{"numero_id": "ulb-durendal-1908-livraison04", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-001", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 209, "page_fin": 215, "titre_corps": "Le Règne de la Bête (fragment)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Retté", "ancre_debut": "Le Règne de la Bête fragment 1 DANS l'appartement", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 252, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2055, "texte": "Le Règne de la Bête\n                                     (fragment) (1)\n\n\n                     DANS l'appartement de la place Médicis, on avait\n                  garni un divan de couvertures et d'oreillers de\n                  façon que Chériat, arrivé au dernier degré de la\n                  phtisie, pût y rester étendu.\n                     Charles trouva le réfractaire suffoquant ou\n                  ne reprenant un peu haleine que pour proférer,\n                  d'une voix enrouée, des malédictions contre le\n                  destin qui le clouait sur ce grabat. Faudrait-il\ndonc mourir sans se venger de ce Paris où sa vigueur s'était\nperdue et où son orgueil avait été broyé sous l'étreinte d'une\nmisère atroce? E n phrases hachées, il tâchait de crier sa rage\nimpuissante; mais le sang de ses poumons en loques lui mon-\ntait aussitôt à la bouche et le forçait de s'interrompre. Il le cra-\nchait, puis redoublait d'invectives, écartant, d'une main fébrile,\ndeux visiteurs qui s'efforçaient de le soulager. Dans son délire,\nil les accusait de dissimuler sous une feinte compassion la\nvolupté perverse qu'ils éprouvaient à suivre les phases de son\nagonie.\n   C'étaient pourtant deux êtres fort inoffensifs. L ' u n , le chan-\nsonnier Paul P a u l e t t e , avait trop coutume de transmuer en\nidylles fiorianesques les rêveries anarchistes pour se réjouir des\nsouffrances d'un c a m a r a d e . L'autre, Louise Larbriselle, possé-\ndait un cœur vraiment m a g n a n i m e : toute douleur la mettait\nen émoi qu'il s'agît de la patte cassée d'un chien ou des tour-\nments d'une pauvresse qui n'arrive pas à nourrir sa progé-\nniture.\n\n   (1) Nous sommes heureux de publier un fragment du nouveau livre d'Adolphe R e t t é :\nLe R è g n e de l a B ê t e , qui paraîtra, vers le 10 mai, chez l'éditeur Messein, à Paris. C'est\nun roman où sont analysés d'une façon très intense quelques-uns des maux dont souffre\nla société actuelle. Il se termine par un drame très poignant et par une véhémente apo-\nlogie de l'Eglise catholique.\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "210                        DURENDAL\n\n\n   Paul Paulette était un petit vieillard, glabre et bedonnant\nqui, pourvu d'un minime héritage, le dépensait à faire imprimer\ndes plaquettes où l'âge d'or promis par les pontifes de la révo-\nlution sociale était évoqué en des couplets nuancés d'azur et de\nrose, douceâtres et poisseux comme de l'orgeat. Il fréquentait\nassidûment les réunions du parti ; entre deux diatribes où l'on\navait préconisé l'équarrissage des bourgeois et le massacre des\nprêtres, il demandait quelques minutes pour roucouler ses\nromances lénifiantes. Il y était affirmé que le temps approchait\noù l'humanité, libérée de ses entraves, vivrait en liesse dans des\npalais de caramel et parmi des touffes de myosotis toujours\nrefleuries. Longtemps Paulette s'était imbibé des prophéties\nredondantes de Victor Hugo. Les coups de grosse caisse et les\nfanfares de trombone dont le poète accompagne ses clameurs à\nla gloire du dieu Progrès l'avaient ravi. Surtout il admirait que\nHugo eût résolu le problème du paupérisme en recommandant\n« d'éclairer la société par en dessous ». Mais son enthousiasme\nbaissa quand il lut et prit au pied de la lettre le vers des Châti-\nments où il est déclaré que : « L'on ne peut pas vivre sans pain. »\nCette assertion parut erronée à Paulette car, végétarien d'une\nvariété particulière, il proscrivait les céréales au même titre\nque la viande. Il tenait l'un et l'autre aliment pour nuisible à\nla genèse de l'homme futur tel qu'il l'imaginait. Bien qu'on le\nbafouât, il soutenait, contre les amateurs de biftecks et de miches\ncroquantes, que les anarchistes arriveraient à une lucidité supé-\nrieure s'ils se nourrissaient exclusivement, comme lui, de soupes\nau potiron, d'aubergines au beurre, de navets en ratatouille et\nde fruits très mûrs. Serviable, du reste, il partageait ses légumes\navec maints faméliques. Tandis qu'à ses côtés, des ratés vindi-\ncatifs hurlaient leurs haines, il ténorisait joyeusement et faisait\nrimer bonheur avec chou-fleur. On eût dit de lui un bouvreuil qui\nsautillerait et pépierait dans une jungle habitée par des chacals\nhargneux.\n   Louise Larbriselle ne vivait que pour autrui. Elle était si\nmaigre que ses clavicules faisaient saillie sous le mantelet\nminable qui couvrait ses épaules pointues. Ses minces yeux\nglauques se bridaient à la chinoise et son grand nez formait\ncomme un aride promontoir entre ses joues tannées. Coiffée\n d'une vague casquette où tremblotaient des chrysanthèmes en\n percale, tels que nulle flore n'en connut jamais, elle allait par\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "                     LE   RÈGNE   DE   LA BETE                 211\n\n\n\nla ville, en quête d'éclopés à soulager et de miséreux à secourir.\nElle leur distribuait ses quelques sous, gagnés à courir le\ncachet. Comme elle ne gardait rien pour elle, on se demandait\npar quel prodige elle arrivait à se sustenter et à renouveler le\ncorsage et la jupe d'un noir roux qui l'habillaient. Le malheur\ndes pauvres, l'égoïsme des riches l'avaient conduite à l'anarchie.\nMais répugnant à toute violence, elle croyait que la doctrine\ntriompherait, lorsqu'une entière égalité régnerait entre les deux\nsexes, ou même lorsque la femme serait reconnue plus apte que\nl'homme à régler les rapports sociaux. C'est pourquoi elle ne\nquittait les taudis des meurt-de-faim, que pour prendre part aux\nconciliabules où de redoutables bavardes réclament le droit de\ndéposer des bouts de papier dans la tirelire électorale. Pas de\ncongrès féministe où l'on n'aperçut sa chétive silhouette.\n    Parmi les grosses dames qui encombraient l'estrade, elle\nsemblait une asperge fluette que flanquaient des vol-au-vent\nmonumentaux. Anarchiste, elle réprouvait l'action politique, se\n contentant d'affirmer que le spectre de la science était appelé à\n remplacer dans les mains de la femme l'aiguille à ravauder et\n la cuiller à pot.\n     Malgré sa manie d'exiger le salut de l'humanité par les doc-\n toresses et les avocates, elle était si foncièrement charitable, si\n prête à tous les dévouements que ceux même qui raillaient ses\n théories ne pouvaient s'empêcher de l'aimer.\n    Alors qu'il avait pris en aversion les exploiteurs du socia-\n lisme, Charles gardait du penchant pour Louise Larbriselle et\n pour Paul Paulette. Il souriait de leurs ridicules, mais il les\n constatait si réellement bons, si capables d'attachement désin-\n téressé que son âme, sevrée de tendresse, se réchauffait à leur\n contact. Eux, du moins, ne se figeaient pas devant des simu-\n lacres d'idées généreuses comme le font la plupart des révolu-\n tionnaires; ils plaignaient sincèrement les pauvres et ils prou-\n vaient leur compassion par des actes. Aussi les engageait-il à\n le venir voir le plus souvent possible. Quant à Chériat, le réfrac-\n taire lui inspirait des sentiments complexes. Ses déclamations\n  rageuses l'agaçaient, tandis que l'état maladif de ce roi des mal-\n  chanceux l'emplissait de pitié.\n     D'avoir recueilli Chériat, il se sentait le cœur moins dessé-\n  ché qu'il ne l'avait cru. La sombre misanthropie où il se murait,\n  s'en éclairait d'un rayon de mansuétude. Et d'autre part, la\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "212                            DURENDAL\n\n\nsimplesse de P a u l et de Louise amolissait son orgueil. Auprès\nd'eux, il se retrouvait presque ingénu et. il échappait, pour un\nt e m p s , aux obsessions homicides qui lui ravageaient l'esprit...\n      E p u i s é par la crise d'étouffement qu'il venait de subir, Ché-\nriat gisait, la tête renversée, sur les coussins qui l'étayaient.\nBlême, les yeux clos, il ne donnait signe d'existence que par\nles crispations de ses doigts égratignant la couverture et par le\nsouffle a n h é l a n t qui faisait un bruit de chaîne rouillée dans sa\npoitrine douloureuse.\n      Charles dit tout bas à Louise :\n      — Y a-t-il longtemps qu'il est ainsi? L o r s q u e je l'ai laissé, il\n paraissait plus calme.\n      Elle fit un geste de désolation :\n      — Q u a n d nous sommes arrivés, nous l'avons trouvé debout :\n il se traînait d'un m e u b l e à l'autre en râlant. Nous l'avons\n recouché et aussitôt il a eu un crachement de sang... J e le crois\n très mal et je voudrais rester près de lui. Mais il faut que j'aille\n donner une leçon parce q u e . . .\n       Elle s'interrompit, Charles devina que le prix de cette leçon\n lui était indispensable pour manger. Il n'osa lui offrir sa bourse,\n car il savait, par expérience, que si elle acceptait son aide\n q u a n d trop de misérables lui criaient au secours, elle mettait\n une ombrageuse fierté à ne rien recevoir pour elle-même.\n       P a u l P a u l e t t e intervint :\n       — Moi je resterai t a n t qu'il vous plaira. J e n'ai rien à faire\n q u ' u n e chanson que je dois chanter, après demain, au groupe\n libertaire de Montrouge. Je puis très bien fabriquer mes cou-\n  plets ici.\n       — C'est cela, reprit L o u i s e ; moi, je reviendrai vers neuf\n  heures et si cela vous arrange, je passerai la nuit à veiller le\n  pauvre Chériat.\n       Charles y consentit et les remercia l'un et l'autre d'autant\n  plus vivement qu'il redoutait le tête-à-tête avec le moribond.\n        Louise sortit sur la pointe des pieds, après avoir serré la\n  main des deux h o m m e s . P a u l e t t e s'installa dans un fauteuil et\n  t i r a n t de sa poche un calepin se mit à y crayonner des vers.\n  Charles s'assit près de lui. Il avait pris un livre, mais il ne lisait\n  pas. U n e affreuse tristesse barrait toutes les avenues de son\n  intelligence. S o r t i de chez son père, le cerveau d é b o r d a n t de\n  pensées haineuses, en route, il s'était promis de mettre à exécu-\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "                        LE RÈGNE DE LA BÊTE                           2l3\n\n\ntion le rêve meurtrier qui le hantait depuis tant de jours. A pré-\nsent, dans cette c h a m b r e où rôdait la mort, il se sentait très\nfaible, entre ce vieil enfant qui jonglait avec des colifichets\nlyriques et ce malheureux dont la face terreuse semblait déjà se\ntourner vers les ténèbres irrémédiables.\n   L'après-midi de décembre, arrivée à sa fin, répandait cette\nmélancolie du crépuscule si lourde à porter pour les âmes en\ndétresse. Charles se leva, alla vers la fenêtre et, a p p u y a n t son\nfront à la vitre, contempla le L u x e m b o u r g dont les arbres\neffeuillés appliquaient leurs ramures, en un noir filigrane, sur\nla n a p p e rouge laissée, à l'occident, par le soleil qui venait de\nse coucher. Des bruits confus montaient de la rue : rires de pas-\nsants, cris des camelots, vendeurs de journaux, appels nasil-\nlards de t r a m w a y s — toutes les r u m e u r s , toute la morne agita-\ntion du monstrueux P a r i s .\n   Il se détourna, q u ê t a n t une diversion à l'angoisse imprécise\nqui l'étreignait de la sorte. Rien ne bougeait dans la chambre.\nPaul P a u l e t t e s'était assoupi; il ronflotait, les bras pendants, le\ncorps tassé au fond du fauteuil, tandis que les reflets du foyer\njouaient bizarrement sur son crâne chauveet poli. U n e p o i g n a n t e\nsensation de solitude prit Charles à la gorge. Il eût donné n'im-\nporte quoi pour rompre ce silence funèbre.\n   Alors, dans l'ombre peu à peu envahissante, la voix de Ché-\nriat s'éleva. Avec des intonations craintives, il balbutiait des\nlambeaux de phrases sans suite :\n   — O h ! qu'il fait obscur... Qu'il fait froid... Je suis seul...\nT o u t le monde, tout le m o n d e est tout seul... Qui aura pitié de\nnous?...\n   La plainte réveilla Paulette.\n   — Quoi donc, dit-il en se frottant les yeux, qui donc, est-ce\nqu'il délire?\n   Charles lui fit signe de se taire. Il frissonnait, car ces paroles\ncorrespondaient si étrangement à son état d'esprit! Il lui sem-\nbla qu'elles impliquaient un mystère dont il aurait voulu péné-\ntrer le sens.\n   Chériat reprit comme s'il suppliait :\n   — Te Incis ante terminum... rerum Creator poscimus...\n   Et Charles, se rappelant soudain que le m a l a d e avait reçu\njadis une éducation catholique, conjectura qu'il essayait de\n prier. C'étaient, en effet, les deux premiers vers de l'hymne\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "214                             DURENDAL\n\n\nmagnifique composé par saint Ambroise pour l'office de Com-\nplies : « Avant que la lumière ne s'en aille, Créateur de toutes\nchoses, nous t'implorons. »\n   Mais pourquoi Chériat, qui avait toujours fait parade\nd'athéisme, qui s'était m ê m e rendu l'auteur d'une brochure inti-\ntulée : Nions Dieu, aurait-il eu recours à la prière? E n toute\nautre occasion, Charles eût considéré cette effusion comme l'in-\ndice d'un d é t r a q u e m e n t total. Ce soir, pourtant, il eut le pres-\nsentiment que ce n'étaient point des divagations et qu'il se pas-\nsait quelque chose de décisif dans l'âme de Chériat.\n   — Mais qu'est-ce qu'il lui prend de baragouiner du latin?\ndemanda Paulette.\n   — Tais-toi, dit Charles impérieusement, ce n'est pas le\nmoment de plaisanter... Ecoutons-le.\n   Chériat continua :\n   — N ' y aura-t-il plus j a m a i s de lumière?... Resterons-nous de\npauvres insensés t â t o n n a n t dans cette sombre a n t i c h a m b r e de\nl'enfer qu'on appelle la vie? C o m m e n t avons-nous pu tuer notre\nâme et en livrer le cadavre aux démons? Morts a m b u l a n t s , nous\nn'osons plus d e m a n d e r à l'Esprit consolateur qu'il nous res-\nsuscite... Les brumes livides de la pourriture nous submergent,\ncar voici venu le règne de la Bête.\n    Charles prêtait l'oreille en t r e m b l a n t . Cette voix gémissante\n pénétrait, comme une lame affilée, j u s q u ' a u plus intime de sa\n conscience et y suscitait des terreurs identiques à celles que\n Chériat semblait éprouver. Mais il était tellement ignorant des\n vérités éternelles que la signification profonde de ce désespoir\n lui échappait. Il sentait seulement, et cela, d'une façon très\n lointaine, qu'il y avait, autour d'eux, comme une présence invi-\n sible qui spiritualisait l'atmosphère de la chambre. Il demeu-\n rait immobile, ne sachant que dire ni que faire. P a u l e t t e , ébahi,\n ne remuait pas davantage.\n    T o u t à coup, Chériat se souleva en se d é b a t t a n t :\n    — J'étouffe, j'étouffe, cria-t-il, est-ce que personne ne veut\n venir à mon aide?...\n    Charles et P a u l e t t e s'empressèrent. Le chansonnier alluma\n une lampe p e n d a n t que le j e u n e h o m m e débouchait un flacon\n d'éther et tentait d'en faire respirer le contenu au moribond.\n  Celui-ci repoussa la fiole :\n    — Non, non, ce n'est pas cela... E t vous autres, avec vos\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1849, "texte": "                       LE RÈGNE DE LA BETE                           215\n\n\nfaces toutes noires, vous m'obsédez. Il me faut q u e l q u ' u n . . .\nquelqu'un qui ait un peu de lumière au front.\n   Ensuite, il éclata d'un rire aigu et montrant la bombe, dont\nl'enveloppe de bronze clair luisait vaguement sur la console, il\nhurla :\n   — Vas-tu la jeter, espèce de damné?...\n   P u i s , r e t o m b a n t sur les coussins en désordre, il ferma les\npaupières et ne parla plus. Paulette, en désarroi, se frottait\nmachinalement les mains et roulait des yeux effarés. Charles\nne pensait q u ' à une chose : fuir cette chambre où régnait\nl'épouvante. L e souvenir lui vint d'un h o m m e qui portait peut-\nêtre cette m a r q u e de clarté réclamée par Chériat. et il résolut\nd'aller le chercher.\n   — Attends-là, dit-il à P a u l e t t e , je reviens dans une heure.\n   — Mais ce n'est pas drôle de rester tout seul avec Chériat,\nobjecta le chansonnier; s'il empoigne une nouvelle crise qu'est-\nce que je ferai? P a t i e n t e au moins quelques minutes.\n   — Non, non, il faut que je sorte...\n   — T u vas chercher un médecin?\n   — O u i . . . C'est-à-dire, je ne sais p a s . . . Laisse-moi sortir.\n   Charles était déjà sur le seuil de la porte.\n   Mais il rentra brusquement, comme frappé d'une idée sou-\ndaine. Il alla j u s q u ' à la console, prit la bombe et la mit dans la\npoche de son veston.\n   Dehors, il la retira pour l'examiner à la lueur d'un réverbère.\nPleine d'une poudre verdàtre, elle n'était pas amorcée. Il la\nconsidéra quelques instants comme s'il hésitait sur ce qu'il\ndevait en faire.\n   — Impossible qu'elle éclate, murmura-t-il. Alors, se pen-\nchant sur une bouche d'égout, qui s'ouvrait en contre-bas du\ntrottoir, il y jeta l'engin et s'éloigna d'un pas rapide.\n\n                                                  ADOLPHE RETTÉ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-002", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 216, "page_fin": 216, "titre_corps": "Les Saisons : Les Loups", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Les Saisons Hiver Les Loups La neige se troue", "ancre_fin": "l'oreille attentive", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Printemps Terre Elue", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 259, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "Les Saisons\n                                                               Hiver\n\n                      Les Loups\nLa neige se troue, ainsi que du plâtre,\nD'empreintes de pattes. Au clair de lune,\nFurtives, des bêtes rampent une à une\nDans son immensité     bleuâtre.\n\nVers le bercail clos et le feu de l'âtre\nToisons grises, houppelande      brune\nOnt disparu. — C'est l'heure      opportune\nOù le pas du loup suit le pas du pâtre.\n\nMais l'hiver nocturne éclairant la neige\nApeuré les louves aux cœurs pleins de pièges\nQui se coulent vers le bercail.\nLe givre et le gel ont mué sa haie vive\nEn buisson de quartz et de blanc corail\nEt les chiens du pasteur ont l'oreille  attentive.\n\n                                                           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-003", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 216, "page_fin": 217, "titre_corps": "Les Saisons : Terre élue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Printemps Terre Elue La mer italienne", "ancre_fin": "céleste Visage", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Été Les vergers du manoir", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 259, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 759, "fin_caractere_exclue": 1408, "texte": "Printemps\n\n                      Terre Elue\nLa mer italienne éblouit de ses moires\nLa trémière fraîcheur des jardins pleins de roses.\nOliviers bleuissants, jeunes palmes de gloire\nOmbragent sur les bords la plage qui repose.\nSourire aérien de la soirée fleurie,\nL'avril de la montagne éclaire la prairie.\nAu flanc de la montagne — ô mamelle           fertile!\nS'étagent dans les fleurs sous l'offrande     des fruits\nDes villages. L'azur ineffable   rutille.\n\nSans que sa paix, jamais, s'empoisonne    d'ennui,\nCalme autant que le golfe immobile et qui luit,\nUn climat bien-aimé, de l'aurore à la nuit,\nRend là depuis toujours toute fièvre inutile.\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "                     LES   SAISONS                        217\n\n\nCiel et mer : double azur, double béatitude,\nDouble aurore! innocence et chaste solitude,\nDouble couchant rosâtre aux douceurs de pastel.\nEmergeant de leurs fleurs ainsi que des autels\nLes faîtes printaniers des vertes altitudes\nElèvent vers le Jour la tendresse des nids\nEt le Jour qui descend sur la mer les bénit.\nPanorama du soir où verdoient les campagnes,\nOcéan végétal... Les onduls des montagnes\nSont des vagues d'Espoir entre deux  infinis.\nDécor des Primitifs ! Derrière les jardins,\nOù se ferment les fleurs des Légendes dorées,\nS'apâlit l'horizon tendrement    smaragdin.\nL'encens du crépuscule embaume les orées.\nLa nature abolit en la contrée élue\nLa peine d'ahaner sur la glèbe. Douceur !\nErrer dans ces vallons où la grâce évolue\nEn guirlandes d'enfants sous des gestes de fleurs.\nLa vie est sans effort sur les pentes heureuses,\nL'amour est sans péché sous les bosquets latins\nEt la mort sans douleur est un soir qui s'éteint.\nOmbrie! O Paradis terrestre .'... Vaporeuses,\nDans la mysticité franciscaine du soir,\nLes âmes des bergers et des moines très purs\nPassent — songe aérien — sur le nocturne      azur\nDu golfe et sur les prés de la plaine lointaine.\nComme eux je reviens boire à tes chastes    fontaines,\nO Terre où la Candeur a rénové    l'Espoir.\nOasis de l'exil ! Mon rêve s'y console\nEt visitant, parmi les jardins   boccagers,\nLa Terre où l'œil chrétien d'Ange de Fiesole\nVoyait l'Agneau de Dieu paître dans les vergers,\nJ'adore, humanisant    le soir du paysage,\nLa Jeunesse éternelle au céleste Visage.\n\n                                                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-004", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 217, "page_fin": 218, "titre_corps": "Les Saisons : Les vergers du manoir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Été Les vergers du manoir Les pommiers généreux", "ancre_fin": "Donjons de l'Extase", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Automne Au maître des arbres d'or", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 260, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 1657, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": "Été\n\n             Les vergers du manoir\nLes pommiers généreux, entre l'herbe et le jour\nOuvrent immensément leurs branches      surchargées.\nSous le verger flamand, seule vie ombragée,\nRêvent les bœufs pesants dans l'herbe de velours.\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "2l8                          DURENDAL\n\n\n\n      Ici tout est repos. Solaire, un bonheur lourd\n      Traverse — averse d'or — les grands feuillages  d'ombre,\n      Formant des flaques de splendeur sur l'herbe, où sombre\n      Un fruit mûre, avec un bruit sourd.\n\n      Et passe du verger à la verdure     offerte,\n      En plein soleil, — zigzag de feu ! —\n      La libellule au corps électriquement     bleu,\n      Allant, venant de l'ombre verte aux clartés      vertes.\n\n      Elle habite les étangs noirs\n      Qui reflètent, là-bas, dans leurs miroirs\n      L'été chenu et titanesque des grands     hêtres.\n      Mais sa vivacité veut voir\n      Et son instinct aventureux     connaître\n      La force des vergers autour du vieux      manoir.\n\n      Donjon de volonté\n      Debout\n      Au-dessus des pommiers accablés de       lumière,\n      Le castel clair apparaît tout à coup\n      Par la ténacité\n      Des pierres,\n      L'emblème de l'Eté\n      Sous le triomphe    d'août.\n\n      Vastes cycles d'ombrage, où mûrissent les fruits,\n      Les beaux vergers, depuis des siècles     environnent\n      Sa majesté gothique et sa tour lourde, où luit\n      Un toit plus radieux qu'une illustre     couronne.\n      Tous les rangs des pommiers rayonnent vers sa base,\n      Vergers approfondis en porches       innombrés...\n\n      Et tels, l'Eté mystique à ses vergers ombrés,\n      Qui mènent sous les fruits aux Donjons de l'Extase.\n\n\n                                                                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-005", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 218, "page_fin": 219, "titre_corps": "Les Saisons : Au maître des arbres d’or", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Automne Au maître des arbres d'or Aquatiques lueurs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 261, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 1502, "fin_caractere_exclue": 1849, "texte": "Automne\n\n                   Au maître des arbres d'or\n      Aquatiques    lueurs entre les fanes rouges :\n\n      Eau forestière aux ombres      opulentes,\n      Ombres aux tons de somptueux         velours,\n      Où, çà et là, aigu, un scintif bouge.\n      Verte émcraude, ou sarde      rutillante.\n      Aquatiques lueurs entre les fanes rouges.\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "                      LES   SAISONS                            21g\n\n\nTa palette flamande aime ces arbres lourds :\nChênes de force, hêtres de gloire;\nEt dans les profondeurs où les troupeaux vont         boire,\nTrès lentes, les liquides moires\nLavent les reflets clairs des géantes feuillées\nPlongeant en des miroirs\nLeur fête ensoleillée.\n\nLe monde exulte; il chante et ta vertu de vivre\nEt ton bonheur !\nEt tu les exaltas par de telles couleurs\nQue les mois automnaux      en Flandre vont se suivre\nComme si leurs bois d'or ardaient en ton honneur,\nCourtens ! instinct splendide aux fortes alchimies !\n\nTon art de faste en brûlant coloris\nSait allier la fougue à l'eurythmie\nDans l'hymne en clair-obscur des vergers         surnoircis.\nRubénienne puissance en tes flamandes        drèves,\nFeuillée ardente, où tes pinceaux        transmutateurs,\nTitanisant l'élan géant des sèves,\nFont éclater, en rythme      orchestrateur,\nCe métal octobral : arbres de cuivres,\nAux troncs de bronze, aux bras de fer,\nEt ceux, là-bas, que le soleil rend ivres,\nArbres en surplomb d'or sur l'eau des étangs verts.\n\nAutomnales apothéoses de l'Eté !\nCes branches en fusion, où ton art prolifique,\nEpanouit la vigueur des clartés,\nMe sont autant d'images     magnifiques\nDes transverbérations  de notre éternité .'...\n\nUn jour viendra l'Automne et le vent de la Mort.\nA lors\nLa Clarté du Seigneur visitera les ombres\nDu parc mystique et ses ravins profonds,      qu'encombrent\nLes fanes du désir aux mares du remords\nSe pareront soudain, surgissement sans nombre,\nDe feuillages de feu en foule auréolaire ;\nEt Dieu se mirera dans ses drèves solaires\nAinsi que son soleil se mire en ta « Pluie d'or ! »\n\n                                           GEORGES RAMAEKERS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-006", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 220, "page_fin": 223, "titre_corps": "Le Salon jubilaire de la Libre Esthétique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Le Salon Jubilaire de la Libre Esthétique Comme un insecte d'or", "ancre_fin": "Arnold Goffin", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les Auditions de la Libre Esthétique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 263, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1898, "texte": "Le Salon Jubilaire\n           de la Libre Esthétique\n          Comme un insecte d'or dans le soir rose et clair,\n          Le feu vibrant encor aux arcs de ses deux ailes,\n          L'ange, patron hautain, illumine Bruxelles,\n          De son glaive barrant le ciel comme un éclair.\n          Depuis bientôt vingt ans, comme un cri de conquête,\n          Monte vers lui le chœur véhément des poètes...\n\n   Ainsi chante Verhaeren en ce dernier volume de Toute la\nFlandre, où il semble que le grand poète fasse passer ses Héros,\nprinces, tribuns, artistes, dans la trame éblouissante de ses\nvers, comme des walkyries surgies, une à une, sur la pourpre\nensanglantée du soir ou parmi l'azur extasié du matin, casquées,\narmées, en ascension étincelante, dans leur cri strident de\nvolonté et de défi...\n   « Depuis bientôt vingt ans... » D e p u i s un quart de siècle, des\npoètes, des écrivains âpres ou tendres, des conteurs épris de vie\nprofonde ou de joie légère, ont paru en ce pays positif et\ntaciturne, dont les aspirations et le rêve n'avaient eu,\njusque-là, de traduction haute et belle que dans l'art plastique\net musical.\n   C'était une heure de fougue et d'entreprise, ardente, juvénile,\net qui n'aura pas passé en vain, que celle qui assista à cette\nétonnante éclosion. Il ne se pouvait pas que l'esprit d'insolente\nnouveauté et de hardiesse qui animait les jeunes lettres belges\nn'eût sa répercussion dans l'art, ne provoquât, là aussi, des\ngroupements d'artistes avides d'indépendance et de recherche\nhors des voies tracées, stérilisées pour avoir été trop foulées.\nAu moment où le Cercle des XX ouvrit son premier Salon\n— 1884 — la Jeune Belgique avait quatre a n s ; la Basoche, éphé-\nmère et charmante, venait de naître, sous la direction cordiale\net enjouée de Charles de T o m b e u r , si tristement emporté peu\naprès, avec la collaboration du bon poète André F o n t a i n a s ; de\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "          LE SALON JUBILAIRE DE LA LIBRE ESTHÉTIQUE                         221\n\n\nMaurice Frison, qui est au barreau; de L u c Malpertuis, qui est\nau t h é â t r e ; de D e m b l o n , qui est à la C h a m b r e . . . De combien\nd'autres, aujourd'hui élevés en gravité et en dignité, et dis-\npersés, comme aussi bien les Jeune Belgique, plus jeunes, hélas!\net dont certains des principaux ont recueilli à l'étranger l'illus-\ntration que leur patrie a mesurée parcimonieusement à ceux qui\nsont restés au foyer.\n   Les XX, dispersés, eux aussi, par toutes les raisons de la vie\n— ou de la mort, se sont retrouvés une dizaine aux cymaises de\nce Salon jubilaire, les uns tels presque qu'on les avait connus,\nà l'origine; les autres, dans l'épanouissement d'un talent par-\nvenu à une magnifique maturité, tels M M . Van Rysselberghe,\nKhnopff, E n s o r ; les deux premiers surtout, l'un, avec son pay-\nsage provençal Sous les pins, ombre et lumière éclatantes, où des\nbaigneuses nues ou en vêtements flottants mettent des appari-\ntions de réalité mythologique; le second, avec son En écoutant du\nSchumann, plein de suggestions émouvantes.\n   E n dehors des survivants des XX, M. Octave Maus avait\ntenu, dans l'organisation excellente de cette commémoration,\nà associer à celle-ci les plus notables des artistes qui, à titre\nd'invités, participèrent aux expositions dont il a été, depuis\nvingt-cinq ans, l'intelligent et judicieux manager. E t il nous a\ndonné ainsi de nous rencontrer avec des œuvres belles et\nattrayantes des maîtres français Degas, Claude Monet, Frantz\nJourdain, Maximilien Luce, Renoir, Signac, Moreau-Nelaton,\n Cottet, Guérin, Besnard, Raffaëlli, etc., etc. L'Espagne était\nreprésentée par M . Dario de Regoyos, qui ne semble point avoir\n progressé beaucoup depuis 1884, et par un beau Zuolaga :\nPepito et sa Fiancée, emprunté au Musée d'Ixelles.\n   Rodin, u n des exposants également de la première année, —\n avec sa figure si discutée alors de Victor Hugo — marquait sa\n présence magistrale par deux œuvres extraites d'une collection\n particulière : Saint Jean-Baptiste, et le célèbre Baiser, si grand\n de beauté simple et de tendresse h u m a i n e . E t , puisque nous\n parlons de la sculpture, citons en même temps nos propres\n maîtres, M. Gaspar, pour son Etude d'Eléphant; M M . Victor\n Rousseau, avec une noble figure méditative : le Songeur; et\n Charles Van der Stappen — jubilaire, lui aussi, dont le fécond\n professorat et la belle carrière énergique étaient célébrés, dans\n un grand enthousiasme, le 5 avril dernier, par les élèves de\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "222                            DURENDAL\n\n\nl'Académie des Beaux-Arts et les artistes de Bruxelles — avec\nun marbre, Maternité, harmonieux et fort, et deux bronzes, dont\nle buste héroïque et pensif de Verhaeren.\n   Nous n'avons pas cité M. Maurice Denis avec ses confrères\nfrançais, parce que par son art subordonné à l'idée il ne saurait\nse classer parmi des maîtres, dont toute la difficile ambition est\nde traduire la réalité et la beauté vivante des êtres et des choses,\nselon leur puissance de vision. Les conceptions de M. Denis\ndéplairont, sans doute, à qui les regardera d'un œil positif, sans\nse soucier de la pensée que la gaucherie étudiée de ses person-\nnages et le dessin sommaire du décor t e n d e n t à faire, seuls, pré-\nvaloir. Il semble que, pour mieux exprimer l'émotion ou l'ex-\ntase, les figures du peintre dépouillent tout ce qui n'est pas essen-\ntiel et, en quelque sorte, tout ce qu'elles contiennent de circon-\n stancié et d'épisodique... D e là l'intensité effective de représen-\ntations comme la Première communion, toute blancheur et ardeur;\ncommele Mois de Marie, où tout est vierge, la Vierge, les enfants,\nles chants et les fleurs printanières...\n   P a r m i les plus sensitifs évocateurs de nos paysages, il faut\ntoujours nommer d'abord M. E m i l e Claus, dont L e m o n n i e r\nvient de célébrer l'œuvre nombreux et superbe en une belle\nmonographie, publiée par l'infatigable éditeur Van Oest. L a\npensée rôde et rêve autour des images pleines des féeries de la\nlumière et des saisons que M. Claus fait surgir sur sa toile.\nT a n d i s qu'il exposait à la Libre Esthétique, un Effet de couchant,\nune allée de grands arbres épais criblés de rayons d'or et de\nrouille, il montrait au Cercle Artistique quantité de cadres, spé-\ncialement ceux qu'il a exécutés à Venise, et dans lesquels, tous,\néclatait ce même art nuancé et délicat. M. Degouve de Nuncques\nexposait trois visions d'hiver : Neige, Décembre et Suint-Nicolas ;\ncoloris aigu, sentiment pénétrant — des pages qui forçaient\nl'attention et la charmaient.\n   Nous ne pouvons passer sous silence M. Buysse, heureux,\ncomme toujours, dans son Canal en février ; M. Alfred Delaunois\net ses Impressions des pays monastiques ; M. Degroux, d o n t nous\nn'aimons guère, cette fois, les p a s t e l s ; M. Léon F r é d é r i c ,\nsolide et frais dans Pour orner l'église; M. H e y m a n s , frais et bel-\nlement nuancé dans le Réveil de la ferme; M. L a e r m a n s et\n M. Mellery dans leurs expressions habituelles ; une vaste\npage : le Perron bleu, de M. Morren.\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 810, "texte": "            LE SALON JUBILAIRE DE LA LIBRE ESTHÉTIQUE                                      223\n\n\n   Il faudra a t t e n d r e quelques années pour juger MM. Jean\nPeské, Guillaumin, M me Couturier, etc. P o u r le moment, ils\nsont, à ce qu'il parait, dans une période d'outrance au terme de\nlaquelle ils nous donneront, peut-être, des ouvrages où leurs\nexcès mêmes auront tourné au profit de leur talent mûri.\n   E t , pour conclure, saluons le délicieux buste de Daumier,\navec sa vieille petite figure chiffonnée, éclairée par des yeux\npleins d'inquisition et de malice, de M. Albert Marque, et la\nsérie de tableaux vibrants et observés — L'Eventail, le Chapeau\nbleu, etc. — de M. Georges L e m m e n .\n                                                                   ARNOLD G O F F I N .\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-007", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 223, "page_fin": 224, "titre_corps": "Les Auditions de la Libre Esthétique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Les Auditions de la Libre Esthétique A l'occasion de son jubilé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 268, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 810, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "Les Auditions de la Libre Esthétique\n   A l'occasion de son jubilé de vingt-cinq ans, u n e audition d'un intérêt tout\nspécial a été organisée à la L i b r e Esthétique. L e Cercle Piano et Archets y a\nfait entendre trois œ u v r e s des plus notables de la littérature franckiste dans\nle d o m a i n e de la m u s i q u e de c h a m b r e , le Q u a t u o r en la majeur de Chausson\nque n o u s avons apprécié d a n s la dernière livraison de Durendal à propos de\nl'exécution q u e ce m ê m e cercle Piano et Archets d o n n a d e cette œuvre\nsuperbe à la salle Desmedt, la Sonate en ut pour violon et piano (op. 59) de\nVincent d ' I n d y , dont le mouvement très lent recèle les plus hautes significa-\ntions, et le merveilleux Quintette en fa mineur de César Franck, u n e des\ninspirations les plus intenses du maître, et qui, à l'heure actuelle, a sa place\nmarquée dans le répertoire classique à côté des quintettes de S c h u m a n n et\nde B r a h m s . Inutile de dire que M M . Bosquet, C h a u m o n t , Van H o u t , J a c o b ,\navec le concours de M. P i e r y dans le Quintette, ont interprété ces œuvres\navec autant d'ampleur sonore que de puissance expressive.\n    L a seconde séance était exclusivement consacrée à Vincent d ' I n d y . L e\n quatuor Z i m m e r et l'auteur lui-même y ont éloquemment interprété des com-\npositions représentant les deux styles du maître, opposant les harmonies\ndélicates et caressantes qui constellent le Q u a t u o r en la (op. 7) de leurs épa-\n nouissements prinlaniers à l'expression austère et contemplative, aux riches\n constructions, aux factures raffinées et complexes du Q u a t u o r en mi (op. 45).\n A cette même audition, M l l e Blanche Selva a joué u n e transcription pour\n piano du poème orchestral Souvenirs dont nous avons parlé lors de son exécu-\n tion aux concerts Ysaye.\n    N o u s n'avons pu assister au récital de M lle Blanche Selva où l'interprète\n inspirée de Bach a d o n n é en première audition des compositions d'Albert\n Groz, R e n é de Castéra, P i e r r e Coindreau, Isaac Albeniz et la Sonate pour\n piano en mi (op. 63) de Vincent d ' I n d y analysée d a n s la dernière livraison\n de Durendal par notre confrère Ryelandt.\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "224                                    DURENDAL\n\n\n    N o u s citerons encore le Choral de d ' I n d y (violoncelle et orchestre) r e n d u\navec noblesse par M M . Pitsch au violoncelle et Octave Maus qui a transcrit\npour piano la partie d'orchestre. Comme œuvres vocales, la Bernadette de\n Bréville et les Chevaux de bois de D e b u s s y , dont la cantatrice Mlle Rollet a\nd o n n é des interprétations se caractérisant par u n e diction très p u r e et u n e\nparfaite justesse d'expression.\n    Le cinquième concert était réservé à l'audition d'œuvres de compositeurs\nbelges. E n premier lieu M. Crickboom, le très distingué violoniste, secondé\nde MM. Blanco, B r u n n e r et K u h n e r , a joué Y Andante et Scherzo de Gilson\n(deux violons, alto et violoncelle), 1'Andante débutant par u n e p h r a s e plain-\ntive qui se développe majestueusement pour atteindre p e u à peu les régions\nde lumière, le Scherzo d'allure fantastique et où vient s'enchaîner u n épisode\nde rêve. De la façon la plus brillante et avec u n vif souci de la mise en\nvaleur des thèmes, M lle Marguerite L a e n e n a exécuté le Menuet, Toccata et\nImpromptu p o u r p i a n o , de A. de Boeck, une composition fort vivante et\noriginale par le r y t h m e comme par les h a r m o n i e s , puis u n e suite p o u r piano\n de Gilson, également typique de structure et de colorations, mais d o n t il\nsemble difficile de se faire une idée précise par les seuls fragments présentés.\n L'excellent violoncelliste K u h n e r a joué u n e élégie pour violoncelle de F i é -\nmolle, tandis que de sa voix profonde et vibrante et d a n s un style large\nM. Bracony a chanté des œuvres vocales de Mawet et de Smulders, ces\nderniers d'écriture soignée et de sentiment fort sincère. L e concert se termi-\nnait par une composition de M. Crickboom, Andante espressivo et Agitato,\ninspiration de mélancolie émue empreinte d'un grand charme mélodique\net que l'auteur a expressivement interprétée lui-même, M m e Crickboom tenant\nélégamment la partie de p i a n o .\n   Au sixième concert de la L i b r e E s t h é t i q u e , on a entendu une Sonate pour\npiano et violon du baron Buffin, très intéressante et qui sous le double rap-\nport du choix des idées et de raffinement des harmonies, atteste un notable\nprogrès sur ses œuvres précédentes, puis la Sonate en ré mineur (violon et\npiano) de G u y R o p a r t z , directeur du Conservatoire de N a n c y , composition\nvigoureuse et richement développée. C h a u m o n t , avec Bosquet au p i a n o , a\ndonné de ces deux sonates u n e interprétation pleine de sentiment et de vie.\nL e beau p o è m e p o u r violoncelle (op. 3) de Victor Vreuls a été largement\nexposé par le violoncelliste Georges P i t s c h , Octave Maus tenant au piano\nla partie d'orchestre qu'il a lui-même transcrite. Signalons enfin l'apparition\nsensationnelle d'une cantatrice modem style, Mlle R a y m o n d e Delaunois, dont\nl'aspect fatal et le costume austère n'assombrissaient point trop u n e physio-\nnomie d'ailleurs c h a r m a n t e . Sa voix ample, au timbre clair et m o r d a n t , et\nses interprétations dramatisées ont été vivement appréciées d a n s l'Oraison de\nChausson, dans un chant curieusement rythmé, Dansons la gigue de\nCh. Bordes, et d a n s trois poèmes d'impressionnisme aigu signés Debussy,\nMaurice Ravvel et Léon J o n g e n . Cette dernière audition était honorée de la\nprésence de S. A. R. la princesse Albert de Belgique.\n\n                                                               G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-008", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 225, "page_fin": 228, "titre_corps": "La vie d’un bibliophile : Le vicomte de Spoelbergh de Lovenjoul", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Deauville", "ancre_debut": "La vie d'un bibliophile Le Vicomte de Spoelbergh", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 270, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1989, "texte": "La vie d'un bibliophile\n\n          Le Vicomte de Spoelbergh de Lovenjoul\n                                         A Monsieur l'abbé Mœller.\n\n              ECRIRE pour     Durendal quelques lignes sur le\n                 vicomte de Spoelbergh de Lovenjoul, je le ferai,\n                  mon cher M. Mœller, pour vous être agréable,\n                 et parce qu'aussi c'est le rôle d'un ami que\n                 d'empêcher une tombe de se fermer sans que\n                 soient déposées sur la pierre les quelques fleurs\n                 du souvenir.\n                    Penser à un mort est triste, en parler est plus\ntriste encore, ciseler dans l'airain fruste des mots quelques\népisodes de la vie éteinte u n i t l'amertume du travail maladroit\naux souffrances de l'esprit. T o u t cela, pourtant, je veux l'af-\nfronter une fois encore pour buriner quelques traits de cette\nsilhouette aristocratique.\n   Excusez-moi de ne pas en parler longtemps, ni de vous donner\nbeaucoup de détails, la plupart de ceux que je connais je\nles ai publiés en décembre dernier dans le Mercure de France.\n   J'y disais que sa figure aux tons ivoires, encadrée d'une barbe\nblanche et drue, ses yeux noirs et inquiets enchâssés dans des\ntons de bistre, faisaient songer parfois aux visages ardents et\nsombres des vieux seigneurs de l'ancienne Castille; physio-\nnomie d'un h o m m e qui ne porte en lui ni bonheur ni paix inté-\nrieure, et sur laquelle le sourire et l'animation ne sont que des\nclichés cinématographiques se déroulant sur un fond noir.\n   Une existence toute repliée sur elle-même, détachée des fri-\nvolités qui retiennent à la terre, pour qui la nature n'est qu'un\ndécor inanimé, est un terrain choisi; les grandes douleurs y\npoussent de profondes racines, et les ronces de tous les jours y\ndéveloppent à leur aise leurs épines. C'était le cas pour lui.\nDe plus, absorbé par l'étude des grands hommes, il pouvait\npuiser dans leur carrière d'amers enseignements sur le revers des\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "226                         DURENDAL\n\n\ngloires humaines. Les lettres ne sont-elles pas l'expression de la\nseconde vie? Le masque de tous les jours s'y crevasse, et l'on\nvoit apparaître entre chaque ligne, chaque mot, le triple drame\ndu travail, de la misère et des sentiments.\n    Depuis la mort de M me la vicomtesse de Spoelbergh, M. de\nLovenjoul vivait seul dans une villa de la rue de Linthout. Der-\nrière les grilles tapissées de lierre, la maison blanche, les\nfenêtres toujours fermées, portait bien son nom : « Villa Close».