{"numero_id": "ulb-durendal-1909-livraison02", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-001", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 66, "titre_corps": "Edgar Tinel, directeur du Conservatoire de Bruxelles : notice biographique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Edgar Tinel Directeur du Conservatoire de Bruxelles Notice biographique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "Edgar Tinel\n             Directeur du Conservatoire de Bruxelles\n\n\n                           Notice biographique\n                      EDGAR T I N E L , le nouveau directeur du Conservatoire, est\n                         né le 27 mars 1854, à Sinay, petit village des F l a n d r e s .\n                        Son père y cumulait les fonctions de maître d'école et\n                        d'organiste de la paroisse. T i n e l fit ses premières études\n                        au village de Sinay d'abord, puis dans la ville la plus\n                        voisine, à Saint-Nicolas. E n 1863, il est envoyé à\n                         Bruxelles pour y faire ses études à la fois humanitaires,\n                        au « Collège de l'Union belge », disparu depuis, et musi­\n                         cales, au Conservatoire, où il fut admis par Fétis. P o u r\ncouvrir ses frais de séjour et d'études il donnait des leçons de piano et\nremplissait les fonctions d e chantre à l'église collégiale de Sainte-Gudule.\n    Tinel eut pour premiers maîtres au Conservatoire, Brassin, Kufferath et\nMailly. E n 1872, il obtient un premier prix de p i a n o , et l'année suivante, le\nprix d'excellence dans la classe de Brassin.\n    Puis il partit pour l'Allemagne où Gevaert le met en relations avec les\ncélébrités musicales de l'époque.\n    R e n t r é en Belgique, il se p r é p a r e , sous la direction de Gevaert, au con­\ncours de R o m e , où il emporte, en 1877, le premier grand prix avec sa can­\ntate Klokke Roeland,. Il se maria la m ê m e année avec M l l e E m m a Coeckelberg,\nde Saint-Nicolas, qui publia il y a quelques années un recueil de poèmes et\nnouvelles sous le titre : Vers et Prose, chez l'éditeur Charles Bulens, de Bru­\nxelles.\n  ' L a période de g r a n d e production commença à cette é p o q u e . Au cours des\nvoyages que Tinel entreprit alors, grâce à son prix de R o m e , il composa des\nœuvres nombreuses : liedèrs, sonates, morceaux de piano et d'orgue, c h œ u r s ,\nmotets, les tableaux s y m p h o n i q u e s pour Polyeucte, qui furent exécutés aux\n« Concerts P o p u l a i r e s », la Ballade des Trois Chevaliers et un poème lyrique,\nKollebloemen.\n    E n 1881, Tinel se fixe à Malines où il reprend la succession de L e m m e n s\ncomme directeur de l'Institut de Musique Religieuse, fondé par l'Episcopat\nbelge.\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "66                                    DURENDAL\n\n\n    E n 1889, il est n o m m é inspecteur des écoles de musique du R o y a u m e et,\nen 1896, il succède à F e r d . Kufferath comme professeur de contrepoint et\nfugue au Conservatoire de Bruxelles.\n   E n t r e - t e m p s Tinel avait composé sa première g r a n d e œuvre, l'oratorio\nFrancisons, qui le fit connaître et le rendit célèbre dans le m o n d e entier. Cette\nœuvre fut d'abord exécutée à Malines en 1888, et aux « Concerts P o p u l a i r e s »,\nsous la direction de J o s e p h D u p o n t , en 1889. L ' a n n é e après elle fut exécutée\nà Francfort, et ensuite, à plus de cent reprises, dans u n e soixantaine de villes\nd'Allemagne, d'Autriche, de Hollande, de Suisse, d'Angleterre, de Scandina­\nvie, de Russie et d'Amérique.\n   P e u de temps après, E . Tinel composa ses Marialiederen et sa célèbre\nmesse dite Messe de Notre-Dame de Lourdes, qui fut exécutée à la cathédrale de\nT o u r n a i lors d ' u n centenaire de saint E l e u t h è r e .\n   E n 1897 parut u n nouvel oratorio de T i n e l , Sainte Godelieve, qui a déjà été\nexécuté dans différentes villes de Belgique, n o t a m m e n t à Bruxelles, lors\nd'une Exposition Internationale, à Louvain, à Anvers et à T o u r n a i .\n   Enfin, Tinel composa, à l'occasion du L X X V e anniversaire de l ' I n d é p e n ­\ndance Belge, un magnifique Te Deum, qui fut exécuté solennellement à\nl'église collégiale de Sainte-Gudule.\n   N o u s attendons en ce m o m e n t avec la plus vive impatience l'exécution de\nla dernière œuvre du maître, Katarina, d r a m e lyrique en trois actes, qui sera\ndonnée, fin février, au théâtre de la Monnaie.\n                                                                     HENRY     MŒLLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-002", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 72, "titre_corps": "Edgar Tinel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. Verhelst", "ancre_debut": "Edgar Tinel PAR une bonne fortune rare", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "Edgar Tinel\n\n                PAR une bonne fortune rare, le Conservatoire\n                  royal de Bruxelles, durant ses soixante-seize\n                  années d'existence, n'a eu que deux directeurs :\n                  Fétis et Gevaert. A l'un et à l'autre notre pre­\n                  mière école de musique doit l'impulsion qui\n                  l'éleva au premier rang des Conservatoires de\n                  l'Europe. L'un et l'autre aussi ont laissé un\n                  nom célèbre dans la littérature musicale. Les\ntravaux de Gevaert ont même quelque chose de définitif et\nd'inoubliable, si tant est que ces notes conviennent aux conclu­\nsions d'une science à l'état de perpétuel devenir.\n    Le troisième directeur du Conservatoire royal de Bruxelles,\nEdgar Tinel, ouvre une ère nouvelle dont tout présage la\nfécondité et l'éclat. Il apporte comme gages mieux que des\ntravaux d'érudition : des œuvres qui le classent parmi les plus\ngrands compositeurs contemporains. Au surplus, l'étendue de\n ses connaissances, la culture de son esprit, l'élévation de son\n caractère, la flamme toujours juvénile qui l'embrase, la ferveur\n qui soutient son inlassable activité, et jusqu'à l'intransigeance\n de ses doctrines d'art, irréductiblement hostiles à la médiocrité\n autant qu'à la laideur, toutes ces qualités de l'artiste et de\n l'homme annoncent un nouvel essor pour une institution qui ne\n connut jamais de déclin.\n    Si la nomination d'Edgar Tinel est accueillie avec bonheur\n dans le monde des artistes, Durendal a peut-être des raisons\n spéciales de se réjouir. Le programme de notre revue n'est-il\n pas de démontrer par le fait que la mentalité catholique n'est\n pas nécessairement fermée aux choses de l'art? Et l'exemple de\n Tinel n'en est-il pas la meilleure preuve?\n     Dans cette notice, que Durendal offre au Maître, en témoignage\n  de sa vénération affectueuse, je voudrais donner à l'éloge une\n  signification plus haute : celle d'un argument apologétique. Et\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "68                          DURENDAL\n\n\nj'ai la certitude que le Maître lui-même ne me désavouera pas,\ncar nul ne comprit mieux le précepte évangélique : « Que votre\nlumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient la bonté de\nvos œuvres et qu'ils glorifient le Père céleste. »\n   La personnalité de Tinel s'impose irrésistiblement, quand ce\nne serait que par l'extérieur insolite, qui déjà subjugue. Mais\naussi tous les traits de l'impérieuse physionomie laissent-ils\ntransparaître une âme peu commune, vibrante, enthousiaste,\nprête à toutes les indignations comme à toutes les tendresses,\nparfois douloureusement repliée sur elle-même, souffrant des\npetitesses humaines, puis largement épanouie, comme une âme\nd'enfant, sous la caresse d'un rêve heureux ou d'une amitié\nréconfortante. Dans la flamme du regard luit l'ardente imagi­\nnation des poètes qui transfigure le monde des réalités banales\nen cieux nouveaux et terres nouvelles, pénétrés des rayons de\nla beauté incorruptible. Et l'on sent que ces frémissements inté­\nrieurs et ces visions idéales, il a reçu le pouvoir de les extério­\nriser en cette langue universelle de la musique, moins conven­\ntionnelle que toute autre, et, je ne sais par quelle mystérieuse\ncorrespondance, portant dans son lyrisme une empreinte de\nl'âme dont elle jaillit.\n   Ces dons de la sensibilité et de l'imagination poétique ne\nsont pas encore la marque propre de la personnalité de Tinel.\nJe crois apercevoir cette marque dans la rencontre presque\nunique de ces qualités avec d'autres, si différentes : la tension\nd'une volonté que le temps ni l'obstacle ne relâchent jamais,\nl'opiniâtre labeur que rien ne rebute, l'éveil constant de l'es­\nprit qui ne perd de vue aucun détail. Les œuvres de Tinel sont\nachevées avec la conscience et la méticulosité d'un Van Eyck.\nTout le soleil du midi y flamboie; toute la patience des Flandres\nen a ordonné le parfait agencement. Lisez telle page enflammée,\ncomme le chant de l'amour dans Francisons, avec son formi­\ndable tourbillonnement de volutes incandescentes, selon le mot\ndu grand mystique :\n                     In fuoco amor mi mise;\nanalysez ensuite la structure de cette superbe envolée musicale,\nl'impeccable dessin des phrases, la classique ordonnance du\nrythme bondissant, l'ingéniosité des harmonies rares, et vous\naurez saisi quelque chose de la personnalité artistique du\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "                             EDGAR TINEL                              69\n\n\nMaître. E t vous l'aurez mieux comprise encore à la vue de ses\npartitions manuscrites, soignées comme une page de miniatu­\nriste, où la p l u m e , toujours attentive, ne laisse jamais échapper\nune erreur.\n   L ' â m e de T i n e l se révèle encore dans le choix de ses\nsujets, où d'abord je note l'absolu dédain, ou plutôt la haine de\nla bagatelle et de l'article de m o d e . T o u t e son œuvre est aus­\ntère, et même religieuse. Il a cela aussi de c o m m u n avec nos\ngrands Primitifs F l a m a n d s de la peinture. J a m a i s il ne s'est\nsoucié des préférences du public pour la gaudriole élégante ou\nle tape-à-1'œil mondain. Bien que son t e m p é r a m e n t essentielle­\nment lyrique dût l'incliner vers le théâtre, il a longtemps\nrésisté à sa vocation, en haine sans doute de la platitude du\nthéâtre contemporain. E t lorsque enfin il cède à son penchant,\nc'est pour donner à la scène la prestigieuse musique de Kata-\nrina, dont l'intériorité plonge au cœur des plus profonds mys­\ntères de la nature et de la grâce, l'action étant située au confluent\ndes deux g r a n d s courants de l'humanité : le paganisme et le\nchristianisme.\n   A vrai dire, l'art de Tinel est surtout intérieur. D a n s ses\nœuvres, la description est accessoire, le lyrisme est tout. Nul\nsujet ne l'inspira mieux que l'histoire du Poverello d'Assise. Ce\nn'est pas que son talent y déploie toutes ses ressources. Je sais\nbien que son art se révèle plus robuste, plus souple, plus riche,\nplus bâtisseur d'ensembles indestructibles, dans Godelieve, et\nsurtout dans Katarina. Mais enfin Francisais est l'idéal poème\nd'une â m e comme il n'en fut jamais, pénétrée de toutes les ten­\ndresses divines et humaines. Aussi le rôle de Francisais est-il\nunique dans toute la littérature musicale, par son extraordinaire\ncomplexité. J e ne suis pas sûr que nos critiques actuels aient\ntous compris la psychologie de ce grand mystique. A propos de\nla dernière exécution de Franciscus à T o u r n a i , je ne sais quel\ncritique de journal déclarait ne pas retrouver dans l'œuvre de\nTinel la fraîche idylle franciscaine de son rêve. Ce monsieur\naurait eu plus de plaisir, a p p a r e m m e n t , à entendre zézayer des\nmots puérils à la Maeterlinck dans un décor à la Debussy.\nTinel comprend autrement l'âme ravagée par le torrent de\nl'amour divin. L e décor ne compte pas à ses yeux, ou pour si\npeu! Il y est cependant, dans la nuit ombrienne et dans la fête\nmondaine, qu'interrompt aussitôt la voix d'en-haut. Et puis, il\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2499, "texte": "                                     DURENDAL\n70\n\nn'y a plus que le d r a m e des sentiments, l'ascension de l'âme\nvers des cimes toujours plus hautes, jusqu'à la défaillance\nsuprême dans une extase d'amour.\n    Aperçue de ce point de vue, l'œuvre de l'artiste chrétien revêt\nun caractère d'incomparable grandeur. C'est à peine si l'on\ngarde encore quelque estime pour les vulgaires amuseurs du\npublic, surtout lorsqu'on soupçonne les motifs mercantiles qui\nsouvent les inspirent. Bien mesquine aussi apparaît la grandi­\nloquence enflée des machines wagnériennes, instables comme\nla pensée elle-même, qui tantôt souffle du nord schopenhaue-\nrien, tantôt du sud néo-chrétien, en rafales de pessimisme ou\nen brises de sensualisme émollient. Si je risque ces apprécia­\ntions, qui rendent le son du blasphème pour les oreilles contem­\nporaines encore si amoureuses de la musique de Wagner, ce\nn'est pas cette musique que je dénigre, entendons-nous bien!\n P o u r t a n t , il est permis de croire que si un jour la mentalité du\npublic, lasse de flotter incertaine à tout vent de doctrine,\nretrouve la stabilité à l'ancre d'une philosophie de certitude, Je\nmoment ne sera pas loin où l'on reconnaîtra la « vanité » d'un art\ntout en chimères, a u t a n t que la pérennité des choses bâties sur\n le roc. L'œuvre de T i n e l est de celles-là, qui défient le temps et\n la mode.\n   Elle en est, non seulement par les objets qu'elle magnifie,\nmais encore par la solidité de sa technique, ancrée elle aussi au\nroc de la t r a d i t i o n . Qui donc, parmi les musiciens actuels, ne\nveut être un novateur, ou ne s'empresse dans les voies des\nnovateurs? L a passion de l'inédit est si bien le propre de tout\nl'art contemporain, que c'est aujourd'hui une audace et une\noriginalité de se réclamer de la tradition classique. Personne\nn'a osé, en nos temps d'individualisme outrancier, proclamer\nles droits de la tradition et le culte des ancêtres, avec la con­\nviction que T i n e l apporte à la glorification de Bach. « S'il s'est\napproprié, dit-il, toute la moelle de la musique du passé, s'il\ncontient toute la substance de la musique du présent, il demeu­\nrera probablement l'axe autour duquel viendra s'enrouler la\nspirale des évolutions futures, que ce soit dans une direction\nascensionnelle ou que ce soit dans un mouvement plus vrai­\nsemblable de régression (1). » Parfaitement original aussi le\n\n   (1) Lecture faite à la réunion annuelle des classes de l'Académie royale de Belgique, le\n 28 octobre 1908.\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "                             EDGAR TINEL                              71\n\n\n conseil du Maître, qui est presque la conclusion du sensationnel\n discours que je viens de citer : « Donc, étudions Bach, faisons-le\npasser d a n s le sang de nos veines, et, en sus, piochons notre\ncontrepoint! » Q u e ce langage détonne parmi les revendica­\ntions et les conseils inverses de presque tous nos actuels théo­\nriciens ! Indépendance, personnalité, individualisme, du neuf à\ntout prix q u a n d il n'y en aurait plus, ni lois ni règles, ni Dieu\nni maître, le Moi souverain seul objet de notre culte, c'est toute\nla doctrine de l'art moderne, avec ses corollaires immédiats :\nl'étude superflue, la discipline des écoles inutile, l'effort volon­\ntaire discrédité.\n     J'ai dit que l'œuvre de T i n e l est presque exclusivement reli­\ngieuse. Il y a fait une part importante à l'expression la plus\nparfaite du sentiment religieux, dans la musique liturgique. E t\nj ' a d m i r e comment il a compris qu'en se m e t t a n t au service du\nculte divin, la musique devait nécessairement revêtir des\nformes nouvelles, celles de la prière. Mais aussi combien diffi­\ncile la réalisation de ce programme ! D'abord les uns n'en ont\npoint saisi la nécessité. P o u r les Gounod et les Massenet, les\nsous-Gounod et les sous-Massenet, l'accent de la prière ne\ndiffère pas de celui de la romance sentimentale. P o u r d'autres,\net c'est le grand nombre depuis la réforme cécilienne de l'Alle­\nmagne, le style religieux se réduit à l'emploi de formes stéréo­\ntypées, dénuées de vie et d'émotion. L e crédit dont jouit ce\ngenre de musique constitue même un danger pour l'art reli­\ngieux, menacé de dégénérer en une sorte de byzantinisme.\nT i n e l a évité le double écueil avec un tact parfait. Ses œuvres\nliturgiques ont une forme à tel point réservée qu'on y reconnaît\nà grand'peine l'auteur des mélodies si tendres dont foisonnent\nses œuvres de concert. E t néanmoins elles sont vibrantes de\nvie profonde, grave, recueillie. Deux d'entre elles, par leur\nimportance et par leur éminente dignité d'art, méritent toute\nnotre admiration : la Messe de Notre-Dame de Lourdes et le\nsecond Te Deum, composé à l'occasion des fêtes jubilaires du\nR o y a u m e . Je n'aurai pas outré l'éloge en disant qu'au point\nde vue des plus strictes convenances de l'art avec la liturgie\ncatholique, ces deux œuvres sont les plus belles qui aient été\nécrites depuis le XVIIe siècle. Et j'ajoute que le Te Deum est à\nranger parmi les plus parfaites compositions liturgiques de\ntous les siècles. On peut d'ailleurs le considérer comme le chef-\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 913, "texte": "72                           DURENDAL\n\n\nd'œuvre du Maître. Il y a mis toute sa science, tout son art,\ntoute son âme. L e souffle grandiose et puissant qui l'anime\nd'un bout à l'autre, la sérénité s u r h u m a i n e qui la pénètre,\ndonnent l'impression la plus parfaite du divin que l'art musical\nait j a m a i s réalisée.\n   S'il fallait chercher la formule qui résume toute la phy­\nsionomie artistique de T i n e l , je la trouverais, ce me semble,\ndans l'exceptionnelle unité de son idéal et de son effort.\nU n e pensée et un amour dominent toutes ses œuvres. C'est\npourquoi son art ne connaît ni hésitations ni fluctuations. Sa\nsensibilité de poète est gouvernée par une volonté inflexible, et\ncette volonté obéit à une pensée singulièrement ferme. Ce n'est\npas un impulsif mais un intellectuel. Et, pour tout dire en un\nmot, c'est un caractère.\n                                                  F. VEKHELST.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-003", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 73, "titre_corps": "Poèmes : Le Voyage", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Poèmes Le Voyage Le Paradis terrestre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "Poèmes\n\n                                   Le Voyage\n                                                 '( Le Paradis terrestre    se     trouvait\n                                               aux sources du Nil. »\n                                                           UN VIEUX    VOYAGEUR.\n\n\n\n        Je suis parti là-bas vers les sources du Nil,\n        Traversant   les Athène et les    Alexandrie,\n        Où le siècle fardé pesait en mots subtils\n        Les graves vanités de sa    philosophie.\n\n        Et j'ai vu les Etats des Pharaons       d'orgueil\n        Qu'adoraient   les fronts bas des chambellans     numides,\n        Et qui se bâtissaient    — ironiques cercueils —\n        La royauté des éternelles       Pyramides.\n\n        Alors, dans l'ombre d'or, se dressa devant moi\n        Le Sphinx, mystérieux    gardien du vide immense.\n        Inquiet, je lui ai posé le grand Pourquoi —\n        Mais il m'a répondu toujours par son silence.\n\n        J'ai fui, j'ai parcouru le Doute et son désert,\n        Puis le pays brûlant des noires    barbaries\n        Où, mêlé aux odeurs de sang, flottait dans l'air\n        L'encens des voluptés et des idolâtries.\n\n        Et maintenant,   parmi les palmiers du matin,\n        Et les ruisseaux  qui vont, ingénus, sur la mousse,\n        Sous un soleil d'amour candide, j'ai atteint\n        L'Eden paisible et bleu des simplicités douces.\n              i\n\n\n\n  (1) Poèmes inédits d'un volume qui paraîtra prochainement sous le titre        L'Arc-en-\nClel aux éditions de Durendal.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-004", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 74, "page_fin": 74, "titre_corps": "Poèmes : A un triste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "A un triste Lùche", "ancre_fin": "pour pouvoir Le pleurer", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le 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contemplant.\n\nEl, quand tu fus dressé sur l'étrange     colline,\nTu pleuras sur le monde avec dérision,\nRegardant  s'élever vers ta douleur   divine\nLes longs parfums d'encens qui montaient de          Sion.\n\nTu dis : j'ai mal !— on t'apporta des aromates,\nTu dis : j'ai soif! — on t'apporta des liqueurs d'or;\nTu pris pitié de ceux dont l'âme   indélicate\nNe comprendrait jamais la beauté de ta mort.\n\nEt quand à l'horizon un Calvaire      tragique\nDressa devant tes yeux son Jésus     déchiré,\nPenchant ton front dolent vers ta tristesse    unique\nTu dis : je souffre trop pour pouvoir Le pleurer!\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-005", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 74, 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verdâtre à la marche     pensive\nL'avait perdu      là-bas, tout petit, dans la mer...\n\nC'est pourquoi j'ai couru ce soir jusqu'à la grève,\nEperdu, je pleurais en recherchant   mon rêve,\nMais j'ai senti mourir tout à coup mes sanglots :\n\nLa mer venait à moi sous le couchant de flamme\nEt j'écoutais monter sa chanson dans mon cime\n— Car c'était mon amour qui chantait dans les flols.\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-006", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 75, "page_fin": 75, "titre_corps": "Poèmes : Matin d’Hiver", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Matin d'Hiver Sicut sol et nix", "ancre_fin": "de neige et de soleil", 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qui me tend les bras sur son Thabor de glace,\nDans un rayonnement      de neige et de soleil.\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-007", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 75, "page_fin": 76, "titre_corps": "Poèmes : Neige de Pâques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Neige de Pâques Tous les espaliers", "ancre_fin": "Parmi la neige et le silence et le soleil", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quand même", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 1434, "fin_caractere_exclue": 1631, "texte": "Neige de Pâques\n                  Tous les espaliers du ciel\n                  Ont secoué leurs pétales;\n                  O les fleurs roses et pâles !\n                  O les fleurs de l'Irréel!\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 624, "texte": "76                          DURENDAL\n\n\n           Pâques blanches'. Pâques   fleuries.\n                      Vierge Marie !\n           Vous faites choir du ciel lointain.\n                      Vierge Marie!\n           Toute la neige du malin ;\n           J'entends au loin des sonneries,\n                      Vierge Marie!\n\n           Il pleut de la neige, il pleut du soleil.\n                   Et de la joie, et du silence,\n           Et des parfums d'abricotiers, et des cadences\n           De clochettes d'Avril, qui jettent du réveil\n           Parmi la neige et le silence et le soleil'.\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-008", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 76, "titre_corps": "Poèmes : Quand même", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Quand même Si mes illusions", "ancre_fin": "en y croyant toujours", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L'ombre morte", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 624, "fin_caractere_exclue": 1280, "texte": "Quand même\n     Si mes illusions doivent, l'une après l'autre,\n     — Croyez à l'Idéal! croyez à la Beauté! —\n     Laisser mon cœur seul et perdu comme le vôtre,\n     Je veux les prendre encor pour des réalités!\n\n     Comme le naufragé qui saisit sa carène,\n     Je saisirai les bords du rêve chaviré :\n     Vers le gouffre la barque en s'enfonçant l'entraine,\n     Lui se croit soutenu — Comme lui je mourrai;\n\n     Mais je pourrai du moins tandis que,     tournoyante,\n     L'épave descendra loin des clartés du jour,\n     Lever les yeux plus haut que la mer     effrayante.\n     Et mourir de mon rêve en y croyant toujours !\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-009", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 77, "titre_corps": "Poèmes : L’ombre morte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "L'ombre morte L'ombre morte des soirs", "ancre_fin": "ne plus rien entendre Ombre morte des soirs sur les canaux de Flandre", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Vois, ce chemin qui monte", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 1280, "fin_caractere_exclue": 1759, "texte": "L'ombre morte\n     L'ombre morte des soirs sur les canaux de Flandre\n     Drape mon cœur lassé d'un crêpe humide et doux.\n     Oh! ne plus rien sentir et ne plus rien   entendre...\n     Les cloches au lointain sonnent :     Souvenez-vous...\n\n     Les cloches un lointain sonnent :      Souvenez-vous...\n     Vous souvient-il? un soir, sur les canaux de Flandre,\n     Cette nuit qui pleurait des gouttes d'eau sur nous\n     Se taisait tristement et semblait nous    comprendre...\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 358, "texte": "                          POÈMES                                  77\n\nPour moi, je n'ai rien su de plus tristement      doux\nQue de sentir la nuit sur mon âme       s'étendre...\nLes cloches au lointain sonnent :      Souvenez-vous...\nOh ! ne plus rien sentir et ne plus rien entendre !\n\nOmbre morte des soirs sur les canaux      de   Flandre...\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-010", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 77, "titre_corps": "Poèmes : Vois, ce chemin qui monte…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Vois, ce chemin qui monte Vois, ce chemin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 358, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "Vois, ce chemin qui monte...\nVois, ce chemin qui monte à la Beauté rêvée.\nC'est celui qu'avant toi les héros ont gravi.\nAvides d'abreuver leurs lèvres assoiffées\nEt de combler plus haut leur songe     inassouvi.\n\nTu souffriras, enfant, dans ta marche    sublime,\n— Les pieds saignent, vois-tu, sur les sentiers montants      —\nQu'importe! si lu sais que par delà les cimes\nTu trouveras le ciel, l'amour et le Printemps.\n\nSi tu sens en ton cœur la tristesse et le doute.\nSonge à ton Idéal qui surgira demain ;\nSi tu pleures, regarde à l'entonr de ta route :\nDieu pour te consoler fleurira ton chemin.\n\nLe soir des rêves clairs vêtus de mousseline,\nGlissant dans l'ombre bleue, hanteront ton sommeil,\nSi tu les vois mourir avec l'aube opaline.\nNe les regrette pas et va vers le Soleil !\n\nChante et prie : Un matin, dans la brume     irréelle,\nTu verras s'entr'ouvrir un éden vierge et bleu,\nTandis que les clochers d'invisibles chapelles\nBalanceront sur toi des angelus joyeux ;\n\nEl s'il fut des douleurs, et s'il fut des rafales,\nEt si ton cœur souffrit, tu l'oublieras   soudain,\nEn voyant Dieu sourire au fond de l'azur pâle,\nL'Amour venir à toi dans l'ombre du jardin.\n\nTu sentiras en toi une enfance     nouvelle,\nTes rêves à jamais prendront leur calme essor,\nEl, du ciel plus limpide à la terre plus belle,\nLes anges descendront par un escalier d'or !\n\n                                               P I E R R E NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-011", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 78, "page_fin": 108, "titre_corps": "Vieux Bruxelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. Carton de Wiart", "ancre_debut": "Vieux Bruxelles Suite III LES derniers échos", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "Vieux Bruxelles\n                              (Suite )\n\n\n\n                                 III\n\n               LES derniers échos des violons de M . Ignace\n                  Vitzhumb s'étaient tus depuis quelques jours\n                  à peine lorsqu'éclata une autre musique : celle\n                  de la fusillade.\n                     Il fallut la trahison d'un aventurier de lettres,\n                  le sieur Robineau, dit de Beaunoir, pour allumer\n                  la poudre sèche depuis si longtemps amoncelée.\n                     Ce fut à la mi-Octobre.\n   Jusqu'à cette date, les Sérénissimes Gouverneurs Généraux\navaient pratiqué vis-à-vis des provinces mécontentes un système\nde bascule. Suivant que l'autorité du Général d'Alton ou la\ndiplomatie de M. de Trauttmansdorff faisait pencher d'un\ncôté ou de l'autre le fléau de la politique impériale, le gou­\nvernement prétendait dominer l'opposition ou se résignait à\nfléchir devant elle. Ainsi, toujours oscillant, toujours désem­\nparé et toujours méprisé, le pouvoir ne renonçait à la tyrannie\nque pour confesser sa faiblesse.\n   Mais lorsque la délation de Robineau lui eût livré les statuts\net les listes de l'association patriotique Pro aris et focis, M. de\nTrauttmansdorff estima lui-même qu'il fallait cette fois sévir\nsans merci.\n   Comment ! sur ces interminables listes de conspirateurs, le\nministre relevait les noms de maints personnages auxquels il\nfaisait, peu de jours auparavant, les honneurs de ses réceptions\nprivées et dont il avait cru s'assurer la fidélité au prix de quel­\nques sorbets et de quelques compliments ! Quel échec pour son\nmachiavélisme, et quelle revanche pour le c o m m a n d a n t des\narmées !\n   Mieux encore, parmi tant de noms notoires, il découvrait\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "                            VIEUX BRUXELLES                                 79\n\ncelui de M . Antoine d'Aubremez, le riche négociant en vins\ndu Marché-au-Charbon, chez lequel il daignait, de temps en\ntemps, aller faire son whist afin de se concilier les bonnes\ngrâces de la bourgeoisie qui y fréquentait ! E t le traître\nRobineau achevait de l'humilier en lui a p p r e n a n t qu'au cours\nde ces soirées bourgeoises, tandis que Son Excellence le\ncomte de Trauttmansdorff-Weinsberg, ministre plénipotentiaire\nde Sa Majesté Impériale et Royale, se prélassait au salon, dans\nun cercle d'honnêtes matrones, ou applaudissait complaisam­\nment, en d o d e l i n a n t de la tète, Mademoiselle Charlotte d'Aubre­\nmez qui pinçait de la harpe, au même moment, tout près de\nlà, dans une sorte de tonnellerie dissimulée au fond de la cour,\nd'autres invités, parmi lesquels M. Vonck, discutaient et prépa­\nraient tout à leur aise le renversement du gouvernement autri­\nchien aux Pays-Bas !\n   Aussi, M. d'Aubremez, dès le lendemain de la délation,\nfut-il appréhendé au lit et conduit aux Madelonettes sans qu'on\nlui laissât le temps de passer ses grègues. E n même temps que\nlui, M M . les avocatsTorfs et Verlooy, M. Mosselman, le fermier\ndes boues, M. Fisco, l'architecte qui s'était fait tant d'honneur\nen construisant la chaussée de Bruxelles à W a v r e et en dessi­\nnant la place Saint-Michel, M . Secrétan, précepteur de la\nmaison d'Ursel, M. Linguet, le. gazetier des Annales Politiques,\net plus de cinq cents autres suspects furent brutalement empri­\nsonnés, qui aux Madelonettes, qui à la Maison du Roi, qui à la\n Porte de H a l ou à celle de Laeken, qui au T r e u r e n b e r g . Les\nduchesses d'Arenberg et d'Ursel et la princesse de L i g n e furent\ngardées à vue dans leurs hôtels. Enfin, des crieurs publièrent\nà son de trompe de rigoureux édits qui comminaient la peine\n de mort, sans forme ni figure de procès, contre les fauteurs\nd'émeutes et déclaraient proscrits à perpétuité les membres des\ntrois ordres qui, étant sortis du pays, n'y rentreraient pas dans\n les huit jours.\n   Mais les patriotes avaient eu tout le loisir de s'organiser et,\nd'ailleurs, c e n ' é t a i t d é j à plus ni un h o m m e , ni quelques hommes\nque le gouvernement devait redouter. C'était le peuple entier,\nce grand être a n o n y m e , que le sentiment national avait\nconquis et réveillé peu à peu. Ainsi la sève monte lentement\ndans l'arbre et envahit bientôt j u s q u ' à ses moindres rameaux\nsans que rien puisse la comprimer.\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "80                             DURENDAL\n\n\n   Aux mesures de rigueur prises par M. de Trauttmansdorff,\nles comités répondirent en ordonnant à leur armée, rassemblée\ndans la baronnie de Bréda, de passer la frontière et d'envahir le\nterritoire des P a y s - B a s autrichiens.\n   L e u r armée ! C'étaient des bandes formées, équipées et ins­\ntruites à la diable : émigrés bruxellois, coureurs de grand'route,\njeunes paysans arrivés en sarraus et en sabots, envoyés par les\nabbés de S a i n t - B e r n a r d , d'Averbode ou d'Afflighem. A leur\ntête, le colonel Vander Mersch, un brave officier de fortune qui\navait fait campagne au service de Louis XV, puis de Marie-\nThérèse, et qui, rassasié de lauriers et de blessures, était revenu\nà Menin, son bourg natal, pour s'y marier et y planter ses\nchoux.\n   Aussi quelle stupéfaction à Bruxelles lorsqu'on apprit que\ncette troupe de gueux avait pénétré en Campine sans coup\nférir et qu'à sa première étape, à Hoogstraeten, elle avait ouvert\nle ban pour entendre Messire vander Noot lui donner solennel­\nlement lecture d'un manifeste au P e u p l e brabançon qui procla­\nmait la déchéance de Joseph II, aux termes de l'article 59 de la\nJoyeuse-Entrée du B r a b a n t !\n   U n e telle impudence passait les imaginations! Dans les groupes\nofficiels, on ne savait s'il fallait rire de cette armée inattendue\nou s'en indigner. On l'appela l'armée de la L u n e , et le comte\nd'Alton chargea le général. Schroeder de lui courir sus. Schroe­\nder j u r a qu'il l'exterminerait avec un escadron de cavalerie. On\nlui en donna deux, plus un bataillon de Bender, un bataillon\nde Clairfayt, deux compagnies de grenadiers, cinq pièces de\ncanon et deux obusiers. L e Prince d'Anhalt lui fut adjoint\ncomme chef d'état-major.\n   Qui fut déconfit? Ce fut le général Schroeder. L e 27 octobre,\nVander Mersch l'attira dans la ville de T u r n h o u t comme dans\nune souricière, et après un combat de rues qui se prolongea\ncinq heures, les Kaiserliks n'eurent rien de mieux à faire que de\ntourner les talons en a b a n d o n n a n t une centaine de morts et\n autant de blessés.\n   Cette fois, ce fut aux Brabançons de se gausser. Quelques\njours après l'affaire de T u r n h o u t , le théâtre de la Monnaie don­\nnait un spectacle de gala, et les archiducs avec M. de T r a u t t ­\nmansdorff occupaient la loge royale. T o u t à coup, à un change­\nment de décor, la lune apparut sur une toile de fond. « Vive la\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "                       VIEUX BRUXELLES                         81\n\n\nlune! » cria une voix. — « Vivent les soldats de la lune! » ajouta\nune autre. La situation des gouverneurs était difficile. Elle\ndevint intolérable lorsque par la malice de quelque machiniste,\nla lune apparut coiffée d'une énorme cocarde aux couleurs\nrouge, jaune et noire. Le public fit une ovation à l'astre sédi­\ntieux et les archiducs, suivis des fonctionnaires, quittèrent le\nthéâtre en cachant mal leur dépit.\n   Ouverte par le coup d'éclat de Turnhout, l'insurrection\ns'étendait comme un incendie dans un champ d'herbes sèches.\n   Au pays de Waes, le notaire Camaert parcourait les villages,\nharanguant les habitants, leur prêchant la légitime défense contre\nles pillards de monastères, les profanateurs de tombes, les vio­\nlateurs de choses sacrées. Ainsi exaltés, les paysans s'enrôlaient\ncomme pour une guerre sainte, adoptant pour signe de rallie­\nment une croix rouge sur l'épaule. Pour venger l'arrestation de\nM. Raepsaet, le greffier de la châtellenie d'Audenaerde, ils\nn'imaginèrent rien de mieux que d'aller cueillir dans son châ­\nteau de Tamise le chancelier de Brabant, M. de Crumpipen,\nqu'ils firent conduire sous bonne escorte au quartier général de\nVander Mersch. Une divisiond'infanteriefutenvoyéepard'Alton\ncontre ces croisés d'un nouveau genre, avec ordre de réduire en\ncendres les villages rebelles. Mais en même temps, un détache­\n ment de l'armée patriotique, dirigé par le major Devaux et le\nprince Louis de Ligne, vint au secours des paysans, et en\n quelques jours la Flandre entière fut délivrée.\n   Arnoldi, un autre lieutenant de Vander Mersch, avec\n400 hommes, reçut ordre de surprendre Namur. Cela suffit\n pour donner peur au baron de Bleckheim qui commandait\n dans cette ville et qui y disposait de i,5oo hommes et d'une\n forte artillerie. Il appela à son aide le général comte d'Happon­\n court qui commandait à Mons. Mais à peine celui-ci eut-il\n abandonné sa garnison que le drapeau tricolore y fut arboré.\n Tout le Hainaut suivit.\n    De son côté, Vander Mersch prenait Diest et Léau.\n   Ainsi, le feu de l'insurrection gagnait de proche en proche\n tous les Pays-Bas autrichiens depuis la Gueldre jusqu'au\n Tournaisis.\n    La principauté ecclésiastique de Liége, elle aussi, cherchait\n en même temps à s'émanciper. Le désordre y avait éclaté dès\n le mois d'août et le Prince-évêque Constantin-François de\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "82                             DURENDAL\n\n\nHoensbroeck n'avait rien trouvé de plus expédient que de se\nréfugier à Trèves. De toutes les provinces, seule, la plus pauvre,\nle L u x e m b o u r g , pays de communications difficiles et dont les\nfamilles comptaient beaucoup de leurs membres dans l'admi­\nnistration ou l'armée, demeurait fidèle au régime autrichien.\n   D a n s quelques villes, les patriotes avaient réussi sans peine.\nAilleurs, la résistance des autorités et des troupes avait donné\nau conflit le caractère sauvage de la guerre civile.\n\n                                   *   *\n   Toutefois, à Bruxelles le gouvernement se maintenait\nsolidement. L a capitale était tout son espoir. E n p e r d a n t\nBruxelles, il comprenait que tout serait perdu.\n   Aussi, le patriotisme y était-il tenu en respect par toutes les\nforces militaires et civiles dont le général d'Alton avait pu\ndisposer. Pour mettre la ville en état de défense, le com­\nm a n d a n t des armées avait hérissé les remparts de batteries,\ncoupé les rues de fossés et de chevaux de frise, retenu les\neaux de la Senne de façon à pouvoir inonder la ville basse. Afin\nde prévenir les défections parmi les six mille hommes de la\ngarnison, il avait augmenté la paye et ajouté aux vivres une\nration de genièvre. Pour ranimer le zèle branlant des fonc­\ntionnaires, il les excitait par des promesses d'anoblissement.\nP o u r parer à toute surprise, il avait doublé toutes les gardes et\ndisposé des pièces, de canon sur les principales places. J o u r et\nnuit, des patrouilles de dragons, le mousquet en bandoulière,\nparcouraient les divers quartiers de la ville, et l'allure martiale\nde ces solides cavaliers, rompus à leur métier et a d m i r a b l e m e n t\nmontés, semblait devoir prévenir tout essai de soulèvement.\n   Enfin, une surveillance active arrêtait aux portes toutes les\nnouvelles du dehors ou les modifiait au besoin. Seules étaient\nautorisées les brochures et les gazettes officieuses qui repré­\nsentaient les troupes patriotiques comme des bandes de\nbrigands déterminées au sac des cités. Ces papiers affirmaient\nque la vigilance des autorités aurait bientôt raison de l'audace\nde ces criminels de droit c o m m u n , déjà promis au bilot ou à\nla potence...\n   E t cependant, la vérité filtrait parfois à travers ces men­\nsonges, bien que les campagnes du B r a b a n t fussent sillonnées\nde troupes et que les intempéries de la saison vinssent y\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "                          VIEUX    BRUXELLES                           83\n\n\nentraver encore la circulation. Mais cette vérité elle-même\nétait déformée de bouche en bouche. Q u ' u n e réquisition de\nvivres fût faite dans un couvent, c'était une c o m m u n a u t é de\nnonnes vouée aux outrages des kaiserliks, et le désarmement\nd'une sentinelle devenait à son tour le massacre de toute\nune garnison !