{"numero_id": "ulb-durendal-1908-livraison12", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison12-001", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 721, "page_fin": 740, "titre_corps": "Vieux Bruxelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. Carton de Wiart", "ancre_debut": "Vieux Bruxelles (Suite) (1) II", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 858, "page_imprimee": 721, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1896, "texte": "Vieux Bruxelles\n                                 (Suite) (1)\n\n\n\n                                      II\n\n                 POUR la circonstance,          Monsieur Charliers de L o n g -\n                      prez avait fait repeindre sa vieille berline aux\n                      couleurs du jour : vert bouteille et j a u n e anglais.\n                      C o m m o d é m e n t installés au fond de la voiture\n                      dont les. souples ressorts berçaient leur noncha-\n                      lance, Monsieur et M a d a m e de Peñalegas pre-\n                      naient grand plaisir d'être mêlés à la foule bril-\n                      lante des cavaliers et des équipages. Ils souriaient\nà leur hôte assis en face et qui, n'ignorant rien des choses de la\nCour et de la Ville, leur faisait les honneurs du « tour à la\nmode ».\n   P a r ce radieux dimanche, qui était le troisième jour d'Octobre,\nl'Allée-Verte ne justifiait guère son nom. Déjà, un automne\nprécoce tiquetait de ses taches fauves ou mordorées le feuil-\nlage des ormes et des tilleuls que l'été défunt avait rôti et\npoudré sans pitié. Sous cette voûte nuancée, entre les troncs\npoussiéieux alignant de la Porte du Rivage au Pont de Laeken\nleurs colonnades parallèles, c'était comme une triple coulée, ici\nplus l e n t e , ici un peu plus rapide de promeneurs et de carrosses.\nDes usages séculaires, que nul n'eût songé à enfreindre, y\nmaintenaient scrupuleusement le respect des hiérarchies\nsociales. L a bourgeoisie avait élu la contre-avenue de droite.\nLes gens du bel air occupaient le centre. Mieux avisé, le p e u t\npeuple longeait le canal au delà duquel s'élendaient vers l'ouest\nses prairies plantureuses de Tour-et-Taxis.\n   Monsieur de Peùalegas, qui vivait toute l'année sur ses terres\nau B r a b a n t wallon, partageant son temps entre les soins d'une\n\n (1) Voir le numéro d'octobre.\n"}, {"page_pdf": 859, "page_imprimee": 722, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": " 722                         DURENDAL\n\n\n\n  exploitation agricole importante et les plaisirs de la chasse, ne\n  tarissait pas d'admiration au spectacle de cette cohue endi-\n  manchée. Il en oubliait l'ennui qu'il avait éprouvé à se faire\n  marronner à grosses boucles, ce qui — sous un tricorne aux\n  ailes courtes — élargissait encore sa figure naturellement\n  forte et un peu rustique. Par contraste, Madame de Peñalegas\n  accusait un visage décoloré, aux lignes anguleuses. Elle était\n  haute de taille et de prestance dans sa robe de soie à grands\n ramages. Du bout des lèvres, elles'étonnait que les circonstances\n politiques n'eussent pas fait de tort apparent au succès de cette\n fête offerte par les Gouverneurs Généraux en leur château royal\n de Schoonenberg, à Laeken,et où s'empressaient en même temps\n qu'elle la noblesse et le peuple de Bruxelles. A quoi Monsieur\n Charliers de Longprez répondit — et c'était presque une excuse\n — que les Bruxellois n'entendaient point garder rigueur aux\n Archiducs des fautes qu'ils reprochaient àprement et justement\n à l'Empereur.\n    Son explication eût été plus complète s'il eût ajouté que ses\n concitoyens étaient irrésistiblement enclins par leur tempé-\n rament à toutes les frairies et franches lippées, de telle sorte\n qu'une invitation à festoyer librement dans les jardins du\n château de Schoonenberg ne pouvait guère rencontrer de\n rebelles parmi eux. Et les Sérénissimes Gouverneurs Généraux\n le savaient bien, puisque — au milieu du désarroi que leur valait\n la tournure des affaires — ils tentaient précisément, en faisant\n fête ce jour-là à des sujets malcontents, de retenir au profit de\n l'autorité qu'ils représentaient quelques lambeaux d'une popu-\n larité compromise par l'aveuglement de Joseph II.\n    Et s'il eût mis à nu jusqu'à sa pensée secrète, Monsieur\n Charliers de Longprez aurait achevé de justifier par des motils\n d'ordre intime sa présence à des divertissements qui n'étaient\n pas sans contrarier un peu et malgré tout ses sentiments patrio-\ntiques. N'avait-il pas cédé surtout à la prière d'Hélène, sa fille\net sa confidente aimée? N'avait-il pas jugé avec elle l'occasion\ntrès propice pour renouer et consacrer définitivement, entre\nThierry et Mademoiselle de Penalegas, des fiançailles dont il\navait plusieurs années auparavant vu naître l'aurore avec une\njoie profonde? L'absence de Thierry, pour longue qu'elle eût\nété, ne pouvait avoir fait tort à une passion si franche que sa\nvivacité avait éclaté naguère à tous les regards. N'en va-t-il pas\n"}, {"page_pdf": 860, "page_imprimee": 723, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                          723\n\n\n de l'absence comme de ces vents violents qui éteignent les\nchandelles, mais qui raniment les incendies? Avec cette diplo-\n matie des pères de famille trop sure d'elle-même et toujours\ncourte par quelque endroit, le vieil avocat avait voulu reculer\ntoute décision jusqu'au moment où T h i e r r y , nanti de ses\ndiplômes, pourrait l'assister et peut-être le suppléer dans une\ntâche professionnelle qui commençait à lui peser. Aujourd'hui,\ncette condition accomplie, l'heure d'une union qu'il avait\ntoujours souhaitée et que les Peñalegas entrevoyaient du même\nregard favorable, ne sonnait-elle pas enfin à l'horloge de toutes\nles convenances?\n    C'était à ce dessein que Monsieur de Longprez avait insisté\nauprès de ses vieux amis pour qu'ils quittassent les champs et\nprissent part avec lui à la fête de Laeken. C'était pourquoi,\nsauf M a d a m e de Longprez, que l'état de sa santé toujours chan-\ncelante retenait au logis, les deux familles étaient réunies ce\njour-là: Les parents dans la vaste berline rafraîchie aux couleurs\nà la m o d e . Les jeunes gens dans un second carrosse moins somp-\ntueux où la beauté blonde d ' H é l è n e appareillait délicieusement\nla noire beauté d'Isabelle, tandis que vis-à-vis de l'une et de\nl'autre, l'uniforme blanc et bleu et les galons tout neufs d'Evrard\nde Penalegas éclipsaient la lévite et le petit claque sombres de\nT h i e r r y . Les plus jeunes enfants de l'une et de l'autre famille\nn'avaient pas été oubliés. B a m b i n s et fillettes, sous la conduite\nd'une gouvernante, se serraient dans une sorte de char à bancs\nconfié à W e w e p , le vieux serviteur éprouvé. E t chaque fois\nq u ' u n embarras de circulation ralentissait l'allure du cortège,\nles parents s'amusaient à percevoir, parmi tant de rumeurs\nconfuses, les clameurs joyeuses des tout petits arrivant jusqu'à\neux par fusées.\n                                  *\n                                 * *\n    L a sympathie qui unissait les deux familles était, comme il\narrive, tissée de quelques ressemblances et de beaucoup de dis-\nparates. Si les chefs étaient différents d'intelligence et de culture,\nils avaient ce trait de conformité : c'est que l'oisiveté n'était\npoint leur fait, ni à l'un ni à l'autre.\n    Monsieur de Peñalegas avait adopté le mode d'existence d'un\nseigneur campagnard, par nécessité d'abord, — ec puis y était\nd e m e u r é fidèle par goût. Son père, glorieux et dépensier, tel un\n"}, {"page_pdf": 861, "page_imprimee": 724, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "724                             DURENDAL\n\n\nvéritable hidalgo, lui avait laissé comme seul bien au soleil un\nd o m a i n e familial sis au B r a b a n t wallon et qu'il trouva aban-\ndonné à des régisseurs négligents ou peu scrupuleux. Non\nseulement M. de Peñalegas, par une active mise en valeur,\ndésintéressa les créanciers paternels, mais il restaura ses fermes\net son château. D ' a n n é e en année, on le voyait arrondir son\ndomaine de quelque bonne terre labourable ou de quelque bon\ncarrefour de hêtres ou de chênes. Bien plus, la prospérité éco-\nnomique où vivaient les Pays-Bas autrichiens l'engagea bientôt\nà faire fructifier, dans des entreprises que lui conseilla son ami\nM. Charliers, les écus qu'il retirait de ses terres et de ses bois.\n    Sa maison était honorable, sinon élégante; sa cuisine abun-\nd a n t e , sinon exquise; ses vins généreux et j u s t e m e n t vantés\ndans les cures et les gentilhommières du voisinage; ses chevaux\npleins de vigueur ; ses amis n o m b r e u x ; ses valets et filles de\nferme dévoués et durs au travail. D a n s ses jardins          fleurissaient\nles plus beaux espaliers de la région et dans ses prés paissaient\nles plus belles vaches.\n    Il avait épousé — son patrimoine remis à flot — une demoi-\nselle d'assez bonne souche qui, soigneusement nourrie des plus\nsolides principes, avait été heureuse de s'unir à F e r d i n a n d de\nPeñalegas qui ne l'égalait pas en fortune mais la passait en\nnoblesse. E t a n t de son naturel inaccessible à toute défaillance,\nelle lui avait voué l'estime qu'une épouse chrétienne doit à son\népoux, et jamais ni en fait ni en pensée elle n'avait m a n q u é à\nson devoir. E n vain néanmoins eût-elle essayé de se dissimuler\nque cette union ne lui avait pas apporté toutes les joies mon-\ndaines que sa jeune imagination avait entrevues. De vivre\ntoujours aux champs, à côté d'un gentilhomme sans dettes et\nsans maîtresse, mais dans un cercle étroit de famille, à peine\nélargi, aux jours de chasse, par la compagnie de quelques\nhobereaux lourds d'esprit et salaces en leurs propos, c'était une\nabdication de ses rêves, — à laquelle elle ne se résignait\nqu'avec l'espoir d'assurer à ses enfants une destinée plus bril-\nlante.\n    P a r un de ces étranges retours où se complaît la N a t u r e ,\nle vieux sang castillan dont on eût malaisément recherché\nl'influence dans les traits et le caractère de M. de Peñalegas,\nréapparaissait, irrécusable, dans ses fils et ses filles, — les\ndeux aînés surtout : Evrard et Isabelle.\n"}, {"page_pdf": 862, "page_imprimee": 725, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "                        VIEUX BRUXELLES                        725\n\n\n    N'était-ce pas ce vieux sang réveillé qui, dans ces jeunes\ncceurs et ces jeunes yeux, s'échauffait et bouillonnait parfois\njusqu'à la passion ? Evrard éprouvait précisément la curiosité\nde connaître tout ce que son digne père s'accommodait si bien\nd'ignorer. Voir du pays et se mêler au tourbillon des hommes,\nprojeter — en dehors du cadre si restreint de cette existence cham-\n pêtre où il se sentait captif — un peu de cette activité qui\nfermentait dans ses. veines, telles étaient déjà ses velléités au\ntemps où un excellent curé de village s'efforçait de l'initier aux\nsèches voluptés du Despautères et du Gradus ad Parnassum.\n M a d a m e de Peñalegas estima judicieusement que ces velléités\ntrouveraient à la fois une soupape et une digue dans la carrière\nmilitaire, — avec la part que cette carrière fait à l'aventure et à\nla discipline. L'Autriche, après l'Espagne, continuait à recruter\ndans les P a y s d'en-bas les solides soldats dont la valeur avait\néclaté à Rocroy, à Leipzig, à Kollin, et dont l'illustre\nT i l l y avait porté si haut la gloire. Peu de familles flamandes\nou wallonnes qui ne comptassent l'un des leurs dans les armées\nimpériales. Engagé aux Dragons d'Arberg, en qualité de cor-\nnette, Evrard se trouva merveilleusement disposé à ce genre\nd'existence où le culte de l'honneur et le souci des élégances\nauréolaient de quelque idéal la fatigue des exercices et le\nt u m u l t e des tabagies.\n   Son départ fut un grand déchirement pour sa sœur, l'ordi-\nnaire compagne de ses études et de ses jeux. A ces études, à ces\njeux, Isabelle apportait presque a u t a n t d'impétuosité que\nlui, — tandis que ses sentiments révélaient une âme plus pro-\nfonde, toujours prête aux générosités hardies et aux dévoùments\nsans calcul. Quelle joie pétillait dans ses prunelles quand au\npied du perron elle sautait en selle et s'échappait au large,\nescortée par son frère, — entraînant parfois dans une même\nrandonnée Hélène et T h i e r r y , aux jours des vacances qui,\nrégulièrement, les réunissaient. C'était avec ivresse qu'elle\nengageait sa bête par les prés et les coteaux, tantôt à la pour-\nsuite du premier gibier débusqué, tantôt dans la direction d'un\nclocher pointant à l'horizon, ou tout bonnement au hasard. De\nsentir le vent lui fouetter le visage et dénouer sa chevelure, de\npercevoir le tressaillement des chevaux lancés à toute bride,\nc'était une exaltation croissante qui se traduisait parfois en des\ncris de conquête. Les manants, rangés en toute hâte sur son\n"}, {"page_pdf": 863, "page_imprimee": 726, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "726                          DURENDAL\n\n\n\npassage, s'en étonnaient, — eux qui, le matin même, l'avaient\nvue, simple et douce, s'asseoir au chevet d'un m a l a d e ou\ns'absorber en longues méditations dans l'oratoire du village.\n    Lorsqu'elle était encore enfant, une de ses fantaisies fami-\nlières était d'organiser avec son ami T h i e r r y , qui avait comme\nelle un grain de poésie toujours prêt à germer, des expéditions\naventureuses inspirées de Robinson ou même des conquista-\ndores. U n e île touffue, au milieu de l'étang, abritait des cam-\np e m e n t s sauvages dont seuls ils connaissaient le chemin. Avec\nquelle sincérité elle admirait T h i e r r y , tout frais de ses sou-\nvenirs de collège, j e t a n t à d'imaginaires ennemis les impré-\ncations de l'Illiade ou déclamant aux arbres les tendres tirades\ndes Bucoliques. Parfois encore, au déclin du jour, ils allu-\nmaient dans la lande ou sous quelque roche creuse des feux de\nchênevottes pour écarter des fauves dont ils se représentaient\navec un frisson la fuite féline dans les buissons d'alentour. Que\nde folles parties et de naïfs tète à tête ! Un jour, ces enfants,\nau mépris des avis les plus sévères, n'avaient-ils pas été mordre\nà même l'arbre et sans les cueillir les plus belles poires d'un\nespalier de bon chrétien dont M. de Peñalegas était justement\nfier ? E t pour cacher leur méfait, ne s'étaient-ils pas avisés de\nmordre les fruits du côté du mur, — s'imaginant ainsi que la\nmorsure échapperait à 1ous les y e u x ? . . . Ce qui ne fit que\nretarder leur châtiment jusqu'au m o m e n t où la cueillette\ndénonça les traces de leurs petites dents marquées dans les\nfruits défendus...\n  U n e autre fois qu'Isabelle avait par plaisanterie mis en doute\nson courage, T h i e r r y , alors âgé de douze ou treize ans, ne pré-\ntendit-il pas lui donner sur-le-champ le plus net démenti en se\nprécipitant, nouveau Décius, du h a u t d'un talus escarpé dans\nun ancien lit de carrière envahi par les ronces et les brous-\nsailles ? On l'en retira avec une cheville brisée, le village en\nsang et les vêtements en lambeaux, mais il tenait à la main\nune fleur d'églantier qu'il offrit à Isabelle. E t à ceux qui le\nreprenaient de son aberration, il répondit qu'il y avait mau-\nvaise grâce à lui vanter les martyrs et les héros et à le\ntancer pour une entorse...\n   Isabelle en éprouva a u t a n t de remords que d'admiration\nintime. Et de cette aventure puérile, elle data secrètement,\navant même de lui donner son vrai nom, le sentiment\n"}, {"page_pdf": 864, "page_imprimee": 727, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "                           VIEUX BRUXELLES                            727\n\ntrès vif qui, dans sa pensée, devait la lier pour toujours à\nThierry.\n   Réunis aujourd'hui après une si longue séparation, les jeunes\ngens s'amusaient à voir ces souvenirs s'éveiller tour à tour dans\nleur mémoire et prendre t u m u l t u e u s e m e n t leur vol en une con-\nversation si gaie et si animée qu'elle les isolait en quelque sorte\nde la foule où courait leur voiture. E t toutefois, cette gaîté n'al-\nlait pas sans quelque fièvre intérieure. L e s fillettes d'alors\nn'étaient-elles pas devenues femmes? E t dans les yeux de per-\nvenche d ' H é l è n e , comme dans ceux d'Isabelle, plus beaux que\ndes d i a m a n t s noirs, passait souvent, en une vibration furtive,\nquelque éclair du doux orage qui gonflait, sous leurs délicats\nfichus de linon, leurs corsages ingénus.\n   P a l p i t a n t l'une et l'autre du m ê m e émoi, — sans se regarder,\nsans se toucher — elles se sentaient enlacées clans les fils soyeux\nd'un même mystère, et l'amitié qui faisait d'elles deux sœurs\ndoublait cette délicieuse inquiétude à la pensée que chacune\napprochait de la destinée que leur premier printemps avait rêvée\nplus ou moins confusément. Et. de cette beauté qui s'offrait\nainsi à leur portée, épanouie et comme prête à être cueillie,\nEvrard, malgré son uniforme, et T h i e r r y , malgré sa philoso-\nphie, éprouvaient aussi par contre-coup quelque trouble et\nquelque orgueil...\n\n\n   Dans la vaste berline où Monsieur Charliers de Longprez fai-\nsait face à ses invités, les propos plus calmes s'alimentaient\nde souvenirs d'un autre ordre. Après que Monsieur de Peña-\nlegas eut fait le récit des premières courses de chevaux à l'an-\nglaise auxquelles il avait assisté à l'Allée-Verte, M a d a m e de\nPeñalegas marqua un vif intérêt à apprendre que les petites\nchapelles de la Madone qui s'égrenaient régulièrement tout le\nlong de l'avenue, y avaient été édifiées par la piété de l'Infante\nIsabelle, qui aimait à y traîner son deuil en pèlerinage, après\nla mort de l'archiduc Albert.\n   Le pont franchi, les équipages roulèrent d'un train plus libre\nvers la vieille église de Laeken, puis s'engagèrent dans la drève\nSainte-Anne toute bordée de guinguettes. L'entrée du château\nde Schoonenberg n'avait pas la grandeur des accès de T e r v u e r e n ,\nenfoui dans la profondeur des futaies séculaires. Et c'était pour\n"}, {"page_pdf": 865, "page_imprimee": 728, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "728                              DURENDAL\n\n\n\nles Bruxellois un grief de plus à charge de Joseph II que le\nbrutal ukase par lequel, à peine arrivé au trône, il avait fait\ndétruire le pavillon de chasse des anciens ducs de B r a b a n t , en\nmême temps que le château construit par Charles de Lorraine\nau bord de l'étang et les bâtiments voisins où il avait établi\nd'aimables industries : le tissage de la soie et la fabrication de\nla porcelaine. Ne semblait-il pas que l ' E m p e r e u r philosophe\neût ainsi rêvé de faire disparaître, de la mémoire de ses sujets\nbrabançons, les souvenirs sensibles d'un paisible gouvernement\nde trente-six ans où s'était marquée une si parfaite harmonie\nentre eux et le bon lieutenant de Marie-Thérèse? Avec quel ton\nde regret sincère Monsieur Charliers de Longprez évoquait ce\nprince populaire dont l'âme riait au bien et dont l'aménité de\nvisage, reflet d'une sensibilité communicative avait survécu\naux années, à la petite vérole et même à la guerre, lesquelles\navaient emporté sa beauté. P a s la moindre ombre de malice.\nL e souci de voir les gens heureux et les négoces prospères.\nCertes, il n'était pas sans quelques défauts : très dépensier,\nincorrigible gourmand — son diner habituel était de dix-huit\ncouverts et son souper de douze — grand joueur et infatigable\ncoureur de cotillons. Mais, au demeurant, le meilleur souverain\ndu monde et qui se faisait pardonner jusqu'à la désinvolture de\nses finances par la cordialité de ses manières et le faste d'une\ncour gaie, polissonne, buvante et chassante. Sans doute, il avait\nparfois ses moments d ' h u m e u r . Mais avec quelle p r o m p t i t u d e\nsa bonne grâce reprenait le d e s s u s !\n  M. de Longprez rappela qu'un jour de S a i n t - H u b e r t , p e n d a n t\nune de ces parties où accourait tout Bruxelles, Charles s'était\nemporté tout rouge contre les fâcheux qui dérangeaient sachasse\nà force de courir dans les allées de la forêt, et qu'il lui échappa\nde leur crier : « Allez à tous les diables! » Mais se reprenant\naussitôt, et soulevant son chapeau, il avait ajouté gracieuse-\nment : « S'il vous plaît, messieurs. » E t les spectateurs l'avaient\nacclamé.\n  Au dire du vieil avocat, cette anecdote, en même temps qu'elle\npeignait le caractère du prince, montrait à quel point les P a y s -\nBas étaient aisément gouvernables. N'avait-il pas suffi au duc\nCharles de couvrir quelques très gros défauts, par les égards\nqu'il témoignait aux personnes et aux traditions, pour cueillir\nla récompense de la popularité et jusqu'aux honneurs du\n"}, {"page_pdf": 866, "page_imprimee": 729, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "                        VIEUX BRUXELLES                        729\n\ntriomphe ? Car ce fut un triomphe, et certes peu ordinaire, que\nla cérémonie par laquelle les bons Brabançons lui témoi-\ngnèrent leur allégresse, au relevé d'une grave maladie qui avait\nfailli l'emporter. Une lourde statue de bronze, représentant le\nprince en guerrier romain, — sauf l'anachronisme de la perruque\net du bâton de feld-maréchal — avait été traînée depuis le canal\njusqu'à la Place Royale par les capons du Rivage costumés de\nlivrées aux couleurs lorraines. P u i s , devant le bon Gouverneur,\nla statue avait été inaugurée à grand renfort de discours et de\nfanfares. Et pour régaler le petit peuple, le prince de Ligne et\nle duc d'Ursel avaient fait distribuer du vin et fait rôtir plu-\nsieurs bœufs farcis avec des poulardes.\n   Ce récit s'achevait que déjà la berline avait contourné, au\nbout de la drève Sainte-Anne, la F o n t a i n e des Cinq plaies de\nJésus-Christ. Maintenant elle gravissait avec plus de peine le\npetit coteau au sommet duquel, par delà une vaste esplanade,\nse présentait de face le château de Schoonenberg, surmonté d'un\ndôme et flanqué, du côté des orangeries, d'une haute tour chi-\nnoise, chef-d'œuvre de l'architecte Montoyer.\n\n\n   On mit pied à terre dès la grille où le service d'honneur était\nfait par des hussards sanglés dans leurs dolmans jaune-citron\nà tresses et buffieteries blanches, coiffés du colback roux avec\nla flamme bleu-de-ciel et le plumet blanc et chaussés d'énormes\nbottes en cuir tauve. Aussitôt entrées, les deux familles, parents\net enfants, furent gagnées par l'animation des jeux de toute\nsorte où la foule se partageait, chacun suivant la pente de ses\ngoûts et de sa curiosité.\n   Ici, la musique des Archiducs, dirigée par le maître de cha-\npelle Ignace Vitzhumb, appelait et groupait les mélomanes par\nl'attrait d'une plaisante symphonie de violons et de bassons, de\nhautbois et de flûtes traversières.\n   Plus loin, au milieu d'une grande pelouse, les badauds\ns'égayaient aux péripéties du tir à la perche. Monsieur Charliers\nde Longprez vanta ce jeu auquel il s'était longtemps adonné\navec succès, et il sembla qu'il n'eût pas fallu le presser beau-\ncoup pour qu'il se mêlât aux rangs des tireurs.\n   — C'est le mérite du jeu de l'arc, professait-il, que de mander\nà son aide toutes les forces de la nature. Il nous rend attentifs\n"}, {"page_pdf": 867, "page_imprimee": 730, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2513, "texte": "730                             DURENDAL\n\n\n\naux lois de la résistance de l'air et à la gravitation universelle.\nDe même que la flèche de l'archer est taillée selon le fil du\nbois, ainsi ses muscles sont tendus suivant leurs plus nobles\nfonctions. C o m m e à la direction des grandes affaires, la sûreté\ndu coup d'œil et le sang-froid y sont indispensables. E t c'est\npourquoi les meilleurs de nos princes furent les plus adroits à\na b a t t r e l'oiseau.\n    Mais les tout petits se lassèrent vite de ce spectacle, quelles\nqu'en fussent les vertus. Hélène exauça leur impatience en les\nentrainant vers une prairie voisine où des bandes enfantines\nchantaient et dansaient des rondes Hamandes. P u i s ils s'ébau-\ndirent aux grimaces des singes savants, puis ils connurent\nl'ivresse des chevaux de bois.\n    A voir la taille svelte de la grande sœur dominant tout cet\nessaim d'enfants joyeux, T h i e r r y a d m i r a les qualités de cœur\nd ' H é l è n e , tandis q u ' E v r a r d éprouvait quelle grâce sans apprêts\nse dégageait de tous les mouvements et de tous les gestes de\ncette fille c h a r m a n t e . Lorsqu'elle accourut les rejoindre, après\navoir confié sa troupe turbulente aux soins de la gouvernante,\nl'air vif et la course avaient animé d'un léger incarnat son teint\nde blonde, — et M a d a m e de Penalegas ne put s'empêcher de\nla c )mparer à la reine des fleurs, — ce qui la fit rougir bien\ndavantage...\n    Mais des sonneries de trompettes détournèrent bientôt les\nattentions. Elles annonçaient que les Archiducs sortaient du\nchâteau pour présider à un spectacle dont l'intérêt devait\nsurpasser toutes les autres curiosités de la fête. U n disciple de\nMonsieur Blanchard devait s'élever en aérostat, et déjà, vers la\ndroite du château, à mi-côte du versant dominant la ville, un\nénorme globe de soie bleu pâle, tout cerclé de guirlandes roses,\nse balançait nonchalamment sur ses amarres. L a foule s'y porta\np r é c i p i t a m m e n t . Même les repas champêtres qui s'organisaient\nde-ci de-là en furent b r u s q u e m e n t interrompus. E t c'était un\na m u s a n t tableau dans ce grand parc seigneurial teinté d'ocre et\nde pourpre par l'automne, que de voir ainsi cette foule dévaler\nen masse, tous rangs confondus. Robes d'indienne, de soie ou\nde satin broché, caracos à basquins ou pelisses garnies d'her-\nmine, bonnets à barbes ou poufs en trophées, toute cette\ndiversité de formes et de couleurs faisait, en sortant de l'ombre\ndes grands arbres pour passer dans la zone lumineuse, des\n"}, {"page_pdf": 868, "page_imprimee": 731, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "                         VIEUX BRUXELLES                           731\n\n\ntaches moirées ou chatoyantes. Les hommes étaient non moins\nempressés que les femmes. Et sur les collets des uniformes et\ndes habits bourgeois, les cheveux empaquetés en catogan ou\ntivssés en une queue enrubannée marquaient, par la régularité\nde leurs secousses, la rapidité des allures.\n   Toutefois, un ressac se produisit dans ces vagues humaines :\nle public se rangeait pour laisser passer L e u r s Altesses\nSérénissimes et leur suite. Elles avançaient lentement parmi la\nfoule, précédées d'un piquet de hallebardiers.\n   Albert Casimir, duc de Saxe-Teschen, prince royal de\nPologne et de Lithuanie, landgrave de T h u r i n g e , était le fils de\ncet Auguste I I I , roi de Pologne qui fut un médiocre souverain\net le petit fils de ce roi Auguste II qui fut un intrépide buveur :\n« Lorsqu'Auguste buvait, écrivait le grand Frédéric, la Pologne\nétait ivre. » H é l a s ! de cette ivresse, le royaume des Jagellons\nétait demeuré bien m a l a d e ! Mais l'archiduc Albert, par son\nmariage avec une des filles de Marie-Thérèse, avait porté vers\nl'Ouest sa sollicitude et secondait consciencieusement son\nauguste épouse dans le gouvernement des Pays-Bas. Insignifiant\nde visage, on le disait d'esprit calme et conciliant, et très versé\nen peinture et en b o t a n i q u e .\n   L e d o m i n a n t de son importance, Marie-Christine rappelait\npar tous ses traits, avec l'atténuation de la jeunesse, son illustre\nmère l'Impératrice et Reine : le front haut, le nez aquilin, la\ntaille majestueuse, la bouche très petite dont un désir d'évi-\ndente bienveillance corrigeait ce jour-là le pli naturellement\ndédaigneux.\n    L e comte de Trauttmansdorff-Weinsberg les suivait de tout\nprès. Investi du titre de Ministre plénipotentiaire, il dirigeait\nleur politique dans la mesure où les ordres de Joseph II lui\nlaissaient ainsi qu'à eux-mêmes quelque liberté d'action. Sa\ndiplomatie était souple, de méthode toute caressante, et il\nsuffisait pour s'en convaincre d'étudier la mobilité de sa physio-\nnomie et son empressement à répondre aux saluts qu'il savait\nprévenir au besoin. Sa réputation d'élégance n'était pas moins\nétablie que celle de sa civilité, et l'on disait qu'il ne paraissait\nà Vienne ou à Paris aucune des nouveautés que la mode impose\n à ses féaux : rubans, étoffes ou essences, qu'il n'en fit aussitôt\n les frais.\n    Les bourgeois qui formaient la haie au passage du cortège se\n"}, {"page_pdf": 869, "page_imprimee": 732, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": " 32                           DURENDAL\n\n\nréjouissaient de constater cette bonne h u m e u r officielle. E n\nmême temps, ils commentaient l'absence du comte d'Alton, le\ngénéralissime des armées impériales aux P a y s - B a s . On se\nconfiait, de groupe en groupe, que ce farouche h o m m e de\nguerre, tout prêt à traiter les Brabançons comme il avait\nnaguère traité les T u r c s , n'avait pas du tout approuvé le projet\nd'une telle fête, organisée au m o m e n t où ses espions de Hasselt\net de B r e d a lui expédiaient des nouvelles inquiétantes sur les\nmenées patriotiques et lorsque déjà plusieurs m e m b r e s de\nl'Etat noble de B r a b a n t avaient quitté Bruxelles sous de vains\nprétextes, mais, en réalité, pour rejoindre les conspirateurs à la\nfrontière. Son désaccord avec Trauttmansdorff, auteur de ce\nprojet, éclatait ainsi une fois de plus, et les esprits malicieux\ns'en amusaient. A défaut du généralissime, son second, le\ncomte d'Arberg, qui était aussi Grand Bailli du H a i n a u t et\nGrand Maître des cuisines de Leurs Altesses, était arrivé de\nMons pour assister à la fête. Il marchait en tête des dignitaires\nde la Cour avec deux autres personnages plus importants\nencore et acclimatés depuis longtemps aux Pays-Bas : les\nfrères C r u m p i p e n , dont l'aîné, H e n r i , quelque peu difforme,\nexerçait les fonctions de secrétaire d ' E t a t , tandis que le second,\nJoseph, allié à une famille bruxelloise, remplissait la charge de\nchancelier du B r a b a n t .\n   T o u t ce monde se multipliait en mille politesses dont l'excès\ndissimulait l'inquiétude sans cacher tout à fait l'effort. Dans\ncette atmosphère légère et parfumée, on sentait malgré tout\ncomme un avant-goût de poudre.\n   Ayant aperçu parmi la foule M. Charliers de Longprez, qui\nne cherchait d'ailleurs pas à être vu, M. de Trauttmansdorff en\nparut charmé et rompit les rangs pour saluer le vieil avocat et\ns'informer de l'état de sa santé.\n   — Votre Excellence doit déjà être rassurée à ce sujet,\nrépondit M. Charliers qui était parfois mordant. Il n'y a pas de\njour que je n'aperçoive autour de ma demeure quelqu'un de\nses gens venant aux informations...\n   Il faisait allusion aux innombrables « officieux » que le gou-\nvernement entretenait à Bruxelles et qui honoraient d'une sur-\nveillance assidue toutes les maisons dont les maîtres étaient\nsoupçonnes de cabaler ou de comploter. L ' E m p e r e u r avait ses\nespions. De leur côté, les archiducs, le ministre plénipotentiaire,\n"}, {"page_pdf": 870, "page_imprimee": 733, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                           733\n\n\nle c o m m a n d a n t des armées avaient les leurs. T o u s ces espions\ns'espionnaient entre eux. E t leurs marches, démarches et\ncontre-marches faisaient un grand b o u r d o n n e m e n t de guêpier,\ndont la Ville s'amusait aux dépens de la Cour.\n    M . de Trauttmannsdorff para la pointe d'un geste évasif\nqui semblait rejeter sur d'autres la responsabilité d'aussi\nfâcheuses pratiques. E t toujours affable, il s'enquit auprès de\nMonsieur Charliers de ce que devenait son frère, capitaine au\nrégiment de M u r r a y . Puis il le félicita d'avoir retiré son fils\nsain et sauf de la fournaise parisienne et de s'être décidé\nà l'engager dans la carrière du Droit que la famille Charliers\navait toujours honorée. A Monsieur de Penalegas, il fit aussi\ncompliment sur la bonne mine de son fils Evrard et parla de la\nnécessité de fournir à l ' E m p e r e u r des officiers valeureux, dans\nla guerre si louable qu'il soutenait en ce moment contre les\nT u r c s . A M a d a m e de Penagelas, il baisa la main le plus\ng a l a m m e n t du m o n d e . Enfin, il les quitta en s'excusant pour\nreprendre sa place clans le cortège.\n    E t les groupes voisins que son manège avait divertis\neurent la nouvelle surprise de le voir l'instant d'après quitter\nde nouveau son rang pour aviser et prendre par le bras\nun autre spectateur mêlé à la foule. C'était, cette fois,\nle vicomte E d o u a r d de Walckiers, que les Bruxellois connais-\nsaient et appréciaient en même temps pour la noble vivacité de\nson caractère, l'importance de sa fortune et la sincérité de ses\nconvictions patriotiques. Décidément, pour défendre son roi,\nMonsieur de Trauttmannsdorff cherchait à rassembler toutes\nles pièces de son jeu d'échecs...\n                                   *\n\n   C e p e n d a n t , Monsieur Charliers proposa aux siens de laisser\ns'écouler les b a d a u d s qui s'amassaient autour du ballon déjà\nprêt à s'envoler. Ils jouiraient mieux du spectacle, croyait-il,\nen prenant place sur une terrasse du château, adossée à la\nfaçade latérale.\n   Le conseil était bon. De cette terrasse, a peu près libre, le\nregard embrassait un merveilleux panorama. Au premier plan,\nles pelouses envahies par la foule bariolée et sur laquelle\nl'aérostat promenait son ombre mouvante. Puis, au delà des\npièces d'eau où nageaient quelques cygnes, le grand canal cou-\n"}, {"page_pdf": 871, "page_imprimee": 734, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "734                          DURENDAL\n\n\npant les prairies en une rayure toute droite, — tel une épée\njetée sur l'herbe. Sa calme surface, d'un bleu d'acier, s'animait\ndu passage de quelques barques pavoisées. Tout au bord du\ncanal, le fameux cabaret de l'Amour se dissimulait au milieu\nd'un bouquet d'arbres. Sur l'autre rive, entouré de pelouses, le\ncastel de Monplaisir dont Charles de Lorraine s'était fait\nnaguère un discret ermitage. La ville commençait au delà du\ncanal, entourée d'une ceinture de remparts et de bastions. Elle\nse déployait dans toute sa profondeur, étageant la masse de ses\npignons et de ses toits rouges jusqu'au sommet du versant\noriental de la Senne. De cette masse s'élançaient des clochers\net des dômes : ici, le clocheton du Finistère et là les frontons\ndes Augustins et du grand Béguinage. Plus loin, Sainte-Cathe-\nrine et Saint-Géry. Puis, résumant l'histoire de la cité, la flèche\nde l'Hôtel de ville, — cette fleur de pierre, — et les deux grosses\ntours jumelles de la collégiale Sainte-Gudule. Puis les toits\ngrimpant encore à l'assaut du Coudenberg, où la coupole cui-\nvrée de Saint-Jacques scintillait comme une étoile, — toute\nbrillante qu'elle était de sa neuve carapace.\n   Il se dégageait de ce spectacle une impression de calme opu-\nlence bourgeoise, confite en de vieilles traditions municipales et\nreligieuses. Et cette impression trouvait au cœur de Monsieur\nCharliers un terrain si préparé à la recueillir qu'elle y fit germer\naussitôt des pensées attendries.\n   Il les confia à Monsieur de Peñalegas.\n   — Conçois-tu, mon ami, fit-il en lui montrant ce merveilleux\ntableau, qu'un Empereur, dont les peines se pourraient si bien\nemployer ailleurs, s'évertue à semer l'inquiétude et le désarroi\nau milieu d'une population qui ne demande rien d'autre que la\npaix, à désordonner ses habitudes, à bouleverser ses institu-\ntions, à violenter tous ses goûts ?\n   Mais le gentilhomme campagnard n'aimait pas la politique.\nIl la trouvait bonne pour les écrivains et les hommes de loi,\ndont c'est le métier. Pour lui, de se décider seulement à y\npenser, il avait épuisé toutes les forces intimes dont il dispo-\nsait en un tel domaine.\n   Certes, il n'était pas l'homme des nouveautés! Mais le con-\nservatisme qui l'inspirait était différent de celui qui animait\nMonsieur Charliers de Longprez, en ceci que le vieil avocat\nvoulait maintenir les institutions à raison du mérite qu'il leur\n"}, {"page_pdf": 872, "page_imprimee": 735, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "                              VIEUX BRUXELLES                               735\n\n reconnaissait, tandis que Monsieur de Peiïalegas aimait la con-\n servation pour elle-même. E t c'est ainsi que le premier ne\n répugnait pas à l'extrême ressource d'une révolution pour\n défendre contre le pouvoir lui-même les droits et coutumes de\n la Nation, tandis que le second acceptait les décisions du pou-\n voir sans discuter la légalité de ses décisions ni les limites de\nson autorité. T o u t au plus se fût-il résigné, dans son respect\n pour l'ordre des choses établi, à s'accommoder d'un nouveau\n fait accompli, le jour où cet ordre des choses aurait cédé la\n place à un régime nouveau.\n    C o m m e Monsieur Charliers attendait une réponse, Monsieur\n de Peiïalegas reconnut à mi-voix que cette erreur de l ' E m p e r e u r\n était à la vérité fâcheuse, d'autant que son désir de bien faire\n ne pouvait être méconnu.\n    — L'intention droite n'est pas un titre, répliqua sévèrement\n Monsieur Charliers. C'est à peine une excuse...\n    P u i s , faisant un retour sur le sujet qui le rongeait intérieure-\n ment :\n    — Je sais bien, ajouta-t-il avec a m e r t u m e , que la contagion\nphilosophique gagne aujourd'hui de proche en proche, chez les\nprinces comme chez les bourgeois, en dépit des meilleures édu-\ncations...\n    Et se décidant enfin à une confession que sa foncière loyauté\nlui imposait :\n    — Croirais-tu, mon cher ami, que mon fils T h i e r r y en est à son\ntour gangrené? Il faut que tu en sois informé, avant que nous\nne songions à accorder les violons. Quoique je faste, je le vois\nglisser, dppuis son retour de Paris, chaque fois qu'il s'agit des\nchoses de la religion et de l'Etat, vers des opinions que je n'aurais\ncru devoir trouver crédit chez l'un des miens.\n    Mais Monsieur de Peñalegas ne parut point aussi ému de\ncette confidence que Monsieur Charliers ne l'avait pensé :\n    — Son naturel est bon, dit-il, et il perdra vite ce que Paris a\npu lui laisser de fâcheux. E t puis, ma fille, qui n'est pas plus\nJoséphiste que toi, suffira bien à faire contrepoids à sa philo-\nsophie !\n   — Je n'ai pas de vœu plus cher, m u r m u r a l e père. E t pourtant...\nAh ! je suis, je l'avoue, de l'ancienne école. P o u r moi, la famille\nest une œuvre p e r m a n e n t e qui doit se poursuivre toujours\nd a n s l a m ê m e d i r e c t i o n e t l a même pensée, de génération en gêné-\n"}, {"page_pdf": 873, "page_imprimee": 736, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "736                           DURENDAL\n\n\nration, par l'effort continu de tous ceux qu'unissent le nom et le\nsang. Vois-tu cet arbre d'une si droite venue, continua-t-il en\nlui montrant un beau hêtre tout proche. Certes, telle année lui\nvaut plus de progrès que celle qui a précédé ou que celle qui\nsuivra. Les maladies ou les intempéries peuvent contrarier\nl'une ou l'autre des étapes de sa croissance. Mais c'est toujours\nla même tige poursuivant son essor suivant les mêmes lois, en\nfaisant appel aux richesses du même sol et du même climat.