{"numero_id": "ulb-durendal-1911-livraison02", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-001", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 66, "titre_corps": "Aux cygnes des jardins publics", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Pize", "ancre_debut": "Aux Cygnes des jardins publics   Vous êtes fiers, immacul", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "Aux Cygnes des jardins publics\n\n Vous êtes fiers, immaculés,   silencieux,\n Mais lorsque vous sortez de l'eau sur le rivage,\n Parmi la foule, on vous trouve     disgracieux,\n Et quand vous essayez votre voix, le ramage\n\n Rauque, poème obscur et timide, fait rire.\n On vous appelle « oiseaux de rêve, oiseaux menteurs          »\n Et l'on s'étonne que les poètes inspirent\n Leurs hymnes, de si peu musicales     clameurs.\n\n On vous dit sans talent, ô mes frères les        cygnes!\n\n                                 *\n\n\n Vous évitez la berge et vous vous dirigez,\n Nefs nobles, sur l'eau de l'étang tranquille et noire;\n Quelquefois, recourbant votre col délié,\n Vous cachez votre bec sous vos plumes de moire.\n\n Les jours d'été, trop lourds de chaleur et d'angoisse,\n Vous plongez, avec soif et fureur, votre cou\n Au sein profond de l'eau qu'aucun souffle ne froisse;\n Vous voudriez vous anéantir, vos dégoûts\n\n Vous pèsent trop parfois,       ô mes frères les cygnes !\n\n                                 *\n                             *       *\n\n Dans les recoins déserts des pièces d'eau, les soirs\n De clair de lune, vos blancs cortèges    s'avancent,\n Quand vous êtes bien sûrs qu'on ne peut plus vous           voir,\n Rigides, beaux, épanouis dans le silence.\n\n Vous semblez écouter des voix     mystérieuses\n Qui vibrent, au lointain de la nuit de cristal;\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 827, "texte": "66                          DURENDAL\n\n\n     Votre fierté s'enivre et resplendit, heureuse\n     Du clair de lune froid luisant sur le canal.\n\n     Du clair de lune seul, ô mes frères les     cygnes!\n\n                                   *\n                               *       *\n\n     Mais après les moments fugitifs de répit\n     Et de songe, revient le jour qui vous ramène\n     Aux laideurs de ce monde et qui vous avilit\n     Au contact insultant de la bêtise   humaine.\n\n     Du moins, vous demeurez, sous l'atroce     souffrance,\n     Calmes, dignes toujours, et vous fermez votre œil,\n     Si sombre que j'ai vu frémir en lui l'essence\n     Du lac inerte et grand, des verdures en deuil.\n\n     0 mes frères blessés et farouches,    les   cygnes!\n\n                                                           Louis P I Z E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-002", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 78, "titre_corps": "La sainte aux musiques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Nothomb", "ancre_debut": "La Sainte aux musiques                  UN rayon de soleil, que je", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "La Sainte aux musiques\n\n\n               UN rayon de soleil, que je ne vois pas, éclaire à\n                  l'horizon des choses, tout à l'heure encore invi-\n                  sibles; des campagnes nouvelles et des collines\n                  s'y prolongent, avec des villages qui rient en\n                  blanc. Des choses ainsi éclairées, on ne sait\n                  d'où, ne se découvrent-elles pas quelquefois à\n                  notre âme ?\n   O paysages de mon pays, où les collines et les musiques\nforment ensemble une harmonie, je vous aime, en ce jour nou-\nveau de printemps, avec le village qui repose en un repli, et les\nvallons qui s'affaissent, entraînant des pans de forêts bleues\ndans leur enfoncement r y t h m é . D e coteau en coteau mon âme\nmonte et descend, et c'est aux coins ensoleillés, là-bas, qu'elle\naborde, derrière les fumées lointaines qui sont tout ce qui reste\n— s'évanouit et meurt — de la fournaise de mes désirs.\n   Dieu ! qu'il fait chaste !\n   Je descends vers ma vieille maison, au milieu de mon parc,\ndans la vallée. A mesure que je quitte les sommets le recueille-\nment se fait plus clair. L'horizon se referme et un rêve pâle\nemplit tout. J e rentre et vais à ma fenêtre. L e silence n'est point\nvoluptueux ni grave, le silence est blanc. Je m'enivre des bruits\nlégers qui le traversent et mon âme s'exalte de tant d'invraisem-\nblable candeur.\n   C'est l'heure de se remémorer les plus divines aventures et\nles miracles dont vécut mon cœur. J ' y ai souvent rêvé par ces\nderniers jours de gel, où la terre se réveillait dans la joie des\nneiges fines. E t maintenant elle m'élève, plus que jamais, petite\nsœur, ton irréelle et pure histoire — j ' a i promis à Dieu de la\nraconter, mais ce n'est possible qu'en des jours comme celui-ci,\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": " 68                          DURENDAL\n\n\n\n où tout est chaste — et je revois tes gestes et tes yeux, en ce\n matin d'automne où tu fis fleurir l'éternel printemps!\n\n\n                                 II\n\n    C'était ma sœur. Elle s'appelait Cécile, et fut prédestinée. Des\n cheveux pâles, des yeux limpides, des gestes qui semblaient\n tisser de la lumière, une âme d'ange. Elle me faisait penser aux\n petites vierges d'Angelico, et quand des motets de Palestrina\n fusaient des bouches enfantines, au jubé des blanches paroisses,\n il semblait que c'était son âme qui s'exprimait en mélodie. Ah,\n mon Dieu! elle n'avait rien de commun avec le monde, elle\n n'était point faite pour la vie; il y avait en elle quelque chose\n de divin. Ses lignes mêmes, toutes grêles, s'élançaient comme\n une immatérielle prière.\n    Le matin elle descendait dans le parc, en robe claire. Elle\n retrouvait dans les aubes son cœur. Elle se sentait, au fond du\nvallon, comme la pensée vivante de ce jardin. Elle le quittait à\nl'heure de la messe où nous allions — ce temps est loin —\nensemble, et c'est chemin faisant qu'elle me racontait ses\nimpressions émerveillées : les fleurs dont le parfum montait\nplus frais dans la rosée, le ruisseau sur lequel flottait comme\nune écharpe, les fils de la Vierge qui avaient tissé sur les char-\ndons leurs voiles merveilleux, l'invisible et légère musique qui\nerrait dans les allées, la douceur de la lumière... Elle n'aimait\nque le matin : « On respire partout le mois de Marie à cette\nheure », disait-elle. C'est elle qui m'a donné ce goût des cou-\nleurs claires, des fraîcheurs premières, des choses blanches.\n    A dix ans, elle avait eu cette étrange pensée de planter autour\nde la maison tout un champ de lis, et, l'été, c'était comme une\nvirginale marée qui venait déferler sur nos murs. Nous étions\ncomme une île dans tant de candeur. Quelle autre enfant eût eu\ncette pensée symbolique et touchante à laquelle les étrangers\nne comprenaient rien?\n    Elle avait près de son lit une vieille estampe, naïvement enlu-\nminée, qui lui venait de notre mère. On y voyait la Vierge enfant\nentrant au temple pour s'y consacrer à Dieu. Chose étrange,\nCécile ressemblait à cette petite fille de Judée qui gravissait,\ntoute seule et droite, des marches innombrables, tenant sa jupe\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": "                    LA S A I N T E AUX   MUSIQUES               69\n\ndes deux mains, tandis qu'une brise sainte faisait flotter der-\nrière elle la musique de ses longs cheveux. C'est aussi en mon-\ntant, dans la clarté et les cantiques, que la petite sœur devait\naller vers Dieu.\n                                 III\n\n   J'hésite encore, je me recueille et je regarde. Il faut, pour\nécrire cette histoire, des mots fluides et bleus comme la trans-\nparence de l'air. Je les trouve dans le paysage immatériel qui\nm'entoure, dans ces lignes lentes des collines qui flottent autour\nde l'horizon comme une guirlande, dans ces eaux chantantes\nqui sourdent de la terre, dans l'envol de mes colombes. L'âme\nest aujourd'hui si légère que je me sens digne enfin de toucher\nà ces souvenirs angéliques sans crainte de les briser.\n\n\n                                 IV\n\n    Je vois Cécile faire sa première communion. Elle monta vers\n l'autel dans des bouffées d'encens qui firent d'elle une sainte\n dans un nuage. « J'ai entendu des musiques! me dit-elle en\nsortant, je crois que le bon Dieu m'a parlé tout bas! » Et depuis\nlors, son âme sembla s'épanouir à la lumière, elle restait parfois\ndes heures en silence : « Que fais-tu? lui demandais-je. —\nJ'écoute », répondait-elle. Le moindre de ses gestes était revêtu\nd'innocence. Je n'ai jamais vu une enfant ignorer à ce point le\nmal. On le voyait à l'instant à l'ingénuité de ses mots, à sa\nconfiance profonde envers chacun. A moi surtout, son âme était\nouverte; elle me disait sans trouble les pensées sublimes qui\nmontaient en elle, aussi naturellement que des fleurs dans un\njardin. Un jour je la vis lire un livre de légendes : « Que lis-tu\nlà? — Mais Sainte Ursule — Et cela t'intéresse-t-il? — Mais\noui, me dit-elle, je me répète que rien n'est plus beau que\nla pureté, et j'ai juré depuis toujours à Dieu de rester imma-\nculée... » Je crus rêver à ce mot prononcé par cet enfant, mais\nelle me regardait avec des yeux d'une miraculeuse limpidité.\n« Alors tu te feras religieuse? — Pourquoi cela? » me répon-\ndit-elle, étonnée à son tour.\n    Elle eut treize, quatorze, quinze ans. Ce fut le moment à\njamais déploré où ma vie changea — je n'en redirai point les\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "7o                              DURENDAL\n\n\n\ncauses — et je partis vers mes aventures. L a terre pour moi\nfut trop petite. J e courus les pays lointains et leurs fièvres\nvoluptueuses. L e midi glissa dans mes moelles, l'orient m'en-\nchanta dans ses parfums d'ambre, l'Asie m'absorba comme un\nmystère. P a r delà les monts et les mers j'expérimentai la vie.\n Elle me parut adorable et terrible. J e me livrai à ses délices et\nà ses orages. Elle me roula de doute en clarté, de clarté en\ndoute. J e m'enivrai d'elle et j ' e n fus l a s ; elle fut une maî-\ntresse acharnée et changeante. J'oubliai mon pays, ma famille\net mon Dieu, dans un grand flamboiement de tout mon être.\n Pourquoi raconter ici ces tristesses et ces joies, ces orgueils et\nces horreurs? J e me crus grand, mais la paix divine de mon\nenfance fut perdue et, un jour, désabusé, je m'acheminai, tête\nployée, du fond de ma vie errante et lourde, vers le vallon vir-\nginal de l'Autrefois...\n   J'arrivai au château par le chemin qui le contourné parmi le\nparadoxal c h a m p de lis. L a grande porte du salon était ouverte\nvers le gravier et Cécile, droite et blanche, que mon pas ne fit\npoint frémir, était assise au piano t o u r n a n t le dos au j a r d i n . J e\nla reconnus à son jeu séraphique. Ses doigts erraient sur les\ntouches sans presque les frapper, les caressant comme d'un\nfluide. L a m u s i q u e semblait lointaine et divine. C'était le\nPrintemps de Grieg : du fond du monde arrivait un tourbillon\nblanc et frais de notes grêles, et quand elles approchèrent ce\nfut un éblouissement ! Elles s'écroulèrent comme des rires,\nfusèrent en longs jets de cristal, et puis tout en haut se bri-\nsèrent. Et les images, sans précision, se nouaient l'une à\nl'antre, surgissaient ensemble comme les mots d'un matin can-\ndide. Des rires s'égrenaient, des perles transparentes rebon-\ndissaient sur des escaliers de verre, des jets d'eau chantaient,\ndes arbres d'avril se chargeaient de fleurs! ce fut tout un verger\nvivant qui surgit dans notre rêve, et notre âme fut à ce point\nravie dans la m ê m e candeur, que soudain Cécile se retourna et\nme vit... L a musique l'animait encore, comme une petite\ninspirée, elle m u r m u r a les yeux mi-clos : « O h ! que de lis sur\nmes épaules. » P u i s soudain un changement se fit en elle, elle\nvint vers moi, les yeux ouverts et l'air si triste dans le silence\nsoudain des arpèges... « T i b u r c e ! T i b u r c e » murmura-t-elle, et\naprès m'avoir embrassé, elle me regardait avec des grands\nyeux extatiques et lents, et tout à coup, ployée par une tristesse,\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "                     LA S A I N T E AUX   MUSIQUES                   71\n\nelle prit mes deux mains et se mit à pleurer... L a vie d'où je\nvenais qu'on lui avait fait entrevoir, la sensation d'être séparée\nde moi par un abîme inconnu... E t je la serrais doucement\ndans mes bras, tandis que je sentais ses pleurs chastes couler\nsur mes pauvres mains coupables, sans les rafraîchir. N u l\nrepentir ne me secoua, mais seulement une grande tristesse\nque l'accueil aimant et indulgent de notre père ne put qu'à\npeine dissiper...\n\n                                    V\n\n   Je vécus alors près de son rêve sans y entrer. Quand elle eut\nseize ans on la fiança. E t d'abord elle dit Non à son père d'un\ncœur décidé. Mais elle vit Valérien entrer dans sa grâce fière\net patricienne et la regarder avec une fraternelle douceur, et\naussitôt elle pâlit, car tout à coup un amour profond la remplit.\nU n amour si profond qu'il montait de l'inconnu de l'âme,\nl'entourait d'un songe blanc, la baignait de soleil et de fraî-\ncheur. Des cantiques montèrent en elle, et ses yeux bleus\nhumides et clairs, dans un regard d'ange, se donnèrent...\n   De ma chambre je regardais errer dans notre val ces deux\nadolescents. L u i , grave et fier, penché vers elle, elle, petite,\nfrêle, et si douce. Elle se révélait lentement; il pénétrait en son\nâme comme en un jardin. C'était chaque jour des enivrements\nnouveaux. E t lui, en qui bouillonnaient le sang, la jeunesse et\nla vie, n'était plus q u ' â n e âme auprès d'elle. Quelque chose\nd'irréel et de saint les entourait comme d'une grâce. E t le col\ntendu elle écoutait en souriant ses paroles d'amour. Ils descen-\ndaient souvent jusqu'au verger clos de murs, et là, poussant la\npetite porte ils restaient sur le seuil sans parler. Les pommiers,\ncomme des bouquets de fleurs étaient si épais sous le soleil\nd'avril, qu'ils faisaient à terre comme une ombre blanche.\nL'atmosphère y était religieuse comme sous les nefs angéliques\nd'une merveilleuse chapelle, et les doigts noués, ces beaux\nenfants regardaient en silence le silencieux verger fleuri que\nleur candeur même n'osait troubler.\n\n                                   VI\n\n   Elle a i m a i t ! mon D i e u ! elle a i m a i t ! Elle aimait comme\ns'aiment les anges dans les jardins profonds d'en haut. L a vie\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "72                          DURENDAL\n\n\n\nn'était pas changée pour elle, la vie n'avait fait que fleurir!\nDieu bénissait la fiancée. Son âme était plus large ouverte, et\ndes voix vertigineuses y montaient comme une invraisemblable\nallégresse. Elle n'était plus seule! Elle aurait quelqu'un à\nconduire sur le chemin qui monte au ciel, et ce quelqu'un\navait une âme pareille à la sienne! L'amour lui était toujours\napparu ainsi, elle l'avait attendu en tremblant de joie. Comme\nUrsule jadis, elle allait aimer son fiancé d'un éternel amour,\nmais d'un amour qui ne serait pas ensanglanté par le martyre.\nValérien venait tous les jours. En l'attendant, c'était au jardin\ndéjà qu'elle allait. Comme les brises aux brises, comme les\nparfums aux parfums, comme les rayons aux lumières, elle sen-\ntait son âme s'unir à celle qui venait, et, dans une immaté-\nrielle étreinte ils communiaient au même idéal. Les mains\njointes sur sa poitrine, elle s'étonnait de sentir son cœur battre.\nAh, mon Dieu! c'est cela l'amour! une grande joie de l'âme,\nun don total de sa pensée, une marche à deux sur les sentiers\ndu rêve! Et fermant les yeux, elle se voyait gravissant avec\nlui une route claire, au milieu de pommiers fleuris, dans le\nsoleil et la prière... et tout en haut la sainte Vierge bleue\nqui les attendait...\n\n                               VII\n\n   Le mariage se fit sans tarder. Et l'on fut à la ville où l'évêque\nofficia. Les fiancés marchaient dans le rêve. Le cortège, la\nfoule, rien n'existait, si ce n'est leur amour unique et leur joie,\net cet autel au fond du cœur, où flamboyaient ces cierges.\nComme on se sentait loin, tout à coup, de l'église blanche du\nvillage où elle avait fait, en robe de mariée, sa première com-\nmunion. Ici, dès qu'on entrait, on percevait une atmosphère\nd'amour ardent et, pénétrant dans l'église, Cécile en fut frappée\nsans comprendre. Un parfum d'encens avait imprégné chaque\npierre, les vitraux flamboyaient, vibrants de soleil, l'autel était\ndans l'air, bleui par les fumées, comme un brasier d'or et d'argent,\net, plus superbes encore quand on les apercevait de la pénombre\ndu porche, les dignitaires de leurs dalmatiques et de leurs\nchasubles et de leurs chapes, illustraient d'orfroi et de brocard\nle sanctuaire. Valérien sentait en lui monter un grand flot de\npassion puissante et, près de lui, s'avançant dans cette\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "                    LA S A I N T E AUX   MUSIQUES                 73\n\nambiance inaccoutumée, Cécile souriait étrangement. U n e\nangoisse, délicieuse et inconnue, l'avait saisie, et comme les\nmusiques chantaient, elle répétait à Dieu machinalement la\nprière de toute sa vie : « Mon Dieu, faites que je reste imma-\nculée... » T i e n s ! ces mots la troublent pour la première fois!\nPourquoi donc? elle ne peut s'en rendre compte, mais il lui\nsemble que quelque chose va se révéler! Ce fut rapide comme\nun frisson, puis cela se perdit dans l'extase... Car les grandes\norgues sur le cortège s'épandirent. Ce fut comme un fleuve divin\nqui serait tombé des voûtes; l'immense église en fut remplie et\nne fut plus qu'un vaisseau retentissant et sonore. Cécile eut\ncomme une nostalgie de son clavecin, puis de nouveau la reprit\nle flot. L a voix puissante de l'instrument chantait la gloire des\népoux ! la passion bénite, l'enthousiasme saint, et Cécile éperdue,\ncomme renversée par ce grand flot d'allégresse, sentit qu'en\nelle quelque chose devait changer. Elle s'agenouilla sur son\nprie-Dieu dans un inexprimable trouble. Son âme vibrait si\nfort et si loin qu'elle touchait aux limites de l'Inconnu sans le\npénétrer encore, et elle perçut la révélation vague d'Autre\nchose.\n   P u i s l'orgue se calma, et le silence divin plana un instant.\nL'évêque descendit vers le couple et, avant de les leur passer,\nbénit les anneaux. E t la bénédiction descendait sur les\népoux, consacrant leurs baisers, leurs étreintes futures, le\nbonheur de leurs chairs surnaturalisées. L e sacrement s'épandit\nsur eux avec toute sa grâce, et par lui, dans une sorte de stu-\npeur divine, Cécile comprit tout. Un étrange vertige l'enve-\nloppa, toute sa chair angélique frissonna. L e s deux promesses,\ncelle de son enfance et celle d'aujourd'hui, pour la première\nfois lui parurent inconciliables... Puis, en un instant — un\nbrisement inconnu, suivi d'une paix exquise — il lui apparut\nque non.\n   E t alors, comme un rayon de soleil — tel un signe visible —\nchargé de poussières lumineuses, descendait d'un vitrail vers\nelle, Cécile, plus légère et comme spiritualisée, sentit s'exalter\nson âme dans ce rayon et s'éperdre sa joie nouvelle dans cette\nlumière, et tout bas, la messe commençant, elle redit doucement\nsa prière...\n   E t , tandis qu'elle la répétait elle s'aperçut que son âme, apai-\nsée tout à fait maintenant, devenait semblable à la musique.\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "74                             DURENDAL\n\n\nCelle-ci s'était faite plus douce, plus candide, plus intime et\nCécile songeait qu'elle était pareille à celle du ciel. Rien ne\npouvait être plus beau, c'était le murmure de l'Invisible, le\nbruissement des célestes vergers, les harpes angéliques et les\ncithares et les violes. L'enfant fermait les yeux, respirant ces\nvoix par tout son cœur. Tendue vers Dieu elle lui répétait sans\nse lasser : « Permets, Seigneur, que je demeure immaculée. »\nEn disant ces mots son âme était si musicale, si pleine de\nchansons que la musique céleste n'était plus, semblait-il, que\nl'écho de sa musique intérieure... Dans le large rayon d'or qui\nla baignait, elle apercevait maintenant, debout en robe blanche,\nle Christ qui souriait à sa virginité...\n\n\n                                  VIII\n\n     Tout cela elle le lui a dit à son lit de mort.\n\n\n                                   IX\n\n   La nuit vint, nuptiale et auguste. Et Cécile se trouva seule\navec son époux dans le silence blanc de sa chambre : « O Valé-\nrien, doux jeune homme bien-aimé,lui dit-elle de sa voix musi-\ncale et grave, m'aimes-tu? » Et comme il ne répondait pas, trem-\nblant devant elle d'amour attendri: «Mon bien-aimé, reprit-elle,\nm'aimes-tu plus loin que la mort? — Plus loin que la mort,\nacquiesça-t-il. — Valérien,moi je t'ai tant aimé que mon amour\nveut être éternel... je suis allée vers toi sans connaître l'amour,\nmais de toute mon âme d'enfant, je me suis donnée; je t'ai con-\nsacré ma pensée et le pur trésorde mon cœur, je suis montée vers\nl'autel comme vers un rêve... Mais Dieu tout à coup m'a révélé\nla vie et dans toute ma chair a frémi le pur désir de ton baiser. »\nEt comme, éperdu de délices, il lui tendait ses bras aimants...\n« Mais je t'aime trop, Valérien, pour t'aimer de la sorte, d'un\nsursaut de volonté et avec l'aide de la Grâce, j'ai dit à Dieu\nque je ne voulais pas. J'en mourrai peut-être, car quelque chose\nen moi s'est brisé à ce vœu, et j'ai senti que tout mon être se\ndétachait de la terre, pour aller au Ciel... Mais je t'aime tant,\nje t' ne tant, que je ne voudrais point mélanger des délices\nterrestres à la pure essence de mon amour. » Et, comme il hési-\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "                       LA S A I N T E AUX   MUSIQUES                     75\n\ntait à comprendre, elle lui prit les deux mains entre ses mains\npâlies qui fleuraient l'oranger. « O mon bien-aimé, n'as-tu pas\ncompris, comme moi, que notre amour est si céleste que nous\nle diminuerions en y mêlant notre tendresse. Mon âme et\nla tienne ne sont-elles pas unies à jamais? J'aurais pu dire non,\nt o u t ' à l'heure, je ne l'ai point dit, car j ' a i voulu que le sacre-\nment fît de nos vies une seule vie jusqu'à l'infini de l'éternité.\nE n promettant à Dieu m a vie, je te l'ai promise et jet'ai promise\nà lui... » Elle parlait, exaltée et tendue, et comme une lumière\nirréelle la n i m b a i t . F a r o u c h e d'abord, amolli ensuite, pleurant\nenfin silencieusement, Valérien suivait dans sa propre âme la\nsurnaturelle tragédie... « J e ne comprends pas », disait-il. Alors\nil vit comme des anges. C'étaient des formes vagues qui emplirent\nla chambre de bruissements légers. Des regardsbleus flottaient,\ndes chevelures impalpables tremblaient dans la demi-lumière,\nc'étaient toutes les vierges d'autrefois qui venaient, et Valérien\nse souvint, en voyant entrer parmi elles un jeune homme beau\ncomme un Dieu, d'Alexis de Cappadoce, qui, lesoir de ses noces,\navait fui selon son vœu, mais qui avait voulu être marié pour\npouvoir, toute l'éternité, accompagner sa bien-aimée. Alors il\ncomprit, et son âme en un instant fut transformée. E t comme il\ntombait à genoux près de Cécile extasiée, la grâce se manifesta\nsur eux. Il sembla que les fenêtres s'ouvraient et qu'entraient\npar là les musiques célestes. Ce fut un ravissement dans la\nlumière. Des accents inouïs palpitèrent, la musique d'âme la\nplus idéale, la plus insoupçonnée, la plus aérienne. Des archets\ninvisibles glissaient sur d'immatériels violons et des plectres\nlégers erraient sur les mandoles, les harpes semblaient faites de\nfils de la Vierge et de rais de lumière et c'étaient des doigts\npresque divins qui erraient dans les cordes. Ces mélodies\n avaient la légèreté des parfums, et elles se mêlaient à d'autres\n phrases comme les odeurs de lilas à des rayons de soleil. D'un\n clavecin léger montaient des notes grêles et des voix s'y mêlaient,\n si claires, si nuancées, si virginales, que seuls des anges\n peuvent en avoir d'aussi pures... L e concert séraphique d u r a\njusqu'à l'aube... alors il s'évanouit dans la clarté, se fondit\n dans le jour naissant, s'évapora comme aux lumières de l'azur\n s'évapore la rosée... Les bras croisés, la bouche entr'ouverte, les\n yeux mi-clos, Cécile sommeillait dans l'extase... Respectueu-\n sement Valérien se pencha vers elle, la prit entre ses bras et la\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "76                              DURENDAL\n\n\n\ndéposa sur le lit nuptial en tremblant, puis il s'éloigna dans un\nlong regard...\n\n                                    X\n\n    Ils descendaient le grand escalier vers le jardin, graves et\n pâles, q u a n d moi qui passais, au bas du perron, je répétai en\nriant et sans respect la phrase qu'un jour à treize ans elle m'avait\ndite : « J'ai juré de rester comme sainte U r s u l e . . . » A ce mot,\nq u e je sentis à l'instant sonner faux, ils s'arrêtèrent au milieu\ndes marches et se regardèrent d'un long regard surnaturel. E n\nelle rien n'avait changé, sauf qu'elle était pâle d'une pâleur\n— semblait-il — définitive; lui s'était transformé et il lui\nressemblait comme si son âme faite à l'image de la sienne était\ndésormais sa physionomie. A leur regard, à leur silence timide\net fier je devinai tout à coup — connaissant m a sœur —\nl'invraisemblable vérité. Elle seule, en ce t e m p s où les légendes\nsont finies, pouvait avoir exhaussé son âme j u s q u ' à une telle\ninaccessible hauteur. Je le vis à toute évidence dans son regard\n q u a n d , le fixant sur moi comme pour un triomphe angélique,\nelle me répondit, à moi qui ne croyais à rien, mais qui étais\n— après toute son enfance — si proche de son cœur : « Dieu\nne pouvait-il pas exaucer mon vœu et me donner Valérien? »\n    Elle me dit cela, si simplement, avec si peu d'emphase, et\ncela me bouleversa plus que je ne puis le dire. Elle vivait dans\nune telle atmosphère de rêve, notre maison en était à ce point\nbaignée, le paysage m ê m e du jardin était si divin, que ces\nparoles montaient de son cœur aussi naturellement que les\nferveurs brûlantes d'une moniale, cloîtrée seule depuis vingt\nans loin du siècle, avec Jésus. J'avais vu le m o n d e , j ' a v a i s lu\nles livres, mais rien ne m'avait secoué comme cette simple\nparole et ce sourire simple. Ils me reportaient aux époques\nhéroïques de la légende chrétienne. E t b r u s q u e m e n t je m'age-\nnouillai au bord du perron comme devant des saints. Elle\nle vit, descendit l'escalier en courant, légère et droite, et\ntandis qu'elle me relevait, je me mis à pleurer comme un enfant.\nMes années de scandale et d'indifférence me firent horreur,\nje me vis indigne d'être frôlé par ces mains virginales, et\nj'écoutai, plongé dans un remords sans nom les douces paroles\nqu'elle me disait : « O frère! frère! si tu croyais en Dieu,\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "                    LA SAINTE A U X   MUSIQUES                    77\n\ntu pourrais nous comprendre. » Alors tout mon cœur se fondit\net mes sanglots redoublèrent; ce fut sur mon âme un baptême\nnouveau, la Grâce de Dieu m'envahit comme une onde,\nme pénétra, m'illumina, fit de moi un autre homme, je sentis\nrevenir à moi mon enfance que j'avais crue à jamais perdue, et\nje compris seulement la sublimité de Cécile, jusqu'à en être\nébloui. Je la vis, plus belle encore que tantôt, et autour des\népoux mystiques je sentis réellement une odeur de lis et de\nroses, comme si l'ange de la légende en avait couronné leur\nvirginité. « Je crois! je crois! » m'écriai-je. Alors, Cécile leva la\ntête vers moi, puis d'un inimitable geste me baisa la poitrine\nen me disant avec respect : « Tiburce, Tiburce, je reconnais en\ntoi mon frère ! » Et, comme elle se redressait, je sentis son baiser\ns'imprimer sur mon âme, descendre au fond de moi, et douce-\nment, sous la chaleur virginale de ces lèvres, la vie divine\nreprendre à jamais possession de mon cœur.\n\n\n                                XI\n\n   Quelques jours après, elle devint languissante et dut s'aliter.\nLa terrible rançon de son vœu, c'était cette maladie qui la\nterrassait. Elle avait brisé en elle la vie de la chair, et\nmaintenant, le corps n'avait plus la force de soutenir cette âme\ntrop vibrante. La révélation du sacrement, le sacrifice, l'exal-\ntation l'avaient faite plus diaphane qu'un grand lis. Valérien\nl'emmena en Italie, et quelques jours après j'allai les rejoindre;\nmais la langueur ne faisait qu'empirer; ils s'aimaient passion-\nnément comme des âmes peuvent s'aimer. L'Eucharistie du\nmatin les réunissait dans l'étreinte surnaturelle de leurs deux\npensées, et il eût fallu inventer des mots pour dire la prodi-\ngieuse beauté de leur amour. Ainsi doivent s'absorber l'un\ndans l'autre, et ensemble s'absorber en Dieu, les bien-aimés qui\nsont déjà dans l'autre vie. Qu'importent les instants à ceux qui\ns'aiment pour les siècles? Elle se voyait mourir sans pleurer.\nPourtant, nous fûmes vers la montagne des prodiges, mais la\nguérisseuse du Gave ne voulut pas la guérir. Alors elle soupira\nvers le vallon natal : « Je voudrais tant mourir chez nous ! »,\nrépétait-elle.\n   Il fallut la ramener alors. Ici. A la fenêtre, devant ce paysage\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "78                            DURENDAL\n\n\n\n qui m'entoure aujourd'hui, elle respira de bonheur ; mais la mort\n était proche. N o u s étions trois autour d'elle : Valérien, transfi-\nguré par le miracle, moi, émerveillé toujours, et notre père qui\n ne voyait rien. U n soir elle reçut l'extrème-onction, nous restâmes\n à son chevet toute la n u i t ; puis le matin notre père s'étant\nretiré : « Ouvrez la fenêtre, je vous prie », dit-elle. L e j a r d i n\nétait si doux, c'était un de ces jours de septembre qui res-\nsemblent à des jours attardés d'avril. U n e grâce fragile emplis-\nsait l'air, les lointains étaient idéalisés par une lueur bleue; une\npaix légère, élyséenne et parfumée, baignait les choses. L a fraî-\ncheur vous frôlait comme un angélique baiser. E t comme on\nouvrait la fenêtre, tout cela monta dans la maison. Cécile\nregarda, puis ferma les yeux. « Ecoutez », dit-elle. E t voici que\nla musique céleste approchait... Notes de clavecin comme des\ngouttes d'or, perles des mandoles comme du cristal, mélodies\ndes violons comme des fils d'or, par-dessus le jardin elle arri-\nvait, très douce, portée par d'invisibles anges, et, au delà des\narbres, un grand orgue infini déferlait. P a r la fenêtre la\nmusique entra, envahit la chambre si doucement que l'on se\ncrut transporté dans un autre monde. C'étaient des cantiques\nsupraterrestres que rien ici-bas n'eût pu faire pressentir, des\nmotets clairs qui s'élevaient jusqu'à Dieu dans un élancement\nd'extase, des mélodies qui étiraient des notes si lointaines\nqu'elles étaient grêles comme un fil de soie d'or... et tout à coup\nla musique devenait si intime, si imperceptible qu'on eût dit la\nchute mystérieuse, à l'aube, des gouttes de rosée chargées de\nclarté... puis les instruments reprenaient, dans un crescendo si\ndoux et si puissant que l'âme en demeurait ravie... Après un bref\nsilence, une voix seule se mit à chanter, elle monta d'abord tout\ndroit, vibrante, puis se ploya, traîna un instant, puis remonta,\ndivine et claire; parfois elle avait des t r e m b l e m e n t s d'amour,\npuis, étouffée par l'adoration, elle se taisait, et reprenait, accom-\npagnée par l'orchestre invisible; enfin, celui-ci se tut et la voix\nde l'archange monta, monta comme un trait de blancheur dans\nl'azur... Nos âmes étaient tendues à se briser, nos yeux perdus\ndans l'extase. Alors, comme on sentait qu'enfin cette musique\ninouïe se perdait en Dieu, Cécile ouvrit ses grands yeux calmes\net prit la main de son mari : « Je vois le Ciel, dit-elle... A\ndemain. » E t elle mourut dans un sourire.\n                                                PIERRE    NOTHOMB.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-003", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 82, "titre_corps": "Je vous dirai peut-être un jour…", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Lucien Christophe", "ancre_debut": "vous dirai peut-être un jour Je vous dirai peut-être un jour, Automne", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1356, "texte": "vous dirai peut-être un jour\n\nJe vous dirai peut-être un jour, Automne,      Automne,\nVous que j'ai respiré jadis, lente saison.\nJe dirai la viduité des horizons\nEt l'immobile aspect de vos jours   monotones,\n\nL'infini du matin par les plaines   immenses.\nLe verger jaunissant  de ses fruits  dépouillé.\nEt le vent de novembre aux subites démences,\nEt la dernière fleur dans le jardin   mouillé;\n\nEt je dirai l'accueil nostalgique des routes\nQui semblent reculer l'imprécis des là-bas,\nEt les navrances de la pluie en larges gouttes\nSur les chemins trempés où s'alourdit un pas;\n\nLes bois, sous leurs derniers soleils, muets   d'extase,\nL'ame des grands étangs limpide jusqu'au      fond,\nLa poignante douceur du beau fruit mûr qui fond\nVoluptueusement    sous la dent qui l'écrase;\n\nLes couchants chaque soir si purs, si épuisants\nQu'on dirait quelque chant de barde à l'agonie\nJailli soudain, sauvage et fort, puis s'apaisant\nEt mourant comme tombe une feuille jaunie.\n\nAh ! cela qui finit dans un dernier  rayon,\nRésigné, le sachant, sans révoltes ni fièvres...\nIl n'y a plus qu'un mot à présent sur mes lèvres :\nDans le calme du soir, ô mes frères, prions.\n\nPrions un peu pour calmer cela qui s'agite\nEn nous, dont nos esprits à tort se préoccupent :\nTous les possibles devenirs... Mais, ma petite,\nCes longs élans vers le bonheur, quel jeu de dupes!\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1900, "texte": "80                           DURENDAL\n\n\n\n     Chassons de nous tous les trop confiants espoirs ;\n     Nous avons perdu trop de temps à tant rêver.\n     Prions un peu dans l'attendrissement du soir\n     Et que nos yeux sans pleurs fixent le noir pavé.\n\n     Avez-vous bien compris la leçon de ces choses,\n     Vous qui vous obstiniez dans vos r bellions?\n     Laissez glisser des doigts la chair morte des roses...\n     Tout cela, c'est la vie et nous nous y plions.\n\n     Car il ne suffit pas de mater sa pensée,\n     Il faut encor que l'on accepte et qu'on sourie.\n     Demain, je reprendrai la tâche commencée\n     Et vous vous pencherez sur votre broderie.\n\n     Nous nous inclinerons, ô pauvres gens enclins\n     A trop de lassitude, à mieux garder notre âme.\n     Mais cette grâce harmonieuse    de déclin,\n     Lui conserverons-nous   sa pureté de flamme?\n\n     Il ne faut pas beaucoup pour embellir une heure\n     Et la joie n'est pas rare au fond d'un cœur sensible.\n     Soyez toujours les bienvenus dans ma demeure,\n     O mes hôtes, goûtez cet abandon      paisible.\n\n     Savoir tout accepter, c'est la plus belle tâche\n     Et se garder quand même un cœur simple et fervent.\n     Ceux-là n'ont pas compris qui nous nomment des lâches,\n     Les fous qui jettent leur orgueil aux quatre vents.\n\n     Si vous craignez des défaillances en chemin,\n     — Cela se peut — petite, vous me ferez signe\n     Et le soir je viendrai vous prendre par la main\n     Et vous mènerai sur la plus haute colline.\n\n     De là Von voit la ville et l'on entend la vie;\n     Et l'on est cependant hors de la vie déjà,\n     Au domaine du songe et des âmes ravies\n     De sentir proche Celui qui les protégea.\n\n     Vous entendrez monter, hésitante,     inquiète,\n     Vers vous une chanson dite avec peu de voix\n     Qui balbutie et s'interrompt et se répète,\n     Une chanson de pauvre espoir et d'humble foi.\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1719, "texte": "     JE VOUS DIRAI PEUT-ETRE UN JOUR...                  Öf\n\n\nSi frêle et si fragile, hélas! on croirait voir\nLa buée du matin qui ternit les carreaux, —\nLa chanson d'un enfant apeuré dans le noir,\nCelle du prisonnier derrière ses barreaux.\n\nUne chanson qui ne sait plus ce quelle chante\nEt se poursuit, par habitude, se poursuit,\nGrelottante, cassée, éperdue et touchante,\nEt exaltant le jour et défiant la nuit.\n\nQuelquefois on croirait à l'entendre, si lente,\nQu'elle va tout à coup cesser de palpiter.\nMais non! elle reprend tenace, et consolante\nEn sa monotonie et son humilité.\n\nEt c'est la chanson de la vie qui aide à vivre\nEt fait se soutenir les pauvres gens d'ici\nQu'on voit marcher courbés, titubants et comme ivres ;\nTous ont le même espoir et le même souci.\n\nLes pauvres gens d'ici aux cœurs meurtris de doute\nQui s'abordent avec de grands      ménagements,\nCar il y a toujours des blessés sur les routes\nEt les corps las sont prompts aux     découragements.\n\nOn ne sait pas. On dit des mots. On fait des gestes.\nOn tient des propos fous ; les rires sonnent  faux\nEt l'on reste à guetter le messager céleste,\nCelui qui marche avec son éternelle     faux.\n\nLes rhéteurs battent du tambour et leurs emphases\nExaltent les désirs, la gloire et les conquêtes\nEt le bondissement sonore de leurs phrases\nA fait lever des légions de faux poètes\n\nQui, célébrant le labeur rude et précieux,\nN'ont pas pu voir parfois, parmi les foules folles,\nL'angoisse du mystère halluciner les yeux\nLorsque le bruit du soir était plein de paroles.\n\nAh! laissons notre cœur s'accouder à l'automne\nEt prendre une leçon d'héroïsme plus vrai.\nNous n'écouterons pas ce chant que l'on entonne\nEt jetterons ce vin dont on s'est enivré.\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 742, "texte": "82                         DURENDAL\n\n\n\n     Puisqu'on marche ici-bas avec des mains tendues\n     Vers la promesse que l'on n'atteindra   jamais\n     Et qu'on voit cependant briller, clarté perdue,\n     Là bas, au loin, parmi la brume des sommets.\n\n     Préparons-nous   du moins à ne jamais    l'atteindre\n     Et faisons-nous un cœur à l'égal des plus purs\n     — Lampes faibles pourtant craintives de s'éteindre,    —\n     Que guide et que soutient un espoir ferme et sûr.\n\n     Des sources de bonheur chanteront dans notre être\n     Et nous y gagnerons, quand nous aurons prié,\n     La consolation de voir un jour,   peut-être,\n     Les grandes vérités éternelles briller.\n\n                                              LUCIEN CHRISTOPHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-004", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 83, "page_fin": 84, "titre_corps": "Pages agrestes : Les javelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Désiré-Joseph Debouck", "ancre_debut": "Pages agrestes Les javelles CE sont de grands soldats taciturnes", "ancre_fin": "sur la herse douloureuse des éteules?", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les grenouilles    Ce soir, au bord de l’étang", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1561, "texte": "Pages agrestes\n\n                            Les javelles\n                CE sont de grands soldats taciturnes et sauvages,\n                   qui sont venus.\n                      Ils étaient vêtus de rouges habits de guerre;\n                   ils portaient d'immenses armes qui jetaient de\n                   féroces lueurs, comme des yeux de criminels.\n                      Et les p t t i t e s vierges aux chevelures blondes,\n                  ont resserré leurs rangs, craintives et soudain\n                   pâlies.\n   Elles ont frémi sous l'haleine rôdeuse de la Mort.\n   Elles ont pleuré de grosses larmes de rosée.\n   Une alouette a chanté.\n   Un cri-cri a joué du violon.\n   U n e abeille sonnait l'Angelus au cœur d'une fleur... Et il\nétait bien triste de mourir ainsi, dans l'universelle joie des\nchoses !\n   Alors les grandes armes blafardes se sont mises à ramper sur\nle sol, en sifflant comme des serpents.\n   Les vierges faibles ont chancelé, puis sont tombées. Elles\nn'ont pas tâché de résister. Elles n'ont pas proféré de menaces.\nElles n'ont laissé s'exhaler aucune plainte.\n   Elles sont tombées, l'une après l'une, couchées sur le flanc, la\ntête cachée dans leur superbe chevelure.\n   Elles sont tombées...\n   Les pavots, leurs amants sanguins, auraient bien voulu pous-\nser, comme un défi dans l'air, leur cri rouge de révolte, d'appel\net de haine.\n   Hélas! eux aussi ont succombé, maculant de caillots le champ\ndu carnage!\n   Maintenant toutes les javelles sont tristement couchées dans\nleurs linceuls d'or clair.\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 327, "texte": "84                          DURENDAL\n\n\n\n   Soleil lâche et cruel! même après leur défaite, tu t'amuses à\nles cribler de tes flèches aiguës !\n   Dis-moi, n'est-ce point assez, déjà, que celles qui ne sont pas\ntout à fait mortes, agonisent, lentement suppliciées, sur la herse\ndouloureuse des éteules?\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-005", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 84, "page_fin": 85, "titre_corps": "Pages agrestes : Les grenouilles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Désiré-Joseph Debouck", "ancre_debut": "Les grenouilles Ce soir, au bord de l’étang", "ancre_fin": "descendues sous les voûtes du sommeil.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Chien     J’ai un chien, ce qui n’éton", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "Les grenouilles\n   Ce soir, au bord de l'étang, derrière la forge, les grenouilles\ntravaillent encore pour Yed le forgeron. Il y a longtemps qu'il\nles occupe à son service. Depuis toujours, on les a entendues\nlimer du fer, désespérément, infiniment, au long des nuits. Mais\nil a l'air de ne pas savoir qu'elles sont là, à peiner dur pour lui;\nmême, on l'a vu : quand il en rencontre une sur son chemin, il\nla repousse dédaigneusement du pied, ou l'écrase. Quel sort\nfatal, quel pacte diabolique les lie ainsi l'un aux autres, alors\nqu'ils se vouent une haine implacable?\n    ... D'abord, elles liment un gros essieu (peut-être celui du\nchar des Nuits va-t-il bientôt casser?). Puis, aigrement, elles\nforent des trous aux deux bouts.\n    La besogne est pénible; le fer dur, et elles n'ont que la langue\npour l'entamer. Peu importe à celui qui les commande, il faut\nqu'elles travaillent !\n    Parfois, cependant, elles se reposent; s'il y a de la lune, elles\nregardent, béatement, la lune avec leurs yeux de grenouilles.\n    Puis, sans une plainte, elles recommencent leur labeur de\nforçats. Le garde-chiourme, c'est un sapin, au bord de la mare\nimpassible; il bouge parfois avec des airs inquiétants. L'Inspec-\nteur, c'est la lune; quand elle vient regarder par-dessus l'épaule\ndu sapin, le garde lui explique tout bas des choses, en agitant\n la tête.\n    Cependant, ce soir, pour égayer ses compagnes d'infortune,\nune des grenouilles joue des castagnettes. (Le vieux sapin s'est\nendormi, et la lune doit être morte...)\n    Un peu de temps encore, les autres travaillent; on dirait à\nprésent qu'elles rabotent une noueuse planche de chêne.\n    Le vieux sapin dort et la lune est moite... (Peut-être vont-\nelles traîtreusement leur fabriquer à chacun un cercueil?)\n    Enfin, comme ce soir personne ne les surveille, elles cesse-\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 678, "texte": "                          PAGES   AGRESTES                          85\n\nront de travailler avant l'heure fixée. Elles trichent adroitement,\nau jeu lugubre; par prudence, Tune d'elles rabote ou lime encore,\nde temps en temps, afin d'éviter les surprises.\n   ... Voici le signal de la retraite ; elles ne sonnent j a m a i s la\ncloche, de crainte de donner l'alarme; elles agitent une grosse\ncrécelle en bois, comme à l'église pendant le temps pascal.\n  Et les derniers hoquets de la crécelle résonnent étrangement\ndans le silence de la nuit, comme si déjà, fatiguées de leur cor-\nvée misérable, elles étaient descendues sous les voûtes du\nsommeil.\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-006", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 86, "titre_corps": "Pages agrestes : Le Chien", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Désiré-Joseph Debouck", "ancre_debut": "Le Chien J’ai un chien, ce qui n’étonnera personne", "ancre_fin": "qui se lèvent pour les battre.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Un grand artiste    J e connais un grand musi", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 678, "fin_caractere_exclue": 2260, "texte": "Le Chien\n    J'ai un chien, ce qui n'étonnera personne. L a bête, d'ailleurs,\n n'a rien que de bien ordinaire. Mon chien est un chien, c'est-\n à-dire qu'il est intelligent, aboie, fait des tours et agite la\n queue. Il n'oublie jamais de manger, ce qui prouve qu'il a une\n bonne mémoire, et il fait parfois des gestes de bénédiction.