{"numero_id": "ulb-durendal-1908-livraison06", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-001", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 337, "page_fin": 339, "titre_corps": "Emile Claus", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Emile Claus Zonnenschijn! Rayon de soleil", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 404, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "Emile Claus\n\n               Zonnenschijn! Rayon de soleil!... T e l est le mot que\n                 Claus a fait inscrire sur la façade de la maison,\n                 située là-bas, non loin de la L y s , dans cette\n                 Oostflandre dont les pages les plus heureuses\n                 de son œuvre ont glorifié la beauté faite\n                 d'étendue, d'eau et de chatoyante et h u m i d e\n                 lumière.\n                    T o u t son œuvre, presque, est lumière :\nlumière la lumière et lumière, aussi, l'ombre; lumière qui\nbrille comme une flamme, tremble comme une lueur, brûlante\nou glacée, joyeuse ou morose, selon l'heure ou la saison, mais\nqui est partout, qui est comme la forme même, la forme\nimpressionnante des choses qu'elle caresse et, délicatement,\ndéfinit. Elle surgit dans les matins, ceux de l'hiver ou ceux\nde l'été, rôdant sous les arbres, le long de la rivière, vêtue\nde froides brumes ou, ardente, cherchant à se dégager des\nvoiles que jettent sur elle les chaudes exhalaisons du sol... Elle\ns'épand, étincelante, sur les maisons ou atténuée, diffuse, tout\nen teintes fines, stagne au milieu de la nature engourdie, aux\nbords gelés des étangs, autour des maisons closes devant\nl'intempérie.\n   Elle chante, enivre, éblouit, âme enchantée et féerique du\npaysage... L'âme — le mouvement — tout ce qui fait les choses\nfrémissantes et rêveuses et nous les rend émouvantes, car, ainsi\nque l'écrit magistralement Lemonnier, « si tout le reste est struc-\nture, statique et géométrie, on peut admettre que le geste de la\nvie est: dans la lumière qui bouge et a n i m e les formes d'un\n paysage ».\n\n  (1) E m i l e C l a u s par C a m i l l e L e m o n n i e r . Un volume illustré de 89 reproductions\ndont 34 hors texte. (Collection des Artistes belges contemporains. Van Oest, Bruxelles.)\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "338                            DURENDAL\n\n\n    Cette vie, Claus l'a fixée dans son œuvre avec un art qui\nmarie étrangement la force à la subtilité. A ses débuts, il s'était\nun peu cherché, avait abordé le genre, s'était laissé tenter par\nl'exotisme africain, par les soleils d'immobile torridité d ' E s -\npagne ou du Maroc, pour connaître, enfin, que l'inspiration,\npour lui, était dans le p a y s même qu'il avait quitté.\n    L e m o n n i e r nous dit cela, dans l'excellence de son verbe\nenthousiaste, réchauffé ici encore d'intime et profonde cordia-\nlité. Il a vécu dans l'atmosphère de l'ouvrier et de l'œuvre; il\ncomprend d'autant mieux ceux-ci qu'il les aime et qu'il les a\naccompagnés et encouragés à toutes les étapes de la route qui\nles a amenés, l'un, à la célébrité; l'autre, à la plénitude de\nperfection où nous les voyons. E t nul, sans doute, que le parfait\net sensible auteur du Vent dans les moulins et du Petit homme de\nDieu n'aurait pu tracer la page que, pour finir, nous détachons\nde ce beau livre, où, si souvent, le maître écrivain rivalise\nd'éclat et de somptuosité avec le maître peintre :\n    « Claus incarne la contrée n a t a l e ; il est le fils de la terre\nb l o n d e ; elle d e m e u r e mêlée à son effort d'art et à sa vie même.\nSa ligne vitale, en effet, est droite et n e t t e ; elle part de la con-\ntrée qui est entre Courtrai et G a n d et elle y retourne. T o u t e sa\nsomme d ' h u m a n i t é et d'art tient dans un espace de quelques\nlieues; mais ces quelques lieues sont pour lui comme la décou-\nverte d'un monde, puisqu'il s'y découvre lui-même. Il est là en\ncommunion avec les siens, avec ceux qui, par le sang, sont de sa\nfamille, avec l'autre aussi, la g r a n d e famille obscure des cam-\npagnes. Elle peine sous l'août et l'octobre; elle fait l'œuvre des\nlabours et des semailles; il reconnaît en elle la longue ascen-\ndance qui l'institua, à son tour, l'ouvrier magnifique de\nla terre.\n    » Il va peu à la ville; P a r i s s'est perdu aux horizons du passé.\nC o m m e le paysan il vit, loin des compagnies, seul avec la terre\net le ciel, en contact avec les êtres et les bêtes qui en figurent les\naspects concrets ; sa journée, commencée à l'aube, finit avec le\nsoleil; sa vie d'art se renferme dans la courbe enflammée que\ntrace, par-dessus l'horizon, le père de la planète. D a n s le bois,\nde l'autre côté de l'eau, le loriot flûte ses quatre notes; le\nmerle, dans le verger, à son tour siffle la joyeuse a u b a d e ; le\nbœuf corne dans l'étable. E t dehors, dans le matin moite,\nfument les blés si c'est l'été et les labours si c'est l'automne ;\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "                            ÉMILE CLAUS                            339\n\n\nl'hiver, un argent fluide s'évapore des champs sous la neige. L e\nvoilà qui campe son chevalet, guettant la m i n u t e de l'effet,\ndans la solitude claire. Il est debout, les jarrets écarqués ;\ntendu c o m m e un arc, il travaille à hauteur des yeux et l'on\npourrait dire à h a u t e u r du cœur, puisque chez lui, comme chez\nles grands sensibles, c'est à coups de pulsations rapides qu'il\nfait son œuvre. L e feutre abaissé sur les yeux, il regarde, mar-\nche, frappe le sol du t a l o n ; il a la colère et l'éclair du taureau.\nC'est un corps à corps où le dieu et l'homme luttent d'ardeur,\nd'agilité et de décision. L a lumière ricoche en palets d'or\nverts; un vent blond déferle comme une mer d'odeurs, de cou-\nleurs et de poussières; et le ciel, à l'égal d'une grande meule,\ntourne, vertigineux, dans un incendie pâle. L u i , va, recule,\nrevient, s'allongeant, se ramassant, bondissant, se mouvant\ndans un tourbillon d'or, de cinabre et de vermillon... Quelque\nchose de l'éternelle mobilité du monde passe dans la manœuvre\nd'un tel peintre; il subit le magnétisme universel et le restitue\navec onction et force, dans des pratiques qui caressent, com-\nmandent et veulent être obéies. C'est le maître subjuguant et\nattendri qui entend imposer sa vision aux choses... »\n\n                                                 ARNOLD G O F F I N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-002", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 340, "page_fin": 342, "titre_corps": "La petite maison au milieu des bois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Blanche Rousseau", "ancre_debut": "La petite maison au milieu des bois Gotte et Nanette", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 407, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2062, "texte": "La petite maison au milieu des bois\n\n                 GOTTE et   N a n e t t e vivaient dans une petite maison\n                     au milieu des bois. Gotte était j e u n e ; N a n e t t e\n                     était vieille. « H é l a s ! hélas! disait N a n e t t e ,\n                     que deviendra Gotte lorsque je m o u r r a i ! — j'y\n                     pourvoirai, dit Pierre. » E t c'est pourquoi le\n                     jour où l'on porta Nanette en terre, il vint\n                     trouver Gotte et lui dit : « Veux-tu être ma\n                     femme? — Attends un peu, dit Gotte, que\nj ' a i e cousu mes robes. D'abord la robe noire, et puis la robe\nblanche. Nous verrons au printemps prochain. » E t elle cousait\n activement la robe noire.\n      Dans la petite maison de Gotte, tout était net, paisible et\npauvre. L'escabeau de N a n e t t e au coin de l'âtre, la huche, le\nlit et la petite armoire avec ses rideaux de lustrine. P o u r orne-\n ments, un bouquet d'anémones ou de fleurs-de-beurre dans un\n verre d'eau et, l'hiver, la potée de lierre à l'angle de la fenêtre.\n Il faut dire aussi qu'il y avait sur la cheminée une image sainte,\n et à la muraille un coucou et deux fleurs de Jérusalem, séchées\n en croix, sur carton gris proprement encadré. Il y avait encore\n la corbeille laborieuse avec le dé, les ciseaux et le fil, et le petit\n étui cliquetant tout rempli d'aiguilles — car la vie de Gotte se\n gagnait à coudre.\n       Elle avait deux amis : Pierre qui l'aimait d'amour et son chat\nJ u d e qui l'aimait d'amitié. Pierre était jeune et vigoureux: sa\n cognée abattait les chênes et il enlevait Gotte par la taille, avec\n un seul bras, aussi aisément qu'un enfant cueille un nid. J u d e ,\n vieux et pelé, ne savait que miauler et se frotter contre la jupe\n de Gotte, ou s'asseoir sur sa queue, à côté d'elle, tandis que ses\n grands yeux marins, pleins de petites algues flottantes, la con-\n sidéraient en réfléchissant. Mais, la nuit, il dormait sur les pieds\n de Gotte. E t chacun savait qu'il était un vrai diable, toutes\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "               LA P E T I T E   MAISON AU   MILIEU    D E S ROIS            341\n\n\n\ngriffes dehors et dents aiguës, lorsqu'on voulait toucher à sa\nmaîtresse.\n   Un jour que Gotte cousait à la fenêtre, un cavalier passa,\nbien s u p e r b e m e n t accoutré et traînant grande meute à sestalons.\nIl regarda Gotte et la trouvant appétissante il lui d e m a n d a son\nnom. « Je m'appelle Gotte, dit-elle en rougissant. — Gotte, dit\nle cavalier, sais-tu combien tu es jolie? — Je n'ai point de\nmiroir, dit Gotte — P r e n d s donc le mien » , dit. le cavalier magni-\nfique. E t il lui donna son miroir d'argent, et Gotte connut\nqu'elle était belle. Le lendemain il vint encore : « Gotte, lui\ndit-il, ne serais-tu point princesse? — Vous vous moquez, dit\nGotte riant. » Mais le soir elle s'interrogea sérieusement, se\ndisant : « Ne serais-je point princesse? — Il ne tient qu'à toi de\nle devenir », dit le beau cavalier le jour suivant. Et il\nemporta Gotte sur sa monture. Q u a n d Pierre revint à la\npetite maison, il la trouva déserte, le feu éteint et J u d e\nattaché à la huche avec une ficelle. E t c'est ainsi que Gotte\ndevint princesse.\n   Elle habitait un palais magnifique, et elle avait des gens\npour la servir, des robes somptueuses et des j o y a u x . Mais elle\nne dormait point la nuit. Car une voix se plaignait dans le parc,\ndu crépuscule à l'aube. « J e connais cette voix », songeait Gotte.\nEt elle tirait les draps sur son visage, mais elle ne dormait point.\nFatiguée d'insomnies elle se leva, cacha la lampe derrière sa\nmain et vint regarder à travers le rideau. E t elle vit Pierre qui\nerrait dans le parc en se lamentant. L e lendemain elle appela\nson époux et lui dit : « Un homme m ' i m p o r t u n e en pleurant\nla nuit dans le parc. Ordonnez, je vous prie, qu'on le chasse du\npays. » Et Pierre fut chassé du pays. Mais la nuit suivante\nd'autres plaintes errèrent dans le parc. E t c'était J u d e qui\nrôdait en se lamentant. C'est pourquoi la princesse dit à son\népoux ; « U n chat rôde, la nuit, dans le parc et m'importune.\nOrdonnez, je vous prie, qu'on le noie. » E t J u d e fut noyé dans\nl'étang. Mais la nuit suivante la princesse assoupie entendit une\nvoixquil'appelaiten songe. E t la voix disait : «Je suis le dé! Je\nsuis le dé !... » E t une autre voix criait en même temps : « Je suis\nl'aiguille! J e suis l'aiguille! » E t d'autres voix criaient, toutes à\nla fois : « Je suis l'escabeau de N a n e t t e ! . . . Je suis la fenêtre et je\nsuis la h u c h e ! . . . G o t t e ! Gotte! nous entends-tu?... » Alors\n Gotte se leva sans bruit; elle sortit clans la nuit profonde et elle\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 753, "texte": "342                         DURENDAL\n\n\nalluma un fagot devant la porte de la petite maison au milieu\ndes bois.\n   Mais elle brûla du même coup un nid d'hirondelles attaché\nau toit, ce qui porte malheur comme chacun sait. Et c'est\npourquoi la nuit suivante Gotte ne put reposer à cause de\nl'hirondelle qui tournait en criant après ses oisillons devant les\nfenêtres de Gotte. On voulut la tuer aussi, mais aucune flèche\nne l'atteignit. « Ma fortune à celui qui tuera l'hirondelle! »\ncriait Gotte. Mais elle eut beau promettre des fortunes, aucun\nne réussit à la tuer. Et c'est ainsi que Gotte a perdu le sommeil\net se dessèche fort misérablement aux côtés d'un prince, dans\nun beau château.\n\n                                         BLANCHE     ROUSSEAU.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-003", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 343, "page_fin": 343, "titre_corps": "Poèmes : Sol de gel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Poèmes Sol de Gel Pétrifié par la froidure", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 410, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "Poèmes\n\n                    Sol de Gel\nPétrifié par la froidure,\nLe lac a le son du roc.\n\nAux bords des toits\nAppendent, blancs, des blocs\nDe cristal droit ;\n\nL'eau est   dure.\n\nAngles nets, antres    suspects...\nDans les retraits des cavernes     profondes\nEaux et pierres se confondent,\nEaux et pierres ont même aspect.\n\nSec, le sol se fend, se crevasse\nComme granit et comme glace.\n\nEt nu, le sol se fait froid\nComme sont froides,      glaciales\nLes dalles\nPavant l'ombre où dorment les rois\nDans l'Hiver sans flocon des cryptes féodales :\nFaces de marbre, corps d'acier,\nCadavres clairs, taillés à même les glaciers,\nAllongeant,  sous la lampe aux lueurs de métal,\nDepuis plus de mille ans leur sommeil    hibernal.\n\nComme les taupes et les morts\nLe sol dort.\n\nEt le sol lugubre a le sort\nDe cette foi\nFrigide et torte,\nQui méconnut combien importe\nL'œuvre de Vie et de la Loi\nNe retint que la lettre morte...\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-004", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 344, "page_fin": 345, "titre_corps": "Poèmes : Mirage d’hiver", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Mirage d'Hiver Du", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 411, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 1596, "texte": "Mirage d'Hiver\n      Du giacier hérissé comme un faisceau de lances\n      Et masquant — piège immense —\n      Sous le planant anneau des nuages austères :\n      Les précipices du silence\n      Et les abîmes du mystère,\n      Je ne vois que du vide et cherche en vain du ciel.\n\n      Une vapeur de rêve anéantit la terre\n      Et l'azur... Je suis seul au delà du réel.\n\n      D'ici tout s'effondre,  s'efface...\n      Il n'y a plus de temps, il n'y a plus d'espace.\n      Moites baisers des nuées grises sur ma face.\n\n      Il neige sur de la glace\n      Et cette candeur sans traces\n      Fait rêver aux lins célestes.\n\n      J'ai peur de ma vie et peur de mes   gestes.\n      J'ai peur de mes pas\n      Que je n'entends  pas...\n\n      Des facettes de gel vers mes regards   chercheurs\n      Erigent ci et là des scintils modestes\n      Dans l'amortissante      blancheur.\n\n      Peu à peu un ciel blanc, très lointainement  clair\n      S'épure et un à un autour de moi s'estompent\n      Des élans de clochers aux horizons de l'air.\n\n      Est-ce un songe nouveau qui me hante et me trompe.\n      Un rais de soleil fade illune la hauteur.\n      Un contour se précise... hélas! la brume empêche\n      Que la tour se dessineaux    yeux    contemplateurs.\n\n      Le rais n'a révélé que la neige des flèches.\n      Seigneur, où suis-je? et quel pays    miraculeux\n      Fait monter jusqu'à moi ses clochers dans la brume?\n\n      Quels anges, quels oiseaux ont laissé choir leurs    plumes\n      Sur le geste géant des clochers nébuleux ?\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1001, "texte": "                       POÈMES                                 345\n\n\nQuelle est autour de moi cette cité mystique?\nEntre ses cent clochers mon œil découvre encor\nDe grands temples chrétiens qui, dans ce blanc décor,\nBombent sous les flocons leurs dômes    fantastiques.\n\nSurgissement     de pierres aux ampleurs      orchestrales!\nQuel geste assemble ici toutes ces cathédrales\nQu'en leurs siècles d'acier les bâtisseurs     gothiques\nPour à jamais bénits.\nEn ton honneur, ô blanc Soleil        eucharistique,\nOnt fait jaillir du sol en gerbes de granit?\n\nCharme trop vite enfui des mirages     d'Hiver!\nVoici s'évanouir les tours et les coupoles.\nLa brume est dissipée et sous les cieux ouverts\nLes monts ont dépouillé l'ecclésial  symbole.\n\nSur le glacier plus net souffle le vent du nord.\nAdieu clochers, adieu dômes des basiliques ;\nMais gloire, ô sapins verts, aux rochers    symboliques\nEvoquant dans l'Hiver la Foi des siècles forts !\n\n                                        GEORGES RAMAEKERS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-005", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 346, "page_fin": 350, "titre_corps": "Croquis de banlieue anversoise", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Della Faille de Léverghem", "ancre_debut": "Croquis de banlieue anversoise Du côté de l'Escaut", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 413, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "Croquis de banlieue anversoise\n\n                   Du côté de l'Escaut, le soleil décline au milieu\n                      d'une gloire de pourpre. Dans l'air calme et\n                      limpide de juin, là-bas, au-dessus de la ville,\n                      dont les toits et les clochers crénèlent l'horizon,\n                      flotte la poussière soulevée par l'innombrable\n                      piétinement d'une semaine laborieuse. Mais\n                      déjà la buée d'or se dilue et redescend... Et,\n                      comme elle, cette autre cendre des jours\naffairés, la fatigue et les soucis des hommes t e n d e n t vers le\nrepos de l'accalmie dominicale.\n   A cette heure du travail finissant, les portes de la ville\nvomissent toutes à la fois le flot de la population laborieuse.\nLes t r a m w a y s , pris d'assaut au centre de la Métropole, sèment\nleurs voyageurs à prix réduit tout le long de leurs parcours.\nLes bicyclettes se poursuivent et se dépassent dans des nuages\nde poussière. L a foule des piétons défile par petits groupes,\nd'un pas hâtif, et balançant gamelle et gourde vides. L e soir\ndisperse la fourmilière par les mille sentiers de la banlieue.\nAbandonnés tantôt aux voyous désœuvrés, en quête d'aven-\ntures et de rapines, prairies et champs s'animent un court\nmoment. L e long des fossés et des haies anémiques, dont les\nrôdeurs ont coupé les meilleurs brins, entre les clôtures de\nronces métalliques, les travailleurs se hâtent, songeant, qui à\nla friture du souper, qui au concours de pigeons du lendemain,\nqui à la femme et aux mioches, quelques-uns, les plus actifs, à\nleur carré d'herbe, à leur j a r d i n e t , où il faudra peiner aujour-\nd'hui encore, au clair de l u n e . . .\n   Ici, sur la frontière de la fièvre urbaine et de l'activité\nrurale, les bruits de la ville et de la campagne se heurtent,\ns'entrecroisent et se superposent en une orchestration aux dis-\nsonnances hardies et rares, dont se dégage une puissante\nimpression de vie. Cette chaude soirée est pleine de voix et de\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "               CROQUIS DE BANLIEUE ANVERSOISE                    347\n\n\nrumeurs : carillons lointains, sonneries de clairons, gémisse-\nment profond des sirènes, sifflet des locomotives, tamponne-\nment saccadé des rames de wagons que l'on gare pour le\ndimanche, tandis que, plus près, dans les prairies bordées de\ncanadas, une ardoise aiguise une faux, des chariots cahotent\npar les grand'routes rocailleuses, des grenouilles, au risque\nde leurs cuisses, coassent à même la boue tiède, une roue de\nbrouette grince en cadence et un chien hurle son énervement\nsolitaire...\n   U n e b a n d e gazonnée, plus ou moins large selon la qualité et\nle niveau du terrain, festonne les glacis, se déroule en une\nplaine rase où paissent quelques bestiaux et s'amorce au\ndamier de la culture maraîchère. Çà et là, par deux, par\ntrois, des bicoques lépreuses d'avant l'embastillement achèvent\nde se désagréger, en a t t e n d a n t l'expropriation prochaine. E n\ndehors des villages et des faubourgs extérieurs, les maisons de\nbois, d'un t y p e uniforme et sans grâce, dénoncent la zone des\nservitudes militaires; et, plus loin, quelques fermes au toit de\nchaume, tapies sous leur bouquet d'ormes ou de noyers sécu-\nlaires, reposent l'œil de la banalité des cités ouvrières.\n   Les maisons de la longue rue populeuse sont toutes pareilles :\nun couloir, sur lequel s'ouvrent deux pièces, cuisine et chambre\nà coucher. Au-dessous, une petite cave; au-dessus, un grenier\net deux soupentes crépies. Façades de briques enfumées, boi-\nseries aux couleurs ternes et écaillées, où s'accroche le carmin\ndu couchant sabré de fines ombres obliques. Sur l'arrière,\nun jardinet, dont la culture ou l'abandon raconte et explique\nle bien-être ou la misère d'une famille.\n   Les portes bâillent aux fraîcheurs du crépuscule, et, p a r m i\nle grouillement des petits loqueteux aux pieds nus, passe un\nrelent de friture. D e chaque toit monte tout droit une spirale\nde fumée. L e repas du soir grésille sur la flamme et la ména-\ngère, manches retroussées, la cuiller d'étain d'une main et\nde l'autre serrant son nourrisson, surveille ses casseroles\net g o u r m a n d e sa marmaille. Car les enfants ne font qu'entrer\net sortir, partagés entre leur faim et le désir d'être le\npremier à signaler le retour du père. Enfin!... le voilà, le\nvoilà! Les menottes battent, les piaillements redoublent. Il est\nplus tôt que de coutume; les plus jeunes ne sont pas encore\ncouchés, et c'est une grande joie pour eux qui ne voient leur\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "348                         DURENDAL\n\n\npère que le dimanche. Soudain, une haute silhouette remplit\nde sa carrure le battant ouvert.\n   — Bonjour, tous!\n   Alors, la nichée entière se précipite vers le père et se suspend\nà ses habits, comme un essaim à la branche hospitalière. Il\nsourit de sa bonne figure d'hercule toute barbouillée de sueur\nempoussiérée, et embrasse à la ronde, et prend son benjamin\ndes bras de la femme, et s'amuse des cris qu'arrache au bébé\nle picotement de sa moustache... Puis, lentement, pour jouir\nde son effet, d'un geste de triomphateur brandissant un trophée,\nil sort un petit sac de sa poche et, à pleine poignée, éparpille\nsur la table la monnaie du salaire. Silence d'admiration et de\nrespect.\n   — Compte, mon grand Jos !\n   Avec un peu d'aide, le grand Jos — six ans — y arrive :\n   — ... quarante-huit, quarante-neuf... soixante...\n   — Non, cinquante, petit bêta!\n   Le brave docker a gagné ces cinquante francs à porter, durant\nsix jours d'ardent soleil, du navire au quai, des centaines de sacs\nde deux cents kilos, et il a peiné toute une nuit à double tarif : la\nrude semaine! Et, pendant ces six terribles jours, il n'a bu que\npour trois francs ! Mais que l'échiné lui fait mal, que la gorge lui\nbrûle et qu'il a besoin de repos!... Sa femme ne lui dit point :\nMerci ! Elle ne l'embrasse pas. La surprise tient ses bras levés;\nson visage un peu las — cinq enfants en sept ans — rayonne\ndevant ce monceau de métal qui exprime tant de choses :\nl'amour de l'époux et du père, la santé robuste du travailleur,\nle loyer, la vie de la semaine et l'épargne pour les vieux jours...\nà moins que la maladie, ou l'odieuse grève obligatoire, ou les\nglaces fermant l'Escaut n'écornent la précieuse réserve... Ils\nn'ont point peur: Dieu pourvoira! Les regards des époux se\ncroisent et se parlent. Et ce seul regard attendri, honnête et pur\nles récompense pleinement, ces simples qui ignorent les\neffusions sentimentales, de ce qu'ils font l'un pour l'autre et\ntous deux pour les petiots : leur devoir.\n   — Et maintenant, femme, à souper : j'ai bien le droit d'avoir\nfaim!\n   — D'abord, tous assis à la table et puis, n'est-ce pas, le signe\nde la croix?...\n   Entre ses bouchées gourmandes, le père, de temps en temps,\n"}, {"page_pdf": 416, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "                CROQUIS DE BANLIEUE ANVERSOISE                       349\n\n\nplace une phrase entrecoupée par la mastication. Yeux ronds,\nbouche bée, la fourchette en l'air avec une p o m m e de terre au\nbout, tous écoutent les nouvelles. Il y en a toujours, parfois de\npalpitantes, car les incidents de ce rude métier tournent trop\nsouvent au d r a m e :\n   — O u i , ce pauvre Rik, notre voisin, vous ne le verrez plus !...\nUn sac s'est détaché de la grue, à cinq mètres de hauteur, pen-\ndant qu'il travaillait en dessous. Il a reçu les deux cents kilos\nentre les épaules. C'est moi qui l'ai relevé, l'épine dorsale\nbrisée. Il n'a pas crié, ni perdu connaissance; il n'a senti\nqu'un grand choc et puis les jambes lui ont m a n q u é . . .\nElles sont paralysées. A l'hôpital, le médecin a déclaré qu'il\nn'en échapperait pas, mais qu'il peut traîner un an, même\ndavantage...\n   Il dit cela sans perdre une bouchée, sans trop d'émotion, non\nqu'il m a n q u e de cœur, seulement il en a tant vu déjà de ces\naccidents du port, chutes à fond decale, j a m b e s écrasées, noyades\ndans les bassins. E t , en somme :\n   — Rik était saoûl, comme tous les samedis, sans quoi il\naurait vu le sac vacillant sur le plateau : je l'ai bien aperçu,\nmoi, et je me suis garé en criant : Sauve qui p e u t !\n   Le repas est tôt englouti. L a mère a pris possession de la\npaye et voici le moment où toutes les mains se tendent vers la\nsouveraine ordonnatrice du budget, les frêles menottes pour le\nsou de « crème-glace » et les billes, et la p a u m e caleuse\ndu travailleur, où, chaque semaine, la femme dépose ne varietur\ntant pour boire, tant pour le tabac, tant pour le barbier.\n   — E t , si aujourd'hui, maître — « baas » — tu ne m'avais\nremis une si belle paye, j ' a u r a i s retenu sur ton dimanche de\nquoi ressemeler tes souliers, na !\n   Sans protester, l'homme examine ses chaussures : un demi-\nsourire, la femme a toujours raison ! et le sourire s'épanouit\ntout à fait, quand elle lui remet l'argent de poche intact. P u i s ,\nles pantoufles aux pieds — de belles pantoufles brunes avec des\nroses brodées par sa fiancée, — il se lève en étirant son dos\ncourbaturé. Ira-t-il chez le barbier, ou boire une chope avec les\n amis, ou jeter un coup d'œil à son pigeonnier ? Un instant il\n hésite : l'air est si lourd, il a tant trimé au soleil : « Bah ! restons\n chez nous ! « Il prend sa Gazet van Antwerpen et, dans la vague\n intention de la lire aux derniers rayons du crépuscule, il sort et\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "350                            DURENDAL\n\n\ns'assied près de la porte, la chaise basculée en arrière, la\ncasquette dans la n u q u e et la pipe au coin de la bouche.\n   L e « grand Jos » rôde autour du liseur distrait. Il joue à la\ntoupie. D ' u n geste crâne, non sans espoir d'un compliment, le\nsolide gamin campe à toute volée sa dope sur le pavé. Au fond\ndu cœur, le père est fier de cette précoce adresse, qu'il observe\ncomplaisamment par-dessus son journal et où, à son insu, il\ns'admire lui-même. Mais — ce qui est moins glorieux, — le\nb o n h o m m e n'arrive pas encore à prendre sur sa main la toupie,\npendant qu'elle t o u r n e . Après quelques vains essais, le p a p a\ns'en mêle. Il lèche la ficelle et, à son tour, d'une b r u s q u e\ndétente du bras, lance le gros navet de hêtre, qui se débobine,\net bondit sur les cailloux dans un jet d'étincelles, et ronfle en\nfouillant le sol de sa pointe rageuse.\n   — T i e n s , petit! regarde à présent comment on la « ramasse ».\n   E t accroupi sur les talons, l'homme qui se souvient des jeux\nd'autrefois, fait un geste preste de l'index et la dope saute dans\nsa p a u m e ouverte.\n   — Vite donc ! tends la main, que je te la passe !\n   L'enfant rit au contact du pivot qui le chatouille et se\ncambre, naïvement fier d'un tour si beau... E t je ne sais quel\ncontraste poétise cette scène presque banale : ces deux visages\nradieux, le rose et frais, secouant ses boucles près de l'autre\nhirsute, ridé par l'effort, t a n n é au soleil; ces grosses mains\nd'ouvrier enveloppant ces menottes et, surtout, le sentiment\nde cette force douce et t e n d r e penchée vers cette faiblesse\nconfiante...\n    C e p e n d a n t , la mère a déshabillé, savonné et couché les petits.\nIls dorment à présent, le ménage est rangé, et voici qu'elle\napparaît sur le seuil, lissant ses cheveux, toute contente de la\ntache finie. C'est le signal. Aussitôt, le petit ramasse son\njouet, le père secoue sa pipe, dont le culot s'éparpille en\nétincelles, et tous trois rentrent. L a porte se verrouille.\nL ' i n s t a n t d'après, un bruit, de chaises remuées, et le cha-\npelet s'égrène, dans une r u m e u r bourdonnante de voix aiguës\net graves. Enfin, la raie de lumière meurt aux fentes des\nvolets et la famille de l'ouvrier chrétien paisiblement s'endort,\nsous l'aile des anges, qui ont inscrit au livre de vie cette\njournée d'humble sanctification...\n                        GASTON DELLA F A I L L E DE L É V E R G H E M .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-006", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 351, "page_fin": 354, "titre_corps": "François Coppée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "T. de Visan", "ancre_debut": "François Coppée Depuis Victor Hugo", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 418, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2034, "texte": "François Coppée\n                   Depuis Victor H u g o , je ne connais pas de poète qui\n                       ait été — et qui restera — plus populaire que\n                       l'auteur des Humbles. Son nom est dans toutes\n                       les bouches, ses vers dans toutes les mémoires.\n                       Les plus ignorants de nos villageois ont entendu\n                       parler de lui. Je n'ai pas souvenir d'avoir été\n                       invité à une fête de patronage sans avoir assisté\n                       à la représentation du Pater. Citez-moi une\nréunion populaire qui ne se soit pas terminée par la récitation\nde la Grève des Forgerons ou de la Bénédiction.\n   Leconte de Lisle n'a jamais atteint cette gloire. H é r é d i a ne\ns'adresse qu'aux seuls lettrés. L a philosophie hautaine de Sully-\nP r u d h o m m e ne saurait plaire aux masses. Seule l'œuvre de\nCoppée est capable de susciter des enthousiasmes collectifs et\nde créer « une âme commune ». On a dit que le choix des sujets\nsimples était pour beaucoup dans l'engouement du peuple pour\nce poète national. Cela est vrai. Mais il faut remonter plus haut.\nCar le choix des sujets n'est que l'expression visible d'un carac-\ntère et d'un t e m p é r a m e n t , et je ne connais pas de caractère ni\nde t e m p é r a m e n t plus essentiellement français que celui de\nCoppée. Si l'auteur du Reliquaire est parvenu à rompre l'indif-\nférence des masses, la raison de sa gloire réside en ceci que nul\nmieux que lui n'incarne à un plus puissant degré le génie de\nnotre race. Coppée a été et demeurera le type le plus représen-\ntatif du Français, l'image vivante de notre mentalité lyrique et\nmorale.\n   Pour s'en rendre compte, il suffit d'énumérer les formes que\nrevêt notre caractère ou les réalités psychologiques qui nous\nconstituent.\n    Une constatation tout d'abord s'impose lorsqu'on étudie\nl'histoire de notre poésie : l'inaptitude du Français à saisir ou\nréaliser le lyrisme pur. J'entends par lyrisme par une poésie\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "352                          DURENDAL\n\n\ndégagée de tout ce qui n'est pas elle, de l'éloquence, des périodes\noratoires, didactiques, e t c . . A l'encontre de la poésie anglaise,\npar exemple, qui chante pour chanter, qui ne veut que bercer\nou exalter l'âme, notre poésie est toujours mêlée de préoccupa-\ntions étrangères à son essence. Voilà pourquoi Boileau appelait\nla poésie lyrique « un beau désordre », tant il était persuadé\nque celle-ci devait rompre les lois de la raison. D e fait, notre\nnature positive et pratique, notre génie clair et ordonné nous\nrendent malhabiles à l'expression des états d'âme intuitifs et\nvaporeux comme le réclame la conscience spontanée, le moi\nprofond, ce subliminal self si bien analysé par Shelley. Il nous\nest pénible de quitter le sol, de voguer vers les espaces plané-\ntaires; ou, si cela nous arrive, vite il nous faut reprendre pied,\ntoucher du solide.\n   Coppée, avec tous nos poètes français, n'aurait pu chanter\nsans sujet, je veux dire sans pittoresque naturaliste. Ses poèmes\naboutissent tous à des descriptions plus ou moins plastiques et\nceci, bien entendu, lorsqu'il chante les Humbles, mais encore\nlorsqu'il nous parle de lui, dans les Intimités, par exemple. Il\nne peut se détacher des choses qui l'environnent, s'évader d'un\nnaturalisme aéré sans doute, mais qui fait voir plutôt qu'il ne\nsuggère. Il y a du F l a u b e r t chez lui, il y a aussi du G u y de\nMaupassant, les deux écrivains où nous nous retrouvons le\nmieux. R é m y de Gourmont disait : « H u y s m a n s est un œil, »\nN e peut-on écrire la môme chose au sujet de Coppée. Des nota-\ntions justes, des gestes vus et comme photographiés, des tics ou\nle rendu exact de déformations professionnelles, voilà ce qui\nnous enchante chez un Forain, un Degas, voire un Sainte-\nBeuve, — car Sainte-Beuve peignit les humbles avant Coppée\n— bref, chez tous les artistes qui sont bien de chez nous.\n   Dans la confection de notre lyrisme, il n'entre pas seulement\ndes descriptions claires, des réalités bien rendues. U n secret\namour de l'éloquence nous porte d'instinct vers les élans ora-\ntoires, vers ce qu'on nomme irrévérencieusement « les coups de\ngueule ». L e XVIIe siècle est le siècle de l'éloquence. J e ne pense\npas seulement à Bossuet en disant cela, mais à Corneille, mais\nà Racine. Notre race ne pourra jamais abandonner ses préfé-\nrences pour les nobles discours, les mouvements tragiques, les\n« tirades ». Notre théâtre n'est q u ' u n perpétuel développement\nd'effets oratoires, et dans les réunions publiques nous n'avons\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "                         FRANÇOIS COPPÉE                           353\n\nqu'un moyen de tromper le peuple, c'est de prononcer de grands\nmots sonores qui font palpiter les cœurs et qui enflamment les\ncerveaux. Il serait intéressant de tenter une psychologie du\nFrançais en partant de ce point. Tacine ne reconnaissait-il pas\ndéjà aux Gaulois une incroyable facilité de parole et une ten-\ndance à se nourrir de belles phrases empoignantes?\n   Si nous voulions passer en revue les monologues en vers de\nCoppée et son théâtre, nous reconnaîtrions vite, je pense, la\nforce d'éloquence un peu grossière, mais fort entraînante, qui\nse dégage de la Bénédiction, de la Grève des Forgerons, de Pour la\nCouronne. N ' e n doutez pas, cette qualité oratoire n'a pas peu\ncontribué à la popularité de notre poète national.\n   P o u r t a n t le Français, « né malin », ne saurait demeurer long-\ntemps sans sourire. L'ironie fait partie de notre héritage moral\net notre peuple un peu positif, un peu porté au fort langage, ne\ndéteste pas se railler et témoigner de sa belle h u m e u r et de sa\nbonne santé. Cette ironie douce et sans fiel qui nous a fait passer\nmaîtres dans l'art de la satire, nous la retrouvons chez notre\ngrand Coppée.\n   C'est délibérément qu'il s'interrompt au milieu d'un poème\npour décocher quelque flèche ou montrer par une plaisanterie\nqu'il domine son ouvrage, qu'il est conscient de son travail et\nde son émotion. Il ne saurait, avec nous tous Français, manquer\nde mesure, car s'il lui arrivait de se prendre au sérieux trop\nlongtemps et partant de devenir ennuyeux, aussitôt sa raison\n— et la nôtre — l'avertirait qu'il est temps de plaisanter un\npeu, de « descendre de son cheval ». D e là cette tendresse\némue, ces larmes sans a m e r t u m e , ce gentil sourire bien éveillé\nqui font des poèmes de Coppée une œuvre saine, robuste,\ncapable de mettre tout le monde à son aise.\n   Mais Coppée n'aurait pas été complètement l'incarnation de\nnotre génie français s'il n'avait dit son mot sur la patrie et sur la\n religion.\n   Avez-vous r e m a r q u é à quel point le bourgeois français, c'est-\n à-dire le t y p e le plus représentatif de notre race, est foncièrement\npatriote et religieux. Dans le privé il peut sembler indifférent,\n mais q u ' u n e occasion se présente, que l'intérêt public entre en\njeu, aussitôt vous le voyez s'échauffer et courir aux armes\n défendre sa tradition.\n    L'occasion, hélas! s'est présentée il y a quelques années.\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1938, "texte": " 354                                  DURENDAL\n\n\nAvec ceux de son pays, contre les étrangers du dehors, Coppée\n n'hésita pas. Il devint nationaliste, c'est-à-dire défenseur des\ndroits de sa patrie. On l'a blâmé de s'être avec Jules Lemaître,\nBarrès, Déroulède, e t c . , lancé dans la lutte. Pouvait-il agir\nautrement et serait-il demeuré Français complet s'il n'avait\naussitôt pris position? On a dit qu'il avait « un bonnet à poil\ndans le cœur ». Rien n'est plus juste et lorsqu'il entendait\npasser un régiment, clairon en tête, sur le boulevard des Inva-\nlides, il se sentait soudain pris d'une fameuse ardeur belli-\nqueuse. Quoi de plus français, quoi de plus populaire qu'une\ntelle attitude!\n   Et comment ne se serait-il pas converti un jour, lui qui avait\nlongtemps vécu dans l'indifférence, mais jamais dans la haine\nde la religion de ses pères ! Notre pays est peut-être anticlérical,\nil demeure, certes, solidement attaché à ses traditions reli-\ngieuses. Coppée, là comme précédemment, n'a fait qu'exprimer\npar son exemple et célébrer la foi de tout un pays.\n   Aussi quel triomphe, si j'ose dire, le jour de son enterrement.\nDans l'église Saint-François-Xavier il n'y avait pas heureusement\nque des gens de lettres, mais des humbles, des artisans, des\nbourgeois, de petits épiciers de Montrouge, tous ceux qu'il a\nchanté, qu'il a fait vivre dans nos mémoires, tous ceux que\nnous coudoyons à toute heure. Qu'étaient-ils venus affirmer ces\nsimples, ce peuple, devant ce corbillard de cinquième classe\nsans fleurs ni couronnes, sinon que c'était un peu d'eux-mêmes\nqui s'en allait, un peu d'eux-mêmes qu'ils connaissaient bien,\nqu'ils aimaient beaucoup : le bourgeois de Paris, l'image de la\nFrance (1).\n                                                                    T. DE VISAN.\n\n\n\n\n  (1) Un des articles les plus originaux suscités par la mort de Coppée est sans contredit\ncelui de M. Robert de Souza dans la Grande Revue.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-007", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 355, "page_fin": 361, "titre_corps": "Notes sur la littérature catholique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Notes sur la Littérature Catholique L y a vingt ans", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 424, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "Notes sur la Littérature Catholique\n                    L y a vingt ans il y avait des littérateurs catholiques, mais il\n                        n'existait pas de littérature catholique.\n                            Il y avait des littérateurs catholiques : Godefroid Kurth,\n                        ce Michelet chrétien animant de son souffle lyrique et\n                        revêtant des splendeurs de son style de hautes évocations\n                        historiques; Léon de Monge, grand seigneur de lettres\n                        qui dispensait aux générations successives d'étudiants la\n                        pure moelle du XVIIe siècle; le baron de Haulleville, en\n                        qui palpitait un peu du cœur de Lacordaire et frétillait u n\npeu de l'esprit de H e n r i H e i n e ; Guillaume Verspeyen, cette belle vaillance\nenthousiaste et caustique; le P è r e Van Tricht aussi, ce joli sourire stéréotypé,\net d'autres et d'autres.\n   Il n'existait pas de littérature catholique : l'entente faisait défaut et la\ncohésion et l'échange des idées et la c o m m u n a u t é du but et, en u n mot, cette\nsorte de coopérative d'idées nécessaire à la formation d'un idéal littéraire et à\nl'élaboration d'oeuvres en conformité avec cet idéal.\n   Comment cette situation vint à changer, c'est ce qui fut déjà dit souvent\n— et qu'au seuil de la vie pensante — la jeunesse catholique d'alors se\ntrouva devant un magnifique horizon d'art où brillaient comme des étoiles\nattirantes les noms d ' E d m o n d P i c a r d , de Max Waller, d'Emile Verhaeren,\nde Georges R o d e n b a c h , d'Albert Giraud, d'Eugène De Molder, de Francis\nNautet, d ' I w a n Gilkin.\n   A ce printemps fécond et novateur d'idées, à ce qu'il apportait dans l'art\nd'original, de personnel et de vivant, la jeunesse catholique adhéra d'instinct\ngénéreux et s p o n t a n é , mais elle prit garde pourtant de ne pas compromettre,\ndans les jeux élégants, orgueilleux et vains de l'art pour l'art, ses principes\nsupérieurs de religion et de moralité ; et, convaincue que le christianisme qui\navait alimenté de son pur idéal les plus nobles chefs-d'œuvre du passé\npouvait, même d a n s l'intégralité de ses préceptes, inspirer le plus dignement\nles artistes m o d e r n e s , la jeunesse catholique conçut le p r o g r a m m e de ce qui\nfut appelé depuis la j e u n e littérature catholique — fidélité aux principes dans\nl'évolution des formes — p r o g r a m m e qui, pour la première fois, partit en\nfusée d'enthousiasme, parmi les banales congratulations réciproques de\nl'Assemblée de Malines et qui quelques semaines plus tard fut arboré à la\nhampe du Drapeau.\n   Il ne m'appartient pas d e juger la tâche accomplie par le Drapeau; il me\nsera permis néanmoins de faire remarquer que le but que s'assignèrent ses\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3523, "texte": " 356                                       DURENDAL\n\n\n  fondateurs a été pleinement atteint, s'il est vrai que cet organe de combat,\n  dont les initiatives ne furent peut-être pas sans gloire parce qu'elles ne\n  furent pas toujours sans péril, a appris aux adolescents catholiques à se\n  dégager de l'embrigadement des formules uniformes, routinières et figées;\n  s'il leur a enseigné à penser, à sentir et à juger par eux-mêmes, s'il leur a\n  montré le chemin des œuvres de ces grands parrains qui s'appellent Barbey\n  d'Aurevilly, Villiers de l'Ile A d a m , E r n e s t Hello et P a u l V e r l a i n e ; si, en u n\n mot, il a été la petite flamme vacillante où s'alluma la belle sensibilité de\n quelques futurs écrivains catholiques.\n      Au Drapeau succéda Durendal où la critique s'allia à la production d'oeuvres;\n puis vint La Lutte qui ne se différencia guère de Durendal que par les nuances\n qui peuvent séparer deux générations d'artisles; enfin parut le Spectateur\n catholique dont l'objectif est surtout l'apologétique religieuse dans l'art et par\n  l'art.