\nLes rameaux grandissent et s'étendent. Les vivants remplacent\nles morts. C'est ainsi que je rêve une famille.\n   Cette comparaison sylvestre plut à Monsieur de Peñalegas.\nToutefois, moins porté au lyrisme, il r e t o m b a bientôt des hau-\nteurs de la métaphore dans des considérations pratiques sur le\nchoix des essences et le régime des coupes.\n\n                                 *   *\n    Il fut interrompu dans ces considérations par les exclamations\nde surprise et les rires qui éclatèrent dans le groupe des jeunes\ngens, à peine éloigné du leur de quelque trente pas. U n nou-\nveau venu y avait fait son apparition, et c'était cette apparition\nqui provoquait toute cette rumeur.\n    T h i e r r y l'amena par la main auprès de son père et le pré-\nsenta :\n    — Voici mon ami parisien, dit-il, Monsieur de Braux-\nLevrezy, dont je vous ai maintes fois parlé.\n    L e vicomte de Braux-Levrezy se découvrit et s'inclina, le\nchapeau sur le cœur.\n    C'était un élégant gentilhomme, déjà dans la seconde jeu-\nnesse. Sa physionomie m a r q u a i t de l'esprit et son costume accu-\nsait cette anglomanie dont la mode sévissait furieusement dans\nl'entourage du duc d'Orléans.\n   — Vous voyez en moi, Monsieur, l'Oreste de Monsieur votre\nfils P y l a d e . E t depuis bien longtemps je n'avais pas de plus vif\ndésir que de vous apporter mes respects.\n   Monsieur Charliers de Longprez répondit par quelques\nbanales formules de politesse, dénuées d'ailleurs de tout empres-\nsement. Visiblement, l'arrivée de ce personnage ne lui causait\naucun plaisir.\n   Mais le vicomte ne parut point remarquer la fraîcheur de cet\naccueil. Prévenant les questions qu'on aurait pu lui adresser et\n"}, {"page_pdf": 874, "page_imprimee": 737, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "                          VIEUX   BRUXELLES                         737\n\ns'exprimant avec une aisance et un flux de paroles qui d'emblée\nlui assurèrent le dé de la conversation, il mit chacun au cou-\nrant des motifs de son voyage et des premières impressions que\nce voyage lui faisait éprouver.\n    — Que votre pays est donc digne d'envie au regard du nôtre,\nMonsieur. Pour petit qu'il soit, au moins y vivez-vous en\nsûreté! Chez nous, à Paris, en F r a n c e , le désordre est partout.\nL ' a u t o r i t é nulle part. Certes, un nouvel état de choses y était\nopportun. Mais que ne nous laissait-on le soin et le temps de\nl'organiser?... C o m m e vous le savez sans doute, j ' a i quelques\nterres en Saintonge. E h bien! mon grimaud d'intendant m'a\navisé l'autre jour que les bons paysans de l'endroit s'étaient pro-\nclamés les maîtres de mon bien et se comportaient comme tels.\n Il daignait ajouter que je courais grand risque d'être écharpé si\nje me montrais à mes vassaux. Aussi les honnêtes gens dévoués\nà l'ordre et à la monarchie ne voient pour l'heure d'autre r e s -\nsource que de passer en des pays moins volcaniques pour y\nattendre la fin de l'orage... Car l'accalmie ne saurait tarder... Et\nvraiment, ne nous plaignez pas t r o p . . . Où pourrait-on mieux se\nconsoler de l'exil qu'en votre charmante ville de Bruxelles. C'est\nun véritable petit Paris, Monsieur, et je vous en fais tout mon\ncompliment!\n    En quelques instants, il fut sur un pied de connaissance et\npresque d'intimité avec les Pehalegas. A M a d a m e , il avoua sa\nsurprise de la beauté et de l'élégance raffinée des dames braban-\nçonnes. A Evrard, il parla des officiers du régiment de Ligne\nqu'il avait rencontrés la veille au soir à la table d'hôte de la\nReine de Suède, chez la veuve Constant, où il était descendu.\nC'étaient ces messieurs, dont il louait fort la courtoisie, qui\nl'avaient engagé à venir avec eux à Schoonenberg. Et il avait\nvolontiers cédé à leur prière, certain de rencontrer à cette fête\nson fidèle T h i e r r y , auquel il voulait faire cette surprise.\n    De fait, ses dernières lettres à son ami avaient annoncé son\narrivée prochaine à Bruxelles, mais elles ne lui en avaient pas\n fixé le jour. E t Monsieur de Braux-Levrezy s'en excusa, en\nconfiant à T h i e r r y dans un aparté mystérieux qu'il n'était pas\ndu tout à Bruxelles en qualité d'émigré, mais bien chargé d'une\nmission du duc d'Orléans, qui portait un vif intérêt aux événe-\nments des P a y s - B a s .\n    — E t c'est pourquoi, lui coula-t-il à l'oreille, il faut que tu\n"}, {"page_pdf": 875, "page_imprimee": 738, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "738                             DURENDAL\n\n\nme pardonnes de jouer devant tous, et même devant ta famille,\nle personnage d'un ci-devant aristocrate. Je le fais pour avoir\naccès dans les milieux que notre esprit philosophique pourrait\neffaroucher. Mais tu connais trop bien mes principes pour t'y\nêtre laissé prendre. L e succès de ma mission est à ce prix.\nAussi garde-moi bien le silence en a t t e n d a n t que je puisse te\ndonner à loisir d'autres explications...\n    T h i e r r y s'étonna de ce double jeu auquel répugnait son âme\ndroite. Mais il savait son ami mêlé aux conciliabules du Palais\nd'Orléans et de la Loge du Contrat social où s'élaboraient des\nplans politiques dont la complication passait son propre enten-\nd e m e n t . Il réserva donc son appréciation, en se promettant\nd'éclaircir toutes ces contradictions lorsqu'il tiendrait le vicomte\nen son privé.\n    Du reste, l'heure n'était pas à ces soucis, mais aux joies de\nla fête.\n   Au travers d'un porte-voix de carton, l'aéronaute lançait ses\nderniers ordres clans le silence de la foule é m u e . Enfin, dégagée\nde ses derniers liens, la sphère de soie s'éleva — saluée par mille\nacclamations. — L o n g t e m p s les regards la suivirent, tandis\nqu'elle disparaissait vers les prairies et les champs de Schaer-\nbeek. Si vive était la curiosité générale qu'elle fit tort à l'am-\nbigu que Leurs Altesses Sérénissimes avaient fait dresser dans\nles salons de leur château.\n   Assidu auprès de M a d a m e de Penalegas, dont il se concilia\nainsi la bienveillance, Monsieur de Braux-Levrezy lui exposa\nses idées sur l'aménagement des j a r d i n s , qui se rencontrèrent\nprécisément avec celles de cette d a m e . Il critiqua Versailles et\nson dessin trop symétrique. Certes, le jeu des eaux y était admi-\nrable. Mais, grâce à de tels artifices, il n'était pas de lieu si\ningrat qui ne dût paraître plaisant! Combien, malgré tout, la\nsimplicité d'un T r i a n o n , si proche de la N a t u r e , l'emportait sur\nla beauté factice de ces arbres taillés et retaillés, toujours alignés\nau port d'arme et semblables les uns aux autres comme des\nfiles de courtisans... Puis, il confessa ses dernières admirations\nlittéraires. P a u l et Virginie l'avaient délicieusement troublé.\nMais le romanesque sauvage et passionné d'un Richardson\néclipsait tout à fait, à son sens, les idylles de Monsieur de\nSaint-Pierre, quelque fraîcheur qu'il leur reconnut...\n   L e soleil descendait rapidement sur l'horizon. E t comme Isa-\n"}, {"page_pdf": 876, "page_imprimee": 739, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "                           VIEUX BRUXELLES                           739\n\n\nbelle s'en attristait, le vicomte répondit g a l a m m e n t que le rayon-\nnement de sa beauté avait sans aucun doute découragé l'astre\ndu jour, qui s'avouait ainsi vaincu. Mais Mademoiselle de\nPenalegas accueillit sèchement la comparaison :\n  — Voilà des madrigaux, Monsieur, que vous avez eu tort\nd'emporter dans votre bagage. Ils n'ont pas cours parmi les\nprovinciales très arriérées que nous sommes.\n   E t elle proposa à T h i e r r y de la conduire à la recherche des\nenfants. E n réalité, ce Parisien au regard hardi et à l'intaris-\nsable faconde lui irritait les nerfs, et elle éprouvait comme le\npressentiment de la fâcheuse influence que l'amitié d'un tel\npersonnage exercerait sur l'esprit de T h i e r r y , à l'encontre de\nson amour.\n                                    *\n                                   * *\n   Dès qu'ils furent seuls, traversant côte à côte les pelouses\nque les spectateurs avaient tantôt foulées sans merci et qui,\nmaintenant, s'étendaient solitaires jusqu'aux rives d'un grand\nétang, elle lui dit combien les propos de Monsieur de Braux-\n Levrezy sonnaient faux à ses oreilles, sinon par l'accent de ses\nparoles, du moins par les sentiments qui les dictaient.\n   E t reprenant la causerie qu'ils avaient joyeusement pour-\nsuivie dans le carrosse, elle l'entretint de la vie qu'elle menait\naux champs, de ses occupations favorites, de ses études, de ses\noiseaux et de ses abeilles. Elle déroulait ces circonstances avec\nun abandon ingénu, y semant une gaîté pittoresque où pétil-\nlaient ses jeunes enthousiasmes. Puis, elle lui parla de lui-même\net de ses parents, lui confiant quelle s y m p a t h i e elle éprouvait\npour la carrière à laquelle il allait se vouer, lui répétant aussi\nquelle admiration s'imposait pour elle du caractère un peu\nsévère, mais si loyal de Monsieur Charliers de Longprez. Elle-\nm ê m e participait aux inquiétudes patriotiques dont le vieux\njurisconsulte était comme bourrelé. Elle comprenait à quel point\ndes hommes qui étaient nés et qui avaient grandi à l'ombre de\nces lois brabançonnes, devaient souffrir des continuelles atteintes\nqui chaque jour leur étaient portées par des étrangers.\n   Ils arrivèrent près de la pièce d'eau, que le soleil déjà bas\nsur l'horizon irradiait de ses rayons obliques. Quelques instants,\nils suivirent, sous les ramures des tilleuls que l'automne\ntachait d'or pâle, un petit chemin courant tout le long de la\n"}, {"page_pdf": 877, "page_imprimee": 740, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "740                            DURENDAL\n\n\n rive. Un banc rustique s'offrit à eux. Elle proposa de s'y arrêter\n pour goûter le charme d'une solitude aussi imprévue à si peu\n de distance de la foule dont ils percevaient le b r o u h a h a .\n     Dans l'air soyeux où les tilleuls répandaient leur parfum\n amer et doux, la voix de la jeune tille prenait un ton plus\n intime et plus grave. T h i e r r y voulut lui parler encore d'elle-\n m ê m e et de leurs souvenirs c o m m u n s . Mais elle, sans deviner\n le malaise qu'il ressentait d'un malentendu si persistant,\n s'obstinait à lui redire ses vœux pour la noble cause défendue\n par Monsieur Charliers de Longprez. « S'il faut lutter pour une\n telle cause », fit-elle, — et l'éclat de ses grands yeux bruns ne\n démentait point ce qu'elle attestait — « ce qu'une femme peut\n faire pour son pays et les siens, je voudrais le faire, T h i e r r y ! »\n     Mais il ne l'écoutait plus que distraitement. Son regard\n rêveur rencontra une feuille qui se détachait du grand tilleul\n sous la voûte duquel ils étaient assis. Il vit cette feuille tomber\n de très haut, et tournoyer doucement sur elle-même j u s q u ' à la\n surface de l'étang où elle flotta la durée d'une minute comme si\n l'eau l'eût lentement soupesée. Puis il r e m a r q u a qu'elle\ns'enfonçait, imbibée jusqu'en ses fibres. Elle descendait mainte-\nnant sous la n a p p e claire, où l'on voyait sa couleur d'or trans\nparaître encore un peu. P u i s elle coula et disparut tout à fait\nj u s q u ' à la vase mystérieuse... E t il lui sembla que c'était son\namour d'enfance qui se détachait ainsi de lui lentement,\nlégèrement et sans qu'il en éprouvât de souffrance et qui, saisi\npar le froid de son âme, y disparaissait pour toujours.\n\n                                            H.   CARTON DE W I A R T .\n  (A suivre.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison12-002", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 741, "page_fin": 752, "titre_corps": "Le Réveil du Bois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor Kinon", "ancre_debut": "Le Réveil du Bois (1) En juin, deux heures du matin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 878, "page_imprimee": 741, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "Le Réveil du Bois (1)\n                            En juin, deux heures du matin. Les premières   blancheurs\n                          de l'aube nacrent l'horizon. Le bois craque dans la rosée.\n\n\n                                       VOIX DIVERSES\n\n   P s s t ! — Ohé! — Chut! — La paix! — FIT. — Silence! — Coucou.\n\n                          LE   CHÈVREFEUILLE,                s'étirant\n           Assez dormi. Fleurons.\n\n         UNIS PÂQUERETTE,            se mirant      dans une goutte                de rosée\n                                             Tremble pas, mon bijou.\n\n                                LA      GOUTTE DE ROSÉE\n           T'es charmante.\n\n                                     L A PAQUERETTE\n                                Est-ce pas?\n\n                                LA      GOUTTE DE ROSÉE\n\n                                                    L'exquise collerette!\n\n                                       UNE    AREILLE\n\n           Est-ce qu'on va s'éterniser à la toilette?\n\n                                     LA    PAQUERETTE\n\n          Xe me chiffonne pas, méchante...\n\n                                          L'ABEILLE\n                                                          Que de miel !\n\n                                     L A PAQUERETTE\n          Est-ce pas?\n\n   (1) Extrait de l'Ame des Saisons,      volume de p o è m e s à p a r a î t r e p r o c h a i n e m e n t .\n------- -, 26-8, r u e (les Minimes.)\n"}, {"page_pdf": 879, "page_imprimee": 742, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "742                                       DURENDAL\n\n\n                                              L'ABEILLE\n\n                        On v o i t b i e n q u ' o n t e c h é r i t a u ciel.\n\n             U N M E R L E , perché             à la cime       d'un         peuplier\n      Le ciel à l ' o r i e n t e s t c o m m e u n e e a u d e p e r l e .\n\n                                         UN      SORBIER\n\n      I1 faut a b s o l u m e n t f a i r e t a i r e le m e r l e .\n       J'ai s o m m e i l , m o i . — L a p a i x , l à - h a u t !\n\n                                           LE    MERLE\n\n                                                            On p e u t siffler.\n      L e ciel e s t c o m m e u n c h a m p d e l i s q u i v o n t b r û l e r .\n\n                                         LE      SORBIER\n\n      S o r n e t t e s . I1 fait n u i t .\n\n                                          UN     PINSON\n\n                                           Verduron verdurette.\n\n                                         LE      SORBIER\n\n      B o n , il n e m a n q u a i t p l u s q u e c e t t e s e r i n e t t e ! . . .\n\n      U N P I V E R T , heurtant              du bec le tronc            d'un            bouleau\n      Toc toc.\n\n                                         LE      BOULEAU\n\n                    On n'y est p a s .\n\n                                           LE     PIVERT\n\n                                                On y est!\n\n                                         LE      BOULEAU\n\n                                                               C'est t r o p t ô t .\n\n                                    LE     PIVERT,         riant\n      Fi, roupilleur! H a ha!\n\n                            LA     P Â Q U E R E T T E , au        pivert\n                           C ' e s t d é f e n d u si h a u t !\n      Tu seras sur grondé...\n"}, {"page_pdf": 880, "page_imprimee": 743, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "                         LE RÉVEIL DU BOIS                                              743\n\n\n                                LE      BOULEAU\n\n                                      Oser rire à eette heure!...\n\n                  U N E TOURTERELLE,                    gémissant\nG n a n gnan g n a n .\n\n                                 LE     BOULEAU\n\n                          C ' e s t cela, l a p é r o n n e l l e p l e u r e ! . . .\n\n                                   UN      FRÊNE\n\nDéjà!...\n\n                                 LE     SORBIER\n\n             C e l a va-t-il      finir?\n\n                                  LE       PIVERT\n\n                                        J e ne crois pas.\n\n                  U N E M É S A N G E , le bec en              l'air\nMoi, j e bois.\n\n  U N CHARDONNERET, dégringolant                           dans        le    hallier\n                   Ce qu'il fait m o u i l l é d a n s les l i l a s ! . . .\n\n                                 UN        MUGUET\n\nJ e suis tout ruisselant encore du baptême.\n\n                                  UN       HÊTRE\n\nI1 fait n u i t , e t l'on j a s e u u p e u t r o p t o u t d e m ê m e .\n\n                                 LE     MUGUET\n\nC'est jour'!\n\n                                UNE        TAUPE\n\n                 Ou n ' y voit p a s .\n\n                               LA      MÉSANGE\n\n                            M a i s si ! c o m m e à t r a v e r s\nUne gaze d'eau bleue et de taffetas v e r t . . .\n\n                                  LE       MERLE\n\nL e eicl e s t c o m m e u n œ i l g é a n t d e l i b e l l u l e .\n"}, {"page_pdf": 881, "page_imprimee": 744, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "744                            DURENDAL\n\n\n                              U N E GUÊPE\n\n      Zon! ça promet un beau soleil de canicule.\n\n                              U N LÉZARD\n\n      Ce qu'on va s'y chauffer parmi le sable g r i s ! . . .\n\n                              U N E CIGALE\n\n      A l'œuvre! Il faut crisser un million de cris.\n\n                              L E S RONCES\n\n      NOUS brûlerons du soufre.\n\n                              L E S GENÊTS\n                                      E t nous de l'or en braises.\n\n                                L E MERLE\n\n      Le ciel est comme un lac clapotant sur des fraises.\n\n                      U N E BANDE DE MOINEAUX\n      Pan pan pan, rataplan.\n\n                                L E CHÊNE\n\n                           Sérieusement, non!\n      Vous commencez trop tôt, mes enfants.\n\n                           L A MÉSANGE, bas\n                                                     Le bougon\n\n                   L E MUGUET,    bas à la     mésange\n      Hah! le vieux: a bon cœur, malgré son air sévère.\n                                           (Au chêne.)\n      Est-ce qu'il est permis de fleurer bon, grand-père?\n\n                                L E CHÊNE\n      C'est bon, c'est bon...\n                                                   (Un    silence.)\n\n                   L A VOIX DU ROSSIGNOL,       au loin\n                             H é l a s ! ô cruelle douceur!\n      Une flamme trop pure a consumé mon cœur,\n      E t nul ne comprendra son langoureux m a r t y r e .\n      J e suis pareil au vent nocturne qui soupire\n      Sa plainte harmonieuse aux flûtes des roseaux,\n      Et nul ne comprendra la peine de l'oiseau.\n"}, {"page_pdf": 882, "page_imprimee": 745, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1547, "texte": "                    LE RÉVEIL DU BOIS                              745\n\n\n                         L A TOURTERELLE\nOh! oh! oh !\n\n       Tous LES ARBRES ET TOUTES LES             HERBES\n\n              Chut !\n\n                          L E ROSSIGNOL\n                    H é l a s ! elle m'a fui, l'ingrate!\nElle a broyé mon cœur de sa petite patte.\nE t de son bec léger, puéril et perçant,\nElle en a fait jaillir une source de saDg.\n\n                         LA   TOURTERELLE\n\nOh ! oh ! oh !\n\n                              L E CHÊNE\n                 Paix.\n\n                          L E ROSSIGNOL\n                   H é l a s ! toute musique est vaine,\nE t le plus beau sanglot n'allège pas la peine.\n\n            L A TOURTERELLE,        au    tourtereau\nJ e ne veux pas aimer, si ce D'est sans r e t o u r !\n\n                         LE    TOURTEREAU\nToujours! Toujours!...\n\n                          L E ROSSIGNOL\n\n                              Mon cœur avait rêvé d'amour.\nLes lilas étaient bleus sous la lune sereine;\nOn entendait ronfler le rouet des phalènes;\nLes anges vaporeux balançaient leur essor\nP a r m i les seringas et les étoiles d'or,\nE t mon cœur, alangui dans la douceur des choses,\nBut le philtre enivrant des feuilles et des roses...\nHélas! tout est fini ! Les lilas sont glacés,\nLes astres sont éteints et les anges blessés,\nLe p a r t e r r e est sans fleurs, sans parfums, sans phalènes.\nE t dans la solitude où je traîne ma peine,\nJ e sens qu'à tout jamais, ô cruelle douceur!\nLe clair de lune bleu est gelé dans mon cœur...\n"}, {"page_pdf": 883, "page_imprimee": 746, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1348, "texte": "746                             DURENDAL\n\n\n                           L A TOURTERELLE\n      Gnan gnan.\n\n                           LE    TOURTEREAU\n\n                   Oh! laisse-moi boire tes larmes pures!...\n\n                           L A TOURTERELLE\n\n      Bien-aimé!...\n\n                                U N LORIOT\n                      Lanturlu, les cerises sont mûres.\n\n                           L A TOURTERELLE\n\n      Gnan gnan gnan.\n\n                                LE   PIVERT\n\n                          Va plus loin sangloter dans le bois.\n\n                          LE    CHÈVREFEUILLE\n\n      Compère loriot à la flûte de bois,\n      Flûte-nous un air gai.\n\n                                L E LORIOT\n                                O gué!\n\n                                UN COUCOU\n\n                                         Coucou.\n\n                                 U N E PIE\n\n                                                   Tarare.\n\n                                L E MERLE\n\n      Le ciel est comme un lit de roses qu'on prépare.\n\n            U N E FAUVETTE,      arrivant     en coup de vent\n      Voilà. Bonjour. C'est moi.\n\n                                L E FRÊNE\n\n                                     Quoi de nouveau, mamour?\n\n                            L A FAUVETTE\n\n      On ne sait pas?... Le rossignol me fait la cour.\n"}, {"page_pdf": 884, "page_imprimee": 747, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1254, "texte": "                        L E FRÊNE\nAh bah !\n\n                    LA FAUVETTE\n\n         Parfaitement. Un rossignol notoire.\nL'aïeul de son aïeul est cité dans l'Histoire.\nIl vécut dans un parc appelé Trianon.\nJ e suis marquise...\n\n                   L A PAQUERETTE\n\n                   Point.\n\n                    LA       FAUVETTE\n\n                             J e suis marquise...\n\n                   LA    PAQUERETTE\n                                                    Non.\n\n                   L A FAUVETTE\n\nLe rossignol m'a dit : « marquise... »\n\n                        LE    PINSON\n                                          Turlurette.\n\n                  L E CHÊNE,      amusé\nQu'est-ce que c'est qu'une marquise, dis, fauvette?\n\n                        L A GUÊPE\n\nJ e sais, c'est une ombrelle à franges de couleur.\n\n                    L A FAUVETTE\n\nNenni. C'est une belle à visage de fleur,\nDont la coiffure est haute et la robe bouffante,\nE t qui s'avance, comme uue rose mouvante,\nD'un pied mignard chaussé d'un soulier si petit\nQu'un roitelet des murs n'y ferait pas son nid.\n\n                        U N CHARME\n\nIl te manque la robe à paniers des marquises.\n\n                    L A FAUVETTE\n\nC'est vrai que j'aime mieux les paniers de cerises.\n"}, {"page_pdf": 885, "page_imprimee": 748, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "748                              DURENDAL\n\n\n\n                                 LE   CHARME\n      Tu n'as pas d'escarpins...\n\n                            LA        FAUVETTE\n                                       Ils sont tous un peu grands.\n\n                                 L E CHARME\n\n      Les marquises mettaient des mouches...\n\n                             LA       FAUVETTE\n                                                         Moi, j ' e n prends.\n\n                              L E CHARME\n\n      Les marquises faisaient de belles révérences...\n\n                       L A FAUVETTE,         saluant\n      E t moi donc?\n\n                                 L E CHARME\n\n                      Connais-tu leurs jolis pas de danse?\n\n                       LA .FAUVETTE,        sautillant\n      Gavotte. Menuet.\n\n                            LA    PAQUERETTE\n                         T'es pas marquise?...\n\n                             L A FAUVETTE\n                                                       Si!\n\n                            LA    PAQUERETTE\n      T'es fauvette?\n\n                            LA        FAUVETTE\n                      Ah oui ! mais marquise et nymphe aussi.\n\n                                 L E CHÊNE\n      Nymphe?\n\n                            L A FAUVETTE\n                Bien sûr.\n\n                                 L E CHÊNE\n\n                            Voyons...\n"}, {"page_pdf": 886, "page_imprimee": 749, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1414, "texte": "                    LE    RÉVEIL    DU     BOIS                   749\n\n                          LA FAUVETTE\n                                    C'est rose et cela nage.\n\n                         LA    PAQUERETTE\nOh! tu sais pas nager...\n\n               L A FAUVETTE,          voletant\n                       Si fait, dans le feuillage.\nDe haut eu bas, de bas en haut. Voilà.\n\n                              L E CHÊNE\n                                                  T r è s bien.\n\n                               L E MEULE\n\nLe ciel est connue un bain de rosée et de thym.\n\n                              L E CHÊNE\n\nQu'est-ce qu'on est encor, fauvette?\n\n                          LA FAUVETTE\n                                   Mille choses :\nBergère, Célimène, et ma reine, et ma r o s e !\nSes mots sont comme fleurs parmi les taillis verts,\nE t c'est des vers...\n\n                              L E CHARME\n\n                         Il fait des vers?\n\n                          L A FAUVETTE\n\n                                            Mais oui, des vers.\n\n                     U N CHARDONNERET\n\nC'est comme le bonhomme alors?\n\n                          L A FAUVETTE\n\n                                   Lequel? le drôle\nQui a des bottes, et un tube sur l'épaule...\n\n                              U N RAMIER\nHou ! le vilain !\n\n                          L A FAUVETTE\n\n                ... d'où sort le tonnerre parfois?\n"}, {"page_pdf": 887, "page_imprimee": 750, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "750                                     DURENDAL\n\n\n\n                                   LE CHARDONNERET\n      N o n p a s . Celui qui p e r d s e s p i p e s d a n s le b o i s .\n\n                                      LA       FAUVETTE\n\n      T a r a r e ! C e l u i - l à l'ait d e s v e r s p o u r les l i v r e s .\n      M a i s c e u x d u r o s s i g n o l l'usent d a n s l ' a i r , e n i v r e n t\n      C o m m e u n e t i è d e pluie q u i t o m b e ç a et là\n      S u r la p o u s s i è r e et s u r l e s g r a p p e s d e s l i l a s .\n\n                                          Le    CHÊNE\n\n      Je gage, q u ' o n r e ç o i t d e s c a d e a u x ? . . .\n\n                                      LA       FAUVETTE\n\n                                                                     O n s'en flatte !\n      Des chenilles avec une corne écarlate,\n      Du finge en l i s e r o n o u r l é d e r o m a r i n ,\n      D e s r o b e s d ' é g l a n t i n e et d e s c h a p e a u x d e t h v m ,\n      Des é v e n t a i l s l é g e r s d ' a i l e d e s a u t e r e l l e ,\n      D e s b o a s en d u v e t d e cou d e t o u r t e r e l l e .\n      Des m a n t e a u x en v e l o u r s d e p a p i l l o n V u l c a i n ,\n      D e s é p i s d e b r i l l a n t s s e r t i s p a r le m a t i n ,\n      D e s b r o c h e s d'œil de g u ê p e à f a c e t t e s p o l i e s ,\n      D e s p e n d e l o q u e s en c o r o l l e s d ' a n c o l i e s ,\n      D e s b a g u e s en s a p h i r fragile d ' a b d o m e n\n      De l i b e l l u l e , e t p u i s d e s g â t e a u x d e p o l l e n ,\n      D e m i e l , d ' œ u f s de f o u r m i p é t r i s d a n s la r o s é e ,\n      Des p â t é s s u c c u l e n t s d e c h e n i l l e é c r a s é e ,\n      Des salades de t h y m , de sauge, de m o u r o n ,\n      Des b i g a r r e a u x s u c r é s c r i b l é s de p u c e r o n s ,\n      VA, d e s . . .\n\n                                         Le CHÊNE\n                   Grâce!\n\n                               L A FAUVETTE,             piquée\n                              T r è s b i e n . Si c ' e s t c o m m e c e l a ,\n      Je me s a u v e .\n                  (Elle           s'envole.)\n\n                                 TOUS LES BUISSONS\n                          Non, non, fauvette!\n\n                    L A FAUVTTE, fuyant                  à         tire-d'aile\n                                                          T r a la-la.\n"}, {"page_pdf": 888, "page_imprimee": 751, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "                 LE    REVEIL     DU    ROIS                     751\n\n\n\n                          LE    MERLE\n\nLe ciel est comme un rang de glaïeuls qui s'embrasent.\n\n                       L E S MOINEAUX\n\nPan pan pan, rataplan.\n\n                          L E HÊTRE\n\n                           Un moment !...\n\n                           LA    PIE\n                                               Tu nous rases !\n\n                         L E MERLE\n\nLe ciel est comme l'eau sur un banc de corail,\nE t comme l'incendie immense d'un vitrail.\nE t comme un éventail de flammes qu'on déploie...\n\n                       L E S MOINEAUX\nDispuions.\n\n                          UN LAPIN\n             Déjeunons.\n\n                        L E S GENÊTS\n\n                          Faisons un feu de joie\n\n                LES    GOUTTES    DE    UOSEE\n\nMesdames, des bijoux !\n\n                       L E S LISEUONS\n                           Des jupes de satin !\n\n                      L E S CAMPANULES\n\nDrelin drelin drelin, prière du matin!\n                                 (Un silence.)\n\n                          L E CHÊNE\n\nSeigneur, nous élevons les bras vers votre gloire!\nVous nous sommes dressés en frémissant pour boire,\nSelon 'votre très sage et sainte volonté,\nLe vin d'opale et d'or de cette aube d'été.\n"}, {"page_pdf": 889, "page_imprimee": 752, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1882, "texte": "752                          DURENDAL\n\n\n\n                           CHŒUR DES ARBRES\n      Seigneur, nous élevons les bras vers votre gloire!\n\n                              LE   CHÊNE\n\n      Est-il quelqu'un Seigneur, qui soit votre pareil?\n      Votre Œil en se fermant éteindrait le soleil,\n      E t n'était votre Droite auguste qui les couvre,\n      Il n'est esprit qui pense ou corolle qui s'ouvre.\n\n                         CŒUR DES ARBRES\n\n      Est-il quelqu'un, Seigneur, qui soit votre pareil?\n\n                              LE   CHÊNE\n\n      La vie est comme une eau qui coule dans un songe.\n      Tout geste est illusoire et tout verbe mensonge,\n      S'ils ne se rangent pas avec simplicité\n      Au rythme éblouissant de votre éternité.\n\n                       CHŒUR DES ARBRES\n      La vie est comme une eau qui coule dans un songe.\n\n                              LE   CHÊNE\n      Nous avons vécu des hivers et des hivers,\n      Notre écorce à saigné sous la. lime des vers.\n      L'ouragan a tordu nos branches qui vieillissent\n      E t la foudre à nos trônes laisse des cicatrices.\n\n                       C H Œ U R DES ARDUES\n      Nous avons vécu «les hivers et des hivers.\n\n                              LE   CHÊNE\n      Mais maintenant, Seigneur, voici nos rameaux verts!\n      Voici, dans la musique ardente de la sève,\n      L'unanime hosauna de la forêt qui lève\n      Ses mille bras vibrants et tumultueux vers\n      L'inaccessible azur où brûle votre gloire !\n\n         CHŒUR DES ARBRES, DES HERBES ET DES BÊTES\n      Amen.\n                    (L'or de l'aurore fuit largement    irruption   dans   le   bois\n                 d'où s'élève une fumée    d'encens.)\n\n              P Ê L E - M Ê L E D'OISEAUX ET DE FLEURS\n        Jouons. — Mignonne !... — Un baiser... — Non. — A boire !\n                                                        VICTOR KINON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison12-003", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 753, "page_fin": 758, "titre_corps": "Stafke : Conte pour la Saint-Nicolas", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Della Faille de Léverghem", "ancre_debut": "Stafke Conte pour la Saint=Nicolas", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 892, "page_imprimee": 753, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "Stafke *\n                  Conte pour la Saint=Nicolas\n\n\n                   LE 5 décembre de l'année dernière tombait un\n                     vendredi. Or, c'est ce j o u r - l à que, chaque\n                      semaine, depuis de longues années, le vieux\n                     comte de X... visite ses humbles amis de\n                      l'hôpital. A moins de maladie ou de quelque\n                      autre motif grave, il ne m a n q u e jamais d'arriver\n                      en voiture, sur le coup de 6 heures, tout juste\n                      après le souper des pensionnaires.\n   Ces pauvres gens d'hôpital, souvent plus éprouvés encore\ndans leur âme que dans leur santé, attendent sa visite aussi\nimpatiemment, peut-être plus, que celle du médecin, car elle\nleur apporte mieux que le soulagement des maux physiques : une\nheure de détente et de joie, au milieu de la lourde monotonie\nde leur a b a n d o n .\n   U n sourire de bonté éclaire le visage à peine ridé de ce vieil-\nlard, q u ' u n e vie active et sobre a r e m a r q u a b l e m e n t conservé.\nSes gestes sont doux et sa voix une musique, au charme de\nlaquelle nul ne résiste. A l'instar de Louis XIV, qui, dans les\ncouloirs de Versailles, saluait la moindre soubrette, le vieux\ncomte traite grands et petits avec la même exquise politesse,\navec la même courtoisie de grand seigneurchrétien. E t le peuple\nl'adore... P a r exemple, sa mise est un peu originale. L'hiver, il\nporte une pelisse de d r a p violet foncé, tout à fait à l'ancienne\nmode, une sorte de houppelande avec un ample col de chinchilla\net un large retroussis de la même fourrure, qui retombe jusque\nsur les pieds. U n e auréole de cheveux blancs et une barbe de\npatriarche complètent sa ressemblance à quelque prince-évèque\ndu moyen âge en pallium d ' h e r m i n e .\n   Dès que sa haute silhouette apparaît sous le bec de gaz de la\nporte, tous les visages enfouis dans les coussins se redressent et\ns'illuminent, car chacun a, depuis huit jours, amassé un fardeau\n"}, {"page_pdf": 893, "page_imprimee": 754, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2131, "texte": "754                            DURENDAL\n\n\nde peines nouvelles à lui confier; et puis aussi, les enfants et\nles moins malades, ceux qui flânent par les corridors, apprécient\nfort les cigares et les friandises dont la vaste h o u p p e l a n d e est\ntoujours b o n d é e . . .\n\n\n    Il me faut ici ouvrir une parenthèse.\n    H i e r après-midi, je m'asseyais à mon bureau, vis-à-vis d'une\nbelle feuille blanche, avec le projet arrêté d'écrire un conte en\nvers pour la Saint-Nicolas. Mais ni les idées, ni les rimes ne\nvenaient... J'avais déjà fumé deux cigares et dessiné je ne sais\ncombien de paysages en marge de mon papier, — ce qui est\ntrès mauvais signe! — q u a n d , soudain, toc! toc!\n    — Entrez!\n    — E h bonjour, monsieur mon cousin! Que fais-tu ici par ce\nbeau soleil ?\n    Et, un peu essoufflé par la montée à l'étage, mon vénérable\nparent s'avançait, la main t e n d u e , le visage rayonnant, comme\ntoujours, de joie intérieure.\n    — Je m'évertuais à composer un conte de Saint-Nicolas en\nvers, que j ' a i promis pour demain soir... et je ne trouve rien de\nrien! En voilà assez! je donne ma langue aux chiens et sors\nfaire un tour de parc avec vous.\n    — P a s du tout, mon garçon ! T u as promis ce conte, tu vas\n l'écrire, et tout de suite encore!\n    — Mais...\n    — Il n'y a pas de mais!... Ah! ces jeunes gens, ces jeunes gens!\n Ils se croient poètes parce qu'ils ont aligné quelques alexan-\n drins aux cadences sonores, et ils ignorent la simple et vraie\n poésie de la vie, celle qui brille tout le long du chemin et qu'on\n n'a qu'à étendre la main pour cueillir!... U n conte de Saint-\n Nicolas, dis-tu?... Attends une seconde. E t , d'abord, débarrasse-\n moi de ma pelisse... L à ! . . Maintenant, prends ta plume, je vais\nt'en dicter un, de conte, o h ! pas en vers : je ne m'y connais\ng u è r e ! mais en prose de vieux b o n h o m m e , qui laisse tout sim-\n plement parler son cœur... T u feras sa toilette et l'orneras à ta\n guise, a p r è s ; ce soin-là ne me regarde plus... Y es-tu?\n    Je pris ma p l u m e et notai le récit qu'on va lire et dont je me\n suis bien gardé de « faire la toilette ».\n"}, {"page_pdf": 894, "page_imprimee": 755, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "                                STAFKE                              755\n\n\n    Donc, le 5 décembre dernier, pendant ma visite à l'hôpital,\ntandis que je distribuais à la file encouragements et douceurs,\ntout à coup, derrière moi, j'entendis un faible gémissement.\nC'était un petit garçon de cinq à six ans qu'une sœur apportait\nentre ses bras et déposait sur le lit voisin, avec d'infinies pré-\ncautions... mais il était si endolori de partout, que le contact,\ntout amorti qu'il tut, de ces coussins moelleux lui avait arraché\ncette plainte. Je m'approchai. Des bandages lui enserraient\ntout le corps et la tète, sauf l'œil gauche, la bouche et un bras.\nU n e fine boucle blonde caressait sa joue pleine et que les\ncouleurs avaient à peine quittée. Son bras qui pendait était\npotelé : évidemment, un accident avait frappé ce robuste gamin\nen pleine santé. Son œil unique errait autour de lui, par la salle,\nanxieux à la fois et triste, o h ! si triste?...