Auguste nous\n ont été conservés grâce à Vincent de Beauvais et à B. Tissier. Ce dernier les inséra dans\n sa Bibliothèque latine des pères Cisterciens, publiée en 1669.\n   .(6) Voy. Vincent de Beauvais : Speculum historiale, lib. XXX, c. 108 : « .. Fertur enim\n quod idem. Helinandus cuidam familiaii suo, scilicet bonas memoriae domino Garino\n Silvanectensi episcopo, quosdam ejusdem operis quaterniones accommodaverit; sicque\n sive oblivionem, sive per negligentiam, sive alia de causa penitus amiserit... »\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3825, "texte": " 106                                     DURENDAL\n\n\n\nSaint André (1), mais ni cette partie, ni le tout ne paroit aujourd'hui, que je\nsache, en aucun lieu et ainsi il ne nous reste que le titre d'un livre dont la\ndocte lecture eut sans doute également contenté les sçavans et les curieux (2),\ncar cet a u t e u r étoit d'un bon esprit; c'est le temoignage que lui ont r e n d u\ntous les sçavans h o m m e s de son siecle et presque de tous les siecles suivants.\nMais entre les auteurs, Vincent de Beauvais qui etoit son contemporain et son\nvoisin mesme, ne feint pas de le louër hautement de la sorte en son Miroir\nhistorial :\n   « .. His temporibus in territorio beluacensi fuit helinandus monachus frigidimentis,\nvir Religiosus et facundia diserto, qui et illos versus de morte in vulgari nostro (qui\npublice leguntur) tàm eleganter et utiliter, ut luce clarius patet composuit et etiam chro-\nnicam... (3). »\n   « E n ce temps, dit-il (c'est à dire l'an 1209 et sous le reigne de P h i l i p p e\nAuguste) vivoit dans le Beauvoisis u n certain m o y n e de l'abbaye de F r o i d -\nmont, h o m m e religieux et éloquent qui est celui-là même qui c o m p o s a en\nnotre l a n g u e vulgaire ces b e a u x vers d e la mort que notre siècle a d m i r e encore\nà cause de leur eloquence et de leurs instructions salutaires... »\n  Vous voyez le j u g e m e n t avantageux que rend d u poëte H e l i n a n d ce fameux\nauteur, que quelques-uns mêmes de son t e m p s mettent au n o m b r e des P è r e s\nde l'Eglise; mais, c o m m e le malheur avait voulu que ce poëme de la Mort fut\nmort lui-même p a r l'injustice d u temps, il est advenu que ce g r a n d et docte\nami de l'antiquité, Antoine Loisel, lui a r e d o n n é la vie en le faisant i m p r i m e r ,\nà P a r i s , l'an 1594., dans le même langage où il avait été composé, et c'est là,\ncertes, que l'on peut voir u n e infinité de b e a u x traits qui ne seront p o u r t a n t\npas agreables à t o u s , n'étant pas habillés à la m o d e r n e françoise, ce qui oblige,\nsans doute, E s t i e n n e P a s q u i e r de souhaiter, d a n s ses Recherches de la France,\nque l'on mit ces vers d ' u n côté en leur jour naturel et que de l'autre on les fit\nparler c o m m e nous parlons m a i n t e n a n t , ainsi qu'il fut p r a t i q u é par Blaise\nde Vigenere (4), quand il ressuscita l'ancienne histoire d u marechal Ville-\nhardouin (5). E n effet, quand j'insererois ici u n e partie de ces vieux vers, ce\n\n\n   (1) Ed. des Vers de la Mort, A. Monsieur Fauchet, etc., p. 4.\n   (2) On verra plus loin, que Collet et s'est trompa en déplorant la perte de la Chronique\n d'Helinand. Il est bon de dire que lorsque B . Tissier publia, en 1669, dans sa Biblio-\nthèque des Pères Cisterciens, les œuvres latines du moine de Froidmont, il y avait\n déjà neuf ans que Colletet était mort.\n   (3) Vencentius bellovacensis. Speculum quadruplex, naturale, doctrinale, morale, histo-\nriale, Argentinae, Joannes Mentelin, 1473-1476. Voy. t. IV. Speculum historiale, L i b . XXX,\n cap. 108.\n   (4) Histoire de Geoffroy de Ville-Hardouin, marechal de Champagne et de Romanie, de la\n Conqueste de Constantinople. par les barons français associez aux venitiens depuis l'an 1198,\njusqu'en 1204, d'un costê en vieil langage, et de l'autre en un plus moderne et intelligible, par\n Biaise de Vigenere. Paris, Abel Langelier, 1585, in-4°.\n   (5) T o u t ce paragraphe est presque intégralement e m p r u n t é à Pasquier. Aussi bien\n nous croyons devoir reproduire ici le texte où notre Colletet a puisé sans scrupule. Par-\n lant d'Helinand au livre Vil (éd. citée) de ses Recherches de la France, Pasquier s'écrie :\n« Le mal-heur voulut que son poëme de la Mort fust mort par la négligence, ou longueur\ndes ans, toutesfois Maistre Anthoine Loisel, grand Advocat au P a r l e m e n t de Paris, l'un\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4681, "texte": "                                        VIE DE          DANS         HELINAND                                             107\n\n\nne s e r o i t q u e d u b a s b r e t o n p o u r n o s p a r i s i e n s et p o s s i b l e p o u r t o u t l e r e s t e\nd e la F r a n c e , t a n t n o s t r e l a n g u e est c h a n g é e d e p u i s p l u s d e q u a t r e c e n t s a n s ;\net p u i s q u e c'est le p r e m i e r o u v r a g e , o u d u m o i n s u n d e s p r e m i e r s q u i a i e n t\np a r u e n n o t r e l a n g u e ( c a r s'il en faut c r o i r e le d o c t e G e n e b r a r d (2) d a n s s a\nC h r o n o l o g i e il n e s e t r o u v e r a p a s u n l i v r e é c r i t e n f r a n ç o i s a u p a r a v a n t le\nr è g n e d e P h i l i p p e - A u g u s t e ) ; q u o i qu'il e n s o i t , il est c r o y a b l e q u ' e n d i s a n t\ncela G e n e b r a r d faisoit q u e l q u e s reflexions sur H e l i n a n d qui vivoit alors d a n s\nla r e p u t a t i o n d ' u n d e s p l u s s a v a n s h o m m e s d e s o n s i e c l e , et s u r c e s o l i d e\nf o n d e m e n t , j e m e c o n t e n t e r a i d e r a p p o r t e r ici q u e l q u e s u n e s d e s e s v i e i l l e s\nrimes :\n                                     Mort qui m'a mis muer en mue\n                                     En cele esluve o li corps sue\n                                    Ce qu'il fist el siecle d'outrage... (2).\n\n     C e s v e r s s e m b l e n t m e s m e si e l e g a n s à cet a u t e u r m o d e r n e q u i l e s a\np u b l i é s (3) q u ' i l n e f e i n t p a s d e d i r e q u ' o u t r e s a n a ï v e t é ( d e l ' a n c i e n ) r o m a n\nf r a n ç o i s q u e l'on y r e c o n n o i t et q u e l'on y a p p r e n d a v e c p l a i s i r , il y t r o u v e\ne n c o r e s o n s t i l e fort o r n é et g r a n d e m e n t figuré, s o n o r a i s o n p l e i n e , s e n t e n -\nt i e u s e et m o r a l e , s a r i m e si r i c h e et si c o u l a n t e q u ' i l n e se t r o u v e e n c h a q u e\nd o u z a i n , d o n t cet o u v r a g e est p r i n c i p a l e m e n t c o m p o s é , q u e d e u x lisieres\ns e u l e s : et il a j o u t e q u e c e t e c h a n t i l l o n se p e u t n o n s e u l e m e n t e g a l e r à b e a u c o u p\nd'ecrits d e n o s a u t e u r s m o d e r n e s , m a i s qu'il p e u t aussi s u r p a s s e r p l u s i e u r s\nouvrages anciens, tant des nostres que des etrangers que nous p r e n o n s peine\n d ' a p p r e n d r e et q u e n o u s l i s o n s a v e c a d m i r a t i o n ; enfin q u e cet a u t e u r les d e -\n vance p r e s q u e tous, aussi bien d a n s l'ordre du mérite que d a n s l'ordre des tems,\nce q u i m e s e m b l e a p r e s t o u t p l u s h y p e r b o l i q u e q u e v e r i t a b l e , p a r c e q u e j ' a i d i t\ncy d e s s u s . Il p a r o i t qu'il avoit e n c o r e c o m p o s é d'autres ecrits, c o m m e u n e\nc h r o n i q u e d e p u i s le c o m m e n c e m e n t d u m o n d e j u s q u ' a u t e m p s q u ' i l v i v o i t (4)\n\n\nde mes plus singuliers amis, luy a redonné la vie, par une diligence qui luy est propre\net peculière, en maniere d'ancienneté. Ayant fait imprimer ce livre au mesme langage\nancien qu'il avoit esté composé : dans lequel vous verrez une infinité de beaux traicts,\nnon toutesfois agreables à tous pour estre habillez à la mode Françoise. Qui fait que je\nsouhaitterais qu'on les mist d'un costé en leur jour naturel, et d'un autre vis à vis on les\nfit parler comme nous parlons maintenant, en la mesme maniere que voyons avoir esté\npratiqué par Biaise Viginel (sic) quand il voulut ressusciter l'ancienne histoire du\nmareschal Vilhardouin...\n   (1) Gilb. Genebrardi theologi parisiensi divinarum Hebraicarumque litteratum professioris\nregii chronographiae libri quatuor .. Parisiis, Apud Martinum Juvenem, 1D80, cum privi-\nlegio Regis, in-fol., p. 377.\n    (2) Les Vers de la Mort, éd. de 1905, strophe I.\n    (3) Antoine Loisel, éd. citée.\n    (4) C'est la chronique à laquelle nous avons fait allusion au cours de nos notes. Elle\ncomprenait 49 livres; il ne nous en reste qu'un assez long fragment commençant\nà l'année 634 de l'ère chrétienne et finissant à la prise de Constantinople par les Français\n en 1204, soit les V derniers livres de l'ouvrage. B. Tissier a publié ces derniers au\n tome VII de la Bibliothecae patrum Cistersiensium (Voy. pp. 73 et ss. de cette bibliothèque :\n Chronichorum Helinandi, Liber XLV, XLVI, X L V I I , X L V I I I et XLIX). Selon E. Brial,\n qui a analysé judicieusement tous les ouvrages du moine cistercien, la perte des autres\n livres serait ancienne, puisque Albéric de Trois Fontaines n'emploie que ces cinq livres\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4852, "texte": "108                                                   DURENDAL\n\n\n\ne t q u e l q u e s a u t r e s (1) d o n t la n e g l i g e n c e d e s h o m m e s et l ' i n j u s t i c e d e s s i e c l e s\nn o u s ( o n t ) p r i v é e t p e u t ê t r e q u e V i n c e n t d e B e a u v a i s et A n t o n i o , a r c h e v ê q u e\nd e F l o r e n c e (2), s o n t e n p a r t i e c a u s e d e la p e r t e d e c e t t e h i s t o i r e e n a y a n t\ni n s é r é l e s p l u s n o t a b l e s ( p a s s a g e s ) d a n s l e u r s l i v r e s o ù il l ' o n t c o m m e à\nl ' e n v i h a u t e m e n t l o u é e ; n o u s a v o n s p o u r t a n t d u m ê m e a u t e u r le m a r t i r e d e\nsaint G e r i o n et d e ses c o m p a g n o n s q u i est d a n s les t o m e s d e S u r i u s , o u v r a g e\nt r e s d i g n e d ' e s t r e l u , e t a n t d ' u n a u t r e s t y l e q u e le c o m m u n d e s l e g e n d e s (3).\n      . . . Il v i v o i t l'an 1 2 0 9 e t m o u r u t , a u t a n t q u e j e p u i s j u g e r p a r l e s c o n t e m p o -\nr a i n s , (en) u n e g r a n d e v i e i l l e s s e ( B a i l l e t (4) m e t s a m o r t e n 1223) ( 5 ) . O u t r e\nt o u s c e s g r a n d s h o m m e s q u i o n t p a r l é d e l u i a v e c e l o g e , l ' a b b é T r i t h e m e (6)\ne t le c a r d i n a l B e l l a r m i n (7) e n f o n t h o n o r a b l e m e n t i o n d a n s l e u r h i s t o i r e d e s\né c r i v a i n s e c c l é s i a s t i q u e s , et quoiqu'ils n e lui a t t r i b u e n t p a s ce f a m e u x p o ë m e\nd e la m o r t , si e s t - c e q u e p a r c e q u e j ' a i d i t , et p a r c e q u ' e n o n t d i t e n c o r e\n\n\ndans les extraits d'Hélinand insérés dans sa propre chronique. « Perte peu à regretter,\najoute le même commentateur, à en juger par les fragments qui restent, où l'auteur n'a\nfait que compiler ce qu'il a trouvé écrit avant lui. Ses guides ordinaires sont le vénérable\n Bède, Sigebert de Gemblou, Hugues de Saint-Victor et Guillaume de Malmesburi.\n Il annonce qu'il amassera de quoi remplir son plan jusqu'à la vingt-sixième année du règne\nde Philippe-Auguste, c'est à dire jusqu'à 1204, mais il n'a recueilli sur son temps que des\n niaiseries : prodiges, visions, songes et apparitions, etc .. »\n    (1) Guillaume Colletet veut sans doute désigner ici les sermons, ainsi que les œuvres\ndiverses (Flores) que Tissier publia en 1669 (voy. notre Bibliographie). Les sermons\nd'Hélinand sont au nombre de vingt-huit et s'inspirent tous des principales fêtes de\nl'année. Ce sont les meilleures pages de cet auteur. Non seulement ils témoignent de\nremarquables dons d'éloquence, mais tiennent lieu de documents de m œ u r s . Dans un\nstyle clair sobre, précis, Helinand y décrit et censure les vices de son siècle.\n    (2) Voy. Divi Antonini Archiepiscopi ftorentini, et Doctoris S. Theologiae praestantissimi\nchronicharum, etc.Lugduni, ExOfïicina J u n t a r u m , 1587, Tertia pars, in-fol. Le livre XVIII\nde cette même partie, ch. V, contient, en outre, une notice assez longue sur Helinand,\nimitée de Vincent de Beauvais.\n    (3) Cf. De Probatis sanctorum victis fuas tam ex Mss Codicibus quam ex editis autho-\nribus.     Colonise Agrippinjc, Sumptibus            Ioannis Kreps et        Hermanni.      Mylij,\nAnno CIOCIOCXVIII (1618), in-fol., p. 111. Ce texte, que les Bollandistes ont repris, ne\nserait, au dire de Tillemont (Memoires pour servir à l'histoire eccles., IV, p. 429), qu'un\nsermon prononcé vraisemblablement à Cologne.\n    (4) L e texte porte Bailly. Il y a sans aucun doute erreur de copiste.\n   (5) Cf. jfugcmens des savans, etc. Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1725, IV,\nprem. partie, p. 29, et R. D. Caroli de Visch : Bibliotheca scriptor, sacriordinis cisterciensiSj\nDuaci, Joannis Serrurier, 1649, in-S°, pp. 128-130. La Monnoye, plus précis, écrit en\nnote à l'éd. de la Bibl. françoisc de La Croix du Maine, publiée par Rigoley de Juvigny :\n« Il mourut le 3 février de l'an 1223. » Casimir Oudin, dans son Commentarius de script,\neccl., t. III, p. 22, le fait vivre jusqu'en 1227. Sans reprendre la discussion soulevée par la\ndate incertaine de la mort du moine de Froidmont, nous avons lieu de croire, avec\nE . Brial, qu'il termina ses jours en 1229. E n effet, on a la quasi-certitude qu'il prêcha\nà Toulouse, dans un synode, en l'an 1229. L e sermon qu'il prononça nous a été conservé\npar B. Tissier (Bibl eistere, VII, p 294), et c'est sur ce témoignage que les critiques\ncontemporains ont formé une opinion que nous adoptons à notre tour.\n   (6) De Scriptoribus ecclesiasticis, dissertissimi viri Johannis de Tritienhem, etc. Parr-\nhisi' a magistro Bertholdo Rembolt, 1512, in-4°, fol. X C I I I .\n   (7) Roberti Bellarmini c Societate Jesu, S. R. E. Cardinalis, De Scripioribus ecclesias-\nticis, etc. Parisiis ex officina Cramosiana, 1658, in-8°, p . 334.\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "                              VIE   DE    DANS     HELINAND                               109\n\n\ntant d'autres auteurs, il paroit assez clairement qu'il en a été l'auteur veritable.\nJe sçais bien que d a n s la Bibliotheque de Saint Victor il se rencontre un\nmanuscrit de ce même poëme sous le nom d'un abbé de cette maison, mais\ncomme cela ne peut être aucunement prouvé, il faut que ce desordre soit\narrivé de l'ignorance de l'écrivain ou de quelque odieuse et insupportable\ncomplaisance derobant la gloire à u n pour la d o n n e r à u n autre qui ne se\nl'etoit pas acquise (1). Celui qui a fait l'appendix, ou la suite de la Bibliotheque\nde Gesuir, le cite en deux endroits, tantôt sous le nom d ' H e l i n a n , tantôt sous\nle nom d ' H e l i n a n t , et faisant l'enumération de ses œuvres, il dit qu'il com-\nposa ce poëme de la puissance de la mort qui ne p a r d o n n e ni a pas un âge ni\na pas une qualité. R e n é Choppin dans son second livre de la police ecclé-\nsiastique p r e n a n t sujet de parler des grands h o m m e s de l'ordre d e Cisteaux\nn'y oublie pas ce fameux H e l i n a n d qu'il appelle grand historiographe. L a\nCroix du Maine en fait mention d a n s sa. Bibliotheque françoise (2), et Antoine\ndu Verdier dans sa Prosopographie (3) remarque precisément où il a vécu; et pour\nconclusion j'insererai ici son epitaphe extraite d'un vieux livre de l'abbaye\nde F r o i d m o n t qui m'a été communiqué :\n\n                      Lucifer occubuit stellac radiata minores :\n                      Nain que huius radius hebetabat ut inferiorcs.\n                      IIHus occasu tandem venistis ad ortum :\n                      Naufragio que tenet nostrae ratis anchora portum.\n                      Claruit ingenio, moribus, alque stylo (4).\n\n   E p i t a p h e qui d a n s la rudesse de son style ne laisse pas de confirmer la\nhaute estime ou ce grand, h o m m e etoit de son t e m p s ; ce que je trouve de\nfâcheux est que l'on n'ait point marqué précisément le tems de sa mort et de\nsa naissance. Telle étoit la négligence des ecrivains des vieux siècles. Pierre\nde Saint R o m u a l d , de la congregation de N o t r e - D a m e de Feuilland, de\nl'ordre de Cisteaux, d a n s son livre intitulé Histoire chronologique de la m ê m e\n\n\n   (1) Cf. Loisel : Memoires des pays, villes, comté et comtes... de Beauvais et Beauvaisis, etc..\nCe manuscrit transféré à la Bibliothèque du Roi (aujourd'hui Bibliothèque Nationale) et\nconservé sous cette cote, lat. 14958 (anc. S. Victor 319), date du u n ' siècle. Bien que son\ntexte appartienne en réalité à Helinand il a été publié par Méon sous ce titre : Vers sur la\n Mort par Thibaud de Marly, e t c . . A Paris, de l'Imprimerie de Crapelet(s. d.)en 1826, gr.\nin-8°, et réimprimé en 1835. L'erreur d'attribution dans laquelle est tombé l'éditeur tient\nà ce que ce manuscrit, loin de porter le nom d'Helinand, offre au fol. 2 cette annotation\ntrompeuse du copiste : Versus domini Theobaldi de Marliaco de Morte compilati apud\nSarneum. Il contient 49 strophes de 12 vers alors que celui qui servit à Loisel. (Voy.\nBibl. Nation. Ms. fr. 1593) n'en contient que 39, dont quelques-unes n'offrent souvent que\n9, 10 ou 11 vers, au lieu de 12.\n   (2) Ed. Rigoley de Juvigny, t. I, p. 361.\n   (3) Prosopographie ou description des personnes illustres tant chrestiennes que pro-\nphanes... Lyon, Paul Frelon, 1605, t. III, p. 2018.\n   (4) Ed. des Vers de la Mort, publiée par Loisel, fol, 16 r° : Epitaphium Helinandi ex vet.\nlib. Abbatiae Frigidi montis. Selon E. Brial, les quatre premiers vers de ce court poëme\n sont empruntés à l'épitaphe d'Abélard par Philippe Harveing.\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2803, "texte": "110                                        DURENDAL\n\n\ncongregation (1) a parle fort h o n o r a b l e m e n t de ce poëte et encore d a n s la suite\nde la chronique latine d'Ademaruo (2). André D u c h e s n e , historiographe de\nF r a n c e , ne l'a pas oublié, en parlant avec h o n n e u r d'Alain Chartier (3).\n\n\n\n                                    Bibliographie\n                              I. — Œ u v r e s latines\n    On sait que la totalité des ouvrages qui nous restent d ' H e l i n a n d — sauf\nles Vers de la Mort, imprimés pour la première fois par Loisel, en 1594 —\nn o u s a été conservée par B e r t r a n d Tissier. Voici la description sommaire de\nces ouvrages, tels qu'on les trouve d a n s le recueil de ce savant écrivain\necclésiastique : Cf. Bibliothecae patrum cisterciensium sive operum abbatum et\nmonachorum cisterciensis ordinis..., A p u d L u d o v . Billaine P a r i s i e n s e m , 1669,\nom e V I I , in-fol. p p . 73 et ss. (Opera B. Helmandi monachi Frigidimontis ordinis\ncisterciensis).\n    Chronichorum Helinandi Liber XLV,              Liber XLVI,    XLVII,         XLVIII       et\nXLXIX       ( p p . 73 à 205).\n    Sermones ejusdem Helinandi (pp. 206 et ss.).\n    Ejusdem Helinandi Flores a Vincentio beluacensi collecti (pp. 306 et ss.). Ce sont\nles Fleurs d ' H e l i n a n d , soit la matière de trois opuscules : les deux premiers\ntraitent de la connaissance de soi-même et de l'institution d'un p r i n c e ; le\ntroisième n'est autre que le livre De Reparatione lapsi. Ejusdem                       Helinandi\nEpistola ad Galterum Clericum (pp. 316 et ss.) dont nous avons parlé à diverses\nreprises au cours d e nos a n n o t a t i o n s .\n\n\n                          II. — Les Vers de la Mort\n                                      A.    Manuscrits\n\n     D a n s leur édition récente des Vers de la Mort, MM. F r . Wulff et E m . W a l -\nberg ont d o n n é u n e description scrupuleusement détaillée de vingt-quatre\nmanuscrits de cet ouvrage. N o u s ne ferons que les signaler succinctement,\nrenvoyant au travail de ces deux érudis quiconque serait curieux de\nconnaître en détail la critique des différentes versions connues j u s q u ' à ce\nj o u r du poème d ' H e l i n a n d .\n     I . Berne, n 3 ( M M . Wulff et E m . W a l b e r g n'ont connu ce ms. que p a r\nla copie qu'en conserve la Bibliothèque N a t . ; collect. Moreau, n° 1727,\n\n\n  (1) Nous n'avons pu découvrir cet ouvrage.\n  (2) Chronicon seu continnatio chronici Ademari monachi engolismensis, etc. Authore\nD. Petro à S. Romualdo, etc. Parisiis, Apud Ludovicium Chamhoudry, 1652, in-12, p. 131.\n  (3) On sait qu'André du Chesne a publié une édition des « Œuvres de Maistre Alain\nChartier » (Paris, Samuel Thiboust, 1697, in-8°) mais nous n'y avons pas trouvé le\npassage relatif à Hélinand.\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3650, "texte": "                                 VIE DE DANS HELINAND                                              III\n\n\nfol. 106 et ss.). — I I . P a r i s , Bibliot. Nat., fr. 23112 (anc. Sorbonne 310),\nart. X X I X , fol. 116 b. Ms. du milieu ou de la seconde moitié du XIIIe siècle;\non lit fol. 116 b. Chest li livres de le mort.— I I I . P a r i s , Bibliot. Nat., fr. 12483,\nfol. 53, XIVe siècle. — IV. Paris, Bibliot. Nat., fr. 19531 (anc. S. Germain\n1862), fol. 158 a. (XIII siècle).— V. Paris, Bibliot. Nat., fr. 25408, fol 63 v°,\nMs. daté de l'an 1267. — V I . P a r i s , Bibliot. N a t . , fr. 1444, fol. 168 a\nXIIIe siècle). — V I I . Paris, Bibliot. Nat., fr. 1593 (anc. 7615), XIIIe siècle.\nC'est le manuscrit qui a servi à l'édition donnée par Loisel. — V I I I . P a r i s ,\nBibliot. N a t . , fr. 19530 (anc. S. Germain 2563), fol. 123v°, fin du XIIIe siècle.\n— I X . P a r i s , Bibliot. N a t . , fr. 23111 (anc. S o r b . 309), fol. 317 a. —\nX. P a r i s , Bibliot. N a t . , fr. 423 (anc. 7024), fol. 138. Début du XIVe siècle. —\nX I . Paris, Bibliot. N a t . , fr. 24429 (anc. La Vallière 41), fol. 63 b. Ms. de la\nfin du XIIIe siècle, enrichi de nombreuses miniatures. — X I I . Paris, Bibliot.\nN a t . , lat. 14958 (anc. S. Victor), fol. 2, XIIIe siècle. Manuscrit utilisé par\nMéon pour son édition des Vers de la Mort attribués à T h i b a u d de Marly. —\nX I I I . P a r i s , Bibliot. N a t . , fr. 837, ff- 70c.-73c, XIIIe siècle. — X I V . F a r i s ,\nBibliot. N a t . , fr. 2199, fol. 130,r°, x m e siècle. — XV. P a r i s , Bibliot. N a t . ,\nfr. 1807, fol. 109, XIVe siècle. — X V I . Paris, Arsenal, 5201 (anc. B. L . 1669),\np . 22g. F i n du XIIIe siècle.— X V I I . Chantilly, 1330, ff. g8 à 103 c, XIIIe siècle.\n— X V I I I . T o u r s , 136, fol. 201, XIIIe siècle. — X I X . Bruxelles, n o s 9411-\n9426 (voy. n° 9413), fol. 20 b., XIVe siècle. — XX. R o m e , Vatican, R e g . 1682,\nfol. 48,r°, XIVe siècle. — X X I . T u r i n , cod. gall. 134 ( L . V. 32), art. X I V ,\nfol. 170 c. (Ce précieux manuscrit a malheureusement disparu dans un\nincendie, le 26 janvier 1904). — X X I I . Mont-Cassin (Roy. de Naples), 209.\n Les bibliographes ne connaissent ce manuscrit que par l'édition qu'en a donné\n Buchon en 1843 (voy. Imprimés, I V ) . — X X I I I . Pavie, Univ. 130, E . V.\n(n° 108, Aldini), fol. 1. XIVe siècle. — X X I V . Madrid. B . N . 9446 (anc. E e .\n 150). fol. 56,1°. Milieu du XIIIe siècle.\n\n\n                                           B.   Imprimés\n\n   Il existe cinq éditions des Vers de la Mort, savoir :\n   I. — V e r s II de l a m o r t || p a r || D a n s H e l y n a n d , || r e l i g i e u x e n l'ab-\nb a y e Il de F r o i d - m o n t , D i o c e s e || de B e a u v a i s , e n l'an || MCC. || S. 1. n. d.,\nin-12, 16 ff. plus 1 ff. n. chiffré pour le titre. C'est l'édition publiée par\nLoisel en 1594, sur le texte incomplet et défectueux (il n'offre que 3g strophes\nau lieu de 5o) du manuscrit appartenant anciennement à Claude Fauchet\net conservé actuellement à la Bibl. Nat. sous la cote fr. 1593. Il existe trois\nexemplaires de cette publication à la Bibl. N a t . : Réserve Y e 1222, 1223 et\n7260. L e n° 1225 contient des additions et des notes manuscrites.\n  I I . — V e r s s u r l a m o r t || p a r || T h i b a u d de M a r l y || i m p r i m é s s u r un\nm a n u s c r i t de l a B i b l i o t h è q u e du R o i . || A P a r i s , de l'Imprimerie de Cra-\npelet, s. d. gr. in-8°, 58 p p . , plus un ff. non chiffré pour le titre. Ainsi que\nnous l'avons observé déjà d a n s les notes du texte de Colletet, ce texte —\npublié par Méon — en 1823, sur le manuscrit lat. 14958 de la Bibl. Natio-\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "112                                          DURENDAL\n\n\n\nnale, appartient en propre à notre auteur (1). Au fol. 2 se lisent ces mots\nqui ont égaré l'éditeur : Versus dotnini Theobaldi de Marliaco de Morte compilait\napud Sarneum. (Voy. P a u l Meyer, R o m a n i a [1872], I, p . 364.)\n    I I I . — V e r s II s u r l a m o r t || p a r T h i b a u d de M a r l y , || p u b l i é s ||\nd ' a p r è s u n m a n u s c r i t de l a B i b l i o t h è q u e du R o y . || S e c o n d e édition,\naugmentée du Dit des trois Mors et des trois Vifs et du Mireuer du M o n d e .\nA P a r i s , de l'Imprimerie de Crapelet, M D C C C X X X V , in-4°, 86 p p . , plus\n1 ff. non chiffré pour le titre, même préface et même texte que pour la p r é -\ncédente.\n   I V . — P o è m e de l a m o r t (Ms. de la Bibliothèque de Mont-Cassin\n[royaume de NaplesJ, etc. Voy. : Buchon : Nouvelles recherches historiques sur\nla principauté française de Morée et ses hautes barofinies, etc. P a r i s , a u C o m p -\ntoir des i m p r i m . unis, 1843, vol. I I , prem. partie, p . 364. Publication\nmédiocre.\n   V. — L e s ! V e r s de l a m o r t || p a r || H é l i n a n t , M o i n e de F r o i d m o n t ||\np u b l i é s II d ' a p r è s t o u s l e s m a n u s c r i t s c o n n u s || p a r || F r . W u l f f e t\nE m . W a l b e r g . P a r i s , L i b r . de F i r m i n Didot (Soc. des Anciens textes),\n1905, in-8°, LXXV-82 p p . , plus 4 ff. n chiffrés. Cette édition précédée d ' u n e\nlongue et savante préface relative à l'auteur et à son poème, peut être\nconsidérée c o m m e définitive, les publicateurs ayant fait suivre leur texte des\nvariantes fournies par tous les originaux, et d'un long commentaire philolo-\ngique, et de notes bibliographiques qui nous ont servi parfois à corriger la\nprésente notice (2).\n\n                                                                                AD. VAN BEVER.\n\n\n\n  (1) M. Em. Walberg, l'un des savants éditeurs du poème d'Hélinand, doit publier sous\npeu les véritables vers de Thibaut de Marly, d'après deux ms. de la Bibliothèque\nNationale.\n   (2) Nous avons cru inutile de faire figurer dans cette bibliographie une version des\n Vers de la Mort, attribuée à Hélinand et publiée par Auguis (Les Poêles français depuis le\nXIIe siècle jusqu'à Malherbe, etc. Paris, Crapelet, 1824, II, pp. 56 et ss.) la critique con-\ntemporaire ayant établi d'une manière indiscutable que ce nouveau poème, loin d'appar-\ntenir au moine de Froidmont, n'est qu'un e m p r u n t fait aux 54 premières strophes des\n Vers de la Mort de Robert le Clerc, publiés intégralement depuis, à Lund, en 1887.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-010", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 113, "page_fin": 114, "titre_corps": "Le Baron Gevaert", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Kufferath", "ancre_debut": "Le Baron Gevaert (1) GEVAERT succéda", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 138, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "Le Baron Gevaert (1)\n\n                  GEVAERT succéda à François Fétis dans la     direction\n                    du Conservatoire de Bruxelles en 1871 et\n                    m a r q u a , dès son avènement, des tendances\n                    nouvelles dont on trouvera l'exposé dans les\n                    discours prononcés à l'Académie de Belgique\n                    par le nouveau directeur. Gevaert arrivait ici\n                    précédé d'une haute réputation de compositeur\n                    et de savant. Il s'était fait à Paris une situation\nexceptionnelle par son talent et son savoir. Il n'est pas banal\npour un compositeur belge, de pouvoir citer à son actif sept\nouvrages dramatiques, joués avec succès sur les grandes scènes\nde P a r i s . Ce qui est mieux encore, c'est d'avoir retenu, par ses\nœuvres, l'attention des musiciens, — des vrais musiciens.\nH a n s de Bulow, l'ami de Wagner, de Liszt et de Berlioz, le\ngrand pianiste et chef d'orchestre, qui fut un critique redouté de\ntous à cause de la causticité de son esprit, tenait en particulière\nestime les partitions dramatiques de Gevaert. A propos du\nCapitaine Henriot, il écrivait un jour à son ami Bronsart en lui\nsignalant cet ouvrage, que « c'était là de la musique amusante,\noriginale et fine qui lui paraissait une nourriture spirituelle\ninfiniment plus substantielle que toute la musique d'Ambroise\nT h o m a s et de Gounod ».\n   A bien d'autres titres encore Gevaert requiert notre attention.\n   Il n'est aucun d o m a i n e touchant à l'art musical dans lequel\ncet homme éminent n'ait m a r q u é supérieurement; dans\nl'histoire, par ses recherches et ses travaux sur les maîtres\nmusiciens de la Renaissance flamande, et surtout par son\nadmirable travail sur la musique dans l'antiquité, qui a rénové\n\n  ( 1) Cet article a paru dans le Guide Musical, il y a déjà quelque temps. Nous reprodui-\nsons avec plaisir cet éloge écrit par Maurice Kufferath dont nous partageons l'admiration\npour 1'éminent directeur du Conservatoire.\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "114                           DURENDAL\n\n\ncomplètement la matière et ouvert le c h a m p à une compré-\nhension toute nouvelle de l'art musical chez les H e l l è n e s ; dans\nle domaine de la haute pédagogie, par son Traité d'instrumen-\ntation, la plus complète, la plus judicieuse, la plus profonde\nétude qui soit sur l'art de l'orchestre; puis par son Traité\nd'harmonie qui ouvre des horizons nouveaux à la science des\nsons et de leurs combinaisons; dans la culture générale du\npays, par l'influence exceptionnelle qu'il a exercée sur son\nentourage depuis sa nomination à la direction du Conservatoire,\nSa prodigieuse érudition, son goût éclairé et sûr, qui déjà\navaient appelé sur lui l'attention, à Paris, lorsque dans les\ndernières années de l ' E m p i r e il fut appelé avec P e r r i n à\nréformer l'Opéra; sa compréhension et son culte profonds pour\nJ . - S . Bach, dont il a restitué l'œuvre avec une conscience de\nBénédictin qu'on ne rencontre nulle part ailleurs, m ê m e en\nAllemagne; ses belles éditions critiques de Gluck et son ardent\nprosélytisme qui ont rendu la vie aux incomparables chefs-\nd'œuvre de ce maître du grand art lyrique et d r a m a t i q u e ; le\nhaut enseignement esthétique que les beaux concerts du\nConservatoire, depuis plus de trente ans apportent au public,\naux jeunes musiciens, aux poètes et aux artistes; toute cette\nactivité spirituelle constitue un élément d'une inappréciable\nvaleur dans l'histoire de notre culture esthétique et plus\nparticulièrement dans celle du développement de notre école\nmusicale.\n   L e gouvernement, en s'associant à la célébration du jubilé du\nConservatoire, a répondu au sentiment de la nation tout entière,\nsi profondément attachée à ses traditions artistiques.\n   Si dans toutes les parties du m o n d e , les musiciens belges\nsont aujourd'hui classés et estimés, c'est en grande partie à\nl'influence de ces deux personnalités exceptionnelles, F é t i s et\nGevaert, c'est à leur noble exemple, à leur enseignement que\nnous le devons. A l'hommage d'admiration que nous leur\ndevons se joint aussi un sentiment de gratitude pour les services\ninappréciables qu'ils ont tous deux rendus à l'art dans notre\npays.\n                                           MAURICE KUFFERATH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-011", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 115, "page_fin": 119, "titre_corps": "Les Concerts du mois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. de Golesco", "ancre_debut": "Les Concerts du mois Concerts Durant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 140, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "Les Concerts du mois\n                               Concerts Durant\n                                   BEETHOVEN\n    Notre critique musical ayant été empêché de se rendre au concert Beet-\nhoven, n o u s e m p r u n t o n s au Guide Musical les lignes suivantes :\n    « L'interprétation de la première symphonie par l'orchestre D u r a n t fut\nexcellente, pleine de simplicité et de charme. P o u r l'Héroïque, on eût aimé\nparfois plus de flamme et de g r a n d e u r .