\n      Il fallait bien que les idées défendues par le Drapeau correspondissent à des\n vérités réelles, bienfaisantes et opportunes, puisqu'à côté des périodiques qui\n en furent les promoteurs directs on les vit pénétrer insensiblement dans\n d'autres revues, truchements jusque-là d'un traditionalisme intransigeant.\n      E u g è n e Gilbert, esprit délié et entendu, leur servit d'introducteur très\n diplomatique dans la Revue générale, cette vieille maison patricienne où flottait\n alors u n e vague odeur de renfermé et où les idées c o m m e les meubles\n avaient des housses u n peu fanées.\n      Au Magasin littéraire la j e u n e littérature catholique fut accueillie par\n H e r m a n n de Baets avec cette sympathie généreuse et ouverte qu'il ne sait\n refuser à ce qui est personnel, jeune et progressif... A h ! le b e a u et excep-\n tionnel tempérament que celui-là — tellement imprégné et saturé d'art\n qu'il en aigrette tout ce qu'il touche, droit, science ou économie sociale, et\n qu'il est, mieux qu'un g r a n d talent, un brave c œ u r !\n      Q u e dans le renouveau littéraire, qui a signalé ces dix dernières années, on\npuisse distinguer des catholiques qui ont fait de la poésie, voilà qui n'est pas\n é t o n n a n t ; mais ce qui est important et caractéristique, c'est que des poètes\naient pris la religion comme base même de leurs livres et se soient abreuvés,\n c o m m e à une source naturelle d'inspiration, à la vérité et à la beauté du\nchristianisme; et que, en u n mot, il n ' y ait pas eu seulement des catho-\nliques faisant de la poésie quelconque, mais des poètes faisant de la poésie\ncatholique.\n     Voyez ainsi l'abbé H o o r n a e r t : â m e de F l a m a n d à l'imagination saine et au\nrêve robuste, et qui p r o m e n a sa vision à travers tant de p a y s et tant de civi-\nlisations différentes : tour à tour il fixa, en une forme impeccable et cha-\ntoyante, l'âme hiératique et songeuse de la race slave, et ce furent les Ballades\nrusses; puis il transposa, en un cadre de splendeur appropriée, l'âme chaude\net a r d e n t e , éparss à travers les chefs-d'œuvre des maîtres e s p a g n o l s ; mais\nentretemps il avait élaboré ce poème de l'Heure de l'Ame — œuvre d'un abord\nu n peu difficile à cause de certaines lâchetés de composition et aussi du carac-\ntère abstrait des idées, mais qui, fragmentairement, contient des pages magis-\ntrales, où est analysée avec une noble simplicité et u n e intensité émouvante\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "                NOTES SUR LA LITTÉRATURE CATHOLIQUE                                    357\n\n\nl'action de la grâce divine sur l'âme moderne, ballottée au vent des inquié-\ntudes, des contrastes et des négations.\n    Au nom de l'abbé Hector Hoornaert, je veux associer en une simple men-\ntion — une mention qui sera un souvenir — le nom du cher poète disparu,\nJean Casier... Oh! certes, son vers ne fut trop souvent qu'un simple balbu-\n tiement artistique, mais d'intervalles cependant, en récompense de sa bonté\net de sa charité, il lui fut d o n n é de proférer en u n verbe adéquat son exquise\net virginale candeur d'âme.\n    P u i s , d a n s la génération suivante, voici les Poèmes catholiques d ' E d o u a r d\nNed, d'une forme trop peu châtiée et parfois entachée de rhétorique, mais\nqui décèlent un enthousiasme contagieux d'adolescent chrétien; voici l ' A n ,\nde T h o m a s B r a u n , où furent commentés si délicieusement les étranges\npaysages de rêve de Melchers; et mieux encore, voici les Bénédictions, trans-\npositions simples et graves des prières liturgiques; voici Victor Kinon, qui\nrécita d'une foi si pieuse et d'un art si pur l'office de N o t r e - D a m e de Mon-\ntaigu ; voici enfin Georges Ramaekers, l'enfant de c h œ u r qui lut à la fois\nVerlaine et Angèle de Foligno.\n   Si je m'arrête à ces différents poètes, de préférence à d'autres aussi méri-\ntoires, c'est u n i q u e m e n t au point de vue de la synthèse de la poésie catho-\nlique en Belgique, et non point que je dédaigne ou place à un rang inférieur\nles poètes d'inspiration plus profane; de ceux-ci je veux nommer d'abord\nFernand Séverin, dont l'œuvre m'apparaît semblable à u n beau lac de p r o -\nfondeur et de clarté où flotteraient, de-ci de-là, quelques blancs nénuphars\nde songe ; F r a n z Ansel, ce joli page de lettres qui chante sous les balcons\nde l'Amour des lieds si exquis de mélancolie i m p e r t i n e n t e ; Charles de Spri-\nmont, à la fois chevalier et troubadour, j e u n e amant des g r a n d s héroïsmes et\ndes pures amours, sur l'œuvre inachevée de qui flottent les voiles de tris-\ntesse de la mort..., et enfin, le benjamin de notre poésie, aux pures ardeurs\njuvéniles : Pierre N o t h o m b .\n\n                                           * **\n\n   Si la poésie catholique s'orienta dans le sillage lumineux laissé par Paul\nVerlaine, ce fut sous le haut patronage de Barbey d'Aurevilly que se plaça le.\nroman catholique.\n   Admirateur filial de ce grand artiste, doublé d'un grand chrétien, Pol\nDemade d e m a n d a aux œuvres de Barbey u n e théorie du roman catholique,\nqu'il concrétisa ensuite dans ce livre remarquable : Une Ame Princesse.\n   Et c'est dans le c h a m p clos d'un style brillant et impératif, mais où, d'en-\ndroits et souvent, se remarque l'empreinte de la chevalière armoriée du grand\nConnétable, l'attachante lutte entre la passion, ses embûches, ses séductions et\nses attirances, et le devoir d a n s sa volontaire et intransigeante austérité.\n   Le héros de P o l Demade résume ainsi sa psychologie : « J e n'avais qu'un\ncœur, j'ai rêvé deux amours » ; comment, par le réconfort de la foi, celui que\nl'auteur appelle « le prince », parvint à doubler ce cap de la sensibilité, voilà\ntout le sujet d'Une Ame Princesse.\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "358                                DURENDAL\n\n\n    La thèse est ancienne, certes, « vieille comme le monde et la fatalité » ; c'est\nle combat entre la vertu et le vice, legs de la faute originelle ; c'est le combat\nentre la passion et le devoir qui tenta le génie des grands tragiques, mais,\nrendu plus présent, plus direct et plus empoignant par toutes les complexités,\ntoutes les nuances d'une fin de siècle.\n    Des jansénistes des lettres jugèrent l'œuvre trop hardie, voire dangereuse\n— non certes dans son dénouement, qui est éminemment moral et exem-\nplaire, mais dans ses détails, qui furent estimés trop colorés, trop osés, trop\nappuyés.\n    Ils oublièrent vraiment, ces censeurs, qu'en demandant à l'auteur de\nréfréner la passion dans sa puissance de nuire, ils entamaient d'autant le\ndevoir dans la grandeur décisive et moralisatrice de son triomphe.\n    Il faudrait s'expliquer une bonne fois sur cette question du roman catho-\nlique: si le roman catholique ne peut, comme champ d'observation, dépasser\nce qu'il est permis de suggérer à l'imagination et à la sensibilité d'une demoi-\nselle de Saint-Cyr duXIXe siècle, il est évident que le seuil du roman doit être\ninterdit aux catholiques et que le cycle est clos depuis le chanoine Shmidt et\n Henri Conscience.\n    Mais si, par contre, onadmetque les catholiques ne doivent se désintéresser\nd'aucune forme d'art, ne s'en suit-il pas qu'ils ont actuellement le devoir de\ndescendre résolument dans l'arène du roman qui est la forme artistique\nprépondérante de notre temps ; et comme le roman est de par sa nature de la\nvie transposée et par conséquent de la passion vécue, il convient donc de\npermettre aux écrivains catholiques de confronter leur idéal avec les séduc-\n tions, les appétits et les instincts qui tendent à le ternir.\n    Ainsi fit Veuillot dans l'Honnête femme, Barbey d'Aurevilly dans le Prêtre\n marié, Huysmans dans En route, et leur haut exemple prouve péremptoirement\n qu'un catholique peut cueillir les fleurs de la passion avec des mains pures et\n les déposer, transformées et transfigurées, sur l'autel de l'Idéal. Un des\n derniers venus dans le Roman belge, M. Henry Davignon, après d'aimables\n et légères notations psychologiques, a osé lui aussi, dans des œuvres qui ont\n autant de consistance que de nerf, aborder et regarder de face les plus\n graves problèmes sentimentaux de l'heure présente.\n    Certains écrivains de préférence subissent dans leur cerveau et rendent\n dans leurs livres les aspirations au milieu desquelles ils vivent; mais selon\n qu'ils ne sont que de simples échos transmetteurs de ces idées ou bien qu'ils\n se les assimilent et leur impriment le cachet de leur propre personnalité, ils\n font œuvre de banalité ou œuvre d'originalité.\n     Depuis vingt ans la question sociale domine les préoccupations publiques\n et elle devait engendrer une littérature.\n    Si cette littérature n'a pas été brillante, c'est que parmi ceux qui s'es-\n sayèrent dans ce genre, les artistes vraiment doués furent rares; capturer en\n un livre les revendications de la démocratie, couper en hémistiches et scander\n de rimes plus ou moins riches l'un ou l'autre discours politique d'intention\n  d'ailleurs excellente, ne suffit pas à la création d'une œuvre d'art.\n     C'est parce qu'il est doué d'un tempérament éminemment personnel, qu'il\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3734, "texte": "                NOTES SUR LA LITTÉRATURE CATHOLIQUE                                  359\n\n\n  sent vivement et qu'il sait rendre l'idée reçue en images pittoresque et\n originales, q u ' H e n r y Carton de W i a r t a écrit ce livre qui est à la fois le\n produit d'un cœur généreux et d'un esprit très fin : Les Contes hétéroclites.\n     Si l'on voulait réduire en une poignée les idées éparses d a n s ce volume et\n les dépouiller d e leurs draperies d'art, on serait étonné de ce que j'oserais\n appeler leur vague généralité : pitié pour les déhérités, aversion pour les\n inégalités sociales, haine du scepticisme, malfaisance du dilettantisme.\n     Puissance renouvelante de l'art : ces idées à la portée de tout le m o n d e ,\n ces idées qui sont d a n s l'air d'aujourd'hui, Carton de W i a r t se les est incor-\nporées; il les a pétries à sa personnalité, les a considérées dans le but d'une\ndémonstration à contrario, sous l'angle spécial et nouveau de l'ironie, et voilà\n que ces concepts qui se proféraient d'ordinaire sous l'identique et directe\n forme de prosopopées lyriques, se présentent à nous sous la forme transposée\n et avec les savoureux contours de fines, acérées et parfois amères satires, où\nl'imagination renouvelle et où l'esprit souligne les glanes d'une observation\ntrès éveillée sur les tares sociales.\n     Après les Contes hétéroclites, H e n r y Carton de Wiart tourna son talent vers\nl'évocation des âmes ancestrales... Vous vous souvenez — il y a trois ans —\nde cette soudaine et merveilleuse flambée d'art qui s'alluma sur les collines de\nWallonies : la Cité ardente! E t dans le r a y o n n e m e n t de cette jeune lumière se\ndéroula toute l'histoire du pays mosan en u n cortège de faste, de guerre,\nd'intrigue et d ' a m o u r . . . Merveille de chaude couleur, de force tragique et de\ntendre sensibilité, mon amitié fut-elle portée à l'exagération q u a n d je disais de\nla Cité ardente que ce fut le livre le plus magnifiquement patrial qui ait été écrit\n depuis que la Belgique recommença à avoir u n e littérature ?\n    Entretemps, à un coin opposé du pays, Georges Virrès s'attacha, lui aussi, à\nconfesser les voix qui lui parlaient du fond de sa race.\n    Aux fins d'été, les bruyères de Campine s'étendent à l'infini, en mer d'amé-\nthyste que dominent, de-ci, de-là, comme des phares, les clochers des minables\n petits villages; à l'entrée de ces villages, en de nombreux endroits, à l'ombre\nde calvaires caducs, sous quelques pieds d'ingrate terre, des amoncellements d'os\ngisent, restes glorieux des victimes de la Guerre des p a y s a n s ; il y a quelques\nannées fut commémorée cette tragique et virile aventure et un m o n u m e n t de\npieux et reconnaissant souvenir se dresse depuis lors dans le chef-lieu du\nL i m b o u r g ; au sommet de ce m o n u m e n t , d a n s une belle attitude symbolique\nun paysan en sarrau corne aux bruyères lointaines un appel éperdu.\n    C'est à cet appel que me semblent répondre les beaux livres de Georges\nVirrès, soit qu'ils ressuscitent les luttes fanatiques, les héroïques souffrances\net les enthousiasmes contagieux de la Guerre des paysans, soit qu'ils groupent\nen des synthèses fortes et coloriées qui fleurent b o n l'arome exquis des\nfleurs de bruyère ou la rude et forte sève des sapins, les frustes énergiques et\nsimples psychologies éparses sur les landes grises et b r u m e u s e s .\n    ... E t voici que tout naturellement s'offre à nos h o m m a g e s , comme l'incar-\nnation même de ce que les ten lances de nos prosateurs catholiques eurent de\nplus essentiellement pur, l'attachante figure d'un écrivain dont l'œuvre\ndonne réellement la noble et claire et douce impression d'une page de Hello\nlue devant une fresque de l'Angelico.\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "360                                   DURENDAL\n\n\n   Aux hauteurs m)'stiques de Maredsous où la foi l'attira par le chemin de\nl'art, qu'Olivier-George Destrée soit salué de notre admiration, de notre res-\npect et de notre amitié dans le souvenir de cette belle page symbolique où il\ndécrit la séparation de Nérée et de D a m i e n , d a n s le conte des Mages (1) et\nqui semble être le généreux et un peu mélancolique adieu du père B r u n o aux\nlettres profanes !\n                                             ***\n   Venons-en à la c r i t i q u e ; et, à simple titre documentaire, — car ces ques-\ntions furent discutées jusqu'à l'agacement — constatons qu'il a fallu dix\nannées de lutte et des polémiques réitérées dans des revues, des congrès et\ndes livres, p o u r faire admettre que d a n s l'exercice de la critique littéraire, les\ncatholiques doivent ê t r e . . . justes.\n     L e sens d a n s lequel ce devoir de justice devra être exercé est c o m m a n d é\nau critique par la n a t u r e et la valeur des œuvres qu'il aura à juger et, pour\npréciser mieux et davantage ce devoir, il suffit de placer successivement\nl'écrivain devant trois hypothèses bien distinctes.\n     Première hypothèse : L'œuvre à apprécier satisfait pleinement par l'idée — les\nmanuels de style appellent cela le fond — aux exigences religieuses et\nmorales, et en m ê m e temps la forme qui revêt cette idée est réellement artis-\ntique. L e devoir d'admiration, je dirai plus, de prosélytisme admiratif, est\nabsolu et du reste indénié.\n     Deuxième hypothèse : L ' œ u v r e , encore u n e fois, répond entièrement aux exi-\ngences religieuses et morales, mais la forme en est insuffisante, médiocre\n ou b a n a l e ; dans ce cas, certes, le critique rendra h o m m a g e aux intentions\n de l'auteur et constatera avec regret la faillite d'une évidente b o n n e\nvolonté; mais il s'abstiendra bien, u n i q u e m e n t parce que le livre à juger\n é m a n e d'un coréligionnaire et encore qu'il soit privé de toute qualité esthé-\n tique, de le proclamer systématiquement œuvre d'art et de transposer ainsi\n dans le d o m a i n e littéraire le parti pris d'admiration partiale en usage chez les\n politiciens.\n      Au d e m e u r a n t , cette prostitution de la critique tourne d'ordinaire à la con-\n fusion de ceux qui la c o m m e t t e n t ; de telles œuvres que vous savez et qui béné-\n ficièrent des éloges d ' u n e critique littéraire e m p r u n t é e aux m œ u r s politiques,\n ont entraîné avec elles, et l'auteur et le critique, dans un c o m m u n ridicule.\n      Troisième hypothèse : Voici u n e œuvre qui va directement à l'encontre de nos\n tendances religieuses et morales, et je vais aux extrêmes — elle est blasphé-\n matoire ou d é p r a v a n t e ; mais celui qui la conçut et l'écrivit est doué d'un sens\n épique peut-être sans précédent, grâce auquel il parvient à grouper, en une\n synthèse saisissante, tous les vices d'une époque et d'une classe sociale, ou\n bien encore il reçut à u n degré supérieur la faculté é m o u v a n t e , harmonieuse\n  et nuancée du style; en u n mot, il s'appelle Zola ou R e n a n . . . Suffit-il donc\n  alors que le critique jette sommairement à ce romancier ou à cet historien les\n  vocables de « stercoraire » et d' « apostat », ou plutôt, après avoir flétri éner-\n  g i q u e m e n t l'irréligion de l'œuvre, dénoncé son immoralité ou démasqué son\n\n  (1) Le conte des Mages fait partie du beau livre que vient de publier Dom Bruno\n Destrée : Au milieu du chemin de notre vie (Bruxelles, De Wit).\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3713, "texte": "                 NOTES SUR LA LITTÉRATURE CATHOLIQUE                                      36l\n\n\nhypocrisie, n'aura-t-il pas p o u r obligation de reconnaître loyalement le talent\nlà où il plut à Dieu de le mettre. ?\n    Devoir de justice avec lequel on ne transige p a s ! E t j'ajoute habileté de\ntactique, parce que condition d'influence! C'est parliculièrement en matière\nde critique littéraire qu'il est vrai de dire que la considération qu'on voue à\nu n j u g e et le respect avec lequel on accueille ses décisions sont en raison\ndirecte de la justice qu'il sait se résoudre à rendre à ses adversaires.\n    C'est de ces principes de bons sens et d'impartialité que s'inspirèrent deux\ncritiques que je veux donner en exemple : Maurice Dullaeit et E u g è n e Gilbert.\n    Maurice Dullaert s'est attaché à démêler la psychologie de plusieurs\nécrivains c o n t e m p o r a i n s , mais son étude sur Verlaine surtout est importante\net caractéristique, car nul n'a su projeter un plus lumineux rayon sur la vie et\nl'œuvre du poète de Parallèlement et de Sagesse — vie et œuvre également\ncontradictoires, ballottées entre la marée descendante de la volupté et la\nmarée montante de l'idéalisme; et nul non plus n'a mieux discerné, dans ce\ngénie é n i g m a t i q u e , et fait toucher la part de la gageure et celle de la sincérité, la\npart des influences et celles de l'originalité, la part de soufre infernal et celle\nde l'azurée blancheur et si cette très complète appréciation a d'indignées et\nlégitimes restrictions qui sont d'un chrétien, elle a aussi de très vives admi-\nrations justifiées qui sont d'un artiste.\n    On connaît d'autre part, l'intéressant volume d ' E u g è n e Gilbert, le Roman au\nXIXe siècle, produit à la fois de sérieuses recherches et d'un jugement très\nvivant, qui g r o u p e , en u n harmonieux ensemble, les origines et les déve-\n loppements de la modalité d'art souveraine à notre é p o q u e ; et, au fur et\n à mesure de l'évolution de ce genre littéraire, E u g è n e Gilbert analyse l'œuvre\n et dégage la personnalité des g r a n d s créateurs de courants, avec u n e perspi-\n cacité égale à sa bonne foi. D e p u i s lors, E u g è n e Gilbert s'est institué l'histo-\n riographe averti et enthousiaste de nos lettres belges; chaperon exquis, il\n présente d a n s le m o n d e , avec des propos spirituels et des gestes aimables,\n cette belle fille sauvage, parfois un peu délurée...\n    Ah! certes, les plus scrupuleux ne pourraient s u r p r e n d r e E u g è n e Gilbert\n en défaut d'ortodoxie — il sait noblement défendre la religion attaquée et\n éloquemment venger la morale outragée — mais les plus éclectiques non plus\n ne pourraient indiquer u n livre, si contraire fût-il à ses convictions person-\n nelle, à propos duquel cet excellent critique ait omis de signaler les perles de\n beauté éparses sur le fumier.\n    E n tête du second livre d ' E u g è n e Gilbert, En marge de quelques pages, où il a\n rassemblé quelques-unes de ses attrayantes chroniques littéraires de la\n Revue générale, l'auteur fait cette crâne et lapidaire déclaration qui peut\n  aussi servir de conclusion à ces notes menues et hâtives :\n     « Chrétien, je n'ai point caché mes convictions et j'ai toujours, à côté des\n  éloges mérités par le talent, indiqué les réserves que, au point de vue philoso-\n  phique ou moral, me paraissaient devoir provoquer certaines œuvres. Mais je\n  ne pense pas que cette préoccupation m'ait r e n d u aveugle ou partial. J'ai la\n  conscience de n'avoir jamais hésité à rendre justice aux mérites de ceux dont\n  les opinions religieuses \"ou autres différaient des miennes, n\n                                                               FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-008", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 362, "page_fin": 367, "titre_corps": "Octave Pirmez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L’abbé Paul Halflants", "ancre_debut": "Octave Pirmez L'HOMME Octave Pirmez, né à Châtelet", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 431, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "Octave Pirmez\n                L ' H O M M E .— Octave Pirmez, né à Châtelet,\n                   montra, dès l'enfance, les dispositions de ca-\n                   ractère qui se manifestent dans ses œuvres au\n                   point de lui donner une place à part dans le\n                   monde des lettrés. U n goût très prononcé poul-\n                   ies joies simples et naturelles que donne la vie à\n                   la campagne, la recherche de la solitude avec\n                   une pointe de mélancolie, l'observation très pré-\ncoce des phénomènes de la nature et des m œ u r s des animaux,\nune éducation, isolée au château de P o n t - d e - L o u p , où le vaga-\nbondage à travers bois alternait avec l'étude passionnée de la\nmusique et la lecture des auteurs latins et de quelques écrivains\nfrançais préférés, dont l'empreinte lui resta très forte pour\ntoute la vie : tout cela, uni à l'influence d'une mère chrétienne\net lettrée, façonna cette physionomie littéraire très indépen-\ndante, cet esprit réfléchi, dédaigneux de la vie agitée des villes\net de la réclame des coteries littéraires, cet écrivain distingué,\ndont la pensée se précise en un style d'une pureté toute clas-\nsique.\n   A 28 ans, il se fixe « dans la romantique vallée d'Acoz, dont\nle paysage recueilli, dit-il, s'accorde si bien avec mes goûts et\nqui fut pour ma pensée une source continue d'inspiration ».\nC'est là qu'il écrivit ses principales œuvres, qui ne rencontrèrent\npas, il faut le dire, le succès qu'elles méritaient : les réflexions\nde Pirmez étaient trop « isolées » pour trouver beaucoup de\nvogue dans un pays où le mouvement littéraire était loin d'être\nintense.\n   Vers 1880, son nom sortit un moment de l'obscurité, grâce au\ngroupe de la Jeune Belgique, qui salua en lui un de ses précur-\nseurs. Mais, très différent des bouillants artistes de la nouvelle\nécole, il ne sympathisa jamais complètement avec eux; nous\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "                                  OCTAVE PIRMEZ                                      363\n\n\ntrouvons sa pensée dans une lettre à son ami Adolphe Siret :\n« Je voudrais pouvoir applaudir aux œuvres de jeunes écrivains\nqui, p u b l i q u e m e n t , ont témoigné de la s y m p a t h i e pour mes\nécrits, mais je leur rendrais un mauvais service. Il ne suffit pas\nd'être un virtuose ou de mêler de belles couleurs sur sa palette,\nil faut être h u m a i n , disons le mot, chrétien! » E t encore : « Ce\nque je hais le plus, c'est la b a n a l i t é ; or, ces jeunes écrivains en\nsont loin. L e u r grand tort est dans le choix de leurs sujets. Il\nne suffit pas d'avoir un talent plastique : il faut, si l'on est doué,\nchoisir des sujets qui en soient dignes. »\n    Les dernières années d'Octave Pirmez furent plus retirées\nencore et plus détachées du monde. Sa correspondance, à cette\népoque, respire la résignation et la piété du croyant (1).\n\n   L E S Œ U V R E S . — Dans le premier de ses ouvrages, les\nF e u i l l é e s (1862), un album de Pensées et Maximes, Octave\nPirmez s'inspire à la fois de Pascal et de Jean-Jacques Rous-\nseau : au premier il emprunte, outre le genre littéraire des pen-\nsées détachées, cette idée qui lui est devenue si familière, qu'il\nfaut écouter le cœur autant et plus que la raison; il s'apparente\navec le second par son amour de la nature, qui le console de la\nperversité h u m a i n e et des fantasmagories du m o n d e . C'est la\nnature qui est la grande inspiratrice de ses idées philosophiques\net des images douces et suggestives dont il les habille. On y\nadmire le penseur qui voit partout, dans les animaux, dans les\narbres, dans les nuages, la figure de l'homme : de là l'origina-\nlité de ces pensées pittoresques et piquantes :\n\n   Les arbres, à chaque printemps, élèvent leurs branches et rapprochent\nleurs cimes des nues. Il semble qu'ils ne doivent jamais s'arrêter dans leur\ninfatigable croissance, jusqu'au moment où la hache du bûcheron, entamant\nleur rude écorce, vient les abattre. Quelques uns seulement, arrivés à une\ncertaine h a u t e u r , laissent retomber leurs rameaux découragés vers la terre\nsans plus tendre à monter. E n est-il autrement des h o m m e s ? Les uns, le\ncœur gonflé d'orgueil, se dressent chaque jour audacieiisement au dessus de\nleurs semblables, écrasant sans pitié les faibles qui leur d e m a n d e n t protec-\ntion. Rien ne les rebute dans leur marche ascendante, et il faut un accident\n\n\n  (1) Ces détails biographiques résument une partie de la préface que M. Maurice Wil-\nmotte a écrite pour l'Anthologie des œuvres d'Octave Pirmez. (Bruxelles, Dechenne) La\ncorrespondance de Pirmez a paru en bonne part sous le titre : Lettres a José. Elles ont été\nadressées à José de Coppin et publiées par lui.\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "364                                  DURENDAL\n\n\nimprévu et terrible pour abattre leur hautaine arrogance. Le jour vient pour-\ntant où leur cadavre, dépouillé de ses vains épouvantails, est porté lentement\nvers la tombe, accompagné du mépris des survivants. D'autres, au contraire,\nâmes faites pour aimer, se sont laissés aller à leurs rêves d'amour. Pendant\nquelques années ils se sont épanouis aux caresses de la vie; mais à mesure\nqu'ils s'élevaient, l'expérience grandissait avec eux, et ils ont bientôt vu s'éva-\nnouir ces belles illusions de poète qu'ils croyaient déjà réalisées. Ils ont dû\nreconnaître que les palais bâtis trop près des nues s'écroulent au moindre\nsouffle du vent, et qu'il faut mépriser les hauteurs pour rechercher son bonheur\nau fond des solitudes. Comme le saule pleureur, ils finiront lentement leurs\njours au bord d'un lac transparent, heureux du moins de contempler l'image\ndu ciel en se regardant périr (1).\n\n   Le procédé d'Octave Pirmez et le caractère général de son\nlivre sont assez bien indiqués dans la pensée suivante :\n   Dans le sens le plus étendu, on appelle pensées des remarques, des senti-\nments, des observations, des comparaisons, des traits d'esprit, des imagina-\ntions; ce sont là des pensées contingentes d'un ordre secondaire. Le meilleur\nmoraliste est celui dont les pages renferment le plus de pensées essentielles.\nMais un livre de pensées essentielles serait fort succinct, car elles sont pour\nainsi dire comptées. Aussi, ceux qui écrivent des maximes de morale et de\nmétaphysique ne s'en contentent-ils pas; ils animent leur science en descen-\ndant dans le monde de la réalité externe. Ils ne veulent pas que cette science\nparaisse trop aride, leur désir étant de se communiquer au plus grand\nnombre. Ils montrent l'arbre couvert de son mobile et éphémère feuillage (2).\n\n   Mais, malgré le charme de ces maximes isolées — dont un\ngrand nombre ne comportent qu'une ou deux lignes — on\néprouve assez vite, à cet effeuillement d'idées sans lien appa-\nrent, la fatigue que provoque la visite d'un musée de tableaux :\nles premières pages se savourent à l'aise, mais bientôt on se\ncontente de feuilleter le gros volume en s'arrêtant au hasard.\n   Ce défaut de présenter sa pensée sous une forme trop frag-\nmentaire se retrouve beaucoup moins dans les Heures de phi-\nlosophie (1873), où il y a plus de connexion entre les idées.\nLe fond de cet ouvrage ressemble d'ailleurs à celui des Feuillées.\nL'une ou l'autre citation le montrera suffisamment :\n   L'homme s'élève et se complète par l'observation de la nature. Dès qu'il\ns'en détourne, l'orgueil le saisit. Il doit vivre à la fois en lui et en l'univers,\nse contempler lui-même après avoir réverbéré l'image (3).\n\n  (1) Fcuillées, p. 47 (Godenne, édition posthume).\n  (2) Feuillées, p. 157.\n  (3) Heures de philosophie, p. ]2 (Godenne).\n"}, {"page_pdf": 434, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3100, "texte": "                                      OCTAVE     FIRME/'.                                 365\n\n   S'il faut observer la nature, défions-nous de la science\nlivresque. Pirmez revient souvent sur cette idée :\n   Combien les livres n o u s aident à produire notre esprit en nous ornant la\nmémoire de termes utiles à l'expression de notre pensée ! Mais combien\naussi les livres nous empêchent ! Qu'ils sont n o m b r e u x , les cœurs voilés par\ndes formules !\n   Victimes de nos lectures variées, noire âme périt étouffée sous des\nrichesses étrangères, comme l'infidèle gardienne du Capitole, qui demeura\nensevelie sous des boucliers et des bracelets d'or. La foule des sentiments qui\ns'élèvent dans notre sein ne peut plus se faire jour à nos fronts, car la rémi-\nniscence y règne en maîtresse souveraine. N o i r e plume trop facile ne\nparvient pas à graver dans la pierre ; elle ne fait que glisser sur le papier, le\nmarquant d'une trace éphémère... Que la science que nous acquérons par la\nlecture ne soit pour nous que le ciseau du s c u l p t e u r ; qu'elle nous aide\nà tailler le bloc de pensées et de sentiments qui fait le fond de n o u s -\nmêmes (1).\n\n  Défions-nous aussi des opinions littéraires toutes faites,\nde celles qui voudraient enlever aux génies leur spontanéité\nnaturelle :\n   L a poésie est u n e floraison de l'âme qui ne peut être appréciée des esprits\nfroids. P o u r eux, c h a q u e trait de génie semble extravagant. Désespérés de ne\npouvoir sentir la grandeur morale de telle œuvre, ils s'en p r e n n e n t malicieu-\nsement aux détails du style. Ils comptent les syllabes, annotent les r é p é -\ntitions, découvrent des contradictions, et enfin triomphent de pouvoir railler\nun grand mot. « Ah ! pauvre jouvenceau, qui osez nous dire que cette\nprairie vous enchante, à nous qui venons d'y découvrir trois orties et un\nchardon ! » Telle est leur critique. Les poètes onl peu d'appréciateurs, parce\nque la plupart des cœurs sont sans culture, de nos jours, l'esprit seul étant\norné. Sans élévation morale, sans délicatesse sentimentale, on ne c o m p r e n d r a\nni C h a t e a u b r i a n d , ni Byron, ni aucun des génies r o m a n t i q u e s . Boileau, en\nrevanche, sera toujours à la portée du sens c o m m u n . Ses vers plaisent aux\nbonnes mémoires et aux cœurs froids. H u g o , p o u r ces mêmes esprits, est\nune énigme. Ils veulent u n e œuvre calme, dont les phrases soient tirées au\ncordeau. L e s voyez-vous dans la forêt, arrêtés devant ce chêne séculaire,\ncritiquant tour à tour les cassures de ses b r a n c h e s , la rugosité de l'écorce,\net les vilaines mousses salissant le tronc noueux ! N o u s leur disons que\nLucrèce, Virgile, Dante, sont de grands génies. Ils nous approuvent. N o u s\najoutons que H u g o et L a m a r t i n e le sont aussi. Ici, ils font opposition, et ils\nprédisent à ces prétendus grands h o m m e s une chute prochaine. N o s pre-\nmières affirmations, ils n'ont osé les contredire : la sanction des siècles les\nobligeait au silence. C'est ainsi qu'ils jugent : par l'opinion d'autrui ! . .\n\n\n  (1) Heures de philosophie, p. 15.\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "366                                   DURENDAL\n\n\n\nMais les petits osent dénigrer, hocher la tête, narguer, rire aux éclats, sou-\nrire bassement, s'indigner : les génies restent debout (1).\n\n   D ' u n e lecture agréable, parce que, en un style de cristal,\nnous y voyons une âme qui se révèle, les Jours de s o l i t u d e s\n(1869) décrivent les impressions de voyages d'Octave Pirmez.\nU n esprit observateur de la n a t u r e , a d m i r a t e u r des beautés\nartistiques et littéraires, et toujours porté à la réflexion philo-\nsophique, ne peut qu'être intéressant à suivre dans ses pérégri-\nnations en Italie et en Allemagne : ces visions nouvelles\nprovoqueront en lui une foule d'idées personnelles, dont l'éclo-\nsion, loin d'être t u m u l t u e u s e , gardera toujours quelque chose\nde calme et de serein : « monodie unisonnante », a-t-il dit lui-\nmême (2). Il s'intéresse au paysage, à l'art, à l'histoire, mais\nsurtout à sa propre pensée; il en jouit, il la scrute avec cette\nsatisfaction du philosophe à suivre ses déductions.\n   E t , comme il est naturel à l'homme qui pense, une tristesse\nrésignée s'y exprime souvent. L a pensée de la mort est présente\nà ses yeux, même devant les plus beaux spectacles.\n  Après ces deux années de voyage, il retourne au château\nd'Acoz, heureux de se retrouver dans ce cadre familier de son\nenfance :\n   Je suis rentré sans bruit dans ma vallée, comme j'en étais sorti, y rappor-\ntant d'autres espérances et des regrets nouveaux. Des villageois qui goûtaient\nla fraîcheur du soir sur le seuil de leur porte m'ont salué avec surprise et joie.\nLes enfants se rassemblaient et je les entendais qui s'entre-disaient mon nom.\nQuand, au détour du grand chemin, j'ai revu les vergers, les bois et la longue\navenue de pins où j'ai si souvent promené mes rêves et mes désirs, j'ai com-\npris l'inanité de ma vie d'aventure. Ce monde heureux qu'on cherche par ses\nyeux, c'est en son cœur qu'on doit le trouver. La terre est limitée, pleine de\ncontrariétés; la pensée est sans bornes, toujours vibrante à ses moindres sen-\ntiments. Que je suis heureux de me plonger dans la vie des champs et de\nm'être soustrait aux puérils tourments de la vie externe pour me ressaisir tout\nentier dans mes premières impressions (3)!\n\n   L'influence de Chateaubriand est visible dans R e m o , Sou-\nvenir d'un Frère (1881), pieux m o n u m e n t élevé par l'amour fra-\nternel. Octave Pirmez y raconte la vie tourmentée de son frère,\n\n (1) Heures de philosophie, p. 194.\n (2) Rèmo, p . 58.\n (3) Jours de solitude, p . 220.\n"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1165, "texte": "                              OCTAVE P I R M E Z                            367\n\nsorte de héros romantique, un René d'un genre spécial, ou,\ncomme il le dit lui-même, une victime de la « monomanie de la\nscience » : c'est le drame d'une intelligence terminé par un\nbrusque coup du sort (1).\n   L a vive affection qui unissait les deux frères, la c o m m u n a u t é\nd'idées dans laquelle ils avaient vécu, l'estime qu'ils avaient\nl'un pour l'autre ont permis au survivant de ne laisser parler\nque son cœur, pour produire un volume d'une lecture très atta-\nchante.\n   E n somme, Octave Pirmez fut un esprit élevé et un noble\ncaractère; de ses oeuvres se dégage un charme délicat et pre-\nnant; son style est « une savante et discrète harmonie » (2). Il\nfut, de plus, un chrétien, dont l'intelligence, aux prises avec les\nproblèmes les plus ardus, finit toujours, aidée par le cœur, par\nse reposer dans la sérénité de la foi.\n\n                                            L'abbé PAUL HALFLANTS.\n\n\n\n\n  (1) Rémo, longtemps aux prises avec le doute religieux, était mort victime d'un\naccident.\n  (2) JOSÉ DE COPPIN : Un Ecrivain belge {Revue Générale, janvier 1886, p. 54).\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-009", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 368, "page_fin": 369, "titre_corps": "L’Anniversaire de la mort de J.-K. Huysmans", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "T. de Visan", "ancre_debut": "L'Anniversaire de la mort de J.-K. Huysmans Un temps humide", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 437, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "L'Anniversaire de la mort\n                 de J.-K. Huysmans\n\n                  UNtemps h u m i d e et froid, une pluie fine que le\n                     vent jette au visage nous accueillent en cette\n                     matinée du 12 mai, jour anniversaire de la mort\n                    de notre cher maître. C'est au milieu de la\n                     boue et des rafales que nous accompagnions l'an\n                    dernier, à celte date, le corps du pauvre martyr\n                    vers sa dernière demeure. Il semble que le ciel\n                    et les éléments aient voulu, à leur façon, célé-\nbrer cet anniversaire et revêtir la teinte triste de nos souvenirs.\n   L e service a lieu en l'église N o t r e - D a m e des C h a m p s , cha-\npelle de la Vierge. T r è s peu de monde. Les indifférents, qui\navaient assisté par snobisme à l'enterrement, se sont abstenus,\nainsi que les amis non catholiques de H u y s m a n s . Ces derniers,\nqui ne croient pas à la survie, avaient bien consenti à suivre le\ncercueil, car un cercueil est une certitude, une présence maté-\nrielle. Mais dès lors que H u y s m a n s n'est plus là, en chair,\nqu'il s'agit seulement de prier pour une âme, à quoi bon se\ndéranger ?\n   Presque seuls les confrères catholiques du maître sont venus\ns'agenouiller dans la petite chapelle. L a messe s'achève dans le\nrecueillement. Le curé de la paroisse donne l'absoute. Dans un\ncoin la pauvre servante de H u y s m a n s , écrasée de douleur\ncomme au jour de l'enterrement et telle que je la vis alors, prie\néperdument.\n   Quelques poignées de main dans l'ombre de ce matin terne\navant de se disperser. C'est t o u t .\n   P a r m i les personnes que je reconnais au passage, je cite, entre\nautres, avec la conscience d'oublier plusieurs noms : M M . Lucien\nDescaves, Léon H e n n i q u e , Forain, Mithouard, Chapon,\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "         L ' A N N I V E R S A I R E D E LA M O R T D E J . - K .   HUYSMANS\n\n\n\nd'Hennezel, de Bersaucourt, Messein, P a u l Morisse, de Lar-\nmandie, F e r n a n d Laudet, M lle Read, R. P . Bulliot.\n   A l'occasion de cet anniversaire, quelques articles ont paru.\nLe plus r e m a r q u a b l e est celui de Myriam H a r r y , dans la Revue\nde Paris du 15 mai 1908 : « Le 12 mai 1907 mourait J.-K. Huys-\nmans. P o u r célébrer son « bout de l'an », je voudrais conter\nsimplement quelques souvenirs. » Ainsi s'exprime l'auteur de\nla Conquête de Jérusalem. M m e Myriam H a r r y avoue devoir beau-\ncoup à H u y s m a n s . Elle raconte comment elle apprit le français\ndans A Rebours et dans En Route, comment elle fit la connais-\nsance du maître et quelle intimité intellectuelle s'établit entre\neux. Quelques lettres qu'elle cite sont fort curieuses et nous\nrévèlent u n H u y s m a n s assoiffé d'art et de t e m p é r a m e n t jovial.\nT o u t e l'exquise sensibilité de l'auteur de la Cathédrale est mise\nà jour dans ces pages commémoratives, avec ses manies, ses tics,\nson inépuisable bonté. M y r i a m H a r r y est un admirable écri-\nvain, la plus douée sans aucun d o u t e de nos femmes de lettres.\nH u y s m a n s faisait grand cas de sa Conquête de Jérusalem, encore\nque l'auteur fût une païenne endurcie. Je sais, pour l'avoir\nentendu dire par lui-même, qu'il aurait fait couronner ce livre\npar l'Académie Goncourt si M y r i a m H a r r y n'avait pas été une\nfemme. L e s conversations entre ce mystique catholique et cette\npaïenne sensuelle durent être savoureuses.\n  Un passage, entre autres, d'une poignante émotion dans sa\nsimplicité narrative, mérite d'être cité :\n   Quelquefois nous parlions de l'amour. Et je reconnus ainsi les tristesses\npassées d'Huysmans et sa présente tendresse inassouvie.\n   Un soir — c'était rue Saint-Placide — nous nous oubliâmes à causer.\nL'ombre flottait déjà dans la pièce. « Madame Bavoil » ne vint pas avec la\nlampe.\n   Nous nous étions tus. Je voyais luire les guillochures d'or des livres,\nl'émail des vases de Delft, et soudain, sur les joues cireuses de mon maître,\ndeux lourdes larmes qui descendaient lentement.\n   Je me levai, bouleversée. Alors la tête lasse s'abattit sur la table angélique\net, dans le silence crépusculaire, Huysmans sanglota...\n\n  Je me dois aussi de signaler la brochure de D o m Du Bourg\nparue à cette date et intitulée : Huysmans intime. On y trouvera\nquelques belles pages sur l'artiste chrétien que le bénédictin a\nvu de bien près et quelques lettres intimes fort intéressantes.\n                                                                     T.   DE VISAN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-010", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 370, "page_fin": 378, "titre_corps": "Les Poèmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Les Poèmes Poésies complètes d'Emmanuel Signoret", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 439, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "Les Poèmes\nPoésies complètes d'EMMANUEL SIGNORET (Paris, Mercure de France). — Le\n  poème du désir et du regret, par ALBERT THOMAS (Paris, Sansot). — Poèmes et\n poésies de FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN (Paris, Mercure de France). — Entre la vie\n  et le rêve, par FLORIAN PARMENTIER (Paris, Ed. de l'Impulsionisme). — Les\n  symphonies voluptueuses, par MAURICE GAUCHEZ (Bruxelles, Larcier). — Tris-\n  tesse d'enfant gâté, par SYLVAIN BONMARIAGE (Bruxelles, Lamertin). —\n  Spectacles et rêves, Le désir errant, par GASTON D'URVILLE (Paris, Sansot). —\n  La multitude errante, par FRANÇOIS LÉONARD (Bruxelles, Larcier). —\n  Bruyères et clarines, par ALBERT BONJEAN (Paris, Messein). — Poésies de\n  V. DE STAINLEIN-SAALENSTEIN (Paris, Fischbacher). — La sainte aux mai-\n  sons, par ALBERT CLOÜART (Paris, Bibliothèque de l'Occident). — Noëls,\n  par Louis MOREAU (Verviers, Edition Artistique). — Passionnément, par\n  LÉON MARIE THYLIENNE (Idem).\n\n\n   Il me faut d'abord parler de deux disparus.\n   Le premier est Emmanuel Signoret, mort en 1900, à Cannes — il avait\n30 ans — et dont le Mercure de France réédite les Poésies complètes. Emma-\nnuel Signoret fut un écrivain magnifique, et sans le proclamer homme de\ngénie, comme le fait, dans son avant-propos, M. André Gide, il faut voir en\nlui un amant passionné de la Beauté, une âme intensément vibrante et un\npoète d'une rare somptuosité.\n   Epris de sa propre gloire, Signoret, qui se déifiait dans ses préfaces avec\nun immense et naïf orgueil, tout le long de ses quelques volumes réunis\naujourd'hui, exalte son moi. Ce n'est plus le moi romantique, sombre, pessi-\nmiste et sentimental, c'est le moi glorieux qui s'extériorise. C'est l'âme, faite\nde clartés, qui nimbe tout l'être, qui va plus loin et absorbe en elle la nature.\nLe poète devient ainsi le centre de l'univers, ou plutôt l'univers lui-même :\n\n                   Et la sève du monde a coulé par mes plaies...\n\n  Il est enthousiaste de son génie ; c'est une griserie de triomphes et de joies,\nun orgueil qui s'auréole de clartés et de fleurs. Signoret, en n'assemblant que\ndes vers jaillis, sauf certains, dans des moments d'inspiration exultante et\nhaute, donne l'impression d'un être dont la vie fut une ivresse ; ivresse pan-\nthéiste, illuminée, trop vibrante pour être jamais bassement charnelle, grave\nparfois à force d'amour, trop spontanée pour se traduire toujours de façon\nparfaite. Et cette ivresse étonne chez un homme dont l'existence — trop\ncourte, hélas! — ne fut que misères. Elle l'empêcha de trop regarder sa vie.