\n    Du regard, j'interrogeai la Sœur. Avant de me répondre, elle\ninstalla de son mieux le pauvret et lui m u r m u r a quelques\nparoles à l'oreille, et ces paroles amenèrent un pâle sourire sur\nces lèvres souffrantes. P u i s , tout en caressant la menotte libre,\nelle raconta — en français — la banale et lamentable histoire.\n     L e père était au travail et la mère en couches depuis le\n matin. Elle avait recommandé à l'ainé de ses trois, bientôt\nquatre bambins, à son grand Stafke, d'être bien sage et deveiller\n sur les « petits ». E t Stafke avait obéi en conscience, comme il\n faisait toutes choses. A l'heure du goûter, elle l'avait appelé,\n entre deux douleurs, et lui avait dit de remplir le coquemar et\n de le mettre chauffer sur le feu de la cuisine. E t Stafke avait\n encore ponctuellement obéi; mais, afin d'y mieux voir pour pré-\n parer le café, il avait déposé la lampe allumée sur le tuyau du\n poêle. E t , pendant qu'à coups menus, comme une bonne petite\n ménagère, il versait l'eau bouillante sur le filtre, voilà que la\n lampe explosait, l'inondant de pétrole enflammé... Dans leur\n affolement, les petits, qui, par miracle, n'avaient pas été atteints,\n se mettaient à h u r l e r ; une voisine accourait, arrachait du lit\n une couverture et, au prix de nombreuses brûlures, y enroulait\n Stafke... trop tard, h é l a s ! le feu avait corrodé les chairs à vif,\n s\"ur presque tout le corps. C'était la mort certaine et à bref\n délai. L e médecin, vite là, n'avait pu que constater l'incurabiñ\n  lité du mal et le panser de façon à le rendre tolérable. Il aurait\n  bien laissé le blessé s'éteindre doucement là-bas, chez ses\n  p a r e n t s ; mais la pauvre mère n'avait-elle pas déjà sa large part\n"}, {"page_pdf": 895, "page_imprimee": 756, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": " 756                             DURENDAL\n\n\nd'épreuve?.. Alors, sans qu'elle se doutât de l'affreux d r a m e , il\navait téléphoné pour la civière de l'hôpital. L a voisine, pansée\nà son tour, avait courageusement pris chez elle les autres, jus-\nq u ' à ce que leur père rentrât. Après, on verrait... à la grâce de\nD i e u ! Il est toujours t e m p s d ' a p p r e n d r e un malheur.\n\n    Stafke me regardait. J e lui offris une praline, qu'il accepta et\n dont il me remercia d'un sourire. P u i s , tout bas, à la Sœur :\n    — Qui est ce beau monsieur blanc en fourrure?\n    L a bonne Sœur eut alors une inspiration exquise :\n   — Stafke, tu m'as dit que, tantôt, saint Nicolas viendrait\nchez toi et que tu es très triste de n'être pas à la maison pour le\nrecevoir. E h bien, parce que tu as été sage et aussi parce que\ntu es malade, le bon saint n'a pas voulu que tu aies du chagrin\net, tu vois, il vient m a i n t e n a n t auprès de ton lit... Il sourit et te\ntend la m a i n ; demande-lui tout ce que tu veux, il te le don-\nnera... N'est-ce pas, saint Nicolas?.\n   U n e indicible joie éclaira la moitié visible du pauvre visage ;\nle petit mourant retira sa main de celles de la Sœur, comme s'il\nvoulait j o i n d r e les siennes. L e s bandages l'empêchant, il me\ntendit celle qu'il avait libre :\n   — Cher saint Nicolas, je voudrais un petit frère, pas c o m m e une\npoupée, un vrai petit frère vivant, qui rie tout seul et qui joue\navec moi. M a m a n m'a promis que tu nous en donnerais un\npareil, cette nuit, p e n d a n t que nous d o r m o n s . . . Sommes-nous\ndéjà d e m a i n ? . . . L'as-tu déjà apporté chez nous?...\n   E m u aux larmes, j ' e u s quelque peine à répondre :\n   — Oui, mon bon Statke, o u i ; ton petit frère dort déjà dans\nson berceau, à côté de ta m a m a n . E t il est joli, et drôle, et il\nt'amusera tant !...\n   — O h ! merci, bon saint N i c o l a s ! . . . Mais, dis, le petit frère\nn'a-t-il rien apporté pour Jos, pour Nelleke et... pour moi?...\n   — T i e n s , chéri, regarde! Voilà ce que t'envoie ton petit\nfrère.\n   E t je vidai sur les draps mon sac de chocolat et de sucreries.\nT o u t joyeux, mais habitué à l'obéissance, il d e m a n d a à la S œ u r\nla permission d'en manger.\n   — Bien certainement, mon b o n h o m m e , et tant que tu vou-\ndras!\n   Alors, il suça un sucre d'orge et, vraiment, il n'avait plus\n"}, {"page_pdf": 896, "page_imprimee": 757, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "                                  STAFKE                               757\n\n  l'air de souffrir. J e m'informai, de nouveau en français, des pré-\n  visions du médecin.\n      — Il peut entrer en agonie d'un m o m e n t à l'autre, soupira la\n  Sœur. Il mourra tout doucement, cette nuit, peut-être dès ce\n  soir. Stafke se t o u r n a vers moi, l'œil brillant :\n     — Bon saint Nicolas, la S œ u r m'a assuré que je serais guéri\n aujourd'hui m ê m e , et que j ' i r a i s jouer avec les anges, près de\n Jésus et de la sainte Vierge... Est-ce que tu retournes ce soir\n encore au P a r a d i s ? . . . Alors, emmène-moi, je t'en prie!... Je ne\n pèse guère... T u me prendras sur ton âne et, en route déjà, tu\n me donneras de beaux jouets et des oranges, p a s ? . . . E t ,\n avant de partir, nous irons chercher p a p a et m a m a n , et les petits,\n et tous, et tous... Que ce sera donc amusant !... Oh ! raconte-moi\n ce que nous ferons L à - H a u t ! . . .\n     Qu'inventer?... Son œil candide m'implorait irrésistiblement,\n et j'étais si bouleversé... Alors, le bon Dieu m'inspira les mots\n naïfs qui consolèrent et bercèrent les derniers instants de cet\n innocent, m a r t y r de son h u m b l e devoir. Q u a n d je m'arrêtais,\n trop ému, la Sœur m'aidait et, bien mieux que moi, décrivait,\n avec des images enfantines, les joies du Ciel : l'accueil du cher\n Jésus, qui attendait Stalke, les bras tendus, au seuil de son\n beau jardin rempli de papillons, d'oiseaux, de fruits... et la\nsainte Vierge qui l'embrasserait et le laisserait jouer avec son\nrouet d'or, avec les pigeons blancs de son Fils, avec l'eau du\n lavoir, où l'on fait de si jolies bulles de savon...\n     Il écoutait, avide et si content, pendant que déjà sa respira-\ntion se précipitait, dénonçant l'intoxication du sang. Bientôt il\nd e m a n d a , d'une voix toute altérée :\n    — J'ai grand froid... Petite Sœur, prenez-moi sur vos genoux,\ncomme fait m a m a n lorsque je suis malade... Oui, n'est-ce pas?...\nE t toi, bon saint Nicolas, raconte, raconte encore ce que je\nverrai bientôt... J'aime tant que tu parles!...\n    J'avançai une chaise à la Sœur, qui glissa les bras sous le petit\ncorps tout raide, comme une momie, et, sans secousse, le déposa\nsur ses genoux. Il haletait à présent. Sa menotte avait lâché le\nsucre d'orge et son œil ne s'ouvrait plus que de temps à autre,\nluttant contre le grand sommeil. J'avais de plus en plus de peine\nà parler; la S œ u r détournait la tête, afin qu'il ne vit pas ses\nlarmes.\n    — N e pleurez pas, petite S œ u r , . . . nous ne vous abandonne-\n"}, {"page_pdf": 897, "page_imprimee": 758, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 745, "texte": "758                           DURENDAL\n\n\nrons pas toute seule ici, où il fait si noir... Vous viendrez avec\nnous, chez le petit J é s u s . . .\n   Il fit effort pour me tendre encore sa petite main. Doucement\nje la pris.\n   — Bon saint Nicolas, il est tard... je suis presque guéri...\nViens!... partons e n s e m b l e . . .\n   Un suprême sourire, et la petite tète bandée se renversa sur\nl'épaule de la Sœur... Et, tandis que je baisais, en sanglotant,\nla menotte encore tiède, déjà Stafke, délivré, radieux et conduit\npar le vrai saint Nicolas, s'ébattait avec les anges, ses frères,\nparmi les fleurs du bon Jésus qui aime les innocents...\n\n                        GASTON DELLA F A I L L E DE L É V E R G H E M .\n\n\n  Laeckbors, décembre 1908.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison12-004", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 759, "page_fin": 760, "titre_corps": "Une grande âme captive", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Une grande âme captive JAMAIS livre ne donna", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 898, "page_imprimee": 759, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "Une grande âme captive\n                  JAMAISlivre ne d o n n a d a v a n t a g e l'impression de « la\n                     captivité d'une âme » que le nouveau volume\n                     que E d m o n d Picard vient de publier sous le\n                     titre de Philosophie de l'à-peu-près (1).\n                         L e royal oiseau de blancheur et de souplesse\n                     tournoie, éperdu, dans la cage que !a destinée\n                     lui assigna; à tout instant, ses ailes se blessent\n                      aux barreaux — et des plumes choient, rêves\nmorts, illusions perdues. L'espace lui m a n q u e pour planer\net il veut s'élancer vers le ciel bleu, entrevu là-haut: mais\naussitôt il retombe, meurtri par le fer inexorable et inflexible;\nsubtilement il essayera de se glisser par un interstice de sa\nprison, et il restera suspendu, à mi-corps, entre la liberté et\nla servitude : un coup brutal de la réalité le restituera à sa\ncaptivité. Alors, dans un coin, il pleurera doucement l'inanité\nde ses efforts. Mélancolie passagère, que vaincra tôt l'instinct;\net il reprendra, ardent et tenace, ses tentatives de libération —\nle royal oiseau de blancheur et de souplesse!\n   L e doute d'un Jouffroy fut triste et résigné; E d m o n d Picard\na le doute agité; impatient, nerveux, rageur, il court après la\nvérité... H é l a s ! il n'a pas encore rejoint la certitude; mais en\nattendant, il conquiert la Beauté.\n   Oui, il y a de la Beauté — une Beauté diversement émou-\nvante — dans ces pages, ou disserte, parlotte, discute une phi-\nlosophie personnelle, paradoxale, « extravagante », qui cogne à\ngrands coups sonores sur les parois de la réalité pour solliciter\nune réponse de « l'au-delà ». Et cette beauté n'est pas que dans\nla vivacité imagée du style, mais aussi dans la sincérité de la\npensée — pauvre pensée errante et nostalgique qui fait le tour,\nvainement, et sans y pouvoir pénétrer, de ces redoutables\n\n (1) Bruxelles, Larcier.\n"}, {"page_pdf": 899, "page_imprimee": 760, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "760                          DURENDAL\n\n\n\narcanes de la vie humaine : la conscience, l'irréel, l'âme, le\npéché.\n   D'autres, rivés à l'incroyance, et qui aborderaient ces sujets\nmétaphysiques (et je ne parle point, bien entendu, des cuistres\nblasphémateurs) risqueraient de froisser le chrétien par des\nhypothèses qui vont à l'encontre de ses convictions... Pourquoi\ndonc suivons-nous les méandres cogitants d'Edmond Picard,\nautour de tous ces essentiels problèmes, avec un intérêt si sym-\npathique? Si hasardées que soient ses imaginations et souvent\nsi étranges, comment se fait-il que jamais nous ne songions à\nles taxer d'hostilités ou à les dénoncer comme des irrévérences?\nC'est la foncière loyauté de son intellectualité qui vaut à Edmond\nPicard ce privilège et le fait bénéficier de cette immunité. Il a\nbeau, d'un geste multiple, semer au vent les conceptions les\nplus ingénieuses ou les plus fantaisistes; il a beau faire de la\nverve et de l'esprit, il a beau plaisanter ou sourire, nous ne\nsommes point dupes — et derrière le masque du brillant bâtis-\nseur de systèmes, nous entrevoyons — avec quelle profonde et\nrespectueuse fraternité! — une figure d'angoisse et de tourment...\nPendant plus d'un demi-siècle, Edmond Picard avoué, à notre\nterre patriale son prodigieux labeur; il lui donna, mieux que la\nfécondité, la personnalité; au bout de toutes les avenues où\ns'engagea son activité, il a rencontré la notoriété, sinon la gloire ;\net après tant de luttes et tant de succès, tant de combats et tant\nde victoires, voilà qu'il se découvre un être douloureux qui\ndoute, qui cherche et qui, malgré tout, espère...\n   Ce doute est sincère, cette recherche est probe; pourquoi\n cette espérance ne serait-elle pas un jour récompensée par la\n Certitude?\n                                       FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison12-005", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 761, "page_fin": 766, "titre_corps": "Chronique d’art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d'Art I. LA MUSIQUE Premier Concert Ysaye", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 900, "page_imprimee": 761, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "Chronique d'Art\n                               I. LA MUSIQUE\n\n                          Premier Concert Ysaye\n    La plus belle impression du concert a été la Symphonie Pastorale dont Ysaye\na dirigé u n e interprétation très sentie et picturale qui exprima éloquemment\nla poésie sereine, symboliquement profonde, que recèle celte merveilleuse\népopée de la nature, le mystère e n c h a n t e u r du début, la printanière caresse\ndes pages où les voix de la forêt se marient au cantique virginal du ruisseau,\npuis l'allégresse naïve de la fête rustique, la menace soudaine et les majes-\ntueux frémissements de l'orage désolant la c a m p a g n e , enfin le calme renais-\nsant, l'hymne de joie et de gratitude s'envolant vers le ciel.\n   Soucieux d'éclectisme et peut-être aussi afin de montrer dans les procédés\nactuels d'esthétique descriptive toute la distance parcourue depuis Beethoven,\nYsaye a opposé dans son programme la Pastorale et les Nocturnes de Debussy,\nd'une part la s y m p h o n i e la plus pittoresque de Beethoven, bien que toute\nimprégnée d'humanité en ses expressifs symboles, de l'autre, u n e des formes\nles plus spéciales et les plus caractérisées, quoique fort extérieure à la vérité,\ndu verbe musical contemporain. Les Nocturnes de Debussy, Nuages, Fêtes,\nSirènes, déjà antérieurement exécutés aux Ysaye, ont été finement exposés par\nl'orchestre que poétisait encore (dans le nocturne Sirènes) les séductions enve-\nloppantes d'un chœur de femmes. Ces Nocturnes ont intéressé par leur facture\ndélicate, le subtil tissu de leurs sonorités savoureuses, par la fluidité éthérée et\névocative de leurs colorations. La partie s y m p h o n i q u e du p r o g r a m m e se\nterminait par l'ouverture de Freischiitz dont, malgré quelques mouvements\ntrop alentis à notre gré, l'interprétation a été très lyrique et expressive.\n    M m e Preuse-Matzenauer, du théâtre de Bayreuth, a déployé une ampleur\nvocale superbe dans l'air d'Adriano de Rienzi et a fait preuve dans les lieder\nde W a g n e r d'un art très p u r et compréhensif. L a virtuosilé i n s t r u m e n t é e\nétait représentée à ce concert par le violoncelliste H e k k i n g D e n a n c y , un\nartiste de valeur. Son jeu plein de noblesse se caractérisant par la richesse et\nla plénitude de la sonorité semble se rattacher à l'école de Casais. N o u s ne\nsaurions toutefois souscrire à son choix d'un certain concerto de Saint-Saëns,\nbien pauvre de substance musicale et ne rappelant en rien les très belles\nœuvres de musique s y m p h o n i q u e et de musique de chambre qu'a signées\nl'illustre maître français.\n"}, {"page_pdf": 901, "page_imprimee": 762, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3174, "texte": "762                                          DURENDAL\n\n\n\n\nPremier Concert Durant. — Audition de Mlle G. Schellinx\n    Consacré à Bach et à H a n d e l , il fait grand h o n n e u r à l'intelligence artis-\ntique du jeune capellmeister bruxellois, tant par le choix des œuvres q u e par\nla qualité de leur exécution. Les éléments du p r o g r a m m e , judicieusement\nharmonisé avec le but éducatif que se proposent ces concerts, étaient puisés\nd a n s ce répertoire s u r a b o n d a n t d'étincelantes richesses et relativement encore\nsi peu exploré que constitue l'œuvre du maître de H a l l e et celle du cantor de\nLeipzig.\n    Deux concertos de H a n d e l , exquis de pensée et de forme, le premier en\nré mineur, où se trouve un m o u v e m e n t lent d'une poésie pénétrante, le second\nen fa majeur, où les timbres variés des cors, des hautbois et du basson se com-\nbinent de façon délicieuse, enfin u n e des merveilleuses suites de Bach pour\norchestre, celle en ut majeur, ont été exposées avec u n affinement de n u a n c e s ,\nu n e souplesse de r y t h m e , une perfection matérielle et interprétative tout à fait\nremarquables.\n    L a partie vocale du concert se composait d'extraits du Messie et de deux\ncantates de Bach, l'une : Ich will den kreuzstab gerne tragen; l'autre : Freue dich,\nerlöste schaar, exprimant avec u n e profondeur admirable le ferme espoir et la\nsérénité tranquille de l'âme chrétienne aspirant à la mort libératrice s u p r ê m e .\n Les interprétations si majestueusement expressives et émouvantes de Seguin\net celles de M m e F l a m e n t , d'acctnt si noble et sincère, y ont fait g r a n d e\nimpression. La p h a l a n g e chorale qui a participé à l'exécution de ces cantates\net que M . Carpay s'est chargé d'instruire et de discipliner avec la haute com-\npétence et la sollicitude dévouée qui lui sont coutumières, constitue p o u r\n M. Félicien D u r a n t un a p p o i n t précieux qui lui p e r m e t t r a d'imprimer à sa\nbelle entreprise u n nouvel et plus ample essor en familiarisant le public avec\ncette littérature chorale qui renferme les œuvres maîtresses de la musique.\nE s p é r o n s que, de son côté, le public bruxellois saura répondre à ces\ngénéreux efforts et que tout ce que la capitale compte en fait d'amis de l'art\nse trouvera réuni à l'Alhambra le dimanche 10 janvier pour entendre le\nRequiem de Mozart.\n\n   M l l e G e r m a i n e S c h e l l i n x , violoniste, a d o n n é à la G r a n d e - H a r m o n i e une\ntrès intéressante audition. N o u s avons rendu plus d'une fois h o m m a g e d a n s\nDurendal au talent si fin et sincère de cette j e u n e artiste élève de M. Marchot.\nElle a mis autant de douceur expressive que de charme pénétrant d a n s un\nAdagio de Max Bruch et une poétique élégie de Marchot intitulée Regrets;\npuis, après avoir fait paraître la pureté d'une technique sûre et brillante dans\nla Folia de Corelli, elle a terminé son concert par une interprétation pleine\nde verve et superbement rythmée de la Rhapsodie espagnole de L a l o . M l l e Schel-\nlinx était artislemenl accompagnée au piano par M. Minet, et à plusieurs\nreprises elle a été chaleureusement a p p l a u d i e .\n"}, {"page_pdf": 902, "page_imprimee": 763, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "                                   CHRONIQUE         D'ART                                 763\n\n\n\n                      Récital de Mme Kleeberg-Samuel\n     N o u s n'ayons pas à refaire ici l'éloge du talent de M m e Kleeberg-Samuel,\nsi connu et apprécié à Bruxelles. Elle appartient à cette élite restreinte de\npianistes dont les programmes, substantiels et châtiés, s'inspirent uniquement\nd'une pensée d'apostolat artistique, et d'où en conséquence les manifestations\nde virtuosité pure et les cabotinages oiseux sont sévèrement exclus. U n e\nœuvre maîtresse de Beethoven, la Sonate o p . 111, et u n des cycles les plus\nexquis de la littérature schumanienne, les Kreisleriana où les chants suaves\net pathétiques alternent avec des fantaisies pétillantes de grâce ou avec des\npages empreintes d'énergie héroïque et farouche, étaient comme les deux\nfigures centrales et dominantes de ce beau p r o g r a m m e . M m e Kleeberg en a\nd o n n é u n e interprétation très approfondie et personnelle, bien que toujours\nrespectueuse du texte et de l'esprit de l'œuvre, interprétation où l'intelligente\nmise en valeur des thèmes vient se joindre à une généreuse intensité de vie\nr y t h m i q u e , au charme prenant des nuances et des sonorités. N o u s avons sur-\ntout goûté la poétique atmosphère de rêve extatique où elle a situé l'Arietta cou\nvariazioni de la sonate. Dans la première partie du concert réservée à la\nmusique ancienne, M m e Kleeberg a fait entendre la Suite française en mi majeur\nde Bach, exposée avec maîtrise et u n sens rare du coloris, puis une gigue de\nH ä n d e l et deux spirituels caprices de Scarlatti, détaillés avec la plus s u b -\ntile délicatesse. Dans la partie de m u s i q u e m o d e r n e , signalons le Capriccio\nen si mineur de Brahms et u n joli nocturne de F a u r é , en la bémol majeur.\n\n\n\n                             Bibliographie Musicale\n    Deux excellentes études viennent de paraître dans la collection L a u r e n s\ndes musiciens célèbres.\n    L a première, d u e à la plume charmeuse de B o u r g a u l t - D u c o u d r a y , est con-\nsacrée à S c h u b e r t , dont elle analyse (aussi complètement qu'il est possible\nde le faire en une centaine de pages) l'œuvre prodigieuse conçue et écrite en\nquelques années et qui c o m p r e n d toutes les formes de l'expression musicale,\ncar si le lied y atteint u n e perfection et u n e hauteur d'inspiration qui n'ont\njamais été surpassées (Schubert en a composé six cent trente-quatre) « par\nses œuvres s y m p h o n i q u e s , ses compositions pour piano et sa musique de\nc h a m b r e , il se rattache étroitement au groupe des trois créateurs de la sym-\nphonie, H a y d n , Mozart et Beethoven ; il est digne de partager leur gloire\ncomme l'un des maîtres les plus puissants et les plus complets de la musique\ninstrumentale ».\n    L a seconde étude, concise et savante tout à la fois, et signée d'un nom qui\ncompte parmi les plus autorisés de la critique, M. de la L a u r e n c i e , est con-\nsacrée à R a m e a u . M. de la Laurencie envisage tour à tour l'homme, l'artiste\net ses théories esthétiques si intimement liées à son œuvre, concluant par ces\n"}, {"page_pdf": 903, "page_imprimee": 764, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "764                                 DURENDAL\n\n\nlignes profondément judicieuses : « Sorte de deus bifrons à la fois philosophe\net musicien, h o m m e de pensée et h o m m e d'imagination, R a m e a u retire de ce\ndouble caractère une originalité exceptionnelle. Mais en m ê m e temps, et ceci\nnous semble susceptible d'expliquer c o m m e n t on le traita tour à tour d'attardé\nréactionnaire et d'audacieux novateur, ce dieu au double visage regarde d'un\ncôté le passé et de l'autre l'avenir. Du côté de l'opéra, c'est le passé qu'il\nfixe, élevant jusqu'à l'apogée le genre cultivé par ses devanciers. T o u t au\ncontraire R a m e a u musicien et symphoniste regarde l'avenir; il laisse entre-\nvoir des possibilités, il découvre de vastes horizons et les nobles effigies\nqu'il frappe d a n s l'inaltérable métal de sa musique représentent les ancê-\ntres des glorieux ouvrages qui, à la fin du siècle, jetteront u n éclat sans\npareil. »\n   Signalons enfin la biographie de B o ï e l d i e u par M. Auge de L a s s u s , récit\nplein d'intérêt où l'auteur exprime l'admiration la plus sincère p o u r le musi-\ncien aimable dont la postérité n'a retenu que la. Dame Blanche, œuvre qui à notre\nsens a certainement vieilli d a n s quelques-unes de ses parties mais reste en\nd'autres, n o t a m m e u t d a n s tout le premier acte, étonamment j e u n e , fraîche et\nvivante.\n                                                            G E O R G E S DE G O L E S C O .\n\n\n\n                              II. L E S SALONS\n\n                         L'Art à Schaerbeek\n   U n e nouvelle « société » : — nous sommes en Belgique — « L e Cercle des\nArts, des Sciences et des Lettres de Schaerbsek » vient d'être fondée. Elle\nest présidée par le peintre J a n Stobbaerts.\n   L e Cercle d é b u t a n t a tenu à souligner sa première manifestation de\nvitalité — l'organisation d'une exposition — par tous les moyens d'une\npublicité copieuse.\n   Il s'agit d'une exposition Rétrospective. Le but et l'opportunité d'une telle\nentreprise pouvaient sembler discutables. Mais les promoteurs ont imaginé\nun p r o g r a m m e qui leur a p a r u d o u é d'un certain à-propos : « L'Art à\nSchaerbeek dans le passé ». Ce titre exagère ! Le passé de l'art à Schaerbeek,\net le passé de Schaerbeek lui-même, n'ont aucun caractère d'ancienneté. Les\nœuvres exposées ne remontent pas plus h a u t que 1830 et a p p a r t i e n n e n t , par\nleur aspect, bien plus au présent qu'au passé.\n   Même MM. E u g è n e Smits, J a n S t o b b a e r t s , A. J. H e y m a n s et deux\nautres maîtres dont je parlerai plus loin sont au nombre des artistes repré-\nsentés sur les cimaises. La production de ces peintres n'est nullement tarie,\nque je sache? L'avenir, m ê m e à Schaerbeek, peut encore comporter\nl'apparition d'oeuvres dues à leurs pinceaux.\n   Sans d o u t e , à côté de ces envois parés d'actualité, la galerie — u n peu\nexiguë et trop remplie de l'hôtel du docteur V...—abritait desouvrages dont les\nauteurs sont plus ou moins récemment défunts.\n"}, {"page_pdf": 904, "page_imprimee": 765, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "                             CHRONIQUE D'ART                                 765\n\n   On assure que chacun d'eux tint par quelque lien au terroir schaerbeekois.\nAcceptons cette affirmation sans trop examiner si c'est du chef de leur\nnaissance, d'une résidence temporaire, du seul souvenir d'une promenade\npar les rues de la commune ou de la présence d'une de leurs œuvres dans\nune collection locale que leurs noms figurent au catalogue. Pour représenter\n1' « Art à Schaerbeek dans le passé », les œuvrettes du Français Cormon et de\nSir Laurence Alma-Tadema R.-A., né en Hollande, naturalisé Anglais, et\ntout aussi vivant que M. Cormon, — de l'Institut — paraissent un peu des\nhors-d'œuvre. De même celles de feu Ribarz (Autrichien), de feu Gabriel\n(Hollandais), de feu Rosloefs (id.), et de quelques autres seigneurs sans\nimportance. Sir Laurence Alma-Tadema se duuterait-il qu'il pourrait reven-\ndiquer une place parmi les grands hommes de Schaerbeek?\n\n                                        * *\n    Une exposition rétrospective, même formée avec cette élasticité dans les\nchoix, a toujours le tort de venir après beaucoup d'autres et de ramener sous\nnos yeux des œuvres tant de fois revues en ces dernières années. Depuis\n1' « atelier Portaels » et la « Centennale de l'Académie », et la Rétrospective de\nl'Art belge, et les salonnets consacrés soit à des séries de portraits soit à des\nréunions posthumes des principales œuvres d'un artiste disparu depuis peu,\ncombien en vîmes-nous? Qui ne se souvient des ensembles de Ch. Degroux,\nd'Hippolyte Boulenger, de Paul De Vigne, de Julien Dillens, de Constantin\nMeunier, des frères Oyens, de Joseph Coosemans, de F. Binjé, de Stacquet,\nde Verwée, d'Henri Evenepoel et de combien d'autres encore organisés un\npeu partout.\n    Le Salon de Schaerbeek, puisant aux mêmes sources ses éléments, ne\npouvait guère nous réserver de surprises. A peine quelques études, — docu-\nments d'ateliers — ou des morceaux dus à des artistes de peu de notoriété,\npouvaient apporter un peu d'imprévu dans l'ensemble. C'est ainsi qu'un\nGallait, un Portaels déjà oubliés des générations actuelles reparaissent avec\nquelque renouvellement de fraîcheur d'impression.\n    Le Comité de placement semble avoir assez délibérément sacrifié l'effet de\ncertaines toiles en juchant au second ou au troisième rang des morceaux de\nchoix — tel un bel Alfred Verwée — et faisant, on ne sait pourquoi\n (ou peut-être le sait-on?) la place trop belle à des morceaux très médiocres\nqu'un tel excès de zèle desservit. Pourquoi mettre en milieu de panneau,\nentouré de repoussoirs triés avec art, au fond de la galerie, c'est-à-dire en\nvedette tout à fait, ce grand paysage d'Eugène Plasky si froid et si mince,\nd'une couleur dure et sèche? Il y a encore quatre autres Plasky ailleurs\n— qui ne sont pas meilleurs. — Et ces Ringel, Ravet, Stark et tutti quanti\nqui encombrent la salle et ont fait reléguer dans le vestibule d'accès des\n pages bien plus précieuses. Cela manque un peu de mesure et de goût...\n    Des Agneessens, des Artan, des Boulenger, des Ch. Degroux, des Louis\n Dubois, des portraits de Navez, des Verheyden, des Verwée, sans doute\nc'est toujours, bon à revoir, sans compter les œuvres des autres peintres dont\n j'ai parlé chemin faisant.\n"}, {"page_pdf": 905, "page_imprimee": 766, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "766                                     DURENDAL\n\n\n\n  Des sculptures de P a u l De Vigne, de Constantin Meunier, de J. Dillens\nmeublaient délicieusement l'exposition.\n  Mais que fera dorénavant le « Cercle des Arts, des Sciences et des Lettres\nde Scharbeek » ?                                                 X. X. X.\n\n\n\n                           Le Salon annuel dn Sillon\n    Il faut savoir gré à l'abnégation de ceux qui creusent le sillon obscur où\ngermera un jour la semence dont les autres recueilleront le fruit. E n faveur\nde cet espoir, on se résigne à acter plus de promesses que de réalisations\ndans les salonnets des j e u n e s . C'est le cas de la récente exposition du Sillon.\n    N o n pas cependant que tout y soit en germe. L'œuvre de F r a n z H e n s\naffirme la maturité d'un talent au service d ' u n e g r a n d e âme de poète. P e r s o n n e\nne rend comme lui les nuances les plus rares de la lumière, aux heures\nexquises où la matière se spiritualise en des brumes vivantes. J'admire la\nsouplesse savante du métier qui réduit presque à rien l'élément technique.\nMais j ' a d m i r e davantage l'intense poésie qui a n i m e ces pages d'un art si probe\net si méditatif. Les m e m b r e s du Sillon, en offrant au maître l'hospitalité de\nleur salonnet, profiteront de la leçon qui leur est d o n n é e . Ils se souviendront\nque l'art vit plus d'émotion que de truquages habiles.\n    Après les tableaux de F r a n z H e n s , il n'y a plus guère de choses transcen-\ndantes à l'exposition du Sillon. U n e b o n n e mention est d u e à Albert Geu-\ndens, p o u r son pastel : Intérieur de Béguinage, œuvre charmante d'un dessin\ncorrect et d'une jolie couleur attendrie et discrète.\n    Gaston Haustrate se consacre aux coins pittoresques des vieilles b o u r g a d e s .\nIl d o n n e un accent personnel aux bicoques ruineuses, que le zèle des peintres\nne sauve plus de la banalité. J e lui reproche c e p e n d a n t de voir trop blanc.\n    Maurice V a n d e n Brugge voit peut-être u n peu trop noir — ou trop bleu —\nd a n s sa Vieille cour de Bruxelles. J e loue sans réserves la sincérité de cette excel-\nlente toile; elle prête une â m e sympathique aux choses très humbles qui\ndorment dans u n e cour h u m i d e . La m ê m e sincérité h o n o r e le joli Intérieur,\noù brille certain rouge digne du g r a n d B r e u g h e l , E n revanche, la Jeune fille\nà sa toilette me fait l'effet d'une erreur de goût.\n    E n appréciant comme il convient les habiles paysages parisiens de Victor\nMignot, et surtout le Cadre de quatre études, j ' a u r a i n o m m é ce que le Salon du\nSillon offre de mieux en fait de peinture.\n    La sculpture y serait assez faiblement représentée, n'était le magistral buste\nd'Edgar T i n e l , par Arsène Matton. L a douloureuse figure du Maître domine\nde h a u t la médiocrité c o n t e m p o r a i n e . . .\n                                                                         F.   VERHELST.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison12-006", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 767, "page_fin": 772, "titre_corps": "Chronique théâtrale parisienne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Mazel", "ancre_debut": "Chronique théâtrale parisienne Au moment où j'écris", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 906, "page_imprimee": 767, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3061, "texte": "Chronique théâtrale parisienne\n                         Au m o m e n t où j'écris, la réalité tragique fait tort au d r a m e\n                          théâtral. T o u t Paris se p e n c h e en frémissant, en palpitant,\n                          en s'indignant, sur les feuilles qui révèlent peu à peu le\n                          mystère de l'impasse R o n s i n . Devant les moindres détails\n                          de la vie de M m e Steinheil, les plus graves considéra-\n                          tions sur le Maroc ou sur la péninsule des Balkans dégrin-\n                          golent. Il est vrai, et ceci est à l'éloge de la moralité\n                          publique, que cette assez triste curiosité de vilaines\n                          choses ne se résout pas en u n e malsaine admiration du\n                           crime et des criminels; le temps n'est plus où les adver-\nsaires de la police bénéficiaient ipso jure de la sympathie p o p u l a i r e ; par u n\nétrange retour, c'est la « rousse » qui tient le beau rôle, et sur les planches\nplus encore que sur les pavés. D a n s les duels épiques entre Raffles et Bed-\nford, entre Moriarty et Sherlock H o l m e s , entre Arsène L u p i n et G u e r c h a r d ,\nce n'est pas le gentilhomme cambrioleur, ou le Napoléon du crime, qui\nsoulève l'enthousiasme des chevaliers du lustre, c'est le policier! Il est vrai\nque celui-ci a fait du chemin depuis les Misérables; quelle différence entre\nl'héroïque mais borné Javert, et les subtiles et vaillants détectives que nous\nmontrent les Conan Doyle et les W i l k i e Collins !\n    Ce G u e r c h a r d notamment qui finit par triompher de son protéique gibier,\ndans 1''Arsène Lupin de M M . F . de Croisset et Maurice Leblanc (ATHÉNÉE) est\nun très habile h o m m e et que la Sûreté générale devrait bien s'attacher; il\navait affaire à forte partie avec ledit L u p i n , un gaillard capable, aux fins de\ncambrioler, à l'heure dite, un riche collectionneur, de se faire passer pour un\nnoble duc, a m o u r e u x et m ê m e fiancé de la j e u n e fille de la maison; mais son\nmérite n'en est que plus g r a n d , et en fin de compte tout se d é n o u e pour le\nmieux : la police glorifiée, la propriété défendue, et m ê m e le vice guéri, puis-\nqu'à la chute du rideau, l'ingénieux Arsène L u p i n laisse entendre qu'il va\nfaire peau neuve; peut-être deviendra-t-il à son tour, comme Vidocq, roi des\nvoleurs, u n empereur des détectives, et ce serait u n e nouvelle pièce que je\nr e c o m m a n d e à M. Maurice L e b l a n c , père du prince Arsène et beau-frère\n par ailleurs de la princesse Maleine : L u p i n devenu policier arrêtant Guer-\nchard devenu cambrioleur! N'y a-t-il pas là de quoi faire rêver le soir les\ncervelles h u m a i n e s , comme dit Baudelaire? et les orienter, ce qui est plus\n important pour les auteurs du jour, vers le Cap de la Centième? L a manie\n investigatrice est si impérieuse! T o u t le pays en fut affreusement victime,\n lors de l'Affaire, la fameuse. Du moins, aujourd'hui, la maladie ne peut pro-\n"}, {"page_pdf": 907, "page_imprimee": 768, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3644, "texte": "768                                     DURENDAL\n\n\nduire que des accidents b é n i n s et risibles, tels les a m u s a n t s q u i p r o q u o s\nqu'échafaude M. R e n é Berton dans sa saynète de la COMÉDIE ROYALE : En\n lisant Sherlock Holmes.\n    J u s t e m e n t les bouffonneries ont été assez savoureuses, ce mois de novembre\nécoulé. Le spectacle de ce bon bourgeois jaloux des lauriers du maître poli-\ncier anglais, qui fait arrêter tout son voisinage pour u n e montre d o r m a n t au\nfond de son gousset, n'est déjà pas mal. Mais meilleurs encore sont d'autres\ncoq-à-1'àne. Voyez ce pauvre Monsieur Mézian, (THÉÂTRE DES ARTS), vieux, laid,\npudibond-, sauvage, et qui, comme par un coup de baguette m a g i q u e , se\ntrouve b r u s q u e m e n t en proie aux frénésies d'une demi-douzaine de Madames\nP u t i p h a r , parce qu'un mauvais plaisant d'hypnotiseur a eu l'idée de leur sug-\ngérer cette passion hurluberlue; il y a là place, on le devine, pour d'ahuris-\nsantes charges, que l'auteur Pierre Veber a fort bien imaginées, et que la\nprincipale de ces d a m e s P u t i p h a r , M l l e Marthe C a u m o n t , a merveilleusement\nr e n d u e s . Et l'Enfant de ma sœur (DÉJAZET) de Mouézy E o n , le t r i o m p h a l\nauteur du plus que millénaire Tire au flanc, croyez-vous qu'il soit dénué\nd'altrait? Ce fruit sec de la faculté de droit a u n e excellente idée en\nchargeant le garçon de café de sa tabagie habituelle de passer à sa place la\nlicence en droit, d'abord parce que cela nous vaut u n e désopilante scène\nd'examen juridique, et aussi parce que le dit garçon de café qui répond\nmodestement au nom de Napoléon P r e m i é , pris d a n s l'engrenage des sub-\nstitutions, substitutus subsliluto, comme disait ce vieux Justinien, se met à\njouer de fort bon appétit le rôle de fiancé de la fille du grand examinateur.\n E n c o r e Petite Babouche de M. P a u l Giafferi se laisse entendre, à la COMÉDIE\nROYALE : Que peuvent faire de mieux une jolie gourgandine en proie à des\nidées de suicide et un bel apache en butte à des tentations d'assassinat,\nsinon de mettre en c o m m u n leurs particulières façons de concevoir l'existence?\nLes deux homicides seront toujours d é c o m m a n d é s , pour le quart d'heure.\nMais tout à fait bien dans son genre est, au même théâtre, la fine bouffon-\nnerie de M. Georges Feydeau : Feu la mère de madame (je n'ai ouï personne\nprotester contre l'orthographe de cet adjectif et réclamer feue!). Cette erreur\nd'un domestique qui se trompe d'étage et vient annoncer la mort d'une belle-\nmère à un g e n d r e trop tôt joyeux, aurait pu être d'un macabre pénible,\ntandis qu'elle est seulement abracadabrante et kakalassogène; c'est sans doute\nque, q u a n d on rentre du bal des Quai' z'arts à cinq heures du matin, en\ncostume hétéroclite et avec pas mal de cock-tails sur l'estomac, il ne peut rien\nvous arriver de réellement funèbre : il y a un dieu pour les ivrognes!