{"numero_id": "ulb-durendal-1910-livraison01", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1910-livraison01-001", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1910-000-017_f.pdf", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 19, "titre_corps": "Garite", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Stiernet", "ancre_debut": "Garite PIERRE Chaîneux n'avait point averti", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1763, "texte": "Garite\n\n               PIERRE Chaîneux n'avait point averti de son arrivée.\n                    En face de la petite maison close, il se sen­\n                 tit ému comme devant un tabernacle fermé.\n                    C'était à son cœur, autant qu'au vieux couple,\n                 qu'il ménageait la surprise: besoin de saisir sur\n                 le vif ces chères vies vacillantes, dont la soli­\n                 tude, de loin, lui inspirait des inquiétudes,\n                 dont la douceur et le calme, à chaque retour,\nrassuraient sa filiale tendresse.\n   Il poussa la porte avec précaution, s'engagea sur la pointe\ndes pieds dans le corridor, écouta un moment, puis entra.\n   Par l'unique fenêtre, le ciel inondait la cuisinette. Sur la\npierre extérieure, un chat gris, blanc et roux, faisait le gros dos,\nen murmurant quelque chose du bout de son museau rose collé\nà la vitre. La table était posée entre le jour et le poêle, et l'on\natteignait facilement, sans se lever, l'anse de la cafetière qui\nchauffait. Trois tasses entouraient la soucoupe aux prismes\nblonds de sucre candi.\n   Dans son fauteuil adossé au mur, sous le petit miroir, le vieil\nhomme, les lunettes sur le bout du nez, lisait une lettre qu'il\ntenait très haut entre ses mains fanées.\n   Les deux vieilles accoudées qui se faisaient face l'écoutaient\nde toutes leurs minces figures ratatinées, de leurs oreilles, de\nleurs yeux qui clignotaient, de leurs longs mentons qui\nremuaient, remuaient.\n   Pierre interrompit la lecture par son bonjour et ses baisers :\n   — Hie ! C'est notre Pierre!\n   — Bonjour, mon fils !\n   — Bonjour, mon garçon !\n   — Tiens ! Garite ! dit après le jeune homme reconnaissant\nla visiteuse.\n   Quelles bonnes nouvelles, Garite ?\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "6                           DURENDAL\n\n\n   — Bé..., répondit la petite voix chevrotante, elles ne sont pas\nsi bonnes..., pas encore si bonnes...\n   Pierre interrogea son père du regard :\n   — Il y a, dit le vieillard, que François, le fils de Garite, est\nun peu malade. Il a écrit. Il reviendra ce soir. L'air du pays le\nremettra.\n   — On est vite guéri, près de sa maman, assura Pierre,\nentourant de son bras le cou de sa mère.\n   Le café, versé dans les tasses, embauma, et les trois bouches\nusées, avares de mots, roulèrent entre leurs gencives les durs\net savoureux morceaux de sucre, en humant, à minces filets, le\nliquide brûlant.\n   Pierre racontait :\n   — Nous allons nous mettre un mois au vert. Les enfants ont\nle sang pâle...\n   — Pauvres petits ! fit la grand'maman attendrie.\n   J'ai trouvé une ferme amusante, au bord de l'Ourthe, en\nArdennes. Une vraie ferme, avec des chevaux, des vaches, des\npoules, du fumier, des jambons et des saucisses au plafond, le\ntout à l'abri des dangers de la route. Des montagnes, des ruis­\nseaux, une grande prairie pleine d'arbres dont on peut cueil­\nlir les fruits à la main et les croquer ; des sites délicieux que je\npeindrai.\n   J'accours vous embrasser avant de partir; les autres viendront\naprès les vacances.\n   Les vieux regardaient tendrement leur fils, l'oeil rieur, la\nbouche mi-ouverte, et ponctuaient de petits mouvements de\ntête et de mots brefs.\n   Garite, distraite, ayant tenu longtemps les yeux sur le rond\nclair du poêle, les leva lentement vers l'horloge :\n   — Oh ! ho ! Quatre heures ! Quasi temps que j'aille mettre\nbouillir mon coquemar. Il sera sûrement ici vers cinq heures.\n   Garite égoutta sa tasse, se leva, tapota son tablier et resserra,\nsous son menton, le noeud empesé de son béguin blanc.\n    Les autres s'apprêtèrent à la reconduire. Tous quatre res­\n tèrent un instant debout, appuyés à la table, sans rien dire :\n    — Ehè... Ehè...\n    Ils firent une halte près du chambranle de la porte :\n    — On est tout raide.\n    Puis, une seconde, au milieu du corridor :\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "                              GARITE                              7\n\n    — Pourvu maintenant qu'il n'ait rien de grave...\n    Après quelques pas, ils s'immobilisèrent encore un peu avant\n d'arriver au dehors :\n    — Enfin, enfin... on verra... A la garde de Dieu!\n    En face d'eux, sur le seuil de sa maison, Lemaire regardait\n affairé vers le haut de la rue, en appelant sa femme occupée à\n l'intérieur :\n    — Bâre! Bâre! Viens voir! Hein, milbieu! encore un qui\n s'est fait prendre!\n    Un cortège assez inattendu descendait. Deux hommes, bour-\ngeron bleu et. casquette galonnée des ouvriers du chemin de fer,\nportaient une civière. Un autre cheminait à côté. Des gamins\n suivaient silencieux.\n    — Qui est-ce?\n    Celui qui marchait le premier fit un mouvement dès qu'il\n aperçut Garite. Il se retourna et parla à son compagnon. Puis,\n ils déposèrent leur charge.\n    Lemaire, le vieux Chaîneux et son fils s'avancèrent; les deux\nfemmes qui étaient restées en place, le cou tendu curieusement,\nvirent les arrivants qui expliquaient quelque chose à voix basse,\nen jetant parfois vers elles un regard furtif.\n    Ils soulevèrent un coin de la couverture étendue sur la\ncivière : les dos se courbèrent, les têtes se rapprochant pour voir.\nAprès deux minutes de consultation, le père Chaîneux revint\nseul ; il paraissait embarrassé :\n    — Garite, il ne faut pas vous effrayer : c'est François. A la\nstation, il s'est senti très faible. Les hommes ont cru bien faire\nen le rapportant. Mais, il n'a rien, rien du tout...\n    La peau de Garite devint d'un mat cireux qui rendit visible\ntout un duvet de poils blancs. Ses paupières battirent. Dans\nles lèvres, les ailes du nez, le front, les joues, passa un éclair\nde peine aiguë. Elle s'appuya au mur, en chuchotant :\n    — Jésuss... Jésuss-Mariâ...\n    Cette vague forme humaine, étendue inerte sous la couver­\nture, au milieu du groupe, avec les trois aspérités immobiles de\nla tête, des mains et des pieds, était funèbre.\n    On mit à nu les traits de François. Il apparut mangé par la\nmaladie. Ses pauvres yeux perdus dans les profondeurs du\ncrâne s'efforcèrent de sourire à sa mère.\n    — Qu'as-tu donc, valet?\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2099, "texte": "8                          DURENDAL\n\n\n    — Ce n'est... que de la fatigue, mère, répondit-il d'une voix\n faible et entrecoupée; cela passera.\n    — Mon pauvre Tchetchet..., dit-elle, l'appelant de son nom\n d'enfant.\n    Elle voulut l'embrasser; mais c'était trop bas. Entraînée par\n le poids de son corps, elle tomba sur le malade, figure contre\nfigure, et, sans essayer de se relever, le baisa bruyamment, à\ncoups répétés, jusqu'à ce qu'on la soulevât.\n    On se remit en marche lentement, par la rue étroite de la\nChampanette.\n    Garite tenait la main de son fils. Le regard qu'elle attachait\nsur cet homme grisonnant était imprégné de la tendresse\nqu'elle éprouvait un demi-siècle auparavant, quand elle admi­\nrait l'enfant rose dans son berceau.\n    Elle répétait :\n   — Mon pauvre petit Tchetchet...\n    Le malade fut déposé sur le lit de sa mère, dans la chambre\nexiguë et blanche où il y avait tout juste de quoi s'en aller en\npaix : un christ en cuivre, une gerbette de buis vert passée sous\nla nuque; un bénitier soutenant un rosaire; un bout de cierge\njaune qui avait touché des mains redevenues poussière,\nentouré d'une collerette de larmes figées pendant les râles et les\nderniers soupirs.\n    Quand Garite fut assise seule, sur la chaise touchant la\ncouche, d'une main serrant celle de son fils, de l'autre égre­\nnant son chapelet, une sécurité rasséréna son âme naïve et\nfalote. Tout danger, lui semblait-il, avait disparu. Et elle se\nrappela un jour lointain où elle l'avait ainsi veillé, parce qu'il\navait pris une grosse fièvre à l'école.\n\n\n  Le soir, dans la chaude intimité de la minuscule cuisine,\nPierre Chaîneux, entre son père et sa mère, repensait à Garite.\nCette rencontre avait suscité, dans sa mémoire, l'irradiation\nsoudaine d'une partie de son enfance.\n  Autrefois, chaque quinzaine, Garite se réinstallait dans ce\ncoin où il se trouvait lui-même à ce moment. On voyait, sur le\ntabouret de chêne, ses deux pieds dans des chaussons de flanelle\nblanche bordés de rouge. Ses fins sabots, à brides dentelées,\nreposaient sous sa chaise. La journée entière, l'aiguille de la\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "                              GARITE                             9\n\ncouturière dansait au bout de son bras agile. Elle confectionnait\ndes tabliers, taillait de petites robes dans de vieilles capes,\nrecoupait des jambes de culottes, ajustant aux corps des cadets\nla défroque des aînés.\n   A la tombée de la nuit, elle passait ses beaux doigts fuselés\nsur ses yeux et disait :\n   — On n'y voit plus guère, Dadite.\n   — Il est trop tôt pour allumer le quinquet, répondait la\nmaman Chaîneux; et vous avez assez travaillé. Reposez-vous un\npeu, Garite, en attendant le souper.\n   Alors, Garite repoussait le tabouret, rechaussait ses sabots.\nElle asseyait le plus jeune sur ses genoux et, les autres l'en­\ntourant, elle commençait des histoires.\n   Pierre lui devait la fantastique et inoubliable vision d'arbres\nchargés de fruits lumineux entre lesquels évoluaient une bande\nde singes malins.\n   Plus tard, il avait un jour retrouvé, dans les Lettres persanes,\nle fond d'une fable de Garite, où étaient contées les aventures\nd'un homme qui éternuait des rats ; et il s'était demandé dans\nquel monde antérieur Montesquieu avait bien pu rencontrer la\ncouturière hesbignonne.\n   Quand elle avait dévidé son rouleau, elle reparlait de\nson fils François dont elle se montrait très fière, surtout\ndepuis qu'il était devenu commis au département des che­\nmins de fer :\n   — C'est lui qui fait rouler les trains, disait-elle.\n\n\n  — C'est une courageuse, affirma la mère Chaîneux. Elle a\nsupporté bien des malheurs.\n  — Et quelle jeune fille, à vingt ans! continua le vieux. C'était\nla fleur! grande, fine, noire, leste, rieuse, parée d'un rien!\nAvec cela, regardant droit devant elle; une perle, enfin, on en\naurait fait une reine!\n  — Oui, mais, voilà... voilà... Elle a porté ses croix.\n  — Son homme est mort jeune? demanda Pierre qui ne se\nsouvenait pas d'avoir entendu parler du mari de Garite.\n  Les deux vieux se regardèrent et, après un temps :\n  — Son homme, mon fils, son homme était un « mauvais »,\nrépondit la femme, en chargeant ce mot de mépris.\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2087, "texte": "10                          DURENDAL\n\n\n   Il y eut un silence et Chaineux, qui débouchait sa pipe dans\nle creux de sa main, s'arrêta :\n   — Son homme venait du haut pays. Le Savonnier était son\noncle. Il travaillait comme puddleur à Seraing. Rude garçon,\nbien droit, l'œil franc...\n   Le vieux prit à terre le petit pot qui tenait frais son tabac et\nle serra entre ses genoux, s'apprêtant à bourrer ;\n   — Lorsqu'ils se sont mariés, il n'y avait pas un couple aussi\nbeau dans toute la province.\n   Ils habitaient, près du pont, la maisonnette du garde\nchampêtre. Le garçon y rentrait le samedi soir et n'en sortait\nque le lundi matin, à l'heure du train qui le remportait vers\nl'usine. Jamais, on ne le voyait jouer aux quilles ou tirer à\nParc avec les autres. Même, qu'on le plaisantait :\n   — Attention, camarade!\n                 Jeune marié trop au logis,\n                 O est, pour plus tard, les soucis!\nMais, il adorait sa femme et laissait dire.\n   François vint au monde. Je ne pense pas qu'un homme ait été\nplus heureux que le puddleur, tenant, à côté de Garite, son\npetit fieu dans ses bras...\n   Chaîneux s'interrompit.\n   Il leva sa pipe au-dessus de sa tête renfoncée dans ses épaules\net écarquilla les yeux en poussant les lèvres :\n   — Il y a des choses que le diable seul peut expliquer, dit-il\nlentement et plus bas. Un lundi, il quitta la maison comme de\ncoutume, après avoir embrassé sa famille et s'être si souvent\nretourné pour les voir encore, que le train faillit partir sans\nlui et... jamais, jamais plus, il ne revint!\n   — Mais si, papa, intervint la vieille, tu te trompes...\n   — Oui, oui, oui... on a dit, on a dit, on a dit... mais que ne\ndit-on pas et qui a dit? On a dit qu'on l'avait vu quelques jours\nplus tard descendre à la station et repartir le même soir, sa\nbesace sur l'épaule; mais ce sont là des propos de commères.\nOn a dit, on a dit... continua-t-il, balançant la tête à droite,\npuis à gauche, les yeux fermés; et il ajouta d'un ton péremp­\ntoire :\n   — On ne l'a jamais revu.\n   Maman Chaineux avança fortement ses lèvres serrées et plis-\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1807, "texte": "                              GARITE                             11\n\n\n\nsées et remua plusieurs fois la tête de haut en bas en tenant\nles paupières baissées et en pliant un tout petit coin de son\ntablier :\n   — Ehè... Ehè...\n   — Et Garite ? demanda Pierre.\n   — Garite, après avoir usé ses yeux à pleurer, s'est mise à\ntravailler pour élever le gamin ; on lui a donné à coudre par\ncompassion et, ma foi, elle s'en est tirée.\n   Maintenant j'ai bien peur — le vieux filait sous son index\nl'obourg' qu'il enfournait méthodiquement — j'ai bien peur\nqu'elle ne soit sur le Golgotha.\n   — C'était un « mauvais », répéta la femme, un sans-cœur!\n   Pauvre Garite!\n\n\n   Le lendemain, quelqu'un vint dire :\n   — François « a passé » pendant la nuit.\n   Un parent éloigné avait emmené avec lui la mère si durement\néprouvée.\n   Dans la petite chambre blanche et nue, veillé par des voi­\nsins, François, les traits calmes, dormait du grand sommeil,\nFrançois qui était venu mourir chez sa vieille maman.\n\n                                II\n\n   En embrassant ses parents, pour partir, Pierre Chaîneux\nsentit son cœur se gonfler tellement que les larmes jaillirent de\nses yeux.\n   Deux jours après, installé avec sa femme et ses enfants à la\npetite ferme ardennaise, il n'était pas encore parvenu à secouer\ncomplètement la pénible impression qu'il avait emportée de\nHesbaye.\n   Son âme restait dans l'ombre de l'épisode douloureux.\n   Après souper, sept ou huit pensionnaires de la terme Mégin, as­\nsis contre le pignon de pierre grise, savouraient lapoésie du soir.\n   Bien que côte à côte, les groupes ne se mêlaient point.\nL'obscurité ménageait à leur intimité de petits refuges que le\nbruit des voix ne franchissait pas. Soudain, l'éclair de l'allu­\nmette d'un fumeur dessinait une figure qui s'évanouissait\naussitôt.\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "12                          DURENDAL\n\n\n   La lumière de la lune, passant à travers les créneaux de l'an­\ntique château de Lognes, glissait parmi les feuillages et arrivait\nà peine dans l'étroit vallon.\n   De l'autre côté de l'habitation, l'Ourthe tragique et noire\ncoulait sans bruit, contournant la montagne.\n   En face, la fenêtre éclairée du chalet voisin piquait la masse\nsombre, et l'on entendait très douce et très distincte l'âme de\nChopin qui pleurait dans la nuit.\n   Parfois, un glouglou du ruisselet, séparant la part du seigneur\nde celle du fermier, attirait le regard sur le jeu rapide des petits\nmoulins à palettes que les enfants avaient laborieusement éta­\nblis dans le courant pendant le jour.\n   Une ombre se dessina vaguement à gauche et précisa ses\ncontours en arrivant devant la maison à pas lents. Le corps était\nmaigre, légèrement voûté. La tête abritée par un chapeau plat\nà large bord, se penchait et étalait sur la poitrine une barbe\népaisse et longue.\n   L'arrivant ne parut deviner personne.\n    Pierre Chaîneux crut remarquer que le personnage avait les\njambes couvertes de poils roux.\n   — Voilà un vieux faune promenant sa rêverie, pensa-t-il.\n    Une voix dit :\n    — L'oncle Remacle...\n    L'apparition disparut au tournant du bâtiment.\n    Le lendemain, le peintre reconnut sans peine la divinité\nsylvestre. C'était près du mamelon vert derrière lequel l'Ourthe\n et la Lambrée mêlent leurs ondes, à l'heure douce où les\nchoses, dégagées de la longue étreinte du soleil, prennent un\n air d'abandon familier.\n    L'oncle Remacle, sur le bord opposé, une gaule à la main,\n avait relevé jusqu'aux genoux sa marronne de velours brun\n côtelé que Pierre avait pris pour du poils roux. Au-dessus de\n la mince cheville, la ligne de la jambe aux muscles fins se\n dessinait avec une grâce juvénile.\n    Il chassait devant lui les vaches et le mouton qui revenaient\n de la pâture. Les bêtes habituées au passage du gué, entraient\n dans l'eau sans hésiter, s'y arrêtaient pour humer quelques claires\n et fraîches lampées, ou regarder autour d'elles en meuglant.\n    Pierre s'amusa à suivre le conducteur et le troupeau rega­\n gnant les étables.\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "                             GARITE                             13\n\n\n   Par la suite, il ne tarda pas à s'apercevoir que l'oncle\nRemacle, le frère de la fermière, occupait une place spéciale et\nplutôt inférieure dans le personnel de la maison. On semblait\nl'ignorer. Il partait pour plusieurs jours, logeant aux champs,\nsur le bout de terrain caillouteux qu'il bêchait péniblement.\nUn gamin traînaillait, pendant dix ou douze heures, un panier\net une cruche pour lui porter sa pitance. Un soir, le vieillard\nrevenait de son pas automatique et lent. On ne lui parlait pas\nplus que s'il se fût absenté une heure. Il allait s'asseoir sur un\ntronc d'arbre, près du fournil, les coudes aux cuisses, le dos\ncourbé, les yeux à terre. Puis, après un temps, il relevait le\nbuste, s'appuyait au mur et son regard se perdait dans les\nétoiles. Sa pipe bourrée restait longtemps dans sa main sans\nqu'il pensât à l'allumer.\n   La forme de son corps, sa tête de vieil ascète, son regard\ndroit et pénétrant sortant des broussailles de l'orbite, son allure\ngénérale concordaient peu avec l'apparence de l'ordinaire\npaysan ardennais. A n'en pas douter c'était un déraciné. Pierre\nChaîneux se sentit attiré vers lui, autant par son taciturne\nisolement que par le pittoresque de sa personne.\n   Une vesprée, le peintre s'attarda avec son garçonnet dans\nl'agreste ravin de Verlaine. L'enfant éprouvait tant de plaisir à\ntraverser et à retraverser le ruisseau, en sautillant de l'un à\nl'autre sur les blocs glissants jetés en chapelet dans l'eau, et\ncet exercice lui donnait de si belles joues rouges, qu'ils en\navaient oublié l'heure.\n    Ils longèrent la hauteur de Tohogne, dans la sente courant au\npied, sous les derniers arbustes. A leur droite, s'éveillaient les\nbruits nocturnes de la montagne : courses rapides de belettes\ndans les feuilles, glapissements de renards, vol sourd de chats-\nhuants. A leur gauche, les merveilleux rochers de Sy se dres­\nsaient tout mauves sous la clarté de la lune.\n    Ils aperçurent au loin les lumières de la ferme. Arrivés en\nface des constructions dont la rivière les séparait, ils se mirent\nà crier sur un ton traînard, comme ils l'avaient entendu faire :\n    — A l'aiwe! A l'aiwe!\n    Le fausset de l'enfant et la voix grave de l'homme alternaient\ndans le silence.\n   Au passage d'eau, à quelque trente mètres en amont, on les\nattendait.\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "14                            DURENDAL\n\n\n   Au bord de la rivière, encaissée et sombre, qui apparaissait\nau détour, comme si elle sortait du flanc de la montagne en\nexhalant des gémissements étouffés, le vieillard barbu, debout\ndans le bachot, souleva son chapeau pour les saluer.\n   — Bonsoir, monsieur Remacle.\n   — Ne lâchez pas le petit, monsieur, dit le passeur.\n   Il s'assura qu'il avait été obéi, puis tira sur le câble tendu, et la\nbarque, traversant, silencieuse, alla cogner les galets du pré Mégin.\n   Pierre sauta à terre avec son fils. Pendant que l'oncle Rema­\ncle enroulait la chaîne au pieu d'attache, il se sentit frissonner.\n   — L'Ourthe m'effraie, murmura-t-il.\n   — Elle est méchante, monsieur, répondit le vieux — et traî­\ntresse. J'en ai plus peur que vous.\n   Je n'oublierai jamais, dussé-je vivre autant que les pierres, ce\nqui se passa ici il y a une dizaine d'années, ajouta-t-il.\n   Il baissa la tête et sa voix s'assourdit.\n   — Vers cette même heure, on héla, du sentier; ce fut moi qui\nvins. Un voyageur descendit dans la barque accompagné d'un\ngarçonnet, un beau petit garçon comme le vôtre, monsieur,\nqui me regardait avec des yeux vifs et curieux, et qui tenait à\nla main une branchette fleurie de chèvrefeuille.\n   Il s'assit à l'arrière, pendant que son père restait debout à\nme parler.\n   Quand la pointe du bateau glissa sur les cailloux de cette\nrive, l'homme se retourna et poussa un cri :\n   — Lucien ! Lucien !\n   L'enfant n'était plus là. Nous n'avions rien entendu.\n   L'étranger sauta dans l'Ourthe, en hurlant :\n   — Lucien ! Lucien ! Mon petit Lucien !\n   On aurait cru que c'était une bête blessée. Le monde de la\nferme se jeta dehors. Durant la nuit, muni de lanternes, de\nlampes, de torches, de chandelles, on explora la rivière, les\nprés, la montagne...\n   Rien!\n   Le pauvre homme était fou de douleur. Il ne cessait de san­\ngloter, d'appeler, de maudire. Il voulait se tuer.\n   Quelques-uns se dirent — sans réfléchir à coup sûr — que\nl'enfant avait pu sortir de l'eau et se perdre. Ils gravirent les\nhauteurs, fouillèrent les campagnes du sommet, poussèrent jus­\nqu'à Tohogne, Filot, Herbet, Bornai...\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "                              GARITE                             15\n\n\n   Peine inutile !\n   Le matin, on retrouva le petit cadavre là-bas, au tournant,\nsous la Roche percée, où l'on prend les gros barbeaux.\n   — Grand Dieu ! C'est affreux ! s'écria Pierre épouvanté.\n   Il saisit son fils dans ses bras et courut vers la ferme, Je ser­\nrant contre sa poitrine, les yeux pleins de larmes, tandis que\nl'oncle Remacle, de son pas de juif-errant, allait s'asseoir au\npied d'un pommier, le dos contre l'arbre.\n   Après le souper, Pierre Chaîneux, un peu surexcité, alluma\nsa pipe et retourna seul vers le passage d'eau.\n   Le vieillard était encore immobile à la même place.\n    - Vous étudiez les étoiles, monsieur Remacle ?\n   — Je les connais bien, allez, monsieur ! Nous aurons demain\nun beau dimanche; le chemin de Saint-Jacques est clair, répon­\ndit le vieil homme, en désignant la voie lactée.\n   — Votre histoire de tantôt m'a ému, dit le peintre, en s'as­\nseyant à côté de l'oncle Remacle. Je ne parviens pas à oublier\nl'enfant qu'on a retrouvé à la Roche percée...\n   — C'est là qu'ils vont tous, monsieur. Le tourbillon les\nemporte. Ils cognent contre le rocher, sont roulés sur eux-mêmes\net reviennent en arrière. Ils recognent, jusqu'à ce que leur pauvre\ntête, pelée comme s'ils avaient été happés aux cheveux par\nune courroie de machine, entre, d'un coup plus fort, dans une\nfente de la pierre et y reste tenue. Les deux pieds battent la\nsurface...\n   Après une pause :\n   — C'est là aussi qu'on repêcha, il y a trois ans, le lundi soir\nde la fête de Vieuxville, mon neveu Théodore, que le bon Dieu\nait son âme !\n   Ma sœur Thérèse a failli en mourir...\n   — D'aimer leurs enfants, les parents meurent, dit mélanco­\nliquement Pierre.\n   — Les enfants les font vivre aussi, riposta l'oncle Remacle ;\nils vous tiennent là, ajouta-t-il en frappant sa poitrine à petits\ncoups espacés.\n   Le ton de ces paroles étonna le peintre. Il avait entendu une\nautre voix.\n   — Vous n'avez jamais été marié, vous, monsieur Remacle?\n   Le vieillard, surpris par cette question, fixa quelques\nsecondes sur son interlocuteur deux grands yeux impassibles.\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": "16                            DURENDAL\n\n\n   Pierre en ressentit une espèce de gêne et de vague frayeur;\n un frisson lui courut le long de l'échiné.\n   L'oncle Remacle ravala avec peine sa salive, laissa retomber\nplus profondément la tête sur la poitrine, plongé dans un\nsilence troublant.\n   Puis, sans se relever, il reprit, alentissant davantage ses mots,\ncomme si chacun lui arrachât du corps une petite parcelle de son\nâme :\n   — Je ne voulais pas rester un paysan. J'ai quitté la maison\ntout jeune, pour m'instruire. Je suis devenu « ouvrier de fer ».\nJe me suis marié à l'étranger. Je me suis marié par amour.\nNous avons eu un bel enfant. Six mois après, elle m'a trahi...\nelle m'a trahi. Un jour que je rentrai malade, sans être attendu,\nj'en trouvai un autre à ma place. Je suis parti...\n   Ah! monsieur, si je n'avais écouté que mon chagrin, j'aurais\nfait un malheur; mais, je me dis que le petit aurait peut-être\nbesoin de mes bras...\n   La narrateur baissa la voix et fit une pause inattendue, sa\npensée étant tout à coup tombée à genoux sous un fardeau trop\nlourd.\n   — J'ai continué à vivre — à vivre... répéta-t-il d'une voix\nd'ironie souffrante, avec un rapide haussement des épaules.\n   Après un silence :\n   — La mort de mon beau-frère Mégin m'a rappelé ici. J'ai\naidé ma sœur à élever ses onze enfants.\n   Lui, c'est un homme, sans doute... Je dis tous les jours un\navé pour le revoir avant le dernier sacrement.\n   Pierre Chaîneux, vivement remué, rapprochait involontaire­\nment dans son esprit, cet infortuné père, de la pauvre Garite\nqu'il venait de quitter.\n   — La vie, c'est souffrir, monsieur Remacle, dit-il enfin.\n   — Crois-moi, mon fils, vaut encore mieux les voir mourir...,\nprononça le vieux, en balançant lourdement la tête sans ache­\nver son idée.\n\n\n   La ferme dormait. Toutes les choses étaient assoupies, hors\nle vent, les eaux, les lumières du ciel et la douleur qui assurent\nla continuité de l'âme du monde et ne sommeillent point.\n   — Nous irons nous reposer, proposa Pierre.\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "                              GARITE                             17\n\n   Il aida l'oncle Remacle à se mettre debout. Celui-ci sem­\nblait ne plus rien voir, ne plus rien entendre. Il s'appuyait\npesamment sur le bras de son compagnon, pareil à un blessé\nqu'on vient de relever sur un champ de bataille.\n   Les deux hommes s'étaient en peu d'instants transformés\nl'un vis-à-vis de l'autre. Le peintre soutenait avec une tendresse\ninfinie et un respect compatissant cette arche sainte d'une souf­\nfrance qui s'abandonnait.\n   Lorsqu'ils se quittèrent et qu'il vit ce simple vieillard, tassé,\nrapetissé, avançant à peine, gagner péniblement le fenil,\nquelque chose s'effondra dans son être et il trembla de tous ses\nmembres, comme devant une effroyable fresque du Dante.\n\n                                III\n\n   Pierre, avant de monter à sa chambre, passa par la cuisine.\nIl prit, à sa place ordinaire, sur le dressoir, entre les tasses\ndorées, la farde de correspondances que Prosper, l'aîné des\nMégin, piqueur aux chemins de fer, rapportait de Hamoir, sa\njournée faite.\n   Il s'approcha de la fenêtre pour lire les adresses au rayon de\nla lune. Une lettre de faire-part de décès lui était destinée. Il\nl'ouvrit :\n   La vieille Garite était morte.\n   Il éprouva presque un soulagement.\n   Elle a assez souffert, pensa-t-il, pourquoi vivre encore?\n   Lorsque la perte des enfants brise autour des vieux le cercle\nlumineux qui leur tient le cœur chaud et les empêche de voir\nau delà, leurs jours ne sont plus qu'une agonie torturante.\n   Pauvre Garite!\n   La soirée avait été trop tragique. Il sollicita vainement le\nsommeil; la nuit s'étira en heures de lugubres cauchemars.\n   Quand le soleil blanchit la vitre, il se glissa doucement\n dehors.\n   Un brouillard épais envahissait la vallée. Les arbres et les\nmontagnes apparaissaient en formes indécises, très douces à\nl'œil, à travers cette blancheur pétrie de clarté. Tout était silen­\ncieux, les oiseaux pour chanter attendaient que le maestro levât\n son bâton d'or.\n   Pierre crut distinguer une silhouette humaine dans la prairie.\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "l8                           DURENDAL\n\n\n   — Quelque pêcheur qui braconne, se dit-il.\n   Il fut bien étonné de reconnaître l'oncle Remacle. Il alla vers\n lui:\n   — Déjà levé, monsieur? demanda le vieillard.\n   Ses joues creuses et pâlies, ses yeux plus ternes annonçaient\nque, pour lui non plus, le repos n'avait guère été réparateur.\n   — Pas si matinal que vous, monsieur Remacle, répondit le\npeintre.\n   — A mon âge, les plus courtes nuits sont trop longues.\n   — J'ai l'intention d'aller voir le soleil se lever sur les rochers\nde Sy, déclara Pierre.\n   — C'est bien beau, monsieur. Je vais vous passer l'eau.\n   Ils marchèrent.\n   — J'ai mal dormi, reprit Chaîneux. J'ai pensé toute la nuit\nà une bonne vieille maman de chez moi, qui a perdu son fils...\net qui est morte hier.\n   — Dieu lui fasse paix! murmura le vieux.\n   Quelques pas plus loin il s'arrêta. Le peintre crut remarquer\nque sa figure se crispait.\n   — Qu'avez-vous, monsieur Remacle? Etes-vous malade,\ndemanda-t-il.\n   — Non, non, monsieur,... ce ne sera rien, ça me prend des\nfois,... c'est l'âge...\n   Ces yeux se remplirent de larmes :\n   — On ne fait plus rien de bon sur la terre..., soupira-t-il.\n   — Reposez-vous, monsieur Remacle; je prendrai par les\nhauteurs.\n   Mais le vieillard s'obstina. Il détacha la barque.\n   L'Ourthe avait grossi pendant la nuit. Elle coulait avec rapi­\ndité; les deux hommes unirent leurs efforts pour maintenir le\nbachot le long du câble.\n   Pierre sauta à terre.\n   — Merci, monsieur Remacle; à tantôt.\n   Et il s'enfonça sous bois.\n   Le passeur quitta le bord.\n   Au milieu du courant, une lourde vague, grise et muette,\nbondit hors du brouillard, et, se riant de la main débile qui\ns'accrochait à la corde de fer, enleva la barque sur son dos\nhumide.\n   La nacelle se dérobant sous ses pieds, l'oncle Remacle tomba\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 611, "texte": "                            GARITE                          19\n\n\ndans la rivière, et l'Ourthe sournoise roula sans bruit l'homme\net l'embarcation dans la ouate opaque du matin.\n\n\n  Une heure plus tard, Pierre Chaîneux revenait tout le long\nde l'eau vers la ferme Mégin. Des épaves qui descendaient\navaient attiré son attention.\n  Il s'arrêta à regarder le tourbillon du gouffre aux gros bar­\nbeaux.\n  Soudain, il aperçut un corps dans le tournoiement écumeux...\n  Une pauvre tête qui cognait et recognait contre la haute et\nimpitoyable porte de pierre.\n                                         HUBERT STIERNET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1910-livraison01-002", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1910-000-017_f.pdf", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 20, "page_fin": 21, "titre_corps": "Un Prélude", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "Un Prélude Je t'écrirai des vers légers", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "Un Prélude\nJe t'écrirai des vers légers comme une écharpe\nDe gaze et de soleil qui flotterait sur toi,\nEt je te chanterai dans des accords de harpe...\n\nDes vers mystérieux,  pareils à les émois,\nLorsque je prends en main ta main, pour mieux          comprendre,\nPareils au tremblement infléchi de ta voix...\n\nJe t'écrirai des vers alanguissants et tendres\nComme les violons qui meurent dans les nuits\nD'été avec des sons qui tombent pour     reprendre,\n\nS'enlacent langoureux,  s'abandonnent — et puis\nSe reprennent encore et semblent se suspendre\nEn un geste câlin au dernier son qui fuit...\n\nJe t'écrirai des vers de polkas  enfantines,\nDont les mots sauteront en pizzicati   clairs\nDans les allégrettos des jeunes   mandolines,\n\nTandis qu'un rythme neuf et vif, bref et divers,\nComme un frappement gai de petites bottines,\nScandera en dansant la coupe de mes airs...\n\nJe t'écrirai des vers pareils à des fontaines,\nQui monteront vers toi en des bruits de grelots,\nVenant de la fraîcheur intarissable et pleine,\n\nVenant avec des chants, des rires et des mots,\nEt qui te rediront mes gaîtés et mes peines\nEn faisant bouillonner les flots après les flots...\n\nJe t'écrirai des vers faits d'extase infinie,\nPresque silencieux dans leur calme       d'amour,\nPaisibles, recueillis, pareils aux nuits bénies,\n\nPareils aux nuits sans brise où l'on oublie le jour,\nEt où l'âme, perdue en l'unique    harmonie,\nNe connaît plus le temps et rêve à des Toujours..\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 480, "texte": "                        UN PRÉLUDE                                   21\n\n\nJe t'écrirai des vers immenses et sublimes,\nOù se mêleront l'or des     constellations,\nLes bruits des mers, les vents du ciel, l'orgueil    des cimes,\n\nEt qui crieront à l'univers ma passion,\nEn faisant déferler devant tes pieds candides,\nTout l'océan rythmé des      Inspirations...\n\nO ma Dominatrice...    O mon enfant     timide!\n\n                                                  P I E R R E NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1910-livraison01-003", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1910-000-017_f.pdf", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 22, "page_fin": 26, "titre_corps": "Des Vêpres bénédictines", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Daumont", "ancre_debut": "Des Vêpres Bénédictines APRÈS mon habituel", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2810, "texte": "Des Vêpres Bénédictines\n\n                   APRÈS mon habituel et filial salut à la madone monumen­\n                     tale du mont César, qui dresse sous la coupole azurée du\n                     ciel sa tête si énigmatiquement belle, où l'artiste si juste­\n                     ment réputé M. Van Uytvanck a su allier à la divine\n                     fierté de la Vierge, la bonté conquérante des mères et\n                     ce regard protecteur d'une reine qui veille sur son peuple;\n                     j'escaladais le talus raide qui conduit à la chapelle des\n                     Pères bénédictins. Lorsqu'on se retourne avant de s'enga­\n                     ger dans la plaine qui entoure une partie de l'abbaye, l'œil\njouit d'un splendide panorama. Au pied de la colline, c'est la ville indus­\ntrielle avec ses brasseries haletantes, ses cheminées sombres, crachant une\nfumée pestilentielle et son bassin où dorment de platoniques bateaux de\ntransport; plus loin, c'est la cité universitaire avec les clochers ajourés de\nses vieilles églises, ses couvents et ses chapelles dont les cloches chantent,\ndans un entrecroisement harmonieux de notes cristallines, les gloires de la\nVierge et le bonheur des moines. Nous sommes, en effet, le 15 août,etje m'en\nvais assister, dans un coin du sanctuaire provisoire que les bons fils de saint\nBenoît ouvrent aux amateurs d'art et de symbolisme religieux, aux vêpres\nde l'Assomption.\n   Trois heures sonnaient à l'horloge du monastère...\n    Par une porte latérale, confinant, au maître-autel, les officiants parurent,\nle visage encadré d'un capuchon blanc, les mains jointes, les lèvres\nremuantes. Ils prirent leur place respective au pied de l'autel, tandis qu'au\nfond de la chapelle une autre porte s'ouvrait, laissant entrevoir dans la\nsplendeur rayonnante des cloîtres illuminés par un soleil pétillant d'août,\nle cortège des moines se rendant au chœur. L'abbé marchait à la tête de ses\nreligieux; la croix pastorale le distinguait de ses confrères et je ne sais quel\nair de majesté empreint sur une figure opale d'ascète délicat. Il présenta sa\nmain à baiser au frère portier, saisit le goupillon d'argent, et d'un geste, où\nil mettait la grâce nonchalante d'un bras de pontife qui a tant ressassé la\npompe des liturgies qu'il en est devenu quasi automatiquement solennel et\ngalant, il bénit son escorte, le chœur et la foule ; suivi de la double lignée de ses\nmoines drapés dans leur large coule noire, et de quelques enfants de chœur\nbeaux comme des anges, attifés comme des acolythes de cathédrale, il\ns'avança processionnellement jusqu'au degré inférieur de l'autel pour y faire\nsa première prière à Celui dont il représentait si bien la divine omnipotence.\nTandis que la psalmodie lente et finement rythmée de None passait à travers\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3510, "texte": "                        DES VÊPRES      BÉNÉDICTINES                          23\n\n\n  les rangs compacts des assistants comme une invite aux envolées mystiques,\n  le prélat se laissait habiller. Puis, sur un signe du maître de cérémonie, le\n  groupe se remit en branle : le Pontife, la mître en tête et la crosse à la main,\n  se rendait à son trône pour y entonner le Deus in adjutorium des vêpres.\n     Le trône est le symbole de la puissance abbatiale. A l'intérieur de son\n  monastère, l'abbé est un monarque absolu ; il n'accepte des ordres que du\n Vatican. Il est plus encore : la juridiction épiscopale que ses titres lui\n défèrent sur son humble troupeau d'orantes, l'aveugle sujétion qu'il exige de\n ses subordonnés, le prestige historique dont une tradition de quatorze siècles\n  et une brillante illustration ancestrale ont auréolé son personnage, enfin\n l'apparat des cérémonies où il est traité à l'égal d'un pape; tout cela, et peut-\n être d'autres choses que nous ignorons, ont fait des abbés de nos cloîtres\n contemporains, de prestigieux pontifes. La sensation irrésistible de cet\n ascendant sacré, que les seuls initiés de la liturgie catholique ne prendront\n pas pour de l'idolâtrie, devient plus saillante au fur et à mesure que se\n dessinent les attitudes, que sur les visages se lit la gamme des impressions\n qui remuent l'âme de ces contemplatifs. A chaque fois qu'un comparse\n traverse le trône, il plie le genoux tout comme le croyant qui passe devant le\n tabernacle; s'il s'approche du prélat pour lui présenter un Evangile ou lui\n demander une bénédiction, la rubrique exige qu'il baise sa crosse ou l'éme­\n raude de son doigt : ainsi le prêtre, à l'autel, colle amoureusement ses lèvres\n sur le calice, la patène et la pierre du sacrifice. Mais vient-il à lire quelques\n oremus, entonner une antienne ou un alleluia, la scène prend soudain un décor\n vraiment pompeux.\n    Debout, devant son trône, dans la posture augurale des prophètes antiques,\n le Pontife se décoiffe de sa tiare d'or et dépose sa crosse. A ses côtés, ses\ndeux inséparables desservants tiennent respectueusement le bout de sa chape\n en brocart, un troisième ministre, chamarré de passementeries d'argent et\nde broderies fines, soutient un missel étincelant d'enluminures, un quatrième\nindique la formule sacrée qu'il a seul le droit de réciter, un autre élève à la\nhauteur do ses yeux le chandelier rituel, tandis que le chantre accolé d'un\ndiacre et d'un sous-diacre murmure le ton de l'oraison; au pied du trône\ntrois pages enrubannés, pomponnés, dont l'aîné coquettement affublé d'un\nhumerai de satin rose tient avec une satisfaction presque superbe la mître\npontificale; comme cadre à ce tableau, une double rangée de moines inclinés\net silencieux, une assemblée recueillie, retenant son souffle dans une poitrine\nqu'étreint le grandiose de cet apparat biblique. — Tout cela, le voyageur le\nretrouve à Rome et dans les cathédrales métropolitaines de la chrétienté,\ndans un plus large essort, sans doute, mais non avec plus de pompe, de feu\net de perfection; il le retrouve dans ces mille petites abbayes de saint Benoît,\nde saint Bruno, de saint Norbert et de saint Bernard, disséminées dans les\nsites les plus pittoresques du monde, en face d'une nature solitaire, presque\nsauvage, avec, pour témoins, quelques dévots d'art, quelques affamés d'émo­\ntions religieuses en bas du chœur, et l'œil complaisant de Dieu... en haut !