\nDe grands arbres lui apportaient leurs vastes ombrages,\nquelques parterres de fleurs aux teintes violentes jetaient une\nnote gaie devant le perron; et, au-dessus de la porte, sous la\nmarquise de verre, l'automne faisait mûrir quelques grappes de\nraisin. Ces détails de vie, qui continuent à évoluer solitaires\net pensifs, loin des yeux qui les ont fait naître, sont une des\nplus profondes mélancolies de l'âme, le symbole de la nature\nqui étend indistinctement sur tous nos deuils les nappes vertes\nde ses plaines tranquilles.\n   Villa Close! Tous les jours on pouvait en voir sortir un vieil-\nlard, mince, alerte malgré ses 71 ans. Par des rues écartées,\nfuyant les passants, il se dirigeait vers son hôtel du boulevard\ndu Régent. Là se trouvait la bibliothèque, froide et haute salle\noù planait une atmosphère de spleen se dégageant des choses\nmortes y entassées.\n    Même parmi ceux qui n'ignoraient pas ses travaux bien peu\nle connaissaient. Il évitait les causeries oiseuses, s'écartait des\ngrands centres, au théâtre prenait des places à l'écart. Conscient\nde ce que les sujets qui l'intéressaient ne pouvaient distraire les\nautres, loin de tout lui-même, il avait horreur de, répondre,\nainsi qu'il aimait à le dire, par du bruit au bruit inutile\nque faisaient ses semblables.\n   A Paris, pourtant, il était un autre homme, au milieu des\nsouvenirs de ses chers disparus, sorti du mausolée où ils dor-\nmaient, il reprenait un peu de leur vie comme s'il eût incarné\nce qui restait de leur personnalité; sorte de double conscient\nil se mettait à la recherche de leurs attributs dispersés, pour\nles réunir et les rassembler en vue du jugement suprême de\nla postérité.\n   Alors commençait la chasse au document. Ce travail ardu\nqui nécessite d'intarissables ressources de ruse et de finesse,\npeut ne pas être aimé de tous, beaucoup pensent même y trouver\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "                      LA V I E D ' U N   BIBLIOPHILE                    227\n\n\nune sorte de profanation; mais lorsque, avec le fil d'Ariane\nconstitué de la sorte, on peut suivre pas à pas les productions\ndes g r a n d s h o m m e s , y rattacher les faits de leur vie, n'entre-t-on\npas dans un d o m a i n e plus vaste que celui de l'aride bibliogra-\nphie, ne se trouve-t-on pas transporté en pleine science de la\npsychologie h u m a i n e dans ce qu'elle a de plus intéressant et de\nplus grand : l'étude des œuvres du génie, la dissection de la\npoésie et de la beauté.\n    L'œuvre de M. de Spoelbergh est multiple. I1 y a d'abord la\nconstitution de sa bibliothèque, la formation de cet ensemble\nde documents qui, avec les tables de journaux et le catalogue,\nconstitue un outil unique pour des chercheurs consciencieux.\nOutre cela il y a la direction qu'il a donnée aux publications de\nlettres autographes, les annotations qu'il y a mises, la recon-\nstitution de leur véritable d a t e . L a p l u p a r t des recueils\ndocumentaires relatifs au XIXe siècle ont passé en épreuves\nentre ses mains; et si lui-même a laissé une quinzaine de\nvolumes, combien son œuvre n'est-elle pas plus grande lorsque\nl'on veut apprécier la somme des informations qu'il a données,\nl'aide qu'il a prodiguée sans compter à tous les travailleurs.\n Il possédait dans son cerveau la connaissance méticuleusement\nexacte de toute cette partie de l'histoire littéraire, elle a malheu-\nreusement disparu tout entière avec lui. Cette spécialisation\nexcessive en formait un type à caractères nettement déterminés,\n un personnage de la Comédie H u m a i n e , qui avait ses défauts\net ses faiblesses, dont le rayon d'action était lumineux quoique\nrestreint, mais que des qualités personnelles rendaient extraor-\n dinairement attachante.\n   On a beaucoup critiqué sa décision de laisser ses collections à\nla bibliothèque de C h a n t i l l y . Il est triste évidemment de voir\npartir ainsi des trésors que nous eussions préféré conserver et\nutiliser. Songeons pourtant qu'ici ils étaient eux-mêmes en\nexil (ne se rapportent-ils pas à des ancêtres qui ne sont pas les\nnôtres?) et celui qui les a légués là-bas avait conquis dans le\nmilieu où il les laisse ses meilleures et plus sûres amitiés. Il a\npensé que puisque presque tous ceux qu'il avait aidés, qui\nl'avaient aidé se trouvaient là, il était plus juste que l'instrument\nqui leur avait servi tant de fois par son entremise fut remis entre\n leurs m a i n s ; peut-être en pourraient-ils faire de la sorte un\n meilleur usage.\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1562, "texte": "228                          DURENDAL\n\n\n    E n outre, la Belgique avait été pour lui un pays d'incom-\npréhension. Les premiers temps de ses travaux furent durs et\nsoulevèrent plus d'insinuations malveillantes que de véritable\nintérêt. Il était à ce point ignoré et méconnu, que, pour ne citer\nq u ' u n seul exemple, lorsqu'on lui décerna l'Ordre de Léopold,\non mit comme motif à cette distinction : « pour services rendus\nà la musique ». Et je vous cite ce fait, non qu'il ait d'importance\nen lui-même, ou qu'il ait provoqué autre chose que des rires\nchez celui qui en avait été victime, pour lui, la pluie frivole des\npetits rubans rouges qui tombent au hasard un peu partout\nn'avait pas beaucoup d'importance, mais uniquement comme\nargument de ce que j'avance.\n   Eût-il mieux fait de passer outre à toutes ces considérations\nsentimentales et pratiques? c'est possible; je laisse à d'autres le\nsoin de le juger maintenant qu'il a disparu de la scène du\nmonde.\n   Solitaire il avait vécu, solitaire il devait mourir. Après l'avoir\nquitté en juin à Paris, plein de vie et d'entrain quoiqu'atteint\ndéjà depuis longtemps par l'aile de la mort, c'est dans les\npaysages sombres de la volcanique Auvergne que je devais le\nretrouver mourant, heureux pourtant de disparaître sans souf-\nfrances après une longue carrière, muni des secours de la\nreligion qui avait été la sienne. Que le repos qu'il avait vaine-\nment cherché p e n d a n t toute son existence s'étende maintenant\nsur sa t o m b e .\n                                               MAX D E A U V I L L E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-009", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 229, "page_fin": 232, "titre_corps": "Le « Bonhomme » du Romantisme : Charles Nodier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Le Bonhomme du Romantisme Charles Nodier II Le Salon de l'Arsenal", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 274, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "Le \"Bonhomme,, du Romantisme\n                                  Charles Nodier\n                                          II\n\n                            Le Salon de l'Arsenal\n                     LA Bibliothèque de l'Arsenal, dont la garde venait d'être\n                        confiée à Charles Nodier, était « à l'usage » de a Mon-\n                        sieur )), comte d'Artois. En regard du modeste logement\n                        qu'il venait de quitter, cette nouvelle résidence apparaît à\n                        Nodier comme « un pavillon presque royal », peuplé\n                        d'ombres princières et, rempli encore par le souvenir de\n                        la Maréchale de L u x e m b o u r g . On a pu dire qu'avec\n                        Nodier, toute la littérature contemporaine fit son entrée à\n                        l'Arsenal !...\n   Le dîner fini — et il n'était pas rare qu'on y faisait hospitalièrement place\nà quelqu'écrivain ou à quelqu'artiste arrivé « en avance » — M a d a m e Nodier,\nsouvent aidée par le convive d'occasion qu'était Alexandre D u m a s , se dépêchait\naux préparatifs de la réception... E t l'un après l'autre, les « lions du jour »\nfaisaient leur entrée. C'était d'abord une conversation générale, une jaserie\nde poètes au milieu de laquelle glissait gracieuse, empressée, aimable, Marie\nNodier, son album à la main. Cet album devint un « écrin littéraire unique »\noù tous les g r a n d s et petits orfèvres du R o m a n t i s m e déposèrent gracieuse-\nment quelque j o y a u . Victor H u g o , qu'une « amitié de granit » unit aux\nNodier, inscrivit sur l'album de celle qu'il appela la « Notre-Dame de\nl'Arsenal » la primeur de quelques strophes célèbres. L a m a r t i n e , à son tour,\ny nota ces vers :\n                  Que pour toi, belle enfant, au printemps de ton âge,\n                  Du livre du Destin, ce livre soit l'image ;\n                  L'amitié, par mes mains, à tes yeux, va l'ouvrir;\n                  De ses aveux plus tard, l'amour va le couvrir;\n                  Puissent-ils, de tes jours écartant tout nuage,\n                  Confondre encore leurs pleurs à la dernière page !\n\n  Enfin Félix Arvers fit don à l'album de Marie Nodier du sonnet délicieux,\npar qui seul il survit :\n                 Ma vie a son secret, mon âme a son mystère...\n\n\n (1) Voir Durendal, mars, 1908.\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3104, "texte": "230                                  DURENDAI.\n\n\nsans que d'ailleurs a u c u n des habitués de l'Arsenal ait jamais pu deviner le\nnom de la femme mystérieuse d o n t la coquetterie rendit Arvers — passa-\ngèrement — grand poète !\n    Un soir, parut dans le salon de Nodier un collégien frais émoulu, à la\nchevelure flottante, « aux yeux rêveurs plutôt qu'éclatants » ; d'abord silen-\n cieux, réservé et timide, il écoutait plus qu'il ne parlait ; mais bientôt il\n s'enhardit et s'émancipa au point de se montrer indocile et irrévérent. E t ,\n dans leurs débats littéraires, les dieux du Cénacle finirent p a r être quelque\n peu agacés \" d'avoir toujours ce gamin dans les j a m b e s ». Ce gamin était\nAlfred de Musset.\n    Musset fit mieux que d'improviser quelques strophes sur l'album de Marie\n N o d i e r ; ils s'escrimèrent ensemble en des vers vifs et c h a r m a n t s ; et les\nripostes de la jeune fille ne furent point indignes des madrigaux désinvoltes\nde Rolla,\n    E n même temps que Musset, pénétra dans la « boutique romantique » un\njeune et brillant lieutenant des mousquetaires rouges, à l'allure distante et\nhautaine, au fin profil aristocratique ; il jeta, comme u n e a u m ô n e , sur l'album\nde Marie Nodier les premières strophes du Cor :\n\n                  J'aime le son du cor, le soir, au fond des bois...,\n\net signa Alfred de V i g n y . . .\n   L e s maîtres du R o m a n t i s m e ne se contentèrent du reste point d'enrichir\nde leurs vers l'album de Marie N o d i e r ; le salon de l'Arsenal eut le privilège\nd'une première lecture, par leurs propres auteurs, de tant d'œuvres qui\nexaltèrent les imaginations et transportèrent les cœurs : Victor H u g o révéla\nu n soir, aux fidèles du grand salon r o m a n t i q u e , son Hernani — et l'entourage\nqui l'entendit dut fournir à « la bataille », que fut la première représentation\nde cette œuvre, un redoutable contingent de « gilets rouges ». L a m a r t i n e ,\ndebout, « en son air de statue » et « u n e main passée entre les b o u t o n s de\nl'habit » récita son Lac immortel, tandis que Musset détaillait d'une voix\nsouple et soulignait d'un geste impertinent les alexandrins de Don Paez.\nEnfin, N o d i e r lui-même se levait, « s'appuyait à la c h e m i n é e , redressait un\npeu sa taille fléchissante et, l'éveil de son œil bleu avivant sa pâle figure »,\nil contait l'aventure du « Trésor des Fèves » ou « la fin tragique du chien\nde Brisquet ».\n   Ainsi, dans le salon de l'Arsenal,\n\n                          Chacun avait, maître ou garçon,\n                                sa chanson...\ncomme devait rimer plus tard « l'enfant du siècle ».\n   Mais Charles Nodier ne se montra pas accueillant qu'aux seuls poètes ; les\nprosateurs aussi étaient les bienvenus à son foyer; de ceux-là, Sainte-Beuve\nfut u n des plus assidus, et son commérage de touche-à-tout vif, malicieux,\nprimesautier, avec souvent u n e pointe de venin, était un régal pour les a u d i -\nteurs ; Alexandre D u m a s , « la face épanouie sous des cheveux en tumulte »,\ndéployait, sa journée faite, u n e gaîté plus grosse, « Son esprit, qui n'était\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3499, "texte": "                    LE      BONHOMME          DU    ROMANTISME                       231\n\n\n pas constamment de l'or au bon titre, sonnait toujours un son joyeux ».\n Robuste comme D u m a s , débraillé comme lui, Balzac avait l'air aussi d'un\n « colosse au repos » et il animait la causerie du jet soudain de ce que L a m a r -\ntine appela ses « idées solitaires », ou bien il donnait des conseils\n \" d'hygiène littéraire \" au jeune et turbulent Théophile Gautier qu'il avait\npris en affection protectrice. E t Balzac gesticulait, la « canne à la main,\nsa fameuse canne à p o m m e ciselée, qu'il ne laissait pas toujours au\n vestiaire ».\n    L'auteur de la Comédie humaine dut d'ailleurs fréquemment lier conversation\net échanger des idées avec les philosophes et les sociologues qui côtoyèrent,\nà l'Arsenal, les poètes, les critiques et les romanciers : Fourier et son disciple\nVictor Considérant, l'un révolutionnaire d'idée, l'autre révolutionnaire du fait,\ndevisaient sur la réformation du monde, p e n d a n t que le noble et douloureux\nJouffroy, philosophe tourmenté d'infini, confiait sa nostalgie religieuse au\ndoux et pitoyable a b b é Gerbet qui apportait dans ce milieu r o m a n t i q u e , selon\nsa propre expression, « des émotions vives comme des sensations, calmes\ncomme des idées ». Nodier, de son côté, se complaisait en des apartés avec\nson ami de cœur, le suave Ballanche, dont l'enthousiasme mystique lui fut\ncher, surtout au soir de sa vie.\n    La « fraternité des arts » a m e n a encore à l'Arsenal des artistes. E u g è n e\nDelacroix venait d e m a n d e r aux écrivains romantiques u n appui à la « fougue\nnovatrice » qu'il avait déployée d a n s la Barque du Dante; Deveria apportait au\nCénacle, d a n s les plis amples de son fastueux m a n t e a u à l'espagnole, des\nvisions d'Orient particulièrement chers aux poètes de l'époque; et David\nd'Angers, libéré des influences classiques et devenu « le g r a n d sculpteur des\nfigures contemporaines », vit l'Arsenal consacrer le titre de « statuaire du\nRomantisme » que Victor H u g o lui avait décerné.\n   P a r m i tous ces h o m m e s « hantés d'idéal ou possédés de lyrisme », quelques\nfemmes de lettres introduisirent une note de grâce ou de mélancolie. C'étaient\nM m e Tastu, dont Sainte-Beuve vanta le « talent p u d i q u e »; Marceline Des-\nbordes-Valmore, p a u v r e être de passion et de souffrance qui sut parfois dire\nmagnifiquement les tourments que d'ailleurs elle s'était créés elle-même; Del-\nphine Gay qui ébaucha à l'Arsenal u n e intrigue d ' a m o u r avec Alfred de Vigny,\nqu'on s u r n o m m a i t alors le « frère des anges »; et ce rêve se termina en larmes;\net enfin Sophie Gay, bien dissemblable, celle-là, de ses consœurs toutes\nprédestinées à la tristesse, et qui promenait à travers le salon de Nodier une\nraillerie aiguisée et cruelle; on l'appelait « la reine de l'injure » et il est resté\nd'elle des mots féroces; celui-ci, entre autres, qu'elle lança en réplique à\nViennet, poète de survivance classique, et qui osa, devant elle, dénigrer\nLamartine : « Allons, Viennet, vous voulez faire de Lamartine le dernier des\npoètes; mais, grâce à Dieu, la place est prise! »\n                                          *\n                                         * *\n   Par les personnalités qui se rencontrèrent à l'Arsenal, par la fièvre d'ému-\nlation que ce contact régulier entretenait entre elles, par les œuvres qui s'y\namorcèrent, par les luttes qui s'y préparèrent, le salon de Charles Nodier\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "232                                     DURENDAL\n\n\nfut le L a b o r a t o i r e du R o m a n t i s m e . De là prirent leur vol, vers l'immortalité,\nquelques grands chefs-d'œuvre; mais de là aussi nous vinrent des erreurs\nnéfastes, dont l'influence persiste encore ; là enfin se nouèrent tels fâcheux\nr o m a n s sentimentaux qui finirent dans les rancunes et les pleurs.\n    P l u s que par ses livres, Charles N o d i e r aura une place dans l'histoire litté-\nraire du XIXe siècle, comme a m p h i t r y o n accueillant, cordial, empressé et qui\nsut être u n trait d'union loyal et habile entre des artistes que leur poétique\nmême semblait vouer à l'individualisme le plus jaloux, le plus véhément et le\nplus exclusif. Nodier s'occupait trop des autres, de leurs projets, de leurs\nambitions et — ajoutons-le à son h o n n e u r — de leurs épreuves, pour n'avoir\npas dû négliger « l'œuvre u n i q u e , capable d'immortaliser son auteur ». Du\nreste, instable et inconsistant, il éparpilla son talent à travers tous les genres,\ncomme il égrena sa vie à travers mille a v e n t u r e s ! Il mérita bien d'être qua-\nlifié « le juif errant d e la Littérature ». Du naturaliste qu'il tenta d'être, rien\nne survit, pas plus que du d r a m a t i s t e ! L e philologue, chez lui, est aussi péris-\nsable que le critique, l'historien et m ê m e le romancier. Seul, le « nouvel-\nlier » a des chances de durée — car le « nouvellier » se doublait d'un poète !\n    M. Michel Salomon cite fort à propos cette phrase des Souvenirs de Nodier :\n « Cette histoire m'en rappelle u n e a u t r e . . . et j ' e n dirai tant qu'il en viendra ».\nE t il en vint en effet beaucoup, en vers et en prose — meilleurs, en vérité, en\nprose qu'en vers; constamment le vagabond invétéré appareillait vers le pays\nde la fantaisie et du merveilleux et il en rapportait des contes aux trames\naériennes et légères où évoluait u n p e u p l e de farfadets, de lutins et de\ngnomes -— « êtres de caprice qui p a r t o u t voltigent, qu'on voit frémir d a n s les\nfleurs, et rayonner en reflets de feu sur les vases polis! » Nodier fut « l'Hé-\nsiode des esprits et des fées » et parce qu'il avait la foi au fantastique et qu'il\nsut revêtir ses imaginations de la deutelle délicate du style, l'inventeur ingé-\nnieux et c h a r m a n t de Trilby, de la Fée aux miettes et de Fleur de pois participe à\nla jolie jeunesse de ses créations...\n    Avec M. Michel Salomon, au terme de son livre si attachant, concluons\nque Charles Nodier fut aimé et qu'il l'est encore. « On dit le b o n Nodier,\ncomme il se plaisait à dire : le bon P e r r a u l t ! »\n\n\n                                                              FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n\n\n                                           *\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-010", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 233, "page_fin": 234, "titre_corps": "Eugène Laermans", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Eugène Laermans 1 L'ART de M. 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Leurs arbres,\n                    courbés par des vents arides, se penchent,\n                    dolents ou convulsés, sur de mornes eaux sour-\n                    dement luisantes; les maisons basses qui les peu-\n                    plent apparaissent baignées des clartés livides\nd'un, soleil pauvre ou, parfois, ils sont coupés par une haute\nmuraille aux lourds contreforts — abri, peut-être, de la sécurité\net de la richesse — le long de laquelle se détachent, silhouettes\nsinistres, les las d'aller et les miséreux qui font route vers\nl'horizon encrépusculé. T o u t est relief dans l'œuvre du maître;\ntout accentuation, évocations brèves et dramatiques de détresse,\nd'abandon en des sites auxquels la tristesse h u m a i n e dont ils\nsont le théâtre semble s'être communiquée : tellement que êtres\net choses semblent, y conjurer ensemble pour une expression de\nsouffrance ou d'épouvante.\n   L e deuxième volume de la superbe collection, remarquable-\nment illustrée, publiée par M. Van Oest, est consacré à Laer-\nm a n s . Son auteur, M. Van Z y p e , le critique réputé, étudie\navec un grand charme et une très vive compréhension la carrière\ndu maître des Intrus. Il suit l'évolution de celui-ci depuis ses\ndébuts, dit ses origines, sa vie, le milieu parmi lequel il s'est\nformé, son intellectualité, plus profonde et, à la fois, peut-être,\nplus étroite, de s'être développée dans les méditations du\nsilence, d a n s la solitude forcée imposée à l'artiste par la pénible\ninfirmité qui l'a retranché, à peu près, du commerce du m o n d e ,\nqui l'a confiné dans le cloître de son art, pour le vouer tout entier\nà l'édification volontaire et ardente de son œuvre.\n\n  (1) Eugène Laermans, par M. G. VAN ZYPE (Collection : Les Artistes Belges\ncontemporains), 1 vol. illustré. (Bruxelles, Van Oest, éditeur.)\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1701, "texte": "234                               DURENDAL\n\n\n     Cette œuvre, très belle, le biographe l'analyse et en montre\n parfaitement les mérites puissants et durables. On inclinerait,\nparfois, à faire grief à L a e r m a n s de paraître sacrifier la vir-\ntualité des choses, de déformer ces dernières dans leur aspect\nou leurs attitudes, pour les rendre plus significatives, pour les\nfaire participer de l'intensité de ses imaginations tragiques.\nM. Van Z y p e défend le peintre de ce reproche — si c'en est\nréellement un, car une vision passionnée n'impose-t-elle point\nl'empreinte de son émotion à tout ce qu'elle considère ? Et c'est\nen ce sens que l'on a dit qu'un paysage était un « état d'âme ».\nL a e r m a n s , écrit-il, est « un grand paysagiste s y n t h é t i q u e . Au\npremier plan, il est généralement pauvre, triste, peu secou-\nr a b l e . . . mais plus loin apparaît la simple nature féconde,\ncomme un but, c o m m e une consolation, comme une terre pro-\nmise, comme l'éternelle possibilité du bonheur offert aux\nh o m m e s . . . ». E t il invoque, justement, l'exemple des vieux\nmaîtres qui, obéissant aux instincts de la race, a m o u r e u s e m e n t\net voluptueusement coloriste, situaient leurs représentations de\nsupplices ou de martyres au milieu de radieux paysages,\nréunissant ainsi des expressions de souffrance à des sensations\nde joie et d'épanouissement. Il est vrai que quelque pessimiste\npourrait répliquer que l'enchantement du paysage n'est là que\npour marquer, par le poignant contraste, l'impassibilité de la\nnature et l'indifférence du m o n d e devant le mal e n d u r é par\nles créatures !...\n\n                                                    ARNOLD G O F F I N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-011", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 235, "page_fin": 244, "titre_corps": "Du rôle de l’Art en apologétique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A.-D. 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L'art chrétien, poursuivi\n                     à travers les siècles, nous a fourni des motifs d'orgueil —\n                    j'espère d'un noble orgueil; l'art chrétien d'aujourd'hui\n                     nous invite à l'humilité, et s'il est vrai, ainsi que nous\n                    l'avons prétendu nous-mêmes, que les faits sont la pierre de\n                    touche des doctrines, n'avons-nous pas à craindre aujour-\n                    d'hui que ce principe se retourne contre nous ?\n                       Tout le monde proclame la décadence de l'art religieux.\nEn peinture, en sculpture, on déplore l'envahissement de l'art « Saint-Sulpice ».\nc'est-à-dire des gravures fades, des statues peinturlurées, de tout ce qu'en leur\nstyle irrévérencieux et boulevardier les jeunes artistes appellent la bondieuserie\ncatholique. « Idoles pour sauvages perfectionnés », disait récemment\nquelqu'un (1).\n   En musique, c'est l'Opéra qui nous fait vivre. Nos messes de mariage et de\nRequiem, les autres aussi en grande partie sont aux mains des profanes ou\nbien n'existent point en tant qu'art. Nos cantiques... mieux vaut n'en point\nparler.\n   En architecture, nous en sommes aux rééditions, aux pastiches, à l'éternelle\ncopie sans âme.\n   En poésie, nous avons MM. Rostand et Haraucourt pour continuer les\nEvangiles. Quo Vadis et le Rayon nous ont ravis; pourquoi? Pour cette raison\nqu'en l'absence de nourriture solide, peu de chose suffit à tromper la faim.\nMême Verlaine a été acclamé en tant que poète religieux. J'y consens, mais\npour mieux signaler la pénurie profonde où nous sommes (2).\n\n   (1) Alphonse Germain : Comment rénover l'art chrétien.\n  (2) I1 va s a n s d i r e q u e n o u s n e p a r t a g e o n s p a s d u tout le s e n t i m e n t d e n o t r e c o l l a b o r a t e u r\nau sujet d e V e r l a i n e , que n o u s a c c l a m o n s a v e c e n t h o u s i a s m e et s a n s r é s e r v e c o m m e poète\nreligieux, et non p a s faute de mieux-. A n o t r e avis, Sagesse est u n d e s p l u s p u i s s a n t s , des p l u s\nmerveilleux et d e s p l u s v r a i s p o è m e s religieux de ce siècle. Il faudrait aussi citer ici n o t r e\ngénial poète flamand G u i d o G e z c l l c . M a i s M. S e r t i l l a n g e s . i g n o r a n t le f l a m a n d , est e x c u s a b l e\nde l'avoir o m i s . (L'Abbée MOELLER.)\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3075, "texte": "236                                    DURENDAL\n\n\n   La liturgie elle-même n'est plus qu'une rare spécialité. Dans l'ensemble, elle\nlanguit, confinée en quelques sanctuaires. Tel d'entre ces derniers n'est guère\nqu'un de ces endroits sélects où les amateurs d'émotions religieuses ou de\nsimple archaïsme vont chercher des sensations neuves. Là donc n'est plus la\nvie. La liturgie, en tant que manifestation esthétique, est morte, et nos rapides\nmesses de 11 heures, nos Saints ont pris la place des grandes solennités au\nprestige autrefois immense.\n   Et il en est ainsi partout. On le dit, on le répète : l'art chrétien se meurt ;\nl'art chrétien est mort. D'aucuns l'annoncent d'un ton navré; d'autres insis-\ntent sur le mode irrité. Un récent converti employait à nous fustiger de ce chef\nle meilleur de sa verve (1).\n   Or, d'après notre loi, si l'art chrétien est mort, c'est que la religion est\nmorte; c'est qu'elle n'est plus, en tant que facteur de vie; c'est que sa sève est\népuisée et qu'elle est condamnée à disparaître.\n\n   La réponse à cette objection pourrait nous entraîner fort loin. L'art étant\nle miroir de la vie et la religion étant d'une certaine façon toute la vie, l'étude\ndes conditions actuelles de l'art religieux nous amènerait à parler de toutes les\nconditions de la vie moderne.\n   Je m'en tiendrai à de brèves remarques.\n\n                                               *\n                                           *       *\n   I1 convient d'abord de calmer certaines exagérations dont il ne nous\nconvient pas de nous faire les porte-paroles. L'art religieux existe, l'art chré-\ntien n'est pas mort, ainsi qu'on veut le prétendre. Il se meut d'une allure\nlanguissante, sur un espace rétréci; mais il vit, et ce n'est pas à nous d'orga-\nniser autour de lui soit la conspiration du silence, soit l'entreprise du dénigre-\nment. L'anticléricalisme nous guette; trop heureux serait-il de se faire un argu-\nment de nos dires.\n   Que des médiocrités ou des horreurs sévissent, ce n'est que trop certain ;\nmais sont-elles donc spécialité chrétienne? Confondre l'art religieux tout\nentier, même l'art religieux moderne, avec l'art Saint-Sulpice, serait aussi\ninjuste que de confondre tout l'art profane avec les images d'Epinal ou avec\nles chromos distribués au Bon Marché.\n   Partout, toujours aussi, il y eut et il y aura de la « camelote». Il y e n avait\nchez les Grecs. Les gens les plus artistes de la terre eussent été empêchés de\nl'expulser. Que de Tanagra ne sont que cela, en dépit de l'étiquette! Le moyen\nâge avait aussi sa camelote; il en avait plus que nous, pour cette raison que\nle minimum d'art possédé aujourd'hui par tous, telle l'instruction primaire,\nfaisait souvent défaut à ceux qui sculptaient tant de ces images de bois ou\nd'ivoire, qui peignaient tant de ces enluminures qu'on s'arrache maintenant à\nprix d'or. L'esprit du brocanteur ne voit pas cela; il confond volontiers ce qui\nest intéressant par la date avec ce qui est véritablement beau. De son côté,\n\n\n (1) J.-K. HUYSMANS : Les f oules de Lourdes. La Cathédrale. En Route.\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3517, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                              237\n\n\nl'esprit de dénigrement abuse de l'équivoque. Mais il faut dénoncer l'illusion,\net comprendre que Nuremberg et Epinal sont éternels.\n    Par ailleurs, si l'on veut regarder autour de soi, en beaucoup de lieux et\nmême rue Saint-Sulpice, on trouvera de fort belles choses. A fortiori, dans\nnos églises, dans nos musées modernes, à nos salons de peinture, les œuvres\nde valeur inspirées par le christianisme ne manquent pas. Tout ce qu'on peut\ndire, c'est que le courant général n'est pas là. Mais, sur ce point encore, j'ai\nune importante remarque à présenter en conséquence de nos dires.\n    La loi des trois états, dans ce qu'elle a de vrai, s'applique à l'art comme à\ntout le reste. Au début, la religion absorbe tout, l'art aussi bien que les ser-\nvices publics, aussi bien que la politique, aussi bien qu'en partie la science.\nPlus tard seulement une différenciation se produit; une laïcisation relative,\net d'ailleurs légitime, s'installe; ce qu'enveloppait l'art religieux s'établit en\nspécialités, qui en paraissent violemment détachées, mais qui, au contraire,\nont rompu leurs attaches aussi naturellement que l'enfant extrait de sa mère;\nqui d'ailleurs, à l'instar de celui-ci, conservent de leur premier état tout ce que\nle mot parenté désigne.\n    Voyez le pavsage. Il constitue aujourd'hui un genre bien marqué; or, où\nsont les paysages de Léonard, de Raphaël, de Titien? Ils sont inclus dans leurs\ntableaux religieux. Aujourd'hui, ils les peindraient à part, et où serait le mal?\nN'avons-nous pas dit que tout est chrétien de ce qui est authentiquement\nnaturel et humain? Nous avons aujourd'hui des peintres chrétiens qui font du\npaysage; s'ils y réussissent, qui de nous voudrait au nom de la religion les\nécarter de leur travail pour leur demander des Madones?\n    J'en dis autant de la peinture de genre. Véronèse en a fait dans les Noces de\n Cana; toute la Renaissance en a rempli ses tableaux religieux. Aujourd'hui,\non distingue, non pas encore assez à mon gré, et si l'on veut peindre une\nMaternité, on la peint, sans se croire obligé, comme Titien ou Botticelli, de\n l'appeler Sainte Famille. Où est le mal encore? Il y a là au contraire un bien.\n J'aime mieux, si ce n'est pas l'Enfant-Dieu qu'on se propose de chanter l'ayant\n vraiment dans l'âme, qu'on sache me taire ce nom et qu'on efface l'auréole.\n    Mais ce que je veux dire, c'est que tout le travail d'art fait ainsi dans des\n genres détachés, disons si l'on veut laïcisés, ou mieux différenciés, ce travail\n ne se fait ni contre nous ni même au fond à côté de nous, sans lien avec ce\n qui religieusement nous inquiète. « Je suis homme, et rien de ce qui est\n humain ne m'est étranger » : on peut appliquer ce mot au christianisme. Répé-\n tons-le à satiété, le christianisme, c'est la vie humaine, la vie, dis-je, regardée\n sous l'angle du divin ; et la nature en fait partie, la nature inférieure qu'inter-\n prète le paysage comme la nature humaine objet de la peinture de genre ou\n d'histoire. Le tout est de garder en y fréquentant l'esprit qui est celui du\n christianisme. Mais celui-ci sauvegardé, qui ne comprend qu'il n'y a plus\n lieu de regretter un soi-disant laïcisme qui n'est qu'une émancipation natu-\n relle?\n    Au paysagiste je dirai : Glorifiez la nature! N'est-ce pas glorifier Dieu?\n  N'est-ce pas s'employer à une œuvre qui ravirait les plus chrétiens parmi les\n  chrétiens, qu'ils soient Elisabeth de Hongrie ou François d'Assise?\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "2 38                              DURENDAL\n\n\n   Au peintre de genre je dirai : La vie individuelle ou sociale vous émeut ?\nMais elle émeut plus que vous l'homme qui en sait le prix divin : peignez-la!\nSi votre esprit est haut, votre âme droite, vous êtes avec nous, explorant l'un\nde nos domaines préférés.\n   Je parlerai de même au peintre d'histoire, au portraitiste, à l'homme d'un\nart quelconque. Omnia vestra sunt, nous a déjà dit l'Apôtre. Toute étroitesse\nde jugement fait tort à l'envergure de ce principe. L'univers est à Dieu, et il\nest donc aux fils de Dieu. La civilisation est à Dieu et ne peut donc nous être\nétrangère. La vie des hommes et la vie des choses, fût-ce les plus humbles,\ns'écoule aussi en Dieu : nous y unir c'est nous unir à lui, et l'art qui les\nexprime fait partie de notre patrimoine. Pourquoi, dès lors, proclamer l'uni-\nverselle décadence de ce qui, comme chrétiens, nous intéresse, puisque beau-\ncoup de choses actuellement florissantes, et glorieusement florissantes, doivent\nnous intéresser i\n   Pourtant, je conviens de bon cœur que cela ne suffit pas à résoudre la ques-\ntion posée. Il faut approfondir celle-ci davantage.\n   Tout art est religieux en un certain sens; mais il y a pourtant un art pro-\nprement religieux, et autant il est vrai de dire que de beaux paysages, de bons\ntableaux de genre, d'histoire ou de quoi que ce soit peuvent servir à illustrer\net glorifier le sentiment religieux en le poussant dans tous ses domaines, cela,\ndis-je, au cas où ce sentiment se manifesterait d'abord sur son premier terrain, —\nautant l'exclusivisme accordé à ces sujets prouverait que le sentiment religieux\nest sans force, que la religion n'a plus la vie en soi.\n    Pourquoi donc l'art religieux au sens complet, l'art spécialement religieux\nest-il si fort en baisse ?\n    La réponse est triste; il faut la faire pourtant. N'est-ce pas se mettre sur le\nchemin de la santé que de rechercher où est son mal? Toujours, partout la\nthérapeutique est fille de la pathologie.\n    La réponse est donc en partie — mais la partie ici change l'espèce — ce\nqu'insinuent nos adversaires. C'est que le christianisme, aujourd'hui, ne régit\nplus la vie, je dis la vie avec toute l'ampleur que ce mot comporte. Même chez,\nles crovants ou chez ceux qui se disent tels, chez ceux qui font partie du groupe\ncatholique, pour qui, en conséquence, la foi est encore un aspect de la vie, —\nun des moindres, il n'est plus vrai en général de dire que ce soit la vie. La foi\nqui est quelque chose d'ardent, de fort, qui est presque une passion, tant elle\nimprègne notre être et le domine; la toi qui soulevait jadis tant d'enthou-\nsiasmes, qui suscitait l'épopée des croisades au moment même où elle suscitait\nl'épopée de pierre des grandes basiliques, cette foi-là n'est plus, même chez\nceux que l'adhésion de l'esprit range parmi nous, les chrétiens du vingtième\nsiècle.\n    Or, les grandes œuvres sont le produit de la passion, ou de la foi qui lui\nemprunte ses énergies afin de les appliquer à ses objets propres. Une conviction\nardente diffuse dans les masses et participée plus ou moins, en tout cas repré-\nsentée puissamment par l'artiste : telleest la condition première de l'œuvre d'art.\n    L'artiste supérieur n'est jamais que l'interprète d'un état d'âme collectif\nauquel il ajoute le sien, mais sans pouvoir jamais l'y substituer d'une façon\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                              239\n\n\ncomplète. Il est le miroir ardent qui recueille la lumière, la concentre et en\nfait une flamme. 11 est la voix qui crie ce que tout le monde pense obscuré-\nment sans pouvoir se le définir. Qu'on ne s'étonne donc plus que l'art chrétien\nait vécu à titre de manifestation collective; qu'il soit chassé de la foule; qu'il\ndoive chercher un refuge dans l'âme restée chrétienne en dépit de notre paga-\nnisation progressive; dans l'âme demeurée chaude au sein de la froideur uni-\nverselle; fidèle, au sein de l'universel abandon.\n   Mais alors, la thèse de nos adversaires triomphe? Le christianisme a vécu?\nCe n'est plus qu'une religion du passé? Les embaumeurs peuvent venir et\ncoucher avec les honneurs que de droit — cette fois dans un sépulcre défi-\nnitif— Celui qui fut jadis le Maître de la vie?\n   Eh bien non ! Ce n'est pas du tout cela que prouve la décadence partielle\nde l'art religieux parmi nous. Ce que cela prouve, c'est la vérité de la loi que\nnous avons posée, à savoir que le progrès religieux, en art comme en quoi\nque ce soit, ne se fait pas tout seul. Il est une dépendance du milieu et de la\ntournure que prend la civilisation générale. La religion travaille la société et\ntout ce qui est de la société; il n'est pas un domaine de vie collective ou indi-\nviduelle où la question religieuse n'ait ses répercussions. Mais inversement,\nles manifestations de la vie courante; l'état de la civilisation et de l'ambiance\nréagissent sur la religion et sur tout ce qui est de la religion.\n   Là est le secret du phénomène.\n   Comprenons bien que la religion est une relation. Or, une relation ne se\nlait pas avec un seul de ses deux termes. Dieu ne peut pas faire la religion à\nlui tout seul, parce que si la religion c'est Dieu avec nous, c'est aussi nous\navec Dieu, et c'est par conséquent nous autant et plus que ce n'est Dieu\nmême.\n   Voilà pourquoi les commencements religieux sont pour une part en dépen-\ndance du milieu où ils se produisent : nous l'avons dit à propos de l'art\ndes catacombes. Voilà pourquoi encore les progrès religieux sont pour une\npart en dépendance des progrès du milieu. Voilà pourquoi enfin les crises\nreligieuses sont suscitées par les crises qu'a subies tout d'abord le milieu.\n   Nous sommes à l'un de ces moments de crise, et l'art religieux en a sa part\nC'est tout simple.\n   Serait-il donc douteux que le monde, en ce moment, change de face? Tous\nles points de vue sont renouvelés ; toute question se présente liée à des\nexigences nouvelles, qui rendent terriblement ardue l'entreprise de mettre\n« le vin nouveau dans les outres vieilles ».\n   On cherche, on ne sait trop quoi, mais on cherche. On se dépouille d'un\npassé jugé périmé, et beaucoup de misères en ressortent, mais c'est un fait\nhumain dont il faut prendre son parti comme de tout ce qui existe.\n   En politique, en sociologie, je n'ai pas à montrer quels problèmes formi-\ndables et angoissants nous travaillent. Tous les rapports humains se désorien-\ntent, en attendant que l'avenir les oriente d'autre sorte.\n   En philosophie, les spécialistes savent qu'on évolue vers des formes de\npensée dont nos pères n'avaient point souci; la position des problèmes a\nvarié; les solutions se précipitent.\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3548, "texte": "240                                 DURENDAL\n\n\n    En science, les savants se demandent à quoi ils travaillent, ce que valent\nleurs efforts, et quelques-uns se montrent effroyablement pessimistes à l'égard\nd'un labeur dont il v a cinquante ans nous étions si fiers.\n    En éducation, en morale, en tout il en est de même. La société enfante; elle\ns'est déprise de l'ancienne vie, a déplacé son idéal, et comme, en raison de la\nsolidarité fonctionnelle que je viens de rappeler, la religion de nos pères s'était\nfatalement colorée des teintes de cet idéal, tous les bouleversements de la vie\nmoderne ont eu leur contre-coup religieux, et la religion est en crise.\n    Mais alors, l'art, expression de la vie religieuse, ne doit-il pas y être aussi?\nIl y a là trois choses emboîtées : premièrement la vie; deuxièmement l'aspect\nreligieux de la vie ; troisièmement l'expression de la vie religieuse dans l'art : les\nfluctuations de la première se retrouvent dans la troisième; le trouble actuel\nde l'une fait le désarroi relatif de l'autre.\n    De là un double mal. D'abord, l'art religieux aurait besoin de se renou-\nveler, et il ne le fait pas toujours, de sorte qu'il n'arrive pas à donner satis-\nfaction même à ceux qui seraient tout préparés à en subir l'influence. L'art\nde jadis exprimait la religion telle qu'elle était vécue jadis — comment l'eût-il\nexprimée? Or, ceux de nous qui croient n'en ont pas moins des choses reli-\ngieuses une conception un peu différente. Je ne dis pas certes au fond : la\n religion étant un rapport éternel ne change pas — mais dans les formes que l'art\n l'exprime. Dès lors, un art non renouvelé doit apparaître à beaucoup comme\n une vieillerie, un radotage intéressant pour l'archéologue, mais qu'on ne vil\n plus pour son propre compte. Le snobisme l'admet et s'en amuse; les gens\n pressés ou simplement occupés se tournent vers autre chose.\n     Par ailleurs et surtout, puisqu'il y a désaffection des masses à l'égard de ce\n qui pourrait faire vivre l'art religieux, celui-ci doit être en baisse. La demande\n crée l'offre. Il faudrait de l'héroïsme pour ramer indéfiniment et en masse\n contre le flot. L'héroïsme est chose rare en ce bas monde; il y demeure\n facilement solitaire. Aussi, l'artiste religieux végétant, on voit la plupart des\n artistes refuser d'être religieux. Ils cherchent d'autres formules. Pourquoi,\n pensent-ils, s'acharner sur ce qui n'est plus compris, sur ce qui ne répond\n plus à l'âme collective? S'ils le font quelquefois encore, c'est parce que le sujet\n  religieux demeure en dépit de tout un beau prétexte. Le public y consent, et\n l'on voit même ce paradoxe d'artistes plus ou moins athées, voire notoirement\n anticléricaux, offrant aux applaudissements d'un public de même nuance de\n vagues tableaux religieux. Ce sont là jeux de dilettantes ; on y trouve occasion\n de faire la preuve — triste preuve à coup sûr — d'une largeur d'esprit qui saura\n trouver ailleurs ses revanches. Mais à quoi servent religieusement ces parades?\n  Il en reste le métier, que du reste beaucoup s'empressent aujourd'hui de\n déclarer le tout de l'art, comme si ce n'était pas faire à celui-ci une mortelle\n  injure.\n     Non, l'art n'est pas plus le métier que la calligraphie n'est le style. L'art,\n  c'est la vie exprimée sous l'un de ses aspects par une âme qui en a reçu le choc,\n  pour des âmes qui peuvent le recevoir à leur tour. Le vrai sujet religieux, ce\n serait donc un sentiment religieux exprimé par des moyens d'art; le reste n'est\n que surface, apparence et, religieusement, vanité.\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                                241\n\n\n   Ce qui peut nous consoler, à moins que cela ne doive nous attrister\ndavantage, c'est que l'art religieux n'est pas seul menacé par la tourmente\nactuelle. Tout le grand art est en cause; il subit les conditions de l'existence\ndétachée pour un temps de ses aspirations les plus hautes. Seul l'art industriel\npeut se promettre un avenir immédiat. On conçoit que l'avènement de la\ndémocratie n'est pas fait pour assurer à ce mal d'idéal une guérison prompte.\nL'art se mettra de plus en plus au niveau des couches qui montent, ce qui veut\ndire qu'il descendra, en attendant que ces couches sociales, actuellement\nbarbares parce qu'elles sont dans l'enfance, se soient élevées assez pour que le\ngrand art puisse trouver parmi elles un public. Ce sera long!\n   En attendant, au lieu de conduire les multitudes vers les lumières\nsupérieures, l'art moderne subit leurs sentiments et les sert.\n    Dans ce recul apparent n'y a t-il rien d'utile, cen'est pas ma question, mais cela\nest, et cela est contraire tout spécialement à l'art religieux, parce que celui-ci\nest le plus grand, par suite le plus élevé au-dessus des préoccupations char-\nnelles qui semblent aujourd'hui prévaloir.\n   Mais on voit bien que cela ne fait pas le procès de la religion en elle-même.\nCela- fait le procès du siècle, pour autant qu'il n'a pas su comprendre que la\nreligion est le fond de la vie. Cela fait en partie le procès des hommes\nreligieux, qui n'ont pas su se maintenir, peut-être, au niveau qu'il aurait\n fallu, à l'égard de cette civilisation générale dont nous avons dit qu'elle\n conditionne le divin même, en tant qu'il est applicable aux hommes.\n Fléchir ainsi, n'était-ce pas donner occasion aux hommes du siècle de se\ndétacher de nous, soit par dégoût de certains poincs de vue maintenus contre\ntoute évidence, soit par découragement de nous voir incapables ou perpé-\ntuellement défiants à l'égard de ce qu'il y avait de légitime dans les aspirations\nnouvelles? Enfin, mettons que cela ne fait le procès de personne, mais que\ncela manifeste une grande loi, à savoir que toute adaptation nouvelle, tout\ngrand mouvement humain ne peut se faire qu'au prix d'une chute partielle.