\n    Mon chien n'est pas beau : ce qui signifie qu'il n'est ni\n affreux comme un bouledogue, ou comme un basset, ni\n distingué comme un lévrier. C'est un chien, et c'est parce qu'il\nest cela tout simplement que je l'aime.\n   Je l'appelle Ali tout court, quoique son vrai nom soit, en\nréalité, Ali-Baba. Je l'ai baptisé ainsi, afin d'honorer la mémoire\nd'un grand homme qui n'a pas encore sa statue.\n   Ali est brun de pelage (il raffole de café au lait). Ses yeux\njaunes ne sont pas précisément d'une profondeur vertigineuse,\nmais pour des yeux de bête, ils ne sont pas trop bêtes. Il porte\ndes oreilles le plus souvent chiffonnées, comme deux feuilles\nflétries, et une queue arrondie en anse de panier.\n   Ce matin, au déjeuner, quelqu'un me le dénigre. Cela m'a\noffensé. T o u t de suite, je fais son éloge, j'exalte ses qualités.\nMais Ali ne me laisse pas continuer mon éloquent discours. Il\nme coupe la parole (et la tartine), au ras des lèvres, en me\ngriffant le nez de ses canines aiguës.\n   On a ri, on s'est moqué.\n   J'ai dit : « C'est un bon chien : il est modeste! »\n   Ensuite, comme je pars pour la promenade, il me déchire le\npantalon et me happe le mollet cruellement.\n   Je dis : « C'est de joie ! Il m ' a i m e ! Quel grand cœur! »\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "86                            DURENDAL\n\n\n    Nous cheminons à travers c h a m p s ; il trotte devant moi,\nle corps oblique, le nez au vent, les pattes enchevêtrées, la\nqueue tordue.\n   Je crie : « Ali, venez ici! » Il me regarde de loin, d'un air\nn a r q u o i s ; sa queue bat horizontalement une polka volante en\ndeux t e m p s . E t comme j'insiste et l'attends, cet étrange petit\nchef de musique j a p p e ; il pense : « Vous vous payez ma t ê t e ;\nelle est trop d u r e ! » et file à l'aventure.\n   J e dis : « Il est tout de m ê m e si intelligent! »\n    Maintenant, Ali affairé bat la campagne en tous s e n s ; il y\nrencontre, ce me semble, bon nombre de « connaissances; » il\nles salue, les flaire, leur fait des politesses; il parle bas à des\nfleurs; il a compassion des plantes assoiffées sous le soleil, et\nlibéralement, il leur verse à boire.\n    Il porte toujours sa gourde sur lui.\n    E t je dis : « Il est si prévoyant! »\n    Les cadavres, les tristes choses inertes et infâmes, il les\nbénit d'un grand geste de sa patte étendue à l'infini.\n    Et je pense. «Quelle compassion! Quelle charité! Quelle piété!»\n    Nous rentrons. J e le gronde doucement de sa désobéissance;\nil me regarde avec respect, mais sans a d m i r a t i o n ; à présent, je\nle tiens entre quatre m u r s .\n    Il me montre qu'il a compris; mais je ne devine pas qu'il se\npromet bien de recommencer à se jouer de moi, à la première\noccasion.\n    Il ne me lèche jamais la m a i n ; car je ne le frappe pas. On\ndirait qu'il a été à l'école, qu'il y a lu des livres, dans lesquels\nune vieille tradition ne permet pas aux chiens de lécher\nd'autres mains que celles qui se lèvent pour les battre.\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-007", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 86, "page_fin": 87, "titre_corps": "Pages agrestes : Un grand artiste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Désiré-Joseph Debouck", "ancre_debut": "Un grand artiste Je connais un grand musicien", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 105, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1710, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "Un grand artiste\n   J e connais un grand musicien, qui est aussi un grand poète;\nje l'aime, parce qu'il ne m'a jamais parlé de son génie.\n   Musicien, il ne joue pas sur un stradivarius a u t h e n t i q u e ; il\nn'a pas suivi p e n d a n t quinze ans les cours du Conservatoire. Il\nn'a jamais paru sur la scène d'un théâtre, ni salué les brillantes\nassemblées mondaines pour leur d e m a n d e r des bravos.\n   Il ne connaît pas m ê m e les noms de Mozart, de Beethoven,\nde W a g n e r .\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "                           PAGES   AGRESTES                          87\n\n    Le soir, quand il est seul en face du Silence, il dit très hum-\n blement, très pieusement, sa chanson mélancolique ou joyeuse,\nrêveuse ou transportée, heureuse ou désespérée, et multiple et\nchangeante et diverse et toujours neuve et inouïe, que r y t h m e n t\nseules les palpitations de son cœur vibrant et ardent, source\nintarissable de divine H a r m o n i e et d'amour.\n   Je ne connais pas non plus d'aussi étrange poète.\n   Il n'a j a m a i s écrit dans les gazettes. On ne voit pas de ses\nlivres à la montre des librairies. 11 n'a rien volé à M. Victor\n Hugo. Il n'aspire ni aux honneurs, ni à la fortune; il ignore\nl'existence de l'Académie.\n   Pourtant, on a beaucoup parlé de lui dans les livres; des mil-\nliers de bouches ont prononcé son nom avec admiration. Heu-\nreusement, il ne sait pas lire, et reste sourd au langage des\n Hommes.\n   Il n'a aucune idée de ce qu'est la « Gloire immortelle ». Il\nvivra toujours, mais comme il ne s'en doute point, il n'en tire\npas orgueil.\n   ... Il dit ses vers mélodieux dans la paix tranquille des soli-\ntudes. Peut-être personne n'écoute? Que lui importe! Il se tairait,\neffrayé, si quelque importun venait l'y applaudir.\n   Il vit loin du monde, mélancolique et un peu fou comme tous\nles poètes, avec au cœur un grand, un malheureux amour.\n   Car celle qu'il aime est lointaine et grave et immatérielle et\ninaccessible : c'est la Nuit, la grande Nuit au cœur de silence,\naux cheveux d'ombre molle, aux yeux d'or clignotants, qui ont\nun charme si étrange de mystère et de douceur.\n   C'est la Nuit, qui a fait vœu de chasteté, et qui se promène\nau ciel portant entre ses doigts bleus le lys pâle de la lune.\n   Bien qu'elle ne réponde point à sa voix inspirée, il chante\npour elle, suavement; il chante sans espoir; il chante encore, il\nchante toujours, parce qu'il a i m e ; et sa chanson est si belle\nqu'elle suffit à son amour.\n   Ce musicien, ce poète est un grand artiste par la force mira-\nculeuse de son cœur. Dans son cœur, c'est l'aube, c'est le matin,\nc'est le bonheur, c'est la Vie, malgré l'indifférence et le som-\nmeil de la N u i t .\n   Ce grand artiste a des ailes pour prendre son essor vers la\nL u m i è r e ; et c'est pourquoi il atteint si facilement à la Beauté :\nc'est le divin Rossignol.                 DÉSIRÉ-JOSEPH DEBOUCK.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-008", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 88, "page_fin": 88, "titre_corps": "Le retour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Claudel", "ancre_debut": "Le retour  Ne dis point que le ciel e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "Le retour\n\nNe dis point que le ciel est bleu! — Il est quatre      heures.\nPoint d'air, point de soleil ; le ciel est blanc et bleu.\n— Ne dis point que je suis ici! — Un enfant pleure ;\nJe sens l'odeur des fleurs une par une. Il pleut.\n\nDonc c'est cela, le monde, et c'est cela, la vie!\nC'était cela, la mer, et cest cela, ici !\nPasse, présent, fout est comme en         photographie.\nO le hasard, ô l'amertume d'être ici!\n\nEst-ce toi, mon âme? Ecoute. Dis : J e suis seule.\n— Et puis encor? — L'ennui! l'ombre qui fait son tour.\n— Et puis? — La paix. Plus rien. Vois comme l'on est seuls!\n— L'amour? — Ne dis point amour. Ne dis point amour!\n\n— Amour! parce que je suis grandement        malade!\nAmour! Dis : J e suis seule. Ne dis point    amour!\nHier! demain! la chose à faire! tout est fade!\nIl me dure, et de moi, et de vivre, et du jour!\n\nJ'aime!—Et puis? J'aime!—Quoi?—Non,         je n'aime rien,       chut!—J'aime!\nJ'aime! — Tout le monde est rentré, voici le soir.\nLa lampe se rallume et ce lieu est le même.\nQue la mer était triste et que le ciel est noir!\n                                                            PAUL CLAUDEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-009", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 89, "page_fin": 91, "titre_corps": "Lettre parisienne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "T. de Visan", "ancre_debut": "Lettre Parisienne L'ÉLECTION d ' H e n r i de Reg", "ancre_fin": "DE VlSAN.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "Lettre Parisienne\n\n                    L'ÉLECTION d ' H e n r i de Regnier à l'Académie française est un\n                      événement littéraire dont l'importance ne peut échapper\n                      aux yeux des plus prévenus. T o u t e une jeunesse pénétre\n                      avec l'auteur d'Aréthuse sous les lourds portiques, toute\n                      une génération, avec ses rêves glorieux de lyrisme et son\n                      ardente passion de beauté.\n                        On s'est beaucoup occupé des poètes de 1885, on a raconté\n                      sur eux une foule d'anecdotes plus ou moins fausses, on a\n étudié quelques-unes de ces puissantes individualités. Je doute qu'on ait rendu,\n à cette manière d'être littéraire qu'on nomme le symbolisme, pleine justice.\n Nul n'a su, à mon avis, envisager de haut cette question artistique, ni peser\n sa valeur dans la balance de la poésie française.\n    L'attitude de cette génération est, du point de vue lyrique, une des plus\n nobles qui soient dans l'histoire des idées esthétiques du XIXe siècle. Les\n tenants du svmbolisme n'ont cherché autre chose que la poésie pure, c'est-\n à-dire dépouillée de tout ce qui n'est pas elle: didactisme, éloquence, e t c . . Ils\nont agrandi le champ de la vision poétique en tournant leurs regards vers\nl'intérieur, vers l'Ame, et en poussant des prolongements jusqu'au domaine de\nl'inconscient. Ce mot de symbolisme ne signifie qu'un retour aux données\npremières de la vie psvchologique de l'homme; il est synonyme d'idéalisme.\n   Henri de Regnier est un des plus glorieux représentants de cette attitude\nlyrique dont nos petits neveux jugeront peut-être mieux l'importance que\nnous, lorsque certaines querelles auront pris fin. L'auteur de la Gardienne\nn'a pas peu contribué à manifester cette poésie d'états d'Ame et à exalter de\npurs paysages intérieurs. Son rythme souple correspond en musique à ce\nqu'on appelle la mélodie continue qui, loin de fixer l'émotion ou de la figer\ndans des concepts abstraits, la prolonge et l'étend selon de suggestives vibra-\ntions. Sa strophe, habilement balancée, exprime par de subtiles évocations les\nsentiments les plus profonds, les émois les plus secrets de l'être. Cette conquête\ndu verbe et du rythme, cette façon de s'exalter constituent u n e des plus impor-\ntantes acquisitions de la poésie moderne.\n   L'entrée d'Henri de Regnier sous la coupole est une victoire de la poésie\ncontemporaine dont tous les partisans de l'idéalisme lyrique se réjouiront.\n   Les femmes ne se contentent plus de faire des académiciens, elles exigent\naussi qu'on leur offre des fauteuils dans le palais Mazarin. De là une grande\neffervescence. A ce propos un plébiscite fut organisé par l'Intransigeant. !!\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3250, "texte": "90                                DURENDAL\n\n\n\ns'agissait de désigner, au cas où les académiciens accepteraient de se donner\ndes confrères du sexe faible, trois femmes dignes de se mêler aux travaux\ndu dictionnaire. Le sort choisit Mmes Gérard d'Houville, Colette Willy et\nde Noailles. Ce vote éclairé prouve en quelle estime nous tenons ces trois\nfemmes auteurs. Pour ma part j'applaudis à tout rompre à ce choix excellent.\nSi je mis un bulletin blanc dans l'urne, c'est que le vote n'était pas secret et\nqu'ayant l'habitude de fréquenter deux ou trois bas bleus sans talent, je me\nserais fait écorcher par ces bacchantes si on m'avait soupçonné de porter\nailleurs mon choix.\n   La question est posée, il faudra la résoudre. Déjà l'Académie des sciences\naccepte l'idée d'accueillir M me Curie. Mais il semble bien que l'Académie\nfrançaise soit réfractaire à l'entrée des femmes sous la coupole. Le plus\nsimple serait de créer une académie indépendante, tenue et dirigée uniquement\npar nos fougueuses adversaires. La difficulté est de composer les statuts et de\nnommer les premiers membres. Choisir quarante femmes n'est pas chose\naisée, et dans un salon où l'on s'amusait à ce petit jeu on n'est parvenu\nà s'entendre que sur deux noms, encore ces deux femmes de lettres désignées\nétaient-elles présentes. Quant aux trente-huit absentes, je vous laisse à penser\nce qu'elles ont pris\n\n   On ne s'agite pas moins dans le camp des critiques. Le jeu des petits papiers\nfait fureur, et chacun se tue à découvrir des documents inédits sur la vie privée\ndes grands hommes. Nous poussons jusqu'à la passion la curiosité, et nous ne\nsaurions dormir tranquilles tant que nous ignorerons le nombre des maîtresses\nde Sainte-Beuve. C'est pourquoi M. Jules Lemaître vient de prononcer une\nconférence sur ce fameux Livre d'Amour qui fit scandale et qui nous offre, un\nSainte-Beuve assez vilain. Au reste, M. Troubat, l'ancien secrétaire de l'au-\nteur des Lundis, ne cherche pas à défendre son maître d'avoir volé à Victor\nHugo sa femme, d'en avoir fait sa maîtresse et d'avoir publié, après la rup-\nture, le Livre d'Amour; tout au plus l'excuse-t-il et s'efforce-t-il de montrer\nque si l'homme sort diminué de cette aventure, le lettré et l'artiste ne sont\npoint atteints.\n   Il est de fait que d'envisager la littérature par ce petit côté ne saurait satis-\nfaire les vrais esprits critiques. Il nous est complètement indifférent que Lamar-\ntine ait possédé au sens de l'Ecriture M me Charles. On connaît la vieille que-\nrelle à ce sujet entre M. Séché et M. Doumic, l'un prêchait pour l'innocence,\nl'autre pour la faute. Depuis huit jours, M. Séché triomphe, exulte. Il a décou-\nvert un document qu'il juge d'importance. Par un certain jeu de dates et un\nrapprochement de lettres inédites, M. Séché prouve que jamais Lamartine n'a\ncouché avec Elvire. Voilà qui nous est fameusement égal, dès lors que nous\navons le Lac et le Crucifix. Quand donc comprendra-t-on que la vie privée\ndes poètes ne regarde personne et qu'on doit s'en tenir à leur œuvre, sans plus.\nExhumer de vieux papiers secrets et non destinés à la publicité ne peut qu'être\npréjudiciable à de chères et belles mémoires.\n\n  Aussi bien un vent révolutionnaire souffle dans la critique avec une force\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "                            LETTRE     PARISIENNE                             91\n\npeu commune et brouille les cerveaux. M. Fauchois s'en est pris à Racine,\nM. Blum à Corneille. M. Masson-Forestier, petit neveu de l'auteur d'Andro-\nmaque, arrive à la rescousse et nous offre en un gros volume compact un\nportrait de son oncle illustre peu flatté. Autour d'un Racine ignoré est un\nlivre intéressant, plein de documents instructifs, mêlés à des jugements un\npeu imprudents.\n   M. Masson détruit cette légende que Racine est l'œuvre de Port-Royal. Il\nnous montre un Racine violent, très sensuel et racontant ses passions dans\nses tragédies. C'en est fini du « doux Racine ». L'auteur d'Andromaque s'est\nmis tout entier dans ses pièces, avec sa sensualité et ses fureurs amoureuses. Il\ncessa de produire des tragédies lorsque sa vie sensuelle fut éteinte.\n   Je crois ces traits justes et suis pleinement d'accord avec M. Masson-\nForestier. Où je désapprouve le critique, c'est lorsque ce dernier soutient sa\nthèse avec trop de raideur et d'affirmation. M. Masson-Forestier a la main\nlourde, sa critique manque d'élégance. Son caractère colérique lui joue de\nmauvais tours. Ce critique ne peut souffrir la contradiction. On sait sa polé-\nmique avec M. Faguet dans la Revue des Deux-Mondes et avec les Débats.\nM. Masson-Forestier ne sort pas vainqueur de la lutte. Aurait-il hérité de\nson grand-oncle une certaine facilité à s'emporter et un tempérament bilieux?\n   Tandis que les uns s'injurient et polémiquent à perdre haleine, les autres\nchantent et s'amifsent le plus gaiement du monde, dans de joyeuses agapes.\nC'est ainsi que nous fêtâmes en un banquet imposant l'œuvre de Paul Fort\net les six ans d'existence de sa vaillante revue Vers et Prose. Il y avait de tout\nà ce banquet, même des littérateurs, et si les nombreux discours annoncés se\nsont perdus dans le bruit et la fumée, en revanche nous n'eûmes à déplorer\nque quelques bris de vaisselle sans importance et pas plus de deux ou trois\npaires de gifles.\n                                                               T.   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Munich est actuellement un foyer intense\nd'activité esthétique et spécialement dans le domaine musical elle occupe\nparmi les autres capitales allemandes une situation enviée et considérable.\n Par sa cohésion et sa discipline, par son équilibre parfait, son ampleur\nsonore et son éloquence expressive, l'orchestre de Munich compte au nombre\ndes plus impressionnants et des plus admirablement unifiés que nous ayons\nentendu jusqu'ici. Dans une idéale et fervente communion de pensée, les\nartistes de cette remarquable phalange chantent et vibrent comme un seul\ninstrument grandiose et, si nous pouvons nous exprimer ainsi, comme une\nseule âme sous la direction merveilleusement compréhensive et entraînante de\nleur jeune chef Joseph Lassalle, d'origine française mais fixé en Allemagne\naprès avoir passé son enfance et sa jeunesse en Espagne où des travaux de\ncritique littéraire et musicale lui avaient déjà conquis la notoriété.\n   La quatrième Symphonie de Mahler qui pourrait être intitulée la Sym-\nphonie de l'Enfant, se rattache par de frappants rapports d'analogie à l'inspi-\nration qui dicta à Humperdinck son charmant conte de fées musical,\nHansel et Gretel. Si Mahler traite son sujet avec une plus grande maitrise\ntechnique, avec une plus riche variété de ressources, surtout avec un affine-\nment plus suggestif dans les harmonies et les timbres, l'on peut dire d'autre\npart que mise en regard de l'œuvre naïve et si spontanément primesautière de\nHumperdinck, la Symphonie de Mahler apparaît de temps à autre entachée\nde préciosité et d'une propension trop visible à la recherche de l'effet.\n   Elle chante tour à tour les joies et les craintes de l'enfant, puis son pur\nsommeil brodé de songes d'or ou de visions étranges. Dans la première\npartie, des thèmes pimpants, gracieux, parfois même enveloppés de tendresse\nfleurissent à l'envi, retraçant toute une psychologie enfantine tandis que la\nfaune amusante et bavarde de la classique Arche de Noé y est spirituellement\nsuggérée, et cela sans heurter l'écueil d'une imitation calquée et trop servi-\nlement réaliste.\n   La seconde partie évoque le mystère troublant de la nuit, se développe\ndans une atmosphère assombrie où voltigent çà et là de vagues apparitions\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3233, "texte": "                              REVUE    DU   MOIS                             93\n\naux formes fantastiques, hallucinations ingénieusement traduites en un tissu\nbigarré d'harmonies parfois déroutantes mais dont l'âpreté savoureuse et\ninquiète n'est passans charmes. La troisième partie, le Sommeil de l'Enfant,\nserait la plus séduisante si elle ne traînait malheureusement en longueur.\nElle renferme un chant délicieux, la berceuse lointaine chantée par les anges\net dont l'écho, planant en caresse, est apporté par les sonorités virginales et\naffectueuses du violoncelle. Puis la hantise du cauchemar reprend. Le\ncommentateur l'explique par la vue du petit qui s'endort et par l'effroi subit\nnaissant à l'idée que ce sommeil pourrait être éternel.\n   Enfin, la quatrième partie, plus brève que les précédentes, et que carac-\ntérise l'intervention d'un solo de voix de femme, se résume en un lied char-\nmant (La Cuisine des Anges) où le commentaire orchestral raconte les pré-\nparatifs du festin de choix que le bon Dieu réserve aux petits enfants sages et\ndont ceux-ci vont se délecter en rêve.\n   On pourrait dire que la Symphonie de Mahler a le défaut de ses congénères\nde musique descriptive, qu'elle pêche par prolixité mais peut-être aussi que\npour être entièrement pénétrée et goûtée, l'essence esthétique de cette œuvre\nsi foncièrement allemande exige un public allemand. Il y a dans l'humour\nallemand, plus naïf et à la fois plus fantasque que l'humour anglais, des côtés\nqui échapperont toujours à ceux qui n'auront pas eu un commerce familier et\nfréquent avec les écrits de Hoffmann, de Jean Paul Richter, de Platen ou de\nHenri Heine.\n   Mais ce que nous avons admiré au moins autant que la Symphonie elle-\nmême, c'est l'interprétation qui la fit vivre et l'illumina, alliant la transpa-\nrente clarté de chaque détail typique à la réalisation complète du sens général\ndu poème, de ses significations tour à tour humoristiques et expressives. Les\nautres interprétations de l'orchestre bavarois ne furent pas moins riches de vie\nintérieure ni moins rayonnantes de lumière. A la grâce limpide d'exposition\net à la pureté de style dont il fit preuve dans le Concerto grosso en ré mineur\nde Haendel venait s'opposer le Don Juan de Strauss qui, galvanisé de lyrisme\nfrémissant, apparut dans toute la grandeur de son inspiration byronienne.\nEt les dernières impressions ne furent pas les moins belles. Le Prélude et la\nMort d'Yseult, s'intensifiant peu à peu dans une gradation de sonorités\nadmirablement ménagée et surtout l'Ouverture de Tannhaüser dont le\nfinale fut rendu avec un éclat incomparable, couronnèrent magnifiquement\nce concert.\n   Mme Bosetti, empêchée, avait été remplacée par Mlle Elsa Flith qui, outre la\npartie vocale de la Symphonie de Mahler, chanta la Toute-Puissance, un des\n1ieder les plus hautement inspirés de Schubert. Mlle Flith possède une voix\ngénéreusement timbrée et vibrante dans les registres supérieurs mais qui\nmalheureusement est loin d'avoir dans le medium la même ampleur.\n   Le second concert Lassalle fut en tous points digne du premier. Les inter-\nprétations de la Symphonie Fantastique et de Mort et Transfiguration y\nfurent surtout remarquables.\n\n                                       *\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "94                                  DURENDAL\n\n\n  Deuxième Concert Populaire. — M. Sylvain Dupuis a fêté le\ncentenaire de la naissance de Liszt par l'exécution de la Faust-Symphonie\ndonnée en 1903 aux Ysaye devant un public plutôt indiffèrent. Mais, depuis\nlors, un changement s'est opéré dans les esprits et les compréhensions. Comme\nle dit excellemment M. Chantavoine, si Liszt ne fut pas le plus grand musicien\ndu siècle, il en fut la plus grande autorité musicale et sa figure sort peu à peu\nde la pénombre où la tenaient injustement les successeurs immédiats de la\ngénération qu'il éblouit par sa virtuosité transcendante et aussi par ses surpre-\nnants pouvoirs d'interprète expressif, ceux d'Anton Rubinstein étant les seuls\nau XIXe siècle qui puissent lui être comparés. On s'intéresse maintenant de\nplus en plus à son œuvre, aux inlassables énergies qu'il déploya, à son action\nbienfaisante et novatrice, à son grand caractère, à ses fécondes initiatives d'art.\n   Si la Dante-Symphonie ne se distingue que par une somptuosité pittoresque\net décorative, l'ampleur de l'épopée dantesque ne se prêtant guère à une syn-\nthèse d'idées ou de caractères, la Faust-Symphonie, nettement lyrique d'es-\nsence et d'inspiration, évoque avec un relief saisissant les figures centrales du\npoème de Goethe, chacune de ses trois parties exprimant de façon admirable\nla psychologie du personnage dont elle porte le nom. Ainsi qu'on le voit par\nl'étude thématique très compréhensive que Sylvain Dupuis a publiée sur cette\nsymphonie, toute son ordonnance est basée sur le leitmotiv. La première\npartie, Faust, se distingue par la richesse de la matière musicale et l'intérêt\ndu développement symphonique, aussi par la souplesse ondoyante du tissu\norchestral où les aspects multiples de l'âme de Faust tour à tour passionnée,\nrêveuse, inquiète, ardente, révoltée viennent se refléter dans des thèmes carac-\ntérisés et d'une plastique étonnamment suggestive. Marguerite est naturelle-\nment le panneau le plus séduisant du triptyque, et cela par la plénitude mélo-\ndieuse et la tendresse du sentiment qu'elle exprime, par la douceur printanière,\nle charme fluide et lumineux de l'instrumentation qui traduit si poétiquement\nl'âme ravie de la vierge s'éveillant aux appels enivrants de l'amour. Enfin, c'est\npar une trouvaille de génie que dans la troisième partie, Méphisto, Liszt\ninvente le langage apte à peindre musicalement l'Esprit du mal, et l'on peut\nadmirer ici le degré rare d'intellectualité auquel s'était élevée l'esthétique du\nmaître hongrois. Par là même qu'il est l'Esprit du mal, Satan est synonyme\nde la Négation absolue, de la Volonté de destraction et en définitive du Non-\nêtre. Aussi ne comporte-t-il point la figuration symbolique d'un thème musi-\ncal positif qui le caractérise et, en conséquence, dans Méphisto, Liszt se borne\nà reprendre les thèmes de Faust et de Marguerite, mais il les brise, il les tri-\nture, faisant haleter les rythmes. Ainsi, cette page puissante apparaît chargée\nde tout le virus de malice diabolique et d'ironie essentielle qui, destructeur\ncomme un vent de mort, s'attaque aux plus belles fleurs de l'âme pour les\ncontaminer et les flétrir.\n    La Faust-Symphonie fut fort applaudie et à juste titre, car Sylvain Dupuis\ns'était attaché à en donner une réalisation très approfondie et fouillée dans le\ndétail. On goûta vivement aussi l'interprétation tour à tour délicate et vigou-\nreuse d'une symphonie pour deux flûtes et orchestre à cordes de W. Friede-\n mann Bach, un des fils de Jean Sébastien, symphonie débutant par un\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3153, "texte": "                               REVUE    DU   MOIS                              95\n\npoétique dialogue des flûtes, auquel vient s'enchaîner une fugue pleine de vie\net d'éclat.\n   Le pianiste Rosenthal, qui n'avait plus été entendu à Bruxelles depuis\nnombre d'années, remplaçait Mlle Sansoni. Il joua le Concerto de Liszt (mi\nbémol) en grand virtuose dont il possède les qualités essentielles de clarté, de\nverve, de puissance, faisant jaillir du clavier des sonorités savoureuses, écla-\ntantes et perlées. Puis, il nuança poétiquement la Berceuse de Chopin. Nous\nferons cependant ici une restriction. L'essence de la Berceuse, c'est le calme\net la sérénité. « Que la main gauche », disait Chopin, « soit votre maître de\nchapelle ». Ce conseil trouva-t-il jamais plus juste application qu'ici? L'ac-\ncompagnement de la Berceuse doit se dessiner à la basse estompé dans le rêve,\nen conservant toujours le mouvement initial, sans aucune accélération ni\nralentissement, sans aucune de ces capricieuses oscillations de rythme qui,\nsuivant le mot heureux de Brassin, pourraient éveiller l'enfant.\n   On a pris ensuite plaisir à voir Rosenthal maîtriser les terrifiantes varia-\ntions de Brahms sur un thème de Paganini, les projetant en subtiles fusées,\npour les faire vibrer l'instant d'après en écrasantes avalanches sonores. Nous\nne pouvons dire la même chose de la transcription de valse viennoise qu'il\njoua en rappel et qui eut. le don de soulever l'enthousiasme puéril de l'assem-\nblée. Ici, dans la précipitation folle d'une vraie course à l'abîme, l'allure\nimprimée aux traits était si vertigineuse, que leur ligne en était altérée et leur\nplasticité compromise. Rosenthal et Sauer sont coutumiers de ces énormes\nfautes de goût difficiles à admettre chez un artiste. Sous ce rapport, les pia-\nnistes viennois sont très en retard sur leurs émules d'Allemagne, de France et\nde Belgique. Ni Busoni, ni d'Albert, ni Pugno, ni Degreef ne se rendraient\ncoupables d'aussi graves erreurs esthétiques. Les exubérances déchaînées et\nles rythmes trépidants de la Catalonia d'Albeniz terminaient cette intéressante\naudition.\n                                         *\n\n\n   P r e m i e r C o n c e r t D u r a n t . — M. Félicien Durant a été excellem-\nment inspiré de revenir à son ancienne coutume consistant à composer des\nprogrammes méthodiques, harmonisés avec le but éducatif de l'institution\nartistique qu'il dirige, chaque concert demeurant exclusivement consacré\nà un maître ou à une école déterminés. Cette fois il s'est occupé de la\nmusique russe.\n   Il a fait entendre la première Symphonie en mi bémol de Borodine et la\ntroisième Symphonie en ut majeur de Rimsky-Korsakow. Dans le domaine de\nla symphonie, les Russes n'ont point l'art des grandes constructions puis-\nsantes et unifiées, mais ils s'y distinguent par les artifices du rythme, par le\nmouvement, la couleur, surtout par la profusion de sève folklorique qui les\nparcourt.\n   A tous ces points de vue, la Symphonie de Borodine offre le plus grand\nintérêt. La Symphonie de Rimsky-Korsakow dont il faut surtout retenir\nle scherzo plein de grâce, reste plutôt figée dans son ensemble, manque de\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3204, "texte": "96                                 DURENDAL\n\n\n\ncette spontanéité vibrante, de cette saveur rythmique et pittoresque qui carac-\ntérisent la Symphonie de Borodine.\n   M. Ricardo Vinès, pianiste, a joué le Concerto en ut dièze mineur de\nRimsky-Korsakow et le Concerto en mi bémol de Liapounow qui, de même\nque Liadoff, se rattache à l'école saint-pétersbourgeoise des Cinq. Nous prête-\nrons le Concerto de Rimsky qui nous semble d'écriture plus ferme, plus\nlibéré aussi de ces formules parasitaires qui encombrent l'œuvre de Liapounow\noù sans doute quelques idées heureuses se rencontrent çà et là, mais sans\ndéveloppements, vite noyées dans un flot d'arabesques plus ou moins élé-\ngantes ou étouffées dans le tumulte importun de traits assez lourds. M. Vinès,\nsoucieux de mouler ces traits avec une perfection plastique absolue, a donné\nde ces deux compositions une version remarquable de clarté, de précision et de\nvigueur.\n   Signalons encore une jolie sérénade pour orchestre de Glazounow et une\nlégende de Liadow, le Lac enchanté, dont les harmonies délicates et cha-\ntoyantes évoquent parfois le Siegfried et qui fut finement nuancée par l'or-\nchestre.\n   Sauf peut-être une ou deux exceptions, les œuvres qui composaient ce\ncopieux programme n'avaient pas encore été exécutées à Bruxellest et nous ne\nménagerons pas à M. Durant les éloges qui lui sont dus pour sa belle initia-\ntive, pour l'énergie méritoire et la constance généreuse qu'il met à poursuivre-\nson entreprise.\n                                         *\n                                        * *\n\n   C o n c e r t s d i v e r s . — M. Crick-boom a donné, à la salle de la Grande-\nHarmonie, son premier récital de violon, remportant un succès brillant et\nmérité auprès de l'auditoire nombreux venu pour applaudir ce disciple excel-\nlent d'Ysaye, un des représentants les plus autorisés de l'école. Il joua notam-\nment des fragments de la Symphonie espagnole de Lalo, deux charmantes\nesquisses de sa composition intitulées Grisaille, Calme. Mais il y a surtout\nlieu de signaler son interprétation du Concerto en la mineur de Bach, inter-\nprétation tout à fait digne d'éloge par la beauté et la plénitude de la sonorité\nainsi que par la noblesse soutenue du style, et celle du Concerto en ré mineur\nde Tartini qui lui donna l'occasion de faire valoir la maîtrise et la souplesse\nde sa technique.\n   Disons un mot, en terminant, de la séance de sonates italiennes du XVIIe et\ndu XVIIIe siècles, organisée au Foyer. A notre grand regret, la chronique\nmusicale étant fort chargée ce mois, nous ne pourrons ici entrer dans des\ndétails. Notre collaborateur Charles Martens y fit une remarquable et instruc-\ntive causerie sur les origines de la sonate qu'il étudia principalement dans\nl'œuvre de Corelli, de Veracini, de Tartini, dont il traça finement la physio-\nnomie artistique et morale. Cette causerie fut suivie d'excellentes interpréta-\ntions démonstratives confiées à MM. Nicolas et Marcel Laoureux. On entendit\nla Folia de Corelli, une sonate de Tartini et une sonate de Veracini, cette\ndernière des plus intéressantes par le charme de la pensée et la grâce des\nrythmes.                                             GEORGES DE GOLESCO."}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-011", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 103, "titre_corps": "Les salons d’art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Houtart", "ancre_debut": "Les Salons d'Art Le LIe Salon des Aquarellistes", "ancre_fin": "FRANCIS HOUTART.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "An Théâtre du Parc", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 123, "fin_caractere_exclue": 3281, "texte": "Les Salons d'Art\n L e L I e S a l o n d e s A q u a r e l l i s t e s . — Le goût des choses anciennes\ns'est tellement r é p a n d u dans le public qu'il a même envahi les ateliers les\nmoins rétrogrades. M o n u m e n t s , meubles, bibelots du temps passé, nous\ntrouvons tout cela au Salon des aquarellistes et avec une insistance qui nous\na frappés. D'autre part, plusieurs s'évertuent dans leurs aquarelles à sembler\npeindre à l'huile ou au pastel. J'ignore pourquoi ils mettent tant de coquet-\nterie à vouloir q u ' u n e aquarelle ait l'air de tout, sauf d'une aquarelle !\nPourquoi même, q u a n d un procédé original a fixé la réputation d'un artiste\nle changer pour u n moins bon, sous prétexte de rajeunir.\n    Cassiers a cru devoir modifier son système popularisé par tant d'affiches,\nsuperbement éditées,entre parenthèses, et donnant l'illusion de l'original. Il\nn'en reste pas moins l'un de nos meilleurs artistes. Appuyée sur les\nbéquilles de ses contreforts, la Grande église écrase le sol de son poids de\ncolosse ; sa tour massive se dresse avec orgueil, défiant les siècles et la per-\nversité h u m a i n e . Rien de tel pour n o u s rendre modestes que la vue d'un\n pareil m o n u m e n t : lui suivit, et n o u s , atomes perdus dans l'espace, dispa-\nraissons d a n s l'éternité sans laisser plus de trace que la poussière emportée\n par le vent !\n    Ce sphynx au nez c a m a r d , Souvenir d'Egypte qui hanta Baeseleer, se\ntaira-t-il toujours sur son origine et sa création ? E n i g m e des savants, témoin\nmuet des plus g r a n d s événements qui aient bouleversé l'univers, son silence\nest plus éloquent que tous les discours des orateurs.\n    La Porte de Mesnil, par L a n q u e t i n , est un vestige d'enceinte fortifiée qui se\nrencontre encore d a n s l'arrière-province. Nullement restaurée, et telle que\nnos pères l'ont c o n n u e , flanquée de deux vieilles bicoques qui reposent\nleur vieillesse sur ses piliers. L a route passe à travers ses j a m b e s , comme le\nfleuve en dessous d'une arche de pont. On admire son pittoresque, avant de\nse demander quelle put bien être jadis son utilité.\n    L'Heure du salut, par L e Mains : c'est l'église en rase c a m p a g n e , fortifiée\ncontre les incursions des N o r m a n d s . F r a p p a n t e image de l'église, qui, pour\n n'être plus attaquée par les mêmes armes, n'en est pas moins battue en\n brèche â p r e m e n t . D e p u i s mille ans le terrain de la lutte s'est simplement\n déplacé. Les p i g n o n s des Vieilles maisons de France, penchés sur une rivière\n inutilisée, si ce n'est p o u r la vidange, contemplent sans se lasser le cours\n d'eau déchu qui charrie l'ordure.\n    Pendant l'Office : la lumière du soleil, tamisée par les vitraux multicolores,\n illumine et dépose u n chaste baiser sur le visage d'une j e u n e Bretonne aux\n fraîches carnations.\n    Comme paysagiste Bartlett procède des primitifs : Mère et Enfant se\n détachent à l'avant-plan sur u n horizon lointain, coupé par les sinuosités des\n ruisseaux et des sentiers. Jeux de Nymphes n'est pas une des meilleures com-\n positions de Besnard : la chute d'eau qui remplit la toile ne se présente pas\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3581, "texte": "98                                      DURENDAL\n\n\n\n bien. Q u a n t aux n y m p h e s il faut les chercher l o n g t e m p s avant de les décou-\n vrir. Je préfère à cette mythologie l'intimité bourgeoise de la Soirée sereine, du\n Printemps et de la Bonne pipe, de Carpentier.\n      H a g e m a n s , à la Lisière du Bois, fut impressionné par les lueurs d'incendie\n d'un soleil c o u c h a n t , mais il en força la note.\n      U n e page de belle allure est celle où H e r m a n u s représente les Ruines de\nMontaigle, perchées sur un mamelon qui d o m i n e la contrée d'alentour. Les\n architectes du moyen âge rendaient leurs constructions aussi élégantes que\n solides, et en les élevant sur des hauteurs ils se souciaient de la défense\n c o m m e de l'esthétique d u p a y s a g e . N o s m o d e r n e s bâtisseurs négligent trop\nces multiples contingences.\n     L e Retour du Kaïd, la Fantasia exécutée à l'occasion des festivités nuptiales\naux confins du S a h a r a , fournissent à Maurice R o m b e r g l'occasion d'éblouis-\nsants effets de lumière d a n s lesquels il est passé maître. D'un autre ordre\nd'idées procède sa Fontaine de Diane, à F o n t a i n e b l e a u : bassin en marbre\nblanc, allées droites, tapis de feuilles mortes, c'est le décor évocateur de\nl'ancienne cour de F r a n c e . I1 convenait de le peindre en cette saison\nd'automne qui mêle la tristesse du présent aux g r a n d e u r s du passé.\n     Titz interprète agréablement d a n s la Route de Coxyde le paysage classique\nde la F l a n d r e m a r i t i m e . L a Rue de Lille, à Ypres, dresse devant nous les\np i g n o n s de ses vieilles demeures et il n'est pas j u s q u ' a u x béguines encapu-\nchonnées qui ne d o n n e n t à ce coin provincial u n e saveur d'ancienneté\nd i s p a r u e de nos cités. J e fus étonné de découvrir, en la Cour de l'Ecole Cou-\nvreur, un vestige du vieux Bruxelles, é c h a p p é — par quel miracle — à nos\nmodernes vandales. E n ces temps de c h a m b a r d e m e n t général mieux valait,\npeut-être, ne pas attirer sur lui l'attention !\n     L'Automne n'a plus de secrets p o u r U y t t e r s c h a u t : il transpose sur sa\npalette toutes les couleurs m o u r a n t e s d o n t la n a t u r e pare son manteau\nd'arrière-saison.\n     L a comtesse de H o h e n w a r t témoigne d'une conception bien originale de\nla n a t u r e morte. Sa b r a n c h e d'Amandier en fleurs se profile sur l'atmosphère\nsereine d u ciel — au lieu d u sempiternel vase de fleurs posé sur u n guéridon\net se détachant sur u n e banale d r a p e r i e . Cet a m a n d i e r fleure bon et l'on\nrespire son parfum en plein air, mieux que dans un a p p a r t e m e n t clos.\n     M m e Gilsoul aussi préfère n o u s montrer ses fleurs sur tiges, et son Jardin\nen est rempli comme de multicolores confettis. H e r m a n s exécute u n e Fan-\ntaisie sur des airs d'azalées (!) dont je n'aurais que du bien à dire, si le procédé\nqu'il emploie n e me paraissait fâcheux : il semble laisser de l'eau séjourner\nsur sa peinture, ce qui brouille le dessin. On songe malgré soi a un verre\nd'eau renversé par m é g a r d e .\n    J e ne parlerai d ' H a n n o n que p o u r la singularité de son Deuil de journaliste.\nCe sujet évoque, croyez-vous, u n e salle de rédaction en larmes. Point : un\nc a n a r d le cou p e n d a n t , posé sur une botte d'oignons! J e ne sache pas\nq u ' a u c u n rédacteur soit mort de son premier canard ; c'est aux lecteurs à en\nfaire leur deuil, et n o n pas aux journalistes.\n     Les tableaux de g e n r e n'étaient pas foison. Gay, avec la Cheminée, ressus-\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2886, "texte": "                              REVUE    DU   MOIS                            99\n\n cita un exquis décor du temps de Louis le Bien-Aimé ! Geudens raille\n finement la horde des gogos à l'affût de l'occasion, un jour de Vente.\n Le crieur qui s'époumonne et le tabellion qui annote avec soin le prix des\n enchères sont croqués sur le vif. L'Escalier de la Tour, en pas de vis, a ses\n mystères qui donnent le frisson.\n    Lybaert peint avec la précision d'un artiste médiéval. Il aurait pu donner\n à son Tambour de 1792 un type plus guerrier. On ne se le figure pas, sous\nses traits de bonhomme placide, menant les armées de la République à la\n victoire !\n    Les bons bourgeois de i83o passent devant nous, un Jour férié : petites\n pensionnaires en rangs d'oignons conduites par une grave demoiselle en\n crinoline et cachemire, dandys coiffés du haut de forme évasé. Ces détails\n indiquent chez Amédée Lynen la compréhension d'une époque dont\n les amants de l'art ont beaucoup médit et dont l'originalité peu à peu\n se dégage.\n    Van der Way amène une Jeune fille d'orphelinat devant la vitrine d'un mar-\n chand de porcelaines. Sur les étagères sont disposés maints bibelots qu'elle\n envie et pourra seulement reluquer. Et ce désir insatisfait ajoute encore à la\n tristesse de sa situation.\n    Le Projet de chapelle, d'Ensor, et surtout les allégories de Khnopff, Pour le\n Maitre de la Terre, sont d'un symbolisme compliqué, indéchiffrable même.\n    Les images de Boutet de Monvel m'ont plu par la naïveté charmante de\n leur inspiration enfantine, j'allais dire infantile; elles représentent les\n choses du présent ou du passé sous une forme accessible à des cerveaux de\n dix ans. Les aquarelles exécutées pour les albums Nos enfants, garçons et\nfilles (1), font défiler devant nos yeux amusés Mme Chrysanthème à l'abri de\n son parasol, Mme de Pompadour en pantalon de sultane, le Roi soleil en\n danseur de ballet, le général Tom Pouce enfin qui ne dédaigne pas de\n bichonner lui-même ses chevaux d'ordonnance, les uns sur roulettes, les\n autres à bascules.\n    Est-ce amusant pour les petits !\n    Je m'en voudrais de clore la série des artistes cités, sans parler de Tou-\n louse-Lautrec. Son art décadent et bizarre, malgré un crayon facile, jure\n avec son nom du grand siècle. Il le porte à son corps défendant, je le veux\n bien, — tel son pendant en littérature la comtesse Mathieu de Noailles\n mais il eût pu, tout de même, le mettre à l'abri d'égarements excessifs.\n Louis XIV et l'altière Montespan ne pensèrent jamais, dans leurs amours,\n devenir la tige d'une lignée de rapin!\n                                       *\n                                      * *\n\n  L e S a l o n d e l ' E s t a m p e . — Les coins les plus réputés de notre\npays ont servi de thème à nos artistes.\n  Célos couvre d'un riche manteau de Neige un coin de Bruges la Morte, et\n\n  (1) Édités par Hachette.\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3494, "texte": "100                                    DURENDAL\n\n\n\n ce manteau la fige d a n s u n e immobilité glacée, lui d o n n e l'aspect rigide d'un\n cadavre.\n     L e s dessins de C o m b a z sur la Grotte de Han destinés à u n guide illustré\ntrahissent trop le b u t mercantile auquel on les destine et imposent u n e admi-\nration de c o m m a n d e . J e le préfère livré à son inspiration. Des ormes sem-\nblables à de gigantesques plumeaux, violemment secoués par u n Vent d'Ouest\n balayent le ciel avec fureur. On sent l'atmosphère chargée d'eau et les nuages\n prêts à crever. Ce grand d r a m e de la nature est rendu ici d'une façon saisis-\n sante.\n     De la H a y e , c o m m e Peeters, fait parler les vieilles pierres, les fenêtres à\n meneaux, les portes cintrées du Béguinage de Lierre-, pavés disjoints, égouts à\n découvert, m u r s b r a n l a n t s , rien n'y m a n q u e .\n     E n des sujets a n a l o g u e s , Van der L o o fait preuve d'une grande sincérité\nd'accent, mais on pourrait lui reprocher l'uniformité de son coloris sombre\n et d u r .\n     Les gravures de Vibert : les Puits à pierres, les Faméliques aux joues creusées\npar la faim décèlent un artiste pénétré de sa mission. Certaines ombres\nblanches rappellent, sans les pasticher, les procédés de Dürer.\n     U n des plus remarquables dessinateurs du Salon est sans conteste\n Maréchal. Il saisit c o m m e pas un le caractère grandiose de la Campagne\nromaine, de la Vallée du Tibre et des Montagnes de la Sabine. Il plane au-dessus\nd'elles. Son coup d'oeil d'aigle en perçoit d'emblée la majesté naturelle,\na c c o m p a g n é e de vingt siècles d'histoire. L'Eglise Saint-Martin posée au beau\nmilieu d'une b o u r g a d e de province, abrite sous son aile les paisibles maisons\ngroupées a u t o u r d'elle.