\n    « Le cinquième concerto, œuvre lumineuse entre toutes et si libre de forme,\navait comme interprète principal Arthur De Greef, c'est-à-dire l'artiste le plus\ncompréhensif qui soit. Chez lui, les qualités techniques et expressives, portées\nà leur m a x i m u m , se sont fondues en u n tout d'une h a r m o n i e si complète que\nl'interprétation perd toute matérialité pour ne plus éveiller que l'émotion et\n la pensée mêmes dont l'œuvre fut inspirée. Q u a n t à la Fantaisie qui n'avait\n plus été donnée ici depuis 1899 (Concerts Populaires), c'est M. De Greef qui\nl'a véritablement conduite, entraînant orchestre et chœurs aux rythmes vifs,\njoyeux et pleins d'élan du piano, qui a du reste la grande part dans cette\ncomposition. L a Fantaisie, pleine d'humour, de joie populaire, de détails\namusants et pittoresques, sans être du grand Beethoven, n'en a pas moins\nune importance capitale dans l'œuvre du maître, puisque sa forme annonce\ncelle de la Neuvième et qu'en somme, son c h œ u r est la préparation de la\nfameuse Ode à la Joie.\n    » La partie chorale, convenable, mais un peu mince, était confiée au Choral\nmixte de Bruxelles. L'orchestre, comme précédemment, s'est distingué sur-\ntout par sa précision, son ensemble, son souci des n u a n c e s , ce dont il faut\nparticulièrement louerle chef d'orchestre. E t maintenant que M. Durant et ses\nmusiciens ont gagné une « bataille » de plus, et cela avec la difficile Héroïque,\nnous osons bien prévoir qu'ils n'auront plus que des victoires à leur actif. Au\nreste, la présence assidue d'un nombreux public prouve à l'institution la con-\nfiance qu'elle a gagnée auprès des amateurs de vraie et belle musique.\n    » La princesse Albert, fidèle également, assistait aussi à cette troisième\nséance. »                                                                     M. DE R.\n\n                        W E B E R ET M E N D E L S S O H N\n\n  M. D u r a n t y aborde la période romantique, faisant voisiner dans son pro-\ngramme les noms de deux de ses plus illustres représentants en Allemagne,\nWeber et Mendelssohn, W e b e r , à coup sûr le plus profond, le plus génial des\ndeux, mais dans un domaine restreint et nettement défini, car seuls ses opéras\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": " 116                                  DURENDAL\n\n\n lui constituent des titres infrangibles à l'immortalité, le reste de sa production\n et surtout celle de piano d e m e u r a n t en général d'intérêt secondaire et ne\n représentant plus guère que des conceptions d'art vieillies et périmées, Men-\n delssohn l'emportant au contraire sur W e b e r par son universalité, car c'est\n avec u n e supériorité évidente qu'il a abordé tous les genres de musique, sauf\n celui-là même dans lequel W e b e r a excellé. U n e similitude frappante rap-\n proche d'ailleurs l'œuvre de W e b e r et celle de Mendelssohn, les rattachant\n l'une à l'autre dans l'histoire de l'art c o m m e par un lien indissoluble, c'est le\ndon merveilleux que tous deux ils ont possédé d'exprimer le fantastique d a n s\n le langage des sons. Sous ce rapport l'auteur du Songe est le continuateur et le\n disciple de l'auteur d'Obêron.\n     W e b e r était représenté au concert par l'ouverture d''Euryanthe et l'ouverture\n de Freischiitz, excellemment exposées par l'orchestre. Soit qu'on les considère\n en elles-mêmes, dans leur structure si majestueuse, d a n s cette magnificence\n de lyrisme où le mystère du rêve s'allie à l'ampleur passionnée et rayonnante,\nsoit qu'on les envisage dans ce qu'elles suggèrent, en tant que préludes sym-\nphoniques synthétisant l'esprit et les significations de tout u n d r a m e , les\n ouvertures d'Euryanthe et de Freischiitz (auxquelles il faut ajouter celle d'Obê-\nron) peuvent être rangées au n o m b r e des pages les plus admirables de la\n musique et les ouvertures de Beethoven elles-mêmes ne leur sont certai-\nn e m e n t pas supérieures.\n     Mais c'est surtout dans le Scherzo du Songe que l'orcheste D u r a n t s'est parti-\n culièrement distingué, dégageant l'arome exquis de ce poème scintillant, qui,\navec tant de grâce et comme en de subtils frémissements d'ailes soyeuses et\ncaressantes, évoque la vision d'êtres lumineux éployant leur vol à travers l'azur\ndes paradis vermeils chantés par Shakspeare.\n    Si M. D u r a n t a fixé son choix sur la symphonie d e Mendelsshon Réformation,\nqu'il a dirigée de façon très ferme et consciencieuse, ce n'est pas tant à cause\nde ses beautés intrinsèques et de l'intérêt spécial qu'elle éveille, mais plutôt\nparce que cette œuvre n'est presque jamais exécutée aux concerts et que le\ng r a n d public l'ignore entièrement. L a symphonie Réformation est u n h o m m a g e\nr e n d u aux doctrines de Luther, Mendelssohn, bien que d'origine israélite,\nayant été élevé dans le protestantisme dont il était un fidèle convaincu et fer-\nvent. Au début de l'œuvre figure à plusieurs reprises cet Amen e m p r u n t é à la\nliturgie saxonne dont W a g n e r tira plus tard dans Parsifal un si prestigieux\neffet, et dans le finale le fameux choral de L u t h e r occupe une place des plus\nimportantes, mais, comme on l'a dit justement, « il y intervient plutôt qu'il\nne s'y développe. Il en est beaucoup moins la matière ou la substance, que\nl'épigraphe et comme l'illustration \" (1). L a s y m p h o n i e Réformation apparaît\nu n e œuvre froidement p o m p e u s e et austère, et on y chercherait vainement ce\ncharme pittoresque, ce libre et riche épanouissement mélodique qui caracté-\nrisent l'Ecossaise et l'Italienne. Il semble que les glaces du protestantisme aient\nparalysé cette aisance limpide, éteint cette verve chaleureuse dont Mendels-\n\n\n  (1) CAMILLE BELLAIGUE, dans son étude sur Mendelssohn.\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3224, "texte": "                          L E S C O N C E R T S DU   MOIS                    117\n\n\nsohn est coutumier. Toute la tendresse enveloppante de l'art mendelssohnien\nse retrouve, au contraire, au plus haut degré dans le délicieux concerto pour\nviolon que M. Crickboom a joué à merveille, lui donnant une interprétation\nsuperbe de clarté et de transparence aérienne, où 1 s traits, souples et déli-\ncats, se sont dessinés en arabesques de fine lumière. Cette belle exécution a\nvalu au distingué violoniste une ovation enthousiaste.\n\n\n                    Deuxième Concert Populaire\n    Suivant la coutume sagement introduite depuis quelques années par Syl-\n vain Dupuis de consacrer l'un de ses concerts à l'audition d'un des chefs-\n d'œuvre de l'oratorio, le directeur des Populaires a fixé cette année son choix\n sur le Paradis et la Péri de Schumann.\n     Le sujet de cette œuvre est, on le sait, emprunté au poème Lalla-Rookh\n de Thomas Moore. Rappelons-en brièvement la donnée. Les Péris sont des\n fées de la mythologie orientale habitant des contrées radieuses où elles se\n nourrissent du parfum de fleurs immortelles. L'une d'entre elles ayant commis\n une faute a été exilée de ce Paradis. Condamnée à errer solitairement sur\n toute la face du globe, elle ne rentrera en grâce que si, au cours de ses\n pérégrinations, elle parvient à découvrir, en vue de l'offrir au Seigneur, un\n don assez précieux pour fléchir son courroux et lui mériter le pardon. Dans\n l'Inde elle puisera quelques nobles gouttes du sang d'un héros mort pour la\n cause de la liberté. Aux bords du Nil elle surprendra sur les lèvres expirantes\n d'une jeune fiancée le dernier soupir de l'amante immolant sa vie pour celui\n qu'elle aime. Mais le Seigneur reste toujours inflexible et l'Ange continue\nd'interdire à la Péri désolée l'entrée du jardin délicieux. Enfin, près des ruines\nde Balbek, la Péri recueillera les larmes versées par un pécheur repentant et\nces larmes précieuses seront le trésor sacré, inestimable aux yeux de Dieu,\nqui, effaçant la faute de l'ange proscrit, lui rouvrira les portes d'or de\nl'Empyrée.\n    Le Paradis et la Péri de Schumann est une œuvre de lyrisme délicat, de\nsentiment intime et discret, dont les significations sont perçues entières et\ncomplètes lorsqu'on joue la partition réduite au piano, l'expression orches-\ntrale n'ajoutant presque rien à cette impression. Le cas est d'ailleurs fréquent\npour la musique de Schumann. Les parties les plus charmeuses de l'œuvre\nse trouvent dans les chants confiés à la Péri et à l'Ange, et ce charme réside\ndans l'irrésistible séduction de mélodies suaves que pénètre cette atmosphère\nchaudement poétique où baignent les Lieder et la Dictherliebe dont le sou-\nvenir s'offre invinciblement à l'esprit, mais une Dichterliebe d'où les grands\nélans d'amour et de douleur seraient toutefois absents.\n    Par contre, dans le Paradis et la Péri, les polyphonies sont frêles, les\nensembles vocaux dénués en général d'intérêt et d'accent. Tel est le cas pour\nle chœur final de la première partie célébrant l'héroïsme du soldat tombé au\nchamp de gloire, hors-d'œuvre interminable qui égare l'attention, alourdit le\npoème et le destitue si malencontreusement en cet endroit de son auréole\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "118                                 DURENDAL\n\n\nd'idéalité. Imperfections amplement rachetées du reste par u n e page déli-\ncieuse, l'air suivi de chœur qui à la fin de la seconde partie salue les fiancés\nréunis dans la mort, merveille de tendresse et d'émotion exquisement\nenchâssée dans u n e couronne d'harmonies berceuses et enchantées.\n    En définitive si le Paradis et la Péri de Schumann est notablement inférieur\nà son Faust au point de vue de l'ampleur lyrique, il n'en est pas moins vrai\nque pour être à m ê m e de pénétrer complètement la poésie de l'œuvre, il\nfaudrait l'entendre chantée en allemand, l'étroite parenté ethnique de la\nlangue de Shakspeare et de celle de Gœthe autorisant la transposition de\nl'original anglais d a n s le verbe germanique et cela sans le dénaturer, tandis\nque, malgré les excellentes intentions dont il semble animé, la traduction de\nWilder, où se rencontrent u n grand n o m b r e de formules naïves et de b a n a -\nlités d'expression, apparaît fâcheusement diluée et approximative.                  \" ,\n    L'exécution de l'œuvre de S c h u m a n n aux Populaires a été soignée et méri-\ntoire, sans réaliser la perfection de celle de Faust ni éveiller la belle et si\nprofonde impression d'art éprouvée l'an dernier à cette audition mémorable.\nCitons en première ligne M m e Croiza (l'Ange) dont la voix chaude et insi-\nn u a n t e , la diction claire et expressive ont été comme d'ordinaire vivement\nappréciées. M. Laffitte, à qui était confié le rôle si ingrat du récitant, a vail-\nl a m m e n t soutenu ces chants de tessiture périlleuse confinés d a n s des registres\nfort bas et presque inaccessibles à la voix d'un ténor. M lle Symiane (la Péri)\na chanté sa partie avec charme et avec goût sans atteindre cependant à\nl'ampleur que l'on eût souhaité. M lle Mazzonelli (la Fiancée) a paru insuffi-\nsante, tandis que l'organe généreux et l'interprétation sentie de M. B l a n c a r d\n (basse solo) ont droit à tous les éloges.\n\n\n\n                         Troisième Concert Ysaye\n    On y a entendu plusieurs primeurs intéressantes. Le concert débutait par\nla Symphonie inachevée de Schubert que l'orchestre a exposéeavec u n e élégance\nlimpide et affinée. J o u é immédiatement après cette s y m p h o n i e exquise d'épa-\nnouissement radieux, il est superflu de dire q u e le concerto de Moor, écrit pour\ndeux violoncelles avec accompagnement d'orchestre, a paru une œ u v r e\npassablement brumeuse et diffuse. Les meilleures parties de ce concerto sont\nl'Adagio et lIntermezzo qui, scandé sur un r y t h m e incisif, retient l'intérêt par\nson énergie sauvage et ses audaces harmoniques quelquefois heureuses. Mais\nl'exécution victorieuse de Casais et de sa femme, M m e Guilhermina\n Suggia, qui ont maîtrisé cette composition de technique terrifiante, n'a réussi\n à en masquer ni la pauvreté de substance ni les vaines prolixités. Le triomphe\n des interprètes a cependant rejailli sur l'auteur qu'on a chaleureusement\n acclamé.\n     L e Souvenir, p è m e symphonique de Vincent d'Indy, constituait le troisième\n n u m é r o du programme. L'éminent auteur du Chant de la Cloche et de la\n Symphonie en si bémol y raconte ses impressions d'enfance tout imprégnées\n de la mélancolie des paysages cévenols. Cette œuvre de contexture savante\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3222, "texte": "                            LES    C O N C E R T S DU   MOIS                        119\n\n\napparaît d'abord concentrée et méditative, puis elle s'anime et s'enflamme\ndans le déchaînement orageux de sonorités impressionnantes. Assurément\nd'Indy a écrit des poèmes plus inspirés, plus synthétiques, plus fermement\nconstruits, mais l'on doit rendre hommage a u riche fonds de pénétrantes\nharmonies dont se pare et se colore cette composition d'allure pensive, noble\net austère. Casais a chanté avec largeur et gravité la Waldesruhe de Dvorak et\nil a d o n n é d'un fragment de la suite de Bach pour violoncelle une interpré-\ntation magistrale de ligne, de compréhension et de rythme.\n    Le concert se terminait par les quatre ouvertures de W a g n e r (König E n z i o ,\nPolonia, Christoph Columbus, Rule Britannia), ouvertures datant de sa prime\njeunesse et récemment mises au jour. Comme on l'a dit justement, ces pages\nn'ont d'autre intérêt que celui de documents d'histoires. Joliment troussées\nmais bourrées d'italianismes, dépourvues d'originalité propre et d ' a m p l e u r\nexpressive, elles n ' a n n o n c e n t en rien le génie prodigieux qui va venir. Seule\nl'ouverture Columbus mérite un peu plus d'attention et il semble qu'on y\ndiscerne en germs la phrase onduleuse qui, plus tard, dans le Rheingold, expri-\n mera le cours majestueux du fleuve-roi.\n    N'oublions pas de mentionner qu'à la répétition de ce même concert, le\n brouillard ayant retardé l'arrivée de Casais, Ysaye le remplaça (ce dont\n personnne ne se plaignit) et joua de façon incomparable le concerto de Saint-\n Saëns, un des j o y a u x de la littérature du violon.\n\n\n\n                                  Concerts divers\n   D'abord la première séance de musique de c h a m b r e donnée à la salle\nDesmedt par le cercle Piano et Archets. Il semble inutile d'attirer l'attention\nsur la valeur des artistes qui le composent, Bosquet, Chaumont, Van H o u t ,\nJacob, a p p a r t e n a n t tous quatre à l'élite des virtuoses belges. L e u r alliance\nheureuse constitue un ensemble puissant, homogène, intelligemment équi-\nlibré, de sonorité a m p l e et généreuse, bien qu'emprisonnée par l'exiguïté\nd'une salle malencontreusement choisie. L e p r o g r a m m e portait le quatuor\nen ut mineur de B r a h m s , o p . 60, un trio pour violon, alto et violoncelle de\nBeethoven, o p . 9, et le quator en mi bémol de S c h u m a n n , o p . 47. L'interpré-\ntation de ces œuvres magnifiques a été large et vivante, se caractérisant par\nla clarté, la fine qualité des nuances, par l'intime c o m m u n i o n de sentiment,\nla solidité de la tenue rythmique et la respectueuse observance du style\npropre à chaque m a î t r e .\n   Citons aussi u n e intéressante audition donnée à la salle Ravenstein par\nMlle Hélène Dinsart, pianiste, élève d'Arthur De Greef. M lle Dinsart est une\ntrès brillante virtuose, au jeu ferme et énergique, douée aussi d'une technique\naisée et souple, qui s'est fait applaudir dans maintes pages de Beethoven,\nChopin, Liszt, S c h u m a n n , Saint-Saëns et d a n s le Concerto pour deux pianos\nde Bach qu'elle a joué avec son maître M. De Greef.\n\n                                                                    G. DE GOLESCO,\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-012", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 120, "page_fin": 122, "titre_corps": "Chronique d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d'Art Le deuxième Salon annuel de l'Estampe", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "Chronique d'Art\n\n            Le deuxième Salon annuel de l'Estampe\n    Celte exhibition, consacrée presque exclusivement au noir et blanc, montre\nà quel degré de virtuosité atteignent aujourd'hui les arts mineurs du dessin :\neau-forte, burin, lithographie, aquatinte, gravure sur bois, etc. Ici, comme\ndans toutes les manifestations de l'art contemporain, on constate la même\nrecherche passionnée des notations inédites et des procédés nouveaux, don-\nnant lieu souvent à d'intéressantes trouvailles.\n    P a r m i les plus habiles aquafortistes se rangent Félix B r a q u e m o n t , repré-\nsenté par u n e importante collection d'oeuvrts diverses, où l'on distingue une\némouvante traduction du P a y s a n à la H o u e de F . Millet et la série des eaux-\nfortes détaillant avec minutie et précision les œuvres si curieuses de Gustave\n M o r e a u ; — F r a n k Brangwijn, sommaire, mais expressif, vigoureux, souve-\nrainement « habile » ; — Auguste Danse, qu'on regrette cependant de voir trop\nfidèle au genre des anciens graveurs (voir l'Embarquement pour Cythère), ou bien\ntraduisant en formes correctes mais inexpressives des œuvres, comme le\n Débardeur de Meunier, qui n'existent que par l'expression (le Marteleur, d'après\n Meunier encore, vaut bien mieux); — P h i l i p p e Zilcken, très a b o n d a n t et\n varié : paysages, reproductions d'oeuvres connues, portraits (à noter celui de\n Verlaine).\n    Je rangerais volontiers M m e Louise Danse parmi les aquafortistes habiles,\n si son art n'était trahi par des incorrections de dessin. Ses illustrations à la\n plume pour la Chanson populaire belge et pour Notre Pays sont quelque p e u\n-puériles et désagréablement rehaussées de couleur.\n    Alfred Delaunois est plus heureux dans ses intérieurs d'églises que dans ses\n figures, trop lourdement exécutées. Les titres annoncent une galerie de types\n à la Balzac : l ' H o m m e aux R e m o r d s , le R u s t r e , le Jésuite, le Capucin, le\n T r i b u n , le Bourgeois, e t c . . Il y a bien peu de psychologie dans ces masques\n d'une parfaite banalité.\n     Gisbert Combaz expose ses jolis projets d'estampes pour les écoles, déjà\n vus au dernier Salon triennal. C h a r m a n t e s aussi les deux lithographies en\n couleurs : le P h a r e , et une autre représentant u n e curieuse impression noc-\n turne, que le catalogue ne mentionne pas.\n     Comme on devait s'y attendre, les drôleries ne manquent pas, tels les\n dessins préhistoriques d'Arthur Craco, qu'il est malaisé de p r e n d r e au\n  sérieux.\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2997, "texte": "                             CHRONIQUE D'ART                               121\n\n\n\n   Henry Meunier cherche l'effet par des procédés insolites, à la fois som-\nmaires et patients. René Lombaerts suit la même voie périlleuse, où le pré-\ncède, mais avec plus de personnalité, Walther Vaes (le catalogue ne le signale\npas). Le danger de cette manière, qui procède de l'impressionnisme, consiste\nen ce que l'artiste épuise en une formule tout ce qu'il a à dire. La formule\npeut plaire un instant par sa nouveauté. Bientôt elle lasse par la monotonie\ndes inévitables redites.\n   Fernand Khnopff n'échappe pas toujours au danger des redites. C'est le\nsort de ses éternels visages de très jolies femmes. Il est rare cependant que\ndans l'envoi de Khnopff il n'y ait pas une œuvre originale. Je la trouve ici\ndans ce Frontispice qui synthétise à merveille la bibelotterie mystique, per-\nverse et puérile du Sar Péladan. L'exécution de ce dessin, rehaussé de cou-\nleur, est d'une habileté sans pareille.\n   A ranger aussi parmi les drôleries la copieuse collection d'eaux-fortes de\nGoya, que je ne préfère pas aux fantaisies de nos anciens ironistes flamands\nou hollandais.\n   Beaucoup de choses encore retiennent l'attention, — et sollicitent les ache-\n teurs — comme les excellents portraits' d'Alfred Duriau, plus faible dans ses\nvues de villes, — le délicieux dessin de Paul Artot, — les eaux-fortes de\n Mme Valentine Franchomme, en notant spécialement l'Estacade et l'Etude\nd'Algue finement teintée ; — mais on me pardonnera de ne pas insister,\n puisque je devrais ne rien omettre dans cette abondance d'œuvrettes de\n valeur artistique inégale, mais réelle.\n\n\n\n      Le Projet de décoration pour le Musée Ancien\n    Les cartons de M. Montald, destinés à la décoration du vestibule du\nMusée Ancien, ont été exposés en place. On ne peut juger de l'effet voulu par\nl'artiste qu'en se représentant mentalement la décoration achevée du monu-\nment. Trop d'objets disparates nuisent actuellement à la beauté sobre et\nsomptueuse de ces admirables cartons. On ne juge pas d'une symphonie\npar quelques motifs isolés. On jugerait mal de l'ensemble conçu par l'artiste\nsi l'on ne tâchait de se figurer ce qu'il doit être en son entier.\n    Peut-être les figures gagneraient-elles à être dessinées avec un peu plus de\nfermeté. La lumière est défectueuse dans le vestibule du Musée Ancien : le\ndécorateur doit en tenir compte. Pourtant, je ne hasarde cette observation\nqu'avec la plus extrême réserve.\n    Ce qu'il y a d'un peu flou dans les figures contribue puissamment à\nl'immatérialité du sujet. La vision de l'artiste est celle d'un monde idéal,\nrêve de beauté pure, harmonieuse, exempte de toute petitesse et de toute\nlaideur. Et pour donner au spectateur la sensation de ce rêve, il convient\n d'atténuer la forme jusqu'à la dernière limite de l'imprécision compatible\navec la clarté. C'est le problème à résoudre en place, et je ne doute pas que\n l'expérience du grand artiste n'arrive à une solution parfaite.\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1898, "texte": "122                                  DURENDAL\n\n\n   J'espère aussi que l'administration du Musée contribuera à l'harmonie de\ncette œuvre en débarrassant le vestibule de tout ce qui s'y trouve : bustes,\nloge de concierge, etc.\n   Je ne vois pas dans ce décor symbolique aux merveilleuses frondaisons\nd'or, sur ces lacs azurés où vogue la Barque de l'Idéal, parmi les sil-\nhouettes fluides des ombres élyséennes,. s'ériger bêtement u n dépôt de\ncannes et de parapluies, ni même se profiler les bustes de nos célébrités\nnationales. Montald a conçu ce vestibule comme un temple de l'art. Il con-\nvient de lui assurer le respect de son idéal, et de ne pas troubler son h y m n e\nà la Beauté par les dissonances des banalités de la rue.\n                                                                      F.   VERHELST.\n\n\n    P.-S. — Il paraît qu'il y a du tirage quant à l'exécution du projet de\nMontald. On a prétendu que M. Balat n'a songé à décorer le musée qu'à\nl'époque où le m o n u m e n t était destiné à être un palais des fêtes.\n    D a n s u n e lettre adressée au Petit Bleu le 6 février 1908, M. Montald\nd é m o n t r e que cette allégation est erronée. On aurait pu s'en douter, tellement\nelle paraît invraisemblable. Espérons que ces chicanes resteront sans effet.\nL'occasion est trop belle de favoriser l'essor de la peinture monumentale en\nBelgique.                                                                    F . V.\n\n\n\n   Exposition de Mme Gilsoul-Hoppe, au Cercle Artistique\n   U n e trentaine de cadres, fleurs, clématites sombres, capucines aiguës,\ngrands lys translucides en des enclos touffus de silence et de méditation ;\nsites, vieux j a r d i n s , maisons anciennes, béguinages ensoleillés... T o u t e u n e\nvie de couleur, de rêve et de parfum évoquée d'un pinceau expert, chatoyant\net lumineux.                                                                 A. G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-013", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 123, "titre_corps": "Trois Conférences", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. N.", "ancre_debut": "Trois Conférences Dom Besse", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 148, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "Trois Conférences\n   D o m B e s s e , bénédictin de Ligugé, qui naguère vint parler d ' H u y s m a n s\naux invités de Durendal, a d o n n é au local Patria, le 31 janvier, u n e conférence\nsur la littérature et la contre-Révolution en France. Ce fut surtout un panégyrique\nde l'Action française, le nouveau groupement de théorie monarchiste que fonda\nrécemment M. E t i e n n e L a m y . D a n s la partie littérature de sa conférence,\nDom Besse, qui est décidément Un causeur charmant, spontané, b o n h o m m e à\nla fois et enthousiaste, a exposé à sa façon la « généalogie » des idées tradi-\ntionalistes. D'après lui, de de Maistre et de Bonald, ces idées passent à Balzac\net à Comte, de Comte à T a i n e , de Taine et de Balzac à Bourget qui, enfin,\nles c o m m u n i q u e au grand public, tandis que, sociologues, publicistes ou\nromanciers, Barrés, Maurras, Laserre, Valois, exposent la synthèse des idées\nconservatrices. Il y eut dans la causerie de Dom Besse, à côté de jugements\ncontestables et que nous ne discuterons pas ici parce que ce n'est pas le lieu,\ndes aperçus originaux et de nobles paroles. U n public n o m b r e u x et élégant a\nlonguement applaudi le distingué bénédictin.\n                                               *\n                                              * *\n   G e o r g e s V i r r è s a d o n n é le 8 janvier, au Cercle littéraire des anciens élèves de\nSaint-Michel, devant u n e salle comble, une exquise conférence : Ecrivains et\npeintres. Avec une g r a n d e délicatesse d'impressions, une g a m m e infinie de\nnuances, M. Virrès a montré les affinités de nos artistes de la couleur et d u\nlivre, faisant saisir, par exemple, dans Demolder d'admirables transpositions\nde R e m b r a n d t et découpant d a n s tel roman de L e m o n n i e r des toiles\nluministes de Claus. Ces très curieux rapprochements, une étude détaillée et\ntrès fine de tous nos coloristes de la plume — car nos écrivains, et en\nparticulier M. Virrès lui-même ont fait mentir ce mot de Veuillot : la plume\nn'est pas faite pour peindre avec des couleurs — d'ingénieux aperçus, toute\nla conférence enfin a été pour ses auditeurs u n e fête lumineuse, c h a n t a n t e . . .\net tôt passée.\n                                               *\n                                              * *\n   M. F i r m i n V a n den B o s c h a parlé le 5 février, devant le même auditoire\nenthousiaste, de l'Apostolat par la Beauté. Avec une vie et une vigueur admi-\nrables il a culbuté de fausses renommées, cinglé des vilénies, crevé des\npréjugés et ensuite parlé magnifiquement de nos artistes catholiques. L a\nverve tour à tour incisive, railleuse, vibrante attaqua successivement les\ngraves questions des humanités, du roman m o d e r n e , de la critique catho-\nlique. Les quelques cent vingt étudiants réunis en la petite salle de la rue\nBrialmont lui firent un succès très chaud. A cette jeunesse s'étaient mêlées\ndiverses personnalités bruxelloises N o u s avons remarqué M. E e k h o u t ,\nsecrétaire du cabinet de M. le Ministre des Sciences et des A r t s ; M. de\nSadeleer, ancien président de la C h a m b r e ; les conseillers Nothomb et\nde Hults, l'abbé Halflants; l'abbé Mœller, directeur de Durendal; M M . Mau-\nrice Dullaert, F r a n z Ansel, Jules Leclercq, H e n r i Davignon, etc.\n                                                                           P. 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PIERRE GAUTHIEZ. — (Paris,\n     Laurens.)\n     Holbein, c'est undecesabstracteurs de réalités, un de cesanalystes profonds\n  de la physionomie humaine, dont les œuvres, dans les musées, offusquent par\n  leur relief captivant les sollicitations spirituelles émanées des ouvrages de\n  pure imagination, nourris de légende ou de rêve. Il semble qu'elles soient là de\n  même qu'un vivant parmi des ombres, qu'une présence réelle au milieu de\n  changeantes féeries qui vont se déployant et s'évaporant sous le regard.\n C'est la vie même, avec ses intimations sans réplique, rejetant en arrière les\n créations du songe, faisant taire la voix de la fantaisie pour parler, elle seule,\n de sa voix grave et impérieuse.\n    La fiction parle à la fiction; la vie à la vie... Nous venons à l'une avec\n notre pensée en confuse aspiration, en attente, en espoir d'une beauté que\n la réalité — dont nous sommes las — ne nous refuse pas, mais que, peut être,\n nous ne voulons pas y voir, parce qu'elle n'est pas fabuleuse. A l'autre, c'est\n  avec nous-même que nous venons, avec nos jours et notre expérience, et\n avec un intérêt d'autant plus passionné que ceux-ci s'étant accrus, la marge\n  de l'illusion juvénile s'est davantage rétrécie.\n     Un portrait, tracé par un maître tel que Jean Van Eyck ou Memling,\n  Dürer ou Holbein, est devant nous comme un fascinant miroir où nous\n interrogeons l'homme, le prochain, l'être — nous-même, dans la semblance\n fixée, face d'inquiétude, de malheur ou d'insouciance, par le pinceau génial.\n  Tous ces visages illustres dans l'art : l'Arnoltfini (?) ou l'Homme à l'œillet, de\n Jean Van Eyck; l'Erasme ou le Henri VIII, d'Holbein, éternisés dans leur\n immobile intensité, nous apparaissent à la fois pleins de clartés et d'ombres,\n évidents et énigmatiques, comme la vie même, à l'image de laquelle ils sont\n faits.\n    En ce XVIe siècle, qui, entre les humanistes et les iconoclastes, paganisa\n l'art, dans le Midi, et faillit l'étouffer, dans le Nord, Holbein se tint ferme\n dans sa franche et saine tradition, se prenant aux êtres et aux choses pour\n s'efforcer d'en pénétrer et d'en traduire la forte et substantielle beauté. M.Pierre\n Gauthiez nous donne, en ce volume, un portrait du peintre, d'un trait rempli\n de précision et d'éclat; une biographie qui, dans sa brièveté incisive,\n sa cordiale compréhension du milieu où le maître se forma, l'excellente\n.analyse critique, de l'œuvre de celui-ci, depuis ses débuts à Bâle jusqu'au\n terme de sa carrière et de sa vie, en Angleterre, constitue une des études\n les plus exactes et les plus fines qui aient été tentées sur le grand artiste\n allemand. L'auteur montre, excellemment, en Holbein, l'artisan laborieux,\n modeste et résolu, prêt — comme tous les artistes du temps — à toute\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3333, "texte": "                                    LES LIVRES                                     125\n\n\nbesogne a p p a r t e n a n t à son métier, certain « d'en tirer toujours et partout, un\nbon ouvrage, une œuvre de maîtrise ». Le travail qu'on lui c o m m a n d e , quel\nqu'il soit, décoration, image de sainteté ou portrait, il l'exécute avec toute sa\nconscience de probe ouvrier; seulement, observe M. Gautiez, les dilections,\nla spéciale vocation, « l'instinct d e s o n art l'entraînent à fouiller plus profondé-\nment u n certain genre d'ouvrages et u n e certaine espèce de modèles... T r o u v e r\nune figure faite et marquée par l'existence, plus expressive que belle, et\nd'une expression continue et discrète; la pénétrer dans ses replis, en quelques\nheures ; composer, avec ce c o u p d'œil prévoyant qui est le génie, l'essence et\ncomme la synthèse d'un être h u m a i n , puis réfléchir sur le dessin a n n o t é ,\nréunir le cadre des objets qui complètent l'homme, créer une figure aussi\nprécise d a n s ses traits qu'une création vivante, qu'une fleur ou un insecte, et\naussi durable d a n s la facture matérielle q u ' u n métal ou qu'un cristal, voilà le\n triomphe du peintre... »\n\n L e s g r a n d s a r t i s t e s : Murillo, par M. PAUL LAFOND. — (Paris,\n   Laurens.)\n   « D a n s la plupart de ses manifestations, observe très j u d i c i e u s e m e n t\nl'auteur de ce livre, l'art espagnol témoigne d'un besoin étrange et parallèle\nd'idéal et de réalité. » E t cette définition s'applique on ne peut mieux aux\ngrands maîtres du XVIIe siècle, influencés encore, comme leurs prédecesseurs,\npar l'école flamande et, en même temps, par les impulsions classiques\nitaliennes. La vision idéale qui, chez Velasquez, était tout empreinte de\npaganisme héroïque et transformait, sous son pinceau, les ruffians ivres\nde vin noir en des espèces de dieux magnifiques et farouches, apparaît\ntoute religieuse chez Murillo. Il célèbre l'adoration et triomphe dans l'extase ;\ncertaines de ses Vierges, de ses Saintes Familles sont d'une suavité si caressée\ndans la forme et dans l'esprit qu'elles nous paraissent, aujourd'hui, dou-\nceâtres, et que nous leur préférons les pages du grand artiste où, sans\néteindre les impressions vives du sentiment, il les a traduites sous des\naspects de réalité plus vigoureuse, avec la sobriété pathétique vraiment\némouvante qui apparaît, par exemple, dans le beau Retour de l'enfant prodigue,\nde la collection D u d l e y . . .