\n\n   Telle est l'explication que nous cherchions.\n   Il en ressort que l'avenir n'est nullement compromis. Il faut savoir regarder\nplus haut que les angoisses et les laideurs présentes. La religion est éternelle;\nmême de notoires démolisseurs l'ont reconnu. Or, nous devons savoir que le\ncatholicisme est la forme authentique et complète de la religion ; que si donc\nl'univers subsiste — j'espère que nous ne touchons pas à la fin du monde — le\nsentiment religieux subsistant aussi, et sa forme authentique, le christianisme\ncatholique, subsistant de même, l'art chrétien qui en est le miroir vivra à\njamais, quoi qu'il en soit de ses crises.\n   La religion ne peut pas perdre sa valeur esthétique plus qu'elle ne peut\nperdre sa valeur éducatrice, morale ou philosophique. Il y aura lieu seulement\nd'en réadapter l'idéal, puis de ramener à celui-ci les générations nouvelles,\nchaque fois qu'un grand tour de la roue universelle aura changé la face de ce\nmonde.\n   Le christianisme est loin d'avoir donné, en toute chose, tout ce qu'il peut\ndonner.\n"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": "242                                  DURENDAL\n\n\n    En politique, on sera bien aise, peut-être, de trouver son concours, pour\nretaire autrement et mieux ce que nous sommes en train de défaire.\n    En vie sociale, l'Eglise n'a pas fini de nous servir. Si la démocratie veut\nréaliser vraiment l'œuvre entreprise, à ses yeux les sauvegardes évangéliques ne\nseront pas toujours sans prix.\n    En science, en philosophie, si l'on veut bâtir solidement l'édifice, l'achever\nen valeur à l'égard de la vie intégrale, en y comprenant le divin sans lequel\nrien d'humain n'aboutit, on sera heureux de s'appuyer du christianisme, afin\nqu'il donne à la fragile raison un secours si éminemment utile qu'on pourrait\nle dire nécessaire, je veux dire le secours de la foi.\n    En tout domaine, le christianisme se présentera comme sauveur, à l'égard\ndes recherches futures. I1 n'y a pas de raison pour qu'il en soit autrement en\nmatière d'art.\n    Ceux-là donc s'illusionnent, qui voient exclusivement dans le passé l'art\nchrétien. Ils s'illusionnent comme s'illusionnent en économie politique les\nconservateurs purs, en politique les réactionnaires.\n    L'art ne s'enferme dans a u c u n e limite de temps ou d'espace; il est pro-\ngressif comme la vie, et si les artistes veulent faire œuvre bonne, ce n'est pas\ndans le passé qu'ils doivent regarder, à moins qu'il ne s'agisse d'en revivre\nl'âme éternelle : c'est dans le présent, autour d'eux et surtout en eux.\n    Qu'ils ne s'attardent donc pas aux pastiches. Dans le moyen âge français\nque certains veulent éterniser; au XIVe siècle en Italie et ailleurs, le christia-\nnisme a donné en art tout ce qu'il était capable de donner avec les formules\nalors en usage, étant supposé l'état général de la civilisation. Mais le travail est\nà reprendre. .\n     Pourquoi ne le fait-on point ? Parce que c'est là une œuvre séculaire. Qu'on\n se souvienne de ce que nous disions des débuts de l'art chrétien. Plusieurs\n siècles s'y épuisèrent; mais on vit à la fin des splendeurs. Aujourd'hui, nous\n sommes à u n nouveau début ; les étapes de l'avenir reproduiront celles du\n passé, seulement, je l'espère tout au moins, à un niveau supérieur et d'une\n allure plus vive. « La civilisation va en spirale », a écrit Goethe; on pourrait\n ajouter que la spirale s'enroule sur un cône : les mêmes reprises exigent un\n détour moindre et atteignent plus haut. Mais néanmoins, ce sera nécessaire-\n ment œuvre longue. 11 faut d'abord le temps de comprendre; il faut ensuite\n celui de trouver la voie ; il faut enfin celui de réaliser. Le génie même ne peut\n franchir d'un coup les étapes.\n     C'est la vie, et elle seule, une fois bien assurée de soi, qui doit créer\n elle-même son miroir. Notre religion vécue à la moderne, mise en contact\n avec de nouveaux besoins, de nouvelles façons de sentir et de penser, se\n donnera bien u n jour la forme de beauté faite pour elle, et saura bien l'imposer\n à tous.\n     C'est du dedans que cette rénovation doit se faire. Soyons chrétiens ; soyons\n modernes ; soyons artistes, et nous ferons œuvre d'artistes chrétiens modernes,\n au lieu de copier toujours ou de gémir.\n     Je ne voudrais pas faire de prophétie, mais il me semble — et pourquoi ne\n  le dirais-je pas ? — que la caractéristique de l'art chrétien de l'avenir sera ce\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3496, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                               243\n\n\nque j'appellerai d'un mot barbare : l'intrinsécisme. Dieu et le divin y seront\nreprésentés moins par des caractères extérieurs que par leurs effets dans\nl'homme. L'homme lui-même sera étudié moins dans ses gestes que dans les\nressorts secrets qui le font agir. La nature sera moins vue comme un décor ;\non s'apercevra que selon le mot profond d'Aristote, elle est « pleine d'âme »\net l'artiste chrétien nous dévoilera son âme dernière, qui est Dieu.\n    Travail en profondeur, et par suite perfectionnement de l'art, qui est avant\ntout un appel à l'intériorité des choses : voilà ce que tous les arts peuvent se\npromettre, quand les conditions du milieu renouvelé auront pu exercer à\nplein leur influence, et que l'agitation actuelle sera apaisée.\n    Il est bien manifeste que dans ce but de rénovation il faudra pousser en tous\nsens les recherches. On s'en dispense aujourd'hui facilement. Combien sont-ils\nceux qui, chrétiens d'une part, artistes de l'autre, essaient de mettre sérieuse-\nsement ces deux attributs en synthèse ?\n    On maintient la dualité; on travaille d'après des procédés à côté, comme\non faisait aux Catacombes.\n    Quand on peint le cheval, on prend la peine d'étudier les formes et les\nattitudes du cheval, de suivre celui-ci en toute sa vie, voire en ses plus fugitives\nallures. Le plein-air exige même qu'on le baigne dans l'atmosphère d'alen-\n tour ; qu'on suive, à le regarder, la fuite des heures et des saisons sur sa robe.\n Quand il s'agit d'art religieux, on se contente le plus souvent d'une extériorité\n banale. Agenouillement, prunelles relevées, mains jointes : c'est tout ce qu'on\n voit dans la prière. La sainteté est surtout faite d'auréoles. Dans les scènes\n pieuses, on pense surtout aux effets de lignes, aux curiosités de clair-obscur,\n puis au faire, le tout fondé sur quelques conventions traditionnelles. Or, là\n ne sont point, pour l'art, la voie, la vérité et la vie. Le divin en pénétrant un\n être, ou un groupe, y produit des effets. Ces effets sont spéciaux, subtils, infi-\n niment difficiles à rendre, et ce ne serait pas trop d'y apporter tout au moins\n le soin qu'on accorde au reste. Que l'on compare dans l'œuvre d'Ingres la\n profondeur de regard que supposent ses portraits à la psychologie superficielle\n de ses toiles religieuses. Il était pourtant de ceux qui savent qu'il y a là une\n mine : j'en ai fourni plus haut le témoignage.\n     Ne faudrait-il pas aussi étudier l'histoire religieuse, se tenir au courant de\n  ses progrès, au lieu de se contenter d'éternelles rapsodies ? Quand il s'agit des\n  saints, si souvent demandés aux artistes, ne faudrait-il pas savoir qui ils sont,\n  et pour cela les étudier, au lieu de les faire comme au pochoir, tous pareils,\n  tous également niais ou banals, distingués seulement par le bric-à-brac d'attri-\n  buts que fournit le dictionnaire iconographique ?\n     Aujourd'hui que la critique règne partout, pourquoi refuser d'en faire en\n  hagiographie et en psychologie religieuse, en exégèse d'art et en liturgie ? On\n  pourrait sur ce terrain dépasser largement ce qui a été fait au moyen âge, et\n  sous beaucoup de rapports ce qu'ont fait les maitres duXVIesiècle.\n\n   Quoi qu'il en soit des chemins, le but reste. Qu'on se garde d'en douter, un\n nouvel Edit de Milan est possible. Je dirai qu'il est sur, avec cette différence\n que le nouveau Constantin ne sera pas un empereur : ce sera la collectivité\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1314, "texte": "244                               DURENDAL\n\n\n\nhumaine devenue plus consciente, détrompée de ses aberrations antireli-\ngieuses ou antiprogressistes, ayant achevé par ailleurs ses essais.\n   Beaucoup déjà se trouvent lassés de ce qui prétendait de divers côtés à rem-\nplacer le christianisme. Ils ne sont pas la foule : la foule est longue à voir !\nMais quand elle aura vu, elle fera ce qu'on fait toujours quand on voit où\nest la vie : elle s'y orientera de toute son âme. Le bourgeon inconscient ne\ntourne-t-il pas vers la lumière et la chaleur vivifiante ses énergies enveloppées?\nL'être humain ne peut pas se montrer inférieur à la plante. Or, si cela se fait,\nl'art chrétien refleurira, avant trouvé ses conditions divines et humaines\nd'existence. Sur ce terrain comme sur tout autre, une vertu sortira de nouveau\ndu Christ pour revivifier tout, nous rendre les inspirations d'où sortent les\ngrandes œuvres. Et alors, il faudra se consoler des longues périodes d'incu-\nbation obscure et douloureuse. Il faudra dire encore avec Pascal : Il est bon\nd'être lassé et fatigué par l'inutile recherche du vrai bien, afin détendre les\nbras au Libérateur.\n\n                                                   A . - D . SERTILLANGES,\n                                           Professeur à l'Institut catholique de Paris.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-012", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 245, "page_fin": 247, "titre_corps": "Les Regrets, par Ernest de Laminne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Les Regrets par Ernest de Laminne", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 292, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1693, "texte": "Les Regrets\n                      par Ernest de Laminne (1)\n\n\n               UNcollaborateur de Durendal, M. Ernest de La-\n                 minne, vient de publier, chez L e m e r r e , un\n                 volume de vers : Les Regrets. Poèmes de pitiés,\n                 de tristesses et d'orgueil, ils sont l'expression\n                 très belle d'une âme de poète qu'ont su profon-\n                 dément émouvoir les choses et les êtres. Souve-\n                 nirs d'amours perdues, souvenirs de douceurs\n                 lointaines... Messura maggior dolore... Vers le\nrêve idéal, dès les premiers jours le poète a couru, il lui appor-\ntait sa jeunesse et sa vie.\n\n       Au grand soleil ardent, comme une offrande due\n       J'aurais voulu brûler mon cœur religieux...\nMais le crépuscule s'écroula, et les chimères s'évanouirent ; le\npoète a voulu savoir, mais le Ciel n'a pas r é p o n d u ; le poète a\nvoulu aimer.\n\n       Or je m'en suis allé vers les maisons des hommes,\n       J'ai voulu croire en eux n'ayant pu croire aux dieux...\n       ... O frères pour lesquels j'aurais voulu mourir!\n\nmais les hommes lui ont fermé la porte... Et son livre est celui\nde toutes ces tristesses. Il l'a écrit avec la mélancolie grave de\nceux qui intérieurement, sans le montrer sur leur visage, ont\nconnu toutes les amertumes ; la vie leur a laissé le vide du désen-\nchantement et la mort leur a p p a r a î t comme une consolatrice.\nIls sont seuls ; or, le plus souvent c'est de la solitude et de la\ntristesse que naît l'orgueil. L e poète, replié sur sa pensée, va\nl'exalter; elle s'est adressée à Dieu et aux hommes, mais ni Dieu\n\n (1) Paris, Lemerre, éditeur.\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "246                               DURENDAL\n\n\n\nni les h o m m e s ne l'ont comprise. Elle se retirera loin d'eux\nalors, décidée à ne rien leur mendier. C'est la source, fort sou-\nvent, d'un lyrisme h u m a i n e m e n t beau. P o u r t a n t , les chanta d'or-\ngueil de M. de L a m i n n e , pour êtreparfoislargesetpuissants, sont\nloin de valoir les autres parties de son livre. Là où il est le plus\npoète, c'est dans l'évocation des intimités, des bonheurs simples,\nprofonds et puérils à la fois, qui ne sont plus, des instants\nvécus parmi l'amitié muette des choses... Lisez, par exemple,\nLa Pluie :\n        A cause du grillon de l'horloge ou du chien,\n        A cause du foyer qui flambe sur les choses,\n        A cause qu'il jait soir, que les portes sont closes,\n        Dans notre chambre obscure, ah! que nous sommes bien !\n\nou L ' A b a n d o n n é e :\n\n         Ne te souviens-tu pas du jardin familier\n         Où fleurait le parfum simple des giroflées\n         Avec son banc, et sa tonnelle et son rosier ?\n         Ne te souviens-tu pas de l'ombre des allées ?...\n\nA vrai dire, je le répète, c'est cette note intime qui me parait\nêtre la plus belle de ce recueil. Un peu d'artificiel parfois se\ndécèle en d'autres poèmes où l'inspiration veut grandir, et où —\nréaction d'un style habitué à exprimer tout simplement des\nchoses simples — la m u s i q u e se fait moins douce et l'émotion\nmoins harmonieuse.\n   Car, sauf quelques vers, un peu raides et non spontanés, dis-\npersés çà et là, la strophe de M. de L a m i n n e est souple et se\nmoule naturellement — il emploie presque toujours l'alexan-\ndrin — sur sa pensée hautaine et triste. Elle se disloque parfois\net se fait plus chantante encore. Ecoutez, par exemple, cette\nM u s i q u e . . . ce r y t h m e troublant qui meurt et renaît, retombe,\nse relève, traîne de l'aile, s'attarde comme une tristesse sur\nun violon :\n         Entends-tu s'élever cette lente musique,\n         Cette lente musique au milieu des jardins,\n         Cette ancienne et lamentable et mélancolique\n         Musique qui descend parmi les tamarins.\n         — Entends-tu s'éveiller, là-bas, cette musique,\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "                             LES REGRETS                            247\n\n       Un violon lointain la pleure au fond du soir,\n       La chevrotante et douloureuse et lamentable musique...\nEt pour ceux qui aiment et comprennent la symphonie lointaine\ndes mots, le livre fermé, des vers leur persistent d a n s l'oreille\net dans le cœur, profonds, mélancoliques et graves comme des\nsouvenirs de chansons éteintes :\n\n       ... Ecoute, c'est le soir qui tombe dans nos âmes...\n       ... Nos âmes par moment échangent dès baisers...\n\nCe lyrisme sans éclat et sans phrase est la vraie poésie de M. de\nL a m i n n e . Il est celui qui, à la soirée t o m b a n t e , enveloppe\ntout de recueillement, cherche à faire revivre religieusement\ndes joies mortes et des rêves :\n\n       Ecoute, au fond des bois le vent glacé s'élève\n       Et fait tourbillonner les feuilles qu'il enlève ;\n       Son sifflet déchirant, tel l'appel d'un noyé,\n       Se prolonge en sanglots amers dans le foyer,\n       Et f ait voler la cendre et vaciller les flammes ;\n       Ecoute! c'est le soir qui tombe dans nos âmes.\n\n       Dans nos cœurs c'est aussi le soir et c'est l'hiver ;\n       Les vents y ont laissé leur souvenir amer,\n       Les vents glacés d'hiver, les vents âpres d'automne,\n       Et nos rêves pareils en leur vol monotone,\n       Aux ramiers fugitifs qui passent dans le soir,\n       Se sont éparpillés en rayant le ciel noir.\n\nEt l'on songe à l'apaisement définitif de cette âme, à la reli-\ngieuse douceur que pourraient exprimer ses vers, si le poète,\nmené par son rêve, parvenait à la simplicité douce de la Foi, de\nl'Espérance et de l'Amour.\n\n                                                 P I E R R E NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-013", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 248, "page_fin": 251, "titre_corps": "Joris-Karl Huysmans d’après sa correspondance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Joris Karl Huysmans d'après sa correspondance Suite J'INTERROMPS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 295, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "Joris=Karl Huysmans\n           d'après sa correspondance\n                                  (Suite)\n\n\n\n\n                J'INTERROMPS, dans ce fascicule,       la publication des\n                  lettres que le Maître m'écrivit, pour donner\n                  celles qu'il adressa au docteur Pol D e m a d e et\n                  que celui-ci me c o m m u n i q u e à l'instant, avec\n                  autorisation de les publier. On verra, d'après\n                  les dates, qu'elles furent écrites vers la m ê m e\n                  époque. Elles trouvent donc leur place natu-\n                  relle ici. Elles sont du plus haut intérêt. Elles\nfustigent une fois de plus, et avec quelle belle violence ! la\npudibonderie absurde de certains catholiques, la peur de l'art\nqui en affecte d'autres et l'indifférence presque générale de\ntous vis-à-vis de la Beauté.\n   L a Foi vivante et vibrante de J.-K. H u y s m a n s éclate aussi\nd'une façon vigoureuse dans ces lettres, où il parle avec une\némotion à la fois si h u m b l e et si prenante du riche H o l l a n d a i s\nqui distribua ses biens aux pauvres du Christ pour s'en faire le\nserviteur.\n   D a n s une de ces lettres le Maître fait l'éloge du magnifique\nroman catholique : Une âme princesse, publié jadis par notre\nconfrère et dont il signale comme tout à fait r e m a r q u a b l e la\npage : L'Église empêche d'aimer, qui est de toute beauté en effet.\n    Pour que le lecteur comprenne ce que J.-K. H u y s m a n s écrit\ndans la troisième lettre au sujet d'une œuvre littéraire à tenter\nsur le Chemin de la Croix, j'ai prié Pol D e m a d e de me donner\nu n e note explicative, que voici :\n    « Froissé dans mes s e n t i m e n t s d'artiste chrétien de la bana-\nlité lamentable des images et des textes habituels du C h e m i n\nde la Croix, j'avais conçu le projet d'un livre de piété grave, à\n"}, {"page_pdf": 296, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3113, "texte": "       JORIS-KARL HUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE                                249\n\n\nl'usage des croyants, où les quatorze stations de la Voie Dou-\nloureuse eussent été figurées par des œuvres ou des reproduc-\ntions d'œuvres d'art empruntées au passé de l'art chrétien, telles\npar exemple la Flagellation et la Mise en Croix de G r ü n w a l d ;\n— et dont le c o m m e n t a i r e eût été d ' H u y s m a n s . — L a lettre en\nquestion est une réponse à la proposition que j'avais faite à\nl'écrivain converti.                                    D r P. DEMADE. »\n\n                                                                 Paris, 28 avril 1895.\n                    M O N S I E U R E T CHER C O N F R È R E ,\n\n   Je viens de lire l'article que vous avez bien voulu faire sur En Route dans le\nDurendal. C'est joie que de se voir compris, enfin, par un catholique, et je\nvous remercie de cette a u b a i n e .\n   Vous l'avez excellemment dit : Ce livre ne pouvait être écrit dans une\nautre langue — ou alors il fallait renoncer à faire de l'art. L e catholicisme a\nusé tant de mots d a n s les passoires des cuistres, qu'on n'ose même plus s'en\nservir; on nage dans de l'albumine pieuse, dans de la bondieusarderie. J'ai\njustement tâché de réagir contre cela, d'apporter la langue m o d e r n e dans la\nmystique. Forcément, il y a des choses plus ou moins réussies, mais ce n'était\npas commode à réaliser non plus.\n   Au reste, ce réalisme mystique n'a-t-il pas été tout l'art flamand du moyen\nâge, et les sculptures des cathédrales ne sont-elles pas sculptées d a n s u n e\nlangue a n a l o g u e ?\n   C'est effrayant le bégueulisme, la peur des mots des catholiques en F r a n c e .\nJe disais à l'abbé Klein : « Vous me reprochez la phrase : l'étable reste vide,\nc'est du p u r i n qui fétide, des gaz qui émigrent, etc. J'ai eu tort, j'aurais dû\nmettre : c'est un sac d'excréments — alors vous n'auriez rien pu dire, car ce\nserait du saint B e r n a r d ! ! »\n   N o n , vraiment, ils feraient bien de relire Odon de Cluny, saint Bernard,\nils verraient si ceux-là étaient p r u d e s et avaient peur des vocables.\n   L e résultat de tous ces effarements, c'est que l'Eglise, qui a tout mené pen-\ndant des siècles, est maintenant nulle en art. T o u s les mouvements artis-\ntiques se font hors et loin d'elle. E t malheureusement, à P a r i s , ce n'est pas\nprès de finir.\n   A Paris et autre part. Oyez celle-ci : la dernière fois que je fus dans cette\nadorable cathédrale de Chartres, je vis ce comble de p u d e u r :\n   Parmi les admirables sculptures d u XVe siècle qu'elle renferme, figure une\nscène de la Circoncision.\n   Le clergé de Chartres a trouvé ingénieux de coller u n morceau de papier\nsur le ventre de J é s u s ! ! Après celle-là, il faut, n'est-ce pas? tirer l'échelle.\n   Mais vous savez aussi bien que moi la sottise de ces gens ; ce que j'ignorais,\n par exemple, q u a n d j'écrivis m o n livre, c'est qu'il existait en Belgique u n\n parti catholique j e u n e qui aimait la mystique et l'art.\n   Et je le sais m a i n t e n a n t . Vous avez, avec une lucidité vraiment étonnante,\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3104, "texte": " 25o                                  DURENDAL\n\n\n\nexpliqué le livre et vous l'avez loué, en de larges et belles phrases. De tout\ncela je vous remercie et de tout cœur, mon cher confrère, et aussi de votre\nphrase finale, car le souhait qu'elle renferme peut, si l'on consent à l'écouter,\nm'être bien utile ; oui, je vous assure et que Notre-Seigneur vous le r e n d e .\n   Bien amicalement à vous,\n                                                                   J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n                                                                            2 juin 1895.\n\n   Je pense vraiment, mon cher Confrère, que votre Ame Princesse eût dû\nfigurer dans les célestes que rêva sans jamais les écrire le grand d'Aurevilly.\nIl y a là une conception héroïque digne de lui, mais, ce qui est en sus, c'est\nun brasier catholique flambant qu'il n ' e û t pas si violemment attisé.\n   Je pense à cela, sur les pages maîtresses de ce livre, celles qui commencent\npar l'Eglise empêche d'aimer ! Elles sont superbes et d'une véhémence magnifique\nd'âme. T o u t e la nouvelle est curieuse, c'est bien — mais ce morceau-là\ndépasse et fait en m ê m e temps reculer m ê m e les délicates pages d u double\namour.\n   Q u e vous avez raison de revendiquer pour les catholiques le droit de\npeindre la passion, la vie! Mais il n'y aurait plus d'oeuvre d'art possible avec\nle système contraire, — et vous avez d o n n é la preuve palpable, avec Barbey\net Villiers, de l'art pouvant évoluer avec autant de liberté dans le sujet catho-\nlique que dans le sujet moderne profane.\n   Aussi vous remerciai-je de m'avoir mis à même de lire l'histoire du Prince\net je vous envoie, à cette occasion, mon cher Confrère, u n e bien cordiale\npoignée de mains.\n                                       Votre bien dévoué,\n                                                                  J.-K.    HUYSMANS.\n\n\n                                                                  Paris, le 9 juin 1895.\n\n                     MONSIEUR ET CHER CONFRÈRE,\n\n   Je vous remercie de votre bonne lettre. Vous avez mille fois raison — en\nsongeant a faire une étude des Pères et des écrivains sacrés, au point de\nvue réaliste. Mais tous le furent. Depuis saint Bernard jusqu'à cette douce\nAngèle de Foligno, dont nous ne possédons que des traductions amoindries.\nE t quelle franchise chez ces saints ! P e r s o n n e plus qu'eux n'a dit leur vérité\nau clergé. Voyez sainte H i l d e g a r d e , Suso, sainte Catherine de S i e n n e . Ils\nparlaient sincèrement, sans avoir peur des mots, ceux-là! E t tout l'art flamand?\nles Primitifs, étaient-ils des réalistes surélevés, ceux-là?\n   Il y aurait u n e bien curieuse étude à faire, et ce serait un vrai service que\nvous n o u s rendriez en la faisant. Peut-être les catholiques comprendraient-ils\nalors qu'ils ont noyé dans u n style de robinet l'art magnifique de l'Eglise.\n   Q u a n t au sujet dont vous me parlez, le Chemin de Croix, il est écrasant!\nSongez d o n c — ce serait à tenter peut-être, mais pas chez soi, si l'on était\nchez L u i , puis ce qu'il faudrait être épuré, pour tenter cela !\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "       JORIS-KARL HUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE                               25l\n\n\n   P l u s tard, si ma vie s'arrange, si je suis assez protégé par Dieu pour pou-\nvoir enfin suivie mes g o û t s . . . nous verrons.\n   Je suis dans l'admiration de ce que Dieu peut faire d'une âme. J'ai reçu\ndes lettres divines, au-dessus de toute littérature, d'un Hollandais! Cet\nhomme, écrasé par la certitude de Dieu, a d o n n é tous ses biens aux pauvres,\net il vit, au milieu d'eux, les lavant, les nourrissant, les faisant prier. Il pleu-\nrait q u a n d il lui fallut vendre sa collection de bibelots, de livres, il avait peur\nde lui et des autres. Il est maintenant inondé de joie. Il est le serviteur de\ncinquante pauvres, chaque jour. Est-ce assez beau!\n   Cet h o m m e écrit d'ailleurs, sans s'en douter, des choses admirables. Dieu\nlui sort par tous les mots. Dire que j ' a i eu l'affreuse humiliation de donner\ndes conseils à u n e telle âme et de la consoler! Les rôles se sont ridiculement\nretournés vraiment.\n   J e ne sais encore si j'irai en Belgique, cette année, car je vais être obligé\nde partir dans le Midi pour de grosses affaires d'avenir avec L u i . . . P r i e z pour\nmoi, pour q u e , ce q u ' u n e sainte me veut, réussise.\n   Merci de votre amitié, je la prends et de grand cœur, je vous assure.\n                                      Bien à vous de tout cœur,\n                                                                  J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n  (A continuer.)                                            HENRY         MŒLLER.\n\n                           Reproduction interdite (1).\n\n\n\n\n  Il) Nous interdisons formellement la reproduction de ces lettres de J.-K. 'Huysmans\nel de celles qui suivront. •\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-014", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 252, "page_fin": 253, "titre_corps": "Le Mont des Arts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Buls", "ancre_debut": "Le Mont des Arts A maquette du Mont des Arts", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 299, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "Le Mont des Arts\n\n                     A maquette du Mont des Arts a enfin été exposée,\n                       son succès paraît avoir été médiocre et ceux qui\n                       sont allés la voir en sont revenus déçus. On a\n                       généralement trouvé que l'architecte avait abusé\n                       de la règle, du compas et de la répétition fasti-\n                       dieuse du même motif. Rien ne révèle dans\n                       ce m o n u m e n t gigantesque ni sa nationalité, ni\n                       son époque, ni sa destination.\n      Q u a n d , il y a quelques années, M. Janlet érigea à une\nexposition de Paris la façade du palais de la Belgique, son\nœuvre fut saluée par un concert d'éloges; on célébra comme un\nt r i o m p h e national sa conception originale, il n'était pas néces-\nsaire de d e m a n d e r à quel pays a p p a r t e n a i t l'auteur. On pouvait\ns'attendre qu'après ce succès on l'encouragerait à persévérer en\nlui c o m m a n d a n t quelque m o n u m e n t public. On n'en fit rien et\nce fut l'art français et même les architectes français qui eurent\ntoutes les faveurs. S'ils n'eurent pas toutes les commandes on\nles consulta sur celles qu'on donnait à nos architectes et ceux-ci\npour voir leurs œuvres acceptées durent se mettre au ton du\ndiapason officiel.\n      Q u a n d nos architectes flamands, du XVIe et duXVIIesiècle, s'ins-\npiraient de l'architecture italienne, pour obéir au puissant mou-\nvement de la Renaissance, au moins imprimaient-ils leur griffe\nsur leur œuvre, comme Devriendt pour l'admirable Hôtel de\nville d'Anvers, ou les Cosijns, les De Bruyn pour les maisons\nde la G r a n d ' P l a c e . De nos jours nous avons vu Poelaert (1),\nBeyaert et Janlet faire œuvre d'architectes flamands, c'est-à-\ndire donner à leurs constructions l'ampleur, le coloris, la\n\n  (1) Il faut tenir que le projet de Poelaert pour le Palais de Justice était plus original\nque celui qui a été exécuté, il ne comportait pas le dôme ajouté sur les conseils de\nGarnier, architecte de l'Opéra.\n"}, {"page_pdf": 300, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "                             LE MONT DES ARTS                                   253\n\n\nsilhouette pittoresque qui sont les caractéristiques de l'art fla-\nm a n d . L a race et le milieu resteront toujours les puissants\nferments de l'originalité dans l'art. L'internationalisme sera\naussi impuissant que l'espéranto à inspirer les architectes et les\npoètes.\n   Mais revenons à la maquette.\n   Il n'y a rien à dire des longues et fastidieuses façades à front\nde la rue de l'Empereur et de la rue de Ruysbroeck, sinon\nqu'on pourrait se croire en présence d'un bâtiment d'usine, la\ncheminée sous forme de tour n'y m a n q u e m ê m e pas.\n   La façade principale se compose de deux motifs empruntés\nà l'art romain : un lourd arc de t r i o m p h e , dont la pesanteur\ndevrait le faire attribuer au bas-empire, forme l'entrée princi-\npale et doit stériliser, au point de vue de l'emploi, toute la\npartie centrale du palais. Des deux côtés s'aligne une colonnade\nempruntée aux temples périptères. Mais autant l'architecte\ngrec était logique en disposant ses colonnes autour d'un édifice\nqui n'avait pas de jours latéraux et ne s'éclairait que par\nl'ouverture ménagée dans le toit de la Cella; a u t a n t l'architecte\nbelge l'est peu en plaçant les fenêtres sous la saillie de l'enta-\nblement et dans l'ombre des colonnes. J e plains les Acadé-\nmiciens (1), si M. Maquet les a logés de ce côté; je plains les\nvisiteurs du Musée si ces fenêtres sont destinées à l'éclairer.\n   Voilà où on en arrive quand on va chercher ses inspirations à\nParis, car le Musée installé dans le petit palais de M. Giraud\nn'est pas mieux éclairé que ne le seront les salles de notre Mont\ndes Arts, si on l'exécute jamais.\n   Nous avons, du reste, la persuasion que la clameur publique\nfera justice du malencontreux projet qu'on a eu la bonne idée\nde soumettre au j u g e m e n t de la population et qu'on n'osera pas\nl'exécuter. Ouvrons dès à présent la discussion sur celui qu'il y\na lieu de lui substituer. Élaborons un p r o g r a m m e digne d'une\n nation qui compte assez d'architectes de talent pour n'avoir\n pas besoin d'aller chercher des inspirations à l'étranger.\n\n                                                                       BULS.\n\n\n\n  (1) On n'a jamais expliqué pourquoi on voulait les expulser du Palais des Académies,\noù ils se trouvaient fort bien, à ce qu'ils m'ont dit.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-015", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 254, "page_fin": 256, "titre_corps": "Genèse de genèses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Genèse de genèses UNE mer de nuages", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "Genèse de genèses\n                         UNE mer de nuages qui roule, s'enfle, emplit le firmament\n                           entier, et dans ce chaos floconneux tantôt sombre, tantôt .\n                           étincelant, des figures géantes qui se précisent un m o m e n t\n                           à peine, alors terribles ou majestueuses, pour retomber\n                           presque aussitôt d a n s l'océan des brumes, tel est le m o n d e\n                           idéal qui devait fasciner les yeux d'un antique scalde\n                           Scandinave, et qui, presque de nos jours revenait hanter\n                           l'âme d'un obscur graveur anglais que ses c o n t e m p o r a i n s\n                           ignorèrent ou méconnurent, et dont la gloire ne fait\ndepuis lors que s'accroître.\n    Cet h o m m e est William Blake, dont la maturité coïncida avec l'époque de\nnotre révolution française, et qui, jusqu'ici à peine entr'aperçu en F r a n c e ,\nvient d'être mis en pleine lumière par la plus consciencieuse et la plus com-\nplète étude peut-être qui lui ait été consacrée dans aucun pays, le livre de\nM. P . Berger (1). Si je connaissais moi-même Blake depuis une quinzaine\nd'années, je ne le devais qu'au hasard qui, aux temps lointains de la Plume où\nparut sur lui, cas unique, u n article accompagné de dessins, étranges spéci-\nmens de son génie étrange, m'avait mis en rapports avec l'auteur de l'article\net ses amis, jeunes poètes de langue anglaise épris d'admiration pour le génie\nvisionnaire de ce demi-inconnu. J e m'étais promis de ne pas laisser là cette\nfigure étonnante et la réflexion me revient que je faisais alors : Quelle mer-\nveille doit être cette poésie anglaise où un homme comme Blake n'est regardé\nque comme une figure de second p l a n ! P u i s la vie avait coulé avec ses tra-\nvaux de chaque jour et ses préoccupations renaissantes et divergentes, je\nm'étais même éloigné des poètes anglais et j'avais presque oublié William\nBlake q u a n d le livre dont je parle est venu non seulement le rappeler à mon\nsouvenir, mais l'expliquer et le glorifier à tout le public lettré de F r a n c e .\n    U n n o m explique la renaissance chez le fils d'un petit boutiquier de Golden\nsquare d'une âme contemporaine des créateurs de la vieille mythologie norse :\nS w e d e n b o r g . Celui-ci était presque septuagénaire q u a n d Blake naquit, l'année\nmême (1757) où d'après lui « le dernier jugement avait eu lieu dans le ciel et\nd a n s les âmes des h o m m e s » ; il avait déjà écrit tous ses ouvrages mystiques\ndont les principaux, Arcana cœlestia, De cœlo et inferno ex auditis et visis et De nova\nHierosolyma, parurent justement à L o n d r e s aux environs de cette même a n n é e ;\n\n\n  (1) William Blake, mysticisme et poèsie, par P. Berger. Paris, Lecène et Oudin, 1907.\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "                              GENÈSE DE GENÈSES                                    255\n\n\ncette étrange philosophie de rêves devait donc être d a n s toute sa fraîcheur\nquand le jeune William s'ouvrit à la vie de l'esprit, et l'on comprend l'im-\npression é n o r m e que dut p r o d u i r e sur u n e âme comme la sienne cette effa-\nrante théogonie où les anges et les démons conversent familièrement avec le\nvoyant.\n   Swedenborg mis en vers par Shakespeare, telle est la définition qu'on\npourrait, j u s q u ' à u n certain point, donner de Blake. The eye sees more than the\nheart knows, ce vers du graveur-poète ne rappelle-t-il pas celui q u ' H a m l e t dit à\nHoratio, mais H a m l e t est un philosophe alors que Blake est u n visionnaire.\nSa raison d'être a été de donner un corps à ses imaginations, mais la force\névocatoire est telle chez lui que la réalisation de son propre burin est loin de\nsatisfaire les désirs que son verbe a éveillés au fond de nos â m e s . L e dessi-\nnateur, chez lui, est inférieur au poète. Les gravures que reproduisait\nM. Stokoe d a n s la Plume n e m'auraient pas retenu sans les étranges fragments\nlittéraires qui les accompagnaient. Comme réalisation du m o n d e fantastique,\nGustave Doré est autrement génial que William Blake, mais comme rêveur\ndes cosmogonies primitives, combien Blake prend sa revanche sur tous ceux\nqui se sont engagés sur la m ê m e route!\n    Ce qui lui d o n n e surtout son caractère fascinant, c'est l'imprécision vivante\nde ses rêves. Rien chez lui de l'appareil cristallisé du métaphysicien qui\nréduit en système ses théorèmes et ses corollaires et qui prend garde qu'au-\ncune contradiction, a u c u n e obscurité ne subsiste dans sa trame d'abstractions;\ncela sans doute est plus satisfaisant pour la logique, plus reposant pour les\njeunes collégiens dont on coupe le pain spirituel en tartines positives et assi-\nmilables, mais cela ne vit p a s . Qu'il s'agisse des ennéades de Plotin ou des\néons de Basilides on se trouve en face, toujours, de simples concepts. Avec\nBlake, au contraire, on respire dans un m o n d e de d i e u x ; il est vrai qu'il ne\nfaut pas chercher à savoir quels sont ces dieux, et s'ils ont u n Dieu unique\nqui leur est supérieur et si ces dieux sont les mêmes sous les mêmes n o m s , ou\nsi leurs rapports ne c h a n g e n t pas comme leurs n a t u r e s ; est-ce qu'on demande\naux nuages une fixité quelconque, et la beauté de ces montagnes fluides qui\nroulent confusément dans l'abîme de l'éther ne vient-elle pas de leur fugacité\n prestigieuse et de leur changement éternel de forme, de lumière et de\n couleur ?\n    « L a terre n'existait point (au début des temps) ni les globes d'attraction. —\n la volonté d e l'Immortel étendait — Ou contractait ses sens infiniment flexibles.\n Il n'y avait point de mort mais la vie éternelle jaillissait. » Death was not, but\n eternal lift sprung. C'est d a n s cette genèse puissante que se manifeste le\n premier né de l'Eternité. Urizen « Voilà qu'une o m b r e horrible s'est élevée\n — Dans l'Eternité, i n c o n n u e , inféconde — Concentrée en elle-même, repous-\n sant tout ». C'est en s'opposant, donc, à l'Eternité qu'Urizen « ombre p e r d u e\n dans sa propre contemplation '' se personnalise, et fait naître à son tour le\n Temps, L o s , le forgeron qui enchaînera Urizen dans la trame des J o u r s et\n des Années « par des écrous de fer et de cuivre ». Alors, d'autres Eternels\n paraissent, tels q u ' E n i t h a r m o n , la forme féminine de l'espace qui se sépare\n  de L o s ; mais comme ces mots d'Espace et de T e m p s sont ici faux à côté de\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3153, "texte": "256                                 DURENDAL\n\n\nces colosses brumeux qui vivent comme nous et d'une vie vraiment divine où\nleurs pas font gémir et craquer l'Eternité, suivant le mot de leur récent\nhistorien. Les quatre Zoas dont la titanomachie remplit les plus beaux\npoèmes de Blake ne sont pas de simples abstractions de nos états d'âme, ce\nsont des dieux, Urizen que nous connaissons déjà, Luvah, le principe\nd'amour, Tharmas, le pouvoir végétatif, Urthona, l'instinct qui lie l'individu\nà l'univers.\n\n          Urizen, cold and scientific : Luvah pitying and weaping\n          Tharmas indolent and sullen, Urthona doubting and despairing,\n\n et des dieux qui se dédoublent, engendrent d'autres dieux qui eux-mêmes se\n transforment confusément. En combattant Luvah, Urizen découvre son\n spectre, Ahania. « Effrayant son désir invisible pousse un cri — Urizen gémit\n profondément. Etendant sa main terrible — Il saisit Ahania (tel est le nom\n de son âme séparée) — Sur les montagnes de jalousie — Il gémit plein d'an-\n goisse et l'appela le Péché — En l'embrassant et en pleurant sur elle... »\n Etranges nuées! Tantôt Urizen rappelle Jéhovah, tantôt Satan; un de ses\n fils, Fuzon, pourrait être une transfiguration de Jésus. Mais chercher à\ncomprendre, ici, c'est déjà n'avoir pas compris. Blake n'est pas un théologien\nni un métaphysicien, c'est un cosmogone et par lui nous comprenons que des\npoètes aient pu vraiment créer une religion. Qui sait si, comme le croyaient\nnos pères (explication qu'on trouvait naïve et qui peut-être est vraie), qui sait\n si la mythologie hellénique, la mythologie Scandinave, d'autres encore, ne\nsont pas sorties en entier de quelques cerveaux de poètes visionnaires? Il\nsuffit d'un seul Blake pour expliquer bien des légendes, bien des symboles.\n Les lamentations d'Ahania pleurant son père et son amant « Ah, Urizen !\nBien-aimé ! — Fleur du matin! Je pleure sur les bornes — Du néant. Combien\nimmense est l'abîme — Entre Ahania et toi!... » les voyages de Vala,\nl'émanation de Luvah que Blake un moment nous dit être la mère d'Urizen\n « double forme, mâle et femelle, frissonnante », la recherche par Tharmas de\nson spectre Enion, la fusion de Los et d'Urthona à qui se refuse Eni-\ntharmon » Comme une source dans les sables brillants de Los, tu échappes à\nmes embrassements » toutes ces histoires merveilleuses et nuageuses sont\nbien de la matière divine qui fait les Mythes et les Cultes.\n    Essayer de les classifier et de les clarifier est le fait des exégètes ; ici je n'ai\nvoulu que signaler à ceux qui pourraient encore l'ignorer, l'existence d'un des\nplus grands maîtres de la littérature anglaise, du plus grand poète du\nXVIIIe siècle peut-être, à qui seul Dante et Hugo peuvent être comparés, un\npoète en qui revit l'âme des Ezéchiel et des Jean de Pathmos. Maintenant\nqu'un livre d'une clarté et d'une conscience parfaites l'ont mis à la portée de\ntoutlecteur, ceuxqui se plaisent à ce genre de visions apocalyptiques seraient\ninexcusables de ne pas s'approcher de lui pour l'admirer comme il mérite de\nl'être, profondément.\n\n                                                                  HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-016", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 257, "page_fin": 259, "titre_corps": "« Franciscus » d’Edgar Tinel au Festival de musique de Tournai", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "May de Rudder", "ancre_debut": "Franciscus d'Edgar Tinel an Festival de musique de Tournai 1 C'EST par", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 304, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "Franciscus „ d'Edgar Tinel\n              an Festival de musique de Tournai (1)\n\n                     C'EST par une exécution vraiment solennelle de l'oratorio\n                        Franciscus, d'Edgar Tinel, que la Société de musique de\n                        Tournai a clos sa vingtième année d'existence. On peut\n                        dire qu'elle l'a fait brillamment et artistement. Elle a\n                        tenu à couronner son active et j e u n e vie par u n e œuvre\n                        d'enthousiasme d'élan, de foi et d'amour. De celte commé-\n                        moration locale, elle a fait, on peut le dire, u n festival\n                        national où l'art musical belge a été glorifié en son maître\n                        le plus illustre, Edgar Tinel, glorification à laquelle la\nBelgique entière a voulu s'associer ; des artistes, des amateurs de tous les\npoints du pays s'étaient rendus n o m b r e u x à T o u r n a i ; dans la vaste Halle-aux-\nDraps, on s'écrasait littéralement! Eut-il vraiment conscience de la grande\nfête à laquelle il allait assister? Peut-être, mais toujours est-il que le concert\nfut suivi d a n s le plus grand recueillement, et chaque partie terminée par la\nplus magnifique et c h a u d e ovation à l'œuvre, à tous ses interprètes, à l'auteur.\nRarement il nous fut d o n n é d'assister à manifestation plus spontanée, plus\nunanime, plus émue surtout ; le maître Tinel en fut visiblement touché. Mais,\ncertes, ce qui fut pour lui une source d'émotions bien plus profonde encore,\nce fut l'admirable exécution de Franciscus.\n   Je n'ai plus besoin de revenir à l'analyse détaillée de cette œuvre, qui eut\nquatre exécutions à Bruxelles et plus de trois cents en Allemagne; elle fut\ncommentée à diverses occasions en cette revue même P o u r t a n t , il aurait pu\nse faire qu'au cours de sa carrière déjà longue (la première exécution est de\n1888) la partition eût p e r d u de son charme, de son coloris, de son élan. Mais\npoint du tout; les années ont passé sur elle sans ternir u n e seule de ses grâces\net sans pâlir sa flamme, et ceux qui eurent la b o n n e fortune de la saluer à sa\npremière apparition la retrouvent aujourd'hui avec a u t a n t de joie et de ravis-\nsement. C'est le temps qui consacre les vies ; je croirais bien qu'il a désigné\ncelle-ci pour u n e durée infinie, à côté de sa sœur, Sainte Godelive, de ses\naînées, les Béatitudes de F r a n k et les oratorios de Liszt, des œuvres de H a y d n ,\n Mozart, Haendel et B a c h .\n    La partition de M. Tinel est, du reste, d'une inspiration, d'un lyrisme\n\n\n  (1) N'ayant pu assister à l'exécution du chef-d'œuvre d'Edgar Tinel, nous reprodui-\nsons le superbe et enthousiaste compte rendu publié par le Guide Musical.