\n    Ses œuvres cachent un sens profond et des hardiesses de dessin qui n'appar-\n tiennent qu'aux g r a n d s m a î t r e s .\n     Verheyden figura d a n s la rétrospective. Sa suite de paysages confirme le\nj u g e m e n t porté sur lui par L e m o n n i e r : « Son bon sens rude dédaigna les\nallégories; il peignit en F l a m a n d grisé de lumière, d'air, de mouvement, et\nchez qui prévaut la spontanéité du t e m p é r a m e n t . Q u a n d il fait ses bûcherons\net ses paysans, c'est encore la terre qu'il exprime à travers eux. Ses paysages\n et ses portraits ont u n e a m p l e u r de santé et de vie de bel ouvrier heureux. »\n     L e m m e n aussi tint une place à p a r t . « N u l , peut-être, n'est plus sensible\n à la volupté de la couleur. Sous le coloriste merveilleusement doué qu'est\n L e m m e n il y a un dessinateur très savant qui met toute sa coquetterie à\n dissimuler son savoir. » ( D u m o n t W i l d e n . ) Les tons un peu criards de ses\n affiches pour l'Estampe, l'Exposition de Bruxelles, la Libre Esthétique sont bien\n faits pour retenir l'attention des p a s s a n t s . La Fillette nue d'un délicieux modelé,\n Figure de Dos, Femme au Peigne et d'autres encore révèlent un virtuose du nubien\n compris. L e Pugilat met aux prises deux brutes à face bestiale et aux biceps\n proéminents : ils s'assènent des c o u p s qui ne sont pas pour rire, ce p e n d a n t\n que des messieurs musqués et des d a m e s élégantes sont près de s'évanouir!\n      Les eaux-fortes de Pennell (aux lignes p a r trop géométriques) montrent à\n quel point le maître fut impressionné par l'énormité des villes américaines.\n  « Il a synthétisé la vie active, tourbillonnante, nerveuse et formibable des cités\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3159, "texte": "                                 REVUE DU        MOIS                               101\n\n\n\nd'Amérique, la g r a n d e u r féerique de leurs constructions modernes, la puis-\nsance de leurs usines. On sent que l'œuvre a été gravée directement avec le\ncuivre, au coin d ' u n e rue, du haut d'un toit, sur le parapet d'un quai, du\nsommet d'une colline. » (R. S a n d . )\n   Le grouillement de la foule en délire à Bruxelles-Kermesse fut fidèlement\ntraduit par F l a s s c h o e n .\n   En instantanés rapides, Guys stéréotypa les tranches de vie que P a r i s\noffrait journellement à sa vue. « Il veut savoir, comprendre, apprécier tout\nce qui se passe à la surface de notre sphéroïde. » (Baudelaire.)\n   Danse aborde les genres les plus divers. Si d'une part les avant-corps d'une\nVieille maison, rue du Dragon, à Paris, se rejoignent comme pour s'étreindre\net disent assez l'imprévu des constructions anciennes ; d'autre part une inspi-\nration très jeune et de g r a n d e fraîcheur nous vaut la Jeune fille au béret. Sa\nphysionomie éveillée trahit un cœur sain et u n e âme ouverte à l'idéal.\n   Les pointes sèches de C h a h i n e sont consacrées à une très orientale Ghemma\net à l'expression de ses sourires pleins d'artifices.\n   Il y a b e a u c o u p de vie dans la figure farouche du tribun Janson, dans le\ncerveau en mal de composition de Gevaert, et la face épanouie d'Ysaïe, par\nDratz. Expressifs aussi les visages ravagés du Vieux et de la Vieille mendiante\net l'Abbé Letellier dessinés par D u r i a u avec u n e rude franchise. Ses autres\nœuvres par contre font songer à des agrandissements photographiques.\n   L e s portraits de Cels doivent être ressemblants, à en juger par ceux de\n Verhaeren et de G. Stevens, mais l'énergie leur fait défaut. Crayon timide qui\ncraint de se prononcer.\n   Gaillard procède par quelques traits hachés : son Portrait est d ' u n e belle\nvenue, j'allais dire bien brossé.\n   Victor Rousseau se fait connaître ici sous un jour nouveau : L a Jeune\nFlorentine joue de sa luxuriante chevelure : tel l'oiseau qui secoue son\nplumage sous la rosée du matin, p e n d a n t que Miss Isadora Duncan discipline\npar le rythme savant de la musique u n e danse désordonnée et folle.\n   Je ne dirai rien de Khnoppf malgré les perfections de son dessin : j'ai parlé\ndéjà du symbolisme qui le caractérise et qui m'a paru ici encore d'une\nrecherche excessive.\n   P e u de natures mortes. U n coup de vent agite les Chrysanthenes de Mme F r a n c -\nhomme ; leurs pétales deviennent autant de tentacules de poulpes, assu-\nrément i n c o n n u s des naturalistes!\n   T e r m i n o n s sur les eaux-fortes qui interprètent les vieux maîtres.\n   M m e Danse expose la Songeuse, d'après Nicolas Maes, Rosseeuw, le\nPortrait du docteur Scheuring, d'après Lucas Cranach, Scoyer, la Bête à bon\nDieu, d'après Alfred Stevens. T o u s également réussis. La g a m m e des bruns\net des noirs nuancée à l'infini d o n n e u n e impression colorée aussi vive\nqu'un tableau. Et, i n d é p e n d a m m e n t de la note d'art, il y avait là un tour de\nforce que pouvait seul accomplir un métier consommé.\n\n\n                                          * *\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3447, "texte": "102                                DURENDAL\n\n\n\n    L ' E x p o s i t i o n d e s P a s t e l s . — Les Marguilliers, de Geudens, ex-\n priment assez bien ces physionomies des paysans de la bonne race, adonnés\n aux seuls travaux de culture, et dont l'unique pâture intellectuelle se borne\n au sermon de M. le curé. Les bésicles à mi-longueur du nez, le nez dans\nun gros paroissien romain aux feuillets gras, et sérieux comme des évêques, on\n se demande si vraiment ces braves gens savent lire ou s'ils ne font pas semblant !\n    Rêverie, d'Herman Richir, manque... de rêverie. Rêverie indique plutôt\nune inquiétude, une préoccupation dans un cœur de 18 ans. Ici, au contraire,\nc'est le triomphe de la santé physique épanouie en un visage de jeune fille au\nteint appétissant et frais. Ne s'agit-il pas de la propre fille du peintre? Dans ce\ncas, cet air bien portant ferait plus d'honneur au papa qu'à l'artiste, dont\nl'inspiration manqua un peu d'idéalisme.\n    Le P. La Housse, par Jacques de Lalaing, témoigne d'un métier conscien-\ncieux et habile, comme aussi le portrait de la comtesse de Lalaing, sa mère;\nmais, dans celui-ci principalement, le contour du visage est sec, la physiono-\nmie dure, la couleur d'une indicible froideur, et la personne entière d'une\nraideur de mannequin empaillé qui rappellent une fois de plus les habituels et\nregrettables défauts du maître. Défauts incorrigibles, semble-t-il, car ils tien-\nnent au tempérament de l'artiste bien plus qu'à son métier de statuaire (comme\non l'a prétendu).\n    Le Portrait, de Van Holder, d'une facture un peu lourde, témoigne de plus\nd'ampleur. Il rappelle de loin, grâce aux réminiscences de la mode et aux\nchapeaux Gainsborough, les portraits anglais du temps de Reynolds, sans\nêtre enlevé, oh ! non, avec le même brio. Le modèle est d'ailleurs d'une beauté\nagréable, distinguée, et le mérite du peintre à le représenter en est diminué\nd'autant. Au contraire, le Portrait de femme, de Wollès, dépourvu des avan-\ntages physiques du numéro précédent, n'en constitue pas moins la meilleure\nœuvre du Salon. Une manière de petit chef-d'œuvre! On ne sait ce qu'il faut\nadmirer davantage de la correction du dessin, de la vivacité du coloris, de la\nprécision du trait, de la sérénité de la composition. Cela vit, cela parle. Ces\nyeux lancinants de myope dardent sur le spectateur un regard si expressif qu'ils\nparaissent mobiles. Ce n'est plus l'image d'une personne, c'est la personne\nelle-même qui voit. Pour atteindre à un pareil effet, pas l'ombre d'effort, une\nsimplicité de moyen qui déconcerte. Preuve éclatante que la virtuosité du\nmétier ne doit pas être confondue avec sa complication et sa recherche. Si\ncette vérité était mieux établie, on verrait moins de talents stagnants et d'efforts\ndépensés en pure perte.\n   La Bretonne, de Firmin Baes, au modelé solide, termine honorablement la\nsérie. De lui aussi Les Bateaux, flottille d'embarcations minuscules et loin-\ntaines. Au sommet de la grève se profile sur l'immensité de l'espace une\nBretonne en robe noire et coiffe blanche, avec un enfant sur les bras. Son\nregard interroge l'horizon, dans l'espoir de découvrir la barque qui porte son\ncœur et sa fortune... Le soleil couchant et le jour qui expire projettent sur les\ncieux, sur la mer, des lueurs fluorescentes. Pas un souffle dans l'air, pas une\nride sur l'eau, pas une voile gonflée; la nature entière se tait, s'endort. Et ce\nsilence impressionne prodigieusement.\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "                                REVUE       DU      MOIS                         103\n\n\n   E x p o s i t i o n D o l f V a n R o y . — Une femme jeune, en négligé du\nmatin, vue de dos mais dont le visage heureux se lit sur une glace, savoure\navec lenteur la Lettre longtemps attendue et pleine de confidences, car l'enve-\nloppe est cachetée. Elle passe une de ces minutes d'intimité si heureuses\net douces qu'on voudrait prolonger des heures. Cet instant fugitif et rare\ndans l'existence est noté avec beaucoup d'à-propos et par un pinceau délicat.\n   Les autres compositions de Dolf Van Roy (à part une étude de nu —\nLe Masque — où la lumière du jour caresse avec volupté des chairs bien en\nforme) sont le fruit d'une inspiration moins personnelle.\n  Favori et Psyché rappellent la Dame en rose et Psyché de Stevens. La\nDame en noir est la réminiscence d'un Willems, et la Bibliothèque d'un\nBrakeleer. Interprétations élégantes parfois, mais qui ont le tort d'être des\npastiches et de ne pas dépasser, ni même d'égaler les maîtres imités.\n                                            *\n                                        *       *\n\n    E x p o s i t i o n H e n r i B i n a r d . — Binard choisit de préférence les\naspects de la nature les plus difficiles à saisir, parce que les plus fugitifs ; il\nessaye de fixer ce qu'elle offre d'imprécis, d'insaisissable, d'impalpable, ses\n changements de décor en un mot : jour qui tombe, soleil levant, premiers\nrayons du matin qui dissipent les brouillards à fleur de terre. C'est la nature\nsur le point d'expirer ou de revivre, le moment où elle se recueille soit pour\ns'endormir, soit pour s'éveiller, quand aucun souffle de vie ne l'anime plus,\nou pas encore. Ces transitions du jour à la nuit sont si douces, qu'en les\ncontemplant nous-mêmes dans les champs, nous ne parvenons pas à discerner\nl'instant précis où finit le jour, et où la nuit commence. Les arbres alors,\nen se penchant, chuchotent des bonsoirs qu'emporte le vent.... Nuages\nfloconneux, ramassés en ballots par le Créateur et remisés jusqu'au lende-\nmain, campagnes qui s'enténèbrent, rayons de lune qui flamboyent sur des\neaux tremblantes, forment les décors préférés de ses sujets favoris.\n   Ces spectacles dont la nature nous offre des représentations grandioses\nexercent toujours beaucoup d'attrait. Mais ils exigent dans leur exécution\nune maestria, qui n'est pas encore le fait de Binard, malgré de sérieux efforts\net un réel talent.\n                                                           FRANCIS H O U T A R T .\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-012", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 103, "page_fin": 104, "titre_corps": "Au Théâtre du Parc", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. A.", "ancre_debut": "An Théâtre du Parc L' « Aventurier », de M. Alfred Capus", "ancre_fin": "F. 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Alfred Capus renonce à son ancienne manière : la\ngravité du moraliste remplace le sourire du sceptique. Cette comédie, qui\ntouche au drame, qui recherche l'émotion bien plutôt que l'esprit, et qui la\ntrouve, du reste, poignante, irrésistible, profondément humaine, — cette\ncomédie nous donne une leçon de courage, de vaillance, d'énergie, sinon\nencore d'altruisme et de désintéressement, qui est d'une virile éloquence.\n   Cette pièce forte et honnête a remporté au Parc, où elle bénéficia d'une\ninterprétation et d'une mise en scène remarquables, un succès extraordinaire.\nOn a beaucoup ri, et surtout pleuré. On a applaudi avec frénésie la comédie\net les acteurs, en tête desquels M. Krauss et MIle Damiroff se firent admirer\npar un jeu à la fois sobre et pathétique. Et durant de longs soirs, une file\ninterminable d'autos et de carrosses signala ce triomphe aux passants de la\nrue Ducale.\n   M. Alfred Capus, avec l'Aventurier, a rapporté « la veine » au Parc. Sou-\nhaitons que cette chance perdure, et que M. Reding nous donne très fréquem-\nment l'occasion d'entendre de telles pièces. Le public réagit enfin contre les\npolissonneries ineptes qui prétendent à représenter chez nous l'esprit pari-\nsien. Le théâtre du Parc se doit à lui-même d'encourager ces excellentes\ndispositions, de ne nous offrir que de bonnes et belles pièces, de redevenir\nenfin notre première scène comique et le rendez-vous des « honnêtes gens ».\n\n                                       *\n                                      * *\n\n   L a matinée M u s s e t : Il ne faut j u r e r de rien. — Quoi\nqu'en pensent certains hommes de lettres, les dédains de nos jeunes poètes\nn'ont pas encore tué Musset : sa fantaisie, son éloquence, sa passion dou-\nloureuse et son ardent lyrisme continuent de troubler les cœurs. Et l'on\ns'est bien rendu compte, à la matinée du Parc, que les stances à la Malibran\net les soupirs tragiques des Nuits conservaient un charme immortel. J'ai bien\npeur que Mallarmé, Kahn et Vielé-Griflfin, sinon Baudelaire et Verlaine, ne\nsoient oubliés avant ce dandy de génie que fut Musset.\n   77 ne faut jurer de rien, que le Parc nous a donné pour célébrer son cen-\ntenaire, ne laisse pas, pourtant, de dater un peu. Auprès de nos jeunes Nietz-\nschéens, ce mauvais sujet de style 48, à redingote bleue et gilet à fleurs,\nsemble bien innocent; et le chiffre de ses dettes ferait rougir de honte, telle-\nment il est modeste, les noceurs d'aujourd'hui! Il date du temps des lionnes,\ndes cabriolets et des élégances du boulevard de Gand : c'est dire qu'il a paru\nétrangement démodé. Mais la pièce, elle, n'a pas vieilli : son style et son\nsentiment ont gardé toute leur fraîcheur, son esprit et sa fantaisie n'ont\nrien perdu de leur éclat, son émotion discrète et sûre ne cesse pas d'aller\ndroit au cœur.\n   Dans le rôle du jeune dandy, M. Scott fut excellent de désinvolture et de\ngaieté, et Mlle Aimée Roger exprima très délicatement les plus subtiles\nnuances d'un des rôles d'ingénue les plus charmants qui soient. Quant aux\nvers, ils furent dits correctement, sans plus, exception faite toutefois pour\n M. de Gravone et pour M me Breitner.                                 F. A."}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-013", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 106, "titre_corps": "Les conférences", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Journal des Conférences 18 janvier. — ... 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Conférence d'Henry Carton de Wiart sur\nJoseph Prudhomme. Durendal n'est pas invitée. Nous le regrettons en l'occur-\nrence. Pour les conférences qui vont suivre, cela nous est assez égal. Les mes-\nsieurs de Paris vont revenir...\n   21 janvier. — Il n'y en a plus que pour Durendal. Voici Virrès, le monocle\nà l'œil, qui sur la scène du Foyer s'avance. Avec des finesses, avec des\nnuances, dans un style pourtant plastique et fort il étudie le rôle de l'Art dans\nla vie. Virrès est un des meilleurs conférenciers que je connaisse. Cette fois\npourtant, la synthèse de sa conférence n'apparaît guère. Mais les morceaux,\nun peu déjetés, sont pleins d'aperçus ingénieux, d'idées frappantes de mots\njustes. On se sent en présence d'un écrivain particulièrement original, d'un\nartiste aux jouissances aiguës et éclectiques. Son commentaire de Ruskin est\nlumineux, complet, concis. Mme Derboven illustre de récitations sa conférence,\nlit quelques poèmes d'amour, quelques arts poétiques et s'acquitte à merveille\nd'une tâche difficile : la lecture de quelques pages de Ruskin.\n   25 janvier. — Dans une salle ravissante de la rue Mercelis, le tout Bruxelles\nélégant se presse pour entendre le Père Hénusse. Pour une grande part de la\njeunesse d'aujourd'hui, le Père Hénusse est un maître. Esprit vaste, âme d'ar-\ntiste, souffle d'apôtre, tempérament d'écrivain, il est réellement digne d'admi-\nration. Nous l'avons tous entendu dans ses inoubliables retraites ; aujourd'hui\nil se révèle au grand public. L''Idéal dans la viel quel thème pour un homme\nqui connaît ses poètes comme ses philosophes, et dont la savante psychologie\nnous déroute et nous émerveille. Le Père Hénusse est caustique, profond, poète\néloquent tour à tour. Nul mieux que lui ne connaît l'Evangile, nul mieux que\nlui ne connaît, ne devine l'aspiration et l'ennui du monde moderne. Et il\nexprime d'admirables choses dans une langue admirable, nouvelle, chantante,\nd'une voix musicale et grave. C'est un enchantement devant tant de force tem-\npérée de tant de goût, devant tant d'envol scandé de tant de mesure, devant un\nsens si aigu de l'actualité et tant de pensées éternelles. On voudrait réentendre\ncertaines pages, dont l'une consacrée à Tolstoï constitue une des plus frap-\npantes analyses qui aient été faites de l'âme de ce prophète. Il est à déplorer\nqu'un tel talent soit voué depuis des années à des auditoires de provinces.\n    28 janvier. — La salle des mariages à l'hôtel de ville. Grâce à je ne sais\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1281, "texte": " 106                                DURENDAL\n\n\n\nquelle cérémonie municipale qui s'accomplit dans la salle de milice, les Amis\nde la Littérature ont pu tenir leur réunion dans le plus charmant décor\ngothique qu'on puisse rêver. M. Pol Demade y parle du paysan. M. Demade\nest médecin, il ausculte les corps. Est-ce pour oublier les estomacs, les intes-\ntins et les bronches qu'il adore les histoires extraordinaires? Cela lui a valu de\nla part d'un homme d'esprit (?), qui était mon voisin à sa conférence, le sobri-\nquet ingénieux de « ministre de l'Intérieur et des Affaires étranges! » Aujour-\nd'hui, il fait abstraction de tout cela pour chanter les bons rustres de chez\nnous. Il le fait avec esprit et éloquence, examinant ses héros à travers les\nécrivains. Conférence fort bien écrite, fortement étudiée, dite avec une cer-\ntaine inexpérience. Quelques lectures, mais mal choisies : il y a du meilleur\nVirrès, il y a du meilleur Delaunoy. Un grand mérite : ce n'est pas la louange\nà jet continu qui a fait des Amis de la Littérature, trop souvent, des lecteurs de\npalmarès. M. Demade apprécie selon son tempérament et sa vision propre, il\nle fait nettement, courageusement, avec sûreté et modération. C'est assez rare\npour qu'on le signale.\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-014", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 108, "titre_corps": "Les revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Revues    Vers et Prose. — Des parole", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 1281, "fin_caractere_exclue": 2861, "texte": "Les Revues\n   Vers et Prose. — Des paroles de Verlaine, assez peu nouvelles, citées par\n M. Pierre Louys. Deux lettres très intéressantes de Charles van Lerberghe,\ndatées de l'époque des Entrevisions; et d'admirables Histoires magiques de\n M. Remy de Gourmont.\n   La Revue générale nous apprend, par un article de M. Emile Faguet, qu'un\npoète est né; ce poète c'est M. Nandor Sonnenfeld, dont le bon académicien,\ndans un style ultra-quelconque, célèbre les poèmes, qui ne sont d'ailleurs pas\ntrop mauvais. M. Henri Davignon donne le début d'un roman : Déracinée.\nLe talent du romancier se fait, à mesure qu'il avance, plus grave, plus\nconscient, plus personnel.\n   Les Marches de l'Est, du 15 janvier, publient un article sensationnel du\ngénéral Langlois où il est question de la neutralité de la Belgique. On se\nrepose de la politique internationale en lisant les charmantes pages de\nM. L. Dumont-Wilden sur les coutumes de la Fête des Rois. Des vers de\nM. François Mauriac qui se prodigue un peu trop.\n   Le Catholique, après un admirable chapitre de M. Emile Baumann, s'occupe\nde la question Naundorff, de la réunion des Eglises. Un poème de M. Pierre\nNothomb.\n   Dans la Revue de Belgique la littérature est représentée par M. Pierre\nBrodcoorens et M. Jules Gohy. Celui-ci offre à notre admiration des stances,\n— Malherbe estropié, Moreas boiteux. —\n\n               Qu'importe si l'automne arrache leurs    feuillages\n                        Aux arbres délabrés :\n               C'est en vain que sur moi s'abattront les ravages\n                        Qu'il aura perpétrés !\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "                                  REVUE DU        MOIS                                107\n\n\n                 Craignant que sous les coups d'une saison moins       tendre\n                         Mon âme fût à bout,\n                 Naguère j'ai choisi pour mieux la défendre\n                         Notre amour avant tout.\n\n\n    La Société Nouvelle. M. Maurice Gauchez y publie à tour de bras ses\n Masques littéraires belges qui ressemblent aussi peu à de la critique que les\n compilations de ce pauvre R e n é Dethier. C'est dommage q u ' u n écrivain de\n grand talent s'adonne ainsi à la littérature à trois aunes pour u n franc. On\n frémit devant des phrases c o m m e celle-ci : « Valère Gille... est le poète\n mondain par excellence. Pourtant ses vers ne sont pas toujours musicaux. . »\n Je ne comprends pas très bien la corrélation...\n    La Vie intellectuelle : Quelques mots pour la Wallonie, par M. Christian\n Beck. — U n e nouvelle de M. F e r d i n a n d Bouché. De substantielles chro-\n niques. U n e phrase de M. L o u i s T h o m a s : « Seules les grandes pensées\n comptent; tout le reste n'est que de la littérature et du boulevard... »\n    La Belgique artistique et littéraire publie deux poèmes d'Emile V e r h a e r e n ,\n très beaux, très calmes, semble-t-il, q u a n d se p r o m e n a n t Autour des clos on se\n souvient des Campagnes hallucinées; et de charmantes pages de M. P . Brod-\n coorens, où tout me plaît si ce n'est un général « qui minaude une douai-\n rière... » La Belgique, depuis le mois de janvier, a cru bien faire en d o u b l a n t\n d'une « R e v u e » fort peut spirituelle l'alerte chronique mensuelle de\n M. Charles Morisseaux.\n    La Wallonie française donne un poème exquis de M. Louis Delattre :\n Chanson d'été.\n    — La nouvelle revue française termine dans son dernier numéro l'Otage, de\n Paul Claudel, et continue la publication du roman d'André Gide : Isabelle.\nQ u a n d cette très intéressante revue donnera-t-elle la suite des lettres de\njeunesse de Charles-Louis-Philippe? Les dernières, publiées en décembre,\nétaient admirables. J'en extrais cette page déchirante :\n    « T u ne peux savoir comme c'est triste, mon ami, et comme j'ai envie de\npleurer. Je me fous de la littérature. J e voudrais vivre jusqu'à la fin dans cette\npetite ville de province... à m ' e n n u y e r . . . Je me fous des femmes, je les\nhais, je voudrais les mordre et qu'elles en crèvent, je voudrais que\n Paris n'existe p a s . Peut-être que je serais heureux partout ailleurs qu'à\n Paris. J e voudrais que le m o n d e crève aussi comme une bête pourrie.\nMais surtout je voudrais que Dieu existe, qu'il fût bon, et qu'il y eût\nun autre m o n d e . On s'y retrouverait pour toujours, on aurait des corps\net des visages pour s'embrasser, des lèvres pour se sourire, des yeux\npour se voir, et ce serait éternel. O h ! comme je voudrais que Dieu existe!\nOn se quitte, on se voit u n e fois par a n . Il viendra une fois qui sera\nla dernière, puis on ira pourrir dans la terre. S'il y avait un autre m o n d e\npour ceux qui se sont aimés et si l'on en était sûr, toutes ces douleurs\nterrestres n'auraient pas d'importance, la vie serait toute en joies et la mort\nserait le plus bel acte de la v i e . . . »\n   — La Nef est u n e charmante revuette que viennent de lancer de jeunes\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "108                                      DURENDAL\n\n\n\namis des lettres. N o u s y trouvons entre autres de fort jolis vers de M M . G u y\nde Beauffort et Jean d e J a e r , ainsi qu'un article de M. Robert Systermans\nsur le centenaire de Liszt.\n   — L e Mercure de France célèbre le 1er janvier M. P i e r r e L o r u y s , grand\nécrivain et moraliste! D a n s le m ê m e n u m é r o , M . Maurice de Noisay, sous le\ntitre de L'Esprit de Jean Moréas, cite une centaine d e réparties du poète d e s\nStances. J'en d é t a c h e quelques spirituelles définitions d'écrivains :\n   FLAUBERT : \" Il est parfait, mais c'est la perfection de l'eau stérilisée, \"\n   BALZAC : « C'est u n Shakspeare avec des ratés. »\n   P A U L H E R V I E U : « C'est Œ d i p e à l'école d u soir. »\n   ANDRÉ G I D E : « C'est u n bonze qui cherche ses puces; je n'y trouverais rien\nà r e d i r e ; le malheur est qu'il les d o n n e à m a n g e r aux autres. »\n   ROSTAND, après l'Aiglon : « C'est l'oie parée des p l u m e s de l'aigle. »\n    Dans son n u m é r o d u 16 janvier, le Mercure d o n n e u n article d e M. L a u r e n t\nT a i l h a d e sur Balzac, article curieux et injuste. N o u s y a p p r e n o n s , d a n s u n e\nnote, q u e « l'admiration p o u r Barbey et p o u r Villiers, ce jocrisse d e\nl'emphase, est u n e preuve irréfragable d'imbécilité ». Merci.\n   M. L é o n Séché, dans le n u m é r o de février, reprend ce sujet haïssable et\npassionnant : Elvire et Lamartine. M. Sébastien-Charles L e c o n t e (Leconte d e\nla Presqu'île, disait un j o u r Van d e n Bosch) donne de bons vers sur le Masque\nde Fer.\n   — L'Art moderne. L e 5 février M . Francis de Miomandre nous révèle u n\npoète nouveau : M Martial Martel.\n   — Les Rubriques nouvelles. U n article de G.-M. Rodrigue sur les Vertus bour-\ngeoises d ' H e n r y Carton d e W i a r t .\n   — Les Moissons futures. — E n c o r e une naissante revue, mais dont le comité\nne compte p a s q u e d e s jeunes. Georges Virrès y d o n n e u n chapitre d ' u n\nroman inédit où il semble se renouveler, Ramackers u n poème étoile où il\nne se renouvelle pas. Deux j e u n e s poètes bien s y m p a t h i q u e s , Noël D u b o i s et\nA r m a n d Delvigne y publient des vers c h a r m a n t s .\n\n\n\n\n                                                     7\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-015", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 109, "page_fin": 113, "titre_corps": "Le drageoir aux épices", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le Petit Épicier", "ancre_debut": "Le drageoir aux épices Notre Secrétaire de rédaction a reçu la lettre suivante", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2084, "texte": "Le drageoir aux épices\n\n  Notre Secrétaire de rédaction a reçu la lettre suivante :\n\n                                                     « Liége, ce 4 février 1911.\n              » M O N CHER      CONFRÈRE,\n\n   » Je proteste contre votre accusation de plagiat, parue dans votre chronique\nde poèmes à Durendal (numéro de décembre 1910). Le droit de l'artiste sincère\nest de défendre sa... sincérité. C'est tout ce que je puis faire. Si je ne\nparviens pas à vous confondre, je le regretterais pour moi d'abord, et\npeut-être pour vous ensuite.\n   » Recevez, mon cher Confrère, l'assurance de mes sentiments confra-\nternels.\n                                                          » HENRY      MAASSEN.\n  » P.-S. — Avec prière d'insérer dans votre prochaine chronique de poèmes\nà Durendal. »\n\n  M. Maassen a des traits de ressemblance frappante avec M. Van Beneden\n(baron Charles). Il ne voit pas qu'on se moque de lui. C'est par pure ironie —\nDieu nous en soit témoin ! — que nous avons dit qu'il parodiait spirituelle-\nment Emile Verhaeren. M. Maassen heureusement ne plagie personne. Ses\nsottises sont de lui et de lui seul. C'est une justice à lui rendre. Est-il satisfait\nmaintenant? Nous lui promettons que, s'il insiste, nous servirons par tranches,\naux lecteurs de Durendal, ses œuvres complètes.\n\n                                            *\n                                        *       *\n  Nous faisons la même promesse à M. Eugène Schmitz, 70, avenue de la\nChasse, à Etterbeek.\n                                * *\n\n   M. Henry Maassen, le célèbre poète limbourgeois, le même que plus haut,\nencore lui, toujours lui! en réponse aux paroles désobligeantes de notre cri-\ntique des poèmes nous envoie un numéro de la revue Arthénice dont il est\n« directeur pour la Belgique » et qui publie en première page sa biographie et\nson portrait. Nous apprenons ainsi : 1° par le portrait : qu'il se coiffe d'un\npanama, porte un lorgnon et de longs cheveux émouvants; 2° par la biogra-\nphie : qu'il « a été bercé dans la langue néerlandaise », qu'il est paroxyste et\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": " 110                                DURENDAL\n\n\n\nfuturiste, qu'avant d'écrire un poème il le récite et il le mime, qu'à le lire « on\nsonge à Verhaeren involontairement ».\n   Arthénice publie ensuite un fort beau poème de M. Maassen; nous en\nreproduisons bien volontiers la dernière strophe :\n\n                   Ces bateaux,\n                   Soient noirs, soient blancs\n                   Ou longs, ou beaux,\n                   Ou belges, ou allemands,\n                   Néerlandais, français,'bateaux      rouges,\n                   Oh! ces quais sous la pluie    farouche!\n\n                                            *\n                                        *       *\n   Un écrivain affirme que le René satisfait les frileux par sa chaleur toujours\négale... Il ne s'agit pas du héros de Chateaubriand, mais d'un poêle du\ncharbonnier Taymans. Celui-ci nous communique sous ce titre la dernière.\nopinion littéraire de M me Marguerite Vande Wiele, 108, boulevard du Nord :\n   « Monsieur, c'est bien volontiers que je reconnais ici les excellentes qualités\nde votre nouveau poêle le « René », dont je fus l'un des premiers acheteurs.\nIl est propre, peu encombrant, et enfin, mérite suprême pour un poêle, donne\nune chaleur vive constante et égale. C'est ce qui est particulièrement sensible\naux frileux comme moi et dont je lui sais gré... »\n   Et il y a des gens que la littérature de Mme Vande Wiele laisse froids...\n\n                                            *\n  Qui est M. G. de S...?\n  Le 15 janvier, M. G. de S... s'abonne à Durendal.\n  Le 16 janvier, M. G. de S... envoie de la prose à Durendal.\n  Le 17 janvier, Durendal refuse la prose de M. G. de S...\n  Le 18 janvier, M. G. de S... se désabonne.\n  Ainsi va la vie... nous avons perdu 10 francs et six pages de fautes d'ortho-\ngraphe.\n                                      *\n                                     * *\n  Nous recevons de M. Van Beneden (baron Charles) la lettre suivante :\n\n          « Monsieur le Directeur de la revue Durendal,\n   » Un ami me signale les passages où Durendal s'intéresse à moi.\n   » Il m'y faut relever une erreur : ce n'est pas à mon initiative ni à\nM. Capette que revient l'honneur d'avoir fondé la a Ligue nationale pour la\ndéfense de la langue française » ; mais uniquement à M. Simon Sasserath,\navocat très estimé du barreau de Bruxelles, et à M. Raoul Engel, un vaillant\net précieux collaborateur.\n   )) Après leurs entrevues préparatoires, ils pensèrent, avec raison, que cette\nligue ne devait avoir d'autre but politique que celui de lutter contre l'enva-\nhissement flamingant, au cri de « Vive la Belgique Unie ».\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "                          LE DRAGEOIR AUX             EP1CES                       111\n\n\n\n   » En raison de mes sentiments catholiques, bien connus parmi mes amis,\nils me prièrent alors d'accepter la place de premier vice-président, comme ils\nprièrent en même M. Alexis Noël, conseiller communal socialiste, anti-\nflamingant, de Saint-Gilles, d'accepter celle de deuxième vice-président.\nM. Capette, de qui j'ignore les opinions de parti, remplit les modestes fonc-\ntions de trésorier dans ce comité neutre.\n   » Il était indispensable, n'est-ce pas, de rendre à César ce qui lui appartient ?...\net je vous prie, Monsieur le Directeur, de recevoir mes salutations très\nempressées.\n                                                      » B°n C H . VAN B E N E D E N .\n  » P.-S, — Je souhaiterais que Durendal, qui doit aimer la langue française,\nadhérât aux vœux nationaux de cette ligue.\n  » Les bulletins d'adhésion sont chez M. Raoul Engel, secrétaire général, rue\nde la Madeleine. »\n\n   Nous sommes au désespoir de ce que M. Van Beneden ne nous ait pas lu et\nnous ait si mal compris. Il était sans doute en voyage quand notre dernier\nnuméro a paru. Peut-être allait-il encore « en avant pour préparer le chalet à\nsa famille », comme dit, à son sujet, la Jeune Wallonie.\n\n                                              *\n                                          *       *\n\n  Dans son assemblée générale tenue à Bruxelles ces jours-ci, l'Union des\nLittérateurs flamands a décidé de faire les démarches nécessaires auprès de\nQui-de-droit, pour obtenir d'être traitée « sur le même pied d'égalité que les\nAmis de la Littérature ».\n  Sur le même pied d'égalité : l'expression mérite d'être relevée.\n\n                                         *\n                                        * *\n    La Belgique artistique et littéraire fait distribuer dans le public une circu-\nlaire rédigée, nous ne dirons pas en style pompier, mais en style artilleur.\nNous y apprenons : 1° Que MM. Paul André et Fernand Larder comptent\nparmi les héroïques artisans de notre mouvement littéraire. C'est déjà plai-\nsant. 2° Que la Revue publie des articles de tous genres mais d'une tenue\nlittéraire toujours impeccable, Cettô affirmation inspirée évidemment par les\nœuvres du baron de Lavau-Saint-Anne est au moins paradoxale. 3° Que\ntoutes les ressources de la Revue sont affectées à la plus large rémunération\npossible de ses collaborateurs. On n'ajoute pas que le plus clair de ces res-\nsources consiste en la somme de 4,000 francs — quatre mille francs ! — que\nle gouvernement donne comme subside annuel à ce Pandaemonium des\nmédiocres.\n                                         *\n                                        * *\n   « Les avantages considérables que nous vous offrons et qui sont énumérés\nci-contre ne peuvent que vous engager à remplir le bulletin de souscription\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "112                              DURENDAL\n\n\n\nannexé à cette lettre. » Ainsi concluent les héroïques artisans. Et ils\nannoncent en postscriptum que tout abonné nouveau peut recevoir tout à fait\ngratuitement et au choix :\n    1° Un abonnement d'un an à l' Expansion belge.\n    2° Deux fauteuils numérotés, mais seulement pour les représentations\n« quelconques » du théâtre du Parc. Et le prospectus précise : à l'exception\ndes premières et des représentations extraordinaires.\n    3° Trois volumes à choisir dans la collection de la Belgique artistique et\nlittéraire (je préfère les deux fauteuils).\n   4° Un porte-plume réservoir « vendu obligatoirement dans toutes les\npapeteries ».\n    5° Six portraits formant album.\n    6° Un portrait de M. Paul André en grande tenue.\n    7° Deux portraits de M. Paul André en petite tenue.\n    8° La dernière œuvre de M. Paul André, en cours de publication dans la\nRevue générale : Le Mariage.\n    9° Trois cents cartes de visite lithographiées sur ivoire anglais.\n    10° Quinze exemplaires de Delphine Fousseret, sur hollande.\n\n                                      * *\n   Quelques perles héroïques :\n    M. Paul André rend compte de l'Aventurier :\n    « M. Henry Krauss campa, du héros, une figure puissamment vivante,\nsympathique, avec adresse même aux moments où il se conduit sans trop de\nnoblesse ni de délicatesse, c'est-à-dire quand il met une touchante jeune\nfille dans l'alternative de rompre avec son fiancé et de l'accepter, lui, très\nriche, pour mari, afin de sauver ainsi les siens de la ruine, ou, refusant ce\nmariage, de laisser s'accomplir les pires catastrophes... Mais il faut pour que\nceci soit compris, que je dise en quatre mots de quoi il retourne. »\n   M. Paul André rend compte du Million :\n    \" Le Million tient l'affiche depuis un mois avec un succès du meilleur aloi\n(vous ai-je dit que la pièce est sans grivoiserie aucune ni absurdité trop gros-\nsière). »\n   M. Paul André rend compte de Perkin Warbeck :\n    « M. George Eckhoud a ménagé savamment, mais sans invraisemblance,\ndes alternances d'épisodes violents et touchants... »\n\n                                      *\n                                     * *\n  M. Paul Lefèvre nous annonçait, il y a un mois, une nouvelle passion-\nnante : son livre se vendait « en pleine librairie ». Nous avons désespérément\ncherché ce chef-d'œuvre et nous l'avons enfin trouvé : une charrette véhiculait\nrue Neuve, devant les magasins Tietz, tout le ballot des Premiers Vers. Le\ncamelot nous les offrit pour 10 centimes, et les ressources de la Revue le\npermettant — malgré les 10 francs restitués à M. G. de S. — nous avons\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "                          LE DRAGEOIR AUX ÉPICES                                   113\n\n\n\nacquis l'objet de nos rêves. Nous pouvons ainsi mettre sous les yeux de nos\nlecteurs quelques strophes spirituelles et profondes, choisies au hasard :\n\n\n                               Que de    grabataires\n                                     Guéris\n                               Par la parole    sanitaire\n                                     D'un ami !\n\n\n\n              Je suis trop long, c'est vrai. Un dernier mot, mignonne\n                     « Souris ! grandis ! et grossis bien ! »\n              C'est le premier conseil, Clarette, que te donne\n                     Ton vieil oncle Paul de Menin.\n\n\n\n              Et je dis qu'au combat le guerrier   antique\n                     Sur sa cavale était moins beau,\n              Que nous à cheval sur le pur sang     scolastique\n                     A vec vos thèses pour drapeau !\n\n\n                                          *   *\n\n    La littérature, depuis le procès Rency-Bonmariage, n'avait plus occupé le\npalais de Justice. Il y a quelques jours une cause ultra-littéraire, qui pas-\nsionnait d'ailleurs l'opinion publique, a retenu toute une matinée l'attention\ndes juges du Tribunal de commerce. M. Valère G..., l'illustre auteur du\nBouton d'opale, ayant perdu (au cours d'une rixe dans une cabine télépho-\nnique, disent les uns, dans une chute au palais du Roi, disent les autres) un\ncollier — d'opales aussi — ne le retrouva plus. Il s'écria qu'il était volé et\nsoupçonna de ce vol un membre du Cercle Artistique ou un larbin de la cour.\nMais qu'elle ne fut pas sa stupéfaction en reconnaissant trois mois après, à la\nvitrine d'un joaillier, ses opales. Car c'étaient bien les siennes, il n'y avait pas\nà s'y tromper! Chacun sait que les pierres composant un collier de M. Valère\nG... ont une originalité si marquée qu'il est impossible de les confondre avec\nd'autres. Ce bijoutier vendait le produit évident d'un vol ! Immédiatement, le\npoète exigea la restitution des opales, et le tribunal avant de faire droit à sa\ndemande ordonna une enquête. Divers membres de la future académie de\nlittérature belge défilèrent devant les précieux joyaux, affirmant qu'ils les\nreconnaissaient parfaitement, que rien n'était plus loin que ces pierres, de la\nbanalité et de la redite. Malgré tout, le tribunal resta sceptique. Le jugement\nest attendu dans le monde littéraire avec une bien légitime impatience. Nous\npromettons à nos lecteurs de les tenir au courant.\n                                                                  L E PETIT ÉPICIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1911-livraison02-016", "volume": "ELB-AML-484382-1911-000-018_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1911-000-018_f.pdf", "ocr_sha256": "d3d8249da00a93052b47cf948242ac8c6976b239273ed3870ad49fa7a2923c5b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 114, "page_fin": 124, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES           LIVRES  LES MOINES : T r o i s l i v r e s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 133, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "LES           LIVRES\n\nLES MOINES :\nT r o i s l i v r e s SUr l e s B é n é d i c t i n s : Dom Guéranger abbé de Solesmes,\n   par un Bénédictin, 2 vol. — (Paris, Plon et Oudin.)\nNotice sur l'Ordre de saint Benoît, par dom JEAN DE HEMPTINNE (abbaye de\n   Maredsous).\nLes Bénédictins, par dom BRUNO DESTRÉE (abbaye du Mont-César, Lou-\n   vain).\n   Voici trois livres sur Tordre monastique qui ont paru successivement et\nqui s'imposent à l'attention de tous ceux qui s'intéressent aux Bénédictins.\n   Le premier est un ouvrage en deux gros volumes qui a spécialement\npour objet de décrire la vie du plus grand moine de ce siècle, dom Guéran-\nger, le premier abbé de Solesmes. Dom Guéranger fut pour l'époque contem-\nporaine du monachisme ce que saint Benoît fut à l'origine, un vrai patriarche\ndes moines. Il fut en quelque sorte un second fondateur. Car ce qui fait l'es-\nsence d'un ordre religieux, c'est son esprit. Or, l'esprit de saint Benoît avait\npeu à peu disparu dans la plupart des monastères bénédictins quand surgit\ndom Guéranger. Sa grande œuvre, l'œuvre de toute sa vie a été d'infuser un\nnouveau sang au monachisme contemporain en faisant refleurir, dans toute\nsa pureté et dans toute sa noblesse, l'esprit de saint Benoît. C'est dans ce\nbut qu'il fonda Solesmes. Son abbaye devint l'école du monachisme. Et les\nélus que Dieu choisit pour restaurer l'ordre monastique dans son esprit pri-\nmitif par ailleurs, allèrent tous demander le secret de cet esprit au maître\nincomparable dom Guéranger. C'est à ses leçons que se formèrent entre\nautres les distingués abbés de Beuron et de Maredsous, les deux fières\nWolther, dont les abbayes sont parmi les plus glorieuses créations monas-\ntiques de ce siècle.\n   Dom Guéranger fut essentiellement et resta toute sa vie un moine. Il n'eut\nqu'une ambition : être un vrai moine. Il ne voulut jamais être que cela. Sans\ndoute, il eut une influence sur son siècle, mais cette influence même, c'est\ncomme moine qu'il l'exerça et c'est de son caractère de moine qu'elle\ndécoula. Il eût pu aspirer aux plus hautes dignités ecclésiastiques. Il y eût\nété certes à sa place. Il les évita toujours. Il avait compris sa vraie vocation,\net il y resta fidèle toute sa vie. Cette vie admirable a trouvé son digne histo-\nrien. En effet, les deux gros volumes qui la racontent se lisent avec une\naisance inouïe, tellement le style en est châtié.\n\n  L'esprit de saint Benoît qui anima dom Guéranger, le vrai esprit monastique,\nce qui constitue la note caractéristique du moine, a été merveilleusement\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3294, "texte": "                                   LES   LIVRES                                 115\n\n\nexposé dans un volume bien bref mais substantiel par un autre fils de saint\nBenoît, dom de H e m p t i n n e de l'abbaye de Maredsous, parti récemment pour\nle Congo pour y planter un nouveau chêne bénédictin. Jamais on n'a aussi\nminutieusement et aussi exactement exposé le véritable esprit monastique\nque dans ce petit livre. C'est en quelque sorte la photographie authentique\ndu vrai moine. Lisez-le donc vous qui voulez savoir ce que c'est qu'un moine\ndans toute sa réelle et sereine beauté.\n\n   A son tour, notre ami dom B r u n o Destrée, dans le volume qu'il vient de\npublier sur les Bénédictins, fait l'apologie de son ordre. Il nous expose, dans\nune langue à la fois simple et élégante, la raison d'être des moines, le rôle\nqu'ils ont été appelé par Dieu à jouer dans le m o n d e , l'influence qu'ils ont\nexercée dans les temps passés, leur magnifique histoire qui fut p e n d a n t des\nsiècles l'histoire de l'Eglise elle-même, et enfin l'apostolat qu'ils ont à rem-\nplir encore de nos j o u r s . D'aucuns ont cru que la vie monastique n'a plus de\nraison d'être, que le temps des moines est fini, que l'ordre bénédictin n'est\nplus qu'une belle relique. Dom Bruno Destrée montre d'une façon lumi-\nneuse et péremptoire, d a n s son petit opuscule, que non seulement les moines\nne sont pas inutiles, mais qu'ils sont plus nécessaires que jamais à l'époque\nactuelle. Ce livre renferme un aperçu général bref, mais complet, de toute\nl'histoire monastique depuis ses origines j u s q u ' à nos temps.