\n   M. Lafond nous dit excellemment la carrière du célèbre enfant de Séville,\nson oeuvre considérable et les prestiges de son art.\n\n   A u g u s t a P e r u s i a (septembre-octobre 1907).— Mgr Faloci Pulignani\nconsacre quelques pages enthousiastes aux oeuvres de l'Alunno (Niccolô\nda Foligno), qui ont été exposées à la Mostra d'Arte, à P é r o u s e . M. Cristofani\nétudie de la façon la plus intéressante les séries de figures de saints ou\nd'illustres franciscains introduites dans la belle décoration exécutée par\nGozzoli, dans l'église de Saint-François, à Montefalco; dans une tapisserie,\nflamande de forme et d'exécution, offerte par Sixte IV à la Basilique d'Assise\net dans les stalles du choeur de cet édifice. L'illustration de ce numéro est\nparticulièrement r e m a r q u a b l e .\n                                                                   ARNOLD    GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison02-015", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 126, "page_fin": 128, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Notre collaborateur Ernest de Laminne", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 151, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2803, "texte": "NOTULES\n\n   Notre collaborateur Ernest de Laminne vient de publier un\nvolume de poèmes sous ce titre : L e s R e g r e t s , chez l'éditeur            Alphonse\nL e m e r r e de P a r i s .\n\n\n   L e s Amis de la Médaille d'Art. — La section belge de la\nSociété hqllando-belge des Amis de la Médaille d'Art a tenu sa séance annuelle,\nle dimanche 26 janvier, au Palais des Académies. Au bureau siégeaient :\nM M . Alphonse de W i t t e , p r é s i d e n t ; E m . de Breyne, secrétaire; E d . Laloire,\ntrésorier; Ch. Le Grelle, commissaire des Monnaies, et le J r Beelaerts van\nBlockland, délégué de la section hollandaise.\n    L'assistance était, c o m m e toujours, fort n o m b r e u s e . M. Charles B u l s ,\nprésident du Comité central des deux sections, s'était fait excuser, étant obligé\nd e présider à la même heure u n e autre r é u n i o n .\n    P a r m i les assistants, on remarquait : les conseillers H i p p e r t et de Bavay,\nl'abbé H e n r y Mœller, directeur de Durendal; le vicomte de J o n g h e , président\nde la Société de N u n i s m a t i q u e ; F . Alvin, conservateur du cabinet des mé-\ndailles de l'Etat; le comte T h . de Limburg-Stirum, sénateur; le c o m m a n d a n t\nVanot; le lieutenaut W i e n e r ; Visart de B o c a r m é ; M M . Seeldrayers et\nBataille, artistes peintres; Beekman de Craylo, etc. etc.\n    P a r m i les artistes médailleurs :\n    M M . G. Devreese, Wissaert, F . Bracke, Ch. Samuel, De Keyzer, J . J o u r d a i n ,\nA. Michaux, F . Dubois, de Bruxelles; H . L e Roy, de G a n d ; L. D u p u i s ,\nd'Anvers, et F . Vermeylen, de L o u v a i n .\n    L a lecture des rapports du secrétaire et du trésorier établissent la brillante\nsituation de la Société à tous les points de vue. Elle compte actuellement\ndeux cent cinquante membres et ses ressources pécuniaires lui permettront\nbientôt de distribuer trois médailles par a n . Le bureau de la section belge\nest réélu par acclamation.\n    L'assemblée décide l'organisation à Bruxelles, en 1910 d'un Congrès inter-\nnational de la médaille qui pourrait heureusement être complété par un Salon\ninternational de la Médaille d'Art installé à l'Exposition universelle d e\nBruxelles et qui n'aurait rien de c o m m u n avec l'exposition des Beaux-Arts.\n    L'assemblée charge aussi le bureau de la section belge et spécialement son\nprésident, M. de W i t t e , de faire les démarches nécessaires pour obtenir\nqu'à l'avenir, d a n s les expositions des Beaux-Arts, une salle soit réservée aux\nmédailles qu'actuellement on sème un peu partout dans les sections qui n ' o n t\na u c u n r a p p o r t avec elles. T o u s les artistes présents ont vivement appuyé\ncette proposition qui aura le patronage des m e m b r e s de la Société faisant\npartie du Sénat et de la C h a m b r e .\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2930, "texte": "                                     NOTULES                                    127\n\n\n   Au cours de la séance de nombreuses médailles, belges, françaises, alle-\nmandes et suisses, nouvellement frappées, ont circulé et M. de Witte a\nannoncé qu'une médaille pour l'Exposition de Bruxelles allait, grâce aux\ninstances de M. G. Francotte, être mise au concours, cette année-ci.\n                                        ***\n   La Société de musique de Tournai donnera, le dimanche\n 22 mars, à 3 heures de l'après-midi, une exécution du magnifique oratorio\nFranciscus de notre grand compositeur EDGAR TINEL. Cette partition, chose\n excessivement rare quand il s'agit d'œuvres contemporaines, eut l'honneur\n de figurer jadis au programme d'un festival Rhénan. Elle eut un succès reten-\n tissant non seulement en Belgique où elle fut exécutée au théâtre de la\n Monnaie et à Malines, mais en Hollande, en Angleterre et en Amérique.\n C'est une œuvre de la plus haute valeur qui a classé Tinel parmi les plus\nillustres compositeurs modernes. La Société de musique de Tournai donnera\n à Franciscus une interprétation de tout premier ordre qui ne fera que\n confirmer la réputation mondiale que cette œuvre géniale s'est légitimement\n conquise.\n                                          *\n                                         * *\n    L a L i b r e E s t h é t i q u e . — Le prochain Salon de la Libre Esthé-\ntique coïncidera avec le vingt-cinquième anniversaire de la fondation des\n Expositions des XX, origine des Salons actuels.\n    Pour célébrer ce jubilé, la Libre Esthétique groupera la plupart des\npeintres et sculpteurs qui ont donné à ce cycle d'expositions leur signification\némancipatrice. Seuls les artistes vivants y seront représentés. L'Exposition\njubilaire, qui s'ouvrira au Musée moderne à la fin de février, ne sera donc pas\nrétrospective, mais en quelque sorte récapitulative. On y revena avec intérêt\nceux des artistes belges et étrangers qui ont débuté aux XX et qui sont\naujourd'hui parvenus à la maîtrise.\n                                          *\n   V i e n t d e p a r a î t r e : Almanach de la Société générale gantoise des étudiants\ncatholiques (Gand, Vanderpoorten). — La Société générale des étudiants\ncatholiques de Gand vient de lancer son almanach pour l'an 1908. Il est\nsuperbement édité comme toujours et renferme des articles fort intéressants.\nIl contient une partie littéraire double : française et flamande. Nous en\nrendrons compte dans notre prochain fascicule.\n                                             *\n                                           * *\n  A p a r a î t r e p r o c h a i n e m e n t : Emile Claus, par CAMILLE LEMON-\nNIER. — Volume contenant 34 planches hors texte, dont une reproduction en\ncouleurs et 17 reproductions dans le texte. Prix : 10 francs. Il sera tiré\n5o exemplaires de luxe sur papier impérial du Japon, numérotés. Prix :\n40 francs. (Bruxelles, éditeur Van Oest.)\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3717, "texte": "128                                     DURENDAL\n\n\n   M . E m i l e M a t h i e u , directeur d u Conservatoire d e G a n d , organise\npour la seconde quinzaine de juin u n e série d e représentations de sa nouvelle\nœuvre : L a R e i n e V a s t h i , au théâtre royal d e la Monnaie de Bruxelles, gra-\ncieusement mis à sa disposition p a r le Collège des bourgmestre et échevins d e\nla capitale, d'accord avec les directeurs d u théâtre, MM. Kufferath et G u i d é .\n                                             ***\n  La Société des concerts de musique sacrée d'Anvers\ndonnera, le 12 avril, une exécution du M e s s i e d e H a e n d e l . Nous n'avons p a s\nbesoin d'engager les amateurs à assister à ce concert de la Société de m u s i q u e\nsacrée d'Anvers, qui s'est déjà fait remarquer p a r tant de splendides auditions\ndes œuvres des grands maîtres.\n                                              * **\n  P o u r 1 A r t . — L e quatorzième Salon d u Cercle Pour l'Art s'est ouvert\nau commencement de ce mois. Nous en rendrons compte a u fascicule de m a r s .\n                                              ***\n   Accusé de réception :\n   A R T : Quatre artistes liégeois : A. Rassenfosse, Fr. Maréchal, A. Donnay, Em.\nBerchmans, p a r MAURICE DES OMBIAUX. Volume illustré de 48 planches h o r s -\ntexte (Collection : L e s artistes belges contemporains. Bruxelles, Van Oest). —\nEugène Laermans, p a r GUSTAVE VAN Z Y P E . Volume contenant 28 planches\nhors texte et 14 reproductions dans le texte (idem).\n   L I T T É R A T U R E : Ferdinand Bruneti'ere, par GEORGES FONSEGRIVE ( P a r i s ,\nBloud). — Almanach de la Société générale gantoise des Etudiants catholiques (Gand,\nVanderpoorten). — Collection des plus belles pages de STENDHAL (Paris, Mercure\nde F r a n c e ) . — Saint Athanase par FERDINAND CAVALLIERA (Paris, Bloud).\n   M U S I Q U E : Rameau, par Louis LALOY (Collection : L e s maîtres d e la\nm u s i q u e . P a r i s , Alcan).\n   P O É S I E : Choses qui furent, p a r JANE MERCIER-VALENTIN (Roubaix,\nE d . d u Beffroi). — Poèmes et poésies, p a r FRANCIS VIELLÉ-GRIFFIN ( P a r i s ,\n Mercure de F r a n c e ) .\n   R E L I G I O N : Luther et le luthéranisme, p a r CRISTIANI (Paris, Bloud). —\nSainte Mélanie, par GEORGES GOYAU (Collection : L e s saints. P a r i s , Lecoffre).\n— Éléments d'apologétique. I . Apologie élémentaire. Dieu et la Religion, p a r\nJ.-K. D E LA PAQUERIE ( P a r i s , B l o u d ) . — Foi et système, par E . BERNARD\nA L L O (id.)\n  R O M A N S : Recommencements, par P A U L BOURGET (Paris, P l o n ) . — Mon\namour, p a r R E N É BOYLESVRE ( P a r i s , Calmann-Lévy). — Le rouet d'ivoire, p a r\nE M I L E MOSELLI (Paris, P l o n ) . — Fils de la terre, par P A U L - H E N R I       CAPDE-\nVIELLE (id.). — Dette fatale, p a r L I N E L DALSACE (Paris, P e r r i n ) . —- Une utopie\nmoderne, p a r G . - H .   W E L L S , traduit p a r H E N R Y DAVRAY et    B.   KOZAKIEWICZ\n(Paris, Mercure de F r a n c e ) . — La petite reine blanche, par MAURICE DES\nOMBIAUX (Bruxelles, Larcier). — Quelques bandits, par P A U L TANY ( P a r i s ,\nP e r r i n ) . — Le conservateur de la Tour Noire, p a r GEORGES GARNIR (Bruxelles,\nEtablissements généraux d'imprimerie). - La jeune fille de la mer, par R E N É\nDE SAINT-CHÉRON. Préface d'HENRI DE RÉGNIER (Paris. Stock).—Simples\ncontes des collines, p a r RUDYARD K I P L I N G T r a d u i t s p a r ALBERT SAVINE ( i d . ) . —\nNouveaux contes des collines, p a r RUDYARD K I P L I N G . T r a d u i t s p a r ALBERT SAVINE\n(id.). — Dupecus, par P A U L FRAYCOURT (id.).\n   D I V E R S : L'évolution créatrice, par H E N R I BERGSON ( P a r i s , Alcan). —\nL'individu et l'esprit d'autorité, p a r ABEL FAURE (Paris, Stock).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 82, "texte": ""}, {"page_pdf": 83, "texte": ""}, {"page_pdf": 84, "texte": ""}, {"page_pdf": 85, "texte": ""}, {"page_pdf": 86, "texte": "    BUSTE D'EDGAR     TINEL\n\nŒuvre du sculpteur ARSENE   MATTON\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": ""}, {"page_pdf": 88, "texte": "                     Arsène Matton\n\n               C'EST un      honneur et une bonne fortune pour\n                     Durendal de contribuer à la renommée nais-\n                     sante de ce jeune sculpteur, dont les premières\n                     œuvres révèlent des qualités exceptionnelles et\n                    présagent une carrière brillante.\n                       Arsène Matton est un F l a m a n d de H a r l e -\n                     beke, la patrie de Peter Benoit. C'est en pays\n                    flamand qu'il reçoit sa première éducation\nartistique : à Courtrai d'abord, puis à Gand et à Malines,\nà l'école de Rosier, dont il se plaît à proclamer les émi-\nnentes qualités d'initiateur. A Malines encore, il apprend à\nfond le métier de sculpteur sur bois, avec M. L u c Scheffer-\nmeyer, artiste modeste et trop peu connu, dont le tribunal de\ncelte ville possède d'excellentes reconstitution de sculptures\nmédiévales, exécutées sous la direction de l'architecte B l o m m e .\nM . Matton complète ses études à l'Académie de Bruxelles, où\nil remporte, en 1895, les prix de sculpture d'après nature et le\nprix de composition monumentale. Il est le premier titulaire\nde la bourse de voyage fondée par la ville de Bruxelles cette\nm ê m e année 1895.\n   L ' œ u v r e de M. Matton comporte un bon n o m b r e de sujets de\nfantaisie, bronzes décoratifs, bibelots de salon, utilisations fort\nélégantes et remarquées à l'exposition de Géographie d'Anvers\nde la nacre et de l'argent. P a r m i les œuvres de plus grande\nallure, j e note spécialement un délicieux buste de fillette au\nregard levé, qui interroge et s'émerveille, une statue de David\nvainqueur de Goliath, acquise par le Musée de Courtrai, qui\ntraduit en une vision très personnelle et très moderne la création\nde Verrocchio, un m a r b r e acquis par la ville de Bruxelles, buste\nd'homme dont la structure savante et large fait penser aux\n meilleurs bustes de Rodin.\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "66                          DURENDAL\n\n\n   Signalons encore une série d'œuvres monumentales, exécutées\n ou projetées, notamment une statue symbolisant le Commerce,\npour la façade de la maison communale de Saint-Gilles\n(Bruxelles); des motifs de décoration pour les locaux du Gaz de\nla même commune; un projet de fontaine pour le parc Josa-\nphat, où jaillit une source connue sous le nom populaire de\n Fontaine d'Amour,— et j'admire combien l'artiste a su respecter\nles plus délicates convenances en un thème qui prête aux équi-\nvoques troublantes; — une excellente statue de Breughel de\nVelours, bien comprise pour sa destination : la façade latérale\nde l'hôtel de ville de Bruxelles; un projet de monument à la\nmémoire de Sigebert de Gembloux, moine bénédictin et chro-\nniqueur du XIe siècle; enfin, pour Harlebeke, un projet de\nmonument à la mémoire de Peter Benoit, où l'artiste a mis\ntoute sa science de l'art monumental. Deux figures symboliques,\ndont l'élégance est digne de Dillens, décorent une stèle élancée\nqui porte le buste du Maître. C'est tout Benoit qui revit dans\ncette face largement épanouie, avec ses traits si caractéristiques\noù il y a quelque chose du bœuf et de l'oiseau de proie.\n   Mais ce que j'admire surtout dans l'œuvre de M. Matton, ce\nsont les portraits bustes des compositeurs Lünssen et Tinel. Le\npremier est vivant. Je n'ai pas l'honneur de connaître M. Lüns-\nsen, mais il me semble que M, Matton m'initie à la psychologie\ndece musicien, tantil y a de concentration et d'énergie contenue\ndans le regard enfoui et le pli des lèvres serrées.\n   Le portrait de Tinel est un pur chef-d'œuvre. Et puisque\ncelui-ci est l'occasion de la présente notice, on voudra bien me\npermettre de m'y arrêter plus longuement.\n   C'est une aubaine pour un sculpteur de rencontrer un tel\nmodèle, mais c'est aussi un écueil redoutable. Comme toutes les\nnatures exceptionnelles, Tinel est complexe, énigmatique, décon-\ncertant. Sous les apparences du premier aspect se dérobent des\ncaractères profonds qui veulent être explorés. Une rencontre\nbanale ne suffit pas à le faire connaître. On sent bien qu'on\naborde quelqu'un ; on subit l'ascendant d'une forte personnalité.\nMais on se demande ce qu'il y a derrière ce masque contracté\net ce regard froid comme l'acier. Pour peu qu'un courant de\nsympathie s'établisse entre le sphinx et vous, — les nombreux\namis de Tinel savent qu'il n'est pas bien difficile de pénétrer\nson secret — on admire l'excjuise bonté d'âme latente sous ces\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                          ARSÈNE   MATTON                          67\n\n\ndehors impérieux, âme ardente, loyale, juvénile, n'ayant jamais\nconnu d'autres feux que les joies très nobles de l'art, les dou-\nleurs très pures de l'enfantement des chefs-d'œuvre, les émotions\nsaintes de l'amour des hommes et de Dieu. S'il a souffert, et les\nrides du visage le disent assez, ni les ordinaires contingences de\nla vie, ni les ambitions déçues n'y sont pour rien. Ces traits\ntendus sont toujours prêts à s'épanouir dans le rire le plus franc.\nMais pour T i n e l la vie n'est pas une fête ni une comédie plus\nou moins plaisante. C'est une lutte corps à corps entre l'esprit\net la matière pesante. L e s heures faciles où l'effort se détend,\noù la bête se repose et s'amuse, sont les heures brèves et rares\nde cette vie d'opiniâtre labeur, et celui-ci seul a gravé dans les\ntraits du visage un sillon durable.\n    T i n e l , c'est le grand artiste chrétien, à peu près unique\naujourd'hui parmi tant d'esprits désemparés et de consciences\nveules. Il a puisé dans ses convictions de chrétien éclairé une\nidée assez haute de l'art et de la mission de l'artiste, pour\ns'interdire tous les compromis d'un dilettantisme vulgaire. Il\nne comprend m ê m e pas qu'une œuvre d'art puisse être basse,\net, volontiers, il clame son mépris pour ce qu'il ne peut\nadmirer. Il est intransigeant j u s q u ' à la férocité. Mais les\nœuvres seules allument sa haine. P o u r les hommes il est\ntolérant, accueillant et bon.\n   Voilà le modèle. M. Matton l'a étudié longuement, patiemment,\nconamore. L e buste de Tinel n'est pas le résultat fortuit de quelques\nséances de pose. Il a pris des années de l a b e u r ; il est né d'une\nvraie communion d'âmes. Aussi c'est bien T i n e l que je retrouve\ndans cette tête légèrement penchée, si expressive dans la belle\nrégularité classique des traits s'élargissant vers le front, s'ame-\nnuisant vers le bas, selon le r y t h m e de la vie intellectuelle pré-\npondérante, avec un rien d'asymétrie qui infléchit les lignes du\nvisage et lui donne son aspect vivant et personnel. C'est son\n front de penseur, ses yeux fixés sur une vision intérieure, ses\n lèvres que plisse une amertume grave, ses épaules à peine\n esquissées, mais indiquant déjà le corps élancé et frêle.\n    Œ u v r e parfaite, pétrie par des doigts absolument maîtres de\n la matière, mais vivifiée aussi par une émotion communicative,\n tel m'apparaît ce buste de T i n e l . Il range d'emblée son auteur\n parmi les grands maîtres du portrait sculpté.\n                                                     F.   VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "          L'Hymne au Silence\n                                            Pour Jeun de Gourmont.\n\nSilence, tu me suis le long des jours d'été,\nQuand l'amour est assis au bord de l'eau qui     tremble\nEt je t'ai rencontré par les bois argentés,\nSous les bouleaux s'aimant et les baisers des    trembles.\n\nSilence, avec la nuit, aux murs des écuries,\nSur les pas du troupeau souplement tu te glisses;\nTu es le souffle errant de mes blanches génisses,\nBuveuse de vent clair, d'herbe embaumée      nourries.\n\nAux carreaux s'est penchée la lune à peine éclose,\nAlors, silence doux, vaguement tu te meus,\nDans son reflet dansant, ou bien tu te reposes\nSur la litière molle à côté de mes bœufs.\n\nCouchée auprès de toi, j'ai vu le marais blond\nEt lilas se remplir aux derniers jours    d'automne,\nD'immobiles clartés qui fixement     rayonnent,\nDe mousse corrompue, d'odeurs au sens profond.\n\nJe t'ai goûté, mêlé à ces parfums  grisants\nDes sphaignes inondées où s'écoule le ciel ;\nAu breuvage meilleur que le lait et le miel,\nEn ton haleine épars, Novembre     agonisant.\n\nVague et flottant silence, en toi-nous enfonçons,\nComme la tanche d'or au mystère de l'onde,\nComme le moissonneur en la mer des moissons,\nL'alouette fusant parmi la nue profonde.\n\nBeau silence, bouquet attaché sur ma gorge,\nDoux ramier respirant contre mon cou pâmé,\nSilence, aliment vrai, dont je suis affamé\nPlus que d'un pain réel fleurant le blé et l'orge ;\n\nBeau silence loyal, sans tache, comme l'or,\nParole du divin penché sur notre fange,\nOu palpitations frêles d'ailes     d'archange,\nQui se voile le front et replie son essor;\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                             L'HYMNE       AU   SILENCE                               69\n\n\n      O silence idéal, tu consoles d'entendre,\n      Tant de rires brutaux, de mots faussés et durs;\n      Sur mon âme blessée, que ton cours se répande,\n      Comme un ciel printanier sur les prairies  d'azur.\n\n      Entre le monde et moi, silence étends un voile\n      Moelleux... pour étouffer ses résonnances     vaines;\n      Réserve-moi la paix des lointaines   étoiles,\n      Où ne parvient jamais l'écho des voix      humaines.\n\n      Silence, tu permets que j'admire en moi-même,\n      Attentive et charmée, un orchestre secret :\n      Mon cœur harmonieux     (la ruche qui essaime,\n      Le verger murmurant    son incessant poème).\n\n      Fais de ma vie, pour que le bonheur me sourie,\n      Un antre verdissant, infiniment   sauvage\n      Où seulement le vent, sur la mousse fleurie,\n      Mélange à tes refrains son fantasque    langage;\n\n      Et retiens le profane au delà de mon seuil ;\n      Il est celui de Pan divin, joueur de flûte ;\n      Un beau laurier naissant et cher à mon orgueil\n      Laisse tomber son ombre au long des roches brutes.\n\n      Là, referme sur moi tes tendres bras ouverts ;\n      Que je presse tes mains en mes brûlantes    paumes,\n      Tes deux mains de fraîcheur au fond des soirs déserts,\n      Où s'effacent les cris et la forme des hommes.\n\n      Seul confident aimable et le seul que je veuille,\n      Avec le vent, avec l'eau pure, avec la feuille,\n      Délasse-moi d'exister entre tes bras forts,\n      0 frère de l'oubli suave et de la mort. (1)\n\n                                                               M A R I E DAUGUET.\n\n\n\n\n(1) Ce poème est entrait des Pastorales, 1 vol. qui paraîtra en avril chez Sansot, Paris,\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                En marge de la réalité\n\n                                  Imaginations\n                                                                     Pour Hélène.\n                  DANS la rue un orgue jouait,                   vieux, pensif et triste,\n                          tout plein d'airs démodés dont il se vidait,\n                          m é l a n c o l i q u e m e n t . C'étaient des romances et\n                          des barcarolles aux inflexions sentimentales où\n                          l'on voyait passer, avec des roucoulements de\n                          colombes amoureuses et des gestes élégiaques,\n                          des Elvires songeuses et de romanesques Mal-\n                          v i n a s . . . Elles s'évoquaient, touchantes et vieil-\nlottes, semblables à des bibelots empoussiérés d'étagère,\nassises, en robe d'organdi ou de nankin, sous un saule échevelé,\nou debout, sur un morne rivage, secouant leur mouchoir, pour\nle dernier a d i e u ! . . . « A d i e u ! » criaient-elles, d'une seule voix\ngrêle, puis égarées, d a n s leur mortelle détresse, elles se\nmettaient à danser é p e r d û m e n t .\n    Artor regardait la fumée de son cigare, dont les volutes\nfaisaient aux personnages de son imagination une scène\nmouvante toujours en évaporation et que chaque bouffée\nreconstituait, et, dans cette fumée, de minuscules                               figures,\npareilles à des poupées de porcelaine ou de bois e n l u m i n é , qui\nvalsaient, faisaient la révérence, sous la surveillance d'un petit\nh o m m e replet, tout de noir habillé, l'air sévère et qui, étant\na s t h m a t i q u e , s'appuyait sur une canne à pommeau d'argent.\nParfois, enivrée par le plaisir de la danse, l'une ou l'autre des\npoupées se mettait à jeter les j a m b e s d'une manière que la\ndécence réprouve, mais, aussitôt, le petit h o m m e replet s'ap-\nprochait et la regardait d'un air interrogatif si indigné qu'elle\nreprenait au plus vite la cadence et l'attitude modestes de ses\ncompagnes... Brusquement, l'orgue a y a n t cessé de déverser ses\nmélodies sous les fenêtres, toute la fantasmagorie disparut,\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                      EN MARGE DE LA RÉALITÉ                           71\n\n\n avec le son de la dernière note, comme si elle était descendue\n d'un coup dans le troisième dessous du théâtre imaginaire...\n    — Imaginaire?... se d e m a n d a i t Artor : Que sais-je? Mes\npetits danseurs ont disparu, mais n'est-ce pas que le voile qui\nme les cachait, et que les pouvoirs de la musique avaient\nsoulevé, est retombé?... Où est la réalité, de leur côté ou du\nnôtre?... Nous avons l'esprit si pesant et si tardif, le tact si\nimparfait, que rien ne les émeut que les matérialités les plus\ngrosses... L a musique, en les affinant, en amenant à leur\nparoxysme leurs capacités de perception, ne leur donne-t-elle\npas accès dans ce monde que nous nous figurons mensonger ou\ninventé! Sans doute, elle aiguise l'acuité de notre vision, nous\ndépartit un nouveau sens, grâce auquel nous passons outre aux\napparences épaisses de notre sphère coutumière, pour saisir les\nréalités qui gravitent au delà, impondérables et charmantes...\nL a troupe légère de danseurs et de danseuses minuscules qui se\ntrémoussait si gentiment, sur u n r y t h m e allègre, dans les\npalais fuligineux édifiés par la fumée de mon cigare, et effacés\nsubitement de devant mes yeux, est-elle moins vivante en mon\nsouvenir, moins définie que les milliers d'individus visibles et\ntangibles que j ' a i croisés ou qui m'ont bousculé dans les rues,\nou que tant de localités traversées en chemin de fer, attrayantes\nou désolées, et remplies d'une vie pour moi toujours étrangère\net impénétrable? E n somme, mes danseurs le sont davantage :\nInoubliables, p a r c e que insolites et, au fond, pas plus irréels que\nles m y r i a d e s d'insectes et d'astres qui échappent à notre vue, soit\nqu'ils soient trop petits, soit qu'ils soient t r o p loin!... Nos yeux\nsont, sans doute, trop matériels pour apercevoir, autrement que\npar échappées hallucinées, toute la vie fluide qui s'agite, flotte\net vibre autour de nous, dans cette atmosphère où ils ne\ndécouvrent que vide et transparence?... Pourquoi dans ces\nespaces le vide qui n'est nulle part? Pourquoi en dehors de moi,\nalors que j a m a i s en moi, et que, somnolente ou, même,\nendormie, la mécanique cérébrale va sans repos, consciente ou\nnon, tissant obscurément des fictions et des idées q u e le\nhasard, quelque jour, ou la réflexion, fera surgir, inattendues et\nsurprenantes?...\n  » Voici, une musique quelconque, vulgaire ou obsédante, qui\nretentit et dont le retentissement physique déclanche en moi,\nnerveusement et quoi que j ' e n aie, des théories d'imaginations\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "72                               DURENDAL\n\n\nà la fois étranges et naturelles : étranges parce que apparues\ntout à coup sous une impulsion extérieure ; naturelles, parce que,\nétonné d'abord, je les reconnais miennes, ensuite... Mon cerveau,\nsouvent, je le vois sous l'aspect d'un béguinage dont les maison-\nnettes uniformes et jolies encadrent une pelouse plantée de\npeupliers... Derrière les petites portes closes et les fenêtres aux\nrideaux blancs et discrets, on travaille, on rêve, on flâne, on\nprie... T o u t est paix verdoyante, t r a n q u i l l i t é extérieure dans cet\nenclos de silence et de songe... C e p e n d a n t , quelque diable\npassant par là, s'arrête sur le seuil et, tenté par le calme,\nregarde malicieusement les petites habitations coites et muettes,\net, obéissant à une subite inspiration, va, courant, de porte en\nporte, tirer les sonnettes... Et, tandis que, caché dans u n e\nencoignure, il les épie, le travail, la flânerie, le rêve et la prière\napparaissent sur le pas de leur porte et, ne voyant personne,\ns'examinent mutuellement, inquiets et saisis... Car on n'entend\nque l'herbe qui pousse et le frémissement de la brise dans les\n feuilles tremblantes des arbres... E t , voyant que, décidément,\n il n'y a personne, les béguines troublées s'interrogent l'une\n l'autre et, ayant constaté leur c o m m u n e ignorance de l'auteur\n du coup de sonnette, se laissent aller à bavarder, à échanger\n de futiles paroles sur le temps et la saison, puis, après un\n signe de croix pour conjurer le malin esprit, rentrent chacune\n chez elle... « L e m o n d e est grand et incompréhensible, se\n disent-elles, en parcourant la petite maison quiète, la petite\n chambre à coucher et la petite cuisine, éclatantes de propreté et\n en essuyant la poussière, d'ailleurs chimérique, des petits\n pots, des petites boîtes et des petites casseroles de porcelaine,\n de bois ou de cuivre, soigneusement rangés sur des planches\n vernies, bordées de papier gaufré... Vraiment, le monde est\n trop grand hors du béguinage et on se fatigue la tête à y\n penser... T r o p de gens passent devant nos portes et, assise\n qu'on est, à coudre, à tricoter, près de la fenêtre, on ne peut\n s'empêcher de soulever un coin du rideau de mousseline et de\n suivre des yeux ces passants effrayants, venus on ne sait d'où,\n étranges et étrangers... On tâche d'éviter les distractions, on\n récite vite un ave pour ne pas s'abandonner aux pensées vaines,\n mais comment se retenir de les regarder s'éloigner et de se\n demander qui ils sont et d'où : pourquoi venus et pourquoi en\n allés! Pourquoi viennent-ils de leur vie, si différente, à la\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                     EN   MARGE   DE LA   RÉALITÉ                     73\n\nnôtre, pour en envier la quiétude et, en même temps, nous\ndonner la nostalgie de leur liberté?... Ils s'en vont avec un\ndésir que leur passage nous a laissé : Pourquoi chacun ne\nreste-t-il pas dans son lieu, où Dieu l'a placé, le monde au\nmonde et non à la solitude, qu'il transgresse de ses intrusions\nbruyantes, sans fruit pour lui-même, et avec dommage pour\nelle?... Mais, peut-être, si personne, jamais, ne passait,\nchoirait-on dans l'ennui, dans Vacedia, tentation de Bélial ;\net ainsi la tranquillité pieuse de ce saint asile serait-elle plus\ntroublée encore, si elle ne l'était j a m a i s ! . . . »\n   « Allons, songea Artor, voilà que j ' a i dérivé et que je me suis\ninsinué sous la coiffe amidonnée d'une béguine, mais ses pen-\nsées, d'une diction peut-être trop élégante pour une béguine,\nsont cependant empreintes de sagesse, et pourrais-je,moi aussi,\nen faire mon profit... Il est vrai q u ' o n . . . ou, du moins, que moi,\nje ne tire j a m a i s grand profit de pensées, quelles qu'elles soient :\nla contradiction est trop proche et trop facile !... Les pensées les\nplus solides et les mieux frappées sont, au fond, semblables à\nla monnaie que le diable donnait jadis à ceux dont il achetait\nl'âme : brillante et lourde et qui, à l'usage, n'apparaissait que\nde feuilles mortes! Qui, d'ailleurs, — on peut se le demander —\nétait trompé et déçu davantage dans ce pacte, des feuilles sèches\ndevant constituer pour tant d'âmes un prix encore trop\nélevé !... »\n\n\n                 La volière ou l'art de parvenir\n  Au milieu de la fumée, sans cesse épaissie, des cigares, à l'odeur\nâcre de laquelle se mélangeait le parfum anisé des absinthes,\non parlait, on criait, on riait... Artor, silencieux, regardait les\nreflets glauques et rougeâtres de son absinthe, le groupe hétéro-\nclite d'écrivains, de journalistes et de quelconques assis autour\nde la table, puis la petite salle de café, dont les murailles étaient\nrecouvertes de grands miroirs, protégés par un treillis de bois\ndoré... L ' a t m o s p h è r e saturée des émanations du tabac et des\nliqueurs, le bruit et le va-et-vient, l'éclat forcé des paroles, les\ngestes des consommateurs, multipliés à l'infini par les glaces\ndes parois, faisaient dans son esprit une étrange fantasmagorie.\nT o u t cela lui semblait à la fois présent et lointain, réel et fac-\ntice. Les mots de l'incohérente conversation qui frappaient son\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "74                            DURENDAL\n\n\noreille lui paraissaient en même temps insignifiants et mysté-\nrieux, et il se d e m a n d a i t si ses voisins les énonçaient pour\nexprimer leur pensée, d'ailleurs indifférente, ou pour signifier\nqu'ils étaient des créatures humaines et non point, ainsi que par\nmoments il en avait l'illusion, les habitants d'une énorme et\nbaroque volière, où s'agitaient, sifflaient, se balançaient de sin-\nguliers oiseaux à semblance d ' h o m m e !