\n    Peut-être ai je attaché beaucoup d'importance à ces amusettes; encore n'ai-\nje rien dit de Plumard et Barnabe (CLUNY), de Dix minutes d'auto (NOUVEAUTÉS),\nd'Un mari trop malin (VARIÉTÉS) et de quelques a u t r e s . J'aurais dû réserver\nplus d'attention aux pièces vraiment sérieuses. C'est qu'elles n'ont pas été\ni n n o m b r a b l e s , ce mois-ci, les pièces sérieuses, surtout si l'on passe rapide-\nment sur les noirceurs d'un mélodramatique un peu trop c o n n u , comme\nles scènes de nihilisme russe que M M. Cain et Adenis ont d o n n é e s a u THÉÂTRE\nSARAH-BERNHARDT sous le litre Les Révoltés, et sur les études de psycho-\n logie qui, si j'en juge par les comptes rendus (car je ne fus pas convié à la\n"}, {"page_pdf": 908, "page_imprimee": 769, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3717, "texte": "                   CHRONIQUE THEATRALE PARISIENNE                                 769\n\n\nreprésentation d u    NOUVEAU T H É Â T R E   D'ART) sortent un peu de la mesure\nthéâtrale, comme le Heurt de M. P a u l Granet et la Logique du doute du talen-\ntueux M. Alfred Mortier. Donc de ces pièces que je qualifie sérieuses (va-\nt o n p r e n d r e cela pour un éloge ou pour u n e critique?) la plus originale, ou\ndu moins celle qui sort le plus de nos habitudes d'esprit boulevardières et\nqui pour cela m'intéresserait davantage, est l'Eveil de printemps (théâtre des\nArts) d'un auteur allemand, F r a n z W e d e k i n d , déjà, paraît-il, illustre outre-\n R h i n . C'est le problème de l'adolescence que traite cette œuvre étrange pour\nne p a s dire pis : quel va être le premier contre-coup de la réalité sur des âmes\nd'éphèbes qui s'éveillent pleines d'illusions et de disproportionnés enthou-\nsiasmes ? Assurément elles p o u r r o n t être froissées ou déviées; la vie de\n collège, avec ses maîtres pédantesques (vraiment trop caricaturés chez le\n d r a m a t u r g e tudesque), les choquera et les irritera; la vie de famille, qu'on\n nous laisse deviner désolante pour l'un au moins des héros, les enfoncera\n d a n s le dégoût de l'existence; la vie de sentiment et de sensation juvéniles\n les inclinera à la débauche, au désespoir, à l'avortement et au suicide, et la\n conclusion qu'il faut tirer de ces tableaux poussés au noir est qu'on ne\n saurait être jamais assez bienveillant, réconfortant et éclaircissant pour ce\n qu'on appelle l'âge ingrat, et qui devrait plus justement s'appeler l'âge diffi-\n cile; croire qu'on résoudra toutes les difficultés de cette période p a r l a c o m -\n pression absolue ou par la licence effrénée est également d a n g e r e u x ; il faut\n b e a u c o u p de tact en ces matières, et si j'en crois un livre de M. Compayré\n qui vient de paraître sur l'Adolescence, les Américains eux-mêmes en\n reviennent de cette coéducalion des sexes qu'ils avaient n a g u è r e tendance à\n regarder c o m m e la panacée des jeunes psycho-physiologies. Ce tact, la\n pièce allemande dont je parle n'en a-t-elle jamais m a n q u é ? J e n'oserais\n l'affirmer, mais tout passe assez facilement grâce à l'atmosphère romantique\n dans laquelle se meuvent les protagonistes, et puis ia conclusion est à la fois\n  morale et vaillante. Ce que Melchior e n t e n d résonner à ses oreilles dans le\n cimetière où dort la petite W e n d l a , morte de leur péché c o m m u n , et où\n  rôde le spectre de son ami Maurice, suicidé un peu à cause de lui, c'est le\n  mot admirable de Goethe : E n avant par-dessus les tombeaux ! u n e de ces\n  maximes que tout h o m m e devrait porter gravée dans le cœur. L a vie est u n e\n bataille où les corps de ceux qui tombent doivent servir aux autres de\n fascines comblant les fossés. Il est dur que le courage du survivant soit d u\n en partie au désespoir mortel des deux jeunes autres, mais n'aurait-ce pas\n été plus triste encore que cette double mort n'eût engendré chez le troisième\n  que lâcheté et nouveau suicide ?\n   C'est en comparaison de ces pièces étrangères, choquantes peut-être mais\nfortes et graves, et profondes, que nos comédies à prétentions sérieuses a p p a -\nraissent soudain d'une frivolité navrante. De l'esprit, oui, je ne dis pas non,\nsurtout si l'on appelle esprit le bagout parisien, et de l'habileté scénique, et\nd'amusantes silhouettes, et de fines situations, tout cela constituant la\n« b o n n e soirée » qui fait q u e , le jeu des jolies actrices aidant, le spectateur\nne regrette p a s trop son demi-louis, mais comme tout cela est mousse de\nc h a m p a g n e ! La situation que M. Maurice D o n n a y met en scène d a n s la\n"}, {"page_pdf": 909, "page_imprimee": 770, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3735, "texte": "                                     DURENDAL\n 770\n  Patronne (VAUDEVILLE) est sans doute d'une spécialité intéressante : cette\n dame S a n d r a l , qui, à l'âge mûr, se p r e n d d'une affection maternelle pour le\n jeune secrétaire, R o b e r t B a y a n n e , de son mari, au risque de se compro-\n mettre, qui le console de ses déboires a m o u r e u x et le tire de certains mauvais\n pas pour le remettre dans le bon et droit chemin, tout cela est parfait au point\n de vue éthique (étant donnée la morale très particulière du m o n d e parisien\n vu à travers les jumelles de théâtre : toutes ces dames, y compris la b o n n e\n patronne, ont des amants !) et fort agréable au point de vue scénique,\n comme on ne pouvait que s'y attendre de la part d'un maître du dialogue\n scintillant et de la péripétie palpitante. Mais vraiment, si dans la réalité de\n chaque jour, nous nous trouvions côtoyer ce petit groupe de petits pré-\n occupés, est-ce que cela nous intéresserait b e a u c o u p ? — E t le Passe-partout\n que M. T h u r n e r donne au GYMNASE, ferait-il courir la foule ailleurs q u ' à\n Paris ? C'est d'un intérêt si topique, cet intérieur de grand quotidien avec le\n fouillis d'intrigues, d'ambitions, de r a n c u n e s , de ridicules, de talents, de\n mérites et de friponneries qui s'y croise et s'y contrecroise! P o u r nous autres\n qui mettons des noms propres sous les anecdotes surtout peu propres, nous\n éprouvons un malin plaisir à des pièces de ce genre, mais si nous n'avions\n pas ce ragoût, trouverions-nous bien savoureuse l'histoire de la petite dacty-\nlographe qui refuse l'emploi lucratif mais instable de maîtresse de l'impor-\n tant Lionel, directeur du Passe partout, pour le poste de tout repos et de com-\nplète convenance d'épouse de son frère, le timide E u g è n e ? J'ai idée que cette\n« situation » doit avoir son n u m é r o , et passablement fourni, d a n s le cata-\nlogue des combinaisons d r a m a t i q u e s de Georges P o l t i .\n    Sans nier le mérite parisien de ces comédies de m œ u r s , d'aimables contes\nen vers me sembleraient devoir plaire davantage au simple public de tous\nles temps et de tous les lieux. Tel le Kaatje d'un de vos compatriotes, M. Paul\nSpaak que le THÉÂTRE DES ARTS a mis en scène avec ce souci de perfection\nartistique qui marque tous les spectacles montés par M. Robert d ' H u m i è r e s .\nC'est l'histoire, au XVIe siècle, d'un jeune peintre flamand que la gloire des\ngrands maîtres italiens a attiré au delà des Alpes, et qui rentre au logis\nfamilial a c c o m p a g n é d'une belle créature aux yeux noirs et à la chair brune\nqu'il dit être sa femme; et l'on comprend le conflit douloureux qui ne m a n q u e\npas de s'élever entre le jeune couple et les vieux p a r e n t s à la guimpe em-\npesée e:t à l'âme austère, sans oublier la jolie petite amie d'enfance qui pleure\ndans son coin toutes les larmes de ses gentils yeux bleus, mais on devine\naussi que tout finit par s'arranger, la brune Florentine excédée par ce milieu\nbourgeois et par ce climat morose, s'envole à tire d'aile vers le pays où fleu-\nrissent les orangers et les joyeux lurons, et la douce petite F l a m a n d e console,\nrelève et sauve son ancien fiancé en lui m o n t r a n t la véritable voie de l'art\nlocal qui n'est pas de peindre des dieux et, des m a d o n e s , comme de vul-\ngaires Bolonais, mais de reproduire les paysages, les intérieurs et les h o m m e s\ndes P a y s - B a s . E t ce furent souvent d'exquises tirades que modulèrent les\nlèvres de M m e s Vera Sergine, capiteuse aventurière d'outre-monts et Des-\nrives, délicieuse personnification des F l a n d r e s , dans ce curieux décor\nde vieille maison, j a u n e et noire, où flamboient les cuivres, où chatoie à\n"}, {"page_pdf": 910, "page_imprimee": 771, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3769, "texte": "                     CHRONIQUE                THÉATRALE            PARISIENNE             771\n\ntravers les carreaux u n e vision mélancolique de canaux et de moulins à\nvents, et où un canari dans sa cage s u s p e n d u au décor, mêle discrètement\nson ramage à l'harmonieuse mélodie des vers de M. S p a a k .\n   Est-ce tout? N o n , sans doute. P o u r être complet il faudrait encore énu-\nmérer bien d'autres pièces, décrire bien d'autres spectacles, mentionner\nmême jusqu'à ces cinématographes qui font rude concurrence aux vrais\nthéâtres, et qui déploient parfois un effort méritoire vers le mieux, tel les\nVISIONS D'ART de la rue Charras où se v o i t u n e curieuse reconstitution de la Mort\ndu duc de Guise. E t les spectacles du m ê m e genre pour les yeux dont je n'ai\nrien dit! A la joie des grands et des petits, mais, je crois, des petits surtout,\nle CHATELET a repris l'antique féerie La Chatte blanche, et le Nouveau-Cirque a\ncombiné u n e Revue nautique de p l u s ; q u a n t aux g r a n d s , ils n'ont q u e l'embarras\ndu choix; le fastueux OLYMPIA leur offre u n e opérette américaine Vera Violetta\ndont le coruscant tra-la-la serait capable de vous réconcilier avec le yan-\nk i s m e . L ' A P O L L O et le CASINO DE P A R I S poursuivent leur c h a m p i o n n a t de\nluttes; enfin, c o m m e revues, PARISIANA, le CONCERT E U R O P É E N et la CIGALE\nrivalisent de bonne h u m e u r et de jolie musiquette; d a n s le Paris à la diable\nn o t a m m e n t que donne ce dernier théâtre, il y a u n e scène assez divertissante\nentre hirsutes barbes socialistes, les c o m p a g n o n s de la C. G. T . et les tenants\nde la R . D. M. Vous savez que les premières de ces lettres cabalistiques\ndésignent la Confédération Générale d u T r a v a i l ; quant aux dernières, votre\ningéniosité naturelle y a déjà r eco n n u les Ramasseurs de Mégots, corpora-\ntion digne assurément de la plus haute estime.\n   Il ne serait pas bien de clore cette chronique sans dire un mot du deuil\nqui vient de frapper la littérature théâtrale. Victorien Sardou était un survi-\nvant, car le souvenir de ses grands succès est resté lié aux années brillantes\nou tristes qui ont précédé ou suivi la guerre de 1870, mais ce n'était pas à lui-\nmême qu'il survivait, puisque chaque deux ou trois ans une pièce nouvelle,\ntoujours intéressante, souvent admirable, venait attester la verdeur de sa\nvieillesse. A u m o m e n t où la mort l'a frappé, il préparait, paraît-il, u n Mirabeau\net personnellement je regrette d'autant plus la soudaineté cruelle de sa dis-\nparition que cette période initiale de la Révolution me hante aussi, actuelle-\nment, au point de vue scénique. Mais pour être ainsi tristement i n t e r r o m p u e ,\nl'œuvre du maître n'en reste pas moins étonnante d'ampleur, de richesse, c e\nvariété, de talent. Sardou formera avec Augier et D u m a s fils le triumvirat\nthéâtral de la seconde moitié du XIXe siècle, et les mérites respectifs de ces con-\nquérants de la scène seront u n sujet de dissertation scolaire pour nos neveux\net petits-neveux, tout comme aujourd'hui le parallèle de R a c i n e , de Corneille\net de Molière. A ne rien céler, nos trois contemporains ne furent pas de la\ntaille de leurs aînés, mais ce ne furent pas non plus des a v o r t o n s ; il y a u n e\nvigueur étonnante de pensée et d'expression chez D u m a s , et des caractères\naussi fouillés que vivants chez Augier, et des combinaisons d'une habileté\nmerveilleuse chez Sardou. L e s bonnes gens qui ont la manie de d o n n e r des\nprix seront bien embarrassés. S a r d o u , en un certain sens, est le plus sympa-\nthique des t r o i s ; il n'a pas le moralisme grondeur de D u m a s ni le politicia-\nnisme agressif d'Augier; chez lui a u c u n e haine, pas plus celle du curé ou\n"}, {"page_pdf": 911, "page_imprimee": 772, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "772                                   DURENDAL\n\n\ndu hobereau, que celle de l'aventurier ou de la galante ; ses femmes, même les\nfatales ou les néfastes, restent pitoyables sinon s y m p a t h i q u e s . E t puis, il est\nautrement varié que ses rivaux; D u m a s ne sort guère de ses pièces à thèse et\nAugier de ses comédies de m œ u r s , mais Sardou, sans ignorer absolument ces\ndeux domaines — le Crocodile n'est-il pas en quelque sorte du premier genre\net la Famille Benoiton du second? — s'annexe bien d'autres provinces, la p u r e\ncomédie d'intrigue, genre Pattes de mouches, le vaudeville à grosse et pourtant\ntoujours fine gaieté, comme Divorçons, le grand drame romantique tel que la\nHaine, et la chronique d'histoire dialoguée à la Thermidor. D'ailleurs même sur\nleurs domaines propres, il lutta parfois avec les deux a u t r e s ; je me demande\nsi toutes les pièces politiquantes d'Augier, quelque solides qu'elles soient, valent\nl'unique, le prestigieux Rabagas. Vraiment la première impression qui met\nS a r d o u si fort au-dessous de ses rivaux est injuste; et, sauf la préoccupation\nsincère, presque haletante, des g r a n d s problèmes h u m a i n s sinon divins, par\nquoi Dumas sera toujours supérieur aux deux autres, peut-être bien est-ce\nSardou qui, par l'ingéniosité inépuisable de ses combinaisons, la b o n n e\nh u m e u r spirituelle de ses dialogues, la vérité souriante de ses silhouettes ou\nl'effort artistique de ses grandes machines d'histoire, mérite la première place.\n Mais voilà que, moi aussi, je tombe dans la manie du palmarès. Mettons\nque je n'ai rien dit, et regrettons simplement la disparition de l'honnête\nhomme et du grand théâtriste que fut Victorien Sardou.\n\n\n                                                                       HENRI MAZEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison12-007", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 773, "page_fin": 777, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES Anthologie illustrée des Poètes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 912, "page_imprimee": 773, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "LES             LIVRES\n\nAnthologie illustrée des Poètes et Prosateurs français\n     ( F r a n c e et Belgique) depuis leWVII°siècle j u s q u ' à nos jours, à l'usage des\n     Ecoles moyennes et des classes inférieures des collèges et des athénées,\n     par J. VAN DOOREN, professeur de rhétorique française à l'Athénée d'Arlon.\n     Préface de J U L E S CLARETIE. Ouvrage de 382 pages in-8° (15.5 X 23), orné\n     de 75 reproductions des plus beaux tableaux des grands maîtres de toutes\n     E c o l e s . R e c o m m a n d é p a r le gouvernement pour l'Enseignement m o y e n .\n     — (Verviers, librairie H e r m a n n , 9, rue David. Prix : cartonné, 3 fr. 75.)\n     Qu'il est loin, qu'il est joli encore à mon souvenir, le temps où, gamin de\n onze ans, je fis connaissance avec l'univers des Lettres, par la petite porte\n de la Chrestomathie de B r a u n !... Gris, vieillot, pauvre petit bouquin, cala-\n miteux recueil des banalités du G r a n d Siècle, — devant les splendides\n volumes que l'on offre aux écoliers, sous le titre élégant d'Anthologies,\n habillés de toile gaufrée, dorés sur toutes les coutures, a d o r n é s de photo-\n graphies des maîtres peintres de tous les pays — maigre Chrestomathie de\n B r a u n périmée, je t'aime tout à coup comme le souvenir de mes sabots de\n hêtre, mes chemises de coton bleu et ma cruche de fer-blanc, du temps de\n la petite enfance pauvre et délicieuse !...\n     Q u e les temps sont c h a n g é s . . . E t que doivent donc dire les jeunes gens à\n qui des livres comme cette « anthologie » de M. Van Dooren sont offerts ou\n plutôt ordonnés comme livres classiques, livres o b l i g a t o i r e s ! . . . « Mes amis\nvous nagerez dans l'éther bleu et purrissime du génie des p o è t e s . . . Vous ne\ngoûterez plus que l'ambroisie des poèmes sans défaut, choisis par le goût le\nplus sûr... Vous ne ferez plus de « littérature » qu'à l'ombre fraîche\net parfumée des productions les plus récentes, de nos maîtres les plus pro-\nches !... E t si vous aimez déjà les Lettres dans votre petite àme, avec de tels\n« Précis » vous serez d a n s une délectation perpétuelle. »\n     Q u e répondent les gosses à qui un tel langage est tenu ?... Je voudrais\nbien le savoir. Qui sait ? Peut-être rien !\n     E n tous cas, si nous n'avons pas bientôt une pléiade de jeunes écrivains\nqui se lèvent en Belgique, ce ne sera pas la faute de M. Van Dooren. S o n\ntravail est, pour le développement du goût des Lettres françaises en Bel-\ngique, une des productions scolaires les plus dignes d'encouragement et les\nplus complètement méritoires des plus vifs et sincères éloges. Nous la\nr e c o m m a n d o n s chaleureusement à tous les maîtres d'institution et p r o -\nfesseurs de français ayant à cœur de mettre l'enseignement de cette langue à\nson s u p r ê m e niveau.\n                                                                           DELATTRE.\n"}, {"page_pdf": 913, "page_imprimee": 774, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3686, "texte": "774                                        DURENDAL\n\n\n\nŒuvres en prose de Richard Wagner, traduites en français par\n  J.-G. PROD'HOMME et F . H O L L . t. I L — ( P a r i s , D e l a g r a v e . )\n    M. P r o d ' h o m m e qui, par ses travaux sur Berlioz et sur les symphonies de\nBeethoven, a conquis une place enviée parmi les musicologues français,\ncontinue, aidé de M. F . Holl, sa traduction si méritoire et si utile des œuvres\nen prose de W a g n e r . Ce second volume, moins important peut-être q u e le\npremier et surtout que ceux qui suivront, est cependant d'un grand intérêt.\nIl contient les premiers écrits de la « période révolutionnaire » et nous montre\nl'artiste et le philosophe politique à la veille du grand ébranlement moral\nde 1849 qui l'émancipera en le déracinant et le fera passer p a r celte phase\nd'anarchisme humanitaire et d'orgueilleux désespoir dont la correspondance\navec Liszt et avec Uhlig montre si bien les douloureuses étapes.\n    N o u s y trouvons le compte rendu de la translation des restes mortels de\nWeber, d e L o n d r e s à Dresde (décembre 1844), et le discours q u e W a g n e r\npiononça à cette occasion au cimetière catholique de F r i e d r i c h s t a d t ; puis\ndes considérations intéressantes sur la neuvième S y m p h o n i e de Beethoven,\nà propos d'une exécution qu'il dirigea en 1846. Curieuse, l'interprétation\npoétique du premier mouvement dont le thème principal signifie, d'après lui,\nselon un vers de Gœthe : « Renonce, il le faut! Il faut renoncer! » Cette idée\ndu renoncement se confondant avec celle d'énergie morale a toujours été,\nsauf p e n d a n t la courte « période révolutionnaire » proprement dite, la marotte\nde W a g n e r . C'est déjà Wotan et Parsifal qui c o m p r e n n e n t ainsi la Neuvième.\n On peut entendre tout a u t r e m e n t ce sublime allegro et trouver aussi q u e\nle merveilleux scherzo évoque tout autre chose que le délire et les jouissances\ndouloureuses de la sensualité!\n    E n s u i t e viennent l'article important sur les Wibelungen, dont le poète-musi-\ncien étudia la légende pour son projet de drame : Frédéric Barberousse, et la\npremière esquisse complète d'un d r a m e sur le Mythe des Nibelungen (1848),\n qui montre la différence entre la conception primitive et le poème de 1853\n dont W o t a n est devenu le personnage central.\n     Fort intéressant aussi le Plan d'organisation d'un théâtre national allemand pour\n le royaume de Saxe, mémoire présenté, en 1849, au Ministre de l'Intérieur pour\n amener u n e réorganisation complète d u Hoftheater de Dresde, dont le n o u -\n veau L a n d t a g voulait supprimer la subvention. On y trouve naturellement\n en germe les théories que le Poète développera dans ses écrits de Z u r i c h .\n  L e mémoire débute ainsi : « Dans l'art théâtral, tous les arts se réunissent en\n proportion plus ou moins g r a n d e pour concouiir à u n e impression tellement\n immédiate sur le public q u ' a u c u n des autres arts ne peut les concentrer sur\n lui seul. Sa caractéristique est l'association tout en réservant le droit le plus\n large à l'individualité. » E t , de suite, il affirme son idéal moral en r e p r e n a n t\n cette parole de Joseph II : « Le théâtre ne doit avoir d'autre lâche que de concourir\n  à l'ennoblissement du gout et des mœurs. » W a g n e r y traite aussi la question de la\n  réorganisation d e la musique d'église, à propos de la chapelle royale de\n  Dresde, et voici soixante ans qu'il a écrit ce passage, souvent cité, qu'on dirait\n  emprunté au Motu proprio de P i e X : « Il faut que ce soit la voix humaine, véhicule\n  immédiat de la parole sacrée, qui ait la prédominance immédiate dans l'église et non la\n"}, {"page_pdf": 914, "page_imprimee": 775, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3424, "texte": "                                    LES LIVRES                                   775\n\n\nparure instrumentale ou le jeu trivial du violon qui règne aujourd'hui dans\nla plupart de nos morceaux d'église; et s'il faut que la musique d'église\nretrouve toute sa pureté première, c'est la musique vocale toute seule qui doit de\nnouveau en assumer la charge. Le génie chrétien a inventé, comme le seul\naccompagnement qui semble nécessaire, le noble instrument qui dans cha-\ncune de nos églises a sa place incontestée; c'est l'orgue qui réunit à la plus\ngrande ingéniosité u n e grande variété d'expression sonore, mais qui exclut\npar sa nature la fioriture virtuose dans l'exécution et qui ne doit pas attirer\nsur lui, par un charme sensuel, u n e attention distraite. »\n   Les traducteurs ont joint, avec raison, à ces écrits le fameux discours poli-\ntique, si intéressant dans son incohérence, lu au Vaterlandsverein de Dresde,\nen juin 1848, qui n'est pas compris dans l'édition allemande des Gesammelte\nSchriften. J'espère qu'ils n'oublieront pas non plus de nous donner, au début\ndu troisième volume, l'esquisse du drame Jésus de Nazareth, qui manque éga-\nlement d a n s l'édition allemande (elle a été publiée après avec d'autres écrits)\net qui est d'une importance capitale pour l'étude des idées de W a g n t r\nen 1848.\n                                                                   C H . MARTENS.\n\n\n L e s d o c t r i n e s d ' A r t e n F r a n c e : Peintres, Amateurs, Critiques; De\n   Poussin à Diderot, par VI. ANDRÊ FONTAINE. Un volume illustré. — ( P a r i s ,\n   Laurens.)\n   L'idéal dans l'art — d ' a u c u n s ajouteraient : et dans la vie — a perdu son\nempire, l'empire que, malgré les apparences, il avait conservé tout au moins\nen partie jusque bien avant d a n s la seconde moitié du XIXe siècle. Aujour-\nd'hui, l'art a conquis sa liberté; d a n s la forme comme dans l'esprit, il ne\nrelève que de lui-même et cherche la beauté par les voies qui lui con-\nviennent, les plus diverses et les plus inattendues. La vie l'a envahi sous\ntoutes ses espèces, et elle nous émeut d'autant plus dans les œuvres qu'elle\ns'y exprime avec moins d'apprêt ou d'artifice, avec une simplicité plus sentie.\nNous aimons la N a t u r e , au contraire du majestueux L e Brun qui interdi-\nsait à ses élèves de travailler d'après elle, car « étant faible et mesquine » sa\nfréquentation ne pouvait que leur corrompre le goût! C'est dans le « natu-\nrel \" que nous cherchons « le beau et le grand », qu'il déclarait ne s'y point\ntrouver. Et si les « belles antiques » nous ravissent autant que lui, les\nmotifs de son admiration ne sont plus guère les nôtres.\n   Le Beau absolu, abstrait, unique pour tous les temps et pour toutes les\ncontrées n'a plus que de rares et attardés fidèles. Cette conception, enfantée\nen Italie, au XVIe siècle, par des érudits plutôt que par les artistes, n'exerça\nnulle part une influence plus despotique qu'en F r a n c e , sous ce que M. Fon-\ntaine appelle avec raison la « dictature de Le B r u n ». Ce fut le triomphe de la\nrègle, du dogme, d'une doctrine étroite, pédantesque qui saisissait la main\net la pensée de l'artiste pour les empêcher d'œuvrer, sinon en conformité\navec les conventions esthétiques régnantes. Certaines figures de Poussin\nparaissaient entachées de vulgarité aux yeux de l'Académie que dirigeait\nLe Brun, et il est probable que si un autre grand artiste s'était produit à ce\n"}, {"page_pdf": 915, "page_imprimee": 776, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3537, "texte": "776                                   DURENDAL\n\n\nmoment-là, « il n'aurait pas été admis dans l'auguste collège, le génie étant,\nlui aussi, une \" singularité \"!\n   Mais la règle tend naturellement à l'excès et par cet excès m ê m e à sa propre\n ruine. E t c'est ce qui arriva pour la théorie classique élaborée par l'Aca-\ndémie. L a vie et les esprits qui sont mobiles ne s'accommodent point de\nprincipes i m m u a b l e s ; ils ont bientôt fait de les dépasser, les laissant dans\nla majesté de leur solitude. P h é n o m è n e presque insensible qui, peu à peu,\nretira sa vertu probante à la doctrine généralement acceptée et tourna la\npensée des hommes qui semblaient le plus inféodés à celle-ci vers des expres-\nsions nouvelles, aisées, libres... F a t i g u é de la p o m p e et de l'emphase, le\ntemps aspire à la grâce, à l'enjouement: Le Brun a p a s s é ; W a t t e a u va venir...\nL'art français en cherchant le naturel se retrouve l u i - m ê m e et les sources\nvéritables de son inspiration; et il ira ainsi, abondant en œuvres exquises,\njusqu'à l'heure où, à la fin du siècle, sous l'action des idées d o g m a t i q u e s et\ndes hommes autoritaires, il sera rejeté, comme l'écrit M. F o n t a i n e , H dans\nune voie qui n'est pas la sienne ».\n   Ce livre est excellent. Il nous fait le tableau animé et pittoresque de l'évo-\nlution des idées qui, du début du XVIIe siècle à la seconde moitié du XVIIIe, ont\ninfluencé l'ait en F r a n c e . Ces idées ont eu pour émissaires ou pour inter-\nprètes des artistes tels que Poussin, Le Brun, P h i l i p p e de C h a m p a g n e , les\n Coypel, e t c . ; des amateurs et des écrivains tels que Charles P e r r a u l t , Roger\nde Piles, F é n e l o n , Peiresc, Maiiette, Geisaint, le comte de Caylus, La Font\nde Saint-Yenne, le premier qui s'avisa (à la vive irritation des altistes) de\npublier, en 1747, u n e critique du Salon de peinture organisé par l'Académie;\nl'amusant président de Brosses, si spirituel et, parfois si... b ê t e ; combien\nd'autres encore, dont M. F o n t a i n e nous dit la physionomie, l'œuvre,\nl'action, la pensée, les aspirations. E t si éloigné que soit cet art Louis-\nquatorzien de notre conception, si froid et si e m p r u n t é qu'il nous paraisse,\nil ne se peut pas qu'en a p p r e n a n t à mieux c o m p r e n d r e les principes auxquels\nil se subordonnait, nous ne nous prenions de quelque sympathie pour les\nhommes qui l'ont représenté et pour leur effort vers une Beauté, sans émotion,\npeut être, mais non sans grandeur.\n\nL e g r a n d S i è c l e i n t i m e . 1. Le règne de Richelieu (1617-1642); I I . De\n   Richelieu à Mazarin (1642-1644), par E M I L E ROCA. 2 vol. — (Paris, Perrin.)\n   L'histoire est une Muse auguste. Elle parcourt les temps à vol d'aigle, de\ncime en cime. Comme la tragédie selon la norme classique, elle ne veut con-\nnaître que les grands personnages, les illustres qui ont rempli la scène de\nl'éclat de leur nom ou de leurs actes et ont conduit — ou semblé conduire —\nles événements. Elle va plus loin même et refuse d'inscrire sur ses majes-\ntueuses tablettes tout ce qui pourrait faire a p p a r a î t r e ses héros dans leur\nposture familière d'homme. Du moins était-ce là la conception académique\nde l'histoire, conception aujourd'hui ruinée. N o u s avons eu depuis l'histoire\nfantaisiste et grandiloquente à la Michelet, pilori romantique auquel l'histo-\nrien passionné traînait, tour à tour, pour les y clouer tous les héros, les\nchefs de l'Ancien régime, pour venir ensuite à l'histoire telle que nous la\n"}, {"page_pdf": 916, "page_imprimee": 777, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3320, "texte": "                                     LES LIVRES                                       777\n\nconcevons aujourd'hui, plus attachée à faire œuvre de réalité et de substance\nque de décoration et de p o m p e . Cependant, si elle ne peut négliger a u c u n e\nsource et doit étudier l'époque non seulement dans les d o c u m e n t s officiels, la\nlittérature et les m o n u m e n t s de tout genre, mais dans les mémoires, les chro-\nniques scandaleuses, les chansons, etc., elle ne saurait, à peine de se noyer\nd a n s le détail, donner place considérable aux éléments e m p r u n t é s à ces\nderniers.\n     L e s indications générales caractéristiques qu'elle doit se borner à donner\npour situer les événements dans leur ambiance morale trouveront leur vérifi-\ncation circonstanciée en des ouvrages du genre de ceux que M. Roca con-\nsacre au XVIIe siècle français. Il nous introduit à sa suite, sinon dans les\ncoulisses du théâtre politique que remplirent Richelieu et Mazarin,\nL o u i s X I I I , Anne d'Autriche et le jeune L o u i s X I V , au moins dans la vie\nquotidienne, intime, de ces princes et de ces ministres, dans le m o n d e de\nseigneurs de grande ou de mince importance, de parlementaires, de bour-\ngeois, de traitants, etc., qui gravitait autour d'eux. Monde étrange et\nbigarré, où il y a beaucoup d'originalité, d'esprit, — d'esprit souvent rude et\ngrossier — d'intrigue, de légèreté de parole et de conduite, peu de scrupules\net de religion... On s'était tant battu au nom de la religion, à la fin du siècle\nprécédent, que, dans la paix rétablie, les âmes lasses s'étaient abandonnées\nà l'insouciance. U n e réaction devait se produire bientôt qui s'appellera le\nj a n s é n i s m e . . . Cette société, dont M. Roca nous fait le tableau amusant et\nmouvementé, devait trouver son expression la plus complète dans la F r o n d e ,\nmais elle était, en somme, assez restreinte, et, derrière elle, inconnue d'elle,\nil y avait la grande France, forte et laborieuse, qui allait à sa destinée.\n\n\nCollection des plus belles pages : Cyrano de Bergerac.\n   U n vol. avec portrait. — (Paris, Mercure de France.)\n   Cyrano, M. R e m y de G o u r m o n t en fait la remarque dans la notice qu'il\na écrite pour ce volume, Cyrano ne ressemblait pas du tout au personnage\ndont M. Rostand a vulgarisé la figure. Il n'était point bravache, à peine\npoète et pas du tout gascon.\n   Le principal de son œuvre est représente par les Etats ti Empires de la Lune\net l'Histoire de la République du Soleil. Ce sont des conceptions pleines de verve\net de trait; des inventions fantastiques à l'abri desquelles le malicieux auteur\ndonne a b o n d a n t e carrière, aux dépens des choses s u b l u n a i r e s , à son esprit\nd'ironie et de critique L'autorité ne lui imposait guère, celle des Anciens\npas plus que celle des modernes, et l'opinion d'Aristote ou de Platon ne le\npersuadait que si elle s'accordait avec la raison. Cette disposition d'esprit\nn'était pas toujous sans danger auXVIIesiècle ; aussi, de nombreux passages des\nécrits de Cyrano avaient-ils dû être s u p p r i m é s à l'impression. M. de Gour-\nmont a pris soin de les rétablir, d'après les manuscrits de la Bibliothèque\nnationale, dans l'excellent recueil qu'il a formé.\n\n                                                                     ARNOLD G O F F I N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1908-livraison12-008", "volume": "ELB-AML-484382-1908-000-015_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1908-000-015_f.pdf", "ocr_sha256": "6802c1a73f33487504f33905a1463501bb39506f1db5f7dfbc38d3bbdde1c8ef", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 778, "page_fin": 781, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Librairie Van Oest", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 917, "page_imprimee": 778, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "NOTULES\n\n   L i b r a i r i e V a n O e s t . — A la librairie nationale d'art et d'histoire Van\nOest et Cie (16, place du Musée, Bruxelles) paraîtra incessamment un\nouvrage important de notre collaborateur A r n o l d Goffin. En voici l'objet :\nSaint François dans la légende et dans l'art primitif italien.\n   Saint François dans la légende primitive. Saint François dans l'art primitif : L'âge\nde la force, l'âge de la grâce.\n   Un volume grand in-8°, enrichi de lettrines et de nombreuses illustrations\nhors texte.\n   A r n o l d Goffin a publié encore les livres suivants dont nous avons fait\nl'éloge ici même et que nous r e c o m m a n d o n s instamment à l'attention des\nlecteurs amateurs d'art et de belle littérature.\n   T h i e r r y B o u t s . — Collection : Les grands artistes des Pays-Bas (éditeur Van\nOest, Bruxelles; prix 3 fr. 50).\n   P i n t u r i c c h i o . — Collection : Les grands artistes (éditeur, Laurens P a r i s ;\nprix 2 fr. 50).\n\n\n   L i t t é r a t u r e d ' a u j o u r d ' h u i , tel est le titre d'un nouvel ouvrage de\nnotre collaborateur F i r m i n V a n den B o s c h . Ce livre a été édité par la\nlibrairie Albert Dewit, 53, rue Royale, Bruxelles. Nous attirons tout spécia-\nlement l'attention de nos lecteurs sur cet ouvrage dont nous r e n d r o n s compte\nplus tard.\n\n\n   L e D u e l d e L a v e d a n a été d o n n é en représentation au théâtre\nMolière le 3 décembre 1908, par le Cercle royal d r a m a t i q u e et philanthro-\npique Les Amis du Progrès, d'Ixelles. Ce. Duel, on ne sait trop si les adver-\nsaires en sont la religion et l'amour ou, simplement, deux frères, le docteur\nMorey et l'abbé Daniel, que des dissentiments familiaux ont jeté d a n s les\ncamps ennemis de la L i b r e - P e n s é e et de l'Eglise. C'est à peine si l'abbé\nDaniel est croyant, et la foi de la pénitente que les affolements de la passion\nlui ont amenée, la duchesse de Chailles, est encore plus incertaine : elle\ncherche dans le confessionnal, où le hasard l'a conduite, l'appui contre ses\npropres impulsions qu'elle ne saurait trouver ailleurs.\n   Cette passion, il est presque superflu de le dire, c'est le docteur Morey,\nmédecin du m o r p h i n o m a n e duc de Chailles, qui la lui a inspirée. Et entre le\ndocteur et l'abbé, l'héroïne est tirée tantôt vers la satisfaction, tantôt vers le\ndevoir. Mais la mort opportune du duc permet à celui-ci de se concilier avec\ncelle-là. Si problème il y avait dans la pensée de l'auteur, on peut donc dire\n"}, {"page_pdf": 918, "page_imprimee": 779, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "                                       NOTULES                                       779\n\nque, étant donnés le dénouement et le caractère des personnages en conflit,\nla solution en a été éludée.\n   Quoi qu'il en soit, en dépit de l'équivoque de la thèse, le drame est\npoignant et a b o n d e en scènes éloquentes. Les acteurs-amateurs tles Amis du\nProgrès en ont porté vaillamment le poids, qui n'est pas médiocre. E t le\npublic très nombreux a chaleureusement applaudi M M . Charlier et David,\nqui ont joué avec force et émotion les rôles difficiles de l'abbé et du d o c t e u r ;\nM. Alex, qui incarnait avec rondeur et bonhomie le rôle de l'évêque Holène,\nle Deus ex machina de la pièce, et M m e Christian, qui faisait la duchesse\nde Chaules.                                                             A. G.\n                                          * s- *\n    L e p r i x G o n C O U r t . — L'académie Goncourt vient de décerner son\nprix a n n u e l (5,000 francs) à F r a n c i de M i o m a n d r e . T o u s ceux qui con-\nnaissent l'œuvre de F r a n c i s de M i o m a n d i e , sa haute probité artistique et son\nmerveilleux talent d'écrivain ratifieront ce j u g e m e n t . L ' œ u v r e primée est le\nr o m a n : Ecrit sur l'eau. Nous partageons au sujet du lauréat la manière de\nvoir de l'Art Moderne, q u a n d il écrit que tous ceux qui ont lu les études litté-\nraires si bien pensées et si bien écrites de F . de Miomandre ont pu appré-\ncier son talent personnel, primesautier, multiple et délical. La haute distinc-\ntion dont il est l'objet prouve qu'en lui le romancier n'est pas inférieur au\ncritique. Avant de publier le r o m a n qui vient d'être couronné, F . de Mio-\nm a n d r e avait fait paraître un volume de critique : Visages, qui contient des\npages de premier ordre. L'attribution du prix Goncourt à F . de Miomandre\nsera très favorablement accueillie dans les milieux littéraires, où le lauréat\nest estimé à la fois pour la droiture de son caractère et peur la valeur de ses\nécrits.\n\n\n    L a l i b r e a c a d é m i e d e B e l g i q u e a décerné son prix annuel (fon-\ndation E . P i c a r d ) de 600 francs à E d m o n d D e B r u y n , fondateur du Spec-\ntateur Catholique, collaborateur de plusieurs revues belges et étrangères,\nn o t a m m e n t de l'Occident, dans laquelle il a publié récemment une étude litté-\nraire remarquable : L'Eloge d'Anvers.\n                                            *\n                                           * *\n   G o d e f ï o i d D e V r e e s e , le plus artiste de nos médailleurs, a remporté\nle premier prix (3,000 francs) au concours de médailles organisé par le\nComité de l'Exposition de Bruxelles de 1 910. Le second prix ( 1,000 francs) a\nété décerné à Paul D u b o i s .\n                                           * *\n   C o n c e r t s D u r a n t . — On exécutera, au concert du 10 janvier, le\nRequiem de Mozart, pour soli, c h œ u r s mixtes, orchestre et orgue (180 exécu-\ntants), sous la direction de Félicien D u r a n t .\n\n\n  O r d r e d e L e o p o l d . — N o u s avons omis, bien involontairement,\nparmi les noms des nouveaux décorés, celui du poète Valère Gille, n o m m é\n"}, {"page_pdf": 919, "page_imprimee": 780, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3149, "texte": "780                                    DURENDAL\n\n\nchevalier. Notre excuse c'est q u e , n'ayant pas le Moniteur officiel, nous avons\nreproduit une liste d'après un j o u r n a l .\n\n\n\nAccusé de réception :\n   A R T : Storia dell'Arte italiana. T o m e V I . La scultura del Quattrocento, con 781\nincisioni in fototipografia, par A. VENTURI (Milano, Ulrico Hoepli).\n— Pisanello et les médailleurs italiens, par JEAN DE FOVILLE. Volume illustré.\nCollection : Les grands artistes (Paris, L a u r e n s ) . — L'hôtel de ville de Paris,\npar LUCIEN LAMBEAU. Volume illustré. Collection : L e s richesses de la ville\nde Paris (idem). — Bile, Berne et Genève, par A. SAINTE-MARIE-PERRIN.\nVolume illustré. Collection : Les villes d'art célèbres (idem). — Nouvelles\nétudes sur l'histoire de l'art, p a r E M I L E MICHEL (Paris, H a c h e t t e ) . — Les fresques\nde Florence, p a r ABEL L E T A L L E . Volume illustré (Paris, Messein). — Art et\napologétique, par A . - D . SERTILLANGES ( P a r i s , Bloud).\n\n   D R O I T : Le Journal.       Sa vie j u r i d i q u e . Ses responsabilités civiles, par\nGEORGES DUPLAT (Bruxelles, Dewit).\n\n   H I S T O I R E : Paris sous Napoléon. Assistance et bienfaisance. Approvisionnement,\npar L . D E LANZAC DE LABORIE ( P a r i s , P l o n ) . — L'Abbaye de Villiers en Brabant\naux XIIe et XIIIe siècles. E t u d e d'histoire religieuse et économique, par\nE. DE MOREAU, suivie d'une notice archéologique illustrée par R. MAERE\n(Bruxelles, Dewit). — L'Allemagne religieuse. Le catholicisme (1800-1870).\nT o m e I I I et IV, par GEORGES GOYAU (Paris, P e n i n ) . — Les assemblées du\nClergé et le Jansénisme, par J . BOURDON ( P a r i s , Bloud). — Les assemblées du Clergé\net le Protestantisme, par le même (idem). — Histoire de l'Inquisition en France, par\nT H . DE CAUZONS (idem). — Les Croisades, p a r ADRIEN FORTIN (idem). —\nHistoire du Catholicisme en Angleterre, par GABRIEL PLANQUE (idem).