\n                                       *\n                                      * *\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3304, "texte": "24                                     DURENDAL\n\n\n\n   Voilà le régal des yeux. Il y a aussi celui des oreilles et du cœur. Aux\nmagnifiques évolutions d'un cérémonial millénaire, les bénédictins ont joint\nles délicates sensations de la musique sacrée.\n   Peut-on évoquer la musique religieuse sans songer immédiatement au\nchant grégorien et aux moines avisés qui, aux premiers siècles de l'Eglise,\ndonnèrent au plain-chant une impulsion efficace, un essor vainqueur; sans\npenser aussi aux bénédictins qui, dans ces derniers temps, ressuscitèrent la\ncantation originelle, aux dom Pothier, dom Gueranger, etc.? Que le pieux\nPalaestrina, que le grand Allegri me le pardonnent, mais je place au-dessus\nde leurs messes et de leurs miserere, au-dessus des œuvres les plus magis­\ntrales de nos compositeurs modernes, le chant de saint Grégoire qui faisait\nles délices d'Huysmans. Les fils de saint Benoît font de leur chant litur­\ngique une question capitale parce qu'ils ont pour vocation d'être les gardiens\nofficiels de l'Art chrétien. Dès leur début, ils avaient jeté leur dévolu sur\nl'art. N'était-ce pas se montrer son défenseur le plus attitré que de sauver,\nau VIe siècle, ses débris d'un imminent naufrage? Au demeurant, qu'on les\nsuive dans leur histoire, jamais on ne les surprendra déviant de leur tâche\ninitiale. Aujourd'hui, elle leur est restée aussi vaste, aussi haute, aussi belle\nque jadis, parce que, d'une part, l'Eglise cultive le beau et le grand religieux\ncomme elle garde la vérité et reste la règle unique de la morale qui sont\ntoutes deux inspiratrices et conservatrices de la vraie beauté et de l'art par\nexcellence; parce que, d'autre part, les descendants des premiers moines\nd'Occident ont gardé le sens de l'esthétique chrétienne, le goût, j'allais dire\nraffiné, d'une liturgie élégante, correcte et symbolique.\n   Le plain-chant avait été négligé dans le passé, il convenait que ce fussent\nles bénédictins qui le relevassent. Ils se soucièrent donc de faire revivre\nl'archéologie musicale dans sa théorie et dans sa pratique. Qui ne connaît\nles remarquables travaux de l'école de Solesmes ? Dom Pothier parcourt\nl'Europe à la recherche de manuscrits, arrive à en posséder plus de cinquante\nde dates reculées et de contrées diverses; il les confronte et parvient avec ses\nintelligents collaborateurs à restituer les textes primitifs, à livrer des parti­\ntions sans fautes (1).\n   La bulle de Pie X ouvre au chant grégorien une ère nouvelle en même\ntemps qu'elle allume un conflit entre la musique d'église et le chant de\nsaint Grégoire.\n   Pour qui considère le caractère du sanctuaire, le rôle du chant qui n'est\nqu'une prière publique, il n'y a pas de rivalité possible, la palme reste aux\nrestaurateurs du plain-chant. Tout chrétien sincère ne préférera-t-il pas cette\ncantation simple et douce à ces exécutions orchestrales qui lui font l'effet\nd'une séance d'opéra? La musique est un genre essentiellement dramatique ;\nl'Eglise est à l'opposite, n'ayant pour visées ni d'exciter des passions, ni de\nchatouiller les sens. Au surplus, le fracas des orchestres est incompatible\navec la gravité du lieu saint. Le chant porte davantage à la dévotion, il\nenlève à des hauteurs plus immatérielles ; alors que la musique nous entraîne\n\n  (1) Cf. Paléographie musicale, II. Préface 4.\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "                         DES VÊPRES BÉNÉDICTINES                              25\n\n\n dans la sphère profane des rêveries vagues et des ivresses sensibles, le plain­\n chant nous ravit délicieusement dans le monde des songes divins, des prières\n et des extases.\n    Lorsqu'on prête, en effet, l'oreille à cette suave et lente psalmodie, qu'on se\n laisse aller au penchant de ses méditations, aux nostalgiques liquéfactions de\n son cœur, l'esprit se reporte aux premiers chantres de ces psaumes et semble\n entrevoir, devant l'arche hébraïque, des millions de lévites jouant sur les\n psaltérions et les cythares, les flûtes et les hautbois, les tymbales et les trom­\n pettes sacrées, un accompagnement magnifique aux chœurs des prêtres,\n tandis que David, « emporté par le torrent de la musique sainte, mêlait sa\n grande voix aux hymnes royales et prophétiques dont il répétait les refrains :\n Amen! Alleluia! Laudate ! Quoniam in saeculum misericordia ejus !\" Puis aux\ncatacombes où nos frères chantaient avec un séraphique enthousiasme,\n durant les mystères eucharistiques, avant de courir à la mort et à la gloire ;\nl'imagination se représente ensuite l'église métropolitaine de Milan/où saint\n Ambroise, ayant fui le courroux de l'impératrice Justine, composait des\nhymnes incomparables qu'il faisait chanter par le peuple afin de ne pas\nl'impatienter par une trop longue attente; enfin, toutes les filiales de l'abbaye\ndu mont Cassin où les mêmes prières et les mêmes cantiques furent chantés\npendant tant de siècles à travers les accalmies et les orages, les révolutions\net les ruines des choses humaines. Alors, émue par ces rapprochements de\nl'histoire, grisée par cette réfection mystique, l'âme, retournée jusqu'en ses\nprofondeurs intimes, souhaiterait la présence d'un précenteur qui criât\n « silence! » Et les voix iraient en s'éteignant insensiblement, et les âmes\nrecueillies, doucement bercées par les sons expirants des moines, monte­\nraient, monteraient vers Dieu avec les fumées odoriférantes de l'encens, les\nvagues de l'harmonie et les douces vapeurs des lointaines réminiscences.\n   L'israélite Halévy disait un jour : « Comment les prêtres catholiques qui\nont dans le chant grégorien la plus belle mélodie religieuse qui existe sur la\nterre, admettent-ils dans leurs églises les pauvretés de notre musique\nmoderne? » Franz Witt renchérissait encore cet éloge : « quoique vieille\nde vingt siècles, cette musique, écrivait-il, n'en a pas moins conservé toute sa\ngrâce et sa fraîcheur. Les plus grands musiciens du monde, sans distinction\nde religion, ont reconnu et reconnaissent sa suprématie sur toute autre\nmusique. » Et le célèbre Gounod n'avoua-t-il pas un jour avoir puisé ses\ninspirations et ses motifs dans les mélodies grégoriennes? Celui qui va\nentendre un office dans une abbaye bénédictine n'a pas de peine à vérifier le\nbon sens de ces témoignages. J'invite particulièrement le dilettante incrédule\nà prêter attention au Bentdicamus Domino, à la finale du verset qui termine\nchaque hymne, au Pater noster onctueusement déclamé par le prélat.\nVraiment, on sent que ces moines, suivant le conseil de leur patriarche,\nmettent leurs âmes à l'unisson de leurs voix : mens nostra concordetvocinostrae (1).\n                                           *\n                                       *       *\n\n (1) Règle bénédictine, c. XIX. De disciplina psallendi.\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1643, "texte": "26                               DURENDAL\n\n\n   Je m'étais laissé aller à ces méditations plutôt profanes, telles qu'en savait\n écrire avec tant d'éloquence l'auteur de la Cathédrale, le tendre et fidèle ami\ndes frères de dom Guéranger; et cependant les vêpres avaient pris fin. Le\nsalut et la bénédiction du Saint Sacrement me laissèrent le temps de réparer\nmes distractions. Je ne pus toutefois reconquérir entièrement mes esprits, et\nj'éprouvai un dernier frisson à l'audition du Benedictus Deus, cette prière que\nle prêtre et le peuple récitent à haute voix devant le Dieu Hostie, que ces\nmoines ont su convertir en un court et ravissant Te Deum, avec pour finir an\ndouble Fiat! des plus expressifs et des plus remuants.\n   Je sortais du lieu saint, ne regrettant que l'exiguïté des lieux. Ces céré­\nmonies demandent une basilique spacieuse et claire, des foules pour les\nsuivre et les comprendre, des artistes pour y puiser l'art dans sa quintessence\nidéale. Je souhaitais la voir s'élever bientôt dans toute sa splendeur devant\nl'antique Alma Mater. Alors ces descendants des saint Grégoire, saint Jean\nChrysostome, des Guéranger seront en état de donner à leurs cérémonies\ntoute leur ampleur et toute leur majesté.\n   Quand viendra-t-il ce temps où je n'irai plus ouïr l'Alleluia des Pâques et\nle Assumpta est Maria de l'Assomption dans le recoin obscur de cette petite\nchapelle mystérieuse; mais où j'entrerai par un porche monumental dans\nune basilique nouvelle pour y assister dans le somptueux apparat de la\nliturgie catholique à des « vêpres bénédictines » ?\n                                                        FERNAND DAUMONT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1910-livraison01-004", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1910-000-017_f.pdf", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 27, "page_fin": 28, "titre_corps": "Vers dorés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Cornez", "ancre_debut": "Vers Dorés A Tancrèrie de Visan", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "Vers Dorés\n                                            A Tancrèrie de   Visan\n\n\n                            I\n\nNe dis plus que la vie est un amer voyage\nPar un océan noir et sous des deux muets ;\nQue l'homme y cherche en vain d'impossibles    rivages\nEt des astres nouveaux, sans les trouver jamais !\n\nNe dis plus que ton âme est vouée au silence,\nOmbre errante d'un styx sans barque et sans roseaux\nDont les pas douloureux traînent la somnolence\nD'une terre inféconde à de mortelles eaux.\n\nNe dis plus que ton cœur, à l'abri des murailles,\nDont ton doute étagea le triple rang       d'airain,\nReste, enorgueillissant  tes propres     funérailles,\nInattentif au sens de l'horizon    serein.\n\n                            II\n\nNon! La vie, accueillante à qui sait s'y complaire,\nDe qui s'en croit vaincu' fait souvent un vainqueur .\nIl suffit d'accorder la marche de ton cœur\nAux pulsations de son rythme        élémentaire.\n\nRetourne en toi : Reprends ton âme par la main\nFais la hâler ton rêve au large de la fange;\nSubstitue au styx noir les lumières du Gange;\nSème d'aube ses yeux et de fleurs son chemin.\n\nParais devant ton cœur, de même qu'un         prophète;\nJette sept fois l'espoir du verbe à ses échos\nEt tu verras crouler, au chant de tes trompettes,\nSous un soleil d'amour, les tours de Jéricho.\n\n                           III\n\nSi tu trouves la vie infâme et si tu souffres,\nC'est qu'en lui consentant le symbole des mers\nTu ne t'es révélé que l'attrait de ses gouffres :\nLa solitude et l'ombre et le silence amers.\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "28                          DURENDAL\n\n\n\n     Ton âme s'hypnotise à contempler leur vide\n     Et son vertige est tel qu'elle ne comprend plus\n     L'acharnement   superbe et vain des Danaïdes\n     Sans fin recommençant leurs gestes       superflus.\n\n     Que l'aube de l'amour ineffable réveille\n     Dans son doute emmuré ton cœur obscur qui dort,\n     Et forge au pur brasier de ses lueurs    vermeilles,\n     Pour qui viendra chanter sous tes murs, des clefs d'or...\n\n                                IV\n\n     Aime. L'Amour est grand. Hausse ton idéal\n     Jusqu'au formel vouloir d'aimer tout de ta vie :\n     Ne laisse point ton âme à la peine asservie\n     Et pour mieux croire au bien, sache ignorer le mal.\n\n     L'unité de la vie appelle un cœur égal.\n     Fais que vers l'univers le tien se multiplie\n     Pour qu'à son tour sa noble et sereine   harmonie\n     Soit le multiple aspect de ton amour total.\n\n     Pour que ta passion éparse ne procède\n     Ni d'un amer regret, ni d'un âpre désir,\n     Vis dans l'heure présente où ton cœur se possède\n     Et tu pourras sans crainte attendre   l'avenir.\n\n                                 V\n\n     Tu te retremperas à ce qui purifie :\n     A la lumière, aux eaux vives et aux c i e u x clairs,\n     Et tu verras combien s'apparente ta vie\n     A celle dont Dieu fit palpiter  l'Univers.\n\n     Tu n'auras plus jamais à rechercher ton âme;\n     Tu la sauras partout où tu voudras la voir :\n     Dans la terre, dans l'eau, dans l'air et dans la flamme,\n     Tu la pénétreras ainsi qu'en un miroir.\n\n     Descends de tes donjons en ruine vers la plaine\n     Où l'amour te dispose un éternel avril :\n     Tu trouveras, au lieu des remparts de ta haine,\n     Un palais de topaze et de   chrysobéryl.\n                                                      P A U L CORNEZ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1910-livraison01-005", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1910-000-017_f.pdf", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 35, "titre_corps": "Les Amis de la Forêt de Soignes : Leur programme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Buls", "ancre_debut": "Les Amis de la Forêt de Soignes Leur programme DANS la séance", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "Les Amis de la Forêt de Soignes\n\n                            Leur programme.\n                  DANS la séance du 2 juillet 1909, M. le député Garton de Wiart\n                    disait à la Chambre : « Nous avons la bonne fortune de\n                    posséder à proximité de la capitale un monument qui, pour\n                    être l'œuvre de la nature, vaut en beauté nos plus belles\n                    cathédrales et nos plus beaux beffrois, je veux parler de\n                    « la Forêt de Soignes »\n                       « La Forêt de Soignes est précieuse par tant de sou­\n                    venirs qui s'y rattachent; c'est un lambeau de notre\n                    vieille forêt charbonnière, les légendes de saint Hubert\net de Geneviève de Brabant y revivent, comme le souvenir de Ruysbroeck\nl'Admirable. »\n   D'autres députés : MM. Beernaert, Destrée, Limburg-Stirum, Vander­\nvelde, se sont fréquemment associés à M. Carton de Wiart pour protester\ncontre les actes de vandalisme qui ont dénaturé les plus beaux sites et ravagé\ndes étendues énormes de ses belles futaies.\n   Enumérons-les rapidement pour démontrer l'étenduedu mal et l'urgence\nde l'enrayer définitivement si nous ne voulons pas perdre à jamais notre\nadmirable forêt.\n   Cela a commencé par l'abatage d'une quinzaine d'hectares de haute futaie\npour la création de l'hippodrome de Boitsfort; mais cette hécatombe n'a pas\ncontenté les sportsmen. Récemment 1 1/2 hectare a été ajouté à la première\ndévastation, et l'on peut se demander avec inquiétude où s'arrêtera la vora­\ncité de la Société des courses.\n   Puis est venu l'hippodrome de Groenendael, non seulement plus vaste\nque celui de Boitsfort, mais qui a entraîné l'établissement d'une ligne de\nchemin de fer à travers la forêt, la construction d'une halte et la cession à\nM. Parmentier du triangle séparé de la forêt par ces travaux.\n   Le bruit court que ce vandalisme ne s'arrêtera pas; on projette une nou­\nvelle emprise sur la forêt afin de déplacer les tribunes et de mettre l'enclos en\ncommunication avec la voie ferrée par un tunnel, sans aucun doute dispen­\ndieux, en tout cas fort laid.\n   Enfin, comme dernière conséquence des faveurs accordées aux Société des\ncourses, signalons le percement de trois énormes trouées pour les pistes d'en­\ntraînement semées de vilain sable jaune, dont la couleur détonne dans la forêt.\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "30                                 DURENDAL\n\n\n    Les jockeys y régnent en maîtres; ils y sont en pays conquis. Le gouver­\n  nement n'a jamais rien refusé aux bookmakers qui exploitent la passion du\n jeu des naïfs, qu'ils ruinent; car les tripots qu'ils installent partout en ville\n pour recueillir les mises des petites gens sont mille fois plus dangereux que ceux\n d'Ostende. Il n'est pas permis, en effet, à tout le monde de se rendre à notre\n  Corinthe.\n    Peut-on imaginer une dilapidation plus insensée d'un beau domaine,\n comme celui de notre forêt, que d'y abattre des milliers d'arbres pour obtenir\n un terrain dénudé, une plaine de courses? Ceux qui se livrent à un pareil\n gaspillage devraient être pourvus d'un conseil judiciaire. Ils en sont eux-\n mêmes honteux, ils cherchent à en esquiver la responsabilité; ni M. Carton\n de Wiart ni M. Vandervelde ne sont jamais parvenus à obtenir sur ce point\n un renseignement précis; il suffit de recourir aux séances des 2, 7 et\n 22 juillet 1908 de la Chambre pour le constater.\n    Les dégâts commis peur l'établissement de ces trois champs de courses\n paraissent irréparables, nous examinerons cependant en terminant s'il n'y a\n là rien à faire pour les Amis de la Forêt.\n    Le creusement du réservoir de l'Intercommunale et la route pavée qui le\n dessert sont venus gâter encore un beau triage de la forêt.\n    Nous y avons passé récemment et nous avons constaté, avec un plaisir\n atténué de mélancolie, qu'on s'est efforcé de dissimuler le mal par des plan­\n tations; on peut espérer que dans quelques années, s'il est irréparable, au\n moins aura-t-il été caché; mais c'est à la condition qu'on n'y maintienne pas\n un dépôt de conduites en fonte revêtue de béton. Mettons à la charge de\nl'Administration des Ponts et chaussées la déplorable manie d'interrompre,\nde distance en distance, les vieilles routes par des ronds-points, qui s'est\ndonnée carrière entre Groenendael et Quatre-Bras, entre Auderghem et Notre-\n Dame-au-Bois.\n    Nos agents voyers se sont créé une esthétique spéciale de la forêt, et\njusqu'à présent nous ne sommes pas parvenus à percer ses mystères. Quel\nagrément, quelle beauté ces interruptions périodiques de la circulation\ndonnent-elles à ces grandes routes? On en pourrait dire autant des rangées\nde marronniers qui sont venues en tuer le caractère grandiose.\n    La construction d'un sanatorium de tuberculeux a non seulement soulevé\nles réclamations des propriétaires voisins, mais a ajouté un nouveau grief à\nceux des Amis de la Forêt, qui voudraient la proclamer intangible.\n    Mais ce qui est plus redoutable peut-être que les dévastations que nous\nvenons d'énumérer, c'est lorsque l'Administration des Eaux et forêts se\nmet en tête d'embellir la Forêt et cela avec une assurance et une prétention à\nl'infaillibilité vraiment déroutantes. On peut en juger par ce qu'elle a accom­\npli au vallon de Blankendelle, entre Boitsfort et Auderghem.\n   Voici ce qu'en disait un bon juge, Jean d'Ardenne, dans la Chronique du\n9 avril 1909 : « On s'est avisé de faire administrativement — et cette\nfois sans collaboration d'artiste — la toilette d'un site autrefois charmant\nen sa sauvagerie et sa rusticité; dépression allongée, vaste clairière tapissée\nde gazons et de mousses, parsemée d'arbustes et de genêts.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "                   LES AMIS DE LA FORÊT DE SOIGNES                                  31\n\n\n    » Il faut voir la transformation ; une sorte de feston, de lambrequin régu­\n lièrement dessiné, décore les versants ; sur le fond rasé quelques cônes\n isolés d'épicéas se dressent à intervalles égaux; c'est le travertissement de\n la nature en lamentable chienlit et cela révèle un goût identique à celui\n qui préside à la confection des jardins où des boules miroitantes réflé­\nchissent de petits gâteaux, des devises, des emblèmes obtenus au moyen\n de fleurs diversement colorées, où des sentiers d'une correction irrépro­\nchable courent entre des plates-bandes à bordures de coquillages et de\ncailloux patiemment collectionnés; bref, où l'incompréhension du charme\nnaturel apparaît en toute sa glorieuse bêtise. »\n    Ici nous aurons non seulement à combattre la répétition de ces absurdes\nembellissements qui enlèvent à la forêt son charme agreste et naturel, à\ndemander qu'on permette a ces sites de revenir à leur sauvagerie primitive,\nla bonne nature aura vite fait de réparer les sottises humaines. Mais nous\naurons, de plus, à faire l'éducation du public, à dessiller ses yeux, car nous\nrencontrons des gens qui ont la prétention de ne pas manquer de goût et\nqui cependant admirent cette profanation des beautés originelles de la forêt.\n    Ce sont des admirateurs qui s'arrêtent à l'extérieur des choses, ils n'ont\npas le sens du pittoresque et ce qu'il y a de vague et de poétique dans l'har­\nmonie d'un site, dans son accord avec l'ambiance ne les émeut pas, parce\nque, malgré leur culture, la visite des musées et les voyages, il dort en eux\nquelque chose du vieux philistin.\n    L'auteur anonyme d'un article paru dans Durendal a, sous le titre Aspects\nde la nature et de la cité, décrit d'une façon si juste et si délicate le charme du\nvallon de Groenendael avant son embellissement qu'il mérite d'être cité.\n« Un chemin sinueux, amorcé à la naissance de la chaussée, près du pont\ndu chemin de fer, y menait sous le couvert de la haute futaie (1).\n    » Au bas c'était un ravissement. Le sentier, inégal, capricieux, courait le\nlong d'une prairie demi-marécageuse, qu'il ourlait de ces méandres. Dans\nla prairie, la végétation folle, diaprée et luxuriante propre aux terres\ngrasses et humides, et dont les fraîches couleurs s'enlevaient vivement sur\nle fond sombre du bois touffu d'alentour. L'ensemble charmait par son\ncaractère, naturel, fortuit, c'est-à-dire pittoresque. »\n    Mais, dira-t-on, aucun raisonnement ne convaincra qui n'a pas le sentiment\ninné des beautés naturelles.\n    Cela est peut-être vrai pour ceux à qui une certaine culture a persuadé\nqu'ils ne peuvent se tromper, mais j'ai expérimenté que des yeux pouvaient\nêtre ouverts.\n   J'étais assis dans le vallon « embelli ». Un cycliste inconnu, d'aspect\nmodeste, qui contemplait aussi le paysage, s'approcha de moi et me dit, res­\npectueusement : « M. le Bourgmestre, j'ai lu, dans le bulletin du Touring\n\n\n   (1) Depuis que cet article a été écrit j'ai appris que l'enlaidissement de ce vallon\nn'est pas imputable à l'Administration des Eaux et forêts Quel qu'en soit l'auteur res­\nponsable, le travail n'en a pas moins été déplorable.\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3293, "texte": "32                                DURENDAL\n\n\n Club, votre protestation contre les travaux que l'on a exécutés ici, mais je ne\n comprends pas bien, ne pourriez-vous m'expliquer pourquoi vous les désap­\n prouvez ? »\n    « Volontiers, lui répondis-je, ce que nous blâmons, c'est la transformation\n d'un site pittoresque en harmonie avec son cadre de forêt en un morceau de\n parc qui conviendrait, peut-être, aux abords d'un château, mais qui s'accorde\n mal avec notre majestueuse forêt. »\n    Autrefois, nous avions ici un paysage qui avait été dessiné par la nature,\n le ruisseau qui coule au fond du vallon avait modelé lès rives de l'étang et\nson'alluvion avait favorisé la croissance, des spireas, des joncs, des eupa-\n toires, des iris sur ses bords. C'était un tableau qui ravissait d'aise les gens\nsensibles au charme de la beauté naturelle. Au lieu de cela vous avez\naujourd'hui devant les yeux l'œuvre maladroite d'un jardinier sans goût.\nVoyez ces bords sèchement dessinés que n'ourlent plus les herbes folles, ces\nrives artificiellement contournées, ce gazon tendu qui encercle les eaux de ce\npetit lac en forme de rognon. Il est bordé d'un chemin dont la cendrée noire\ntranche désagréablement sur le ton tendre de l'herbe, il est partout mathé­\nmatiquement d'égale largeur; autrefois, un sentier capricieux, de largeur\ninégale, tracé par les promeneurs, serpentait au fond de ce vallon, et l'œil\naimait à en suivre les méandres. Les talus qui s'élevaient entre les arbres\nvénérables laissaient voir de vieilles racines bizarrement arcboutées, des\narrachements de sable ferrugineux, des ronces pendantes et emmêlées, à la\nplace de cet escalier en planches et de ces pentes uniformément gazonnées.\n   L'imprévu a disparu pour faire place à un lieu banal, ratissé, peigné, qui\nn'est plus en harmonie avec le caractère sévère et grandiose de la forêt.\n   « Une comparaison vous fera peut-être mieux comprendre ma pensée,\najoutai-je. Imaginez une belle campagnarde qui vous aurait plue dans le\nrustique costume de sa condition et qu'on aurait habillée comme une\nélégante de la ville d'un fourreau collant et d'un majestueux chapeau à la\nmode, sous prétexte de la rendre plus séduisante; ne vous paraîtrait-elle pas\nridicule? »\n   a Je vous remercie, me dit le cycliste, maintenant j'ai compris et je vois,\nen effet, que vous aviez raison de critiquer le travail que l'on a exécuté ici. »\n   A ceux que nos démonstrations ne parviendraient pas à convaincre, nous\nconseillons de visiter le vallon de la petite Floss, puis celui de la grande\nFloss; ils se font suite, la chaussée de Mont-Saint-Jean aux Quatre-Bras les\nsépare.\n   Le vallon de la petite Floss a été accommodé d'une façon aussi\nfâcheuse que le vallon de Groenendael. Le fond du vallon est\nsoigneusement nivelé, saupoudré de chaux, afin d'obtenir des pelouses\nqu'aucune mauvaise herbe ne dépare; les bords de cette carpette de gazon sont\nsoigneusement taillés; à la place des « blancs spectres des bouleaux » on voit\nun bois de sapins, qui descend en lambrequins jusqu'à la prairie ; défense\nabsolue aux fougères de dépasser l'alignement, défense aux herbes folles de\ndéployer leurs bouquets fantaisistes sur ce tapis correct que borde un chemin\naussi laid qu'inutile ; car on n'y constate aucune trace de roues; pour l'établir\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3553, "texte": "                  LES AMIS DE LA FORÊT DE SOIGNES                               33\n\n\nil a cependant fallu entamer, presque à pic, le coteau dont les flancs dénudés\nressemblent maintenant à une tranchée de voie ferrée; enfin, pour compléter\ncet ensemble artificiel, on a planté un malheureux épicéa, isolé, dépaysé,\ndans ce ravin brabançon qu'on a nécessairement terminé par un étang\ndessiné en côtelette, ce qui semble être la forme idéale d'une pièce d'eau\npour les esthètes de la domestication de notre pauvre forêt. Gravissons\nmaintenant le talus de la chaussée; en descendant du côté opposé, nous\ntrouvons un délicieux sentier juste assez large pour y passer à la file indienne ;\nnous sommes dans le vallon de la grande Floss. Il est encore intact, le fond\n en est inégal, des bouquets de plantes» sylvestres le parsèment, des taillis\ncroissent au pied des arbres, à gauche de vigoureuses fougères encore vertes,\n à droite elles sont jaunies par l'automne et de leurs belles frondaisons\ns'élancent les troncs effilés des pins sylvestres ; plus loin les hêtres dressent\n leurs colonnes rigides et bronzées, sous leur couvert filtre une lueur verdâtre\n qui contraste avec la crudité de la lumière du ravin ratissé de la petite Floss\n et donne au paysage une mystérieuse poésie; le tapis brun des feuilles\n mortes produit avec le vert des feuillages une adorable symphonie de tons,\n tandis que de légères ramures semblent flotter autour des troncs des arbres.\n  Le sentier que nous parcourons, en admirant la sauvagerie du lieu, a l'allure\n  pittoresque des choses créées 'inconsciemment par des piétons qui ont voulu\n éviter une souche, sauter une rigole, gagner un terrain plus sec ou se diriger\n  vers un point intéressant; on aime à suivre de l'œil les sinuosités, les soubre­\n  sauts, la fantaisie de ce petit chemin allègre. Qui serait jamais tenté d'en faire\n  autant pour la route de la petite Floss?\n     Si après cette promenade comparative dans les deux Floss notre philistin\n  n'est pas gagné à, notre cause, il n'y a plus qu'à le déclarer incurable et à le\n  remiser dans quelque jardin bien peigné, dont les chemins seront bordés de\n  culs de cruchons. Là il coulera en paix des jours heureux !\n     Tous ces méfaits et bien d'autres nous paraissent justifier l'intervention\n vigoureuse et permanente des Amis de la Forêt de Soignes.\n     Mais un fait nouveau est venu nous réconforter; dans la séance du\n  2 juillet dernier, M. Schollaert, ministre de l'Intérieur et de l'Agriculture, a\n prononcé les paroles suivantes dont nous prenons acte avec la plus vive\n  reconnaissance :\n     « Je remercie l'honorable M. Carton de Wiart de l'intérêt qu'il veut bien\n porter à la forêt de Soignes. Je puis lui donner l'assurance que je m'oppo­\n serai toujours, dans la mesure de mes moyens, à ce qu'on dépare cette mer­\n  veilleuse forêt par l'établissement de chemins de luxe et par l'abatage inconsidéré\n d'arbres. Laissons la forêt s'embellir elle-même. Mieux vaut ne pas intervenir\n  et laisser faire la nature. Tous les soins de mon département seront dirigés\n  dans ce sens. Comme beaucoup d'entre vous, Messieurs, je suis un admira­\n teur des arbres. Je regrette toujours leur disparition, car ce sont des amis\n  qu'on ne revoit plus. Il faut un siècle et plus pour qu'un arbre arrive à son\n  entier développement. Il faut laisser aux forêts leur caractère sauvage, il faut sur­\n tout que l'on respecte les vieux arbres. Il est évident que lorsqu'un arbre va\n  périr — et encore ne faut-il pas se prononcer trop vite à cet égard — il faut\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "34                                  DURENDAL\n\n\nbien l'abattre. Mais en règle générale, et surtout pour la forêt de Soignes, je\npense que le devoir du gouvernement est de faire respecter nos forêts... Le\nbut de l'Etat en rachetant la forêt, c'est de la laisser vivre, croître et vieillir.\nEn ce qui me concerne, je promets à la Chambre de ne jamais porter la cognée à moins\nd'indispensable nécessité dans la forêt de Soignes. (Très bien! sur tous les bancs.)\nS'il s'agit de planter, j'en suis, mais pour couper il ne faut pas compter sur moi. » (Très\nbien! sur tous les bancs.)\n   Mais M. le ministre Schollaert ne s'est pas contenté des déclarations pla­\ntoniques, comme ses prédécesseurs; il a passé aux actes; par une circulaire\ntoute récente il a prescrit les règles suivantes :\n   « Il conviendrait que la forêt de Soignes, si heureusement placée aux\nportes de la capitale, ne fût plus considérée et exploitée à l'avenir comme\nune forêt de rapport au même titre que les autres forêts de l'Etat. Elle\ndevrait être traitée non pas tant en vue de sa régénération que de sa conser­\nvation.\n   » Plutôt que de chercher à rajeunir les massifs, il faudrait, comme je l'ai\ndit à la Chambre, les laisser vieillir et n'y porter la cognée qu'en cas de\nnécessité.\n   » Les gros arbres surtout doivent être respectés : ils ne doivent être\nabattus que lorsque leur dépérissement devient manifeste.\n   » Les opérations forestières doivent donc se borner, dans ce domaine, aux\néclaircies nécessaires pour assurer la bonne venue des peuplements, leur\namélioration et leur maintien aussi longtemps que la nature le permettra.\n   » En attendant qu'un nouvel aménagement de la forêt vienne consacrer\net régler l'application de ces principes, je vous prie d'agir dans le sens\nindiqué avec toute la circonspection désirable et d'apporter d'urgence les\nmodifications qu'il convient aux coupes à vendre pour l'exercice prochain.\n   » Par la même occasion j'attire votre attention sur un autre point des\ndéclarations que j'ai faites à la Chambre : Il faut, ai-je dit, laisser aux forêts\nleur caractère sauvage. Et, dans cet ordre d'idées, j'ai donné l'assurance\nque je m'opposerais toujours à ce qu'on déparât la forêt de Soignes par l'éta­\nblissement de nouveaux chemins de luxe. »\n   On ne peut être plus net, plus précis, plus catégorique, mieux répondre\naux vœux et aux doléances des amis de la forêt.\n   L'accueil que les assurances du Ministre ont reçu sur tous les bancs de la\nChambre, où jamais les dévastateurs de la forêt n'ont trouvé un seul défen­\nseur, encouragera M. Schollaert à persévérer dans ses bonnes intentions.\nMais l'enfer en est pavé et, quoique la circulaire que nous venons de citer ne\npuisse laisser aucun doute sur la sincérité du Ministre dans lequel nous\navons enfin trouvé un protecteur convaincu de la forêt, il ne faut pas\noublier qu'un ministre ne peut tout voir, ni s'occuper personnellement des\ndétails multiples de son département; enfin que les ministres passent et que\nles bureaux restent. Qu'un ministre moins ferme succède à l'honorable\n M. Schollaert, à la première occasion on peut s'attendre à un retour offensif\nde l'esprit bureaucratique. Nous devons constituer une jeune-garde de\nla forêt, pour employer un mot à la mode, elle aura toujours les yeux ouverts\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": "                 LES AMIS DE LA FORÊT DE SOIGNES                             35\n\net se chargera de signaler au ministre tous les actes par lesquels on aura\nméconnu ses instructions. Nous serons donc ses collaborateurs les plus dévoués\net les plus désintéressés dans l'œuvre excellente qu'il veut poursuivre.\n   Qu'on se garde cependant de croire que nous voulions entreprendre cette\ncampagne avec un esprit dé tracasserie et de dénigrement systématique contre\nl'Administration forestière.\n   Si nous ne voulons pas qu'on transforme notre forêt en un parc, nous ne\ndemandons pas non plus qu'on la laisse retourner à l'état de forêt vierge.\nCelle-ci demande des espaces énormes et des siècles pour retrouver' sa beauté,\nquand un cyclone a abattu ses arbres pourris ou; dévorés par les parasites.\n   Ceux qui, comme nous, les ont vues au Congo, savent le spectacle lamen­\ntable qu'elles présentent, ce n'est pas la sauvagerie pittoresque que l'on s'ima­\ngine en Europe, c'est la mort.\n   Mais de même que le bois de la Cambre ne peut être traité comme la forêt,\nde même celle-ci doit être considérée comme un intermédiaire entre la forêt\nvierge et la forêt d'exploitation.\n   Sa proximité de la capitale en fait un lieu d'excursion pour les paysagistes\net les amants de la nature qui fuient les plaisirs artificiels et. la parure\napprêtée des parcs urbains ; ceux qui préfèrent une promenade moins rustique\nn'en manquent pas dans et autour de Bruxelles, et ce n'est pas pour eux qu'il\nfaut accommoder aux goûts des citadins les beautés rustiques de notre forêt.\nElle ne réclame non plus un jardinier, mais un forestier intelligent qui se\nborne à intervenir discrètement pour éclaircir un fourré qui menace\nd'étouffer quelques hêtres puissants ou des chênes robustes dont la couronne\nne demande qu'à se développer en une riche ramure.\n   Il faut aussi de l'air pour laisser croître, de-ci de-là, un taillis verdoyant\nou favoriser l'envahissement du sol par les fougères et les herbes folles.\n   Ce que nous demandons pour notre forêt, c'est une liberté constitution­\nnelle qui permette un bel épanouissement de l'initiative des arbres, des arbris­\nseaux et des fleurettes et non la brutale sauvagerie de la forêt africaine.\n   Les Amis de la Forêt de Soignes ont donc eu raison de voter le programme\nsuivant :\n   « 1° Réclamer la conservation intégrale de la forêt de Soignes et pour­\nsuivre la reconstitution graduelle de son domaine sylvestre tel qu'il existait\navant la concession des trois hippodromes;\n   » 2° Limiter les opérations forestières aux éclaircies nécessaires pour\nassurer la bonne venue des peuplements, leur amélioration, leur maintien,\naussi longtemps que la nature le permettra ;\n   » 3° Ne plus dénaturer le caractère de la forêt par l'établissement de nou­\nveaux chemins de luxe ou là transformation de vallons agrestes en parcs arti­\nficiels;\n   » 4° Exclure des plantations les essences étrangères qui ne sont pas en\nharmonie avec la sylve brabançonne ;\n   » 5° Demander que les vallons dénaturés soient autorisés à retourner à l'état\nsauvage.\n                                                                     BULS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1910-livraison01-006", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1910-000-017_f.pdf", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 36, "page_fin": 37, "titre_corps": "Art poétique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "Art Poétique Pourquoi passer tes jours", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "Art Poétique\nPourquoi  passer tes jours transparents de vacances\n         A poursuivre des rimes,\nLorsqu'au ciel cendre et bleu où l'Eté se balance\n         Un jour heureux     s'exprime?\n\nPourquoi   vouloir tracer un tableau   ressemblant\n         De la tendre prairie\nQu'ornent les foins fauchés, ainsi que les volants\n         D'une robe fleurie?\n\nPourquoi  tenter en vain de parfumer tes vers\n        Comme une sapinière,\nOu de trouver des mots aussi jeunes et verts\n        Que la saison dernière?\n\nMets ta veste de chasse usée, en toile bleue,\n        Et ton chapeau de paille,\nVas par les trèfles et les blés, le long des lieues,\n         Tant que le jour défaille.\n\nEt, suivi de tes chiens exténués,   rapporte\n          Trois perdrix et un râle\nA celle qui t'attend, inquiète, à la porte,\n         Dans les plis de son châle.\n\nMais s'il ne suffit plus à ta marche rebelle\n          D'imprimer dans le sol,\nA chaque pas, les clous luisants de tes semelles;\n          Si l'oiseau qui s'envole.\n\nPlane, fait un circuit et rentre à son garage,\n         Si la pie n'est encor\nQue la fugace, frêle et palpitante  image\n       De tes prochains   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Parmi les\n                  essais de rénovation du cantique spirituel je n'en\n                  connais pas de plus remarquables que ceux\nentrepris par le poète flamand, M. l'abbé Cuppens, avec la\ncollaboration d'un jeune musicien de l'école d'Anvers, M. Louis\nde Vocht (1).\n   Ces messieurs ont commencé la publication d'un recueil de\ncantiques, paraissant par fascicules successifs. Le poète a puisé\nses inspirations dans la liturgie ecclésiastique, bien que ses\ncantiques soient destinés exclusivement au foyer domestique.\nCette pensée, qui prolonge le retentissement de la liturgie au\nsein de la famille chrétienne, est fort belle, et même originale\nen nos temps si déshabitués de cette compénétration du sacré\net du profane.\n   J'admire aussi l'art du poète qui a su animer les trois\nstrophes de chacune de ses piécettes de la grande poésie des\nlivres saints, telle que l'Église l'a enchâssée dans ses offices.\nLe musicien a traduit le sentiment du texte en une langue\nmusicale à la fois très simple et très savante. La plupart de\nses mélodies ont un tour charmant, volontiers archaïque et\ntoujours distingué. Le côté pittoresque du sujet est tout entier\ndans l'accompagnement. Ainsi le chant psalmique du premier\ndimanche de l'Avent évoque le souvenir de la harpe de David.\nAu second dimanche, ce sont des appels de trompettes annon-\n\n  (1) J a a r k r a n s van geestelijke liederen rond den Heerd. Gedicht door August\nCuppens. Getoondicht door Lodewijk de Vocht. (De Vlaamsche Muziekhandel,\n12, Sint-Jacobsmarkt, Antwerpen. Prijs : 10 fr.)\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "                    CANTIQUES SPIRITUELS                       39\n\n\nçant la venue du Seigneur. L'éploration du quatrième\ndimanche exprime éloquemment le poids de la faute qui pèse\nsur l'humanité et la douceur de la rosée descendue du ciel :\nRorate, cœli, desuper !... Ce morceau me paraît le meilleur, au\npoint de vue musical, de ceux qui ont paru jusqu'ici. Signa­\nlons encore la curieuse marche orientale qui accompagne la\ncaravane des Rois Mages, ainsi que la complainte des petits\nmartyrs de Bethléem, que scande un innocent bruit de\ngrelots... C'est joli, mais peut-être un peu puéril. M. de Vocht\ndevra se défier de l'écueil de la préciosité. En revanche,\nj'adore son délicieux petit cantique à l'Immaculée Conception.