\n  Au milieu de tant d'incertitudes et d'alarmes, de nombreuses\nmaisons d e m e u r a i e n t fermées, les hôtelleries étaient désertes.\nLes théâtres continuaient leurs représentations, par ordre du\ngouvernement, mais devant des salles vides.\n   Enfin, dans les premiers jours de décembre, on acquit la\ncertiude que le général d'Alton venait de signer à Orsmael un\narmistice qui expirerait le 12 décembre. Cette fois, les nou­\nvelles de source officieuse et de source patriotique concordaient\ndans leurs termes sinon dans leur interprétation : à croire une\ndes cloches, c'était l'insurrection aux abois. A écouter l'autre,\nle dernier répit concédé au gouvernement.\n\n\n   M. Charliers de Longprez s'étonnait de n'avoir pas été\narrêté, comme l'avaient été b e a u c o u p de ses amis. Bien que\nson nom ne figurât point sur les listes de l'association Pro arts et\nfocis, ses sentiments patriotiques n'avaient j a m a i s fait de doute\npour personne.\n   Toutefois, si sa vie était sauve, elle n'avait pas échappé au\ndésarroi général.\n   Depuis combien d'années, chaque matin, en dehors des\npériodes de vacance, ne s'était-il pas rendu du même pas, tou­\njours à la même heure, au Conseil souverain du B r a b a n t où\nl'appelaient ses devoirs professionnels?... Lorsqu'il n'avait pas\nà y plaider, il s'y rendait par goût et par h a b i t u d e , presque\nmachinalement...\n   Quelle simple et juste fierté n'éprouvait-il pas à se sentir un\ndes rouages d'élite de ce grand appareil judiciaire vers lequel\nconvergeaient, pour être résolues par arrêt et sans appel, les\nprincipales affaires civiles du duché de B r a b a n t , du marquisat\ndu S a i n t - E m p i r e , du L i m b o u r g et des pays d'outre-Meuse !\n Quelle satisfaction ne ressentait-il pas à y retrouver, en une\n communauté des esprits et des cœurs, des hommes dont la vie\n avait été parallèle à la sienne, M M . van der Noot, Vonck,\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "84                           DURENDAL\n\n\n\nt'Kint, Verlooy, Le Hardy de Beaulieu et tant d'autres avec\nlesquels il avait discuté et critiqué, en ces dernières années,\nles attentats toujours plus hardis tentés par le gouvernement\ncontre les lois du Pays?\n    Mais peu à peu, en dépit de leurs protestations, ces réformes\navaient désorgarnisé tout le régime traditionnel; sur ses ruines,\nle pouvoir avait essayé de bâtir de nouvelles judicatures pour\nen gratifier le dévoûment servile de quelques créatures perdues\nde scrupules. Depuis le mois de juin, le Conseil lui-même\nétait officiellement dissous. Certes, M. Charliers et quel­\nques-uns de ses confrères trouvaient encore, dans la néces­\nsité d'expédier les affaires courantes, un prétexte pour se rendre\nde temps en temps au Palais. Mais ils y allaient aux nouvelles\nplutôt qu'au travail. Le Chancelier du Conseil était gardé, à\ntitre d'otage, par les insurgés. Parmi les avocats, beaucoup\navaient été proscrits ou faits prisonniers par l'autorité. D'autres\ns'étaient retirés en province. Conseillers, greffiers, secrétaires\nétaient dispersés.\n   A son foyer familial régnaient aussi l'incertitude et l'in­\nquiétude.\n    La maladie de Madame de Longprez, qui s'empirait, contri­\nbuait à attrister cette maison naguère joyeuse. Le retour du\nfils aîné, qui eût dû rajeunir encore le cher logis, y avait\napporté des soucis nouveaux.\n   Plusieurs fois, le vieil avocat avait voulu reprendre avec\nThierry le grave entretien qui avait marqué la rentrée de celui-ci\nà Bruxelles. Mais en vain. Ce père et ce fils ne se comprenaient\npas. Chez l'un, le sens de l'autorité paternelle était si développé\nqu'il lui faisait envisager toute divergence d'idées de la part\nd'un de ses enfants comme une marque d'insubordination. Chez\nl'autre, l'esprit d'indépendance, mûri au contact de la vie de\nParis, se traduisait par une susceptibilité farouche. Il avait suffi\nà Thierry de deviner le peu de sympathie qu'éprouvait son père\nà l'égard de ses sentiments politiques, de ses goûts littéraires,\nde ses amis personnels pour qu'aussitôt son âme se repliât à son\napproche comme une sensitive froissée. Au lieu des ouvertures\nde cœur que M. Charliers avait rêvées, c'étaient des regards\nsombres ou fuyants, des réponses sèches et froides qui le déso­\nlaient ou l'irritaient.\n   Il s'en confia plus d'une fois à sa fille Hélène, pour qui il\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                             85\n\n\nn'avait point de secrets. E t la pauvre enfant, qui voyait un\npère et un frère aimés souffrir l'un et l'autre de ce désaccord\ntacite où chacun avait sa part de responsabilité, employait,\nsans succès, toute la perspicacité de ses vingt ans à dissiper\nun tel m a l e n t e n d u .\n   Ce m a r d i 8 décembre, ils en causaient encore, après le\ndéjeuner du m a t i n .\n   — Sans doute, vous avez raison, mon père, lui disait-elle\navec un gros soupir. Et depuis qu'il nous est revenu, notre\nT h i e r r y est vis-à-vis de tous ce qu'il est vis-à-vis de vous : mys­\ntérieux et taciturne. Aujourd'hui, paraît-il, ce sont les pères qui\nont des illusions et des enthousiasmes, et ce sont les fils qui\ndeviennent trop raisonnables... Croiriez-vous que, depuis la visite\ndes Penalegas, c'est-à-dire depuis bientôt deux mois, c'est à\npeine s'il s'est enquis de mon amie Isabelle... E t pourtant,\ncelle-ci ne m'écrit point sans que je ne devine, entre toutes les\nlignes de ses lettres, combien elle pense à lui. Il préfère s'enfer­\nmer dans sa chambre pour y lire ses auteurs favoris ou y travail­\nler à je ne sais quels plans de réforme universelle. A moins\nqu'il n'aille rejoindre à son hôtellerie le vicomte de Braux-\nLevrezy qui, lui, emploie, dit-on, ses loisirs d'émigré à jouer\nau pharaon ou à méditer sur la couleur d'un nouveau gilet...\n   » Mais cette crise passera, mon père. Je sais combien T h i e r r y\nvous respecte et vous aime. Peut-être, excusez-moi si je suis\ntrop hardie, pourrez-vous le rapprocher davantage de vous en\nlui m a r q u a n t un peu plus de confiance et d'intérêt. Je crois\nqu'il s'exagère la gravité de votre accueil et qu'il ne sait pas\nencore à quel point vous êtes indulgent et bon pour vos\nenfants...\n   — E h bien ! fillette, nous suivrons donc ton avis et nous ferons\nen sorte de ménager ce pauvre m a r t y r . . . E t maintenant, parlons\nun peu de toi, car je devine aussi tes préoccupations. E t Dieu\nsait si je m'y associe! T o u s ces troubles publics, dont je\nn'entrevois pas encore la fin, sont venus bien mal à propos jeter\nune ombre sur ton propre bonheur...\n   M. Charliers de Longprez venait de toucher, au cœur\nd'Hélène, un autre point douloureux. Au lendemain de la fête\nde Schoonenberg, tandis que Monsieur et M a d a m e de Penale­\ngas avec leur fille s'en retournaient aux champs, Evrard avait\nété appelé par son service à participer, dans les provinces, à la\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "86                             DURENDAL\n\n\nrépression des émeutes. Il y avait fait courageusement son\n métier de soldat. En ce m o m e n t , il était à Bruxelles avec tout\nle régiment d'Arberg. E t à l'inquiétude de savoir la vie de\nson fiancé exposée dans de nouveaux engagements se joignait\nla peine de voir celui-ci armé contre une cause qu'elle consi­\ndérait comme sacrée et à laquelle son père vouait tous ses\nefforts.\n    — Depuis qu'il est rentré à Bruxelles, Evrard m'écrit chaque\njour, mon père. E t précisément, j'espère, si vous m'y autorisez,\nle voir après-demain. Ce jour-là, il c o m m a n d e r a la garde du\nT r e u r e n b e r g et il me d e m a n d e instamment d'y passer dans la\nmatinée. Au moins, nous pourrons ainsi échanger quelques\nmots. Les autres jours, lorsqu'il est consigné avec ses hommes\nau quartier, ou requis pour les patrouilles, il nous semble à\nl'un et à l'autre être plus séparés et lointains que s'il était\noccupé à combattre les O t t o m a n s . . .\n    Elle n'ajoutait pas, la pauvre enfant, qu'elle eût préféré\nsavoir son fiancé à l'armée de Hongrie que de le savoir aussi\nproche d'elle, en de telles circonstances...\n    Certes, elle n'ignorait pas que plus d'un officier, Belge\nde naissance comme l'était E v r a r d , avait déjà quitté le\nservice de l ' E m p e r e u r plutôt que de marcher contre des com­\npatriotes.\n    Mais elle connaissait assez Evrard et le sentiment qu'il avait\nde la discipline militaire pour comprendre combien l'idée\nd'une désertion devait lui répugner. E t quel que fût son propre\nattachement à la cause nationale, peut-être préférait-elle encore,\n en son â m e généreuse, voir celui qu'elle aimait demeurer fidèle\nà tout son devoir, dussent-ils l'un et l'autre en souffrir cruel­\nlement, plutôt que d'accepter un sacrifice dont elle aurait le\nbénéfice et dont lui aurait le remords.\n    A ce moment de la confidence, T h i e r r y survint, et l'entretien\n prit un autre cours.\n    M. Charliers de Longprez, voulant mettre en pratique, sans\nplus de retard, le discret conseil que lui avait suggéré sa fille\n bien-aimée, proposa à T h i e r r y , d'un ton tout affectueux, de\n l'accompagner au Palais du Conseil, puis dans la ville basse,\nd'où il rapporterait peut-être d'importantes nouvelles. T h i e r r y\n ne fit pas d'objection. E t bientôt tous deux, a y a n t pris leurs\n manteaux et leurs chapeaux, quittèrent le vieil hôtel familial,\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                             87\n\n\nconduits j u s q u ' à la porte par H é l è n e , qui, sur le seuil,\néchangea encore avec son père un coup d'œil d'intelligence.\n                                      *\n                                  *       *\n   Il faisait très froid. Mais M. Charliers de Longprez, plus dur\nencore à lui-même qu'aux autres, n'en paraissait point incom­\nmodé. Au cou une simple cravate de mousseline plusieurs\nfois nouée sur elle-même, aux pieds de forts souliers à boucles\nd'argent, à la main sa grosse canne au pommeau d'ivoire, il\ngravissait d'un bon pas les ruelles qui montaient de la place\ndes Wallons j u s q u ' a u Sablon. Il salua, c o m m e une vieille\nconnaissance, la gracieuse fontaine que le marquis d'Aylesbury\navait, peu d'années auparavant, fait édifier au milieu de cette\nplaine, en témoignage du plaisir qu'il avait eu à séjourner à\nBruxelles. E n revanche, il eut un regard moins amical pour\nl'hôtel de M. H e n r i de C r u m p i p e n , le secrétaire d'Etat, dont\nla façade s'élevait à front du G r a n d Sablon. Mais il voulut éviter\nde parler à son fils des choses de la politique, encore que son\ncœur en fût rempli.\n   T o u t en causant des transformations qui venaient de boule­\nverser ce quartier, ils traversèrent la Place Royale, dont le\nquadrilatère m o n u m e n t a l , avec ses arcades classiques et sa\nstatue triomphale, rappelait les gloires du gouvernement de\nCharles de L o r r a i n e . Puis, au détour de l'Hôtel de Belle-\nvue, ils pénétrèrent dans le P a r c .\n   L a neige durcie y craquait sous leurs pas. Aux branches des\narbres et des arbustes scintillait, aux pâles rayons d'un soleil\nd'hiver, toute une joaillerie précaire et charmante. D a n s leurs\ngaines d'égypans, les bustes des héros semblaient grelotter,\ntandis que d'informes manteaux de paille emmitoufflaient les\nstatues et les groupes de marbre. A la rotonde, entourée de\nplatanes écaillés, la pièce d'eau circulaire était gelée et des\nenfants s'y livraient à de téméraires glissades. M . Charliers\ncrut devoir les admonester au passage.\n   T h i e r r y goûtait le style nouveau qui avait présidé à l'archi­\ntecture de ce jardin et du quartier environnant. Il loua la\nfaçade du Conseil Souverain avec ses colonnes cannelées et le\nfronton où M. Godecharle avait si habilement symbolisé la\nJustice.\n   Il approuva aussi les autres façades de M. Guimard qui, tout\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "88                               DURENDAL\n\n\nau long de la nouvelle rue de B r a b a n t , reproduisaient des lignes\narchitectoniques régulières et froides, m a r q u a n t à droite la\nChambre des Comptes, les Archives, l'hôtel de M. de Walckiers\net le refuge de l'abbaye noble de Sainte-Gertrude; à gauche, la\nchancellerie de B r a b a n t , le refuge d'Afflighem, l'hôtel de l'Es­\ncaille.\n    A ce style, qu'il tenait pour un décalque des résidences alle­\nmandes et lorraines, M. Charliers de Longprez préférait le\nt y p e des m o n u m e n t s de l'ancienne cour de B r a b a n t et du palais\nde Nassau, dont il avait vu avec peine détruire les derniers\nrestes.\n    Il jugeait ce t y p e mieux approprié au ciel et à l'histoire m ê m e\nde son pays. Mais, afin de ne pas provoquer un nouveau conflit\navec son fils, il évita de contredire celui-ci, se disant qu'après\ntout, la génération nouvelle-venue n'était pas obligée d'aimer,\ncomme il le faisait lui-même, une architecture démodée, qui\nrappelait les temps barbares du moyen âge.\n    C'était la première concession qu'il faisait à son fils. E t il en\nressentit une satisfaction amère, comme d'un sacrifice consenti\nà la paix familiale, mais aux dépens de son autorité...\n\n                                    *   *\n   Ainsi qu'il l'avait espéré, M. Charliers de Longprez trouva, dès\nle péristyle, quelques-uns de ses confrères venus aux nouvelles,\ncomme lui-même. Ils erraient, maintenant désœuvrés, dans les\ncouloirs et les salles désolées, naguère encore le théâtre de leurs\njoutes quotidiennes. Les uns se promenaient de long en large,\ndevisant à voix basse, à la façon des moines dans un cloître.\nLes autres, — puisqu'en cet endroit du moins, les rassemble­\nments n'étaient pas défendus, — formaient un groupe un peu\nplus bruyant, qui s'apaisa et s'ouvrit aussitôt pour accueillir\nle nouvel arrivant et son fils.\n   E n un tel milieu, où l'âge et le mérite marquaient seuls les\ndifférences, M. Charliers occupait un des premiers rangs par la\ndignité de sa vie et la loyauté de ses procédés.\n   Et la respectueuse s y m p a t h i e dont l'entouraient ses compa­\ngnons de travail éclata dans tous les regards et toutes les\nparoles.\n   Chacun lui fit compliment sur sa bonne mine.\n   — D o m m a g e , fit le vieil avocat, que notre bonne déesse\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "                         VIEUX BRUXELLES                          89\n\n\nT h é m i s ne soit pas aussi ingambe que moi ! Mais, que voulez-\nvous, après avoir déploré toute ma vie que la justice marchât\nd'un pas si boiteux, me voici réduit, en mes vieux jours, à cons­\ntater qu'elle n'avance plus du tout... N e trouvez-vous pas que nos\nvacances se prolongent d é m e s u r é m e n t ?\n   — D e fait, riposta un de ses interlocuteurs, voilà votre fils\nbien empêché de faire ses débuts, auxquels nous voudrions\napplaudir...\n   T h i e r r y répondit sans malice que l'attente de ses débuts ne\nlui causait point d'impatience... On prit cette indifférence pour\nde la modestie et bientôt, et tout naturellement, la conversation\ngénérale s'orienta du côté des choses politiques.\n   D e quoi parler, sinon des graves événements qui se succé­\ndaient?... Déjà, l'heure n'était plus aux théories qui avaient ali­\nmenté p e n d a n t si longtemps les entretiens de ces hommes de\nloi. Il avait fui au bruit des premières hostilités, le temps où\ndes groupes tout semblables d'aspect à celui-ci se bornaient à\ncommenter les griefs des E t a t s et de la population contre les\nentreprises du pouvoir. Q u e de triomphes oratoires Messire\nHenri vander Noot n'avait-il pas connus naguère sous ces\nvoûtes en opposant à la suppression des couvents, à la création\ndes intendances, au bouleversement des juridictions, à la\nviolation des droits et des coutumes, le texte et le sens de\nces vieilles chartes qu'Albert de Saxe-Teschen avait solennel­\nlement juré d'observer au nom de Joseph I I , et dont les décrets\nimpériaux avaient fait si bon marché !\n   C'était lui surtout qui avait su donner un caractère légal aux\nprotestations des Etats, du clergé, des serments, des paysans.\nDevenu l'homme-drapeau de la révolution, grâce à sa connais­\nsance des textes, servie par une éloquence un peu lourde, mais\nd'autant plus populaire, son autorité avait grandi à chacune de\nses démarches auprès des cours étrangères; sa proscription y\navait mis le dernier sceau.\n   Cependant, quelques-uns — et tel était l'avis de M. Vonck,\nnature plus fine, plus réfléchie, plus froide, — lui reprochaient\nun attachement aveugle aux traditions des provinces. L a révo­\nlution, disaient ceux-ci, ne doit pas être un retour au passé,\nmais marquer un pas dans l'avenir. A quoi bon se borner à vou­\nloir substituer la souveraineté des E t a t s à celle de Joseph I I ?\n Mieux valait organiser enfin la souveraineté du peuple, ainsi\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "90                            DURENDAL\n\n\nque le préconisaient les philosophes français, et d e m a n d e r à\nune assemblée, directement issue de la nation, des réformes\nqu'il était aussi dangereux d ' a b a n d o n n e r à l'arbitraire d'une\noligarchie qu'aux fantaisies d'un m o n a r q u e .\n   Mais ces divergences se dissipaient aujourd'hui dans le rayon­\nnement d'un sentiment commun : la nécessité d'une union\npatriotique agissante. Ce sentiment échauffait l'entretien de ces\nhommes graves, animait leurs regards et inspirait leurs paroles,\nau point qu'ils se devinaient tous à demi mot.\n   Qu'allait-il advenir ? L e Journal historique et l'Esprit des Gazettes\nqu'on se procurait en secret, grâce à la connivence des maraî­\nchers de la banlieue, considéraient le t r i o m p h e des patriotes\ncomme prochain... E n revanche, le Journal de Herve et de l'Europe,\nrédigé par L e b r u n - T o n d u , annonçait que les généraux Bender,\nFerraris et L a t o u r , auraient bientôt fait de mettre à la raison\nune poignée de rebelles, qui avaient déjà été obligés de mendier\nun armistice...\n   M. le conseiller de. H o o p , un des interlocuteurs de M. C h a r ­\nliers, se gaussa des nouvelles de L e b r u n - T o n d u qui ne valaient\nmême pas, disait-il, le prix auquel les payait la chancellerie\nimpériale. E n revanche, l'état général de l'Europe lui paraissait\npeu favorable pour la cause des patriotes. Ceux-ci pouvaient-ils\nencore escompter, comme ils s'en étaient flattés, le moindre\nconcours de la part de la F r a n c e ou de la Prusse? Si Frédéric\nétait jaloux des succès de Joseph II contre les T u r c s , si le\ncabinet de Versailles avait pour tradition politique de pour­\nsuivre l'abaissement de la maison d'Autriche, la solidarité des\nmonarchies n'allait-elle pas dominer ces jalousies et ces res­\nsentiments, d a n s un m o m e n t où la récente Déclaration des droits\nde l'homme et du citoyen menaçait d'ébranler les fondements\nmême de la royauté? E n tolérant l'insurrection des Belges, les\npuissances n'encourageraient-elles pas les hardiesses de l'As­\nsemblée nationale?\n   F a u t e de pouvoir compter sur la s y m p a t h i e ou la neutralité\nde l'étranger, du moins l'insurrection avait dès m a i n t e n a n t\npour elle, aux Pays-Bas, toutes les classes de la population.\nL'aristocratie lui était toute acquise, affirma un des « nouvel­\nlistes » du groupe. Certes, le prince de Ligne s'était refusé à y\ncoopérer, disant qu'il ne se révoltait jamais p e n d a n t l'hiver; en\nrevanche, son fils conduisait les troupes patriotiques en Flan-\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "                           VIEUX BRUXELLES                              91\n\n\n dre, et M M . d'Arenberg et d'Ursel s'étaient formellement\n déclarés les hommes du progrès...\n    E n t e n d a n t ces propos, M. l'avocat Van Doren hocha la tête.\n C'était un petit homme très corpulent, de mine assez bizarre\navec ses cheveux en ailes de pigeon, son habit marron et son\ngilet à fleurs. Il tira de sa poche une tabatière en cuivre dont le\ncouvercle gravé représentait à l'intérieur l'empereur Joseph II\nentouré de toutes parts de lunes en croissants. Gravement, il y\npuisa une pincée de tabac dont il se barbouilla le nez et\nprofessa :\n    — Les grands n'entendent rien du tout aux mouvements\npopulaires, et q u a n d ils daignent s'y joindre c'est à condition\nde les diriger. Croyez-moi, ce qu'il y a de distinctif et de\nprofond dans la résistance de notre peuple brabançon au régime\njoséphiste leur échappe. Ils se figurent que ce peuple attend\ndes réformes parce qu'ils sont eux-mêmes imbus de l'esprit des\nencyclopédistes, tout comme Joseph I I . Or, ce peuple d e m a n d e\nune chose : qu'on le laisse t r a n q u i l l e ! Il sait que nos constitu­\ntions, pour antiques qu'elles soient, lui assurent tout ce qu'il\npeut y avoir de bon dans les nouveaux programmes politiques\nfrançais, dont on fait si grand t a p a g e . . . Laissez le vieux lion\nbelgique secouer ses puces. Il s'en acquittera bien tout seul...\n    L a boutade de Monsieur Van Doren fit rire. On lui passait\nses originalités de pensée et de langage, car il était beaucoup\nplus savant que le c o m m u n de ses confrères, et son mérite\nl'avait m ê m e appelé au sein de l'Académie impériale et royale\ndes Sciences et des Belles-Lettres fondée à Bruxelles par\nMarie-Thérèse.\n   T a n d i s que ripostes et commentaires éclataient de plus belle,\nMonsieur Charliers de Longprez prit congé, faisant signe à\nT h i e r r y de le suivre.\n   Aussitôt dans la rue, où soufflait la bise, seul à seul avec son\nfils, il lui dit : « Il faut que je me rende maintenant dans le\nbas de la ville pour une réunion d'importance, et je veux vous\ndonner une grande m a r q u e de l'estime oùje vous tiens, T h i e r r y ,\nen vous priant de m'accompagner. M. E d o u a r d de Walckiers,\nqui m'a fixé rendez-vous à ce conciliabule, m'a m a n d é que\nsi j'avais quelque ami sûr et discret qui put nous aider, il y\nserait le bienvenu. E t j ' a i pensé à vous. Les circonstances sont\ngraves, T h i e r r y . Non seulement elles nous permettent d'être\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "92                               DURENDAL\n\n\nutiles aux autres, mais elles sont aussi l'occasion pour un\njeune homme de votre âge et de votre condition de s'instruire\nfortement par tout ce qu'il voit et entend. »\n   T h i e r r y eût préféré, sans doute, rejoindre M. de Braux-\nLevrezy à l'Hôtel de S u è d e ou même rentrer au logis pour y\nretrouver les livres qu'il ne quittait jamais qu'à regret... Mais\nil devina, au front soucieux de son père, combien un refus\neût été mal accueilli. Et balbutiant un vague remerciement,\nil emboîta le pas à Monsieur Charliers, qui s'était déjà mis en\nmarche de son train alerte, que scandait le bruit de sa grosse\ncanne frappant le pavé.\n   E n s e m b l e , ils descendirent le T r e u r e n b e r g et la rue de la\nMontagne.\n\n\n   Lorsque Monsieur Charliers de Longprez déboucha sur la\nG r a n d ' P l a c e , il ne put se défendre de l'émotion particulière\nqu'il ressentait toujours en contemplant ce prestigieux décor de\nla vie bruxelloise. Il s'arrêta un instant, et du pommeau de sa\ncanne, il désigna à T h i e r r y toutes ces façades corporatives, à\nla fois opulentes et gracieuses, fières de leurs torsades sculp­\ntées et dorées, de leurs pilastres et de leurs frontons, de leurs\nchronogrammes et de leurs vitres innombrables... N e sem­\nblaient-elles pas rangées devant l'Hôtel de Ville pour lui faire\nhonneur comme a u t a n t de nobles matrones devant leur Souve­\nraine? Et l'Hôtel de Ville ne les dominait-il pas royalement de\nsa puissante masse ouvragée, q u ' a n i m a i t tout un peuple de\nstatues? Ne les protégeait-il pas de sa flèche hardie, fusant\ndroit dans la nue comme une aigrette et proclamant à la ville\net aux campagnes l'indéfectible t r i o m p h e du Bien, figuré par\nl'archange Saint Michel, sur l'esprit du Mal, figuré par S a t a n ?\n   Oui, c'était ici, dans cet antique forum, que le cœur tumul­\ntueux de la Cité avait toujours b a t t u . . . Cette place gardait le\nsouvenir des tournois et des foires, des cérémonies religieuses\net civiles, des apothéoses et des supplices dont elle avait été le\nthéâtre au cours des siècles. Que de fois, toute décorée de\nfeuillages, elle s'était associée aux prières liturgiques qui s'éle­\nvaient de la procession du Saint Sacrement des Miracles, mon­\ntant d a n s l'air estival avec le parfum de l'encens et le tinte­\nment des clochettes! Que de fois, toute rutilante de pavois et\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "                        VIEUX BRUXELLES                          93\n\n\nde drapeaux, elle s'était enorgueillie au défilé des Serments\nqui serpentaient sur la place, précédés de leurs étendards et\nde leurs syndics, dans le fracas des chœurs et des fanfares!\n   Que de fois elle s'était complue aux moralités que repré­\nsentaient, sur des tréteaux improvisés, les bons Confrères\nde Rhétorique, désireux d'instruire le petit peuple et de le\nrécréer !\n   Que de fois, avec ce petit peuple, elle avait pris sa part des\nkermesses et des cavalcades, — riant de toutes ses fenêtres, de\ntous ses balcons, de toutes ses lucarnes aux lourdes facéties des\ngéants de carton trimbalés tout autour de la place et exécutant\nleurs grotesques quadrilles!\n    Mais, auprès de ces jours d'orgueil ou de liesse, que de\njournées de deuil! N'avait-elle pas tressailli, envahie par une\nfoule muette de terreur, à l'impitoyable décollation des\ncomtes d'Egmont et de Hornes? Puis à celle du vieil\nÀnneessens, le doyen des métiers?... Un jour, en 1695, jour\nd'épouvante, n'avait-elle pas été la cible sur laquelle, pendant\ntrois heures, avait tiré, à boulets rouges, l'artillerie du maréchal\nde Villeroy? Puis, en moins de quatre ans, par un miracle de\nfoi civique, elle avait resurgi des ruines du bombardement,\n plus belle, plus radieuse que jamais... Depuis elle avait vu\nrenaître la vie publique en ses manifestations traditionnelles :\nommegancks et cortèges, flambois de chasubles et de dalma­\ntiques, d'ors, de velours et de soies, chars symboliques,\nsociétés marchandes ou militaires.\n    Deux fois par an, en avril et en novembre, elle saluait les\n Etats du Brabant : prélats, nobles et délégués des chefs-villes,\n qui se réunissaient au Palais communal. En 1787, les États du\n Hainaut y étaient venus en grande solennité marquer leur\n union avec les Brabançons.\n    Chaque fois que d'importants intérêts urbains devaient être\n débattus, elle admirait les neuf Nations précédées de leurs\n doyens et jurés qui se rendaient à l'Hôtel de ville pour\n délibéreravec le Magistrat de Bruxelles et le large conseil. Nulle\n troupe ne pouvait paraître en armes sur cette place sacrée, si\n ce n'étaient les cinq Serments à qui tour à tour incombait\n l'insigne honneur de la garder.\n    Mais aujourd'hui, quel changement! Au lieu des officiers\n  bourgeois, tout empavonnés de leur dignité, c'étaient des\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2431, "texte": "94                             DURENDAL\n\n\nsoudards à la cocarde noire qui y étaient établis comme\nen pays conquis. Aux entrées de la Place, vers les rues de la\nColline, de l'Etoile et de la Tête-d'Or, des canons étaient\nbraqués, prêts à toute surprise, et de lourdes chaînes scellées\ndans les murs pouvaient, à la moindre alerte, fermer tout\naccès. U n fanion avec l'aigle impérial à deux têtes flottait à la\ntour de l'Hôtel de Ville. Assis sous le porche ou sur les marches\nde l'escalier des L i o n s , des kaiserliks, capotes ajustées,\nbrûle-gueule à la bouche, tuaient le temps en jouant à la pelote\nou en se contant les souvenirs des vieilles guerres. D'autres\nbattaient la semelle pour se réchauffer. Dans un coin de la\nplace, deux d'entre eux montaient la garde auprès d'un pilori\noù un placard bilingue mettait à prix la tête de messire H e n r i\nvander Noot et de ses complices.\n    Face à l'Hôtel de Ville, le Broodhuis étalait son invocation\nfameuse, que les circonstances faisaient un peu ironique\nA fame, peste et bello, libera nos, Maria Pacis! Et M. Charliers\nde Longprez songeait que derrière cette façade, dans ce vieux\nbâtiment réservé naguères à la C h a m b r e de Tonlieu, au\nT r i b u n a l de la foresterie, au Consistoire de la T r o m p e et à la\nCour Synodale, où sa profession l'avait si souvent conduit, de\nnombreux prisonniers, parmi lesquels plusieurs de ses amis,\nattendaient le bon plaisir de M. de Trauttmansdorff. Qui sait,\ndans quelques jours, le bourreau, dont la maisonnette se\ndissimulait dans une ruelle voisine, aurait sans doute le\npremier rôle...\n   Ainsi sur cette place, hier encore exubérante de vie popu­\nlaire, planaient aujourd'hui les angoisses.\n   — Hâtons-nous, dit M. Charliers à son fils.\n   Au ras de la façade, ils longèrent la vieille église Saint-\nNicolas. Rue au Beurre, la fontaine de la Laitière était gelée\net aussi, au coin de la rue des Fripiers, la fontaine des Trois-\nPucelles. Quant à la Senne, ses eaux très basses, d'autant plus\nputrides et noires, n'étaient congelées que sur les bords, aux\nendroits où, cessant de baigner les murailles lépreuses, elles\nrencontraient le sol en des fanges durcies, coagulées de déchets\nindustriels et domestiques. Des plaques de glace — telles des\nvitres blanchies — y paraissaient soudées à la rive...\n   Cependant, le fil de la rivière entraînait parfois l'un ou\nl'autre de ces maigres glaçons qui festonnaient la berge. Char-\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                               95\n\n\nriés en débâcle, ils allaient se briser aux culées du pont pro­\nchain ou se fondre piteusement à la décharge de quelque\nteinturerie ou brasserie qui déversait en une cascade fumante\nde buée ses eaux résiduaires.\n   Suivant leur voie par des rues misérables, aux façades ros­\ntrales mal d ' a p l o m b , le vieil avocat et son fils aboutirent bientôt\nau nouveau quartier du Béguinage, tout fier de son église\nrococo. Derrière l'église, s'étendait une cité recueillie, le G r a n d\nBéguinage, veuf m a i n t e n a n t des sept à huit cents saintes filles\nqui y avaient chacune leur modeste logis. T o u t près de là,\ncomme pour faire contraste, s'accusait l'activité mercantile du\ncanal et du port L a rigueur de la t e m p é r a t u r e , non plus que\nl'embarras des affaires, n'y avaient pas arrêté tout travail.\nQuelques lourdes péniches, accostées aux quais, se vidaient\nméthodiquement des ballots, des caisses et des barriques\nrenfermés dans leurs flancs. Des capons du Rivage, aux\ntrognes rougies par le froid, aux gestes lents, au parler rare\net brutal, allaient et venaient, pliant sous leurs fardeaux. De\ntemps en t e m p s , ils s'arrêtaient pour agiter les bras et\nconjurer l'onglée.\n    P a r leurs soins, les camions, attelés de forts chevaux\nbruns, se chargeaient de marchandises : bois du Nord ou vins\ndu Midi, épices ou poissons fumés. Ils les emportaient au\nclaquement des fouets vers les maisons de gros, qui ali­\ngnaient le long des quais leurs façades plates percées de grandes\nportes charretières.\n    Près du Marché a u x - P o r c s , M. Charliers de Longprez\nmontra à son fils le Veerhuis où accostait deux fois par jour\nle coche d'eau qui conduisait à Anvers par Willebroeck.\n Ils contournèrent encore un petit bassin, où quelques barques\nde pêche, taillées en sabots, somnolaient, bloquées par la\ngelée. F l e g m a t i q u e s parmi les agrès et les voiles scintillants\nde grésil, des Zélandais aux visages halés, aux cheveux\ncoupés droits, fumaient leur pipe, — les mains enfoncées\n dans leurs larges braies. Il régnait là une âcre odeur de\n lichen, de mollusques et de goudron qui évoquait pour\n les rares passants de lointains voyages par les canaux et les\n mers.\n    Enfin, au t o u r n a n t d'une ruelle, M. Charliers de Longprez,\n qui s'était plus d'une fois assuré p r u d e m m e n t qu'il n'était pas\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "96                           DURENDAL\n\n\nsuivi, s'engagea avec son fils sous la porte basse d'une maison\nd'angle.\n                                 *\n                               * *\n   L a salle où ils pénétrèrent n'avait rien qui la distinguât d'une\nsalle banale d'estaminet. E t Dieu sait si le n o m b r e de ces éta­\nblissements était considérable à Bruxelles et dans les provinces!\nN e prêtait-on pas à Joseph II cette saillie peu flatteuse : « Mes\nPays-Bas sont le cabaret de l'Europe. » A. vrai dire, le goût d'un\nconfort paisible et la familiarité entre les diverses classes\nsociales multipliaient ces tabagies où, pour quelques liards,\nriches et pauvres, artisans et bourgeois s'achetaient une place\nchaude, un bien-être engourdissant, la liberté de se p l a i n d r e à\nl'aise du gouvernement, et, en plus de tout cela, un verre de\ncette bière âcre et douceâtre à la fois : le faro bruxellois.\n   Au milieu de la salle, dallée de briques vernissées, un grand\npoêle de Louvain ronflait paisiblement, et, tout à côté, une\nplantureuse commère, les manches relevées jusqu'au-dessus des\ncoudes sur des bras ronds et rouges, était occupée à quelque\nouvrage de couture. Derrière le g r a n d comptoir de bois blanc\noù luisaient des brocs et des pots d'étain, trônait baes Dirks,\nun véritable colosse, auquel sa taille et sa sagesse assuraient\nune g r a n d e autorité sur les portefaix ou « capons du Rivage »\ndont il était un des syndics.\n    Baes Dirks salua gravement le vieil avocat, et celui-ci, répon­\ndant à une interrogation muette du cabaretier, lui présenta\nThierry :\n    — Mon fils, lui dit-il...\n   — C o m p l i m e n t s ! monsieur l'Avocat. Vous pouvez monter,\nces messieurs sont là.\n    M. Charliers et T h i e r r y gravirent un petit escalier dissimulé\nderrière le comptoir et se trouvèrent bientôt dans une salle du\npremier étage, d'où un passage secret leur permettait de\ns'échapper par une maison voisine, à la moindre alerte.\n    Baes Dirks, patriote éprouvé et discret, consentait, au risque\nde sa fortune et de sa liberté, à recevoir ainsi les conspirateurs,\nqui se croyaient moins surveillés d a n s ce quartier ouvrier que\nd a n s d'autres.\n    Ces conspirateurs étaient en petit nombre : M . E d o u a r d de\nWalckiers, le banquier de la Cour, dont la fortune s'était gros-\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "                             VIEUX BRUXELLES                                  97\n\nsie par le commerce des I n d e s ; au demeurant, bel h o m m e , bel\nesprit, orateur chaleureux; le baron vander Haegen, autre\ngentilhomme de belle venue, la figure mâle et pleine, la tour­\nnure dégagée, un peu hâbleur, un peu bretteur, tels les capi­\ntaines des Gildes peints par F r a n s H a l s , le poing sur la hanche\net le chapeau sur l'oreille; M. Van P a r y s , syndic des t e i n t u r i e r s ;\nle poissonnier De L e e u w ; M . Simon, le premier carrossier de\nBruxelles, et, ajoutait-on, de l ' E u r o p e . P u i s , deux autres per­\nsonnages dont la rencontre causa à M. Charliers une double sur­\nprise. L ' u n était Dom Placide, au visage toujours fleuri et\nsouriant, qui accueillit les nouveaux venus d'un b r u y a n t : Salve,\nPater Anchises ! Et pie Eneas ! L ' a u t r e était M. l'avocat Sandelin,\nhomme d'initiative et de bon conseil. M. Charliers ne s'atten­\ndait pas à retrouver à cette réunion M. Sandelin, qui avait été\nemprisonné le 17 octobre et qu'il croyait encore aux Madelo­\nnettes. Mais le captif avait trouvé le moyen de séduire son\ngeôlier, — beau t r i o m p h e d'avocat ! Echappé depuis deux jours,\n il avait trouvé abri chez baes Dirks, et son concours venait\n singulièrement à point aux conspirateurs...\n   Les saluts échangés, le baron vander Haegen, qui détestait\nconspirer à sec, réclama un pot de bière et un pot de tabac, et\nchacun fut bientôt servi par l'excellent cabaretier, avec tous les\nrites professionnels dont celui-ci avait, au plus haut degré, le\nscrupule.\n   Puis, tandis que baes Dirks restait aux aguets, Walckiers\nprit la parole : « Je vous ai convoqués ici, mes amis, parce que\nl'aide de Dirks nous sera nécessaire pour ce que nous voulons\nentreprendre et qu'il n'aurait pu se rendre chez l'un de nous\nsans donner l'éveil. J'ai reçu des informations de l'armée. Vander\nMersch est bien résolu à marcher sur Bruxelles aussitôt\nl'armistice expiré, c'est-à-dire dès samedi. Il s'agit pour nous\n de décider si nous a t t e n d r o n s qu'il paraisse aux portes\npour tenter un mouvement dans la ville et ainsi seconder ses\n efforts, ou s'il ne vaut pas mieux, sans attendre la fin de cet\narmistice, engager nous-mêmes et de suite les hostilités... »\n    Il s'arrêta un instant et reprit :\n    — A. mon avis, mieux vaut ne pas attendre. Si nous attendons,\n Vander Mersch peut être arrêté par les troupes de d'Alton. Il\n peut être vaincu. Et dans ce cas, la population, aujourd'hui\n avec nous, sera démoralisée. D'ailleurs, s'il arrive sous nos\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "98                               DURENDAL\n\n\nremparts, ce ne sera qu'à la faveur d'une émeute qu'il aura\nchance d'entrer d a n s la place. Autant faire l'émeute de suite.\nBruxelles délivrée, ce sera la victoire définitive...\n    Il y eut un moment de silence, chacun réfléchissant avant de\nprendre la responsabilité d'un avis. P u i s M. Sandelin objecta :\n    — Ne craignez-vous pas, monsieur le Vicomte, qu'en soulevant\nles Bruxellois avant la fin de la suspension d'armes, d'Alton\nn'en sera que plus fort contre nous, puisqu'il disposera j u s q u ' à\nsamedi de toutes ses forces? Ne craignez-vous pas aussi qu'il\nsera d'autant plus empressé et plus violent dans la répression et\nque, pour en finir de suite, il ne fasse bombarder la ville, ce que\nnous devons éviter à tout prix?\n    — Encore des ajournements! Pourquoi pas un nouvel armis­\ntice? grommela Dom Placide. L e bras nous démange à tous\net cependant vous prétendez nous immobiliser davantage...\n    Walckiers, qui était un peu goguenard, fit compliment au\njeune moine de ses dispositions, tout en s'étonnant qu'il usât\nd'autres armes que de la prière.\n    — Distinguo, messire, riposta Dom P l a c i d e . Certes, Ecclesia\nabhorret a sanguine. Bien que n ' a y a n t pas encore reçu la\ntonsure, les canons me défendent comme à tous les clercs de me\nservir d'armes tranchantes et piquantes, sauf à table bien e n t e n d u .\n Verum tarnen, tous les conciles reconnaissent le droit de défense\nà un h o m m e injustement assailli. C o m m e n t ! j ' a u r a i vu les\ntemples chrétiens convertis en magasins, en casernes ou en\nrepaires d'histrions; j ' a u r a i vu, d a n s ce saint prieuré de Groe­\nnendael, où j ' é t a i s disposé à vivre paisiblement j u s q u ' à mon\ndernier jour, des hommes consacrés au Seigneur indignement\nchassés de leurs cellules par les soldats et devenus vagabonds\ndans un m o n d e qu'ils avaient abjuré! E t vous vous étonnez que\ndans Israël captive, les lévites se lèvent avec le peuple pour\n repousser les t y r a n s . . . En ego civis romaines, messire!\n     Il était beau de fougue juvénile et débordante, et T h i e r r y\n eut quelque joie à retrouver en lui son vaillant compagnon de\n Louvain qui ne reculait j a m a i s , ni devant un contradicteur, ni\n devant un pandour.\n     Walckiers se confondit gaiement en excuses et s'empressa\n de clore l'incident. P u i s , la discussion ayant repris, M. Simon\ny apporta un argument qui fit une certaine impression. 11 venait\nd ' a p p r e n d r e , par quelques officiers dont il était le fournisseur, que\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "                           VIEUX BRUXELLES                               99\n\nle régiment allemand de Bender, fort de quatorze cents hommes,\navait reçu des ordres de d'Alton et serait à Bruxelles le ven­\ndredi soir. Ne valait-il pas mieux attaquer la garnison avant\nqu'elle ne s'accrût d'un tel renfort. Si des défections apparais­\nsaient comme probables, voire certaines, dans les régiments\nnationaux, même dans les dragons d'Arberg, il n'en serait pas\nainsi avec les soldats étrangers commandés par le vieux\nBender.