\n\n   L I T T É R A T U R E : Voyageurs et romanciers, par J . BARBEY D'AUREVILLY.\nEdition d u Centenaire ( P a r i s , L e m e r r e ) . — Triptyque, par ALBERT DE BERSAU-\nCOURT ( P a r i s , Sansot). — I. Fioretti. Les petites fleurs de la vie du petit pauvre de\nJésus-Christ saint François d'Assise. T r a d u c t i o n , introduction et notes d'ARNOLD\nGOFFIN. Collection : Les chef-d'oeuvres de la littérature hagiographique (Paris,\nBloud). — Les livres de saint Patrice, apôtre de l'Irlande. Introduction, traduction\net notes de GEORGES D O T T I N . Même collection (idem). — Les idées morales de\nLamartine, par JEAN DES COGNETS (idem). — Pensées de Lamennais avec intro-\nduction et notes de CHRISTIAN MARÉCHAL (idem). — H. Taine, par CHARLES\nPICARD (Paris, P e r r i n ) .\n\n   L I T U R G I E : L'eau bénite, par AMÉDÉE GASTOUET (Paris, Bloud). — Le\npallium, par J U L E S BAUDOT (idem). — La dédicace des églises, par le même (idem).\n\n  P O É S I E : Les Pastorales, par MARIE DAUGUET ( P a r i s , Sansot). — En chemi-\nnant, par MAURICE DEMBOURG (Liége, imprimerie Saint-Jean-Berchmans). —\nEchos et chansons, p a r XAVIER R E I L L E ( P a r i s , P l o n ) . — Le sentier sonore, p a r\nR O B E R T DE FAY (idem).\n"}, {"page_pdf": 920, "page_imprimee": 781, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "                                      NOTULES                                      78l\n\n\n  R E L I G I O N : Le sens catholique, par H E N R I COUGET ( P a r i s , Bloud). — Le\nVèdisme, par Louis DE LA VALLÉE-POUSSIN (Paris, Bloud). — Grand almanach\ndu monde catholique (Bruges, Desclée et Debrouwer).\n\n    R O M A N S : L'oraison dominicale, par GABRIELA ZAPOLSKA. T r a d u i t du\npolonais, par P A U L CAZIN ( P a r i s , Sansot). — L'âme libre, par BRADA (Paris,\nP l o n ) . — Jean-Luc persécuté, par C . - P . RAMUZ (Paris, Perrin). — Roosje, par\nD I D I E R DE ROULX (Paris, Grasset). — Le Prince grenouille, contes traduits des\nfrères Grim par Louis et LOUISE DELATTRE (Bruxelles, Association des\nEcrivains belges).\n\n  S O C I O L O G I E : Erreurs sociales et maladies morales, par le D r FIESSINGER\n(Paris, P e r r i n ) . — La question sociale au XVIIIe siècle. Le travail sociologique.\nLa méthode par P I E R R E M É L I N E ( P a r i s , Bloud).\n\n  V O Y A G E S : Quinze jours en Egypte,       par F. NEURAY. Volume           illustré\n(Bruxelles, Vromant).\n\n\n  L'abondance des matières nous oblige à reporter plusieurs articles\net de nombreux comptes rendus de livres à notre prochain fascicule.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 852, "texte": ""}, {"page_pdf": 853, "texte": ""}, {"page_pdf": 854, "texte": ""}, {"page_pdf": 855, "texte": ""}, {"page_pdf": 856, "texte": "             NOËL\n        (PINTURICCHIO)\n\nSienne. — Académie des Beaux-Arts\n"}, {"page_pdf": 857, "texte": ""}, {"page_pdf": 858, "texte": "                       Vieux Bruxelles\n                                 (Suite) (1)\n\n\n\n                                      II\n\n                 POUR la circonstance,          Monsieur Charliers de L o n g -\n                      prez avait fait repeindre sa vieille berline aux\n                      couleurs du jour : vert bouteille et j a u n e anglais.\n                      C o m m o d é m e n t installés au fond de la voiture\n                      dont les. souples ressorts berçaient leur noncha-\n                      lance, Monsieur et M a d a m e de Peñalegas pre-\n                      naient grand plaisir d'être mêlés à la foule bril-\n                      lante des cavaliers et des équipages. Ils souriaient\nà leur hôte assis en face et qui, n'ignorant rien des choses de la\nCour et de la Ville, leur faisait les honneurs du « tour à la\nmode ».\n   P a r ce radieux dimanche, qui était le troisième jour d'Octobre,\nl'Allée-Verte ne justifiait guère son nom. Déjà, un automne\nprécoce tiquetait de ses taches fauves ou mordorées le feuil-\nlage des ormes et des tilleuls que l'été défunt avait rôti et\npoudré sans pitié. Sous cette voûte nuancée, entre les troncs\npoussiéieux alignant de la Porte du Rivage au Pont de Laeken\nleurs colonnades parallèles, c'était comme une triple coulée, ici\nplus l e n t e , ici un peu plus rapide de promeneurs et de carrosses.\nDes usages séculaires, que nul n'eût songé à enfreindre, y\nmaintenaient scrupuleusement le respect des hiérarchies\nsociales. L a bourgeoisie avait élu la contre-avenue de droite.\nLes gens du bel air occupaient le centre. Mieux avisé, le p e u t\npeuple longeait le canal au delà duquel s'élendaient vers l'ouest\nses prairies plantureuses de Tour-et-Taxis.\n   Monsieur de Peùalegas, qui vivait toute l'année sur ses terres\nau B r a b a n t wallon, partageant son temps entre les soins d'une\n\n (1) Voir le numéro d'octobre.\n"}, {"page_pdf": 859, "texte": " 722                         DURENDAL\n\n\n\n  exploitation agricole importante et les plaisirs de la chasse, ne\n  tarissait pas d'admiration au spectacle de cette cohue endi-\n  manchée. Il en oubliait l'ennui qu'il avait éprouvé à se faire\n  marronner à grosses boucles, ce qui — sous un tricorne aux\n  ailes courtes — élargissait encore sa figure naturellement\n  forte et un peu rustique. Par contraste, Madame de Peñalegas\n  accusait un visage décoloré, aux lignes anguleuses. Elle était\n  haute de taille et de prestance dans sa robe de soie à grands\n ramages. Du bout des lèvres, elles'étonnait que les circonstances\n politiques n'eussent pas fait de tort apparent au succès de cette\n fête offerte par les Gouverneurs Généraux en leur château royal\n de Schoonenberg, à Laeken,et où s'empressaient en même temps\n qu'elle la noblesse et le peuple de Bruxelles. A quoi Monsieur\n Charliers de Longprez répondit — et c'était presque une excuse\n — que les Bruxellois n'entendaient point garder rigueur aux\n Archiducs des fautes qu'ils reprochaient àprement et justement\n à l'Empereur.\n    Son explication eût été plus complète s'il eût ajouté que ses\n concitoyens étaient irrésistiblement enclins par leur tempé-\n rament à toutes les frairies et franches lippées, de telle sorte\n qu'une invitation à festoyer librement dans les jardins du\n château de Schoonenberg ne pouvait guère rencontrer de\n rebelles parmi eux. Et les Sérénissimes Gouverneurs Généraux\n le savaient bien, puisque — au milieu du désarroi que leur valait\n la tournure des affaires — ils tentaient précisément, en faisant\n fête ce jour-là à des sujets malcontents, de retenir au profit de\n l'autorité qu'ils représentaient quelques lambeaux d'une popu-\n larité compromise par l'aveuglement de Joseph II.\n    Et s'il eût mis à nu jusqu'à sa pensée secrète, Monsieur\n Charliers de Longprez aurait achevé de justifier par des motils\n d'ordre intime sa présence à des divertissements qui n'étaient\n pas sans contrarier un peu et malgré tout ses sentiments patrio-\ntiques. N'avait-il pas cédé surtout à la prière d'Hélène, sa fille\net sa confidente aimée? N'avait-il pas jugé avec elle l'occasion\ntrès propice pour renouer et consacrer définitivement, entre\nThierry et Mademoiselle de Penalegas, des fiançailles dont il\navait plusieurs années auparavant vu naître l'aurore avec une\njoie profonde? L'absence de Thierry, pour longue qu'elle eût\nété, ne pouvait avoir fait tort à une passion si franche que sa\nvivacité avait éclaté naguère à tous les regards. N'en va-t-il pas\n"}, {"page_pdf": 860, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                          723\n\n\n de l'absence comme de ces vents violents qui éteignent les\nchandelles, mais qui raniment les incendies? Avec cette diplo-\n matie des pères de famille trop sure d'elle-même et toujours\ncourte par quelque endroit, le vieil avocat avait voulu reculer\ntoute décision jusqu'au moment où T h i e r r y , nanti de ses\ndiplômes, pourrait l'assister et peut-être le suppléer dans une\ntâche professionnelle qui commençait à lui peser. Aujourd'hui,\ncette condition accomplie, l'heure d'une union qu'il avait\ntoujours souhaitée et que les Peñalegas entrevoyaient du même\nregard favorable, ne sonnait-elle pas enfin à l'horloge de toutes\nles convenances?\n    C'était à ce dessein que Monsieur de Longprez avait insisté\nauprès de ses vieux amis pour qu'ils quittassent les champs et\nprissent part avec lui à la fête de Laeken. C'était pourquoi,\nsauf M a d a m e de Longprez, que l'état de sa santé toujours chan-\ncelante retenait au logis, les deux familles étaient réunies ce\njour-là: Les parents dans la vaste berline rafraîchie aux couleurs\nà la m o d e . Les jeunes gens dans un second carrosse moins somp-\ntueux où la beauté blonde d ' H é l è n e appareillait délicieusement\nla noire beauté d'Isabelle, tandis que vis-à-vis de l'une et de\nl'autre, l'uniforme blanc et bleu et les galons tout neufs d'Evrard\nde Penalegas éclipsaient la lévite et le petit claque sombres de\nT h i e r r y . Les plus jeunes enfants de l'une et de l'autre famille\nn'avaient pas été oubliés. B a m b i n s et fillettes, sous la conduite\nd'une gouvernante, se serraient dans une sorte de char à bancs\nconfié à W e w e p , le vieux serviteur éprouvé. E t chaque fois\nq u ' u n embarras de circulation ralentissait l'allure du cortège,\nles parents s'amusaient à percevoir, parmi tant de rumeurs\nconfuses, les clameurs joyeuses des tout petits arrivant jusqu'à\neux par fusées.\n                                  *\n                                 * *\n    L a sympathie qui unissait les deux familles était, comme il\narrive, tissée de quelques ressemblances et de beaucoup de dis-\nparates. Si les chefs étaient différents d'intelligence et de culture,\nils avaient ce trait de conformité : c'est que l'oisiveté n'était\npoint leur fait, ni à l'un ni à l'autre.\n    Monsieur de Peñalegas avait adopté le mode d'existence d'un\nseigneur campagnard, par nécessité d'abord, — ec puis y était\nd e m e u r é fidèle par goût. Son père, glorieux et dépensier, tel un\n"}, {"page_pdf": 861, "texte": "724                             DURENDAL\n\n\nvéritable hidalgo, lui avait laissé comme seul bien au soleil un\nd o m a i n e familial sis au B r a b a n t wallon et qu'il trouva aban-\ndonné à des régisseurs négligents ou peu scrupuleux. Non\nseulement M. de Peñalegas, par une active mise en valeur,\ndésintéressa les créanciers paternels, mais il restaura ses fermes\net son château. D ' a n n é e en année, on le voyait arrondir son\ndomaine de quelque bonne terre labourable ou de quelque bon\ncarrefour de hêtres ou de chênes. Bien plus, la prospérité éco-\nnomique où vivaient les Pays-Bas autrichiens l'engagea bientôt\nà faire fructifier, dans des entreprises que lui conseilla son ami\nM. Charliers, les écus qu'il retirait de ses terres et de ses bois.\n    Sa maison était honorable, sinon élégante; sa cuisine abun-\nd a n t e , sinon exquise; ses vins généreux et j u s t e m e n t vantés\ndans les cures et les gentilhommières du voisinage; ses chevaux\npleins de vigueur ; ses amis n o m b r e u x ; ses valets et filles de\nferme dévoués et durs au travail. D a n s ses jardins          fleurissaient\nles plus beaux espaliers de la région et dans ses prés paissaient\nles plus belles vaches.\n    Il avait épousé — son patrimoine remis à flot — une demoi-\nselle d'assez bonne souche qui, soigneusement nourrie des plus\nsolides principes, avait été heureuse de s'unir à F e r d i n a n d de\nPeñalegas qui ne l'égalait pas en fortune mais la passait en\nnoblesse. E t a n t de son naturel inaccessible à toute défaillance,\nelle lui avait voué l'estime qu'une épouse chrétienne doit à son\népoux, et jamais ni en fait ni en pensée elle n'avait m a n q u é à\nson devoir. E n vain néanmoins eût-elle essayé de se dissimuler\nque cette union ne lui avait pas apporté toutes les joies mon-\ndaines que sa jeune imagination avait entrevues. De vivre\ntoujours aux champs, à côté d'un gentilhomme sans dettes et\nsans maîtresse, mais dans un cercle étroit de famille, à peine\nélargi, aux jours de chasse, par la compagnie de quelques\nhobereaux lourds d'esprit et salaces en leurs propos, c'était une\nabdication de ses rêves, — à laquelle elle ne se résignait\nqu'avec l'espoir d'assurer à ses enfants une destinée plus bril-\nlante.\n    P a r un de ces étranges retours où se complaît la N a t u r e ,\nle vieux sang castillan dont on eût malaisément recherché\nl'influence dans les traits et le caractère de M. de Peñalegas,\nréapparaissait, irrécusable, dans ses fils et ses filles, — les\ndeux aînés surtout : Evrard et Isabelle.\n"}, {"page_pdf": 862, "texte": "                        VIEUX BRUXELLES                        725\n\n\n    N'était-ce pas ce vieux sang réveillé qui, dans ces jeunes\ncceurs et ces jeunes yeux, s'échauffait et bouillonnait parfois\njusqu'à la passion ? Evrard éprouvait précisément la curiosité\nde connaître tout ce que son digne père s'accommodait si bien\nd'ignorer. Voir du pays et se mêler au tourbillon des hommes,\nprojeter — en dehors du cadre si restreint de cette existence cham-\n pêtre où il se sentait captif — un peu de cette activité qui\nfermentait dans ses. veines, telles étaient déjà ses velléités au\ntemps où un excellent curé de village s'efforçait de l'initier aux\nsèches voluptés du Despautères et du Gradus ad Parnassum.\n M a d a m e de Peñalegas estima judicieusement que ces velléités\ntrouveraient à la fois une soupape et une digue dans la carrière\nmilitaire, — avec la part que cette carrière fait à l'aventure et à\nla discipline. L'Autriche, après l'Espagne, continuait à recruter\ndans les P a y s d'en-bas les solides soldats dont la valeur avait\néclaté à Rocroy, à Leipzig, à Kollin, et dont l'illustre\nT i l l y avait porté si haut la gloire. Peu de familles flamandes\nou wallonnes qui ne comptassent l'un des leurs dans les armées\nimpériales. Engagé aux Dragons d'Arberg, en qualité de cor-\nnette, Evrard se trouva merveilleusement disposé à ce genre\nd'existence où le culte de l'honneur et le souci des élégances\nauréolaient de quelque idéal la fatigue des exercices et le\nt u m u l t e des tabagies.\n   Son départ fut un grand déchirement pour sa sœur, l'ordi-\nnaire compagne de ses études et de ses jeux. A ces études, à ces\njeux, Isabelle apportait presque a u t a n t d'impétuosité que\nlui, — tandis que ses sentiments révélaient une âme plus pro-\nfonde, toujours prête aux générosités hardies et aux dévoùments\nsans calcul. Quelle joie pétillait dans ses prunelles quand au\npied du perron elle sautait en selle et s'échappait au large,\nescortée par son frère, — entraînant parfois dans une même\nrandonnée Hélène et T h i e r r y , aux jours des vacances qui,\nrégulièrement, les réunissaient. C'était avec ivresse qu'elle\nengageait sa bête par les prés et les coteaux, tantôt à la pour-\nsuite du premier gibier débusqué, tantôt dans la direction d'un\nclocher pointant à l'horizon, ou tout bonnement au hasard. De\nsentir le vent lui fouetter le visage et dénouer sa chevelure, de\npercevoir le tressaillement des chevaux lancés à toute bride,\nc'était une exaltation croissante qui se traduisait parfois en des\ncris de conquête. Les manants, rangés en toute hâte sur son\n"}, {"page_pdf": 863, "texte": "726                          DURENDAL\n\n\n\npassage, s'en étonnaient, — eux qui, le matin même, l'avaient\nvue, simple et douce, s'asseoir au chevet d'un m a l a d e ou\ns'absorber en longues méditations dans l'oratoire du village.\n    Lorsqu'elle était encore enfant, une de ses fantaisies fami-\nlières était d'organiser avec son ami T h i e r r y , qui avait comme\nelle un grain de poésie toujours prêt à germer, des expéditions\naventureuses inspirées de Robinson ou même des conquista-\ndores. U n e île touffue, au milieu de l'étang, abritait des cam-\np e m e n t s sauvages dont seuls ils connaissaient le chemin. Avec\nquelle sincérité elle admirait T h i e r r y , tout frais de ses sou-\nvenirs de collège, j e t a n t à d'imaginaires ennemis les impré-\ncations de l'Illiade ou déclamant aux arbres les tendres tirades\ndes Bucoliques. Parfois encore, au déclin du jour, ils allu-\nmaient dans la lande ou sous quelque roche creuse des feux de\nchênevottes pour écarter des fauves dont ils se représentaient\navec un frisson la fuite féline dans les buissons d'alentour. Que\nde folles parties et de naïfs tète à tête ! Un jour, ces enfants,\nau mépris des avis les plus sévères, n'avaient-ils pas été mordre\nà même l'arbre et sans les cueillir les plus belles poires d'un\nespalier de bon chrétien dont M. de Peñalegas était justement\nfier ? E t pour cacher leur méfait, ne s'étaient-ils pas avisés de\nmordre les fruits du côté du mur, — s'imaginant ainsi que la\nmorsure échapperait à 1ous les y e u x ? . . . Ce qui ne fit que\nretarder leur châtiment jusqu'au m o m e n t où la cueillette\ndénonça les traces de leurs petites dents marquées dans les\nfruits défendus...\n  U n e autre fois qu'Isabelle avait par plaisanterie mis en doute\nson courage, T h i e r r y , alors âgé de douze ou treize ans, ne pré-\ntendit-il pas lui donner sur-le-champ le plus net démenti en se\nprécipitant, nouveau Décius, du h a u t d'un talus escarpé dans\nun ancien lit de carrière envahi par les ronces et les brous-\nsailles ? On l'en retira avec une cheville brisée, le village en\nsang et les vêtements en lambeaux, mais il tenait à la main\nune fleur d'églantier qu'il offrit à Isabelle. E t à ceux qui le\nreprenaient de son aberration, il répondit qu'il y avait mau-\nvaise grâce à lui vanter les martyrs et les héros et à le\ntancer pour une entorse...\n   Isabelle en éprouva a u t a n t de remords que d'admiration\nintime. Et de cette aventure puérile, elle data secrètement,\navant même de lui donner son vrai nom, le sentiment\n"}, {"page_pdf": 864, "texte": "                           VIEUX BRUXELLES                            727\n\ntrès vif qui, dans sa pensée, devait la lier pour toujours à\nThierry.\n   Réunis aujourd'hui après une si longue séparation, les jeunes\ngens s'amusaient à voir ces souvenirs s'éveiller tour à tour dans\nleur mémoire et prendre t u m u l t u e u s e m e n t leur vol en une con-\nversation si gaie et si animée qu'elle les isolait en quelque sorte\nde la foule où courait leur voiture. E t toutefois, cette gaîté n'al-\nlait pas sans quelque fièvre intérieure. L e s fillettes d'alors\nn'étaient-elles pas devenues femmes? E t dans les yeux de per-\nvenche d ' H é l è n e , comme dans ceux d'Isabelle, plus beaux que\ndes d i a m a n t s noirs, passait souvent, en une vibration furtive,\nquelque éclair du doux orage qui gonflait, sous leurs délicats\nfichus de linon, leurs corsages ingénus.\n   P a l p i t a n t l'une et l'autre du m ê m e émoi, — sans se regarder,\nsans se toucher — elles se sentaient enlacées clans les fils soyeux\nd'un même mystère, et l'amitié qui faisait d'elles deux sœurs\ndoublait cette délicieuse inquiétude à la pensée que chacune\napprochait de la destinée que leur premier printemps avait rêvée\nplus ou moins confusément. Et. de cette beauté qui s'offrait\nainsi à leur portée, épanouie et comme prête à être cueillie,\nEvrard, malgré son uniforme, et T h i e r r y , malgré sa philoso-\nphie, éprouvaient aussi par contre-coup quelque trouble et\nquelque orgueil...\n\n\n   Dans la vaste berline où Monsieur Charliers de Longprez fai-\nsait face à ses invités, les propos plus calmes s'alimentaient\nde souvenirs d'un autre ordre. Après que Monsieur de Peña-\nlegas eut fait le récit des premières courses de chevaux à l'an-\nglaise auxquelles il avait assisté à l'Allée-Verte, M a d a m e de\nPeñalegas marqua un vif intérêt à apprendre que les petites\nchapelles de la Madone qui s'égrenaient régulièrement tout le\nlong de l'avenue, y avaient été édifiées par la piété de l'Infante\nIsabelle, qui aimait à y traîner son deuil en pèlerinage, après\nla mort de l'archiduc Albert.\n   Le pont franchi, les équipages roulèrent d'un train plus libre\nvers la vieille église de Laeken, puis s'engagèrent dans la drève\nSainte-Anne toute bordée de guinguettes. L'entrée du château\nde Schoonenberg n'avait pas la grandeur des accès de T e r v u e r e n ,\nenfoui dans la profondeur des futaies séculaires. Et c'était pour\n"}, {"page_pdf": 865, "texte": "728                              DURENDAL\n\n\n\nles Bruxellois un grief de plus à charge de Joseph II que le\nbrutal ukase par lequel, à peine arrivé au trône, il avait fait\ndétruire le pavillon de chasse des anciens ducs de B r a b a n t , en\nmême temps que le château construit par Charles de Lorraine\nau bord de l'étang et les bâtiments voisins où il avait établi\nd'aimables industries : le tissage de la soie et la fabrication de\nla porcelaine. Ne semblait-il pas que l ' E m p e r e u r philosophe\neût ainsi rêvé de faire disparaître, de la mémoire de ses sujets\nbrabançons, les souvenirs sensibles d'un paisible gouvernement\nde trente-six ans où s'était marquée une si parfaite harmonie\nentre eux et le bon lieutenant de Marie-Thérèse? Avec quel ton\nde regret sincère Monsieur Charliers de Longprez évoquait ce\nprince populaire dont l'âme riait au bien et dont l'aménité de\nvisage, reflet d'une sensibilité communicative avait survécu\naux années, à la petite vérole et même à la guerre, lesquelles\navaient emporté sa beauté. P a s la moindre ombre de malice.\nL e souci de voir les gens heureux et les négoces prospères.\nCertes, il n'était pas sans quelques défauts : très dépensier,\nincorrigible gourmand — son diner habituel était de dix-huit\ncouverts et son souper de douze — grand joueur et infatigable\ncoureur de cotillons. Mais, au demeurant, le meilleur souverain\ndu monde et qui se faisait pardonner jusqu'à la désinvolture de\nses finances par la cordialité de ses manières et le faste d'une\ncour gaie, polissonne, buvante et chassante. Sans doute, il avait\nparfois ses moments d ' h u m e u r . Mais avec quelle p r o m p t i t u d e\nsa bonne grâce reprenait le d e s s u s !\n  M. de Longprez rappela qu'un jour de S a i n t - H u b e r t , p e n d a n t\nune de ces parties où accourait tout Bruxelles, Charles s'était\nemporté tout rouge contre les fâcheux qui dérangeaient sachasse\nà force de courir dans les allées de la forêt, et qu'il lui échappa\nde leur crier : « Allez à tous les diables! » Mais se reprenant\naussitôt, et soulevant son chapeau, il avait ajouté gracieuse-\nment : « S'il vous plaît, messieurs. » E t les spectateurs l'avaient\nacclamé.\n  Au dire du vieil avocat, cette anecdote, en même temps qu'elle\npeignait le caractère du prince, montrait à quel point les P a y s -\nBas étaient aisément gouvernables. N'avait-il pas suffi au duc\nCharles de couvrir quelques très gros défauts, par les égards\nqu'il témoignait aux personnes et aux traditions, pour cueillir\nla récompense de la popularité et jusqu'aux honneurs du\n"}, {"page_pdf": 866, "texte": "                        VIEUX BRUXELLES                        729\n\ntriomphe ? Car ce fut un triomphe, et certes peu ordinaire, que\nla cérémonie par laquelle les bons Brabançons lui témoi-\ngnèrent leur allégresse, au relevé d'une grave maladie qui avait\nfailli l'emporter. Une lourde statue de bronze, représentant le\nprince en guerrier romain, — sauf l'anachronisme de la perruque\net du bâton de feld-maréchal — avait été traînée depuis le canal\njusqu'à la Place Royale par les capons du Rivage costumés de\nlivrées aux couleurs lorraines. P u i s , devant le bon Gouverneur,\nla statue avait été inaugurée à grand renfort de discours et de\nfanfares. Et pour régaler le petit peuple, le prince de Ligne et\nle duc d'Ursel avaient fait distribuer du vin et fait rôtir plu-\nsieurs bœufs farcis avec des poulardes.\n   Ce récit s'achevait que déjà la berline avait contourné, au\nbout de la drève Sainte-Anne, la F o n t a i n e des Cinq plaies de\nJésus-Christ. Maintenant elle gravissait avec plus de peine le\npetit coteau au sommet duquel, par delà une vaste esplanade,\nse présentait de face le château de Schoonenberg, surmonté d'un\ndôme et flanqué, du côté des orangeries, d'une haute tour chi-\nnoise, chef-d'œuvre de l'architecte Montoyer.\n\n\n   On mit pied à terre dès la grille où le service d'honneur était\nfait par des hussards sanglés dans leurs dolmans jaune-citron\nà tresses et buffieteries blanches, coiffés du colback roux avec\nla flamme bleu-de-ciel et le plumet blanc et chaussés d'énormes\nbottes en cuir tauve. Aussitôt entrées, les deux familles, parents\net enfants, furent gagnées par l'animation des jeux de toute\nsorte où la foule se partageait, chacun suivant la pente de ses\ngoûts et de sa curiosité.\n   Ici, la musique des Archiducs, dirigée par le maître de cha-\npelle Ignace Vitzhumb, appelait et groupait les mélomanes par\nl'attrait d'une plaisante symphonie de violons et de bassons, de\nhautbois et de flûtes traversières.\n   Plus loin, au milieu d'une grande pelouse, les badauds\ns'égayaient aux péripéties du tir à la perche. Monsieur Charliers\nde Longprez vanta ce jeu auquel il s'était longtemps adonné\navec succès, et il sembla qu'il n'eût pas fallu le presser beau-\ncoup pour qu'il se mêlât aux rangs des tireurs.\n   — C'est le mérite du jeu de l'arc, professait-il, que de mander\nà son aide toutes les forces de la nature. Il nous rend attentifs\n"}, {"page_pdf": 867, "texte": "730                             DURENDAL\n\n\n\naux lois de la résistance de l'air et à la gravitation universelle.\nDe même que la flèche de l'archer est taillée selon le fil du\nbois, ainsi ses muscles sont tendus suivant leurs plus nobles\nfonctions. C o m m e à la direction des grandes affaires, la sûreté\ndu coup d'œil et le sang-froid y sont indispensables. E t c'est\npourquoi les meilleurs de nos princes furent les plus adroits à\na b a t t r e l'oiseau.\n    Mais les tout petits se lassèrent vite de ce spectacle, quelles\nqu'en fussent les vertus. Hélène exauça leur impatience en les\nentrainant vers une prairie voisine où des bandes enfantines\nchantaient et dansaient des rondes Hamandes. P u i s ils s'ébau-\ndirent aux grimaces des singes savants, puis ils connurent\nl'ivresse des chevaux de bois.\n    A voir la taille svelte de la grande sœur dominant tout cet\nessaim d'enfants joyeux, T h i e r r y a d m i r a les qualités de cœur\nd ' H é l è n e , tandis q u ' E v r a r d éprouvait quelle grâce sans apprêts\nse dégageait de tous les mouvements et de tous les gestes de\ncette fille c h a r m a n t e . Lorsqu'elle accourut les rejoindre, après\navoir confié sa troupe turbulente aux soins de la gouvernante,\nl'air vif et la course avaient animé d'un léger incarnat son teint\nde blonde, — et M a d a m e de Penalegas ne put s'empêcher de\nla c )mparer à la reine des fleurs, — ce qui la fit rougir bien\ndavantage...\n    Mais des sonneries de trompettes détournèrent bientôt les\nattentions. Elles annonçaient que les Archiducs sortaient du\nchâteau pour présider à un spectacle dont l'intérêt devait\nsurpasser toutes les autres curiosités de la fête. U n disciple de\nMonsieur Blanchard devait s'élever en aérostat, et déjà, vers la\ndroite du château, à mi-côte du versant dominant la ville, un\nénorme globe de soie bleu pâle, tout cerclé de guirlandes roses,\nse balançait nonchalamment sur ses amarres. L a foule s'y porta\np r é c i p i t a m m e n t . Même les repas champêtres qui s'organisaient\nde-ci de-là en furent b r u s q u e m e n t interrompus. E t c'était un\na m u s a n t tableau dans ce grand parc seigneurial teinté d'ocre et\nde pourpre par l'automne, que de voir ainsi cette foule dévaler\nen masse, tous rangs confondus. Robes d'indienne, de soie ou\nde satin broché, caracos à basquins ou pelisses garnies d'her-\nmine, bonnets à barbes ou poufs en trophées, toute cette\ndiversité de formes et de couleurs faisait, en sortant de l'ombre\ndes grands arbres pour passer dans la zone lumineuse, des\n"}, {"page_pdf": 868, "texte": "                         VIEUX BRUXELLES                           731\n\n\ntaches moirées ou chatoyantes. Les hommes étaient non moins\nempressés que les femmes. Et sur les collets des uniformes et\ndes habits bourgeois, les cheveux empaquetés en catogan ou\ntivssés en une queue enrubannée marquaient, par la régularité\nde leurs secousses, la rapidité des allures.\n   Toutefois, un ressac se produisit dans ces vagues humaines :\nle public se rangeait pour laisser passer L e u r s Altesses\nSérénissimes et leur suite. Elles avançaient lentement parmi la\nfoule, précédées d'un piquet de hallebardiers.\n   Albert Casimir, duc de Saxe-Teschen, prince royal de\nPologne et de Lithuanie, landgrave de T h u r i n g e , était le fils de\ncet Auguste I I I , roi de Pologne qui fut un médiocre souverain\net le petit fils de ce roi Auguste II qui fut un intrépide buveur :\n« Lorsqu'Auguste buvait, écrivait le grand Frédéric, la Pologne\nétait ivre. » H é l a s ! de cette ivresse, le royaume des Jagellons\nétait demeuré bien m a l a d e ! Mais l'archiduc Albert, par son\nmariage avec une des filles de Marie-Thérèse, avait porté vers\nl'Ouest sa sollicitude et secondait consciencieusement son\nauguste épouse dans le gouvernement des Pays-Bas. Insignifiant\nde visage, on le disait d'esprit calme et conciliant, et très versé\nen peinture et en b o t a n i q u e .\n   L e d o m i n a n t de son importance, Marie-Christine rappelait\npar tous ses traits, avec l'atténuation de la jeunesse, son illustre\nmère l'Impératrice et Reine : le front haut, le nez aquilin, la\ntaille majestueuse, la bouche très petite dont un désir d'évi-\ndente bienveillance corrigeait ce jour-là le pli naturellement\ndédaigneux.\n    L e comte de Trauttmansdorff-Weinsberg les suivait de tout\nprès. Investi du titre de Ministre plénipotentiaire, il dirigeait\nleur politique dans la mesure où les ordres de Joseph II lui\nlaissaient ainsi qu'à eux-mêmes quelque liberté d'action. Sa\ndiplomatie était souple, de méthode toute caressante, et il\nsuffisait pour s'en convaincre d'étudier la mobilité de sa physio-\nnomie et son empressement à répondre aux saluts qu'il savait\nprévenir au besoin. Sa réputation d'élégance n'était pas moins\nétablie que celle de sa civilité, et l'on disait qu'il ne paraissait\nà Vienne ou à Paris aucune des nouveautés que la mode impose\n à ses féaux : rubans, étoffes ou essences, qu'il n'en fit aussitôt\n les frais.\n    Les bourgeois qui formaient la haie au passage du cortège se\n"}, {"page_pdf": 869, "texte": " 32                           DURENDAL\n\n\nréjouissaient de constater cette bonne h u m e u r officielle. E n\nmême temps, ils commentaient l'absence du comte d'Alton, le\ngénéralissime des armées impériales aux P a y s - B a s . On se\nconfiait, de groupe en groupe, que ce farouche h o m m e de\nguerre, tout prêt à traiter les Brabançons comme il avait\nnaguère traité les T u r c s , n'avait pas du tout approuvé le projet\nd'une telle fête, organisée au m o m e n t où ses espions de Hasselt\net de B r e d a lui expédiaient des nouvelles inquiétantes sur les\nmenées patriotiques et lorsque déjà plusieurs m e m b r e s de\nl'Etat noble de B r a b a n t avaient quitté Bruxelles sous de vains\nprétextes, mais, en réalité, pour rejoindre les conspirateurs à la\nfrontière. Son désaccord avec Trauttmansdorff, auteur de ce\nprojet, éclatait ainsi une fois de plus, et les esprits malicieux\ns'en amusaient. A défaut du généralissime, son second, le\ncomte d'Arberg, qui était aussi Grand Bailli du H a i n a u t et\nGrand Maître des cuisines de Leurs Altesses, était arrivé de\nMons pour assister à la fête. Il marchait en tête des dignitaires\nde la Cour avec deux autres personnages plus importants\nencore et acclimatés depuis longtemps aux Pays-Bas : les\nfrères C r u m p i p e n , dont l'aîné, H e n r i , quelque peu difforme,\nexerçait les fonctions de secrétaire d ' E t a t , tandis que le second,\nJoseph, allié à une famille bruxelloise, remplissait la charge de\nchancelier du B r a b a n t .\n   T o u t ce monde se multipliait en mille politesses dont l'excès\ndissimulait l'inquiétude sans cacher tout à fait l'effort. Dans\ncette atmosphère légère et parfumée, on sentait malgré tout\ncomme un avant-goût de poudre.\n   Ayant aperçu parmi la foule M. Charliers de Longprez, qui\nne cherchait d'ailleurs pas à être vu, M. de Trauttmansdorff en\nparut charmé et rompit les rangs pour saluer le vieil avocat et\ns'informer de l'état de sa santé.\n   — Votre Excellence doit déjà être rassurée à ce sujet,\nrépondit M. Charliers qui était parfois mordant. Il n'y a pas de\njour que je n'aperçoive autour de ma demeure quelqu'un de\nses gens venant aux informations...\n   Il faisait allusion aux innombrables « officieux » que le gou-\nvernement entretenait à Bruxelles et qui honoraient d'une sur-\nveillance assidue toutes les maisons dont les maîtres étaient\nsoupçonnes de cabaler ou de comploter. L ' E m p e r e u r avait ses\nespions. De leur côté, les archiducs, le ministre plénipotentiaire,\n"}, {"page_pdf": 870, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                           733\n\n\nle c o m m a n d a n t des armées avaient les leurs. T o u s ces espions\ns'espionnaient entre eux. E t leurs marches, démarches et\ncontre-marches faisaient un grand b o u r d o n n e m e n t de guêpier,\ndont la Ville s'amusait aux dépens de la Cour.\n    M . de Trauttmannsdorff para la pointe d'un geste évasif\nqui semblait rejeter sur d'autres la responsabilité d'aussi\nfâcheuses pratiques. E t toujours affable, il s'enquit auprès de\nMonsieur Charliers de ce que devenait son frère, capitaine au\nrégiment de M u r r a y . Puis il le félicita d'avoir retiré son fils\nsain et sauf de la fournaise parisienne et de s'être décidé\nà l'engager dans la carrière du Droit que la famille Charliers\navait toujours honorée. A Monsieur de Penalegas, il fit aussi\ncompliment sur la bonne mine de son fils Evrard et parla de la\nnécessité de fournir à l ' E m p e r e u r des officiers valeureux, dans\nla guerre si louable qu'il soutenait en ce moment contre les\nT u r c s . A M a d a m e de Penagelas, il baisa la main le plus\ng a l a m m e n t du m o n d e . Enfin, il les quitta en s'excusant pour\nreprendre sa place clans le cortège.\n    E t les groupes voisins que son manège avait divertis\neurent la nouvelle surprise de le voir l'instant d'après quitter\nde nouveau son rang pour aviser et prendre par le bras\nun autre spectateur mêlé à la foule. C'était, cette fois,\nle vicomte E d o u a r d de Walckiers, que les Bruxellois connais-\nsaient et appréciaient en même temps pour la noble vivacité de\nson caractère, l'importance de sa fortune et la sincérité de ses\nconvictions patriotiques. Décidément, pour défendre son roi,\nMonsieur de Trauttmannsdorff cherchait à rassembler toutes\nles pièces de son jeu d'échecs...\n                                   *\n\n   C e p e n d a n t , Monsieur Charliers proposa aux siens de laisser\ns'écouler les b a d a u d s qui s'amassaient autour du ballon déjà\nprêt à s'envoler. Ils jouiraient mieux du spectacle, croyait-il,\nen prenant place sur une terrasse du château, adossée à la\nfaçade latérale.\n   Le conseil était bon. De cette terrasse, a peu près libre, le\nregard embrassait un merveilleux panorama. Au premier plan,\nles pelouses envahies par la foule bariolée et sur laquelle\nl'aérostat promenait son ombre mouvante. Puis, au delà des\npièces d'eau où nageaient quelques cygnes, le grand canal cou-\n"}, {"page_pdf": 871, "texte": "734                          DURENDAL\n\n\npant les prairies en une rayure toute droite, — tel une épée\njetée sur l'herbe. Sa calme surface, d'un bleu d'acier, s'animait\ndu passage de quelques barques pavoisées. Tout au bord du\ncanal, le fameux cabaret de l'Amour se dissimulait au milieu\nd'un bouquet d'arbres. Sur l'autre rive, entouré de pelouses, le\ncastel de Monplaisir dont Charles de Lorraine s'était fait\nnaguère un discret ermitage. La ville commençait au delà du\ncanal, entourée d'une ceinture de remparts et de bastions. Elle\nse déployait dans toute sa profondeur, étageant la masse de ses\npignons et de ses toits rouges jusqu'au sommet du versant\noriental de la Senne. De cette masse s'élançaient des clochers\net des dômes : ici, le clocheton du Finistère et là les frontons\ndes Augustins et du grand Béguinage. Plus loin, Sainte-Cathe-\nrine et Saint-Géry. Puis, résumant l'histoire de la cité, la flèche\nde l'Hôtel de ville, — cette fleur de pierre, — et les deux grosses\ntours jumelles de la collégiale Sainte-Gudule. Puis les toits\ngrimpant encore à l'assaut du Coudenberg, où la coupole cui-\nvrée de Saint-Jacques scintillait comme une étoile, — toute\nbrillante qu'elle était de sa neuve carapace.\n   Il se dégageait de ce spectacle une impression de calme opu-\nlence bourgeoise, confite en de vieilles traditions municipales et\nreligieuses. Et cette impression trouvait au cœur de Monsieur\nCharliers un terrain si préparé à la recueillir qu'elle y fit germer\naussitôt des pensées attendries.\n   Il les confia à Monsieur de Peñalegas.\n   — Conçois-tu, mon ami, fit-il en lui montrant ce merveilleux\ntableau, qu'un Empereur, dont les peines se pourraient si bien\nemployer ailleurs, s'évertue à semer l'inquiétude et le désarroi\nau milieu d'une population qui ne demande rien d'autre que la\npaix, à désordonner ses habitudes, à bouleverser ses institu-\ntions, à violenter tous ses goûts ?\n   Mais le gentilhomme campagnard n'aimait pas la politique.\nIl la trouvait bonne pour les écrivains et les hommes de loi,\ndont c'est le métier. Pour lui, de se décider seulement à y\npenser, il avait épuisé toutes les forces intimes dont il dispo-\nsait en un tel domaine.\n   Certes, il n'était pas l'homme des nouveautés! Mais le con-\nservatisme qui l'inspirait était différent de celui qui animait\nMonsieur Charliers de Longprez, en ceci que le vieil avocat\nvoulait maintenir les institutions à raison du mérite qu'il leur\n"}, {"page_pdf": 872, "texte": "                              VIEUX BRUXELLES                               735\n\n reconnaissait, tandis que Monsieur de Peiïalegas aimait la con-\n servation pour elle-même. E t c'est ainsi que le premier ne\n répugnait pas à l'extrême ressource d'une révolution pour\n défendre contre le pouvoir lui-même les droits et coutumes de\n la Nation, tandis que le second acceptait les décisions du pou-\n voir sans discuter la légalité de ses décisions ni les limites de\nson autorité. T o u t au plus se fût-il résigné, dans son respect\n pour l'ordre des choses établi, à s'accommoder d'un nouveau\n fait accompli, le jour où cet ordre des choses aurait cédé la\n place à un régime nouveau.\n    C o m m e Monsieur Charliers attendait une réponse, Monsieur\n de Peiïalegas reconnut à mi-voix que cette erreur de l ' E m p e r e u r\n était à la vérité fâcheuse, d'autant que son désir de bien faire\n ne pouvait être méconnu.\n    — L'intention droite n'est pas un titre, répliqua sévèrement\n Monsieur Charliers. C'est à peine une excuse...