\nLe tour mélodique en est d'une simplicité émouvante comme\ncelui des plus belles mélodies pieuses d'autrefois, et l'accom­\npagnement réalise la perfection du genre.\n   J'ai eu l'occasion d'apprécier ailleurs des recueils de can­\ntiques liturgiques publiés en France, sous la poussée du\nrenouveau actuel. Mais je n'y ai rien rencontré qui approche de\nla haute valeur poétique et musicale de l'œuvre commencée\npar MM. Cuppens et de Vocht, et j'en suis fier pour mon\npays flamand !\n                                              F.   VERHELST.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1910-livraison01-008", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1910-000-017_f.pdf", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 40, "page_fin": 42, "titre_corps": "Critique des critiques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Firmin Van den Bosch", "ancre_debut": "Critique des critiques Barbey d'Aurevilly", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2757, "texte": "Critique des critiques\nBarbey d'Aurevilly. — Jules Guillemot. — Gérard\n Harry. — Maurice des Ombiaux. — Paulin\n Renault. — Albert de Bersaucourt.\n\n                    SUR le socle du buste, que le génie de Rodin fit si sommaire\n                       et si vivant, une amitié fidèle déposa en hommage un nou­\n                       veau livre de Barbey d'Aurevilly : Critiques diverses (1).\n                          A part quelques noms illustres — Voltaire, Jean-Jacques\n                       Rousseau, Chamfort — les écrivains qui firent l'objet de\n                       ces « critiques » n'éveillent plus en nous un écho de gloire\n                       ou même de notoriété... Que peuvent nous dire encore les\n                       noms de M M. Livet, Baschet, Daly, Quitard et tant d'autres,\n                       sinon que Barbey daigna s'occuper d'eux et donna à leurs\npersonnalités falotes le reluisant de sa prose souveraine... Buloz lui-même,\nBuloz « bâtisseur de ce gros pignon sur rue littéraire qui s'appelle la Revue des\nDeux-Mondes » nous laisserait aujourd'hui indifférent, si Barbey n'avait pris\nprétexte de ce « scieur de long » pour réaliser un chef-d'œuvre de verveuse\net nerveuse démolition. Dans ce volume d'ailleurs, à côté de pages qui\ndatent, plus à raison de la désuétude des enseignes que de la haute qualité\ndes considérations que ces enseignes abritent, il y a telles études d'ordre\ngénéral qui, en dépit du temps et de la distance, profèrent une émouvante\nactualité : écrit en 1858, l'article sur l'Idolâtrie au théâtre « qui scandaliserait\nl'antiquité, si on la tirait du sépulcre » garde, vis-à-vis des mœursd'aujourd'hui.\ntoute sa cinglante vérité! Il en est de même du Voltairianisme contemporain\n— cela date aussi de 1858 — et le Roi Voltaire se promène encore aujour­\nd'hui, dans la littérature, portant au dos l'étiquette que lui infligea le maître\ndes Prophètes du passé quand il l'appelle « caméléon moral, âme desséchée,\njaloux de gloire, qui cracha sur la figure de quiconque le suivit ou le\nprécéda... et qui grimpa, comme un écureuil, jusqu'à la gloire, en passant\npar tous les mépris ». Et lorsque, d'autre part, Barbey attrapa Jean-Jacques\n— toujours en 1858 — il semble avoir répondu d'avance aux lâtries bouf­\n fonnement exaltantes dont l'auteur du Contrat social bénéficia il y a deux ans !\nIl est enfin, dans ces Critiques diverses, un fragment qui apparaît comme\nparticulièrement opportun à l'heure où on prétend,\" notamment en\n Belgique, élever à la hauteur d'un dogme artistique, l'incompatibilité de\nl'art et de la pensée catholique. Que ces sortes de laïcisateurs lisent donc\nNotre critique et la leur et peut-être comprendront-ils qu'ayant Barbey d'Aure-\n\n\n  (1) Paris, Lemerre.\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "                          CRITIQUE DES CRITIQUES                              41\n\nvilly pour nous et avec nous, nous sommes autorisés à les prier de garder\npour eux leurs puériles excommunications !\n                                          *\n                                        * *\n   « Est-il vrai que quand on mange un plat, plus ou moins bien préparé, on\nne se soucie pas du procédé culinaire qui l'a produit? » C'est parce qu'il\nestime qu'il convient de répondre négativement à cette question de gourmet\nque M. Jules Guillemot a écrit une thèse sur l'Evolution de l'idée dramatique chez\nles maîtres du théâtre de Corneille à Dumas fils (1). Vaste sujet et pour lequel les\ntrois cent quatre-vingt-quinze pages d'un volume seraient bien insuffisantes, si\nl'auteur ne s'était contenté de rechercher et d'analyser « l'idée dramatique »\ndans les préfaces des maîtres du théâtre. A cette sorte de méthode, on peut\nobjecter que la théorie n'est rien et que la pratique seule importe — et que\nc'est non d'après les projets des dramaturges, mais d'après les réalisations\nqu'il faut jauger le mérite et l'influence. Pourtant, si le livre de M. Guillemot\nest un peu sommaire et si sa critique manque parfois de profondeur, il a\nréussi à tracer des portraits très fins et très animés des grands esprits directeurs\nde l'art dramatique; particulièrement les silhouettes de Corneille, de Racine\net de Molière, ont un élégant relief; « Beaumarchais et ses audaces » sont\ntraités avec la plus verveuse dialectique; l'esprit pénétrant et « disséquant »\nde M. Guillemot s'exerce ensuite aux dépens de Victor Hugo. Je ne suis pas\nbien sûr d'ailleurs que vis-à-vis des Romantiques et de leur chef, le critique\nn'ait pas condescendu à une sévérité outrée quand il leur reproche que\n « pareils au matamore espagnol, dont ils ont un peu le tempérament, et dont\nleurs héros s'inspirent toujours plus ou moins, ils parlent sans cesse de tout\npourfendre et font en somme beaucoup plus de bruit que de besogne ». Ici,\nM. Guillemot ne fut-il pas victime de son système et, à s'arrêter trop exclu­\nsivement à la préface de Cromwell, ne négligeat-il pas d'apercevoir la haute\net neuve valeur esthétique de Hernani et des Burgraves, en comparaison avec\nles minables et soporifiques survivances classiques dont le Romantisme\ndésencombra la scène? Et, sans vouloir nier le côté incomplet et aujourd'hui\ndéjà suranné du théâtre de Hugo, j'oserais demander à M. Guillemot s'il est\nbien sûr que ce théâtre ait plus vieilli que les étincelants paradoxes verbaux\nde Dumas fils ou les honnêtes bourgeoisismes de M. Emile Augier?\n                                         *\n                                       * *\n  M. Gérard Harry, plume d'élégante vivacité, a ouvert d'une façon très\nagréable la série des Ecrivains français de Belgique, par une monographie sur\nMaurice Maeterlinck (2). Ce petit livre, d'une tenue si soignée et si coquette, n'a\ncertainement point la prétention de creuser à fond tous les aspects du trou­\nblant dramaturge de la Princesse Maleine et du beau poète scientifique de la\nVie des abeilles. C'est moins à de la critique intensive que s'appliqua M. Gérard\n\n\n  (1) Paris, Perrin.\n  (2) Paris et Bruxelles, Carrington.\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3485, "texte": "42                                    DURENDAL\n\n\nHarry qu'à une sorte de reportage de premier choix; il n'en est pas moins vrai\nqu'à côté de détails biographiques très artistement groupés, M. Gérard Harry\nesquisse de-ci de-là des aperçus littéraires qui soulignent admirablement la\ngéniale part d'inédit que Maeterlinck apporta dans les Lettres universelles.\n    A M. Gérard Harry succéda M. Maurice des Ombiaux qui entreprit\nd'analyser l'apport de Camille Lemonnier (1). Ce deuxième essai appartient\nplutôt au genre lyrique, et un journaliste en prit aussitôt prétexte pour\naccuser M. des Ombiaux de flagornerie. Le reproche est aussi injurieux\nqu'immérité. M. des Ombiaux voua de tous temps à Camille Lemonnier une\nmanière de culte, exclusif de toutes réserves. Chargé de présenter au public un\ndes pères de notre Littérature nationale, démarquer son influence et de scruter\nson œuvre, M. des Ombiaux le fit sur le ton de son admiration habituelle et\nancienne; c'était son droit, et pour en avoir usé, il ne peut être exposé à\nl'incrimination d'un encensement de parti-pris. Du loyal dithyrambe de\nM. des Ombiaux, chacun d'ailleurs prendra ce qu'il veut — mais personne\nne contestera la réelle valeur d'art de l'ardente et vigoureuse silhouette que\nM. des Ombiaux a tracée du grand écrivain du Mâle et du Petit Hommede Dieu.\nSi j'osais une critique, je dirais que le volume de M. des Ombiaux manque\npeut-être de « fondu » ; je crois à un travail un peu hâtif, et j'en ai pour preuves\ntelles négligences de style dont cet excellent écrivain n'est pas coutumier.\n    Puisque nous en sommes aux « biographies littéraires » signalons, dans la\ncollection Diamant (Lettres et Arts belges) un Carton de Wiart (2) de\nM. Paulin Renault. C'est très complet et très documenté. La physionomie,\nà la fois littéraire et politique du romancier de la Cité ardente et du député de\nBruxelles se dégage, d'une manière attachante, de ces pages — dont l'écriture\nseulement gagnerait à avoir un peu plus de relief et un peu plus de nerf.\n    Ce n'est point là le reproche qu'il faudrait faire au petit volume que\nM. Albert de Bersaucourt a consacré à Paul Verlaine, poète catholique (3). Ici\nle critique vibre à l'unisson du modèle; et après avoir conté, en de brèves\npages très animées, l'existence bizarre et tourmentée de Lelian, M. de\nBersaucourt plaide la cause qu'il assuma, avec un enthousiasme qui n'exclut\npoint la subtilité. La vie de Verlaine requiert tant de distinguo et son œuvre\nn'en exige pas moins! M. de Bersaucourt a fait loyalement la part de la bête\net celle de l'ange — et a établi ingénieusement que l'une est la rédemption de\nl'autre. Que Verlaine, pèlerin de tous les vices, portait dans sa pauvre âme\ncontradictoire, un coin de ciel bleu, intangible aux pires bourrasques, cela\nfut dit souvent et depuis longtemps — et à cet égard le livre de M. de\nBersaucourt n'a rien d'une trouvaille littéraire; du moins résume-t-il, par des\narguments agréablement drapés, les divers motifs qu'eurent toujours les\ncatholiques d'accepter Verlaine comme un rare et harmonieux apologiste de\nla douce majesté de croire. Notre ami Maurice Dullaert, il y a près de vingt\nans, réalisa déjà cette démonstration dans une brochure sur Verlaine — à\nlaquelle d'ailleurs M. de Bersaucourt fit l'hommage d'un copieux emprunt.\n                                                      FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n  (1) Paris et Bruxelles, Carrington.\n  (2) Bruxelles, Société belge de librairie.\n  (3) Paris, Falque.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1910-livraison01-009", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1910-000-017_f.pdf", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 47, "titre_corps": "Chronique d’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chronique d'Art LES SALONS D'ART", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2213, "texte": "Chronique d'Art\n\nLES SALONS D'ART\n\n                           Les Aquarellistes\n   La Société royale belge des Aquarellistes a ouvert en décembre 1909 sa\ncinquantième exposition.\n   Ne croyez pas un seul instant qu'après tant de campagnes l'association\nlaisse paraître le moindre signe de vieillissement.\n   Ses salons se succèdent chaque année dans la même tenue d'art, dans le\nmême aspect de saine maturité. Même, si par le souvenir on se reporte à\nceux qu'elle organisait voici quelques vingt ans, un progrès esthétique se\nmarque, indéniable.\n   Comment d'ailleurs en pourrait-il être autrement sous la présidence\nd'honneur de M. Beernaert ? Nul n'ignore que l'éminent ministre d'Etat a\ndécouvert on ne sait où une merveilleuse fontaine de Jouvence dont il tire\nune inaltérable jeunesse et il est manifeste qu'il consent à étendre les effets\nde ce mystérieux privilège aux entreprises chères à son cœur.\n   Jamais l'épithète obligée de « vénérable » ne jaillit si spontanément de nos\nlèvres à propos de M. Beernaert qui se montre toujours débordant de\nverve, pétillant de gaîté, étourdissant d'à-propos et de bonne grâce. Il faut,\nmalgré l'évidence de sa longue carrière si remplie, un effort pour réaliser\nson âge véritable.\n   Les aquarellistes affectent comme lui la coquetterie des anniversaires.\nCette année ils ont voulu se limiter à leurs seules forces vives et se priver à\ndessein du concours de tous leurs associés et invités étrangers.\n   Par cette éphémère exclusion le Salon est dépourvu de l'attrait piquant\nd'oeuvres imprévues, mais par compensation il affirme une homogénéité\nsavoureuse et une grande stabilité. Les colonnes du temple sont solides et, si\nl'une d'entre elles vient à céder, une autre non moins résistante et non\nmoins élégante est toute prête à la remplacer.\n   Jamais M. Cassiers, président-artiste de cette façon d'Académie des qua­\nrante virtuoses, de la peinture à l'eau, ne fut mieux inspiré que dans ses\nderniers envois. Il y unit la synthèse de la vision pittoresque au mérite\nd'une exécution savante, habile, parfaitement adéquate au genre et au but\nde l'aquarelle moderne.\n   M. Uytterschaut se renouvelle sans se recommencer. Son effet d'Automne\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "44                               DURENDAL\n\n\nau Bois de la Haye atteint l'opulence robuste d'une Pluie d'or de Frans Cour-\ntens sans emprunter d'autres moyens techniques que les plus classiques et\nles plus traditionnels.\n   Par les mêmes procédés transparents M. Claus réalise des merveilles de\nfraîcheur vibrante et d'éclat primesautier.\n   La cuisine de M. Ensor est moins simple. La saveur pimentée et ses\nmixtures de haut goût sont d'un peintre, d'un coloriste raffiné et rare.\n   M. Marcette, par des formules analogues, interprète, avec une grandeur\npathétique, la beauté des ciels vast< s, des plages désertes et des vagues\ndéferlantes.\n   M. Fernand Khnopff nous propose des symboles de mystère parés du\nprestige d'une aristocratique et dédaigneuse indifférence. Il montre, à côté\nde ces précieuses recherches de formes rares et de colorations inédites, des\nportraits délicats et nerveux où toute la psychologie des modèles se laisse\ndeviner. Son impassibilité n'est qu'un masque, son œil sensible et sa main\nexperte la démentent en ces cadres attirants.-\n   M. Baseleer est aéré, lumineux, ouvert, comme l'Océan sous la brise.\nM. Geudens est concentré, intime, discret comme la clarté de la lampe\nstudieuse sous l'abat-jour.\n   Le mysticisme de M. Delaunois est étrangement profond dans des pages\nde grand format où la saveur d'un métier puissant et curieux confère de\nl'intérêt à toutes les parties de la surface utilisée.\n    La vaste aquarelle Prières du soir au Couvent est un morceau très prenant par\nl'intensité du sentiment et la beauté de la matière.\n   L'esprit de M. Amédée Lynen demeure impayable et son particularisme\n tout local réjouit chacun.\n   M. Vaes est opulent avec tact, M. Van Leemputten — observateur de\nmœurs paysannes — est réaliste avec goût, M. Hagemans— improvisa­\nteur de grands paysages décoratifs — aimable avec mesure.\n   M. Eugène Smits résume en quelques lavis tout le style et toute la\ndistinction de son beau talent châtié.\n   Son homonyme Jakob Smits accentue au contraire les aspects caracté­\nristiques de sa manière véhémente.\n   M. George Lemmen est recherché, imprévu, à la fois intrépide et inti­\nmidé, à son ordinaire.\n   M. Pinot a du charme, un sentiment très fin de la couleur, et de la grâce.\nM me Gilsoul a de la force, du brio, des vigueurs brillantes dans ses jardins\nfleuris, M. Charlet ne quitte pas la Hollande et ses brumes estompant\nd'amusants chocs de nuances vives, M. Dierckx est sentimental avec recueil­\nlement, M. Hannon, spirituel avec fougue, M. Mellery, solennel dans ses\nsilhouettes sur fond d'or, est d'une admirable intensité expressive dans ses\nhumbles logis détaillés d'un crayon appliqué. M. Charles Michel a de la\nlégèreté et du « chic », et les autres, trop nombreux pour l'agrément de\ncette énumération, sont tous personnels, sincères ou persévérants.\n                                                                    A. I. J.\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "                              CHRONIQUE D'ART                                     45\n\n\n\n\n            Exposition de À. De Weert et F. Beauck\n\n   Madame De Weert appartient au groupe d'artistes Vie et Lumière dont l'ini­\ntiateur fut notre grand Claus. Elle est l'élève de celui-ci. 11 n'est pas facile pour\nun peintre de se dégager de l'influence d'un si grand maître, que forcément on\nadmire et qu'on est tenté naturellement de pasticher. Sans doute Madame De\nWeert se ressent des leçons du professeur. Mais c'est pour s'en montrer la\ndigne élève et non l'esclave. Comme Claus, elle a compris la beauté de la\nlumière. Comme lui, elle a saisi la vie de la nature vibrante dans le soleil. Elle\nsait comme lui dégager tout l'art que reflète un rayon de soleil. Et comme lui,\nelle a le don d'exprimer d'une façon saisissante dans ses tableaux toute la\nféerie d'un paysage rayonnant dans la douce clarté du printemps, dans les\npuissantes couleurs chaudes de l'été et dans les lueurs mélancoliques de\nl'automne. Ses tableaux sont de vrais poèmes. Ils chantent le soleil, la vie,\nles fleurs et les fruits. Ils font aimer la vie. Quel poème admirable que son\ngrand tableau le « Pommier en fleur ». Nous aimons aussi ses tableaux intimes\nreproduisant les paysages familiers de son logis si poétique à la campagne,\nson jardin, son verger. Tout cela est si joli, si frais, si clair, peint avec tant\nd'amour, exprimé d'une façon à la fois si simple et si prenante, sans\nexagération comme sans mièvrerie. Madame De Weert est sans conteste\nune des meilleures élèves de Claus. Nous ne regrettons qu'une chose c'est\nl'inconcevable aveuglement d'un jury qui avait écarté de son exposition\nquelques-uns de ses tableaux qui, de l'avis de maîtres artistes comme Claus\net Baertsoen, sont parmi ses plus belles et ses plus fortes œuvres. Son\nexposition était déjà intéressante mais elle eût été autrement impressionnante\net suggestive et eût eu une bien plus grande portée et une toute autre allure\nsi on lui eût permis d'exposer tout son envoi et en outre de ses tableaux, ses\nbeaux dessins de béguinages dont la revue Durtndal nous fit goûter jadis tout\nle charme par les reproductions qu'on en donna dans cette revue.\n   François Beauck était connu jusqu'ici plutôt par ses dessins d'un caractère\ntrès particulier et surtout par ceux qu'il avait imaginés pour illustrer des\nromans ou des poèmes. Il a notamment décoré ainsi d'une façon très\ncurieuse et frappante deux exemplaires du Cloître de Verhaeren. Il s'affirme\nmaintenant dans la peinture. Plusieurs des tableaux exposés cette fois\nn'étaient pas nouveaux. Une œuvre prime toutes les autres : Venise, une\nVenise exquise, une Venise de rêve. C'est vraiment une œuvre de grand\nartiste que celle-là. Arnold Goffin l'a bien caractérisée en l'appelant : « une\ngrande et lumineuse page où se révèlent avec évidence les qualités d'un\ntalent qui vient à sa maturité ».\n                                                                        H. DE V.\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": " LA MUSIQUE\n\n                     Deuxième Concert Dorant\n    Le concert débutait par la huitième symphonie de Beethoven dont\n l'exécution consciencieuse, remarquable de netteté et de justesse, manqua\n quelque peu de souffle et d'accent. L'orchestre Durant fut plus heureux dans\n la Sérénade en ré majeur de Brahms dont il donna une interprétation très\n vivante. Cette Sérénade si peu connue et que M. Félicien Durant a été\n vraiment bien avisé d'inscrire au programme de ses concerts, a en réalité\n l'allure d'une petite symphonie. C'est une œuvre délicieuse de verve et de\ncoloris. La Muse du maître de Hambourg, dont l'inspiration est générale­\n ment empreinte de je ne sais quelle réserve hautaine, parle ici un langage\nplus limpidement persuasif, apparaît d'humeur plus souriante, accessible et\nfamilière, et l'auditeur ne cesse pas un moment d'être captivé par l'intaris­\nsable fertilité de l'invention, le charme de la pensée et de l'écriture, l'infinie\nsouplesse des rythmes et des modes expressifs.\n    Mlle Agnès Borgo, de l'Opéra de Paris, chanta l'air à'Alceste (Divinités du\nStyx) et la scène finale du Crépuscule des Dieux. Les Adieux de Brunehilde\nont été souvent interprétés à Bruxelles et de façon si supérieure qu'il\nsemble difficile de se défendre de comparaisons. Si Mlle Borgo ne possède\npas la merveilleuse égalité vocale, le timbre moelleux et transparent de\nLitvinne, si elle n'atteint pas à la noble intensité émotive de Bréma, on ne\nsaurait contester que, très vaillamment secondée par le jeune orchestre\nDurant, elle n'ait réalisé de cette page écrasante une interprétation impres­\nsionnante de puissance sonore et d'ampleur dramatique.\n\n\n\n                   Deuxième Concert populaire\n   La partie symphonique du programme renfermait des œuvres vivement\nintéressantes. Malgré quelques prolixités, l'ouverture de Phèdre de Martin\nLunssens est une composition de belle envergure et de trempe vigoureuse\noù le caractère dramatique de l'inspiration, l'allure tumultueuse et antithé­\ntique des développements expriment à merveille, dans un langage d'une\npsychologie très affinée, les combats douloureux qui se livrent dans l'âme de\nl'héroïne grecque.\n   La Sérénade (op. 14) pour onze instruments solo de-Bernhard Sekles,\ncompositeur hongrois dont jusqu'ici le nom ne nous était pas encore par­\nvenu est une série de pièces tour à tour rêveuses et enjouées d'où émane un\nsubtil arome de grâce captivante et qui se recommande par le charme\ndélicat de la facture, la tendresse caressante des sonorités, la piquante\nsaveur des combinaisons et des oppositions de timbres. Nous avons particu-\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1640, "texte": "                           CHRONIQUE       D'ART                          47\n\nlièrement remarqué la troisième et la neuvième variation du thème initial,\nle schezzino et l'intermezzo. Ajoutons que l'intérêt de cette suite de jolis\npoèmes était rehaussé par les séductions infinies et l'exquise finesse de\nl'interprétation confiée à des artistes d'élite (MM. Deru, Van den Heuvel.\nVan Hout, Wolff, Eeckhautte, Demont, Piérard, Bageard, Mahy,\nBogaerts, Mme Frank). Cette œuvre de poésie intime, de sentiment discret\net attendri contrastait de la façon la plus significative avec les emportements\nfougueux, les chaudes harmonies teintées d'orientalisme et les rythmes\neffervescents qui donnent aux airs de ballet du Prince Igor de Borodine une\nsi riche plénitude de vie et de couleur.\n   La virtuosité instrumentale était représentée par Mme Jeanne Delune,\nvioloncelliste. Mme Delune possède une technique ferme et brillante que\nl'on souhaiterait toutefois plus souple. Dans les passages de force, la sono­\nrité est empreinte d'une certaine âpreté que la sympathique artiste devrait\ns'efforcer de faire disparaître. Elle joua un concerto de Tartini (orchestré\npar Delune) et fut très applaudie dans le second mouvement de ce concerto,\nGrave ed espressivo, où se dessine une phrase d'une largeur imposante évo­\nquant le souvenir de Händel. Le concerto de son mari, Louis Delune, lui\nfut moins favorable. Nous regrettons de devoir dire d'ailleurs que cette\ncomposition assez pâle ne saurait être rangée au nombre des meilleures\nproductions de notre jeune compatriote.\n                                                                     G. DE G.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1910-livraison01-010", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1910-000-017_f.pdf", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 48, "page_fin": 60, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES PUBLICATIONS D'ART Frans Hals", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "LES LIVRES\n\n\nPUBLICATIONS D'ART\n\nFrans Hals, par M. ANDRÉ FONTAINAS. Un vol. ill. — (Paris, Laurens.)\nFrans Hals, sa vie et sou œuvre, par M. E.-W. MOES. Un vol. in-4° ill.\n   (Collection : Les grands artistes.) — (Bruxelles, Van Oest.)\n   L'œuvre de Frans Hals est singulièrement attirante. La fiction n'y a\naucune part : tout l'idéal de son auteur était dans la réalité. Elle n'est com­\nposée que de portraits, mais de portraits d'un art si puissant et si simple que\nc'est la vie elle-même qu'elle nous met partout sous les yeux. Ses modèles,\non dirait que le peintre les a saisis à l'improviste, dans la familiarité de l'atti­\ntude et de l'expression. Ils ne posent pas. La posture où ils sont, la physio­\nnomie qu'ils laissent apparaître leur sont naturelles ; ils n'ont pas pris l'une,\naffecté l'autre parce qu'il y a là un spectateur qui les regarde. Ils ne jouent\npas un rôle : ils causent en buvant, autour de la table d'un banquet confra­\nternel; ils délibèrent gravement dans la salle directoriale d'un hospice;\ncitoyens et soldats des Provinces-Unies, « ils se trouvent réunis pour se faire\npeindre en corps à la veille ou au retour d'une campagne ». Ailleurs, ce sont\ndes personnages isolés, gens de toute condition, pasteurs, commerçants,\npatriciens du haut négoce, bourgeois et bourgeoises, nobles magnifiquement\nvêtus, fiers de leur prestance élégante ou martiale et qui se sourient complai­\nsamment, ou encore des enfants qui chantent ou font de la musique, des\nbuveurs, des fumeurs, dès mégères, jeunes ou vieilles... Mais toujours, connus\nou inconnus, dignitaires ou mendiants, ce sont des portraits, l'image d'êtres\nréels qui semblent surgir devant nous dans l'habitude de leur vie et de leur\nhumeur; toujours, c'est la réalité même, transportée telle quelle, toutentière,\nsans apprêt, sans déchet, sur la toile.\n   Le portrait est, sans doute, le plus sûr, le plus sincère document où se\npuisse étudier la mentalité d'une époque, les tendances caractéristiques d'un\npeuple. C'est un miroir présenté à la réalité et où elle est venue se refléter,\nnous laissant une image vraie et contemporaine d'un passé dont il ne reste\npresque que des ruines et des souvenirs confus et fragmentaires. C'est le\ntémoin survivant d'une génération morte, car, sous le pinceau d'un grand\nartiste, le personnage illustre ou anonyme qui se dresse devant nous nous\naide à comprendre l'esprit du temps où le modèle a vécu, la conception reli­\ngieuse ou philosophique que l'on se faisait alors de la vie, l'idée de la beauté\nqui régnait, les tendances, voire les mœurs de la société.\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3560, "texte": "                                 LES LIVRES                                  49\n\n   Le portrait italien du XVe ou du XVIe siècle, par exemple, est un portrait\nde faste et de fête, d'éclat, parfois de triomphe. Il est tout expression exté­\nrieure, ligne fière, apparat. Il prouve et représente : c'est une figure d'élo­\nquence ou d'énergie, de beauté ou de puissance qu'il met devant nous, pour\nprovoquer notre étonnement ou notre admiration. A nous, gens du Nord,\nces beaux personnages paraissent dénués de simplicité: nous nous trompons\net il leur est naturel de se soucier de la grâce et de l'attitude. Ils prient,\ndonateurs dans une peinture pieuse, mais ils n'oublient pas de bien se tenir,\nsachant qu'on les regarde. Ils se drapent, cambrent la hanche, font valoir\nleur profil, rejettent la plume de leur chapeau... Ils ne sont jamais dans leur\nmaison, songeant; ils sont toujours sur la place publique, marchant d'un pas\nassuré, discourant, dessinant leurs idées avec des gestes. Dans l'art du\nNord, le portrait est plus simple et plus intime, parce que les êtres sont diffé­\nrents, plus adonnés à eux-mêmes qu'aux autres ; parce que leur individualité\nse dévoile mieux dans l'expression de leur visage que dans l'allure générale\n de leur personne.\n    Mais dans le Midi comme dans le Nord, des maîtres ont paru, profonds\n visionnaires qui regardaient moins le monde qu'ils ne cherchaient leur propre\n pensée derrière les apparences des choses. Ainsi le Vinci, ainsi Rembrandt...\n Ils jettent leur âme comme une sonde, si l'on peut dire, dans l'âme des créa­\n tures auxquelles leur art a donné une vie immortelle. C'est eux-mêmes, c'est\n une face de leur rêve, un aspect de leur méditation qu'ils fixent dans leur\n œuvre, sous les traits du modèle placé devant eux.\n    Frans Hals n'était pas de la race de ces égoïstes sublimes qui absorbent le\n monde dans leur propre personnalité. Le monde, la réalité devaient être\n pour lui comme la matière de son art, belle, riche, inépuisable. Il est réaliste,\n mais il voit, il appréhende la réalité avec une telle ampleur, avec une sym­\n pathie si ouverte et si résolue qu'il nous en rend non seulement l'aspect phy­\n sique, mais l'esprit. En même temps que lui travaillent, d'un côté, les\n Brouwer, les Steen, etc., observateurs amusés de la vie joviale et coutu­\n mière; de l'autre, Rembrandt et ses disciples, pour qui toute forme est une\n signification, toute ombre une lumière, tout corps une âme — signification,\n lumière, âme qu'ils cherchent, consciemment ou non, mais avec passion,\n à faire apparaître dans leurs ouvrages. Frans Hals n'est ni avec les uns, ni\n avec les autres : « Comme celui des réalistes, écrit M. André Fontainas, défi­\n nissant en une page décisive, pleine de fermeté et de précision, le génie du\n grand peintre qu'il étudie; comme celui des réalistes, son art ne dépasse pas,\n le plus souvent, la physionomie superficielle des personnages qu'il peint ;\n il entend peu de chose aux mystères de l'âme et ne se soucie guère d'une\n étude qui lui permettrait d'en surprendre les muets sursauts. Les lignes de la\n figure humaine, l'aspect variable que leur confèrent les mille jeux du modelé\n et de la lumière, c'est là ce qui le retient ; il surprend au passage des trans­\n formations sans nombre, qui vont de la plus grave sérénité à des explosions\n de douleur ou de joie; il transcrit les symptômes révélateurs de tous les senti­\n ments, et lui-même, au gré de son humeur ou selon son âge, sait en provo­\n  quer l'éveil... Aussi bien que Rembrandt, quoique dans une direction diffé-\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3313, "texte": "50                               DURENDAL\n\n\nrente, il est bien seul, et il est bien lui. Sa conception de l'art — ou son\ninstinct — lui est propre. Il ne se laisse diriger, circonscrire, absorber par\npersonne. S'il n'a pas poursuivi les hautaines chimères sur les cimes infré­\nquentées, il a vibré de plaisir et de souffrance. Son art n'est pas le miroir\nfroidement exact des réalistes absolus. Le mouvement trahit, dans les images\nd'hommes et de femmes qu'il nous a laissées, leur résignation ou leur joie.\nAu lieu de n'être que véridique scrupuleusement, il l'est avec une fougue\nincomparable. »\n   M. Fontainas, ayant ainsi déterminé la nature du génie de Frans Hals,\nnous dit ensuite les quelques renseignements assez incertains que l'on pos­\nsède sur la biographie du maître. Puis, avant d'aborder l'examen détaillé des\nouvrages du maître, il caractérise en deux chapitres excellents l'art de Hals\ndans sa conception et dans sa technique. Et c'est, en quelques pages solides\net nuancées, où l'on sent partout la pénétration faite de sympathie et de com­\npréhension vive du poète amoureux de l'art, un portrait du peintre dont la\nvérité charme et émeut.\n   Le grand et érudit travail de M. Moes, plus développé que celui de\nM. André Fontainas, est établi aussi sur un autre plan. Le savant directeur\ndu Cabinet des estampes d'Amsterdam étudie l'œuvre de Hals dans son\nordre chronologique. Il ne synthétise pas, il analyse ; il ne groupe pas, il\ndétaille; il s'efforce enfin, au moyen d'une critique très perspicace, de\nretracer avec le plus d'exactitude possible la vie de Hals et les phases de sa\ncarrière. Les objets de doute ou de discussion n'y manquent pas, on peut\nen être assuré. La tâche entreprise par M. Moes et qu'il a conduite brillam­\nment à bonne fin n'était pas facile. Son livre résume tout ce qui a été décou­\nvert jusqu'à présent sur Frans Hals, en rectifiant et en complétant sur\nnombre de points les résultats des recherches antérieures. L'étude appro­\nfondie à laquelle il a soumis les œuvres du maître lui fournit, chemin faisant,\nl'occasion de remarques nouvelles et intéressantes. Tel que l'auteur l'a conçu,\ncet ouvrage constitue une des sources les plus abondantes de renseignements\nque nous possédions sur le grand artiste hollandais; c'est un guide accompli,\nun instrument de travail dont l'usage est d'autant plus agréable que l'éditeur\nen a enrichi les pages, selon sa coutume, de nombreuses reproductions\nd'une fidélité et d'une exécution magnifiques.\n                                                           ARNOLD GOFFIN.\n\nV i c t o r G i l s o u l , par M. CAMILLE MAUCLAIR. Un volume illustré de\n   37 planches hors texte (Collection des artistes belges contemporains). —\n   (Bruxelles, Librairie d'art et d'histoire, Van Oest et Cie.)\n   M. Van Oest ne laisse pas beaucoup de loisirs à la critique ! Nous serions\nfort en peine de dénombrer les volumes, édités avec un luxe et une perfection\npeu communs, jusqu'à présent, chez nous, que sa maison a lancés depuis sa\nfondation. Il ne se passe point de mois que nous n'ayions à parler ici de\nquelque ouvrage paru sous l'estampille de sa firme et les lecteurs de Durendal\nqui prennent la peine de feuilleter ces pages ont dû se rendre compte de la\nvaleur des publications de la maison Van Oest et de la reconnaissance que la\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "                                  LES LIVRES                                   5l\n\n\nféconde activité de celle-ci mérite de la part tant des écrivains que des\nartistes belges.\n    Le neuvième volume de sa belle « Collection des artistes belges contem­\nporains », l'excellent éditeur en a demandé la matière à un écrivain français\ndont le nom et les travaux sont assez connus en Belgique pour qu'il soit\nsuperflu d'ajouter aucun commentaire. Et rien, sans doute, n'était plus\nintéressant que de connaître l'opinion d'un étranger de sens affiné et,\nd'ailleurs, doué d'une particulière compétence, sur l'un des principaux\nparmi nos jeunes maîtres et, en même temps, sur notre art en général.\n L'infatuation nationale, les sympathies qui nous entraînent naturellement à\npriser l'œuvre de nos compatriotes pouvaient avoir entretenu chez nous des\n illusions dangereuses et nous pouvions craindre que, devant le regard d'un\njuge désintéressé, dénué de l'indulgence et des préjugés engendrés par le\n chauvinisme, nos grands artistes ne parussent bien petits.\n     Mais cette crainte était vaine et M. Mauclair rend à notre école de peinture,\n cette « aristocratie de coloristes », comme il l'appelle, un magnifique\n hommage en des pages toutes vibrantes de chaleur et de sincérité. Il loue\n spécialement nos peintres — et, d'abord, M. Gilsoul — d'avoir su défendre\n l'intégrité de leurs traditions, la vocation originelle de leur art contre les\n engouements inconsidérés suscités par le succès de l'impressionnisme et du\n pointillisme. Il marque très justement que ceux-ci, tout en poussant les\n  maîtres belges vers des expressions et des études nouvelles, n'ont pu les\n  assujettir à un mode de vision ou à des procédés de rendu incompatibles\n  avec leur tempérament.\n     M. Mauclair étudie avec une vive sympathie l'œuvre considérable et belle\n  de Victor Gilsoul, toutes ces peintures où l'art est à la fois, dirait-on, caresse\n  et force, où les aspects du pays flamand devant lesquels le maître s'est arrêté\n  nous apparaissent en même temps dans leur apparence sensible et dans l'âme\n  invisible que leur contemplation a révélée à la sensibilité de l'artiste.\n  L'auteur, dont le but a été de « suggérer au lecteur l'attrait qu'il a lui-même\n  éprouvé » devant l'œuvre de M. Gilsoul, a admirablement réalisé son dessein.\n  Cette œuvre qui, écrit-il, « veut être aimée, parce qu'elle est saine et\n  magnifique, parce qu'elle est salubre, parce qu'elle s'élève à la signification\n  d'un grand exemple », son livre, selon le désir qu'il exprime, apprendra à\n  beaucoup à l'aimer et il donnera à ceux qui l'aiment déjà des raisons\n  nouvelles de l'aimer davantage.                              ARNOLD GOFFIN.\n\n\n Henri Boncquet, par M. SANDER PIERRON. Un vol. illustré de trente-\n    deux reproductions hors texte (Collection des artistes belges contempo­\n    rains). — (Bruxelles, Van Oest).\n    C'est une émouvante histoire que celle d'Henri Boncquet. Et M. Sander\n Pierron nous la raconte avec la sympathie agissante d'un ami, avec la sensi­\n bilité d'un artiste qui a connu toutes les étapes de cette pénible et doulou­\n reuse carrière et qui a été le témoin désolé de la triste fin qu'elle a reçue au\n moment où le long effort du jeune sculpteur allait recevoir sa tardive récom­\n pense.\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3281, "texte": " 52                               DURENDAL\n\n\n    Boncquet, en effet, est mort à l'heure où son talent venait à, sa maturité et\n commençait à s'imposer à la notoriété. Il était le compatriote et le cadet de\nquelques années de Jules Lagae, parti comme lui de Roulers où, comme lui\n aussi, il avait pratiqué des métiers avant de pouvoir obéir à sa vocation.\n Mais Lagae, plus heureux que Boncquet, n'avait pas rencontré dans sa\n famille l'opposition dont souffrit celui-ci et contre laquelle il ne fut défendu\n que par l'admirable dévouement d'une de ses sœurs. Grâce à cette dernière,\nil lui fut donné de se tirer de sa province et de venir recevoir, à l'Académie\nde Bruxelles, les bonnes leçons de Van der Stappen. Quelques années après,\nil remporte le prix de Rome et conquiert ainsi le moyen de parfaire sa cul­\nture artistique par la fréquentation de l'Italie, de la France et de l'Allemagne.\nPériode particulièrement fructueuse de la vie de l'artiste et durant laquelle,\nles extraits d'écrits de Boncquet cités par M. Pierron en témoignent,\ns'achève sa formation intellectuelle. Puis, le retour au pays, le travail inces­\nsant, acharné, non seulement pour se faire sa place, mais pour faire surgir\nl'œuvre où toute sa personnalité volontaire, obstinée, un peu farouche, se\nmanifestera.\n   M. Sander Pierron nous fait le récit ému de ces années laborieuses où\nchaque œuvre achevée ajoutait à l'espoir et au courage du pauvre artiste\nque le mal sourd par lequel il était miné ne parvenait pas à abattre. Belle\nexistence, en somme, toute vouée à l'art, toute en désir, en aspiration vers\nune beauté qu'elle allait atteindre, qu'elle touchait déjà de la main à l'heure\noù elle s'est, brusquement, éteinte.\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\nL e s m a î t r e s d e l ' a r t . Benozzo Gozzoli, par M. URBAIN MANGIN. Un vol.\n   ill. — (Paris, Plon.)