{"numero_id": "ulb-durendal-1909-livraison05", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-001", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 273, "page_fin": 282, "titre_corps": "Joris-Karl Huysmans d’après sa correspondance inédite", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Mœller", "ancre_debut": "Huysmans d'après sa correspondance inédite (Suite)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 328, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "Huysmans\n   d'après sa correspondance inédite\n                             (Suite)\n\n\n\n\n              A lettre suivante de mon ami J.-K. Huysmans est\n                 une des plus importantes qu'il m'ait écrites. Il\n                 y raconte sa visite aux moines de Solesmes. Il y\n                 allait dans le but et l'espoir d'y résoudre défi­\n                 nitivement la question de sa vocation. Dès le\n                 principe de sa conversion Huysmans se sentait\n                 attiré vers le cloître. La vie monastique, telle\n                 qu'elle est pratiquée par la congrégation béné­\ndictine fondée par dom Guéranger, cette vie toute imprégnée\nde la grande liturgie catholique que J.-K. Huysmans aimait\navec passion, le fascinait. Mais cette vie était-elle compatible,\net avec une santé débile comme la sienne, et avec ses travaux\nlittéraires? A mon avis elle ne l'était pas. La vraie vocation\nde J.-K. Huysmans était de servir Dieu et l'Eglise dans le\nmonde, tout en y menant une vie de moine. C'est la solution que\nDieu lui-même donna plus tard à la question, dans la personne\ndu directeur de conscience de l'écrivain. En attendant, Huys­\nmans, qui voulait en avoir le cœur net, part pour Solesmes. Les\nentretiens qu'il a avec l'abbé aboutissent malgré tout, momen­\ntanémentdu moins, à son admission, avec l'obédience de retour­\nner cependant à Paris en attendant l'heure propice d'entrer au\nclokre. Cette lettre prouve à l'évidence combien le désir de\nJ.-K. Huysmans de se consacrer à Dieu était sincère. S'il ne se\nfit pas moine c'est parce que Dieu lui-même lui manifesta plus\ntard que telle n'était pas sa volonté.\n   Il y a aussi dans cette lettre un passage des plus curieux sur\nles moniales de Sainte-Cécile, sur leur vie admirable partagée\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "274                                DURlïNDAL\n\n\n\nentre D i e u , le Plain-chant et les plus fortes études, et spéciale­\nm e n t sur l'Abbesse de Sainte-Cécile, femme a b s o l u m e n t supé­\nrieure, m y s t i q u e , à vues larges et élevées. Sa h a u t e intelligence\ne t s a foi éclairée lui avaient révélé la vraie n a t u r e d e laconversion\nde H u y s m a n s . L o i n de mettre celle-ci en d o u t e , elle lui dit clai­\nrement toute son a d m i r a t i o n en cette parole à la fois si péné­\ntrante et si p i t t o r e s q u e : Vous ! vous êtes entré dans l'Eglise par le\ntoit! C o m b i e n elle avait raison! U n e parole pareille, dite p a r\nu n e sainte et qui était en m ê m e t e m p s une intelligence d'élite,\ncompensa a m p l e m e n t H u y s m a n s pour les a t t a q u e s lourdes et\nimbéciles de certains catholiques incompréhensifs, q u i , o u t r e\nqu'ils n'étaient certes pas des saints, t a n t s'en faut, étaient des\nâmes médiocres et des esprits étroits.\n\n                                                          Paris, 22 octobre 1896.\n                    MON   CHER   ABBÉ,\n\n   Je suis de retour, depuis quelques jours, de Solesmes où je me suis attardé,\nretenu par les bons amis de ce cloître. J'y ai été reçu à bras ouverts et traité\ncomme un des leurs. Il est vrai que l'engagement est pris. Dom Delatte, qui\nest un grand moine, après de longs entretiens, m'a pris, un jour, dans sa cel­\nlule et me fixant avec ses bons yeux, m'a dit : \" Quand venez-vous? \" J'ai un\npeu tremblé, car je n'ai pas l'âme bien brave, puis enfin je n'ai pu mieux faire\nque de lui prendre la main, et de lui baiser, en guise de soumission, l'anneau.\nIl m'a embrassé et ce fut fait. Il est donc probable que vers la fin de l'année\nprochaine, quand je pourrai me faire mettre en disponibilité au Ministère et\nattendre, quelques mois, ma retraite, j'entrerai définitivement dans le cloître.\n   Solesmes est extraordinaire. Les offices y sont splendides et il y a là de\nvrais bons moines. Le Père abbé Dom Delatte est très simple et de grand\ncœur, et d'idées larges ; mais il y a au-dessus de tout ce monastère un être\nd'une intelligence presque plus qu'humaine et, qui plus est, une sainte, c'est\nl'Abbesse de Sainte-Cécile, le monastère des Bénédictines de Solesmes; j'ai\neu de longs entretiens avec elle et elle a été pour moi vraiment exquise. Elle\navait toujours défendu En Route et elle me disait, en souriant, en me par­\nlant des pages mystiques du livre : « Vous, vous êtes entré dans l'Eglise par\nle toit. »\n   La douceur ferme de celte abbesse qui a fait des couvents de pur moyen\nâge où les nonnes font dix ans de latin, de l'exégèse, des études continues, et\npeignent des miniatures comme jadis, et brodent en artistes d'antan, est\nincroyable. Elle me reste inoubliable, comme le plain-chant de ses filles. Qui\nn'a pas entendu les Matines de Nuit chez elle, n'a rien entendu. Ce ne sont\nplus des voix de femmes roucoulantes, comme celles de Paris. Elles sont séra­\nphiques et viriles. C'est plein d'élans admirables ; elles montent à l'assaut\ncomme sur un escalier de psaumes, jusqu'à Dieu. Dire qu'à la fin duXIXesiècle\ncela existe !\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3071, "texte": "      J.-K. HUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE INÉDITE                       275\n\n\n   Comme vous le voyez, le voyage à Solesmes ne fut pas vide. Je pense y\naller passer la Semaine sainte. D'ailleurs, maintenant que je semble destiné à\ny vivre, il me faut m'y acclimater, en y allant le plus possible. Pourvu que\nla santé se maintienne à peu près! A force de suivre un régime de nourriture\nclaustrale, je suis arrivé à me remettre vaguement, mais en ces cas-là je crois\nbeaucoup plus à la sainte Vierge qu'à tous les médecins de la terre et j'espère\nqu'Elle arrangera tout.\n   Je passe pour l'instant une douloureuse crise, je suis obsédé par le cloître,\net avec cela, pris de peur quand même, car la vie de Solesmes est assez dure,\nla règle bénédictine y étant suivie à la lettre. Et toutes les lâchetés me\nremontent. Si bien que je vis en un éternel débat; poussé en avant et n'osant\navancer, incapable de tout travail. Enfin, j'espère que tout cela se tassera et\nque je vais reprendre mon équilibre. La pauvre âme que j'ai tout de même !\nVoilà plus de cinq ans que je suis allé, la première fois, à la Trappe et que\nj'ai renversé ma vie; j'ai toujours depuis lors désiré la vie monastique et main­\ntenant que le moment est proche, je défaille ; c'est absurde ! Je sais bien que\nj'irai, mais je vais être joliment habile jusque-là, à me faire souffrir. Heureu­\nsement que Chartres est sur la route de Solesmes et, là, je ne sors jamais\n de la vieille crypte où Elle vous écoute toujours,'sans être consolé et raffermi.\n    Voilà, mon cher Abbé, le récit bref de mon voyage que vous me demandez.\n    Vous avez bien raison de ne pas répondre aux attaques de presse dont\n vous parlez. A quoi bon? J'ai depuis bien longtemps pris ce parti-là, laisser\n dire. L'on a récemment écrit dans l'Evénement qu'on avait découvert l'endroit,\n où j'assistais, tous les soirs, à la messe noire; je n'ai rien répondu, jugeant\n inutile de discuter de telles bourdes. Il faut se dire d'ailleurs que cela fait\ngagner quelques sous à des gens qui en ont besoin ; les échos de ce genre-là\n étant toujours pris par la presse. Dès lors, cela désarme.\n    Priez pour moi, mon cher Abbé, car j'en ai grandement besoin, vous le\n voyez du reste, et à bientôt.\n    Votre bien affectueusement dévoué                         J.-K. HUYSMANS.\n\n  La préface dont il est parlé dans la lettre qui suit est celle\nque Huysmans écrivit pour le livre de Jules Bois sur le sata­\nnisme. Il m'en donna la primeur pour Durendal. Le livre de\nBois, sans être précisément écrit dans un esprit catholique,\nesprit que l'auteur ne pouvait avoir, n'étant pas catholique lui-\nmême, du moins à ce moment-là, était le fait d'un écrivain\ndroit, sincère et loyal.\n  MINISTÈRE                                        Paris, le               189 .\nDE                                                       Dimanche matin.\nL'INTERIEUR\n                   MON BIEN CHER A B B É ,\n\n  Je vous envoie la première partie de la préface; elle est déjà longue; puis\nBois me demande de ne donner qu'un fragment, attendu qu'elle doit paraître\n"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "276                               DURENDAL\n\n\n\nen entier dans le Figaro, qui n'en voudrait plus si elle n'était plus du tout\ninédite.\n   C'est, au reste, la partie la plus intéressante. Le volume de Jules Bois,\nLe Satanisme et la Magie, paraîtra dans le courant de ce mois. Il est très curieux,\ntrès documenté et qui plus est, écrit dans une langue d'art.\n   Il est aussi assez bizarrement illustré et contient des portraits curieux, tels\nque celui de Vintras.\n   Il paraît chez Choilley, éditeur, 8, rue Saint-Joseph.\n   Je vous donne ces renseignements pour le cas où ils vous seraient utiles.\n   Bien à vous, mon bien cher Abbé.\n   Votre respectueusement dévoué\n                                                            J.-K.    HUYSMANS.\n\n\n   Une grande dame romaine ayant demandé au baron de\nHaulleville de lui procurer un autographe de J.-K. Huysmans\npour une fancy fair organisée par elle à Rome, dans un but cha­\nritable, il me pria de transmettre cette requête à l'écrivain.\nC'est à quoi il est fait allusion dans le billet qui suit.\n                                                               26 décembre 1896.\n\n                   M O N CHER   ABBÉ,\n\n   Je trouve, retour de Chartres, où j'ai passé de délicieuses heures près\nd'Elle dans la crypte, votre lettre.\n   Je vous copie un petit passage sur la symbolique des pierreries de mon\nlivre. J'espère que votre quémandeuse sera satisfaite.\n   Je suis, avec cette fin d'an, accablé de lettres; aussi ne puis-je vous écrire\nlonguement, comme je le voudrais, et vous raconter un tas de choses; ce sera\npour des temps plus calmes, une fois les obsessions du premier an terminées.\n   En tous cas, cher Abbé, je vous souhaite et de tout cœur une année de joie\nde l'esprit et de soulas d'âme — accompagnée d'une nécessaire santé.\n   Bien affectueusement à vous.\n                                                             J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n   J.-K. Huysmans répond dans la lettre qu'on va lire à diverses\nquestions que je lui avais adressées, d'abord au sujet d'une\nconférence qu'on sollicitait de lui pour Bruxelles par mon\nintermédiaire et qu'il refuse, ayant en horreur de s'exhiber en\npublic; ensuite sur la valeur littéraire et autre d'écrivains fran­\nçais que les circonstances de la vie avaient mis sur mon che­\nmin. Il me parle en outre dans cette lettre (et la suivante) de\nson prochain livre : La Cathédrale, du problème de sa vocation\nmonastique qui pendant longtemps encore devait tourmenter\nsa pauvre âme si anxieuse de connaître et de suivre la volonté\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3066, "texte": "       J.-K. HUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE INÉDITE                        277\n\n\nde Dieu et d'une préface pour une nouvelle édition d'En Route,\nsollicitée par l'abbé de La Trappe où il s'était converti.\n\n                                                            Paris, 4 février 1897.\n                   MON CHER ABBÉ,\n\n   Procédons par ordre : 1° L'affaire X... Je vous avouerai qu'elle m'égaie.\nAyant en parfait dégoût toutes ces palinodies et ces réclames, je les ai toutes\nécartées à Paris. Je me vois prenant le train de Bruxelles à ce? Au fond, c'est\ncomique et bête !\n   2° Y... a été mêlé aux affaires d'un journal, qui a valu tant de prison à un\nde ses collaborateurs pour diffamation. Je ne sais même pas si X... n'en a\npas eu et s'il n'a pas pris la fuite pour cela. (Affaire des faux chèques du\nPanama.) En tous cas, c'est un homme qui n'existe pas dans le monde litté­\nraire de Paris et est mal coté. Je vous conseille de vous défier fortement\nde lui ; c'est un aventurier.\n   3° Z... Je ne sais avec quoi et comment il peut vivre. A Paris, c'était un\nincorrigible bohème, toujours saoul. Il a eu des histoires avec N . . . , et ils\nse sont lardés tous les deux à coups d'épée dans une pièce. A part ces\nhistoires, pas méchant homme, je crois. Cerveau brumeux et fumeux. Je ne\ndirai pas comme pour Y... qu'il faut absolument vous défier de lui, car je ne\nle crois pas malhonnête et, en tous cas, il est fort supérieur à l'autre au point\nde vue de la distinction de l'esprit, mais vous ferez bien tout de même de ne\npas trop vous lier.\n   Rien de neuf ici. Je suis littéralement abruti de travail. Le livre avance,\nmais si lentement. Au fond, je me .suis fourré dans un guet-apens d'érudi­\ntion; c'est un monde à soulever que toute la grande symbolique au moyen\nâge, dans toutes ses branches architecture, couleurs, pierreries, flore,\nfaune, etc. La flore, à elle seule, m'a crevé, et à Solesmes on a mobilisé deux\nmoines pour faire des recherches !\n   Je suis, comme vous le voyez, en rapports constants avec ce monastère, ou\nen correspondance avec Mme l'Abbesse, dont je veuxd'ailleurs parler dans mon\nlivre. Je suis un moine en obédience au ministère, comme dit dom Delatte.\nMais il y a toujours cette question de santé, qui est bien inquiétante. Je con­\nnais des pauvres pères, là-bas, qui supportent si mal le régime, que ce n'est\npoint sans donner des appréhensions. Enfin, j'espère toujours que le Ciel\narrangera cela.\n   Au point de vue âme, je suis plus tranquille, étant, malgré les bêtises\ntentationnelles à ce sujet, bien convaincu qu'il n'y a que le cloître de propre\nde logique au monde et le seul endroit où l'on soit vraiment, vraiment près\nde Lui.\n   La préface dont vous me parlez ne signifie pas grand'chose. Je l'ai faite,\npour vous dire la vérité, sur la demande expresse de l'abbé de La Trappe,\nennuyé que le nom de son abbaye ne figurât point dans le livre.\n   C'est bien de sa faute, au reste, car avant de faire paraître En Route, je l'ai\nconsulté à ce sujet, et il a été pris d'une telle peur que, pour lui être agréable,\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "278                              DURENDAL\n\n\nj'ai affublé sa Trappe d'un pseudonyme. Enfin, tout est pour le mieux\nmaintenant.\n    A bientôt, mon cher Abbé, ne m'oubliez pas dans vos prières et bien affec­\ntueusement à vous.\n                                                            J.-K.   HUYSMANS.\n\n   J'ai appris aujourd'hui même que les jésuites de la rue de Sèvres m'avaient\nfait suivre, le vendredi, dans un restaurant où je déjeune parfois, le matin,\npour s'assurer si je faisais maigre.\n   S'étant aperçu que je ne mangeais pas gras, ce jour-là, ils ont enfin conclu\nque j'étais converti !\n   Est-ce assez misérable, assez bête ! !\n\n                                                            Paris, 28 mars 1897\n                   MON CHER ABBÉ,\n\n   Point n'ai vu encore M. Carton de Wiart. Enfin, quand il viendra, il sera\nle bienvenu. Je n'ai pas besoin de vous le dire.\n   Rien de neuf en cette ville. Je suis toujours plongé dans mon livre, noyé\ndans la symbolique, écrasé par les masses de la Cathédrale. Petit à petit\ncependant le labeur touche à sa fin et j'aperçois dans le lointain le moment\noù je pousserai le ouf d'un homme qui se bat depuis trois ans avec le moyen\nâge!\n   C'est égal, après celui-là, je ferai des volumes moins longs et moins\npénibles.\n   Bien affectueusement à vous, mon cher Ami.\n                                                            J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n  Au mois d'avril 1897 mourut à Paris l'écrivain catholique\nCharles Buet dont, on s'en souvient sans doute, Huysmans se\nservit, ainsi que je l'écrivais au début de ces articles, pour\nentrer en correspondance avec moi. Dans la lettre que voici,\nHuysmans me parle de la mort et de l'enterrement de Buet\nainsi que de ses deux fils.\n\n   MINISTÈRE                                           Paris, le 4 septembre 1897.\n        DE\n L'INTÉRIEUR\n\n                        M O N CHER A M I ,\n\n   L'adresse de Buet est toujours 67, rue de Clichy, mais je ne sais trop à\n qui il faut s'adresser maintenant. Voici sa situation : Ferdinand, le fils aîné,\n malade de la poitrine, est à Arcachon et on lui a caché, je crois, le décès de\n son père. Un autre fils fait son volontariat à Reims. Le troisième enfin,\n novice chez les Prémontrés de Mondaye, doit être à Paris encore, François\n de Sales Buet. Ce serait à lui qu'il faudrait écrire. En tous cas, la lettre\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3017, "texte": "      J.-K. HUYSMANS D ' A P R È S SA CORRESPONDANCE INÉDITE                279\n\n\nserait renvoyée à son couvent, en admettant qu'il y soit retourné, ce que je\nne pense pas.\n   Détail affreux et dont l'ironie est vraiment atroce. Le convoi du pauvre\nBuet était désert et il n'y avait de couronnes visibles, de grandes, qu'une,\nportant ce titre : Le grand Guignol!!! Elle avait été portée par les cabotins\nd'un petit théâtre de ce nom dans lequel on répétait une pièce de Buet.\n   Voyez-vous cela derrière le cercueil d'un écrivain catholique, suivi des deux\nfils, l'un en soldat, l'autre en moine !\n   Que toute cette histoire est triste! Enfin, le pauvre homme a été assez\nmalheureux pour que Dieu l'ait accueilli à bras ouverts, Là-Haut.\n    Je ne sais à quel portrait de moi vous faites allusion. Van den Bosch n'a,\nje crois, que le portrait de Valloton que je vous ai également envoyé. Je n'en\nconnais pas d'autres, sinon les photographies des hommes chez eux dont je\nvous ai également expédié des exemplaires. L'on n'en a pas fait d'autres, à\nma connaissance, du moins.\n    Quant à la date d'apparition de la Cathédrale, elle est peu sûre. Le volume\ndoit paraître au commencement de février, mais je n'ai pas encore les\népreuves de la seconde moitié du livre, et d'autre part, comme d'après traité,\nle volume doit paraître, le même jour, à Paris, et en anglais à Londres et à\n New-York, il y aura vraisemblablement, d'un côté ou de l'autre, des retards.\n Les traducteurs travaillent sur les épreuves, qu'ils reçoivent en même temps\nque moi. Mais la fabrication sera de durée différente, selon les pays, sans\n doute.\n    Je suis fort ennuyé avec cela. Je suis grippé et rhumatisant, pour l'instant,\naffligé de douleurs de tête atroces. Quand je vais être un peu remis, je vais\n m'atteler à vos épreuves et vous les envoyer sans retard.\n   Je repense au portrait. — Je ne connais pas le Suisse Valloton qui a fait le\nportrait de Van den Bosch, mais il me semble que vous pourriez le repro­\nduire, sans avoir d'ennuis. Il figure en tête d'une traduction à'A Rebours\nparue ce jour-ci, à Berlin, et dans le volume des Masques de Gourmont.\n    Bien affectueusement à vous.\n                                                            J.-K.   HUYSMANS.\n\n   Les lettres qui suivent ont toutes rapport à la lutte intérieure\nqui continuait à torturer l'âme de J.-K. Huysmans au sujet de\nla question de savoir si, oui ou non, Dieu l'appelait à la voca­\ntion monastique et, dans l'affirmative, dans quelle abbaye il\ndevait se retirer. Ces lettres sont belles. Elles affirment un\ndésir sincère et sérieux de faire la volonté de Dieu. Mais celle-\nci ne se manifeste pas clairement dans le sens d'une vocation\nreligieuse. Au contraire, son nouveau directeur de conscience nie\nabsolument celle-ci. Malgré cela — et ici l'humilité de Huys­\nmans est touchante — le grand écrivain met ses hésitations sur\nle compte de sa lâcheté, à tort, puisque lui-même m'écrit :\nJe serais obéissant, si j'avais une certitude, mais je ne l'ai pas.\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3071, "texte": "280                               DURENDAL\n\n\n                                                          Paris, le 28 octobre 1897.\n\n                        MON CHER ABBÉ,\n\n   Je suis accablé d'ennuis pour l'instant, mes affaires au Ministère vont assez\nmal et je vais être obligé de demander ma retraite, au mois de février\nprochain, dès l'apparition de la Cathédrale. Quitter ce milieu de francs-maçons\nn'a rien de douloureux, mais il y a la question de vie qui est plus inquiétante.\nLa retraite est presque nulle et il faut un an pour la liquider. Si bien qu'en\nprévision des mauvais jours, j'ai dû accepter d'entrer dans un journal et d'y\ndonner des tranches de mon livre. Cela me dégoûte plus que je ne saurais\ndire, mais comment faire autrement.\n   Quant à Solesmes, je suis dans une obscurité absolue. Ces braves gens\nm'attendent pour février, mais il y a bien des choses qui ne me prennent pas\nl'âme là. Si j'avais plus de santé, ce que j'irais plus volontiers à La Trappe,\npour laquelle je me sens plus d'attirance. Enfin, il n'y a qu'à attendre et à\nprier. Peut-être aurais-je une clarté. C'est affreux tout de même de se battre\nainsi dans des ténèbres et cela est un surcroît de tribulation bien lourd\nà porter quand on a les épaules faibles. Priez un peu pour tout cela, mon\ncher abbé, et bien affectueusement à vous.                  J.-K. HUYSMANS.\n\n  MINISTÈRE                                              Paris, le 30 octobre 1897.\n       DE\nL'INTÉRIEUR\n\n                   MON CHER ABBÉ,\n\n   Solesmes ! — J'ai déjà pensé à Maredsous, mais j'ai peur que cette impres­\nsion gênante de grand séminaire, d'immense caserne que j'éprouve à Solesmes\nn'existe là-bas aussi, dans ces armées de moines. Je ne me sens à l'aise que\ndans de petits monastères, dans des coins intimes, et j'ai crainte que ni l'une\nni l'autre de ces deux abbayes ne soit mon fait.\n   Au reste, je ne sais. Tout cela est difficile à expliquer. Je suis reçu comme\nl'enfant de la maison à Solesmes, j'y ai de bons et de sûrs amis; tous m'ont\nrendu service pour mon livre, s'attelant à des recherches, compulsant des\ntextes pour ma symbolique; Mme l'Abbesse est en correspondance avec moi\net j'ajoute qu'au point de vue de la direction de l'œuvre, le Père Abbé est un\nmaître homme. J'en parle savamment, me confessant à lui, quand je vais\ndans le monastère..., etc., e t c . . Je ne me sens pas chez moi. J'ai une sorte de\nrépulsion, de fatigue, d'ennui, une intuition que ce n'est pas là le havre que\nje cherche.\n   Je m'en vais, et, revenu à Paris, tout ce côté pénible, inanalysable s'enfuit.\nJe regrette ma petite chambre, j'ai envie d'y retourner, quelque temps se\npasse encore et, débarrassé des phantasmes, je suis bien obligé de m'avouer\nque je ne me vois pas en moine-là.\n   Bien entendu, je prie de mon mieux pour obtenir une réponse — et rien.\n   Le tout se complique que Solesmes est absolument persuadé que j'entrerai\nchez eux l'année prochaine et que si je n'y vais pas, ce sera une cruelle désil­\n lusion pour ces braves gens. Enfin, dans de telles questions, l'on ne fait pas\n"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3105, "texte": "       J.-K. J-JUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE INÉDITE                      28l\n\n\nce que l'on veut; je suis soumis, je l'espère du moins. Je saurais, demain,\nd'une façon sûre, qu'il faut aller dans le cloître le plus dur, y vivre une dou­\nloureuse existence et y mourir; je saurais que telle est la volonté de Là-Haut;\nque j'irais sans broncher ; oui, vraiment, je le crois; ce qui est déconcertant,\nc'est d'avoir, dans des cas graves, très graves déjà, demandé des clartés, les\navoir eues et si nettement que le doute n'était pas possible ; et ce qu'on m'im­\nposait n'était pas cela que je voulais faire ! et maintenant de rester sans réponse\naucune.\n   En attendant, dès le printemps, je tiendrai la promesse que j'ai faite aux\nPrémontrés d'aller les voir; je retournerai encore à Solesmes, j'y resterai\nmême un peu longtemps — et après cela, nous verrons.\n   Dans tout cela, il y a manque de générosité, cela est certain. Il faudrait se\njeter à l'eau, se donner sans réticence, avoir plus de foi, plus de confiance.\nHélas ! il ne faudrait pas avoir, comme le mien, un esprit inquiet, habile à se\ntourmenter, voyant toujours tout un peu en noir. Tout de même, que tout\ncela est triste!\n   Bien entendu, je vous garderai un morceau pour Durendal, du livre. Je suis\npour le moment noyé dans des amas d'épreuves.\n   Bien affectueusement à vous.\n                                                             J -K.   HUYSMANS.\n\n  MINISTÈRE                                            Paris, le 19 novembre 1897.\n        DE\nL'INTÉRIEUR\n\n                    M O N CHER A B B É ,\n\n   Je réponds à vos diverses questions : i° Je m'arrangerai pour satisfaire\nà votre désir, au moment de Noël. Mais voilà, je pourrais vous envoyer diffi­\ncilement des choses courtes, le volume n'étant guère en morceaux, — ou, une\nmesse à la crypte de Chartres, mais détachée de son milieu, cela donnera-t-il?\nou tout le passage sur la symbolique des pierreries, au moyen âge — mais\nalors ne sera-ce pas aride! Je vous assure que ce n'est pas du tout commode\nà arranger.\n   Et j'envoie quelque chose à un journal dont j'ai déjà plein le dos. Le souci\nd'arranger l'article, chaque semaine, m'horripile. Je ne suis pas du tout fait\npour ça et je vous jure que c'est une cruelle épreuve que le Ciel m'inflige.\nPuis, je suis si mal contourné, que je ne puis faire plusieurs choses à la fois,\net si je dois continuer après l'apparition de la Cathédrale, à pondre des arti­\ncles, je n'arriverai pas à faire Sainte Lydivine. Je suis déjà assez occupé avec\nma malheureuse âme et ses perpétuelles disputes, sans encore avoir à faire\nmarcher plusieurs besognes de front.\n   Cette question de cloître est terrible, en effet. Je dois vous avouer qu'à\nl'heure actuelle, je suis un peu seul contre tous ; tout le monde, pour des\nraisons différentes, m'en détournant. J'avais jusqu'alors un prêtre de Saint-\nSulpice, un saint, qui était pour moi le meilleur des amis, un frère qui ne me\nquittait guère. Lui et l'abbesse de Solesmes me poussaient au cloître; l'abbé\n de Solesmes me presse toujours et, d'autre part, un bon vieil abbé bénédictin,\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3343, "texte": "282                                   DURENDAL\n\n\nDom R o m a i n , m'y engage aussi. L ' a m i dont je vous parlais, l'abbé Ferret,\nest mort et c'est u n de mes grands chagrins que cette perte d'une amitié vrai­\nment spéciale. Actuellement, sur son indication à son lit de mort, j'ai pris\np o u r confesseur l'abbé Bouyer, à Saint-Sulpice. C'est un très brave h o m m e\net u n b o n prêtre. L u i n'est pas p o u r le cloître et m'en d é t o u r n e . Si bien que\nballotté par les u n s et les autres, je vis d a n s cet état d'incertitude, de trouble\n— mal assuré de moi-même, vivant d a n s des alternatives d'élans et de reculs\n— poussé en avant par les lettres que je reçois des moines amis de Solesmes,\net allant à reculons, lorsque j ' y réfléchis. J e me d e m a n d e comment cela finira\net n'en ai, à vrai dire, a u c u n e idée. J e serais obéissant, je le crois, si j'avais\nu n e certitude, mais je ne l'ai p a s .\n    J e vous parlais de m a n q u e de générosité — hélas ! cela est sûr — et je n'ai\nplus douté, depuis un certain soir, où très durement cette vérité me fut dite\npar u n e bien étrange femme. Parfois, l'abbé F e r r e t m'avait parlé d'une péni­\ntente à lui, u n e sainte créature qui avait la vocation bénédictine et qu'il avait\néprouvée de toutes les manières. C'était une p e r s o n n e très p a u v r e . Il y avait\ndes obstacles de toutes sortes à son entrée a u cloître. J e fus mêlé à cette\naffaire, en intervenant a u p r è s de M m e l'Abbesse de Solesmes. Bref, son entrée\nen clôlure au monastère de W i s q u e , la fille aînée de la maison mère de\nSolesmes fut résolue.\n    L a veille de son départ, cette femme que je n'avais jamais vue vint me voir;\net je demeurai ébloui par la radieuse beauté de cette âme, transfigurant en\nquelque sorte un visage plutôt laid. Jamais je ne vis joie pareille. Elle sortait\nde p a r t o u t . Avant de me quitter, elle me d e m a n d a de prier pour son noviciat,\ns'engageant, de son côté, à prier pour mon entrée au cloître dont l'abbé\nm'avait entretenu. E t comme je lui expliquais mes hésitations, les difficultés\nqu'ajoutait la question de la littérature en cette affaire, elle s'enflamma, me\ndit avec u n ton inoubliable, le tréfonds de m o n â m e , l'éclairant vraiment de\nses remarques, finissant par s'indigner et me reprocher m o n m a n q u e de-géné­\nrosité. Elle avait raison, la sainte fille; q u a n d elle fut partie,je vis en effet clair.\n    J'ai eu, depuis, de ses nouvelles par l'abbesse d e Solesmes qui la tient en\nhaute estime et la considère comme un sujet extraordinaire et c o m m e u n e\nsainte.\n    Mais voilà bien des histoires que je vous inflige, mon cher Ami ; que voulez-\nvous, tout cela m'intéresse b e a u c o u p plus que la littérature, je vous prie de\nle croire. Vivre en Dieu me paraît la seule chose souhaitable, la seule qui\nimporte, ici-bas. Ah ! ce que je voudrais avoir u n e indication sûre, pour me\ndécider.\n    Plaignez-moi et priez pour moi, cher Ami.\n              Bien votre.                                         J.-K. HUYSMANS.\n\n   (A continuer.)                                                       HENRY   MŒLLER.\n\n                            R e p r o d u c t i o n i n t e r d i t e (1).\n\n\n   (1) Nous interdisons formellement la reproduction de cet article et des lettres de\nJ.-K. Huysmans qu'il renferme.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-002", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 283, "page_fin": 284, "titre_corps": "La mort du cantonnier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "La mort du cantonnier Le cantonnier est mort de froid", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 338, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "La mort du cantonnier\n\nLe cantonnier est mort de froid,\nsur la route, au pied du poteau\nqui trace sur les hauts   plateaux\nle geste de ses bras en croix.\n\n Avec son pic et sa pioche\n  — quand après le départ des cloches\n au samedi-saint des crécelles\n j'irai à la bécasse —\n sur la route où les eaux     ruissellent,\nje ne le verrai plus\n dresser sur le talus\n les mille cailloux bleus qu'un autre caillou     casse.\n\n Le lundi de la Pentecôte,\nje ne le verrai plus aux rives de la Lesse,\n dans l'herbe haute\n et les fleurs jaunes,\n lancer avec souplesse,\n aux remous clairs où la truite\n est en fuite,\n la mouche     d'aulne...\n\nMais le soleil devient plus tendre.\nSur la route que juin pavoise,\nla lumière d'un bleu d'ardoise\ns'étend comme une tiède cendre.\n\n Je pousserai ma bicyclette jusqu'en    haut...\n Le nickel brille. Elle est légère.\n Dans les bouleaux\nj'entends un ramier qui roucoule,\n et sur les fossés se déroule\n la crosse épiscopale et svelte des fougères.\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1281, "texte": "284                      DURENDAL\n\n\n      Mais je ne verrai plus, sous son casque de paille,\n      Gruslin qui me disait : « Vous voilà de retour.\n      » Tout va bien au village et les blés seront lourds.\n      » J'ai entendu hier soir un premier cri de caille,\n      » et vos épiceas font une belle pousse... »\n      Je ne m'assiérai plus près de lui sur la mousse.\n      Il ne me tendra plus son vieux sac à tabac.\n\n      Avec sa bêche et sa pioche\n      on l'a descendu en traîneau,\n      là-bas,\n      dans son inutile    manteau,\n      la pipe vide dans la poche...\n\n      Ah ! il ne sifjle plus comme aux soirs de septembre,\n      lorsqu'il rentrait gaîment au chant des grives\n      vers la fumeuse      chambre\n      où du lard et des crins sont pendus aux   solives...\n\n      Mais pendant trois jours et trois nuits\n      la neige molle sur la route\n      s'en va descendre pour celui\n      dont c'est le deuil et les absoutes.\n\n      Et lorsque, enfin, de son taudis\n      il ira vers l'église\n      qui dans le gel là-haut    s'aiguise,\n      il glissera si doucement\n      sur les     empierrements\n      qu'il se croira déjà, sans aucun doute,\n      sur la grand' route\n      qui mène droit au Paradis.\n\n                                                 THOMAS BRAUN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-003", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 285, "page_fin": 286, "titre_corps": "Mon chêne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Della Faille de Leverghem", "ancre_debut": "Mon chêne A Monsieur Juliaan De Vriendt", "ancre_fin": "l’épreuve", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La rose et le scarabée", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 340, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1854, "texte": "Mon chêne\n                                    A Monsieur Juliaan De Vriendt.\n\n               UNE de mes fenêtres ouvre parmi les branches d'un\n                 très vieux chêne, si haut et si large, qu'il faut\n                 se pencher dehors pour l'apercevoir tout entier.\n                 De la place où j'écris, je vois se détacher sur un\n                 fond clair pailleté de soleil son énorme tronc,\n                 qu'un lierre enlace d'une étreinte séculaire,\n                 torse de Laocoon luttant contre une hydre aux\n                 mille tentacules...\n   Un peu plus haut les bras musculeux se tordent parmi les\nmasses confuses du feuillage, que les ardeurs de juillet piquent\ndéjà de points d'or.\n   Et l'ensemble de ce décor donne l'illusion d'une merveilleuse\ntapisserie Louis XIII, d'un Gobelin de rêve, où les saisons, les\nheures et les moindres brises se joueraient avec des couleurs et\ndes ombres d'une infinie variété.\n   A portée de la main, des rameaux étalent dans la lumière\nleur fine dentelle. Les petites feuilles innombrables ont des\ntransparences d'émeraude; et la pointe des plus jeunes se\nrelève d'une touche légèrement carminée. Toutes dorment au\nsoleil d'un sommeil léger. Un rien les agite ; et alors, les\ngouttes de rosée et les glands à peine formés luisent soudain,\net me regardent de leurs mille prunelles de diamant et d'aigue\nmarine.\n   Et c'est une douceur incomparable d'y reposer les yeux.\n   Et je me demande quelle puissance mystérieuse pompe, là,\ntout en bas, sous la mousse, la sève acidulée qui s'épanouit et\nse disperse là-haut, en millions et millions de folioles, toutes\nsemblables mais non pareilles, toutes façonnées d'après un idéal\ndont le type se retrouve, caractéristique, sous les différences de\nforme, de grandeur et de coloration. Et j'en cueille une poignée.\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1513, "texte": "286                              DURENDAL\n\n\nE t , les ayant superposées, voici que, de ces douze feuilles, pas\ndeux ne se trouvent identiques, cependant que toutes sont bien\nfeuilles de chêne, et que nul ne s'y trompera.\n   Je me d e m a n d e encore, en écoutant le bruit soyeux de ce\nfeuillage, quel souffle promène sous bois ses senteurs embaumées\net ce qu'il m u r m u r e aux oreilles vertes dressées pour l'écouter?...\nOui, oui, ce souffle porte une voix, et cette voix est souveraine,\net ce chêne la comprend ; car, même si ténue et si douce, et à\npeine perceptible, dès qu'elle s'élève, les lourdes frondaisons\ns'agitent et, docilement, se mettent à battre l'air sur des\ncadences molles de pankas.\n    E t la fenêtre qui regarde mon chêne me semblerait ouverte\nsur d'insolubles mystères si, derrière les rameaux et beaucoup\npar delà, je n'entrevoyais l'azur du ciel, l'azur profond couleur\nd'infini, qui est un tapis déroulé sous vos pieds, ô mon D i e u !\n    C'est pourquoi, vue à travers mon chêne, l'énigme de l'uni­\nvers ne m'angoisse ni ne m'épouvante. C h a q u e feuille qu'agite\nle vent est une langue qui chante son Créateur et raconte sa\npropre histoire. C h a q u e goutte de sève monte vers Dieu comme\nla rosée vers le soleil. A chaque souffle, les grands arbres s'in­\nclinent et saluent l'Auteur de la vie. E t la pousse printanière\nsort du gland entr'ouvert et s'oriente vers la lumière, comme\njaillit et s'élance à Dieu l'amour d'un eœur déchiré par\nl'épreuve.\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-004", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 286, "page_fin": 287, "titre_corps": "La rose et le scarabée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Della Faille de Leverghem", "ancre_debut": "La rose et le scarabée A Monsieur Josef Janssens", "ancre_fin": "clartés de l’Amour", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’Orage A Monsieur Ernst Wante", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 341, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 1513, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "La rose et le scarabée\n                                                A Monsieur Josef Janssens.\n\n   Dehors, malgré le frémissement trompeur des feuillages,\nl'âpre canicule embrase l'atmosphère; mais dans ma chambre,\nla pénombre des persiennes entrebâillées entretient un semblant\nde fraîcheur qui paraît exquise, et un léger souffle m'apporte\nl'haleine des seringas et des orangers.\n   I n d o l e m m e n t — la plume aux doigts par habitude — j ' a t t e n d s\nque le calme et l'ombre détendent ma fatigue et que mes yeux\néblouis s'accommodent à la demi-obscurité. E t je rêve...\n   U n mince rai de soleil tourne en rond sur le tapis. L e n t e -\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "                              L'ORAGE                            287\n\n\nment il se promène fil à fil, p a r m i les arabesques, en y allumant\nun incendie de j a u n e s , de bleus et de rouges...\n   E t voilà que — je ne sais pourquoi — je lève les yeux vers\nl'angle de la table : un rien fragile et merveilleux a surgi là\ntout à coup, de l'ombre, évoqué par le rayon magique.\n   U n rien : une rose dans un cornet de cristal, une rose thé\npleine de clartés et de parfum ; et, sur la rose, un petit scarabée\nvert aux reflets métalliques.\n   Accrochée par une épine, la fleur se balance au bord du vase.\nL e moindre mouvement de l'air la penche et la redresse, et l'in­\ncline de droite et de gauche, comme un bijoutier fait miroiter\nune g e m m e à la lumière.\n    E t , à chaque oscillation de la longue tige, un léger remous\nsoulève au fond de l'eau, une danse de paillettes d'or et de pous­\nsières d'émeraude, t a n d i s qu'aux mille facettes du vase s'al­\nlument et s'éteignent des éclairs d'arc-en-ciel.\n   Selon les caprices de l'éclairage, les pétales de la fleur sem­\nblent des coquillages rosés, des ongles de fée, des paupières\ncloses de chérubin; tour à tour, ils prennent la patine ambrée\n du vieil ivoire, un velouté de chair vermeille et les pâleurs irisées\nde certains cieux d'aurore.\n    E t , sur ce vivant bijou, — auquel les feuilles traversées de\nsoleil font un cadre d'émaux cloisonnés et translucides, — le\npetit scarabée promène sa clarté verte. E t lui aussi, tour à\ntour, s'illumine et s'éteint; et, q u a n d soudain, il rutile près de\ncette goutte de rosée, on dirait deux parcelles de soleil.\n    ... et, devant cet objet infime, qu'un simple rayon magnifie\njusqu'à un tel spectacle de beauté, je songe à ma pauvre âme\n obscure qu'un souffle de l'Esprit penche quelquefois vers la\n L u m i è r e et qui s'irradie alors des merveilleuses clartés de\n l'Amour!\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-005", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 287, "page_fin": 290, "titre_corps": "L’Orage", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Della Faille de Leverghem", "ancre_debut": "L'Orage A Monsieur Ernst Wante", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 342, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "L'Orage\n                                            A Monsieur Ernst Wante.\n\n   ... U n bruissement dans le feuillage de septembre, comme un\nfrisson de peur qui traverse la nuit... De temps en temps,\nrares, silencieuses et lointaines encore, des lueurs se diffusent\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "288                            DURENDAL\n\n\nparmi l'amoncellement des nuées qui, r a p i d e m e n t , montent du\ncôté de l'Escaut.\n    Puis, le vent fraîchit. Des gouttes larges comme la main et\nd'abord clairsemées s'écrasent à même la poussière. Déjà les\ngrondements que se renvoient les échos du ciel se rapprochent\net, bientôt, s'y distingue la voix de chaque éclair. L e s étoiles\ns'éteignent. De seconde en seconde, le fracas a u g m e n t e et suit\nde plus près les fulgurations livides. Voici l'orage.\n    L e vent souffle en t e m p ê t e . Avec un vacarme sauvage de\nnotes aiguës et de détonations sourdes, les éclairs d a r d e n t là-\nh a u t leurs zigzags éblouissants, tandis q u e la masse noire des\nbois et les maisons blanches du village surgissent un instant à\ntravers la gaze bleue de l'averse.\n    L a foudre cependant s'abat de tous côtés. Au hasard de sa\nfureur, elle se rue sur les plus beaux arbres, plonge dans le lac\net dévore la meule d'un pauvre paysan. Des craquements\neffroyables — comme si le dôme du ciel s'écroulait sur des\nrochers — accompagnent ses allées et venues d'incendiaire en\ndémence. E t l'eau qui crépite sur les feuillages, et les rafales\nqui les raclent, font aux éclats du tonnerre une basse monotone,\net grandiose, et pareille au mugissement d'un fleuve t o m b a n t\ndans un a b î m e . . .\n\n        — Courbé sous la tempête, un gros orme se vautre\n        Dans les bras musculeux d'un chêne, et leurs deux troncs,\n        Comme dans un étau, broyés l'un contre l'autre,\n        Mêlent aux cris du vent des appels de clairons,\n        Des soupirs presque humains et les craquements brusques\n        De l'écorce qui vole en éclats. La forêt\n        Tout entière, depuis ses plus fiers géants jusques\n        Aux moindres arbrisseaux, geint, se courbe et paraît,\n        Sous les coups brutaux du fouet de feu qui la crible,\n        Tordre ses mille bras, comme pour supplier :\n        En vain, car la fureur de Samson est terrible,\n        Et le beau temple vert choît pilier par pilier...\n\n   E t , quand l'orage a fui et que la forêt s'égoutte sur la mousse,\nle banal sourire de la lune se penche sur un vrai carnage...\nC'est de tous côtés, une jonchée lamentable de troncs inclinés\nou renversés, de lierres arrachés, de racines en l'air... Les\nvieux braves du quinconce séculaire gisent là, pêle-mêle\ncomme le carré de la Garde I m p é r i a l e ; et cette nuit fut leur\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "                                  L'ORAGE                                  289\n\n\nW a t e r l o o . . . E t mon cœur se serre, et mes yeux se mouillent,\ndevant l'irréparable désastre :\n\n         — Beaux arbres qu'à plantés l'aïeul de mon grand'père.\n         Chêne au tronc énorme, ifs noirs, sapins chantants,\n         Grands hêtres dont les bras se penchaient jusqu'à terre,\n         Comme pour se prêter aux jeux de mes huit ans,\n         Vous qui réchaufferez mon âme solitaire,\n         Quand nul ne pensera plus à vous dès longtemps,\n         Fidèles et discrets serviteurs de ma race,\n         Qu'une nuit de tempête a voués à la mort,\n         Qui donnera, l'été, son ombre à la terrasse ?\n         Qui la protégera, l'hiver, des vents du nord ?\n         Amis, qui me rendra, surtout, le réconfort\n         Des souvenirs que vous évoquiez ? Qui sera-ce ?...\n\n   E t à présent, une rancœur me monte aux lèvres : « Seigneur,\nce bosquet ombreux formait le décor de ma jeunesse. L à , sur\nce banc, réduit en miettes, que de fois s'assit ma g r a n d ' m è r e ,\ntirant l'aiguille et souriant à mes ébats ! C'est elle qui p l a n t a\nde ses mains enfantines le beau mélèze, « notre beau mélèze »,\net abrita le premier hiver de ce T i t a n foudroyé sous une vitre\nsupportée par q u a t r e b r i q u e s . . . E n t r e les branches de ce hêtre\nabattu, mon grand-père m'apprit à découvrir l'étoile polaire, et\nmon nom gravé de sa chère main se lit encore sur l'écorce aux\nreflets d'étain...\n   « Ces choses étaient belles et vénérables, et pieusement je\nles aimais : pourquoi la rage des ténèbres jeta-t-elle au vent ce\nnid de souvenirs bâti avec tant d ' a m o u r ? . . . Ce souffle destruc­\nteur venait-il de toi, Seigneur, puisque ces choses étaient aussi\nton œ u v r e : pourquoi détruire ainsi, en une heure, le patient\neffort de ta Providence et l'innocente espérance de m a race ?... »\n   N e trouvant pas de réponse, je m'approchai du chaos lamen­\ntable. C o m m e ce chêne est pulvérisé ! Quelle force s u r h u m a i n e\na pu, d'un seul coup, réduire en menus éclats ce bois sur lequel\ns'émousse l'acier?... E t ce grand frêne, élégant et flexible, qui\neût fait une si jolie flèche de trois-mâts, l'ouragan l'a saisi et\ntordu sur lui-même, avec l'aisance d'un cordier qui tord\nses brins de chanvre... E t plus loin, un peuplier, q u ' à peine\ndeux hommes tiendraient embrassé, gît, brisé net à mi-hauteur,\ntel un fétu !...\n   E t voici que, de cette destruction, émane une singulière\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "290                            DURENDAL\n\n\nimpression de puissance, d'une puissance irrésistible, devant\n laquelle l'homme et ce qu'il édifie et sème sont moins q u ' u n e\n p l u m e dans la t e m p ê t e .\n     L e n t e m e n t , goutte à goutte, la mystérieuse alchimie de la\nvie avait extrait de la terre la substance de ces êtres de force et\nde b e a u t é ; et un souffle, un seul, doué d'une puissance supé­\nrieure à toutes ces résistances accumulées, les a vaincues en se\nj o u a n t . O u i , ce souffle destructeur est le vôtre, Seigneur, aussi\nbien que le souffle qui crée, et aussi nécessaire ; car le ravage\ndes ouragans est l'effet des mêmes causes secondes qui\ndonnent aux peupliers leur grâce fuselée et aux chênes leur\nmajesté.\n     Les lentes poussées — qui transforment en organisme un peu\nde matière et lui assignent les lois admirables et nouvelles de la\nvie, — et les cataclysmes soudains, — qui défont cette œuvre\net décomposent les cellules en leurs éléments inertes, — sont\ndes phénomènes dont l'alternance entretient la vie et qui\nrentrent dans le plan harmonieux de la conservation des\nespèces et du rajeunissement des choses.\n     Seigneur, ni gland, ni faîne, ni aucune semence ne germera\net les arbrisseaux mourront, si la foudre, votre hache, et la\ntempête, votre bûcheron, n'éclaircissent parfois, n'ébranchent\net n'aèrent la sombre forêt. Voyez entre les troncs ren­\nversés, les jeunes tiges, que l'ouragan a pliées sans les briser,\nélèvent déjà leurs feuilles avides de lumière et s'élancent vers\ndes recommencements ! Et ainsi vous renouvelez la face de\nla terre.\n     T o u t e vie est fragile et brève : les éléments impitoyables\nfavorisent les humbles éclosions et abrègent les déclins\nsuperbes : Ecce nova facto omnia ! L'orage chante un h y m n e à la\nvie et sa voix clame une grande leçon de sagesse : Périssable\net vain tout a m o u r qui s'attache à des choses qui sont à la\nmerci d'un souffle et qu'un éclair peut dévorer : Sursum corda !