\n    P u i s , faisant un retour sur le sujet qui le rongeait intérieure-\n ment :\n    — Je sais bien, ajouta-t-il avec a m e r t u m e , que la contagion\nphilosophique gagne aujourd'hui de proche en proche, chez les\nprinces comme chez les bourgeois, en dépit des meilleures édu-\ncations...\n    Et se décidant enfin à une confession que sa foncière loyauté\nlui imposait :\n    — Croirais-tu, mon cher ami, que mon fils T h i e r r y en est à son\ntour gangrené? Il faut que tu en sois informé, avant que nous\nne songions à accorder les violons. Quoique je faste, je le vois\nglisser, dppuis son retour de Paris, chaque fois qu'il s'agit des\nchoses de la religion et de l'Etat, vers des opinions que je n'aurais\ncru devoir trouver crédit chez l'un des miens.\n    Mais Monsieur de Peñalegas ne parut point aussi ému de\ncette confidence que Monsieur Charliers ne l'avait pensé :\n    — Son naturel est bon, dit-il, et il perdra vite ce que Paris a\npu lui laisser de fâcheux. E t puis, ma fille, qui n'est pas plus\nJoséphiste que toi, suffira bien à faire contrepoids à sa philo-\nsophie !\n   — Je n'ai pas de vœu plus cher, m u r m u r a l e père. E t pourtant...\nAh ! je suis, je l'avoue, de l'ancienne école. P o u r moi, la famille\nest une œuvre p e r m a n e n t e qui doit se poursuivre toujours\nd a n s l a m ê m e d i r e c t i o n e t l a même pensée, de génération en gêné-\n"}, {"page_pdf": 873, "texte": "736                           DURENDAL\n\n\nration, par l'effort continu de tous ceux qu'unissent le nom et le\nsang. Vois-tu cet arbre d'une si droite venue, continua-t-il en\nlui montrant un beau hêtre tout proche. Certes, telle année lui\nvaut plus de progrès que celle qui a précédé ou que celle qui\nsuivra. Les maladies ou les intempéries peuvent contrarier\nl'une ou l'autre des étapes de sa croissance. Mais c'est toujours\nla même tige poursuivant son essor suivant les mêmes lois, en\nfaisant appel aux richesses du même sol et du même climat.\nLes rameaux grandissent et s'étendent. Les vivants remplacent\nles morts. C'est ainsi que je rêve une famille.\n   Cette comparaison sylvestre plut à Monsieur de Peñalegas.\nToutefois, moins porté au lyrisme, il r e t o m b a bientôt des hau-\nteurs de la métaphore dans des considérations pratiques sur le\nchoix des essences et le régime des coupes.\n\n                                 *   *\n    Il fut interrompu dans ces considérations par les exclamations\nde surprise et les rires qui éclatèrent dans le groupe des jeunes\ngens, à peine éloigné du leur de quelque trente pas. U n nou-\nveau venu y avait fait son apparition, et c'était cette apparition\nqui provoquait toute cette rumeur.\n    T h i e r r y l'amena par la main auprès de son père et le pré-\nsenta :\n    — Voici mon ami parisien, dit-il, Monsieur de Braux-\nLevrezy, dont je vous ai maintes fois parlé.\n    L e vicomte de Braux-Levrezy se découvrit et s'inclina, le\nchapeau sur le cœur.\n    C'était un élégant gentilhomme, déjà dans la seconde jeu-\nnesse. Sa physionomie m a r q u a i t de l'esprit et son costume accu-\nsait cette anglomanie dont la mode sévissait furieusement dans\nl'entourage du duc d'Orléans.\n   — Vous voyez en moi, Monsieur, l'Oreste de Monsieur votre\nfils P y l a d e . E t depuis bien longtemps je n'avais pas de plus vif\ndésir que de vous apporter mes respects.\n   Monsieur Charliers de Longprez répondit par quelques\nbanales formules de politesse, dénuées d'ailleurs de tout empres-\nsement. Visiblement, l'arrivée de ce personnage ne lui causait\naucun plaisir.\n   Mais le vicomte ne parut point remarquer la fraîcheur de cet\naccueil. Prévenant les questions qu'on aurait pu lui adresser et\n"}, {"page_pdf": 874, "texte": "                          VIEUX   BRUXELLES                         737\n\ns'exprimant avec une aisance et un flux de paroles qui d'emblée\nlui assurèrent le dé de la conversation, il mit chacun au cou-\nrant des motifs de son voyage et des premières impressions que\nce voyage lui faisait éprouver.\n    — Que votre pays est donc digne d'envie au regard du nôtre,\nMonsieur. Pour petit qu'il soit, au moins y vivez-vous en\nsûreté! Chez nous, à Paris, en F r a n c e , le désordre est partout.\nL ' a u t o r i t é nulle part. Certes, un nouvel état de choses y était\nopportun. Mais que ne nous laissait-on le soin et le temps de\nl'organiser?... C o m m e vous le savez sans doute, j ' a i quelques\nterres en Saintonge. E h bien! mon grimaud d'intendant m'a\navisé l'autre jour que les bons paysans de l'endroit s'étaient pro-\nclamés les maîtres de mon bien et se comportaient comme tels.\n Il daignait ajouter que je courais grand risque d'être écharpé si\nje me montrais à mes vassaux. Aussi les honnêtes gens dévoués\nà l'ordre et à la monarchie ne voient pour l'heure d'autre r e s -\nsource que de passer en des pays moins volcaniques pour y\nattendre la fin de l'orage... Car l'accalmie ne saurait tarder... Et\nvraiment, ne nous plaignez pas t r o p . . . Où pourrait-on mieux se\nconsoler de l'exil qu'en votre charmante ville de Bruxelles. C'est\nun véritable petit Paris, Monsieur, et je vous en fais tout mon\ncompliment!\n    En quelques instants, il fut sur un pied de connaissance et\npresque d'intimité avec les Pehalegas. A M a d a m e , il avoua sa\nsurprise de la beauté et de l'élégance raffinée des dames braban-\nçonnes. A Evrard, il parla des officiers du régiment de Ligne\nqu'il avait rencontrés la veille au soir à la table d'hôte de la\nReine de Suède, chez la veuve Constant, où il était descendu.\nC'étaient ces messieurs, dont il louait fort la courtoisie, qui\nl'avaient engagé à venir avec eux à Schoonenberg. Et il avait\nvolontiers cédé à leur prière, certain de rencontrer à cette fête\nson fidèle T h i e r r y , auquel il voulait faire cette surprise.\n    De fait, ses dernières lettres à son ami avaient annoncé son\narrivée prochaine à Bruxelles, mais elles ne lui en avaient pas\n fixé le jour. E t Monsieur de Braux-Levrezy s'en excusa, en\nconfiant à T h i e r r y dans un aparté mystérieux qu'il n'était pas\ndu tout à Bruxelles en qualité d'émigré, mais bien chargé d'une\nmission du duc d'Orléans, qui portait un vif intérêt aux événe-\nments des P a y s - B a s .\n    — E t c'est pourquoi, lui coula-t-il à l'oreille, il faut que tu\n"}, {"page_pdf": 875, "texte": "738                             DURENDAL\n\n\nme pardonnes de jouer devant tous, et même devant ta famille,\nle personnage d'un ci-devant aristocrate. Je le fais pour avoir\naccès dans les milieux que notre esprit philosophique pourrait\neffaroucher. Mais tu connais trop bien mes principes pour t'y\nêtre laissé prendre. L e succès de ma mission est à ce prix.\nAussi garde-moi bien le silence en a t t e n d a n t que je puisse te\ndonner à loisir d'autres explications...\n    T h i e r r y s'étonna de ce double jeu auquel répugnait son âme\ndroite. Mais il savait son ami mêlé aux conciliabules du Palais\nd'Orléans et de la Loge du Contrat social où s'élaboraient des\nplans politiques dont la complication passait son propre enten-\nd e m e n t . Il réserva donc son appréciation, en se promettant\nd'éclaircir toutes ces contradictions lorsqu'il tiendrait le vicomte\nen son privé.\n    Du reste, l'heure n'était pas à ces soucis, mais aux joies de\nla fête.\n   Au travers d'un porte-voix de carton, l'aéronaute lançait ses\nderniers ordres clans le silence de la foule é m u e . Enfin, dégagée\nde ses derniers liens, la sphère de soie s'éleva — saluée par mille\nacclamations. — L o n g t e m p s les regards la suivirent, tandis\nqu'elle disparaissait vers les prairies et les champs de Schaer-\nbeek. Si vive était la curiosité générale qu'elle fit tort à l'am-\nbigu que Leurs Altesses Sérénissimes avaient fait dresser dans\nles salons de leur château.\n   Assidu auprès de M a d a m e de Penalegas, dont il se concilia\nainsi la bienveillance, Monsieur de Braux-Levrezy lui exposa\nses idées sur l'aménagement des j a r d i n s , qui se rencontrèrent\nprécisément avec celles de cette d a m e . Il critiqua Versailles et\nson dessin trop symétrique. Certes, le jeu des eaux y était admi-\nrable. Mais, grâce à de tels artifices, il n'était pas de lieu si\ningrat qui ne dût paraître plaisant! Combien, malgré tout, la\nsimplicité d'un T r i a n o n , si proche de la N a t u r e , l'emportait sur\nla beauté factice de ces arbres taillés et retaillés, toujours alignés\nau port d'arme et semblables les uns aux autres comme des\nfiles de courtisans... Puis, il confessa ses dernières admirations\nlittéraires. P a u l et Virginie l'avaient délicieusement troublé.\nMais le romanesque sauvage et passionné d'un Richardson\néclipsait tout à fait, à son sens, les idylles de Monsieur de\nSaint-Pierre, quelque fraîcheur qu'il leur reconnut...\n   L e soleil descendait rapidement sur l'horizon. E t comme Isa-\n"}, {"page_pdf": 876, "texte": "                           VIEUX BRUXELLES                           739\n\n\nbelle s'en attristait, le vicomte répondit g a l a m m e n t que le rayon-\nnement de sa beauté avait sans aucun doute découragé l'astre\ndu jour, qui s'avouait ainsi vaincu. Mais Mademoiselle de\nPenalegas accueillit sèchement la comparaison :\n  — Voilà des madrigaux, Monsieur, que vous avez eu tort\nd'emporter dans votre bagage. Ils n'ont pas cours parmi les\nprovinciales très arriérées que nous sommes.\n   E t elle proposa à T h i e r r y de la conduire à la recherche des\nenfants. E n réalité, ce Parisien au regard hardi et à l'intaris-\nsable faconde lui irritait les nerfs, et elle éprouvait comme le\npressentiment de la fâcheuse influence que l'amitié d'un tel\npersonnage exercerait sur l'esprit de T h i e r r y , à l'encontre de\nson amour.\n                                    *\n                                   * *\n   Dès qu'ils furent seuls, traversant côte à côte les pelouses\nque les spectateurs avaient tantôt foulées sans merci et qui,\nmaintenant, s'étendaient solitaires jusqu'aux rives d'un grand\nétang, elle lui dit combien les propos de Monsieur de Braux-\n Levrezy sonnaient faux à ses oreilles, sinon par l'accent de ses\nparoles, du moins par les sentiments qui les dictaient.\n   E t reprenant la causerie qu'ils avaient joyeusement pour-\nsuivie dans le carrosse, elle l'entretint de la vie qu'elle menait\naux champs, de ses occupations favorites, de ses études, de ses\noiseaux et de ses abeilles. Elle déroulait ces circonstances avec\nun abandon ingénu, y semant une gaîté pittoresque où pétil-\nlaient ses jeunes enthousiasmes. Puis, elle lui parla de lui-même\net de ses parents, lui confiant quelle s y m p a t h i e elle éprouvait\npour la carrière à laquelle il allait se vouer, lui répétant aussi\nquelle admiration s'imposait pour elle du caractère un peu\nsévère, mais si loyal de Monsieur Charliers de Longprez. Elle-\nm ê m e participait aux inquiétudes patriotiques dont le vieux\njurisconsulte était comme bourrelé. Elle comprenait à quel point\ndes hommes qui étaient nés et qui avaient grandi à l'ombre de\nces lois brabançonnes, devaient souffrir des continuelles atteintes\nqui chaque jour leur étaient portées par des étrangers.\n   Ils arrivèrent près de la pièce d'eau, que le soleil déjà bas\nsur l'horizon irradiait de ses rayons obliques. Quelques instants,\nils suivirent, sous les ramures des tilleuls que l'automne\ntachait d'or pâle, un petit chemin courant tout le long de la\n"}, {"page_pdf": 877, "texte": "740                            DURENDAL\n\n\n rive. Un banc rustique s'offrit à eux. Elle proposa de s'y arrêter\n pour goûter le charme d'une solitude aussi imprévue à si peu\n de distance de la foule dont ils percevaient le b r o u h a h a .\n     Dans l'air soyeux où les tilleuls répandaient leur parfum\n amer et doux, la voix de la jeune tille prenait un ton plus\n intime et plus grave. T h i e r r y voulut lui parler encore d'elle-\n m ê m e et de leurs souvenirs c o m m u n s . Mais elle, sans deviner\n le malaise qu'il ressentait d'un malentendu si persistant,\n s'obstinait à lui redire ses vœux pour la noble cause défendue\n par Monsieur Charliers de Longprez. « S'il faut lutter pour une\n telle cause », fit-elle, — et l'éclat de ses grands yeux bruns ne\n démentait point ce qu'elle attestait — « ce qu'une femme peut\n faire pour son pays et les siens, je voudrais le faire, T h i e r r y ! »\n     Mais il ne l'écoutait plus que distraitement. Son regard\n rêveur rencontra une feuille qui se détachait du grand tilleul\n sous la voûte duquel ils étaient assis. Il vit cette feuille tomber\n de très haut, et tournoyer doucement sur elle-même j u s q u ' à la\n surface de l'étang où elle flotta la durée d'une minute comme si\n l'eau l'eût lentement soupesée. Puis il r e m a r q u a qu'elle\ns'enfonçait, imbibée jusqu'en ses fibres. Elle descendait mainte-\nnant sous la n a p p e claire, où l'on voyait sa couleur d'or trans\nparaître encore un peu. P u i s elle coula et disparut tout à fait\nj u s q u ' à la vase mystérieuse... E t il lui sembla que c'était son\namour d'enfance qui se détachait ainsi de lui lentement,\nlégèrement et sans qu'il en éprouvât de souffrance et qui, saisi\npar le froid de son âme, y disparaissait pour toujours.\n\n                                            H.   CARTON DE W I A R T .\n  (A suivre.)\n"}, {"page_pdf": 878, "texte": "                      Le Réveil du Bois (1)\n                            En juin, deux heures du matin. Les premières   blancheurs\n                          de l'aube nacrent l'horizon. Le bois craque dans la rosée.\n\n\n                                       VOIX DIVERSES\n\n   P s s t ! — Ohé! — Chut! — La paix! — FIT. — Silence! — Coucou.\n\n                          LE   CHÈVREFEUILLE,                s'étirant\n           Assez dormi. Fleurons.\n\n         UNIS PÂQUERETTE,            se mirant      dans une goutte                de rosée\n                                             Tremble pas, mon bijou.\n\n                                LA      GOUTTE DE ROSÉE\n           T'es charmante.\n\n                                     L A PAQUERETTE\n                                Est-ce pas?\n\n                                LA      GOUTTE DE ROSÉE\n\n                                                    L'exquise collerette!\n\n                                       UNE    AREILLE\n\n           Est-ce qu'on va s'éterniser à la toilette?\n\n                                     LA    PAQUERETTE\n\n          Xe me chiffonne pas, méchante...\n\n                                          L'ABEILLE\n                                                          Que de miel !\n\n                                     L A PAQUERETTE\n          Est-ce pas?\n\n   (1) Extrait de l'Ame des Saisons,      volume de p o è m e s à p a r a î t r e p r o c h a i n e m e n t .\n------- -, 26-8, r u e (les Minimes.)\n"}, {"page_pdf": 879, "texte": "742                                       DURENDAL\n\n\n                                              L'ABEILLE\n\n                        On v o i t b i e n q u ' o n t e c h é r i t a u ciel.\n\n             U N M E R L E , perché             à la cime       d'un         peuplier\n      Le ciel à l ' o r i e n t e s t c o m m e u n e e a u d e p e r l e .\n\n                                         UN      SORBIER\n\n      I1 faut a b s o l u m e n t f a i r e t a i r e le m e r l e .\n       J'ai s o m m e i l , m o i . — L a p a i x , l à - h a u t !\n\n                                           LE    MERLE\n\n                                                            On p e u t siffler.\n      L e ciel e s t c o m m e u n c h a m p d e l i s q u i v o n t b r û l e r .\n\n                                         LE      SORBIER\n\n      S o r n e t t e s . I1 fait n u i t .\n\n                                          UN     PINSON\n\n                                           Verduron verdurette.\n\n                                         LE      SORBIER\n\n      B o n , il n e m a n q u a i t p l u s q u e c e t t e s e r i n e t t e ! . . .\n\n      U N P I V E R T , heurtant              du bec le tronc            d'un            bouleau\n      Toc toc.\n\n                                         LE      BOULEAU\n\n                    On n'y est p a s .\n\n                                           LE     PIVERT\n\n                                                On y est!\n\n                                         LE      BOULEAU\n\n                                                               C'est t r o p t ô t .\n\n                                    LE     PIVERT,         riant\n      Fi, roupilleur! H a ha!\n\n                            LA     P Â Q U E R E T T E , au        pivert\n                           C ' e s t d é f e n d u si h a u t !\n      Tu seras sur grondé...\n"}, {"page_pdf": 880, "texte": "                         LE RÉVEIL DU BOIS                                              743\n\n\n                                LE      BOULEAU\n\n                                      Oser rire à eette heure!...\n\n                  U N E TOURTERELLE,                    gémissant\nG n a n gnan g n a n .\n\n                                 LE     BOULEAU\n\n                          C ' e s t cela, l a p é r o n n e l l e p l e u r e ! . . .\n\n                                   UN      FRÊNE\n\nDéjà!...\n\n                                 LE     SORBIER\n\n             C e l a va-t-il      finir?\n\n                                  LE       PIVERT\n\n                                        J e ne crois pas.\n\n                  U N E M É S A N G E , le bec en              l'air\nMoi, j e bois.\n\n  U N CHARDONNERET, dégringolant                           dans        le    hallier\n                   Ce qu'il fait m o u i l l é d a n s les l i l a s ! . . .\n\n                                 UN        MUGUET\n\nJ e suis tout ruisselant encore du baptême.\n\n                                  UN       HÊTRE\n\nI1 fait n u i t , e t l'on j a s e u u p e u t r o p t o u t d e m ê m e .\n\n                                 LE     MUGUET\n\nC'est jour'!\n\n                                UNE        TAUPE\n\n                 Ou n ' y voit p a s .\n\n                               LA      MÉSANGE\n\n                            M a i s si ! c o m m e à t r a v e r s\nUne gaze d'eau bleue et de taffetas v e r t . . .\n\n                                  LE       MERLE\n\nL e eicl e s t c o m m e u n œ i l g é a n t d e l i b e l l u l e .\n"}, {"page_pdf": 881, "texte": "744                            DURENDAL\n\n\n                              U N E GUÊPE\n\n      Zon! ça promet un beau soleil de canicule.\n\n                              U N LÉZARD\n\n      Ce qu'on va s'y chauffer parmi le sable g r i s ! . . .\n\n                              U N E CIGALE\n\n      A l'œuvre! Il faut crisser un million de cris.\n\n                              L E S RONCES\n\n      NOUS brûlerons du soufre.\n\n                              L E S GENÊTS\n                                      E t nous de l'or en braises.\n\n                                L E MERLE\n\n      Le ciel est comme un lac clapotant sur des fraises.\n\n                      U N E BANDE DE MOINEAUX\n      Pan pan pan, rataplan.\n\n                                L E CHÊNE\n\n                           Sérieusement, non!\n      Vous commencez trop tôt, mes enfants.\n\n                           L A MÉSANGE, bas\n                                                     Le bougon\n\n                   L E MUGUET,    bas à la     mésange\n      Hah! le vieux: a bon cœur, malgré son air sévère.\n                                           (Au chêne.)\n      Est-ce qu'il est permis de fleurer bon, grand-père?\n\n                                L E CHÊNE\n      C'est bon, c'est bon...\n                                                   (Un    silence.)\n\n                   L A VOIX DU ROSSIGNOL,       au loin\n                             H é l a s ! ô cruelle douceur!\n      Une flamme trop pure a consumé mon cœur,\n      E t nul ne comprendra son langoureux m a r t y r e .\n      J e suis pareil au vent nocturne qui soupire\n      Sa plainte harmonieuse aux flûtes des roseaux,\n      Et nul ne comprendra la peine de l'oiseau.\n"}, {"page_pdf": 882, "texte": "                    LE RÉVEIL DU BOIS                              745\n\n\n                         L A TOURTERELLE\nOh! oh! oh !\n\n       Tous LES ARBRES ET TOUTES LES             HERBES\n\n              Chut !\n\n                          L E ROSSIGNOL\n                    H é l a s ! elle m'a fui, l'ingrate!\nElle a broyé mon cœur de sa petite patte.\nE t de son bec léger, puéril et perçant,\nElle en a fait jaillir une source de saDg.\n\n                         LA   TOURTERELLE\n\nOh ! oh ! oh !\n\n                              L E CHÊNE\n                 Paix.\n\n                          L E ROSSIGNOL\n                   H é l a s ! toute musique est vaine,\nE t le plus beau sanglot n'allège pas la peine.\n\n            L A TOURTERELLE,        au    tourtereau\nJ e ne veux pas aimer, si ce D'est sans r e t o u r !\n\n                         LE    TOURTEREAU\nToujours! Toujours!...\n\n                          L E ROSSIGNOL\n\n                              Mon cœur avait rêvé d'amour.\nLes lilas étaient bleus sous la lune sereine;\nOn entendait ronfler le rouet des phalènes;\nLes anges vaporeux balançaient leur essor\nP a r m i les seringas et les étoiles d'or,\nE t mon cœur, alangui dans la douceur des choses,\nBut le philtre enivrant des feuilles et des roses...\nHélas! tout est fini ! Les lilas sont glacés,\nLes astres sont éteints et les anges blessés,\nLe p a r t e r r e est sans fleurs, sans parfums, sans phalènes.\nE t dans la solitude où je traîne ma peine,\nJ e sens qu'à tout jamais, ô cruelle douceur!\nLe clair de lune bleu est gelé dans mon cœur...\n"}, {"page_pdf": 883, "texte": "746                             DURENDAL\n\n\n                           L A TOURTERELLE\n      Gnan gnan.\n\n                           LE    TOURTEREAU\n\n                   Oh! laisse-moi boire tes larmes pures!...\n\n                           L A TOURTERELLE\n\n      Bien-aimé!...\n\n                                U N LORIOT\n                      Lanturlu, les cerises sont mûres.\n\n                           L A TOURTERELLE\n\n      Gnan gnan gnan.\n\n                                LE   PIVERT\n\n                          Va plus loin sangloter dans le bois.\n\n                          LE    CHÈVREFEUILLE\n\n      Compère loriot à la flûte de bois,\n      Flûte-nous un air gai.\n\n                                L E LORIOT\n                                O gué!\n\n                                UN COUCOU\n\n                                         Coucou.\n\n                                 U N E PIE\n\n                                                   Tarare.\n\n                                L E MERLE\n\n      Le ciel est comme un lit de roses qu'on prépare.\n\n            U N E FAUVETTE,      arrivant     en coup de vent\n      Voilà. Bonjour. C'est moi.\n\n                                L E FRÊNE\n\n                                     Quoi de nouveau, mamour?\n\n                            L A FAUVETTE\n\n      On ne sait pas?... Le rossignol me fait la cour.\n"}, {"page_pdf": 884, "texte": "                        L E FRÊNE\nAh bah !\n\n                    LA FAUVETTE\n\n         Parfaitement. Un rossignol notoire.\nL'aïeul de son aïeul est cité dans l'Histoire.\nIl vécut dans un parc appelé Trianon.\nJ e suis marquise...\n\n                   L A PAQUERETTE\n\n                   Point.\n\n                    LA       FAUVETTE\n\n                             J e suis marquise...\n\n                   LA    PAQUERETTE\n                                                    Non.\n\n                   L A FAUVETTE\n\nLe rossignol m'a dit : « marquise... »\n\n                        LE    PINSON\n                                          Turlurette.\n\n                  L E CHÊNE,      amusé\nQu'est-ce que c'est qu'une marquise, dis, fauvette?\n\n                        L A GUÊPE\n\nJ e sais, c'est une ombrelle à franges de couleur.\n\n                    L A FAUVETTE\n\nNenni. C'est une belle à visage de fleur,\nDont la coiffure est haute et la robe bouffante,\nE t qui s'avance, comme uue rose mouvante,\nD'un pied mignard chaussé d'un soulier si petit\nQu'un roitelet des murs n'y ferait pas son nid.\n\n                        U N CHARME\n\nIl te manque la robe à paniers des marquises.\n\n                    L A FAUVETTE\n\nC'est vrai que j'aime mieux les paniers de cerises.\n"}, {"page_pdf": 885, "texte": "748                              DURENDAL\n\n\n\n                                 LE   CHARME\n      Tu n'as pas d'escarpins...\n\n                            LA        FAUVETTE\n                                       Ils sont tous un peu grands.\n\n                                 L E CHARME\n\n      Les marquises mettaient des mouches...\n\n                             LA       FAUVETTE\n                                                         Moi, j ' e n prends.\n\n                              L E CHARME\n\n      Les marquises faisaient de belles révérences...\n\n                       L A FAUVETTE,         saluant\n      E t moi donc?\n\n                                 L E CHARME\n\n                      Connais-tu leurs jolis pas de danse?\n\n                       LA .FAUVETTE,        sautillant\n      Gavotte. Menuet.\n\n                            LA    PAQUERETTE\n                         T'es pas marquise?...\n\n                             L A FAUVETTE\n                                                       Si!\n\n                            LA    PAQUERETTE\n      T'es fauvette?\n\n                            LA        FAUVETTE\n                      Ah oui ! mais marquise et nymphe aussi.\n\n                                 L E CHÊNE\n      Nymphe?\n\n                            L A FAUVETTE\n                Bien sûr.\n\n                                 L E CHÊNE\n\n                            Voyons...\n"}, {"page_pdf": 886, "texte": "                    LE    RÉVEIL    DU     BOIS                   749\n\n                          LA FAUVETTE\n                                    C'est rose et cela nage.\n\n                         LA    PAQUERETTE\nOh! tu sais pas nager...\n\n               L A FAUVETTE,          voletant\n                       Si fait, dans le feuillage.\nDe haut eu bas, de bas en haut. Voilà.\n\n                              L E CHÊNE\n                                                  T r è s bien.\n\n                               L E MEULE\n\nLe ciel est connue un bain de rosée et de thym.\n\n                              L E CHÊNE\n\nQu'est-ce qu'on est encor, fauvette?\n\n                          LA FAUVETTE\n                                   Mille choses :\nBergère, Célimène, et ma reine, et ma r o s e !\nSes mots sont comme fleurs parmi les taillis verts,\nE t c'est des vers...\n\n                              L E CHARME\n\n                         Il fait des vers?\n\n                          L A FAUVETTE\n\n                                            Mais oui, des vers.\n\n                     U N CHARDONNERET\n\nC'est comme le bonhomme alors?\n\n                          L A FAUVETTE\n\n                                   Lequel? le drôle\nQui a des bottes, et un tube sur l'épaule...\n\n                              U N RAMIER\nHou ! le vilain !\n\n                          L A FAUVETTE\n\n                ... d'où sort le tonnerre parfois?\n"}, {"page_pdf": 887, "texte": "750                                     DURENDAL\n\n\n\n                                   LE CHARDONNERET\n      N o n p a s . Celui qui p e r d s e s p i p e s d a n s le b o i s .\n\n                                      LA       FAUVETTE\n\n      T a r a r e ! C e l u i - l à l'ait d e s v e r s p o u r les l i v r e s .\n      M a i s c e u x d u r o s s i g n o l l'usent d a n s l ' a i r , e n i v r e n t\n      C o m m e u n e t i è d e pluie q u i t o m b e ç a et là\n      S u r la p o u s s i è r e et s u r l e s g r a p p e s d e s l i l a s .\n\n                                          Le    CHÊNE\n\n      Je gage, q u ' o n r e ç o i t d e s c a d e a u x ? . . .\n\n                                      LA       FAUVETTE\n\n                                                                     O n s'en flatte !\n      Des chenilles avec une corne écarlate,\n      Du finge en l i s e r o n o u r l é d e r o m a r i n ,\n      D e s r o b e s d ' é g l a n t i n e et d e s c h a p e a u x d e t h v m ,\n      Des é v e n t a i l s l é g e r s d ' a i l e d e s a u t e r e l l e ,\n      D e s b o a s en d u v e t d e cou d e t o u r t e r e l l e .\n      Des m a n t e a u x en v e l o u r s d e p a p i l l o n V u l c a i n ,\n      D e s é p i s d e b r i l l a n t s s e r t i s p a r le m a t i n ,\n      D e s b r o c h e s d'œil de g u ê p e à f a c e t t e s p o l i e s ,\n      D e s p e n d e l o q u e s en c o r o l l e s d ' a n c o l i e s ,\n      D e s b a g u e s en s a p h i r fragile d ' a b d o m e n\n      De l i b e l l u l e , e t p u i s d e s g â t e a u x d e p o l l e n ,\n      D e m i e l , d ' œ u f s de f o u r m i p é t r i s d a n s la r o s é e ,\n      Des p â t é s s u c c u l e n t s d e c h e n i l l e é c r a s é e ,\n      Des salades de t h y m , de sauge, de m o u r o n ,\n      Des b i g a r r e a u x s u c r é s c r i b l é s de p u c e r o n s ,\n      VA, d e s . . .\n\n                                         Le CHÊNE\n                   Grâce!\n\n                               L A FAUVETTE,             piquée\n                              T r è s b i e n . Si c ' e s t c o m m e c e l a ,\n      Je me s a u v e .\n                  (Elle           s'envole.)\n\n                                 TOUS LES BUISSONS\n                          Non, non, fauvette!\n\n                    L A FAUVTTE, fuyant                  à         tire-d'aile\n                                                          T r a la-la.\n"}, {"page_pdf": 888, "texte": "                 LE    REVEIL     DU    ROIS                     751\n\n\n\n                          LE    MERLE\n\nLe ciel est comme un rang de glaïeuls qui s'embrasent.\n\n                       L E S MOINEAUX\n\nPan pan pan, rataplan.\n\n                          L E HÊTRE\n\n                           Un moment !...\n\n                           LA    PIE\n                                               Tu nous rases !\n\n                         L E MERLE\n\nLe ciel est comme l'eau sur un banc de corail,\nE t comme l'incendie immense d'un vitrail.\nE t comme un éventail de flammes qu'on déploie...\n\n                       L E S MOINEAUX\nDispuions.\n\n                          UN LAPIN\n             Déjeunons.\n\n                        L E S GENÊTS\n\n                          Faisons un feu de joie\n\n                LES    GOUTTES    DE    UOSEE\n\nMesdames, des bijoux !\n\n                       L E S LISEUONS\n                           Des jupes de satin !\n\n                      L E S CAMPANULES\n\nDrelin drelin drelin, prière du matin!\n                                 (Un silence.)\n\n                          L E CHÊNE\n\nSeigneur, nous élevons les bras vers votre gloire!\nVous nous sommes dressés en frémissant pour boire,\nSelon 'votre très sage et sainte volonté,\nLe vin d'opale et d'or de cette aube d'été.\n"}, {"page_pdf": 889, "texte": "752                          DURENDAL\n\n\n\n                           CHŒUR DES ARBRES\n      Seigneur, nous élevons les bras vers votre gloire!\n\n                              LE   CHÊNE\n\n      Est-il quelqu'un Seigneur, qui soit votre pareil?\n      Votre Œil en se fermant éteindrait le soleil,\n      E t n'était votre Droite auguste qui les couvre,\n      Il n'est esprit qui pense ou corolle qui s'ouvre.\n\n                         CŒUR DES ARBRES\n\n      Est-il quelqu'un, Seigneur, qui soit votre pareil?\n\n                              LE   CHÊNE\n\n      La vie est comme une eau qui coule dans un songe.\n      Tout geste est illusoire et tout verbe mensonge,\n      S'ils ne se rangent pas avec simplicité\n      Au rythme éblouissant de votre éternité.\n\n                       CHŒUR DES ARBRES\n      La vie est comme une eau qui coule dans un songe.\n\n                              LE   CHÊNE\n      Nous avons vécu des hivers et des hivers,\n      Notre écorce à saigné sous la. lime des vers.\n      L'ouragan a tordu nos branches qui vieillissent\n      E t la foudre à nos trônes laisse des cicatrices.\n\n                       C H Œ U R DES ARDUES\n      Nous avons vécu «les hivers et des hivers.\n\n                              LE   CHÊNE\n      Mais maintenant, Seigneur, voici nos rameaux verts!\n      Voici, dans la musique ardente de la sève,\n      L'unanime hosauna de la forêt qui lève\n      Ses mille bras vibrants et tumultueux vers\n      L'inaccessible azur où brûle votre gloire !\n\n         CHŒUR DES ARBRES, DES HERBES ET DES BÊTES\n      Amen.\n                    (L'or de l'aurore fuit largement    irruption   dans   le   bois\n                 d'où s'élève une fumée    d'encens.)\n\n              P Ê L E - M Ê L E D'OISEAUX ET DE FLEURS\n        Jouons. — Mignonne !... — Un baiser... — Non. — A boire !\n                                                        VICTOR KINON.\n"}, {"page_pdf": 890, "texte": "BUSTE DU POETE E. VERHAEREN\n   (CHARLES VAN DER STAPPEN)\n"}, {"page_pdf": 891, "texte": ""}, {"page_pdf": 892, "texte": "                            \" Stafke *\n                  Conte pour la Saint=Nicolas\n\n\n                   LE 5 décembre de l'année dernière tombait un\n                     vendredi. Or, c'est ce j o u r - l à que, chaque\n                      semaine, depuis de longues années, le vieux\n                     comte de X... visite ses humbles amis de\n                      l'hôpital. A moins de maladie ou de quelque\n                      autre motif grave, il ne m a n q u e jamais d'arriver\n                      en voiture, sur le coup de 6 heures, tout juste\n                      après le souper des pensionnaires.\n   Ces pauvres gens d'hôpital, souvent plus éprouvés encore\ndans leur âme que dans leur santé, attendent sa visite aussi\nimpatiemment, peut-être plus, que celle du médecin, car elle\nleur apporte mieux que le soulagement des maux physiques : une\nheure de détente et de joie, au milieu de la lourde monotonie\nde leur a b a n d o n .\n   U n sourire de bonté éclaire le visage à peine ridé de ce vieil-\nlard, q u ' u n e vie active et sobre a r e m a r q u a b l e m e n t conservé.\nSes gestes sont doux et sa voix une musique, au charme de\nlaquelle nul ne résiste. A l'instar de Louis XIV, qui, dans les\ncouloirs de Versailles, saluait la moindre soubrette, le vieux\ncomte traite grands et petits avec la même exquise politesse,\navec la même courtoisie de grand seigneurchrétien. E t le peuple\nl'adore... P a r exemple, sa mise est un peu originale. L'hiver, il\nporte une pelisse de d r a p violet foncé, tout à fait à l'ancienne\nmode, une sorte de houppelande avec un ample col de chinchilla\net un large retroussis de la même fourrure, qui retombe jusque\nsur les pieds. U n e auréole de cheveux blancs et une barbe de\npatriarche complètent sa ressemblance à quelque prince-évèque\ndu moyen âge en pallium d ' h e r m i n e .\n   Dès que sa haute silhouette apparaît sous le bec de gaz de la\nporte, tous les visages enfouis dans les coussins se redressent et\ns'illuminent, car chacun a, depuis huit jours, amassé un fardeau\n"}, {"page_pdf": 893, "texte": "754                            DURENDAL\n\n\nde peines nouvelles à lui confier; et puis aussi, les enfants et\nles moins malades, ceux qui flânent par les corridors, apprécient\nfort les cigares et les friandises dont la vaste h o u p p e l a n d e est\ntoujours b o n d é e . . .\n\n\n    Il me faut ici ouvrir une parenthèse.\n    H i e r après-midi, je m'asseyais à mon bureau, vis-à-vis d'une\nbelle feuille blanche, avec le projet arrêté d'écrire un conte en\nvers pour la Saint-Nicolas. Mais ni les idées, ni les rimes ne\nvenaient... J'avais déjà fumé deux cigares et dessiné je ne sais\ncombien de paysages en marge de mon papier, — ce qui est\ntrès mauvais signe! — q u a n d , soudain, toc! toc!\n    — Entrez!\n    — E h bonjour, monsieur mon cousin! Que fais-tu ici par ce\nbeau soleil ?\n    Et, un peu essoufflé par la montée à l'étage, mon vénérable\nparent s'avançait, la main t e n d u e , le visage rayonnant, comme\ntoujours, de joie intérieure.\n    — Je m'évertuais à composer un conte de Saint-Nicolas en\nvers, que j ' a i promis pour demain soir... et je ne trouve rien de\nrien! En voilà assez! je donne ma langue aux chiens et sors\nfaire un tour de parc avec vous.\n    — P a s du tout, mon garçon ! T u as promis ce conte, tu vas\n l'écrire, et tout de suite encore!\n    — Mais...\n    — Il n'y a pas de mais!... Ah! ces jeunes gens, ces jeunes gens!\n Ils se croient poètes parce qu'ils ont aligné quelques alexan-\n drins aux cadences sonores, et ils ignorent la simple et vraie\n poésie de la vie, celle qui brille tout le long du chemin et qu'on\n n'a qu'à étendre la main pour cueillir!... U n conte de Saint-\n Nicolas, dis-tu?... Attends une seconde. E t , d'abord, débarrasse-\n moi de ma pelisse... L à ! . . Maintenant, prends ta plume, je vais\nt'en dicter un, de conte, o h ! pas en vers : je ne m'y connais\ng u è r e ! mais en prose de vieux b o n h o m m e , qui laisse tout sim-\n plement parler son cœur... T u feras sa toilette et l'orneras à ta\n guise, a p r è s ; ce soin-là ne me regarde plus... Y es-tu?\n    Je pris ma p l u m e et notai le récit qu'on va lire et dont je me\n suis bien gardé de « faire la toilette ».\n"}, {"page_pdf": 894, "texte": "                                STAFKE                              755\n\n\n    Donc, le 5 décembre dernier, pendant ma visite à l'hôpital,\ntandis que je distribuais à la file encouragements et douceurs,\ntout à coup, derrière moi, j'entendis un faible gémissement.\nC'était un petit garçon de cinq à six ans qu'une sœur apportait\nentre ses bras et déposait sur le lit voisin, avec d'infinies pré-\ncautions... mais il était si endolori de partout, que le contact,\ntout amorti qu'il tut, de ces coussins moelleux lui avait arraché\ncette plainte. Je m'approchai. Des bandages lui enserraient\ntout le corps et la tète, sauf l'œil gauche, la bouche et un bras.\nU n e fine boucle blonde caressait sa joue pleine et que les\ncouleurs avaient à peine quittée. Son bras qui pendait était\npotelé : évidemment, un accident avait frappé ce robuste gamin\nen pleine santé. Son œil unique errait autour de lui, par la salle,\nanxieux à la fois et triste, o h ! si triste?...\n    Du regard, j'interrogeai la Sœur. Avant de me répondre, elle\ninstalla de son mieux le pauvret et lui m u r m u r a quelques\nparoles à l'oreille, et ces paroles amenèrent un pâle sourire sur\nces lèvres souffrantes. P u i s , tout en caressant la menotte libre,\nelle raconta — en français — la banale et lamentable histoire.