\n                                                               HENRY MŒLLER.\n\n\nLE ROMAN :\nA s c e n s i o n , roman, par CHARLES DE POMAIROLS.— (Paris, Plon.)\n   Destève se sent attaché par les infrangibles liens des plus saines traditions\nfamiliales au d o m a i n e de Daumière que lui transmirent ses ancêtres. E p r i s e\nd'idéalité, son âme fière et distante, n'éprouvant aucun attrait pour les acti-\nvités trop absorbantes de l'existence, s'est réfugiée dans la contemplation et\ndans le rêve. Il a embrassé la carrière du professorat dans l'unique pensée de\npropager le culte des grands hommes, de ceux-là bien entendu dont l'œuvre\ninspirée de Dieu contribua à l'avancement moral de l'humanité. Il n'oublie\npas cependant la mission sociale, si haute et souvent si mal récompensée,\nque lui impose sa condition de propriétaire terrien. Il connaît par leur nom\nchacun des paysans de la contrée, et suivant un illustre exemple, il a même\nmorcelé en faveur de plusieurs d'entre eux d'importantes fractions de son\ndomaine. Destève a de l'amour u n e conception fort spiritualisée, aspirant\n« à une association fidèle pour le bien, où les plus belles vertus devraient se\ndéployer dans le bonheur » la femme étant à ses yeux « un être presque\nincorporel, dérobé sous de longs voiles, une forme vague portant sur la terre\nles transparents symboles de l'âme, un pur visage, une parole mélodieuse,\ndes yeux éclairés d'un feu pensif ». Les traits suaves de cet idéal féminin lui\nont apparu un jour sur la physionomie angélique et virginale de Thérèse\nIssalys, la fille d'un châtelain du voisinage. Thérèse est devenue sa femme\net il l'a aimée de toutes les forces de son être. Mais ce bonheur a passé et fui\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3581, "texte": " 116                                   DURENDAL\n\n\n\n  comme une ombre. La mort lui a ravi l'épouse si chère au moment où elle\n  venait de donner le jour à une fille, Lucile.\n     Cependant ses forces morales n'ont point fléchi sous le coup de cette fou-\n  droyante affliction qui a fait le désert autour de lui et sa vie, soutenue à la\n fois par le souvenir et par l'espérance, continuera de couler entre u n berceau\n et une tombe. Dès lors tout l'intérêt du roman réside dans l'analyse pieuse et\n attentive de ce sentiment de l'amour paternel, sentiment peut-être plus affiné\n que l'amour maternel parce que plus spit itualisé et qui, vague, confus, hési-\n tant au début, prend bientôt conscience de lui-même, se fortifie, s'élève sans\n cesse et devient enfin le mobile unique de tous les actes de Destève, lui inspi-\n rant les plus douloureux sacrifices pour assurer le b o n h e u r de son enfant.\n Car, ou nous nous t r o m p o n s fort, ou le titre du roman Ascension symbolise\n l'essor d'âme du père aussi bien que de la fille. A un instant de sa vie, une\n tentation d'amour est venue effleurer Destève, mais le souvenir de la morte\n et sa tendresse p o u r Lucile ont tôt fait de l'en affranchir.\n    Le caractère c h a r m a n t de Lucile se dessine d'ailleurs en d e u x chapitres\n exquis de grâce et de sentiment intitulés Portrait d'enfant, Figure de jeune fille,\n qui à notre avis sont les meilleurs du livre. Nous citerons n o t a m m e n t cette\n belle scène offrant quelque analogie avec les pages finales des Roquevillard de\n H e n r y Bordeaux et qui nous représente Destève assis avec Lucile sur un\nsommet des collines de l'Aveyron, p r o m e n a n t avec elle ses regards sur l'en-\n chantement du pays natal et lui confiant le dépôt sacré des souvenirs de\nfamille depuis plusieurs siècles, tandis que l'autan mugit, l'autan chargé de\ntout le parfum du passé qu'il symbolise « par sa fuite rapide dont on\nperçoit l'écoulement, par sa g r a n d e voix qui paraît venir d'un mystérieux\nlointain, par son accent d'infini, de cet infini où tiennent à la fois tous les\nâges ».\n    C'est ainsi qu'avec u n e aisance sereine et ravissante, Lucile s'élève insen-\nsiblement sur l'échelle d'or de la perfection, revêtant peu à peu comme le\ncaractère d'une Antigone chrétienne. C e p e n d a n t , chaque jour plus claire et\nplus pressante, une voix du Ciel la convie vers une vie plus h a u t e , exclusive-\nment consacrée au service du Seigneur. Un dur combat se livre d a n s l'âme\ndu père et dans celle de la fille. Mais la victoire reste à Dieu dont Destève\nne contrariera point l'appel. E t plus tard, quand des lois t y r a n n i q u e s auront\nchassé les religieuses de F r a n c e , et que Lucile aura reçu l'ordre d'aller semer\nla parole du Christ au milieu des forêts vierges du Brésil, il partira lui aussi\npour les contrées lointaines afin de pouvoir continuer à vivre et à respirer\ndans le voisinage de l'être a d o r é . I1 fera même plus. P o u r s u b v e n i r aux exi-\ngences de l'œuvre d'évangélisation, il vendra son domaine de Daumière\nauquel il tient parles fibresles plus intimes de son cœur maisqui lui est cepen-\ndant infiniment moins cher que sa Lucile.\n    On le voit, d'après ce bref exposé, le roman de M. de Pomairols est le roman\nde l'amour paternel. Certains critiques lui adresseront peut-être le reproche\nd'immobilité et ils auraient raison à certains égards. Toutefois, si M. de Po-\nmairols consacre près de quatre cents pages de son livre à décrire l'amour\nd'un père pour sa fille, qu'on se le rappelle, Dickens dans une de ses créations\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3470, "texte": "                                        LES LIVRES                                            117\n\n\nles plus puissantes, Dombey and Son, n'a pas eu assez de quatre volumes pour\nraconter comment la plus excellente et la plus dévouée des filles ne parvient\njamais à rencontrer chez son père q u ' u n e indifférence confinant à l'aversion.\nSi le sujet développé par Dickens est plus tragique, celui qu'a traité\nM. de P o m a i r o l s est certes plus attachant. N o u s ne lui chercherons point\nnon plus querelle à propos de certains épisodes d'à côté qu'on rencontre çà et\nlà dans son œuvre, puisqu'ils peuvent s'autoriser de l'exemple offert en\nmaints chefs-d'œuvre authentiques de la littérature anglaise et de la littérature\nrusse. Mais n o u s ferons d'autres remarques.\n   Contrastant avec la fermeté du dessin qui retrace les deux p e r s o n n a g e s\nd'avant-plan, Destève et sa fille, la figure de T h é r è s e Issalys d e m e u r e bien\npâle et estompée. Cette â m e blanche, cette créature de rêve qui p l a n e en\nquelque sorte au-dessus des contingences de la terre, semble moins un être de\nchair vivant et agissant q u ' u n e fiction subjective sortie du cerveau de l'artiste\navec tous les caractères de l'irréalité. E n outre, le roman de M. de P o m a i -\nrols est absolument trop dilué en certaines de ses parties, s'attarde, par\nexemple, avec une complaisance trop marquée dans le d o m a i n e mystique sur\ndes états d'âme, dont nous ne songeons point à contester l'intérêt psycholo-\ngique et moral, mais qui eussent sûrement g a g n é à être traités en des pages\nplus vigoureusement concentrées.\n   Ces réserves faites, nous nous sentons plus à l'aise p o u r dire combien ce\niivre nous est s y m p a t h i q u e . N'est-il p a s , en effet, comme u n h y m n e c h a n t a n t\nce qu'il y a de plus noble d a n s l'amour, dans la famille, dans la religion,\ndans l'indestructible stabilité des énergies traditionnelles si précieuses\ncomme préservatif social? P a r ses t e n d a n c e s comme par sa forme, le roman\nAscension s'apparente assez étroitement avec l'inspiration de L a m a r t i n e auquel\n M. de Pomairols consacra jadis une étude de morale et d'esthétique juste-\nment prisée et dont le grand nom est cité plus d'une fois avec un pieux respect\nau cours de ces pages.\n   Lamartine semble apercevoir les paysages qu'il décrit du h a u t de\nsommets augustes d'où les détails colorés s'évanouissent pour ne laisser\nsubsister que les larges perspectives, les grandes lignes pensives et harmo-\nnieuses. Sans vouloir établir de comparaison, n o u s ferons la r e m a r q u e que\nles descriptions de Charles de Pomairols, très sobres de couleurs, impres-\nsionnent plutôt par la sincérité de l'émotion au souffle duquel elles sont\nécloses. Son livre est écrit d a n s un style d'essence limpide et très française et\nnous résumerons notre impression en disant que si nous l'aimons, c'est que\nnous le considérons moins c o m m e l'œuvre d'un r o m a n c i e r q u e comme l'œuvre\nd'un poète, et d'un poète croyant.\n                                                                  G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\nL e s A m e s q u i S a i g n e n t , par P O L DEMADE. — (Bruxelles, Dewit.)\n   Quelle qualité ai-je pour parler d a n s Durendal de M. Pol D e m a d e ? J'y\nfais la critique des poètes et c'est à moi qu'on d e m a n d e de signaler ce volume\nà nos lecteurs.\n   A vrai dire, je trouve en M. Pol D e m a d e les qualités du poète. Jamais\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3499, "texte": " 118                                   DURENDAL\n\n\n\n il n'eut cette p o n d é r a t i o n , ce talent de l'observation égale et universelle qui\n font les romanciers complets : ceux qui épinglent des détails en dénouant\n des situations. M. P o l D e m a d e depuis l e premier jour fut u n extrémiste et ce\n fut dans les paroxysmes qu'il chercha son inspiration. Déjà, Maurice Barrès\n après Une âme princesse l'appelait u n « catholique passionné » chercheur de\n « la plus ardente volupté » et vraiment il devait trouver « aux pointes\n extrêmes d u catholicisme » des accents d'une beauté et d'une poésie\n étranges. C'est u n poète, celui qui est capable de mettre son r o m a n hors de\n la réalité ou plutôt de surnaturaliser la réalité rare qu'il dépeint. E t sa fer-\n vente pensée catholique fait plus intense encore sa poésie : « Quelle inten-\n sité, en effet, ajoutait Maurice Barrès, ne doit-on pas trouver sous u n ciel\n dont les étoiles sont les regards d ' u n Dieu? »\n    Ce poète, M. P o l Demade l'est resté. E t q u a n d il nous apporte aujour-\n d'hui, après les Contes inquiets — dont l'un, l'âme prisonnière, est d'une inou-\n bliable beauté — un nouveau volume de contes, ce sont encore des inspira-\n tions extrêmes et violentes qui m'ont séduit. Explorer avec u n sens\n catholique aigu, les limites de l'existence et de la mort, les inquiétudes de\nl'âme, le problème d e la destinée ; poursuivre les sentiments rares au fond\n des âmes m é c o n n u e s , inspirer à chacun je ne sais quel trouble en évoquant\nà chaque instant l'au-delà de la vie, c'est nous procurer des frissons comme\n Villiers et Barbey seuls nous en d o n n è r e n t . Comme E d g a r Poë, ce grand\npoète auquel m a n q u a la croyance, M. Demade commence par nous déso-\nrienter, par n o u s faire respirer la grande angoisse de la mort, mais son sens\ncatholique chaque fois nous fait retrouver dans l'ombre le pôle lumineux de\nla certitude chrétienne.\n    Mais où M. D e m a d e cesse d'être poète c'est dans l'expression de sa\npensée Ses contes sont fort nombreux et a u point de vue d u style et d u pro-\ncédé se ressemblent trop. La phrase n'est p a s assez étoffée, la trame est\nparfois simplement schématique. Plusieurs de ces pages ressemblent trop à\nces nouvelles brèves q u e les écrivains donnent aux j o u r n a u x . Mais c'est\nl'exception. L a majorité des contes recueillis dans les Ames qui saignent sont\nexcellents, plusieurs sont tout à fait admirables : ce sont ceux où le poète ne\nlaisse p a s a u journaliste le soin d'exprimer sa pensée.\n                                                                                  P. N.\n\nLeur     R o y a u m e , p a r R O B E R T VALLERY-RADOT. — ( P a r i s , P l o n . )\n   Voici un des plus jolis romans chrétiens qu'on ait écrit depuis longtemps.\nC'est une vraie histoire d'amour, non pas d'un amour instinctif qui chasse\nDieu d'une â m e pour aboutir à l'idolâtrie de la chair, mais d ' u n amour pur\net chaste, quoique aussi et même plus fort que l'amour purement charnel.\nL e héros d u roman est avant tout un chrétien et presque un mystique à tel\npoint q u e comprenant d'instinct la splendeur de l'idéal de la perfection, à\nsavoir l'immolation totale de l'âme à Dieu, il se demande d'abord s'il ne\ndoit pas lui aussi se sacrifier. E t ce n'est qu'après s'être intimement convaincu\nque sa vraie vocation est le mariage, qu'il choisit et cueille parmi les êtres\nqui l'entourent la j e u n e fleur qui lui semble incarner le plus parfaitement en\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3056, "texte": "                                   LES   LIVRES                                 119\n\n\nelle l'idéal de la femme chrétienne et qui est, par conséquent, la plus digne\nde son amour.\n   Il y a dans ce roman des passages admirables sur l'amour de Dieu, sur\nla vie mystique même et sur l'amour humain transfiguré par la grâce. Et ce\nqui ne gâte rien, au contraire, à la beauté du fond et aux idées magistrales\nde ce roman, le style en est absolument charmeur de la première à la der-\nnière page.\n                                                                    H. M.\n\n N o n o , par GASTON ROUPNEL. — (Paris, Plon.)\n   Au milieu de la surproduction contemporaine déconcertante de tant de\nromans vides et ineptes, quoique correctement écrits, ce qui ne suffit absolu-\nment pas à constituer une œuvre littéraire, un roman sortant de la banalité\nest de nos jours fort exposé à passer inaperçu. Tel ne doit pas être le sort\nde celui-ci qui est une sorte de chef-d'œuvre. C'est un roman un peu à part,\nexcessivement curieux, très original. Chose bizarre, le héros principal est\nun alcoolisé, mais un doux, un paisible, qui poursuit son rêve intérieur et\nl'exprime à tout propos et même hors de propos et souvent sous l'influence\nd'une légère et presque inoffensive ébriété. Trompé dans son amour, aban-\ndonné par l'infidèle, il semble chercher à se distraire de sa mésaventure en\nla contant à tout le monde, en faisant ses doléances à quiconque veut l'écou-\nter, en criant à tous son idéal en même temps que ses déboires. Ses discours\nrenferment des idées très hautes et dites avec une réelle éloquence. C'est\nparfois très drôle et divertissant et parfois d'une beauté surprenante qui frise\nmême le sublime.\n   Ce roman est une œuvre puissamment charpentée, supérieurement écrite,\npleine d'idées et imprégnée d'humour. Il n'est certes pas quelconque celui\nqui l'a écrit. C'est son premier livre, me dit-on. Eh bien, c'est le cas ou\njamais de dire que l'auteur a débuté par un coup de maître.\n                                                                       H. M.\n\nLA CRITIQUE :\nP o r t r a i t s d ' a u t e u r s , par VICTOR KINON. — (Bruxelles, Association\n   des écrivains belges.)\n   Victor Kinon est certes un de nos meilleurs écrivains. C'est à la fois un\nbeau, un très beau poète et un parfait critique. Il a un talent de critique hors\nligne. Et ce talent il le manifeste non seulement quand il analyse l'œuvre\nd'un poète, mais dans l'interprétation de n'importe quel ouvrage littéraire. Il\na surtout un don spécial de rendre dans les traits essentiels de son humanité\nl'âme même de l'écrivain telle qu'elle s'affirme dans ses livres. C'est du reste,\nsemble-t-il, son principal objectif puisque lui-même a titulé son livre : Por-\ntraits d'auteurs. C'est bien cela. Et que de jolis portraits, si vivants et si pitto-\nresques, il nous donne des écrivains qu'il fait comparaître au tribunal de son\nsens esthétique. Voyez donc le portrait qu'il a crayonné du grand rêveur, à\nla fois philosophe et artiste, Tolstoï. Aucun critique n'a dessiné en si peu de\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3255, "texte": "120                                DURENDAL\n\n\n\npages, d'une façon plus frappante, les traits les plus saillants de cette curieuse\net complexe physionomie. E t on peut en dire autant des autres portraits\nd'auteurs. Prenez, par exemple, celui du poète belge Van L e e r b e r g h e dont\nle portrait littéraire n'est pas aisé à tracer, à cause de l'extrême subtilité, de\nla subtilité toute éthérée et presque nuageuse de sa poésie. Kinon a magnifi-\nquement fait jaillir de cette œuvre sa beauté transcendentale.\n   Le livre de Victor Kinon est doublement intéressant. D'abord parce que\nles jugements qu'il porte sur les écrivains sont ceux d'un penseur, d'un esprit\naverti, ayant un don peu c o m m u n de discernement littéraire. Mais, en outre,\ntoutes ces critiques sont écrites dans un style exquis. Ce style est celui d'un\npoète et qui reste poète même q u a n d il écrit en prose, et c'est le secret du\ncharme pénétrant qui se dégage de toutes et de chacune des pages de ce livre.\nN o u s le r e c o m m a n d o n s instamment à tous ceux qui veulent se renseigner\nd'une façon sérieuse sur quelques-uns des principaux livres parus en ces der-\nniers temps et lire du m ê m e coup d'admirables pages de littérature.\n                                                                          H . M.\n\nLe déterminisme esthétique de Taine, étude critique, par\n   M. GEORGES BUISSERET. — (Anvers, la P h a l a n g e artistique et littéraire.)\n   L'auteur de ce petit et substantiel essai fait la critique de la Philosophie de\nl'art, de T a i n e , critique juste, en général, bien que parfois un peu vive d a n s\nles termes. Nous avons tous été à l'école de T a i n e et tous, sans doute, nous\nnous sommes insurgés quelquefois contre l'absolutisme de sa doctrine ou\navons marqué l'inexactitude de quelqu'une des preuves dont il l'étayait.\nCependant, on peut se d e m a n d e r si, vivant encore, ce grand esprit s'offense-\nrait de ces dénégations? Sans doute n'avait-il pas u n e foi si intransigeante\ndans la vérité de son système, qu'il n'abandonnât celui-ci aux devenirs de la\ndiscussion. P u i s , quel théoricien aspirant à enfermer la complexité du monde\ndans l'unité d'une philosophie n'a pas forcé un peu les choses pour les plier\naux mots? T a i n e parle, ou Ruskin — écoutons-les, a p p r e n o n s d'eux à penser,\nnon d'après eux, mais d'après nous-mêmes.\n                                                                              A. G.\n\nP U B L I C A T I O N S DART :\nLa sculpture anversoise aux XV e et XVI e siècles, par M.JEAN\n   D E BOSSCHERE (collection des grands artistes des P a y s - B a s ) . — (Bruxelles,\n   Van Oest et Cie.)\n   L'histoire de l'ancienne sculpture de notre pays est encore à faire, ou plutôt\nà refaire, car il existe sur ce sujet, pour le moyen âge tout au moins, un\nouvrage intéressant de M. Koechlin, dont certaines affirmations d e m a n d e -\nraient à être discutées. N o u s voulons parler, bien entendu, d'une étude\nd'ensemble, car il existe nombre de travaux partiels sur la matière, ceux\nnotamment, pour ne citer que ceux-là, de MM. Jean et H e n r i Rousseau,\nJoseph Destrée, Max Rooses, etc. N o u s pouvons aujourd'hui allonger cette\nliste en y inscrivant le volume que M. J. De Bosschere, dont on connaît\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "                                    LES    LIVRES                                    121\n\n\nl'ardeur érudite et le zèle de chercheur, vient de consacrer à la sculpture\nanversoise des XVe et XVIe siècles.\n   Ce n'est point à la g r a n d e sculpture que s'adonnent, en général, les\nmaîtres de cette époque-là. La sculpture de pierre, dans laquelle les artistes\nflamands du XVe siècle avaient brillé, semble négligée par leurs successeurs\nou, tout au moins, par ceux qui sont restés au p a y s . Il se pourrait, d u reste,\nque leurs œuvres de ce genre aient été plus nombreuses qu'on ne le suppose,\nla tourmente iconoclaste ayant occasionné b e a u c o u p de destructions dans nos\nprovinces. Quoi qu'il en soit, la majeure partie des m o n u m e n t s sculptés de\ncette période sont en bois. Ils sont de valeur très inégale, c o m m e le constate\nfort judicieusement l'auteur, pour la raison que p o u r un ouvrage fait de main\nd'artiste, où la composition et les figures dénotent l'invention et l'obser-\nvation personnelles, on en rencontre cinquante qui sont sortis des ateliers où\nl'on se bornait à copier avec plus ou moins d'adresse les modèles existants.\n   M. De Bosschere, après avoir initié le lecteur à l'organisation et aux tradi-\ntions du travail de la sculpture sur bois, s'efforce de déterminer par l'étude\nde quelques œuvres les caractéristiques de l'art anversois dans ce domaine\nspécial, et termine en d o n n a n t u n e série de notices sur les sculpteurs du\nXVIe siècle, entre autres P i e r r e Cocet, le maître et beau-père du vieux\nBrueghel; Bartholomé Rapost, Corneille de Vrient, l'auteur du célèbre taber-\nnacle de L é a u , etc.                                                    A. G.\n\nL'origine du type familial de la maison de Habsbourg,\n   par le docteur O S E R . RUBBRECHT. U n volume illustré. (Bruxelles, Librairie\n   nationale d'art et d'histoire, Van Oest et C ie .)\n   On connaît les caractéristiques physionomiques qui constituent ce type\nfamilial : prognathisme inférieur ou défaut de coïncidence entre les deux\nmâchoires, l'inférieure étant projetée en a v a n t ; grosseur de la lèvre infé-\nrieure; aplatissement latéral du c r â n e ; nez a l l o n g é ; yeux à fleur de tête...\nCe ne sont pas là des caractéristiques fort attrayantes, bien qu'elles n'aient\npas toujours été exclusives d'un certain c h a r m e , à en juger par le qualificatif\nde Philippe le B e a u ; on les rencontre, terriblement accentuées, chez le fils\nde ce prince, Charles-Quint, et les visiteurs de l'Exposition de la Toison\nd'Or ont pu vérifier qu'ils s'étaient perpétués jusqu'à nos j o u r s en c o m p a r a n t\nle buste de Charles-Quint jeune, qui se trouvait à la G r u u t h u s e avec celui\nde son lointain successeur, le roi d ' E s p a g n e actuel, exposé d a n s la salle des\nTapisseries.\n   L'auteur de cette intéressante étude s'est d o n n é pour tâche de rechercher,\nà l'aide des documents iconographiques, la provenance héréditaire d a n s la\nfamille de H a b s b o u r g de ces traits si particuliers. P o u r élucider cette\nquestion, il a classé et examiné avec u n e m é t h o d e très rigoureuse tous les\nportraits des ascendants de Philippe le Beau et de sa femme J e a n n e la F o l l e ,\nd'où sont issus, en même temps que Charles-Quint, l'empereur F e r d i n a n d I e r ,\n Marguerite d'Autriche, Marie de H o n g r i e , etc.\n   On peut conclure avec M. R u b b r e c h t que le prognathisme inférieur est\n originaire des maisons souveraines d ' E s p a g n e et d'Autriche, tandis que les\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3393, "texte": "122                                        DURENDAL\n\n\n\nautres singularités physionomiques indiquées plus h a u t se retrouveraient\négalement chez certains membres de la maison de Bourgogne. Au cours de\ncet examen très minutieux, M. R u b b r e c h t a été amené, nécessairement, à\nrechercher les portraits princiers q u i peuvent se trouver dans les œuvres du\ntemps, soit sous l'apparence de personnages sacrés, soit, tout simplement, en\nqualité de donateurs. Les comparaisons qu'il a instituées — et auxquelles\nl'intelligente illustration de l'ouvrage permet au lecteur de participer —\nl'autorisent, notamment, à considérer q u e P h i l i p p e le Bon et sa troisième\nfemme, Isabelle de Portugal, figurant, tenant la place de saints (mais\nlesquels?), dans le Jugement dernier, de Van der W e y d e n , à l'Hôtel-Dieu de\n Beaune ; que d a n s l'admirable panneau central du triptyque de Jan Floreyns,\nà l'hôpital S a i n t - J e a n , de Bruges, Memling a donné à l'un des rois mages\nles traits de Charles le Téméraire, et, enfin, q u e d a n s le retable d u m ê m e\nhôpital, représentant la Vierge et l'Enfant entre sainte Barbe et sainte Cathe-\nrine, ces deux saintes o n t été représentées sous l'aspect, l'une, d e Mar-\nguerite d'York; l'autre, de Marie de B o u r g o g n e , la femme et la fille du\nTéméraire. Certaines d e ces identifications avaient déjà été tentées, mais\nsans que l'on fût parvenu à leur donner u n caractère de pertinence suffisant.\nL'ouvrage attrayant d e M. R u b b r e c h t nous semble devoir créer u n e\nconviction sur les points q u e nous signalons ; il renferme, d'ailleurs, nombre\nd'autres observations précieuses p o u r les historiens et les amateurs d'art.\n                                                                                 ARNOLD G O F F I N .\n\n\nL e s Villes d'art c é l è b r e s           : Clermont-Ferrand, Royat et le Puy-de-Dôme,\n  p a r M M . DESDEVISES DU D E Z E R T et L o u i s B R E H I E R . — ( P a r i s , L a u r e n s . )\n   Les auteurs de ce livre font valoir à merveille la beauté du pays d'Auvergne,\ndont ils nous entretiennent, le charme de ses villes, Clermont, Mont-\nferrand, etc., si riches en souvenirs, en m o n u m e n t s et en œuvres remar-\nquables de toutes les époques. M M . Desdevises du Dezert et Brehier se sont\nattachés avec infiniment de goût et d'érudition à mettre en relief les carac-\ntères originaux de l'art régional, principalement d u r a n t les périodes romane\net gothique.\n                                                                          A. G.\n\nPetites monographies des grands édifices de la France :\n  La Cathédrale de Reims, par M. Louis DEMAISON. — La Cathédrale du Mans,\n  p a r M. GABRIEL F L E U R Y . 2 vol. ill. — ( P a r i s , L a u r e n s . )\n   Célébrer la beauté incomparable de la cathédrale de Reims constituerait\nune banalité. L a cathédrale d u Mans, qui est, elle, à moitié r o m a n e , est\nmoins généralement c o n n u e . Elle mérite cependant une vive admiration,\nnotamment pour l'originalité d e sa conception et pour ses merveilleux vitraux\ndu XIIe siècle.\n   On trouvera dans les excellents précis d e M M . Demaison et Fleury un\nhistorique complet des phases de la construction de ces deux édifices, en\nmême temps qu'une étude pleine de méthode et de précision de leurs diverses\nparties et de leur décoration.                                        A. G.\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3370, "texte": "                                         LES    LIVRES                                           123\n\n\nManuali Hopli : Epigrafia Cristiana, par M. O. MARUCCHI. Un\n    vol. avec fig. — (Milan, H o e p l i ) .\n   Le nom de l'auteur de ce r e m a r q u a b l e manuel est familier aux curieux de\nl'histoire d e s antiquités romaines. M. Marucchi a publié de nombreux et\nsavants ouvrages sur l'archéologie r o m a i n e et a u c u n de ceux qui ont eu\nl'avantage d'y assister n ' a certainement perdu le souvenir des conférences si\nvivantes qu'il d o n n a jadis sur ce sujet au Cours d'art et d'archéologie d e\nBruxelles. Dans le petit livre gros de science et de matière qu'il imprime,\naujourd'hui, chez le grand éditeur milanais, n o u s retrouvons à lire\n M. Marucchi u n e partie d u plaisir q u e nous avions éprouvé à l'entendre,\nnaguère.\n   C'est la même exposition vive, pleine de clarté et d e précision, habile à\nmettre en lumière les m o n u m e n t s et les faits et à en m a r q u e r avec netteté\nles significations. M. Marucchi étudie avec nous ces inscriptions chrétiennes\ndes catacombes et des cimetières; il les déchiffre pour n o u s , n o u s en\nexplique les particularités, le symbolisme, les allégories où est enfermé le\ntémoignage des dogmes primitifs. De sorte q u e c'est l'émouvante histoire\ndes origines d u christianisme q u e l'éminent archéologue nous a p p r e n d\nà lire s u r les parois des catacombes et sur la pierre mutilée des tombeaux.\n                                                                             ARNOLD G O F F I N .\n\n\nEtude sur un Elément de relèvement de l'Etiage du Goût public\n  par le retour à la Contemplation des sites naturels, en particulier des\n  Forêts, et les mesures de Conservation de celles-ci, spécialement en ce qui\n  c o n c e r n e la F o r ê t de S o i g n e s , par M M . R E N É S T E V E N S et L o u i s VAN DER\n  SWAELMEN. — (Bruxelles, Lesigne, imprimeur.)\n   Les lecteurs que ce titre en Belge flamboyant effraierait et détournerait de\nsuivre les auteurs de cette brochure auraient tort. O n y trouve de bonnes\nidées sur l'aménagement de la forêt et s u r la conservation d e s sites qui sont\nchers à tous les a m o u r e u x de la g r a n d e u r et d e la solitude d e s bois. 11 est\nfâcheux que l'enthousiasme que leur sujet inspire à M M . Stevens et Van d e r\nSwaelmen les ait poussés à transformer u n exposé de principes foit simple\nen une espèce de maquis littéraire, hérissé d'une redoutable broussaille d e\nmétaphores enchevêtrées! L e u r travail, très intéressant, aurait gagné en\nclarté et en attrait s'ils en avaient élagué courageusement toute redondance\nparasitaire.\n                                                                                   A. G.\n\nE s t h é t i q u e d e s v i l l e s . L'isolement des vieilles églises, p a r M. CHARLES\n  B U L S . — ( B r u x e l l e s , Van Oest et Cie.)\n   C'est une question d'actualité pour n o u s autres, Bruxellois, q u e M. Buls\ntraite dans cette brochure : achèvera-t-on de détruire, par des percées brutales,\nle cadre harmonieux et approprié à l'élévation de l'édifice, q u e nos ancêtres\navaient fait à l'église Sainte-Gudule ? T o u s les gens de goût, tous ceux qui,\ncomme l'éminent auteur d e ces pages, prennent à cœur la préservation des\nbeautés anciennes de la capitale, se prononceront énergiquement contre les\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "124                                             DURENDAL\n\n\n\nprojets qui aboutiraient à ce résultat. L'étude méthodique de la question\nà laquelle M. Buls s'est livré et les conclusions qu'il lui donne nous paraissent\npéremptoires.\n                                                                         A. G.\n\nPromenades esthétiques au Musée ancien de Bruxelles,\n   p a r M . R E N É D U B O I S . — ( B r u x e l l e s , Office de P u b l i c i t é . )\n  L'auteur commente et décrit d'une façon fort agréable les principales\nœuvres q u e possède le Musée ancien de peintures de Bruxelles, en s'aidant\ndes travaux d'écrivains compétents.\n                                                                  A. G.\n\n L ' a r t flamand e t h o l l a n d a i s . — (Novembre-Décembre-Janvier.)\n    M. Jean Veth ajoute à sa Rembrandtiana, u n chapitre curieux sur la Gra-\nvure dite de Pygmalion. M . G o s s c h a l k parle de F. Hart Nibbrig, u n beau peintre\n hollandais du paysage et de la figure. M. Jacques Mesnil continue son\n étude sur les Mystères et les Arts plastiques ; il examine le thèse de M. Mâle au\n point de vue de l'art italien d u XVe siècle. — M. Max Rooses, l'historien\n d'art réputé, passe en revue pour ce qui concerne R u b e n s , l'Exposition de Vart\nflamand au XVIIe siècle. M. J . De Boer parle de JAN TOOROP. N o m b r e u s e et\n brillante illustration.\n\nAlbum historique de la Belgique, par MM. VANDERLINDEN et\n   H E N R I O B R E E N . — ( B r u x e l l e s , Van Oest et C ie .)\n   Les fascicules 4, 5 et 6 d e cette excellente publication ont p a r u . Avec le\nfascicule 4 s'achève la partie consacrée à la période c o m m u n a l e . Les trois\nfascicules suivants, dont deux o n t paru, concernent l'Unification des Pays-Bas\nsous la domination b o u r g u i g n o n n e . N o u s nous bornons, pour aujourd'hui, à\nannoncer l'apparition de ces livraisons a b o n d a m m e n t illustrées de l'ouvrage\nde MM. Vanderlinden et Obreen, nous réservant d'y revenir p a r la suite.\n                                                                                A. G.\n\nTapisseries des Musées royaux du Cinquantenaire, à\n    B r u x e l l e s , par      MM.      J O S E P H D E S T R É E et P A U L       VAN DEN V E N .   Un\n   vol. ill. — ( B r u x e l l e s , Vromant.)\n   Le remarquable a l b u m que la librairie Vromant offre a u public contient\nune quarantaine de reproductions des plus belles tapisseries de toutes les\népoques conservées a u Musée d u Cinquantenaire. L e s auteurs érudits d e ce\nrecueil l'ont fait précéder d'une notice historique et d'une description des\ntapisseries reproduites d a n s lesquelles le lecteur trouvera des renseignements\ncomplets sur l'art de la tapisserie et sur les phases de son développement\ndans nos provinces et à l'étranger.\n                                                                          A. 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M. P a u l Lefèvre dont les\nlivres il y a un mois se vendaient « en pleine librairie » — il avoue aujour-\nd'hui que c'est « en pleins boulevards bruxellois » que son édition s'épuise —\nnous avait a n n o n c é que la lettre ouverte qu'il donnerait à la Jeune Wallonie\nécraserait M. Van den Bosch. Or, la Jeune Wallonie, en publiant cette lettre\nouverte, déclare qu'elle est décidée à ne pas faire sienne u n e polémique\nvaine et insipide, et rejette élégamment par-dessus bord M. P a u l Lefèvre\ndont la gloire forcément va pâlir, car cette revue était la seule qui eût d o n n é\nl'hospitalité aux fautes de français de l'ancien « professeur de poésie ». E t les\ninjures que celui-ci adresse à M. Van den Bosch laisseront celui-ci indiffé-\nrent comme elles n o u s laissent indifférents. On ne répond que par u n sou-\nriant mépris à quelqu'un qui n'existe p a s . Ou qui n'existe que par son irré-\nsistible ridicule...\n                                Que de grabataires\n                                     Guéris\n                                Par la parole sanitaire\n                                     D'un ami...\n\n   L'auteur exquis de ces vers prétend, en effet, donner à M. Van den Bosch\ndes leçons de bon goût et de b e a u langage. « Vous m'écrivez Dieu sait\ncomment », s'écrie-t-il ; et pour d o n n e r quelques échantillons de son propre\nstyle et de sa maîtrise, il aligne c o u p sur coup de remarquables âneries que\nnous nous empressons de recueillir religieusement :\n   « Savez-vous bien, monsieur, que cela n'est pas bien du tout. »\n   « Votre m a n q u e de b o n n e foi a voulu tromper les lecteurs. »\n   « Oui, j ' a v o u e que séduit par u n idéal trop poétisé peut-être, d'apostolat\net de zèle, je me suis naïvement, gaiement enrôlé sous le drapeau jésuite,\navec l'intention généreuse de faire un p e u de b i e n . Ce sacrifice exigea beau-\ncoup de r e n o n c e m e n t et b e a u c o u p de courage : Ce courage, monsieur Van den\nBosch, vous ne l'avez pas eu !\n   » . . . Oubliant (ingrat!) que vous devez aux jésuites tout ce que vous avez été\net tout ce que vous êtes... à cent reprises différentes vous vous êtes gouail-\nleusement amusé (sans cœur) à déverser sur eux, sous prétexte d'intellec-\ntualisme, des hottées de goujateries et d'odieuses personnalités, ne soupçon-\nnant même pas (sot orgueilleux) q u e tous ces Broeckaert et ces Vantricht,\nces Delattre et ces Verest vous dépassent de cent mille coudées et que c'est\ndes miettes de leur table que vous avez jusqu'ici vécu. »\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3363, "texte": "126                                   DURENDAL\n\n\n   Et nous admirons surtout dans cet écrin cette perle dont l'orient dépasse\ntout ce qu'on peut imaginer :\n   \" Je vous laisse savoir sur-le-champ que je suis prêt à faire une réparation... »\n   Ce Je vous laisse savoir avait é c h a p p é aux auteurs de Mademoiselle Beulemans,\nsi heureusement évoquée par la Jeune Wallonie à la première page de son\nfascicule.\n   Et dire que nos universités ne sont pas encore flamandes! M. Paul Lefèvre\ndevait être un parfait professeur de littérature, savez-vous !\n   Quand on est un écrivain aussi remarquable, on peut encombrer d'une\nprose réjouissante et kilométrique une revue qui d'ordinaire a une certaine\ntenue; on peut accumuler toutes les injures que l'on veut; on peut dire que\nM. Van den Bosch a comme seul but de supprimer un homme d'esprit en qui\nil voit « un gênant rival! » on peut prendre la défense des Pères jésuites qui\nse passeraient volontiers d'un champion qu'ils ont si bien appris à estimer;\non peut suspecter la loyauté d'un écrivain qui n'a eu qu'un seul tort et c'est\nd'avoir été trop charitable avec un monsieur dont il suffit de citer quatre vers\npour le faire rentrer sous terre, cela n'a aucune importance. Nous le laissons\nsavoir à M. Paul Lefèvre. Qu'il ne s'étonne donc pas si dorénavant ses agres-\nsions nous laissent aussi insensibles que les jappements d'un roquet. Nous\nne lui ferons même plus l'honneur de reproduire ses morceaux de style.\n                                               *\n                                           *       *\n   E x p o s i t i o n d e C h a r l e r o i . L'Exposition des Beaux-Arts.\n   Le 29 avril s'ouvrira, à Charleroi, une Exposition dont le succès paraît dès\nmaintenant assuré. Dans ce grand centre industriel, la manifestation de nos\nactivités économiques sera particulièremsnt éclatante. Mais les organisateurs\nde l'Exposition ont justement pensé que pareille démonstration ne pouvait\npas être exclusivement industrielle et qu'il fallait affirmer également, surtout\ndans ce milieu, l'importance primordiale des activités esthétiques. L'Expo-\nsition comprendra donc une exposition des beaux-arts.\n   On y verra réalisé un projet depuis longtemps caressé par les artistes de\nla Wallonie, celui d'une exposition rétrospective dans laquelle on pourrait\nrésumer l'effort au cours des siècles de nos populations vers la Beauté. Sans\navoir jamais été le centre d'une civilisation intense et rayonnante, le Hainaut\nne fut point, ainsi qu'on le croit généralement, dénué de toute production\nd'art. On peut rappeler immédiatement les porcelaines de Tournay, les tapis-\nseries d'Enghien et de Tournay, les dentelles de Valenciennes et de Binche,\nles orfèvreries de Mons, les grès de Bouffioulx et, si l'on veut bien étendre\nnotre région jusqu'à la Meuse, les dinanderies.\n   Il y eut, dès le moyen âge, en Wallonie des maîtres excellents, tel ce frère\nHugo d'Oignies, dont les œuvres sont admirables, et un grand nombre de\nsculpteurs et miniaturistes des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, sont des Wallons.\nLors du grand siècle de la peinture, le XVe, l'école de Tournay a une impor-\ntance dont on se rend compte de jour en jour. C'est d'elle qu'est issu le maître\npathétique Roger de la Pasture, absorbé dans l'éclat de l'école flamande sous\nle nom de Roger Van der Weyden. On sait peu de chose de Robert Campin\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3295, "texte": "                                    NOTULES                                    127\n\n\net de Jacques Daret de Tournay, de Simon Marmion de Valenciennes.\nMais leurs noms suffisent à montrer la contribution des provinces du Sud à\ncette superbe école flamande du XVe siècle. Faut-il rapprocher d'eux le maître\nconsidérable, encore mystérieux, le Maître de Flémalle? Tout permet\nde l'oser.\n   Au XIVe siècle, lorsque triomphe définitivement Anvers, ce sont encore des\nmaîtres wallons que nous trouvons à côté de Quentin Metsys. C'est Gossart\nde Maubeuge (Mabuse), c'est Henri de Bles et Joachim Patenier apportant\nles premiers aspects du paysage moderne. C'est Nicolas Neuchatel, dit\nLucidel, un des maîtres du portrait. A Mons, dans l'église Sainte-Waudru,\nun sculpteur de premier ordre, trop peu connu, Du Broeucq, a laissé des\nœuvres hautement intéressantes. Et, dans le nord de la France, Bellegambe,\nde Douai, serait aussi à rappeler.\n   Aux siècles suivants, la production artistique de la Wallonie est moindre,\nmais elle n'est pas nulle. Del Cour, le sculpteur liégeois, ne doit pas être\noublié, et nous pouvons citer un autre nom, prestigieux celui-là, Watteau\nde Valenciennes, inclus dans la gloire française, comme Roger de la Pasture\nle fut dans la gloire flamande.\n    Au XIXe siècle, Navez de Charleroi peignit des portraits remarquables,\ndont on pourrait réunir une belle série, en grande partie inédite. Gallait,\n Hennebicq, Wiertz sont caractéristiques de leur temps, et Fourmois, Bou-\n langer et Baron continuent avec distinction la tradition du paysage wallon.\n Félicien Rops peut figurer au premier rang des graveurs de tous les temps.\n    Ces quelques noms suffisent à montrer l'intérêt que présentera l'exposition\n rétrospective. On ne peut songer évidemment à tenter de réunir pour chacun\n de ces maîtres une série complète d'œuvres, mais on montrera quelques-unes\n d'entre elles à côté des œuvres des arts décoratifs et industriels.\n    A côté de l'exposition d'art ancien, il y aura une exposition d'art moderne.\n On a pensé qu'elle pouvait avoir quelque originalité si elle s'inspirait, elle\n aussi, de la conception régionale qui a dicté l'exposition rétrospective. Dès\n lors, le Salon, tout en restant accessible à tous les artistes belges, a été réservé\n de préférence à la Wallonie. Mais, comme il a fallu choisir, la place dispo-\n nible n'étant pas illimitée, une raison de choix entre deux talents égaux a été\n cette relation avec la Wallonie, attestée soit par le lieu de naissance ou de\n résidence de l'auteur, soit par le sujet de l'œuvre, sa destination ou sa signi-\n fication. On verra même réuni dans une salle un certain nombre d'œuvres\n étrangères consacrées aux aspects industriels des gens et des paysages. Au\n  milieu de ces œuvres-là on a rassemblé naturellement quelques chefs-d'œuvre\n  de Constantin Meunier, dont le grand souvenir se lève chaque fois qu'on\n  parle d'art et d'industrie, qui a nécessairement sa place d'honneur dans une\n  exposition... à Charleroi.\n                                          *\n\n   Les Amis de la médaille d'art. — La section belge de la\n société hollandaise-belge des Amis de la médaille d'art a fêté, le 12 février, sa\n dixième année d'existence.\n   Au cours de la réunion, un exemplaire d'or de l'insigne de membre a été\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4027, "texte": "128                                   DURENDAL\n\n\noffert en témoignage de là gratitude de tous, à M. Laloire, trésorier de la\nsection depuis 1901.\n   L'assemblée a ensuite manifesté son étonnement de voir qu'aux expo-\nsitions de Charleroi, de Roubaix et sans doute aussi de R o m e , à moins que\nle gouvernement italien n'intervienne, ce qui est peu probable, l'art de la\nmédaille ne constituerait plus, comme à Bruxelles, l'an dernier, u n e section\nspéciale et sa stupéfaction d'apprendre q u e dans le comité chargé de l'orga-\nnisation de la participation belge à Home, ne se trouvait p a s u n seul repré-\nsentant de l'art de la médaille.\n   L a réputation de n o s médailleurs, qui tend tous les jours davantage à se\nrépandre à l'étranger, leur n o m b r e , leurs efforts constants ne méritaient pas\ncet inconcevable ostracisme, surtout six mois après le succès sans précédent\nobtenu par le Salon international de la médaille organisé à Bruxelles en 1910,\npar MM. Buls, De W i t t e et T o u r n e u r , succès constaté dans le catalogue\nofficiel de l'Exposition des beaux-arts, publié par les soins du gouvernement.\n   Souhaitons que semblable oubli, car ce ne peut être qu'un oubli, ne se\nreprésente plus et applaudissons avec les m e m b r e s de la Société de la\nmédaille au bon exemple d o n n é par M. Joseph Casier qui leur a fait savoir\nqu'un salon international de la médaille sera organisé à G a n d , en 1913, sur\nle modèle de celui de Bruxelles.\n   Nous engageons vivement tous les artistes médailleurs, tant belges\nqu'étrangers, à y participer et à contribuer ainsi à sa réussite.\n   L'avenir de l'art de la médaille en dépend, et il s'agit pour lui de montrer\nqu'il mérite l'indépendance qu'il réclame.\n                                              *\n                                          *       *\n    C o n c e r t s C r i c k b o o m . — L e deuxième concert Crickboom a u r a lieu\nle jeudi 2 mars ; le troisième, le jeudi 23 mars ; le quatrième, le jeudi 20 avril\nT o u s ces concerts auront lieu à 8 h . 1/2 d u soir à la G r a n d e - H a r m o n i e .\nLocation des places chez Schot frères, 28, C o u d e n b e r g .\n                                              *\n                                          *       *\n  Accusé de réception :\n   A R T : Histoire générale de l'art : Italie du Nord, par CORADDO RICCI. Vol.\nillustré. Collection : Ars una species mille (Paris, Hachette).\n   H I S T O I R E : Valentine de Milan, par E M I L E COLAS ( P a r i s , Plon).