\n    Le baron vander Haegen annonça que les Serments se\nréorganiseraient dès qu'il le voudrait et marcheraient comme un\nseul h o m m e . Il se proposait de leur adjoindre des c o m p a g n i e s d e\nvolontaires et, fixant aussitôt son dévolu sur T h i e r r y , il déclara\nque celui-ci ferait un excellent lieutenant dans l'une de ces\ncompagnies. T h i e r r y répondit évasivement qu'il ne convenait\npas pour un tel honneur. M. Van P a r y s fit savoir que des\nuniformes aux couleurs tricolores étaient prêts en grande\nquantité dans ses magasins. Il certifia que les quartiers des\nrues d'Anderlecht et de F l a n d r e n'attendaient q u ' u n signal\n pour se soulever. M. De Leeuw promit le concours tout parti­\n culier du quartier du Major. Baes Dirks, interpellé, se porta\n fort pour les capons du Rivage.\n    T a n t de nouvelles favorables emportèrent la décision. L e\n soulèvement aurait lieu le surlendemain. Walckiers voulut que\n M. Charliers de Longprez, dont tous respectaient la volonté si\n droite mise au service d'une intelligence si claire, fut chargé\n d'assigner à chacun son rôle dans les derniers préparatifs.\n Mais M . Charliers, qui avait toujours m a r q u é une répugnance\n sincère pour la vie publique et ne s'y mêlait aujourd'hui que\n par esprit de devoir, prétendit demeurer dans les rangs et fit\n admettre que MM. de Walckiers et vander Haegen pren­\n draient la direction des hostilités. De cette réunion d ' h o m m e s ,\n divers d'éducation et de fortune, mais dévoués à une même\n cause, se dégageait une ardente communion des moyens et du\n but. A voir se confondre leurs sentiments avec leurs regards et\n  leurs paroles, T h i e r r y , qui seul ne participait pas à cette\n  communion, ne put se défendre de les admirer.\n     Il fut convenu que chacun se mettrait aussitôt à l'œuvre et\n  que les dernières dispositions seraient arrêtées le lendemain soir\n  chez le carrossier Simon. L'attaque des postes autrichiens\n  commencerait le jeudi matin dans le quartier de Sainte-Gudule.\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "100                             DURENDAL\n\n\n   P u i s ils sortirent, un à un, pour éviter d'éveiller l'at­\ntention.\n   Pour la première fois, M. Charliers s'était laissé surprendre\npar l'heure.\n   L'Angelus sonnait. Libérés de l'école, des gamins couraient,\nbonnet enfoncé aux oreilles, se lançant de-ci de-là sur une flaque\ngelée en de folles glissades. Quelques bonnes femmes à\ncabas se hâtaient, elles aussi, enfoncées comme sous des\nhousses dans leurs grands manteaux flamands à capuchons.\n   Les charretiers impatients et transis allongeaient à leurs\nchevaux des coups de fouets plus b r u y a n t s qu'offensifs.\n   P e n d a n t tout le trajet qui séparait le Rivage de la place des\nW a l l o n s , le père et le fils échangèrent à peine quelques paroles.\nIls méditaient tous deux sur la gravité des circonstances, sauf à\nen déduire des réflexions très différentes.\n\n\n   Après le repas familial, T h i e r r y prit sa sœur à part. Il lui\nconfia la décision que les patriotes venaient d'arrêter : assaillir\nla garnison dès le surlendemain et ouvrir les hostilités dans le\nquartier de Sainte-Gudule. P u i s q u ' u n fâcheux hasard voulait\nq u ' E v r a r d fût précisément désigné pour commander ce jour-là\nle poste du T r e u r e n b e r g , n'était-il pas de leur devoir, à eux, ses\namis, à elle surtout, sa fiancée, de l'aviser discrètement, afin\nqu'il ne fût pas surpris par l'attaque des conjurés et, qu'en tout\ncas, il n'en fût pas la victime?...\n   Bien que cette nouvelle l'émut profondément et qu'elle se\nsentît tout d'un coup oppressée au point d'en perdre la parole,\nHélène, après quelques instants de réflexion, répondit :\n   — Non, T h i e r r y . L e prévenir serait une lâcheté. Car le\nsecret que tu me livres n'est pas le tien, mais celui de ton père\net des chefs des insurgés. Que dirait, que penserait notre père\nsi nous devions ainsi trahir la confiance qu'il t'a marquée? Je\nne veux pas que tu voies E v r a r d ! Je ne veux pas qu'aucun de\nnous lui laisse soupçonner ce qui se prépare. A quoi bon, d'ail­\nleurs? Evrard est trop attaché à son honneur de soldat pour\ndéserter son poste quand même il aurait la certitude de devoir\nêtre écrasé. E t le seul résultat que nous aurions atteint serait de\nlui permettre d'avertir le gouvernement et de mieux préparer sa\ndéfense contre qui? Contre mon père, contre des hommes armés\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                           101\n\n\n\npour la cause du pays, pour notre cause... O h ! que tout cela\nest affreux. Mon D i e u ! mon Dieu! inspirez-nous! protégez-le!\n   Sa résolution fut bientôt prise. P u i s q u e la piété filiale et le\ndevoir civique lui interdisaient de prévenir son amant du danger\nauquel il était exposé, qui donc l'empêcherait d'être auprès de\nlui à l'heure de ce danger et d'essayer d'en conjurer les consé­\nquences?...\n   Avec quelle curiosité anxieuse elle vécut la journée du mer­\ncredi, surprenant dans la conversation de son père et dans les\nmessages qui lui parvenaient les informations révélatrices de\nl'orage qui devait éclater le lendemain à l'heure convenue. Des\ndispositions étaient prises clans tous les quartiers de la ville, où\ndes comités se formaient à la hâte. Déjà l'impatience d'agir\nse manifestait de-ci de-là; des sentinelles autrichiennes étaient\ninsultées. Des travaux de défense exécutés dans des rues\nécartées par les ordres du général d'Alton étaient détruits.\n   Le jeudi matin, quand M. Charliers de Longprez s'apprêta\nà sortir, annonçant qu'il se rendait à Sainte-Gudule pour y\nentendre la messe, Hélène déclara qu'elle l'accompagnerait...\nE t sans laisser à son père le temps de protester, elle voulut\nqu'il acceptât son bras et fissent ensemble la route de la place\ndes Wallons jusqu'à la vieille collégiale...\n   Quand ils y arrivèrent, l'église avait sa physionomie des\ndimanches ; les fidèles étaient disséminés dans la grande nef et\nle pourtour du chœur. Ils attendaient que l'office commençât et\ndès que le prêtre monta à l'autel, il sembla que tous les regards\net toutes les pensées se confondissent avec ses prières. Toutefois\npeu à peu, et sans que les premiers arrivés, parmi lesquels\nM. Charliers et sa fille avaient pris place, parussent s'en aper­\ncevoir, l'église continuait à se remplir. Des groupes d'hommes\npénétraient silencieusement... Puis d'autres. Puis d'autres,\nenvahissant bientôt jusqu'aux nombreuses petites chapelles\nlatérales où les gildes avaient leurs autels patronaux.\n   L'office terminé, le doyen entonna tout à coup le Te Deum\net, du haut du j u b é , les orgues lui répondirent. C'était le signal\nprévu et aussitôt l'église s'emplit d'une étrange agitation.\n   L e Te Deum disait la reconnaissance du peuple brabançon\npour les succès de l'armée patriotique.\n   E d o u a r d de Walckiers et d'autres conjurés, montant sur leurs\nchaises, firent pleuvoir sur l'assistance une nuée de cocardes tri-\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "102                            DURENDAL\n\n\n\ncolores. L e peuple s'en saisit. Les hommes en garnissent leurs\nchapeaux. Les femmes les arborent à leurs corsages. Des cris\nde « liberté ! liberté ! » éclatent. Ils se mêlent, sous les voûtes\nsonores, aux versets liturgiques qui s'échangent entre le j u b é et\nl'autel. U n prédicateur apparaît dans la chaire... C'est un jeune\nmoine qui brandit un crucifix. Dom Placide — c'est lui —\nexhorte les fidèles à combattre pour leur religion. Sa voix\ndomine toute rumeur et son regard de feu exalte les âmes.\nAprès quelques paroles ardentes, il commence à pleins poumons\nle psaume héroïque : Deus refugium nostrum et virtus ! Les assis­\ntants le chantent avec lui et, du dehors, d'autres conjurés qui\ntentent de pénétrer dans le temple et déjà n'y trouvent plus\nd'accès répondent avec ferveur. L a dernière strophe s'éteint, et\nvoici que s'élèvent d'autres cris : « Aux armes ! aux armes ! »\nT o u t e s les dispositions ont été prises par Walckiers et les\nconjurés auxquels il a donné la veille au soir, chez Simon, et\nle matin m ê m e au parc Saint-Georges, les instructions les plus\nminutieuses.\n    U n e grande masse d ' é p é e s , d e piques, de fusils, de cartouches\nest toute prête à la sortie de l'église. E n passant sous le portail,\nles hommes sont armés. U n e décision belliqueuse brille dans\ntous les yeux. « Aux Dominicains ! » crient les uns. « A l'Hôtel\n de ville ! » crient les autres. Mais les cris s'apaisent un peu et\n les rangs de la foule s'entr'ouvrent respectueusement : C'est\n Walckiers qui survient. Il est accompagné de M . Charliers que\n sa fille n'a pas quitté. Dom Placide est aussi dans leur groupe,\n et déjà chacun les salue et les acclame. Mais Walckiers, d'un\n geste, impose le silence.\n    — Suivez-moi à la prison du Treurenberg, mes amis, s'écrie-\n t-il, nous commencerons par y délivrer les bons patriotes qui y\n sont arbitrairement enfermés. E t ce sera pour notre cause un\n bon renfort.\n     — E t ce sera aussi un bon début, affirme Dom Placide. Car\n n'est-ce pas une œuvre de miséricorde que de visiter les captifs...\n    On applaudit, on rit, on se presse. E t derrière Walckiers et\n son groupe, la foule s'organise et forme les rangs en ordre de\n marche. L e Treurenberg, qui sert habituellement de prison\n pour dettes, mais qui est actuellement tout empli de détenus\n  politiques, n'est q u ' à quelques minutes de distance,\n                                           *\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "                             VIEUX BRUXELLES                                  103\n\n\n   Mais Hélène Charliers n'attend m ê m e pas le signal du départ.\n Prenant les devants, seule, d'un pas alerte, elle arrive la pre­\nmière au poste du T r e u r e n b e r g .\n   Evrard est sur le seuil du corps de garde. Il a déjà perçu la\nrumeur qui monte j u s q u ' à lui, venant de l'église. Il aperçoit\n Hélène, et remarque aussitôt le regard fiévreux de sa fiancée.\n   — Evrard, lui dit-elle, voici les patriotes qui viennent\nréclamer leurs prisonniers. Mon père est parmi ceux qui les\nconduisent. Ils sont toute une foule contre laquelle vous ne\npourrez tenir! Je viens vous en supplier au nom de notre\namour : évitez une lutte fratricide et d'ailleurs inutile! Chacun\n reconnaîtra que vous aurez bien agi.\n   — Que voulez-vous dire, Hélène? Est-ce vous qui me con­\nseillez de forfaire à mon devoir... Laissez-moi, je vous en prie\nà mon tour. Votre place n'est pas ici.\n   Et aussitôt, d'une voix vibrante, Evrard appelle à lui les\nsoldats dont il a le c o m m a n d e m e n t . P r é c i p i t a m m e n t , en se\nbousculant, vingt-cinq à trente hommes sortent du corps de\ngarde, le fusil à la main.\n   — Rangez-vous! leur crie le jeune officier et si on attaque le\nposte, soyez attentifs à mes ordres.\n   Déjà la foule est proche. Elle gravit la rampe du T r e u r e n b e r g .\nVoici qu'elle apparaît au détour de la rue.\n   Walckiers s'en détache et fait signe aux patriotes d'observer\nle calme et le silence. Il va droit au lieutenant.\n   — Monsieur, lui dit-il en le saluant courtoisement, je viens\nvous d e m a n d e r , au nom des habitants de Bruxelles, de nous\nrendre les prisonniers enfermés ici et de nous livrer ce poste\npour le confier aux Serments. Nous serions au regret d'employer\nla violence, d'autant plus que la supériorité du nombre est\ntelle de notre côté qu'elle nous vaudrait très peu d'honneur, s'il\nfaillait en venir aux mains.\n   Ecoutant ce langage, Evrard de Peñalegas serre les\nlèvres. Ses yeux, où passe comme un reflet de l'Espagne che­\nvaleresque, brillent plus noirs et plus vifs dans son teint\nbasané.\n   — Monsieur, répond-il, je tiens ce poste au nom de l'Em­\npereur mon maître, et je le défendrai contre les rebelles, quels\nqu'ils soient. Vous savez que mes ordres m'obligent de dissiper\npar la force des armes tout attroupement hostile. Ainsi, que\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2156, "texte": "104                           DURENDAL\n\n\ncette foule se disperse immédiatement, sinon, je donnerai\nl'ordre à mes soldats de faire feu sur elle !\n   Cependant les soldats, qui appartiennent au régiment de\nLigne et sont de sang belge, n'ont pas dans leur attitude et\nleurs regards cette expression résolue qui anime leur chef. Dom\nPlacide, qui s'en aperçoit, veut les haranguer :\n   — Mes bons amis, leur crie-t-il, n'êtes-vous pas des patriotes\ncomme nous? N'êtes-vous pas chrétiens comme nous? Venez\ndonc avec nous.\n    Et M. Charliers de Longprez s'écrie à son tour : « Des enfants\ndu même pays vont-ils s'égorger au lieu de s'unir pour leurs\ndroits violés? »\n   — L e sang retombera sur la tête des rebelles, interrompt\nE v r a r d . E n j o u é ! soldats.\n   A ce moment Hélène se précipite entre son père et Evrard :\n   — N o n ! non! C'est un mauvais rêve, n'est-ce pas? C'est\nune lutte impie et impossible... Mon père, éloignez-vous.\nEvrard, si vous voulez qu'il y ait du sang, eh bien! que ce soit\nle m i e n . . .\n    Dans la précipitation de son geste, sa chevelure blonde, mal\nretenue par un ruban, s'est b r u s q u e m e n t dénouée. Ainsi exaltée\net palpitante, elle semble une incarnation de la P a t r i e qui veut\nréconcilier ses enfants.\n    Pâle d'inquiétude et de rage, Evrard cherche à écarter sa\nfiancée. Elle insiste. Il la prend par le bras et la repousse avec\nune telle violence qu'elle tombe à la renverse, jetant un cri\ninstinctif :\n    — Ah! vous me faites mal, E v r a r d . . .\n    Cet incident jette une sorte de désarroi parmi les hommes de\n garde. L a masse des patriotes n'a cessé de grossir. A quelques\n pas de distance, elle entoure maintenant le corps de garde, et\n de cette foule partent des appels bruyants à l'adresse des\n soldats.\n    Walckiers, voyant Hélène renversée à terre, a dégainé. Devi­\n nant et prévenant son mouvement, Evrard se précipite sur lui,\n l'épée haute.\n    Mais à ce moment Dom Placide, qui tient à la main un\n simple bâton, — à la vérité de forte dimension — manœuvre\n cette arme vulgaire avec une telle promptitude et une telle\n sûreté qu'il fait sauter l'épée de la main du lieutenant, et du\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                           105\n\n\nmême coup son chapeau, avant m ê m e q u ' E v r a r d ait pu s'aper­\ncevoir de l'intervention de ce nouvel adversaire.\n   L'officier est désarmé. E n vain il veut ramasser son épée.\nDéjà plusieurs patriotes se la disputent.\n   Atterré, honteux, Evrard se ressaisit pour commander à ses\nhommes : « F e u ! tirez! tirez d o n c ! je vous l'ordonne! »\n   Mais déjà ses cris sont étouffés par les acclamations de la\nfoule, que le geste de Dom Placide a émerveillée. Les soldats\nsont distraits par les appels que leur adressent les patriotes,\nparmi lesquels ils reconnaissent des amis. Ils sont en quelque\nsorte mêlés à la foule et, voyant leur chef entouré et saisi par\nvingt hommes qui l'immobilisent malgré tous les efforts qu'il\nfait pour se dégager, ils n'offrent déjà plus q u ' u n e faible résis­\ntance morale aux propositions dont on les harcèle.\n   Cependant Evrard refuse énergiquement de se rendre.\nL'insubordination de ses hommes le désespère. L'impossibilité\noù il est de faire un mouvement et même d'articuler un son, tant\nil est pressé et maintenu, l'exaspère.\n   Walckiers décide que les prisonniers seront délivrés. Evrard\nprendra jusqu'à nouvel ordre la place de celui d'entre eux qui\nétait le mieux logé. L e corps de garde sera occupé par les\nSerments.\n    Cette décision provoque la bonne h u m e u r de la foule :\n    — L'officier des kaiserliks continuera à garder la prison,\n dit un mauvais plaisant, mais à l'intérieur, cette fois.\n    — Bah ! dit un autre, quand ce freluquet aura passé une\n nuit sur un matelas de sapin avec un traversin pareil, il\n comprendra que le bon droit est de notre côté.\n    Ainsi éclatent les joyeux propos. Ils redoublent sous forme\n de bienvenue, lorsque les prisonniers libérés apparaissent à\n la foule. Mêlés aux soldats, qui étaient tantôt leurs geôliers,\n on les entraîne vers les cabarets voisins pour boire à la santé\n de van der Noot.\n    Mais déjà mieux avisés, Walckiers et les principaux conjurés\n rallient leur étrange armée.\n    — Aux D o m i n i c a i n s ! aux D o m i n i c a i n s ! crient-ils.\n    Obéissant à cet ordre, les patriotes descendent en cortège\n vers la ville basse.\n    Depuis q u ' H é l è n e est rassurée à la fois sur le sort de son\n père et celui d'Evrard, tout courage et toute décision l'ont\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "106                              DURENDAL\n\n\n\nabandonnée. Pâle, fléchissante, brisée, elle reste à l'écart et\nmédite déjà sur les moyens de délivrer son fiancé, — devenu\npeut-être son irréductible ennemi !\n   Au moment même où M. Charliers de Longprez s'enquiert\nd'elle, il est enlevé de terre par des mains calleuses qui\nveulent le porter en triomphe. Les capons du Rivage, que Baes\nDirks dirige avec autorité, prétendent décerner les mêmes hon­\nneurs à Dom Placide. Hissés tous deux sur des épaules incon­\nnues, le vieil avocat et le jeune moine apparaissent au-dessus\nde la foule qui dévale par le parvis de Sainte-Gudule et la rue\nd'Assaut, dans le tumulte de mille cris et de mille acclamations\nque domine la voix grave des cloches de la collégiale. De leur\nposte, qu'ils voudraient en vain abandonner, ils aperçoivent\nune houle de têtes se balançant, bouches ouvertes, entraînées\npar un même élan et un même enthousiasme. M. Charliers de\nLongprez, d'abord un peu gêné de son personnage, enlève son\ntricorne et, l'agitant en l'air, crie d'une voix vibrante : « Vive le\npeuple brabançon! » Des applaudissements crépitent. A quelque\ndistance devant lui, il voit Dom Placide, beaucoup plus à l'aise,\net qui semble comme un autre navire au-dessus des vagues.\nT o u s deux ondulent au gré de leurs porteurs qui leur com­\nm u n i q u e n t un continuel mouvement de tangage. T o u r à tour,\nles bandes patriotiques attaquent les principaux postes de la\nville basse, à l'exception de l'Hôtel de Ville. Quatre cents trans­\nfuges du régiment de M u r r a y , logé aux Dominicains, se joi­\ngnent aux bourgeois qui leur font fête. D'autres soldats, en grand\nnombre, désertent par la porte de H a l . Sur les guérites aban­\ndonnées, des farceurs écrivent à la craie : « Baraques à louer. »\nOn enrôle p u b l i q u e m e n t des déserteurs dans le j a r d i n de Saint-\nGeorges et on les incorpore dans les bataillons de volontaires.\n   Mais la ville haute et l'Hôtel de Ville demeurent défendus\npar des forces importantes. L a journée du vendredi se passe\ntout entière en combats de rues. Sous la conduite du baron\nvan der Haegen, qui c o m m a n d e les Serments, la population\nachève de s'armer et de s'organiser. On barricade les portes,\non dépave les rues, on amasse les pavés dans les maisons.\nLes patriotes s'emparent du couvent de Jéricho, qui sert de\ncaserne ; ils y trouvent une quantité de fusils et de cartouches\nqui leur permet d'armer huit cents nouveaux combattants. Ainsi\nrenforcés, ils attaquent la G r a n d ' P l a c e à la nuit t o m b a n t e .\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "                            VIEUX BRUXELLES                                I07\n\n\n    P e n d a n t plus de trois heures, les Autrichiens s'y défendent,\nen tirant à mitraille, et presque sans discontinuer, par les\nquatre canons pointés aux principaux accès. Les patriotes qui\nse garent lorsqu'on allume les pièces d'artillerie, ripostent par\ndes décharges de fusillade. L e tocsin aidant, le t u m u l t e est\neffroyable et répand au loin la terreur. L e général d'Alton\ncède enfin. A 11 heures du soir, il a b a n d o n n e la G r a n d ' P l a c e à\nvan der Haegen sous la condition que ses troupes puissent se\nretirer avec leurs morts et leurs blessés.\n    Avec un enthousiasme délirant, les Bruxellois reprennent\npossession de leur forum, et aussitôt, en signe de t r i o m p h e , ils\nhabillent Manneken-Pis aux couleurs du Grand-Serment.\n    Il ne reste plus qu'à déloger les Autrichiens de la ville haute.\n Mais ceux-ci l'occupent comme une véritable citadelle avec une\nartillerie suffisante pour foudroyer la cité. L e samedi, dès la\npremière heure, les patriotes tentent l'assaut. Ils attaquent avec\nfureur les dragons d'Arberg, massés au Cantersteen. L a Porte\nde Hal est dégagée. L e s grenadiers sont délogés du Sablon et\nse replient en désordre sur le Parc où, au milieu des troupes,\nsiègent en permanence les membres du gouvernement. L e\nbaron van der Haegen informe d'Alton de la prochaine arrivée\ndes Gantois qui vont venir aider les Brabançons dans leur\nœuvre de délivrance. Cet avis et la fausse nouvelle de l'ap­\nproche de Van der Mersch achèvent d'alarmer le généralissime\n qui attend en vain le secours du régiment allemand de Bender.\n    L a Place Royale et les alentours du Parc sont encombrés de\n chariots, de canons, de tout l'attirail d'une armée en campagne.\n Les Patriotes, enhardis par la démoralisation des kaiserliks,\n les harcèlent de toutes parts. C'est la fin. C'est presque la\n victoire. L a garde a b a n d o n n e la Place Royale. Alors, d'Alton\n qui est demeuré maître des portes de N a m u r , de Louvain et de\n Schaerbeek, voulant sauver le trésor et les archives, ordonne\n qu'on les e m m è n e aussitôt sous bonne escorte vers le Luxem­\n bourg. U n convoi se met en marche. Arrivé dans les bas-fonds\n d'Ixelles, il y trouve la route interceptée par une poignée de\n paysans qui abattent des arbres et tirent des coups de fusil. Il\n s'arrête tout court. Apprenant ce contre-temps, d'Alton, suivi de\n  quelques officiers, court examiner les lieux. Mais à peine a-t-il\n  franchi la porte de N a m u r que toute la garnison prend le même\n  chemin. Ce n'est pas la retraite. C'est la d é b a n d a d e .\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "108                         DURENDAL\n\n\n   Les Patriotes se précipitent derrière les fuyards. Ils ont la\njoie de s'emparer des archives et d'une quantité de munitions.\nIls mettent aussi la main sur le trésor contenant trois millions\nde florins.\n   Dom Placide, son bâton à la main, n'avait cessé de suivre,\naux premiers rangs, les opérations de ces trois jours. Il se ren­\ndait utile par son inaltérable bonne humeur, et aussi parce que,\nétant toujours muni d'eau d'arquebusade et de baume du Sama­\nritain, il s'entendait parfaitement à soigner les plaies et les\nbosses, même celles que son bâton avait pu faire. Lorsque,\narrivé dans les bas-fonds marécageux d'Ixelles, il aperçut\nl'arrière-garde des Autrichiens disparaissant vers l'horizon, ses\nsouvenirs littéraires lui montèrent naturellement à l'esprit :\n   — Et mi ne fugiunt Danai ! Les kaiserliks décampent, mes\namis !\n   Et les citations sacrées se mêlant aux profanes dans sa\nmémoire un peu surchauffée par tant d'événements extra­\nordinaires, il cria aux fuyards :\n   — Bon voyage, Meine Herren. Usque ad vitam aeternam !\n\n                                      H.   CARTON DE W I A R T .\n      (A suivre.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-012", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 109, "page_fin": 112, "titre_corps": "Souvenirs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Virrès", "ancre_debut": "Souvenirs EN ce jour pluvieux de décembre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 134, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "Souvenirs\n                 EN ce jour pluvieux de décembre, m'arrive de\n                   Bruxelles la nouvelle que vous remportez le\n                   prix Picard, mon cher E d m o n d de B r u y n . . . E t\n                   je songe — le temps est mélancolique, il va\n                   faire nuit — aux belles semaines que nous\n                   passâmes ensemble, voilà bientôt cinq ans, sur\n                   les bords de la Méditerranée, le long de la\n                   côte d'azur française...\n   J'avais visité Avignon avec Charles Van der Stappen. L e\nChâteau des P a p e s , la Vierge d'or au sommet de la cathédrale\ndes D o m s , le pont croulant de Saint-Bénézet, le mont Ventoux\nà l'horizon et les murailles fortifiées de la ville, tout cela en\ntraits si nets devant nos yeux, en lignes sèches, alors que la\ncouleur est moite et fondue sous le ciel flamand, nous retenait\nlongtemps. Je vis, pour la première fois, La Pieta d'Avignon, à\nl'hôpital de Villeneuve. (Ai-je pèleriné vers elle, depuis que les\nAmis du Louvre la transportèrent à Paris!) Et je garde enfin\nsouvenance d'un roquefort incomparable : Stappen me le fit\napprécier dans un vieil hôtel, avec le concours d'une bouteille de\n« Château des Papes », le vin ayant pour but de faire valoir le\nfromage aveyronnais. Il y avait là un garçon qui se disait\nmodestement l'ami de Mistral : « Ce Mistral, un grand h o m m e ,\nmonsieur, et pas fier! Tenez, chaque fois qu'il vient ici, il cause\ndes heures entières avec moi ! » Stappen se rappellera qui fit\ntaire le bavard... L e lendemain soir nous étions à Marseille,\noù une tempête emportait les étalages en plein air de la Canne-\n bière et les baraques de Noël aux allées de Meilhan. L e froid\n devenait intense; un j o u r n a l , Le Soleil du Midi, annonçait la\n mort d'un homme frappé de congestion près de l'anse des Cata­\n lans; dix ou douze degrés sous zéro, clans ce Midi bleu, con­\n fondaient nos prévisions. E n arrivant à Nice, la cuvette du\n lavabo, dans notre voiture de chemin de fer, formait un bloc\n de glace.\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "110                          DURENDAL\n\n\n   E t pourtant, le terrible vent du nord-ouest ne soufflait pas\nici; nous jouissions de la chaleur du ciel, aux heures méri­\ndiennes. Stappen partit pour l'Italie, je vous retrouvais,\nE d m o n d de B r u y n , calme, réfléchi, devant les splendeurs de\ncette terre et de cette mer. J'avouais mon abandon à l'étreinte\ndu paysage et que ce n'était plus moi, mais la nature\nentière qui chantait dans ma poitrine. Vous me repre­\nniez, j ' e n t e n d s encore l'amical reproche : on doit toujours\nrechercher les causes de son émotion, les motifs de ses admira­\ntions, il faut que l'esprit domine la sensation. Quelle voix sage!\nEt les vagues d'or de l'espace, le firmament illimité, éblouis­\nsaient et exaltaient; sans doute, nos cœurs battaient à l'unisson.\nVotre raison, je le crois aujourd'hui, amassait plus de félicités\nintérieures que l'instinct qui trouvait à se rassasier. L a Médi­\nterranée renvoyait au ciel l'éclat intensifié de la nue, un liseré\nvert ourlait le rivage et le flot chuchotait à peine.\n   Nous abandonnions la plaine azurée pour les vallonnements\nde Villeneuve-Loubet, de la Colle, et un hasard nous fit décou­\nvrir Saint-Paul, petite ville fortifiée qu'aucun guide ne signale.\nElle était d'un abord incommode, juchée sur une hauteur à\nlaquelle ne menaient que des sentiers fort raides. Les remparts\navaient un chemin de r o n d e ; le pays qui, à l'ouest de Nice,\nprésente des ondulations vertes et n'accroche pas le soleil à de\ncoruscants rochers, le pays reposait délicieusement les regards\net l'esprit. Dans une église, pauvre et laide, vous éprouviez un\nplaisir extrême à contempler la crèche de Noël, près de laquelle\nle Tambourinaire, l'Aveugle mené par son petit-fils, les Saintes-\nMariés, tous personnages du folklore provençal allaient s'age­\nnouiller. L a joie la plus vive provenait de vous savoir dans un\nendroit relégué, devant des images peu connues, car votre goût\ntrès rare se complaît mieux qu'ailleurs chez les artistes et les\n choses ignorés du m o n d e . . .\n    Puis, d'autres jours, la mer nous rappelait, elle ne nous acca­\n parait pas tout entière cependant, comme aux côtes de F l a n d r e ,\n où dès le réveil matinal sa grosse voix mugit à nos oreilles et\n où elle est seule le spectacle véhément et t e n d r e quotidienne­\n ment offert. Sur la Riviera, cet incomparable miroir des ondes\n qui défie la réalité, cette nappe plus bleue que la couleur rêvée,\n n'était q u ' u n e note dans l'harmonie des sites. Nous nous retour­\n nions : un rocher, égratigné par ses chemins en lacets, flambait\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "                          SOUVENIRS                            111\n\n\n\ndans la lumière, des pierres devenaient roses sous le soleil, un\ncap avançait dans la mer tout couvert de verdures.\n   U n e fois, nous montions la route de la Grande-Corniche, des\ncimes neigeuses se découvraient dans le lointain, nous domi­\nnions les orangers et les mandariniers chargés de fruits dans les\njardins de Nice. Derrière le Mont-Gros, la vallée du Paillon\ns'enfonçait entre les montagnes grandissantes. Quelqu'un a\nécrit de vous, mon cher ami : « Il est aussi difficile à « retenir\nà terre » que ces vessies de couleur, affamées d'azur, dont la\npassion aérienne amuse les enfants (1). » C'est donc pour cela\nque vos compagnons de voyage reprennent seulement haleine à\nla descente. Moi, j'étais heureux de goûter le réconfort terrestre\nde l'auberge des Quatre-Chemins. C'est alors qu'entrèrent des\nchasseurs alpins, — joues colorées, légers devis, — ils s'atta­\nblèrent et chacun d e m a n d a une limonade gazeuse. Non, voyez-\nvous des gens de Belgique, qui répareraient leurs fatigues en\nlampant de l'eau sucrée? Les oliviers, serrés, magnifiques,\nbordaient le chemin du retour, une pente qui menait jusqu'à\nVillefranche. Je sais bien q u e maintenant votre allure m'impor­\ntait peu, et que je sifflais, et que je chantais m ê m e : Tout ça\nrivant pas l'amour! à la barbe de votre masque aquilin. L a rade\nde Villefranche miroitait entre les arbres, la presqu'île de Saint-\nJean festonnait d'anses minuscules la baie ensoleillée.\n   Nous nous sommes brusquement arrêtés. J'avais honte de\nmon refrain. U n e voix de femme nous arrivait, bercée dans\nl'air pur par des mains de séraphins sans d o u t e . . C'était si\ncaressant que nous nous prenions à sourire, d'un sourire sur\nlequel coulerait une larme de chère émotion. Et nous conti­\nnuâmes notre marche lentement jusqu'au prochain détour du\nchemin : une jeune fille s'appuyait contre le parapet d'un pont.\nMon Dieu, ce que son âme devait posséder de motifs à vous\nlouanger! Elle offrait ses paroles ailées comme un hommage\nreconnaissant à l'infini du ciel d'où lui venait le rayonnement\nde cette journée. Elle chantait, chantait toujours. Etait-elle\nbelle? N o u s la voyions de profil, une écharpe glissait derrière\nson col et sa poitrine se gonflait d'enthousiasme, oui, elle devait\nêtre belle. Notre présence lui fut tout à coup révélée, je crois\n bien que son visage se remplit de confusion, et je vivrais mille\n\n  (1) Victor Kinon.\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1401, "texte": "112                            DURENDAL\n\n\nans sans oublier sa fuite, sa fuite honteuse. L ' a d m i r a b l e chan­\nteuse de Villefranche, parmi les oliviers et les turquoises du\ngolfe qui brillait derrière les branches, traînait misérablement\nune j a m b e infirme. Elle disparut et avec elle la beauté de\nl'univers s'était évanouie.\n   L ' a n n é e dernière, dans un h u m b l e village campinois, à\nl'époque de la floraison des genêts, pareils à. des buissons\nardents, la fête de la Première Communion réunissait les\nenfants dans l'église. Après la cérémonie religieuse, les trois ou\nquatre fillettes, dont les parents sont de solides fermiers, mon­\ntrèrent à la foule des blouses et des m a n t e s , leurs robes blanches\net le voile blanc de leur front. Je préférais les petites pauvres\nqui sont de noir vêtues, avec seulement un clair bonnet fleuri\nsur leurs chevelures raides. L e bonheur de celles-là est infini­\nment touchant! L ' u n e d'elles béquillait, sautillait, semblable\nà un oiseau blessé, et elle avait le regard le plus radieux. Ah!\ncomme la cause de sa joie remplissait tous nos cœurs d'allé­\ngresse, et comme les genêts flambants le long de la route, et la\nroute elle-même, et tous les sapins du pays s'embellissaient à\nson souvenir!\n   E d m o n d de Bruyn, vous nous auriez aimés doublement ce\njour-là.\n\n                                                  GEORGES V I R R È S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-013", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 113, "page_fin": 114, "titre_corps": "Chronique d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d'Art Le IIIe Salon de l'Estampe", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 140, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "Chronique d'Art\n                        Le IIIe Salon de l'Estampe\n    L'intérêt du I I I e Salon a n n u e l de l'Estampe se concentre dans les œuvres\nde Raffaëlli, d'Edgar Chahine et de Félicien R o p s , illustrant tous trois des\naspects divers de P a r i s et de la banlieue parisienne.\n    RAFFAËLLI a des notations c h a r m a n t e s , tels les Petits ânes, le Bonhomme\nvenant de peindre sa barrière et The old Lady s garden; d'autres d'une vie intense,\ncomme le Boulevard des Italiens, et surtout le Grand Prix de Paris, qui atteint\nà la h a u t e u r d'un d o c u m e n t pour l'histoire de nos Jeux Olympiques.\n    EDGAR CHAHINE détaille avec u n e virtuosité de grand artiste les types du\nbas peuple parisien, m a r c h a n d e s des quatre saisons, chiffonniers, vendeuses\nde pommes frites, gueux et gueuses de tout acabit. L e lot le plus copieux de\nson envoi est la série de portraits des L i l y , Suzette, Ariette, Maggy, Maryse,\nLara, Giorgina, May, Elvira, etc., etc., la fleur de la pornocratie des boule­\nvards et des bouis-bouis, avec leurs masques variés, les u n s ingénûment\npervers, les autres marqués du sceau de la Bête. E t toute cette haulte galante­\nrie encadre à merveille le portrait bien c o n n u d'Anatole F r a n c e , le roi des\nP i n g o u i n s , et trois autres d'une certaine L o u i s e F r a n c e , laide c o m m e la\nfemme de Socrate, affublée, d a n s l'une de ses effigies, comme u n e pagode\nhindoue. Quel monde et quelle mentalité I\n    L'ironie m a c a b r e et lubrique de F . R o p s met à nu la pourriture de ce\nmonde, et s'y vautre avec u n e délectation triste. Chahine m o n t r e le dehors,\nR o p s le d e d a n s des F l e u r s du Mal. Je déplore le talent qu'ils consacrent à\nleur basse besogne.\n    La b o n n e tenue du reste des œuvres exposées au Salon de l'Estampe\nprouve en faveur de nos artistes. L a plupart se contentent de l'effet pitto­\nresque et de l'exécution savoureuse. P A U L ARTOT est u n des rares qui dessine\nla figure h u m a i n e u n peu d a n s la manière académique, avec u n e grande\nnoblesse, simple et sincère. GISBERT COMBAZ expose deux jolis dessins, n o n\nrenseignés au catalogue, parmi lesquels j ' a d m i r e surtout les embarcations au\nclair de lune. OMER COPPENS montre des eaux-fortes en couleur qui ont la\nvaleur de tableaux complets.\n    M m e MARIE D E S T R É E - D A N S E a de piquantes reproductions de primitifs ita­\nliens.\n    U n mauvais point pour JEAN DROIT, qui parodie ce que tout le m o n d e\nrespecte.\n    L o u i s P E E T E R S est excellent d a n s ses reproductions de portraits par F r .\nHals et Jordaens, mais bien faible dans ses œuvres personnelles.\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "114                                    DURENDAL\n\n\n  T r è s a m u s a n t s les masques de G.-M. STEVENS, présentant sous u n aspect\nde caricature quelques-uns de nos gens de lettres.\n  Enfin, J o s . R E N I S a toutes les qualités du peintre dans son eau-forte qui\ns'intitule Ave.                                                          F . VERHELST.\n\n\n                     Le deuxième Concert Durant\n    Consacré à Mozart, il a offert le plus vif intérêt. On y entendit n o t a m m e n t\nce Requiem célèbre qui n'avait plus été exécuté à Bruxelles depuis de n o m ­\nbreuses années et que la génération actuelle ignorait totalement. L e Requiem\nest le chant s u p r ê m e du maître de Salzbourg. Ecrit aux portes du tombeau,\naux heures amères de la maladie et des cruelles souffrances, il ne respire que\npaix et sérénité, renouvelant ainsi comme en u n témoignage ultime l'impres­\nsion qui se dégage de l'œuvre entière de Mozart et que Camille Bellaigue\ndéfinit si excellemment en sa belle é t u d e sur l'auteur de la Flûte enchantée :\n\" Il n'a jamais fait de son art le confident p o u r l u i - m ê m e et, p o u r n o u s , le\ntémoin de sa misère, mais seulement de sa longue patience et de son angé-\nlique d o u c e u r . I1 l'a garde souriant et serein, plus haut que l'épreuve, à l'abri\ndes larmes. I1 semble que le génie de Mozart ait ignoré la douleur de Mozart,\net qu'au-dessus d'elle, les sommets d e l'âme, éternellement p u r s , éternelle­\nm e n t calmes, aient r a y o n n é . »\n    L e Requiem a été accueilli assez froidement p a r le public des concerts\nD u r a n t , mais il ne faut assurément pas voir les causes de cette réserve dans\nles desiderata de l'interprétation qui, au contraire, fut très soignée. L e s rai­\nsons doivent en être cherchées dans l'œuvre m ê m e . L e Requiem de Mozart,\noù la pureté racinienne de la forme, le c h a r m e intrinsèque et la noblesse\nauthentique de la matière musicale sont d'ailleurs incontestables, ne réalise\na u c u n e m e n t 1 expression juste et adéquate d u fulgurant texte liturgique. D a n s\nson inspiration générale, il m a n q u e de profondeur et n'atteint pas aux hautes\nsignifications. A cette eurythmie inaltérable et si c o n s t a m m e n t harmonieuse,\non n e peut s'empêcher de comparer l'émotion sublime de Bach en ses can­\ntates, la gravité tantôt sombre, tantôt p a t h é t i q u e de B r a h m s en son Deutsches\nRequiem, et même les g r a n d s effets d r a m a t i q u e s et picturaux d e Berlioz, bien\nautrement aptes à traduire l'émoi sacré de l'âme devant le mystère redoutable\nde la mort. Il est p o u r t a n t dans le Requiem des parties a b s o l u m e n t belles et\nexpressives : l'Introït et le Kyrie (les seules qui aient été orchestrées de la main\n de Mozart), le Recordare où le quatuor vocal (Mmes Flament, C e u p p e n s -\n H o u z é , M M . L h e u r e u x et Brétiny), tout à fait excellent, a été chaleureuse­\n ment a p p l a u d i .\n   Mais le succès de la séance est allé principalement à u n e s y m p h o n i e con­\ncertante (violon et alto solo), composée en 1780, où la poésie enchanteresse\net la verve intarissable d u génie de Mozart se d o n n e n t pleine carrière et qui\nfut d'ailleurs rendue par M M . Capet et Van H o u t avec u n art supérieur.\n   L e p r o g r a m m e portait encore l'air initial d'Idoménée, chanté agréablement\npar Mlle D e l h a y e , et la s y m p h o n i e composée par le maître à l'âge de 8 ans\n(en 1764), mais déjà toute parée de grâce et de tendresse, et où la Muse\nsouriante de Mozart fait e n t e n d r e ses premiers balbutiements.          G . DE G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-014", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 115, "page_fin": 117, "titre_corps": "Durendal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Gérard", "ancre_debut": "Durendal (1) LE titre est combatif", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 142, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "Durendal (1)\n                 LE titre est combatif et magnifique comme la\n                   chose. C o m m e dans la légende, il évoque l'épée\n                   b r a n d i e par des mains chrétiennes contre les\n                   ennemis de la B e a u t é .\n                       J e l'ai dit souvent et je suis heureux de pou­\n                   voir l'écrire : il est déplorable de voir parmi les\n                   nôtres le petit n o m b r e de ceux qui connaissent\n                   les écrivains catholiques. T a n d i s que les étu­\ndiants libéraux, qui ont une mentalité inférieure à la nôtre, ne\nlaissent pas passer une occasion d'exalter les écrivains de leur\nbord, alors qu'ils n'ont peut-être j a m a i s lu une ligne de leurs\nœuvres, combien de fois n'ai-je pas dû rire de jeunes catholiques\nlettrés qui feignaient d'ignorer j u s q u ' a u nom de nos écrivains.