\n   T e l , avec son fin masque spirituel, ses yeux aigus et sa\nbouche railleuse, n'était-il pas pareil à un m e r l e ; tel autre, avec\nsa petite tête fébrile sous une chevelure embroussaillée, à un\nmoineau franc, plein d'effronterie, tandis que les importants,\naux paroles et aux silences également stupides, assis à ses côtés,\nprenaient l'apparence de graves canards, bien calés sur leurs\nlarges pattes, ou de sérieux perroquets, rengorgés dans leur\njabot et occupés à surveiller de leurs gros yeux saillants l'effet\nsur les spectateurs de leurs grâces p a t a u d e s et de leurs propos\nniais... Celui-ci, le teint ardent, enclin à la querelle et à l'agres-\nsion, avait toute l'allure d'un coq de combat, l'ergot armé, la\ncrête irritée; celui-là, arrondi, pacifique, p o m m a d é et lisse, on\ns'attendait à l'entendre roucouler... E t il en était d'autres, de\ngras et de maigres, et de subtils et de balourds, de huppés\ncomme des cacatoës et de chauves comme des vautours...\n   Mais, et moi ? songeait-il, en achevant cette revue ornitho-\nlogique et en apercevant son image dans la glace, entre les bar-\nreaux dorés de la cage... Suis-je le hibou taciturne qui, du fond\nde son trou de lierre, regarde, en clignotant des yeux?...\n   L a tablée cependant s'élargissait continuellement à la sur-\nvenue d'autres gens, auxquels à tous le poète H i r a m tendait,\navec un sourire universel, l'affabilité insouciante de sa main :\n« Bonjour! bonjour!... »\n  — Moi, affirmait, en élevant la voix et la main droite, un\npeintre barbu et chevelu, solennel comme un ibis, on m'a dit\nque j'avais tout à fait la main de R a p h a ë l . . .\n  — Laquelle? L a gauche? interrogea le coq.\n  — L a tête vaudrait mieux! observa, en ricanant, le merle.\n  — Moi, dit le poète Hirel, tout en h u m a n t la fumée de son\ncigare qu'il se faisait passer sous le nez et en balançant sa tête,\ncomme un frondeur, la pierre qu'il va lancer, moi, on m'a\nassuré que j'avais tout à fait le pied de B y r o n . . . Pas le bon, le\nbot!...\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                       EN   MARGE D E    LA   RÉALITÉ                     75\n\n\n   L e peintre plongea sa main dans sa poche, d'un air sombre.\n   — Allons, pensa Artor, en voilà au moins un qui se taira, à\nprésent! Dieu merci! les poètes ne sont jamais sans malice...\nEt, s'ils aiment chanter, comme le divin Apollon, ils tiennent\nencore plus cher le plaisir d'écorcher Marsyas... Poète! poète!\nBeau nom, mais, aussi, pavillon à de bizarres marchandises!...\nE t il en est plus d'un, sans doute, qui, ayant, à l'exemple de\ncelui de Baudelaire, laissé choir son auréole dans la boue, l'a\nrattrapée à la volée, et, par distraction, se l'est fourrée — comme\nles Cafres leur anneau — dans le nez!...\n   Hirel parlait et fumait avec un égal esprit. Chacun de ses\nmots, généralement sarcastiques, semblait réduire à néant\nles choses, les êtres ou les idées sur lesquels il tombait, en même\ntemps que l'inanité ou l'inconsistance de ceux-ci était signifiée,\nsuperlativement, par la fumée chassée en longue spirale déri-\nsoire d'entre ses lèvres dédaigneuses... Artor admirait le brio\nimperturbable et la désinvolture d ' H i r e l et sa mimique expres-\nsive : — Il m'arrive aussi, oh ! rarement, et tout à fait par hasard,\nde rencontrer un trait mordant ou une saillie drôle, mais, voilà,\nje n'ai pas la manière et ce n'est que par une fortune extraordi-\nnaire que je parviens à leur faire un sort, dans les bagarres de\nces conversations!... Mais, tout est bagarre, dans ce monde et,\nde m ê m e , tout est m a n i è r e ! . . . E t ce qu'elle te m a n q u e , la\nmanière, mon pauvre vieux sauvage, si peu et si mal aux autres,\net si médiocrement à toi-même!... Toujours prêt à t'en aller de\ntes propres opinions pour les regarder du dehors, sans les\nreconnaître!...\n   — Est-il des nôtres? demandait d'un ton confidentiel, le\nsourcil relevé, un des perroquets.\n   — P a r b l e u ! continuait mentalement Artor. Il faut être des\n« nôtres » !... Ce gros volatile répète bien la leçon de l'expérience :\n« Est-il des nôtres?» sinon, il n'est même p a s ! . . . Bien parlé,\nCoco!... E t vous, Artor, mon garçon (il prenait, machinalement,\nle ton à la fois magistral et paternel du conseil), vous n'arriverez\njamais à rien... Je consens bien que cela vous soit égal ou que si\n«rien» est un but, vous l'avez d'ores et déjà atteint, mais j ' a i\ndepuis longtemps un discours à placer, et que vous entendrez,\nencore que vous ne vouliez pas l'écouter!... Jeune débutant, je\nvous adresse donc ces paroles ailées : « Mon ami, avant tout,\nsoyez conforme à quelqu'un ou à quelque chose ; soyez disciple ;\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "76                              DURENDAL\n\n\n soyez trompette ou serre-file, ou rien du tout, mais dans une\ntroupe, dans une tribu, car, je vous le dis, il faut s'enrégi-\nmenter, prendre un mot d'ordre, arborer un signe de ralliement,\nmarcher au r y t h m e mécanique d'un tambour, et non en éclai-\nreur ou en traînard, selon sa fantaisie et selon son cœur... Lors-\nque vous serez affilié à un clan, tâchez, longtemps, de ne donner\nque des espérances lointaines, lointaines; jouez au germe\nmodeste et innocent qui a besoin d'être protégé, de croître à\nl'ombre bienveillante de quelque chêne, dont les ramures\ntamiseront pour lui la pluie, le vent et le soleil et laisseront\ntomber, avec magnanimité, sur lui, leurs feuilles m o r t e s ! . . . Si,\nd'aventure, vous avez de l'esprit, faites comme si vous le cueilliez\nsur la bouche des autres : vous vous concilierez ainsi la faveur\nou, tout au moins, la neutralité de ceux-ci et goûterez le délicat\nplaisir de vous louer dans leur personne!... E t , pour Dieu»\npoint de tour d'ivoire, à moins qu'elle ne soit aussi évidente\nque la tour Eiffel!... N'écrivez ni trop, ni trop peu : trop, vous\nparaîtriez encombrant et avide d'accaparer l'attention ; trop\npeu, quoique due, peut-être, à une honorable paresse ou à un\ndoute louable de vous-même, votre discrétion pourrait être\ninterprétée à mépris de l'opinion... Rien de plus funeste que de\nvouloir forcer la considération des hommes, sinon de paraître\nn'y point tenir!... Dans cette dernière alternative, ils inféreront\nde là, en effet, soit que vous êtes un imbécile, soit que vous les\nméprisez, ou, plus naturellement, les deux à la fois!... Publiez\ndonc avec une sage modération, mais, si vous désirez que vos\ntravaux ne t o m b e n t pas i m m é d i a t e m e n t dans le puits vertigi-\nneux du silence confraternel, usez avec prodigalité de la cita-\ntion ; et si votre nonchalance vous éloigne de chercher dans les\nouvrages de vos copains la matière de ces citations, inventez-la\nde toutes pièces : l'exactitude du texte emprunté n'a guère\nd'importance, j e m'empresse de vous le dire, à la comparaison\nde l'éloge ingénieux et délicat qui enchâssera le nom de son\nauteur réel ou supposé... Plus tard, arrivé à la notoriété, vous\nciterez les jeunes aussi, les aiglons encore niais qui essayent,\nen hésitant, leurs ailes... N e balancez point à applaudir b r u y a m -\nment à leurs tentatives, si insanes qu'elles soient à saluer leur\ngénie en termes généreux et a m p o u l é s . . . Qu'est-ce qu'il vous en\ncoûtera? Rien !... L e blâme des gens de goût? Il y en a si p e u . . .\nE t vous vous recruterez, de la sorte, à bon compte, une brigade\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                       EN   MARGE    D E LA   REALITE                      77\n\nd'aboyeurs, de fanatiques thuriféraires, de janissaires qui,\njamais, ne renverseront leurs marmites, propagateurs enthou-\nsiastes et bénévoles de votre renommée dans les milieux divers\net les petites revues où ils fermentent!... »\n    — Assez! assez! cria tout à coup Artor en l u i - m ê m e . . . Pré-\nceptes certainement profitables, mais d'une trop fatigante appli-\ncation pour m o i ! Que d'ennuis sûrs pour l'incertain salaire!...\nLaisser traîner sa m a i n ; se faire une âme de c a m a r a d e ! . . . Puis,\nvaut-elle qu'on se dérange, la gloire parmi les h o m m e s . . . E t\ncombien? Ceux d'un faubourg, d'une ville, d'un pays, voire\nceux de la moitié du monde?... E t les autres? E t tous ces braves\ngens de Vénus, de Mars, de S a t u r n e et de toutes ces planètes\nexcentriques. Les habitants des étoiles, aussi nombreuses au\nciel que les a n i m a u x et les hommes sur la terre?... E h ! e h !\npeut-être, aussi, qu'ils sont trop verts pour toi, ces raisins\nillustres et enivrants de la gloire?... Possible, mais qu'importe?\nL a pensée ne constitue-t-elle point une jouissance parfaite en elle-\nm ê m e , quel que soit le but de ses efforts et encore que celui-ci\nrecule et se dérobe devant elle? Quelle ivresse matérielle supé-\nrieure aux siennes, plus capiteuse et plus poignante? Qu'est-ce\nque l'art lui donnera d'essentiel, qu'elle n'ait déjà? E t si, par\nhasard, elle est écoutée, ne sera-ce point, seulement, pour se\nrépercuter en échos contradictoires dans l'entendement de ses\na u d i t e u r s ! . . . Ah! qu'elle évite les disciplines et se maintienne\nsouple et légère,volage, i m p a l p a b l e ! Que se jouant à elle-même,\nelle défie la logique, élude la méthode, les contraintes et les\namoindrissements de la rhétorique! Qu'elle soit libre et non\ndomestiquée; absurde et arbitraire, si elle veut, mais à elle-\nm ê m e — méditation, songe ou caprice, ou fantaisie; tout reflets,\nlueurs, n u a n c e s ; voltigeant follement dans le soleil ou venue,\nlentement, s'asseoir sur les r u i n e s ! . . . N'est-elle pas telle et\nautre, simple et singulière, soumise et rebelle, pécheresse avec\nMadeleine et, avec Madeleine, repentante?... Elle sert avec\nM a r t h e et aime avec M a r i e ; elle se lave les mains avec Ponce-\nP i l a t e , pour courir, ensuite, attendre le Sauveur ressuscité\nsur la route crépusculaire d ' E m m a ü s . . . Elle est ironie ou\nexaltation; chant, puis prière, puis rien... Aurore dans le\nvitrail, nuit dans la nef ou silencieuse consomption du cierge\nsolitaire sur l'autel obscur... Elle va, rêvant sous les arceaux\ndes cathédrales et des cloîtres, dans la pénombre froide ou\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "78                           DURENDAL\n\n\ndorée des chapelles, ou bien dévorant la route, assise, vêtue de\ncuir, la tête dans le vent, devant le volant d'une orgueilleuse\net luisante automobile... Elle passe, hautaine et foudroyante,\ndans un cyclone de tourbillonnantes poussières ou flâne sur les\nchemins de la forêt et des champs, à l'aventure, en reposant\nsa lassitude sur toutes les b o r n e s . . . Arriver? Conclure?...\nP o u r q u o i ? Mais, seulement, être et se sentir être, concentrée,\néparse, éperdue ou charmée, ou mélancolique...\n   — On ferme!... dit quelqu'un. Relevant la tête, Artor vit\nque la volière était vide... Il n'y avait plus q u ' H i r e l , debout\ndevant lui, et qui, en souriant, lui tendait la m a i n :\n   — T u cherchais une r i m e ? . . .\n   — Non, mon cher, une raison!...\n\n\n                   Le Palais des Merveilles\n    Artor errait dans l'atmosphère d'irréalité faite de clartés arti-\nficielles et aveuglantes, de bruits contradictoires et d'odeurs de\ncuisine de la foire. L e long du boulevard pauvre, planté d'arbres\nchétifs et tristes, les baraques s'alignaient, empire de l'outrance\net de la taloche, avec leurs peintures baroques, animaux fabu-\nleux, combats désordonnés, géantes pacifiques soulevant d'une\nmain modeste et potelée un pan de leur j u p e , dans l'irradiation\nblafarde de la lumière électrique.\n    L e s cuivres haletants des fanfares tonitruaient, accompagnés\nde frénétiques roulements de t a m b o u r ; les harmoniums méca-\nniques vomissaient leur répertoire, à toute vapeur; des machines\nsifflaient : et c'était comme une émeute de musiques disparates\net concurrentes, ponctuée de cris, d'appels et de subits sons de\ncloche. D'énormes carrousels tournaient sans cesse, entraînant\ncomme clans un ruissellement étincelant de lueurs le cortège\ncirculaire de leurs chars pailletés et de leur féerique cavalerie\nde bois...\n    — Ici, pensait Artor, charmé de ces splendeurs, la vie, c'est\ncertain, est vacarme, mais, au moins, vacarme sans prétentions,\nbon enfant... E t il ne se targue point d'être désintéressé, con-\nnaissant trop bien que du succès qu'il obtiendra dépendra, qua-\nlité et quantité, le morceau que la ménagère mettra dans son\npot-au-feu, là-bas, derrière, dans la roulotte... T o u t est factice,\nici, comme partout dans le monde, et tout est sincère, comme\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                          EN MARGE DE LA RÉALITÉ                                    79\n\n\nnulle p a r t . . . Farce, jeu, boniment, trucs, comme p a r t o u t ; poul-\nie pain quotidien, comme partout, mais qui, ici seulement,\navouent leur nom et leur intention véritables... E t le struggle\nfor life, aussi féroce, sans doute, que n'importe où, sur la pla-\nnète, prend peut-être entre ces bateleurs des formes cocasses :\nune pirouette inédite, un tour nouveau, quelque acrobatie\nimprévue... P o u r une âme simple, i n d e m n e des préjugés de la\nrespectabilité, encline, par conséquent, à l'illusion et capable\nde s'y abandonner, il y a matière, et riche... E t charmante\naussi, car quel spectacle plus attrayant et qui nous donne davan-\ntage de reconquérir la naïveté de l'enfant ou du primitif que la\ngrotesque dispute, entremêlée de calembours et de claques, d'un\nclown agile et ahuri, d'un insolent valet et d'un digne et loquace\ndirecteur, au seuil illuminé de leur loge?... Je les regarde avec\nl'ébahissement ravi d'un sauvage, au milieu de toute la gloire\nétourdissante de leur art de souplesse et de jonglerie, sympa-\nthiques artistes qui ne se croient pas providentiels, et divins...\nHier, arrivés avec leurs longs chariots nomades, vêtus comme\ndes ouvriers, ils ajustaient eux-mêmes leurs tréteaux, érigeaient\nla magnificence de toile peinte et d'oripeaux de leur baraque,\nagençaient la piste et les gradins ou suspendaient le rideau\nmystérieux derrière lequel se dissimule le phénomène promis,\nen termes pompeux, à la curiosité des amateurs et des « som-\nmités scientifiques »!... L e phénomène! voilà une psychologie\nà faire!... Qui a jamais songé à analyser la mélancolie du phé-\nnomène, retranché du commerce habituel des hommes et qui\nne connaît d'eux que leur étonnement à sa vue... Il serait\ndépaysé p a r m i eux et encombrant, et, d'ailleurs, qui payerait\npour le voir si on pouvait le rencontrer dans la rue?... Un poète,\nà la rigueur, peut passer inaperçu, et c'est même le sort le plus\nordinaire de ce genre de phénomènes, mais un homme-chien,\nu n e f e m m e à b a r b e , u n g é a n t ? . . . On ne conteste point de tels faits:\non s'attroupe autour d'eux!... Cependant, il faut bien que ces\ncréatures, humaines après tout, prennent le frais, elles aussi, et\nse délassent... Qui sait? peut-être que la nuit l'on peut voir,\naprès la dernière représentation, la jeune et furtive P a m é l a ,\nâgée de 16 ans et haute de 2 m 25, se promener sous la lune avec\nle peintre sans bras et la danseuse sans jambes et devisant, en\nsoupirant, sur l'incertitude des choses et les embûches de\n l'amour!...\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "80                             DURENDAL\n\n\n   Ainsi réfléchissant, Artor était parvenu à l'extrémité du\nchamp de foire, et il allait revenir sur ses pas, lorsqu'il r e m a r q u a\nun carrousel, tout petit et tout h u m b l e , qui tournait avec une\ntelle rapidité et au son d'une petite musique si p i m p a n t e et si\nfolle, à l'écart, qu'il semblait que ce fût pour son propre plaisir.\nIl n'y avait sur ce « moulin » que de petits enfants, accrochés\ndes deux mains et de toutes leurs forces au cou du coursier qui\nles emportait, chevaux rouges, à peine dégrossis, et lions bleus,\nreconnaissables à leur crinière volumineuse et à leurs gros yeux\nblancs de potiche... Après avoir recueilli les oboles à la ronde,\nle maître du carrousel agitait une grosse sonnette comme pour\nse donner le signal à lui-même et, s'élançant, il mettait en\nbranle la machine toute décorée de clinquantes verroteries : et,\nà la grande joie des petits cavaliers, enivrés de la course éche-\nvelée, les chevaux caracolaient, les lions rugissaient, tandis que\nleurs yeux jetaient des éclairs .. E t il semblait, tantôt, que la\nmusique aiguë et frêle, émise avec volubilité par le petit orgue,\ncourait après eux, en sautillant, tantôt que, s'étant assise,\nessoufflée, pour les regarder tourner, elle se racontât, en m ê m e\ntemps, des histoires du temps jadis, vieilles, vieilles et toutes\nfraîches...\n   — Chevaux de bois, chevaux de rêve!... E t ce carrousel\naimable, avec son air de candeur, vous ramène, malgré vous,\naux époques idylliques que, du reste, vous n'avez pas con-\nnues!...\n   T o u t en se parlant de la sorte, Artor s'était faufilé dans un\ngroupe de b a d a u d s et de gamins qui écoutaient, avec une béate\navidité, les intarissables discours d'un saltimbanque installé\ndans le voisinage. Visiblement, l'homme essayait de suppléer\npar la parole au défaut de musique et de luminaire de sa\nmisérable baraque, d'attirer, de retenir les passants et, par le\nprestige de son éloquence, de déterminer quelques-uns d'entre\neux à se détacher de la foule stupide pour entrer. Mais son\npublic, peu nombreux, se renouvelait sans se laisser persuader,\ncar sa femme, assise à la porte, un enfant sur les genoux, pour\nrecevoir le prix des places, regardait sans joie le comptoir où\ns'empilaient les quelques sous de la recette.\n   C'était un étrange compagnon, d'aspect à la fois comique et\nmacabre : grand, maigre, la face basanée, un œil fixe et triste,\nl'autre clignant sans cesse, comme en signe d'hilare connivence;\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                         EN    MARGE DE       LA   RÉALITÉ                         81\n\n\nle bras droit toujours en route pour un geste, le gauche immo-\nbile : tellement, qu'avec son costume mi-parti, sa personne\nparaissait subdivisée entre deux individus différents, l'un,\njaune, animé d'un mouvement fébrile; le second, vert, inerte et\nmorose...\n    — Messieurs et dames, venez voir le Palais des Merveilles!...\nEntrez t o u s ! . . . (Le bras jaune modérait d'un geste l'impatience\nd'une foule imaginaire, la rangeait, la g u i d a i t . . . ) . . . Là .. là...\n Chacun son tour!... N e vous bousculez p a s ! . . . Il y a place pour\n tout le m o n d e ! . . . Vous verrez ce que vous n'avez jamais vu !...\n Les prodiges des entrailles de la terre et de la mer... U n\n spectacle incomparable, enchanteur, moralisateur, instructif,\n récréatif... E t scientifique, messieurs et d a m e s ! . . . Deux sous,\n les secondes; trois, les premières!... E t il y a des places\n réservées pour les militaires et pour les têtes couronnées, s'il s'en\n trouve dans l'assistance!... Allons, on va commencer... Laissez\n donc passer le monde, vous, là, les gosses!... (Personne ne\n faisait mine de bouger; des timides, craignant des invitations\n trop directes, s'esquivaient)... On va commencer, vous dis-je!...\n  (Les bras croisés, debout, il dévisageait les gens de son œil fixe,\n  plein de mépris et de colère)... Entrez! mais entrez donc, tas de\n  niais : vous sortirez d'ici moins bête q u ' a u p a r a v a n t . . . E n t r e donc,\n  toi, là-bas, avec ton haut-de-forme, qui souris si b ê t e m e n t ! . . .\n      « T o i » c'était un vieux à physionomie usée, à l'allure\n  administrative, coiffé d'un chapeau-buse d é m o d é , sanglé dans\n  une redingote raide et râpée : quelque fonctionnaire retraité...\n  Ignorant si l'interpellation s'adressait bien à lui et prêt, dans\n  l'affirmative, à filer pour éviter une affaire, il regarda le saltim-\n  b a n q u e d'un œil interrogatif et effrayé, puis, convaincu, mais\n  craignant d'être poursuivi par lui s'il s'éclipsait b r u s q u e m e n t , il\n  commença à reculer, sans avoir l'air de rien, pour tâcher de se\n  perdre dans la foule... Mais le terrible banquiste étendant vers\n  lui son bras j a u n e , pour le désigner, comme un objet vil et\n  ridicule, à la risée publique, criait :\n      — T u as souri, vieil hébété, songeant, sans doute : « Voilà\n  t'y pas un beau palais, bâti de solives et de toiles peintes!... »\n  Toile peinte! dis-tu, mais sais-tu ce que c'est que de la toile\n  peinte?... T o u t e ta fortune, qui ne doit pas être lourde, d'ail-\n  leurs, à en juger à ton antique chapeau, ne suffirait peut-être\n  pas à payer un mètre carré de toile peinte par un artiste, à\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "82                             DURENDAL\n\n\n supposer qu'il veuille bien la vendre à un sot de ton espèce!...\n Ah! m a l h e u r ! (il fit un ricanement de dégoût et haussa l'épaule\n droite) il y a des gens, comme celui-là, qui, passant devant une\n loge à la foire, s'arrêtent pour écouter un honnête artiste comme\n moi, en se disant : « Quelles blagues va-t-il dégoiser, celui-là,\npour e m p a u m e r les imbéciles?... » Puis, ils s'en vont, en se\ndisant : « Des mensonges !... » Des mensonges !... A-t-on\nj a m a i s vu?... O h ! la la !... Sais-tu seulement ce qui est vérité\net mensonge?... (Il se promenait de long en large, dans une\nattitude de défi.) Mensonge, moi, ma femme, mes petits\nenfants; nous, enfin, saltimbanques, faiseurs de tours et de\ngrimaces, disloqués de corps et d'esprit!... Vérité, toi, ton\nménage m a u s s a d e et mesquin, le fétide cabaret où tu ren-\ncontres des êtres semblables à toi, les cancans de ton quartier,\ntoute ta vie savatée dans la moisissure de tes habitudes\net de tes rabachages?... O h ! la belle vérité que voilà, repue,\ncoite et rancie, et qui tourne en rond dans le manège de son\na b r u t i s s e m e n t ! . . . A h ! çà, pour qui nous prenez-vous, vous\nautres, et croyez-vous qu'on ne soit pas instruit, qu'on n'ait pas\nlu, étudié, réfléchi, gens des villes, gens de bureau, d'atelier ou\nde boutique, pauvres prisonniers de vos rues droites et de vos\nmaisons obscures?... Savez-vous ce que c'est que la liberté, et\nqu'elle vaut bien qu'on la paye de quelques singeries?... Car,\naprès le travail, on s'en va loin de vos faces pâles et de\nvos dégaines risibles... E t il y a la route lente, le paisible\ncheminement dans les campagnes du bon Dieu, si tranquilles\net où l'on rêve, au bruit des pas cadencés et des sonnailles\ndes chevaux... A h ! vous ne connaissez pas cela, mouches\nque vous êtes, ni les grands espaces, les champs qui ondulent\nsous le soleil ou le vent, les forêts qui n'en finissent pas, ni l'air\nlibre, ni les campements improvisés, au coin des bois, le soir,\n aux premières étoiles... »\n  Il se passa la main sur le front, d'un air égaré. Sa femme,\ninquiète, se leva, son enfant dans les bras, lui parla à voix\nbasse, pour l'apaiser... Il fit un geste d'impatience, mais se tut,\nen apercevant que le public, que ses propos ne divertissaient\nplus, sans doute, s'était dispersé... Il n'y avait plus là qu'Artor\nqui, ses trois sous à la main, montait l'escalier du Palais des\nMerveilles...\n                                                    ARNOLD     GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "         La Ferme Normande\n\nLe resplendissement     d'un joyeux soleil clair\nBaigne le vert coteau qui domine la mer.\nQue j'aime la gaité de la ferme      normande!\nElle a toujours sa porte ouverte toute grande.\nDans l'herbage voisin, les vaches au poil roux\nLèvent avec lenteur leurs yeux pensifs et doux.\nLes chiens, rentrant leurs crocs, font fête de leur queue.\nSous le bleu firmament s'étale la mer bleue;\nLes barques, dont le vol argenté       l'horizon,\nRendent au visiteur plus chère la maison,\nSi sagement assise au sein de la nature\nTandis qu'elles s'en vont vers la folle      aventure.\nOn sent l'odeur du moût qui fermente au pressoir.\nFermière, un pot de cidre ! — Oh ! qu'il fait bon s'asseoir\nA l'ombre des pommiers, près de la meule fraîche\nDont le foin sur nos fronts verse un parfum de crèche !\nTout embaume ; tout rit; tout est sain; tout est pur.\nLes voiles des bateaux rayonnent dans l'azur.\nAu fond du chemin creux, belle fleur de jeunesse,\nUne fille à l'œil noir passe au trot d'une ânesse.\nOn entend dans la plaine un troupeau de brebis.\nApportez-nous     du lait, fermière! et du pain bis !\nLes poussins, sourds aux cris des mères         inquiètes,\nSautillent à nos pieds pour picoter les miettes.\nUn coq dans le fumier donne de l'éperon,\nDresse son casque rouge, et, d'un coup de clairon,\nProclame au loin l'orgueil de l'or qui le chamarre.\nLes canards bleus et gris s'ébattent dans la mare,\nVivants petits bateaux d'une petite mer;\nEt là-bas, où les flots se fondent à l'éther,\nL'essaim des chalutiers, que la brise balance,\nSemble un groupe d'oiseaux sur une mare            immense.\n\n                                             MAURICE   OLIVAINT.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                   Notes de voyages\n\n                               Côte d'Azur\n                UN ciel bleu, limpide, exagérément bleu. U n e\n                     atmosphère si transparente qu'on se croit tout\n                     près des choses les plus éloignées. U n soleil de\n                     mai ; il éclaire p o u r t a n t plus qu'il ne vibre, il\n                     vernit plutôt m ê m e qu'il ne répand de la\n                     lumière.\n                       Dans les jardins se serrent confusément les\n                     uns contre les autres des palmiers, des mimosas,\n des orangers dont l'or des fruits se marie délicieusement à\n l'émeraude foncée des feuilles, des roses, des cyclamens et des\n narcisses. C'est tout un décor de printemps, d'éternel printemps,\narrangé, semble-t-il, pour faire oublier à l'homme que les\nheures passent et qu'il vieillit, que la mort est au bout de t o u t ;\n— un décor de printemps dans la clarté un peu froide des fins\nd'hivers du N o r d . On comprend que ce soit sur ces rivages\nqu'on envoie pour s'y éteindre tant de vies déclinantes. Rien\nailleurs ne pourrait autant donner l'impression d'un arrêt de\nl'Eternité et nulle part ailleurs on ne pourrait avoir autant,\navec l'illusion de beaux jours invariables, celle qu'on ne\nmourra j a m a i s .\n    Les villas sont blanches, les gazons verts, les roches grises;\nle paysage a des teintes précises, des contours tellement nets\nqu'il en devient dur, même un peu artificiel. Il n'y a pas ici,\nainsi qu'en Orient, des nuances qui se fondent, des lignes d'une\ncourbure molle, presque paresseuses comme cet Orient lui-\nmême et voluptueuses comme lui. On sent que l'homme a tout\nchangé, tout embelli, que la nature s'est laissé farder. On n'en\nsouffre pourtant pas parce que ces fleurs, ces plantes rares\napportées de loin, et qui se gonflent de tant de sève qu'elles en\noublient leurs chaudes patries, ces jardins soignés sont là pour\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                        NOTES DE VOYAGES                         85\n\n\ndes foules qui ne sont point encore arrivées et qu'on peut jouir\nde tout sans être écœuré par leur banalité. Bien des châteaux\nbâtis par des fantaisistes d'un jour, des vogues attachées à des\nsources restées longtemps ignorées, ont gâté de superbes soli-\ntudes qui ne pouvaient être goûtées que dans le recueillement;\nici, au contraire, tout semble ne devoir avoir son aspect\ndéfinitif qu'avec des masses, des cohues élégantes et bruyantes ;\nmais un charme se dégage pourtant des choses, précisément\nparce qu'on les sent momentanément abandonnées; il s'en\nexhale une douceur suprême, la douceur un peu triste des\ngrands amours qui s'éteignent et des grandes douleurs qui\nfinissent.\n   Et des pensées sereines s'en vont lentement se perdre sur\nla mer à laquelle les hommes sont impuissants à toucher,\nsur l'eau calme, qui se déroule silencieusement en petites\nvagues bleues, incapables de colère, semble-t-il, et se déchire\nen dentelles de soie contre des rochers qui n'ont rien de\nméchant.\n   L a nature est belle, tendre au tragique quand les hommes\nn'y sont pas venus prendre ou apporter quelque chose, elle le\nreste parfois même q u a n d ils l'ont maquillée, mais alors il faut\nque tous ceux pour qui ils l'ont modifiée ne soient point là. On\ns'en rend bien compte ici, à l'ombre de ces palmiers qui ont en\ncette saison retrouvé une solitude, dans la lumière de ce soleil\nun peu trop pâle qui fait rêver d'un soleil plus ardent, devant\nces fleurs qui ont un peu l'air de « poser » tout en gardant,\nsans doute, la nostalgie des champs où il en pousse de belles\nqu'on ne soigne point et qui sont, elles, non pas les fleurs des\nhommes, mais les vraies fleurs de la terre et de Dieu.\n\n                                             Comte D'ARSCHOT.\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "                         En Bretagne\n\n                             Pages de Carnet\nA JOSEPH DE GUERRIF.\n                                                                 Dinan, 20 août.\n                   TOUT à l'heure, tandis que le bateau remontait la Rance, j'ai\n                     rêvé bien longuement d'une vie calme où se réfléteraient\n                     des sourires, qui s'en irait tantôt chantante et tantôt silen-\n                     cieuse, avec des repos ombragés dans le mystère des\n                     criques... Les dernières clartés traînaient sur les eaux,\n                     très pâles; le soir tombait avec un frôlement d'aile...\n                        C'avait été d'abord un couchant fastueux sur l'estuaire\n                     et sur la baie de Saint-Malo; la mer montante entourait\n                     les îlots de vagues teintées d'or, les rochers se frangeaient\nde pourpre, et le ciel somptueux où stagnaient des nuages violets semblait\nêtre, lui aussi, un archipel de rêve. Près de nous, à l'ombre, les pelouses\net les bois dévalaient lentement jusqu'au bord. O décor féerique où doit bien\nse mouvoir la pensée de celui qui sommeille là-bas I René l'avait contemplé\nbien des fois ce coucher de soleil aux draperies royales, il y a trouvé sans le\nsavoir ce quelque chose de merveilleux dont il a vêtu son rêve, il y a trouvé\nson verbe éblouissant et le lent déferlement de ses phrases harmonieuses.\nC'est ici qu'il a dû venir bien souvent — passant mélancolique qui s'oubliait\ndans la paix glorieuse des soirs. — C'est ici qu'il rêve encore. Je m'en suis\nallé sur sa tombe, le front découvert, comme à un pèlerinage. Il a choisi\nl'endroit d'où la mer balayée d'écueils s'élargit sans obstacle jusqu'à l'horizon\nrouge; il y dort au rythme lent des vagues, seul, sous une pierre bénite, au\npied de la croix rédemptrice, face à face avec l'Infini !\n   Dans un méandre de la rivière, la vision disparaît, et l'on reste à l'arrière,\npenché sur le bord, regardant s'éloigner avec le flot calme ce peu de soi-même\nqu'on laisse partout où le cœur a battu, partout où l'âme s'est un peu mêlée\naux choses.\n   Voici enfin la nuit brumeuse qui monte des vallées et Dinan qui surgit\ndans la lueur grise des fins de jour; les maisons s'étagent sur la montée, dans\nles arbres; les frondaisons ourlent, à mi-côte, les vieux remparts, et plus haut\nc'est un tassement de toits d'ardoise où errent encore des reflets de ciel.\n   On monte en ville par la petite rue du Jerzual, rue étroite où dévalent des\nvenelles fumeuses. Les maisons caduques s'appuient l'une sur l'autre,\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                                 EN    BRETAGNE                                   87\n\ncomme dans des tremblotements de vieilles; les étages font saillie et se\nrapprochent de ceux d'en face ; je n'ai vu dans cette rue que des enfants\net des vieilles femmes. Beaucoup sont assises sur le seuil : voici une fileuse\nqui suit en rêvassant la chanson monotone de son rouet — en voici d'autres\nqui mangent la soupe avec leur chat en nous regardant passer ; voici les\ncommères qui d'une porte à l'autre se racontent les nouvelles ! E t les bon-\njours qui nous tombent des fenêtres ! E t les bustes fanés qui s'encadrent dans\nles croisées étroites ! et les intérieurs aperçus par les huis entr'ouverts : des\naïeules penchées sur la braise, sous la cheminée, près des lits clos noircis.