\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3121, "texte": "                                    LES POÈMES                                        371\n\n\nLe sentiment d'une immortalité dans la mémoire des hommes lui fit u n opti-\nmisme superbe, et ils sont si magnifiques — quoique parfois blasphématoires\n— les vers où il parle de sa grandeur, qu'on peut à peine sourire de leur\nnaïveté ; qu'il écrive à un nouveau-né :\n\n                     ... Un éclair de ma face illumine tes langes.\n                     Ton nom vivra, car j'ai forgé pour sa louange\n                     Ces vers d'airain polis impérissablement ;\n\nqu'il chante cette strophe orgueilleuse :\n\n                           Car debout sur notre vieux monde\n                           Nous sommes demeurés bien peu\n                           Qui portions en nos mains profondes\n                           Tout l'antique ciel pris à Dieu !\n\nou qu'il finisse un court poème par ces deux vers merveilleux :\n                     Et les siècles futurs suivront nos traces, tels\n                     Des troupeaux de lions rugissant vers les astres l\n\n   Sa poésie sera donc p u r e m e n t h u m a i n e ; elle exprimera le bonheur h u m a i n\ndans toute sa gloire, ce b o n h e u r où l'au-delà n'a point de part, où ce que\nnous appelons l'Idéal n'a rien à voir, mais où les visions, les sensations\net les musiques sont si animées d'enthousiasme, où les choses vivent si inten-\nsément qu'elles deviennent ce je ne sais quoi, qui, pour certaines âmes sans\ncroyances, p r e n d l'apparence et la place du surnaturel. Car E m m a n u e l\nSignoret n'a rien de chrétien; s'il écrit un jour\n                     L'éclat des ostensoirs s'unit dans mes prunelles\n                     Au resplendissement du casque de Pallas,\nil s'illusionne bien fort, et si parmi ses Vers Dorés il place un poème eucharis-\ntique, celui-ci fait l'effet d'un p e u d'encens catholique égaré — comme après\nune procession d'été — dans les frondaisons luxuriantes et ensoleillées d'une\nnature païenne. L'adoration de la Sagesse et celle de la Beauté antique lui\nsuffisent, et s'il touche parfois à quelque sentiment religieux : Les muses et\nl'étoile de Vénus descendent pour délivrer le poète environné malgré lui et écrasé par les\nténèbres d'une cathédrale gothique, c'est le titre bien caractéristique d'un sonnet,\nd'ailleurs fort médiocre.\n    Disons-le bien, b e a u c o u p de ses sonnets le sont, quoi qu'il y ait en cer-\ntains d'entre eux quelque chose de la sculpture hellène; et je prise peu aussi\nses Elégies visiblement inspirées de R o n s a r d . Sans ces pièces, inutiles à la\nbeauté de l'œuvre, le volume serait un des plus parfaits, u n des plus somp-\ntueux m o n u m e n t s qu'on ait érigé à la gloire d'un poète mort.\n    M. A l b e r t T h o m a s , d o n t il nous reste un volume : L e P o è m e du D é s i r\net du R e g r e t , avait 3o ans aussi quand il mourut, l'an dernier. L e Désir et\nle Regret : tout l'amour pour lui tient entre ces deux mots. M. Albert T h o m a s\nexprime avec noblesse le tourment charnel. Sa poésie est païenne aussi, mais\n infiniment moins magnifique que celle de Signoret. U n e pureté de lignes,\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3319, "texte": " 372                                  DURENDAL\n\n\n\nu n e musique des images et des pensées, l'eurythmie qui ordonne les parties\ndu livre en u n tout harmonieux,.laissent l'impression que celui qui est mort\neût peut-être pu devenir grand. Des faiblesses d é p a r e n t cette œuvre unique\net inachevée, notamment u n abus de rimes faciles (Cincinnatus, Nessus, Spar-\ntacus —Chloris Cypris). N ' i m p o r t e ! j ' a i retrouvé en lisant Albert Thomas,\ncette tristesse que je ressentais l'an dernier en relisant G u é r i n ; Guérin, son\nami, à la mémoire duquel, en tête de son poème, il écrivait ces beaux vers :\n                     Je suis vivant, je vois le printemps refleurir\n                     Je goûte l'air sucré, je bois le vent ; les roses\n                     Me jettent leur odeur enivrante, je puis\n                     Reposer mes regards sur des yeux alanguis,\n                     Baiser violemment des lèvres entrecloses...\n                     Je souffre et j'aime, et je chéris la volupté\n                     Des pleurs, la triste joie et ta sombre fierté.\n                     Eh bien ! je donnerais le spectacle du monde\n                     Et toute sa beauté pathétique et profonde\n                     Et le ciel et la mer, pour le linceul étroit\n                     Qui te retient dans l'ombre impénétrable, toi,\n                     Toi l'amant de la plus éclatante lumière;\n                     C'est vrai, je donnerais la tâche familière,\n                     La douleur et le traître amour, si j'étais sûr\n                     Que mon vers fût comme le tien, le vase pur\n                     Où viendront s'abreuver incessamment les âmes...\n\nIl est de tragiques destinées; le poète ne songeait p a s , en écrivant ces vers,\ngonflés d'ivresse dans leur douleur m ê m e , que deux mois après ce serait son\n tour de m o u r i r .\n   Les P o è m e s e t P o é s i e s de M. V i e l é Griffin, réédition de plusieurs œu-\nvres antérieures, nous emportent vers la vie, vers la vie babillarde, chantante\net indécise, où les rêves se meuvent dans u n brouillard d'images, de parfums\net de sons. M. Vielé Griffin est certainement u n des plus vrais poètes de\nnotre temps. E n t r e H e n r i de Régnier, évocateur s o m p t u e u x de décors aux\nlignes pures et de symboles vêtus de p o u r p r e , et Verhaeren âpre et violent,\nplus génial peut-être mais moins lumineux, lui, plus effacé, est le fin diseur\nd'idées lointaines. Sa pensée, comme son r y t h m e , n'est complètement acces-\nsible qu'à ceux qui l'ont fréquentée. Il enclot dans des poèmes mouvants,\nsinueux et doux, des images parfois inconsistantes et toujours harmonieuses.\nIl est u n éveilleur de songes devinés, u n impréciseur d'impressions, même\nlorsqu'il les enclot en des strophes solides et classiquement rythmées. D'au-\ncuns préféreront celles-ci; mais j ' a i m e mieux quant à moi les délicieuses\nparaphrases de vieilles chansons, de rondes désuètes, de ballades naïves de\njadis, dont le poète évoque les personnages pâlis et les décors éteints. On\nreste avec, dans le souvenir, u n m o n d e d'enlrevisions,du soleil et des lointains\nblancs où s'esquissent des gestes de b o n h e u r et d'amour :\n\n                     J'ai fleuri mon royaume de lys frêles\n                     Comme les vierges et comme les joies...\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3245, "texte": "                                      LES POÈMES                                      373\n\navec d a n s l'oreille ces vers longs qui se détachent de la trame à peine indi-\nquée de la cadence, vers isolés, profondément p r e n a n t s , comme celui-ci :\n                      Avril est mort d'amour et nos âmes sont vieilles\n\nexpression de tristesse et de lassitude, mais où passent encore malgré tout\ndes souvenirs frais de Renouveau ;\n\n                      La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres\naurait dit Mallarmé. C'est ici le même sentiment transposé merveilleusement,\net d'une façon qui le caractérise fort bien, dans la langue et le rêve d'un\npoète que n'intéressent pas l'austère pensée ni la lourde passion, mais dont\nl'âme a vécu en un m o n d e de songes clairs, naïfs, joyeux, où seuls avaient\nune signification les gestes d'amour du printemps et les étonnements de la\nla tendresse h u m a i n e .\n\n   Quoique la chute soit b r u s q u e et profonde, passons de suite à M. F l o r i a n\nP a r m e n t i e r . M. Florian P a r m e n t i e r qui unit dans sa signature le nom d'un\npoète aimable et léger à celui de l'introducteur de la p o m m e de terre,\nsemble avoir plus de la pratique bourgeoise de celui-ci que de la grâce\nmièvre de celui-là. Son livre, illustré par lui-même, est assez pesant et\ntrès réjouissant. Savez-vous qu'il existe à P a r i s une école de l'Impulsionisme?\nM. Florian P a r m e n t i e r en est le Maître. On se d e m a n d e à quoi sert cette\nécole qui n'innove rien d a n s l'art de faire de mauvais vers et des fautes de\nfrançais. E n tout cas, notons, pour ceux qui l'ignoreraient, que l'Impulsionisme,\nqui a même u n e maison d'éditions, a publié, entre autres, une comédie de\nM. Alisbert : Le Percepteur de Foniaine-les-Amours, une brochure de M. André\nFage : Un poète de la vie moderne (gageons que celui-ci n'est autre que M. F l o -\nrian Parmentier) et u n volume important : L'Histoire universelle par tableaux\nsynoptiques parallèles depuis les origines jusqu'à nos jours. De l'histoire impulsio-\nniste! Voilà certes u n e innovation qui fera du bruit. P o u r en revenir à notre\npoète, il m a n i e un alexandrin lourd et pâle avec u n e orgueilleuse maladresse,\net perpètre même, en en alignant quelques centaines à la fin de son volume,\nun long poème philosophique, une espèce de Novissima verba qui suinte\npéniblement u n e prétentieuse médiocrité. Sans cette grandiloquence risible,\non le passerait aisément sous silence, et l'on n'aurait même pas le courage\nde lui reprocher d'avoir oublié sa grammaire :\n\n                     J'ai nourri mon enfance avec des rêves d'or.\n\nMais ne n o u s acharnons pas s u r . . . u n mort : l'Impulsionisme risque bien d'avoir\nterminé sa carrière. D a n s les strophes finales de son livre, M. Florian\nParmentier déclare qu'il va revenir à la vie, et n'être rien q u ' u n h o m m e . Il\nen sera donc au point où il en était en 1896 quand il écrivait le Premier pas :\n\n                     Voyant que je baissais la tête sans rien dire,\n                     Mon père m'a cité vingt métiers différents.\n                     Mais moi je ne savais vraiment lequel élire,\n                     Car tous ces métiers-là m'étaient indifférents.\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "374                                DURENDAL\n\n\n                  Enfin, puisque la vie est impérieuse et rude,\n                  Sans entrevoir à quoi je pourrais aboutir,\n                  Stoïque j'ai cédé devant la servitude :\n                  Aux \" affaires\" demain je vais appartenir !\n\n  Renonçons donc à la douce hilarité que nous aurait procuré le prochain\nvolume!\n\n   Les Symphonies voluptueuses, de M. Maurice Gauchez, témoignent\nd'un grand talent et sont d'un poète. D'un poète qui ne l'est pas tout à fait\npuisqu'il lui manque, comme à tant d'autres, cet Idéal sans lequel à nos\nyeux la poésie n'est pas complète. Son lyrisme intense et charnel n'atteint\npas le seul monde vraiment poétique, celui de l'âme. Répétition monotone\nd'un même geste lyrique, des mêmes images et des mêmes idées, ce livre,\nà côté de pièces remarquables, est rempli d'imperfections. C'est fort beau\nd'être très jeune et d'en être déjà à son troisième volume, mais il serait\nplus beau d'en être encore au premier et de l'avoir livré parfait au public.\nA chaque page, M. Gauchez laisse traîner des à-peu-près. Au milieu de\nvers très riches on en trouve de détestables, chevillés, forcés ou simplement\nridicules — que M. Gauchez chante le Silence\n\n                  Toi dont le souffle mort émeut les érudits !\n\nles morsures du vent\n                                   qui rosissent ma peau\n                  De leur dpre suçon légèrement ponceau...\n\nou Emile Verhaeren\n\n                  J'ai vu les poils tombant de ta lèvre diserte...\n\nj'en passe, et des plus mauvais.\n\n  Poète charnel aussi, mais sans lyrisme, sans la passion des couleurs\nardentes et du large rythme qui caractérisent M. Gauchez, M. Sylvain\nBonmariage dit à mi-voix, dans un coin, ses Tristesses d'enfant gâté : De\npetits gestes malsains et presque séniles, des mélancolies sans noblesse,\nune perversité voulue où s'anémie un talent qui, délicat comme il est,\npourrait si bien vibrer à l'unisson de la nature et se pénétrer de clarté, une\npoésie qui n'en est pas une; de l'érotisme sans grandeur et de l'amour sans\npudeur, avec tout au fond les sanglots, parfois profonds ceux-là, d'une petite\nâme de poète que risquent bien d'étouffer les végétations vénéneuses.\n\n   Avec M. Gaston d'Urville nous revenons en plein soleil. M. d'Urville a\nintitulé son premier volume : Spectacles et Rêves; il a eu tort, car il n'est\npas rêveur. Mais c'est un spectateur comme il y en a peu. Il a le sens du\npittoresque; il transcrit des paysages et des épisodes avec des notations\npiquantes, de l'esprit, de la poésie, un bariolage de couleurs vives et parfois\n"}, {"page_pdf": 444, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "                                    LES POEMES                                375\n\ncocasses, tout cela présenté avec beaucoup de désinvolture en des vers trop\nfaciles, bourrés de négligences, mais charmants, enlevés, primesautiers, en\ndes strophes souvent imparfaites mais souvent aussi pleines, condensées, où\nchaque mot porte, évocateur à souhait — comme dans le Voyage en Italie,\nrésumé des qualités et des défauts de notre poète :\n\n                  Voici l'ample berline aux coussins de Damas\n                  Avec ses fers forgés cerclant le cuir des malles\n                  Des vivres, des flacons, des fusils et des balles,\n                  De l'or, un incommode et fastueux amas...\n\n                  ... Nous aurons à franchir d'innombrables frontières\n                  Et des sbires jaloux braquant leurs pistolets\n                  Et de galants voleurs qui nous croiront Anglais\n                  Tour à tour paraîtront, moustachus, aux portières...\n\n                  ... Nous aurons des diners exquis de maigres chères\n                  Arrosés de flacons poudreux où le vin dort,\n                  Des poulets de hasard en des assiettes d'or,\n                  Que vous grignoterez du bout de vos dents chères...\n\n                  ... Tandis qu'un enfant fauve aux longs regards farouches\n                  A pleins doigts mangera quelque macaroni\n                  Et qu'une cavatine au charme un peu jauni\n                  Au loin voltigera sur d'invisibles bouches...\n\n   Un second volume, le Désir errant, reluit des mêmes qualités sans avoir\ntout à fait les mêmes imperfections. Ce sont ici de beaux vers plus égaux qui\nfont surgir un Orient multicolore et bigarré, les ports du Levant, les villes\nsales et éblouissantes :\n\n                  J'aime le violent, le simple et le brutal,\n                  Les bijoux de clinquant, la cotonnade rouge,\n                  Les odeurs de l'étal où le poisson vif bouge,\n                  L'eau des ports clapotants aux reflets de métal...\n\nIci beaucoup plus d'ampleur que dans le volume de début, moins de sans-\ngêne et de strophes lâchées. Un poème, surtout le Fruit, est remarquable au\npremier chef et touche presque à la perfection.\n\n                  Parfois à l'heure chaude un fruit tombe trop mûr\n                  Du chargement doré dont s'alourdit la barque...\n\n                  ...Il   sera le jouet du caprice et de l'onde\n                  Et le soir, au sommet de l'horizon mouvant\n                  Comme un point lumineux qui fait prévoir un monde\n                  A u pilote égaré par la saute du vent\n                  Il jettera l'espoir de son écorce blonde.\n"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "376                               DURENDAL\n\n\nDes vers plus subjectifs qui terminent le volume me plaisent moins. C'est de\nl'excellente eau sucrée, mais combien faible après le vin doré des outres de\nSamos!\n\n    C'est aussi l'Orient, mais l'Orient hiératique des siècles disparus que\nressuscite M. François Léonard, dans la première partie de La Multitude\nerrante : Un beau livre qui nous signale un poète de plus, et qu'on\nsent être l'œuvre consciencieuse et réfléchie, écrite loin de toute coterie, dans\nl'isolement et le silence. Certes, M. Léonard s'inspire de son histoire, de\nl'archéologie, de ses lectures et du Musée du Cinquantenaire plus que\nde l'Egypte, que — nous le gageons — il n'a jamais vue; aussi trouve-t-on\ndans les premières pages de son volume de l'artificiel, du plaqué, du toc, des\nréminiscences :\n\n                La gigantesque horreur des sombres hypogées...\n\n   Mais, à côté de cela, que de qualités solides et précises chez ce réel artiste,\nsoit qu'il transpose des dessins antiques, soit qu'il évoque des spectacles de\nlégende ; soit qu'il oublie un peu sa froideur pour mettre en des poèmes,\ncomme L'heure exquise et Le Sculpteur, un peu d'âme harmonieuse et vivante ;\nsoit que dans la partie philosophique de son livre il lance de belles strophes\nailées à la conquête des étoiles. M. Léonard, au milieu de tant de débuts\nmédiocres et tapageurs, s'affirme sans tâtonnement et sans éclat. C'est un\ntalent sûr de lui-même, mais qui n'est pas encore, nous semble-t-il, assez per-\nsonnel. Chez lui, au contraire de ce qui se passe chez tant d'autres, la spon-\ntanéité viendra peut-être après l'art réfléchi et la Philosophie — si l'on peut\nappeler de ce nom ce qui anime la seconde partie de la Multitude errante : de\nsomptueuses phrases tissées autour d'idées un peu creuses et banales.\n\n   Pour les quelques poètes dont il me reste à parler, je serai plus bref :\nj'apprécie en M. Albert Bonjean, dont je viens de lire les Bruyères et\nClarines, un de ces rares « poètes amateurs », qui vraiment sont poètes, et\nqui ne se contentent pas, comme d'autres « provinciaux » célébrés par\n M. Godefroid-Emile Valentin, d'être en vers des honnêtes gens. Ici une note\nde nature agreste qu'on trouvait déjà dans les Légendes et Profils des Hautes-\nFagnes, une note tendre, la note paternelle, une note d'intimité familiale, font\nde ce recueil un livre touchant dont plusieurs choses sont à relire — les Deuils,\n par exemple; — un livre bienfaisant et tranquille, où parfois se rencontrent\ndes strophes d'une grave beauté.\n   J'hésite à en dire autant des Poésies de la Comtesse de Stainlein, réu-\nnies quelques mois avant la mort de cette noble femme, qui fut une figure\nattachante et généreuse. La presse catholique a fait tort à son œuvre poétique\nen lui décernant des éloges exagérés. Ces vers sont beaux, certes, mais parce\nqu'ils sont l'expression d'une belle vie et d'une belle âme. C'est tout. Les uns\nécrits, vers 1848, par une enfant qui s'était passionnée pour le génie mélan-\ncolique de Lamartine, les autres beaucoup plus tard, après la mort\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3132, "texte": "                                    LES POÈMES                                      377\n\nd'êtres chers, ne méritent pas d'autre éloge que celui d ' u n souvenir respec-\ntueux et discret.\n  Voici enfin deux œuvrettes exquises : C'est d'abord L a S a i n t e a u x\nm a i s o n s , de M. A l b e r t CloUart, p o è m e joli, p u r et frais comme du buis\nbénit, aimable comme la vie et les dicts de Mona, « la sainte du très simple\namour », qui mettait la vertu dans les petits travaux de chaque journée et\nsavait si bien exprimer la beauté intime et modeste des choses :\n\n               A cette heure méditez sur le touchant amour\n               Dis objets qui vous ont bien servies tout le jour.\n               Voyez quelles vertus aimables\n               Renferme cette vieille table\n               Qui présente à tous nos travaux,\n               Même les plus grossiers, son bon et large dos.\n               Admirez la candeur jolie de la salière\n               Dont l'âme de sel pur luit dans un cœur en verre.\n               Voyez la bonhomie de la blanche soupière\n               Qui sourit à chacune en bonne et tendre mire.\n               Voyez l'ardeur joyeuse de ces couteaux de buis,\n               Sculpteurs de bois, gratteurs de raves, coupeurs de fruits\n               Voyez l'activité tenace des aiguilles\n               Qui courent dans la toile en fluettes anguilles.\n               Voyez le dévouement de ce pauvre balai.\n               Comme la cruche de gris\n               Répand autour d'elle une fraîche paix !\n               Quelle grâce touchante ont ces frêles cuillers!\n               Quelle beauté grave orne une marmite noire\n               Quelle tendresse émue luit dans une bouilloire,\n               Ah! qu'elle est résignée l'humble pelle à poussiire!\n\n   C'est ensuite le petit recueil des N o ë l s , de M. L o u i s M o r e a u , puérils et\ningénus, émus et frêles, remplis d'une poésie discrète, lointaine, naïve et\nchantante.\n   Il m'en coûte de finir cette chronique par un poète qui prend le nom de\nLéon T h y l i e n n e et qui n'est autre — dès la première page de P a s s i o n n é -\nm e n t il se révèle — q u ' u n M. Léon W a u t h y , d o n t la prolixité facile et\npériodique est l'affirmation à la fois d'un certain talent et de peu d'effort\nartistique. Ses sujets de poèmes, par leur outrageante banalité, s'adaptent\nadmirablement à leur forme banale. Des scènes d'alcôve décrites en mauvais\nvers c'est, à Verviers, le suprême du genre. M. Léon W a u t h y m'apparaît à\nchaque nouveau volume le plus terrible des relaveurs de lieux c o m m u n s .\n La poésie, après tout, n'est pas un métier, et je ne vois pas pourquoi tant de\ngens, qui n'ont rien à dire, se croient obligés d'écrire hâtivement des paquets\nde strophes quelconques. Certes, on ne peut vouloir que toute œuvre soit\nsans défaut, ce serait a b s u r d e , mais on doit exiger q u e tous ceux qui osent\nparler le langage de la beauté s'efforcent consciencieusement de le faire\navec u n peu d ' â m e , u n peu de respect et un peu d'art.\n                                                                  PIERRE NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 980, "texte": "378                              DURENDAL\n\n\n\n   Memento. — Citons encore : de M. Nicolas Denicker, des Poésies (Paris,\néd. de l'Abbaye), peu originales; de M. Francis Norgelet, Renée (Paris,\nSansot), petit recueil d'assez médiocres vers d'amour; de M. Thedenat,\nmembre de l'Institut, Quelques vers (Paris, Plon) plus ou moins lamartiniens,\nfruits aimables des loisirs d'un archéologue; de M. Georges Ducrocq, les\nMatins lumineux (Paris, éd. de L'Occident), où figure un beau poème sur\nl'automne; de M. Fernand Fleuret, un artiste petit bouquin, Friperies (Paris,\nRey), d'où monte un parfum suranné de keepsake et qui évoque des rêves en\ncrinoline, de vieilles lithographies et d'ingénieux bibelots; de M1le Gabrielle\nGambar, une plaquette, heureusement fort menue, Rêves et Rires (Namur,\nServais), où l'on trouve pêle-mêle des vers nobles dédiés à M. Rostand et\ndes vers badins adressés à un waterproof.\n                                                                     P . N,\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-011", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 379, "page_fin": 380, "titre_corps": "Hommage à Ernest Daudet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Hommage à Ernest Daudet J'aime votre nouveau roman", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 448, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "Hommage à Ernest Daudet\n\n                 J'AIME votre nouveau roman Au galop de la vie (1),\n                 mon cher confrère, à cause du souffle chrétien\n                 qui y passe, qui l'embaume, qui le purifie au\n                 sein de toutes les luttes de la passion des\n                 acteurs et qui l'élève bien au-dessus du niveau\n                 de la plupart des productions contemporaines.\n                    L a fin de votre roman surtout est superbe.\n                 Vous y stigmatisez d'une façon cinglante et avec\nune si belle maîtrise l'odieuse persécution dirigée par un\ngouvernement imbécile et criminel contre les ordres religieux,\nimbécile parce qu'il se dégrade lui-même et agit contre les\nintérêts les plus vitaux de votre beau pays de France, criminel\nparce qu'il frappe des innocents qui n'ont commis qu'une faute,\ncelle de s'être consacrés à Dieu ! Avec combien de raison\nn'écrivez-vous pas en parlant des religieux expulsés :\n    « P o u r q u o i les chassait-on? E n quoi gênaient-ils l'ascension\ndes politiciens ambitieux? Quelles entraves apportait aux cupi-\ndités surexcités la prière d'une carmélite ou d'une Clarisse? Quel\nmal pouvait faire à nos hommes d'Etat, le trappiste penché sur\nsa charrue qu'il mène en silence, ou le bénédictin qui partage\nson temps entre l'étude, la méditation et la prière? Dans notre\nFrance, n'y avait-il pas place à la fois pour ceux qui veulent\ndominer, gouverner, posséder, jouir, et pour ceux qui ne\nd e m a n d e n t qu'à soulager la souffrance h u m a i n e , qu'à vivre\nlibrement à l'humble place qu'ils ont choisie, face à face avec\nleur Créateur? Ceux-ci cependant se voyaient dispersés par\nceux-là, chassés comme des malfaiteurs. On les expulsait sans\ntenir compte du d o m m a g e qui en résulterait pour les malheu-\nreux et de l'immense déperdition d'influence qui en résulterait\npour la patrie. »\n\n (1) Au galop de la vie, par Ernest Daudet (Paris, Plon).\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "380                            DURENDAL\n\n\n    J e vous félicite avec enthousiasme encore, mon cher confrère,\nje vous remercie du fond du cœur au nom des blanches victimes\nde cette ignoble persécution, pour les nobles paroles que vous\nleur adressez, avec une si pénétrante éloquence, par la bouche\ndu Père Sauvai, disant aux carmélites françaises au moment où\nelles vont être arrachées au calme asile qui fut le témoin muet\nde tant d'héroïsme :\n    « Vous êtes parmi ces victimes, mais ne vous en attristez pas.\nRéjouissez vous-en, au contraire. Mieux vaut être du côté de\nceux qu'on persécute que du côté de ceux qui persécutent. Rap-\npelez-vous que la persécution ne leur a j a m a i s profité. Elle n'a\nj a m a i s empêché les tiges décapitées de pousser des fleurs nou-\nvelles, ni les troncs dépouillés de conserver assez de sève pour\ngonfler un jour d'autres rameaux et les rendre aussi vigoureux\nque ceux qu'on a criminellement abattus. Ils se rouvriront, les\ncloîtres qu'on ferme. Ils se rouvriront comme se sont rouverts\nceux qu'on ferma j a d i s . A la place de leurs habitants aujourd'hui\ncondamnés à s'enfuir, d'autres viendront, animés de la même\nfoi et du m ê m e dévouement. Les voûtes des chapelles retenti-\nront encore de l'Alleluia de P â q u e s , des lamentations de la\nS e m a i n e S a i n t e et des chants d'allégresse de la N u i t de Noël,\nqui d o n n a au monde, dans l'Enfant divin, l'apôtre idéal de la\ntolérance et de la liberté. »\n   Elles sont tout à votre honneur, mon cher confrère, ces pages\nvengeresses écrites par vous à la gloire des ordres religieux en\nune langue très littéraire, à l'occasion du récit si touchant de\nl'expulsion d'un couvent de saintes et héroïques vierges, qui\nconstitue un des plus beaux chapitres de votre roman et est un\nvrai chef-d'œuvre t a n t par le sentiment exquis qui s'en dégage\nque par le charme de votre style.\n\n                                                   HENRY     MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-012", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 381, "page_fin": 385, "titre_corps": "Chronique d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d'Art Le Salon de Printemps Sous cette dénomination", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 452, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "Chronique d'Art\n\n                        Le Salon de Printemps\n   Sous cette dénomination gracieuse et pleine de promesses, la Société\nRoyale des Beaux-Arts rénove et amplifie son exposition annuelle, en aban-\nd o n n a n t les antiques et solennels locaux du Musée Ancien pour les aména-\ngements plus confortables du Palais du Cinquantenaire.\n    Disons tout de suite que le Salon de P r i n t e m p s lient généreusement ses\npromesses. On y rencontre un grand nombre d'œuvres des plus intéressantes,\net, au surplus, quelques toiles d'un mérite transcendant. D'ailleurs, il y en a\npour tous les goûts, depuis la fresque classique jusqu'à la pochade la plus\nsubversive.\n   M. Montald représente l'art décoratif, c'est-à-dire le grand art, avec u n e\nautorité exceptionnelle. Aux merveilleux panneaux qu'il exposait au dernier\nSalon triennal de Bruxelles, il a donné un complément peut-être plus mer-\nveilleux encore. L a scène qu'il intitule Sous l'Arbre sacré est située dans un\nmilieu idéal baigné de lumière élyséenne, où les frondaisons d'or chantent\nparmi les bleus profonds et subtils d'un paysage de rêve. L a noblesse des\njeux antiques a n i m e le prestigieux décor d'une eurythmie de gestes calmes et\nd'altitudes divines — réserve faite pour le dernier personnage de gauche,\ndont l'attitude est moins « divine ». J'espère, avec ardeur, que les projets de\nM. Montald auront une destination moins éphémère qu'un Salon des Beaux-\nArts.\n   A côté du maître se range honorablement son élève M. Langaskens, qui\nexpose deux projets pleins de qualités, et surtout plus clairs, moins alambi-\nqués, que ses précédents essais. Il est incontestable que ce jeune talent,\nencore inquiet, à la recherche de l'inédit, marche vers la maîtrise.\n    M . Delville, dans Terre heureuse, d'un joli ton de tapisserie flamande, est\nmoins déclamatoire que d'habitude. Terre heureuse est u n e idylle très jolie,\ntrop jolie pour être u n e grande œuvre, et que les petits moutons frisés et les\nblanches pâquerettes prédestinent à servir de modèle pour souvenir de pre-\nmière c o m m u n i o n laïque.\n   J'aime moins le groupe symbolique de M. F a b r y . Ces trois personnages de\nbronze doré, dont l'un se coiffe d'une lyre en appuyant ses pieds sur un globe\nfleuri de capucines, rappellent trop le genre pendule.\n   M. Ciamberlani réexpose son vaste carton incolore, où des femmes nues,\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3173, "texte": "382                              DURENDAL\n\n\ndistribuées en triptyque, font des gestes vagues qui n'ont d'autre objet que\nde faire valoir leurs agréments divers.\n   Parmi les envois des étrangers, il y a un Triomphe des Condottieri par\nM. Hoffbauer, de Paris, amusant comme un bruit de grelots, mais tout aussi\nvain. D'une bien autre allure sont les sept panneaux de M. Emile-René\nMénard, tous admirables, et parmi ceux-ci le fragment de fresque : Paris,\nd'un style extraordinaire. M. Ménard est le dernier des peintres classiques de\nFrance, a-t-on dit. J'aime mieux voir en lui le précurseur d'une renaissance\nfuture de l'art sérieux.\n   Parmi les portraitistes, je donne volontiers la première place à M. Wollès,\nbien que sa facture soit des plus sommaires; mais que de brio et de péné-\ntration psychologique dans ces pastels ou ces dessins à peine relevés de\ncouleur, où le trait, d'une précision sans pareille, fixe définitivement une âme\net un caractère!\n   Je note aussi de beaux portraits, par MM. Vauthier, Detilleux, Van\nHolder, Stevens, Luyten, Cluysenaer. Le modèle de M. Juliaan Devriendt\nest discutable à cause de son inélégant costume Directoire. Mais je n'aime\npas du tout le portrait qu'expose M. de Lalaing, lourd, solennel, encombré\nde meubles, trop pareil à un mauvais Ingres.\n   Le genre est copieusement représenté au Salon, par les nobles et simples\nnotations de choses simples de M. Firman Baes ; l'impressionnant pèleri-\nnage russe de M. Cambier (que nous retrouverons non moins personnel\nparmi les paysagistes); les gentillesses intimes de M. René Janssens; celles\nplus piquantes de M. Charles Michel; l'après-dîner d'été ensoleillé de\n M. Emile Motte, où l'on peut cependant critiquer le trait dur emprunté à\n L. Frédéric et l'outrance de la couleur particulière aux luministes; les inté-\nrieurs somptueusement enluminés de M. Alfred Verhaeren, etc. M. Vloors\naffirme beaucoup de recherche et peu de personnalité dans ses figures fémi-\nnines, qui amalgament des types préraphaélites avec des colifichets à la\nStevens. Le Français Gaston La Touche est déplorable dans son Agnus Dei,\nqui montre, dans la rutilance des vitraux, un vieux bonhomme de prêtre dis-\ntribuant la communion à des femmes en cornette blanche, avec des airs\n pâmés et des yeux chavirés.\n    Une mention spéciale est due à l'Anglais G. Sauter, pour constater combien\nce dernier aboutissement de la sentimentalité anglaise paraît puéril et déca-\n dent. D'idée, il n'y en a point : des sensations, des recherches d'impressions\n rares et subtiles, exprimées en un dessin imprécis et une couleur anémique;\n en définitive, la traduction contemporaine du genre zézayant des Incroyables\n d'autrefois. Parmi les vingt-six toiles exposées par M. Sauter, il y en a qui\n sont agréables, telle La Musique du Musée de Bruxelles. Mais il y en a aussi\n de détestables, comme le portrait du cardinal Ajuti et la sonate : Les Ham-\nbourg s.\n  M. Luyten expose, lui aussi, une Sonate assez malheureuse, qui évoque sur-\ntout le luxe des parvenus. La Fille du pêcheur vaut mieux, sans rien ajouter\ncependant au mérite de l'auteur.\n  M. Léon Frédéric a voulu rénover sa technique dans ses campagnards\n"}, {"page_pdf": 454, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "                            CHRONIQUE       D'ART                          383\n\nattablés pour le repos du soir. Je me demande pourquoi ces braves gens, qui\nsont tous aveugles, ont pris la peine de s'éclairer d'une lampe...\n    Passons au paysage. C'est aussi le triomphe de l'école belge. Je note de\nbonnes pages, bien traditionnelles, de MM. Asselbergs, de Haspe, François,\nMathieu, Mesdag, Grosvenor Tomas, dont Houghton Mill a très grande allure.\nM. Géo Bernier, sans avoir la prétention d'inaugurer des procédés, obtient\ndes effets intenses et bien vrais. Sa Matinée de septembre en Flandre est un admi-\nrable poème de lumière. M. Viérin s'attarde dans la convention des bleus de\nl'ombre opposés aux tons orangés des coins éclairés par le soleil. La Mare au\nBois de la Cambre de M. Cambier dénote une vision curieuse et bien person-\nnelle. C'est un des tableaux les plus impressionnants du Salon. La mare\nenvahit presque toute la toile. Au-dessus on aperçoit les pieds moussus des\narbres, avec les rais de la lumière dorée qui filtre à travers la futaie. Le\nregard s'hypnotise aux frissons de ce lac en miniature, où s'encadre le paysage\nrenversé d'un coin de forêt humide...\n    Les sept toiles de M. Emile Claus sont de vraies fanfares lumineuses, d'un\néclat trop strident, si l'on excepte le Soir, qui est un absolu chef-d'œuvre.\n Il hausse jusqu'à la grandeur épique les lignes harmonieuses du paysage des\nFlandres, à l'heure où les dernières vibrations de la lumière se concentrent\ndans la bande étroite du ciel qui touche les horizons déjà embrumés. La tech-\nnique très spéciale du maître est ici d'une sobriété et d'une science qui défie\ntoute imitation.\n    L'aquarelle n'est représentée au Salon de Printemps que par deux maîtres :\nUytterschaut et Cassiers. Et encore ce dernier a-t-il abandonné la vraie aqua-\nrelle pour le genre plus épais de la gouache impressionniste. La simple\njuxtaposition des deux procédés justifie amplement la belle fidélité de\n M. Uytterschaut. La fantaisie de la tache multicolore sur carton pelucheux\npeut séduire un instant, comme nouveauté intéressante. Mais c'est un article-\nde mode. La vraie aquarelle, celle d'Uytterschaut surtout, appartient à l'art\npur. On y reviendra.\n    Il y a peu de « noir et blanc » au Salon, mais il y en a d'excellents. Une\nmention spéciale revient aux personnages endeuillés de M. Van Haelen.\n    Je m'aperçois que dans cette revue j'ai oublié ce que l'on convient d'appeler\n le clou du Salon : les œuvres de Jan Stobbaerts et du défunt Joseph Stevens.\nJe ne veux pas dire de mal de Stobbaerts, parce que beaucoup de mes\n confrères en critique d'art s'accordent à lui reconnaître un talent énorme. Je\n n'en disconviens pas; cependant ses intérieurs d'étables et de boucherie, ses\n fumiers, ses purins, ses gorets et ses bœufs qu'on saigne me laissent indiffé-\n rent, malgré la belle pâte grasse et chaude généreusement répandue sur la\n toile. Le bon Joseph Stevens me plaît davantage. Il aime les chiens que\n nous aimons tous. Il y a encore un peu d'humanité dans ces fidèles amis\n de l'homme. Et en certains de ses tableaux, comme les deux grands\n bœufs blancs sous un même joug, il y a une note de grandeur poétique qui\n émeut.\n\n                                                               F. VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "384                              DURENDAL\n\n\n\n            La Sculpture au Salon de Printemps\n   Plusieurs œuvres du compartiment de la sculpture au Salon de Printemps\nméritent d'être signalées. Il y a d'abord le grand groupe équestre du comte\nde Lalaing, dont nous n'avons plus à parler, l'ayant fait dans une chronique\nantérieure.\n   Godefroid Devreese se distingue entre tous, non seulement par ses mer-\nveilleuses médailles, mais encore par son superbe vase en bronze, d'une belle\ndimension, destiné au parc de Mariemont.\n   C'est avec une profonde mélancolie que nous avons contemplé les splen-\ndides œuvres de ce pauvre Boncquet que la mort vient de faucher impitoya-\nblement au moment où il arrivait à la pleine maturité. Nous aurons l'occasion\nde reparler de lui lors de l'exposition de ses œuvres que préparent ses amis\net ses admirateurs.\n   Nous avons remarqué aussi de très beaux bustes de Vinçotte, Samuel,\nMarcel Wolfers, J. Marin. Les bustes de Vinçotte sont comme toujours d'une\nperfection absolue. Celui du duc d'Ursel est impressionnant de vie et d'intel-\nlectualité. Le buste exposé par le jeune Wolfers promet un artiste. Le bas-\nrelief La prière de de Tombay est très beau.\n   Enfin nous avons découvert, à notre grande joie, une statuette de sainte\n(enfin!) qui n'est pas banale du tout, qui est même fort belle, très artistique,\ndénotant une vraie compréhension de l'art religieux, nous voulons parler de\nla statue de sainte Alice, exposée par Jules Jourdain.    HENRY MŒLLER.\n\n\n                          Les Violons d'Ingres\n   Le 13 mai s'est ouvert, à la Galerie Boute, le spirituel Salonnet des écri-\nvains-peintres où, sous l'égide d'un mode un peu moqueur, ces messieurs de\nla plume exposaient de la peinture : impressions, œuvres, « chefs-d'œuvre »\n(voyez préface du catalogue). La modestie n'est pas de ce monde.\n   Ces messieurs tous nés malins, après s'être offerts en holocauste, à la dent\nvengeresse de la critique des peintres, se retranchent prudemment derrière\nles planches protectrices de leurs Violons d'Ingres. Tout le monde connaît la\nprédilection qu'avait Ingres pour son talent de violoniste qu'il ne permit\njamais que l'on contestât, alors qu'il souffrit avec une grâce parfaite d'être\ncritiqué dans ses œuvres les meilleures. Donc, messieurs Lemonnier, des\nOmbiaux, Maus, Dumont-Wilden, Séverin, etc., e t c . , comme vous jouez\nbien du violon, c'est-à-dire du pinceau, parce que votre peinture, c'est-à-dire\nvotre littérature... peuh!...\n   Voyez les dessins de Van Lerberghe, d'une ligne souple et languissante\n(quel délicat coup d'archet), parfois d' une exquisité frêle, nonchalante et un\n peu maladive.\n   Les pastels vibrants de notre maître Lemonnier, où les vives essences que\n son cœur aime et admire avec reconnaissance, chantent en mode majeur des\n cantiques à notre bonne mère « La Terre » que nous devons vénérer, pour\n notre salut artistique, comme l'a aimée et vénérée celui qui, ici encore, la\n chante et la proclame avec tant d'amour.\n"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3439, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                       385\n\n   Voyez aussi les impressions que' nous donne notre cher écrivain wallon,\nMaurice des Ombiaux, de son beau pays qu'il chérit, il chante ici encore les\nbonnes et simples chansons dont ses livres nous ont bercés si souvent, voyez\nquelles douces harmonies dans Le lac d'Opale et Peupliers roses.\n   D u m o n t - W i l d e n n o u s enchante par ses esquisses à l'huile, d'une finesse\nrare et d'une distinction raffinée, son paysage blond et sa marine sont un\nenchantement pour le regard.\n   Octave Maus, directeur de la glorieuse Libre Esthétique, expose deux bonnes\npeintures, d'une esthétique fort peu libre, mais d'un charme de couleur éton-\nnant.\n    Voyez ensuite les beaux et très prenants dessins de F e r n a n d Séverin, d'un\nmétier certain et d'une émotion sincère, ce sont autant de petits poèmes aussi\nparfaits que les pièces en vers de ce poète attentif et recueilli.\n    Marcel Angenot d o n n e la sensation d'être un peintre. Voyez et vous serez\nsurpris de la délicatesse de ses valeurs, comme il sait cadencer ses n u a n c e s . . .\nSon petit dessin Toits sous la neige et son grand tableau Les nuages sont d'une\nexpression juste et pleine de c h a r m e .\n    Emile Bachat expose son portrait d'une facture sèche et fine ; d'une expres-\n sion qui rappelle les très primitifs allemands.\n    Grégoire Leroy, avec u n e ardeur farouche, brosse tous les sujets ; paysages\n de lumière, clairs de lune, paysages lugubres, des marines, u n puits, des\n moutons, et encore u n e « idylle » d'un styie indiscutable et non moins\n farouche; son portrait de Van L e r b e r g h e pourrait à certains jours figurer celui\n de Verhaeren ; c'est de la peinture à double emploi (une bonne leçon pour\n l'avenir de nos portraitistes... qu'on se le dise!).\n    Puis voici S a n d e r P i e r r o n , l'écrivain en titre de la Forêt de Soignes, qui ne\n dessine pas trop mal les paysages, tout de même un peu « illustration pour\n Guide Castaigne », des environs de Bruxelles; d a n s le genre « à l'huile »,\n M. Sander P i e r r o n a inventé la peinture économique (encore u n e leçon) tant\n on voit la toile à travers ses deux maigres chandeliers.\n    Quant à Maurice Kufferath, il n'est vraiment pas la peine d'être directeur\n du théâtre de la Monnaie q u a n d on sait aussi bien peindre et si joliment\n dessiner, et je présume du reste, sans me tremper, que son talent aura rendu\n plus d'un peintre jaloux.\n    Max E l s k a m p innove la gravure sur bois avec un art et un talent qu'il\n faudrait aller rechercher à des temps très anciens; sa série Les Notre-Dame sont\n d'un charme archaïque délicieux, ainsi que son Alphabet de Notre-Dame la Vierge.\n    Auguste Vierset voit sec. Léon W é r y trop gras. Marius R e n a r d voit trop\n  maigre. Robert S a n d voit très b i e n ; la preuve, ses deux eaux-fortes de belle\n allure. Georges R a e m a e k e r s expose des portraits de J . - K . H u y s m a n s et\n  d'Ed. N e d et un Christ à la colonne.\n     Hippolyte Fierens-Gevaert expose un projet de nouveau guignol (exécuté\n  par E . Sneyers) dont nous avons surtout admiré l'esquisse enlevée de main\n  de maître — il pourrait avec avantage remplacer le vieux guignol du « M o r t\n  des Arts ».\n     Et voilà ! que pensez-vous de mon concerto pour violon .. ?\n                                                                    FRANÇOIS BEAUCK.