\n   LeXVesiècle italien a connu de plus grands artistes que Gozzoli, il n'en a\npas eu dont le charme soit plus vif. C'est qu'il a le sourire, le sourire de\nl'imagination et de la pensée, une âme heureuse, en un mot, dont le rayon­\nnement égal et doux semble illuminer toute son œuvre. Le monde qu'il\naime évoquer, parmi les êtres et les choses duquel il met en scène les belles\nlégendes qu'on lui donne à raconter, n'a rien de fabuleux ou d'inventé. C'est\nle monde même où il a vécu, qu'il a contemplé de ses yeux bienveillants,\nqu'il a parcouru dans la joie tranquille et délicate de son cœur, sans qu'il ait\ncessé jamais de paraître nouveau à la nouveauté toujours fraîche de sa sensi­\nbilité. Il n'y a rien dans sa vision, dans les décors délicieux qu'il donne pour\nthéâtre à l'allégresse élégante de ses cortèges, aux péripéties de ses histoires;\nil n'y a rien que ce monde et lui-même. Rien que la réalité, mais vue par des\nyeux de poète qui mettent on ne sait quel enchantement sur tout ce qu'ils\nregardent,\n   Si vous ne connaissez pas Gozzoli et son œuvre, prenez le livre de\nM. Mangin : il vous dira l'un; il vous détaillera l'autre avec une érudition\naimable et enjouée, en homme qui s'est épris de son sujet. Si vous les con­\nnaissez, prenez-le tout de même, car, en le feuilletant, vous ressusciterez en\nvotre souvenir les heures les plus chères de vos pérégrinations italiennes,\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "                                 LES LIVRES                                 53\n\ncelles où, dans la chapelle du palais Riccardi, à Florence, ou dans le Campo­\nSanto de Pise, vous vous êtes senti pénétrer par l'émotion faite d'ardeur et\nde sérénité qui émane des fresques de ce vieux maître toujours jeune...\n                                                           ARNOLD GOFFIN.\n\nL e s richesses d'art de la ville de P a r i s . Les édifices religieux :\n  Moyen âge et Renaissance, par M. AMÉDÉE BONNET.\n   La voie publique et son décor, par M. FERNAND BOURNON. Deux vol. ill. —\n(Paris, Laurens.)\n   Pour ceux qui aiment Paris — et qui pourrait n'aimer point Paris? —\nl'attrait des volumes de la nouvelle collection entreprise par M. Laurens est\nsans égal. En voici deux encore, dont les auteurs, qui ont la double compé­\ntence du savoir et du goût, constituent pour leur lecteur des guides vérita­\nblement entraînants.\n   Le premier nous conduit dans les vieilles églises parisiennes, depuis les\nriches comme Notre-Dame et Saint Germain-1'Auxerrois, jusqu'aux petites et\naux pauvres; il nous les décrit, nous raconte leur histoire, nous dit leur déco­\nration, tout ce qu'elles ont perdu, tout ce qu'elles ont conservé depuis l'époque\nromane, gothique ou renaissante, de leur construction. C'est par les rues et\nles boulevards, par tous les chemins de la circulation de l'énorme capitale,\nque le second nous mène et, tout en marchant, il ne laisse rien passer, palais,\nfontaines, tours, arcs de triomphe, colonnes, qu'il ne nous explique... Et,\nen somme, ce qu'ils font, chacun dans son domaine, c'est l'histoire de la\ngrande cité qu'ils déchiffrent et qu'ils nous apprennent à lire dans ses monu­\nments et dans tous les aspects de la beauté que les siècles et le génie des\nhommes lui ont donnés.\n                                                                         A. G.\n\nLA M U S I Q U E :\n\nW a g n e r , par HENRI LICHTENBERGER. Collection : Les Maîtres de la\n   Musique. — (Paris, Alcan.)\n   M. Henri Lichtenberger, l'auteur du livre célèbre Wagner poète et penseur,\nvient de publier dans la collection Alcan une nouvelle étude biographique et\ncritique consacrée au maître de Bayreulh. Ce travail de vaste envergure, où\nl'érudition la plus documentée se joint à une constante élévation de vues, est\nmanifestement trop complexe, trop riche en considérations philosophiques\net esthétiques pour que l'on puisse songer à en condenser le contenu\ndans les limites restreintes d'un article bibliographique. Je voudrais simple­\nment ici en indiquer les lignes maîtresses et tâcher d'en dégager l'esprit par\nquelques citations.\n   Dans l'oeuvre de Wagner, la création de la forme d'art nouvelle date du\nVaisseau-Fantôme, de Tannhäuser et de Lohengrin. Par le sujet, ces drames\nrevêtent un double caractère, ils sont légendaires, car la musique ne s'accom­\nmode nullement des contingences historiques et ne se prête qu'à l'expression\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "54                                 DURENDAL\n\n\n de ce qu'il y a d'éternellement humain dans les sentiments et les émotions de\n l'âme, ils sont aussi symboliques, développent une double action, l'une exté­\n rieure et visible, l'autre intérieure et idéale qui est comme le ressort vital de\n l'œuvre etson principe supérieur de beauté. Ainsi le Vaisseau-Fantôme symbo­\n lise le désir de repos qui saisit l'âme dans les orages de la vie. Tannhäuser\n retrace le conflit qui s'élève entre la nature sensuelle de l'homme et sa nature\n spirituelle, Lohengrin exprime le sentiment poignant de l'écart infranchis­\n sable qui sépare le fini de l'infini, l'absolu du relatif, l'idéal de l'homme. Au\n point de vue musical, ces drames se caractérisent par la fusion plus intime\n et complète du poète et du musicien, par la concentration de l'action en\nquelques moments essentiels largement développés de façon à favoriser\nl'inspiration de ce dernier, par la création de la symphonie continue et l'appa­\n rition des Leitmotiv.\n    M. Lichtenberger étudie à fond la théorie du drame musical tel que le\nconçoit Wagner arrivé à la pleine maturité de son génie, c'est-à-dire comme\nl'œuvre d'art intégrale, la synthèse suprême où tous les arts particuliers\nviennent aboutir et se confondre. Puis il consacre un chapitre spécial à cha­\ncune des quatre grandes œuvres de la seconde période, le Ring, Tristan, les\nMaîtres-Chanteurs, Parsifal.\n    Il détermine les différents stades de la pensée de Wagner dans l'élabora­\ntion de la gigantesque Tétralogie qui, en sa version définitive, a non plus\nSiegfried, mais Wotan comme héros central. Le conflit entre l'égoïsme et\nl'amour qui s'élève au fond de l'âme de Wotan passe au premier plan du\ndrame qui, en ses significations dernières, symbolise « l'abdication graduelle\nde l'égoïsme, la nécessité de la résignation totale, l'acceptation joyeuse de la\nmort ».\n    Cette aspiration vers la mort libératrice qui se retrouve en toute l'œuvre\nde Wagner atteindra dans le drame de Tristan son expression la plus puis­\nsamment significative. Bien que. pénétré des idées de Schopenhauer, le\ndrame de Wagner s'en sépare nettement sur un point, car pour le philosophe\nde Dantzig, c'est par l'art, la souffrance, la pitié consciente qu'on arrive à\nl'aspiration vers la paix du Nirvana, mais non par l'amour. Au contraire,\nWagner voit dans l'amour de l'homme et de la femme « le chemin qui mène\nau salut, à l'apaisement total de la volonté ». Loin de se terminer sur une\nimpression douloureuse d'abattement pessimiste, le drame se couronne d'un\nhymne sublime qui s'épanouit dans une lumière de triomphe. « Tristan est\nle type achevé du drame wagnérien sous sa forme la plus logique et la plus\nsévère, du drame qui élimine impitoyablement de l'action tout pittoresque\nvain, tout épisode superflu pour nous retracer uniquement la vie intérieure\ndes personnages. »\n    Il faut voir dans les Maîtres-Chanteurs un chef-d'œuvre unique, « une des\nproductions les plus hautes, les plus sereines, les plus profondes du maître ».\n Et cela non seulement à cause de la richesse de la matière musicale, du\nsavoureux alliage de formes scolastiques avec les « raffinements les plus com­\nplexes de la technique moderne ». Les Maîtres-Chanteurs, ce pamphlet cin­\nglant opposant aux misérables canons de la routine les intuitions sacrées du\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "                                 LES LIVRES                                   55\n\ngénie, ce poème débordant à la fois de verve humoristique, d'éclat pitto­\nresque et de vibrante émotion, offre un titre de plus à notre admiration : par\nses plus hautes significations, il se rattache à cette philosophie du renonce­\nment qu'exprime toute l'œuvre de Wagner, mais ici avec une tendance mar­\nquée à s'éloigner de la morale inerte de Schopenhauer pour se rapprocher des\ndoctrines fécondes du christianisme. Par sa glorieuse sérénité dans le sacri­\nfice de son amour, Hans Sachs nous montre « que le renoncement n'est pas\nseulement, comme chez Wotan et Tristan, la fin de tout désir de vivre et le\nprélude de la mort, mais qu'il peut devenir un principe de vie et d'action.\nL'existence peut avoir un sens pour qui a renoncé absolument à tout désir\négoïste. Cette grande idée morale qui domine toute la fin de la vie de Wagner\net s'affirme dans son Parsifal avec un lyrisme si magnifique, fait ainsi\nsa première apparition dans les Maîtres et communique à l'oeuvre une singu­\nlière beauté ».\n    « Parsifal est l'expression définitive des plus hautes conceptions religieuses\net morales où Wagner aboutissait au soir de son existence. Pour Schopen­\nhauer, il n'était point de remède à nos maux ailleurs que dans la mort, dans\nla grande paix du Nirvana. Pour Wagner, celui qui s'élève à la conscience\nclaire de la souffrance et de la corruption universelles, qui apprend à voir\ndans la volonté égoïste, dans le désir impur, la source unique de nos maux,\nqui aspire de toutes les forces de son être à s'évader du péché et de la misère,\ncelui-là peut, non point par l'abdication définitive du vouloir-vivre, mais au\ncontraire par un effort suprême de la volonté consciente, tuer en lui l'égoïsme\net s'élever à la sainteté... Jésus n'est plus pour Wagner un des grands initia­\nteurs de l'humanité : il est le représentant unique, miraculeux, divin de la\nvolonté dirigée vers le bien. »\n   Après s'être arrêté peut-être avec trop d'insistance sur le mouvement d'hos­\ntilité et de défiance qui s'est manifesté depuis quelques années à l'égard de\nWagner, en France dans les clans d'avant-garde de l'école franckiste, en\nAllemagne chez certains critiques trop épris des paradoxes nietzschéens,\nM. Lichtenberger salue en Wagner « le plus grand événement de l'art alle­\nmand depuis Goethe, le Titan qui a rénové le langage musical de l'Europe,\ninventé une forme d'art d'une saisissante originalité, créé une suite de drames\nimmortels, dressé enfin sur la colline de Bayreuth son théâtre modèle comme\nun temple consacré au grand art idéaliste et désintéressé ».\n   Les citations que nous venons de faire démontrent suffisamment l'impor­\ntance et la valeur du livre de Lichtenberger, livre remarquable par la fermeté\net la droiture du sens critique, par la force pénétrante d'analyse, l'ampleur de\nvision qui, embrassant tous les aspects de l'œuvre immense, l'explique et\nl'approfondit au triple point de vue philosophique, poétique et musical, aussi\npar l'ordre lumineux et rigoureusement méthodique suivant lequel est conçu\nle plan de l'ouvrage étudiant les drames du maître de Bayreuth dans leur\nsuccession chronologique et retraçant parallèlement l'évolution constam­\nment ascendante du génie de Wagner, qui s'élève comme par étapes vers les\nsommets augustes de Parsifal.\n                                                                     G. DE G .\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "56                               DURENDAL\n\n\n\nEpitome e graduali de tempore et de sanctis (recensioribus mu­\n    sica signis). — (Dusseldorf, Schwann, S.)\n    Nous avons rendu compte ici même du recueil de chants liturgiques\nd'usage courant dans les célébrations habituelles du rite, publié par la firme\nprécitée. Celle-ci nous adresse aujourd'hui un recueil nouveau, contenant la\nmême matière que le précédent, mais offrant cette particularité que les can­\ntilènes y sont imprimées non plus en notation ecclésiastique, mais en nota­\ntion moderne.\n    La réalisation est la suivante : Les cantilènes sont notées sur la portée\nusuelle de cinq lignes, en clef de sol, la tonalité variant avec l'ambitus de la\nmélodie (ce qui amène parfois des tonalités assez accidentées, comme celle\nde mi). L'unité choisie est la croche, les mélismes des bistropha et des tris­\ntropha sont rendues au moyen de croches barrées, les notes secondaires du\npodatui et du clivis en caractères plus minces (comme les notes ornementales\nde la musique profane); seules, les notes longues, appuyées, le pressus, les\nsons à mora vocis, ceux qui marquent une division rhétorique, sont rendus au\nmoyen de noires. Le quilisma est indiqué par un ~ au-dessus de la note,\ntandis que la note précédente reçoit un —, marquant une légère prolon­\ngation. Des liaisons délimitent les membres de phrases, tandis que les divi­\nsions sont représentées par des | et des || , voire par le signe musical du\nsilence, — qui, bien entendu, ne représente pas ici une valeur absolue.\n    Si ingénieuse que soit cette réalisation, j'avoue que cette séparation du\nchant liturgique de sa notation traditionnelle n'est pas de mon goût. Mais au\n point de vue pratique, l'édition nouvelle est de nature à rendre service aux\nchantres auxquels les circonstances n'auraient pas permis de se familiariser\n avec la notation grégorienne. Elle sera particulièrement utile aux amateurs\n et aux artistes désireux de se faire une idée concrète de ces admirables can­\n tilènes desquelles l'art musical occidental s'est nourri pendant quinze siècles\n et où se perpétue l'art délicatement expressif de la Grèce antique, rajeuni\n et vivifié par l'inspiration enthousiaste des premiers siècles de la chrétienté.\n                                                                         E. C.\n\nL e B a r o n F . - A . G e v a e r t , par F R . DUFOUR. — (Bruxelles, Société\n   belge de Librairie, collection Diamant. Prix 50 centimes.)\n   Ce n'est pas précisément un sujet facile que de décrire la vie, le caractère,\nl'activité d'une personnalité telle que Gevaert, avec ses mille ramifications\nvers toutes les formes de la pensée humaine, cela dans un travail limité aux\ndimensions d'un grand article de journal. M. Dufour s'en est habilement\ntiré et son opuscule apprendra même à ceux qui connurent intimement le\nmaître plus d'une particularité inédite ou peu connue. L'auteur retrace la\ncarrière de Gevaert, ses travaux comme savant, comme organisateur de l'eu­\nseignement musical en Belgique, comme vulgarisateur des grands ouvrages de\nl'art classique aux concerts du Conservatoire. Il évoque enfin son caractère\n et, à l'appui, cite une foule d'anecdotes caractéristiques. Cette partie de l'œu­\n vrette est peut-être un peu étendue par rapport au reste, notamment à l'œu­\n vre historique de Gevaert ; ce n'est pas dire beaucoup, ni même assez, que\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "                                 LES   LIVRES                                  57\n\nd'écrire que l'Histoire et théorie de la musique [dans l'antiquité) « fut fort remar­\nquée par ses aperçus originaux ».\n   Un index bibliographique, assez complet, nous semble-t-il, clôt le volume.\n                                                                           E. C.\n\nC a n t e m u s D o m i n o : Cantiques tirés des hymnes et prières liturgiques,\n   paraphrases françaises strophiques par le chanoine Lalieu, musique de\n   Dom Anselme Deprez, organiste de l'Abbaye de Maredsous. — Chants\n   religieux à une ou plusieurs voix, paroles de l'abbé Clément Hesse, musique de\n   Albert Allain (collection du chant populaire à l'église). — Dix puces de diffé-\n   rents styles ponr harmonium (1 r e suite) par René Vierne. Trois publications\n   de la Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques, Paris.\n   Les deux premières des publications mentionnées poursuivent un\nbut analogue, qui marque depuis quelques années une orientation nouvelle\ndes choses du culte : l'élimination, à l'église, des cantiques de mauvais\ngoût, sous-produit de l'école Gounod-Massenet, et leur remplacement par\nl'établissement d'une formule nouvelle, de caractère plus simple et plus\nessentiellement populaire, née d'un rapprochement du folklore et de la\nmélopée liturgique représentée par les tonalités ecéléaiastiques. L'innovation\na-t-elle des chances de réussir ? S'il est permis d'en douter, constatons ici sa.\nlégitimité. La Réforme dut en grande partie son succès à une innovation\nanalogue ; dans la primitive Eglise, lé peuple prenait part à l'exécution du\nchant liturgique, et plus d'une fois, dans la suite des siècles, la chanson\npopulaire et le chant ecclésiastique se sont fait mutuellement des\nemprunts.\n   Les cantiques du chanoine Lalieu sont inspirés des hymnes et prières\n Verbum supernum, O Sacrum, Sacris Solemnis, Ecce Panis, Anima Christi, Jesu\ndulcis memoria. Les mélodies de Dom Deprez sont d'une grande onction et\nd'une simplicité pleine de charme, avec d'heureux rappels des tonalités\necclésiastiques, mais elles nous paraissent manquer de plasticité; l'accompa­\ngnement montre une belle maîtrise des ressources de l'art polyphonique.\n Les mélodies de M. Albert Allain ont un caractère plus dégagé, avec une\nligne mélodique plus ferme; mais la prosodie musicale en est tout à fait\ninacceptable et nécessiterait une refonte complète de la partie vocale. Le\n« contrôle » de la Schula Cantorum, annoncé dans les intitulés de la collection\nle Chant populaire à l'église, aurait trouvé là une excellente occasion de\ns'exercer.\n    Le recueil pour harmonium de M. Vierne (organiste de Notre-Dame-des-\nChamps) contient dix pièces de différents genres : entrée, sortie, pastorale,\nprière, absoute, etc., d'un style excellent, pleines de caractère, d'une harmo­\n nisation raffinée, un peu alambiquée même, mais toujours très intéressante.\n Il se recommande pour les chapelles pourvues d'instruments modestes, où\nl'on désire néanmoins faire de bonne musique. Peu difficiles techniquement\n(sauf le n° 5), les morceaux sont néanmoins épineux par l'animation\ndu mouvement modulatoire et le grand nombre des altérations accidentelles.\n                                                                        E . C.\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3586, "texte": "58                                      DURENDAL\n\n\nHISTOIRE ET PHILOSOPHIE :\nD a s N o r d l a n d b u c h , par W A L T E R NIEMANN. — (Berlin, Alexandre\n    Duncker.)\n    L ' E u r o p e septentrionale, jadis si négligée, exerce depuis un certain\nn o m b r e d'années sur les habitants de nos contrées u n e singulière attraction.\nT o u t d'abord, ce fut la littérature nordique qui n o u s envahit, influençant de\nla manière que l'on sait la production indigène, en F r a n c e et en Belgique\nc o m m e en Allemagne, avec Ibsen, Björnson, etc.; puis ce fut la m u s i q u e ,\navec les harmonies savoureuses et subtiles, la mélodique si essentiellement\nnationale de G r i e g ; enfin, T h a u l o w devint le grand favori de nos salons de\np e i n t u r e . Mais non seulement l'art, la n a t u r e nordique elle-même réunit chez\nnous des fervents de plus en plus n o m b r e u x . L e s voyages au D a n e m a r k , en\nNorwège, vers l ' e x t r ê m e n o r d même t e n d e n t à remplacer les itinéraires tra­\nditionnels en Italie et en Suisse, le soleil de minuit détrône l'aurore classique\ndu R i g h i .\n    A ce point de vue, le livre que nous signalons vient à son h e u r e . Ecrit spé­\ncialement dans le but de faire mieux connaître aux Allemands le milieu et la\ncivilisation propres au r a m e a u septentrional de la g r a n d e famille g e r m a n i q u e ,\nil n'est pas moins intéressant pour nous, et il serait désirable q u ' u n e b o n n e\ntraduction le mît à la portée du grand public de F r a n c e et de Belgique.\n    C'est probablement par la voie de l'art musical que l'auteur, le D r W a l ­\nter N i e m a n n , de Leipzig, a été a m e n é à écrire ce livre, dédié au célèbre\nmusicologue allemand H u g o R i e m a n n . On doit à M. N i e m a n n un excellent\nlivre sur la musique Scandinave (1)et un a u t r e , en collaboration avec M. Schjel-\nd e r u p , sur Grieg (2). L e présent ouvrage est désigné par lui : Eine Einführung\nin die gesamte nordische Natur uni Kultur, « Initiation à l'ensemble de la N a t u r e\net de la Civilisation d a n s le N o r d » (3), et ce sous-titre, pour ambitieux qu'il\nparaisse, n e promet tien que l'auteur ne tienne.\n    Réaliser un p r o g r a m m e aussi vaste en deux cent cinquante pages suppose\nnaturellement la manière synthétique. Aussi le grand mérite de l'auteur con­\nsiste moins encore d a n s la masse de renseignements accumulés en cesquelques\npages que dans l'équilibre qu'il a su y garder, la logique du plan général, la\nrelation intelligemment établie entre le milieu et la culture qui s'y développe ;\naprès cela, ne nous étonnons pas si M. N i e m a n n , empressé à raconter et à\ndécrire, d ' u n e p l u m e a l e r t e , néglige de philosopher et de nous donner des vues\nbien personnelles sur son vaste sujet, n e nous parlant m ê m e d'histoire que\npour autant qu'il est nécessaire pour éclairer celui-ci. Mais parcou­\nrons r a p i d e m e n t la matière du livre. Celui-ci est divisé en deux parties : la\nnature et les peuples d u N o r d , la civilisation et l'art d a n s le N o r d . D a n s\nla p r e m i è r e , l'auteur évoque les divers aspects de la nature n o r d i q u e (Dane-\n\n    1) Die Musik Skandinaviens. Leipzig, 1906.\n    2) EDWARD GRIEG : Biographie und Würdigung seiner Werke. Leipzig, 1909.\n    3) Les mots Nord, nordisca reçoivent en allemand une signification sensiblement\ndifférente de celle que nous leur attribuons. Pour nous, le « Nord » comprend égale­\nment la Russie; ici l'expression se limite, on le voit, aux pays du nord-ouest de l'Europe\nla Scandinavie et la Finlande.\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3483, "texte": "                                LES   LIVRES                                 59\n\nmark, Suède, Norwège, Finlande, îles Orkney, Shetland, Feroë, Spitzberg,\nGroenland), puis il étudie la répercussion de cette nature dans le sentiment\npopulaire, dans la littérature et dans l'art : les mythes, croyances, légendes\net usages populaires, les empreintes qu'elle a laissées dans l'œuvre des grands\nécrivains nationaux corrme Ibsen et Björnson, enfin il dénombre les diverses\nraces Scandinaves, des Danois aux Islandais, aux Lapons et aux Finnois\n(signalant en passant les curieux mélanges celtiques observés dans les Feroë\ndu sud). La deuxième partie débute par une description des styles architec­\nturaux (où les divers styles classiques se mêlent aux procédés traditionnels\nde la bâtisse indigène) et de l'art populaire : on ne s'étonnera pas si l'auteur,\nmusicologue, s'appesantit avec complaisance sur le folklore musical, les chants,\ndanses et instruments de musique populaires, si caractéristiques dans le Nord.\n   Un chapitre intéressant est celui où M. Niemann décrit la culture et l'art\nnordiques avant l'éveil du sentiment national, alors que les maîtres les plus\néminents du pays, Holberg, le Molière Scandinave, au XVIIe siècle, Thor­\nwaldsen au xvme, ne révèlent en somme, quel que fût leur talent ou leur\ngénie, aucun caractère bien propre à leur pays, — puis l'éveil du sentiment\nnational, de la fin duXVIIIeà la moitié duXIXesiècle, sous la double influence\ndu romantisme et des circonstances politiques, — la musique (toujours plus\ntardive dans son évolution) ne devant entrer résolument dans la même voie que\ndans le dernier tiers duXIXesiècle. Les chapitres suivants, très détaillés, sont\nconsacrés à l'histoire contemporaine de la littérature et des différents arts au\nDanemark, en Suède, Norwège et Finlande, voire en Islande et au Groenland.\n   Le livre de M. Niemann est agrémenté de soixante-dix illustrations hors\ntexte reproduisant les aspects les plus caractéristiques de la nature et des\nvilles nordiques, ainsi que de nombreuses œuvres d'art, des sculptures\n(parmi lesquels de beaux Thorwaldsen et Jérichau et un charmant nu\nde Hasselberg) et de plus nombreuses peintures, dont un bien attachant\ntableau, la Famille Nathanson, du Danois Eckersberg (1783-1853), d'un classi­\ncisme très pur, rappelant un peu la manière de David. Ici toutefois, un\ncertain nombre de tableaux de genre, scènes populaires, etc., de la dernière\ngénération, d'une médiocre valeur esthétique, eussent été avantageusement\nremplacés par quelques toiles de Scandinaves de la jeune école, dont certains\nsont si intéressants; nous n'en voulons pour preuve que l'étonnant Kullervo\n (un héros de l'épopée nationale), du Finlandais Gallén, reproduit ici.\n   Livre hautement instructif, on le voit, et qui méritait d'être signalé\nau lecteur.                                                 ERNEST CLOSSON.\n\nD e L e i b n i t z à H e g e l . Un chapitre de l'Histoire de la Philosophie en\n   Allemagne, par NIKOLAÏ MOELLER. — (Bruxelles, Editions de Durendal.\n   En vente à la Société belge de librairie. Prix : 6 fr. 25.)\n   Les petits-fils de Nikolaï Moeller ont eu l'heureuse idée de rééditer, dans\nce volume, une partie des œuvres du philosophe norwégien, docteur de\nl'Université d'Iéna et professeur honoraire à l'Université de Louvain. Ces\npages méritaient d'échapper à l'oubli et il faut se féliciter que le culte du\nnom familial— bien légitime dans une famille connue, à plus d'un titre,\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3474, "texte": "60                                  DURENDAL\n\n\n dans divers domaines de la science — les ait amenés à publier ces belles\n pages, d'une pensée claire et pénétrante. La partie maîtresse du livre est\n une histoire de la philosophie en Allemagne, de Leibnitz à Hegel.\n L'exposé du Leibnizianisme manque, à coup sûr, d'ampleur et d'originalité.\n Par contre, il convient d'apprécier les différents chapitres consacrés aux\n doctrines de Kant, Fichte, Schelling et Hegel. Ce sont des modèles de\n concision, de limpidité, d'exactitude et de profondeur. Ils jettent une ample\n clarté sur bien des parties, sur bien des recoins de ces philosophies souvent\n obscures ou tortueuses, qui, certes, n'ont rien de la simplicité et de l'har­\n monie des temples d'idées construits par les penseurs grecs. La phrase de\n N. Moeller est — chose étonnante chez un homme d'origine Scandinave et\nde culture surtout allemande — vraiment française, aisée, toujours aussi\n nette que sa pensée. Si l'exposé des doctrines, malgré les travaux histo­\n riques qui suivirent, n'a pas vieilli et demeure instructif, il n'en est pas tou­\njours de même des critiques que N. Moeller adresse aux philosophies\n étudiées. Elles datent de l'époque où ces pages parurent pour la première\nfois. Moeller inclinait au fidéisme. « Il en était venu, écrivent ses éditeurs, à\n penser que toute la philosophie moderne depuis Descartes faisait fausse\n route pour avoir rompu avec la révélation » (p. 389). Il croyait que la philo­\nsophie, dans ses diverses disciplines, devait chercher une aide positive et\nune illumination dans la vérité révélée. Certes, rien de plus naturel chez un\nhomme qui était venu du luthéranisme à l'Eglise catholique, après avoir été\nballotté d'un système philosophique à l'autre. Il avait trop vivement expéri­\n menté en lui-même les défaillances auxquelles la raison, livrée à ses seules\nforces, se trouve exposée, il avait éprouvé trop profondément le besoin de la\nfoi qui illumine, raffermit et console, pour ne pas être tenté d'insister sur la\n nécessité du secours qu'elle nous apporte. Aussi concevant la philosophie\ncomme devant recevoir l'inspiration positive de la révélation, est-il amené à\njuger les doctrines adverses, trop exclusivement, du point de vue de ses\ncroyances religieuses et de ne point assez en faire la critique rationnelle.\n L'athéisme de Fichte et le panthéisme de Schelling sont inconciliables avec\ntoute croyance chrétienne : tels sont les arrêts qu'on entend assez fré­\nquemment prononcer. A coup sûr, la condamnation vaut pour le croyant,\n mais suffit-elle à convaincre le philosophe qui n'a point la foi ?\n    Les cent dernières pages du livre renferment une biographie de\n N. Moeller, ou, du moins, le récit de son passage du luthéranisme à la religion\ncatholique, d'après des souvenirs de famille et des mémoires de l'époque Ce\nn'est certes point la partie la moins intéressante de l'ouvrage. On la lit avec\nune curiosité très vive, je dirais mieux, passionnée. Certaines pages sont\némouvantes, d'autres spirituelles et joyeuses, toutes remarquablement\nvivantes, admirablement documentées, écrites d'une plume vive, fine et, en\nmême temps, savante.\n   En terminant la lecture, on regrette que le récit ne se poursuive pas plus\nloin et qu'après l'épilogue de la conversion de Moeller et son établissement à\nMünster, si peu de choses nous soit dit sur les épisodes et les travaux qui\nsuivirent.                                                      E D . JANSSENS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1910-livraison01-011", "volume": "ELB-AML-484382-1910-000-017_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1910-000-017_f.pdf", "ocr_sha256": "d26135816695b8fe651d6bec3bad08350ace32ae8f2d7e5ba2abc5814fc911f9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 64, "titre_corps": "Notules", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTULES Nos abon", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "NOTULES\n\n    Nos abon n é s d e 1 é t r a n g e r sont instamment priés d'avoir l'obli­\ngeance de nous payer le prix de l'abonnement pour 1910, en nous envoyant,\nsoit un mandat postal international, soit un chèque de 12 francs sur une\nbanque de Belgique. C'est le procédé le plus aisé et le moins coûteux à la\nfois pour l'abonné et pour la Direction de la revue. Prière d'adresser mandat\nou chèque à la Direction de Durendal, 55, rue de la Source, Bruxelles (Bel­\ngique).\n                                      ***\n   u n e COquille doit avoir rendu inintelligible une phrase de la nouvelle\nde notre collaborateur Hubert Krains que nous avons publiée dans notre\ndernier numéro. Page 724, huitième alinéa, il faut lire : « Lorsqu'elle a\nrépondu, il la regarde s'éloigner, puis il fuit ses réflexions. »\n                                      ***\n   L e s s a i s o n s m y s t i q u e s . — Notre ami Georges Ramaekers vient\nde publier sous ce titre un nouveau poème, que nous recommandons à nos\nabonnés et dont nous rendrons compte prochainement (Librairie moderne,\n162, rue de Mérode, Bruxelles). Prix 3 fr. 50.\n                                     * **\n  La médaille à l'Exposition de Bruxelles. — Un comparti­\nment distinct stra réservé à la médaille dans la section des beaux-arts de\nl'Exposition de Bruxelles. MM. Buls et de Witte ont été chargés, en leur\nqualité de présidents de la Société hollandaise-belge des Amis de la médaille d'art,\nd'organiser ce Salon. C'est la première fois qu'un compartiment spécial est\nréservé à l'art de la médaille. Jusqu'à présent les médailles étaient éparpil­\nlées dans divers compartiments, de sorte que le public n'y prêtait aucune\nattention. L'art de la médaille est un art aussi important que la peinture, la\nsculpture, la gravure, l'architecture, et doit être mis sur le même pied. C'est\nce que l'on a enfin compris. Nous ne saurions assez engager les artistes\nmédailleurs à profiter d'une occasion pareille. De leur concours dépendra le\nsuccès du Salon de la médaille.\n                                      * *\n    M . P a u l L a m b o t t e , chef de division au Ministère des Sciences et\ndes Arts, vient d'être promu au grade de directeur des beaux-arts. Nous\noffrons à notre ami nos plus affectueuses félicitations.\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "62                                DURENDAL\n\n\n   M. Paul Lambotte est l'homme le plus aimable et le plus charmant du\nmonde. C'est, en outre, un critique de premier ordre, ainsi que le prouvent\nles études remarquables qu'il a publiées — entre bien d'autres — sur Evene­\npoel et Alfred Stevens. Ces travaux dénotent un talent de critique hors pair\net un écrivain d'une rare distinction.\n\n                                         *\n                                     *       *\n\n    L ' E x p a n s i o n B e l g e . — Nous ne saurions assez chaudement recom­\nmander cette magnifique publication à nos lecteurs. Dans la plupart des\nfamilles on trouve sur la table des revues illustrées. Mais quelles revues !\nIllustrations quelconques. Texte banal qui ne fournit aucun aliment à l'esprit.\nRevues d'images tout au plus. Et quelles images encore I Remplacez donc\ntous ces périodiques insignifiants au premier chef par une revue illustrée\nsérieuse. Nous vous en proposons une qui est vraiment l'idéal. C'est\nl'Expansion Belge. Rarement on publie des revues illustrées d'une façon\nplus remarquable, plus abondante et plus intéressante. Le but de l'Expan­\nsion Belge, c'est de renseigner le lecteur sur tout le déployement de la vie\nbelge à l'étranger, sur la colonisation d'abord et, par conséquent, avant tout et\nsurtout sur notre grande colonie du Congo. Et vraiment sur ce point, quand\non parcourt les deux premières années de cette vaillante revue, on y trouve\ntous les détails les plus précis sur tout ce qui concerne notre colonie. Ensuite\ntout ce que les Belges ont fait de remarquable hors du pays en fait d'industrie,\nde commerce, d'art est raconté en détail dans cette revue. Les hommes de\nnotre pays qui se sont illustrés à l'étranger dans les différents départements\nde l'activité humaine, jusque dans les sports même, sont offerts à notre admi­\nration. Et tout cela est rehaussé par la plus copieuse, la plus riche et la plus\nsoignée des illustrations que l'on puisse désirer. Et avantage appréciable\naussi, cette luxueuse revue paraissant tous les mois ne coûte que 12 francs\npar an, pas plus cher que tant de périodiques illustrés insignifiants !\n   Voilà au moins un périodique illustré qui n'est pas banal et futile comme\nla plupart, que l'on ne jette pas au panier après l'avoir parcouru d'une façon\ndistraite, mais dont on conserve soigneusement la collection qui sera toujours\nintéressante à relire plus tard et bien souvent utile à consulter. On s'abonne à\n l'Expansion Belge, 4, rue de Berlaimont, à Bruxelles.\n\n                                       *\n                                      * *\n   L e M u s é e d u L i v r e a pour objet l'étude des questions relatives au\nLivre, ainsi qu'aux arts et industries qui s'y rapportent, la formation de\ncollections se rattachant à cette étude, l'enseignement professionnel, la diffu­\nsion du Livre et de la Lecture.\n   Cette institution organise des conférences publiques et édite une très belle\nrevue, luxueusement et artistement illustrée de magnifiques hors-texte offrant\nà notre admiration les plus remarquables spécimens d'illustrations, photo­\ngravures, couvertures, reliures, caractères du Livre moderne. Les derniers\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": "                                             NOTULES                                                 63\n\n\nfascicules p a r u s , 10, n et 12, sont de toute beauté, sous ce rapport, et repro­\nduisent entre autres deux belles œuvres d u grand artiste liégeois Rossenfosse.\nIls contiennent aussi u n e conférence très intéressante d ' E d m o n d P i c a r d sur\nles progrès de l'art d e l'édition en Belgique.\n   Siège d u Musée du L i v r e ; de la Maison d u Livre, 3, rue Villa-Hermosa,\nBruxelles.\n\n                                                 *     *\n\n  J . - K . H u y s m a n s . — A lire dans la Revue du Temps Présent, livraison\ndu 2 de ce mois, d e s n o t e s i n é d i t e s s u r l a s y m b o l i q u e d e s p i e r r e r i e s ,\nécrites par J . - K . H u y s m a n s , communiquées et commentées par dom Besse.\n\n                                                  *    *\n\n   Madame G. Wibauw-Detilleux, cantatrice a repris ses leçons\nparticulières de chant (français, allemand, italien, anglais, néerlandais) chez\nelle, 49, rue Moris (chaussée de W a t e r l o o ) .\n\n                                                  *    *\n\n    N O U S r e c o m m a n d o n s tout spécialement à l'attention de nos lecteurs\n les livres suivants :\n    Saint François d'Assise dans la légende et dans l'art primitifs italiens, par ARNOLD\n GOFFIN, vol. illustré (Bruxelles, Van Oest), 5 francs.\n   L'Arc-en-ciel,     par P I E R R E NOTHOMB (éd. de D u r e n d a l ) , 3 fr. 50.\n    L'Ame des Saisons, par VICTOR KINON (Bruxelles, Larcier), 3 fr. 50.\n    Constance Teichmann, p a r M. BELPAIRE (Bibliothèque choisie, Louvain,\n G r a n d ' P l a c e , 17).\n    Figures du Pays, p a r H U B E R T KRAINS (Bruxelles, Larcier), 3 fr. 50.\n    Contes à la nichée, par H U B E R T STIERNET (Bruxelles, L e b è g u e ) , 3 fr. 50.\n    Ailleurs et chez nous, par GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant), 2 fr. 50.\n    Coups d'ailes. Poésies, par MARCEL W Y S E U R (Gand, Siffer), 3 fr. 50.\n    Joannls Brahms, par L . W A L L N E R (Bruxelles, Schott), 1 franc.\n    La littérature française au XIXe siècle. I r e et I I e parties p a r P A U L HALFLANTS\n (Bruxelles, Dewit), c h a q u e volume 3 fr. 50.\n    Les saisons mystiques. P o è m e , p a r GEORGES RAMAEKERS (Bruxelles, Librairie\n moderne), 3 fr. 50.\n\n                                                       *\n                                                      * *\n\n    Accusé de réception :\n    A R T : Le bréviaire de Philippe le Bon. Reproduction des miniatures des\n  manuscrits n°s 9511 et 9026 de la Bibliothèque royale de Belgique. Beau\n  volume in-4°, c o m p r e n a n t 60 planches hors texte en phototypie. P r é c é d é\n  d'une étude d u R . P . VAN DEN GHEYN, conservateur des m a n u s c r i t s\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "64                                        DURENDAL\n\n\n(Bruxelles, Van Oest). — Hubert et Jean Van Eyck, p a r G. DURAND-GRÉVILLE.\nBeau volume in-4 0 , illustré (idem). — Le portrait eu France, par L . DUMONT-\nW I L D E N . Volume illustré (idem). — Hubert Van Eyck. Le maître du R e t a b l e\nd e l'Agneau mystique à Saint-Bavon, de G a n d , par A . - J . W A U T E R S (Bruxelles,\nW e i s s e n b r u c h ) . — Hippolyte Flandrin, p a r L o u i s FLANDRIN, vol. illustré\n(Paris, Perrin). — L'art et le geste, par JEAN D ' U D I N E (Paris, Alcan).\n  H I S T O I R E : Pages d'histoire et de guerre, p a r le marquis DE COSTA DE BEAU­\nREGARD. Préface de H . Bordeaux (Paris, P l o n ) . — La terreur en Russie, par\nP I E R R E KROPOTKINE ( P a r i s , Stock).\n   L I T T É R A T U R E : Heures d'Italie, par GABRIEL FAURE (Paris, Fasquelle).\n— Ombre et lumière, par FEKNAND LAUDOT (Paris, P e r r i n ) . — Notes sur la tech-\nnique poétique, par G. DUHAMEL et C H . VILDRAC (Paris). — Le pays wallon, par\nL O U I S DELATTRE (Bruxelles, E d . de l'Association des écrivains belges).\n   M U S I Q U E : Jaarkrans        van geestelijke liederen rond den Heerd, gedicht door\nA U G U S T C U P P E N S . G e t o o n d i c h t door LODEWIJK DE V O C H T . E e r s t e b u n d e l :\nWintertijd (Antwerpen, Vlaamsche muziek handel).\n  P O È M E S : Les saisons mystiques, par GEORGES RAMAEKERS (Bruxelles,\nLibrairie m o d e r n e ) . — Sur la flûte de roseau, p a r MAURICE K U N E L (Bruxelles,\nLarcier). — Le passé, p a r MARGUERITE GILLOT (Paris, E d . de Vers et P r o s e ) .\n   R O M A N S : Nouveaux mystères et aventures, par A. CONAN DOYLE. T r a d u c t i o n\nde A. Savine (Paris Stock). — Idylle de banlieue, par le m ê m e (idem). — Sous\nles Déodars, par RUDYARD KIPLING. T r a d . de A. Savine (idem). — Aventurine,\npar S A I N T - M A R C E T (idem). — La flambée, par H E N R I DE R É G N I E R ( P a r i s , Mer­\ncure de F r a n c e ) . — Les liens invisibles, p a r SELMA LAGEKLÖF. T r a d u c t i o n de\nA. Bellessort (Paris, P e r r i n ) . — La veillée de l'huissier, p a r EDMOND PICARD.\nNouvelle édition (Bruxelles, Larcier).