\nIl y a là une lâcheté doublée d'un m a n q u e de fierté. Qu'on\nn'aille pas croire surtout que je fasse de l'admiration une affaire\nde parti. L a Beauté, pour être plus parfaite lorsqu'elle est chré­\ntiennement exprimée, n'en existe pas moins dans de nombreux\nlivres d'écrivains athées et nous serions ridicules de refuser\nnotre enthousiaste admiration à de merveilleux prosateurs\ncomme L e m o n n i e r , à de géniaux poètes comme Verhaeren\nparce qu'ils ne sont pas catholiques. Cela nous rapprocherait\ndes théories étroites de certain père jésuite que son zèle géné­\nreux mais intempestif poussait à dire qu'il ne Jaut pas louer le\nmérite littéraire des écrivains mauvais! Mais il reste vrai q u ' à côté\n\n\n   (1) Cet article a paru dans l''Universitaire Catholique, l'organe si vivant et si vibrant\nde noble et bel enthousiasme d'art et de foi des étudiants catholiques de nos diverses\nuniversités belges. Nous le reproduisons parce qu'il rend bien nos idées et notre pro­\ngramme et affirme d'une façon si éloquente 1 idéal que nous poursuivons avec ferveur\ndepuis quinze ans et que nous espérons réaliser pendant de nombreuses années encore.\nNous remercions vivement la chère et vaillante jeunesse estudiantine — que nousaimons\net que nous admirons de toute notre âme — pour les éloges qu'elle veut bien nous décer­\nner. C'est la meilleure et la plus douce récompense de nos efforts.\n                                                                       HENRY   MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "116                           DURENDAL\n\n\nde ceux-là qui ont oublié qu'ils sont nés chrétiens, il y a un\ngroupe, jeune, vivant et fier de littérateurs catholiques, et que\nc'est à peine si nous le connaissons.\n    P a r m i les nombreux étudiants qui écrivent, je r e m a r q u e une\ngrande désorientation. Beaucoup parmi eux sont à la recherche\nde la forme jeune et ne la trouvent pas. Beaucoup s'enlisent\ndans un déplorable et routinier classicisme qui sent à plein nez\nla classe de rhétorique. Beaucoup enfin se montrent curieux de\ntrouver pour leur vie littéraire un centre, pour leur amour de la\nB e a u t é un aliment. Ils ne savent pas q u ' u n mouvement litté­\nraire moderne et catholique est né il y a vingt ans en Belgique.\nIl y avait alors la Jeune Belgique dont la formule était l'art pour\nl'art, ils voulurent célébrer l'art pour Dieu. Le Drapeau, ou\nF i r m i n Vanden Bosch donnait ses coups de p l u m e , la Lutte, le\nMagasin littéraire, le Spectateur catholique les accueillirent tour\nà tour, puis tout le mouvement se résuma dans Durendal qui\nexiste à Bruxelles depuis quinze ans, et qui, à l'heure où dis­\nparut la Jeune Belgique, resta la meilleure de nos revues litté­\nraires parce qu'à la différence de toutes les autres elle avait son\nbut, une âme et une idée.\n    On ne le niera pas, tout un courant du mouvement littéraire\nmoderne — et à coup sûr le plus profond, fut catholique.\nBarbey d'Aurevilly, Ernest Hello, Verlaine, Villiers-de-1'Ile-\nAdam, avant eux Baudelaire, après eux H u y s m a n s et m ê m e\nL é o n Bloy furent ou restent de magnifiques génies chrétiens.\nChose étrange, c'est en Belgique que la p l u p a r t d'entre eux,\nles méconnus surtout, trouvèrent la somme d'admiration la\nplus grande. C'est que chez nous un groupe parallèle existait.\n Pol D e m a d e , F i r m i n Van den Bosch, Georges Virrès, l'abbé\n Mœller, E u g è n e Gibert, H e n r y Carton de W i a r t , Max Els­\nkamp pour ne citer que les noms d'une génération qui nous\nprécède, exprimaient — avec quelle originalité et quel talent —\ndes idées analogues. Aujourd'hui un grand nombre de jeunes\nsont venus se joindre à ces catholiques artistes, et la liste des\ncollaborateurs de Durendal qui contient presque tous leurs\nnoms à côté de ceux de tous nos grands littérateurs belges est\nvraiment la plus belle de celles q u ' u n e revue d'art put oncques\ninscrire sur sa première page.\n   Citons au hasard, outre M M . Van den Bosch, Carton de\nW i a r t , Mœller, Virrès, qui forment son comité de rédaction,\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "                              DURENDAL                             117\n\n\nles noms de M M . F r a n z Ansel, T h o m a s B r a u n , Jean Domi­\nnique, Courouble, d'Arschot, H e n r y Davignon, Georges de\nGolesco, E r n e s t de L a m i n n e , Louis Delattre, E u g è n e De­\nmolder, Dom Bruno Destrée, Jules Destrée, Maurice Dullaert,\nJ. Esquirol, Fierens-Gevaert, Arnold Goffin, Victor Kinon,\nHubert Krains, Godefroid K u r t h , P . L a m b o t t e , Ch. Martens,\nPaul Mussche, Pierre N o t h o m b , Georges Ramaekers, Georges\nRency, Adolphe Retté, Blanche Rousseau, F e r n a n d Séverin,\nEmile Verhaeren... E t j ' e n passe !\n   Comment se fait-il, alors que tant d'étudiants s'occupent de\nlittérature, que si peu lisent Durendal; j ' e n connais trop, je le\nrépète, qui en sont encore à leur manuel de littérature, j ' e n\nconnais trop qui se gâtent à la rédaction ou à la lecture de\npetites revues bleues, vertes ou jaunes, réceptacles trop souvent\nde choses nulles et sottes, pourquoi ne vont-ils pas chercher\nleur vie intellectuelle en des pages où leur idéal est exprimé de\nfaçon vivante, moderne et catholique, où la beauté sous toutes\nses formes est défendue et célébrée.\n   Ils y trouveront des études, des poésies, des romans (Duren­\ndal vient de commencer la publication du Vieux Bruxelles, un\nroman historique de M . Carton de W i a r t ) , des contes, des\ndocuments littéraires (en ce m o m e n t elle met au jour des lettres\ninédites de J.-K. H u y s m a n s à l'abbé Mœller), des critiques,\ndes chroniques musicales, des comptes rendus d'exposition,\ndes notes sur le mouvement artistique. D e splendides repro­\nductions de tableaux font de chaque fascicule une véritable\nmerveille.\n                                                HUBERT GÉRARD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-015", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 118, "page_fin": 119, "titre_corps": "Correspondance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Correspondance Nous recevons la lettre suivante", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "Correspondance\n  Nous recevons la lettre suivante et nous l'insérons, quoique nous n'y\nsoyons pas obligé, uniquement pour satisfaire au désir exprimé par M. Arnold\nGoffin.                                                      (N. D. L. R.)\n\n            « MONSIEUR LE RÉDACTEUR EN CHEF,\n    » Veuillez, je vous prie, donner à la présente lettre la place qui lui est due\ndans votre prochain numéro.\n    » En effet, dans votre livraison de janvier, M. A. Goffin condamne la forme\nrocailleuse qui m'est habituelle.\n    » Je dis, d'abord, que nulle recherche, ni aucun labeur n'a été consacré à\nla manière d'énoncer mes petites solutions, parfois sèches, évidemment. Quant\nà l'obscurité, je sais comment il me faut entendre ce reproche. Que je dise,\npour finir, aimer la clarté autant que l'auteur de Th. Bouts. D'ailleurs, M. G...\ns'est basé sur une donnée à peu près semblable à celle-ci : Xavier de\nMaistre pensa toujours « en Russe », et ne put donc écrire correctement le\nfrançais ! (1)\n   » Maintenant, voici M. Goffin qui nous propose comme semblable, ou à\npeu près, sans doute, le style de ceci :\n    « 1° La structure des phrases musicales, dans leurs rapports avec l'émotion\n» qu'elles traduisent, semble une étude incomparablement complexe, et\n» jamais entreprise. Analogiquement, l'opération ne fut analysée, qui établit\n » passionnément un graphisme d'après des volumes, et en circonscrit l'es­\n   prit tangible. » (Jean de Bosschère.)\n    « 2° La peinture a fait un compact avec la Famé pour promulguer les\n » louanges de Rubens par tout l'univers, s (Corneille de Bie.)\n    » J'ajoute :\n    « 3° Raisons qui perdurent : énergie civile, objections dénuées de perti­\n   nence, cadavre supplicié, collines verdoyantes et arborées, art décis, ville\n » fortifiée qui arbore ses tours pavoisées d'oriflammes (malheureux groupe de\n » mots, ce dernier!). Le 3° est extrait d'une étude (2) que la Revue de synthèse\n » historique (Paris) traite de galimatias. Intelligenti pauca.\n\n   (1) L'esprit tangible de cette \" donnée \" nous échappe : M. De B... veut-il faire\nentendre qu'il n'est pas plus Flamand que Xavier de Maistre n'était Russe? Ou bien\nfaut-il comprendre que ce dernier, bien que Savoyard, pensait en langue russe et tradui­\nsait sa pensée en français ? .. Les voies de la penses sont, parfois, bien extraordinaires ! . .\n   (2) T H I E R R Y BOUTS : M. De B . . . a e m p r u n t é de confiance à la Revue synthétique les rai­\nsons qui perdurent, mais la citation est inexacte : c'est discussions qui perdurent que nous\navons écrit (p. 31). Il a puisé à la même source les « objections dénuées de pertinence »,\nexpression pour laquelle nous le renvoyons, en même temps que M. Louis Rèau, qui\nla considère comme appartenant au style décadent, à L i t t r é : \" Pertinent, dans le langage\ngénéral, raisons pertinentes, raisons convenables à ce qu'on veut prouver. \" Energie civile\n et cadavre supplicié sont des découvertes personnelles à M. De B . . . ; civile pour civique;\n cadavre pour corps — simples coquilles que tous les lecteurs intelligents de notre livre\n auront rectifiées d'eux-mêmes.\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3575, "texte": "                                  CORRESPONDANCE                                        119\n\n\n    » Avouons que ce sont trois choses très différentes. J e discuterais bien\n volontiers de leur qualité si Tune d'elles concernait la littérature et si quelque\n critique estimable m'attaquait sur u n autre domaine que celui « d e la littéra-\n » ture scientifique et de l'histoire de l'art ».\n    » Aujourd'hui, j'ai voulu déroger à ma chère devise, pour offrir aux lec­\n teurs ces trois petits bouts de styles de qualités différentes! T r o i s échantillons\n de la prose que tisse la nuée d'historiens d'art descendue p e r s o n n e ne sait de\n quel malencontreux ciel.\n    » Agréez, je vous prie, Monsieur le Rédacteur en chef, l'expression de m e s\n sentiments distingués.\n                                                             » JEAN DE B O S S C H È R E .\n   » 18 janvier 1909. »\n\n     M. De B . . . est l'auteur d'un ouvrage qu'il a intitulé : Essai sur la dialectique\n  du dessin et d o n t nous avons écrit qu'il est à la fois intéressant et obscur.\n  M. De B . . . accepte que son livre soit intéressant, mais il ne consent point qu'il\n  soit obscur. Il ne remercie pas de l'éloge, mais s'élève avec colère contre la\n  critique : le premier lui paraît insuffisant; la seconde, injustifiée. C'est son\n  droit. Notre droit, à nous, ou, pour mieux dire, notre devoir, est de dire sin­\n cèrement notre pensée sur les publications qui n o u s sont envoyées pour en\n  rendre compte ; c'est ce que nous tâchons de faire, bien qu'il y ait quelquefois\n péril à ne pas partager l'excellente opinion que certains écrivains farouches\n ont de leurs propres mérites!\n    M. De B . . . ne va pas, comme tel auteur français plein de courroux, j u s ­\n qu'à nous proposer de nous couper la g o r g e ! E t nous lui s o m m e s bien\n reconnaissant de sa modération ! N o u s avions dit que son style n'est pas\n clair; il n o u s envoie u n e épître qui est de nature à faire croire à nos lecteurs\n que ses idées ne le sont pas d a v a n t a g e . Il croit réfuter nos remarques en\n citant — avec u n e inexactitude que nous voulons croire involontaire — cer­\n taines critiques dont nous avons été nous-même l'objet. Son intention est,\n sans doute, en m ê m e t e m p s , de nous embarrasser, mais il s'est t r o m p é , à cet\n égard, et rien ne saurait nous gêner m o i n s . N o u s n'attendons point des\n écrivains qui parlent de nos ouvrages qu'ils expriment notre opinion sur\n ceux-ci, mais la leur. E t , si leur sentiment est susceptible de nous déplaire,\n nous ne nous croyons pas en droit de leur faire la leçon, nous efforçant, a u\ncontraire, de tirer profil de ce que des observations — fussent-elles malveil­\nlantes — peuvent contenir de fondé.\n    M. De B . . . ne semble pas d'humeur à agir de la sorte, attendu qu'il con­\ntinue à écrire d a n s le langage que le m ê m e collaborateur de la Revue de synthèse\nhistorique qualifiait d' « a m p h i g o u r i q u e et de prétentieux ». Il est vrai que si\nnotre correspondant invoque l'autorité de ce critique contre n o u s , il lui\nrefuse, probablement, toute compétence lorsqu'il s'agit de l u i - m ê m e ! Il veut\nbien nous assurer que « nulle recherche, ni a u c u n labeur n'a été consacré à\nla manière d'énoncer ses petites solutions ». C'est bien possible; cependant,\nmieux vaudrait, peut-être, chercher, m ê m e laborieusement, la clarté que\nde se confiner d a n s l'incorrection, si naturelle et si spontanée qu'elle soit...\n                                                                                A. G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison02-016", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 120, "page_fin": 125, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES LITTÉRATURE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 147, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "LES LIVRES\n\nLITTÉRATURE\nL i t t é r a t u r e d ' a u j o u r d ' h u i , par FIRMIN VAN DEN BOSCH. — ( B r u x e l l e s ,\n    Dewit.)\n    Depuis que M. Van den Bosch débuta en littérature par ses Coups de plume,\non se le représente trop volontiers, me semble-t-il, c o m m e un écrivain uni­\nq u e m e n t combatif et batailleur. Certes, à la critique de principes, magistrale­\nment définie par lui-même dans le présent volume, il préfère la critique\nd'impression. Mais ce terme de critique d'impression n'implique p a s , comme\ncertains semblent le croire, u n j u g e m e n t inconsistant, u n e verve gamine,\nexclusive du raisonnement, ou un enthousiasme facile et irréfléchi. M. Van\nden Bosch n'a rien perdu, grâce à Dieu, de cette acuité de sensations et de\ncette vivacité d'expression qui font de lui, malgré tout, le plus « jeune » de\nnos critiques; mais bien sots seraient ceux, qui, à la lecture de la Littérature\nd'aujourd'hui, ne voudraient pas reconnaître ce fond de raison solide et cette\nprofondeur de pensée q u ' o n lui a parfois déniée. N o n que je veuille dire que\nle critique s p o n t a n é des Impressions de littérature contemporaine soit d e v e n u dog­\nmatique, à la façon de Brunetière par exemple; non, mais l'article, justement,\nqu'il consacre à cet autoritaire et doctrinaire régent des lettres, m a r q u e un\neffort de sympathie raisonnée vers cet esprit si dissemblable du sien. On s'at­\ntendait un peu — et on les regrette peut-être pour le plaisir passager de la\nlecture — à des pointes et à de l'ironie, et l'on admire dès les premières\nlignes, cette étude si largement pensée et si noblement écrite par un adver­\nsaire — irréductible pourtant — des dogmes et d e s pontifes littéraires.\n    Cette modération n'empêche pas — Dieu merci pour nous qui sommes là\nm a r q u a n t les points et criant bravo chaque fois que le jouteur a touché\njuste — la verve endiablée du critique de se donner, q u a n d elle le veut, libre\ncours. M. Van den Bosch sait être terrible (certains en ont fait l'expérience à\nleurs dépens) ; mais même lorsqu'il attaque il sourit toujours. J e ne lui connais\npas son pareil pour ferrailler contre les écrivains dont il ne partage pas les\nopinions, et contre les opinions qui n e sont pas les siennes. Que de lourdes\nthéories a-t-il renversées d'une c h i q u e n a u d e , que de baudruches préten­\ntieusement bouffies a-t-il, d'une pointe d'épingle, dégonflées, et à combien\nd'idées, plus consistantes et tenaces a-t-il porté au cœur une invincible botte!\nParfois, il faut tout u n article pour détruire ou défendre u n e opinion ; parfois\nun seul mot suffit pour caractériser, démolir ou exalter u n e œuvre, un h o m m e ,\nu n e idée. M. Van den Bosch trouve toujours ce mot-là et l'on pourrait faire\ntout u n album en extrayant de son dernier livre et en épinglant ces petites\nphrases cinglantes, concises, imagées, qui disent plus q u ' u n e page entière et\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3676, "texte": "                                        LES LIVRES                                         121\n\n\n\nqu'il est impossible d'oublier. Lisez l'article sur Maurice Barrès ou la faillite du\nRenanisme, qui me semble le plus saisissant et le plus ample du volume, vous\ny trouverez à foison de ces « mots » qui sont, plus et mieux que des jeux\nd'esprit, des raccourcis de pensées.\n   L a jeunesse intellectuelle de M. Van den Bosch n e se manifeste pas seule­\nment dans ses combats et ses ironies, elle vibre aussi et s u r t o u t d a n s ses\nenthousiasmes. O h ! les belles pages que nous devons à cette s y m p a t h i e agis­\nsante! soit que M. Van den Bosch trace le profil des écrivains qu'il aime,\nsoit qu'à propos d'eux il r e p r e n n e u n e de ses idées chères : c o m m e par\nexemple d a n s l'article consacré à E u g è n e Gilbert, ce critique catholique qui\n— avec M. Van den Bosch — a montré à q u e l q u e s esprits i m b u s de dogmes\nlaïques la possibilité de la critique catholique.\n   L a Littérature d'aujourd'hui avec ses mois, ses idées, ses escarmouches, ses\nadmirations est d o n c bien le reflet exact de la personnalité littéraire de\nM. F i r m i n Van den Bosch. Celle-ci s'affirme surtout et se r é s u m e d a n s la\npréface qui ouvre le volume. Je voudrais que tous les j e u n e s catholiques la\nméditent. C'est là, en quelques pages, l'histoire, combien éloquemment\nexprimée, de la lutte qu'ont d û soutenir- les écrivains catholiques p o u r triom­\npher en notre p a y s , des étroitesses d'esprit, des soi-disant d o g m e s et des rail­\nleries avec lesquelles on prétendait les arrêter sur le chemin de l'art. R a r e ­\nment, je pense, M . Van den Bosch fut mieux inspiré que d a n s ces lignes : on\nl'y retrouve enthousiaste et batailleur, avec sa verve tout entière, avec sa foi\nvibrante et son a m o u r passionné du Beau. L e livre lu, c'est encore à elles\nque l'on revient : elles précisent d a n s l'intelligence du lecteur la physio­\nnomie si s y m p a t h i q u e , si personnelle et si fortement accusée de leur\nauteur.                                                                        P. N.\n\nF i g u r e s d u P a y s , par H U B E R T K R A I N S . — ( B r u x e l l e s , Association des\n   écrivains belges.)\n   M. H u b e r t Krains a réuni sous ce titre six contes rustiques. Ce sont des\nhistoires tristes. L ' â m e de la W a l l o n i e , qui chante d a n s l'œuvre joviale de\nM. Maurice des O m b i a u x , qui rêve d a n s les pages tendres de M. Louis\nDelattre, broie du noir dans les récits de M. Krains. Si le d r a m e n'y éclate\npas toujours, toujours il y m e n a c e . A peine, de loin en loin, un avare r a y o n ;\npartout des visions de souffrance; presque partout le désespoir et la mort.\nVoici la jalousie qui, pour u n sourire inégal de la F o r t u n e , brouille, p e n d a n t\ndes années, de vieux voisins; la guerre sournoise faite par tout u n village à\n« l'étranger », contraint finalement de fuir; le pauvre gars, victime de la\nn b o n n e aventure » qui lui avait promis le parfait b o n h e u r ; le malheureux\nemployé, que son chef s u p p l a n t e ignoblement d a n s la tendresse de sa\nfemme, et qui, trahi et bafoué, meurt pour n e pas t u e r ; et l'odyssée de\nCornélie, la robuste fille des c h a m p s , servante en ville, q u e la ville souille et\ntue. Ainsi se révèle, d a n s chacun de ces contes, une philosophie a m è r e , un\nsombre pessimisme. L'art de M. Krains est s c r u p u l e u s e m e n t objectif. Il\npeint, d'un trait exact et précis des rustres, a u t h e n t i q u e s . Attentif à dissimuler\nson émotion, à éviter tout accès l y r i q u e , il réussit, à force de simple et\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3201, "texte": " 122                                       DURENDAL\n\n\n sincère vérité, à émouvoir. N o u s n'avons pas de conteur aussi s o b r e ; nous\n en avons peu d'aussi forts. A notre gré, c e p e n d a n t , les Figures du Pays\n eussent gagné à être plus nettement situées; elles sont wallonnes, sans\n d o u t e ; mais M. Krains, qui les vit en H e s b a y e , eût pu les montrer plus\n franchement h e s b i g n o n n e s .                                     M . D.\n\n C o n f é r e n c e sur E m i l e V e r h a e r e n , par ALBERT DE BERSAUCOURT.\n   — (Paris, H e n r i Jouve.)\n   Belle conférence, exposé éloquent et motivé des raisons pour lesquelles Ver­\nhaeren doit être considéré comme u n grand poète, comme un poète e u r o p é e n .\nM. Albert de Bersaucourt n'a pas l'admiration éperdue et le style a p o c a l y p ­\ntique, et c'est plaisir de le suivre dans ces pages tout à la fois ferventes et\nréfléchies. Peut-être aurait-il pu s'attacher davantage a u peintre, si évident\nchez Verhaeren, et user de r a p p r o c h e m e n t s , de c o m p a r a i s o n s , avec les grands\nnoms et les g r a n d e s œ u v r e s de ceux-là qui sont les ascendants spirituels du\nmoindre d'entre n o u s au p a y s flamand. Le conférencier affirme que Ver­\nhaeren n'a été mystique ni m ê m e c r o y a n t à a u c u n moment de sa vie, sauf\ndurant sa première enfance. L'inspiration religieuse lui a dicté cependant\nquelques-uns de ses plus beaux poèmes, et des accents bibliques retentissent\ndans son œ u v r e . S a n s doute, Verhaeren n'est pas catholique de raisonnement,\nmais il doit à sa race un sens parfois religieux du paysage, et m ê m e de la vie,\nqui n'étonne point chez nous : ce magnifique artiste, malgré son universalité,\nest fait à l'image de la patrie.\n\nL ' A m o u r d u T e r r o i r , Eloge de la Poésie, par EDMOND DUESBERG. —\n     ( P a r i s , Barbré.)\n    C'est un vibrant plaidoyer en l'honneur de la Poésie, avec des images tou­\nchantes et u n e belle flamme de sincérité, que M. E d m o n d D u e s b e r g nous\nd o n n e aujourd'hui. Il exalte les chantres du terroir natal, et entre tous\nM. Albert Bonjean, pour lequel on sait notre sympathie et notre admiration.\nL ' a u t e u r des Légendes et Profils des Hautes-Fagnes a droit aux éloges de tous\nceux qui prisent le relief, le mouvement, la couleur, et, plus encore, cette\némotion, vibrante au fond de l'œuvre, et qui est l'indice d'un grand a m o u r .\nM. D u e sb e r g préfère, chez Albert Bonjean, le poète p r o p r e m e n t dit au pro­\nsateur. Ici, nous ne sommes pas tout à fait d'accord, mais cela ne signifie\npoint que les vers de Bruyères et Clarines ne méritaient pas d'être c h a u d e m e n t\nrecommandés.                                                                        V.\n\n\nL'ART :\nN o u v e l l e s é t u d e s Sur l ' h i s t o i r e d e l'art, par M. EMILE MICHEL.\n   — (Paris, Hachette.)\n   M. Emile Michel a placé en tête de ce recueil une étude sur la Critique\nd'art et il n'était personne, sans doute, qui, mieux que ce vétéran de la\ncritique, possédât la haute compétence et l'autorité nécessaires p o u r formuler\nles excellents conseils que ces pages c o n t i e n n e n t . C'est, à la fois, une\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3673, "texte": "                                      LES LIVRES                                         123\n\n\nhistoire de la critique française d a n s ses personnalités les plus saillantes\ndepuis Roger de Piles jusqu'à T a i n e , et u n e théorie, u n e méthode illustrées\nd'exemples, expliquées, commentées avec la précision et la délicatesse que\nl'on pouvait attendre de l'expérience et du talent de l'auteur.\n   Outre u n e étude consacrée à l'organisation et à la conservation du Musée\ndu Louvre, toujours défectueuses malgré les instances des artistes et les\ndécisions p a r l e m e n t a i r e s ; de courtes m o n o g r a p h i e s de célèbres amateurs\nd'art, le Provençal Claude Fabri de Peiresc et le H o l l a n d a i s Constantin Huyghens,\nce volume contient deux essais, l'un sur le Dessin chez Léonard de Vinci;\nl'autre sur les Paysagistes et l'étude d'après nature, véritables méditations sur l'art,\nà propos de l'œuvre et des écrits admirables de L é o n a r d et de l'évolution\nesthétique du paysage. Si la fougue, et l'impatience de faire, de briller et de\nréussir des jeunes générations artistiques supportaient des conseils et accep­\ntaient des leçons, c'est là qu'elles devraient aller en c h e r c h e r ; mais, q u a n d\nmême, elles n e seront pas perdues car, comme l'écrit avec émotion M. Michel,\n« il est encore des artistes qui vivent d a n s leur coin, étrangers a u x intrigues,\nappliqués à leur travail... E u x aussi, ils ont leur public, moins b r u y a n t et\nmoins capricieux. S'il n'est guère de gageure, si audacieuse qu'on la suppose,\nqui aujourd'hui ne puisse être soutenue, à force de réclames, par certains\ncritiques, il convient d'ajouter que rien de b o n , non plus, ne se p e r d . . . Ces\nartistes n e sont maîtres ni des distinctions officielles, ni des ventes fruc­\ntueuses; ils le sont de la direction de leur vie. Si le succès leur arrive, ils ne\nse laisseront pas griser par l u i ; ils ne lui sacrifieront jamais cette entière\nsincérité dont a u c u n avantage extérieur ne peut remplacer l'intime\ncontentement. L a nature, à l'étude de laquelle ils se sont voués, ne saurait\nles tromper, et en dépit des chefs-d'œuvre qu'elle a déjà inspirés, il n'est pas\nà craindre q u e la source à laquelle on a tant puisé soit jamais tarie : elle\nseule est p u r e , elle seule est inépuisable ».                                       A. G.\n\n\nL e s g r a n d s a r t i s t e s : Pisanello et les médailleurs italiens. U n vol. illustré.\n   — ( P a r i s , Laurens.)\n   E n ce début du XVe siècle italien, partout s'affirment d a n s l'art des maîtres\nentreprenants et h a r d i s , pleins de l'impatience et de l'enivrement de l'œuvre.\nMais il en est peu d'entre eux dont la séduction surpasse celle de Pisanello.\n   F o r m é d a n s u n e région toute pénétrée déjà des influences réalistes septen­\ntrionales, à Vérone, à Venise, où il travailla avec Gentile da F a b r i a n o , son\nart apparaît étrangement fascinant; il allie l'amour et le sentiment du vrai au\ngoût le plus raffiné, la rigueur naturaliste à l'entente du faste et des plus\nfières élégances. Les personnages de ses fresques de S. Anastasia et de\nS. Fermo Meggiore, de Vérone (l'ange et la Vierge de 1''Annonciation ; le saint\nGeorges et la princesse de Silène, de la Légende de saint Georges) ; comme le\nSaint Georges, sous les traits de Lionel d'Esté, de la National Gallery, avec leurs\nphysionomies caractérisées et la somptuosité précieuse de leurs costumes\nsemblent issus à la fois de la réalité et de la légende.\n   Il est resté quelque chose chez Pisanello de son contact avec l'imagination\nfleurie de Gentile da F a b r i a n o ; les revers de ses médailles témoignent,\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3439, "texte": "124                             DURENDAL\n\n\nM. de Foville en fait la judicieuse remarque, qu'il a connu les innovations\nde Ghiberti dans la sculpture du bas-relief, mais l'inflexion déterminante de\nson génie, c'est du Nord qu'elle lui est venue : \" Il y a en lui du Flamand,\nmais l'Italien domine », pouvait écrire M. Gruyer dans une étude publiée\ndans la Gazette des Beaux-Arts. Et, en effet, si son art, dans ses dessins et ses\nmédailles-portraits surtout, montre en lui cette passion sincère et pénétrante\nde la réalité qui distingue les vieux maîtres des Flandres, personne, même\nen Italie, n'a su modeler d'un trait plus incisif et plus simple, avec plus\nde finesse associée à plus de profondeur, les physionomies sauvages et\nsubtiles de ces beaux princes de férocité, d'astuce et de courtoisie, les\nVisconti, les Sforza, les Malatesta, les d'Esté... Médailles merveilleuses dont\nles effigies, modelées d'une main puissante et délicate, sont comme les plus\nvivants et les plus impressionnants des portraits, le commentaire iconogra­\nphique le plus suggestif de l'histoire de ce temps : « Pisanello a senti, avec\nun tressaillement d'imagination, écrit M. de Foville à la dernière page de sa\nperspicace étude, la brutaliré fourbe et volontaire de Lionel d'Este, la\nnoblesse de Malatesta Novello, la pureté tremblante et effarouchée de Cécile\nde Gonzague, l'intelligence souveraine d'Alphonse d'Aragon ; il a aimé la\nmagnifique ardeur des beaux chevaux de combat qu'il a figurés aux revers de\ntant de pièces, il a goûté l'ivresse de la chasse quand il a représenté celle\nd'Alphonse V, il s'est attendri à la pensée des songes mystiques du Cécile\nde Gonzague, en la gravant, si douce et si méditative, avec la licorne à ses\npieds. Et jamais sa main n'a hésité pour traduire dans le bronze ces images\nqui enchantaient ses yeux. »\n    M. de Foville nous dit, après Pisanello, ses continuateurs dans l'art de la\nmédaille en Italie, depuis Matteo di Pasti, Sperandio, etc., jusqu'aux maîtres\nde la seconde Renaissance. Benvenuto Cellini, entre autres, et les Leoni,\nchaque nom marquant une étape de. la décadence qui transforma peu à peu\nl'art spontané de l'initiateur en un art habile, superficiel et mensonger.\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n\n    B u r l i n g t o n M a g a z i n e , 17, Old Burlington street, Londres, —\nLes numéros du dernier trimestre de 1908 ont maintenu et confirmé les\nespérances que les amateurs et les connaisseurs d'art avait formées, à propos\nde cette magnifique revue qui, depuis trois ans, s'est placée aux premiers\nrangs par l'abondance et la splendeur de son illustration comme par l'intérêt\ninédit de ses articles et de ses informations.\n   Numéro d'octobre 1908. — Il est surtout consacré à l'art anglais : Turner et\nRowlandson y sont l'objet d'études enthousiastes, le premier à l'occasion de\ntrois paysages peu connus se trouvant dans la galerie de Mrs Knoedler.;\nl'article, accompagné de trois reproductions, est de M. C.-I. HOLMES). Le\nsecond, célèbre surtout comme caricaturiste, y est étudié par M. SELWYN\nIMAGE dans la partie sérieuse de son art. Des notes moins importantes,\nmais non sans valeur, concernent des œuvres de Frans Hals, de Rem­\nbrandt et d'Holbein. Comme toujours, une large place est faite aux arts\nmineurs : un article de M. I. MARQUET DE VASSELOT sur un Email de\nMonvaerni, une longue étude de M. STRZYGOWSKI sur les tapis d'Orient, etc.\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "                                LES LIVRES                                125\n\n\n   Numéro de novembre 1908. — M. W.-H.-JAMES WEALE, dont on sait les tra­\nvaux érudits sur nos peintres primitifs flamands, y commence une étude sur\nLancelot Blondeel, le peintre brugeois aux architectures d'or, le dernier des\ngothiques, si étrangement troublé par la Renaissance. Les Van Ostade,\nAdrien et Isaac, voient chacun ajouter au catalogue de leurs œuvres. Mais\nl'article le plus intéressant est celui de M. GUY DICKINS sur l'art de Sparte,\nenrichi d'une copieuse illustration. On continue à s'occuper des tapis d'Orient.\nPuis, la revue des livres d'art du mois; des correspondances de France,\nd'Amérique, etc.\n   Numéro de décembre 1908. — Toujours les tapis d'Orient; ils font même le\nsujet de deux études différentes ! La suite de l'article de M. James Weale sur\nLancelot Blondeel. M. CAMPBELL DOGSON nous fait connaître une délicieuse\npeinture de Cranach, trois jeunes filles, reproduction exquise, se trouvant au\nmusée de Truro. D'où vient la faïence persane et son déaor charmant? se\ndemande M. AGNÈS HAIGH. Serait-ce pas de la Crête ou de la civilisation\nmycénienne, de cette Grèce préhomérique qu'on commence à découvrir ?\n\n   M a s t e r s i n A r t . — Bates and Guild Company, 42, Chauncy street,\nBoston, Etats-Unis d'Amérique. — Les deux derniers numéros que nous\nayons reçus de cette intéressante publication sont ceux de mai et de juin 1908.\nLe premier (n° 101) est consacré à Duccio, ce grand maître de Sienne, rival\nde Giotto, et renferme, selon la méthode adoptée par les éditeurs, dix belles\nreproductions des œuvres principales du maître, suivies de notes biogra­\nphiques, critiques et bibliographiques.\n  Le second (n° 102) est consacré à Inness, peintre américain (1825-1894)\ndont nous avouons n'avoir jamais entendu le nom. La plupart des œuvres\nreproduites sont en Amérique. Ce sont des paysages d'allure romantique,\nmais que rien — à en juger seulement par les reproductions — ne désignait\nspécialement à l'honneur de figurer dans cette collection des grands maîtres.\n  La publication annonce qu'elle se voit forcée de majorer ses prix; chaque\nnuméro coûtera désormais 20 cents, ce qui reste encore très démocratique et\nne l'empêchera point, espérons-le, de poursuivre son œuvre excellente de\nvulgarisation esthétique.\n                                                                        J. 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La médaille de M. Devreese est absolument\nremarquable et digne d'un talent de premier ordre, qu'il a affirmé du reste\ndéjà par tant d'oeuvres antérieures d'une perfection absolue.\n   Nous reproduisons ensuite une œuvre admirable d'Hugo Van der Goes,\nun des bijoux du musée de Bruges : La mort de la Vierge, qui est un des prin­\ncipaux chefs-d'œuvre du grand artiste flamand. Enfin nous donnons dans le\nmême numéro l'interprétation en marbre du beau buste d'EDGAR TINEL par\nle sculpteur Arsène Matton. On se rappelle que nous avions reproduit\nantérieurement le buste en plâtre moulé par l'artiste lui-même.\n   Les deux clichés dont nous nous sommes servis pour la reproduction de\nla médaille de M. Devreese sont deux clichés de la revue : La Vie Intel-\nlectuelle Nous remercions vivement l'aimable directeur de cette revue,\n notre ami GEORGES RENCY, de la gentillesse qu'il a eue de mettre gracieuse­\n ment ses clichés à notre disposition.\n                                       *\n                                     • #\n  Avis à nos abonnés de l'étranger. — Nous prions ceux de nos\nabonnés des pays étrangers, qui ne nous ont pas encore fait parvenir le\nmontant de leur souscription pour l'abonnement de 1909, d'avoir l'extrême\nobligeance de s'acquitter de leur dette à notre égard, en nous envoyant soit\nun chèque, soit un mandat postal de 12 francs. C'est le moyen de payement\nle plus commode et le moins frayeux pour eux et pour nous.\n                                       *\n                                    * *\n  La Société des Amis de la Médaille d'art (section belge) s'est\nréunie, le dimanche 24 janvier, en assemblée générale. M. A. de Witte,\nprésident de la section, a donné les meilleures nouvelles du Congrès de\nnumismatique en voie d'organisation pour 1910 et auquel S. A. R. le prince\nAlbert de Belgique a bien voulu accorder son haut patronnage. Ce Congrès\nrallie de nombreuses adhésions parmi les numismates les plus en vue de tous\nles pays.\n    M. Buls, président de la Société, a annoncé qu'une salle serait réservée aux\nmédailles à l'Exposition universelle de Bruxelles. C'est là une heureuse\ninnovation, due à l'insistance de MM. Buls et de Witte qui en prirent\nl'initiative.\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "                                            NOTULES                                            127\n\n\n   Les m e m b r e s présents ont reçu une élégante plaquette, L'Enseignement du\nDessin, composée par M . Wissaert fils, que cette œuvre de d é b u t classe parmi\nles spécialistes d'avenir.\n   N o u s avons d o n n é u n e belle reproduction de cette magnifique plaquette ,\nqui de l'avis d e tous les connaisseurs est un petit chef-d'œuvre, d a n s notre\nfascicule d'octobre 1908.\n                                               ***\n   I n s t i t u t M u s i c a l d ' i x e l l e s . — U n e tentative originale, en matière\nd'auditions musicales, aura lieu prochainement à Bruxelles, sous les auspices\nde l'Institut Musical et Dramatique d'ixelles et avec des éléments appartenant\nà l'Institut.\n   Il s'agirait d'acclimater chez n o u s un genre d'audition pratiqué depuis\nnombre d'années en Allemagne sous le nom de Musik-Ausiellungen ( « E x p o ­\nsitions » de m u s i q u e ; , séances destinées à faire connaître les œuvres nouvelles,\nde bon style et de petite difficulté, de nature à intéresser la grande masse\ndes a m a t e u r s .\n   De jeunes élèves d e l'Institut exécuteront des morceaux pour p i a n o à deux\nou à quatre m a i n s , pour violon, etc., le tout encadré d'une causerie qui\nsera faite p a r M. E . Closson.\n   Des invitations p o u r r o n t être obtenues à l'Institut d'ixelles, 6 1 , rue de la\nLongue-Haie, ainsi que chez les p r i n c i p a u x éditeurs.\n\n                                               * * *\n   L i b r a i r i e V a n O e S t . — À la librarie nationale d'art et d'histoire\nVan Oest et C ie (16, place du Musée, Bruxelles) paraîtra incessamment un\nouvrage important de notre collaborateur Arnold. Goffin. E n voici l'objet :\nSaint F r a n ç o i s d a n s l a l é g e n d e e t d a n s l ' a r t p r i m i t i f i t a l i e n .\n   Saint François dans la légende primitive. Saint François dans l'art primitif : L'âge\nde la force, l'âge de la grâce.\n   U n volume grand in-8°, enrichi d e lettrines et de nombreuses illustrations\nhors texte.\n   A r n o l d Goffin a publié encore les livres suivants dont nous avons fait\nl'éloge ici-même et que n o u s r e c o m m a n d o n s i n s t a m m e n t à l'attention des\nlecteurs amateurs d'art et de belle littérature.\n   T h i e r r y B o u t s : Collection : Les grands artistes des Pays-Bas (éditeur Van\nOest, Bruxelles; prix 3 fr. 50). Volume illustré.\n   P i n t u r i c c h i o . — Collection : Les grands artistes (éditeur L a u r e n s , P a r i s ;\nprix 2 fr. 50). Volume illustré.\n\n\n  L i b r a i r i e D e w i t . — E n vente à cette librairie (53, rue Royale,\nBruxelles).\n  L i t t é r a t u r e d'aujourd'hui, par notre collaborateur F i r m i n V a n d e n\nBosch :\n  I. L e s c r i t i q u e s : Brunetière, Ernest Charles, Edmond Biré, Henry Bordeaux,\nEugène Gilbert, Georges Rency, L. Dumont-Wilden, Fierens-Gevaert, F. Mahutte.\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3235, "texte": "128                                  DURENDAL\n\n\n\n  II. L e s R o m a n c i e r s : Barrès, Bourget, Bazin, J.-K. Huysmans, Les frères\nMargueritte, Jacques Debout, Arm. Praviel, Georges Virrès, Courouble, des Ombiaux,\nGlesener.\n  I I I . Opinions.\n\n\n  A paraître prochainement :\n  L'Ame d e s S a i s o n s : P o è m e s , par notre collaborateur V i c t o r Kinon. A\nparaître chez l'éditeur Larcier, 26, rue des Minimes, Bruxelles.\n  L'Arc-en-ciel : Poèmes de notre secrétaire P i e r r e N o t h o m b , à paraître\naux éditions de D u r e n d a l , 22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles.\n\n\nAccusé de réception :\n   A R T : La peinture en Belgique, par FIERENS-GEVAERT. Fascicule IV. Les\nPrimitifs flamands : H u g o Van der Goes. Justus d e G a n d . L e maître de la\nlégende de sainte L u c i e . Simon M a r m i o n . Volume illustré (Bruxelles, Van\nOest). — Victor Rousseau, par MAURICE DES OMBIAUX. Volume illustré. Collec­\ntion : Les artistes belges contemporains (idem). — Adrien Brouwer et son\névolution artistique, par F . SCHMIDT-DEGENER. Volume illustré (idem). —\nFranz Courtens, par GUSTAVE VAN Z Y P E . Volume illustré. Collection : Les\nartistes belges contemporains (idem). — Malines jadis et aujourd'hui, par\nL É O P O L D G O D E N N E , avec une introduction historique du chanoine Kempe­\nneer. Volume illustré (Malines, Godenne).\n   H I S T O I R E : Le mouvement scientifique en Belgique (1830-1905). Les sciences\nhistoriques, par K. HANQUET. — Godefroid Kurth, avec une bibliographie de\nses travaux (1863-1908), par K. HANQUET. Extrait des Mélanges Godefroid\n Kurth (Liége, Vaillant-Carmonne).\n    L I T T É R A T U R E : Saint Simon. Collection des plus belles pages. Notice\nd'EDM. BARTHÉLÉMY ( P a r i s , Mercure de France). — Femand Séverin, par\nG. RODRIGUE (Bruxelles, Le Thyrse). — Léon de Monge, par P . RENAULT\n(Bruxelles, Société belge de librairie), — L'idéal du XIXE siècle, par MARIUS­\nARY LEBLOND ( P a r i s , Alcan).\n    M U S I Q U E : Le chant populaire à l'église. Collection de m u s i q u e religieuse\npubliée par la SCHOLA CANTORUM. Musique et texte français : chant pour la\nréception d'un évêque. Cantiques grégoriens pour les grandes fêtes de l'année.\nCantiques traditionnels, etc. ( P a r i s , bureau d'édition de la Schola, 269, rue\nSaint-Jacques; dépôt à Bruxelles, chez Breitkoff et Haertel). — Principes de\nchant grégorien, par u n Prior scholae (idem).