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-013", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 386, "page_fin": 389, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique Musicale Concerts", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 457, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "Chronique Musicale\n\n                                Concerts Datant\n    E c o l e s S c a n d i n a v e e t t c h è q u e . — Smetana et Dvorak sont les deux\nreprésentants les plus autorisés de la renaissance musicale tchèque au\nXIXe siècle, et si l'art de Smetana est marqué d'une empreinte personnelle plus\npuissante et mieux caractérisée, Dvorak l'emporte sur ce dernier par sa plus\ngrande etplus universelle faculté d'aborder les divers domaines de l'expression\nmusicale, Smetana s'étant confiné dans la forme de l'opéra avec quelques\nrares incursions dans celle du poème s y m p h o n i q u e et dans la musique de\nc h a m b r e , tandis que Dvorak a écrit des symphonies, des cantates, de\nn o m b r e u x ouvrages de musique de c h a m b r e , des lieder, etc.\n    La deuxième symphonie de Dvorak (ré mineur) par laquelle débutait le\nconcert est une œuvre d'intérêt soutenu où l'inspiration coule riche et pure\nsurtout d a n s les deux dernières parties et où les idées musicales développées\nsont pleines de charme sinon d'une originalité très frappante.\n    Comme le dit excellemment Ernest Closson d a n s son intéressante notice\nsur Grieg : « Son inspiration personnelle a tous les attributs de la muse\npopulaire, à la fois primesautière et un peu courte, caractères qui se\nmanifestent surtout dans l'allure à la fois sauvage et assez rapsodique des\nsonates, du quatuor et du concerto de piano. Aussi Grieg excelle-t-il plutôt\ndans les petites formes, d a n s le lied, où quelquefois il approche des grands\nmaîtres allemands, et dans la petite pièce lyrique pour p i a n o , genre inauguré\npar S c h u b e r t et Field, continué par Mendelssohn et S c h u m a n n , et qu'il a\nlui-même enrichi de véritables modèles. »\n     Bien que les Danses symphoniques, et ensuite deux morceaux lyriques pour\norchestre à cordes aient bénéficié d'une exécution attentive, ornée de fines\nnuances et généreusement rythmée, l'intérêt du programme Grieg se trouvait\nsurtout d a n s les belles interprétations d'Arthur De Greef, dans le Concerto en\n la dont il a donné une réalisation magnifiquement vigoureuse et colorée,\n puis dans la série de pièces pour piano où nous noterons spécialement le\n pittoresque Cortège nuptial et l'hymne ému Au printemps qui est à nos yeux\nl'inspiration la plus exquise du maître norwégien.\n    C'est à juste titre que M. Félicien D u r a n t a voulu compléter Grieg par\n Svendsen en opposant l'une à l'autre les œuvres des deux compositeurs. Si\n par la poésie des conceptions, la saveur folklorique et la profondeur de\n l'inspiration, Grieg est supérieur à Svendsen, il est non moins incontestable\n que ce dernier égale Grieg pour raffinement des harmonies et le dépasse par\n"}, {"page_pdf": 458, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3363, "texte": "                             CHRONIQUE MUSICALE                                      387\n\nla science du développement et de l'orchestration. Svendsen était représenté\nau p r o g r a m m e par la célèbre romance pour violon que Doehaerd joua avec\ntoute son âme et par le Carnaval nonvégien pour orchestre, intéressant au\npoint de vue du folklore mais auquel, comme expression typique du génie\nde Svendsen, nous eussions de beaucoup préféré le scintillant Carnaval de\nParis on, mieux encore, cette délicieuse Zorohayda, illustrant u n e légende de\nla Rose de l'Alhambra (dont la dernière exécution à Bruxelles a été donnée\naux concerts Ysaye en 1900), le poème le plus évocatif, le plus imprégné de\n rêve qu'ait écrit Svendsen, peinture idéale où toutes les ressources de sa\n palette sonore s'attestent dans une richesse de tons infiniment doux, subtils\n et caressants.\n\n   La m u s i q u e r u s s e . — D'abord la majestueuse et chatoyante ouverture\nde Rimsky-Korsakoff, La Grande Pâque russe, de structure é t o n n a m m e n t\noriginale, triomphalement édifiée sur les magnifiques chants de la liturgie\nnationale. P u i s la deuxième S y m p h o n i e de B o r o d i n e , si largement conçue et\nhautement significative, tant par ses vertus pittoresques et l'intensité de ses\nbelles envolées expressives que par la saveur de ses rythmes et la délicatesse\nde ses colorations. A côté de ces deux productions maîtresses de la littéra-\nture s y m p h o n i q u e russe, qui furent très finement et noblement interprétées,\nle Concerto pour violon de Tschaïkowsky ne pouvait paraître que d'intérêt\nsecondaire, bien qu'il soit d'une inspiration élégante, surtout dans la\n Canzonetta. Il fut joué par E u g è n e Dubois, un j e u n e violoniste élève de\n T h o m s o n , avec autant de charme et de verve que d'aisance et de limpidité.\n Glazonnoff, disciple de Rimsky-Korsakoff et qui dans la génération contem-\n poraine des musiciens russes apparaît l'un des mieux doués, figurait égale-\n ment au p r o g r a m m e avec deux œuvres orchestrales, un Cortège solennel et une\n composition élégiaque poétique et attachante intitulée : A la Mémoire d'un\n Héros.\n\n     L'école f r a n ç a i s e . — On y a entendu la S y m p h o n i e de P a u l Dukas, qui\n compte parmi les productions les plus solides, les plus vivantes et les plus\n vraiment musicales de l'Ecole française, composition à la vérité plus pitto-\n resque que profonde, car l'unité d'inspiration, concentrée dans quelque idée\n forte et victorieuse, lui fait défaut, et elle apparaît moins une œuvre de\n musique pure que la somptueuse illustration s y m p h o n i q u e de quelque poème\n romantique, violent et orageux, qui n'aurait pas été écrit.\n     N o u s avons apprécié la Mer de Debussy, lors de sa première exécution aux\n Concerts P o p u l a i r e s en 1905. E n dépit d'harmonies souvent suggestives et\n des ingéniosités de l'écriture orchestrale, toute cette mosaïque de sonorités\n  flottantes qui se dissémine en rumeurs éparses, en impressions minuscules et\n fragmentaires n'évoque d'aucune manière la grande synthèse tragique ou\n  harmonieuse de l'Océan.\n     L e Lied p o u r violoncelle de Vincent d'Indy, d'où émane un charme mélo-\n  dique si enveloppant, a été rendu par M. K ü h n e r avec un sentiment très pur\n  et élevé, tandis que le Concerto en sol mineur pour piano de Saint-Saëns, où\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "388                                   DURENDAL\n\n\n\nl'on reconnaît l'influence de Mendelssohn et de Liszt tout à la fois, et dont\nle Scherzo ailé et gracieux constitue la partie la plus caractéristique, était\nexposé par De Greef avec sa maîtrise et son brio coutumiers. Il est regrettable\nque l'on ait cru devoir supprimer du p r o g r a m m e la S y m p h o n i e Cévenole pour\npiano et orchestre de Vincent d ' I n d y , cette composition si remarquable\nayant été fort rarement exécutée à Bruxelles, alors que le Lied pour violon-\ncelle et le Concerto de Saint-Saëns a p p a r t i e n n e n t au répertoire courant.\n\n\n\n                           Dernier Concert Ysaye\n   Les concerts Ysaye, qui ont été si particulièrement intéressants pendant la\nsaison d'hiver écoulée, ont eu leur digne c o u r o n n e m e n t d a n s une audition\nextraordinaire d o n n é e par le g r a n d violoniste qui est u n e des gloires d e notre\np a y s . E u g è n e Ysaye a joué trois concertos p o u r violon, le Concerto grosso\nn° XIII de Corelli, aux chants suaves et printaniers, qu'il rendit avec autant\nde grâce et de pureté exquise que d'ampleur magistrale d a n s la sonorité.\nE n s u i t e le Concerto en sol majeur de Mozart, qui renferme cet Adagio extasié\nberçant l'âme en des sphères idéales de b o n h e u r inaltéré, enfin le Concerto\nde Beethoven, où le poète inspiré qu'est Ysaye, atteint aux plus fiers som-\nmets de l'art interprétatif. Ces exécutions vibrantes ont valu à l'admirable\nvioloniste d'interminables ovations. A u r a p p e l , il joua avec une verve étince-\nlante et dans u n intense rayonnement d'allégresse le finale du deuxième Con-\ncerto de Max B r u c h .\n   Sous la direction autorisée de T h é o Ysaye, l'orchestre a été s u p e r b e . Il a\nfait ressortir d a n s l'Introduction de Fervaal tout ce que cette belle page\ncomporte de poésie et de g r a n d e u r , et a d o n n é de l'Apprenti Sorcier de\nDukas u n e interprétation tout à fait r e m a r q u a b l e d'accent, d'esprit et de\npuissance.                                                  GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n\n                         Compositions musicales\nSix motets liturgiques, pour une ou deux voix égales avec orgue, p a r\n    F . VERHELST. — (Bruxelles, chez l'auteur, 24, rue d'Oultremont.)\n    Ces six petits motets par l'auteur du bel Ave Maria ont u n caractère de piété\nintime et touchante qui, à mon avis, placent leur auteur au tout premier rang\nde nos compositeurs liturgiques. Ces qualités s'affirment déjà dans Ad te levavi,\nmais surtout dans Homo quidam, qui est une composition exquise. R e m a r q u e z\nn o t a m m e n t la phrase Venite. L e Panis angelicus, qui suit, est très recueilli et\npénétrant. D a n s le Quantum in cruce, l'auteur a très bien moulé la musique sur\nl'admirable poésie. L e Rosa vernans est u n e sorte de lied liturgique très gra-\ncieux. Enfin, les invocations Salve virga florens me plaisent b e a u c o u p par leur\nallure simple et enthousiaste.\n    Cela n o u s change un p e u . . . enfin... des rengaines du bon style d'église.\nChaleureuses félicitations à l ' a u t e u r !\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                  389\n\nRecitatio textus liturgici comitante organo. — (Hal, chez l'au-\n  teur, A. Moortgat.)\n   Le distingué maître de chapelle de Notre-Dame de H a l est déjà avantageu-\nsement connu de nos lecteurs par ses messes et ses deux g r a n d s recueils de\ncantiques. Voici de lui u n e œuvre d'utilité pratique pour les organistes-\nchantres. Ceux-ci, en effet, sont tenus d'exécuter toutes les parties de la\nmesse ; mais, à cause de la fatigue, qui en résulte, ils sont autorisés à chanter\ncertaines parties recto tono en s'accompagnant à l'orgue. Ce recueil-ci (en atten-\ndant d'autres) c o m p r e n d des accompagnements de ce genre pour la grand'-\nmesse et pour la messe des morts. L'harmonisation est très bien faite, ce qui\nn'étonnera p e r s o n n e . Elle se base sur la méthode du chanoine Van D a m m e .\n(Voir la préface.)\n  Souhaitons grand succès à cet excellent recueil.\n                                                                Jos.   RYELANDT.\n\n\nO f f r a n d e . — L e s B a i s e r s . Mélodies pour u n e voix, par FRANÇOIS\n   BEAUCK. — (Bruxelles, Breitkopf et Haertel.)\n   Les lecteurs de Durendal ont eu plus d'une fois l'occasion d'apprécier les\ndessins de François Beauck, créations empreintes d'une singulière énergie et\nintenses de vie expressive. Mais ce n'est pas exclusivement d a n s le domaine\ndes arts g r a p h i q u e s que Beauck cherche à extérioriser son rêve de beauté.\nLes deux mélodies, Offrande et Baisers, qu'il vient de publier chez Breitkopf\net dont les paroles écrites par lui-même (dans l'Offrande) attestent une âme de\npoète, sont des œuvrettes de fine musique et d'un sentiment très sincère.\nVOffrande        surtout se recommande par son ingénuité savoureuse et les\ncolorations souvent délicates dont s'y parent les harmonies de l'accom-\npagnement.\n                                                                       G. DE G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-014", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 390, "page_fin": 397, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES Au milieu du chemin de notre vie", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 461, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "LES LIVRES\n\nA u m i l i e u d u C h e m i n d e n o t r e v i e , poèmes légendaires, sym-\n    boliques et religieux, par d o m BRUNO D E S T R É E , O. S . B . , avec u n e lettre\n    du cardinal MERCIER. — (Paris, Bloud).\n    « F r è r e Pacifique, qui était poète d a n s le siècle, rapporte le Miroir de Perfec-\ntion, devait aller, selon l'intention du b i e n h e u r e u x François, chanter le\ncantique des créatures par les routes, pour la conversion des peuples à\npénitence... »\n    Olivier-Georges Destrée était poète d a n s le siècle; dom B r u n o Destrée est\npoète dans le cloître. Il chantait — et il chante. J a d i s , il cueillait l'émotion\ndélicate de ses Poèmes sans rimes sur les chemins de l'Angleterre et de l'Italie où\nil aimait errer ; partout où ses yeux et son âme s'étaient enchantés devant\nles puretés et les simplicités de la beauté. Ainsi, u n e religion s'était formée\nen lui, indécise mais radieuse, faite d'impressions, de jouissances spiri-\ntuelles, de nobles souvenirs, et servie par des prêtres qui étaient des\nartistes, des poètes ou des héros. Religion tout h u m a i n e , cependant,\nqui s'exaltait dans l'expression d'un vers, dans la ligne harmonieuse d'un\nédifice ou d'une cime, dans la couleur d'une fresque — images qui s'impri-\nment, c o m m e des illustrations, en marge de notre pensée et dont la mémoire\nse réveille en nous en même temps que celle des rêves et des aspirations\n dont elles étaient devenues l'occasion.\n    « N o u s sommes faits de la même étoffe que nos rêves », disait S h a k e s p e a r e .\n De même, notre idéal ne nous est pas extérieur, mais consubstantiel :\n nous n'avons pas à le trouver au dehors, mais bien à le dégager en n o u s -\n m ê m e , à le tirer du tréfonds obscur où il git, à la fois a p p a r e n t et caché.\n Olivier-Georges Destrée ne cherchait p a s ; il se cherchait : L'idéal, la vocation,\n préformés en lui, dénoncés d a n s toutes les dilections de son art et dans\n tous les choix de sa pensée, ne devaient qu'à la longue, sous l'im-\n pulsion d'un travail secret, s'élucider complètement à ses propres yeux,\n surgir tout à coup devant ceux-ci dans toute leur magnifique évidence...\n     De sorte que l'idéal dont l'auteur des Poèmes sans rimes se montrait animé se\n manifeste également, mais élargi, agrandi, non plus spéculatif, mais positif;\n non plus esthétique, mais religieux, dans ce nouveau recueil de poèmes. La\n joie de l'art est restée; la joie de Dieu, venue, et de l'harmonie et de la\n confusion de ces deux joies sont nées n o m b r e de pages brillantes comme des\n  fresques et chantantes comme des h y m n e s .\n     E t ce sont les belles histoires, colorées et fines comme des enluminures, de\n  Sainte Dorothée, qui envoya des roses du P a r a d i s à l'incrédule T h é o p h i l e ; de\n  saint J e a n Gualbert, qui vit le Christ crucifié d a n s les yeux suppliants de son\n"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3516, "texte": "                                     LES LIVRES                                     391\n\nennemi t e r r a s s é ; ce sont les Mages, récits dont nos lecteurs ont eu, jadis, la\nprimeur, et dans la trame desquels l'auteur a su unir avec un art c h a r m a n t\net imprévu l'histoire, la légende et les réminiscences d'une imagination\nfraîche et éclatante. E t le volume se termine par une série de poèmes symbo-\nliques et religieux, d'une belle élévation de pensée et de foi, graves comme Trois\naspects de Dieu; gracieux ou touchants, comme A la fontaine, Sur les oiseaux, ou\ncomme celui où nous apparaît « le cœur toujours tremblant de frère Pusil-\nlanime », si petit devant Dieu si g r a n d . . .                 ARNOLD GOFFIN.\n\n\nLettres à l'Elue,           confession d'un intellectuel, par T A N C R È D E DE VISAN. —\n    (Paris, Vanier.)\n   Durendal eut la primeur, cet hiver, de quelques fragments de ces lettres, où\nun fiancé, qui ressemble b e a u c o u p à M. T a n c r è d e de Visan, fait en compa-\ngnie de l'Elue un pèlerinage sentimental à travers son enfance et sa jeunesse.\nOn n'a certes pas oublié ces pages sincères, graves et tendres, si émouvantes\nsouvent, qui plaisent plus encore d a n s le livre digne d'elles tout entier.\nN'est-ce pas un peu de notre propre passé qui revit d a n s nos mémoires,\nlorsque H e n r y , parcourant avec Mad la vénérable d e m e u r e paternelle,\nparadis terrestre de ses premiers ans, plus chère d'avoir été désertée, lui\nmontre tour à tour la vieille cuisine où « tout a revêtu une couleur de légende\net de pain bis », l'escalier de service « aux marches valétudinaires », à la\nrampe de bois « le long de laquelle il s'est laissé glisser si souvent avant de\nrouler sur la pente de la vie », et les greniers n o m b r e u x , celui de l'avoine,\ncelui des oignons, celui des noix, le fruitier au délicat et complexe parfum,\net celui qui ne porte aucun nom particulier, asile des chauves-souris? Voici le\nparc, théâtre favori d é ses primes jeux, à l'âge où sa chimère animait la terre\net le ciel, découpait dans l'espace des forêts enchantées, les peuplait à sa\nguise de monstres biscornus et de fées trop pâles, où son imagination\nenfantine « n'avait besoin que d'une fleur, d'un clairon et d'un trou pour\négaler les plus fougueux géants et dompter la nature ».\n   Mais c'est lorsqu'elle pénètre pour la première fois d a n s le cabinet de\ntravail de H e n r y , que Mad franchit véritablement le seuil de son âme, où\nelle va régner. Avant de s'asseoir à sa droite, H e n r y tient à disposer « toute\nsa vie au pied du tribunal de l'Elue » : ces lettres sont la confession intel-\nlectuelle d'un jeune h o m m e moderne, pareil à tant d'autres et plus heureux\nque beaucoup, que l'orgueilleux désir de connaître, c'est-à-dire de critiquer,\nemporta pour u n temps loin des certitudes ancestrales, mais q u ' u n e doulou-\nreuse expérience y a r a m e n é . Le mirage d'une raison trompeuse, l'éclat d'une\naurore mensongère l'appelaient là-bas. Jeune esprit m o r d u par le monstre de la\nmétaphysique, il a voulu courir l'aventure, se dévêtir de tous les préjugés\nessentiels à sa conservation, entreprendre de gaspiller avec lucidité le trésor\nde sagesse légué par sa race, épuiser la coupe de toutes les philosophies. Il a\nrésolu de régler ses actes, d'après les canons d'on ne sait quelle raison p u r e ,\naprès avoir jeté derrière son épaule, comme ses amis, toute croyance, c'est-\nà-dire tout principe de vie. Ainsi, p e n d a n t trois années, il explore, en com-\n"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3566, "texte": "392                                   DURENDAL\n\n\n\npagnie des idéalistes a l l e m a n d s , le pays de l'intelligence : il en revient\nfourbu. P e u à p e u , lui est a p p a r u e la vanité de cette science. U n e crise\nd'hébétude et de dégoût succède à l'ivresse cérébrale.\n    C o m m e il était resté q u a n d m ê m e , adhérentes aux racines de son âme,\nquelques mottes du terreau nourricier, il souffre atrocement. P e u à peu,\nsa conscience « façonnée par les siècles et incapable de s'évader de sa\ncourbe » le ressaisit. « Toute théorie est grise, dit Méphistophélès, qu'il\ncommence à c o m p r e a d r e ; mais l'arbre précieux de la vie est vert. U n individu\nqui spécule est c o m m e un animal promené par u n génie malin sur une\nbruyère aride, tandis qu'à l'entour s'étend u n gras p â t u r a g e . » L'amour\nprofond de la nature, le goût de la poésie, fidèlement gardés, lui facilitent le\nretour. Après s'être aventuré au bord des abîmes de la pensée, il s'en revient\ndoucement, par des chemins battus, se guérir de son vertige et respirer des\nroses, dans la compagnie de gens simples, au pied des montagnes paternelles.\nU n m ê m e élan de vie le pousse à regagner l'ancienne sécurité, qu'il avait\nimmolée, dans l'espoir de plus hautes satisfactions. L'expérience était\nconcluante : c'était bien dans son premier séjour que résidait son véritable\naccroissement. Il ne désire plus qu'une âme d'enfant : renaître dans la\nsimplicité. C'est ainsi que la voix de ses morts, l'enseignement de la terre, le\nramènent de force au carrefour de la tradition, le font rentrer dans ses\nlimites, lui enseignent, selon sa forte expression, à « s'asseoir par terre ». Et\nce retour est profondément pathétique,\n    On reconnaît sans peine ici les doctrines traditionalistes chères à deux\nécrivains que M. T a n c r è d e de Visan salue volontiers comme ses maîtres,\nAdrien Mithouard et Maurice Barrés. Elles sont en faveur, encore que\ndiscutables. Aux yeux de plusieurs qui croient à l'absolu, les voix de la terre\net des morts restent un critérium insuffisant. P o u r q u o i nos missionnaires\ns'en vont-ils en Chine, si M. Maurice Barrès a raison?\n    La prose de M. T a n c r è d e de Visan est ferme et n o m b r e u s e . Elle frappe\nsouvent par la force et la justesse expressives, par la beauté des images\nsimples, familières, neuves p o u r t a n t , par u n e véritable richesse verbale.\n Quelque préciosité parfois. Elle joint à la précision du philosophe le lyrisme\n du poète. C'est un poète pieusement filial qui évoque ces nobles figures : le\n père de H e n r y , le grand père de Mad, fermes d a n s la foi héréditaire, d'une\n majesté si patriarcale, d'une si tendre gravité. E t comment ne serait-elle pas\n fière, Mad, q u ' u n aussi pur visage de vierge aimante ait été peint amoureu-\n sement d'après elle? Les Lettres à l'Elue promettent « quelqu'un ».\n                                                                                M. D.\n\nA v r i l , par Louis D E L A T T R E . — (Bruxelles, Lamertin.)\n   L e bon éditeur L a m e r t i n et le bon conteur Louis Delattre ont comploté de\nnous donner ensemble un bon gros volume, substantiel, solide, paré d'un\ntitre qui fut comme u n e promesse de fleurs, de sourires, de j e u n e s s e . . . E t l'un\naidant l'autre, le premier d o n n a n t ses presses et ses soins intelligents; le\nsecond, faisant u n e sélection parmi la riche a b o n d a n c e des Contes de mon village,\ndes Miroirs de Jeunesse et d'Une rose à la bouche, ils nous présentent cette belle\ngerbe rustique et parfumée : Avril.\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3542, "texte": "                                   LES LIVRES                                   393\n\n    Rien ne s'est flétri en ces pages charmantes où Delattre. a imagé, avec u n\nart fait d'observation fine et de malice attendrie, les choses et les gens d e son\npays, et les simples, et les enfants. « Observateur éveillé, peintre alerte, poète\ncoquet », ainsi Georges Eeckhoud qualifiait-il Delattre dans la préface émue\nqu'il écrivait en 1890, pour les Contes de mon village. On ne saurait plus\njustement dire aujourd'hui encore, si l'on considère l'ensemble de l'œuvre d e\nDelattre, en ajoutant, toutefois, que les qualités désignées par ces épithètes\nn'ont cessé de croître, depuis, d e s'étendre, par la naturelle progression d'un\nesprit attentif à la vie, qui sait jouir d'elle, l'aimer et la saisir non seulement\nd a n s la joie, mais où elle est plus profonde et plus troublante, dans la\nsouffrance...                                                   ARNOLD    GOFFIN.\n\n\nL ' I l e p a r f u m é e , par AUGUSTE VIERSET. — (Bruxelles, Weissenbruch.)\n   D a n s u n volume artistement illustré, M . Vierset nous fait faire avec lui le\nvoyage délicieux de l'Ile parfumée. Fin notateur et poète, il évoque à chaque\ntournant d u chemin la Corse pittoresque légendaire et a r d e n t e . D e petits\ntableaux exquis, d e s sensations riantes, d e s traits pris sur le vif, des anec-\ndotes épinglées a u passage. Plusieurs chapitres seraient à citer tout entiers\ncomme témoignant d'un sens délicat de la couleur et d'un style lumineux.\nElle vous h a n t e encore, le livre fermé, cette île étrange inconnue encore des\ncohortes d e touristes, foyer d'héroïsme, de banditisme chevaleresques et de\ntragique beauté.                                                          P.N.\n\nQ u a t r e a r t i s t e s l i é g e o i s : A. Rassenfosse; Fr. Maréchal; A. Donnay ;\n   Em. Berchmans, p a r MM. D E S OMBIAUX. (Collection des Artistes belges con-\n   temporains.) U n vol. illustré de 48 planches hors texte, en typogravure. —\n   (Bruxelles, Van Oest, éditeur.)\n   L'auteur de ce livre, présenté de la façon la plus élégante et avec u n e\nillustration a b o n d a n t e et des mieux réussies p a r la maison Van Oest,\nM. Des O m b i a u x fait précéder les études qu'il consacre à MM. Rassenfosse,\nMaréchal, D o n n a y et B e r c h m a n s d'un rapide précis sur l'Art à Liége, depuis\nles origines jusqu'à nos jours, précis qui, à cause, sans doute, de sa brièveté\nnécessaire, comporte certaines exagérations de fait et certaines inexactitudes\nde perspective. Q u e Liége ait connu, a u x XIIe et XIIIe siècles, u n e remar-\nquable efflorescence artistique ne fait pas doute, sans, cependant, q u e l'on\npuisse, avec M. Des Ombiaux, qualifier cette ville d e « Florence d u N o r d ».\nIl y a là quelque disproportion. P l u s loin, on ne peut s'empêcher de tenir\npour un peu sommaire les données chronologiques qui permettent à l'auteur\nd'attribuer aux luttes malheureuses de Liége contre les ducs de Bourgogne la\ndécadence des arts qui florissaient chez elle et d'écrire : \" Les artistes...\ns'étaient envolés vers des contrées plus clémentes... Les frères Van Eych èmi-\ngrirent (?). L e s villes de F l a n d r e . . . convenaient mieux au développement d e\nleur génie qu'une cité archirançonnée, appauvrie pour longtemps. Ils\ny firent école et l'hégémonie des arts passa à Bruges, Gand et Anvers... ).\n    Mais c'est là la partie accessoire de l'ouvrage. Nous lui préférons les pages\n dans lesquelles M. D e s Ombiaux analyse avec u n e sympathique c o m -\n"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "394                                   DURENDAL\n\n\npréhension l'oeuvre attrayante et diverse des artistes délicats dont il s'est\nproposé de nous entretenir.\n   Cette œuvre, il nous la dit très bien et, en même temps, l'ouvrier, depuis\nses premiers efforts, les essais, les tentatives, d'où, lentement, sa person-\nnalité s'est lentement dégagée. T o u s quatre, sollicités, surtout, par la déco-\nration, apparaissent c o m m e de gentils esprits, ingénieux, subtils, déliés,\navec, parfois, chez Rassenfosse et chez B e r c h m a n s , u n e note de puissance\nou de profondeur. L e s uns c o m m e les autres sont, en tout cas, dans leurs\ntravaux gravés, dessinés ou peints, très représentatifs, sinon d'une école\nliégeoise, dont l'individualité ne se dégage pas très nettement, jusqu'ici, au\nmoins d'une t e n d a n c e esthétique, plus fréquente, peut-être, chez les\nW a l l o n s , et devant laquelle la réalité se présente non point comme un objet\nimmédiat d'émotion que comme le thème d'imaginations méditatives ou\nlégendaires...\n   M. Des O m b i a u x a utilement complété cet intéressant volume par le\ncatalogue très complet de l'œuvre de MM. Rassenfosse, Maréchal, D o n n a y\net B e r c h m a n s .                                              ARNOLD     GOFFIN.\n\n\nGrétry, par H ENRI           DE CURZON. — ( P a r i s , L a u r e n s . — Collection :\n    Les Musiciens célèbres.)\n    Grétry, qui fut u n peu le Gluck de l'opéra comique, car, de m ê m e que\nl'auteur d'Alceste, il chercha à réaliser dans ses œuvres la plus grande vérité\nd'expression, en eût été vraiment le W a g n e r (Richard Cœur-de-Lion contient\nde véritables motifs conducteurs) s'il eût possédé la science avec l'imagination\net si, pour ses comédies lyriques, il eût pu se passer de tout concours\nétranger. Mais sa « claire vue de l'idéal auquel devait tendre la musique\ndramatique dépassait les facultés qu'il possédait en lui pour y atteindre ».\n C o m m e Gluck, il « plaça au théâtre les lois de la vie et de la passion avant\ncelles de la science » ; comme W a g n e r , il proclama la p r é d o m i n a n c e absolue\nde la mélodie dans la musique d r a m a t i q u e . Il faut, posait-il en principe, que\nla musique chante, quelle chante par les voix, qu'elle chante, si elle peut, par les accom-\ngnements, mais alors, à condition que ceux-ci soient aussi d'inspiration et non le résultat\nd'un travail forcé.\n    Sans pouvoir assigner le temps précis où elle s'opérerait, Grétry prophé-\ntisait un siècle à l'avance cette réforme du théâtre lyrique dont W a g n e r fut\nl'admirable artisan. Il faut créer un art nouveau, disait Grétry, qui consistera\nd a n s une juste proportion du chant pur, de la déclamation et de la sym-\np h o n i e (à condition que celle-ci soit imprégnée de          mélodie)...       « Que la\nsalle de spectacle soit proportionnée à l'ouïe et à la vue, afin qu'aucun\ndétail de la musique, des paroles ou du jeu ne soit perdu ; qu'elle n'ait donc\nque mille places au plus, et toutes d'une m ê m e sorte, en amphithéâtre, sans\nloges; que l'orchestre soit voilé, invisible des spectateurs... U n batteur de\nmesure est le destructeur de toute illusion. »\n   E n cherchant avant tout la vérité d a n s la mélodie, Grétry écoutait P e r g o -\nlèse. E n travaillant à fortifier la mélodie par le soutien d'une harmonie\npénétrée elle-même de mélodie, il s'inspirait de l'exemple de Gluck.\n"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3174, "texte": "                                      LES LIVRES                                      395\n\n   Nous puisons encore dans la solide étude de M. de Curzon les appré-\nciations qui suivent : « L ' œ u v r e de Grétry est de celles qui survivent au\ntemps, car elle est faite à la fois de poésie et de vérité  Six opéras, la Fausse\nMagie, V Amant jaloux, Richard Coeur-deLion, le Tableau parlant, Zémire et Azor, et\nl'Epreuve villageoise constituent le fonds essentiel de l'œuvre de Grétry, celui\nqu'il faudrait maintenir à jamais en honneur. »\n\n\nPaganini, par J . - B . PROD'HOMME. — ( L a u r e n s , Paris.)\n   Du livre de M. P r o d ' h o m m e nous extrayons un détail intéressant ayant\ntrait à l'admiration passionnée de P a g a n i n i pour Berlioz à une époque où\nl'auteur des Troyens était encore peu goûté de ses contemporains :\n   Après u n concert donné par Berlioz au Conservatoire de P a r i s le\n16 décembre 1838, « P a g a n i n i , ce noble et grand artiste, est monté au\nthéâtre » (écrit Berlioz à son père), et m'a dit qu'il avait envie de s'agenouiller\ndevant moi; c o m m e je me récriais sur cette expression ouirée, il m'a entraîné\nvers le milieu de la scène, et là, en présence des quelques musiciens de mon\norchestre qui n'étaient pas encore sortis, malgré mes efforts, il s'est mis à\ngenoux devant moi, déclarant que j'étais allé plus loin que Beethoven.\n   Ce n'est pas tout         Voilà son fils, le petit Achille, charmant enfant de\n 12 ans, qui vient me trouver et me remet de la part de son père la lettre\nsuivante, avec u n présent de 20,000 francs           Voici la traduction de cette\nlettre :\n                           Mon cher ami,\n   Beethoven mort, il n'y avait que Berlioz qui pût le faire revivre; et moi qui ai goûté\nvos divines compositions dignes d'un génie tel que vous êtes, je crois de mon devoir de vous\nprier d'accepter, comme un hommage de ma part, 20,000 francs qui vous seront remis\npar M. le baron de Rothschild dès que vous lui aurez présenté l'incluse.\n   Croyez moi toujours                                     Votre très affectionné ami,\n                                                             NICOLO     PAGANINI.\n\n                                                                              G. DE G.\n\n\nLa Domination française en Belgique à la fin du XVIII e\n siècle et au commencement du XIX e , par M. J. DELHAIZE.\n   T o m e premier. — (Bruxelles, Lebègue et C ie .)\n   Il est de l'essence m ê m e de la liberté que celui qui la possède en jouisse\nselon le mode et dans les formes qui lui conviennent. Elle cesse d'exister dès\nle moment où l'usage en est réglé par la volonté d'autrui. Ces vérités, qui\nsont des truismes, ont toujours semblé inexistantes pour les Jacobins fran-\nçais, comme elles le semblent encore à nombre d'adeptes de théories ana-\nlogues aux leurs, tout prêts à imposer leurs conceptions par la violence,\nsous prétexte que les o p p o s a n t s sont inaptes à juger de leurs propres intérêts et\nvolontés!... Ils se gratifient ainsi d'un brevet d'infaillibilité doctrinale qui\nleur permet toutes les iniquités...\n   C'est le spectacle qu'ont d o n n é les républicains français, lorsque, à la\n"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "396                                     DURENDAL\n\n\nsuite des armées victorieuses de Dumouriez, ils se sont abattus sur notre pays,\nen émissaires de la Convention, pour faire danser nos populations au son\nde la Carmagnole et du Ça ira!... T o u t cela, naturellement, contre l'avis du\nsage Dumouriez qui, étant général et général h e u r e u x , était tenu en défiance\npar la démagogie parisienne. L e résultat prévu de cette politique fut de\nréunir les Belges, désunis depuis la révolution de 1797, dans u n e haine\nu n a m i n e d u nom français et de leur faire accueillir avec joie, après la\nbataille de N e e r w i n d e n , les Autrichiens autrefois détestés.\n    M. Delhaize nous d o n n e un récit sobre et bien d o c u m e n t é de cette période\nde nos annales, précédé d'une introduction où il résume à grands traits l'his-\ntoire de la domination autrichienne en nos provinces. Il m a r q u e judicieuse-\nment les effets bienfaisants chez nous du mouvement d'émancipation de la\nRévolution française, sans laisser de flétrir avec vigueur les excès jacobins et\nde déplorer leurs conséquences inévitables.\n   « S a n s la maladresse des Jacobins, écrit-il à ce propos, la F r a n c e aurait\npu assister et même aider à la formation de la jeune R é p u b l i q u e (belge),\nqui, une fois fondée et organisée, se serait, certainement et spontanément,\njetée d a n s les bras de la g r a n d e sœur et voisine...». P r é s o m p t i o n très hasar-\ndée, semble-t-il, car qu'elles que fussent ou qu'auraient pu être les sympathies\ndes Belges pour la F r a n c e , il est certain — toute leur histore le prouve - -\nqu'ils en nourrissaient encore bien davantage pour leur i n d é p e n d a n c e !\n\n\nSaint François de Sales, par FORTUNAT STROWSKI. Collection                       : La\n    Pensée chrétienne. — (Paris, Bloud.)\n    Saint François de Sales apparaît, comme l'écrit l'auteur de cet excellent\nlivre, « à mi-côte, entre le XVIe siècle et le XVIIe, plus voisin du XVIe siècle par\nle style, l'esprit et l'art, plus voisin du XVIIe par les goûts et les sentiments. »\nIl est doctrine, et forte, coordonnée, fondée d a n s l'expérience appronfondie\ndes â m e s ; et il est, en m ê m e temps, grâce étonnante et naïve, fantaisie\npoétique et fleurie, fleurie, quelquefois, jusqu'à une sorte d'afféterie, se hasar-\nderait-on à dire, ou de préciosité rustique.\n    Sa m é t h o d e est admirable, il a des ailes, comme les anges, d o n t il parle\nà Philothée dans l'Introduction à la vie dévote, mais qui, sur l'échelle de\nJ a c o b , « ne volent pourtant pas, ains montent et descendent par ordre,\nd'échelon en échelon ». Et il suit leur exemple, et, c o m m e eux, de degré\nen degré, il atteint les s o m m e t s . . .\n     M. F o r t u n a t Strowski nous donne en ce volume une anthologie exquise\nde la pensée de l'évêque de Genève, puisée dans ses ouvrages et dans sa\ncorrespondance; une anthologie dont les textes sont enchâssés dans un\ncommentaire analytique, qui les éclaire de la façon la plus heureuse et la\nplus perspicace.\n\n\n    L'Art         flamand    e t h o l l a n d a i s (Numéro d'avril.) — Notes abon-\nd a m m e n t illustrées et très intéressantes de M. de Bosschere sur les Vitraux\nde Lierre et d'Anvers. M. Brédieus signale u n Jordaens : Sainte famille (repro-\n"}, {"page_pdf": 468, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 896, "texte": "                               LES LIVRES                                 397\n\nduction), classé dans la collection Steengracht de La H a y e sous le nom de\nHontherst. Chroniques d'art : L'art contemporain, à Anvers; de Georges\nEeckhoud, des notes pleines de saveur sur l'Exposition Claus, au Cercle\nArtistique; sur la Libre Esthétique, etc.\n\nLes champignons aux chapelles d'Anvers, par M. DE Bos-\n  SCHERE.\n  L'auteur, archéologue et fureteur acharné et heureux, signale d'intéressantes\nrestaurations à effectuer à certains édifices anversois.\n\nLes Heures de Notre-Dame, dites de Hennessy, par PIERRE\n  BAUTIER. — (Revue de l'Université de Bruxelles.)\n   Bonne étude soigneusement documentée sur le beau manuscrit à minia-\ntures de la Bibliothèque royale, dont M. J. Destrée publia, jadis, une\nexcellente reproduction.\n                                                           ARNOLD    GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison06-015", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 398, "page_fin": 400, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Nous reproduisons dans ce numéro", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 469, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "NOTULES\n\n  Nous reproduisons dans ce numéro le modèle agrandi d'une\nmerveilleuse médaille, œuvre du jeune artiste JULES JOURDAIN.\nLe sujet de la médaille est l'UNION DE LA SCIENCE ET DE\nLA FOI. Cette médaille est frappée à l'occasion du cinquantième\nanniversaire de l'INSTITUT SAINT-LOUIS, de Bruxelles. La\nmédaille aura 30 millimètres de diamètre. Nous offrons nos plus\nvives félicitations à l'artiste. Il a fait un petit chef-d'œuvre.\n  Nous prévenons ceux qui voudraient acquérir la médaille qu'ils\npeuvent souscrire chez l'économe de l'Institut Saint-Louis, rue du\nMarais, à Bruxelles. Prix : fr. 2.50, en bronze; 3 francs, en\nbronze doré; 4 francs, en argent; 5 francs, en argent doré;\n50 francs, en or.\n                                    *\n    Le P r i x N o b e l . — Il est question, paraît-il, de décerner le Prix\nNobel, en p a r t a g e , à deux de nos plus g r a n d s écrivains : Maurice\nMaeterlinck et Emile Verhaeren. Inutile de dire que nous accueillons cette\nnouvelle avec enthousiasme. N o u s partageons en tous points les idées émises\nà ce sujet par notre confrère P a u l Spaak dans u n e lettre adressée au Petit\nBleu, dont nous détachons ce passage :\n    « Plusieurs fois, à propos de ce prix, les noms de Verhaeren et de\nMaeterlinck ont été prononcés, et, certes, parmi les écrivains qui, par leurs\nœuvres universellement admirées, méritent d'y prétendre, nuls ne semblent\nmieux qualifiés pour l'obtenir. L e u r talent diffère mais s'égale; l'un a la\nforce profonde, harmonieuse, sereine, même lorsqu'elle s'inquiète; l'autre, la\npuissance fougueuse, exaltée, frémissante, m ê m e lorsqu'elle s'adoucit ; tous\ndeux expriment ainsi les caractères essentiels du génie de notre r a c e ; tous\ndeux enfin ont u n e qualité c o m m u n e : la conscience de leur art. Mais, tout\nen étant foncièrement de chez nous, ils ont parlé un langage si largement\nh u m a i n , ont dit les angoisses, les soucis, les aspirations de la pensée contem-\nporaine avec un tel accent, u n e telle élévation, qu'ils ont bientôt cessé, pour\nleur gloire et la nôtre, de nous appartenir exclusivement.\n    » L'idée est donc heureuse de les présenter l'un et l'autre avec l'espoir que\nle prix, qui fut partagé déjà, se partagerait entre eux.\n    » C o m m e n t choisir du reste? P o u r q u o i choisir? E t quelles que soient chez\nn o u s les préférences personnelles — bien compréhensibles — de ceux qui\n"}, {"page_pdf": 470, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "                                          NOTULES                                          399\n\ns'intéressent au développement de notre art, peut-on douter cependant que\ntous ne préféreraient, pour l'honneur même de notre littérature, voir élus, le\nmême jour, ces deux hommes qui commencèrent leur effort aux heures\ndifficiles où la Belgique n'encourageait guère ses écrivains, et le poursui-\nvirent avec la même volonté tenace, la même foi, la même passion dés-\nintéressée. »\n                                     .*.\n  J e f L a m b e a u x , u n des maîtres de noire magnifique et     florissante\nécole de sculpture belge, vient de mourir à Bruxelles. N o u s consacrerons\nun article à l'artiste et à son œuvre dans notre prochain fascicule.\n\n                                              ***\n   L a S u r a b o n d a n c e d e m a t i è r e s nous contraint à différer encore\njusqu'à notre fascicule suivant la suite de l'article : « Joris-Karl H u y s m a n s\nd'après sa correspondance », par l'abbé H e n r y Mœller.\n                                             ***\n    V i e n t d e p a r a î t r e , chez l'éditeur Van Oest, à Bruxelles : L a\nP e i n t u r e e n B e l g i q u e (musées, églises, collections, etc.); L e s P r i m i t i f s\nF l a m a n d s , par H . F i e r e n s - G e v a e r t .\n    La publication du premier fascicule de l'ouvrage de M Fierens-Gevaert :\nLes Primitifs Flamands, constitue u n e sorte d'événement artistique et national.\nTous ceux qui, dans notre pays, ont le culte de nos maîtres d'autrefois, liront\navec le plus vif intérêt et le plus grand profit ce nouveau travail du grand\ncritique belge.\n    L'ouvrage sera complet en douze fascicules in-4°; il est question dans le\npremier des précurseurs du XIVe siècle et des frères Van Eyck, les illustres\nfondateurs de la peinture septentrionale dont, à l'heureactuelle,nul, d a n s notre\npays, ne connaît mieux que M. Fierens-Gevaert l'histoire et les œuvres. L e s\nfascicules suivants traiteront de Roger Van der W e y d e n , T h i e r r y Bouts,\nH u g o Van der Goes, Memling, Gérard David, etc. Toutes les œuvres de ces\npeintres, conservées en Belgique, seront reproduites l u x u e u s e m e n t ; c'est le\nproblème du « musée chez soi » résolu de la façon la plus complète. A\ntravers ces vivantes illustrations, le texte du maître-critique est u n e histoire\nde l'art flamand écrite en cette forme élevée et ce rigoureux souci scientifique\nqui caractérise l'éminent auteur de la Renaissance septentrionale.\n    Le prix de souscription à l'ouvrage complet est fixé à 42 francs. Adresser\nles souscriptions à l'éditeur Van Oest, 16, place du Musée, Bruxelles.\n    Chaque fascicule étant complet par lui-même, est mis en vente au prix de\n4 francs.\n    Nous r e n d r o n s compte prochainement de cet important ouvrage.\n\n                                             ***\nAccusé de réception :\n  A R T : Tunis et Kairouan, par H E N R I SALADIN. Collection : Les villes d'art\ncélèbres (Paris, Laureris). — La peinture en Belgique (Musées, collections,\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "400                               DURENDAL\n\n\néglises, etc.). L e s Primitifs flamands, p a r F I E R E N S G E V A E R T . Fascicule I :\nL e s précurseurs du XIVe siècle. L e s frères H u b e r t et Jean Van Eyck\n(Bruxelles, Van Oest).\n  H I S T O I R E : Un grand marin : Tourville (1642-1701), par EMMANUEL DE\nBROGLIE ( P a r i s , P i o n ) . — Louis XI en pèlerinage, par MARCEL NAVARRE (Paris,\nBloud). — La campagne de 1815 aux Pays-Bas, d'après les rapports officiels\nnéerlandais, par F . DE BAS et I. DE T'SERCLAES. T o m e I. Q u a t r e - B r a s . Avec\ncartes et plans (Bruxelles, Dewit).