\n    Beaucoup d'enfants aussi qui jouent — très sales sauf deux : u n e petite\nfille avec son frère. T o u s deux ont u n visage frais et rêveur, de grands\nyeux sombres et clairs, des boucles b r u n e s . Il est de ces figures d'enfants ou\nde femmes i n c o n n u e s qui traversent votre vie et que vous n'apercevez qu'un\ninstant. D'où viennent-elles? où vont-elles? Vous ne le savez pas, et pourtant\nelles laissent après elles le mystérieux parfum du souvenir; vous les avez\nvu passer blanches ou roses, elles ne s'effaceront plus de votre esprit; ou\nplutôt elles ne s'y fixeront pas, mais elles y reviendront aux heures moroses et\ngrises, si pures qu'il y aura en vous, qui se lèveront à leur passage, u n sourire\ndélicieux et une souffrance i m p a l p a b l e . . .\n    ... D a n s la nuit nous sommes restés longtemps penchés sur la vallée,\nau-dessus de la b r u m e qui montait ; nous avons deviné, du haut d'un viaduc\nimmense, la rivière, aux étoiles qui s'y miraient en tremblotant. Nous avons\npensé à ces âmes humbles et cachées, que l'on reconnaît dans les foules : sans\nle savoir elles ont s u r elles le reflet d'une lumière divine...\n\n                                                                           21 août.\n  J'ai baisé ce matin la pierre sous laquelle repose le cœur de Duguesclin.\n\n                                                                       Douarnenez.\n\n   C'était aujourd'hui le « P a r d o n » de Sainte-Anne-la-Palud. Nous- y\nsommes allés, cahotés dans une mauvaise carriole, par des chemins blancs,\nbordés de fleurs et de mûres sauvages. Dans la poussière lumineuse, des\nchars à bancs dévalaient sur les routes, et tout le long des talus verts, cher-\nchant u n p e u d'ombre, des fillettes modestes s'en allaient aussi, trois par trois,\nprier sainte A n n e . Nous sommes arrivés à midi, au milieu des flonflons de\nla fête. L'église — il n'y a guère de village — est à mi-côte, dans u n e lande\nnue, qui, bosselée de vagues mamelons, descend jusqu'à la grève. P a s u n\narbre. A nos pieds, au fond d'une baie, la mer très bleue où barbote une foule\nmulticolore. L à , d a n s la plaine, c'est le campement d'une armée de la guerre\nde Trente ans : des chevaux broutent, des charrettes de toutes les grandeurs,\n de tous les âges, de toutes les formes, sont dételées, pressées l'une contre\nl'autre, brancards en l'air, avec leurs bâches bleues, blanches ou rouges,\njusqu'à u n petit bois qui festonne l'horizon. Ici, des tentes où s'alignent les\nhommes autour de longues tables, et sur le versant, innombrables, des\ngroupes où l'on m a n g e , assis par terre ; au milieu, u n mendiant danse la\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "88                                      DURENDAL\n\n\ndanse de ses vieux os : un peu u n e scène de la multiplication des p a i n s . . .\nmais qu'aurait peinte un T e n i e r s . . .\n   N o u s déjeunons devant l'auberge où fume un feu de bois. Quel b r o u h a h a\nde cohue ! on se bouscule pour entrer, pour sortir, pour conquérir soi-même\nson omelette à la cuisine ; on m a n g e partout : à terre, dans les chambres,\ndans la cour, en voiture, parmi u n va-et-vient de coiffes blanches et de gilets\nbleus.\n    ... Il est trois heures : la procession va sortir. A toute volée, les cloches\nsonnent dans le vieux clocher verdi ; la foule est dispersée, ballottée, sinueuse;\nles tentes se vident, les baraques dégorgent leur m o n d e . Oh ! le beau cha-\ntoiement de couleurs. T o u s les costumes de la Bretagne sont là, les beaux\ncostumes aux boutons d'or! L e s h o m m e s ont leurs larges chapeaux de feutre\nd'où flottent les longs rubans de velours, ils ont leurs gilets bleus, leurs\nvestons courts, leurs ceintures r o u g e s . . . E t les coiffes ! elle m o u t o n n e n t dans\nla foule bariolée, comme des points blancs, elles palpitent comme des oiseaux!\nelles y sont toutes, depuis la simple cattiole d'Ille-et-Vilaine, petit carré de\ndentelle qui se pose sur le h a u t des cheveux, jusqu'à ces édifices merveilleux\nde légèreté et de grâce fraîche d'où tombent des r u b a n s empesés et où frémit\nla mousseline.\n    Voici les bigoudens brochés de Pont-1'Abbé qui enserrent le front dans leur\nvelours étroit et leur argent pâle. Voici les b o n n e t s d'étoffes plaqués de\nclinquants au-dessus desquels on reprend les cheveux par derrière ; les petits\nb o n n e t s noirs où les fillettes du centre enserrent leurs boucles blondes. Voici\nles coiffes de dentelles fines qu'elles ont à Audierne ; et celles de P o n t - A v e n\net de Quimperlé dont vibrent les coques blanches et où des r u b a n s de lin\nblanc remontent avec des courbes lentes. T o u t cela frémit, frissonne,\n palpite, grands cygnes et petites ailes, dans u n e éblouissante b l a n c h e u r . . .\n Voyez m a i n t e n a n t les châles, les beaux châles bleus, verts, roses, dont les\njeunes filles se drapent avec un art et un goût qu'on ne rencontre pas\n ailleurs. Q u a n d elles s'arrêtent, ainsi enveloppées, elles font penser à ces\n statues de vierge qu'elles implorent c h a q u e jour et d o n t elles p r e n n e n t , sans le\n savoir, avec le d r a p e m e n t p u d i q u e , la pose sculpturale et sereine... Ces\n femmes qui passent sont des femmes de l'île de Sein, tout en noir, graves et\n belles, les cheveux partagés au milieu, le visage fier, libre et résigné. Avant\n que d'être épouses elles ont déjà leur air de veuves, et l'on sent dans ces yeux\n qui ont comtemplé toujours la mer, rien que la mer, quelque chose de la\n profondeur et du rêve infini de l'Océan d'ici...\n     Qu'il va faire bon se mêler à ces couleurs et à ces âmes et prier u n p e u ,\n en unisson avec cette foule. Hélas ! les voici encore avec leurs appareils\n photographiques, ces inévitables gros bourgeois qui viennent gâter toutes mes\n fêtes. Ce sont les mêmes qui dégustaient tout à l'heure leur c h a m p a g n e , en\n c h a n t a n t , à la pauvre auberge. Ils promènent encore ici leur gros rire\n d'esprit fort. Allons! ils se calent au premier rang, les j a m b e s écartées, le\n melon sur le chef, la bouche o u v e r t e . . .\n     C'est la procession qui sort sur le tapis d'herbe brûlée, la cohue s'écarte avec\n peine devant elle. U n paysan, presque u n géant, porte la bannière de sainte\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                                   EN   BRETAGNE                                    89\n\nA n n e ; puis c'est la foule des femmes; elles ont un cierge en main, presque\ntoutes un enfant sur les bras. Un long m u r m u r e flottant de chapelet s'élève\nde ce cortège noir et b l a n c . Puis s'avancent les h o m m e s , les hommes au\nvisage glabre et pensif. Ils vont, tête nue, les bras croisés sur la poitrine, la\ndouble rangée de boutons d'or scintille sur le gilet bleu. O les beaux h o m m e s\npleins de force calme et de paix sereine. Ils s'en vont, à travers le tourbillon\nde la vie, tranquilles et sûrs d ' e u x - m ê m e s ; tout le rêve de la lande, toute\nl'immensité des golfes bleus se reflètent en leurs prunelles graves... Après\neux, ce sont les dames de la paroisse, enlourant de leur groupe clair la\nchâsse de sainte Anne. Elles sont tout de bleu vêtues, d'un bleu très pâle,\ntrès effacé, où se dessinent en broderies d'argent d'étranges arabesques... E t\nle cortège se prolonge encore, croix d'or, bannières de velours, groupes bleus\net blancs, sinueux comme des tronçons de fleuve...\n   . . . M a i n t e n a n t , quatre clercs soutiennent la châsse à mi-hauteur, sous le\nportail de l'église, la procession rentre, très lentement. E t alors, tandis que\nl'on passe en dessous, ce sont des mains qui se lèvent pour toucher un instant\nla frange de la châsse ; les femmes seules le peuvent faire, elles lèvent\naussi leurs enfants dont les petites mains naïves s'en vont frapper dans la\ndraperie verte brodée d'or. O mères! au contact de cette mère, vous rentrez\ndans la nef où flottent des parfums de cierges et d'encens, et vous sentez\nconfusément, n'est-ce pas, en vous agenouillant sous la bénédiction dernière,\ncombien est sainte votre maternité!... L e prêtre est à l'autel, voici que les\ncloches se sont t u e s . . . on n'entend plus que l'argent des clochettes...\n   ... E n revenant, ce soir, par une route proche de la mer, nous avons eu sur\nelle, par instants, de lumineuses échappées. C'étaient de petites baies, entre-\nvues à travers les arbres qui descendaient jusqu'au bord, avec de grands p i n s -\nparasols qui se profilaient sur l'azur mat — des paysages de Corfou.\n   P l u s loin n o u s avons rencontré un paysan en habits de fête, les rubans de\nson chapeau flottaient au v e n t ; il passait au galop de son gros cheval solide.\nIl a tourné à l'instant dans un chemin de bois, et nous avons eu la rapide\nvision des g r a n d s c h o u a n s de l'an I I I et des Vendéens de Charette!\n\n                                                                         Concarneau.\n\n    Soleil couchant sur la baie de La F o r ê t . L a ville close a disparu, là-bas,\nderrière la petite pointe, dans ses remparts g r i s ; je suis seul, je m'assieds sur\nun rocher, la m e r monte. Les rives boisées du golfe se nuancent d'un peu de\nb r u m e . Devant moi, sous le soleil, la côte de Beg-Meil se découpe, noire et'\nnette comme si elle était à cinquante p a s . L e soleil est orange, orange doré.\nPas u n n u a g e : à peine quelques lignes d'ombre b r u n e aux horizons d'en\nface. P a s u n flot. La mer est un lac pâle tout parsemé d'îlots, d'écueils et de\nb a r q u e s à l'ancre; il y en a u n nombre infini. Les voiles rouges et blanches\nsont tombées, c o m m e lassées; les filets bleus, diaphanes, pendent aux mâts\ncomme des oriflammes. La mer monte encore, entourant les rochers, sans\nune écume, avec seulement de petits remous de goémons et un m u r m u r e\nvague comme celui d'une eau qui filtre. A certains moments des rides plus\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "90                                DURENDAL\n\n\nlarges plissent la route royale que le soleil trace jusqu'à moi — comme une\ninvite à sa clarté. — Voilà le soleil qui tombe, la côte est bleue sous la brume,\nle disque semble rouler sur la falaise qu'il effleure... Est-ce une falaise?\nNon, ce sont des bois. Il s'enfonce dans un crépuscule pâle et discret, sans\nun nuage à franger d'or, sans une vague à draper de pourpre, tranquille-\nment, paisible... on n'en voit plus que le haut; la mer prend des nuances\nplus chaudes, toujours discrètes : du cuivre rose. Il baisse, on aperçoit\nun bateau devant lui sur la côte, le sommet d'un arbre se découpe dans le\nnimbe qui décline... C'est fini... une aube pâle — la paix. La mer est\nblanche, sans presque une ombre, comme le ciel; elle avance toujours,\ntrès douce... il semble que le murmure qui s'élève de partout ne s'entende\nplus... Singulière impression d'une grande œuvre qui, silencieusement,\ns'accomplit. La croupe des rochers trapus se courbe, plus noire, au-dessus\nde l'eau... L'ombre monte par lignes sur la mer, au loin, comme une fumée\nhorizontale et délayée... J'écoute mon âme...\n\n  (A continuer.)                                          PIERRE NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                LA FUITE EN EGYPTE\nPeinture murale de la chapelle de Notre-Dame-aux-Epines, à Eccloo\n\n                       (ERNST    WANTE)\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": ""}, {"page_pdf": 116, "texte": "    Du rôle de l'Art en Apologétique\n                                    (Suite)\n\n\n\n                                      VII\n\n      Des Objections élevées contre le Christianisme\n          au nom de l'Art intégral et de la Vie\n                    SAINT PAUL se vantait auprès de ses fidèles de ne savoir\n                      qu'une chose : Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Il\n                      mettait là tout un programme. Il n'entendait pas seule-\n                      ment, s'exprimant ainsi, faire appel au souvenir du divin\n                      Maître, rappeler la voie suivie pour le salut du genre\n                      humain : il prétendait tracer la route pour ceux qui\n                      veulent profiter de ce salut et aboutir au terme de la\n                      course humaine. Du reste, le Christ avait dit le premier :\n                      Si quelqu'un veut me suivre (c'est-à-dire sans doute être\nchrétien) qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et\nme suive.\n   Une procession de crucifiés, telle est donc l'image sous laquelle on figure\ncette vie, et l'on nous invite à entrer dans le cortège. Renoncer à l'illusion\nprésente, dompter la chair, mater l'esprit, tel est le programme. Or, est-ce\nvraiment là une donnée esthétique? A coup sûr c'en est une, et personne à la\nréflexion ne voudrait le mettre en doute. Cela est beau, et très beau; beau,\ndis-je, de la beauté du sacrifice, de la souffrance héroïquement acceptée, de la\nlibre mort. C'est là un de ces grands partis pris dont l'art est friand et\ndont il tire merveille, par les mains des grands artistes. La procession de\ncrucifiés est une belle vision; l'extase du renoncement au profit de la transvie\nest une donnée d'une richesse indéniable. Toutefois, il ne faut pas se le\ndissimuler, cette donnée est restreinte; il semble difficile de contester qu'elle\nmutile la vie, diminue l'homme, donc aussi diminue et mutile le miroir de la\nvie et de l'homme, l'art.\n   La vie intégrale, tel semble devoir être le domaine inviolé de celui-ci.\n Retrancher quoi que ce soit de ce domaine, c'est l'atteindre, lui, l'art; c'est\nse le rendre ennemi.\n   Or, la vie intégrale, la voici. Un certain nombre de vies emboîtées la\ncomposent. Il y a d'abord la vie végétative, vie de la chair, vie de la\n plante humaine, dont le développement harmonieux fait l'extase du savant et\n de l'artiste. L'art antique en vécut pour une forte part.\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "92                                 DURENDAL\n\n\n    Au-dessus, il y a la vie sensible et tout ce qu'elle suppose de relations avec\n le milieu naturel : relations sympathiques ou relations contraires. Pour les\n arts, les contraires se valent presque, entrant dans une notion commune qui\n s'évoque directement ou par contraste. Un beau mouvement de haine vaut un\n mouvement d'amour en ce qu'il remue en nous le même fond sympathique, en\n ce qu'il se rattache au même instinct social. Donc, faire fi de cette vie. la\n rétrécir, c'est arrêter d'autant l'élan de l'art, lui ravir un de ses domaines. Or,\n dans ce cas comme dans le précédent, n'est-ce pas ce que doit faire logi-\n quement le christianisme?\n    Montons plus haut, nous avons la vie rationnelle, avec tout le dévelop-\n pement des connaissances acquises ou à acquérir par l'homme. La vie morale\n y rentre, pour autant qu'elle se tient à niveau, exprimant la raison incarnée\n dans les faits humains, la vérité de la conduite.\n    Après tous ces degrés seulement, il semble qu'on ait le droit d'insérer légiti-\n mement la vie religieuse et sa transcendance.\n    Or bien autrement accaparentes sont nos prétentions. Tout semble sacrifié\nchez nous à la transvie. Notre vie est au Ciel, dit énergiquement celui que\n nous appelons l'Apôtre. Et nous tirons la conséquence. Un chrétien est\n d'autant plus chrétien qu'il méprise davantage ce monde-ci, fuit davantage\n ses pompes, lesquelles, pourtant, ont bien quelque connexion avec l'art et\n ses prestiges.\n    Voilà pour la doctrine.\n    En fait, on nous oppose d'abord les prohibitions juives, dont nous prenons\n pour une part la responsabilité, en acceptant pour notre religion le titre de\njudéo-chrétienne; en concédant que nos racines sont là, en Terre-Sainte,\n chez ceux que nous appelons nos pères (ex quibus sunt Paires). On nous fait\n donc souvenir de la défense, en terre juive, de représenter la figure humaine,\n sous prétexte de fuir l'idolâtrie et ses embûches. N'est-ce pas une aile énorme\n de l'édifice esthétique qui d'un seul coup s'écroule?\n    On fait remarquer ensuite que les débuts de l'art chrétien semblent peu\n favorables à la thèse qui glorifie esthétiquement le christianisme. Nous avons\ndit nous-même : L'art initial des catacombes vit presque exclusivement\nd'emprunts ; ce que nos premiers artistes possèdent, ils le doivent au paga-\nnisme. A mesure qu'on s'éloigne de celui-ci, on perd, au lieu de croître.\n N'est-ce point que la doctrine et son esprit exercent une influence desséchante?\n    On nous rappelle encore les prescriptions de certains conciles des premiers\nsiècles relatives aux représentations graphiques, toujours en crainte d'idolâtrie.\nOn nous reproche l'attitude de mystiques qui semblent bien représenter au\nmaximum l'esprit chrétien, tel saint Bernard, qui se vantait d'ignorer si le\nréfectoire de Clairvaux était voûté ou non. Cela ne l'intéressait pas. S'agissait-il\nde bâtir une église, de choisir des objets liturgiques, la simplicité nue lui\nparaissait de beaucoup préférable. Il dédaignait — et il n'était pas seul — non\nseulement la richesse vénale, mais la richesse d'art.\n   Voilà ce qu'on nous reproche, et après avoir posé en thèse que le christia-\nnisme, en raison de sa doctrine et de ses tendances naturelles, est ennemi de\nl'art, on ajoute, en vue de faire front à de trop criantes évidences, que si nous\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                  DU ROLE DE L ' A R T EN APOLOGÉTIQUE                             93\n\n\navons une histoire artistique qu'on veut bien dire glorieuse, l'honneur en revient\nà l'esprit laïque, dont l'influence obligea les chrétiens même fervents à briser le\ncadre étroit de leur doctrine. Illogisme heureux, nous dit-on, mais enfin\nillogisme. Le christianisme, en art, doit à ses ennemis mêmes ce qu'il a de\nmeilleur.\n\n    Pour répondre avec loyauté, nous devons concéder quelque chose. Il y a du\n vrai dans ce qu'on nous dit ; mais il faut se souvenir qu'une chose où il y a du\n vrai est une chose fausse.\n    Ce qu'on dit du chrétien qu'il doit « porter sa croix » est vrai, et c'est un grand\nmalheur qu'on ne s'en souvienne pas assez ; seulement à cette vérité fondamen-\ntale il faut qu'on laisse sa signification, et pour cela qu'on l'insère à sa place\ndans le complexus de la doctrine. Tout à rebours, on l'extrait arbitrairement,\non l'isole : il en peut résulter les pires conséquences.\n    Disons donc très hautement que la religion chrétienne admet sans discussion\nles revendications ci-dessus énoncées en faveur de la vie intégrale. Elle les\nadmet pleinement; elle les admet supérieurement, seulement à sa manière, et\nen tenant compte de certains faits que le naturalisme oublie.\n   Je dis d'abord qu'elle les admet. Qu'on lise nos philosophes; qu'on lise celui\nd'entre eux qui passe au-dessus de tous pour représenter la doctrine. Saint\nThomas d'Aquin, si on lui demande quel est le principe le plus général de la\nconduite humaine, répondra aussi bien qu'Aristote : Sauver l'homme. La\nmorale, à ses yeux, n'a qu'un but : pousser notre être humain à son plus\nhaut degré de développement, en sauvegardant en lui : premièrement tout, s'il\nest possible; deuxièmement le meilleur de tout : l'ordre, avec la subordination\nnécessaire des fonctions. Il ne s'agit donc pas pour nous de refuser l'intégrisme\nau nom duquel on prétend nous accuser : nous le prenons pour base. Et je\ndis que nous l'entendons supérieurement, le poussant plus loin que les autres ;\ncar non contents de sauvegarder l'être humain tout entier, âme et corps, pour\nle temps de cette « briève » vie, nous le transportons au delà, et ne nous rési-\ngnons pas à voir périr la chair, même en la chute finale de la tombe. L'article\nultime du Credo inscrit la vie éternelle de la chair au nombre des dogmes fon-\ndamentaux du christianisme. Contrairement au rationalisme matérialiste, qui\nne donne à la vie soi-disant intégrale que des années terrestres, c'est-à-dire le\ncontraire d'une intégrité suffisante ; contrairement au spiritualisme excessif qui\nne s'inquiète que de l'âme, se résignant à la « fin de toute chair » sans nulle\nreprise d'espérance, disant avec Epictète : « L'homme est une âme qui traîne\nun cadavre » : abandonnons de bon cœur le cadavre, nous voulons, nous, que\nl'homme vive à jamais, et que ce soit tout l'homme. Si une doctrine est inté-\ngriste, c'est donc certes la nôtre, et l'on pourra trouver chimérique, peut-être,\nnotre rêve d'outre-tombe, mais dire que nous concevons rétréci l'être humain,\nque nous ruinons sa destinée et méconnaissons sa nature, non, ce serait une\ncontre-vérité trop criante.\n   Aussi l'Eglise a-t-elle toujours combattu les prétendus spirituels : Mani-\nchéens, Albigeois ou Cathares, qui sous prétexte de purification reniaient une\nmoitié de l'œuvre divine. Toute théorie ou toute tendance impliquant la mécon-\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "94                                 DURENDAL\n\n\nnaissance formelle de la chair, l'Eglise l'a condamnée, se souvenant de ce qui\nest écrit dans la Bible : Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et elles\nétaient très bonnes.\n   Seulement — nous arrivons au seulement — Je christianisme après avoir\nposé sa théorie se souvient qu'il est une discipline pratique, j'ose dire ultra-\npratique. Il sait qu'on ne vit pas uniquement de principes généraux : on en\nmeurt. Fixer la nature abstraite de l'homme, c'est bien ; en conclure sa destinée\ndéfinitive, eu égard à la courbe totale de la vie, en y comprenant la survie,\nc'est bien encore; mais oublier l'immédiat qui est le réel d'aujourd'hui, voilà\nce dont le christianisme n'est pas capable. L'homme est une réalité vivante, ce\nn'est pas « une proposition ». Dire : c'est un végétant : laissons-le végéter à\nson aise; c'est un être sensitif : qu'il sente; c'est un être raisonnable : que sa\nraison se développe à sa guise; puis qu'il aille au divin qui l'appelle : c'est un\nleurre. Un formidable obstacle se dresse sur ce chemin à plusieurs voies et\nrisque de faire dévier en tous sens les véhicules : c'est le péché. J'entends le\npéché de nature, qui crée en nous le désordre intérieur, l'anarchie vitale en\nraison de laquelle l'équilibre harmonieux d'une vie laissée aux hasards d'une\nspontanéité sans contrainte est devenu impossible. La loi des membres dont\nparle saint Paul est un fait d'expérience; elle contredit pour une part à la loi de\nl'esprit, tout en lui fournissant ses moyens. Ne rien restreindre, ne rien brider\nen nous, ce n'est pas s'avancer vers l'intégrisme hiérarchique et normal en quoi\nl'on dit que consiste la vie humaine, c'est préparer à la vie d'en bas des\ntriomphes. Ce que Preyer appelle l'âme cérébrale, c'est-à-dire cette petite\nflamme de raison qui se lève en nous au sommet de la pyramide vitale, est\nchargée de gouverner tout le reste ; mais combien facilement tout le reste la\ngouverne! Le déterminisme inférieur est le plus fort; pour lui, presque jalou-\nsement, la nature travaille. Voilà le fait dont le christianisme doit tenir\ncompte, s'il a la prétention de régir la vie. Il doit veiller à ce que rien en nous\nne déborde, et donc réfréner violemment, s'il le faut, les tendances anar-\nchiques. La mortification des sens au profit de l'esprit, la mortification de\nl'esprit même, au bénéfice de la vie divine, s'imposent. Or, le renoncement\nqu'on nous prêche n'a pas un autre sens; la mortification, en dépit de l'appa-\nrence des mots, est une œuvre de vie, en ce qu'elle travaille pour la meilleure\nvie. Le christianisme ne fait donc brèche à la théorie, à sa propre théorie,\nqu'en apparence; en réalité il la sert, donnant à son fidèle le bénéfice de cette\nparole mémorable à jamais de l'Evangile : Qui veut sauver sa vie la perdra,\net qui consent à la perdre la sauve.\n    Toutes les époques, tous les groupes qui ont oublié cette loi ont été\nvictimes de leur imprudence; prétendant développer en nous tout, sans\nrestriction de contrainte, ils ont versé dans le sensualisme.\n    Les Grecs ont fait cette expérience au profit des autres, à leurs propres dépens.\n Ils ont dit : L'homme est une harmonie : sauvons l'harmonie de l'homme;\ndéveloppons tout en lui d'un même soin ; laissons-le s'épanouir librement et\nfaisons la synthèse humaine. Avec ce parti pris théoriquement irréprochable, ils\nsont allés aux pires excès. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont leurs grands\n amis, c'est Taine, qui attribue à leur civilisation la culture de la chair\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                                95\n\n\n« jusqu'au vice ». Si l'on veut savoir quel vice, on n'a qu'à lire le Banquet\ndu « divin Platon » ou telle œuvre contemporaine.\n   Avec le socialisme, on veut reprendre aujourd'hui cet essai. On ne le tente\nqu'en petit, timidement, parce que le milieu résiste, tout imprégné qu'il est\nde christianisme. Néanmoins, les faits répondent déjà dans la mesure où on\nles sollicite. Sauf quelques exceptions qui font honneur à de hautes consciences\nindividuelles, le sensualisme gagne là aussi, et le développement intégral dont\non nous rebat les oreilles tourne simplement à l'égoïsme en ce qui concerne la\nvie sociale, au vice sensuel en ce qui regarde l'individu.\n   Qu'on ne nous reproche donc pas de sacrifier dans la mesure que de droit\nl'accessoire à l'essentiel; de jeter, en tempête, quelques marchandises à la mer,\nou, quand la maison brûle, de bousculer des meubles et d'en jeter quelques-uns\npar les fenêtres. L'Evangile dit encore : La vie ne vaut-elle pas mieux que le\nvêtement et le corps que la nourriture'! Nous poursuivons et nous disons :\nLa vie supérieure, en nous, ne vaut-elle pas mieux que l'autre? Qu'on laisse\ndonc l'admirable maîtresse de vie qu'est l'Eglise juge de leur subordination,\net des moyens pratiques, à base de sacrifice, qui la réaliseront en sagesse.\n\n   L'intégrisme chrétien réduit à ces proportions pratiques est d'autant plus\nrecevable que notre destinée, nous le rappelions à l'instant, comprend deux\nphases hétérogènes, comprenant deux domaines. Pareil au projectile fabuleux\nqui s'élance au delà de l'atmosphère : dans l'espace, l'être humain prend la\nterre comme départ, mais veut pousser plus loin, de sorte que la charge doit\nse juger, le pointage s'opérer d'après cette trajectoire transterrestre. Si l'on se\nplace à ce point de vue, on verra que l'intégrisme est chez nous en honneur\ncomme nulle part : c'est seulement à l'égard d'une portion de destinée qu'il\nfléchit. Mais serait-il nécessaire, pour qu'une chose soit ce qu'elle est, qu'elle\nle soit intégralement à tout moment de son existence ? L'enfant est homme,\net sa vie manque cependant de beaucoup de choses qui font partie de la vie\nde l'homme. Serait-ce donc à nos yeux un désordre, et la subordination de ce\njeune présent à l'avenir, pourvu qu'elle ne comporte aucun sacrifice inutile,\nserait-ce donc une cruauté? Il en est de même dans la doctrine de survie au\nregard de laquelle la vie présente tout entière est une sorte d'enfance. Quand\nle parfait sera venu, ainsi que dit saint Paul, nous pourrons rejeter les con-\ntraintes; l'intégrisme complet aura alors son cours effectif. Pour l'instant,\nil est livré à la succession, et la sagesse pratique dit d'attendre.\n\n   Qu'en ressort-il au point de vue de l'art? Il en ressort que nous ne pouvons\nlâcher à celui-ci la bride. Lui dire : A toi la vie en toutes ses manifestations,\nreflète-la sans autre règle que les tiennes propres, nous ne le pouvons pas.\nLa prudence qui s'impose à l'homme s'impose à tout ce qui est de l'homme;\ntoute discipline en est comptable; elle est l'universelle maîtresse de la vie,\njugeant du but dernier qui est la règle suprême. Hors de là, liberté! Mais,\nen deçà, contrainte. Cette restriction serait-elle excessive ? Qui le prétendra,\nétant donné le point de départ accepté de la doctrine ? Un artiste, en même\n temps qu'il est artiste, est un homme. Comme artiste, il est libre, sauf à\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "96                                 DURENDAL\n\n\nl'égard des règles de l'art. Mais comme homme, s'il est libre aussi, c'est à la\ncondition d'ajouter : saut' la règle de l'homme. Cette règle est la prudence\nmorale, par laquelle on atteint la fin de l'homme.\n   Alors?...\n   Alors, nous avouons qu'en raison de cette doctrine, la discipline chrétienne\ndevra se montrer peu favorable à ce que certains voudraient considérer comme\nle summum de l'art : le nu, la glorification de la chair, et, en général, l'ido-\nlâtrie de la forme comme telle. Les préoccupations chrétiennes sont ailleurs,\net pour une forte part à rencontre. Le christianisme a souci de la vie divine ;\nil se passionne pour le « salut » : il est fatal que là où il règne vraiment, on\nnéglige quelque peu les manifestations inférieures de la vie humaine. La plas-\ntique, qui s'y rattache tout directement, sera donc tenue à l'écart, le nu,\nregardé d'un mauvais œil, comme travaillant pour la loi des membres, au lieu\nde préparer l'ascension de l'esprit.\n    II n'y a pas à le dissimuler, cette branche d'art tant vantée, d'autant plus\nvantée que l'opposition dont elle est l'objet anime ses défenseurs — n'est pas\njugée avec faveur par la morale chrétienne. La forme humaine est admi-\nrable; j'allais dire adorable, songeant aux doigts divins qui en pétrirent\nl'argile. Le statuaire de l'Eden a autorisé, ce semble, ceux qui voudraient\nvenir à sa suite, et qui tenteraient, la nature défaillant à l'œuvre, de reconstituer\nl'idéal. Faisons l'homme ! a dit Dieu : allons-nous défendre à l'artiste de répéter à\nson tour : faisons l'homme?\n    En principe, ce serait là une folie, fille d'un faux mysticisme. Le nu, en soi,\n est une sublimité. Seulement, il faut redire que les choses en soi ne gouvernent\n pas le monde. Le nu sublime en théorie, est dangereux en fait. S'il s'impose\n à l'artiste à titre d'étude, parce que si l'on ne sait cela on ne sait rien à fond ;\nparce que à la figure drapée il faut une structure organique sous-jacente, du\n moins l'œuvre en sa signification générale ou définitive fera t-elle mieux, peut-\n être, d'illustrer autre chose; de glorifier, au lieu de la chair traîtresse et tenta-\ntrice, des objets plus élevés, appartenant au plan supérieur de la vie, là où\n notre pente naturelle ne nous porte plus et où tous les secours humains, art\n compris, ont toute raison d'essayer de hausser l'homme.\n    Voilà ce que dit, en effet, le christianisme. Si ce verdict est sévère, du\n moins doit-on convenir qu'il est sage.\n\n   D'ailleurs, si le dédain de la chair et de la forme comme telle menace notre\nart chrétien d'une infériorité relative, absolument parlant, nous avons vu que\nsa supériorité est immense. Ce n'est pas pour rien qu'on néglige les parties\ninférieures de l'art; c'est pour ouvrir plus grandes, au delà, les avenues de\nl'idéal. Nous pouvions dire plus haut, en le prouvant, que l'action du chris-\ntianisme a élargi merveilleusement le domaine de l'art, en a exhaussé le\nniveau, et soit qu'il s'agisse de la nature, soit qu'il s'agisse de l'homme indi-\nviduel ou social, a développé devant lui des horizons illimités.\n    Qu'on prenne dans l'art païen et dans l'art chrétien des sujets parallèles,\ntels Apollon ou Eros et le Christ, la Vierge et Vénus, la mère douloureuse du\nStabat et Niobé, et qu'on dise où sont les plus hautes ressources esthétiques.\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGETIQUE                                 97\n\n\nOn ne peut préférer les types antiques qu'après avoir méconnu les autres.\nEn dépit de ce que les données païennes ont suscité de chefs-d'œuvre, un\njuge désintéressé reconnaîtra que, tout compte fait et les droits du génie mis à\npart, les profondeurs d'humanité y cèdent trop souvent à la forme, le sujet au\nprétexte, et la richesse du sens à la calligraphie merveilleuse.\n   Nous ferons voir par l'étude des faits combien le christianisme se défend\nglorieusement des reproches qu'on lui adresse. En attendant cette offensive,\nvoici ce qu'on peut répondre aux objections de détail que nous avons formulées\ntout à l'heure.\n\n   Notons d'abord que l'intégrisme vital et les caractères d'art attribués par\nnous au christianisme lui appartiennent à le considérer en soi et dans l'ensemble\nde son développement historique. Il faut après cela faire la part : premièrement,\ndes temps ; deuxièmement, des circonstances ; troisièmement, des hommes.