\n   L I T T É R A T U R E : En lisant Faguet, par M. H . JORYS (Paris, Société\nfrançaise de librairie). — Les quatre évangiles. P r e m i è r e partie. T . X X I des\nœuvres complètes de TOLSTOÏ, traduction de Bienstock (Paris, Stock). —\nLes femmes auteurs, par le vie. DE BROC (Paris, P l o n ) .\n   M U S I Q U E : Lully, par LIONEL DE LA LAURENCIE. (Collection : Les\nMaîtres de la musique. P a r i s , Alcan). — L'art Grégorien, par AMÉDÉE GAS-\nTOUÈ (idem).\n   P H I L O S O P H I E : La prière. Essais de psychologie religieuse, par\nJ. SEGOND (Paris, Alcan). — Philosophie de la religion, par J. GOURD (idem).\n   P O É S I E : Le jeune homme et la vie, par MARCEL MARTINET (Paris, l'Edi-\ntion). — Dix petits poèmes pour chanter d'humbles choses ( Liège, Vaillant).\n   R E L I G I O N : Le Père Doussot, dominicain, et la Mère Elisabeth, carmélite, sa\nsœur, par le P . MARIE-JOSEPH. Vol. illustré (Paris, P l o n ) .\n   R O M A N S : Le secret d'Antoine- Paul Lacour (Paris, Plon). — Moulaye-Ali,\npar R. DR VANDELBOURG (idem). — La Fosse aux lions, par E M I L E BAUMANN\n(Paris, Grasset). — La formation de Jean Turoit, par JOSEPH HUDAULT (Paris,\nP e r r i n ) . — L'Hérésiarque et Cie, par GUILLAUME APPOLINAIRE ( P a r i s , Stock).\n    S O C I O L O G I E : Œuvres d'Ernest Cœurderoy. T . I. J o u r s d'avril, première\npartie (Paris, Stock). — Abrégé du capitalisme de Karl Marx, par CARLO\nCAFIERO, trad. de J a m e s Guillaume (idem). — Champs, mines et ateliers, par\nP I E R R E KROPOTKINE, trad. de François Leroy (idem).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 80, "texte": ""}, {"page_pdf": 81, "texte": ""}, {"page_pdf": 82, "texte": ""}, {"page_pdf": 83, "texte": ""}, {"page_pdf": 84, "texte": "Aux Cygnes des jardins publics\n\n Vous êtes fiers, immaculés,   silencieux,\n Mais lorsque vous sortez de l'eau sur le rivage,\n Parmi la foule, on vous trouve     disgracieux,\n Et quand vous essayez votre voix, le ramage\n\n Rauque, poème obscur et timide, fait rire.\n On vous appelle « oiseaux de rêve, oiseaux menteurs          »\n Et l'on s'étonne que les poètes inspirent\n Leurs hymnes, de si peu musicales     clameurs.\n\n On vous dit sans talent, ô mes frères les        cygnes!\n\n                                 *\n\n\n Vous évitez la berge et vous vous dirigez,\n Nefs nobles, sur l'eau de l'étang tranquille et noire;\n Quelquefois, recourbant votre col délié,\n Vous cachez votre bec sous vos plumes de moire.\n\n Les jours d'été, trop lourds de chaleur et d'angoisse,\n Vous plongez, avec soif et fureur, votre cou\n Au sein profond de l'eau qu'aucun souffle ne froisse;\n Vous voudriez vous anéantir, vos dégoûts\n\n Vous pèsent trop parfois,       ô mes frères les cygnes !\n\n                                 *\n                             *       *\n\n Dans les recoins déserts des pièces d'eau, les soirs\n De clair de lune, vos blancs cortèges    s'avancent,\n Quand vous êtes bien sûrs qu'on ne peut plus vous           voir,\n Rigides, beaux, épanouis dans le silence.\n\n Vous semblez écouter des voix     mystérieuses\n Qui vibrent, au lointain de la nuit de cristal;\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "66                          DURENDAL\n\n\n     Votre fierté s'enivre et resplendit, heureuse\n     Du clair de lune froid luisant sur le canal.\n\n     Du clair de lune seul, ô mes frères les     cygnes!\n\n                                   *\n                               *       *\n\n     Mais après les moments fugitifs de répit\n     Et de songe, revient le jour qui vous ramène\n     Aux laideurs de ce monde et qui vous avilit\n     Au contact insultant de la bêtise   humaine.\n\n     Du moins, vous demeurez, sous l'atroce     souffrance,\n     Calmes, dignes toujours, et vous fermez votre œil,\n     Si sombre que j'ai vu frémir en lui l'essence\n     Du lac inerte et grand, des verdures en deuil.\n\n     0 mes frères blessés et farouches,    les   cygnes!\n\n                                                           Louis P I Z E .\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "           La Sainte aux musiques\n\n\n               UN rayon de soleil, que je ne vois pas, éclaire à\n                  l'horizon des choses, tout à l'heure encore invi-\n                  sibles; des campagnes nouvelles et des collines\n                  s'y prolongent, avec des villages qui rient en\n                  blanc. Des choses ainsi éclairées, on ne sait\n                  d'où, ne se découvrent-elles pas quelquefois à\n                  notre âme ?\n   O paysages de mon pays, où les collines et les musiques\nforment ensemble une harmonie, je vous aime, en ce jour nou-\nveau de printemps, avec le village qui repose en un repli, et les\nvallons qui s'affaissent, entraînant des pans de forêts bleues\ndans leur enfoncement r y t h m é . D e coteau en coteau mon âme\nmonte et descend, et c'est aux coins ensoleillés, là-bas, qu'elle\naborde, derrière les fumées lointaines qui sont tout ce qui reste\n— s'évanouit et meurt — de la fournaise de mes désirs.\n   Dieu ! qu'il fait chaste !\n   Je descends vers ma vieille maison, au milieu de mon parc,\ndans la vallée. A mesure que je quitte les sommets le recueille-\nment se fait plus clair. L'horizon se referme et un rêve pâle\nemplit tout. J e rentre et vais à ma fenêtre. L e silence n'est point\nvoluptueux ni grave, le silence est blanc. Je m'enivre des bruits\nlégers qui le traversent et mon âme s'exalte de tant d'invraisem-\nblable candeur.\n   C'est l'heure de se remémorer les plus divines aventures et\nles miracles dont vécut mon cœur. J ' y ai souvent rêvé par ces\nderniers jours de gel, où la terre se réveillait dans la joie des\nneiges fines. E t maintenant elle m'élève, plus que jamais, petite\nsœur, ton irréelle et pure histoire — j ' a i promis à Dieu de la\nraconter, mais ce n'est possible qu'en des jours comme celui-ci,\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": " 68                          DURENDAL\n\n\n\n où tout est chaste — et je revois tes gestes et tes yeux, en ce\n matin d'automne où tu fis fleurir l'éternel printemps!\n\n\n                                 II\n\n    C'était ma sœur. Elle s'appelait Cécile, et fut prédestinée. Des\n cheveux pâles, des yeux limpides, des gestes qui semblaient\n tisser de la lumière, une âme d'ange. Elle me faisait penser aux\n petites vierges d'Angelico, et quand des motets de Palestrina\n fusaient des bouches enfantines, au jubé des blanches paroisses,\n il semblait que c'était son âme qui s'exprimait en mélodie. Ah,\n mon Dieu! elle n'avait rien de commun avec le monde, elle\n n'était point faite pour la vie; il y avait en elle quelque chose\n de divin. Ses lignes mêmes, toutes grêles, s'élançaient comme\n une immatérielle prière.\n    Le matin elle descendait dans le parc, en robe claire. Elle\n retrouvait dans les aubes son cœur. Elle se sentait, au fond du\nvallon, comme la pensée vivante de ce jardin. Elle le quittait à\nl'heure de la messe où nous allions — ce temps est loin —\nensemble, et c'est chemin faisant qu'elle me racontait ses\nimpressions émerveillées : les fleurs dont le parfum montait\nplus frais dans la rosée, le ruisseau sur lequel flottait comme\nune écharpe, les fils de la Vierge qui avaient tissé sur les char-\ndons leurs voiles merveilleux, l'invisible et légère musique qui\nerrait dans les allées, la douceur de la lumière... Elle n'aimait\nque le matin : « On respire partout le mois de Marie à cette\nheure », disait-elle. C'est elle qui m'a donné ce goût des cou-\nleurs claires, des fraîcheurs premières, des choses blanches.\n    A dix ans, elle avait eu cette étrange pensée de planter autour\nde la maison tout un champ de lis, et, l'été, c'était comme une\nvirginale marée qui venait déferler sur nos murs. Nous étions\ncomme une île dans tant de candeur. Quelle autre enfant eût eu\ncette pensée symbolique et touchante à laquelle les étrangers\nne comprenaient rien?\n    Elle avait près de son lit une vieille estampe, naïvement enlu-\nminée, qui lui venait de notre mère. On y voyait la Vierge enfant\nentrant au temple pour s'y consacrer à Dieu. Chose étrange,\nCécile ressemblait à cette petite fille de Judée qui gravissait,\ntoute seule et droite, des marches innombrables, tenant sa jupe\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                    LA S A I N T E AUX   MUSIQUES               69\n\ndes deux mains, tandis qu'une brise sainte faisait flotter der-\nrière elle la musique de ses longs cheveux. C'est aussi en mon-\ntant, dans la clarté et les cantiques, que la petite sœur devait\naller vers Dieu.\n                                 III\n\n   J'hésite encore, je me recueille et je regarde. Il faut, pour\nécrire cette histoire, des mots fluides et bleus comme la trans-\nparence de l'air. Je les trouve dans le paysage immatériel qui\nm'entoure, dans ces lignes lentes des collines qui flottent autour\nde l'horizon comme une guirlande, dans ces eaux chantantes\nqui sourdent de la terre, dans l'envol de mes colombes. L'âme\nest aujourd'hui si légère que je me sens digne enfin de toucher\nà ces souvenirs angéliques sans crainte de les briser.\n\n\n                                 IV\n\n    Je vois Cécile faire sa première communion. Elle monta vers\n l'autel dans des bouffées d'encens qui firent d'elle une sainte\n dans un nuage. « J'ai entendu des musiques! me dit-elle en\nsortant, je crois que le bon Dieu m'a parlé tout bas! » Et depuis\nlors, son âme sembla s'épanouir à la lumière, elle restait parfois\ndes heures en silence : « Que fais-tu? lui demandais-je. —\nJ'écoute », répondait-elle. Le moindre de ses gestes était revêtu\nd'innocence. Je n'ai jamais vu une enfant ignorer à ce point le\nmal. On le voyait à l'instant à l'ingénuité de ses mots, à sa\nconfiance profonde envers chacun. A moi surtout, son âme était\nouverte; elle me disait sans trouble les pensées sublimes qui\nmontaient en elle, aussi naturellement que des fleurs dans un\njardin. Un jour je la vis lire un livre de légendes : « Que lis-tu\nlà? — Mais Sainte Ursule — Et cela t'intéresse-t-il? — Mais\noui, me dit-elle, je me répète que rien n'est plus beau que\nla pureté, et j'ai juré depuis toujours à Dieu de rester imma-\nculée... » Je crus rêver à ce mot prononcé par cet enfant, mais\nelle me regardait avec des yeux d'une miraculeuse limpidité.\n« Alors tu te feras religieuse? — Pourquoi cela? » me répon-\ndit-elle, étonnée à son tour.\n    Elle eut treize, quatorze, quinze ans. Ce fut le moment à\njamais déploré où ma vie changea — je n'en redirai point les\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "7o                              DURENDAL\n\n\n\ncauses — et je partis vers mes aventures. L a terre pour moi\nfut trop petite. J e courus les pays lointains et leurs fièvres\nvoluptueuses. L e midi glissa dans mes moelles, l'orient m'en-\nchanta dans ses parfums d'ambre, l'Asie m'absorba comme un\nmystère. P a r delà les monts et les mers j'expérimentai la vie.\n Elle me parut adorable et terrible. J e me livrai à ses délices et\nà ses orages. Elle me roula de doute en clarté, de clarté en\ndoute. J e m'enivrai d'elle et j ' e n fus l a s ; elle fut une maî-\ntresse acharnée et changeante. J'oubliai mon pays, ma famille\net mon Dieu, dans un grand flamboiement de tout mon être.\n Pourquoi raconter ici ces tristesses et ces joies, ces orgueils et\nces horreurs? J e me crus grand, mais la paix divine de mon\nenfance fut perdue et, un jour, désabusé, je m'acheminai, tête\nployée, du fond de ma vie errante et lourde, vers le vallon vir-\nginal de l'Autrefois...\n   J'arrivai au château par le chemin qui le contourné parmi le\nparadoxal c h a m p de lis. L a grande porte du salon était ouverte\nvers le gravier et Cécile, droite et blanche, que mon pas ne fit\npoint frémir, était assise au piano t o u r n a n t le dos au j a r d i n . J e\nla reconnus à son jeu séraphique. Ses doigts erraient sur les\ntouches sans presque les frapper, les caressant comme d'un\nfluide. L a m u s i q u e semblait lointaine et divine. C'était le\nPrintemps de Grieg : du fond du monde arrivait un tourbillon\nblanc et frais de notes grêles, et quand elles approchèrent ce\nfut un éblouissement ! Elles s'écroulèrent comme des rires,\nfusèrent en longs jets de cristal, et puis tout en haut se bri-\nsèrent. Et les images, sans précision, se nouaient l'une à\nl'antre, surgissaient ensemble comme les mots d'un matin can-\ndide. Des rires s'égrenaient, des perles transparentes rebon-\ndissaient sur des escaliers de verre, des jets d'eau chantaient,\ndes arbres d'avril se chargeaient de fleurs! ce fut tout un verger\nvivant qui surgit dans notre rêve, et notre âme fut à ce point\nravie dans la m ê m e candeur, que soudain Cécile se retourna et\nme vit... L a musique l'animait encore, comme une petite\ninspirée, elle m u r m u r a les yeux mi-clos : « O h ! que de lis sur\nmes épaules. » P u i s soudain un changement se fit en elle, elle\nvint vers moi, les yeux ouverts et l'air si triste dans le silence\nsoudain des arpèges... « T i b u r c e ! T i b u r c e » murmura-t-elle, et\naprès m'avoir embrassé, elle me regardait avec des grands\nyeux extatiques et lents, et tout à coup, ployée par une tristesse,\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                     LA S A I N T E AUX   MUSIQUES                   71\n\nelle prit mes deux mains et se mit à pleurer... L a vie d'où je\nvenais qu'on lui avait fait entrevoir, la sensation d'être séparée\nde moi par un abîme inconnu... E t je la serrais doucement\ndans mes bras, tandis que je sentais ses pleurs chastes couler\nsur mes pauvres mains coupables, sans les rafraîchir. N u l\nrepentir ne me secoua, mais seulement une grande tristesse\nque l'accueil aimant et indulgent de notre père ne put qu'à\npeine dissiper...\n\n                                    V\n\n   Je vécus alors près de son rêve sans y entrer. Quand elle eut\nseize ans on la fiança. E t d'abord elle dit Non à son père d'un\ncœur décidé. Mais elle vit Valérien entrer dans sa grâce fière\net patricienne et la regarder avec une fraternelle douceur, et\naussitôt elle pâlit, car tout à coup un amour profond la remplit.\nU n amour si profond qu'il montait de l'inconnu de l'âme,\nl'entourait d'un songe blanc, la baignait de soleil et de fraî-\ncheur. Des cantiques montèrent en elle, et ses yeux bleus\nhumides et clairs, dans un regard d'ange, se donnèrent...\n   De ma chambre je regardais errer dans notre val ces deux\nadolescents. L u i , grave et fier, penché vers elle, elle, petite,\nfrêle, et si douce. Elle se révélait lentement; il pénétrait en son\nâme comme en un jardin. C'était chaque jour des enivrements\nnouveaux. E t lui, en qui bouillonnaient le sang, la jeunesse et\nla vie, n'était plus q u ' â n e âme auprès d'elle. Quelque chose\nd'irréel et de saint les entourait comme d'une grâce. E t le col\ntendu elle écoutait en souriant ses paroles d'amour. Ils descen-\ndaient souvent jusqu'au verger clos de murs, et là, poussant la\npetite porte ils restaient sur le seuil sans parler. Les pommiers,\ncomme des bouquets de fleurs étaient si épais sous le soleil\nd'avril, qu'ils faisaient à terre comme une ombre blanche.\nL'atmosphère y était religieuse comme sous les nefs angéliques\nd'une merveilleuse chapelle, et les doigts noués, ces beaux\nenfants regardaient en silence le silencieux verger fleuri que\nleur candeur même n'osait troubler.\n\n                                   VI\n\n   Elle a i m a i t ! mon D i e u ! elle a i m a i t ! Elle aimait comme\ns'aiment les anges dans les jardins profonds d'en haut. L a vie\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "72                          DURENDAL\n\n\n\nn'était pas changée pour elle, la vie n'avait fait que fleurir!\nDieu bénissait la fiancée. Son âme était plus large ouverte, et\ndes voix vertigineuses y montaient comme une invraisemblable\nallégresse. Elle n'était plus seule! Elle aurait quelqu'un à\nconduire sur le chemin qui monte au ciel, et ce quelqu'un\navait une âme pareille à la sienne! L'amour lui était toujours\napparu ainsi, elle l'avait attendu en tremblant de joie. Comme\nUrsule jadis, elle allait aimer son fiancé d'un éternel amour,\nmais d'un amour qui ne serait pas ensanglanté par le martyre.\nValérien venait tous les jours. En l'attendant, c'était au jardin\ndéjà qu'elle allait. Comme les brises aux brises, comme les\nparfums aux parfums, comme les rayons aux lumières, elle sen-\ntait son âme s'unir à celle qui venait, et, dans une immaté-\nrielle étreinte ils communiaient au même idéal. Les mains\njointes sur sa poitrine, elle s'étonnait de sentir son cœur battre.\nAh, mon Dieu! c'est cela l'amour! une grande joie de l'âme,\nun don total de sa pensée, une marche à deux sur les sentiers\ndu rêve! Et fermant les yeux, elle se voyait gravissant avec\nlui une route claire, au milieu de pommiers fleuris, dans le\nsoleil et la prière... et tout en haut la sainte Vierge bleue\nqui les attendait...\n\n                               VII\n\n   Le mariage se fit sans tarder. Et l'on fut à la ville où l'évêque\nofficia. Les fiancés marchaient dans le rêve. Le cortège, la\nfoule, rien n'existait, si ce n'est leur amour unique et leur joie,\net cet autel au fond du cœur, où flamboyaient ces cierges.\nComme on se sentait loin, tout à coup, de l'église blanche du\nvillage où elle avait fait, en robe de mariée, sa première com-\nmunion. Ici, dès qu'on entrait, on percevait une atmosphère\nd'amour ardent et, pénétrant dans l'église, Cécile en fut frappée\nsans comprendre. Un parfum d'encens avait imprégné chaque\npierre, les vitraux flamboyaient, vibrants de soleil, l'autel était\ndans l'air, bleui par les fumées, comme un brasier d'or et d'argent,\net, plus superbes encore quand on les apercevait de la pénombre\ndu porche, les dignitaires de leurs dalmatiques et de leurs\nchasubles et de leurs chapes, illustraient d'orfroi et de brocard\nle sanctuaire. Valérien sentait en lui monter un grand flot de\npassion puissante et, près de lui, s'avançant dans cette\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                    LA S A I N T E AUX   MUSIQUES                 73\n\nambiance inaccoutumée, Cécile souriait étrangement. U n e\nangoisse, délicieuse et inconnue, l'avait saisie, et comme les\nmusiques chantaient, elle répétait à Dieu machinalement la\nprière de toute sa vie : « Mon Dieu, faites que je reste imma-\nculée... » T i e n s ! ces mots la troublent pour la première fois!\nPourquoi donc? elle ne peut s'en rendre compte, mais il lui\nsemble que quelque chose va se révéler! Ce fut rapide comme\nun frisson, puis cela se perdit dans l'extase... Car les grandes\norgues sur le cortège s'épandirent. Ce fut comme un fleuve divin\nqui serait tombé des voûtes; l'immense église en fut remplie et\nne fut plus qu'un vaisseau retentissant et sonore. Cécile eut\ncomme une nostalgie de son clavecin, puis de nouveau la reprit\nle flot. L a voix puissante de l'instrument chantait la gloire des\népoux ! la passion bénite, l'enthousiasme saint, et Cécile éperdue,\ncomme renversée par ce grand flot d'allégresse, sentit qu'en\nelle quelque chose devait changer. Elle s'agenouilla sur son\nprie-Dieu dans un inexprimable trouble. Son âme vibrait si\nfort et si loin qu'elle touchait aux limites de l'Inconnu sans le\npénétrer encore, et elle perçut la révélation vague d'Autre\nchose.\n   P u i s l'orgue se calma, et le silence divin plana un instant.\nL'évêque descendit vers le couple et, avant de les leur passer,\nbénit les anneaux. E t la bénédiction descendait sur les\népoux, consacrant leurs baisers, leurs étreintes futures, le\nbonheur de leurs chairs surnaturalisées. L e sacrement s'épandit\nsur eux avec toute sa grâce, et par lui, dans une sorte de stu-\npeur divine, Cécile comprit tout. Un étrange vertige l'enve-\nloppa, toute sa chair angélique frissonna. L e s deux promesses,\ncelle de son enfance et celle d'aujourd'hui, pour la première\nfois lui parurent inconciliables... Puis, en un instant — un\nbrisement inconnu, suivi d'une paix exquise — il lui apparut\nque non.\n   E t alors, comme un rayon de soleil — tel un signe visible —\nchargé de poussières lumineuses, descendait d'un vitrail vers\nelle, Cécile, plus légère et comme spiritualisée, sentit s'exalter\nson âme dans ce rayon et s'éperdre sa joie nouvelle dans cette\nlumière, et tout bas, la messe commençant, elle redit doucement\nsa prière...\n   E t , tandis qu'elle la répétait elle s'aperçut que son âme, apai-\nsée tout à fait maintenant, devenait semblable à la musique.\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "74                             DURENDAL\n\n\nCelle-ci s'était faite plus douce, plus candide, plus intime et\nCécile songeait qu'elle était pareille à celle du ciel. Rien ne\npouvait être plus beau, c'était le murmure de l'Invisible, le\nbruissement des célestes vergers, les harpes angéliques et les\ncithares et les violes. L'enfant fermait les yeux, respirant ces\nvoix par tout son cœur. Tendue vers Dieu elle lui répétait sans\nse lasser : « Permets, Seigneur, que je demeure immaculée. »\nEn disant ces mots son âme était si musicale, si pleine de\nchansons que la musique céleste n'était plus, semblait-il, que\nl'écho de sa musique intérieure... Dans le large rayon d'or qui\nla baignait, elle apercevait maintenant, debout en robe blanche,\nle Christ qui souriait à sa virginité...\n\n\n                                  VIII\n\n     Tout cela elle le lui a dit à son lit de mort.\n\n\n                                   IX\n\n   La nuit vint, nuptiale et auguste. Et Cécile se trouva seule\navec son époux dans le silence blanc de sa chambre : « O Valé-\nrien, doux jeune homme bien-aimé,lui dit-elle de sa voix musi-\ncale et grave, m'aimes-tu? » Et comme il ne répondait pas, trem-\nblant devant elle d'amour attendri: «Mon bien-aimé, reprit-elle,\nm'aimes-tu plus loin que la mort? — Plus loin que la mort,\nacquiesça-t-il. — Valérien,moi je t'ai tant aimé que mon amour\nveut être éternel... je suis allée vers toi sans connaître l'amour,\nmais de toute mon âme d'enfant, je me suis donnée; je t'ai con-\nsacré ma pensée et le pur trésorde mon cœur, je suis montée vers\nl'autel comme vers un rêve... Mais Dieu tout à coup m'a révélé\nla vie et dans toute ma chair a frémi le pur désir de ton baiser. »\nEt comme, éperdu de délices, il lui tendait ses bras aimants...\n« Mais je t'aime trop, Valérien, pour t'aimer de la sorte, d'un\nsursaut de volonté et avec l'aide de la Grâce, j'ai dit à Dieu\nque je ne voulais pas. J'en mourrai peut-être, car quelque chose\nen moi s'est brisé à ce vœu, et j'ai senti que tout mon être se\ndétachait de la terre, pour aller au Ciel... Mais je t'aime tant,\nje t' ne tant, que je ne voudrais point mélanger des délices\nterrestres à la pure essence de mon amour. » Et, comme il hési-\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                       LA S A I N T E AUX   MUSIQUES                     75\n\ntait à comprendre, elle lui prit les deux mains entre ses mains\npâlies qui fleuraient l'oranger. « O mon bien-aimé, n'as-tu pas\ncompris, comme moi, que notre amour est si céleste que nous\nle diminuerions en y mêlant notre tendresse. Mon âme et\nla tienne ne sont-elles pas unies à jamais? J'aurais pu dire non,\nt o u t ' à l'heure, je ne l'ai point dit, car j ' a i voulu que le sacre-\nment fît de nos vies une seule vie jusqu'à l'infini de l'éternité.\nE n promettant à Dieu m a vie, je te l'ai promise et jet'ai promise\nà lui... » Elle parlait, exaltée et tendue, et comme une lumière\nirréelle la n i m b a i t . F a r o u c h e d'abord, amolli ensuite, pleurant\nenfin silencieusement, Valérien suivait dans sa propre âme la\nsurnaturelle tragédie... « J e ne comprends pas », disait-il. Alors\nil vit comme des anges. C'étaient des formes vagues qui emplirent\nla chambre de bruissements légers. Des regardsbleus flottaient,\ndes chevelures impalpables tremblaient dans la demi-lumière,\nc'étaient toutes les vierges d'autrefois qui venaient, et Valérien\nse souvint, en voyant entrer parmi elles un jeune homme beau\ncomme un Dieu, d'Alexis de Cappadoce, qui, lesoir de ses noces,\navait fui selon son vœu, mais qui avait voulu être marié pour\npouvoir, toute l'éternité, accompagner sa bien-aimée. Alors il\ncomprit, et son âme en un instant fut transformée. E t comme il\ntombait à genoux près de Cécile extasiée, la grâce se manifesta\nsur eux. Il sembla que les fenêtres s'ouvraient et qu'entraient\npar là les musiques célestes. Ce fut un ravissement dans la\nlumière. Des accents inouïs palpitèrent, la musique d'âme la\nplus idéale, la plus insoupçonnée, la plus aérienne. Des archets\ninvisibles glissaient sur d'immatériels violons et des plectres\nlégers erraient sur les mandoles, les harpes semblaient faites de\nfils de la Vierge et de rais de lumière et c'étaient des doigts\npresque divins qui erraient dans les cordes. Ces mélodies\n avaient la légèreté des parfums, et elles se mêlaient à d'autres\n phrases comme les odeurs de lilas à des rayons de soleil. D'un\n clavecin léger montaient des notes grêles et des voix s'y mêlaient,\n si claires, si nuancées, si virginales, que seuls des anges\n peuvent en avoir d'aussi pures... L e concert séraphique d u r a\njusqu'à l'aube... alors il s'évanouit dans la clarté, se fondit\n dans le jour naissant, s'évapora comme aux lumières de l'azur\n s'évapore la rosée... Les bras croisés, la bouche entr'ouverte, les\n yeux mi-clos, Cécile sommeillait dans l'extase... Respectueu-\n sement Valérien se pencha vers elle, la prit entre ses bras et la\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "76                              DURENDAL\n\n\n\ndéposa sur le lit nuptial en tremblant, puis il s'éloigna dans un\nlong regard...\n\n                                    X\n\n    Ils descendaient le grand escalier vers le jardin, graves et\n pâles, q u a n d moi qui passais, au bas du perron, je répétai en\nriant et sans respect la phrase qu'un jour à treize ans elle m'avait\ndite : « J'ai juré de rester comme sainte U r s u l e . . . » A ce mot,\nq u e je sentis à l'instant sonner faux, ils s'arrêtèrent au milieu\ndes marches et se regardèrent d'un long regard surnaturel. E n\nelle rien n'avait changé, sauf qu'elle était pâle d'une pâleur\n— semblait-il — définitive; lui s'était transformé et il lui\nressemblait comme si son âme faite à l'image de la sienne était\ndésormais sa physionomie. A leur regard, à leur silence timide\net fier je devinai tout à coup — connaissant m a sœur —\nl'invraisemblable vérité. Elle seule, en ce t e m p s où les légendes\nsont finies, pouvait avoir exhaussé son âme j u s q u ' à une telle\ninaccessible hauteur. Je le vis à toute évidence dans son regard\n q u a n d , le fixant sur moi comme pour un triomphe angélique,\nelle me répondit, à moi qui ne croyais à rien, mais qui étais\n— après toute son enfance — si proche de son cœur : « Dieu\nne pouvait-il pas exaucer mon vœu et me donner Valérien? »\n    Elle me dit cela, si simplement, avec si peu d'emphase, et\ncela me bouleversa plus que je ne puis le dire. Elle vivait dans\nune telle atmosphère de rêve, notre maison en était à ce point\nbaignée, le paysage m ê m e du jardin était si divin, que ces\nparoles montaient de son cœur aussi naturellement que les\nferveurs brûlantes d'une moniale, cloîtrée seule depuis vingt\nans loin du siècle, avec Jésus. J'avais vu le m o n d e , j ' a v a i s lu\nles livres, mais rien ne m'avait secoué comme cette simple\nparole et ce sourire simple. Ils me reportaient aux époques\nhéroïques de la légende chrétienne. E t b r u s q u e m e n t je m'age-\nnouillai au bord du perron comme devant des saints. Elle\nle vit, descendit l'escalier en courant, légère et droite, et\ntandis qu'elle me relevait, je me mis à pleurer comme un enfant.\nMes années de scandale et d'indifférence me firent horreur,\nje me vis indigne d'être frôlé par ces mains virginales, et\nj'écoutai, plongé dans un remords sans nom les douces paroles\nqu'elle me disait : « O frère! frère! si tu croyais en Dieu,\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                    LA SAINTE A U X   MUSIQUES                    77\n\ntu pourrais nous comprendre. » Alors tout mon cœur se fondit\net mes sanglots redoublèrent; ce fut sur mon âme un baptême\nnouveau, la Grâce de Dieu m'envahit comme une onde,\nme pénétra, m'illumina, fit de moi un autre homme, je sentis\nrevenir à moi mon enfance que j'avais crue à jamais perdue, et\nje compris seulement la sublimité de Cécile, jusqu'à en être\nébloui. Je la vis, plus belle encore que tantôt, et autour des\népoux mystiques je sentis réellement une odeur de lis et de\nroses, comme si l'ange de la légende en avait couronné leur\nvirginité. « Je crois! je crois! » m'écriai-je. Alors, Cécile leva la\ntête vers moi, puis d'un inimitable geste me baisa la poitrine\nen me disant avec respect : « Tiburce, Tiburce, je reconnais en\ntoi mon frère ! » Et, comme elle se redressait, je sentis son baiser\ns'imprimer sur mon âme, descendre au fond de moi, et douce-\nment, sous la chaleur virginale de ces lèvres, la vie divine\nreprendre à jamais possession de mon cœur.\n\n\n                                XI\n\n   Quelques jours après, elle devint languissante et dut s'aliter.\nLa terrible rançon de son vœu, c'était cette maladie qui la\nterrassait. Elle avait brisé en elle la vie de la chair, et\nmaintenant, le corps n'avait plus la force de soutenir cette âme\ntrop vibrante. La révélation du sacrement, le sacrifice, l'exal-\ntation l'avaient faite plus diaphane qu'un grand lis. Valérien\nl'emmena en Italie, et quelques jours après j'allai les rejoindre;\nmais la langueur ne faisait qu'empirer; ils s'aimaient passion-\nnément comme des âmes peuvent s'aimer. L'Eucharistie du\nmatin les réunissait dans l'étreinte surnaturelle de leurs deux\npensées, et il eût fallu inventer des mots pour dire la prodi-\ngieuse beauté de leur amour. Ainsi doivent s'absorber l'un\ndans l'autre, et ensemble s'absorber en Dieu, les bien-aimés qui\nsont déjà dans l'autre vie. Qu'importent les instants à ceux qui\ns'aiment pour les siècles? Elle se voyait mourir sans pleurer.\nPourtant, nous fûmes vers la montagne des prodiges, mais la\nguérisseuse du Gave ne voulut pas la guérir. Alors elle soupira\nvers le vallon natal : « Je voudrais tant mourir chez nous ! »,\nrépétait-elle.\n   Il fallut la ramener alors. Ici. A la fenêtre, devant ce paysage\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "78                            DURENDAL\n\n\n\n qui m'entoure aujourd'hui, elle respira de bonheur ; mais la mort\n était proche. N o u s étions trois autour d'elle : Valérien, transfi-\nguré par le miracle, moi, émerveillé toujours, et notre père qui\n ne voyait rien. U n soir elle reçut l'extrème-onction, nous restâmes\n à son chevet toute la n u i t ; puis le matin notre père s'étant\nretiré : « Ouvrez la fenêtre, je vous prie », dit-elle. L e j a r d i n\nétait si doux, c'était un de ces jours de septembre qui res-\nsemblent à des jours attardés d'avril. U n e grâce fragile emplis-\nsait l'air, les lointains étaient idéalisés par une lueur bleue; une\npaix légère, élyséenne et parfumée, baignait les choses. L a fraî-\ncheur vous frôlait comme un angélique baiser. E t comme on\nouvrait la fenêtre, tout cela monta dans la maison. Cécile\nregarda, puis ferma les yeux. « Ecoutez », dit-elle. E t voici que\nla musique céleste approchait... Notes de clavecin comme des\ngouttes d'or, perles des mandoles comme du cristal, mélodies\ndes violons comme des fils d'or, par-dessus le jardin elle arri-\nvait, très douce, portée par d'invisibles anges, et, au delà des\narbres, un grand orgue infini déferlait. P a r la fenêtre la\nmusique entra, envahit la chambre si doucement que l'on se\ncrut transporté dans un autre monde. C'étaient des cantiques\nsupraterrestres que rien ici-bas n'eût pu faire pressentir, des\nmotets clairs qui s'élevaient jusqu'à Dieu dans un élancement\nd'extase, des mélodies qui étiraient des notes si lointaines\nqu'elles étaient grêles comme un fil de soie d'or... et tout à coup\nla musique devenait si intime, si imperceptible qu'on eût dit la\nchute mystérieuse, à l'aube, des gouttes de rosée chargées de\nclarté... puis les instruments reprenaient, dans un crescendo si\ndoux et si puissant que l'âme en demeurait ravie... Après un bref\nsilence, une voix seule se mit à chanter, elle monta d'abord tout\ndroit, vibrante, puis se ploya, traîna un instant, puis remonta,\ndivine et claire; parfois elle avait des t r e m b l e m e n t s d'amour,\npuis, étouffée par l'adoration, elle se taisait, et reprenait, accom-\npagnée par l'orchestre invisible; enfin, celui-ci se tut et la voix\nde l'archange monta, monta comme un trait de blancheur dans\nl'azur... Nos âmes étaient tendues à se briser, nos yeux perdus\ndans l'extase. Alors, comme on sentait qu'enfin cette musique\ninouïe se perdait en Dieu, Cécile ouvrit ses grands yeux calmes\net prit la main de son mari : « Je vois le Ciel, dit-elle... A\ndemain. » E t elle mourut dans un sourire.\n                                                PIERRE    NOTHOMB.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": " vous dirai peut-être un jour\n\nJe vous dirai peut-être un jour, Automne,      Automne,\nVous que j'ai respiré jadis, lente saison.\nJe dirai la viduité des horizons\nEt l'immobile aspect de vos jours   monotones,\n\nL'infini du matin par les plaines   immenses.\nLe verger jaunissant  de ses fruits  dépouillé.\nEt le vent de novembre aux subites démences,\nEt la dernière fleur dans le jardin   mouillé;\n\nEt je dirai l'accueil nostalgique des routes\nQui semblent reculer l'imprécis des là-bas,\nEt les navrances de la pluie en larges gouttes\nSur les chemins trempés où s'alourdit un pas;\n\nLes bois, sous leurs derniers soleils, muets   d'extase,\nL'ame des grands étangs limpide jusqu'au      fond,\nLa poignante douceur du beau fruit mûr qui fond\nVoluptueusement    sous la dent qui l'écrase;\n\nLes couchants chaque soir si purs, si épuisants\nQu'on dirait quelque chant de barde à l'agonie\nJailli soudain, sauvage et fort, puis s'apaisant\nEt mourant comme tombe une feuille jaunie.\n\nAh ! cela qui finit dans un dernier  rayon,\nRésigné, le sachant, sans révoltes ni fièvres...\nIl n'y a plus qu'un mot à présent sur mes lèvres :\nDans le calme du soir, ô mes frères, prions.\n\nPrions un peu pour calmer cela qui s'agite\nEn nous, dont nos esprits à tort se préoccupent :\nTous les possibles devenirs... Mais, ma petite,\nCes longs élans vers le bonheur, quel jeu de dupes!\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "80                           DURENDAL\n\n\n\n     Chassons de nous tous les trop confiants espoirs ;\n     Nous avons perdu trop de temps à tant rêver.\n     Prions un peu dans l'attendrissement du soir\n     Et que nos yeux sans pleurs fixent le noir pavé.\n\n     Avez-vous bien compris la leçon de ces choses,\n     Vous qui vous obstiniez dans vos r bellions?\n     Laissez glisser des doigts la chair morte des roses...\n     Tout cela, c'est la vie et nous nous y plions.\n\n     Car il ne suffit pas de mater sa pensée,\n     Il faut encor que l'on accepte et qu'on sourie.\n     Demain, je reprendrai la tâche commencée\n     Et vous vous pencherez sur votre broderie.\n\n     Nous nous inclinerons, ô pauvres gens enclins\n     A trop de lassitude, à mieux garder notre âme.\n     Mais cette grâce harmonieuse    de déclin,\n     Lui conserverons-nous   sa pureté de flamme?\n\n     Il ne faut pas beaucoup pour embellir une heure\n     Et la joie n'est pas rare au fond d'un cœur sensible.\n     Soyez toujours les bienvenus dans ma demeure,\n     O mes hôtes, goûtez cet abandon      paisible.\n\n     Savoir tout accepter, c'est la plus belle tâche\n     Et se garder quand même un cœur simple et fervent.\n     Ceux-là n'ont pas compris qui nous nomment des lâches,\n     Les fous qui jettent leur orgueil aux quatre vents.\n\n     Si vous craignez des défaillances en chemin,\n     — Cela se peut — petite, vous me ferez signe\n     Et le soir je viendrai vous prendre par la main\n     Et vous mènerai sur la plus haute colline.\n\n     De là Von voit la ville et l'on entend la vie;\n     Et l'on est cependant hors de la vie déjà,\n     Au domaine du songe et des âmes ravies\n     De sentir proche Celui qui les protégea.\n\n     Vous entendrez monter, hésitante,     inquiète,\n     Vers vous une chanson dite avec peu de voix\n     Qui balbutie et s'interrompt et se répète,\n     Une chanson de pauvre espoir et d'humble foi.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "     JE VOUS DIRAI PEUT-ETRE UN JOUR...                  Öf\n\n\nSi frêle et si fragile, hélas! on croirait voir\nLa buée du matin qui ternit les carreaux, —\nLa chanson d'un enfant apeuré dans le noir,\nCelle du prisonnier derrière ses barreaux.\n\nUne chanson qui ne sait plus ce quelle chante\nEt se poursuit, par habitude, se poursuit,\nGrelottante, cassée, éperdue et touchante,\nEt exaltant le jour et défiant la nuit.\n\nQuelquefois on croirait à l'entendre, si lente,\nQu'elle va tout à coup cesser de palpiter.\nMais non! elle reprend tenace, et consolante\nEn sa monotonie et son humilité.\n\nEt c'est la chanson de la vie qui aide à vivre\nEt fait se soutenir les pauvres gens d'ici\nQu'on voit marcher courbés, titubants et comme ivres ;\nTous ont le même espoir et le même souci.\n\nLes pauvres gens d'ici aux cœurs meurtris de doute\nQui s'abordent avec de grands      ménagements,\nCar il y a toujours des blessés sur les routes\nEt les corps las sont prompts aux     découragements.\n\nOn ne sait pas. On dit des mots. On fait des gestes.\nOn tient des propos fous ; les rires sonnent  faux\nEt l'on reste à guetter le messager céleste,\nCelui qui marche avec son éternelle     faux.\n\nLes rhéteurs battent du tambour et leurs emphases\nExaltent les désirs, la gloire et les conquêtes\nEt le bondissement sonore de leurs phrases\nA fait lever des légions de faux poètes\n\nQui, célébrant le labeur rude et précieux,\nN'ont pas pu voir parfois, parmi les foules folles,\nL'angoisse du mystère halluciner les yeux\nLorsque le bruit du soir était plein de paroles.\n\nAh! laissons notre cœur s'accouder à l'automne\nEt prendre une leçon d'héroïsme plus vrai.\nNous n'écouterons pas ce chant que l'on entonne\nEt jetterons ce vin dont on s'est enivré.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "82                         DURENDAL\n\n\n\n     Puisqu'on marche ici-bas avec des mains tendues\n     Vers la promesse que l'on n'atteindra   jamais\n     Et qu'on voit cependant briller, clarté perdue,\n     Là bas, au loin, parmi la brume des sommets.\n\n     Préparons-nous   du moins à ne jamais    l'atteindre\n     Et faisons-nous un cœur à l'égal des plus purs\n     — Lampes faibles pourtant craintives de s'éteindre,    —\n     Que guide et que soutient un espoir ferme et sûr.\n\n     Des sources de bonheur chanteront dans notre être\n     Et nous y gagnerons, quand nous aurons prié,\n     La consolation de voir un jour,   peut-être,\n     Les grandes vérités éternelles briller.\n\n                                              LUCIEN CHRISTOPHE.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                     Pages agrestes\n\n                            Les javelles\n                CE sont de grands soldats taciturnes et sauvages,\n                   qui sont venus.\n                      Ils étaient vêtus de rouges habits de guerre;\n                   ils portaient d'immenses armes qui jetaient de\n                   féroces lueurs, comme des yeux de criminels.\n                      Et les p t t i t e s vierges aux chevelures blondes,\n                  ont resserré leurs rangs, craintives et soudain\n                   pâlies.\n   Elles ont frémi sous l'haleine rôdeuse de la Mort.\n   Elles ont pleuré de grosses larmes de rosée.\n   Une alouette a chanté.\n   Un cri-cri a joué du violon.\n   U n e abeille sonnait l'Angelus au cœur d'une fleur... Et il\nétait bien triste de mourir ainsi, dans l'universelle joie des\nchoses !\n   Alors les grandes armes blafardes se sont mises à ramper sur\nle sol, en sifflant comme des serpents.\n   Les vierges faibles ont chancelé, puis sont tombées. Elles\nn'ont pas tâché de résister. Elles n'ont pas proféré de menaces.\nElles n'ont laissé s'exhaler aucune plainte.\n   Elles sont tombées, l'une après l'une, couchées sur le flanc, la\ntête cachée dans leur superbe chevelure.\n   Elles sont tombées...\n   Les pavots, leurs amants sanguins, auraient bien voulu pous-\nser, comme un défi dans l'air, leur cri rouge de révolte, d'appel\net de haine.\n   Hélas! eux aussi ont succombé, maculant de caillots le champ\ndu carnage!\n   Maintenant toutes les javelles sont tristement couchées dans\nleurs linceuls d'or clair.\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "84                          DURENDAL\n\n\n\n   Soleil lâche et cruel! même après leur défaite, tu t'amuses à\nles cribler de tes flèches aiguës !\n   Dis-moi, n'est-ce point assez, déjà, que celles qui ne sont pas\ntout à fait mortes, agonisent, lentement suppliciées, sur la herse\ndouloureuse des éteules?\n\n\n                         Les grenouilles\n   Ce soir, au bord de l'étang, derrière la forge, les grenouilles\ntravaillent encore pour Yed le forgeron. Il y a longtemps qu'il\nles occupe à son service. Depuis toujours, on les a entendues\nlimer du fer, désespérément, infiniment, au long des nuits. Mais\nil a l'air de ne pas savoir qu'elles sont là, à peiner dur pour lui;\nmême, on l'a vu : quand il en rencontre une sur son chemin, il\nla repousse dédaigneusement du pied, ou l'écrase. Quel sort\nfatal, quel pacte diabolique les lie ainsi l'un aux autres, alors\nqu'ils se vouent une haine implacable?\n    ... D'abord, elles liment un gros essieu (peut-être celui du\nchar des Nuits va-t-il bientôt casser?). Puis, aigrement, elles\nforent des trous aux deux bouts.\n    La besogne est pénible; le fer dur, et elles n'ont que la langue\npour l'entamer. Peu importe à celui qui les commande, il faut\nqu'elles travaillent !\n    Parfois, cependant, elles se reposent; s'il y a de la lune, elles\nregardent, béatement, la lune avec leurs yeux de grenouilles.\n    Puis, sans une plainte, elles recommencent leur labeur de\nforçats. Le garde-chiourme, c'est un sapin, au bord de la mare\nimpassible; il bouge parfois avec des airs inquiétants. L'Inspec-\nteur, c'est la lune; quand elle vient regarder par-dessus l'épaule\ndu sapin, le garde lui explique tout bas des choses, en agitant\n la tête.\n    Cependant, ce soir, pour égayer ses compagnes d'infortune,\nune des grenouilles joue des castagnettes. (Le vieux sapin s'est\nendormi, et la lune doit être morte...)\n    Un peu de temps encore, les autres travaillent; on dirait à\nprésent qu'elles rabotent une noueuse planche de chêne.\n    Le vieux sapin dort et la lune est moite... (Peut-être vont-\nelles traîtreusement leur fabriquer à chacun un cercueil?)\n    Enfin, comme ce soir personne ne les surveille, elles cesse-\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                          PAGES   AGRESTES                          85\n\nront de travailler avant l'heure fixée. Elles trichent adroitement,\nau jeu lugubre; par prudence, Tune d'elles rabote ou lime encore,\nde temps en temps, afin d'éviter les surprises.\n   ... Voici le signal de la retraite ; elles ne sonnent j a m a i s la\ncloche, de crainte de donner l'alarme; elles agitent une grosse\ncrécelle en bois, comme à l'église pendant le temps pascal.\n  Et les derniers hoquets de la crécelle résonnent étrangement\ndans le silence de la nuit, comme si déjà, fatiguées de leur cor-\nvée misérable, elles étaient descendues sous les voûtes du\nsommeil.\n\n                              Le Chien\n    J'ai un chien, ce qui n'étonnera personne. L a bête, d'ailleurs,\n n'a rien que de bien ordinaire. Mon chien est un chien, c'est-\n à-dire qu'il est intelligent, aboie, fait des tours et agite la\n queue. Il n'oublie jamais de manger, ce qui prouve qu'il a une\n bonne mémoire, et il fait parfois des gestes de bénédiction.\n    Mon chien n'est pas beau : ce qui signifie qu'il n'est ni\n affreux comme un bouledogue, ou comme un basset, ni\n distingué comme un lévrier. C'est un chien, et c'est parce qu'il\nest cela tout simplement que je l'aime.\n   Je l'appelle Ali tout court, quoique son vrai nom soit, en\nréalité, Ali-Baba. Je l'ai baptisé ainsi, afin d'honorer la mémoire\nd'un grand homme qui n'a pas encore sa statue.\n   Ali est brun de pelage (il raffole de café au lait). Ses yeux\njaunes ne sont pas précisément d'une profondeur vertigineuse,\nmais pour des yeux de bête, ils ne sont pas trop bêtes. Il porte\ndes oreilles le plus souvent chiffonnées, comme deux feuilles\nflétries, et une queue arrondie en anse de panier.\n   Ce matin, au déjeuner, quelqu'un me le dénigre. Cela m'a\noffensé. T o u t de suite, je fais son éloge, j'exalte ses qualités.