\n\n                         GASTON DELLA F A I L L E DE L E V E R G H E M .\n\n  Lackbors, 1908.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-006", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 291, "page_fin": 299, "titre_corps": "Études sur l’art italien du XVe siècle : Jacopo Bellini et la Renaissance à Venise", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Etudes sur l'art italien du XVe siècle I Jacopo Bellini et la Renaissance à Venise", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "Etudes sur l'art italien du XVe siècle\n                                              I\n\n        Jacopo Bellini et la Renaissance à Venise (l)\n                  VENISE, isolée et singulière dans sa situation topographique,\n                     en marge de l'Italie, ne le paraît pas moins dans ses mœurs,\n                     dans ses institutions, dans sa politique et dans son art. Elle\n                    grandit et se développe à l'écart, défiante, égoïste, rusée, à\n                     peu près étrangère au reste de la Péninsule, indifférente,\n                     sinon hostile, aux mouvements qui agitent celle-ci. Et elle\n                     ne se départira de cette attitude que pour s'emparer des\n                     Etats de ses voisins de terre ferme, lorsque les établisse­\nments orientaux que, jadis, elle avait disputé aux Génois et aux Pisans,\nseront à peu près ruinés par les Turcs.\n   Ses relations commerciales, leur maintien, leur extension, ont été longtemps\nl'intérêt unique de ce peuple avisé, et c'est par les voies que suivent les mar­\nchandises dont il trafique que lui arrivent les éléments de son luxe et les inspi­\nrations premières de son art. Installée au milieu de la route qui unit les pays\ndu Nord à ceux du Levant, intermédiaire entre ceux-ci et ceux-là, Venise subit\ntour à tour leur influence artistique contradictoire, toute traditionnelle d'un\ncôté, toute novatrice de l'autre. L'Orient et l'Occident se rencontraient et se\ncoudoyaient sur les quais, dans les darses et les entrepôts de son port, et ses\ngalères ou ses négociants en fréquentaient toutes les régions. Et ce qu'elle a\nemprunté à l'un puis à l'autre s'amalgamant à son fond initial a formé l'origi­\nnalité séduisante et composite dont ses architectures et les œuvres de ses\nartistes nous ont conservé le brillant témoignage.\n    Les traditions de Byzance, de son art éclatant, cérémonieux et subtil, pré­\ndominèrent d'abord à Venise. Elle reste insensible aux influences que l'art\nflorentin et siennois exercent en Italie et même à l'étranger. Les ouvrages\nclairsemés du XIVe siècle vénitien semblent, en effet, ignorer ou méconnaître\nl'exemple, bien proche, cependant, donné par Giotto dans le cycle de fresques\n\n\n  (1) A propos de l'apparition, à la librairie d'art et d'histoire Van Oest et Cie, de la deu­\nxième partie de l'ouvrage de M. Victor Goloubew sur les Dessins de Jacopo Bellini au\nLouvre cl au British Museum. Ce volume contient la reproduction complète du Livre d'es­\nquisses du Louvre ; les deux autres, qui paraîtront incessamment, contiendront, l'un, la repro­\nduction du Livre de dessins du British Museum : l'autre, une étude sur le maître et le\ncatalogue de ses œuvres.\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3503, "texte": "292                               DURENDAL\n\n\nsimples et vigoureuses qu'il peignit, vers 1306, sur les parois de la chapelle\nde l'Arena, à Padoue. L'œuvre du grand artiste paraît être restée inconnue\ndes peintres primitifs vénitiens ou n'a pu les tirer de l'habitude archaïque où\nvégétait leur art débile, à peine moins roide que la mosaïque. Peut-être aussi,\nla conception giottesque, dans sa concision dramatique, plus soucieuse de\nfrapper l'esprit que de le charmer ou de l'éblouir, n'était-elle point de nature\nà séduire l'imagination des marchands de la lagune, avides dans l'art comme\ndans la vie de luxe et de magnificence?\n   Mais à ce goût de la somptuosité et des belles ordonnances décoratives, qui\nvenait aux Vénitiens de leurs fréquentations orientales et, en même temps,\nde la prodigalité et des exigences d'un faste un peu vaniteux, fruits naturels\ndes gains énormes acquis par les hasards de l'agio et les chances aléatoires de\nla navigation, s'alliaient chez eux des propensions très positives. La beauté ou\nla poésie, il n'était pas de leur tempérament de les chercher hors de la vie. Le\ngénie de la race, formé par des siècles d'opiniâtres trafics, d'habiletés et de\nsouple diplomatie pour accaparer les marchés de l'Orient, pour s'y impatro­\nniser ou s'y faire tolérer, était essentiellement pratique, sans excès de scru­\npules, peu attiré vers le mysticisme, les utopies spéculatives ou idéales.\n   Les tendances réalistes dont les maîtres septentrionaux avaient été les émis­\nsaires et les propagateurs en France, durant tout le XIVe siècle, avaient pénétré\négalement en Italie. A Florence même, dans le dernier quart de ce siècle,\nPier di Giovanni Tedesco, un Brabançon, assumait un rôle très important\ndans la décoration sculpturale de S. Maria del Fiore. Milan attirait, pour\ndiriger et exécuter les travaux du Dôme, quantité d'artistes français, allemands\net flamands, dont l'œuvre agissait puissamment sur l'art indigène. Le principe\ndu réalisme pénètre avec eux, avec « leurs formes sévères et rudes », empruntées\nà la vie même et qui essaient de rivaliser avec elle. Ils apportent la force,\nécrit M. Venturi, au détriment de la grâce. Mais, à ce moment, la grâce\nn'était plus dans l'art italien et, surtout, vénitien, qu'une manière; que la\nrépétition stérile et presque stéréotypée d'effets dont la vertu originelle était\ncomplètement épuisée.\n   A Venise, les premiers initiateurs connus du style nouveau sont les sculp­\nteurs Jacobello et Pier Paolo dalle Massegne, dont les travaux à Saint-Marc,\nau palais ducal et le polyptyque de marbre encore existant dans l'église de\nSaint-François à Bologne, révèlent l'influence de l'art du Nord.\n   Le polyptyque de Bologne, dont la conception décorative est purement\ngothique, est orné d'un Couronnement de la Vierge, de statuettes de saints,\nd'anges qui font de la musique placées dans des niches, et d'une prédelle com­\nposée de neuf bas-reliefs où sont représentés les actes principaux de la vie du\n patron de l'église. Œuvre grandiose où apparaît une énergie, un sentiment du\nvrai et de l'expression que l'on ne connaissait plus. Si modeste que soit leur\ntaille, certaines des figures de saints, barbues, imposantes, rappellent au sou­\n venir la majesté des prophètes de Claus Sluter.\n   Pourtant, si l'impulsion réaliste donnée par les frères dalle Massegne et les\n maîtres étrangers, Giovanni Ferabech d'Alemagna notamment, qui hantent la\n contrée, se fait sentir sur une partie des rivages de l'Adriatique, elle ne réagit\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3513, "texte": "                ÉTUDES SUR L'ART ITALIEN DU XVe SIÈCLE                          293\n\n\npas encore sur la peinture vénitienne. La riche cité continue.à ne posséder que\nde timides enlumineurs d'images pieuses, héritiers respectueux de vieux pro­\ncédés d'atelier. Et lorsqu'elle veut commémorer, au Palais des doges, les fastes\nglorieux et les conquêtes de la République, elle est obligée de recourir à des\nartistes du dehors. Elle avait eu, il est vrai, Antonio Veneziano, mais elle ne\ns'était pas servi de lui : ayant été mis à l'épreuve et trouvé insuffisant, il avait\nété chercher à Florence, à Sienne, à Pise, des appréciateurs moins sévères ou\nplus équitables de son talent. En 1365, le padouan Guariento commence la\ndécoration de la salle du Grand-Conseil : il y peint une représentation du\nParadis. Plus de cinquante ans après, vers 1420, on fait appel, pour continuer\ncet important travail, à Gentile da Fabriano et à Vittore Pisano. Ils retracent\nsur les murailles de la salle, l'un, des épisodes de la guerre entre Venise et\nl'empereur Barberousse ; l'autre, les négociations de la paix entre Othon, fils de\nBarberousse, prisonnier à Venise, et cette dernière. Ces compositions ont,\nmalheureusement, péri dans l'incendie de 1577, en même temps que celles\nexécutées dans la suite par les Bellini, Carpaccio, le Titien, le Véronèse et le\nTintoret.\n   Ce qu'étaient les peintures de Gentile et de Pisanello, nous ne pouvons guère\nque le conjecturer d'après les trop rares ouvrages de leurs auteurs que les siècles\nont préservés : Outre quelques panneaux conservés en divers musées, la célèbre\nAdoration des Mages, du premier, à la Galerie ancienne et moderne de Flo­\nrence; du second, les fresques très endommagées de S. Fermo Maggiore et de\nS. Anastasia, à Vérone. Ils étaient issus de milieux fort différents, puisqu'ils\nvenaient, Gentile, de l'Ombrie ; Pisanello, de Vérone, où il s'était formé, pro­\nbablement, à l'école des maîtres locaux, Avanzo et Altichieri, dont les fresques\nremarquables, bien que se rattachant encore à la tradition giottesque, décèlent\ndes préoccupations naturalistes assez accentuées. La dominante du talent délicat\nde Gentile était la grâce, une grâce à la fois experte et ingénue. Il est somptueux\net tendre; il aime les colorations vives, l'or, les riches costumes brodés, la\npompe élégante des cavalcades et des cortèges, mais son souci de la beauté\ndécorative ne lui fait point négliger l'expression intime du sentiment. Pisa­\nnello est plus complexe et plus puissant; c'est un inventeur, un esprit tout\noriginal, tout personnel, dans l'art vivant et précis duquel toutes les influences\nseptentrionales qu'il a subies se résorbent et s'harmonisent. Le réalisme le plus\ndéterminé et le plus conscient s'associe dans son œuvre à un style nerveux et\nfier, à un goût d'un raffinement exquis. Ce double caractère se marque dans\ntous ses ouvrages : l'Annonciation de S. Fermo, avec son bel ange prosterné\ndans les plis de sa robe, sous ses grandes ailes repliées, et la figure modeste de\n Marie, assise sur un coffre, devant son lit, comme en quelque peinture\nflamande; les scènes de l'Histoire de saint Georges (S. Anastasia), toutes rem­\nplies de groupes de personnages et d'animaux d'une observation charmante;\nses dessins si fins et si spirituels; ses médailles dont les effigies princières sont\ncomme autant de merveilleux portraits. « Il y a en lui du flamand, écrivait\njudicieusement M. Gruyer (1), mais l'italien domine. »\n\n  (1) PISANELLO : Gazette des Beaux-Arts, 1894.\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "294                                     DURENDAL\n\n\n\n    Pisanello doit, sans doute, quelque chose au contact où il s'est trouvé avec\nson aîné ombrien         peut-être la suavité presque féminine de ses anges de\nVérone. Gentile, de son côté, prit certainement de son compagnon de travail\nun penchant plus décidé au réalisme. Et, on peut ajouter que si tous deux, en\nartistes sensibles à la beauté qu'ils étaient, sentirent « profondément le charme\nde là ville des canaux, de ses architectures somptueuses et légères, de l'élégance\nde ses habitants et du pittoresque de ses places » (1), tous deux aussi agirent\nsur la peinture vénitienne et stimulèrent l'initiative de leurs confrères en leur\nlaissant, dans leurs œuvres, le plus fécond des enseignements.\n    En 1432, Jacobello del Fiore achève, pour la cathédrale de Ceneda, la pre­\nmière œuvre picturale vraiment importante que l'on doive à un maître véni­\ntien : un Couronnement de la Vierge, qui est aujourd'hui à l'Académie de\nVenise. Dans son ordonnance archaïque, assemblée céleste où les évangélistes,\nles saints et les anges, assis sur des gradins, forment cour autour du Christ et\nde la Vierge, cette œuvre de grande envergure prouve déjà un progrès énorme,\nprogrès qui, d'ailleurs, semblera singulièrement tardif si l'on songe aux travaux\nartistiques et aux maîtres qui, au même moment, faisaient l'admiration de\nFlorence.\n    Mais il ne devait pas laisser de s'accentuer bientôt vigoureusement, et cela\navec d'autant plus de rapidité qu'à l'action régénérante de Gentile et de Pisa­\nnello, à l'excitation réaliste de leurs œuvres, n'allaient plus cesser de s'ajouter\nl'influence des artistes — ou des ouvrages — allemands et flamands qui abon­\ndaient alors à Venise, et celle d'Antonello de Messine, revenu du Nord, et qui\nse présentait en « imitateur passionné de l'art occidental » (2).\n    Les influences qui s'exerçaient simultanément à Venise, vers le milieu du\nXVe siècle, se dénoncent avec une complète évidence dans l'œuvre d'Antonio\nVivarini de Murano. Durant quelques années (1440-50), il collabora avec un\nGiovanni d'Alemagna, sorti, selon toute apparence, de l'école de Cologne et\nauquel les ouvrages qu'ils exécutèrent en commun doivent, vraisemblablement,\nleur force placide et un peu sèche comme leurs décors gothiques et floraux.\n La personnalité d'Antonio se manifesta plus librement par la suite, lorsqu'il\ntravailla seul. Il s'abandonna alors à la délicieuse fantaisie, faite de réalité\n et de fiction, que Gentile da Fabriano et Pisanello avaient introduite dans\n la représentation des légendes sacrées. Dans son Adoration des Mages, du\n Musée de Berlin, par exemple, il dispose avec grâce, autour de l'humble\n groupe de saint Joseph, de la Vierge et de Jésus, quantité de personnages\n dans tout l'apparat précieux et maniéré des petits princes et des beaux\n seigneurs du temps.\n    Cependant, grandissait à Padoue un homme de génie, qui devait, à son tour,\n contribuer puissamment au parfait épanouissement de la peinture vénitienne :\n  Mantegna. Il avait fait son apprentissage dans l'atelier de Squarcione, peintre\n fort médiocre mais éducateur excellent, curieux, instruit, chercheur, et dont\n la maison était remplie d'antiques, de tout genre, bustes, bas-reliefs, statues,\n\n  (1) Pisanello et les medailleurs italiens, par M. J de Foville, p. 15. Paris, Laurens, 1908.\n  (2) La Peinture Vénitienne, par M. Molmenti, p. 20. Florence, Alinari, 1904.\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3338, "texte": "               ÉTUDES SUR L'ART ITALIEN DU XVe SIÈCLE                            295\n\n\nrecueillis par lui au cours de ses voyages en Italie et en Grèce. Les nombreux\nélèves du bon Squarcione — il en eut cent trente-sept, à ce que l'on assure, —\nétudiaient passionnément ces monuments sous sa direction, mais cette étude,\nqui ne faisait point négliger celle de la nature, était dirigée dans un esprit fort\ndifférent de celui qui, à la faveur de la propagande humaniste, prévalut au\nsiècle suivant. Dans l'œuvre de Mantcgna — ses fresque.s aux Eremitani de\nPadoue, notamment — l'Antiquité avec ses costumes et les nobles profils de\nses architectures n'est qu'un élément pittoresque, employé, d'ailleurs judi­\ncieusement, dans une intention réaliste, pour situer les scènes retracées dans\nleur décor véritable. Elle n'envahit pas toutes les régions de la pensée de\nl'artiste, ne subordonne pas les inspirations de celui-ci à des théories suscep­\ntibles de lui faire prendre en mépris la recherche du vrai qui est la carac­\ntéristique principale de son génie. Son art prend, pour se l'assimiler, la beauté\npartout où il la rencontre, dans les œuvres du passé comme dans la vie, mais\nsurtout dans la vie. Et les mêmes tendances animent Dönatello qui, entre\n1444 et 1454, résidait à Padoue avec toute une équipe d'ouvriers florentins,\npour l'exécution du maître-autel du Santo et de la statue équestre du\ncondottiere Gattamelata.\n   C'est en ce milieu très actif, où vivaient nombre de lettrés et de savants\nhumanistes attirés par l'Université et des Mécènes comme Palla Strozzi, le\nplus beau des Florentins, exilé de sa patrie par Cosme de Médicis, que\ns'introduisirent, vers 1450, trois artistes vénitiens, Jacopo Bellini et ses deux\njeunes fils, Gentile et Giovanni. Leur séjour à Padoue, leur fréquentation de\nMantegna, devenu bientôt leur parent par alliance, laissa chez eux une\nempreinte profonde.\n   Jacopo avait une cinquantaine d'années, à ce moment. Dans sa jeunesse,\nil avait été des élèves de Gentile da Fabriano, tandis que celui-ci travaillait à\nVenise. Le suivit-il vers 1421, à Florence? Le fait reste incertain, car si un\ndocument parait l'établir, les peintures de l'artiste, effectuées après cette date,\nne laissent apercevoir aucune trace des influences que, sans nul doute, la\nfréquentation d'un tel milieu aurait dû exercer sur lui. Quelques années plus\ntard, on trouve Jacopo installé et marié à Venise. On sait aussi qu'en 1436, il\nfut appelé à Vérone, pour participer à la décoration du Dôme et, ensuite,\nà Ferrare, à la cour de Lionel d'Este, le prince qui, par la suite, accueillit\navec tant de faveur Roger van der Weyden.\n   Quelles œuvres Jacopo avait-il exécutées avant de venir en contact avec\nl'école padouane? Les peintures subsistantes dont on peut lui attribuer la\npaternité sont en fort petit nombre : un grand Crucifix, au Musée de Vérone;\nune Vierge à l'enfant, à l'Académie de Venise; une autre Vierge au palais\nTadini, à Lovere; une petite prédelle : le Christ aux Limbes, au Musée\ncivique de Padoue; enfin, des fresques noircies et presque indéchiffrables à\nS. Zaccaria de Venise... Certains critiques ajoutent à cette liste une\nMadone du Louvre, attribuée par d'autres (1) à Gentile da Fabriano. Rien dans\n\n (1) M. Lafenestre, notamment, dans la Peinture en Europe : Le Louvre. Paris, Firmin-\nDidot.\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3544, "texte": "296                                 DURENDAL\n\n\ntout cela, à ne considérer que les tableaux, ne nous révèle chez Jacopo des\nqualités ou des tendances propres à le mettre en vedette parmi ses compatriotes ;\nà lui faire reconnaître une prééminence bien marquée sur Jacobello del Fiore,\nfra Antonio da Negroponte ou Antonio Vivarini. Dans ces ouvrages, il\ntémoigne de moins de grâce qu'eux, sans que son réalisme soit plus vigoureux\nque le leur et beaucoup plus affranchi des normes traditionnelles.\n    Faut-il croire que la plus grande et, sans doute, la meilleure partie de\nl'œuvre de Jacopo est détruite et que, pour juger de l'importance de celui-ci\ndans l'évolution de la peinture vénitienne, nous devrions posséder les\nfresques qu'il peignit, à l'époque de sa maturité, probablement, pour les\nchapelles des confréries de Saint-Marc, de Saint-Jean l'Evangéliste, etc.? La\nréponse à cette question ne fait pas doute pour qui connaît les admirables\nrecueils de dessins de notre artiste conservés au Louvre et au British Museum.\n    Il n'est pas exagéré d'affirmer que les quelques œuvres énumérées plus haut\nne contiennent à peu près aucun indice qui puisse donner à pressentir\nl'auteur des dessins contenus dans ces recueils. On peut s'imaginer Jacopo,\nsortant de la tradition, à demi-byzantine encore dans ses formes iconogra­\nphiques, de Venise; de la bottega où il continuait à peindre et à dorer avec\napplication et virtuosité de belles Madones dans le goût un peu attardé de ses\nclients, tout en s'essayant aux expressions plus vives de la réalité dont cer­\ntains maîtres étrangers avaient apporté l'exemple à Venise; on peut se l'ima­\nginer, disons-nous, transporté tout à coup parmi les artistes de l'école de\n Padoue, dans l'atelier rempli d'élèves de Squarcione, aux côtés de Mantegna\nqui travaille aux Eremitani ou à ceux de Donatello, qui modèle ses reliefs du\nSanto ou s'apprête à ériger son fier Gattamelata. En passant de Venise à\n Padoue, il est entré tout à coup dans un monde insoupçonné, inconnu, mer­\nveilleux, où des formes, des conceptions, des idées nouvelles s'offrent sans\n cesse à l'avidité de son esprit et aux ambitions de son art. Et il semble que,\n s'étant assimilé avec rapidité tout ce qui s'offrait à lui d'enseignements et de\n suggestions, en ce milieu mouvementé, il nous ait laissé dans ses recueils de\n dessins l'histoire, en quelque sorte, de la transformation fécondé dont, pour\n lui, Padoue fut le théâtre. Car, M. Goloubew en a fourni la preuve sura­\n bondante dans son excellente introduction à ce volume et dans les notes\n substantielles dont il a accompagné la reproduction de chaque dessin, il est\n certain que les Livres de dessins de Jacopo sont issus du séjour de l'artiste à\n Padoue, auprès des grands initiateurs qui résidaient en cette ville. Ces\n albums sont comme le reflet des influences parallèles et mélangées qui s'exer­\n cèrent, dans ces circonstances, sur Jacopo : la vision de celui-ci s'est subite­\n ment élargie et il est impatient de faire entrer dans son œuvre tant de choses\n belles, nobles ou grandes auxquelles, auparavant, il n'avait peut-être jamais\n songé. Mantegna, ardent et sévère.dans son étude de la vie et ses résurrec­\n tions antiques; Donatello dont l'existence parsemée de chefs-d'œuvre n'a été\n qu'une perpétuelle recherche, une aspiration indéfinie vers une beauté tou­\n jours plus expressive, ont été, pour lui, des éveilleurs. Ils l'ont conseillé,\n entrainé, stimulé, et, artiste déjà vieux, au déclin presque de sa carrière, il en\n a recommencé une nouvelle !\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3558, "texte": "               ÉTUDES SUR L'ART ITALIEN DU XVe SIÈCLE                         297\n\n\n   Il se peut, certes, que la métamorphose de l'art de Jacopo n'ait pas eu la\nsoudaineté avec laquelle la comparaison de ses peintures connues et de ses\ndessins nous pousse à nous la figurer. C'est même probable. Mais la pensée\ntraduit ainsi, involontairement, l'expression de surprise que l'on reçoit en\nfeuilletant ces pages tracées à une heure décisive de l'évolution de la pein­\nture vénitienne et où tout ce que celle-ci devait apporter de magnificence et\nd'éclat apparaît déjà en germes et en promesses.\n   Le talent de Jacopo se joue parmi les éléments de tout genre que son art\nvient de s'acquérir. Il a approfondi ses notions de perspective et il se complaît,\navec excès quelquefois, à faire étalage de sa science. Il a vu Mantegna et\nDonatello ériger, l'un dans ses fresques, l'autre, dans ses bas-reliefs des\nMiracles de saint Antoine de Padone, des édifices plein de style et, à son\ntour, il situe les légendes qu'il a à représenter au milieu d'architectures\nriches et compliquées. Trop riches et trop compliquées, souvent, car il arrive\nque la scène de l'action soit si considérable, le décor si développé et si orné,\nles personnages indifférents, qui ne sont là que pour faire animation et\nfigure, si nombreux, que le drame qui fait le sujet de l'œuvre est comme\nnoyé et confondu avec ses acteurs dans la multitude des choses et des gens qui\nsollicitent l'attention du spectateur. C'est la Vierge au Temple, l'Annon­\nciation, Jésus parmi les docteurs, le Christ devant Pilate, la Flagellation ou\nquelque autre épisode de l'Evangile ; mais il semble que c'ait été seulement\npour l'auteur l'occasion de construire des palais, des temples et des portiques\ngrandioses, chargés de reliefs et de statues. De sorte que le véritable intérêt\nde l'ouvrage se déplace, se porte vers l'élégance et l'invention architecturales,\nvers les personnages qui apparaissent de-ci de-là, isolément ou par groupes,\ntout à fait étrangers aux péripéties, reléguées dans un coin, de l'histoire repré­\nsentée. (Voir notamment les pl. 3, 5, 10, 11, etc.)\n   Toutes les œuvres des grands fresquistes italiens du XVe siècle, les Flo­\nrentins comme les Ombriens, ont quelque chose de théâtral. Les proportions\nmonumentales de leurs ouvrages et l'étendue de la scène sur laquelle ils\navaient à disposer leurs récits graphiques des légendes sacrées mettaient\nobstacle à ce que ceux-ci revêtissent, sous leur pinceau, le caractère d'inti­\nmité qu'ils ont dans les peintures, d'envergure plus modeste, des maîtres\nseptentrionaux. Il y a dans l'art de Gozzoli, de Ghirlandaio, du Pinto-\nricchio, un côté d'apparat, de parade, magnifique et charmant, certes, mais\nqui fait que leurs fresques ravissent plus qu'elles ne touchent. Il y a toujours\ntrop de monde, et un monde trop brillant, autour de la Vierge ou de Jésus,\npour que le recueillement et l'émotion puissent y avoir accès avec lui.\n   A Venise, ce goût théâtral, beaucoup plus accentué, ne se localise pas, si l'on\npeut dire, dans la fresque, dont l'humidité du climat et les exhalaisons salines\nde la mer recommandaient peu l'emploi. La même tendance à la mise en\nscène somptueuse, à un art de mouvement plutôt que d'expression, qui se\nrévèle dans les dessins de Jacopo, continuera d'agir chez les successeurs de ce\ndernier, à commencer par son fils Gentile, chez Basaiti, chez Carpaccio, pour\ntrouver sa forme la plus prestigieuse dans l'œuvre du Véronèse.\n   Cependant, il y a autre chose dans les albums de Jacopo que des pressenti-\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3533, "texte": "298                                DURENDAL\n\n\nments de l'art qui vient : A côté de souvenirs de l'art qui s'en va, de rémi­\nniscences giottesques ou byzantines, on y rencontre partout les inspirations du\nréalisme régnant. Car l'Antiquité dont Jacopo a connu l'attrait à Padoue, il\nn'en a subi, de même que la plupart des artistes du temps, que la séduction\nmatérielle. Simple artisan qu'il est, de petit savoir, à l'égal de Donatello et\nde tant d'autres, il ne sait des anciens que leur art équilibré, puissant, clair. Il\na demandé à leurs ouvrages des modèles et des principes de décoration, non\npoint des directions intellectuelles ou morales. A part quelques dessins d'après\nl'antique (pl. 43, 44, 81), l'antique très librement interprété, inscriptions,\ncortège bachique, fragments de statues, la centaine de planches du recueil\ndu Louvre est consacrée presque tout entière à l'illustration de la vie de la\nVierge, du Christ et des saints; à des études inspirées de la réalité ou, parfois,\nde la fable littéraire.\n   Ce sont des esquisses d'après le nu (pl. 85 à 89); des animaux sauvages ou\napprivoisés, saisis dans la noblesse de leurs attitudes naturelles avec une\nfinesse nerveuse qui fait songer à Pisanello ; des figures équestres d'hommes\narmés aux prises avec \"des fauves ou avec des monstres (pl. 39, 42, 47, 40, 6.6,74,\n80); de très nombreuses représentations de saint Georges combattant le dra­\ngon, sujet tout indiqué de l'art d'un peintre vénitien; de saint Sébastien sup­\nplicié, de saint Christophe, de David luttant avec Goliath, de Judith et\n Holopherne, etc. Il arrive aussi que Jacopo s'abandonne à sa fantaisie, au\n plaisir d'imaginer des perspectives d'édifices, parmi lesquelles il fait circuler la\nfoule variée de ses personnages (pl. 72). Ou il évoque à nos yeux des scènes\nétranges (pl. 73, 92, 13. de la coll. Hist. de la Salle) qui nous paraissent à la fois\nclaires et obscures faute de connaître l'histoire que l'artiste a empruntée,\nselon la conjecture judicieuse de M. Goloubew, soit aux romans, soit aux\n« mystères » en vogue. Telle, par exemple, la planche où l'on voit, dans\nune sorte de prétoire, trois prisonniers que l'on amène, à demi dévêtus,\ndevant un magistrat qui siège. Des soldats suivent; sous des arcades, la foule\nregarde; un brasier enflammé et un ours enchaîné, placés au premier plan,\nsont là, peut-être, pour devoir servir d'instruments du prochain supplice des\ncoupables... « Il est si difficile de définir quel est le sujet traité, écrit M. Golou­\nbew. S'agit-il du martyre d'une sainte dont la vie serait racontée dans la\nLégende dorée, d'un épisode de l'histoire romaine ou bien d'un fait contem­\nporain du maître?... »\n   Les sources de l'inspiration de Jacopo sont diverses. Il puise à toutes celles\nqui se présentent à lui. Dans ses conceptions, les influences de l'Antiquité\ns'associent à celles du réalisme en même temps qu'à la mémoire qu'il garde\ndes vieux peintres italiens, ceux du siècle précédent comme ceux qu'il a connus\nou dont il a reçu les leçons, Pisanello ou Gentile da Fabriano; et, sans doute,\nen certaines pages, Nativités ou Descentes de croix, d'allures moins fastueuses,\noù l'engouement pour la décoration cède au désir du sentiment expressif,\npeut-on discerner l'impulsion de tel ou tel maître flamand, Roger van der\nWeyden, par exemple, qui hanta l'Italie à cette époque-là et dont les œuvres\nétaient fort prisées à Venise. Mais ce qui se montre surtout et partout dans les\nhistoires sacrées ou profanes auxquelles Jacopo donnait forme et vie, c'est\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3208, "texte": "                ÉTUDES SUR L'ART ITALIEN DU XVe SIÈCLE                         299\n\n\nle temps et le monde où il vivait. C'est Venise, le luxe des palais dont elle\ns'ornait alors, les aspects mouvementés de ses rues et de ses places, sa popula­\ntion mélangée, ses popolani, ses marchands, ses patriciens, tout ce que l'on\nreverra par la suite, non plus en des dessins d'un faire un peu sec dans sa\nprécision, mais en de vastes peintures dont les auteurs exalteront la réalité sous\nles apparences de la fiction ou de la féerie...\n   Car Venise s'est toujours adorée elle-même; elle ne s'est jamais lassée de\nse contempler dans son propre éclat, d'ajouter à sa prodigieuse parure de\nprincesse des eaux, de demander à ses artistes de célébrer sa beauté et sa gloire.\nDepuis les initiateurs du XVe siècle jusqu'aux artistes de la décadence, Guardi,\nCanaletto, en passant par Carpaccio, le Véronèse, Paris Bordone, le Titien,\nBonifazio, le Tintoret et les autres, c'est sa propre image, celle de ses\ncombats, de ses fêtes, de ses enfants illustres ou inconnus que l'on rencontre\ndans les œuvres principales de son art. A certains égards, Jacopo Bellini est le\nprécurseur de cet art voluptueux et éblouissant; il surgit, vraiment, vers le\nmilieu du XVe siècle, comme, pour user des expressions du critique Cantala­\nmessa, il capitano della schiera portentosa ; comme l'annonciateur, le chef, Je\npremier des maîtres puissants qui vont lui succéder.\n   Et on éprouve une singulière émotion en tournant les pages de ce livre où,\njour après jour, le laborieux artiste a enregistré ses projets, la joie de ses\ndécouvertes et de ses acquisitions; tout ce que son art prenait à l'art du passé\net à la vie d'aujourd'hui pour en enrichir son œuvre ; en feuilletant ces dessins\ndans la reproduction admirable que nous en devons à l'initiative de M. Golou­\nbew, aux soins et aux scrupules artistiques de l'éditeur Van Oest, secondé par\nla maison Buschmann. L'œuvre de tout grand artiste est à la fois souvenir et\npressentiment; elle ne renie rien de ce qui est venu avant elle : elle le résume,\ntout en laissant entrevoir l'avenir qu'elle contient et qu'elle prépare. Ces carac­\ntéristiques des œuvres capitales, des œuvres qui font événement dans l'histoire\nde l'art, se reconnaissent dans les recueils de dessins de Jacopo. Eux aussi,\ndans l'histoire de la peinture vénitienne, ils forment date, ils rappellent et ils\nprophétisent... Les projets qu'ébauchait Jacopo, probablement ne les a-t-il\npoint réalisés ou, du moins, ne les a-t-il réalisés qu'imparfaitement, mais\nd'autres, à la formation desquels il a contribué, se sont levés après lui qui les\nont merveilleusement accomplis...\n   Ces albums constituent donc un document de premier ordre, dont la publi­\ncation, dans les conditions de perfection où elle se présente, rendra des services\ninappréciables aux critiques et aux historiens d'art. Aussi, ne pouvons-nous\nlaisser, pour terminer, de féliciter M. Goloubew, l'érudit auteur de l'ouvrage,\net son éditeur, M. Van Oest, et de l'avoir entrepris, et d'avoir donné à cette\npublication un caractère scientifique et artistique irréprochable.\n\n  (A suivre.)                                               ARNOLD GOFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-007", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 300, "page_fin": 302, "titre_corps": "La Libre Esthétique : Le Salon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "La Libre Esthétique I. 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Octave Maus\n                      rassemble pour le plaisir et l'éducation du public bénéfi­\n                      cient de la bienveillance que les premiers et pâles soleils\n                      de mars insinuent jusque dans la judiciaire impartiale des\n                      critiques !... Si l'on voulait continuer à parler un langage\n  métaphorique, on pourrait ajouter que, pour charmantes qu'elles soient, cer­\n taines des originalités dont la Libre Esthétique nous a offert la primeur, étaient\n de la nature des fleurs d'un printemps hâtif, vouées à périr au prochain\n et presque immanquable gel...\n    Artistes dont le génie précoce s'est éteint presque au moment où il a brillé,\n non point parce qu'il a été méconnu, mais, bien au contraire, parce qu'il a\nété trop loué! Ne les plaignons pas ; ne nous en plaignons pas. Ce sont les\nvictimes nécessaires de la sélection. Dans l'art comme dans la nature, ce sont\nles plus robustes qui résistent et parviennent au complet développement de\nleur individualité; mais combien, qui sortiraient victorieux des pires tribula­\ntions, des contradictions les plus dures, s'étiolent et succombent, étouffés\ndans l'air malsain des louanges, comme les sénateurs d'Héliogabale sous les\nroses!...\n   Donatello était fort pressé de quitter Padoue, 'où il avait exécuté les admi­\nrables oeuvres que l'on y voit encore, parce que, disait-il, les éloges de ces\ngens-ci finiraient par me faire oublier tout ce que je sais .. Il avait hâte de\nrentrer à Florence, parmi ses concitoyens dont l'esprit critique lui était un\nperpétuel stimulant. Nous avons peut-être le tempérament moins rude — ou\nmoins délicat — aujourd'hui ; en général, nous goûtons fort peu le blâme,\nsalutaire qu'il puisse nous devenir, et l'applaudissement même nous paraît\namer s'il n'est pas surabondant et très proche de l'excès. Cette disposition\nd'esprit rend assez épineuse la situation des critiques qui, sans attacher une\nimportance extrême à leur opinion, tiennent, cependant, à la traduire exacte­\nment, sans retenue ni exagération, car il se pourrait, à la réalité, qu'ils ne\nsatisfassent personne, pas plus ceux dont ils parlent favorablement que les\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3592, "texte": "                             LA LIBRE      ESTHÉTIQUE                             301\n\n\nautres. Au fond, peut-être, le public, qui est moins ignorant et moins insen­\nsible que certains ne croient, et qui, en tout cas, fait le succès par ses a c h a t s ;\nle public se soucie-t-il fort peu des critiques artistiques ou littéraires ou ne\nles lit-il que pour vérifier si, d'aventure, ils n e seraient pas d'accord avec le\nsentiment qu'il s'est formé lui-même.\n   N o u s ne croyons point, par exemple, que tout ce que l'on a pu écrire sur\nl'art de M M . Claus, Van Rysselberghe et L e m m e n ait pu recruter u n\nadmirateur de plus à ces artistes. Des phrases, si éloquentes qu'elles puissent\nêtre, ne sauraient ajouter à la perfection de leur œuvre, ni rendre la beauté de\ncelle-ci plus claire et plus accessible à ceux qui s'arrêteront, charmés, devant\nl'éclat, la souplesse vivante et lumineuse, la pénétration dont témoignaient les\nportraits que ces maîtres exposaient cette a n n é e , les Fillettes radieuses, de\n M. C l a u s ; Mme V. R. Verhaeren et André Gide, de M. Van R y s s e l b e r g h e ;\nMme L..., la Femme au panama, etc., de M. Georges L e m m e n .\n    L e Salon, cette fois, était consacré spécialement à la figure et au portrait.\n On pense bien que le portrait vieux style, où l'on voyait le modèle posant,\navec une dignité à la fois gênée et solennelle, au milieu d'objets formant\n naïve allégorie de sa profession, de ses goûts ou de ses affections, ne se\n rencontrait pas à la Libre Esthétique ! L e portrait, tel que les artistes novateurs\n le conçoivent, à présent, a p e r d u , si l'on p e u t dire, son caractère mono­\n graphique. On se préoccupe moins de restituer une physionomie avec ses\n caractères intimes que de fixer, de saisir plutôt, une apparence acci­\n dentelle du p e r s o n n a g e . L e portrait naguère était — ou, du moins, tâchait\n d'être — comme u n e biographie complète de l'individu représenté; à l'heure\n qu'il est, ce n'est plus qu'une interview !... quelque chose de rapide, de pris à\n la volée, épisodique, instantané, pour tout dire impressionniste! On ne\n pourrait pas dire que c'est une certaine o m b r e de la réalité, mais bien plutôt\n que c'en est u n certain éclat!\n   Il y a une g r a n d e jouissance pour la p e n s é e dans ces beaux, solides et\nsubstantiels portraits du début du siècle dernier. Ils sont remplis d'une\nfermeté et d'une sécurité spirituelle et morale qu'à défaut d'autre terme plus\nsignificatif on pourrait qualifier de doctrinaire. Ces dignitaires, ces graves\nbourgeois n'ont pas l'air éphémère que nous avons ! Le fauteuil où ils sont\nassis, il semble qu'il leur ait été concédé à p e r p é t u i t é ! . . . E t rien n'est\nplus représentatif du t e m p s où ils ont vécu, de ses idées et de ses conceptions\nmorales et politiques, que ces images. Rien, n o n plus, ne le sera davantage,\ndu reste, aux yeux de l'avenir, que iios portraits à la vanvole, en silhouette\nfuyante et fantaisiste, visage changeant et inquiet, cerné et défini d'un trait\nd a n s u n e des phases de sa mobilité ou bien modelé dans l'ambiance lumi­\nneuse, comme u n objet parmi d'autres objets et s o u m i s , comme ceux-ci, à\nl'action du milieu coloré. C'est une façon de remettre le roi de la création à\nson plan, de le replonger dans la vie universelle aux lois de laquelle son\n orgueil avait voulu la soustraire! Ce pourrait être, pour le monsieur, d o n t\n parle M. Maus dans son Introduction au catalogue, qui s'effare à la pensée de\n se voir, en peinture, des reflets roses ou verts sur la figure, u n e leçon\n d'humilité...\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "302                                    DURENDAL\n\n\n     Il y a de ces reflets sur l'excellent portrait du poète André Fontainas,\n qu'ailleurs nous aurons attribué, par distraction, à M. Vuillard, qui\n avait, lui, entre autres toiles remarquables, u n grand portrait de M. Nathanson.\n L a Dame à la Rose, de M. F o r n e r o d ; le Charles-Louis-Philippe, de M. Charles\n G u é r i n ; le Dom Verkade, u n p e i n t r e bénédictin, de M. Maurice D e n i s ;\n une Fillette c h a r m a n t e de M. F e r n a n d Khnopff; plusieurs portraits de\n M m e Couturier et de M. H e n r i Degroux offraient, dans la diversité de leur\n conception et de leur mise en page, u n attrait singulier.\n     M. Odilon Redon avait u n e série de portraits lithographies d'une finesse et\n d'une perspicacité extrêmes, en même temps que quelques pastels dont la\n facture minutieuse et les sujets floraux ne laissaient pas que de s u r p r e n d r e de\n la part de l'artiste visionnaire, habitant de la ténèbre et du marécage, que\n nous avons c o n n u n a g u è r e . P a r m i les aquarellistes, il faut marquer le nom de\n M. Larsson [Portrait de l'artiste et de sa fille Brita; portrait de la mère de Var­\n tiste, e t c . ) ; parmi les graveurs sur bois, celui de M. Colin pour ses portraits\n amusants de Jules Renard.\n     Quelques paysages, dont un admirable Malin, de M. C l a u s ; u n e évocation\n algérienne, d'une couleur intense, de M. D ' E s p a g n a t ; de bonnes pages de\n M M . Oleffe et Morren. L a sculpture était représentée, notamment, par\n M M . Alexandre Charpentier et Jules L a g a e , le premier avec u n e charmante\nfigure d'enfant, des médailles et des médaillons de bronze; le second, avec ses\n beaux bustes de Guido Gezelle, du peintre Caillebert, du docteur Lambotte ; par\n M. P a u l Dubois [Baigneuses et têtes d'enfants); des ouvrages de M lle J a n e\n P o u p e l e t et Yvonne S e r r u y s ; de MM. Christophe, Schirren, etc.\n                                                                     ARNOLD     GOFFIN.\n\n\n\n\n                       H. "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-008", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 302, "page_fin": 304, "titre_corps": "La Libre Esthétique : Les Auditions musicales", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ch. V.", "ancre_debut": "Les Auditions Musicales On pourrait grouper", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 357, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 2054, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "Les Auditions Musicales\n   On pourrait grouper par nationalités les œuvres qui furent exécutées, cette\nannée, à la Libre Esthétique. La part du lion revint à la F i a n c e , et ce fut\njustice, car n'est-ce pas la patrie de M M . Vincent d ' I n d y et Claude Debussy,\nqui se trouve actuellement à la tête des nations au point de vue musical,\net qui, dans l'ensemble, produit le plus d'œuvres intéressantes ?... P u i s\nvinrent, dans l'ordre d'importance, la Belgique, l ' E s p a g n e et l'Allemagne\n   Ce n'est pas ici le lieu d'épiloguer sur l'état stationnaire de la composition\nmusicale d a n s ce dernier pays. On pourrait discuter à perte de vue sur ce\nsujet... Il est très brûlant, très passionnant et susceptible de faire enrager\npas mal de g e n s . . . Qu'il me suffise donc de dire q u e l'apport allemand à la\nLibre Esthétique consiste en mélodies peu originales de M. Richard Strauss,\net en lieder exquis de M. W e i n g a r t n e r , qui fuient chantés à ravir par\n M m e Marie-Anne W e b e r .\n   S'il fallait juger de l'état actuel de la m u s i q u e en E s p a g n e par le Quintette\npour piano et cordes de M. J o a q u i n T u r i n a et par les pièces espagnoles pour\npiano de M. Manuel de Falla, on manquerait certes d'éléments d'apprécia-\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "                               LA LIBRE ESTHÉTIQUE                                        303\n\n\ntion et l'on serait a m e n é à généraliser trop hâtivement. J e renvoie, pour\nl'étude approfondie de la question, aux excellents articles sur La musique\nespagnole moderne que M. H e n r i Collet a publiés dans le Bulletin français de la\nSociété internationale de musique (1). Cela dit, il reste que les pièces de M. de\nFalla sont très inspirées par l'art pittoresque et coloriste de M. Albeniz et que\nle Quintette de M. T u r i n a est une œuvre d'une haute valeur esthétique,\nnoblement écrite et d'une plastique très raffinée : conçue selon la tradition\nfranckiste-d'indyste, elle a cependant u n accent personnel bien spécial qui\nfait augurer un bel avenir.\n    L'école belge — si école belge il y a — était représentée par M M . J o n g e n ,\nDelcroix, Lauwerijns et Vreuls. De ce dernier, M l l e Rollet a chanté, en\nmusicienne accomplie, un b e a u poème descriptif, L'automne sur la Fagne,\nécrit sur des paroles de l'exquis poète J e a n D o m i n i q u e . De M. J o n g e n ,\nn o u s avons réentendu avec g r a n d plaisir le Quatuor pour piano et cordes,\nplein de force et d'ardeur j u v é n i l e ; de lui également, des pièces impression­\nnistes pour piano, Clair de lune et Soleil à midi : j'avoue que j'aime mieux les\nF r a n ç a i s d a n s ce g e n r e ; est-ce parce qu'il r é p o n d mieux à leur tempéra­\nment, ou parce qu'ils y ont u n e plus g r a n d e expérience que nous? Je ne\nsais... L e Quatuor (op. 8) pour piano et cordes, de M. Delcroix, a de la\nt e n u e , de l'élégance, de la joliesse d'écriture et u n sentiment tendre qui\ndénote une nature aimable et fine; mais il a quelques longueurs que l'on ne\nretrouve point d a n s le Trio du m ê m e auteur, exécuté l'an passé à la Libre\n Esthétique, et écrit d'ailleurs après le q u a t u o r . J'aime b e a u c o u p la Sonate pour\n violon et piano de M. Lauwerijns : elle est solidement construite; la partie\nde violon, admirablement conçue au point de vue de l'instrument, s'appuie\navec force sur une base pianistiquc d'une h a r m o n i e audacieuse ; le sentiment\n général de l'œuvre est viril, plein d'essor et de juvénilité...\n   L a partie française du p r o g r a m m e de la Libre Esthétique comportait, dans\nl'ensemble, moins d'oeuvres inédites que d'habitude. P a r m i les choses...\nanciennes qui furent réentendues, citons les Tableaux de voyage — si schu-\nmanniens et pourtant si d'indystes — de M. Vincent d ' I n d y et la Fantaisie pour\nhautbois du m ê m e m a î t r e ; le Quatuor à cordes de M. Debussy, toujours aussi\nvivement intéressant; la délicieuse Suite basque pour flûte et quatuor à cordes,\nde M. Charles Bordes, etc.\n   P e u de mélodies nouvelles : une ou deux de M . Pierre de Bréville (Nuit\nde jardin, Le Rhin), très en grisaille, mais d'une exquise distinction; trois de\n M. R. de Castéra (En Rêve, Une jeune fille parle, Azulejo), d'une parfaite origi­\nnalité et d'une allure qui répond à la plus pure et à la plus saine tradition\nfrançaise...\n   L'une des meilleures compositions qu'il nous a été d o n n é d'entendre, est la\nSonate en ré mineur, pour p i a n o et violon, de M. Albert Roussel. Ce nom\nn'est pas i n c o n n u à Bruxelles : M. Sylvain D u p u i s a d o n n é , l'an passé, aux\n Concerts populaires, u n e œuvre s y m p h o n i q u e de M . Roussel, le Poème de la\n\n\n   (1) Quatrième année, nos 3 et 9.\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1997, "texte": "304                              DURENDAL\n\n\n\nForêt, dont le coloris instrumental très personnel et l'atmosphère « naturiste »\nont beaucoup plu. C'est cette même atmosphère qui réapparaît dans la\nsonate, non plus sous une forme programmatique précise, mais bien sous\nl'aspect d'un sentiment général où domine la note pastorale joyeuse, claire\net printanière.\n   Parmi les œuvres purement impressionnistes, la Fête en Cerdagne et surtout\nles Baigneuses au soleil de M. Séverac, font songer au pointillisme de Signac,\ntandis que les trois pièces pour piano de M. Maurice Ravel, Gaspard de la\nnuit, évoquent avec un art curieux et une grande puissance les visions fan­\ntastiques d'un Poë ou d'un Hoffmann.\n   L'Andante et Scherzo, pour harpe chromatique et quatuor à cordes de\nM. Florent Schmitt, m'a paru incompréhensible. Il faudrait sans doute le\nréentendre et en lire la partition pour pouvoir en juger d'une manière moins\nvague et moins sommaire.\n   Que dire maintenant des exécutants? C'est une chose connue que le direc­\nteur de la Libre Esthétique s'assure toujours le concours d'interprètes de\npremier ordre, dont l'objectif consiste avant tout à mettre en valeur les œuvres\nqu'ils ont à exécuter.\n   J'ai déjà cité les noms de Mmes Weber et Rollet; ajoutons-y ceux de\n Mlle Dutreux, qui joue fort bien de la harpe, et de M. Lambotte, qui est en\npasse de devenir l'un de nos meilleurs pianistes; de M. Strauwen, flûtiste\ndélicat, et de M. Piérard, hautboïste excellent; enfin, de Mlle Selva et de\nM. Vinès, qui n'ont pas leurs égaux pour l'interprétation des œuvres contem­\nporaines écrites pour piano. Je passe sous silence les compositeurs qui colla­\nborèrent à l'exécution de leurs propres œuvres, et je termine en rendant un\njuste hommage à la valeur et au dévouement des deux collectivités qui prê­\ntèrent leur concours aux concerts de la Libre Esthétique, le Quatuor Zimmer\net le Quatuor Piano et Archets.\n                                                                       C H . V.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-009", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 305, "page_fin": 307, "titre_corps": "Société de musique de Tournai : « Sainte Ludmile » de Antoine Dvorak", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "N. 