\n   Je dis la part des temps, parce que les débuts d'une institution, quelle qu'elle\nsoit, ne peuvent suffire à la caractériser toute; qu'ensuite telle ou telle phase\nmoins heureuse peut dévier en quelque chose de ce qui est son idéal et faire\ntort à celui-ci dans l'esprit de qui observe. Il est certain, par exemple, et je l'ai\nconcédé, que l'art des catacombes ne suffirait pas seul à glorifier esthétique-\nment le christianisme; mais il faut se souvenir que les chrétiens avaient alors\nautre chose à faire. Ils s'opposaient moralement au monde païen avec une\nvéhémence qui leur prenait toute l'âme; ils vivaient sous une menace perpé-\ntuelle d'écrasement, au milieu de dangers qui ne comportaient guère l'épa-\nnouissement de la vie normale. Dans une tension mystique permanente, visant\nà l'essentiel, ayant à imposer quelques notions primordiales en opposition\nflagrante avec leur milieu, ils négligeaient facilement tout le reste. Où\neussent-ils pris le loisir de s'adonner aux sublimes passe-temps de l'art? Celui-ci\nn'était pour eux qu'une écriture au service de pensées vitales. Aujourd'hui\ndonc, il faut que la critique, s'appliquant à ces époques, fasse crédit et réserve\nses jugements pour un temps où l'histoire chrétienne se développera sur un\nplan plus large. Vienne l'édit de Milan qui donnera la paix à l'Eglise, celle-ci\ncommencera à montrer ce qu'elle peut, en art autant qu'en vie sociale.\n   Il faut donc considérer les temps, et il faut considérer aussi les circonstances.\nC'est en pensant à elles qu'on innocentera le christianisme au sujet de l'oppo-\nsition faite, à certaines époques, touchant quelques catégories de représentations\ngraphiques. De telles protestations furent dictées par le principe de prudence\ndont nous faisions plus haut la trop facile apologie. Pense-t-on que chez les\njuifs le danger d'idolâtrie fût chimérique? Un petit peuple entouré de puis-\nsantes civilisations idolâtres, où le culte des statues animées florissait, livré\nlui-même, ainsi que les peuples primitifs, à la superstition du signe où la chose\nsignifiée était censée résider mystérieusement, ne pouvait manquer d'être\nexposé à de graves abus religieux par le fait de représentations pouvant faire\noffice d'idoles. Il en fut de même plus tard, toute proportion gardée. Tout au\ndébut du christianisme, alors qu'on venait de renverser les idoles, il était\n naturel qu'on craignît de les voir reparaître dans les statues, d'autant que les\n formules d'art, tout imprégnées de paganisme, ne pouvait de sitôt s'en\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "98                                      DURENDAL\n\n\n\n déprendre. On le voit dans les peintures des catacombes. Alors, on se défie,\net répudiant les représentations trop dangereuses, on se renferme dans le\npieux langage figuré des cryptes. Ne sait-on pas que, plus tard encore, un des\nascètes fameux de la Théba'ide croyait sur la foi des images que Dieu est un\ngrand vieillard à barbe blanche? Quand on le tira de son erreur, il se soumit,\nmais il allait criant : « Ils m'ont enlevé mon Dieu! »\n   Qui donc oserait conclure de telles mesures locales ou temporaires au\ncaractère iconoclaste d'une religion qui a fait lever tant de grandes œuvres.\n   Quand Léon d'Isaurien et Constantin Copronyme. de vrais iconoclastes,\nceux-là, se livraient à leurs exploits, aveuglant et mutilant les artistes, brisant\nles images, emprisonnant les prêtres qui ne se pliaient pas à leurs fantaisies\nbrutales, le pape Grégoire III fulminait ce reproche sanglant mêlé à des\nexhortations pleines de noblesse : « Une chose m'afflige, c'est que tandis que les\nsauvages et les barbares se civilisent, toi, l'homme de la civilisation, tu tombes\ndans la barbarie (1). »\n   Voilà donc la doctrine. Le reste, je veux dire les prohibitions gênantes\nimposées à certaines manifestations artistiques, n'est que restriction pruden-\ntielle, se justifiant hautement par la poursuite d'un but supérieur.\n   Enfin, je demande et la justice aussi demande que les personnes soient\nlaissées responsables de ce que leur honneur privé, leurs tendances ont pu\najouter ou retrancher aux influences authentiquement chrétiennes. Dans un\ngroupe quel qu'il soit, nulle mentalité individuelle ne peut prétendre à elle\nseule incarner la doctrine tout entière. Les erreurs et les déviations person-\nnelles existent partout; même les héros religieux n'en sont pas à l'abri. Il est\ndonc possible que l'excès du mysticisme intérieur ait pu faire oublier à certains\ntel aspect de la vie qui ne méritait pourtant ni dédain ni blâme, qui eût pu, au\ncontraire, servir le sentiment religieux, élargir son champ d'action, le nourrir.\nCe fut le cas de saint Bernard; mais on sait que des protestations autorisées se\nfirent entendre par la bouche de Pierre le Vénérable et de Suger contre les\nexagérations passionnées de cette grande âme. On lui fit voir qu'il débordait\nsur la tradition, et que son rigorisme, tout élevé qu'il fût de sentiment, était\nune étroitesse.\n   Que si l'on regarde non plus à la doctrine, mais à la pratique d'art, et\nqu'on demande pourquoi tel artiste qui passe pour représenter le mieux l'art\nchrétien, Angelico par exemple, a négligé si souvent la forme, il ne faudrait\npas croire que ce fût par dédain. Evidemment, il n'y attachait qu'une impor-\ntance secondaire ; l'expression était sa recherche, et l'on sait à quel point il y\nexcella. Mais si j'ai dit plus haut les motifs religieux de cette préférence, je\nconsidère volontiers qu'elle ne doit impliquer nul mépris pour les formes\nsavantes et l'expression de la vie en tous ses domaines. Or, qu'il en fût ainsi chez\nAngelico, — j'y insiste parce que son cas a donné beau jeu à nos adversaires —\nj'en donnerai cette preuve péremptoire que le pieux artiste perfectionna de plus\nen plus sa technique, et fit effort sans cesse, lui l'élève des missels et de leur\n\n\n  (1) Lettre sur le culte des images.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                DU   ROLE    D E L'ART EN A P O L O G É T I Q U E                   gg\n\n\n\ninspiration candide, pour se mettre à la hauteur des progrès réalisés par\nMasaccio, Ghiberti et Bartoloméo ses contemporains. N'aurait-il pas pu dire,\ncomme Léonard dans son épitaphe : Quod potui feci, veniam da mihi,\nposteritas ?\n   Qu'on s'en souvienne donc, une doctrine universelle comme la religion\nchrétienne a le temps et l'espace devant elle; elle participe aux progrès\nhumains et aux vicissitudes humaines On ne peut pas lui demander de mani-\n fester partout, toujours, chez tous, les conséquences de ses principes. C'est\nassez que ceux-ci soient nettement formulés; que dans l'ensemble de sa vie,\nleur influence éclate. Or, c'est ce que je viens de faire voir en ce qui concerne\nla première partie de ce programme. La seconde pourrait nous retenir long-\ntemps : tout au moins vais-je y jeter un rapide regard. Il me suffit de prouver\n que, sur le terrain des faits, la justification du christianisme est facile.\n\n   (A continuer.)                                  A.-D. SERTILLANGES,\n                                            Professeur à l'Institut catholique de Paris.\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "Joris-Karl Huysmans\n           d'après sa correspondance\n                              (Suite)\n\n\n\n\n               Si Joris-Karl Huysmans eut le profond chagrin de\n                  voir des catholiques peu éclairés mettre en\n                  doute son incontestable sincérité qui, pour tout\n                  esprit non obnubilé par des préjugés, était\n                  d'une évidence éblouissante, il eut par contre la\n                  grande joie de se voir compris d'emblée par\n                 certaines âmes d'élite et notamment par deux\n                 femmes supérieures, deux moniales de l'Ordre\nde saint Benoît, remarquables à la fois par leur mysticisme et\npar leur haute intelligence, l'abbesse de Solesme et l'abbesse de\n Fiancey. Il ne sera question de la première que dans des lettres\nsubséquentes. Mais l'autre, la vieille abbesse de Fiancey, « la\nbonne mère Célestine », comme l'appelle notre ami, va nous\nêtre présentée à l'instant et c'est d'elle qu'il sera principale-\nment question dans plusieurs des lettres suivantes. Huysmans\neut, un instant, la douce illusion de pouvoir, avec l'aide de\ncette vaillante femme, fonder un Ordre religieux d'artistes.\nQuel rêve magnifique pour une nature toute enflammée pour le\ngrand art religieux comme le fut notre ami, que celui de fonder\nun ordre monastique où l'on n'eût eu pour objet que ces deux\nidées maîtresses : Dieu et l'Art, c'est-à-dire ce qui fut l'unique\nidéal du maître écrivain depuis sa conversion et auquel il resta\nfidèle jusqu'à sa mort. Hélas! ce beau projet ne devait jamais\nse réaliser, comme on le verra par la suite. Faisons maintenant\nconnaissance avec l'abbesse de Fiancey dont J.-K. Huysmans\nva nous silhouetter l'attachante, curieuse et peu banale\nphysionomie :\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "        JORIS-KARL      HUYSMANS       D'APRÈS    SA C O R R E S P O N D A N C E   101\n\n\n\n    MINISTERE                                                  Paris, le 24 mai 1907.\n         DE\n L'IXTÉRIEU R\n\n\n                     MON   CHER   ABBÉ,\n\n     J'ai reçu l'article que vous avez bien voulu m'envoyer. Il est absolument\n  très bien, très bien — et il me sera bien utile, surtout pour la défense de\n  pauvres gens qui ont eu tant d'ennuis avec moi. Je vous parlerai de cela\n  quand je vous verrai, de l'ineptie féroce de certains curés, d'amis que je ne\n  peux plus voir qu'en cachette. Et dire qu'ils m'ont amèrement reproché de les\n  avoir jugés médiocres ! !\n     J'avais reçu aussi une brochure très artistement écrite de Van den Bosch\n  sur Maredsous. Elle m'a d'autant plus intéressé que j'ai un peu piatiqué cet\n  Ordre, où je compte de bons et de sincères amis. J'y ai passé avec eux, l'an\n  dernier, à Saint-Wandrille, de délicieuses heures. Malheureusement, en\n  France, l'Ordre est bien malade, divisé, travaillé en tous sens, entre un parti\n  de vieux et un parti de jeunes.\n     Mais, il y a parmi eux un moine extraordinaire, artiste intelligent et saint.\n  Il est actuellement en exil sur les montagnes de Silos, en Espagne ; mais je\n  crois bien qu'il reviendra quand les haines des vieux bonzes se seront cal-\n  mées — et si l'Ordre qui se meurt ici, doit être rénové, ce sera lui qui le fera,\n  sans doute.\n     Je l'aime beaucoup et nous avons fait de beaux rêves ensemble. — Je vous\n  avouerai même que si Dom Besse était resté à la tête de Saint-Wandrille, je\n  m'y serais retiré, ayant, depuis le jour où je suis sorti de La Trappe, le désir\n  continu du cloître. Enfin, ce sera, je l'espère, pour plus tard, car j'aime\n infiniment l'Ordre bénédictin.\n     Les belles vies de saints qu'il y aurait à faire au cloître I J'ai toujours rêvé\n ma bonne Lidwine, que je n'ai fait qu'ébaucher dans En Rouie, faite ainsi,\n loin du monde. Il me semble que je ferais quelque chose de propre. La\n pauvre hagiographie, en voilà une qui aurait bien besoin d'être rénovée par\n l'art!\n    Si mon livre m'a valu bien des tracas et de douloureux ennuis — doulou-\n reux parce que vraiment rien n'est plus dur que de voir souffrir des amis\n pour soi — il m'a valu bien des joies. Il m'a fait connaître des âmes\nadmirables. Il en est une bien étonnante, celle d'une mystique, d'une vieille\nabbesse de 75 ans, fondatrice d'Ordre, avec laquelle je suis en relation\ndepuis ce livre.\n    Cette femme m'a écrit des choses admirables; elle avait lu le volume et le\nbeau cri qu'elle jette dans une lettre : « Ce que je perçois le mieux en vous,\nc'est que, comme tous les intellectuels de notre époque, vous avez vécu\npar la tête, par l'esprit, par l'orgueil... Mon cher ami, permettez cette fami-\nliarité à une vieille moniale, il faut aimer. Le cœur est sec chez vous\ntous, c'est à faire pleurer. Vous n'avez même pas aimé les femmes ! »\nJ'ai eu des renseignements sur elle, c'est une véritable sainte; elle me presse\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "102                                  DURËNDAL\n\n\nd'aller la voir; j'irai d o n c en D r ô m e , où est son abbaye, dès que je serai u n\npeu libre.\n   Elle est extraordinaire, ma mère Célestine; elle a les mêmes idées que Dom\nBesse sur la puissance de l'art et la nécessité de le réinfuser d a n s le corps\ncatholique. Elle étudie u n e sorte de cloître pour cela. Et, comme elle est très\nvénérée et fort bien en cour de R o m e , peut-être réussira-t-elle; elle est d'ail-\nleurs comme tous les mystiques, une organisatrice de premier ordre et u n e\nfemme d'un parfait bon sens. J e vous tiendrai au courant des choses qui pour-\nraient se passer de ce côté.\n   E n a t t e n d a n t , la brave Mère prie et fait prier son couvent pour moi ; ce qui\nm'est fort utile, vous le pouvez penser.\n   Voilà, mon cher Abbé, les quelques nouvelles que je vous pouvais d o n n e r ;\nmais vous m'en donnez de meilleures que toutes en m ' a n n o n ç a n t que le livre\naide, en Belgique aussi, aux conversions. Rien ne peut me rendre plus heu-\nreux, car si je me suis d o n n é bien du mal, n'en suis-je pas plus que s o m p -\ntueusement récompensé ainsi; ce que je vous veux dire aussi, c'est que je\nvous remercie de tout cœur de l'amitié que vous voulez bien avoir pour m o i .\n Q u e le Seigneur vous en r é c o m p e n s e ! Priez aussi pour moi, mon bien\n cher Abbé, et prenez ici toute l'assurance de ma bien respectueuse affection.\n                                                                          Votre\n                                                                  J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n   J'ai écrit, avant l'arrivée de votre lettre, à Van den Bosch avec l'adresse de\nla Revue, à Gand. Je pense que m o n épistole lui parviendra, comme u n e\npremière que je lui envoyais, au même endroit, à propos de sa brochure sur\nMaredsous.\n\n\n      MINISTÈRE                                                  Paris, le 29 mai 1893.\n\n L'INTÉRIEUR\n\n\n     Mon bien cher Abbé, vous me d e m a n d e z si je suis content de la défense\n de tout le jeune catholicisme belge! Oui, et je serais bien difficile, si je ne\n l'étais point. Vous êtes vraiment exquis et votre article si net, si carré de Duren-\n dal est d'une tenue dont aucun journal catholique français n'a même idée.\n    J e vais écrire un mot au baron de Haulleville, car je me figure bien\n qu'il a dû un peu forcer les portes du journal pour pouvoir entreprendre cette\n défense.\n    T â c h e z donc de m'envoyer deux n u m é r o s de Durendal, si vous pouvez.\n J e pourrai les faire passer à Saint-Sulpice. Ils pourront être utile à mes amis\n p o u r me défendre.\n     Voici, d'autre part, l'adresse de m a b o n n e mère Abbesse : L a R é v . Mère\n Abbesse du monastère de Fiancey, à F i a n c e y par Valence (Drôme).\n     Elle est extraordinaire. Imaginez que cette n o n n e a fondé tout un O r d r e q u i\n prospère. E n t r e t e m p s , elle vient de créer un établissement pour les vieillards\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "         JORIS-KARL HUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE                                      103\n\n\ndans le R h ô n e . Enfin, K n e i p p est venu trouver l'Evêque de Valence et lui a\ndemandé à fonder u n institut de sa médecine. L ' E v ê q u e lui a dit : « Voyez\nl'abbesse de F i a n c e y , si elle le veut, ce sera fait. » La-dessus, la Mère Célestine\ns'est rendue depuis u n mois à Valence, elle a tout organisé, p o u r v u au service\ndes malades avec des religieuses, et cela marche.\n   Maintenant, elle va retourner dans son cloître; je n'en suis pas fâché, car\nelle a 70 a n s et se s u r m è n e avec tous ces travaux. J'en vois les traces d a n s\nla lettre qu'elle m'écrit.\n   L a g r a n d e affaire — ceci entre nous deux, n'est-ce pas? — c'est que\ncette bonne abbesse rêve la création d'un nouvel Ordre destiné aux artistes.\nElle voudrait, en s o m m e , faire ce que les Bénédictins de F r a n c e sont, avec\nleur médiocre personnel et leurs basses divisions, incapables de faire. Elle\ncompte sur moi pour cette œuvre — et je ne d e m a n d e pas mieux, car depuis\nplus d e trois a n s q u e j'ai fait m a première visite à L a T r a p p e , il n e s'est pas\npassé de jours où je n'ai rêvé du cloître. P u i s la joie, d a n s une abbaye où il\nn'y aurait, vous pouvez le croire, que du plain-chant et des objets propres, de\npouvoir travail 1er en paix à u n e vie de la b o n n e L i d w i n e ! — enfin, tout cela n'est\nencore qu'à l'état de projet. J e pars en juillet à Fiancey où elle me réclame,\npour causer de tout cela avec elle. Malheureusemeut je vois bien des difficul-\ntés et surtout bien des longueurs, d'autant que je veux bien donner m o n n o m\npour aider à l'affaire, mais je ne veux en revanche que la paix du simple\nmoine, après. Or, je connais bien u n moine admirable pour diriger le cloître,\ncelui dont je vous ai parlé et qui est en exil à Silos, mais il est bénédictin et ne\nvoudrait sans doute pas quitter son Ordre.\n   Enfin, je compte sur la Providence pour arranger tout cela, en supposant\nque telles soient ses vues. Ce serait si beau cette tentative de rénover l'art\nreligieux, dans un milieu vraiment propice, en supposant que nous puissions\ntrouver des sculpteurs, des peintres, des gens de lettres de talent, épris de\nmystiques et désireux de solitude, dans un cloître!\n    Ce sera bien difficile à trouver, j'en ai peur. Il est v r a i que si nous étions\ndes religieux propres, l'exemple pourrait déterminer des arrivées. P u i s . . .\npuis... ce qu'il faudra d'argent, en somme ! car forcément, il faut pouvoir\ndonner l'hospitalité d a n s u n e telle abbaye à bien des gens pour les décider\nou leur permettre au moins de se tâter.\n    L'abbaye est, en tout cas, trouvée; ce serait celle de Fiancey que l'abbesse\nnous abandonnerait.\n    Vous me demandez de mettre mon nom parmi vos collaborateurs — mais\nde grand cœur — et de vous donner de la copie, si cela m'est possible. —\nHélas! je n'ai rien pour l'instant, car j'ai bien u n e intéressante préface que\nj'ai faite p o u r ce volume très curieux que Bois va faire paraître sur le\nsatanisme. Malheureusement, il paraît, le mois prochain, et votre numéro\nne sera plus qu'en juillet.\n   Enfin, je verrai, j'ai une préface à faire pour u n petit chef-d'œuvre que j'ai\ntrouvé, un catéchisme de liturgie. L'éditeur ne veut pas le faire reparaître,\nsans cela et sans u n travail de plain-chant qu'est en train de faire le\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "104                                  DURENDAL\n\n\n\nprofesseur d e plain-chant de Saint-Sulplice. Si cela vous plaisait, je vous en\ndonnerais la primeur, q u a n d elle serait faite.\n  Mais je suis u n peu gêné là d e d a n s . J e la fais pour faire u n e b o n n e œuvre\npour aider à lancer ce livre qui est u n e merveille de lucidité et d e méthode,\nmais l'éditeur est u n libraire religieux et je suis obligé de mettre u n p e u de\ncendre sur mes phrases pour ne p a s nuire a u b u t d u livre qui doit faire\nbeaucoup de bien, de l'avis de tous les prêtres qui l'ont lu.\n  Adieu, mon bien cher Abbé, et bien respectueusement et affectueusement à\nvous.\n                                                              Votre dévoué,\n\n                                                             J . - K . HUYSMANS.\n\n\n  (A continuer.)                                             HENRY       MŒLLER.\n\n\n                           Reproduction interdite (i).\n\n\n\n\n   (1) Nous interdisons formellement la reproduction de ces lettres de J.-K. Huyi-mans\net de celles qui suivront.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                  Vie de Dans Helinand\n                            par Guillaume Colletet\n                                       (Suite   et   fin)\n\n\n\n\n                 PAR les escrits de ce m ê m e poëte (1), il paroit encore qu'il\n                   etoit cognu et aymé de H e n r y de Dreux, evesque d'Or-\n                   leans, frere de l'evesque de Beauvais (2), aussi bien que\n                   de l'evesque de N o y o n (3) et de Gaudfroy, evesque de\n                   Senlis (4), auquel il envoya le manuscrit latin d'une histoire\n                   de son temps (5), qu'il avoit composée, mais comme ce\n                   prelat ne connoissoit pas a p p a r e m m e n t le prix du thresor\n                   qu'il avoit entre les mains, il fut cause que par sa negli-\n                   gence, ou par le peu d'estime qu'il en fit, cet ouvrage perit\navec son autheur (6). Il est bien vrai que Loisel dit qu'il en avoit vu u n e partie\ndans la bibliotheque de ce celebre chanoine de l'Eglise de Paris, Jean de\n\n\n    (1) Les Vers de la Mort, éd. de 1905, strophe XVII :\n                               Morz qui les hanz en prison tiens\n                               Aussi comme nos, povres chiens,\n                               Cui li siècles a en despit :\n                               Salue deux evesques miens\n                               Qui sont de Noion et d'Orliens ..\n    (2) Cousin germain de Philippe-Auguste et neveu de l'archevêque de Reims, Henri de\n Dreux fut évêque d'Orléans de 1186 jusqu'à U9S, date de sa mort. Hélinand parle encore\nde ce même personnage, ainsi que de son frère Philippe de Dreux, dans ses œuvres latines\n(Flores, cap. X et XI).\n    (3) Etienne de Nemours, évêque de Novon de 1188 à 1221. Emile Walberg, dans l'in-\n troduction aux Vers de la Mort (éd. citée, p. IX) a signalé d'après Rigord (Hist. de Philippe-\n Auguste, éd. Delaborde) qu'il fut chargé de demander, pour le roi de France, la main de\n Ingeburge de Danemark. Dans divers manuscrits du poeme d'Helinand, on lit non pas\nNoyon mais Amiens. Dans ce cas, le personnage designé par Helinand ne serait autre que\n Thibaud de Heilly, évêque d'Amiens de 1169 à 1204.\n    (4) Il faut lire Guérin et non Gaudefroy. Guérin, natif de Pont-Sainte-Maixance, Che-\n valier de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, Conseiller d'état (1190), garde des sceaux\n( 1203), puis chancelier de France, fut appelé à l'evêché de Senlis en 1213.\n    (5) Colletet veut désigner ici, sans doute, les derniers livres de la Chronique latine\n d'Helinand. On verra plus loin que ces livres relatifs au règne de Philippe-Auguste nous\n ont été conservés grâce à Vincent de Beauvais et à B. Tissier. Ce dernier les inséra dans\n sa Bibliothèque latine des pères Cisterciens, publiée en 1669.\n   .(6) Voy. Vincent de Beauvais : Speculum historiale, lib. XXX, c. 108 : « .. Fertur enim\n quod idem. Helinandus cuidam familiaii suo, scilicet bonas memoriae domino Garino\n Silvanectensi episcopo, quosdam ejusdem operis quaterniones accommodaverit; sicque\n sive oblivionem, sive per negligentiam, sive alia de causa penitus amiserit... »\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": " 106                                     DURENDAL\n\n\n\nSaint André (1), mais ni cette partie, ni le tout ne paroit aujourd'hui, que je\nsache, en aucun lieu et ainsi il ne nous reste que le titre d'un livre dont la\ndocte lecture eut sans doute également contenté les sçavans et les curieux (2),\ncar cet a u t e u r étoit d'un bon esprit; c'est le temoignage que lui ont r e n d u\ntous les sçavans h o m m e s de son siecle et presque de tous les siecles suivants.\nMais entre les auteurs, Vincent de Beauvais qui etoit son contemporain et son\nvoisin mesme, ne feint pas de le louër hautement de la sorte en son Miroir\nhistorial :\n   « .. His temporibus in territorio beluacensi fuit helinandus monachus frigidimentis,\nvir Religiosus et facundia diserto, qui et illos versus de morte in vulgari nostro (qui\npublice leguntur) tàm eleganter et utiliter, ut luce clarius patet composuit et etiam chro-\nnicam... (3). »\n   « E n ce temps, dit-il (c'est à dire l'an 1209 et sous le reigne de P h i l i p p e\nAuguste) vivoit dans le Beauvoisis u n certain m o y n e de l'abbaye de F r o i d -\nmont, h o m m e religieux et éloquent qui est celui-là même qui c o m p o s a en\nnotre l a n g u e vulgaire ces b e a u x vers d e la mort que notre siècle a d m i r e encore\nà cause de leur eloquence et de leurs instructions salutaires... »\n  Vous voyez le j u g e m e n t avantageux que rend d u poëte H e l i n a n d ce fameux\nauteur, que quelques-uns mêmes de son t e m p s mettent au n o m b r e des P è r e s\nde l'Eglise; mais, c o m m e le malheur avait voulu que ce poëme de la Mort fut\nmort lui-même p a r l'injustice d u temps, il est advenu que ce g r a n d et docte\nami de l'antiquité, Antoine Loisel, lui a r e d o n n é la vie en le faisant i m p r i m e r ,\nà P a r i s , l'an 1594., dans le même langage où il avait été composé, et c'est là,\ncertes, que l'on peut voir u n e infinité de b e a u x traits qui ne seront p o u r t a n t\npas agreables à t o u s , n'étant pas habillés à la m o d e r n e françoise, ce qui oblige,\nsans doute, E s t i e n n e P a s q u i e r de souhaiter, d a n s ses Recherches de la France,\nque l'on mit ces vers d ' u n côté en leur jour naturel et que de l'autre on les fit\nparler c o m m e nous parlons m a i n t e n a n t , ainsi qu'il fut p r a t i q u é par Blaise\nde Vigenere (4), quand il ressuscita l'ancienne histoire d u marechal Ville-\nhardouin (5). E n effet, quand j'insererois ici u n e partie de ces vieux vers, ce\n\n\n   (1) Ed. des Vers de la Mort, A. Monsieur Fauchet, etc., p. 4.\n   (2) On verra plus loin, que Collet et s'est trompa en déplorant la perte de la Chronique\n d'Helinand. Il est bon de dire que lorsque B . Tissier publia, en 1669, dans sa Biblio-\nthèque des Pères Cisterciens, les œuvres latines du moine de Froidmont, il y avait\n déjà neuf ans que Colletet était mort.\n   (3) Vencentius bellovacensis. Speculum quadruplex, naturale, doctrinale, morale, histo-\nriale, Argentinae, Joannes Mentelin, 1473-1476. Voy. t. IV. Speculum historiale, L i b . XXX,\n cap. 108.\n   (4) Histoire de Geoffroy de Ville-Hardouin, marechal de Champagne et de Romanie, de la\n Conqueste de Constantinople. par les barons français associez aux venitiens depuis l'an 1198,\njusqu'en 1204, d'un costê en vieil langage, et de l'autre en un plus moderne et intelligible, par\n Biaise de Vigenere. Paris, Abel Langelier, 1585, in-4°.\n   (5) T o u t ce paragraphe est presque intégralement e m p r u n t é à Pasquier. Aussi bien\n nous croyons devoir reproduire ici le texte où notre Colletet a puisé sans scrupule. Par-\n lant d'Helinand au livre Vil (éd. citée) de ses Recherches de la France, Pasquier s'écrie :\n« Le mal-heur voulut que son poëme de la Mort fust mort par la négligence, ou longueur\ndes ans, toutesfois Maistre Anthoine Loisel, grand Advocat au P a r l e m e n t de Paris, l'un\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                        VIE DE          DANS         HELINAND                                             107\n\n\nne s e r o i t q u e d u b a s b r e t o n p o u r n o s p a r i s i e n s et p o s s i b l e p o u r t o u t l e r e s t e\nd e la F r a n c e , t a n t n o s t r e l a n g u e est c h a n g é e d e p u i s p l u s d e q u a t r e c e n t s a n s ;\net p u i s q u e c'est le p r e m i e r o u v r a g e , o u d u m o i n s u n d e s p r e m i e r s q u i a i e n t\np a r u e n n o t r e l a n g u e ( c a r s'il en faut c r o i r e le d o c t e G e n e b r a r d (2) d a n s s a\nC h r o n o l o g i e il n e s e t r o u v e r a p a s u n l i v r e é c r i t e n f r a n ç o i s a u p a r a v a n t le\nr è g n e d e P h i l i p p e - A u g u s t e ) ; q u o i qu'il e n s o i t , il est c r o y a b l e q u ' e n d i s a n t\ncela G e n e b r a r d faisoit q u e l q u e s reflexions sur H e l i n a n d qui vivoit alors d a n s\nla r e p u t a t i o n d ' u n d e s p l u s s a v a n s h o m m e s d e s o n s i e c l e , et s u r c e s o l i d e\nf o n d e m e n t , j e m e c o n t e n t e r a i d e r a p p o r t e r ici q u e l q u e s u n e s d e s e s v i e i l l e s\nrimes :\n                                     Mort qui m'a mis muer en mue\n                                     En cele esluve o li corps sue\n                                    Ce qu'il fist el siecle d'outrage... (2).\n\n     C e s v e r s s e m b l e n t m e s m e si e l e g a n s à cet a u t e u r m o d e r n e q u i l e s a\np u b l i é s (3) q u ' i l n e f e i n t p a s d e d i r e q u ' o u t r e s a n a ï v e t é ( d e l ' a n c i e n ) r o m a n\nf r a n ç o i s q u e l'on y r e c o n n o i t et q u e l'on y a p p r e n d a v e c p l a i s i r , il y t r o u v e\ne n c o r e s o n s t i l e fort o r n é et g r a n d e m e n t figuré, s o n o r a i s o n p l e i n e , s e n t e n -\nt i e u s e et m o r a l e , s a r i m e si r i c h e et si c o u l a n t e q u ' i l n e se t r o u v e e n c h a q u e\nd o u z a i n , d o n t cet o u v r a g e est p r i n c i p a l e m e n t c o m p o s é , q u e d e u x lisieres\ns e u l e s : et il a j o u t e q u e c e t e c h a n t i l l o n se p e u t n o n s e u l e m e n t e g a l e r à b e a u c o u p\nd'ecrits d e n o s a u t e u r s m o d e r n e s , m a i s qu'il p e u t aussi s u r p a s s e r p l u s i e u r s\nouvrages anciens, tant des nostres que des etrangers que nous p r e n o n s peine\n d ' a p p r e n d r e et q u e n o u s l i s o n s a v e c a d m i r a t i o n ; enfin q u e cet a u t e u r les d e -\n vance p r e s q u e tous, aussi bien d a n s l'ordre du mérite que d a n s l'ordre des tems,\nce q u i m e s e m b l e a p r e s t o u t p l u s h y p e r b o l i q u e q u e v e r i t a b l e , p a r c e q u e j ' a i d i t\ncy d e s s u s . Il p a r o i t qu'il avoit e n c o r e c o m p o s é d'autres ecrits, c o m m e u n e\nc h r o n i q u e d e p u i s le c o m m e n c e m e n t d u m o n d e j u s q u ' a u t e m p s q u ' i l v i v o i t (4)\n\n\nde mes plus singuliers amis, luy a redonné la vie, par une diligence qui luy est propre\net peculière, en maniere d'ancienneté. Ayant fait imprimer ce livre au mesme langage\nancien qu'il avoit esté composé : dans lequel vous verrez une infinité de beaux traicts,\nnon toutesfois agreables à tous pour estre habillez à la mode Françoise. Qui fait que je\nsouhaitterais qu'on les mist d'un costé en leur jour naturel, et d'un autre vis à vis on les\nfit parler comme nous parlons maintenant, en la mesme maniere que voyons avoir esté\npratiqué par Biaise Viginel (sic) quand il voulut ressusciter l'ancienne histoire du\nmareschal Vilhardouin...\n   (1) Gilb. Genebrardi theologi parisiensi divinarum Hebraicarumque litteratum professioris\nregii chronographiae libri quatuor .. Parisiis, Apud Martinum Juvenem, 1D80, cum privi-\nlegio Regis, in-fol., p. 377.\n    (2) Les Vers de la Mort, éd. de 1905, strophe I.\n    (3) Antoine Loisel, éd. citée.\n    (4) C'est la chronique à laquelle nous avons fait allusion au cours de nos notes. Elle\ncomprenait 49 livres; il ne nous en reste qu'un assez long fragment commençant\nà l'année 634 de l'ère chrétienne et finissant à la prise de Constantinople par les Français\n en 1204, soit les V derniers livres de l'ouvrage. B. Tissier a publié ces derniers au\n tome VII de la Bibliothecae patrum Cistersiensium (Voy. pp. 73 et ss. de cette bibliothèque :\n Chronichorum Helinandi, Liber XLV, XLVI, X L V I I , X L V I I I et XLIX). Selon E. Brial,\n qui a analysé judicieusement tous les ouvrages du moine cistercien, la perte des autres\n livres serait ancienne, puisque Albéric de Trois Fontaines n'emploie que ces cinq livres\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "108                                                   DURENDAL\n\n\n\ne t q u e l q u e s a u t r e s (1) d o n t la n e g l i g e n c e d e s h o m m e s et l ' i n j u s t i c e d e s s i e c l e s\nn o u s ( o n t ) p r i v é e t p e u t ê t r e q u e V i n c e n t d e B e a u v a i s et A n t o n i o , a r c h e v ê q u e\nd e F l o r e n c e (2), s o n t e n p a r t i e c a u s e d e la p e r t e d e c e t t e h i s t o i r e e n a y a n t\ni n s é r é l e s p l u s n o t a b l e s ( p a s s a g e s ) d a n s l e u r s l i v r e s o ù il l ' o n t c o m m e à\nl ' e n v i h a u t e m e n t l o u é e ; n o u s a v o n s p o u r t a n t d u m ê m e a u t e u r le m a r t i r e d e\nsaint G e r i o n et d e ses c o m p a g n o n s q u i est d a n s les t o m e s d e S u r i u s , o u v r a g e\nt r e s d i g n e d ' e s t r e l u , e t a n t d ' u n a u t r e s t y l e q u e le c o m m u n d e s l e g e n d e s (3).