\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3738, "texte": "258                                    DURENDAL\n\n\ndébordants et d'une admirable variété ; elle vit, progresse, monte et s'épanouit\ndans une atmosphère vibrante et c h a u d e . L a sincérité et la foi ardente qui\nl'animent, l'idéalisme transcendant qui la dirige, en font u n e création\né m i n e m m e n t élevée; elle est d'autant plus belle q u ' u n e véritable main\nd'artiste, dont la science et l'habileté égalent l'inspiration, en a parfait avec\na m o u r les moindres détails extérieurs, voulant que le corps soit à l'image de\nl'âme. L'unité de l'œuvre est n o n moins remarquable : toute la pensée, toute\nla lumière de ce vaste triptyque sont bien concentrées sur la figure principale\nde saint F r a n ç o i s d'Assise, l'adorable mystique du moyen âge qui appelait\nles êtres et les choses à l'amour divin. Il est le prédestiné, l'élu, le centre\ntoujours, d a n s sa vie m o n d a i n e (première partie), dans la mission divine qu'il\naccomplit sur terre (deuxième partie), comme dans le deuil et la glorification\nqui suivent sa mort (troisième partie). Giotto, dans ses peintures, n'eût pas\nplus de profondeur et de vérité, ni l'Angelico plus de douce suavité et de\nclarté que cette m u s i q u e . Ainsi, les grandes œuvres nées du m ê m e souffle et\nportées par la même foi se retrouvent sur les m ê m e s s o m m e t s .\n    Il est heureux que cette géniale composition ait eu à T o u r n a i u n e si belle\nexécution. Les chœurs d'amateurs de la Société de musique, ensemble excep-\ntionnel de belles et chaudes voix, d'une justesse, d'une sûreté et d'une\ncohésion parfaites, d'un enthousiasme inlassable, ont été un précieux appoint\n à la réussite du concert. L ' e n t r a î n a n t chœur final de la première scène, celui\n des anges suivant la vision de saint F r a n ç o i s , les reprises du cantique au\nsoleil, l'a capella de l'angélus, le double chœur, d'un effet si saisissant, accom-\n p a g n a n t le convoi funèbre du saint, voix du ciel r é p o n d a n t à celles de la\nterre, enfin le grand ensemble final, d'une ampleur et d'une puissance presti-\ngieuses, tout cela fut admirablement r e n d u .\n    L e s chœurs ont ainsi entouré de leur vibrante atmosphère la figure centrale\nde l'œuvre incarnée par un saint François idéal : M. P l a m o n d o n . Servi par\nu n e voix d'une limpidité, d'une clarté sans égales, d'un timbre aussi suave\nq u e p é n é t r a n t , s'élevant s a n s effort à toutes les hauteurs et s'assouplissant à\ntoutes les n u a n c e s et aux plus subtiles intentions, l'artiste met cet instrument\nexceptionnel au service d'une interprétation aussi intelligente qu'émue et\nl o y a l e ; c'est d'une vérité, d'une pureté et d'une onction qu'on ne p e u t assez\nlouer. Dites avec autant d'âme et d'art, les pages capitales de cette « partie »\ndevaient p r o d u i r e u n e impression profonde, et parmi celles-ci, tout particu-\nlièrement : la ballade de la pauvreté (disons en passant combien fut déli-\ncieusement jouée par M . Marteaux la phrase expressive du hautbois qui suit\nc h a q u e strophe), la merveilleuse vision de saint François, le chant de la\npauvreté, une des pages les plus émouvantes de l'œuvre, les cantiques au\nsoleil et à l'amour, enfin le sublime dernier chant, où vraiment M. P l a m o n d o n\na d o n n é à sa voix l'immatérialité d'un chant de transfiguré. L'impression\nproduite par cette rare interprétation a été, faut-il le dire? considérable.\n    Naturellement, d ' u n tout autre genre, mais non moins excellente, fut celle\nd o n n é e par M. Fröhlich, qui fut tour à tour, avec u n e égale autorité, une\ncompréhension juste, une belle voix sonore et ample, l ' H ô t e , le Génie de la\nguerre et le Veilleur de nuit. A M m e Auguez de Montalant, qui manquait\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1415, "texte": "                     « FRANCISCUS » D'EDGAR TINEL                                259\n\n\nparfois de sûreté, étaient confiées les parties des Génies de l'Espérance et de\nl'Amour et la Voix du ciel; enfin, MM. Vanderhaegen et Morissens se sont\nparfaitement acquittés des pages qui leur incombaient : Génies de la Paix et\nde la Victoire (ténor) et Génie de la H a i n e (basse). L e s difficiles quatuors de\nla deuxième partie ont été chantés par ces quatre derniers artistes sans\ndéfaillance.\n   Tout ce merveilleux ensemble vocal s'est admirablement détaché sur le fond\norchestral d'une richesse et d'un éclat de couleurs incomparables. P r é l u d e s ,\ninterludes, péroraisons p u r e m e n t instrumentale, ont aussi bénéficié d'une\nbelle exécution sous la direction entraînante et convaincue de M. H e n r i de\nLoose. Le Francisais d'Edgar Tinel compte u n triomphe de plus. A l'issue du\nconcert, l'auteur, très ému, a été rappelé et acclamé sans fin, associant à son\nsuccès ses beaux interprètes. M. Stiénon du P r é , bourgmestre de T o u r n a i et\nprésident de la Société, auquel nous devons cette h a u t e manifestation d'art, a\n nommé M. E d g a r Tinel citoyen de la ville de T o u r n a i , en témoignage\nd'admiration et de reconnaissance au maître qui fut le « parrain » de cette\nSociété musicale aujourd'hui si prospère.\n\n                                                              MAY   DE   RUDDER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-017", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 260, "page_fin": 264, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges de Golesco", "ancre_debut": "Chronique Musicale Cinquième Concert Ysaye", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 307, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2904, "texte": "Chronique Musicale\n\n                          Cinquième Concert Ysaye\n    Ysaye avait cédé le bâton à H e n r i Viotta, directeur du Conservatoire de\nLa H a y e . C'est lui qui, en 1906, prépara et dirigea les représentations sensa-\ntionnelles de Parsifal au W a g n e r v e r e i n d ' A m s t e r d a m . Comme capellmeister,\nM. Viotta s'est révélé au concert Ysaye u n e personnalité de premier plan.\nR a r e m e n t avons-nous entendu l'Héroïque interprétée avec autant de finesse\nunie à tant de force r a y o n n a n t e . E n imprimant à la S y m p h o n i e tout entière\net particulièrement au flamboyant Allegro du début cette allure victorieuse,\nces mouvements vifs et serrés où l'implacable rigueur du rythme laisse place\nà toute l'échelle des n u a n c e s m é n a g é e s avec u n e maîtrise évidente, M. Viotta\nnous a fait apparaître u n e S y m p h o n i e héroïque toute frissonnante d ' e n t h o u -\nsiasme altier, et réalisé l'expression véridique et adéquate de cette œuvre\nincomparable.\n    Les représentations modèles organisées en Hollande et auxquelles nous\nfaisions tout à l'heure allusion sont l'incontestable preuve de l'admirable\ncompréhension que M. Viotta possède de Parsifal. Il a d o n n é d u Prélude une\ninterprétation haute et sereine, et a eu l'heureuse idée d'y adjoindre ces pages\nfinales du poème immortel où s'allument de surnaturelles lueurs et où il\ns e m b l e que le ciel soit prêt à s'entr'ouvrir. Pareillement et avec le m ê m e bon-\nheur le prélude de Tristan s'est c o u r o n n é des triomphantes extases de la mort\nd'Yseult, concentrant ainsi tout le drame d'amour en u n e synthèse magistrale\noù, avec un art consommé, M. Viotta a préparé l'ascension graduelle vers\nles culminations de puissance sonore, faisant jaillir l'âme mystérieuse et pas-\nsionnée du poème et galvanisant s o n o r c h e s t r e d'un superbe essor de lyrisme\nexallé. L e concert se terminait par une exécution vigoureuse de la Chevauchée\ndes Walkyries, évoquant avec u n saisissant réalisme la vision des faîtes orageux\naffectionnés des filles de W o t a n . D e p u i s Richter, Mottl et Mengelberg, nous\nn'avions point éprouvé pareille impression au concert.\n    A cette audition magnifique, la viituosité instrumentale était représentée\npar Jacques T h i b a u d . Etait-il bien nécessaire que le Concertstück de Saint-\nSaëns, d'ailleurs absolument délicieux, et que la Symphonie Espagnole de Lalo\ndont le pittoresque savoureux et l'Andante tout à fait c h a r m e u r n'excluent pas\ncertaines longueurs où l'admiration va sûrement plus au virtuose qu'au com-\npositeur, était-il bien nécessaire que ces pages de musique élégante, mais\nsecondaire, vinssent interrompre les grandes impressions d'art et les plus\nsublimes paroles du génie? Il fallait tout le prestigieux talent du merveilleux\nvioloniste qu'est T h i b a u d pour faire accepter ce voisinage.\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3119, "texte": "                              CHRONIQUE MUSICALE                                     26I\n\n\n\n\n                Troisième Concert du Conservatoire\n                            La N e u v i è m e   Symphonie\n\n   La N e u v i è m e S y m p h o n i e que M. Gevaert dirigea avec une vaillance superbe\na été d o n n é e d a n s ces conditions d'admirable et absolue perfection qui sont\nle propre des exécutions réalisées par l'orchestre du Conservatoire, auquel les\nartistes de la Monnaie prêtaient leur concours. M. Gevaert inscrit souvent la\nNeuvième au p r o g r a m m e de ses concerts, et il y a lieu de l'en féliciter haute-\nment, car l'on ne connaît jamais assez ces créations immortelles du génie,\noù il y a toujours quelque aspect nouveau à découvrir. L'impression a été\nprofonde et on a écouté dans un pieux recueillement la Symphonie géante\nqui, avec la Missa Solemnis, constitue le sommet de l'œuvre beethovénienne.\n   Cette audition émouvante était précédée de l'ouverture des Deux Journées de\nCherubini et du concerto pour piano en mi bémol de Mozart, dont M. de Greef\na chanté l'Andante avec autant de poésie et d'élévation qu'il a mis de pureté et\nde finesse à exposer les m o u v e m e n t s vifs de cette œuvre charmante.\n\n\n\n                     Quatrième Concert Populaire\n   M. Arthur Schnabel. pianiste, y a fait entendre pour la première fois à\nBruxelles, le deuxième concerto de B r a h m s (en si bémol majeur), et cependant\nce concerto date de 1881, année où il fut présenté au public de Vienne par\nl'auteur lui-même. E n choisissant cette œuvre de fière envergure dont la tech-\nnique épineuse a éloigné les pianistes applaudis jusqu'ici à Bruxelles,\nM. Schnabel s'est révélé artiste probe et clairvoyant. L e Concerto en si bémol,\nde même que celui en ré mineur, pourrait être appelé une symphonie avec\npiano obligé, en ce sens que la partie confiée à l'instrument principal\nn'offrant que de rares soli d'ailleurs peu développés, se fusionne dans\nl'ensemble s y m p h o n i q u e sans avoir d'existence p r o p r e et indépendante. Cette\nconception neuve du concerto, considérée en elle-même, n'est évidemment ni\nsupérieure ni inférieure à la forme traditionnelle consacrée d'ailleurs par les\nplus purs chefs-d'œuvre (Mozart, Beethoven et même S c h u m a n n , où le\npiano a une p r é p o n d é r a n c e encore très notable). La forme vaut ce que vaut\nl'œuvre.\n   Le concerto en si bémol majeur est u n e composition de musicalité soutenue\noù la fermeté de la structure, la noblesse et la vigueur du dessin s'unissent à\nune intense vitalité de rythmes. Au point de vue de la technique pianistique,\nses formes hardies et originales intéressent spécialement les fervents du\nclavier. M. Schnabel l'a exécuté en grand pianiste, avec une clarté, une\npuissance et u n e rythmique superbes, bien que l'on eût parfois souhaité plus\nde souplesse et de variété dans les nuances.\n   M. Schnabel a également joué le gracieux impromptu en si bémol de\nSchubert et la Berceuse de Chopin qu'il a dit d a n s un style très p u r , enchâssant\nl'angélique rêverie dans la parure de sonorités limpides, mais sans cette\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "262                                  DURENDAL\n\n\nprofondeur de sentiment et ce charme enveloppant qui sont essentiels au\npoème. U n e restriction encore, celle-ci touchant le p r o g r a m m e . Q u a n d la\nlittérature du piano ruisselle d'innombrables trésors, p o u r q u o i terminer u n\nconcert par les Valses N o b l e s (?) de Schubert?\n     A ce même concert, M. D u p u i s a dirigé en première audition deux œuvres\n nouvelles : la S y m p h o n i e de M m e Van den Boorn-Coclet, professeur au\nConservatoire de Liége, symphonie dont 1'Andante cantabile et l'Allegro pomposo\nsont les parties les plus intéressantes et les mieux venues, puis le Poème de la\nforêt d'Albert Roussel. Cette symphonie se compose de trois parties : A) Forêt\nd'hiver; Renouveau; B) Soir d'été; c) Faunes et dryades. « L ' a u t e u r a cherché\nsurtout à traduire les sentiments divers de tristesse, de joie, de calme,\n de g r a n d e u r , que suggère la n a t u r e sous ses différents aspects. »\n     Bien que M. Albert Roussel s'en défende, prêtant à son œuvre des\nsignifications lyriques et n o n descriptives, le Poème de la forêt, fortement\n influencé par les procédés de Claude Debussy, semble bien se rattacher à\n l'esthétique impressioniste. Assurément on ne saurait dire que l'ampleur d u\n souffle et la clarté de l'architecture en soient les qualités maîtresses. Il est\n incontestable, d'autre part, qu'en maints endroits, particulièrement d a n s le\n p r é l u d e (Forêt d'hiver) et dans le Soir d'été, l'auteur possède toute u n e palette\n subtile de sonorités heureuses et d'harmonies évocatives, dons de coloriste\n délicat qui ne peuvent toutefois suffire à pallier les redondances de cette\n composition lourde de prolixités.\n     L e concert se terminait par Sadko, tableau musical de Rimsky-Korsakow,\n écrit dans la langue orchestrale la plus savoureuse et la plus ingénieusement\n suggestive.\n\n\n                                 Concerts Durant\n   W a g n e r . — M. D u r a n t avait composé un p r o g r a m m e tout en contrastes,\nopposant et faisant succéder les enveloppements célestes du P r é l u d e de\nLohengrin à la tempête déchaînée du Vaisseau-Fantôme, l'ivresse démoniaque du\nVenusberg aux appels héroïques du Voyage de Siegfried sur le R h i n , et les\naccents p o m p e u x du Kaisermarsch à la sublime plainte de la marche funèbre d u\nCrépuscule des Dieux. M. D u r a n t a dirigé toutes ces œuvres avec son intelligence\net son énergie accoutumées, et bien que son orchestre ne parût point particu-\nlièrement en forme ce soir-là, il y a lieu de signaler l'interprétation ample et\npoétique qui a été d o n n é e du P r é l u d e de Lohengrin.\n   Avec le sens dramatique et la justesse d'accent qui caractérisent son talent,\nMlle W y b a u w chanta la Ballade du Vaisseau-Fantôme et trois lieder de W a g n e r ,\nl'Ange, Rêves et Souffrances.\n\n    B e r l i o z ; L i s z t ; Chopin. — Ce concert a été u n des mieux réussis que\n M. D u r a n t nous ait d o n n é cet hiver, tant par la confection du p r o g r a m m e\n fort intéressant et ingénieusement combiné que par la pureté des réalisations\n orchestrales, lumineuses et finement colorées, par la qualité et le grand talent\n des virtuoses qui y prêtaient leur concours.\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3149, "texte": "                             CHRONIQUE MUSICALE                                      263\n\n\n   La pièce capitale de l'audition était la S y m p h o n i e en quatre parties, avec\nalto principal, Harold en Italie. Harold n'est assurément point le chef-d'œuvre\nde Berlioz qui n'y atteint pas à cette hauteur d'inspiration dont rayonnent\ntant de pages de Roméo et Juliette, de la Damnation de Faust, de l'Enfance du\nChrist et des Troyens. Mais en dépit de singularités et de grandiloquences,\nl'œuvre s'impose par l'admirable variété, la vitalité expressive, la couleur\nchaude, poétique et savoureuse de son instrumentation, tandis que l'atmo-\nsphère de rêve où planent les chants d ' H a r o l d est merveilleusement traduite\npar le timbre grave, caressant et sensible de l'alto. Cette partie d'alto, qui est\ncomme le centre autour duquel gravite tout le p o è m e , fut chantée par\nVan H o u t d a n s des sonorités de velours, avec cette sincérité, cette profondeur\nde sentiment qui le caractérisent. L'étincelante ouverture de Benvenuto Cellini\nterminait le p r o g r a m m e Berlioz.\n   Liszt était représenté d'abord par les Préludes, poème s y m p h o n i q u e évo-\nquant avec u n e précision fidèle les visions douces ou orageuses qui flottent\néparses dans la méditation lamartinienne, et apparaissant dans le domaine\norchestral l'une des inspirations les plus heureuses de cette grande et fière\npersonnalité musicale que fut Liszt — en second lieu par le célèbre concerto\npour piano en la majeur, où fleurissent à l'envi les traits ailés, les cadences ful-\ngurantes, reliés et c o m m a n d é s par une phrase ample, de signification majes-\ntueuse et p r o p h é t i q u e qui domine l'œuvre. M. de Greef l'a j o u é magistrale-\nment. Plusieurs virtuoses et non des moindres, Paderewski et Busoni notam-\nment, ont exécuté jadis ce concerto à Bruxelles, mais jamais o n ne l'avait\nentendu exposé d a n s u n e telle splendeur sonore, avec tant de grâce et de\npuissance, tant de chaleur et de limpidité. Quelques pièces de Chopin, cou-\nronnant le concert, avaient été également confiées à l'éminent pianiste belge,\nla Valse en la bémol, la Berceuse dont Arthur de Greef a fait jaillir toute l'intime\npoésie, le Scherzo en si bémol mineur dont il a d o n n é u n e interprétation\nsuperbe de largeur et de vérité, dans le style propre de cette œuvre byronienne\nque tant de pianistes trop pressés bousculent et d é n a t u r e n t par des allures de\nvitesse désordonnée et intempestive.\n\n\n\n\n                                Concerts divers\n   Les concerts intéressants sont très n o m b r e u x à Bruxelles en ce moment de\nl'année. A regret nous ne p o u v o n s ici que résumer nos impressions dans u n e\nrécapitulation brève.\n   D'abord le récital Misha E l m a n , où la maîtrise précoce du jeune artiste\nrusse s'est affirmée encore plus nettement qu'au Concert populaire et où il a\nexécuté n o t a m m e n t du Bach, du H ä n d e l , du S i n d i n g , du Lalo, avec u n e\nampleur de son, u n e pureté de traits et une sûreté rythmique éton-\nnantes.\n   Le récital de la violoniste canadienne M l l e P a r l o w , aussi tout à fait remar-\nquable.\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "264                                   DURENDAL\n\n\n    L'audition si attachante et instructive d o n n é e à la Salle Allemande par\nM lle Marguerite Rollet, une des meilleures élèves de M m e L a b a r r e , avec un\np r o g r a m m e des plus variés a y a n t R a m e a u pour point de départ et Claude\nDebussy pour aboutissement final, concert au cours duquel M l l e Rollet a\ndéployé toutes les ressources de son talent souple et subtil, alliant la grâce\nde la diction à la vérité expressive, à la poésie et à la finesse du sentiment.\n     L'audition entièrement consacrée à l'œuvre vocale de Gabriel F a u r é (on y\na e n t e n d u vingt neuf Lieder, plusieurs illuminés de la flamme de l'inspira-\ntion, tous remarquables par la distinction du sentiment et de l'écriture) dont\nle maître lui-même accompagnait au piano des interprétations alternative-\nment données par M m e Marie Mockel qui chante avec style mais sans ampleur,\net par M. Stéphane Austin, artiste de race qui conduit avec autant de sûreté\nque de goût sa voix au timbre chaud et expressif.\n     Q u a n t au violoniste Kruse, abordant les plus belles œuvres de la littérature\nde violon, il a trouvé le moyen d'être aussi incolore, aussi froid, mou et\ne n n u y e u x que possible. On a eu heureusement ce soir-là des compensations du\ncôté de l'orchestre et de son chef M. R e n é Ortmans qui a dirigé de la façon la\nplus intelligente la S y m p h o n i e inachevée de S c h u b e r t .\n     M m e Riss-Arbeau, pianiste de P a r i s (pour nous exprimer d a n s les termes\ndu programme) a donné un récital à la G r a n d e - H a r m o n i e . Le jeu de M m e Riss-\nArbeau se caractérise par la délicatesse du trait, la joliesse des n u a n c e s , la\ngrâce du phrasé. D a n s les demi-teintes les sonorités sont perlées et cristal-\nlines. La technique est élégante et aisée, un peu molle cependant, avec des\ntendances à la trop vive accentuation des basses dans les passages de dou-\nceur. Les transitions souvent trop brusques du forte au piano ou réciproque-\nment gagneraient à être ménagées dans des gradations plus affinées. Ces\nréserves faites, M m e Riss-Arbeau possède un talent qui intéresse et que nous\navons surtout goûté dans la Fantaisie-Impromptu, dans le Scherzo et le Largo de\nla Sonate o p . 58 de Chopin, d a n s les Hallucinations de S c h u m a n n , l'Etude en\nforme de valse de Saint-Saëns, qu'elle a enlevé de façon preste et brillante, et\n surtout la valse en ut dieze mineur de Chopin qu'elle a délicieusement jouée\n comme morceau de r a p p e l .\n\n                                                              G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-018", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 265, "page_fin": 268, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES Constance Teichmann", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 312, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "LES LIVRES\n\nC o n s t a n c e T e i c h m a n n , door E L . BELPAIRE. — (Antwerpen, Busch-\n    mann).\n    L a sainte d'Anvers (1824-1896) méritait u n m o n u m e n t , et ce m o n u m e n t\nc'est sa nièce, Mlle Belpaire, la distinguée femme de lettres, qui le lui élève.\nCe qui double la valeur de cet ouvrage c'est qu'il puise tout son intérêt dans\nle journal intime de la défunte. Ainsi ce n'est pas le portrait d'une âme que\nnous livre M l l e Belpaire, c'est cette âme elle-même, u n i q u e et incomparable,\nqui se manifeste à n o u s . Rien de plus suggestif que ces notes intimes où\nConstance T e i c h m a n n raconte les menus faits de sa journée. Elle s'adresse\nau divin Maître lui-même et lui parle c o m m e à un ami en toute la simplicité\nde son â m e .\n    De temps en temps jaillissent des effusions d'un lyrisme brûlant et spon-\ntané c o m m e on en lit dans Sainte Thérèse. Constance était en même temps\nune artiste. L a haute position qu'occupait son père, gouverneur de la\nprovince d'Anvers, lui permettait de voir b e a u c o u p de m o n d e et d'être en\nrelations fréquentes avec les artistes. Douée d'une voix magnifique, elle prêta\nson concours à maint concert au profit de ses oeuvres de charité. L'affection\nqu'elle porta à Peter Benoît, lors de ses débuts à Anvers, lui fit accepter de\nchanter les solos dans ses vastes cantates. Elle l'appelait a son frère » et\nl'appui qu'elle prêta au jeune artiste n'a pas peu contribué à fixer sa position à\nAnvers et le m o u v e m e n t musical flamand lui doit plus qu'on ne le soupçonne.\nP l u s tard son affection se porta sur u n autre musicien, E d g a r Tinel, celui-ci\nchrétien croyant comme elle, et ce fut u n e amitié incomparable. Il faut lire\nces pages é m o u v a n t e s .\n    Constance fut à Anvers à la fois le pivot des œuvres de charité et du\nmouvement musical. C'est ce double aspect qui fait d'elle une figure tout à\nfait originale. N o u s ne pouvons insister — en cette revue d'art — sur la\n« sœur de charité », fondatrice d'un hôpital d'enfants, allant soigner les\nblessés lors de la guerre de 1870, se faisant toute à tous avec une simplicité,\nune grâce enfantine, u n e vivacité d'esprit tout à fait séduisantes.\n    M lle E . Belpaire, ayant publié ces notes d a n s la Dietsche Warande, la belle\nrevue flamande qu'elle dirige, elle a dû les traduire en flamand, et c'est en\nflamand aussi que parut ce beau volume rehaussé de portraits admirables. Il\nest vivement à souhaiter qu'elle publie ce même volume en français, d a n s le\ntexte original de sa tante, et nous osons lui prédire un très grand succès.\n                                                                     J.   RYELANDT.\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3550, "texte": "266                                      DURENDAL\n\n\n\n L a J e u n e F i l l e d e l a M e r , par R E N É DE SAINT-CHERON. — ( P a r i s ,\n    Stock.)\n    René de Saint-Cheron signait de loin en loin, dans le Journal des Débats,\ndes contes où s'affirmait u n e â m e délicate et fervente, éprise d'histoire,\nd'art et de mysticité. Ils frappaient toujours par la fermeté du style, la\ngravité religieuse de l'accent, la hauteur de l'inspiration. On ne saurait\n oublier La Plaie mystique, Frère Sabas, ni cette farouche légende mi-bolonaise,\nmi-siennoise, Le Cavalier rouge. L a mort a clos b r u s q u e m e n t , l'été dernier,\ncette œuvre rare et noble. Ce sera sans joie que nous lirons le livre qui, sous\nle titre de La Bague d'Opales, réunira bientôt les nouvelles éparses. Voici, en\nattendant, la Jeune Fille de la Mer. Joris-Karl H u y s m a n s , qu'une c o m m u n e\nadmiration pour la vierge d'Avila avait r a p p r o c h é de R e n é de S a i n t - C h e r o n ,\ns'intéressait à ce roman. Désireux de m a r q u e r p u b l i q u e m e n t sa sympathie, le\n Maître avait permis que le volume de son disciple portat sur la couverture\nl'insigne de la médaille de Saint-Benoît réservée à ses propres ouvrages, et\nR e n é de Saint-Cheron s'enorgueillissait d'un tel p a t r o n a g e . On retrouve,\nd'ailleurs, d a n s la Jeune Fille de la Mer, l'influence et même certains procédés\nlittéraires du célèbre auteur d'En Route. Ce n'est point par l'affabulation,\nromanesque et assez p a u v r e , que se r e c o m m a n d e surtout le r o m a n . Il\ncharme par le caractère n u a n c é , vibrant et passionné de son héros, ce Gérard\n Dervein, qui, fils inconsolé, dilettante las du monde et bien p r o c h e de la\nmisanthropie, s'est réfugié avec une vieille servante dans u n coin solitaire de\n Bretagne où il s'éprend d'une pêcheuse de goëmon, injustement méprisée\npour le crime qu'elle a s u b i . A peine lui a-t-il rendu l'honneur et, au dédain\ndes préjugés, d o n n é son n o m , qu'elle meurt dans ses bras; et il s'en va\nchercher la paix du cloître en ce château d ' A p p u l d u r c o m b e , t r a n s m u é en\nmonastère depuis que « les Bénédictins exilés de Solesmes y passent leurs\njours entre le travail, la prière et la solitude ». Comment ne pas reconnaître,\nne pas aimer en Gérard Dervein maints traits de la physionomie intellectuelle\net morale de R e n é de Saint-Cheron? E t l'on salue tristement, en le quittant,\n— avec M. H e n r i de Régnier, dont la préface é m u e adresse à l'ami perdu un\ns u p r ê m e adieu, — « celui qui s'en va avant le soir de la j o u r n é e , et dont\nl'âme fière et noble, qui ne s'est jamais courbée que sur le sillon du travail,\nn'a pas c o n n u l'heure de la moisson ».\n\nLe Conservateur de la Tour Noire, mœurs bruxelloises, par\n   G E O R G E GARNIR.\n   M. George Garnir est sans conteste le plus hilarant de nos auteurs gais.\nL e s types bruxellois qu'exhibe son dernier livre : P r o s p e r Sosson le flemmard,\nJoseph P u s s e n b r o o d le p o c h a r d , et F r a n ç o i s Nottebaer le rigolard, sont, il\nle faut reconnaître, tout à fait drôles. Ils sont vivants aussi. J e persiste néan-\nmoins à croire qu'ils n e résument pas Bruxelles. Les scènes où se déploie la\nverve de M. Garnir, et particulièrement le récit d'une mémorable première\nau Concert Anspach, dérideraient les plus sombres h y p o c o n d r i a q u e s . Mais\nne serait-il pas temps enfin de montrer u n e â m e bruxelloise un peu moins\nfarce? Après cet accès de folle gaîté, M. Garnir se doit de revenir à des tra-\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3370, "texte": "                                      LES    LIVRES                                      267\n\nvaux plus dignes d u poète délicat et de l'artiste qu'attestent, ici m ê m e ,\nnotamment les quelques pages où, parmi ses h é r o s fourvoyés sur le sol des\ndieux, il évoque la gloire et la splendeur de H e l l a s .          M. D .\n\nH e u r e s d ' O m b r i e , p a r M. GABRIEL F A U R E . — ( P a r i s , Sansot.)\n   L'Ombrie emporte, pour ainsi dire, sa vertu avec elle. Ce n'est q u ' u n n o m ,\nsans doute, mais pour ceux qui hantèrent la montagne ou la plaine de cette\ncontrée a u g u s t e , ce n o m seul, déjà, évoque, ressuscite dans leur pensée —\net dans leur cœur — les cités et l'art, l'antiquité des jours pleine de tumultes\net de d o u c e u r , l'éclat \"des ruines et la séduction des œuvres, les pèlerins\nd'aujourd'hui et le saint de jadis : Suaviter et fortiter...\n   M. Gabriel F a u t e nous dit, avec émotion et avec charme, les stations de\nsa méditation à P é r o u s e , à Assise, à Montefalco ; ici, le délice des fresques\nde Gozzoli q u i , si elles n e n o u s paraissent point, comme à l'auteur, les\nplus parfaites d u maître, sont, du moins, celles o ù l'inspiration de celui-ci\nse révèle dans sa grâce la plus n a ï v e ; là, d a n s les rues, sur les remparts de\nla sombre et éclatante P é r o u s e , o u à la P i n a c o t h è q u e , ou, encore, devant la\nFonte maggiore, aux reliefs et a u x statuettes patines d'humidité et de\nsiècles... A propos d e l'œuvre d e Niccola et Giovanni P i s a n o , M. F a u r e\nadopte sans balancer l'opinion selon laquelle ces maîtres travaillèrent « sous\nla double influence d e la statuaire a n t i q u e . . . et, surtout, du nouvel art fran-\nçais », mais il ajoute, judicieusement : « Q u a n d , p a r qui et comment les\ndeux Pisano connurent-ils l'admirable floraison de n o s cathédrales?... »\nQuestion insoluble et, a u surplus, superflue, l'art d e Niccola et, encore\ndavantage, celui de Giovanni, étant issu d'une sorte d e conjonction, e n\nToscane, de l'art sculptural qui, antérieurement, s'était développé dans le\nNord et d a n s le Midi de la Péninsule, sous des influences germaniques,\nd'un c ô t é ; sous des influences antiques, de l'autre (1).\n\nLes villes        d'art     C é l è b r e s : Grenoble et Vienne, p a r M. H . REYMOND.\n  Poitiers et Angoulème, p a r M. H . LABBÉ DE LA MAUVINIÈRE. 2 volumes. —\n   (Paris, L a u r e n s . )\n   Les riches collections de la maison L a u r e n s n e cessent de s'accroître de\nmonographies excellentes, consacrées soit à quelque maître français o u\nétranger, soit, c o m m e celles-ci, à quelque ville ou à quelque région, dont\nl'étude particulière et approfondie apporte à l'histoire générale de l'art le\nprécieux complément, l'illustration, si l'on peut s'exprimer ainsi, d u fait\nrégional, précis et détaillé.\n   M. H . R e y m o n d explore, pour notre plaisir et notre profit, les deux\ncapitales d u D a u p h i n é , l'ancienne et la nouvelle, Vienne et Grenoble,\nM. L a b b é de la Mauvinière, Poitiers, la vénérable cité poitevine, et\nAngoulème. Ils nous disent les origines d e ces villes fameuses, qui tiennent\ndes h o m m e s de toutes les é p o q u e s , depuis l'antiquité romaine jusqu'à n o s\n\n\n  (1) V. Durendal, mars et novembre 1906: L'art roman en Italie et Niccola            Pisano.—\nLa Sculpture italienne au XIVe siècle.\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3116, "texte": "268                                       DURENDAL\n\n\njours, des m o n u m e n t s , de g r a n d s souvenirs de gloire et de beauté, des\nœuvres d'art, en m ê m e temps que de la n a t u r e , l'encadrement de sites\nc h a r m a n t s , pittoresques ou grandioses.\n    Ce sont, en somme, comme tous les volumes de cette collection, des\nguides experts et complets, dont le prix est encore accru par une illustration\nnombreuse et choisie.\n\n L e s v i l l e s d ' a r t c é l è b r e s : Gênes, par M. JEAN DE FOVILLE. — ( P a r i s ,\n     Laurens.)\n     On p a s s e , en général, à G ê n e s ; on ne s'y arrête guère, en dépit de l'éclat\nfastueux et pittoresque de la cité et de l'attrait d'un site merveilleux, entre la\nm o n t a g n e et la mer. L e voyageur qui descend en Italie est trop pressé\nd'atteindre F l o r e n c e , ou l'Ombrie, ou R o m e ; celui qui en revient, rassasié\nd'œuvres et de beauté puissante ou t e n d r e , n ' a t t e n d plus d'émotion pour sa\nsensibilité émoussée de l'art superficiel du XVIIe siècle qui règne, surtout, à\nGênes. Art riche et p o m p e u x , qui brille en mainte église, en maint palais,\ndes Carlone ou des Piola, et joue et miroite dans le souvenir, sans y laisser\ntrace profonde.\n    L'art, aussi, il semble, n'a fait que passer dans la superbe cité; les maîtres\nindigènes y sont rares, secondaires. T r o p occupés a u commerce ou à la\nguerre — mais les Florentins, eux aussi, ne trafiquaient-ils et ne combat-\ntaient-ils pas, sans cesse ? — les Gênois d e m a n d è r e n t toujours la beauté aux\nétrangers, à leurs voisins lombards, à Florence, à Sienne, en F l a n d r e , et les\ngrands noms de l'art à Gênes sont ceux de Giusto d'Allemagne, de Giovanni\nP i s a n o , d'Andrea Sansovino, de Galeazzo Alessi, l'architecte, originaire de\nP é r o u s e , des p l u s n o b l e s et plus purs palais de la vieille aristocratie de la ville;\nJ e a n de Bologne, R u b e n s , Van Dyck, P u g e t . . .\n    M. Jean de Foville nous dit l'histoire aventureuse et héroïque de la vieille\nrivale de P i s e et de Venise, ses luttes intestines, la splendeur orgueilleuse de\nses demeures patriciennes, la richesse de ses collections, avec u n charme très\nvif, fait d'érudition sûre, de fine critique et d'amour expressif et délicat\nde l'art.\n\n   L'Art        flamand        e t h o l l a n d a i s (numéro de mars). — M. Schmidt-\nDegener achève le bon travail critique qu'il a consacré à Adriaen Brouwers;\nM . S . - H . de Ross, son étude bien documentée du Caractère moderne d'impri-\nmerie. N o m b r e u s e s illustrations.\n\n     A u g U S t a P e r u s i a (numéro de novembre-décembre 1907). — M. Urbini\ns'efforce de définir la personnalité et l'œuvre de Bernardino di Mariotto, de\nP é r o u s e , que l'on a confondues souvent l'une et l'autre avec celles du P i n t o -\nricchio. M. T e z a parle des Laudi, de J a c o p o n e de T o d i , et de leur diffusion\nen Portugal et en E s p a g n e ; M. T i b e r i , du Trazimeno, avec érudition et agré-\nment. Note e notizie, etc.\n\n                                                                          ARNOLD G O F F I N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison04-019", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 269, "page_fin": 272, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Au Cercle littéraire des Anciens Elèves de Saint-Michel", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 316, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "NOTULES\n\n  Au Cercle littéraire des Anciens Elèves de Saint-\nM i c h e l . — Belle fête d'enthousiasme jeune et généreux, le 11 avril\ndernier, au Cercle littéraire des Anciens Elèves de Saint-Michel, présidé par l'intelli-\ngent et actif Pierre N o t h o m b . Emile Verhaeren y faisait une conférence-\nlecture sur les Héros de Flandre : Après avoir dit, en mots brefs, énergiques et\ncordiaux, sa terre et ses origines, sources de son art, le grand poète a lu\nquelques-uns des poèmes du dernier volume de Toute la Flandre : les Héros.\n   De sa voix âpre et profonde, qui mord et qui caresse, pleine de véhémence\ncrispée ou d'émotion admirative et ravie, il a fait surgir, dans le cortège\néblouissant de ses vers, les chefs de paix, de guerre ou d'art de la Flandre :\nSaint Arnaud, Guillaume de Juliers, Artevelde et Les Van Eyck...\n   Toute la Flandre, vraiment, d a n s sa stature d'histoire et de légende, en\nimages fastiques, grandies dans l'imagination et le cœur du poète, faites de\nsouvenirs d'enfance, de nostalgies, de souffrance, de fierté et de joie, et\nhissées par lui sur le piédestal immortel de son œ u v r e . . .\n   Nous reparlerons de cette belle fête d'art organisée par l'élite de la jeunesse\ncatholique intellectuelle de Bruxelles d a n s notre prochain fascicule.\n\n                                          # *#\n   L e L i e r r e . — Sous ce titre, un nouveau groupement d'artistes s'est\nconstitué r é c e m m e n t . Sa dernière exposition, en mars dernier, à la salle\nBoute, rue Royale, contenait une centaine d'oeuvres, parmi lesquelles n o u s\navons noté des pages intéressantes de M. j a c o b - S m i t s , Intérieur campinois; de\nM. P . Stobbaerts ; u n e b o n n e étude, Ferme en Campine, de M. Ad. Cautaers ;\ntrois ravissantes aquarelles de Mlle B r o u h o n , une des plus brillantes élèves\nd'Uyterschaut et qui fait h o n n e u r à son maître, etc.\n\n\n\n   H o m m a g e à E u g è n e S m i t S . — L a circulaire ci-après vient\nd'être envoyée aux artistes et hommes de lettres belges :\n   » U n groupe d'artistes a pensé qu'il serait opportun de manifester au\nvénérable maître E u g è n e Smits, l'admirable peintre de la Marche des Saisons,\nle respect qu'inspirent son talent et son caractère.\n   » Vous savez la noblesse du labeur d ' E u g è n e Smits, la belle harmonie de\nsa vie, tous les titres de l'artiste à la vénération et à une gloire que sa modestie\na quelque peu éloignée.\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3083, "texte": "270                                      DURENDAL\n\n\n   » Vous savez combien cette vie grave et silencieuse s'accommoderait mal de\ndémonstrations trop en dehors, et c'est pourquoi a prévalu l'idée de l'hommage\nd'un Livre d'Or auquel collaboreraient simplement quelques amis artistes et\nécrivains et qui serait remis à E u g è n e Smits dans des circonstances à déter-\nminer.\n   » N o u s avons pensé que vous seriez désireux de vous associer à cette\nmanifestation en l'honneur d'un des plus p u r s artistes de notre pays et, d a n s\nl'affirmative, nous vous serions obligé de vouloir en écrire à notre secrétaire,\nM. Ernest Van Neck, 121, boulevard de W a t e r l o o .\n    » L e Comité promoteur : C h . - L . Cardon, H . Cassiers, J. du Jardin,\nM. H a g e m a n s , Camille L e m o n n i e r , A. Marcette, P . Mathieu, Octave Maus,\nX . Mellery, E d m o n d P i c a r d , F . T a e l e m a n s , Fritz Toussaint, Charles Van\nder S t a p p e n , E m i l e Verhaeren, A . - J . W a u t e r s . »\n\n                                             * **\n   Le monument à la mémoire de Jean Ruysbroeck. —\n « L e Ministre des Sciences et des Arts a, dit le Petit Bleu, décidé l'érection\nd'un m o n u m e n t à la mémoire de J e a n Ruysbroeck, dit l'Admirable, le\nmystique du XIVe siècle d o n t les prédications et les lettres réunies dans\nl'Ornement des noces spirituelles eurent une si étrange saveur.\n   » L e m o n u m e n t Ruysbroeck aura la forme d'une stèle qui sera érigée dans\nla forêt de Groenendael, où, on le sait, le célèbre mystique vécut ses dernières\nannées et ses derniers rêves. L a cérémonie inaugurale aura lieu sans doute\nvers la mi-septembre, d a n s le décor s o m p t u e u x qu'offre la forêt à ce m o m e n t\nde l'année.\n   » Ce qui nous intéresse particulièrement, c'est que notre grand écrivain\nMaurice Maeterlinck viendra en Belgique, à cette occasion, pour prononcer\nle discours qu'appelle la circonstance. C'est lui, on le sait, qui a, en quelque\nsorte, ressuscité Ruysbroeck par sa traduction de l'Ornement des noces spirituelles\net ses profonds commentaires sur la curieuse intellectualité que révèle la\nphilosophie mystique de l'ermite de Groenendael. Il a été consulté sur la\nforme à d o n n e r à cette c o m m é m o r a t i o n , et toute pensée ou arrière-pensée\npolitique devant être écartée, il a promis de s'y associer, comme nous l'avons\ndit plus haut. Ce sera la première visite que l'auteur de la Vie des Abeilles et de\nPelléas et Mèlisandt aura faite à son pays natal depuis plusieurs a n n é e s . E t ce\nsera donc fête dans notre m o n d e des lettres. »\n   L'exécution du m o n u m e n t R u y s b r o e c k a été confiée à J u l e s J o u r d a i n ,\nu n j e u n e artiste sculpteur plein de talent dont nous avons plus d'une fois\ndéjà fait l'éloge d a n s cette revue.\n\n                                              ***\n   La Société des Amis de la Médaille a adressé au Comité\nexécutif de l'Exposition de Bruxelles u n vœu tendant à obtenir dans le\ncompartiment des Beaux-Arts u n salon spécialement réservé à l'Exposition\nde la Médaille.\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3133, "texte": "                                          NOTULES                                           271\n\n\n   D a n s les expositions précédentes, les envois des artistes médaillistes étaient\ngénéralement disséminés dans les différents salons de cette section, et c'est\nainsi que l'on a même pu voir à l'Exposition de Liége le recto d'une médaille\nexposé dans u n e salle, tandis que le verso se trouvait dans une partie fort\néloignée de celui-ci.\n   Il serait extrêmement intéressant de voir grouper les œuvres de ces artistes\nen un ensemble. Ce vœu, transmis au Ministre des Beaux-Arts, a été accueilli\nfavorablement, et la Commission organisatrice de la Section des Beaux-Arts,\ndès qu'elle sera constituée, aura à s'occuper de la réalisation de ce projet.\n\n                                             * **\n   Le     Cercle       « Vie        et   Lumière          ». —        La quatrième expo-\nsition de ce g r o u p e s'est ouvert le 12 avril.\n   A côté des œuvres les plus récentes de M m e s Anna Bosch, P a u l e D e m a n ,\nAnna De W e e r t , J e n n y Montigny, Augusta Walluert, de MM. Georges\nBuysse, E m i l e Claus, Oscar Coddron, Aloïs De Laet, R o d o l p h e De Saegher,\nGustave De Smet, J a m e s E s n o r , A . - W . Finch, Alfred Hazledine, A . - J . H e y -\nmans, Modeste H u y s , Georges L e m m e n , R . - H . Monks, Georges Morren,\nAuguste Oleffe, Willem Paerels, H e n r i Roidot, Fritz Van den Berghe, Jean\nVan den E e c k h o u d t , E d m o n d Verstraeten, ce salon réunit u n ensemble\nimportant d'œuvres de maîtres impressionnistes étrangers, peintres d'hier et\nd'aujourd'hui : Albert André, Boudin, Lewis Brown, Mary Cassatt, Degas,\nG. d ' E s p a g n a t , Guillaumin, H u g u e t , J o n g k i n d , L é p i n e , Loiseau, Manet,\nMaufra, Monet, Moret, Berthe Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley, Z a n d o -\nmeneghi.\n   Cette exposition restera ouverte jusqu'au 4 mai.\n\n                                              ***\n    L e s A r t S a n c i e n s d e F l a n d r e consacrent le premier fascicule\nde leur tome I I I à l'Exposition de la Toison d'Or. Il s'ouvre par une concise et\nsubstantielle introduction de M. H e n r i P i r e n n e sur les origines et les desti-\nnées de l'Ordre de la Toison d'Or. M. Sander P i e r r o n consacre ensuite u n e\nabondante étude critique aux peintures exposées. L e Père Van den G h e y n ,\nde la Bibliothèque royale, passe en revue, avec sa précision et sa science\nhabituelles, la section des manuscrits, dont l'organisation avait d'ailleurs été\nabandonnée h e u r e u s e m e n t à sa haute compétence. M. Baes (Les Tombeaux\ndes princes de Bourgogne) clot enfin cette livraison, qui sera complétée au pro-\nchain n u m é r o par des études sur la tapisserie, etc. L e texte est accompagné\nd'un g r a n d n o m b r e de planches d'une belle venue, reproduisant les princi-\npales des œuvres exposées, peintures et manuscrits.\n\n                                              ** *\n    Accusé de réception :\n  A R T : Magaud. L'artiste; le chef d'école; l'homme, par FERDINAND SERVIAN.\n Ouvrage illustré ( P a r i s , - P l o n ) . — Emile Claus, par CAMILLE LEMONNIER\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3361, "texte": "272                                    DURENDAL\n\n\nOuvrage illustré (Bruxelles, Van Oest). — Trois églises et trois primitifs,            par\nJ.-K. HUYSMANS (Paris, P l o n ) .\n    H I S T O I R E : Une paroisse parisienne avant la révolution; Saint-Hippolyte, p a r\nJEAN GASTON. Ouvrage illustré (Paris, Librairie des S a i n t s - P è r e s ) . — Un\nGirondin. François Buzol à l'assemblée constituante et à la convention (1760-1794), par\nJACQUES HÉRISSAY (Paris, P é r r i n ) . — Saint Benoit Labre, par J . MANTENAY\n( P a r i s , Lecoffre). — Saint Séverin, par ANDRÉ BAUDRILLART (idem). — La\ndomination française en Belgique, p a r J U L E S DELHAIZE (Bruxelles, Office de\n publicité).