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Cette fois l'attraction était double, car au\n                          plaisir d'entendre les chœurs remarquables de la Société\n                          se joignait celui de découvrir une œuvre i n c o n n u e du\n                          public latin, une œuvre exécutée seulement jusqu'ici dans\n                          les pays slaves et anglo-saxons.\n                             Sainte Ludmile, l'oratorio en trois parties du musicien\n tchèque Antoine Dvorak fut composé en 1886 pour le festival de Leeds,\nexécuté peu après un peu partout en Angleterre, en Autriche, enfin à N e w -\nYork, il n'avait pas franchi encore les pupitres des capelmeister français ou\n belges.\n   Le grand succès obtenu à P r a g u e en 1904 p a r Sainte Ludmile au festival\norganisé à cette époque en l'honneur de Dvorak, décida la Société de m u s i q u e\nde T o u r n a i à l'inscrire à son p r o g r a m m e et à en faire traduire le texte par\n Mlle May de R u d d e r . Cette dernière s'est acquittée très littérairement avec\ninriniment de goût et d'habileté de la tâche en somme peu c o m m o d e qui lui\nétait dévolue. L'adaptation musicale estintelligemment faite sans enlever à la\npartition q u o i q u e ce soit de son caractère ou de son originalité.\n   Le sujet de Sainte Ludmile est e m p r u n t é à l'hagiographie des chrétiens\nprimitifs de la B o h ê m e . Il chante la conversion au christianisme de\n Ludmile, princesse p a ï e n n e de Bohême, la rencontre de cette princesse à\nl'ermitage de l'anachorète Yvan avec le prince Borivoj, qui s'éprend d'elle et\nl'épouse, non point sans avoir embrassé la religion catholique et s'être fait\nbaptiser avec elle dans la cathédrale de Velehrad en Moravie par l'évêque\n Methode.\n   Le poème ne se rapporte qu'à ces faits m a r q u a n t s de la vie de L u d m i l e ;\nrappelons ici que les légendes latines ou slavonnes qui ont été réunies dans\nle premier volume des Fontes rerum bohemicamm, font vivre cette princesse vers\nl'an 853. Devenue veuve, elle dirigea l'éducation de son petit-fils qui fut\nSaint Vacsla. Sa popularité excita la jalousie de sa belle-mère Drahomira qui\nétait restée païenne. A la mort de Wratislas, fils r é g n a n t de L u d m i l e , elle\ntenta de s'emparer du pouvoir, renversa le culte chrétien et fit étrangler\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "306                               DURENDAL\n\n\n Ludmile au château de Tetin en 927. L'église canonisa la martyre dont les\n restes furent transportés à Prague; elle devint la patronne de la Bohême.\n    Le poème mis en musique par Dvorak comprend trois parties. La première\n se passe dans la cour d'honneur du burg Melnik. Prêtres, seigneurs et gens\n du peuple y célèbrent la fête du printemps autour de la statue d'or de la\n déesse Baba, la freïa du paganisme tchèque. Un inconnu au visage pâle\n mais hautain fend la foule des adorateurs prosternés et des femmes qui cou­\nvrent la statue de fleurs. Il brandit une croix et proclame la toute-puissance\nd'un Dieu nouveau. La statue s'effondre, tombe en poussière, le peuple\ns'enfuit, mais Ludmile a compris ce miracle, l'apôtre la désigne comme\nl'élue.\n   Dans la seconde partie, Ludmile et sa suivante Svatava traversent, au\nmilieu de mille dangers, une grande forêt de Moravie à la recherche de la\nretraite d'Yvan. Elles la découvrent à >l'ombre d'une caverne marquée d'une\ncroix blanche; elles rencontrent sur le seuil de cet ermitage agreste le prince\nBorivoj qui chasse dans ces régions sauvages.\n   Le prince Borijov frappé par la rayonnante beauté de Ludmile abandonne\nla piste de la biche qu'il poursuivait, éloigne ses valets, fait taire les cors et\nles chiens. Il s'approche de Ludmile et lui exprime ses sentiments, son admi­\nration. Ludmile lui fait connaître la mission qui lui est confiée par Dieu,\nelle accepte ses hommages, mais ne sera à lui que lorsque Borivoj se sera\nconverti au christianisme. La divine et réconfortante parole de l'apôtre Yvan\nopérera ce prodige.\n   La troisième partie enfin fait assister à la consécration et au baptême du\ncouple, tandis que les voûtes de la vaste cathédrale de Velehrad retentissent\ndes cantiques et des prières du peuple qui demande au Dieu puissant la paix\net la gloire de la Bohême, de la Patrie.\n   La musique écrite par Dvorak sur ce livret aux épisodes poétiques ne se\ndistingue pas par une personnalité bien intense. On y retrouve certes\nl'auteur de tant d'oeuvres de musique de chambre, de symphonies dont la\nfacture très neuve, la forme essentiellement originale excitèrent en leur\ntemps la vive curiosité des musiciens et qui lui valurent une place en vue\nparmi les compositeurs contemporains, mais il semble qu'en raison d'un\nsujet religieux, aux tendances élevées et archaïques, Dvorak ait voulu s'en\ntenir aux traditions de l'oratorio classique telles qu'elles ont été consacrées\npar Haendel, Bach et Mendelssohn.\n   Sa partition est d'une belle tenue, les chœurs sont traités d'une plume de\nmaître, avec de séduisantes recherches de rythmes, d'harmonieux effets de\nvoix. L'invocation à Baba est une page haute en couleur qui coupe d'une\nmanière impressionnante la scène du printemps. La première invocation de\nLudmile aux dieux païens est aussi une mélodie d'une pénétrante fraîcheur.\n   La seconde partie dont les récits d'Yvan, imités du plain-chant, maintien­\nnent la sévérité, ne laisse pas que de présenter quelque monotonie d'autant\nplus que l'orchestration en est sobre et peu variée, sans grande recherche\nde timbres et assez pauvre d'invention. Mais l'auteur se rattrape dans la scène\ndu baptême conçue en de divines sonorités auxquelles se mêle la voix puis-\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "                 LA SOCIÉTÉ DE MUSIQUE DE TOURNAI                                 307\n\n\nsanté de l'orgue et les arpèges célestes des h a r p e s . L'invocation au Saint-\nEsprit, d'un dessin mélodique très slave, et qu'on ne se lasse pas d'entendre\nen dépit de ses répétitions successives par les solistes et les c h œ u r s , a dégagé\ntoute son émotion, tout son charme de pureté h a r m o n i q u e , de splendeur\nmystique. L e choral final que précèdent des épisodes en style fugué avec sa\nprière en faveur du peuple de Bohême a produit le plus merveilleux effet.\nCette péroraison éclatante de sonorité couronne en de magistrales résonances\ncet oratorio très digne de p r e n d r e place à côté des chefs-d'œuvre du genre.\nLe souffle patriotique intense qui l'anime d'un bout à l'autre ajoute éton­\nn a m m e n t à sa puissance d'émotion, à sa haute noblesse.\n    L'exécution fut éblouissante de vigueur et de correction, les c h œ u r s , par\nticulièrement les voix de femmes, ont provoqué l'admiration légitime et\ncoutumière par leur pureté vocale, leur justesse, leur fraîcheur, leur\ndistinction. Les solistes étaient M lles H o m b u r g e r et Philippi ; M M . Pla­\nm o n d o n et Frolich : tous quatre se sont trop souvent signalés par leurs\nbelles interprétations aux feslivals rhénans pour rappeler ici leur mérite et\nleur valeur, leur belle émission vocale, leur direction impeccable, la musica­\nlité é m o u v a n t e de leur compréhension. Cette fois encore ils rivali c èrent\nde style, d'accent dans les fragments, les airs, les récits que leur conf ait la\npartition.\n    Le succès fut considérable, enthousiaste, légitimement octroyé à t o u s ; il\nconvient d'y associer M. de Loose qui a conduit c h œ u r s , orchestre, orgue et\nsolistes avec u n élan continu, un noble emballement qui n'a pas peu con­\ntribué à mettre en valeur certains passages assez ternes de la partition;\nassocions-y aussi M. le baron Stienon du P r é , l'âme de la Société de\nmusique de T o u r n a i , qui ne ménage ni son temps, ni son zèle pour mener à\nbien ces exécutions superbes. Amateur éclairé, musicien expert, organisa­\nteur hardi et plein d'initiative, c'est à lui que la Société de musique de\nT o u r n a i doit sa prospérité, à lui qu'elle doit de pouvoir clôturer par un\nretentissant succès sa vingt et unième a n n é e d'existence, sa vingt et unième\nannée de belle musique et de grand art.\n                                                                            N. L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-010", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 308, "page_fin": 314, "titre_corps": "Chronique d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d'Art Exposition des œuvres de M. Vinçotte", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 363, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "Chronique d'Art\n\n                Exposition des œuvres de M. Vinçotte\n   Dans le courant du mois d'avril dernier M. Vinçotte exposait dans son\natelier la maquette réduite du fronton sculpté destiné au Palais du Roi. Ce\nprojet s'impose par des qualités éminentes de style et d'élégance décorative.\nLa figure centrale, personnifiant la patrie belge, est une merveilleuse\névocation de grâce altière. Elle domine, en s'isolant d'elles, les figures acces­\nsoires, lesquelles symbolisent les causes actives de notre prospérité nationale.\nTout l'ensemble, savamment ordonné, est presque autant d'un peintre que\nd'un sculpteur, et je ne serais pas surpris que les figures si sculpturales de la\nFécondité de Jordaens n'aient hanté le souvenir de l'artiste. Le relief, bien\nqu'atténué par endroits, est assez habilement ménagé pour ne rien perdre\ndans l'éloignement d'un couronnement d'édifice.\n  En même temps que ce projet, M. Vinçotte exposait deux bustes en\nmarbre (S. A. R. le Comte de Flandre et M. le banquier Philipson) et deux\nmodèles de buste en glaise (S. A. R. le Prince Albert et le chef de cabinet\ndéfunt M. de Trooz). Autant de chefs-d'œuvre de facture simple et savante,\nanimés d'une vie intense et bien personnelle. En particulier, on ne peut\nmieux rendre le charme aristocratique et fin, tempéré de bonté exquise, qui\npersonnifie l'inoubliable prince dont Bruxelles garde le souvenir.\n                                                                   F. VERHELST.\n\n\n\n\n           Le XVIIe Salon du Cercle « Pour l'Art »\n   La surabondance de matière ne nous permet pas de faire une analyse\ndétaillée des œuvres exposées dans ce Salon. Qu'il nous suffise de répéter\nl'admiration enthousiaste et sans réserve que nous avons toujours professée\net dont nous réitérons avec joie l'expression pour ce groupe d'artistes qui est,\nsans conteste, un des plus sérieux cercles d'art qui existent en Belgique. Par­\ncourez simplement la liste des exposants et vous serez convaincu de la haute\nvaleur de ce cercle. Cette liste contient les noms des plus grands artistes du\npays.\n   Dans l'art décoratif, cet art magnifique, cet art essentiel, l'art des arts, si je\npuis m'exprimer ainsi, puisqu'il va droit au but de l'art qui est de décorer les\npalais des rois, les cathédrales, les théâtres, les hôtels communaux, tous les\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3036, "texte": "                              CHRONIQUE D'ART                                309\n\ngrands édifices publics, il faut citer les deux grands noms de FABRI et CIAM­\nBERLANI, deux artistes de toute première envergure, et qui, avec l'admirable\nMONTALD, ont atteint et réalisé dans leurs chefs-d'œuvre le sommet de l'art\ndécoratif, et cela avec une somptuosité fastueuse, une poésie intense et une\nmajesté incomparable. Je place ces trois artistes parmi les plus grands artistes\nen art décoratif de ce siècle. Ils ont peut-être des égaux, ils n'ont pas de supé­\nrieurs dans le monde entier. Je l'affirme sans crainte et avec fierté pour mon\npays.\n   Parmi les autres artistes peintres il y a FIRMIN BAES dont la personnalité\ns'affirme de plus en plus dans des œuvres d'une absolue perfection, le grand\nLAERMANS, toujours aussi puissant, toujours égal à lui-même, et dont la répu­\ntation égalera un jour celle de Breughel, à côté de qui on peut le placer sans\ncrainte qu'il en soit diminué.\n   Nous devrions citer encore, parmi les peintres qui se distinguent chaque\nannée aux salons de Pour l'Art, les deux peintres d'intérieurs, d'un charme si\nfascinant, VERHAEREN et JANSSENS, les paysagistes COPPENS, DIERICKX et tant\nd'autres qui s'affirment dans des genres divers et toujours avec un égal bon­\nheur comme VAN DEN EECKHOUDT, MICHEL, LYNEN, OTTEVAERE, LAMBERT, etc.\n   Enfin, quels beaux sculpteurs que ROUSSEAU, dont A. Goffin nous fit l'éloge\nici même récemment, LAGAE, BRAECKE et le regretté BONCQUET dont on ne\nsaurait jamais assez pleurer la disparition quand on contemple les œuvres de\nbeauté forte qu'il avait déjà réalisées.\n   Il faudrait citer tous les noms du cercle Pour l'Art, car tous ont du talent et\nplusieurs sont déjà des maîtres.                                          H. M.\n\n\n\n                              Jef Leempoels\n   La collection des cinquante-trois panneaux exposés au Cercle Artistique,\ndu 25 janvier au 3 février, ne donne qu'une idée incomplète de l'étrange,\ncaptivante et parfois déconcertante personnalité de Jef Leempoels. Les\nmeilleures de ses œuvres sensationnelles datent de loin, comme le visage\nangoissé de l'Enfant au cauchemar, et surtout les Mains suppliantes. Je\nretrouve la même sensation d'art subtil et de réalisme symbolique dans deux\nphotographies du salonnet actuel, d'après « des œuvres jamais exposées en\nBelgique », savoir le Jeune Sphinx appartenant à S. A. R. le Prince Régent\nde Bavière, et A l'Eglise du musée de Leipzig. Cette dernière œuvre,\nvulgarisée par la reproduction en couleurs, suffit à la gloire d'un artiste.\n   Le bon Jef Leempoels s'affirme à l'exposition du Cercle Artistique par une\nexcellente figure d'émigrant, farouche et dramatique, sans être mélodrama­\ntique, avec le reflet aigu allumé au coin de ses prunelles. Il s'y\nretrouve encore dans le portrait de l'artiste, admirable de vie concentrée, de\nsincérité et de couleur sobre. Excellent aussi le portrait de M. Aronstein,\ndont la personnalité se dégage fortement des formes grêles et du regard clair\net dur.\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3260, "texte": "310                                   DURENDAL\n\n\n\n   J'aime moins les deux figures d'odalisques : Réconfortée et Rayon d'or,\nquoique la seconde se r e c o m m a n d e par le charme d'une belle lumière\nambrée. Il y a de la fraîcheur et de la préciosité dans les effets de lumière\nblanche parmi les blancheurs des deux intérieurs féminins intitulés la Lettre\net le Thé, et l'imprévu curieux des figures claires réflétées à contre-jour p a r\nune glace inclinée. Au moins ces toiles témoignent-elles de la souplesse du\ntalent de Leempoels, et de son désir de renouveler ses sujets.\n   On retrouve le symboliste dans les Sœurs de douleur, dont les voiles noirs\ndissimulent mal les chairs lourdes et fiasques. J e me d e m a n d e pourquoi\ncette douleur, d'ailleurs mélodramatique cette fois, est située dans u n paysage\njoyeusement fleuri. Serait-ce u n symbole de l'ironie inconsciente des\nchoses?\n   J'aime moins encore le Chemineau, malgré l'àpreté du dessin, qui ne fait\ngrâce d'aucun détail. J e ne sais pourquoi ce b o n h o m m e rougeaud, avec ses\nyeux chavirés et sa barbe de vieux notaire, m'est a n t i p a t h i q u e . E t je confesse\nque les toiles de Leempoels, toujours intéressantes par l'acuité de la vision,\nme laissent souvent cette indéfinissable sensation de malaise.\n   Jef Leempoels a l'originalité de réussir en plus d'un g e n r e . Il délaisse\nvolontiers ses figures évocatrices d'idées pour le genre et même le paysage\nd'amateur, dépourvu de tout r o m a n t i s m e . U n bouquet d'arbres émergeant de\nla prairie, des toits rouges au bout d'une allée en berceau, le dessin grêle\nde rameaux dépouillés sur le ciel bleu, des constructions au bord d'un\nétang, u n e simple m a r i n e en grisaille de tons plats suffisent à sa vision de\npaysagiste. Il a p o u r t a n t quelques notations lumineuses plus subtiles. 11\natteint enfin la vraie beauté d a n s le Pré flamand, où les peupliers si caracté­\nristiques de nos côtes de W e s t - F l a n d r e prennent les allures classiques\n du pin-parasol, dans la lumière dorée d'un beau crépuscule de j u i n .\n\n\n\n          Exposition des œuvres de M. Joseph François\n    J'ai revu avec'plaisir au Cercle Artistique, les toiles de cet excellent paysagiste\nque je compte parmi les plus probes et les plus sincères représentants de notre\ng r a n d e école du paysage. Il se rattache aux traditions des Boulanger et des\nCoosemans par la même interprétation large, émue et attentive de nos sites.\n    Trois aspects de la nature ont particulièrement sollicité son actif pinceau :\nla forêt, les dunes et la m e r .\n     M. François a chanté « sa » forêt de Soignes avec autant d'amour que les\npeintres de Barbizon leur forêt de F o n t a i n e b l e a u . Il la connaît et il l'aime\ncomme personne, dans ses multiples aspects, sous ses parures changeantes,\nmais avec une prédilection évidente pour l'incomparable majesté de ses\nhivers. Il épie les dernières lueurs du couchant à travers les mailles serrées\ndes branches mortes, qui découpent le ciel en m e n u s fragments d'émaux\ncloisonnés. Il note avec ferveur les avant-plans embroussaillés d'herbes\nsèches et de feuillages roux, et l'élan sauvage de la haute futaie dont les\nmasses violacées, rayées de lumière, fusent sur le fond doré du ciel.\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3107, "texte": "                                 CHRONIQUE         D'ART                                311\n\n\n    Les paysages désolés de la Campine lui sont aussi familiers, mais cette\nfois toute la magie du paysage se concentre dans les aspects mouvants du\nciel. L e s étendues mornes qui fuient vers les horizons infinis servent de\nrepoussoir aux jeux de lumière dans les nuages, tantôt dilués dans l'irra­\ndiation du ciel, tantôt accumulés en palais aériens, dont le soleil accuse, en\nreflets d'or, l'étrange et fascinante architecture. Les dunes de nos côtes mari­\ntimes ont trouvé aussi en M. F r a n ç o i s un interprète subtil. Il a bien compris\nleur charme plus souriant que celui des landes austères de la C a m p i n e .\nPromenade dans les dunes est une jolie trouvaille de lumière blonde, où la\nvégétation grêle parmi les sables blancs s'irise de jolis tons de porcelaines\nde Saxe. L e groupe des élégantes promeneuses matinales est bien en place\nd a n s ce gentil décor.\n    N o n dépourvues de g r a n d s mérites, les marines où M. F r a n ç o i s renouvelle\nsa manière. Les meilleures notations y sont celles de la lumière largement\né p a n d u e . Dans Estacade à marée basse, elle remplit tout le ciel d'un éclat\nmagnifique, et la masse liquide en est toute pénétrée. D a n s Brise-lames, elle\ntombe en cascade de dessous u n écran de nuages sombres aux reflets\nd'orage. La n a p p e lumineuse fait étinceler la mer comme u n bain d'argent\nen fusion, que barre la croupe sombre et luisante du brise-lames. J e regrette\nles figures de cette marine, trop disparates dans sa sauvage g r a n d e u r .\n    Il faut louer encore les toiles moins importantes du maître, tel le délicieux\nRuisseau sous bois, qui fait la sieste sous le feuillage dense tout frémissant de\nlumière c h a u d e ; — tel encore le torrent de la H o ë g n e , qui rappelle les sites\nalpestres; — et enfin le caractéristique coin des carrières de Quenast, dont\nles blocs à cassures métalliques sont si curieusement observés.\n\n\n\n          Exposition des œuvres de M. et Mme Wytsman\n  L e s qualités distinctives de ces deux peintres sont toutes de fraîcheur et\nde lumière. L e u r s âmes c o m m u n i e n t d a n s u n m ê m e a m o u r des heures\nsereines, et si la mode était encore aux épigraphes, j e leur appliquerais\nvolontiers celle-ci, q u ' o n lit je ne sais plus en quel bourg p e r d u du T y r o l ,\ngravée sur un cadran solaire :\n\n                           Non numero horas nisi serenas (1).\n\n   Comme il convient, M m e Juliette W y t s m a n s'abandonne avec plus d'ingé­\nnuité à cette grâce d u s o u r i r e heureux. Elle a u n e préférence m a r q u é e pour les\nbords fleuris de la Meuse. Elle chante notre beau fleuve w a l l o n e n poète fervent\ndans le Rêve à Anhée, dans l'admirable Soir d'été à Yvoir, dont l'avant-plan\ntout embroussaillé de ronces et d'eupatoires en fleurs, dissimule le flot loin­\ntain, qui serpente en n a p p e d'argent entre les rochers teintés par le soir;\navec plus de ferveur encore d a n s l'exquise Matinée d'automne, avec son c h a m p\n\n\n  (1) Je ne compte que les heures sereines.\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3144, "texte": "312                                     DURENDAL\n\n\n\nd'ombellifères dorées, que clot un rideau de peupliers grêles et l'horizon\nlaiteux, où le fleuve se devine encore entre les échancrures des hampes\nmouvantes.\n    L'art de M. R o d o l p h e W y t s m a n ajoute à ces qualités aimables un souci\nplus volontaire du dessin et de la technique. P e r s o n n e ne rend comme lui\nle relief des choses et les multiples accidents de la perspective. Il procède\npar juxtaposition de touches de couleur, mais si habilement distribuées que\nles moindres ondulations des surfaces fuyantes s'accusent avec la netteté\nd'une vue de stéréoscope. Chemin ensoleillé est, sous ce rapport, u n e p u r e\nmerveille.\n    M. R o d o l p h e W y t s m a n est le poète de la n a t u r e vraie. Il l'aime d a n s ses\naspects les plus séduisants, aux heures où elle se pare de grâce attendrie. Il\nne cherche ni la force ni l'éclat, et sa vision, toujours délicate, reste néan­\nmoins toujours sincère, exempte de recherche et d'afféterie. Il est peintre\nexclusivement, et, de propos délibéré, il écarte toute préoccupation de\nromantisme littéraire. L a nature telle qu'elle est lui paraît suffisamment belle\net variée. Il n'éprouve nul besoin de la truquer, ni de l'idéaliser, ni de la syn­\nthétiser, ni dè l'apercevoir au travers d'un subjectivisme i n d é p e n d a n t . P o u r\ncela m ê m e , je doute que R. W y t s m a n emporte les suffrages d'une certaine\n coterie férue de modernisme et de sensations rares. Mais les coteries et la\n mode passent; la sincérité seule demeure.\n    P a r m i ses tableaux exposés au Cercle Artistique, j ' a d m i r e en particulier\n les deux aspects de la Meuse, le soir et le matin. C'est toute la poésie calme\n et grandiose des grandes étendues endormies dans la paix. La seule critique\n que je puisse risquer est que le soir ressemble trop au matin. Aussi la fraî­\n cheur de l'aube est-elle la note d o m i n a n t e de toute l'œuvre de l'artiste,\n toujours é t o n n a m m e n t j e u n e . Cette note joyeuse fait de la Matinée d'avril\n (premières feuilles) la plus ravissante chose que l'on puisse voir. On ne se\n lasse pas d'admirer la petite ferme entrevue au travers les branchages piqués\n de verdure naissante, dans une atmosphère nacrée qui met des reflets\n d'argent aux troncs rugueux des chênes de l'avant-plan. N o n moins\n  évocatrice la Quiétude de la cour de ferme, où les rayons du soleil,\n  tamisés par les arbres, parsèment de m a r b r u r e s roses le crépissage des\n  vieux m u r s . . .\n\n\n\n       Œuvres de M. Firmin Baes et Henri Ottevaere\n    Je retrouve, dans son salon du Cercle Artistique, les qualités décoratives de\n M. Firmin Baes, mettant en valeur des sujets très humbles, femmes du peuple,\n h o m m e s de la glèbe, et, particulièrement, un même sujet : la femme à la\n jaquette rouge et au b o n n e t blanc. J e regrette cependant que la belle allure\n pittoresque de ces sujets rejette un peu à l'arrière-plan le sentiment intérieur\n suggéré par les titres. Ainsi, dans Inquiétude le c h a r m e de la jolie silhouette\n penchée au-dessus du berceau d'osier ne d o n n e guère la sensation d'une\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3225, "texte": "                             CHRONIQUE D'ART                                 313\n\n\nangoisse maternelle. La Lettre me montre encore la même paysanne, les\nbras et la tête affalés sur une table, sous le reflet de la même lampe\nqui éclairait le berceau; mais il fallait le titre du tableau pour m'ap­\nprendre que cette femme n'est pas simplement endormie. Toujours le\nmême sentiment décoratif, très curieux cette fois, dans le Retour de veillée.\n Deux jeunes campagnardes cheminent sous un ciel nocturne piqué\nd'étoiles entre les échancrures des nuages. La lampe qu'elles portent\ndonne à leur visage incliné de côté un petit air fripon de mousmées\njaponaises. Bref, ces aimables figures, bien dessinées en une gamme de\ncouleur chatoyante bien que très sobre et un peu uniforme, révèlent une fine\nnature d'artiste, enchantée d'une trouvaille bien personnelle, mais exposée à\nde fastidieuses redites.\n   M. Ottevaere se complaît dans la représentation des vastes étendues\nplanes sous un ciel mouvant et parfois tragique. Cette impression de gran­\ndeur est fort bien rendue dans les deux dessins au crayon noir : L'Aurore\ncalme et Le Couchant belliqueux. Mais ce n'est pas la première fois que j'ai\nl'occasion de louer ces deux œuvres. Trois autres numéros : Lever de lune sur\nle Zwarte Polder, L'Arc-en-ciel sur le Kievit Polder,   et Les champs des Polders,\nsont identiquement dans le même sentiment, et la même facture de dessins\nlégèrement rehaussés de couleur. Les nuages y jouent le grand rôle, et ils\nsont supérieurement traités, quoique avec une pointe de romantisme.\nEn revanche le paysage est dessiné d'une manière presque puérile. Je\nsais bien que ce dédain de l'habileté fait partie du programme de maint\nartiste contemporain, et précisément de ceux qui ont des intentions litté­\nraires. Ils voudraient faire oublier le métier, la matière, le procédé, et ne\nsuggérer que la vision d'art, à l'instar des primitifs si souvent maladroits.\nMais ils oublient que les maladresses des primitifs n'étaient pas intention­\nnelles, que, d'ailleurs, ces maladresses ne sont pour rien dans la beauté de\nleurs œuvres, et que celles-ci sont belles en dépit de ces maladresses. Ils\noublient combien est odieuse la naïveté affectée.\n   M. Ottevaere a donc d'incontestables qualités de poète, encore que son\nfonds ne soit pas étendu. Comme peintre, comme coloriste surtout, il est\ntrès inférieur. Rien de plus faux que ses diverses marines et ses soleils\nempâtés. Insignifiante la vue du Rhin des « hauteurs du Drachenfels ».\nSes deux vues de Venise font penser à des agrandissements de cartes pos­\ntales coloriées.\n   En même temps qu'à MM. Baes et Ottevaere, le Cercle Artistique donnait\nl'hospitalité à une jolie collection d'aquarelles (ou plutôt de peintures à la\ndétrempe) de M. Rekelbusch. Cette fois, c'est le triomphe du métier, du\ntruc et du chic. La conclusion que m'inspire cette exhibition n'est pas favo­\nrable à cette mode nouvelle de la peinture à l'eau, opaque comme de\nla gouache. Elle fait une concurrence inutile et impossible à la peinture à\nl'huile, en délaissant le charme propre de l'aquarelle : la fluidité et la légè­\nreté aérienne.\n                                                                 F . VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1962, "texte": "314                                    DURENDAL\n\n\n\n\n                  L'Exposition de Mme Ch. Hynderick\n    L'exposition de M m e H y n d e r i c k affirmait un talent artistique comme on en\nrencontre bien rarement chez les a m a t e u r s . Cette artiste a un don spécial et\ninné, tout à fait r e m a r q u a b l e , pour évoquer la poésie des paysages du littoral\net elle sait en peindre les côtés pittoresques avec u n e virtuosité inouïe et avec\nu n e variété exquise et pleine de c h a r m e . J a m a i s je n'ai vu représenter les\ndifférents aspects des d u n e s avec autant de fermeté et d'à-propos et d'une\nfaçon à la fois aussi réaliste et aussi poétique. J'ai lu avec plaisir et je repro­\nduis ici avec joie une appréciation peu banale, puisqu'elle est le fait d'un de\nnos plus g r a n d s et plus avertis critiques d'art, Octave Maus, sur l'exposition\nde cette artiste qui peut être fière de ces éloges. Voici ce qu'en écrit O. M a u s\ndans l'Art Moderne :\n    « M m e Ch. Hynderick, qui fit son éducation artistique sous la direc­\ntion de T h é o d o r e T'Scharner, son b e a u - p è r e , exposa, ces jours derniers, à\nla Galerie R o y a l e , u n e série considérable d'impressions et. d'études évo­\nq u a n t avec sincérité, et souvent avec émotion, les aspects du littoral :\npaysages aux horizons b a s , mer glauque secouée par la brise, plages soli­\ntaires, villages tapis dans les d u n e s à l'abri des vents du large. Les sites de\nla côte west-fiamande : Coxyde, La P a n n e , Saint-Idesbald, Ghyvelde, Nieu­\nport, ont fourni à l'artiste les thèmes sur lesquels elle module d'incessantes\n variations selon l'heure du jour, la saison, le ciel, l'atmosphère d i a p h a n e ou\nb r u m e u s e . M m e H y n d e r i c k a u n e vision subtile, un goût affiné et des dons\nde coloriste qui la serviront heureusement lorsqu'elle aura acquis u n métier\n plus sûr et dégagé sa personnalité, »                                              H . M.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-011", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 315, "page_fin": 318, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique Musicale Concerts Ysaye La dernière matinée", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 372, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2482, "texte": "Chronique Musicale\n\n                                 Concerts Ysaye\n    La dernière matinée des Concerts Ysaye, sous la direction de M. Vander\nStucken, a été des plus brillantes. Direction magistralement nette et ferme,\nplus remarquable peut-être par la puissance du r y t h m e que par le sens des\nnuances et la profondeur de l'interprétation.\n    Au p r o g r a m m e : l'ouverture d'É'gmont, la très belle Symphonie en ut mineur de\nB r a h m s , avec, dans le finale, l'émouvant appel du cor et la mélodie d'allure\npopulaire qui ressemble étrangement — u n peu trop — à celle du finale de\nla Neuvième; le prélude de Tristan, et le Liebestod (le prélude pris dans u n\nmouvement trop rapide qui, à mon avis, lui fit perdre b e a u c o u p de sa\ng r a n d e u r p o i g n a n t e ) ; enfin les Adieux de Wotan avec... M. Van Rooy qui,\ncette fois, en chair et en os, était présent, après avoir fait si souvent faux\nbond au public bruxellois. M. Van Rooy est un merveilleux interprète des\nhéros w a g n é r i e n s ; il chante s u p e r b e m e n t aussi ces rudes chants nationaux\nde la N é e r l a n d e , qu'il a fort bien fait de substituer, sur-le-champ, à u n\ninsipide Ich liebe dich de Marschner ayant p a r u déplorable à la répéti­\ntion générale. Le liederabend du Cercle Artistique le révéla, de m ê m e , inter­\nprète puissant des pages fortes et tragiques, telles que les Deux Grena­\ndiers de S c h u m a n n et le d a n t e s q u e Gruppe aus dem Tartarus de Schubert,\nbeaucoup moins remarquable dans les pages de tendresse, de sensibilité émue\ntelles que la Ferne Geliebte de Beethoven.\n\n\n\n\n                          Samson au Conservatoire\n   Ce fut u n e très belle exécution d'une très belle œuvre, sous la direction\nnerveuse de M. T i n e l . L a musique de H ä n d e l est d e l'art décoratif grandiose,\nmais aussi, avouons-le, lassant et m o n o t o n e . Les pages d'impressionnante\nbeauté, vraiment géniales, qui, çà et là, s'élèvent comme des sommets dans le\nMessie, sont rares d a n s la partition de Samson. Il y a pourtant des chœurs\nsuperbes, de fort beaux récits de S a m s o n , de Manoah, de l'Israélite racontant\nl'écroulement du temple et la mort du héros, un air ravissant, absolument\nexquis, de Dalilah, avec le c h œ u r de j e u n e s philistines qui lui d o n n e la\nréplique. Qu'elle est bizarre, cette Dalila, qui ressemble à la terrible séductrice\nbiblique c o m m e u n e bergère de Watteau à Cléopâtre : incompréhension\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3298, "texte": " 3l6                                    DURENDAL\n\n\nd'autant plus étrange que, p o u r tout le reste, le caractère merveilleusement\npathétique du récit sacré est bien m a r q u é dans le d r a m e de Milton qui a\nservi de base à l'oratorio de H a n d e l . E n vérité, c'est du d r a m e et cela se voit\nc o n s t a m m e n t « en scène ».\n    M M . L h e u r e u x (Samson), Séguin (Manoah), Culot (un Israélite) et\nMme j e Tréville (Dalila) furent parfaits, M l l e L u c e y et les autres furent b o n s ;\nles chœurs et l'orchestre, comme toujours, superbes.                                X.\n\n\n\n                          Quatrième Concert Durand\n                                   Wagner-Brahms\n\n     L e Requiem de B r a h m s apparaît u n e des inspirations les plus h a u t e s et les\n plus intensément émouvantes de la m u s i q u e sacrée au XIXe siècle. L'âme de\n Bach et celle de Beethoven à la fois semblent planer d a n s cette composition\n g r a n d i o s e , vaste chant d'espoir traduisant la paix inaltérable et les triom­\n p h a n t e s certitudes du chrétien devant le mystère angoissant de la mort.\n Chacune des sept parties qui le constituent forme d'ailleurs c o m m e un poème\n distinct et complet dont l'inspiration est aussi profonde que la forme p a r a ­\n  chevée et auquel la simplicité forte du style, l'harmonieux équilibre de l'ar­\n  chitecture sonore et, par-dessus tout, la p u r e et céleste qualité de l'émotion\n lyrique confère un caractère imposant de s u r h u m a i n e g r a n d e u r .\n     L'exécution du Requiem aux D u r a n t revêtit u n e expression de gravité et de\n noblesse appropriée dans les effusions sereines du début et de la fin, mais\n d a n s les éblouissantes polyphonies orchestrales et vocales de la troisième et\n de la sixième partie, comme dans la majestueuse phrase : Toute chair se flétrit\net sèche comme l'herbe des prés, rythmée trop mollement, elle n'atteignit point à\n la plénitude sonore et à l'intensité de sentiment que l'on eût souhaité. Il serait\nd'ailleurs injuste d'accentuer le reproche, car avec les éléments restreints dont\ndispose M. Félicien D u r a n t , il lui eût été matériellement impossible de\ndonner à ces pages magistrales toute l'ampleur qu'elles comportent, et son\nidée de révéler au public bruxellois un chef-d'œuvre que jusqu'ici les trois\nautres g r a n d e s institutions d e c o n c e r t s de lacapitale avaient passé sous silence\nn'est assurément point de celles qu'on serait tenté de blâmer.\n     Les deux solistes, M lle B e a u m o n t et M. Bouilliez, sont des artistes de talent\ndont les interprétations vibrantes mais trop dramatiques eussent gagné à être\nplus discrètes, plus pénétrées d'intériorité.\n     La Cène des Apôtres de W a g n e r fut composée en 1843, après l'achèvement\ndu Vaisseau-Fantôme. Elle renferme deux parties, l'une exclusivement confiée\naux c h œ u r s , la seconde complétée par l'intervention de l'orchestre. Cette\ndernière est la seule vraiment intéressante, se développant en formules har­\nm o n i q u e s qui éveillent le souvenir de Lohengrin et font présager de loin le\nplus grand poète de l'orchestre qui fut j a m a i s . L e s c h œ u r s étaient chantés\navec un fort louable souci des nuances par la Musicale de Dison sous la vail­\nlante direction de M. Voncken.\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3392, "texte": "                             CHRONIQUE MUSICALE                                     d>lj\n\n\n  Au p r o g r a m m e d e ce concert était aussi inscrite l'ouverture de Tannhaiiser,\nexécutée dans u n e liberté de mouvements et une allure précipitée qu'il n'y a\npas lieu d ' a p p r o u v e r .\n\n\n\n                                 Concerts divers\n    R é c i t a l S a u e r . — M. Emil Sauer est justement considéré comme un des\ngrands pianistes du m o m e n t . Dans un p r o g r a m m e où se lisaient les noms de\nS c h u m a n n , Chopin, Liszt, Mendelssohn, etc., il a fait admirer une fois de\nplus la netteté merveilleuse de sa technique, la subtilité aérienne de ses\npianissimi, en m ê m e temps que sa fougue superbe et sa puissance d'attaque\ndans les accords. Il a été particulièrement remarquable dans les sonates de\nScarlatti qu'il a détaillées avec une grâce souple et une limpidité parfaite,\ndans la sonate de Liszt, trop diluée et découpée en impressions antithétiques\nmais sillonnée d'éclairs de génie, et qu'il a interprétée avec une science magis­\ntrale du coloris. M. Sauer a eu d'impalpables délicatesses d a n s le scherzo\ndu Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn, et d a n s les études de Chopin, il a\njoué finement le nocturne en fa du m ê m e auteur, a été moins h e u r e u x dans\nla ballade en fa qu'il a exécutée moins en poète qu'en pianiste et surtout d a n s\nla valse en la bémol déparée par ces mouvements express qui d é n a t u r e n t les\nrythmes et les significations. Il termina et abîma un p r o g r a m m e très artiste­\nment conçu par une c h o q u a n t e et vulgaire transcription de l'Eugène Onegin\nde Tschaïkowsky. Ce n'est pas la première fois que M. Sauer se rend cou­\npable d'une telle inélégance. E t pour n o u s résumer, Sauer qui est doué\nd'une prodigieuse facilité et possède à u n degré éminent les qualités p r o p r e ­\nment pianistiques, se différencie à notre sens d'artistes c o m m e P u g n o ou De\nGreef en ce qu'il vise trop constamment à l'effet, effet qu'il obtient du reste\npresque toujours, mais plus souvent par les moyens habiles et factices du vir­\ntuose que par le pouvoir et l'éloquence de l'émotion d'art pure.\n    U n e bien intéressante audition consacrée à la Chanson r u s s e a été d o n n é e\nau Cercle Catholique par Mlle R o s a P i e r s , cantatrice. Délicatement accom­\np a g n é e au piano par Miss E m y Martin, M lle Rosa P i e r s a fait entendre u n e\nsérie de chansons et de poèmes lyriques e m p r u n t é s au répertoire des compo­\nsiteurs russes les plus justement célèbres : Cui, Glazounoff, Rimsky-Korsakoff,\nBalakireff, Borodine, Moussorgsky. C'est avec u n e intelligence pénétrante\nqu'elle a interprété ces œuvres dont sa diction souple et finement nuancée a\nmis en lumière les rares beautés. Signalons particulièrement l'accent tragique\nqu'elle a mis dans La Mer, u n e inspiration géniale de Borodine, la façon\nspirituelle et piquante dont elle a détaillé la Chambre d'enfants de Moussorgsky.\n    Cette audition était précédée d'une r e m a r q u a b l e conférence de M l l e Biermé\nsur la Chanson russe. M l l e Biermé, qui a résidé longtemps en Russie, a été en\nrelations personnelles et en rapports de correspondance avec plusieurs musi­\nciens illustres de ce pays. Elle était donc toute désignée pour raconter leur\nvie, les diverses étapes de leur carrière, pour exposer les caractères particu-\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "318                                   DURENDAL\n\n\n\nliers de leur conception esthétique, dévoiler l'âme songeuse et frémissante\nqui palpite secrètement en leurs poèmes, déterminer enfin c o m m e n t la plu­\npart de ces créations fortement imbibées de sève nationale découlent de la\ng r a n d e source ethnique, du folklore. C'est ce qu'elle a fait avec sagacité, dans\nune belle langue pittoresque et imagée, opposant le rêve altier, la poésie\nâpre et sauvage de Borodine au réalisme intense, à l'observation minutieuse\net aiguë de Moussorgsky, définissant les particularités rythmiques et harmo­\nniques de cet art russe si spécial et d o n t l'architecture tonale s'apparente\nétroitement aux modes doriens de l'antique H e l l a d e .\n                                                            GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n\n\n              Les auditions musicales de Mme Beauck\n    M m e Beauck a inauguré des auditions d'élèves fort intéressantes dans\nl'originale salle qu'elle a fait construire à U c c l e .\n    La dernière de ces auditions était consacrée à M l l e s Davanzi et Willia, qui\nsont toutes d e u x douées de fort belles voix et qui ont fait preuve de qualités\nd'interprétation de premier ordre dans un répertoire de mélodies artistement\nchoisies parmi ce que les Italiens, les Allemands, les F r a n ç a i s , les Slaves\net les Scandinaves, ont écrit de meilleur depuis le XVIIe siècle jusqu'à\nnos jours.\n    M lle Davanzi, u n soprano d'un timbre merveilleux et étrangement pre­\nnant, a chanté avec u n e intelligence parfaite et un charme exquis des airs\nitaliens du XVIIe siècle de Bencini, Gaffi et Faiconieri (une délicieuse\n Villanella), de Schubert (en allemand ! bravo !) et des mélodies m o d e r n e s\nparmi lesquelles l'Invitation au Voyage de D u p a r c , la Procession de C. F r a n c k ,\net u n lied verlainien d'une inspiration très p u r e de M. Brusselmans.\n   Mlle Willia a u n e voix de contralto magnifique et une fort belle diction,\nque j'ai surtout appréciée d a n s les deux scènes de l'Orphée de Gluck dont elle\na puissamment r e n d u le caractère pathétique.\n  (Art Moderne,)                                                               C H . V..\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-012", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 319, "page_fin": 331, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES Le drame de la Science par Julien Malric", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 376, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "LES LIVRES\n\nL e d r a m e d e l a S c i e n c e , par JULIEN MALRIC. — (P.-V. Stock,\n   Paris.)\n   Il sied de signaler le nom, jusqu'ici inconnu, de M. Julien Malric, dont le\ncoup d'essai semble coup de maître. Son livre appartient à la catégorie des\ngrandes œuvres symboliques vers lesquelles le bon public ne se précipite pas\ntoujours d'aussi bon cœur que vers les romans d'amour, mais qui doivent\narrêter l'attention des lettrés. Le Drame de la Science contient en réalité deux\ndrames conjugués, la Nuit et l'Irradié. Le premier évoque dans les temps\nfuturs la lutte de ce que seront devenus les hommes : d'un côté les Mages\ndépositaires d'une puissance énorme mais cruelle, de l'autre les Dégénérés\nsatisfaits de leur bonheur bestial; au milieu, de demi-sauvages qui ont con­\nservé, avec la haine des deux autres groupes, le goût du travail opiniâtre ;\nceux-ci arriveront à détruire les Mages tout en étant eux-mêmes détruits par\nles Dégénérés, mais sur les ruines du monde détruit se devinera la naissance\nd'un monde supérieur issu des amours idéales de la fille des Mages et du\nfils des Destructeurs.\n   Quant au second drame, il chante la venue dans un monde également\narchifutur, et où les Doctes essaient de créer une source de lumière et de\nchaleur pour remplacer le soleil éteint, d'un « irradié » une sorte de parsifal\ningénu qui viendra confondre la science étroite des Doctes et enseigner au\nmonde la puissance du sacrifice et la souveraineté du Divin. Et, comme on\nle voit, ce sont des mythes grandioses que M. Julien Malric a personnifiés\ndans ses protagonistes rayonnants; en les résumant, je les ai trop nettement\ndessinés; une part de leur beauté tient à l'imprécision de leurs lignes. On a\nsouvent remarqué chez les auteurs lyonnais (M. Malric est de Lyon) une\nsorte d'influence de l'âme germanique rêveuse, mystique et symboliste, qui se\nretrouve, en effet, chez Ballanche, chez Edgard Quinet, chez Péladan, chez\n Gabriel Sarrazin, chez le peintre Chenavard, mais les personnages de notre\nauteur me semblent plus intenses et plus vagues à la fois que ceux de ces\npenseurs, et il faudrait aller jusqu'aux colosses fuligineux de William Blake\npour leur trouver des frères véritables. L'oeuvre dramatico-philosophique de\n M. Malric n'est sans doute pas sans défauts, et trop souvent un excès de pré­\n cision technique dans le dialogue gêne l'effet que veut produire l'auteur; on\n préférait, par exemple, que ses Mages et ses Doctes ne parlassent pas d'am­\n poules et de branchements, mais malgré tout il y a là un effort très puissant,\n très noble et qui mérite d'être signalé au public d'élite.\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "320                                      DURENDAL\n\n\nCournot et la renaissance du probabilisme, par F. MENTRÉ.\n    — (Paris, Marcel Rivière.)\n    Les livres de ce genre se signalent plus qu'ils ne s'apprécient. Renouvier\ndit quelque part que pour discuter les idées d ' u n des ouvrages de Cournot,\nil lui faudrait un volume plus long que celui dont il parle. Mais combien de\nfeuilles alors demanderait la critique complète d e la philosophie de Cournot\net des appréciations de M. Mentré qui forment elles-mêmes u n gros in-8° de\n65o p a g e s ! J e m e contente d o n c , après avoir r e n d u h o m m a g e à la science et\nà la conscience de l'historien, de dire en quoi son sujet peut intéresser plus\nspécialement les lecteurs de Durendal.\n   Cournot, contemporain de Comte, et comme lui à la fois savant, philo­\nsophe et sociologue, est, à sa différence, un penseur religieux et même chré­\ntien, et même catholique. N o n qu'il ait pratiqué l'apologétique à la mode de\nson t e m p s ; il raconte plaisamment, au contraire, dans ses Souvenirs encore\nmanuscrits, qu'ayant commencé dans sa jeunesse la lecture du Génie du Chris­\ntianisme, il se hâta de l'interrompre pour ne pas exposer ce qui lui restait de\nfoi religieuse à l'imprévu contre-coup des plaidoiries du grand vicomte; pas\ndavantage n'a-t-il d o n n é dans les hardiesses politico-cléricales de son autre\ncontemporain L a m e n n a i s ; là également son attitude serait celle d'un réactif\nde l'ancienne roche gallicane. Mais il n'en a pas moins consacré une bonne\npartie de ses réflexions solitaires à l'étude du grand problème religieux et plus\nspécialement du grand miracle chrétien vu à travers l'histoire. Ajouterai-je\n que son austère point de vue n'est nullement inconciliable avec la posi­\ntion avant tout esthétique prise par C h a t e a u b r i a n d ? L e Génie du Christia­\nnisme, quelques sourires qu'il éveille sur les lèvres des philosophes et des\nsavants, n'en gardera pas moins l'affectueuse estime des artistes et des lettrés,\net je m'imaginerais très bien un moine de Beuron ou de la Guilde Saint-\nJean qui refuserait à son tour de lire Cournot pour ne pas exposer sa foi\nnourrie de beauté à l'influence toujours un peu desséchante de la philosophie\nm ê m e religiosante.\n     A chercher noise à M. Mentré (car le destin des critiques ne doit-il pas\nd'être critiqué?) je l'entreprendrais sur u n point voisin de l'esthétique, sur le\nstyle m ê m e de C o u r n o t qu'il déclare obscur, fatigant, d'une densité rebu­\ntante, etc., toutes sévérités qui me semblent excessives. J'ai même toujours\nété surpris, à ce p r o p o s , de voir que les profanes p u r s littérateurs, générale­\nment u n peu maniaques de l'écriture rare et de l'épithète absconse, sont plus\nindulgents envers certains styles techniques, que les confrères ou disciples;\npour mon h u m b l e part, j'ai toujours, et de b o n n e foi, admiré la saveur du\nstyle de Balzac et de Comte que tous les professeurs de littérature déclarent\nl o u r d s ou illisibles; semblablement la façon d'écrire de Cournot, pour n'avoir\npas la banale fluidité du journalisme ou la médiocre gentillesse du gendelet­\ntrisme, me semble p o u r v u e de toutes les qualités solides et élégantes (l'élé­\ngance n'étant en somme q u e la mesure jointe à la certitude) que comporte un\nstyle d'idées.