\nMais Ali ne me laisse pas continuer mon éloquent discours. Il\nme coupe la parole (et la tartine), au ras des lèvres, en me\ngriffant le nez de ses canines aiguës.\n   On a ri, on s'est moqué.\n   J'ai dit : « C'est un bon chien : il est modeste! »\n   Ensuite, comme je pars pour la promenade, il me déchire le\npantalon et me happe le mollet cruellement.\n   Je dis : « C'est de joie ! Il m ' a i m e ! Quel grand cœur! »\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "86                            DURENDAL\n\n\n    Nous cheminons à travers c h a m p s ; il trotte devant moi,\nle corps oblique, le nez au vent, les pattes enchevêtrées, la\nqueue tordue.\n   Je crie : « Ali, venez ici! » Il me regarde de loin, d'un air\nn a r q u o i s ; sa queue bat horizontalement une polka volante en\ndeux t e m p s . E t comme j'insiste et l'attends, cet étrange petit\nchef de musique j a p p e ; il pense : « Vous vous payez ma t ê t e ;\nelle est trop d u r e ! » et file à l'aventure.\n   J e dis : « Il est tout de m ê m e si intelligent! »\n    Maintenant, Ali affairé bat la campagne en tous s e n s ; il y\nrencontre, ce me semble, bon nombre de « connaissances; » il\nles salue, les flaire, leur fait des politesses; il parle bas à des\nfleurs; il a compassion des plantes assoiffées sous le soleil, et\nlibéralement, il leur verse à boire.\n    Il porte toujours sa gourde sur lui.\n    E t je dis : « Il est si prévoyant! »\n    Les cadavres, les tristes choses inertes et infâmes, il les\nbénit d'un grand geste de sa patte étendue à l'infini.\n    Et je pense. «Quelle compassion! Quelle charité! Quelle piété!»\n    Nous rentrons. J e le gronde doucement de sa désobéissance;\nil me regarde avec respect, mais sans a d m i r a t i o n ; à présent, je\nle tiens entre quatre m u r s .\n    Il me montre qu'il a compris; mais je ne devine pas qu'il se\npromet bien de recommencer à se jouer de moi, à la première\noccasion.\n    Il ne me lèche jamais la m a i n ; car je ne le frappe pas. On\ndirait qu'il a été à l'école, qu'il y a lu des livres, dans lesquels\nune vieille tradition ne permet pas aux chiens de lécher\nd'autres mains que celles qui se lèvent pour les battre.\n\n\n                          Un grand artiste\n   J e connais un grand musicien, qui est aussi un grand poète;\nje l'aime, parce qu'il ne m'a jamais parlé de son génie.\n   Musicien, il ne joue pas sur un stradivarius a u t h e n t i q u e ; il\nn'a pas suivi p e n d a n t quinze ans les cours du Conservatoire. Il\nn'a jamais paru sur la scène d'un théâtre, ni salué les brillantes\nassemblées mondaines pour leur d e m a n d e r des bravos.\n   Il ne connaît pas m ê m e les noms de Mozart, de Beethoven,\nde W a g n e r .\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                           PAGES   AGRESTES                          87\n\n    Le soir, quand il est seul en face du Silence, il dit très hum-\n blement, très pieusement, sa chanson mélancolique ou joyeuse,\nrêveuse ou transportée, heureuse ou désespérée, et multiple et\nchangeante et diverse et toujours neuve et inouïe, que r y t h m e n t\nseules les palpitations de son cœur vibrant et ardent, source\nintarissable de divine H a r m o n i e et d'amour.\n   Je ne connais pas non plus d'aussi étrange poète.\n   Il n'a j a m a i s écrit dans les gazettes. On ne voit pas de ses\nlivres à la montre des librairies. 11 n'a rien volé à M. Victor\n Hugo. Il n'aspire ni aux honneurs, ni à la fortune; il ignore\nl'existence de l'Académie.\n   Pourtant, on a beaucoup parlé de lui dans les livres; des mil-\nliers de bouches ont prononcé son nom avec admiration. Heu-\nreusement, il ne sait pas lire, et reste sourd au langage des\n Hommes.\n   Il n'a aucune idée de ce qu'est la « Gloire immortelle ». Il\nvivra toujours, mais comme il ne s'en doute point, il n'en tire\npas orgueil.\n   ... Il dit ses vers mélodieux dans la paix tranquille des soli-\ntudes. Peut-être personne n'écoute? Que lui importe! Il se tairait,\neffrayé, si quelque importun venait l'y applaudir.\n   Il vit loin du monde, mélancolique et un peu fou comme tous\nles poètes, avec au cœur un grand, un malheureux amour.\n   Car celle qu'il aime est lointaine et grave et immatérielle et\ninaccessible : c'est la Nuit, la grande Nuit au cœur de silence,\naux cheveux d'ombre molle, aux yeux d'or clignotants, qui ont\nun charme si étrange de mystère et de douceur.\n   C'est la Nuit, qui a fait vœu de chasteté, et qui se promène\nau ciel portant entre ses doigts bleus le lys pâle de la lune.\n   Bien qu'elle ne réponde point à sa voix inspirée, il chante\npour elle, suavement; il chante sans espoir; il chante encore, il\nchante toujours, parce qu'il a i m e ; et sa chanson est si belle\nqu'elle suffit à son amour.\n   Ce musicien, ce poète est un grand artiste par la force mira-\nculeuse de son cœur. Dans son cœur, c'est l'aube, c'est le matin,\nc'est le bonheur, c'est la Vie, malgré l'indifférence et le som-\nmeil de la N u i t .\n   Ce grand artiste a des ailes pour prendre son essor vers la\nL u m i è r e ; et c'est pourquoi il atteint si facilement à la Beauté :\nc'est le divin Rossignol.                 DÉSIRÉ-JOSEPH DEBOUCK.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                             Le retour\n\nNe dis point que le ciel est bleu! — Il est quatre      heures.\nPoint d'air, point de soleil ; le ciel est blanc et bleu.\n— Ne dis point que je suis ici! — Un enfant pleure ;\nJe sens l'odeur des fleurs une par une. Il pleut.\n\nDonc c'est cela, le monde, et c'est cela, la vie!\nC'était cela, la mer, et cest cela, ici !\nPasse, présent, fout est comme en         photographie.\nO le hasard, ô l'amertume d'être ici!\n\nEst-ce toi, mon âme? Ecoute. Dis : J e suis seule.\n— Et puis encor? — L'ennui! l'ombre qui fait son tour.\n— Et puis? — La paix. Plus rien. Vois comme l'on est seuls!\n— L'amour? — Ne dis point amour. Ne dis point amour!\n\n— Amour! parce que je suis grandement        malade!\nAmour! Dis : J e suis seule. Ne dis point    amour!\nHier! demain! la chose à faire! tout est fade!\nIl me dure, et de moi, et de vivre, et du jour!\n\nJ'aime!—Et puis? J'aime!—Quoi?—Non,         je n'aime rien,       chut!—J'aime!\nJ'aime! — Tout le monde est rentré, voici le soir.\nLa lampe se rallume et ce lieu est le même.\nQue la mer était triste et que le ciel est noir!\n                                                            PAUL CLAUDEL.\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                        Lettre Parisienne\n\n                    L'ÉLECTION d ' H e n r i de Regnier à l'Académie française est un\n                      événement littéraire dont l'importance ne peut échapper\n                      aux yeux des plus prévenus. T o u t e une jeunesse pénétre\n                      avec l'auteur d'Aréthuse sous les lourds portiques, toute\n                      une génération, avec ses rêves glorieux de lyrisme et son\n                      ardente passion de beauté.\n                        On s'est beaucoup occupé des poètes de 1885, on a raconté\n                      sur eux une foule d'anecdotes plus ou moins fausses, on a\n étudié quelques-unes de ces puissantes individualités. Je doute qu'on ait rendu,\n à cette manière d'être littéraire qu'on nomme le symbolisme, pleine justice.\n Nul n'a su, à mon avis, envisager de haut cette question artistique, ni peser\n sa valeur dans la balance de la poésie française.\n    L'attitude de cette génération est, du point de vue lyrique, une des plus\n nobles qui soient dans l'histoire des idées esthétiques du XIXe siècle. Les\n tenants du svmbolisme n'ont cherché autre chose que la poésie pure, c'est-\n à-dire dépouillée de tout ce qui n'est pas elle: didactisme, éloquence, e t c . . Ils\nont agrandi le champ de la vision poétique en tournant leurs regards vers\nl'intérieur, vers l'Ame, et en poussant des prolongements jusqu'au domaine de\nl'inconscient. Ce mot de symbolisme ne signifie qu'un retour aux données\npremières de la vie psvchologique de l'homme; il est synonyme d'idéalisme.\n   Henri de Regnier est un des plus glorieux représentants de cette attitude\nlyrique dont nos petits neveux jugeront peut-être mieux l'importance que\nnous, lorsque certaines querelles auront pris fin. L'auteur de la Gardienne\nn'a pas peu contribué à manifester cette poésie d'états d'Ame et à exalter de\npurs paysages intérieurs. Son rythme souple correspond en musique à ce\nqu'on appelle la mélodie continue qui, loin de fixer l'émotion ou de la figer\ndans des concepts abstraits, la prolonge et l'étend selon de suggestives vibra-\ntions. Sa strophe, habilement balancée, exprime par de subtiles évocations les\nsentiments les plus profonds, les émois les plus secrets de l'être. Cette conquête\ndu verbe et du rythme, cette façon de s'exalter constituent u n e des plus impor-\ntantes acquisitions de la poésie moderne.\n   L'entrée d'Henri de Regnier sous la coupole est une victoire de la poésie\ncontemporaine dont tous les partisans de l'idéalisme lyrique se réjouiront.\n   Les femmes ne se contentent plus de faire des académiciens, elles exigent\naussi qu'on leur offre des fauteuils dans le palais Mazarin. De là une grande\neffervescence. A ce propos un plébiscite fut organisé par l'Intransigeant. !!\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "90                                DURENDAL\n\n\n\ns'agissait de désigner, au cas où les académiciens accepteraient de se donner\ndes confrères du sexe faible, trois femmes dignes de se mêler aux travaux\ndu dictionnaire. Le sort choisit Mmes Gérard d'Houville, Colette Willy et\nde Noailles. Ce vote éclairé prouve en quelle estime nous tenons ces trois\nfemmes auteurs. Pour ma part j'applaudis à tout rompre à ce choix excellent.\nSi je mis un bulletin blanc dans l'urne, c'est que le vote n'était pas secret et\nqu'ayant l'habitude de fréquenter deux ou trois bas bleus sans talent, je me\nserais fait écorcher par ces bacchantes si on m'avait soupçonné de porter\nailleurs mon choix.\n   La question est posée, il faudra la résoudre. Déjà l'Académie des sciences\naccepte l'idée d'accueillir M me Curie. Mais il semble bien que l'Académie\nfrançaise soit réfractaire à l'entrée des femmes sous la coupole. Le plus\nsimple serait de créer une académie indépendante, tenue et dirigée uniquement\npar nos fougueuses adversaires. La difficulté est de composer les statuts et de\nnommer les premiers membres. Choisir quarante femmes n'est pas chose\naisée, et dans un salon où l'on s'amusait à ce petit jeu on n'est parvenu\nà s'entendre que sur deux noms, encore ces deux femmes de lettres désignées\nétaient-elles présentes. Quant aux trente-huit absentes, je vous laisse à penser\nce qu'elles ont pris\n\n   On ne s'agite pas moins dans le camp des critiques. Le jeu des petits papiers\nfait fureur, et chacun se tue à découvrir des documents inédits sur la vie privée\ndes grands hommes. Nous poussons jusqu'à la passion la curiosité, et nous ne\nsaurions dormir tranquilles tant que nous ignorerons le nombre des maîtresses\nde Sainte-Beuve. C'est pourquoi M. Jules Lemaître vient de prononcer une\nconférence sur ce fameux Livre d'Amour qui fit scandale et qui nous offre, un\nSainte-Beuve assez vilain. Au reste, M. Troubat, l'ancien secrétaire de l'au-\nteur des Lundis, ne cherche pas à défendre son maître d'avoir volé à Victor\nHugo sa femme, d'en avoir fait sa maîtresse et d'avoir publié, après la rup-\nture, le Livre d'Amour; tout au plus l'excuse-t-il et s'efforce-t-il de montrer\nque si l'homme sort diminué de cette aventure, le lettré et l'artiste ne sont\npoint atteints.\n   Il est de fait que d'envisager la littérature par ce petit côté ne saurait satis-\nfaire les vrais esprits critiques. Il nous est complètement indifférent que Lamar-\ntine ait possédé au sens de l'Ecriture M me Charles. On connaît la vieille que-\nrelle à ce sujet entre M. Séché et M. Doumic, l'un prêchait pour l'innocence,\nl'autre pour la faute. Depuis huit jours, M. Séché triomphe, exulte. Il a décou-\nvert un document qu'il juge d'importance. Par un certain jeu de dates et un\nrapprochement de lettres inédites, M. Séché prouve que jamais Lamartine n'a\ncouché avec Elvire. Voilà qui nous est fameusement égal, dès lors que nous\navons le Lac et le Crucifix. Quand donc comprendra-t-on que la vie privée\ndes poètes ne regarde personne et qu'on doit s'en tenir à leur œuvre, sans plus.\nExhumer de vieux papiers secrets et non destinés à la publicité ne peut qu'être\npréjudiciable à de chères et belles mémoires.\n\n  Aussi bien un vent révolutionnaire souffle dans la critique avec une force\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                            LETTRE     PARISIENNE                             91\n\npeu commune et brouille les cerveaux. M. Fauchois s'en est pris à Racine,\nM. Blum à Corneille. M. Masson-Forestier, petit neveu de l'auteur d'Andro-\nmaque, arrive à la rescousse et nous offre en un gros volume compact un\nportrait de son oncle illustre peu flatté. Autour d'un Racine ignoré est un\nlivre intéressant, plein de documents instructifs, mêlés à des jugements un\npeu imprudents.\n   M. Masson détruit cette légende que Racine est l'œuvre de Port-Royal. Il\nnous montre un Racine violent, très sensuel et racontant ses passions dans\nses tragédies. C'en est fini du « doux Racine ». L'auteur d'Andromaque s'est\nmis tout entier dans ses pièces, avec sa sensualité et ses fureurs amoureuses. Il\ncessa de produire des tragédies lorsque sa vie sensuelle fut éteinte.\n   Je crois ces traits justes et suis pleinement d'accord avec M. Masson-\nForestier. Où je désapprouve le critique, c'est lorsque ce dernier soutient sa\nthèse avec trop de raideur et d'affirmation. M. Masson-Forestier a la main\nlourde, sa critique manque d'élégance. Son caractère colérique lui joue de\nmauvais tours. Ce critique ne peut souffrir la contradiction. On sait sa polé-\nmique avec M. Faguet dans la Revue des Deux-Mondes et avec les Débats.\nM. Masson-Forestier ne sort pas vainqueur de la lutte. Aurait-il hérité de\nson grand-oncle une certaine facilité à s'emporter et un tempérament bilieux?\n   Tandis que les uns s'injurient et polémiquent à perdre haleine, les autres\nchantent et s'amifsent le plus gaiement du monde, dans de joyeuses agapes.\nC'est ainsi que nous fêtâmes en un banquet imposant l'œuvre de Paul Fort\net les six ans d'existence de sa vaillante revue Vers et Prose. Il y avait de tout\nà ce banquet, même des littérateurs, et si les nombreux discours annoncés se\nsont perdus dans le bruit et la fumée, en revanche nous n'eûmes à déplorer\nque quelques bris de vaisselle sans importance et pas plus de deux ou trois\npaires de gifles.\n                                                               T.   DE VlSAN.\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                        Revue du Mois\n\n                              Les Concerts\n   Les Concerts de l'Orchestre de Munich. — Ce furent de\n magnifiques fêtes d'art que les deux concerts donnés à l'Alhambra par\nle Tonkunst 1er Orchester de Munich, le premier sous les auspices de l'Admi-\nnistration des concerts Ysaye. Munich est actuellement un foyer intense\nd'activité esthétique et spécialement dans le domaine musical elle occupe\nparmi les autres capitales allemandes une situation enviée et considérable.\n Par sa cohésion et sa discipline, par son équilibre parfait, son ampleur\nsonore et son éloquence expressive, l'orchestre de Munich compte au nombre\ndes plus impressionnants et des plus admirablement unifiés que nous ayons\nentendu jusqu'ici. Dans une idéale et fervente communion de pensée, les\nartistes de cette remarquable phalange chantent et vibrent comme un seul\ninstrument grandiose et, si nous pouvons nous exprimer ainsi, comme une\nseule âme sous la direction merveilleusement compréhensive et entraînante de\nleur jeune chef Joseph Lassalle, d'origine française mais fixé en Allemagne\naprès avoir passé son enfance et sa jeunesse en Espagne où des travaux de\ncritique littéraire et musicale lui avaient déjà conquis la notoriété.\n   La quatrième Symphonie de Mahler qui pourrait être intitulée la Sym-\nphonie de l'Enfant, se rattache par de frappants rapports d'analogie à l'inspi-\nration qui dicta à Humperdinck son charmant conte de fées musical,\nHansel et Gretel. Si Mahler traite son sujet avec une plus grande maitrise\ntechnique, avec une plus riche variété de ressources, surtout avec un affine-\nment plus suggestif dans les harmonies et les timbres, l'on peut dire d'autre\npart que mise en regard de l'œuvre naïve et si spontanément primesautière de\nHumperdinck, la Symphonie de Mahler apparaît de temps à autre entachée\nde préciosité et d'une propension trop visible à la recherche de l'effet.\n   Elle chante tour à tour les joies et les craintes de l'enfant, puis son pur\nsommeil brodé de songes d'or ou de visions étranges. Dans la première\npartie, des thèmes pimpants, gracieux, parfois même enveloppés de tendresse\nfleurissent à l'envi, retraçant toute une psychologie enfantine tandis que la\nfaune amusante et bavarde de la classique Arche de Noé y est spirituellement\nsuggérée, et cela sans heurter l'écueil d'une imitation calquée et trop servi-\nlement réaliste.\n   La seconde partie évoque le mystère troublant de la nuit, se développe\ndans une atmosphère assombrie où voltigent çà et là de vagues apparitions\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                              REVUE    DU   MOIS                             93\n\naux formes fantastiques, hallucinations ingénieusement traduites en un tissu\nbigarré d'harmonies parfois déroutantes mais dont l'âpreté savoureuse et\ninquiète n'est passans charmes. La troisième partie, le Sommeil de l'Enfant,\nserait la plus séduisante si elle ne traînait malheureusement en longueur.\nElle renferme un chant délicieux, la berceuse lointaine chantée par les anges\net dont l'écho, planant en caresse, est apporté par les sonorités virginales et\naffectueuses du violoncelle. Puis la hantise du cauchemar reprend. Le\ncommentateur l'explique par la vue du petit qui s'endort et par l'effroi subit\nnaissant à l'idée que ce sommeil pourrait être éternel.\n   Enfin, la quatrième partie, plus brève que les précédentes, et que carac-\ntérise l'intervention d'un solo de voix de femme, se résume en un lied char-\nmant (La Cuisine des Anges) où le commentaire orchestral raconte les pré-\nparatifs du festin de choix que le bon Dieu réserve aux petits enfants sages et\ndont ceux-ci vont se délecter en rêve.\n   On pourrait dire que la Symphonie de Mahler a le défaut de ses congénères\nde musique descriptive, qu'elle pêche par prolixité mais peut-être aussi que\npour être entièrement pénétrée et goûtée, l'essence esthétique de cette œuvre\nsi foncièrement allemande exige un public allemand. Il y a dans l'humour\nallemand, plus naïf et à la fois plus fantasque que l'humour anglais, des côtés\nqui échapperont toujours à ceux qui n'auront pas eu un commerce familier et\nfréquent avec les écrits de Hoffmann, de Jean Paul Richter, de Platen ou de\nHenri Heine.\n   Mais ce que nous avons admiré au moins autant que la Symphonie elle-\nmême, c'est l'interprétation qui la fit vivre et l'illumina, alliant la transpa-\nrente clarté de chaque détail typique à la réalisation complète du sens général\ndu poème, de ses significations tour à tour humoristiques et expressives. Les\nautres interprétations de l'orchestre bavarois ne furent pas moins riches de vie\nintérieure ni moins rayonnantes de lumière. A la grâce limpide d'exposition\net à la pureté de style dont il fit preuve dans le Concerto grosso en ré mineur\nde Haendel venait s'opposer le Don Juan de Strauss qui, galvanisé de lyrisme\nfrémissant, apparut dans toute la grandeur de son inspiration byronienne.\nEt les dernières impressions ne furent pas les moins belles. Le Prélude et la\nMort d'Yseult, s'intensifiant peu à peu dans une gradation de sonorités\nadmirablement ménagée et surtout l'Ouverture de Tannhaüser dont le\nfinale fut rendu avec un éclat incomparable, couronnèrent magnifiquement\nce concert.\n   Mme Bosetti, empêchée, avait été remplacée par Mlle Elsa Flith qui, outre la\npartie vocale de la Symphonie de Mahler, chanta la Toute-Puissance, un des\n1ieder les plus hautement inspirés de Schubert. Mlle Flith possède une voix\ngénéreusement timbrée et vibrante dans les registres supérieurs mais qui\nmalheureusement est loin d'avoir dans le medium la même ampleur.\n   Le second concert Lassalle fut en tous points digne du premier. Les inter-\nprétations de la Symphonie Fantastique et de Mort et Transfiguration y\nfurent surtout remarquables.\n\n                                       *\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "94                                  DURENDAL\n\n\n  Deuxième Concert Populaire. — M. Sylvain Dupuis a fêté le\ncentenaire de la naissance de Liszt par l'exécution de la Faust-Symphonie\ndonnée en 1903 aux Ysaye devant un public plutôt indiffèrent. Mais, depuis\nlors, un changement s'est opéré dans les esprits et les compréhensions. Comme\nle dit excellemment M. Chantavoine, si Liszt ne fut pas le plus grand musicien\ndu siècle, il en fut la plus grande autorité musicale et sa figure sort peu à peu\nde la pénombre où la tenaient injustement les successeurs immédiats de la\ngénération qu'il éblouit par sa virtuosité transcendante et aussi par ses surpre-\nnants pouvoirs d'interprète expressif, ceux d'Anton Rubinstein étant les seuls\nau XIXe siècle qui puissent lui être comparés. On s'intéresse maintenant de\nplus en plus à son œuvre, aux inlassables énergies qu'il déploya, à son action\nbienfaisante et novatrice, à son grand caractère, à ses fécondes initiatives d'art.\n   Si la Dante-Symphonie ne se distingue que par une somptuosité pittoresque\net décorative, l'ampleur de l'épopée dantesque ne se prêtant guère à une syn-\nthèse d'idées ou de caractères, la Faust-Symphonie, nettement lyrique d'es-\nsence et d'inspiration, évoque avec un relief saisissant les figures centrales du\npoème de Goethe, chacune de ses trois parties exprimant de façon admirable\nla psychologie du personnage dont elle porte le nom. Ainsi qu'on le voit par\nl'étude thématique très compréhensive que Sylvain Dupuis a publiée sur cette\nsymphonie, toute son ordonnance est basée sur le leitmotiv. La première\npartie, Faust, se distingue par la richesse de la matière musicale et l'intérêt\ndu développement symphonique, aussi par la souplesse ondoyante du tissu\norchestral où les aspects multiples de l'âme de Faust tour à tour passionnée,\nrêveuse, inquiète, ardente, révoltée viennent se refléter dans des thèmes carac-\ntérisés et d'une plastique étonnamment suggestive. Marguerite est naturelle-\nment le panneau le plus séduisant du triptyque, et cela par la plénitude mélo-\ndieuse et la tendresse du sentiment qu'elle exprime, par la douceur printanière,\nle charme fluide et lumineux de l'instrumentation qui traduit si poétiquement\nl'âme ravie de la vierge s'éveillant aux appels enivrants de l'amour. Enfin, c'est\npar une trouvaille de génie que dans la troisième partie, Méphisto, Liszt\ninvente le langage apte à peindre musicalement l'Esprit du mal, et l'on peut\nadmirer ici le degré rare d'intellectualité auquel s'était élevée l'esthétique du\nmaître hongrois. Par là même qu'il est l'Esprit du mal, Satan est synonyme\nde la Négation absolue, de la Volonté de destraction et en définitive du Non-\nêtre. Aussi ne comporte-t-il point la figuration symbolique d'un thème musi-\ncal positif qui le caractérise et, en conséquence, dans Méphisto, Liszt se borne\nà reprendre les thèmes de Faust et de Marguerite, mais il les brise, il les tri-\nture, faisant haleter les rythmes. Ainsi, cette page puissante apparaît chargée\nde tout le virus de malice diabolique et d'ironie essentielle qui, destructeur\ncomme un vent de mort, s'attaque aux plus belles fleurs de l'âme pour les\ncontaminer et les flétrir.\n    La Faust-Symphonie fut fort applaudie et à juste titre, car Sylvain Dupuis\ns'était attaché à en donner une réalisation très approfondie et fouillée dans le\ndétail. On goûta vivement aussi l'interprétation tour à tour délicate et vigou-\nreuse d'une symphonie pour deux flûtes et orchestre à cordes de W. Friede-\n mann Bach, un des fils de Jean Sébastien, symphonie débutant par un\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                               REVUE    DU   MOIS                              95\n\npoétique dialogue des flûtes, auquel vient s'enchaîner une fugue pleine de vie\net d'éclat.\n   Le pianiste Rosenthal, qui n'avait plus été entendu à Bruxelles depuis\nnombre d'années, remplaçait Mlle Sansoni. Il joua le Concerto de Liszt (mi\nbémol) en grand virtuose dont il possède les qualités essentielles de clarté, de\nverve, de puissance, faisant jaillir du clavier des sonorités savoureuses, écla-\ntantes et perlées. Puis, il nuança poétiquement la Berceuse de Chopin. Nous\nferons cependant ici une restriction. L'essence de la Berceuse, c'est le calme\net la sérénité. « Que la main gauche », disait Chopin, « soit votre maître de\nchapelle ». Ce conseil trouva-t-il jamais plus juste application qu'ici? L'ac-\ncompagnement de la Berceuse doit se dessiner à la basse estompé dans le rêve,\nen conservant toujours le mouvement initial, sans aucune accélération ni\nralentissement, sans aucune de ces capricieuses oscillations de rythme qui,\nsuivant le mot heureux de Brassin, pourraient éveiller l'enfant.\n   On a pris ensuite plaisir à voir Rosenthal maîtriser les terrifiantes varia-\ntions de Brahms sur un thème de Paganini, les projetant en subtiles fusées,\npour les faire vibrer l'instant d'après en écrasantes avalanches sonores. Nous\nne pouvons dire la même chose de la transcription de valse viennoise qu'il\njoua en rappel et qui eut. le don de soulever l'enthousiasme puéril de l'assem-\nblée. Ici, dans la précipitation folle d'une vraie course à l'abîme, l'allure\nimprimée aux traits était si vertigineuse, que leur ligne en était altérée et leur\nplasticité compromise. Rosenthal et Sauer sont coutumiers de ces énormes\nfautes de goût difficiles à admettre chez un artiste. Sous ce rapport, les pia-\nnistes viennois sont très en retard sur leurs émules d'Allemagne, de France et\nde Belgique. Ni Busoni, ni d'Albert, ni Pugno, ni Degreef ne se rendraient\ncoupables d'aussi graves erreurs esthétiques. Les exubérances déchaînées et\nles rythmes trépidants de la Catalonia d'Albeniz terminaient cette intéressante\naudition.\n                                         *\n\n\n   P r e m i e r C o n c e r t D u r a n t . — M. Félicien Durant a été excellem-\nment inspiré de revenir à son ancienne coutume consistant à composer des\nprogrammes méthodiques, harmonisés avec le but éducatif de l'institution\nartistique qu'il dirige, chaque concert demeurant exclusivement consacré\nà un maître ou à une école déterminés. Cette fois il s'est occupé de la\nmusique russe.\n   Il a fait entendre la première Symphonie en mi bémol de Borodine et la\ntroisième Symphonie en ut majeur de Rimsky-Korsakow. Dans le domaine de\nla symphonie, les Russes n'ont point l'art des grandes constructions puis-\nsantes et unifiées, mais ils s'y distinguent par les artifices du rythme, par le\nmouvement, la couleur, surtout par la profusion de sève folklorique qui les\nparcourt.\n   A tous ces points de vue, la Symphonie de Borodine offre le plus grand\nintérêt. La Symphonie de Rimsky-Korsakow dont il faut surtout retenir\nle scherzo plein de grâce, reste plutôt figée dans son ensemble, manque de\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "96                                 DURENDAL\n\n\n\ncette spontanéité vibrante, de cette saveur rythmique et pittoresque qui carac-\ntérisent la Symphonie de Borodine.\n   M. Ricardo Vinès, pianiste, a joué le Concerto en ut dièze mineur de\nRimsky-Korsakow et le Concerto en mi bémol de Liapounow qui, de même\nque Liadoff, se rattache à l'école saint-pétersbourgeoise des Cinq. Nous prête-\nrons le Concerto de Rimsky qui nous semble d'écriture plus ferme, plus\nlibéré aussi de ces formules parasitaires qui encombrent l'œuvre de Liapounow\noù sans doute quelques idées heureuses se rencontrent çà et là, mais sans\ndéveloppements, vite noyées dans un flot d'arabesques plus ou moins élé-\ngantes ou étouffées dans le tumulte importun de traits assez lourds. M. Vinès,\nsoucieux de mouler ces traits avec une perfection plastique absolue, a donné\nde ces deux compositions une version remarquable de clarté, de précision et de\nvigueur.\n   Signalons encore une jolie sérénade pour orchestre de Glazounow et une\nlégende de Liadow, le Lac enchanté, dont les harmonies délicates et cha-\ntoyantes évoquent parfois le Siegfried et qui fut finement nuancée par l'or-\nchestre.\n   Sauf peut-être une ou deux exceptions, les œuvres qui composaient ce\ncopieux programme n'avaient pas encore été exécutées à Bruxellest et nous ne\nménagerons pas à M. Durant les éloges qui lui sont dus pour sa belle initia-\ntive, pour l'énergie méritoire et la constance généreuse qu'il met à poursuivre-\nson entreprise.\n                                         *\n                                        * *\n\n   C o n c e r t s d i v e r s . — M. Crick-boom a donné, à la salle de la Grande-\nHarmonie, son premier récital de violon, remportant un succès brillant et\nmérité auprès de l'auditoire nombreux venu pour applaudir ce disciple excel-\nlent d'Ysaye, un des représentants les plus autorisés de l'école. Il joua notam-\nment des fragments de la Symphonie espagnole de Lalo, deux charmantes\nesquisses de sa composition intitulées Grisaille, Calme. Mais il y a surtout\nlieu de signaler son interprétation du Concerto en la mineur de Bach, inter-\nprétation tout à fait digne d'éloge par la beauté et la plénitude de la sonorité\nainsi que par la noblesse soutenue du style, et celle du Concerto en ré mineur\nde Tartini qui lui donna l'occasion de faire valoir la maîtrise et la souplesse\nde sa technique.\n   Disons un mot, en terminant, de la séance de sonates italiennes du XVIIe et\ndu XVIIIe siècles, organisée au Foyer. A notre grand regret, la chronique\nmusicale étant fort chargée ce mois, nous ne pourrons ici entrer dans des\ndétails. Notre collaborateur Charles Martens y fit une remarquable et instruc-\ntive causerie sur les origines de la sonate qu'il étudia principalement dans\nl'œuvre de Corelli, de Veracini, de Tartini, dont il traça finement la physio-\nnomie artistique et morale. Cette causerie fut suivie d'excellentes interpréta-\ntions démonstratives confiées à MM. Nicolas et Marcel Laoureux. On entendit\nla Folia de Corelli, une sonate de Tartini et une sonate de Veracini, cette\ndernière des plus intéressantes par le charme de la pensée et la grâce des\nrythmes.                                             GEORGES DE GOLESCO.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                                 REVUE      DU   MOIS                                 97\n\n\n\n                               Les Salons d'Art\n L e L I e S a l o n d e s A q u a r e l l i s t e s . — Le goût des choses anciennes\ns'est tellement r é p a n d u dans le public qu'il a même envahi les ateliers les\nmoins rétrogrades. M o n u m e n t s , meubles, bibelots du temps passé, nous\ntrouvons tout cela au Salon des aquarellistes et avec une insistance qui nous\na frappés. D'autre part, plusieurs s'évertuent dans leurs aquarelles à sembler\npeindre à l'huile ou au pastel. J'ignore pourquoi ils mettent tant de coquet-\nterie à vouloir q u ' u n e aquarelle ait l'air de tout, sauf d'une aquarelle !\nPourquoi même, q u a n d un procédé original a fixé la réputation d'un artiste\nle changer pour u n moins bon, sous prétexte de rajeunir.\n    Cassiers a cru devoir modifier son système popularisé par tant d'affiches,\nsuperbement éditées,entre parenthèses, et donnant l'illusion de l'original. Il\nn'en reste pas moins l'un de nos meilleurs artistes. Appuyée sur les\nbéquilles de ses contreforts, la Grande église écrase le sol de son poids de\ncolosse ; sa tour massive se dresse avec orgueil, défiant les siècles et la per-\nversité h u m a i n e . Rien de tel pour n o u s rendre modestes que la vue d'un\n pareil m o n u m e n t : lui suivit, et n o u s , atomes perdus dans l'espace, dispa-\nraissons d a n s l'éternité sans laisser plus de trace que la poussière emportée\n par le vent !\n    Ce sphynx au nez c a m a r d , Souvenir d'Egypte qui hanta Baeseleer, se\ntaira-t-il toujours sur son origine et sa création ? E n i g m e des savants, témoin\nmuet des plus g r a n d s événements qui aient bouleversé l'univers, son silence\nest plus éloquent que tous les discours des orateurs.\n    La Porte de Mesnil, par L a n q u e t i n , est un vestige d'enceinte fortifiée qui se\nrencontre encore d a n s l'arrière-province. Nullement restaurée, et telle que\nnos pères l'ont c o n n u e , flanquée de deux vieilles bicoques qui reposent\nleur vieillesse sur ses piliers. L a route passe à travers ses j a m b e s , comme le\nfleuve en dessous d'une arche de pont. On admire son pittoresque, avant de\nse demander quelle put bien être jadis son utilité.\n    L'Heure du salut, par L e Mains : c'est l'église en rase c a m p a g n e , fortifiée\ncontre les incursions des N o r m a n d s . F r a p p a n t e image de l'église, qui, pour\n n'être plus attaquée par les mêmes armes, n'en est pas moins battue en\n brèche â p r e m e n t . D e p u i s mille ans le terrain de la lutte s'est simplement\n déplacé. Les p i g n o n s des Vieilles maisons de France, penchés sur une rivière\n inutilisée, si ce n'est p o u r la vidange, contemplent sans se lasser le cours\n d'eau déchu qui charrie l'ordure.\n    Pendant l'Office : la lumière du soleil, tamisée par les vitraux multicolores,\n illumine et dépose u n chaste baiser sur le visage d'une j e u n e Bretonne aux\n fraîches carnations.\n    Comme paysagiste Bartlett procède des primitifs : Mère et Enfant se\n détachent à l'avant-plan sur u n horizon lointain, coupé par les sinuosités des\n ruisseaux et des sentiers. Jeux de Nymphes n'est pas une des meilleures com-\n positions de Besnard : la chute d'eau qui remplit la toile ne se présente pas\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "98                                      DURENDAL\n\n\n\n bien. Q u a n t aux n y m p h e s il faut les chercher l o n g t e m p s avant de les décou-\n vrir. Je préfère à cette mythologie l'intimité bourgeoise de la Soirée sereine, du\n Printemps et de la Bonne pipe, de Carpentier.\n      H a g e m a n s , à la Lisière du Bois, fut impressionné par les lueurs d'incendie\n d'un soleil c o u c h a n t , mais il en força la note.\n      U n e page de belle allure est celle où H e r m a n u s représente les Ruines de\nMontaigle, perchées sur un mamelon qui d o m i n e la contrée d'alentour. Les\n architectes du moyen âge rendaient leurs constructions aussi élégantes que\n solides, et en les élevant sur des hauteurs ils se souciaient de la défense\n c o m m e de l'esthétique d u p a y s a g e . N o s m o d e r n e s bâtisseurs négligent trop\nces multiples contingences.\n     L e Retour du Kaïd, la Fantasia exécutée à l'occasion des festivités nuptiales\naux confins du S a h a r a , fournissent à Maurice R o m b e r g l'occasion d'éblouis-\nsants effets de lumière d a n s lesquels il est passé maître. D'un autre ordre\nd'idées procède sa Fontaine de Diane, à F o n t a i n e b l e a u : bassin en marbre\nblanc, allées droites, tapis de feuilles mortes, c'est le décor évocateur de\nl'ancienne cour de F r a n c e . I1 convenait de le peindre en cette saison\nd'automne qui mêle la tristesse du présent aux g r a n d e u r s du passé.\n     Titz interprète agréablement d a n s la Route de Coxyde le paysage classique\nde la F l a n d r e m a r i t i m e . L a Rue de Lille, à Ypres, dresse devant nous les\np i g n o n s de ses vieilles demeures et il n'est pas j u s q u ' a u x béguines encapu-\nchonnées qui ne d o n n e n t à ce coin provincial u n e saveur d'ancienneté\nd i s p a r u e de nos cités. J e fus étonné de découvrir, en la Cour de l'Ecole Cou-\nvreur, un vestige du vieux Bruxelles, é c h a p p é — par quel miracle — à nos\nmodernes vandales. E n ces temps de c h a m b a r d e m e n t général mieux valait,\npeut-être, ne pas attirer sur lui l'attention !\n     L'Automne n'a plus de secrets p o u r U y t t e r s c h a u t : il transpose sur sa\npalette toutes les couleurs m o u r a n t e s d o n t la n a t u r e pare son manteau\nd'arrière-saison.\n     L a comtesse de H o h e n w a r t témoigne d'une conception bien originale de\nla n a t u r e morte. Sa b r a n c h e d'Amandier en fleurs se profile sur l'atmosphère\nsereine d u ciel — au lieu d u sempiternel vase de fleurs posé sur u n guéridon\net se détachant sur u n e banale d r a p e r i e . Cet a m a n d i e r fleure bon et l'on\nrespire son parfum en plein air, mieux que dans un a p p a r t e m e n t clos.\n     M m e Gilsoul aussi préfère n o u s montrer ses fleurs sur tiges, et son Jardin\nen est rempli comme de multicolores confettis. H e r m a n s exécute u n e Fan-\ntaisie sur des airs d'azalées (!) dont je n'aurais que du bien à dire, si le procédé\nqu'il emploie n e me paraissait fâcheux : il semble laisser de l'eau séjourner\nsur sa peinture, ce qui brouille le dessin. On songe malgré soi a un verre\nd'eau renversé par m é g a r d e .\n    J e ne parlerai d ' H a n n o n que p o u r la singularité de son Deuil de journaliste.\nCe sujet évoque, croyez-vous, u n e salle de rédaction en larmes. Point : un\nc a n a r d le cou p e n d a n t , posé sur une botte d'oignons! J e ne sache pas\nq u ' a u c u n rédacteur soit mort de son premier canard ; c'est aux lecteurs à en\nfaire leur deuil, et n o n pas aux journalistes.\n     Les tableaux de g e n r e n'étaient pas foison. Gay, avec la Cheminée, ressus-\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                              REVUE    DU   MOIS                            99\n\n cita un exquis décor du temps de Louis le Bien-Aimé ! Geudens raille\n finement la horde des gogos à l'affût de l'occasion, un jour de Vente.\n Le crieur qui s'époumonne et le tabellion qui annote avec soin le prix des\n enchères sont croqués sur le vif. L'Escalier de la Tour, en pas de vis, a ses\n mystères qui donnent le frisson.\n    Lybaert peint avec la précision d'un artiste médiéval. Il aurait pu donner\n à son Tambour de 1792 un type plus guerrier. On ne se le figure pas, sous\nses traits de bonhomme placide, menant les armées de la République à la\n victoire !\n    Les bons bourgeois de i83o passent devant nous, un Jour férié : petites\n pensionnaires en rangs d'oignons conduites par une grave demoiselle en\n crinoline et cachemire, dandys coiffés du haut de forme évasé. Ces détails\n indiquent chez Amédée Lynen la compréhension d'une époque dont\n les amants de l'art ont beaucoup médit et dont l'originalité peu à peu\n se dégage.\n    Van der Way amène une Jeune fille d'orphelinat devant la vitrine d'un mar-\n chand de porcelaines. Sur les étagères sont disposés maints bibelots qu'elle\n envie et pourra seulement reluquer. Et ce désir insatisfait ajoute encore à la\n tristesse de sa situation.\n    Le Projet de chapelle, d'Ensor, et surtout les allégories de Khnopff, Pour le\n Maitre de la Terre, sont d'un symbolisme compliqué, indéchiffrable même.\n    Les images de Boutet de Monvel m'ont plu par la naïveté charmante de\n leur inspiration enfantine, j'allais dire infantile; elles représentent les\n choses du présent ou du passé sous une forme accessible à des cerveaux de\n dix ans. Les aquarelles exécutées pour les albums Nos enfants, garçons et\nfilles (1), font défiler devant nos yeux amusés Mme Chrysanthème à l'abri de\n son parasol, Mme de Pompadour en pantalon de sultane, le Roi soleil en\n danseur de ballet, le général Tom Pouce enfin qui ne dédaigne pas de\n bichonner lui-même ses chevaux d'ordonnance, les uns sur roulettes, les\n autres à bascules.\n    Est-ce amusant pour les petits !\n    Je m'en voudrais de clore la série des artistes cités, sans parler de Tou-\n louse-Lautrec. Son art décadent et bizarre, malgré un crayon facile, jure\n avec son nom du grand siècle. Il le porte à son corps défendant, je le veux\n bien, — tel son pendant en littérature la comtesse Mathieu de Noailles\n mais il eût pu, tout de même, le mettre à l'abri d'égarements excessifs.\n Louis XIV et l'altière Montespan ne pensèrent jamais, dans leurs amours,\n devenir la tige d'une lignée de rapin!\n                                       *\n                                      * *\n\n  L e S a l o n d e l ' E s t a m p e . — Les coins les plus réputés de notre\npays ont servi de thème à nos artistes.\n  Célos couvre d'un riche manteau de Neige un coin de Bruges la Morte, et\n\n  (1) Édités par Hachette.\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "100                                    DURENDAL\n\n\n\n ce manteau la fige d a n s u n e immobilité glacée, lui d o n n e l'aspect rigide d'un\n cadavre.\n     L e s dessins de C o m b a z sur la Grotte de Han destinés à u n guide illustré\ntrahissent trop le b u t mercantile auquel on les destine et imposent u n e admi-\nration de c o m m a n d e . J e le préfère livré à son inspiration. Des ormes sem-\nblables à de gigantesques plumeaux, violemment secoués par u n Vent d'Ouest\n balayent le ciel avec fureur. On sent l'atmosphère chargée d'eau et les nuages\n prêts à crever. Ce grand d r a m e de la nature est rendu ici d'une façon saisis-\n sante.\n     De la H a y e , c o m m e Peeters, fait parler les vieilles pierres, les fenêtres à\n meneaux, les portes cintrées du Béguinage de Lierre-, pavés disjoints, égouts à\n découvert, m u r s b r a n l a n t s , rien n'y m a n q u e .\n     E n des sujets a n a l o g u e s , Van der L o o fait preuve d'une grande sincérité\nd'accent, mais on pourrait lui reprocher l'uniformité de son coloris sombre\n et d u r .\n     Les gravures de Vibert : les Puits à pierres, les Faméliques aux joues creusées\npar la faim décèlent un artiste pénétré de sa mission. Certaines ombres\nblanches rappellent, sans les pasticher, les procédés de Dürer.\n     U n des plus remarquables dessinateurs du Salon est sans conteste\n Maréchal. Il saisit c o m m e pas un le caractère grandiose de la Campagne\nromaine, de la Vallée du Tibre et des Montagnes de la Sabine. Il plane au-dessus\nd'elles. Son coup d'oeil d'aigle en perçoit d'emblée la majesté naturelle,\na c c o m p a g n é e de vingt siècles d'histoire. L'Eglise Saint-Martin posée au beau\nmilieu d'une b o u r g a d e de province, abrite sous son aile les paisibles maisons\ngroupées a u t o u r d'elle.\n    Ses œuvres cachent un sens profond et des hardiesses de dessin qui n'appar-\n tiennent qu'aux g r a n d s m a î t r e s .\n     Verheyden figura d a n s la rétrospective. Sa suite de paysages confirme le\nj u g e m e n t porté sur lui par L e m o n n i e r : « Son bon sens rude dédaigna les\nallégories; il peignit en F l a m a n d grisé de lumière, d'air, de mouvement, et\nchez qui prévaut la spontanéité du t e m p é r a m e n t . Q u a n d il fait ses bûcherons\net ses paysans, c'est encore la terre qu'il exprime à travers eux. Ses paysages\n et ses portraits ont u n e a m p l e u r de santé et de vie de bel ouvrier heureux. »\n     L e m m e n aussi tint une place à p a r t . « N u l , peut-être, n'est plus sensible\n à la volupté de la couleur. Sous le coloriste merveilleusement doué qu'est\n L e m m e n il y a un dessinateur très savant qui met toute sa coquetterie à\n dissimuler son savoir. » ( D u m o n t W i l d e n . ) Les tons un peu criards de ses\n affiches pour l'Estampe, l'Exposition de Bruxelles, la Libre Esthétique sont bien\n faits pour retenir l'attention des p a s s a n t s . La Fillette nue d'un délicieux modelé,\n Figure de Dos, Femme au Peigne et d'autres encore révèlent un virtuose du nubien\n compris. L e Pugilat met aux prises deux brutes à face bestiale et aux biceps\n proéminents : ils s'assènent des c o u p s qui ne sont pas pour rire, ce p e n d a n t\n que des messieurs musqués et des d a m e s élégantes sont près de s'évanouir!\n      Les eaux-fortes de Pennell (aux lignes p a r trop géométriques) montrent à\n quel point le maître fut impressionné par l'énormité des villes américaines.\n  « Il a synthétisé la vie active, tourbillonnante, nerveuse et formibable des cités\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                                 REVUE DU        MOIS                               101\n\n\n\nd'Amérique, la g r a n d e u r féerique de leurs constructions modernes, la puis-\nsance de leurs usines. On sent que l'œuvre a été gravée directement avec le\ncuivre, au coin d ' u n e rue, du haut d'un toit, sur le parapet d'un quai, du\nsommet d'une colline. » (R. S a n d . )\n   Le grouillement de la foule en délire à Bruxelles-Kermesse fut fidèlement\ntraduit par F l a s s c h o e n .