\n  T H É Â T R E : Théâtre, d'OSCAR W I L D E . I I e volume. T r a d u c t i o n d'Albert\nSavine ( P a r i s , Stock). — Fidélaine, p a r HONORÉ L E J E U N E (Bruxelles, Larcier).\n   V A R I A : Le sillon et le mouvement démocratique, p a r M. ARIÈS (Paris, N o u ­\nvelle librairie nationale). — Des journées et des hommes, p a r ROBERT LAUNAY\n(idem). — Réformes, révolutions, p a r JEAN GRAVE (Paris, Stock). — L'Amérique\nde demain, par F . K L E I N ( P a r i s , P l o n ) . —Almanach de la Société générale des étu-\ndiants catholiques de Gand (Gand, Vanderpoorten). — La garde au Rhin, p a r\nEMILE HAYEM ( P a r i s , Grosset).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 12, "texte": ""}, {"page_pdf": 13, "texte": ""}, {"page_pdf": 14, "texte": ""}, {"page_pdf": 15, "texte": ""}, {"page_pdf": 16, "texte": "     LA VIERGE ET L'ENFANT\nSAINT FRANÇOIS ET SAINT GEORGES\n\n       (NICCOLO DA TOLIGNO)\n\n         Bologne, Pinacothèque\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": ""}, {"page_pdf": 18, "texte": "                            Garite\n\n               PIERRE Chaîneux n'avait point averti de son arrivée.\n                    En face de la petite maison close, il se sen­\n                 tit ému comme devant un tabernacle fermé.\n                    C'était à son cœur, autant qu'au vieux couple,\n                 qu'il ménageait la surprise: besoin de saisir sur\n                 le vif ces chères vies vacillantes, dont la soli­\n                 tude, de loin, lui inspirait des inquiétudes,\n                 dont la douceur et le calme, à chaque retour,\nrassuraient sa filiale tendresse.\n   Il poussa la porte avec précaution, s'engagea sur la pointe\ndes pieds dans le corridor, écouta un moment, puis entra.\n   Par l'unique fenêtre, le ciel inondait la cuisinette. Sur la\npierre extérieure, un chat gris, blanc et roux, faisait le gros dos,\nen murmurant quelque chose du bout de son museau rose collé\nà la vitre. La table était posée entre le jour et le poêle, et l'on\natteignait facilement, sans se lever, l'anse de la cafetière qui\nchauffait. Trois tasses entouraient la soucoupe aux prismes\nblonds de sucre candi.\n   Dans son fauteuil adossé au mur, sous le petit miroir, le vieil\nhomme, les lunettes sur le bout du nez, lisait une lettre qu'il\ntenait très haut entre ses mains fanées.\n   Les deux vieilles accoudées qui se faisaient face l'écoutaient\nde toutes leurs minces figures ratatinées, de leurs oreilles, de\nleurs yeux qui clignotaient, de leurs longs mentons qui\nremuaient, remuaient.\n   Pierre interrompit la lecture par son bonjour et ses baisers :\n   — Hie ! C'est notre Pierre!\n   — Bonjour, mon fils !\n   — Bonjour, mon garçon !\n   — Tiens ! Garite ! dit après le jeune homme reconnaissant\nla visiteuse.\n   Quelles bonnes nouvelles, Garite ?\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "6                           DURENDAL\n\n\n   — Bé..., répondit la petite voix chevrotante, elles ne sont pas\nsi bonnes..., pas encore si bonnes...\n   Pierre interrogea son père du regard :\n   — Il y a, dit le vieillard, que François, le fils de Garite, est\nun peu malade. Il a écrit. Il reviendra ce soir. L'air du pays le\nremettra.\n   — On est vite guéri, près de sa maman, assura Pierre,\nentourant de son bras le cou de sa mère.\n   Le café, versé dans les tasses, embauma, et les trois bouches\nusées, avares de mots, roulèrent entre leurs gencives les durs\net savoureux morceaux de sucre, en humant, à minces filets, le\nliquide brûlant.\n   Pierre racontait :\n   — Nous allons nous mettre un mois au vert. Les enfants ont\nle sang pâle...\n   — Pauvres petits ! fit la grand'maman attendrie.\n   J'ai trouvé une ferme amusante, au bord de l'Ourthe, en\nArdennes. Une vraie ferme, avec des chevaux, des vaches, des\npoules, du fumier, des jambons et des saucisses au plafond, le\ntout à l'abri des dangers de la route. Des montagnes, des ruis­\nseaux, une grande prairie pleine d'arbres dont on peut cueil­\nlir les fruits à la main et les croquer ; des sites délicieux que je\npeindrai.\n   J'accours vous embrasser avant de partir; les autres viendront\naprès les vacances.\n   Les vieux regardaient tendrement leur fils, l'oeil rieur, la\nbouche mi-ouverte, et ponctuaient de petits mouvements de\ntête et de mots brefs.\n   Garite, distraite, ayant tenu longtemps les yeux sur le rond\nclair du poêle, les leva lentement vers l'horloge :\n   — Oh ! ho ! Quatre heures ! Quasi temps que j'aille mettre\nbouillir mon coquemar. Il sera sûrement ici vers cinq heures.\n   Garite égoutta sa tasse, se leva, tapota son tablier et resserra,\nsous son menton, le noeud empesé de son béguin blanc.\n    Les autres s'apprêtèrent à la reconduire. Tous quatre res­\n tèrent un instant debout, appuyés à la table, sans rien dire :\n    — Ehè... Ehè...\n    Ils firent une halte près du chambranle de la porte :\n    — On est tout raide.\n    Puis, une seconde, au milieu du corridor :\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                              GARITE                              7\n\n    — Pourvu maintenant qu'il n'ait rien de grave...\n    Après quelques pas, ils s'immobilisèrent encore un peu avant\n d'arriver au dehors :\n    — Enfin, enfin... on verra... A la garde de Dieu!\n    En face d'eux, sur le seuil de sa maison, Lemaire regardait\n affairé vers le haut de la rue, en appelant sa femme occupée à\n l'intérieur :\n    — Bâre! Bâre! Viens voir! Hein, milbieu! encore un qui\n s'est fait prendre!\n    Un cortège assez inattendu descendait. Deux hommes, bour-\ngeron bleu et. casquette galonnée des ouvriers du chemin de fer,\nportaient une civière. Un autre cheminait à côté. Des gamins\n suivaient silencieux.\n    — Qui est-ce?\n    Celui qui marchait le premier fit un mouvement dès qu'il\n aperçut Garite. Il se retourna et parla à son compagnon. Puis,\n ils déposèrent leur charge.\n    Lemaire, le vieux Chaîneux et son fils s'avancèrent; les deux\nfemmes qui étaient restées en place, le cou tendu curieusement,\nvirent les arrivants qui expliquaient quelque chose à voix basse,\nen jetant parfois vers elles un regard furtif.\n    Ils soulevèrent un coin de la couverture étendue sur la\ncivière : les dos se courbèrent, les têtes se rapprochant pour voir.\nAprès deux minutes de consultation, le père Chaîneux revint\nseul ; il paraissait embarrassé :\n    — Garite, il ne faut pas vous effrayer : c'est François. A la\nstation, il s'est senti très faible. Les hommes ont cru bien faire\nen le rapportant. Mais, il n'a rien, rien du tout...\n    La peau de Garite devint d'un mat cireux qui rendit visible\ntout un duvet de poils blancs. Ses paupières battirent. Dans\nles lèvres, les ailes du nez, le front, les joues, passa un éclair\nde peine aiguë. Elle s'appuya au mur, en chuchotant :\n    — Jésuss... Jésuss-Mariâ...\n    Cette vague forme humaine, étendue inerte sous la couver­\nture, au milieu du groupe, avec les trois aspérités immobiles de\nla tête, des mains et des pieds, était funèbre.\n    On mit à nu les traits de François. Il apparut mangé par la\nmaladie. Ses pauvres yeux perdus dans les profondeurs du\ncrâne s'efforcèrent de sourire à sa mère.\n    — Qu'as-tu donc, valet?\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "8                          DURENDAL\n\n\n    — Ce n'est... que de la fatigue, mère, répondit-il d'une voix\n faible et entrecoupée; cela passera.\n    — Mon pauvre Tchetchet..., dit-elle, l'appelant de son nom\n d'enfant.\n    Elle voulut l'embrasser; mais c'était trop bas. Entraînée par\n le poids de son corps, elle tomba sur le malade, figure contre\nfigure, et, sans essayer de se relever, le baisa bruyamment, à\ncoups répétés, jusqu'à ce qu'on la soulevât.\n    On se remit en marche lentement, par la rue étroite de la\nChampanette.\n    Garite tenait la main de son fils. Le regard qu'elle attachait\nsur cet homme grisonnant était imprégné de la tendresse\nqu'elle éprouvait un demi-siècle auparavant, quand elle admi­\nrait l'enfant rose dans son berceau.\n    Elle répétait :\n   — Mon pauvre petit Tchetchet...\n    Le malade fut déposé sur le lit de sa mère, dans la chambre\nexiguë et blanche où il y avait tout juste de quoi s'en aller en\npaix : un christ en cuivre, une gerbette de buis vert passée sous\nla nuque; un bénitier soutenant un rosaire; un bout de cierge\njaune qui avait touché des mains redevenues poussière,\nentouré d'une collerette de larmes figées pendant les râles et les\nderniers soupirs.\n    Quand Garite fut assise seule, sur la chaise touchant la\ncouche, d'une main serrant celle de son fils, de l'autre égre­\nnant son chapelet, une sécurité rasséréna son âme naïve et\nfalote. Tout danger, lui semblait-il, avait disparu. Et elle se\nrappela un jour lointain où elle l'avait ainsi veillé, parce qu'il\navait pris une grosse fièvre à l'école.\n\n\n  Le soir, dans la chaude intimité de la minuscule cuisine,\nPierre Chaîneux, entre son père et sa mère, repensait à Garite.\nCette rencontre avait suscité, dans sa mémoire, l'irradiation\nsoudaine d'une partie de son enfance.\n  Autrefois, chaque quinzaine, Garite se réinstallait dans ce\ncoin où il se trouvait lui-même à ce moment. On voyait, sur le\ntabouret de chêne, ses deux pieds dans des chaussons de flanelle\nblanche bordés de rouge. Ses fins sabots, à brides dentelées,\nreposaient sous sa chaise. La journée entière, l'aiguille de la\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                              GARITE                             9\n\ncouturière dansait au bout de son bras agile. Elle confectionnait\ndes tabliers, taillait de petites robes dans de vieilles capes,\nrecoupait des jambes de culottes, ajustant aux corps des cadets\nla défroque des aînés.\n   A la tombée de la nuit, elle passait ses beaux doigts fuselés\nsur ses yeux et disait :\n   — On n'y voit plus guère, Dadite.\n   — Il est trop tôt pour allumer le quinquet, répondait la\nmaman Chaîneux; et vous avez assez travaillé. Reposez-vous un\npeu, Garite, en attendant le souper.\n   Alors, Garite repoussait le tabouret, rechaussait ses sabots.\nElle asseyait le plus jeune sur ses genoux et, les autres l'en­\ntourant, elle commençait des histoires.\n   Pierre lui devait la fantastique et inoubliable vision d'arbres\nchargés de fruits lumineux entre lesquels évoluaient une bande\nde singes malins.\n   Plus tard, il avait un jour retrouvé, dans les Lettres persanes,\nle fond d'une fable de Garite, où étaient contées les aventures\nd'un homme qui éternuait des rats ; et il s'était demandé dans\nquel monde antérieur Montesquieu avait bien pu rencontrer la\ncouturière hesbignonne.\n   Quand elle avait dévidé son rouleau, elle reparlait de\nson fils François dont elle se montrait très fière, surtout\ndepuis qu'il était devenu commis au département des che­\nmins de fer :\n   — C'est lui qui fait rouler les trains, disait-elle.\n\n\n  — C'est une courageuse, affirma la mère Chaîneux. Elle a\nsupporté bien des malheurs.\n  — Et quelle jeune fille, à vingt ans! continua le vieux. C'était\nla fleur! grande, fine, noire, leste, rieuse, parée d'un rien!\nAvec cela, regardant droit devant elle; une perle, enfin, on en\naurait fait une reine!\n  — Oui, mais, voilà... voilà... Elle a porté ses croix.\n  — Son homme est mort jeune? demanda Pierre qui ne se\nsouvenait pas d'avoir entendu parler du mari de Garite.\n  Les deux vieux se regardèrent et, après un temps :\n  — Son homme, mon fils, son homme était un « mauvais »,\nrépondit la femme, en chargeant ce mot de mépris.\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "10                          DURENDAL\n\n\n   Il y eut un silence et Chaineux, qui débouchait sa pipe dans\nle creux de sa main, s'arrêta :\n   — Son homme venait du haut pays. Le Savonnier était son\noncle. Il travaillait comme puddleur à Seraing. Rude garçon,\nbien droit, l'œil franc...\n   Le vieux prit à terre le petit pot qui tenait frais son tabac et\nle serra entre ses genoux, s'apprêtant à bourrer ;\n   — Lorsqu'ils se sont mariés, il n'y avait pas un couple aussi\nbeau dans toute la province.\n   Ils habitaient, près du pont, la maisonnette du garde\nchampêtre. Le garçon y rentrait le samedi soir et n'en sortait\nque le lundi matin, à l'heure du train qui le remportait vers\nl'usine. Jamais, on ne le voyait jouer aux quilles ou tirer à\nParc avec les autres. Même, qu'on le plaisantait :\n   — Attention, camarade!\n                 Jeune marié trop au logis,\n                 O est, pour plus tard, les soucis!\nMais, il adorait sa femme et laissait dire.\n   François vint au monde. Je ne pense pas qu'un homme ait été\nplus heureux que le puddleur, tenant, à côté de Garite, son\npetit fieu dans ses bras...\n   Chaîneux s'interrompit.\n   Il leva sa pipe au-dessus de sa tête renfoncée dans ses épaules\net écarquilla les yeux en poussant les lèvres :\n   — Il y a des choses que le diable seul peut expliquer, dit-il\nlentement et plus bas. Un lundi, il quitta la maison comme de\ncoutume, après avoir embrassé sa famille et s'être si souvent\nretourné pour les voir encore, que le train faillit partir sans\nlui et... jamais, jamais plus, il ne revint!\n   — Mais si, papa, intervint la vieille, tu te trompes...\n   — Oui, oui, oui... on a dit, on a dit, on a dit... mais que ne\ndit-on pas et qui a dit? On a dit qu'on l'avait vu quelques jours\nplus tard descendre à la station et repartir le même soir, sa\nbesace sur l'épaule; mais ce sont là des propos de commères.\nOn a dit, on a dit... continua-t-il, balançant la tête à droite,\npuis à gauche, les yeux fermés; et il ajouta d'un ton péremp­\ntoire :\n   — On ne l'a jamais revu.\n   Maman Chaineux avança fortement ses lèvres serrées et plis-\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                              GARITE                             11\n\n\n\nsées et remua plusieurs fois la tête de haut en bas en tenant\nles paupières baissées et en pliant un tout petit coin de son\ntablier :\n   — Ehè... Ehè...\n   — Et Garite ? demanda Pierre.\n   — Garite, après avoir usé ses yeux à pleurer, s'est mise à\ntravailler pour élever le gamin ; on lui a donné à coudre par\ncompassion et, ma foi, elle s'en est tirée.\n   Maintenant j'ai bien peur — le vieux filait sous son index\nl'obourg' qu'il enfournait méthodiquement — j'ai bien peur\nqu'elle ne soit sur le Golgotha.\n   — C'était un « mauvais », répéta la femme, un sans-cœur!\n   Pauvre Garite!\n\n\n   Le lendemain, quelqu'un vint dire :\n   — François « a passé » pendant la nuit.\n   Un parent éloigné avait emmené avec lui la mère si durement\néprouvée.\n   Dans la petite chambre blanche et nue, veillé par des voi­\nsins, François, les traits calmes, dormait du grand sommeil,\nFrançois qui était venu mourir chez sa vieille maman.\n\n                                II\n\n   En embrassant ses parents, pour partir, Pierre Chaîneux\nsentit son cœur se gonfler tellement que les larmes jaillirent de\nses yeux.\n   Deux jours après, installé avec sa femme et ses enfants à la\npetite ferme ardennaise, il n'était pas encore parvenu à secouer\ncomplètement la pénible impression qu'il avait emportée de\nHesbaye.\n   Son âme restait dans l'ombre de l'épisode douloureux.\n   Après souper, sept ou huit pensionnaires de la terme Mégin, as­\nsis contre le pignon de pierre grise, savouraient lapoésie du soir.\n   Bien que côte à côte, les groupes ne se mêlaient point.\nL'obscurité ménageait à leur intimité de petits refuges que le\nbruit des voix ne franchissait pas. Soudain, l'éclair de l'allu­\nmette d'un fumeur dessinait une figure qui s'évanouissait\naussitôt.\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "12                          DURENDAL\n\n\n   La lumière de la lune, passant à travers les créneaux de l'an­\ntique château de Lognes, glissait parmi les feuillages et arrivait\nà peine dans l'étroit vallon.\n   De l'autre côté de l'habitation, l'Ourthe tragique et noire\ncoulait sans bruit, contournant la montagne.\n   En face, la fenêtre éclairée du chalet voisin piquait la masse\nsombre, et l'on entendait très douce et très distincte l'âme de\nChopin qui pleurait dans la nuit.\n   Parfois, un glouglou du ruisselet, séparant la part du seigneur\nde celle du fermier, attirait le regard sur le jeu rapide des petits\nmoulins à palettes que les enfants avaient laborieusement éta­\nblis dans le courant pendant le jour.\n   Une ombre se dessina vaguement à gauche et précisa ses\ncontours en arrivant devant la maison à pas lents. Le corps était\nmaigre, légèrement voûté. La tête abritée par un chapeau plat\nà large bord, se penchait et étalait sur la poitrine une barbe\népaisse et longue.\n   L'arrivant ne parut deviner personne.\n    Pierre Chaîneux crut remarquer que le personnage avait les\njambes couvertes de poils roux.\n   — Voilà un vieux faune promenant sa rêverie, pensa-t-il.\n    Une voix dit :\n    — L'oncle Remacle...\n    L'apparition disparut au tournant du bâtiment.\n    Le lendemain, le peintre reconnut sans peine la divinité\nsylvestre. C'était près du mamelon vert derrière lequel l'Ourthe\n et la Lambrée mêlent leurs ondes, à l'heure douce où les\nchoses, dégagées de la longue étreinte du soleil, prennent un\n air d'abandon familier.\n    L'oncle Remacle, sur le bord opposé, une gaule à la main,\n avait relevé jusqu'aux genoux sa marronne de velours brun\n côtelé que Pierre avait pris pour du poils roux. Au-dessus de\n la mince cheville, la ligne de la jambe aux muscles fins se\n dessinait avec une grâce juvénile.\n    Il chassait devant lui les vaches et le mouton qui revenaient\n de la pâture. Les bêtes habituées au passage du gué, entraient\n dans l'eau sans hésiter, s'y arrêtaient pour humer quelques claires\n et fraîches lampées, ou regarder autour d'elles en meuglant.\n    Pierre s'amusa à suivre le conducteur et le troupeau rega­\n gnant les étables.\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                             GARITE                             13\n\n\n   Par la suite, il ne tarda pas à s'apercevoir que l'oncle\nRemacle, le frère de la fermière, occupait une place spéciale et\nplutôt inférieure dans le personnel de la maison. On semblait\nl'ignorer. Il partait pour plusieurs jours, logeant aux champs,\nsur le bout de terrain caillouteux qu'il bêchait péniblement.\nUn gamin traînaillait, pendant dix ou douze heures, un panier\net une cruche pour lui porter sa pitance. Un soir, le vieillard\nrevenait de son pas automatique et lent. On ne lui parlait pas\nplus que s'il se fût absenté une heure. Il allait s'asseoir sur un\ntronc d'arbre, près du fournil, les coudes aux cuisses, le dos\ncourbé, les yeux à terre. Puis, après un temps, il relevait le\nbuste, s'appuyait au mur et son regard se perdait dans les\nétoiles. Sa pipe bourrée restait longtemps dans sa main sans\nqu'il pensât à l'allumer.\n   La forme de son corps, sa tête de vieil ascète, son regard\ndroit et pénétrant sortant des broussailles de l'orbite, son allure\ngénérale concordaient peu avec l'apparence de l'ordinaire\npaysan ardennais. A n'en pas douter c'était un déraciné. Pierre\nChaîneux se sentit attiré vers lui, autant par son taciturne\nisolement que par le pittoresque de sa personne.\n   Une vesprée, le peintre s'attarda avec son garçonnet dans\nl'agreste ravin de Verlaine. L'enfant éprouvait tant de plaisir à\ntraverser et à retraverser le ruisseau, en sautillant de l'un à\nl'autre sur les blocs glissants jetés en chapelet dans l'eau, et\ncet exercice lui donnait de si belles joues rouges, qu'ils en\navaient oublié l'heure.\n    Ils longèrent la hauteur de Tohogne, dans la sente courant au\npied, sous les derniers arbustes. A leur droite, s'éveillaient les\nbruits nocturnes de la montagne : courses rapides de belettes\ndans les feuilles, glapissements de renards, vol sourd de chats-\nhuants. A leur gauche, les merveilleux rochers de Sy se dres­\nsaient tout mauves sous la clarté de la lune.\n    Ils aperçurent au loin les lumières de la ferme. Arrivés en\nface des constructions dont la rivière les séparait, ils se mirent\nà crier sur un ton traînard, comme ils l'avaient entendu faire :\n    — A l'aiwe! A l'aiwe!\n    Le fausset de l'enfant et la voix grave de l'homme alternaient\ndans le silence.\n   Au passage d'eau, à quelque trente mètres en amont, on les\nattendait.\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "14                            DURENDAL\n\n\n   Au bord de la rivière, encaissée et sombre, qui apparaissait\nau détour, comme si elle sortait du flanc de la montagne en\nexhalant des gémissements étouffés, le vieillard barbu, debout\ndans le bachot, souleva son chapeau pour les saluer.\n   — Bonsoir, monsieur Remacle.\n   — Ne lâchez pas le petit, monsieur, dit le passeur.\n   Il s'assura qu'il avait été obéi, puis tira sur le câble tendu, et la\nbarque, traversant, silencieuse, alla cogner les galets du pré Mégin.\n   Pierre sauta à terre avec son fils. Pendant que l'oncle Rema­\ncle enroulait la chaîne au pieu d'attache, il se sentit frissonner.\n   — L'Ourthe m'effraie, murmura-t-il.\n   — Elle est méchante, monsieur, répondit le vieux — et traî­\ntresse. J'en ai plus peur que vous.\n   Je n'oublierai jamais, dussé-je vivre autant que les pierres, ce\nqui se passa ici il y a une dizaine d'années, ajouta-t-il.\n   Il baissa la tête et sa voix s'assourdit.\n   — Vers cette même heure, on héla, du sentier; ce fut moi qui\nvins. Un voyageur descendit dans la barque accompagné d'un\ngarçonnet, un beau petit garçon comme le vôtre, monsieur,\nqui me regardait avec des yeux vifs et curieux, et qui tenait à\nla main une branchette fleurie de chèvrefeuille.\n   Il s'assit à l'arrière, pendant que son père restait debout à\nme parler.\n   Quand la pointe du bateau glissa sur les cailloux de cette\nrive, l'homme se retourna et poussa un cri :\n   — Lucien ! Lucien !\n   L'enfant n'était plus là. Nous n'avions rien entendu.\n   L'étranger sauta dans l'Ourthe, en hurlant :\n   — Lucien ! Lucien ! Mon petit Lucien !\n   On aurait cru que c'était une bête blessée. Le monde de la\nferme se jeta dehors. Durant la nuit, muni de lanternes, de\nlampes, de torches, de chandelles, on explora la rivière, les\nprés, la montagne...\n   Rien!\n   Le pauvre homme était fou de douleur. Il ne cessait de san­\ngloter, d'appeler, de maudire. Il voulait se tuer.\n   Quelques-uns se dirent — sans réfléchir à coup sûr — que\nl'enfant avait pu sortir de l'eau et se perdre. Ils gravirent les\nhauteurs, fouillèrent les campagnes du sommet, poussèrent jus­\nqu'à Tohogne, Filot, Herbet, Bornai...\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                              GARITE                             15\n\n\n   Peine inutile !\n   Le matin, on retrouva le petit cadavre là-bas, au tournant,\nsous la Roche percée, où l'on prend les gros barbeaux.\n   — Grand Dieu ! C'est affreux ! s'écria Pierre épouvanté.\n   Il saisit son fils dans ses bras et courut vers la ferme, Je ser­\nrant contre sa poitrine, les yeux pleins de larmes, tandis que\nl'oncle Remacle, de son pas de juif-errant, allait s'asseoir au\npied d'un pommier, le dos contre l'arbre.\n   Après le souper, Pierre Chaîneux, un peu surexcité, alluma\nsa pipe et retourna seul vers le passage d'eau.\n   Le vieillard était encore immobile à la même place.\n    - Vous étudiez les étoiles, monsieur Remacle ?\n   — Je les connais bien, allez, monsieur ! Nous aurons demain\nun beau dimanche; le chemin de Saint-Jacques est clair, répon­\ndit le vieil homme, en désignant la voie lactée.\n   — Votre histoire de tantôt m'a ému, dit le peintre, en s'as­\nseyant à côté de l'oncle Remacle. Je ne parviens pas à oublier\nl'enfant qu'on a retrouvé à la Roche percée...\n   — C'est là qu'ils vont tous, monsieur. Le tourbillon les\nemporte. Ils cognent contre le rocher, sont roulés sur eux-mêmes\net reviennent en arrière. Ils recognent, jusqu'à ce que leur pauvre\ntête, pelée comme s'ils avaient été happés aux cheveux par\nune courroie de machine, entre, d'un coup plus fort, dans une\nfente de la pierre et y reste tenue. Les deux pieds battent la\nsurface...\n   Après une pause :\n   — C'est là aussi qu'on repêcha, il y a trois ans, le lundi soir\nde la fête de Vieuxville, mon neveu Théodore, que le bon Dieu\nait son âme !\n   Ma sœur Thérèse a failli en mourir...\n   — D'aimer leurs enfants, les parents meurent, dit mélanco­\nliquement Pierre.\n   — Les enfants les font vivre aussi, riposta l'oncle Remacle ;\nils vous tiennent là, ajouta-t-il en frappant sa poitrine à petits\ncoups espacés.\n   Le ton de ces paroles étonna le peintre. Il avait entendu une\nautre voix.\n   — Vous n'avez jamais été marié, vous, monsieur Remacle?\n   Le vieillard, surpris par cette question, fixa quelques\nsecondes sur son interlocuteur deux grands yeux impassibles.\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "16                            DURENDAL\n\n\n   Pierre en ressentit une espèce de gêne et de vague frayeur;\n un frisson lui courut le long de l'échiné.\n   L'oncle Remacle ravala avec peine sa salive, laissa retomber\nplus profondément la tête sur la poitrine, plongé dans un\nsilence troublant.\n   Puis, sans se relever, il reprit, alentissant davantage ses mots,\ncomme si chacun lui arrachât du corps une petite parcelle de son\nâme :\n   — Je ne voulais pas rester un paysan. J'ai quitté la maison\ntout jeune, pour m'instruire. Je suis devenu « ouvrier de fer ».\nJe me suis marié à l'étranger. Je me suis marié par amour.\nNous avons eu un bel enfant. Six mois après, elle m'a trahi...\nelle m'a trahi. Un jour que je rentrai malade, sans être attendu,\nj'en trouvai un autre à ma place. Je suis parti...\n   Ah! monsieur, si je n'avais écouté que mon chagrin, j'aurais\nfait un malheur; mais, je me dis que le petit aurait peut-être\nbesoin de mes bras...\n   La narrateur baissa la voix et fit une pause inattendue, sa\npensée étant tout à coup tombée à genoux sous un fardeau trop\nlourd.\n   — J'ai continué à vivre — à vivre... répéta-t-il d'une voix\nd'ironie souffrante, avec un rapide haussement des épaules.\n   Après un silence :\n   — La mort de mon beau-frère Mégin m'a rappelé ici. J'ai\naidé ma sœur à élever ses onze enfants.\n   Lui, c'est un homme, sans doute... Je dis tous les jours un\navé pour le revoir avant le dernier sacrement.\n   Pierre Chaîneux, vivement remué, rapprochait involontaire­\nment dans son esprit, cet infortuné père, de la pauvre Garite\nqu'il venait de quitter.\n   — La vie, c'est souffrir, monsieur Remacle, dit-il enfin.\n   — Crois-moi, mon fils, vaut encore mieux les voir mourir...,\nprononça le vieux, en balançant lourdement la tête sans ache­\nver son idée.\n\n\n   La ferme dormait. Toutes les choses étaient assoupies, hors\nle vent, les eaux, les lumières du ciel et la douleur qui assurent\nla continuité de l'âme du monde et ne sommeillent point.\n   — Nous irons nous reposer, proposa Pierre.\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                              GARITE                             17\n\n   Il aida l'oncle Remacle à se mettre debout. Celui-ci sem­\nblait ne plus rien voir, ne plus rien entendre. Il s'appuyait\npesamment sur le bras de son compagnon, pareil à un blessé\nqu'on vient de relever sur un champ de bataille.\n   Les deux hommes s'étaient en peu d'instants transformés\nl'un vis-à-vis de l'autre. Le peintre soutenait avec une tendresse\ninfinie et un respect compatissant cette arche sainte d'une souf­\nfrance qui s'abandonnait.\n   Lorsqu'ils se quittèrent et qu'il vit ce simple vieillard, tassé,\nrapetissé, avançant à peine, gagner péniblement le fenil,\nquelque chose s'effondra dans son être et il trembla de tous ses\nmembres, comme devant une effroyable fresque du Dante.\n\n                                III\n\n   Pierre, avant de monter à sa chambre, passa par la cuisine.\nIl prit, à sa place ordinaire, sur le dressoir, entre les tasses\ndorées, la farde de correspondances que Prosper, l'aîné des\nMégin, piqueur aux chemins de fer, rapportait de Hamoir, sa\njournée faite.\n   Il s'approcha de la fenêtre pour lire les adresses au rayon de\nla lune. Une lettre de faire-part de décès lui était destinée. Il\nl'ouvrit :\n   La vieille Garite était morte.\n   Il éprouva presque un soulagement.\n   Elle a assez souffert, pensa-t-il, pourquoi vivre encore?\n   Lorsque la perte des enfants brise autour des vieux le cercle\nlumineux qui leur tient le cœur chaud et les empêche de voir\nau delà, leurs jours ne sont plus qu'une agonie torturante.\n   Pauvre Garite!\n   La soirée avait été trop tragique. Il sollicita vainement le\nsommeil; la nuit s'étira en heures de lugubres cauchemars.\n   Quand le soleil blanchit la vitre, il se glissa doucement\n dehors.\n   Un brouillard épais envahissait la vallée. Les arbres et les\nmontagnes apparaissaient en formes indécises, très douces à\nl'œil, à travers cette blancheur pétrie de clarté. Tout était silen­\ncieux, les oiseaux pour chanter attendaient que le maestro levât\n son bâton d'or.\n   Pierre crut distinguer une silhouette humaine dans la prairie.\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "l8                           DURENDAL\n\n\n   — Quelque pêcheur qui braconne, se dit-il.\n   Il fut bien étonné de reconnaître l'oncle Remacle. Il alla vers\n lui:\n   — Déjà levé, monsieur? demanda le vieillard.\n   Ses joues creuses et pâlies, ses yeux plus ternes annonçaient\nque, pour lui non plus, le repos n'avait guère été réparateur.\n   — Pas si matinal que vous, monsieur Remacle, répondit le\npeintre.\n   — A mon âge, les plus courtes nuits sont trop longues.\n   — J'ai l'intention d'aller voir le soleil se lever sur les rochers\nde Sy, déclara Pierre.\n   — C'est bien beau, monsieur. Je vais vous passer l'eau.\n   Ils marchèrent.\n   — J'ai mal dormi, reprit Chaîneux. J'ai pensé toute la nuit\nà une bonne vieille maman de chez moi, qui a perdu son fils...\net qui est morte hier.\n   — Dieu lui fasse paix! murmura le vieux.\n   Quelques pas plus loin il s'arrêta. Le peintre crut remarquer\nque sa figure se crispait.\n   — Qu'avez-vous, monsieur Remacle? Etes-vous malade,\ndemanda-t-il.\n   — Non, non, monsieur,... ce ne sera rien, ça me prend des\nfois,... c'est l'âge...\n   Ces yeux se remplirent de larmes :\n   — On ne fait plus rien de bon sur la terre..., soupira-t-il.\n   — Reposez-vous, monsieur Remacle; je prendrai par les\nhauteurs.\n   Mais le vieillard s'obstina. Il détacha la barque.\n   L'Ourthe avait grossi pendant la nuit. Elle coulait avec rapi­\ndité; les deux hommes unirent leurs efforts pour maintenir le\nbachot le long du câble.\n   Pierre sauta à terre.\n   — Merci, monsieur Remacle; à tantôt.\n   Et il s'enfonça sous bois.\n   Le passeur quitta le bord.\n   Au milieu du courant, une lourde vague, grise et muette,\nbondit hors du brouillard, et, se riant de la main débile qui\ns'accrochait à la corde de fer, enleva la barque sur son dos\nhumide.\n   La nacelle se dérobant sous ses pieds, l'oncle Remacle tomba\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                            GARITE                          19\n\n\ndans la rivière, et l'Ourthe sournoise roula sans bruit l'homme\net l'embarcation dans la ouate opaque du matin.\n\n\n  Une heure plus tard, Pierre Chaîneux revenait tout le long\nde l'eau vers la ferme Mégin. Des épaves qui descendaient\navaient attiré son attention.\n  Il s'arrêta à regarder le tourbillon du gouffre aux gros bar­\nbeaux.\n  Soudain, il aperçut un corps dans le tournoiement écumeux...\n  Une pauvre tête qui cognait et recognait contre la haute et\nimpitoyable porte de pierre.\n                                         HUBERT STIERNET.\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "                    Un Prélude\nJe t'écrirai des vers légers comme une écharpe\nDe gaze et de soleil qui flotterait sur toi,\nEt je te chanterai dans des accords de harpe...\n\nDes vers mystérieux,  pareils à les émois,\nLorsque je prends en main ta main, pour mieux          comprendre,\nPareils au tremblement infléchi de ta voix...\n\nJe t'écrirai des vers alanguissants et tendres\nComme les violons qui meurent dans les nuits\nD'été avec des sons qui tombent pour     reprendre,\n\nS'enlacent langoureux,  s'abandonnent — et puis\nSe reprennent encore et semblent se suspendre\nEn un geste câlin au dernier son qui fuit...\n\nJe t'écrirai des vers de polkas  enfantines,\nDont les mots sauteront en pizzicati   clairs\nDans les allégrettos des jeunes   mandolines,\n\nTandis qu'un rythme neuf et vif, bref et divers,\nComme un frappement gai de petites bottines,\nScandera en dansant la coupe de mes airs...\n\nJe t'écrirai des vers pareils à des fontaines,\nQui monteront vers toi en des bruits de grelots,\nVenant de la fraîcheur intarissable et pleine,\n\nVenant avec des chants, des rires et des mots,\nEt qui te rediront mes gaîtés et mes peines\nEn faisant bouillonner les flots après les flots...\n\nJe t'écrirai des vers faits d'extase infinie,\nPresque silencieux dans leur calme       d'amour,\nPaisibles, recueillis, pareils aux nuits bénies,\n\nPareils aux nuits sans brise où l'on oublie le jour,\nEt où l'âme, perdue en l'unique    harmonie,\nNe connaît plus le temps et rêve à des Toujours..\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                        UN PRÉLUDE                                   21\n\n\nJe t'écrirai des vers immenses et sublimes,\nOù se mêleront l'or des     constellations,\nLes bruits des mers, les vents du ciel, l'orgueil    des cimes,\n\nEt qui crieront à l'univers ma passion,\nEn faisant déferler devant tes pieds candides,\nTout l'océan rythmé des      Inspirations...\n\nO ma Dominatrice...    O mon enfant     timide!\n\n                                                  P I E R R E NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "              Des Vêpres Bénédictines\n\n                   APRÈS mon habituel et filial salut à la madone monumen­\n                     tale du mont César, qui dresse sous la coupole azurée du\n                     ciel sa tête si énigmatiquement belle, où l'artiste si juste­\n                     ment réputé M. Van Uytvanck a su allier à la divine\n                     fierté de la Vierge, la bonté conquérante des mères et\n                     ce regard protecteur d'une reine qui veille sur son peuple;\n                     j'escaladais le talus raide qui conduit à la chapelle des\n                     Pères bénédictins. Lorsqu'on se retourne avant de s'enga­\n                     ger dans la plaine qui entoure une partie de l'abbaye, l'œil\njouit d'un splendide panorama. Au pied de la colline, c'est la ville indus­\ntrielle avec ses brasseries haletantes, ses cheminées sombres, crachant une\nfumée pestilentielle et son bassin où dorment de platoniques bateaux de\ntransport; plus loin, c'est la cité universitaire avec les clochers ajourés de\nses vieilles églises, ses couvents et ses chapelles dont les cloches chantent,\ndans un entrecroisement harmonieux de notes cristallines, les gloires de la\nVierge et le bonheur des moines. Nous sommes, en effet, le 15 août,etje m'en\nvais assister, dans un coin du sanctuaire provisoire que les bons fils de saint\nBenoît ouvrent aux amateurs d'art et de symbolisme religieux, aux vêpres\nde l'Assomption.\n   Trois heures sonnaient à l'horloge du monastère...\n    Par une porte latérale, confinant, au maître-autel, les officiants parurent,\nle visage encadré d'un capuchon blanc, les mains jointes, les lèvres\nremuantes. Ils prirent leur place respective au pied de l'autel, tandis qu'au\nfond de la chapelle une autre porte s'ouvrait, laissant entrevoir dans la\nsplendeur rayonnante des cloîtres illuminés par un soleil pétillant d'août,\nle cortège des moines se rendant au chœur. L'abbé marchait à la tête de ses\nreligieux; la croix pastorale le distinguait de ses confrères et je ne sais quel\nair de majesté empreint sur une figure opale d'ascète délicat. Il présenta sa\nmain à baiser au frère portier, saisit le goupillon d'argent, et d'un geste, où\nil mettait la grâce nonchalante d'un bras de pontife qui a tant ressassé la\npompe des liturgies qu'il en est devenu quasi automatiquement solennel et\ngalant, il bénit son escorte, le chœur et la foule ; suivi de la double lignée de ses\nmoines drapés dans leur large coule noire, et de quelques enfants de chœur\nbeaux comme des anges, attifés comme des acolythes de cathédrale, il\ns'avança processionnellement jusqu'au degré inférieur de l'autel pour y faire\nsa première prière à Celui dont il représentait si bien la divine omnipotence.\nTandis que la psalmodie lente et finement rythmée de None passait à travers\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                        DES VÊPRES      BÉNÉDICTINES                          23\n\n\n  les rangs compacts des assistants comme une invite aux envolées mystiques,\n  le prélat se laissait habiller. Puis, sur un signe du maître de cérémonie, le\n  groupe se remit en branle : le Pontife, la mître en tête et la crosse à la main,\n  se rendait à son trône pour y entonner le Deus in adjutorium des vêpres.\n     Le trône est le symbole de la puissance abbatiale. A l'intérieur de son\n  monastère, l'abbé est un monarque absolu ; il n'accepte des ordres que du\n Vatican. Il est plus encore : la juridiction épiscopale que ses titres lui\n défèrent sur son humble troupeau d'orantes, l'aveugle sujétion qu'il exige de\n ses subordonnés, le prestige historique dont une tradition de quatorze siècles\n  et une brillante illustration ancestrale ont auréolé son personnage, enfin\n l'apparat des cérémonies où il est traité à l'égal d'un pape; tout cela, et peut-\n être d'autres choses que nous ignorons, ont fait des abbés de nos cloîtres\n contemporains, de prestigieux pontifes. La sensation irrésistible de cet\n ascendant sacré, que les seuls initiés de la liturgie catholique ne prendront\n pas pour de l'idolâtrie, devient plus saillante au fur et à mesure que se\n dessinent les attitudes, que sur les visages se lit la gamme des impressions\n qui remuent l'âme de ces contemplatifs. A chaque fois qu'un comparse\n traverse le trône, il plie le genoux tout comme le croyant qui passe devant le\n tabernacle; s'il s'approche du prélat pour lui présenter un Evangile ou lui\n demander une bénédiction, la rubrique exige qu'il baise sa crosse ou l'éme­\n raude de son doigt : ainsi le prêtre, à l'autel, colle amoureusement ses lèvres\n sur le calice, la patène et la pierre du sacrifice. Mais vient-il à lire quelques\n oremus, entonner une antienne ou un alleluia, la scène prend soudain un décor\n vraiment pompeux.\n    Debout, devant son trône, dans la posture augurale des prophètes antiques,\n le Pontife se décoiffe de sa tiare d'or et dépose sa crosse. A ses côtés, ses\ndeux inséparables desservants tiennent respectueusement le bout de sa chape\n en brocart, un troisième ministre, chamarré de passementeries d'argent et\nde broderies fines, soutient un missel étincelant d'enluminures, un quatrième\nindique la formule sacrée qu'il a seul le droit de réciter, un autre élève à la\nhauteur do ses yeux le chandelier rituel, tandis que le chantre accolé d'un\ndiacre et d'un sous-diacre murmure le ton de l'oraison; au pied du trône\ntrois pages enrubannés, pomponnés, dont l'aîné coquettement affublé d'un\nhumerai de satin rose tient avec une satisfaction presque superbe la mître\npontificale; comme cadre à ce tableau, une double rangée de moines inclinés\net silencieux, une assemblée recueillie, retenant son souffle dans une poitrine\nqu'étreint le grandiose de cet apparat biblique. — Tout cela, le voyageur le\nretrouve à Rome et dans les cathédrales métropolitaines de la chrétienté,\ndans un plus large essort, sans doute, mais non avec plus de pompe, de feu\net de perfection; il le retrouve dans ces mille petites abbayes de saint Benoît,\nde saint Bruno, de saint Norbert et de saint Bernard, disséminées dans les\nsites les plus pittoresques du monde, en face d'une nature solitaire, presque\nsauvage, avec, pour témoins, quelques dévots d'art, quelques affamés d'émo­\ntions religieuses en bas du chœur, et l'œil complaisant de Dieu... en haut !