\n    P o u r finir par u n point personnel, ce n'est pas de m o n crû que j'ai tiré le\nrenseignement trouvé par M. Mentré dans un de mes articles sur Cournot,\n"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3610, "texte": "                                      LES LIVRES                                         321\n\n\nque c'était u n e phrase de T a i n e dans ses Philosophes classiques. « E t quant à la\nlogique, nous irons l'apprendre chez M. Cournot ! » qui avait d o n n é à Gabriel\nT a r d e l'idée de connaître le maître. Ce détail, d'ailleurs curieux, vient de\nT a r d e lui-même, qui l'a indiqué dans u n e \" E n q u ê t e sur T a i n e \", dont j'ai\nreproduit u n fragment au cours d'un article nécrologique sur l'auteur des\nLois de l'imitation paru dans le Mercure de France, où M. Mentré le retrouvera\naisément.\n\nCe        qu'ils     l i s e n t . — ( L u g a n o , b u r e a u x de la revue Cœnobium; dépôt à\n   P a r i s , Librairie Rivière, rue Jacob.)\n   Sous ce titre une revue franco-italienne, qui paraît dans le Tessin suisse, a\npublié cent dix-sept réponses, qui lui furent envoyées par des écrivains de tous\nles pays, à la question suivante : « Si vous aviez à réunir u n e bibliothèque\nde q u a r a n t e volumes de littérature philosophique, religion, morale, synthèse\nscientifique, c o m m e n t la composeriez-vous? »\n   De pareilles questions sont souvent posées par les j o u r n a u x , surtout p e n d a n t\nles mois d'été où la copie intéressante fait défaut. Ce qui d o n n e u n caractère\nparticulier à l'enquête de Cœnobium c'est la qualité et la variété des corres­\np o n d a n t s , les développements dans lesquels certains d'entre eux entrent, et\nenfin les appendices statistiques ou appréciatifs de l'enquête. Je note par\nexemple, p o u r ceux qui aiment ce genre de résumés, que, c o m m e il fallait le\n prévoir, Dante, Shakspeare et la Bible tiennent la tête parmi les auteurs figu­\nrant dans la bibliothèque en q u e s t i o n ; ensuite viennent Platon, G œ t h e , Marc\n Aurèle, Victor H u g o . P u i s H o m è r e , Cervantes, P a s c a l , Spinoza, K a n t et\n Montaigne. J e ne poursuis pas l'énumération qui tournerait à la sécheresse\n du catalogue ; ce sont d'ailleurs les réponses intégrales qu'il faudrait lire.\n                                                                               H.   MAZEL.\n\n\n L e p è l e r i n a g e d e P o r t - R o y a l , par M. ANDRÉ HALLAYS. — Un vol.\n    ill. — ( P a r i s , P e r r i n . )\n    C'est un grand c h a r m e , en vérité, que d'entendre M. A n d r é Hallays parler\n de P o r t - R o y a l , avec l'originalité faite de finesse et de sensibilité qui est\n sienne. Le Port-Royal qu'il évoque devant n o u s , parmi les souvenirs dis­\n persés duquel il nous conduit en ce pèlerinage, s'il ne perd rien de ce qu'il\n a eu d'ardent, de fier et d'opiniâtre dans les ê t r e s ; de rigide et de sévère\n dans les choses, revêt, c e p e n d a n t , en ces pages où il n'est plus que c o m m é m o ­\n ration et, en quelque sorte, éphéméride, la beauté mélancolique et chère au\n cœur des ruines dans lesquelles des vies illustres ont laissé leurs traces. E t\n personne mieux que M. Hallays ne connaît l'art de faire surgir la vie de la\n désuétude et de la poussière des archives et des m o n u m e n t s . Il a le respect\n et l'amour de la ruine. T o u t lui en est reliques, et qu'il excelle à faire parler.\n     T o u s ceux qui aiment P o r t - R o y a l , non point pour ce qu'il a cru, mais pour\n la façon dont il a cru et p o u r ce qu'il a eu d'héroïque, de grand, d'obstiné\n  m ê m e ; p o u r tant de caractères h a u t s et singuliers : S a i n t - C y r a n , les\n  Arnauld, L e N a i n , N i c o l e , M. H a m o n , la mère Angélique ; p o u r\n  l'âme b r û l a n t e et sombre de Pascal comme pour l'âme troublée de R a c i n e ;\n"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3199, "texte": "322                               DURENDAL\n\n\ntous ceux-là seront reconnaissants envers l'auteur de ce livre de tant de pages\ndélicates de pensée, de sentiment, de couleur, consacrées à faire revivre\ndevant nous la mémoire de Port-Royal dans tous les lieux, depuis Port-\nRoyal de Paris et Port-Royal des Champs jusqu'aux cimetières de Megny et\nde Saint-Lambert, que ses religieuses et ses fidèles ont rendu célèbres par\nleur présence dans la vie mortifiée, dans la persécution ou dans la mort. Et\nl'attrait si vif de l'ouvrage est encore accru, s'il est possible, par un choix\nd'illustrations excellentes, au nombre desquelles il faut citer particulièrement\nles portraits des principaux jansénistes et les masques mortuaires de Pascal\net de la mère Angélique.\n\nL a G r è c e é t e r n e l l e , par M. E. GOMEZ CARRILLO. Préface de M. JEAN\n  M ORÉAS. — (Paris, Perrin.)\n    Il semble qu'après la conquête héroïque de son indépendance par la Grèce,\nle grand enthousiasme chevaleresque et poétique qui avait associé toute\nl'Europe chrétienne à la cause hellène se soit presque aussitôt éteint. A\nl'heure des prouesses homériques succéda celle des paroles, l'heure de\nla diplomatie, des parlementaires, de l'organisation. Et les fiers brigands qui\ns'étaient si généreusement battus se montrèrent si désagréables, si discoureurs\net si ergoteurs après la victoire, si peu disposés, d'un côté, à reconnaître\ndans une étroite mesure la dette qu'ils avaient contractée envers l'étranger,\nsi enclins, de l'autre, à se chamailler entre eux, que l'admiration de l'Europe\nse changea presque subitement en aversion et en mépris. Des prophéties\nsinistres furent proférées; on désespéra de l'avenir du jeune et turbulent\nroyaume, trop impatient de toute tutelle; on médit même un peu de\nla race qui, peut-être bien, n'avait rien de commun que le nom avec les\nantiques populations de la Hellade...\n    Le titre du livre de M. Carrillo témoigne assez que, dans sa pensée, ces\npronostics sinistres ne se sont pas réalisés. Il voit et il montre que la grande\ntradition antique n'était pas détruite sur ce sol piétiné, depuis des siècles,\npar tant de conquérants, et que, bien que sous des apparences nouvelles, elle\nrevit presque identique de caractère, dans le peuple de l'Attique, du Pélo­\nponèse et des îles. Le passé, pour autant que nous le connaissions par sa\nlittérature et par son art, transparait partout dans le tempérament des Grecs\nd'aujourd'hui,/dans leurs coutumes, dans leurs mœurs comme dans l'œuvre\nde leurs écrivains et jusque dans les discussions du café ou de la Chambre\ndes députés...\n    De sorte que le livre charmant et sympathique de M. Carrillo est tout à la\nfois observation et évocation. En nous disant la Grèce actuelle, il place sans\ncesse à côté d'elle la Grèce ancienne; il les mêle, il les compare l'une à\nl'autre et, chemin faisant, en des pages pleines d'émotion, d'esprit et de vie,\nil nous les apprend et nous les fait aimer toutes deux davantage.\n\nP a r a d i s l a ï q u e s , par M. JULES SAGERET. — (Paris, Mercure de France.)\n  « Nous autres, libres penseurs, avons soufflé sur les étoiles, et si fort que\nmaintenant le ciel est vide. Voilà du moins ce que nous affirmons avec\n"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3386, "texte": "                                      LES LIVRES                                         323\n\n\norgueil par la voix éloquente de M. Viviani. U n e plus g r a n d e modestie nous\nsiérait. Si nous avons éteint quelque chose, ce n'est pas grand'chose, et nous\nn'avons éteint des astres fantômes que pour allumer des étoiles chimé­\nriques... » Ces lignes ironiques, écrites par l'auteur à la première page de\nson livre, indiquent à peu près le dessein de celui-ci. Ce dessein est plutôt\nnégatif, si l'on peut dire, car si M. Sageret relègue le paradis de la religion\ndans la fable, il repousse les paradis laïques dans l'utopie, dont ils sont,\nd'ailleurs, venus. Il explore, particulièrement, les paradis imaginés par la\ngrosse fantaisie humanitaire de Zola et par la fantaisie sceptique d'Anatole\nF r a n c e , et nous m o n t r e sans peine, mais avec b e a u c o u p d'esprit, que si elle\nn'était heureusement chimérique, la félicité que ces écrivains, à la suite de\ntant d'autres, ont rêvée p o u r l e s h o m m e s n'apporteraient à ceux-ci que la ruine\nde tous leurs motifs d'activité et, par conséquent, de b o n h e u r , en m ê m e temps\nqu'un ennui d o n t il faut renoncer à essayer de donner la plus lointaine idée.\n    Les démonstrations excellentes de M. Sageret feront sourire, sans doute,\nAnatole F r a n c e , la fiction à laquelle il s'est complu dans Sur la Pierre\nBlanche n'ayant jamais eu, évidemment, à ses y e u x , que la valeur d'une fiction.\nDepuis, d'ailleurs, d a n s l'Ile des Pingouins, il nous a décrit une autre vision\ndes temps futurs, une sorte d'apothéose de civilisation qui finit au milieu du\nfracas des ruines et d e l'éclat sinistre des bombes anarchistes, vision plus\nvraisemblable et qui n'est pas sans similitudes avec celle dont a été visité\nl'auteur des Paradis laïques.\n    Q u a n t à Zola, il est probable que, s'il vivait encore, la contradiction\ncritique de M. Sageret l'aurait mis en colère, comme elle fera pour la plupart\n des gens qui, croyant s'être affranchis des « superstitions » de la religion,\nont mis les capacités ou les besoins de foi qui subsistaient en eux dans\nles rêves des idéologues de la démocratie.\n\nM a g a u d , par M. FERNAND SERVIAN. U n volume illustré. — (Paris, Plon.)\n   Magaud, qui fut directeur de l'école des Beaux-Arts de Marseille et a laissé\nde nombreuses décorations d a n s les édifices publics et privés de cette ville,\ndébuta vers 1840.\n   Son œuvre considérable, classique, idéaliste, est mise très habilement en\nrelief par l'auteur de cette m o n o g r a p h i e a b o n d a m m e n t illustrée. Sans doute,\nla réputation du peintre ne franchit point les bornes du département où il est\nné et l'on peut douter que la postérité, invoquée par M. Servian, voie\ns'accentuer encore la renommée de Magaud, mais il n'en reste pas moins que\nson nom ni ses ouvrages ne sauraient être négligés et font figure honorable\ndans l'histoire de la peinture française du XIXe siècle.\n\nAtlas de l'art. Recueil des Chefs-d'œuvre de l'architecture, de la sculpture et de\n   la peinture depuis l'époque égyptienne jusqu'à nos jours : Composé par le chanoine\n   KREKELBERG, avec des commentaires choisis par M. DUBOIS et des m o n o ­\n   graphies des époques, styles et écoles par M. J U L E S T E L L I E R . — (Anvers,\n   Van Os-De Wolf, éditeur.)\n   Excellent ouvrage de vulgarisation dans lequel on trouvera des repro-\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3399, "texte": " 324                                       DURENDAL\n\n\nductions d'une exécution parfaite des œuvres les plus caractéristiques de\ntoutes les époques, accompagnées d'extraits, en général bien choisis, des\nécrivains qui ont parlé d'elles.\n    Le travail que les auteurs de cette belle publication ont mené à b o n n e fin\nest trop considérable et trop digne d'être a p p l a u d i pour que n o u s nous\narrêtions à quelques critiques de m é t h o d e , de classification ou d'appré­\nciation. N o u s aurions aimé, c e p e n d a n t , voir M. Tellier mettre nettement en\nlumière, dans u n livre destiné à la jeunesse belge, l'influence euro­\np é e n n e que les sculpteurs et les peintres flamands ont exercée p e n d a n t u n e\npartie des XIVe et XVe siècles.\n    N o u s n o u s félicitons, en tout cas, de voir introduire un recueil de celte\nsorte d a n s l'usage de l'enseignement libre et n o u s recommandons c h a u d e ­\nment cet Atlas à tous ceux q u i , comme l'écrit M. Dubois, « veulent\nmettre d a n s leur vie u n p e u plus de lumière, un p e u plus de sérénité et un\npeu plus d'idéal ».\n\nHistoire du clergé de France pendant la Révolution\n   d e 1 8 4 8 , par H E N R I CABANE. — ( P a r i s , B l o u d . )\n   L e régime orléaniste avait été d'abord très nettement hostile à l'église\ncatholique, r e n d u e suspecte par ses nombreuses attaches à la b r a n c h e aînée.\nLes nécessités de la politique avaient adouci les formes de cette hostilité\net tendaient m ê m e à établir entre les deux pouvoirs, civil et religieux, des\nrapports marqués d'un autre esprit, lorsqu'éclata la révolution de 1848. L e\nclergé pouvait avoir tout à craindre de celle-ci, si elle s'inspirait des tradi­\ntions de la première R é p u b l i q u e , mais il n ' e n fut rien : les idées et les élé­\nments de tolérance et de concorde prévalurent. L'opinion publique était\nfavorable à l'église et q u a n d il s'agit de choisir les membres de l'assemblée\nnationale constituante, des évêques, des prêtres, u n moine m ê m e — il est\nvrai q u e c'était L a c o r d a i r e — figurèrent parmi les élus.\n   M. Cabane a retracé d'une façon très intéressante l'histoire de cette\npériode d' « union intime de la Religion, de la R é p u b l i q u e et de la Liberté »\nqui, comme il le dit très j u s t e m e n t , constitue « un fait u n i q u e et de tous\npoints remarquable » dans les annales du XIXe siècle français.\n\n                                                                       e      e\nL'Abbaye de Villers e n                B r a b a n t aux XII et XIII siècles. E t u d e\n   d'histoire religieuse et économique par le R . P . E . DE MOREAU, S. J.,\n   suivie d'une notice archéologique par M. le chanoine M A E R E . — (Bruxelles,\n    Dewit.)\n   L'auteur érudit de cet ouvrage a essayé de reconstituer, à l'aide des docu­\nments, l'histoire de l'illustre abbaye fondée par saint Bernard, durant les\nsiècles où elle brilla d u plus vif éclat, tant au point de vue de sa prospérité\nqu'à celui des vertus de ses moines. L e s d o c u m e n t s , m a l h e u r e u s e m e n t , ne\nsont pas très nombreux, ni, au surplus, très explicites et très sûrs, principale­\nment pour ce qui traite la biographie des religieux de Citeaux qui apportèrent\nla règle cistercienne sur les bords de la Thyle et des grands abbés des origines.\nL e R . P . de Moreau en a, cependant, tiré parti avec b e a u c o u p de méthode,\n"}, {"page_pdf": 382, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "                                  LES LIVRES                                   325\n\n— une méthode un peu sèche, peut-être, — et de critique. Cet ouvrage, qui\nrendra d'excellents services aux curieux des antiquités monastiques et, aussi,\nà ceux qui aiment aller rêver au passé sous les arceaux du cloître de l'abbaye,\nest heureusement complété par une notice archéologique, succincte et pré­\ncise, due à M. le chanoine Maere.\n\nVoyage de deux Bénédictins aux m o n a s t è r e s du M o n t -\n   A t h o s , par D. D E MEESTER — (Bruges, Desclée.)\n   Relation pleine d'agrément, de bonne humeur et de science du voyage\naccompli par l'auteur et un de ses confrères aux monastères du Mont Athos.\nLa majeure partie du livre est absorbée naturellement par l'étude circonstan­\nciée de la vie, des coutumes, des rites des moines byzantins, étude qui donne\noccasion à l'érudit religieux de faire d'intéressantes excursions dans le domaine\nde l'art et de la littérature grecs; mais, à côté de ces pages, on en trouvera\nnombre d'autres nourries toutes d'observations et de renseignements curieux\nsur les pays orientaux que nos pieux périégètes ont traversés au cours de leur\nattrayant voyage.\n\nA u s s t e l l u n g b e l g i s c h e r k u n s t , Berlin, october-november 1908. —\n   (G. Van Oest.)\n   On sait que l'Art Contemporain, d'Anvers, et la Société des Beaux-Arts, de Bru­\nxelles, ont organisé de concert, à Berlin, une exposition des œuvres de nos\nprincipaux maîtres, peintres et sculpteurs, exposition qui comprenait égale­\nment des travaux des principaux artistes de la précédente génération : les\nStevens, De Braeckeleer, Rops, Meunier, etc.\n   L'exécution du catalogue de l'Exposition avait été confiée à l'éditeur Van\nOest. C'est assez dire que cette publication, abondamment et excellemment\nillustrée, se présente sous une forme des plus attrayantes.\n\nNapoléon B o n a p a r t e — Le Souper de Beaucaire. Notice et\n   notes de M. J. D E BÉRYS (Collection Scripta Brevia). — (Paris, Sansot.)\n   Avant d'être lion, Napoléon a été loup ou, du moins, il a hurlé avec\nles loups!... Les loups, à l'époque où il écrivait le Souper de Beaucaire,\nc'étaient les montagnards, les terroristes, qui venaient de détruire le parti\ngirondin et contre lesquels Marseille s'était insurgée. Un militaire, sans\ndoute Napoléon lui-même, s'est rencontré avec un Marseillais dans une\nauberge de Beaucaire, au cours de ces événements, et lui démontre fort\nclairement que les rebelles ont tort et deux fois tort, puisqu'ils sont les\nplus faibles.\n   M. De Bérys a accompagné cette réédition du célèbre opuscule de\nnotes et d'une introduction fort intéressantes.\n\nL e c o r p s e t l ' â m e d e l ' e n f a n t , par le D r MAURICE DE FLEURY. —\n  (Paris, Collin.)\n  A qui y réfléchirait, aucune œuvre, sans doute, ne paraîtrait supérieure\nen beauté et en importance, à l'éducation d'un enfant. Mais combien rares\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3091, "texte": "326                                 DURENDAL\n\n\nsont ceux qui font réflexion sur un sujet aussi banal, en apparence, et sur\nlequel tous les parents croient posséder une suffisante expérience. N'aiment-\nils pas leurs enfants et étant, nécessairement, intelligents, se pourrait-il qu'ils\nagissent, en quelque circonstance que ce soit, au détriment de leur développe­\nment physique ou moral?... Le livre du docteur Maurice Fleury répond à\ncette question. L'enfant est comme une plante fragile, qui demande à être\nprotégée, guidée, soutenue, et dont la culture exige des soins constants et\néclairés. Tout son avenir de joie ou de détresse, toute sa vie heureuse et\nforte ou débile et malheureuse, sont dans la dépendance de ces premières\nannées, du plus ou moins de vigueur, du caractère faible ou énergique que\nles soins et les enseignements qu'il aura reçus alors auront contribué à lui\ndonner...\n   L'auteur de ce livre, où la science se fait simple et affable, donne des\nconseils, redresse des préjugés, apprend enfin à chacun de nous à observer\nses enfants dans leur personnalité physique et morale, afin de fortifier l'une\net de diriger ou de corriger l'autre.\n\nI t a l i c a , impressions et souvenirs, par M. JOSEPH L'HÔPITAL. — (Paris, Perrin.)\n    Le voyage est une joie, passagère comme toutes les joies mais qui, au\ncontraire de la plupart de celles-ci, s'accompagne dans le souvenir d'autant\nde jouissance que de regret. Le pays, les monuments, les œuvres, le plaisir\nquotidien de la beauté et de la découverte sont passés, mais la pensée évoque\nles uns, ressuscite l'autre, ajoutent aux uns comme à l'autre tout ce qu'ils lui\nont inspiré depuis, tout ce que la réflexion a ajouté à la sensation reçue et à\nla mémoire conservée... De sorte que, pour des esprits tels que celui de\nl'auteur de ce livre attrayant, on pourrait dire que le voyage commence\nseulement lorsqu'il est achevé, lorsque, reposé de la route, le voyageur se\ntrouve, dans la tranquillité de son cabinet de travail, en têle-à-tête avec le\ntrésor de visions et d'idées dont il est revenu enrichi...\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\n\nI Fioretti. L e s petites fleurs de la vie du petit pauvre de\n  Jésus-Christ saint François d'Assise. Traduction, intro­\n  duction et notes d'ARNOLD GOFFIN. — (Paris, Bloud, Coll. Science et\n   Religion.)\n   Chaque printemps aux premiers beaux jours, les marguerites reparaissent\nen foule dans les gazons renouvelés, et tous les cœurs se réjouissent à leur\nvue, sans que leur réapparition régulière diminue en rien le plaisir qu'elles\ncausent. Il en est presque ainsi des petites fleurs spirituelles tirées de la vie\nde saint François d'Assise. Innombrables en ont été les éditions et les réédi­\ntions en toute langue, sans que jamais le public se soit lassé de les voir repa­\nraître, et sans que le suave parfum de sainteté qu'elles exhalent ait rien\nperdu de sa pénétrante douceur.\n   Pour ce qui concerne la version française, M. Arnold Goffin a réussi ces\ndernières années à lui infuser une vie et une jeunesse nouvelles, en s'appli-\n"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "                                    LES    LIVRES                            327\n\n\n quant avec un plein succès à rendre beaucoup plus exactement qu'on ne\n  'avait fait avant lui le charme ingénu et les tournures archaïques des vieilles\nchroniques franciscaines. Il n'y avait qu'un reproche à faire à ses traduc­\ntions précédentes : c'est qu'elles avaient été publiées chez des éditeurs, et en\ndes formats différents.\n    M. Arnold Goffin remédie aujourd'hui à cet inconvénient en publiant, dans\n l'élégante et pratique collection des chefs-d'œuvre de la littérature biogra­\nphique, le recueil des Fioretti d'autant plus assuré de son habituel succès,\nqu'il est précédé d'une introduction, écrite avec la précision d'informations,\net le fervent amour que l'auteur de Poussières du Chemin a voué à l'Italie,\nà ses primitifs, et aux premiers compagnons de saint François d'Assise.\n                                                                   D. B R . D.\n\nL e T r é s o r SOUS l a R o c h e . I.Le Roi aveugle, par PIERRE BROODCOO­\n  RENS. — (Bruxelles, Larcier.)\n  La lecture de cette pièce est à la fois très ennuyeuse et très réjouissante.\nM. Broodcoorens fabrique, avec une conviction juvénile et avec une facilité\ndéplorable du très mauvais Corneille bourgeois. Tout prince qu'on soit —\nsurtout en Orangée-et-Transvalie, et quand on s'appelle Payllighan et\nFlourdelys — il est passé de mode de parler en tirades, comme le font les\nhéros du Roi aveugle, et d'échanger des vers aussi neufs que ceux-ci :\n                   Maître de vos Etats, je le suis de mon cœur...\n                   ... C'est à moi je le sens que ce discours s'adresse...\n\n  Mais avouons vite que parmi les personnages de M. Broodcoorens tous ne\nparlent pas d'une façon aussi cornélienne. Certains ont des trouvailles de\nlangage bien amusantes. Le prince Errembault recommande au ministre\nBasilimaz :\n                              Sonde le    présomptif...\n\n  Le roi, noblement, s'écrie :\n                Travaillons pour nous seul et non pour notre buste!\n\n  E t lorsque son fils veut l'attaquer, le même roi dit encore — la colère\nexcuse tout :\n                   Et quel assassinat! un parricide, un crime!\n                   Qui livre pour toujours au dernier des abîmes\n                   Et que les animaux dans leur délire ardent\n                   Ne commettent jamais sur leurs propres parents...\n   Le prince, de son côté, au moment où il va perpétrer ce crime, — ce par­\nricide, que les animaux en Transvalie ne commettent jamais que sur les\nparents des autres — songe au trône qu'il va conquérir, et a le loisir (il en\nrougit, le traître !) de trouver ces beaux vers :\n              Mais si mon crime est grand, ce qu'il conquiert l'efface,\n              Le pourpre qu'il m'acquiert vaut celle de ma face...\n"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "328                               DURENDAL\n\n\n\n  La pièce est remplie de choses de cette force-là. M. Broodcoorens a fait\nmieux, et pourrait faire mieux, en prose. Aussi, après avoir constaté sa pro­\npension à accumuler des alexandrins malheureux, renvoyons-lui, en le chan­\ngeant d'adresse, ce conseil que, dans son drame, Errembault donne à la\nprincesse :\n                   Contre cette tendance il nous faut réagir,\n                   Il n'est plus temps pour vous, madame, de vagir..\n\n  L'auteur dans sa préface, un peu naïve, exprime l'espoir de voir Bruxelles,\ngrâce à « ceux de Calmpthout et du Biekorf », devenir bientôt un nouveau\nWeimar. Hélas! pensions-nous en lisant ces choses et, en répétant un vers de\nM. Broodcoorens, ne sont-ce point là des illusions :\n                   Par un tas de fruits secs en ce jour menacées?\n                                                                          P. N.\n\nLe cadet, par C. NISSON. — (Paris, Plon.)\n    Un beau et noble caractère d'homme fort et généreux domine de toute sa\nhauteur cette histoire, dont il est à la fois le héros et la victime : victime du\nsouvenir traditionnel qui s'attache au domaine familial, qu'il veut conserver\nà tout prix et malgré tout, et dont il est resté le maître et seigneur, en se\nsacrifiant lui-même et en sacrifiant un amour qui eût mis l'idéal dans son\nâme, s'il eût été fait pour le bonheur. Beau roman, bien écrit et dont\nl'intrigue est développée d'une façon très naturelle et très alerte.     H . M.\n\nL ' E t é d e G u i l l e m e t t e , par HENRI ARDEL. — (Paris, Plon.)\n   Vrai ! Mme Henri Ardel, avec son talent fait de charme et de grâce,\nnous avait habitués à plus de fraîcheur, et à moins de longueur.\n   Nous avons encore ici un de ces exquis caractères de jeune fille qu'on\nretrouve dans ses autres livres, mais, à côté, que de choses artificielles et\nbanales. Des flirts, un adultère, un krach, un accident d'automobile ! rien\nn'y manque. De l'auteur de Mon Cousin Guy, on pouvait pourtant attendre\nplus.\n\nL e s â m e s m u e t t e s , par MARGUERITE HANKES-DRIELSMA DE KRABBÉ.—\n  (Paris, Sansot.)\n  Mlle Marguerite... (disons Hankes tout court si vous voulez) a raconté en\nun français plus ou moins norwégien ses impressions d'enfance. Telle petite\nrevue aura eu beau faire autour de ce livre un grand tapage — sans aucun\nécho d'ailleurs — l'œuvre tant vantée n'en sera pas moins quelque chose de\nmédiocre et d'ennuyeux, ou seules valent, parce que bien Scandinaves et par\nconséquent nouvelles pour nous, quelques sensations extraordinaires de\npetite fille septentrionale.\n\nP e n s é e s d ' h a r m o n i e , par M. DE MECK. — (Paris, Plon.)\n  M. de Meck est lui aussi un étranger, mais il nous emporte dans des\nsphères si élevées de la pensée, que cette vanité : le style, n'y a plus guère\n"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2602, "texte": "                                   LES LIVRES                                   329\n\n\nd'importance. Outre de nombreuses redites et des poésies assez ridicules\n(pourquoi diable écrit-on en vers quand on manie déjà avec tant de\ndifficulté la prose ?) ce recueil contient de belles et nobles pages sur Dieu, sur\nl'âme et sur la vie.\n\nD i s c o u r s d e m a r i a g e , par l'abbé FÉLIX KLEIN. — Paris, Bloud.)\n   Il faut beaucoup de tact et beaucoup de cœur pour réussir dans le genre\népineux des discours de mariage; il faut avoir un talent bien vivant et varié\npour oser réunir en volume une suite de morceaux de ce genre. M. Klein\npossède ce cœur, ce tact et ce talent. Et les allocutions réunies en ce livre\nne se contentent pas d'être de belles pages de prose, elles touchent aux pro­\nblèmes les plus graves et les plus sacrés; on y retrouve ce cœur ardent, cette\nfoi vive, cet esprit moderne que nous avons admirés si souvent chez l'auteur\nde ces discours.\n\nH o n n e u r m i l i t a i r e , par ***. Préface du vicomte DE VOGUÉ. — (Paris,\n   Pion.)\n   Ce très noble livre, qui parut d'abord — et fut très remarqué — dans la\nRevue des Deux-Mondes, est l'histoire d'une famille de soldats. Lettres recueillies\navec respect par une femme restée seule au foyer; ce sont de belles pages de\nl'histoire intime de la France. Elles font rêver, ces annales d'une famille\nobscure, à ce que contient encore ce pays, de dévouement caché et de forces\nlatentes.\n\nL ' A l s a c e - L o r r a i n e d e n o s j o u r s , par FLORENT-MATTER. — (Paris,\n   Plon.)\n   Livre touffu, fortement documenté mais qui n'est point une œuvre litté­\nraire. M. Maurice Barrès l'a préfacé éloquemment.\n\nL'Institut de France et le Second Empire, par ADOLPHE LAIR.\n  — (Paris, Plon.)\n  M. Adolphe Lair retrace ici, d'après les souvenirs inédits de M. Dubois,\nmembre de l'Institut, certains épisodes forts intéressants de la vie de celte\ndocte assemblée.\n\n U n g r a n d m a r i n . T o u r v i l l e , par EMMANUEL DE BROGLIE. —(Paris,\n    Plon.)\n    Une œuvre de noble allure, écrite par un historien de race sur un de ces\n grands vaincus, plus glorieux encore dans la défaite que dans la victoire.\n Alors que les capitaines qui, au siècle de Louis XIV, combattirent sur terre\n ont toujours été en pleine lumière, c'est de la part de M. de Broglie réparer\n une injustice et à la fois faire œuvre intéressante et belle que de faire sortir de\n l'ombre cette figure de marin dont tous connaissaient le nom, mais dont beau­\n coup ignoraient l'histoire.\n                                                                           P . N.\n"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3348, "texte": "330                                DURENDAL\n\n\nL o u i s V e u i l l o t , par JULES RENAULT. — (Paris, Lethielleux.)\n   Nous ne reprocherons pas à M. Renault d'avoir compilé des citations de\nLouis Veuillot et des appréciations de grands critiques sur l'œuvre du\ncélèbre journaliste. Car, outre qu'il a produit un ouvrage personnel et un,\ndont chaque partie tend à mettre en évidence le noble caractère de Veuillot\net la maîtrise de son talent, le but spécial qu'il avait en vue justifie\npleinement sa façon de procéder. M. Renault, en effet, a voulu offrir aux\ndirecteurs de collèges et d'écoles un livre qui pût être donné en prix aux\nélèves. Il ne pouvait mieux faire que de laisser souvent la parole à Louis Veuil­\nlot lui-même ; c'est encore le meilleur moyen de le faire apprécier et aimer.\n   Nous, catholiques, nous n'estimons pas assez nos écrivains de génie et\nnous nous laissons trop souvent éblouir par les admirations de commande\npour tant de littérateurs qui n'atteignent pas à la cheville de Veuillot. C'est\npourquoi nous souhaitons au livre de M. Renault de rencontrer, dans le milieu\noù il cherche à se répandre, toute la sympathie et tout le succès qu'il mérite.\n   Ajoutons que le manuscrit fut soumis à Eugène Veuillot, et que le frère\ndu grand polémiste, dans un feuilleton de l'Univers, félicita vivement l'auteur\nde « cette œuvre chaleureuse et forte où un catholique dévoué et lettré loue\nun maître ».                                                  PAUL HALFLANTS.\n\n\n L e j o u r n a l . Sa vie juridique, sa responsabilité civile, par GEORGES\n   DUPLAT. Préface de Louis COOREMANS. — (Bruxelles, Dewit.)\n   Ce livre est un véritable traité du journal, considéré spécialement au\npoint de vue de la législation qui le concerne, qui sauvegarde ses droits et au\npoint de vue de la responsabilité que contracte le journal vis à-vis d'abord des\npersonnes qui concourent à son existence et ensuite des gens que le journal\natteint de quelque façon. Ce traité est fait d'une façon excessivement métho­\ndique. Il est absolument complet ; il suffit de parcourir la table des matières\npour s'en apercevoir. Il est en outre très bien écrit dans un style sobre, net\net clair comme il convient. Les principes qui règlent la vie d'un journal et\nsur lesquels se basent ses droits, d'où découlent ses devoirs, y sont admira­\nblement exposés, avec une logique impeccable. Nous ne saurions assez\nrecommander ce livre à tous ceux que la juridiction concernant le journal\nintéresse. Il les intéressera vivement en lui-même d'abord, parce que ce livre\nest vraiment curieux et très bien fait. En outre, il est indispensable à\nquiconque s'occupe de journalisme. Ils auront bien souvent utilité, pour ne\npas dire nécessité, à le consulter et ils seront rapidement éclairés. S'il est de\nla dernière utilité aux journalistes, il l'est aussi, cela va de soi, à tous les avo­\ncats, qui à chaque instant ont à prendre la défense soit des journalistes et de\nses droits, soit de ceux que le journal a visé et dont les droits ont été méconnus,\net aux magistrats qui auront à porter sentence dans les délits de presse.\n\nL é o n d e M o n g e , par P . RENAULT. — (Bruxelles, Société belge de\n   Librairie.)\nF e r n a n d S é v e r i n , par G. RODRIGUE. — (Bruxelles, Le Thyrse.)\n  Nous recommandons à l'attention de nos lecteurs ces intéressants portraits\n"}, {"page_pdf": 388, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3205, "texte": "                                  LES LIVRES                                   33l\n\nlittéraires de deux professeurs de littérature, dont l'un, Léon de Monge, fut\nprofesseur à l'Université de Louvain, dont l'autre est notre sympathique\nami, l'exquis poète Fernand Séverin, nommé il y a deux ans, à notre\ngrande joie et à l'acclamation de tous les vrais amis des lettres, professeur à\nl'Université de Gand.                                                 H . M.\n\nE p i c u r e e t E p i c u r i s m e , par HENRI LOUGRAND. — (Paris, Bloud.)\n   Ce petit volume rendra service à qui voudra rapidement se rendre compte\nde la doctrine philosophique d'Epicure. Comme on le sait, ce système a joui\ndans la société grecque et dans le monde romain d'une fortune prodigieuse.\n   De façon très nette et très sincère, M. Lougrand expose sommairement\nl'ensemble de la doctrine d'Epicure. Dans la conclusion de son travail, il\nsignale très brièvement, car son but n'était pas la réfutation, mais l'exposition\ndu système d'Epicure, les grands défauts de cette doctrine. Disons seulement,\navec l'auteur, que l'épicurisme implique la négation de tout l'ordre spirituel\net moral et qu'il retient l'obligation, la responsabilité et le mérite, le remords\net la vie future\n\nF o i e t s y s t è m e s , par BERNARD ALLO. — (Paris, Bloud.)\n   Réunion de divers articles de revue, ces pages se tiennent pourtant très\nlogiquement. En effet, il ne faut jamais avoir peur de la vérité, car on\npense pour vivre. Toutefois, on aurait tort de faire de sa foi une sorte de\nmathématique ou de science positive, bien qu'il doive exister un pragma­\ntisme commun à tous les penseurs catholiques en matière de dogme, et on\npeut rester fidèle au vieil analogisme de saint Thomas. Quant au fait chré­\ntien et à son évolution concrète, il faut entendre avec précision les notions\nde germe et de ferment. Enfin, il y a lieu de fixer un système d'apologétique\nvis-à-vis des incroyants.\n   En ces temps troublés, le R. P . Allo a essayé de ramener les esprits à la\nfoi, qui doit planer au-dessus de tous les systèmes. Ajoutons que l'auteur,\ndéfenseur très strict de la rigueur du dogme, n'a cependant rien de l'étroi-\ntesse d'idées qui parfois afflige dans certains théologiens.\n\nConférences aux D a m e s . Autour de la Foi, par MAURICE LANDRIEUX.\n   — (Paris, Lethielleux.)\n   « Autour de la Foi » et « A propos de liberté » sont deux brillantes confé­\nrences qu'on lira avec plaisir et j'ajoute : avec fruit. De la première, il y a sur­\ntout à retenir combien les catholiques instruits manquent à leur devoir quand\nils s'embarquent dans la vie avec le chétif bagage théologique d'un enfant de\n12 ans, mettons d'un jeune homme de 17. On parfait toutes ses connaissances\nmais on laisse stationnaire et, partant, exposée à déchoir, la doctrine de sa foi.\n   Dans la seconde conférence, à lire une très belle page qui montre que les\nvœux religieux, loin d'être un amoindrissement de la personnalité humaine,\nsont, au contraire, « les affranchissements, les fières libérations dans les\nsereines sécurités de la foi, dans la paix idéale de la charité et dans les lumi­\nneuses perspectives de l'espérance chrétienne ».                            J. G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1909-livraison05-013", "volume": "ELB-AML-484382-1909-000-016_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1909-000-016_f.pdf", "ocr_sha256": "96bd4330c0a35a1239f5caa84141f27c4fc1d384a69585b733b1bb62c4e6d55e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 332, "page_fin": 336, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Enquête sur l'expansion artistique de la Belgique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 389, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "NOTULES\n\n   Enquête sur l'expansion artistique de la Belgique. —\n Le rapport suivant a été adressé, il y a quelque temps, au Roi par le Ministre\n des Sciences et des Arts :\n   « La Belgique a toujours brillé au premier rang parmi les nations qui ont\nle plus contribué au progrès de la civilisation par la splendeur des arts. Elle a\nfait preuve dans ce domaine, non seulement d'une magnifique vitalité interne,\nmais encore d'une rare vigueur d'expansion. Très remarquable est le cortège\nde nos compatriotes — peintres, sculpteurs, architectes, musiciens, voire\nouvriers d'art — qui ont essaimé, au cours des siècles, dans les pays où le\nculte du Beau était en honneur et ont fait resplendir hors frontières le génie\nde notre race.\n   » A plus d'une époque, notre pays a disputé victorieusement l'hégémonie\nartistique aux nations les mieux douées. Témoins l'éclatante renommée de nos\nprimitifs, la célébrité de nos anciens contrepointistes flamands et wallons, la\ngloire de l'école de peinture d'Anvers avec Rubens et Van Dyck.\n   » Dans tous les pays d'Europe, musées, palais, églises, places publiques\ngardent l'empreinte de l'énergie esthétique de nos pères, et si nombreux sont\nles chefs-d'œuvre de notre art exécutés ou possédés en dehors que, sans les\nconnaître, il n'est pas possible d'apprécier l'importance de nos créations du\npassé.\n   \" J'ai pensé, Sire, qu'il serait de piété filiale, de légitime fierté patriotique\net de haute utilité pratique, de faire du rayonnement de l'art belge à l'étranger,\nl'objet d'un ensemble d'études qui mît en lumière, aux yeux du grand public,\nune des formes les plus brillantes du génie national.\n   » A ce point de vue, il conviendrait d'explorer sur place, avec la méthode\nqui distingue la science moderne, les trésors de notre patrimoine d'art\ndispersé par delà nos frontières. Cette recherche pourrait être confiée à des\nécrivains qui se sont signalés par des œuvres d'érudition et de critiques et\npar leur mérite littéraire. Le résultat de ces investigations serait consigné\ndans les publications judicieusement illustrées, se recommandant à la fois par\nla sûreté de l'information, par le charme du style, par l'attrait d'une belle\nprésentation matérielle. Ainsi seraient étudiées, commentées, vulgarisées en\nune série de volumes distincts, nos richesses d'art conservées en France, en\nItalie, en Espagne, en Angleterre, en Hollande, dans les pays germaniques,\nen d'autres contrées encore.\n   » A l'heure actuelle, la Belgique ne manque point d'hommes de talent\ncapables d'évoquer en sa vérité historique, et dans sa magistrale beauté, le\ntableau du rayonnement d'art de la patrie.\n"}, {"page_pdf": 390, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3048, "texte": "                                  NOTULES                                  333\n\n\n    » Ainsi l'apostolat artistique qu'ont exercé nos pères de par le monde et à\n travers les siècles apparaîtrait à nos artistes comme une exhortation perma­\n nente au labeur tenace et triomphant. Et tous, nous saisirions sur le vif de\n quelle manière nos maîtres de jadis, ajoutant les impressions recueillies au\n dehors à leurs richesses foncières, — dons naturels, milieu natal, influences\n ancestrales, — ont composé ces œuvres que l'humanité admire.\n    » Un peuple qui sait parler le langage universel de l'art avec la maîtrise\n des Belges d'autrefois et d'aujourd'hui possède une place enviable dans\nl'histoire de la civilisation.\n    » Le projet d'enquête artistique que j'ai l'honneur d'exposer en ses grandes\nlignes à Votre Majesté demande à être étudié quant au détail de l'organisation.\n Une commission peu nombreuse d'hommes compétents et actifs pourrait être\nappelée à déterminer le programme, à choisir les collaborateurs, à coor­\ndonner les travaux.\n    » A l'heure où les Belges sentent plus que jamais le besoin d'une culture\nde plus en plus haute, la description de notre expansion artistique — qui\n pourrait utilement s'étendre jusqu'au mouvemement d'art actuel — nous\naidera à mieux discerner et à aimer davantage les plus nobles aspirations de\nl'âme nationale.\n    » Si Votre Majesté, dont la sollicitude éclairée est acquise à toutes\nles œuvres intéressant la grandeur de la Patrie, daigne approuver le\ndessein que j'ai l'honneur de Lui exposer, Elle voudra bien revêtir de\nSa Royale signature le projet d'arrêté ci-joint destiné à en assurer la\nréalisation. »\n    Ce rapport était suivi au Moniteurd'unarrêté royal instituant une commission\npour l'organisation d'une enquête sur l'expansion artistique de la Belgique et\nnommant membres de cette commission : MM. Alexandre Braun, Adrien\nDe Vriendt, H. Fierens-Gevaert, H. Hymans, Max Rooses, Cyrille Van Over­\nbergh et Ernest Verlant, directeur des Beaux-Arts. Le sénateur Braun a été\nnommé président et H. Fierens-Gevaert a été nommé secrétaire.\n    L'arrêté royal a déjà reçu un commencement d'exécution. Notre collabora­\nteur Arnold Goffin vient d'être chargé d'une mission par le Ministre des\nBeaux-Arts. L'objet de sa mission, qui comprend l'Italie septentrionale-cen­\ntrale, est d'étudier les œuvres flamandes conservées dans ce pays et les\ninfluences exercées par notre art, notamment aux XIVe et XVe siècles, sur l'art\nitalien.\n    Déjà notre collaborateur Fierens-Gevaert et M. Verlant, directeur des\nBeaux-Arts, ont été envoyés en mission dans le même but, l'an passé, l'un\ndans l'Italie du Sud (y compris Rome) et l'autre en Espagne.\n\n                                      ***\n\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s . — Dans le numéro du 15 mars de\ncette belle revue, M. Hermann Voss consacre une notice intéressante à un\nretable conservé au Musée de Salzbourg et attribué au maître néerlandais de\nl'école de Geert, Jan van Sint-Jans, que l'on désigne sous le nom du « Maître\n"}, {"page_pdf": 391, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "334                               DURENDAL\n\n\nde la Virgo inter virgules ». Notre collaborateur M. Arnold Goffin parle de\nJacopo Bellini et de ses recueils de dessins et montre le puissant intérêt de ces\nœuvres au point de vue de l'histoire de la Renaissance en Italie, et particu­\nlièrement à Venise. M. Jacques Mesnil complète la démonstration, qu'il a\nfaite dans un précédent numéro, de l'impossibilité de l'attribution au Milanais\nJanetto Bugatto du triptyque du Sforza, du Musée de Bruxelles.\n\n\n   Nous recommandons instamment à nos lecteurs les deux\nbeaux volumes de poèmes publiés par deux de nos collaborateurs et dont la\ncritique a fait partout le plus bel éloge : L'Ame des Saisons, par Victor\nKinon (Bruxelles, Larcier, éditeur; prix : 3 fr. 50), et L'Arc-en-ciel, par\nPierre Nothomb (Bruxelles, Editions de Durendal; prix : 3 fr. 50).Il est du\ndevoir du public d'encourager les jeunes écrivains en achetant leurs œuvres.\n                                      **.\n   Le Cercle d'art anversois De Scalden, qui groupe un grand\nnombre de poètes, de peintres, de sculpteurs, fêtera le g mai prochain le\ncinquième anniversaire de sa fondation. Les Associations artistiques du\n pays seront invitées à se faire représenter aux fêtes qui auront lieu à cette\noccasion : réception officielle à l'Hôtel de ville, séance jubilaire, visite aux\ngaleries particulières, banquet, etc.\n   Cet anniversaire sera accueilli avec une vive sympathie. On sait que les\nScalden ont par leurs publications annuelles, leur collaboration aux fêtes et\nsolennités artistiques, leurs expositions d'art appliqué, etc., contribué à\ndévelopper à Anvers le sentiment esthétique et que leurs initiatives désin­\ntéressées ont eu d'heureux résultats. Leur douzième annuaire, dont le texte\nest dû à leur dévoué président M. Jules Baetes, à MM. Victor de Meyere et\nEdouard Van Offel, évoque tout ce glorieux passé dont quatre-vingt-dix\nillustrations de tous genres fixent graphiquement le souvenir.\n\n\n   E d g a r T i n e l , dans la lettre où il nous exprime sa satisfaction au\nsujet de l'article de notre collaborateur E. Closson sur Katharina, nous fait\nremarquer l'erreur qui s'est glissée dans son compte rendu. M. Tinel a com­\nposé sa partition sur le texte allemand original et non pas sur la traduction\nflamande de M. De Lepeleer qui n'a paru que six ans après.\n\n\n\n  F r a n s H a l s , Sa Vie e t SOn œ u v r e , tel est le titre d'un superbe\nouvrage de E. W. Moes, directeur du Cabinet des estampes d'Amsterdam,\nque vient de publier M. Van Oest. Ce volume est très copieusement et riche­\nment illustré. Les planches reproduisent non seulement les plus belles œuvres\nde Hals, mais elles fournissent aussi les types les plus saillants de toutes ses\nmanières différentes aux diverses périodes de sa carrière.\n"}, {"page_pdf": 392, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "                                         NOTULES                                         335\n\n   Des exemples de la manière de Dirk, F r a n s J r , H e r m a n , J a n , Reynier et\nNicolas H a l s et de Pierre Roestraeten y sont joints.\n   Cette documentation graphique, excessivement a b o n d a n t e , ne comporte pas\nmoins de cinquante-quatre planches hors texte tirées en héliogravure, photo-\ntypie et typogravure, dont plusieurs d'après des œuvres extraites de collec­\ntions privées d'Angleterre, d'Allemagne et d'Amérique et photographiées\npour la première fois.\n   L e volume est en vente au prix de 15 francs (relié, 18 francs) chez l'éditeur\nVan Oest, 16, place d u Musée, Bruxelles.\n   N o u s rendrons compte prochainement de cette magnifique publication.\n\n                                                 *\n                                             *       *\n\nAccusé de réception :\n   A R T S : Franz Hais, sa vie et son œuvre, p a r E . - W . M O E S . T r a d u i t par J. De\nBosschere. Volume illustré (Bruxelles, Van Oest). — L'art de l'époque, p a r\nFLORIAN PARMENTIER ( P a r i s , Gastein-Serge). — Une philosophie de l'art flamand,\npar L É O N W E R Y (Bruxelles, L e T h y r s e ) . — Le château de Coucy, par\nE . L E F È V R E - P O N T A L I S . Volume illustré (Collection : Petites monographies\ndes grands édifices de F r a n c e ( P a r i s , L a u r e n s ) . — La cathédrale de Chartres,\npar R E N É M E R L E T . Vol. illustré ( I d e m ) . — Le Musée du Louvre, par JEAN\nGUIFFREY. Les p e i n t u r e s . L e s dessins. L a calcographie. Volume illustré\n(Collection : L e s g r a n d e s institutions de F r a n c e . ( P a r i s , Laurens). —\nBordeaux, p a r CHARLES SAUNIER. Volume illustré (Collection : L e s villes\nd'art célèbres. P a r i s , L a u r e n s ) . — Oxford et Cambridge, p a r JOSEP.H AYNARD\n(Idem).\n  L I T T É R A T U R E : Le cénacle de la Muse française, 1823-1827 (documents\ninédits). E t u d e d'histoire r o m a n t i q u e , par LÉON SÉCHÉ (Paris, Mercure de\nFrance). — Maurice de Guérin. L e s plus belles pages avec portrait et notes de\nREMY DE GOURMONT (idem). — De la poésie scientifique, par R E N É G H I L ( P a r i s ,\nGastein-Serge). — Georges Rodenbach, par E R N E S T R É V I L (Bruxelles, Société\nbelge de librairie).\n   P O É S I E : L'amphore, par JEAN         SEGRESTAA ( P a r i s , P e r r i n ) . — Paris la\nprostituée, par ALBERT DU B O I S ( P a r i s , Sansot). — Les Wallons,         p a r ALBERT\nDU Bois (Idem). — Chimère et réalité, par R E N É SLUSE (Verviers, Vinche). —\nNuit d'Egypte, par JEAN DE BÈRE (Paris, P e r r i n ) . — Poèmes, par SYLV.