\n   En instantanés rapides, Guys stéréotypa les tranches de vie que P a r i s\noffrait journellement à sa vue. « Il veut savoir, comprendre, apprécier tout\nce qui se passe à la surface de notre sphéroïde. » (Baudelaire.)\n   Danse aborde les genres les plus divers. Si d'une part les avant-corps d'une\nVieille maison, rue du Dragon, à Paris, se rejoignent comme pour s'étreindre\net disent assez l'imprévu des constructions anciennes ; d'autre part une inspi-\nration très jeune et de g r a n d e fraîcheur nous vaut la Jeune fille au béret. Sa\nphysionomie éveillée trahit un cœur sain et u n e âme ouverte à l'idéal.\n   Les pointes sèches de C h a h i n e sont consacrées à une très orientale Ghemma\net à l'expression de ses sourires pleins d'artifices.\n   Il y a b e a u c o u p de vie dans la figure farouche du tribun Janson, dans le\ncerveau en mal de composition de Gevaert, et la face épanouie d'Ysaïe, par\nDratz. Expressifs aussi les visages ravagés du Vieux et de la Vieille mendiante\net l'Abbé Letellier dessinés par D u r i a u avec u n e rude franchise. Ses autres\nœuvres par contre font songer à des agrandissements photographiques.\n   L e s portraits de Cels doivent être ressemblants, à en juger par ceux de\n Verhaeren et de G. Stevens, mais l'énergie leur fait défaut. Crayon timide qui\ncraint de se prononcer.\n   Gaillard procède par quelques traits hachés : son Portrait est d ' u n e belle\nvenue, j'allais dire bien brossé.\n   Victor Rousseau se fait connaître ici sous un jour nouveau : L a Jeune\nFlorentine joue de sa luxuriante chevelure : tel l'oiseau qui secoue son\nplumage sous la rosée du matin, p e n d a n t que Miss Isadora Duncan discipline\npar le rythme savant de la musique u n e danse désordonnée et folle.\n   Je ne dirai rien de Khnoppf malgré les perfections de son dessin : j'ai parlé\ndéjà du symbolisme qui le caractérise et qui m'a paru ici encore d'une\nrecherche excessive.\n   P e u de natures mortes. U n coup de vent agite les Chrysanthenes de Mme F r a n c -\nhomme ; leurs pétales deviennent autant de tentacules de poulpes, assu-\nrément i n c o n n u s des naturalistes!\n   T e r m i n o n s sur les eaux-fortes qui interprètent les vieux maîtres.\n   M m e Danse expose la Songeuse, d'après Nicolas Maes, Rosseeuw, le\nPortrait du docteur Scheuring, d'après Lucas Cranach, Scoyer, la Bête à bon\nDieu, d'après Alfred Stevens. T o u s également réussis. La g a m m e des bruns\net des noirs nuancée à l'infini d o n n e u n e impression colorée aussi vive\nqu'un tableau. Et, i n d é p e n d a m m e n t de la note d'art, il y avait là un tour de\nforce que pouvait seul accomplir un métier consommé.\n\n\n                                          * *\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "102                                DURENDAL\n\n\n\n    L ' E x p o s i t i o n d e s P a s t e l s . — Les Marguilliers, de Geudens, ex-\n priment assez bien ces physionomies des paysans de la bonne race, adonnés\n aux seuls travaux de culture, et dont l'unique pâture intellectuelle se borne\n au sermon de M. le curé. Les bésicles à mi-longueur du nez, le nez dans\nun gros paroissien romain aux feuillets gras, et sérieux comme des évêques, on\n se demande si vraiment ces braves gens savent lire ou s'ils ne font pas semblant !\n    Rêverie, d'Herman Richir, manque... de rêverie. Rêverie indique plutôt\nune inquiétude, une préoccupation dans un cœur de 18 ans. Ici, au contraire,\nc'est le triomphe de la santé physique épanouie en un visage de jeune fille au\nteint appétissant et frais. Ne s'agit-il pas de la propre fille du peintre? Dans ce\ncas, cet air bien portant ferait plus d'honneur au papa qu'à l'artiste, dont\nl'inspiration manqua un peu d'idéalisme.\n    Le P. La Housse, par Jacques de Lalaing, témoigne d'un métier conscien-\ncieux et habile, comme aussi le portrait de la comtesse de Lalaing, sa mère;\nmais, dans celui-ci principalement, le contour du visage est sec, la physiono-\nmie dure, la couleur d'une indicible froideur, et la personne entière d'une\nraideur de mannequin empaillé qui rappellent une fois de plus les habituels et\nregrettables défauts du maître. Défauts incorrigibles, semble-t-il, car ils tien-\nnent au tempérament de l'artiste bien plus qu'à son métier de statuaire (comme\non l'a prétendu).\n    Le Portrait, de Van Holder, d'une facture un peu lourde, témoigne de plus\nd'ampleur. Il rappelle de loin, grâce aux réminiscences de la mode et aux\nchapeaux Gainsborough, les portraits anglais du temps de Reynolds, sans\nêtre enlevé, oh ! non, avec le même brio. Le modèle est d'ailleurs d'une beauté\nagréable, distinguée, et le mérite du peintre à le représenter en est diminué\nd'autant. Au contraire, le Portrait de femme, de Wollès, dépourvu des avan-\ntages physiques du numéro précédent, n'en constitue pas moins la meilleure\nœuvre du Salon. Une manière de petit chef-d'œuvre! On ne sait ce qu'il faut\nadmirer davantage de la correction du dessin, de la vivacité du coloris, de la\nprécision du trait, de la sérénité de la composition. Cela vit, cela parle. Ces\nyeux lancinants de myope dardent sur le spectateur un regard si expressif qu'ils\nparaissent mobiles. Ce n'est plus l'image d'une personne, c'est la personne\nelle-même qui voit. Pour atteindre à un pareil effet, pas l'ombre d'effort, une\nsimplicité de moyen qui déconcerte. Preuve éclatante que la virtuosité du\nmétier ne doit pas être confondue avec sa complication et sa recherche. Si\ncette vérité était mieux établie, on verrait moins de talents stagnants et d'efforts\ndépensés en pure perte.\n   La Bretonne, de Firmin Baes, au modelé solide, termine honorablement la\nsérie. De lui aussi Les Bateaux, flottille d'embarcations minuscules et loin-\ntaines. Au sommet de la grève se profile sur l'immensité de l'espace une\nBretonne en robe noire et coiffe blanche, avec un enfant sur les bras. Son\nregard interroge l'horizon, dans l'espoir de découvrir la barque qui porte son\ncœur et sa fortune... Le soleil couchant et le jour qui expire projettent sur les\ncieux, sur la mer, des lueurs fluorescentes. Pas un souffle dans l'air, pas une\nride sur l'eau, pas une voile gonflée; la nature entière se tait, s'endort. Et ce\nsilence impressionne prodigieusement.\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                                REVUE       DU      MOIS                         103\n\n\n   E x p o s i t i o n D o l f V a n R o y . — Une femme jeune, en négligé du\nmatin, vue de dos mais dont le visage heureux se lit sur une glace, savoure\navec lenteur la Lettre longtemps attendue et pleine de confidences, car l'enve-\nloppe est cachetée. Elle passe une de ces minutes d'intimité si heureuses\net douces qu'on voudrait prolonger des heures. Cet instant fugitif et rare\ndans l'existence est noté avec beaucoup d'à-propos et par un pinceau délicat.\n   Les autres compositions de Dolf Van Roy (à part une étude de nu —\nLe Masque — où la lumière du jour caresse avec volupté des chairs bien en\nforme) sont le fruit d'une inspiration moins personnelle.\n  Favori et Psyché rappellent la Dame en rose et Psyché de Stevens. La\nDame en noir est la réminiscence d'un Willems, et la Bibliothèque d'un\nBrakeleer. Interprétations élégantes parfois, mais qui ont le tort d'être des\npastiches et de ne pas dépasser, ni même d'égaler les maîtres imités.\n                                            *\n                                        *       *\n\n    E x p o s i t i o n H e n r i B i n a r d . — Binard choisit de préférence les\naspects de la nature les plus difficiles à saisir, parce que les plus fugitifs ; il\nessaye de fixer ce qu'elle offre d'imprécis, d'insaisissable, d'impalpable, ses\n changements de décor en un mot : jour qui tombe, soleil levant, premiers\nrayons du matin qui dissipent les brouillards à fleur de terre. C'est la nature\nsur le point d'expirer ou de revivre, le moment où elle se recueille soit pour\ns'endormir, soit pour s'éveiller, quand aucun souffle de vie ne l'anime plus,\nou pas encore. Ces transitions du jour à la nuit sont si douces, qu'en les\ncontemplant nous-mêmes dans les champs, nous ne parvenons pas à discerner\nl'instant précis où finit le jour, et où la nuit commence. Les arbres alors,\nen se penchant, chuchotent des bonsoirs qu'emporte le vent.... Nuages\nfloconneux, ramassés en ballots par le Créateur et remisés jusqu'au lende-\nmain, campagnes qui s'enténèbrent, rayons de lune qui flamboyent sur des\neaux tremblantes, forment les décors préférés de ses sujets favoris.\n   Ces spectacles dont la nature nous offre des représentations grandioses\nexercent toujours beaucoup d'attrait. Mais ils exigent dans leur exécution\nune maestria, qui n'est pas encore le fait de Binard, malgré de sérieux efforts\net un réel talent.\n                                                           FRANCIS H O U T A R T .\n\n\n\n                          An Théâtre du Parc\n  L' « Aventurier », de M. Alfred Capus. — M. Alfred Capus\nnous donna jusqu'ici des comédies légères, pleines d'entrain et de gaieté, et\nqu'un souriant scepticisme teintait d'un optimisme aimable. Ces pièces nous\nlivraient la philosophie, plus spirituelle que profonde et plus « bonne enfant »\nqu'instructive, d'un homme qui ne consent pas à prendre la vie au sérieux,\nencore moins au tragique, et qui s'accommode aisément des innombrables\nfaiblesses humaines.\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "104                               DURENDAL\n\n\n\n   Avec l'Aventurier, M. Alfred Capus renonce à son ancienne manière : la\ngravité du moraliste remplace le sourire du sceptique. Cette comédie, qui\ntouche au drame, qui recherche l'émotion bien plutôt que l'esprit, et qui la\ntrouve, du reste, poignante, irrésistible, profondément humaine, — cette\ncomédie nous donne une leçon de courage, de vaillance, d'énergie, sinon\nencore d'altruisme et de désintéressement, qui est d'une virile éloquence.\n   Cette pièce forte et honnête a remporté au Parc, où elle bénéficia d'une\ninterprétation et d'une mise en scène remarquables, un succès extraordinaire.\nOn a beaucoup ri, et surtout pleuré. On a applaudi avec frénésie la comédie\net les acteurs, en tête desquels M. Krauss et MIle Damiroff se firent admirer\npar un jeu à la fois sobre et pathétique. Et durant de longs soirs, une file\ninterminable d'autos et de carrosses signala ce triomphe aux passants de la\nrue Ducale.\n   M. Alfred Capus, avec l'Aventurier, a rapporté « la veine » au Parc. Sou-\nhaitons que cette chance perdure, et que M. Reding nous donne très fréquem-\nment l'occasion d'entendre de telles pièces. Le public réagit enfin contre les\npolissonneries ineptes qui prétendent à représenter chez nous l'esprit pari-\nsien. Le théâtre du Parc se doit à lui-même d'encourager ces excellentes\ndispositions, de ne nous offrir que de bonnes et belles pièces, de redevenir\nenfin notre première scène comique et le rendez-vous des « honnêtes gens ».\n\n                                       *\n                                      * *\n\n   L a matinée M u s s e t : Il ne faut j u r e r de rien. — Quoi\nqu'en pensent certains hommes de lettres, les dédains de nos jeunes poètes\nn'ont pas encore tué Musset : sa fantaisie, son éloquence, sa passion dou-\nloureuse et son ardent lyrisme continuent de troubler les cœurs. Et l'on\ns'est bien rendu compte, à la matinée du Parc, que les stances à la Malibran\net les soupirs tragiques des Nuits conservaient un charme immortel. J'ai bien\npeur que Mallarmé, Kahn et Vielé-Griflfin, sinon Baudelaire et Verlaine, ne\nsoient oubliés avant ce dandy de génie que fut Musset.\n   77 ne faut jurer de rien, que le Parc nous a donné pour célébrer son cen-\ntenaire, ne laisse pas, pourtant, de dater un peu. Auprès de nos jeunes Nietz-\nschéens, ce mauvais sujet de style 48, à redingote bleue et gilet à fleurs,\nsemble bien innocent; et le chiffre de ses dettes ferait rougir de honte, telle-\nment il est modeste, les noceurs d'aujourd'hui! Il date du temps des lionnes,\ndes cabriolets et des élégances du boulevard de Gand : c'est dire qu'il a paru\nétrangement démodé. Mais la pièce, elle, n'a pas vieilli : son style et son\nsentiment ont gardé toute leur fraîcheur, son esprit et sa fantaisie n'ont\nrien perdu de leur éclat, son émotion discrète et sûre ne cesse pas d'aller\ndroit au cœur.\n   Dans le rôle du jeune dandy, M. Scott fut excellent de désinvolture et de\ngaieté, et Mlle Aimée Roger exprima très délicatement les plus subtiles\nnuances d'un des rôles d'ingénue les plus charmants qui soient. Quant aux\nvers, ils furent dits correctement, sans plus, exception faite toutefois pour\n M. de Gravone et pour M me Breitner.                                 F. A.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                              REVUE DU       MOIS                           105\n\n\n\n                      Journal des Conférences\n   18 janvier. — ... La musique italienne, par notre ami Charles Martens. C'est\nbien technique. Heureusement, j'aperçois dans un coin Golesco qui prend des\nnotes.\n   18 janvier (bis). — M. Guy de Beaufort, un jeune qui ne manque pas de\ntalent, fait, avec ses amis du Cercle littéraire de Saint-Michel, une Incursion à\ntravers la Légende des Siècles. Dans cette grande forêt il y a encore des taillis\ninexplorés. Nous y suivons le conférencier avec plaisir. Seulement il n'a guère\npitié de nous, il parle vite, recto tono. On l'applaudit ferme pourtant et il le\nmérite.\n   20 janvier. — Aux Annales. Conférence d'Henry Carton de Wiart sur\nJoseph Prudhomme. Durendal n'est pas invitée. Nous le regrettons en l'occur-\nrence. Pour les conférences qui vont suivre, cela nous est assez égal. Les mes-\nsieurs de Paris vont revenir...\n   21 janvier. — Il n'y en a plus que pour Durendal. Voici Virrès, le monocle\nà l'œil, qui sur la scène du Foyer s'avance. Avec des finesses, avec des\nnuances, dans un style pourtant plastique et fort il étudie le rôle de l'Art dans\nla vie. Virrès est un des meilleurs conférenciers que je connaisse. Cette fois\npourtant, la synthèse de sa conférence n'apparaît guère. Mais les morceaux,\nun peu déjetés, sont pleins d'aperçus ingénieux, d'idées frappantes de mots\njustes. On se sent en présence d'un écrivain particulièrement original, d'un\nartiste aux jouissances aiguës et éclectiques. Son commentaire de Ruskin est\nlumineux, complet, concis. Mme Derboven illustre de récitations sa conférence,\nlit quelques poèmes d'amour, quelques arts poétiques et s'acquitte à merveille\nd'une tâche difficile : la lecture de quelques pages de Ruskin.\n   25 janvier. — Dans une salle ravissante de la rue Mercelis, le tout Bruxelles\nélégant se presse pour entendre le Père Hénusse. Pour une grande part de la\njeunesse d'aujourd'hui, le Père Hénusse est un maître. Esprit vaste, âme d'ar-\ntiste, souffle d'apôtre, tempérament d'écrivain, il est réellement digne d'admi-\nration. Nous l'avons tous entendu dans ses inoubliables retraites ; aujourd'hui\nil se révèle au grand public. L''Idéal dans la viel quel thème pour un homme\nqui connaît ses poètes comme ses philosophes, et dont la savante psychologie\nnous déroute et nous émerveille. Le Père Hénusse est caustique, profond, poète\néloquent tour à tour. Nul mieux que lui ne connaît l'Evangile, nul mieux que\nlui ne connaît, ne devine l'aspiration et l'ennui du monde moderne. Et il\nexprime d'admirables choses dans une langue admirable, nouvelle, chantante,\nd'une voix musicale et grave. C'est un enchantement devant tant de force tem-\npérée de tant de goût, devant tant d'envol scandé de tant de mesure, devant un\nsens si aigu de l'actualité et tant de pensées éternelles. On voudrait réentendre\ncertaines pages, dont l'une consacrée à Tolstoï constitue une des plus frap-\npantes analyses qui aient été faites de l'âme de ce prophète. Il est à déplorer\nqu'un tel talent soit voué depuis des années à des auditoires de provinces.\n    28 janvier. — La salle des mariages à l'hôtel de ville. Grâce à je ne sais\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": " 106                                DURENDAL\n\n\n\nquelle cérémonie municipale qui s'accomplit dans la salle de milice, les Amis\nde la Littérature ont pu tenir leur réunion dans le plus charmant décor\ngothique qu'on puisse rêver. M. Pol Demade y parle du paysan. M. Demade\nest médecin, il ausculte les corps. Est-ce pour oublier les estomacs, les intes-\ntins et les bronches qu'il adore les histoires extraordinaires? Cela lui a valu de\nla part d'un homme d'esprit (?), qui était mon voisin à sa conférence, le sobri-\nquet ingénieux de « ministre de l'Intérieur et des Affaires étranges! » Aujour-\nd'hui, il fait abstraction de tout cela pour chanter les bons rustres de chez\nnous. Il le fait avec esprit et éloquence, examinant ses héros à travers les\nécrivains. Conférence fort bien écrite, fortement étudiée, dite avec une cer-\ntaine inexpérience. Quelques lectures, mais mal choisies : il y a du meilleur\nVirrès, il y a du meilleur Delaunoy. Un grand mérite : ce n'est pas la louange\nà jet continu qui a fait des Amis de la Littérature, trop souvent, des lecteurs de\npalmarès. M. Demade apprécie selon son tempérament et sa vision propre, il\nle fait nettement, courageusement, avec sûreté et modération. C'est assez rare\npour qu'on le signale.\n\n\n                                  Les Revues\n   Vers et Prose. — Des paroles de Verlaine, assez peu nouvelles, citées par\n M. Pierre Louys. Deux lettres très intéressantes de Charles van Lerberghe,\ndatées de l'époque des Entrevisions; et d'admirables Histoires magiques de\n M. Remy de Gourmont.\n   La Revue générale nous apprend, par un article de M. Emile Faguet, qu'un\npoète est né; ce poète c'est M. Nandor Sonnenfeld, dont le bon académicien,\ndans un style ultra-quelconque, célèbre les poèmes, qui ne sont d'ailleurs pas\ntrop mauvais. M. Henri Davignon donne le début d'un roman : Déracinée.\nLe talent du romancier se fait, à mesure qu'il avance, plus grave, plus\nconscient, plus personnel.\n   Les Marches de l'Est, du 15 janvier, publient un article sensationnel du\ngénéral Langlois où il est question de la neutralité de la Belgique. On se\nrepose de la politique internationale en lisant les charmantes pages de\nM. L. Dumont-Wilden sur les coutumes de la Fête des Rois. Des vers de\nM. François Mauriac qui se prodigue un peu trop.\n   Le Catholique, après un admirable chapitre de M. Emile Baumann, s'occupe\nde la question Naundorff, de la réunion des Eglises. Un poème de M. Pierre\nNothomb.\n   Dans la Revue de Belgique la littérature est représentée par M. Pierre\nBrodcoorens et M. Jules Gohy. Celui-ci offre à notre admiration des stances,\n— Malherbe estropié, Moreas boiteux. —\n\n               Qu'importe si l'automne arrache leurs    feuillages\n                        Aux arbres délabrés :\n               C'est en vain que sur moi s'abattront les ravages\n                        Qu'il aura perpétrés !\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                  REVUE DU        MOIS                                107\n\n\n                 Craignant que sous les coups d'une saison moins       tendre\n                         Mon âme fût à bout,\n                 Naguère j'ai choisi pour mieux la défendre\n                         Notre amour avant tout.\n\n\n    La Société Nouvelle. M. Maurice Gauchez y publie à tour de bras ses\n Masques littéraires belges qui ressemblent aussi peu à de la critique que les\n compilations de ce pauvre R e n é Dethier. C'est dommage q u ' u n écrivain de\n grand talent s'adonne ainsi à la littérature à trois aunes pour u n franc. On\n frémit devant des phrases c o m m e celle-ci : « Valère Gille... est le poète\n mondain par excellence. Pourtant ses vers ne sont pas toujours musicaux. . »\n Je ne comprends pas très bien la corrélation...\n    La Vie intellectuelle : Quelques mots pour la Wallonie, par M. Christian\n Beck. — U n e nouvelle de M. F e r d i n a n d Bouché. De substantielles chro-\n niques. U n e phrase de M. L o u i s T h o m a s : « Seules les grandes pensées\n comptent; tout le reste n'est que de la littérature et du boulevard... »\n    La Belgique artistique et littéraire publie deux poèmes d'Emile V e r h a e r e n ,\n très beaux, très calmes, semble-t-il, q u a n d se p r o m e n a n t Autour des clos on se\n souvient des Campagnes hallucinées; et de charmantes pages de M. P . Brod-\n coorens, où tout me plaît si ce n'est un général « qui minaude une douai-\n rière... » La Belgique, depuis le mois de janvier, a cru bien faire en d o u b l a n t\n d'une « R e v u e » fort peut spirituelle l'alerte chronique mensuelle de\n M. Charles Morisseaux.\n    La Wallonie française donne un poème exquis de M. Louis Delattre :\n Chanson d'été.\n    — La nouvelle revue française termine dans son dernier numéro l'Otage, de\n Paul Claudel, et continue la publication du roman d'André Gide : Isabelle.\nQ u a n d cette très intéressante revue donnera-t-elle la suite des lettres de\njeunesse de Charles-Louis-Philippe? Les dernières, publiées en décembre,\nétaient admirables. J'en extrais cette page déchirante :\n    « T u ne peux savoir comme c'est triste, mon ami, et comme j'ai envie de\npleurer. Je me fous de la littérature. J e voudrais vivre jusqu'à la fin dans cette\npetite ville de province... à m ' e n n u y e r . . . Je me fous des femmes, je les\nhais, je voudrais les mordre et qu'elles en crèvent, je voudrais que\n Paris n'existe p a s . Peut-être que je serais heureux partout ailleurs qu'à\n Paris. J e voudrais que le m o n d e crève aussi comme une bête pourrie.\nMais surtout je voudrais que Dieu existe, qu'il fût bon, et qu'il y eût\nun autre m o n d e . On s'y retrouverait pour toujours, on aurait des corps\net des visages pour s'embrasser, des lèvres pour se sourire, des yeux\npour se voir, et ce serait éternel. O h ! comme je voudrais que Dieu existe!\nOn se quitte, on se voit u n e fois par a n . Il viendra une fois qui sera\nla dernière, puis on ira pourrir dans la terre. S'il y avait un autre m o n d e\npour ceux qui se sont aimés et si l'on en était sûr, toutes ces douleurs\nterrestres n'auraient pas d'importance, la vie serait toute en joies et la mort\nserait le plus bel acte de la v i e . . . »\n   — La Nef est u n e charmante revuette que viennent de lancer de jeunes\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "108                                      DURENDAL\n\n\n\namis des lettres. N o u s y trouvons entre autres de fort jolis vers de M M . G u y\nde Beauffort et Jean d e J a e r , ainsi qu'un article de M. Robert Systermans\nsur le centenaire de Liszt.\n   — L e Mercure de France célèbre le 1er janvier M. P i e r r e L o r u y s , grand\nécrivain et moraliste! D a n s le m ê m e n u m é r o , M . Maurice de Noisay, sous le\ntitre de L'Esprit de Jean Moréas, cite une centaine d e réparties du poète d e s\nStances. J'en d é t a c h e quelques spirituelles définitions d'écrivains :\n   FLAUBERT : \" Il est parfait, mais c'est la perfection de l'eau stérilisée, \"\n   BALZAC : « C'est u n Shakspeare avec des ratés. »\n   P A U L H E R V I E U : « C'est Œ d i p e à l'école d u soir. »\n   ANDRÉ G I D E : « C'est u n bonze qui cherche ses puces; je n'y trouverais rien\nà r e d i r e ; le malheur est qu'il les d o n n e à m a n g e r aux autres. »\n   ROSTAND, après l'Aiglon : « C'est l'oie parée des p l u m e s de l'aigle. »\n    Dans son n u m é r o d u 16 janvier, le Mercure d o n n e u n article d e M. L a u r e n t\nT a i l h a d e sur Balzac, article curieux et injuste. N o u s y a p p r e n o n s , d a n s u n e\nnote, q u e « l'admiration p o u r Barbey et p o u r Villiers, ce jocrisse d e\nl'emphase, est u n e preuve irréfragable d'imbécilité ». Merci.\n   M. L é o n Séché, dans le n u m é r o de février, reprend ce sujet haïssable et\npassionnant : Elvire et Lamartine. M. Sébastien-Charles L e c o n t e (Leconte d e\nla Presqu'île, disait un j o u r Van d e n Bosch) donne de bons vers sur le Masque\nde Fer.\n   — L'Art moderne. L e 5 février M . Francis de Miomandre nous révèle u n\npoète nouveau : M Martial Martel.\n   — Les Rubriques nouvelles. U n article de G.-M. Rodrigue sur les Vertus bour-\ngeoises d ' H e n r y Carton d e W i a r t .\n   — Les Moissons futures. — E n c o r e une naissante revue, mais dont le comité\nne compte p a s q u e d e s jeunes. Georges Virrès y d o n n e u n chapitre d ' u n\nroman inédit où il semble se renouveler, Ramackers u n poème étoile où il\nne se renouvelle pas. Deux j e u n e s poètes bien s y m p a t h i q u e s , Noël D u b o i s et\nA r m a n d Delvigne y publient des vers c h a r m a n t s .\n\n\n\n\n                                                     7\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                Le drageoir aux épices\n\n  Notre Secrétaire de rédaction a reçu la lettre suivante :\n\n                                                     « Liége, ce 4 février 1911.\n              » M O N CHER      CONFRÈRE,\n\n   » Je proteste contre votre accusation de plagiat, parue dans votre chronique\nde poèmes à Durendal (numéro de décembre 1910). Le droit de l'artiste sincère\nest de défendre sa... sincérité. C'est tout ce que je puis faire. Si je ne\nparviens pas à vous confondre, je le regretterais pour moi d'abord, et\npeut-être pour vous ensuite.\n   » Recevez, mon cher Confrère, l'assurance de mes sentiments confra-\nternels.\n                                                          » HENRY      MAASSEN.\n  » P.-S. — Avec prière d'insérer dans votre prochaine chronique de poèmes\nà Durendal. »\n\n  M. Maassen a des traits de ressemblance frappante avec M. Van Beneden\n(baron Charles). Il ne voit pas qu'on se moque de lui. C'est par pure ironie —\nDieu nous en soit témoin ! — que nous avons dit qu'il parodiait spirituelle-\nment Emile Verhaeren. M. Maassen heureusement ne plagie personne. Ses\nsottises sont de lui et de lui seul. C'est une justice à lui rendre. Est-il satisfait\nmaintenant? Nous lui promettons que, s'il insiste, nous servirons par tranches,\naux lecteurs de Durendal, ses œuvres complètes.\n\n                                            *\n                                        *       *\n  Nous faisons la même promesse à M. Eugène Schmitz, 70, avenue de la\nChasse, à Etterbeek.\n                                * *\n\n   M. Henry Maassen, le célèbre poète limbourgeois, le même que plus haut,\nencore lui, toujours lui! en réponse aux paroles désobligeantes de notre cri-\ntique des poèmes nous envoie un numéro de la revue Arthénice dont il est\n« directeur pour la Belgique » et qui publie en première page sa biographie et\nson portrait. Nous apprenons ainsi : 1° par le portrait : qu'il se coiffe d'un\npanama, porte un lorgnon et de longs cheveux émouvants; 2° par la biogra-\nphie : qu'il « a été bercé dans la langue néerlandaise », qu'il est paroxyste et\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": " 110                                DURENDAL\n\n\n\nfuturiste, qu'avant d'écrire un poème il le récite et il le mime, qu'à le lire « on\nsonge à Verhaeren involontairement ».\n   Arthénice publie ensuite un fort beau poème de M. Maassen; nous en\nreproduisons bien volontiers la dernière strophe :\n\n                   Ces bateaux,\n                   Soient noirs, soient blancs\n                   Ou longs, ou beaux,\n                   Ou belges, ou allemands,\n                   Néerlandais, français,'bateaux      rouges,\n                   Oh! ces quais sous la pluie    farouche!\n\n                                            *\n                                        *       *\n   Un écrivain affirme que le René satisfait les frileux par sa chaleur toujours\négale... Il ne s'agit pas du héros de Chateaubriand, mais d'un poêle du\ncharbonnier Taymans. Celui-ci nous communique sous ce titre la dernière.\nopinion littéraire de M me Marguerite Vande Wiele, 108, boulevard du Nord :\n   « Monsieur, c'est bien volontiers que je reconnais ici les excellentes qualités\nde votre nouveau poêle le « René », dont je fus l'un des premiers acheteurs.\nIl est propre, peu encombrant, et enfin, mérite suprême pour un poêle, donne\nune chaleur vive constante et égale. C'est ce qui est particulièrement sensible\naux frileux comme moi et dont je lui sais gré... »\n   Et il y a des gens que la littérature de Mme Vande Wiele laisse froids...\n\n                                            *\n  Qui est M. G. de S...?\n  Le 15 janvier, M. G. de S... s'abonne à Durendal.\n  Le 16 janvier, M. G. de S... envoie de la prose à Durendal.\n  Le 17 janvier, Durendal refuse la prose de M. G. de S...\n  Le 18 janvier, M. G. de S... se désabonne.\n  Ainsi va la vie... nous avons perdu 10 francs et six pages de fautes d'ortho-\ngraphe.\n                                      *\n                                     * *\n  Nous recevons de M. Van Beneden (baron Charles) la lettre suivante :\n\n          « Monsieur le Directeur de la revue Durendal,\n   » Un ami me signale les passages où Durendal s'intéresse à moi.\n   » Il m'y faut relever une erreur : ce n'est pas à mon initiative ni à\nM. Capette que revient l'honneur d'avoir fondé la a Ligue nationale pour la\ndéfense de la langue française » ; mais uniquement à M. Simon Sasserath,\navocat très estimé du barreau de Bruxelles, et à M. Raoul Engel, un vaillant\net précieux collaborateur.\n   )) Après leurs entrevues préparatoires, ils pensèrent, avec raison, que cette\nligue ne devait avoir d'autre but politique que celui de lutter contre l'enva-\nhissement flamingant, au cri de « Vive la Belgique Unie ».\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                          LE DRAGEOIR AUX             EP1CES                       111\n\n\n\n   » En raison de mes sentiments catholiques, bien connus parmi mes amis,\nils me prièrent alors d'accepter la place de premier vice-président, comme ils\nprièrent en même M. Alexis Noël, conseiller communal socialiste, anti-\nflamingant, de Saint-Gilles, d'accepter celle de deuxième vice-président.\nM. Capette, de qui j'ignore les opinions de parti, remplit les modestes fonc-\ntions de trésorier dans ce comité neutre.\n   » Il était indispensable, n'est-ce pas, de rendre à César ce qui lui appartient ?...\net je vous prie, Monsieur le Directeur, de recevoir mes salutations très\nempressées.\n                                                      » B°n C H . VAN B E N E D E N .\n  » P.-S, — Je souhaiterais que Durendal, qui doit aimer la langue française,\nadhérât aux vœux nationaux de cette ligue.\n  » Les bulletins d'adhésion sont chez M. Raoul Engel, secrétaire général, rue\nde la Madeleine. »\n\n   Nous sommes au désespoir de ce que M. Van Beneden ne nous ait pas lu et\nnous ait si mal compris. Il était sans doute en voyage quand notre dernier\nnuméro a paru. Peut-être allait-il encore « en avant pour préparer le chalet à\nsa famille », comme dit, à son sujet, la Jeune Wallonie.\n\n                                              *\n                                          *       *\n\n  Dans son assemblée générale tenue à Bruxelles ces jours-ci, l'Union des\nLittérateurs flamands a décidé de faire les démarches nécessaires auprès de\nQui-de-droit, pour obtenir d'être traitée « sur le même pied d'égalité que les\nAmis de la Littérature ».\n  Sur le même pied d'égalité : l'expression mérite d'être relevée.\n\n                                         *\n                                        * *\n    La Belgique artistique et littéraire fait distribuer dans le public une circu-\nlaire rédigée, nous ne dirons pas en style pompier, mais en style artilleur.\nNous y apprenons : 1° Que MM. Paul André et Fernand Larder comptent\nparmi les héroïques artisans de notre mouvement littéraire. C'est déjà plai-\nsant. 2° Que la Revue publie des articles de tous genres mais d'une tenue\nlittéraire toujours impeccable, Cettô affirmation inspirée évidemment par les\nœuvres du baron de Lavau-Saint-Anne est au moins paradoxale. 3° Que\ntoutes les ressources de la Revue sont affectées à la plus large rémunération\npossible de ses collaborateurs. On n'ajoute pas que le plus clair de ces res-\nsources consiste en la somme de 4,000 francs — quatre mille francs ! — que\nle gouvernement donne comme subside annuel à ce Pandaemonium des\nmédiocres.\n                                         *\n                                        * *\n   « Les avantages considérables que nous vous offrons et qui sont énumérés\nci-contre ne peuvent que vous engager à remplir le bulletin de souscription\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "112                              DURENDAL\n\n\n\nannexé à cette lettre. » Ainsi concluent les héroïques artisans. Et ils\nannoncent en postscriptum que tout abonné nouveau peut recevoir tout à fait\ngratuitement et au choix :\n    1° Un abonnement d'un an à l' Expansion belge.\n    2° Deux fauteuils numérotés, mais seulement pour les représentations\n« quelconques » du théâtre du Parc. Et le prospectus précise : à l'exception\ndes premières et des représentations extraordinaires.\n    3° Trois volumes à choisir dans la collection de la Belgique artistique et\nlittéraire (je préfère les deux fauteuils).\n   4° Un porte-plume réservoir « vendu obligatoirement dans toutes les\npapeteries ».\n    5° Six portraits formant album.\n    6° Un portrait de M. Paul André en grande tenue.\n    7° Deux portraits de M. Paul André en petite tenue.\n    8° La dernière œuvre de M. Paul André, en cours de publication dans la\nRevue générale : Le Mariage.\n    9° Trois cents cartes de visite lithographiées sur ivoire anglais.\n    10° Quinze exemplaires de Delphine Fousseret, sur hollande.\n\n                                      * *\n   Quelques perles héroïques :\n    M. Paul André rend compte de l'Aventurier :\n    « M. Henry Krauss campa, du héros, une figure puissamment vivante,\nsympathique, avec adresse même aux moments où il se conduit sans trop de\nnoblesse ni de délicatesse, c'est-à-dire quand il met une touchante jeune\nfille dans l'alternative de rompre avec son fiancé et de l'accepter, lui, très\nriche, pour mari, afin de sauver ainsi les siens de la ruine, ou, refusant ce\nmariage, de laisser s'accomplir les pires catastrophes... Mais il faut pour que\nceci soit compris, que je dise en quatre mots de quoi il retourne. »\n   M. Paul André rend compte du Million :\n    \" Le Million tient l'affiche depuis un mois avec un succès du meilleur aloi\n(vous ai-je dit que la pièce est sans grivoiserie aucune ni absurdité trop gros-\nsière). »\n   M. Paul André rend compte de Perkin Warbeck :\n    « M. George Eckhoud a ménagé savamment, mais sans invraisemblance,\ndes alternances d'épisodes violents et touchants... »\n\n                                      *\n                                     * *\n  M. Paul Lefèvre nous annonçait, il y a un mois, une nouvelle passion-\nnante : son livre se vendait « en pleine librairie ». Nous avons désespérément\ncherché ce chef-d'œuvre et nous l'avons enfin trouvé : une charrette véhiculait\nrue Neuve, devant les magasins Tietz, tout le ballot des Premiers Vers. Le\ncamelot nous les offrit pour 10 centimes, et les ressources de la Revue le\npermettant — malgré les 10 francs restitués à M. G. de S. — nous avons\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                          LE DRAGEOIR AUX ÉPICES                                   113\n\n\n\nacquis l'objet de nos rêves. Nous pouvons ainsi mettre sous les yeux de nos\nlecteurs quelques strophes spirituelles et profondes, choisies au hasard :\n\n\n                               Que de    grabataires\n                                     Guéris\n                               Par la parole    sanitaire\n                                     D'un ami !\n\n\n\n              Je suis trop long, c'est vrai. Un dernier mot, mignonne\n                     « Souris ! grandis ! et grossis bien ! »\n              C'est le premier conseil, Clarette, que te donne\n                     Ton vieil oncle Paul de Menin.\n\n\n\n              Et je dis qu'au combat le guerrier   antique\n                     Sur sa cavale était moins beau,\n              Que nous à cheval sur le pur sang     scolastique\n                     A vec vos thèses pour drapeau !\n\n\n                                          *   *\n\n    La littérature, depuis le procès Rency-Bonmariage, n'avait plus occupé le\npalais de Justice. Il y a quelques jours une cause ultra-littéraire, qui pas-\nsionnait d'ailleurs l'opinion publique, a retenu toute une matinée l'attention\ndes juges du Tribunal de commerce. M. Valère G..., l'illustre auteur du\nBouton d'opale, ayant perdu (au cours d'une rixe dans une cabine télépho-\nnique, disent les uns, dans une chute au palais du Roi, disent les autres) un\ncollier — d'opales aussi — ne le retrouva plus. Il s'écria qu'il était volé et\nsoupçonna de ce vol un membre du Cercle Artistique ou un larbin de la cour.\nMais qu'elle ne fut pas sa stupéfaction en reconnaissant trois mois après, à la\nvitrine d'un joaillier, ses opales. Car c'étaient bien les siennes, il n'y avait pas\nà s'y tromper! Chacun sait que les pierres composant un collier de M. Valère\nG... ont une originalité si marquée qu'il est impossible de les confondre avec\nd'autres. Ce bijoutier vendait le produit évident d'un vol ! Immédiatement, le\npoète exigea la restitution des opales, et le tribunal avant de faire droit à sa\ndemande ordonna une enquête. Divers membres de la future académie de\nlittérature belge défilèrent devant les précieux joyaux, affirmant qu'ils les\nreconnaissaient parfaitement, que rien n'était plus loin que ces pierres, de la\nbanalité et de la redite. Malgré tout, le tribunal resta sceptique. Le jugement\nest attendu dans le monde littéraire avec une bien légitime impatience. Nous\npromettons à nos lecteurs de les tenir au courant.\n                                                                  L E PETIT ÉPICIER.\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "                          LES           LIVRES\n\nLES MOINES :\nT r o i s l i v r e s SUr l e s B é n é d i c t i n s : Dom Guéranger abbé de Solesmes,\n   par un Bénédictin, 2 vol. — (Paris, Plon et Oudin.)\nNotice sur l'Ordre de saint Benoît, par dom JEAN DE HEMPTINNE (abbaye de\n   Maredsous).\nLes Bénédictins, par dom BRUNO DESTRÉE (abbaye du Mont-César, Lou-\n   vain).\n   Voici trois livres sur Tordre monastique qui ont paru successivement et\nqui s'imposent à l'attention de tous ceux qui s'intéressent aux Bénédictins.\n   Le premier est un ouvrage en deux gros volumes qui a spécialement\npour objet de décrire la vie du plus grand moine de ce siècle, dom Guéran-\nger, le premier abbé de Solesmes. Dom Guéranger fut pour l'époque contem-\nporaine du monachisme ce que saint Benoît fut à l'origine, un vrai patriarche\ndes moines. Il fut en quelque sorte un second fondateur. Car ce qui fait l'es-\nsence d'un ordre religieux, c'est son esprit. Or, l'esprit de saint Benoît avait\npeu à peu disparu dans la plupart des monastères bénédictins quand surgit\ndom Guéranger. Sa grande œuvre, l'œuvre de toute sa vie a été d'infuser un\nnouveau sang au monachisme contemporain en faisant refleurir, dans toute\nsa pureté et dans toute sa noblesse, l'esprit de saint Benoît. C'est dans ce\nbut qu'il fonda Solesmes. Son abbaye devint l'école du monachisme. Et les\nélus que Dieu choisit pour restaurer l'ordre monastique dans son esprit pri-\nmitif par ailleurs, allèrent tous demander le secret de cet esprit au maître\nincomparable dom Guéranger. C'est à ses leçons que se formèrent entre\nautres les distingués abbés de Beuron et de Maredsous, les deux fières\nWolther, dont les abbayes sont parmi les plus glorieuses créations monas-\ntiques de ce siècle.\n   Dom Guéranger fut essentiellement et resta toute sa vie un moine. Il n'eut\nqu'une ambition : être un vrai moine. Il ne voulut jamais être que cela. Sans\ndoute, il eut une influence sur son siècle, mais cette influence même, c'est\ncomme moine qu'il l'exerça et c'est de son caractère de moine qu'elle\ndécoula. Il eût pu aspirer aux plus hautes dignités ecclésiastiques. Il y eût\nété certes à sa place. Il les évita toujours. Il avait compris sa vraie vocation,\net il y resta fidèle toute sa vie. Cette vie admirable a trouvé son digne histo-\nrien. En effet, les deux gros volumes qui la racontent se lisent avec une\naisance inouïe, tellement le style en est châtié.\n\n  L'esprit de saint Benoît qui anima dom Guéranger, le vrai esprit monastique,\nce qui constitue la note caractéristique du moine, a été merveilleusement\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                   LES   LIVRES                                 115\n\n\nexposé dans un volume bien bref mais substantiel par un autre fils de saint\nBenoît, dom de H e m p t i n n e de l'abbaye de Maredsous, parti récemment pour\nle Congo pour y planter un nouveau chêne bénédictin. Jamais on n'a aussi\nminutieusement et aussi exactement exposé le véritable esprit monastique\nque dans ce petit livre. C'est en quelque sorte la photographie authentique\ndu vrai moine. Lisez-le donc vous qui voulez savoir ce que c'est qu'un moine\ndans toute sa réelle et sereine beauté.\n\n   A son tour, notre ami dom B r u n o Destrée, dans le volume qu'il vient de\npublier sur les Bénédictins, fait l'apologie de son ordre. Il nous expose, dans\nune langue à la fois simple et élégante, la raison d'être des moines, le rôle\nqu'ils ont été appelé par Dieu à jouer dans le m o n d e , l'influence qu'ils ont\nexercée dans les temps passés, leur magnifique histoire qui fut p e n d a n t des\nsiècles l'histoire de l'Eglise elle-même, et enfin l'apostolat qu'ils ont à rem-\nplir encore de nos j o u r s . D'aucuns ont cru que la vie monastique n'a plus de\nraison d'être, que le temps des moines est fini, que l'ordre bénédictin n'est\nplus qu'une belle relique. Dom Bruno Destrée montre d'une façon lumi-\nneuse et péremptoire, d a n s son petit opuscule, que non seulement les moines\nne sont pas inutiles, mais qu'ils sont plus nécessaires que jamais à l'époque\nactuelle. Ce livre renferme un aperçu général bref, mais complet, de toute\nl'histoire monastique depuis ses origines j u s q u ' à nos temps.\n                                                               HENRY MŒLLER.\n\n\nLE ROMAN :\nA s c e n s i o n , roman, par CHARLES DE POMAIROLS.— (Paris, Plon.)\n   Destève se sent attaché par les infrangibles liens des plus saines traditions\nfamiliales au d o m a i n e de Daumière que lui transmirent ses ancêtres. E p r i s e\nd'idéalité, son âme fière et distante, n'éprouvant aucun attrait pour les acti-\nvités trop absorbantes de l'existence, s'est réfugiée dans la contemplation et\ndans le rêve. Il a embrassé la carrière du professorat dans l'unique pensée de\npropager le culte des grands hommes, de ceux-là bien entendu dont l'œuvre\ninspirée de Dieu contribua à l'avancement moral de l'humanité. Il n'oublie\npas cependant la mission sociale, si haute et souvent si mal récompensée,\nque lui impose sa condition de propriétaire terrien. Il connaît par leur nom\nchacun des paysans de la contrée, et suivant un illustre exemple, il a même\nmorcelé en faveur de plusieurs d'entre eux d'importantes fractions de son\ndomaine. Destève a de l'amour u n e conception fort spiritualisée, aspirant\n« à une association fidèle pour le bien, où les plus belles vertus devraient se\ndéployer dans le bonheur » la femme étant à ses yeux « un être presque\nincorporel, dérobé sous de longs voiles, une forme vague portant sur la terre\nles transparents symboles de l'âme, un pur visage, une parole mélodieuse,\ndes yeux éclairés d'un feu pensif ». Les traits suaves de cet idéal féminin lui\nont apparu un jour sur la physionomie angélique et virginale de Thérèse\nIssalys, la fille d'un châtelain du voisinage. Thérèse est devenue sa femme\net il l'a aimée de toutes les forces de son être. Mais ce bonheur a passé et fui\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": " 116                                   DURENDAL\n\n\n\n  comme une ombre. La mort lui a ravi l'épouse si chère au moment où elle\n  venait de donner le jour à une fille, Lucile.\n     Cependant ses forces morales n'ont point fléchi sous le coup de cette fou-\n  droyante affliction qui a fait le désert autour de lui et sa vie, soutenue à la\n fois par le souvenir et par l'espérance, continuera de couler entre u n berceau\n et une tombe. Dès lors tout l'intérêt du roman réside dans l'analyse pieuse et\n attentive de ce sentiment de l'amour paternel, sentiment peut-être plus affiné\n que l'amour maternel parce que plus spit itualisé et qui, vague, confus, hési-\n tant au début, prend bientôt conscience de lui-même, se fortifie, s'élève sans\n cesse et devient enfin le mobile unique de tous les actes de Destève, lui inspi-\n rant les plus douloureux sacrifices pour assurer le b o n h e u r de son enfant.