\n    P O É S I E : Le Chemin qui monte, par NICOLAS BEAUDUIN ( P a r i s , Sansot). —\nPar la Vie, par MARIE VAN ELEGEM (Bruxelles, Larcier).— La Rose entr'ouverte,\n par R E N É TURPIN (Paris, P l o n ) . — Les Poètes du Terroir du XVe au XX siècle.\n Textes choisis a c c o m p a g n é s de notes biographiques, d ' u n e biographie, de\n cartes des anciens pays de F r a n c e , par A D . VAN BEVER. T o m e I e r (Paris,\n Delagrave).\n    R O M A N S : Immortelle Pologne, par GABRIEL DAUCHOT (Paris, P e r r i n ) .\n — Ceux de chez nous, par L o u i s BOULE (Paris, P l o n ) .\n    T H É Â T R E : Vivia Perpetua, par E D . DE TALLENAY (Bruxelles, Larcier).\n    V O Y A G E S : Un Allemand en France en 1874. Notes de voyage de H E N R I\n HANSJA K U B . T r a d u i t de l'allemand par M. Virot (Bruxelles, Société belge\n de librairie).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 82, "texte": ""}, {"page_pdf": 83, "texte": ""}, {"page_pdf": 84, "texte": ""}, {"page_pdf": 85, "texte": ""}, {"page_pdf": 86, "texte": "   EDGAR         TINEL\n   Buste exécuté en marbre\n(ŒUVRE D'ARSÈNE MATTON)\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": ""}, {"page_pdf": 88, "texte": "                              Edgar Tinel\n             Directeur du Conservatoire de Bruxelles\n\n\n                           Notice biographique\n                      EDGAR T I N E L , le nouveau directeur du Conservatoire, est\n                         né le 27 mars 1854, à Sinay, petit village des F l a n d r e s .\n                        Son père y cumulait les fonctions de maître d'école et\n                        d'organiste de la paroisse. T i n e l fit ses premières études\n                        au village de Sinay d'abord, puis dans la ville la plus\n                        voisine, à Saint-Nicolas. E n 1863, il est envoyé à\n                         Bruxelles pour y faire ses études à la fois humanitaires,\n                        au « Collège de l'Union belge », disparu depuis, et musi­\n                         cales, au Conservatoire, où il fut admis par Fétis. P o u r\ncouvrir ses frais de séjour et d'études il donnait des leçons de piano et\nremplissait les fonctions d e chantre à l'église collégiale de Sainte-Gudule.\n    Tinel eut pour premiers maîtres au Conservatoire, Brassin, Kufferath et\nMailly. E n 1872, il obtient un premier prix de p i a n o , et l'année suivante, le\nprix d'excellence dans la classe de Brassin.\n    Puis il partit pour l'Allemagne où Gevaert le met en relations avec les\ncélébrités musicales de l'époque.\n    R e n t r é en Belgique, il se p r é p a r e , sous la direction de Gevaert, au con­\ncours de R o m e , où il emporte, en 1877, le premier grand prix avec sa can­\ntate Klokke Roeland,. Il se maria la m ê m e année avec M l l e E m m a Coeckelberg,\nde Saint-Nicolas, qui publia il y a quelques années un recueil de poèmes et\nnouvelles sous le titre : Vers et Prose, chez l'éditeur Charles Bulens, de Bru­\nxelles.\n  ' L a période de g r a n d e production commença à cette é p o q u e . Au cours des\nvoyages que Tinel entreprit alors, grâce à son prix de R o m e , il composa des\nœuvres nombreuses : liedèrs, sonates, morceaux de piano et d'orgue, c h œ u r s ,\nmotets, les tableaux s y m p h o n i q u e s pour Polyeucte, qui furent exécutés aux\n« Concerts P o p u l a i r e s », la Ballade des Trois Chevaliers et un poème lyrique,\nKollebloemen.\n    E n 1881, Tinel se fixe à Malines où il reprend la succession de L e m m e n s\ncomme directeur de l'Institut de Musique Religieuse, fondé par l'Episcopat\nbelge.\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "66                                    DURENDAL\n\n\n    E n 1889, il est n o m m é inspecteur des écoles de musique du R o y a u m e et,\nen 1896, il succède à F e r d . Kufferath comme professeur de contrepoint et\nfugue au Conservatoire de Bruxelles.\n   E n t r e - t e m p s Tinel avait composé sa première g r a n d e œuvre, l'oratorio\nFrancisons, qui le fit connaître et le rendit célèbre dans le m o n d e entier. Cette\nœuvre fut d'abord exécutée à Malines en 1888, et aux « Concerts P o p u l a i r e s »,\nsous la direction de J o s e p h D u p o n t , en 1889. L ' a n n é e après elle fut exécutée\nà Francfort, et ensuite, à plus de cent reprises, dans u n e soixantaine de villes\nd'Allemagne, d'Autriche, de Hollande, de Suisse, d'Angleterre, de Scandina­\nvie, de Russie et d'Amérique.\n   P e u de temps après, E . Tinel composa ses Marialiederen et sa célèbre\nmesse dite Messe de Notre-Dame de Lourdes, qui fut exécutée à la cathédrale de\nT o u r n a i lors d ' u n centenaire de saint E l e u t h è r e .\n   E n 1897 parut u n nouvel oratorio de T i n e l , Sainte Godelieve, qui a déjà été\nexécuté dans différentes villes de Belgique, n o t a m m e n t à Bruxelles, lors\nd'une Exposition Internationale, à Louvain, à Anvers et à T o u r n a i .\n   Enfin, Tinel composa, à l'occasion du L X X V e anniversaire de l ' I n d é p e n ­\ndance Belge, un magnifique Te Deum, qui fut exécuté solennellement à\nl'église collégiale de Sainte-Gudule.\n   N o u s attendons en ce m o m e n t avec la plus vive impatience l'exécution de\nla dernière œuvre du maître, Katarina, d r a m e lyrique en trois actes, qui sera\ndonnée, fin février, au théâtre de la Monnaie.\n                                                                     HENRY     MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                      Edgar Tinel\n\n                PAR une bonne fortune rare, le Conservatoire\n                  royal de Bruxelles, durant ses soixante-seize\n                  années d'existence, n'a eu que deux directeurs :\n                  Fétis et Gevaert. A l'un et à l'autre notre pre­\n                  mière école de musique doit l'impulsion qui\n                  l'éleva au premier rang des Conservatoires de\n                  l'Europe. L'un et l'autre aussi ont laissé un\n                  nom célèbre dans la littérature musicale. Les\ntravaux de Gevaert ont même quelque chose de définitif et\nd'inoubliable, si tant est que ces notes conviennent aux conclu­\nsions d'une science à l'état de perpétuel devenir.\n    Le troisième directeur du Conservatoire royal de Bruxelles,\nEdgar Tinel, ouvre une ère nouvelle dont tout présage la\nfécondité et l'éclat. Il apporte comme gages mieux que des\ntravaux d'érudition : des œuvres qui le classent parmi les plus\ngrands compositeurs contemporains. Au surplus, l'étendue de\n ses connaissances, la culture de son esprit, l'élévation de son\n caractère, la flamme toujours juvénile qui l'embrase, la ferveur\n qui soutient son inlassable activité, et jusqu'à l'intransigeance\n de ses doctrines d'art, irréductiblement hostiles à la médiocrité\n autant qu'à la laideur, toutes ces qualités de l'artiste et de\n l'homme annoncent un nouvel essor pour une institution qui ne\n connut jamais de déclin.\n    Si la nomination d'Edgar Tinel est accueillie avec bonheur\n dans le monde des artistes, Durendal a peut-être des raisons\n spéciales de se réjouir. Le programme de notre revue n'est-il\n pas de démontrer par le fait que la mentalité catholique n'est\n pas nécessairement fermée aux choses de l'art? Et l'exemple de\n Tinel n'en est-il pas la meilleure preuve?\n     Dans cette notice, que Durendal offre au Maître, en témoignage\n  de sa vénération affectueuse, je voudrais donner à l'éloge une\n  signification plus haute : celle d'un argument apologétique. Et\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "68                          DURENDAL\n\n\nj'ai la certitude que le Maître lui-même ne me désavouera pas,\ncar nul ne comprit mieux le précepte évangélique : « Que votre\nlumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient la bonté de\nvos œuvres et qu'ils glorifient le Père céleste. »\n   La personnalité de Tinel s'impose irrésistiblement, quand ce\nne serait que par l'extérieur insolite, qui déjà subjugue. Mais\naussi tous les traits de l'impérieuse physionomie laissent-ils\ntransparaître une âme peu commune, vibrante, enthousiaste,\nprête à toutes les indignations comme à toutes les tendresses,\nparfois douloureusement repliée sur elle-même, souffrant des\npetitesses humaines, puis largement épanouie, comme une âme\nd'enfant, sous la caresse d'un rêve heureux ou d'une amitié\nréconfortante. Dans la flamme du regard luit l'ardente imagi­\nnation des poètes qui transfigure le monde des réalités banales\nen cieux nouveaux et terres nouvelles, pénétrés des rayons de\nla beauté incorruptible. Et l'on sent que ces frémissements inté­\nrieurs et ces visions idéales, il a reçu le pouvoir de les extério­\nriser en cette langue universelle de la musique, moins conven­\ntionnelle que toute autre, et, je ne sais par quelle mystérieuse\ncorrespondance, portant dans son lyrisme une empreinte de\nl'âme dont elle jaillit.\n   Ces dons de la sensibilité et de l'imagination poétique ne\nsont pas encore la marque propre de la personnalité de Tinel.\nJe crois apercevoir cette marque dans la rencontre presque\nunique de ces qualités avec d'autres, si différentes : la tension\nd'une volonté que le temps ni l'obstacle ne relâchent jamais,\nl'opiniâtre labeur que rien ne rebute, l'éveil constant de l'es­\nprit qui ne perd de vue aucun détail. Les œuvres de Tinel sont\nachevées avec la conscience et la méticulosité d'un Van Eyck.\nTout le soleil du midi y flamboie; toute la patience des Flandres\nen a ordonné le parfait agencement. Lisez telle page enflammée,\ncomme le chant de l'amour dans Francisons, avec son formi­\ndable tourbillonnement de volutes incandescentes, selon le mot\ndu grand mystique :\n                     In fuoco amor mi mise;\nanalysez ensuite la structure de cette superbe envolée musicale,\nl'impeccable dessin des phrases, la classique ordonnance du\nrythme bondissant, l'ingéniosité des harmonies rares, et vous\naurez saisi quelque chose de la personnalité artistique du\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                             EDGAR TINEL                              69\n\n\nMaître. E t vous l'aurez mieux comprise encore à la vue de ses\npartitions manuscrites, soignées comme une page de miniatu­\nriste, où la p l u m e , toujours attentive, ne laisse jamais échapper\nune erreur.\n   L ' â m e de T i n e l se révèle encore dans le choix de ses\nsujets, où d'abord je note l'absolu dédain, ou plutôt la haine de\nla bagatelle et de l'article de m o d e . T o u t e son œuvre est aus­\ntère, et même religieuse. Il a cela aussi de c o m m u n avec nos\ngrands Primitifs F l a m a n d s de la peinture. J a m a i s il ne s'est\nsoucié des préférences du public pour la gaudriole élégante ou\nle tape-à-1'œil mondain. Bien que son t e m p é r a m e n t essentielle­\nment lyrique dût l'incliner vers le théâtre, il a longtemps\nrésisté à sa vocation, en haine sans doute de la platitude du\nthéâtre contemporain. E t lorsque enfin il cède à son penchant,\nc'est pour donner à la scène la prestigieuse musique de Kata-\nrina, dont l'intériorité plonge au cœur des plus profonds mys­\ntères de la nature et de la grâce, l'action étant située au confluent\ndes deux g r a n d s courants de l'humanité : le paganisme et le\nchristianisme.\n   A vrai dire, l'art de Tinel est surtout intérieur. D a n s ses\nœuvres, la description est accessoire, le lyrisme est tout. Nul\nsujet ne l'inspira mieux que l'histoire du Poverello d'Assise. Ce\nn'est pas que son talent y déploie toutes ses ressources. Je sais\nbien que son art se révèle plus robuste, plus souple, plus riche,\nplus bâtisseur d'ensembles indestructibles, dans Godelieve, et\nsurtout dans Katarina. Mais enfin Francisais est l'idéal poème\nd'une â m e comme il n'en fut jamais, pénétrée de toutes les ten­\ndresses divines et humaines. Aussi le rôle de Francisais est-il\nunique dans toute la littérature musicale, par son extraordinaire\ncomplexité. J e ne suis pas sûr que nos critiques actuels aient\ntous compris la psychologie de ce grand mystique. A propos de\nla dernière exécution de Franciscus à T o u r n a i , je ne sais quel\ncritique de journal déclarait ne pas retrouver dans l'œuvre de\nTinel la fraîche idylle franciscaine de son rêve. Ce monsieur\naurait eu plus de plaisir, a p p a r e m m e n t , à entendre zézayer des\nmots puérils à la Maeterlinck dans un décor à la Debussy.\nTinel comprend autrement l'âme ravagée par le torrent de\nl'amour divin. L e décor ne compte pas à ses yeux, ou pour si\npeu! Il y est cependant, dans la nuit ombrienne et dans la fête\nmondaine, qu'interrompt aussitôt la voix d'en-haut. Et puis, il\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                                     DURENDAL\n70\n\nn'y a plus que le d r a m e des sentiments, l'ascension de l'âme\nvers des cimes toujours plus hautes, jusqu'à la défaillance\nsuprême dans une extase d'amour.\n    Aperçue de ce point de vue, l'œuvre de l'artiste chrétien revêt\nun caractère d'incomparable grandeur. C'est à peine si l'on\ngarde encore quelque estime pour les vulgaires amuseurs du\npublic, surtout lorsqu'on soupçonne les motifs mercantiles qui\nsouvent les inspirent. Bien mesquine aussi apparaît la grandi­\nloquence enflée des machines wagnériennes, instables comme\nla pensée elle-même, qui tantôt souffle du nord schopenhaue-\nrien, tantôt du sud néo-chrétien, en rafales de pessimisme ou\nen brises de sensualisme émollient. Si je risque ces apprécia­\ntions, qui rendent le son du blasphème pour les oreilles contem­\nporaines encore si amoureuses de la musique de Wagner, ce\nn'est pas cette musique que je dénigre, entendons-nous bien!\n P o u r t a n t , il est permis de croire que si un jour la mentalité du\npublic, lasse de flotter incertaine à tout vent de doctrine,\nretrouve la stabilité à l'ancre d'une philosophie de certitude, Je\nmoment ne sera pas loin où l'on reconnaîtra la « vanité » d'un art\ntout en chimères, a u t a n t que la pérennité des choses bâties sur\n le roc. L'œuvre de T i n e l est de celles-là, qui défient le temps et\n la mode.\n   Elle en est, non seulement par les objets qu'elle magnifie,\nmais encore par la solidité de sa technique, ancrée elle aussi au\nroc de la t r a d i t i o n . Qui donc, parmi les musiciens actuels, ne\nveut être un novateur, ou ne s'empresse dans les voies des\nnovateurs? L a passion de l'inédit est si bien le propre de tout\nl'art contemporain, que c'est aujourd'hui une audace et une\noriginalité de se réclamer de la tradition classique. Personne\nn'a osé, en nos temps d'individualisme outrancier, proclamer\nles droits de la tradition et le culte des ancêtres, avec la con­\nviction que T i n e l apporte à la glorification de Bach. « S'il s'est\napproprié, dit-il, toute la moelle de la musique du passé, s'il\ncontient toute la substance de la musique du présent, il demeu­\nrera probablement l'axe autour duquel viendra s'enrouler la\nspirale des évolutions futures, que ce soit dans une direction\nascensionnelle ou que ce soit dans un mouvement plus vrai­\nsemblable de régression (1). » Parfaitement original aussi le\n\n   (1) Lecture faite à la réunion annuelle des classes de l'Académie royale de Belgique, le\n 28 octobre 1908.\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                             EDGAR TINEL                              71\n\n\n conseil du Maître, qui est presque la conclusion du sensationnel\n discours que je viens de citer : « Donc, étudions Bach, faisons-le\npasser d a n s le sang de nos veines, et, en sus, piochons notre\ncontrepoint! » Q u e ce langage détonne parmi les revendica­\ntions et les conseils inverses de presque tous nos actuels théo­\nriciens ! Indépendance, personnalité, individualisme, du neuf à\ntout prix q u a n d il n'y en aurait plus, ni lois ni règles, ni Dieu\nni maître, le Moi souverain seul objet de notre culte, c'est toute\nla doctrine de l'art moderne, avec ses corollaires immédiats :\nl'étude superflue, la discipline des écoles inutile, l'effort volon­\ntaire discrédité.\n     J'ai dit que l'œuvre de T i n e l est presque exclusivement reli­\ngieuse. Il y a fait une part importante à l'expression la plus\nparfaite du sentiment religieux, dans la musique liturgique. E t\nj ' a d m i r e comment il a compris qu'en se m e t t a n t au service du\nculte divin, la musique devait nécessairement revêtir des\nformes nouvelles, celles de la prière. Mais aussi combien diffi­\ncile la réalisation de ce programme ! D'abord les uns n'en ont\npoint saisi la nécessité. P o u r les Gounod et les Massenet, les\nsous-Gounod et les sous-Massenet, l'accent de la prière ne\ndiffère pas de celui de la romance sentimentale. P o u r d'autres,\net c'est le grand nombre depuis la réforme cécilienne de l'Alle­\nmagne, le style religieux se réduit à l'emploi de formes stéréo­\ntypées, dénuées de vie et d'émotion. L e crédit dont jouit ce\ngenre de musique constitue même un danger pour l'art reli­\ngieux, menacé de dégénérer en une sorte de byzantinisme.\nT i n e l a évité le double écueil avec un tact parfait. Ses œuvres\nliturgiques ont une forme à tel point réservée qu'on y reconnaît\nà grand'peine l'auteur des mélodies si tendres dont foisonnent\nses œuvres de concert. E t néanmoins elles sont vibrantes de\nvie profonde, grave, recueillie. Deux d'entre elles, par leur\nimportance et par leur éminente dignité d'art, méritent toute\nnotre admiration : la Messe de Notre-Dame de Lourdes et le\nsecond Te Deum, composé à l'occasion des fêtes jubilaires du\nR o y a u m e . Je n'aurai pas outré l'éloge en disant qu'au point\nde vue des plus strictes convenances de l'art avec la liturgie\ncatholique, ces deux œuvres sont les plus belles qui aient été\nécrites depuis le XVIIe siècle. Et j'ajoute que le Te Deum est à\nranger parmi les plus parfaites compositions liturgiques de\ntous les siècles. On peut d'ailleurs le considérer comme le chef-\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "72                           DURENDAL\n\n\nd'œuvre du Maître. Il y a mis toute sa science, tout son art,\ntoute son âme. L e souffle grandiose et puissant qui l'anime\nd'un bout à l'autre, la sérénité s u r h u m a i n e qui la pénètre,\ndonnent l'impression la plus parfaite du divin que l'art musical\nait j a m a i s réalisée.\n   S'il fallait chercher la formule qui résume toute la phy­\nsionomie artistique de T i n e l , je la trouverais, ce me semble,\ndans l'exceptionnelle unité de son idéal et de son effort.\nU n e pensée et un amour dominent toutes ses œuvres. C'est\npourquoi son art ne connaît ni hésitations ni fluctuations. Sa\nsensibilité de poète est gouvernée par une volonté inflexible, et\ncette volonté obéit à une pensée singulièrement ferme. Ce n'est\npas un impulsif mais un intellectuel. Et, pour tout dire en un\nmot, c'est un caractère.\n                                                  F. VEKHELST.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                Poèmes\n\n                                   Le Voyage\n                                                 '( Le Paradis terrestre    se     trouvait\n                                               aux sources du Nil. »\n                                                           UN VIEUX    VOYAGEUR.\n\n\n\n        Je suis parti là-bas vers les sources du Nil,\n        Traversant   les Athène et les    Alexandrie,\n        Où le siècle fardé pesait en mots subtils\n        Les graves vanités de sa    philosophie.\n\n        Et j'ai vu les Etats des Pharaons       d'orgueil\n        Qu'adoraient   les fronts bas des chambellans     numides,\n        Et qui se bâtissaient    — ironiques cercueils —\n        La royauté des éternelles       Pyramides.\n\n        Alors, dans l'ombre d'or, se dressa devant moi\n        Le Sphinx, mystérieux    gardien du vide immense.\n        Inquiet, je lui ai posé le grand Pourquoi —\n        Mais il m'a répondu toujours par son silence.\n\n        J'ai fui, j'ai parcouru le Doute et son désert,\n        Puis le pays brûlant des noires    barbaries\n        Où, mêlé aux odeurs de sang, flottait dans l'air\n        L'encens des voluptés et des idolâtries.\n\n        Et maintenant,   parmi les palmiers du matin,\n        Et les ruisseaux  qui vont, ingénus, sur la mousse,\n        Sous un soleil d'amour candide, j'ai atteint\n        L'Eden paisible et bleu des simplicités douces.\n              i\n\n\n\n  (1) Poèmes inédits d'un volume qui paraîtra prochainement sous le titre        L'Arc-en-\nClel aux éditions de Durendal.\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                      DURENDAL\n\n\n\n\n                     A un triste\nLùche! loi qui aimas ta tristesse  inutile.\nAu monde tu montras ton cœur faible et          meurtri,\nEt, posant sur ton dos ta croix de bois des îles.\nTu montas en pleurant ton Golgotha       fleuri.\n\nDes femmes le suivaient, et leurs voiles de gaze\nEssuyaient  la sueur qui coulait de ton front,\nEt toi tu songeais dans ton égoïste extase\nAux siècles à venir qui te    raconteront.\n\nDes cactus vénéneux et des plantes lascives\nSe pâmaient sur le bord du chemin      parfumé,\nTu murmurais    tout bas en des langueurs    plaintives\nLes maux délicieux de ton cœur trop aimé.\n\nLe bourreau dépouilla de sa robe soyeuse\nTon torse efféminé et tes membres trop blancs,\nOn te lia les poings de cordes précieuses :\nTu souriais en pleurs tout en te    contemplant.\n\nEl, quand tu fus dressé sur l'étrange     colline,\nTu pleuras sur le monde avec dérision,\nRegardant  s'élever vers ta douleur   divine\nLes longs parfums d'encens qui montaient de          Sion.\n\nTu dis : j'ai mal !— on t'apporta des aromates,\nTu dis : j'ai soif! — on t'apporta des liqueurs d'or;\nTu pris pitié de ceux dont l'âme   indélicate\nNe comprendrait jamais la beauté de ta mort.\n\nEt quand à l'horizon un Calvaire      tragique\nDressa devant tes yeux son Jésus     déchiré,\nPenchant ton front dolent vers ta tristesse    unique\nTu dis : je souffre trop pour pouvoir Le pleurer!\n\n\n\n                       Le Secret\nHier j'ai confié tout bas au ruisseau    clair\nL'amour qui me troublait dans mon âme naïve;\nQuand je suis retourné ce matin sur la rive\nIl avait oublié mon doux aveu      d'hier...\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                            POÈMES                                    75\n\nLe flot l'avait    porté tout le long du bord vert,\nPuis il s'était    mêlé à la rivière vive,\nPuis le fleuve     verdâtre à la marche     pensive\nL'avait perdu      là-bas, tout petit, dans la mer...\n\nC'est pourquoi j'ai couru ce soir jusqu'à la grève,\nEperdu, je pleurais en recherchant   mon rêve,\nMais j'ai senti mourir tout à coup mes sanglots :\n\nLa mer venait à moi sous le couchant de flamme\nEt j'écoutais monter sa chanson dans mon cime\n— Car c'était mon amour qui chantait dans les flols.\n\n\n\n                        Matin d'Hiver\n                                                  Sicut sol et nix.\n\nSur la neige, qui vêt la plaine et la colline\nDe sa tunique sans couture,      infiniment,\nLe soleil a jeté ses écharpes  divines,\nEt tout le gel reluit dans son     rayonnement.\n\nC'est la candeur universelle qui flamboie,\nLes fantômes lointains se sont évanouis ;\nDans le vide palpite une immortelle joie.\nMes pauvres yeux humains se ferment,      éblouis.\n\nTransfiguration    des choses du monde'.\nL'hiver s'est tout à coup dressé dans sa beauté,\nLe ciel l'auréola de sa lumière blonde,\nEt de ses gestes lents tombe de la clarté :\n\nEl c'est Dieu qui surgit soudain devant ma face,\n— Le matin l'entourant de son nimbe vermeil —\nEl qui me tend les bras sur son Thabor de glace,\nDans un rayonnement      de neige et de soleil.\n\n\n\n                       Neige de Pâques\n                  Tous les espaliers du ciel\n                  Ont secoué leurs pétales;\n                  O les fleurs roses et pâles !\n                  O les fleurs de l'Irréel!\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "76                          DURENDAL\n\n\n           Pâques blanches'. Pâques   fleuries.\n                      Vierge Marie !\n           Vous faites choir du ciel lointain.\n                      Vierge Marie!\n           Toute la neige du malin ;\n           J'entends au loin des sonneries,\n                      Vierge Marie!\n\n           Il pleut de la neige, il pleut du soleil.\n                   Et de la joie, et du silence,\n           Et des parfums d'abricotiers, et des cadences\n           De clochettes d'Avril, qui jettent du réveil\n           Parmi la neige et le silence et le soleil'.\n\n\n\n                          Quand même\n     Si mes illusions doivent, l'une après l'autre,\n     — Croyez à l'Idéal! croyez à la Beauté! —\n     Laisser mon cœur seul et perdu comme le vôtre,\n     Je veux les prendre encor pour des réalités!\n\n     Comme le naufragé qui saisit sa carène,\n     Je saisirai les bords du rêve chaviré :\n     Vers le gouffre la barque en s'enfonçant l'entraine,\n     Lui se croit soutenu — Comme lui je mourrai;\n\n     Mais je pourrai du moins tandis que,     tournoyante,\n     L'épave descendra loin des clartés du jour,\n     Lever les yeux plus haut que la mer     effrayante.\n     Et mourir de mon rêve en y croyant toujours !\n\n\n\n                         L'ombre morte\n     L'ombre morte des soirs sur les canaux de Flandre\n     Drape mon cœur lassé d'un crêpe humide et doux.\n     Oh! ne plus rien sentir et ne plus rien   entendre...\n     Les cloches au lointain sonnent :     Souvenez-vous...\n\n     Les cloches un lointain sonnent :      Souvenez-vous...\n     Vous souvient-il? un soir, sur les canaux de Flandre,\n     Cette nuit qui pleurait des gouttes d'eau sur nous\n     Se taisait tristement et semblait nous    comprendre...\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                          POÈMES                                  77\n\nPour moi, je n'ai rien su de plus tristement      doux\nQue de sentir la nuit sur mon âme       s'étendre...\nLes cloches au lointain sonnent :      Souvenez-vous...\nOh ! ne plus rien sentir et ne plus rien entendre !\n\nOmbre morte des soirs sur les canaux      de   Flandre...\n\n\n\n          Vois, ce chemin qui monte...\nVois, ce chemin qui monte à la Beauté rêvée.\nC'est celui qu'avant toi les héros ont gravi.\nAvides d'abreuver leurs lèvres assoiffées\nEt de combler plus haut leur songe     inassouvi.\n\nTu souffriras, enfant, dans ta marche    sublime,\n— Les pieds saignent, vois-tu, sur les sentiers montants      —\nQu'importe! si lu sais que par delà les cimes\nTu trouveras le ciel, l'amour et le Printemps.\n\nSi tu sens en ton cœur la tristesse et le doute.\nSonge à ton Idéal qui surgira demain ;\nSi tu pleures, regarde à l'entonr de ta route :\nDieu pour te consoler fleurira ton chemin.\n\nLe soir des rêves clairs vêtus de mousseline,\nGlissant dans l'ombre bleue, hanteront ton sommeil,\nSi tu les vois mourir avec l'aube opaline.\nNe les regrette pas et va vers le Soleil !\n\nChante et prie : Un matin, dans la brume     irréelle,\nTu verras s'entr'ouvrir un éden vierge et bleu,\nTandis que les clochers d'invisibles chapelles\nBalanceront sur toi des angelus joyeux ;\n\nEl s'il fut des douleurs, et s'il fut des rafales,\nEt si ton cœur souffrit, tu l'oublieras   soudain,\nEn voyant Dieu sourire au fond de l'azur pâle,\nL'Amour venir à toi dans l'ombre du jardin.\n\nTu sentiras en toi une enfance     nouvelle,\nTes rêves à jamais prendront leur calme essor,\nEl, du ciel plus limpide à la terre plus belle,\nLes anges descendront par un escalier d'or !\n\n                                               P I E R R E NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                   Vieux Bruxelles\n                              (Suite )\n\n\n\n                                 III\n\n               LES derniers échos des violons de M . Ignace\n                  Vitzhumb s'étaient tus depuis quelques jours\n                  à peine lorsqu'éclata une autre musique : celle\n                  de la fusillade.\n                     Il fallut la trahison d'un aventurier de lettres,\n                  le sieur Robineau, dit de Beaunoir, pour allumer\n                  la poudre sèche depuis si longtemps amoncelée.\n                     Ce fut à la mi-Octobre.\n   Jusqu'à cette date, les Sérénissimes Gouverneurs Généraux\navaient pratiqué vis-à-vis des provinces mécontentes un système\nde bascule. Suivant que l'autorité du Général d'Alton ou la\ndiplomatie de M. de Trauttmansdorff faisait pencher d'un\ncôté ou de l'autre le fléau de la politique impériale, le gou­\nvernement prétendait dominer l'opposition ou se résignait à\nfléchir devant elle. Ainsi, toujours oscillant, toujours désem­\nparé et toujours méprisé, le pouvoir ne renonçait à la tyrannie\nque pour confesser sa faiblesse.\n   Mais lorsque la délation de Robineau lui eût livré les statuts\net les listes de l'association patriotique Pro aris et focis, M. de\nTrauttmansdorff estima lui-même qu'il fallait cette fois sévir\nsans merci.\n   Comment ! sur ces interminables listes de conspirateurs, le\nministre relevait les noms de maints personnages auxquels il\nfaisait, peu de jours auparavant, les honneurs de ses réceptions\nprivées et dont il avait cru s'assurer la fidélité au prix de quel­\nques sorbets et de quelques compliments ! Quel échec pour son\nmachiavélisme, et quelle revanche pour le c o m m a n d a n t des\narmées !\n   Mieux encore, parmi tant de noms notoires, il découvrait\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                            VIEUX BRUXELLES                                 79\n\ncelui de M . Antoine d'Aubremez, le riche négociant en vins\ndu Marché-au-Charbon, chez lequel il daignait, de temps en\ntemps, aller faire son whist afin de se concilier les bonnes\ngrâces de la bourgeoisie qui y fréquentait ! E t le traître\nRobineau achevait de l'humilier en lui a p p r e n a n t qu'au cours\nde ces soirées bourgeoises, tandis que Son Excellence le\ncomte de Trauttmansdorff-Weinsberg, ministre plénipotentiaire\nde Sa Majesté Impériale et Royale, se prélassait au salon, dans\nun cercle d'honnêtes matrones, ou applaudissait complaisam­\nment, en d o d e l i n a n t de la tète, Mademoiselle Charlotte d'Aubre­\nmez qui pinçait de la harpe, au même moment, tout près de\nlà, dans une sorte de tonnellerie dissimulée au fond de la cour,\nd'autres invités, parmi lesquels M. Vonck, discutaient et prépa­\nraient tout à leur aise le renversement du gouvernement autri­\nchien aux Pays-Bas !\n   Aussi, M. d'Aubremez, dès le lendemain de la délation,\nfut-il appréhendé au lit et conduit aux Madelonettes sans qu'on\nlui laissât le temps de passer ses grègues. E n même temps que\nlui, M M . les avocatsTorfs et Verlooy, M. Mosselman, le fermier\ndes boues, M. Fisco, l'architecte qui s'était fait tant d'honneur\nen construisant la chaussée de Bruxelles à W a v r e et en dessi­\nnant la place Saint-Michel, M . Secrétan, précepteur de la\nmaison d'Ursel, M. Linguet, le. gazetier des Annales Politiques,\net plus de cinq cents autres suspects furent brutalement empri­\nsonnés, qui aux Madelonettes, qui à la Maison du Roi, qui à la\n Porte de H a l ou à celle de Laeken, qui au T r e u r e n b e r g . Les\nduchesses d'Arenberg et d'Ursel et la princesse de L i g n e furent\ngardées à vue dans leurs hôtels. Enfin, des crieurs publièrent\nà son de trompe de rigoureux édits qui comminaient la peine\n de mort, sans forme ni figure de procès, contre les fauteurs\nd'émeutes et déclaraient proscrits à perpétuité les membres des\ntrois ordres qui, étant sortis du pays, n'y rentreraient pas dans\n les huit jours.\n   Mais les patriotes avaient eu tout le loisir de s'organiser et,\nd'ailleurs, c e n ' é t a i t d é j à plus ni un h o m m e , ni quelques hommes\nque le gouvernement devait redouter. C'était le peuple entier,\nce grand être a n o n y m e , que le sentiment national avait\nconquis et réveillé peu à peu. Ainsi la sève monte lentement\ndans l'arbre et envahit bientôt j u s q u ' à ses moindres rameaux\nsans que rien puisse la comprimer.\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "80                             DURENDAL\n\n\n   Aux mesures de rigueur prises par M. de Trauttmansdorff,\nles comités répondirent en ordonnant à leur armée, rassemblée\ndans la baronnie de Bréda, de passer la frontière et d'envahir le\nterritoire des P a y s - B a s autrichiens.\n   L e u r armée ! C'étaient des bandes formées, équipées et ins­\ntruites à la diable : émigrés bruxellois, coureurs de grand'route,\njeunes paysans arrivés en sarraus et en sabots, envoyés par les\nabbés de S a i n t - B e r n a r d , d'Averbode ou d'Afflighem. A leur\ntête, le colonel Vander Mersch, un brave officier de fortune qui\navait fait campagne au service de Louis XV, puis de Marie-\nThérèse, et qui, rassasié de lauriers et de blessures, était revenu\nà Menin, son bourg natal, pour s'y marier et y planter ses\nchoux.\n   Aussi quelle stupéfaction à Bruxelles lorsqu'on apprit que\ncette troupe de gueux avait pénétré en Campine sans coup\nférir et qu'à sa première étape, à Hoogstraeten, elle avait ouvert\nle ban pour entendre Messire vander Noot lui donner solennel­\nlement lecture d'un manifeste au P e u p l e brabançon qui procla­\nmait la déchéance de Joseph II, aux termes de l'article 59 de la\nJoyeuse-Entrée du B r a b a n t !\n   U n e telle impudence passait les imaginations! Dans les groupes\nofficiels, on ne savait s'il fallait rire de cette armée inattendue\nou s'en indigner. On l'appela l'armée de la L u n e , et le comte\nd'Alton chargea le général. Schroeder de lui courir sus. Schroe­\nder j u r a qu'il l'exterminerait avec un escadron de cavalerie. On\nlui en donna deux, plus un bataillon de Bender, un bataillon\nde Clairfayt, deux compagnies de grenadiers, cinq pièces de\ncanon et deux obusiers. L e Prince d'Anhalt lui fut adjoint\ncomme chef d'état-major.\n   Qui fut déconfit? Ce fut le général Schroeder. L e 27 octobre,\nVander Mersch l'attira dans la ville de T u r n h o u t comme dans\nune souricière, et après un combat de rues qui se prolongea\ncinq heures, les Kaiserliks n'eurent rien de mieux à faire que de\ntourner les talons en a b a n d o n n a n t une centaine de morts et\n autant de blessés.\n   Cette fois, ce fut aux Brabançons de se gausser. Quelques\njours après l'affaire de T u r n h o u t , le théâtre de la Monnaie don­\nnait un spectacle de gala, et les archiducs avec M. de T r a u t t ­\nmansdorff occupaient la loge royale. T o u t à coup, à un change­\nment de décor, la lune apparut sur une toile de fond. « Vive la\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                       VIEUX BRUXELLES                         81\n\n\nlune! » cria une voix. — « Vivent les soldats de la lune! » ajouta\nune autre. La situation des gouverneurs était difficile. Elle\ndevint intolérable lorsque par la malice de quelque machiniste,\nla lune apparut coiffée d'une énorme cocarde aux couleurs\nrouge, jaune et noire. Le public fit une ovation à l'astre sédi­\ntieux et les archiducs, suivis des fonctionnaires, quittèrent le\nthéâtre en cachant mal leur dépit.\n   Ouverte par le coup d'éclat de Turnhout, l'insurrection\ns'étendait comme un incendie dans un champ d'herbes sèches.\n   Au pays de Waes, le notaire Camaert parcourait les villages,\nharanguant les habitants, leur prêchant la légitime défense contre\nles pillards de monastères, les profanateurs de tombes, les vio­\nlateurs de choses sacrées. Ainsi exaltés, les paysans s'enrôlaient\ncomme pour une guerre sainte, adoptant pour signe de rallie­\nment une croix rouge sur l'épaule. Pour venger l'arrestation de\nM. Raepsaet, le greffier de la châtellenie d'Audenaerde, ils\nn'imaginèrent rien de mieux que d'aller cueillir dans son châ­\nteau de Tamise le chancelier de Brabant, M. de Crumpipen,\nqu'ils firent conduire sous bonne escorte au quartier général de\nVander Mersch. Une divisiond'infanteriefutenvoyéepard'Alton\ncontre ces croisés d'un nouveau genre, avec ordre de réduire en\ncendres les villages rebelles. Mais en même temps, un détache­\n ment de l'armée patriotique, dirigé par le major Devaux et le\nprince Louis de Ligne, vint au secours des paysans, et en\n quelques jours la Flandre entière fut délivrée.\n   Arnoldi, un autre lieutenant de Vander Mersch, avec\n400 hommes, reçut ordre de surprendre Namur. Cela suffit\n pour donner peur au baron de Bleckheim qui commandait\n dans cette ville et qui y disposait de i,5oo hommes et d'une\n forte artillerie. Il appela à son aide le général comte d'Happon­\n court qui commandait à Mons. Mais à peine celui-ci eut-il\n abandonné sa garnison que le drapeau tricolore y fut arboré.\n Tout le Hainaut suivit.\n    De son côté, Vander Mersch prenait Diest et Léau.\n   Ainsi, le feu de l'insurrection gagnait de proche en proche\n tous les Pays-Bas autrichiens depuis la Gueldre jusqu'au\n Tournaisis.\n    La principauté ecclésiastique de Liége, elle aussi, cherchait\n en même temps à s'émanciper. Le désordre y avait éclaté dès\n le mois d'août et le Prince-évêque Constantin-François de\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "82                             DURENDAL\n\n\nHoensbroeck n'avait rien trouvé de plus expédient que de se\nréfugier à Trèves. De toutes les provinces, seule, la plus pauvre,\nle L u x e m b o u r g , pays de communications difficiles et dont les\nfamilles comptaient beaucoup de leurs membres dans l'admi­\nnistration ou l'armée, demeurait fidèle au régime autrichien.\n   D a n s quelques villes, les patriotes avaient réussi sans peine.\nAilleurs, la résistance des autorités et des troupes avait donné\nau conflit le caractère sauvage de la guerre civile.\n\n                                   *   *\n   Toutefois, à Bruxelles le gouvernement se maintenait\nsolidement. L a capitale était tout son espoir. E n p e r d a n t\nBruxelles, il comprenait que tout serait perdu.\n   Aussi, le patriotisme y était-il tenu en respect par toutes les\nforces militaires et civiles dont le général d'Alton avait pu\ndisposer. Pour mettre la ville en état de défense, le com­\nm a n d a n t des armées avait hérissé les remparts de batteries,\ncoupé les rues de fossés et de chevaux de frise, retenu les\neaux de la Senne de façon à pouvoir inonder la ville basse. Afin\nde prévenir les défections parmi les six mille hommes de la\ngarnison, il avait augmenté la paye et ajouté aux vivres une\nration de genièvre. Pour ranimer le zèle branlant des fonc­\ntionnaires, il les excitait par des promesses d'anoblissement.\nP o u r parer à toute surprise, il avait doublé toutes les gardes et\ndisposé des pièces, de canon sur les principales places. J o u r et\nnuit, des patrouilles de dragons, le mousquet en bandoulière,\nparcouraient les divers quartiers de la ville, et l'allure martiale\nde ces solides cavaliers, rompus à leur métier et a d m i r a b l e m e n t\nmontés, semblait devoir prévenir tout essai de soulèvement.\n   Enfin, une surveillance active arrêtait aux portes toutes les\nnouvelles du dehors ou les modifiait au besoin. Seules étaient\nautorisées les brochures et les gazettes officieuses qui repré­\nsentaient les troupes patriotiques comme des bandes de\nbrigands déterminées au sac des cités. Ces papiers affirmaient\nque la vigilance des autorités aurait bientôt raison de l'audace\nde ces criminels de droit c o m m u n , déjà promis au bilot ou à\nla potence...\n   E t cependant, la vérité filtrait parfois à travers ces men­\nsonges, bien que les campagnes du B r a b a n t fussent sillonnées\nde troupes et que les intempéries de la saison vinssent y\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                          VIEUX    BRUXELLES                           83\n\n\nentraver encore la circulation. Mais cette vérité elle-même\nétait déformée de bouche en bouche. Q u ' u n e réquisition de\nvivres fût faite dans un couvent, c'était une c o m m u n a u t é de\nnonnes vouée aux outrages des kaiserliks, et le désarmement\nd'une sentinelle devenait à son tour le massacre de toute\nune garnison !\n  Au milieu de tant d'incertitudes et d'alarmes, de nombreuses\nmaisons d e m e u r a i e n t fermées, les hôtelleries étaient désertes.\nLes théâtres continuaient leurs représentations, par ordre du\ngouvernement, mais devant des salles vides.\n   Enfin, dans les premiers jours de décembre, on acquit la\ncertiude que le général d'Alton venait de signer à Orsmael un\narmistice qui expirerait le 12 décembre. Cette fois, les nou­\nvelles de source officieuse et de source patriotique concordaient\ndans leurs termes sinon dans leur interprétation : à croire une\ndes cloches, c'était l'insurrection aux abois. A écouter l'autre,\nle dernier répit concédé au gouvernement.