\nBONMARIAGE ( P a r i s , Société française d'éditions modernes).\n   R E L I G I O N : Un séjour à Lourdes, p a r ADOLPHE R E T T É ( P a r i s , Messein).\n  R O M A N S : La mort de Philae, par P I E R R E L O T I (Paris, Calmann-Levy). —\nLe couple invincible, par LOUIS LEFEBVRE (Paris, Perrin). — Les deux routes,\npar   PAUL    TANY     (Idem).   —    Un    libérateur,   par LÉON     THEVENIN       (Idem).\n— Historiettes de Wallonie, par MAURICE DES OMBIAUX (Charleroi, Hallet).\n— Provinciales, par JEAN GIRAUDOUX (Paris, Grasset). — Le prix de la vie,\npar H E N R I DAVIGNON ( P a r i s , P l o n ) . — Les demoiselles de la poste, par P A U L\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "336                                  DURENDAL\n\n\nBONHOMME ( I d e m ) . — Les anxiétés de Thérèse Lesieure, par E T I E N N E     BRICON\n(Idem). — Attitudes, par SYLVAIN BONMARIAGE (Paris, Société française d'édi­\ntions modernes). — Ma cousine et mon ami, p a r P A U L M E L O T T E (Bruxelles,\nLarcier). — Le baron de Lavaux Sainte Anne, p a r SANDER PIERRON ( I d e m ) .\n  SOCIOLOGIE          : La démocratie vivante, par GEORGES DEHERMES (Paris,\nGrasset).\n   V A R I A : Vers Rome, par GEORGES SOHIER (Charleroi, Gobbe-Van de Mergel).\n— Ce que les pauvres pensent des riches, par FERNAND NICOLAY ( P a r i s , P e r r i n ) .\n— Les réflexions de M. Houlette, notes sur l'éducation par FRANÇOIS DE W I T T ­\nGUIZOT ( P a r i s , Perrin). — Théodore Hauben, médecin. U n e vie belge au XIXe\nsiècle. Récit d ' u n a m i , par EDMOND PICARD. Avec un frontispice d'Odilon\nRedon et trois portraits gravés p a r L o u i s e Danse (Bruxelies, Larcier).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 322, "texte": ""}, {"page_pdf": 323, "texte": ""}, {"page_pdf": 324, "texte": ""}, {"page_pdf": 325, "texte": ""}, {"page_pdf": 326, "texte": "BUSTE         D'E    DMOND            PICARD\n(Œuvre   du    sculpteur   français   CLADEL)\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": ""}, {"page_pdf": 328, "texte": "         Joris-karl Huysmans\n   d'après sa correspondance inédite\n                             (Suite)\n\n\n\n\n              A lettre suivante de mon ami J.-K. Huysmans est\n                 une des plus importantes qu'il m'ait écrites. Il\n                 y raconte sa visite aux moines de Solesmes. Il y\n                 allait dans le but et l'espoir d'y résoudre défi­\n                 nitivement la question de sa vocation. Dès le\n                 principe de sa conversion Huysmans se sentait\n                 attiré vers le cloître. La vie monastique, telle\n                 qu'elle est pratiquée par la congrégation béné­\ndictine fondée par dom Guéranger, cette vie toute imprégnée\nde la grande liturgie catholique que J.-K. Huysmans aimait\navec passion, le fascinait. Mais cette vie était-elle compatible,\net avec une santé débile comme la sienne, et avec ses travaux\nlittéraires? A mon avis elle ne l'était pas. La vraie vocation\nde J.-K. Huysmans était de servir Dieu et l'Eglise dans le\nmonde, tout en y menant une vie de moine. C'est la solution que\nDieu lui-même donna plus tard à la question, dans la personne\ndu directeur de conscience de l'écrivain. En attendant, Huys­\nmans, qui voulait en avoir le cœur net, part pour Solesmes. Les\nentretiens qu'il a avec l'abbé aboutissent malgré tout, momen­\ntanémentdu moins, à son admission, avec l'obédience de retour­\nner cependant à Paris en attendant l'heure propice d'entrer au\nclokre. Cette lettre prouve à l'évidence combien le désir de\nJ.-K. Huysmans de se consacrer à Dieu était sincère. S'il ne se\nfit pas moine c'est parce que Dieu lui-même lui manifesta plus\ntard que telle n'était pas sa volonté.\n   Il y a aussi dans cette lettre un passage des plus curieux sur\nles moniales de Sainte-Cécile, sur leur vie admirable partagée\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "274                                DURlïNDAL\n\n\n\nentre D i e u , le Plain-chant et les plus fortes études, et spéciale­\nm e n t sur l'Abbesse de Sainte-Cécile, femme a b s o l u m e n t supé­\nrieure, m y s t i q u e , à vues larges et élevées. Sa h a u t e intelligence\ne t s a foi éclairée lui avaient révélé la vraie n a t u r e d e laconversion\nde H u y s m a n s . L o i n de mettre celle-ci en d o u t e , elle lui dit clai­\nrement toute son a d m i r a t i o n en cette parole à la fois si péné­\ntrante et si p i t t o r e s q u e : Vous ! vous êtes entré dans l'Eglise par le\ntoit! C o m b i e n elle avait raison! U n e parole pareille, dite p a r\nu n e sainte et qui était en m ê m e t e m p s une intelligence d'élite,\ncompensa a m p l e m e n t H u y s m a n s pour les a t t a q u e s lourdes et\nimbéciles de certains catholiques incompréhensifs, q u i , o u t r e\nqu'ils n'étaient certes pas des saints, t a n t s'en faut, étaient des\nâmes médiocres et des esprits étroits.\n\n                                                          Paris, 22 octobre 1896.\n                    MON   CHER   ABBÉ,\n\n   Je suis de retour, depuis quelques jours, de Solesmes où je me suis attardé,\nretenu par les bons amis de ce cloître. J'y ai été reçu à bras ouverts et traité\ncomme un des leurs. Il est vrai que l'engagement est pris. Dom Delatte, qui\nest un grand moine, après de longs entretiens, m'a pris, un jour, dans sa cel­\nlule et me fixant avec ses bons yeux, m'a dit : \" Quand venez-vous? \" J'ai un\npeu tremblé, car je n'ai pas l'âme bien brave, puis enfin je n'ai pu mieux faire\nque de lui prendre la main, et de lui baiser, en guise de soumission, l'anneau.\nIl m'a embrassé et ce fut fait. Il est donc probable que vers la fin de l'année\nprochaine, quand je pourrai me faire mettre en disponibilité au Ministère et\nattendre, quelques mois, ma retraite, j'entrerai définitivement dans le cloître.\n   Solesmes est extraordinaire. Les offices y sont splendides et il y a là de\nvrais bons moines. Le Père abbé Dom Delatte est très simple et de grand\ncœur, et d'idées larges ; mais il y a au-dessus de tout ce monastère un être\nd'une intelligence presque plus qu'humaine et, qui plus est, une sainte, c'est\nl'Abbesse de Sainte-Cécile, le monastère des Bénédictines de Solesmes; j'ai\neu de longs entretiens avec elle et elle a été pour moi vraiment exquise. Elle\navait toujours défendu En Route et elle me disait, en souriant, en me par­\nlant des pages mystiques du livre : « Vous, vous êtes entré dans l'Eglise par\nle toit. »\n   La douceur ferme de celte abbesse qui a fait des couvents de pur moyen\nâge où les nonnes font dix ans de latin, de l'exégèse, des études continues, et\npeignent des miniatures comme jadis, et brodent en artistes d'antan, est\nincroyable. Elle me reste inoubliable, comme le plain-chant de ses filles. Qui\nn'a pas entendu les Matines de Nuit chez elle, n'a rien entendu. Ce ne sont\nplus des voix de femmes roucoulantes, comme celles de Paris. Elles sont séra­\nphiques et viriles. C'est plein d'élans admirables ; elles montent à l'assaut\ncomme sur un escalier de psaumes, jusqu'à Dieu. Dire qu'à la fin duXIXesiècle\ncela existe !\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "      J.-K. HUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE INÉDITE                       275\n\n\n   Comme vous le voyez, le voyage à Solesmes ne fut pas vide. Je pense y\naller passer la Semaine sainte. D'ailleurs, maintenant que je semble destiné à\ny vivre, il me faut m'y acclimater, en y allant le plus possible. Pourvu que\nla santé se maintienne à peu près! A force de suivre un régime de nourriture\nclaustrale, je suis arrivé à me remettre vaguement, mais en ces cas-là je crois\nbeaucoup plus à la sainte Vierge qu'à tous les médecins de la terre et j'espère\nqu'Elle arrangera tout.\n   Je passe pour l'instant une douloureuse crise, je suis obsédé par le cloître,\net avec cela, pris de peur quand même, car la vie de Solesmes est assez dure,\nla règle bénédictine y étant suivie à la lettre. Et toutes les lâchetés me\nremontent. Si bien que je vis en un éternel débat; poussé en avant et n'osant\navancer, incapable de tout travail. Enfin, j'espère que tout cela se tassera et\nque je vais reprendre mon équilibre. La pauvre âme que j'ai tout de même !\nVoilà plus de cinq ans que je suis allé, la première fois, à la Trappe et que\nj'ai renversé ma vie; j'ai toujours depuis lors désiré la vie monastique et main­\ntenant que le moment est proche, je défaille ; c'est absurde ! Je sais bien que\nj'irai, mais je vais être joliment habile jusque-là, à me faire souffrir. Heureu­\nsement que Chartres est sur la route de Solesmes et, là, je ne sors jamais\n de la vieille crypte où Elle vous écoute toujours,'sans être consolé et raffermi.\n    Voilà, mon cher Abbé, le récit bref de mon voyage que vous me demandez.\n    Vous avez bien raison de ne pas répondre aux attaques de presse dont\n vous parlez. A quoi bon? J'ai depuis bien longtemps pris ce parti-là, laisser\n dire. L'on a récemment écrit dans l'Evénement qu'on avait découvert l'endroit,\n où j'assistais, tous les soirs, à la messe noire; je n'ai rien répondu, jugeant\n inutile de discuter de telles bourdes. Il faut se dire d'ailleurs que cela fait\ngagner quelques sous à des gens qui en ont besoin ; les échos de ce genre-là\n étant toujours pris par la presse. Dès lors, cela désarme.\n    Priez pour moi, mon cher Abbé, car j'en ai grandement besoin, vous le\n voyez du reste, et à bientôt.\n    Votre bien affectueusement dévoué                         J.-K. HUYSMANS.\n\n  La préface dont il est parlé dans la lettre qui suit est celle\nque Huysmans écrivit pour le livre de Jules Bois sur le sata­\nnisme. Il m'en donna la primeur pour Durendal. Le livre de\nBois, sans être précisément écrit dans un esprit catholique,\nesprit que l'auteur ne pouvait avoir, n'étant pas catholique lui-\nmême, du moins à ce moment-là, était le fait d'un écrivain\ndroit, sincère et loyal.\n  MINISTÈRE                                        Paris, le               189 .\nDE                                                       Dimanche matin.\nL'INTERIEUR\n                   MON BIEN CHER A B B É ,\n\n  Je vous envoie la première partie de la préface; elle est déjà longue; puis\nBois me demande de ne donner qu'un fragment, attendu qu'elle doit paraître\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "276                               DURENDAL\n\n\n\nen entier dans le Figaro, qui n'en voudrait plus si elle n'était plus du tout\ninédite.\n   C'est, au reste, la partie la plus intéressante. Le volume de Jules Bois,\nLe Satanisme et la Magie, paraîtra dans le courant de ce mois. Il est très curieux,\ntrès documenté et qui plus est, écrit dans une langue d'art.\n   Il est aussi assez bizarrement illustré et contient des portraits curieux, tels\nque celui de Vintras.\n   Il paraît chez Choilley, éditeur, 8, rue Saint-Joseph.\n   Je vous donne ces renseignements pour le cas où ils vous seraient utiles.\n   Bien à vous, mon bien cher Abbé.\n   Votre respectueusement dévoué\n                                                            J.-K.    HUYSMANS.\n\n\n   Une grande dame romaine ayant demandé au baron de\nHaulleville de lui procurer un autographe de J.-K. Huysmans\npour une fancy fair organisée par elle à Rome, dans un but cha­\nritable, il me pria de transmettre cette requête à l'écrivain.\nC'est à quoi il est fait allusion dans le billet qui suit.\n                                                               26 décembre 1896.\n\n                   M O N CHER   ABBÉ,\n\n   Je trouve, retour de Chartres, où j'ai passé de délicieuses heures près\nd'Elle dans la crypte, votre lettre.\n   Je vous copie un petit passage sur la symbolique des pierreries de mon\nlivre. J'espère que votre quémandeuse sera satisfaite.\n   Je suis, avec cette fin d'an, accablé de lettres; aussi ne puis-je vous écrire\nlonguement, comme je le voudrais, et vous raconter un tas de choses; ce sera\npour des temps plus calmes, une fois les obsessions du premier an terminées.\n   En tous cas, cher Abbé, je vous souhaite et de tout cœur une année de joie\nde l'esprit et de soulas d'âme — accompagnée d'une nécessaire santé.\n   Bien affectueusement à vous.\n                                                             J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n   J.-K. Huysmans répond dans la lettre qu'on va lire à diverses\nquestions que je lui avais adressées, d'abord au sujet d'une\nconférence qu'on sollicitait de lui pour Bruxelles par mon\nintermédiaire et qu'il refuse, ayant en horreur de s'exhiber en\npublic; ensuite sur la valeur littéraire et autre d'écrivains fran­\nçais que les circonstances de la vie avaient mis sur mon che­\nmin. Il me parle en outre dans cette lettre (et la suivante) de\nson prochain livre : La Cathédrale, du problème de sa vocation\nmonastique qui pendant longtemps encore devait tourmenter\nsa pauvre âme si anxieuse de connaître et de suivre la volonté\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "       J.-K. HUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE INÉDITE                        277\n\n\nde Dieu et d'une préface pour une nouvelle édition d'En Route,\nsollicitée par l'abbé de La Trappe où il s'était converti.\n\n                                                            Paris, 4 février 1897.\n                   MON CHER ABBÉ,\n\n   Procédons par ordre : 1° L'affaire X... Je vous avouerai qu'elle m'égaie.\nAyant en parfait dégoût toutes ces palinodies et ces réclames, je les ai toutes\nécartées à Paris. Je me vois prenant le train de Bruxelles à ce? Au fond, c'est\ncomique et bête !\n   2° Y... a été mêlé aux affaires d'un journal, qui a valu tant de prison à un\nde ses collaborateurs pour diffamation. Je ne sais même pas si X... n'en a\npas eu et s'il n'a pas pris la fuite pour cela. (Affaire des faux chèques du\nPanama.) En tous cas, c'est un homme qui n'existe pas dans le monde litté­\nraire de Paris et est mal coté. Je vous conseille de vous défier fortement\nde lui ; c'est un aventurier.\n   3° Z... Je ne sais avec quoi et comment il peut vivre. A Paris, c'était un\nincorrigible bohème, toujours saoul. Il a eu des histoires avec N . . . , et ils\nse sont lardés tous les deux à coups d'épée dans une pièce. A part ces\nhistoires, pas méchant homme, je crois. Cerveau brumeux et fumeux. Je ne\ndirai pas comme pour Y... qu'il faut absolument vous défier de lui, car je ne\nle crois pas malhonnête et, en tous cas, il est fort supérieur à l'autre au point\nde vue de la distinction de l'esprit, mais vous ferez bien tout de même de ne\npas trop vous lier.\n   Rien de neuf ici. Je suis littéralement abruti de travail. Le livre avance,\nmais si lentement. Au fond, je me .suis fourré dans un guet-apens d'érudi­\ntion; c'est un monde à soulever que toute la grande symbolique au moyen\nâge, dans toutes ses branches architecture, couleurs, pierreries, flore,\nfaune, etc. La flore, à elle seule, m'a crevé, et à Solesmes on a mobilisé deux\nmoines pour faire des recherches !\n   Je suis, comme vous le voyez, en rapports constants avec ce monastère, ou\nen correspondance avec Mme l'Abbesse, dont je veuxd'ailleurs parler dans mon\nlivre. Je suis un moine en obédience au ministère, comme dit dom Delatte.\nMais il y a toujours cette question de santé, qui est bien inquiétante. Je con­\nnais des pauvres pères, là-bas, qui supportent si mal le régime, que ce n'est\npoint sans donner des appréhensions. Enfin, j'espère toujours que le Ciel\narrangera cela.\n   Au point de vue âme, je suis plus tranquille, étant, malgré les bêtises\ntentationnelles à ce sujet, bien convaincu qu'il n'y a que le cloître de propre\nde logique au monde et le seul endroit où l'on soit vraiment, vraiment près\nde Lui.\n   La préface dont vous me parlez ne signifie pas grand'chose. Je l'ai faite,\npour vous dire la vérité, sur la demande expresse de l'abbé de La Trappe,\nennuyé que le nom de son abbaye ne figurât point dans le livre.\n   C'est bien de sa faute, au reste, car avant de faire paraître En Route, je l'ai\nconsulté à ce sujet, et il a été pris d'une telle peur que, pour lui être agréable,\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "278                              DURENDAL\n\n\nj'ai affublé sa Trappe d'un pseudonyme. Enfin, tout est pour le mieux\nmaintenant.\n    A bientôt, mon cher Abbé, ne m'oubliez pas dans vos prières et bien affec­\ntueusement à vous.\n                                                            J.-K.   HUYSMANS.\n\n   J'ai appris aujourd'hui même que les jésuites de la rue de Sèvres m'avaient\nfait suivre, le vendredi, dans un restaurant où je déjeune parfois, le matin,\npour s'assurer si je faisais maigre.\n   S'étant aperçu que je ne mangeais pas gras, ce jour-là, ils ont enfin conclu\nque j'étais converti !\n   Est-ce assez misérable, assez bête ! !\n\n                                                            Paris, 28 mars 1897\n                   MON CHER ABBÉ,\n\n   Point n'ai vu encore M. Carton de Wiart. Enfin, quand il viendra, il sera\nle bienvenu. Je n'ai pas besoin de vous le dire.\n   Rien de neuf en cette ville. Je suis toujours plongé dans mon livre, noyé\ndans la symbolique, écrasé par les masses de la Cathédrale. Petit à petit\ncependant le labeur touche à sa fin et j'aperçois dans le lointain le moment\noù je pousserai le ouf d'un homme qui se bat depuis trois ans avec le moyen\nâge!\n   C'est égal, après celui-là, je ferai des volumes moins longs et moins\npénibles.\n   Bien affectueusement à vous, mon cher Ami.\n                                                            J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n  Au mois d'avril 1897 mourut à Paris l'écrivain catholique\nCharles Buet dont, on s'en souvient sans doute, Huysmans se\nservit, ainsi que je l'écrivais au début de ces articles, pour\nentrer en correspondance avec moi. Dans la lettre que voici,\nHuysmans me parle de la mort et de l'enterrement de Buet\nainsi que de ses deux fils.\n\n   MINISTÈRE                                           Paris, le 4 septembre 1897.\n        DE\n L'INTÉRIEUR\n\n                        M O N CHER A M I ,\n\n   L'adresse de Buet est toujours 67, rue de Clichy, mais je ne sais trop à\n qui il faut s'adresser maintenant. Voici sa situation : Ferdinand, le fils aîné,\n malade de la poitrine, est à Arcachon et on lui a caché, je crois, le décès de\n son père. Un autre fils fait son volontariat à Reims. Le troisième enfin,\n novice chez les Prémontrés de Mondaye, doit être à Paris encore, François\n de Sales Buet. Ce serait à lui qu'il faudrait écrire. En tous cas, la lettre\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "      J.-K. HUYSMANS D ' A P R È S SA CORRESPONDANCE INÉDITE                279\n\n\nserait renvoyée à son couvent, en admettant qu'il y soit retourné, ce que je\nne pense pas.\n   Détail affreux et dont l'ironie est vraiment atroce. Le convoi du pauvre\nBuet était désert et il n'y avait de couronnes visibles, de grandes, qu'une,\nportant ce titre : Le grand Guignol!!! Elle avait été portée par les cabotins\nd'un petit théâtre de ce nom dans lequel on répétait une pièce de Buet.\n   Voyez-vous cela derrière le cercueil d'un écrivain catholique, suivi des deux\nfils, l'un en soldat, l'autre en moine !\n   Que toute cette histoire est triste! Enfin, le pauvre homme a été assez\nmalheureux pour que Dieu l'ait accueilli à bras ouverts, Là-Haut.\n    Je ne sais à quel portrait de moi vous faites allusion. Van den Bosch n'a,\nje crois, que le portrait de Valloton que je vous ai également envoyé. Je n'en\nconnais pas d'autres, sinon les photographies des hommes chez eux dont je\nvous ai également expédié des exemplaires. L'on n'en a pas fait d'autres, à\nma connaissance, du moins.\n    Quant à la date d'apparition de la Cathédrale, elle est peu sûre. Le volume\ndoit paraître au commencement de février, mais je n'ai pas encore les\népreuves de la seconde moitié du livre, et d'autre part, comme d'après traité,\nle volume doit paraître, le même jour, à Paris, et en anglais à Londres et à\n New-York, il y aura vraisemblablement, d'un côté ou de l'autre, des retards.\n Les traducteurs travaillent sur les épreuves, qu'ils reçoivent en même temps\nque moi. Mais la fabrication sera de durée différente, selon les pays, sans\n doute.\n    Je suis fort ennuyé avec cela. Je suis grippé et rhumatisant, pour l'instant,\naffligé de douleurs de tête atroces. Quand je vais être un peu remis, je vais\n m'atteler à vos épreuves et vous les envoyer sans retard.\n   Je repense au portrait. — Je ne connais pas le Suisse Valloton qui a fait le\nportrait de Van den Bosch, mais il me semble que vous pourriez le repro­\nduire, sans avoir d'ennuis. Il figure en tête d'une traduction à'A Rebours\nparue ce jour-ci, à Berlin, et dans le volume des Masques de Gourmont.\n    Bien affectueusement à vous.\n                                                            J.-K.   HUYSMANS.\n\n   Les lettres qui suivent ont toutes rapport à la lutte intérieure\nqui continuait à torturer l'âme de J.-K. Huysmans au sujet de\nla question de savoir si, oui ou non, Dieu l'appelait à la voca­\ntion monastique et, dans l'affirmative, dans quelle abbaye il\ndevait se retirer. Ces lettres sont belles. Elles affirment un\ndésir sincère et sérieux de faire la volonté de Dieu. Mais celle-\nci ne se manifeste pas clairement dans le sens d'une vocation\nreligieuse. Au contraire, son nouveau directeur de conscience nie\nabsolument celle-ci. Malgré cela — et ici l'humilité de Huys­\nmans est touchante — le grand écrivain met ses hésitations sur\nle compte de sa lâcheté, à tort, puisque lui-même m'écrit :\nJe serais obéissant, si j'avais une certitude, mais je ne l'ai pas.\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "280                               DURENDAL\n\n\n                                                          Paris, le 28 octobre 1897.\n\n                        MON CHER ABBÉ,\n\n   Je suis accablé d'ennuis pour l'instant, mes affaires au Ministère vont assez\nmal et je vais être obligé de demander ma retraite, au mois de février\nprochain, dès l'apparition de la Cathédrale. Quitter ce milieu de francs-maçons\nn'a rien de douloureux, mais il y a la question de vie qui est plus inquiétante.\nLa retraite est presque nulle et il faut un an pour la liquider. Si bien qu'en\nprévision des mauvais jours, j'ai dû accepter d'entrer dans un journal et d'y\ndonner des tranches de mon livre. Cela me dégoûte plus que je ne saurais\ndire, mais comment faire autrement.\n   Quant à Solesmes, je suis dans une obscurité absolue. Ces braves gens\nm'attendent pour février, mais il y a bien des choses qui ne me prennent pas\nl'âme là. Si j'avais plus de santé, ce que j'irais plus volontiers à La Trappe,\npour laquelle je me sens plus d'attirance. Enfin, il n'y a qu'à attendre et à\nprier. Peut-être aurais-je une clarté. C'est affreux tout de même de se battre\nainsi dans des ténèbres et cela est un surcroît de tribulation bien lourd\nà porter quand on a les épaules faibles. Priez un peu pour tout cela, mon\ncher abbé, et bien affectueusement à vous.                  J.-K. HUYSMANS.\n\n  MINISTÈRE                                              Paris, le 30 octobre 1897.\n       DE\nL'INTÉRIEUR\n\n                   MON CHER ABBÉ,\n\n   Solesmes ! — J'ai déjà pensé à Maredsous, mais j'ai peur que cette impres­\nsion gênante de grand séminaire, d'immense caserne que j'éprouve à Solesmes\nn'existe là-bas aussi, dans ces armées de moines. Je ne me sens à l'aise que\ndans de petits monastères, dans des coins intimes, et j'ai crainte que ni l'une\nni l'autre de ces deux abbayes ne soit mon fait.\n   Au reste, je ne sais. Tout cela est difficile à expliquer. Je suis reçu comme\nl'enfant de la maison à Solesmes, j'y ai de bons et de sûrs amis; tous m'ont\nrendu service pour mon livre, s'attelant à des recherches, compulsant des\ntextes pour ma symbolique; Mme l'Abbesse est en correspondance avec moi\net j'ajoute qu'au point de vue de la direction de l'œuvre, le Père Abbé est un\nmaître homme. J'en parle savamment, me confessant à lui, quand je vais\ndans le monastère..., etc., e t c . . Je ne me sens pas chez moi. J'ai une sorte de\nrépulsion, de fatigue, d'ennui, une intuition que ce n'est pas là le havre que\nje cherche.\n   Je m'en vais, et, revenu à Paris, tout ce côté pénible, inanalysable s'enfuit.\nJe regrette ma petite chambre, j'ai envie d'y retourner, quelque temps se\npasse encore et, débarrassé des phantasmes, je suis bien obligé de m'avouer\nque je ne me vois pas en moine-là.\n   Bien entendu, je prie de mon mieux pour obtenir une réponse — et rien.\n   Le tout se complique que Solesmes est absolument persuadé que j'entrerai\nchez eux l'année prochaine et que si je n'y vais pas, ce sera une cruelle désil­\n lusion pour ces braves gens. Enfin, dans de telles questions, l'on ne fait pas\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "       J.-K. J-JUYSMANS D'APRÈS SA CORRESPONDANCE INÉDITE                      28l\n\n\nce que l'on veut; je suis soumis, je l'espère du moins. Je saurais, demain,\nd'une façon sûre, qu'il faut aller dans le cloître le plus dur, y vivre une dou­\nloureuse existence et y mourir; je saurais que telle est la volonté de Là-Haut;\nque j'irais sans broncher ; oui, vraiment, je le crois; ce qui est déconcertant,\nc'est d'avoir, dans des cas graves, très graves déjà, demandé des clartés, les\navoir eues et si nettement que le doute n'était pas possible ; et ce qu'on m'im­\nposait n'était pas cela que je voulais faire ! et maintenant de rester sans réponse\naucune.\n   En attendant, dès le printemps, je tiendrai la promesse que j'ai faite aux\nPrémontrés d'aller les voir; je retournerai encore à Solesmes, j'y resterai\nmême un peu longtemps — et après cela, nous verrons.\n   Dans tout cela, il y a manque de générosité, cela est certain. Il faudrait se\njeter à l'eau, se donner sans réticence, avoir plus de foi, plus de confiance.\nHélas ! il ne faudrait pas avoir, comme le mien, un esprit inquiet, habile à se\ntourmenter, voyant toujours tout un peu en noir. Tout de même, que tout\ncela est triste!\n   Bien entendu, je vous garderai un morceau pour Durendal, du livre. Je suis\npour le moment noyé dans des amas d'épreuves.\n   Bien affectueusement à vous.\n                                                             J -K.   HUYSMANS.\n\n  MINISTÈRE                                            Paris, le 19 novembre 1897.\n        DE\nL'INTÉRIEUR\n\n                    M O N CHER A B B É ,\n\n   Je réponds à vos diverses questions : i° Je m'arrangerai pour satisfaire\nà votre désir, au moment de Noël. Mais voilà, je pourrais vous envoyer diffi­\ncilement des choses courtes, le volume n'étant guère en morceaux, — ou, une\nmesse à la crypte de Chartres, mais détachée de son milieu, cela donnera-t-il?\nou tout le passage sur la symbolique des pierreries, au moyen âge — mais\nalors ne sera-ce pas aride! Je vous assure que ce n'est pas du tout commode\nà arranger.\n   Et j'envoie quelque chose à un journal dont j'ai déjà plein le dos. Le souci\nd'arranger l'article, chaque semaine, m'horripile. Je ne suis pas du tout fait\npour ça et je vous jure que c'est une cruelle épreuve que le Ciel m'inflige.\nPuis, je suis si mal contourné, que je ne puis faire plusieurs choses à la fois,\net si je dois continuer après l'apparition de la Cathédrale, à pondre des arti­\ncles, je n'arriverai pas à faire Sainte Lydivine. Je suis déjà assez occupé avec\nma malheureuse âme et ses perpétuelles disputes, sans encore avoir à faire\nmarcher plusieurs besognes de front.\n   Cette question de cloître est terrible, en effet. Je dois vous avouer qu'à\nl'heure actuelle, je suis un peu seul contre tous ; tout le monde, pour des\nraisons différentes, m'en détournant. J'avais jusqu'alors un prêtre de Saint-\nSulpice, un saint, qui était pour moi le meilleur des amis, un frère qui ne me\nquittait guère. Lui et l'abbesse de Solesmes me poussaient au cloître; l'abbé\n de Solesmes me presse toujours et, d'autre part, un bon vieil abbé bénédictin,\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "282                                   DURENDAL\n\n\nDom R o m a i n , m'y engage aussi. L ' a m i dont je vous parlais, l'abbé Ferret,\nest mort et c'est u n de mes grands chagrins que cette perte d'une amitié vrai­\nment spéciale. Actuellement, sur son indication à son lit de mort, j'ai pris\np o u r confesseur l'abbé Bouyer, à Saint-Sulpice. C'est un très brave h o m m e\net u n b o n prêtre. L u i n'est pas p o u r le cloître et m'en d é t o u r n e . Si bien que\nballotté par les u n s et les autres, je vis d a n s cet état d'incertitude, de trouble\n— mal assuré de moi-même, vivant d a n s des alternatives d'élans et de reculs\n— poussé en avant par les lettres que je reçois des moines amis de Solesmes,\net allant à reculons, lorsque j ' y réfléchis. J e me d e m a n d e comment cela finira\net n'en ai, à vrai dire, a u c u n e idée. J e serais obéissant, je le crois, si j'avais\nu n e certitude, mais je ne l'ai p a s .\n    J e vous parlais de m a n q u e de générosité — hélas ! cela est sûr — et je n'ai\nplus douté, depuis un certain soir, où très durement cette vérité me fut dite\npar u n e bien étrange femme. Parfois, l'abbé F e r r e t m'avait parlé d'une péni­\ntente à lui, u n e sainte créature qui avait la vocation bénédictine et qu'il avait\néprouvée de toutes les manières. C'était une p e r s o n n e très p a u v r e . Il y avait\ndes obstacles de toutes sortes à son entrée a u cloître. J e fus mêlé à cette\naffaire, en intervenant a u p r è s de M m e l'Abbesse de Solesmes. Bref, son entrée\nen clôlure au monastère de W i s q u e , la fille aînée de la maison mère de\nSolesmes fut résolue.\n    L a veille de son départ, cette femme que je n'avais jamais vue vint me voir;\net je demeurai ébloui par la radieuse beauté de cette âme, transfigurant en\nquelque sorte un visage plutôt laid. Jamais je ne vis joie pareille. Elle sortait\nde p a r t o u t . Avant de me quitter, elle me d e m a n d a de prier pour son noviciat,\ns'engageant, de son côté, à prier pour mon entrée au cloître dont l'abbé\nm'avait entretenu. E t comme je lui expliquais mes hésitations, les difficultés\nqu'ajoutait la question de la littérature en cette affaire, elle s'enflamma, me\ndit avec u n ton inoubliable, le tréfonds de m o n â m e , l'éclairant vraiment de\nses remarques, finissant par s'indigner et me reprocher m o n m a n q u e de-géné­\nrosité. Elle avait raison, la sainte fille; q u a n d elle fut partie,je vis en effet clair.\n    J'ai eu, depuis, de ses nouvelles par l'abbesse d e Solesmes qui la tient en\nhaute estime et la considère comme un sujet extraordinaire et c o m m e u n e\nsainte.\n    Mais voilà bien des histoires que je vous inflige, mon cher Ami ; que voulez-\nvous, tout cela m'intéresse b e a u c o u p plus que la littérature, je vous prie de\nle croire. Vivre en Dieu me paraît la seule chose souhaitable, la seule qui\nimporte, ici-bas. Ah ! ce que je voudrais avoir u n e indication sûre, pour me\ndécider.\n    Plaignez-moi et priez pour moi, cher Ami.\n              Bien votre.                                         J.-K. HUYSMANS.\n\n   (A continuer.)                                                       HENRY   MŒLLER.\n\n                            R e p r o d u c t i o n i n t e r d i t e (1).\n\n\n   (1) Nous interdisons formellement la reproduction de cet article et des lettres de\nJ.-K. Huysmans qu'il renferme.\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "    La mort du cantonnier\n\nLe cantonnier est mort de froid,\nsur la route, au pied du poteau\nqui trace sur les hauts   plateaux\nle geste de ses bras en croix.\n\n Avec son pic et sa pioche\n  — quand après le départ des cloches\n au samedi-saint des crécelles\n j'irai à la bécasse —\n sur la route où les eaux     ruissellent,\nje ne le verrai plus\n dresser sur le talus\n les mille cailloux bleus qu'un autre caillou     casse.\n\n Le lundi de la Pentecôte,\nje ne le verrai plus aux rives de la Lesse,\n dans l'herbe haute\n et les fleurs jaunes,\n lancer avec souplesse,\n aux remous clairs où la truite\n est en fuite,\n la mouche     d'aulne...\n\nMais le soleil devient plus tendre.\nSur la route que juin pavoise,\nla lumière d'un bleu d'ardoise\ns'étend comme une tiède cendre.\n\n Je pousserai ma bicyclette jusqu'en    haut...\n Le nickel brille. Elle est légère.\n Dans les bouleaux\nj'entends un ramier qui roucoule,\n et sur les fossés se déroule\n la crosse épiscopale et svelte des fougères.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "284                      DURENDAL\n\n\n      Mais je ne verrai plus, sous son casque de paille,\n      Gruslin qui me disait : « Vous voilà de retour.\n      » Tout va bien au village et les blés seront lourds.\n      » J'ai entendu hier soir un premier cri de caille,\n      » et vos épiceas font une belle pousse... »\n      Je ne m'assiérai plus près de lui sur la mousse.\n      Il ne me tendra plus son vieux sac à tabac.\n\n      Avec sa bêche et sa pioche\n      on l'a descendu en traîneau,\n      là-bas,\n      dans son inutile    manteau,\n      la pipe vide dans la poche...\n\n      Ah ! il ne sifjle plus comme aux soirs de septembre,\n      lorsqu'il rentrait gaîment au chant des grives\n      vers la fumeuse      chambre\n      où du lard et des crins sont pendus aux   solives...\n\n      Mais pendant trois jours et trois nuits\n      la neige molle sur la route\n      s'en va descendre pour celui\n      dont c'est le deuil et les absoutes.\n\n      Et lorsque, enfin, de son taudis\n      il ira vers l'église\n      qui dans le gel là-haut    s'aiguise,\n      il glissera si doucement\n      sur les     empierrements\n      qu'il se croira déjà, sans aucun doute,\n      sur la grand' route\n      qui mène droit au Paradis.\n\n                                                 THOMAS BRAUN.\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                           Mon chêne\n                                    A Monsieur Juliaan De Vriendt.\n\n               UNE de mes fenêtres ouvre parmi les branches d'un\n                 très vieux chêne, si haut et si large, qu'il faut\n                 se pencher dehors pour l'apercevoir tout entier.\n                 De la place où j'écris, je vois se détacher sur un\n                 fond clair pailleté de soleil son énorme tronc,\n                 qu'un lierre enlace d'une étreinte séculaire,\n                 torse de Laocoon luttant contre une hydre aux\n                 mille tentacules...\n   Un peu plus haut les bras musculeux se tordent parmi les\nmasses confuses du feuillage, que les ardeurs de juillet piquent\ndéjà de points d'or.\n   Et l'ensemble de ce décor donne l'illusion d'une merveilleuse\ntapisserie Louis XIII, d'un Gobelin de rêve, où les saisons, les\nheures et les moindres brises se joueraient avec des couleurs et\ndes ombres d'une infinie variété.\n   A portée de la main, des rameaux étalent dans la lumière\nleur fine dentelle. Les petites feuilles innombrables ont des\ntransparences d'émeraude; et la pointe des plus jeunes se\nrelève d'une touche légèrement carminée. Toutes dorment au\nsoleil d'un sommeil léger. Un rien les agite ; et alors, les\ngouttes de rosée et les glands à peine formés luisent soudain,\net me regardent de leurs mille prunelles de diamant et d'aigue\nmarine.\n   Et c'est une douceur incomparable d'y reposer les yeux.\n   Et je me demande quelle puissance mystérieuse pompe, là,\ntout en bas, sous la mousse, la sève acidulée qui s'épanouit et\nse disperse là-haut, en millions et millions de folioles, toutes\nsemblables mais non pareilles, toutes façonnées d'après un idéal\ndont le type se retrouve, caractéristique, sous les différences de\nforme, de grandeur et de coloration. Et j'en cueille une poignée.\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "286                              DURENDAL\n\n\nE t , les ayant superposées, voici que, de ces douze feuilles, pas\ndeux ne se trouvent identiques, cependant que toutes sont bien\nfeuilles de chêne, et que nul ne s'y trompera.\n   Je me d e m a n d e encore, en écoutant le bruit soyeux de ce\nfeuillage, quel souffle promène sous bois ses senteurs embaumées\net ce qu'il m u r m u r e aux oreilles vertes dressées pour l'écouter?...\nOui, oui, ce souffle porte une voix, et cette voix est souveraine,\net ce chêne la comprend ; car, même si ténue et si douce, et à\npeine perceptible, dès qu'elle s'élève, les lourdes frondaisons\ns'agitent et, docilement, se mettent à battre l'air sur des\ncadences molles de pankas.\n    E t la fenêtre qui regarde mon chêne me semblerait ouverte\nsur d'insolubles mystères si, derrière les rameaux et beaucoup\npar delà, je n'entrevoyais l'azur du ciel, l'azur profond couleur\nd'infini, qui est un tapis déroulé sous vos pieds, ô mon D i e u !\n    C'est pourquoi, vue à travers mon chêne, l'énigme de l'uni­\nvers ne m'angoisse ni ne m'épouvante. C h a q u e feuille qu'agite\nle vent est une langue qui chante son Créateur et raconte sa\npropre histoire. C h a q u e goutte de sève monte vers Dieu comme\nla rosée vers le soleil. A chaque souffle, les grands arbres s'in­\nclinent et saluent l'Auteur de la vie. E t la pousse printanière\nsort du gland entr'ouvert et s'oriente vers la lumière, comme\njaillit et s'élance à Dieu l'amour d'un eœur déchiré par\nl'épreuve.\n\n\n\n                         La rose et le scarabée\n                                                A Monsieur Josef Janssens.\n\n   Dehors, malgré le frémissement trompeur des feuillages,\nl'âpre canicule embrase l'atmosphère; mais dans ma chambre,\nla pénombre des persiennes entrebâillées entretient un semblant\nde fraîcheur qui paraît exquise, et un léger souffle m'apporte\nl'haleine des seringas et des orangers.\n   I n d o l e m m e n t — la plume aux doigts par habitude — j ' a t t e n d s\nque le calme et l'ombre détendent ma fatigue et que mes yeux\néblouis s'accommodent à la demi-obscurité. E t je rêve...\n   U n mince rai de soleil tourne en rond sur le tapis. L e n t e -\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                              L'ORAGE                            287\n\n\nment il se promène fil à fil, p a r m i les arabesques, en y allumant\nun incendie de j a u n e s , de bleus et de rouges...\n   E t voilà que — je ne sais pourquoi — je lève les yeux vers\nl'angle de la table : un rien fragile et merveilleux a surgi là\ntout à coup, de l'ombre, évoqué par le rayon magique.\n   U n rien : une rose dans un cornet de cristal, une rose thé\npleine de clartés et de parfum ; et, sur la rose, un petit scarabée\nvert aux reflets métalliques.\n   Accrochée par une épine, la fleur se balance au bord du vase.\nL e moindre mouvement de l'air la penche et la redresse, et l'in­\ncline de droite et de gauche, comme un bijoutier fait miroiter\nune g e m m e à la lumière.\n    E t , à chaque oscillation de la longue tige, un léger remous\nsoulève au fond de l'eau, une danse de paillettes d'or et de pous­\nsières d'émeraude, t a n d i s qu'aux mille facettes du vase s'al­\nlument et s'éteignent des éclairs d'arc-en-ciel.\n   Selon les caprices de l'éclairage, les pétales de la fleur sem­\nblent des coquillages rosés, des ongles de fée, des paupières\ncloses de chérubin; tour à tour, ils prennent la patine ambrée\n du vieil ivoire, un velouté de chair vermeille et les pâleurs irisées\nde certains cieux d'aurore.\n    E t , sur ce vivant bijou, — auquel les feuilles traversées de\nsoleil font un cadre d'émaux cloisonnés et translucides, — le\npetit scarabée promène sa clarté verte. E t lui aussi, tour à\ntour, s'illumine et s'éteint; et, q u a n d soudain, il rutile près de\ncette goutte de rosée, on dirait deux parcelles de soleil.\n    ... et, devant cet objet infime, qu'un simple rayon magnifie\njusqu'à un tel spectacle de beauté, je songe à ma pauvre âme\n obscure qu'un souffle de l'Esprit penche quelquefois vers la\n L u m i è r e et qui s'irradie alors des merveilleuses clartés de\n l'Amour!\n\n\n                             L'Orage\n                                            A Monsieur Ernst Wante.\n\n   ... U n bruissement dans le feuillage de septembre, comme un\nfrisson de peur qui traverse la nuit... De temps en temps,\nrares, silencieuses et lointaines encore, des lueurs se diffusent\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "288                            DURENDAL\n\n\nparmi l'amoncellement des nuées qui, r a p i d e m e n t , montent du\ncôté de l'Escaut.\n    Puis, le vent fraîchit. Des gouttes larges comme la main et\nd'abord clairsemées s'écrasent à même la poussière. Déjà les\ngrondements que se renvoient les échos du ciel se rapprochent\net, bientôt, s'y distingue la voix de chaque éclair. L e s étoiles\ns'éteignent. De seconde en seconde, le fracas a u g m e n t e et suit\nde plus près les fulgurations livides. Voici l'orage.\n    L e vent souffle en t e m p ê t e . Avec un vacarme sauvage de\nnotes aiguës et de détonations sourdes, les éclairs d a r d e n t là-\nh a u t leurs zigzags éblouissants, tandis q u e la masse noire des\nbois et les maisons blanches du village surgissent un instant à\ntravers la gaze bleue de l'averse.\n    L a foudre cependant s'abat de tous côtés. Au hasard de sa\nfureur, elle se rue sur les plus beaux arbres, plonge dans le lac\net dévore la meule d'un pauvre paysan. Des craquements\neffroyables — comme si le dôme du ciel s'écroulait sur des\nrochers — accompagnent ses allées et venues d'incendiaire en\ndémence. E t l'eau qui crépite sur les feuillages, et les rafales\nqui les raclent, font aux éclats du tonnerre une basse monotone,\net grandiose, et pareille au mugissement d'un fleuve t o m b a n t\ndans un a b î m e . . .\n\n        — Courbé sous la tempête, un gros orme se vautre\n        Dans les bras musculeux d'un chêne, et leurs deux troncs,\n        Comme dans un étau, broyés l'un contre l'autre,\n        Mêlent aux cris du vent des appels de clairons,\n        Des soupirs presque humains et les craquements brusques\n        De l'écorce qui vole en éclats. La forêt\n        Tout entière, depuis ses plus fiers géants jusques\n        Aux moindres arbrisseaux, geint, se courbe et paraît,\n        Sous les coups brutaux du fouet de feu qui la crible,\n        Tordre ses mille bras, comme pour supplier :\n        En vain, car la fureur de Samson est terrible,\n        Et le beau temple vert choît pilier par pilier...\n\n   E t , quand l'orage a fui et que la forêt s'égoutte sur la mousse,\nle banal sourire de la lune se penche sur un vrai carnage...\nC'est de tous côtés, une jonchée lamentable de troncs inclinés\nou renversés, de lierres arrachés, de racines en l'air... Les\nvieux braves du quinconce séculaire gisent là, pêle-mêle\ncomme le carré de la Garde I m p é r i a l e ; et cette nuit fut leur\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                                  L'ORAGE                                  289\n\n\nW a t e r l o o . . . E t mon cœur se serre, et mes yeux se mouillent,\ndevant l'irréparable désastre :\n\n         — Beaux arbres qu'à plantés l'aïeul de mon grand'père.\n         Chêne au tronc énorme, ifs noirs, sapins chantants,\n         Grands hêtres dont les bras se penchaient jusqu'à terre,\n         Comme pour se prêter aux jeux de mes huit ans,\n         Vous qui réchaufferez mon âme solitaire,\n         Quand nul ne pensera plus à vous dès longtemps,\n         Fidèles et discrets serviteurs de ma race,\n         Qu'une nuit de tempête a voués à la mort,\n         Qui donnera, l'été, son ombre à la terrasse ?\n         Qui la protégera, l'hiver, des vents du nord ?\n         Amis, qui me rendra, surtout, le réconfort\n         Des souvenirs que vous évoquiez ? Qui sera-ce ?...\n\n   E t à présent, une rancœur me monte aux lèvres : « Seigneur,\nce bosquet ombreux formait le décor de ma jeunesse. L à , sur\nce banc, réduit en miettes, que de fois s'assit ma g r a n d ' m è r e ,\ntirant l'aiguille et souriant à mes ébats ! C'est elle qui p l a n t a\nde ses mains enfantines le beau mélèze, « notre beau mélèze »,\net abrita le premier hiver de ce T i t a n foudroyé sous une vitre\nsupportée par q u a t r e b r i q u e s . . . E n t r e les branches de ce hêtre\nabattu, mon grand-père m'apprit à découvrir l'étoile polaire, et\nmon nom gravé de sa chère main se lit encore sur l'écorce aux\nreflets d'étain...\n   « Ces choses étaient belles et vénérables, et pieusement je\nles aimais : pourquoi la rage des ténèbres jeta-t-elle au vent ce\nnid de souvenirs bâti avec tant d ' a m o u r ? . . . Ce souffle destruc­\nteur venait-il de toi, Seigneur, puisque ces choses étaient aussi\nton œ u v r e : pourquoi détruire ainsi, en une heure, le patient\neffort de ta Providence et l'innocente espérance de m a race ?... »\n   N e trouvant pas de réponse, je m'approchai du chaos lamen­\ntable. C o m m e ce chêne est pulvérisé ! Quelle force s u r h u m a i n e\na pu, d'un seul coup, réduire en menus éclats ce bois sur lequel\ns'émousse l'acier?... E t ce grand frêne, élégant et flexible, qui\neût fait une si jolie flèche de trois-mâts, l'ouragan l'a saisi et\ntordu sur lui-même, avec l'aisance d'un cordier qui tord\nses brins de chanvre... E t plus loin, un peuplier, q u ' à peine\ndeux hommes tiendraient embrassé, gît, brisé net à mi-hauteur,\ntel un fétu !...\n   E t voici que, de cette destruction, émane une singulière\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "290                            DURENDAL\n\n\nimpression de puissance, d'une puissance irrésistible, devant\n laquelle l'homme et ce qu'il édifie et sème sont moins q u ' u n e\n p l u m e dans la t e m p ê t e .\n     L e n t e m e n t , goutte à goutte, la mystérieuse alchimie de la\nvie avait extrait de la terre la substance de ces êtres de force et\nde b e a u t é ; et un souffle, un seul, doué d'une puissance supé­\nrieure à toutes ces résistances accumulées, les a vaincues en se\nj o u a n t . O u i , ce souffle destructeur est le vôtre, Seigneur, aussi\nbien que le souffle qui crée, et aussi nécessaire ; car le ravage\ndes ouragans est l'effet des mêmes causes secondes qui\ndonnent aux peupliers leur grâce fuselée et aux chênes leur\nmajesté.\n     Les lentes poussées — qui transforment en organisme un peu\nde matière et lui assignent les lois admirables et nouvelles de la\nvie, — et les cataclysmes soudains, — qui défont cette œuvre\net décomposent les cellules en leurs éléments inertes, — sont\ndes phénomènes dont l'alternance entretient la vie et qui\nrentrent dans le plan harmonieux de la conservation des\nespèces et du rajeunissement des choses.\n     Seigneur, ni gland, ni faîne, ni aucune semence ne germera\net les arbrisseaux mourront, si la foudre, votre hache, et la\ntempête, votre bûcheron, n'éclaircissent parfois, n'ébranchent\net n'aèrent la sombre forêt. Voyez entre les troncs ren­\nversés, les jeunes tiges, que l'ouragan a pliées sans les briser,\nélèvent déjà leurs feuilles avides de lumière et s'élancent vers\ndes recommencements ! Et ainsi vous renouvelez la face de\nla terre.\n     T o u t e vie est fragile et brève : les éléments impitoyables\nfavorisent les humbles éclosions et abrègent les déclins\nsuperbes : Ecce nova facto omnia ! L'orage chante un h y m n e à la\nvie et sa voix clame une grande leçon de sagesse : Périssable\net vain tout a m o u r qui s'attache à des choses qui sont à la\nmerci d'un souffle et qu'un éclair peut dévorer : Sursum corda !\n\n                         GASTON DELLA F A I L L E DE L E V E R G H E M .\n\n  Lackbors, 1908.