\n      . . . Il v i v o i t l'an 1 2 0 9 e t m o u r u t , a u t a n t q u e j e p u i s j u g e r p a r l e s c o n t e m p o -\nr a i n s , (en) u n e g r a n d e v i e i l l e s s e ( B a i l l e t (4) m e t s a m o r t e n 1223) ( 5 ) . O u t r e\nt o u s c e s g r a n d s h o m m e s q u i o n t p a r l é d e l u i a v e c e l o g e , l ' a b b é T r i t h e m e (6)\ne t le c a r d i n a l B e l l a r m i n (7) e n f o n t h o n o r a b l e m e n t i o n d a n s l e u r h i s t o i r e d e s\né c r i v a i n s e c c l é s i a s t i q u e s , et quoiqu'ils n e lui a t t r i b u e n t p a s ce f a m e u x p o ë m e\nd e la m o r t , si e s t - c e q u e p a r c e q u e j ' a i d i t , et p a r c e q u ' e n o n t d i t e n c o r e\n\n\ndans les extraits d'Hélinand insérés dans sa propre chronique. « Perte peu à regretter,\najoute le même commentateur, à en juger par les fragments qui restent, où l'auteur n'a\nfait que compiler ce qu'il a trouvé écrit avant lui. Ses guides ordinaires sont le vénérable\n Bède, Sigebert de Gemblou, Hugues de Saint-Victor et Guillaume de Malmesburi.\n Il annonce qu'il amassera de quoi remplir son plan jusqu'à la vingt-sixième année du règne\nde Philippe-Auguste, c'est à dire jusqu'à 1204, mais il n'a recueilli sur son temps que des\n niaiseries : prodiges, visions, songes et apparitions, etc .. »\n    (1) Guillaume Colletet veut sans doute désigner ici les sermons, ainsi que les œuvres\ndiverses (Flores) que Tissier publia en 1669 (voy. notre Bibliographie). Les sermons\nd'Hélinand sont au nombre de vingt-huit et s'inspirent tous des principales fêtes de\nl'année. Ce sont les meilleures pages de cet auteur. Non seulement ils témoignent de\nremarquables dons d'éloquence, mais tiennent lieu de documents de m œ u r s . Dans un\nstyle clair sobre, précis, Helinand y décrit et censure les vices de son siècle.\n    (2) Voy. Divi Antonini Archiepiscopi ftorentini, et Doctoris S. Theologiae praestantissimi\nchronicharum, etc.Lugduni, ExOfïicina J u n t a r u m , 1587, Tertia pars, in-fol. Le livre XVIII\nde cette même partie, ch. V, contient, en outre, une notice assez longue sur Helinand,\nimitée de Vincent de Beauvais.\n    (3) Cf. De Probatis sanctorum victis fuas tam ex Mss Codicibus quam ex editis autho-\nribus.     Colonise Agrippinjc, Sumptibus            Ioannis Kreps et        Hermanni.      Mylij,\nAnno CIOCIOCXVIII (1618), in-fol., p. 111. Ce texte, que les Bollandistes ont repris, ne\nserait, au dire de Tillemont (Memoires pour servir à l'histoire eccles., IV, p. 429), qu'un\nsermon prononcé vraisemblablement à Cologne.\n    (4) L e texte porte Bailly. Il y a sans aucun doute erreur de copiste.\n   (5) Cf. jfugcmens des savans, etc. Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1725, IV,\nprem. partie, p. 29, et R. D. Caroli de Visch : Bibliotheca scriptor, sacriordinis cisterciensiSj\nDuaci, Joannis Serrurier, 1649, in-S°, pp. 128-130. La Monnoye, plus précis, écrit en\nnote à l'éd. de la Bibl. françoisc de La Croix du Maine, publiée par Rigoley de Juvigny :\n« Il mourut le 3 février de l'an 1223. » Casimir Oudin, dans son Commentarius de script,\neccl., t. III, p. 22, le fait vivre jusqu'en 1227. Sans reprendre la discussion soulevée par la\ndate incertaine de la mort du moine de Froidmont, nous avons lieu de croire, avec\nE . Brial, qu'il termina ses jours en 1229. E n effet, on a la quasi-certitude qu'il prêcha\nà Toulouse, dans un synode, en l'an 1229. L e sermon qu'il prononça nous a été conservé\npar B. Tissier (Bibl eistere, VII, p 294), et c'est sur ce témoignage que les critiques\ncontemporains ont formé une opinion que nous adoptons à notre tour.\n   (6) De Scriptoribus ecclesiasticis, dissertissimi viri Johannis de Tritienhem, etc. Parr-\nhisi' a magistro Bertholdo Rembolt, 1512, in-4°, fol. X C I I I .\n   (7) Roberti Bellarmini c Societate Jesu, S. R. E. Cardinalis, De Scripioribus ecclesias-\nticis, etc. Parisiis ex officina Cramosiana, 1658, in-8°, p . 334.\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                              VIE   DE    DANS     HELINAND                               109\n\n\ntant d'autres auteurs, il paroit assez clairement qu'il en a été l'auteur veritable.\nJe sçais bien que d a n s la Bibliotheque de Saint Victor il se rencontre un\nmanuscrit de ce même poëme sous le nom d'un abbé de cette maison, mais\ncomme cela ne peut être aucunement prouvé, il faut que ce desordre soit\narrivé de l'ignorance de l'écrivain ou de quelque odieuse et insupportable\ncomplaisance derobant la gloire à u n pour la d o n n e r à u n autre qui ne se\nl'etoit pas acquise (1). Celui qui a fait l'appendix, ou la suite de la Bibliotheque\nde Gesuir, le cite en deux endroits, tantôt sous le nom d ' H e l i n a n , tantôt sous\nle nom d ' H e l i n a n t , et faisant l'enumération de ses œuvres, il dit qu'il com-\nposa ce poëme de la puissance de la mort qui ne p a r d o n n e ni a pas un âge ni\na pas une qualité. R e n é Choppin dans son second livre de la police ecclé-\nsiastique p r e n a n t sujet de parler des grands h o m m e s de l'ordre d e Cisteaux\nn'y oublie pas ce fameux H e l i n a n d qu'il appelle grand historiographe. L a\nCroix du Maine en fait mention d a n s sa. Bibliotheque françoise (2), et Antoine\ndu Verdier dans sa Prosopographie (3) remarque precisément où il a vécu; et pour\nconclusion j'insererai ici son epitaphe extraite d'un vieux livre de l'abbaye\nde F r o i d m o n t qui m'a été communiqué :\n\n                      Lucifer occubuit stellac radiata minores :\n                      Nain que huius radius hebetabat ut inferiorcs.\n                      IIHus occasu tandem venistis ad ortum :\n                      Naufragio que tenet nostrae ratis anchora portum.\n                      Claruit ingenio, moribus, alque stylo (4).\n\n   E p i t a p h e qui d a n s la rudesse de son style ne laisse pas de confirmer la\nhaute estime ou ce grand, h o m m e etoit de son t e m p s ; ce que je trouve de\nfâcheux est que l'on n'ait point marqué précisément le tems de sa mort et de\nsa naissance. Telle étoit la négligence des ecrivains des vieux siècles. Pierre\nde Saint R o m u a l d , de la congregation de N o t r e - D a m e de Feuilland, de\nl'ordre de Cisteaux, d a n s son livre intitulé Histoire chronologique de la m ê m e\n\n\n   (1) Cf. Loisel : Memoires des pays, villes, comté et comtes... de Beauvais et Beauvaisis, etc..\nCe manuscrit transféré à la Bibliothèque du Roi (aujourd'hui Bibliothèque Nationale) et\nconservé sous cette cote, lat. 14958 (anc. S. Victor 319), date du u n ' siècle. Bien que son\ntexte appartienne en réalité à Helinand il a été publié par Méon sous ce titre : Vers sur la\n Mort par Thibaud de Marly, e t c . . A Paris, de l'Imprimerie de Crapelet(s. d.)en 1826, gr.\nin-8°, et réimprimé en 1835. L'erreur d'attribution dans laquelle est tombé l'éditeur tient\nà ce que ce manuscrit, loin de porter le nom d'Helinand, offre au fol. 2 cette annotation\ntrompeuse du copiste : Versus domini Theobaldi de Marliaco de Morte compilati apud\nSarneum. Il contient 49 strophes de 12 vers alors que celui qui servit à Loisel. (Voy.\nBibl. Nation. Ms. fr. 1593) n'en contient que 39, dont quelques-unes n'offrent souvent que\n9, 10 ou 11 vers, au lieu de 12.\n   (2) Ed. Rigoley de Juvigny, t. I, p. 361.\n   (3) Prosopographie ou description des personnes illustres tant chrestiennes que pro-\nphanes... Lyon, Paul Frelon, 1605, t. III, p. 2018.\n   (4) Ed. des Vers de la Mort, publiée par Loisel, fol, 16 r° : Epitaphium Helinandi ex vet.\nlib. Abbatiae Frigidi montis. Selon E. Brial, les quatre premiers vers de ce court poëme\n sont empruntés à l'épitaphe d'Abélard par Philippe Harveing.\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "110                                        DURENDAL\n\n\ncongregation (1) a parle fort h o n o r a b l e m e n t de ce poëte et encore d a n s la suite\nde la chronique latine d'Ademaruo (2). André D u c h e s n e , historiographe de\nF r a n c e , ne l'a pas oublié, en parlant avec h o n n e u r d'Alain Chartier (3).\n\n\n\n                                    Bibliographie\n                              I. — Œ u v r e s latines\n    On sait que la totalité des ouvrages qui nous restent d ' H e l i n a n d — sauf\nles Vers de la Mort, imprimés pour la première fois par Loisel, en 1594 —\nn o u s a été conservée par B e r t r a n d Tissier. Voici la description sommaire de\nces ouvrages, tels qu'on les trouve d a n s le recueil de ce savant écrivain\necclésiastique : Cf. Bibliothecae patrum cisterciensium sive operum abbatum et\nmonachorum cisterciensis ordinis..., A p u d L u d o v . Billaine P a r i s i e n s e m , 1669,\nom e V I I , in-fol. p p . 73 et ss. (Opera B. Helmandi monachi Frigidimontis ordinis\ncisterciensis).\n    Chronichorum Helinandi Liber XLV,              Liber XLVI,    XLVII,         XLVIII       et\nXLXIX       ( p p . 73 à 205).\n    Sermones ejusdem Helinandi (pp. 206 et ss.).\n    Ejusdem Helinandi Flores a Vincentio beluacensi collecti (pp. 306 et ss.). Ce sont\nles Fleurs d ' H e l i n a n d , soit la matière de trois opuscules : les deux premiers\ntraitent de la connaissance de soi-même et de l'institution d'un p r i n c e ; le\ntroisième n'est autre que le livre De Reparatione lapsi. Ejusdem                       Helinandi\nEpistola ad Galterum Clericum (pp. 316 et ss.) dont nous avons parlé à diverses\nreprises au cours d e nos a n n o t a t i o n s .\n\n\n                          II. — Les Vers de la Mort\n                                      A.    Manuscrits\n\n     D a n s leur édition récente des Vers de la Mort, MM. F r . Wulff et E m . W a l -\nberg ont d o n n é u n e description scrupuleusement détaillée de vingt-quatre\nmanuscrits de cet ouvrage. N o u s ne ferons que les signaler succinctement,\nrenvoyant au travail de ces deux érudis quiconque serait curieux de\nconnaître en détail la critique des différentes versions connues j u s q u ' à ce\nj o u r du poème d ' H e l i n a n d .\n     I . Berne, n 3 ( M M . Wulff et E m . W a l b e r g n'ont connu ce ms. que p a r\nla copie qu'en conserve la Bibliothèque N a t . ; collect. Moreau, n° 1727,\n\n\n  (1) Nous n'avons pu découvrir cet ouvrage.\n  (2) Chronicon seu continnatio chronici Ademari monachi engolismensis, etc. Authore\nD. Petro à S. Romualdo, etc. Parisiis, Apud Ludovicium Chamhoudry, 1652, in-12, p. 131.\n  (3) On sait qu'André du Chesne a publié une édition des « Œuvres de Maistre Alain\nChartier » (Paris, Samuel Thiboust, 1697, in-8°) mais nous n'y avons pas trouvé le\npassage relatif à Hélinand.\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                 VIE DE DANS HELINAND                                              III\n\n\nfol. 106 et ss.). — I I . P a r i s , Bibliot. Nat., fr. 23112 (anc. Sorbonne 310),\nart. X X I X , fol. 116 b. Ms. du milieu ou de la seconde moitié du XIIIe siècle;\non lit fol. 116 b. Chest li livres de le mort.— I I I . P a r i s , Bibliot. Nat., fr. 12483,\nfol. 53, XIVe siècle. — IV. Paris, Bibliot. Nat., fr. 19531 (anc. S. Germain\n1862), fol. 158 a. (XIII siècle).— V. Paris, Bibliot. Nat., fr. 25408, fol 63 v°,\nMs. daté de l'an 1267. — V I . P a r i s , Bibliot. N a t . , fr. 1444, fol. 168 a\nXIIIe siècle). — V I I . Paris, Bibliot. Nat., fr. 1593 (anc. 7615), XIIIe siècle.\nC'est le manuscrit qui a servi à l'édition donnée par Loisel. — V I I I . P a r i s ,\nBibliot. N a t . , fr. 19530 (anc. S. Germain 2563), fol. 123v°, fin du XIIIe siècle.\n— I X . P a r i s , Bibliot. N a t . , fr. 23111 (anc. S o r b . 309), fol. 317 a. —\nX. P a r i s , Bibliot. N a t . , fr. 423 (anc. 7024), fol. 138. Début du XIVe siècle. —\nX I . Paris, Bibliot. N a t . , fr. 24429 (anc. La Vallière 41), fol. 63 b. Ms. de la\nfin du XIIIe siècle, enrichi de nombreuses miniatures. — X I I . Paris, Bibliot.\nN a t . , lat. 14958 (anc. S. Victor), fol. 2, XIIIe siècle. Manuscrit utilisé par\nMéon pour son édition des Vers de la Mort attribués à T h i b a u d de Marly. —\nX I I I . P a r i s , Bibliot. N a t . , fr. 837, ff- 70c.-73c, XIIIe siècle. — X I V . F a r i s ,\nBibliot. N a t . , fr. 2199, fol. 130,r°, x m e siècle. — XV. P a r i s , Bibliot. N a t . ,\nfr. 1807, fol. 109, XIVe siècle. — X V I . Paris, Arsenal, 5201 (anc. B. L . 1669),\np . 22g. F i n du XIIIe siècle.— X V I I . Chantilly, 1330, ff. g8 à 103 c, XIIIe siècle.\n— X V I I I . T o u r s , 136, fol. 201, XIIIe siècle. — X I X . Bruxelles, n o s 9411-\n9426 (voy. n° 9413), fol. 20 b., XIVe siècle. — XX. R o m e , Vatican, R e g . 1682,\nfol. 48,r°, XIVe siècle. — X X I . T u r i n , cod. gall. 134 ( L . V. 32), art. X I V ,\nfol. 170 c. (Ce précieux manuscrit a malheureusement disparu dans un\nincendie, le 26 janvier 1904). — X X I I . Mont-Cassin (Roy. de Naples), 209.\n Les bibliographes ne connaissent ce manuscrit que par l'édition qu'en a donné\n Buchon en 1843 (voy. Imprimés, I V ) . — X X I I I . Pavie, Univ. 130, E . V.\n(n° 108, Aldini), fol. 1. XIVe siècle. — X X I V . Madrid. B . N . 9446 (anc. E e .\n 150). fol. 56,1°. Milieu du XIIIe siècle.\n\n\n                                           B.   Imprimés\n\n   Il existe cinq éditions des Vers de la Mort, savoir :\n   I. — V e r s II de l a m o r t || p a r || D a n s H e l y n a n d , || r e l i g i e u x e n l'ab-\nb a y e Il de F r o i d - m o n t , D i o c e s e || de B e a u v a i s , e n l'an || MCC. || S. 1. n. d.,\nin-12, 16 ff. plus 1 ff. n. chiffré pour le titre. C'est l'édition publiée par\nLoisel en 1594, sur le texte incomplet et défectueux (il n'offre que 3g strophes\nau lieu de 5o) du manuscrit appartenant anciennement à Claude Fauchet\net conservé actuellement à la Bibl. Nat. sous la cote fr. 1593. Il existe trois\nexemplaires de cette publication à la Bibl. N a t . : Réserve Y e 1222, 1223 et\n7260. L e n° 1225 contient des additions et des notes manuscrites.\n  I I . — V e r s s u r l a m o r t || p a r || T h i b a u d de M a r l y || i m p r i m é s s u r un\nm a n u s c r i t de l a B i b l i o t h è q u e du R o i . || A P a r i s , de l'Imprimerie de Cra-\npelet, s. d. gr. in-8°, 58 p p . , plus un ff. non chiffré pour le titre. Ainsi que\nnous l'avons observé déjà d a n s les notes du texte de Colletet, ce texte —\npublié par Méon — en 1823, sur le manuscrit lat. 14958 de la Bibl. Natio-\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "112                                          DURENDAL\n\n\n\nnale, appartient en propre à notre auteur (1). Au fol. 2 se lisent ces mots\nqui ont égaré l'éditeur : Versus dotnini Theobaldi de Marliaco de Morte compilait\napud Sarneum. (Voy. P a u l Meyer, R o m a n i a [1872], I, p . 364.)\n    I I I . — V e r s II s u r l a m o r t || p a r T h i b a u d de M a r l y , || p u b l i é s ||\nd ' a p r è s u n m a n u s c r i t de l a B i b l i o t h è q u e du R o y . || S e c o n d e édition,\naugmentée du Dit des trois Mors et des trois Vifs et du Mireuer du M o n d e .\nA P a r i s , de l'Imprimerie de Crapelet, M D C C C X X X V , in-4°, 86 p p . , plus\n1 ff. non chiffré pour le titre, même préface et même texte que pour la p r é -\ncédente.\n   I V . — P o è m e de l a m o r t (Ms. de la Bibliothèque de Mont-Cassin\n[royaume de NaplesJ, etc. Voy. : Buchon : Nouvelles recherches historiques sur\nla principauté française de Morée et ses hautes barofinies, etc. P a r i s , a u C o m p -\ntoir des i m p r i m . unis, 1843, vol. I I , prem. partie, p . 364. Publication\nmédiocre.\n   V. — L e s ! V e r s de l a m o r t || p a r || H é l i n a n t , M o i n e de F r o i d m o n t ||\np u b l i é s II d ' a p r è s t o u s l e s m a n u s c r i t s c o n n u s || p a r || F r . W u l f f e t\nE m . W a l b e r g . P a r i s , L i b r . de F i r m i n Didot (Soc. des Anciens textes),\n1905, in-8°, LXXV-82 p p . , plus 4 ff. n chiffrés. Cette édition précédée d ' u n e\nlongue et savante préface relative à l'auteur et à son poème, peut être\nconsidérée c o m m e définitive, les publicateurs ayant fait suivre leur texte des\nvariantes fournies par tous les originaux, et d'un long commentaire philolo-\ngique, et de notes bibliographiques qui nous ont servi parfois à corriger la\nprésente notice (2).\n\n                                                                                AD. VAN BEVER.\n\n\n\n  (1) M. Em. Walberg, l'un des savants éditeurs du poème d'Hélinand, doit publier sous\npeu les véritables vers de Thibaut de Marly, d'après deux ms. de la Bibliothèque\nNationale.\n   (2) Nous avons cru inutile de faire figurer dans cette bibliographie une version des\n Vers de la Mort, attribuée à Hélinand et publiée par Auguis (Les Poêles français depuis le\nXIIe siècle jusqu'à Malherbe, etc. Paris, Crapelet, 1824, II, pp. 56 et ss.) la critique con-\ntemporaire ayant établi d'une manière indiscutable que ce nouveau poème, loin d'appar-\ntenir au moine de Froidmont, n'est qu'un e m p r u n t fait aux 54 premières strophes des\n Vers de la Mort de Robert le Clerc, publiés intégralement depuis, à Lund, en 1887.\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                  Le Baron Gevaert (1)\n\n                  GEVAERT succéda à François Fétis dans la     direction\n                    du Conservatoire de Bruxelles en 1871 et\n                    m a r q u a , dès son avènement, des tendances\n                    nouvelles dont on trouvera l'exposé dans les\n                    discours prononcés à l'Académie de Belgique\n                    par le nouveau directeur. Gevaert arrivait ici\n                    précédé d'une haute réputation de compositeur\n                    et de savant. Il s'était fait à Paris une situation\nexceptionnelle par son talent et son savoir. Il n'est pas banal\npour un compositeur belge, de pouvoir citer à son actif sept\nouvrages dramatiques, joués avec succès sur les grandes scènes\nde P a r i s . Ce qui est mieux encore, c'est d'avoir retenu, par ses\nœuvres, l'attention des musiciens, — des vrais musiciens.\nH a n s de Bulow, l'ami de Wagner, de Liszt et de Berlioz, le\ngrand pianiste et chef d'orchestre, qui fut un critique redouté de\ntous à cause de la causticité de son esprit, tenait en particulière\nestime les partitions dramatiques de Gevaert. A propos du\nCapitaine Henriot, il écrivait un jour à son ami Bronsart en lui\nsignalant cet ouvrage, que « c'était là de la musique amusante,\noriginale et fine qui lui paraissait une nourriture spirituelle\ninfiniment plus substantielle que toute la musique d'Ambroise\nT h o m a s et de Gounod ».\n   A bien d'autres titres encore Gevaert requiert notre attention.\n   Il n'est aucun d o m a i n e touchant à l'art musical dans lequel\ncet homme éminent n'ait m a r q u é supérieurement; dans\nl'histoire, par ses recherches et ses travaux sur les maîtres\nmusiciens de la Renaissance flamande, et surtout par son\nadmirable travail sur la musique dans l'antiquité, qui a rénové\n\n  ( 1) Cet article a paru dans le Guide Musical, il y a déjà quelque temps. Nous reprodui-\nsons avec plaisir cet éloge écrit par Maurice Kufferath dont nous partageons l'admiration\npour 1'éminent directeur du Conservatoire.\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "114                           DURENDAL\n\n\ncomplètement la matière et ouvert le c h a m p à une compré-\nhension toute nouvelle de l'art musical chez les H e l l è n e s ; dans\nle domaine de la haute pédagogie, par son Traité d'instrumen-\ntation, la plus complète, la plus judicieuse, la plus profonde\nétude qui soit sur l'art de l'orchestre; puis par son Traité\nd'harmonie qui ouvre des horizons nouveaux à la science des\nsons et de leurs combinaisons; dans la culture générale du\npays, par l'influence exceptionnelle qu'il a exercée sur son\nentourage depuis sa nomination à la direction du Conservatoire,\nSa prodigieuse érudition, son goût éclairé et sûr, qui déjà\navaient appelé sur lui l'attention, à Paris, lorsque dans les\ndernières années de l ' E m p i r e il fut appelé avec P e r r i n à\nréformer l'Opéra; sa compréhension et son culte profonds pour\nJ . - S . Bach, dont il a restitué l'œuvre avec une conscience de\nBénédictin qu'on ne rencontre nulle part ailleurs, m ê m e en\nAllemagne; ses belles éditions critiques de Gluck et son ardent\nprosélytisme qui ont rendu la vie aux incomparables chefs-\nd'œuvre de ce maître du grand art lyrique et d r a m a t i q u e ; le\nhaut enseignement esthétique que les beaux concerts du\nConservatoire, depuis plus de trente ans apportent au public,\naux jeunes musiciens, aux poètes et aux artistes; toute cette\nactivité spirituelle constitue un élément d'une inappréciable\nvaleur dans l'histoire de notre culture esthétique et plus\nparticulièrement dans celle du développement de notre école\nmusicale.\n   L e gouvernement, en s'associant à la célébration du jubilé du\nConservatoire, a répondu au sentiment de la nation tout entière,\nsi profondément attachée à ses traditions artistiques.\n   Si dans toutes les parties du m o n d e , les musiciens belges\nsont aujourd'hui classés et estimés, c'est en grande partie à\nl'influence de ces deux personnalités exceptionnelles, F é t i s et\nGevaert, c'est à leur noble exemple, à leur enseignement que\nnous le devons. A l'hommage d'admiration que nous leur\ndevons se joint aussi un sentiment de gratitude pour les services\ninappréciables qu'ils ont tous deux rendus à l'art dans notre\npays.\n                                           MAURICE KUFFERATH.\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                 Les Concerts du mois\n                               Concerts Durant\n                                   BEETHOVEN\n    Notre critique musical ayant été empêché de se rendre au concert Beet-\nhoven, n o u s e m p r u n t o n s au Guide Musical les lignes suivantes :\n    « L'interprétation de la première symphonie par l'orchestre D u r a n t fut\nexcellente, pleine de simplicité et de charme. P o u r l'Héroïque, on eût aimé\nparfois plus de flamme et de g r a n d e u r .\n    « Le cinquième concerto, œuvre lumineuse entre toutes et si libre de forme,\navait comme interprète principal Arthur De Greef, c'est-à-dire l'artiste le plus\ncompréhensif qui soit. Chez lui, les qualités techniques et expressives, portées\nà leur m a x i m u m , se sont fondues en u n tout d'une h a r m o n i e si complète que\nl'interprétation perd toute matérialité pour ne plus éveiller que l'émotion et\n la pensée mêmes dont l'œuvre fut inspirée. Q u a n t à la Fantaisie qui n'avait\n plus été donnée ici depuis 1899 (Concerts Populaires), c'est M. De Greef qui\nl'a véritablement conduite, entraînant orchestre et chœurs aux rythmes vifs,\njoyeux et pleins d'élan du piano, qui a du reste la grande part dans cette\ncomposition. L a Fantaisie, pleine d'humour, de joie populaire, de détails\namusants et pittoresques, sans être du grand Beethoven, n'en a pas moins\nune importance capitale dans l'œuvre du maître, puisque sa forme annonce\ncelle de la Neuvième et qu'en somme, son c h œ u r est la préparation de la\nfameuse Ode à la Joie.\n    » La partie chorale, convenable, mais un peu mince, était confiée au Choral\nmixte de Bruxelles. L'orchestre, comme précédemment, s'est distingué sur-\ntout par sa précision, son ensemble, son souci des n u a n c e s , ce dont il faut\nparticulièrement louerle chef d'orchestre. E t maintenant que M. Durant et ses\nmusiciens ont gagné une « bataille » de plus, et cela avec la difficile Héroïque,\nnous osons bien prévoir qu'ils n'auront plus que des victoires à leur actif. Au\nreste, la présence assidue d'un nombreux public prouve à l'institution la con-\nfiance qu'elle a gagnée auprès des amateurs de vraie et belle musique.\n    » La princesse Albert, fidèle également, assistait aussi à cette troisième\nséance. »                                                                     M. DE R.\n\n                        W E B E R ET M E N D E L S S O H N\n\n  M. D u r a n t y aborde la période romantique, faisant voisiner dans son pro-\ngramme les noms de deux de ses plus illustres représentants en Allemagne,\nWeber et Mendelssohn, W e b e r , à coup sûr le plus profond, le plus génial des\ndeux, mais dans un domaine restreint et nettement défini, car seuls ses opéras\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": " 116                                  DURENDAL\n\n\n lui constituent des titres infrangibles à l'immortalité, le reste de sa production\n et surtout celle de piano d e m e u r a n t en général d'intérêt secondaire et ne\n représentant plus guère que des conceptions d'art vieillies et périmées, Men-\n delssohn l'emportant au contraire sur W e b e r par son universalité, car c'est\n avec u n e supériorité évidente qu'il a abordé tous les genres de musique, sauf\n celui-là même dans lequel W e b e r a excellé. U n e similitude frappante rap-\n proche d'ailleurs l'œuvre de W e b e r et celle de Mendelssohn, les rattachant\n l'une à l'autre dans l'histoire de l'art c o m m e par un lien indissoluble, c'est le\ndon merveilleux que tous deux ils ont possédé d'exprimer le fantastique d a n s\n le langage des sons. Sous ce rapport l'auteur du Songe est le continuateur et le\n disciple de l'auteur d'Obêron.\n     W e b e r était représenté au concert par l'ouverture d''Euryanthe et l'ouverture\n de Freischiitz, excellemment exposées par l'orchestre. Soit qu'on les considère\n en elles-mêmes, dans leur structure si majestueuse, d a n s cette magnificence\n de lyrisme où le mystère du rêve s'allie à l'ampleur passionnée et rayonnante,\nsoit qu'on les envisage dans ce qu'elles suggèrent, en tant que préludes sym-\nphoniques synthétisant l'esprit et les significations de tout u n d r a m e , les\n ouvertures d'Euryanthe et de Freischiitz (auxquelles il faut ajouter celle d'Obê-\nron) peuvent être rangées au n o m b r e des pages les plus admirables de la\n musique et les ouvertures de Beethoven elles-mêmes ne leur sont certai-\nn e m e n t pas supérieures.\n     Mais c'est surtout dans le Scherzo du Songe que l'orcheste D u r a n t s'est parti-\n culièrement distingué, dégageant l'arome exquis de ce poème scintillant, qui,\navec tant de grâce et comme en de subtils frémissements d'ailes soyeuses et\ncaressantes, évoque la vision d'êtres lumineux éployant leur vol à travers l'azur\ndes paradis vermeils chantés par Shakspeare.\n    Si M. D u r a n t a fixé son choix sur la symphonie d e Mendelsshon Réformation,\nqu'il a dirigée de façon très ferme et consciencieuse, ce n'est pas tant à cause\nde ses beautés intrinsèques et de l'intérêt spécial qu'elle éveille, mais plutôt\nparce que cette œuvre n'est presque jamais exécutée aux concerts et que le\ng r a n d public l'ignore entièrement. L a symphonie Réformation est u n h o m m a g e\nr e n d u aux doctrines de Luther, Mendelssohn, bien que d'origine israélite,\nayant été élevé dans le protestantisme dont il était un fidèle convaincu et fer-\nvent. Au début de l'œuvre figure à plusieurs reprises cet Amen e m p r u n t é à la\nliturgie saxonne dont W a g n e r tira plus tard dans Parsifal un si prestigieux\neffet, et dans le finale le fameux choral de L u t h e r occupe une place des plus\nimportantes, mais, comme on l'a dit justement, « il y intervient plutôt qu'il\nne s'y développe. Il en est beaucoup moins la matière ou la substance, que\nl'épigraphe et comme l'illustration \" (1). L a s y m p h o n i e Réformation apparaît\nu n e œuvre froidement p o m p e u s e et austère, et on y chercherait vainement ce\ncharme pittoresque, ce libre et riche épanouissement mélodique qui caracté-\nrisent l'Ecossaise et l'Italienne. Il semble que les glaces du protestantisme aient\nparalysé cette aisance limpide, éteint cette verve chaleureuse dont Mendels-\n\n\n  (1) CAMILLE BELLAIGUE, dans son étude sur Mendelssohn.\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                          L E S C O N C E R T S DU   MOIS                    117\n\n\nsohn est coutumier. Toute la tendresse enveloppante de l'art mendelssohnien\nse retrouve, au contraire, au plus haut degré dans le délicieux concerto pour\nviolon que M. Crickboom a joué à merveille, lui donnant une interprétation\nsuperbe de clarté et de transparence aérienne, où 1 s traits, souples et déli-\ncats, se sont dessinés en arabesques de fine lumière. Cette belle exécution a\nvalu au distingué violoniste une ovation enthousiaste.\n\n\n                    Deuxième Concert Populaire\n    Suivant la coutume sagement introduite depuis quelques années par Syl-\n vain Dupuis de consacrer l'un de ses concerts à l'audition d'un des chefs-\n d'œuvre de l'oratorio, le directeur des Populaires a fixé cette année son choix\n sur le Paradis et la Péri de Schumann.\n     Le sujet de cette œuvre est, on le sait, emprunté au poème Lalla-Rookh\n de Thomas Moore. Rappelons-en brièvement la donnée. Les Péris sont des\n fées de la mythologie orientale habitant des contrées radieuses où elles se\n nourrissent du parfum de fleurs immortelles. L'une d'entre elles ayant commis\n une faute a été exilée de ce Paradis. Condamnée à errer solitairement sur\n toute la face du globe, elle ne rentrera en grâce que si, au cours de ses\n pérégrinations, elle parvient à découvrir, en vue de l'offrir au Seigneur, un\n don assez précieux pour fléchir son courroux et lui mériter le pardon. Dans\n l'Inde elle puisera quelques nobles gouttes du sang d'un héros mort pour la\n cause de la liberté. Aux bords du Nil elle surprendra sur les lèvres expirantes\n d'une jeune fiancée le dernier soupir de l'amante immolant sa vie pour celui\n qu'elle aime. Mais le Seigneur reste toujours inflexible et l'Ange continue\nd'interdire à la Péri désolée l'entrée du jardin délicieux. Enfin, près des ruines\nde Balbek, la Péri recueillera les larmes versées par un pécheur repentant et\nces larmes précieuses seront le trésor sacré, inestimable aux yeux de Dieu,\nqui, effaçant la faute de l'ange proscrit, lui rouvrira les portes d'or de\nl'Empyrée.\n    Le Paradis et la Péri de Schumann est une œuvre de lyrisme délicat, de\nsentiment intime et discret, dont les significations sont perçues entières et\ncomplètes lorsqu'on joue la partition réduite au piano, l'expression orches-\ntrale n'ajoutant presque rien à cette impression. Le cas est d'ailleurs fréquent\npour la musique de Schumann. Les parties les plus charmeuses de l'œuvre\nse trouvent dans les chants confiés à la Péri et à l'Ange, et ce charme réside\ndans l'irrésistible séduction de mélodies suaves que pénètre cette atmosphère\nchaudement poétique où baignent les Lieder et la Dictherliebe dont le sou-\nvenir s'offre invinciblement à l'esprit, mais une Dichterliebe d'où les grands\nélans d'amour et de douleur seraient toutefois absents.\n    Par contre, dans le Paradis et la Péri, les polyphonies sont frêles, les\nensembles vocaux dénués en général d'intérêt et d'accent. Tel est le cas pour\nle chœur final de la première partie célébrant l'héroïsme du soldat tombé au\nchamp de gloire, hors-d'œuvre interminable qui égare l'attention, alourdit le\npoème et le destitue si malencontreusement en cet endroit de son auréole\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "118                                 DURENDAL\n\n\nd'idéalité. Imperfections amplement rachetées du reste par u n e page déli-\ncieuse, l'air suivi de chœur qui à la fin de la seconde partie salue les fiancés\nréunis dans la mort, merveille de tendresse et d'émotion exquisement\nenchâssée dans u n e couronne d'harmonies berceuses et enchantées.\n    En définitive si le Paradis et la Péri de Schumann est notablement inférieur\nà son Faust au point de vue de l'ampleur lyrique, il n'en est pas moins vrai\nque pour être à m ê m e de pénétrer complètement la poésie de l'œuvre, il\nfaudrait l'entendre chantée en allemand, l'étroite parenté ethnique de la\nlangue de Shakspeare et de celle de Gœthe autorisant la transposition de\nl'original anglais d a n s le verbe germanique et cela sans le dénaturer, tandis\nque, malgré les excellentes intentions dont il semble animé, la traduction de\nWilder, où se rencontrent u n grand n o m b r e de formules naïves et de b a n a -\nlités d'expression, apparaît fâcheusement diluée et approximative.                  \" ,\n    L'exécution de l'œuvre de S c h u m a n n aux Populaires a été soignée et méri-\ntoire, sans réaliser la perfection de celle de Faust ni éveiller la belle et si\nprofonde impression d'art éprouvée l'an dernier à cette audition mémorable.\nCitons en première ligne M m e Croiza (l'Ange) dont la voix chaude et insi-\nn u a n t e , la diction claire et expressive ont été comme d'ordinaire vivement\nappréciées. M. Laffitte, à qui était confié le rôle si ingrat du récitant, a vail-\nl a m m e n t soutenu ces chants de tessiture périlleuse confinés d a n s des registres\nfort bas et presque inaccessibles à la voix d'un ténor. M lle Symiane (la Péri)\na chanté sa partie avec charme et avec goût sans atteindre cependant à\nl'ampleur que l'on eût souhaité. M lle Mazzonelli (la Fiancée) a paru insuffi-\nsante, tandis que l'organe généreux et l'interprétation sentie de M. B l a n c a r d\n (basse solo) ont droit à tous les éloges.