\n\n\n   M. Charliers de Longprez s'étonnait de n'avoir pas été\narrêté, comme l'avaient été b e a u c o u p de ses amis. Bien que\nson nom ne figurât point sur les listes de l'association Pro arts et\nfocis, ses sentiments patriotiques n'avaient j a m a i s fait de doute\npour personne.\n   Toutefois, si sa vie était sauve, elle n'avait pas échappé au\ndésarroi général.\n   Depuis combien d'années, chaque matin, en dehors des\npériodes de vacance, ne s'était-il pas rendu du même pas, tou­\njours à la même heure, au Conseil souverain du B r a b a n t où\nl'appelaient ses devoirs professionnels?... Lorsqu'il n'avait pas\nà y plaider, il s'y rendait par goût et par h a b i t u d e , presque\nmachinalement...\n   Quelle simple et juste fierté n'éprouvait-il pas à se sentir un\ndes rouages d'élite de ce grand appareil judiciaire vers lequel\nconvergeaient, pour être résolues par arrêt et sans appel, les\nprincipales affaires civiles du duché de B r a b a n t , du marquisat\ndu S a i n t - E m p i r e , du L i m b o u r g et des pays d'outre-Meuse !\n Quelle satisfaction ne ressentait-il pas à y retrouver, en une\n communauté des esprits et des cœurs, des hommes dont la vie\n avait été parallèle à la sienne, M M . van der Noot, Vonck,\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "84                           DURENDAL\n\n\n\nt'Kint, Verlooy, Le Hardy de Beaulieu et tant d'autres avec\nlesquels il avait discuté et critiqué, en ces dernières années,\nles attentats toujours plus hardis tentés par le gouvernement\ncontre les lois du Pays?\n    Mais peu à peu, en dépit de leurs protestations, ces réformes\navaient désorgarnisé tout le régime traditionnel; sur ses ruines,\nle pouvoir avait essayé de bâtir de nouvelles judicatures pour\nen gratifier le dévoûment servile de quelques créatures perdues\nde scrupules. Depuis le mois de juin, le Conseil lui-même\nétait officiellement dissous. Certes, M. Charliers et quel­\nques-uns de ses confrères trouvaient encore, dans la néces­\nsité d'expédier les affaires courantes, un prétexte pour se rendre\nde temps en temps au Palais. Mais ils y allaient aux nouvelles\nplutôt qu'au travail. Le Chancelier du Conseil était gardé, à\ntitre d'otage, par les insurgés. Parmi les avocats, beaucoup\navaient été proscrits ou faits prisonniers par l'autorité. D'autres\ns'étaient retirés en province. Conseillers, greffiers, secrétaires\nétaient dispersés.\n   A son foyer familial régnaient aussi l'incertitude et l'in­\nquiétude.\n    La maladie de Madame de Longprez, qui s'empirait, contri­\nbuait à attrister cette maison naguère joyeuse. Le retour du\nfils aîné, qui eût dû rajeunir encore le cher logis, y avait\napporté des soucis nouveaux.\n   Plusieurs fois, le vieil avocat avait voulu reprendre avec\nThierry le grave entretien qui avait marqué la rentrée de celui-ci\nà Bruxelles. Mais en vain. Ce père et ce fils ne se comprenaient\npas. Chez l'un, le sens de l'autorité paternelle était si développé\nqu'il lui faisait envisager toute divergence d'idées de la part\nd'un de ses enfants comme une marque d'insubordination. Chez\nl'autre, l'esprit d'indépendance, mûri au contact de la vie de\nParis, se traduisait par une susceptibilité farouche. Il avait suffi\nà Thierry de deviner le peu de sympathie qu'éprouvait son père\nà l'égard de ses sentiments politiques, de ses goûts littéraires,\nde ses amis personnels pour qu'aussitôt son âme se repliât à son\napproche comme une sensitive froissée. Au lieu des ouvertures\nde cœur que M. Charliers avait rêvées, c'étaient des regards\nsombres ou fuyants, des réponses sèches et froides qui le déso­\nlaient ou l'irritaient.\n   Il s'en confia plus d'une fois à sa fille Hélène, pour qui il\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                             85\n\n\nn'avait point de secrets. E t la pauvre enfant, qui voyait un\npère et un frère aimés souffrir l'un et l'autre de ce désaccord\ntacite où chacun avait sa part de responsabilité, employait,\nsans succès, toute la perspicacité de ses vingt ans à dissiper\nun tel m a l e n t e n d u .\n   Ce m a r d i 8 décembre, ils en causaient encore, après le\ndéjeuner du m a t i n .\n   — Sans doute, vous avez raison, mon père, lui disait-elle\navec un gros soupir. Et depuis qu'il nous est revenu, notre\nT h i e r r y est vis-à-vis de tous ce qu'il est vis-à-vis de vous : mys­\ntérieux et taciturne. Aujourd'hui, paraît-il, ce sont les pères qui\nont des illusions et des enthousiasmes, et ce sont les fils qui\ndeviennent trop raisonnables... Croiriez-vous que, depuis la visite\ndes Penalegas, c'est-à-dire depuis bientôt deux mois, c'est à\npeine s'il s'est enquis de mon amie Isabelle... E t pourtant,\ncelle-ci ne m'écrit point sans que je ne devine, entre toutes les\nlignes de ses lettres, combien elle pense à lui. Il préfère s'enfer­\nmer dans sa chambre pour y lire ses auteurs favoris ou y travail­\nler à je ne sais quels plans de réforme universelle. A moins\nqu'il n'aille rejoindre à son hôtellerie le vicomte de Braux-\nLevrezy qui, lui, emploie, dit-on, ses loisirs d'émigré à jouer\nau pharaon ou à méditer sur la couleur d'un nouveau gilet...\n   » Mais cette crise passera, mon père. Je sais combien T h i e r r y\nvous respecte et vous aime. Peut-être, excusez-moi si je suis\ntrop hardie, pourrez-vous le rapprocher davantage de vous en\nlui m a r q u a n t un peu plus de confiance et d'intérêt. Je crois\nqu'il s'exagère la gravité de votre accueil et qu'il ne sait pas\nencore à quel point vous êtes indulgent et bon pour vos\nenfants...\n   — E h bien ! fillette, nous suivrons donc ton avis et nous ferons\nen sorte de ménager ce pauvre m a r t y r . . . E t maintenant, parlons\nun peu de toi, car je devine aussi tes préoccupations. E t Dieu\nsait si je m'y associe! T o u s ces troubles publics, dont je\nn'entrevois pas encore la fin, sont venus bien mal à propos jeter\nune ombre sur ton propre bonheur...\n   M. Charliers de Longprez venait de toucher, au cœur\nd'Hélène, un autre point douloureux. Au lendemain de la fête\nde Schoonenberg, tandis que Monsieur et M a d a m e de Penale­\ngas avec leur fille s'en retournaient aux champs, Evrard avait\nété appelé par son service à participer, dans les provinces, à la\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "86                             DURENDAL\n\n\nrépression des émeutes. Il y avait fait courageusement son\n métier de soldat. En ce m o m e n t , il était à Bruxelles avec tout\nle régiment d'Arberg. E t à l'inquiétude de savoir la vie de\nson fiancé exposée dans de nouveaux engagements se joignait\nla peine de voir celui-ci armé contre une cause qu'elle consi­\ndérait comme sacrée et à laquelle son père vouait tous ses\nefforts.\n    — Depuis qu'il est rentré à Bruxelles, Evrard m'écrit chaque\njour, mon père. E t précisément, j'espère, si vous m'y autorisez,\nle voir après-demain. Ce jour-là, il c o m m a n d e r a la garde du\nT r e u r e n b e r g et il me d e m a n d e instamment d'y passer dans la\nmatinée. Au moins, nous pourrons ainsi échanger quelques\nmots. Les autres jours, lorsqu'il est consigné avec ses hommes\nau quartier, ou requis pour les patrouilles, il nous semble à\nl'un et à l'autre être plus séparés et lointains que s'il était\noccupé à combattre les O t t o m a n s . . .\n    Elle n'ajoutait pas, la pauvre enfant, qu'elle eût préféré\nsavoir son fiancé à l'armée de Hongrie que de le savoir aussi\nproche d'elle, en de telles circonstances...\n    Certes, elle n'ignorait pas que plus d'un officier, Belge\nde naissance comme l'était E v r a r d , avait déjà quitté le\nservice de l ' E m p e r e u r plutôt que de marcher contre des com­\npatriotes.\n    Mais elle connaissait assez Evrard et le sentiment qu'il avait\nde la discipline militaire pour comprendre combien l'idée\nd'une désertion devait lui répugner. E t quel que fût son propre\nattachement à la cause nationale, peut-être préférait-elle encore,\n en son â m e généreuse, voir celui qu'elle aimait demeurer fidèle\nà tout son devoir, dussent-ils l'un et l'autre en souffrir cruel­\nlement, plutôt que d'accepter un sacrifice dont elle aurait le\nbénéfice et dont lui aurait le remords.\n    A ce moment de la confidence, T h i e r r y survint, et l'entretien\n prit un autre cours.\n    M. Charliers de Longprez, voulant mettre en pratique, sans\nplus de retard, le discret conseil que lui avait suggéré sa fille\n bien-aimée, proposa à T h i e r r y , d'un ton tout affectueux, de\n l'accompagner au Palais du Conseil, puis dans la ville basse,\nd'où il rapporterait peut-être d'importantes nouvelles. T h i e r r y\n ne fit pas d'objection. E t bientôt tous deux, a y a n t pris leurs\n manteaux et leurs chapeaux, quittèrent le vieil hôtel familial,\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                             87\n\n\nconduits j u s q u ' à la porte par H é l è n e , qui, sur le seuil,\néchangea encore avec son père un coup d'œil d'intelligence.\n                                      *\n                                  *       *\n   Il faisait très froid. Mais M. Charliers de Longprez, plus dur\nencore à lui-même qu'aux autres, n'en paraissait point incom­\nmodé. Au cou une simple cravate de mousseline plusieurs\nfois nouée sur elle-même, aux pieds de forts souliers à boucles\nd'argent, à la main sa grosse canne au pommeau d'ivoire, il\ngravissait d'un bon pas les ruelles qui montaient de la place\ndes Wallons j u s q u ' a u Sablon. Il salua, c o m m e une vieille\nconnaissance, la gracieuse fontaine que le marquis d'Aylesbury\navait, peu d'années auparavant, fait édifier au milieu de cette\nplaine, en témoignage du plaisir qu'il avait eu à séjourner à\nBruxelles. E n revanche, il eut un regard moins amical pour\nl'hôtel de M. H e n r i de C r u m p i p e n , le secrétaire d'Etat, dont\nla façade s'élevait à front du G r a n d Sablon. Mais il voulut éviter\nde parler à son fils des choses de la politique, encore que son\ncœur en fût rempli.\n   T o u t en causant des transformations qui venaient de boule­\nverser ce quartier, ils traversèrent la Place Royale, dont le\nquadrilatère m o n u m e n t a l , avec ses arcades classiques et sa\nstatue triomphale, rappelait les gloires du gouvernement de\nCharles de L o r r a i n e . Puis, au détour de l'Hôtel de Belle-\nvue, ils pénétrèrent dans le P a r c .\n   L a neige durcie y craquait sous leurs pas. Aux branches des\narbres et des arbustes scintillait, aux pâles rayons d'un soleil\nd'hiver, toute une joaillerie précaire et charmante. D a n s leurs\ngaines d'égypans, les bustes des héros semblaient grelotter,\ntandis que d'informes manteaux de paille emmitoufflaient les\nstatues et les groupes de marbre. A la rotonde, entourée de\nplatanes écaillés, la pièce d'eau circulaire était gelée et des\nenfants s'y livraient à de téméraires glissades. M . Charliers\ncrut devoir les admonester au passage.\n   T h i e r r y goûtait le style nouveau qui avait présidé à l'archi­\ntecture de ce jardin et du quartier environnant. Il loua la\nfaçade du Conseil Souverain avec ses colonnes cannelées et le\nfronton où M. Godecharle avait si habilement symbolisé la\nJustice.\n   Il approuva aussi les autres façades de M. Guimard qui, tout\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "88                               DURENDAL\n\n\nau long de la nouvelle rue de B r a b a n t , reproduisaient des lignes\narchitectoniques régulières et froides, m a r q u a n t à droite la\nChambre des Comptes, les Archives, l'hôtel de M. de Walckiers\net le refuge de l'abbaye noble de Sainte-Gertrude; à gauche, la\nchancellerie de B r a b a n t , le refuge d'Afflighem, l'hôtel de l'Es­\ncaille.\n    A ce style, qu'il tenait pour un décalque des résidences alle­\nmandes et lorraines, M. Charliers de Longprez préférait le\nt y p e des m o n u m e n t s de l'ancienne cour de B r a b a n t et du palais\nde Nassau, dont il avait vu avec peine détruire les derniers\nrestes.\n    Il jugeait ce t y p e mieux approprié au ciel et à l'histoire m ê m e\nde son pays. Mais, afin de ne pas provoquer un nouveau conflit\navec son fils, il évita de contredire celui-ci, se disant qu'après\ntout, la génération nouvelle-venue n'était pas obligée d'aimer,\ncomme il le faisait lui-même, une architecture démodée, qui\nrappelait les temps barbares du moyen âge.\n    C'était la première concession qu'il faisait à son fils. E t il en\nressentit une satisfaction amère, comme d'un sacrifice consenti\nà la paix familiale, mais aux dépens de son autorité...\n\n                                    *   *\n   Ainsi qu'il l'avait espéré, M. Charliers de Longprez trouva, dès\nle péristyle, quelques-uns de ses confrères venus aux nouvelles,\ncomme lui-même. Ils erraient, maintenant désœuvrés, dans les\ncouloirs et les salles désolées, naguère encore le théâtre de leurs\njoutes quotidiennes. Les uns se promenaient de long en large,\ndevisant à voix basse, à la façon des moines dans un cloître.\nLes autres, — puisqu'en cet endroit du moins, les rassemble­\nments n'étaient pas défendus, — formaient un groupe un peu\nplus bruyant, qui s'apaisa et s'ouvrit aussitôt pour accueillir\nle nouvel arrivant et son fils.\n   E n un tel milieu, où l'âge et le mérite marquaient seuls les\ndifférences, M. Charliers occupait un des premiers rangs par la\ndignité de sa vie et la loyauté de ses procédés.\n   Et la respectueuse s y m p a t h i e dont l'entouraient ses compa­\ngnons de travail éclata dans tous les regards et toutes les\nparoles.\n   Chacun lui fit compliment sur sa bonne mine.\n   — D o m m a g e , fit le vieil avocat, que notre bonne déesse\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                         VIEUX BRUXELLES                          89\n\n\nT h é m i s ne soit pas aussi ingambe que moi ! Mais, que voulez-\nvous, après avoir déploré toute ma vie que la justice marchât\nd'un pas si boiteux, me voici réduit, en mes vieux jours, à cons­\ntater qu'elle n'avance plus du tout... N e trouvez-vous pas que nos\nvacances se prolongent d é m e s u r é m e n t ?\n   — D e fait, riposta un de ses interlocuteurs, voilà votre fils\nbien empêché de faire ses débuts, auxquels nous voudrions\napplaudir...\n   T h i e r r y répondit sans malice que l'attente de ses débuts ne\nlui causait point d'impatience... On prit cette indifférence pour\nde la modestie et bientôt, et tout naturellement, la conversation\ngénérale s'orienta du côté des choses politiques.\n   D e quoi parler, sinon des graves événements qui se succé­\ndaient?... Déjà, l'heure n'était plus aux théories qui avaient ali­\nmenté p e n d a n t si longtemps les entretiens de ces hommes de\nloi. Il avait fui au bruit des premières hostilités, le temps où\ndes groupes tout semblables d'aspect à celui-ci se bornaient à\ncommenter les griefs des E t a t s et de la population contre les\nentreprises du pouvoir. Q u e de triomphes oratoires Messire\nHenri vander Noot n'avait-il pas connus naguère sous ces\nvoûtes en opposant à la suppression des couvents, à la création\ndes intendances, au bouleversement des juridictions, à la\nviolation des droits et des coutumes, le texte et le sens de\nces vieilles chartes qu'Albert de Saxe-Teschen avait solennel­\nlement juré d'observer au nom de Joseph I I , et dont les décrets\nimpériaux avaient fait si bon marché !\n   C'était lui surtout qui avait su donner un caractère légal aux\nprotestations des Etats, du clergé, des serments, des paysans.\nDevenu l'homme-drapeau de la révolution, grâce à sa connais­\nsance des textes, servie par une éloquence un peu lourde, mais\nd'autant plus populaire, son autorité avait grandi à chacune de\nses démarches auprès des cours étrangères; sa proscription y\navait mis le dernier sceau.\n   Cependant, quelques-uns — et tel était l'avis de M. Vonck,\nnature plus fine, plus réfléchie, plus froide, — lui reprochaient\nun attachement aveugle aux traditions des provinces. L a révo­\nlution, disaient ceux-ci, ne doit pas être un retour au passé,\nmais marquer un pas dans l'avenir. A quoi bon se borner à vou­\nloir substituer la souveraineté des E t a t s à celle de Joseph I I ?\n Mieux valait organiser enfin la souveraineté du peuple, ainsi\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "90                            DURENDAL\n\n\nque le préconisaient les philosophes français, et d e m a n d e r à\nune assemblée, directement issue de la nation, des réformes\nqu'il était aussi dangereux d ' a b a n d o n n e r à l'arbitraire d'une\noligarchie qu'aux fantaisies d'un m o n a r q u e .\n   Mais ces divergences se dissipaient aujourd'hui dans le rayon­\nnement d'un sentiment commun : la nécessité d'une union\npatriotique agissante. Ce sentiment échauffait l'entretien de ces\nhommes graves, animait leurs regards et inspirait leurs paroles,\nau point qu'ils se devinaient tous à demi mot.\n   Qu'allait-il advenir ? L e Journal historique et l'Esprit des Gazettes\nqu'on se procurait en secret, grâce à la connivence des maraî­\nchers de la banlieue, considéraient le t r i o m p h e des patriotes\ncomme prochain... E n revanche, le Journal de Herve et de l'Europe,\nrédigé par L e b r u n - T o n d u , annonçait que les généraux Bender,\nFerraris et L a t o u r , auraient bientôt fait de mettre à la raison\nune poignée de rebelles, qui avaient déjà été obligés de mendier\nun armistice...\n   M. le conseiller de. H o o p , un des interlocuteurs de M. C h a r ­\nliers, se gaussa des nouvelles de L e b r u n - T o n d u qui ne valaient\nmême pas, disait-il, le prix auquel les payait la chancellerie\nimpériale. E n revanche, l'état général de l'Europe lui paraissait\npeu favorable pour la cause des patriotes. Ceux-ci pouvaient-ils\nencore escompter, comme ils s'en étaient flattés, le moindre\nconcours de la part de la F r a n c e ou de la Prusse? Si Frédéric\nétait jaloux des succès de Joseph II contre les T u r c s , si le\ncabinet de Versailles avait pour tradition politique de pour­\nsuivre l'abaissement de la maison d'Autriche, la solidarité des\nmonarchies n'allait-elle pas dominer ces jalousies et ces res­\nsentiments, d a n s un m o m e n t où la récente Déclaration des droits\nde l'homme et du citoyen menaçait d'ébranler les fondements\nmême de la royauté? E n tolérant l'insurrection des Belges, les\npuissances n'encourageraient-elles pas les hardiesses de l'As­\nsemblée nationale?\n   F a u t e de pouvoir compter sur la s y m p a t h i e ou la neutralité\nde l'étranger, du moins l'insurrection avait dès m a i n t e n a n t\npour elle, aux Pays-Bas, toutes les classes de la population.\nL'aristocratie lui était toute acquise, affirma un des « nouvel­\nlistes » du groupe. Certes, le prince de Ligne s'était refusé à y\ncoopérer, disant qu'il ne se révoltait jamais p e n d a n t l'hiver; en\nrevanche, son fils conduisait les troupes patriotiques en Flan-\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                           VIEUX BRUXELLES                              91\n\n\n dre, et M M . d'Arenberg et d'Ursel s'étaient formellement\n déclarés les hommes du progrès...\n    E n t e n d a n t ces propos, M. l'avocat Van Doren hocha la tête.\n C'était un petit homme très corpulent, de mine assez bizarre\navec ses cheveux en ailes de pigeon, son habit marron et son\ngilet à fleurs. Il tira de sa poche une tabatière en cuivre dont le\ncouvercle gravé représentait à l'intérieur l'empereur Joseph II\nentouré de toutes parts de lunes en croissants. Gravement, il y\npuisa une pincée de tabac dont il se barbouilla le nez et\nprofessa :\n    — Les grands n'entendent rien du tout aux mouvements\npopulaires, et q u a n d ils daignent s'y joindre c'est à condition\nde les diriger. Croyez-moi, ce qu'il y a de distinctif et de\nprofond dans la résistance de notre peuple brabançon au régime\njoséphiste leur échappe. Ils se figurent que ce peuple attend\ndes réformes parce qu'ils sont eux-mêmes imbus de l'esprit des\nencyclopédistes, tout comme Joseph I I . Or, ce peuple d e m a n d e\nune chose : qu'on le laisse t r a n q u i l l e ! Il sait que nos constitu­\ntions, pour antiques qu'elles soient, lui assurent tout ce qu'il\npeut y avoir de bon dans les nouveaux programmes politiques\nfrançais, dont on fait si grand t a p a g e . . . Laissez le vieux lion\nbelgique secouer ses puces. Il s'en acquittera bien tout seul...\n    L a boutade de Monsieur Van Doren fit rire. On lui passait\nses originalités de pensée et de langage, car il était beaucoup\nplus savant que le c o m m u n de ses confrères, et son mérite\nl'avait m ê m e appelé au sein de l'Académie impériale et royale\ndes Sciences et des Belles-Lettres fondée à Bruxelles par\nMarie-Thérèse.\n   T a n d i s que ripostes et commentaires éclataient de plus belle,\nMonsieur Charliers de Longprez prit congé, faisant signe à\nT h i e r r y de le suivre.\n   Aussitôt dans la rue, où soufflait la bise, seul à seul avec son\nfils, il lui dit : « Il faut que je me rende maintenant dans le\nbas de la ville pour une réunion d'importance, et je veux vous\ndonner une grande m a r q u e de l'estime oùje vous tiens, T h i e r r y ,\nen vous priant de m'accompagner. M. E d o u a r d de Walckiers,\nqui m'a fixé rendez-vous à ce conciliabule, m'a m a n d é que\nsi j'avais quelque ami sûr et discret qui put nous aider, il y\nserait le bienvenu. E t j ' a i pensé à vous. Les circonstances sont\ngraves, T h i e r r y . Non seulement elles nous permettent d'être\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "92                               DURENDAL\n\n\nutiles aux autres, mais elles sont aussi l'occasion pour un\njeune homme de votre âge et de votre condition de s'instruire\nfortement par tout ce qu'il voit et entend. »\n   T h i e r r y eût préféré, sans doute, rejoindre M. de Braux-\nLevrezy à l'Hôtel de S u è d e ou même rentrer au logis pour y\nretrouver les livres qu'il ne quittait jamais qu'à regret... Mais\nil devina, au front soucieux de son père, combien un refus\neût été mal accueilli. Et balbutiant un vague remerciement,\nil emboîta le pas à Monsieur Charliers, qui s'était déjà mis en\nmarche de son train alerte, que scandait le bruit de sa grosse\ncanne frappant le pavé.\n   E n s e m b l e , ils descendirent le T r e u r e n b e r g et la rue de la\nMontagne.\n\n\n   Lorsque Monsieur Charliers de Longprez déboucha sur la\nG r a n d ' P l a c e , il ne put se défendre de l'émotion particulière\nqu'il ressentait toujours en contemplant ce prestigieux décor de\nla vie bruxelloise. Il s'arrêta un instant, et du pommeau de sa\ncanne, il désigna à T h i e r r y toutes ces façades corporatives, à\nla fois opulentes et gracieuses, fières de leurs torsades sculp­\ntées et dorées, de leurs pilastres et de leurs frontons, de leurs\nchronogrammes et de leurs vitres innombrables... N e sem­\nblaient-elles pas rangées devant l'Hôtel de Ville pour lui faire\nhonneur comme a u t a n t de nobles matrones devant leur Souve­\nraine? Et l'Hôtel de Ville ne les dominait-il pas royalement de\nsa puissante masse ouvragée, q u ' a n i m a i t tout un peuple de\nstatues? Ne les protégeait-il pas de sa flèche hardie, fusant\ndroit dans la nue comme une aigrette et proclamant à la ville\net aux campagnes l'indéfectible t r i o m p h e du Bien, figuré par\nl'archange Saint Michel, sur l'esprit du Mal, figuré par S a t a n ?\n   Oui, c'était ici, dans cet antique forum, que le cœur tumul­\ntueux de la Cité avait toujours b a t t u . . . Cette place gardait le\nsouvenir des tournois et des foires, des cérémonies religieuses\net civiles, des apothéoses et des supplices dont elle avait été le\nthéâtre au cours des siècles. Que de fois, toute décorée de\nfeuillages, elle s'était associée aux prières liturgiques qui s'éle­\nvaient de la procession du Saint Sacrement des Miracles, mon­\ntant d a n s l'air estival avec le parfum de l'encens et le tinte­\nment des clochettes! Que de fois, toute rutilante de pavois et\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                        VIEUX BRUXELLES                          93\n\n\nde drapeaux, elle s'était enorgueillie au défilé des Serments\nqui serpentaient sur la place, précédés de leurs étendards et\nde leurs syndics, dans le fracas des chœurs et des fanfares!\n   Que de fois elle s'était complue aux moralités que repré­\nsentaient, sur des tréteaux improvisés, les bons Confrères\nde Rhétorique, désireux d'instruire le petit peuple et de le\nrécréer !\n   Que de fois, avec ce petit peuple, elle avait pris sa part des\nkermesses et des cavalcades, — riant de toutes ses fenêtres, de\ntous ses balcons, de toutes ses lucarnes aux lourdes facéties des\ngéants de carton trimbalés tout autour de la place et exécutant\nleurs grotesques quadrilles!\n    Mais, auprès de ces jours d'orgueil ou de liesse, que de\njournées de deuil! N'avait-elle pas tressailli, envahie par une\nfoule muette de terreur, à l'impitoyable décollation des\ncomtes d'Egmont et de Hornes? Puis à celle du vieil\nÀnneessens, le doyen des métiers?... Un jour, en 1695, jour\nd'épouvante, n'avait-elle pas été la cible sur laquelle, pendant\ntrois heures, avait tiré, à boulets rouges, l'artillerie du maréchal\nde Villeroy? Puis, en moins de quatre ans, par un miracle de\nfoi civique, elle avait resurgi des ruines du bombardement,\n plus belle, plus radieuse que jamais... Depuis elle avait vu\nrenaître la vie publique en ses manifestations traditionnelles :\nommegancks et cortèges, flambois de chasubles et de dalma­\ntiques, d'ors, de velours et de soies, chars symboliques,\nsociétés marchandes ou militaires.\n    Deux fois par an, en avril et en novembre, elle saluait les\n Etats du Brabant : prélats, nobles et délégués des chefs-villes,\n qui se réunissaient au Palais communal. En 1787, les États du\n Hainaut y étaient venus en grande solennité marquer leur\n union avec les Brabançons.\n    Chaque fois que d'importants intérêts urbains devaient être\n débattus, elle admirait les neuf Nations précédées de leurs\n doyens et jurés qui se rendaient à l'Hôtel de ville pour\n délibéreravec le Magistrat de Bruxelles et le large conseil. Nulle\n troupe ne pouvait paraître en armes sur cette place sacrée, si\n ce n'étaient les cinq Serments à qui tour à tour incombait\n l'insigne honneur de la garder.\n    Mais aujourd'hui, quel changement! Au lieu des officiers\n  bourgeois, tout empavonnés de leur dignité, c'étaient des\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "94                             DURENDAL\n\n\nsoudards à la cocarde noire qui y étaient établis comme\nen pays conquis. Aux entrées de la Place, vers les rues de la\nColline, de l'Etoile et de la Tête-d'Or, des canons étaient\nbraqués, prêts à toute surprise, et de lourdes chaînes scellées\ndans les murs pouvaient, à la moindre alerte, fermer tout\naccès. U n fanion avec l'aigle impérial à deux têtes flottait à la\ntour de l'Hôtel de Ville. Assis sous le porche ou sur les marches\nde l'escalier des L i o n s , des kaiserliks, capotes ajustées,\nbrûle-gueule à la bouche, tuaient le temps en jouant à la pelote\nou en se contant les souvenirs des vieilles guerres. D'autres\nbattaient la semelle pour se réchauffer. Dans un coin de la\nplace, deux d'entre eux montaient la garde auprès d'un pilori\noù un placard bilingue mettait à prix la tête de messire H e n r i\nvander Noot et de ses complices.\n    Face à l'Hôtel de Ville, le Broodhuis étalait son invocation\nfameuse, que les circonstances faisaient un peu ironique\nA fame, peste et bello, libera nos, Maria Pacis! Et M. Charliers\nde Longprez songeait que derrière cette façade, dans ce vieux\nbâtiment réservé naguères à la C h a m b r e de Tonlieu, au\nT r i b u n a l de la foresterie, au Consistoire de la T r o m p e et à la\nCour Synodale, où sa profession l'avait si souvent conduit, de\nnombreux prisonniers, parmi lesquels plusieurs de ses amis,\nattendaient le bon plaisir de M. de Trauttmansdorff. Qui sait,\ndans quelques jours, le bourreau, dont la maisonnette se\ndissimulait dans une ruelle voisine, aurait sans doute le\npremier rôle...\n   Ainsi sur cette place, hier encore exubérante de vie popu­\nlaire, planaient aujourd'hui les angoisses.\n   — Hâtons-nous, dit M. Charliers à son fils.\n   Au ras de la façade, ils longèrent la vieille église Saint-\nNicolas. Rue au Beurre, la fontaine de la Laitière était gelée\net aussi, au coin de la rue des Fripiers, la fontaine des Trois-\nPucelles. Quant à la Senne, ses eaux très basses, d'autant plus\nputrides et noires, n'étaient congelées que sur les bords, aux\nendroits où, cessant de baigner les murailles lépreuses, elles\nrencontraient le sol en des fanges durcies, coagulées de déchets\nindustriels et domestiques. Des plaques de glace — telles des\nvitres blanchies — y paraissaient soudées à la rive...\n   Cependant, le fil de la rivière entraînait parfois l'un ou\nl'autre de ces maigres glaçons qui festonnaient la berge. Char-\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                               95\n\n\nriés en débâcle, ils allaient se briser aux culées du pont pro­\nchain ou se fondre piteusement à la décharge de quelque\nteinturerie ou brasserie qui déversait en une cascade fumante\nde buée ses eaux résiduaires.\n   Suivant leur voie par des rues misérables, aux façades ros­\ntrales mal d ' a p l o m b , le vieil avocat et son fils aboutirent bientôt\nau nouveau quartier du Béguinage, tout fier de son église\nrococo. Derrière l'église, s'étendait une cité recueillie, le G r a n d\nBéguinage, veuf m a i n t e n a n t des sept à huit cents saintes filles\nqui y avaient chacune leur modeste logis. T o u t près de là,\ncomme pour faire contraste, s'accusait l'activité mercantile du\ncanal et du port L a rigueur de la t e m p é r a t u r e , non plus que\nl'embarras des affaires, n'y avaient pas arrêté tout travail.\nQuelques lourdes péniches, accostées aux quais, se vidaient\nméthodiquement des ballots, des caisses et des barriques\nrenfermés dans leurs flancs. Des capons du Rivage, aux\ntrognes rougies par le froid, aux gestes lents, au parler rare\net brutal, allaient et venaient, pliant sous leurs fardeaux. De\ntemps en t e m p s , ils s'arrêtaient pour agiter les bras et\nconjurer l'onglée.\n    P a r leurs soins, les camions, attelés de forts chevaux\nbruns, se chargeaient de marchandises : bois du Nord ou vins\ndu Midi, épices ou poissons fumés. Ils les emportaient au\nclaquement des fouets vers les maisons de gros, qui ali­\ngnaient le long des quais leurs façades plates percées de grandes\nportes charretières.\n    Près du Marché a u x - P o r c s , M. Charliers de Longprez\nmontra à son fils le Veerhuis où accostait deux fois par jour\nle coche d'eau qui conduisait à Anvers par Willebroeck.\n Ils contournèrent encore un petit bassin, où quelques barques\nde pêche, taillées en sabots, somnolaient, bloquées par la\ngelée. F l e g m a t i q u e s parmi les agrès et les voiles scintillants\nde grésil, des Zélandais aux visages halés, aux cheveux\ncoupés droits, fumaient leur pipe, — les mains enfoncées\n dans leurs larges braies. Il régnait là une âcre odeur de\n lichen, de mollusques et de goudron qui évoquait pour\n les rares passants de lointains voyages par les canaux et les\n mers.\n    Enfin, au t o u r n a n t d'une ruelle, M. Charliers de Longprez,\n qui s'était plus d'une fois assuré p r u d e m m e n t qu'il n'était pas\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "96                           DURENDAL\n\n\nsuivi, s'engagea avec son fils sous la porte basse d'une maison\nd'angle.\n                                 *\n                               * *\n   L a salle où ils pénétrèrent n'avait rien qui la distinguât d'une\nsalle banale d'estaminet. E t Dieu sait si le n o m b r e de ces éta­\nblissements était considérable à Bruxelles et dans les provinces!\nN e prêtait-on pas à Joseph II cette saillie peu flatteuse : « Mes\nPays-Bas sont le cabaret de l'Europe. » A. vrai dire, le goût d'un\nconfort paisible et la familiarité entre les diverses classes\nsociales multipliaient ces tabagies où, pour quelques liards,\nriches et pauvres, artisans et bourgeois s'achetaient une place\nchaude, un bien-être engourdissant, la liberté de se p l a i n d r e à\nl'aise du gouvernement, et, en plus de tout cela, un verre de\ncette bière âcre et douceâtre à la fois : le faro bruxellois.\n   Au milieu de la salle, dallée de briques vernissées, un grand\npoêle de Louvain ronflait paisiblement, et, tout à côté, une\nplantureuse commère, les manches relevées jusqu'au-dessus des\ncoudes sur des bras ronds et rouges, était occupée à quelque\nouvrage de couture. Derrière le g r a n d comptoir de bois blanc\noù luisaient des brocs et des pots d'étain, trônait baes Dirks,\nun véritable colosse, auquel sa taille et sa sagesse assuraient\nune g r a n d e autorité sur les portefaix ou « capons du Rivage »\ndont il était un des syndics.\n    Baes Dirks salua gravement le vieil avocat, et celui-ci, répon­\ndant à une interrogation muette du cabaretier, lui présenta\nThierry :\n    — Mon fils, lui dit-il...\n   — C o m p l i m e n t s ! monsieur l'Avocat. Vous pouvez monter,\nces messieurs sont là.\n    M. Charliers et T h i e r r y gravirent un petit escalier dissimulé\nderrière le comptoir et se trouvèrent bientôt dans une salle du\npremier étage, d'où un passage secret leur permettait de\ns'échapper par une maison voisine, à la moindre alerte.\n    Baes Dirks, patriote éprouvé et discret, consentait, au risque\nde sa fortune et de sa liberté, à recevoir ainsi les conspirateurs,\nqui se croyaient moins surveillés d a n s ce quartier ouvrier que\nd a n s d'autres.\n    Ces conspirateurs étaient en petit nombre : M . E d o u a r d de\nWalckiers, le banquier de la Cour, dont la fortune s'était gros-\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                             VIEUX BRUXELLES                                  97\n\nsie par le commerce des I n d e s ; au demeurant, bel h o m m e , bel\nesprit, orateur chaleureux; le baron vander Haegen, autre\ngentilhomme de belle venue, la figure mâle et pleine, la tour­\nnure dégagée, un peu hâbleur, un peu bretteur, tels les capi­\ntaines des Gildes peints par F r a n s H a l s , le poing sur la hanche\net le chapeau sur l'oreille; M. Van P a r y s , syndic des t e i n t u r i e r s ;\nle poissonnier De L e e u w ; M . Simon, le premier carrossier de\nBruxelles, et, ajoutait-on, de l ' E u r o p e . P u i s , deux autres per­\nsonnages dont la rencontre causa à M. Charliers une double sur­\nprise. L ' u n était Dom Placide, au visage toujours fleuri et\nsouriant, qui accueillit les nouveaux venus d'un b r u y a n t : Salve,\nPater Anchises ! Et pie Eneas ! L ' a u t r e était M. l'avocat Sandelin,\nhomme d'initiative et de bon conseil. M. Charliers ne s'atten­\ndait pas à retrouver à cette réunion M. Sandelin, qui avait été\nemprisonné le 17 octobre et qu'il croyait encore aux Madelo­\nnettes. Mais le captif avait trouvé le moyen de séduire son\ngeôlier, — beau t r i o m p h e d'avocat ! Echappé depuis deux jours,\n il avait trouvé abri chez baes Dirks, et son concours venait\n singulièrement à point aux conspirateurs...\n   Les saluts échangés, le baron vander Haegen, qui détestait\nconspirer à sec, réclama un pot de bière et un pot de tabac, et\nchacun fut bientôt servi par l'excellent cabaretier, avec tous les\nrites professionnels dont celui-ci avait, au plus haut degré, le\nscrupule.\n   Puis, tandis que baes Dirks restait aux aguets, Walckiers\nprit la parole : « Je vous ai convoqués ici, mes amis, parce que\nl'aide de Dirks nous sera nécessaire pour ce que nous voulons\nentreprendre et qu'il n'aurait pu se rendre chez l'un de nous\nsans donner l'éveil. J'ai reçu des informations de l'armée. Vander\nMersch est bien résolu à marcher sur Bruxelles aussitôt\nl'armistice expiré, c'est-à-dire dès samedi. Il s'agit pour nous\n de décider si nous a t t e n d r o n s qu'il paraisse aux portes\npour tenter un mouvement dans la ville et ainsi seconder ses\n efforts, ou s'il ne vaut pas mieux, sans attendre la fin de cet\narmistice, engager nous-mêmes et de suite les hostilités... »\n    Il s'arrêta un instant et reprit :\n    — A. mon avis, mieux vaut ne pas attendre. Si nous attendons,\n Vander Mersch peut être arrêté par les troupes de d'Alton. Il\n peut être vaincu. Et dans ce cas, la population, aujourd'hui\n avec nous, sera démoralisée. D'ailleurs, s'il arrive sous nos\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "98                               DURENDAL\n\n\nremparts, ce ne sera qu'à la faveur d'une émeute qu'il aura\nchance d'entrer d a n s la place. Autant faire l'émeute de suite.\nBruxelles délivrée, ce sera la victoire définitive...\n    Il y eut un moment de silence, chacun réfléchissant avant de\nprendre la responsabilité d'un avis. P u i s M. Sandelin objecta :\n    — Ne craignez-vous pas, monsieur le Vicomte, qu'en soulevant\nles Bruxellois avant la fin de la suspension d'armes, d'Alton\nn'en sera que plus fort contre nous, puisqu'il disposera j u s q u ' à\nsamedi de toutes ses forces? Ne craignez-vous pas aussi qu'il\nsera d'autant plus empressé et plus violent dans la répression et\nque, pour en finir de suite, il ne fasse bombarder la ville, ce que\nnous devons éviter à tout prix?\n    — Encore des ajournements! Pourquoi pas un nouvel armis­\ntice? grommela Dom Placide. L e bras nous démange à tous\net cependant vous prétendez nous immobiliser davantage...\n    Walckiers, qui était un peu goguenard, fit compliment au\njeune moine de ses dispositions, tout en s'étonnant qu'il usât\nd'autres armes que de la prière.\n    — Distinguo, messire, riposta Dom P l a c i d e . Certes, Ecclesia\nabhorret a sanguine. Bien que n ' a y a n t pas encore reçu la\ntonsure, les canons me défendent comme à tous les clercs de me\nservir d'armes tranchantes et piquantes, sauf à table bien e n t e n d u .\n Verum tarnen, tous les conciles reconnaissent le droit de défense\nà un h o m m e injustement assailli. C o m m e n t ! j ' a u r a i vu les\ntemples chrétiens convertis en magasins, en casernes ou en\nrepaires d'histrions; j ' a u r a i vu, d a n s ce saint prieuré de Groe­\nnendael, où j ' é t a i s disposé à vivre paisiblement j u s q u ' à mon\ndernier jour, des hommes consacrés au Seigneur indignement\nchassés de leurs cellules par les soldats et devenus vagabonds\ndans un m o n d e qu'ils avaient abjuré! E t vous vous étonnez que\ndans Israël captive, les lévites se lèvent avec le peuple pour\n repousser les t y r a n s . . . En ego civis romaines, messire!\n     Il était beau de fougue juvénile et débordante, et T h i e r r y\n eut quelque joie à retrouver en lui son vaillant compagnon de\n Louvain qui ne reculait j a m a i s , ni devant un contradicteur, ni\n devant un pandour.\n     Walckiers se confondit gaiement en excuses et s'empressa\n de clore l'incident. P u i s , la discussion ayant repris, M. Simon\ny apporta un argument qui fit une certaine impression. 11 venait\nd ' a p p r e n d r e , par quelques officiers dont il était le fournisseur, que\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                           VIEUX BRUXELLES                               99\n\nle régiment allemand de Bender, fort de quatorze cents hommes,\navait reçu des ordres de d'Alton et serait à Bruxelles le ven­\ndredi soir. Ne valait-il pas mieux attaquer la garnison avant\nqu'elle ne s'accrût d'un tel renfort. Si des défections apparais­\nsaient comme probables, voire certaines, dans les régiments\nnationaux, même dans les dragons d'Arberg, il n'en serait pas\nainsi avec les soldats étrangers commandés par le vieux\nBender.\n    Le baron vander Haegen annonça que les Serments se\nréorganiseraient dès qu'il le voudrait et marcheraient comme un\nseul h o m m e . Il se proposait de leur adjoindre des c o m p a g n i e s d e\nvolontaires et, fixant aussitôt son dévolu sur T h i e r r y , il déclara\nque celui-ci ferait un excellent lieutenant dans l'une de ces\ncompagnies. T h i e r r y répondit évasivement qu'il ne convenait\npas pour un tel honneur. M. Van P a r y s fit savoir que des\nuniformes aux couleurs tricolores étaient prêts en grande\nquantité dans ses magasins. Il certifia que les quartiers des\nrues d'Anderlecht et de F l a n d r e n'attendaient q u ' u n signal\n pour se soulever. M. De Leeuw promit le concours tout parti­\n culier du quartier du Major. Baes Dirks, interpellé, se porta\n fort pour les capons du Rivage.