\n                                       *\n                                      * *\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "24                                     DURENDAL\n\n\n\n   Voilà le régal des yeux. Il y a aussi celui des oreilles et du cœur. Aux\nmagnifiques évolutions d'un cérémonial millénaire, les bénédictins ont joint\nles délicates sensations de la musique sacrée.\n   Peut-on évoquer la musique religieuse sans songer immédiatement au\nchant grégorien et aux moines avisés qui, aux premiers siècles de l'Eglise,\ndonnèrent au plain-chant une impulsion efficace, un essor vainqueur; sans\npenser aussi aux bénédictins qui, dans ces derniers temps, ressuscitèrent la\ncantation originelle, aux dom Pothier, dom Gueranger, etc.? Que le pieux\nPalaestrina, que le grand Allegri me le pardonnent, mais je place au-dessus\nde leurs messes et de leurs miserere, au-dessus des œuvres les plus magis­\ntrales de nos compositeurs modernes, le chant de saint Grégoire qui faisait\nles délices d'Huysmans. Les fils de saint Benoît font de leur chant litur­\ngique une question capitale parce qu'ils ont pour vocation d'être les gardiens\nofficiels de l'Art chrétien. Dès leur début, ils avaient jeté leur dévolu sur\nl'art. N'était-ce pas se montrer son défenseur le plus attitré que de sauver,\nau VIe siècle, ses débris d'un imminent naufrage? Au demeurant, qu'on les\nsuive dans leur histoire, jamais on ne les surprendra déviant de leur tâche\ninitiale. Aujourd'hui, elle leur est restée aussi vaste, aussi haute, aussi belle\nque jadis, parce que, d'une part, l'Eglise cultive le beau et le grand religieux\ncomme elle garde la vérité et reste la règle unique de la morale qui sont\ntoutes deux inspiratrices et conservatrices de la vraie beauté et de l'art par\nexcellence; parce que, d'autre part, les descendants des premiers moines\nd'Occident ont gardé le sens de l'esthétique chrétienne, le goût, j'allais dire\nraffiné, d'une liturgie élégante, correcte et symbolique.\n   Le plain-chant avait été négligé dans le passé, il convenait que ce fussent\nles bénédictins qui le relevassent. Ils se soucièrent donc de faire revivre\nl'archéologie musicale dans sa théorie et dans sa pratique. Qui ne connaît\nles remarquables travaux de l'école de Solesmes ? Dom Pothier parcourt\nl'Europe à la recherche de manuscrits, arrive à en posséder plus de cinquante\nde dates reculées et de contrées diverses; il les confronte et parvient avec ses\nintelligents collaborateurs à restituer les textes primitifs, à livrer des parti­\ntions sans fautes (1).\n   La bulle de Pie X ouvre au chant grégorien une ère nouvelle en même\ntemps qu'elle allume un conflit entre la musique d'église et le chant de\nsaint Grégoire.\n   Pour qui considère le caractère du sanctuaire, le rôle du chant qui n'est\nqu'une prière publique, il n'y a pas de rivalité possible, la palme reste aux\nrestaurateurs du plain-chant. Tout chrétien sincère ne préférera-t-il pas cette\ncantation simple et douce à ces exécutions orchestrales qui lui font l'effet\nd'une séance d'opéra? La musique est un genre essentiellement dramatique ;\nl'Eglise est à l'opposite, n'ayant pour visées ni d'exciter des passions, ni de\nchatouiller les sens. Au surplus, le fracas des orchestres est incompatible\navec la gravité du lieu saint. Le chant porte davantage à la dévotion, il\nenlève à des hauteurs plus immatérielles ; alors que la musique nous entraîne\n\n  (1) Cf. Paléographie musicale, II. Préface 4.\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                         DES VÊPRES BÉNÉDICTINES                              25\n\n\n dans la sphère profane des rêveries vagues et des ivresses sensibles, le plain­\n chant nous ravit délicieusement dans le monde des songes divins, des prières\n et des extases.\n    Lorsqu'on prête, en effet, l'oreille à cette suave et lente psalmodie, qu'on se\n laisse aller au penchant de ses méditations, aux nostalgiques liquéfactions de\n son cœur, l'esprit se reporte aux premiers chantres de ces psaumes et semble\n entrevoir, devant l'arche hébraïque, des millions de lévites jouant sur les\n psaltérions et les cythares, les flûtes et les hautbois, les tymbales et les trom­\n pettes sacrées, un accompagnement magnifique aux chœurs des prêtres,\n tandis que David, « emporté par le torrent de la musique sainte, mêlait sa\n grande voix aux hymnes royales et prophétiques dont il répétait les refrains :\n Amen! Alleluia! Laudate ! Quoniam in saeculum misericordia ejus !\" Puis aux\ncatacombes où nos frères chantaient avec un séraphique enthousiasme,\n durant les mystères eucharistiques, avant de courir à la mort et à la gloire ;\nl'imagination se représente ensuite l'église métropolitaine de Milan/où saint\n Ambroise, ayant fui le courroux de l'impératrice Justine, composait des\nhymnes incomparables qu'il faisait chanter par le peuple afin de ne pas\nl'impatienter par une trop longue attente; enfin, toutes les filiales de l'abbaye\ndu mont Cassin où les mêmes prières et les mêmes cantiques furent chantés\npendant tant de siècles à travers les accalmies et les orages, les révolutions\net les ruines des choses humaines. Alors, émue par ces rapprochements de\nl'histoire, grisée par cette réfection mystique, l'âme, retournée jusqu'en ses\nprofondeurs intimes, souhaiterait la présence d'un précenteur qui criât\n « silence! » Et les voix iraient en s'éteignant insensiblement, et les âmes\nrecueillies, doucement bercées par les sons expirants des moines, monte­\nraient, monteraient vers Dieu avec les fumées odoriférantes de l'encens, les\nvagues de l'harmonie et les douces vapeurs des lointaines réminiscences.\n   L'israélite Halévy disait un jour : « Comment les prêtres catholiques qui\nont dans le chant grégorien la plus belle mélodie religieuse qui existe sur la\nterre, admettent-ils dans leurs églises les pauvretés de notre musique\nmoderne? » Franz Witt renchérissait encore cet éloge : « quoique vieille\nde vingt siècles, cette musique, écrivait-il, n'en a pas moins conservé toute sa\ngrâce et sa fraîcheur. Les plus grands musiciens du monde, sans distinction\nde religion, ont reconnu et reconnaissent sa suprématie sur toute autre\nmusique. » Et le célèbre Gounod n'avoua-t-il pas un jour avoir puisé ses\ninspirations et ses motifs dans les mélodies grégoriennes? Celui qui va\nentendre un office dans une abbaye bénédictine n'a pas de peine à vérifier le\nbon sens de ces témoignages. J'invite particulièrement le dilettante incrédule\nà prêter attention au Bentdicamus Domino, à la finale du verset qui termine\nchaque hymne, au Pater noster onctueusement déclamé par le prélat.\nVraiment, on sent que ces moines, suivant le conseil de leur patriarche,\nmettent leurs âmes à l'unisson de leurs voix : mens nostra concordetvocinostrae (1).\n                                           *\n                                       *       *\n\n (1) Règle bénédictine, c. XIX. De disciplina psallendi.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "26                               DURENDAL\n\n\n   Je m'étais laissé aller à ces méditations plutôt profanes, telles qu'en savait\n écrire avec tant d'éloquence l'auteur de la Cathédrale, le tendre et fidèle ami\ndes frères de dom Guéranger; et cependant les vêpres avaient pris fin. Le\nsalut et la bénédiction du Saint Sacrement me laissèrent le temps de réparer\nmes distractions. Je ne pus toutefois reconquérir entièrement mes esprits, et\nj'éprouvai un dernier frisson à l'audition du Benedictus Deus, cette prière que\nle prêtre et le peuple récitent à haute voix devant le Dieu Hostie, que ces\nmoines ont su convertir en un court et ravissant Te Deum, avec pour finir an\ndouble Fiat! des plus expressifs et des plus remuants.\n   Je sortais du lieu saint, ne regrettant que l'exiguïté des lieux. Ces céré­\nmonies demandent une basilique spacieuse et claire, des foules pour les\nsuivre et les comprendre, des artistes pour y puiser l'art dans sa quintessence\nidéale. Je souhaitais la voir s'élever bientôt dans toute sa splendeur devant\nl'antique Alma Mater. Alors ces descendants des saint Grégoire, saint Jean\nChrysostome, des Guéranger seront en état de donner à leurs cérémonies\ntoute leur ampleur et toute leur majesté.\n   Quand viendra-t-il ce temps où je n'irai plus ouïr l'Alleluia des Pâques et\nle Assumpta est Maria de l'Assomption dans le recoin obscur de cette petite\nchapelle mystérieuse; mais où j'entrerai par un porche monumental dans\nune basilique nouvelle pour y assister dans le somptueux apparat de la\nliturgie catholique à des « vêpres bénédictines » ?\n                                                        FERNAND DAUMONT.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                  Vers Dorés\n                                            A Tancrèrie de   Visan\n\n\n                            I\n\nNe dis plus que la vie est un amer voyage\nPar un océan noir et sous des deux muets ;\nQue l'homme y cherche en vain d'impossibles    rivages\nEt des astres nouveaux, sans les trouver jamais !\n\nNe dis plus que ton âme est vouée au silence,\nOmbre errante d'un styx sans barque et sans roseaux\nDont les pas douloureux traînent la somnolence\nD'une terre inféconde à de mortelles eaux.\n\nNe dis plus que ton cœur, à l'abri des murailles,\nDont ton doute étagea le triple rang       d'airain,\nReste, enorgueillissant  tes propres     funérailles,\nInattentif au sens de l'horizon    serein.\n\n                            II\n\nNon! La vie, accueillante à qui sait s'y complaire,\nDe qui s'en croit vaincu' fait souvent un vainqueur .\nIl suffit d'accorder la marche de ton cœur\nAux pulsations de son rythme        élémentaire.\n\nRetourne en toi : Reprends ton âme par la main\nFais la hâler ton rêve au large de la fange;\nSubstitue au styx noir les lumières du Gange;\nSème d'aube ses yeux et de fleurs son chemin.\n\nParais devant ton cœur, de même qu'un         prophète;\nJette sept fois l'espoir du verbe à ses échos\nEt tu verras crouler, au chant de tes trompettes,\nSous un soleil d'amour, les tours de Jéricho.\n\n                           III\n\nSi tu trouves la vie infâme et si tu souffres,\nC'est qu'en lui consentant le symbole des mers\nTu ne t'es révélé que l'attrait de ses gouffres :\nLa solitude et l'ombre et le silence amers.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "28                          DURENDAL\n\n\n\n     Ton âme s'hypnotise à contempler leur vide\n     Et son vertige est tel qu'elle ne comprend plus\n     L'acharnement   superbe et vain des Danaïdes\n     Sans fin recommençant leurs gestes       superflus.\n\n     Que l'aube de l'amour ineffable réveille\n     Dans son doute emmuré ton cœur obscur qui dort,\n     Et forge au pur brasier de ses lueurs    vermeilles,\n     Pour qui viendra chanter sous tes murs, des clefs d'or...\n\n                                IV\n\n     Aime. L'Amour est grand. Hausse ton idéal\n     Jusqu'au formel vouloir d'aimer tout de ta vie :\n     Ne laisse point ton âme à la peine asservie\n     Et pour mieux croire au bien, sache ignorer le mal.\n\n     L'unité de la vie appelle un cœur égal.\n     Fais que vers l'univers le tien se multiplie\n     Pour qu'à son tour sa noble et sereine   harmonie\n     Soit le multiple aspect de ton amour total.\n\n     Pour que ta passion éparse ne procède\n     Ni d'un amer regret, ni d'un âpre désir,\n     Vis dans l'heure présente où ton cœur se possède\n     Et tu pourras sans crainte attendre   l'avenir.\n\n                                 V\n\n     Tu te retremperas à ce qui purifie :\n     A la lumière, aux eaux vives et aux c i e u x clairs,\n     Et tu verras combien s'apparente ta vie\n     A celle dont Dieu fit palpiter  l'Univers.\n\n     Tu n'auras plus jamais à rechercher ton âme;\n     Tu la sauras partout où tu voudras la voir :\n     Dans la terre, dans l'eau, dans l'air et dans la flamme,\n     Tu la pénétreras ainsi qu'en un miroir.\n\n     Descends de tes donjons en ruine vers la plaine\n     Où l'amour te dispose un éternel avril :\n     Tu trouveras, au lieu des remparts de ta haine,\n     Un palais de topaze et de   chrysobéryl.\n                                                      P A U L CORNEZ.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "     Les Amis de la Forêt de Soignes\n\n                            Leur programme.\n                  DANS la séance du 2 juillet 1909, M. le député Garton de Wiart\n                    disait à la Chambre : « Nous avons la bonne fortune de\n                    posséder à proximité de la capitale un monument qui, pour\n                    être l'œuvre de la nature, vaut en beauté nos plus belles\n                    cathédrales et nos plus beaux beffrois, je veux parler de\n                    « la Forêt de Soignes »\n                       « La Forêt de Soignes est précieuse par tant de sou­\n                    venirs qui s'y rattachent; c'est un lambeau de notre\n                    vieille forêt charbonnière, les légendes de saint Hubert\net de Geneviève de Brabant y revivent, comme le souvenir de Ruysbroeck\nl'Admirable. »\n   D'autres députés : MM. Beernaert, Destrée, Limburg-Stirum, Vander­\nvelde, se sont fréquemment associés à M. Carton de Wiart pour protester\ncontre les actes de vandalisme qui ont dénaturé les plus beaux sites et ravagé\ndes étendues énormes de ses belles futaies.\n   Enumérons-les rapidement pour démontrer l'étenduedu mal et l'urgence\nde l'enrayer définitivement si nous ne voulons pas perdre à jamais notre\nadmirable forêt.\n   Cela a commencé par l'abatage d'une quinzaine d'hectares de haute futaie\npour la création de l'hippodrome de Boitsfort; mais cette hécatombe n'a pas\ncontenté les sportsmen. Récemment 1 1/2 hectare a été ajouté à la première\ndévastation, et l'on peut se demander avec inquiétude où s'arrêtera la vora­\ncité de la Société des courses.\n   Puis est venu l'hippodrome de Groenendael, non seulement plus vaste\nque celui de Boitsfort, mais qui a entraîné l'établissement d'une ligne de\nchemin de fer à travers la forêt, la construction d'une halte et la cession à\nM. Parmentier du triangle séparé de la forêt par ces travaux.\n   Le bruit court que ce vandalisme ne s'arrêtera pas; on projette une nou­\nvelle emprise sur la forêt afin de déplacer les tribunes et de mettre l'enclos en\ncommunication avec la voie ferrée par un tunnel, sans aucun doute dispen­\ndieux, en tout cas fort laid.\n   Enfin, comme dernière conséquence des faveurs accordées aux Société des\ncourses, signalons le percement de trois énormes trouées pour les pistes d'en­\ntraînement semées de vilain sable jaune, dont la couleur détonne dans la forêt.\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "30                                 DURENDAL\n\n\n    Les jockeys y régnent en maîtres; ils y sont en pays conquis. Le gouver­\n  nement n'a jamais rien refusé aux bookmakers qui exploitent la passion du\n jeu des naïfs, qu'ils ruinent; car les tripots qu'ils installent partout en ville\n pour recueillir les mises des petites gens sont mille fois plus dangereux que ceux\n d'Ostende. Il n'est pas permis, en effet, à tout le monde de se rendre à notre\n  Corinthe.\n    Peut-on imaginer une dilapidation plus insensée d'un beau domaine,\n comme celui de notre forêt, que d'y abattre des milliers d'arbres pour obtenir\n un terrain dénudé, une plaine de courses? Ceux qui se livrent à un pareil\n gaspillage devraient être pourvus d'un conseil judiciaire. Ils en sont eux-\n mêmes honteux, ils cherchent à en esquiver la responsabilité; ni M. Carton\n de Wiart ni M. Vandervelde ne sont jamais parvenus à obtenir sur ce point\n un renseignement précis; il suffit de recourir aux séances des 2, 7 et\n 22 juillet 1908 de la Chambre pour le constater.\n    Les dégâts commis peur l'établissement de ces trois champs de courses\n paraissent irréparables, nous examinerons cependant en terminant s'il n'y a\n là rien à faire pour les Amis de la Forêt.\n    Le creusement du réservoir de l'Intercommunale et la route pavée qui le\n dessert sont venus gâter encore un beau triage de la forêt.\n    Nous y avons passé récemment et nous avons constaté, avec un plaisir\n atténué de mélancolie, qu'on s'est efforcé de dissimuler le mal par des plan­\n tations; on peut espérer que dans quelques années, s'il est irréparable, au\n moins aura-t-il été caché; mais c'est à la condition qu'on n'y maintienne pas\n un dépôt de conduites en fonte revêtue de béton. Mettons à la charge de\nl'Administration des Ponts et chaussées la déplorable manie d'interrompre,\nde distance en distance, les vieilles routes par des ronds-points, qui s'est\ndonnée carrière entre Groenendael et Quatre-Bras, entre Auderghem et Notre-\n Dame-au-Bois.\n    Nos agents voyers se sont créé une esthétique spéciale de la forêt, et\njusqu'à présent nous ne sommes pas parvenus à percer ses mystères. Quel\nagrément, quelle beauté ces interruptions périodiques de la circulation\ndonnent-elles à ces grandes routes? On en pourrait dire autant des rangées\nde marronniers qui sont venues en tuer le caractère grandiose.\n    La construction d'un sanatorium de tuberculeux a non seulement soulevé\nles réclamations des propriétaires voisins, mais a ajouté un nouveau grief à\nceux des Amis de la Forêt, qui voudraient la proclamer intangible.\n    Mais ce qui est plus redoutable peut-être que les dévastations que nous\nvenons d'énumérer, c'est lorsque l'Administration des Eaux et forêts se\nmet en tête d'embellir la Forêt et cela avec une assurance et une prétention à\nl'infaillibilité vraiment déroutantes. On peut en juger par ce qu'elle a accom­\npli au vallon de Blankendelle, entre Boitsfort et Auderghem.\n   Voici ce qu'en disait un bon juge, Jean d'Ardenne, dans la Chronique du\n9 avril 1909 : « On s'est avisé de faire administrativement — et cette\nfois sans collaboration d'artiste — la toilette d'un site autrefois charmant\nen sa sauvagerie et sa rusticité; dépression allongée, vaste clairière tapissée\nde gazons et de mousses, parsemée d'arbustes et de genêts.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                   LES AMIS DE LA FORÊT DE SOIGNES                                  31\n\n\n    » Il faut voir la transformation ; une sorte de feston, de lambrequin régu­\n lièrement dessiné, décore les versants ; sur le fond rasé quelques cônes\n isolés d'épicéas se dressent à intervalles égaux; c'est le travertissement de\n la nature en lamentable chienlit et cela révèle un goût identique à celui\n qui préside à la confection des jardins où des boules miroitantes réflé­\nchissent de petits gâteaux, des devises, des emblèmes obtenus au moyen\n de fleurs diversement colorées, où des sentiers d'une correction irrépro­\nchable courent entre des plates-bandes à bordures de coquillages et de\ncailloux patiemment collectionnés; bref, où l'incompréhension du charme\nnaturel apparaît en toute sa glorieuse bêtise. »\n    Ici nous aurons non seulement à combattre la répétition de ces absurdes\nembellissements qui enlèvent à la forêt son charme agreste et naturel, à\ndemander qu'on permette a ces sites de revenir à leur sauvagerie primitive,\nla bonne nature aura vite fait de réparer les sottises humaines. Mais nous\naurons, de plus, à faire l'éducation du public, à dessiller ses yeux, car nous\nrencontrons des gens qui ont la prétention de ne pas manquer de goût et\nqui cependant admirent cette profanation des beautés originelles de la forêt.\n    Ce sont des admirateurs qui s'arrêtent à l'extérieur des choses, ils n'ont\npas le sens du pittoresque et ce qu'il y a de vague et de poétique dans l'har­\nmonie d'un site, dans son accord avec l'ambiance ne les émeut pas, parce\nque, malgré leur culture, la visite des musées et les voyages, il dort en eux\nquelque chose du vieux philistin.\n    L'auteur anonyme d'un article paru dans Durendal a, sous le titre Aspects\nde la nature et de la cité, décrit d'une façon si juste et si délicate le charme du\nvallon de Groenendael avant son embellissement qu'il mérite d'être cité.\n« Un chemin sinueux, amorcé à la naissance de la chaussée, près du pont\ndu chemin de fer, y menait sous le couvert de la haute futaie (1).\n    » Au bas c'était un ravissement. Le sentier, inégal, capricieux, courait le\nlong d'une prairie demi-marécageuse, qu'il ourlait de ces méandres. Dans\nla prairie, la végétation folle, diaprée et luxuriante propre aux terres\ngrasses et humides, et dont les fraîches couleurs s'enlevaient vivement sur\nle fond sombre du bois touffu d'alentour. L'ensemble charmait par son\ncaractère, naturel, fortuit, c'est-à-dire pittoresque. »\n    Mais, dira-t-on, aucun raisonnement ne convaincra qui n'a pas le sentiment\ninné des beautés naturelles.\n    Cela est peut-être vrai pour ceux à qui une certaine culture a persuadé\nqu'ils ne peuvent se tromper, mais j'ai expérimenté que des yeux pouvaient\nêtre ouverts.\n   J'étais assis dans le vallon « embelli ». Un cycliste inconnu, d'aspect\nmodeste, qui contemplait aussi le paysage, s'approcha de moi et me dit, res­\npectueusement : « M. le Bourgmestre, j'ai lu, dans le bulletin du Touring\n\n\n   (1) Depuis que cet article a été écrit j'ai appris que l'enlaidissement de ce vallon\nn'est pas imputable à l'Administration des Eaux et forêts Quel qu'en soit l'auteur res­\nponsable, le travail n'en a pas moins été déplorable.\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "32                                DURENDAL\n\n\n Club, votre protestation contre les travaux que l'on a exécutés ici, mais je ne\n comprends pas bien, ne pourriez-vous m'expliquer pourquoi vous les désap­\n prouvez ? »\n    « Volontiers, lui répondis-je, ce que nous blâmons, c'est la transformation\n d'un site pittoresque en harmonie avec son cadre de forêt en un morceau de\n parc qui conviendrait, peut-être, aux abords d'un château, mais qui s'accorde\n mal avec notre majestueuse forêt. »\n    Autrefois, nous avions ici un paysage qui avait été dessiné par la nature,\n le ruisseau qui coule au fond du vallon avait modelé lès rives de l'étang et\nson'alluvion avait favorisé la croissance, des spireas, des joncs, des eupa-\n toires, des iris sur ses bords. C'était un tableau qui ravissait d'aise les gens\nsensibles au charme de la beauté naturelle. Au lieu de cela vous avez\naujourd'hui devant les yeux l'œuvre maladroite d'un jardinier sans goût.\nVoyez ces bords sèchement dessinés que n'ourlent plus les herbes folles, ces\nrives artificiellement contournées, ce gazon tendu qui encercle les eaux de ce\npetit lac en forme de rognon. Il est bordé d'un chemin dont la cendrée noire\ntranche désagréablement sur le ton tendre de l'herbe, il est partout mathé­\nmatiquement d'égale largeur; autrefois, un sentier capricieux, de largeur\ninégale, tracé par les promeneurs, serpentait au fond de ce vallon, et l'œil\naimait à en suivre les méandres. Les talus qui s'élevaient entre les arbres\nvénérables laissaient voir de vieilles racines bizarrement arcboutées, des\narrachements de sable ferrugineux, des ronces pendantes et emmêlées, à la\nplace de cet escalier en planches et de ces pentes uniformément gazonnées.\n   L'imprévu a disparu pour faire place à un lieu banal, ratissé, peigné, qui\nn'est plus en harmonie avec le caractère sévère et grandiose de la forêt.\n   « Une comparaison vous fera peut-être mieux comprendre ma pensée,\najoutai-je. Imaginez une belle campagnarde qui vous aurait plue dans le\nrustique costume de sa condition et qu'on aurait habillée comme une\nélégante de la ville d'un fourreau collant et d'un majestueux chapeau à la\nmode, sous prétexte de la rendre plus séduisante; ne vous paraîtrait-elle pas\nridicule? »\n   a Je vous remercie, me dit le cycliste, maintenant j'ai compris et je vois,\nen effet, que vous aviez raison de critiquer le travail que l'on a exécuté ici. »\n   A ceux que nos démonstrations ne parviendraient pas à convaincre, nous\nconseillons de visiter le vallon de la petite Floss, puis celui de la grande\nFloss; ils se font suite, la chaussée de Mont-Saint-Jean aux Quatre-Bras les\nsépare.\n   Le vallon de la petite Floss a été accommodé d'une façon aussi\nfâcheuse que le vallon de Groenendael. Le fond du vallon est\nsoigneusement nivelé, saupoudré de chaux, afin d'obtenir des pelouses\nqu'aucune mauvaise herbe ne dépare; les bords de cette carpette de gazon sont\nsoigneusement taillés; à la place des « blancs spectres des bouleaux » on voit\nun bois de sapins, qui descend en lambrequins jusqu'à la prairie ; défense\nabsolue aux fougères de dépasser l'alignement, défense aux herbes folles de\ndéployer leurs bouquets fantaisistes sur ce tapis correct que borde un chemin\naussi laid qu'inutile ; car on n'y constate aucune trace de roues; pour l'établir\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                  LES AMIS DE LA FORÊT DE SOIGNES                               33\n\n\nil a cependant fallu entamer, presque à pic, le coteau dont les flancs dénudés\nressemblent maintenant à une tranchée de voie ferrée; enfin, pour compléter\ncet ensemble artificiel, on a planté un malheureux épicéa, isolé, dépaysé,\ndans ce ravin brabançon qu'on a nécessairement terminé par un étang\ndessiné en côtelette, ce qui semble être la forme idéale d'une pièce d'eau\npour les esthètes de la domestication de notre pauvre forêt. Gravissons\nmaintenant le talus de la chaussée; en descendant du côté opposé, nous\ntrouvons un délicieux sentier juste assez large pour y passer à la file indienne ;\nnous sommes dans le vallon de la grande Floss. Il est encore intact, le fond\n en est inégal, des bouquets de plantes» sylvestres le parsèment, des taillis\ncroissent au pied des arbres, à gauche de vigoureuses fougères encore vertes,\n à droite elles sont jaunies par l'automne et de leurs belles frondaisons\ns'élancent les troncs effilés des pins sylvestres ; plus loin les hêtres dressent\n leurs colonnes rigides et bronzées, sous leur couvert filtre une lueur verdâtre\n qui contraste avec la crudité de la lumière du ravin ratissé de la petite Floss\n et donne au paysage une mystérieuse poésie; le tapis brun des feuilles\n mortes produit avec le vert des feuillages une adorable symphonie de tons,\n tandis que de légères ramures semblent flotter autour des troncs des arbres.\n  Le sentier que nous parcourons, en admirant la sauvagerie du lieu, a l'allure\n  pittoresque des choses créées 'inconsciemment par des piétons qui ont voulu\n éviter une souche, sauter une rigole, gagner un terrain plus sec ou se diriger\n  vers un point intéressant; on aime à suivre de l'œil les sinuosités, les soubre­\n  sauts, la fantaisie de ce petit chemin allègre. Qui serait jamais tenté d'en faire\n  autant pour la route de la petite Floss?\n     Si après cette promenade comparative dans les deux Floss notre philistin\n  n'est pas gagné à, notre cause, il n'y a plus qu'à le déclarer incurable et à le\n  remiser dans quelque jardin bien peigné, dont les chemins seront bordés de\n  culs de cruchons. Là il coulera en paix des jours heureux !\n     Tous ces méfaits et bien d'autres nous paraissent justifier l'intervention\n vigoureuse et permanente des Amis de la Forêt de Soignes.\n     Mais un fait nouveau est venu nous réconforter; dans la séance du\n  2 juillet dernier, M. Schollaert, ministre de l'Intérieur et de l'Agriculture, a\n prononcé les paroles suivantes dont nous prenons acte avec la plus vive\n  reconnaissance :\n     « Je remercie l'honorable M. Carton de Wiart de l'intérêt qu'il veut bien\n porter à la forêt de Soignes. Je puis lui donner l'assurance que je m'oppo­\n serai toujours, dans la mesure de mes moyens, à ce qu'on dépare cette mer­\n  veilleuse forêt par l'établissement de chemins de luxe et par l'abatage inconsidéré\n d'arbres. Laissons la forêt s'embellir elle-même. Mieux vaut ne pas intervenir\n  et laisser faire la nature. Tous les soins de mon département seront dirigés\n  dans ce sens. Comme beaucoup d'entre vous, Messieurs, je suis un admira­\n teur des arbres. Je regrette toujours leur disparition, car ce sont des amis\n  qu'on ne revoit plus. Il faut un siècle et plus pour qu'un arbre arrive à son\n  entier développement. Il faut laisser aux forêts leur caractère sauvage, il faut sur­\n tout que l'on respecte les vieux arbres. Il est évident que lorsqu'un arbre va\n  périr — et encore ne faut-il pas se prononcer trop vite à cet égard — il faut\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "34                                  DURENDAL\n\n\nbien l'abattre. Mais en règle générale, et surtout pour la forêt de Soignes, je\npense que le devoir du gouvernement est de faire respecter nos forêts... Le\nbut de l'Etat en rachetant la forêt, c'est de la laisser vivre, croître et vieillir.\nEn ce qui me concerne, je promets à la Chambre de ne jamais porter la cognée à moins\nd'indispensable nécessité dans la forêt de Soignes. (Très bien! sur tous les bancs.)\nS'il s'agit de planter, j'en suis, mais pour couper il ne faut pas compter sur moi. » (Très\nbien! sur tous les bancs.)\n   Mais M. le ministre Schollaert ne s'est pas contenté des déclarations pla­\ntoniques, comme ses prédécesseurs; il a passé aux actes; par une circulaire\ntoute récente il a prescrit les règles suivantes :\n   « Il conviendrait que la forêt de Soignes, si heureusement placée aux\nportes de la capitale, ne fût plus considérée et exploitée à l'avenir comme\nune forêt de rapport au même titre que les autres forêts de l'Etat. Elle\ndevrait être traitée non pas tant en vue de sa régénération que de sa conser­\nvation.\n   » Plutôt que de chercher à rajeunir les massifs, il faudrait, comme je l'ai\ndit à la Chambre, les laisser vieillir et n'y porter la cognée qu'en cas de\nnécessité.\n   » Les gros arbres surtout doivent être respectés : ils ne doivent être\nabattus que lorsque leur dépérissement devient manifeste.\n   » Les opérations forestières doivent donc se borner, dans ce domaine, aux\néclaircies nécessaires pour assurer la bonne venue des peuplements, leur\namélioration et leur maintien aussi longtemps que la nature le permettra.\n   » En attendant qu'un nouvel aménagement de la forêt vienne consacrer\net régler l'application de ces principes, je vous prie d'agir dans le sens\nindiqué avec toute la circonspection désirable et d'apporter d'urgence les\nmodifications qu'il convient aux coupes à vendre pour l'exercice prochain.\n   » Par la même occasion j'attire votre attention sur un autre point des\ndéclarations que j'ai faites à la Chambre : Il faut, ai-je dit, laisser aux forêts\nleur caractère sauvage. Et, dans cet ordre d'idées, j'ai donné l'assurance\nque je m'opposerais toujours à ce qu'on déparât la forêt de Soignes par l'éta­\nblissement de nouveaux chemins de luxe. »\n   On ne peut être plus net, plus précis, plus catégorique, mieux répondre\naux vœux et aux doléances des amis de la forêt.\n   L'accueil que les assurances du Ministre ont reçu sur tous les bancs de la\nChambre, où jamais les dévastateurs de la forêt n'ont trouvé un seul défen­\nseur, encouragera M. Schollaert à persévérer dans ses bonnes intentions.\nMais l'enfer en est pavé et, quoique la circulaire que nous venons de citer ne\npuisse laisser aucun doute sur la sincérité du Ministre dans lequel nous\navons enfin trouvé un protecteur convaincu de la forêt, il ne faut pas\noublier qu'un ministre ne peut tout voir, ni s'occuper personnellement des\ndétails multiples de son département; enfin que les ministres passent et que\nles bureaux restent. Qu'un ministre moins ferme succède à l'honorable\n M. Schollaert, à la première occasion on peut s'attendre à un retour offensif\nde l'esprit bureaucratique. Nous devons constituer une jeune-garde de\nla forêt, pour employer un mot à la mode, elle aura toujours les yeux ouverts\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                 LES AMIS DE LA FORÊT DE SOIGNES                             35\n\net se chargera de signaler au ministre tous les actes par lesquels on aura\nméconnu ses instructions. Nous serons donc ses collaborateurs les plus dévoués\net les plus désintéressés dans l'œuvre excellente qu'il veut poursuivre.\n   Qu'on se garde cependant de croire que nous voulions entreprendre cette\ncampagne avec un esprit dé tracasserie et de dénigrement systématique contre\nl'Administration forestière.\n   Si nous ne voulons pas qu'on transforme notre forêt en un parc, nous ne\ndemandons pas non plus qu'on la laisse retourner à l'état de forêt vierge.\nCelle-ci demande des espaces énormes et des siècles pour retrouver' sa beauté,\nquand un cyclone a abattu ses arbres pourris ou; dévorés par les parasites.\n   Ceux qui, comme nous, les ont vues au Congo, savent le spectacle lamen­\ntable qu'elles présentent, ce n'est pas la sauvagerie pittoresque que l'on s'ima­\ngine en Europe, c'est la mort.\n   Mais de même que le bois de la Cambre ne peut être traité comme la forêt,\nde même celle-ci doit être considérée comme un intermédiaire entre la forêt\nvierge et la forêt d'exploitation.\n   Sa proximité de la capitale en fait un lieu d'excursion pour les paysagistes\net les amants de la nature qui fuient les plaisirs artificiels et. la parure\napprêtée des parcs urbains ; ceux qui préfèrent une promenade moins rustique\nn'en manquent pas dans et autour de Bruxelles, et ce n'est pas pour eux qu'il\nfaut accommoder aux goûts des citadins les beautés rustiques de notre forêt.\nElle ne réclame non plus un jardinier, mais un forestier intelligent qui se\nborne à intervenir discrètement pour éclaircir un fourré qui menace\nd'étouffer quelques hêtres puissants ou des chênes robustes dont la couronne\nne demande qu'à se développer en une riche ramure.\n   Il faut aussi de l'air pour laisser croître, de-ci de-là, un taillis verdoyant\nou favoriser l'envahissement du sol par les fougères et les herbes folles.\n   Ce que nous demandons pour notre forêt, c'est une liberté constitution­\nnelle qui permette un bel épanouissement de l'initiative des arbres, des arbris­\nseaux et des fleurettes et non la brutale sauvagerie de la forêt africaine.\n   Les Amis de la Forêt de Soignes ont donc eu raison de voter le programme\nsuivant :\n   « 1° Réclamer la conservation intégrale de la forêt de Soignes et pour­\nsuivre la reconstitution graduelle de son domaine sylvestre tel qu'il existait\navant la concession des trois hippodromes;\n   » 2° Limiter les opérations forestières aux éclaircies nécessaires pour\nassurer la bonne venue des peuplements, leur amélioration, leur maintien,\naussi longtemps que la nature le permettra ;\n   » 3° Ne plus dénaturer le caractère de la forêt par l'établissement de nou­\nveaux chemins de luxe ou là transformation de vallons agrestes en parcs arti­\nficiels;\n   » 4° Exclure des plantations les essences étrangères qui ne sont pas en\nharmonie avec la sylve brabançonne ;\n   » 5° Demander que les vallons dénaturés soient autorisés à retourner à l'état\nsauvage.\n                                                                     BULS.\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                 Art Poétique\nPourquoi  passer tes jours transparents de vacances\n         A poursuivre des rimes,\nLorsqu'au ciel cendre et bleu où l'Eté se balance\n         Un jour heureux     s'exprime?\n\nPourquoi   vouloir tracer un tableau   ressemblant\n         De la tendre prairie\nQu'ornent les foins fauchés, ainsi que les volants\n         D'une robe fleurie?\n\nPourquoi  tenter en vain de parfumer tes vers\n        Comme une sapinière,\nOu de trouver des mots aussi jeunes et verts\n        Que la saison dernière?\n\nMets ta veste de chasse usée, en toile bleue,\n        Et ton chapeau de paille,\nVas par les trèfles et les blés, le long des lieues,\n         Tant que le jour défaille.\n\nEt, suivi de tes chiens exténués,   rapporte\n          Trois perdrix et un râle\nA celle qui t'attend, inquiète, à la porte,\n         Dans les plis de son châle.\n\nMais s'il ne suffit plus à ta marche rebelle\n          D'imprimer dans le sol,\nA chaque pas, les clous luisants de tes semelles;\n          Si l'oiseau qui s'envole.\n\nPlane, fait un circuit et rentre à son garage,\n         Si la pie n'est encor\nQue la fugace, frêle et palpitante  image\n       De tes prochains    essors;\n\nGoûte du moins la volupté     vertigineuse,\n         Comme un jeune épervier,\nDe plonger au ravin qu'une eau rapide creuse,\n         Et, d'un coup de levier,\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                ART   POÉTIQUE                          37\n\n           Quand le chant des pistons monte l'autre        versant,\n                    Le soleil dans les cuivres,\n           N'es-tu pas cette fois le bourdon    frémissant\n                    Qu'un soir d'Eté enivre?\n\n           Il y a déjà trop de poètes fervents\n                    Qui font du     naturisme,\n           C'est sur la route blanche où tu croises le vent\n                    Que souffle le lyrisme...\n                                                            THOMAS BRAUN.\n\nMaissin,    septembre   1909.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                   Cantiques spirituels\n               ON sait par quelle fâcheuse évolution le cantique\n                  spirituel du moyen âge, d'une si belle forme\n                  musicale, est devenu l'inepte rengaine dont se\n                  délecte l'inintelligente piété de certains milieux.\n                  Cependant on entrevoit un mouvement de retour\n                  vers les bonnes traditions du passé. Parmi les\n                  essais de rénovation du cantique spirituel je n'en\n                  connais pas de plus remarquables que ceux\nentrepris par le poète flamand, M. l'abbé Cuppens, avec la\ncollaboration d'un jeune musicien de l'école d'Anvers, M. Louis\nde Vocht (1).\n   Ces messieurs ont commencé la publication d'un recueil de\ncantiques, paraissant par fascicules successifs. Le poète a puisé\nses inspirations dans la liturgie ecclésiastique, bien que ses\ncantiques soient destinés exclusivement au foyer domestique.\nCette pensée, qui prolonge le retentissement de la liturgie au\nsein de la famille chrétienne, est fort belle, et même originale\nen nos temps si déshabitués de cette compénétration du sacré\net du profane.\n   J'admire aussi l'art du poète qui a su animer les trois\nstrophes de chacune de ses piécettes de la grande poésie des\nlivres saints, telle que l'Église l'a enchâssée dans ses offices.\nLe musicien a traduit le sentiment du texte en une langue\nmusicale à la fois très simple et très savante. La plupart de\nses mélodies ont un tour charmant, volontiers archaïque et\ntoujours distingué. Le côté pittoresque du sujet est tout entier\ndans l'accompagnement. Ainsi le chant psalmique du premier\ndimanche de l'Avent évoque le souvenir de la harpe de David.\nAu second dimanche, ce sont des appels de trompettes annon-\n\n  (1) J a a r k r a n s van geestelijke liederen rond den Heerd. Gedicht door August\nCuppens. Getoondicht door Lodewijk de Vocht. (De Vlaamsche Muziekhandel,\n12, Sint-Jacobsmarkt, Antwerpen. Prijs : 10 fr.)\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                    CANTIQUES SPIRITUELS                       39\n\n\nçant la venue du Seigneur. L'éploration du quatrième\ndimanche exprime éloquemment le poids de la faute qui pèse\nsur l'humanité et la douceur de la rosée descendue du ciel :\nRorate, cœli, desuper !... Ce morceau me paraît le meilleur, au\npoint de vue musical, de ceux qui ont paru jusqu'ici. Signa­\nlons encore la curieuse marche orientale qui accompagne la\ncaravane des Rois Mages, ainsi que la complainte des petits\nmartyrs de Bethléem, que scande un innocent bruit de\ngrelots... C'est joli, mais peut-être un peu puéril. M. de Vocht\ndevra se défier de l'écueil de la préciosité. En revanche,\nj'adore son délicieux petit cantique à l'Immaculée Conception.