\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "Etudes sur l'art italien du XVe siècle\n                                              I\n\n        Jacopo Bellini et la Renaissance à Venise (l)\n                  VENISE, isolée et singulière dans sa situation topographique,\n                     en marge de l'Italie, ne le paraît pas moins dans ses mœurs,\n                     dans ses institutions, dans sa politique et dans son art. Elle\n                    grandit et se développe à l'écart, défiante, égoïste, rusée, à\n                     peu près étrangère au reste de la Péninsule, indifférente,\n                     sinon hostile, aux mouvements qui agitent celle-ci. Et elle\n                     ne se départira de cette attitude que pour s'emparer des\n                     Etats de ses voisins de terre ferme, lorsque les établisse­\nments orientaux que, jadis, elle avait disputé aux Génois et aux Pisans,\nseront à peu près ruinés par les Turcs.\n   Ses relations commerciales, leur maintien, leur extension, ont été longtemps\nl'intérêt unique de ce peuple avisé, et c'est par les voies que suivent les mar­\nchandises dont il trafique que lui arrivent les éléments de son luxe et les inspi­\nrations premières de son art. Installée au milieu de la route qui unit les pays\ndu Nord à ceux du Levant, intermédiaire entre ceux-ci et ceux-là, Venise subit\ntour à tour leur influence artistique contradictoire, toute traditionnelle d'un\ncôté, toute novatrice de l'autre. L'Orient et l'Occident se rencontraient et se\ncoudoyaient sur les quais, dans les darses et les entrepôts de son port, et ses\ngalères ou ses négociants en fréquentaient toutes les régions. Et ce qu'elle a\nemprunté à l'un puis à l'autre s'amalgamant à son fond initial a formé l'origi­\nnalité séduisante et composite dont ses architectures et les œuvres de ses\nartistes nous ont conservé le brillant témoignage.\n    Les traditions de Byzance, de son art éclatant, cérémonieux et subtil, pré­\ndominèrent d'abord à Venise. Elle reste insensible aux influences que l'art\nflorentin et siennois exercent en Italie et même à l'étranger. Les ouvrages\nclairsemés du XIVe siècle vénitien semblent, en effet, ignorer ou méconnaître\nl'exemple, bien proche, cependant, donné par Giotto dans le cycle de fresques\n\n\n  (1) A propos de l'apparition, à la librairie d'art et d'histoire Van Oest et Cie, de la deu­\nxième partie de l'ouvrage de M. Victor Goloubew sur les Dessins de Jacopo Bellini au\nLouvre cl au British Museum. Ce volume contient la reproduction complète du Livre d'es­\nquisses du Louvre ; les deux autres, qui paraîtront incessamment, contiendront, l'un, la repro­\nduction du Livre de dessins du British Museum : l'autre, une étude sur le maître et le\ncatalogue de ses œuvres.\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "292                               DURENDAL\n\n\nsimples et vigoureuses qu'il peignit, vers 1306, sur les parois de la chapelle\nde l'Arena, à Padoue. L'œuvre du grand artiste paraît être restée inconnue\ndes peintres primitifs vénitiens ou n'a pu les tirer de l'habitude archaïque où\nvégétait leur art débile, à peine moins roide que la mosaïque. Peut-être aussi,\nla conception giottesque, dans sa concision dramatique, plus soucieuse de\nfrapper l'esprit que de le charmer ou de l'éblouir, n'était-elle point de nature\nà séduire l'imagination des marchands de la lagune, avides dans l'art comme\ndans la vie de luxe et de magnificence?\n   Mais à ce goût de la somptuosité et des belles ordonnances décoratives, qui\nvenait aux Vénitiens de leurs fréquentations orientales et, en même temps,\nde la prodigalité et des exigences d'un faste un peu vaniteux, fruits naturels\ndes gains énormes acquis par les hasards de l'agio et les chances aléatoires de\nla navigation, s'alliaient chez eux des propensions très positives. La beauté ou\nla poésie, il n'était pas de leur tempérament de les chercher hors de la vie. Le\ngénie de la race, formé par des siècles d'opiniâtres trafics, d'habiletés et de\nsouple diplomatie pour accaparer les marchés de l'Orient, pour s'y impatro­\nniser ou s'y faire tolérer, était essentiellement pratique, sans excès de scru­\npules, peu attiré vers le mysticisme, les utopies spéculatives ou idéales.\n   Les tendances réalistes dont les maîtres septentrionaux avaient été les émis­\nsaires et les propagateurs en France, durant tout le XIVe siècle, avaient pénétré\négalement en Italie. A Florence même, dans le dernier quart de ce siècle,\nPier di Giovanni Tedesco, un Brabançon, assumait un rôle très important\ndans la décoration sculpturale de S. Maria del Fiore. Milan attirait, pour\ndiriger et exécuter les travaux du Dôme, quantité d'artistes français, allemands\net flamands, dont l'œuvre agissait puissamment sur l'art indigène. Le principe\ndu réalisme pénètre avec eux, avec « leurs formes sévères et rudes », empruntées\nà la vie même et qui essaient de rivaliser avec elle. Ils apportent la force,\nécrit M. Venturi, au détriment de la grâce. Mais, à ce moment, la grâce\nn'était plus dans l'art italien et, surtout, vénitien, qu'une manière; que la\nrépétition stérile et presque stéréotypée d'effets dont la vertu originelle était\ncomplètement épuisée.\n   A Venise, les premiers initiateurs connus du style nouveau sont les sculp­\nteurs Jacobello et Pier Paolo dalle Massegne, dont les travaux à Saint-Marc,\nau palais ducal et le polyptyque de marbre encore existant dans l'église de\nSaint-François à Bologne, révèlent l'influence de l'art du Nord.\n   Le polyptyque de Bologne, dont la conception décorative est purement\ngothique, est orné d'un Couronnement de la Vierge, de statuettes de saints,\nd'anges qui font de la musique placées dans des niches, et d'une prédelle com­\nposée de neuf bas-reliefs où sont représentés les actes principaux de la vie du\n patron de l'église. Œuvre grandiose où apparaît une énergie, un sentiment du\nvrai et de l'expression que l'on ne connaissait plus. Si modeste que soit leur\ntaille, certaines des figures de saints, barbues, imposantes, rappellent au sou­\n venir la majesté des prophètes de Claus Sluter.\n   Pourtant, si l'impulsion réaliste donnée par les frères dalle Massegne et les\n maîtres étrangers, Giovanni Ferabech d'Alemagna notamment, qui hantent la\n contrée, se fait sentir sur une partie des rivages de l'Adriatique, elle ne réagit\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                ÉTUDES SUR L'ART ITALIEN DU XVe SIÈCLE                          293\n\n\npas encore sur la peinture vénitienne. La riche cité continue.à ne posséder que\nde timides enlumineurs d'images pieuses, héritiers respectueux de vieux pro­\ncédés d'atelier. Et lorsqu'elle veut commémorer, au Palais des doges, les fastes\nglorieux et les conquêtes de la République, elle est obligée de recourir à des\nartistes du dehors. Elle avait eu, il est vrai, Antonio Veneziano, mais elle ne\ns'était pas servi de lui : ayant été mis à l'épreuve et trouvé insuffisant, il avait\nété chercher à Florence, à Sienne, à Pise, des appréciateurs moins sévères ou\nplus équitables de son talent. En 1365, le padouan Guariento commence la\ndécoration de la salle du Grand-Conseil : il y peint une représentation du\nParadis. Plus de cinquante ans après, vers 1420, on fait appel, pour continuer\ncet important travail, à Gentile da Fabriano et à Vittore Pisano. Ils retracent\nsur les murailles de la salle, l'un, des épisodes de la guerre entre Venise et\nl'empereur Barberousse ; l'autre, les négociations de la paix entre Othon, fils de\nBarberousse, prisonnier à Venise, et cette dernière. Ces compositions ont,\nmalheureusement, péri dans l'incendie de 1577, en même temps que celles\nexécutées dans la suite par les Bellini, Carpaccio, le Titien, le Véronèse et le\nTintoret.\n   Ce qu'étaient les peintures de Gentile et de Pisanello, nous ne pouvons guère\nque le conjecturer d'après les trop rares ouvrages de leurs auteurs que les siècles\nont préservés : Outre quelques panneaux conservés en divers musées, la célèbre\nAdoration des Mages, du premier, à la Galerie ancienne et moderne de Flo­\nrence; du second, les fresques très endommagées de S. Fermo Maggiore et de\nS. Anastasia, à Vérone. Ils étaient issus de milieux fort différents, puisqu'ils\nvenaient, Gentile, de l'Ombrie ; Pisanello, de Vérone, où il s'était formé, pro­\nbablement, à l'école des maîtres locaux, Avanzo et Altichieri, dont les fresques\nremarquables, bien que se rattachant encore à la tradition giottesque, décèlent\ndes préoccupations naturalistes assez accentuées. La dominante du talent délicat\nde Gentile était la grâce, une grâce à la fois experte et ingénue. Il est somptueux\net tendre; il aime les colorations vives, l'or, les riches costumes brodés, la\npompe élégante des cavalcades et des cortèges, mais son souci de la beauté\ndécorative ne lui fait point négliger l'expression intime du sentiment. Pisa­\nnello est plus complexe et plus puissant; c'est un inventeur, un esprit tout\noriginal, tout personnel, dans l'art vivant et précis duquel toutes les influences\nseptentrionales qu'il a subies se résorbent et s'harmonisent. Le réalisme le plus\ndéterminé et le plus conscient s'associe dans son œuvre à un style nerveux et\nfier, à un goût d'un raffinement exquis. Ce double caractère se marque dans\ntous ses ouvrages : l'Annonciation de S. Fermo, avec son bel ange prosterné\ndans les plis de sa robe, sous ses grandes ailes repliées, et la figure modeste de\n Marie, assise sur un coffre, devant son lit, comme en quelque peinture\nflamande; les scènes de l'Histoire de saint Georges (S. Anastasia), toutes rem­\nplies de groupes de personnages et d'animaux d'une observation charmante;\nses dessins si fins et si spirituels; ses médailles dont les effigies princières sont\ncomme autant de merveilleux portraits. « Il y a en lui du flamand, écrivait\njudicieusement M. Gruyer (1), mais l'italien domine. »\n\n  (1) PISANELLO : Gazette des Beaux-Arts, 1894.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "294                                     DURENDAL\n\n\n\n    Pisanello doit, sans doute, quelque chose au contact où il s'est trouvé avec\nson aîné ombrien         peut-être la suavité presque féminine de ses anges de\nVérone. Gentile, de son côté, prit certainement de son compagnon de travail\nun penchant plus décidé au réalisme. Et, on peut ajouter que si tous deux, en\nartistes sensibles à la beauté qu'ils étaient, sentirent « profondément le charme\nde là ville des canaux, de ses architectures somptueuses et légères, de l'élégance\nde ses habitants et du pittoresque de ses places » (1), tous deux aussi agirent\nsur la peinture vénitienne et stimulèrent l'initiative de leurs confrères en leur\nlaissant, dans leurs œuvres, le plus fécond des enseignements.\n    En 1432, Jacobello del Fiore achève, pour la cathédrale de Ceneda, la pre­\nmière œuvre picturale vraiment importante que l'on doive à un maître véni­\ntien : un Couronnement de la Vierge, qui est aujourd'hui à l'Académie de\nVenise. Dans son ordonnance archaïque, assemblée céleste où les évangélistes,\nles saints et les anges, assis sur des gradins, forment cour autour du Christ et\nde la Vierge, cette œuvre de grande envergure prouve déjà un progrès énorme,\nprogrès qui, d'ailleurs, semblera singulièrement tardif si l'on songe aux travaux\nartistiques et aux maîtres qui, au même moment, faisaient l'admiration de\nFlorence.\n    Mais il ne devait pas laisser de s'accentuer bientôt vigoureusement, et cela\navec d'autant plus de rapidité qu'à l'action régénérante de Gentile et de Pisa­\nnello, à l'excitation réaliste de leurs œuvres, n'allaient plus cesser de s'ajouter\nl'influence des artistes — ou des ouvrages — allemands et flamands qui abon­\ndaient alors à Venise, et celle d'Antonello de Messine, revenu du Nord, et qui\nse présentait en « imitateur passionné de l'art occidental » (2).\n    Les influences qui s'exerçaient simultanément à Venise, vers le milieu du\nXVe siècle, se dénoncent avec une complète évidence dans l'œuvre d'Antonio\nVivarini de Murano. Durant quelques années (1440-50), il collabora avec un\nGiovanni d'Alemagna, sorti, selon toute apparence, de l'école de Cologne et\nauquel les ouvrages qu'ils exécutèrent en commun doivent, vraisemblablement,\nleur force placide et un peu sèche comme leurs décors gothiques et floraux.\n La personnalité d'Antonio se manifesta plus librement par la suite, lorsqu'il\ntravailla seul. Il s'abandonna alors à la délicieuse fantaisie, faite de réalité\n et de fiction, que Gentile da Fabriano et Pisanello avaient introduite dans\n la représentation des légendes sacrées. Dans son Adoration des Mages, du\n Musée de Berlin, par exemple, il dispose avec grâce, autour de l'humble\n groupe de saint Joseph, de la Vierge et de Jésus, quantité de personnages\n dans tout l'apparat précieux et maniéré des petits princes et des beaux\n seigneurs du temps.\n    Cependant, grandissait à Padoue un homme de génie, qui devait, à son tour,\n contribuer puissamment au parfait épanouissement de la peinture vénitienne :\n  Mantegna. Il avait fait son apprentissage dans l'atelier de Squarcione, peintre\n fort médiocre mais éducateur excellent, curieux, instruit, chercheur, et dont\n la maison était remplie d'antiques, de tout genre, bustes, bas-reliefs, statues,\n\n  (1) Pisanello et les medailleurs italiens, par M. J de Foville, p. 15. Paris, Laurens, 1908.\n  (2) La Peinture Vénitienne, par M. Molmenti, p. 20. Florence, Alinari, 1904.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "               ÉTUDES SUR L'ART ITALIEN DU XVe SIÈCLE                            295\n\n\nrecueillis par lui au cours de ses voyages en Italie et en Grèce. Les nombreux\nélèves du bon Squarcione — il en eut cent trente-sept, à ce que l'on assure, —\nétudiaient passionnément ces monuments sous sa direction, mais cette étude,\nqui ne faisait point négliger celle de la nature, était dirigée dans un esprit fort\ndifférent de celui qui, à la faveur de la propagande humaniste, prévalut au\nsiècle suivant. Dans l'œuvre de Mantcgna — ses fresque.s aux Eremitani de\nPadoue, notamment — l'Antiquité avec ses costumes et les nobles profils de\nses architectures n'est qu'un élément pittoresque, employé, d'ailleurs judi­\ncieusement, dans une intention réaliste, pour situer les scènes retracées dans\nleur décor véritable. Elle n'envahit pas toutes les régions de la pensée de\nl'artiste, ne subordonne pas les inspirations de celui-ci à des théories suscep­\ntibles de lui faire prendre en mépris la recherche du vrai qui est la carac­\ntéristique principale de son génie. Son art prend, pour se l'assimiler, la beauté\npartout où il la rencontre, dans les œuvres du passé comme dans la vie, mais\nsurtout dans la vie. Et les mêmes tendances animent Dönatello qui, entre\n1444 et 1454, résidait à Padoue avec toute une équipe d'ouvriers florentins,\npour l'exécution du maître-autel du Santo et de la statue équestre du\ncondottiere Gattamelata.\n   C'est en ce milieu très actif, où vivaient nombre de lettrés et de savants\nhumanistes attirés par l'Université et des Mécènes comme Palla Strozzi, le\nplus beau des Florentins, exilé de sa patrie par Cosme de Médicis, que\ns'introduisirent, vers 1450, trois artistes vénitiens, Jacopo Bellini et ses deux\njeunes fils, Gentile et Giovanni. Leur séjour à Padoue, leur fréquentation de\nMantegna, devenu bientôt leur parent par alliance, laissa chez eux une\nempreinte profonde.\n   Jacopo avait une cinquantaine d'années, à ce moment. Dans sa jeunesse,\nil avait été des élèves de Gentile da Fabriano, tandis que celui-ci travaillait à\nVenise. Le suivit-il vers 1421, à Florence? Le fait reste incertain, car si un\ndocument parait l'établir, les peintures de l'artiste, effectuées après cette date,\nne laissent apercevoir aucune trace des influences que, sans nul doute, la\nfréquentation d'un tel milieu aurait dû exercer sur lui. Quelques années plus\ntard, on trouve Jacopo installé et marié à Venise. On sait aussi qu'en 1436, il\nfut appelé à Vérone, pour participer à la décoration du Dôme et, ensuite,\nà Ferrare, à la cour de Lionel d'Este, le prince qui, par la suite, accueillit\navec tant de faveur Roger van der Weyden.\n   Quelles œuvres Jacopo avait-il exécutées avant de venir en contact avec\nl'école padouane? Les peintures subsistantes dont on peut lui attribuer la\npaternité sont en fort petit nombre : un grand Crucifix, au Musée de Vérone;\nune Vierge à l'enfant, à l'Académie de Venise; une autre Vierge au palais\nTadini, à Lovere; une petite prédelle : le Christ aux Limbes, au Musée\ncivique de Padoue; enfin, des fresques noircies et presque indéchiffrables à\nS. Zaccaria de Venise... Certains critiques ajoutent à cette liste une\nMadone du Louvre, attribuée par d'autres (1) à Gentile da Fabriano. Rien dans\n\n (1) M. Lafenestre, notamment, dans la Peinture en Europe : Le Louvre. Paris, Firmin-\nDidot.\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "296                                 DURENDAL\n\n\ntout cela, à ne considérer que les tableaux, ne nous révèle chez Jacopo des\nqualités ou des tendances propres à le mettre en vedette parmi ses compatriotes ;\nà lui faire reconnaître une prééminence bien marquée sur Jacobello del Fiore,\nfra Antonio da Negroponte ou Antonio Vivarini. Dans ces ouvrages, il\ntémoigne de moins de grâce qu'eux, sans que son réalisme soit plus vigoureux\nque le leur et beaucoup plus affranchi des normes traditionnelles.\n    Faut-il croire que la plus grande et, sans doute, la meilleure partie de\nl'œuvre de Jacopo est détruite et que, pour juger de l'importance de celui-ci\ndans l'évolution de la peinture vénitienne, nous devrions posséder les\nfresques qu'il peignit, à l'époque de sa maturité, probablement, pour les\nchapelles des confréries de Saint-Marc, de Saint-Jean l'Evangéliste, etc.? La\nréponse à cette question ne fait pas doute pour qui connaît les admirables\nrecueils de dessins de notre artiste conservés au Louvre et au British Museum.\n    Il n'est pas exagéré d'affirmer que les quelques œuvres énumérées plus haut\nne contiennent à peu près aucun indice qui puisse donner à pressentir\nl'auteur des dessins contenus dans ces recueils. On peut s'imaginer Jacopo,\nsortant de la tradition, à demi-byzantine encore dans ses formes iconogra­\nphiques, de Venise; de la bottega où il continuait à peindre et à dorer avec\napplication et virtuosité de belles Madones dans le goût un peu attardé de ses\nclients, tout en s'essayant aux expressions plus vives de la réalité dont cer­\ntains maîtres étrangers avaient apporté l'exemple à Venise; on peut se l'ima­\nginer, disons-nous, transporté tout à coup parmi les artistes de l'école de\n Padoue, dans l'atelier rempli d'élèves de Squarcione, aux côtés de Mantegna\nqui travaille aux Eremitani ou à ceux de Donatello, qui modèle ses reliefs du\nSanto ou s'apprête à ériger son fier Gattamelata. En passant de Venise à\n Padoue, il est entré tout à coup dans un monde insoupçonné, inconnu, mer­\nveilleux, où des formes, des conceptions, des idées nouvelles s'offrent sans\n cesse à l'avidité de son esprit et aux ambitions de son art. Et il semble que,\n s'étant assimilé avec rapidité tout ce qui s'offrait à lui d'enseignements et de\n suggestions, en ce milieu mouvementé, il nous ait laissé dans ses recueils de\n dessins l'histoire, en quelque sorte, de la transformation fécondé dont, pour\n lui, Padoue fut le théâtre. Car, M. Goloubew en a fourni la preuve sura­\n bondante dans son excellente introduction à ce volume et dans les notes\n substantielles dont il a accompagné la reproduction de chaque dessin, il est\n certain que les Livres de dessins de Jacopo sont issus du séjour de l'artiste à\n Padoue, auprès des grands initiateurs qui résidaient en cette ville. Ces\n albums sont comme le reflet des influences parallèles et mélangées qui s'exer­\n cèrent, dans ces circonstances, sur Jacopo : la vision de celui-ci s'est subite­\n ment élargie et il est impatient de faire entrer dans son œuvre tant de choses\n belles, nobles ou grandes auxquelles, auparavant, il n'avait peut-être jamais\n songé. Mantegna, ardent et sévère.dans son étude de la vie et ses résurrec­\n tions antiques; Donatello dont l'existence parsemée de chefs-d'œuvre n'a été\n qu'une perpétuelle recherche, une aspiration indéfinie vers une beauté tou­\n jours plus expressive, ont été, pour lui, des éveilleurs. Ils l'ont conseillé,\n entrainé, stimulé, et, artiste déjà vieux, au déclin presque de sa carrière, il en\n a recommencé une nouvelle !\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "               ÉTUDES SUR L'ART ITALIEN DU XVe SIÈCLE                         297\n\n\n   Il se peut, certes, que la métamorphose de l'art de Jacopo n'ait pas eu la\nsoudaineté avec laquelle la comparaison de ses peintures connues et de ses\ndessins nous pousse à nous la figurer. C'est même probable. Mais la pensée\ntraduit ainsi, involontairement, l'expression de surprise que l'on reçoit en\nfeuilletant ces pages tracées à une heure décisive de l'évolution de la pein­\nture vénitienne et où tout ce que celle-ci devait apporter de magnificence et\nd'éclat apparaît déjà en germes et en promesses.\n   Le talent de Jacopo se joue parmi les éléments de tout genre que son art\nvient de s'acquérir. Il a approfondi ses notions de perspective et il se complaît,\navec excès quelquefois, à faire étalage de sa science. Il a vu Mantegna et\nDonatello ériger, l'un dans ses fresques, l'autre, dans ses bas-reliefs des\nMiracles de saint Antoine de Padone, des édifices plein de style et, à son\ntour, il situe les légendes qu'il a à représenter au milieu d'architectures\nriches et compliquées. Trop riches et trop compliquées, souvent, car il arrive\nque la scène de l'action soit si considérable, le décor si développé et si orné,\nles personnages indifférents, qui ne sont là que pour faire animation et\nfigure, si nombreux, que le drame qui fait le sujet de l'œuvre est comme\nnoyé et confondu avec ses acteurs dans la multitude des choses et des gens qui\nsollicitent l'attention du spectateur. C'est la Vierge au Temple, l'Annon­\nciation, Jésus parmi les docteurs, le Christ devant Pilate, la Flagellation ou\nquelque autre épisode de l'Evangile ; mais il semble que c'ait été seulement\npour l'auteur l'occasion de construire des palais, des temples et des portiques\ngrandioses, chargés de reliefs et de statues. De sorte que le véritable intérêt\nde l'ouvrage se déplace, se porte vers l'élégance et l'invention architecturales,\nvers les personnages qui apparaissent de-ci de-là, isolément ou par groupes,\ntout à fait étrangers aux péripéties, reléguées dans un coin, de l'histoire repré­\nsentée. (Voir notamment les pl. 3, 5, 10, 11, etc.)\n   Toutes les œuvres des grands fresquistes italiens du XVe siècle, les Flo­\nrentins comme les Ombriens, ont quelque chose de théâtral. Les proportions\nmonumentales de leurs ouvrages et l'étendue de la scène sur laquelle ils\navaient à disposer leurs récits graphiques des légendes sacrées mettaient\nobstacle à ce que ceux-ci revêtissent, sous leur pinceau, le caractère d'inti­\nmité qu'ils ont dans les peintures, d'envergure plus modeste, des maîtres\nseptentrionaux. Il y a dans l'art de Gozzoli, de Ghirlandaio, du Pinto-\nricchio, un côté d'apparat, de parade, magnifique et charmant, certes, mais\nqui fait que leurs fresques ravissent plus qu'elles ne touchent. Il y a toujours\ntrop de monde, et un monde trop brillant, autour de la Vierge ou de Jésus,\npour que le recueillement et l'émotion puissent y avoir accès avec lui.\n   A Venise, ce goût théâtral, beaucoup plus accentué, ne se localise pas, si l'on\npeut dire, dans la fresque, dont l'humidité du climat et les exhalaisons salines\nde la mer recommandaient peu l'emploi. La même tendance à la mise en\nscène somptueuse, à un art de mouvement plutôt que d'expression, qui se\nrévèle dans les dessins de Jacopo, continuera d'agir chez les successeurs de ce\ndernier, à commencer par son fils Gentile, chez Basaiti, chez Carpaccio, pour\ntrouver sa forme la plus prestigieuse dans l'œuvre du Véronèse.\n   Cependant, il y a autre chose dans les albums de Jacopo que des pressenti-\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "298                                DURENDAL\n\n\nments de l'art qui vient : A côté de souvenirs de l'art qui s'en va, de rémi­\nniscences giottesques ou byzantines, on y rencontre partout les inspirations du\nréalisme régnant. Car l'Antiquité dont Jacopo a connu l'attrait à Padoue, il\nn'en a subi, de même que la plupart des artistes du temps, que la séduction\nmatérielle. Simple artisan qu'il est, de petit savoir, à l'égal de Donatello et\nde tant d'autres, il ne sait des anciens que leur art équilibré, puissant, clair. Il\na demandé à leurs ouvrages des modèles et des principes de décoration, non\npoint des directions intellectuelles ou morales. A part quelques dessins d'après\nl'antique (pl. 43, 44, 81), l'antique très librement interprété, inscriptions,\ncortège bachique, fragments de statues, la centaine de planches du recueil\ndu Louvre est consacrée presque tout entière à l'illustration de la vie de la\nVierge, du Christ et des saints; à des études inspirées de la réalité ou, parfois,\nde la fable littéraire.\n   Ce sont des esquisses d'après le nu (pl. 85 à 89); des animaux sauvages ou\napprivoisés, saisis dans la noblesse de leurs attitudes naturelles avec une\nfinesse nerveuse qui fait songer à Pisanello ; des figures équestres d'hommes\narmés aux prises avec \"des fauves ou avec des monstres (pl. 39, 42, 47, 40, 6.6,74,\n80); de très nombreuses représentations de saint Georges combattant le dra­\ngon, sujet tout indiqué de l'art d'un peintre vénitien; de saint Sébastien sup­\nplicié, de saint Christophe, de David luttant avec Goliath, de Judith et\n Holopherne, etc. Il arrive aussi que Jacopo s'abandonne à sa fantaisie, au\n plaisir d'imaginer des perspectives d'édifices, parmi lesquelles il fait circuler la\nfoule variée de ses personnages (pl. 72). Ou il évoque à nos yeux des scènes\nétranges (pl. 73, 92, 13. de la coll. Hist. de la Salle) qui nous paraissent à la fois\nclaires et obscures faute de connaître l'histoire que l'artiste a empruntée,\nselon la conjecture judicieuse de M. Goloubew, soit aux romans, soit aux\n« mystères » en vogue. Telle, par exemple, la planche où l'on voit, dans\nune sorte de prétoire, trois prisonniers que l'on amène, à demi dévêtus,\ndevant un magistrat qui siège. Des soldats suivent; sous des arcades, la foule\nregarde; un brasier enflammé et un ours enchaîné, placés au premier plan,\nsont là, peut-être, pour devoir servir d'instruments du prochain supplice des\ncoupables... « Il est si difficile de définir quel est le sujet traité, écrit M. Golou­\nbew. S'agit-il du martyre d'une sainte dont la vie serait racontée dans la\nLégende dorée, d'un épisode de l'histoire romaine ou bien d'un fait contem­\nporain du maître?... »\n   Les sources de l'inspiration de Jacopo sont diverses. Il puise à toutes celles\nqui se présentent à lui. Dans ses conceptions, les influences de l'Antiquité\ns'associent à celles du réalisme en même temps qu'à la mémoire qu'il garde\ndes vieux peintres italiens, ceux du siècle précédent comme ceux qu'il a connus\nou dont il a reçu les leçons, Pisanello ou Gentile da Fabriano; et, sans doute,\nen certaines pages, Nativités ou Descentes de croix, d'allures moins fastueuses,\noù l'engouement pour la décoration cède au désir du sentiment expressif,\npeut-on discerner l'impulsion de tel ou tel maître flamand, Roger van der\nWeyden, par exemple, qui hanta l'Italie à cette époque-là et dont les œuvres\nétaient fort prisées à Venise. Mais ce qui se montre surtout et partout dans les\nhistoires sacrées ou profanes auxquelles Jacopo donnait forme et vie, c'est\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                ÉTUDES SUR L'ART ITALIEN DU XVe SIÈCLE                         299\n\n\nle temps et le monde où il vivait. C'est Venise, le luxe des palais dont elle\ns'ornait alors, les aspects mouvementés de ses rues et de ses places, sa popula­\ntion mélangée, ses popolani, ses marchands, ses patriciens, tout ce que l'on\nreverra par la suite, non plus en des dessins d'un faire un peu sec dans sa\nprécision, mais en de vastes peintures dont les auteurs exalteront la réalité sous\nles apparences de la fiction ou de la féerie...\n   Car Venise s'est toujours adorée elle-même; elle ne s'est jamais lassée de\nse contempler dans son propre éclat, d'ajouter à sa prodigieuse parure de\nprincesse des eaux, de demander à ses artistes de célébrer sa beauté et sa gloire.\nDepuis les initiateurs du XVe siècle jusqu'aux artistes de la décadence, Guardi,\nCanaletto, en passant par Carpaccio, le Véronèse, Paris Bordone, le Titien,\nBonifazio, le Tintoret et les autres, c'est sa propre image, celle de ses\ncombats, de ses fêtes, de ses enfants illustres ou inconnus que l'on rencontre\ndans les œuvres principales de son art. A certains égards, Jacopo Bellini est le\nprécurseur de cet art voluptueux et éblouissant; il surgit, vraiment, vers le\nmilieu du XVe siècle, comme, pour user des expressions du critique Cantala­\nmessa, il capitano della schiera portentosa ; comme l'annonciateur, le chef, Je\npremier des maîtres puissants qui vont lui succéder.\n   Et on éprouve une singulière émotion en tournant les pages de ce livre où,\njour après jour, le laborieux artiste a enregistré ses projets, la joie de ses\ndécouvertes et de ses acquisitions; tout ce que son art prenait à l'art du passé\net à la vie d'aujourd'hui pour en enrichir son œuvre ; en feuilletant ces dessins\ndans la reproduction admirable que nous en devons à l'initiative de M. Golou­\nbew, aux soins et aux scrupules artistiques de l'éditeur Van Oest, secondé par\nla maison Buschmann. L'œuvre de tout grand artiste est à la fois souvenir et\npressentiment; elle ne renie rien de ce qui est venu avant elle : elle le résume,\ntout en laissant entrevoir l'avenir qu'elle contient et qu'elle prépare. Ces carac­\ntéristiques des œuvres capitales, des œuvres qui font événement dans l'histoire\nde l'art, se reconnaissent dans les recueils de dessins de Jacopo. Eux aussi,\ndans l'histoire de la peinture vénitienne, ils forment date, ils rappellent et ils\nprophétisent... Les projets qu'ébauchait Jacopo, probablement ne les a-t-il\npoint réalisés ou, du moins, ne les a-t-il réalisés qu'imparfaitement, mais\nd'autres, à la formation desquels il a contribué, se sont levés après lui qui les\nont merveilleusement accomplis...\n   Ces albums constituent donc un document de premier ordre, dont la publi­\ncation, dans les conditions de perfection où elle se présente, rendra des services\ninappréciables aux critiques et aux historiens d'art. Aussi, ne pouvons-nous\nlaisser, pour terminer, de féliciter M. Goloubew, l'érudit auteur de l'ouvrage,\net son éditeur, M. Van Oest, et de l'avoir entrepris, et d'avoir donné à cette\npublication un caractère scientifique et artistique irréprochable.\n\n  (A suivre.)                                               ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "                    La Libre Esthétique\n\n                                I. Le Salon\n                  LE Salon de la Libre Esthétique fait un peu figure de printemps\n                      parmi nos expositions. Chaque année il apporte la nou­\n                      veauté de l'art dans la nouveauté de la saison. Et lorsque\n                      celle-ci se fait, comme parfois, aimable et tiède, il n'est\n                     pas impossible que les peintures que M. Octave Maus\n                      rassemble pour le plaisir et l'éducation du public bénéfi­\n                      cient de la bienveillance que les premiers et pâles soleils\n                      de mars insinuent jusque dans la judiciaire impartiale des\n                      critiques !... Si l'on voulait continuer à parler un langage\n  métaphorique, on pourrait ajouter que, pour charmantes qu'elles soient, cer­\n taines des originalités dont la Libre Esthétique nous a offert la primeur, étaient\n de la nature des fleurs d'un printemps hâtif, vouées à périr au prochain\n et presque immanquable gel...\n    Artistes dont le génie précoce s'est éteint presque au moment où il a brillé,\n non point parce qu'il a été méconnu, mais, bien au contraire, parce qu'il a\nété trop loué! Ne les plaignons pas ; ne nous en plaignons pas. Ce sont les\nvictimes nécessaires de la sélection. Dans l'art comme dans la nature, ce sont\nles plus robustes qui résistent et parviennent au complet développement de\nleur individualité; mais combien, qui sortiraient victorieux des pires tribula­\ntions, des contradictions les plus dures, s'étiolent et succombent, étouffés\ndans l'air malsain des louanges, comme les sénateurs d'Héliogabale sous les\nroses!...\n   Donatello était fort pressé de quitter Padoue, 'où il avait exécuté les admi­\nrables oeuvres que l'on y voit encore, parce que, disait-il, les éloges de ces\ngens-ci finiraient par me faire oublier tout ce que je sais .. Il avait hâte de\nrentrer à Florence, parmi ses concitoyens dont l'esprit critique lui était un\nperpétuel stimulant. Nous avons peut-être le tempérament moins rude — ou\nmoins délicat — aujourd'hui ; en général, nous goûtons fort peu le blâme,\nsalutaire qu'il puisse nous devenir, et l'applaudissement même nous paraît\namer s'il n'est pas surabondant et très proche de l'excès. Cette disposition\nd'esprit rend assez épineuse la situation des critiques qui, sans attacher une\nimportance extrême à leur opinion, tiennent, cependant, à la traduire exacte­\nment, sans retenue ni exagération, car il se pourrait, à la réalité, qu'ils ne\nsatisfassent personne, pas plus ceux dont ils parlent favorablement que les\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                             LA LIBRE      ESTHÉTIQUE                             301\n\n\nautres. Au fond, peut-être, le public, qui est moins ignorant et moins insen­\nsible que certains ne croient, et qui, en tout cas, fait le succès par ses a c h a t s ;\nle public se soucie-t-il fort peu des critiques artistiques ou littéraires ou ne\nles lit-il que pour vérifier si, d'aventure, ils n e seraient pas d'accord avec le\nsentiment qu'il s'est formé lui-même.\n   N o u s ne croyons point, par exemple, que tout ce que l'on a pu écrire sur\nl'art de M M . Claus, Van Rysselberghe et L e m m e n ait pu recruter u n\nadmirateur de plus à ces artistes. Des phrases, si éloquentes qu'elles puissent\nêtre, ne sauraient ajouter à la perfection de leur œuvre, ni rendre la beauté de\ncelle-ci plus claire et plus accessible à ceux qui s'arrêteront, charmés, devant\nl'éclat, la souplesse vivante et lumineuse, la pénétration dont témoignaient les\nportraits que ces maîtres exposaient cette a n n é e , les Fillettes radieuses, de\n M. C l a u s ; Mme V. R. Verhaeren et André Gide, de M. Van R y s s e l b e r g h e ;\nMme L..., la Femme au panama, etc., de M. Georges L e m m e n .\n    L e Salon, cette fois, était consacré spécialement à la figure et au portrait.\n On pense bien que le portrait vieux style, où l'on voyait le modèle posant,\navec une dignité à la fois gênée et solennelle, au milieu d'objets formant\n naïve allégorie de sa profession, de ses goûts ou de ses affections, ne se\n rencontrait pas à la Libre Esthétique ! L e portrait, tel que les artistes novateurs\n le conçoivent, à présent, a p e r d u , si l'on p e u t dire, son caractère mono­\n graphique. On se préoccupe moins de restituer une physionomie avec ses\n caractères intimes que de fixer, de saisir plutôt, une apparence acci­\n dentelle du p e r s o n n a g e . L e portrait naguère était — ou, du moins, tâchait\n d'être — comme u n e biographie complète de l'individu représenté; à l'heure\n qu'il est, ce n'est plus qu'une interview !... quelque chose de rapide, de pris à\n la volée, épisodique, instantané, pour tout dire impressionniste! On ne\n pourrait pas dire que c'est une certaine o m b r e de la réalité, mais bien plutôt\n que c'en est u n certain éclat!\n   Il y a une g r a n d e jouissance pour la p e n s é e dans ces beaux, solides et\nsubstantiels portraits du début du siècle dernier. Ils sont remplis d'une\nfermeté et d'une sécurité spirituelle et morale qu'à défaut d'autre terme plus\nsignificatif on pourrait qualifier de doctrinaire. Ces dignitaires, ces graves\nbourgeois n'ont pas l'air éphémère que nous avons ! Le fauteuil où ils sont\nassis, il semble qu'il leur ait été concédé à p e r p é t u i t é ! . . . E t rien n'est\nplus représentatif du t e m p s où ils ont vécu, de ses idées et de ses conceptions\nmorales et politiques, que ces images. Rien, n o n plus, ne le sera davantage,\ndu reste, aux yeux de l'avenir, que iios portraits à la vanvole, en silhouette\nfuyante et fantaisiste, visage changeant et inquiet, cerné et défini d'un trait\nd a n s u n e des phases de sa mobilité ou bien modelé dans l'ambiance lumi­\nneuse, comme u n objet parmi d'autres objets et s o u m i s , comme ceux-ci, à\nl'action du milieu coloré. C'est une façon de remettre le roi de la création à\nson plan, de le replonger dans la vie universelle aux lois de laquelle son\n orgueil avait voulu la soustraire! Ce pourrait être, pour le monsieur, d o n t\n parle M. Maus dans son Introduction au catalogue, qui s'effare à la pensée de\n se voir, en peinture, des reflets roses ou verts sur la figure, u n e leçon\n d'humilité...\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "302                                    DURENDAL\n\n\n     Il y a de ces reflets sur l'excellent portrait du poète André Fontainas,\n qu'ailleurs nous aurons attribué, par distraction, à M. Vuillard, qui\n avait, lui, entre autres toiles remarquables, u n grand portrait de M. Nathanson.\n L a Dame à la Rose, de M. F o r n e r o d ; le Charles-Louis-Philippe, de M. Charles\n G u é r i n ; le Dom Verkade, u n p e i n t r e bénédictin, de M. Maurice D e n i s ;\n une Fillette c h a r m a n t e de M. F e r n a n d Khnopff; plusieurs portraits de\n M m e Couturier et de M. H e n r i Degroux offraient, dans la diversité de leur\n conception et de leur mise en page, u n attrait singulier.\n     M. Odilon Redon avait u n e série de portraits lithographies d'une finesse et\n d'une perspicacité extrêmes, en même temps que quelques pastels dont la\n facture minutieuse et les sujets floraux ne laissaient pas que de s u r p r e n d r e de\n la part de l'artiste visionnaire, habitant de la ténèbre et du marécage, que\n nous avons c o n n u n a g u è r e . P a r m i les aquarellistes, il faut marquer le nom de\n M. Larsson [Portrait de l'artiste et de sa fille Brita; portrait de la mère de Var­\n tiste, e t c . ) ; parmi les graveurs sur bois, celui de M. Colin pour ses portraits\n amusants de Jules Renard.\n     Quelques paysages, dont un admirable Malin, de M. C l a u s ; u n e évocation\n algérienne, d'une couleur intense, de M. D ' E s p a g n a t ; de bonnes pages de\n M M . Oleffe et Morren. L a sculpture était représentée, notamment, par\n M M . Alexandre Charpentier et Jules L a g a e , le premier avec u n e charmante\nfigure d'enfant, des médailles et des médaillons de bronze; le second, avec ses\n beaux bustes de Guido Gezelle, du peintre Caillebert, du docteur Lambotte ; par\n M. P a u l Dubois [Baigneuses et têtes d'enfants); des ouvrages de M lle J a n e\n P o u p e l e t et Yvonne S e r r u y s ; de MM. Christophe, Schirren, etc.\n                                                                     ARNOLD     GOFFIN.\n\n\n\n\n                       H. Les Auditions Musicales\n   On pourrait grouper par nationalités les œuvres qui furent exécutées, cette\nannée, à la Libre Esthétique. La part du lion revint à la F i a n c e , et ce fut\njustice, car n'est-ce pas la patrie de M M . Vincent d ' I n d y et Claude Debussy,\nqui se trouve actuellement à la tête des nations au point de vue musical,\net qui, dans l'ensemble, produit le plus d'œuvres intéressantes ?... P u i s\nvinrent, dans l'ordre d'importance, la Belgique, l ' E s p a g n e et l'Allemagne\n   Ce n'est pas ici le lieu d'épiloguer sur l'état stationnaire de la composition\nmusicale d a n s ce dernier pays. On pourrait discuter à perte de vue sur ce\nsujet... Il est très brûlant, très passionnant et susceptible de faire enrager\npas mal de g e n s . . . Qu'il me suffise donc de dire q u e l'apport allemand à la\nLibre Esthétique consiste en mélodies peu originales de M. Richard Strauss,\net en lieder exquis de M. W e i n g a r t n e r , qui fuient chantés à ravir par\n M m e Marie-Anne W e b e r .\n   S'il fallait juger de l'état actuel de la m u s i q u e en E s p a g n e par le Quintette\npour piano et cordes de M. J o a q u i n T u r i n a et par les pièces espagnoles pour\npiano de M. Manuel de Falla, on manquerait certes d'éléments d'apprécia-\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                               LA LIBRE ESTHÉTIQUE                                        303\n\n\ntion et l'on serait a m e n é à généraliser trop hâtivement. J e renvoie, pour\nl'étude approfondie de la question, aux excellents articles sur La musique\nespagnole moderne que M. H e n r i Collet a publiés dans le Bulletin français de la\nSociété internationale de musique (1). Cela dit, il reste que les pièces de M. de\nFalla sont très inspirées par l'art pittoresque et coloriste de M. Albeniz et que\nle Quintette de M. T u r i n a est une œuvre d'une haute valeur esthétique,\nnoblement écrite et d'une plastique très raffinée : conçue selon la tradition\nfranckiste-d'indyste, elle a cependant u n accent personnel bien spécial qui\nfait augurer un bel avenir.\n    L'école belge — si école belge il y a — était représentée par M M . J o n g e n ,\nDelcroix, Lauwerijns et Vreuls. De ce dernier, M l l e Rollet a chanté, en\nmusicienne accomplie, un b e a u poème descriptif, L'automne sur la Fagne,\nécrit sur des paroles de l'exquis poète J e a n D o m i n i q u e . De M. J o n g e n ,\nn o u s avons réentendu avec g r a n d plaisir le Quatuor pour piano et cordes,\nplein de force et d'ardeur j u v é n i l e ; de lui également, des pièces impression­\nnistes pour piano, Clair de lune et Soleil à midi : j'avoue que j'aime mieux les\nF r a n ç a i s d a n s ce g e n r e ; est-ce parce qu'il r é p o n d mieux à leur tempéra­\nment, ou parce qu'ils y ont u n e plus g r a n d e expérience que nous? Je ne\nsais... L e Quatuor (op. 8) pour piano et cordes, de M. Delcroix, a de la\nt e n u e , de l'élégance, de la joliesse d'écriture et u n sentiment tendre qui\ndénote une nature aimable et fine; mais il a quelques longueurs que l'on ne\nretrouve point d a n s le Trio du m ê m e auteur, exécuté l'an passé à la Libre\n Esthétique, et écrit d'ailleurs après le q u a t u o r . J'aime b e a u c o u p la Sonate pour\n violon et piano de M. Lauwerijns : elle est solidement construite; la partie\nde violon, admirablement conçue au point de vue de l'instrument, s'appuie\navec force sur une base pianistiquc d'une h a r m o n i e audacieuse ; le sentiment\n général de l'œuvre est viril, plein d'essor et de juvénilité...\n   L a partie française du p r o g r a m m e de la Libre Esthétique comportait, dans\nl'ensemble, moins d'oeuvres inédites que d'habitude. P a r m i les choses...\nanciennes qui furent réentendues, citons les Tableaux de voyage — si schu-\nmanniens et pourtant si d'indystes — de M. Vincent d ' I n d y et la Fantaisie pour\nhautbois du m ê m e m a î t r e ; le Quatuor à cordes de M. Debussy, toujours aussi\nvivement intéressant; la délicieuse Suite basque pour flûte et quatuor à cordes,\nde M. Charles Bordes, etc.\n   P e u de mélodies nouvelles : une ou deux de M . Pierre de Bréville (Nuit\nde jardin, Le Rhin), très en grisaille, mais d'une exquise distinction; trois de\n M. R. de Castéra (En Rêve, Une jeune fille parle, Azulejo), d'une parfaite origi­\nnalité et d'une allure qui répond à la plus pure et à la plus saine tradition\nfrançaise...\n   L'une des meilleures compositions qu'il nous a été d o n n é d'entendre, est la\nSonate en ré mineur, pour p i a n o et violon, de M. Albert Roussel. Ce nom\nn'est pas i n c o n n u à Bruxelles : M. Sylvain D u p u i s a d o n n é , l'an passé, aux\n Concerts populaires, u n e œuvre s y m p h o n i q u e de M . Roussel, le Poème de la\n\n\n   (1) Quatrième année, nos 3 et 9.\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "304                              DURENDAL\n\n\n\nForêt, dont le coloris instrumental très personnel et l'atmosphère « naturiste »\nont beaucoup plu. C'est cette même atmosphère qui réapparaît dans la\nsonate, non plus sous une forme programmatique précise, mais bien sous\nl'aspect d'un sentiment général où domine la note pastorale joyeuse, claire\net printanière.\n   Parmi les œuvres purement impressionnistes, la Fête en Cerdagne et surtout\nles Baigneuses au soleil de M. Séverac, font songer au pointillisme de Signac,\ntandis que les trois pièces pour piano de M. Maurice Ravel, Gaspard de la\nnuit, évoquent avec un art curieux et une grande puissance les visions fan­\ntastiques d'un Poë ou d'un Hoffmann.\n   L'Andante et Scherzo, pour harpe chromatique et quatuor à cordes de\nM. Florent Schmitt, m'a paru incompréhensible. Il faudrait sans doute le\nréentendre et en lire la partition pour pouvoir en juger d'une manière moins\nvague et moins sommaire.\n   Que dire maintenant des exécutants? C'est une chose connue que le direc­\nteur de la Libre Esthétique s'assure toujours le concours d'interprètes de\npremier ordre, dont l'objectif consiste avant tout à mettre en valeur les œuvres\nqu'ils ont à exécuter.\n   J'ai déjà cité les noms de Mmes Weber et Rollet; ajoutons-y ceux de\n Mlle Dutreux, qui joue fort bien de la harpe, et de M. Lambotte, qui est en\npasse de devenir l'un de nos meilleurs pianistes; de M. Strauwen, flûtiste\ndélicat, et de M. Piérard, hautboïste excellent; enfin, de Mlle Selva et de\nM. Vinès, qui n'ont pas leurs égaux pour l'interprétation des œuvres contem­\nporaines écrites pour piano. Je passe sous silence les compositeurs qui colla­\nborèrent à l'exécution de leurs propres œuvres, et je termine en rendant un\njuste hommage à la valeur et au dévouement des deux collectivités qui prê­\ntèrent leur concours aux concerts de la Libre Esthétique, le Quatuor Zimmer\net le Quatuor Piano et Archets.\n                                                                       C H . V.\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "       Société de musique de Tournai\n\n              \" Sainte Ludmile \" de Antoine Dvorak\n                       LE festival annuel de la Société de musique de T o u r n a i est\n                          une manifestation d'art qui attire périodiquement dans la\n                          glorieuse et antique ville royale de Chilpéric l'élite des\n                          mélomanes. Cette fois l'attraction était double, car au\n                          plaisir d'entendre les chœurs remarquables de la Société\n                          se joignait celui de découvrir une œuvre i n c o n n u e du\n                          public latin, une œuvre exécutée seulement jusqu'ici dans\n                          les pays slaves et anglo-saxons.\n                             Sainte Ludmile, l'oratorio en trois parties du musicien\n tchèque Antoine Dvorak fut composé en 1886 pour le festival de Leeds,\nexécuté peu après un peu partout en Angleterre, en Autriche, enfin à N e w -\nYork, il n'avait pas franchi encore les pupitres des capelmeister français ou\n belges.