\n Car, ou nous nous t r o m p o n s fort, ou le titre du roman Ascension symbolise\n l'essor d'âme du père aussi bien que de la fille. A un instant de sa vie, une\n tentation d'amour est venue effleurer Destève, mais le souvenir de la morte\n et sa tendresse p o u r Lucile ont tôt fait de l'en affranchir.\n    Le caractère c h a r m a n t de Lucile se dessine d'ailleurs en d e u x chapitres\n exquis de grâce et de sentiment intitulés Portrait d'enfant, Figure de jeune fille,\n qui à notre avis sont les meilleurs du livre. Nous citerons n o t a m m e n t cette\n belle scène offrant quelque analogie avec les pages finales des Roquevillard de\n H e n r y Bordeaux et qui nous représente Destève assis avec Lucile sur un\nsommet des collines de l'Aveyron, p r o m e n a n t avec elle ses regards sur l'en-\n chantement du pays natal et lui confiant le dépôt sacré des souvenirs de\nfamille depuis plusieurs siècles, tandis que l'autan mugit, l'autan chargé de\ntout le parfum du passé qu'il symbolise « par sa fuite rapide dont on\nperçoit l'écoulement, par sa g r a n d e voix qui paraît venir d'un mystérieux\nlointain, par son accent d'infini, de cet infini où tiennent à la fois tous les\nâges ».\n    C'est ainsi qu'avec u n e aisance sereine et ravissante, Lucile s'élève insen-\nsiblement sur l'échelle d'or de la perfection, revêtant peu à peu comme le\ncaractère d'une Antigone chrétienne. C e p e n d a n t , chaque jour plus claire et\nplus pressante, une voix du Ciel la convie vers une vie plus h a u t e , exclusive-\nment consacrée au service du Seigneur. Un dur combat se livre d a n s l'âme\ndu père et dans celle de la fille. Mais la victoire reste à Dieu dont Destève\nne contrariera point l'appel. E t plus tard, quand des lois t y r a n n i q u e s auront\nchassé les religieuses de F r a n c e , et que Lucile aura reçu l'ordre d'aller semer\nla parole du Christ au milieu des forêts vierges du Brésil, il partira lui aussi\npour les contrées lointaines afin de pouvoir continuer à vivre et à respirer\ndans le voisinage de l'être a d o r é . I1 fera même plus. P o u r s u b v e n i r aux exi-\ngences de l'œuvre d'évangélisation, il vendra son domaine de Daumière\nauquel il tient parles fibresles plus intimes de son cœur maisqui lui est cepen-\ndant infiniment moins cher que sa Lucile.\n    On le voit, d'après ce bref exposé, le roman de M. de Pomairols est le roman\nde l'amour paternel. Certains critiques lui adresseront peut-être le reproche\nd'immobilité et ils auraient raison à certains égards. Toutefois, si M. de Po-\nmairols consacre près de quatre cents pages de son livre à décrire l'amour\nd'un père pour sa fille, qu'on se le rappelle, Dickens dans une de ses créations\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                        LES LIVRES                                            117\n\n\nles plus puissantes, Dombey and Son, n'a pas eu assez de quatre volumes pour\nraconter comment la plus excellente et la plus dévouée des filles ne parvient\njamais à rencontrer chez son père q u ' u n e indifférence confinant à l'aversion.\nSi le sujet développé par Dickens est plus tragique, celui qu'a traité\nM. de P o m a i r o l s est certes plus attachant. N o u s ne lui chercherons point\nnon plus querelle à propos de certains épisodes d'à côté qu'on rencontre çà et\nlà dans son œuvre, puisqu'ils peuvent s'autoriser de l'exemple offert en\nmaints chefs-d'œuvre authentiques de la littérature anglaise et de la littérature\nrusse. Mais n o u s ferons d'autres remarques.\n   Contrastant avec la fermeté du dessin qui retrace les deux p e r s o n n a g e s\nd'avant-plan, Destève et sa fille, la figure de T h é r è s e Issalys d e m e u r e bien\npâle et estompée. Cette â m e blanche, cette créature de rêve qui p l a n e en\nquelque sorte au-dessus des contingences de la terre, semble moins un être de\nchair vivant et agissant q u ' u n e fiction subjective sortie du cerveau de l'artiste\navec tous les caractères de l'irréalité. E n outre, le roman de M. de P o m a i -\nrols est absolument trop dilué en certaines de ses parties, s'attarde, par\nexemple, avec une complaisance trop marquée dans le d o m a i n e mystique sur\ndes états d'âme, dont nous ne songeons point à contester l'intérêt psycholo-\ngique et moral, mais qui eussent sûrement g a g n é à être traités en des pages\nplus vigoureusement concentrées.\n   Ces réserves faites, nous nous sentons plus à l'aise p o u r dire combien ce\niivre nous est s y m p a t h i q u e . N'est-il p a s , en effet, comme u n h y m n e c h a n t a n t\nce qu'il y a de plus noble d a n s l'amour, dans la famille, dans la religion,\ndans l'indestructible stabilité des énergies traditionnelles si précieuses\ncomme préservatif social? P a r ses t e n d a n c e s comme par sa forme, le roman\nAscension s'apparente assez étroitement avec l'inspiration de L a m a r t i n e auquel\n M. de Pomairols consacra jadis une étude de morale et d'esthétique juste-\nment prisée et dont le grand nom est cité plus d'une fois avec un pieux respect\nau cours de ces pages.\n   Lamartine semble apercevoir les paysages qu'il décrit du h a u t de\nsommets augustes d'où les détails colorés s'évanouissent pour ne laisser\nsubsister que les larges perspectives, les grandes lignes pensives et harmo-\nnieuses. Sans vouloir établir de comparaison, n o u s ferons la r e m a r q u e que\nles descriptions de Charles de Pomairols, très sobres de couleurs, impres-\nsionnent plutôt par la sincérité de l'émotion au souffle duquel elles sont\nécloses. Son livre est écrit d a n s un style d'essence limpide et très française et\nnous résumerons notre impression en disant que si nous l'aimons, c'est que\nnous le considérons moins c o m m e l'œuvre d'un r o m a n c i e r q u e comme l'œuvre\nd'un poète, et d'un poète croyant.\n                                                                  G E O R G E S DE GOLESCO.\n\n\nL e s A m e s q u i S a i g n e n t , par P O L DEMADE. — (Bruxelles, Dewit.)\n   Quelle qualité ai-je pour parler d a n s Durendal de M. Pol D e m a d e ? J'y\nfais la critique des poètes et c'est à moi qu'on d e m a n d e de signaler ce volume\nà nos lecteurs.\n   A vrai dire, je trouve en M. Pol D e m a d e les qualités du poète. Jamais\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": " 118                                   DURENDAL\n\n\n\n il n'eut cette p o n d é r a t i o n , ce talent de l'observation égale et universelle qui\n font les romanciers complets : ceux qui épinglent des détails en dénouant\n des situations. M. P o l D e m a d e depuis l e premier jour fut u n extrémiste et ce\n fut dans les paroxysmes qu'il chercha son inspiration. Déjà, Maurice Barrès\n après Une âme princesse l'appelait u n « catholique passionné » chercheur de\n « la plus ardente volupté » et vraiment il devait trouver « aux pointes\n extrêmes d u catholicisme » des accents d'une beauté et d'une poésie\n étranges. C'est u n poète, celui qui est capable de mettre son r o m a n hors de\n la réalité ou plutôt de surnaturaliser la réalité rare qu'il dépeint. E t sa fer-\n vente pensée catholique fait plus intense encore sa poésie : « Quelle inten-\n sité, en effet, ajoutait Maurice Barrès, ne doit-on pas trouver sous u n ciel\n dont les étoiles sont les regards d ' u n Dieu? »\n    Ce poète, M. P o l Demade l'est resté. E t q u a n d il nous apporte aujour-\n d'hui, après les Contes inquiets — dont l'un, l'âme prisonnière, est d'une inou-\n bliable beauté — un nouveau volume de contes, ce sont encore des inspira-\n tions extrêmes et violentes qui m'ont séduit. Explorer avec u n sens\n catholique aigu, les limites de l'existence et de la mort, les inquiétudes de\nl'âme, le problème d e la destinée ; poursuivre les sentiments rares au fond\n des âmes m é c o n n u e s , inspirer à chacun je ne sais quel trouble en évoquant\nà chaque instant l'au-delà de la vie, c'est nous procurer des frissons comme\n Villiers et Barbey seuls nous en d o n n è r e n t . Comme E d g a r Poë, ce grand\npoète auquel m a n q u a la croyance, M. Demade commence par nous déso-\nrienter, par n o u s faire respirer la grande angoisse de la mort, mais son sens\ncatholique chaque fois nous fait retrouver dans l'ombre le pôle lumineux de\nla certitude chrétienne.\n    Mais où M. D e m a d e cesse d'être poète c'est dans l'expression de sa\npensée Ses contes sont fort nombreux et a u point de vue d u style et d u pro-\ncédé se ressemblent trop. La phrase n'est p a s assez étoffée, la trame est\nparfois simplement schématique. Plusieurs de ces pages ressemblent trop à\nces nouvelles brèves q u e les écrivains donnent aux j o u r n a u x . Mais c'est\nl'exception. L a majorité des contes recueillis dans les Ames qui saignent sont\nexcellents, plusieurs sont tout à fait admirables : ce sont ceux où le poète ne\nlaisse p a s a u journaliste le soin d'exprimer sa pensée.\n                                                                                  P. N.\n\nLeur     R o y a u m e , p a r R O B E R T VALLERY-RADOT. — ( P a r i s , P l o n . )\n   Voici un des plus jolis romans chrétiens qu'on ait écrit depuis longtemps.\nC'est une vraie histoire d'amour, non pas d'un amour instinctif qui chasse\nDieu d'une â m e pour aboutir à l'idolâtrie de la chair, mais d ' u n amour pur\net chaste, quoique aussi et même plus fort que l'amour purement charnel.\nL e héros d u roman est avant tout un chrétien et presque un mystique à tel\npoint q u e comprenant d'instinct la splendeur de l'idéal de la perfection, à\nsavoir l'immolation totale de l'âme à Dieu, il se demande d'abord s'il ne\ndoit pas lui aussi se sacrifier. E t ce n'est qu'après s'être intimement convaincu\nque sa vraie vocation est le mariage, qu'il choisit et cueille parmi les êtres\nqui l'entourent la j e u n e fleur qui lui semble incarner le plus parfaitement en\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                   LES   LIVRES                                 119\n\n\nelle l'idéal de la femme chrétienne et qui est, par conséquent, la plus digne\nde son amour.\n   Il y a dans ce roman des passages admirables sur l'amour de Dieu, sur\nla vie mystique même et sur l'amour humain transfiguré par la grâce. Et ce\nqui ne gâte rien, au contraire, à la beauté du fond et aux idées magistrales\nde ce roman, le style en est absolument charmeur de la première à la der-\nnière page.\n                                                                    H. M.\n\n N o n o , par GASTON ROUPNEL. — (Paris, Plon.)\n   Au milieu de la surproduction contemporaine déconcertante de tant de\nromans vides et ineptes, quoique correctement écrits, ce qui ne suffit absolu-\nment pas à constituer une œuvre littéraire, un roman sortant de la banalité\nest de nos jours fort exposé à passer inaperçu. Tel ne doit pas être le sort\nde celui-ci qui est une sorte de chef-d'œuvre. C'est un roman un peu à part,\nexcessivement curieux, très original. Chose bizarre, le héros principal est\nun alcoolisé, mais un doux, un paisible, qui poursuit son rêve intérieur et\nl'exprime à tout propos et même hors de propos et souvent sous l'influence\nd'une légère et presque inoffensive ébriété. Trompé dans son amour, aban-\ndonné par l'infidèle, il semble chercher à se distraire de sa mésaventure en\nla contant à tout le monde, en faisant ses doléances à quiconque veut l'écou-\nter, en criant à tous son idéal en même temps que ses déboires. Ses discours\nrenferment des idées très hautes et dites avec une réelle éloquence. C'est\nparfois très drôle et divertissant et parfois d'une beauté surprenante qui frise\nmême le sublime.\n   Ce roman est une œuvre puissamment charpentée, supérieurement écrite,\npleine d'idées et imprégnée d'humour. Il n'est certes pas quelconque celui\nqui l'a écrit. C'est son premier livre, me dit-on. Eh bien, c'est le cas ou\njamais de dire que l'auteur a débuté par un coup de maître.\n                                                                       H. M.\n\nLA CRITIQUE :\nP o r t r a i t s d ' a u t e u r s , par VICTOR KINON. — (Bruxelles, Association\n   des écrivains belges.)\n   Victor Kinon est certes un de nos meilleurs écrivains. C'est à la fois un\nbeau, un très beau poète et un parfait critique. Il a un talent de critique hors\nligne. Et ce talent il le manifeste non seulement quand il analyse l'œuvre\nd'un poète, mais dans l'interprétation de n'importe quel ouvrage littéraire. Il\na surtout un don spécial de rendre dans les traits essentiels de son humanité\nl'âme même de l'écrivain telle qu'elle s'affirme dans ses livres. C'est du reste,\nsemble-t-il, son principal objectif puisque lui-même a titulé son livre : Por-\ntraits d'auteurs. C'est bien cela. Et que de jolis portraits, si vivants et si pitto-\nresques, il nous donne des écrivains qu'il fait comparaître au tribunal de son\nsens esthétique. Voyez donc le portrait qu'il a crayonné du grand rêveur, à\nla fois philosophe et artiste, Tolstoï. Aucun critique n'a dessiné en si peu de\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "120                                DURENDAL\n\n\n\npages, d'une façon plus frappante, les traits les plus saillants de cette curieuse\net complexe physionomie. E t on peut en dire autant des autres portraits\nd'auteurs. Prenez, par exemple, celui du poète belge Van L e e r b e r g h e dont\nle portrait littéraire n'est pas aisé à tracer, à cause de l'extrême subtilité, de\nla subtilité toute éthérée et presque nuageuse de sa poésie. Kinon a magnifi-\nquement fait jaillir de cette œuvre sa beauté transcendentale.\n   Le livre de Victor Kinon est doublement intéressant. D'abord parce que\nles jugements qu'il porte sur les écrivains sont ceux d'un penseur, d'un esprit\naverti, ayant un don peu c o m m u n de discernement littéraire. Mais, en outre,\ntoutes ces critiques sont écrites dans un style exquis. Ce style est celui d'un\npoète et qui reste poète même q u a n d il écrit en prose, et c'est le secret du\ncharme pénétrant qui se dégage de toutes et de chacune des pages de ce livre.\nN o u s le r e c o m m a n d o n s instamment à tous ceux qui veulent se renseigner\nd'une façon sérieuse sur quelques-uns des principaux livres parus en ces der-\nniers temps et lire du m ê m e coup d'admirables pages de littérature.\n                                                                          H . M.\n\nLe déterminisme esthétique de Taine, étude critique, par\n   M. GEORGES BUISSERET. — (Anvers, la P h a l a n g e artistique et littéraire.)\n   L'auteur de ce petit et substantiel essai fait la critique de la Philosophie de\nl'art, de T a i n e , critique juste, en général, bien que parfois un peu vive d a n s\nles termes. Nous avons tous été à l'école de T a i n e et tous, sans doute, nous\nnous sommes insurgés quelquefois contre l'absolutisme de sa doctrine ou\navons marqué l'inexactitude de quelqu'une des preuves dont il l'étayait.\nCependant, on peut se d e m a n d e r si, vivant encore, ce grand esprit s'offense-\nrait de ces dénégations? Sans doute n'avait-il pas u n e foi si intransigeante\ndans la vérité de son système, qu'il n'abandonnât celui-ci aux devenirs de la\ndiscussion. P u i s , quel théoricien aspirant à enfermer la complexité du monde\ndans l'unité d'une philosophie n'a pas forcé un peu les choses pour les plier\naux mots? T a i n e parle, ou Ruskin — écoutons-les, a p p r e n o n s d'eux à penser,\nnon d'après eux, mais d'après nous-mêmes.\n                                                                              A. G.\n\nP U B L I C A T I O N S DART :\nLa sculpture anversoise aux XV e et XVI e siècles, par M.JEAN\n   D E BOSSCHERE (collection des grands artistes des P a y s - B a s ) . — (Bruxelles,\n   Van Oest et Cie.)\n   L'histoire de l'ancienne sculpture de notre pays est encore à faire, ou plutôt\nà refaire, car il existe sur ce sujet, pour le moyen âge tout au moins, un\nouvrage intéressant de M. Koechlin, dont certaines affirmations d e m a n d e -\nraient à être discutées. N o u s voulons parler, bien entendu, d'une étude\nd'ensemble, car il existe nombre de travaux partiels sur la matière, ceux\nnotamment, pour ne citer que ceux-là, de MM. Jean et H e n r i Rousseau,\nJoseph Destrée, Max Rooses, etc. N o u s pouvons aujourd'hui allonger cette\nliste en y inscrivant le volume que M. J. De Bosschere, dont on connaît\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                                    LES    LIVRES                                    121\n\n\nl'ardeur érudite et le zèle de chercheur, vient de consacrer à la sculpture\nanversoise des XVe et XVIe siècles.\n   Ce n'est point à la g r a n d e sculpture que s'adonnent, en général, les\nmaîtres de cette époque-là. La sculpture de pierre, dans laquelle les artistes\nflamands du XVe siècle avaient brillé, semble négligée par leurs successeurs\nou, tout au moins, par ceux qui sont restés au p a y s . Il se pourrait, d u reste,\nque leurs œuvres de ce genre aient été plus nombreuses qu'on ne le suppose,\nla tourmente iconoclaste ayant occasionné b e a u c o u p de destructions dans nos\nprovinces. Quoi qu'il en soit, la majeure partie des m o n u m e n t s sculptés de\ncette période sont en bois. Ils sont de valeur très inégale, c o m m e le constate\nfort judicieusement l'auteur, pour la raison que p o u r un ouvrage fait de main\nd'artiste, où la composition et les figures dénotent l'invention et l'obser-\nvation personnelles, on en rencontre cinquante qui sont sortis des ateliers où\nl'on se bornait à copier avec plus ou moins d'adresse les modèles existants.\n   M. De Bosschere, après avoir initié le lecteur à l'organisation et aux tradi-\ntions du travail de la sculpture sur bois, s'efforce de déterminer par l'étude\nde quelques œuvres les caractéristiques de l'art anversois dans ce domaine\nspécial, et termine en d o n n a n t u n e série de notices sur les sculpteurs du\nXVIe siècle, entre autres P i e r r e Cocet, le maître et beau-père du vieux\nBrueghel; Bartholomé Rapost, Corneille de Vrient, l'auteur du célèbre taber-\nnacle de L é a u , etc.                                                    A. G.\n\nL'origine du type familial de la maison de Habsbourg,\n   par le docteur O S E R . RUBBRECHT. U n volume illustré. (Bruxelles, Librairie\n   nationale d'art et d'histoire, Van Oest et C ie .)\n   On connaît les caractéristiques physionomiques qui constituent ce type\nfamilial : prognathisme inférieur ou défaut de coïncidence entre les deux\nmâchoires, l'inférieure étant projetée en a v a n t ; grosseur de la lèvre infé-\nrieure; aplatissement latéral du c r â n e ; nez a l l o n g é ; yeux à fleur de tête...\nCe ne sont pas là des caractéristiques fort attrayantes, bien qu'elles n'aient\npas toujours été exclusives d'un certain c h a r m e , à en juger par le qualificatif\nde Philippe le B e a u ; on les rencontre, terriblement accentuées, chez le fils\nde ce prince, Charles-Quint, et les visiteurs de l'Exposition de la Toison\nd'Or ont pu vérifier qu'ils s'étaient perpétués jusqu'à nos j o u r s en c o m p a r a n t\nle buste de Charles-Quint jeune, qui se trouvait à la G r u u t h u s e avec celui\nde son lointain successeur, le roi d ' E s p a g n e actuel, exposé d a n s la salle des\nTapisseries.\n   L'auteur de cette intéressante étude s'est d o n n é pour tâche de rechercher,\nà l'aide des documents iconographiques, la provenance héréditaire d a n s la\nfamille de H a b s b o u r g de ces traits si particuliers. P o u r élucider cette\nquestion, il a classé et examiné avec u n e m é t h o d e très rigoureuse tous les\nportraits des ascendants de Philippe le Beau et de sa femme J e a n n e la F o l l e ,\nd'où sont issus, en même temps que Charles-Quint, l'empereur F e r d i n a n d I e r ,\n Marguerite d'Autriche, Marie de H o n g r i e , etc.\n   On peut conclure avec M. R u b b r e c h t que le prognathisme inférieur est\n originaire des maisons souveraines d ' E s p a g n e et d'Autriche, tandis que les\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "122                                        DURENDAL\n\n\n\nautres singularités physionomiques indiquées plus h a u t se retrouveraient\négalement chez certains membres de la maison de Bourgogne. Au cours de\ncet examen très minutieux, M. R u b b r e c h t a été amené, nécessairement, à\nrechercher les portraits princiers q u i peuvent se trouver dans les œuvres du\ntemps, soit sous l'apparence de personnages sacrés, soit, tout simplement, en\nqualité de donateurs. Les comparaisons qu'il a instituées — et auxquelles\nl'intelligente illustration de l'ouvrage permet au lecteur de participer —\nl'autorisent, notamment, à considérer q u e P h i l i p p e le Bon et sa troisième\nfemme, Isabelle de Portugal, figurant, tenant la place de saints (mais\nlesquels?), dans le Jugement dernier, de Van der W e y d e n , à l'Hôtel-Dieu de\n Beaune ; que d a n s l'admirable panneau central du triptyque de Jan Floreyns,\nà l'hôpital S a i n t - J e a n , de Bruges, Memling a donné à l'un des rois mages\nles traits de Charles le Téméraire, et, enfin, q u e d a n s le retable d u m ê m e\nhôpital, représentant la Vierge et l'Enfant entre sainte Barbe et sainte Cathe-\nrine, ces deux saintes o n t été représentées sous l'aspect, l'une, d e Mar-\nguerite d'York; l'autre, de Marie de B o u r g o g n e , la femme et la fille du\nTéméraire. Certaines d e ces identifications avaient déjà été tentées, mais\nsans que l'on fût parvenu à leur donner u n caractère de pertinence suffisant.\nL'ouvrage attrayant d e M. R u b b r e c h t nous semble devoir créer u n e\nconviction sur les points q u e nous signalons ; il renferme, d'ailleurs, nombre\nd'autres observations précieuses p o u r les historiens et les amateurs d'art.\n                                                                                 ARNOLD G O F F I N .\n\n\nL e s Villes d'art c é l è b r e s           : Clermont-Ferrand, Royat et le Puy-de-Dôme,\n  p a r M M . DESDEVISES DU D E Z E R T et L o u i s B R E H I E R . — ( P a r i s , L a u r e n s . )\n   Les auteurs de ce livre font valoir à merveille la beauté du pays d'Auvergne,\ndont ils nous entretiennent, le charme de ses villes, Clermont, Mont-\nferrand, etc., si riches en souvenirs, en m o n u m e n t s et en œuvres remar-\nquables de toutes les époques. M M . Desdevises du Dezert et Brehier se sont\nattachés avec infiniment de goût et d'érudition à mettre en relief les carac-\ntères originaux de l'art régional, principalement d u r a n t les périodes romane\net gothique.\n                                                                          A. G.\n\nPetites monographies des grands édifices de la France :\n  La Cathédrale de Reims, par M. Louis DEMAISON. — La Cathédrale du Mans,\n  p a r M. GABRIEL F L E U R Y . 2 vol. ill. — ( P a r i s , L a u r e n s . )\n   Célébrer la beauté incomparable de la cathédrale de Reims constituerait\nune banalité. L a cathédrale d u Mans, qui est, elle, à moitié r o m a n e , est\nmoins généralement c o n n u e . Elle mérite cependant une vive admiration,\nnotamment pour l'originalité d e sa conception et pour ses merveilleux vitraux\ndu XIIe siècle.\n   On trouvera dans les excellents précis d e M M . Demaison et Fleury un\nhistorique complet des phases de la construction de ces deux édifices, en\nmême temps qu'une étude pleine de méthode et de précision de leurs diverses\nparties et de leur décoration.                                        A. G.\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                                         LES    LIVRES                                           123\n\n\nManuali Hopli : Epigrafia Cristiana, par M. O. MARUCCHI. Un\n    vol. avec fig. — (Milan, H o e p l i ) .\n   Le nom de l'auteur de ce r e m a r q u a b l e manuel est familier aux curieux de\nl'histoire d e s antiquités romaines. M. Marucchi a publié de nombreux et\nsavants ouvrages sur l'archéologie r o m a i n e et a u c u n de ceux qui ont eu\nl'avantage d'y assister n ' a certainement perdu le souvenir des conférences si\nvivantes qu'il d o n n a jadis sur ce sujet au Cours d'art et d'archéologie d e\nBruxelles. Dans le petit livre gros de science et de matière qu'il imprime,\naujourd'hui, chez le grand éditeur milanais, n o u s retrouvons à lire\n M. Marucchi u n e partie d u plaisir q u e nous avions éprouvé à l'entendre,\nnaguère.\n   C'est la même exposition vive, pleine de clarté et d e précision, habile à\nmettre en lumière les m o n u m e n t s et les faits et à en m a r q u e r avec netteté\nles significations. M. Marucchi étudie avec nous ces inscriptions chrétiennes\ndes catacombes et des cimetières; il les déchiffre pour n o u s , n o u s en\nexplique les particularités, le symbolisme, les allégories où est enfermé le\ntémoignage des dogmes primitifs. De sorte q u e c'est l'émouvante histoire\ndes origines d u christianisme q u e l'éminent archéologue nous a p p r e n d\nà lire s u r les parois des catacombes et sur la pierre mutilée des tombeaux.\n                                                                             ARNOLD G O F F I N .\n\n\nEtude sur un Elément de relèvement de l'Etiage du Goût public\n  par le retour à la Contemplation des sites naturels, en particulier des\n  Forêts, et les mesures de Conservation de celles-ci, spécialement en ce qui\n  c o n c e r n e la F o r ê t de S o i g n e s , par M M . R E N É S T E V E N S et L o u i s VAN DER\n  SWAELMEN. — (Bruxelles, Lesigne, imprimeur.)\n   Les lecteurs que ce titre en Belge flamboyant effraierait et détournerait de\nsuivre les auteurs de cette brochure auraient tort. O n y trouve de bonnes\nidées sur l'aménagement de la forêt et s u r la conservation d e s sites qui sont\nchers à tous les a m o u r e u x de la g r a n d e u r et d e la solitude d e s bois. 11 est\nfâcheux que l'enthousiasme que leur sujet inspire à M M . Stevens et Van d e r\nSwaelmen les ait poussés à transformer u n exposé de principes foit simple\nen une espèce de maquis littéraire, hérissé d'une redoutable broussaille d e\nmétaphores enchevêtrées! L e u r travail, très intéressant, aurait gagné en\nclarté et en attrait s'ils en avaient élagué courageusement toute redondance\nparasitaire.\n                                                                                   A. G.\n\nE s t h é t i q u e d e s v i l l e s . L'isolement des vieilles églises, p a r M. CHARLES\n  B U L S . — ( B r u x e l l e s , Van Oest et Cie.)\n   C'est une question d'actualité pour n o u s autres, Bruxellois, q u e M. Buls\ntraite dans cette brochure : achèvera-t-on de détruire, par des percées brutales,\nle cadre harmonieux et approprié à l'élévation de l'édifice, q u e nos ancêtres\navaient fait à l'église Sainte-Gudule ? T o u s les gens de goût, tous ceux qui,\ncomme l'éminent auteur d e ces pages, prennent à cœur la préservation des\nbeautés anciennes de la capitale, se prononceront énergiquement contre les\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "124                                             DURENDAL\n\n\n\nprojets qui aboutiraient à ce résultat. L'étude méthodique de la question\nà laquelle M. Buls s'est livré et les conclusions qu'il lui donne nous paraissent\npéremptoires.\n                                                                         A. G.\n\nPromenades esthétiques au Musée ancien de Bruxelles,\n   p a r M . R E N É D U B O I S . — ( B r u x e l l e s , Office de P u b l i c i t é . )\n  L'auteur commente et décrit d'une façon fort agréable les principales\nœuvres q u e possède le Musée ancien de peintures de Bruxelles, en s'aidant\ndes travaux d'écrivains compétents.\n                                                                  A. G.\n\n L ' a r t flamand e t h o l l a n d a i s . — (Novembre-Décembre-Janvier.)\n    M. Jean Veth ajoute à sa Rembrandtiana, u n chapitre curieux sur la Gra-\nvure dite de Pygmalion. M . G o s s c h a l k parle de F. Hart Nibbrig, u n beau peintre\n hollandais du paysage et de la figure. M. Jacques Mesnil continue son\n étude sur les Mystères et les Arts plastiques ; il examine le thèse de M. Mâle au\n point de vue de l'art italien d u XVe siècle. — M. Max Rooses, l'historien\n d'art réputé, passe en revue pour ce qui concerne R u b e n s , l'Exposition de Vart\nflamand au XVIIe siècle. M. J . De Boer parle de JAN TOOROP. N o m b r e u s e et\n brillante illustration.\n\nAlbum historique de la Belgique, par MM. VANDERLINDEN et\n   H E N R I O B R E E N . — ( B r u x e l l e s , Van Oest et C ie .)\n   Les fascicules 4, 5 et 6 d e cette excellente publication ont p a r u . Avec le\nfascicule 4 s'achève la partie consacrée à la période c o m m u n a l e . Les trois\nfascicules suivants, dont deux o n t paru, concernent l'Unification des Pays-Bas\nsous la domination b o u r g u i g n o n n e . N o u s nous bornons, pour aujourd'hui, à\nannoncer l'apparition de ces livraisons a b o n d a m m e n t illustrées de l'ouvrage\nde MM. Vanderlinden et Obreen, nous réservant d'y revenir p a r la suite.\n                                                                                A. G.\n\nTapisseries des Musées royaux du Cinquantenaire, à\n    B r u x e l l e s , par      MM.      J O S E P H D E S T R É E et P A U L       VAN DEN V E N .   Un\n   vol. ill. — ( B r u x e l l e s , Vromant.)\n   Le remarquable a l b u m que la librairie Vromant offre a u public contient\nune quarantaine de reproductions des plus belles tapisseries de toutes les\népoques conservées a u Musée d u Cinquantenaire. L e s auteurs érudits d e ce\nrecueil l'ont fait précéder d'une notice historique et d'une description des\ntapisseries reproduites d a n s lesquelles le lecteur trouvera des renseignements\ncomplets sur l'art de la tapisserie et sur les phases de son développement\ndans nos provinces et à l'étranger.\n                                                                          A. G.\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                                NOTULES\n\n  A u m o m e n t d e m e t t r e SOUS p r e s s e nous recevons le dernier\nnuméro de la Jeune Wallonie où nous trouvons, à l'adresse de notre ami\nFirmin Van den Bosch, un grotesque et grossier factum d u sieur P a u l\nLefèvre qui fait suivre maintenant sa signature de ses qualités d' « ex-jésuite\net secrétaire du comte Gaston de Liedekerke ». M. P a u l Lefèvre dont les\nlivres il y a un mois se vendaient « en pleine librairie » — il avoue aujour-\nd'hui que c'est « en pleins boulevards bruxellois » que son édition s'épuise —\nnous avait a n n o n c é que la lettre ouverte qu'il donnerait à la Jeune Wallonie\nécraserait M. Van den Bosch. Or, la Jeune Wallonie, en publiant cette lettre\nouverte, déclare qu'elle est décidée à ne pas faire sienne u n e polémique\nvaine et insipide, et rejette élégamment par-dessus bord M. P a u l Lefèvre\ndont la gloire forcément va pâlir, car cette revue était la seule qui eût d o n n é\nl'hospitalité aux fautes de français de l'ancien « professeur de poésie ». E t les\ninjures que celui-ci adresse à M. Van den Bosch laisseront celui-ci indiffé-\nrent comme elles n o u s laissent indifférents. On ne répond que par u n sou-\nriant mépris à quelqu'un qui n'existe p a s . Ou qui n'existe que par son irré-\nsistible ridicule...\n                                Que de grabataires\n                                     Guéris\n                                Par la parole sanitaire\n                                     D'un ami...\n\n   L'auteur exquis de ces vers prétend, en effet, donner à M. Van den Bosch\ndes leçons de bon goût et de b e a u langage. « Vous m'écrivez Dieu sait\ncomment », s'écrie-t-il ; et pour d o n n e r quelques échantillons de son propre\nstyle et de sa maîtrise, il aligne c o u p sur coup de remarquables âneries que\nnous nous empressons de recueillir religieusement :\n   « Savez-vous bien, monsieur, que cela n'est pas bien du tout. »\n   « Votre m a n q u e de b o n n e foi a voulu tromper les lecteurs. »\n   « Oui, j ' a v o u e que séduit par u n idéal trop poétisé peut-être, d'apostolat\net de zèle, je me suis naïvement, gaiement enrôlé sous le drapeau jésuite,\navec l'intention généreuse de faire un p e u de b i e n . Ce sacrifice exigea beau-\ncoup de r e n o n c e m e n t et b e a u c o u p de courage : Ce courage, monsieur Van den\nBosch, vous ne l'avez pas eu !\n   » . . . Oubliant (ingrat!) que vous devez aux jésuites tout ce que vous avez été\net tout ce que vous êtes... à cent reprises différentes vous vous êtes gouail-\nleusement amusé (sans cœur) à déverser sur eux, sous prétexte d'intellec-\ntualisme, des hottées de goujateries et d'odieuses personnalités, ne soupçon-\nnant même pas (sot orgueilleux) q u e tous ces Broeckaert et ces Vantricht,\nces Delattre et ces Verest vous dépassent de cent mille coudées et que c'est\ndes miettes de leur table que vous avez jusqu'ici vécu. »\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "126                                   DURENDAL\n\n\n   Et nous admirons surtout dans cet écrin cette perle dont l'orient dépasse\ntout ce qu'on peut imaginer :\n   \" Je vous laisse savoir sur-le-champ que je suis prêt à faire une réparation... »\n   Ce Je vous laisse savoir avait é c h a p p é aux auteurs de Mademoiselle Beulemans,\nsi heureusement évoquée par la Jeune Wallonie à la première page de son\nfascicule.\n   Et dire que nos universités ne sont pas encore flamandes! M. Paul Lefèvre\ndevait être un parfait professeur de littérature, savez-vous !\n   Quand on est un écrivain aussi remarquable, on peut encombrer d'une\nprose réjouissante et kilométrique une revue qui d'ordinaire a une certaine\ntenue; on peut accumuler toutes les injures que l'on veut; on peut dire que\nM. Van den Bosch a comme seul but de supprimer un homme d'esprit en qui\nil voit « un gênant rival! » on peut prendre la défense des Pères jésuites qui\nse passeraient volontiers d'un champion qu'ils ont si bien appris à estimer;\non peut suspecter la loyauté d'un écrivain qui n'a eu qu'un seul tort et c'est\nd'avoir été trop charitable avec un monsieur dont il suffit de citer quatre vers\npour le faire rentrer sous terre, cela n'a aucune importance. Nous le laissons\nsavoir à M. Paul Lefèvre. Qu'il ne s'étonne donc pas si dorénavant ses agres-\nsions nous laissent aussi insensibles que les jappements d'un roquet. Nous\nne lui ferons même plus l'honneur de reproduire ses morceaux de style.\n                                               *\n                                           *       *\n   E x p o s i t i o n d e C h a r l e r o i . L'Exposition des Beaux-Arts.\n   Le 29 avril s'ouvrira, à Charleroi, une Exposition dont le succès paraît dès\nmaintenant assuré. Dans ce grand centre industriel, la manifestation de nos\nactivités économiques sera particulièremsnt éclatante. Mais les organisateurs\nde l'Exposition ont justement pensé que pareille démonstration ne pouvait\npas être exclusivement industrielle et qu'il fallait affirmer également, surtout\ndans ce milieu, l'importance primordiale des activités esthétiques. L'Expo-\nsition comprendra donc une exposition des beaux-arts.\n   On y verra réalisé un projet depuis longtemps caressé par les artistes de\nla Wallonie, celui d'une exposition rétrospective dans laquelle on pourrait\nrésumer l'effort au cours des siècles de nos populations vers la Beauté. Sans\navoir jamais été le centre d'une civilisation intense et rayonnante, le Hainaut\nne fut point, ainsi qu'on le croit généralement, dénué de toute production\nd'art. On peut rappeler immédiatement les porcelaines de Tournay, les tapis-\nseries d'Enghien et de Tournay, les dentelles de Valenciennes et de Binche,\nles orfèvreries de Mons, les grès de Bouffioulx et, si l'on veut bien étendre\nnotre région jusqu'à la Meuse, les dinanderies.\n   Il y eut, dès le moyen âge, en Wallonie des maîtres excellents, tel ce frère\nHugo d'Oignies, dont les œuvres sont admirables, et un grand nombre de\nsculpteurs et miniaturistes des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, sont des Wallons.\nLors du grand siècle de la peinture, le XVe, l'école de Tournay a une impor-\ntance dont on se rend compte de jour en jour. C'est d'elle qu'est issu le maître\npathétique Roger de la Pasture, absorbé dans l'éclat de l'école flamande sous\nle nom de Roger Van der Weyden. On sait peu de chose de Robert Campin\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                    NOTULES                                    127\n\n\net de Jacques Daret de Tournay, de Simon Marmion de Valenciennes.\nMais leurs noms suffisent à montrer la contribution des provinces du Sud à\ncette superbe école flamande du XVe siècle. Faut-il rapprocher d'eux le maître\nconsidérable, encore mystérieux, le Maître de Flémalle? Tout permet\nde l'oser.\n   Au XIVe siècle, lorsque triomphe définitivement Anvers, ce sont encore des\nmaîtres wallons que nous trouvons à côté de Quentin Metsys. C'est Gossart\nde Maubeuge (Mabuse), c'est Henri de Bles et Joachim Patenier apportant\nles premiers aspects du paysage moderne. C'est Nicolas Neuchatel, dit\nLucidel, un des maîtres du portrait. A Mons, dans l'église Sainte-Waudru,\nun sculpteur de premier ordre, trop peu connu, Du Broeucq, a laissé des\nœuvres hautement intéressantes. Et, dans le nord de la France, Bellegambe,\nde Douai, serait aussi à rappeler.\n   Aux siècles suivants, la production artistique de la Wallonie est moindre,\nmais elle n'est pas nulle. Del Cour, le sculpteur liégeois, ne doit pas être\noublié, et nous pouvons citer un autre nom, prestigieux celui-là, Watteau\nde Valenciennes, inclus dans la gloire française, comme Roger de la Pasture\nle fut dans la gloire flamande.\n    Au XIXe siècle, Navez de Charleroi peignit des portraits remarquables,\ndont on pourrait réunir une belle série, en grande partie inédite. Gallait,\n Hennebicq, Wiertz sont caractéristiques de leur temps, et Fourmois, Bou-\n langer et Baron continuent avec distinction la tradition du paysage wallon.\n Félicien Rops peut figurer au premier rang des graveurs de tous les temps.\n    Ces quelques noms suffisent à montrer l'intérêt que présentera l'exposition\n rétrospective. On ne peut songer évidemment à tenter de réunir pour chacun\n de ces maîtres une série complète d'œuvres, mais on montrera quelques-unes\n d'entre elles à côté des œuvres des arts décoratifs et industriels.\n    A côté de l'exposition d'art ancien, il y aura une exposition d'art moderne.\n On a pensé qu'elle pouvait avoir quelque originalité si elle s'inspirait, elle\n aussi, de la conception régionale qui a dicté l'exposition rétrospective. Dès\n lors, le Salon, tout en restant accessible à tous les artistes belges, a été réservé\n de préférence à la Wallonie. Mais, comme il a fallu choisir, la place dispo-\n nible n'étant pas illimitée, une raison de choix entre deux talents égaux a été\n cette relation avec la Wallonie, attestée soit par le lieu de naissance ou de\n résidence de l'auteur, soit par le sujet de l'œuvre, sa destination ou sa signi-\n fication. On verra même réuni dans une salle un certain nombre d'œuvres\n étrangères consacrées aux aspects industriels des gens et des paysages. Au\n  milieu de ces œuvres-là on a rassemblé naturellement quelques chefs-d'œuvre\n  de Constantin Meunier, dont le grand souvenir se lève chaque fois qu'on\n  parle d'art et d'industrie, qui a nécessairement sa place d'honneur dans une\n  exposition... à Charleroi.\n                                          *\n\n   Les Amis de la médaille d'art. — La section belge de la\n société hollandaise-belge des Amis de la médaille d'art a fêté, le 12 février, sa\n dixième année d'existence.\n   Au cours de la réunion, un exemplaire d'or de l'insigne de membre a été\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "128                                   DURENDAL\n\n\noffert en témoignage de là gratitude de tous, à M. Laloire, trésorier de la\nsection depuis 1901.\n   L'assemblée a ensuite manifesté son étonnement de voir qu'aux expo-\nsitions de Charleroi, de Roubaix et sans doute aussi de R o m e , à moins que\nle gouvernement italien n'intervienne, ce qui est peu probable, l'art de la\nmédaille ne constituerait plus, comme à Bruxelles, l'an dernier, u n e section\nspéciale et sa stupéfaction d'apprendre q u e dans le comité chargé de l'orga-\nnisation de la participation belge à Home, ne se trouvait p a s u n seul repré-\nsentant de l'art de la médaille.\n   L a réputation de n o s médailleurs, qui tend tous les jours davantage à se\nrépandre à l'étranger, leur n o m b r e , leurs efforts constants ne méritaient pas\ncet inconcevable ostracisme, surtout six mois après le succès sans précédent\nobtenu par le Salon international de la médaille organisé à Bruxelles en 1910,\npar MM. Buls, De W i t t e et T o u r n e u r , succès constaté dans le catalogue\nofficiel de l'Exposition des beaux-arts, publié par les soins du gouvernement.\n   Souhaitons que semblable oubli, car ce ne peut être qu'un oubli, ne se\nreprésente plus et applaudissons avec les m e m b r e s de la Société de la\nmédaille au bon exemple d o n n é par M. Joseph Casier qui leur a fait savoir\nqu'un salon international de la médaille sera organisé à G a n d , en 1913, sur\nle modèle de celui de Bruxelles.\n   Nous engageons vivement tous les artistes médailleurs, tant belges\nqu'étrangers, à y participer et à contribuer ainsi à sa réussite.\n   L'avenir de l'art de la médaille en dépend, et il s'agit pour lui de montrer\nqu'il mérite l'indépendance qu'il réclame.\n                                              *\n                                          *       *\n    C o n c e r t s C r i c k b o o m . — L e deuxième concert Crickboom a u r a lieu\nle jeudi 2 mars ; le troisième, le jeudi 23 mars ; le quatrième, le jeudi 20 avril\nT o u s ces concerts auront lieu à 8 h . 1/2 d u soir à la G r a n d e - H a r m o n i e .\nLocation des places chez Schot frères, 28, C o u d e n b e r g .\n                                              *\n                                          *       *\n  Accusé de réception :\n   A R T : Histoire générale de l'art : Italie du Nord, par CORADDO RICCI. Vol.\nillustré. Collection : Ars una species mille (Paris, Hachette).\n   H I S T O I R E : Valentine de Milan, par E M I L E COLAS ( P a r i s , Plon).\n   L I T T É R A T U R E : En lisant Faguet, par M. H . JORYS (Paris, Société\nfrançaise de librairie). — Les quatre évangiles. P r e m i è r e partie. T . X X I des\nœuvres complètes de TOLSTOÏ, traduction de Bienstock (Paris, Stock). —\nLes femmes auteurs, par le vie. DE BROC (Paris, P l o n ) .\n   M U S I Q U E : Lully, par LIONEL DE LA LAURENCIE. (Collection : Les\nMaîtres de la musique. P a r i s , Alcan). — L'art Grégorien, par AMÉDÉE GAS-\nTOUÈ (idem).\n   P H I L O S O P H I E : La prière. Essais de psychologie religieuse, par\nJ. SEGOND (Paris, Alcan). — Philosophie de la religion, par J. GOURD (idem).\n   P O É S I E : Le jeune homme et la vie, par MARCEL MARTINET (Paris, l'Edi-\ntion). — Dix petits poèmes pour chanter d'humbles choses ( Liège, Vaillant).\n   R E L I G I O N : Le Père Doussot, dominicain, et la Mère Elisabeth, carmélite, sa\nsœur, par le P . MARIE-JOSEPH. Vol. illustré (Paris, P l o n ) .\n   R O M A N S : Le secret d'Antoine- Paul Lacour (Paris, Plon). — Moulaye-Ali,\npar R. DR VANDELBOURG (idem). — La Fosse aux lions, par E M I L E BAUMANN\n(Paris, Grasset). — La formation de Jean Turoit, par JOSEPH HUDAULT (Paris,\nP e r r i n ) . — L'Hérésiarque et Cie, par GUILLAUME APPOLINAIRE ( P a r i s , Stock).\n    S O C I O L O G I E : Œuvres d'Ernest Cœurderoy. T . I. J o u r s d'avril, première\npartie (Paris, Stock). — Abrégé du capitalisme de Karl Marx, par CARLO\nCAFIERO, trad. de J a m e s Guillaume (idem). — Champs, mines et ateliers, par\nP I E R R E KROPOTKINE, trad. de François Leroy (idem).\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": ""}, {"page_pdf": 149, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1911-02", "signet_source": "Dix-huitième année - N°2 - Février 1911 (?)", "preuve": "Pas de couverture conservée. Indices internes : lettre à la rédaction datée « Liège, ce 4 février 1911 » (p. 109) ; Journal des Conférences du 18 au 28 janvier (p. 105) ; Les Amis de la médaille d’art ont fêté « le 12 février » leur dixième année (p. 127) ; concerts Crickboom annoncés pour les 2 et 23 mars et le 20 avril (p. 128) ; renvoi au « numéro de décembre 1910 » (p. 109) ; Exposition de Charleroi s’ouvrant le 29 avril (p. 126). Compatible avec le numéro de février 1911.", "methode_reconstitution": "Succession mensuelle des livraisons et pagination continue du volume ; concordance avec la table annuelle."}}