\n   L I T T É R A T U R E : Les pas sur la route, par ADRIEN MITHOUARD (Paris,\nStock). — Mémoire et correspondance de Louis Rossel (idem). — Le romantisme\nfrançais, par P I E R R E LASSERRE (Paris, Mercure de France). — Le théâtre\ncontemporain (1866-1868), 1re série, par         J U L E S BARBEY D'AUREVILLY ( P a r i s ,\nStock). — Le souper de Beaucaire, par NAPOLÉON BONAPARTE; avec une notice\nde J O S É DE BERYS ( P a r i s , Sansot).\n  L I T T É R A T U R E F L A M A N D E : Constance Teichmann, door M. E . B E L -\nPAIRE. Ouvrage illustré (Anvers, B u s c h m a n n ) .\n   P O É S I E : Quelques vers, p a r HENRY THÉDENAT ( P a r i s , P l o n ) . — Bruyères et\nClarines, par ALBERT BONJEAN (Paris, Messein). — Passionnément, p a r L É O N\nEHYLIENNE (Verviers, W a u t h y ) . — Toute la Flandre.         Les Héros, par E M I L E\nVERHAEREN (Bruxelles., D e m a n ) . — Le désir errant, par GASTON D ' U R V I L L E\n(Paris, Sansot). — Poésies complètes, d'EMMANUEL SIGNORET. Préface d'A. G I D E\n(Paris, Mercure de F r a n c e ) . — Memor, par GABRIEL N I P O N D (Paris, Ollendorf).\n— L'exercice du chemin de la croix, sonnets, par ARMAND PRAVIEL (Toulouse,\nE d . de l'Ame Latine).\n   R E L I G I O N : La Provence mystique. Antoine Yvan et Madeleine Martin, p a r\nH E N R I BRÉMOND (Paris, P l o n ) . — Saint François de Sales, par FORTUNAT\nSTROWSKI (Paris, Bloud). - Un pèlerinage au IVe siècle. Sainte Lucie à Catane,\npar AUGUSTIN       BEAUGRAND.       Préface    de D o m DU BOURG.       Ouvrage     illustré\n(Paris, Librairie des Saints-Pères). — Discours de mariage, par F É L I X KLEIN\n( P a r i s , B l o u d ) . — Lamennais. Sa vie et ses doctrines, tome I I , par CHARLES\nBOUTARD ( P a r i s , P e r r i n ) .\n   R O M A N S : Contes pour les enfants d'hier, par ALBERT MOCKEL. Illustrés par\nA U G . DONNAY (Paris, Mercure de F r a n c e ) . — Contes pour lire au crépuscule, par\nAVESNES ( P a r i s , Perrin).-— Amour et dote, p a r KILIEN D'EPINAY (Paris, P l o n ) .\n— Lettres à l'Elue,      par TANCRÈDE         DE VISAN.     Préface de MAURICE BARRÉS\n( P a r i s , Messein). — Anna Karénine, 4 e volume, tome X V I I I des œuvres\ncomplètes de TOLSTOÏ ( P a r i s , Stock). — Mystères et aventures, par A. CONAN\nDOYLE. T r a d u c t i o n d'A. Savine (idem). — Enracinés, par ALFRED BARAUDON\n (Paris, P l o n ) . — La couronne de roses, p a r EDGY (idem).\n   T H É Â T R E : Le sculpteur de masques. Symbole tragique en u n acte par\nF . CROMMELYNCK. Lettre-préface d ' E m i l e Verhaeren (Bruxelles, Deman).\n   V O Y A G E S : Voyage de deux Bénédictins aux Monastères du Mont Athos, par\n D o m PLACIDE DE M E E S T E R ( B r u g e s , Desclée).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 248, "texte": ""}, {"page_pdf": 249, "texte": ""}, {"page_pdf": 250, "texte": ""}, {"page_pdf": 251, "texte": ""}, {"page_pdf": 252, "texte": "                      Le Règne de la Bête\n                                     (fragment) (1)\n\n\n                     DANS l'appartement de la place Médicis, on avait\n                  garni un divan de couvertures et d'oreillers de\n                  façon que Chériat, arrivé au dernier degré de la\n                  phtisie, pût y rester étendu.\n                     Charles trouva le réfractaire suffoquant ou\n                  ne reprenant un peu haleine que pour proférer,\n                  d'une voix enrouée, des malédictions contre le\n                  destin qui le clouait sur ce grabat. Faudrait-il\ndonc mourir sans se venger de ce Paris où sa vigueur s'était\nperdue et où son orgueil avait été broyé sous l'étreinte d'une\nmisère atroce? E n phrases hachées, il tâchait de crier sa rage\nimpuissante; mais le sang de ses poumons en loques lui mon-\ntait aussitôt à la bouche et le forçait de s'interrompre. Il le cra-\nchait, puis redoublait d'invectives, écartant, d'une main fébrile,\ndeux visiteurs qui s'efforçaient de le soulager. Dans son délire,\nil les accusait de dissimuler sous une feinte compassion la\nvolupté perverse qu'ils éprouvaient à suivre les phases de son\nagonie.\n   C'étaient pourtant deux êtres fort inoffensifs. L ' u n , le chan-\nsonnier Paul P a u l e t t e , avait trop coutume de transmuer en\nidylles fiorianesques les rêveries anarchistes pour se réjouir des\nsouffrances d'un c a m a r a d e . L'autre, Louise Larbriselle, possé-\ndait un cœur vraiment m a g n a n i m e : toute douleur la mettait\nen émoi qu'il s'agît de la patte cassée d'un chien ou des tour-\nments d'une pauvresse qui n'arrive pas à nourrir sa progé-\nniture.\n\n   (1) Nous sommes heureux de publier un fragment du nouveau livre d'Adolphe R e t t é :\nLe R è g n e de l a B ê t e , qui paraîtra, vers le 10 mai, chez l'éditeur Messein, à Paris. C'est\nun roman où sont analysés d'une façon très intense quelques-uns des maux dont souffre\nla société actuelle. Il se termine par un drame très poignant et par une véhémente apo-\nlogie de l'Eglise catholique.\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "210                        DURENDAL\n\n\n   Paul Paulette était un petit vieillard, glabre et bedonnant\nqui, pourvu d'un minime héritage, le dépensait à faire imprimer\ndes plaquettes où l'âge d'or promis par les pontifes de la révo-\nlution sociale était évoqué en des couplets nuancés d'azur et de\nrose, douceâtres et poisseux comme de l'orgeat. Il fréquentait\nassidûment les réunions du parti ; entre deux diatribes où l'on\navait préconisé l'équarrissage des bourgeois et le massacre des\nprêtres, il demandait quelques minutes pour roucouler ses\nromances lénifiantes. Il y était affirmé que le temps approchait\noù l'humanité, libérée de ses entraves, vivrait en liesse dans des\npalais de caramel et parmi des touffes de myosotis toujours\nrefleuries. Longtemps Paulette s'était imbibé des prophéties\nredondantes de Victor Hugo. Les coups de grosse caisse et les\nfanfares de trombone dont le poète accompagne ses clameurs à\nla gloire du dieu Progrès l'avaient ravi. Surtout il admirait que\nHugo eût résolu le problème du paupérisme en recommandant\n« d'éclairer la société par en dessous ». Mais son enthousiasme\nbaissa quand il lut et prit au pied de la lettre le vers des Châti-\nments où il est déclaré que : « L'on ne peut pas vivre sans pain. »\nCette assertion parut erronée à Paulette car, végétarien d'une\nvariété particulière, il proscrivait les céréales au même titre\nque la viande. Il tenait l'un et l'autre aliment pour nuisible à\nla genèse de l'homme futur tel qu'il l'imaginait. Bien qu'on le\nbafouât, il soutenait, contre les amateurs de biftecks et de miches\ncroquantes, que les anarchistes arriveraient à une lucidité supé-\nrieure s'ils se nourrissaient exclusivement, comme lui, de soupes\nau potiron, d'aubergines au beurre, de navets en ratatouille et\nde fruits très mûrs. Serviable, du reste, il partageait ses légumes\navec maints faméliques. Tandis qu'à ses côtés, des ratés vindi-\ncatifs hurlaient leurs haines, il ténorisait joyeusement et faisait\nrimer bonheur avec chou-fleur. On eût dit de lui un bouvreuil qui\nsautillerait et pépierait dans une jungle habitée par des chacals\nhargneux.\n   Louise Larbriselle ne vivait que pour autrui. Elle était si\nmaigre que ses clavicules faisaient saillie sous le mantelet\nminable qui couvrait ses épaules pointues. Ses minces yeux\nglauques se bridaient à la chinoise et son grand nez formait\ncomme un aride promontoir entre ses joues tannées. Coiffée\n d'une vague casquette où tremblotaient des chrysanthèmes en\n percale, tels que nulle flore n'en connut jamais, elle allait par\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                     LE   RÈGNE   DE   LA BETE                 211\n\n\n\nla ville, en quête d'éclopés à soulager et de miséreux à secourir.\nElle leur distribuait ses quelques sous, gagnés à courir le\ncachet. Comme elle ne gardait rien pour elle, on se demandait\npar quel prodige elle arrivait à se sustenter et à renouveler le\ncorsage et la jupe d'un noir roux qui l'habillaient. Le malheur\ndes pauvres, l'égoïsme des riches l'avaient conduite à l'anarchie.\nMais répugnant à toute violence, elle croyait que la doctrine\ntriompherait, lorsqu'une entière égalité régnerait entre les deux\nsexes, ou même lorsque la femme serait reconnue plus apte que\nl'homme à régler les rapports sociaux. C'est pourquoi elle ne\nquittait les taudis des meurt-de-faim, que pour prendre part aux\nconciliabules où de redoutables bavardes réclament le droit de\ndéposer des bouts de papier dans la tirelire électorale. Pas de\ncongrès féministe où l'on n'aperçut sa chétive silhouette.\n    Parmi les grosses dames qui encombraient l'estrade, elle\nsemblait une asperge fluette que flanquaient des vol-au-vent\nmonumentaux. Anarchiste, elle réprouvait l'action politique, se\n contentant d'affirmer que le spectre de la science était appelé à\n remplacer dans les mains de la femme l'aiguille à ravauder et\n la cuiller à pot.\n     Malgré sa manie d'exiger le salut de l'humanité par les doc-\n toresses et les avocates, elle était si foncièrement charitable, si\n prête à tous les dévouements que ceux même qui raillaient ses\n théories ne pouvaient s'empêcher de l'aimer.\n    Alors qu'il avait pris en aversion les exploiteurs du socia-\n lisme, Charles gardait du penchant pour Louise Larbriselle et\n pour Paul Paulette. Il souriait de leurs ridicules, mais il les\n constatait si réellement bons, si capables d'attachement désin-\n téressé que son âme, sevrée de tendresse, se réchauffait à leur\n contact. Eux, du moins, ne se figeaient pas devant des simu-\n lacres d'idées généreuses comme le font la plupart des révolu-\n tionnaires; ils plaignaient sincèrement les pauvres et ils prou-\n vaient leur compassion par des actes. Aussi les engageait-il à\n le venir voir le plus souvent possible. Quant à Chériat, le réfrac-\n taire lui inspirait des sentiments complexes. Ses déclamations\n  rageuses l'agaçaient, tandis que l'état maladif de ce roi des mal-\n  chanceux l'emplissait de pitié.\n     D'avoir recueilli Chériat, il se sentait le cœur moins dessé-\n  ché qu'il ne l'avait cru. La sombre misanthropie où il se murait,\n  s'en éclairait d'un rayon de mansuétude. Et d'autre part, la\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "212                            DURENDAL\n\n\nsimplesse de P a u l et de Louise amolissait son orgueil. Auprès\nd'eux, il se retrouvait presque ingénu et. il échappait, pour un\nt e m p s , aux obsessions homicides qui lui ravageaient l'esprit...\n      E p u i s é par la crise d'étouffement qu'il venait de subir, Ché-\nriat gisait, la tête renversée, sur les coussins qui l'étayaient.\nBlême, les yeux clos, il ne donnait signe d'existence que par\nles crispations de ses doigts égratignant la couverture et par le\nsouffle a n h é l a n t qui faisait un bruit de chaîne rouillée dans sa\npoitrine douloureuse.\n      Charles dit tout bas à Louise :\n      — Y a-t-il longtemps qu'il est ainsi? L o r s q u e je l'ai laissé, il\n paraissait plus calme.\n      Elle fit un geste de désolation :\n      — Q u a n d nous sommes arrivés, nous l'avons trouvé debout :\n il se traînait d'un m e u b l e à l'autre en râlant. Nous l'avons\n recouché et aussitôt il a eu un crachement de sang... J e le crois\n très mal et je voudrais rester près de lui. Mais il faut que j'aille\n donner une leçon parce q u e . . .\n       Elle s'interrompit, Charles devina que le prix de cette leçon\n lui était indispensable pour manger. Il n'osa lui offrir sa bourse,\n car il savait, par expérience, que si elle acceptait son aide\n q u a n d trop de misérables lui criaient au secours, elle mettait\n une ombrageuse fierté à ne rien recevoir pour elle-même.\n       P a u l P a u l e t t e intervint :\n       — Moi je resterai t a n t qu'il vous plaira. J e n'ai rien à faire\n q u ' u n e chanson que je dois chanter, après demain, au groupe\n libertaire de Montrouge. Je puis très bien fabriquer mes cou-\n  plets ici.\n       — C'est cela, reprit L o u i s e ; moi, je reviendrai vers neuf\n  heures et si cela vous arrange, je passerai la nuit à veiller le\n  pauvre Chériat.\n       Charles y consentit et les remercia l'un et l'autre d'autant\n  plus vivement qu'il redoutait le tête-à-tête avec le moribond.\n        Louise sortit sur la pointe des pieds, après avoir serré la\n  main des deux h o m m e s . P a u l e t t e s'installa dans un fauteuil et\n  t i r a n t de sa poche un calepin se mit à y crayonner des vers.\n  Charles s'assit près de lui. Il avait pris un livre, mais il ne lisait\n  pas. U n e affreuse tristesse barrait toutes les avenues de son\n  intelligence. S o r t i de chez son père, le cerveau d é b o r d a n t de\n  pensées haineuses, en route, il s'était promis de mettre à exécu-\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "                        LE RÈGNE DE LA BÊTE                           2l3\n\n\ntion le rêve meurtrier qui le hantait depuis tant de jours. A pré-\nsent, dans cette c h a m b r e où rôdait la mort, il se sentait très\nfaible, entre ce vieil enfant qui jonglait avec des colifichets\nlyriques et ce malheureux dont la face terreuse semblait déjà se\ntourner vers les ténèbres irrémédiables.\n   L'après-midi de décembre, arrivée à sa fin, répandait cette\nmélancolie du crépuscule si lourde à porter pour les âmes en\ndétresse. Charles se leva, alla vers la fenêtre et, a p p u y a n t son\nfront à la vitre, contempla le L u x e m b o u r g dont les arbres\neffeuillés appliquaient leurs ramures, en un noir filigrane, sur\nla n a p p e rouge laissée, à l'occident, par le soleil qui venait de\nse coucher. Des bruits confus montaient de la rue : rires de pas-\nsants, cris des camelots, vendeurs de journaux, appels nasil-\nlards de t r a m w a y s — toutes les r u m e u r s , toute la morne agita-\ntion du monstrueux P a r i s .\n   Il se détourna, q u ê t a n t une diversion à l'angoisse imprécise\nqui l'étreignait de la sorte. Rien ne bougeait dans la chambre.\nPaul P a u l e t t e s'était assoupi; il ronflotait, les bras pendants, le\ncorps tassé au fond du fauteuil, tandis que les reflets du foyer\njouaient bizarrement sur son crâne chauveet poli. U n e p o i g n a n t e\nsensation de solitude prit Charles à la gorge. Il eût donné n'im-\nporte quoi pour rompre ce silence funèbre.\n   Alors, dans l'ombre peu à peu envahissante, la voix de Ché-\nriat s'éleva. Avec des intonations craintives, il balbutiait des\nlambeaux de phrases sans suite :\n   — O h ! qu'il fait obscur... Qu'il fait froid... Je suis seul...\nT o u t le monde, tout le m o n d e est tout seul... Qui aura pitié de\nnous?...\n   La plainte réveilla Paulette.\n   — Quoi donc, dit-il en se frottant les yeux, qui donc, est-ce\nqu'il délire?\n   Charles lui fit signe de se taire. Il frissonnait, car ces paroles\ncorrespondaient si étrangement à son état d'esprit! Il lui sem-\nbla qu'elles impliquaient un mystère dont il aurait voulu péné-\ntrer le sens.\n   Chériat reprit comme s'il suppliait :\n   — Te Incis ante terminum... rerum Creator poscimus...\n   Et Charles, se rappelant soudain que le m a l a d e avait reçu\njadis une éducation catholique, conjectura qu'il essayait de\n prier. C'étaient, en effet, les deux premiers vers de l'hymne\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "214                             DURENDAL\n\n\nmagnifique composé par saint Ambroise pour l'office de Com-\nplies : « Avant que la lumière ne s'en aille, Créateur de toutes\nchoses, nous t'implorons. »\n   Mais pourquoi Chériat, qui avait toujours fait parade\nd'athéisme, qui s'était m ê m e rendu l'auteur d'une brochure inti-\ntulée : Nions Dieu, aurait-il eu recours à la prière? E n toute\nautre occasion, Charles eût considéré cette effusion comme l'in-\ndice d'un d é t r a q u e m e n t total. Ce soir, pourtant, il eut le pres-\nsentiment que ce n'étaient point des divagations et qu'il se pas-\nsait quelque chose de décisif dans l'âme de Chériat.\n   — Mais qu'est-ce qu'il lui prend de baragouiner du latin?\ndemanda Paulette.\n   — Tais-toi, dit Charles impérieusement, ce n'est pas le\nmoment de plaisanter... Ecoutons-le.\n   Chériat continua :\n   — N ' y aura-t-il plus j a m a i s de lumière?... Resterons-nous de\npauvres insensés t â t o n n a n t dans cette sombre a n t i c h a m b r e de\nl'enfer qu'on appelle la vie? C o m m e n t avons-nous pu tuer notre\nâme et en livrer le cadavre aux démons? Morts a m b u l a n t s , nous\nn'osons plus d e m a n d e r à l'Esprit consolateur qu'il nous res-\nsuscite... Les brumes livides de la pourriture nous submergent,\ncar voici venu le règne de la Bête.\n    Charles prêtait l'oreille en t r e m b l a n t . Cette voix gémissante\n pénétrait, comme une lame affilée, j u s q u ' a u plus intime de sa\n conscience et y suscitait des terreurs identiques à celles que\n Chériat semblait éprouver. Mais il était tellement ignorant des\n vérités éternelles que la signification profonde de ce désespoir\n lui échappait. Il sentait seulement, et cela, d'une façon très\n lointaine, qu'il y avait, autour d'eux, comme une présence invi-\n sible qui spiritualisait l'atmosphère de la chambre. Il demeu-\n rait immobile, ne sachant que dire ni que faire. P a u l e t t e , ébahi,\n ne remuait pas davantage.\n    T o u t à coup, Chériat se souleva en se d é b a t t a n t :\n    — J'étouffe, j'étouffe, cria-t-il, est-ce que personne ne veut\n venir à mon aide?...\n    Charles et P a u l e t t e s'empressèrent. Le chansonnier alluma\n une lampe p e n d a n t que le j e u n e h o m m e débouchait un flacon\n d'éther et tentait d'en faire respirer le contenu au moribond.\n  Celui-ci repoussa la fiole :\n    — Non, non, ce n'est pas cela... E t vous autres, avec vos\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                       LE RÈGNE DE LA BETE                           215\n\n\nfaces toutes noires, vous m'obsédez. Il me faut q u e l q u ' u n . . .\nquelqu'un qui ait un peu de lumière au front.\n   Ensuite, il éclata d'un rire aigu et montrant la bombe, dont\nl'enveloppe de bronze clair luisait vaguement sur la console, il\nhurla :\n   — Vas-tu la jeter, espèce de damné?...\n   P u i s , r e t o m b a n t sur les coussins en désordre, il ferma les\npaupières et ne parla plus. Paulette, en désarroi, se frottait\nmachinalement les mains et roulait des yeux effarés. Charles\nne pensait q u ' à une chose : fuir cette chambre où régnait\nl'épouvante. L e souvenir lui vint d'un h o m m e qui portait peut-\nêtre cette m a r q u e de clarté réclamée par Chériat. et il résolut\nd'aller le chercher.\n   — Attends-là, dit-il à P a u l e t t e , je reviens dans une heure.\n   — Mais ce n'est pas drôle de rester tout seul avec Chériat,\nobjecta le chansonnier; s'il empoigne une nouvelle crise qu'est-\nce que je ferai? P a t i e n t e au moins quelques minutes.\n   — Non, non, il faut que je sorte...\n   — T u vas chercher un médecin?\n   — O u i . . . C'est-à-dire, je ne sais p a s . . . Laisse-moi sortir.\n   Charles était déjà sur le seuil de la porte.\n   Mais il rentra brusquement, comme frappé d'une idée sou-\ndaine. Il alla j u s q u ' à la console, prit la bombe et la mit dans la\npoche de son veston.\n   Dehors, il la retira pour l'examiner à la lueur d'un réverbère.\nPleine d'une poudre verdàtre, elle n'était pas amorcée. Il la\nconsidéra quelques instants comme s'il hésitait sur ce qu'il\ndevait en faire.\n   — Impossible qu'elle éclate, murmura-t-il. Alors, se pen-\nchant sur une bouche d'égout, qui s'ouvrait en contre-bas du\ntrottoir, il y jeta l'engin et s'éloigna d'un pas rapide.\n\n                                                  ADOLPHE RETTÉ.\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "                 Les Saisons\n                                                               Hiver\n\n                      Les Loups\nLa neige se troue, ainsi que du plâtre,\nD'empreintes de pattes. Au clair de lune,\nFurtives, des bêtes rampent une à une\nDans son immensité     bleuâtre.\n\nVers le bercail clos et le feu de l'âtre\nToisons grises, houppelande      brune\nOnt disparu. — C'est l'heure      opportune\nOù le pas du loup suit le pas du pâtre.\n\nMais l'hiver nocturne éclairant la neige\nApeuré les louves aux cœurs pleins de pièges\nQui se coulent vers le bercail.\nLe givre et le gel ont mué sa haie vive\nEn buisson de quartz et de blanc corail\nEt les chiens du pasteur ont l'oreille  attentive.\n\n                                                           Printemps\n\n                      Terre Elue\nLa mer italienne éblouit de ses moires\nLa trémière fraîcheur des jardins pleins de roses.\nOliviers bleuissants, jeunes palmes de gloire\nOmbragent sur les bords la plage qui repose.\nSourire aérien de la soirée fleurie,\nL'avril de la montagne éclaire la prairie.\nAu flanc de la montagne — ô mamelle           fertile!\nS'étagent dans les fleurs sous l'offrande     des fruits\nDes villages. L'azur ineffable   rutille.\n\nSans que sa paix, jamais, s'empoisonne    d'ennui,\nCalme autant que le golfe immobile et qui luit,\nUn climat bien-aimé, de l'aurore à la nuit,\nRend là depuis toujours toute fièvre inutile.\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                     LES   SAISONS                        217\n\n\nCiel et mer : double azur, double béatitude,\nDouble aurore! innocence et chaste solitude,\nDouble couchant rosâtre aux douceurs de pastel.\nEmergeant de leurs fleurs ainsi que des autels\nLes faîtes printaniers des vertes altitudes\nElèvent vers le Jour la tendresse des nids\nEt le Jour qui descend sur la mer les bénit.\nPanorama du soir où verdoient les campagnes,\nOcéan végétal... Les onduls des montagnes\nSont des vagues d'Espoir entre deux  infinis.\nDécor des Primitifs ! Derrière les jardins,\nOù se ferment les fleurs des Légendes dorées,\nS'apâlit l'horizon tendrement    smaragdin.\nL'encens du crépuscule embaume les orées.\nLa nature abolit en la contrée élue\nLa peine d'ahaner sur la glèbe. Douceur !\nErrer dans ces vallons où la grâce évolue\nEn guirlandes d'enfants sous des gestes de fleurs.\nLa vie est sans effort sur les pentes heureuses,\nL'amour est sans péché sous les bosquets latins\nEt la mort sans douleur est un soir qui s'éteint.\nOmbrie! O Paradis terrestre .'... Vaporeuses,\nDans la mysticité franciscaine du soir,\nLes âmes des bergers et des moines très purs\nPassent — songe aérien — sur le nocturne      azur\nDu golfe et sur les prés de la plaine lointaine.\nComme eux je reviens boire à tes chastes    fontaines,\nO Terre où la Candeur a rénové    l'Espoir.\nOasis de l'exil ! Mon rêve s'y console\nEt visitant, parmi les jardins   boccagers,\nLa Terre où l'œil chrétien d'Ange de Fiesole\nVoyait l'Agneau de Dieu paître dans les vergers,\nJ'adore, humanisant    le soir du paysage,\nLa Jeunesse éternelle au céleste Visage.\n\n                                                         Été\n\n             Les vergers du manoir\nLes pommiers généreux, entre l'herbe et le jour\nOuvrent immensément leurs branches      surchargées.\nSous le verger flamand, seule vie ombragée,\nRêvent les bœufs pesants dans l'herbe de velours.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "2l8                          DURENDAL\n\n\n\n      Ici tout est repos. Solaire, un bonheur lourd\n      Traverse — averse d'or — les grands feuillages  d'ombre,\n      Formant des flaques de splendeur sur l'herbe, où sombre\n      Un fruit mûre, avec un bruit sourd.\n\n      Et passe du verger à la verdure     offerte,\n      En plein soleil, — zigzag de feu ! —\n      La libellule au corps électriquement     bleu,\n      Allant, venant de l'ombre verte aux clartés      vertes.\n\n      Elle habite les étangs noirs\n      Qui reflètent, là-bas, dans leurs miroirs\n      L'été chenu et titanesque des grands     hêtres.\n      Mais sa vivacité veut voir\n      Et son instinct aventureux     connaître\n      La force des vergers autour du vieux      manoir.\n\n      Donjon de volonté\n      Debout\n      Au-dessus des pommiers accablés de       lumière,\n      Le castel clair apparaît tout à coup\n      Par la ténacité\n      Des pierres,\n      L'emblème de l'Eté\n      Sous le triomphe    d'août.\n\n      Vastes cycles d'ombrage, où mûrissent les fruits,\n      Les beaux vergers, depuis des siècles     environnent\n      Sa majesté gothique et sa tour lourde, où luit\n      Un toit plus radieux qu'une illustre     couronne.\n      Tous les rangs des pommiers rayonnent vers sa base,\n      Vergers approfondis en porches       innombrés...\n\n      Et tels, l'Eté mystique à ses vergers ombrés,\n      Qui mènent sous les fruits aux Donjons de l'Extase.\n\n\n                                                                 Automne\n\n                   Au maître des arbres d'or\n      Aquatiques    lueurs entre les fanes rouges :\n\n      Eau forestière aux ombres      opulentes,\n      Ombres aux tons de somptueux         velours,\n      Où, çà et là, aigu, un scintif bouge.\n      Verte émcraude, ou sarde      rutillante.\n      Aquatiques lueurs entre les fanes rouges.\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                      LES   SAISONS                            21g\n\n\nTa palette flamande aime ces arbres lourds :\nChênes de force, hêtres de gloire;\nEt dans les profondeurs où les troupeaux vont         boire,\nTrès lentes, les liquides moires\nLavent les reflets clairs des géantes feuillées\nPlongeant en des miroirs\nLeur fête ensoleillée.\n\nLe monde exulte; il chante et ta vertu de vivre\nEt ton bonheur !\nEt tu les exaltas par de telles couleurs\nQue les mois automnaux      en Flandre vont se suivre\nComme si leurs bois d'or ardaient en ton honneur,\nCourtens ! instinct splendide aux fortes alchimies !\n\nTon art de faste en brûlant coloris\nSait allier la fougue à l'eurythmie\nDans l'hymne en clair-obscur des vergers         surnoircis.\nRubénienne puissance en tes flamandes        drèves,\nFeuillée ardente, où tes pinceaux        transmutateurs,\nTitanisant l'élan géant des sèves,\nFont éclater, en rythme      orchestrateur,\nCe métal octobral : arbres de cuivres,\nAux troncs de bronze, aux bras de fer,\nEt ceux, là-bas, que le soleil rend ivres,\nArbres en surplomb d'or sur l'eau des étangs verts.\n\nAutomnales apothéoses de l'Eté !\nCes branches en fusion, où ton art prolifique,\nEpanouit la vigueur des clartés,\nMe sont autant d'images     magnifiques\nDes transverbérations  de notre éternité .'...\n\nUn jour viendra l'Automne et le vent de la Mort.\nA lors\nLa Clarté du Seigneur visitera les ombres\nDu parc mystique et ses ravins profonds,      qu'encombrent\nLes fanes du désir aux mares du remords\nSe pareront soudain, surgissement sans nombre,\nDe feuillages de feu en foule auréolaire ;\nEt Dieu se mirera dans ses drèves solaires\nAinsi que son soleil se mire en ta « Pluie d'or ! »\n\n                                           GEORGES RAMAEKERS.\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "Le Salon Jubilaire\n           de la Libre Esthétique\n          Comme un insecte d'or dans le soir rose et clair,\n          Le feu vibrant encor aux arcs de ses deux ailes,\n          L'ange, patron hautain, illumine Bruxelles,\n          De son glaive barrant le ciel comme un éclair.\n          Depuis bientôt vingt ans, comme un cri de conquête,\n          Monte vers lui le chœur véhément des poètes...\n\n   Ainsi chante Verhaeren en ce dernier volume de Toute la\nFlandre, où il semble que le grand poète fasse passer ses Héros,\nprinces, tribuns, artistes, dans la trame éblouissante de ses\nvers, comme des walkyries surgies, une à une, sur la pourpre\nensanglantée du soir ou parmi l'azur extasié du matin, casquées,\narmées, en ascension étincelante, dans leur cri strident de\nvolonté et de défi...\n   « Depuis bientôt vingt ans... » D e p u i s un quart de siècle, des\npoètes, des écrivains âpres ou tendres, des conteurs épris de vie\nprofonde ou de joie légère, ont paru en ce pays positif et\ntaciturne, dont les aspirations et le rêve n'avaient eu,\njusque-là, de traduction haute et belle que dans l'art plastique\net musical.\n   C'était une heure de fougue et d'entreprise, ardente, juvénile,\net qui n'aura pas passé en vain, que celle qui assista à cette\nétonnante éclosion. Il ne se pouvait pas que l'esprit d'insolente\nnouveauté et de hardiesse qui animait les jeunes lettres belges\nn'eût sa répercussion dans l'art, ne provoquât, là aussi, des\ngroupements d'artistes avides d'indépendance et de recherche\nhors des voies tracées, stérilisées pour avoir été trop foulées.\nAu moment où le Cercle des XX ouvrit son premier Salon\n— 1884 — la Jeune Belgique avait quatre a n s ; la Basoche, éphé-\nmère et charmante, venait de naître, sous la direction cordiale\net enjouée de Charles de T o m b e u r , si tristement emporté peu\naprès, avec la collaboration du bon poète André F o n t a i n a s ; de\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": " EN ECOUTANT DU SCHUMANN\n           (FERNAND      KHNOPFF)\nSalon jubilaire de la « Libre Esthétique » (1908)\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": ""}, {"page_pdf": 266, "texte": "          LE SALON JUBILAIRE DE LA LIBRE ESTHÉTIQUE                         221\n\n\nMaurice Frison, qui est au barreau; de L u c Malpertuis, qui est\nau t h é â t r e ; de D e m b l o n , qui est à la C h a m b r e . . . De combien\nd'autres, aujourd'hui élevés en gravité et en dignité, et dis-\npersés, comme aussi bien les Jeune Belgique, plus jeunes, hélas!\net dont certains des principaux ont recueilli à l'étranger l'illus-\ntration que leur patrie a mesurée parcimonieusement à ceux qui\nsont restés au foyer.\n   Les XX, dispersés, eux aussi, par toutes les raisons de la vie\n— ou de la mort, se sont retrouvés une dizaine aux cymaises de\nce Salon jubilaire, les uns tels presque qu'on les avait connus,\nà l'origine; les autres, dans l'épanouissement d'un talent par-\nvenu à une magnifique maturité, tels M M . Van Rysselberghe,\nKhnopff, E n s o r ; les deux premiers surtout, l'un, avec son pay-\nsage provençal Sous les pins, ombre et lumière éclatantes, où des\nbaigneuses nues ou en vêtements flottants mettent des appari-\ntions de réalité mythologique; le second, avec son En écoutant du\nSchumann, plein de suggestions émouvantes.\n   E n dehors des survivants des XX, M. Octave Maus avait\ntenu, dans l'organisation excellente de cette commémoration,\nà associer à celle-ci les plus notables des artistes qui, à titre\nd'invités, participèrent aux expositions dont il a été, depuis\nvingt-cinq ans, l'intelligent et judicieux manager. E t il nous a\ndonné ainsi de nous rencontrer avec des œuvres belles et\nattrayantes des maîtres français Degas, Claude Monet, Frantz\nJourdain, Maximilien Luce, Renoir, Signac, Moreau-Nelaton,\n Cottet, Guérin, Besnard, Raffaëlli, etc., etc. L'Espagne était\nreprésentée par M . Dario de Regoyos, qui ne semble point avoir\n progressé beaucoup depuis 1884, et par un beau Zuolaga :\nPepito et sa Fiancée, emprunté au Musée d'Ixelles.\n   Rodin, u n des exposants également de la première année, —\n avec sa figure si discutée alors de Victor Hugo — marquait sa\n présence magistrale par deux œuvres extraites d'une collection\n particulière : Saint Jean-Baptiste, et le célèbre Baiser, si grand\n de beauté simple et de tendresse h u m a i n e . E t , puisque nous\n parlons de la sculpture, citons en même temps nos propres\n maîtres, M. Gaspar, pour son Etude d'Eléphant; M M . Victor\n Rousseau, avec une noble figure méditative : le Songeur; et\n Charles Van der Stappen — jubilaire, lui aussi, dont le fécond\n professorat et la belle carrière énergique étaient célébrés, dans\n un grand enthousiasme, le 5 avril dernier, par les élèves de\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "222                            DURENDAL\n\n\nl'Académie des Beaux-Arts et les artistes de Bruxelles — avec\nun marbre, Maternité, harmonieux et fort, et deux bronzes, dont\nle buste héroïque et pensif de Verhaeren.\n   Nous n'avons pas cité M. Maurice Denis avec ses confrères\nfrançais, parce que par son art subordonné à l'idée il ne saurait\nse classer parmi des maîtres, dont toute la difficile ambition est\nde traduire la réalité et la beauté vivante des êtres et des choses,\nselon leur puissance de vision. Les conceptions de M. Denis\ndéplairont, sans doute, à qui les regardera d'un œil positif, sans\nse soucier de la pensée que la gaucherie étudiée de ses person-\nnages et le dessin sommaire du décor t e n d e n t à faire, seuls, pré-\nvaloir. Il semble que, pour mieux exprimer l'émotion ou l'ex-\ntase, les figures du peintre dépouillent tout ce qui n'est pas essen-\ntiel et, en quelque sorte, tout ce qu'elles contiennent de circon-\n stancié et d'épisodique... D e là l'intensité effective de représen-\ntations comme la Première communion, toute blancheur et ardeur;\ncommele Mois de Marie, où tout est vierge, la Vierge, les enfants,\nles chants et les fleurs printanières...\n   P a r m i les plus sensitifs évocateurs de nos paysages, il faut\ntoujours nommer d'abord M. E m i l e Claus, dont L e m o n n i e r\nvient de célébrer l'œuvre nombreux et superbe en une belle\nmonographie, publiée par l'infatigable éditeur Van Oest. L a\npensée rôde et rêve autour des images pleines des féeries de la\nlumière et des saisons que M. Claus fait surgir sur sa toile.\nT a n d i s qu'il exposait à la Libre Esthétique, un Effet de couchant,\nune allée de grands arbres épais criblés de rayons d'or et de\nrouille, il montrait au Cercle Artistique quantité de cadres, spé-\ncialement ceux qu'il a exécutés à Venise, et dans lesquels, tous,\néclatait ce même art nuancé et délicat. M. Degouve de Nuncques\nexposait trois visions d'hiver : Neige, Décembre et Suint-Nicolas ;\ncoloris aigu, sentiment pénétrant — des pages qui forçaient\nl'attention et la charmaient.\n   Nous ne pouvons passer sous silence M. Buysse, heureux,\ncomme toujours, dans son Canal en février ; M. Alfred Delaunois\net ses Impressions des pays monastiques ; M. Degroux, d o n t nous\nn'aimons guère, cette fois, les p a s t e l s ; M. Léon F r é d é r i c ,\nsolide et frais dans Pour orner l'église; M. H e y m a n s , frais et bel-\nlement nuancé dans le Réveil de la ferme; M. L a e r m a n s et\n M. Mellery dans leurs expressions habituelles ; une vaste\npage : le Perron bleu, de M. Morren.\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "            LE SALON JUBILAIRE DE LA LIBRE ESTHÉTIQUE                                      223\n\n\n   Il faudra a t t e n d r e quelques années pour juger MM. Jean\nPeské, Guillaumin, M me Couturier, etc. P o u r le moment, ils\nsont, à ce qu'il parait, dans une période d'outrance au terme de\nlaquelle ils nous donneront, peut-être, des ouvrages où leurs\nexcès mêmes auront tourné au profit de leur talent mûri.\n   E t , pour conclure, saluons le délicieux buste de Daumier,\navec sa vieille petite figure chiffonnée, éclairée par des yeux\npleins d'inquisition et de malice, de M. Albert Marque, et la\nsérie de tableaux vibrants et observés — L'Eventail, le Chapeau\nbleu, etc. — de M. Georges L e m m e n .\n                                                                   ARNOLD G O F F I N .\n\n\n\n\n               Les Auditions de la Libre Esthétique\n   A l'occasion de son jubilé de vingt-cinq ans, u n e audition d'un intérêt tout\nspécial a été organisée à la L i b r e Esthétique. L e Cercle Piano et Archets y a\nfait entendre trois œ u v r e s des plus notables de la littérature franckiste dans\nle d o m a i n e de la m u s i q u e de c h a m b r e , le Q u a t u o r en la majeur de Chausson\nque n o u s avons apprécié d a n s la dernière livraison de Durendal à propos de\nl'exécution q u e ce m ê m e cercle Piano et Archets d o n n a d e cette œuvre\nsuperbe à la salle Desmedt, la Sonate en ut pour violon et piano (op. 59) de\nVincent d ' I n d y , dont le mouvement très lent recèle les plus hautes significa-\ntions, et le merveilleux Quintette en fa mineur de César Franck, u n e des\ninspirations les plus intenses du maître, et qui, à l'heure actuelle, a sa place\nmarquée dans le répertoire classique à côté des quintettes de S c h u m a n n et\nde B r a h m s . Inutile de dire que M M . Bosquet, C h a u m o n t , Van H o u t , J a c o b ,\navec le concours de M. P i e r y dans le Quintette, ont interprété ces œuvres\navec autant d'ampleur sonore que de puissance expressive.\n    L a seconde séance était exclusivement consacrée à Vincent d ' I n d y . L e\n quatuor Z i m m e r et l'auteur lui-même y ont éloquemment interprété des com-\npositions représentant les deux styles du maître, opposant les harmonies\ndélicates et caressantes qui constellent le Q u a t u o r en la (op. 7) de leurs épa-\n nouissements prinlaniers à l'expression austère et contemplative, aux riches\n constructions, aux factures raffinées et complexes du Q u a t u o r en mi (op. 45).\n A cette même audition, M l l e Blanche Selva a joué u n e transcription pour\n piano du poème orchestral Souvenirs dont nous avons parlé lors de son exécu-\n tion aux concerts Ysaye.\n    N o u s n'avons pu assister au récital de M lle Blanche Selva où l'interprète\n inspirée de Bach a d o n n é en première audition des compositions d'Albert\n Groz, R e n é de Castéra, P i e r r e Coindreau, Isaac Albeniz et la Sonate pour\n piano en mi (op. 63) de Vincent d ' I n d y analysée d a n s la dernière livraison\n de Durendal par notre confrère Ryelandt.\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "224                                    DURENDAL\n\n\n    N o u s citerons encore le Choral de d ' I n d y (violoncelle et orchestre) r e n d u\navec noblesse par M M . Pitsch au violoncelle et Octave Maus qui a transcrit\npour piano la partie d'orchestre. Comme œuvres vocales, la Bernadette de\n Bréville et les Chevaux de bois de D e b u s s y , dont la cantatrice Mlle Rollet a\nd o n n é des interprétations se caractérisant par u n e diction très p u r e et u n e\nparfaite justesse d'expression.\n    Le cinquième concert était réservé à l'audition d'œuvres de compositeurs\nbelges. E n premier lieu M. Crickboom, le très distingué violoniste, secondé\nde MM. Blanco, B r u n n e r et K u h n e r , a joué Y Andante et Scherzo de Gilson\n(deux violons, alto et violoncelle), 1'Andante débutant par u n e p h r a s e plain-\ntive qui se développe majestueusement pour atteindre p e u à peu les régions\nde lumière, le Scherzo d'allure fantastique et où vient s'enchaîner u n épisode\nde rêve. De la façon la plus brillante et avec u n vif souci de la mise en\nvaleur des thèmes, M lle Marguerite L a e n e n a exécuté le Menuet, Toccata et\nImpromptu p o u r p i a n o , de A. de Boeck, une composition fort vivante et\noriginale par le r y t h m e comme par les h a r m o n i e s , puis u n e suite p o u r piano\n de Gilson, également typique de structure et de colorations, mais d o n t il\nsemble difficile de se faire une idée précise par les seuls fragments présentés.\n L'excellent violoncelliste K u h n e r a joué u n e élégie pour violoncelle de F i é -\nmolle, tandis que de sa voix profonde et vibrante et d a n s un style large\nM. Bracony a chanté des œuvres vocales de Mawet et de Smulders, ces\nderniers d'écriture soignée et de sentiment fort sincère. L e concert se termi-\nnait par une composition de M. Crickboom, Andante espressivo et Agitato,\ninspiration de mélancolie émue empreinte d'un grand charme mélodique\net que l'auteur a expressivement interprétée lui-même, M m e Crickboom tenant\nélégamment la partie de p i a n o .\n   Au sixième concert de la L i b r e E s t h é t i q u e , on a entendu une Sonate pour\npiano et violon du baron Buffin, très intéressante et qui sous le double rap-\nport du choix des idées et de raffinement des harmonies, atteste un notable\nprogrès sur ses œuvres précédentes, puis la Sonate en ré mineur (violon et\npiano) de G u y R o p a r t z , directeur du Conservatoire de N a n c y , composition\nvigoureuse et richement développée. C h a u m o n t , avec Bosquet au p i a n o , a\ndonné de ces deux sonates u n e interprétation pleine de sentiment et de vie.\nL e beau p o è m e p o u r violoncelle (op. 3) de Victor Vreuls a été largement\nexposé par le violoncelliste Georges P i t s c h , Octave Maus tenant au piano\nla partie d'orchestre qu'il a lui-même transcrite. Signalons enfin l'apparition\nsensationnelle d'une cantatrice modem style, Mlle R a y m o n d e Delaunois, dont\nl'aspect fatal et le costume austère n'assombrissaient point trop u n e physio-\nnomie d'ailleurs c h a r m a n t e . Sa voix ample, au timbre clair et m o r d a n t , et\nses interprétations dramatisées ont été vivement appréciées d a n s l'Oraison de\nChausson, dans un chant curieusement rythmé, Dansons la gigue de\nCh. Bordes, et d a n s trois poèmes d'impressionnisme aigu signés Debussy,\nMaurice Ravvel et Léon J o n g e n . Cette dernière audition était honorée de la\nprésence de S. A. R. la princesse Albert de Belgique.\n\n                                                               G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "             La vie d'un bibliophile\n\n          Le Vicomte de Spoelbergh de Lovenjoul\n                                         A Monsieur l'abbé Mœller.\n\n              ECRIRE pour     Durendal quelques lignes sur le\n                 vicomte de Spoelbergh de Lovenjoul, je le ferai,\n                  mon cher M. Mœller, pour vous être agréable,\n                 et parce qu'aussi c'est le rôle d'un ami que\n                 d'empêcher une tombe de se fermer sans que\n                 soient déposées sur la pierre les quelques fleurs\n                 du souvenir.\n                    Penser à un mort est triste, en parler est plus\ntriste encore, ciseler dans l'airain fruste des mots quelques\népisodes de la vie éteinte u n i t l'amertume du travail maladroit\naux souffrances de l'esprit. T o u t cela, pourtant, je veux l'af-\nfronter une fois encore pour buriner quelques traits de cette\nsilhouette aristocratique.\n   Excusez-moi de ne pas en parler longtemps, ni de vous donner\nbeaucoup de détails, la plupart de ceux que je connais je\nles ai publiés en décembre dernier dans le Mercure de France.\n   J'y disais que sa figure aux tons ivoires, encadrée d'une barbe\nblanche et drue, ses yeux noirs et inquiets enchâssés dans des\ntons de bistre, faisaient songer parfois aux visages ardents et\nsombres des vieux seigneurs de l'ancienne Castille; physio-\nnomie d'un h o m m e qui ne porte en lui ni bonheur ni paix inté-\nrieure, et sur laquelle le sourire et l'animation ne sont que des\nclichés cinématographiques se déroulant sur un fond noir.\n   Une existence toute repliée sur elle-même, détachée des fri-\nvolités qui retiennent à la terre, pour qui la nature n'est qu'un\ndécor inanimé, est un terrain choisi; les grandes douleurs y\npoussent de profondes racines, et les ronces de tous les jours y\ndéveloppent à leur aise leurs épines. C'était le cas pour lui.\nDe plus, absorbé par l'étude des grands hommes, il pouvait\npuiser dans leur carrière d'amers enseignements sur le revers des\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "226                         DURENDAL\n\n\ngloires humaines. Les lettres ne sont-elles pas l'expression de la\nseconde vie? Le masque de tous les jours s'y crevasse, et l'on\nvoit apparaître entre chaque ligne, chaque mot, le triple drame\ndu travail, de la misère et des sentiments.\n    Depuis la mort de M me la vicomtesse de Spoelbergh, M. de\nLovenjoul vivait seul dans une villa de la rue de Linthout. Der-\nrière les grilles tapissées de lierre, la maison blanche, les\nfenêtres toujours fermées, portait bien son nom : « Villa Close».\nDe grands arbres lui apportaient leurs vastes ombrages,\nquelques parterres de fleurs aux teintes violentes jetaient une\nnote gaie devant le perron; et, au-dessus de la porte, sous la\nmarquise de verre, l'automne faisait mûrir quelques grappes de\nraisin. Ces détails de vie, qui continuent à évoluer solitaires\net pensifs, loin des yeux qui les ont fait naître, sont une des\nplus profondes mélancolies de l'âme, le symbole de la nature\nqui étend indistinctement sur tous nos deuils les nappes vertes\nde ses plaines tranquilles.\n   Villa Close! Tous les jours on pouvait en voir sortir un vieil-\nlard, mince, alerte malgré ses 71 ans. Par des rues écartées,\nfuyant les passants, il se dirigeait vers son hôtel du boulevard\ndu Régent. Là se trouvait la bibliothèque, froide et haute salle\noù planait une atmosphère de spleen se dégageant des choses\nmortes y entassées.