\n   Le grand succès obtenu à P r a g u e en 1904 p a r Sainte Ludmile au festival\norganisé à cette époque en l'honneur de Dvorak, décida la Société de m u s i q u e\nde T o u r n a i à l'inscrire à son p r o g r a m m e et à en faire traduire le texte par\n Mlle May de R u d d e r . Cette dernière s'est acquittée très littérairement avec\ninriniment de goût et d'habileté de la tâche en somme peu c o m m o d e qui lui\nétait dévolue. L'adaptation musicale estintelligemment faite sans enlever à la\npartition q u o i q u e ce soit de son caractère ou de son originalité.\n   Le sujet de Sainte Ludmile est e m p r u n t é à l'hagiographie des chrétiens\nprimitifs de la B o h ê m e . Il chante la conversion au christianisme de\n Ludmile, princesse p a ï e n n e de Bohême, la rencontre de cette princesse à\nl'ermitage de l'anachorète Yvan avec le prince Borivoj, qui s'éprend d'elle et\nl'épouse, non point sans avoir embrassé la religion catholique et s'être fait\nbaptiser avec elle dans la cathédrale de Velehrad en Moravie par l'évêque\n Methode.\n   Le poème ne se rapporte qu'à ces faits m a r q u a n t s de la vie de L u d m i l e ;\nrappelons ici que les légendes latines ou slavonnes qui ont été réunies dans\nle premier volume des Fontes rerum bohemicamm, font vivre cette princesse vers\nl'an 853. Devenue veuve, elle dirigea l'éducation de son petit-fils qui fut\nSaint Vacsla. Sa popularité excita la jalousie de sa belle-mère Drahomira qui\nétait restée païenne. A la mort de Wratislas, fils r é g n a n t de L u d m i l e , elle\ntenta de s'emparer du pouvoir, renversa le culte chrétien et fit étrangler\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "306                               DURENDAL\n\n\n Ludmile au château de Tetin en 927. L'église canonisa la martyre dont les\n restes furent transportés à Prague; elle devint la patronne de la Bohême.\n    Le poème mis en musique par Dvorak comprend trois parties. La première\n se passe dans la cour d'honneur du burg Melnik. Prêtres, seigneurs et gens\n du peuple y célèbrent la fête du printemps autour de la statue d'or de la\n déesse Baba, la freïa du paganisme tchèque. Un inconnu au visage pâle\n mais hautain fend la foule des adorateurs prosternés et des femmes qui cou­\nvrent la statue de fleurs. Il brandit une croix et proclame la toute-puissance\nd'un Dieu nouveau. La statue s'effondre, tombe en poussière, le peuple\ns'enfuit, mais Ludmile a compris ce miracle, l'apôtre la désigne comme\nl'élue.\n   Dans la seconde partie, Ludmile et sa suivante Svatava traversent, au\nmilieu de mille dangers, une grande forêt de Moravie à la recherche de la\nretraite d'Yvan. Elles la découvrent à >l'ombre d'une caverne marquée d'une\ncroix blanche; elles rencontrent sur le seuil de cet ermitage agreste le prince\nBorivoj qui chasse dans ces régions sauvages.\n   Le prince Borijov frappé par la rayonnante beauté de Ludmile abandonne\nla piste de la biche qu'il poursuivait, éloigne ses valets, fait taire les cors et\nles chiens. Il s'approche de Ludmile et lui exprime ses sentiments, son admi­\nration. Ludmile lui fait connaître la mission qui lui est confiée par Dieu,\nelle accepte ses hommages, mais ne sera à lui que lorsque Borivoj se sera\nconverti au christianisme. La divine et réconfortante parole de l'apôtre Yvan\nopérera ce prodige.\n   La troisième partie enfin fait assister à la consécration et au baptême du\ncouple, tandis que les voûtes de la vaste cathédrale de Velehrad retentissent\ndes cantiques et des prières du peuple qui demande au Dieu puissant la paix\net la gloire de la Bohême, de la Patrie.\n   La musique écrite par Dvorak sur ce livret aux épisodes poétiques ne se\ndistingue pas par une personnalité bien intense. On y retrouve certes\nl'auteur de tant d'oeuvres de musique de chambre, de symphonies dont la\nfacture très neuve, la forme essentiellement originale excitèrent en leur\ntemps la vive curiosité des musiciens et qui lui valurent une place en vue\nparmi les compositeurs contemporains, mais il semble qu'en raison d'un\nsujet religieux, aux tendances élevées et archaïques, Dvorak ait voulu s'en\ntenir aux traditions de l'oratorio classique telles qu'elles ont été consacrées\npar Haendel, Bach et Mendelssohn.\n   Sa partition est d'une belle tenue, les chœurs sont traités d'une plume de\nmaître, avec de séduisantes recherches de rythmes, d'harmonieux effets de\nvoix. L'invocation à Baba est une page haute en couleur qui coupe d'une\nmanière impressionnante la scène du printemps. La première invocation de\nLudmile aux dieux païens est aussi une mélodie d'une pénétrante fraîcheur.\n   La seconde partie dont les récits d'Yvan, imités du plain-chant, maintien­\nnent la sévérité, ne laisse pas que de présenter quelque monotonie d'autant\nplus que l'orchestration en est sobre et peu variée, sans grande recherche\nde timbres et assez pauvre d'invention. Mais l'auteur se rattrape dans la scène\ndu baptême conçue en de divines sonorités auxquelles se mêle la voix puis-\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                 LA SOCIÉTÉ DE MUSIQUE DE TOURNAI                                 307\n\n\nsanté de l'orgue et les arpèges célestes des h a r p e s . L'invocation au Saint-\nEsprit, d'un dessin mélodique très slave, et qu'on ne se lasse pas d'entendre\nen dépit de ses répétitions successives par les solistes et les c h œ u r s , a dégagé\ntoute son émotion, tout son charme de pureté h a r m o n i q u e , de splendeur\nmystique. L e choral final que précèdent des épisodes en style fugué avec sa\nprière en faveur du peuple de Bohême a produit le plus merveilleux effet.\nCette péroraison éclatante de sonorité couronne en de magistrales résonances\ncet oratorio très digne de p r e n d r e place à côté des chefs-d'œuvre du genre.\nLe souffle patriotique intense qui l'anime d'un bout à l'autre ajoute éton­\nn a m m e n t à sa puissance d'émotion, à sa haute noblesse.\n    L'exécution fut éblouissante de vigueur et de correction, les c h œ u r s , par\nticulièrement les voix de femmes, ont provoqué l'admiration légitime et\ncoutumière par leur pureté vocale, leur justesse, leur fraîcheur, leur\ndistinction. Les solistes étaient M lles H o m b u r g e r et Philippi ; M M . Pla­\nm o n d o n et Frolich : tous quatre se sont trop souvent signalés par leurs\nbelles interprétations aux feslivals rhénans pour rappeler ici leur mérite et\nleur valeur, leur belle émission vocale, leur direction impeccable, la musica­\nlité é m o u v a n t e de leur compréhension. Cette fois encore ils rivali c èrent\nde style, d'accent dans les fragments, les airs, les récits que leur conf ait la\npartition.\n    Le succès fut considérable, enthousiaste, légitimement octroyé à t o u s ; il\nconvient d'y associer M. de Loose qui a conduit c h œ u r s , orchestre, orgue et\nsolistes avec u n élan continu, un noble emballement qui n'a pas peu con­\ntribué à mettre en valeur certains passages assez ternes de la partition;\nassocions-y aussi M. le baron Stienon du P r é , l'âme de la Société de\nmusique de T o u r n a i , qui ne ménage ni son temps, ni son zèle pour mener à\nbien ces exécutions superbes. Amateur éclairé, musicien expert, organisa­\nteur hardi et plein d'initiative, c'est à lui que la Société de musique de\nT o u r n a i doit sa prospérité, à lui qu'elle doit de pouvoir clôturer par un\nretentissant succès sa vingt et unième a n n é e d'existence, sa vingt et unième\nannée de belle musique et de grand art.\n                                                                            N. L.\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "                        Chronique d'Art\n\n                Exposition des œuvres de M. Vinçotte\n   Dans le courant du mois d'avril dernier M. Vinçotte exposait dans son\natelier la maquette réduite du fronton sculpté destiné au Palais du Roi. Ce\nprojet s'impose par des qualités éminentes de style et d'élégance décorative.\nLa figure centrale, personnifiant la patrie belge, est une merveilleuse\névocation de grâce altière. Elle domine, en s'isolant d'elles, les figures acces­\nsoires, lesquelles symbolisent les causes actives de notre prospérité nationale.\nTout l'ensemble, savamment ordonné, est presque autant d'un peintre que\nd'un sculpteur, et je ne serais pas surpris que les figures si sculpturales de la\nFécondité de Jordaens n'aient hanté le souvenir de l'artiste. Le relief, bien\nqu'atténué par endroits, est assez habilement ménagé pour ne rien perdre\ndans l'éloignement d'un couronnement d'édifice.\n  En même temps que ce projet, M. Vinçotte exposait deux bustes en\nmarbre (S. A. R. le Comte de Flandre et M. le banquier Philipson) et deux\nmodèles de buste en glaise (S. A. R. le Prince Albert et le chef de cabinet\ndéfunt M. de Trooz). Autant de chefs-d'œuvre de facture simple et savante,\nanimés d'une vie intense et bien personnelle. En particulier, on ne peut\nmieux rendre le charme aristocratique et fin, tempéré de bonté exquise, qui\npersonnifie l'inoubliable prince dont Bruxelles garde le souvenir.\n                                                                   F. VERHELST.\n\n\n\n\n           Le XVIIe Salon du Cercle « Pour l'Art »\n   La surabondance de matière ne nous permet pas de faire une analyse\ndétaillée des œuvres exposées dans ce Salon. Qu'il nous suffise de répéter\nl'admiration enthousiaste et sans réserve que nous avons toujours professée\net dont nous réitérons avec joie l'expression pour ce groupe d'artistes qui est,\nsans conteste, un des plus sérieux cercles d'art qui existent en Belgique. Par­\ncourez simplement la liste des exposants et vous serez convaincu de la haute\nvaleur de ce cercle. Cette liste contient les noms des plus grands artistes du\npays.\n   Dans l'art décoratif, cet art magnifique, cet art essentiel, l'art des arts, si je\npuis m'exprimer ainsi, puisqu'il va droit au but de l'art qui est de décorer les\npalais des rois, les cathédrales, les théâtres, les hôtels communaux, tous les\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "LE S O I R DANS LA P L A I N E\n              I.AERMANS\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": ""}, {"page_pdf": 366, "texte": "                              CHRONIQUE D'ART                                309\n\ngrands édifices publics, il faut citer les deux grands noms de FABRI et CIAM­\nBERLANI, deux artistes de toute première envergure, et qui, avec l'admirable\nMONTALD, ont atteint et réalisé dans leurs chefs-d'œuvre le sommet de l'art\ndécoratif, et cela avec une somptuosité fastueuse, une poésie intense et une\nmajesté incomparable. Je place ces trois artistes parmi les plus grands artistes\nen art décoratif de ce siècle. Ils ont peut-être des égaux, ils n'ont pas de supé­\nrieurs dans le monde entier. Je l'affirme sans crainte et avec fierté pour mon\npays.\n   Parmi les autres artistes peintres il y a FIRMIN BAES dont la personnalité\ns'affirme de plus en plus dans des œuvres d'une absolue perfection, le grand\nLAERMANS, toujours aussi puissant, toujours égal à lui-même, et dont la répu­\ntation égalera un jour celle de Breughel, à côté de qui on peut le placer sans\ncrainte qu'il en soit diminué.\n   Nous devrions citer encore, parmi les peintres qui se distinguent chaque\nannée aux salons de Pour l'Art, les deux peintres d'intérieurs, d'un charme si\nfascinant, VERHAEREN et JANSSENS, les paysagistes COPPENS, DIERICKX et tant\nd'autres qui s'affirment dans des genres divers et toujours avec un égal bon­\nheur comme VAN DEN EECKHOUDT, MICHEL, LYNEN, OTTEVAERE, LAMBERT, etc.\n   Enfin, quels beaux sculpteurs que ROUSSEAU, dont A. Goffin nous fit l'éloge\nici même récemment, LAGAE, BRAECKE et le regretté BONCQUET dont on ne\nsaurait jamais assez pleurer la disparition quand on contemple les œuvres de\nbeauté forte qu'il avait déjà réalisées.\n   Il faudrait citer tous les noms du cercle Pour l'Art, car tous ont du talent et\nplusieurs sont déjà des maîtres.                                          H. M.\n\n\n\n                              Jef Leempoels\n   La collection des cinquante-trois panneaux exposés au Cercle Artistique,\ndu 25 janvier au 3 février, ne donne qu'une idée incomplète de l'étrange,\ncaptivante et parfois déconcertante personnalité de Jef Leempoels. Les\nmeilleures de ses œuvres sensationnelles datent de loin, comme le visage\nangoissé de l'Enfant au cauchemar, et surtout les Mains suppliantes. Je\nretrouve la même sensation d'art subtil et de réalisme symbolique dans deux\nphotographies du salonnet actuel, d'après « des œuvres jamais exposées en\nBelgique », savoir le Jeune Sphinx appartenant à S. A. R. le Prince Régent\nde Bavière, et A l'Eglise du musée de Leipzig. Cette dernière œuvre,\nvulgarisée par la reproduction en couleurs, suffit à la gloire d'un artiste.\n   Le bon Jef Leempoels s'affirme à l'exposition du Cercle Artistique par une\nexcellente figure d'émigrant, farouche et dramatique, sans être mélodrama­\ntique, avec le reflet aigu allumé au coin de ses prunelles. Il s'y\nretrouve encore dans le portrait de l'artiste, admirable de vie concentrée, de\nsincérité et de couleur sobre. Excellent aussi le portrait de M. Aronstein,\ndont la personnalité se dégage fortement des formes grêles et du regard clair\net dur.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "310                                   DURENDAL\n\n\n\n   J'aime moins les deux figures d'odalisques : Réconfortée et Rayon d'or,\nquoique la seconde se r e c o m m a n d e par le charme d'une belle lumière\nambrée. Il y a de la fraîcheur et de la préciosité dans les effets de lumière\nblanche parmi les blancheurs des deux intérieurs féminins intitulés la Lettre\net le Thé, et l'imprévu curieux des figures claires réflétées à contre-jour p a r\nune glace inclinée. Au moins ces toiles témoignent-elles de la souplesse du\ntalent de Leempoels, et de son désir de renouveler ses sujets.\n   On retrouve le symboliste dans les Sœurs de douleur, dont les voiles noirs\ndissimulent mal les chairs lourdes et fiasques. J e me d e m a n d e pourquoi\ncette douleur, d'ailleurs mélodramatique cette fois, est située dans u n paysage\njoyeusement fleuri. Serait-ce u n symbole de l'ironie inconsciente des\nchoses?\n   J'aime moins encore le Chemineau, malgré l'àpreté du dessin, qui ne fait\ngrâce d'aucun détail. J e ne sais pourquoi ce b o n h o m m e rougeaud, avec ses\nyeux chavirés et sa barbe de vieux notaire, m'est a n t i p a t h i q u e . E t je confesse\nque les toiles de Leempoels, toujours intéressantes par l'acuité de la vision,\nme laissent souvent cette indéfinissable sensation de malaise.\n   Jef Leempoels a l'originalité de réussir en plus d'un g e n r e . Il délaisse\nvolontiers ses figures évocatrices d'idées pour le genre et même le paysage\nd'amateur, dépourvu de tout r o m a n t i s m e . U n bouquet d'arbres émergeant de\nla prairie, des toits rouges au bout d'une allée en berceau, le dessin grêle\nde rameaux dépouillés sur le ciel bleu, des constructions au bord d'un\nétang, u n e simple m a r i n e en grisaille de tons plats suffisent à sa vision de\npaysagiste. Il a p o u r t a n t quelques notations lumineuses plus subtiles. 11\natteint enfin la vraie beauté d a n s le Pré flamand, où les peupliers si caracté­\nristiques de nos côtes de W e s t - F l a n d r e prennent les allures classiques\n du pin-parasol, dans la lumière dorée d'un beau crépuscule de j u i n .\n\n\n\n          Exposition des œuvres de M. Joseph François\n    J'ai revu avec'plaisir au Cercle Artistique, les toiles de cet excellent paysagiste\nque je compte parmi les plus probes et les plus sincères représentants de notre\ng r a n d e école du paysage. Il se rattache aux traditions des Boulanger et des\nCoosemans par la même interprétation large, émue et attentive de nos sites.\n    Trois aspects de la nature ont particulièrement sollicité son actif pinceau :\nla forêt, les dunes et la m e r .\n     M. François a chanté « sa » forêt de Soignes avec autant d'amour que les\npeintres de Barbizon leur forêt de F o n t a i n e b l e a u . Il la connaît et il l'aime\ncomme personne, dans ses multiples aspects, sous ses parures changeantes,\nmais avec une prédilection évidente pour l'incomparable majesté de ses\nhivers. Il épie les dernières lueurs du couchant à travers les mailles serrées\ndes branches mortes, qui découpent le ciel en m e n u s fragments d'émaux\ncloisonnés. Il note avec ferveur les avant-plans embroussaillés d'herbes\nsèches et de feuillages roux, et l'élan sauvage de la haute futaie dont les\nmasses violacées, rayées de lumière, fusent sur le fond doré du ciel.\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                                 CHRONIQUE         D'ART                                311\n\n\n    Les paysages désolés de la Campine lui sont aussi familiers, mais cette\nfois toute la magie du paysage se concentre dans les aspects mouvants du\nciel. L e s étendues mornes qui fuient vers les horizons infinis servent de\nrepoussoir aux jeux de lumière dans les nuages, tantôt dilués dans l'irra­\ndiation du ciel, tantôt accumulés en palais aériens, dont le soleil accuse, en\nreflets d'or, l'étrange et fascinante architecture. Les dunes de nos côtes mari­\ntimes ont trouvé aussi en M. F r a n ç o i s un interprète subtil. Il a bien compris\nleur charme plus souriant que celui des landes austères de la C a m p i n e .\nPromenade dans les dunes est une jolie trouvaille de lumière blonde, où la\nvégétation grêle parmi les sables blancs s'irise de jolis tons de porcelaines\nde Saxe. L e groupe des élégantes promeneuses matinales est bien en place\nd a n s ce gentil décor.\n    N o n dépourvues de g r a n d s mérites, les marines où M. F r a n ç o i s renouvelle\nsa manière. Les meilleures notations y sont celles de la lumière largement\né p a n d u e . Dans Estacade à marée basse, elle remplit tout le ciel d'un éclat\nmagnifique, et la masse liquide en est toute pénétrée. D a n s Brise-lames, elle\ntombe en cascade de dessous u n écran de nuages sombres aux reflets\nd'orage. La n a p p e lumineuse fait étinceler la mer comme u n bain d'argent\nen fusion, que barre la croupe sombre et luisante du brise-lames. J e regrette\nles figures de cette marine, trop disparates dans sa sauvage g r a n d e u r .\n    Il faut louer encore les toiles moins importantes du maître, tel le délicieux\nRuisseau sous bois, qui fait la sieste sous le feuillage dense tout frémissant de\nlumière c h a u d e ; — tel encore le torrent de la H o ë g n e , qui rappelle les sites\nalpestres; — et enfin le caractéristique coin des carrières de Quenast, dont\nles blocs à cassures métalliques sont si curieusement observés.\n\n\n\n          Exposition des œuvres de M. et Mme Wytsman\n  L e s qualités distinctives de ces deux peintres sont toutes de fraîcheur et\nde lumière. L e u r s âmes c o m m u n i e n t d a n s u n m ê m e a m o u r des heures\nsereines, et si la mode était encore aux épigraphes, j e leur appliquerais\nvolontiers celle-ci, q u ' o n lit je ne sais plus en quel bourg p e r d u du T y r o l ,\ngravée sur un cadran solaire :\n\n                           Non numero horas nisi serenas (1).\n\n   Comme il convient, M m e Juliette W y t s m a n s'abandonne avec plus d'ingé­\nnuité à cette grâce d u s o u r i r e heureux. Elle a u n e préférence m a r q u é e pour les\nbords fleuris de la Meuse. Elle chante notre beau fleuve w a l l o n e n poète fervent\ndans le Rêve à Anhée, dans l'admirable Soir d'été à Yvoir, dont l'avant-plan\ntout embroussaillé de ronces et d'eupatoires en fleurs, dissimule le flot loin­\ntain, qui serpente en n a p p e d'argent entre les rochers teintés par le soir;\navec plus de ferveur encore d a n s l'exquise Matinée d'automne, avec son c h a m p\n\n\n  (1) Je ne compte que les heures sereines.\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "312                                     DURENDAL\n\n\n\nd'ombellifères dorées, que clot un rideau de peupliers grêles et l'horizon\nlaiteux, où le fleuve se devine encore entre les échancrures des hampes\nmouvantes.\n    L'art de M. R o d o l p h e W y t s m a n ajoute à ces qualités aimables un souci\nplus volontaire du dessin et de la technique. P e r s o n n e ne rend comme lui\nle relief des choses et les multiples accidents de la perspective. Il procède\npar juxtaposition de touches de couleur, mais si habilement distribuées que\nles moindres ondulations des surfaces fuyantes s'accusent avec la netteté\nd'une vue de stéréoscope. Chemin ensoleillé est, sous ce rapport, u n e p u r e\nmerveille.\n    M. R o d o l p h e W y t s m a n est le poète de la n a t u r e vraie. Il l'aime d a n s ses\naspects les plus séduisants, aux heures où elle se pare de grâce attendrie. Il\nne cherche ni la force ni l'éclat, et sa vision, toujours délicate, reste néan­\nmoins toujours sincère, exempte de recherche et d'afféterie. Il est peintre\nexclusivement, et, de propos délibéré, il écarte toute préoccupation de\nromantisme littéraire. L a nature telle qu'elle est lui paraît suffisamment belle\net variée. Il n'éprouve nul besoin de la truquer, ni de l'idéaliser, ni de la syn­\nthétiser, ni dè l'apercevoir au travers d'un subjectivisme i n d é p e n d a n t . P o u r\ncela m ê m e , je doute que R. W y t s m a n emporte les suffrages d'une certaine\n coterie férue de modernisme et de sensations rares. Mais les coteries et la\n mode passent; la sincérité seule demeure.\n    P a r m i ses tableaux exposés au Cercle Artistique, j ' a d m i r e en particulier\n les deux aspects de la Meuse, le soir et le matin. C'est toute la poésie calme\n et grandiose des grandes étendues endormies dans la paix. La seule critique\n que je puisse risquer est que le soir ressemble trop au matin. Aussi la fraî­\n cheur de l'aube est-elle la note d o m i n a n t e de toute l'œuvre de l'artiste,\n toujours é t o n n a m m e n t j e u n e . Cette note joyeuse fait de la Matinée d'avril\n (premières feuilles) la plus ravissante chose que l'on puisse voir. On ne se\n lasse pas d'admirer la petite ferme entrevue au travers les branchages piqués\n de verdure naissante, dans une atmosphère nacrée qui met des reflets\n d'argent aux troncs rugueux des chênes de l'avant-plan. N o n moins\n  évocatrice la Quiétude de la cour de ferme, où les rayons du soleil,\n  tamisés par les arbres, parsèment de m a r b r u r e s roses le crépissage des\n  vieux m u r s . . .\n\n\n\n       Œuvres de M. Firmin Baes et Henri Ottevaere\n    Je retrouve, dans son salon du Cercle Artistique, les qualités décoratives de\n M. Firmin Baes, mettant en valeur des sujets très humbles, femmes du peuple,\n h o m m e s de la glèbe, et, particulièrement, un même sujet : la femme à la\n jaquette rouge et au b o n n e t blanc. J e regrette cependant que la belle allure\n pittoresque de ces sujets rejette un peu à l'arrière-plan le sentiment intérieur\n suggéré par les titres. Ainsi, dans Inquiétude le c h a r m e de la jolie silhouette\n penchée au-dessus du berceau d'osier ne d o n n e guère la sensation d'une\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                             CHRONIQUE D'ART                                 313\n\n\nangoisse maternelle. La Lettre me montre encore la même paysanne, les\nbras et la tête affalés sur une table, sous le reflet de la même lampe\nqui éclairait le berceau; mais il fallait le titre du tableau pour m'ap­\nprendre que cette femme n'est pas simplement endormie. Toujours le\nmême sentiment décoratif, très curieux cette fois, dans le Retour de veillée.\n Deux jeunes campagnardes cheminent sous un ciel nocturne piqué\nd'étoiles entre les échancrures des nuages. La lampe qu'elles portent\ndonne à leur visage incliné de côté un petit air fripon de mousmées\njaponaises. Bref, ces aimables figures, bien dessinées en une gamme de\ncouleur chatoyante bien que très sobre et un peu uniforme, révèlent une fine\nnature d'artiste, enchantée d'une trouvaille bien personnelle, mais exposée à\nde fastidieuses redites.\n   M. Ottevaere se complaît dans la représentation des vastes étendues\nplanes sous un ciel mouvant et parfois tragique. Cette impression de gran­\ndeur est fort bien rendue dans les deux dessins au crayon noir : L'Aurore\ncalme et Le Couchant belliqueux. Mais ce n'est pas la première fois que j'ai\nl'occasion de louer ces deux œuvres. Trois autres numéros : Lever de lune sur\nle Zwarte Polder, L'Arc-en-ciel sur le Kievit Polder,   et Les champs des Polders,\nsont identiquement dans le même sentiment, et la même facture de dessins\nlégèrement rehaussés de couleur. Les nuages y jouent le grand rôle, et ils\nsont supérieurement traités, quoique avec une pointe de romantisme.\nEn revanche le paysage est dessiné d'une manière presque puérile. Je\nsais bien que ce dédain de l'habileté fait partie du programme de maint\nartiste contemporain, et précisément de ceux qui ont des intentions litté­\nraires. Ils voudraient faire oublier le métier, la matière, le procédé, et ne\nsuggérer que la vision d'art, à l'instar des primitifs si souvent maladroits.\nMais ils oublient que les maladresses des primitifs n'étaient pas intention­\nnelles, que, d'ailleurs, ces maladresses ne sont pour rien dans la beauté de\nleurs œuvres, et que celles-ci sont belles en dépit de ces maladresses. Ils\noublient combien est odieuse la naïveté affectée.\n   M. Ottevaere a donc d'incontestables qualités de poète, encore que son\nfonds ne soit pas étendu. Comme peintre, comme coloriste surtout, il est\ntrès inférieur. Rien de plus faux que ses diverses marines et ses soleils\nempâtés. Insignifiante la vue du Rhin des « hauteurs du Drachenfels ».\nSes deux vues de Venise font penser à des agrandissements de cartes pos­\ntales coloriées.\n   En même temps qu'à MM. Baes et Ottevaere, le Cercle Artistique donnait\nl'hospitalité à une jolie collection d'aquarelles (ou plutôt de peintures à la\ndétrempe) de M. Rekelbusch. Cette fois, c'est le triomphe du métier, du\ntruc et du chic. La conclusion que m'inspire cette exhibition n'est pas favo­\nrable à cette mode nouvelle de la peinture à l'eau, opaque comme de\nla gouache. Elle fait une concurrence inutile et impossible à la peinture à\nl'huile, en délaissant le charme propre de l'aquarelle : la fluidité et la légè­\nreté aérienne.\n                                                                 F . VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "314                                    DURENDAL\n\n\n\n\n                  L'Exposition de Mme Ch. Hynderick\n    L'exposition de M m e H y n d e r i c k affirmait un talent artistique comme on en\nrencontre bien rarement chez les a m a t e u r s . Cette artiste a un don spécial et\ninné, tout à fait r e m a r q u a b l e , pour évoquer la poésie des paysages du littoral\net elle sait en peindre les côtés pittoresques avec u n e virtuosité inouïe et avec\nu n e variété exquise et pleine de c h a r m e . J a m a i s je n'ai vu représenter les\ndifférents aspects des d u n e s avec autant de fermeté et d'à-propos et d'une\nfaçon à la fois aussi réaliste et aussi poétique. J'ai lu avec plaisir et je repro­\nduis ici avec joie une appréciation peu banale, puisqu'elle est le fait d'un de\nnos plus g r a n d s et plus avertis critiques d'art, Octave Maus, sur l'exposition\nde cette artiste qui peut être fière de ces éloges. Voici ce qu'en écrit O. M a u s\ndans l'Art Moderne :\n    « M m e Ch. Hynderick, qui fit son éducation artistique sous la direc­\ntion de T h é o d o r e T'Scharner, son b e a u - p è r e , exposa, ces jours derniers, à\nla Galerie R o y a l e , u n e série considérable d'impressions et. d'études évo­\nq u a n t avec sincérité, et souvent avec émotion, les aspects du littoral :\npaysages aux horizons b a s , mer glauque secouée par la brise, plages soli­\ntaires, villages tapis dans les d u n e s à l'abri des vents du large. Les sites de\nla côte west-fiamande : Coxyde, La P a n n e , Saint-Idesbald, Ghyvelde, Nieu­\nport, ont fourni à l'artiste les thèmes sur lesquels elle module d'incessantes\n variations selon l'heure du jour, la saison, le ciel, l'atmosphère d i a p h a n e ou\nb r u m e u s e . M m e H y n d e r i c k a u n e vision subtile, un goût affiné et des dons\nde coloriste qui la serviront heureusement lorsqu'elle aura acquis u n métier\n plus sûr et dégagé sa personnalité, »                                              H . M.\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                      Chronique Musicale\n\n                                 Concerts Ysaye\n    La dernière matinée des Concerts Ysaye, sous la direction de M. Vander\nStucken, a été des plus brillantes. Direction magistralement nette et ferme,\nplus remarquable peut-être par la puissance du r y t h m e que par le sens des\nnuances et la profondeur de l'interprétation.\n    Au p r o g r a m m e : l'ouverture d'É'gmont, la très belle Symphonie en ut mineur de\nB r a h m s , avec, dans le finale, l'émouvant appel du cor et la mélodie d'allure\npopulaire qui ressemble étrangement — u n peu trop — à celle du finale de\nla Neuvième; le prélude de Tristan, et le Liebestod (le prélude pris dans u n\nmouvement trop rapide qui, à mon avis, lui fit perdre b e a u c o u p de sa\ng r a n d e u r p o i g n a n t e ) ; enfin les Adieux de Wotan avec... M. Van Rooy qui,\ncette fois, en chair et en os, était présent, après avoir fait si souvent faux\nbond au public bruxellois. M. Van Rooy est un merveilleux interprète des\nhéros w a g n é r i e n s ; il chante s u p e r b e m e n t aussi ces rudes chants nationaux\nde la N é e r l a n d e , qu'il a fort bien fait de substituer, sur-le-champ, à u n\ninsipide Ich liebe dich de Marschner ayant p a r u déplorable à la répéti­\ntion générale. Le liederabend du Cercle Artistique le révéla, de m ê m e , inter­\nprète puissant des pages fortes et tragiques, telles que les Deux Grena­\ndiers de S c h u m a n n et le d a n t e s q u e Gruppe aus dem Tartarus de Schubert,\nbeaucoup moins remarquable dans les pages de tendresse, de sensibilité émue\ntelles que la Ferne Geliebte de Beethoven.\n\n\n\n\n                          Samson au Conservatoire\n   Ce fut u n e très belle exécution d'une très belle œuvre, sous la direction\nnerveuse de M. T i n e l . L a musique de H ä n d e l est d e l'art décoratif grandiose,\nmais aussi, avouons-le, lassant et m o n o t o n e . Les pages d'impressionnante\nbeauté, vraiment géniales, qui, çà et là, s'élèvent comme des sommets dans le\nMessie, sont rares d a n s la partition de Samson. Il y a pourtant des chœurs\nsuperbes, de fort beaux récits de S a m s o n , de Manoah, de l'Israélite racontant\nl'écroulement du temple et la mort du héros, un air ravissant, absolument\nexquis, de Dalilah, avec le c h œ u r de j e u n e s philistines qui lui d o n n e la\nréplique. Qu'elle est bizarre, cette Dalila, qui ressemble à la terrible séductrice\nbiblique c o m m e u n e bergère de Watteau à Cléopâtre : incompréhension\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": " 3l6                                    DURENDAL\n\n\nd'autant plus étrange que, p o u r tout le reste, le caractère merveilleusement\npathétique du récit sacré est bien m a r q u é dans le d r a m e de Milton qui a\nservi de base à l'oratorio de H a n d e l . E n vérité, c'est du d r a m e et cela se voit\nc o n s t a m m e n t « en scène ».\n    M M . L h e u r e u x (Samson), Séguin (Manoah), Culot (un Israélite) et\nMme j e Tréville (Dalila) furent parfaits, M l l e L u c e y et les autres furent b o n s ;\nles chœurs et l'orchestre, comme toujours, superbes.                                X.\n\n\n\n                          Quatrième Concert Durand\n                                   Wagner-Brahms\n\n     L e Requiem de B r a h m s apparaît u n e des inspirations les plus h a u t e s et les\n plus intensément émouvantes de la m u s i q u e sacrée au XIXe siècle. L'âme de\n Bach et celle de Beethoven à la fois semblent planer d a n s cette composition\n g r a n d i o s e , vaste chant d'espoir traduisant la paix inaltérable et les triom­\n p h a n t e s certitudes du chrétien devant le mystère angoissant de la mort.\n Chacune des sept parties qui le constituent forme d'ailleurs c o m m e un poème\n distinct et complet dont l'inspiration est aussi profonde que la forme p a r a ­\n  chevée et auquel la simplicité forte du style, l'harmonieux équilibre de l'ar­\n  chitecture sonore et, par-dessus tout, la p u r e et céleste qualité de l'émotion\n lyrique confère un caractère imposant de s u r h u m a i n e g r a n d e u r .\n     L'exécution du Requiem aux D u r a n t revêtit u n e expression de gravité et de\n noblesse appropriée dans les effusions sereines du début et de la fin, mais\n d a n s les éblouissantes polyphonies orchestrales et vocales de la troisième et\n de la sixième partie, comme dans la majestueuse phrase : Toute chair se flétrit\net sèche comme l'herbe des prés, rythmée trop mollement, elle n'atteignit point à\n la plénitude sonore et à l'intensité de sentiment que l'on eût souhaité. Il serait\nd'ailleurs injuste d'accentuer le reproche, car avec les éléments restreints dont\ndispose M. Félicien D u r a n t , il lui eût été matériellement impossible de\ndonner à ces pages magistrales toute l'ampleur qu'elles comportent, et son\nidée de révéler au public bruxellois un chef-d'œuvre que jusqu'ici les trois\nautres g r a n d e s institutions d e c o n c e r t s de lacapitale avaient passé sous silence\nn'est assurément point de celles qu'on serait tenté de blâmer.\n     Les deux solistes, M lle B e a u m o n t et M. Bouilliez, sont des artistes de talent\ndont les interprétations vibrantes mais trop dramatiques eussent gagné à être\nplus discrètes, plus pénétrées d'intériorité.\n     La Cène des Apôtres de W a g n e r fut composée en 1843, après l'achèvement\ndu Vaisseau-Fantôme. Elle renferme deux parties, l'une exclusivement confiée\naux c h œ u r s , la seconde complétée par l'intervention de l'orchestre. Cette\ndernière est la seule vraiment intéressante, se développant en formules har­\nm o n i q u e s qui éveillent le souvenir de Lohengrin et font présager de loin le\nplus grand poète de l'orchestre qui fut j a m a i s . L e s c h œ u r s étaient chantés\navec un fort louable souci des nuances par la Musicale de Dison sous la vail­\nlante direction de M. Voncken.\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                             CHRONIQUE MUSICALE                                     d>lj\n\n\n  Au p r o g r a m m e d e ce concert était aussi inscrite l'ouverture de Tannhaiiser,\nexécutée dans u n e liberté de mouvements et une allure précipitée qu'il n'y a\npas lieu d ' a p p r o u v e r .\n\n\n\n                                 Concerts divers\n    R é c i t a l S a u e r . — M. Emil Sauer est justement considéré comme un des\ngrands pianistes du m o m e n t . Dans un p r o g r a m m e où se lisaient les noms de\nS c h u m a n n , Chopin, Liszt, Mendelssohn, etc., il a fait admirer une fois de\nplus la netteté merveilleuse de sa technique, la subtilité aérienne de ses\npianissimi, en m ê m e temps que sa fougue superbe et sa puissance d'attaque\ndans les accords. Il a été particulièrement remarquable dans les sonates de\nScarlatti qu'il a détaillées avec une grâce souple et une limpidité parfaite,\ndans la sonate de Liszt, trop diluée et découpée en impressions antithétiques\nmais sillonnée d'éclairs de génie, et qu'il a interprétée avec une science magis­\ntrale du coloris. M. Sauer a eu d'impalpables délicatesses d a n s le scherzo\ndu Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn, et d a n s les études de Chopin, il a\njoué finement le nocturne en fa du m ê m e auteur, a été moins h e u r e u x dans\nla ballade en fa qu'il a exécutée moins en poète qu'en pianiste et surtout d a n s\nla valse en la bémol déparée par ces mouvements express qui d é n a t u r e n t les\nrythmes et les significations. Il termina et abîma un p r o g r a m m e très artiste­\nment conçu par une c h o q u a n t e et vulgaire transcription de l'Eugène Onegin\nde Tschaïkowsky. Ce n'est pas la première fois que M. Sauer se rend cou­\npable d'une telle inélégance. E t pour n o u s résumer, Sauer qui est doué\nd'une prodigieuse facilité et possède à u n degré éminent les qualités p r o p r e ­\nment pianistiques, se différencie à notre sens d'artistes c o m m e P u g n o ou De\nGreef en ce qu'il vise trop constamment à l'effet, effet qu'il obtient du reste\npresque toujours, mais plus souvent par les moyens habiles et factices du vir­\ntuose que par le pouvoir et l'éloquence de l'émotion d'art pure.\n    U n e bien intéressante audition consacrée à la Chanson r u s s e a été d o n n é e\nau Cercle Catholique par Mlle R o s a P i e r s , cantatrice. Délicatement accom­\np a g n é e au piano par Miss E m y Martin, M lle Rosa P i e r s a fait entendre u n e\nsérie de chansons et de poèmes lyriques e m p r u n t é s au répertoire des compo­\nsiteurs russes les plus justement célèbres : Cui, Glazounoff, Rimsky-Korsakoff,\nBalakireff, Borodine, Moussorgsky. C'est avec u n e intelligence pénétrante\nqu'elle a interprété ces œuvres dont sa diction souple et finement nuancée a\nmis en lumière les rares beautés. Signalons particulièrement l'accent tragique\nqu'elle a mis dans La Mer, u n e inspiration géniale de Borodine, la façon\nspirituelle et piquante dont elle a détaillé la Chambre d'enfants de Moussorgsky.\n    Cette audition était précédée d'une r e m a r q u a b l e conférence de M l l e Biermé\nsur la Chanson russe. M l l e Biermé, qui a résidé longtemps en Russie, a été en\nrelations personnelles et en rapports de correspondance avec plusieurs musi­\nciens illustres de ce pays. Elle était donc toute désignée pour raconter leur\nvie, les diverses étapes de leur carrière, pour exposer les caractères particu-\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "318                                   DURENDAL\n\n\n\nliers de leur conception esthétique, dévoiler l'âme songeuse et frémissante\nqui palpite secrètement en leurs poèmes, déterminer enfin c o m m e n t la plu­\npart de ces créations fortement imbibées de sève nationale découlent de la\ng r a n d e source ethnique, du folklore. C'est ce qu'elle a fait avec sagacité, dans\nune belle langue pittoresque et imagée, opposant le rêve altier, la poésie\nâpre et sauvage de Borodine au réalisme intense, à l'observation minutieuse\net aiguë de Moussorgsky, définissant les particularités rythmiques et harmo­\nniques de cet art russe si spécial et d o n t l'architecture tonale s'apparente\nétroitement aux modes doriens de l'antique H e l l a d e .\n                                                            GEORGES DE GOLESCO.\n\n\n\n\n              Les auditions musicales de Mme Beauck\n    M m e Beauck a inauguré des auditions d'élèves fort intéressantes dans\nl'originale salle qu'elle a fait construire à U c c l e .\n    La dernière de ces auditions était consacrée à M l l e s Davanzi et Willia, qui\nsont toutes d e u x douées de fort belles voix et qui ont fait preuve de qualités\nd'interprétation de premier ordre dans un répertoire de mélodies artistement\nchoisies parmi ce que les Italiens, les Allemands, les F r a n ç a i s , les Slaves\net les Scandinaves, ont écrit de meilleur depuis le XVIIe siècle jusqu'à\nnos jours.\n    M lle Davanzi, u n soprano d'un timbre merveilleux et étrangement pre­\nnant, a chanté avec u n e intelligence parfaite et un charme exquis des airs\nitaliens du XVIIe siècle de Bencini, Gaffi et Faiconieri (une délicieuse\n Villanella), de Schubert (en allemand ! bravo !) et des mélodies m o d e r n e s\nparmi lesquelles l'Invitation au Voyage de D u p a r c , la Procession de C. F r a n c k ,\net u n lied verlainien d'une inspiration très p u r e de M. Brusselmans.\n   Mlle Willia a u n e voix de contralto magnifique et une fort belle diction,\nque j'ai surtout appréciée d a n s les deux scènes de l'Orphée de Gluck dont elle\na puissamment r e n d u le caractère pathétique.\n  (Art Moderne,)                                                               C H . V..\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                       LES LIVRES\n\nL e d r a m e d e l a S c i e n c e , par JULIEN MALRIC. — (P.-V. Stock,\n   Paris.)\n   Il sied de signaler le nom, jusqu'ici inconnu, de M. Julien Malric, dont le\ncoup d'essai semble coup de maître. Son livre appartient à la catégorie des\ngrandes œuvres symboliques vers lesquelles le bon public ne se précipite pas\ntoujours d'aussi bon cœur que vers les romans d'amour, mais qui doivent\narrêter l'attention des lettrés. Le Drame de la Science contient en réalité deux\ndrames conjugués, la Nuit et l'Irradié. Le premier évoque dans les temps\nfuturs la lutte de ce que seront devenus les hommes : d'un côté les Mages\ndépositaires d'une puissance énorme mais cruelle, de l'autre les Dégénérés\nsatisfaits de leur bonheur bestial; au milieu, de demi-sauvages qui ont con­\nservé, avec la haine des deux autres groupes, le goût du travail opiniâtre ;\nceux-ci arriveront à détruire les Mages tout en étant eux-mêmes détruits par\nles Dégénérés, mais sur les ruines du monde détruit se devinera la naissance\nd'un monde supérieur issu des amours idéales de la fille des Mages et du\nfils des Destructeurs.\n   Quant au second drame, il chante la venue dans un monde également\narchifutur, et où les Doctes essaient de créer une source de lumière et de\nchaleur pour remplacer le soleil éteint, d'un « irradié » une sorte de parsifal\ningénu qui viendra confondre la science étroite des Doctes et enseigner au\nmonde la puissance du sacrifice et la souveraineté du Divin. Et, comme on\nle voit, ce sont des mythes grandioses que M. Julien Malric a personnifiés\ndans ses protagonistes rayonnants; en les résumant, je les ai trop nettement\ndessinés; une part de leur beauté tient à l'imprécision de leurs lignes. On a\nsouvent remarqué chez les auteurs lyonnais (M. Malric est de Lyon) une\nsorte d'influence de l'âme germanique rêveuse, mystique et symboliste, qui se\nretrouve, en effet, chez Ballanche, chez Edgard Quinet, chez Péladan, chez\n Gabriel Sarrazin, chez le peintre Chenavard, mais les personnages de notre\nauteur me semblent plus intenses et plus vagues à la fois que ceux de ces\npenseurs, et il faudrait aller jusqu'aux colosses fuligineux de William Blake\npour leur trouver des frères véritables. L'oeuvre dramatico-philosophique de\n M. Malric n'est sans doute pas sans défauts, et trop souvent un excès de pré­\n cision technique dans le dialogue gêne l'effet que veut produire l'auteur; on\n préférait, par exemple, que ses Mages et ses Doctes ne parlassent pas d'am­\n poules et de branchements, mais malgré tout il y a là un effort très puissant,\n très noble et qui mérite d'être signalé au public d'élite.\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "320                                      DURENDAL\n\n\nCournot et la renaissance du probabilisme, par F. MENTRÉ.\n    — (Paris, Marcel Rivière.)\n    Les livres de ce genre se signalent plus qu'ils ne s'apprécient. Renouvier\ndit quelque part que pour discuter les idées d ' u n des ouvrages de Cournot,\nil lui faudrait un volume plus long que celui dont il parle. Mais combien de\nfeuilles alors demanderait la critique complète d e la philosophie de Cournot\net des appréciations de M. Mentré qui forment elles-mêmes u n gros in-8° de\n65o p a g e s ! J e m e contente d o n c , après avoir r e n d u h o m m a g e à la science et\nà la conscience de l'historien, de dire en quoi son sujet peut intéresser plus\nspécialement les lecteurs de Durendal.\n   Cournot, contemporain de Comte, et comme lui à la fois savant, philo­\nsophe et sociologue, est, à sa différence, un penseur religieux et même chré­\ntien, et même catholique. N o n qu'il ait pratiqué l'apologétique à la mode de\nson t e m p s ; il raconte plaisamment, au contraire, dans ses Souvenirs encore\nmanuscrits, qu'ayant commencé dans sa jeunesse la lecture du Génie du Chris­\ntianisme, il se hâta de l'interrompre pour ne pas exposer ce qui lui restait de\nfoi religieuse à l'imprévu contre-coup des plaidoiries du grand vicomte; pas\ndavantage n'a-t-il d o n n é dans les hardiesses politico-cléricales de son autre\ncontemporain L a m e n n a i s ; là également son attitude serait celle d'un réactif\nde l'ancienne roche gallicane. Mais il n'en a pas moins consacré une bonne\npartie de ses réflexions solitaires à l'étude du grand problème religieux et plus\nspécialement du grand miracle chrétien vu à travers l'histoire. Ajouterai-je\n que son austère point de vue n'est nullement inconciliable avec la posi­\ntion avant tout esthétique prise par C h a t e a u b r i a n d ? L e Génie du Christia­\nnisme, quelques sourires qu'il éveille sur les lèvres des philosophes et des\nsavants, n'en gardera pas moins l'affectueuse estime des artistes et des lettrés,\net je m'imaginerais très bien un moine de Beuron ou de la Guilde Saint-\nJean qui refuserait à son tour de lire Cournot pour ne pas exposer sa foi\nnourrie de beauté à l'influence toujours un peu desséchante de la philosophie\nm ê m e religiosante.\n     A chercher noise à M. Mentré (car le destin des critiques ne doit-il pas\nd'être critiqué?) je l'entreprendrais sur u n point voisin de l'esthétique, sur le\nstyle m ê m e de C o u r n o t qu'il déclare obscur, fatigant, d'une densité rebu­\ntante, etc., toutes sévérités qui me semblent excessives. J'ai même toujours\nété surpris, à ce p r o p o s , de voir que les profanes p u r s littérateurs, générale­\nment u n peu maniaques de l'écriture rare et de l'épithète absconse, sont plus\nindulgents envers certains styles techniques, que les confrères ou disciples;\npour mon h u m b l e part, j'ai toujours, et de b o n n e foi, admiré la saveur du\nstyle de Balzac et de Comte que tous les professeurs de littérature déclarent\nl o u r d s ou illisibles; semblablement la façon d'écrire de Cournot, pour n'avoir\npas la banale fluidité du journalisme ou la médiocre gentillesse du gendelet­\ntrisme, me semble p o u r v u e de toutes les qualités solides et élégantes (l'élé­\ngance n'étant en somme q u e la mesure jointe à la certitude) que comporte un\nstyle d'idées.\n    P o u r finir par u n point personnel, ce n'est pas de m o n crû que j'ai tiré le\nrenseignement trouvé par M. Mentré dans un de mes articles sur Cournot,\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "                                      LES LIVRES                                         321\n\n\nque c'était u n e phrase de T a i n e dans ses Philosophes classiques. « E t quant à la\nlogique, nous irons l'apprendre chez M. Cournot ! » qui avait d o n n é à Gabriel\nT a r d e l'idée de connaître le maître. Ce détail, d'ailleurs curieux, vient de\nT a r d e lui-même, qui l'a indiqué dans u n e \" E n q u ê t e sur T a i n e \", dont j'ai\nreproduit u n fragment au cours d'un article nécrologique sur l'auteur des\nLois de l'imitation paru dans le Mercure de France, où M. Mentré le retrouvera\naisément.\n\nCe        qu'ils     l i s e n t . — ( L u g a n o , b u r e a u x de la revue Cœnobium; dépôt à\n   P a r i s , Librairie Rivière, rue Jacob.)\n   Sous ce titre une revue franco-italienne, qui paraît dans le Tessin suisse, a\npublié cent dix-sept réponses, qui lui furent envoyées par des écrivains de tous\nles pays, à la question suivante : « Si vous aviez à réunir u n e bibliothèque\nde q u a r a n t e volumes de littérature philosophique, religion, morale, synthèse\nscientifique, c o m m e n t la composeriez-vous? »\n   De pareilles questions sont souvent posées par les j o u r n a u x , surtout p e n d a n t\nles mois d'été où la copie intéressante fait défaut. Ce qui d o n n e u n caractère\nparticulier à l'enquête de Cœnobium c'est la qualité et la variété des corres­\np o n d a n t s , les développements dans lesquels certains d'entre eux entrent, et\nenfin les appendices statistiques ou appréciatifs de l'enquête. Je note par\nexemple, p o u r ceux qui aiment ce genre de résumés, que, c o m m e il fallait le\n prévoir, Dante, Shakspeare et la Bible tiennent la tête parmi les auteurs figu­\nrant dans la bibliothèque en q u e s t i o n ; ensuite viennent Platon, G œ t h e , Marc\n Aurèle, Victor H u g o . P u i s H o m è r e , Cervantes, P a s c a l , Spinoza, K a n t et\n Montaigne. J e ne poursuis pas l'énumération qui tournerait à la sécheresse\n du catalogue ; ce sont d'ailleurs les réponses intégrales qu'il faudrait lire.