\n  L I T T E R A T U R E : Dix-neuvième siècle. Esquisses littéraires et morales.Tome       V,\npar G.    LONGHAYE (Paris, R e t a u x ) . — Louis Veuillot,       par J U L E S R E N A U L T\n(Paris, Lethielleux). — Soirées du Stendhal Club. Deuxième série. Documents\ninédits, par GABRIEL STRYENSKI et PAUL ARBELET ( P a r i s , Mercure de F r a n c e ) .\n— Etudes allemandes, par EDOUARD DE MORSIER (Paris, P l o n ) . — Huysmans\nintime. Lettres et souvenirs, par DOM DU BOURG (Paris, Librairie des Saints-\nP è r e s ) . — Georges Satid à la Chartreuse de Valldemosa, par J U L E S LECLERCQ\n (Bruxelles, H a y e z ) .\n  P H I L O S O P H I E : L'idéal moderne, p a r PAUL GAULTIER ( P a r i s , Hachette).\n  P O E S I E : Poèmes, de FERNAND SÉVERIN (Paris, Mercure de F r a n c e . —\nLe collier de griffés, par CHARLES CROS (Paris, Stock). — Le parc enchanté, par\nGABRIEL VOLLAND ( P a r i s , Mercure de F r a n c e ) . — Le miroir, p a r GABRIEL\nMOUREY ( i d e m ) . — Les quatre incarnations du Christ, par ANDRÉ VAN H A S S E L T .\nPréface de G. RENCY (Bruxelles, Association des écrivains belges). — Les\nvisages de la vie, par E M I L E VERHAEREM (Paris, Mercure de F r a n c e ) . — Poèmes\net interludes, par ROBERT MAYE (Paris, Sansot).\n  R E L I G I O N : Quelques pages sur le mouvement catholique chez les femmes en\nAngleterre (Paris, Perrin). — Féminisme et christianisme, par A . - D . SERTIL-\nLANGES (Paris, Gabalda).\n   R O M A N S : Rêve de lumière, par JEAN BLAIZE (Paris, P l o n ) . — Le prix du\nsang, par ANDRÉ LAVERNE (idem). — Au galop de la vie, par E R N E S T               DAUDET\n (idem). — Les chardons, par HIPPOLYTE SCHEFFER (Nice, Edition du Floréal).\n — Quid me persequeris? par CHARLES BARBIER (Comines. P . Denys). — Les\npas sur la terre, par ADRIEN MITHOUARD (Paris, Stock). — Mémoires d'une vieille\njeune fille, par R E N É BAZIN (Paris, C a l m a n n - L é v y ) .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 400, "texte": ""}, {"page_pdf": 401, "texte": ""}, {"page_pdf": 402, "texte": "L'ÉCLUSE D'ASTENE\n   (ÉMIILE   CLAUS)\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": ""}, {"page_pdf": 404, "texte": "                              Emile Claus\n\n               Zonnenschijn! Rayon de soleil!... T e l est le mot que\n                 Claus a fait inscrire sur la façade de la maison,\n                 située là-bas, non loin de la L y s , dans cette\n                 Oostflandre dont les pages les plus heureuses\n                 de son œuvre ont glorifié la beauté faite\n                 d'étendue, d'eau et de chatoyante et h u m i d e\n                 lumière.\n                    T o u t son œuvre, presque, est lumière :\nlumière la lumière et lumière, aussi, l'ombre; lumière qui\nbrille comme une flamme, tremble comme une lueur, brûlante\nou glacée, joyeuse ou morose, selon l'heure ou la saison, mais\nqui est partout, qui est comme la forme même, la forme\nimpressionnante des choses qu'elle caresse et, délicatement,\ndéfinit. Elle surgit dans les matins, ceux de l'hiver ou ceux\nde l'été, rôdant sous les arbres, le long de la rivière, vêtue\nde froides brumes ou, ardente, cherchant à se dégager des\nvoiles que jettent sur elle les chaudes exhalaisons du sol... Elle\ns'épand, étincelante, sur les maisons ou atténuée, diffuse, tout\nen teintes fines, stagne au milieu de la nature engourdie, aux\nbords gelés des étangs, autour des maisons closes devant\nl'intempérie.\n   Elle chante, enivre, éblouit, âme enchantée et féerique du\npaysage... L'âme — le mouvement — tout ce qui fait les choses\nfrémissantes et rêveuses et nous les rend émouvantes, car, ainsi\nque l'écrit magistralement Lemonnier, « si tout le reste est struc-\nture, statique et géométrie, on peut admettre que le geste de la\nvie est: dans la lumière qui bouge et a n i m e les formes d'un\n paysage ».\n\n  (1) E m i l e C l a u s par C a m i l l e L e m o n n i e r . Un volume illustré de 89 reproductions\ndont 34 hors texte. (Collection des Artistes belges contemporains. Van Oest, Bruxelles.)\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "338                            DURENDAL\n\n\n    Cette vie, Claus l'a fixée dans son œuvre avec un art qui\nmarie étrangement la force à la subtilité. A ses débuts, il s'était\nun peu cherché, avait abordé le genre, s'était laissé tenter par\nl'exotisme africain, par les soleils d'immobile torridité d ' E s -\npagne ou du Maroc, pour connaître, enfin, que l'inspiration,\npour lui, était dans le p a y s même qu'il avait quitté.\n    L e m o n n i e r nous dit cela, dans l'excellence de son verbe\nenthousiaste, réchauffé ici encore d'intime et profonde cordia-\nlité. Il a vécu dans l'atmosphère de l'ouvrier et de l'œuvre; il\ncomprend d'autant mieux ceux-ci qu'il les aime et qu'il les a\naccompagnés et encouragés à toutes les étapes de la route qui\nles a amenés, l'un, à la célébrité; l'autre, à la plénitude de\nperfection où nous les voyons. E t nul, sans doute, que le parfait\net sensible auteur du Vent dans les moulins et du Petit homme de\nDieu n'aurait pu tracer la page que, pour finir, nous détachons\nde ce beau livre, où, si souvent, le maître écrivain rivalise\nd'éclat et de somptuosité avec le maître peintre :\n    « Claus incarne la contrée n a t a l e ; il est le fils de la terre\nb l o n d e ; elle d e m e u r e mêlée à son effort d'art et à sa vie même.\nSa ligne vitale, en effet, est droite et n e t t e ; elle part de la con-\ntrée qui est entre Courtrai et G a n d et elle y retourne. T o u t e sa\nsomme d ' h u m a n i t é et d'art tient dans un espace de quelques\nlieues; mais ces quelques lieues sont pour lui comme la décou-\nverte d'un monde, puisqu'il s'y découvre lui-même. Il est là en\ncommunion avec les siens, avec ceux qui, par le sang, sont de sa\nfamille, avec l'autre aussi, la g r a n d e famille obscure des cam-\npagnes. Elle peine sous l'août et l'octobre; elle fait l'œuvre des\nlabours et des semailles; il reconnaît en elle la longue ascen-\ndance qui l'institua, à son tour, l'ouvrier magnifique de\nla terre.\n    » Il va peu à la ville; P a r i s s'est perdu aux horizons du passé.\nC o m m e le paysan il vit, loin des compagnies, seul avec la terre\net le ciel, en contact avec les êtres et les bêtes qui en figurent les\naspects concrets ; sa journée, commencée à l'aube, finit avec le\nsoleil; sa vie d'art se renferme dans la courbe enflammée que\ntrace, par-dessus l'horizon, le père de la planète. D a n s le bois,\nde l'autre côté de l'eau, le loriot flûte ses quatre notes; le\nmerle, dans le verger, à son tour siffle la joyeuse a u b a d e ; le\nbœuf corne dans l'étable. E t dehors, dans le matin moite,\nfument les blés si c'est l'été et les labours si c'est l'automne ;\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                            ÉMILE CLAUS                            339\n\n\nl'hiver, un argent fluide s'évapore des champs sous la neige. L e\nvoilà qui campe son chevalet, guettant la m i n u t e de l'effet,\ndans la solitude claire. Il est debout, les jarrets écarqués ;\ntendu c o m m e un arc, il travaille à hauteur des yeux et l'on\npourrait dire à h a u t e u r du cœur, puisque chez lui, comme chez\nles grands sensibles, c'est à coups de pulsations rapides qu'il\nfait son œuvre. L e feutre abaissé sur les yeux, il regarde, mar-\nche, frappe le sol du t a l o n ; il a la colère et l'éclair du taureau.\nC'est un corps à corps où le dieu et l'homme luttent d'ardeur,\nd'agilité et de décision. L a lumière ricoche en palets d'or\nverts; un vent blond déferle comme une mer d'odeurs, de cou-\nleurs et de poussières; et le ciel, à l'égal d'une grande meule,\ntourne, vertigineux, dans un incendie pâle. L u i , va, recule,\nrevient, s'allongeant, se ramassant, bondissant, se mouvant\ndans un tourbillon d'or, de cinabre et de vermillon... Quelque\nchose de l'éternelle mobilité du monde passe dans la manœuvre\nd'un tel peintre; il subit le magnétisme universel et le restitue\navec onction et force, dans des pratiques qui caressent, com-\nmandent et veulent être obéies. C'est le maître subjuguant et\nattendri qui entend imposer sa vision aux choses... »\n\n                                                 ARNOLD G O F F I N .\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "La petite maison au milieu des bois\n\n                 GOTTE et   N a n e t t e vivaient dans une petite maison\n                     au milieu des bois. Gotte était j e u n e ; N a n e t t e\n                     était vieille. « H é l a s ! hélas! disait N a n e t t e ,\n                     que deviendra Gotte lorsque je m o u r r a i ! — j'y\n                     pourvoirai, dit Pierre. » E t c'est pourquoi le\n                     jour où l'on porta Nanette en terre, il vint\n                     trouver Gotte et lui dit : « Veux-tu être ma\n                     femme? — Attends un peu, dit Gotte, que\nj ' a i e cousu mes robes. D'abord la robe noire, et puis la robe\nblanche. Nous verrons au printemps prochain. » E t elle cousait\n activement la robe noire.\n      Dans la petite maison de Gotte, tout était net, paisible et\npauvre. L'escabeau de N a n e t t e au coin de l'âtre, la huche, le\nlit et la petite armoire avec ses rideaux de lustrine. P o u r orne-\n ments, un bouquet d'anémones ou de fleurs-de-beurre dans un\n verre d'eau et, l'hiver, la potée de lierre à l'angle de la fenêtre.\n Il faut dire aussi qu'il y avait sur la cheminée une image sainte,\n et à la muraille un coucou et deux fleurs de Jérusalem, séchées\n en croix, sur carton gris proprement encadré. Il y avait encore\n la corbeille laborieuse avec le dé, les ciseaux et le fil, et le petit\n étui cliquetant tout rempli d'aiguilles — car la vie de Gotte se\n gagnait à coudre.\n       Elle avait deux amis : Pierre qui l'aimait d'amour et son chat\nJ u d e qui l'aimait d'amitié. Pierre était jeune et vigoureux: sa\n cognée abattait les chênes et il enlevait Gotte par la taille, avec\n un seul bras, aussi aisément qu'un enfant cueille un nid. J u d e ,\n vieux et pelé, ne savait que miauler et se frotter contre la jupe\n de Gotte, ou s'asseoir sur sa queue, à côté d'elle, tandis que ses\n grands yeux marins, pleins de petites algues flottantes, la con-\n sidéraient en réfléchissant. Mais, la nuit, il dormait sur les pieds\n de Gotte. E t chacun savait qu'il était un vrai diable, toutes\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "               LA P E T I T E   MAISON AU   MILIEU    D E S ROIS            341\n\n\n\ngriffes dehors et dents aiguës, lorsqu'on voulait toucher à sa\nmaîtresse.\n   Un jour que Gotte cousait à la fenêtre, un cavalier passa,\nbien s u p e r b e m e n t accoutré et traînant grande meute à sestalons.\nIl regarda Gotte et la trouvant appétissante il lui d e m a n d a son\nnom. « Je m'appelle Gotte, dit-elle en rougissant. — Gotte, dit\nle cavalier, sais-tu combien tu es jolie? — Je n'ai point de\nmiroir, dit Gotte — P r e n d s donc le mien » , dit. le cavalier magni-\nfique. E t il lui donna son miroir d'argent, et Gotte connut\nqu'elle était belle. Le lendemain il vint encore : « Gotte, lui\ndit-il, ne serais-tu point princesse? — Vous vous moquez, dit\nGotte riant. » Mais le soir elle s'interrogea sérieusement, se\ndisant : « Ne serais-je point princesse? — Il ne tient qu'à toi de\nle devenir », dit le beau cavalier le jour suivant. Et il\nemporta Gotte sur sa monture. Q u a n d Pierre revint à la\npetite maison, il la trouva déserte, le feu éteint et J u d e\nattaché à la huche avec une ficelle. E t c'est ainsi que Gotte\ndevint princesse.\n   Elle habitait un palais magnifique, et elle avait des gens\npour la servir, des robes somptueuses et des j o y a u x . Mais elle\nne dormait point la nuit. Car une voix se plaignait dans le parc,\ndu crépuscule à l'aube. « J e connais cette voix », songeait Gotte.\nEt elle tirait les draps sur son visage, mais elle ne dormait point.\nFatiguée d'insomnies elle se leva, cacha la lampe derrière sa\nmain et vint regarder à travers le rideau. E t elle vit Pierre qui\nerrait dans le parc en se lamentant. L e lendemain elle appela\nson époux et lui dit : « Un homme m ' i m p o r t u n e en pleurant\nla nuit dans le parc. Ordonnez, je vous prie, qu'on le chasse du\npays. » Et Pierre fut chassé du pays. Mais la nuit suivante\nd'autres plaintes errèrent dans le parc. E t c'était J u d e qui\nrôdait en se lamentant. C'est pourquoi la princesse dit à son\népoux ; « U n chat rôde, la nuit, dans le parc et m'importune.\nOrdonnez, je vous prie, qu'on le noie. » E t J u d e fut noyé dans\nl'étang. Mais la nuit suivante la princesse assoupie entendit une\nvoixquil'appelaiten songe. E t la voix disait : «Je suis le dé! Je\nsuis le dé !... » E t une autre voix criait en même temps : « Je suis\nl'aiguille! J e suis l'aiguille! » E t d'autres voix criaient, toutes à\nla fois : « Je suis l'escabeau de N a n e t t e ! . . . Je suis la fenêtre et je\nsuis la h u c h e ! . . . G o t t e ! Gotte! nous entends-tu?... » Alors\n Gotte se leva sans bruit; elle sortit clans la nuit profonde et elle\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "342                         DURENDAL\n\n\nalluma un fagot devant la porte de la petite maison au milieu\ndes bois.\n   Mais elle brûla du même coup un nid d'hirondelles attaché\nau toit, ce qui porte malheur comme chacun sait. Et c'est\npourquoi la nuit suivante Gotte ne put reposer à cause de\nl'hirondelle qui tournait en criant après ses oisillons devant les\nfenêtres de Gotte. On voulut la tuer aussi, mais aucune flèche\nne l'atteignit. « Ma fortune à celui qui tuera l'hirondelle! »\ncriait Gotte. Mais elle eut beau promettre des fortunes, aucun\nne réussit à la tuer. Et c'est ainsi que Gotte a perdu le sommeil\net se dessèche fort misérablement aux côtés d'un prince, dans\nun beau château.\n\n                                         BLANCHE     ROUSSEAU.\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                    Poèmes\n\n                    Sol de Gel\nPétrifié par la froidure,\nLe lac a le son du roc.\n\nAux bords des toits\nAppendent, blancs, des blocs\nDe cristal droit ;\n\nL'eau est   dure.\n\nAngles nets, antres    suspects...\nDans les retraits des cavernes     profondes\nEaux et pierres se confondent,\nEaux et pierres ont même aspect.\n\nSec, le sol se fend, se crevasse\nComme granit et comme glace.\n\nEt nu, le sol se fait froid\nComme sont froides,      glaciales\nLes dalles\nPavant l'ombre où dorment les rois\nDans l'Hiver sans flocon des cryptes féodales :\nFaces de marbre, corps d'acier,\nCadavres clairs, taillés à même les glaciers,\nAllongeant,  sous la lampe aux lueurs de métal,\nDepuis plus de mille ans leur sommeil    hibernal.\n\nComme les taupes et les morts\nLe sol dort.\n\nEt le sol lugubre a le sort\nDe cette foi\nFrigide et torte,\nQui méconnut combien importe\nL'œuvre de Vie et de la Loi\nNe retint que la lettre morte...\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "344                       DURENDAL\n\n\n\n\n                      Mirage d'Hiver\n      Du giacier hérissé comme un faisceau de lances\n      Et masquant — piège immense —\n      Sous le planant anneau des nuages austères :\n      Les précipices du silence\n      Et les abîmes du mystère,\n      Je ne vois que du vide et cherche en vain du ciel.\n\n      Une vapeur de rêve anéantit la terre\n      Et l'azur... Je suis seul au delà du réel.\n\n      D'ici tout s'effondre,  s'efface...\n      Il n'y a plus de temps, il n'y a plus d'espace.\n      Moites baisers des nuées grises sur ma face.\n\n      Il neige sur de la glace\n      Et cette candeur sans traces\n      Fait rêver aux lins célestes.\n\n      J'ai peur de ma vie et peur de mes   gestes.\n      J'ai peur de mes pas\n      Que je n'entends  pas...\n\n      Des facettes de gel vers mes regards   chercheurs\n      Erigent ci et là des scintils modestes\n      Dans l'amortissante      blancheur.\n\n      Peu à peu un ciel blanc, très lointainement  clair\n      S'épure et un à un autour de moi s'estompent\n      Des élans de clochers aux horizons de l'air.\n\n      Est-ce un songe nouveau qui me hante et me trompe.\n      Un rais de soleil fade illune la hauteur.\n      Un contour se précise... hélas! la brume empêche\n      Que la tour se dessineaux    yeux    contemplateurs.\n\n      Le rais n'a révélé que la neige des flèches.\n      Seigneur, où suis-je? et quel pays    miraculeux\n      Fait monter jusqu'à moi ses clochers dans la brume?\n\n      Quels anges, quels oiseaux ont laissé choir leurs    plumes\n      Sur le geste géant des clochers nébuleux ?\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                       POÈMES                                 345\n\n\nQuelle est autour de moi cette cité mystique?\nEntre ses cent clochers mon œil découvre encor\nDe grands temples chrétiens qui, dans ce blanc décor,\nBombent sous les flocons leurs dômes    fantastiques.\n\nSurgissement     de pierres aux ampleurs      orchestrales!\nQuel geste assemble ici toutes ces cathédrales\nQu'en leurs siècles d'acier les bâtisseurs     gothiques\nPour à jamais bénits.\nEn ton honneur, ô blanc Soleil        eucharistique,\nOnt fait jaillir du sol en gerbes de granit?\n\nCharme trop vite enfui des mirages     d'Hiver!\nVoici s'évanouir les tours et les coupoles.\nLa brume est dissipée et sous les cieux ouverts\nLes monts ont dépouillé l'ecclésial  symbole.\n\nSur le glacier plus net souffle le vent du nord.\nAdieu clochers, adieu dômes des basiliques ;\nMais gloire, ô sapins verts, aux rochers    symboliques\nEvoquant dans l'Hiver la Foi des siècles forts !\n\n                                        GEORGES RAMAEKERS.\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "      Croquis de banlieue anversoise\n\n                   Du côté de l'Escaut, le soleil décline au milieu\n                      d'une gloire de pourpre. Dans l'air calme et\n                      limpide de juin, là-bas, au-dessus de la ville,\n                      dont les toits et les clochers crénèlent l'horizon,\n                      flotte la poussière soulevée par l'innombrable\n                      piétinement d'une semaine laborieuse. Mais\n                      déjà la buée d'or se dilue et redescend... Et,\n                      comme elle, cette autre cendre des jours\naffairés, la fatigue et les soucis des hommes t e n d e n t vers le\nrepos de l'accalmie dominicale.\n   A cette heure du travail finissant, les portes de la ville\nvomissent toutes à la fois le flot de la population laborieuse.\nLes t r a m w a y s , pris d'assaut au centre de la Métropole, sèment\nleurs voyageurs à prix réduit tout le long de leurs parcours.\nLes bicyclettes se poursuivent et se dépassent dans des nuages\nde poussière. L a foule des piétons défile par petits groupes,\nd'un pas hâtif, et balançant gamelle et gourde vides. L e soir\ndisperse la fourmilière par les mille sentiers de la banlieue.\nAbandonnés tantôt aux voyous désœuvrés, en quête d'aven-\ntures et de rapines, prairies et champs s'animent un court\nmoment. L e long des fossés et des haies anémiques, dont les\nrôdeurs ont coupé les meilleurs brins, entre les clôtures de\nronces métalliques, les travailleurs se hâtent, songeant, qui à\nla friture du souper, qui au concours de pigeons du lendemain,\nqui à la femme et aux mioches, quelques-uns, les plus actifs, à\nleur carré d'herbe, à leur j a r d i n e t , où il faudra peiner aujour-\nd'hui encore, au clair de l u n e . . .\n   Ici, sur la frontière de la fièvre urbaine et de l'activité\nrurale, les bruits de la ville et de la campagne se heurtent,\ns'entrecroisent et se superposent en une orchestration aux dis-\nsonnances hardies et rares, dont se dégage une puissante\nimpression de vie. Cette chaude soirée est pleine de voix et de\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "               CROQUIS DE BANLIEUE ANVERSOISE                    347\n\n\nrumeurs : carillons lointains, sonneries de clairons, gémisse-\nment profond des sirènes, sifflet des locomotives, tamponne-\nment saccadé des rames de wagons que l'on gare pour le\ndimanche, tandis que, plus près, dans les prairies bordées de\ncanadas, une ardoise aiguise une faux, des chariots cahotent\npar les grand'routes rocailleuses, des grenouilles, au risque\nde leurs cuisses, coassent à même la boue tiède, une roue de\nbrouette grince en cadence et un chien hurle son énervement\nsolitaire...\n   U n e b a n d e gazonnée, plus ou moins large selon la qualité et\nle niveau du terrain, festonne les glacis, se déroule en une\nplaine rase où paissent quelques bestiaux et s'amorce au\ndamier de la culture maraîchère. Çà et là, par deux, par\ntrois, des bicoques lépreuses d'avant l'embastillement achèvent\nde se désagréger, en a t t e n d a n t l'expropriation prochaine. E n\ndehors des villages et des faubourgs extérieurs, les maisons de\nbois, d'un t y p e uniforme et sans grâce, dénoncent la zone des\nservitudes militaires; et, plus loin, quelques fermes au toit de\nchaume, tapies sous leur bouquet d'ormes ou de noyers sécu-\nlaires, reposent l'œil de la banalité des cités ouvrières.\n   Les maisons de la longue rue populeuse sont toutes pareilles :\nun couloir, sur lequel s'ouvrent deux pièces, cuisine et chambre\nà coucher. Au-dessous, une petite cave; au-dessus, un grenier\net deux soupentes crépies. Façades de briques enfumées, boi-\nseries aux couleurs ternes et écaillées, où s'accroche le carmin\ndu couchant sabré de fines ombres obliques. Sur l'arrière,\nun jardinet, dont la culture ou l'abandon raconte et explique\nle bien-être ou la misère d'une famille.\n   Les portes bâillent aux fraîcheurs du crépuscule, et, p a r m i\nle grouillement des petits loqueteux aux pieds nus, passe un\nrelent de friture. D e chaque toit monte tout droit une spirale\nde fumée. L e repas du soir grésille sur la flamme et la ména-\ngère, manches retroussées, la cuiller d'étain d'une main et\nde l'autre serrant son nourrisson, surveille ses casseroles\net g o u r m a n d e sa marmaille. Car les enfants ne font qu'entrer\net sortir, partagés entre leur faim et le désir d'être le\npremier à signaler le retour du père. Enfin!... le voilà, le\nvoilà! Les menottes battent, les piaillements redoublent. Il est\nplus tôt que de coutume; les plus jeunes ne sont pas encore\ncouchés, et c'est une grande joie pour eux qui ne voient leur\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "348                         DURENDAL\n\n\npère que le dimanche. Soudain, une haute silhouette remplit\nde sa carrure le battant ouvert.\n   — Bonjour, tous!\n   Alors, la nichée entière se précipite vers le père et se suspend\nà ses habits, comme un essaim à la branche hospitalière. Il\nsourit de sa bonne figure d'hercule toute barbouillée de sueur\nempoussiérée, et embrasse à la ronde, et prend son benjamin\ndes bras de la femme, et s'amuse des cris qu'arrache au bébé\nle picotement de sa moustache... Puis, lentement, pour jouir\nde son effet, d'un geste de triomphateur brandissant un trophée,\nil sort un petit sac de sa poche et, à pleine poignée, éparpille\nsur la table la monnaie du salaire. Silence d'admiration et de\nrespect.\n   — Compte, mon grand Jos !\n   Avec un peu d'aide, le grand Jos — six ans — y arrive :\n   — ... quarante-huit, quarante-neuf... soixante...\n   — Non, cinquante, petit bêta!\n   Le brave docker a gagné ces cinquante francs à porter, durant\nsix jours d'ardent soleil, du navire au quai, des centaines de sacs\nde deux cents kilos, et il a peiné toute une nuit à double tarif : la\nrude semaine! Et, pendant ces six terribles jours, il n'a bu que\npour trois francs ! Mais que l'échiné lui fait mal, que la gorge lui\nbrûle et qu'il a besoin de repos!... Sa femme ne lui dit point :\nMerci ! Elle ne l'embrasse pas. La surprise tient ses bras levés;\nson visage un peu las — cinq enfants en sept ans — rayonne\ndevant ce monceau de métal qui exprime tant de choses :\nl'amour de l'époux et du père, la santé robuste du travailleur,\nle loyer, la vie de la semaine et l'épargne pour les vieux jours...\nà moins que la maladie, ou l'odieuse grève obligatoire, ou les\nglaces fermant l'Escaut n'écornent la précieuse réserve... Ils\nn'ont point peur: Dieu pourvoira! Les regards des époux se\ncroisent et se parlent. Et ce seul regard attendri, honnête et pur\nles récompense pleinement, ces simples qui ignorent les\neffusions sentimentales, de ce qu'ils font l'un pour l'autre et\ntous deux pour les petiots : leur devoir.\n   — Et maintenant, femme, à souper : j'ai bien le droit d'avoir\nfaim!\n   — D'abord, tous assis à la table et puis, n'est-ce pas, le signe\nde la croix?...\n   Entre ses bouchées gourmandes, le père, de temps en temps,\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "                CROQUIS DE BANLIEUE ANVERSOISE                       349\n\n\nplace une phrase entrecoupée par la mastication. Yeux ronds,\nbouche bée, la fourchette en l'air avec une p o m m e de terre au\nbout, tous écoutent les nouvelles. Il y en a toujours, parfois de\npalpitantes, car les incidents de ce rude métier tournent trop\nsouvent au d r a m e :\n   — O u i , ce pauvre Rik, notre voisin, vous ne le verrez plus !...\nUn sac s'est détaché de la grue, à cinq mètres de hauteur, pen-\ndant qu'il travaillait en dessous. Il a reçu les deux cents kilos\nentre les épaules. C'est moi qui l'ai relevé, l'épine dorsale\nbrisée. Il n'a pas crié, ni perdu connaissance; il n'a senti\nqu'un grand choc et puis les jambes lui ont m a n q u é . . .\nElles sont paralysées. A l'hôpital, le médecin a déclaré qu'il\nn'en échapperait pas, mais qu'il peut traîner un an, même\ndavantage...\n   Il dit cela sans perdre une bouchée, sans trop d'émotion, non\nqu'il m a n q u e de cœur, seulement il en a tant vu déjà de ces\naccidents du port, chutes à fond decale, j a m b e s écrasées, noyades\ndans les bassins. E t , en somme :\n   — Rik était saoûl, comme tous les samedis, sans quoi il\naurait vu le sac vacillant sur le plateau : je l'ai bien aperçu,\nmoi, et je me suis garé en criant : Sauve qui p e u t !\n   Le repas est tôt englouti. L a mère a pris possession de la\npaye et voici le moment où toutes les mains se tendent vers la\nsouveraine ordonnatrice du budget, les frêles menottes pour le\nsou de « crème-glace » et les billes, et la p a u m e caleuse\ndu travailleur, où, chaque semaine, la femme dépose ne varietur\ntant pour boire, tant pour le tabac, tant pour le barbier.\n   — E t , si aujourd'hui, maître — « baas » — tu ne m'avais\nremis une si belle paye, j ' a u r a i s retenu sur ton dimanche de\nquoi ressemeler tes souliers, na !\n   Sans protester, l'homme examine ses chaussures : un demi-\nsourire, la femme a toujours raison ! et le sourire s'épanouit\ntout à fait, quand elle lui remet l'argent de poche intact. P u i s ,\nles pantoufles aux pieds — de belles pantoufles brunes avec des\nroses brodées par sa fiancée, — il se lève en étirant son dos\ncourbaturé. Ira-t-il chez le barbier, ou boire une chope avec les\n amis, ou jeter un coup d'œil à son pigeonnier ? Un instant il\n hésite : l'air est si lourd, il a tant trimé au soleil : « Bah ! restons\n chez nous ! « Il prend sa Gazet van Antwerpen et, dans la vague\n intention de la lire aux derniers rayons du crépuscule, il sort et\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "350                            DURENDAL\n\n\ns'assied près de la porte, la chaise basculée en arrière, la\ncasquette dans la n u q u e et la pipe au coin de la bouche.\n   L e « grand Jos » rôde autour du liseur distrait. Il joue à la\ntoupie. D ' u n geste crâne, non sans espoir d'un compliment, le\nsolide gamin campe à toute volée sa dope sur le pavé. Au fond\ndu cœur, le père est fier de cette précoce adresse, qu'il observe\ncomplaisamment par-dessus son journal et où, à son insu, il\ns'admire lui-même. Mais — ce qui est moins glorieux, — le\nb o n h o m m e n'arrive pas encore à prendre sur sa main la toupie,\npendant qu'elle t o u r n e . Après quelques vains essais, le p a p a\ns'en mêle. Il lèche la ficelle et, à son tour, d'une b r u s q u e\ndétente du bras, lance le gros navet de hêtre, qui se débobine,\net bondit sur les cailloux dans un jet d'étincelles, et ronfle en\nfouillant le sol de sa pointe rageuse.\n   — T i e n s , petit! regarde à présent comment on la « ramasse ».\n   E t accroupi sur les talons, l'homme qui se souvient des jeux\nd'autrefois, fait un geste preste de l'index et la dope saute dans\nsa p a u m e ouverte.\n   — Vite donc ! tends la main, que je te la passe !\n   L'enfant rit au contact du pivot qui le chatouille et se\ncambre, naïvement fier d'un tour si beau... E t je ne sais quel\ncontraste poétise cette scène presque banale : ces deux visages\nradieux, le rose et frais, secouant ses boucles près de l'autre\nhirsute, ridé par l'effort, t a n n é au soleil; ces grosses mains\nd'ouvrier enveloppant ces menottes et, surtout, le sentiment\nde cette force douce et t e n d r e penchée vers cette faiblesse\nconfiante...\n    C e p e n d a n t , la mère a déshabillé, savonné et couché les petits.\nIls dorment à présent, le ménage est rangé, et voici qu'elle\napparaît sur le seuil, lissant ses cheveux, toute contente de la\ntache finie. C'est le signal. Aussitôt, le petit ramasse son\njouet, le père secoue sa pipe, dont le culot s'éparpille en\nétincelles, et tous trois rentrent. L a porte se verrouille.\nL ' i n s t a n t d'après, un bruit, de chaises remuées, et le cha-\npelet s'égrène, dans une r u m e u r bourdonnante de voix aiguës\net graves. Enfin, la raie de lumière meurt aux fentes des\nvolets et la famille de l'ouvrier chrétien paisiblement s'endort,\nsous l'aile des anges, qui ont inscrit au livre de vie cette\njournée d'humble sanctification...\n                        GASTON DELLA F A I L L E DE L É V E R G H E M .\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                    François Coppée\n                   Depuis Victor H u g o , je ne connais pas de poète qui\n                       ait été — et qui restera — plus populaire que\n                       l'auteur des Humbles. Son nom est dans toutes\n                       les bouches, ses vers dans toutes les mémoires.\n                       Les plus ignorants de nos villageois ont entendu\n                       parler de lui. Je n'ai pas souvenir d'avoir été\n                       invité à une fête de patronage sans avoir assisté\n                       à la représentation du Pater. Citez-moi une\nréunion populaire qui ne se soit pas terminée par la récitation\nde la Grève des Forgerons ou de la Bénédiction.\n   Leconte de Lisle n'a jamais atteint cette gloire. H é r é d i a ne\ns'adresse qu'aux seuls lettrés. L a philosophie hautaine de Sully-\nP r u d h o m m e ne saurait plaire aux masses. Seule l'œuvre de\nCoppée est capable de susciter des enthousiasmes collectifs et\nde créer « une âme commune ». On a dit que le choix des sujets\nsimples était pour beaucoup dans l'engouement du peuple pour\nce poète national. Cela est vrai. Mais il faut remonter plus haut.\nCar le choix des sujets n'est que l'expression visible d'un carac-\ntère et d'un t e m p é r a m e n t , et je ne connais pas de caractère ni\nde t e m p é r a m e n t plus essentiellement français que celui de\nCoppée. Si l'auteur du Reliquaire est parvenu à rompre l'indif-\nférence des masses, la raison de sa gloire réside en ceci que nul\nmieux que lui n'incarne à un plus puissant degré le génie de\nnotre race. Coppée a été et demeurera le type le plus représen-\ntatif du Français, l'image vivante de notre mentalité lyrique et\nmorale.\n   Pour s'en rendre compte, il suffit d'énumérer les formes que\nrevêt notre caractère ou les réalités psychologiques qui nous\nconstituent.\n    Une constatation tout d'abord s'impose lorsqu'on étudie\nl'histoire de notre poésie : l'inaptitude du Français à saisir ou\nréaliser le lyrisme pur. J'entends par lyrisme par une poésie\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "352                          DURENDAL\n\n\ndégagée de tout ce qui n'est pas elle, de l'éloquence, des périodes\noratoires, didactiques, e t c . . A l'encontre de la poésie anglaise,\npar exemple, qui chante pour chanter, qui ne veut que bercer\nou exalter l'âme, notre poésie est toujours mêlée de préoccupa-\ntions étrangères à son essence. Voilà pourquoi Boileau appelait\nla poésie lyrique « un beau désordre », tant il était persuadé\nque celle-ci devait rompre les lois de la raison. D e fait, notre\nnature positive et pratique, notre génie clair et ordonné nous\nrendent malhabiles à l'expression des états d'âme intuitifs et\nvaporeux comme le réclame la conscience spontanée, le moi\nprofond, ce subliminal self si bien analysé par Shelley. Il nous\nest pénible de quitter le sol, de voguer vers les espaces plané-\ntaires; ou, si cela nous arrive, vite il nous faut reprendre pied,\ntoucher du solide.\n   Coppée, avec tous nos poètes français, n'aurait pu chanter\nsans sujet, je veux dire sans pittoresque naturaliste. Ses poèmes\naboutissent tous à des descriptions plus ou moins plastiques et\nceci, bien entendu, lorsqu'il chante les Humbles, mais encore\nlorsqu'il nous parle de lui, dans les Intimités, par exemple. Il\nne peut se détacher des choses qui l'environnent, s'évader d'un\nnaturalisme aéré sans doute, mais qui fait voir plutôt qu'il ne\nsuggère. Il y a du F l a u b e r t chez lui, il y a aussi du G u y de\nMaupassant, les deux écrivains où nous nous retrouvons le\nmieux. R é m y de Gourmont disait : « H u y s m a n s est un œil, »\nN e peut-on écrire la môme chose au sujet de Coppée. Des nota-\ntions justes, des gestes vus et comme photographiés, des tics ou\nle rendu exact de déformations professionnelles, voilà ce qui\nnous enchante chez un Forain, un Degas, voire un Sainte-\nBeuve, — car Sainte-Beuve peignit les humbles avant Coppée\n— bref, chez tous les artistes qui sont bien de chez nous.\n   Dans la confection de notre lyrisme, il n'entre pas seulement\ndes descriptions claires, des réalités bien rendues. U n secret\namour de l'éloquence nous porte d'instinct vers les élans ora-\ntoires, vers ce qu'on nomme irrévérencieusement « les coups de\ngueule ». L e XVIIe siècle est le siècle de l'éloquence. J e ne pense\npas seulement à Bossuet en disant cela, mais à Corneille, mais\nà Racine. Notre race ne pourra jamais abandonner ses préfé-\nrences pour les nobles discours, les mouvements tragiques, les\n« tirades ». Notre théâtre n'est q u ' u n perpétuel développement\nd'effets oratoires, et dans les réunions publiques nous n'avons\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                         FRANÇOIS COPPÉE                           353\n\nqu'un moyen de tromper le peuple, c'est de prononcer de grands\nmots sonores qui font palpiter les cœurs et qui enflamment les\ncerveaux. Il serait intéressant de tenter une psychologie du\nFrançais en partant de ce point. Tacine ne reconnaissait-il pas\ndéjà aux Gaulois une incroyable facilité de parole et une ten-\ndance à se nourrir de belles phrases empoignantes?\n   Si nous voulions passer en revue les monologues en vers de\nCoppée et son théâtre, nous reconnaîtrions vite, je pense, la\nforce d'éloquence un peu grossière, mais fort entraînante, qui\nse dégage de la Bénédiction, de la Grève des Forgerons, de Pour la\nCouronne. N ' e n doutez pas, cette qualité oratoire n'a pas peu\ncontribué à la popularité de notre poète national.\n   P o u r t a n t le Français, « né malin », ne saurait demeurer long-\ntemps sans sourire. L'ironie fait partie de notre héritage moral\net notre peuple un peu positif, un peu porté au fort langage, ne\ndéteste pas se railler et témoigner de sa belle h u m e u r et de sa\nbonne santé. Cette ironie douce et sans fiel qui nous a fait passer\nmaîtres dans l'art de la satire, nous la retrouvons chez notre\ngrand Coppée.\n   C'est délibérément qu'il s'interrompt au milieu d'un poème\npour décocher quelque flèche ou montrer par une plaisanterie\nqu'il domine son ouvrage, qu'il est conscient de son travail et\nde son émotion. Il ne saurait, avec nous tous Français, manquer\nde mesure, car s'il lui arrivait de se prendre au sérieux trop\nlongtemps et partant de devenir ennuyeux, aussitôt sa raison\n— et la nôtre — l'avertirait qu'il est temps de plaisanter un\npeu, de « descendre de son cheval ». D e là cette tendresse\némue, ces larmes sans a m e r t u m e , ce gentil sourire bien éveillé\nqui font des poèmes de Coppée une œuvre saine, robuste,\ncapable de mettre tout le monde à son aise.\n   Mais Coppée n'aurait pas été complètement l'incarnation de\nnotre génie français s'il n'avait dit son mot sur la patrie et sur la\n religion.\n   Avez-vous r e m a r q u é à quel point le bourgeois français, c'est-\n à-dire le t y p e le plus représentatif de notre race, est foncièrement\npatriote et religieux. Dans le privé il peut sembler indifférent,\n mais q u ' u n e occasion se présente, que l'intérêt public entre en\njeu, aussitôt vous le voyez s'échauffer et courir aux armes\n défendre sa tradition.\n    L'occasion, hélas! s'est présentée il y a quelques années.\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": " 354                                  DURENDAL\n\n\nAvec ceux de son pays, contre les étrangers du dehors, Coppée\n n'hésita pas. Il devint nationaliste, c'est-à-dire défenseur des\ndroits de sa patrie. On l'a blâmé de s'être avec Jules Lemaître,\nBarrès, Déroulède, e t c . , lancé dans la lutte. Pouvait-il agir\nautrement et serait-il demeuré Français complet s'il n'avait\naussitôt pris position? On a dit qu'il avait « un bonnet à poil\ndans le cœur ». Rien n'est plus juste et lorsqu'il entendait\npasser un régiment, clairon en tête, sur le boulevard des Inva-\nlides, il se sentait soudain pris d'une fameuse ardeur belli-\nqueuse. Quoi de plus français, quoi de plus populaire qu'une\ntelle attitude!\n   Et comment ne se serait-il pas converti un jour, lui qui avait\nlongtemps vécu dans l'indifférence, mais jamais dans la haine\nde la religion de ses pères ! Notre pays est peut-être anticlérical,\nil demeure, certes, solidement attaché à ses traditions reli-\ngieuses. Coppée, là comme précédemment, n'a fait qu'exprimer\npar son exemple et célébrer la foi de tout un pays.\n   Aussi quel triomphe, si j'ose dire, le jour de son enterrement.\nDans l'église Saint-François-Xavier il n'y avait pas heureusement\nque des gens de lettres, mais des humbles, des artisans, des\nbourgeois, de petits épiciers de Montrouge, tous ceux qu'il a\nchanté, qu'il a fait vivre dans nos mémoires, tous ceux que\nnous coudoyons à toute heure. Qu'étaient-ils venus affirmer ces\nsimples, ce peuple, devant ce corbillard de cinquième classe\nsans fleurs ni couronnes, sinon que c'était un peu d'eux-mêmes\nqui s'en allait, un peu d'eux-mêmes qu'ils connaissaient bien,\nqu'ils aimaient beaucoup : le bourgeois de Paris, l'image de la\nFrance (1).\n                                                                    T. DE VISAN.\n\n\n\n\n  (1) Un des articles les plus originaux suscités par la mort de Coppée est sans contredit\ncelui de M. Robert de Souza dans la Grande Revue.\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "LE VILLAGE DE DEURLE\n     (EMILE CLAUS)\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": ""}, {"page_pdf": 424, "texte": "  Notes sur la Littérature Catholique\n                    L y a vingt ans il y avait des littérateurs catholiques, mais il\n                        n'existait pas de littérature catholique.\n                            Il y avait des littérateurs catholiques : Godefroid Kurth,\n                        ce Michelet chrétien animant de son souffle lyrique et\n                        revêtant des splendeurs de son style de hautes évocations\n                        historiques; Léon de Monge, grand seigneur de lettres\n                        qui dispensait aux générations successives d'étudiants la\n                        pure moelle du XVIIe siècle; le baron de Haulleville, en\n                        qui palpitait un peu du cœur de Lacordaire et frétillait u n\npeu de l'esprit de H e n r i H e i n e ; Guillaume Verspeyen, cette belle vaillance\nenthousiaste et caustique; le P è r e Van Tricht aussi, ce joli sourire stéréotypé,\net d'autres et d'autres.\n   Il n'existait pas de littérature catholique : l'entente faisait défaut et la\ncohésion et l'échange des idées et la c o m m u n a u t é du but et, en u n mot, cette\nsorte de coopérative d'idées nécessaire à la formation d'un idéal littéraire et à\nl'élaboration d'oeuvres en conformité avec cet idéal.\n   Comment cette situation vint à changer, c'est ce qui fut déjà dit souvent\n— et qu'au seuil de la vie pensante — la jeunesse catholique d'alors se\ntrouva devant un magnifique horizon d'art où brillaient comme des étoiles\nattirantes les noms d ' E d m o n d P i c a r d , de Max Waller, d'Emile Verhaeren,\nde Georges R o d e n b a c h , d'Albert Giraud, d'Eugène De Molder, de Francis\nNautet, d ' I w a n Gilkin.\n   A ce printemps fécond et novateur d'idées, à ce qu'il apportait dans l'art\nd'original, de personnel et de vivant, la jeunesse catholique adhéra d'instinct\ngénéreux et s p o n t a n é , mais elle prit garde pourtant de ne pas compromettre,\ndans les jeux élégants, orgueilleux et vains de l'art pour l'art, ses principes\nsupérieurs de religion et de moralité ; et, convaincue que le christianisme qui\navait alimenté de son pur idéal les plus nobles chefs-d'œuvre du passé\npouvait, même d a n s l'intégralité de ses préceptes, inspirer le plus dignement\nles artistes m o d e r n e s , la jeunesse catholique conçut le p r o g r a m m e de ce qui\nfut appelé depuis la j e u n e littérature catholique — fidélité aux principes dans\nl'évolution des formes — p r o g r a m m e qui, pour la première fois, partit en\nfusée d'enthousiasme, parmi les banales congratulations réciproques de\nl'Assemblée de Malines et qui quelques semaines plus tard fut arboré à la\nhampe du Drapeau.\n   Il ne m'appartient pas d e juger la tâche accomplie par le Drapeau; il me\nsera permis néanmoins de faire remarquer que le but que s'assignèrent ses\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": " 356                                       DURENDAL\n\n\n  fondateurs a été pleinement atteint, s'il est vrai que cet organe de combat,\n  dont les initiatives ne furent peut-être pas sans gloire parce qu'elles ne\n  furent pas toujours sans péril, a appris aux adolescents catholiques à se\n  dégager de l'embrigadement des formules uniformes, routinières et figées;\n  s'il leur a enseigné à penser, à sentir et à juger par eux-mêmes, s'il leur a\n  montré le chemin des œuvres de ces grands parrains qui s'appellent Barbey\n  d'Aurevilly, Villiers de l'Ile A d a m , E r n e s t Hello et P a u l V e r l a i n e ; si, en u n\n mot, il a été la petite flamme vacillante où s'alluma la belle sensibilité de\n quelques futurs écrivains catholiques.\n      Au Drapeau succéda Durendal où la critique s'allia à la production d'oeuvres;\n puis vint La Lutte qui ne se différencia guère de Durendal que par les nuances\n qui peuvent séparer deux générations d'artisles; enfin parut le Spectateur\n catholique dont l'objectif est surtout l'apologétique religieuse dans l'art et par\n  l'art.\n      Il fallait bien que les idées défendues par le Drapeau correspondissent à des\n vérités réelles, bienfaisantes et opportunes, puisqu'à côté des périodiques qui\n en furent les promoteurs directs on les vit pénétrer insensiblement dans\n d'autres revues, truchements jusque-là d'un traditionalisme intransigeant.