\nLe tour mélodique en est d'une simplicité émouvante comme\ncelui des plus belles mélodies pieuses d'autrefois, et l'accom­\npagnement réalise la perfection du genre.\n   J'ai eu l'occasion d'apprécier ailleurs des recueils de can­\ntiques liturgiques publiés en France, sous la poussée du\nrenouveau actuel. Mais je n'y ai rien rencontré qui approche de\nla haute valeur poétique et musicale de l'œuvre commencée\npar MM. Cuppens et de Vocht, et j'en suis fier pour mon\npays flamand !\n                                              F.   VERHELST.\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                  Critique des critiques\nBarbey d'Aurevilly. — Jules Guillemot. — Gérard\n Harry. — Maurice des Ombiaux. — Paulin\n Renault. — Albert de Bersaucourt.\n\n                    SUR le socle du buste, que le génie de Rodin fit si sommaire\n                       et si vivant, une amitié fidèle déposa en hommage un nou­\n                       veau livre de Barbey d'Aurevilly : Critiques diverses (1).\n                          A part quelques noms illustres — Voltaire, Jean-Jacques\n                       Rousseau, Chamfort — les écrivains qui firent l'objet de\n                       ces « critiques » n'éveillent plus en nous un écho de gloire\n                       ou même de notoriété... Que peuvent nous dire encore les\n                       noms de M M. Livet, Baschet, Daly, Quitard et tant d'autres,\n                       sinon que Barbey daigna s'occuper d'eux et donna à leurs\npersonnalités falotes le reluisant de sa prose souveraine... Buloz lui-même,\nBuloz « bâtisseur de ce gros pignon sur rue littéraire qui s'appelle la Revue des\nDeux-Mondes » nous laisserait aujourd'hui indifférent, si Barbey n'avait pris\nprétexte de ce « scieur de long » pour réaliser un chef-d'œuvre de verveuse\net nerveuse démolition. Dans ce volume d'ailleurs, à côté de pages qui\ndatent, plus à raison de la désuétude des enseignes que de la haute qualité\ndes considérations que ces enseignes abritent, il y a telles études d'ordre\ngénéral qui, en dépit du temps et de la distance, profèrent une émouvante\nactualité : écrit en 1858, l'article sur l'Idolâtrie au théâtre « qui scandaliserait\nl'antiquité, si on la tirait du sépulcre » garde, vis-à-vis des mœursd'aujourd'hui.\ntoute sa cinglante vérité! Il en est de même du Voltairianisme contemporain\n— cela date aussi de 1858 — et le Roi Voltaire se promène encore aujour­\nd'hui, dans la littérature, portant au dos l'étiquette que lui infligea le maître\ndes Prophètes du passé quand il l'appelle « caméléon moral, âme desséchée,\njaloux de gloire, qui cracha sur la figure de quiconque le suivit ou le\nprécéda... et qui grimpa, comme un écureuil, jusqu'à la gloire, en passant\npar tous les mépris ». Et lorsque, d'autre part, Barbey attrapa Jean-Jacques\n— toujours en 1858 — il semble avoir répondu d'avance aux lâtries bouf­\n fonnement exaltantes dont l'auteur du Contrat social bénéficia il y a deux ans !\nIl est enfin, dans ces Critiques diverses, un fragment qui apparaît comme\nparticulièrement opportun à l'heure où on prétend,\" notamment en\n Belgique, élever à la hauteur d'un dogme artistique, l'incompatibilité de\nl'art et de la pensée catholique. Que ces sortes de laïcisateurs lisent donc\nNotre critique et la leur et peut-être comprendront-ils qu'ayant Barbey d'Aure-\n\n\n  (1) Paris, Lemerre.\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                          CRITIQUE DES CRITIQUES                              41\n\nvilly pour nous et avec nous, nous sommes autorisés à les prier de garder\npour eux leurs puériles excommunications !\n                                          *\n                                        * *\n   « Est-il vrai que quand on mange un plat, plus ou moins bien préparé, on\nne se soucie pas du procédé culinaire qui l'a produit? » C'est parce qu'il\nestime qu'il convient de répondre négativement à cette question de gourmet\nque M. Jules Guillemot a écrit une thèse sur l'Evolution de l'idée dramatique chez\nles maîtres du théâtre de Corneille à Dumas fils (1). Vaste sujet et pour lequel les\ntrois cent quatre-vingt-quinze pages d'un volume seraient bien insuffisantes, si\nl'auteur ne s'était contenté de rechercher et d'analyser « l'idée dramatique »\ndans les préfaces des maîtres du théâtre. A cette sorte de méthode, on peut\nobjecter que la théorie n'est rien et que la pratique seule importe — et que\nc'est non d'après les projets des dramaturges, mais d'après les réalisations\nqu'il faut jauger le mérite et l'influence. Pourtant, si le livre de M. Guillemot\nest un peu sommaire et si sa critique manque parfois de profondeur, il a\nréussi à tracer des portraits très fins et très animés des grands esprits directeurs\nde l'art dramatique; particulièrement les silhouettes de Corneille, de Racine\net de Molière, ont un élégant relief; « Beaumarchais et ses audaces » sont\ntraités avec la plus verveuse dialectique; l'esprit pénétrant et « disséquant »\nde M. Guillemot s'exerce ensuite aux dépens de Victor Hugo. Je ne suis pas\nbien sûr d'ailleurs que vis-à-vis des Romantiques et de leur chef, le critique\nn'ait pas condescendu à une sévérité outrée quand il leur reproche que\n « pareils au matamore espagnol, dont ils ont un peu le tempérament, et dont\nleurs héros s'inspirent toujours plus ou moins, ils parlent sans cesse de tout\npourfendre et font en somme beaucoup plus de bruit que de besogne ». Ici,\nM. Guillemot ne fut-il pas victime de son système et, à s'arrêter trop exclu­\nsivement à la préface de Cromwell, ne négligeat-il pas d'apercevoir la haute\net neuve valeur esthétique de Hernani et des Burgraves, en comparaison avec\nles minables et soporifiques survivances classiques dont le Romantisme\ndésencombra la scène? Et, sans vouloir nier le côté incomplet et aujourd'hui\ndéjà suranné du théâtre de Hugo, j'oserais demander à M. Guillemot s'il est\nbien sûr que ce théâtre ait plus vieilli que les étincelants paradoxes verbaux\nde Dumas fils ou les honnêtes bourgeoisismes de M. Emile Augier?\n                                         *\n                                       * *\n  M. Gérard Harry, plume d'élégante vivacité, a ouvert d'une façon très\nagréable la série des Ecrivains français de Belgique, par une monographie sur\nMaurice Maeterlinck (2). Ce petit livre, d'une tenue si soignée et si coquette, n'a\ncertainement point la prétention de creuser à fond tous les aspects du trou­\nblant dramaturge de la Princesse Maleine et du beau poète scientifique de la\nVie des abeilles. C'est moins à de la critique intensive que s'appliqua M. Gérard\n\n\n  (1) Paris, Perrin.\n  (2) Paris et Bruxelles, Carrington.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "42                                    DURENDAL\n\n\nHarry qu'à une sorte de reportage de premier choix; il n'en est pas moins vrai\nqu'à côté de détails biographiques très artistement groupés, M. Gérard Harry\nesquisse de-ci de-là des aperçus littéraires qui soulignent admirablement la\ngéniale part d'inédit que Maeterlinck apporta dans les Lettres universelles.\n    A M. Gérard Harry succéda M. Maurice des Ombiaux qui entreprit\nd'analyser l'apport de Camille Lemonnier (1). Ce deuxième essai appartient\nplutôt au genre lyrique, et un journaliste en prit aussitôt prétexte pour\naccuser M. des Ombiaux de flagornerie. Le reproche est aussi injurieux\nqu'immérité. M. des Ombiaux voua de tous temps à Camille Lemonnier une\nmanière de culte, exclusif de toutes réserves. Chargé de présenter au public un\ndes pères de notre Littérature nationale, démarquer son influence et de scruter\nson œuvre, M. des Ombiaux le fit sur le ton de son admiration habituelle et\nancienne; c'était son droit, et pour en avoir usé, il ne peut être exposé à\nl'incrimination d'un encensement de parti-pris. Du loyal dithyrambe de\nM. des Ombiaux, chacun d'ailleurs prendra ce qu'il veut — mais personne\nne contestera la réelle valeur d'art de l'ardente et vigoureuse silhouette que\nM. des Ombiaux a tracée du grand écrivain du Mâle et du Petit Hommede Dieu.\nSi j'osais une critique, je dirais que le volume de M. des Ombiaux manque\npeut-être de « fondu » ; je crois à un travail un peu hâtif, et j'en ai pour preuves\ntelles négligences de style dont cet excellent écrivain n'est pas coutumier.\n    Puisque nous en sommes aux « biographies littéraires » signalons, dans la\ncollection Diamant (Lettres et Arts belges) un Carton de Wiart (2) de\nM. Paulin Renault. C'est très complet et très documenté. La physionomie,\nà la fois littéraire et politique du romancier de la Cité ardente et du député de\nBruxelles se dégage, d'une manière attachante, de ces pages — dont l'écriture\nseulement gagnerait à avoir un peu plus de relief et un peu plus de nerf.\n    Ce n'est point là le reproche qu'il faudrait faire au petit volume que\nM. Albert de Bersaucourt a consacré à Paul Verlaine, poète catholique (3). Ici\nle critique vibre à l'unisson du modèle; et après avoir conté, en de brèves\npages très animées, l'existence bizarre et tourmentée de Lelian, M. de\nBersaucourt plaide la cause qu'il assuma, avec un enthousiasme qui n'exclut\npoint la subtilité. La vie de Verlaine requiert tant de distinguo et son œuvre\nn'en exige pas moins! M. de Bersaucourt a fait loyalement la part de la bête\net celle de l'ange — et a établi ingénieusement que l'une est la rédemption de\nl'autre. Que Verlaine, pèlerin de tous les vices, portait dans sa pauvre âme\ncontradictoire, un coin de ciel bleu, intangible aux pires bourrasques, cela\nfut dit souvent et depuis longtemps — et à cet égard le livre de M. de\nBersaucourt n'a rien d'une trouvaille littéraire; du moins résume-t-il, par des\narguments agréablement drapés, les divers motifs qu'eurent toujours les\ncatholiques d'accepter Verlaine comme un rare et harmonieux apologiste de\nla douce majesté de croire. Notre ami Maurice Dullaert, il y a près de vingt\nans, réalisa déjà cette démonstration dans une brochure sur Verlaine — à\nlaquelle d'ailleurs M. de Bersaucourt fit l'hommage d'un copieux emprunt.\n                                                      FIRMIN VAN DEN BOSCH.\n  (1) Paris et Bruxelles, Carrington.\n  (2) Bruxelles, Société belge de librairie.\n  (3) Paris, Falque.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "L'ADORATION DES MAGES\n (JACOPO DELLA QUERCIA)\n\n    Bologne, San Petronio\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": ""}, {"page_pdf": 58, "texte": "                       Chronique d'Art\n\nLES SALONS D'ART\n\n                           Les Aquarellistes\n   La Société royale belge des Aquarellistes a ouvert en décembre 1909 sa\ncinquantième exposition.\n   Ne croyez pas un seul instant qu'après tant de campagnes l'association\nlaisse paraître le moindre signe de vieillissement.\n   Ses salons se succèdent chaque année dans la même tenue d'art, dans le\nmême aspect de saine maturité. Même, si par le souvenir on se reporte à\nceux qu'elle organisait voici quelques vingt ans, un progrès esthétique se\nmarque, indéniable.\n   Comment d'ailleurs en pourrait-il être autrement sous la présidence\nd'honneur de M. Beernaert ? Nul n'ignore que l'éminent ministre d'Etat a\ndécouvert on ne sait où une merveilleuse fontaine de Jouvence dont il tire\nune inaltérable jeunesse et il est manifeste qu'il consent à étendre les effets\nde ce mystérieux privilège aux entreprises chères à son cœur.\n   Jamais l'épithète obligée de « vénérable » ne jaillit si spontanément de nos\nlèvres à propos de M. Beernaert qui se montre toujours débordant de\nverve, pétillant de gaîté, étourdissant d'à-propos et de bonne grâce. Il faut,\nmalgré l'évidence de sa longue carrière si remplie, un effort pour réaliser\nson âge véritable.\n   Les aquarellistes affectent comme lui la coquetterie des anniversaires.\nCette année ils ont voulu se limiter à leurs seules forces vives et se priver à\ndessein du concours de tous leurs associés et invités étrangers.\n   Par cette éphémère exclusion le Salon est dépourvu de l'attrait piquant\nd'oeuvres imprévues, mais par compensation il affirme une homogénéité\nsavoureuse et une grande stabilité. Les colonnes du temple sont solides et, si\nl'une d'entre elles vient à céder, une autre non moins résistante et non\nmoins élégante est toute prête à la remplacer.\n   Jamais M. Cassiers, président-artiste de cette façon d'Académie des qua­\nrante virtuoses, de la peinture à l'eau, ne fut mieux inspiré que dans ses\nderniers envois. Il y unit la synthèse de la vision pittoresque au mérite\nd'une exécution savante, habile, parfaitement adéquate au genre et au but\nde l'aquarelle moderne.\n   M. Uytterschaut se renouvelle sans se recommencer. Son effet d'Automne\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "44                               DURENDAL\n\n\nau Bois de la Haye atteint l'opulence robuste d'une Pluie d'or de Frans Cour-\ntens sans emprunter d'autres moyens techniques que les plus classiques et\nles plus traditionnels.\n   Par les mêmes procédés transparents M. Claus réalise des merveilles de\nfraîcheur vibrante et d'éclat primesautier.\n   La cuisine de M. Ensor est moins simple. La saveur pimentée et ses\nmixtures de haut goût sont d'un peintre, d'un coloriste raffiné et rare.\n   M. Marcette, par des formules analogues, interprète, avec une grandeur\npathétique, la beauté des ciels vast< s, des plages désertes et des vagues\ndéferlantes.\n   M. Fernand Khnopff nous propose des symboles de mystère parés du\nprestige d'une aristocratique et dédaigneuse indifférence. Il montre, à côté\nde ces précieuses recherches de formes rares et de colorations inédites, des\nportraits délicats et nerveux où toute la psychologie des modèles se laisse\ndeviner. Son impassibilité n'est qu'un masque, son œil sensible et sa main\nexperte la démentent en ces cadres attirants.-\n   M. Baseleer est aéré, lumineux, ouvert, comme l'Océan sous la brise.\nM. Geudens est concentré, intime, discret comme la clarté de la lampe\nstudieuse sous l'abat-jour.\n   Le mysticisme de M. Delaunois est étrangement profond dans des pages\nde grand format où la saveur d'un métier puissant et curieux confère de\nl'intérêt à toutes les parties de la surface utilisée.\n    La vaste aquarelle Prières du soir au Couvent est un morceau très prenant par\nl'intensité du sentiment et la beauté de la matière.\n   L'esprit de M. Amédée Lynen demeure impayable et son particularisme\n tout local réjouit chacun.\n   M. Vaes est opulent avec tact, M. Van Leemputten — observateur de\nmœurs paysannes — est réaliste avec goût, M. Hagemans— improvisa­\nteur de grands paysages décoratifs — aimable avec mesure.\n   M. Eugène Smits résume en quelques lavis tout le style et toute la\ndistinction de son beau talent châtié.\n   Son homonyme Jakob Smits accentue au contraire les aspects caracté­\nristiques de sa manière véhémente.\n   M. George Lemmen est recherché, imprévu, à la fois intrépide et inti­\nmidé, à son ordinaire.\n   M. Pinot a du charme, un sentiment très fin de la couleur, et de la grâce.\nM me Gilsoul a de la force, du brio, des vigueurs brillantes dans ses jardins\nfleuris, M. Charlet ne quitte pas la Hollande et ses brumes estompant\nd'amusants chocs de nuances vives, M. Dierckx est sentimental avec recueil­\nlement, M. Hannon, spirituel avec fougue, M. Mellery, solennel dans ses\nsilhouettes sur fond d'or, est d'une admirable intensité expressive dans ses\nhumbles logis détaillés d'un crayon appliqué. M. Charles Michel a de la\nlégèreté et du « chic », et les autres, trop nombreux pour l'agrément de\ncette énumération, sont tous personnels, sincères ou persévérants.\n                                                                    A. I. J.\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                              CHRONIQUE D'ART                                     45\n\n\n\n\n            Exposition de À. De Weert et F. Beauck\n\n   Madame De Weert appartient au groupe d'artistes Vie et Lumière dont l'ini­\ntiateur fut notre grand Claus. Elle est l'élève de celui-ci. 11 n'est pas facile pour\nun peintre de se dégager de l'influence d'un si grand maître, que forcément on\nadmire et qu'on est tenté naturellement de pasticher. Sans doute Madame De\nWeert se ressent des leçons du professeur. Mais c'est pour s'en montrer la\ndigne élève et non l'esclave. Comme Claus, elle a compris la beauté de la\nlumière. Comme lui, elle a saisi la vie de la nature vibrante dans le soleil. Elle\nsait comme lui dégager tout l'art que reflète un rayon de soleil. Et comme lui,\nelle a le don d'exprimer d'une façon saisissante dans ses tableaux toute la\nféerie d'un paysage rayonnant dans la douce clarté du printemps, dans les\npuissantes couleurs chaudes de l'été et dans les lueurs mélancoliques de\nl'automne. Ses tableaux sont de vrais poèmes. Ils chantent le soleil, la vie,\nles fleurs et les fruits. Ils font aimer la vie. Quel poème admirable que son\ngrand tableau le « Pommier en fleur ». Nous aimons aussi ses tableaux intimes\nreproduisant les paysages familiers de son logis si poétique à la campagne,\nson jardin, son verger. Tout cela est si joli, si frais, si clair, peint avec tant\nd'amour, exprimé d'une façon à la fois si simple et si prenante, sans\nexagération comme sans mièvrerie. Madame De Weert est sans conteste\nune des meilleures élèves de Claus. Nous ne regrettons qu'une chose c'est\nl'inconcevable aveuglement d'un jury qui avait écarté de son exposition\nquelques-uns de ses tableaux qui, de l'avis de maîtres artistes comme Claus\net Baertsoen, sont parmi ses plus belles et ses plus fortes œuvres. Son\nexposition était déjà intéressante mais elle eût été autrement impressionnante\net suggestive et eût eu une bien plus grande portée et une toute autre allure\nsi on lui eût permis d'exposer tout son envoi et en outre de ses tableaux, ses\nbeaux dessins de béguinages dont la revue Durtndal nous fit goûter jadis tout\nle charme par les reproductions qu'on en donna dans cette revue.\n   François Beauck était connu jusqu'ici plutôt par ses dessins d'un caractère\ntrès particulier et surtout par ceux qu'il avait imaginés pour illustrer des\nromans ou des poèmes. Il a notamment décoré ainsi d'une façon très\ncurieuse et frappante deux exemplaires du Cloître de Verhaeren. Il s'affirme\nmaintenant dans la peinture. Plusieurs des tableaux exposés cette fois\nn'étaient pas nouveaux. Une œuvre prime toutes les autres : Venise, une\nVenise exquise, une Venise de rêve. C'est vraiment une œuvre de grand\nartiste que celle-là. Arnold Goffin l'a bien caractérisée en l'appelant : « une\ngrande et lumineuse page où se révèlent avec évidence les qualités d'un\ntalent qui vient à sa maturité ».\n                                                                        H. DE V.\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": " LA MUSIQUE\n\n                     Deuxième Concert Dorant\n    Le concert débutait par la huitième symphonie de Beethoven dont\n l'exécution consciencieuse, remarquable de netteté et de justesse, manqua\n quelque peu de souffle et d'accent. L'orchestre Durant fut plus heureux dans\n la Sérénade en ré majeur de Brahms dont il donna une interprétation très\n vivante. Cette Sérénade si peu connue et que M. Félicien Durant a été\n vraiment bien avisé d'inscrire au programme de ses concerts, a en réalité\n l'allure d'une petite symphonie. C'est une œuvre délicieuse de verve et de\ncoloris. La Muse du maître de Hambourg, dont l'inspiration est générale­\n ment empreinte de je ne sais quelle réserve hautaine, parle ici un langage\nplus limpidement persuasif, apparaît d'humeur plus souriante, accessible et\nfamilière, et l'auditeur ne cesse pas un moment d'être captivé par l'intaris­\nsable fertilité de l'invention, le charme de la pensée et de l'écriture, l'infinie\nsouplesse des rythmes et des modes expressifs.\n    Mlle Agnès Borgo, de l'Opéra de Paris, chanta l'air à'Alceste (Divinités du\nStyx) et la scène finale du Crépuscule des Dieux. Les Adieux de Brunehilde\nont été souvent interprétés à Bruxelles et de façon si supérieure qu'il\nsemble difficile de se défendre de comparaisons. Si Mlle Borgo ne possède\npas la merveilleuse égalité vocale, le timbre moelleux et transparent de\nLitvinne, si elle n'atteint pas à la noble intensité émotive de Bréma, on ne\nsaurait contester que, très vaillamment secondée par le jeune orchestre\nDurant, elle n'ait réalisé de cette page écrasante une interprétation impres­\nsionnante de puissance sonore et d'ampleur dramatique.\n\n\n\n                   Deuxième Concert populaire\n   La partie symphonique du programme renfermait des œuvres vivement\nintéressantes. Malgré quelques prolixités, l'ouverture de Phèdre de Martin\nLunssens est une composition de belle envergure et de trempe vigoureuse\noù le caractère dramatique de l'inspiration, l'allure tumultueuse et antithé­\ntique des développements expriment à merveille, dans un langage d'une\npsychologie très affinée, les combats douloureux qui se livrent dans l'âme de\nl'héroïne grecque.\n   La Sérénade (op. 14) pour onze instruments solo de-Bernhard Sekles,\ncompositeur hongrois dont jusqu'ici le nom ne nous était pas encore par­\nvenu est une série de pièces tour à tour rêveuses et enjouées d'où émane un\nsubtil arome de grâce captivante et qui se recommande par le charme\ndélicat de la facture, la tendresse caressante des sonorités, la piquante\nsaveur des combinaisons et des oppositions de timbres. Nous avons particu-\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                           CHRONIQUE       D'ART                          47\n\nlièrement remarqué la troisième et la neuvième variation du thème initial,\nle schezzino et l'intermezzo. Ajoutons que l'intérêt de cette suite de jolis\npoèmes était rehaussé par les séductions infinies et l'exquise finesse de\nl'interprétation confiée à des artistes d'élite (MM. Deru, Van den Heuvel.\nVan Hout, Wolff, Eeckhautte, Demont, Piérard, Bageard, Mahy,\nBogaerts, Mme Frank). Cette œuvre de poésie intime, de sentiment discret\net attendri contrastait de la façon la plus significative avec les emportements\nfougueux, les chaudes harmonies teintées d'orientalisme et les rythmes\neffervescents qui donnent aux airs de ballet du Prince Igor de Borodine une\nsi riche plénitude de vie et de couleur.\n   La virtuosité instrumentale était représentée par Mme Jeanne Delune,\nvioloncelliste. Mme Delune possède une technique ferme et brillante que\nl'on souhaiterait toutefois plus souple. Dans les passages de force, la sono­\nrité est empreinte d'une certaine âpreté que la sympathique artiste devrait\ns'efforcer de faire disparaître. Elle joua un concerto de Tartini (orchestré\npar Delune) et fut très applaudie dans le second mouvement de ce concerto,\nGrave ed espressivo, où se dessine une phrase d'une largeur imposante évo­\nquant le souvenir de Händel. Le concerto de son mari, Louis Delune, lui\nfut moins favorable. Nous regrettons de devoir dire d'ailleurs que cette\ncomposition assez pâle ne saurait être rangée au nombre des meilleures\nproductions de notre jeune compatriote.\n                                                                     G. DE G.\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "                        LES LIVRES\n\n\nPUBLICATIONS D'ART\n\nFrans Hals, par M. ANDRÉ FONTAINAS. Un vol. ill. — (Paris, Laurens.)\nFrans Hals, sa vie et sou œuvre, par M. E.-W. MOES. Un vol. in-4° ill.\n   (Collection : Les grands artistes.) — (Bruxelles, Van Oest.)\n   L'œuvre de Frans Hals est singulièrement attirante. La fiction n'y a\naucune part : tout l'idéal de son auteur était dans la réalité. Elle n'est com­\nposée que de portraits, mais de portraits d'un art si puissant et si simple que\nc'est la vie elle-même qu'elle nous met partout sous les yeux. Ses modèles,\non dirait que le peintre les a saisis à l'improviste, dans la familiarité de l'atti­\ntude et de l'expression. Ils ne posent pas. La posture où ils sont, la physio­\nnomie qu'ils laissent apparaître leur sont naturelles ; ils n'ont pas pris l'une,\naffecté l'autre parce qu'il y a là un spectateur qui les regarde. Ils ne jouent\npas un rôle : ils causent en buvant, autour de la table d'un banquet confra­\nternel; ils délibèrent gravement dans la salle directoriale d'un hospice;\ncitoyens et soldats des Provinces-Unies, « ils se trouvent réunis pour se faire\npeindre en corps à la veille ou au retour d'une campagne ». Ailleurs, ce sont\ndes personnages isolés, gens de toute condition, pasteurs, commerçants,\npatriciens du haut négoce, bourgeois et bourgeoises, nobles magnifiquement\nvêtus, fiers de leur prestance élégante ou martiale et qui se sourient complai­\nsamment, ou encore des enfants qui chantent ou font de la musique, des\nbuveurs, des fumeurs, dès mégères, jeunes ou vieilles... Mais toujours, connus\nou inconnus, dignitaires ou mendiants, ce sont des portraits, l'image d'êtres\nréels qui semblent surgir devant nous dans l'habitude de leur vie et de leur\nhumeur; toujours, c'est la réalité même, transportée telle quelle, toutentière,\nsans apprêt, sans déchet, sur la toile.\n   Le portrait est, sans doute, le plus sûr, le plus sincère document où se\npuisse étudier la mentalité d'une époque, les tendances caractéristiques d'un\npeuple. C'est un miroir présenté à la réalité et où elle est venue se refléter,\nnous laissant une image vraie et contemporaine d'un passé dont il ne reste\npresque que des ruines et des souvenirs confus et fragmentaires. C'est le\ntémoin survivant d'une génération morte, car, sous le pinceau d'un grand\nartiste, le personnage illustre ou anonyme qui se dresse devant nous nous\naide à comprendre l'esprit du temps où le modèle a vécu, la conception reli­\ngieuse ou philosophique que l'on se faisait alors de la vie, l'idée de la beauté\nqui régnait, les tendances, voire les mœurs de la société.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                                 LES LIVRES                                  49\n\n   Le portrait italien du XVe ou du XVIe siècle, par exemple, est un portrait\nde faste et de fête, d'éclat, parfois de triomphe. Il est tout expression exté­\nrieure, ligne fière, apparat. Il prouve et représente : c'est une figure d'élo­\nquence ou d'énergie, de beauté ou de puissance qu'il met devant nous, pour\nprovoquer notre étonnement ou notre admiration. A nous, gens du Nord,\nces beaux personnages paraissent dénués de simplicité: nous nous trompons\net il leur est naturel de se soucier de la grâce et de l'attitude. Ils prient,\ndonateurs dans une peinture pieuse, mais ils n'oublient pas de bien se tenir,\nsachant qu'on les regarde. Ils se drapent, cambrent la hanche, font valoir\nleur profil, rejettent la plume de leur chapeau... Ils ne sont jamais dans leur\nmaison, songeant; ils sont toujours sur la place publique, marchant d'un pas\nassuré, discourant, dessinant leurs idées avec des gestes. Dans l'art du\nNord, le portrait est plus simple et plus intime, parce que les êtres sont diffé­\nrents, plus adonnés à eux-mêmes qu'aux autres ; parce que leur individualité\nse dévoile mieux dans l'expression de leur visage que dans l'allure générale\n de leur personne.\n    Mais dans le Midi comme dans le Nord, des maîtres ont paru, profonds\n visionnaires qui regardaient moins le monde qu'ils ne cherchaient leur propre\n pensée derrière les apparences des choses. Ainsi le Vinci, ainsi Rembrandt...\n Ils jettent leur âme comme une sonde, si l'on peut dire, dans l'âme des créa­\n tures auxquelles leur art a donné une vie immortelle. C'est eux-mêmes, c'est\n une face de leur rêve, un aspect de leur méditation qu'ils fixent dans leur\n œuvre, sous les traits du modèle placé devant eux.\n    Frans Hals n'était pas de la race de ces égoïstes sublimes qui absorbent le\n monde dans leur propre personnalité. Le monde, la réalité devaient être\n pour lui comme la matière de son art, belle, riche, inépuisable. Il est réaliste,\n mais il voit, il appréhende la réalité avec une telle ampleur, avec une sym­\n pathie si ouverte et si résolue qu'il nous en rend non seulement l'aspect phy­\n sique, mais l'esprit. En même temps que lui travaillent, d'un côté, les\n Brouwer, les Steen, etc., observateurs amusés de la vie joviale et coutu­\n mière; de l'autre, Rembrandt et ses disciples, pour qui toute forme est une\n signification, toute ombre une lumière, tout corps une âme — signification,\n lumière, âme qu'ils cherchent, consciemment ou non, mais avec passion,\n à faire apparaître dans leurs ouvrages. Frans Hals n'est ni avec les uns, ni\n avec les autres : « Comme celui des réalistes, écrit M. André Fontainas, défi­\n nissant en une page décisive, pleine de fermeté et de précision, le génie du\n grand peintre qu'il étudie; comme celui des réalistes, son art ne dépasse pas,\n le plus souvent, la physionomie superficielle des personnages qu'il peint ;\n il entend peu de chose aux mystères de l'âme et ne se soucie guère d'une\n étude qui lui permettrait d'en surprendre les muets sursauts. Les lignes de la\n figure humaine, l'aspect variable que leur confèrent les mille jeux du modelé\n et de la lumière, c'est là ce qui le retient ; il surprend au passage des trans­\n formations sans nombre, qui vont de la plus grave sérénité à des explosions\n de douleur ou de joie; il transcrit les symptômes révélateurs de tous les senti­\n ments, et lui-même, au gré de son humeur ou selon son âge, sait en provo­\n  quer l'éveil... Aussi bien que Rembrandt, quoique dans une direction diffé-\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "50                               DURENDAL\n\n\nrente, il est bien seul, et il est bien lui. Sa conception de l'art — ou son\ninstinct — lui est propre. Il ne se laisse diriger, circonscrire, absorber par\npersonne. S'il n'a pas poursuivi les hautaines chimères sur les cimes infré­\nquentées, il a vibré de plaisir et de souffrance. Son art n'est pas le miroir\nfroidement exact des réalistes absolus. Le mouvement trahit, dans les images\nd'hommes et de femmes qu'il nous a laissées, leur résignation ou leur joie.\nAu lieu de n'être que véridique scrupuleusement, il l'est avec une fougue\nincomparable. »\n   M. Fontainas, ayant ainsi déterminé la nature du génie de Frans Hals,\nnous dit ensuite les quelques renseignements assez incertains que l'on pos­\nsède sur la biographie du maître. Puis, avant d'aborder l'examen détaillé des\nouvrages du maître, il caractérise en deux chapitres excellents l'art de Hals\ndans sa conception et dans sa technique. Et c'est, en quelques pages solides\net nuancées, où l'on sent partout la pénétration faite de sympathie et de com­\npréhension vive du poète amoureux de l'art, un portrait du peintre dont la\nvérité charme et émeut.\n   Le grand et érudit travail de M. Moes, plus développé que celui de\nM. André Fontainas, est établi aussi sur un autre plan. Le savant directeur\ndu Cabinet des estampes d'Amsterdam étudie l'œuvre de Hals dans son\nordre chronologique. Il ne synthétise pas, il analyse ; il ne groupe pas, il\ndétaille; il s'efforce enfin, au moyen d'une critique très perspicace, de\nretracer avec le plus d'exactitude possible la vie de Hals et les phases de sa\ncarrière. Les objets de doute ou de discussion n'y manquent pas, on peut\nen être assuré. La tâche entreprise par M. Moes et qu'il a conduite brillam­\nment à bonne fin n'était pas facile. Son livre résume tout ce qui a été décou­\nvert jusqu'à présent sur Frans Hals, en rectifiant et en complétant sur\nnombre de points les résultats des recherches antérieures. L'étude appro­\nfondie à laquelle il a soumis les œuvres du maître lui fournit, chemin faisant,\nl'occasion de remarques nouvelles et intéressantes. Tel que l'auteur l'a conçu,\ncet ouvrage constitue une des sources les plus abondantes de renseignements\nque nous possédions sur le grand artiste hollandais; c'est un guide accompli,\nun instrument de travail dont l'usage est d'autant plus agréable que l'éditeur\nen a enrichi les pages, selon sa coutume, de nombreuses reproductions\nd'une fidélité et d'une exécution magnifiques.\n                                                           ARNOLD GOFFIN.\n\nV i c t o r G i l s o u l , par M. CAMILLE MAUCLAIR. Un volume illustré de\n   37 planches hors texte (Collection des artistes belges contemporains). —\n   (Bruxelles, Librairie d'art et d'histoire, Van Oest et Cie.)\n   M. Van Oest ne laisse pas beaucoup de loisirs à la critique ! Nous serions\nfort en peine de dénombrer les volumes, édités avec un luxe et une perfection\npeu communs, jusqu'à présent, chez nous, que sa maison a lancés depuis sa\nfondation. Il ne se passe point de mois que nous n'ayions à parler ici de\nquelque ouvrage paru sous l'estampille de sa firme et les lecteurs de Durendal\nqui prennent la peine de feuilleter ces pages ont dû se rendre compte de la\nvaleur des publications de la maison Van Oest et de la reconnaissance que la\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                                  LES LIVRES                                   5l\n\n\nféconde activité de celle-ci mérite de la part tant des écrivains que des\nartistes belges.\n    Le neuvième volume de sa belle « Collection des artistes belges contem­\nporains », l'excellent éditeur en a demandé la matière à un écrivain français\ndont le nom et les travaux sont assez connus en Belgique pour qu'il soit\nsuperflu d'ajouter aucun commentaire. Et rien, sans doute, n'était plus\nintéressant que de connaître l'opinion d'un étranger de sens affiné et,\nd'ailleurs, doué d'une particulière compétence, sur l'un des principaux\nparmi nos jeunes maîtres et, en même temps, sur notre art en général.\n L'infatuation nationale, les sympathies qui nous entraînent naturellement à\npriser l'œuvre de nos compatriotes pouvaient avoir entretenu chez nous des\n illusions dangereuses et nous pouvions craindre que, devant le regard d'un\njuge désintéressé, dénué de l'indulgence et des préjugés engendrés par le\n chauvinisme, nos grands artistes ne parussent bien petits.\n     Mais cette crainte était vaine et M. Mauclair rend à notre école de peinture,\n cette « aristocratie de coloristes », comme il l'appelle, un magnifique\n hommage en des pages toutes vibrantes de chaleur et de sincérité. Il loue\n spécialement nos peintres — et, d'abord, M. Gilsoul — d'avoir su défendre\n l'intégrité de leurs traditions, la vocation originelle de leur art contre les\n engouements inconsidérés suscités par le succès de l'impressionnisme et du\n pointillisme. Il marque très justement que ceux-ci, tout en poussant les\n  maîtres belges vers des expressions et des études nouvelles, n'ont pu les\n  assujettir à un mode de vision ou à des procédés de rendu incompatibles\n  avec leur tempérament.\n     M. Mauclair étudie avec une vive sympathie l'œuvre considérable et belle\n  de Victor Gilsoul, toutes ces peintures où l'art est à la fois, dirait-on, caresse\n  et force, où les aspects du pays flamand devant lesquels le maître s'est arrêté\n  nous apparaissent en même temps dans leur apparence sensible et dans l'âme\n  invisible que leur contemplation a révélée à la sensibilité de l'artiste.\n  L'auteur, dont le but a été de « suggérer au lecteur l'attrait qu'il a lui-même\n  éprouvé » devant l'œuvre de M. Gilsoul, a admirablement réalisé son dessein.\n  Cette œuvre qui, écrit-il, « veut être aimée, parce qu'elle est saine et\n  magnifique, parce qu'elle est salubre, parce qu'elle s'élève à la signification\n  d'un grand exemple », son livre, selon le désir qu'il exprime, apprendra à\n  beaucoup à l'aimer et il donnera à ceux qui l'aiment déjà des raisons\n  nouvelles de l'aimer davantage.                              ARNOLD GOFFIN.\n\n\n Henri Boncquet, par M. SANDER PIERRON. Un vol. illustré de trente-\n    deux reproductions hors texte (Collection des artistes belges contempo­\n    rains). — (Bruxelles, Van Oest).\n    C'est une émouvante histoire que celle d'Henri Boncquet. Et M. Sander\n Pierron nous la raconte avec la sympathie agissante d'un ami, avec la sensi­\n bilité d'un artiste qui a connu toutes les étapes de cette pénible et doulou­\n reuse carrière et qui a été le témoin désolé de la triste fin qu'elle a reçue au\n moment où le long effort du jeune sculpteur allait recevoir sa tardive récom­\n pense.\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": " 52                               DURENDAL\n\n\n    Boncquet, en effet, est mort à l'heure où son talent venait à, sa maturité et\n commençait à s'imposer à la notoriété. Il était le compatriote et le cadet de\nquelques années de Jules Lagae, parti comme lui de Roulers où, comme lui\n aussi, il avait pratiqué des métiers avant de pouvoir obéir à sa vocation.\n Mais Lagae, plus heureux que Boncquet, n'avait pas rencontré dans sa\n famille l'opposition dont souffrit celui-ci et contre laquelle il ne fut défendu\n que par l'admirable dévouement d'une de ses sœurs. Grâce à cette dernière,\nil lui fut donné de se tirer de sa province et de venir recevoir, à l'Académie\nde Bruxelles, les bonnes leçons de Van der Stappen. Quelques années après,\nil remporte le prix de Rome et conquiert ainsi le moyen de parfaire sa cul­\nture artistique par la fréquentation de l'Italie, de la France et de l'Allemagne.\nPériode particulièrement fructueuse de la vie de l'artiste et durant laquelle,\nles extraits d'écrits de Boncquet cités par M. Pierron en témoignent,\ns'achève sa formation intellectuelle. Puis, le retour au pays, le travail inces­\nsant, acharné, non seulement pour se faire sa place, mais pour faire surgir\nl'œuvre où toute sa personnalité volontaire, obstinée, un peu farouche, se\nmanifestera.\n   M. Sander Pierron nous fait le récit ému de ces années laborieuses où\nchaque œuvre achevée ajoutait à l'espoir et au courage du pauvre artiste\nque le mal sourd par lequel il était miné ne parvenait pas à abattre. Belle\nexistence, en somme, toute vouée à l'art, toute en désir, en aspiration vers\nune beauté qu'elle allait atteindre, qu'elle touchait déjà de la main à l'heure\noù elle s'est, brusquement, éteinte.\n                                                             ARNOLD GOFFIN.\n\nL e s m a î t r e s d e l ' a r t . Benozzo Gozzoli, par M. URBAIN MANGIN. Un vol.\n   ill. — (Paris, Plon.)\n   LeXVesiècle italien a connu de plus grands artistes que Gozzoli, il n'en a\npas eu dont le charme soit plus vif. C'est qu'il a le sourire, le sourire de\nl'imagination et de la pensée, une âme heureuse, en un mot, dont le rayon­\nnement égal et doux semble illuminer toute son œuvre. Le monde qu'il\naime évoquer, parmi les êtres et les choses duquel il met en scène les belles\nlégendes qu'on lui donne à raconter, n'a rien de fabuleux ou d'inventé. C'est\nle monde même où il a vécu, qu'il a contemplé de ses yeux bienveillants,\nqu'il a parcouru dans la joie tranquille et délicate de son cœur, sans qu'il ait\ncessé jamais de paraître nouveau à la nouveauté toujours fraîche de sa sensi­\nbilité. Il n'y a rien dans sa vision, dans les décors délicieux qu'il donne pour\nthéâtre à l'allégresse élégante de ses cortèges, aux péripéties de ses histoires;\nil n'y a rien que ce monde et lui-même. Rien que la réalité, mais vue par des\nyeux de poète qui mettent on ne sait quel enchantement sur tout ce qu'ils\nregardent,\n   Si vous ne connaissez pas Gozzoli et son œuvre, prenez le livre de\nM. Mangin : il vous dira l'un; il vous détaillera l'autre avec une érudition\naimable et enjouée, en homme qui s'est épris de son sujet. Si vous les con­\nnaissez, prenez-le tout de même, car, en le feuilletant, vous ressusciterez en\nvotre souvenir les heures les plus chères de vos pérégrinations italiennes,\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                                 LES LIVRES                                 53\n\ncelles où, dans la chapelle du palais Riccardi, à Florence, ou dans le Campo­\nSanto de Pise, vous vous êtes senti pénétrer par l'émotion faite d'ardeur et\nde sérénité qui émane des fresques de ce vieux maître toujours jeune...