\n                                                                               H.   MAZEL.\n\n\n L e p è l e r i n a g e d e P o r t - R o y a l , par M. ANDRÉ HALLAYS. — Un vol.\n    ill. — ( P a r i s , P e r r i n . )\n    C'est un grand c h a r m e , en vérité, que d'entendre M. A n d r é Hallays parler\n de P o r t - R o y a l , avec l'originalité faite de finesse et de sensibilité qui est\n sienne. Le Port-Royal qu'il évoque devant n o u s , parmi les souvenirs dis­\n persés duquel il nous conduit en ce pèlerinage, s'il ne perd rien de ce qu'il\n a eu d'ardent, de fier et d'opiniâtre dans les ê t r e s ; de rigide et de sévère\n dans les choses, revêt, c e p e n d a n t , en ces pages où il n'est plus que c o m m é m o ­\n ration et, en quelque sorte, éphéméride, la beauté mélancolique et chère au\n cœur des ruines dans lesquelles des vies illustres ont laissé leurs traces. E t\n personne mieux que M. Hallays ne connaît l'art de faire surgir la vie de la\n désuétude et de la poussière des archives et des m o n u m e n t s . Il a le respect\n et l'amour de la ruine. T o u t lui en est reliques, et qu'il excelle à faire parler.\n     T o u s ceux qui aiment P o r t - R o y a l , non point pour ce qu'il a cru, mais pour\n la façon dont il a cru et p o u r ce qu'il a eu d'héroïque, de grand, d'obstiné\n  m ê m e ; p o u r tant de caractères h a u t s et singuliers : S a i n t - C y r a n , les\n  Arnauld, L e N a i n , N i c o l e , M. H a m o n , la mère Angélique ; p o u r\n  l'âme b r û l a n t e et sombre de Pascal comme pour l'âme troublée de R a c i n e ;\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "322                               DURENDAL\n\n\ntous ceux-là seront reconnaissants envers l'auteur de ce livre de tant de pages\ndélicates de pensée, de sentiment, de couleur, consacrées à faire revivre\ndevant nous la mémoire de Port-Royal dans tous les lieux, depuis Port-\nRoyal de Paris et Port-Royal des Champs jusqu'aux cimetières de Megny et\nde Saint-Lambert, que ses religieuses et ses fidèles ont rendu célèbres par\nleur présence dans la vie mortifiée, dans la persécution ou dans la mort. Et\nl'attrait si vif de l'ouvrage est encore accru, s'il est possible, par un choix\nd'illustrations excellentes, au nombre desquelles il faut citer particulièrement\nles portraits des principaux jansénistes et les masques mortuaires de Pascal\net de la mère Angélique.\n\nL a G r è c e é t e r n e l l e , par M. E. GOMEZ CARRILLO. Préface de M. JEAN\n  M ORÉAS. — (Paris, Perrin.)\n    Il semble qu'après la conquête héroïque de son indépendance par la Grèce,\nle grand enthousiasme chevaleresque et poétique qui avait associé toute\nl'Europe chrétienne à la cause hellène se soit presque aussitôt éteint. A\nl'heure des prouesses homériques succéda celle des paroles, l'heure de\nla diplomatie, des parlementaires, de l'organisation. Et les fiers brigands qui\ns'étaient si généreusement battus se montrèrent si désagréables, si discoureurs\net si ergoteurs après la victoire, si peu disposés, d'un côté, à reconnaître\ndans une étroite mesure la dette qu'ils avaient contractée envers l'étranger,\nsi enclins, de l'autre, à se chamailler entre eux, que l'admiration de l'Europe\nse changea presque subitement en aversion et en mépris. Des prophéties\nsinistres furent proférées; on désespéra de l'avenir du jeune et turbulent\nroyaume, trop impatient de toute tutelle; on médit même un peu de\nla race qui, peut-être bien, n'avait rien de commun que le nom avec les\nantiques populations de la Hellade...\n    Le titre du livre de M. Carrillo témoigne assez que, dans sa pensée, ces\npronostics sinistres ne se sont pas réalisés. Il voit et il montre que la grande\ntradition antique n'était pas détruite sur ce sol piétiné, depuis des siècles,\npar tant de conquérants, et que, bien que sous des apparences nouvelles, elle\nrevit presque identique de caractère, dans le peuple de l'Attique, du Pélo­\nponèse et des îles. Le passé, pour autant que nous le connaissions par sa\nlittérature et par son art, transparait partout dans le tempérament des Grecs\nd'aujourd'hui,/dans leurs coutumes, dans leurs mœurs comme dans l'œuvre\nde leurs écrivains et jusque dans les discussions du café ou de la Chambre\ndes députés...\n    De sorte que le livre charmant et sympathique de M. Carrillo est tout à la\nfois observation et évocation. En nous disant la Grèce actuelle, il place sans\ncesse à côté d'elle la Grèce ancienne; il les mêle, il les compare l'une à\nl'autre et, chemin faisant, en des pages pleines d'émotion, d'esprit et de vie,\nil nous les apprend et nous les fait aimer toutes deux davantage.\n\nP a r a d i s l a ï q u e s , par M. JULES SAGERET. — (Paris, Mercure de France.)\n  « Nous autres, libres penseurs, avons soufflé sur les étoiles, et si fort que\nmaintenant le ciel est vide. Voilà du moins ce que nous affirmons avec\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "                                      LES LIVRES                                         323\n\n\norgueil par la voix éloquente de M. Viviani. U n e plus g r a n d e modestie nous\nsiérait. Si nous avons éteint quelque chose, ce n'est pas grand'chose, et nous\nn'avons éteint des astres fantômes que pour allumer des étoiles chimé­\nriques... » Ces lignes ironiques, écrites par l'auteur à la première page de\nson livre, indiquent à peu près le dessein de celui-ci. Ce dessein est plutôt\nnégatif, si l'on peut dire, car si M. Sageret relègue le paradis de la religion\ndans la fable, il repousse les paradis laïques dans l'utopie, dont ils sont,\nd'ailleurs, venus. Il explore, particulièrement, les paradis imaginés par la\ngrosse fantaisie humanitaire de Zola et par la fantaisie sceptique d'Anatole\nF r a n c e , et nous m o n t r e sans peine, mais avec b e a u c o u p d'esprit, que si elle\nn'était heureusement chimérique, la félicité que ces écrivains, à la suite de\ntant d'autres, ont rêvée p o u r l e s h o m m e s n'apporteraient à ceux-ci que la ruine\nde tous leurs motifs d'activité et, par conséquent, de b o n h e u r , en m ê m e temps\nqu'un ennui d o n t il faut renoncer à essayer de donner la plus lointaine idée.\n    Les démonstrations excellentes de M. Sageret feront sourire, sans doute,\nAnatole F r a n c e , la fiction à laquelle il s'est complu dans Sur la Pierre\nBlanche n'ayant jamais eu, évidemment, à ses y e u x , que la valeur d'une fiction.\nDepuis, d'ailleurs, d a n s l'Ile des Pingouins, il nous a décrit une autre vision\ndes temps futurs, une sorte d'apothéose de civilisation qui finit au milieu du\nfracas des ruines et d e l'éclat sinistre des bombes anarchistes, vision plus\nvraisemblable et qui n'est pas sans similitudes avec celle dont a été visité\nl'auteur des Paradis laïques.\n    Q u a n t à Zola, il est probable que, s'il vivait encore, la contradiction\ncritique de M. Sageret l'aurait mis en colère, comme elle fera pour la plupart\n des gens qui, croyant s'être affranchis des « superstitions » de la religion,\nont mis les capacités ou les besoins de foi qui subsistaient en eux dans\nles rêves des idéologues de la démocratie.\n\nM a g a u d , par M. FERNAND SERVIAN. U n volume illustré. — (Paris, Plon.)\n   Magaud, qui fut directeur de l'école des Beaux-Arts de Marseille et a laissé\nde nombreuses décorations d a n s les édifices publics et privés de cette ville,\ndébuta vers 1840.\n   Son œuvre considérable, classique, idéaliste, est mise très habilement en\nrelief par l'auteur de cette m o n o g r a p h i e a b o n d a m m e n t illustrée. Sans doute,\nla réputation du peintre ne franchit point les bornes du département où il est\nné et l'on peut douter que la postérité, invoquée par M. Servian, voie\ns'accentuer encore la renommée de Magaud, mais il n'en reste pas moins que\nson nom ni ses ouvrages ne sauraient être négligés et font figure honorable\ndans l'histoire de la peinture française du XIXe siècle.\n\nAtlas de l'art. Recueil des Chefs-d'œuvre de l'architecture, de la sculpture et de\n   la peinture depuis l'époque égyptienne jusqu'à nos jours : Composé par le chanoine\n   KREKELBERG, avec des commentaires choisis par M. DUBOIS et des m o n o ­\n   graphies des époques, styles et écoles par M. J U L E S T E L L I E R . — (Anvers,\n   Van Os-De Wolf, éditeur.)\n   Excellent ouvrage de vulgarisation dans lequel on trouvera des repro-\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": " 324                                       DURENDAL\n\n\nductions d'une exécution parfaite des œuvres les plus caractéristiques de\ntoutes les époques, accompagnées d'extraits, en général bien choisis, des\nécrivains qui ont parlé d'elles.\n    Le travail que les auteurs de cette belle publication ont mené à b o n n e fin\nest trop considérable et trop digne d'être a p p l a u d i pour que n o u s nous\narrêtions à quelques critiques de m é t h o d e , de classification ou d'appré­\nciation. N o u s aurions aimé, c e p e n d a n t , voir M. Tellier mettre nettement en\nlumière, dans u n livre destiné à la jeunesse belge, l'influence euro­\np é e n n e que les sculpteurs et les peintres flamands ont exercée p e n d a n t u n e\npartie des XIVe et XVe siècles.\n    N o u s n o u s félicitons, en tout cas, de voir introduire un recueil de celte\nsorte d a n s l'usage de l'enseignement libre et n o u s recommandons c h a u d e ­\nment cet Atlas à tous ceux q u i , comme l'écrit M. Dubois, « veulent\nmettre d a n s leur vie u n p e u plus de lumière, un p e u plus de sérénité et un\npeu plus d'idéal ».\n\nHistoire du clergé de France pendant la Révolution\n   d e 1 8 4 8 , par H E N R I CABANE. — ( P a r i s , B l o u d . )\n   L e régime orléaniste avait été d'abord très nettement hostile à l'église\ncatholique, r e n d u e suspecte par ses nombreuses attaches à la b r a n c h e aînée.\nLes nécessités de la politique avaient adouci les formes de cette hostilité\net tendaient m ê m e à établir entre les deux pouvoirs, civil et religieux, des\nrapports marqués d'un autre esprit, lorsqu'éclata la révolution de 1848. L e\nclergé pouvait avoir tout à craindre de celle-ci, si elle s'inspirait des tradi­\ntions de la première R é p u b l i q u e , mais il n ' e n fut rien : les idées et les élé­\nments de tolérance et de concorde prévalurent. L'opinion publique était\nfavorable à l'église et q u a n d il s'agit de choisir les membres de l'assemblée\nnationale constituante, des évêques, des prêtres, u n moine m ê m e — il est\nvrai q u e c'était L a c o r d a i r e — figurèrent parmi les élus.\n   M. Cabane a retracé d'une façon très intéressante l'histoire de cette\npériode d' « union intime de la Religion, de la R é p u b l i q u e et de la Liberté »\nqui, comme il le dit très j u s t e m e n t , constitue « un fait u n i q u e et de tous\npoints remarquable » dans les annales du XIXe siècle français.\n\n                                                                       e      e\nL'Abbaye de Villers e n                B r a b a n t aux XII et XIII siècles. E t u d e\n   d'histoire religieuse et économique par le R . P . E . DE MOREAU, S. J.,\n   suivie d'une notice archéologique par M. le chanoine M A E R E . — (Bruxelles,\n    Dewit.)\n   L'auteur érudit de cet ouvrage a essayé de reconstituer, à l'aide des docu­\nments, l'histoire de l'illustre abbaye fondée par saint Bernard, durant les\nsiècles où elle brilla d u plus vif éclat, tant au point de vue de sa prospérité\nqu'à celui des vertus de ses moines. L e s d o c u m e n t s , m a l h e u r e u s e m e n t , ne\nsont pas très nombreux, ni, au surplus, très explicites et très sûrs, principale­\nment pour ce qui traite la biographie des religieux de Citeaux qui apportèrent\nla règle cistercienne sur les bords de la Thyle et des grands abbés des origines.\nL e R . P . de Moreau en a, cependant, tiré parti avec b e a u c o u p de méthode,\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "                                  LES LIVRES                                   325\n\n— une méthode un peu sèche, peut-être, — et de critique. Cet ouvrage, qui\nrendra d'excellents services aux curieux des antiquités monastiques et, aussi,\nà ceux qui aiment aller rêver au passé sous les arceaux du cloître de l'abbaye,\nest heureusement complété par une notice archéologique, succincte et pré­\ncise, due à M. le chanoine Maere.\n\nVoyage de deux Bénédictins aux m o n a s t è r e s du M o n t -\n   A t h o s , par D. D E MEESTER — (Bruges, Desclée.)\n   Relation pleine d'agrément, de bonne humeur et de science du voyage\naccompli par l'auteur et un de ses confrères aux monastères du Mont Athos.\nLa majeure partie du livre est absorbée naturellement par l'étude circonstan­\nciée de la vie, des coutumes, des rites des moines byzantins, étude qui donne\noccasion à l'érudit religieux de faire d'intéressantes excursions dans le domaine\nde l'art et de la littérature grecs; mais, à côté de ces pages, on en trouvera\nnombre d'autres nourries toutes d'observations et de renseignements curieux\nsur les pays orientaux que nos pieux périégètes ont traversés au cours de leur\nattrayant voyage.\n\nA u s s t e l l u n g b e l g i s c h e r k u n s t , Berlin, october-november 1908. —\n   (G. Van Oest.)\n   On sait que l'Art Contemporain, d'Anvers, et la Société des Beaux-Arts, de Bru­\nxelles, ont organisé de concert, à Berlin, une exposition des œuvres de nos\nprincipaux maîtres, peintres et sculpteurs, exposition qui comprenait égale­\nment des travaux des principaux artistes de la précédente génération : les\nStevens, De Braeckeleer, Rops, Meunier, etc.\n   L'exécution du catalogue de l'Exposition avait été confiée à l'éditeur Van\nOest. C'est assez dire que cette publication, abondamment et excellemment\nillustrée, se présente sous une forme des plus attrayantes.\n\nNapoléon B o n a p a r t e — Le Souper de Beaucaire. Notice et\n   notes de M. J. D E BÉRYS (Collection Scripta Brevia). — (Paris, Sansot.)\n   Avant d'être lion, Napoléon a été loup ou, du moins, il a hurlé avec\nles loups!... Les loups, à l'époque où il écrivait le Souper de Beaucaire,\nc'étaient les montagnards, les terroristes, qui venaient de détruire le parti\ngirondin et contre lesquels Marseille s'était insurgée. Un militaire, sans\ndoute Napoléon lui-même, s'est rencontré avec un Marseillais dans une\nauberge de Beaucaire, au cours de ces événements, et lui démontre fort\nclairement que les rebelles ont tort et deux fois tort, puisqu'ils sont les\nplus faibles.\n   M. De Bérys a accompagné cette réédition du célèbre opuscule de\nnotes et d'une introduction fort intéressantes.\n\nL e c o r p s e t l ' â m e d e l ' e n f a n t , par le D r MAURICE DE FLEURY. —\n  (Paris, Collin.)\n  A qui y réfléchirait, aucune œuvre, sans doute, ne paraîtrait supérieure\nen beauté et en importance, à l'éducation d'un enfant. Mais combien rares\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "326                                 DURENDAL\n\n\nsont ceux qui font réflexion sur un sujet aussi banal, en apparence, et sur\nlequel tous les parents croient posséder une suffisante expérience. N'aiment-\nils pas leurs enfants et étant, nécessairement, intelligents, se pourrait-il qu'ils\nagissent, en quelque circonstance que ce soit, au détriment de leur développe­\nment physique ou moral?... Le livre du docteur Maurice Fleury répond à\ncette question. L'enfant est comme une plante fragile, qui demande à être\nprotégée, guidée, soutenue, et dont la culture exige des soins constants et\néclairés. Tout son avenir de joie ou de détresse, toute sa vie heureuse et\nforte ou débile et malheureuse, sont dans la dépendance de ces premières\nannées, du plus ou moins de vigueur, du caractère faible ou énergique que\nles soins et les enseignements qu'il aura reçus alors auront contribué à lui\ndonner...\n   L'auteur de ce livre, où la science se fait simple et affable, donne des\nconseils, redresse des préjugés, apprend enfin à chacun de nous à observer\nses enfants dans leur personnalité physique et morale, afin de fortifier l'une\net de diriger ou de corriger l'autre.\n\nI t a l i c a , impressions et souvenirs, par M. JOSEPH L'HÔPITAL. — (Paris, Perrin.)\n    Le voyage est une joie, passagère comme toutes les joies mais qui, au\ncontraire de la plupart de celles-ci, s'accompagne dans le souvenir d'autant\nde jouissance que de regret. Le pays, les monuments, les œuvres, le plaisir\nquotidien de la beauté et de la découverte sont passés, mais la pensée évoque\nles uns, ressuscite l'autre, ajoutent aux uns comme à l'autre tout ce qu'ils lui\nont inspiré depuis, tout ce que la réflexion a ajouté à la sensation reçue et à\nla mémoire conservée... De sorte que, pour des esprits tels que celui de\nl'auteur de ce livre attrayant, on pourrait dire que le voyage commence\nseulement lorsqu'il est achevé, lorsque, reposé de la route, le voyageur se\ntrouve, dans la tranquillité de son cabinet de travail, en têle-à-tête avec le\ntrésor de visions et d'idées dont il est revenu enrichi...\n                                                              ARNOLD GOFFIN.\n\n\nI Fioretti. L e s petites fleurs de la vie du petit pauvre de\n  Jésus-Christ saint François d'Assise. Traduction, intro­\n  duction et notes d'ARNOLD GOFFIN. — (Paris, Bloud, Coll. Science et\n   Religion.)\n   Chaque printemps aux premiers beaux jours, les marguerites reparaissent\nen foule dans les gazons renouvelés, et tous les cœurs se réjouissent à leur\nvue, sans que leur réapparition régulière diminue en rien le plaisir qu'elles\ncausent. Il en est presque ainsi des petites fleurs spirituelles tirées de la vie\nde saint François d'Assise. Innombrables en ont été les éditions et les réédi­\ntions en toute langue, sans que jamais le public se soit lassé de les voir repa­\nraître, et sans que le suave parfum de sainteté qu'elles exhalent ait rien\nperdu de sa pénétrante douceur.\n   Pour ce qui concerne la version française, M. Arnold Goffin a réussi ces\ndernières années à lui infuser une vie et une jeunesse nouvelles, en s'appli-\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "                                    LES    LIVRES                            327\n\n\n quant avec un plein succès à rendre beaucoup plus exactement qu'on ne\n  'avait fait avant lui le charme ingénu et les tournures archaïques des vieilles\nchroniques franciscaines. Il n'y avait qu'un reproche à faire à ses traduc­\ntions précédentes : c'est qu'elles avaient été publiées chez des éditeurs, et en\ndes formats différents.\n    M. Arnold Goffin remédie aujourd'hui à cet inconvénient en publiant, dans\n l'élégante et pratique collection des chefs-d'œuvre de la littérature biogra­\nphique, le recueil des Fioretti d'autant plus assuré de son habituel succès,\nqu'il est précédé d'une introduction, écrite avec la précision d'informations,\net le fervent amour que l'auteur de Poussières du Chemin a voué à l'Italie,\nà ses primitifs, et aux premiers compagnons de saint François d'Assise.\n                                                                   D. B R . D.\n\nL e T r é s o r SOUS l a R o c h e . I.Le Roi aveugle, par PIERRE BROODCOO­\n  RENS. — (Bruxelles, Larcier.)\n  La lecture de cette pièce est à la fois très ennuyeuse et très réjouissante.\nM. Broodcoorens fabrique, avec une conviction juvénile et avec une facilité\ndéplorable du très mauvais Corneille bourgeois. Tout prince qu'on soit —\nsurtout en Orangée-et-Transvalie, et quand on s'appelle Payllighan et\nFlourdelys — il est passé de mode de parler en tirades, comme le font les\nhéros du Roi aveugle, et d'échanger des vers aussi neufs que ceux-ci :\n                   Maître de vos Etats, je le suis de mon cœur...\n                   ... C'est à moi je le sens que ce discours s'adresse...\n\n  Mais avouons vite que parmi les personnages de M. Broodcoorens tous ne\nparlent pas d'une façon aussi cornélienne. Certains ont des trouvailles de\nlangage bien amusantes. Le prince Errembault recommande au ministre\nBasilimaz :\n                              Sonde le    présomptif...\n\n  Le roi, noblement, s'écrie :\n                Travaillons pour nous seul et non pour notre buste!\n\n  E t lorsque son fils veut l'attaquer, le même roi dit encore — la colère\nexcuse tout :\n                   Et quel assassinat! un parricide, un crime!\n                   Qui livre pour toujours au dernier des abîmes\n                   Et que les animaux dans leur délire ardent\n                   Ne commettent jamais sur leurs propres parents...\n   Le prince, de son côté, au moment où il va perpétrer ce crime, — ce par­\nricide, que les animaux en Transvalie ne commettent jamais que sur les\nparents des autres — songe au trône qu'il va conquérir, et a le loisir (il en\nrougit, le traître !) de trouver ces beaux vers :\n              Mais si mon crime est grand, ce qu'il conquiert l'efface,\n              Le pourpre qu'il m'acquiert vaut celle de ma face...\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "328                               DURENDAL\n\n\n\n  La pièce est remplie de choses de cette force-là. M. Broodcoorens a fait\nmieux, et pourrait faire mieux, en prose. Aussi, après avoir constaté sa pro­\npension à accumuler des alexandrins malheureux, renvoyons-lui, en le chan­\ngeant d'adresse, ce conseil que, dans son drame, Errembault donne à la\nprincesse :\n                   Contre cette tendance il nous faut réagir,\n                   Il n'est plus temps pour vous, madame, de vagir..\n\n  L'auteur dans sa préface, un peu naïve, exprime l'espoir de voir Bruxelles,\ngrâce à « ceux de Calmpthout et du Biekorf », devenir bientôt un nouveau\nWeimar. Hélas! pensions-nous en lisant ces choses et, en répétant un vers de\nM. Broodcoorens, ne sont-ce point là des illusions :\n                   Par un tas de fruits secs en ce jour menacées?\n                                                                          P. N.\n\nLe cadet, par C. NISSON. — (Paris, Plon.)\n    Un beau et noble caractère d'homme fort et généreux domine de toute sa\nhauteur cette histoire, dont il est à la fois le héros et la victime : victime du\nsouvenir traditionnel qui s'attache au domaine familial, qu'il veut conserver\nà tout prix et malgré tout, et dont il est resté le maître et seigneur, en se\nsacrifiant lui-même et en sacrifiant un amour qui eût mis l'idéal dans son\nâme, s'il eût été fait pour le bonheur. Beau roman, bien écrit et dont\nl'intrigue est développée d'une façon très naturelle et très alerte.     H . M.\n\nL ' E t é d e G u i l l e m e t t e , par HENRI ARDEL. — (Paris, Plon.)\n   Vrai ! Mme Henri Ardel, avec son talent fait de charme et de grâce,\nnous avait habitués à plus de fraîcheur, et à moins de longueur.\n   Nous avons encore ici un de ces exquis caractères de jeune fille qu'on\nretrouve dans ses autres livres, mais, à côté, que de choses artificielles et\nbanales. Des flirts, un adultère, un krach, un accident d'automobile ! rien\nn'y manque. De l'auteur de Mon Cousin Guy, on pouvait pourtant attendre\nplus.\n\nL e s â m e s m u e t t e s , par MARGUERITE HANKES-DRIELSMA DE KRABBÉ.—\n  (Paris, Sansot.)\n  Mlle Marguerite... (disons Hankes tout court si vous voulez) a raconté en\nun français plus ou moins norwégien ses impressions d'enfance. Telle petite\nrevue aura eu beau faire autour de ce livre un grand tapage — sans aucun\nécho d'ailleurs — l'œuvre tant vantée n'en sera pas moins quelque chose de\nmédiocre et d'ennuyeux, ou seules valent, parce que bien Scandinaves et par\nconséquent nouvelles pour nous, quelques sensations extraordinaires de\npetite fille septentrionale.\n\nP e n s é e s d ' h a r m o n i e , par M. DE MECK. — (Paris, Plon.)\n  M. de Meck est lui aussi un étranger, mais il nous emporte dans des\nsphères si élevées de la pensée, que cette vanité : le style, n'y a plus guère\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "                                   LES LIVRES                                   329\n\n\nd'importance. Outre de nombreuses redites et des poésies assez ridicules\n(pourquoi diable écrit-on en vers quand on manie déjà avec tant de\ndifficulté la prose ?) ce recueil contient de belles et nobles pages sur Dieu, sur\nl'âme et sur la vie.\n\nD i s c o u r s d e m a r i a g e , par l'abbé FÉLIX KLEIN. — Paris, Bloud.)\n   Il faut beaucoup de tact et beaucoup de cœur pour réussir dans le genre\népineux des discours de mariage; il faut avoir un talent bien vivant et varié\npour oser réunir en volume une suite de morceaux de ce genre. M. Klein\npossède ce cœur, ce tact et ce talent. Et les allocutions réunies en ce livre\nne se contentent pas d'être de belles pages de prose, elles touchent aux pro­\nblèmes les plus graves et les plus sacrés; on y retrouve ce cœur ardent, cette\nfoi vive, cet esprit moderne que nous avons admirés si souvent chez l'auteur\nde ces discours.\n\nH o n n e u r m i l i t a i r e , par ***. Préface du vicomte DE VOGUÉ. — (Paris,\n   Pion.)\n   Ce très noble livre, qui parut d'abord — et fut très remarqué — dans la\nRevue des Deux-Mondes, est l'histoire d'une famille de soldats. Lettres recueillies\navec respect par une femme restée seule au foyer; ce sont de belles pages de\nl'histoire intime de la France. Elles font rêver, ces annales d'une famille\nobscure, à ce que contient encore ce pays, de dévouement caché et de forces\nlatentes.\n\nL ' A l s a c e - L o r r a i n e d e n o s j o u r s , par FLORENT-MATTER. — (Paris,\n   Plon.)\n   Livre touffu, fortement documenté mais qui n'est point une œuvre litté­\nraire. M. Maurice Barrès l'a préfacé éloquemment.\n\nL'Institut de France et le Second Empire, par ADOLPHE LAIR.\n  — (Paris, Plon.)\n  M. Adolphe Lair retrace ici, d'après les souvenirs inédits de M. Dubois,\nmembre de l'Institut, certains épisodes forts intéressants de la vie de celte\ndocte assemblée.\n\n U n g r a n d m a r i n . T o u r v i l l e , par EMMANUEL DE BROGLIE. —(Paris,\n    Plon.)\n    Une œuvre de noble allure, écrite par un historien de race sur un de ces\n grands vaincus, plus glorieux encore dans la défaite que dans la victoire.\n Alors que les capitaines qui, au siècle de Louis XIV, combattirent sur terre\n ont toujours été en pleine lumière, c'est de la part de M. de Broglie réparer\n une injustice et à la fois faire œuvre intéressante et belle que de faire sortir de\n l'ombre cette figure de marin dont tous connaissaient le nom, mais dont beau­\n coup ignoraient l'histoire.\n                                                                           P . N.\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "330                                DURENDAL\n\n\nL o u i s V e u i l l o t , par JULES RENAULT. — (Paris, Lethielleux.)\n   Nous ne reprocherons pas à M. Renault d'avoir compilé des citations de\nLouis Veuillot et des appréciations de grands critiques sur l'œuvre du\ncélèbre journaliste. Car, outre qu'il a produit un ouvrage personnel et un,\ndont chaque partie tend à mettre en évidence le noble caractère de Veuillot\net la maîtrise de son talent, le but spécial qu'il avait en vue justifie\npleinement sa façon de procéder. M. Renault, en effet, a voulu offrir aux\ndirecteurs de collèges et d'écoles un livre qui pût être donné en prix aux\nélèves. Il ne pouvait mieux faire que de laisser souvent la parole à Louis Veuil­\nlot lui-même ; c'est encore le meilleur moyen de le faire apprécier et aimer.\n   Nous, catholiques, nous n'estimons pas assez nos écrivains de génie et\nnous nous laissons trop souvent éblouir par les admirations de commande\npour tant de littérateurs qui n'atteignent pas à la cheville de Veuillot. C'est\npourquoi nous souhaitons au livre de M. Renault de rencontrer, dans le milieu\noù il cherche à se répandre, toute la sympathie et tout le succès qu'il mérite.\n   Ajoutons que le manuscrit fut soumis à Eugène Veuillot, et que le frère\ndu grand polémiste, dans un feuilleton de l'Univers, félicita vivement l'auteur\nde « cette œuvre chaleureuse et forte où un catholique dévoué et lettré loue\nun maître ».                                                  PAUL HALFLANTS.\n\n\n L e j o u r n a l . Sa vie juridique, sa responsabilité civile, par GEORGES\n   DUPLAT. Préface de Louis COOREMANS. — (Bruxelles, Dewit.)\n   Ce livre est un véritable traité du journal, considéré spécialement au\npoint de vue de la législation qui le concerne, qui sauvegarde ses droits et au\npoint de vue de la responsabilité que contracte le journal vis à-vis d'abord des\npersonnes qui concourent à son existence et ensuite des gens que le journal\natteint de quelque façon. Ce traité est fait d'une façon excessivement métho­\ndique. Il est absolument complet ; il suffit de parcourir la table des matières\npour s'en apercevoir. Il est en outre très bien écrit dans un style sobre, net\net clair comme il convient. Les principes qui règlent la vie d'un journal et\nsur lesquels se basent ses droits, d'où découlent ses devoirs, y sont admira­\nblement exposés, avec une logique impeccable. Nous ne saurions assez\nrecommander ce livre à tous ceux que la juridiction concernant le journal\nintéresse. Il les intéressera vivement en lui-même d'abord, parce que ce livre\nest vraiment curieux et très bien fait. En outre, il est indispensable à\nquiconque s'occupe de journalisme. Ils auront bien souvent utilité, pour ne\npas dire nécessité, à le consulter et ils seront rapidement éclairés. S'il est de\nla dernière utilité aux journalistes, il l'est aussi, cela va de soi, à tous les avo­\ncats, qui à chaque instant ont à prendre la défense soit des journalistes et de\nses droits, soit de ceux que le journal a visé et dont les droits ont été méconnus,\net aux magistrats qui auront à porter sentence dans les délits de presse.\n\nL é o n d e M o n g e , par P . RENAULT. — (Bruxelles, Société belge de\n   Librairie.)\nF e r n a n d S é v e r i n , par G. RODRIGUE. — (Bruxelles, Le Thyrse.)\n  Nous recommandons à l'attention de nos lecteurs ces intéressants portraits\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": "                                  LES LIVRES                                   33l\n\nlittéraires de deux professeurs de littérature, dont l'un, Léon de Monge, fut\nprofesseur à l'Université de Louvain, dont l'autre est notre sympathique\nami, l'exquis poète Fernand Séverin, nommé il y a deux ans, à notre\ngrande joie et à l'acclamation de tous les vrais amis des lettres, professeur à\nl'Université de Gand.                                                 H . M.\n\nE p i c u r e e t E p i c u r i s m e , par HENRI LOUGRAND. — (Paris, Bloud.)\n   Ce petit volume rendra service à qui voudra rapidement se rendre compte\nde la doctrine philosophique d'Epicure. Comme on le sait, ce système a joui\ndans la société grecque et dans le monde romain d'une fortune prodigieuse.\n   De façon très nette et très sincère, M. Lougrand expose sommairement\nl'ensemble de la doctrine d'Epicure. Dans la conclusion de son travail, il\nsignale très brièvement, car son but n'était pas la réfutation, mais l'exposition\ndu système d'Epicure, les grands défauts de cette doctrine. Disons seulement,\navec l'auteur, que l'épicurisme implique la négation de tout l'ordre spirituel\net moral et qu'il retient l'obligation, la responsabilité et le mérite, le remords\net la vie future\n\nF o i e t s y s t è m e s , par BERNARD ALLO. — (Paris, Bloud.)\n   Réunion de divers articles de revue, ces pages se tiennent pourtant très\nlogiquement. En effet, il ne faut jamais avoir peur de la vérité, car on\npense pour vivre. Toutefois, on aurait tort de faire de sa foi une sorte de\nmathématique ou de science positive, bien qu'il doive exister un pragma­\ntisme commun à tous les penseurs catholiques en matière de dogme, et on\npeut rester fidèle au vieil analogisme de saint Thomas. Quant au fait chré­\ntien et à son évolution concrète, il faut entendre avec précision les notions\nde germe et de ferment. Enfin, il y a lieu de fixer un système d'apologétique\nvis-à-vis des incroyants.\n   En ces temps troublés, le R. P . Allo a essayé de ramener les esprits à la\nfoi, qui doit planer au-dessus de tous les systèmes. Ajoutons que l'auteur,\ndéfenseur très strict de la rigueur du dogme, n'a cependant rien de l'étroi-\ntesse d'idées qui parfois afflige dans certains théologiens.\n\nConférences aux D a m e s . Autour de la Foi, par MAURICE LANDRIEUX.\n   — (Paris, Lethielleux.)\n   « Autour de la Foi » et « A propos de liberté » sont deux brillantes confé­\nrences qu'on lira avec plaisir et j'ajoute : avec fruit. De la première, il y a sur­\ntout à retenir combien les catholiques instruits manquent à leur devoir quand\nils s'embarquent dans la vie avec le chétif bagage théologique d'un enfant de\n12 ans, mettons d'un jeune homme de 17. On parfait toutes ses connaissances\nmais on laisse stationnaire et, partant, exposée à déchoir, la doctrine de sa foi.\n   Dans la seconde conférence, à lire une très belle page qui montre que les\nvœux religieux, loin d'être un amoindrissement de la personnalité humaine,\nsont, au contraire, « les affranchissements, les fières libérations dans les\nsereines sécurités de la foi, dans la paix idéale de la charité et dans les lumi­\nneuses perspectives de l'espérance chrétienne ».                            J. G.\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "                              NOTULES\n\n   Enquête sur l'expansion artistique de la Belgique. —\n Le rapport suivant a été adressé, il y a quelque temps, au Roi par le Ministre\n des Sciences et des Arts :\n   « La Belgique a toujours brillé au premier rang parmi les nations qui ont\nle plus contribué au progrès de la civilisation par la splendeur des arts. Elle a\nfait preuve dans ce domaine, non seulement d'une magnifique vitalité interne,\nmais encore d'une rare vigueur d'expansion. Très remarquable est le cortège\nde nos compatriotes — peintres, sculpteurs, architectes, musiciens, voire\nouvriers d'art — qui ont essaimé, au cours des siècles, dans les pays où le\nculte du Beau était en honneur et ont fait resplendir hors frontières le génie\nde notre race.\n   » A plus d'une époque, notre pays a disputé victorieusement l'hégémonie\nartistique aux nations les mieux douées. Témoins l'éclatante renommée de nos\nprimitifs, la célébrité de nos anciens contrepointistes flamands et wallons, la\ngloire de l'école de peinture d'Anvers avec Rubens et Van Dyck.\n   » Dans tous les pays d'Europe, musées, palais, églises, places publiques\ngardent l'empreinte de l'énergie esthétique de nos pères, et si nombreux sont\nles chefs-d'œuvre de notre art exécutés ou possédés en dehors que, sans les\nconnaître, il n'est pas possible d'apprécier l'importance de nos créations du\npassé.\n   \" J'ai pensé, Sire, qu'il serait de piété filiale, de légitime fierté patriotique\net de haute utilité pratique, de faire du rayonnement de l'art belge à l'étranger,\nl'objet d'un ensemble d'études qui mît en lumière, aux yeux du grand public,\nune des formes les plus brillantes du génie national.\n   » A ce point de vue, il conviendrait d'explorer sur place, avec la méthode\nqui distingue la science moderne, les trésors de notre patrimoine d'art\ndispersé par delà nos frontières. Cette recherche pourrait être confiée à des\nécrivains qui se sont signalés par des œuvres d'érudition et de critiques et\npar leur mérite littéraire. Le résultat de ces investigations serait consigné\ndans les publications judicieusement illustrées, se recommandant à la fois par\nla sûreté de l'information, par le charme du style, par l'attrait d'une belle\nprésentation matérielle. Ainsi seraient étudiées, commentées, vulgarisées en\nune série de volumes distincts, nos richesses d'art conservées en France, en\nItalie, en Espagne, en Angleterre, en Hollande, dans les pays germaniques,\nen d'autres contrées encore.\n   » A l'heure actuelle, la Belgique ne manque point d'hommes de talent\ncapables d'évoquer en sa vérité historique, et dans sa magistrale beauté, le\ntableau du rayonnement d'art de la patrie.\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "                                  NOTULES                                  333\n\n\n    » Ainsi l'apostolat artistique qu'ont exercé nos pères de par le monde et à\n travers les siècles apparaîtrait à nos artistes comme une exhortation perma­\n nente au labeur tenace et triomphant. Et tous, nous saisirions sur le vif de\n quelle manière nos maîtres de jadis, ajoutant les impressions recueillies au\n dehors à leurs richesses foncières, — dons naturels, milieu natal, influences\n ancestrales, — ont composé ces œuvres que l'humanité admire.\n    » Un peuple qui sait parler le langage universel de l'art avec la maîtrise\n des Belges d'autrefois et d'aujourd'hui possède une place enviable dans\nl'histoire de la civilisation.\n    » Le projet d'enquête artistique que j'ai l'honneur d'exposer en ses grandes\nlignes à Votre Majesté demande à être étudié quant au détail de l'organisation.\n Une commission peu nombreuse d'hommes compétents et actifs pourrait être\nappelée à déterminer le programme, à choisir les collaborateurs, à coor­\ndonner les travaux.\n    » A l'heure où les Belges sentent plus que jamais le besoin d'une culture\nde plus en plus haute, la description de notre expansion artistique — qui\n pourrait utilement s'étendre jusqu'au mouvemement d'art actuel — nous\naidera à mieux discerner et à aimer davantage les plus nobles aspirations de\nl'âme nationale.\n    » Si Votre Majesté, dont la sollicitude éclairée est acquise à toutes\nles œuvres intéressant la grandeur de la Patrie, daigne approuver le\ndessein que j'ai l'honneur de Lui exposer, Elle voudra bien revêtir de\nSa Royale signature le projet d'arrêté ci-joint destiné à en assurer la\nréalisation. »\n    Ce rapport était suivi au Moniteurd'unarrêté royal instituant une commission\npour l'organisation d'une enquête sur l'expansion artistique de la Belgique et\nnommant membres de cette commission : MM. Alexandre Braun, Adrien\nDe Vriendt, H. Fierens-Gevaert, H. Hymans, Max Rooses, Cyrille Van Over­\nbergh et Ernest Verlant, directeur des Beaux-Arts. Le sénateur Braun a été\nnommé président et H. Fierens-Gevaert a été nommé secrétaire.\n    L'arrêté royal a déjà reçu un commencement d'exécution. Notre collabora­\nteur Arnold Goffin vient d'être chargé d'une mission par le Ministre des\nBeaux-Arts. L'objet de sa mission, qui comprend l'Italie septentrionale-cen­\ntrale, est d'étudier les œuvres flamandes conservées dans ce pays et les\ninfluences exercées par notre art, notamment aux XIVe et XVe siècles, sur l'art\nitalien.\n    Déjà notre collaborateur Fierens-Gevaert et M. Verlant, directeur des\nBeaux-Arts, ont été envoyés en mission dans le même but, l'an passé, l'un\ndans l'Italie du Sud (y compris Rome) et l'autre en Espagne.\n\n                                      ***\n\n   L ' A r t flamand e t h o l l a n d a i s . — Dans le numéro du 15 mars de\ncette belle revue, M. Hermann Voss consacre une notice intéressante à un\nretable conservé au Musée de Salzbourg et attribué au maître néerlandais de\nl'école de Geert, Jan van Sint-Jans, que l'on désigne sous le nom du « Maître\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "334                               DURENDAL\n\n\nde la Virgo inter virgules ». Notre collaborateur M. Arnold Goffin parle de\nJacopo Bellini et de ses recueils de dessins et montre le puissant intérêt de ces\nœuvres au point de vue de l'histoire de la Renaissance en Italie, et particu­\nlièrement à Venise. M. Jacques Mesnil complète la démonstration, qu'il a\nfaite dans un précédent numéro, de l'impossibilité de l'attribution au Milanais\nJanetto Bugatto du triptyque du Sforza, du Musée de Bruxelles.\n\n\n   Nous recommandons instamment à nos lecteurs les deux\nbeaux volumes de poèmes publiés par deux de nos collaborateurs et dont la\ncritique a fait partout le plus bel éloge : L'Ame des Saisons, par Victor\nKinon (Bruxelles, Larcier, éditeur; prix : 3 fr. 50), et L'Arc-en-ciel, par\nPierre Nothomb (Bruxelles, Editions de Durendal; prix : 3 fr. 50).Il est du\ndevoir du public d'encourager les jeunes écrivains en achetant leurs œuvres.\n                                      **.\n   Le Cercle d'art anversois De Scalden, qui groupe un grand\nnombre de poètes, de peintres, de sculpteurs, fêtera le g mai prochain le\ncinquième anniversaire de sa fondation. Les Associations artistiques du\n pays seront invitées à se faire représenter aux fêtes qui auront lieu à cette\noccasion : réception officielle à l'Hôtel de ville, séance jubilaire, visite aux\ngaleries particulières, banquet, etc.\n   Cet anniversaire sera accueilli avec une vive sympathie. On sait que les\nScalden ont par leurs publications annuelles, leur collaboration aux fêtes et\nsolennités artistiques, leurs expositions d'art appliqué, etc., contribué à\ndévelopper à Anvers le sentiment esthétique et que leurs initiatives désin­\ntéressées ont eu d'heureux résultats. Leur douzième annuaire, dont le texte\nest dû à leur dévoué président M. Jules Baetes, à MM. Victor de Meyere et\nEdouard Van Offel, évoque tout ce glorieux passé dont quatre-vingt-dix\nillustrations de tous genres fixent graphiquement le souvenir.\n\n\n   E d g a r T i n e l , dans la lettre où il nous exprime sa satisfaction au\nsujet de l'article de notre collaborateur E. Closson sur Katharina, nous fait\nremarquer l'erreur qui s'est glissée dans son compte rendu. M. Tinel a com­\nposé sa partition sur le texte allemand original et non pas sur la traduction\nflamande de M. De Lepeleer qui n'a paru que six ans après.\n\n\n\n  F r a n s H a l s , Sa Vie e t SOn œ u v r e , tel est le titre d'un superbe\nouvrage de E. W. Moes, directeur du Cabinet des estampes d'Amsterdam,\nque vient de publier M. Van Oest. Ce volume est très copieusement et riche­\nment illustré. Les planches reproduisent non seulement les plus belles œuvres\nde Hals, mais elles fournissent aussi les types les plus saillants de toutes ses\nmanières différentes aux diverses périodes de sa carrière.\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "                                         NOTULES                                         335\n\n   Des exemples de la manière de Dirk, F r a n s J r , H e r m a n , J a n , Reynier et\nNicolas H a l s et de Pierre Roestraeten y sont joints.\n   Cette documentation graphique, excessivement a b o n d a n t e , ne comporte pas\nmoins de cinquante-quatre planches hors texte tirées en héliogravure, photo-\ntypie et typogravure, dont plusieurs d'après des œuvres extraites de collec­\ntions privées d'Angleterre, d'Allemagne et d'Amérique et photographiées\npour la première fois.\n   L e volume est en vente au prix de 15 francs (relié, 18 francs) chez l'éditeur\nVan Oest, 16, place d u Musée, Bruxelles.\n   N o u s rendrons compte prochainement de cette magnifique publication.\n\n                                                 *\n                                             *       *\n\nAccusé de réception :\n   A R T S : Franz Hais, sa vie et son œuvre, p a r E . - W . M O E S . T r a d u i t par J. De\nBosschere. Volume illustré (Bruxelles, Van Oest). — L'art de l'époque, p a r\nFLORIAN PARMENTIER ( P a r i s , Gastein-Serge). — Une philosophie de l'art flamand,\npar L É O N W E R Y (Bruxelles, L e T h y r s e ) . — Le château de Coucy, par\nE . L E F È V R E - P O N T A L I S . Volume illustré (Collection : Petites monographies\ndes grands édifices de F r a n c e ( P a r i s , L a u r e n s ) . — La cathédrale de Chartres,\npar R E N É M E R L E T . Vol. illustré ( I d e m ) . — Le Musée du Louvre, par JEAN\nGUIFFREY. Les p e i n t u r e s . L e s dessins. L a calcographie. Volume illustré\n(Collection : L e s g r a n d e s institutions de F r a n c e . ( P a r i s , Laurens). —\nBordeaux, p a r CHARLES SAUNIER. Volume illustré (Collection : L e s villes\nd'art célèbres. P a r i s , L a u r e n s ) . — Oxford et Cambridge, p a r JOSEP.H AYNARD\n(Idem).\n  L I T T É R A T U R E : Le cénacle de la Muse française, 1823-1827 (documents\ninédits). E t u d e d'histoire r o m a n t i q u e , par LÉON SÉCHÉ (Paris, Mercure de\nFrance). — Maurice de Guérin. L e s plus belles pages avec portrait et notes de\nREMY DE GOURMONT (idem). — De la poésie scientifique, par R E N É G H I L ( P a r i s ,\nGastein-Serge). — Georges Rodenbach, par E R N E S T R É V I L (Bruxelles, Société\nbelge de librairie).\n   P O É S I E : L'amphore, par JEAN         SEGRESTAA ( P a r i s , P e r r i n ) . — Paris la\nprostituée, par ALBERT DU B O I S ( P a r i s , Sansot). — Les Wallons,         p a r ALBERT\nDU Bois (Idem). — Chimère et réalité, par R E N É SLUSE (Verviers, Vinche). —\nNuit d'Egypte, par JEAN DE BÈRE (Paris, P e r r i n ) . — Poèmes, par SYLV.\nBONMARIAGE ( P a r i s , Société française d'éditions modernes).\n   R E L I G I O N : Un séjour à Lourdes, p a r ADOLPHE R E T T É ( P a r i s , Messein).\n  R O M A N S : La mort de Philae, par P I E R R E L O T I (Paris, Calmann-Levy). —\nLe couple invincible, par LOUIS LEFEBVRE (Paris, Perrin). — Les deux routes,\npar   PAUL    TANY     (Idem).   —    Un    libérateur,   par LÉON     THEVENIN       (Idem).\n— Historiettes de Wallonie, par MAURICE DES OMBIAUX (Charleroi, Hallet).\n— Provinciales, par JEAN GIRAUDOUX (Paris, Grasset). — Le prix de la vie,\npar H E N R I DAVIGNON ( P a r i s , P l o n ) . — Les demoiselles de la poste, par P A U L\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "336                                  DURENDAL\n\n\nBONHOMME ( I d e m ) . — Les anxiétés de Thérèse Lesieure, par E T I E N N E     BRICON\n(Idem). — Attitudes, par SYLVAIN BONMARIAGE (Paris, Société française d'édi­\ntions modernes). — Ma cousine et mon ami, p a r P A U L M E L O T T E (Bruxelles,\nLarcier). — Le baron de Lavaux Sainte Anne, p a r SANDER PIERRON ( I d e m ) .\n  SOCIOLOGIE          : La démocratie vivante, par GEORGES DEHERMES (Paris,\nGrasset).\n   V A R I A : Vers Rome, par GEORGES SOHIER (Charleroi, Gobbe-Van de Mergel).\n— Ce que les pauvres pensent des riches, par FERNAND NICOLAY ( P a r i s , P e r r i n ) .\n— Les réflexions de M. Houlette, notes sur l'éducation par FRANÇOIS DE W I T T ­\nGUIZOT ( P a r i s , Perrin). — Théodore Hauben, médecin. U n e vie belge au XIXe\nsiècle. Récit d ' u n a m i , par EDMOND PICARD. Avec un frontispice d'Odilon\nRedon et trois portraits gravés p a r L o u i s e Danse (Bruxelies, Larcier).\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": ""}, {"page_pdf": 395, "texte": ""}, {"page_pdf": 396, "texte": ""}, {"page_pdf": 397, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1909-05", "signet_source": "Seizième année - N°5 - Mai 1909 (?)", "preuve": "Couvertures absentes. Livraison pages 273-336, suivant la livraison précédente (pagination continue). La Chronique d’art évoque une exposition Vinçotte « dans le courant du mois d’avril dernier » ; Le Cercle d’art anversois De Scalden « fêtera le 9 mai prochain » son cinquième anniversaire ; les Notules citent le numéro du 15 mars de L’Art flamand et hollandais ; « Mon chêne » : juillet évoqué dans le texte, « L’Orage » daté de Lackbors, 1908.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}