\n     L e père était au travail et la mère en couches depuis le\n matin. Elle avait recommandé à l'ainé de ses trois, bientôt\nquatre bambins, à son grand Stafke, d'être bien sage et deveiller\n sur les « petits ». E t Stafke avait obéi en conscience, comme il\n faisait toutes choses. A l'heure du goûter, elle l'avait appelé,\n entre deux douleurs, et lui avait dit de remplir le coquemar et\n de le mettre chauffer sur le feu de la cuisine. E t Stafke avait\n encore ponctuellement obéi; mais, afin d'y mieux voir pour pré-\n parer le café, il avait déposé la lampe allumée sur le tuyau du\n poêle. E t , pendant qu'à coups menus, comme une bonne petite\n ménagère, il versait l'eau bouillante sur le filtre, voilà que la\n lampe explosait, l'inondant de pétrole enflammé... Dans leur\n affolement, les petits, qui, par miracle, n'avaient pas été atteints,\n se mettaient à h u r l e r ; une voisine accourait, arrachait du lit\n une couverture et, au prix de nombreuses brûlures, y enroulait\n Stafke... trop tard, h é l a s ! le feu avait corrodé les chairs à vif,\n s\"ur presque tout le corps. C'était la mort certaine et à bref\n délai. L e médecin, vite là, n'avait pu que constater l'incurabiñ\n  lité du mal et le panser de façon à le rendre tolérable. Il aurait\n  bien laissé le blessé s'éteindre doucement là-bas, chez ses\n  p a r e n t s ; mais la pauvre mère n'avait-elle pas déjà sa large part\n"}, {"page_pdf": 895, "texte": " 756                             DURENDAL\n\n\nd'épreuve?.. Alors, sans qu'elle se doutât de l'affreux d r a m e , il\navait téléphoné pour la civière de l'hôpital. L a voisine, pansée\nà son tour, avait courageusement pris chez elle les autres, jus-\nq u ' à ce que leur père rentrât. Après, on verrait... à la grâce de\nD i e u ! Il est toujours t e m p s d ' a p p r e n d r e un malheur.\n\n    Stafke me regardait. J e lui offris une praline, qu'il accepta et\n dont il me remercia d'un sourire. P u i s , tout bas, à la Sœur :\n    — Qui est ce beau monsieur blanc en fourrure?\n    L a bonne Sœur eut alors une inspiration exquise :\n   — Stafke, tu m'as dit que, tantôt, saint Nicolas viendrait\nchez toi et que tu es très triste de n'être pas à la maison pour le\nrecevoir. E h bien, parce que tu as été sage et aussi parce que\ntu es malade, le bon saint n'a pas voulu que tu aies du chagrin\net, tu vois, il vient m a i n t e n a n t auprès de ton lit... Il sourit et te\ntend la m a i n ; demande-lui tout ce que tu veux, il te le don-\nnera... N'est-ce pas, saint Nicolas?.\n   U n e indicible joie éclaira la moitié visible du pauvre visage ;\nle petit mourant retira sa main de celles de la Sœur, comme s'il\nvoulait j o i n d r e les siennes. L e s bandages l'empêchant, il me\ntendit celle qu'il avait libre :\n   — Cher saint Nicolas, je voudrais un petit frère, pas c o m m e une\npoupée, un vrai petit frère vivant, qui rie tout seul et qui joue\navec moi. M a m a n m'a promis que tu nous en donnerais un\npareil, cette nuit, p e n d a n t que nous d o r m o n s . . . Sommes-nous\ndéjà d e m a i n ? . . . L'as-tu déjà apporté chez nous?...\n   E m u aux larmes, j ' e u s quelque peine à répondre :\n   — Oui, mon bon Statke, o u i ; ton petit frère dort déjà dans\nson berceau, à côté de ta m a m a n . E t il est joli, et drôle, et il\nt'amusera tant !...\n   — O h ! merci, bon saint N i c o l a s ! . . . Mais, dis, le petit frère\nn'a-t-il rien apporté pour Jos, pour Nelleke et... pour moi?...\n   — T i e n s , chéri, regarde! Voilà ce que t'envoie ton petit\nfrère.\n   E t je vidai sur les draps mon sac de chocolat et de sucreries.\nT o u t joyeux, mais habitué à l'obéissance, il d e m a n d a à la S œ u r\nla permission d'en manger.\n   — Bien certainement, mon b o n h o m m e , et tant que tu vou-\ndras!\n   Alors, il suça un sucre d'orge et, vraiment, il n'avait plus\n"}, {"page_pdf": 896, "texte": "                                  STAFKE                               757\n\n  l'air de souffrir. J e m'informai, de nouveau en français, des pré-\n  visions du médecin.\n      — Il peut entrer en agonie d'un m o m e n t à l'autre, soupira la\n  Sœur. Il mourra tout doucement, cette nuit, peut-être dès ce\n  soir. Stafke se t o u r n a vers moi, l'œil brillant :\n     — Bon saint Nicolas, la S œ u r m'a assuré que je serais guéri\n aujourd'hui m ê m e , et que j ' i r a i s jouer avec les anges, près de\n Jésus et de la sainte Vierge... Est-ce que tu retournes ce soir\n encore au P a r a d i s ? . . . Alors, emmène-moi, je t'en prie!... Je ne\n pèse guère... T u me prendras sur ton âne et, en route déjà, tu\n me donneras de beaux jouets et des oranges, p a s ? . . . E t ,\n avant de partir, nous irons chercher p a p a et m a m a n , et les petits,\n et tous, et tous... Que ce sera donc amusant !... Oh ! raconte-moi\n ce que nous ferons L à - H a u t ! . . .\n     Qu'inventer?... Son œil candide m'implorait irrésistiblement,\n et j'étais si bouleversé... Alors, le bon Dieu m'inspira les mots\n naïfs qui consolèrent et bercèrent les derniers instants de cet\n innocent, m a r t y r de son h u m b l e devoir. Q u a n d je m'arrêtais,\n trop ému, la Sœur m'aidait et, bien mieux que moi, décrivait,\n avec des images enfantines, les joies du Ciel : l'accueil du cher\n Jésus, qui attendait Stalke, les bras tendus, au seuil de son\n beau jardin rempli de papillons, d'oiseaux, de fruits... et la\nsainte Vierge qui l'embrasserait et le laisserait jouer avec son\nrouet d'or, avec les pigeons blancs de son Fils, avec l'eau du\n lavoir, où l'on fait de si jolies bulles de savon...\n     Il écoutait, avide et si content, pendant que déjà sa respira-\ntion se précipitait, dénonçant l'intoxication du sang. Bientôt il\nd e m a n d a , d'une voix toute altérée :\n    — J'ai grand froid... Petite Sœur, prenez-moi sur vos genoux,\ncomme fait m a m a n lorsque je suis malade... Oui, n'est-ce pas?...\nE t toi, bon saint Nicolas, raconte, raconte encore ce que je\nverrai bientôt... J'aime tant que tu parles!...\n    J'avançai une chaise à la Sœur, qui glissa les bras sous le petit\ncorps tout raide, comme une momie, et, sans secousse, le déposa\nsur ses genoux. Il haletait à présent. Sa menotte avait lâché le\nsucre d'orge et son œil ne s'ouvrait plus que de temps à autre,\nluttant contre le grand sommeil. J'avais de plus en plus de peine\nà parler; la S œ u r détournait la tête, afin qu'il ne vit pas ses\nlarmes.\n    — N e pleurez pas, petite S œ u r , . . . nous ne vous abandonne-\n"}, {"page_pdf": 897, "texte": "758                           DURENDAL\n\n\nrons pas toute seule ici, où il fait si noir... Vous viendrez avec\nnous, chez le petit J é s u s . . .\n   Il fit effort pour me tendre encore sa petite main. Doucement\nje la pris.\n   — Bon saint Nicolas, il est tard... je suis presque guéri...\nViens!... partons e n s e m b l e . . .\n   Un suprême sourire, et la petite tète bandée se renversa sur\nl'épaule de la Sœur... Et, tandis que je baisais, en sanglotant,\nla menotte encore tiède, déjà Stafke, délivré, radieux et conduit\npar le vrai saint Nicolas, s'ébattait avec les anges, ses frères,\nparmi les fleurs du bon Jésus qui aime les innocents...\n\n                        GASTON DELLA F A I L L E DE L É V E R G H E M .\n\n\n  Laeckbors, décembre 1908.\n"}, {"page_pdf": 898, "texte": "              Une grande âme captive\n                  JAMAISlivre ne d o n n a d a v a n t a g e l'impression de « la\n                     captivité d'une âme » que le nouveau volume\n                     que E d m o n d Picard vient de publier sous le\n                     titre de Philosophie de l'à-peu-près (1).\n                         L e royal oiseau de blancheur et de souplesse\n                     tournoie, éperdu, dans la cage que !a destinée\n                     lui assigna; à tout instant, ses ailes se blessent\n                      aux barreaux — et des plumes choient, rêves\nmorts, illusions perdues. L'espace lui m a n q u e pour planer\net il veut s'élancer vers le ciel bleu, entrevu là-haut: mais\naussitôt il retombe, meurtri par le fer inexorable et inflexible;\nsubtilement il essayera de se glisser par un interstice de sa\nprison, et il restera suspendu, à mi-corps, entre la liberté et\nla servitude : un coup brutal de la réalité le restituera à sa\ncaptivité. Alors, dans un coin, il pleurera doucement l'inanité\nde ses efforts. Mélancolie passagère, que vaincra tôt l'instinct;\net il reprendra, ardent et tenace, ses tentatives de libération —\nle royal oiseau de blancheur et de souplesse!\n   L e doute d'un Jouffroy fut triste et résigné; E d m o n d Picard\na le doute agité; impatient, nerveux, rageur, il court après la\nvérité... H é l a s ! il n'a pas encore rejoint la certitude; mais en\nattendant, il conquiert la Beauté.\n   Oui, il y a de la Beauté — une Beauté diversement émou-\nvante — dans ces pages, ou disserte, parlotte, discute une phi-\nlosophie personnelle, paradoxale, « extravagante », qui cogne à\ngrands coups sonores sur les parois de la réalité pour solliciter\nune réponse de « l'au-delà ». Et cette beauté n'est pas que dans\nla vivacité imagée du style, mais aussi dans la sincérité de la\npensée — pauvre pensée errante et nostalgique qui fait le tour,\nvainement, et sans y pouvoir pénétrer, de ces redoutables\n\n (1) Bruxelles, Larcier.\n"}, {"page_pdf": 899, "texte": "760                          DURENDAL\n\n\n\narcanes de la vie humaine : la conscience, l'irréel, l'âme, le\npéché.\n   D'autres, rivés à l'incroyance, et qui aborderaient ces sujets\nmétaphysiques (et je ne parle point, bien entendu, des cuistres\nblasphémateurs) risqueraient de froisser le chrétien par des\nhypothèses qui vont à l'encontre de ses convictions... Pourquoi\ndonc suivons-nous les méandres cogitants d'Edmond Picard,\nautour de tous ces essentiels problèmes, avec un intérêt si sym-\npathique? Si hasardées que soient ses imaginations et souvent\nsi étranges, comment se fait-il que jamais nous ne songions à\nles taxer d'hostilités ou à les dénoncer comme des irrévérences?\nC'est la foncière loyauté de son intellectualité qui vaut à Edmond\nPicard ce privilège et le fait bénéficier de cette immunité. Il a\nbeau, d'un geste multiple, semer au vent les conceptions les\nplus ingénieuses ou les plus fantaisistes; il a beau faire de la\nverve et de l'esprit, il a beau plaisanter ou sourire, nous ne\nsommes point dupes — et derrière le masque du brillant bâtis-\nseur de systèmes, nous entrevoyons — avec quelle profonde et\nrespectueuse fraternité! — une figure d'angoisse et de tourment...\nPendant plus d'un demi-siècle, Edmond Picard avoué, à notre\nterre patriale son prodigieux labeur; il lui donna, mieux que la\nfécondité, la personnalité; au bout de toutes les avenues où\ns'engagea son activité, il a rencontré la notoriété, sinon la gloire ;\net après tant de luttes et tant de succès, tant de combats et tant\nde victoires, voilà qu'il se découvre un être douloureux qui\ndoute, qui cherche et qui, malgré tout, espère...\n   Ce doute est sincère, cette recherche est probe; pourquoi\n cette espérance ne serait-elle pas un jour récompensée par la\n Certitude?\n                                       FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 900, "texte": "                          Chronique d'Art\n                               I. LA MUSIQUE\n\n                          Premier Concert Ysaye\n    La plus belle impression du concert a été la Symphonie Pastorale dont Ysaye\na dirigé u n e interprétation très sentie et picturale qui exprima éloquemment\nla poésie sereine, symboliquement profonde, que recèle celte merveilleuse\népopée de la nature, le mystère e n c h a n t e u r du début, la printanière caresse\ndes pages où les voix de la forêt se marient au cantique virginal du ruisseau,\npuis l'allégresse naïve de la fête rustique, la menace soudaine et les majes-\ntueux frémissements de l'orage désolant la c a m p a g n e , enfin le calme renais-\nsant, l'hymne de joie et de gratitude s'envolant vers le ciel.\n   Soucieux d'éclectisme et peut-être aussi afin de montrer dans les procédés\nactuels d'esthétique descriptive toute la distance parcourue depuis Beethoven,\nYsaye a opposé dans son programme la Pastorale et les Nocturnes de Debussy,\nd'une part la s y m p h o n i e la plus pittoresque de Beethoven, bien que toute\nimprégnée d'humanité en ses expressifs symboles, de l'autre, u n e des formes\nles plus spéciales et les plus caractérisées, quoique fort extérieure à la vérité,\ndu verbe musical contemporain. Les Nocturnes de Debussy, Nuages, Fêtes,\nSirènes, déjà antérieurement exécutés aux Ysaye, ont été finement exposés par\nl'orchestre que poétisait encore (dans le nocturne Sirènes) les séductions enve-\nloppantes d'un chœur de femmes. Ces Nocturnes ont intéressé par leur facture\ndélicate, le subtil tissu de leurs sonorités savoureuses, par la fluidité éthérée et\névocative de leurs colorations. La partie s y m p h o n i q u e du p r o g r a m m e se\nterminait par l'ouverture de Freischiitz dont, malgré quelques mouvements\ntrop alentis à notre gré, l'interprétation a été très lyrique et expressive.\n    M m e Preuse-Matzenauer, du théâtre de Bayreuth, a déployé une ampleur\nvocale superbe dans l'air d'Adriano de Rienzi et a fait preuve dans les lieder\nde W a g n e r d'un art très p u r et compréhensif. L a virtuosilé i n s t r u m e n t é e\nétait représentée à ce concert par le violoncelliste H e k k i n g D e n a n c y , un\nartiste de valeur. Son jeu plein de noblesse se caractérisant par la richesse et\nla plénitude de la sonorité semble se rattacher à l'école de Casais. N o u s ne\nsaurions toutefois souscrire à son choix d'un certain concerto de Saint-Saëns,\nbien pauvre de substance musicale et ne rappelant en rien les très belles\nœuvres de musique s y m p h o n i q u e et de musique de chambre qu'a signées\nl'illustre maître français.\n"}, {"page_pdf": 901, "texte": "762                                          DURENDAL\n\n\n\n\nPremier Concert Durant. — Audition de Mlle G. Schellinx\n    Consacré à Bach et à H a n d e l , il fait grand h o n n e u r à l'intelligence artis-\ntique du jeune capellmeister bruxellois, tant par le choix des œuvres q u e par\nla qualité de leur exécution. Les éléments du p r o g r a m m e , judicieusement\nharmonisé avec le but éducatif que se proposent ces concerts, étaient puisés\nd a n s ce répertoire s u r a b o n d a n t d'étincelantes richesses et relativement encore\nsi peu exploré que constitue l'œuvre du maître de H a l l e et celle du cantor de\nLeipzig.\n    Deux concertos de H a n d e l , exquis de pensée et de forme, le premier en\nré mineur, où se trouve un m o u v e m e n t lent d'une poésie pénétrante, le second\nen fa majeur, où les timbres variés des cors, des hautbois et du basson se com-\nbinent de façon délicieuse, enfin u n e des merveilleuses suites de Bach pour\norchestre, celle en ut majeur, ont été exposées avec u n affinement de n u a n c e s ,\nu n e souplesse de r y t h m e , une perfection matérielle et interprétative tout à fait\nremarquables.\n    L a partie vocale du concert se composait d'extraits du Messie et de deux\ncantates de Bach, l'une : Ich will den kreuzstab gerne tragen; l'autre : Freue dich,\nerlöste schaar, exprimant avec u n e profondeur admirable le ferme espoir et la\nsérénité tranquille de l'âme chrétienne aspirant à la mort libératrice s u p r ê m e .\n Les interprétations si majestueusement expressives et émouvantes de Seguin\net celles de M m e F l a m e n t , d'acctnt si noble et sincère, y ont fait g r a n d e\nimpression. La p h a l a n g e chorale qui a participé à l'exécution de ces cantates\net que M . Carpay s'est chargé d'instruire et de discipliner avec la haute com-\npétence et la sollicitude dévouée qui lui sont coutumières, constitue p o u r\n M. Félicien D u r a n t un a p p o i n t précieux qui lui p e r m e t t r a d'imprimer à sa\nbelle entreprise u n nouvel et plus ample essor en familiarisant le public avec\ncette littérature chorale qui renferme les œuvres maîtresses de la musique.\nE s p é r o n s que, de son côté, le public bruxellois saura répondre à ces\ngénéreux efforts et que tout ce que la capitale compte en fait d'amis de l'art\nse trouvera réuni à l'Alhambra le dimanche 10 janvier pour entendre le\nRequiem de Mozart.\n\n   M l l e G e r m a i n e S c h e l l i n x , violoniste, a d o n n é à la G r a n d e - H a r m o n i e une\ntrès intéressante audition. N o u s avons rendu plus d'une fois h o m m a g e d a n s\nDurendal au talent si fin et sincère de cette j e u n e artiste élève de M. Marchot.\nElle a mis autant de douceur expressive que de charme pénétrant d a n s un\nAdagio de Max Bruch et une poétique élégie de Marchot intitulée Regrets;\npuis, après avoir fait paraître la pureté d'une technique sûre et brillante dans\nla Folia de Corelli, elle a terminé son concert par une interprétation pleine\nde verve et superbement rythmée de la Rhapsodie espagnole de L a l o . M l l e Schel-\nlinx était artislemenl accompagnée au piano par M. Minet, et à plusieurs\nreprises elle a été chaleureusement a p p l a u d i e .\n"}, {"page_pdf": 902, "texte": "                                   CHRONIQUE         D'ART                                 763\n\n\n\n                      Récital de Mme Kleeberg-Samuel\n     N o u s n'ayons pas à refaire ici l'éloge du talent de M m e Kleeberg-Samuel,\nsi connu et apprécié à Bruxelles. Elle appartient à cette élite restreinte de\npianistes dont les programmes, substantiels et châtiés, s'inspirent uniquement\nd'une pensée d'apostolat artistique, et d'où en conséquence les manifestations\nde virtuosité pure et les cabotinages oiseux sont sévèrement exclus. U n e\nœuvre maîtresse de Beethoven, la Sonate o p . 111, et u n des cycles les plus\nexquis de la littérature schumanienne, les Kreisleriana où les chants suaves\net pathétiques alternent avec des fantaisies pétillantes de grâce ou avec des\npages empreintes d'énergie héroïque et farouche, étaient comme les deux\nfigures centrales et dominantes de ce beau p r o g r a m m e . M m e Kleeberg en a\nd o n n é u n e interprétation très approfondie et personnelle, bien que toujours\nrespectueuse du texte et de l'esprit de l'œuvre, interprétation où l'intelligente\nmise en valeur des thèmes vient se joindre à une généreuse intensité de vie\nr y t h m i q u e , au charme prenant des nuances et des sonorités. N o u s avons sur-\ntout goûté la poétique atmosphère de rêve extatique où elle a situé l'Arietta cou\nvariazioni de la sonate. Dans la première partie du concert réservée à la\nmusique ancienne, M m e Kleeberg a fait entendre la Suite française en mi majeur\nde Bach, exposée avec maîtrise et u n sens rare du coloris, puis une gigue de\nH ä n d e l et deux spirituels caprices de Scarlatti, détaillés avec la plus s u b -\ntile délicatesse. Dans la partie de m u s i q u e m o d e r n e , signalons le Capriccio\nen si mineur de Brahms et u n joli nocturne de F a u r é , en la bémol majeur.\n\n\n\n                             Bibliographie Musicale\n    Deux excellentes études viennent de paraître dans la collection L a u r e n s\ndes musiciens célèbres.\n    L a première, d u e à la plume charmeuse de B o u r g a u l t - D u c o u d r a y , est con-\nsacrée à S c h u b e r t , dont elle analyse (aussi complètement qu'il est possible\nde le faire en une centaine de pages) l'œuvre prodigieuse conçue et écrite en\nquelques années et qui c o m p r e n d toutes les formes de l'expression musicale,\ncar si le lied y atteint u n e perfection et u n e hauteur d'inspiration qui n'ont\njamais été surpassées (Schubert en a composé six cent trente-quatre) « par\nses œuvres s y m p h o n i q u e s , ses compositions pour piano et sa musique de\nc h a m b r e , il se rattache étroitement au groupe des trois créateurs de la sym-\nphonie, H a y d n , Mozart et Beethoven ; il est digne de partager leur gloire\ncomme l'un des maîtres les plus puissants et les plus complets de la musique\ninstrumentale ».\n    L a seconde étude, concise et savante tout à la fois, et signée d'un nom qui\ncompte parmi les plus autorisés de la critique, M. de la L a u r e n c i e , est con-\nsacrée à R a m e a u . M. de la Laurencie envisage tour à tour l'homme, l'artiste\net ses théories esthétiques si intimement liées à son œuvre, concluant par ces\n"}, {"page_pdf": 903, "texte": "764                                 DURENDAL\n\n\nlignes profondément judicieuses : « Sorte de deus bifrons à la fois philosophe\net musicien, h o m m e de pensée et h o m m e d'imagination, R a m e a u retire de ce\ndouble caractère une originalité exceptionnelle. Mais en m ê m e temps, et ceci\nnous semble susceptible d'expliquer c o m m e n t on le traita tour à tour d'attardé\nréactionnaire et d'audacieux novateur, ce dieu au double visage regarde d'un\ncôté le passé et de l'autre l'avenir. Du côté de l'opéra, c'est le passé qu'il\nfixe, élevant jusqu'à l'apogée le genre cultivé par ses devanciers. T o u t au\ncontraire R a m e a u musicien et symphoniste regarde l'avenir; il laisse entre-\nvoir des possibilités, il découvre de vastes horizons et les nobles effigies\nqu'il frappe d a n s l'inaltérable métal de sa musique représentent les ancê-\ntres des glorieux ouvrages qui, à la fin du siècle, jetteront u n éclat sans\npareil. »\n   Signalons enfin la biographie de B o ï e l d i e u par M. Auge de L a s s u s , récit\nplein d'intérêt où l'auteur exprime l'admiration la plus sincère p o u r le musi-\ncien aimable dont la postérité n'a retenu que la. Dame Blanche, œuvre qui à notre\nsens a certainement vieilli d a n s quelques-unes de ses parties mais reste en\nd'autres, n o t a m m e u t d a n s tout le premier acte, étonamment j e u n e , fraîche et\nvivante.\n                                                            G E O R G E S DE G O L E S C O .\n\n\n\n                              II. L E S SALONS\n\n                         L'Art à Schaerbeek\n   U n e nouvelle « société » : — nous sommes en Belgique — « L e Cercle des\nArts, des Sciences et des Lettres de Schaerbsek » vient d'être fondée. Elle\nest présidée par le peintre J a n Stobbaerts.\n   L e Cercle d é b u t a n t a tenu à souligner sa première manifestation de\nvitalité — l'organisation d'une exposition — par tous les moyens d'une\npublicité copieuse.\n   Il s'agit d'une exposition Rétrospective. Le but et l'opportunité d'une telle\nentreprise pouvaient sembler discutables. Mais les promoteurs ont imaginé\nun p r o g r a m m e qui leur a p a r u d o u é d'un certain à-propos : « L'Art à\nSchaerbeek dans le passé ». Ce titre exagère ! Le passé de l'art à Schaerbeek,\net le passé de Schaerbeek lui-même, n'ont aucun caractère d'ancienneté. Les\nœuvres exposées ne remontent pas plus h a u t que 1830 et a p p a r t i e n n e n t , par\nleur aspect, bien plus au présent qu'au passé.\n   Même MM. E u g è n e Smits, J a n S t o b b a e r t s , A. J. H e y m a n s et deux\nautres maîtres dont je parlerai plus loin sont au nombre des artistes repré-\nsentés sur les cimaises. La production de ces peintres n'est nullement tarie,\nque je sache? L'avenir, m ê m e à Schaerbeek, peut encore comporter\nl'apparition d'oeuvres dues à leurs pinceaux.\n   Sans d o u t e , à côté de ces envois parés d'actualité, la galerie — u n peu\nexiguë et trop remplie de l'hôtel du docteur V...—abritait desouvrages dont les\nauteurs sont plus ou moins récemment défunts.\n"}, {"page_pdf": 904, "texte": "                             CHRONIQUE D'ART                                 765\n\n   On assure que chacun d'eux tint par quelque lien au terroir schaerbeekois.\nAcceptons cette affirmation sans trop examiner si c'est du chef de leur\nnaissance, d'une résidence temporaire, du seul souvenir d'une promenade\npar les rues de la commune ou de la présence d'une de leurs œuvres dans\nune collection locale que leurs noms figurent au catalogue. Pour représenter\n1' « Art à Schaerbeek dans le passé », les œuvrettes du Français Cormon et de\nSir Laurence Alma-Tadema R.-A., né en Hollande, naturalisé Anglais, et\ntout aussi vivant que M. Cormon, — de l'Institut — paraissent un peu des\nhors-d'œuvre. De même celles de feu Ribarz (Autrichien), de feu Gabriel\n(Hollandais), de feu Rosloefs (id.), et de quelques autres seigneurs sans\nimportance. Sir Laurence Alma-Tadema se duuterait-il qu'il pourrait reven-\ndiquer une place parmi les grands hommes de Schaerbeek?\n\n                                        * *\n    Une exposition rétrospective, même formée avec cette élasticité dans les\nchoix, a toujours le tort de venir après beaucoup d'autres et de ramener sous\nnos yeux des œuvres tant de fois revues en ces dernières années. Depuis\n1' « atelier Portaels » et la « Centennale de l'Académie », et la Rétrospective de\nl'Art belge, et les salonnets consacrés soit à des séries de portraits soit à des\nréunions posthumes des principales œuvres d'un artiste disparu depuis peu,\ncombien en vîmes-nous? Qui ne se souvient des ensembles de Ch. Degroux,\nd'Hippolyte Boulenger, de Paul De Vigne, de Julien Dillens, de Constantin\nMeunier, des frères Oyens, de Joseph Coosemans, de F. Binjé, de Stacquet,\nde Verwée, d'Henri Evenepoel et de combien d'autres encore organisés un\npeu partout.\n    Le Salon de Schaerbeek, puisant aux mêmes sources ses éléments, ne\npouvait guère nous réserver de surprises. A peine quelques études, — docu-\nments d'ateliers — ou des morceaux dus à des artistes de peu de notoriété,\npouvaient apporter un peu d'imprévu dans l'ensemble. C'est ainsi qu'un\nGallait, un Portaels déjà oubliés des générations actuelles reparaissent avec\nquelque renouvellement de fraîcheur d'impression.\n    Le Comité de placement semble avoir assez délibérément sacrifié l'effet de\ncertaines toiles en juchant au second ou au troisième rang des morceaux de\nchoix — tel un bel Alfred Verwée — et faisant, on ne sait pourquoi\n (ou peut-être le sait-on?) la place trop belle à des morceaux très médiocres\nqu'un tel excès de zèle desservit. Pourquoi mettre en milieu de panneau,\nentouré de repoussoirs triés avec art, au fond de la galerie, c'est-à-dire en\nvedette tout à fait, ce grand paysage d'Eugène Plasky si froid et si mince,\nd'une couleur dure et sèche? Il y a encore quatre autres Plasky ailleurs\n— qui ne sont pas meilleurs. — Et ces Ringel, Ravet, Stark et tutti quanti\nqui encombrent la salle et ont fait reléguer dans le vestibule d'accès des\n pages bien plus précieuses. Cela manque un peu de mesure et de goût...\n    Des Agneessens, des Artan, des Boulenger, des Ch. Degroux, des Louis\n Dubois, des portraits de Navez, des Verheyden, des Verwée, sans doute\nc'est toujours, bon à revoir, sans compter les œuvres des autres peintres dont\n j'ai parlé chemin faisant.\n"}, {"page_pdf": 905, "texte": "766                                     DURENDAL\n\n\n\n  Des sculptures de P a u l De Vigne, de Constantin Meunier, de J. Dillens\nmeublaient délicieusement l'exposition.\n  Mais que fera dorénavant le « Cercle des Arts, des Sciences et des Lettres\nde Scharbeek » ?                                                 X. X. X.\n\n\n\n                           Le Salon annuel dn Sillon\n    Il faut savoir gré à l'abnégation de ceux qui creusent le sillon obscur où\ngermera un jour la semence dont les autres recueilleront le fruit. E n faveur\nde cet espoir, on se résigne à acter plus de promesses que de réalisations\ndans les salonnets des j e u n e s . C'est le cas de la récente exposition du Sillon.\n    N o n pas cependant que tout y soit en germe. L'œuvre de F r a n z H e n s\naffirme la maturité d'un talent au service d ' u n e g r a n d e âme de poète. P e r s o n n e\nne rend comme lui les nuances les plus rares de la lumière, aux heures\nexquises où la matière se spiritualise en des brumes vivantes. J'admire la\nsouplesse savante du métier qui réduit presque à rien l'élément technique.\nMais j ' a d m i r e davantage l'intense poésie qui a n i m e ces pages d'un art si probe\net si méditatif. Les m e m b r e s du Sillon, en offrant au maître l'hospitalité de\nleur salonnet, profiteront de la leçon qui leur est d o n n é e . Ils se souviendront\nque l'art vit plus d'émotion que de truquages habiles.\n    Après les tableaux de F r a n z H e n s , il n'y a plus guère de choses transcen-\ndantes à l'exposition du Sillon. U n e b o n n e mention est d u e à Albert Geu-\ndens, p o u r son pastel : Intérieur de Béguinage, œuvre charmante d'un dessin\ncorrect et d'une jolie couleur attendrie et discrète.\n    Gaston Haustrate se consacre aux coins pittoresques des vieilles b o u r g a d e s .\nIl d o n n e un accent personnel aux bicoques ruineuses, que le zèle des peintres\nne sauve plus de la banalité. J e lui reproche c e p e n d a n t de voir trop blanc.\n    Maurice V a n d e n Brugge voit peut-être u n peu trop noir — ou trop bleu —\nd a n s sa Vieille cour de Bruxelles. J e loue sans réserves la sincérité de cette excel-\nlente toile; elle prête une â m e sympathique aux choses très humbles qui\ndorment dans u n e cour h u m i d e . La m ê m e sincérité h o n o r e le joli Intérieur,\noù brille certain rouge digne du g r a n d B r e u g h e l , E n revanche, la Jeune fille\nà sa toilette me fait l'effet d'une erreur de goût.\n    E n appréciant comme il convient les habiles paysages parisiens de Victor\nMignot, et surtout le Cadre de quatre études, j ' a u r a i n o m m é ce que le Salon du\nSillon offre de mieux en fait de peinture.\n    La sculpture y serait assez faiblement représentée, n'était le magistral buste\nd'Edgar T i n e l , par Arsène Matton. L a douloureuse figure du Maître domine\nde h a u t la médiocrité c o n t e m p o r a i n e . . .\n                                                                         F.   VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 906, "texte": "       Chronique théâtrale parisienne\n                         Au m o m e n t où j'écris, la réalité tragique fait tort au d r a m e\n                          théâtral. T o u t Paris se p e n c h e en frémissant, en palpitant,\n                          en s'indignant, sur les feuilles qui révèlent peu à peu le\n                          mystère de l'impasse R o n s i n . Devant les moindres détails\n                          de la vie de M m e Steinheil, les plus graves considéra-\n                          tions sur le Maroc ou sur la péninsule des Balkans dégrin-\n                          golent. Il est vrai, et ceci est à l'éloge de la moralité\n                          publique, que cette assez triste curiosité de vilaines\n                          choses ne se résout pas en u n e malsaine admiration du\n                           crime et des criminels; le temps n'est plus où les adver-\nsaires de la police bénéficiaient ipso jure de la sympathie p o p u l a i r e ; par u n\nétrange retour, c'est la « rousse » qui tient le beau rôle, et sur les planches\nplus encore que sur les pavés. D a n s les duels épiques entre Raffles et Bed-\nford, entre Moriarty et Sherlock H o l m e s , entre Arsène L u p i n et G u e r c h a r d ,\nce n'est pas le gentilhomme cambrioleur, ou le Napoléon du crime, qui\nsoulève l'enthousiasme des chevaliers du lustre, c'est le policier! Il est vrai\nque celui-ci a fait du chemin depuis les Misérables; quelle différence entre\nl'héroïque mais borné Javert, et les subtiles et vaillants détectives que nous\nmontrent les Conan Doyle et les W i l k i e Collins !\n    Ce G u e r c h a r d notamment qui finit par triompher de son protéique gibier,\ndans 1''Arsène Lupin de M M . F . de Croisset et Maurice Leblanc (ATHÉNÉE) est\nun très habile h o m m e et que la Sûreté générale devrait bien s'attacher; il\navait affaire à forte partie avec ledit L u p i n , un gaillard capable, aux fins de\ncambrioler, à l'heure dite, un riche collectionneur, de se faire passer pour un\nnoble duc, a m o u r e u x et m ê m e fiancé de la j e u n e fille de la maison; mais son\nmérite n'en est que plus g r a n d , et en fin de compte tout se d é n o u e pour le\nmieux : la police glorifiée, la propriété défendue, et m ê m e le vice guéri, puis-\nqu'à la chute du rideau, l'ingénieux Arsène L u p i n laisse entendre qu'il va\nfaire peau neuve; peut-être deviendra-t-il à son tour, comme Vidocq, roi des\nvoleurs, u n empereur des détectives, et ce serait u n e nouvelle pièce que je\nr e c o m m a n d e à M. Maurice L e b l a n c , père du prince Arsène et beau-frère\n par ailleurs de la princesse Maleine : L u p i n devenu policier arrêtant Guer-\nchard devenu cambrioleur! N'y a-t-il pas là de quoi faire rêver le soir les\ncervelles h u m a i n e s , comme dit Baudelaire? et les orienter, ce qui est plus\n important pour les auteurs du jour, vers le Cap de la Centième? L a manie\n investigatrice est si impérieuse! T o u t le pays en fut affreusement victime,\n lors de l'Affaire, la fameuse. Du moins, aujourd'hui, la maladie ne peut pro-\n"}, {"page_pdf": 907, "texte": "768                                     DURENDAL\n\n\nduire que des accidents b é n i n s et risibles, tels les a m u s a n t s q u i p r o q u o s\nqu'échafaude M. R e n é Berton dans sa saynète de la COMÉDIE ROYALE : En\n lisant Sherlock Holmes.\n    J u s t e m e n t les bouffonneries ont été assez savoureuses, ce mois de novembre\nécoulé. Le spectacle de ce bon bourgeois jaloux des lauriers du maître poli-\ncier anglais, qui fait arrêter tout son voisinage pour u n e montre d o r m a n t au\nfond de son gousset, n'est déjà pas mal. Mais meilleurs encore sont d'autres\ncoq-à-1'àne. Voyez ce pauvre Monsieur Mézian, (THÉÂTRE DES ARTS), vieux, laid,\npudibond-, sauvage, et qui, comme par un coup de baguette m a g i q u e , se\ntrouve b r u s q u e m e n t en proie aux frénésies d'une demi-douzaine de Madames\nP u t i p h a r , parce qu'un mauvais plaisant d'hypnotiseur a eu l'idée de leur sug-\ngérer cette passion hurluberlue; il y a là place, on le devine, pour d'ahuris-\nsantes charges, que l'auteur Pierre Veber a fort bien imaginées, et que la\nprincipale de ces d a m e s P u t i p h a r , M l l e Marthe C a u m o n t , a merveilleusement\nr e n d u e s . Et l'Enfant de ma sœur (DÉJAZET) de Mouézy E o n , le t r i o m p h a l\nauteur du plus que millénaire Tire au flanc, croyez-vous qu'il soit dénué\nd'altrait? Ce fruit sec de la faculté de droit a u n e excellente idée en\nchargeant le garçon de café de sa tabagie habituelle de passer à sa place la\nlicence en droit, d'abord parce que cela nous vaut u n e désopilante scène\nd'examen juridique, et aussi parce que le dit garçon de café qui répond\nmodestement au nom de Napoléon P r e m i é , pris d a n s l'engrenage des sub-\nstitutions, substitutus subsliluto, comme disait ce vieux Justinien, se met à\njouer de fort bon appétit le rôle de fiancé de la fille du grand examinateur.\n E n c o r e Petite Babouche de M. P a u l Giafferi se laisse entendre, à la COMÉDIE\nROYALE : Que peuvent faire de mieux une jolie gourgandine en proie à des\nidées de suicide et un bel apache en butte à des tentations d'assassinat,\nsinon de mettre en c o m m u n leurs particulières façons de concevoir l'existence?\nLes deux homicides seront toujours d é c o m m a n d é s , pour le quart d'heure.\nMais tout à fait bien dans son genre est, au même théâtre, la fine bouffon-\nnerie de M. Georges Feydeau : Feu la mère de madame (je n'ai ouï personne\nprotester contre l'orthographe de cet adjectif et réclamer feue!). Cette erreur\nd'un domestique qui se trompe d'étage et vient annoncer la mort d'une belle-\nmère à un g e n d r e trop tôt joyeux, aurait pu être d'un macabre pénible,\ntandis qu'elle est seulement abracadabrante et kakalassogène; c'est sans doute\nque, q u a n d on rentre du bal des Quai' z'arts à cinq heures du matin, en\ncostume hétéroclite et avec pas mal de cock-tails sur l'estomac, il ne peut rien\nvous arriver de réellement funèbre : il y a un dieu pour les ivrognes!\n    Peut-être ai je attaché beaucoup d'importance à ces amusettes; encore n'ai-\nje rien dit de Plumard et Barnabe (CLUNY), de Dix minutes d'auto (NOUVEAUTÉS),\nd'Un mari trop malin (VARIÉTÉS) et de quelques a u t r e s . J'aurais dû réserver\nplus d'attention aux pièces vraiment sérieuses. C'est qu'elles n'ont pas été\ni n n o m b r a b l e s , ce mois-ci, les pièces sérieuses, surtout si l'on passe rapide-\nment sur les noirceurs d'un mélodramatique un peu trop c o n n u , comme\nles scènes de nihilisme russe que M M. Cain et Adenis ont d o n n é e s a u THÉÂTRE\nSARAH-BERNHARDT sous le litre Les Révoltés, et sur les études de psycho-\n logie qui, si j'en juge par les comptes rendus (car je ne fus pas convié à la\n"}, {"page_pdf": 908, "texte": "                   CHRONIQUE THEATRALE PARISIENNE                                 769\n\n\nreprésentation d u    NOUVEAU T H É Â T R E   D'ART) sortent un peu de la mesure\nthéâtrale, comme le Heurt de M. P a u l Granet et la Logique du doute du talen-\ntueux M. Alfred Mortier. Donc de ces pièces que je qualifie sérieuses (va-\nt o n p r e n d r e cela pour un éloge ou pour u n e critique?) la plus originale, ou\ndu moins celle qui sort le plus de nos habitudes d'esprit boulevardières et\nqui pour cela m'intéresserait davantage, est l'Eveil de printemps (théâtre des\nArts) d'un auteur allemand, F r a n z W e d e k i n d , déjà, paraît-il, illustre outre-\n R h i n . C'est le problème de l'adolescence que traite cette œuvre étrange pour\nne p a s dire pis : quel va être le premier contre-coup de la réalité sur des âmes\nd'éphèbes qui s'éveillent pleines d'illusions et de disproportionnés enthou-\nsiasmes ? Assurément elles p o u r r o n t être froissées ou déviées; la vie de\n collège, avec ses maîtres pédantesques (vraiment trop caricaturés chez le\n d r a m a t u r g e tudesque), les choquera et les irritera; la vie de famille, qu'on\n nous laisse deviner désolante pour l'un au moins des héros, les enfoncera\n d a n s le dégoût de l'existence; la vie de sentiment et de sensation juvéniles\n les inclinera à la débauche, au désespoir, à l'avortement et au suicide, et la\n conclusion qu'il faut tirer de ces tableaux poussés au noir est qu'on ne\n saurait être jamais assez bienveillant, réconfortant et éclaircissant pour ce\n qu'on appelle l'âge ingrat, et qui devrait plus justement s'appeler l'âge diffi-\n cile; croire qu'on résoudra toutes les difficultés de cette période p a r l a c o m -\n pression absolue ou par la licence effrénée est également d a n g e r e u x ; il faut\n b e a u c o u p de tact en ces matières, et si j'en crois un livre de M. Compayré\n qui vient de paraître sur l'Adolescence, les Américains eux-mêmes en\n reviennent de cette coéducalion des sexes qu'ils avaient n a g u è r e tendance à\n regarder c o m m e la panacée des jeunes psycho-physiologies. Ce tact, la\n pièce allemande dont je parle n'en a-t-elle jamais m a n q u é ? J e n'oserais\n l'affirmer, mais tout passe assez facilement grâce à l'atmosphère romantique\n dans laquelle se meuvent les protagonistes, et puis ia conclusion est à la fois\n  morale et vaillante. Ce que Melchior e n t e n d résonner à ses oreilles dans le\n cimetière où dort la petite W e n d l a , morte de leur péché c o m m u n , et où\n  rôde le spectre de son ami Maurice, suicidé un peu à cause de lui, c'est le\n  mot admirable de Goethe : E n avant par-dessus les tombeaux ! u n e de ces\n  maximes que tout h o m m e devrait porter gravée dans le cœur. L a vie est u n e\n bataille où les corps de ceux qui tombent doivent servir aux autres de\n fascines comblant les fossés. Il est dur que le courage du survivant soit d u\n en partie au désespoir mortel des deux jeunes autres, mais n'aurait-ce pas\n été plus triste encore que cette double mort n'eût engendré chez le troisième\n  que lâcheté et nouveau suicide ?