\n      E u g è n e Gilbert, esprit délié et entendu, leur servit d'introducteur très\n diplomatique dans la Revue générale, cette vieille maison patricienne où flottait\n alors u n e vague odeur de renfermé et où les idées c o m m e les meubles\n avaient des housses u n peu fanées.\n      Au Magasin littéraire la j e u n e littérature catholique fut accueillie par\n H e r m a n n de Baets avec cette sympathie généreuse et ouverte qu'il ne sait\n refuser à ce qui est personnel, jeune et progressif... A h ! le b e a u et excep-\n tionnel tempérament que celui-là — tellement imprégné et saturé d'art\n qu'il en aigrette tout ce qu'il touche, droit, science ou économie sociale, et\n qu'il est, mieux qu'un g r a n d talent, un brave c œ u r !\n      Q u e dans le renouveau littéraire, qui a signalé ces dix dernières années, on\npuisse distinguer des catholiques qui ont fait de la poésie, voilà qui n'est pas\n é t o n n a n t ; mais ce qui est important et caractéristique, c'est que des poètes\naient pris la religion comme base même de leurs livres et se soient abreuvés,\n c o m m e à une source naturelle d'inspiration, à la vérité et à la beauté du\nchristianisme; et que, en u n mot, il n ' y ait pas eu seulement des catho-\nliques faisant de la poésie quelconque, mais des poètes faisant de la poésie\ncatholique.\n     Voyez ainsi l'abbé H o o r n a e r t : â m e de F l a m a n d à l'imagination saine et au\nrêve robuste, et qui p r o m e n a sa vision à travers tant de p a y s et tant de civi-\nlisations différentes : tour à tour il fixa, en une forme impeccable et cha-\ntoyante, l'âme hiératique et songeuse de la race slave, et ce furent les Ballades\nrusses; puis il transposa, en un cadre de splendeur appropriée, l'âme chaude\net a r d e n t e , éparss à travers les chefs-d'œuvre des maîtres e s p a g n o l s ; mais\nentretemps il avait élaboré ce poème de l'Heure de l'Ame — œuvre d'un abord\nu n peu difficile à cause de certaines lâchetés de composition et aussi du carac-\ntère abstrait des idées, mais qui, fragmentairement, contient des pages magis-\ntrales, où est analysée avec une noble simplicité et u n e intensité émouvante\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                NOTES SUR LA LITTÉRATURE CATHOLIQUE                                    357\n\n\nl'action de la grâce divine sur l'âme moderne, ballottée au vent des inquié-\ntudes, des contrastes et des négations.\n    Au nom de l'abbé Hector Hoornaert, je veux associer en une simple men-\ntion — une mention qui sera un souvenir — le nom du cher poète disparu,\nJean Casier... Oh! certes, son vers ne fut trop souvent qu'un simple balbu-\n tiement artistique, mais d'intervalles cependant, en récompense de sa bonté\net de sa charité, il lui fut d o n n é de proférer en u n verbe adéquat son exquise\net virginale candeur d'âme.\n    P u i s , d a n s la génération suivante, voici les Poèmes catholiques d ' E d o u a r d\nNed, d'une forme trop peu châtiée et parfois entachée de rhétorique, mais\nqui décèlent un enthousiasme contagieux d'adolescent chrétien; voici l ' A n ,\nde T h o m a s B r a u n , où furent commentés si délicieusement les étranges\npaysages de rêve de Melchers; et mieux encore, voici les Bénédictions, trans-\npositions simples et graves des prières liturgiques; voici Victor Kinon, qui\nrécita d'une foi si pieuse et d'un art si pur l'office de N o t r e - D a m e de Mon-\ntaigu ; voici enfin Georges Ramaekers, l'enfant de c h œ u r qui lut à la fois\nVerlaine et Angèle de Foligno.\n   Si je m'arrête à ces différents poètes, de préférence à d'autres aussi méri-\ntoires, c'est u n i q u e m e n t au point de vue de la synthèse de la poésie catho-\nlique en Belgique, et non point que je dédaigne ou place à un rang inférieur\nles poètes d'inspiration plus profane; de ceux-ci je veux nommer d'abord\nFernand Séverin, dont l'œuvre m'apparaît semblable à u n beau lac de p r o -\nfondeur et de clarté où flotteraient, de-ci de-là, quelques blancs nénuphars\nde songe ; F r a n z Ansel, ce joli page de lettres qui chante sous les balcons\nde l'Amour des lieds si exquis de mélancolie i m p e r t i n e n t e ; Charles de Spri-\nmont, à la fois chevalier et troubadour, j e u n e amant des g r a n d s héroïsmes et\ndes pures amours, sur l'œuvre inachevée de qui flottent les voiles de tris-\ntesse de la mort..., et enfin, le benjamin de notre poésie, aux pures ardeurs\njuvéniles : Pierre N o t h o m b .\n\n                                           * **\n\n   Si la poésie catholique s'orienta dans le sillage lumineux laissé par Paul\nVerlaine, ce fut sous le haut patronage de Barbey d'Aurevilly que se plaça le.\nroman catholique.\n   Admirateur filial de ce grand artiste, doublé d'un grand chrétien, Pol\nDemade d e m a n d a aux œuvres de Barbey u n e théorie du roman catholique,\nqu'il concrétisa ensuite dans ce livre remarquable : Une Ame Princesse.\n   Et c'est dans le c h a m p clos d'un style brillant et impératif, mais où, d'en-\ndroits et souvent, se remarque l'empreinte de la chevalière armoriée du grand\nConnétable, l'attachante lutte entre la passion, ses embûches, ses séductions et\nses attirances, et le devoir d a n s sa volontaire et intransigeante austérité.\n   Le héros de P o l Demade résume ainsi sa psychologie : « J e n'avais qu'un\ncœur, j'ai rêvé deux amours » ; comment, par le réconfort de la foi, celui que\nl'auteur appelle « le prince », parvint à doubler ce cap de la sensibilité, voilà\ntout le sujet d'Une Ame Princesse.\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "358                                DURENDAL\n\n\n    La thèse est ancienne, certes, « vieille comme le monde et la fatalité » ; c'est\nle combat entre la vertu et le vice, legs de la faute originelle ; c'est le combat\nentre la passion et le devoir qui tenta le génie des grands tragiques, mais,\nrendu plus présent, plus direct et plus empoignant par toutes les complexités,\ntoutes les nuances d'une fin de siècle.\n    Des jansénistes des lettres jugèrent l'œuvre trop hardie, voire dangereuse\n— non certes dans son dénouement, qui est éminemment moral et exem-\nplaire, mais dans ses détails, qui furent estimés trop colorés, trop osés, trop\nappuyés.\n    Ils oublièrent vraiment, ces censeurs, qu'en demandant à l'auteur de\nréfréner la passion dans sa puissance de nuire, ils entamaient d'autant le\ndevoir dans la grandeur décisive et moralisatrice de son triomphe.\n    Il faudrait s'expliquer une bonne fois sur cette question du roman catho-\nlique: si le roman catholique ne peut, comme champ d'observation, dépasser\nce qu'il est permis de suggérer à l'imagination et à la sensibilité d'une demoi-\nselle de Saint-Cyr duXIXe siècle, il est évident que le seuil du roman doit être\ninterdit aux catholiques et que le cycle est clos depuis le chanoine Shmidt et\n Henri Conscience.\n    Mais si, par contre, onadmetque les catholiques ne doivent se désintéresser\nd'aucune forme d'art, ne s'en suit-il pas qu'ils ont actuellement le devoir de\ndescendre résolument dans l'arène du roman qui est la forme artistique\nprépondérante de notre temps ; et comme le roman est de par sa nature de la\nvie transposée et par conséquent de la passion vécue, il convient donc de\npermettre aux écrivains catholiques de confronter leur idéal avec les séduc-\n tions, les appétits et les instincts qui tendent à le ternir.\n    Ainsi fit Veuillot dans l'Honnête femme, Barbey d'Aurevilly dans le Prêtre\n marié, Huysmans dans En route, et leur haut exemple prouve péremptoirement\n qu'un catholique peut cueillir les fleurs de la passion avec des mains pures et\n les déposer, transformées et transfigurées, sur l'autel de l'Idéal. Un des\n derniers venus dans le Roman belge, M. Henry Davignon, après d'aimables\n et légères notations psychologiques, a osé lui aussi, dans des œuvres qui ont\n autant de consistance que de nerf, aborder et regarder de face les plus\n graves problèmes sentimentaux de l'heure présente.\n    Certains écrivains de préférence subissent dans leur cerveau et rendent\n dans leurs livres les aspirations au milieu desquelles ils vivent; mais selon\n qu'ils ne sont que de simples échos transmetteurs de ces idées ou bien qu'ils\n se les assimilent et leur impriment le cachet de leur propre personnalité, ils\n font œuvre de banalité ou œuvre d'originalité.\n     Depuis vingt ans la question sociale domine les préoccupations publiques\n et elle devait engendrer une littérature.\n    Si cette littérature n'a pas été brillante, c'est que parmi ceux qui s'es-\n sayèrent dans ce genre, les artistes vraiment doués furent rares; capturer en\n un livre les revendications de la démocratie, couper en hémistiches et scander\n de rimes plus ou moins riches l'un ou l'autre discours politique d'intention\n  d'ailleurs excellente, ne suffit pas à la création d'une œuvre d'art.\n     C'est parce qu'il est doué d'un tempérament éminemment personnel, qu'il\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                NOTES SUR LA LITTÉRATURE CATHOLIQUE                                  359\n\n\n  sent vivement et qu'il sait rendre l'idée reçue en images pittoresque et\n originales, q u ' H e n r y Carton de W i a r t a écrit ce livre qui est à la fois le\n produit d'un cœur généreux et d'un esprit très fin : Les Contes hétéroclites.\n     Si l'on voulait réduire en une poignée les idées éparses d a n s ce volume et\n les dépouiller d e leurs draperies d'art, on serait étonné de ce que j'oserais\n appeler leur vague généralité : pitié pour les déhérités, aversion pour les\n inégalités sociales, haine du scepticisme, malfaisance du dilettantisme.\n     Puissance renouvelante de l'art : ces idées à la portée de tout le m o n d e ,\n ces idées qui sont d a n s l'air d'aujourd'hui, Carton de W i a r t se les est incor-\nporées; il les a pétries à sa personnalité, les a considérées dans le but d'une\ndémonstration à contrario, sous l'angle spécial et nouveau de l'ironie, et voilà\n que ces concepts qui se proféraient d'ordinaire sous l'identique et directe\n forme de prosopopées lyriques, se présentent à nous sous la forme transposée\n et avec les savoureux contours de fines, acérées et parfois amères satires, où\nl'imagination renouvelle et où l'esprit souligne les glanes d'une observation\ntrès éveillée sur les tares sociales.\n     Après les Contes hétéroclites, H e n r y Carton de Wiart tourna son talent vers\nl'évocation des âmes ancestrales... Vous vous souvenez — il y a trois ans —\nde cette soudaine et merveilleuse flambée d'art qui s'alluma sur les collines de\nWallonies : la Cité ardente! E t dans le r a y o n n e m e n t de cette jeune lumière se\ndéroula toute l'histoire du pays mosan en u n cortège de faste, de guerre,\nd'intrigue et d ' a m o u r . . . Merveille de chaude couleur, de force tragique et de\ntendre sensibilité, mon amitié fut-elle portée à l'exagération q u a n d je disais de\nla Cité ardente que ce fut le livre le plus magnifiquement patrial qui ait été écrit\n depuis que la Belgique recommença à avoir u n e littérature ?\n    Entretemps, à un coin opposé du pays, Georges Virrès s'attacha, lui aussi, à\nconfesser les voix qui lui parlaient du fond de sa race.\n    Aux fins d'été, les bruyères de Campine s'étendent à l'infini, en mer d'amé-\nthyste que dominent, de-ci, de-là, comme des phares, les clochers des minables\n petits villages; à l'entrée de ces villages, en de nombreux endroits, à l'ombre\nde calvaires caducs, sous quelques pieds d'ingrate terre, des amoncellements d'os\ngisent, restes glorieux des victimes de la Guerre des p a y s a n s ; il y a quelques\nannées fut commémorée cette tragique et virile aventure et un m o n u m e n t de\npieux et reconnaissant souvenir se dresse depuis lors dans le chef-lieu du\nL i m b o u r g ; au sommet de ce m o n u m e n t , d a n s une belle attitude symbolique\nun paysan en sarrau corne aux bruyères lointaines un appel éperdu.\n    C'est à cet appel que me semblent répondre les beaux livres de Georges\nVirrès, soit qu'ils ressuscitent les luttes fanatiques, les héroïques souffrances\net les enthousiasmes contagieux de la Guerre des paysans, soit qu'ils groupent\nen des synthèses fortes et coloriées qui fleurent b o n l'arome exquis des\nfleurs de bruyère ou la rude et forte sève des sapins, les frustes énergiques et\nsimples psychologies éparses sur les landes grises et b r u m e u s e s .\n    ... E t voici que tout naturellement s'offre à nos h o m m a g e s , comme l'incar-\nnation même de ce que les ten lances de nos prosateurs catholiques eurent de\nplus essentiellement pur, l'attachante figure d'un écrivain dont l'œuvre\ndonne réellement la noble et claire et douce impression d'une page de Hello\nlue devant une fresque de l'Angelico.\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "360                                   DURENDAL\n\n\n   Aux hauteurs m)'stiques de Maredsous où la foi l'attira par le chemin de\nl'art, qu'Olivier-George Destrée soit salué de notre admiration, de notre res-\npect et de notre amitié dans le souvenir de cette belle page symbolique où il\ndécrit la séparation de Nérée et de D a m i e n , d a n s le conte des Mages (1) et\nqui semble être le généreux et un peu mélancolique adieu du père B r u n o aux\nlettres profanes !\n                                             ***\n   Venons-en à la c r i t i q u e ; et, à simple titre documentaire, — car ces ques-\ntions furent discutées jusqu'à l'agacement — constatons qu'il a fallu dix\nannées de lutte et des polémiques réitérées dans des revues, des congrès et\ndes livres, p o u r faire admettre que d a n s l'exercice de la critique littéraire, les\ncatholiques doivent ê t r e . . . justes.\n     L e sens d a n s lequel ce devoir de justice devra être exercé est c o m m a n d é\nau critique par la n a t u r e et la valeur des œuvres qu'il aura à juger et, pour\npréciser mieux et davantage ce devoir, il suffit de placer successivement\nl'écrivain devant trois hypothèses bien distinctes.\n     Première hypothèse : L'œuvre à apprécier satisfait pleinement par l'idée — les\nmanuels de style appellent cela le fond — aux exigences religieuses et\nmorales, et en m ê m e temps la forme qui revêt cette idée est réellement artis-\ntique. L e devoir d'admiration, je dirai plus, de prosélytisme admiratif, est\nabsolu et du reste indénié.\n     Deuxième hypothèse : L ' œ u v r e , encore u n e fois, répond entièrement aux exi-\ngences religieuses et morales, mais la forme en est insuffisante, médiocre\n ou b a n a l e ; dans ce cas, certes, le critique rendra h o m m a g e aux intentions\n de l'auteur et constatera avec regret la faillite d'une évidente b o n n e\nvolonté; mais il s'abstiendra bien, u n i q u e m e n t parce que le livre à juger\n é m a n e d'un coréligionnaire et encore qu'il soit privé de toute qualité esthé-\n tique, de le proclamer systématiquement œuvre d'art et de transposer ainsi\n dans le d o m a i n e littéraire le parti pris d'admiration partiale en usage chez les\n politiciens.\n      Au d e m e u r a n t , cette prostitution de la critique tourne d'ordinaire à la con-\n fusion de ceux qui la c o m m e t t e n t ; de telles œuvres que vous savez et qui béné-\n ficièrent des éloges d ' u n e critique littéraire e m p r u n t é e aux m œ u r s politiques,\n ont entraîné avec elles, et l'auteur et le critique, dans un c o m m u n ridicule.\n      Troisième hypothèse : Voici u n e œuvre qui va directement à l'encontre de nos\n tendances religieuses et morales, et je vais aux extrêmes — elle est blasphé-\n matoire ou d é p r a v a n t e ; mais celui qui la conçut et l'écrivit est doué d'un sens\n épique peut-être sans précédent, grâce auquel il parvient à grouper, en une\n synthèse saisissante, tous les vices d'une époque et d'une classe sociale, ou\n bien encore il reçut à u n degré supérieur la faculté é m o u v a n t e , harmonieuse\n  et nuancée du style; en u n mot, il s'appelle Zola ou R e n a n . . . Suffit-il donc\n  alors que le critique jette sommairement à ce romancier ou à cet historien les\n  vocables de « stercoraire » et d' « apostat », ou plutôt, après avoir flétri éner-\n  g i q u e m e n t l'irréligion de l'œuvre, dénoncé son immoralité ou démasqué son\n\n  (1) Le conte des Mages fait partie du beau livre que vient de publier Dom Bruno\n Destrée : Au milieu du chemin de notre vie (Bruxelles, De Wit).\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                 NOTES SUR LA LITTÉRATURE CATHOLIQUE                                      36l\n\n\nhypocrisie, n'aura-t-il pas p o u r obligation de reconnaître loyalement le talent\nlà où il plut à Dieu de le mettre. ?\n    Devoir de justice avec lequel on ne transige p a s ! E t j'ajoute habileté de\ntactique, parce que condition d'influence! C'est parliculièrement en matière\nde critique littéraire qu'il est vrai de dire que la considération qu'on voue à\nu n j u g e et le respect avec lequel on accueille ses décisions sont en raison\ndirecte de la justice qu'il sait se résoudre à rendre à ses adversaires.\n    C'est de ces principes de bons sens et d'impartialité que s'inspirèrent deux\ncritiques que je veux donner en exemple : Maurice Dullaeit et E u g è n e Gilbert.\n    Maurice Dullaert s'est attaché à démêler la psychologie de plusieurs\nécrivains c o n t e m p o r a i n s , mais son étude sur Verlaine surtout est importante\net caractéristique, car nul n'a su projeter un plus lumineux rayon sur la vie et\nl'œuvre du poète de Parallèlement et de Sagesse — vie et œuvre également\ncontradictoires, ballottées entre la marée descendante de la volupté et la\nmarée montante de l'idéalisme; et nul non plus n'a mieux discerné, dans ce\ngénie é n i g m a t i q u e , et fait toucher la part de la gageure et celle de la sincérité, la\npart des influences et celles de l'originalité, la part de soufre infernal et celle\nde l'azurée blancheur et si cette très complète appréciation a d'indignées et\nlégitimes restrictions qui sont d'un chrétien, elle a aussi de très vives admi-\nrations justifiées qui sont d'un artiste.\n    On connaît d'autre part, l'intéressant volume d ' E u g è n e Gilbert, le Roman au\nXIXe siècle, produit à la fois de sérieuses recherches et d'un jugement très\nvivant, qui g r o u p e , en u n harmonieux ensemble, les origines et les déve-\n loppements de la modalité d'art souveraine à notre é p o q u e ; et, au fur et\n à mesure de l'évolution de ce genre littéraire, E u g è n e Gilbert analyse l'œuvre\n et dégage la personnalité des g r a n d s créateurs de courants, avec u n e perspi-\n cacité égale à sa bonne foi. D e p u i s lors, E u g è n e Gilbert s'est institué l'histo-\n riographe averti et enthousiaste de nos lettres belges; chaperon exquis, il\n présente d a n s le m o n d e , avec des propos spirituels et des gestes aimables,\n cette belle fille sauvage, parfois un peu délurée...\n    Ah! certes, les plus scrupuleux ne pourraient s u r p r e n d r e E u g è n e Gilbert\n en défaut d'ortodoxie — il sait noblement défendre la religion attaquée et\n éloquemment venger la morale outragée — mais les plus éclectiques non plus\n ne pourraient indiquer u n livre, si contraire fût-il à ses convictions person-\n nelle, à propos duquel cet excellent critique ait omis de signaler les perles de\n beauté éparses sur le fumier.\n    E n tête du second livre d ' E u g è n e Gilbert, En marge de quelques pages, où il a\n rassemblé quelques-unes de ses attrayantes chroniques littéraires de la\n Revue générale, l'auteur fait cette crâne et lapidaire déclaration qui peut\n  aussi servir de conclusion à ces notes menues et hâtives :\n     « Chrétien, je n'ai point caché mes convictions et j'ai toujours, à côté des\n  éloges mérités par le talent, indiqué les réserves que, au point de vue philoso-\n  phique ou moral, me paraissaient devoir provoquer certaines œuvres. Mais je\n  ne pense pas que cette préoccupation m'ait r e n d u aveugle ou partial. J'ai la\n  conscience de n'avoir jamais hésité à rendre justice aux mérites de ceux dont\n  les opinions religieuses \"ou autres différaient des miennes, n\n                                                               FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "                      Octave Pirmez\n                L ' H O M M E .— Octave Pirmez, né à Châtelet,\n                   montra, dès l'enfance, les dispositions de ca-\n                   ractère qui se manifestent dans ses œuvres au\n                   point de lui donner une place à part dans le\n                   monde des lettrés. U n goût très prononcé poul-\n                   ies joies simples et naturelles que donne la vie à\n                   la campagne, la recherche de la solitude avec\n                   une pointe de mélancolie, l'observation très pré-\ncoce des phénomènes de la nature et des m œ u r s des animaux,\nune éducation, isolée au château de P o n t - d e - L o u p , où le vaga-\nbondage à travers bois alternait avec l'étude passionnée de la\nmusique et la lecture des auteurs latins et de quelques écrivains\nfrançais préférés, dont l'empreinte lui resta très forte pour\ntoute la vie : tout cela, uni à l'influence d'une mère chrétienne\net lettrée, façonna cette physionomie littéraire très indépen-\ndante, cet esprit réfléchi, dédaigneux de la vie agitée des villes\net de la réclame des coteries littéraires, cet écrivain distingué,\ndont la pensée se précise en un style d'une pureté toute clas-\nsique.\n   A 28 ans, il se fixe « dans la romantique vallée d'Acoz, dont\nle paysage recueilli, dit-il, s'accorde si bien avec mes goûts et\nqui fut pour ma pensée une source continue d'inspiration ».\nC'est là qu'il écrivit ses principales œuvres, qui ne rencontrèrent\npas, il faut le dire, le succès qu'elles méritaient : les réflexions\nde Pirmez étaient trop « isolées » pour trouver beaucoup de\nvogue dans un pays où le mouvement littéraire était loin d'être\nintense.\n   Vers 1880, son nom sortit un moment de l'obscurité, grâce au\ngroupe de la Jeune Belgique, qui salua en lui un de ses précur-\nseurs. Mais, très différent des bouillants artistes de la nouvelle\nécole, il ne sympathisa jamais complètement avec eux; nous\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                                  OCTAVE PIRMEZ                                      363\n\n\ntrouvons sa pensée dans une lettre à son ami Adolphe Siret :\n« Je voudrais pouvoir applaudir aux œuvres de jeunes écrivains\nqui, p u b l i q u e m e n t , ont témoigné de la s y m p a t h i e pour mes\nécrits, mais je leur rendrais un mauvais service. Il ne suffit pas\nd'être un virtuose ou de mêler de belles couleurs sur sa palette,\nil faut être h u m a i n , disons le mot, chrétien! » E t encore : « Ce\nque je hais le plus, c'est la b a n a l i t é ; or, ces jeunes écrivains en\nsont loin. L e u r grand tort est dans le choix de leurs sujets. Il\nne suffit pas d'avoir un talent plastique : il faut, si l'on est doué,\nchoisir des sujets qui en soient dignes. »\n    Les dernières années d'Octave Pirmez furent plus retirées\nencore et plus détachées du monde. Sa correspondance, à cette\népoque, respire la résignation et la piété du croyant (1).\n\n   L E S Œ U V R E S . — Dans le premier de ses ouvrages, les\nF e u i l l é e s (1862), un album de Pensées et Maximes, Octave\nPirmez s'inspire à la fois de Pascal et de Jean-Jacques Rous-\nseau : au premier il emprunte, outre le genre littéraire des pen-\nsées détachées, cette idée qui lui est devenue si familière, qu'il\nfaut écouter le cœur autant et plus que la raison; il s'apparente\navec le second par son amour de la nature, qui le console de la\nperversité h u m a i n e et des fantasmagories du m o n d e . C'est la\nnature qui est la grande inspiratrice de ses idées philosophiques\net des images douces et suggestives dont il les habille. On y\nadmire le penseur qui voit partout, dans les animaux, dans les\narbres, dans les nuages, la figure de l'homme : de là l'origina-\nlité de ces pensées pittoresques et piquantes :\n\n   Les arbres, à chaque printemps, élèvent leurs branches et rapprochent\nleurs cimes des nues. Il semble qu'ils ne doivent jamais s'arrêter dans leur\ninfatigable croissance, jusqu'au moment où la hache du bûcheron, entamant\nleur rude écorce, vient les abattre. Quelques uns seulement, arrivés à une\ncertaine h a u t e u r , laissent retomber leurs rameaux découragés vers la terre\nsans plus tendre à monter. E n est-il autrement des h o m m e s ? Les uns, le\ncœur gonflé d'orgueil, se dressent chaque jour audacieiisement au dessus de\nleurs semblables, écrasant sans pitié les faibles qui leur d e m a n d e n t protec-\ntion. Rien ne les rebute dans leur marche ascendante, et il faut un accident\n\n\n  (1) Ces détails biographiques résument une partie de la préface que M. Maurice Wil-\nmotte a écrite pour l'Anthologie des œuvres d'Octave Pirmez. (Bruxelles, Dechenne) La\ncorrespondance de Pirmez a paru en bonne part sous le titre : Lettres a José. Elles ont été\nadressées à José de Coppin et publiées par lui.\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "364                                  DURENDAL\n\n\nimprévu et terrible pour abattre leur hautaine arrogance. Le jour vient pour-\ntant où leur cadavre, dépouillé de ses vains épouvantails, est porté lentement\nvers la tombe, accompagné du mépris des survivants. D'autres, au contraire,\nâmes faites pour aimer, se sont laissés aller à leurs rêves d'amour. Pendant\nquelques années ils se sont épanouis aux caresses de la vie; mais à mesure\nqu'ils s'élevaient, l'expérience grandissait avec eux, et ils ont bientôt vu s'éva-\nnouir ces belles illusions de poète qu'ils croyaient déjà réalisées. Ils ont dû\nreconnaître que les palais bâtis trop près des nues s'écroulent au moindre\nsouffle du vent, et qu'il faut mépriser les hauteurs pour rechercher son bonheur\nau fond des solitudes. Comme le saule pleureur, ils finiront lentement leurs\njours au bord d'un lac transparent, heureux du moins de contempler l'image\ndu ciel en se regardant périr (1).\n\n   Le procédé d'Octave Pirmez et le caractère général de son\nlivre sont assez bien indiqués dans la pensée suivante :\n   Dans le sens le plus étendu, on appelle pensées des remarques, des senti-\nments, des observations, des comparaisons, des traits d'esprit, des imagina-\ntions; ce sont là des pensées contingentes d'un ordre secondaire. Le meilleur\nmoraliste est celui dont les pages renferment le plus de pensées essentielles.\nMais un livre de pensées essentielles serait fort succinct, car elles sont pour\nainsi dire comptées. Aussi, ceux qui écrivent des maximes de morale et de\nmétaphysique ne s'en contentent-ils pas; ils animent leur science en descen-\ndant dans le monde de la réalité externe. Ils ne veulent pas que cette science\nparaisse trop aride, leur désir étant de se communiquer au plus grand\nnombre. Ils montrent l'arbre couvert de son mobile et éphémère feuillage (2).\n\n   Mais, malgré le charme de ces maximes isolées — dont un\ngrand nombre ne comportent qu'une ou deux lignes — on\néprouve assez vite, à cet effeuillement d'idées sans lien appa-\nrent, la fatigue que provoque la visite d'un musée de tableaux :\nles premières pages se savourent à l'aise, mais bientôt on se\ncontente de feuilleter le gros volume en s'arrêtant au hasard.\n   Ce défaut de présenter sa pensée sous une forme trop frag-\nmentaire se retrouve beaucoup moins dans les Heures de phi-\nlosophie (1873), où il y a plus de connexion entre les idées.\nLe fond de cet ouvrage ressemble d'ailleurs à celui des Feuillées.\nL'une ou l'autre citation le montrera suffisamment :\n   L'homme s'élève et se complète par l'observation de la nature. Dès qu'il\ns'en détourne, l'orgueil le saisit. Il doit vivre à la fois en lui et en l'univers,\nse contempler lui-même après avoir réverbéré l'image (3).\n\n  (1) Fcuillées, p. 47 (Godenne, édition posthume).\n  (2) Feuillées, p. 157.\n  (3) Heures de philosophie, p. ]2 (Godenne).\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                                      OCTAVE     FIRME/'.                                 365\n\n   S'il faut observer la nature, défions-nous de la science\nlivresque. Pirmez revient souvent sur cette idée :\n   Combien les livres n o u s aident à produire notre esprit en nous ornant la\nmémoire de termes utiles à l'expression de notre pensée ! Mais combien\naussi les livres nous empêchent ! Qu'ils sont n o m b r e u x , les cœurs voilés par\ndes formules !\n   Victimes de nos lectures variées, noire âme périt étouffée sous des\nrichesses étrangères, comme l'infidèle gardienne du Capitole, qui demeura\nensevelie sous des boucliers et des bracelets d'or. La foule des sentiments qui\ns'élèvent dans notre sein ne peut plus se faire jour à nos fronts, car la rémi-\nniscence y règne en maîtresse souveraine. N o i r e plume trop facile ne\nparvient pas à graver dans la pierre ; elle ne fait que glisser sur le papier, le\nmarquant d'une trace éphémère... Que la science que nous acquérons par la\nlecture ne soit pour nous que le ciseau du s c u l p t e u r ; qu'elle nous aide\nà tailler le bloc de pensées et de sentiments qui fait le fond de n o u s -\nmêmes (1).\n\n  Défions-nous aussi des opinions littéraires toutes faites,\nde celles qui voudraient enlever aux génies leur spontanéité\nnaturelle :\n   L a poésie est u n e floraison de l'âme qui ne peut être appréciée des esprits\nfroids. P o u r eux, c h a q u e trait de génie semble extravagant. Désespérés de ne\npouvoir sentir la grandeur morale de telle œuvre, ils s'en p r e n n e n t malicieu-\nsement aux détails du style. Ils comptent les syllabes, annotent les r é p é -\ntitions, découvrent des contradictions, et enfin triomphent de pouvoir railler\nun grand mot. « Ah ! pauvre jouvenceau, qui osez nous dire que cette\nprairie vous enchante, à nous qui venons d'y découvrir trois orties et un\nchardon ! » Telle est leur critique. Les poètes onl peu d'appréciateurs, parce\nque la plupart des cœurs sont sans culture, de nos jours, l'esprit seul étant\norné. Sans élévation morale, sans délicatesse sentimentale, on ne c o m p r e n d r a\nni C h a t e a u b r i a n d , ni Byron, ni aucun des génies r o m a n t i q u e s . Boileau, en\nrevanche, sera toujours à la portée du sens c o m m u n . Ses vers plaisent aux\nbonnes mémoires et aux cœurs froids. H u g o , p o u r ces mêmes esprits, est\nune énigme. Ils veulent u n e œuvre calme, dont les phrases soient tirées au\ncordeau. L e s voyez-vous dans la forêt, arrêtés devant ce chêne séculaire,\ncritiquant tour à tour les cassures de ses b r a n c h e s , la rugosité de l'écorce,\net les vilaines mousses salissant le tronc noueux ! N o u s leur disons que\nLucrèce, Virgile, Dante, sont de grands génies. Ils nous approuvent. N o u s\najoutons que H u g o et L a m a r t i n e le sont aussi. Ici, ils font opposition, et ils\nprédisent à ces prétendus grands h o m m e s une chute prochaine. N o s pre-\nmières affirmations, ils n'ont osé les contredire : la sanction des siècles les\nobligeait au silence. C'est ainsi qu'ils jugent : par l'opinion d'autrui ! . .\n\n\n  (1) Heures de philosophie, p. 15.\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "366                                   DURENDAL\n\n\n\nMais les petits osent dénigrer, hocher la tête, narguer, rire aux éclats, sou-\nrire bassement, s'indigner : les génies restent debout (1).\n\n   D ' u n e lecture agréable, parce que, en un style de cristal,\nnous y voyons une âme qui se révèle, les Jours de s o l i t u d e s\n(1869) décrivent les impressions de voyages d'Octave Pirmez.\nU n esprit observateur de la n a t u r e , a d m i r a t e u r des beautés\nartistiques et littéraires, et toujours porté à la réflexion philo-\nsophique, ne peut qu'être intéressant à suivre dans ses pérégri-\nnations en Italie et en Allemagne : ces visions nouvelles\nprovoqueront en lui une foule d'idées personnelles, dont l'éclo-\nsion, loin d'être t u m u l t u e u s e , gardera toujours quelque chose\nde calme et de serein : « monodie unisonnante », a-t-il dit lui-\nmême (2). Il s'intéresse au paysage, à l'art, à l'histoire, mais\nsurtout à sa propre pensée; il en jouit, il la scrute avec cette\nsatisfaction du philosophe à suivre ses déductions.\n   E t , comme il est naturel à l'homme qui pense, une tristesse\nrésignée s'y exprime souvent. L a pensée de la mort est présente\nà ses yeux, même devant les plus beaux spectacles.\n  Après ces deux années de voyage, il retourne au château\nd'Acoz, heureux de se retrouver dans ce cadre familier de son\nenfance :\n   Je suis rentré sans bruit dans ma vallée, comme j'en étais sorti, y rappor-\ntant d'autres espérances et des regrets nouveaux. Des villageois qui goûtaient\nla fraîcheur du soir sur le seuil de leur porte m'ont salué avec surprise et joie.\nLes enfants se rassemblaient et je les entendais qui s'entre-disaient mon nom.\nQuand, au détour du grand chemin, j'ai revu les vergers, les bois et la longue\navenue de pins où j'ai si souvent promené mes rêves et mes désirs, j'ai com-\npris l'inanité de ma vie d'aventure. Ce monde heureux qu'on cherche par ses\nyeux, c'est en son cœur qu'on doit le trouver. La terre est limitée, pleine de\ncontrariétés; la pensée est sans bornes, toujours vibrante à ses moindres sen-\ntiments. Que je suis heureux de me plonger dans la vie des champs et de\nm'être soustrait aux puérils tourments de la vie externe pour me ressaisir tout\nentier dans mes premières impressions (3)!\n\n   L'influence de Chateaubriand est visible dans R e m o , Sou-\nvenir d'un Frère (1881), pieux m o n u m e n t élevé par l'amour fra-\nternel. Octave Pirmez y raconte la vie tourmentée de son frère,\n\n (1) Heures de philosophie, p. 194.\n (2) Rèmo, p . 58.\n (3) Jours de solitude, p . 220.\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "                              OCTAVE P I R M E Z                            367\n\nsorte de héros romantique, un René d'un genre spécial, ou,\ncomme il le dit lui-même, une victime de la « monomanie de la\nscience » : c'est le drame d'une intelligence terminé par un\nbrusque coup du sort (1).\n   L a vive affection qui unissait les deux frères, la c o m m u n a u t é\nd'idées dans laquelle ils avaient vécu, l'estime qu'ils avaient\nl'un pour l'autre ont permis au survivant de ne laisser parler\nque son cœur, pour produire un volume d'une lecture très atta-\nchante.\n   E n somme, Octave Pirmez fut un esprit élevé et un noble\ncaractère; de ses oeuvres se dégage un charme délicat et pre-\nnant; son style est « une savante et discrète harmonie » (2). Il\nfut, de plus, un chrétien, dont l'intelligence, aux prises avec les\nproblèmes les plus ardus, finit toujours, aidée par le cœur, par\nse reposer dans la sérénité de la foi.\n\n                                            L'abbé PAUL HALFLANTS.\n\n\n\n\n  (1) Rémo, longtemps aux prises avec le doute religieux, était mort victime d'un\naccident.\n  (2) JOSÉ DE COPPIN : Un Ecrivain belge {Revue Générale, janvier 1886, p. 54).\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "L'Anniversaire de la mort\n                 de J.-K. Huysmans\n\n                  UNtemps h u m i d e et froid, une pluie fine que le\n                     vent jette au visage nous accueillent en cette\n                     matinée du 12 mai, jour anniversaire de la mort\n                    de notre cher maître. C'est au milieu de la\n                     boue et des rafales que nous accompagnions l'an\n                    dernier, à celte date, le corps du pauvre martyr\n                    vers sa dernière demeure. Il semble que le ciel\n                    et les éléments aient voulu, à leur façon, célé-\nbrer cet anniversaire et revêtir la teinte triste de nos souvenirs.\n   L e service a lieu en l'église N o t r e - D a m e des C h a m p s , cha-\npelle de la Vierge. T r è s peu de monde. Les indifférents, qui\navaient assisté par snobisme à l'enterrement, se sont abstenus,\nainsi que les amis non catholiques de H u y s m a n s . Ces derniers,\nqui ne croient pas à la survie, avaient bien consenti à suivre le\ncercueil, car un cercueil est une certitude, une présence maté-\nrielle. Mais dès lors que H u y s m a n s n'est plus là, en chair,\nqu'il s'agit seulement de prier pour une âme, à quoi bon se\ndéranger ?\n   Presque seuls les confrères catholiques du maître sont venus\ns'agenouiller dans la petite chapelle. L a messe s'achève dans le\nrecueillement. Le curé de la paroisse donne l'absoute. Dans un\ncoin la pauvre servante de H u y s m a n s , écrasée de douleur\ncomme au jour de l'enterrement et telle que je la vis alors, prie\néperdument.\n   Quelques poignées de main dans l'ombre de ce matin terne\navant de se disperser. C'est t o u t .\n   P a r m i les personnes que je reconnais au passage, je cite, entre\nautres, avec la conscience d'oublier plusieurs noms : M M . Lucien\nDescaves, Léon H e n n i q u e , Forain, Mithouard, Chapon,\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "         L ' A N N I V E R S A I R E D E LA M O R T D E J . - K .   HUYSMANS\n\n\n\nd'Hennezel, de Bersaucourt, Messein, P a u l Morisse, de Lar-\nmandie, F e r n a n d Laudet, M lle Read, R. P . Bulliot.\n   A l'occasion de cet anniversaire, quelques articles ont paru.\nLe plus r e m a r q u a b l e est celui de Myriam H a r r y , dans la Revue\nde Paris du 15 mai 1908 : « Le 12 mai 1907 mourait J.-K. Huys-\nmans. P o u r célébrer son « bout de l'an », je voudrais conter\nsimplement quelques souvenirs. » Ainsi s'exprime l'auteur de\nla Conquête de Jérusalem. M m e Myriam H a r r y avoue devoir beau-\ncoup à H u y s m a n s . Elle raconte comment elle apprit le français\ndans A Rebours et dans En Route, comment elle fit la connais-\nsance du maître et quelle intimité intellectuelle s'établit entre\neux. Quelques lettres qu'elle cite sont fort curieuses et nous\nrévèlent u n H u y s m a n s assoiffé d'art et de t e m p é r a m e n t jovial.\nT o u t e l'exquise sensibilité de l'auteur de la Cathédrale est mise\nà jour dans ces pages commémoratives, avec ses manies, ses tics,\nson inépuisable bonté. M y r i a m H a r r y est un admirable écri-\nvain, la plus douée sans aucun d o u t e de nos femmes de lettres.\nH u y s m a n s faisait grand cas de sa Conquête de Jérusalem, encore\nque l'auteur fût une païenne endurcie. Je sais, pour l'avoir\nentendu dire par lui-même, qu'il aurait fait couronner ce livre\npar l'Académie Goncourt si M y r i a m H a r r y n'avait pas été une\nfemme. L e s conversations entre ce mystique catholique et cette\npaïenne sensuelle durent être savoureuses.\n  Un passage, entre autres, d'une poignante émotion dans sa\nsimplicité narrative, mérite d'être cité :\n   Quelquefois nous parlions de l'amour. Et je reconnus ainsi les tristesses\npassées d'Huysmans et sa présente tendresse inassouvie.\n   Un soir — c'était rue Saint-Placide — nous nous oubliâmes à causer.\nL'ombre flottait déjà dans la pièce. « Madame Bavoil » ne vint pas avec la\nlampe.\n   Nous nous étions tus. Je voyais luire les guillochures d'or des livres,\nl'émail des vases de Delft, et soudain, sur les joues cireuses de mon maître,\ndeux lourdes larmes qui descendaient lentement.\n   Je me levai, bouleversée. Alors la tête lasse s'abattit sur la table angélique\net, dans le silence crépusculaire, Huysmans sanglota...\n\n  Je me dois aussi de signaler la brochure de D o m Du Bourg\nparue à cette date et intitulée : Huysmans intime. On y trouvera\nquelques belles pages sur l'artiste chrétien que le bénédictin a\nvu de bien près et quelques lettres intimes fort intéressantes.\n                                                                     T.   DE VISAN.\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                            Les Poèmes\nPoésies complètes d'EMMANUEL SIGNORET (Paris, Mercure de France). — Le\n  poème du désir et du regret, par ALBERT THOMAS (Paris, Sansot). — Poèmes et\n poésies de FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN (Paris, Mercure de France). — Entre la vie\n  et le rêve, par FLORIAN PARMENTIER (Paris, Ed. de l'Impulsionisme). — Les\n  symphonies voluptueuses, par MAURICE GAUCHEZ (Bruxelles, Larcier). — Tris-\n  tesse d'enfant gâté, par SYLVAIN BONMARIAGE (Bruxelles, Lamertin). —\n  Spectacles et rêves, Le désir errant, par GASTON D'URVILLE (Paris, Sansot). —\n  La multitude errante, par FRANÇOIS LÉONARD (Bruxelles, Larcier). —\n  Bruyères et clarines, par ALBERT BONJEAN (Paris, Messein). — Poésies de\n  V. DE STAINLEIN-SAALENSTEIN (Paris, Fischbacher). — La sainte aux mai-\n  sons, par ALBERT CLOÜART (Paris, Bibliothèque de l'Occident). — Noëls,\n  par Louis MOREAU (Verviers, Edition Artistique). — Passionnément, par\n  LÉON MARIE THYLIENNE (Idem).\n\n\n   Il me faut d'abord parler de deux disparus.\n   Le premier est Emmanuel Signoret, mort en 1900, à Cannes — il avait\n30 ans — et dont le Mercure de France réédite les Poésies complètes. Emma-\nnuel Signoret fut un écrivain magnifique, et sans le proclamer homme de\ngénie, comme le fait, dans son avant-propos, M. André Gide, il faut voir en\nlui un amant passionné de la Beauté, une âme intensément vibrante et un\npoète d'une rare somptuosité.\n   Epris de sa propre gloire, Signoret, qui se déifiait dans ses préfaces avec\nun immense et naïf orgueil, tout le long de ses quelques volumes réunis\naujourd'hui, exalte son moi. Ce n'est plus le moi romantique, sombre, pessi-\nmiste et sentimental, c'est le moi glorieux qui s'extériorise. C'est l'âme, faite\nde clartés, qui nimbe tout l'être, qui va plus loin et absorbe en elle la nature.\nLe poète devient ainsi le centre de l'univers, ou plutôt l'univers lui-même :\n\n                   Et la sève du monde a coulé par mes plaies...\n\n  Il est enthousiaste de son génie ; c'est une griserie de triomphes et de joies,\nun orgueil qui s'auréole de clartés et de fleurs. Signoret, en n'assemblant que\ndes vers jaillis, sauf certains, dans des moments d'inspiration exultante et\nhaute, donne l'impression d'un être dont la vie fut une ivresse ; ivresse pan-\nthéiste, illuminée, trop vibrante pour être jamais bassement charnelle, grave\nparfois à force d'amour, trop spontanée pour se traduire toujours de façon\nparfaite. Et cette ivresse étonne chez un homme dont l'existence — trop\ncourte, hélas! — ne fut que misères. Elle l'empêcha de trop regarder sa vie.\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                                    LES POÈMES                                        371\n\n\nLe sentiment d'une immortalité dans la mémoire des hommes lui fit u n opti-\nmisme superbe, et ils sont si magnifiques — quoique parfois blasphématoires\n— les vers où il parle de sa grandeur, qu'on peut à peine sourire de leur\nnaïveté ; qu'il écrive à un nouveau-né :\n\n                     ... Un éclair de ma face illumine tes langes.\n                     Ton nom vivra, car j'ai forgé pour sa louange\n                     Ces vers d'airain polis impérissablement ;\n\nqu'il chante cette strophe orgueilleuse :\n\n                           Car debout sur notre vieux monde\n                           Nous sommes demeurés bien peu\n                           Qui portions en nos mains profondes\n                           Tout l'antique ciel pris à Dieu !