\n    T a n t de nouvelles favorables emportèrent la décision. L e\n soulèvement aurait lieu le surlendemain. Walckiers voulut que\n M. Charliers de Longprez, dont tous respectaient la volonté si\n droite mise au service d'une intelligence si claire, fut chargé\n d'assigner à chacun son rôle dans les derniers préparatifs.\n Mais M . Charliers, qui avait toujours m a r q u é une répugnance\n sincère pour la vie publique et ne s'y mêlait aujourd'hui que\n par esprit de devoir, prétendit demeurer dans les rangs et fit\n admettre que MM. de Walckiers et vander Haegen pren­\n draient la direction des hostilités. De cette réunion d ' h o m m e s ,\n divers d'éducation et de fortune, mais dévoués à une même\n cause, se dégageait une ardente communion des moyens et du\n but. A voir se confondre leurs sentiments avec leurs regards et\n  leurs paroles, T h i e r r y , qui seul ne participait pas à cette\n  communion, ne put se défendre de les admirer.\n     Il fut convenu que chacun se mettrait aussitôt à l'œuvre et\n  que les dernières dispositions seraient arrêtées le lendemain soir\n  chez le carrossier Simon. L'attaque des postes autrichiens\n  commencerait le jeudi matin dans le quartier de Sainte-Gudule.\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "100                             DURENDAL\n\n\n   P u i s ils sortirent, un à un, pour éviter d'éveiller l'at­\ntention.\n   Pour la première fois, M. Charliers s'était laissé surprendre\npar l'heure.\n   L'Angelus sonnait. Libérés de l'école, des gamins couraient,\nbonnet enfoncé aux oreilles, se lançant de-ci de-là sur une flaque\ngelée en de folles glissades. Quelques bonnes femmes à\ncabas se hâtaient, elles aussi, enfoncées comme sous des\nhousses dans leurs grands manteaux flamands à capuchons.\n   Les charretiers impatients et transis allongeaient à leurs\nchevaux des coups de fouets plus b r u y a n t s qu'offensifs.\n   P e n d a n t tout le trajet qui séparait le Rivage de la place des\nW a l l o n s , le père et le fils échangèrent à peine quelques paroles.\nIls méditaient tous deux sur la gravité des circonstances, sauf à\nen déduire des réflexions très différentes.\n\n\n   Après le repas familial, T h i e r r y prit sa sœur à part. Il lui\nconfia la décision que les patriotes venaient d'arrêter : assaillir\nla garnison dès le surlendemain et ouvrir les hostilités dans le\nquartier de Sainte-Gudule. P u i s q u ' u n fâcheux hasard voulait\nq u ' E v r a r d fût précisément désigné pour commander ce jour-là\nle poste du T r e u r e n b e r g , n'était-il pas de leur devoir, à eux, ses\namis, à elle surtout, sa fiancée, de l'aviser discrètement, afin\nqu'il ne fût pas surpris par l'attaque des conjurés et, qu'en tout\ncas, il n'en fût pas la victime?...\n   Bien que cette nouvelle l'émut profondément et qu'elle se\nsentît tout d'un coup oppressée au point d'en perdre la parole,\nHélène, après quelques instants de réflexion, répondit :\n   — Non, T h i e r r y . L e prévenir serait une lâcheté. Car le\nsecret que tu me livres n'est pas le tien, mais celui de ton père\net des chefs des insurgés. Que dirait, que penserait notre père\nsi nous devions ainsi trahir la confiance qu'il t'a marquée? Je\nne veux pas que tu voies E v r a r d ! Je ne veux pas qu'aucun de\nnous lui laisse soupçonner ce qui se prépare. A quoi bon, d'ail­\nleurs? Evrard est trop attaché à son honneur de soldat pour\ndéserter son poste quand même il aurait la certitude de devoir\nêtre écrasé. E t le seul résultat que nous aurions atteint serait de\nlui permettre d'avertir le gouvernement et de mieux préparer sa\ndéfense contre qui? Contre mon père, contre des hommes armés\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                           101\n\n\n\npour la cause du pays, pour notre cause... O h ! que tout cela\nest affreux. Mon D i e u ! mon Dieu! inspirez-nous! protégez-le!\n   Sa résolution fut bientôt prise. P u i s q u e la piété filiale et le\ndevoir civique lui interdisaient de prévenir son amant du danger\nauquel il était exposé, qui donc l'empêcherait d'être auprès de\nlui à l'heure de ce danger et d'essayer d'en conjurer les consé­\nquences?...\n   Avec quelle curiosité anxieuse elle vécut la journée du mer­\ncredi, surprenant dans la conversation de son père et dans les\nmessages qui lui parvenaient les informations révélatrices de\nl'orage qui devait éclater le lendemain à l'heure convenue. Des\ndispositions étaient prises clans tous les quartiers de la ville, où\ndes comités se formaient à la hâte. Déjà l'impatience d'agir\nse manifestait de-ci de-là; des sentinelles autrichiennes étaient\ninsultées. Des travaux de défense exécutés dans des rues\nécartées par les ordres du général d'Alton étaient détruits.\n   Le jeudi matin, quand M. Charliers de Longprez s'apprêta\nà sortir, annonçant qu'il se rendait à Sainte-Gudule pour y\nentendre la messe, Hélène déclara qu'elle l'accompagnerait...\nE t sans laisser à son père le temps de protester, elle voulut\nqu'il acceptât son bras et fissent ensemble la route de la place\ndes Wallons jusqu'à la vieille collégiale...\n   Quand ils y arrivèrent, l'église avait sa physionomie des\ndimanches ; les fidèles étaient disséminés dans la grande nef et\nle pourtour du chœur. Ils attendaient que l'office commençât et\ndès que le prêtre monta à l'autel, il sembla que tous les regards\net toutes les pensées se confondissent avec ses prières. Toutefois\npeu à peu, et sans que les premiers arrivés, parmi lesquels\nM. Charliers et sa fille avaient pris place, parussent s'en aper­\ncevoir, l'église continuait à se remplir. Des groupes d'hommes\npénétraient silencieusement... Puis d'autres. Puis d'autres,\nenvahissant bientôt jusqu'aux nombreuses petites chapelles\nlatérales où les gildes avaient leurs autels patronaux.\n   L'office terminé, le doyen entonna tout à coup le Te Deum\net, du haut du j u b é , les orgues lui répondirent. C'était le signal\nprévu et aussitôt l'église s'emplit d'une étrange agitation.\n   L e Te Deum disait la reconnaissance du peuple brabançon\npour les succès de l'armée patriotique.\n   E d o u a r d de Walckiers et d'autres conjurés, montant sur leurs\nchaises, firent pleuvoir sur l'assistance une nuée de cocardes tri-\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "102                            DURENDAL\n\n\n\ncolores. L e peuple s'en saisit. Les hommes en garnissent leurs\nchapeaux. Les femmes les arborent à leurs corsages. Des cris\nde « liberté ! liberté ! » éclatent. Ils se mêlent, sous les voûtes\nsonores, aux versets liturgiques qui s'échangent entre le j u b é et\nl'autel. U n prédicateur apparaît dans la chaire... C'est un jeune\nmoine qui brandit un crucifix. Dom Placide — c'est lui —\nexhorte les fidèles à combattre pour leur religion. Sa voix\ndomine toute rumeur et son regard de feu exalte les âmes.\nAprès quelques paroles ardentes, il commence à pleins poumons\nle psaume héroïque : Deus refugium nostrum et virtus ! Les assis­\ntants le chantent avec lui et, du dehors, d'autres conjurés qui\ntentent de pénétrer dans le temple et déjà n'y trouvent plus\nd'accès répondent avec ferveur. L a dernière strophe s'éteint, et\nvoici que s'élèvent d'autres cris : « Aux armes ! aux armes ! »\nT o u t e s les dispositions ont été prises par Walckiers et les\nconjurés auxquels il a donné la veille au soir, chez Simon, et\nle matin m ê m e au parc Saint-Georges, les instructions les plus\nminutieuses.\n    U n e grande masse d ' é p é e s , d e piques, de fusils, de cartouches\nest toute prête à la sortie de l'église. E n passant sous le portail,\nles hommes sont armés. U n e décision belliqueuse brille dans\ntous les yeux. « Aux Dominicains ! » crient les uns. « A l'Hôtel\n de ville ! » crient les autres. Mais les cris s'apaisent un peu et\n les rangs de la foule s'entr'ouvrent respectueusement : C'est\n Walckiers qui survient. Il est accompagné de M . Charliers que\n sa fille n'a pas quitté. Dom Placide est aussi dans leur groupe,\n et déjà chacun les salue et les acclame. Mais Walckiers, d'un\n geste, impose le silence.\n    — Suivez-moi à la prison du Treurenberg, mes amis, s'écrie-\n t-il, nous commencerons par y délivrer les bons patriotes qui y\n sont arbitrairement enfermés. E t ce sera pour notre cause un\n bon renfort.\n     — E t ce sera aussi un bon début, affirme Dom Placide. Car\n n'est-ce pas une œuvre de miséricorde que de visiter les captifs...\n    On applaudit, on rit, on se presse. E t derrière Walckiers et\n son groupe, la foule s'organise et forme les rangs en ordre de\n marche. L e Treurenberg, qui sert habituellement de prison\n pour dettes, mais qui est actuellement tout empli de détenus\n  politiques, n'est q u ' à quelques minutes de distance,\n                                           *\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                             VIEUX BRUXELLES                                  103\n\n\n   Mais Hélène Charliers n'attend m ê m e pas le signal du départ.\n Prenant les devants, seule, d'un pas alerte, elle arrive la pre­\nmière au poste du T r e u r e n b e r g .\n   Evrard est sur le seuil du corps de garde. Il a déjà perçu la\nrumeur qui monte j u s q u ' à lui, venant de l'église. Il aperçoit\n Hélène, et remarque aussitôt le regard fiévreux de sa fiancée.\n   — Evrard, lui dit-elle, voici les patriotes qui viennent\nréclamer leurs prisonniers. Mon père est parmi ceux qui les\nconduisent. Ils sont toute une foule contre laquelle vous ne\npourrez tenir! Je viens vous en supplier au nom de notre\namour : évitez une lutte fratricide et d'ailleurs inutile! Chacun\n reconnaîtra que vous aurez bien agi.\n   — Que voulez-vous dire, Hélène? Est-ce vous qui me con­\nseillez de forfaire à mon devoir... Laissez-moi, je vous en prie\nà mon tour. Votre place n'est pas ici.\n   Et aussitôt, d'une voix vibrante, Evrard appelle à lui les\nsoldats dont il a le c o m m a n d e m e n t . P r é c i p i t a m m e n t , en se\nbousculant, vingt-cinq à trente hommes sortent du corps de\ngarde, le fusil à la main.\n   — Rangez-vous! leur crie le jeune officier et si on attaque le\nposte, soyez attentifs à mes ordres.\n   Déjà la foule est proche. Elle gravit la rampe du T r e u r e n b e r g .\nVoici qu'elle apparaît au détour de la rue.\n   Walckiers s'en détache et fait signe aux patriotes d'observer\nle calme et le silence. Il va droit au lieutenant.\n   — Monsieur, lui dit-il en le saluant courtoisement, je viens\nvous d e m a n d e r , au nom des habitants de Bruxelles, de nous\nrendre les prisonniers enfermés ici et de nous livrer ce poste\npour le confier aux Serments. Nous serions au regret d'employer\nla violence, d'autant plus que la supériorité du nombre est\ntelle de notre côté qu'elle nous vaudrait très peu d'honneur, s'il\nfaillait en venir aux mains.\n   Ecoutant ce langage, Evrard de Peñalegas serre les\nlèvres. Ses yeux, où passe comme un reflet de l'Espagne che­\nvaleresque, brillent plus noirs et plus vifs dans son teint\nbasané.\n   — Monsieur, répond-il, je tiens ce poste au nom de l'Em­\npereur mon maître, et je le défendrai contre les rebelles, quels\nqu'ils soient. Vous savez que mes ordres m'obligent de dissiper\npar la force des armes tout attroupement hostile. Ainsi, que\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "104                           DURENDAL\n\n\ncette foule se disperse immédiatement, sinon, je donnerai\nl'ordre à mes soldats de faire feu sur elle !\n   Cependant les soldats, qui appartiennent au régiment de\nLigne et sont de sang belge, n'ont pas dans leur attitude et\nleurs regards cette expression résolue qui anime leur chef. Dom\nPlacide, qui s'en aperçoit, veut les haranguer :\n   — Mes bons amis, leur crie-t-il, n'êtes-vous pas des patriotes\ncomme nous? N'êtes-vous pas chrétiens comme nous? Venez\ndonc avec nous.\n    Et M. Charliers de Longprez s'écrie à son tour : « Des enfants\ndu même pays vont-ils s'égorger au lieu de s'unir pour leurs\ndroits violés? »\n   — L e sang retombera sur la tête des rebelles, interrompt\nE v r a r d . E n j o u é ! soldats.\n   A ce moment Hélène se précipite entre son père et Evrard :\n   — N o n ! non! C'est un mauvais rêve, n'est-ce pas? C'est\nune lutte impie et impossible... Mon père, éloignez-vous.\nEvrard, si vous voulez qu'il y ait du sang, eh bien! que ce soit\nle m i e n . . .\n    Dans la précipitation de son geste, sa chevelure blonde, mal\nretenue par un ruban, s'est b r u s q u e m e n t dénouée. Ainsi exaltée\net palpitante, elle semble une incarnation de la P a t r i e qui veut\nréconcilier ses enfants.\n    Pâle d'inquiétude et de rage, Evrard cherche à écarter sa\nfiancée. Elle insiste. Il la prend par le bras et la repousse avec\nune telle violence qu'elle tombe à la renverse, jetant un cri\ninstinctif :\n    — Ah! vous me faites mal, E v r a r d . . .\n    Cet incident jette une sorte de désarroi parmi les hommes de\n garde. L a masse des patriotes n'a cessé de grossir. A quelques\n pas de distance, elle entoure maintenant le corps de garde, et\n de cette foule partent des appels bruyants à l'adresse des\n soldats.\n    Walckiers, voyant Hélène renversée à terre, a dégainé. Devi­\n nant et prévenant son mouvement, Evrard se précipite sur lui,\n l'épée haute.\n    Mais à ce moment Dom Placide, qui tient à la main un\n simple bâton, — à la vérité de forte dimension — manœuvre\n cette arme vulgaire avec une telle promptitude et une telle\n sûreté qu'il fait sauter l'épée de la main du lieutenant, et du\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                          VIEUX BRUXELLES                           105\n\n\nmême coup son chapeau, avant m ê m e q u ' E v r a r d ait pu s'aper­\ncevoir de l'intervention de ce nouvel adversaire.\n   L'officier est désarmé. E n vain il veut ramasser son épée.\nDéjà plusieurs patriotes se la disputent.\n   Atterré, honteux, Evrard se ressaisit pour commander à ses\nhommes : « F e u ! tirez! tirez d o n c ! je vous l'ordonne! »\n   Mais déjà ses cris sont étouffés par les acclamations de la\nfoule, que le geste de Dom Placide a émerveillée. Les soldats\nsont distraits par les appels que leur adressent les patriotes,\nparmi lesquels ils reconnaissent des amis. Ils sont en quelque\nsorte mêlés à la foule et, voyant leur chef entouré et saisi par\nvingt hommes qui l'immobilisent malgré tous les efforts qu'il\nfait pour se dégager, ils n'offrent déjà plus q u ' u n e faible résis­\ntance morale aux propositions dont on les harcèle.\n   Cependant Evrard refuse énergiquement de se rendre.\nL'insubordination de ses hommes le désespère. L'impossibilité\noù il est de faire un mouvement et même d'articuler un son, tant\nil est pressé et maintenu, l'exaspère.\n   Walckiers décide que les prisonniers seront délivrés. Evrard\nprendra jusqu'à nouvel ordre la place de celui d'entre eux qui\nétait le mieux logé. L e corps de garde sera occupé par les\nSerments.\n    Cette décision provoque la bonne h u m e u r de la foule :\n    — L'officier des kaiserliks continuera à garder la prison,\n dit un mauvais plaisant, mais à l'intérieur, cette fois.\n    — Bah ! dit un autre, quand ce freluquet aura passé une\n nuit sur un matelas de sapin avec un traversin pareil, il\n comprendra que le bon droit est de notre côté.\n    Ainsi éclatent les joyeux propos. Ils redoublent sous forme\n de bienvenue, lorsque les prisonniers libérés apparaissent à\n la foule. Mêlés aux soldats, qui étaient tantôt leurs geôliers,\n on les entraîne vers les cabarets voisins pour boire à la santé\n de van der Noot.\n    Mais déjà mieux avisés, Walckiers et les principaux conjurés\n rallient leur étrange armée.\n    — Aux D o m i n i c a i n s ! aux D o m i n i c a i n s ! crient-ils.\n    Obéissant à cet ordre, les patriotes descendent en cortège\n vers la ville basse.\n    Depuis q u ' H é l è n e est rassurée à la fois sur le sort de son\n père et celui d'Evrard, tout courage et toute décision l'ont\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "106                              DURENDAL\n\n\n\nabandonnée. Pâle, fléchissante, brisée, elle reste à l'écart et\nmédite déjà sur les moyens de délivrer son fiancé, — devenu\npeut-être son irréductible ennemi !\n   Au moment même où M. Charliers de Longprez s'enquiert\nd'elle, il est enlevé de terre par des mains calleuses qui\nveulent le porter en triomphe. Les capons du Rivage, que Baes\nDirks dirige avec autorité, prétendent décerner les mêmes hon­\nneurs à Dom Placide. Hissés tous deux sur des épaules incon­\nnues, le vieil avocat et le jeune moine apparaissent au-dessus\nde la foule qui dévale par le parvis de Sainte-Gudule et la rue\nd'Assaut, dans le tumulte de mille cris et de mille acclamations\nque domine la voix grave des cloches de la collégiale. De leur\nposte, qu'ils voudraient en vain abandonner, ils aperçoivent\nune houle de têtes se balançant, bouches ouvertes, entraînées\npar un même élan et un même enthousiasme. M. Charliers de\nLongprez, d'abord un peu gêné de son personnage, enlève son\ntricorne et, l'agitant en l'air, crie d'une voix vibrante : « Vive le\npeuple brabançon! » Des applaudissements crépitent. A quelque\ndistance devant lui, il voit Dom Placide, beaucoup plus à l'aise,\net qui semble comme un autre navire au-dessus des vagues.\nT o u s deux ondulent au gré de leurs porteurs qui leur com­\nm u n i q u e n t un continuel mouvement de tangage. T o u r à tour,\nles bandes patriotiques attaquent les principaux postes de la\nville basse, à l'exception de l'Hôtel de Ville. Quatre cents trans­\nfuges du régiment de M u r r a y , logé aux Dominicains, se joi­\ngnent aux bourgeois qui leur font fête. D'autres soldats, en grand\nnombre, désertent par la porte de H a l . Sur les guérites aban­\ndonnées, des farceurs écrivent à la craie : « Baraques à louer. »\nOn enrôle p u b l i q u e m e n t des déserteurs dans le j a r d i n de Saint-\nGeorges et on les incorpore dans les bataillons de volontaires.\n   Mais la ville haute et l'Hôtel de Ville demeurent défendus\npar des forces importantes. L a journée du vendredi se passe\ntout entière en combats de rues. Sous la conduite du baron\nvan der Haegen, qui c o m m a n d e les Serments, la population\nachève de s'armer et de s'organiser. On barricade les portes,\non dépave les rues, on amasse les pavés dans les maisons.\nLes patriotes s'emparent du couvent de Jéricho, qui sert de\ncaserne ; ils y trouvent une quantité de fusils et de cartouches\nqui leur permet d'armer huit cents nouveaux combattants. Ainsi\nrenforcés, ils attaquent la G r a n d ' P l a c e à la nuit t o m b a n t e .\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                            VIEUX BRUXELLES                                I07\n\n\n    P e n d a n t plus de trois heures, les Autrichiens s'y défendent,\nen tirant à mitraille, et presque sans discontinuer, par les\nquatre canons pointés aux principaux accès. Les patriotes qui\nse garent lorsqu'on allume les pièces d'artillerie, ripostent par\ndes décharges de fusillade. L e tocsin aidant, le t u m u l t e est\neffroyable et répand au loin la terreur. L e général d'Alton\ncède enfin. A 11 heures du soir, il a b a n d o n n e la G r a n d ' P l a c e à\nvan der Haegen sous la condition que ses troupes puissent se\nretirer avec leurs morts et leurs blessés.\n    Avec un enthousiasme délirant, les Bruxellois reprennent\npossession de leur forum, et aussitôt, en signe de t r i o m p h e , ils\nhabillent Manneken-Pis aux couleurs du Grand-Serment.\n    Il ne reste plus qu'à déloger les Autrichiens de la ville haute.\n Mais ceux-ci l'occupent comme une véritable citadelle avec une\nartillerie suffisante pour foudroyer la cité. L e samedi, dès la\npremière heure, les patriotes tentent l'assaut. Ils attaquent avec\nfureur les dragons d'Arberg, massés au Cantersteen. L a Porte\nde Hal est dégagée. L e s grenadiers sont délogés du Sablon et\nse replient en désordre sur le Parc où, au milieu des troupes,\nsiègent en permanence les membres du gouvernement. L e\nbaron van der Haegen informe d'Alton de la prochaine arrivée\ndes Gantois qui vont venir aider les Brabançons dans leur\nœuvre de délivrance. Cet avis et la fausse nouvelle de l'ap­\nproche de Van der Mersch achèvent d'alarmer le généralissime\n qui attend en vain le secours du régiment allemand de Bender.\n    L a Place Royale et les alentours du Parc sont encombrés de\n chariots, de canons, de tout l'attirail d'une armée en campagne.\n Les Patriotes, enhardis par la démoralisation des kaiserliks,\n les harcèlent de toutes parts. C'est la fin. C'est presque la\n victoire. L a garde a b a n d o n n e la Place Royale. Alors, d'Alton\n qui est demeuré maître des portes de N a m u r , de Louvain et de\n Schaerbeek, voulant sauver le trésor et les archives, ordonne\n qu'on les e m m è n e aussitôt sous bonne escorte vers le Luxem­\n bourg. U n convoi se met en marche. Arrivé dans les bas-fonds\n d'Ixelles, il y trouve la route interceptée par une poignée de\n paysans qui abattent des arbres et tirent des coups de fusil. Il\n s'arrête tout court. Apprenant ce contre-temps, d'Alton, suivi de\n  quelques officiers, court examiner les lieux. Mais à peine a-t-il\n  franchi la porte de N a m u r que toute la garnison prend le même\n  chemin. Ce n'est pas la retraite. C'est la d é b a n d a d e .\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "108                         DURENDAL\n\n\n   Les Patriotes se précipitent derrière les fuyards. Ils ont la\njoie de s'emparer des archives et d'une quantité de munitions.\nIls mettent aussi la main sur le trésor contenant trois millions\nde florins.\n   Dom Placide, son bâton à la main, n'avait cessé de suivre,\naux premiers rangs, les opérations de ces trois jours. Il se ren­\ndait utile par son inaltérable bonne humeur, et aussi parce que,\nétant toujours muni d'eau d'arquebusade et de baume du Sama­\nritain, il s'entendait parfaitement à soigner les plaies et les\nbosses, même celles que son bâton avait pu faire. Lorsque,\narrivé dans les bas-fonds marécageux d'Ixelles, il aperçut\nl'arrière-garde des Autrichiens disparaissant vers l'horizon, ses\nsouvenirs littéraires lui montèrent naturellement à l'esprit :\n   — Et mi ne fugiunt Danai ! Les kaiserliks décampent, mes\namis !\n   Et les citations sacrées se mêlant aux profanes dans sa\nmémoire un peu surchauffée par tant d'événements extra­\nordinaires, il cria aux fuyards :\n   — Bon voyage, Meine Herren. Usque ad vitam aeternam !\n\n                                      H.   CARTON DE W I A R T .\n      (A suivre.)\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "LA   MORT   DE   LA   VIERGE\n\n     (HUGO VAN DER GOES)\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": ""}, {"page_pdf": 134, "texte": "                           Souvenirs\n                 EN ce jour pluvieux de décembre, m'arrive de\n                   Bruxelles la nouvelle que vous remportez le\n                   prix Picard, mon cher E d m o n d de B r u y n . . . E t\n                   je songe — le temps est mélancolique, il va\n                   faire nuit — aux belles semaines que nous\n                   passâmes ensemble, voilà bientôt cinq ans, sur\n                   les bords de la Méditerranée, le long de la\n                   côte d'azur française...\n   J'avais visité Avignon avec Charles Van der Stappen. L e\nChâteau des P a p e s , la Vierge d'or au sommet de la cathédrale\ndes D o m s , le pont croulant de Saint-Bénézet, le mont Ventoux\nà l'horizon et les murailles fortifiées de la ville, tout cela en\ntraits si nets devant nos yeux, en lignes sèches, alors que la\ncouleur est moite et fondue sous le ciel flamand, nous retenait\nlongtemps. Je vis, pour la première fois, La Pieta d'Avignon, à\nl'hôpital de Villeneuve. (Ai-je pèleriné vers elle, depuis que les\nAmis du Louvre la transportèrent à Paris!) Et je garde enfin\nsouvenance d'un roquefort incomparable : Stappen me le fit\napprécier dans un vieil hôtel, avec le concours d'une bouteille de\n« Château des Papes », le vin ayant pour but de faire valoir le\nfromage aveyronnais. Il y avait là un garçon qui se disait\nmodestement l'ami de Mistral : « Ce Mistral, un grand h o m m e ,\nmonsieur, et pas fier! Tenez, chaque fois qu'il vient ici, il cause\ndes heures entières avec moi ! » Stappen se rappellera qui fit\ntaire le bavard... L e lendemain soir nous étions à Marseille,\noù une tempête emportait les étalages en plein air de la Canne-\n bière et les baraques de Noël aux allées de Meilhan. L e froid\n devenait intense; un j o u r n a l , Le Soleil du Midi, annonçait la\n mort d'un homme frappé de congestion près de l'anse des Cata­\n lans; dix ou douze degrés sous zéro, clans ce Midi bleu, con­\n fondaient nos prévisions. E n arrivant à Nice, la cuvette du\n lavabo, dans notre voiture de chemin de fer, formait un bloc\n de glace.\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "110                          DURENDAL\n\n\n   E t pourtant, le terrible vent du nord-ouest ne soufflait pas\nici; nous jouissions de la chaleur du ciel, aux heures méri­\ndiennes. Stappen partit pour l'Italie, je vous retrouvais,\nE d m o n d de B r u y n , calme, réfléchi, devant les splendeurs de\ncette terre et de cette mer. J'avouais mon abandon à l'étreinte\ndu paysage et que ce n'était plus moi, mais la nature\nentière qui chantait dans ma poitrine. Vous me repre­\nniez, j ' e n t e n d s encore l'amical reproche : on doit toujours\nrechercher les causes de son émotion, les motifs de ses admira­\ntions, il faut que l'esprit domine la sensation. Quelle voix sage!\nEt les vagues d'or de l'espace, le firmament illimité, éblouis­\nsaient et exaltaient; sans doute, nos cœurs battaient à l'unisson.\nVotre raison, je le crois aujourd'hui, amassait plus de félicités\nintérieures que l'instinct qui trouvait à se rassasier. L a Médi­\nterranée renvoyait au ciel l'éclat intensifié de la nue, un liseré\nvert ourlait le rivage et le flot chuchotait à peine.\n   Nous abandonnions la plaine azurée pour les vallonnements\nde Villeneuve-Loubet, de la Colle, et un hasard nous fit décou­\nvrir Saint-Paul, petite ville fortifiée qu'aucun guide ne signale.\nElle était d'un abord incommode, juchée sur une hauteur à\nlaquelle ne menaient que des sentiers fort raides. Les remparts\navaient un chemin de r o n d e ; le pays qui, à l'ouest de Nice,\nprésente des ondulations vertes et n'accroche pas le soleil à de\ncoruscants rochers, le pays reposait délicieusement les regards\net l'esprit. Dans une église, pauvre et laide, vous éprouviez un\nplaisir extrême à contempler la crèche de Noël, près de laquelle\nle Tambourinaire, l'Aveugle mené par son petit-fils, les Saintes-\nMariés, tous personnages du folklore provençal allaient s'age­\nnouiller. L a joie la plus vive provenait de vous savoir dans un\nendroit relégué, devant des images peu connues, car votre goût\ntrès rare se complaît mieux qu'ailleurs chez les artistes et les\n choses ignorés du m o n d e . . .\n    Puis, d'autres jours, la mer nous rappelait, elle ne nous acca­\n parait pas tout entière cependant, comme aux côtes de F l a n d r e ,\n où dès le réveil matinal sa grosse voix mugit à nos oreilles et\n où elle est seule le spectacle véhément et t e n d r e quotidienne­\n ment offert. Sur la Riviera, cet incomparable miroir des ondes\n qui défie la réalité, cette nappe plus bleue que la couleur rêvée,\n n'était q u ' u n e note dans l'harmonie des sites. Nous nous retour­\n nions : un rocher, égratigné par ses chemins en lacets, flambait\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                          SOUVENIRS                            111\n\n\n\ndans la lumière, des pierres devenaient roses sous le soleil, un\ncap avançait dans la mer tout couvert de verdures.\n   U n e fois, nous montions la route de la Grande-Corniche, des\ncimes neigeuses se découvraient dans le lointain, nous domi­\nnions les orangers et les mandariniers chargés de fruits dans les\njardins de Nice. Derrière le Mont-Gros, la vallée du Paillon\ns'enfonçait entre les montagnes grandissantes. Quelqu'un a\nécrit de vous, mon cher ami : « Il est aussi difficile à « retenir\nà terre » que ces vessies de couleur, affamées d'azur, dont la\npassion aérienne amuse les enfants (1). » C'est donc pour cela\nque vos compagnons de voyage reprennent seulement haleine à\nla descente. Moi, j'étais heureux de goûter le réconfort terrestre\nde l'auberge des Quatre-Chemins. C'est alors qu'entrèrent des\nchasseurs alpins, — joues colorées, légers devis, — ils s'atta­\nblèrent et chacun d e m a n d a une limonade gazeuse. Non, voyez-\nvous des gens de Belgique, qui répareraient leurs fatigues en\nlampant de l'eau sucrée? Les oliviers, serrés, magnifiques,\nbordaient le chemin du retour, une pente qui menait jusqu'à\nVillefranche. Je sais bien q u e maintenant votre allure m'impor­\ntait peu, et que je sifflais, et que je chantais m ê m e : Tout ça\nrivant pas l'amour! à la barbe de votre masque aquilin. L a rade\nde Villefranche miroitait entre les arbres, la presqu'île de Saint-\nJean festonnait d'anses minuscules la baie ensoleillée.\n   Nous nous sommes brusquement arrêtés. J'avais honte de\nmon refrain. U n e voix de femme nous arrivait, bercée dans\nl'air pur par des mains de séraphins sans d o u t e . . C'était si\ncaressant que nous nous prenions à sourire, d'un sourire sur\nlequel coulerait une larme de chère émotion. Et nous conti­\nnuâmes notre marche lentement jusqu'au prochain détour du\nchemin : une jeune fille s'appuyait contre le parapet d'un pont.\nMon Dieu, ce que son âme devait posséder de motifs à vous\nlouanger! Elle offrait ses paroles ailées comme un hommage\nreconnaissant à l'infini du ciel d'où lui venait le rayonnement\nde cette journée. Elle chantait, chantait toujours. Etait-elle\nbelle? N o u s la voyions de profil, une écharpe glissait derrière\nson col et sa poitrine se gonflait d'enthousiasme, oui, elle devait\nêtre belle. Notre présence lui fut tout à coup révélée, je crois\n bien que son visage se remplit de confusion, et je vivrais mille\n\n  (1) Victor Kinon.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "112                            DURENDAL\n\n\nans sans oublier sa fuite, sa fuite honteuse. L ' a d m i r a b l e chan­\nteuse de Villefranche, parmi les oliviers et les turquoises du\ngolfe qui brillait derrière les branches, traînait misérablement\nune j a m b e infirme. Elle disparut et avec elle la beauté de\nl'univers s'était évanouie.\n   L ' a n n é e dernière, dans un h u m b l e village campinois, à\nl'époque de la floraison des genêts, pareils à. des buissons\nardents, la fête de la Première Communion réunissait les\nenfants dans l'église. Après la cérémonie religieuse, les trois ou\nquatre fillettes, dont les parents sont de solides fermiers, mon­\ntrèrent à la foule des blouses et des m a n t e s , leurs robes blanches\net le voile blanc de leur front. Je préférais les petites pauvres\nqui sont de noir vêtues, avec seulement un clair bonnet fleuri\nsur leurs chevelures raides. L e bonheur de celles-là est infini­\nment touchant! L ' u n e d'elles béquillait, sautillait, semblable\nà un oiseau blessé, et elle avait le regard le plus radieux. Ah!\ncomme la cause de sa joie remplissait tous nos cœurs d'allé­\ngresse, et comme les genêts flambants le long de la route, et la\nroute elle-même, et tous les sapins du pays s'embellissaient à\nson souvenir!\n   E d m o n d de Bruyn, vous nous auriez aimés doublement ce\njour-là.\n\n                                                  GEORGES V I R R È S .\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "              M E D A I L L E DE L ' E X P O S I T I O N U N I V E R S E L L E DE B R U X E L L E S 1910\n\n\nClichés de la revue : La Vie Intellectuelle.\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": ""}, {"page_pdf": 140, "texte": "                           Chronique d'Art\n                        Le IIIe Salon de l'Estampe\n    L'intérêt du I I I e Salon a n n u e l de l'Estampe se concentre dans les œuvres\nde Raffaëlli, d'Edgar Chahine et de Félicien R o p s , illustrant tous trois des\naspects divers de P a r i s et de la banlieue parisienne.\n    RAFFAËLLI a des notations c h a r m a n t e s , tels les Petits ânes, le Bonhomme\nvenant de peindre sa barrière et The old Lady s garden; d'autres d'une vie intense,\ncomme le Boulevard des Italiens, et surtout le Grand Prix de Paris, qui atteint\nà la h a u t e u r d'un d o c u m e n t pour l'histoire de nos Jeux Olympiques.\n    EDGAR CHAHINE détaille avec u n e virtuosité de grand artiste les types du\nbas peuple parisien, m a r c h a n d e s des quatre saisons, chiffonniers, vendeuses\nde pommes frites, gueux et gueuses de tout acabit. L e lot le plus copieux de\nson envoi est la série de portraits des L i l y , Suzette, Ariette, Maggy, Maryse,\nLara, Giorgina, May, Elvira, etc., etc., la fleur de la pornocratie des boule­\nvards et des bouis-bouis, avec leurs masques variés, les u n s ingénûment\npervers, les autres marqués du sceau de la Bête. E t toute cette haulte galante­\nrie encadre à merveille le portrait bien c o n n u d'Anatole F r a n c e , le roi des\nP i n g o u i n s , et trois autres d'une certaine L o u i s e F r a n c e , laide c o m m e la\nfemme de Socrate, affublée, d a n s l'une de ses effigies, comme u n e pagode\nhindoue. Quel monde et quelle mentalité I\n    L'ironie m a c a b r e et lubrique de F . R o p s met à nu la pourriture de ce\nmonde, et s'y vautre avec u n e délectation triste. Chahine m o n t r e le dehors,\nR o p s le d e d a n s des F l e u r s du Mal. Je déplore le talent qu'ils consacrent à\nleur basse besogne.\n    La b o n n e tenue du reste des œuvres exposées au Salon de l'Estampe\nprouve en faveur de nos artistes. L a plupart se contentent de l'effet pitto­\nresque et de l'exécution savoureuse. P A U L ARTOT est u n des rares qui dessine\nla figure h u m a i n e u n peu d a n s la manière académique, avec u n e grande\nnoblesse, simple et sincère. GISBERT COMBAZ expose deux jolis dessins, n o n\nrenseignés au catalogue, parmi lesquels j ' a d m i r e surtout les embarcations au\nclair de lune. OMER COPPENS montre des eaux-fortes en couleur qui ont la\nvaleur de tableaux complets.\n    M m e MARIE D E S T R É E - D A N S E a de piquantes reproductions de primitifs ita­\nliens.\n    U n mauvais point pour JEAN DROIT, qui parodie ce que tout le m o n d e\nrespecte.\n    L o u i s P E E T E R S est excellent d a n s ses reproductions de portraits par F r .\nHals et Jordaens, mais bien faible dans ses œuvres personnelles.\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "114                                    DURENDAL\n\n\n  T r è s a m u s a n t s les masques de G.-M. STEVENS, présentant sous u n aspect\nde caricature quelques-uns de nos gens de lettres.\n  Enfin, J o s . R E N I S a toutes les qualités du peintre dans son eau-forte qui\ns'intitule Ave.                                                          F . VERHELST.\n\n\n                     Le deuxième Concert Durant\n    Consacré à Mozart, il a offert le plus vif intérêt. On y entendit n o t a m m e n t\nce Requiem célèbre qui n'avait plus été exécuté à Bruxelles depuis de n o m ­\nbreuses années et que la génération actuelle ignorait totalement. L e Requiem\nest le chant s u p r ê m e du maître de Salzbourg. Ecrit aux portes du tombeau,\naux heures amères de la maladie et des cruelles souffrances, il ne respire que\npaix et sérénité, renouvelant ainsi comme en u n témoignage ultime l'impres­\nsion qui se dégage de l'œuvre entière de Mozart et que Camille Bellaigue\ndéfinit si excellemment en sa belle é t u d e sur l'auteur de la Flûte enchantée :\n\" Il n'a jamais fait de son art le confident p o u r l u i - m ê m e et, p o u r n o u s , le\ntémoin de sa misère, mais seulement de sa longue patience et de son angé-\nlique d o u c e u r . I1 l'a garde souriant et serein, plus haut que l'épreuve, à l'abri\ndes larmes. I1 semble que le génie de Mozart ait ignoré la douleur de Mozart,\net qu'au-dessus d'elle, les sommets d e l'âme, éternellement p u r s , éternelle­\nm e n t calmes, aient r a y o n n é . »\n    L e Requiem a été accueilli assez froidement p a r le public des concerts\nD u r a n t , mais il ne faut assurément pas voir les causes de cette réserve dans\nles desiderata de l'interprétation qui, au contraire, fut très soignée. L e s rai­\nsons doivent en être cherchées dans l'œuvre m ê m e . L e Requiem de Mozart,\noù la pureté racinienne de la forme, le c h a r m e intrinsèque et la noblesse\nauthentique de la matière musicale sont d'ailleurs incontestables, ne réalise\na u c u n e m e n t 1 expression juste et adéquate d u fulgurant texte liturgique. D a n s\nson inspiration générale, il m a n q u e de profondeur et n'atteint pas aux hautes\nsignifications. A cette eurythmie inaltérable et si c o n s t a m m e n t harmonieuse,\non n e peut s'empêcher de comparer l'émotion sublime de Bach en ses can­\ntates, la gravité tantôt sombre, tantôt p a t h é t i q u e de B r a h m s en son Deutsches\nRequiem, et même les g r a n d s effets d r a m a t i q u e s et picturaux d e Berlioz, bien\nautrement aptes à traduire l'émoi sacré de l'âme devant le mystère redoutable\nde la mort. Il est p o u r t a n t dans le Requiem des parties a b s o l u m e n t belles et\nexpressives : l'Introït et le Kyrie (les seules qui aient été orchestrées de la main\n de Mozart), le Recordare où le quatuor vocal (Mmes Flament, C e u p p e n s -\n H o u z é , M M . L h e u r e u x et Brétiny), tout à fait excellent, a été chaleureuse­\n ment a p p l a u d i .\n   Mais le succès de la séance est allé principalement à u n e s y m p h o n i e con­\ncertante (violon et alto solo), composée en 1780, où la poésie enchanteresse\net la verve intarissable d u génie de Mozart se d o n n e n t pleine carrière et qui\nfut d'ailleurs rendue par M M . Capet et Van H o u t avec u n art supérieur.\n   L e p r o g r a m m e portait encore l'air initial d'Idoménée, chanté agréablement\npar Mlle D e l h a y e , et la s y m p h o n i e composée par le maître à l'âge de 8 ans\n(en 1764), mais déjà toute parée de grâce et de tendresse, et où la Muse\nsouriante de Mozart fait e n t e n d r e ses premiers balbutiements.          G . DE G.\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                               Durendal (1)\n                 LE titre est combatif et magnifique comme la\n                   chose. C o m m e dans la légende, il évoque l'épée\n                   b r a n d i e par des mains chrétiennes contre les\n                   ennemis de la B e a u t é .\n                       J e l'ai dit souvent et je suis heureux de pou­\n                   voir l'écrire : il est déplorable de voir parmi les\n                   nôtres le petit n o m b r e de ceux qui connaissent\n                   les écrivains catholiques. T a n d i s que les étu­\ndiants libéraux, qui ont une mentalité inférieure à la nôtre, ne\nlaissent pas passer une occasion d'exalter les écrivains de leur\nbord, alors qu'ils n'ont peut-être j a m a i s lu une ligne de leurs\nœuvres, combien de fois n'ai-je pas dû rire de jeunes catholiques\nlettrés qui feignaient d'ignorer j u s q u ' a u nom de nos écrivains.\nIl y a là une lâcheté doublée d'un m a n q u e de fierté. Qu'on\nn'aille pas croire surtout que je fasse de l'admiration une affaire\nde parti. L a Beauté, pour être plus parfaite lorsqu'elle est chré­\ntiennement exprimée, n'en existe pas moins dans de nombreux\nlivres d'écrivains athées et nous serions ridicules de refuser\nnotre enthousiaste admiration à de merveilleux prosateurs\ncomme L e m o n n i e r , à de géniaux poètes comme Verhaeren\nparce qu'ils ne sont pas catholiques. Cela nous rapprocherait\ndes théories étroites de certain père jésuite que son zèle géné­\nreux mais intempestif poussait à dire qu'il ne Jaut pas louer le\nmérite littéraire des écrivains mauvais! Mais il reste vrai q u ' à côté\n\n\n   (1) Cet article a paru dans l''Universitaire Catholique, l'organe si vivant et si vibrant\nde noble et bel enthousiasme d'art et de foi des étudiants catholiques de nos diverses\nuniversités belges. Nous le reproduisons parce qu'il rend bien nos idées et notre pro­\ngramme et affirme d'une façon si éloquente 1 idéal que nous poursuivons avec ferveur\ndepuis quinze ans et que nous espérons réaliser pendant de nombreuses années encore.\nNous remercions vivement la chère et vaillante jeunesse estudiantine — que nousaimons\net que nous admirons de toute notre âme — pour les éloges qu'elle veut bien nous décer­\nner. C'est la meilleure et la plus douce récompense de nos efforts.\n                                                                       HENRY   MŒLLER.