\n                                                           ARNOLD GOFFIN.\n\nL e s richesses d'art de la ville de P a r i s . Les édifices religieux :\n  Moyen âge et Renaissance, par M. AMÉDÉE BONNET.\n   La voie publique et son décor, par M. FERNAND BOURNON. Deux vol. ill. —\n(Paris, Laurens.)\n   Pour ceux qui aiment Paris — et qui pourrait n'aimer point Paris? —\nl'attrait des volumes de la nouvelle collection entreprise par M. Laurens est\nsans égal. En voici deux encore, dont les auteurs, qui ont la double compé­\ntence du savoir et du goût, constituent pour leur lecteur des guides vérita­\nblement entraînants.\n   Le premier nous conduit dans les vieilles églises parisiennes, depuis les\nriches comme Notre-Dame et Saint Germain-1'Auxerrois, jusqu'aux petites et\naux pauvres; il nous les décrit, nous raconte leur histoire, nous dit leur déco­\nration, tout ce qu'elles ont perdu, tout ce qu'elles ont conservé depuis l'époque\nromane, gothique ou renaissante, de leur construction. C'est par les rues et\nles boulevards, par tous les chemins de la circulation de l'énorme capitale,\nque le second nous mène et, tout en marchant, il ne laisse rien passer, palais,\nfontaines, tours, arcs de triomphe, colonnes, qu'il ne nous explique... Et,\nen somme, ce qu'ils font, chacun dans son domaine, c'est l'histoire de la\ngrande cité qu'ils déchiffrent et qu'ils nous apprennent à lire dans ses monu­\nments et dans tous les aspects de la beauté que les siècles et le génie des\nhommes lui ont donnés.\n                                                                         A. G.\n\nLA M U S I Q U E :\n\nW a g n e r , par HENRI LICHTENBERGER. Collection : Les Maîtres de la\n   Musique. — (Paris, Alcan.)\n   M. Henri Lichtenberger, l'auteur du livre célèbre Wagner poète et penseur,\nvient de publier dans la collection Alcan une nouvelle étude biographique et\ncritique consacrée au maître de Bayreulh. Ce travail de vaste envergure, où\nl'érudition la plus documentée se joint à une constante élévation de vues, est\nmanifestement trop complexe, trop riche en considérations philosophiques\net esthétiques pour que l'on puisse songer à en condenser le contenu\ndans les limites restreintes d'un article bibliographique. Je voudrais simple­\nment ici en indiquer les lignes maîtresses et tâcher d'en dégager l'esprit par\nquelques citations.\n   Dans l'oeuvre de Wagner, la création de la forme d'art nouvelle date du\nVaisseau-Fantôme, de Tannhäuser et de Lohengrin. Par le sujet, ces drames\nrevêtent un double caractère, ils sont légendaires, car la musique ne s'accom­\nmode nullement des contingences historiques et ne se prête qu'à l'expression\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "54                                 DURENDAL\n\n\n de ce qu'il y a d'éternellement humain dans les sentiments et les émotions de\n l'âme, ils sont aussi symboliques, développent une double action, l'une exté­\n rieure et visible, l'autre intérieure et idéale qui est comme le ressort vital de\n l'œuvre etson principe supérieur de beauté. Ainsi le Vaisseau-Fantôme symbo­\n lise le désir de repos qui saisit l'âme dans les orages de la vie. Tannhäuser\n retrace le conflit qui s'élève entre la nature sensuelle de l'homme et sa nature\n spirituelle, Lohengrin exprime le sentiment poignant de l'écart infranchis­\n sable qui sépare le fini de l'infini, l'absolu du relatif, l'idéal de l'homme. Au\n point de vue musical, ces drames se caractérisent par la fusion plus intime\n et complète du poète et du musicien, par la concentration de l'action en\nquelques moments essentiels largement développés de façon à favoriser\nl'inspiration de ce dernier, par la création de la symphonie continue et l'appa­\n rition des Leitmotiv.\n    M. Lichtenberger étudie à fond la théorie du drame musical tel que le\nconçoit Wagner arrivé à la pleine maturité de son génie, c'est-à-dire comme\nl'œuvre d'art intégrale, la synthèse suprême où tous les arts particuliers\nviennent aboutir et se confondre. Puis il consacre un chapitre spécial à cha­\ncune des quatre grandes œuvres de la seconde période, le Ring, Tristan, les\nMaîtres-Chanteurs, Parsifal.\n    Il détermine les différents stades de la pensée de Wagner dans l'élabora­\ntion de la gigantesque Tétralogie qui, en sa version définitive, a non plus\nSiegfried, mais Wotan comme héros central. Le conflit entre l'égoïsme et\nl'amour qui s'élève au fond de l'âme de Wotan passe au premier plan du\ndrame qui, en ses significations dernières, symbolise « l'abdication graduelle\nde l'égoïsme, la nécessité de la résignation totale, l'acceptation joyeuse de la\nmort ».\n    Cette aspiration vers la mort libératrice qui se retrouve en toute l'œuvre\nde Wagner atteindra dans le drame de Tristan son expression la plus puis­\nsamment significative. Bien que. pénétré des idées de Schopenhauer, le\ndrame de Wagner s'en sépare nettement sur un point, car pour le philosophe\nde Dantzig, c'est par l'art, la souffrance, la pitié consciente qu'on arrive à\nl'aspiration vers la paix du Nirvana, mais non par l'amour. Au contraire,\nWagner voit dans l'amour de l'homme et de la femme « le chemin qui mène\nau salut, à l'apaisement total de la volonté ». Loin de se terminer sur une\nimpression douloureuse d'abattement pessimiste, le drame se couronne d'un\nhymne sublime qui s'épanouit dans une lumière de triomphe. « Tristan est\nle type achevé du drame wagnérien sous sa forme la plus logique et la plus\nsévère, du drame qui élimine impitoyablement de l'action tout pittoresque\nvain, tout épisode superflu pour nous retracer uniquement la vie intérieure\ndes personnages. »\n    Il faut voir dans les Maîtres-Chanteurs un chef-d'œuvre unique, « une des\nproductions les plus hautes, les plus sereines, les plus profondes du maître ».\n Et cela non seulement à cause de la richesse de la matière musicale, du\nsavoureux alliage de formes scolastiques avec les « raffinements les plus com­\nplexes de la technique moderne ». Les Maîtres-Chanteurs, ce pamphlet cin­\nglant opposant aux misérables canons de la routine les intuitions sacrées du\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                                 LES LIVRES                                   55\n\ngénie, ce poème débordant à la fois de verve humoristique, d'éclat pitto­\nresque et de vibrante émotion, offre un titre de plus à notre admiration : par\nses plus hautes significations, il se rattache à cette philosophie du renonce­\nment qu'exprime toute l'œuvre de Wagner, mais ici avec une tendance mar­\nquée à s'éloigner de la morale inerte de Schopenhauer pour se rapprocher des\ndoctrines fécondes du christianisme. Par sa glorieuse sérénité dans le sacri­\nfice de son amour, Hans Sachs nous montre « que le renoncement n'est pas\nseulement, comme chez Wotan et Tristan, la fin de tout désir de vivre et le\nprélude de la mort, mais qu'il peut devenir un principe de vie et d'action.\nL'existence peut avoir un sens pour qui a renoncé absolument à tout désir\négoïste. Cette grande idée morale qui domine toute la fin de la vie de Wagner\net s'affirme dans son Parsifal avec un lyrisme si magnifique, fait ainsi\nsa première apparition dans les Maîtres et communique à l'oeuvre une singu­\nlière beauté ».\n    « Parsifal est l'expression définitive des plus hautes conceptions religieuses\net morales où Wagner aboutissait au soir de son existence. Pour Schopen­\nhauer, il n'était point de remède à nos maux ailleurs que dans la mort, dans\nla grande paix du Nirvana. Pour Wagner, celui qui s'élève à la conscience\nclaire de la souffrance et de la corruption universelles, qui apprend à voir\ndans la volonté égoïste, dans le désir impur, la source unique de nos maux,\nqui aspire de toutes les forces de son être à s'évader du péché et de la misère,\ncelui-là peut, non point par l'abdication définitive du vouloir-vivre, mais au\ncontraire par un effort suprême de la volonté consciente, tuer en lui l'égoïsme\net s'élever à la sainteté... Jésus n'est plus pour Wagner un des grands initia­\nteurs de l'humanité : il est le représentant unique, miraculeux, divin de la\nvolonté dirigée vers le bien. »\n   Après s'être arrêté peut-être avec trop d'insistance sur le mouvement d'hos­\ntilité et de défiance qui s'est manifesté depuis quelques années à l'égard de\nWagner, en France dans les clans d'avant-garde de l'école franckiste, en\nAllemagne chez certains critiques trop épris des paradoxes nietzschéens,\nM. Lichtenberger salue en Wagner « le plus grand événement de l'art alle­\nmand depuis Goethe, le Titan qui a rénové le langage musical de l'Europe,\ninventé une forme d'art d'une saisissante originalité, créé une suite de drames\nimmortels, dressé enfin sur la colline de Bayreuth son théâtre modèle comme\nun temple consacré au grand art idéaliste et désintéressé ».\n   Les citations que nous venons de faire démontrent suffisamment l'impor­\ntance et la valeur du livre de Lichtenberger, livre remarquable par la fermeté\net la droiture du sens critique, par la force pénétrante d'analyse, l'ampleur de\nvision qui, embrassant tous les aspects de l'œuvre immense, l'explique et\nl'approfondit au triple point de vue philosophique, poétique et musical, aussi\npar l'ordre lumineux et rigoureusement méthodique suivant lequel est conçu\nle plan de l'ouvrage étudiant les drames du maître de Bayreuth dans leur\nsuccession chronologique et retraçant parallèlement l'évolution constam­\nment ascendante du génie de Wagner, qui s'élève comme par étapes vers les\nsommets augustes de Parsifal.\n                                                                     G. DE G .\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "56                               DURENDAL\n\n\n\nEpitome e graduali de tempore et de sanctis (recensioribus mu­\n    sica signis). — (Dusseldorf, Schwann, S.)\n    Nous avons rendu compte ici même du recueil de chants liturgiques\nd'usage courant dans les célébrations habituelles du rite, publié par la firme\nprécitée. Celle-ci nous adresse aujourd'hui un recueil nouveau, contenant la\nmême matière que le précédent, mais offrant cette particularité que les can­\ntilènes y sont imprimées non plus en notation ecclésiastique, mais en nota­\ntion moderne.\n    La réalisation est la suivante : Les cantilènes sont notées sur la portée\nusuelle de cinq lignes, en clef de sol, la tonalité variant avec l'ambitus de la\nmélodie (ce qui amène parfois des tonalités assez accidentées, comme celle\nde mi). L'unité choisie est la croche, les mélismes des bistropha et des tris­\ntropha sont rendues au moyen de croches barrées, les notes secondaires du\npodatui et du clivis en caractères plus minces (comme les notes ornementales\nde la musique profane); seules, les notes longues, appuyées, le pressus, les\nsons à mora vocis, ceux qui marquent une division rhétorique, sont rendus au\nmoyen de noires. Le quilisma est indiqué par un ~ au-dessus de la note,\ntandis que la note précédente reçoit un —, marquant une légère prolon­\ngation. Des liaisons délimitent les membres de phrases, tandis que les divi­\nsions sont représentées par des | et des || , voire par le signe musical du\nsilence, — qui, bien entendu, ne représente pas ici une valeur absolue.\n    Si ingénieuse que soit cette réalisation, j'avoue que cette séparation du\nchant liturgique de sa notation traditionnelle n'est pas de mon goût. Mais au\n point de vue pratique, l'édition nouvelle est de nature à rendre service aux\nchantres auxquels les circonstances n'auraient pas permis de se familiariser\n avec la notation grégorienne. Elle sera particulièrement utile aux amateurs\n et aux artistes désireux de se faire une idée concrète de ces admirables can­\n tilènes desquelles l'art musical occidental s'est nourri pendant quinze siècles\n et où se perpétue l'art délicatement expressif de la Grèce antique, rajeuni\n et vivifié par l'inspiration enthousiaste des premiers siècles de la chrétienté.\n                                                                         E. C.\n\nL e B a r o n F . - A . G e v a e r t , par F R . DUFOUR. — (Bruxelles, Société\n   belge de Librairie, collection Diamant. Prix 50 centimes.)\n   Ce n'est pas précisément un sujet facile que de décrire la vie, le caractère,\nl'activité d'une personnalité telle que Gevaert, avec ses mille ramifications\nvers toutes les formes de la pensée humaine, cela dans un travail limité aux\ndimensions d'un grand article de journal. M. Dufour s'en est habilement\ntiré et son opuscule apprendra même à ceux qui connurent intimement le\nmaître plus d'une particularité inédite ou peu connue. L'auteur retrace la\ncarrière de Gevaert, ses travaux comme savant, comme organisateur de l'eu­\nseignement musical en Belgique, comme vulgarisateur des grands ouvrages de\nl'art classique aux concerts du Conservatoire. Il évoque enfin son caractère\n et, à l'appui, cite une foule d'anecdotes caractéristiques. Cette partie de l'œu­\n vrette est peut-être un peu étendue par rapport au reste, notamment à l'œu­\n vre historique de Gevaert ; ce n'est pas dire beaucoup, ni même assez, que\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                                 LES   LIVRES                                  57\n\nd'écrire que l'Histoire et théorie de la musique [dans l'antiquité) « fut fort remar­\nquée par ses aperçus originaux ».\n   Un index bibliographique, assez complet, nous semble-t-il, clôt le volume.\n                                                                           E. C.\n\nC a n t e m u s D o m i n o : Cantiques tirés des hymnes et prières liturgiques,\n   paraphrases françaises strophiques par le chanoine Lalieu, musique de\n   Dom Anselme Deprez, organiste de l'Abbaye de Maredsous. — Chants\n   religieux à une ou plusieurs voix, paroles de l'abbé Clément Hesse, musique de\n   Albert Allain (collection du chant populaire à l'église). — Dix puces de diffé-\n   rents styles ponr harmonium (1 r e suite) par René Vierne. Trois publications\n   de la Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques, Paris.\n   Les deux premières des publications mentionnées poursuivent un\nbut analogue, qui marque depuis quelques années une orientation nouvelle\ndes choses du culte : l'élimination, à l'église, des cantiques de mauvais\ngoût, sous-produit de l'école Gounod-Massenet, et leur remplacement par\nl'établissement d'une formule nouvelle, de caractère plus simple et plus\nessentiellement populaire, née d'un rapprochement du folklore et de la\nmélopée liturgique représentée par les tonalités ecéléaiastiques. L'innovation\na-t-elle des chances de réussir ? S'il est permis d'en douter, constatons ici sa.\nlégitimité. La Réforme dut en grande partie son succès à une innovation\nanalogue ; dans la primitive Eglise, lé peuple prenait part à l'exécution du\nchant liturgique, et plus d'une fois, dans la suite des siècles, la chanson\npopulaire et le chant ecclésiastique se sont fait mutuellement des\nemprunts.\n   Les cantiques du chanoine Lalieu sont inspirés des hymnes et prières\n Verbum supernum, O Sacrum, Sacris Solemnis, Ecce Panis, Anima Christi, Jesu\ndulcis memoria. Les mélodies de Dom Deprez sont d'une grande onction et\nd'une simplicité pleine de charme, avec d'heureux rappels des tonalités\necclésiastiques, mais elles nous paraissent manquer de plasticité; l'accompa­\ngnement montre une belle maîtrise des ressources de l'art polyphonique.\n Les mélodies de M. Albert Allain ont un caractère plus dégagé, avec une\nligne mélodique plus ferme; mais la prosodie musicale en est tout à fait\ninacceptable et nécessiterait une refonte complète de la partie vocale. Le\n« contrôle » de la Schula Cantorum, annoncé dans les intitulés de la collection\nle Chant populaire à l'église, aurait trouvé là une excellente occasion de\ns'exercer.\n    Le recueil pour harmonium de M. Vierne (organiste de Notre-Dame-des-\nChamps) contient dix pièces de différents genres : entrée, sortie, pastorale,\nprière, absoute, etc., d'un style excellent, pleines de caractère, d'une harmo­\n nisation raffinée, un peu alambiquée même, mais toujours très intéressante.\n Il se recommande pour les chapelles pourvues d'instruments modestes, où\nl'on désire néanmoins faire de bonne musique. Peu difficiles techniquement\n(sauf le n° 5), les morceaux sont néanmoins épineux par l'animation\ndu mouvement modulatoire et le grand nombre des altérations accidentelles.\n                                                                        E . C.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "58                                      DURENDAL\n\n\nHISTOIRE ET PHILOSOPHIE :\nD a s N o r d l a n d b u c h , par W A L T E R NIEMANN. — (Berlin, Alexandre\n    Duncker.)\n    L ' E u r o p e septentrionale, jadis si négligée, exerce depuis un certain\nn o m b r e d'années sur les habitants de nos contrées u n e singulière attraction.\nT o u t d'abord, ce fut la littérature nordique qui n o u s envahit, influençant de\nla manière que l'on sait la production indigène, en F r a n c e et en Belgique\nc o m m e en Allemagne, avec Ibsen, Björnson, etc.; puis ce fut la m u s i q u e ,\navec les harmonies savoureuses et subtiles, la mélodique si essentiellement\nnationale de G r i e g ; enfin, T h a u l o w devint le grand favori de nos salons de\np e i n t u r e . Mais non seulement l'art, la n a t u r e nordique elle-même réunit chez\nnous des fervents de plus en plus n o m b r e u x . L e s voyages au D a n e m a r k , en\nNorwège, vers l ' e x t r ê m e n o r d même t e n d e n t à remplacer les itinéraires tra­\nditionnels en Italie et en Suisse, le soleil de minuit détrône l'aurore classique\ndu R i g h i .\n    A ce point de vue, le livre que nous signalons vient à son h e u r e . Ecrit spé­\ncialement dans le but de faire mieux connaître aux Allemands le milieu et la\ncivilisation propres au r a m e a u septentrional de la g r a n d e famille g e r m a n i q u e ,\nil n'est pas moins intéressant pour nous, et il serait désirable q u ' u n e b o n n e\ntraduction le mît à la portée du grand public de F r a n c e et de Belgique.\n    C'est probablement par la voie de l'art musical que l'auteur, le D r W a l ­\nter N i e m a n n , de Leipzig, a été a m e n é à écrire ce livre, dédié au célèbre\nmusicologue allemand H u g o R i e m a n n . On doit à M. N i e m a n n un excellent\nlivre sur la musique Scandinave (1)et un a u t r e , en collaboration avec M. Schjel-\nd e r u p , sur Grieg (2). L e présent ouvrage est désigné par lui : Eine Einführung\nin die gesamte nordische Natur uni Kultur, « Initiation à l'ensemble de la N a t u r e\net de la Civilisation d a n s le N o r d » (3), et ce sous-titre, pour ambitieux qu'il\nparaisse, n e promet tien que l'auteur ne tienne.\n    Réaliser un p r o g r a m m e aussi vaste en deux cent cinquante pages suppose\nnaturellement la manière synthétique. Aussi le grand mérite de l'auteur con­\nsiste moins encore d a n s la masse de renseignements accumulés en cesquelques\npages que dans l'équilibre qu'il a su y garder, la logique du plan général, la\nrelation intelligemment établie entre le milieu et la culture qui s'y développe ;\naprès cela, ne nous étonnons pas si M. N i e m a n n , empressé à raconter et à\ndécrire, d ' u n e p l u m e a l e r t e , néglige de philosopher et de nous donner des vues\nbien personnelles sur son vaste sujet, n e nous parlant m ê m e d'histoire que\npour autant qu'il est nécessaire pour éclairer celui-ci. Mais parcou­\nrons r a p i d e m e n t la matière du livre. Celui-ci est divisé en deux parties : la\nnature et les peuples d u N o r d , la civilisation et l'art d a n s le N o r d . D a n s\nla p r e m i è r e , l'auteur évoque les divers aspects de la nature n o r d i q u e (Dane-\n\n    1) Die Musik Skandinaviens. Leipzig, 1906.\n    2) EDWARD GRIEG : Biographie und Würdigung seiner Werke. Leipzig, 1909.\n    3) Les mots Nord, nordisca reçoivent en allemand une signification sensiblement\ndifférente de celle que nous leur attribuons. Pour nous, le « Nord » comprend égale­\nment la Russie; ici l'expression se limite, on le voit, aux pays du nord-ouest de l'Europe\nla Scandinavie et la Finlande.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                                LES   LIVRES                                 59\n\nmark, Suède, Norwège, Finlande, îles Orkney, Shetland, Feroë, Spitzberg,\nGroenland), puis il étudie la répercussion de cette nature dans le sentiment\npopulaire, dans la littérature et dans l'art : les mythes, croyances, légendes\net usages populaires, les empreintes qu'elle a laissées dans l'œuvre des grands\nécrivains nationaux corrme Ibsen et Björnson, enfin il dénombre les diverses\nraces Scandinaves, des Danois aux Islandais, aux Lapons et aux Finnois\n(signalant en passant les curieux mélanges celtiques observés dans les Feroë\ndu sud). La deuxième partie débute par une description des styles architec­\nturaux (où les divers styles classiques se mêlent aux procédés traditionnels\nde la bâtisse indigène) et de l'art populaire : on ne s'étonnera pas si l'auteur,\nmusicologue, s'appesantit avec complaisance sur le folklore musical, les chants,\ndanses et instruments de musique populaires, si caractéristiques dans le Nord.\n   Un chapitre intéressant est celui où M. Niemann décrit la culture et l'art\nnordiques avant l'éveil du sentiment national, alors que les maîtres les plus\néminents du pays, Holberg, le Molière Scandinave, au XVIIe siècle, Thor­\nwaldsen au xvme, ne révèlent en somme, quel que fût leur talent ou leur\ngénie, aucun caractère bien propre à leur pays, — puis l'éveil du sentiment\nnational, de la fin duXVIIIeà la moitié duXIXesiècle, sous la double influence\ndu romantisme et des circonstances politiques, — la musique (toujours plus\ntardive dans son évolution) ne devant entrer résolument dans la même voie que\ndans le dernier tiers duXIXesiècle. Les chapitres suivants, très détaillés, sont\nconsacrés à l'histoire contemporaine de la littérature et des différents arts au\nDanemark, en Suède, Norwège et Finlande, voire en Islande et au Groenland.\n   Le livre de M. Niemann est agrémenté de soixante-dix illustrations hors\ntexte reproduisant les aspects les plus caractéristiques de la nature et des\nvilles nordiques, ainsi que de nombreuses œuvres d'art, des sculptures\n(parmi lesquels de beaux Thorwaldsen et Jérichau et un charmant nu\nde Hasselberg) et de plus nombreuses peintures, dont un bien attachant\ntableau, la Famille Nathanson, du Danois Eckersberg (1783-1853), d'un classi­\ncisme très pur, rappelant un peu la manière de David. Ici toutefois, un\ncertain nombre de tableaux de genre, scènes populaires, etc., de la dernière\ngénération, d'une médiocre valeur esthétique, eussent été avantageusement\nremplacés par quelques toiles de Scandinaves de la jeune école, dont certains\nsont si intéressants; nous n'en voulons pour preuve que l'étonnant Kullervo\n (un héros de l'épopée nationale), du Finlandais Gallén, reproduit ici.\n   Livre hautement instructif, on le voit, et qui méritait d'être signalé\nau lecteur.                                                 ERNEST CLOSSON.\n\nD e L e i b n i t z à H e g e l . Un chapitre de l'Histoire de la Philosophie en\n   Allemagne, par NIKOLAÏ MOELLER. — (Bruxelles, Editions de Durendal.\n   En vente à la Société belge de librairie. Prix : 6 fr. 25.)\n   Les petits-fils de Nikolaï Moeller ont eu l'heureuse idée de rééditer, dans\nce volume, une partie des œuvres du philosophe norwégien, docteur de\nl'Université d'Iéna et professeur honoraire à l'Université de Louvain. Ces\npages méritaient d'échapper à l'oubli et il faut se féliciter que le culte du\nnom familial— bien légitime dans une famille connue, à plus d'un titre,\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "60                                  DURENDAL\n\n\n dans divers domaines de la science — les ait amenés à publier ces belles\n pages, d'une pensée claire et pénétrante. La partie maîtresse du livre est\n une histoire de la philosophie en Allemagne, de Leibnitz à Hegel.\n L'exposé du Leibnizianisme manque, à coup sûr, d'ampleur et d'originalité.\n Par contre, il convient d'apprécier les différents chapitres consacrés aux\n doctrines de Kant, Fichte, Schelling et Hegel. Ce sont des modèles de\n concision, de limpidité, d'exactitude et de profondeur. Ils jettent une ample\n clarté sur bien des parties, sur bien des recoins de ces philosophies souvent\n obscures ou tortueuses, qui, certes, n'ont rien de la simplicité et de l'har­\n monie des temples d'idées construits par les penseurs grecs. La phrase de\n N. Moeller est — chose étonnante chez un homme d'origine Scandinave et\nde culture surtout allemande — vraiment française, aisée, toujours aussi\n nette que sa pensée. Si l'exposé des doctrines, malgré les travaux histo­\n riques qui suivirent, n'a pas vieilli et demeure instructif, il n'en est pas tou­\njours de même des critiques que N. Moeller adresse aux philosophies\n étudiées. Elles datent de l'époque où ces pages parurent pour la première\nfois. Moeller inclinait au fidéisme. « Il en était venu, écrivent ses éditeurs, à\n penser que toute la philosophie moderne depuis Descartes faisait fausse\n route pour avoir rompu avec la révélation » (p. 389). Il croyait que la philo­\nsophie, dans ses diverses disciplines, devait chercher une aide positive et\nune illumination dans la vérité révélée. Certes, rien de plus naturel chez un\nhomme qui était venu du luthéranisme à l'Eglise catholique, après avoir été\nballotté d'un système philosophique à l'autre. Il avait trop vivement expéri­\n menté en lui-même les défaillances auxquelles la raison, livrée à ses seules\nforces, se trouve exposée, il avait éprouvé trop profondément le besoin de la\nfoi qui illumine, raffermit et console, pour ne pas être tenté d'insister sur la\n nécessité du secours qu'elle nous apporte. Aussi concevant la philosophie\ncomme devant recevoir l'inspiration positive de la révélation, est-il amené à\njuger les doctrines adverses, trop exclusivement, du point de vue de ses\ncroyances religieuses et de ne point assez en faire la critique rationnelle.\n L'athéisme de Fichte et le panthéisme de Schelling sont inconciliables avec\ntoute croyance chrétienne : tels sont les arrêts qu'on entend assez fré­\nquemment prononcer. A coup sûr, la condamnation vaut pour le croyant,\n mais suffit-elle à convaincre le philosophe qui n'a point la foi ?\n    Les cent dernières pages du livre renferment une biographie de\n N. Moeller, ou, du moins, le récit de son passage du luthéranisme à la religion\ncatholique, d'après des souvenirs de famille et des mémoires de l'époque Ce\nn'est certes point la partie la moins intéressante de l'ouvrage. On la lit avec\nune curiosité très vive, je dirais mieux, passionnée. Certaines pages sont\némouvantes, d'autres spirituelles et joyeuses, toutes remarquablement\nvivantes, admirablement documentées, écrites d'une plume vive, fine et, en\nmême temps, savante.\n   En terminant la lecture, on regrette que le récit ne se poursuive pas plus\nloin et qu'après l'épilogue de la conversion de Moeller et son établissement à\nMünster, si peu de choses nous soit dit sur les épisodes et les travaux qui\nsuivirent.                                                      E D . JANSSENS.\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                             NOTULES\n\n    Nos abon n é s d e 1 é t r a n g e r sont instamment priés d'avoir l'obli­\ngeance de nous payer le prix de l'abonnement pour 1910, en nous envoyant,\nsoit un mandat postal international, soit un chèque de 12 francs sur une\nbanque de Belgique. C'est le procédé le plus aisé et le moins coûteux à la\nfois pour l'abonné et pour la Direction de la revue. Prière d'adresser mandat\nou chèque à la Direction de Durendal, 55, rue de la Source, Bruxelles (Bel­\ngique).\n                                      ***\n   u n e COquille doit avoir rendu inintelligible une phrase de la nouvelle\nde notre collaborateur Hubert Krains que nous avons publiée dans notre\ndernier numéro. Page 724, huitième alinéa, il faut lire : « Lorsqu'elle a\nrépondu, il la regarde s'éloigner, puis il fuit ses réflexions. »\n                                      ***\n   L e s s a i s o n s m y s t i q u e s . — Notre ami Georges Ramaekers vient\nde publier sous ce titre un nouveau poème, que nous recommandons à nos\nabonnés et dont nous rendrons compte prochainement (Librairie moderne,\n162, rue de Mérode, Bruxelles). Prix 3 fr. 50.\n                                     * **\n  La médaille à l'Exposition de Bruxelles. — Un comparti­\nment distinct stra réservé à la médaille dans la section des beaux-arts de\nl'Exposition de Bruxelles. MM. Buls et de Witte ont été chargés, en leur\nqualité de présidents de la Société hollandaise-belge des Amis de la médaille d'art,\nd'organiser ce Salon. C'est la première fois qu'un compartiment spécial est\nréservé à l'art de la médaille. Jusqu'à présent les médailles étaient éparpil­\nlées dans divers compartiments, de sorte que le public n'y prêtait aucune\nattention. L'art de la médaille est un art aussi important que la peinture, la\nsculpture, la gravure, l'architecture, et doit être mis sur le même pied. C'est\nce que l'on a enfin compris. Nous ne saurions assez engager les artistes\nmédailleurs à profiter d'une occasion pareille. De leur concours dépendra le\nsuccès du Salon de la médaille.\n                                      * *\n    M . P a u l L a m b o t t e , chef de division au Ministère des Sciences et\ndes Arts, vient d'être promu au grade de directeur des beaux-arts. Nous\noffrons à notre ami nos plus affectueuses félicitations.\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "62                                DURENDAL\n\n\n   M. Paul Lambotte est l'homme le plus aimable et le plus charmant du\nmonde. C'est, en outre, un critique de premier ordre, ainsi que le prouvent\nles études remarquables qu'il a publiées — entre bien d'autres — sur Evene­\npoel et Alfred Stevens. Ces travaux dénotent un talent de critique hors pair\net un écrivain d'une rare distinction.\n\n                                         *\n                                     *       *\n\n    L ' E x p a n s i o n B e l g e . — Nous ne saurions assez chaudement recom­\nmander cette magnifique publication à nos lecteurs. Dans la plupart des\nfamilles on trouve sur la table des revues illustrées. Mais quelles revues !\nIllustrations quelconques. Texte banal qui ne fournit aucun aliment à l'esprit.\nRevues d'images tout au plus. Et quelles images encore I Remplacez donc\ntous ces périodiques insignifiants au premier chef par une revue illustrée\nsérieuse. Nous vous en proposons une qui est vraiment l'idéal. C'est\nl'Expansion Belge. Rarement on publie des revues illustrées d'une façon\nplus remarquable, plus abondante et plus intéressante. Le but de l'Expan­\nsion Belge, c'est de renseigner le lecteur sur tout le déployement de la vie\nbelge à l'étranger, sur la colonisation d'abord et, par conséquent, avant tout et\nsurtout sur notre grande colonie du Congo. Et vraiment sur ce point, quand\non parcourt les deux premières années de cette vaillante revue, on y trouve\ntous les détails les plus précis sur tout ce qui concerne notre colonie. Ensuite\ntout ce que les Belges ont fait de remarquable hors du pays en fait d'industrie,\nde commerce, d'art est raconté en détail dans cette revue. Les hommes de\nnotre pays qui se sont illustrés à l'étranger dans les différents départements\nde l'activité humaine, jusque dans les sports même, sont offerts à notre admi­\nration. Et tout cela est rehaussé par la plus copieuse, la plus riche et la plus\nsoignée des illustrations que l'on puisse désirer. Et avantage appréciable\naussi, cette luxueuse revue paraissant tous les mois ne coûte que 12 francs\npar an, pas plus cher que tant de périodiques illustrés insignifiants !\n   Voilà au moins un périodique illustré qui n'est pas banal et futile comme\nla plupart, que l'on ne jette pas au panier après l'avoir parcouru d'une façon\ndistraite, mais dont on conserve soigneusement la collection qui sera toujours\nintéressante à relire plus tard et bien souvent utile à consulter. On s'abonne à\n l'Expansion Belge, 4, rue de Berlaimont, à Bruxelles.\n\n                                       *\n                                      * *\n   L e M u s é e d u L i v r e a pour objet l'étude des questions relatives au\nLivre, ainsi qu'aux arts et industries qui s'y rapportent, la formation de\ncollections se rattachant à cette étude, l'enseignement professionnel, la diffu­\nsion du Livre et de la Lecture.\n   Cette institution organise des conférences publiques et édite une très belle\nrevue, luxueusement et artistement illustrée de magnifiques hors-texte offrant\nà notre admiration les plus remarquables spécimens d'illustrations, photo­\ngravures, couvertures, reliures, caractères du Livre moderne. Les derniers\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                             NOTULES                                                 63\n\n\nfascicules p a r u s , 10, n et 12, sont de toute beauté, sous ce rapport, et repro­\nduisent entre autres deux belles œuvres d u grand artiste liégeois Rossenfosse.\nIls contiennent aussi u n e conférence très intéressante d ' E d m o n d P i c a r d sur\nles progrès de l'art d e l'édition en Belgique.\n   Siège d u Musée du L i v r e ; de la Maison d u Livre, 3, rue Villa-Hermosa,\nBruxelles.\n\n                                                 *     *\n\n  J . - K . H u y s m a n s . — A lire dans la Revue du Temps Présent, livraison\ndu 2 de ce mois, d e s n o t e s i n é d i t e s s u r l a s y m b o l i q u e d e s p i e r r e r i e s ,\nécrites par J . - K . H u y s m a n s , communiquées et commentées par dom Besse.\n\n                                                  *    *\n\n   Madame G. Wibauw-Detilleux, cantatrice a repris ses leçons\nparticulières de chant (français, allemand, italien, anglais, néerlandais) chez\nelle, 49, rue Moris (chaussée de W a t e r l o o ) .\n\n                                                  *    *\n\n    N O U S r e c o m m a n d o n s tout spécialement à l'attention de nos lecteurs\n les livres suivants :\n    Saint François d'Assise dans la légende et dans l'art primitifs italiens, par ARNOLD\n GOFFIN, vol. illustré (Bruxelles, Van Oest), 5 francs.\n   L'Arc-en-ciel,     par P I E R R E NOTHOMB (éd. de D u r e n d a l ) , 3 fr. 50.\n    L'Ame des Saisons, par VICTOR KINON (Bruxelles, Larcier), 3 fr. 50.\n    Constance Teichmann, p a r M. BELPAIRE (Bibliothèque choisie, Louvain,\n G r a n d ' P l a c e , 17).\n    Figures du Pays, p a r H U B E R T KRAINS (Bruxelles, Larcier), 3 fr. 50.\n    Contes à la nichée, par H U B E R T STIERNET (Bruxelles, L e b è g u e ) , 3 fr. 50.\n    Ailleurs et chez nous, par GEORGES VIRRÈS (Bruxelles, Vromant), 2 fr. 50.\n    Coups d'ailes. Poésies, par MARCEL W Y S E U R (Gand, Siffer), 3 fr. 50.\n    Joannls Brahms, par L . W A L L N E R (Bruxelles, Schott), 1 franc.\n    La littérature française au XIXe siècle. I r e et I I e parties p a r P A U L HALFLANTS\n (Bruxelles, Dewit), c h a q u e volume 3 fr. 50.\n    Les saisons mystiques. P o è m e , p a r GEORGES RAMAEKERS (Bruxelles, Librairie\n moderne), 3 fr. 50.\n\n                                                       *\n                                                      * *\n\n    Accusé de réception :\n    A R T : Le bréviaire de Philippe le Bon. Reproduction des miniatures des\n  manuscrits n°s 9511 et 9026 de la Bibliothèque royale de Belgique. Beau\n  volume in-4°, c o m p r e n a n t 60 planches hors texte en phototypie. P r é c é d é\n  d'une étude d u R . P . VAN DEN GHEYN, conservateur des m a n u s c r i t s\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "64                                        DURENDAL\n\n\n(Bruxelles, Van Oest). — Hubert et Jean Van Eyck, p a r G. DURAND-GRÉVILLE.\nBeau volume in-4 0 , illustré (idem). — Le portrait eu France, par L . DUMONT-\nW I L D E N . Volume illustré (idem). — Hubert Van Eyck. Le maître du R e t a b l e\nd e l'Agneau mystique à Saint-Bavon, de G a n d , par A . - J . W A U T E R S (Bruxelles,\nW e i s s e n b r u c h ) . — Hippolyte Flandrin, p a r L o u i s FLANDRIN, vol. illustré\n(Paris, Perrin). — L'art et le geste, par JEAN D ' U D I N E (Paris, Alcan).\n  H I S T O I R E : Pages d'histoire et de guerre, p a r le marquis DE COSTA DE BEAU­\nREGARD. Préface de H . Bordeaux (Paris, P l o n ) . — La terreur en Russie, par\nP I E R R E KROPOTKINE ( P a r i s , Stock).\n   L I T T É R A T U R E : Heures d'Italie, par GABRIEL FAURE (Paris, Fasquelle).\n— Ombre et lumière, par FEKNAND LAUDOT (Paris, P e r r i n ) . — Notes sur la tech-\nnique poétique, par G. DUHAMEL et C H . VILDRAC (Paris). — Le pays wallon, par\nL O U I S DELATTRE (Bruxelles, E d . de l'Association des écrivains belges).\n   M U S I Q U E : Jaarkrans        van geestelijke liederen rond den Heerd, gedicht door\nA U G U S T C U P P E N S . G e t o o n d i c h t door LODEWIJK DE V O C H T . E e r s t e b u n d e l :\nWintertijd (Antwerpen, Vlaamsche muziek handel).\n  P O È M E S : Les saisons mystiques, par GEORGES RAMAEKERS (Bruxelles,\nLibrairie m o d e r n e ) . — Sur la flûte de roseau, p a r MAURICE K U N E L (Bruxelles,\nLarcier). — Le passé, p a r MARGUERITE GILLOT (Paris, E d . de Vers et P r o s e ) .\n   R O M A N S : Nouveaux mystères et aventures, par A. CONAN DOYLE. T r a d u c t i o n\nde A. Savine (Paris Stock). — Idylle de banlieue, par le m ê m e (idem). — Sous\nles Déodars, par RUDYARD KIPLING. T r a d . de A. Savine (idem). — Aventurine,\npar S A I N T - M A R C E T (idem). — La flambée, par H E N R I DE R É G N I E R ( P a r i s , Mer­\ncure de F r a n c e ) . — Les liens invisibles, p a r SELMA LAGEKLÖF. T r a d u c t i o n de\nA. Bellessort (Paris, P e r r i n ) . — La veillée de l'huissier, p a r EDMOND PICARD.\nNouvelle édition (Bruxelles, Larcier).\n  T H É Â T R E : Théâtre, d'OSCAR W I L D E . I I e volume. T r a d u c t i o n d'Albert\nSavine ( P a r i s , Stock). — Fidélaine, p a r HONORÉ L E J E U N E (Bruxelles, Larcier).\n   V A R I A : Le sillon et le mouvement démocratique, p a r M. ARIÈS (Paris, N o u ­\nvelle librairie nationale). — Des journées et des hommes, p a r ROBERT LAUNAY\n(idem). — Réformes, révolutions, p a r JEAN GRAVE (Paris, Stock). — L'Amérique\nde demain, par F . K L E I N ( P a r i s , P l o n ) . —Almanach de la Société générale des étu-\ndiants catholiques de Gand (Gand, Vanderpoorten). — La garde au Rhin, p a r\nEMILE HAYEM ( P a r i s , Grosset).\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": ""}, {"page_pdf": 81, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1910-01", "signet_source": "Dix-septième année - N°1 - Janvier 1910 (?)", "preuve": "Couvertures absentes. Notules : « le prix de l’abonnement pour 1910 », renvoi à la nouvelle de Hubert Krains « publiée dans notre dernier numéro » (p. 724 du volume précédent), notice sur l’Exposition de Bruxelles (1910) ; Chronique d’Art : exposition des Aquarellistes ouverte « en décembre 1909 » ; Les Amis de la Forêt de Soignes : séance du 2 juillet 1909 ; Les Livres : « livraison du 2 de ce mois » de la Revue du Temps Présent ; table annuelle : Notules p. 61, Les livres p. 48 ; pagination reprenant à 1 (Garite p. 5, planche p. 4 hors-texte).", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}