\n\nou qu'il finisse un court poème par ces deux vers merveilleux :\n                     Et les siècles futurs suivront nos traces, tels\n                     Des troupeaux de lions rugissant vers les astres l\n\n   Sa poésie sera donc p u r e m e n t h u m a i n e ; elle exprimera le bonheur h u m a i n\ndans toute sa gloire, ce b o n h e u r où l'au-delà n'a point de part, où ce que\nnous appelons l'Idéal n'a rien à voir, mais où les visions, les sensations\net les musiques sont si animées d'enthousiasme, où les choses vivent si inten-\nsément qu'elles deviennent ce je ne sais quoi, qui, pour certaines âmes sans\ncroyances, p r e n d l'apparence et la place du surnaturel. Car E m m a n u e l\nSignoret n'a rien de chrétien; s'il écrit un jour\n                     L'éclat des ostensoirs s'unit dans mes prunelles\n                     Au resplendissement du casque de Pallas,\nil s'illusionne bien fort, et si parmi ses Vers Dorés il place un poème eucharis-\ntique, celui-ci fait l'effet d'un p e u d'encens catholique égaré — comme après\nune procession d'été — dans les frondaisons luxuriantes et ensoleillées d'une\nnature païenne. L'adoration de la Sagesse et celle de la Beauté antique lui\nsuffisent, et s'il touche parfois à quelque sentiment religieux : Les muses et\nl'étoile de Vénus descendent pour délivrer le poète environné malgré lui et écrasé par les\nténèbres d'une cathédrale gothique, c'est le titre bien caractéristique d'un sonnet,\nd'ailleurs fort médiocre.\n    Disons-le bien, b e a u c o u p de ses sonnets le sont, quoi qu'il y ait en cer-\ntains d'entre eux quelque chose de la sculpture hellène; et je prise peu aussi\nses Elégies visiblement inspirées de R o n s a r d . Sans ces pièces, inutiles à la\nbeauté de l'œuvre, le volume serait un des plus parfaits, u n des plus somp-\ntueux m o n u m e n t s qu'on ait érigé à la gloire d'un poète mort.\n    M. A l b e r t T h o m a s , d o n t il nous reste un volume : L e P o è m e du D é s i r\net du R e g r e t , avait 3o ans aussi quand il mourut, l'an dernier. L e Désir et\nle Regret : tout l'amour pour lui tient entre ces deux mots. M. Albert T h o m a s\nexprime avec noblesse le tourment charnel. Sa poésie est païenne aussi, mais\n infiniment moins magnifique que celle de Signoret. U n e pureté de lignes,\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": " 372                                  DURENDAL\n\n\n\nu n e musique des images et des pensées, l'eurythmie qui ordonne les parties\ndu livre en u n tout harmonieux,.laissent l'impression que celui qui est mort\neût peut-être pu devenir grand. Des faiblesses d é p a r e n t cette œuvre unique\net inachevée, notamment u n abus de rimes faciles (Cincinnatus, Nessus, Spar-\ntacus —Chloris Cypris). N ' i m p o r t e ! j ' a i retrouvé en lisant Albert Thomas,\ncette tristesse que je ressentais l'an dernier en relisant G u é r i n ; Guérin, son\nami, à la mémoire duquel, en tête de son poème, il écrivait ces beaux vers :\n                     Je suis vivant, je vois le printemps refleurir\n                     Je goûte l'air sucré, je bois le vent ; les roses\n                     Me jettent leur odeur enivrante, je puis\n                     Reposer mes regards sur des yeux alanguis,\n                     Baiser violemment des lèvres entrecloses...\n                     Je souffre et j'aime, et je chéris la volupté\n                     Des pleurs, la triste joie et ta sombre fierté.\n                     Eh bien ! je donnerais le spectacle du monde\n                     Et toute sa beauté pathétique et profonde\n                     Et le ciel et la mer, pour le linceul étroit\n                     Qui te retient dans l'ombre impénétrable, toi,\n                     Toi l'amant de la plus éclatante lumière;\n                     C'est vrai, je donnerais la tâche familière,\n                     La douleur et le traître amour, si j'étais sûr\n                     Que mon vers fût comme le tien, le vase pur\n                     Où viendront s'abreuver incessamment les âmes...\n\nIl est de tragiques destinées; le poète ne songeait p a s , en écrivant ces vers,\ngonflés d'ivresse dans leur douleur m ê m e , que deux mois après ce serait son\n tour de m o u r i r .\n   Les P o è m e s e t P o é s i e s de M. V i e l é Griffin, réédition de plusieurs œu-\nvres antérieures, nous emportent vers la vie, vers la vie babillarde, chantante\net indécise, où les rêves se meuvent dans u n brouillard d'images, de parfums\net de sons. M. Vielé Griffin est certainement u n des plus vrais poètes de\nnotre temps. E n t r e H e n r i de Régnier, évocateur s o m p t u e u x de décors aux\nlignes pures et de symboles vêtus de p o u r p r e , et Verhaeren âpre et violent,\nplus génial peut-être mais moins lumineux, lui, plus effacé, est le fin diseur\nd'idées lointaines. Sa pensée, comme son r y t h m e , n'est complètement acces-\nsible qu'à ceux qui l'ont fréquentée. Il enclot dans des poèmes mouvants,\nsinueux et doux, des images parfois inconsistantes et toujours harmonieuses.\nIl est u n éveilleur de songes devinés, u n impréciseur d'impressions, même\nlorsqu'il les enclot en des strophes solides et classiquement rythmées. D'au-\ncuns préféreront celles-ci; mais j ' a i m e mieux quant à moi les délicieuses\nparaphrases de vieilles chansons, de rondes désuètes, de ballades naïves de\njadis, dont le poète évoque les personnages pâlis et les décors éteints. On\nreste avec, dans le souvenir, u n m o n d e d'enlrevisions,du soleil et des lointains\nblancs où s'esquissent des gestes de b o n h e u r et d'amour :\n\n                     J'ai fleuri mon royaume de lys frêles\n                     Comme les vierges et comme les joies...\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                                      LES POÈMES                                      373\n\navec d a n s l'oreille ces vers longs qui se détachent de la trame à peine indi-\nquée de la cadence, vers isolés, profondément p r e n a n t s , comme celui-ci :\n                      Avril est mort d'amour et nos âmes sont vieilles\n\nexpression de tristesse et de lassitude, mais où passent encore malgré tout\ndes souvenirs frais de Renouveau ;\n\n                      La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres\naurait dit Mallarmé. C'est ici le même sentiment transposé merveilleusement,\net d'une façon qui le caractérise fort bien, dans la langue et le rêve d'un\npoète que n'intéressent pas l'austère pensée ni la lourde passion, mais dont\nl'âme a vécu en un m o n d e de songes clairs, naïfs, joyeux, où seuls avaient\nune signification les gestes d'amour du printemps et les étonnements de la\nla tendresse h u m a i n e .\n\n   Quoique la chute soit b r u s q u e et profonde, passons de suite à M. F l o r i a n\nP a r m e n t i e r . M. Florian P a r m e n t i e r qui unit dans sa signature le nom d'un\npoète aimable et léger à celui de l'introducteur de la p o m m e de terre,\nsemble avoir plus de la pratique bourgeoise de celui-ci que de la grâce\nmièvre de celui-là. Son livre, illustré par lui-même, est assez pesant et\ntrès réjouissant. Savez-vous qu'il existe à P a r i s une école de l'Impulsionisme?\nM. Florian P a r m e n t i e r en est le Maître. On se d e m a n d e à quoi sert cette\nécole qui n'innove rien d a n s l'art de faire de mauvais vers et des fautes de\nfrançais. E n tout cas, notons, pour ceux qui l'ignoreraient, que l'Impulsionisme,\nqui a même u n e maison d'éditions, a publié, entre autres, une comédie de\nM. Alisbert : Le Percepteur de Foniaine-les-Amours, une brochure de M. André\nFage : Un poète de la vie moderne (gageons que celui-ci n'est autre que M. F l o -\nrian Parmentier) et u n volume important : L'Histoire universelle par tableaux\nsynoptiques parallèles depuis les origines jusqu'à nos jours. De l'histoire impulsio-\nniste! Voilà certes u n e innovation qui fera du bruit. P o u r en revenir à notre\npoète, il m a n i e un alexandrin lourd et pâle avec u n e orgueilleuse maladresse,\net perpètre même, en en alignant quelques centaines à la fin de son volume,\nun long poème philosophique, une espèce de Novissima verba qui suinte\npéniblement u n e prétentieuse médiocrité. Sans cette grandiloquence risible,\non le passerait aisément sous silence, et l'on n'aurait même pas le courage\nde lui reprocher d'avoir oublié sa grammaire :\n\n                     J'ai nourri mon enfance avec des rêves d'or.\n\nMais ne n o u s acharnons pas s u r . . . u n mort : l'Impulsionisme risque bien d'avoir\nterminé sa carrière. D a n s les strophes finales de son livre, M. Florian\nParmentier déclare qu'il va revenir à la vie, et n'être rien q u ' u n h o m m e . Il\nen sera donc au point où il en était en 1896 quand il écrivait le Premier pas :\n\n                     Voyant que je baissais la tête sans rien dire,\n                     Mon père m'a cité vingt métiers différents.\n                     Mais moi je ne savais vraiment lequel élire,\n                     Car tous ces métiers-là m'étaient indifférents.\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "374                                DURENDAL\n\n\n                  Enfin, puisque la vie est impérieuse et rude,\n                  Sans entrevoir à quoi je pourrais aboutir,\n                  Stoïque j'ai cédé devant la servitude :\n                  Aux \" affaires\" demain je vais appartenir !\n\n  Renonçons donc à la douce hilarité que nous aurait procuré le prochain\nvolume!\n\n   Les Symphonies voluptueuses, de M. Maurice Gauchez, témoignent\nd'un grand talent et sont d'un poète. D'un poète qui ne l'est pas tout à fait\npuisqu'il lui manque, comme à tant d'autres, cet Idéal sans lequel à nos\nyeux la poésie n'est pas complète. Son lyrisme intense et charnel n'atteint\npas le seul monde vraiment poétique, celui de l'âme. Répétition monotone\nd'un même geste lyrique, des mêmes images et des mêmes idées, ce livre,\nà côté de pièces remarquables, est rempli d'imperfections. C'est fort beau\nd'être très jeune et d'en être déjà à son troisième volume, mais il serait\nplus beau d'en être encore au premier et de l'avoir livré parfait au public.\nA chaque page, M. Gauchez laisse traîner des à-peu-près. Au milieu de\nvers très riches on en trouve de détestables, chevillés, forcés ou simplement\nridicules — que M. Gauchez chante le Silence\n\n                  Toi dont le souffle mort émeut les érudits !\n\nles morsures du vent\n                                   qui rosissent ma peau\n                  De leur dpre suçon légèrement ponceau...\n\nou Emile Verhaeren\n\n                  J'ai vu les poils tombant de ta lèvre diserte...\n\nj'en passe, et des plus mauvais.\n\n  Poète charnel aussi, mais sans lyrisme, sans la passion des couleurs\nardentes et du large rythme qui caractérisent M. Gauchez, M. Sylvain\nBonmariage dit à mi-voix, dans un coin, ses Tristesses d'enfant gâté : De\npetits gestes malsains et presque séniles, des mélancolies sans noblesse,\nune perversité voulue où s'anémie un talent qui, délicat comme il est,\npourrait si bien vibrer à l'unisson de la nature et se pénétrer de clarté, une\npoésie qui n'en est pas une; de l'érotisme sans grandeur et de l'amour sans\npudeur, avec tout au fond les sanglots, parfois profonds ceux-là, d'une petite\nâme de poète que risquent bien d'étouffer les végétations vénéneuses.\n\n   Avec M. Gaston d'Urville nous revenons en plein soleil. M. d'Urville a\nintitulé son premier volume : Spectacles et Rêves; il a eu tort, car il n'est\npas rêveur. Mais c'est un spectateur comme il y en a peu. Il a le sens du\npittoresque; il transcrit des paysages et des épisodes avec des notations\npiquantes, de l'esprit, de la poésie, un bariolage de couleurs vives et parfois\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                                    LES POEMES                                375\n\ncocasses, tout cela présenté avec beaucoup de désinvolture en des vers trop\nfaciles, bourrés de négligences, mais charmants, enlevés, primesautiers, en\ndes strophes souvent imparfaites mais souvent aussi pleines, condensées, où\nchaque mot porte, évocateur à souhait — comme dans le Voyage en Italie,\nrésumé des qualités et des défauts de notre poète :\n\n                  Voici l'ample berline aux coussins de Damas\n                  Avec ses fers forgés cerclant le cuir des malles\n                  Des vivres, des flacons, des fusils et des balles,\n                  De l'or, un incommode et fastueux amas...\n\n                  ... Nous aurons à franchir d'innombrables frontières\n                  Et des sbires jaloux braquant leurs pistolets\n                  Et de galants voleurs qui nous croiront Anglais\n                  Tour à tour paraîtront, moustachus, aux portières...\n\n                  ... Nous aurons des diners exquis de maigres chères\n                  Arrosés de flacons poudreux où le vin dort,\n                  Des poulets de hasard en des assiettes d'or,\n                  Que vous grignoterez du bout de vos dents chères...\n\n                  ... Tandis qu'un enfant fauve aux longs regards farouches\n                  A pleins doigts mangera quelque macaroni\n                  Et qu'une cavatine au charme un peu jauni\n                  Au loin voltigera sur d'invisibles bouches...\n\n   Un second volume, le Désir errant, reluit des mêmes qualités sans avoir\ntout à fait les mêmes imperfections. Ce sont ici de beaux vers plus égaux qui\nfont surgir un Orient multicolore et bigarré, les ports du Levant, les villes\nsales et éblouissantes :\n\n                  J'aime le violent, le simple et le brutal,\n                  Les bijoux de clinquant, la cotonnade rouge,\n                  Les odeurs de l'étal où le poisson vif bouge,\n                  L'eau des ports clapotants aux reflets de métal...\n\nIci beaucoup plus d'ampleur que dans le volume de début, moins de sans-\ngêne et de strophes lâchées. Un poème, surtout le Fruit, est remarquable au\npremier chef et touche presque à la perfection.\n\n                  Parfois à l'heure chaude un fruit tombe trop mûr\n                  Du chargement doré dont s'alourdit la barque...\n\n                  ...Il   sera le jouet du caprice et de l'onde\n                  Et le soir, au sommet de l'horizon mouvant\n                  Comme un point lumineux qui fait prévoir un monde\n                  A u pilote égaré par la saute du vent\n                  Il jettera l'espoir de son écorce blonde.\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "376                               DURENDAL\n\n\nDes vers plus subjectifs qui terminent le volume me plaisent moins. C'est de\nl'excellente eau sucrée, mais combien faible après le vin doré des outres de\nSamos!\n\n    C'est aussi l'Orient, mais l'Orient hiératique des siècles disparus que\nressuscite M. François Léonard, dans la première partie de La Multitude\nerrante : Un beau livre qui nous signale un poète de plus, et qu'on\nsent être l'œuvre consciencieuse et réfléchie, écrite loin de toute coterie, dans\nl'isolement et le silence. Certes, M. Léonard s'inspire de son histoire, de\nl'archéologie, de ses lectures et du Musée du Cinquantenaire plus que\nde l'Egypte, que — nous le gageons — il n'a jamais vue; aussi trouve-t-on\ndans les premières pages de son volume de l'artificiel, du plaqué, du toc, des\nréminiscences :\n\n                La gigantesque horreur des sombres hypogées...\n\n   Mais, à côté de cela, que de qualités solides et précises chez ce réel artiste,\nsoit qu'il transpose des dessins antiques, soit qu'il évoque des spectacles de\nlégende ; soit qu'il oublie un peu sa froideur pour mettre en des poèmes,\ncomme L'heure exquise et Le Sculpteur, un peu d'âme harmonieuse et vivante ;\nsoit que dans la partie philosophique de son livre il lance de belles strophes\nailées à la conquête des étoiles. M. Léonard, au milieu de tant de débuts\nmédiocres et tapageurs, s'affirme sans tâtonnement et sans éclat. C'est un\ntalent sûr de lui-même, mais qui n'est pas encore, nous semble-t-il, assez per-\nsonnel. Chez lui, au contraire de ce qui se passe chez tant d'autres, la spon-\ntanéité viendra peut-être après l'art réfléchi et la Philosophie — si l'on peut\nappeler de ce nom ce qui anime la seconde partie de la Multitude errante : de\nsomptueuses phrases tissées autour d'idées un peu creuses et banales.\n\n   Pour les quelques poètes dont il me reste à parler, je serai plus bref :\nj'apprécie en M. Albert Bonjean, dont je viens de lire les Bruyères et\nClarines, un de ces rares « poètes amateurs », qui vraiment sont poètes, et\nqui ne se contentent pas, comme d'autres « provinciaux » célébrés par\n M. Godefroid-Emile Valentin, d'être en vers des honnêtes gens. Ici une note\nde nature agreste qu'on trouvait déjà dans les Légendes et Profils des Hautes-\nFagnes, une note tendre, la note paternelle, une note d'intimité familiale, font\nde ce recueil un livre touchant dont plusieurs choses sont à relire — les Deuils,\n par exemple; — un livre bienfaisant et tranquille, où parfois se rencontrent\ndes strophes d'une grave beauté.\n   J'hésite à en dire autant des Poésies de la Comtesse de Stainlein, réu-\nnies quelques mois avant la mort de cette noble femme, qui fut une figure\nattachante et généreuse. La presse catholique a fait tort à son œuvre poétique\nen lui décernant des éloges exagérés. Ces vers sont beaux, certes, mais parce\nqu'ils sont l'expression d'une belle vie et d'une belle âme. C'est tout. Les uns\nécrits, vers 1848, par une enfant qui s'était passionnée pour le génie mélan-\ncolique de Lamartine, les autres beaucoup plus tard, après la mort\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                                    LES POÈMES                                      377\n\nd'êtres chers, ne méritent pas d'autre éloge que celui d ' u n souvenir respec-\ntueux et discret.\n  Voici enfin deux œuvrettes exquises : C'est d'abord L a S a i n t e a u x\nm a i s o n s , de M. A l b e r t CloUart, p o è m e joli, p u r et frais comme du buis\nbénit, aimable comme la vie et les dicts de Mona, « la sainte du très simple\namour », qui mettait la vertu dans les petits travaux de chaque journée et\nsavait si bien exprimer la beauté intime et modeste des choses :\n\n               A cette heure méditez sur le touchant amour\n               Dis objets qui vous ont bien servies tout le jour.\n               Voyez quelles vertus aimables\n               Renferme cette vieille table\n               Qui présente à tous nos travaux,\n               Même les plus grossiers, son bon et large dos.\n               Admirez la candeur jolie de la salière\n               Dont l'âme de sel pur luit dans un cœur en verre.\n               Voyez la bonhomie de la blanche soupière\n               Qui sourit à chacune en bonne et tendre mire.\n               Voyez l'ardeur joyeuse de ces couteaux de buis,\n               Sculpteurs de bois, gratteurs de raves, coupeurs de fruits\n               Voyez l'activité tenace des aiguilles\n               Qui courent dans la toile en fluettes anguilles.\n               Voyez le dévouement de ce pauvre balai.\n               Comme la cruche de gris\n               Répand autour d'elle une fraîche paix !\n               Quelle grâce touchante ont ces frêles cuillers!\n               Quelle beauté grave orne une marmite noire\n               Quelle tendresse émue luit dans une bouilloire,\n               Ah! qu'elle est résignée l'humble pelle à poussiire!\n\n   C'est ensuite le petit recueil des N o ë l s , de M. L o u i s M o r e a u , puérils et\ningénus, émus et frêles, remplis d'une poésie discrète, lointaine, naïve et\nchantante.\n   Il m'en coûte de finir cette chronique par un poète qui prend le nom de\nLéon T h y l i e n n e et qui n'est autre — dès la première page de P a s s i o n n é -\nm e n t il se révèle — q u ' u n M. Léon W a u t h y , d o n t la prolixité facile et\npériodique est l'affirmation à la fois d'un certain talent et de peu d'effort\nartistique. Ses sujets de poèmes, par leur outrageante banalité, s'adaptent\nadmirablement à leur forme banale. Des scènes d'alcôve décrites en mauvais\nvers c'est, à Verviers, le suprême du genre. M. Léon W a u t h y m'apparaît à\nchaque nouveau volume le plus terrible des relaveurs de lieux c o m m u n s .\n La poésie, après tout, n'est pas un métier, et je ne vois pas pourquoi tant de\ngens, qui n'ont rien à dire, se croient obligés d'écrire hâtivement des paquets\nde strophes quelconques. Certes, on ne peut vouloir que toute œuvre soit\nsans défaut, ce serait a b s u r d e , mais on doit exiger q u e tous ceux qui osent\nparler le langage de la beauté s'efforcent consciencieusement de le faire\navec u n peu d ' â m e , u n peu de respect et un peu d'art.\n                                                                  PIERRE NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "378                              DURENDAL\n\n\n\n   Memento. — Citons encore : de M. Nicolas Denicker, des Poésies (Paris,\néd. de l'Abbaye), peu originales; de M. Francis Norgelet, Renée (Paris,\nSansot), petit recueil d'assez médiocres vers d'amour; de M. Thedenat,\nmembre de l'Institut, Quelques vers (Paris, Plon) plus ou moins lamartiniens,\nfruits aimables des loisirs d'un archéologue; de M. Georges Ducrocq, les\nMatins lumineux (Paris, éd. de L'Occident), où figure un beau poème sur\nl'automne; de M. Fernand Fleuret, un artiste petit bouquin, Friperies (Paris,\nRey), d'où monte un parfum suranné de keepsake et qui évoque des rêves en\ncrinoline, de vieilles lithographies et d'ingénieux bibelots; de M1le Gabrielle\nGambar, une plaquette, heureusement fort menue, Rêves et Rires (Namur,\nServais), où l'on trouve pêle-mêle des vers nobles dédiés à M. Rostand et\ndes vers badins adressés à un waterproof.\n                                                                     P . N,\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "         Hommage à Ernest Daudet\n\n                 J'AIME votre nouveau roman Au galop de la vie (1),\n                 mon cher confrère, à cause du souffle chrétien\n                 qui y passe, qui l'embaume, qui le purifie au\n                 sein de toutes les luttes de la passion des\n                 acteurs et qui l'élève bien au-dessus du niveau\n                 de la plupart des productions contemporaines.\n                    L a fin de votre roman surtout est superbe.\n                 Vous y stigmatisez d'une façon cinglante et avec\nune si belle maîtrise l'odieuse persécution dirigée par un\ngouvernement imbécile et criminel contre les ordres religieux,\nimbécile parce qu'il se dégrade lui-même et agit contre les\nintérêts les plus vitaux de votre beau pays de France, criminel\nparce qu'il frappe des innocents qui n'ont commis qu'une faute,\ncelle de s'être consacrés à Dieu ! Avec combien de raison\nn'écrivez-vous pas en parlant des religieux expulsés :\n    « P o u r q u o i les chassait-on? E n quoi gênaient-ils l'ascension\ndes politiciens ambitieux? Quelles entraves apportait aux cupi-\ndités surexcités la prière d'une carmélite ou d'une Clarisse? Quel\nmal pouvait faire à nos hommes d'Etat, le trappiste penché sur\nsa charrue qu'il mène en silence, ou le bénédictin qui partage\nson temps entre l'étude, la méditation et la prière? Dans notre\nFrance, n'y avait-il pas place à la fois pour ceux qui veulent\ndominer, gouverner, posséder, jouir, et pour ceux qui ne\nd e m a n d e n t qu'à soulager la souffrance h u m a i n e , qu'à vivre\nlibrement à l'humble place qu'ils ont choisie, face à face avec\nleur Créateur? Ceux-ci cependant se voyaient dispersés par\nceux-là, chassés comme des malfaiteurs. On les expulsait sans\ntenir compte du d o m m a g e qui en résulterait pour les malheu-\nreux et de l'immense déperdition d'influence qui en résulterait\npour la patrie. »\n\n (1) Au galop de la vie, par Ernest Daudet (Paris, Plon).\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "380                            DURENDAL\n\n\n    J e vous félicite avec enthousiasme encore, mon cher confrère,\nje vous remercie du fond du cœur au nom des blanches victimes\nde cette ignoble persécution, pour les nobles paroles que vous\nleur adressez, avec une si pénétrante éloquence, par la bouche\ndu Père Sauvai, disant aux carmélites françaises au moment où\nelles vont être arrachées au calme asile qui fut le témoin muet\nde tant d'héroïsme :\n    « Vous êtes parmi ces victimes, mais ne vous en attristez pas.\nRéjouissez vous-en, au contraire. Mieux vaut être du côté de\nceux qu'on persécute que du côté de ceux qui persécutent. Rap-\npelez-vous que la persécution ne leur a j a m a i s profité. Elle n'a\nj a m a i s empêché les tiges décapitées de pousser des fleurs nou-\nvelles, ni les troncs dépouillés de conserver assez de sève pour\ngonfler un jour d'autres rameaux et les rendre aussi vigoureux\nque ceux qu'on a criminellement abattus. Ils se rouvriront, les\ncloîtres qu'on ferme. Ils se rouvriront comme se sont rouverts\nceux qu'on ferma j a d i s . A la place de leurs habitants aujourd'hui\ncondamnés à s'enfuir, d'autres viendront, animés de la même\nfoi et du m ê m e dévouement. Les voûtes des chapelles retenti-\nront encore de l'Alleluia de P â q u e s , des lamentations de la\nS e m a i n e S a i n t e et des chants d'allégresse de la N u i t de Noël,\nqui d o n n a au monde, dans l'Enfant divin, l'apôtre idéal de la\ntolérance et de la liberté. »\n   Elles sont tout à votre honneur, mon cher confrère, ces pages\nvengeresses écrites par vous à la gloire des ordres religieux en\nune langue très littéraire, à l'occasion du récit si touchant de\nl'expulsion d'un couvent de saintes et héroïques vierges, qui\nconstitue un des plus beaux chapitres de votre roman et est un\nvrai chef-d'œuvre t a n t par le sentiment exquis qui s'en dégage\nque par le charme de votre style.\n\n                                                   HENRY     MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "L'UNION DE LA SCIENCE ET DE LA FOI\n       ( Œ u v r e de JULES JOURDAIN)\n\n\n\n\n              MÉDAILLE COMMEMORATIVE FRAPPÉE A L'OCCASION\n\n              DU     CINQUANTIÈME     ANNIVERSAIRE DE LA     FONDA-\n\n              TION    DE L'INSTITUT    SAINT-LOUIS,   A   BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": ""}, {"page_pdf": 452, "texte": "                       Chronique d'Art\n\n                        Le Salon de Printemps\n   Sous cette dénomination gracieuse et pleine de promesses, la Société\nRoyale des Beaux-Arts rénove et amplifie son exposition annuelle, en aban-\nd o n n a n t les antiques et solennels locaux du Musée Ancien pour les aména-\ngements plus confortables du Palais du Cinquantenaire.\n    Disons tout de suite que le Salon de P r i n t e m p s lient généreusement ses\npromesses. On y rencontre un grand nombre d'œuvres des plus intéressantes,\net, au surplus, quelques toiles d'un mérite transcendant. D'ailleurs, il y en a\npour tous les goûts, depuis la fresque classique jusqu'à la pochade la plus\nsubversive.\n   M. Montald représente l'art décoratif, c'est-à-dire le grand art, avec u n e\nautorité exceptionnelle. Aux merveilleux panneaux qu'il exposait au dernier\nSalon triennal de Bruxelles, il a donné un complément peut-être plus mer-\nveilleux encore. L a scène qu'il intitule Sous l'Arbre sacré est située dans un\nmilieu idéal baigné de lumière élyséenne, où les frondaisons d'or chantent\nparmi les bleus profonds et subtils d'un paysage de rêve. L a noblesse des\njeux antiques a n i m e le prestigieux décor d'une eurythmie de gestes calmes et\nd'altitudes divines — réserve faite pour le dernier personnage de gauche,\ndont l'attitude est moins « divine ». J'espère, avec ardeur, que les projets de\nM. Montald auront une destination moins éphémère qu'un Salon des Beaux-\nArts.\n   A côté du maître se range honorablement son élève M. Langaskens, qui\nexpose deux projets pleins de qualités, et surtout plus clairs, moins alambi-\nqués, que ses précédents essais. Il est incontestable que ce jeune talent,\nencore inquiet, à la recherche de l'inédit, marche vers la maîtrise.\n    M . Delville, dans Terre heureuse, d'un joli ton de tapisserie flamande, est\nmoins déclamatoire que d'habitude. Terre heureuse est u n e idylle très jolie,\ntrop jolie pour être u n e grande œuvre, et que les petits moutons frisés et les\nblanches pâquerettes prédestinent à servir de modèle pour souvenir de pre-\nmière c o m m u n i o n laïque.\n   J'aime moins le groupe symbolique de M. F a b r y . Ces trois personnages de\nbronze doré, dont l'un se coiffe d'une lyre en appuyant ses pieds sur un globe\nfleuri de capucines, rappellent trop le genre pendule.\n   M. Ciamberlani réexpose son vaste carton incolore, où des femmes nues,\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "382                              DURENDAL\n\n\ndistribuées en triptyque, font des gestes vagues qui n'ont d'autre objet que\nde faire valoir leurs agréments divers.\n   Parmi les envois des étrangers, il y a un Triomphe des Condottieri par\nM. Hoffbauer, de Paris, amusant comme un bruit de grelots, mais tout aussi\nvain. D'une bien autre allure sont les sept panneaux de M. Emile-René\nMénard, tous admirables, et parmi ceux-ci le fragment de fresque : Paris,\nd'un style extraordinaire. M. Ménard est le dernier des peintres classiques de\nFrance, a-t-on dit. J'aime mieux voir en lui le précurseur d'une renaissance\nfuture de l'art sérieux.\n   Parmi les portraitistes, je donne volontiers la première place à M. Wollès,\nbien que sa facture soit des plus sommaires; mais que de brio et de péné-\ntration psychologique dans ces pastels ou ces dessins à peine relevés de\ncouleur, où le trait, d'une précision sans pareille, fixe définitivement une âme\net un caractère!\n   Je note aussi de beaux portraits, par MM. Vauthier, Detilleux, Van\nHolder, Stevens, Luyten, Cluysenaer. Le modèle de M. Juliaan Devriendt\nest discutable à cause de son inélégant costume Directoire. Mais je n'aime\npas du tout le portrait qu'expose M. de Lalaing, lourd, solennel, encombré\nde meubles, trop pareil à un mauvais Ingres.\n   Le genre est copieusement représenté au Salon, par les nobles et simples\nnotations de choses simples de M. Firman Baes ; l'impressionnant pèleri-\nnage russe de M. Cambier (que nous retrouverons non moins personnel\nparmi les paysagistes); les gentillesses intimes de M. René Janssens; celles\nplus piquantes de M. Charles Michel; l'après-dîner d'été ensoleillé de\n M. Emile Motte, où l'on peut cependant critiquer le trait dur emprunté à\n L. Frédéric et l'outrance de la couleur particulière aux luministes; les inté-\nrieurs somptueusement enluminés de M. Alfred Verhaeren, etc. M. Vloors\naffirme beaucoup de recherche et peu de personnalité dans ses figures fémi-\nnines, qui amalgament des types préraphaélites avec des colifichets à la\nStevens. Le Français Gaston La Touche est déplorable dans son Agnus Dei,\nqui montre, dans la rutilance des vitraux, un vieux bonhomme de prêtre dis-\ntribuant la communion à des femmes en cornette blanche, avec des airs\n pâmés et des yeux chavirés.\n    Une mention spéciale est due à l'Anglais G. Sauter, pour constater combien\nce dernier aboutissement de la sentimentalité anglaise paraît puéril et déca-\n dent. D'idée, il n'y en a point : des sensations, des recherches d'impressions\n rares et subtiles, exprimées en un dessin imprécis et une couleur anémique;\n en définitive, la traduction contemporaine du genre zézayant des Incroyables\n d'autrefois. Parmi les vingt-six toiles exposées par M. Sauter, il y en a qui\n sont agréables, telle La Musique du Musée de Bruxelles. Mais il y en a aussi\n de détestables, comme le portrait du cardinal Ajuti et la sonate : Les Ham-\nbourg s.\n  M. Luyten expose, lui aussi, une Sonate assez malheureuse, qui évoque sur-\ntout le luxe des parvenus. La Fille du pêcheur vaut mieux, sans rien ajouter\ncependant au mérite de l'auteur.\n  M. Léon Frédéric a voulu rénover sa technique dans ses campagnards\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "                            CHRONIQUE       D'ART                          383\n\nattablés pour le repos du soir. Je me demande pourquoi ces braves gens, qui\nsont tous aveugles, ont pris la peine de s'éclairer d'une lampe...\n    Passons au paysage. C'est aussi le triomphe de l'école belge. Je note de\nbonnes pages, bien traditionnelles, de MM. Asselbergs, de Haspe, François,\nMathieu, Mesdag, Grosvenor Tomas, dont Houghton Mill a très grande allure.\nM. Géo Bernier, sans avoir la prétention d'inaugurer des procédés, obtient\ndes effets intenses et bien vrais. Sa Matinée de septembre en Flandre est un admi-\nrable poème de lumière. M. Viérin s'attarde dans la convention des bleus de\nl'ombre opposés aux tons orangés des coins éclairés par le soleil. La Mare au\nBois de la Cambre de M. Cambier dénote une vision curieuse et bien person-\nnelle. C'est un des tableaux les plus impressionnants du Salon. La mare\nenvahit presque toute la toile. Au-dessus on aperçoit les pieds moussus des\narbres, avec les rais de la lumière dorée qui filtre à travers la futaie. Le\nregard s'hypnotise aux frissons de ce lac en miniature, où s'encadre le paysage\nrenversé d'un coin de forêt humide...\n    Les sept toiles de M. Emile Claus sont de vraies fanfares lumineuses, d'un\néclat trop strident, si l'on excepte le Soir, qui est un absolu chef-d'œuvre.\n Il hausse jusqu'à la grandeur épique les lignes harmonieuses du paysage des\nFlandres, à l'heure où les dernières vibrations de la lumière se concentrent\ndans la bande étroite du ciel qui touche les horizons déjà embrumés. La tech-\nnique très spéciale du maître est ici d'une sobriété et d'une science qui défie\ntoute imitation.\n    L'aquarelle n'est représentée au Salon de Printemps que par deux maîtres :\nUytterschaut et Cassiers. Et encore ce dernier a-t-il abandonné la vraie aqua-\nrelle pour le genre plus épais de la gouache impressionniste. La simple\njuxtaposition des deux procédés justifie amplement la belle fidélité de\n M. Uytterschaut. La fantaisie de la tache multicolore sur carton pelucheux\npeut séduire un instant, comme nouveauté intéressante. Mais c'est un article-\nde mode. La vraie aquarelle, celle d'Uytterschaut surtout, appartient à l'art\npur. On y reviendra.\n    Il y a peu de « noir et blanc » au Salon, mais il y en a d'excellents. Une\nmention spéciale revient aux personnages endeuillés de M. Van Haelen.\n    Je m'aperçois que dans cette revue j'ai oublié ce que l'on convient d'appeler\n le clou du Salon : les œuvres de Jan Stobbaerts et du défunt Joseph Stevens.\nJe ne veux pas dire de mal de Stobbaerts, parce que beaucoup de mes\n confrères en critique d'art s'accordent à lui reconnaître un talent énorme. Je\n n'en disconviens pas; cependant ses intérieurs d'étables et de boucherie, ses\n fumiers, ses purins, ses gorets et ses bœufs qu'on saigne me laissent indiffé-\n rent, malgré la belle pâte grasse et chaude généreusement répandue sur la\n toile. Le bon Joseph Stevens me plaît davantage. Il aime les chiens que\n nous aimons tous. Il y a encore un peu d'humanité dans ces fidèles amis\n de l'homme. Et en certains de ses tableaux, comme les deux grands\n bœufs blancs sous un même joug, il y a une note de grandeur poétique qui\n émeut.\n\n                                                               F. VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "384                              DURENDAL\n\n\n\n            La Sculpture au Salon de Printemps\n   Plusieurs œuvres du compartiment de la sculpture au Salon de Printemps\nméritent d'être signalées. Il y a d'abord le grand groupe équestre du comte\nde Lalaing, dont nous n'avons plus à parler, l'ayant fait dans une chronique\nantérieure.\n   Godefroid Devreese se distingue entre tous, non seulement par ses mer-\nveilleuses médailles, mais encore par son superbe vase en bronze, d'une belle\ndimension, destiné au parc de Mariemont.\n   C'est avec une profonde mélancolie que nous avons contemplé les splen-\ndides œuvres de ce pauvre Boncquet que la mort vient de faucher impitoya-\nblement au moment où il arrivait à la pleine maturité. Nous aurons l'occasion\nde reparler de lui lors de l'exposition de ses œuvres que préparent ses amis\net ses admirateurs.\n   Nous avons remarqué aussi de très beaux bustes de Vinçotte, Samuel,\nMarcel Wolfers, J. Marin. Les bustes de Vinçotte sont comme toujours d'une\nperfection absolue. Celui du duc d'Ursel est impressionnant de vie et d'intel-\nlectualité. Le buste exposé par le jeune Wolfers promet un artiste. Le bas-\nrelief La prière de de Tombay est très beau.\n   Enfin nous avons découvert, à notre grande joie, une statuette de sainte\n(enfin!) qui n'est pas banale du tout, qui est même fort belle, très artistique,\ndénotant une vraie compréhension de l'art religieux, nous voulons parler de\nla statue de sainte Alice, exposée par Jules Jourdain.    HENRY MŒLLER.\n\n\n                          Les Violons d'Ingres\n   Le 13 mai s'est ouvert, à la Galerie Boute, le spirituel Salonnet des écri-\nvains-peintres où, sous l'égide d'un mode un peu moqueur, ces messieurs de\nla plume exposaient de la peinture : impressions, œuvres, « chefs-d'œuvre »\n(voyez préface du catalogue). La modestie n'est pas de ce monde.\n   Ces messieurs tous nés malins, après s'être offerts en holocauste, à la dent\nvengeresse de la critique des peintres, se retranchent prudemment derrière\nles planches protectrices de leurs Violons d'Ingres. Tout le monde connaît la\nprédilection qu'avait Ingres pour son talent de violoniste qu'il ne permit\njamais que l'on contestât, alors qu'il souffrit avec une grâce parfaite d'être\ncritiqué dans ses œuvres les meilleures. Donc, messieurs Lemonnier, des\nOmbiaux, Maus, Dumont-Wilden, Séverin, etc., e t c . , comme vous jouez\nbien du violon, c'est-à-dire du pinceau, parce que votre peinture, c'est-à-dire\nvotre littérature... peuh!...\n   Voyez les dessins de Van Lerberghe, d'une ligne souple et languissante\n(quel délicat coup d'archet), parfois d' une exquisité frêle, nonchalante et un\n peu maladive.\n   Les pastels vibrants de notre maître Lemonnier, où les vives essences que\n son cœur aime et admire avec reconnaissance, chantent en mode majeur des\n cantiques à notre bonne mère « La Terre » que nous devons vénérer, pour\n notre salut artistique, comme l'a aimée et vénérée celui qui, ici encore, la\n chante et la proclame avec tant d'amour.\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "                                CHRONIQUE D'ART                                       385\n\n   Voyez aussi les impressions que' nous donne notre cher écrivain wallon,\nMaurice des Ombiaux, de son beau pays qu'il chérit, il chante ici encore les\nbonnes et simples chansons dont ses livres nous ont bercés si souvent, voyez\nquelles douces harmonies dans Le lac d'Opale et Peupliers roses.\n   D u m o n t - W i l d e n n o u s enchante par ses esquisses à l'huile, d'une finesse\nrare et d'une distinction raffinée, son paysage blond et sa marine sont un\nenchantement pour le regard.\n   Octave Maus, directeur de la glorieuse Libre Esthétique, expose deux bonnes\npeintures, d'une esthétique fort peu libre, mais d'un charme de couleur éton-\nnant.\n    Voyez ensuite les beaux et très prenants dessins de F e r n a n d Séverin, d'un\nmétier certain et d'une émotion sincère, ce sont autant de petits poèmes aussi\nparfaits que les pièces en vers de ce poète attentif et recueilli.\n    Marcel Angenot d o n n e la sensation d'être un peintre. Voyez et vous serez\nsurpris de la délicatesse de ses valeurs, comme il sait cadencer ses n u a n c e s . . .\nSon petit dessin Toits sous la neige et son grand tableau Les nuages sont d'une\nexpression juste et pleine de c h a r m e .\n    Emile Bachat expose son portrait d'une facture sèche et fine ; d'une expres-\n sion qui rappelle les très primitifs allemands.\n    Grégoire Leroy, avec u n e ardeur farouche, brosse tous les sujets ; paysages\n de lumière, clairs de lune, paysages lugubres, des marines, u n puits, des\n moutons, et encore u n e « idylle » d'un styie indiscutable et non moins\n farouche; son portrait de Van L e r b e r g h e pourrait à certains jours figurer celui\n de Verhaeren ; c'est de la peinture à double emploi (une bonne leçon pour\n l'avenir de nos portraitistes... qu'on se le dise!).\n    Puis voici S a n d e r P i e r r o n , l'écrivain en titre de la Forêt de Soignes, qui ne\n dessine pas trop mal les paysages, tout de même un peu « illustration pour\n Guide Castaigne », des environs de Bruxelles; d a n s le genre « à l'huile »,\n M. Sander P i e r r o n a inventé la peinture économique (encore u n e leçon) tant\n on voit la toile à travers ses deux maigres chandeliers.\n    Quant à Maurice Kufferath, il n'est vraiment pas la peine d'être directeur\n du théâtre de la Monnaie q u a n d on sait aussi bien peindre et si joliment\n dessiner, et je présume du reste, sans me tremper, que son talent aura rendu\n plus d'un peintre jaloux.\n    Max E l s k a m p innove la gravure sur bois avec un art et un talent qu'il\n faudrait aller rechercher à des temps très anciens; sa série Les Notre-Dame sont\n d'un charme archaïque délicieux, ainsi que son Alphabet de Notre-Dame la Vierge.\n    Auguste Vierset voit sec. Léon W é r y trop gras. Marius R e n a r d voit trop\n  maigre. Robert S a n d voit très b i e n ; la preuve, ses deux eaux-fortes de belle\n allure. Georges R a e m a e k e r s expose des portraits de J . - K . H u y s m a n s et\n  d'Ed. N e d et un Christ à la colonne.\n     Hippolyte Fierens-Gevaert expose un projet de nouveau guignol (exécuté\n  par E . Sneyers) dont nous avons surtout admiré l'esquisse enlevée de main\n  de maître — il pourrait avec avantage remplacer le vieux guignol du « M o r t\n  des Arts ».\n     Et voilà ! que pensez-vous de mon concerto pour violon .. ?\n                                                                    FRANÇOIS BEAUCK.\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "                      Chronique Musicale\n\n                                Concerts Datant\n    E c o l e s S c a n d i n a v e e t t c h è q u e . — Smetana et Dvorak sont les deux\nreprésentants les plus autorisés de la renaissance musicale tchèque au\nXIXe siècle, et si l'art de Smetana est marqué d'une empreinte personnelle plus\npuissante et mieux caractérisée, Dvorak l'emporte sur ce dernier par sa plus\ngrande etplus universelle faculté d'aborder les divers domaines de l'expression\nmusicale, Smetana s'étant confiné dans la forme de l'opéra avec quelques\nrares incursions dans celle du poème s y m p h o n i q u e et dans la musique de\nc h a m b r e , tandis que Dvorak a écrit des symphonies, des cantates, de\nn o m b r e u x ouvrages de musique de c h a m b r e , des lieder, etc.\n    La deuxième symphonie de Dvorak (ré mineur) par laquelle débutait le\nconcert est une œuvre d'intérêt soutenu où l'inspiration coule riche et pure\nsurtout d a n s les deux dernières parties et où les idées musicales développées\nsont pleines de charme sinon d'une originalité très frappante.\n    Comme le dit excellemment Ernest Closson d a n s son intéressante notice\nsur Grieg : « Son inspiration personnelle a tous les attributs de la muse\npopulaire, à la fois primesautière et un peu courte, caractères qui se\nmanifestent surtout dans l'allure à la fois sauvage et assez rapsodique des\nsonates, du quatuor et du concerto de piano. Aussi Grieg excelle-t-il plutôt\ndans les petites formes, d a n s le lied, où quelquefois il approche des grands\nmaîtres allemands, et dans la petite pièce lyrique pour p i a n o , genre inauguré\npar S c h u b e r t et Field, continué par Mendelssohn et S c h u m a n n , et qu'il a\nlui-même enrichi de véritables modèles. »\n     Bien que les Danses symphoniques, et ensuite deux morceaux lyriques pour\norchestre à cordes aient bénéficié d'une exécution attentive, ornée de fines\nnuances et généreusement rythmée, l'intérêt du programme Grieg se trouvait\nsurtout d a n s les belles interprétations d'Arthur De Greef, dans le Concerto en\n la dont il a donné une réalisation magnifiquement vigoureuse et colorée,\n puis dans la série de pièces pour piano où nous noterons spécialement le\n pittoresque Cortège nuptial et l'hymne ému Au printemps qui est à nos yeux\nl'inspiration la plus exquise du maître norwégien.