\n    Même parmi ceux qui n'ignoraient pas ses travaux bien peu\nle connaissaient. Il évitait les causeries oiseuses, s'écartait des\ngrands centres, au théâtre prenait des places à l'écart. Conscient\nde ce que les sujets qui l'intéressaient ne pouvaient distraire les\nautres, loin de tout lui-même, il avait horreur de, répondre,\nainsi qu'il aimait à le dire, par du bruit au bruit inutile\nque faisaient ses semblables.\n   A Paris, pourtant, il était un autre homme, au milieu des\nsouvenirs de ses chers disparus, sorti du mausolée où ils dor-\nmaient, il reprenait un peu de leur vie comme s'il eût incarné\nce qui restait de leur personnalité; sorte de double conscient\nil se mettait à la recherche de leurs attributs dispersés, pour\nles réunir et les rassembler en vue du jugement suprême de\nla postérité.\n   Alors commençait la chasse au document. Ce travail ardu\nqui nécessite d'intarissables ressources de ruse et de finesse,\npeut ne pas être aimé de tous, beaucoup pensent même y trouver\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                      LA V I E D ' U N   BIBLIOPHILE                    227\n\n\nune sorte de profanation; mais lorsque, avec le fil d'Ariane\nconstitué de la sorte, on peut suivre pas à pas les productions\ndes g r a n d s h o m m e s , y rattacher les faits de leur vie, n'entre-t-on\npas dans un d o m a i n e plus vaste que celui de l'aride bibliogra-\nphie, ne se trouve-t-on pas transporté en pleine science de la\npsychologie h u m a i n e dans ce qu'elle a de plus intéressant et de\nplus grand : l'étude des œuvres du génie, la dissection de la\npoésie et de la beauté.\n    L'œuvre de M. de Spoelbergh est multiple. I1 y a d'abord la\nconstitution de sa bibliothèque, la formation de cet ensemble\nde documents qui, avec les tables de journaux et le catalogue,\nconstitue un outil unique pour des chercheurs consciencieux.\nOutre cela il y a la direction qu'il a donnée aux publications de\nlettres autographes, les annotations qu'il y a mises, la recon-\nstitution de leur véritable d a t e . L a p l u p a r t des recueils\ndocumentaires relatifs au XIXe siècle ont passé en épreuves\nentre ses mains; et si lui-même a laissé une quinzaine de\nvolumes, combien son œuvre n'est-elle pas plus grande lorsque\nl'on veut apprécier la somme des informations qu'il a données,\nl'aide qu'il a prodiguée sans compter à tous les travailleurs.\n Il possédait dans son cerveau la connaissance méticuleusement\nexacte de toute cette partie de l'histoire littéraire, elle a malheu-\nreusement disparu tout entière avec lui. Cette spécialisation\nexcessive en formait un type à caractères nettement déterminés,\n un personnage de la Comédie H u m a i n e , qui avait ses défauts\net ses faiblesses, dont le rayon d'action était lumineux quoique\nrestreint, mais que des qualités personnelles rendaient extraor-\n dinairement attachante.\n   On a beaucoup critiqué sa décision de laisser ses collections à\nla bibliothèque de C h a n t i l l y . Il est triste évidemment de voir\npartir ainsi des trésors que nous eussions préféré conserver et\nutiliser. Songeons pourtant qu'ici ils étaient eux-mêmes en\nexil (ne se rapportent-ils pas à des ancêtres qui ne sont pas les\nnôtres?) et celui qui les a légués là-bas avait conquis dans le\nmilieu où il les laisse ses meilleures et plus sûres amitiés. Il a\npensé que puisque presque tous ceux qu'il avait aidés, qui\nl'avaient aidé se trouvaient là, il était plus juste que l'instrument\nqui leur avait servi tant de fois par son entremise fut remis entre\n leurs m a i n s ; peut-être en pourraient-ils faire de la sorte un\n meilleur usage.\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "228                          DURENDAL\n\n\n    E n outre, la Belgique avait été pour lui un pays d'incom-\npréhension. Les premiers temps de ses travaux furent durs et\nsoulevèrent plus d'insinuations malveillantes que de véritable\nintérêt. Il était à ce point ignoré et méconnu, que, pour ne citer\nq u ' u n seul exemple, lorsqu'on lui décerna l'Ordre de Léopold,\non mit comme motif à cette distinction : « pour services rendus\nà la musique ». Et je vous cite ce fait, non qu'il ait d'importance\nen lui-même, ou qu'il ait provoqué autre chose que des rires\nchez celui qui en avait été victime, pour lui, la pluie frivole des\npetits rubans rouges qui tombent au hasard un peu partout\nn'avait pas beaucoup d'importance, mais uniquement comme\nargument de ce que j'avance.\n   Eût-il mieux fait de passer outre à toutes ces considérations\nsentimentales et pratiques? c'est possible; je laisse à d'autres le\nsoin de le juger maintenant qu'il a disparu de la scène du\nmonde.\n   Solitaire il avait vécu, solitaire il devait mourir. Après l'avoir\nquitté en juin à Paris, plein de vie et d'entrain quoiqu'atteint\ndéjà depuis longtemps par l'aile de la mort, c'est dans les\npaysages sombres de la volcanique Auvergne que je devais le\nretrouver mourant, heureux pourtant de disparaître sans souf-\nfrances après une longue carrière, muni des secours de la\nreligion qui avait été la sienne. Que le repos qu'il avait vaine-\nment cherché p e n d a n t toute son existence s'étende maintenant\nsur sa t o m b e .\n                                               MAX D E A U V I L L E .\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "   Le \"Bonhomme,, du Romantisme\n                                  Charles Nodier\n                                          II\n\n                            Le Salon de l'Arsenal\n                     LA Bibliothèque de l'Arsenal, dont la garde venait d'être\n                        confiée à Charles Nodier, était « à l'usage » de a Mon-\n                        sieur )), comte d'Artois. En regard du modeste logement\n                        qu'il venait de quitter, cette nouvelle résidence apparaît à\n                        Nodier comme « un pavillon presque royal », peuplé\n                        d'ombres princières et, rempli encore par le souvenir de\n                        la Maréchale de L u x e m b o u r g . On a pu dire qu'avec\n                        Nodier, toute la littérature contemporaine fit son entrée à\n                        l'Arsenal !...\n   Le dîner fini — et il n'était pas rare qu'on y faisait hospitalièrement place\nà quelqu'écrivain ou à quelqu'artiste arrivé « en avance » — M a d a m e Nodier,\nsouvent aidée par le convive d'occasion qu'était Alexandre D u m a s , se dépêchait\naux préparatifs de la réception... E t l'un après l'autre, les « lions du jour »\nfaisaient leur entrée. C'était d'abord une conversation générale, une jaserie\nde poètes au milieu de laquelle glissait gracieuse, empressée, aimable, Marie\nNodier, son album à la main. Cet album devint un « écrin littéraire unique »\noù tous les g r a n d s et petits orfèvres du R o m a n t i s m e déposèrent gracieuse-\nment quelque j o y a u . Victor H u g o , qu'une « amitié de granit » unit aux\nNodier, inscrivit sur l'album de celle qu'il appela la « Notre-Dame de\nl'Arsenal » la primeur de quelques strophes célèbres. L a m a r t i n e , à son tour,\ny nota ces vers :\n                  Que pour toi, belle enfant, au printemps de ton âge,\n                  Du livre du Destin, ce livre soit l'image ;\n                  L'amitié, par mes mains, à tes yeux, va l'ouvrir;\n                  De ses aveux plus tard, l'amour va le couvrir;\n                  Puissent-ils, de tes jours écartant tout nuage,\n                  Confondre encore leurs pleurs à la dernière page !\n\n  Enfin Félix Arvers fit don à l'album de Marie Nodier du sonnet délicieux,\npar qui seul il survit :\n                 Ma vie a son secret, mon âme a son mystère...\n\n\n (1) Voir Durendal, mars, 1908.\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "230                                  DURENDAI.\n\n\nsans que d'ailleurs a u c u n des habitués de l'Arsenal ait jamais pu deviner le\nnom de la femme mystérieuse d o n t la coquetterie rendit Arvers — passa-\ngèrement — grand poète !\n    Un soir, parut dans le salon de Nodier un collégien frais émoulu, à la\nchevelure flottante, « aux yeux rêveurs plutôt qu'éclatants » ; d'abord silen-\n cieux, réservé et timide, il écoutait plus qu'il ne parlait ; mais bientôt il\n s'enhardit et s'émancipa au point de se montrer indocile et irrévérent. E t ,\n dans leurs débats littéraires, les dieux du Cénacle finirent p a r être quelque\n peu agacés \" d'avoir toujours ce gamin dans les j a m b e s ». Ce gamin était\nAlfred de Musset.\n    Musset fit mieux que d'improviser quelques strophes sur l'album de Marie\n N o d i e r ; ils s'escrimèrent ensemble en des vers vifs et c h a r m a n t s ; et les\nripostes de la jeune fille ne furent point indignes des madrigaux désinvoltes\nde Rolla,\n    E n même temps que Musset, pénétra dans la « boutique romantique » un\njeune et brillant lieutenant des mousquetaires rouges, à l'allure distante et\nhautaine, au fin profil aristocratique ; il jeta, comme u n e a u m ô n e , sur l'album\nde Marie Nodier les premières strophes du Cor :\n\n                  J'aime le son du cor, le soir, au fond des bois...,\n\net signa Alfred de V i g n y . . .\n   L e s maîtres du R o m a n t i s m e ne se contentèrent du reste point d'enrichir\nde leurs vers l'album de Marie N o d i e r ; le salon de l'Arsenal eut le privilège\nd'une première lecture, par leurs propres auteurs, de tant d'œuvres qui\nexaltèrent les imaginations et transportèrent les cœurs : Victor H u g o révéla\nu n soir, aux fidèles du grand salon r o m a n t i q u e , son Hernani — et l'entourage\nqui l'entendit dut fournir à « la bataille », que fut la première représentation\nde cette œuvre, un redoutable contingent de « gilets rouges ». L a m a r t i n e ,\ndebout, « en son air de statue » et « u n e main passée entre les b o u t o n s de\nl'habit » récita son Lac immortel, tandis que Musset détaillait d'une voix\nsouple et soulignait d'un geste impertinent les alexandrins de Don Paez.\nEnfin, N o d i e r lui-même se levait, « s'appuyait à la c h e m i n é e , redressait un\npeu sa taille fléchissante et, l'éveil de son œil bleu avivant sa pâle figure »,\nil contait l'aventure du « Trésor des Fèves » ou « la fin tragique du chien\nde Brisquet ».\n   Ainsi, dans le salon de l'Arsenal,\n\n                          Chacun avait, maître ou garçon,\n                                sa chanson...\ncomme devait rimer plus tard « l'enfant du siècle ».\n   Mais Charles Nodier ne se montra pas accueillant qu'aux seuls poètes ; les\nprosateurs aussi étaient les bienvenus à son foyer; de ceux-là, Sainte-Beuve\nfut u n des plus assidus, et son commérage de touche-à-tout vif, malicieux,\nprimesautier, avec souvent u n e pointe de venin, était un régal pour les a u d i -\nteurs ; Alexandre D u m a s , « la face épanouie sous des cheveux en tumulte »,\ndéployait, sa journée faite, u n e gaîté plus grosse, « Son esprit, qui n'était\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                    LE      BONHOMME          DU    ROMANTISME                       231\n\n\n pas constamment de l'or au bon titre, sonnait toujours un son joyeux ».\n Robuste comme D u m a s , débraillé comme lui, Balzac avait l'air aussi d'un\n « colosse au repos » et il animait la causerie du jet soudain de ce que L a m a r -\ntine appela ses « idées solitaires », ou bien il donnait des conseils\n \" d'hygiène littéraire \" au jeune et turbulent Théophile Gautier qu'il avait\npris en affection protectrice. E t Balzac gesticulait, la « canne à la main,\nsa fameuse canne à p o m m e ciselée, qu'il ne laissait pas toujours au\n vestiaire ».\n    L'auteur de la Comédie humaine dut d'ailleurs fréquemment lier conversation\net échanger des idées avec les philosophes et les sociologues qui côtoyèrent,\nà l'Arsenal, les poètes, les critiques et les romanciers : Fourier et son disciple\nVictor Considérant, l'un révolutionnaire d'idée, l'autre révolutionnaire du fait,\ndevisaient sur la réformation du monde, p e n d a n t que le noble et douloureux\nJouffroy, philosophe tourmenté d'infini, confiait sa nostalgie religieuse au\ndoux et pitoyable a b b é Gerbet qui apportait dans ce milieu r o m a n t i q u e , selon\nsa propre expression, « des émotions vives comme des sensations, calmes\ncomme des idées ». Nodier, de son côté, se complaisait en des apartés avec\nson ami de cœur, le suave Ballanche, dont l'enthousiasme mystique lui fut\ncher, surtout au soir de sa vie.\n    La « fraternité des arts » a m e n a encore à l'Arsenal des artistes. E u g è n e\nDelacroix venait d e m a n d e r aux écrivains romantiques u n appui à la « fougue\nnovatrice » qu'il avait déployée d a n s la Barque du Dante; Deveria apportait au\nCénacle, d a n s les plis amples de son fastueux m a n t e a u à l'espagnole, des\nvisions d'Orient particulièrement chers aux poètes de l'époque; et David\nd'Angers, libéré des influences classiques et devenu « le g r a n d sculpteur des\nfigures contemporaines », vit l'Arsenal consacrer le titre de « statuaire du\nRomantisme » que Victor H u g o lui avait décerné.\n   P a r m i tous ces h o m m e s « hantés d'idéal ou possédés de lyrisme », quelques\nfemmes de lettres introduisirent une note de grâce ou de mélancolie. C'étaient\nM m e Tastu, dont Sainte-Beuve vanta le « talent p u d i q u e »; Marceline Des-\nbordes-Valmore, p a u v r e être de passion et de souffrance qui sut parfois dire\nmagnifiquement les tourments que d'ailleurs elle s'était créés elle-même; Del-\nphine Gay qui ébaucha à l'Arsenal u n e intrigue d ' a m o u r avec Alfred de Vigny,\nqu'on s u r n o m m a i t alors le « frère des anges »; et ce rêve se termina en larmes;\net enfin Sophie Gay, bien dissemblable, celle-là, de ses consœurs toutes\nprédestinées à la tristesse, et qui promenait à travers le salon de Nodier une\nraillerie aiguisée et cruelle; on l'appelait « la reine de l'injure » et il est resté\nd'elle des mots féroces; celui-ci, entre autres, qu'elle lança en réplique à\nViennet, poète de survivance classique, et qui osa, devant elle, dénigrer\nLamartine : « Allons, Viennet, vous voulez faire de Lamartine le dernier des\npoètes; mais, grâce à Dieu, la place est prise! »\n                                          *\n                                         * *\n   Par les personnalités qui se rencontrèrent à l'Arsenal, par la fièvre d'ému-\nlation que ce contact régulier entretenait entre elles, par les œuvres qui s'y\namorcèrent, par les luttes qui s'y préparèrent, le salon de Charles Nodier\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "232                                     DURENDAL\n\n\nfut le L a b o r a t o i r e du R o m a n t i s m e . De là prirent leur vol, vers l'immortalité,\nquelques grands chefs-d'œuvre; mais de là aussi nous vinrent des erreurs\nnéfastes, dont l'influence persiste encore ; là enfin se nouèrent tels fâcheux\nr o m a n s sentimentaux qui finirent dans les rancunes et les pleurs.\n    P l u s que par ses livres, Charles N o d i e r aura une place dans l'histoire litté-\nraire du XIXe siècle, comme a m p h i t r y o n accueillant, cordial, empressé et qui\nsut être u n trait d'union loyal et habile entre des artistes que leur poétique\nmême semblait vouer à l'individualisme le plus jaloux, le plus véhément et le\nplus exclusif. Nodier s'occupait trop des autres, de leurs projets, de leurs\nambitions et — ajoutons-le à son h o n n e u r — de leurs épreuves, pour n'avoir\npas dû négliger « l'œuvre u n i q u e , capable d'immortaliser son auteur ». Du\nreste, instable et inconsistant, il éparpilla son talent à travers tous les genres,\ncomme il égrena sa vie à travers mille a v e n t u r e s ! Il mérita bien d'être qua-\nlifié « le juif errant d e la Littérature ». Du naturaliste qu'il tenta d'être, rien\nne survit, pas plus que du d r a m a t i s t e ! L e philologue, chez lui, est aussi péris-\nsable que le critique, l'historien et m ê m e le romancier. Seul, le « nouvel-\nlier » a des chances de durée — car le « nouvellier » se doublait d'un poète !\n    M. Michel Salomon cite fort à propos cette phrase des Souvenirs de Nodier :\n « Cette histoire m'en rappelle u n e a u t r e . . . et j ' e n dirai tant qu'il en viendra ».\nE t il en vint en effet beaucoup, en vers et en prose — meilleurs, en vérité, en\nprose qu'en vers; constamment le vagabond invétéré appareillait vers le pays\nde la fantaisie et du merveilleux et il en rapportait des contes aux trames\naériennes et légères où évoluait u n p e u p l e de farfadets, de lutins et de\ngnomes -— « êtres de caprice qui p a r t o u t voltigent, qu'on voit frémir d a n s les\nfleurs, et rayonner en reflets de feu sur les vases polis! » Nodier fut « l'Hé-\nsiode des esprits et des fées » et parce qu'il avait la foi au fantastique et qu'il\nsut revêtir ses imaginations de la deutelle délicate du style, l'inventeur ingé-\nnieux et c h a r m a n t de Trilby, de la Fée aux miettes et de Fleur de pois participe à\nla jolie jeunesse de ses créations...\n    Avec M. Michel Salomon, au terme de son livre si attachant, concluons\nque Charles Nodier fut aimé et qu'il l'est encore. « On dit le b o n Nodier,\ncomme il se plaisait à dire : le bon P e r r a u l t ! »\n\n\n                                                              FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n\n\n\n                                           *\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "        FIN DU J O U R\n\nSalon   jubilaire de la « Libre Esthétique » (1908)\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": ""}, {"page_pdf": 280, "texte": "                   Eugène Laermans (1)\n               L'ART de M. Eugène      Laermans émeut. Il est intense,\n                    violent, sommaire. Les paysages qui forment le\n                    décor habituel de ses visions pitoyables sont\n                    peints à grandes touches tragiques. Leurs arbres,\n                    courbés par des vents arides, se penchent,\n                    dolents ou convulsés, sur de mornes eaux sour-\n                    dement luisantes; les maisons basses qui les peu-\n                    plent apparaissent baignées des clartés livides\nd'un, soleil pauvre ou, parfois, ils sont coupés par une haute\nmuraille aux lourds contreforts — abri, peut-être, de la sécurité\net de la richesse — le long de laquelle se détachent, silhouettes\nsinistres, les las d'aller et les miséreux qui font route vers\nl'horizon encrépusculé. T o u t est relief dans l'œuvre du maître;\ntout accentuation, évocations brèves et dramatiques de détresse,\nd'abandon en des sites auxquels la tristesse h u m a i n e dont ils\nsont le théâtre semble s'être communiquée : tellement que êtres\net choses semblent, y conjurer ensemble pour une expression de\nsouffrance ou d'épouvante.\n   L e deuxième volume de la superbe collection, remarquable-\nment illustrée, publiée par M. Van Oest, est consacré à Laer-\nm a n s . Son auteur, M. Van Z y p e , le critique réputé, étudie\navec un grand charme et une très vive compréhension la carrière\ndu maître des Intrus. Il suit l'évolution de celui-ci depuis ses\ndébuts, dit ses origines, sa vie, le milieu parmi lequel il s'est\nformé, son intellectualité, plus profonde et, à la fois, peut-être,\nplus étroite, de s'être développée dans les méditations du\nsilence, d a n s la solitude forcée imposée à l'artiste par la pénible\ninfirmité qui l'a retranché, à peu près, du commerce du m o n d e ,\nqui l'a confiné dans le cloître de son art, pour le vouer tout entier\nà l'édification volontaire et ardente de son œuvre.\n\n  (1) Eugène Laermans, par M. G. VAN ZYPE (Collection : Les Artistes Belges\ncontemporains), 1 vol. illustré. (Bruxelles, Van Oest, éditeur.)\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "234                               DURENDAL\n\n\n     Cette œuvre, très belle, le biographe l'analyse et en montre\n parfaitement les mérites puissants et durables. On inclinerait,\nparfois, à faire grief à L a e r m a n s de paraître sacrifier la vir-\ntualité des choses, de déformer ces dernières dans leur aspect\nou leurs attitudes, pour les rendre plus significatives, pour les\nfaire participer de l'intensité de ses imaginations tragiques.\nM. Van Z y p e défend le peintre de ce reproche — si c'en est\nréellement un, car une vision passionnée n'impose-t-elle point\nl'empreinte de son émotion à tout ce qu'elle considère ? Et c'est\nen ce sens que l'on a dit qu'un paysage était un « état d'âme ».\nL a e r m a n s , écrit-il, est « un grand paysagiste s y n t h é t i q u e . Au\npremier plan, il est généralement pauvre, triste, peu secou-\nr a b l e . . . mais plus loin apparaît la simple nature féconde,\ncomme un but, c o m m e une consolation, comme une terre pro-\nmise, comme l'éternelle possibilité du bonheur offert aux\nh o m m e s . . . ». E t il invoque, justement, l'exemple des vieux\nmaîtres qui, obéissant aux instincts de la race, a m o u r e u s e m e n t\net voluptueusement coloriste, situaient leurs représentations de\nsupplices ou de martyres au milieu de radieux paysages,\nréunissant ainsi des expressions de souffrance à des sensations\nde joie et d'épanouissement. Il est vrai que quelque pessimiste\npourrait répliquer que l'enchantement du paysage n'est là que\npour marquer, par le poignant contraste, l'impassibilité de la\nnature et l'indifférence du m o n d e devant le mal e n d u r é par\nles créatures !...\n\n                                                    ARNOLD G O F F I N .\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "        Du rôle de l'Art en Apologétique\n                                                                 (Fin)\n\n\n\n                                                                    IX\n\n                                       L'Art religieux moderne\n                  NOUS terminons notre série d'études. Convient-il de regretter\n                     que ce soit sur un acte de défensive. L'art chrétien, poursuivi\n                     à travers les siècles, nous a fourni des motifs d'orgueil —\n                    j'espère d'un noble orgueil; l'art chrétien d'aujourd'hui\n                     nous invite à l'humilité, et s'il est vrai, ainsi que nous\n                    l'avons prétendu nous-mêmes, que les faits sont la pierre de\n                    touche des doctrines, n'avons-nous pas à craindre aujour-\n                    d'hui que ce principe se retourne contre nous ?\n                       Tout le monde proclame la décadence de l'art religieux.\nEn peinture, en sculpture, on déplore l'envahissement de l'art « Saint-Sulpice ».\nc'est-à-dire des gravures fades, des statues peinturlurées, de tout ce qu'en leur\nstyle irrévérencieux et boulevardier les jeunes artistes appellent la bondieuserie\ncatholique. « Idoles pour sauvages perfectionnés », disait récemment\nquelqu'un (1).\n   En musique, c'est l'Opéra qui nous fait vivre. Nos messes de mariage et de\nRequiem, les autres aussi en grande partie sont aux mains des profanes ou\nbien n'existent point en tant qu'art. Nos cantiques... mieux vaut n'en point\nparler.\n   En architecture, nous en sommes aux rééditions, aux pastiches, à l'éternelle\ncopie sans âme.\n   En poésie, nous avons MM. Rostand et Haraucourt pour continuer les\nEvangiles. Quo Vadis et le Rayon nous ont ravis; pourquoi? Pour cette raison\nqu'en l'absence de nourriture solide, peu de chose suffit à tromper la faim.\nMême Verlaine a été acclamé en tant que poète religieux. J'y consens, mais\npour mieux signaler la pénurie profonde où nous sommes (2).\n\n   (1) Alphonse Germain : Comment rénover l'art chrétien.\n  (2) I1 va s a n s d i r e q u e n o u s n e p a r t a g e o n s p a s d u tout le s e n t i m e n t d e n o t r e c o l l a b o r a t e u r\nau sujet d e V e r l a i n e , que n o u s a c c l a m o n s a v e c e n t h o u s i a s m e et s a n s r é s e r v e c o m m e poète\nreligieux, et non p a s faute de mieux-. A n o t r e avis, Sagesse est u n d e s p l u s p u i s s a n t s , des p l u s\nmerveilleux et d e s p l u s v r a i s p o è m e s religieux de ce siècle. Il faudrait aussi citer ici n o t r e\ngénial poète flamand G u i d o G e z c l l c . M a i s M. S e r t i l l a n g e s . i g n o r a n t le f l a m a n d , est e x c u s a b l e\nde l'avoir o m i s . (L'Abbée MOELLER.)\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "236                                    DURENDAL\n\n\n   La liturgie elle-même n'est plus qu'une rare spécialité. Dans l'ensemble, elle\nlanguit, confinée en quelques sanctuaires. Tel d'entre ces derniers n'est guère\nqu'un de ces endroits sélects où les amateurs d'émotions religieuses ou de\nsimple archaïsme vont chercher des sensations neuves. Là donc n'est plus la\nvie. La liturgie, en tant que manifestation esthétique, est morte, et nos rapides\nmesses de 11 heures, nos Saints ont pris la place des grandes solennités au\nprestige autrefois immense.\n   Et il en est ainsi partout. On le dit, on le répète : l'art chrétien se meurt ;\nl'art chrétien est mort. D'aucuns l'annoncent d'un ton navré; d'autres insis-\ntent sur le mode irrité. Un récent converti employait à nous fustiger de ce chef\nle meilleur de sa verve (1).\n   Or, d'après notre loi, si l'art chrétien est mort, c'est que la religion est\nmorte; c'est qu'elle n'est plus, en tant que facteur de vie; c'est que sa sève est\népuisée et qu'elle est condamnée à disparaître.\n\n   La réponse à cette objection pourrait nous entraîner fort loin. L'art étant\nle miroir de la vie et la religion étant d'une certaine façon toute la vie, l'étude\ndes conditions actuelles de l'art religieux nous amènerait à parler de toutes les\nconditions de la vie moderne.\n   Je m'en tiendrai à de brèves remarques.\n\n                                               *\n                                           *       *\n   I1 convient d'abord de calmer certaines exagérations dont il ne nous\nconvient pas de nous faire les porte-paroles. L'art religieux existe, l'art chré-\ntien n'est pas mort, ainsi qu'on veut le prétendre. Il se meut d'une allure\nlanguissante, sur un espace rétréci; mais il vit, et ce n'est pas à nous d'orga-\nniser autour de lui soit la conspiration du silence, soit l'entreprise du dénigre-\nment. L'anticléricalisme nous guette; trop heureux serait-il de se faire un argu-\nment de nos dires.\n   Que des médiocrités ou des horreurs sévissent, ce n'est que trop certain ;\nmais sont-elles donc spécialité chrétienne? Confondre l'art religieux tout\nentier, même l'art religieux moderne, avec l'art Saint-Sulpice, serait aussi\ninjuste que de confondre tout l'art profane avec les images d'Epinal ou avec\nles chromos distribués au Bon Marché.\n   Partout, toujours aussi, il y eut et il y aura de la « camelote». Il y e n avait\nchez les Grecs. Les gens les plus artistes de la terre eussent été empêchés de\nl'expulser. Que de Tanagra ne sont que cela, en dépit de l'étiquette! Le moyen\nâge avait aussi sa camelote; il en avait plus que nous, pour cette raison que\nle minimum d'art possédé aujourd'hui par tous, telle l'instruction primaire,\nfaisait souvent défaut à ceux qui sculptaient tant de ces images de bois ou\nd'ivoire, qui peignaient tant de ces enluminures qu'on s'arrache maintenant à\nprix d'or. L'esprit du brocanteur ne voit pas cela; il confond volontiers ce qui\nest intéressant par la date avec ce qui est véritablement beau. De son côté,\n\n\n (1) J.-K. HUYSMANS : Les f oules de Lourdes. La Cathédrale. En Route.\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                              237\n\n\nl'esprit de dénigrement abuse de l'équivoque. Mais il faut dénoncer l'illusion,\net comprendre que Nuremberg et Epinal sont éternels.\n    Par ailleurs, si l'on veut regarder autour de soi, en beaucoup de lieux et\nmême rue Saint-Sulpice, on trouvera de fort belles choses. A fortiori, dans\nnos églises, dans nos musées modernes, à nos salons de peinture, les œuvres\nde valeur inspirées par le christianisme ne manquent pas. Tout ce qu'on peut\ndire, c'est que le courant général n'est pas là. Mais, sur ce point encore, j'ai\nune importante remarque à présenter en conséquence de nos dires.\n    La loi des trois états, dans ce qu'elle a de vrai, s'applique à l'art comme à\ntout le reste. Au début, la religion absorbe tout, l'art aussi bien que les ser-\nvices publics, aussi bien que la politique, aussi bien qu'en partie la science.\nPlus tard seulement une différenciation se produit; une laïcisation relative,\net d'ailleurs légitime, s'installe; ce qu'enveloppait l'art religieux s'établit en\nspécialités, qui en paraissent violemment détachées, mais qui, au contraire,\nont rompu leurs attaches aussi naturellement que l'enfant extrait de sa mère;\nqui d'ailleurs, à l'instar de celui-ci, conservent de leur premier état tout ce que\nle mot parenté désigne.\n    Voyez le pavsage. Il constitue aujourd'hui un genre bien marqué; or, où\nsont les paysages de Léonard, de Raphaël, de Titien? Ils sont inclus dans leurs\ntableaux religieux. Aujourd'hui, ils les peindraient à part, et où serait le mal?\nN'avons-nous pas dit que tout est chrétien de ce qui est authentiquement\nnaturel et humain? Nous avons aujourd'hui des peintres chrétiens qui font du\npaysage; s'ils y réussissent, qui de nous voudrait au nom de la religion les\nécarter de leur travail pour leur demander des Madones?\n    J'en dis autant de la peinture de genre. Véronèse en a fait dans les Noces de\n Cana; toute la Renaissance en a rempli ses tableaux religieux. Aujourd'hui,\non distingue, non pas encore assez à mon gré, et si l'on veut peindre une\nMaternité, on la peint, sans se croire obligé, comme Titien ou Botticelli, de\n l'appeler Sainte Famille. Où est le mal encore? Il y a là au contraire un bien.\n J'aime mieux, si ce n'est pas l'Enfant-Dieu qu'on se propose de chanter l'ayant\n vraiment dans l'âme, qu'on sache me taire ce nom et qu'on efface l'auréole.\n    Mais ce que je veux dire, c'est que tout le travail d'art fait ainsi dans des\n genres détachés, disons si l'on veut laïcisés, ou mieux différenciés, ce travail\n ne se fait ni contre nous ni même au fond à côté de nous, sans lien avec ce\n qui religieusement nous inquiète. « Je suis homme, et rien de ce qui est\n humain ne m'est étranger » : on peut appliquer ce mot au christianisme. Répé-\n tons-le à satiété, le christianisme, c'est la vie humaine, la vie, dis-je, regardée\n sous l'angle du divin ; et la nature en fait partie, la nature inférieure qu'inter-\n prète le paysage comme la nature humaine objet de la peinture de genre ou\n d'histoire. Le tout est de garder en y fréquentant l'esprit qui est celui du\n christianisme. Mais celui-ci sauvegardé, qui ne comprend qu'il n'y a plus\n lieu de regretter un soi-disant laïcisme qui n'est qu'une émancipation natu-\n relle?\n    Au paysagiste je dirai : Glorifiez la nature! N'est-ce pas glorifier Dieu?\n  N'est-ce pas s'employer à une œuvre qui ravirait les plus chrétiens parmi les\n  chrétiens, qu'ils soient Elisabeth de Hongrie ou François d'Assise?\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "2 38                              DURENDAL\n\n\n   Au peintre de genre je dirai : La vie individuelle ou sociale vous émeut ?\nMais elle émeut plus que vous l'homme qui en sait le prix divin : peignez-la!\nSi votre esprit est haut, votre âme droite, vous êtes avec nous, explorant l'un\nde nos domaines préférés.\n   Je parlerai de même au peintre d'histoire, au portraitiste, à l'homme d'un\nart quelconque. Omnia vestra sunt, nous a déjà dit l'Apôtre. Toute étroitesse\nde jugement fait tort à l'envergure de ce principe. L'univers est à Dieu, et il\nest donc aux fils de Dieu. La civilisation est à Dieu et ne peut donc nous être\nétrangère. La vie des hommes et la vie des choses, fût-ce les plus humbles,\ns'écoule aussi en Dieu : nous y unir c'est nous unir à lui, et l'art qui les\nexprime fait partie de notre patrimoine. Pourquoi, dès lors, proclamer l'uni-\nverselle décadence de ce qui, comme chrétiens, nous intéresse, puisque beau-\ncoup de choses actuellement florissantes, et glorieusement florissantes, doivent\nnous intéresser i\n   Pourtant, je conviens de bon cœur que cela ne suffit pas à résoudre la ques-\ntion posée. Il faut approfondir celle-ci davantage.\n   Tout art est religieux en un certain sens; mais il y a pourtant un art pro-\nprement religieux, et autant il est vrai de dire que de beaux paysages, de bons\ntableaux de genre, d'histoire ou de quoi que ce soit peuvent servir à illustrer\net glorifier le sentiment religieux en le poussant dans tous ses domaines, cela,\ndis-je, au cas où ce sentiment se manifesterait d'abord sur son premier terrain, —\nautant l'exclusivisme accordé à ces sujets prouverait que le sentiment religieux\nest sans force, que la religion n'a plus la vie en soi.\n    Pourquoi donc l'art religieux au sens complet, l'art spécialement religieux\nest-il si fort en baisse ?\n    La réponse est triste; il faut la faire pourtant. N'est-ce pas se mettre sur le\nchemin de la santé que de rechercher où est son mal? Toujours, partout la\nthérapeutique est fille de la pathologie.\n    La réponse est donc en partie — mais la partie ici change l'espèce — ce\nqu'insinuent nos adversaires. C'est que le christianisme, aujourd'hui, ne régit\nplus la vie, je dis la vie avec toute l'ampleur que ce mot comporte. Même chez,\nles crovants ou chez ceux qui se disent tels, chez ceux qui font partie du groupe\ncatholique, pour qui, en conséquence, la foi est encore un aspect de la vie, —\nun des moindres, il n'est plus vrai en général de dire que ce soit la vie. La foi\nqui est quelque chose d'ardent, de fort, qui est presque une passion, tant elle\nimprègne notre être et le domine; la toi qui soulevait jadis tant d'enthou-\nsiasmes, qui suscitait l'épopée des croisades au moment même où elle suscitait\nl'épopée de pierre des grandes basiliques, cette foi-là n'est plus, même chez\nceux que l'adhésion de l'esprit range parmi nous, les chrétiens du vingtième\nsiècle.\n    Or, les grandes œuvres sont le produit de la passion, ou de la foi qui lui\nemprunte ses énergies afin de les appliquer à ses objets propres. Une conviction\nardente diffuse dans les masses et participée plus ou moins, en tout cas repré-\nsentée puissamment par l'artiste : telleest la condition première de l'œuvre d'art.\n    L'artiste supérieur n'est jamais que l'interprète d'un état d'âme collectif\nauquel il ajoute le sien, mais sans pouvoir jamais l'y substituer d'une façon\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                              239\n\n\ncomplète. Il est le miroir ardent qui recueille la lumière, la concentre et en\nfait une flamme. 11 est la voix qui crie ce que tout le monde pense obscuré-\nment sans pouvoir se le définir. Qu'on ne s'étonne donc plus que l'art chrétien\nait vécu à titre de manifestation collective; qu'il soit chassé de la foule; qu'il\ndoive chercher un refuge dans l'âme restée chrétienne en dépit de notre paga-\nnisation progressive; dans l'âme demeurée chaude au sein de la froideur uni-\nverselle; fidèle, au sein de l'universel abandon.\n   Mais alors, la thèse de nos adversaires triomphe? Le christianisme a vécu?\nCe n'est plus qu'une religion du passé? Les embaumeurs peuvent venir et\ncoucher avec les honneurs que de droit — cette fois dans un sépulcre défi-\nnitif— Celui qui fut jadis le Maître de la vie?\n   Eh bien non ! Ce n'est pas du tout cela que prouve la décadence partielle\nde l'art religieux parmi nous. Ce que cela prouve, c'est la vérité de la loi que\nnous avons posée, à savoir que le progrès religieux, en art comme en quoi\nque ce soit, ne se fait pas tout seul. Il est une dépendance du milieu et de la\ntournure que prend la civilisation générale. La religion travaille la société et\ntout ce qui est de la société; il n'est pas un domaine de vie collective ou indi-\nviduelle où la question religieuse n'ait ses répercussions. Mais inversement,\nles manifestations de la vie courante; l'état de la civilisation et de l'ambiance\nréagissent sur la religion et sur tout ce qui est de la religion.\n   Là est le secret du phénomène.\n   Comprenons bien que la religion est une relation. Or, une relation ne se\nlait pas avec un seul de ses deux termes. Dieu ne peut pas faire la religion à\nlui tout seul, parce que si la religion c'est Dieu avec nous, c'est aussi nous\navec Dieu, et c'est par conséquent nous autant et plus que ce n'est Dieu\nmême.\n   Voilà pourquoi les commencements religieux sont pour une part en dépen-\ndance du milieu où ils se produisent : nous l'avons dit à propos de l'art\ndes catacombes. Voilà pourquoi encore les progrès religieux sont pour une\npart en dépendance des progrès du milieu. Voilà pourquoi enfin les crises\nreligieuses sont suscitées par les crises qu'a subies tout d'abord le milieu.\n   Nous sommes à l'un de ces moments de crise, et l'art religieux en a sa part\nC'est tout simple.\n   Serait-il donc douteux que le monde, en ce moment, change de face? Tous\nles points de vue sont renouvelés ; toute question se présente liée à des\nexigences nouvelles, qui rendent terriblement ardue l'entreprise de mettre\n« le vin nouveau dans les outres vieilles ».\n   On cherche, on ne sait trop quoi, mais on cherche. On se dépouille d'un\npassé jugé périmé, et beaucoup de misères en ressortent, mais c'est un fait\nhumain dont il faut prendre son parti comme de tout ce qui existe.\n   En politique, en sociologie, je n'ai pas à montrer quels problèmes formi-\ndables et angoissants nous travaillent. Tous les rapports humains se désorien-\ntent, en attendant que l'avenir les oriente d'autre sorte.\n   En philosophie, les spécialistes savent qu'on évolue vers des formes de\npensée dont nos pères n'avaient point souci; la position des problèmes a\nvarié; les solutions se précipitent.\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "240                                 DURENDAL\n\n\n    En science, les savants se demandent à quoi ils travaillent, ce que valent\nleurs efforts, et quelques-uns se montrent effroyablement pessimistes à l'égard\nd'un labeur dont il v a cinquante ans nous étions si fiers.\n    En éducation, en morale, en tout il en est de même. La société enfante; elle\ns'est déprise de l'ancienne vie, a déplacé son idéal, et comme, en raison de la\nsolidarité fonctionnelle que je viens de rappeler, la religion de nos pères s'était\nfatalement colorée des teintes de cet idéal, tous les bouleversements de la vie\nmoderne ont eu leur contre-coup religieux, et la religion est en crise.\n    Mais alors, l'art, expression de la vie religieuse, ne doit-il pas y être aussi?\nIl y a là trois choses emboîtées : premièrement la vie; deuxièmement l'aspect\nreligieux de la vie ; troisièmement l'expression de la vie religieuse dans l'art : les\nfluctuations de la première se retrouvent dans la troisième; le trouble actuel\nde l'une fait le désarroi relatif de l'autre.\n    De là un double mal. D'abord, l'art religieux aurait besoin de se renou-\nveler, et il ne le fait pas toujours, de sorte qu'il n'arrive pas à donner satis-\nfaction même à ceux qui seraient tout préparés à en subir l'influence. L'art\nde jadis exprimait la religion telle qu'elle était vécue jadis — comment l'eût-il\nexprimée? Or, ceux de nous qui croient n'en ont pas moins des choses reli-\ngieuses une conception un peu différente. Je ne dis pas certes au fond : la\n religion étant un rapport éternel ne change pas — mais dans les formes que l'art\n l'exprime. Dès lors, un art non renouvelé doit apparaître à beaucoup comme\n une vieillerie, un radotage intéressant pour l'archéologue, mais qu'on ne vil\n plus pour son propre compte. Le snobisme l'admet et s'en amuse; les gens\n pressés ou simplement occupés se tournent vers autre chose.\n     Par ailleurs et surtout, puisqu'il y a désaffection des masses à l'égard de ce\n qui pourrait faire vivre l'art religieux, celui-ci doit être en baisse. La demande\n crée l'offre. Il faudrait de l'héroïsme pour ramer indéfiniment et en masse\n contre le flot. L'héroïsme est chose rare en ce bas monde; il y demeure\n facilement solitaire. Aussi, l'artiste religieux végétant, on voit la plupart des\n artistes refuser d'être religieux. Ils cherchent d'autres formules. Pourquoi,\n pensent-ils, s'acharner sur ce qui n'est plus compris, sur ce qui ne répond\n plus à l'âme collective? S'ils le font quelquefois encore, c'est parce que le sujet\n  religieux demeure en dépit de tout un beau prétexte. Le public y consent, et\n l'on voit même ce paradoxe d'artistes plus ou moins athées, voire notoirement\n anticléricaux, offrant aux applaudissements d'un public de même nuance de\n vagues tableaux religieux. Ce sont là jeux de dilettantes ; on y trouve occasion\n de faire la preuve — triste preuve à coup sûr — d'une largeur d'esprit qui saura\n trouver ailleurs ses revanches. Mais à quoi servent religieusement ces parades?\n  Il en reste le métier, que du reste beaucoup s'empressent aujourd'hui de\n déclarer le tout de l'art, comme si ce n'était pas faire à celui-ci une mortelle\n  injure.\n     Non, l'art n'est pas plus le métier que la calligraphie n'est le style. L'art,\n  c'est la vie exprimée sous l'un de ses aspects par une âme qui en a reçu le choc,\n  pour des âmes qui peuvent le recevoir à leur tour. Le vrai sujet religieux, ce\n serait donc un sentiment religieux exprimé par des moyens d'art; le reste n'est\n que surface, apparence et, religieusement, vanité.\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "                 DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                                241\n\n\n   Ce qui peut nous consoler, à moins que cela ne doive nous attrister\ndavantage, c'est que l'art religieux n'est pas seul menacé par la tourmente\nactuelle. Tout le grand art est en cause; il subit les conditions de l'existence\ndétachée pour un temps de ses aspirations les plus hautes. Seul l'art industriel\npeut se promettre un avenir immédiat. On conçoit que l'avènement de la\ndémocratie n'est pas fait pour assurer à ce mal d'idéal une guérison prompte.\nL'art se mettra de plus en plus au niveau des couches qui montent, ce qui veut\ndire qu'il descendra, en attendant que ces couches sociales, actuellement\nbarbares parce qu'elles sont dans l'enfance, se soient élevées assez pour que le\ngrand art puisse trouver parmi elles un public. Ce sera long!\n   En attendant, au lieu de conduire les multitudes vers les lumières\nsupérieures, l'art moderne subit leurs sentiments et les sert.\n    Dans ce recul apparent n'y a t-il rien d'utile, cen'est pas ma question, mais cela\nest, et cela est contraire tout spécialement à l'art religieux, parce que celui-ci\nest le plus grand, par suite le plus élevé au-dessus des préoccupations char-\nnelles qui semblent aujourd'hui prévaloir.\n   Mais on voit bien que cela ne fait pas le procès de la religion en elle-même.\nCela- fait le procès du siècle, pour autant qu'il n'a pas su comprendre que la\nreligion est le fond de la vie. Cela fait en partie le procès des hommes\nreligieux, qui n'ont pas su se maintenir, peut-être, au niveau qu'il aurait\n fallu, à l'égard de cette civilisation générale dont nous avons dit qu'elle\n conditionne le divin même, en tant qu'il est applicable aux hommes.\n Fléchir ainsi, n'était-ce pas donner occasion aux hommes du siècle de se\ndétacher de nous, soit par dégoût de certains poincs de vue maintenus contre\ntoute évidence, soit par découragement de nous voir incapables ou perpé-\ntuellement défiants à l'égard de ce qu'il y avait de légitime dans les aspirations\nnouvelles? Enfin, mettons que cela ne fait le procès de personne, mais que\ncela manifeste une grande loi, à savoir que toute adaptation nouvelle, tout\ngrand mouvement humain ne peut se faire qu'au prix d'une chute partielle.\n\n   Telle est l'explication que nous cherchions.\n   Il en ressort que l'avenir n'est nullement compromis. Il faut savoir regarder\nplus haut que les angoisses et les laideurs présentes. La religion est éternelle;\nmême de notoires démolisseurs l'ont reconnu. Or, nous devons savoir que le\ncatholicisme est la forme authentique et complète de la religion ; que si donc\nl'univers subsiste — j'espère que nous ne touchons pas à la fin du monde — le\nsentiment religieux subsistant aussi, et sa forme authentique, le christianisme\ncatholique, subsistant de même, l'art chrétien qui en est le miroir vivra à\njamais, quoi qu'il en soit de ses crises.