\n\n\n\n                         Troisième Concert Ysaye\n    On y a entendu plusieurs primeurs intéressantes. Le concert débutait par\nla Symphonie inachevée de Schubert que l'orchestre a exposéeavec u n e élégance\nlimpide et affinée. J o u é immédiatement après cette s y m p h o n i e exquise d'épa-\nnouissement radieux, il est superflu de dire q u e le concerto de Moor, écrit pour\ndeux violoncelles avec accompagnement d'orchestre, a paru une œ u v r e\npassablement brumeuse et diffuse. Les meilleures parties de ce concerto sont\nl'Adagio et lIntermezzo qui, scandé sur un r y t h m e incisif, retient l'intérêt par\nson énergie sauvage et ses audaces harmoniques quelquefois heureuses. Mais\nl'exécution victorieuse de Casais et de sa femme, M m e Guilhermina\n Suggia, qui ont maîtrisé cette composition de technique terrifiante, n'a réussi\n à en masquer ni la pauvreté de substance ni les vaines prolixités. Le triomphe\n des interprètes a cependant rejailli sur l'auteur qu'on a chaleureusement\n acclamé.\n     L e Souvenir, p è m e symphonique de Vincent d'Indy, constituait le troisième\n n u m é r o du programme. L'éminent auteur du Chant de la Cloche et de la\n Symphonie en si bémol y raconte ses impressions d'enfance tout imprégnées\n de la mélancolie des paysages cévenols. Cette œuvre de contexture savante\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                            LES    C O N C E R T S DU   MOIS                        119\n\n\napparaît d'abord concentrée et méditative, puis elle s'anime et s'enflamme\ndans le déchaînement orageux de sonorités impressionnantes. Assurément\nd'Indy a écrit des poèmes plus inspirés, plus synthétiques, plus fermement\nconstruits, mais l'on doit rendre hommage a u riche fonds de pénétrantes\nharmonies dont se pare et se colore cette composition d'allure pensive, noble\net austère. Casais a chanté avec largeur et gravité la Waldesruhe de Dvorak et\nil a d o n n é d'un fragment de la suite de Bach pour violoncelle une interpré-\ntation magistrale de ligne, de compréhension et de rythme.\n    Le concert se terminait par les quatre ouvertures de W a g n e r (König E n z i o ,\nPolonia, Christoph Columbus, Rule Britannia), ouvertures datant de sa prime\njeunesse et récemment mises au jour. Comme on l'a dit justement, ces pages\nn'ont d'autre intérêt que celui de documents d'histoires. Joliment troussées\nmais bourrées d'italianismes, dépourvues d'originalité propre et d ' a m p l e u r\nexpressive, elles n ' a n n o n c e n t en rien le génie prodigieux qui va venir. Seule\nl'ouverture Columbus mérite un peu plus d'attention et il semble qu'on y\ndiscerne en germs la phrase onduleuse qui, plus tard, dans le Rheingold, expri-\n mera le cours majestueux du fleuve-roi.\n    N'oublions pas de mentionner qu'à la répétition de ce même concert, le\n brouillard ayant retardé l'arrivée de Casais, Ysaye le remplaça (ce dont\n personnne ne se plaignit) et joua de façon incomparable le concerto de Saint-\n Saëns, un des j o y a u x de la littérature du violon.\n\n\n\n                                  Concerts divers\n   D'abord la première séance de musique de c h a m b r e donnée à la salle\nDesmedt par le cercle Piano et Archets. Il semble inutile d'attirer l'attention\nsur la valeur des artistes qui le composent, Bosquet, Chaumont, Van H o u t ,\nJacob, a p p a r t e n a n t tous quatre à l'élite des virtuoses belges. L e u r alliance\nheureuse constitue un ensemble puissant, homogène, intelligemment équi-\nlibré, de sonorité a m p l e et généreuse, bien qu'emprisonnée par l'exiguïté\nd'une salle malencontreusement choisie. L e p r o g r a m m e portait le quatuor\nen ut mineur de B r a h m s , o p . 60, un trio pour violon, alto et violoncelle de\nBeethoven, o p . 9, et le quator en mi bémol de S c h u m a n n , o p . 47. L'interpré-\ntation de ces œuvres magnifiques a été large et vivante, se caractérisant par\nla clarté, la fine qualité des nuances, par l'intime c o m m u n i o n de sentiment,\nla solidité de la tenue rythmique et la respectueuse observance du style\npropre à chaque m a î t r e .\n   Citons aussi u n e intéressante audition donnée à la salle Ravenstein par\nMlle Hélène Dinsart, pianiste, élève d'Arthur De Greef. M lle Dinsart est une\ntrès brillante virtuose, au jeu ferme et énergique, douée aussi d'une technique\naisée et souple, qui s'est fait applaudir dans maintes pages de Beethoven,\nChopin, Liszt, S c h u m a n n , Saint-Saëns et d a n s le Concerto pour deux pianos\nde Bach qu'elle a joué avec son maître M. De Greef.\n\n                                                                    G. DE GOLESCO,\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "                          Chronique d'Art\n\n            Le deuxième Salon annuel de l'Estampe\n    Celte exhibition, consacrée presque exclusivement au noir et blanc, montre\nà quel degré de virtuosité atteignent aujourd'hui les arts mineurs du dessin :\neau-forte, burin, lithographie, aquatinte, gravure sur bois, etc. Ici, comme\ndans toutes les manifestations de l'art contemporain, on constate la même\nrecherche passionnée des notations inédites et des procédés nouveaux, don-\nnant lieu souvent à d'intéressantes trouvailles.\n    P a r m i les plus habiles aquafortistes se rangent Félix B r a q u e m o n t , repré-\nsenté par u n e importante collection d'oeuvrts diverses, où l'on distingue une\némouvante traduction du P a y s a n à la H o u e de F . Millet et la série des eaux-\nfortes détaillant avec minutie et précision les œuvres si curieuses de Gustave\n M o r e a u ; — F r a n k Brangwijn, sommaire, mais expressif, vigoureux, souve-\nrainement « habile » ; — Auguste Danse, qu'on regrette cependant de voir trop\nfidèle au genre des anciens graveurs (voir l'Embarquement pour Cythère), ou bien\ntraduisant en formes correctes mais inexpressives des œuvres, comme le\n Débardeur de Meunier, qui n'existent que par l'expression (le Marteleur, d'après\n Meunier encore, vaut bien mieux); — P h i l i p p e Zilcken, très a b o n d a n t et\n varié : paysages, reproductions d'oeuvres connues, portraits (à noter celui de\n Verlaine).\n    Je rangerais volontiers M m e Louise Danse parmi les aquafortistes habiles,\n si son art n'était trahi par des incorrections de dessin. Ses illustrations à la\n plume pour la Chanson populaire belge et pour Notre Pays sont quelque p e u\n-puériles et désagréablement rehaussées de couleur.\n    Alfred Delaunois est plus heureux dans ses intérieurs d'églises que dans ses\n figures, trop lourdement exécutées. Les titres annoncent une galerie de types\n à la Balzac : l ' H o m m e aux R e m o r d s , le R u s t r e , le Jésuite, le Capucin, le\n T r i b u n , le Bourgeois, e t c . . Il y a bien peu de psychologie dans ces masques\n d'une parfaite banalité.\n     Gisbert Combaz expose ses jolis projets d'estampes pour les écoles, déjà\n vus au dernier Salon triennal. C h a r m a n t e s aussi les deux lithographies en\n couleurs : le P h a r e , et une autre représentant u n e curieuse impression noc-\n turne, que le catalogue ne mentionne pas.\n     Comme on devait s'y attendre, les drôleries ne manquent pas, tels les\n dessins préhistoriques d'Arthur Craco, qu'il est malaisé de p r e n d r e au\n  sérieux.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                             CHRONIQUE D'ART                               121\n\n\n\n   Henry Meunier cherche l'effet par des procédés insolites, à la fois som-\nmaires et patients. René Lombaerts suit la même voie périlleuse, où le pré-\ncède, mais avec plus de personnalité, Walther Vaes (le catalogue ne le signale\npas). Le danger de cette manière, qui procède de l'impressionnisme, consiste\nen ce que l'artiste épuise en une formule tout ce qu'il a à dire. La formule\npeut plaire un instant par sa nouveauté. Bientôt elle lasse par la monotonie\ndes inévitables redites.\n   Fernand Khnopff n'échappe pas toujours au danger des redites. C'est le\nsort de ses éternels visages de très jolies femmes. Il est rare cependant que\ndans l'envoi de Khnopff il n'y ait pas une œuvre originale. Je la trouve ici\ndans ce Frontispice qui synthétise à merveille la bibelotterie mystique, per-\nverse et puérile du Sar Péladan. L'exécution de ce dessin, rehaussé de cou-\nleur, est d'une habileté sans pareille.\n   A ranger aussi parmi les drôleries la copieuse collection d'eaux-fortes de\nGoya, que je ne préfère pas aux fantaisies de nos anciens ironistes flamands\nou hollandais.\n   Beaucoup de choses encore retiennent l'attention, — et sollicitent les ache-\n teurs — comme les excellents portraits' d'Alfred Duriau, plus faible dans ses\nvues de villes, — le délicieux dessin de Paul Artot, — les eaux-fortes de\n Mme Valentine Franchomme, en notant spécialement l'Estacade et l'Etude\nd'Algue finement teintée ; — mais on me pardonnera de ne pas insister,\n puisque je devrais ne rien omettre dans cette abondance d'œuvrettes de\n valeur artistique inégale, mais réelle.\n\n\n\n      Le Projet de décoration pour le Musée Ancien\n    Les cartons de M. Montald, destinés à la décoration du vestibule du\nMusée Ancien, ont été exposés en place. On ne peut juger de l'effet voulu par\nl'artiste qu'en se représentant mentalement la décoration achevée du monu-\nment. Trop d'objets disparates nuisent actuellement à la beauté sobre et\nsomptueuse de ces admirables cartons. On ne juge pas d'une symphonie\npar quelques motifs isolés. On jugerait mal de l'ensemble conçu par l'artiste\nsi l'on ne tâchait de se figurer ce qu'il doit être en son entier.\n    Peut-être les figures gagneraient-elles à être dessinées avec un peu plus de\nfermeté. La lumière est défectueuse dans le vestibule du Musée Ancien : le\ndécorateur doit en tenir compte. Pourtant, je ne hasarde cette observation\nqu'avec la plus extrême réserve.\n    Ce qu'il y a d'un peu flou dans les figures contribue puissamment à\nl'immatérialité du sujet. La vision de l'artiste est celle d'un monde idéal,\nrêve de beauté pure, harmonieuse, exempte de toute petitesse et de toute\nlaideur. Et pour donner au spectateur la sensation de ce rêve, il convient\n d'atténuer la forme jusqu'à la dernière limite de l'imprécision compatible\navec la clarté. C'est le problème à résoudre en place, et je ne doute pas que\n l'expérience du grand artiste n'arrive à une solution parfaite.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "122                                  DURENDAL\n\n\n   J'espère aussi que l'administration du Musée contribuera à l'harmonie de\ncette œuvre en débarrassant le vestibule de tout ce qui s'y trouve : bustes,\nloge de concierge, etc.\n   Je ne vois pas dans ce décor symbolique aux merveilleuses frondaisons\nd'or, sur ces lacs azurés où vogue la Barque de l'Idéal, parmi les sil-\nhouettes fluides des ombres élyséennes,. s'ériger bêtement u n dépôt de\ncannes et de parapluies, ni même se profiler les bustes de nos célébrités\nnationales. Montald a conçu ce vestibule comme un temple de l'art. Il con-\nvient de lui assurer le respect de son idéal, et de ne pas troubler son h y m n e\nà la Beauté par les dissonances des banalités de la rue.\n                                                                      F.   VERHELST.\n\n\n    P.-S. — Il paraît qu'il y a du tirage quant à l'exécution du projet de\nMontald. On a prétendu que M. Balat n'a songé à décorer le musée qu'à\nl'époque où le m o n u m e n t était destiné à être un palais des fêtes.\n    D a n s u n e lettre adressée au Petit Bleu le 6 février 1908, M. Montald\nd é m o n t r e que cette allégation est erronée. On aurait pu s'en douter, tellement\nelle paraît invraisemblable. Espérons que ces chicanes resteront sans effet.\nL'occasion est trop belle de favoriser l'essor de la peinture monumentale en\nBelgique.                                                                    F . V.\n\n\n\n   Exposition de Mme Gilsoul-Hoppe, au Cercle Artistique\n   U n e trentaine de cadres, fleurs, clématites sombres, capucines aiguës,\ngrands lys translucides en des enclos touffus de silence et de méditation ;\nsites, vieux j a r d i n s , maisons anciennes, béguinages ensoleillés... T o u t e u n e\nvie de couleur, de rêve et de parfum évoquée d'un pinceau expert, chatoyant\net lumineux.                                                                 A. G.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                       Trois Conférences\n   D o m B e s s e , bénédictin de Ligugé, qui naguère vint parler d ' H u y s m a n s\naux invités de Durendal, a d o n n é au local Patria, le 31 janvier, u n e conférence\nsur la littérature et la contre-Révolution en France. Ce fut surtout un panégyrique\nde l'Action française, le nouveau groupement de théorie monarchiste que fonda\nrécemment M. E t i e n n e L a m y . D a n s la partie littérature de sa conférence,\nDom Besse, qui est décidément Un causeur charmant, spontané, b o n h o m m e à\nla fois et enthousiaste, a exposé à sa façon la « généalogie » des idées tradi-\ntionalistes. D'après lui, de de Maistre et de Bonald, ces idées passent à Balzac\net à Comte, de Comte à T a i n e , de Taine et de Balzac à Bourget qui, enfin,\nles c o m m u n i q u e au grand public, tandis que, sociologues, publicistes ou\nromanciers, Barrés, Maurras, Laserre, Valois, exposent la synthèse des idées\nconservatrices. Il y eut dans la causerie de Dom Besse, à côté de jugements\ncontestables et que nous ne discuterons pas ici parce que ce n'est pas le lieu,\ndes aperçus originaux et de nobles paroles. U n public n o m b r e u x et élégant a\nlonguement applaudi le distingué bénédictin.\n                                               *\n                                              * *\n   G e o r g e s V i r r è s a d o n n é le 8 janvier, au Cercle littéraire des anciens élèves de\nSaint-Michel, devant u n e salle comble, une exquise conférence : Ecrivains et\npeintres. Avec une g r a n d e délicatesse d'impressions, une g a m m e infinie de\nnuances, M. Virrès a montré les affinités de nos artistes de la couleur et d u\nlivre, faisant saisir, par exemple, dans Demolder d'admirables transpositions\nde R e m b r a n d t et découpant d a n s tel roman de L e m o n n i e r des toiles\nluministes de Claus. Ces très curieux rapprochements, une étude détaillée et\ntrès fine de tous nos coloristes de la plume — car nos écrivains, et en\nparticulier M. Virrès lui-même ont fait mentir ce mot de Veuillot : la plume\nn'est pas faite pour peindre avec des couleurs — d'ingénieux aperçus, toute\nla conférence enfin a été pour ses auditeurs u n e fête lumineuse, c h a n t a n t e . . .\net tôt passée.\n                                               *\n                                              * *\n   M. F i r m i n V a n den B o s c h a parlé le 5 février, devant le même auditoire\nenthousiaste, de l'Apostolat par la Beauté. Avec une vie et une vigueur admi-\nrables il a culbuté de fausses renommées, cinglé des vilénies, crevé des\npréjugés et ensuite parlé magnifiquement de nos artistes catholiques. L a\nverve tour à tour incisive, railleuse, vibrante attaqua successivement les\ngraves questions des humanités, du roman m o d e r n e , de la critique catho-\nlique. Les quelques cent vingt étudiants réunis en la petite salle de la rue\nBrialmont lui firent un succès très chaud. A cette jeunesse s'étaient mêlées\ndiverses personnalités bruxelloises N o u s avons remarqué M. E e k h o u t ,\nsecrétaire du cabinet de M. le Ministre des Sciences et des A r t s ; M. de\nSadeleer, ancien président de la C h a m b r e ; les conseillers Nothomb et\nde Hults, l'abbé Halflants; l'abbé Mœller, directeur de Durendal; M M . Mau-\nrice Dullaert, F r a n z Ansel, Jules Leclercq, H e n r i Davignon, etc.\n                                                                           P. N .\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                         LES LIVRES\n\n  L e s g r a n d s a r t i s t e s : Holbein, par M. PIERRE GAUTHIEZ. — (Paris,\n     Laurens.)\n     Holbein, c'est undecesabstracteurs de réalités, un de cesanalystes profonds\n  de la physionomie humaine, dont les œuvres, dans les musées, offusquent par\n  leur relief captivant les sollicitations spirituelles émanées des ouvrages de\n  pure imagination, nourris de légende ou de rêve. Il semble qu'elles soient là de\n  même qu'un vivant parmi des ombres, qu'une présence réelle au milieu de\n  changeantes féeries qui vont se déployant et s'évaporant sous le regard.\n C'est la vie même, avec ses intimations sans réplique, rejetant en arrière les\n créations du songe, faisant taire la voix de la fantaisie pour parler, elle seule,\n de sa voix grave et impérieuse.\n    La fiction parle à la fiction; la vie à la vie... Nous venons à l'une avec\n notre pensée en confuse aspiration, en attente, en espoir d'une beauté que\n la réalité — dont nous sommes las — ne nous refuse pas, mais que, peut être,\n nous ne voulons pas y voir, parce qu'elle n'est pas fabuleuse. A l'autre, c'est\n  avec nous-même que nous venons, avec nos jours et notre expérience, et\n avec un intérêt d'autant plus passionné que ceux-ci s'étant accrus, la marge\n  de l'illusion juvénile s'est davantage rétrécie.\n     Un portrait, tracé par un maître tel que Jean Van Eyck ou Memling,\n  Dürer ou Holbein, est devant nous comme un fascinant miroir où nous\n interrogeons l'homme, le prochain, l'être — nous-même, dans la semblance\n fixée, face d'inquiétude, de malheur ou d'insouciance, par le pinceau génial.\n  Tous ces visages illustres dans l'art : l'Arnoltfini (?) ou l'Homme à l'œillet, de\n Jean Van Eyck; l'Erasme ou le Henri VIII, d'Holbein, éternisés dans leur\n immobile intensité, nous apparaissent à la fois pleins de clartés et d'ombres,\n évidents et énigmatiques, comme la vie même, à l'image de laquelle ils sont\n faits.\n    En ce XVIe siècle, qui, entre les humanistes et les iconoclastes, paganisa\n l'art, dans le Midi, et faillit l'étouffer, dans le Nord, Holbein se tint ferme\n dans sa franche et saine tradition, se prenant aux êtres et aux choses pour\n s'efforcer d'en pénétrer et d'en traduire la forte et substantielle beauté. M.Pierre\n Gauthiez nous donne, en ce volume, un portrait du peintre, d'un trait rempli\n de précision et d'éclat; une biographie qui, dans sa brièveté incisive,\n sa cordiale compréhension du milieu où le maître se forma, l'excellente\n.analyse critique, de l'œuvre de celui-ci, depuis ses débuts à Bâle jusqu'au\n terme de sa carrière et de sa vie, en Angleterre, constitue une des études\n les plus exactes et les plus fines qui aient été tentées sur le grand artiste\n allemand. L'auteur montre, excellemment, en Holbein, l'artisan laborieux,\n modeste et résolu, prêt — comme tous les artistes du temps — à toute\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                                    LES LIVRES                                     125\n\n\nbesogne a p p a r t e n a n t à son métier, certain « d'en tirer toujours et partout, un\nbon ouvrage, une œuvre de maîtrise ». Le travail qu'on lui c o m m a n d e , quel\nqu'il soit, décoration, image de sainteté ou portrait, il l'exécute avec toute sa\nconscience de probe ouvrier; seulement, observe M. Gautiez, les dilections,\nla spéciale vocation, « l'instinct d e s o n art l'entraînent à fouiller plus profondé-\nment u n certain genre d'ouvrages et u n e certaine espèce de modèles... T r o u v e r\nune figure faite et marquée par l'existence, plus expressive que belle, et\nd'une expression continue et discrète; la pénétrer dans ses replis, en quelques\nheures ; composer, avec ce c o u p d'œil prévoyant qui est le génie, l'essence et\ncomme la synthèse d'un être h u m a i n , puis réfléchir sur le dessin a n n o t é ,\nréunir le cadre des objets qui complètent l'homme, créer une figure aussi\nprécise d a n s ses traits qu'une création vivante, qu'une fleur ou un insecte, et\naussi durable d a n s la facture matérielle q u ' u n métal ou qu'un cristal, voilà le\n triomphe du peintre... »\n\n L e s g r a n d s a r t i s t e s : Murillo, par M. PAUL LAFOND. — (Paris,\n   Laurens.)\n   « D a n s la plupart de ses manifestations, observe très j u d i c i e u s e m e n t\nl'auteur de ce livre, l'art espagnol témoigne d'un besoin étrange et parallèle\nd'idéal et de réalité. » E t cette définition s'applique on ne peut mieux aux\ngrands maîtres du XVIIe siècle, influencés encore, comme leurs prédecesseurs,\npar l'école flamande et, en même temps, par les impulsions classiques\nitaliennes. La vision idéale qui, chez Velasquez, était tout empreinte de\npaganisme héroïque et transformait, sous son pinceau, les ruffians ivres\nde vin noir en des espèces de dieux magnifiques et farouches, apparaît\ntoute religieuse chez Murillo. Il célèbre l'adoration et triomphe dans l'extase ;\ncertaines de ses Vierges, de ses Saintes Familles sont d'une suavité si caressée\ndans la forme et dans l'esprit qu'elles nous paraissent, aujourd'hui, dou-\nceâtres, et que nous leur préférons les pages du grand artiste où, sans\néteindre les impressions vives du sentiment, il les a traduites sous des\naspects de réalité plus vigoureuse, avec la sobriété pathétique vraiment\némouvante qui apparaît, par exemple, dans le beau Retour de l'enfant prodigue,\nde la collection D u d l e y . . .\n   M. Lafond nous dit excellemment la carrière du célèbre enfant de Séville,\nson oeuvre considérable et les prestiges de son art.\n\n   A u g u s t a P e r u s i a (septembre-octobre 1907).— Mgr Faloci Pulignani\nconsacre quelques pages enthousiastes aux oeuvres de l'Alunno (Niccolô\nda Foligno), qui ont été exposées à la Mostra d'Arte, à P é r o u s e . M. Cristofani\nétudie de la façon la plus intéressante les séries de figures de saints ou\nd'illustres franciscains introduites dans la belle décoration exécutée par\nGozzoli, dans l'église de Saint-François, à Montefalco; dans une tapisserie,\nflamande de forme et d'exécution, offerte par Sixte IV à la Basilique d'Assise\net dans les stalles du choeur de cet édifice. L'illustration de ce numéro est\nparticulièrement r e m a r q u a b l e .\n                                                                   ARNOLD    GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                                NOTULES\n\n   Notre collaborateur Ernest de Laminne vient de publier un\nvolume de poèmes sous ce titre : L e s R e g r e t s , chez l'éditeur            Alphonse\nL e m e r r e de P a r i s .\n\n\n   L e s Amis de la Médaille d'Art. — La section belge de la\nSociété hqllando-belge des Amis de la Médaille d'Art a tenu sa séance annuelle,\nle dimanche 26 janvier, au Palais des Académies. Au bureau siégeaient :\nM M . Alphonse de W i t t e , p r é s i d e n t ; E m . de Breyne, secrétaire; E d . Laloire,\ntrésorier; Ch. Le Grelle, commissaire des Monnaies, et le J r Beelaerts van\nBlockland, délégué de la section hollandaise.\n    L'assistance était, c o m m e toujours, fort n o m b r e u s e . M. Charles B u l s ,\nprésident du Comité central des deux sections, s'était fait excuser, étant obligé\nd e présider à la même heure u n e autre r é u n i o n .\n    P a r m i les assistants, on remarquait : les conseillers H i p p e r t et de Bavay,\nl'abbé H e n r y Mœller, directeur de Durendal; le vicomte de J o n g h e , président\nde la Société de N u n i s m a t i q u e ; F . Alvin, conservateur du cabinet des mé-\ndailles de l'Etat; le comte T h . de Limburg-Stirum, sénateur; le c o m m a n d a n t\nVanot; le lieutenaut W i e n e r ; Visart de B o c a r m é ; M M . Seeldrayers et\nBataille, artistes peintres; Beekman de Craylo, etc. etc.\n    P a r m i les artistes médailleurs :\n    M M . G. Devreese, Wissaert, F . Bracke, Ch. Samuel, De Keyzer, J . J o u r d a i n ,\nA. Michaux, F . Dubois, de Bruxelles; H . L e Roy, de G a n d ; L. D u p u i s ,\nd'Anvers, et F . Vermeylen, de L o u v a i n .\n    L a lecture des rapports du secrétaire et du trésorier établissent la brillante\nsituation de la Société à tous les points de vue. Elle compte actuellement\ndeux cent cinquante membres et ses ressources pécuniaires lui permettront\nbientôt de distribuer trois médailles par a n . Le bureau de la section belge\nest réélu par acclamation.\n    L'assemblée décide l'organisation à Bruxelles, en 1910 d'un Congrès inter-\nnational de la médaille qui pourrait heureusement être complété par un Salon\ninternational de la Médaille d'Art installé à l'Exposition universelle d e\nBruxelles et qui n'aurait rien de c o m m u n avec l'exposition des Beaux-Arts.\n    L'assemblée charge aussi le bureau de la section belge et spécialement son\nprésident, M. de W i t t e , de faire les démarches nécessaires pour obtenir\nqu'à l'avenir, d a n s les expositions des Beaux-Arts, une salle soit réservée aux\nmédailles qu'actuellement on sème un peu partout dans les sections qui n ' o n t\na u c u n r a p p o r t avec elles. T o u s les artistes présents ont vivement appuyé\ncette proposition qui aura le patronage des m e m b r e s de la Société faisant\npartie du Sénat et de la C h a m b r e .\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                     NOTULES                                    127\n\n\n   Au cours de la séance de nombreuses médailles, belges, françaises, alle-\nmandes et suisses, nouvellement frappées, ont circulé et M. de Witte a\nannoncé qu'une médaille pour l'Exposition de Bruxelles allait, grâce aux\ninstances de M. G. Francotte, être mise au concours, cette année-ci.\n                                        ***\n   La Société de musique de Tournai donnera, le dimanche\n 22 mars, à 3 heures de l'après-midi, une exécution du magnifique oratorio\nFranciscus de notre grand compositeur EDGAR TINEL. Cette partition, chose\n excessivement rare quand il s'agit d'œuvres contemporaines, eut l'honneur\n de figurer jadis au programme d'un festival Rhénan. Elle eut un succès reten-\n tissant non seulement en Belgique où elle fut exécutée au théâtre de la\n Monnaie et à Malines, mais en Hollande, en Angleterre et en Amérique.\n C'est une œuvre de la plus haute valeur qui a classé Tinel parmi les plus\nillustres compositeurs modernes. La Société de musique de Tournai donnera\n à Franciscus une interprétation de tout premier ordre qui ne fera que\n confirmer la réputation mondiale que cette œuvre géniale s'est légitimement\n conquise.\n                                          *\n                                         * *\n    L a L i b r e E s t h é t i q u e . — Le prochain Salon de la Libre Esthé-\ntique coïncidera avec le vingt-cinquième anniversaire de la fondation des\n Expositions des XX, origine des Salons actuels.\n    Pour célébrer ce jubilé, la Libre Esthétique groupera la plupart des\npeintres et sculpteurs qui ont donné à ce cycle d'expositions leur signification\némancipatrice. Seuls les artistes vivants y seront représentés. L'Exposition\njubilaire, qui s'ouvrira au Musée moderne à la fin de février, ne sera donc pas\nrétrospective, mais en quelque sorte récapitulative. On y revena avec intérêt\nceux des artistes belges et étrangers qui ont débuté aux XX et qui sont\naujourd'hui parvenus à la maîtrise.\n                                          *\n   V i e n t d e p a r a î t r e : Almanach de la Société générale gantoise des étudiants\ncatholiques (Gand, Vanderpoorten). — La Société générale des étudiants\ncatholiques de Gand vient de lancer son almanach pour l'an 1908. Il est\nsuperbement édité comme toujours et renferme des articles fort intéressants.\nIl contient une partie littéraire double : française et flamande. Nous en\nrendrons compte dans notre prochain fascicule.\n                                             *\n                                           * *\n  A p a r a î t r e p r o c h a i n e m e n t : Emile Claus, par CAMILLE LEMON-\nNIER. — Volume contenant 34 planches hors texte, dont une reproduction en\ncouleurs et 17 reproductions dans le texte. Prix : 10 francs. Il sera tiré\n5o exemplaires de luxe sur papier impérial du Japon, numérotés. Prix :\n40 francs. (Bruxelles, éditeur Van Oest.)\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "128                                     DURENDAL\n\n\n   M . E m i l e M a t h i e u , directeur d u Conservatoire d e G a n d , organise\npour la seconde quinzaine de juin u n e série d e représentations de sa nouvelle\nœuvre : L a R e i n e V a s t h i , au théâtre royal d e la Monnaie de Bruxelles, gra-\ncieusement mis à sa disposition p a r le Collège des bourgmestre et échevins d e\nla capitale, d'accord avec les directeurs d u théâtre, MM. Kufferath et G u i d é .\n                                             ***\n  La Société des concerts de musique sacrée d'Anvers\ndonnera, le 12 avril, une exécution du M e s s i e d e H a e n d e l . Nous n'avons p a s\nbesoin d'engager les amateurs à assister à ce concert de la Société de m u s i q u e\nsacrée d'Anvers, qui s'est déjà fait remarquer p a r tant de splendides auditions\ndes œuvres des grands maîtres.\n                                              * **\n  P o u r 1 A r t . — L e quatorzième Salon d u Cercle Pour l'Art s'est ouvert\nau commencement de ce mois. Nous en rendrons compte a u fascicule de m a r s .\n                                              ***\n   Accusé de réception :\n   A R T : Quatre artistes liégeois : A. Rassenfosse, Fr. Maréchal, A. Donnay, Em.\nBerchmans, p a r MAURICE DES OMBIAUX. Volume illustré de 48 planches h o r s -\ntexte (Collection : L e s artistes belges contemporains. Bruxelles, Van Oest). —\nEugène Laermans, p a r GUSTAVE VAN Z Y P E . Volume contenant 28 planches\nhors texte et 14 reproductions dans le texte (idem).\n   L I T T É R A T U R E : Ferdinand Bruneti'ere, par GEORGES FONSEGRIVE ( P a r i s ,\nBloud). — Almanach de la Société générale gantoise des Etudiants catholiques (Gand,\nVanderpoorten). — Collection des plus belles pages de STENDHAL (Paris, Mercure\nde F r a n c e ) . — Saint Athanase par FERDINAND CAVALLIERA (Paris, Bloud).\n   M U S I Q U E : Rameau, par Louis LALOY (Collection : L e s maîtres d e la\nm u s i q u e . P a r i s , Alcan).\n   P O É S I E : Choses qui furent, p a r JANE MERCIER-VALENTIN (Roubaix,\nE d . d u Beffroi). — Poèmes et poésies, p a r FRANCIS VIELLÉ-GRIFFIN ( P a r i s ,\n Mercure de F r a n c e ) .\n   R E L I G I O N : Luther et le luthéranisme, p a r CRISTIANI (Paris, Bloud). —\nSainte Mélanie, par GEORGES GOYAU (Collection : L e s saints. P a r i s , Lecoffre).\n— Éléments d'apologétique. I . Apologie élémentaire. Dieu et la Religion, p a r\nJ.-K. D E LA PAQUERIE ( P a r i s , B l o u d ) . — Foi et système, par E . BERNARD\nA L L O (id.)\n  R O M A N S : Recommencements, par P A U L BOURGET (Paris, P l o n ) . — Mon\namour, p a r R E N É BOYLESVRE ( P a r i s , Calmann-Lévy). — Le rouet d'ivoire, p a r\nE M I L E MOSELLI (Paris, P l o n ) . — Fils de la terre, par P A U L - H E N R I       CAPDE-\nVIELLE (id.). — Dette fatale, p a r L I N E L DALSACE (Paris, P e r r i n ) . —- Une utopie\nmoderne, p a r G . - H .   W E L L S , traduit p a r H E N R Y DAVRAY et    B.   KOZAKIEWICZ\n(Paris, Mercure de F r a n c e ) . — La petite reine blanche, par MAURICE DES\nOMBIAUX (Bruxelles, Larcier). — Quelques bandits, par P A U L TANY ( P a r i s ,\nP e r r i n ) . — Le conservateur de la Tour Noire, p a r GEORGES GARNIR (Bruxelles,\nEtablissements généraux d'imprimerie). - La jeune fille de la mer, par R E N É\nDE SAINT-CHÉRON. Préface d'HENRI DE RÉGNIER (Paris. Stock).—Simples\ncontes des collines, p a r RUDYARD K I P L I N G T r a d u i t s p a r ALBERT SAVINE ( i d . ) . —\nNouveaux contes des collines, p a r RUDYARD K I P L I N G . T r a d u i t s p a r ALBERT SAVINE\n(id.). — Dupecus, par P A U L FRAYCOURT (id.).\n   D I V E R S : L'évolution créatrice, par H E N R I BERGSON ( P a r i s , Alcan). —\nL'individu et l'esprit d'autorité, p a r ABEL FAURE (Paris, Stock).\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": ""}, {"page_pdf": 155, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1908-02", "signet_source": "Quinzième année - N°2 - Février 1908 (?)", "preuve": "Couvertures absentes. Livraison suivant le n° 1 (la table annuelle place Notules p. 62 et Les Livres p. 55 dans le premier fascicule) ; pages 65-128. Indices internes : conférences de Dom Besse (31 janvier), de G. Virrès (8 janvier) et de F. Van den Bosch (5 février) rapportées dans « Trois Conférences » ; Chronique d’Art citant une lettre au Petit Bleu du 6 février 1908 ; Notules : séance des Amis de la Médaille d’Art du dimanche 26 janvier, concert de Tournai annoncé pour le 22 mars, Salon de la Libre Esthétique « à la fin de février », Salon de Pour l’Art « ouvert au commencement de ce mois », « fascicule de mars » ; renvoi « dans notre prochain fascicule ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}