\n   C'est en comparaison de ces pièces étrangères, choquantes peut-être mais\nfortes et graves, et profondes, que nos comédies à prétentions sérieuses a p p a -\nraissent soudain d'une frivolité navrante. De l'esprit, oui, je ne dis pas non,\nsurtout si l'on appelle esprit le bagout parisien, et de l'habileté scénique, et\nd'amusantes silhouettes, et de fines situations, tout cela constituant la\n« b o n n e soirée » qui fait q u e , le jeu des jolies actrices aidant, le spectateur\nne regrette p a s trop son demi-louis, mais comme tout cela est mousse de\nc h a m p a g n e ! La situation que M. Maurice D o n n a y met en scène d a n s la\n"}, {"page_pdf": 909, "texte": "                                     DURENDAL\n 770\n  Patronne (VAUDEVILLE) est sans doute d'une spécialité intéressante : cette\n dame S a n d r a l , qui, à l'âge mûr, se p r e n d d'une affection maternelle pour le\n jeune secrétaire, R o b e r t B a y a n n e , de son mari, au risque de se compro-\n mettre, qui le console de ses déboires a m o u r e u x et le tire de certains mauvais\n pas pour le remettre dans le bon et droit chemin, tout cela est parfait au point\n de vue éthique (étant donnée la morale très particulière du m o n d e parisien\n vu à travers les jumelles de théâtre : toutes ces dames, y compris la b o n n e\n patronne, ont des amants !) et fort agréable au point de vue scénique,\n comme on ne pouvait que s'y attendre de la part d'un maître du dialogue\n scintillant et de la péripétie palpitante. Mais vraiment, si dans la réalité de\n chaque jour, nous nous trouvions côtoyer ce petit groupe de petits pré-\n occupés, est-ce que cela nous intéresserait b e a u c o u p ? — E t le Passe-partout\n que M. T h u r n e r donne au GYMNASE, ferait-il courir la foule ailleurs q u ' à\n Paris ? C'est d'un intérêt si topique, cet intérieur de grand quotidien avec le\n fouillis d'intrigues, d'ambitions, de r a n c u n e s , de ridicules, de talents, de\n mérites et de friponneries qui s'y croise et s'y contrecroise! P o u r nous autres\n qui mettons des noms propres sous les anecdotes surtout peu propres, nous\n éprouvons un malin plaisir à des pièces de ce genre, mais si nous n'avions\n pas ce ragoût, trouverions-nous bien savoureuse l'histoire de la petite dacty-\nlographe qui refuse l'emploi lucratif mais instable de maîtresse de l'impor-\n tant Lionel, directeur du Passe partout, pour le poste de tout repos et de com-\nplète convenance d'épouse de son frère, le timide E u g è n e ? J'ai idée que cette\n« situation » doit avoir son n u m é r o , et passablement fourni, d a n s le cata-\nlogue des combinaisons d r a m a t i q u e s de Georges P o l t i .\n    Sans nier le mérite parisien de ces comédies de m œ u r s , d'aimables contes\nen vers me sembleraient devoir plaire davantage au simple public de tous\nles temps et de tous les lieux. Tel le Kaatje d'un de vos compatriotes, M. Paul\nSpaak que le THÉÂTRE DES ARTS a mis en scène avec ce souci de perfection\nartistique qui marque tous les spectacles montés par M. Robert d ' H u m i è r e s .\nC'est l'histoire, au XVIe siècle, d'un jeune peintre flamand que la gloire des\ngrands maîtres italiens a attiré au delà des Alpes, et qui rentre au logis\nfamilial a c c o m p a g n é d'une belle créature aux yeux noirs et à la chair brune\nqu'il dit être sa femme; et l'on comprend le conflit douloureux qui ne m a n q u e\npas de s'élever entre le jeune couple et les vieux p a r e n t s à la guimpe em-\npesée e:t à l'âme austère, sans oublier la jolie petite amie d'enfance qui pleure\ndans son coin toutes les larmes de ses gentils yeux bleus, mais on devine\naussi que tout finit par s'arranger, la brune Florentine excédée par ce milieu\nbourgeois et par ce climat morose, s'envole à tire d'aile vers le pays où fleu-\nrissent les orangers et les joyeux lurons, et la douce petite F l a m a n d e console,\nrelève et sauve son ancien fiancé en lui m o n t r a n t la véritable voie de l'art\nlocal qui n'est pas de peindre des dieux et, des m a d o n e s , comme de vul-\ngaires Bolonais, mais de reproduire les paysages, les intérieurs et les h o m m e s\ndes P a y s - B a s . E t ce furent souvent d'exquises tirades que modulèrent les\nlèvres de M m e s Vera Sergine, capiteuse aventurière d'outre-monts et Des-\nrives, délicieuse personnification des F l a n d r e s , dans ce curieux décor\nde vieille maison, j a u n e et noire, où flamboient les cuivres, où chatoie à\n"}, {"page_pdf": 910, "texte": "                     CHRONIQUE                THÉATRALE            PARISIENNE             771\n\ntravers les carreaux u n e vision mélancolique de canaux et de moulins à\nvents, et où un canari dans sa cage s u s p e n d u au décor, mêle discrètement\nson ramage à l'harmonieuse mélodie des vers de M. S p a a k .\n   Est-ce tout? N o n , sans doute. P o u r être complet il faudrait encore énu-\nmérer bien d'autres pièces, décrire bien d'autres spectacles, mentionner\nmême jusqu'à ces cinématographes qui font rude concurrence aux vrais\nthéâtres, et qui déploient parfois un effort méritoire vers le mieux, tel les\nVISIONS D'ART de la rue Charras où se v o i t u n e curieuse reconstitution de la Mort\ndu duc de Guise. E t les spectacles du m ê m e genre pour les yeux dont je n'ai\nrien dit! A la joie des grands et des petits, mais, je crois, des petits surtout,\nle CHATELET a repris l'antique féerie La Chatte blanche, et le Nouveau-Cirque a\ncombiné u n e Revue nautique de p l u s ; q u a n t aux g r a n d s , ils n'ont q u e l'embarras\ndu choix; le fastueux OLYMPIA leur offre u n e opérette américaine Vera Violetta\ndont le coruscant tra-la-la serait capable de vous réconcilier avec le yan-\nk i s m e . L ' A P O L L O et le CASINO DE P A R I S poursuivent leur c h a m p i o n n a t de\nluttes; enfin, c o m m e revues, PARISIANA, le CONCERT E U R O P É E N et la CIGALE\nrivalisent de bonne h u m e u r et de jolie musiquette; d a n s le Paris à la diable\nn o t a m m e n t que donne ce dernier théâtre, il y a u n e scène assez divertissante\nentre hirsutes barbes socialistes, les c o m p a g n o n s de la C. G. T . et les tenants\nde la R . D. M. Vous savez que les premières de ces lettres cabalistiques\ndésignent la Confédération Générale d u T r a v a i l ; quant aux dernières, votre\ningéniosité naturelle y a déjà r eco n n u les Ramasseurs de Mégots, corpora-\ntion digne assurément de la plus haute estime.\n   Il ne serait pas bien de clore cette chronique sans dire un mot du deuil\nqui vient de frapper la littérature théâtrale. Victorien Sardou était un survi-\nvant, car le souvenir de ses grands succès est resté lié aux années brillantes\nou tristes qui ont précédé ou suivi la guerre de 1870, mais ce n'était pas à lui-\nmême qu'il survivait, puisque chaque deux ou trois ans une pièce nouvelle,\ntoujours intéressante, souvent admirable, venait attester la verdeur de sa\nvieillesse. A u m o m e n t où la mort l'a frappé, il préparait, paraît-il, u n Mirabeau\net personnellement je regrette d'autant plus la soudaineté cruelle de sa dis-\nparition que cette période initiale de la Révolution me hante aussi, actuelle-\nment, au point de vue scénique. Mais pour être ainsi tristement i n t e r r o m p u e ,\nl'œuvre du maître n'en reste pas moins étonnante d'ampleur, de richesse, c e\nvariété, de talent. Sardou formera avec Augier et D u m a s fils le triumvirat\nthéâtral de la seconde moitié du XIXe siècle, et les mérites respectifs de ces con-\nquérants de la scène seront u n sujet de dissertation scolaire pour nos neveux\net petits-neveux, tout comme aujourd'hui le parallèle de R a c i n e , de Corneille\net de Molière. A ne rien céler, nos trois contemporains ne furent pas de la\ntaille de leurs aînés, mais ce ne furent pas non plus des a v o r t o n s ; il y a u n e\nvigueur étonnante de pensée et d'expression chez D u m a s , et des caractères\naussi fouillés que vivants chez Augier, et des combinaisons d'une habileté\nmerveilleuse chez Sardou. L e s bonnes gens qui ont la manie de d o n n e r des\nprix seront bien embarrassés. S a r d o u , en un certain sens, est le plus sympa-\nthique des t r o i s ; il n'a pas le moralisme grondeur de D u m a s ni le politicia-\nnisme agressif d'Augier; chez lui a u c u n e haine, pas plus celle du curé ou\n"}, {"page_pdf": 911, "texte": "772                                   DURENDAL\n\n\ndu hobereau, que celle de l'aventurier ou de la galante ; ses femmes, même les\nfatales ou les néfastes, restent pitoyables sinon s y m p a t h i q u e s . E t puis, il est\nautrement varié que ses rivaux; D u m a s ne sort guère de ses pièces à thèse et\nAugier de ses comédies de m œ u r s , mais Sardou, sans ignorer absolument ces\ndeux domaines — le Crocodile n'est-il pas en quelque sorte du premier genre\net la Famille Benoiton du second? — s'annexe bien d'autres provinces, la p u r e\ncomédie d'intrigue, genre Pattes de mouches, le vaudeville à grosse et pourtant\ntoujours fine gaieté, comme Divorçons, le grand drame romantique tel que la\nHaine, et la chronique d'histoire dialoguée à la Thermidor. D'ailleurs même sur\nleurs domaines propres, il lutta parfois avec les deux a u t r e s ; je me demande\nsi toutes les pièces politiquantes d'Augier, quelque solides qu'elles soient, valent\nl'unique, le prestigieux Rabagas. Vraiment la première impression qui met\nS a r d o u si fort au-dessous de ses rivaux est injuste; et, sauf la préoccupation\nsincère, presque haletante, des g r a n d s problèmes h u m a i n s sinon divins, par\nquoi Dumas sera toujours supérieur aux deux autres, peut-être bien est-ce\nSardou qui, par l'ingéniosité inépuisable de ses combinaisons, la b o n n e\nh u m e u r spirituelle de ses dialogues, la vérité souriante de ses silhouettes ou\nl'effort artistique de ses grandes machines d'histoire, mérite la première place.\n Mais voilà que, moi aussi, je tombe dans la manie du palmarès. Mettons\nque je n'ai rien dit, et regrettons simplement la disparition de l'honnête\nhomme et du grand théâtriste que fut Victorien Sardou.\n\n\n                                                                       HENRI MAZEL.\n"}, {"page_pdf": 912, "texte": "                           LES             LIVRES\n\nAnthologie illustrée des Poètes et Prosateurs français\n     ( F r a n c e et Belgique) depuis leWVII°siècle j u s q u ' à nos jours, à l'usage des\n     Ecoles moyennes et des classes inférieures des collèges et des athénées,\n     par J. VAN DOOREN, professeur de rhétorique française à l'Athénée d'Arlon.\n     Préface de J U L E S CLARETIE. Ouvrage de 382 pages in-8° (15.5 X 23), orné\n     de 75 reproductions des plus beaux tableaux des grands maîtres de toutes\n     E c o l e s . R e c o m m a n d é p a r le gouvernement pour l'Enseignement m o y e n .\n     — (Verviers, librairie H e r m a n n , 9, rue David. Prix : cartonné, 3 fr. 75.)\n     Qu'il est loin, qu'il est joli encore à mon souvenir, le temps où, gamin de\n onze ans, je fis connaissance avec l'univers des Lettres, par la petite porte\n de la Chrestomathie de B r a u n !... Gris, vieillot, pauvre petit bouquin, cala-\n miteux recueil des banalités du G r a n d Siècle, — devant les splendides\n volumes que l'on offre aux écoliers, sous le titre élégant d'Anthologies,\n habillés de toile gaufrée, dorés sur toutes les coutures, a d o r n é s de photo-\n graphies des maîtres peintres de tous les pays — maigre Chrestomathie de\n B r a u n périmée, je t'aime tout à coup comme le souvenir de mes sabots de\n hêtre, mes chemises de coton bleu et ma cruche de fer-blanc, du temps de\n la petite enfance pauvre et délicieuse !...\n     Q u e les temps sont c h a n g é s . . . E t que doivent donc dire les jeunes gens à\n qui des livres comme cette « anthologie » de M. Van Dooren sont offerts ou\n plutôt ordonnés comme livres classiques, livres o b l i g a t o i r e s ! . . . « Mes amis\nvous nagerez dans l'éther bleu et purrissime du génie des p o è t e s . . . Vous ne\ngoûterez plus que l'ambroisie des poèmes sans défaut, choisis par le goût le\nplus sûr... Vous ne ferez plus de « littérature » qu'à l'ombre fraîche\net parfumée des productions les plus récentes, de nos maîtres les plus pro-\nches !... E t si vous aimez déjà les Lettres dans votre petite àme, avec de tels\n« Précis » vous serez d a n s une délectation perpétuelle. »\n     Q u e répondent les gosses à qui un tel langage est tenu ?... Je voudrais\nbien le savoir. Qui sait ? Peut-être rien !\n     E n tous cas, si nous n'avons pas bientôt une pléiade de jeunes écrivains\nqui se lèvent en Belgique, ce ne sera pas la faute de M. Van Dooren. S o n\ntravail est, pour le développement du goût des Lettres françaises en Bel-\ngique, une des productions scolaires les plus dignes d'encouragement et les\nplus complètement méritoires des plus vifs et sincères éloges. Nous la\nr e c o m m a n d o n s chaleureusement à tous les maîtres d'institution et p r o -\nfesseurs de français ayant à cœur de mettre l'enseignement de cette langue à\nson s u p r ê m e niveau.\n                                                                           DELATTRE.\n"}, {"page_pdf": 913, "texte": "774                                        DURENDAL\n\n\n\nŒuvres en prose de Richard Wagner, traduites en français par\n  J.-G. PROD'HOMME et F . H O L L . t. I L — ( P a r i s , D e l a g r a v e . )\n    M. P r o d ' h o m m e qui, par ses travaux sur Berlioz et sur les symphonies de\nBeethoven, a conquis une place enviée parmi les musicologues français,\ncontinue, aidé de M. F . Holl, sa traduction si méritoire et si utile des œuvres\nen prose de W a g n e r . Ce second volume, moins important peut-être q u e le\npremier et surtout que ceux qui suivront, est cependant d'un grand intérêt.\nIl contient les premiers écrits de la « période révolutionnaire » et nous montre\nl'artiste et le philosophe politique à la veille du grand ébranlement moral\nde 1849 qui l'émancipera en le déracinant et le fera passer p a r celte phase\nd'anarchisme humanitaire et d'orgueilleux désespoir dont la correspondance\navec Liszt et avec Uhlig montre si bien les douloureuses étapes.\n    N o u s y trouvons le compte rendu de la translation des restes mortels de\nWeber, d e L o n d r e s à Dresde (décembre 1844), et le discours q u e W a g n e r\npiononça à cette occasion au cimetière catholique de F r i e d r i c h s t a d t ; puis\ndes considérations intéressantes sur la neuvième S y m p h o n i e de Beethoven,\nà propos d'une exécution qu'il dirigea en 1846. Curieuse, l'interprétation\npoétique du premier mouvement dont le thème principal signifie, d'après lui,\nselon un vers de Gœthe : « Renonce, il le faut! Il faut renoncer! » Cette idée\ndu renoncement se confondant avec celle d'énergie morale a toujours été,\nsauf p e n d a n t la courte « période révolutionnaire » proprement dite, la marotte\nde W a g n e r . C'est déjà Wotan et Parsifal qui c o m p r e n n e n t ainsi la Neuvième.\n On peut entendre tout a u t r e m e n t ce sublime allegro et trouver aussi q u e\nle merveilleux scherzo évoque tout autre chose que le délire et les jouissances\ndouloureuses de la sensualité!\n    E n s u i t e viennent l'article important sur les Wibelungen, dont le poète-musi-\ncien étudia la légende pour son projet de drame : Frédéric Barberousse, et la\npremière esquisse complète d'un d r a m e sur le Mythe des Nibelungen (1848),\n qui montre la différence entre la conception primitive et le poème de 1853\n dont W o t a n est devenu le personnage central.\n     Fort intéressant aussi le Plan d'organisation d'un théâtre national allemand pour\n le royaume de Saxe, mémoire présenté, en 1849, au Ministre de l'Intérieur pour\n amener u n e réorganisation complète d u Hoftheater de Dresde, dont le n o u -\n veau L a n d t a g voulait supprimer la subvention. On y trouve naturellement\n en germe les théories que le Poète développera dans ses écrits de Z u r i c h .\n  L e mémoire débute ainsi : « Dans l'art théâtral, tous les arts se réunissent en\n proportion plus ou moins g r a n d e pour concouiir à u n e impression tellement\n immédiate sur le public q u ' a u c u n des autres arts ne peut les concentrer sur\n lui seul. Sa caractéristique est l'association tout en réservant le droit le plus\n large à l'individualité. » E t , de suite, il affirme son idéal moral en r e p r e n a n t\n cette parole de Joseph II : « Le théâtre ne doit avoir d'autre lâche que de concourir\n  à l'ennoblissement du gout et des mœurs. » W a g n e r y traite aussi la question de la\n  réorganisation d e la musique d'église, à propos de la chapelle royale de\n  Dresde, et voici soixante ans qu'il a écrit ce passage, souvent cité, qu'on dirait\n  emprunté au Motu proprio de P i e X : « Il faut que ce soit la voix humaine, véhicule\n  immédiat de la parole sacrée, qui ait la prédominance immédiate dans l'église et non la\n"}, {"page_pdf": 914, "texte": "                                    LES LIVRES                                   775\n\n\nparure instrumentale ou le jeu trivial du violon qui règne aujourd'hui dans\nla plupart de nos morceaux d'église; et s'il faut que la musique d'église\nretrouve toute sa pureté première, c'est la musique vocale toute seule qui doit de\nnouveau en assumer la charge. Le génie chrétien a inventé, comme le seul\naccompagnement qui semble nécessaire, le noble instrument qui dans cha-\ncune de nos églises a sa place incontestée; c'est l'orgue qui réunit à la plus\ngrande ingéniosité u n e grande variété d'expression sonore, mais qui exclut\npar sa nature la fioriture virtuose dans l'exécution et qui ne doit pas attirer\nsur lui, par un charme sensuel, u n e attention distraite. »\n   Les traducteurs ont joint, avec raison, à ces écrits le fameux discours poli-\ntique, si intéressant dans son incohérence, lu au Vaterlandsverein de Dresde,\nen juin 1848, qui n'est pas compris dans l'édition allemande des Gesammelte\nSchriften. J'espère qu'ils n'oublieront pas non plus de nous donner, au début\ndu troisième volume, l'esquisse du drame Jésus de Nazareth, qui manque éga-\nlement d a n s l'édition allemande (elle a été publiée après avec d'autres écrits)\net qui est d'une importance capitale pour l'étude des idées de W a g n t r\nen 1848.\n                                                                   C H . MARTENS.\n\n\n L e s d o c t r i n e s d ' A r t e n F r a n c e : Peintres, Amateurs, Critiques; De\n   Poussin à Diderot, par VI. ANDRÊ FONTAINE. Un volume illustré. — ( P a r i s ,\n   Laurens.)\n   L'idéal dans l'art — d ' a u c u n s ajouteraient : et dans la vie — a perdu son\nempire, l'empire que, malgré les apparences, il avait conservé tout au moins\nen partie jusque bien avant d a n s la seconde moitié du XIXe siècle. Aujour-\nd'hui, l'art a conquis sa liberté; d a n s la forme comme dans l'esprit, il ne\nrelève que de lui-même et cherche la beauté par les voies qui lui con-\nviennent, les plus diverses et les plus inattendues. La vie l'a envahi sous\ntoutes ses espèces, et elle nous émeut d'autant plus dans les œuvres qu'elle\ns'y exprime avec moins d'apprêt ou d'artifice, avec une simplicité plus sentie.\nNous aimons la N a t u r e , au contraire du majestueux L e Brun qui interdi-\nsait à ses élèves de travailler d'après elle, car « étant faible et mesquine » sa\nfréquentation ne pouvait que leur corrompre le goût! C'est dans le « natu-\nrel \" que nous cherchons « le beau et le grand », qu'il déclarait ne s'y point\ntrouver. Et si les « belles antiques » nous ravissent autant que lui, les\nmotifs de son admiration ne sont plus guère les nôtres.\n   Le Beau absolu, abstrait, unique pour tous les temps et pour toutes les\ncontrées n'a plus que de rares et attardés fidèles. Cette conception, enfantée\nen Italie, au XVIe siècle, par des érudits plutôt que par les artistes, n'exerça\nnulle part une influence plus despotique qu'en F r a n c e , sous ce que M. Fon-\ntaine appelle avec raison la « dictature de Le B r u n ». Ce fut le triomphe de la\nrègle, du dogme, d'une doctrine étroite, pédantesque qui saisissait la main\net la pensée de l'artiste pour les empêcher d'œuvrer, sinon en conformité\navec les conventions esthétiques régnantes. Certaines figures de Poussin\nparaissaient entachées de vulgarité aux yeux de l'Académie que dirigeait\nLe Brun, et il est probable que si un autre grand artiste s'était produit à ce\n"}, {"page_pdf": 915, "texte": "776                                   DURENDAL\n\n\nmoment-là, « il n'aurait pas été admis dans l'auguste collège, le génie étant,\nlui aussi, une \" singularité \"!\n   Mais la règle tend naturellement à l'excès et par cet excès m ê m e à sa propre\n ruine. E t c'est ce qui arriva pour la théorie classique élaborée par l'Aca-\ndémie. L a vie et les esprits qui sont mobiles ne s'accommodent point de\nprincipes i m m u a b l e s ; ils ont bientôt fait de les dépasser, les laissant dans\nla majesté de leur solitude. P h é n o m è n e presque insensible qui, peu à peu,\nretira sa vertu probante à la doctrine généralement acceptée et tourna la\npensée des hommes qui semblaient le plus inféodés à celle-ci vers des expres-\nsions nouvelles, aisées, libres... F a t i g u é de la p o m p e et de l'emphase, le\ntemps aspire à la grâce, à l'enjouement: Le Brun a p a s s é ; W a t t e a u va venir...\nL'art français en cherchant le naturel se retrouve l u i - m ê m e et les sources\nvéritables de son inspiration; et il ira ainsi, abondant en œuvres exquises,\njusqu'à l'heure où, à la fin du siècle, sous l'action des idées d o g m a t i q u e s et\ndes hommes autoritaires, il sera rejeté, comme l'écrit M. F o n t a i n e , H dans\nune voie qui n'est pas la sienne ».\n   Ce livre est excellent. Il nous fait le tableau animé et pittoresque de l'évo-\nlution des idées qui, du début du XVIIe siècle à la seconde moitié du XVIIIe, ont\ninfluencé l'ait en F r a n c e . Ces idées ont eu pour émissaires ou pour inter-\nprètes des artistes tels que Poussin, Le Brun, P h i l i p p e de C h a m p a g n e , les\n Coypel, e t c . ; des amateurs et des écrivains tels que Charles P e r r a u l t , Roger\nde Piles, F é n e l o n , Peiresc, Maiiette, Geisaint, le comte de Caylus, La Font\nde Saint-Yenne, le premier qui s'avisa (à la vive irritation des altistes) de\npublier, en 1747, u n e critique du Salon de peinture organisé par l'Académie;\nl'amusant président de Brosses, si spirituel et, parfois si... b ê t e ; combien\nd'autres encore, dont M. F o n t a i n e nous dit la physionomie, l'œuvre,\nl'action, la pensée, les aspirations. E t si éloigné que soit cet art Louis-\nquatorzien de notre conception, si froid et si e m p r u n t é qu'il nous paraisse,\nil ne se peut pas qu'en a p p r e n a n t à mieux c o m p r e n d r e les principes auxquels\nil se subordonnait, nous ne nous prenions de quelque sympathie pour les\nhommes qui l'ont représenté et pour leur effort vers une Beauté, sans émotion,\npeut être, mais non sans grandeur.\n\nL e g r a n d S i è c l e i n t i m e . 1. Le règne de Richelieu (1617-1642); I I . De\n   Richelieu à Mazarin (1642-1644), par E M I L E ROCA. 2 vol. — (Paris, Perrin.)\n   L'histoire est une Muse auguste. Elle parcourt les temps à vol d'aigle, de\ncime en cime. Comme la tragédie selon la norme classique, elle ne veut con-\nnaître que les grands personnages, les illustres qui ont rempli la scène de\nl'éclat de leur nom ou de leurs actes et ont conduit — ou semblé conduire —\nles événements. Elle va plus loin même et refuse d'inscrire sur ses majes-\ntueuses tablettes tout ce qui pourrait faire a p p a r a î t r e ses héros dans leur\nposture familière d'homme. Du moins était-ce là la conception académique\nde l'histoire, conception aujourd'hui ruinée. N o u s avons eu depuis l'histoire\nfantaisiste et grandiloquente à la Michelet, pilori romantique auquel l'histo-\nrien passionné traînait, tour à tour, pour les y clouer tous les héros, les\nchefs de l'Ancien régime, pour venir ensuite à l'histoire telle que nous la\n"}, {"page_pdf": 916, "texte": "                                     LES LIVRES                                       777\n\nconcevons aujourd'hui, plus attachée à faire œuvre de réalité et de substance\nque de décoration et de p o m p e . Cependant, si elle ne peut négliger a u c u n e\nsource et doit étudier l'époque non seulement dans les d o c u m e n t s officiels, la\nlittérature et les m o n u m e n t s de tout genre, mais dans les mémoires, les chro-\nniques scandaleuses, les chansons, etc., elle ne saurait, à peine de se noyer\nd a n s le détail, donner place considérable aux éléments e m p r u n t é s à ces\nderniers.\n     L e s indications générales caractéristiques qu'elle doit se borner à donner\npour situer les événements dans leur ambiance morale trouveront leur vérifi-\ncation circonstanciée en des ouvrages du genre de ceux que M. Roca con-\nsacre au XVIIe siècle français. Il nous introduit à sa suite, sinon dans les\ncoulisses du théâtre politique que remplirent Richelieu et Mazarin,\nL o u i s X I I I , Anne d'Autriche et le jeune L o u i s X I V , au moins dans la vie\nquotidienne, intime, de ces princes et de ces ministres, dans le m o n d e de\nseigneurs de grande ou de mince importance, de parlementaires, de bour-\ngeois, de traitants, etc., qui gravitait autour d'eux. Monde étrange et\nbigarré, où il y a beaucoup d'originalité, d'esprit, — d'esprit souvent rude et\ngrossier — d'intrigue, de légèreté de parole et de conduite, peu de scrupules\net de religion... On s'était tant battu au nom de la religion, à la fin du siècle\nprécédent, que, dans la paix rétablie, les âmes lasses s'étaient abandonnées\nà l'insouciance. U n e réaction devait se produire bientôt qui s'appellera le\nj a n s é n i s m e . . . Cette société, dont M. Roca nous fait le tableau amusant et\nmouvementé, devait trouver son expression la plus complète dans la F r o n d e ,\nmais elle était, en somme, assez restreinte, et, derrière elle, inconnue d'elle,\nil y avait la grande France, forte et laborieuse, qui allait à sa destinée.\n\n\nCollection des plus belles pages : Cyrano de Bergerac.\n   U n vol. avec portrait. — (Paris, Mercure de France.)\n   Cyrano, M. R e m y de G o u r m o n t en fait la remarque dans la notice qu'il\na écrite pour ce volume, Cyrano ne ressemblait pas du tout au personnage\ndont M. Rostand a vulgarisé la figure. Il n'était point bravache, à peine\npoète et pas du tout gascon.\n   Le principal de son œuvre est représente par les Etats ti Empires de la Lune\net l'Histoire de la République du Soleil. Ce sont des conceptions pleines de verve\net de trait; des inventions fantastiques à l'abri desquelles le malicieux auteur\ndonne a b o n d a n t e carrière, aux dépens des choses s u b l u n a i r e s , à son esprit\nd'ironie et de critique L'autorité ne lui imposait guère, celle des Anciens\npas plus que celle des modernes, et l'opinion d'Aristote ou de Platon ne le\npersuadait que si elle s'accordait avec la raison. Cette disposition d'esprit\nn'était pas toujous sans danger auXVIIesiècle ; aussi, de nombreux passages des\nécrits de Cyrano avaient-ils dû être s u p p r i m é s à l'impression. M. de Gour-\nmont a pris soin de les rétablir, d'après les manuscrits de la Bibliothèque\nnationale, dans l'excellent recueil qu'il a formé.\n\n                                                                     ARNOLD G O F F I N .\n"}, {"page_pdf": 917, "texte": "                                 NOTULES\n\n   L i b r a i r i e V a n O e s t . — A la librairie nationale d'art et d'histoire Van\nOest et Cie (16, place du Musée, Bruxelles) paraîtra incessamment un\nouvrage important de notre collaborateur A r n o l d Goffin. En voici l'objet :\nSaint François dans la légende et dans l'art primitif italien.\n   Saint François dans la légende primitive. Saint François dans l'art primitif : L'âge\nde la force, l'âge de la grâce.\n   Un volume grand in-8°, enrichi de lettrines et de nombreuses illustrations\nhors texte.\n   A r n o l d Goffin a publié encore les livres suivants dont nous avons fait\nl'éloge ici même et que nous r e c o m m a n d o n s instamment à l'attention des\nlecteurs amateurs d'art et de belle littérature.\n   T h i e r r y B o u t s . — Collection : Les grands artistes des Pays-Bas (éditeur Van\nOest, Bruxelles; prix 3 fr. 50).\n   P i n t u r i c c h i o . — Collection : Les grands artistes (éditeur, Laurens P a r i s ;\nprix 2 fr. 50).\n\n\n   L i t t é r a t u r e d ' a u j o u r d ' h u i , tel est le titre d'un nouvel ouvrage de\nnotre collaborateur F i r m i n V a n den B o s c h . Ce livre a été édité par la\nlibrairie Albert Dewit, 53, rue Royale, Bruxelles. Nous attirons tout spécia-\nlement l'attention de nos lecteurs sur cet ouvrage dont nous r e n d r o n s compte\nplus tard.\n\n\n   L e D u e l d e L a v e d a n a été d o n n é en représentation au théâtre\nMolière le 3 décembre 1908, par le Cercle royal d r a m a t i q u e et philanthro-\npique Les Amis du Progrès, d'Ixelles. Ce. Duel, on ne sait trop si les adver-\nsaires en sont la religion et l'amour ou, simplement, deux frères, le docteur\nMorey et l'abbé Daniel, que des dissentiments familiaux ont jeté d a n s les\ncamps ennemis de la L i b r e - P e n s é e et de l'Eglise. C'est à peine si l'abbé\nDaniel est croyant, et la foi de la pénitente que les affolements de la passion\nlui ont amenée, la duchesse de Chailles, est encore plus incertaine : elle\ncherche dans le confessionnal, où le hasard l'a conduite, l'appui contre ses\npropres impulsions qu'elle ne saurait trouver ailleurs.\n   Cette passion, il est presque superflu de le dire, c'est le docteur Morey,\nmédecin du m o r p h i n o m a n e duc de Chailles, qui la lui a inspirée. Et entre le\ndocteur et l'abbé, l'héroïne est tirée tantôt vers la satisfaction, tantôt vers le\ndevoir. Mais la mort opportune du duc permet à celui-ci de se concilier avec\ncelle-là. Si problème il y avait dans la pensée de l'auteur, on peut donc dire\n"}, {"page_pdf": 918, "texte": "                                       NOTULES                                       779\n\nque, étant donnés le dénouement et le caractère des personnages en conflit,\nla solution en a été éludée.\n   Quoi qu'il en soit, en dépit de l'équivoque de la thèse, le drame est\npoignant et a b o n d e en scènes éloquentes. Les acteurs-amateurs tles Amis du\nProgrès en ont porté vaillamment le poids, qui n'est pas médiocre. E t le\npublic très nombreux a chaleureusement applaudi M M . Charlier et David,\nqui ont joué avec force et émotion les rôles difficiles de l'abbé et du d o c t e u r ;\nM. Alex, qui incarnait avec rondeur et bonhomie le rôle de l'évêque Holène,\nle Deus ex machina de la pièce, et M m e Christian, qui faisait la duchesse\nde Chaules.                                                             A. G.\n                                          * s- *\n    L e p r i x G o n C O U r t . — L'académie Goncourt vient de décerner son\nprix a n n u e l (5,000 francs) à F r a n c i de M i o m a n d r e . T o u s ceux qui con-\nnaissent l'œuvre de F r a n c i s de M i o m a n d i e , sa haute probité artistique et son\nmerveilleux talent d'écrivain ratifieront ce j u g e m e n t . L ' œ u v r e primée est le\nr o m a n : Ecrit sur l'eau. Nous partageons au sujet du lauréat la manière de\nvoir de l'Art Moderne, q u a n d il écrit que tous ceux qui ont lu les études litté-\nraires si bien pensées et si bien écrites de F . de Miomandre ont pu appré-\ncier son talent personnel, primesautier, multiple et délical. La haute distinc-\ntion dont il est l'objet prouve qu'en lui le romancier n'est pas inférieur au\ncritique. Avant de publier le r o m a n qui vient d'être couronné, F . de Mio-\nm a n d r e avait fait paraître un volume de critique : Visages, qui contient des\npages de premier ordre. L'attribution du prix Goncourt à F . de Miomandre\nsera très favorablement accueillie dans les milieux littéraires, où le lauréat\nest estimé à la fois pour la droiture de son caractère et peur la valeur de ses\nécrits.\n\n\n    L a l i b r e a c a d é m i e d e B e l g i q u e a décerné son prix annuel (fon-\ndation E . P i c a r d ) de 600 francs à E d m o n d D e B r u y n , fondateur du Spec-\ntateur Catholique, collaborateur de plusieurs revues belges et étrangères,\nn o t a m m e n t de l'Occident, dans laquelle il a publié récemment une étude litté-\nraire remarquable : L'Eloge d'Anvers.\n                                            *\n                                           * *\n   G o d e f ï o i d D e V r e e s e , le plus artiste de nos médailleurs, a remporté\nle premier prix (3,000 francs) au concours de médailles organisé par le\nComité de l'Exposition de Bruxelles de 1 910. Le second prix ( 1,000 francs) a\nété décerné à Paul D u b o i s .\n                                           * *\n   C o n c e r t s D u r a n t . — On exécutera, au concert du 10 janvier, le\nRequiem de Mozart, pour soli, c h œ u r s mixtes, orchestre et orgue (180 exécu-\ntants), sous la direction de Félicien D u r a n t .\n\n\n  O r d r e d e L e o p o l d . — N o u s avons omis, bien involontairement,\nparmi les noms des nouveaux décorés, celui du poète Valère Gille, n o m m é\n"}, {"page_pdf": 919, "texte": "780                                    DURENDAL\n\n\nchevalier. Notre excuse c'est q u e , n'ayant pas le Moniteur officiel, nous avons\nreproduit une liste d'après un j o u r n a l .\n\n\n\nAccusé de réception :\n   A R T : Storia dell'Arte italiana. T o m e V I . La scultura del Quattrocento, con 781\nincisioni in fototipografia, par A. VENTURI (Milano, Ulrico Hoepli).\n— Pisanello et les médailleurs italiens, par JEAN DE FOVILLE. Volume illustré.\nCollection : Les grands artistes (Paris, L a u r e n s ) . — L'hôtel de ville de Paris,\npar LUCIEN LAMBEAU. Volume illustré. Collection : L e s richesses de la ville\nde Paris (idem). — Bile, Berne et Genève, par A. SAINTE-MARIE-PERRIN.\nVolume illustré. Collection : Les villes d'art célèbres (idem). — Nouvelles\nétudes sur l'histoire de l'art, p a r E M I L E MICHEL (Paris, H a c h e t t e ) . — Les fresques\nde Florence, p a r ABEL L E T A L L E . Volume illustré (Paris, Messein). — Art et\napologétique, par A . - D . SERTILLANGES ( P a r i s , Bloud).\n\n   D R O I T : Le Journal.       Sa vie j u r i d i q u e . Ses responsabilités civiles, par\nGEORGES DUPLAT (Bruxelles, Dewit).\n\n   H I S T O I R E : Paris sous Napoléon. Assistance et bienfaisance. Approvisionnement,\npar L . D E LANZAC DE LABORIE ( P a r i s , P l o n ) . — L'Abbaye de Villiers en Brabant\naux XIIe et XIIIe siècles. E t u d e d'histoire religieuse et économique, par\nE. DE MOREAU, suivie d'une notice archéologique illustrée par R. MAERE\n(Bruxelles, Dewit). — L'Allemagne religieuse. Le catholicisme (1800-1870).\nT o m e I I I et IV, par GEORGES GOYAU (Paris, P e n i n ) . — Les assemblées du\nClergé et le Jansénisme, par J . BOURDON ( P a r i s , Bloud). — Les assemblées du Clergé\net le Protestantisme, par le même (idem). — Histoire de l'Inquisition en France, par\nT H . DE CAUZONS (idem). — Les Croisades, p a r ADRIEN FORTIN (idem). —\nHistoire du Catholicisme en Angleterre, par GABRIEL PLANQUE (idem).\n\n   L I T T É R A T U R E : Voyageurs et romanciers, par J . BARBEY D'AUREVILLY.\nEdition d u Centenaire ( P a r i s , L e m e r r e ) . — Triptyque, par ALBERT DE BERSAU-\nCOURT ( P a r i s , Sansot). — I. Fioretti. Les petites fleurs de la vie du petit pauvre de\nJésus-Christ saint François d'Assise. T r a d u c t i o n , introduction et notes d'ARNOLD\nGOFFIN. Collection : Les chef-d'oeuvres de la littérature hagiographique (Paris,\nBloud). — Les livres de saint Patrice, apôtre de l'Irlande. Introduction, traduction\net notes de GEORGES D O T T I N . Même collection (idem). — Les idées morales de\nLamartine, par JEAN DES COGNETS (idem). — Pensées de Lamennais avec intro-\nduction et notes de CHRISTIAN MARÉCHAL (idem). — H. Taine, par CHARLES\nPICARD (Paris, P e r r i n ) .\n\n   L I T U R G I E : L'eau bénite, par AMÉDÉE GASTOUET (Paris, Bloud). — Le\npallium, par J U L E S BAUDOT (idem). — La dédicace des églises, par le même (idem).\n\n  P O É S I E : Les Pastorales, par MARIE DAUGUET ( P a r i s , Sansot). — En chemi-\nnant, par MAURICE DEMBOURG (Liége, imprimerie Saint-Jean-Berchmans). —\nEchos et chansons, p a r XAVIER R E I L L E ( P a r i s , P l o n ) . — Le sentier sonore, p a r\nR O B E R T DE FAY (idem).\n"}, {"page_pdf": 920, "texte": "                                      NOTULES                                      78l\n\n\n  R E L I G I O N : Le sens catholique, par H E N R I COUGET ( P a r i s , Bloud). — Le\nVèdisme, par Louis DE LA VALLÉE-POUSSIN (Paris, Bloud). — Grand almanach\ndu monde catholique (Bruges, Desclée et Debrouwer).\n\n    R O M A N S : L'oraison dominicale, par GABRIELA ZAPOLSKA. T r a d u i t du\npolonais, par P A U L CAZIN ( P a r i s , Sansot). — L'âme libre, par BRADA (Paris,\nP l o n ) . — Jean-Luc persécuté, par C . - P . RAMUZ (Paris, Perrin). — Roosje, par\nD I D I E R DE ROULX (Paris, Grasset). — Le Prince grenouille, contes traduits des\nfrères Grim par Louis et LOUISE DELATTRE (Bruxelles, Association des\nEcrivains belges).\n\n  S O C I O L O G I E : Erreurs sociales et maladies morales, par le D r FIESSINGER\n(Paris, P e r r i n ) . — La question sociale au XVIIIe siècle. Le travail sociologique.\nLa méthode par P I E R R E M É L I N E ( P a r i s , Bloud).\n\n  V O Y A G E S : Quinze jours en Egypte,       par F. NEURAY. Volume           illustré\n(Bruxelles, Vromant).\n\n\n  L'abondance des matières nous oblige à reporter plusieurs articles\net de nombreux comptes rendus de livres à notre prochain fascicule.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 12, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1908-12", "signet_source": "Quinzième année - N°12 - Décembre 1908 (?)", "preuve": "Couvertures absentes. Livraison suivant le fascicule d’octobre (Vieux Bruxelles : « Voir le numéro d’octobre ») ; « Stafke » est daté de Laeckbors, décembre 1908 ; la Chronique théâtrale parisienne évoque « ce mois de novembre écoulé » et la mort de Victorien Sardou ; les Notules signalent le Duel de Lavedan joué le 3 décembre 1908, le Requiem de Mozart annoncé pour le 10 janvier aux Concerts Durant, et renvoient des comptes rendus « à notre prochain fascicule ». Pages 720-781 ; la table annuelle (PDF 921-923) suit.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}