\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "116                           DURENDAL\n\n\nde ceux-là qui ont oublié qu'ils sont nés chrétiens, il y a un\ngroupe, jeune, vivant et fier de littérateurs catholiques, et que\nc'est à peine si nous le connaissons.\n    P a r m i les nombreux étudiants qui écrivent, je r e m a r q u e une\ngrande désorientation. Beaucoup parmi eux sont à la recherche\nde la forme jeune et ne la trouvent pas. Beaucoup s'enlisent\ndans un déplorable et routinier classicisme qui sent à plein nez\nla classe de rhétorique. Beaucoup enfin se montrent curieux de\ntrouver pour leur vie littéraire un centre, pour leur amour de la\nB e a u t é un aliment. Ils ne savent pas q u ' u n mouvement litté­\nraire moderne et catholique est né il y a vingt ans en Belgique.\nIl y avait alors la Jeune Belgique dont la formule était l'art pour\nl'art, ils voulurent célébrer l'art pour Dieu. Le Drapeau, ou\nF i r m i n Vanden Bosch donnait ses coups de p l u m e , la Lutte, le\nMagasin littéraire, le Spectateur catholique les accueillirent tour\nà tour, puis tout le mouvement se résuma dans Durendal qui\nexiste à Bruxelles depuis quinze ans, et qui, à l'heure où dis­\nparut la Jeune Belgique, resta la meilleure de nos revues litté­\nraires parce qu'à la différence de toutes les autres elle avait son\nbut, une âme et une idée.\n    On ne le niera pas, tout un courant du mouvement littéraire\nmoderne — et à coup sûr le plus profond, fut catholique.\nBarbey d'Aurevilly, Ernest Hello, Verlaine, Villiers-de-1'Ile-\nAdam, avant eux Baudelaire, après eux H u y s m a n s et m ê m e\nL é o n Bloy furent ou restent de magnifiques génies chrétiens.\nChose étrange, c'est en Belgique que la p l u p a r t d'entre eux,\nles méconnus surtout, trouvèrent la somme d'admiration la\nplus grande. C'est que chez nous un groupe parallèle existait.\n Pol D e m a d e , F i r m i n Van den Bosch, Georges Virrès, l'abbé\n Mœller, E u g è n e Gibert, H e n r y Carton de W i a r t , Max Els­\nkamp pour ne citer que les noms d'une génération qui nous\nprécède, exprimaient — avec quelle originalité et quel talent —\ndes idées analogues. Aujourd'hui un grand nombre de jeunes\nsont venus se joindre à ces catholiques artistes, et la liste des\ncollaborateurs de Durendal qui contient presque tous leurs\nnoms à côté de ceux de tous nos grands littérateurs belges est\nvraiment la plus belle de celles q u ' u n e revue d'art put oncques\ninscrire sur sa première page.\n   Citons au hasard, outre M M . Van den Bosch, Carton de\nW i a r t , Mœller, Virrès, qui forment son comité de rédaction,\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                              DURENDAL                             117\n\n\nles noms de M M . F r a n z Ansel, T h o m a s B r a u n , Jean Domi­\nnique, Courouble, d'Arschot, H e n r y Davignon, Georges de\nGolesco, E r n e s t de L a m i n n e , Louis Delattre, E u g è n e De­\nmolder, Dom Bruno Destrée, Jules Destrée, Maurice Dullaert,\nJ. Esquirol, Fierens-Gevaert, Arnold Goffin, Victor Kinon,\nHubert Krains, Godefroid K u r t h , P . L a m b o t t e , Ch. Martens,\nPaul Mussche, Pierre N o t h o m b , Georges Ramaekers, Georges\nRency, Adolphe Retté, Blanche Rousseau, F e r n a n d Séverin,\nEmile Verhaeren... E t j ' e n passe !\n   Comment se fait-il, alors que tant d'étudiants s'occupent de\nlittérature, que si peu lisent Durendal; j ' e n connais trop, je le\nrépète, qui en sont encore à leur manuel de littérature, j ' e n\nconnais trop qui se gâtent à la rédaction ou à la lecture de\npetites revues bleues, vertes ou jaunes, réceptacles trop souvent\nde choses nulles et sottes, pourquoi ne vont-ils pas chercher\nleur vie intellectuelle en des pages où leur idéal est exprimé de\nfaçon vivante, moderne et catholique, où la beauté sous toutes\nses formes est défendue et célébrée.\n   Ils y trouveront des études, des poésies, des romans (Duren­\ndal vient de commencer la publication du Vieux Bruxelles, un\nroman historique de M . Carton de W i a r t ) , des contes, des\ndocuments littéraires (en ce m o m e n t elle met au jour des lettres\ninédites de J.-K. H u y s m a n s à l'abbé Mœller), des critiques,\ndes chroniques musicales, des comptes rendus d'exposition,\ndes notes sur le mouvement artistique. D e splendides repro­\nductions de tableaux font de chaque fascicule une véritable\nmerveille.\n                                                HUBERT GÉRARD.\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "                              Correspondance\n  Nous recevons la lettre suivante et nous l'insérons, quoique nous n'y\nsoyons pas obligé, uniquement pour satisfaire au désir exprimé par M. Arnold\nGoffin.                                                      (N. D. L. R.)\n\n            « MONSIEUR LE RÉDACTEUR EN CHEF,\n    » Veuillez, je vous prie, donner à la présente lettre la place qui lui est due\ndans votre prochain numéro.\n    » En effet, dans votre livraison de janvier, M. A. Goffin condamne la forme\nrocailleuse qui m'est habituelle.\n    » Je dis, d'abord, que nulle recherche, ni aucun labeur n'a été consacré à\nla manière d'énoncer mes petites solutions, parfois sèches, évidemment. Quant\nà l'obscurité, je sais comment il me faut entendre ce reproche. Que je dise,\npour finir, aimer la clarté autant que l'auteur de Th. Bouts. D'ailleurs, M. G...\ns'est basé sur une donnée à peu près semblable à celle-ci : Xavier de\nMaistre pensa toujours « en Russe », et ne put donc écrire correctement le\nfrançais ! (1)\n   » Maintenant, voici M. Goffin qui nous propose comme semblable, ou à\npeu près, sans doute, le style de ceci :\n    « 1° La structure des phrases musicales, dans leurs rapports avec l'émotion\n» qu'elles traduisent, semble une étude incomparablement complexe, et\n» jamais entreprise. Analogiquement, l'opération ne fut analysée, qui établit\n » passionnément un graphisme d'après des volumes, et en circonscrit l'es­\n   prit tangible. » (Jean de Bosschère.)\n    « 2° La peinture a fait un compact avec la Famé pour promulguer les\n » louanges de Rubens par tout l'univers, s (Corneille de Bie.)\n    » J'ajoute :\n    « 3° Raisons qui perdurent : énergie civile, objections dénuées de perti­\n   nence, cadavre supplicié, collines verdoyantes et arborées, art décis, ville\n » fortifiée qui arbore ses tours pavoisées d'oriflammes (malheureux groupe de\n » mots, ce dernier!). Le 3° est extrait d'une étude (2) que la Revue de synthèse\n » historique (Paris) traite de galimatias. Intelligenti pauca.\n\n   (1) L'esprit tangible de cette \" donnée \" nous échappe : M. De B... veut-il faire\nentendre qu'il n'est pas plus Flamand que Xavier de Maistre n'était Russe? Ou bien\nfaut-il comprendre que ce dernier, bien que Savoyard, pensait en langue russe et tradui­\nsait sa pensée en français ? .. Les voies de la penses sont, parfois, bien extraordinaires ! . .\n   (2) T H I E R R Y BOUTS : M. De B . . . a e m p r u n t é de confiance à la Revue synthétique les rai­\nsons qui perdurent, mais la citation est inexacte : c'est discussions qui perdurent que nous\navons écrit (p. 31). Il a puisé à la même source les « objections dénuées de pertinence »,\nexpression pour laquelle nous le renvoyons, en même temps que M. Louis Rèau, qui\nla considère comme appartenant au style décadent, à L i t t r é : \" Pertinent, dans le langage\ngénéral, raisons pertinentes, raisons convenables à ce qu'on veut prouver. \" Energie civile\n et cadavre supplicié sont des découvertes personnelles à M. De B . . . ; civile pour civique;\n cadavre pour corps — simples coquilles que tous les lecteurs intelligents de notre livre\n auront rectifiées d'eux-mêmes.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                  CORRESPONDANCE                                        119\n\n\n    » Avouons que ce sont trois choses très différentes. J e discuterais bien\n volontiers de leur qualité si Tune d'elles concernait la littérature et si quelque\n critique estimable m'attaquait sur u n autre domaine que celui « d e la littéra-\n » ture scientifique et de l'histoire de l'art ».\n    » Aujourd'hui, j'ai voulu déroger à ma chère devise, pour offrir aux lec­\n teurs ces trois petits bouts de styles de qualités différentes! T r o i s échantillons\n de la prose que tisse la nuée d'historiens d'art descendue p e r s o n n e ne sait de\n quel malencontreux ciel.\n    » Agréez, je vous prie, Monsieur le Rédacteur en chef, l'expression de m e s\n sentiments distingués.\n                                                             » JEAN DE B O S S C H È R E .\n   » 18 janvier 1909. »\n\n     M. De B . . . est l'auteur d'un ouvrage qu'il a intitulé : Essai sur la dialectique\n  du dessin et d o n t nous avons écrit qu'il est à la fois intéressant et obscur.\n  M. De B . . . accepte que son livre soit intéressant, mais il ne consent point qu'il\n  soit obscur. Il ne remercie pas de l'éloge, mais s'élève avec colère contre la\n  critique : le premier lui paraît insuffisant; la seconde, injustifiée. C'est son\n  droit. Notre droit, à nous, ou, pour mieux dire, notre devoir, est de dire sin­\n cèrement notre pensée sur les publications qui n o u s sont envoyées pour en\n  rendre compte ; c'est ce que nous tâchons de faire, bien qu'il y ait quelquefois\n péril à ne pas partager l'excellente opinion que certains écrivains farouches\n ont de leurs propres mérites!\n    M. De B . . . ne va pas, comme tel auteur français plein de courroux, j u s ­\n qu'à nous proposer de nous couper la g o r g e ! E t nous lui s o m m e s bien\n reconnaissant de sa modération ! N o u s avions dit que son style n'est pas\n clair; il n o u s envoie u n e épître qui est de nature à faire croire à nos lecteurs\n que ses idées ne le sont pas d a v a n t a g e . Il croit réfuter nos remarques en\n citant — avec u n e inexactitude que nous voulons croire involontaire — cer­\n taines critiques dont nous avons été nous-même l'objet. Son intention est,\n sans doute, en m ê m e t e m p s , de nous embarrasser, mais il s'est t r o m p é , à cet\n égard, et rien ne saurait nous gêner m o i n s . N o u s n'attendons point des\n écrivains qui parlent de nos ouvrages qu'ils expriment notre opinion sur\n ceux-ci, mais la leur. E t , si leur sentiment est susceptible de nous déplaire,\n nous ne nous croyons pas en droit de leur faire la leçon, nous efforçant, a u\ncontraire, de tirer profil de ce que des observations — fussent-elles malveil­\nlantes — peuvent contenir de fondé.\n    M. De B . . . ne semble pas d'humeur à agir de la sorte, attendu qu'il con­\ntinue à écrire d a n s le langage que le m ê m e collaborateur de la Revue de synthèse\nhistorique qualifiait d' « a m p h i g o u r i q u e et de prétentieux ». Il est vrai que si\nnotre correspondant invoque l'autorité de ce critique contre n o u s , il lui\nrefuse, probablement, toute compétence lorsqu'il s'agit de l u i - m ê m e ! Il veut\nbien nous assurer que « nulle recherche, ni a u c u n labeur n'a été consacré à\nla manière d'énoncer ses petites solutions ». C'est bien possible; cependant,\nmieux vaudrait, peut-être, chercher, m ê m e laborieusement, la clarté que\nde se confiner d a n s l'incorrection, si naturelle et si spontanée qu'elle soit...\n                                                                                A. G.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "                             LES LIVRES\n\nLITTÉRATURE\nL i t t é r a t u r e d ' a u j o u r d ' h u i , par FIRMIN VAN DEN BOSCH. — ( B r u x e l l e s ,\n    Dewit.)\n    Depuis que M. Van den Bosch débuta en littérature par ses Coups de plume,\non se le représente trop volontiers, me semble-t-il, c o m m e un écrivain uni­\nq u e m e n t combatif et batailleur. Certes, à la critique de principes, magistrale­\nment définie par lui-même dans le présent volume, il préfère la critique\nd'impression. Mais ce terme de critique d'impression n'implique p a s , comme\ncertains semblent le croire, u n j u g e m e n t inconsistant, u n e verve gamine,\nexclusive du raisonnement, ou un enthousiasme facile et irréfléchi. M. Van\nden Bosch n'a rien perdu, grâce à Dieu, de cette acuité de sensations et de\ncette vivacité d'expression qui font de lui, malgré tout, le plus « jeune » de\nnos critiques; mais bien sots seraient ceux, qui, à la lecture de la Littérature\nd'aujourd'hui, ne voudraient pas reconnaître ce fond de raison solide et cette\nprofondeur de pensée q u ' o n lui a parfois déniée. N o n que je veuille dire que\nle critique s p o n t a n é des Impressions de littérature contemporaine soit d e v e n u dog­\nmatique, à la façon de Brunetière par exemple; non, mais l'article, justement,\nqu'il consacre à cet autoritaire et doctrinaire régent des lettres, m a r q u e un\neffort de sympathie raisonnée vers cet esprit si dissemblable du sien. On s'at­\ntendait un peu — et on les regrette peut-être pour le plaisir passager de la\nlecture — à des pointes et à de l'ironie, et l'on admire dès les premières\nlignes, cette étude si largement pensée et si noblement écrite par un adver­\nsaire — irréductible pourtant — des dogmes et d e s pontifes littéraires.\n    Cette modération n'empêche pas — Dieu merci pour nous qui sommes là\nm a r q u a n t les points et criant bravo chaque fois que le jouteur a touché\njuste — la verve endiablée du critique de se donner, q u a n d elle le veut, libre\ncours. M. Van den Bosch sait être terrible (certains en ont fait l'expérience à\nleurs dépens) ; mais même lorsqu'il attaque il sourit toujours. J e ne lui connais\npas son pareil pour ferrailler contre les écrivains dont il ne partage pas les\nopinions, et contre les opinions qui n e sont pas les siennes. Que de lourdes\nthéories a-t-il renversées d'une c h i q u e n a u d e , que de baudruches préten­\ntieusement bouffies a-t-il, d'une pointe d'épingle, dégonflées, et à combien\nd'idées, plus consistantes et tenaces a-t-il porté au cœur une invincible botte!\nParfois, il faut tout u n article pour détruire ou défendre u n e opinion ; parfois\nun seul mot suffit pour caractériser, démolir ou exalter u n e œuvre, un h o m m e ,\nu n e idée. M. Van den Bosch trouve toujours ce mot-là et l'on pourrait faire\ntout u n album en extrayant de son dernier livre et en épinglant ces petites\nphrases cinglantes, concises, imagées, qui disent plus q u ' u n e page entière et\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                                        LES LIVRES                                         121\n\n\n\nqu'il est impossible d'oublier. Lisez l'article sur Maurice Barrès ou la faillite du\nRenanisme, qui me semble le plus saisissant et le plus ample du volume, vous\ny trouverez à foison de ces « mots » qui sont, plus et mieux que des jeux\nd'esprit, des raccourcis de pensées.\n   L a jeunesse intellectuelle de M. Van den Bosch n e se manifeste pas seule­\nment dans ses combats et ses ironies, elle vibre aussi et s u r t o u t d a n s ses\nenthousiasmes. O h ! les belles pages que nous devons à cette s y m p a t h i e agis­\nsante! soit que M. Van den Bosch trace le profil des écrivains qu'il aime,\nsoit qu'à propos d'eux il r e p r e n n e u n e de ses idées chères : c o m m e par\nexemple d a n s l'article consacré à E u g è n e Gilbert, ce critique catholique qui\n— avec M. Van den Bosch — a montré à q u e l q u e s esprits i m b u s de dogmes\nlaïques la possibilité de la critique catholique.\n   L a Littérature d'aujourd'hui avec ses mois, ses idées, ses escarmouches, ses\nadmirations est d o n c bien le reflet exact de la personnalité littéraire de\nM. F i r m i n Van den Bosch. Celle-ci s'affirme surtout et se r é s u m e d a n s la\npréface qui ouvre le volume. Je voudrais que tous les j e u n e s catholiques la\nméditent. C'est là, en quelques pages, l'histoire, combien éloquemment\nexprimée, de la lutte qu'ont d û soutenir- les écrivains catholiques p o u r triom­\npher en notre p a y s , des étroitesses d'esprit, des soi-disant d o g m e s et des rail­\nleries avec lesquelles on prétendait les arrêter sur le chemin de l'art. R a r e ­\nment, je pense, M . Van den Bosch fut mieux inspiré que d a n s ces lignes : on\nl'y retrouve enthousiaste et batailleur, avec sa verve tout entière, avec sa foi\nvibrante et son a m o u r passionné du Beau. L e livre lu, c'est encore à elles\nque l'on revient : elles précisent d a n s l'intelligence du lecteur la physio­\nnomie si s y m p a t h i q u e , si personnelle et si fortement accusée de leur\nauteur.                                                                        P. N.\n\nF i g u r e s d u P a y s , par H U B E R T K R A I N S . — ( B r u x e l l e s , Association des\n   écrivains belges.)\n   M. H u b e r t Krains a réuni sous ce titre six contes rustiques. Ce sont des\nhistoires tristes. L ' â m e de la W a l l o n i e , qui chante d a n s l'œuvre joviale de\nM. Maurice des O m b i a u x , qui rêve d a n s les pages tendres de M. Louis\nDelattre, broie du noir dans les récits de M. Krains. Si le d r a m e n'y éclate\npas toujours, toujours il y m e n a c e . A peine, de loin en loin, un avare r a y o n ;\npartout des visions de souffrance; presque partout le désespoir et la mort.\nVoici la jalousie qui, pour u n sourire inégal de la F o r t u n e , brouille, p e n d a n t\ndes années, de vieux voisins; la guerre sournoise faite par tout u n village à\n« l'étranger », contraint finalement de fuir; le pauvre gars, victime de la\nn b o n n e aventure » qui lui avait promis le parfait b o n h e u r ; le malheureux\nemployé, que son chef s u p p l a n t e ignoblement d a n s la tendresse de sa\nfemme, et qui, trahi et bafoué, meurt pour n e pas t u e r ; et l'odyssée de\nCornélie, la robuste fille des c h a m p s , servante en ville, q u e la ville souille et\ntue. Ainsi se révèle, d a n s chacun de ces contes, une philosophie a m è r e , un\nsombre pessimisme. L'art de M. Krains est s c r u p u l e u s e m e n t objectif. Il\npeint, d'un trait exact et précis des rustres, a u t h e n t i q u e s . Attentif à dissimuler\nson émotion, à éviter tout accès l y r i q u e , il réussit, à force de simple et\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": " 122                                       DURENDAL\n\n\n sincère vérité, à émouvoir. N o u s n'avons pas de conteur aussi s o b r e ; nous\n en avons peu d'aussi forts. A notre gré, c e p e n d a n t , les Figures du Pays\n eussent gagné à être plus nettement situées; elles sont wallonnes, sans\n d o u t e ; mais M. Krains, qui les vit en H e s b a y e , eût pu les montrer plus\n franchement h e s b i g n o n n e s .                                     M . D.\n\n C o n f é r e n c e sur E m i l e V e r h a e r e n , par ALBERT DE BERSAUCOURT.\n   — (Paris, H e n r i Jouve.)\n   Belle conférence, exposé éloquent et motivé des raisons pour lesquelles Ver­\nhaeren doit être considéré comme u n grand poète, comme un poète e u r o p é e n .\nM. Albert de Bersaucourt n'a pas l'admiration éperdue et le style a p o c a l y p ­\ntique, et c'est plaisir de le suivre dans ces pages tout à la fois ferventes et\nréfléchies. Peut-être aurait-il pu s'attacher davantage a u peintre, si évident\nchez Verhaeren, et user de r a p p r o c h e m e n t s , de c o m p a r a i s o n s , avec les grands\nnoms et les g r a n d e s œ u v r e s de ceux-là qui sont les ascendants spirituels du\nmoindre d'entre n o u s au p a y s flamand. Le conférencier affirme que Ver­\nhaeren n'a été mystique ni m ê m e c r o y a n t à a u c u n moment de sa vie, sauf\ndurant sa première enfance. L'inspiration religieuse lui a dicté cependant\nquelques-uns de ses plus beaux poèmes, et des accents bibliques retentissent\ndans son œ u v r e . S a n s doute, Verhaeren n'est pas catholique de raisonnement,\nmais il doit à sa race un sens parfois religieux du paysage, et m ê m e de la vie,\nqui n'étonne point chez nous : ce magnifique artiste, malgré son universalité,\nest fait à l'image de la patrie.\n\nL ' A m o u r d u T e r r o i r , Eloge de la Poésie, par EDMOND DUESBERG. —\n     ( P a r i s , Barbré.)\n    C'est un vibrant plaidoyer en l'honneur de la Poésie, avec des images tou­\nchantes et u n e belle flamme de sincérité, que M. E d m o n d D u e s b e r g nous\nd o n n e aujourd'hui. Il exalte les chantres du terroir natal, et entre tous\nM. Albert Bonjean, pour lequel on sait notre sympathie et notre admiration.\nL ' a u t e u r des Légendes et Profils des Hautes-Fagnes a droit aux éloges de tous\nceux qui prisent le relief, le mouvement, la couleur, et, plus encore, cette\némotion, vibrante au fond de l'œuvre, et qui est l'indice d'un grand a m o u r .\nM. D u e sb e r g préfère, chez Albert Bonjean, le poète p r o p r e m e n t dit au pro­\nsateur. Ici, nous ne sommes pas tout à fait d'accord, mais cela ne signifie\npoint que les vers de Bruyères et Clarines ne méritaient pas d'être c h a u d e m e n t\nrecommandés.                                                                        V.\n\n\nL'ART :\nN o u v e l l e s é t u d e s Sur l ' h i s t o i r e d e l'art, par M. EMILE MICHEL.\n   — (Paris, Hachette.)\n   M. Emile Michel a placé en tête de ce recueil une étude sur la Critique\nd'art et il n'était personne, sans doute, qui, mieux que ce vétéran de la\ncritique, possédât la haute compétence et l'autorité nécessaires p o u r formuler\nles excellents conseils que ces pages c o n t i e n n e n t . C'est, à la fois, une\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                                      LES LIVRES                                         123\n\n\nhistoire de la critique française d a n s ses personnalités les plus saillantes\ndepuis Roger de Piles jusqu'à T a i n e , et u n e théorie, u n e méthode illustrées\nd'exemples, expliquées, commentées avec la précision et la délicatesse que\nl'on pouvait attendre de l'expérience et du talent de l'auteur.\n   Outre u n e étude consacrée à l'organisation et à la conservation du Musée\ndu Louvre, toujours défectueuses malgré les instances des artistes et les\ndécisions p a r l e m e n t a i r e s ; de courtes m o n o g r a p h i e s de célèbres amateurs\nd'art, le Provençal Claude Fabri de Peiresc et le H o l l a n d a i s Constantin Huyghens,\nce volume contient deux essais, l'un sur le Dessin chez Léonard de Vinci;\nl'autre sur les Paysagistes et l'étude d'après nature, véritables méditations sur l'art,\nà propos de l'œuvre et des écrits admirables de L é o n a r d et de l'évolution\nesthétique du paysage. Si la fougue, et l'impatience de faire, de briller et de\nréussir des jeunes générations artistiques supportaient des conseils et accep­\ntaient des leçons, c'est là qu'elles devraient aller en c h e r c h e r ; mais, q u a n d\nmême, elles n e seront pas perdues car, comme l'écrit avec émotion M. Michel,\n« il est encore des artistes qui vivent d a n s leur coin, étrangers a u x intrigues,\nappliqués à leur travail... E u x aussi, ils ont leur public, moins b r u y a n t et\nmoins capricieux. S'il n'est guère de gageure, si audacieuse qu'on la suppose,\nqui aujourd'hui ne puisse être soutenue, à force de réclames, par certains\ncritiques, il convient d'ajouter que rien de b o n , non plus, ne se p e r d . . . Ces\nartistes n e sont maîtres ni des distinctions officielles, ni des ventes fruc­\ntueuses; ils le sont de la direction de leur vie. Si le succès leur arrive, ils ne\nse laisseront pas griser par l u i ; ils ne lui sacrifieront jamais cette entière\nsincérité dont a u c u n avantage extérieur ne peut remplacer l'intime\ncontentement. L a nature, à l'étude de laquelle ils se sont voués, ne saurait\nles tromper, et en dépit des chefs-d'œuvre qu'elle a déjà inspirés, il n'est pas\nà craindre q u e la source à laquelle on a tant puisé soit jamais tarie : elle\nseule est p u r e , elle seule est inépuisable ».                                       A. G.\n\n\nL e s g r a n d s a r t i s t e s : Pisanello et les médailleurs italiens. U n vol. illustré.\n   — ( P a r i s , Laurens.)\n   E n ce début du XVe siècle italien, partout s'affirment d a n s l'art des maîtres\nentreprenants et h a r d i s , pleins de l'impatience et de l'enivrement de l'œuvre.\nMais il en est peu d'entre eux dont la séduction surpasse celle de Pisanello.\n   F o r m é d a n s u n e région toute pénétrée déjà des influences réalistes septen­\ntrionales, à Vérone, à Venise, où il travailla avec Gentile da F a b r i a n o , son\nart apparaît étrangement fascinant; il allie l'amour et le sentiment du vrai au\ngoût le plus raffiné, la rigueur naturaliste à l'entente du faste et des plus\nfières élégances. Les personnages de ses fresques de S. Anastasia et de\nS. Fermo Meggiore, de Vérone (l'ange et la Vierge de 1''Annonciation ; le saint\nGeorges et la princesse de Silène, de la Légende de saint Georges) ; comme le\nSaint Georges, sous les traits de Lionel d'Esté, de la National Gallery, avec leurs\nphysionomies caractérisées et la somptuosité précieuse de leurs costumes\nsemblent issus à la fois de la réalité et de la légende.\n   Il est resté quelque chose chez Pisanello de son contact avec l'imagination\nfleurie de Gentile da F a b r i a n o ; les revers de ses médailles témoignent,\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "124                             DURENDAL\n\n\nM. de Foville en fait la judicieuse remarque, qu'il a connu les innovations\nde Ghiberti dans la sculpture du bas-relief, mais l'inflexion déterminante de\nson génie, c'est du Nord qu'elle lui est venue : \" Il y a en lui du Flamand,\nmais l'Italien domine », pouvait écrire M. Gruyer dans une étude publiée\ndans la Gazette des Beaux-Arts. Et, en effet, si son art, dans ses dessins et ses\nmédailles-portraits surtout, montre en lui cette passion sincère et pénétrante\nde la réalité qui distingue les vieux maîtres des Flandres, personne, même\nen Italie, n'a su modeler d'un trait plus incisif et plus simple, avec plus\nde finesse associée à plus de profondeur, les physionomies sauvages et\nsubtiles de ces beaux princes de férocité, d'astuce et de courtoisie, les\nVisconti, les Sforza, les Malatesta, les d'Esté... Médailles merveilleuses dont\nles effigies, modelées d'une main puissante et délicate, sont comme les plus\nvivants et les plus impressionnants des portraits, le commentaire iconogra­\nphique le plus suggestif de l'histoire de ce temps : « Pisanello a senti, avec\nun tressaillement d'imagination, écrit M. de Foville à la dernière page de sa\nperspicace étude, la brutaliré fourbe et volontaire de Lionel d'Este, la\nnoblesse de Malatesta Novello, la pureté tremblante et effarouchée de Cécile\nde Gonzague, l'intelligence souveraine d'Alphonse d'Aragon ; il a aimé la\nmagnifique ardeur des beaux chevaux de combat qu'il a figurés aux revers de\ntant de pièces, il a goûté l'ivresse de la chasse quand il a représenté celle\nd'Alphonse V, il s'est attendri à la pensée des songes mystiques du Cécile\nde Gonzague, en la gravant, si douce et si méditative, avec la licorne à ses\npieds. Et jamais sa main n'a hésité pour traduire dans le bronze ces images\nqui enchantaient ses yeux. »\n    M. de Foville nous dit, après Pisanello, ses continuateurs dans l'art de la\nmédaille en Italie, depuis Matteo di Pasti, Sperandio, etc., jusqu'aux maîtres\nde la seconde Renaissance. Benvenuto Cellini, entre autres, et les Leoni,\nchaque nom marquant une étape de. la décadence qui transforma peu à peu\nl'art spontané de l'initiateur en un art habile, superficiel et mensonger.\n                                                            ARNOLD GOFFIN.\n\n    B u r l i n g t o n M a g a z i n e , 17, Old Burlington street, Londres, —\nLes numéros du dernier trimestre de 1908 ont maintenu et confirmé les\nespérances que les amateurs et les connaisseurs d'art avait formées, à propos\nde cette magnifique revue qui, depuis trois ans, s'est placée aux premiers\nrangs par l'abondance et la splendeur de son illustration comme par l'intérêt\ninédit de ses articles et de ses informations.\n   Numéro d'octobre 1908. — Il est surtout consacré à l'art anglais : Turner et\nRowlandson y sont l'objet d'études enthousiastes, le premier à l'occasion de\ntrois paysages peu connus se trouvant dans la galerie de Mrs Knoedler.;\nl'article, accompagné de trois reproductions, est de M. C.-I. HOLMES). Le\nsecond, célèbre surtout comme caricaturiste, y est étudié par M. SELWYN\nIMAGE dans la partie sérieuse de son art. Des notes moins importantes,\nmais non sans valeur, concernent des œuvres de Frans Hals, de Rem­\nbrandt et d'Holbein. Comme toujours, une large place est faite aux arts\nmineurs : un article de M. I. MARQUET DE VASSELOT sur un Email de\nMonvaerni, une longue étude de M. STRZYGOWSKI sur les tapis d'Orient, etc.\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                LES LIVRES                                125\n\n\n   Numéro de novembre 1908. — M. W.-H.-JAMES WEALE, dont on sait les tra­\nvaux érudits sur nos peintres primitifs flamands, y commence une étude sur\nLancelot Blondeel, le peintre brugeois aux architectures d'or, le dernier des\ngothiques, si étrangement troublé par la Renaissance. Les Van Ostade,\nAdrien et Isaac, voient chacun ajouter au catalogue de leurs œuvres. Mais\nl'article le plus intéressant est celui de M. GUY DICKINS sur l'art de Sparte,\nenrichi d'une copieuse illustration. On continue à s'occuper des tapis d'Orient.\nPuis, la revue des livres d'art du mois; des correspondances de France,\nd'Amérique, etc.\n   Numéro de décembre 1908. — Toujours les tapis d'Orient; ils font même le\nsujet de deux études différentes ! La suite de l'article de M. James Weale sur\nLancelot Blondeel. M. CAMPBELL DOGSON nous fait connaître une délicieuse\npeinture de Cranach, trois jeunes filles, reproduction exquise, se trouvant au\nmusée de Truro. D'où vient la faïence persane et son déaor charmant? se\ndemande M. AGNÈS HAIGH. Serait-ce pas de la Crête ou de la civilisation\nmycénienne, de cette Grèce préhomérique qu'on commence à découvrir ?\n\n   M a s t e r s i n A r t . — Bates and Guild Company, 42, Chauncy street,\nBoston, Etats-Unis d'Amérique. — Les deux derniers numéros que nous\nayons reçus de cette intéressante publication sont ceux de mai et de juin 1908.\nLe premier (n° 101) est consacré à Duccio, ce grand maître de Sienne, rival\nde Giotto, et renferme, selon la méthode adoptée par les éditeurs, dix belles\nreproductions des œuvres principales du maître, suivies de notes biogra­\nphiques, critiques et bibliographiques.\n  Le second (n° 102) est consacré à Inness, peintre américain (1825-1894)\ndont nous avouons n'avoir jamais entendu le nom. La plupart des œuvres\nreproduites sont en Amérique. Ce sont des paysages d'allure romantique,\nmais que rien — à en juger seulement par les reproductions — ne désignait\nspécialement à l'honneur de figurer dans cette collection des grands maîtres.\n  La publication annonce qu'elle se voit forcée de majorer ses prix; chaque\nnuméro coûtera désormais 20 cents, ce qui reste encore très démocratique et\nne l'empêchera point, espérons-le, de poursuivre son œuvre excellente de\nvulgarisation esthétique.\n                                                                        J. D.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                            NOTULES\n\n   N o s illustrations. — N ous reproduisons dans ce numéro la splen­\ndide médaille de Godefroid Devreese qui a emporté le premier prix au\nconcours de médailles organisé par la Direction de la prochaine Exposition\ninternationale de Bruxelles. La médaille de M. Devreese est absolument\nremarquable et digne d'un talent de premier ordre, qu'il a affirmé du reste\ndéjà par tant d'oeuvres antérieures d'une perfection absolue.\n   Nous reproduisons ensuite une œuvre admirable d'Hugo Van der Goes,\nun des bijoux du musée de Bruges : La mort de la Vierge, qui est un des prin­\ncipaux chefs-d'œuvre du grand artiste flamand. Enfin nous donnons dans le\nmême numéro l'interprétation en marbre du beau buste d'EDGAR TINEL par\nle sculpteur Arsène Matton. On se rappelle que nous avions reproduit\nantérieurement le buste en plâtre moulé par l'artiste lui-même.\n   Les deux clichés dont nous nous sommes servis pour la reproduction de\nla médaille de M. Devreese sont deux clichés de la revue : La Vie Intel-\nlectuelle Nous remercions vivement l'aimable directeur de cette revue,\n notre ami GEORGES RENCY, de la gentillesse qu'il a eue de mettre gracieuse­\n ment ses clichés à notre disposition.\n                                       *\n                                     • #\n  Avis à nos abonnés de l'étranger. — Nous prions ceux de nos\nabonnés des pays étrangers, qui ne nous ont pas encore fait parvenir le\nmontant de leur souscription pour l'abonnement de 1909, d'avoir l'extrême\nobligeance de s'acquitter de leur dette à notre égard, en nous envoyant soit\nun chèque, soit un mandat postal de 12 francs. C'est le moyen de payement\nle plus commode et le moins frayeux pour eux et pour nous.\n                                       *\n                                    * *\n  La Société des Amis de la Médaille d'art (section belge) s'est\nréunie, le dimanche 24 janvier, en assemblée générale. M. A. de Witte,\nprésident de la section, a donné les meilleures nouvelles du Congrès de\nnumismatique en voie d'organisation pour 1910 et auquel S. A. R. le prince\nAlbert de Belgique a bien voulu accorder son haut patronnage. Ce Congrès\nrallie de nombreuses adhésions parmi les numismates les plus en vue de tous\nles pays.\n    M. Buls, président de la Société, a annoncé qu'une salle serait réservée aux\nmédailles à l'Exposition universelle de Bruxelles. C'est là une heureuse\ninnovation, due à l'insistance de MM. Buls et de Witte qui en prirent\nl'initiative.\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                            NOTULES                                            127\n\n\n   Les m e m b r e s présents ont reçu une élégante plaquette, L'Enseignement du\nDessin, composée par M . Wissaert fils, que cette œuvre de d é b u t classe parmi\nles spécialistes d'avenir.\n   N o u s avons d o n n é u n e belle reproduction de cette magnifique plaquette ,\nqui de l'avis d e tous les connaisseurs est un petit chef-d'œuvre, d a n s notre\nfascicule d'octobre 1908.\n                                               ***\n   I n s t i t u t M u s i c a l d ' i x e l l e s . — U n e tentative originale, en matière\nd'auditions musicales, aura lieu prochainement à Bruxelles, sous les auspices\nde l'Institut Musical et Dramatique d'ixelles et avec des éléments appartenant\nà l'Institut.\n   Il s'agirait d'acclimater chez n o u s un genre d'audition pratiqué depuis\nnombre d'années en Allemagne sous le nom de Musik-Ausiellungen ( « E x p o ­\nsitions » de m u s i q u e ; , séances destinées à faire connaître les œuvres nouvelles,\nde bon style et de petite difficulté, de nature à intéresser la grande masse\ndes a m a t e u r s .\n   De jeunes élèves d e l'Institut exécuteront des morceaux pour p i a n o à deux\nou à quatre m a i n s , pour violon, etc., le tout encadré d'une causerie qui\nsera faite p a r M. E . Closson.\n   Des invitations p o u r r o n t être obtenues à l'Institut d'ixelles, 6 1 , rue de la\nLongue-Haie, ainsi que chez les p r i n c i p a u x éditeurs.\n\n                                               * * *\n   L i b r a i r i e V a n O e S t . — À la librarie nationale d'art et d'histoire\nVan Oest et C ie (16, place du Musée, Bruxelles) paraîtra incessamment un\nouvrage important de notre collaborateur Arnold. Goffin. E n voici l'objet :\nSaint F r a n ç o i s d a n s l a l é g e n d e e t d a n s l ' a r t p r i m i t i f i t a l i e n .\n   Saint François dans la légende primitive. Saint François dans l'art primitif : L'âge\nde la force, l'âge de la grâce.\n   U n volume grand in-8°, enrichi d e lettrines et de nombreuses illustrations\nhors texte.\n   A r n o l d Goffin a publié encore les livres suivants dont nous avons fait\nl'éloge ici-même et que n o u s r e c o m m a n d o n s i n s t a m m e n t à l'attention des\nlecteurs amateurs d'art et de belle littérature.\n   T h i e r r y B o u t s : Collection : Les grands artistes des Pays-Bas (éditeur Van\nOest, Bruxelles; prix 3 fr. 50). Volume illustré.\n   P i n t u r i c c h i o . — Collection : Les grands artistes (éditeur L a u r e n s , P a r i s ;\nprix 2 fr. 50). Volume illustré.\n\n\n  L i b r a i r i e D e w i t . — E n vente à cette librairie (53, rue Royale,\nBruxelles).\n  L i t t é r a t u r e d'aujourd'hui, par notre collaborateur F i r m i n V a n d e n\nBosch :\n  I. L e s c r i t i q u e s : Brunetière, Ernest Charles, Edmond Biré, Henry Bordeaux,\nEugène Gilbert, Georges Rency, L. Dumont-Wilden, Fierens-Gevaert, F. Mahutte.\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "128                                  DURENDAL\n\n\n\n  II. L e s R o m a n c i e r s : Barrès, Bourget, Bazin, J.-K. Huysmans, Les frères\nMargueritte, Jacques Debout, Arm. Praviel, Georges Virrès, Courouble, des Ombiaux,\nGlesener.\n  I I I . Opinions.\n\n\n  A paraître prochainement :\n  L'Ame d e s S a i s o n s : P o è m e s , par notre collaborateur V i c t o r Kinon. A\nparaître chez l'éditeur Larcier, 26, rue des Minimes, Bruxelles.\n  L'Arc-en-ciel : Poèmes de notre secrétaire P i e r r e N o t h o m b , à paraître\naux éditions de D u r e n d a l , 22, rue du Grand-Cerf, Bruxelles.\n\n\nAccusé de réception :\n   A R T : La peinture en Belgique, par FIERENS-GEVAERT. Fascicule IV. Les\nPrimitifs flamands : H u g o Van der Goes. Justus d e G a n d . L e maître de la\nlégende de sainte L u c i e . Simon M a r m i o n . Volume illustré (Bruxelles, Van\nOest). — Victor Rousseau, par MAURICE DES OMBIAUX. Volume illustré. Collec­\ntion : Les artistes belges contemporains (idem). — Adrien Brouwer et son\névolution artistique, par F . SCHMIDT-DEGENER. Volume illustré (idem). —\nFranz Courtens, par GUSTAVE VAN Z Y P E . Volume illustré. Collection : Les\nartistes belges contemporains (idem). — Malines jadis et aujourd'hui, par\nL É O P O L D G O D E N N E , avec une introduction historique du chanoine Kempe­\nneer. Volume illustré (Malines, Godenne).\n   H I S T O I R E : Le mouvement scientifique en Belgique (1830-1905). Les sciences\nhistoriques, par K. HANQUET. — Godefroid Kurth, avec une bibliographie de\nses travaux (1863-1908), par K. HANQUET. Extrait des Mélanges Godefroid\n Kurth (Liége, Vaillant-Carmonne).\n    L I T T É R A T U R E : Saint Simon. Collection des plus belles pages. Notice\nd'EDM. BARTHÉLÉMY ( P a r i s , Mercure de France). — Femand Séverin, par\nG. RODRIGUE (Bruxelles, Le Thyrse). — Léon de Monge, par P . RENAULT\n(Bruxelles, Société belge de librairie), — L'idéal du XIXE siècle, par MARIUS­\nARY LEBLOND ( P a r i s , Alcan).\n    M U S I Q U E : Le chant populaire à l'église. Collection de m u s i q u e religieuse\npubliée par la SCHOLA CANTORUM. Musique et texte français : chant pour la\nréception d'un évêque. Cantiques grégoriens pour les grandes fêtes de l'année.\nCantiques traditionnels, etc. ( P a r i s , bureau d'édition de la Schola, 269, rue\nSaint-Jacques; dépôt à Bruxelles, chez Breitkoff et Haertel). — Principes de\nchant grégorien, par u n Prior scholae (idem).\n    P O É S I E : Le Chemin qui monte, par NICOLAS BEAUDUIN ( P a r i s , Sansot). —\nPar la Vie, par MARIE VAN ELEGEM (Bruxelles, Larcier).— La Rose entr'ouverte,\n par R E N É TURPIN (Paris, P l o n ) . — Les Poètes du Terroir du XVe au XX siècle.\n Textes choisis a c c o m p a g n é s de notes biographiques, d ' u n e biographie, de\n cartes des anciens pays de F r a n c e , par A D . VAN BEVER. T o m e I e r (Paris,\n Delagrave).\n    R O M A N S : Immortelle Pologne, par GABRIEL DAUCHOT (Paris, P e r r i n ) .\n — Ceux de chez nous, par L o u i s BOULE (Paris, P l o n ) .\n    T H É Â T R E : Vivia Perpetua, par E D . DE TALLENAY (Bruxelles, Larcier).\n    V O Y A G E S : Un Allemand en France en 1874. Notes de voyage de H E N R I\n HANSJA K U B . T r a d u i t de l'allemand par M. Virot (Bruxelles, Société belge\n de librairie).\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": ""}, {"page_pdf": 157, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1909-02", "signet_source": "Seizième année - N°2 - Février 1909 (?)", "preuve": "Couvertures absentes. Livraison suivant celle de janvier (pages 1-64), pages 65-128. La Correspondance publie une lettre datée du 18 janvier 1909 et renvoie à « votre livraison de janvier » ; les Notules mentionnent l’assemblée de la Société des Amis de la Médaille d’art du « dimanche 24 janvier » ; la notice sur Tinel annonce Katarina « fin février ».", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}