\n    C'est à juste titre que M. Félicien D u r a n t a voulu compléter Grieg par\n Svendsen en opposant l'une à l'autre les œuvres des deux compositeurs. Si\n par la poésie des conceptions, la saveur folklorique et la profondeur de\n l'inspiration, Grieg est supérieur à Svendsen, il est non moins incontestable\n que ce dernier égale Grieg pour raffinement des harmonies et le dépasse par\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "                             CHRONIQUE MUSICALE                                      387\n\nla science du développement et de l'orchestration. Svendsen était représenté\nau p r o g r a m m e par la célèbre romance pour violon que Doehaerd joua avec\ntoute son âme et par le Carnaval nonvégien pour orchestre, intéressant au\npoint de vue du folklore mais auquel, comme expression typique du génie\nde Svendsen, nous eussions de beaucoup préféré le scintillant Carnaval de\nParis on, mieux encore, cette délicieuse Zorohayda, illustrant u n e légende de\nla Rose de l'Alhambra (dont la dernière exécution à Bruxelles a été donnée\naux concerts Ysaye en 1900), le poème le plus évocatif, le plus imprégné de\n rêve qu'ait écrit Svendsen, peinture idéale où toutes les ressources de sa\n palette sonore s'attestent dans une richesse de tons infiniment doux, subtils\n et caressants.\n\n   La m u s i q u e r u s s e . — D'abord la majestueuse et chatoyante ouverture\nde Rimsky-Korsakoff, La Grande Pâque russe, de structure é t o n n a m m e n t\noriginale, triomphalement édifiée sur les magnifiques chants de la liturgie\nnationale. P u i s la deuxième S y m p h o n i e de B o r o d i n e , si largement conçue et\nhautement significative, tant par ses vertus pittoresques et l'intensité de ses\nbelles envolées expressives que par la saveur de ses rythmes et la délicatesse\nde ses colorations. A côté de ces deux productions maîtresses de la littéra-\nture s y m p h o n i q u e russe, qui furent très finement et noblement interprétées,\nle Concerto pour violon de Tschaïkowsky ne pouvait paraître que d'intérêt\nsecondaire, bien qu'il soit d'une inspiration élégante, surtout dans la\n Canzonetta. Il fut joué par E u g è n e Dubois, un j e u n e violoniste élève de\n T h o m s o n , avec autant de charme et de verve que d'aisance et de limpidité.\n Glazonnoff, disciple de Rimsky-Korsakoff et qui dans la génération contem-\n poraine des musiciens russes apparaît l'un des mieux doués, figurait égale-\n ment au p r o g r a m m e avec deux œuvres orchestrales, un Cortège solennel et une\n composition élégiaque poétique et attachante intitulée : A la Mémoire d'un\n Héros.\n\n     L'école f r a n ç a i s e . — On y a entendu la S y m p h o n i e de P a u l Dukas, qui\n compte parmi les productions les plus solides, les plus vivantes et les plus\n vraiment musicales de l'Ecole française, composition à la vérité plus pitto-\n resque que profonde, car l'unité d'inspiration, concentrée dans quelque idée\n forte et victorieuse, lui fait défaut, et elle apparaît moins une œuvre de\n musique pure que la somptueuse illustration s y m p h o n i q u e de quelque poème\n romantique, violent et orageux, qui n'aurait pas été écrit.\n     N o u s avons apprécié la Mer de Debussy, lors de sa première exécution aux\n Concerts P o p u l a i r e s en 1905. E n dépit d'harmonies souvent suggestives et\n des ingéniosités de l'écriture orchestrale, toute cette mosaïque de sonorités\n  flottantes qui se dissémine en rumeurs éparses, en impressions minuscules et\n fragmentaires n'évoque d'aucune manière la grande synthèse tragique ou\n  harmonieuse de l'Océan.\n     L e Lied p o u r violoncelle de Vincent d'Indy, d'où émane un charme mélo-\n  dique si enveloppant, a été rendu par M. K ü h n e r avec un sentiment très pur\n  et élevé, tandis que le Concerto en sol mineur pour piano de Saint-Saëns, où\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "388                                   DURENDAL\n\n\n\nl'on reconnaît l'influence de Mendelssohn et de Liszt tout à la fois, et dont\nle Scherzo ailé et gracieux constitue la partie la plus caractéristique, était\nexposé par De Greef avec sa maîtrise et son brio coutumiers. Il est regrettable\nque l'on ait cru devoir supprimer du p r o g r a m m e la S y m p h o n i e Cévenole pour\npiano et orchestre de Vincent d ' I n d y , cette composition si remarquable\nayant été fort rarement exécutée à Bruxelles, alors que le Lied pour violon-\ncelle et le Concerto de Saint-Saëns a p p a r t i e n n e n t au répertoire courant.\n\n\n\n                           Dernier Concert Ysaye\n   Les concerts Ysaye, qui ont été si particulièrement intéressants pendant la\nsaison d'hiver écoulée, ont eu leur digne c o u r o n n e m e n t d a n s une audition\nextraordinaire d o n n é e par le g r a n d violoniste qui est u n e des gloires d e notre\np a y s . E u g è n e Ysaye a joué trois concertos p o u r violon, le Concerto grosso\nn° XIII de Corelli, aux chants suaves et printaniers, qu'il rendit avec autant\nde grâce et de pureté exquise que d'ampleur magistrale d a n s la sonorité.\nE n s u i t e le Concerto en sol majeur de Mozart, qui renferme cet Adagio extasié\nberçant l'âme en des sphères idéales de b o n h e u r inaltéré, enfin le Concerto\nde Beethoven, où le poète inspiré qu'est Ysaye, atteint aux plus fiers som-\nmets de l'art interprétatif. Ces exécutions vibrantes ont valu à l'admirable\nvioloniste d'interminables ovations. A u r a p p e l , il joua avec une verve étince-\nlante et dans u n intense rayonnement d'allégresse le finale du deuxième Con-\ncerto de Max B r u c h .\n   Sous la direction autorisée de T h é o Ysaye, l'orchestre a été s u p e r b e . Il a\nfait ressortir d a n s l'Introduction de Fervaal tout ce que cette belle page\ncomporte de poésie et de g r a n d e u r , et a d o n n é de l'Apprenti Sorcier de\nDukas u n e interprétation tout à fait r e m a r q u a b l e d'accent, d'esprit et de\npuissance.                                                  GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n\n                         Compositions musicales\nSix motets liturgiques, pour une ou deux voix égales avec orgue, p a r\n    F . VERHELST. — (Bruxelles, chez l'auteur, 24, rue d'Oultremont.)\n    Ces six petits motets par l'auteur du bel Ave Maria ont u n caractère de piété\nintime et touchante qui, à mon avis, placent leur auteur au tout premier rang\nde nos compositeurs liturgiques. Ces qualités s'affirment déjà dans Ad te levavi,\nmais surtout dans Homo quidam, qui est une composition exquise. R e m a r q u e z\nn o t a m m e n t la phrase Venite. L e Panis angelicus, qui suit, est très recueilli et\npénétrant. D a n s le Quantum in cruce, l'auteur a très bien moulé la musique sur\nl'admirable poésie. L e Rosa vernans est u n e sorte de lied liturgique très gra-\ncieux. Enfin, les invocations Salve virga florens me plaisent b e a u c o u p par leur\nallure simple et enthousiaste.\n    Cela n o u s change un p e u . . . enfin... des rengaines du bon style d'église.\nChaleureuses félicitations à l ' a u t e u r !\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                           CHRONIQUE MUSICALE                                  389\n\nRecitatio textus liturgici comitante organo. — (Hal, chez l'au-\n  teur, A. Moortgat.)\n   Le distingué maître de chapelle de Notre-Dame de H a l est déjà avantageu-\nsement connu de nos lecteurs par ses messes et ses deux g r a n d s recueils de\ncantiques. Voici de lui u n e œuvre d'utilité pratique pour les organistes-\nchantres. Ceux-ci, en effet, sont tenus d'exécuter toutes les parties de la\nmesse ; mais, à cause de la fatigue, qui en résulte, ils sont autorisés à chanter\ncertaines parties recto tono en s'accompagnant à l'orgue. Ce recueil-ci (en atten-\ndant d'autres) c o m p r e n d des accompagnements de ce genre pour la grand'-\nmesse et pour la messe des morts. L'harmonisation est très bien faite, ce qui\nn'étonnera p e r s o n n e . Elle se base sur la méthode du chanoine Van D a m m e .\n(Voir la préface.)\n  Souhaitons grand succès à cet excellent recueil.\n                                                                Jos.   RYELANDT.\n\n\nO f f r a n d e . — L e s B a i s e r s . Mélodies pour u n e voix, par FRANÇOIS\n   BEAUCK. — (Bruxelles, Breitkopf et Haertel.)\n   Les lecteurs de Durendal ont eu plus d'une fois l'occasion d'apprécier les\ndessins de François Beauck, créations empreintes d'une singulière énergie et\nintenses de vie expressive. Mais ce n'est pas exclusivement d a n s le domaine\ndes arts g r a p h i q u e s que Beauck cherche à extérioriser son rêve de beauté.\nLes deux mélodies, Offrande et Baisers, qu'il vient de publier chez Breitkopf\net dont les paroles écrites par lui-même (dans l'Offrande) attestent une âme de\npoète, sont des œuvrettes de fine musique et d'un sentiment très sincère.\nVOffrande        surtout se recommande par son ingénuité savoureuse et les\ncolorations souvent délicates dont s'y parent les harmonies de l'accom-\npagnement.\n                                                                       G. DE G.\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "                           LES LIVRES\n\nA u m i l i e u d u C h e m i n d e n o t r e v i e , poèmes légendaires, sym-\n    boliques et religieux, par d o m BRUNO D E S T R É E , O. S . B . , avec u n e lettre\n    du cardinal MERCIER. — (Paris, Bloud).\n    « F r è r e Pacifique, qui était poète d a n s le siècle, rapporte le Miroir de Perfec-\ntion, devait aller, selon l'intention du b i e n h e u r e u x François, chanter le\ncantique des créatures par les routes, pour la conversion des peuples à\npénitence... »\n    Olivier-Georges Destrée était poète d a n s le siècle; dom B r u n o Destrée est\npoète dans le cloître. Il chantait — et il chante. J a d i s , il cueillait l'émotion\ndélicate de ses Poèmes sans rimes sur les chemins de l'Angleterre et de l'Italie où\nil aimait errer ; partout où ses yeux et son âme s'étaient enchantés devant\nles puretés et les simplicités de la beauté. Ainsi, u n e religion s'était formée\nen lui, indécise mais radieuse, faite d'impressions, de jouissances spiri-\ntuelles, de nobles souvenirs, et servie par des prêtres qui étaient des\nartistes, des poètes ou des héros. Religion tout h u m a i n e , cependant,\nqui s'exaltait dans l'expression d'un vers, dans la ligne harmonieuse d'un\nédifice ou d'une cime, dans la couleur d'une fresque — images qui s'impri-\nment, c o m m e des illustrations, en marge de notre pensée et dont la mémoire\nse réveille en nous en même temps que celle des rêves et des aspirations\n dont elles étaient devenues l'occasion.\n    « N o u s sommes faits de la même étoffe que nos rêves », disait S h a k e s p e a r e .\n De même, notre idéal ne nous est pas extérieur, mais consubstantiel :\n nous n'avons pas à le trouver au dehors, mais bien à le dégager en n o u s -\n m ê m e , à le tirer du tréfonds obscur où il git, à la fois a p p a r e n t et caché.\n Olivier-Georges Destrée ne cherchait p a s ; il se cherchait : L'idéal, la vocation,\n préformés en lui, dénoncés d a n s toutes les dilections de son art et dans\n tous les choix de sa pensée, ne devaient qu'à la longue, sous l'im-\n pulsion d'un travail secret, s'élucider complètement à ses propres yeux,\n surgir tout à coup devant ceux-ci dans toute leur magnifique évidence...\n     De sorte que l'idéal dont l'auteur des Poèmes sans rimes se montrait animé se\n manifeste également, mais élargi, agrandi, non plus spéculatif, mais positif;\n non plus esthétique, mais religieux, dans ce nouveau recueil de poèmes. La\n joie de l'art est restée; la joie de Dieu, venue, et de l'harmonie et de la\n confusion de ces deux joies sont nées n o m b r e de pages brillantes comme des\n  fresques et chantantes comme des h y m n e s .\n     E t ce sont les belles histoires, colorées et fines comme des enluminures, de\n  Sainte Dorothée, qui envoya des roses du P a r a d i s à l'incrédule T h é o p h i l e ; de\n  saint J e a n Gualbert, qui vit le Christ crucifié d a n s les yeux suppliants de son\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                                     LES LIVRES                                     391\n\nennemi t e r r a s s é ; ce sont les Mages, récits dont nos lecteurs ont eu, jadis, la\nprimeur, et dans la trame desquels l'auteur a su unir avec un art c h a r m a n t\net imprévu l'histoire, la légende et les réminiscences d'une imagination\nfraîche et éclatante. E t le volume se termine par une série de poèmes symbo-\nliques et religieux, d'une belle élévation de pensée et de foi, graves comme Trois\naspects de Dieu; gracieux ou touchants, comme A la fontaine, Sur les oiseaux, ou\ncomme celui où nous apparaît « le cœur toujours tremblant de frère Pusil-\nlanime », si petit devant Dieu si g r a n d . . .                 ARNOLD GOFFIN.\n\n\nLettres à l'Elue,           confession d'un intellectuel, par T A N C R È D E DE VISAN. —\n    (Paris, Vanier.)\n   Durendal eut la primeur, cet hiver, de quelques fragments de ces lettres, où\nun fiancé, qui ressemble b e a u c o u p à M. T a n c r è d e de Visan, fait en compa-\ngnie de l'Elue un pèlerinage sentimental à travers son enfance et sa jeunesse.\nOn n'a certes pas oublié ces pages sincères, graves et tendres, si émouvantes\nsouvent, qui plaisent plus encore d a n s le livre digne d'elles tout entier.\nN'est-ce pas un peu de notre propre passé qui revit d a n s nos mémoires,\nlorsque H e n r y , parcourant avec Mad la vénérable d e m e u r e paternelle,\nparadis terrestre de ses premiers ans, plus chère d'avoir été désertée, lui\nmontre tour à tour la vieille cuisine où « tout a revêtu une couleur de légende\net de pain bis », l'escalier de service « aux marches valétudinaires », à la\nrampe de bois « le long de laquelle il s'est laissé glisser si souvent avant de\nrouler sur la pente de la vie », et les greniers n o m b r e u x , celui de l'avoine,\ncelui des oignons, celui des noix, le fruitier au délicat et complexe parfum,\net celui qui ne porte aucun nom particulier, asile des chauves-souris? Voici le\nparc, théâtre favori d é ses primes jeux, à l'âge où sa chimère animait la terre\net le ciel, découpait dans l'espace des forêts enchantées, les peuplait à sa\nguise de monstres biscornus et de fées trop pâles, où son imagination\nenfantine « n'avait besoin que d'une fleur, d'un clairon et d'un trou pour\négaler les plus fougueux géants et dompter la nature ».\n   Mais c'est lorsqu'elle pénètre pour la première fois d a n s le cabinet de\ntravail de H e n r y , que Mad franchit véritablement le seuil de son âme, où\nelle va régner. Avant de s'asseoir à sa droite, H e n r y tient à disposer « toute\nsa vie au pied du tribunal de l'Elue » : ces lettres sont la confession intel-\nlectuelle d'un jeune h o m m e moderne, pareil à tant d'autres et plus heureux\nque beaucoup, que l'orgueilleux désir de connaître, c'est-à-dire de critiquer,\nemporta pour u n temps loin des certitudes ancestrales, mais q u ' u n e doulou-\nreuse expérience y a r a m e n é . Le mirage d'une raison trompeuse, l'éclat d'une\naurore mensongère l'appelaient là-bas. Jeune esprit m o r d u par le monstre de la\nmétaphysique, il a voulu courir l'aventure, se dévêtir de tous les préjugés\nessentiels à sa conservation, entreprendre de gaspiller avec lucidité le trésor\nde sagesse légué par sa race, épuiser la coupe de toutes les philosophies. Il a\nrésolu de régler ses actes, d'après les canons d'on ne sait quelle raison p u r e ,\naprès avoir jeté derrière son épaule, comme ses amis, toute croyance, c'est-\nà-dire tout principe de vie. Ainsi, p e n d a n t trois années, il explore, en com-\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "392                                   DURENDAL\n\n\n\npagnie des idéalistes a l l e m a n d s , le pays de l'intelligence : il en revient\nfourbu. P e u à p e u , lui est a p p a r u e la vanité de cette science. U n e crise\nd'hébétude et de dégoût succède à l'ivresse cérébrale.\n    C o m m e il était resté q u a n d m ê m e , adhérentes aux racines de son âme,\nquelques mottes du terreau nourricier, il souffre atrocement. P e u à peu,\nsa conscience « façonnée par les siècles et incapable de s'évader de sa\ncourbe » le ressaisit. « Toute théorie est grise, dit Méphistophélès, qu'il\ncommence à c o m p r e a d r e ; mais l'arbre précieux de la vie est vert. U n individu\nqui spécule est c o m m e un animal promené par u n génie malin sur une\nbruyère aride, tandis qu'à l'entour s'étend u n gras p â t u r a g e . » L'amour\nprofond de la nature, le goût de la poésie, fidèlement gardés, lui facilitent le\nretour. Après s'être aventuré au bord des abîmes de la pensée, il s'en revient\ndoucement, par des chemins battus, se guérir de son vertige et respirer des\nroses, dans la compagnie de gens simples, au pied des montagnes paternelles.\nU n m ê m e élan de vie le pousse à regagner l'ancienne sécurité, qu'il avait\nimmolée, dans l'espoir de plus hautes satisfactions. L'expérience était\nconcluante : c'était bien dans son premier séjour que résidait son véritable\naccroissement. Il ne désire plus qu'une âme d'enfant : renaître dans la\nsimplicité. C'est ainsi que la voix de ses morts, l'enseignement de la terre, le\nramènent de force au carrefour de la tradition, le font rentrer dans ses\nlimites, lui enseignent, selon sa forte expression, à « s'asseoir par terre ». Et\nce retour est profondément pathétique,\n    On reconnaît sans peine ici les doctrines traditionalistes chères à deux\nécrivains que M. T a n c r è d e de Visan salue volontiers comme ses maîtres,\nAdrien Mithouard et Maurice Barrés. Elles sont en faveur, encore que\ndiscutables. Aux yeux de plusieurs qui croient à l'absolu, les voix de la terre\net des morts restent un critérium insuffisant. P o u r q u o i nos missionnaires\ns'en vont-ils en Chine, si M. Maurice Barrès a raison?\n    La prose de M. T a n c r è d e de Visan est ferme et n o m b r e u s e . Elle frappe\nsouvent par la force et la justesse expressives, par la beauté des images\nsimples, familières, neuves p o u r t a n t , par u n e véritable richesse verbale.\n Quelque préciosité parfois. Elle joint à la précision du philosophe le lyrisme\n du poète. C'est un poète pieusement filial qui évoque ces nobles figures : le\n père de H e n r y , le grand père de Mad, fermes d a n s la foi héréditaire, d'une\n majesté si patriarcale, d'une si tendre gravité. E t comment ne serait-elle pas\n fière, Mad, q u ' u n aussi pur visage de vierge aimante ait été peint amoureu-\n sement d'après elle? Les Lettres à l'Elue promettent « quelqu'un ».\n                                                                                M. D.\n\nA v r i l , par Louis D E L A T T R E . — (Bruxelles, Lamertin.)\n   L e bon éditeur L a m e r t i n et le bon conteur Louis Delattre ont comploté de\nnous donner ensemble un bon gros volume, substantiel, solide, paré d'un\ntitre qui fut comme u n e promesse de fleurs, de sourires, de j e u n e s s e . . . E t l'un\naidant l'autre, le premier d o n n a n t ses presses et ses soins intelligents; le\nsecond, faisant u n e sélection parmi la riche a b o n d a n c e des Contes de mon village,\ndes Miroirs de Jeunesse et d'Une rose à la bouche, ils nous présentent cette belle\ngerbe rustique et parfumée : Avril.\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "                                   LES LIVRES                                   393\n\n    Rien ne s'est flétri en ces pages charmantes où Delattre. a imagé, avec u n\nart fait d'observation fine et de malice attendrie, les choses et les gens d e son\npays, et les simples, et les enfants. « Observateur éveillé, peintre alerte, poète\ncoquet », ainsi Georges Eeckhoud qualifiait-il Delattre dans la préface émue\nqu'il écrivait en 1890, pour les Contes de mon village. On ne saurait plus\njustement dire aujourd'hui encore, si l'on considère l'ensemble de l'œuvre d e\nDelattre, en ajoutant, toutefois, que les qualités désignées par ces épithètes\nn'ont cessé de croître, depuis, d e s'étendre, par la naturelle progression d'un\nesprit attentif à la vie, qui sait jouir d'elle, l'aimer et la saisir non seulement\nd a n s la joie, mais où elle est plus profonde et plus troublante, dans la\nsouffrance...                                                   ARNOLD    GOFFIN.\n\n\nL ' I l e p a r f u m é e , par AUGUSTE VIERSET. — (Bruxelles, Weissenbruch.)\n   D a n s u n volume artistement illustré, M . Vierset nous fait faire avec lui le\nvoyage délicieux de l'Ile parfumée. Fin notateur et poète, il évoque à chaque\ntournant d u chemin la Corse pittoresque légendaire et a r d e n t e . D e petits\ntableaux exquis, d e s sensations riantes, d e s traits pris sur le vif, des anec-\ndotes épinglées a u passage. Plusieurs chapitres seraient à citer tout entiers\ncomme témoignant d'un sens délicat de la couleur et d'un style lumineux.\nElle vous h a n t e encore, le livre fermé, cette île étrange inconnue encore des\ncohortes d e touristes, foyer d'héroïsme, de banditisme chevaleresques et de\ntragique beauté.                                                          P.N.\n\nQ u a t r e a r t i s t e s l i é g e o i s : A. Rassenfosse; Fr. Maréchal; A. Donnay ;\n   Em. Berchmans, p a r MM. D E S OMBIAUX. (Collection des Artistes belges con-\n   temporains.) U n vol. illustré de 48 planches hors texte, en typogravure. —\n   (Bruxelles, Van Oest, éditeur.)\n   L'auteur de ce livre, présenté de la façon la plus élégante et avec u n e\nillustration a b o n d a n t e et des mieux réussies p a r la maison Van Oest,\nM. Des O m b i a u x fait précéder les études qu'il consacre à MM. Rassenfosse,\nMaréchal, D o n n a y et B e r c h m a n s d'un rapide précis sur l'Art à Liége, depuis\nles origines jusqu'à nos jours, précis qui, à cause, sans doute, de sa brièveté\nnécessaire, comporte certaines exagérations de fait et certaines inexactitudes\nde perspective. Q u e Liége ait connu, a u x XIIe et XIIIe siècles, u n e remar-\nquable efflorescence artistique ne fait pas doute, sans, cependant, q u e l'on\npuisse, avec M. Des Ombiaux, qualifier cette ville d e « Florence d u N o r d ».\nIl y a là quelque disproportion. P l u s loin, on ne peut s'empêcher de tenir\npour un peu sommaire les données chronologiques qui permettent à l'auteur\nd'attribuer aux luttes malheureuses de Liége contre les ducs de Bourgogne la\ndécadence des arts qui florissaient chez elle et d'écrire : \" Les artistes...\ns'étaient envolés vers des contrées plus clémentes... Les frères Van Eych èmi-\ngrirent (?). L e s villes de F l a n d r e . . . convenaient mieux au développement d e\nleur génie qu'une cité archirançonnée, appauvrie pour longtemps. Ils\ny firent école et l'hégémonie des arts passa à Bruges, Gand et Anvers... ).\n    Mais c'est là la partie accessoire de l'ouvrage. Nous lui préférons les pages\n dans lesquelles M. D e s Ombiaux analyse avec u n e sympathique c o m -\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "394                                   DURENDAL\n\n\npréhension l'oeuvre attrayante et diverse des artistes délicats dont il s'est\nproposé de nous entretenir.\n   Cette œuvre, il nous la dit très bien et, en même temps, l'ouvrier, depuis\nses premiers efforts, les essais, les tentatives, d'où, lentement, sa person-\nnalité s'est lentement dégagée. T o u s quatre, sollicités, surtout, par la déco-\nration, apparaissent c o m m e de gentils esprits, ingénieux, subtils, déliés,\navec, parfois, chez Rassenfosse et chez B e r c h m a n s , u n e note de puissance\nou de profondeur. L e s uns c o m m e les autres sont, en tout cas, dans leurs\ntravaux gravés, dessinés ou peints, très représentatifs, sinon d'une école\nliégeoise, dont l'individualité ne se dégage pas très nettement, jusqu'ici, au\nmoins d'une t e n d a n c e esthétique, plus fréquente, peut-être, chez les\nW a l l o n s , et devant laquelle la réalité se présente non point comme un objet\nimmédiat d'émotion que comme le thème d'imaginations méditatives ou\nlégendaires...\n   M. Des O m b i a u x a utilement complété cet intéressant volume par le\ncatalogue très complet de l'œuvre de MM. Rassenfosse, Maréchal, D o n n a y\net B e r c h m a n s .                                              ARNOLD     GOFFIN.\n\n\nGrétry, par H ENRI           DE CURZON. — ( P a r i s , L a u r e n s . — Collection :\n    Les Musiciens célèbres.)\n    Grétry, qui fut u n peu le Gluck de l'opéra comique, car, de m ê m e que\nl'auteur d'Alceste, il chercha à réaliser dans ses œuvres la plus grande vérité\nd'expression, en eût été vraiment le W a g n e r (Richard Cœur-de-Lion contient\nde véritables motifs conducteurs) s'il eût possédé la science avec l'imagination\net si, pour ses comédies lyriques, il eût pu se passer de tout concours\nétranger. Mais sa « claire vue de l'idéal auquel devait tendre la musique\ndramatique dépassait les facultés qu'il possédait en lui pour y atteindre ».\n C o m m e Gluck, il « plaça au théâtre les lois de la vie et de la passion avant\ncelles de la science » ; comme W a g n e r , il proclama la p r é d o m i n a n c e absolue\nde la mélodie dans la musique d r a m a t i q u e . Il faut, posait-il en principe, que\nla musique chante, quelle chante par les voix, qu'elle chante, si elle peut, par les accom-\ngnements, mais alors, à condition que ceux-ci soient aussi d'inspiration et non le résultat\nd'un travail forcé.\n    Sans pouvoir assigner le temps précis où elle s'opérerait, Grétry prophé-\ntisait un siècle à l'avance cette réforme du théâtre lyrique dont W a g n e r fut\nl'admirable artisan. Il faut créer un art nouveau, disait Grétry, qui consistera\nd a n s une juste proportion du chant pur, de la déclamation et de la sym-\np h o n i e (à condition que celle-ci soit imprégnée de          mélodie)...       « Que la\nsalle de spectacle soit proportionnée à l'ouïe et à la vue, afin qu'aucun\ndétail de la musique, des paroles ou du jeu ne soit perdu ; qu'elle n'ait donc\nque mille places au plus, et toutes d'une m ê m e sorte, en amphithéâtre, sans\nloges; que l'orchestre soit voilé, invisible des spectateurs... U n batteur de\nmesure est le destructeur de toute illusion. »\n   E n cherchant avant tout la vérité d a n s la mélodie, Grétry écoutait P e r g o -\nlèse. E n travaillant à fortifier la mélodie par le soutien d'une harmonie\npénétrée elle-même de mélodie, il s'inspirait de l'exemple de Gluck.\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                                      LES LIVRES                                      395\n\n   Nous puisons encore dans la solide étude de M. de Curzon les appré-\nciations qui suivent : « L ' œ u v r e de Grétry est de celles qui survivent au\ntemps, car elle est faite à la fois de poésie et de vérité  Six opéras, la Fausse\nMagie, V Amant jaloux, Richard Coeur-deLion, le Tableau parlant, Zémire et Azor, et\nl'Epreuve villageoise constituent le fonds essentiel de l'œuvre de Grétry, celui\nqu'il faudrait maintenir à jamais en honneur. »\n\n\nPaganini, par J . - B . PROD'HOMME. — ( L a u r e n s , Paris.)\n   Du livre de M. P r o d ' h o m m e nous extrayons un détail intéressant ayant\ntrait à l'admiration passionnée de P a g a n i n i pour Berlioz à une époque où\nl'auteur des Troyens était encore peu goûté de ses contemporains :\n   Après u n concert donné par Berlioz au Conservatoire de P a r i s le\n16 décembre 1838, « P a g a n i n i , ce noble et grand artiste, est monté au\nthéâtre » (écrit Berlioz à son père), et m'a dit qu'il avait envie de s'agenouiller\ndevant moi; c o m m e je me récriais sur cette expression ouirée, il m'a entraîné\nvers le milieu de la scène, et là, en présence des quelques musiciens de mon\norchestre qui n'étaient pas encore sortis, malgré mes efforts, il s'est mis à\ngenoux devant moi, déclarant que j'étais allé plus loin que Beethoven.\n   Ce n'est pas tout         Voilà son fils, le petit Achille, charmant enfant de\n 12 ans, qui vient me trouver et me remet de la part de son père la lettre\nsuivante, avec u n présent de 20,000 francs           Voici la traduction de cette\nlettre :\n                           Mon cher ami,\n   Beethoven mort, il n'y avait que Berlioz qui pût le faire revivre; et moi qui ai goûté\nvos divines compositions dignes d'un génie tel que vous êtes, je crois de mon devoir de vous\nprier d'accepter, comme un hommage de ma part, 20,000 francs qui vous seront remis\npar M. le baron de Rothschild dès que vous lui aurez présenté l'incluse.\n   Croyez moi toujours                                     Votre très affectionné ami,\n                                                             NICOLO     PAGANINI.\n\n                                                                              G. DE G.\n\n\nLa Domination française en Belgique à la fin du XVIII e\n siècle et au commencement du XIX e , par M. J. DELHAIZE.\n   T o m e premier. — (Bruxelles, Lebègue et C ie .)\n   Il est de l'essence m ê m e de la liberté que celui qui la possède en jouisse\nselon le mode et dans les formes qui lui conviennent. Elle cesse d'exister dès\nle moment où l'usage en est réglé par la volonté d'autrui. Ces vérités, qui\nsont des truismes, ont toujours semblé inexistantes pour les Jacobins fran-\nçais, comme elles le semblent encore à nombre d'adeptes de théories ana-\nlogues aux leurs, tout prêts à imposer leurs conceptions par la violence,\nsous prétexte que les o p p o s a n t s sont inaptes à juger de leurs propres intérêts et\nvolontés!... Ils se gratifient ainsi d'un brevet d'infaillibilité doctrinale qui\nleur permet toutes les iniquités...\n   C'est le spectacle qu'ont d o n n é les républicains français, lorsque, à la\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "396                                     DURENDAL\n\n\nsuite des armées victorieuses de Dumouriez, ils se sont abattus sur notre pays,\nen émissaires de la Convention, pour faire danser nos populations au son\nde la Carmagnole et du Ça ira!... T o u t cela, naturellement, contre l'avis du\nsage Dumouriez qui, étant général et général h e u r e u x , était tenu en défiance\npar la démagogie parisienne. L e résultat prévu de cette politique fut de\nréunir les Belges, désunis depuis la révolution de 1797, dans u n e haine\nu n a m i n e d u nom français et de leur faire accueillir avec joie, après la\nbataille de N e e r w i n d e n , les Autrichiens autrefois détestés.\n    M. Delhaize nous d o n n e un récit sobre et bien d o c u m e n t é de cette période\nde nos annales, précédé d'une introduction où il résume à grands traits l'his-\ntoire de la domination autrichienne en nos provinces. Il m a r q u e judicieuse-\nment les effets bienfaisants chez nous du mouvement d'émancipation de la\nRévolution française, sans laisser de flétrir avec vigueur les excès jacobins et\nde déplorer leurs conséquences inévitables.\n   « S a n s la maladresse des Jacobins, écrit-il à ce propos, la F r a n c e aurait\npu assister et même aider à la formation de la jeune R é p u b l i q u e (belge),\nqui, une fois fondée et organisée, se serait, certainement et spontanément,\njetée d a n s les bras de la g r a n d e sœur et voisine...». P r é s o m p t i o n très hasar-\ndée, semble-t-il, car qu'elles que fussent ou qu'auraient pu être les sympathies\ndes Belges pour la F r a n c e , il est certain — toute leur histore le prouve - -\nqu'ils en nourrissaient encore bien davantage pour leur i n d é p e n d a n c e !\n\n\nSaint François de Sales, par FORTUNAT STROWSKI. Collection                       : La\n    Pensée chrétienne. — (Paris, Bloud.)\n    Saint François de Sales apparaît, comme l'écrit l'auteur de cet excellent\nlivre, « à mi-côte, entre le XVIe siècle et le XVIIe, plus voisin du XVIe siècle par\nle style, l'esprit et l'art, plus voisin du XVIIe par les goûts et les sentiments. »\nIl est doctrine, et forte, coordonnée, fondée d a n s l'expérience appronfondie\ndes â m e s ; et il est, en m ê m e temps, grâce étonnante et naïve, fantaisie\npoétique et fleurie, fleurie, quelquefois, jusqu'à une sorte d'afféterie, se hasar-\nderait-on à dire, ou de préciosité rustique.\n    Sa m é t h o d e est admirable, il a des ailes, comme les anges, d o n t il parle\nà Philothée dans l'Introduction à la vie dévote, mais qui, sur l'échelle de\nJ a c o b , « ne volent pourtant pas, ains montent et descendent par ordre,\nd'échelon en échelon ». Et il suit leur exemple, et, c o m m e eux, de degré\nen degré, il atteint les s o m m e t s . . .\n     M. F o r t u n a t Strowski nous donne en ce volume une anthologie exquise\nde la pensée de l'évêque de Genève, puisée dans ses ouvrages et dans sa\ncorrespondance; une anthologie dont les textes sont enchâssés dans un\ncommentaire analytique, qui les éclaire de la façon la plus heureuse et la\nplus perspicace.\n\n\n    L'Art         flamand    e t h o l l a n d a i s (Numéro d'avril.) — Notes abon-\nd a m m e n t illustrées et très intéressantes de M. de Bosschere sur les Vitraux\nde Lierre et d'Anvers. M. Brédieus signale u n Jordaens : Sainte famille (repro-\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "                               LES LIVRES                                 397\n\nduction), classé dans la collection Steengracht de La H a y e sous le nom de\nHontherst. Chroniques d'art : L'art contemporain, à Anvers; de Georges\nEeckhoud, des notes pleines de saveur sur l'Exposition Claus, au Cercle\nArtistique; sur la Libre Esthétique, etc.\n\nLes champignons aux chapelles d'Anvers, par M. DE Bos-\n  SCHERE.\n  L'auteur, archéologue et fureteur acharné et heureux, signale d'intéressantes\nrestaurations à effectuer à certains édifices anversois.\n\nLes Heures de Notre-Dame, dites de Hennessy, par PIERRE\n  BAUTIER. — (Revue de l'Université de Bruxelles.)\n   Bonne étude soigneusement documentée sur le beau manuscrit à minia-\ntures de la Bibliothèque royale, dont M. J. Destrée publia, jadis, une\nexcellente reproduction.\n                                                           ARNOLD    GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "                               NOTULES\n\n  Nous reproduisons dans ce numéro le modèle agrandi d'une\nmerveilleuse médaille, œuvre du jeune artiste JULES JOURDAIN.\nLe sujet de la médaille est l'UNION DE LA SCIENCE ET DE\nLA FOI. Cette médaille est frappée à l'occasion du cinquantième\nanniversaire de l'INSTITUT SAINT-LOUIS, de Bruxelles. La\nmédaille aura 30 millimètres de diamètre. Nous offrons nos plus\nvives félicitations à l'artiste. Il a fait un petit chef-d'œuvre.\n  Nous prévenons ceux qui voudraient acquérir la médaille qu'ils\npeuvent souscrire chez l'économe de l'Institut Saint-Louis, rue du\nMarais, à Bruxelles. Prix : fr. 2.50, en bronze; 3 francs, en\nbronze doré; 4 francs, en argent; 5 francs, en argent doré;\n50 francs, en or.\n                                    *\n    Le P r i x N o b e l . — Il est question, paraît-il, de décerner le Prix\nNobel, en p a r t a g e , à deux de nos plus g r a n d s écrivains : Maurice\nMaeterlinck et Emile Verhaeren. Inutile de dire que nous accueillons cette\nnouvelle avec enthousiasme. N o u s partageons en tous points les idées émises\nà ce sujet par notre confrère P a u l Spaak dans u n e lettre adressée au Petit\nBleu, dont nous détachons ce passage :\n    « Plusieurs fois, à propos de ce prix, les noms de Verhaeren et de\nMaeterlinck ont été prononcés, et, certes, parmi les écrivains qui, par leurs\nœuvres universellement admirées, méritent d'y prétendre, nuls ne semblent\nmieux qualifiés pour l'obtenir. L e u r talent diffère mais s'égale; l'un a la\nforce profonde, harmonieuse, sereine, même lorsqu'elle s'inquiète; l'autre, la\npuissance fougueuse, exaltée, frémissante, m ê m e lorsqu'elle s'adoucit ; tous\ndeux expriment ainsi les caractères essentiels du génie de notre r a c e ; tous\ndeux enfin ont u n e qualité c o m m u n e : la conscience de leur art. Mais, tout\nen étant foncièrement de chez nous, ils ont parlé un langage si largement\nh u m a i n , ont dit les angoisses, les soucis, les aspirations de la pensée contem-\nporaine avec un tel accent, u n e telle élévation, qu'ils ont bientôt cessé, pour\nleur gloire et la nôtre, de nous appartenir exclusivement.\n    » L'idée est donc heureuse de les présenter l'un et l'autre avec l'espoir que\nle prix, qui fut partagé déjà, se partagerait entre eux.\n    » C o m m e n t choisir du reste? P o u r q u o i choisir? E t quelles que soient chez\nn o u s les préférences personnelles — bien compréhensibles — de ceux qui\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "                                          NOTULES                                          399\n\ns'intéressent au développement de notre art, peut-on douter cependant que\ntous ne préféreraient, pour l'honneur même de notre littérature, voir élus, le\nmême jour, ces deux hommes qui commencèrent leur effort aux heures\ndifficiles où la Belgique n'encourageait guère ses écrivains, et le poursui-\nvirent avec la même volonté tenace, la même foi, la même passion dés-\nintéressée. »\n                                     .*.\n  J e f L a m b e a u x , u n des maîtres de noire magnifique et     florissante\nécole de sculpture belge, vient de mourir à Bruxelles. N o u s consacrerons\nun article à l'artiste et à son œuvre dans notre prochain fascicule.\n\n                                              ***\n   L a S u r a b o n d a n c e d e m a t i è r e s nous contraint à différer encore\njusqu'à notre fascicule suivant la suite de l'article : « Joris-Karl H u y s m a n s\nd'après sa correspondance », par l'abbé H e n r y Mœller.\n                                             ***\n    V i e n t d e p a r a î t r e , chez l'éditeur Van Oest, à Bruxelles : L a\nP e i n t u r e e n B e l g i q u e (musées, églises, collections, etc.); L e s P r i m i t i f s\nF l a m a n d s , par H . F i e r e n s - G e v a e r t .\n    La publication du premier fascicule de l'ouvrage de M Fierens-Gevaert :\nLes Primitifs Flamands, constitue u n e sorte d'événement artistique et national.\nTous ceux qui, dans notre pays, ont le culte de nos maîtres d'autrefois, liront\navec le plus vif intérêt et le plus grand profit ce nouveau travail du grand\ncritique belge.\n    L'ouvrage sera complet en douze fascicules in-4°; il est question dans le\npremier des précurseurs du XIVe siècle et des frères Van Eyck, les illustres\nfondateurs de la peinture septentrionale dont, à l'heureactuelle,nul, d a n s notre\npays, ne connaît mieux que M. Fierens-Gevaert l'histoire et les œuvres. L e s\nfascicules suivants traiteront de Roger Van der W e y d e n , T h i e r r y Bouts,\nH u g o Van der Goes, Memling, Gérard David, etc. Toutes les œuvres de ces\npeintres, conservées en Belgique, seront reproduites l u x u e u s e m e n t ; c'est le\nproblème du « musée chez soi » résolu de la façon la plus complète. A\ntravers ces vivantes illustrations, le texte du maître-critique est u n e histoire\nde l'art flamand écrite en cette forme élevée et ce rigoureux souci scientifique\nqui caractérise l'éminent auteur de la Renaissance septentrionale.\n    Le prix de souscription à l'ouvrage complet est fixé à 42 francs. Adresser\nles souscriptions à l'éditeur Van Oest, 16, place du Musée, Bruxelles.\n    Chaque fascicule étant complet par lui-même, est mis en vente au prix de\n4 francs.\n    Nous r e n d r o n s compte prochainement de cet important ouvrage.\n\n                                             ***\nAccusé de réception :\n  A R T : Tunis et Kairouan, par H E N R I SALADIN. Collection : Les villes d'art\ncélèbres (Paris, Laureris). — La peinture en Belgique (Musées, collections,\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "400                               DURENDAL\n\n\néglises, etc.). L e s Primitifs flamands, p a r F I E R E N S G E V A E R T . Fascicule I :\nL e s précurseurs du XIVe siècle. L e s frères H u b e r t et Jean Van Eyck\n(Bruxelles, Van Oest).\n  H I S T O I R E : Un grand marin : Tourville (1642-1701), par EMMANUEL DE\nBROGLIE ( P a r i s , P i o n ) . — Louis XI en pèlerinage, par MARCEL NAVARRE (Paris,\nBloud). — La campagne de 1815 aux Pays-Bas, d'après les rapports officiels\nnéerlandais, par F . DE BAS et I. DE T'SERCLAES. T o m e I. Q u a t r e - B r a s . Avec\ncartes et plans (Bruxelles, Dewit).\n  L I T T E R A T U R E : Dix-neuvième siècle. Esquisses littéraires et morales.Tome       V,\npar G.    LONGHAYE (Paris, R e t a u x ) . — Louis Veuillot,       par J U L E S R E N A U L T\n(Paris, Lethielleux). — Soirées du Stendhal Club. Deuxième série. Documents\ninédits, par GABRIEL STRYENSKI et PAUL ARBELET ( P a r i s , Mercure de F r a n c e ) .\n— Etudes allemandes, par EDOUARD DE MORSIER (Paris, P l o n ) . — Huysmans\nintime. Lettres et souvenirs, par DOM DU BOURG (Paris, Librairie des Saints-\nP è r e s ) . — Georges Satid à la Chartreuse de Valldemosa, par J U L E S LECLERCQ\n (Bruxelles, H a y e z ) .\n  P H I L O S O P H I E : L'idéal moderne, p a r PAUL GAULTIER ( P a r i s , Hachette).\n  P O E S I E : Poèmes, de FERNAND SÉVERIN (Paris, Mercure de F r a n c e . —\nLe collier de griffés, par CHARLES CROS (Paris, Stock). — Le parc enchanté, par\nGABRIEL VOLLAND ( P a r i s , Mercure de F r a n c e ) . — Le miroir, p a r GABRIEL\nMOUREY ( i d e m ) . — Les quatre incarnations du Christ, par ANDRÉ VAN H A S S E L T .\nPréface de G. RENCY (Bruxelles, Association des écrivains belges). — Les\nvisages de la vie, par E M I L E VERHAEREM (Paris, Mercure de F r a n c e ) . — Poèmes\net interludes, par ROBERT MAYE (Paris, Sansot).\n  R E L I G I O N : Quelques pages sur le mouvement catholique chez les femmes en\nAngleterre (Paris, Perrin). — Féminisme et christianisme, par A . - D . SERTIL-\nLANGES (Paris, Gabalda).\n   R O M A N S : Rêve de lumière, par JEAN BLAIZE (Paris, P l o n ) . — Le prix du\nsang, par ANDRÉ LAVERNE (idem). — Au galop de la vie, par E R N E S T               DAUDET\n (idem). — Les chardons, par HIPPOLYTE SCHEFFER (Nice, Edition du Floréal).\n — Quid me persequeris? par CHARLES BARBIER (Comines. P . Denys). — Les\npas sur la terre, par ADRIEN MITHOUARD (Paris, Stock). — Mémoires d'une vieille\njeune fille, par R E N É BAZIN (Paris, C a l m a n n - L é v y ) .\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": ""}, {"page_pdf": 473, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1908-06", "signet_source": "Quinzième année - N°6 - Juin 1908 (?)", "preuve": "Couvertures absentes. Livraison suivant le fascicule précédent (dont les Notules sont à la p. 335 selon la table), pages 337-400 ; articles évoquant le Salon de Printemps, l’ouverture le 13 mai de l’exposition Les Violons d’Ingres à la Galerie Boute, le service du 12 mai pour l’anniversaire de la mort de Huysmans, la revue de Paris du 15 mai 1908, la mort récente de Jef Lambeaux (Notules) et le renvoi au fascicule suivant de la suite de l’étude de Mœller sur Huysmans.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}