\n   La religion ne peut pas perdre sa valeur esthétique plus qu'elle ne peut\nperdre sa valeur éducatrice, morale ou philosophique. Il y aura lieu seulement\nd'en réadapter l'idéal, puis de ramener à celui-ci les générations nouvelles,\nchaque fois qu'un grand tour de la roue universelle aura changé la face de ce\nmonde.\n   Le christianisme est loin d'avoir donné, en toute chose, tout ce qu'il peut\ndonner.\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "242                                  DURENDAL\n\n\n    En politique, on sera bien aise, peut-être, de trouver son concours, pour\nretaire autrement et mieux ce que nous sommes en train de défaire.\n    En vie sociale, l'Eglise n'a pas fini de nous servir. Si la démocratie veut\nréaliser vraiment l'œuvre entreprise, à ses yeux les sauvegardes évangéliques ne\nseront pas toujours sans prix.\n    En science, en philosophie, si l'on veut bâtir solidement l'édifice, l'achever\nen valeur à l'égard de la vie intégrale, en y comprenant le divin sans lequel\nrien d'humain n'aboutit, on sera heureux de s'appuyer du christianisme, afin\nqu'il donne à la fragile raison un secours si éminemment utile qu'on pourrait\nle dire nécessaire, je veux dire le secours de la foi.\n    En tout domaine, le christianisme se présentera comme sauveur, à l'égard\ndes recherches futures. I1 n'y a pas de raison pour qu'il en soit autrement en\nmatière d'art.\n    Ceux-là donc s'illusionnent, qui voient exclusivement dans le passé l'art\nchrétien. Ils s'illusionnent comme s'illusionnent en économie politique les\nconservateurs purs, en politique les réactionnaires.\n    L'art ne s'enferme dans a u c u n e limite de temps ou d'espace; il est pro-\ngressif comme la vie, et si les artistes veulent faire œuvre bonne, ce n'est pas\ndans le passé qu'ils doivent regarder, à moins qu'il ne s'agisse d'en revivre\nl'âme éternelle : c'est dans le présent, autour d'eux et surtout en eux.\n    Qu'ils ne s'attardent donc pas aux pastiches. Dans le moyen âge français\nque certains veulent éterniser; au XIVe siècle en Italie et ailleurs, le christia-\nnisme a donné en art tout ce qu'il était capable de donner avec les formules\nalors en usage, étant supposé l'état général de la civilisation. Mais le travail est\nà reprendre. .\n     Pourquoi ne le fait-on point ? Parce que c'est là une œuvre séculaire. Qu'on\n se souvienne de ce que nous disions des débuts de l'art chrétien. Plusieurs\n siècles s'y épuisèrent; mais on vit à la fin des splendeurs. Aujourd'hui, nous\n sommes à u n nouveau début ; les étapes de l'avenir reproduiront celles du\n passé, seulement, je l'espère tout au moins, à un niveau supérieur et d'une\n allure plus vive. « La civilisation va en spirale », a écrit Goethe; on pourrait\n ajouter que la spirale s'enroule sur un cône : les mêmes reprises exigent un\n détour moindre et atteignent plus haut. Mais néanmoins, ce sera nécessaire-\n ment œuvre longue. 11 faut d'abord le temps de comprendre; il faut ensuite\n celui de trouver la voie ; il faut enfin celui de réaliser. Le génie même ne peut\n franchir d'un coup les étapes.\n     C'est la vie, et elle seule, une fois bien assurée de soi, qui doit créer\n elle-même son miroir. Notre religion vécue à la moderne, mise en contact\n avec de nouveaux besoins, de nouvelles façons de sentir et de penser, se\n donnera bien u n jour la forme de beauté faite pour elle, et saura bien l'imposer\n à tous.\n     C'est du dedans que cette rénovation doit se faire. Soyons chrétiens ; soyons\n modernes ; soyons artistes, et nous ferons œuvre d'artistes chrétiens modernes,\n au lieu de copier toujours ou de gémir.\n     Je ne voudrais pas faire de prophétie, mais il me semble — et pourquoi ne\n  le dirais-je pas ? — que la caractéristique de l'art chrétien de l'avenir sera ce\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                DU ROLE DE L'ART EN APOLOGÉTIQUE                               243\n\n\nque j'appellerai d'un mot barbare : l'intrinsécisme. Dieu et le divin y seront\nreprésentés moins par des caractères extérieurs que par leurs effets dans\nl'homme. L'homme lui-même sera étudié moins dans ses gestes que dans les\nressorts secrets qui le font agir. La nature sera moins vue comme un décor ;\non s'apercevra que selon le mot profond d'Aristote, elle est « pleine d'âme »\net l'artiste chrétien nous dévoilera son âme dernière, qui est Dieu.\n    Travail en profondeur, et par suite perfectionnement de l'art, qui est avant\ntout un appel à l'intériorité des choses : voilà ce que tous les arts peuvent se\npromettre, quand les conditions du milieu renouvelé auront pu exercer à\nplein leur influence, et que l'agitation actuelle sera apaisée.\n    Il est bien manifeste que dans ce but de rénovation il faudra pousser en tous\nsens les recherches. On s'en dispense aujourd'hui facilement. Combien sont-ils\nceux qui, chrétiens d'une part, artistes de l'autre, essaient de mettre sérieuse-\nsement ces deux attributs en synthèse ?\n    On maintient la dualité; on travaille d'après des procédés à côté, comme\non faisait aux Catacombes.\n    Quand on peint le cheval, on prend la peine d'étudier les formes et les\nattitudes du cheval, de suivre celui-ci en toute sa vie, voire en ses plus fugitives\nallures. Le plein-air exige même qu'on le baigne dans l'atmosphère d'alen-\n tour ; qu'on suive, à le regarder, la fuite des heures et des saisons sur sa robe.\n Quand il s'agit d'art religieux, on se contente le plus souvent d'une extériorité\n banale. Agenouillement, prunelles relevées, mains jointes : c'est tout ce qu'on\n voit dans la prière. La sainteté est surtout faite d'auréoles. Dans les scènes\n pieuses, on pense surtout aux effets de lignes, aux curiosités de clair-obscur,\n puis au faire, le tout fondé sur quelques conventions traditionnelles. Or, là\n ne sont point, pour l'art, la voie, la vérité et la vie. Le divin en pénétrant un\n être, ou un groupe, y produit des effets. Ces effets sont spéciaux, subtils, infi-\n niment difficiles à rendre, et ce ne serait pas trop d'y apporter tout au moins\n le soin qu'on accorde au reste. Que l'on compare dans l'œuvre d'Ingres la\n profondeur de regard que supposent ses portraits à la psychologie superficielle\n de ses toiles religieuses. Il était pourtant de ceux qui savent qu'il y a là une\n mine : j'en ai fourni plus haut le témoignage.\n     Ne faudrait-il pas aussi étudier l'histoire religieuse, se tenir au courant de\n  ses progrès, au lieu de se contenter d'éternelles rapsodies ? Quand il s'agit des\n  saints, si souvent demandés aux artistes, ne faudrait-il pas savoir qui ils sont,\n  et pour cela les étudier, au lieu de les faire comme au pochoir, tous pareils,\n  tous également niais ou banals, distingués seulement par le bric-à-brac d'attri-\n  buts que fournit le dictionnaire iconographique ?\n     Aujourd'hui que la critique règne partout, pourquoi refuser d'en faire en\n  hagiographie et en psychologie religieuse, en exégèse d'art et en liturgie ? On\n  pourrait sur ce terrain dépasser largement ce qui a été fait au moyen âge, et\n  sous beaucoup de rapports ce qu'ont fait les maitres duXVIesiècle.\n\n   Quoi qu'il en soit des chemins, le but reste. Qu'on se garde d'en douter, un\n nouvel Edit de Milan est possible. Je dirai qu'il est sur, avec cette différence\n que le nouveau Constantin ne sera pas un empereur : ce sera la collectivité\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "244                               DURENDAL\n\n\n\nhumaine devenue plus consciente, détrompée de ses aberrations antireli-\ngieuses ou antiprogressistes, ayant achevé par ailleurs ses essais.\n   Beaucoup déjà se trouvent lassés de ce qui prétendait de divers côtés à rem-\nplacer le christianisme. Ils ne sont pas la foule : la foule est longue à voir !\nMais quand elle aura vu, elle fera ce qu'on fait toujours quand on voit où\nest la vie : elle s'y orientera de toute son âme. Le bourgeon inconscient ne\ntourne-t-il pas vers la lumière et la chaleur vivifiante ses énergies enveloppées?\nL'être humain ne peut pas se montrer inférieur à la plante. Or, si cela se fait,\nl'art chrétien refleurira, avant trouvé ses conditions divines et humaines\nd'existence. Sur ce terrain comme sur tout autre, une vertu sortira de nouveau\ndu Christ pour revivifier tout, nous rendre les inspirations d'où sortent les\ngrandes œuvres. Et alors, il faudra se consoler des longues périodes d'incu-\nbation obscure et douloureuse. Il faudra dire encore avec Pascal : Il est bon\nd'être lassé et fatigué par l'inutile recherche du vrai bien, afin détendre les\nbras au Libérateur.\n\n                                                   A . - D . SERTILLANGES,\n                                           Professeur à l'Institut catholique de Paris.\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                            Les Regrets\n                      par Ernest de Laminne (1)\n\n\n               UNcollaborateur de Durendal, M. Ernest de La-\n                 minne, vient de publier, chez L e m e r r e , un\n                 volume de vers : Les Regrets. Poèmes de pitiés,\n                 de tristesses et d'orgueil, ils sont l'expression\n                 très belle d'une âme de poète qu'ont su profon-\n                 dément émouvoir les choses et les êtres. Souve-\n                 nirs d'amours perdues, souvenirs de douceurs\n                 lointaines... Messura maggior dolore... Vers le\nrêve idéal, dès les premiers jours le poète a couru, il lui appor-\ntait sa jeunesse et sa vie.\n\n       Au grand soleil ardent, comme une offrande due\n       J'aurais voulu brûler mon cœur religieux...\nMais le crépuscule s'écroula, et les chimères s'évanouirent ; le\npoète a voulu savoir, mais le Ciel n'a pas r é p o n d u ; le poète a\nvoulu aimer.\n\n       Or je m'en suis allé vers les maisons des hommes,\n       J'ai voulu croire en eux n'ayant pu croire aux dieux...\n       ... O frères pour lesquels j'aurais voulu mourir!\n\nmais les hommes lui ont fermé la porte... Et son livre est celui\nde toutes ces tristesses. Il l'a écrit avec la mélancolie grave de\nceux qui intérieurement, sans le montrer sur leur visage, ont\nconnu toutes les amertumes ; la vie leur a laissé le vide du désen-\nchantement et la mort leur a p p a r a î t comme une consolatrice.\nIls sont seuls ; or, le plus souvent c'est de la solitude et de la\ntristesse que naît l'orgueil. L e poète, replié sur sa pensée, va\nl'exalter; elle s'est adressée à Dieu et aux hommes, mais ni Dieu\n\n (1) Paris, Lemerre, éditeur.\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "246                               DURENDAL\n\n\n\nni les h o m m e s ne l'ont comprise. Elle se retirera loin d'eux\nalors, décidée à ne rien leur mendier. C'est la source, fort sou-\nvent, d'un lyrisme h u m a i n e m e n t beau. P o u r t a n t , les chanta d'or-\ngueil de M. de L a m i n n e , pour êtreparfoislargesetpuissants, sont\nloin de valoir les autres parties de son livre. Là où il est le plus\npoète, c'est dans l'évocation des intimités, des bonheurs simples,\nprofonds et puérils à la fois, qui ne sont plus, des instants\nvécus parmi l'amitié muette des choses... Lisez, par exemple,\nLa Pluie :\n        A cause du grillon de l'horloge ou du chien,\n        A cause du foyer qui flambe sur les choses,\n        A cause qu'il jait soir, que les portes sont closes,\n        Dans notre chambre obscure, ah! que nous sommes bien !\n\nou L ' A b a n d o n n é e :\n\n         Ne te souviens-tu pas du jardin familier\n         Où fleurait le parfum simple des giroflées\n         Avec son banc, et sa tonnelle et son rosier ?\n         Ne te souviens-tu pas de l'ombre des allées ?...\n\nA vrai dire, je le répète, c'est cette note intime qui me parait\nêtre la plus belle de ce recueil. Un peu d'artificiel parfois se\ndécèle en d'autres poèmes où l'inspiration veut grandir, et où —\nréaction d'un style habitué à exprimer tout simplement des\nchoses simples — la m u s i q u e se fait moins douce et l'émotion\nmoins harmonieuse.\n   Car, sauf quelques vers, un peu raides et non spontanés, dis-\npersés çà et là, la strophe de M. de L a m i n n e est souple et se\nmoule naturellement — il emploie presque toujours l'alexan-\ndrin — sur sa pensée hautaine et triste. Elle se disloque parfois\net se fait plus chantante encore. Ecoutez, par exemple, cette\nM u s i q u e . . . ce r y t h m e troublant qui meurt et renaît, retombe,\nse relève, traîne de l'aile, s'attarde comme une tristesse sur\nun violon :\n         Entends-tu s'élever cette lente musique,\n         Cette lente musique au milieu des jardins,\n         Cette ancienne et lamentable et mélancolique\n         Musique qui descend parmi les tamarins.\n         — Entends-tu s'éveiller, là-bas, cette musique,\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                             LES REGRETS                            247\n\n       Un violon lointain la pleure au fond du soir,\n       La chevrotante et douloureuse et lamentable musique...\nEt pour ceux qui aiment et comprennent la symphonie lointaine\ndes mots, le livre fermé, des vers leur persistent d a n s l'oreille\net dans le cœur, profonds, mélancoliques et graves comme des\nsouvenirs de chansons éteintes :\n\n       ... Ecoute, c'est le soir qui tombe dans nos âmes...\n       ... Nos âmes par moment échangent dès baisers...\n\nCe lyrisme sans éclat et sans phrase est la vraie poésie de M. de\nL a m i n n e . Il est celui qui, à la soirée t o m b a n t e , enveloppe\ntout de recueillement, cherche à faire revivre religieusement\ndes joies mortes et des rêves :\n\n       Ecoute, au fond des bois le vent glacé s'élève\n       Et fait tourbillonner les feuilles qu'il enlève ;\n       Son sifflet déchirant, tel l'appel d'un noyé,\n       Se prolonge en sanglots amers dans le foyer,\n       Et f ait voler la cendre et vaciller les flammes ;\n       Ecoute! c'est le soir qui tombe dans nos âmes.\n\n       Dans nos cœurs c'est aussi le soir et c'est l'hiver ;\n       Les vents y ont laissé leur souvenir amer,\n       Les vents glacés d'hiver, les vents âpres d'automne,\n       Et nos rêves pareils en leur vol monotone,\n       Aux ramiers fugitifs qui passent dans le soir,\n       Se sont éparpillés en rayant le ciel noir.\n\nEt l'on songe à l'apaisement définitif de cette âme, à la reli-\ngieuse douceur que pourraient exprimer ses vers, si le poète,\nmené par son rêve, parvenait à la simplicité douce de la Foi, de\nl'Espérance et de l'Amour.\n\n                                                 P I E R R E NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "Joris=Karl Huysmans\n           d'après sa correspondance\n                                  (Suite)\n\n\n\n\n                J'INTERROMPS, dans ce fascicule,       la publication des\n                  lettres que le Maître m'écrivit, pour donner\n                  celles qu'il adressa au docteur Pol D e m a d e et\n                  que celui-ci me c o m m u n i q u e à l'instant, avec\n                  autorisation de les publier. On verra, d'après\n                  les dates, qu'elles furent écrites vers la m ê m e\n                  époque. Elles trouvent donc leur place natu-\n                  relle ici. Elles sont du plus haut intérêt. Elles\nfustigent une fois de plus, et avec quelle belle violence ! la\npudibonderie absurde de certains catholiques, la peur de l'art\nqui en affecte d'autres et l'indifférence presque générale de\ntous vis-à-vis de la Beauté.\n   L a Foi vivante et vibrante de J.-K. H u y s m a n s éclate aussi\nd'une façon vigoureuse dans ces lettres, où il parle avec une\némotion à la fois si h u m b l e et si prenante du riche H o l l a n d a i s\nqui distribua ses biens aux pauvres du Christ pour s'en faire le\nserviteur.\n   D a n s une de ces lettres le Maître fait l'éloge du magnifique\nroman catholique : Une âme princesse, publié jadis par notre\nconfrère et dont il signale comme tout à fait r e m a r q u a b l e la\npage : L'Église empêche d'aimer, qui est de toute beauté en effet.\n    Pour que le lecteur comprenne ce que J.-K. H u y s m a n s écrit\ndans la troisième lettre au sujet d'une œuvre littéraire à tenter\nsur le Chemin de la Croix, j'ai prié Pol D e m a d e de me donner\nu n e note explicative, que voici :\n    « Froissé dans mes s e n t i m e n t s d'artiste chrétien de la bana-\nlité lamentable des images et des textes habituels du C h e m i n\nde la Croix, j'avais conçu le projet d'un livre de piété grave, à\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "       JORIS-KARL HUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE                                249\n\n\nl'usage des croyants, où les quatorze stations de la Voie Dou-\nloureuse eussent été figurées par des œuvres ou des reproduc-\ntions d'œuvres d'art empruntées au passé de l'art chrétien, telles\npar exemple la Flagellation et la Mise en Croix de G r ü n w a l d ;\n— et dont le c o m m e n t a i r e eût été d ' H u y s m a n s . — L a lettre en\nquestion est une réponse à la proposition que j'avais faite à\nl'écrivain converti.                                    D r P. DEMADE. »\n\n                                                                 Paris, 28 avril 1895.\n                    M O N S I E U R E T CHER C O N F R È R E ,\n\n   Je viens de lire l'article que vous avez bien voulu faire sur En Route dans le\nDurendal. C'est joie que de se voir compris, enfin, par un catholique, et je\nvous remercie de cette a u b a i n e .\n   Vous l'avez excellemment dit : Ce livre ne pouvait être écrit dans une\nautre langue — ou alors il fallait renoncer à faire de l'art. L e catholicisme a\nusé tant de mots d a n s les passoires des cuistres, qu'on n'ose même plus s'en\nservir; on nage dans de l'albumine pieuse, dans de la bondieusarderie. J'ai\njustement tâché de réagir contre cela, d'apporter la langue m o d e r n e dans la\nmystique. Forcément, il y a des choses plus ou moins réussies, mais ce n'était\npas commode à réaliser non plus.\n   Au reste, ce réalisme mystique n'a-t-il pas été tout l'art flamand du moyen\nâge, et les sculptures des cathédrales ne sont-elles pas sculptées d a n s u n e\nlangue a n a l o g u e ?\n   C'est effrayant le bégueulisme, la peur des mots des catholiques en F r a n c e .\nJe disais à l'abbé Klein : « Vous me reprochez la phrase : l'étable reste vide,\nc'est du p u r i n qui fétide, des gaz qui émigrent, etc. J'ai eu tort, j'aurais dû\nmettre : c'est un sac d'excréments — alors vous n'auriez rien pu dire, car ce\nserait du saint B e r n a r d ! ! »\n   N o n , vraiment, ils feraient bien de relire Odon de Cluny, saint Bernard,\nils verraient si ceux-là étaient p r u d e s et avaient peur des vocables.\n   L e résultat de tous ces effarements, c'est que l'Eglise, qui a tout mené pen-\ndant des siècles, est maintenant nulle en art. T o u s les mouvements artis-\ntiques se font hors et loin d'elle. E t malheureusement, à P a r i s , ce n'est pas\nprès de finir.\n   A Paris et autre part. Oyez celle-ci : la dernière fois que je fus dans cette\nadorable cathédrale de Chartres, je vis ce comble de p u d e u r :\n   Parmi les admirables sculptures d u XVe siècle qu'elle renferme, figure une\nscène de la Circoncision.\n   Le clergé de Chartres a trouvé ingénieux de coller u n morceau de papier\nsur le ventre de J é s u s ! ! Après celle-là, il faut, n'est-ce pas? tirer l'échelle.\n   Mais vous savez aussi bien que moi la sottise de ces gens ; ce que j'ignorais,\n par exemple, q u a n d j'écrivis m o n livre, c'est qu'il existait en Belgique u n\n parti catholique j e u n e qui aimait la mystique et l'art.\n   Et je le sais m a i n t e n a n t . Vous avez, avec une lucidité vraiment étonnante,\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": " 25o                                  DURENDAL\n\n\n\nexpliqué le livre et vous l'avez loué, en de larges et belles phrases. De tout\ncela je vous remercie et de tout cœur, mon cher confrère, et aussi de votre\nphrase finale, car le souhait qu'elle renferme peut, si l'on consent à l'écouter,\nm'être bien utile ; oui, je vous assure et que Notre-Seigneur vous le r e n d e .\n   Bien amicalement à vous,\n                                                                   J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n                                                                            2 juin 1895.\n\n   Je pense vraiment, mon cher Confrère, que votre Ame Princesse eût dû\nfigurer dans les célestes que rêva sans jamais les écrire le grand d'Aurevilly.\nIl y a là une conception héroïque digne de lui, mais, ce qui est en sus, c'est\nun brasier catholique flambant qu'il n ' e û t pas si violemment attisé.\n   Je pense à cela, sur les pages maîtresses de ce livre, celles qui commencent\npar l'Eglise empêche d'aimer ! Elles sont superbes et d'une véhémence magnifique\nd'âme. T o u t e la nouvelle est curieuse, c'est bien — mais ce morceau-là\ndépasse et fait en m ê m e temps reculer m ê m e les délicates pages d u double\namour.\n   Q u e vous avez raison de revendiquer pour les catholiques le droit de\npeindre la passion, la vie! Mais il n'y aurait plus d'oeuvre d'art possible avec\nle système contraire, — et vous avez d o n n é la preuve palpable, avec Barbey\net Villiers, de l'art pouvant évoluer avec autant de liberté dans le sujet catho-\nlique que dans le sujet moderne profane.\n   Aussi vous remerciai-je de m'avoir mis à même de lire l'histoire du Prince\net je vous envoie, à cette occasion, mon cher Confrère, u n e bien cordiale\npoignée de mains.\n                                       Votre bien dévoué,\n                                                                  J.-K.    HUYSMANS.\n\n\n                                                                  Paris, le 9 juin 1895.\n\n                     MONSIEUR ET CHER CONFRÈRE,\n\n   Je vous remercie de votre bonne lettre. Vous avez mille fois raison — en\nsongeant a faire une étude des Pères et des écrivains sacrés, au point de\nvue réaliste. Mais tous le furent. Depuis saint Bernard jusqu'à cette douce\nAngèle de Foligno, dont nous ne possédons que des traductions amoindries.\nE t quelle franchise chez ces saints ! P e r s o n n e plus qu'eux n'a dit leur vérité\nau clergé. Voyez sainte H i l d e g a r d e , Suso, sainte Catherine de S i e n n e . Ils\nparlaient sincèrement, sans avoir peur des mots, ceux-là! E t tout l'art flamand?\nles Primitifs, étaient-ils des réalistes surélevés, ceux-là?\n   Il y aurait u n e bien curieuse étude à faire, et ce serait un vrai service que\nvous n o u s rendriez en la faisant. Peut-être les catholiques comprendraient-ils\nalors qu'ils ont noyé dans u n style de robinet l'art magnifique de l'Eglise.\n   Q u a n t au sujet dont vous me parlez, le Chemin de Croix, il est écrasant!\nSongez d o n c — ce serait à tenter peut-être, mais pas chez soi, si l'on était\nchez L u i , puis ce qu'il faudrait être épuré, pour tenter cela !\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "       JORIS-KARL HUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE                               25l\n\n\n   P l u s tard, si ma vie s'arrange, si je suis assez protégé par Dieu pour pou-\nvoir enfin suivie mes g o û t s . . . nous verrons.\n   Je suis dans l'admiration de ce que Dieu peut faire d'une âme. J'ai reçu\ndes lettres divines, au-dessus de toute littérature, d'un Hollandais! Cet\nhomme, écrasé par la certitude de Dieu, a d o n n é tous ses biens aux pauvres,\net il vit, au milieu d'eux, les lavant, les nourrissant, les faisant prier. Il pleu-\nrait q u a n d il lui fallut vendre sa collection de bibelots, de livres, il avait peur\nde lui et des autres. Il est maintenant inondé de joie. Il est le serviteur de\ncinquante pauvres, chaque jour. Est-ce assez beau!\n   Cet h o m m e écrit d'ailleurs, sans s'en douter, des choses admirables. Dieu\nlui sort par tous les mots. Dire que j ' a i eu l'affreuse humiliation de donner\ndes conseils à u n e telle âme et de la consoler! Les rôles se sont ridiculement\nretournés vraiment.\n   J e ne sais encore si j'irai en Belgique, cette année, car je vais être obligé\nde partir dans le Midi pour de grosses affaires d'avenir avec L u i . . . P r i e z pour\nmoi, pour q u e , ce q u ' u n e sainte me veut, réussise.\n   Merci de votre amitié, je la prends et de grand cœur, je vous assure.\n                                      Bien à vous de tout cœur,\n                                                                  J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n  (A continuer.)                                            HENRY         MŒLLER.\n\n                           Reproduction interdite (1).\n\n\n\n\n  Il) Nous interdisons formellement la reproduction de ces lettres de J.-K. 'Huysmans\nel de celles qui suivront. •\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "                        Le Mont des Arts\n\n                     A maquette du Mont des Arts a enfin été exposée,\n                       son succès paraît avoir été médiocre et ceux qui\n                       sont allés la voir en sont revenus déçus. On a\n                       généralement trouvé que l'architecte avait abusé\n                       de la règle, du compas et de la répétition fasti-\n                       dieuse du même motif. Rien ne révèle dans\n                       ce m o n u m e n t gigantesque ni sa nationalité, ni\n                       son époque, ni sa destination.\n      Q u a n d , il y a quelques années, M. Janlet érigea à une\nexposition de Paris la façade du palais de la Belgique, son\nœuvre fut saluée par un concert d'éloges; on célébra comme un\nt r i o m p h e national sa conception originale, il n'était pas néces-\nsaire de d e m a n d e r à quel pays a p p a r t e n a i t l'auteur. On pouvait\ns'attendre qu'après ce succès on l'encouragerait à persévérer en\nlui c o m m a n d a n t quelque m o n u m e n t public. On n'en fit rien et\nce fut l'art français et même les architectes français qui eurent\ntoutes les faveurs. S'ils n'eurent pas toutes les commandes on\nles consulta sur celles qu'on donnait à nos architectes et ceux-ci\npour voir leurs œuvres acceptées durent se mettre au ton du\ndiapason officiel.\n      Q u a n d nos architectes flamands, du XVIe et duXVIIesiècle, s'ins-\npiraient de l'architecture italienne, pour obéir au puissant mou-\nvement de la Renaissance, au moins imprimaient-ils leur griffe\nsur leur œuvre, comme Devriendt pour l'admirable Hôtel de\nville d'Anvers, ou les Cosijns, les De Bruyn pour les maisons\nde la G r a n d ' P l a c e . De nos jours nous avons vu Poelaert (1),\nBeyaert et Janlet faire œuvre d'architectes flamands, c'est-à-\ndire donner à leurs constructions l'ampleur, le coloris, la\n\n  (1) Il faut tenir que le projet de Poelaert pour le Palais de Justice était plus original\nque celui qui a été exécuté, il ne comportait pas le dôme ajouté sur les conseils de\nGarnier, architecte de l'Opéra.\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                             LE MONT DES ARTS                                   253\n\n\nsilhouette pittoresque qui sont les caractéristiques de l'art fla-\nm a n d . L a race et le milieu resteront toujours les puissants\nferments de l'originalité dans l'art. L'internationalisme sera\naussi impuissant que l'espéranto à inspirer les architectes et les\npoètes.\n   Mais revenons à la maquette.\n   Il n'y a rien à dire des longues et fastidieuses façades à front\nde la rue de l'Empereur et de la rue de Ruysbroeck, sinon\nqu'on pourrait se croire en présence d'un bâtiment d'usine, la\ncheminée sous forme de tour n'y m a n q u e m ê m e pas.\n   La façade principale se compose de deux motifs empruntés\nà l'art romain : un lourd arc de t r i o m p h e , dont la pesanteur\ndevrait le faire attribuer au bas-empire, forme l'entrée princi-\npale et doit stériliser, au point de vue de l'emploi, toute la\npartie centrale du palais. Des deux côtés s'aligne une colonnade\nempruntée aux temples périptères. Mais autant l'architecte\ngrec était logique en disposant ses colonnes autour d'un édifice\nqui n'avait pas de jours latéraux et ne s'éclairait que par\nl'ouverture ménagée dans le toit de la Cella; a u t a n t l'architecte\nbelge l'est peu en plaçant les fenêtres sous la saillie de l'enta-\nblement et dans l'ombre des colonnes. J e plains les Acadé-\nmiciens (1), si M. Maquet les a logés de ce côté; je plains les\nvisiteurs du Musée si ces fenêtres sont destinées à l'éclairer.\n   Voilà où on en arrive quand on va chercher ses inspirations à\nParis, car le Musée installé dans le petit palais de M. Giraud\nn'est pas mieux éclairé que ne le seront les salles de notre Mont\ndes Arts, si on l'exécute jamais.\n   Nous avons, du reste, la persuasion que la clameur publique\nfera justice du malencontreux projet qu'on a eu la bonne idée\nde soumettre au j u g e m e n t de la population et qu'on n'osera pas\nl'exécuter. Ouvrons dès à présent la discussion sur celui qu'il y\na lieu de lui substituer. Élaborons un p r o g r a m m e digne d'une\n nation qui compte assez d'architectes de talent pour n'avoir\n pas besoin d'aller chercher des inspirations à l'étranger.\n\n                                                                       BULS.\n\n\n\n  (1) On n'a jamais expliqué pourquoi on voulait les expulser du Palais des Académies,\noù ils se trouvaient fort bien, à ce qu'ils m'ont dit.\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "                       Genèse de genèses\n                         UNE mer de nuages qui roule, s'enfle, emplit le firmament\n                           entier, et dans ce chaos floconneux tantôt sombre, tantôt .\n                           étincelant, des figures géantes qui se précisent un m o m e n t\n                           à peine, alors terribles ou majestueuses, pour retomber\n                           presque aussitôt d a n s l'océan des brumes, tel est le m o n d e\n                           idéal qui devait fasciner les yeux d'un antique scalde\n                           Scandinave, et qui, presque de nos jours revenait hanter\n                           l'âme d'un obscur graveur anglais que ses c o n t e m p o r a i n s\n                           ignorèrent ou méconnurent, et dont la gloire ne fait\ndepuis lors que s'accroître.\n    Cet h o m m e est William Blake, dont la maturité coïncida avec l'époque de\nnotre révolution française, et qui, jusqu'ici à peine entr'aperçu en F r a n c e ,\nvient d'être mis en pleine lumière par la plus consciencieuse et la plus com-\nplète étude peut-être qui lui ait été consacrée dans aucun pays, le livre de\nM. P . Berger (1). Si je connaissais moi-même Blake depuis une quinzaine\nd'années, je ne le devais qu'au hasard qui, aux temps lointains de la Plume où\nparut sur lui, cas unique, u n article accompagné de dessins, étranges spéci-\nmens de son génie étrange, m'avait mis en rapports avec l'auteur de l'article\net ses amis, jeunes poètes de langue anglaise épris d'admiration pour le génie\nvisionnaire de ce demi-inconnu. J e m'étais promis de ne pas laisser là cette\nfigure étonnante et la réflexion me revient que je faisais alors : Quelle mer-\nveille doit être cette poésie anglaise où un homme comme Blake n'est regardé\nque comme une figure de second p l a n ! P u i s la vie avait coulé avec ses tra-\nvaux de chaque jour et ses préoccupations renaissantes et divergentes, je\nm'étais même éloigné des poètes anglais et j'avais presque oublié William\nBlake q u a n d le livre dont je parle est venu non seulement le rappeler à mon\nsouvenir, mais l'expliquer et le glorifier à tout le public lettré de F r a n c e .\n    U n n o m explique la renaissance chez le fils d'un petit boutiquier de Golden\nsquare d'une âme contemporaine des créateurs de la vieille mythologie norse :\nS w e d e n b o r g . Celui-ci était presque septuagénaire q u a n d Blake naquit, l'année\nmême (1757) où d'après lui « le dernier jugement avait eu lieu dans le ciel et\nd a n s les âmes des h o m m e s » ; il avait déjà écrit tous ses ouvrages mystiques\ndont les principaux, Arcana cœlestia, De cœlo et inferno ex auditis et visis et De nova\nHierosolyma, parurent justement à L o n d r e s aux environs de cette même a n n é e ;\n\n\n  (1) William Blake, mysticisme et poèsie, par P. Berger. Paris, Lecène et Oudin, 1907.\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                              GENÈSE DE GENÈSES                                    255\n\n\ncette étrange philosophie de rêves devait donc être d a n s toute sa fraîcheur\nquand le jeune William s'ouvrit à la vie de l'esprit, et l'on comprend l'im-\npression é n o r m e que dut p r o d u i r e sur u n e âme comme la sienne cette effa-\nrante théogonie où les anges et les démons conversent familièrement avec le\nvoyant.\n   Swedenborg mis en vers par Shakespeare, telle est la définition qu'on\npourrait, j u s q u ' à u n certain point, donner de Blake. The eye sees more than the\nheart knows, ce vers du graveur-poète ne rappelle-t-il pas celui q u ' H a m l e t dit à\nHoratio, mais H a m l e t est un philosophe alors que Blake est u n visionnaire.\nSa raison d'être a été de donner un corps à ses imaginations, mais la force\névocatoire est telle chez lui que la réalisation de son propre burin est loin de\nsatisfaire les désirs que son verbe a éveillés au fond de nos â m e s . L e dessi-\nnateur, chez lui, est inférieur au poète. Les gravures que reproduisait\nM. Stokoe d a n s la Plume n e m'auraient pas retenu sans les étranges fragments\nlittéraires qui les accompagnaient. Comme réalisation du m o n d e fantastique,\nGustave Doré est autrement génial que William Blake, mais comme rêveur\ndes cosmogonies primitives, combien Blake prend sa revanche sur tous ceux\nqui se sont engagés sur la m ê m e route!\n    Ce qui lui d o n n e surtout son caractère fascinant, c'est l'imprécision vivante\nde ses rêves. Rien chez lui de l'appareil cristallisé du métaphysicien qui\nréduit en système ses théorèmes et ses corollaires et qui prend garde qu'au-\ncune contradiction, a u c u n e obscurité ne subsiste dans sa trame d'abstractions;\ncela sans doute est plus satisfaisant pour la logique, plus reposant pour les\njeunes collégiens dont on coupe le pain spirituel en tartines positives et assi-\nmilables, mais cela ne vit p a s . Qu'il s'agisse des ennéades de Plotin ou des\néons de Basilides on se trouve en face, toujours, de simples concepts. Avec\nBlake, au contraire, on respire dans un m o n d e de d i e u x ; il est vrai qu'il ne\nfaut pas chercher à savoir quels sont ces dieux, et s'ils ont u n Dieu unique\nqui leur est supérieur et si ces dieux sont les mêmes sous les mêmes n o m s , ou\nsi leurs rapports ne c h a n g e n t pas comme leurs n a t u r e s ; est-ce qu'on demande\naux nuages une fixité quelconque, et la beauté de ces montagnes fluides qui\nroulent confusément dans l'abîme de l'éther ne vient-elle pas de leur fugacité\n prestigieuse et de leur changement éternel de forme, de lumière et de\n couleur ?\n    « L a terre n'existait point (au début des temps) ni les globes d'attraction. —\n la volonté d e l'Immortel étendait — Ou contractait ses sens infiniment flexibles.\n Il n'y avait point de mort mais la vie éternelle jaillissait. » Death was not, but\n eternal lift sprung. C'est d a n s cette genèse puissante que se manifeste le\n premier né de l'Eternité. Urizen « Voilà qu'une o m b r e horrible s'est élevée\n — Dans l'Eternité, i n c o n n u e , inféconde — Concentrée en elle-même, repous-\n sant tout ». C'est en s'opposant, donc, à l'Eternité qu'Urizen « ombre p e r d u e\n dans sa propre contemplation '' se personnalise, et fait naître à son tour le\n Temps, L o s , le forgeron qui enchaînera Urizen dans la trame des J o u r s et\n des Années « par des écrous de fer et de cuivre ». Alors, d'autres Eternels\n paraissent, tels q u ' E n i t h a r m o n , la forme féminine de l'espace qui se sépare\n  de L o s ; mais comme ces mots d'Espace et de T e m p s sont ici faux à côté de\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "256                                 DURENDAL\n\n\nces colosses brumeux qui vivent comme nous et d'une vie vraiment divine où\nleurs pas font gémir et craquer l'Eternité, suivant le mot de leur récent\nhistorien. Les quatre Zoas dont la titanomachie remplit les plus beaux\npoèmes de Blake ne sont pas de simples abstractions de nos états d'âme, ce\nsont des dieux, Urizen que nous connaissons déjà, Luvah, le principe\nd'amour, Tharmas, le pouvoir végétatif, Urthona, l'instinct qui lie l'individu\nà l'univers.\n\n          Urizen, cold and scientific : Luvah pitying and weaping\n          Tharmas indolent and sullen, Urthona doubting and despairing,\n\n et des dieux qui se dédoublent, engendrent d'autres dieux qui eux-mêmes se\n transforment confusément. En combattant Luvah, Urizen découvre son\n spectre, Ahania. « Effrayant son désir invisible pousse un cri — Urizen gémit\n profondément. Etendant sa main terrible — Il saisit Ahania (tel est le nom\n de son âme séparée) — Sur les montagnes de jalousie — Il gémit plein d'an-\n goisse et l'appela le Péché — En l'embrassant et en pleurant sur elle... »\n Etranges nuées! Tantôt Urizen rappelle Jéhovah, tantôt Satan; un de ses\n fils, Fuzon, pourrait être une transfiguration de Jésus. Mais chercher à\ncomprendre, ici, c'est déjà n'avoir pas compris. Blake n'est pas un théologien\nni un métaphysicien, c'est un cosmogone et par lui nous comprenons que des\npoètes aient pu vraiment créer une religion. Qui sait si, comme le croyaient\nnos pères (explication qu'on trouvait naïve et qui peut-être est vraie), qui sait\n si la mythologie hellénique, la mythologie Scandinave, d'autres encore, ne\nsont pas sorties en entier de quelques cerveaux de poètes visionnaires? Il\nsuffit d'un seul Blake pour expliquer bien des légendes, bien des symboles.\n Les lamentations d'Ahania pleurant son père et son amant « Ah, Urizen !\nBien-aimé ! — Fleur du matin! Je pleure sur les bornes — Du néant. Combien\nimmense est l'abîme — Entre Ahania et toi!... » les voyages de Vala,\nl'émanation de Luvah que Blake un moment nous dit être la mère d'Urizen\n « double forme, mâle et femelle, frissonnante », la recherche par Tharmas de\nson spectre Enion, la fusion de Los et d'Urthona à qui se refuse Eni-\ntharmon » Comme une source dans les sables brillants de Los, tu échappes à\nmes embrassements » toutes ces histoires merveilleuses et nuageuses sont\nbien de la matière divine qui fait les Mythes et les Cultes.\n    Essayer de les classifier et de les clarifier est le fait des exégètes ; ici je n'ai\nvoulu que signaler à ceux qui pourraient encore l'ignorer, l'existence d'un des\nplus grands maîtres de la littérature anglaise, du plus grand poète du\nXVIIIe siècle peut-être, à qui seul Dante et Hugo peuvent être comparés, un\npoète en qui revit l'âme des Ezéchiel et des Jean de Pathmos. Maintenant\nqu'un livre d'une clarté et d'une conscience parfaites l'ont mis à la portée de\ntoutlecteur, ceuxqui se plaisent à ce genre de visions apocalyptiques seraient\ninexcusables de ne pas s'approcher de lui pour l'admirer comme il mérite de\nl'être, profondément.\n\n                                                                  HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "        \" Franciscus „ d'Edgar Tinel\n              an Festival de musique de Tournai (1)\n\n                     C'EST par une exécution vraiment solennelle de l'oratorio\n                        Franciscus, d'Edgar Tinel, que la Société de musique de\n                        Tournai a clos sa vingtième année d'existence. On peut\n                        dire qu'elle l'a fait brillamment et artistement. Elle a\n                        tenu à couronner son active et j e u n e vie par u n e œuvre\n                        d'enthousiasme d'élan, de foi et d'amour. De celte commé-\n                        moration locale, elle a fait, on peut le dire, u n festival\n                        national où l'art musical belge a été glorifié en son maître\n                        le plus illustre, Edgar Tinel, glorification à laquelle la\nBelgique entière a voulu s'associer ; des artistes, des amateurs de tous les\npoints du pays s'étaient rendus n o m b r e u x à T o u r n a i ; dans la vaste Halle-aux-\nDraps, on s'écrasait littéralement! Eut-il vraiment conscience de la grande\nfête à laquelle il allait assister? Peut-être, mais toujours est-il que le concert\nfut suivi d a n s le plus grand recueillement, et chaque partie terminée par la\nplus magnifique et c h a u d e ovation à l'œuvre, à tous ses interprètes, à l'auteur.\nRarement il nous fut d o n n é d'assister à manifestation plus spontanée, plus\nunanime, plus émue surtout ; le maître Tinel en fut visiblement touché. Mais,\ncertes, ce qui fut pour lui une source d'émotions bien plus profonde encore,\nce fut l'admirable exécution de Franciscus.\n   Je n'ai plus besoin de revenir à l'analyse détaillée de cette œuvre, qui eut\nquatre exécutions à Bruxelles et plus de trois cents en Allemagne; elle fut\ncommentée à diverses occasions en cette revue même P o u r t a n t , il aurait pu\nse faire qu'au cours de sa carrière déjà longue (la première exécution est de\n1888) la partition eût p e r d u de son charme, de son coloris, de son élan. Mais\npoint du tout; les années ont passé sur elle sans ternir u n e seule de ses grâces\net sans pâlir sa flamme, et ceux qui eurent la b o n n e fortune de la saluer à sa\npremière apparition la retrouvent aujourd'hui avec a u t a n t de joie et de ravis-\nsement. C'est le temps qui consacre les vies ; je croirais bien qu'il a désigné\ncelle-ci pour u n e durée infinie, à côté de sa sœur, Sainte Godelive, de ses\naînées, les Béatitudes de F r a n k et les oratorios de Liszt, des œuvres de H a y d n ,\n Mozart, Haendel et B a c h .\n    La partition de M. Tinel est, du reste, d'une inspiration, d'un lyrisme\n\n\n  (1) N'ayant pu assister à l'exécution du chef-d'œuvre d'Edgar Tinel, nous reprodui-\nsons le superbe et enthousiaste compte rendu publié par le Guide Musical.\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "258                                    DURENDAL\n\n\ndébordants et d'une admirable variété ; elle vit, progresse, monte et s'épanouit\ndans une atmosphère vibrante et c h a u d e . L a sincérité et la foi ardente qui\nl'animent, l'idéalisme transcendant qui la dirige, en font u n e création\né m i n e m m e n t élevée; elle est d'autant plus belle q u ' u n e véritable main\nd'artiste, dont la science et l'habileté égalent l'inspiration, en a parfait avec\na m o u r les moindres détails extérieurs, voulant que le corps soit à l'image de\nl'âme. L'unité de l'œuvre est n o n moins remarquable : toute la pensée, toute\nla lumière de ce vaste triptyque sont bien concentrées sur la figure principale\nde saint F r a n ç o i s d'Assise, l'adorable mystique du moyen âge qui appelait\nles êtres et les choses à l'amour divin. Il est le prédestiné, l'élu, le centre\ntoujours, d a n s sa vie m o n d a i n e (première partie), dans la mission divine qu'il\naccomplit sur terre (deuxième partie), comme dans le deuil et la glorification\nqui suivent sa mort (troisième partie). Giotto, dans ses peintures, n'eût pas\nplus de profondeur et de vérité, ni l'Angelico plus de douce suavité et de\nclarté que cette m u s i q u e . Ainsi, les grandes œuvres nées du m ê m e souffle et\nportées par la même foi se retrouvent sur les m ê m e s s o m m e t s .\n    Il est heureux que cette géniale composition ait eu à T o u r n a i u n e si belle\nexécution. Les chœurs d'amateurs de la Société de musique, ensemble excep-\ntionnel de belles et chaudes voix, d'une justesse, d'une sûreté et d'une\ncohésion parfaites, d'un enthousiasme inlassable, ont été un précieux appoint\n à la réussite du concert. L ' e n t r a î n a n t chœur final de la première scène, celui\n des anges suivant la vision de saint F r a n ç o i s , les reprises du cantique au\nsoleil, l'a capella de l'angélus, le double chœur, d'un effet si saisissant, accom-\n p a g n a n t le convoi funèbre du saint, voix du ciel r é p o n d a n t à celles de la\nterre, enfin le grand ensemble final, d'une ampleur et d'une puissance presti-\ngieuses, tout cela fut admirablement r e n d u .\n    L e s chœurs ont ainsi entouré de leur vibrante atmosphère la figure centrale\nde l'œuvre incarnée par un saint François idéal : M. P l a m o n d o n . Servi par\nu n e voix d'une limpidité, d'une clarté sans égales, d'un timbre aussi suave\nq u e p é n é t r a n t , s'élevant s a n s effort à toutes les hauteurs et s'assouplissant à\ntoutes les n u a n c e s et aux plus subtiles intentions, l'artiste met cet instrument\nexceptionnel au service d'une interprétation aussi intelligente qu'émue et\nl o y a l e ; c'est d'une vérité, d'une pureté et d'une onction qu'on ne p e u t assez\nlouer. Dites avec autant d'âme et d'art, les pages capitales de cette « partie »\ndevaient p r o d u i r e u n e impression profonde, et parmi celles-ci, tout particu-\nlièrement : la ballade de la pauvreté (disons en passant combien fut déli-\ncieusement jouée par M . Marteaux la phrase expressive du hautbois qui suit\nc h a q u e strophe), la merveilleuse vision de saint François, le chant de la\npauvreté, une des pages les plus émouvantes de l'œuvre, les cantiques au\nsoleil et à l'amour, enfin le sublime dernier chant, où vraiment M. P l a m o n d o n\na d o n n é à sa voix l'immatérialité d'un chant de transfiguré. L'impression\nproduite par cette rare interprétation a été, faut-il le dire? considérable.\n    Naturellement, d ' u n tout autre genre, mais non moins excellente, fut celle\nd o n n é e par M. Fröhlich, qui fut tour à tour, avec u n e égale autorité, une\ncompréhension juste, une belle voix sonore et ample, l ' H ô t e , le Génie de la\nguerre et le Veilleur de nuit. A M m e Auguez de Montalant, qui manquait\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                     « FRANCISCUS » D'EDGAR TINEL                                259\n\n\nparfois de sûreté, étaient confiées les parties des Génies de l'Espérance et de\nl'Amour et la Voix du ciel; enfin, MM. Vanderhaegen et Morissens se sont\nparfaitement acquittés des pages qui leur incombaient : Génies de la Paix et\nde la Victoire (ténor) et Génie de la H a i n e (basse). L e s difficiles quatuors de\nla deuxième partie ont été chantés par ces quatre derniers artistes sans\ndéfaillance.\n   Tout ce merveilleux ensemble vocal s'est admirablement détaché sur le fond\norchestral d'une richesse et d'un éclat de couleurs incomparables. P r é l u d e s ,\ninterludes, péroraisons p u r e m e n t instrumentale, ont aussi bénéficié d'une\nbelle exécution sous la direction entraînante et convaincue de M. H e n r i de\nLoose. Le Francisais d'Edgar Tinel compte u n triomphe de plus. A l'issue du\nconcert, l'auteur, très ému, a été rappelé et acclamé sans fin, associant à son\nsuccès ses beaux interprètes. M. Stiénon du P r é , bourgmestre de T o u r n a i et\nprésident de la Société, auquel nous devons cette h a u t e manifestation d'art, a\n nommé M. E d g a r Tinel citoyen de la ville de T o u r n a i , en témoignage\nd'admiration et de reconnaissance au maître qui fut le « parrain » de cette\nSociété musicale aujourd'hui si prospère.\n\n                                                              MAY   DE   RUDDER.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                      Chronique Musicale\n\n                          Cinquième Concert Ysaye\n    Ysaye avait cédé le bâton à H e n r i Viotta, directeur du Conservatoire de\nLa H a y e . C'est lui qui, en 1906, prépara et dirigea les représentations sensa-\ntionnelles de Parsifal au W a g n e r v e r e i n d ' A m s t e r d a m . Comme capellmeister,\nM. Viotta s'est révélé au concert Ysaye u n e personnalité de premier plan.\nR a r e m e n t avons-nous entendu l'Héroïque interprétée avec autant de finesse\nunie à tant de force r a y o n n a n t e . E n imprimant à la S y m p h o n i e tout entière\net particulièrement au flamboyant Allegro du début cette allure victorieuse,\nces mouvements vifs et serrés où l'implacable rigueur du rythme laisse place\nà toute l'échelle des n u a n c e s m é n a g é e s avec u n e maîtrise évidente, M. Viotta\nnous a fait apparaître u n e S y m p h o n i e héroïque toute frissonnante d ' e n t h o u -\nsiasme altier, et réalisé l'expression véridique et adéquate de cette œuvre\nincomparable.\n    Les représentations modèles organisées en Hollande et auxquelles nous\nfaisions tout à l'heure allusion sont l'incontestable preuve de l'admirable\ncompréhension que M. Viotta possède de Parsifal. Il a d o n n é d u Prélude une\ninterprétation haute et sereine, et a eu l'heureuse idée d'y adjoindre ces pages\nfinales du poème immortel où s'allument de surnaturelles lueurs et où il\ns e m b l e que le ciel soit prêt à s'entr'ouvrir. Pareillement et avec le m ê m e bon-\nheur le prélude de Tristan s'est c o u r o n n é des triomphantes extases de la mort\nd'Yseult, concentrant ainsi tout le drame d'amour en u n e synthèse magistrale\noù, avec un art consommé, M. Viotta a préparé l'ascension graduelle vers\nles culminations de puissance sonore, faisant jaillir l'âme mystérieuse et pas-\nsionnée du poème et galvanisant s o n o r c h e s t r e d'un superbe essor de lyrisme\nexallé. L e concert se terminait par une exécution vigoureuse de la Chevauchée\ndes Walkyries, évoquant avec u n saisissant réalisme la vision des faîtes orageux\naffectionnés des filles de W o t a n . D e p u i s Richter, Mottl et Mengelberg, nous\nn'avions point éprouvé pareille impression au concert.\n    A cette audition magnifique, la viituosité instrumentale était représentée\npar Jacques T h i b a u d . Etait-il bien nécessaire que le Concertstück de Saint-\nSaëns, d'ailleurs absolument délicieux, et que la Symphonie Espagnole de Lalo\ndont le pittoresque savoureux et l'Andante tout à fait c h a r m e u r n'excluent pas\ncertaines longueurs où l'admiration va sûrement plus au virtuose qu'au com-\npositeur, était-il bien nécessaire que ces pages de musique élégante, mais\nsecondaire, vinssent interrompre les grandes impressions d'art et les plus\nsublimes paroles du génie? Il fallait tout le prestigieux talent du merveilleux\nvioloniste qu'est T h i b a u d pour faire accepter ce voisinage.\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                              CHRONIQUE MUSICALE                                     26I\n\n\n\n\n                Troisième Concert du Conservatoire\n                            La N e u v i è m e   Symphonie\n\n   La N e u v i è m e S y m p h o n i e que M. Gevaert dirigea avec une vaillance superbe\na été d o n n é e d a n s ces conditions d'admirable et absolue perfection qui sont\nle propre des exécutions réalisées par l'orchestre du Conservatoire, auquel les\nartistes de la Monnaie prêtaient leur concours. M. Gevaert inscrit souvent la\nNeuvième au p r o g r a m m e de ses concerts, et il y a lieu de l'en féliciter haute-\nment, car l'on ne connaît jamais assez ces créations immortelles du génie,\noù il y a toujours quelque aspect nouveau à découvrir. L'impression a été\nprofonde et on a écouté dans un pieux recueillement la Symphonie géante\nqui, avec la Missa Solemnis, constitue le sommet de l'œuvre beethovénienne.\n   Cette audition émouvante était précédée de l'ouverture des Deux Journées de\nCherubini et du concerto pour piano en mi bémol de Mozart, dont M. de Greef\na chanté l'Andante avec autant de poésie et d'élévation qu'il a mis de pureté et\nde finesse à exposer les m o u v e m e n t s vifs de cette œuvre charmante.\n\n\n\n                     Quatrième Concert Populaire\n   M. Arthur Schnabel. pianiste, y a fait entendre pour la première fois à\nBruxelles, le deuxième concerto de B r a h m s (en si bémol majeur), et cependant\nce concerto date de 1881, année où il fut présenté au public de Vienne par\nl'auteur lui-même. E n choisissant cette œuvre de fière envergure dont la tech-\nnique épineuse a éloigné les pianistes applaudis jusqu'ici à Bruxelles,\nM. Schnabel s'est révélé artiste probe et clairvoyant. L e Concerto en si bémol,\nde même que celui en ré mineur, pourrait être appelé une symphonie avec\npiano obligé, en ce sens que la partie confiée à l'instrument principal\nn'offrant que de rares soli d'ailleurs peu développés, se fusionne dans\nl'ensemble s y m p h o n i q u e sans avoir d'existence p r o p r e et indépendante. Cette\nconception neuve du concerto, considérée en elle-même, n'est évidemment ni\nsupérieure ni inférieure à la forme traditionnelle consacrée d'ailleurs par les\nplus purs chefs-d'œuvre (Mozart, Beethoven et même S c h u m a n n , où le\npiano a une p r é p o n d é r a n c e encore très notable). La forme vaut ce que vaut\nl'œuvre.\n   Le concerto en si bémol majeur est u n e composition de musicalité soutenue\noù la fermeté de la structure, la noblesse et la vigueur du dessin s'unissent à\nune intense vitalité de rythmes. Au point de vue de la technique pianistique,\nses formes hardies et originales intéressent spécialement les fervents du\nclavier. M. Schnabel l'a exécuté en grand pianiste, avec une clarté, une\npuissance et u n e rythmique superbes, bien que l'on eût parfois souhaité plus\nde souplesse et de variété dans les nuances.\n   M. Schnabel a également joué le gracieux impromptu en si bémol de\nSchubert et la Berceuse de Chopin qu'il a dit d a n s un style très p u r , enchâssant\nl'angélique rêverie dans la parure de sonorités limpides, mais sans cette\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "262                                  DURENDAL\n\n\nprofondeur de sentiment et ce charme enveloppant qui sont essentiels au\npoème. U n e restriction encore, celle-ci touchant le p r o g r a m m e . Q u a n d la\nlittérature du piano ruisselle d'innombrables trésors, p o u r q u o i terminer u n\nconcert par les Valses N o b l e s (?) de Schubert?\n     A ce même concert, M. D u p u i s a dirigé en première audition deux œuvres\n nouvelles : la S y m p h o n i e de M m e Van den Boorn-Coclet, professeur au\nConservatoire de Liége, symphonie dont 1'Andante cantabile et l'Allegro pomposo\nsont les parties les plus intéressantes et les mieux venues, puis le Poème de la\nforêt d'Albert Roussel. Cette symphonie se compose de trois parties : A) Forêt\nd'hiver; Renouveau; B) Soir d'été; c) Faunes et dryades. « L ' a u t e u r a cherché\nsurtout à traduire les sentiments divers de tristesse, de joie, de calme,\n de g r a n d e u r , que suggère la n a t u r e sous ses différents aspects. »\n     Bien que M. Albert Roussel s'en défende, prêtant à son œuvre des\nsignifications lyriques et n o n descriptives, le Poème de la forêt, fortement\n influencé par les procédés de Claude Debussy, semble bien se rattacher à\n l'esthétique impressioniste. Assurément on ne saurait dire que l'ampleur d u\n souffle et la clarté de l'architecture en soient les qualités maîtresses. Il est\n incontestable, d'autre part, qu'en maints endroits, particulièrement d a n s le\n p r é l u d e (Forêt d'hiver) et dans le Soir d'été, l'auteur possède toute u n e palette\n subtile de sonorités heureuses et d'harmonies évocatives, dons de coloriste\n délicat qui ne peuvent toutefois suffire à pallier les redondances de cette\n composition lourde de prolixités.\n     L e concert se terminait par Sadko, tableau musical de Rimsky-Korsakow,\n écrit dans la langue orchestrale la plus savoureuse et la plus ingénieusement\n suggestive.\n\n\n                                 Concerts Durant\n   W a g n e r . — M. D u r a n t avait composé un p r o g r a m m e tout en contrastes,\nopposant et faisant succéder les enveloppements célestes du P r é l u d e de\nLohengrin à la tempête déchaînée du Vaisseau-Fantôme, l'ivresse démoniaque du\nVenusberg aux appels héroïques du Voyage de Siegfried sur le R h i n , et les\naccents p o m p e u x du Kaisermarsch à la sublime plainte de la marche funèbre d u\nCrépuscule des Dieux. M. D u r a n t a dirigé toutes ces œuvres avec son intelligence\net son énergie accoutumées, et bien que son orchestre ne parût point particu-\nlièrement en forme ce soir-là, il y a lieu de signaler l'interprétation ample et\npoétique qui a été d o n n é e du P r é l u d e de Lohengrin.\n   Avec le sens dramatique et la justesse d'accent qui caractérisent son talent,\nMlle W y b a u w chanta la Ballade du Vaisseau-Fantôme et trois lieder de W a g n e r ,\nl'Ange, Rêves et Souffrances.\n\n    B e r l i o z ; L i s z t ; Chopin. — Ce concert a été u n des mieux réussis que\n M. D u r a n t nous ait d o n n é cet hiver, tant par la confection du p r o g r a m m e\n fort intéressant et ingénieusement combiné que par la pureté des réalisations\n orchestrales, lumineuses et finement colorées, par la qualité et le grand talent\n des virtuoses qui y prêtaient leur concours.\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                             CHRONIQUE MUSICALE                                      263\n\n\n   La pièce capitale de l'audition était la S y m p h o n i e en quatre parties, avec\nalto principal, Harold en Italie. Harold n'est assurément point le chef-d'œuvre\nde Berlioz qui n'y atteint pas à cette hauteur d'inspiration dont rayonnent\ntant de pages de Roméo et Juliette, de la Damnation de Faust, de l'Enfance du\nChrist et des Troyens. Mais en dépit de singularités et de grandiloquences,\nl'œuvre s'impose par l'admirable variété, la vitalité expressive, la couleur\nchaude, poétique et savoureuse de son instrumentation, tandis que l'atmo-\nsphère de rêve où planent les chants d ' H a r o l d est merveilleusement traduite\npar le timbre grave, caressant et sensible de l'alto. Cette partie d'alto, qui est\ncomme le centre autour duquel gravite tout le p o è m e , fut chantée par\nVan H o u t d a n s des sonorités de velours, avec cette sincérité, cette profondeur\nde sentiment qui le caractérisent. L'étincelante ouverture de Benvenuto Cellini\nterminait le p r o g r a m m e Berlioz.\n   Liszt était représenté d'abord par les Préludes, poème s y m p h o n i q u e évo-\nquant avec u n e précision fidèle les visions douces ou orageuses qui flottent\néparses dans la méditation lamartinienne, et apparaissant dans le domaine\norchestral l'une des inspirations les plus heureuses de cette grande et fière\npersonnalité musicale que fut Liszt — en second lieu par le célèbre concerto\npour piano en la majeur, où fleurissent à l'envi les traits ailés, les cadences ful-\ngurantes, reliés et c o m m a n d é s par une phrase ample, de signification majes-\ntueuse et p r o p h é t i q u e qui domine l'œuvre. M. de Greef l'a j o u é magistrale-\nment. Plusieurs virtuoses et non des moindres, Paderewski et Busoni notam-\nment, ont exécuté jadis ce concerto à Bruxelles, mais jamais o n ne l'avait\nentendu exposé d a n s u n e telle splendeur sonore, avec tant de grâce et de\npuissance, tant de chaleur et de limpidité. Quelques pièces de Chopin, cou-\nronnant le concert, avaient été également confiées à l'éminent pianiste belge,\nla Valse en la bémol, la Berceuse dont Arthur de Greef a fait jaillir toute l'intime\npoésie, le Scherzo en si bémol mineur dont il a d o n n é u n e interprétation\nsuperbe de largeur et de vérité, dans le style propre de cette œuvre byronienne\nque tant de pianistes trop pressés bousculent et d é n a t u r e n t par des allures de\nvitesse désordonnée et intempestive.\n\n\n\n\n                                Concerts divers\n   Les concerts intéressants sont très n o m b r e u x à Bruxelles en ce moment de\nl'année. A regret nous ne p o u v o n s ici que résumer nos impressions dans u n e\nrécapitulation brève.\n   D'abord le récital Misha E l m a n , où la maîtrise précoce du jeune artiste\nrusse s'est affirmée encore plus nettement qu'au Concert populaire et où il a\nexécuté n o t a m m e n t du Bach, du H ä n d e l , du S i n d i n g , du Lalo, avec u n e\nampleur de son, u n e pureté de traits et une sûreté rythmique éton-\nnantes.\n   Le récital de la violoniste canadienne M l l e P a r l o w , aussi tout à fait remar-\nquable.\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "264                                   DURENDAL\n\n\n    L'audition si attachante et instructive d o n n é e à la Salle Allemande par\nM lle Marguerite Rollet, une des meilleures élèves de M m e L a b a r r e , avec un\np r o g r a m m e des plus variés a y a n t R a m e a u pour point de départ et Claude\nDebussy pour aboutissement final, concert au cours duquel M l l e Rollet a\ndéployé toutes les ressources de son talent souple et subtil, alliant la grâce\nde la diction à la vérité expressive, à la poésie et à la finesse du sentiment.\n     L'audition entièrement consacrée à l'œuvre vocale de Gabriel F a u r é (on y\na e n t e n d u vingt neuf Lieder, plusieurs illuminés de la flamme de l'inspira-\ntion, tous remarquables par la distinction du sentiment et de l'écriture) dont\nle maître lui-même accompagnait au piano des interprétations alternative-\nment données par M m e Marie Mockel qui chante avec style mais sans ampleur,\net par M. Stéphane Austin, artiste de race qui conduit avec autant de sûreté\nque de goût sa voix au timbre chaud et expressif.\n     Q u a n t au violoniste Kruse, abordant les plus belles œuvres de la littérature\nde violon, il a trouvé le moyen d'être aussi incolore, aussi froid, mou et\ne n n u y e u x que possible. On a eu heureusement ce soir-là des compensations du\ncôté de l'orchestre et de son chef M. R e n é Ortmans qui a dirigé de la façon la\nplus intelligente la S y m p h o n i e inachevée de S c h u b e r t .\n     M m e Riss-Arbeau, pianiste de P a r i s (pour nous exprimer d a n s les termes\ndu programme) a donné un récital à la G r a n d e - H a r m o n i e . Le jeu de M m e Riss-\nArbeau se caractérise par la délicatesse du trait, la joliesse des n u a n c e s , la\ngrâce du phrasé. D a n s les demi-teintes les sonorités sont perlées et cristal-\nlines. La technique est élégante et aisée, un peu molle cependant, avec des\ntendances à la trop vive accentuation des basses dans les passages de dou-\nceur. Les transitions souvent trop brusques du forte au piano ou réciproque-\nment gagneraient à être ménagées dans des gradations plus affinées. Ces\nréserves faites, M m e Riss-Arbeau possède un talent qui intéresse et que nous\navons surtout goûté dans la Fantaisie-Impromptu, dans le Scherzo et le Largo de\nla Sonate o p . 58 de Chopin, d a n s les Hallucinations de S c h u m a n n , l'Etude en\nforme de valse de Saint-Saëns, qu'elle a enlevé de façon preste et brillante, et\n surtout la valse en ut dieze mineur de Chopin qu'elle a délicieusement jouée\n comme morceau de r a p p e l .\n\n                                                              G E O R G E S DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                          LES LIVRES\n\nC o n s t a n c e T e i c h m a n n , door E L . BELPAIRE. — (Antwerpen, Busch-\n    mann).\n    L a sainte d'Anvers (1824-1896) méritait u n m o n u m e n t , et ce m o n u m e n t\nc'est sa nièce, Mlle Belpaire, la distinguée femme de lettres, qui le lui élève.\nCe qui double la valeur de cet ouvrage c'est qu'il puise tout son intérêt dans\nle journal intime de la défunte. Ainsi ce n'est pas le portrait d'une âme que\nnous livre M l l e Belpaire, c'est cette âme elle-même, u n i q u e et incomparable,\nqui se manifeste à n o u s . Rien de plus suggestif que ces notes intimes où\nConstance T e i c h m a n n raconte les menus faits de sa journée. Elle s'adresse\nau divin Maître lui-même et lui parle c o m m e à un ami en toute la simplicité\nde son â m e .\n    De temps en temps jaillissent des effusions d'un lyrisme brûlant et spon-\ntané c o m m e on en lit dans Sainte Thérèse. Constance était en même temps\nune artiste. L a haute position qu'occupait son père, gouverneur de la\nprovince d'Anvers, lui permettait de voir b e a u c o u p de m o n d e et d'être en\nrelations fréquentes avec les artistes. Douée d'une voix magnifique, elle prêta\nson concours à maint concert au profit de ses oeuvres de charité. L'affection\nqu'elle porta à Peter Benoît, lors de ses débuts à Anvers, lui fit accepter de\nchanter les solos dans ses vastes cantates. Elle l'appelait a son frère » et\nl'appui qu'elle prêta au jeune artiste n'a pas peu contribué à fixer sa position à\nAnvers et le m o u v e m e n t musical flamand lui doit plus qu'on ne le soupçonne.\nP l u s tard son affection se porta sur u n autre musicien, E d g a r Tinel, celui-ci\nchrétien croyant comme elle, et ce fut u n e amitié incomparable. Il faut lire\nces pages é m o u v a n t e s .\n    Constance fut à Anvers à la fois le pivot des œuvres de charité et du\nmouvement musical. C'est ce double aspect qui fait d'elle une figure tout à\nfait originale. N o u s ne pouvons insister — en cette revue d'art — sur la\n« sœur de charité », fondatrice d'un hôpital d'enfants, allant soigner les\nblessés lors de la guerre de 1870, se faisant toute à tous avec une simplicité,\nune grâce enfantine, u n e vivacité d'esprit tout à fait séduisantes.\n    M lle E . Belpaire, ayant publié ces notes d a n s la Dietsche Warande, la belle\nrevue flamande qu'elle dirige, elle a dû les traduire en flamand, et c'est en\nflamand aussi que parut ce beau volume rehaussé de portraits admirables. Il\nest vivement à souhaiter qu'elle publie ce même volume en français, d a n s le\ntexte original de sa tante, et nous osons lui prédire un très grand succès.\n                                                                     J.   RYELANDT.\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "266                                      DURENDAL\n\n\n\n L a J e u n e F i l l e d e l a M e r , par R E N É DE SAINT-CHERON. — ( P a r i s ,\n    Stock.)\n    René de Saint-Cheron signait de loin en loin, dans le Journal des Débats,\ndes contes où s'affirmait u n e â m e délicate et fervente, éprise d'histoire,\nd'art et de mysticité. Ils frappaient toujours par la fermeté du style, la\ngravité religieuse de l'accent, la hauteur de l'inspiration. On ne saurait\n oublier La Plaie mystique, Frère Sabas, ni cette farouche légende mi-bolonaise,\nmi-siennoise, Le Cavalier rouge. L a mort a clos b r u s q u e m e n t , l'été dernier,\ncette œuvre rare et noble. Ce sera sans joie que nous lirons le livre qui, sous\nle titre de La Bague d'Opales, réunira bientôt les nouvelles éparses. Voici, en\nattendant, la Jeune Fille de la Mer. Joris-Karl H u y s m a n s , qu'une c o m m u n e\nadmiration pour la vierge d'Avila avait r a p p r o c h é de R e n é de S a i n t - C h e r o n ,\ns'intéressait à ce roman. Désireux de m a r q u e r p u b l i q u e m e n t sa sympathie, le\n Maître avait permis que le volume de son disciple portat sur la couverture\nl'insigne de la médaille de Saint-Benoît réservée à ses propres ouvrages, et\nR e n é de Saint-Cheron s'enorgueillissait d'un tel p a t r o n a g e . On retrouve,\nd'ailleurs, d a n s la Jeune Fille de la Mer, l'influence et même certains procédés\nlittéraires du célèbre auteur d'En Route. Ce n'est point par l'affabulation,\nromanesque et assez p a u v r e , que se r e c o m m a n d e surtout le r o m a n . Il\ncharme par le caractère n u a n c é , vibrant et passionné de son héros, ce Gérard\n Dervein, qui, fils inconsolé, dilettante las du monde et bien p r o c h e de la\nmisanthropie, s'est réfugié avec une vieille servante dans u n coin solitaire de\n Bretagne où il s'éprend d'une pêcheuse de goëmon, injustement méprisée\npour le crime qu'elle a s u b i . A peine lui a-t-il rendu l'honneur et, au dédain\ndes préjugés, d o n n é son n o m , qu'elle meurt dans ses bras; et il s'en va\nchercher la paix du cloître en ce château d ' A p p u l d u r c o m b e , t r a n s m u é en\nmonastère depuis que « les Bénédictins exilés de Solesmes y passent leurs\njours entre le travail, la prière et la solitude ». Comment ne pas reconnaître,\nne pas aimer en Gérard Dervein maints traits de la physionomie intellectuelle\net morale de R e n é de Saint-Cheron? E t l'on salue tristement, en le quittant,\n— avec M. H e n r i de Régnier, dont la préface é m u e adresse à l'ami perdu un\ns u p r ê m e adieu, — « celui qui s'en va avant le soir de la j o u r n é e , et dont\nl'âme fière et noble, qui ne s'est jamais courbée que sur le sillon du travail,\nn'a pas c o n n u l'heure de la moisson ».\n\nLe Conservateur de la Tour Noire, mœurs bruxelloises, par\n   G E O R G E GARNIR.\n   M. George Garnir est sans conteste le plus hilarant de nos auteurs gais.\nL e s types bruxellois qu'exhibe son dernier livre : P r o s p e r Sosson le flemmard,\nJoseph P u s s e n b r o o d le p o c h a r d , et F r a n ç o i s Nottebaer le rigolard, sont, il\nle faut reconnaître, tout à fait drôles. Ils sont vivants aussi. J e persiste néan-\nmoins à croire qu'ils n e résument pas Bruxelles. Les scènes où se déploie la\nverve de M. Garnir, et particulièrement le récit d'une mémorable première\nau Concert Anspach, dérideraient les plus sombres h y p o c o n d r i a q u e s . Mais\nne serait-il pas temps enfin de montrer u n e â m e bruxelloise un peu moins\nfarce? Après cet accès de folle gaîté, M. Garnir se doit de revenir à des tra-\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                      LES    LIVRES                                      267\n\nvaux plus dignes d u poète délicat et de l'artiste qu'attestent, ici m ê m e ,\nnotamment les quelques pages où, parmi ses h é r o s fourvoyés sur le sol des\ndieux, il évoque la gloire et la splendeur de H e l l a s .          M. D .\n\nH e u r e s d ' O m b r i e , p a r M. GABRIEL F A U R E . — ( P a r i s , Sansot.)\n   L'Ombrie emporte, pour ainsi dire, sa vertu avec elle. Ce n'est q u ' u n n o m ,\nsans doute, mais pour ceux qui hantèrent la montagne ou la plaine de cette\ncontrée a u g u s t e , ce n o m seul, déjà, évoque, ressuscite dans leur pensée —\net dans leur cœur — les cités et l'art, l'antiquité des jours pleine de tumultes\net de d o u c e u r , l'éclat \"des ruines et la séduction des œuvres, les pèlerins\nd'aujourd'hui et le saint de jadis : Suaviter et fortiter...\n   M. Gabriel F a u t e nous dit, avec émotion et avec charme, les stations de\nsa méditation à P é r o u s e , à Assise, à Montefalco ; ici, le délice des fresques\nde Gozzoli q u i , si elles n e n o u s paraissent point, comme à l'auteur, les\nplus parfaites d u maître, sont, du moins, celles o ù l'inspiration de celui-ci\nse révèle dans sa grâce la plus n a ï v e ; là, d a n s les rues, sur les remparts de\nla sombre et éclatante P é r o u s e , o u à la P i n a c o t h è q u e , ou, encore, devant la\nFonte maggiore, aux reliefs et a u x statuettes patines d'humidité et de\nsiècles... A propos d e l'œuvre d e Niccola et Giovanni P i s a n o , M. F a u r e\nadopte sans balancer l'opinion selon laquelle ces maîtres travaillèrent « sous\nla double influence d e la statuaire a n t i q u e . . . et, surtout, du nouvel art fran-\nçais », mais il ajoute, judicieusement : « Q u a n d , p a r qui et comment les\ndeux Pisano connurent-ils l'admirable floraison de n o s cathédrales?... »\nQuestion insoluble et, a u surplus, superflue, l'art d e Niccola et, encore\ndavantage, celui de Giovanni, étant issu d'une sorte d e conjonction, e n\nToscane, de l'art sculptural qui, antérieurement, s'était développé dans le\nNord et d a n s le Midi de la Péninsule, sous des influences germaniques,\nd'un c ô t é ; sous des influences antiques, de l'autre (1).\n\nLes villes        d'art     C é l è b r e s : Grenoble et Vienne, p a r M. H . REYMOND.\n  Poitiers et Angoulème, p a r M. H . LABBÉ DE LA MAUVINIÈRE. 2 volumes. —\n   (Paris, L a u r e n s . )\n   Les riches collections de la maison L a u r e n s n e cessent de s'accroître de\nmonographies excellentes, consacrées soit à quelque maître français o u\nétranger, soit, c o m m e celles-ci, à quelque ville ou à quelque région, dont\nl'étude particulière et approfondie apporte à l'histoire générale de l'art le\nprécieux complément, l'illustration, si l'on peut s'exprimer ainsi, d u fait\nrégional, précis et détaillé.\n   M. H . R e y m o n d explore, pour notre plaisir et notre profit, les deux\ncapitales d u D a u p h i n é , l'ancienne et la nouvelle, Vienne et Grenoble,\nM. L a b b é de la Mauvinière, Poitiers, la vénérable cité poitevine, et\nAngoulème. Ils nous disent les origines d e ces villes fameuses, qui tiennent\ndes h o m m e s de toutes les é p o q u e s , depuis l'antiquité romaine jusqu'à n o s\n\n\n  (1) V. Durendal, mars et novembre 1906: L'art roman en Italie et Niccola            Pisano.—\nLa Sculpture italienne au XIVe siècle.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "268                                       DURENDAL\n\n\njours, des m o n u m e n t s , de g r a n d s souvenirs de gloire et de beauté, des\nœuvres d'art, en m ê m e temps que de la n a t u r e , l'encadrement de sites\nc h a r m a n t s , pittoresques ou grandioses.\n    Ce sont, en somme, comme tous les volumes de cette collection, des\nguides experts et complets, dont le prix est encore accru par une illustration\nnombreuse et choisie.\n\n L e s v i l l e s d ' a r t c é l è b r e s : Gênes, par M. JEAN DE FOVILLE. — ( P a r i s ,\n     Laurens.)\n     On p a s s e , en général, à G ê n e s ; on ne s'y arrête guère, en dépit de l'éclat\nfastueux et pittoresque de la cité et de l'attrait d'un site merveilleux, entre la\nm o n t a g n e et la mer. L e voyageur qui descend en Italie est trop pressé\nd'atteindre F l o r e n c e , ou l'Ombrie, ou R o m e ; celui qui en revient, rassasié\nd'œuvres et de beauté puissante ou t e n d r e , n ' a t t e n d plus d'émotion pour sa\nsensibilité émoussée de l'art superficiel du XVIIe siècle qui règne, surtout, à\nGênes. Art riche et p o m p e u x , qui brille en mainte église, en maint palais,\ndes Carlone ou des Piola, et joue et miroite dans le souvenir, sans y laisser\ntrace profonde.\n    L'art, aussi, il semble, n'a fait que passer dans la superbe cité; les maîtres\nindigènes y sont rares, secondaires. T r o p occupés a u commerce ou à la\nguerre — mais les Florentins, eux aussi, ne trafiquaient-ils et ne combat-\ntaient-ils pas, sans cesse ? — les Gênois d e m a n d è r e n t toujours la beauté aux\nétrangers, à leurs voisins lombards, à Florence, à Sienne, en F l a n d r e , et les\ngrands noms de l'art à Gênes sont ceux de Giusto d'Allemagne, de Giovanni\nP i s a n o , d'Andrea Sansovino, de Galeazzo Alessi, l'architecte, originaire de\nP é r o u s e , des p l u s n o b l e s et plus purs palais de la vieille aristocratie de la ville;\nJ e a n de Bologne, R u b e n s , Van Dyck, P u g e t . . .\n    M. Jean de Foville nous dit l'histoire aventureuse et héroïque de la vieille\nrivale de P i s e et de Venise, ses luttes intestines, la splendeur orgueilleuse de\nses demeures patriciennes, la richesse de ses collections, avec u n charme très\nvif, fait d'érudition sûre, de fine critique et d'amour expressif et délicat\nde l'art.\n\n   L'Art        flamand        e t h o l l a n d a i s (numéro de mars). — M. Schmidt-\nDegener achève le bon travail critique qu'il a consacré à Adriaen Brouwers;\nM . S . - H . de Ross, son étude bien documentée du Caractère moderne d'impri-\nmerie. N o m b r e u s e s illustrations.\n\n     A u g U S t a P e r u s i a (numéro de novembre-décembre 1907). — M. Urbini\ns'efforce de définir la personnalité et l'œuvre de Bernardino di Mariotto, de\nP é r o u s e , que l'on a confondues souvent l'une et l'autre avec celles du P i n t o -\nricchio. M. T e z a parle des Laudi, de J a c o p o n e de T o d i , et de leur diffusion\nen Portugal et en E s p a g n e ; M. T i b e r i , du Trazimeno, avec érudition et agré-\nment. Note e notizie, etc.\n\n                                                                          ARNOLD G O F F I N .\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                              NOTULES\n\n  Au Cercle littéraire des Anciens Elèves de Saint-\nM i c h e l . — Belle fête d'enthousiasme jeune et généreux, le 11 avril\ndernier, au Cercle littéraire des Anciens Elèves de Saint-Michel, présidé par l'intelli-\ngent et actif Pierre N o t h o m b . Emile Verhaeren y faisait une conférence-\nlecture sur les Héros de Flandre : Après avoir dit, en mots brefs, énergiques et\ncordiaux, sa terre et ses origines, sources de son art, le grand poète a lu\nquelques-uns des poèmes du dernier volume de Toute la Flandre : les Héros.\n   De sa voix âpre et profonde, qui mord et qui caresse, pleine de véhémence\ncrispée ou d'émotion admirative et ravie, il a fait surgir, dans le cortège\néblouissant de ses vers, les chefs de paix, de guerre ou d'art de la Flandre :\nSaint Arnaud, Guillaume de Juliers, Artevelde et Les Van Eyck...\n   Toute la Flandre, vraiment, d a n s sa stature d'histoire et de légende, en\nimages fastiques, grandies dans l'imagination et le cœur du poète, faites de\nsouvenirs d'enfance, de nostalgies, de souffrance, de fierté et de joie, et\nhissées par lui sur le piédestal immortel de son œ u v r e . . .\n   Nous reparlerons de cette belle fête d'art organisée par l'élite de la jeunesse\ncatholique intellectuelle de Bruxelles d a n s notre prochain fascicule.\n\n                                          # *#\n   L e L i e r r e . — Sous ce titre, un nouveau groupement d'artistes s'est\nconstitué r é c e m m e n t . Sa dernière exposition, en mars dernier, à la salle\nBoute, rue Royale, contenait une centaine d'oeuvres, parmi lesquelles n o u s\navons noté des pages intéressantes de M. j a c o b - S m i t s , Intérieur campinois; de\nM. P . Stobbaerts ; u n e b o n n e étude, Ferme en Campine, de M. Ad. Cautaers ;\ntrois ravissantes aquarelles de Mlle B r o u h o n , une des plus brillantes élèves\nd'Uyterschaut et qui fait h o n n e u r à son maître, etc.\n\n\n\n   H o m m a g e à E u g è n e S m i t S . — L a circulaire ci-après vient\nd'être envoyée aux artistes et hommes de lettres belges :\n   » U n groupe d'artistes a pensé qu'il serait opportun de manifester au\nvénérable maître E u g è n e Smits, l'admirable peintre de la Marche des Saisons,\nle respect qu'inspirent son talent et son caractère.\n   » Vous savez la noblesse du labeur d ' E u g è n e Smits, la belle harmonie de\nsa vie, tous les titres de l'artiste à la vénération et à une gloire que sa modestie\na quelque peu éloignée.\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "270                                      DURENDAL\n\n\n   » Vous savez combien cette vie grave et silencieuse s'accommoderait mal de\ndémonstrations trop en dehors, et c'est pourquoi a prévalu l'idée de l'hommage\nd'un Livre d'Or auquel collaboreraient simplement quelques amis artistes et\nécrivains et qui serait remis à E u g è n e Smits dans des circonstances à déter-\nminer.\n   » N o u s avons pensé que vous seriez désireux de vous associer à cette\nmanifestation en l'honneur d'un des plus p u r s artistes de notre pays et, d a n s\nl'affirmative, nous vous serions obligé de vouloir en écrire à notre secrétaire,\nM. Ernest Van Neck, 121, boulevard de W a t e r l o o .\n    » L e Comité promoteur : C h . - L . Cardon, H . Cassiers, J. du Jardin,\nM. H a g e m a n s , Camille L e m o n n i e r , A. Marcette, P . Mathieu, Octave Maus,\nX . Mellery, E d m o n d P i c a r d , F . T a e l e m a n s , Fritz Toussaint, Charles Van\nder S t a p p e n , E m i l e Verhaeren, A . - J . W a u t e r s . »\n\n                                             * **\n   Le monument à la mémoire de Jean Ruysbroeck. —\n « L e Ministre des Sciences et des Arts a, dit le Petit Bleu, décidé l'érection\nd'un m o n u m e n t à la mémoire de J e a n Ruysbroeck, dit l'Admirable, le\nmystique du XIVe siècle d o n t les prédications et les lettres réunies dans\nl'Ornement des noces spirituelles eurent une si étrange saveur.\n   » L e m o n u m e n t Ruysbroeck aura la forme d'une stèle qui sera érigée dans\nla forêt de Groenendael, où, on le sait, le célèbre mystique vécut ses dernières\nannées et ses derniers rêves. L a cérémonie inaugurale aura lieu sans doute\nvers la mi-septembre, d a n s le décor s o m p t u e u x qu'offre la forêt à ce m o m e n t\nde l'année.\n   » Ce qui nous intéresse particulièrement, c'est que notre grand écrivain\nMaurice Maeterlinck viendra en Belgique, à cette occasion, pour prononcer\nle discours qu'appelle la circonstance. C'est lui, on le sait, qui a, en quelque\nsorte, ressuscité Ruysbroeck par sa traduction de l'Ornement des noces spirituelles\net ses profonds commentaires sur la curieuse intellectualité que révèle la\nphilosophie mystique de l'ermite de Groenendael. Il a été consulté sur la\nforme à d o n n e r à cette c o m m é m o r a t i o n , et toute pensée ou arrière-pensée\npolitique devant être écartée, il a promis de s'y associer, comme nous l'avons\ndit plus haut. Ce sera la première visite que l'auteur de la Vie des Abeilles et de\nPelléas et Mèlisandt aura faite à son pays natal depuis plusieurs a n n é e s . E t ce\nsera donc fête dans notre m o n d e des lettres. »\n   L'exécution du m o n u m e n t R u y s b r o e c k a été confiée à J u l e s J o u r d a i n ,\nu n j e u n e artiste sculpteur plein de talent dont nous avons plus d'une fois\ndéjà fait l'éloge d a n s cette revue.\n\n                                              ***\n   La Société des Amis de la Médaille a adressé au Comité\nexécutif de l'Exposition de Bruxelles u n vœu tendant à obtenir dans le\ncompartiment des Beaux-Arts u n salon spécialement réservé à l'Exposition\nde la Médaille.\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                          NOTULES                                           271\n\n\n   D a n s les expositions précédentes, les envois des artistes médaillistes étaient\ngénéralement disséminés dans les différents salons de cette section, et c'est\nainsi que l'on a même pu voir à l'Exposition de Liége le recto d'une médaille\nexposé dans u n e salle, tandis que le verso se trouvait dans une partie fort\néloignée de celui-ci.\n   Il serait extrêmement intéressant de voir grouper les œuvres de ces artistes\nen un ensemble. Ce vœu, transmis au Ministre des Beaux-Arts, a été accueilli\nfavorablement, et la Commission organisatrice de la Section des Beaux-Arts,\ndès qu'elle sera constituée, aura à s'occuper de la réalisation de ce projet.\n\n                                             * **\n   Le     Cercle       « Vie        et   Lumière          ». —        La quatrième expo-\nsition de ce g r o u p e s'est ouvert le 12 avril.\n   A côté des œuvres les plus récentes de M m e s Anna Bosch, P a u l e D e m a n ,\nAnna De W e e r t , J e n n y Montigny, Augusta Walluert, de MM. Georges\nBuysse, E m i l e Claus, Oscar Coddron, Aloïs De Laet, R o d o l p h e De Saegher,\nGustave De Smet, J a m e s E s n o r , A . - W . Finch, Alfred Hazledine, A . - J . H e y -\nmans, Modeste H u y s , Georges L e m m e n , R . - H . Monks, Georges Morren,\nAuguste Oleffe, Willem Paerels, H e n r i Roidot, Fritz Van den Berghe, Jean\nVan den E e c k h o u d t , E d m o n d Verstraeten, ce salon réunit u n ensemble\nimportant d'œuvres de maîtres impressionnistes étrangers, peintres d'hier et\nd'aujourd'hui : Albert André, Boudin, Lewis Brown, Mary Cassatt, Degas,\nG. d ' E s p a g n a t , Guillaumin, H u g u e t , J o n g k i n d , L é p i n e , Loiseau, Manet,\nMaufra, Monet, Moret, Berthe Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley, Z a n d o -\nmeneghi.\n   Cette exposition restera ouverte jusqu'au 4 mai.\n\n                                              ***\n    L e s A r t S a n c i e n s d e F l a n d r e consacrent le premier fascicule\nde leur tome I I I à l'Exposition de la Toison d'Or. Il s'ouvre par une concise et\nsubstantielle introduction de M. H e n r i P i r e n n e sur les origines et les desti-\nnées de l'Ordre de la Toison d'Or. M. Sander P i e r r o n consacre ensuite u n e\nabondante étude critique aux peintures exposées. L e Père Van den G h e y n ,\nde la Bibliothèque royale, passe en revue, avec sa précision et sa science\nhabituelles, la section des manuscrits, dont l'organisation avait d'ailleurs été\nabandonnée h e u r e u s e m e n t à sa haute compétence. M. Baes (Les Tombeaux\ndes princes de Bourgogne) clot enfin cette livraison, qui sera complétée au pro-\nchain n u m é r o par des études sur la tapisserie, etc. L e texte est accompagné\nd'un g r a n d n o m b r e de planches d'une belle venue, reproduisant les princi-\npales des œuvres exposées, peintures et manuscrits.\n\n                                              ** *\n    Accusé de réception :\n  A R T : Magaud. L'artiste; le chef d'école; l'homme, par FERDINAND SERVIAN.\n Ouvrage illustré ( P a r i s , - P l o n ) . — Emile Claus, par CAMILLE LEMONNIER\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "272                                    DURENDAL\n\n\nOuvrage illustré (Bruxelles, Van Oest). — Trois églises et trois primitifs,            par\nJ.-K. HUYSMANS (Paris, P l o n ) .\n    H I S T O I R E : Une paroisse parisienne avant la révolution; Saint-Hippolyte, p a r\nJEAN GASTON. Ouvrage illustré (Paris, Librairie des S a i n t s - P è r e s ) . — Un\nGirondin. François Buzol à l'assemblée constituante et à la convention (1760-1794), par\nJACQUES HÉRISSAY (Paris, P é r r i n ) . — Saint Benoit Labre, par J . MANTENAY\n( P a r i s , Lecoffre). — Saint Séverin, par ANDRÉ BAUDRILLART (idem). — La\ndomination française en Belgique, p a r J U L E S DELHAIZE (Bruxelles, Office de\n publicité).\n   L I T T É R A T U R E : Les pas sur la route, par ADRIEN MITHOUARD (Paris,\nStock). — Mémoire et correspondance de Louis Rossel (idem). — Le romantisme\nfrançais, par P I E R R E LASSERRE (Paris, Mercure de France). — Le théâtre\ncontemporain (1866-1868), 1re série, par         J U L E S BARBEY D'AUREVILLY ( P a r i s ,\nStock). — Le souper de Beaucaire, par NAPOLÉON BONAPARTE; avec une notice\nde J O S É DE BERYS ( P a r i s , Sansot).\n  L I T T É R A T U R E F L A M A N D E : Constance Teichmann, door M. E . B E L -\nPAIRE. Ouvrage illustré (Anvers, B u s c h m a n n ) .\n   P O É S I E : Quelques vers, p a r HENRY THÉDENAT ( P a r i s , P l o n ) . — Bruyères et\nClarines, par ALBERT BONJEAN (Paris, Messein). — Passionnément, p a r L É O N\nEHYLIENNE (Verviers, W a u t h y ) . — Toute la Flandre.         Les Héros, par E M I L E\nVERHAEREN (Bruxelles., D e m a n ) . — Le désir errant, par GASTON D ' U R V I L L E\n(Paris, Sansot). — Poésies complètes, d'EMMANUEL SIGNORET. Préface d'A. G I D E\n(Paris, Mercure de F r a n c e ) . — Memor, par GABRIEL N I P O N D (Paris, Ollendorf).\n— L'exercice du chemin de la croix, sonnets, par ARMAND PRAVIEL (Toulouse,\nE d . de l'Ame Latine).\n   R E L I G I O N : La Provence mystique. Antoine Yvan et Madeleine Martin, p a r\nH E N R I BRÉMOND (Paris, P l o n ) . — Saint François de Sales, par FORTUNAT\nSTROWSKI (Paris, Bloud). - Un pèlerinage au IVe siècle. Sainte Lucie à Catane,\npar AUGUSTIN       BEAUGRAND.       Préface    de D o m DU BOURG.       Ouvrage     illustré\n(Paris, Librairie des Saints-Pères). — Discours de mariage, par F É L I X KLEIN\n( P a r i s , B l o u d ) . — Lamennais. Sa vie et ses doctrines, tome I I , par CHARLES\nBOUTARD ( P a r i s , P e r r i n ) .\n   R O M A N S : Contes pour les enfants d'hier, par ALBERT MOCKEL. Illustrés par\nA U G . DONNAY (Paris, Mercure de F r a n c e ) . — Contes pour lire au crépuscule, par\nAVESNES ( P a r i s , Perrin).-— Amour et dote, p a r KILIEN D'EPINAY (Paris, P l o n ) .\n— Lettres à l'Elue,      par TANCRÈDE         DE VISAN.     Préface de MAURICE BARRÉS\n( P a r i s , Messein). — Anna Karénine, 4 e volume, tome X V I I I des œuvres\ncomplètes de TOLSTOÏ ( P a r i s , Stock). — Mystères et aventures, par A. CONAN\nDOYLE. T r a d u c t i o n d'A. Savine (idem). — Enracinés, par ALFRED BARAUDON\n (Paris, P l o n ) . — La couronne de roses, p a r EDGY (idem).\n   T H É Â T R E : Le sculpteur de masques. Symbole tragique en u n acte par\nF . CROMMELYNCK. Lettre-préface d ' E m i l e Verhaeren (Bruxelles, Deman).\n   V O Y A G E S : Voyage de deux Bénédictins aux Monastères du Mont Athos, par\n D o m PLACIDE DE M E E S T E R ( B r u g e s , Desclée).\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": ""}, {"page_pdf": 321, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1908-04", "signet_source": "Quinzième année - N°4 - Avril 1908 (?)", "preuve": "Couvertures absentes. Livraison suivant celle de mars 1908 (note de la p. 229 : « Voir Durendal, mars, 1908 » ; Les Livres, p. 268 : « numéro de mars »), pages 209-272. Les Notules évoquent la conférence de Verhaeren « le 11 avril dernier » au Cercle des Anciens Élèves de Saint-Michel, l’exposition du cercle Vie et Lumière « ouverte le 12 avril » jusqu’au 4 mai, et annoncent la suite « dans notre prochain fascicule » ; le Salon jubilaire mentionne le jubilé de Van der Stappen « le 5 avril dernier » ; la note de la p. 209 annonce la parution du Règne de la Bête de Retté « vers le 10 mai ». Légendes des planches : « Salon jubilaire de la Libre Esthétique (1908) ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}